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Full text of "Archives de l'art français"

PURCHASED FOR THE 

UNÎVERSITY OF TORONTO LÎBRARY 

FROM THE 

CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT 



FOR 

ART »68 






NOUVELLES ARCHIVES 



DE 



L'ART FRANÇAIS 



REVUE DE L'ART FRANÇAIS ANCIEN ET MODERNE 

(l2« ANNÉE, 1895) 



MAÇON, PROTàT. FBÈRES, IMPRIMEURS 



NOUVELLES ARCHIVES ^ 



DE 



L'ART FRANÇAIS 



TROISIÈME SÉRIE 

TOME XI 
ANNÉE 1895 



REVUE DE (L* ART FRANÇAIS ANCIEN ET MODERNE 
DOUZIÈME ANNÉE 




PARIS 
CHARAVAV KM U'-S 

LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE l'aRT FRAlfÇAIS 
5, RUE DE FURSTENBERG 




N 

i.i/ 






/.^' 



LISTE ALPHABETiaUE 
DES MEMBRES FONDATEURS 



DE LA SOCIETE 



DE L'HISTOIRE DE L'ART FRANÇAIS 



EN I< 



La Bibliothèque de Copenhague. 

La Bibliothèque de Grenoble. 

La Bibliothèque de Lille. 

La Bibliothèque du Palais des Arts, à Lyon. 

La Bibliothèque de Munich. 

La Bibliothèque de la Ville de Paris. 

La Bibliothèque de Pau. 

La Bibliothèque de la préfecture de la Seine (bureau des Beaux- Arts). 

La Bibliothèque de Troyes. 

La BibHothèque de l'École des Beaux- Arts. 

La Bibliothèque de l'École des Chartes. 

La Bibliothèque de l'École nationale des Arts décoratifs. 



VI — 



MM. 



Arnauldet (Thomas), à Paris. 

Barbet de Jouy, membre de l'Institut, à Paris. 

Berger (Georges), à Paris. 

BonafFé (Edmond), à Paris. 

Bouvrain, architecte, à Paris. 

Chabouillet, conservateur honoraire du Cabinet des Médailles, à Paris. 

Charavay (Etienne), à Paris. 

Chennevières (le marquis de), membre de l'Institut, à Paris. 

Chevrier (Maurice), à Paris. 

Corroyer (Edouard), inspecteur général des édifices diocésains, à Paris. 

Courajod (Louis), conservateur au musée du Louvre, à Paris. 

Dassy (Léon), architecte, à Paris. 

Decaux (G.), éditeur, à Paris. 

Delaborde (le comte Henri), membre de l'Institut, à Paris. 

Delagrave, éditeur, à Paris. 

Delisle (Léopold), membre de l'Institut, à Paris. 

Doucet, à Paris. 

Dumoulin (J.), à Paris. 

Duplessis (Georges) , membre de l'Institut , conservateur du Cabinet des 

Estampes. 
Fidière (Octave), à Paris. 
Gadala, agent de change, à Paris. 
Gautier, à Versailles. 
Gérard, à Paris. 
Goldschmidt, à Paris. 
Grandmaison (Charles de), à Tours. 
Grange de Surgères (le marquis de), à Nantes. 
Guiffrey G^'^Oj ^ Paris. 

Havard (Henry), inspecteur général des Beaux-Arts, à Paris. 
Hédou (Jules), à La Rue Saint-Pierre, par Cailly. 



w 



— VII -7- 

Herbet, à Paris. 

Herluison (H.), libraire, à Orléans 

Jacob, notaire à Angerville. 

Jarry (Louis), à Orléans. 

Jeancourt-Galignani (Charles), à Paris. 

Jouin (Henry), à Paris. 

Laborde (le marquis de), à Paris. 

Lacombe (Paul), à Paris. 

Lafenestre (Georges), membi^ de FInstitut, à Paris. 

Lebaigue, à Paris. 

Le Breton (Gaston), à Rouen. 

Lemarié, à Paris. 

Lisch (Just), architecte du gouvernement, à Paris. 

Lopinot (Amédée), à Paris. 

Louvrier de Lajolais, directeur de l'École des Arts décoratifs, à Paris. 

Lucas (Charles), architecte, à Paris. 

Maciet, à Paris. 

Mare use (Edgar), à Paris. 

Marmottan (Paul), à Paris. 

Marx (Roger), inspecteur des Beaux-Arts, à Paris. 

Mauban (Georges), à Paris. 

Mazerolle, à Paris. 

Mùntz (Eugène), à Paris. 

Pécoul (Auguste), à Paris. 

Port (Célestin), membre de l'Institut, à Angers. 

Portails (le baron Roger), à Paris. 

Régnier (L.), à Gisors. 

Revilliod de Watteville, à Genève. 

Richard, archiviste du département de la Vienne, à Poitiers. 

Rondot (Natalis), à Lyon. 

Salles (E.), à Paris. 

Schefîer, membre de l'Institut, à Paris. 

Stein (Henri), à Paris. 



— VIII — 

Sully Prudhomme, de l'Académie française, à Paris. 
Tamizey de Larroque, à Gontaud (Lot-et-Garonne). 
Tempier (D)., archiviste des Côtes-du-Nord, à Saint-Brieuc. 
Tourneux (Maurice), à Paris. 
Vaillant (V.-J.), à Boulogne-sur-Mer. 
Valabrègue (Antony), à Paris. 
Vandeuvre (Gabriel de), à Paris. 
Varennes (le marquis de), à Paris, 



LES ARTISTES DE TOULON 



ARCHITECTES ^ 

Aguillon (César), fils de Pierre, était, en ié86, associé avec 
Pierre Gomhert pour l'entreprise de la construction du sémi- 
naire des aumôniers des vaisseaux (aujourd'hui hôpital prin- 
cipal de la marine) et d'une égHse attenante. En 1690, il fut 
adjudicataire de la halle de la Poissonnerie, qu'on voit encore 
mais sans son toit primitif, dont les dessins étaient de Pierre 
Puget. En 1695, il reconstruisit, de concert avec Gaspard 
Chaussegros, des batteries et autres ouvrages de fortification de 
la rade. César avait acheté des terrains dans l'agrandissement 
de la ville par Vauban. Il fit construire, sur ces terrains, des 
maisons qu'il vendit, ce qui lui procura une belle fortune. 

Aguillon (Pierre) exerçait son art à Toulon, dans le 
milieu du xvii^ siècle. La maison portant le n° 32 de la rue 
de l'Asperge, qu'il acheta en 1674, a longtemps été habitée 
par ses nombreux descendants, presque tous architectes ou 
ingénieurs. 

Aguillon (Pierre-François), fils aîné de César, vendit, en 
17 19, deux maisons contiguës, construites par son père et 
dont l'une faisait coin à la place d'Armes, aux Pères de la 
Mercy, pour y étabUr leur couvent. En 1728, il obtint, à l'ad- 
judication, les travaux de l'élargissement du quai devant l'Hôtel 
de Ville, travaux qui furent terminés en 1730. De 1727 à 1762, 
il a travaillé pour la marine en quaUté d'architecte. 

Aguillon ( ) était, en 1764, ingénieur en chef de la 
place de Toulon. Le 5 novembre de cette année, il assista à 
la pose de la première pierre du fort Lamalgue, et au banquet 
qui fut donné à cette occasion. 

Aspremont (d') était l'auteur des plans de la belle porte 
de la ville appelée Porte-Royale, puis, plus tard. Porte de 
France. Vauban apporta, en 1681, quelques modifications à 
ces plans. 

1. Voir troisième série, t. X, année 1894, pages 199 à 358. 

Art fr. xu. i 



2 ARTISTES DE TOULON 

Auber (J.-A.,) né à , mort à Toulon, à Tâge de 

57 ans, dans les derniers mois de 1888. Il était fils de ses 
œuvres. Après avoir dirigé en sous-ordre la construction de 
plusieurs monuments civils ou religieux, il a fait construire 
d'après ses propres plans et devis de nombreux bâtiments 
privés. 

Beaumont (de), ingénieur de la province, écuyer de la 
ville d'Aix, était requis, en 1785, par les maire et consuls de 
Toulon, pour examiner, en même temps que Sigaud, égale- 
ment ingénieur de la province, les candidats à la place de géo- 
mètre architecte devenue vacante par la mort de Joseph Pelis- 
sier. 

Bonnefont (Raymond de), ingénieur du Roi, apporta des 
changements aux plans dressés en 1585 pour les fortifications 
de la ville du côté de la mer. En iéo6, il fit un plan pour les 
nouvelles rues à ouvrir, et modifia, en 16 10, le plan de la 
nouvelle maison commune. 

Bougarel (Augustin), de Marseille, se trouvait à Toulon 
dans le commencement du xvii^ siècle. En 1605, il était adju- 
dicataire des travaux de fortifications pour l'enceinte du port 
(vieille darse), travaux qui étaient restés inachevés en 1596. 

Bougarel (Melchior), architecte toulonnais, a construit en 
1675 la fontaine qu'on voit sur une place de la Cadière (Var). 
La statue de saint André qui la surmontait et qui a été rem- 
placée dans ces derniers temps par une copie, parce qu'elle 
tombait en ruine, était du ciseau de Lieautaud, ami de Puget. 

Bougarel (Joseph), né à Toulon, concourut à la construc- 
tion de l'égHse de Saint-Pierre. L'église paroissiale actuelle de 
Bormes a été édifiée d'après les plans de Joseph Bourgarel et de 
Reihaud, maître en chirurgie et en géométrie, résidant à Gri- 
maud (Var). La première pierre posée le 2 juillet 1675, l'édi- 
fice fut entièrement terminé en 1783. Notre Botirgarel a égale- 
ment construit, de 1784 à 1789, comme entrepreneur, la 
paroisse deLaGarde-près-Toulon. Il mourut en 1707, laissant 
pour successeur dans ses travaux son fils François, dont nous 
ne trouvons aucune trace. 

Bourgarel (Michel), fils de Joseph, a été souvent employé 
par la communauté. En 1786, il lui était fait un payement 
pour l'exécution d'un plan. 



ARTISTES DE TOULON ^ 

Bourré, architecte, fut adjoint, en 1775, par la commu- 
nauté de Toulon, à Brun, architecte d'Avignon, pour exami- 
ner l'état de la nouvelle église de Saint-Louis qui menaçait de 
s'écrouler. Au moment où l'on allait reprendre les travaux, 
des ordres furent donnés de tout suspendre^ et de construire 
cette paroisse sur un nouvel emplacement, celui du couvent 
des Capucins, que le Roi avait accordé. 

Boussonil (André). Par ordre de Sa Majesté, on résilia le 
marché pour la construction de la Porte-Royale, passé en sep- 
tembre 1679 avec Esprit Turc, viguier des Martigues, qui 
avait fait les conditions les plus avantageuses, pour en passer 
un second, le 26 août 1680, avec André Boussonil, « ayant plu 
à Sa Majesté, nonobstant cette adjudication (celle de Turc), 
d'en charger le sieur André Boussonil, escuyer, conseiller et 
secrétaire du Roy, maison et couvent de France, audiencier 
en la chancellerie de Montpellier, du soing desdits ouvrages, 
à cause de sa capacité et expérience dans les travaux. » Bousso- 
nil ayant renoncé à son marché, il en fut passé un troisième 
avec Gaspard Chaussegros. 

Boyer (André), dit aussi Alain-Boyer, « architecte de la 
ville de Paris, » fut chargé, en 1681, d'exécuter d'après les 
plans de Vauban et sous la direction de l'ingénieur en chef 
Niquet, les travaux d'agrandissement de la ville de Toulon, 
qui lui avaient été adjugés parce qu'il avait fait les conditions 
les plus avantageuses. En 1686, il a été l'entrepreneur princi- 
pal du bâtiment de la Corderie de la marine, dont les plans 
primitifs avaient été presque entièrement modifiés par Vauban. 
Il concourut à divers autres grands travaux pour le port. 

Bruant (Pierre-Paul) est porté sur les registres de capita- 
tion de 1703 et de 1709; dans l'un, son nom est orthographié 
Bruant; dans l'autre, Bruand, et dans les deux il est qualifié 
architecte. 

Brun (?), « architecte d'Avignon, » recevait de la commu- 
nauté, en 1785, des payements pour frais de voyage et de 
séjour, et pour avoir dirigé les ouvrages de réfection de l'église 
de Saint-Louis; d'autres payements lui étaient faits pour des 
plans de fontaines, de moulin à huile et autres projets datant 
de 1678, et pour un nouvel hôpital. 



ARTISTES DE TOULON 



Chaussegros (Gaspard) était architecte de la communauté. 
C'est dans les registres de 1679 qu'on rencontre pour la pre- 
mière fois le nom de cet artiste. Les années suivantes, on le 
voit figurer sur les états du port, au titre d'ingénieur du Roi, 
ainsi qu'à celui d'appareilleur et d'expert commissionné. En 
1679, il était entrepreneur des ouvrages de réfection à faire à 
la grosse et à la petite tour (à l'entrée de la petite rade). Ce 
fut lui qui fit construire la Bastide et la Porte du Jardin- 
du-Roi, travail obtenu à l'adjudication en 1681. L'année sui- 
vante, il fit exécuter, comme entrepreneur, d'après les plans 
de d' Aspremont , modifiés par Vauban, l'ancienne Porte- 
Royale, plus tard appelée Porte de France. En 1686, il fut 
l'associé d'Alain-Boyer, entrepreneur principal de la Corderie. 
Trois ans après, il passait marché pour l'agrandissement de la 
Fonderie de la marine, et succédait, en 1690, à Alain-Boyer, 
entrepreneur général des travaux de la marine, qui l'avait fait 
nommer son fondé de pouvoirs pour les ouvrages restant à faire. 
Porteur de la procuration dudit 'Boyer, il recevait, en 1707, 
des payements pour la construction du deuxième bâtiment des 
fours de la nouvelle boulangerie. Chaussegros était un très 
habile appareilleur ; il parvint à la fortune et fut anobli. Nous 
trouvons dans le registre de l'impôt de capitation de 1705 : 
Gaspard Chaussegros, entrepreneur, « co-seigneur de Léry. » 
Il paye 62 livres, impôt très élevé pour ce temps. 

Corneille (?), architecte, était, dès 1678, employé par la 
la marine, au titre d'ingénieur, aux travaux de fortifications 
dirigés par Vauban. 

Devoulx, « architecte de Marseille, » était, de 1768 à 1773, 
expert dans la construction de l'église de Saint-Louis. 

Dubreuil (Claude). — Voir à la sculpture. 

Dubreuil (Jean-Baptiste). — Voir à la peinture. 

Du Parc (Albert). — Voir à la sculpture. 

Duvivier figure, comme architecte, sur les états 

de la marine de 1679. En cette année, il était employé à faire 
des dessins pour être envoyés à Sa Majesté. 

Engaurran , de Toulon, faisait construire, en 

1777, la tour de l'horloge de La Garde. Il avait obtenu ce 
travail à l'adjudication. 



ARTISTES DE TOULON 5 

Fulquet de Gardanne fut nommé, en 1443, ouvrier (archi- 
tecte) de la communauté. Il fut chargé, en même temps, de 
pourvoir la ville de tout ce qui était nécessaire pour recevoir 
le duc de Calabre, qui, envoyé par le Roi, devait bientôt 
arriver. 

Gautier (Pierre) recevait, en 1689, du Conseil de ville de 
La Valette, la commande du portail en maçonnerie (façade (?) 
de l'église paroissiale; il était associé pour ce travail avec un 
Toulonnais, tailleur de pierre comme lui, du nom d'An- 
toine Huhac. 

Gédon était un des architectes ou ingénieurs 

employés par l'État pour l'agrandissement de la ville en 1678. 

Geoffroy (Etienne), architecte toulonnais, futcommissionné 
en 1585, par la communauté, pour visiter les Heux où devaient 
être construites les nouvelles fortifications de la ville^ dont les 
plans étaient de l'ingénieur Hercules. 

Girardon (François). — Voir à la sculpture. 

Goffin (Jean) comptait, en 1678, parmi les architectes 
employés, au titre d'ingénieur entretenu, par la marine. En 
1685, il recevait de la communauté, sur les ordres de Sa 
Majesté et de Mgr de Grignan, cinquante écus, comme' 
indemnité de logement. 

Gombert (Barthélémy), « maître maçon de Toulon, » a 
reconstruit, à la suite d'un acte passé le 14 septembre 1643, 
l'église de Saint-Probace, àTourves, qui fut terminée en 1644. 

Gombert (Pierre), fils de Barthélémy, architecte de la ville, 
puis ingénieur du Roi au service de la marine, était Fauteur 
d'un plan de l'agrandissement de l'arsenal, dont Vauban fit un 
grand éloge de l'ensemble sans approuver les détails. En 1670, 
il recevait des payements de la marine pour avoir dirigé la 
construction du bâtiment dit l'Etuve, dont le dessin était 
de P. Puget. En 1687, ^"^ association avec César Aguillon, il 
passait marché avec la marine pour la construction d'un sémi- 
naire royal destiné aux aumôniers de la flotte (l'hôpital prin- 
cipal actuel maritime), et d'une église y attenant. De 1727 à 
1742, il travaillait encore pour le port. 

Gombert (Charles), qualifié maître maçon, concourait, en 



ARTISTES DE TOULON 



1696, en association, à l'adjudication des travaux de construc- 
tion et de décoration de la nouvelle façade de la cathédrale, 
adjudication qui resta à Albert Du Parc. 

Gombert (François), « ingénieur entretenu par Sa Majesté 
au port de Toulon, » recevait des consuls de cette ville, par 
ordre du Roi et de Mgr de Grignan, 50 écus, à titre d'indem- 
nité de six mois de logement. 

Gombert (Jacques) était, en 1696, un des associés de 
Charles Gombert dans l'adjudication de la construction de la 
façade de la cathédrale. 

Gombert (Joseph), maître maçon, se portait caution pour 
Charles et Jacques Gombert, et Joseph Pomet, entrepreneurs, 
lors des enchères du 8 mars 1686, relatives à la construction 
et à la décoration de la façade de la cathédrale. 

Grasset (François), « architecte, » était, en 1709, fournis- 
seur du cautionnement, dans l'adjudication de la paroisse 
Saint-Louis, passée à César Aguillon. 

Hercules, ingénieur, modifia, en 1685, le projet de forti- 
fications de la ville de Toulon, que l'ingénieur provençal 
Saint-Remy avait fait en 1552. L'exécution du projet modifié 
fut confiée à Pierre Hubac, architecte toulonnais. 

Hubac (Pierre), né à Toulon, mort dans la même ville le 
13 août 1593. Il était capitaine de quartier. En 1589, d'après 
un marché passé avec la communauté, il faisait exécuter les 
nouvelles fortifications de la place, comprenant, entre autres, 
les portes Notre-Dame et Saint-Lazare, des casemates, des 
corps-de-garde. On a dit que les plans étaient de l'ingénieur 
Hercules, qui, en 1685, avait modifié ceux que l'ingénieur 
provençal Saint-Remy, homme d'une grande réputation, avait 
présentés en 1552, lorsqu'il fut envoyé à Toulon par Henri IL 
Cependant Nostradamus dit dans son histoire de Provence, 
page 95e, que « Peyre Ulbach, originaire du lieu, traça le pre- 
mier dessin des fortifications ; ce dessin retrouvé était conforme, 
de point en point, à la fortification terminée » . 

Hubac (Jean), fils de Pierre, avait aussi été fait capitaine 
de quartier, et mourut à Toulon en 1672. En 1 6 18, il traitait 
avec la communauté, et tombait d'accord avec elle pour élever 
jusqu'au cordon les murailles de la fortification. En 1620, il 
obtint un arrêt condamnant la ville à lui payer 16.542 livres. 



ARTISTES DE TOULON 7 

Hubac (Antoine), qualifié tailleur de pierre, exécutait, en 
1689, en association avec Pierre Gautier, « le portail, » sans 
doute la façade actuelle, mais sans le couronnement de la 
porte consistant en une niche renfermant une Vierge, et en 
deux bustes aux extrémités de l'entablement. 

Lantoin, architecte, ingénieur du département, fit con- 
struire en 1721, d'après son dessin, la fontaine de la place 
Saint-Roch, qui remplaça l'ancienne, mutilée en 1789. 

Le Pelletier, directeur général des fortifications de Toulon, 
fit, en 1707, les plans de la nouvelle église paroissiale de 
Saint-Louis, dont la construction, commencée en 17 10, ne fut 
pas achevée. 

Matharon (Bertrand), « maître maçon de la ville d'Aix, » 
se trouvait à Toulon dans la seconde moitié du xiv^ siècle. 
En 1366, une convention était passée entre lui et la commu- 
nauté, pour la construction des remparts du côté de la mer. 

Maucord (Jean-Lange). — Voir à la sculpture. 

Niquet (Paul), ingénieur, inspecteur général des fortifica- 
tions de Provence, se trouvait à Toulon dès 1678, et y diri- 
geait les travaux de fortifications et autres, entrepris cette 
même année, d'après les plans de Vauban. 

Pélissier (Joseph-Marie) a été architecte de la ville du 
28 juillet 1767 à 1785, année où il mourut subitement et fut 
remplacé par Louis Vottier. 

Pètre, qualifié architecte dans les registres du port, exécu- 
tait, en 1679, des dessins qu'on devait envoyer au Roi, et 
était commissionné pour lever le plan des côtes du Roussillon. 

Pomet (César), architecte de Toulon, qualifié ingénieur 
dans les livres de la marine, fit, en 1728, des travaux à l'Hôtel 
de Ville. En 173 1, il fut chargé, au titre d'expert, de visiter 
la charpente qui portait le grand comble de l'église de Saint- 
Maximin (Var), et en signala les vices de construction. De 
1723 à 1736, il travaillait pour la marine. Il possédait une 
campagne dans le territoire de La Garde, confrontant le mou- 
lin de Grenouille. 

Pomet (Joseph), qualifié tantôt architecte, tantôt maçon 
ou tailleur de pierre, soumissionnait, en 1696, en association 



8 ARTISTES DE TOULON 

avec Charles et Jacques Gomhert, pour Tentreprise des travaux 
de construction et de décoration de la nouvelle façade de la 
cathédrale de Toulon, dont l'adjudicataire fut Albert Du Parc. 
En 1734, il était nommé expert et chargé d'étabHr un devis 
estimatif des réparations à faire à l'ancienne paroisse de Notre- 
Dame et à la maison claustrale du village de La Garde. Le 
blanchissage de l'église devait être fait à « l'eau de mer » . Les 
plans, élévations et devis du clocher actuel de la cathédrale de 
Toulon, dont le prix-fait fut donné, le 17 juin 1736, à Lau- 
rent Sillan et Jean Marillac, maîtres tailleurs de pierre, étaient 
de Joseph Pomet, et avaient été préférés à ceux de Charles Sénés, 
architecte de la communauté. Ledit clocher commencé en 
1737 fut terminé en 1740. 

Puget (François). — Voir à la peinture. 

Puget (Gaspard). — Voir à la sculpture. 

Puget (Jean), né à Marseille dans les premières années du 
xvii^ siècle, mort à (?), vers 1688. Jusqu'ici, nous n'avons 
rencontré aucun document sur l'état civil, ni sur les commen- 
cements du frère aîné de Gaspard et de Pierre Puget. Quoique 
qualifié « maître maçon de Marseille », il n'est pas douteux 
qu'il ait fait des apparitions fréquentes à Toulon. Nous trou- 
vons, dans le cadastre de Toulon de 1644, qu'un nommé 
Jean Puget possède dans les environs de cette ville, aux quar- 
tiers Brunet et Canaillette, trois petites terres complantées 
en vignes et oliviers (arch. comm., série CC. 22, registre). 
En 1648, un « M' Puget » reçoit une certaine somme, comme 
entier payement, pour avoir dirigé les travaux de construc- 
tion de la Poudrerie fondée par la communauté dans la vallée 
de Dardennes. Or, il n'y avait alors à Toulon que des 
membres de la famille Puget de Marseille, ce qui permet de 
croire que c'est l'un des trois frères Puget, Jean, Gaspard ou 
Pierre, qui fut l'architecte du bâtiment. Jean s'était marié avec 
Honorine Vidal, dont il eut un fils qui, né à Marseille, 
épousa, en 1653, à Toulon, Madeleine Lambert, de cette 
dernière ville. Il se trouvait, en janvier 1671, à Marseille où 
il reçut de son frère Pierre, résidant à Toulon, une procura- 
tion datée du 26 de ce mois, pour se faire payer, par les Eche- 
vins de la première de ces deux villes, les 1.500 livres dues 



ARTISTES DE TOULON 9 

comme acompte de Texécution et de l'achat du marbre de 
l'Écusson des Armes du Roi, destiné à orner la façade de 
l'Hôtel de Ville. En 1672, nous trouvons notre maître maçon 
chargé de la direction des travaux de construction de la Pois- 
sonnerie de sa ville natale, dont les plans étaient de son frère 
Pierre, travaux qui furent terminés en 1674. En 1675, il 
dirigea la construction de l'hôtel d'Aiguilles, à Aix, d'après les 
plans de ce même frère. Quelques années après, divers tra- 
vaux d'augmentation ayant été exécutés à l'église paroissiale 
de la Seyne près Toulon, Jean Ptiget, « maître maçon de 
Marseille, » et Jean Ribergue, maçon de Toulon, nommés 
experts, estimèrent ces travaux à la somme de 5.210 livres 
I sol 6 deniers. Commencée en 1674, cette église ne fut 
terminée qu'en 1680. 

Puget (Paul). — Voir à la peinture. 

Puget (Pierre). — Voir à la sculpture. 

Rebouillon (Henri) obtint des consuls, après délibération 
du Conseil de ville du 4 août 1643, le prix-fait de la chapelle 
de Saint-Jean de l'Hôtel de Ville. 

Ribergue (Jean), quaUfié « maçon, mestre d'œuvre, inten- 
dant de l'égUse cathédrale », était, par délibération du 18 juil- 
let 1647 du Conseil de ville, chargé de la construction du 
« méat » bu canal de Dardennes. En 1653, il fut commis- 
sionné par les consuls de Toulon pour faire exécuter l'agran- 
dissement de la cathédrale. Il répartit les travaux de la taille et 
de la pose entre Jean Teisseire et Jacques Richaud, maîtres 
tailleurs de pierre, entrepreneurs. Ribergue fut, en même 
temps, chargé par les marguilliers de la confrérie du Corpus 
Domini, de la reconstruction de leur chapelle, que décora 
magnifiquement Pierre 'Puget. Commencés en 1653, ^^^ ^^^~ 
vaux d'agrandissement de la cathédrale ne furent terminés 
qu'en 1661. 

Rollet (Julien), « architecte de Toulon, » fut chargé, en 
1624, de la restauration et de l'agrandissement de l'église 
Kotre-Dame-de-Cortines de Six-Fours. D'après l'acte reçu 
par M^ Denans, notaire du lieu^ l'agrandissement de cet édi- 
fice a été fait d'après les plans et devis de Rollet ; il coûta 
951 livres. On voit au jardin public de Toulon, la porte de la 
susdite église. 



10 ARTISTES DE TOULON 

Romain (Pierre) faisait partie, en 1755, de la Corporation 
de Saint-Joseph, patron des charpentiers. En 1770, il possé- 
dait la maison n° 16, rue de l'Oratoire. Pierre Romain et son 
fils avaient été chargés, en 1768, des travaux de construction 
de la paroisse de Saint-Louis. Ce dernier construisit, en 1780, 
sur des terrains qu'il avait acquis, quelques-unes des maisons 
en alignement sur la place d'Armes et en face la préfecture 
maritime, et dut se conformer au plan d'ensemble dressé par 
l'architecte Sigaud, ingénieur de la province, auteur des plans 
de l'église actuelle de Saint-Louis. Toussaint Romain, ingé- 
nieur de la marine, était frère de Pierre. Un Jean-Pierre Romain, 
de Toulon, résidait, en 1770, à La Garde. Dans les papiers 
d'archives de cette commune, il est qualifié maître maçon. Il 
signait : « Romain cadet. » 

Saint-Louis (Pierre), ingénieur entretenu de la marine, se 
trouvait à Toulon en 1 678 ; il avait été appelé dans cette ville 
à l'occasion de l'agrandissement de l'arsenal et de la ville 
d'après les plans de Vauban. En 1685, il recevait du trésorier 
de la communauté 50 écus à titre d'indemnité de logement. 

Saint-Rémy, ingénieur provençal, jouissait d'une grande 
réputation. En 1552, il fut envoyé à Toulon par Henri II 
pour faire les plans des nouvelles fortifications. 

Sauvadour, architecte toulonnais, fut chargé, en 1585, en 
même temps qu'Etienne Geoffroy, de visiter les terrains sur 
lesquels devaient se trouver les fortifications projetées. 

Sénés (Charles), architecte de la communauté, faisait, en 
1736, divers plans et devis pour servir à la construction du 
clocher actuel de la cathédrale. Il lui fut payé 120 livres pour 
ces plans, auxquels furent préférés ceux ào. Joseph Pomet. 

Sigaud, « architecte de la Province, » a fait le plan et 
dirigé la construction de l'église actuelle de Saint-Louis. En 
1780, la ville accepta le projet qu'il avait dressé pour l'archi- 
tecture de la ligne de maisons faisant face à la préfecture 
actuelle de la marine; projet auquel durent se conformer les 
propriétaires des terrains vendus. 

Toscat, architecte de Lorgnes (Var), vit, en 1780, ériger, 
d'après ses plans, la fontaine monumentale qu'on trouve sur 
la place Puget, fontaine qui, la sculpture comprise, fut payée 
6. 45 7 livres. 



ARTISTES DE TOULON II 

Vaccon (Honoré) recevait, en 1778, de la municipalité de 
La Garde-près-Toulon, 12e livres pour le plan qu'il avait fait 
de la paroisse actuelle. L'ancien maître-autel de cette église, 
dont l'exécution fut confiée, en 1687, à Marc Roux, sculpteur 
d'Aix, était de la composition du même Vaccon. 

Vauban (Sébastien de), né à Saulieu, en Bourgogne, en 
1663, mort en 1707, ne fut pas seulement un grand ingé- 
nieur, il fut aussi un artiste, car il sut orner l'architecture, 
allier Fart à la science. On lui doit une partie des anciens 
remparts de la ville et l'arsenal avec sa darse, dite de Vauban, 
dont les travaux, entrepris en 1678 et terminés en 1702, 
furent exécutés d'après ses plans. La construction de la Cor- 
derie, commencée en 1668, par l'ingénieur de Claiville, furent 
repris après sa mort, arrivée en 1677, d'après les propres 
dessins de Vauban. Ce beau monument de 300 mètres de 
longueur sur 20 de largeur, commencé, on peut dire, en 1686, 
fut achevé en 1697. En 1681, notre ingénieur doublé d'un 
artiste modifia les plans et fit un nouveau devis de la Porte- 
Royale ou Porte de France, dont le premier dessin était de 
l'ingénieur d'Aspremont. Le grand citoyen Vauban devait, 
mieux que bien d'autres, avoir une place ici, puisque, par ses 
magnifiques travaux, il a contribué, pour une très grande part, 
à l'avancement des arts dans notre ville. 

Vottier (Louis), architecte toulonnais, était nommé, en 
1780, expert pour la construction de l'église de Saint-Louis, 
de laquelle il avait fait un plan très estimé. Du 6 février 1784 
au 30 août 1786, il fut le directeur et l'inspecteur des tra- 
vaux de construction de la paroisse actuelle de La Garde, 
charge à laquelle il dut renoncer lorsque, à la suite d'un con- 
cours, il fut nommé, le 23 septembre 1785, ingénieur de la 
ville de Toulon en remplacement de Joseph Pelissier qui venait 
de mourir. Vers cette époque, faisaient partie de la Corpora- 
tion ou Confrérie de Saint-Joseph, trois maçons ou architectes 
du nom de Vottier, prénommés Pierre, Jean et Louis. 

ORFÈVRES 

Curet (Antoine) était chargé, en 1657 et 1669, de l'exé- 
cution, d'après les dessins qu'il avait présentés, d'une croix et 



12 ARTISTES DE TOULON 

de chandeliers en argent fin pour la chapelle du Corpus 
Domini de la cathédrale. 

Curet (Honoré) livrait, de 1681 à 1683, aux recteurs de la 
confrérie du Corpus Domini, plusieurs lampes d'argent qu'il 
avait façonnées. 

Curet (Jean) exécutait, de 171 1 k 173 1, une croix et des 
chandeliers d'argent pour la chapelle du Saint-Sacrement ou 
Corpus Domini. 

Galle (Gaspard- Alexandre) recevait, en 1764, 280 livres 
pour avoir fourni une croix d'argent, et, en 1775, 790 livres 
pour une lampe de même métal; ces deux objets destinés à la 
chapelle susdite. 

Henra (Gaspard), orfèvre et ciseleur, fondait en bronze, en 
1745, pour la chapelle du Corpus Domini delà paroisse Saint- 
Louis, établie depuis 1709 dans la vaste et belle chapelle des 
pénitents bleus de Saint-Sébastien, deux bras, chacun à deux 
girandoles, destinés à l'autel. Le modèle « exquis » de ces 
deux bras était du sculpteur Verdiguier. 

Toucas (Jacques) fournissait pour la chapelle du Corpus 
Domini de la cathédrale, en 1744, deux chandeliers d'argent 
ciselés, et réparait, en 175 1, la tête d'un chérubin ornant un 
chandelier de même métal. 

Trouvé (Louis), dit Saint-Germain, maître orfèvre, façon- 
nait et ciselait, en 1645, 1648 et 1652, d'après les dessins 
qu'il avait présentés, des chandeliers, lampes et bassins en 
argent fin pour la chapelle de la confrérie du Corpus Domini 
ou du Saint-Sacrement de la cathédrale. En 1649, il faisait un 
travail pour la communauté. 

Vienot (Jacques) recevait, à la suite d'une délibération du 
Conseil de ville du 26 janvier 1649, un acompte sur un tra- 
vail qui lui avait été commandé. 

SERRURIERS 

Augier (Pierre) était chargé, en 1648, en association avec 
Etienne Guyart, de la façon, d'après le dessin présenté, de la 
grille en fer devant fermer la chapelle du Corpus Domini de la 
cathédrale. En 1658, il exécutait, de concert avec Pierre 



ARTISTES DE TOULON I3 

Gautier, une nouvelle grille pour la même chapelle reconstruite. 
L'année d'avant, il avait collaboré à l'emboutissage de la 
superbe imposte de la porte de l'Hôtel de Ville, dont le dessin 
était de Pierre Puget. 

Bernard exécutait, en 1758, une grille en fer forgé pour 
la fermeture de la chapelle du Corpus Domini. 

Gautier (Pierre) prenait part, en 1648 et 1658, à l'exécu- 
tion de grilles en fer pour fermer la chapelle susdite. Il prit 
également part, en 1657, ^ l'exécution de l'imposte du por- 
tique de Puget. 

Guyart (Etienne) était associé, en 1648, avec Pierre Augier, 
pour l'entreprise de la grille ou porte en fer forgé destinée à 
la chapelle du Corpus Domini. 

Laugier (Jean), maître serrurier de la marine, était un bon 
dessinateur. En 1785, il était chargé, ainsi que Mathieu 
Lombard, de vérifier le chef-d'œuvre du compagnon serrurier 
Marot, aspirant à la maîtrise. Il est l'auteur du balcon en fer 
forgé, avec ornements d'applique, de l'hôtel de la préfecture 
maritime. Il a eu pour fils Nicolas Laugier , un de nos meilleurs 
graveurs contemporains. 

FONDEURS 

Barbaroux (Jean) recevait, en 1657, le prix de la façon 
d'une cloche commandée par la ville. 

Barbaroux (Joseph), « maître fondeur, » était chargé, en 
1635, en association avec François Berage, de la façon d'après 
le dessin présenté par lui, de deux candélabres de i m. 56 de 
hauteur, pour le service de la chapelle du Corpus Domini de 
la cathédrale. 

Barbe était, en 1679, maître fondeur à la Fonderie royale 
de la marine, aux appointements de 1.640 livres par an. 

Bérage (François) était, en 1635, ainsi que nous venons de 
le voir, associé à Joseph Barbaroux, pour la fonte et la ciselure 
de deux grands candélabres. En 1643, 1645 et 1648, il tou- 
chait de la ville des acomptes pour une nouvelle cloche, appe- 
lée Saint-Honoré et Saint- Joseph, qui lui avait été commandée 
pour la cathédrale. 



14 ARTISTES DE TOULON 

Bernard (Sébastien), fondeur et ciseleur, se trouvait à 
Toulon en 1678, et y exécutait des travaux pour la marine. 

Hurand (François) fondait en fonte de cuivre et ciselait, 
en 1682- 1683, huit masques colossaux de lion, ayant entre les 
dents des anneaux pour Tamarrage des vaisseaux. 

Landouillet (René) passait marché, en 1686, avec la marine, 
pour la fonte de 500 canons de divers calibres. 

Séneval (A. -Sébastien), maître fondeur, exerçait son art à 
Toulon, où, en 1683, il refondait la grande cloche de la cathé- 
drale, et, en 1686, une autre grande cloche qui avait été 
cassée. En 1698, il livrait dix gros chandeliers de laiton, des- 
tinés à la chapelle du Corpus Domini. 

Rougier façonnait, en 1760, pour la chapelle du Corpus 
Domini, des chandeliers en laiton. 

Vidal était, en 1777, maître fondeur à la Fonderie de la 
marine. 

DOREURS 

Billet (Joseph), « maître sculpteur » et doreur, était chargé, 
en 1745, de dorer les deux grands cadres de la chapelle du 
Corpus Domini. 

Castillon (Toussaint) dore, en 1668, une croix pour la 
même chapelle, et, en 1671, le retable de Tautel de la confré- 
rie de Saint-Joseph de Six-Fours. 

Caussemille (Jacques-Philippe), doreur, est inscrit sur le 
registre de l'impôt de capitation de 1705. 

Corriolis (Jacques) dore pour la confrérie du Corpus 
Domini, en 1673, des consoles devant supporter deux anges, 
et, en 1674, l'autel de la chapelle de ce nom. 

Jeannot (Guillaume) est chargé, en 1674, P^^ ^^ même 
confrérie, de dorer deux anges. 

Ponchony (Je-in), « de la ville de Marseille, » dorait, en 
1624, le retable du maître-autel de l'église de Six-Fours. En 
i6éo, il entreprenait la dorure de l'autel et du retable de la 
chapelle du Corpus Domini de la cathédrale, dont le prix fait 
lui avait été donné par P. Puget, 



ARTISTES DE TOULON I5. 

Selmy (Joseph, et Pellegrin, son fils), sculpteurs et 
doreurs, exécutent, en 1740 et 1752, des travaux de dorure 
pour la chapelle du Corpus Domini. 

Silvy reçoit, en 1745, 90 livres pour ouvrages de dorure 
faits à la chapelle susdite. 

GRAVEURS 

Barthélémy (Claude-César) était établi, en 1793, dans la 
rue Petra. 

Julien (Laurent) a gravé plusieurs tableaux de Simon Julien, 
de Toulon, son oncle, peintre agréé de l'Académie de Paris. 

Laugier (Jean-Nicolas). — Voir à la peinture. 

Riquier (Etienne-Jacques- Jean) exerçait la gravure, à Tou- 
lon, dans la seconde moitié du xviii^ siècle. Il avait épousé la 
sœur du peintre Zacharie-Félix Doumet. 

Talby, graveur toulonnais, exécutait, en 1776, un cachet 
et diverses autres pièces pour la municipalité de La Garde. 

Tassin (Denis-Joseph) gravait à Toulon dans le milieu du 
xviii^ siècle. Son nom se trouve sur une liste de 1767, sur 
laquelle sont inscrits les particuliers dont les professions ne 
sont pas en jurande. 

AMATEURS COLLECTIONNEURS * 

Boyer (François de), né à OUioules en 1633, mort à Gre- 
noble en 1679. Seigneur de Bandol et président au Parlement 
de Provence, il était fils de Jules et d'Èléonore de Foresta, et 
petit-fils d'Antoine, un des plus actifs lieutenants du duc 
d'Épernon pendant les guerres de la Ligue. De son mariage 
avec Catherine de Mascres de Pontevès, il avait eu François 
de Boyer j né à Aix le 11 février 1673, qui devint président à 
mortier au Parlement de Provence. D'après les rapports d'es- 
timation en valeur, faits après sa mort, des tableaux compo- 
sant la collection de François de Boyer I"y seigneur de Bandol, 
il fut trouvé, dans sa « maison » d'OlHoules et dans son hôtel 

I. Nous avons, ici, adopté l'ordre chronologique. 



l6 ARTISTES DE TOULON 

d'Aix, soixante-quinze tableaux grands ou petits, parmi les- 
quels : un « tableau de fruits », de Liégeois-, un « paysage 
avec animaux », de Benedetto de Castiglione; une toile repré- 
sentant une « Perspective avec une adoration des Rois », en 
petites figures, la perspective peinte par de Vivanm et les 
figures par M. Finson (Finsonnius) ; un « tableau de la Sainte 
Vierge montant au ciel, avec quelques anges », par le même 
M. Finson; une autre Vierge, dans un cadre ovale, due au 
pinceau de Bousquet ; deux tableaux de De la Rose, représen- 
tant un naufrage et une marine, qui furent estimés à un plus 
haut prix que tous les autres tableaux. 

Thomas (Charles-Joseph-Paul de), baron, seigneur de 
Sainte-Marguerite et de La Garde, président à la Cour des 
comptes de Provence, décédé dans son hôtel de Toulon, le 
8 octobre 1767, à l'âge de soixante-sept ans. D'après l'inven- 
taire dressé après sa mort, inventaire commencé le 
15 octobre 1767 et terminé le 7 janvier 1768, il fut trouvé, 
dans sa maison d'habitation de Toulon, cent dix-huit objets 
d'art, tableaux, sculptures, vases, gravures, etc. ; dans son châ- 
teau de La Garde, quarante-six toiles et vingt-neuf gravures ; 
dans celui de Sainte-Marguerite, vingt tableaux. 

Malcor (Claude) avait pris le goût de la peinture à Mar- 
seille, où, en 18 13, il fit l'acquisition de nombreuses toiles de 
maîtres anciens. C'est à son retour de Nice, alors ville fran- 
çaise, où il avait été envoyé en 18 10, en qualité de garde- 
magasin des subsistances, qu'il avait acquis ces toiles. 

Malcor (Étienne-Marius), né à Marseille le 4 août 1796, 
mort à Toulon 13 août 1881, avait hérité de son père, Claude, 
de Tamour des arts et de la passion du collectionneur. En 
18 10, il suivit son père à Nice, et apprit, dans cette ville, les 
premiers éléments du dessin et de la peinture. Revenu à Mar- 
seille, en 18 12, il suivit les cours de dessin de l'école munici- 
pale, et y obtint, au concours du 3 septembre de l'année 
suivante, le premier prix de la i""^ classe d'après la gravure. 
Il lui fut délivré un diplôme portant la signature de Augus- 
tin Aubert, directeur du musée et de l'école gratuite de dessin. 
Plus tard, Etienne Malcor, officier d'administration au port de 
Toulon, augmenta la collection que lui avait laissée son père. 



ARTISTES DE TOULON I7 

Par acte du 12 décembre 1872, notre éclairé amateur céda, 
à titre de vente, à la ville de Toulon, pour son musée, vingt- 
un tableaux, parmi lesquels celui renfermant les portraits des 
deux filles de Joseph Bonaparte, peints par Louis David, à 
Bruxelles. Les autres toiles laissées, à sa mort, par Malcor, 
furent partagées entre ses fils. 

Bertrand de Sivay (le général) avait formé une collection 
de tableaux. A sa mort, par jugement rendu le 7 avril 185 1, 
M. Ginoux, peintre de Toulon, fut nommé expert, à l'effet 
d'estimer les tableaux trouvés dans la succession de feu le 
général Bertrand de Sivay, du Luc (Var). Ces peintures, au 
nombre de quarante-sept, ornaient les différentes pièces de son 
hôtel, dont la grille était en bordure sur la partie de la route 
nationale traversant le Luc. Il fut aussi trouvé cinquante-huit 
gravures. 

Dupont, payeur de la marine, possédait, dès 1830, un 
nombre assez considérable de toiles de toutes les Écoles, des 
meubles artistiques et divers autres objets d'art. Cet amateur 
fut un véritable père pour quelques artistes. N'ayant plus 
d'enfants, dans les dernières années de sa vie sa générosité 
fut sans bornes ; à tel point qu'il se vit contraint de se sépa- 
rer d'une grande partie de ses tableaux, qui toujours avaient 
été pour lui l'objet d'un culte. A sa mort, il légua ce qui 
restait de sa collection, à peu près cinquante toiles, à la Ville, 
pour son musée; quelques autres objets d'art, entre autres une 
belle console en bois doré, du commencement du xviii^ siècle, 
qu'on peut attribuer à Toro, et qui se trouve en ma posses- 
sion, furent vendus par ses héritiers ^ 

Didier, ancien capitaine, avait ajouté à sa collection de 
tableaux, des spécimens de bronzes anciens, des médailles, des 
poteries, des livres rares. Après sa mort, tout fut dispersé. 

Baliste, du Luc, employé des douanes, avait formé à Tou- 
lon une collection embrassant l'art sous toutes ses formes. 
Après avoir pris sa retraite, il se retira dans sa ville natale, 
emportant avec lui ses milliers d'objets divers, véritable ency- 

I. Dupont, le payeur de la marine, a eu un fils peintre, prénommé Joseph- 
Alexandre. On trouve dans le livret du Salon de Paris de i8$o, un Alexandre Dupont 
qui a exposé un tableau ayant pour titre : « Des Amours se disputant les offrandes 
apportées au dieu Terme. » 

kVT FR. XII 2 



ETIENNE-MAURICE FALCONET 



clopédie de la curiosité. A sa mort, plusieurs amateurs 
augmentèrent leurs collections en acquérant l'héritage artis- 
tique^ de cet excentrique collectionneur. 

Guizier (Madame) ne doit pas être oubliée. Femme du peuple, 
complètement illettrée, l'amour des arts la gagna. Elle avait du 
flair, et, guidée par l'instinct seul, elle acheta, d'abord un à 
un, des tableaux. Associée au commerce de son mari, qui de 
petit marchand était devenu un assez riche commerçant, elle 
avait pu, dans la suite, sacrifier des sommes relativement 
importantes pour satisfaire sa passion artistique ; en sorte que 
sa maison et sa campagne finirent par être encombrées d'objets 
d'art de plusieurs sortes. Comme amateur de tableaux, elle 
s'était fait un nom; on allait visiter sa collection, sûr d'être 
bien accueilli. Plusieurs étrangers ne manquaient pas de 
rendre visite à M™^ Guizier et à ses tableaux, lorsqu'ils pas- 
saient par Toulon; quelques-uns d'entre eux avaient même 
noué avec la femme du peuple de véritables relations d'amitié; 
relations nées de leur mutuelle sympathie pour les arts. A sa 
mort, une de ses nièces a hérité d'une grande partie de ses 
biens, et de sa collection de toiles, dont je fus chargé de faire 
l'estimation en valeur. 

Toulon, lundi 28 mai 1894. 

Ch. Ginoux. 



ETIENNE-MAURICE FALCONET 
1779 

LETTRE A SA BELLE-FILLE MARIE-ANNE COLLOT 

Communication de M. Antony Vaïahrègue. 

La lettre que nous publions ci-dessous fait partie des documents 
relatifs à Falconet et à sa belle-fille, née Marie-Anne Colîot, qui 
appartiennent aujourd'hui au Musée Lorrain, à Nancy, et qui ont 
été remis, en 1863, par M"»« la baronne de Jankowitz. Celle-ci était 



ETIENNE-MAURICE FALCONET I9 

la fille de la femme statuaire, au talent vraiment personnel, qui 
accompagna Falconet en Russie, et collabora avec lui à la statue 
de Pierre le Grand. M'"^ de Jankowitz possédait chez elle un grand 
nombre de souvenirs de sa mère, et quelques œuvres de sculpture 
qu'on retrouve aujourd'hui dans une salle du Musée de Peinture de 
Nancy. 

M. Charles Cournault, longtemps conservateur du Musée Lorrain, 
a bien voulu nous donner communication de la lettre que nous 
reproduisons ici. Nous avons publié précédemment dans la Revue 
de VArt Français l'acte de décès de Marie-Anne Colîot, qui avait 
épousé Pierre-Etienne Falconet, peintre assez médiocre, à en juger 
par les œuvres qu'on peut voir de lui'. Le Musée de Nancy pos- 
sède quelques-uns de ses tableaux, entre autres un portrait qu'il a 
exécuté d'après sa femme, et qui nous conserve l'image de celle-ci. 

Nous ne reviendrons pas à la biographie de la femme artiste, et 
aux graves dissentiments qu'elle eut avec son mari. Un document, 
retrouvé par M. Emile Campardon et publié dans le Bulletin 
de la Société de l'Histoire de VArt Français, numéro d'octobre 1877, 
nous a révélé combien ce ménage fut désuni. Nous avons nous- 
même repris l'histoire de Marie- Anne Collot, raconté sa vie et étudié 
son œuvre dans un article, paru récemment {La Vie Contemporaine 
I" août 1894). Nous aurions regret de conserver une pièce qui 
intéresse plus spécialement les futurs biographes du statuaire Falco- 
net, figure très diverse, on le sait, esprit passionné et mobile, et que 
nous retrouverons, dans cette lettre, se manifestant avec une sin- 
gulière sincérité. 

Etienne Falconet se trouvait en Hollande, en juin 1779; il s'était 
arrêté à La Haye, après avoir quitté Saint-Pétersbourg. Sa belle-fille 
était rentrée à Paris, et la discorde allait éclater entre elle et son mari. 
Falconet soupçonnait cette mésintelligence, et il ajoutait à sa lettre 
de sages recommandations. M"^« de Jankowitz a déchiré un mor- 
ceau de ce document, mais il est bien clair que nous devons recons- 
tituer ainsi la dernière phrase : « Quand vous partirez de Paris, 

ayez et marquez le moins d'humeur qu'il vous sera possible à 

votre mari. » 

Dans cette lettre, Falconet effleure bien des sujets différents. Il 
s'attache d'abord à quelques détails domestiques ; et parle de l'état 
des caisses qu'il venait de recevoir de Saint-Pétersbourg et qui ren- 
fermaient les meubles, les objets, les plâtres, les marbres apparte- 
nant à l'un et à l'autre. Il donne des nouvelles de sa statue, dont la 



I. M. Ch. Cournaulet a donné un relevé de ses œuvres, dans un aritcle de la 
Galette des Beaux-Arts, 1869, t. II, 2« période, pages 117-144. 



20 ETIENNE-MAURICE FALCONET 

pose était terminée. Il fait allusion à la préparation d'un volume 
qu'il voulait faire paraître, car on sait qu'il était aussi écrivain. La 
princesse Galitzin ayant promis à Marie-Anne Coîlot de lui faire obte- 
nir le buste du prince et de la princesse d'Orange, Falconet engage 
sa belle-fille à ne point hésiter à lui réclamer son intervention pour 
faire aboutir cette commande. Elle l'obtint, en effet, et l'on retrouve 
aujourd'hui au Musée de La Haye l'image du stathouder Guillaume 
V de Nassau, et celle de sa femme, Frédérique-Wilhelmine, née 
princesse de Prusse. Falconet poussait en outre sa belle-fille à se 
présenter à l'Académie de Peinture, où, évidemment, son talent 
pouvait lui faire trouver place, et où les femmes étaient reçues, 
en ce temps-là. 

Nous constaterons enfin que Falconet fait part à Marie-Anne Collot 
de quelques-unes de ses impressions devant les chefs-d'œuvre qu'il 
rencontrait en Hollande. On remarquera ce qu'il dit de Van der 
Helst. Il doit y avoir pour nous un certain plaisir et une certaine 
curiosité à noter ces appréciations d'un artiste du xviii« siècle 

Antony Valabrègue. 

Monsieur Baron est prié de vouloir bien remettre cette lettre 
en mains propres à M""^ Falconet. 

La Haye, 8 juin 1779. 

Madame et chère fille, j'ai reçu votre lettre le 4 mai à mon 
retour à Amsterdam. Nous avons fait une belle tournée tous 
ces jours-ci. Nous avons été en Frise, où nous avons parcouru 
divers endroits et séjourné à d'autres. Nous avons fait aussi un 
petit embarquement d'environ 60 ou 80 lieues par un vent 
contraire; et j'ai payé le tribut que vous connaissez parfaite- 
ment ; au retour je n'ai pas eu le moindre soupçon d'incom- 
modité : chacun s'est porté à merveille. 

Elles sont enfin arrivées ces misérables caisses, et voici 
comment. Trois n'ont point été mouillées, et j'y ai trouvé 
les livres comme nous les y avons mis à Pétersbourg, mais les 
autres sont dans le plus pitoyable état et ce qu'elles conte- 
noient est ce qui s'appelle pourri. J'ai donc perdu plus de la 
moitié de mes livres, en comptant aussi une des caisses qui a 
disparu je ne sais où ni comment; mais heureusement votre 
moulin à café n'a reçu aucun dommage et vous le retrouverez 
sain et sauf. Votre tête de marbre est arrivée, et pour les 



ETIENNE-MAURICE FALCONET 21 



plâtres, c'est une chose curieuse de voir comment Teau de la 
mer les a travaillés ; vous les verrez. Pour votre table de toi- 
lette, il n'y faut plus penser, vous la mettrez au feu si vous 
voulez. N'oubliez pas d'apporter ce que vous avez de petites 
clefs. Le coffret des médailles et ce qu'il contient est arrivé en 
bon état. Quand vous verrez M. Simon, engagez-le à suivre 
mon exemple et à se consoler de sa petite pacotille de livres; 
il n'y doit plus compter. J'ai quelques portefeuilles soit de 
desseins et d'estampes, les autres sont pourris ou perdus; ainsi 
trouvons-nous contents de nos débris et de beaucoup d'argent 
qu'il me faudra jetter encore par dessus le marché. 

Mon avis seroit que vous vous divertissiez un peu de cette 
idée de mon prétendu mariage à la Haye. Feignez de n'en 
rien savoir, ayez des doutes, faites M™^ Gobe mouche, et vous 
aurez le plaisir de voir jusqu'où les sots et les oisifs poussent 
leur ineptie. Ils sont toujours les mêmes, et nous ne les refon- 
drons pas : mais quand ils ne font pas de plus grosses méchan- 
cetés, ils nous apprêtent à rire et se font connaître de plus 
en plus. 

J'apprends de Pétersbourg que la statue est posée, et qu'on 
travaille vivement à terminer la pierre. On dit que le tout 
sera découvert à la fin de ce mois. Arrive qui plante. Non vrai- 
ment je ne suis pas encore à l'impression ; car le copiste va 
lentement, soit par indisposition, soit par d'autres occupations 
qui parfois le détournent. Au fond, je n'en suis que médio- 
crement fâché, parce que j'en ai plus de loisir pour travailler 
et retravailler mon ouvrage, lequel est à peine reconnaissable, 
en le comparant à ce qu'il étoit. Peut-être serez- vous venue 
encore à temps, pour en juger avant l'impression. 

M"'^ La Princesse partira peut-être vers le commencement du 
mois d'août ; peut-être aussi ne fera-t-elle qu'un voyage alors. 
Mais de quelque manière que ce soit, avant son départ elle arran- 
gera ce qui nous regarde chez le Prince et la Princesse d'Orange ; 
ainsi soyez tranquille, faites vos affaires et ne tardez pas trop 
longtemps après. Etes-vous folle avec vos craintes, vos 
frayeurs pour écrire à la Princesse de Galitzin ? Ecrivez, ne 
tardez pas, et ce que vous écrirez sera très bien, et très bien 
reçu. 

Je les ai vus ces deux tableaux de Van der Helst, à l'hôtel 



22 ETIENNE-MAURICE FALCONET 

de ville d'Amsterdam, et je vous ai souhaitée là, mais nous les 
verrons ensemble. Si jamais l'Art a produit rien de plus vrai 
dans le genre du portrait, je ne le comprends et ne le com- 
prendrai jamais. Pendant les jours que j'ai resté à Amsterdam, 
soir et matin j'ai rendu mes hommages à ces suprêmes 
tableaux, et je n'ai même pas eu le temps de plaindre ceux qui 
les trouvent assez bien. 

Je reçois tout à l'heure une lettre de M. Dansau qui est 
libre à Genève. M. Lex a fait un trou dans la lune, et je suis 
dégagé de tout engagement avec lui. La Société t3^ographique 
de Lausanne demande à imprimer mon ouvrage, et voici ce 
qu'un des membres en écrit à M. Dansau : « On le fera aussi 
promptement et aussi bien qu'on puisse le faire ici. M. Falco- 
net sera content sur ce point; j'ai tout lieu de l'espérer. » 
Nous prendrons les arrangements particuUers quand il sera 
question de partir ; mais avant il faut finir le manuscrit, et c'est 
à quoi je travaille de mon mieux et tout à loisir. 

Non je ne croirai jamais « que vous vous écoutiez » ; j'ai 
bien trop vu le contraire, et plus d'une fois j'en ai été fâché. 
Sans faire la mijaurée, vous pourriez cependant prendre soin 
de votre santé; vous en avez besoin pour plusieurs raisons, par- 
ticulièment pour veiller à l'éducation de votre enfant, que 
certainement vous ne négligerez pas. 

Sans doute que vous avez arrangé avec M. de Lorme le 
moyen de faire arriver les autres caisses à la Haye. C'est dit-on, 
au Havre qu'il faut s'adresser, à MM. Herries et le Couvreur, 
parce que c'est eux qui peuvent, à Copenhague, faire changer 
de route aux sept autres caisses. M, de Lorme doit savoir ce 
qui convient et agir en conséquence et promptement. 

Je n'ai plus rien à vous dire sur votre marche académique, 
puisque je vois que vous vous conduisez bien et que vous dis- 
tinguez à présent les personnages qne vous rencontrerez sur 
votre chemin. Parvenez là, ou n'y parvenez pas, mais soyez 
assurée que mon amitié pour vous sera toujours la même; 
faites en autant, et vous adoucirez les déplaisirs qui d'ailleurs 
pourraient m'importuner. Nous verrons si votre Machinka 
aura l'esprit de reconnoître mon chapeau tout rond et ma petite 
perruque ; je n'en crois rien, quoi qu'elle s'en soit beaucoup 
occupée dans le voyage. A propos, une lettre mal entendue 



LES TAPISSIERS d'aUBUSSON 23 

de M"* Blemar avoit fait croire à Pétersbourg que Machinka 
étoit morte à Berlin ^ . 

Adieu, continuez à vous mieux porter; faites bien des com- 
plimens pour moi à M. Baron. Quand vous partirez de Paris, 
ayez et marquez le moins d'humeur qu'il vous sera possible 
à... votre mari. 

Votre père et ami, 

Falconet. 



LES TAPISSIERS D'AUBUSSON 
(7 juin 1622) 

Communication de M. le vicomte de Grouchy. 

Le nom de Barjou figure déjà sur les listes des tapissiers aubus- 
sonnais dressées par M. Cyprien Pérathon. Celui de François Bien- 
noustienne nous paraît moins connu. Il faut donc l'ajouter aux listes 
déjà publiées. 

Nous avons de plus dans la pièce suivante le prix moyen de l'aune 
de tapisserie au commencement du xviv siècle. Cet acte confirme 
les renseignements qu'on possédait déjà. On remarquera qu'il s'agit 
ici d'une tenture faite sur commande puisqu'elle devait offrir les 
armoiries de M^^^ de Verneuil. Quant à la description du décor, elle 
demeure un peu vague, et il est difficile de se figurer la tenture sur 
la simple indication : « fond blanc, pots à fleurs. » Il est probable 
que les contractants avaient sous les yeux le modèle même dont ils 
donnaient cette brève mention. 

En la présence des notaires gardes nottes du Roi nostre Sire, 
en son chastelet de Paris, souhsignez, François Biennoustienne, 
maistre tapissier habitant la ville d'Aubusson, au pays de la 
Marche, Jean Barjou, aussi maistre tapissier habitant de la 
ville d'Aubusson, représentant François de Rochefort, pareille- 
ment maitre tapissier au dit lieu, reconnaissent avoir reçu de 

1. Mâcha signifie, en russe, Marie ; McubinJia est le diminutif de ce nom. Il s'agit 
ici d'une petite fille russe que M"' Falconet avait ramenée avec elle de Saint-Péters- 
bourg. 



24 PIERRE ET LOUIS LE BLANC 

Claude Petit, écuyer, intendant de la maison de Mademoi- 
selle de Verneuil, la somme de douze cent trente six livres 
tournois^ pour une tenture de tapisserie, manufacturée à 
Aubusson, contenant soixante dix sept aunes un quart fonds 
blanc, pots à fleurs, avec la bordure où sont les armoiries de 
la dite demoiselle, à chacune pièce, qu'ils s'étaient engagé à 
faire par contrat passé devant Dartige, notaire à Bordeaux, le 
17 Juillet 1621, à raison de seize livres l'aune. Fait et passé 
en la maison du sieur Petit, seize sur le quai de l'escolle sainct 
germain, avant midy, l'an 1622, le 7* jour de Juin. 

Petit. — Biennoustienne. — Barjou. — 

TULLONE ET MaRION. 



PIERRE ET LOUIS LE BLANC 

PEINTRES ORDINAIRES DU ROI* 
(1674-1686.) 

Documents communiqués par M. le vicomte de Grouchy. 

Bien des artistes obscurs ont usurpé sans façon le titre de peintre 
ordinaire du Roi. Il ne faut donc pas attacher une grande valeur à cette 
prétentieuse qualité. Et pourtant, bien des peintres, sans avoir appar- 
tenu au corps académique, sans avoir participé aux grands travaux 
des bâtiments royaux, n'ont manqué ni d'habileté, ni de talent. Q.ui 
connaît aujourd'hui Tessier et Jacques} Et cependant ces deux 
artistes ont laissé d'excellents modèles de fleurs, consers'és dans les 
magasins des Gobelins et prouvant une rare entente delà décoration. 
Il ne faut donc dédaigner aucun renseignement sur ces artistes 
oubliés qui ont mené une vie modeste loin de la cour et n'ont pas 
inscrit leur nom sur le livre d'or de la peinture française. En voici 
deux, le père et le fils, vivant dans une certaine aisance, possédant 
pignon sur rue et prenant la qualité de peintres du Roi. Le père se 
dit même valet de chambre ordinaire de S. M. Nous ne saurions 
donc le considérer comme le premier venu. Il sont apparentés à des 

I . L'abbé de MaroUes cite Jean Le Blanc de Lyon ; mais nous n'avons trouvé dans 
ses quatrains ni Pierre, ni Louis Le Blanc. 



PEINTRES ORDINAIRES DU ROI 2$ 

hommes jouissant d'une certaine situation, comme Gabriel Abry, 
architecte des Bâtiments du Roi. Les pièces suivantes ne donnent 
malheureusement aucune indication sur les œuvres des sieurs 
Le Blanc père et fils ; mais elles nous font connaître la famille par le 
menu. La femme de Pierre Le Blanc se nomme Gillette Cuvillier. 
Elle a un fils : Louis Le Blatte, le peintre, et une fille, Geneviève, 
veuve, dès 1674, ^'^^ huissier au Châtelet de Paris. Quant à 
Marin Le Blanc, dont l'acte n'indique pas la profession, et qui a 
épousé la veuve de l'architecte ^^ry, il doit appartenir à un degré qui 
reste à déterminer, à la famille des peintres et valets de chambre 
ordinaires du roi. 

J. G. 

18 janvier 1674. 

Furent présents en leurs personnes Louis le Blanc, peintre 
ordinaire du Roy, demeurant à Paris en la maison ci après 
déclarée, size rue saint Martin, paroisse saint Medericq, et 
geneviefve Leblanc, veuve de Pierre le Roy, vivant huissier au 
Chastelet de Paris, demeurant en la dite rue St Martin, paroisse 
St Jacques la boucherie, les quelz ont recongneu et confessé 
estre à présent propriétaires et détempteurs d'une maison où 
demeure le dit sieur Le Blanc, ainsy que dict est, concistante 
en un corps de logis applicqué à caves, cuisine, salle, chambres 
et cabinets, gallerie et greniers au dessus des dites chambres, 
tenant d'une part à une maison appartenant à M. Colbert, 
maitre des requêtes, d'autre costé à Mademoiselle d'Au- 
vergne, femme du sieur de Courcelles, d'un bout par derrière 
à Monsieur Morinot, sieur de Sève, au droit de Monsieur 
Pontquarré, par devant à la maison du chapeau rouge, sur la 
dite rue St Martin. La dite maison au dit sieur Leblanc et au 
dit sieur le roy, appartenant, chacun pour moytié et à eux 
advenue et escheiie par le partage faict entre eulx et sieur 
pierre Leblanc, aussy peintre ordinaire du Roy et sieur Rolin 
gandécart à cause de Catherine Leblanc, sa femme, des biens 
de la succession de deffuntz pierre Leblanc, peintre valet de 
chambre ordinaire du Roy et de gillette Cuvillier, sa femme, 
leur père et mère, le dit partage passé par devant Lebeuf et 
Mousnier, notaires au chastelet de paris, le 11 septembre 
1671, et que ladite maison est en la moyenne et basse justice, 
voierie et censive de Messieurs les chefciers et chanoines et 



26 PIERRE ET LOUIS LE BLANC 

chapitre de TEglise collégiale du dit Saint Medericq et chargée 
envers elle de huit deniers de cens. 

Geneviefve Leblanc. — P. Le Blanc. — 
Galloys. — Laurent (notaires). 

Du 28 décembre 1679. 
Fut présente Anne Beaudouin, femme non commune en 
biens par son contrat de mariage d'avecq Marin Leblanc, son 
mary, et auparavant veuve de Gabriel Abry, architecte des bas- 
timents du Roy, et encore au nom et comme tuteur de Fran- 
çois Abry, fils mineur du dit Abry et de la dite Beaudouin, 
demeurant rue de la callande, paroisse St germain le vieil, la 
quelle es noms, a reconnu et confessé qu'elle est à présent 
détempteur, propriétaire et possesseur des trois quarts par 
indivis des maisons et héritages cy après déclarez scizes et 
situées au lieu et terroir de la courtille. Premièrement, d'une 
maison couverte de thuile, partie flamande, en combles et 
esgaux sur la grande rue du chemin de Belleville et sur la 
cour cy après déclarée, concistante en deux corps de logis, 
l'un d'ancienne construction, de deux travées de face, et l'autre 
de construction plus nouvelle, d'une travée et une aile cou- 
verte de thuiles ou appentis esgaux, dans la cour dans la quelle 
est un puits, et place à porte chartière sur la quelle est un 
amas de moellon de piastre, contenant douze à treize thoises 
en tout ; l'autre corps de logis eslevé de deux estages quarrez 
au dessus de celuy du rez de chaussée, un escalHer, et deux 
noyaux servant à monter au dit escalier, le reste du rez de 
chaussée applicqué à une salle de cheminée où il y a un four 
sur lequel on monte par une petite eschelle, et autres édifices, 
et l'autre corps de logis ensuite et adossé contre l'un des 
pignons du dit logis ci dessus desclaré, une travée de face, sur 
la dite rue, les deux estages compris, celui en galletas applic- 
qué à salle, cave et chambre au dessus, cours et lieux aux 
quels le tout se poursuit et comporte et extend de toutes 
parts de fonds en comble, tenant d'un costé au sieur Bonneur, 
d'autre costé à la veuve claudasse, aboutissant d'un bout par 
derrière à une pièce de terre déppendant de la dite maison, 
dont sera cy après parlé, par devant, sur la dite rue condui- 
sant au dit Belleville; Item, de vingt quatre perches, deux 



PEINTRES ORDINAIRES DU ROI 27 

tiers de perche de terre, sis au dit lieu proche la dite maison, 
faisant partie d'un quartier et demy, tenant d'un costé à la 
dite veuve claudasse, et d'autre à l'arpent en hache cy après 
déclaré; le surplus du dit quartier et demy estant compris 
d'avec une place à bastir despendant des susdits lieux ; item, 
de quatre vingt sept perches et demy restant d'un arpent en 
hache, le surplus faisant le trop plein à fonds de terre des 
dites grandes et petites maisons tenant d'un costé aux héri- 
tiers du dit défunt sieur, d'autre à Jean gilbert d'autre à 
l'a veuve claudasse, et au S*" goutil, aboutissant par derrière à 
l'hospital St Louis ; Item, un demy arpent de terre au Heu dit 
Caresme prenant, tenant d'un bout au dit arpent en hache, 
d'autre côté à la veuve Léon de Launay, aboutissant par bas 
aux héritiers Chaudron, au moyen de la vente qui lui a été 
faite par Jean du Chasteau, maitre maçon demeurant à 
St Germain en laye, tant en son nom que comme procureur 
de Marie- Anne Abry, sa femme, d'icelle fondé de procuration, 
à eux appartenant à cause de la dite femme Abry tant comme 
seule et unique héritière de Michelle Collo, sa mère, qu'héri- 
tière pour moitié du sieur Abry, son père, ainsy que le tout 
est plus amplement porté par le dit contract de vente passé 
devant Leclerc et Garnier, notaires au chastelet de Paris le 
6 aoust 16 18. Et que les dites maisons et héritages, dessus 
esnoncez sont en la cencive de messieurs les chefciers et cha- 
noines du chapitre de l'église collégiale de St Mederic, chargée 
envers eulx de 3 1. 12 s. 3 d. de cens et rente, payable par 
chacun an au jour de St Remy au bureau de recepte du dit 
chapitre — suivent les formules. 

Anne Baudoin. — Galloys. — 
Laurent (notaires). 

9 mars ié86. 
Geneviève le Blanc, veuve de Pierre Le roy, Sergent à verge 
au chastelet de Paris, demeurant rue Saint Martin, paroisse 
St Mederic, se dit propriétaire d'une maison rue St Martin, 
sur le derrière d'une autre où estoit cy devant pour enseigne 
le chappeau rouge et à présent l'escu de france, luy appartenant 
pour moitié de son propre comme héritière de Pierre Le Blanc, 
son père, vivant peintre ordinaire du Roy, et l'autre moitié 



28 HUBERT ROBERT 

de Louis le blanc, son frère, et que la dite maison est chargée 
envers St Mederic de huit deniers par an de cens, etc. 

Genefiefve Leblanc. — Bandry. — 
Laurent (notaires.) 



HUBERT ROBERT 

EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DU POÈTE ANTOINE ROUCHER 

Sans parler des catalogues de Musées et de collections, ni des 
Dictionnaires biographiques, il y a, sur Hubert Robert, né à Paris 
en 1733, reçu à l'Académie le 26 juillet 1766 et mort le 15 avril 1808, 
une Notice de Vigée dans le Magasin Encyclopédique de 1808. 

VEpître à Hubert Robert, de Fournier-Désormes, publiée chez le 
libraire Persan, en 1822, in-32 de 126 pages, est accompagnée de 
notes intéressantes. L'on y voit qu'Hubert Robert avait son atelier 
au Louvre et qu'il a demeuré à Auteuil dans la maison même de 
Boileau. Jal lui a consacré un bon article de son Dictionnaire, pages 
1068-9. 

Mais on ne voit pas qu'on se soit servi pour sa biographie des 
Lettres de son ami, le poète Antoine Roucher. 

C'est cependant un livre fort agréable à lire, et qui inspire une 
véritable estime pour leur auteur, aussi bon qu'intelligent. Elle sont 

été publiées en 1797, par M. F. G s, c'est-à-dire Guillois, — 

n'est-ce pas lui qui a épousé la fille de Roucher? — sous ce titre : 
« Consolations de ma captivité, ou Correspondance de Roucher, 
mort victime de la tyrannie décemvirale, le 7 thermidor an 2 de la 
République française, Paris, H. Agasse, an VI de la République, 
1797, » 2 vol. in-8°, qui n'ont pas été réimprimés et qui mérite- 
raient de l'être. 

On en pourra juger par ces extraits sur le peintre, compagnon 
de sa captivité, et dont, comme à tant d'autres, la mort de Robes- 
pierre, au 9 thermidor, a sauvé la vie. C'est la seule fois qu'il a été 
bon à quelque chose. Roucher a malheureusement, comme André 
Chénier, eu le cou coupé deux jours avant. On aurait dû attendre. 

A. de M. 

Le lé brumaire an 2. 
... Il faut prendre, dans le corps de ma bibliothèque qui 
ferme ta chambre, le Voyage en Egypte, de Savary. 



HUBERT ROBERT 2^ 

Un artiste, célèbre dans un art que tu aimes, le Citoyen 
Robert f est ici. Il s'ennuie complètement; car un peintre ne 
peut pas travailler partout, comme un homme de lettres. Il 
faut au premier de l'espace et du jour, deux petites néces- 
sités dont nous n'avons pas ici notre suffisance. Il veut lire, 
ne pouvant peindre, et, comme son imagination se plaît à 
errer par les ruines à travers l'antiquité qu'il a si bien l'art 
d'animer et d'éterniser, envoie-lui cette fameuse Egypte, dont 
la vie passée se retrouve si bien dans Savary. Il faut, ma bonne 
amie, consoler le génie attristé. Les Goths et les Vandales ne 
connaissoient pas cette maxime de goût et de philosophie; 
mais nous, mais toi, qui as appris à respecter la fleur de 
l'Espèce humaine, fais, par ta promptitude, hommage de 
mon admiration. Je suis même d'avis que tu ajoutasses un 
mot de ta main sur un papier adressé à cet honnête et grand 
artiste. Point d'effort pour cela. Laisses-toi aller, et tout ira 
bien 

Eulalie à son père. — Le 17 brumaire an 2. 

Voici, mon cher papa, le petit mot que vous m'avez 
demandé hier pour le Citoyen Robert... Vous voyez, vous 
n'avez qu'à commander ; il en sera toujours de même tant que 
je le pourrai. Vous allez dans peu, je le prévois, me mettre 

en correspondance avec Sainte-Pélagie tout entière Il ne 

faudra pas, tous les jours, écrire au Citoyen Robert. Je dis 
cela gaîment du moins, car sa lettre ne m'a pas coûté. J'avais 
trop envie de vous montrer mon exacte obéissance. D'ailleurs, 
le sujet prêtait. 

Au Citoyen Robert. 

Vos pinceaux, Monsieur, ont excité souvent ma sentimen- 
tale, mais ignorante admiration. Combien de fois ai-je envié 
ce degré de savoir qui m'aurait mise à portée de les apprécier 
à leur juste valeur. Un peu de goût, peut-être quelques dis- 
positions pour cet art charmant que vous professez, ont été 
mes seuls guides. Le vrai talent trompe l'ignorance, je m'en 
suis aperçue. En contemplant l'ouvrage du génie, on croit 



5© HUBERT ROBERT 

savoir quelque chose ; mais bientôt on reconnaît l'illusion flat- 
teuse, et la vanité seule peut s'y méprendre. 

Mon papa m'a appris hier que vous étiez son compagnon 
d'infortune ; il faut tenir compte à la Destinée du peu de bien 
qu'elle nous fait, au milieu des maux dont elle nous comble. 
Je lui sais donc gré de vous avoir donné Sainte-Pélagie pour 
prison au lieu de tout autre. En tous lieux, dans tous les II 
temps, le génie s'entend avec le génie ; ils parlent une même 
langue, et, quoique leur carrière soit différente, ils arrivent 
au même but. Vous me pardonnerez, sans doute aisément. 
Monsieur, l'éloge que je fais ici de mon père, si vous avez une 
fille. 

Je joins à cette lettre, faible témoignage du plaisir que j'ai 
éprouvé en regardant vos ouvrages, les Lettres sur l'Egypte^ de 
M. Savary, que mon papa m'a demandées pour vous. Tandis 
que votre imagination, accoutumée à réaliser si bien les objets, 
vous vous transporterez dans ce pays, aujourd'hui le vaste 
tombeau de tant et tant de merveilles, au pied de ces masses, 
orgueilleuses rivales du Temps, de ces Pyramides, vieux 
ossements de l'Antiquité ; tandis que vous suivrez, pas à pas, 
l'auteur dans ses aimables et riantes excursions à Rosette, et 
dans les environs du Caire, vous oublierez un moment les 
verrous et les grilles de Sainte-Pélagie. 

Roucher à sa fille. — Du i8 brumaire an 2 (8 octobre 1793). 

Benè, optimê; bravo, bravissimo; well, very well; bien, très 
bien. Voilà, ma bonne et chère Minette, ce qu'en Latin, Ita- 
Uen, Anglais, Français, et dans toutes les langues, il faut dire 
de ta lettre au Citoyen Robert. 

Il ne sera pas toujours ici. On le rendra sans doute un jour 
à son atelier; on rendra sans doute les pères à leurs filles; 
alors nous recueillerons les fruits d'un mot adressé à propos, 
d'un mot qui serait flatteur dans toutes les positions, mais 
qui, dans une prison, a un charme de plus, celui de consoler. 
Souviens-toi, dans tous les instants de la vie, que l'homme de 
génie, l'homme à talent, trouve la récompense la plus douce 
de ses travaux dans l'accueil distingné que lui font les âmes 
placées au dessus de la foule. On ne cultive les Arts que pour 



HUBERT ROBERT |X 

se tirer de cette foule. L'argent d'abord, disent les hommes 
communs; l'argent après l'honneur, disent les vrais élus du 
monde, et les grands hommes dans tous les genres sont ces 
élus 

Roticheràsafemme. -- Le 24 brumaire an 2 (3 novembre 1793). 

J'ai un projet de quelques vers au Citoyen Robert. 

Minette et son intérêt me poussent, et ce motif ne me nuira 
pas lors de la composition. Vous serez les premiers dans ma 
confidence... 

Euîalie à son père. — Le 25 brumaire an 2 (4 novembre 1793). 

. . . Imaginez-vous, mon papa, quelque chose de plus con- 
trariant que de s'entendre demander une chose qu'on allait 
offrir. Roucher avait demandé à sa fille un dessin pour en 
égayer le mur de la chambre de sa prison. Dans tout ceci, 
mon amour-propre est bien coupable ; il m'a fermé la bouche 
et présenté M. Robert comme un épouvantail. La sotte chose, 
quand j'y réfléchis, que cet amour-propre ; il est la cause de 
bien des sottises, témoin celle-ci. Tout est dit maintenant; je 
vais chercher à la réparer 

Roucher à sa fille. — Le 4 frimaire an 2 (24 novembre 1793), 
à huit heures du soir. 

. . . Les Lettres sur V Egypte sont lues, et je crois qu'elles ont 
fait travailler l'imagination et le crayon du Citoyen Robert. 
S'il pouvait obtenir ici une petite place où il pût être seul, il 
peindrait, et ferait encore de belles et grandes choses. 

Roucher à sa femme. — Le 9 frimaire an 2 (29 novembre 1793), 
à dix heures du soir. 

. . . Emile (le fils de Roucher) a été, lui, caressé par le ci- 
devant Comte d'Estaing, le vainqueur de La Grenade... Il faut 
que mon Emile se souvienne, pour le redire un jour à ses 
petits-enfants, qu'à l'âge de quatre ans et demi, il a vu à Sainte- 
Pélagie, prisonniers, avec papa Roucher, d'Estaing, Biron et 
Robert... 



32 HUBERT ROBERT 

Roucher à sa fille. — Le i" nivôse an 2 (21 décembre 1793), 
à sept heures du soir. 

. . . Ton attachement, ta tendresse environnent d'adoucis- 
sement ma captivité... J'en parle à tous mes compagnons 
d'infortune qui veulent m'entendre. Les citoyens Robert, 
Brochoud, B... m' écoutent avec intérêt... 

Roucher à sa fille. — Le 23 nivôse an 2 (12 janvier 1794), 
à neuf heures du matin. 

Le citoyen Robert a fait un dessin charmant de Sainte-Péla- 
gie. On leur avait envoyé d'autre part quelques détails histo- 
riques, qui représentent cette Sainte aimant à se promener et 
à rêver sur la fragilité des choses humaines au milieu des 
monuments et débris de l'antique Asie. La plus célèbre Sainte 
de ce nom avait été d'abord comédienne à Antioche, au 
V siècle. Sa commémoration à Rome est au 8 octobre et en 
France au 8 mars. Les détails la disent mère d'un enfant^ 
qu'elle élevait dans ces mémorables déserts. L'artiste s'est vite 
emparé de ce sujet. Il l'a consacré dans un dessin colorié, 
qu'il avait, je crois, manqué d'abord. La Sainte était assise 
sur un débris de colonne, devant un tombeau ; une urne, un 
sarcophage renversés. Près d'elle était son fils, mais détaché 
de sa mère et faisant une seconde action dans le tableau. J'ai 
modestement observé à l'artiste ce que je sentais : « J'ai voulu 
(( peindre la sainte, » m'a-t-il dit, « et non la mère ». « Mais, 
« s'il était possible d'associer l'une à l'autre », ai-je répondu, 
« Hé, comment? — Je placerais l'enfant grandelet, près de 
sa mère, qui lui montrerait les preuves de la fragilité des 
choses, et peut-être qu'avec un tombeau de jeune fille que je 
placerais là, je produirais un sentiment aussi mélancolique que 
le In Arcadia ego de Poussin. » Robert m'a entendu, et ses 
crayons ont réalisé ma pensée, en l'embellissant. Il a placé, 
devant les deux personnages, le tombeau d'une jeune fille, 
avec des vers mutilés et dont il ne reste que ces mots entiers : 

...Rose, elle a vécu ce que vivent les roses. 
L'espace d'un matin. 

Dans une lettre à sa fille, du 26 nivôse an 2 (15 janvier 
1794), en commentant la belle comparaison que Cicéron a 



HUBERT ROBERT 33 

écrite en vers latins sur le vol de Taigle, s'éloignant du serpent 
qu'il vient de tuer, il ajoute : 

« Le Citoyen Robert, qui à son grand talent pour la peinture 
joint beaucoup d'esprit en société, disait plaisamment : « Après 
ce bel exploit on peut retourner avec quelque orgueil à la 
maison... » 

Dans sa lettre du 5 pluviôse an 2 (24 janvier 1794), après un 
passage en vers sur sa fille, il continue : 

C'était là, hier au soir, entre Robert et moi, le sujet de 
notre conversation ; nous nous félicitions du bien que nous 
fait ici la culture des arts. Il n'y a guère d'heureux que nous 
à Sainte-Pélagie, car nous travaillons... C'est une excellente 
trouvaille partout, mais surtout à Sainte-Pélagie, qu'un 
homme de l'esprit et du talent du Citoyen Robert. Il va semant 
la conversation de pensées, d'anecdotes, de sentiments qui 
réveillent, amusent et attachent. Il me racontait qu'ami 
intime de Vernet, ils allaient ensemble, deux fois tous les ans, 
dans les Jardins de Sceaux et de Saint-Cloud, les deux jours de 
Fêtes de ces beaux lieux, au miUeu de tout Paris, qu'ils y 
voyaient rassemblé dans les atours les plus aimables de l'élé- 
gance. Ils erraient, saluant leurs nombreuses connaissances, 
mais n'en abordant aucune ; observant, d'un œil studieux, ce 
tableau mouvant et si varié, ce mélange magnifique de tous 
les objets de la Nature, parée, embellie et perfectionnée par la 
Société; la verdure des gazons; le feuillage des bois; l'éclat, 
le bruit, le jeu des eaux qui serpentaient, s'étendaient, tom- 
baient, s'élançaient, montaient en jets, roulaient en cascades, 
bondissaient, écumaient; les coups de lumière qui souvent 
perçaient le touffu du feuillage, épaississaient, par le contraste, 
les ombres éloignées et les projetaient des hauteurs sur les fonds ; 
et tout cela embelli encore par l'âme que donne l'esprit de 
l'homme à la campagne sous les habits du bonheur. Voilà ce 
que Robert me peignait, car il peint toujours. Vernet et 
lui, à ces deux époques de l'année, dans la belle saison remon- 
taient les ressorts de leur génie; c'étaient deux jours de 
récolte, de riches moissons : 

L'âme est un feu qu'il faut nourrir 
Et qui s'éteint, s'il ne s'augmente. 

ART T%. xn » 



34 HUBERT ROBERT 

Ils le savaient, nos deux artistes, aussi bien que Voltaire, 
et, poètes comme lui, ils l'eussent dit de même 

Roucher à sa fille. 

De la prison de Saint-Lazare. Décadi, 30 pluviôse, an 2 
(26 janvier 1794). 

Il nous est arrivé, pour commensale de notre corridor Ger- 
minal, une femme danseuse, autrefois à TOpéra, et riche 
aujourd'hui d'une fortune qui ne sera jamais celle d'une beauté 
innocente. D. Dervieux, c'est le nom de la nymphe, a des 
restes de charmes, de beaux yeux, une taille élégante, de la 
vivacité, de l'enjouement, et même de la décence. Elle passait 
la soirée dans la chambre en face de la mienne. Robert et 
moi, nous nous réunissons là à un nombre d'amis qui vivent 
ensemble ; la curiosité nous conduisait ; bel et gracieux accueil 
nous est fait. 

Suit un joli récit de la manière dont eux et la Dervieux 
s'y sont pris pour être secourables à un vieux Bénédictin, com- 
pagnon de prison, ancien Procureur général dans la Congré- 
gation de Saint-Maur, et comment ils se sont moqués d'un 
vaniteux qui se vantait d'être l'auteur de vers dont il était 
parfaitement incapable ; mais il n'y a là rien qui se rattache, si 
peu que ce soit, à l'histoire de l'art. 

Roucher ne dit pas quel jour il a cessé de voir Robert qui, 
lui, survécut à la tourmente ; mais il n'en est plus question 
dans les lettres du second volume. Roucher, comme André 
Chénier, fut une des dernières victimes, puisqu'il fut jugé, 
condamné et exécuté le 7 thermidor. Deux jours plus tard il 
était sauvé. En tête du recueil de ses Lettres il y a de lui un 
bon portrait, gravé par /. Boiiilliard, dessiné la veille de sa 
mort par un compagnon de sa captivité. Une note (t. II, 
p. 300) en indique le véritable auteur : 

« Dans tous les ouvrages qui ont parlé de la prison de 
Saint-Lazare et de Roucher, on a pubHé que son portrait avait 
été fait par le citoyen Suvée. C'est ici le lieu de relever cette 
erreur. Le portrait de Roucher a été fait par le citoyen Joseph 
Leroy, élève de Suvée. » 

Une note de Fournier-Désormes se rapporte à la détention 
de Robert à Saint-Lazare : 



CAMOT ANDRÉ, ET LE FRÈRE BAPTISTA 35 

« Un jour, comme il jouait au ballon dans la grande cour 
de Saint-Lazare, il entend la voix féroce qui appelle les 
soixante victimes du jour. Le nom de Robert vient frapper 
son oreille. A Tinstant, il s'esquive dans un des grands corri- 
dors des salles. Un malheureux, qui portait le même nom, 
monte, en tremblant, dans la fatale charrette. On ne sait 
encore lequel des deux fut appelé. » 

A. de MONTAIGLON. 



CAMOT (ANDRÉ) 
(1680) 

Communication de M. Henry Jouin. 

André Caniot, peintre ordinaire des bâtiments du Roy avait 
épousé Marie Joing qui, le 22 février 1680 lui donna une fille, 
Marie-Anne. Le parrain fut Jean Camot, frère de l'enfant 
nouveau-né; la marraine fut Marie-Anne Camot, fille de Jean 
Camot, garde de la galerie du Louvre. (Registres de Saint- 
Sulpice.) André Camot n'est cité ni par Zani, ni par Nagler. 

Papiers inédits d'Auguste Jal . 



LE FRÈRE BAPTISTA 

PEINTRE FRANÇAIS 

(1697-) 

Communication de M. Henry Jouin. 

On a découvert en 1886, dans une chapelle intérieure du 
monastère des saints Dominique et Sixte, à Rome, trois pein- 
tures murales représentant la Visitation, la Nativité et la 
Présentation. La couleur est bien conservée et la composition 
en est élégante et sobre. 



36 CINQUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

Ces peintures portent dans la partie inférieure la signature 
trilingue suivante : Fra Baptista Francese de' Predicatori 

PINGEBAT AN. 1697. 

Cet artiste devait être un Frère convers de la maison du 
Général de l'Ordre, qui était à cette époque le R™= Père 
Frère Antonin Cloche (i 686-1720). 



CINCIUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

D'ARTISTES FRANÇAIS 

ou DE LEURS PROCHES 
(1884-1894) 

Communication de M, Henry Jouin. 

I 
J.-Bastien Lepage, peintre (10 décembre 1884). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Jtiles-Bastien Lepage, chevalier de la Légion d'honneur, 
décédé le 10 décembre 1884, à l'âge de trente-six ans, en son 
domicile, 12, rue Legendre, qui se feront le vendredi, 12 du 
courant, à midi très précis, en l'église Saint-François de Sales 
(6, rue Brémontier). — On se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M"'^ veuve Bastien- Lepage, sa mère; de 
M. Emile Bastien-Lepage, son frère; de toute la famille et de 
tous ses amis. — Après la cérémonie le corps sera transporté 
à Damvillers (Meuse). 

II 
A.-E. BoiRON, peintre (4 mars 1889). 

MM. Emile et Eugène Boiron ont la douleur de vous faire 
part de la perte irréparable qu'ils viennent d'éprouver en la 
personne de M. Alexandre-Emile 'Boiron, artiste peintre, leur 
fils et neveu, décédé à Paris, le lundi 4 mars 1889, dans sa 



d'artistes français 37 

trentième année, administré des sacrements de Notre Mère 
la Sainte Eglise. 

Ils vous prient d'assister aux convoi et service qui auront 
lieu le vendredi 8 du dit mois, à onze heures du matin, en 
l'église paroissiale de Lens, d'où son corps sera conduit au 
cimetière du dit lieu pour y être inhumé. L'assemblée, rue de 
Lille, à dix heures trois quarts. Les Vigiles seront chantées le 
jeudi 7, à quatre heures et demie du soir. — Un De profundis 
s. V. p. 

m 

M"'' Guillemet, femme du peintre A. Guillemet 
(i2 avril 1889). 

M. Antoine Guillemet, artiste peintre, chevalier de la Légion 
d'honneur, M^'^ Jeanne Guillemet, M""^ veuve Cabanier, ont 
l'honneur de vous faire part de la perte douloureuse qu'ils 
viennent de faire en la personne de M""^ Antoine Guillemet, 
née Marie-Elisabeth-Blanche Cabanier, leur épouse, mère et 
fille, décédée à Mantes (Seine-et-Oise), le 12 avril 1889, à 
l'âge de- quarante-un ans, munie des sacrements de l'Eglise. 
— Priez pour elle. — L'inhumation a eu lieu au cimetière 
Montmartre. 

IV 

A.-J. Mazerolle, peintre (29 mai 1889). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Alexis- Joseph Ma:(erolle, artiste peintre, membre de la 
Commission de Sèvres, officier de la Légion d'honneur, décédé 
le 29 mai 1889, muni des sacrements de l'Eglise, en son domi- 
cile, rue du Rocher, n° 45, à l'âge de soixante-deux ans, qui 
se feront le dimanche 2 juin, à onze heures trois quarts très 
précises, en l'église Saint- Augustin, sa paroisse. — De profun- 
dis. — On se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M'"^ Mazerolle, sa veuve; de MM. Fernand 
et Louis Mazerolle, ses fils ; de M"^ Victorine Mazerolle, de 
j^me veuve Richard, ses sœurs; et de toute la famille. — 
L'inhumation aura lieu au cimetière Montparnasse. 



38 CINQ.UANTE LETTRES DE DÉCÈS 



J.-F.-F. Husson-Fleury, dit Champfleury, criticiue d'art 
(6 décembre 1889). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Jules -François -Félix Husson-Fleury, dit Champfleury, 
homme de lettres, membre de la Société des Gens de lettres, 
administrateur adjoint et conservateur du Musée céramique 
de la manufacture de Sèvres, chevalier de la Légion d'hon- 
neur, décédé le 6 décembre 1889, en son domicile, à la manu- 
facture de Sèvres, dans sa soixante-neuvième année, qui se 
feront le dimanche 8 courant, à midi et demi très précis, en 
l'église de Sèvres, sa paroisse. — On se réunira à la maison 
mortuaire. — De profundis. 

De la part de M. Edouard Husson-Fleury, dit Champfleury, 
son fils ; de M™' veuve Edouard Husson-Fleury, de M™^ veuve 
Vila, ses enfants et petits -enfants; de M. Henri Pierret, 
ministre plénipotentiaire, et de M'"*^ Henri Pierret, leurs enfants 
et petits-enfants; de M. Huriez et ses enfants, ses beaux- 
frères, belles-sœurs, neveux, nièces, petits-neveux et petites- 
nièces, et de toute sa famille. 

VI 

E. LÉVY, PEINTRE (3 aOÛt 1890). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi et enterrement de 
M. Emile Lévy, artiste peintre, chevalier de l'ordre de la 
Légion d'honneur, chevalier de l'ordre de Léopold de Bel- 
gique, décédé le 3 août 1890, en son domicile, boulevard 
Malesherbes, n° 199, à l'âge de soixante-cinq ans, qui se feront 
le mardi 5 courant, à midi très précis. On se réunira à la 
maison mortuaire. 

De la part de M""^ Emile Lévy, sa veuve ; de M"^ Lia Lévy, 
sa fille; de M. Léopold Mayer, de M. et M™*" Cartier de Saint- 
René, ses beaux-frères et belle-sœur; de M. et M""^ Léonce 
Guillard et leurs filles, de MM. André et Louis Mayer, de 
M. et M"*^ Isidore Mendel et leur fille, ses neveux, nièce, 
petites-nièces, cousin et cousine. -- L'inhumation aura lieu 
au cimetière du Sud (Montparnasse). 



d'artistes français 39 

VII 
M°* DouBLEMARD, femme du statuaire (7 mars 1891). 

M. Doubleniard, statuaire, chevalier de la Légion d'honneur, 
M. Gustave Levainville, préfet de l'Empire, officier de la 
Légion d'honneur, et M"'^ Gustave Levainville, M. et M"'^ Léon 
Michaud, M. René Levainville, M"^ Rose Galand, ont l'hon- 
neur de vous faire part de la perte douloureuse qu'ils viennent 
d'éprouver en la personne de M""^ Doublemard, née Julie- 
Marie Galand, leur épouse, mère, belle-mère, grand'mère et 
sœur, décédée, munie des sacrements de l'EgUse, le 7 mars 
1891, en son domicile, villa Saïd, n° 9 (avenue du Bois-de- 
Boulogne), à l'âge de soixante ans. — Priez pour elle. 

VIII 
A.-B. Barthez, sculpteur (25 janvier 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Alphonse-Barthélémy Barthe^, sculpteur, décédé le 25 jan- 
vier 1892, muni des sacrements de l'Eglise, rue Oudinot, 
n° 19, dans sa soixante-troisième année, qui se feront le ven- 
dredi 29 courant, à neuf heures très précises, en l'église Saint- 
François -Xavier. — De profundis. — On se réunira à la 
maison mortuaire. 

De la part de M. et M""^ Jules Barthez, de M. Eugène Bar- 
thez, de M"^ Alphonsine Barthez, de M. Eugène Barthez, 
vétérinaire; de M""* Eugène Barthez et leur fille, ses frères, 
belle-sœur, neveux, nièces ; de ses cousins, cousines et de toute 
la famille, — L'inhumation aura lieu au cimetière de Bagneux. 

IX 

Mathieu Triollet, sculpteur (3 février 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Mathieu Triollet, sculpteur, décédé le 3 février 1892, 
muni des sacrements de l'Eglise, en son domicile, rue du Bac, 
n° 48, à l'âge de quarante -six ans, qui se feront le jeudi 
4 courant, à trois heures et demie très précises, en l'église 



40 CINQUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

Sainte-Clotilde, sa paroisse. — De profundis. — On se réunira 
à la maison mortuaire. 

De la part de M'"^ Adeline Triollet, sa veuve ; de M. Joseph 
Triollet, son fils; de M"'* veuve Triollet, de M. Jean-Baptiste 
Gerbier, de M. et M""^ Gustave Gerbier et leurs enfants, de 
M. et M""^ Emile Gerbier et leur fille, de M. et M""^ Ranc, de 
M"** veuve Charron et ses enfants, de M""' veuve Barbier et 
son fils, de M. et M*"*" Girinau et leurs enfants, de M. et 
M™' Ducoin, de M. et M"'^ Trintignan et leurs enfants, de 
M. Beraud, de M"*= Elisa Beraud, de M. Bornand, ses belle- 
mère, beau-père, beaux-frères, belles-sœurs, oncle, tantes, 
cousins et cousines. — L'inhumation aura lieu au cimetière 
de Bagneux. 



J.-A. Bellenger, architecte (23 mars 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Jules-Armand Bellenger, architecte, décédé le 23 mars 
1892, muni des sacrements de l'Eglise, en son domicile, rue 
Albouy, n° 2, à l'âge de soixante-neuf ans, qui se feront le 
vendredi 25 courant, à midi très précis, en Téglise Saint- 
Martin (rue des Marais), sa paroisse. — De profundis. — On 
se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M. Jules Bellenger, de M. et M""^ Maraudas, 
ses fils, fille et gendre; de M. Maurice Maraudas, de M"^ Maria 
Maraudas, ses petits -enfants; de M. Gilbert Levadour, de 
M. Adolphe Tronchon, de M. et M*"^ Henri Tronchon, de 
M. et M""^ Achille Tronchon, ses beaux-frères et belles-sœurs; 
de M. et M™^ Léon Levadour et leurs enfants, de M. Lucien 
Tronchon, de M"*' Louise Tronchon, de M. Edouard Tron- 
chon, de M'^^ Berthe Tronchon, ses neveux, nièces, petits- 
neveux et petites-nièces. 

XI 

L. Navatel, dit Vidal, sculpteur (7 mai 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Louis Navatel, dit Vidal, artiste sculpteur, décédé le 
samedi 7 mai 1892, en son domicile, à l'Hospice national des 



D ARTISTES FRANÇAIS 4I 

Quinze-Vingts, dans sa soixante-unième année, qui se feront 
le mardi lo courant, à deux heures. — On se réunira à 
THospice. 

De la part de la Société des Artistes et de ses amis. 

XII 

J. BoNNASSiEUX (3 juin 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Jean Bonnassieux, statuaire, membre de l'Institut, 
membre de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et 
des Beaux- Arts de Belgique, de l'Académie Royale des Beaux- 
Arts d'Anvers, de l'Académie des Lettres, Sciences et Arts 
de Lyon, et de plusieurs autres Académies, membre du Conseil 
Supérieur de l'École Nationale des Beaux-Arts, président 
d'honneur de la Société Amicale des Foréziens, ancien prési- 
dent de la Société Académique des Enfants d'Apollon, cheva- 
lier de la Légion d'honneur, commandeur de l'Ordre d'Isa- 
belle-la-Catholique, chevalier de l'Ordre de Saint-Sylvestre, 
chevalier de l'Ordre du Sauveur, décédé le 3 juin 1892, muni 
des sacrements de l'Eglise, en son domicile, rue Saint-Simon, 
n° II, à l'âge de quatre-vingt-un ans, qui se feront le lundi 
6 courant, à midi très précis, en l'église Sainte-Clotilde, sa 
paroisse. — De profundis. — On se réunira à la maison mor- 
tuaire. 

De la part de M. et M™* Pierre Bonnassieux, de M"" Anne 
et Marie Bonnassieux, de M. Marcel Bonnassieux, de M. et 
M'"^ Armagnac, de MM. Jean et Jules Armagnac, ses fils, 
fille, gendre, belle-fille et petits-enfants; de M. Eugène 
Bonnassieux, de M"" Josèphe et Jeanne Bonnassieux, de 
M. et M'"*^ Devillaine, de M. et M""^ Gourju et leurs filles, de 
M. et M*"* Favel et leur fils, ses frère, beau-frère, belle-sœur, 
neveux, nièces, petit-neveu, petites-nièces, et de toute la 
famille. — L'inhumation aura lieu au cimetière Montparnasse. 

xra 

M. Delarue, architecte (12 juin 1892). 

M™' Delarue, M. Maurice Delarue ont l'honneur de vous 
faire part de la perte douloureuse qu'ils viennent d'éprouver 



42 CINQUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

en la personne de M. Jean-François Delarue, architecte, 
chevalier de la Légion d'honneur; leur époux et père, décédé 
le 12 juin 1892, en son domicile à Paris, rue Keppler, n° 11, à 
l'âge de soixante et onze ans, muni des sacrements de l'Église. 
— Priez pour lui. 

XIV 

E.-J.-B.-T.-R. DE JoLY, ARCHITECTE (25 Septembre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Edtnond-Jean-Baptiste-Théodore-René de Joly, architecte 
de la Chambre des Députés, censeur de la Société Centrale 
des Architectes, expert près le Tribunal Civil de la Seine, 
officier de la Légion d'honneur, décédé le 25 septembre 1892, 
muni des sacrements de l'Église, rue de la Ferme, n° 5, à 
Neuilly-sur-Seine, à l'âge de soixante-huit ans, qui se feront 
le mercredi 28 courant, à midi très précis, en l'église Sainte- 
Clotilde, à Paris, sa paroisse. — De profundis. — On se 
réunira à la Chambre des Députés, 126, rue de l'Université. 

De la part de M""" Edmond de Joly, sa veuve; de M. et 
M""^ Henry Galland, de M. Georges de Joly, de M. et M'"'' René 
Semelaigne, de M. et M"''' Edgar Chevalier, de M''^ Yvonne 
de Joly, de MM. Robert et Georges Semelaigne, ses gendres, 
fils, filles et petits-enfants; de M'"'' Théodore Greterin, sa 
belle-mère; de M. et M™^ Jules de Joly, de M. Théodore de 
Joly, de M'"* Georges Greterin, de M. et M™* René Marguerie, 
ses frères, beau-frère et belles-sœurs. — L'inhumation aura 
lieu au cimetière Montmartre. 

XV 

E. SiGNOL, PEINTRE (4 octobre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux service et enterrement de 
M. Emile Signol, membre de l'Institut, officier de la Légion 
d'honneur, décédé à Montmorency, le 4 octobre 1892, muni 
des sacrements de l'Église, à l'âge de quatre-vingt-huit ans, 
qui se feront à Paris, le samedi 8 courant, à midi très précis, 
en l'église Saint-Sulpice. — De profundis. — On se réunira 
à l'église où le corps a été déposé. 



d'artistes français 43 

De la part de M""* E. Signol, sa veuve; de M. le colonel 
L. Robert, conservateur du Musée d'artillerie, officier de la 
Légion d'honneur, et M""^ L. Robert, de M"^ Ernestine Signol, 
ses gendre et filles; de M. A. Saint- Yves, capitaine d'artillerie, 
attaché au Ministère de la guerre, et M""^ A. Saint- Yves, de 
M. Maurice Robert, lieutenant au ii* cuirassiers, ses petits- 
enfants ; de M"^ Antoinette Saint- Yves, son arrière-petite-fille ; 
de M*"^ Eugène Signol, de M. Eugène Dupont, chevalier de 
la Légion d'honneur, et M"^ Eugène Dupont, de M. Jules 
Signol, membre de l'Académie de médecine, chevalier de la 
Légion d'honneur, et M""^ Jules Signol, de M"*^ Louise Signol, 
de M. et M*"* H. Duquesnel, de M. et M'"* Oswald Dupont 
et leurs enfants, de M. Bourgeois, avoué à Pontoise; 
M™^ Bourgeois et leurs enfants, de M. Emile Dupont, archi- 
tecte; de M. et M""*" Georges Duquesnel, de M. Maurice 
Dupont, avocat honoraire à la Cour de cassation ; M"'* Mau- 
rice Dupont et leurs enfants, de M"''' Edouard Dupont, de 
M. Alphonse Robert, avoué honoraire, chevalier de la Légion 
d'honneur, et M""^ Alphonse Robert, de M. Jacques Robert, 
de M. Léon Dupont, chef d'escadrons en retraite, chevalier de 
la Légion d'honneur, M""^ Léon Dupont et leurs enfants, de 
M. le baron et M'"^ la baronne d'EUoy, de M"'^ Lorrain, de 
M"'* Bouchacourt et ses enfants, ses beaux-frères, belles-sœurs, 
neveux, nièces, petits-neveux, petites-nièces, cousins et cou- 
sines. — L'inhumation aura lieu au cimetière Montparnasse. 

XVI 
J.-B.-J. David, peintre (20 octobre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Jean-Baptiste- Jules David, artiste peintre, membre du 
Comité de l'Association des Artistes^ chevalier de la Légion 
d'honneur, décédé le 20 octobre 1892, muni des sacrements 
de l'Église, en son domicile, rue Madame, n° 57, dans sa 
quatre-vingt-cinquième année, qui se feront le samedi 22 cou- 
rant, à 10 heures très précises, en l'église Saint-Sulpice, sa 
paroisse. — De profundis. — On se réunira à la maison mor- 
tuaire. 



44 CINQUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

De la part de M™^ veuve Gargam, née David, sa fille; de 
M. et M™*^ Jules Astruc, de M^'^ Blanche Gargam, ses petits- 
enfants; de MM. Henri et Jean Astruc, ses arrière-petits-fils; 
de M. Alexandre David, de M™' veuve Chagot, née David, ses 
frère et sœur; de M. et M""^ Lecoq d'Arpentigny, ses beau- 
frère et belle-sœur. — L'inhumation aura lieu au cimetière 
Montparnasse. 

XVII 

C. GossELiN, PEINTRE (24 octobre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi et service de M. Charles 
Gosselin, peintre paysagiste, conservateur des Musées natio- 
naux de Versailles et des Trianons, chevaHer de la Légion 
d'honneur, décédé, muni des sacrements de l'Église, le 
24 octobre 1892, dans sa soixantième année, au Palais de 
Versailles, qui se feront le mercredi 26 octobre 1892, à neuf 
heures et demie très précises, en l'église cathédrale Saint- 
Louis, sa paroisse. — L'inhumation se fera au cimetière 
Montparnasse. — De profundis. 

De la part de M"'*^ Charles GosseUn, sa veuve ; de M. Henry 
Gosselin, élève officier au i^*" régiment de spahis, son fils; de 
M. et M""^ Paul Bérengier et leur fille, de M. et M""^ Manuel 
Violette et leur fils, de M^'" Rosine, NathaUe et Marie-Jeanne 
Gosselin, ses filles et gendres; de M. Anatole Roux, de 
M. Henry Grenier de Saint-Martin, bibliothécaire au Mini- 
stère des travaux publics; de M. Henry Roux, inspecteur des 
finances, et M'"^ Henry Roux et leurs enfants, de M. et 
j^me Alfred Mame, de M. et M"'^ Gustave Mame, de M. et 
j^rao p^y[ Mame et leurs enfants, ses beaux-frères, neveux, 
nièces, cousins, cousines, et de toute sa famille. 

XVIII 
G. -A. Weber, dessinateur (12 novembre 1892). 

M. etM'"' J. Weber, M. Jean Weber, M. et M""^ Guillaume 
Weber, M. Octave Benoist-Beneditti, professeur au Conser- 
vatoire de musique de Santiago (Chili), et M""^ Benoist-Bene- 
ditti ; M. Paul Colin, inspecteur principal de l'Enseignement 



d'artistes français 45 

du dessin, chevalier de la Légion d'honneur, et M™* Paul 
Colin, M. Gabriel Devéria, consul général, chevaUer de la 
Légion d'honneur; M. Oscar Buron, ingénieur, chef de ser- 
vice au chemin de fer d'Orléans, et M'"^ Oscar Buron; 
M. l'Abbé Weber, curé de Nieder-Ham (Alsace-Lorraine) ; 
M. et M™= Pégeot et leurs enfants, M. et M™^ Georges Benoist- 
Beneditti, M. Henri Benoist-Beneditti, M. et M'"^ Albert 
Fourié et leurs enfants, MM. Maurice et André Colin, 
M. Jacques Devéria, M^^= Gabrielle Buron, M. Jacques Buron, 
M''^ Carry Devéria, M. et M""* Adolphe François, M™^ veuve 
Franck de Chaumont et ses enfants, M'''= Anna de Chaumont, 
M. Victor Devéria, M. et M""^ Paul Devéria et leurs enfants, 
MM. Devéria (de l'Inde) et toute la famille, ont l'honneur de 
vous faire part de la perte douloureuse qu'ils viennent 
de faire en la personne de M. Gaston-Achille Weber, professeur 
de dessin au Lycée, au cours secondaire de jeunes filles, à 
l'École normale de Lescar et à l'École normale d'institutrices de 
Pau, leur fils, frère, neveu, cousin et petit-cousin, décédé à 
Pau, dans sa vingt-neuvième année, le 12 novembre 1892. — 
Priez pour lui. — Le service religieux a eu lieu à Pau, et l'inhu- 
mation au cimetière Montparnasse, à Paris. 

XIX 
A.-F. Blayn, peintre (24 novembre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Adolphe-Fernand Blayn, artiste peintre, décédé subite- 
ment le 24 novembre 1892, chez ses père et mère, boulevard 
Haussmann, n° 91, à l'âge de trente-neuf ans, qui se feront le 
samedi 26 courant, à midi très précis, en l'église Saint- 
Augustin, sa paroisse. — De profundis. — On se réunira à la 
maison mortuaire. 

De la part de M""^ Fernand Blayn, sa veuve ; de M. Daniel 
Blayn, son fils; de M. et M""*" Blayn, ses père et mère; de 
M. et M""^ Paul Héneux, ses beau-frère et sœur; de M^'^ Jenny 
et de M. Edouard Héneux, ses neveu et nièce; de M. et 
^me Yaltat, de M""^ veuve Figuier, de M""* veuve Chalory, ses 
oncle et tantes. — L'inhumation aura lieu au cimetière Mont- 
martre. 



46 CINQUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

XX 

P.-V. Galland, peintre (30 novembre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Pierre-Fief or Galland, artiste peintre, professeur 
rÉcole nationale des Beaux-Arts, directeur des travaux d'art 
à la Manufacture nationale des Gobelins, officier de la Légion 
d'honneur, décédé subitement le 30 novembre 1892, à l'âge 
de soixante-dix ans, en son domicile, 25, rue Fontaine, qui se 
feront le vendredi 2 décembre, à midi très précis, en l'église 
de la Trinité, sa paroisse. — On se réunira à la maison mor- 
tuaire. — Deprofundis. 

De la part de M. et M*"* Jac. Galland, M. et M™^ Henry 
Galland, M. et M'"* Jean Gounod, ses fils, fille, gendre et 
belles-filles; MM. René et Jean Galland, M. Pierre Gounod 
et M"^ Germaine Gounod, ses petits-enfants; M"^ veuve 
TuUat, sa sœur; M"* veuve Jules Galland, M. Félix Chevril- 
lon, M. Max Claude, M""^ veuve Isidore Chevrillon, ses beaux- 
frères et belles-sœurs; M. et M"'*= Frédéric Merceron et leurs 
enfants, M. et M""^ Georges Claude et leurs enfants, MM. André 
et Louis Chevrillon, M. et M""^ Saint-René Taillandier et leurs 
filles, M. Edme Couty, M. et M"^ Gaston Couty, MM. Robert 
et Marcel Chevrillon, M"^ Lyvia Chevrillon, ses neveux, 
nièces, petits-neveux et petites-nièces; M. et M""^ Henri 
CoUn, M. René CoUn, ses cousins et cousine. — L'inhu- 
mation aura lieu au cimetière Montmartre. 

XXI 
E.-C. Weyland, architecte (5 décembre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux service, convoi et enterrement 
de M. Edouard-Charles Weyland, architecte du Gouvernement, 
expert près la Cour d'appel, membre de la Société Centrale 
des architectes, décédé le 5 décembre 1892, en son domicile, 
rue Lavoisier, n° 22, dans sa cinquante-quatrième année, qui 
se feront le vendredi 9 courant, à 10 heures très précises, au 
Temple de l'Oratoire du Louvre, rue Saint-Honoré, 147. 



d'artistes français 47 

• Toute sorte de mort des biens-aimés de l'Eternel 
est précieuse devant ses yeux. Ps. cxvi, i, 5. 

Ceux qui dorment en Jésus, Dieu les ramè- 
nera avec lui. I Thess., IV, 14. 

On se réunira au Temple. 

De la part de M"^ Edouard Weyland, sa veuve; de M. et 
et M™^ Ch. Wintergerst, de M. Joseph Weyland, de MM"" 
Valentine et Elisabeth Weyland, ses fils, filles et gendre; de 
M"*= Charlotte Wintergest, sa petite-fille; de M. et M"'^ Gus- 
tave Weyland, de M""^ veuve Abel Duphot, ses sœur, beau- 
frère et belle-sœur; de M. et M™' A. de Hessert et leur fille, 
de M"^ Mathilde Weyland, de M. et M'"* H. H. Gaden, de 
M. et M""^ A. Levavasseur et leur fils, de M"' Marguerite 
Duphot, ses neveux, nièces, petit-neveu et petite-nièce; de 
M. Daniel Duphot, officier de marine en retraite, chevalier 
de la Légion d'honneur; M"'*' Daniel Duphot et leur famille, 
de M""^ veuve V. Marrault et sa famille, ses oncle et tantes. — 
L'inhumation aura lieu au cimetière du Père-Lachaise. 



xxn 

H. ViLLAiN, GRAVEUR (18 décembre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Henri Villain, artiste graveur, décédé subitement le 
18 décembre 1892, en son domicile, rue d'Alésia, n° 81, à 
l'âge de cinquante-deux ans, qui se feront le mardi 20 cou- 
rant, à trois heures très précises, en l'église Saint-Pierre-de- 
Montrouge, sa paroisse. — De profundis. — On se réunira à 
la maison mortuaire. 

De la part de M"'' Villain, sa veuve; de M. et M""' Colet, de 
M"^ Jeanne Villain, ses filles et gendre; de M"^ Madeleine 
Colet, sa petite-fille; de M""^ veuve Blondeau, sa belle-mère; 
de M""^ veuve Marchand, de M. et M"'^ d'Albane, ses beau- 
frère et belles-sœurs ; de MM. Emile et Charles Marchand, ses 
neveux; de M. et M""^ Paspin, ses oncle et tante , et de toute 
la famille. — L'inhumation aura lieu au cimetière de Mon* 
trouge. 



48 CINQ.UANTE LETTRES DE DÉCÈS 

xxm 

A. Gauvin, ciseleur, damasquineur et sculpteur 
(27 décembre 1892). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi et incinération de M. 
Alfred Gauvin, ciseleur-damasquineur-sculpteur, officier d'Aca- 
démie, né à Héricourt-en-Caux (Seine-Inférieure), le 5 mai 
1836, décédé le 27 décembre 1892, à l'âge de cinquante-six ans, 
en son domicile, avenue d'Orléans, 26, qui se feront le jeudi 
29 courant, à dix heures trois quarts très précises. — On se 
réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M™^ Gauvin, sa veuve ; de M"*^ veuve Frogère, 
sa belle-mère; des familles Gauvin, Amarger, Theise, Frogère 
et Plantaz, ses sœurs, beaux-frères, belle-sœur, neveux, nièces, 
oncles et tantes. — L'incinération aura lieu au cimetière du 
Père-Lachaise, au Colombarium. 

XXIV 
L.-H. MoucHOT, peintre (2 janvier 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi et service de M. Louis- 
Hippoîyte Mouchot, artiste peintre, décédé subitement le 2 jan- 
vier 1893, en son domicile, rue des Beaux-Arts, n° 9, dans sa 
quarante-septième année, qui se feront le mercredi 4 courant, 
à onze heures très précises, en l'église Saint-Germain-des- 
Prés, sa paroisse. — De profundis. — On se réunira à la 
maison mortuaire. 

De la part de M™^ Louis Mouchot, sa veuve; de M. et 
M"*^ Léon Mouchot et leur fille, ses frère, belle-sœur et nièce ; 
de M""^ veuve Flusin, sa belle-mère ; de M. et M""^ Gustave 
Flusin et leur fils, de M. et M""^ Trouble et leurs enfants, de 
M. et M'"^ Vermot et leurs enfants, de M. et M™^ Henry 
Flusin et leurs fils; ses beaux-frères, belles-sœurs, neveux et 
nièces, et de toute la famille. — Après la cérémonie religieuse 
le corps sera transporté à Poligny (Jura) où aura lieu l'inhu- 
mation. 



d'artistes français 4^ 

XXV 

A.-J. Moreau-Vauthier, statuaire (i 6 janvier 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Augustin-Jean Moreau-Vauthier, statuaire, professeur à 
l'École nationale des Arts Décoratifs, chevalier de la Légion 
d'honneur, officier de l'instruction publique, décédé subite- 
ment le 16 janvier 1893, en son domicile, rue Notre-Dame- 
des-Champs, n° 75, à l'âge de soixante et un ans, qui se feront 
le jeudi 19 courant, à midi très précis, en l'église Notre-Dame- 
des-Champs, sa paroisse. — De profundis. — On se réunira 
à la maison mortuaire. 

De la part de MM. Charles et Paul Moreau-Vauthier, de 
M. et M™* Ernest Dagonet, de MM"" Madeleine et Jeanne 
Moreau-Vauthier, ses fils, filles et gendre ; de M"*" Thérèse et 
de M. Jean Dagonet, ses petits-enfants; de M™* veuve Louis 
Mouchot, de M"^ Suzanne Mouchot, de M. et M'"^ Maxime 
Faivre et leur fille, ses belle-sœur, nièce, cousins et cousines. 
— L'inhumation aura lieu au cimetière du Père-Lachaise. 

XXVI 
L.-N. Cabat, peintre (13 mars 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Louis-Nicolas Cabat, membre de l'Institut, ancien 
directeur de l'Académie de France à Rome, officier de la Légion 
d'honneur, décédé le 13 mars 1893, muni des sacrements de 
l'Église, en son domicile, rue de la Planche, n° i, à l'âge de 
quatre-vingts ans, qui se feront le jeudi 16 courant, à onze 
heures très précises, en l'église Saint-Thomas-d'Aquin, sa 
paroisse. — De profundis. — On se réunira à la maison mor- 
tuaire. 

De la part de M"® Cabat, sa veuve; de M. Augustin Cabat, 
substitut au Tribunal de la Seine, et M*"' Augustin Cabat, de 
M. Gabriel Cabat, sous-chef de bureau au Ministère des 
finances, ses fils et belle-fille; de M. Louis Cabat, son petit- 
fils; de M. et M'^^René Stourm, de MM. Charles, Gabriel et 
Louis Stourm, de MM'**' Pauline, Renée et Marie-Charlotte 



50 CINQ.UANTE LETTRES DE DÉCÈS 

Stourm, ses beau-frère, belle-sœur, neveux et nièces, et de 
toute la famille. — L'inhumation aura lieu au cimetière 
Montparnasse. 

xxvn 

L.-E.-A. Chapon, architecte (24 avril 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Louis-Ètienm- Alfred Chapon, architecte, chevalier de la 
Légion d'honneur, grand'croix du Nicham Iftikar, grand'croix 
de la Rose du Brésil, commandeur du Christ de Portugal, 
officier de l'Ordre d'Isabelle-la-Catholique, officier de l'Ordre 
des saints Maurice et Lazare, décédé subitement le 24 avril 
1893, en son domicile, rue Auber, n° 13, dans sa cinquante- 
neuvième année, qui se feront le mercredi 26 courant, à midi 
très précis, en Téglise Sainte-Madeleine, sa paroisse. — 
De profundis. — On se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M""^ Chapon, sa veuve; de M. Chapon, son 
père; de M. Emile Chapon, de M. et M""^ Rius, ses frère, 
sœur et beau-frère; de MM. Maurice et Raymond Lacarrière, 
de M™^ veuve Grenet, de M"^ Blanche Lacarrière, ses beaux- 
fils et belles-filles; de M. Georges Rius, son neveu, et de toute 
la famille. — L'inhumation aura lieu au cimetière du Père- 
Lachaise. 

XXVIII 

A. Darcel, CRITIQ.UE d'art (26 mai 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi et service de M. Alfred 
Darcel, directeur du Musée des Thermes et de THôtel de Cluny, 
membre du Comité des Monuments historiques, administra- 
teur honoraire de la Manufacture des Gobelins, ancien prési- 
dent de la Société Amicale des élèves de l'École centrale des 
Arts et Manufactures, etc., etc., officier de la Légion d'hon- 
neur, officier de l'instruction'publique et de différents Ordres 
étrangers, décédé le 26 mai 1893, muni des sacrements de 
l'Église, au Musée de Cluny, dans sa soixante-quinzième 
année, qui se feront le lundi 29 courant, à dix heures très 
précises, en l'église Saint-Séverin, sa paroisse. — De profundis. 
— On se réunira rue du Sommerard, 24. 



d'artistes français 51 

De la part de M. Henri Darcel, de M. René Darcel, ses 
fils; de M. Jacques Darcel, son petit-fils; de M. Charles 
Darcel, de M. Jean Darcel, ses fi*ères; de M. Alphonse Darcel, 
du comte d'Ussel, du baron d'Ussel, de M. de la Morandière, 
de M. Paul Esdouhard-d'Anisy, ses neveux. — Après le ser- 
vice religieux le corps sera transporté à Rouen (Seine-Infé- 
rieure) où aura lieu l'inhumation. 

XXIX 

A. Soldé, peintre (2 juin 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Alexandre Soldé, artiste peintre, décédé le 2 juin 1893, 
muni des sacrements de l'Égfise, en son domicile, rue du 
Cherche-Midi, n° 88, à l'âge de soixante et onze ans, qui se 
feront le dimanche 4 courant, à onze heures trois quarts très 
précises, en l'église Saint-François-Xavier, sa paroisse. — De 
profundis. — On se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M"'^ Soldé, née Find'l, sa veuve ; de M. Ana- 
tole Soldé, ingénieur des Arts et Manufactures, et M""^ Anatole 
Soldé, ses fils et belle-fille ; de M"^ Marie Soldé, sa petite-fille ; 
de M''^ Léonie Devaux, sa belle-sœur. — L'inhumation aura 
lieu au cimetière Montparnasse. 

XXX 

G. Thys, peintre (9 août 1893). 

M""^ veuve Auguste Thys, née Lemaire ; M. et M'"^ Thys- 
Boucau, M. et M'"^ Poteau-Thys, M"" Marie, Anna, Marthe et 
Claire Poteau, ont l'honneur de vous faire part de la perte 
irréparable qu'ils viennent d'éprouver en la personne de 
M. Gaston Thys, grand prix de Rome de peinture 1889, P^^^' 
sionnaire de l'Académie de France, leur fils, frère, beau-frère 
et oncle, décédé à Rome (à la villa Médicis), le 9 août 1893, 
à l'âge de vingt-neuf ans et demi, administré des sacrements 
de Notre Mère la Sainte Eglise. 

Ils vous prient d'assister aux convoi et service qui auront 
lieu le jeudi 24 du dit mois, à onze heures, en l'église de la 



52 ^ CINQUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

Madeleine, sa paroisse, d'où son corps sera conduit au cime- 
tière de l'Est, pour y être inhumé. — L'assemblée chez 
M. Poteau-Thys, 6, rue de la Halle, à dix heures et demie. — 
Ils vous prient aussi d'assister à l'Obit qui sera chanté au 
Maître-Autel de ladite église, le lundi 4 septembre, à onze 
heures (les Laudes à dix heures et demie). — Un De profun- 
dis, s'il vous plaît. — Lille, le 20 août 1893. 

XXXI 

C.-A. GUIBOUT, ARCHITECTE (il aOÙt 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Charles-Adolphe Guibout, architecte, décédé le ii août 
1893, niuni des sacrements de l'Eglise, rue de Fleurus, n° 2, 
à l'âge de soixante-douze ans, qui se feront le lundi 14 cou- 
rant, à dix heures très précises, en l'église Saint-Sulpice. — De 
profundis. — On se réunira à l'église où le corps a été déposé. 

De la part de M""^ veuve Alexandre Guibout, sa mère ; de 
M"* Adèle Guibout, sa sœur. — L'inhumation aura lieu au 
cimetière du Père-Lachaise. 

XXXII 

A. YvoN, PEINTRE (il Septembre 1893). 

Vous êtes' prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Adolphe Yvon, peintre d'histoire, professeur à l'Ecole 
nationale et spéciale des Beaux-Arts, membre du Conseil 
supérieur de cette Ecole, ancien professeur à l'Ecole poly- 
technique, membre des Académies des Beaux- Arts de Saint- 
Pétersbourg, d'Amsterdam, etc., officier de la Légion d'hon- 
neur, décédé le II septembre 1893, en son domicile, rue de 
la Tour, n° 156, à l'âge de soixante-seize ans, qui se feront 
le mercredi 13 courant, à midi très précis, en l'église Saint- 
Honoré d'Eylau (place Victor-Hugo), sa paroisse. — On se 
réunira à la maison mortuaire. — De profundis. 

De la part de M""^ Yvon, sa veuve; de M. et M'"*' Maurice 
Yvon, ses fils et belle-fille; de M"" Yvonne Yvon, sa petite- 
fille ; de M""'' Vieusseux, de M^^* Marie Rambaud, de M"^« Roil- 



d'artistes français 53 

let, ses belles-sœurs; de M. Eugène Roillet, de M'"^ Plet, ses 
neveu et nièce; de M. René Plet, son petit-neveu, et de toute 
la famille. — L'inhumation aura lieu au cimetière d'Auteuil. 

XXXIII 
C.-G.-M. HuiLLARD, ARCHITECTE (i2 novembre 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Charles-Gustave-Marie Huillard, architecte honoraire de 
la ville de Paris, expert près le Tribunal de première instance 
de la Seine, chevalier de la Légion d'honneur, décédé le 
12 novembre 1893, muni des sacrements de l'Eglise, en son 
domicile, rue du Vingt-Neuf Juillet, n° 5, dans sa soixante- 
neuvième année, qui se feront le mercredi 1 5 courant, à midi 
très précis, en l'église Saint-Roch, sa paroisse. — De profun- 
dis. — On se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M""^ Gustave Huillard, sa veuve ; de M. et 
M™* Charles Huillard, de M. et M""^ Henri Huillard, de 
M. Ernest Huillard, ses fils et belles-filles; de M^^" Lucie et 
Marcelle Huillard, ses petites-filles. — L'inhumation aura lieu 
au cimetière du Père-Lachaise. 

XXXIV 
H.-A.-G.-W. Destailleur, architecte (lé novembre 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Hippolyte-Alexandrt-Gahriel-Walter Destailleur, archi- 
tecte des Travaux publics, chevalier de la Légion d'honneur, 
décédé le 16 novembre 1893, muni des sacrements de l'Eglise, 
en son domicile, impasse de la Visitation, n° 11 bis, à l'âge 
de soixante-onze ans, qui se feront le samedi 18 courant, à 
neuf heures très précises, en l'église Sainte-Clotilde, sa paroisse. 
— Deprofundis. — On se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M""^ Destailleur, sa veuve; de MM. Alfred, 
François et René Destailleur, de M. et M*"^ André Destailleur, 
de M. et M'"'' Iven et leurs enfants, de M. et M""* Bruel et 
leurs enfants, de M. et M™^ Guerard et leurs enfants, de 
j^me Marguerite Destailleur, en religion sœur Joseph de Saint- 
Vincent de Paul; de M. et M"*^ Prin et leurs enfants, de 



54 CINQUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

M. et M^"^ Chayet et leur fils, ses fils, filles, gendres, belle-, 
fille et petits-enfants ; de M. et M"'^ Alfi-ed Destailleur et leurs 
enfants, ses frère, belle-sœur, neveu et nièce. — L'inhumation 
aura lieu au cimetière Montparnasse. 

XXXV 

V. CouRDOUAN, PEINTRE (8 décembre 1893). 

M. Antoine Courdouan, sous-commissaire de la marine en 
retraite, chevalier de la Légion d'honneur; M. et M'"^Venance 
Premier, née Courdouan ; M. Louis Courdouan, négociant en 
vins; M™^ veuve Joseph Vidal, née Courdouan; MM. Mau- 
rice et Henri Vidal, M. et M""^ Raymond Ferrât, M. Marcel 
Ferrât de la Ciotat, M. Edouard Caiivin, artiste peintre, 
professeur de dessin de la Marine, chevalier de la Légion 
d'honneur : M""* Edouard Cauvin, M. Jules Cauvin, M""^ veuve 
Gustave Cauvin, M"^ Marie Cauvin, M""^ veuve Artaud, née 
Cauvin d'Hyères, ont l'honneur de faire part à leurs amis et 
connaissances de la perte cruelle qu'ils viennent d'éprouver 
en la personne de M. Vincent Courdouan, artiste peintre, direc- 
teur du Musée, chevalier de la Légion d'honneur, leur frère, 
oncle, grand-oncle, cousin, décédé le 8 décembre 1893, dans 
la quatre-vingt-quatrième année de son âge, muni des sacre- 
ments de l'Eglise, et les prient d'assister à son convoi funèbre 
qui aura lieu le 9 décembre, à dix heures. — On se réunira 
rue Champ-de-Mars, 36, Toulon. — Priez pour lui. 

XXXVI 
F.-V.-E. BiENNOURY (il décembre 1893). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. François-Victor-Eloi Biennourry, peintre d'histoire, prix 
de Rome, ofiicier de l'Instruction publique, décédé le 1 1 dé- 
cembre 1893, ^^^^ sa soixante- onzième année, muni des 
sacrements de l'Eglise, en son domicile, quai Saint-Michel, 
n° 19, qui se feront le mercredi 13 courant, à midi très précis, 
en l'église Notre-Dame, sa paroisse. — Deprofundis. — On se 
réunira à la maison mortuaire. 



d'artistes français $5 

De la part de M. et M™'' Georges Guillaumot, M"^ Marie 
Guillaumot, M™^ veuve Auguste- Etienne Guillaumot, M'"^ 
veuve Louis Guillaumot, M. et M™^ Lucien Guillaumot et 
leurs enfants, M. le capitaine Humblot, M"^^ Humblot et leur 
fille, ses cousins, cousines, petits-cousins, petites-cousines et 
de ses nombreux amis. — L'inhumation aura lieu au cime- 
tière du Sud (Montparnasse). 

XXXVII 
M"'^ Henri Lehman, veuve du peintre (14 avril 1893). 

Vous êtes prié d'assister au service de bout de l'an qui sera 
célébré le samedi 14 avril 1894, à dix heures et demie très 
précises, en l'église de Saint-Philippe-du-Roule, pour le repos 
de l'âme de M""^ Henri Lehmann, née Clémence Casadavant. 
— Requiescat in pace. — De la part de M. et M'"^ Edmond 
Joubert, de M. et M""^ Jean Joubert, de M"^ Françoise Jou- 
bert, de M. et M""^ Jules Casadavant, de M. et M™^ Lavignolle, 
de MM. Charles et Armand, de M^^^' Fédora et Denyse Casa- 
davant, de M"^ Henriette Lavignolle, et de toute la famille. 

XXXVIII 
P.-J. Cavelier, statuaire (28 janvier 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Pierre- Jules Cavelier, statuaire, membre de l'Institut, 
professeur à l'Ecole des Beaux -Arts, vice -président de la 
Société des artistes français, associé étranger de l'Académie des 
sciences, lettres et arts de Belgique, agrégé du corps acadé- 
mique d'Anvers, officier de la Légion d'honneur, officier de 
l'Instruction pubUque, chevalier de l'Ordre de la Rose du 
Brésil, commandeur de l'Ordre du Chêne de Luxembourg, 
décédé, muni des sacrements de l'Eglise, le 28 janvier 1894, 
dans sa quatre-vingtième année, en son domicile, rue Bossuet, 
8, qui se feront le jeudi i^*" février, à dix heures très précises, 
en l'église Saint-Vincent-de-Paul, sa paroisse. — On se réunira 
à la maison mortuaire. — De profundis. 

De la part de M"'*-' veuve Eugénie Laverne, sa sœur; M. et 



56 CINdUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

M""* Henri Laverne, ses neveu et nièce; M. et M""* Victor 
Villerelle, M. Pierre Laverne, M'^*= -Marthe Laverne, ses petits- 
neveux et petites-nièces; de ses cousins, cousines, petits- 
cousins, petites-cousines, et de toute sa famille. — L'inhuma- 
tion aura lieu au cimetière du Père-Lachaise. 

XXXIX 

M'"*= J.-F. Millet, veuve du peintre (31 janvier 1894). 

M. et M™*= Feuardent et leurs enfants. M""' Saignier et ses 
enfants, M. François Millet, M. et M'"' Heymann et leur fils, 
M. et M'"'' Edgard Landesque et leur fille, M. et M"^ Charles 
Millet et leur fils, M. le D" et M""' Bonieux et leurs enfants, 
M. Georges Millet, M""^ veuve Baptiste Lemaire, M. et 
M""^ Creuly et leurs enfants, M. Jean- Louis Millet, M. et 
M'"*' Jean-Baptiste Millet et leur fils, M. Pierre Millet, M. Jean 
Régnier, M'"'' veuve Tournaille et ses enfants, ont l'honneur 
de vous faire part de la perte douloureuse qu'ils viennent 
d'éprouver en la personne de M"'*' veuve Jean-François Millet^, 
leur mère, belle-mère, grand' mère, sœur, belle-sœur et tante, 
décédée, munie des sacrements de l'Eglise, le 31. janvier 1894, 
dans sa soixante-sixième année. — Priez pour elle. — Barbizon, 
le I" février 1894. 

XL 
J.-L. Maillet, statuaire (14 février 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Jacques-Léonard Maillet, statuaire, ancien grand prix de 
Rome, chevalier de la Légion d'honneur et de l'Ordre du roi 
Léopold de Belgique, membre honoraire de l'Académie du 
Venezuela, décédé le 14 février 1894, en son domicile, 49, 
boulevard Lannes, à l'âge de soixante et onze ans, qui se feront 
le vendredi 16 courant, à midi très précis, en TégUse Saint- 
Honoré d'Eylau (place Victor-Hugo). — On se réunira à la 
maison mortuaire. — De profundis. 



I. M"* Millet n'a pas tenu le pinceau, mais son billet de décès renferme des indi- 
cations sur la famille du peintre. 



d'artistes français 57 

De la part de M""' Maillet (Jenny Touzin), sa veuve; de 
M. Joseph Camus, greffier de la Justice de Paix de Luzarches 
(Seine-et-Oise) ; de M. et M""* Albert Lejonne, de M. Riche- 
fort, percepteur à Vendôme (Loir-et-Cher), et M.""^ Richefort, 
ses gendres et filles; de M. Jules Grimault, son beau-père; de 
MM"" Yvonne et Clémence Camus, ses petites-filles; de 
M. Georges Lejonne, son petit-fils; de M. et M*"^ Kaklar, ses 
beau-fils et belle-fille; de M*"^ veuve Maltaux, sa sœur. — 
L'inhumation aura lieu au cimetière du Père-Lachaise. 

XLI 
L.-E. Sanson, graveur (20 février 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Lucien-Emile Sanson, artiste graveur, décédé le 20 fé- 
vrier 1894, chez ses père et mère, rue de Vaugirard, n° 118, 
dans sa vingt-troisième année, qui se feront le jeudi 22 cou- 
rant, à midi très précis, en l'église Notre-Dame-des-Champs, 
sa paroisse (boulevard Montparnasse). — De profundis. — On 
se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M. et M'"'' Sanson, ses père et mère; de 
M. Charles Sanson, son frère ; de M""* veuve Picard, sa 
grand'mère ; de M""^ veuve Adnet et ses enfants, de M"*^ Amé- 
lie Sanson, de M"^ PauHne Picard, ses tantes. — L'inhuma- 
tion aura lieu au cimetière Montparnasse. 

XLII 
J.-B. Danguin, graveur (17 mars 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Jean-Baptiste Danguin, artiste graveur, chevalier de la 
Légion d'honneur, officier de l'instruction publique, corres- 
pondant de l'Institut, professeur honoraire à l'École des Beaux- 
Arts de Lyon, membre émérite de l'Académie de Lyon, 
décédé subitement le 17 mars 1894, chez sa fille, rue Denfert- 
Rochereau, n° 18, à l'âge de soixante-dix ans, qui se feront 
le lundi 1 9 courant, à dix heures très précises, en l'église Saint- 
Jacques du Haut-Pas, sa paroisse. — De profundis. — On sç 
réunira à la maison mortuaire. 



5^ CINQjUANTE LETTRES DE DÉCÈS 

De la part de M"*^ veuve Royer, sa fille ; de MM"" Marthe 
et Cécile Royer, ses petites-filles; de M""^ veuve Bador, sa 
sœur. — Après le service religieux, le cortège se rendra à la 
gare de Lyon, le corps devant être transporté à Lyon (Rhône). 

— La levée du corps aura lieu à la gare de Lyon-Perrache, le 
mardi 20 mars, à dix heures très précises, suivie de l'inhuma- 
tion au cimetière de la Guillotière (nouveau). 

XLIII 
E.-M.-J. Abot, graveur (i" avril 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement de 
M. Eugène- Michel- Joseph Abot y graveur, décédé le i^"" avril 1894, 
en son domicile, rue de Condé, n° 5, à l'âge de cinquante- 
huit ans, qui se feront le mardi 3 courant, à midi très précis, 
en l'église Saint-Sulpice, sa paroisse. — On se réunira à la 
maison mortuaire. — Deprofundis. 

De la part de M""^ Abot, sa veuve; de M. Ernest-Charles 
Skopetz, son gendre ; de M. Charles Skopetz, de M''^ Marie 
Skopetz, ses petits-enfants; de M'"^ Blanchet, sa cousine, et 
de tous ses amis. — L'inhumation aura lieu au cimetière 
de Bagneux-Parisien. 

XLIV 
C.-S. Benoist, architecte (21 avril 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Constant-Stanislas Benoist, architecte-expert, décédé le 
21 avril 1894, lïiuni des sacrements de l'Église, en son domi- 
cile, rue de Babylone, n° 38, à l'âge de soixante-treize ans, 
qui se feront le lundi 23 courant, à dix heures très précises, 
en l'église Saint-François-Xavier, sa paroisse. — Deprofundis. 

— On se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M™* Benoist, sa veuve ; de M. Paul Benoist, 
ingénieur des Mines, et M"'^ Paul Benoist, de M. Léon 
Benoist, ingénieur des Mines ; de M"^ Marie Benoist, ses fils, 
fille et belle-fille; de M. Henri Benoist, son petit-fils; de 
M°^^ veuve Petit, sa sœur ; de M"^ Caroline Hipp, en religion 
sœur Maria, fille de la Charité de Saint- Vincent de Paul ; de 



d'artistes français b9 

j^me veuve Hénin, ses belles-sœurs. — L'inhumation aura 
lieu au cimetière Montparnasse. 

XLV 

F. -A. David, peintre (17 mai 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. François- Alexandre David, artiste peintre, chevalier de 
la Légion d'honneur, décédé le 17 mai 1894, muni des sacre- 
ments de l'Église, en son domicile, rue Lecourbe, n° 30, à 
l'âge de quatre-vingt-neuf ans, qui se feront en l'église Saint- 
Lambert de Vaugirard, sa paroisse. — De profundis. — On 
se réunira à l'église. 

De la part de M™^ veuve Dieuzayde, de M. et M""^ Jules 
Halary, ses gendre et filles; de M"^ Mathilde Dieuzayde, 
de M. James Dieuzayde, de M. et M"'^ Léon Halary, de 
M. Jules Halary, ses petits-enfants; de M""^ veuve Chazot, sa 
sœur; de M"^ veuve Sorrieu, sa belle-sœur; de M""^ veuve 
Gargam, de MM"" Adèle et Julie Sorrieu, ses nièces. — 
L'inhumation aura lieu au cimetière Montparnasse. 

XLVI 
A. -H. Bramtot, peintre (15 juin 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux service et enterrement de 
M. Alfred- Henri Bramtot, artiste peintre, ancien prix de 
Rome, professeur de peinture à l'atelier Julian, maître de 
dessin à l'Ecole polytechnique, décédé à Garennes (Eure), le 
15 juin 1894, à l'âge de quarante-un ans, muni des sacre- 
ments de l'Eglise, qui se feront à Paris, le mardi 19 courant, 
à midi très précis, en l'église Saint-Jacques du Haut-Pas, sa 
paroisse. — De profundis, — On se réunira à l'église. 

De la part de M™^ Alfred Bramtot, sa veuve; de M. et 
M™^ H. Bramtot, ses père et mère; de M"^ Jeanne Bramtot, 
sa sœur; de M"^ Eisa Polack, de MM. Alexandre et Henry 
Polack, ses beaux-enfants ; de M'"^ Adolphe Bramtot et ses fils, 
de M. Croizat, de M'"^ veuve Dardoize, de M. Emile Dardoize 
et ses enfants, de M"^^ Gaudy, ses tantes, oncle, cousins et 



€0 CINQ.UANTE LETTRES DE DÉCÈS 

cousines, et des familles Karcher et Poterin du Motel; de 
M. Botiguereau j son maître. — L'inhumation aura lieu au 
cimetière Montparnasse. 

XLVII 

M™* Marcel Lambert (29 juin 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M"* Marcel Lambert, née Laurence Girard, décédée le 
29 juin 1894, n^unie des sacrements de l'Eglise, dans sa 
trente-neuvième année, en sa demeure, à Versailles, au Palais, 
qui se feront le samedi 30 juin, à onze heures très précises, 
en l'église Notre-Dame, sa paroisse, dans le cimetière de 
laquelle son corps sera inhumé. — On se réunira à la maison 
mortuaire. — De profundis. 

De la part de M. Marcel Lambert, architecte du Palais, son 
époux; de M. Marcel Lambert, M"" Madeleine, Cécile, 
Geneviève, Simone et Germaine Lambert, ses enfants; de 
M. Julien Girard, son père; M"*" Lambert, sa belle-mère; 
M. et M™^ Paul Girard et leur fils, M. et M"'= Pierre Girard 
et leur fille, M. Eugène Lambert et son fils, M. et M™= Hue, 
M. Chédieu et son fils, ses frères, belles-sœurs, oncles, neveux, 
nièce et cousins. 

XLVIII 

G. ViGNAT, ARCHITECTE (l8 juillet 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Camille Vignat, architecte, décédé le i8 juillet 1894, 
muni des sacrements de l'Eglise, en son domicile, rue des 
Beaux-Arts, n° 6, à l'âge de quarante-six ans, qui se feront le 
mardi 20 courant, à midi très précis, en l'église Saint-Germain- 
des-Prés, sa paroisse. — De profundis. — On se réunira à la 
maison mortuaire. 

De la part de M'"' Camille Vignat, sa veuve; de MM. Jean 
et René Vignat, de M"* Marie Vignat, ses enfants; de M. et 
M"^ Huez, ses beau-père et belle-mère; de M. et M»"^ Luc 
Vignat, de M. et M'"^ René Huez, de M. le Docteur et 
M"^^ Jacquelot, ses frère, beaux-frères et belles-sœurs. — L'inhu- 
mation aura lieu au cimetière Montparnasse. 

I 
l 



d'artistes français 6i 

XLIX 
E. Guillaume, architecte (20 juillet 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Edmond Guillaume, architecte des Palais du Louvre et 
des Tuileries, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts, chevalier 
de la Légion d'honneur, décédé le 20 juillet 1894, i^uni des 
sacrements de l'Eglise, en son domicile, rue Jean-Bart, n° 3, 
à l'âge de soixante-huit ans, qui se feront le lundi 23 courant, 
à midi très précis, en l'église Saint-Sulpice, sa paroisse. — De 
profundis. — On se réunira à la maison mortuaire. 

De la part de M"''' Guillaume, sa veuve; de MM. Henri et 
Albert Guillaume, ses fils; de M. et M""^ Frédéric Lami, ses 
fille et gendre; de M"* Vivianne Lami, sa petite-fille; de 
M. François Guillaume et ses enfants, de M. Alexandre Guil- 
laume et ses enfants, de M. Bruno Guillaume et ses enfants, 
ses frères, neveux et nièces, et de toute sa famille. — L'inhu- 
mation aura lieu au cimetière Montparnasse. 

L 

G. -G. Peigniet, architecte (26 juillet 1894). 

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement 
de M. Claude-Charles Peigniet, architecte, membre de la Société 
Centrale, décoré de la médaille miUtaire, décédé le 26 juil- 
let 1894, muni des sacrements de l'Eglise, en son domicile, 
Chemin de la Station, n° 3, à Meudon, dans sa soixantième 
année, qui se feront le samedi 28 courant, à neuf heures trois 
quarts très précises, en l'église Saint-Martin de Meudon, sa 
paroisse. — De profundis. — On se réunira^ à la maison mor- 
tuaire. 

De la part de M""*" Peigniet, sa veuve ; de M"* Jeanne Pei- 
gniet, sa fille; de M"" Jeanne et Clarice Peigniet, ses nièces; 
de M. Charles Peigniet, son neveu; de M. et M""*^ Marnez. 
— L'inhumation aura lieu au cimetière de Meudon. 



62 LES PRIMITIFS LAONNOIS 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 



Communication de M. Grandin. 

La critique s'est jusqu'ici beaucoup exercée sur les maîtres 
étrangers : italiens, flamands, hollandais, allemands, et actuel- 
lement les primitifs de ces pays semblent jouir d'une faveur 
toute particulière. Par contre, en ce qui concerne l'Art fran- 
çais, il semblait convenu, généralement, que l'histoire de la 
Sculpture et de la Peinture ne devait commencer qu'avec la 
Renaissance française. — L'Architecture ogivale seule a été pri- 
vilégiée, puisqu'on s'est mis à l'étudier depuis un demi-siècle. 

Rien cependant n'est plus injuste que cet oubH, et si nous 
comprenons et partageons même l'engouement — justifié 
d'ailleurs — pour les maîtres italiens et étrangers, précurseurs 
de la Renaissance dans ces pays, nous ne nous expliquons pas 
l'indifférence, le dédain même, que l'on réservait, par une 
singulière contradiction, pour les œuvres de nos artistes fran- 
çais des xiv^ et xv* siècles. 

Il a fallu que quelques hommes éminents — dont nous ne 
citerons pas les noms, de peur de commettre quelques omis- 
sions regrettables — vinssent attirer l'attention sur cette 
période de l'Art national pour que l'on s'aperçût enfin que, 
nous aussi, nous avions des primitifs qui illustrèrent notre 
glorieuse patrie. 

Est-ce que la construction d'un monument tel que la cathé- 
drale de Laon n'avait pas exigé la présence dans cette ville de 
maîtres des œuvres — souvent sculpteurs eux-mêmes — 
autour desquels dut graviter tout un monde de maîtres et 
d'ouvriers maçons, sculpteurs, peintres, verriers, charpentiers, 
huchiers, serruriers, fondeurs, tapissiers, brodeurs, émail- 
leurs et orfèvres ? 

Champfleury, dans ses Nouvelles recherches sur la vie et 
V œuvre des frères Le Nain, s'est exprimé ainsi : 

Soissons, Saint-Quentin, Laon, Rheims n'ont guère possédé en 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 6} 

ouvrages d'arts précieux que leurs monuments religieux, leurs 
églises et leurs cathédrales. La peinture y semble absolument étran- 
gère, et on ne trouve dans ces villes aucunes traces d'école ni de 
groupes d'artistes. 

Il importait d'infirmer cette assertion erronée. Les documents 
que nous avons trouvés et que nous allons examiner nous ont 
bien vite donné la certitude que Laon fut le berceau d'une 
école importante, dont Texistence est révélée — en partie du 
moins — dès le xiii^ siècle. Malheureusement, les différentes 
sources auxquelles nous avons puisé nos renseignements con- 
tiennent des lacunes, et la majeure partie des minutes nota- 
riées, si précieuses cependant, ne remonte pas au delà du 
xvii^ siècle. 

WILLAUME LI VERRIERS (xill^ SIÈCLe). 

Juin 1264. — Willaume li verriers et Hecia, sa femme, bourgeois 
de Laon, prennent à bail deux maisons appartenant à l'Hôtel-Dieu 
de Laon, rue des Ecossais. 
(Arch. des Hospices de Laon, B, 72.) 

BÉRARD DE LAON (xill^ SIÈCLE). 

Février 1269. — Bérard, peintre à Laon, et Wede, sa femme, 
vendent à Guillaume, évêque de Laon, moyennant 1 5 livres parisis, 
une rente de 7 muids et 6 setiers, moins un lot de vin de vinage. 

(Arch. départementales, G, 62.) 

1288, jeudi après la Toussaint. — Acte par lequel l'archidiacre 
de Soissons, juge désigné par le pape Martin IV, décide sur le 
moyen présenté par les maître et frères de l'hôpital de Laon, qu'ils 
sont sujets du chapitre de Laon, leur seigneur et supérieur immé- 
diat, que le procès élevé entre ledit hôpital et Gérard Bérard, laïque 
désigné par le pape pour leur servdr de frère et compagnon, que la 
cause sera portée devant lui le lendemain de la fête de Saint-Martin 
d'hiver. 

(Arch. des Hospices de Laon, A, i.) 

Willaume et Bérard vivaient par conséquent au moment de 
Texécution des riches verrières de la cathédrale de Laon, si 
justement appréciées. 



64 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

LA STATUE SÉPULCRALE DE JEANNE DE FLANDRE ' 

(Sculpture du xiv siècle), 

> L'église Saint-Martin-de-Laon abrite le tombeau de Jeanne 
de Flandre, veuve d'Enguerrand IV, sire de Coucy, abbesse 
du Sauvoir-sous-Laon, morte en 1333. Ce monument funé- 
raire se compose d'un socle rectangulaire très bas, sur lequel 
est posée une admirable statue en marbre blanc de la défunte, 
en costume d'abbesse cistercienne. Cette œuvre si remarquable 
sous tous rapports est signée sur la crosse abbatiale Pierre de 
Pue:(. C'est du moins ce qu'affirme Melleville. Nous sommes 
loin de partager cet avis. Il existe bien, en effet, quelques 
caractères assez frustes sur la crosse, mais qui ne nous 
paraisent pas former le nom de « Puez ». D'ailleurs cette 
signature ne nous inspire pas grande confiance. Elle pourrait 
bien être apocryphe ! 

ÉPOaUE DE COLART DE LAON 

FIN DU Xiye ET COMMENCEMENT DU XVe SIÈCLES 
COLART DE JUMIGNY 

Peintre de Laon, mort en 1423 ? 

Dans une étude intitulée Les peintres Colart de Laon et 
Colart le Voleur^, M. Edouard Fleury a affirmé que Colart de 
Laon, peintre et valet de chambre de Charles VI, était imposé 
à la taille, sur la paroisse de Saint-Remi, à la place de Laon, 
de 1420 à 1428; tandis que nous savons qu'une sentence du 
prévôt de Paris, rendue le 27 mai 141 7, fait mention de la 
veuve et des héritiers de Colart de Laon ^ 

M. Ed. Fleury a évidemment confondu Colart de Laon, 
valet de chambre du roi, avec Colart de Jumigny, qui est peut- 
être un de ses parents, mais dont il faudrait cependant le 
distinguer. 

1. Cette statue a été reproduite dans le Magasin pittoresque, année 185 1, p. 5}. 

2. Bulletin delà Société académique de Laon, t. XIX, pp. 311 à 361. 

3. Journal de Nicolas de Baye, par M. Al. Tuetey, année 1885, t. !•', p. 146. 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 65 

Les dates de 1420 à 1428 contiennent une première inexac- 
titude. Nous avons consulté attentivement les rôles de la 
taille de la ville de Laon et, comme on le verra dans les 
extraits que nous en donnons plus loin, Colart le paintre est 
imposé de 1379 à 1423. Il existe même de cette dernière 
année deux tailles : l'une en mars, où il figure, l'autre en 
juin, sur laquelle son nom est absent, de même qu'en 1428. 

Il ne sera peut-être pas inutile de faire remarquer que sur 
tous les rôles existants de 1379 à 1423, Colart le peintre est 
imposé. Pouvait -il habiter Paris et être astreint à pa3^er la 
taille à Laon ? Cela ne nous paraît guère admissible. 

Nous avons vu plus haut que Colart de Laon, valet de 
chambre de Charles VI, était mort avant le 27 mai 1417. Il 
ne pouvait donc plus figurer sur le taillon en 1423. 

Mais voici un autre argument fourni par M. Ed. Fleury, 
lui-même, dans son étude. C'est une quittance délivrée à 
Paris par Colart de Laon, paintre, le 24 avril 1398. 

Or, le 25 avril 1398, Colart de Jumigny, paintre, demeu- 
rant à Laon, donne une quittance à Nicaise Constant, ancien 
gouverneur de la ville de Laon ^ 

Si nous nous reportons à l'époque à laquelle vivait Colart, il 
ne nous semble guère possible que donnant une quittance à 
Pans le 24 avril, il eût pu en donner une autre à Laon le 
lendemain. 

Les archives de la ville de Laon renferment encore deux 
pièces concernant Colart de Jumigny : 

La première est relative à la confection d'un écu aux armes 
du roi, qui vint dans cette ville en 1393 ^. 

1. Colart de Jumigny, paintre, demeurant à Laon, qu'il avoit eust receuparla main 
de Nicaise Constant, nagaire gouverneur des bourgois et habitans de la ville de laon, 
la somme de quarante huit sols parisis, qui deubz luy estoient pour son salaire 
deservy davoir refait et repaint de nouvel, pour lesdictz bourgois et habitans, quatre 
bannières dairin, estant tant sur les tournelles de Chevresson comme a porte Royet et 
ailleurs, avoir mis à icelles bannières les armes du Roy nostre sire et de ladite ville 
de laon. Si comme il dist, de laquelle somme de quarante huit sols parisis dessus 
dicte, Colart le paintre se. tint pour bien content etc. et en quicta ledit Nicaise Constant 
lesdiz bourgois et habitans tous autres etc. promectant par sa foy soubz lobligation de 
tous ses biens ete tenir ceste quictance etc.. mil CCC \l\l^^ XVIII (1398) le XXV* 
jour davril. 

(Arch. mun. de Laon, CC, 343.) 

Cette quittance a été reproduite dans la Revue de VArt français. 

2. Il est assez présumable que ce voyage du malheureux Charles Yl, fou depuis 

f)rès d'un an, eut lieu à l'occasion de la mort de son médecin, Guillaume d'Harcigny, 
equel fut inhumé le 10 juin 1393 dans le cimetière des Pères Cordeliers, et dont la 
Art fx- XII, î 



66 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

Sachent tous, que pardevant nous, Jacques Stancon, escuier 
seigneur d'Houry, prévost de la cité de laon, vint en sa personne 
Colart le paintre demeurant à laon, qui a recongnut qu'il avoit eu 
et receu des gouverneurs bourgeois et habitans de la ville de laon 
par la main de Nicaise Constant, receveur et lun des gouverneurs, 
la somme de vint quatre solz parisis, pour cause d'un escut dasur à 
trois fleurs de lys dor, que ledit Colart livra au joyeux advenement 
du Roy nostre sire, en ladite ville et lequel fut mis à la porte sei- 
gneur Soibert, si comme il dist et se tient pour bien content par- 
devant nous et en quicta et quicte tant lesdis gouverneurs bourgeois 
et habitans le dit Nycaise et tous autres a qui quictance en appar- 
tient. Donné soubz nostre scel le XVI« jour de juillet lan mil III 
IIIP'^ et XIII. 

(Arch. mun., CC, 322.) 

La seconde pièce est une procédure des mois de juillet et 
août 1403, dans laquelle Colart le paintre est cité comme 
témoin ^ 

Maintenant qu'il est prouvé que Colart de Laon et Colart de 
Jumigny sont deux artistes tout à fait distincts, voyons leurs 
contemporains. 

Les rôles de la taille vont nous fournir les noms des artistes 
qui se rattachent à l'école de Colart. 

Pour quelques-uns d'entre eux nous avons pu retrouver des 
quittances dans les archives de la Ville. 

UNE PEINTURE DU XV^ SIÈCLE AU MUSÉE DE LAON. 

Cet établissement possède de cette époque un panneau peint 
sur les deux côtés et sur lequel on voit distinctement l'em- 
preinte d'une serrure. Il mesure i m. 04 de largeur sur 
o m. 94 de hauteur. 

Sur une face. — A gauche, un ange ailé, de profil, à demi 
agenouillé et revêtu d'une robe bleue décolorée, est en extase. 
Il porte sur la tête une croix et de la main droite il tient un 
phylactère sur lequel on lit : « ave gracia plena deus credum 



statue tombale (le gisant), après avoir séjourné dans la cathédrale de Laon, est 
actuellement déposée dans la chapelle haute du Palais de Justice (ancien évêché). 
L'influence de ce célèbre médecin ne fut sans doute pas étrangère à l'entrée de Colart 
de Laon à la Cour. 

I. Arch. municipales de Laon, CC, 28. 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 67 

BENEDiCTA IN MULiERiBUs. » A droite, toumé également vers 
la gauche, un évêque agenouillé, revêtu du manteau sacer- 
dotal et tenant sa crosse, est dans une attitude de prière. 
Derrière lui, une sainte debout, la tête recouverte d'un voile 
blanc, se détachant sur une auréole en or, est placée de trois 
quarts vers la gauche. Comme fond, un ton uni d'un rouge 
vermillon très vif. 

Sur l'autre face. — Six personnages debout dont l'un est 
effacé. Les têtes entourées d'auréoles en relief et en cire sur 
un fond d'or. Les deux personnages du centre tiennent chacun 
un livre à la main ; l'un avec un poignard, l'autre avec une 
hache. — De chaque côté, deux autres personnages armés; 
celui de gauche avec un bâton brut, et celui de droite avec un 
bâton orné d'un coquillage. 

La scène se passe dans une église ou cloître dont on aper- 
çoit le carrelage formé de triangles alternativement noirs et 
blancs et une voûte en arc d'ogive avec ses arcs formerets 
ornés de pendentifs du xv^ siècle. 

Les têtes, très étudiées, sont d'un beau caractère. Les 
draperies sont d'un arrangement typique, avec leurs plis tour- 
mentés en spirales. La coloration en est chaude. 

Telle est la seule peinture que nous connaissons jusqu'à 
présent de cette époque, à Laon. A qui faut-il l'attribuer? 

Sur le catalogue sommaire du Musée de Laon que nous 
avons dressé en 1891, nous l'avons fait figurer sous cette 
rubrique « époque de Colart de Laon ». Le seul renseigne- 
ment que nous connaissions alors — par une note manuscrite du 
regretté M. Midoux, notre prédécesseur, — était que ce pan- 
neau avait été trouvé dans une maison de la rue Fosse-Saint- 
Julien à Laon. 

Or, heureuse coïncidence, nous venons de relever dans les 
archives des hospices de Laon les origines de propriété d'une 
maison appartenant à l'Hôtel-Dieu de cette ville, sise derrière 
l'église Saint-Julien et qui était voisine de la maison de Colart 
le paintre. 

La propriété de l'Hôtel-Dieu fut, il est vrai, habitée en 
1401 par Jean le paintre. Un rapprochement entre la note de 
M. Midoux et les actes dont nous donnons ci-dessous l'analyse, 
ne s'en impose pas moins. De plus, si l'on considère les 



68 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

qualités réellement remarquables de la peinture du Musée de 
Laon, il n'est guère admissible qu'elle soit l'œuvre de Jean le 
paintre et nous n'hésitons plus à l'attribuer aujourd'hui à Colart 
le peintre. Mais auquel Colart de Laon, valet de chambre du 
Roi, ou bien Colart de Jumigny ? Cette question reste à appro- 
fondir. 

PIÈCES JUSTIFICATIVES 

28 avril 1366. — Vente faite par Jehan de Femy et 
Jehanne sa femme à maître Henry de Bouconville avocat à 
Laon, de deux maisons sises à Laon rue Neuve et ruelle derrière 
Saint-Julien condist dalez la fosse de l'église Saint-Julien, 
moyennant la somme de 38 florins d'or francs, payée comp- 
tant. 

4 mars 1392. — Véture faite devant la justice foncière de 
l'hôpital et hostellerie de l'église de Laon, de maison, jardin, 
lieu et pourpris sis à Laon rue Neuve, tenant à une maison 
appartenant à « Henryon de glaion au lez devers la porte nuefue 
et à une maison appartenant à Colart le paintre au lez devers 
Saint-Jehan au bourc de Laon ». Cette maison avait été don- 
née par Maistre Pierre de Bouconville. 

(Arch. des hospices de Laon, B, 28.) 

I" décembre 1401. — Déclaration faite par les maître, 
frères et sœurs de l'Hôtel-Dieu de Laon des propriétés par eux 
acquises aux territoires d'Ardon, de Pouilly, de Laon, etc., 

pour la perception du droit d'amortissement dû au Roi 

Une petite maison située à Laon rue Neuve, tenant au jardin 
de Jean le paintre et donnée par Pierre de Bouconville. 

{Ibid., B, I.) 

BERTRAND LE PAINTRE, MORT EN 1 42 2 ? 

Ce peintre figure sur le plus ancien rôle, en février 1379 à 
côté de Colart le peintre, comme habitant la paroisse de 
St-Remi-à-la place. Il disparaît en 1422 et en 1423, on trouve 
à sa place « Perrée vefve de feu Bertran le paintre » . 

Sur les registres des dépenses de la ville nous relevons les 
articles suivants, le concernant : 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 69 

Année 1363. 

Pour XIX panais couvrir plastrer et paindre à oile VIII escus la 
XII« (la douzaine) valent fais par le varlet Bertran Cochet ' et Bertran 
le paintre Pour ce XII escus. 

(Arch. mun., CC, i, fol. 64.) 

Année 1411-1412. 

Mises faictes par ledit Jehan Benoit sur les receptes dessus dits 
pour ladicte II« année commençant à pasques lan mil CCCC onze 
et finissant audit jour lan mil CCCC et douze. 

A Bertran le paintre^ pour un pennon et un grant estandart, par 
lui fais et livrez pour porter aux arbalestriers et gens darmes estans 
à Coucy, avec XX panonceaulx à mett et attachies aux lances et 
harnas des compaignons de laon. De ce paie comme appert par 
quictance cy rendu XLVI solz. 

(Arch. municipales, CC, 7, fol. 76.) 

ANCEL OU ANCELET LE PAINTRE 

A Ancelet le paintre, pour avoir refait VI panaulx pour la ville 
qu'on cuidoit envoier à Calais, iceulx avoir recouvers, renarmé, 
repains et fait en chacun un escut des armes de la ville, pour ce par 
quictance XXXVI sols. 

(Arch. municipales, CC, 7, fol. 26.) 

De pasques 141 o a pasques 141 1. 

A Ancel le paintre, pour avoir escript | Laon | en XII caractaires 
à mect artillerie, pour ladicte ville XII deniers. 

JEHAN HERMANT, PEINTRE 

Dépenses de l'année 1428. 

A Jehan Hermant paintre, paie la somme de XXI sols 4 deniers 
parisis, pour avoir paint ladite bannière [une grande bannière de 
laiton de 2 pieds 1/2 carrée que Ion dressoit pendant la foire] des 
armes de la ville de fin or et de fin asur par marchiet à luy fait. 

I. Le titre de valet de chambre ayant souvent été accordé à des sculpteurs ou des 
peintres collaborateurs des maîtres de l'oeuvre, ce Bertrand Cochet ne serait-il pas 
, alors le valet de chambre d'un maître de l'œuvre de la cathédrale de Laon ? 



70 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

SIMON DE SAINT GOBAIN, PEINTRE 

Cet artiste habitait Saint-Gobain, mais comme cette loca- 
lité est assez rapprochée de Laon, nous avons pensé que la 
pièce que nous donnons offrait trop d'intérêt pour ne pas 
prendre place ici. Elle nous a été communiquée par M. Matton, 
archiviste honoraire de TAisne, qui l'a trouvée dans les 
comptes de la maladrerie de Saint-Firmin, à La Fère. 

Année 141 8. — i" mars. 

A Simon le paintre, demourant à St Goubain pour avoir fait et 
paint 7 personnaiges à ladite maladrerie. C'est ascavoir : St Frumin, 
St Anthoine, Nostre Dame, et quatre ladres, et avoir repaint de 
nuef la table de deseur lostel dudit St Frumin et fait une ymaige 
de Nostre Dame pour ce a luy payet par marchiet et accord à lui 
fait par le mayeur présent Willaume Cadot LXIIII sols. 

En ce qui concerne les autres artistes, les quittances faisant 
défaut, nous donnons des extraits des rôles de la taille et du 
taillon. 

Taille du mois de février 1379. 

Saint Remy à la place. — De Coîart le paintre 32 s. 

— — De 5^r/ra«/ le paintre 32 s. 
Saint Georges. — De la femme Colart le menestrier 20 s. 
Saint Remy à la porte. — Hennequin le menestret 8 s. 
Saint Martin au parvis. — De Couillon menestiet ' . 64 s. 

Taille imposée par le Roy au mois de février 1380. 
Saint Remy à la place. — Colart le paintre. 

Taille imposée pour la guerre au mois de décembre 1382. 

Saint Remy à la place. — Colart le paintre 14 s. 

— — Jehan le paintre 16 s. 

— — Bertrant le paintre 10 s. 
Saint George. — Warin le menestret 3 s. 

— Jehan Chevalier menestret 4 s. 

Sainte Benoiste. — Huet le menestret 2 s. 



LES PRIMITIFS LAOîWOIS 



^ï 



Taille pour Texpedition doutre mer — Novembre 1384. 



Saint Remy à la place. — Colart le paintre 

— — Bertrant le paintre 

Saint George. — Olivier le paintre 
Notre Dame au marché. — Maistre Jehan de Camaux, 

masson 
Saint Remy à la place. — Maistre Jehan de Camaux, 

charpentier 
Saint Michel. — Jehan le paintre 



Saint Remy à la place 
Saint George 



Taille de 1404. 

- Colart le paintre 
Bertran le paintre 
Jehan le paintre 
Olivier le paintre 



Taille de 1405. 



Saint Remy à la porte. 



Colart le paintre 

— — Ancelet le paintre 
Saint Michel. — Jehan le paintre 

Saint Martin le petit. — Jehan de la porte, paintre 

Taille de 1406. 

Saint Remy à la porte. — Colart le paintre 

— — Bertran le paintre 
Saint Michel. — Ansel le paintre 

Saint Martin au parvis. — François le paintre. 
Saint George. — Olivier le paintre. 

Taille de 1408. 

Saint Remy à la place. — Colart le paintre. 

— — Bertran le paintre. 

— — Jehan de la porte pintre. 
Saint George. — Olivier le paintre. 

Sainte Benoiste. — Colinet q'a la file Ancel le paintre. 
Saint Martin au parvis. — François \t paintre. 
Nostre Dame au Marche. — Mathieu le masson, maistre 
des œuvres de Nostre Dame. 



7 s. 

10 s. 

7 s. 

52 s. 

52 s. 



10 


s. 


4 


s. 


10 


s* 


2 


s. 


8 


s. 


5 


s. 


20 


s. 


4 


s. 


40 


s. 


10 


s. 


6 


s. 



72 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

Taille de 1410. 

Saint Remy à la place. — Colart le paintre, désimer. 

— — Bertran le paintre. 
Sainte Benoiste. — Guennelon le menestre. 
Saint Martin au parvis. — François le paintre. 
Saint George. — Olivier le paintre. 

Saint Remy à la porte. — Ancel le paintre. 

Saint Michel. — Allart le paintre. 

Nostre Dame au Marche. — Mathieu le masson, maistre 

des œuvres de Nostre Dame. 
Saint Pierre le Vieil. — Jacquemart de Meuse masson. 

(De nombreux maçons sont imposés en cette année.) 

Taille de pasques 141 1 à pasques 141 2. 

Saint Remy à la place. — Colart le paintre. 

— — Bertran le paintre. 

— — Rucelet le paintre. 
Saint George. — Olivier le paintre. 

Nostre Dame au Marchiet. — Jehan de Saint Lo menestre. 

Taille assise en avril 1412. 

Saint Remy à la place. — Colart le paintre 100 s. 

— — Bertran le paintre 24 s. 

— — Ancel le paintre 10 s. 
Saint George. — Olivier le paintre 8 s. 
Saint Martin au parvis. — François le paintre 14 s. 
Sainte Benoiste. — Guennelon menestre. 26 s. 
Nostre Dame au Marchiet. — Mathieu le masson 26 s. 

Taille de mai 1422. 

Saint Remy à la place. — Colart le paintre 10 s. 
Saint Jehan au bourg. — Jehan le pointe. 

Saint George. — Dame Chrestienne la pintelotte 2 s. 

Sainte Benoiste. — la femme de feu Guennelon ménestrel 6 s. 

Nostre Dame au marchiet. — Maistre Mathieu le Masson 32 s. 

Taille de Pasques 1423 a pasques 1424. 

Saint Remy à la porte. — Colart le paintre lé s. 

— place. — Perree vefve de feu 

— — Bertran le paintre 8 s. 
Saint Pierre au Marchiet. — Maistre Mathieu de Tilmont 48 s. 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 75 

Taille de juin 1423. 

Saint sRemy à la place. — la vefve Bertran le paintre 
(Colart ne figure plus.) 

Taille et impost assiz à laon es mois davril et may lan 1428, 
pour les sièges de Beaumont et autres forteresses. 

Nostre Dame au marchiet. — Maistre Mathieu de Tillemont, 

masson 24 s. 

Saint Jehan au bourg. — Jehan Hermant 8 s. 

Requerans et taille irrecouvrable des mois davril et may 1428. 

Saint Remy à la place. — Jehan le paintre, quy est néant 
par ordonnance du conseil 12 s. 

Taille de novembre 1429. 
Nostre Dame au marchiet. — Mathieu de Tilmont 24 s. 

Taille assize au mois de may 1430. 
Nostre Dame au marchiet. — Maistre Mathieu de Thilemont. 48 s. 

Il faut maintenant aller jusqu'en 1460 pour rencontrer un 
peintre sur les rôles. 

Mais avant de donner les renseignements que nous avons 
sur cette seconde époque qui correspond avec la période d'ac- 
tivité d'Enguerrand Charonton, de Laon, nous nous permet- 
trons d'appeler l'attention sur Mathieu de Tillenwnt qui est 
vraisemblablement le dernier maître de l'œuvre de la Cathé- 
drale. 

De l'examen approfondi que nous avons fait des rôles, il 
résulte que Mathieu de Tillemont est bien le même personnage 
qui figure à la paroisse Notre-Dame-au-Marché, de 1408 à 
14 10, sous le nom de Mathieu /^masson maistre des œuvres 
de Nostre Dame. 

Ce titre de maître des œuvres qu'on lui donne de 1408 à 
1410 ne semble-t-il pas indiquer suffisamment, qu'à cette 
époque il travaillait à la Cathédrale ? 

La partie la plus récente de cet édifice, qui est le portail sud 
donnant accès dans la rue du Cloître, paraît appartenir préci- 
sément au commencement du xv^ siècle. 



74 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

ÉPOaUE D'ENGUERRAND CHARONTON 

MILIEU DU XVe SIÈCLE 

M. l'abbé Requin a publié dans VArt un article fort intéres- 
sant dans lequel il nous a appris que le tableau de Villeneuve- 
lès-Avignon, qui avait été jusqu'ici attribué au roi René, était 
dû au pinceau d'Enguerrand Charonton, de Laon. 

Cet artiste, qui séjourna à Avignon de 1447 à 146 1, était 
donc originaire de Laon ou de ses environs. 

Un instant nous avions espéré rencontrer tout au moins 
son nom dans les archives municipales de Laon ; mais aucun 
indice n'a pu nous révéler sa présence dans cette ville, malgré 
toutes les recherches auxquelles nous nous sommes livrés. 

L'on n'ignore pas que les noms subissaient au moyen âge 
des transformations parfois très sensibles. C'est ainsi que pour 
cet artiste M. l'abbé Requin, qui a découvert quatre marchés, 
l'a vu désigner tantôt sous le nom de Charretier, tantôt sous 
celui de Charonton, et enfin sous celui de Quarton. Dans le 
Nord, le mot charton était synonyme de charretier ; d'où vrai- 
semblablement, par corruption dans le Midi, Charonton et 
Quarton. 

Nous avons bien rencontré fréquemment sur les rôles de la 
taille le nom de Charton, mais jamais celui de Charontoç. 

On va voir plus loin deux peintres qui portent le nom de 
Tarteron ; ne serait-ce pas une nouvelle transformation de Char- 
ton et de Quarton ? 

De même que Colart de Laon, Enguerrand Charonton tient 
la tête à Laon, d'une véritable pléiade d'artistes dont nous 
citons les noms, toujours d'après les rôles de la taille et du 
taillon. 

Année 145 9- 1460. 

Saint Remy à la place. — Jehan de Midelet pointre 8 d. 

Vaux. — Pierre le paintre 8 d. 

De pasques 1460 a pasques 1461. 

Saint Remy à la place. — Jehan de Midelet pointre 8 d. p. 

Vaux. — Pierre le paintre 8 d. p. 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 7$ 

De pasques 1461 a pasques 1462. 

Saint Remy à la place. — Jghan de Mideîet paintre 
Vaux. — Pierre \q paintre 

De pasques 1462 a pasques 1463. 

Saint Remy à la place. — Jehan de Mideîet 
Vaux. — Pierre le painctre 

De pasques 1463 a pasques 1464. 

Saint Remy à la place. — Jehan de Mideîet 
Vaux. — Pierre le painctre 

Mars 1480. 

Saint Remy à la place. — Jehan de Mideîet 

Saint Michel. — Simonnet le peintre (Simon Tarteron). 

Saint Remy à la porte. — Gèrardin le pointre (Gérardin 

Tarteron). 
Saint Cir. — Jean pint 

De pasques 1482 à pasques 1483. 

Saint Remy à la place. — Jehan de Mideîet 

— porte. — Gèrardin Tarteron, paintre 

Saint Michel. — Simonnet Tarteron 

Taille irrécouvrable. 

Jean de Mydeîet coustre layque de leglise de Laon, pour 
son impost dont il na rien voulu paier obstant? ce 
quil se dit franc à cause de son office 20 s. 

De pasques 1486 à pasques 1487. 

Saint Remy à la place. — Gèrardin Tarteron 10 s. 

Saint Michel. — Symonnet le pointre 40 s. 

De pasques 1494 a pasques 1495. 

Saint Remy à la porte. — Gérardin Tarteron 

Saint Michel. — Simon Tarteron 28 stz. 

Saint Remy à la place. — Berthemet Blerenache 

menestrier 40 st. 

7 septembre 1496. 

Saint Michel. — Anthoine du quesnoy paintre 8 s. 

— Simon Tarteron, paintre 20 s. 



6 d. 
6 d. 




6 

4 


d. 
d. 




6 

4 


d. 
d. 




lé 
8 


S. 

s. 


p 


6 


S. 




12 


s. 


p- 


20 
6 


s. 
s. 




10 


s. 





76 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

Saint Cir. — Jehan Ducrocq, paintre 2 s. 

— Anthoine Blerenache menestrier é s. 

(Suit une nouvelle période de 40 ans pendant laquelle on ne 
rencontre plus de peintres.) 



JEAN DE MIDELET 

Ainsi qu'on vient de le voir cet artiste est imposé à la taille, 
paroisse Saint-Remi-à-la-place, de 1459 à 1482. 

Les registres des dépenses de la Ville fournissent les deux 
documents suivants : 

Dépenses de l'année 1463-1464. 

Aultre mise faicte par ledict recepveur (Jean Vairon) à cause des 
foires tenues à Laon en lannée du présent compte, tant aux champs 
Saint Martin comme es halles. 

A Jehan de Midelet, paintre la somme de XI sols parisis pour 
avoir recole repaint et remis à point le bellent de ladicte ville 
pour ce cy XI sp. 

Dépenses de Tannée 1473-1474. 

A Jehan de Mydelet, pointre demourant à Laon la somme de 
XVIII solz parisis, qui lui est deue pour avoir faict taillie et mis 
une imaigel de Saint-Remy en pierre, contenant environ trois piedz 
en haulteur, en la tour de nouvel faicte appellée la tour Saint- 
Remy. Ladictesomme à luy payée tant par quictance cy renduz 
appert pour ce XVIII sp. 

La tour Saint-Remi, dont il est ici question, existe encore. 
Elle est enclavée dans le mur qui forme actuellement l'enceinte 
du Lycée de Laon. Elle a été conservée à la demande d'Henri 
Martin qui s'opposa énergiquement au projet qui devait la faire 
disparaître. Reconstruite entièrement sur l'emplacement d'une 
ancienne tour par cinq maçons de Laon, Gilles Flamengy Jehan 
Bataille, Clément Pisselin, Jehan Gobaille et Jehan Millesson, 
elle occasionna une dépense de 502 livres 4 sols 4 deniers 
parisis qui fut payée à ces cinq maçons. Les travaux commencés 
en août 1473 furent terminés en novembre 1474. Elle a subi 
depuis de nombreuses et importantes transformations, si nom- 
breuses même, qu'elle est aujourd'hui loin de répondre à 
l'idée que l'on peut s'en faire à la lecture du mémoire dressé 



LES PRIMITIFS LAONNOIS yj 

par les maîtres maçons de 1474 et qui existe encore dans les 
archives municipales ^ . 

GÉRARDIN TARTERON 

Dépenses de Tannée 1486-1487. 

A Gérardin Tarteron, pointre demourant à îaon, la somme de huit 
sols parasis, qui deus lui estoit, pour ses peines et salaires davoir 
en lannée de compte, à la feste des halles, dessiné, repeint le bel- 
lent de ladite ville, lequel estoit tout escaillir et defFait de couleurs. 
Et ce par raarchié fait avecq lui par les gouverneurs de ladite ville ; 
pour ce jey pouvoir par le pappier de ladite feste peult apparoir 
ladite somme de VIII sp. 

Dépenses de l'année 1488-1489. 

Au paintre quy a repaint et mis à point le brelan pour ladicte 
feste (foires franches, festes tenues et assizes aux champs Saint 
Martin et es halles) la somme de 4 sols. 



LES MINIATURISTES DE LAON 

Les manuscrits de la bibliothèque de Laon, qui ont été 
analysés par M. F. Ravaisson, sont assez connus pour qu'on 
nous dispense d'en détailler les richesses et de signaler, à nou- 
veau, la valeur artistique de leurs miniatures. 

Qu'il nous suffise de rappeler que plusieurs de ces manus- 
crits, d'origine italienne, furent apportés à Laon par le chanoine 
Michel Casse, vers 1346. 

C'est vraisemblablement à cette source que les primitifs 
laonnois puisèrent leurs premières inspirations. Le goût pour 
cet art si charmant se développa rapidement et il est à supposer 
que la plupart des peintres dont nous venons de faire connaître 
l'existence, commencèrent par faire des enluminures de manus- 
crits. 

Nous en avons trouvé une preuve en consultant les registres 
des dépenses et recettes de la Ville. Sur les comptes des 
années 1469 à 1502, tous les feuillets sont ornés de figures 

I. Arch. municipales de Laon^ CC, i6, fol. i8. 



78 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

humaines et d'animaux caricaturaux d'un arrangement parti- 
culièrement remarquable. Ces figures et ces arabesques, très 
variées, sont dessinées avec un goût si exquis et avec le senti- 
ment décoratif si caractéristique du Moyen âge que nous ne 
pouvons croire qu'elles soient l'œuvre d'un calligraphe ordi- 
naire. 

Précisément à cette époque, le greffier des élus était Adam 
de Midelet qui devait être un parent de Jean de Midelet^ le peintre 
dont nous venons de voir deux quittances. 

Notre conviction est donc qu'il faut attribuer ces dessins à 
Adam de Midelet, à moins encore qu'ils ne fussent de Jean de 
Midelet lui-même. 

XVI* SièCLE 
ROLES DE LA TAILLE ET DU TAILLON 

Année 1538. 

Saint-Jehan-au-bourg. — Jacqo le paintre 8 s. 

Saint-Remy-à-la place. — Maistre Paul hymaigier 20 s. 

Année 1544. 

Saint-Remy-à-la-porte. — Jehan Bataille peintre 40 s. 

Les comptes de la Ville (CC, 429, année 1531-32) mentionnent 
le payement de 10 sous tournois à « Pierre Bataille painctre, pour 
avoir paing quatre longs battons et iceulx semez de fleur de lis dor 
pour servir à porter le poille à l'entrée de la royne de France ». 

Assiette faicte les 5, 6, 7, 12, 15, 16, 17 et 26 mars 1547 avant 
Pasques et icelle enclos le loapvril 1548 après Pasques. 
Saint-Remy-à-la place. — Jhérosme tailleur dhimaige 18 s. 

Saint-Remy-à-la porte. — Jehan Bataille 70 s. 

Sainte-Geneviesve. — Maistre Symon Barbier 3 s. 

Deniers comptez et non receuz des personnes assizes à ladite 
taille de mars 1547. — Sainte-Geneviesve. — De M«= Sy^non tailleur 
dymaige na aulcune chose receu par ce quil est francq. 

Deniers comptez et non receuz des personnes assize à ladite taille 
(mars 1549). — Sainte-Geneviesve. — De M^ Symon tailleur dymaige 
na aulcune chose receu par ce qu'il est francq de taille. 

Année 1573. 
Saint-Jehan-au-bourg. — Luc paintre 3 s. 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 79 



Année 1574. 
Saint-Martin-au-parvis. — Lucq le paintre 30 s. 

(Arch. des Hospices, B, 26.) 

13 février 15 18? — Bail fait pour 44 ans par le chapitre de Laon, 
les maitre, frères et sœurs de l'Hôtel-Dieu de Laon à Pierre Dutot 
verrier et à Marion sa femme « d'une maison lieu et pourpris avec 
ung petit celier et une alée qui va aux aisemens toute la maison et 
lieu sis au parvis [dudit Laon » moyennant un loyer annuel de 48 
sols parisis. 

Si brefs que soient ces renseignements, ils offrent cepen- 
dant une certaine importance sur laquelle nous nous expli- 
quons. 

Dans son ouvrage, sur la Renaissance en France^ M. Léon 
Palustre parlant de la clôture de la chapelle de Saint-Martin 
de Laon, s'exprime ainsi : 

Datée de 1540% par l'élégance des formes elle rappelle les meil- 
leures compositions du régne de François I«^ et, n'était la délica- 
tesse un peu exagérée des détails qui conviendraient mieux au bois 
qu'à la pierre, nous pourrions proclamer qu'en ce genre il n'a rien 
été exécuté de plus parfait Les sculptures en question ont beau- 
coup de rapports avec celles de la porte principale du château 
d'Anizy, que le cardinal de Bourbon- Vendée faisait rebâtir presque 
à la même époque. Toutefois nous ne sommes pas plus avancés par 
ce rapprochement, car, d'un côté comme de l'autre, les renseigne- 
ments font entièrement défaut. Toutes les chapelles de la cathédrale 
de Laon furent construites à la même époque, entre les années 
1550 et 1570. 

La présence à Laon, précisément pendant les années 1538, 
1547, [548 et 1549, des imagiers : Paul, Jérôme et Simon 
Barbier, nous semble assez significative ^ C'est évidemment à 
eux qu'il convient d'attribuer — au moins en partie, sinon en 
totalité — les chapelles de la cathédrale et de Saint-Martin de 



1. La Renaissance en France. Ile-de-France (Aisne), 3» livraison, fol. 98. 

2. La date de 1540 se trouve bien en effet sur un cartouche à l'intérieur de la cha- 
pelle, mais sur un autre cartouche, placé à l'extérieur, on voit une date dont le der- 
nier chiffre parait avoir été effacé en partie et qui nous semble être plutôt un 9 qu'un 
o. Il faudrait donc lire 1549. 



80 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

Laon, dont M. Palustre regrette si justement de ne pas con- 
naître les auteurs ^ 

INVENTAIRE DES TABLEAUX DE MARIE DE LUXEMBOURG 

au château de La Fère (29 janvier 155 1). 

Rien n'est plus instructif que la description des meubles, de 
la vaisselle et des tableaux que l'on rencontre dans les minutes 
de notaires. Que de renseignements précieux ils fournissent! 

A Laon nous en avons relevé un certain nombre. Nous 
donnons aujourd'hui le seul que nous connaissions du 
xvi^ siècle; il offre un intérêt incontestable. Ceux des xvii* et 
XVIII* siècles seront analysés dans une étude spéciale sur ces 
époques. 

Marie de Luxembourg, veuve de Jacques de Savoie, se 
remaria avec François de Bourbon, comte de Vendôme, à qui 
elle apporta en dot, par le traité passé àHam le 8 septembre 1487, 
les comtés de Saint-Pol, de Marie, de Soissons, le vicomte de 
Meaux et les seigneureries de La Fère, Condé, etc. De cette 
union naquit, en 1489, Charles de Bourbon, qui devint duc de 
Vendôme, gouverneur de Picardie, et père de Antoine de 
Bourbon, celui-là même qui devait épouser Jeanne d'Albret. 

Marie de Luxembourg, qui mourut à La Fère le i*'' avril 1546, 
était donc la bisaïeule de Henri IV. Son mari, François de 
Bourbon, et son fils Charles prirent une part très active aux 
guerres d'Italie avec Charles VIII, Louis XII et François l". 
Ces deux grands seigneurs, qui jouissaient d'une influence 
considérable à la Cour, ne furent pas les derniers à admirer les 
chefs-d'œuvre de lltalie et il est probable qu'ils rapportèrent 
de ce pays quelques-unes des œuvres qui les avaient le plus 
séduits. L'importance de la collection de tableaux qui existaient 
à leur résidence de La Fère et la désignation même qui est 
faite d'un portrait « une dame ditallye » autorisent cette con- 
jecture. 

I. Au milieu des innombrables hiéroglyphes dont sont couvertes les clôtures de 
chapelles de la cathédrale, nous en avons relevé une qui par son ancienneté nous a paru 
digne de fixer l'attention. Elle se trouve sur la tablette du soubassement de la der- 
nière chapelle, près du chevet à gauche, et porte le nom de Nicolas Mailfert. Des 
recherches auxquelles nous nous sommes livré il résulte qu'au xvi* et xvii* siècles 
il existait une famille Maillefert dont de nombreux membres furent menuisiers, 
Nicolas Maillefert, s'il n'est pas un sculpteur, ne serait-il pas alors le maître 
menuisier qui aurait fait la porte en bois qui ferme cette chapelle ? 



I 



LES PRIMITIFS LAONNOIS 8l 

Inventaire des tableaulx trouvez en la chambre des meubes 
à la fere le XXIX^ jour de janvier mil cinq cens cinquante et 
ung. 

Premyer 

Ung tableau de Sainct Jehan Baptiste 
Ung tableau de lannontiation 
Ung de la Visitation 
Ung aultre de S^' Anne 

Ung de Nostre Dame ou il y a deux anges quy portent une cou- 
ronne 

Ung de Nostre Dame ou il y a escript O beata 

Ung aultre ou il y a escript Mater domini 

Ung aultre quy se ferme ou il y a escript audi virgo 

Ung aultre ou nostre dame est au pied de la croix tenant son filz 

Un aultre rond de nostre dame 

Un petit de nostre dame alaitant son filz 

Un aultre faict en poincte de l'anontiation 

Ung aultre enchâsse en boys madré 

Ung aultre de sainct gregoire 

Un grand ecce homo 

Ung aultre petit tenant le rozeau 

Item ung aultre tableau de Nostre dame et ung plus petit 

Ung aultre petit tablet de Nostre dame carré 

Ung aultre grand de Nostre dame 

Un aultre fort beau ecce homo 

Ung Crusifyment 

Une ressurection 

Une aultre petite ressurection 

Deux Dieu tenant ung monde lun faict a lemail 

La face nostre seigneur 

Une face de nostre seigneur dallebastre 

Ung Sainct Luc 

Ung grand tableau de Sainct Hyerosme 

Ung Sainct François de Paul 

Ung tableau de la passion 

Aultres ymaiges et pourtraictz 

Ung tableau de feue Madame Marye de Luxembourg 

Ung de feue Madame la Régente 

Ung de Suzanne héritière de Bourbon 

Ung de Froncoise dallencon duchesse de Vendosmois 

Ung de Philippe Le Hardy 



kXT FR. XII 



82 LES PRIMITIFS LAONNOIS 

Ung de Madame de Chasteau villain 

Ung dune dame dallemaigne 

Ung de Maximillien empereur 

Ung du duc Charles 

Ung du bon duc Philippe 

Ung du duc Jehan 

Ung du duc de Foix 

Ung de Aldof de clef s»" de Ravastain 

Ung de Henry conte de Naussou 

Ung de Engillebert conte de Naussou 

Ung empereur père de Maximillien 

Ung de Philippe Roy de Castille 

Ung de feu Monseigneur de Guise 

Ung de Marye de Lorraine Royne descosse 

Ung de Jehan bastard dorleans duc dunoys 

Ung de Jacques de Saivoye premier mary de feue 

Madame de Luxembourg 

Ung du Temps 

Ung du conte de Pallatin 

Ung du Roy Charles VIII 

Ung du Roy François 

Deux aultres tableaux sans nom 

Ung de Anne de Foix Royne de Hongrye 

Ung de Renée de Bourbon abesse de Frontevaulx 

Ung de Marye de Melun dame de chabanne 

Ung de Madame Margueritte duchesse de Savoye 

Ung dune dame ditallye 

Ung dune contesse de Guigne 

Ung de Jehanne de Honcqueberque duchesse de Longueville 

Ung de Anthoinette de Bourbon duchesse de Guise 

Ung de la bastarde de Bourbon contesse de bornes 

Ung de Marye de Bourbon 

Ung cardinal 

Trois pièces de verres ou il y a sainct pierre, sainct pol et saincte 
margueritte 

Une Roze de jherusalem 

Poix et febves dinde dans une boicte 

Pierres descrevyer dans une aultre boicte 

En une aultre petite cassette, a esté trouvé plusieurs menues 
besongnes, comme perles faulx, aigneaulx faulx et autres menues 
choses quy ne sont de nulle valleur 

En ung aultre boicte a esté trouvé ung petit tableau du feu Roy 

Ung de Monseigneur le dauphin 



LES DUCASTEL ^ 

Ung de lempereur 

Ung de Royne de navarre 

Ung de madame margueritte 

Ung de la petite Royne descosse 

Ung de madame de longuevil 

Deux de francois conte de sainct pol duc de tinteville 

Ung de mons"" 

Plus en pappier et sans tableaulx En la mesme boicte a este trouve 
ung de philbert duc de savoye 

Ung de margueritte duchesse de savoye 

Ung de isabel Royne despaigne 

Ung de jacobinus 

Une bergère 

Un daing 

Toutes lesquelles choses ont esté remises en leur boicte. Plus a 
esté trouvé en ladicte chambre au meube deux grans myroirs dassier ^ . 



LES DUCASTEL 

Communication de M. G. Grandin. 
I 

PHILIPPE DUCASTEL 

M'^ menuisier à Laon, mort vers 1638. 

Les archives municipales de la ville de Laon renferment de 
nombreuses quittances de ce Maître menuisier pour travaux 
exécutés pour la Ville. Un marché du 19 janvier 1623 (Étude 
de M^ Lion, minutes de Félix Monseignat) nous apprend 
que Philippe Ducastel, associé avec un autre Maître menui- 
sier, fit un buffet d'orgues — celles-ci étaient fournies par 
Crespin Carlier — pourTéglise des Cordeliers de Laon. Philippe 
Ducastel est l'aïeul de l'auteur de la chaire de la cathédrale de 
Laon. Il eut de son mariage avec Jacqueline Trélecat 4 fils 
qui devinrent tous Maîtres menuisiers et une fille qui se 
maria avec Nicolas Sauvresy aussi Maître menuisier. 

I. Arch. départementales de l'Aisne, B, 34}8. 



«4 LES DUCASTEL 

n 

MICHEL DUCASTEL l" 

M* menuisier, né à Laon, mort dans la même ville 
le 26 décembre 1676. 

Fils de Philippe, marié avec Jeanne PoUet, Michel I" est 
par conséquent l'oncle de Michel II''. Il eut un fils et deux 
filles, dont l'aînée, Marie, épousa un M*^ charpentier, Antoine 
Leduc. 

Réception de Michel I" comme maître menuisier. 

Ce jourd'huy dernier juillet mil six cens cinquante cinq, pardevant 
Jean Bellotte, conseiller du RoyNostre Sire, prévost, Juge ordinaire 
civil et criminel de la ville, cittée et prévosté foraine de Laon, 
Michel Ducastel a esté receu Maistre du mestier de menuysier en 
ceste ville de Laon, en la présence et du consentement du procu- 
reur du Roy et des Maistres Jurés dudit mestier. Et ce en vertu des 
lettres, par luy obtenues de Monsieur le Duc d'Orléans, données en 
faveur de la naissance de Monsieur le Duc de Valois son fils, pre- 
mier prince du sang et premier pair de France, dastées de l'an 
mil six cens cinquante un, signées : Gaston, et sur le replis : par 
son altesse royalle de Frémont et scellées de cire rouge. Après que 
ledit Ducastel a preste le serment en tel cas requis et accoustumé et 
qu'il a promis garder et observer les ordonnances dudit mestier, 
dont et de quoy a esté faict et dressé le présent acte. 
(Arch. du Greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 332.) 

m 

JEAN DUCASTEL 

Maître menuisier, né à Laon et mort dans la même ville 
vers 1674. 

Fils de Philippe Ducastel, eut de son mariage avec Barbe 
Prévost quatre enfants, savoir : un fils Jean, aussi maître menui- 
sier, qui habita Paris ; trois filles, la première, Marie, épousa 
Claude Gri^^ot, maître menuisier de Laon; la seconde, Made- 



LES DUCASTEL 85 

leine, épousa Nicolas Ro^e, maître chapelier, et enfin la der- 
nière, Louise Ducastel, qui devint la maîtresse de son cousin 
Michel, avec lequel elle se maria, comme on le verra plus 
loin. 

Un marché, conclu le 4 novembre 1653 entre René Mout- 
tier, bourgeois de Laon, et Jean Ducastel, nous apprend que ce 
dernier exécuta pour la chapelle Saint-Joseph des Pères 
Minimes de cette ville, une table d'autel supportée par quatre 
colonnes, avec un ange de chaque côté, moyennant la somme 
de 225 livres. 

Un inventaire dressé le 1 3 décembre 1 674, après le décès de 
Barbe Prévost, veuve de Jean Ducastel, mentionne un contrat 
du 18 mai 1634 par lequel Jean Ducastel avait acheté la mai- 
son de la rue Neuve, où est décédée Barbe Prévost; maison 
que Michel . II devait acquérir des héritiers de son oncle, 
l'année suivante. 

IV 

JACQUES DUCASTEL 

M*" menuisier, né à Laon vers 1616, mort dans la même ville 
le 4 juin 1687. 

Frère du précédent et par conséquent oncle de Michel II 
avec qui on le trouve souvent en relations. Jacques eut une 
fille JacqueHne qui épousa, elle aussi, un maître menuisier de 
Laon, Quentin Coquenet, que l'on voit toujours associé avec son 
beau-père, ainsi que le prouvent d'ailleurs les actes qui suivent. 
Au nombre de ces pièces se trouve un marché passé entre 
Nicolas Bellot et Antoine Barengier, maîtres peintres à Laon, 
d'une part; et Jacques Ducastel et Louis Coquenet, maîtres 
menuisiers, d'autre part. Nous avons consacré dernièrement 
une notice à Nicolas Bellot qui fut syndic de l'Académie, où il 
entra sans doute, grâce à l'influence des Lenain, et qui devint 
même plus tard peintre ordinaire de la chambre du Roi. 

Quant au second, Antoine Barengier, que nous connaissons 
depuis peu de temps, nous nous proposons d'en faire l'objet 
d'une étude spéciale. Il était également peintre ordinaire du 
Roi. 



96 LES DUCASTEL 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 

Marché entre Nicolas Bellot et Antoine Barengier, maîtres 
peintres à Laon, d'une part; Louis Cocquelet et Jacques 
Ducastel, maîtres menuisiers à Laon, d'autre part. — 
3 septembre 1641. 

Comparurent en leurs personnes Louys Cocquelet et Jacques 
Ducastel, M" menuisiers demeurans à Laon. Et recongnurent avoir 
marchandé à honnorables hommes Nicolas Bellot et Antoine Baran- 
ger, M«s peintres demeurans à Laon, présens etacceptans de faire en 
l'église des pères Cordelliers de ceste ville de Laon deux retables 
d'autel de boys de chesne, quy seront posés, dans ladicte église des 
pères Cordelliers, sur les deux autels quy sont dans la nef aux deux 
costés du pipittre suivant et conformément au dessein quy en a 
esté baillé et fourny par lesdicts Bellot et Baranger ausdicts Cocquelet 
et Ducastel, lequel sera paraphé d'eulx, comme il est du père gar- 
dien des Cordelliers, M*^ Gallien, recepveur dudict couvent, des- 
dicts Bellot, Baranger et des nottaires qui ont receu ledict estât 
de marché. Lesquelles retables seront bien accomplys, avecq 
les collonnes, conformément audict dessein, avecq les mesures 
et dimensions suivy de poinct en poinct, suivant l'ordre d'ar- 
chitecture. Item, à chacun desdicts retables, seront tenus lesdicts 
recongnoissans, fournir, à chacun desdicts retables, quatre petites 
figures quy seront mis dans le cartetouche quy sont marqué entre 
les colonnes; lesquelles figures seront faict suivant et confor- 
mément à la vollonté du père gardin desdicts Cordelliers dudict 
Laon. Et oultre, a esté accordé entre les partyes, qu'au cas, que 
lesdicts pères gardin desdicts Cordelliers, ne veuille que platte pin- 
ture, sera diminué, sur le prix cy après déclaré, la somme de trenre 
livres tournois. Touttes lesquelles ouvrages lesdicts recongnoissans 
seront tenus de travailler sans discontinuation pour icelles rendre 
faictes et parfaictes dans le jour de pasques communiaulx prochain 
venant ; Et icelles montées à leurs frais et despens, à l'exception des 
ferures, de la massonnerye dont lesdicts recongnoissans ne seront 
tenus. Le présent estât de marché, ainsy faict entre les partyes soubs 
les clauses cy devant déclarées. Moyennant la somme de cincq cens 
livres tournois, sur laquelle somme, lesdicts recongnoissans rece- 
vront desdicts Bellot et Baranger présentement la somme de cent 
livres tournois, et le reste de ladicte somme leur sera payé à pro- 
portion et à mesure qu'il advanceront lesdictes ouvrages. Dont sy 



LES DUCASTEL 87 

comme, obligeans, scavoir : lesdicts Cocquelet et Ducastel leurs biens, 
l'un pour l'aultre et ung seul pour le tout, sans division ny discus- 
sion, renoncans, à faire et parfaire lesdictesjouvrages cy devant men- 
tionnées ; le tout bien et suffisamment, à dire de gens et Maîstres à 
ce congnoissans pour lesquelles, en cas de mal façons y trouvés, 
contrainct aux réparations et à tout despens, dommages et intéreslz. 
Et faire en sorte que lesdits Bellot et Baranger n'en reçoive aucune 
perte, ny dommages dudict gardien desdicts Cordelliers ; Et lesdicts 
Bellot et Baranger aussy leurs biens, l'un pour l'aultre, à paier aus- 
dicts recongnoissans ladite somme de cincq cens livres tournois, 
comme il est cy devant dict, sans y contrevenir, sur peine receu ?. 
Faict et passé à Laon, pardevant Nous nottaires roiaulx soubzsignés, 
au domicile et en l'hostellerye de la fleur de lis, le troiziesme jour 
de septembre mil six cens quarante et ung et ont les partyes signé 
ces présentes. 

Bellot. — Barengier. — Louys CocauELET. — 

Jean Ducate. — marque -|- dudict Jacques Ducastel. 

Cotte et Crochart, n"^". 

Étude de M* Huart, notaire à Laon, minutes de Crochart. 

Année 1664-1665. 

Allocation de 40 sous à Jacques Ducastel, menuisier, qui a fait et 
démonté l'autel de la chapelle de la Placette, à l'occasion de la pro- 
cession du Saint- Sacrement. 

(Arch. municipales de la ville de Laon, CC, i8o.) 

Marché entre la fabrique de la paroisse Saint-Cyr de Laon et 
Nicaise Danthier, Jean, Jacques et Michel Ducastel, tous 
Maîtres menuisiers pour la confection des bancs de l'église 
Saint-Cyr. 

(2 janvier 1657.) 

Furent présens en leurs personnes Nicaise Danthier, Jean, Jacques 
et Michel du Castel tous M" menusiers demeurans en ceste ville de 
Laon Lesquels ont recongnu et confessez avoir marchandé avecq 
vénérable et discrette personne M« Antoine Dupaux prebslre cha- 
noine de l'église cathédralle de Nostre dame de Laon et curé de 
Saint-Cire La paroisse audit Laon, Messieurs de la Campagne mar- 
guillier et receveur. Pioche président et de Ledde parroissiens 
d'ycelle église, tous despulttez nommez des autres paroissiens par la 
tenue d'assemblé au VI« du mois de décembre dernier Et en satisfai- 
sant par lesdictz parroissiens aux ordonnances quy leur a esté faicte 



88 LES DDCASTEL 

par Monseigneur l'evesque et duc de Laon Pour faire et parfaire 
entierrement par lesdicts comparans menussiers touttes les ouvrages 
concernans la construction des bans neuf à faire pour les formes de 
ladicte église Sainct Cir, cy après déclarés et conformément au plan 
quy en a esté dressé en la présence des parties et quy est signé de 
Mondit seigneur evesque Asscavoir : de faire et construire en jcelle 
église de Sainct-Cire jusques à la quantitée de Cent huit ou dix 
bantz, peu plus ou moins, selon ledit plan et de la mesme forme et 
assemblage que celuy de la femme de Pierre Grandin hormis de sa 
grandeur, laquelle sera réglée sur les chemins quy se prendront, 
scavoir : pour la grande allée du millieu de la largeur de la porte 
et entrée du cœur et quy sera dressé respondant au milieu du grand 
portail Et pour ceux des enceintes les chemins seront faicts au 
milieu d'entre les pillietz et la muraille de la largeur des portes des 
deux chapelles, Lesquelles deux portes ils transporteront pour res- 
pondre directement ausdicts chemins Et feront tous les bantz pour 
remplir les places wides tant de la nef que des enceintes les plus 
esgaux que faire ce poura, en sorte que trois bantz remplissent jus- 
tement et esgallement toutte la largeur des arcaddes dentre les 
pillliers et seront à ceste fin posez des chevrons de bois neuf de 
chesne sans aubier le long desdicts chemins et mesme le long des 
autres chemins quy sont en travers ; lesquelz bantz seront posez et 
emboittez dans lesdicts bantz, etc., etc., Pourquoy et pour leurs 
fassons lesdictz sieur curé, marguiller, dépputtez au nom de la dicte 
église ont promis et seront tenus leur bailler et paier la somme de 
six livres tournois pour chacun desdictz bantz et autres ouvrages sus- 
dictes, etc..., etc. faict et passé audit Laon pardevant nous not- 
taires royaulx soubzsignez en lestude de Leclerc, avant midy, le 
deuxiesme janvier mil VI= cincquante sept et ont signez 

A. DuPAUx. — Jean du Cate. — Nicaise Dantier. — 
De la Campaigne. — marque -\- dud. Michel du castel. — 
marque -j- dudit Jacques du castel. — Pioche. — Deledde. 
— Maillart. — Leclerc. 

Étude de M* Lion, notaire à Laon, minutes de Leclerc. 

Contrat d'apprentissage de Claude Prévost chez Jean Ducastel, 
Maître menuisier à Laon. 

(5 janvier 1647.) 

Recongnut Jean Ducastel, W menuisier demeurant en ceste ville 
de laon avoir pris pour aprenty Claude Prévost jeune garçon aagé de 



/ 



LES DUCASTEL 89 

quatorze ans ou environ, qui luy a esté baillé par Jean Prévost, 
demeurant audit Laon, son père, pour l'avoir et tenir par ledit 
Dticastel durant le temps, terme et espace de trois ans, à commencer 
au jour de l'an qui est demain, pendant lequel temps, etc.. 

Jehan Prévost. — Jehan Ducaté. 

Étude de M* Lion, notaire à Laon, minutes de Félix Monseignat. 

Contrats d'apprentissage. 

Cosme Dumonceau. — 31 janvier 1675. 

Jacques Ducastel et Quentin Coquenet, maîtres menuisiers à Laon, 
prennent en apprentissage, pour trois ans, Cosme Demonceau. 

Henri Mercier. — 4 février 1684. 

Reconnurent, Jacques Ducastel et Quentin Cocquenet, M^^ menui- 
ziers demeurans à Laon, avoir pris et prennent pour apprenty chez 
eux, Henry Mercier, fils de Louis Adrien, demeurant à Laon et de 
Margueritte Dupont, ses père et mère, assisté de la présence et de 
leur consentement ; icelle Dupont assisté dudit Mercier son mari, de 
iceluy suffisamment authorisée quand à ce ; pour le terme de trois 
ans continus et ensuivant l'un l'aultre, à commencer au premier 
jour de mars prochain venant; finir lesdicts trois ans expiré. A la 
charge de le nourir, entretenir par lesdicts Mercier et sa femme pen- 
dant ledict temps et par lesdicts Ducastel et Cocquenet, monstrer et 
enseigner audict Henry Mercier apprenty, leur dit mestier de menu- 
zier et autres choses diverses, honnestes, de quoy il se mesle pour 
gaigner sa vie. Et luy donner pendant ledict temps le potage comme 
eux, avecq ung verre de vin à chaque repas. Ce présent estât de mar- 
ché ainsy fait moyennant la somme de vingt livres tournois, que 
ledit Mercier et sa femme ont présentement payé ausdicts Ducastel 
et Cocquenet, quy s'en sont tenus pour content, bien payé et ont 
tenu et tiennent quitte iceux Mercier. Dont, etc.. fait et passé etc.. 
le 4« jour de febvrier 1684. 

V 

MICHEL DUCASTEL II' 

Sculpteur, né vers 1644; mort à Laon le 18 mars i68é. — 
Reçu maître menuisier à Laon le 10 mai 1670. 

Michel Ducastel, sculpteur, architecte et peintre, mort à 
l'âge de 42 ans, alors que son talent était en pleine maturité, 



90 LES DUCASTEL 

est l'auteur de la chaire de la cathédrale de Laon. Ce superbe 
spécimen de la sculpture sur bois suffit à lui seul pour donner 
la mesure du talent de cet intéressant artiste. Son style, à la 
fois noble et simple, empreint d'un beau sentiment décoratif, 
est là pour faire regretter amèrement que Michel Ducastel soit 
mort si jeune et aussi si misérablement. 

« Pauvre Ducastel! » disait M. Henry Jouin, dans son 
Rapport sur les travaux de la dernière réunion des Sociétés 
des Beaux-Arts des départements. 

Oui, pauvre Ducastel! Ce que quelques pièces de notre 
première étude faisaient pressentir, n'est maintenant que trop 
positivement confirmé. Pour s'en assurer, il suffira de lire les 
nouveaux documents que nous apportons aujourd'hui. 

La famille Ducastel forme une véritable pléiade d'artistes 
sculpteurs, ébénistes et menuisiers. Nous n'en comptons pas 
moins de douze en l'espace d'un demi-siècle. Peut-être alors, 
ne sera-t-il pas inutile d'analyser ici quelques-unes des pièces 
qui intéressent cette famille, ainsi que celles concernant 
d'autres sculpteurs inconnus et parmi lesquelles le nom de 
Ducastel se retrouvera parfois. 

Au commencement du xvii^ siècle vivait à Laon un maître 
menuisier, Philippe Ducastel^ qui exécuta fi-équemment des 
travaux pour la Ville. De son mariage, avec Jacqueline Trélé- 
cat, il eut quatre fils et une fille. Les fils : Jacques, Antoine, 
Michel et Jean furent tous maîtres menuisiers ; la fille, Anne, 
se maria avec Nicolas Sauvre:(y, aussi maître menuisier. 

Le fils cadet, Antoine, quitta Laon pour aller habiter Quim- 
perlé. Il eut de son mariage avec Jeanne Collin, un fils et 
une fille. Le fils, nommé Michel, est précisément celui qui 
nous occupe. 

Est-il né à Laon ou à Quimperlé ? Peu nous importe, puis- 
qu'il appartient à une famille essentiellement laonnoise et 
qu'il se maria trois fois à Laon. Nous ne serions cependant 
pas éloigné de croire que Michel ait séjourné quelque temps à 
Paris, où il aurait fait, dans ce cas, son apprentissage. 

Reçu maître menuisier à Laon, le lo mai 1670, par le 
prévôt de cette ville, Michel Ducastel signait, trois jours après, 
un marché avec la fabrique de la paroisse Saint-Pierre-le-Vieil 
de Laon. Il s'engageait à faire : une table d'autel avec un Père 



LES DUCASTEL 



Eternel et un Saint-Esprit; à refaire les lambris du Sanctuaire 
et un confessionnal à trois entrées, orné de pilastres. Ces tra- 
vaux, qui occupèrent Ducastel pendant six mois, lui furent 
payés 220 livres. 

La réputation dont il commençait à jouir lui valut d'être 
appelé par les chartreux du Val-Saint-Pierre, qui ne cessèrent 
dès lors de lui confier leurs travaux. Il est certain que ceux 
qu'il fit pour ces religieux — en outre de la chaire qui devait 
venir plus tard prendre place dans la cathédrale de Laon — 
étaient importants, puisqu'en novembre 167 [, Michel Ducastel 
allait habiter avec sa famille le Val-Saint-Pierre, ce qui ne 
l'empêchait nullement de revenir, par intermittence, à Laon, 
faire d'autres travaux. 

C'est sans doute, à l'un de ces voyages qu'il fit, vers le 
miHeu de l'année 1673, ^^'i^ tomba gravement malade. Il dut 
alors rester alité pendant quarante jours. Sa première femme, 
Jeanne Guiotin, atteinte de la même maladie que lui, ne tarda 
pas à succomber; elle mourut en septembre 1673, laissant à 
notre artiste, un fils en bas âge, nommé aussi Michel et qui 
devait être plus tard, à son tour, maître menuisier. 

Pour sauvegarder les intérêts de ce mineur, un inventaire 
fut dressé le 19 septembre, et deux jours après, le mobilier 
était vendu aux enchères publiques. Dans l'inventaire, Michel 
Ducastel est qualifié de maître peintre, ce qui ne nous surprend 
pas, car nous avons tout lieu de supposer qu'il s'adonna aussi 
à cet art dans ses moments de loisir. 

Nous ne savons si Michel Ducastel avait fait de fortes études 
classiques, înais la présence dans cet inventaire des « Méta- 
morphoses d'Ovide » que nous lui voyons racheter à la vente, 
dénote un esprit raffiné et élevé. Cette particularité est remar- 
quable, Ducastel n'ayant repris, avec les livres, qu'un gril, 
10 toiles à mains, 2 paires de draps avec un lit garni, une 
armoire et une gondoUe d'argent, dans la grande quantité 
d'effets, linges et meubles qui furent ainsi vendus. 

Après la mort de sa première femme, Michel Ducastel 
semble être resté à Laon, sans pour cela cesser ses travaux pour 
les chartreux. Seulement la sculpture extérieure des construc- 
tions édifiées au Val-Saint-Pierre devait être avancée, et la 
présence de notre sculpteur n'étant plus indispensable à la 



92 LES DUCASTEL 

Chartreuse, il exécuta les travaux de menuiserie vraisembla- 
blement dans son atelier de Laon, d'où doit aussi sortir la 
chaire. 

Encore jeune, Michel ne pouvait rester longtemps seul. Il 
ne tarda pas à prendre une seconde femme, Anne Boquillon, 
d'environ huit années plus âgée que lui. 

C'est au cours de cette nouvelle* union, que Ducastel prit 
en apprentissage Adrien Coffin, ;fils d'un maître menuisier de 
Saint-Quentin. Son oncle, Jean Ducastel, étant mort en 1675, 
Michd fit l'acquisition partielle d'une maison appartenant à 
son cousin et à ses trois cousines germaines. Au nombre de 
ces dernières se trouvait Louise, dont nous allons nous occuper. 

Michel Ducastel fit agrandir cette maison à laquelle il adjoi- 
gnit deux ateliers. Et comme il n'était pas en mesure de régler 
les travaux importants qu'il faisait exécuter, il dut contracter 
différents emprunts, ce qui devait le gêner considérablement 
par la suite. 

La fatalité s'acharnant décidément après lui, Ducastel perdit 
le 26 septembre 1677 sa seconde femme. Michel, qui avait 
alors 33 ans, ne se découragea pas; il chercha dans le travail 
l'oubli de ses malheurs. Une bonne fée l'aida aussi, il est 
vrai, considérablement à relever son courage. Elle s'appelait 
Louise Ducastel et avait 21 ans. 

Nous savons que Louise avait habité la maison qu'occupait 
présentement son cousin. Elle vint souvent le voir, et les con- 
solations qu'elle apportait au logis eurent une conséquence 
inévitable ; trois mois après la mort d'Anne Boquillon, des 
relations intimes s'établissaient entre le cousin et* la cousine. 
Et puis, vers le mois de juin de Tannée 1678, Louise ne put 
celer plus longtemps le résultat de sa faiblesse. Mais au 
xvii^ siècle la justice ne badinait pas avec les séducteurs. 

Michel Ducastel fut immédiatement arrêté et enfermé dans 
« les quichots », comme l'on disait alors; cela malgré ses pro- 
testations et l'engagement qu'il prenait d'épouser sa cousine. 

Si, aujourd'hui les dispenses pour les unions entre parents 
du second degré de consanguinité s'obtiennent facilement, il 
n'en était pas de même aux siècles précédents. Les formalités 
à remplir étaient excessivement longues et dispendieuses. 
Ducastel n'était même pas en état de faire face à ces dernières ; 



LES DUCASTEL 93 

il dut avoir recours à un chanoine de la cathédrale de Laon, 
Hubert Pichelin, qui, moyennant différents gages remis par le 
prisonnier, consentit à faire les démarches et les avances 
nécessaires pour l'obtention de la dispense papale. Cela 
résulte d'une convention consignée dans deux autres actes 
notariés des 27 juillet et 8 août 1678. 

Ducasîel avait laissé des travaux importants en cours d'exé- 
cution ; on le menaçait de lui réclamer des dommages- 
intérêts. Sans compter que le régime de la prison et l'inaction 
à laquelle il était condamné ne devaient lui aller que médiocre- 
ment. Il s'impatiente et adresse, le 23 août, une demande de 
mise en liberté, au prévôt de la ville de Laon. Voici d'ailleurs 
cette lettre, excessivement curieuse et intéressante, à plus 
d'un titre. 

A Monsieur le Prévost de la ville citté de Laon. 

Vous Remonstre humblement, Michel Du Casteî, sculteur demeu- 
rant en cette ville, qu'ayant esté arresté et fait prisonnier, en vertu 
de vostre ordonnance, sur l'accusation et dénonciation quy vous a 
esté faite, que Louise Ducastel, fille demeurante en cette ville, estoit 
enceinte du fait du suppliant; et quoy que depuis deux ou trois 
mois ou environ qu'il a esté ainsy constitué prisonnier il ayt con- 
senty qu'il soit proceddé au mariage d'entre luy et ladicte Ducastel ; 
ayant mesme pour ledit effet donné consentement d'envoyer en 
Cour de Rome pour obtenir les dispenses nécessaires, pour parvenir 
audit mariage ; il est néantmoins assez malheureux de rester ainsy 
dans une prison sans pouvoir vaquer à ses affaires et sans pouvoir 
mesme parachever les ouvrages par luy encommencé tant pour les 
religieux de l'abbaye de Sainct- Vincent de cette ville, que pour les 
religieux du couvent du Val-Sainct-Pierre quy prétendent le pour- 
suivre pour leurs domages interests, ayant besoing d'ailleurs de tra- 
vailler pour pouvoir gaigner sa vie et donner les ahmens nécessaire 
à son corps ; n'ayant qu'au jour la vie et ne possédant aucun bien 
pour soy subsister, Considéré que depuis trois mois ou environ 
qu'il a esté ainsy arresté, il n'a fait aucun travail, ce quy fait que 
présentement il se veoid sans aucuns deniers ; pour à quoy obvier et 
éviter les dommages interests, tant desdits religieux de Sainct- 
Vincent, que du Val-Sainct-Pierre, que pour gaigner sa vie il se 
trouve obligé de recourire à vostre authorité pour luy estre sur ce 
pourvue. 

A ce qu'il vous plaise, Monsieur, qu'ayant esgard au contenu de 
la présente requeste et que vous apparoissant ainsy qu'il est de 



94 LES DUCASTEL 

vostre connoissance qu'il a donné son consentement qu'il soit pro- 
ceddé au mariage d'entre luy et ladicte Louise Ducastel qu'il réitère 
encore d'abondant et soubz l'offre qu'il fait de se représenter à 
touttes assignations qu'il luy seront données, Luy donner mainlevée 
de sa personne emprisonné et destenu, comme en baillant par luy 
caution de se représenter. Ce faisant, ferez justice. 

M. Du Castel. 

Soit communiqué au procureur du Roy et à la partie intéressée ce 
23 aoust 1678. 

Bellotte 

Le procureur du Roy, qui a eu communication [de la présente 
requeste, consent que Michel Ducastel soit ellargy des prisons 
roialles de cette ville, en donnant bonne caution, qu'il sera tenu de 
se représenter quand requis en sera, et sera aussi le contenu com- 
muniqué à Louise Castel, faict le 27 aoust 1678. 

ViLLETTE 
Archives du Greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 350. 

Quelques jours après, le 29 août, une sentence du prévôt 
ordonnait la mise en liberté de notre prisonnier, moyennant 
une caution de 200 livres, garantie par son oncle Jacques et 
son cousin Quentin Coquenet. 

Une fois sorti des « quichots », Ducastel s'empressa de ter- 
miner les travaux qu'il avait entrepris pour l'abbaye de Saint- 
Vincent de Laon et la Chartreuse du Val-Saint-Pierre. C'est 
vraisemblablement chez ces derniers religieux qu'il se trouvait, 
lorsque Louise Ducastel accoucha d'une fille, qui fut baptisée 
le lendemain de sa naissance, le 3 octobre 1678. Le père était 
absent, dit l'acte de baptême, mais il était représenté par l'oncle 
Jacques. Une autre cousine germaine des fiancés, Jacqueline 
Ducastel, femme de Quentin Coquenet, servit de marraine à 
l'enfant qui venait de naître et lui donna son nom. 

Il faut croire que la dispense pour le mariage se fit attendre, 
car ce n'est que quatre mois après la mise en liberté de Michel, 
que cette union fut régularisée. Le 22 décembre 1678, le 
curé de la paroisse Saint-Jean-au-Bourg donnait la bénédiction 
nuptiale à Michel et à Louise Ducastel. Cette dernière n'avait 
pas attendu jusque là pour disposer de son petit capital : elle 
avait demandé et obtenu, pendant la détention de son cousin, 
son émancipation. 



LES DUCASTEL 95 

Le chômage forcé de notre sculpteur, les frais de la dispense 
papale et ceux de son mariage, l'avaient mis dans l'obligation 
de faire des emprunts à sa famille, voire même à des étran- 
gers. Et moins d'un mois après son mariage, Michel consti- 
tuait au profit de Jacques Ducastel et de Q.. Coquenet, une 
rente annuelle de cent sols, en payement de 60 livres que ces 
derniers avaient eux-mêmes rendues à Nicolas Roze, chape- 
lier, beau-frère de Louise Ducastel, lequel avait avancé cette 
somme pour les frais du contrat de mariage. 

Ne pouvant parvenir à se libérer envers ses créanciers et 
principalement vis-à-vis du chanoine H. Pichelin, notre sculp- 
teur se décide à vendre, le 26 janvier 1679, la maison de 
la rue Neuve — aujourd'hui rue des Casernes — qu'il avait 
acquise, en partie de sa femme, quelques années auparavant. 

Les clauses de cet acte de vente sont particulièrement inté- 
ressantes : elles donnent la situation exacte du nouveau ménage. 
C'est ainsi que la bulle, accordant la dispense pour le mariage, 
avait coûté 250 livres avancées par le chanoine Pichelin qui, 
par ce contrat, s'engage à payer aussi les dettes les plus 
anciennes de Ducastel. Dix livres furent attribuées à Jean Le 
Vin, marchand hôtelier, pour la nourriture fournie à Michel 
pendant trois semaines ou un mois. Il restait, à ce dernier, 
ses dettes hypothécaires payées, la somme de 50 livres, une 
asnée de blé méteil et une pièce de vin, sur les 750 livres du 
prix convenu pour la maison. La vaisselle et les effets qui 
avaient été donnés en gage par Michel Ducastel, lui furent res- 
titués. Un acte du 26 mars suivant donne le détail des sommes 
remboursées par le chanoine pour Ducastel. Le chanoine 
Pichelin avait déclaré qu'il réaUsait cette acquisition pour le 
compte de l'Hôpital général, mais en réalité c'était un bienfai- 
teur de cet établissement, Nicolas Maynon, qui avait chargé 
le chanoine Pichelin de négocier avec Michel Ducastel et qui 
devait le 20 février 1681 faire une donation pure et simple de 
la maison qu'avaient habitée Philippe, Jean, et en dernier lieu 
Michel Ducastel, à l'établissement de charité que venait de fon- 
der le cardinal César d'Estrées, Cette maison, qui est encore 
actuellement la propriété de l'hôpital général, fut primitive- 
ment affectée au logement de l'aumônier. Louis Barharan, le 
religieux prémontré graveur, fut même sur le point de l'habi- 



96 LES DUCASTEL 

ter ayant été désigné pour remplir la charge de directeur 
spirituel de cet établissement. Mais, par suite de circonstances 
que nous ignorons, il n'y exerça point son ministère. 

Un historien de l'hôpital général, Charles Villette, qui en 
avait été receveur et directeur pendant la fin du xvii^ siècle, 
nous fournit même les raisons pour lesquelles l'achat de la 
maison de Michel Ducastel fut décidé. Il s'exprime en ces 
termes : 

Les Directeurs prévoiants qu'on pouroit avoir dans la suitte 
quelque difficulté avec le propriétaire de la maison voisine de la 
chapelle, à cause de la cheute des eaux du comble du costé du 
soleil levant, et que les vitres de ce coté pouroient être souvent 
offensées par les enfants, et le service divin interrompu par l'in- 
solence et la mauvaise humeur d'un locataire fascheux et incom- 
mode, sollicitèrent M^ Pichelin, chanoine de la cathédrale et ancien 
Directeur de l'hôpital général, d'acheter laditte maison pour et au 
nom de cet hôpital, ainsy qu'il avoit fait celles sur le fond desquelles 
la chapelle étoit bâtie etc.. ' 

Il ne faudrait pas attacher trop d'importance à cette appré- 
ciation peu flatteuse donnée sur le caractère de Michel Ducastel 
par un de ses contemporains qui était d'un rigorisme excessif. 
Qu'il nous suffise de dire que cet austère historien disait son 
bréviaire chaque jour et l'on comprendra facilement que les 
relations qui s'étaient étabUes entre Michel et Louise Ducastel 
avaient dû le scandaHser quelque peu. Peut-être même que la 
faute de notre sculpteur n'est pas étrangère à son exclusion 
des importants travaux qui se faisaient en ce moment si près 
de ses ateliers. Ce fut un autre architecte sculpteur, Jean 
Marest, qui fut chargé de la construction de la chapelle et des 
bâtiments de l'hôpital général, ainsi que de la clôture monu- 
mentale de l'ancien cimetière qui touche la maison de Michel 
Ducastel. Ce dernier ne devait pas avoir cependant de mauvais 
rapports avec Marest puisqu'ils travaillaient ensemble au Val- 
Saint-Pierre. 

C'est aussi vers cette époque, que notre sculpteur fut appelé 
à Vervins par le curé de cette paroisse pour établir les des- 
sins et le devis des travaux qu'on se proposait de lui confier, 
travaux consistant en partie dans la restauration du portail. 

I. Arch. des Hospices de Laon, H'* de l'hôpital général par Ch. Villette, page 7c 



LES DUCASTEL 97 

Mais une fois les dessins terminés et livrés, la fabrique 
s'empressa de choisir un autre sculpteur, qui ne se fit aucun 
scrupule de se servir de ces dessins. Michel Ducastel dut même 
plaider pour obtenir le paiement de ses frais de voyage et de 
séjour à Vervins, où il était resté quatre jours. Il obtint gain de 
cause et une somme de 36 livres, pour son déplacement, lui 
fut allouée par une sentence du 23 janvier 1680. Et cela sur 
les conclusions à'Innocent Bourgeois, architecte-voyer, et de 
Simon Viollette, maître peintre à Laon, désignés comme 
experts par le demandeur. 

Un marché du 25 juin 1683, conclu entre Michel Diicastel 
et Claude de Soixe, aussi maître menuisier à Laon, nous a 
appris que notre sculpteur s'engageait à faire les formes du 
chœur de l'église de l'abbaye Saint- Vincent de Laon. Il devait 
en outre faire les armoiries de l'abbé et des religieux. 

Ces travaux furent exécutés ainsi que quelques autres non 
prévus au marché. Ces derniers furent même cause des diffi- 
cultés qui surgirent entre les contractants lorsqu'il s'agit du 
règlement. Jean Le Bègue, maître sculpteur de Reims; Jean 
Marest, M^ maçon, et Charles Hottin, sculpteur à Laon, furent 
choisis comme experts par les parties. Leur rapport, en date du 
30 décembre 1684, donne en grande partie raison à Ducastel, 
à qui ils estiment qu'il y a lieu de payer ces travaux supplé- 
mentaires. 

L'année suivante, les maîtres jurés de la corporation des 
menuisiers, en vertu de leurs ordonnances et statuts, deman- 
dèrent la visite d'un tabernacle que Ducastel avait commencé. 
Les experts, Cosme Demonceau et Jean Renard, maîtres menui- 
siers, déclarèrent alors que le bois de chêne employé pour ce 
travail contenait de l'aubier et des nœuds, ce qui était con- 
traire aux règlements de la Jurande et rendait Michel Ducastel 
passible d'une amende. 

Ce rapport est du 3 novembre 1685. Il nous a été impos- 
sible de mettre la main sur la sentence qui devait l'accompa- 
gner. Faut-il voir dans cette visite une tracasserie des maîtres 
jurés ou plus simplement une négligence ou même un besoin 
d'économie de la part de Ducastel ? — Nous ne savons. 

Quelques mois plus tard, le 18 mars ré86, Michel Ducastel 
mourait aussi misérablement qu'il avait vécu. On le porta le 



à.xr FK, XII 



95 LES DUCASTEL 

lendemain au cimetière de la paroisse Saint-Pierre-le-Viel, où 
l'accompagna Louise Ducastel assistée de son beau-fils Michel 
et de Jean Guiotin, fils de la première femme de notre pauvre 
sculpteur. 

La vente mobiliaire, faite dix jours après, produisit 58 livres 
— à peine de quoi payer les frais de la maladie et de l'inhu- 
mation. — L'examen du procès-verbal de cette vente, comparé 
à ceux des ventes précédentes, donne une bien saisissante idée 
du dénuement dans lequel se trouvait ce modeste ménage 
d'artiste. 

Quoi qu'il en soit, les travaux que fit Ducastel, à Laon ou 
dans la région, furent nombreux, comme on a pu s'en assurer 
par les différentes pièces que nous venons d'analyser. Malheu- 
reusement la Chartreuse du Val-Saint-Pierre, l'abbaye Saint- 
Vincent de Laon et les églises pour lesquelles Michel Ducastel 
travailla sont disparues depuis un siècle. 

Seule, la chaire de la cathédrale de Laon — l'épave la plus 
importante, sans doute — reste pour attester l'originalité et la 
délicatesse du talent de ce petit maître picard. 

Contrat de mariage de Michel du Castel 
avec Jeanne Guiotin. 

(24 février 1669) 

Pardevant les nottaires royaulx au bailiage de Vermandois 
demearans à Laon soubzsignez Comparurent en leurs personnes 
Michel Du Castel sculpteur demeurant en ceste ville de Laon assisté 
de Jacques du Castel son oncle Maistre menuisier demeurant audit 
Laon, vénérable et discrette personne M^ Michel de Builly prestre 
chanoine de l'église cathédralle de Laon son bon amy d'une part, 
Et Jeanne Guyotin fille majeure usante et jouissante de ses droictz 
dem. aud. Laon, assistée de Claude Lebrun son oncle M^ boulanger 
et paticier dem. aud. Laon, Jean Guyotin escaillon dem. à La fere 
son frère, M^ Charles Villette Conseiller du Roy Procureur en ce 
siège au bailiage de Vermandois dem. aud. Laon son parain. Et 
M« Jean Hérivaulx huissier dem. aud. Laon son bon amy d'aultre 
part Et recognurent lesdictes partyes que pour parvenir au mariage 
quy au plaisir de Dieu se fera solemnisera en face de nostre mère 



LES DUCASTEL '1^ 

Saincte Eglise catholique apostholicque et Romaine d'entre ledit 
Michel du Castel et ladicte Jeanne Guyotin Elles ont faict les traictes 
accord conventions matrimonialles quy ensuivent, C'est ascavoir 
que lesdicts futurs conjoints ont promis respectivement de porter en 
leur communaulté future chacun d'eulx jusques à la somme de 
quatre cens livres sans charges, meubles, outils, habits et linges Et 
quant au surplus de leurs dicts meubles sy surplus y a tindra nature 
de propre au cas quil se trouve leur en appartenir à présent à l'un 
ou l'aultre deulx pour plus grande somme. Et quant à leurs 
immeubles leur tiendront nature de propre à chacun d'eulx de leur 
costé et ligne, A esté accordé entre les partyes qu'arrivant la disso- 
lution dudict mariage le survivant desdicts futurs conjoints repren- 
dra, scavoir ledit futur espoux ses habits, armes et outils Et ladicte 
future espouse ses habits, bagues et joyaulx; mesme a esté convenu 
que en cas que ledit futur espoux survive ladicte Guyotin à sa 
future espouse il reprendra sur les biens immeubles de ladicte 
future espouse en cas qu'il n'y ait point d'enfans procrées dudit 
futur mariage, la somme de deux cens cinquante livres. Et desquelz 
deux cens cinquante livres ladicte future espouse fait don par ces 
présentes audit futur espoux, à prendre comme dit est et au cas sus- 
dit qu'il n'y ait enfans, Et en cas qu'il y ait enfans ledit futur espoux 
ne poura prendre ladicte somme de deux cens cinquante livres; 
néanmoins sy lesdicts enfans venoient à décéder avant luy il poura 
pareillement reprendre la susdicte somme de deux cens cinquante 
livres aussy tost le décès du dernier mourant desdicts enfans. Ayant 
ledit futur espoux dotté et dotte sa future espouse du douaire cous- 
tumier, soubs touttes lesquelles clauses etc.. ledit mariage ainsy 
accordé et promis lesdicts futurs marians de se prendre l'ung l'aultre 
en mariage le plustost que faire se poura, si Dieu et nostre Mère 
Saincte Eglise sy accordent, sy consentent et ce de l'advis consente- 
ment desdicts susnommés leurs parens et bons amis; sy comme 
obligeans lesdicts futurs conjoints leurs biens et héritages etc., 
faict et passé audit Laon au logis de ladicte Guyotin, après midy, le 
vingt quatriesme febvrier mil six cens soixante neuf. Et ont lesdictes 
part^xs et assistans surnommés signé, L'édit du scel nottiffié. 

Michel Ducastel. — marque dudit + Jacques du Castel. 

— Jeanne Guiotin. — marque dudit -|- Lebrun. — 
Jean Guiotain. — Hérivaulx. — Villette. — Gallien. 

— Maillart. 

(Étude de M* Lion^ notaire à Laon, minutes de Jacques Maillart.) 



100 LES DUCASTEL 



Reconstruction de la maison de Michel Ducastel II (1676). 

Ce jourd'huy troiziesme febvrier M VI<: soixante seize, pardevant 
les nottaires etc.. fut présent en sa personne Adrien Boissimon, 
marchand tuillier demeurant à Vaux faulbourg de Laon, lequel a 
reconnu avoir receu de Michel Ducastel, M^ sculpteur demeurant à 
Laon, la somme de 56 livres, scavoir : 36 livres pour 3200 pavés à 
6 pouces carrés, 20 livres pour 2500 de briques livrées pour 
emploier au restablissement de la maison dudit Ducastel, size rue 
Neufve, tenant d'une lizière à Monsieur le conseiller Crochart, 

d'autre à de Jean Ducastel, Claude Grizelot, Marie Ducastel 

et de l'autre àMagdelaine Ducastel, fille de Jean Ducastel, etc.. 

(Étude de M* Huart, notaire à Laon, minutes de Nicolas Delacam pagne.) 

I" avril 1676 

Quittance délivrée par Pierre Leduc, M* charpentier de Laon à 
l'acquit de Michel Ducastel, M^ sculpteur, de la somme de 90 livres 
tournois, pour avoir « bâti et construit de neuf une maison sise rue 
Neuve, tenant d'une lisière à Monsieur le Conseiller Crochart du 
costé du soleil levant, d'autre à Innocent Bourgeois ; par lui acquit 
de Jean Ducastel, de Claude Grixelot, M^ menuisiers et Louise et 
Magdelaine Ducastel, filles de Jean Ducastel et Barbe Prévost, sa 
femme. — Bref avoir fait deux boutiques, trois planchers, le comble, 
deux refends et la cage de l'escalliet... ». — Barbe Crochart prend 
hypothèque sur cette maison. 

(Etude de M« Huart, notaire à Laon, minutes de Nicolas Delacampagne.) 

31 janvier 1676 

Pardevant, etc.. furent présens en leurs personnes Michel 
Ducastel M« sculteur demeurant à Laon et Anne Bocquillion sa 
femme, de luy authorisée, etc.. » constituent 10 livres de rente, 
moyennant 200 livres, que Ducastel reconnaît avoir reçues de 
damoiselle Barbe Crochart. En marge se trouve la quittance du 
remboursement fait par le chanoine Pichelin. 

(Ibidem.) 

3 décembre 1676 

Vente d'une rente de 6 livres par Jean Guiottin, M« couvreur 
demeurant à Laon et Michel Ducastel M« sculpteur, tant en son nom. 



LES DUCASTEL lOI 

que comme tuteur de Michel Ducastel, son fils et de feue Jeanne 
Guiotin, vivante sa première femme. 

(Ibidem.) 

12 décembre 1676. 

Pardevant, etc.. furent présents Claude Grizot, M« menuizier et 
Marie Ducastel sa femme, de luy authorisée, etc.. Jean Ducastel 
M^ menuizier, Louise et Magdelaine Ducastel, filles usantes, etc.. 
Iceux Ducastel, héritiers de feu Jean et Sébastien Danton, enfans 
mineurs et héritiers de feue Simonne Ducastel, vivante femme de 
Cézar Danton, cy devant demeurant audit Laon, à présent cavalier 
dans la Compagnie de M"" Saint-Germain Beauprez. Lesquels 
vendent à Michel Ducastel, M^ sculteur en bois et pierre demeurant 
à Laon, une cincquiesme partye de la maison syse à Laon, rue 
Neufve où demeure à présent ledit achepteur, etc.. 

(Ibidem.) 

Ordonnance de mise en liberté de Michel DucasteP. 
29 août 1678. 

Veue la requeste à nous présentée par Michel Ducastel, M« sculp- 
teur, détenu es prisons Royalles de cette ville, à ce que main levée 
luy soit faite de sa personne, sous les promesses qu'il a fait de prendre 
pour femme en mariage Louise du Casiel, jeune fille de deffunct 
Jean Ducastel, par contract faict et passé le 19 juillet dernier passé, 
.lesquelles il réitéroit par ladicte requeste et sous les offres par luy 
faictes de se représenter a touttes assignations ; Nostre ordonnance 
au bas d'icelle du 23 du présent mois, portant que ladicte requeste 
seroit communiqué au procureur du Roy ; Le réquisitoire du procu- 
reur du Roy, du 27 ensuivant. Et après que ladicte Louise Ducastel, 
assisté de Jacques Ducastel son oncle et curateur, tant à la dicte 
Louise, que de l'ensfant quy est à naistre, ont esté ouïes sur le con- 
tenu de ladicte requeste, et déclaré qu'ils ne vouloient empescher 
l'eslargissement dudict Ducastel sculpteur, en baillant par luy 
bonne et seure caution de se représenter ou de payer ce quy seroit 
ordonné en justice, tant pour les dommages et intérests de ladicte 
Louise, sy le cas y eschet, pour la nourriture et éducation dudict 
enffant quy est à naistre de la grossesse de ladicte Louise. 

Nous, du consentement du procureur du Roy, de ladicte Ducas- 
tel et dudict Ducastel son curateur, avons ordonné que ledict Ducastel 

I. Arch. du Greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 350. 



JQJ LES DUC\STEL 

sera eslargy des prisons en baillant par luy bonne et suffisante cau- 
tion de se représenter dans le mois, et à touttes assignations quy 
luy seront données, au domicile de Maistre Jean Duval, qu'il a 
esleu pour son procureur. Et ledict jour et à l'instant, le dict 
Ducastel sculpteur, pour parvenir à l'exécution de nostre dit juge- 
ment, a présenté pour cautions, les personnes de Jaques Ducastel, 
M^ menuisier et Qtientin Coquenet, aussy M^ menuisier. Et pour 
plus grande seureté de ses cautions, a fait offre, au pardessus, de 
consigner au greffe la somme de deux cens livres, ce qui a esté 
accepté par ladicte Louise. En conséquence de quoy, les cautions 
sont et les avons receues, après qu'ils ont faict les submissions 
accoustumées et promis de représenter ledict Michel Ducastel, à 
touttes assignations quy leur seront données, ou de payer, solidai- 
rement l'un pour l'autre et un seul pour le tout, ce quy sera par 
nous ordonné en faisant consigner par ledict Michel Ducastel la 
somme de deux cens livres au pardessus en deniers ou en promesses 
de personnes solvables ce faisant ledict Ducastel sculpteur, con- 
damné de son consentement à acquitter lesdicts Jacques Ducastel et 
Quentin Coquenet, à quoi faire, ses biens présens et avenirs, demeu- 
reront affectés et ypotecqués. Faict ce vingt neufviesme jour d'aoust 
mil six cens soixante huict. 

Marque -|- dudict Jacques du Castel. — 

marque -j- de ladicte Louise Ducastel. 

— Quentin Coquenet. — Michel Ducastel. 

Bellotte. 

(Arch. du greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 346). 

Constitution par Michel et Louise Ducastel d'une rente 
au profit de Jacques Ducastel et de Quentin Coquenet. 

19 janvier 1679, 

Pardevant, etc., furent présens Michel Ducastel, M^ sculteur, 
demeurant à Laon et Louise Ducastel sa femme de luy suffisamment 
etc.. Lesquels ont conjointement, indivisément reconnus avoir 
bien... vendu, constitué, assis, assigné, par les présentes, vendent, 
constituent, etc., à Quentin Coquenet, M^ menuizier demeurant à 
Laon, à ce présent et acceptant la somme de cent sols de rente 
annuelle, etc., pour demeurer quitte par lesdicts constituants vers 
lesdicts Coquenet et Jacques Ducastel, achepteurs, de la somme de 
éo livres qu'ils ont payée à l'acquit desdicts constituants, à Nicolas 
Roze, Me chapelier demeurant à Laon et Magdelaine Ducastel sa 



LES DUCASTEL IO3 

femme pour [les frais] de leur contract de mariage passé pardevant 
Monseignat et son compagnon, nottaires roiaulx audict Laon le 

[blanc] jour de juing 1678, pour de laquelle somme aussy 

payée par lesdicts Coquenet et Jacques Ducastel, ils se sont fait 
subroger eulx deux, hypotecque desdicts Roze et sa femme, jusque 
à concurance de ladicte somme de éo livres ; laquelle subrogation 

demeurera de la somme de 40 livres tournois, que ledict 

Jacques Ducasiel et ledict Coquenet ont présentement payée, comptée, 
nombrée manuellement; actuellement deslivrée ausdicts Michel 

Ducasteî et à ladicte Louise Ducastel sa femme constituant un 

dont lesdicts Michel Ducastel et sa femme se sont tenus pour contans 
et bien paie, etc.. » 

(Minutes de Delacampagne, liasse 26.) 

Émancipation de Louise Ducastel. 
(27 août 1678.) 

Ce jourdhuy 27^ aoust 1678, pardevant Nous etc.. 

Sur la requeste à Nous faite par Louise Ducastel, fille de feu 
Jean Ducastel, à ce qu'elle soit émancipée, pour jouir par elle de ses 
biens, et sur icelles ouïes Jacques Ducastel, Nicolas Dechoure (?), 
Quentin Coquenet, Pierre Juliart et Jean Vignart, ses parens, etc.. 
Nous avons ladicte Ducastel émancipé, à la curatelle de Jacques 
Ducastel son oncle, qu'elle a choisy et nommé, lequel a volontai- 
rement accepté ladicte charge, etc.. » 

(Arch. du Greffe du Tribunal civil. Prévôté : tutelles, liasse 332.) 

Vente par Michel et Louise Ducastel de la maison de la rue 
Neuve au chanoine Pichelin. 

(26 janvier 1679.) 

Furent présens en leurs personnes Michel Ducastel, maistre 
sculpteur en bois et pierre, demeurant à Laon et Louise Ducastel 
sa femme, de luy suffisamment licentiée et autorisée pour l'effet des 
présentes. Et reconnurent avoir conjointement et solidairement, 
l'un pour l'autre et un seul pour tout, sans division ny discussion, 
renoncans aux bénéfices et ordres desdits droits, vendu, cédé, 
quitté et transporté, et par ces présentes vendent, cèdent, quittent 
et transportent et promettent garandir à vénérable et discrette per- 
sonne, Me Hubert Pichelin, prêtre chanoine de l'Eglise cathedralle 
Nostre-Dame de Laon, y demeurant, présent achepteur pour luy et 



k 



104 LES DUCASTEL 

ses ayans cause, une maison size audit Laon, rue Neuve, consistante 
en celier, chambre, boutique dessus, deux chambres hautes et gre- 
nier, jardin et fournil sur le derrière, couverte de tuille, tenant d'une 
liziére à M« Nicolas Crochart, receveur des Tailles, et par derrière, 
d'autre lizière, à l'hospital général, pardevant sur la rue Neuve ; le 
lieu et pourpris comme il se comporte, sans aucune réserve ; appar- 
tenante auxdits vendeurs d'acquisition qu'en a fait ledit Ducastel 
par trois contrats passés pardevant et sur le registre de De la Cam- 
pagne, l'un des nottaires soussignés, les 30 juillet et dernier sep- 
tembre 1675 ^^ 12 décembre 1676; quittance de retrait lignage du 
12 octobre 1677; pour en jouir, user et disposer par ledit sieur 
Pichelin et ses ayans causes, à commencer du jour de Pasques 
prochain venant, dans lequel temps lesdits vendeurs seront tenus 
de la rendre et désemparer à toujours, comme bon luy semblera et 
comme de sa propre chose vray et loyal acquist ; à la charge que 
ledit sieur Pichelin à promis et sera tenu de payer les cens et rentes 
et droits seigneuriaux que doit ladite maison au seigneur foncier, et 
d'acquitter la somme de 18 livres 15 sous tournois de surcens de 
telle nature qu'il est dict, par chacun an, au jour de Sainct Remy 
chef d'octobre, envers M^ Nicolas Maynon bourgeois de Laon, 
avec une année d'arrérages qui est escheùe audit jour dernier 
passé, et le courant escheu jusqu'à huy, et continuer à l'année tant 
qu'il y aura lieu ; ladite maison acquitter au surplus de touttes autres 
debtes, rentes, hypotecques et nantissements quelconques que celles 
que ledit sieur vendeur acquittera selon ce que sera cy après déclaré. 
La présente vente faite aux charges que dessus et outre moyennant 
la somme de sept cens cinquante livres, une asnée de bled metail 
et une demie pièce de vin ; sur laquelle somme lesdits Ducastel ont 
receu présentement comptant en bonnes espèces, celle de cinquante 
livres tournois et ont esté aussy livrés de ladite asnée de métail et 
de ladite demie pièce de vin, dont ils se sont tenus contens et en 
ont quitté ledit sieur Pichelin acheteur. Et quand au surplus, les- 
dits Ducastel et sa femme demeureront quitte envers ledit sieur 
acheteur de la somme de deux cens cinquante livres dont ils luy 
estoient redevables et qu'il leur a preste et avancé pour l'obtention 
de la dispense de leur mariage In secundo gradi consanguinitans in 
unâ parte, Et in primo affinitatis et secundo consanguinitatis exalteca ? 
suivant la bulle qui a esté deslivrée auxdits Ducastel et sa femme et 
fulminée par M. î'Official ; ayans aussy lesdits Ducastel et sa femme, 
vendeurs, desclarez qu'il leur a esté remis es mains tous et un chacun 
les meubles quy estoient es mains dudit sieur Pichelin, pour asseu- 
rance de ladite somme de 250 livres qu'il leur auroit preste pour 
l'obtemption de ladite dispence. A quoy ledit Ducastel et sa femme 



LES DUCASTEL lOÇ 

ont quittez et quittent ledit sieur Pichelin , achepteur, porté sur le 
mémoire de M. le conseiller du Roy Viefville ; et quand au surplus, 
montant à 450 livres, ledit sieur Pichelin sera obligé de la payer 
aux plus anciens créanciers hypotéquaires sur ladite maison et autres 
que lesdits vendeurs luy désigneront sur état, ou jusqu'à concur- 
rence de ladite somme, à l'acquit desdits vendeurs, aux droit des- 
quels créanciers ledit sieur acheteur pourra se faire subroger par 
les quittances qu'il tirera d'eux, et de faire en sorte que lesdits ven- 
deurs en demeurent pleinement deschargés, à peinelde tous despens, 
dommages et intérests, consentans lesdits vendeurs de ce prélève- 
ment, comme pour lors qu'il soit, demeure subrogé en leurs droits, 
hipotecques, pour plus grande seureté de la présente vente, dont 
sitôt, passans les vendeurs procuration au porteur des présentes 

pour se et consentir la vente de ladite maison estre donnée audit 

sieur acheteur partout ou « besoin sera, obligeans solidairement, 
a l'un pour l'autre, comme dit est, leurs biens à garandir et faire 
« jouir, ledit sieur Pichelin, de ladite maison ; et ledit sieur Piche- 
« lin, aussy ses biens à satisfaire de sa part à tout le contenu cy 
« dessus. Et sera outre iceluy Ducastel tenu en pur et privé nom de 
« faire ratifier le présent contrat par ladite Louise Ducastel sa femme, 
« quand elle aura atteint l'âge de majorité, et la faire obliger soli- 
« dairement avec luy à l'exécution d'iceluy. Pourquoy il l'a dés à 
« présent, comme pour lors, autorisé, tant en son absence que 
« présence, sans y contrevenir, sur peine, etc.. Fait et passé audit 
« Laon, pardevant les nottaires gardes nottes du Roy au baillage de 
« Vermandois y demeurans, soubzsignés, après midy en la maison 
« dudit sieur acheteur, le vingt sixiesme jour de janvier mil six 
« cens soixante dix neuf, et ont signé, le scel notifie, hormis ladite 
« Ducastel qui n'a fait que sa marque, ayant déclaré ne scavoir 
« autrement escrire ny signer. Et à l'instant ledit sieur Pichelin a 
« déclaré qu'il fait ladite acquisition pour et au proffit de l'hospital 
« général de cette ville, sous les conditions qui seront accordées 
ce entre Messieurs les Directeurs dudit hospital général et ledit 
« Pichelin, en tems et lieu. Et au cas qu'ils ne s'accordent pas 
« entr'eux, que ledit Pichelin en demeurera propriétaire en son pur 
« et privé nom et en pourra disposer comme de sa propre chose et 
« comme il trouvera à propos. » 

En marge du présent contrat se trouvent les quittances sui- 
vantes des sommes payées par le chanoine Pichelin pour Michel 
Ducastel : 

27 janvier 1679. — Quittance de Jeanne Pollet, veuve de feu 



I06 LES DUCASTEL 

Michel Ducastel i", vivant M^ menuisier, de la somme de 50 livres 
pour marchandises de bois livrées à Michel II. 

Ibid. — Quittance de 40 livres, d'Hélie Dedriencourt. 

Ibid. — Quittance de 75 livres, de Charles Bocquillon, M^ tonne- 
lier à Laon. 

Ibid. — Quittance de 33 livres, de Pierre de la Bretesche, con- 
seiller du roi à Laon. 

Ibid. — Quittance de 15 livres, de Jean Regnart, M« menuisier à 
Laon. 

Ibid. — Quittance de 10 livres, de Jean Le Vin, hôtelier, pour la 
nourriture fournie pendant trois semaines ou un mois à Michel 
Ducastel. 

Quittance définitive. 
(26 mars 1679.) 

Ce jourd*huy vingt septiesme mars 1679, pardevant, etc., sont 
comparus, vénérable et discrette personne M^ Hubert Pichelin, 
prebtre chanoine.. ., Et Michel Ducastel, M^ sculteur demeurant aussy 
audit Laon, d'autre part, Et reconnurent les partyes, nottamment 
ledit sieur Pichelin, que pour satisfaire par luy au contract d'acqui- 
sition par luy fait audit Michel Ducastel, d'une maison size à Laon, 
rue Neufsre, plus amplement exposé au contract passé pardevant de 
la Campaigne et son compagnon nottaires roiaux audit Laon, le 
26^ jour de janvier dernier et suivant, iceluy justiffier des payemens 
par luy faicts au désir dudit contract, du mémoire des debtes qu'il 
doib, par luy donné et payé de sa main le 2é« jour de janvier der- 
nier scavoir : 

220 livres à dam«'i« Barbe Crochart, fille émancipée demeurante 
audit Laon, scavoir : 200 livres pour le reliquat de 10 livres de 
rente créé par ledit Michel Ducastel, par contract passé pardevant 
Delacampaigne et son compagnon, nottaires roiaux audit Laon, le 
dernier jour de janvier 1676 et 20 livres pour deux années d'ar- 
rérages ; 

La somme de 25 livres à M^ Maynon, pour une année d'arréragé 
de 18 livres 15 sols de surcens et le courant escheu depuis la der- 
nière eschéance, jusqu'au jour dudit contract, suivant sa quittance 
soubz sing privé du jour de 1679; la somme de 

75 livres 10 sols payée à Charles Bocquillon, M^ tonnelier, demeu- 
rant à Laon et Anne Gombier, sa femme, suivant sa quittance, etc.. ; 

40 livres à M. de Driencourt, marchant à Laon, etc.. ; 

50 livres à Jeanne Pollet, veufve de feu Michel Ducastel, vivant 
M^ menuizier, demeurante à Laon ; 



LES DUCASTEL f07 

21 livres 9 sols à M. Douan, comme ayant charge de Madame de 
la Marliére, sa tante, etc.; 

15 livres à. Jean Regnard, M^ menuizier, etc.. ; 

10 livres à Jean Levin, marchand hostelain, etc.; 
6 Hvresà Delacampaigne, notaire, etc.; 

12 livres 11 sols à Monsieur Gallien, prebtre chanoine et recep- 
veur du chapitre de Sainct-Jehan-au-bourg, etc.; 

Lesdites sommes ont été payées par ledit sieur Pichelin, à l'ac- 
quit dudit Ducastel, montent à celle de 475 livres 10 sols, faisant 
avec la somme de 250 livres à luy transportée audit contract, la 
somme de 775 livres 10 sols, quy est le prix convenu par ledit 
contract d*acquisition, etc. 

(Etude de M* Huard, notaire à Laon, minutes de Delacampagne.) 

Origines de propriété de la maison de Michel Ducastel. 

Laon. — Rue Neuve. Maison et jardin tenant à la chapelle de 
l'hôpital donnés le 20 février léSi, par Nicolas Maynon. 

1° Titres antérieurs à l'acquisition. 

9 février léoé. — Adjudication par décret de la prévôté de Laon 
faite au profit de Jehan Maynon d'une rente de 16 1. assignée sur 
une maison et jardin sis à Laon, rue Neuve. 

30 mai 16 14. — Bail à surcens de cette maison fait à Jehan 
Masson moyennant une redevance de 18 1. 15 s. 

30 mai 1614. — Acte sous seing privé par lequel M. Maynon 
permet à Jehan Masson de racheter ce surcens. 

28 octobre 16 14. — Transport de ce surcens par Jehan Maynon à 
Philippe Ducastel. 

16 mai 1630. — Bail à surcens de cette maison fait par Philippe 
Ducastel à Adrien Boulanger par suite de la rétrocession de Jehan 
Masson. 

18 mai 1654. — Transport de ce surcens fait par Adrien Boulan- 
ger, premier président en l'élection de Laon, au profit de Jean 
Ducastel j fils de Philippe Ducastel (Lambin n''^). 

13 mars 1656. — Réobligation par Jean Ducastel en faveur de 
Claude Boschet, veuve de Jehan Maynon, au paiement de ce surcens 
(Leclerc n^^). 

25 septembre 1677. — Réobligation de Michel Ducastel envers 
Nicolas Maynon (Delacampagne n"^.) 

26 janvier 1679. — Contrat de vente de cette maison consenti 
par Michel Ducastel à Hubert Pichelin, chanoine de l'église cathé- 
drale de Laon (Delacampaigne, n''^). 

17 septembre 1679. — Décharge de ce surcens. 



io8 



LES DUCASTEL 



2° Titres d'acquisition. 

20 février léSi. — Donation faite par Hubert Pichelin à l'Hôpi- 
tal général d'une maison sise à Laon, rue Neuve. 

Note de laquelle il résulte que cette donation n'était pas sérieuse, 
que le véritable donateur était Nicolas Maynon qui ne désirant pas 
que sa charité fut connue, feignit d'en avoir reçu le remboursement 
de M. Pichelin. 
(Arch. des hospices de Laon, 12, B, 7.) 

Inventaire après décès de Jeanne Guiotin. 
(19 mars 1673.) 

Inventaire fait par nous, Jean Delancy, conseiller du Roy, lieu- 
tenant de la ville et cittée de Laon, des biens, meubles délaissés par 
feue Jeanne Guiotin, vivante femme de Michel du Caste, M^ Pintre, 
demeurant en cette ville, à la requeste d'iceluy, tuteur de Michel du 
Caste, enffant mineur de luy et de ladicte deffuncte ; auquel inven- 
taire a esté proceddé en la manière accoustumée et lesditz meubles 
prizés et estimés par Nicolas de Lescluse, prizeur juré de ladite 
ville, en la présence du procureur du Roy en ladite prévosté, de 
Jean Guiotin, curateur dudit mineur et du greffier ordinaire de 
ladicte prévosté, par lequel la déclaration et estimation desdits 
meubles a esté rédigé par escrit ainsy qu'il ensuit. 
Du mardy dix neuf» septembre 1673. 

(La désignation des meubles et objets se retrouvant dans le pro- 
cès-verbal de la vente, il est donc inutile de la donner.) 

Dettes actives. 

A déclaré ledit du Caste qu'il luy est deub par Nicolas De la Cam- 
pagne, bourgeois, la somme de quinze livres, cy 15 1. Comme 
encore qu'il appartient à son enffant mineur la moitié au total d'une 
maison, size entre les deux portes à Lupsault où faict à présent sa 
demeure Sébastien Fournival, quy en a bail à la redebvance de six 
vingt livres par chacun an, à partager allencontre dudit Guiotin, 
curateur. Laquelle moitié de maison est chargé de lé livres 16 sols 
de rente, de laquelle il n'est rien deub que le courant du loyer, de 
laquelle sera deub au 15^ octobre prochain la somme de éo livres. 

Est deub par Margueritte Lebrun vefve de feu Nicolas Ramont, 
demeurant à Neuville, éo sols de rente de laquelle est deub 6 années 
escheues au mois de may dernier, sans préjudice aux frais contre 
elle faicts affin de payement. 



LES DUCASTEL 10 9 



Dettes passives. 



Est deub à Mademoiselle Gérault la somme de lo livres pour 
pareille somme qu'elle a prestée, cy lo 1. 

Au sieur Villette, receveur des consignations 29 livres pour 
pareille somme prestée, cy 29 1. 

A Jean Guiotin vingt six livres pour argent preste, cy. 26 1. 

A Claude Lebrun, 53 sols pour pain fourny pendant la maladie 
de la desfuncte, cy 53 s. 

A la bouchère, pour viande fournie, neuf livres huit sols, 
cy 9 1. 8 s. 

A une femme quy a servie de garde pendant le jour et la 
nuict 16 1. 

Au sieur prieur et procureur de Sainct- Martin, la somme 
de 30 1. 

A Beauvisage, tailleur, pour façons d'habits la somme de cent 
sols, cy 100 s. 

Pour le loyer de la maison à [blanc] la somme de . . [blanc]. 

A Elye Driencourt, marchand, la somme de 15 1., cy. 15 1. 

Pour les services et enterrement de la desfuncte ... 20 1. 

Au sieur Botté, app»" la somme de 18 1. 

A Estienne Guyart, pour avoir traitté la desfuncte et ledit 
Ducastel, pendant quarante jours, d'une maladie fort dangereuse, la 
somme [blanc]. 

A JacqueUne Charpentier pour ses loyers, cent s.,cy. 100 s. 

Ce jourdhuy vingt sixiesme jour dudit mois de septembre mil 
six cens soixante treize, pardevant nous, Jean de Lancy, conseiller 
du Roy, Prévost, Lieutenant de la ville et cittée de Laon, en nostre 
hostel et domicile, assisté du procureur du Roy en ladicte prévosté, 
est comparu ledit du Castel, quy a juré et affirmé le présent inven- 
taire contenir vérité, n'avoir rien caché, ny des biens délaissés 

par ladicte Jeanne Guiotin, sa femme, promettant, au cas, qu'il luy 
revienne quelque autre chose en la communaulté, de le déclarer et 
faire coucher audit inventaire. Laquelle affirmation a esté prestée en 
la présence de Jean Guiotin, M<= couvreur demeurant audit Laon, 
curateur dudit mineur; de quoy a esté faict acte les jour et an sus- 
dits. 

J. Guiotin. — M. Ducastel. — Delancy. — Carpeau. 

(Arch. du greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 360.) 



IIÔ LES DUCASTEL 

Vente après décès de Jeanne Guiotin. 
(21 septembre 1673). 

Vente publiequement faite, de l'ordonnance de M. de Lancy, 
Lieutenant de la ville et cittée de Laon, des biens meubles deslais- 
sés par desfunte Jeanne Guiotin, vivante femme de Michel Du Castel, 
M« sculpteur, à la requeste d'iceluy, comme tuteur de son enffant 
et de ladite defFuncte ; à laquelle vente a esté proceddé en la 
manière accoustumée, et lesdits meubles vendus au plus offrant et 
dernier enchérisseur, par Jean Nicolas Delescluse, crieur et vendeur 
juré de ladite ville, en la présence de Jean Guiotin, couvreur, cura- 
teur dudit mineur et du greffier ordinaire de ladite prévosté, quy a 
rédigé par escrit l'adjudication desdits meubles demeurés aux per- 
sonnes cy après nommées, en la forme qui suit. 

Du jeudy vingt ungniesme septembre 1673. 



Item un gril demeuré à 16 sols audit Ducastel, cy. . . . XIII s. 

— un tableau et un chandelier de bois demeurés à 23 sols à 

Gossart, cy XXIII s. 

— une légende et les métamorfoses d'Ovide demeurées à éi sols 

audit du Castel, cy LXI s. 

— plusieurs autres petits livres demeurés à 16 -sols audit du Cas- 

tel, cy LVI s. 

— dix thoilles à main demeurées à 58 sols audit du Castel, 

cy LVIII s. 

— une paire de drapt de thoille de chanvre, telle et quelle, 

demeurée à 56 sols au dit Michel du Caste, cy. LVI s. 

— une autre paire de drapt, demeurée à cent sols audit Michel 

du Caste, cy C s. 

— une couverture rouge demeurée à 9 livres 10 sols audit Michel 

du Caste père, cy IX 1. X s. 

— un châlit, une paillasse, un lit et un travert avecq un oriller, 

une couverture, une paire de draps et la garniture verte avecq 
les verges, le tout tel et quel, demeurés à 28 livres audit du 
Caste, cy XXVIII 1. 

— une armoire et une petitte potière demeurées à 100 sols audit 

du Caste père, cy C s. 

— une gondolle d'argent demeurée à quatorze livres audit du 

Castel, cy XIIII 1. 



LES DUCASTEL îîî 

Le nombre des objets vendus est relativement considérable, 
mais nous ne donnons ici que ceux qui furent rachetés par 
Michel Ducastel. 

(Arch. du greffe du tribunal civil de Laon^ liasse 360.) 

Vente après décès de Michel Ducastel. 

(29 mars 1686.) 

Vente publique faite de l'ordonnance de Monsieur le Prévost de 
la ville et cittée de Laon et suivant le jugement par luy rendu le 
28 mars présent mois, des biens meubles délaissés par feu Michel 
du Casteî, sculpteur. A la requeste et dilligence de Louise Ducastel 
sa veuve, Contre le commissaire estably à iceux. A laquelle a esté 
proceddé en la manière accoustumée et lesdicts meubles deslivrés 
au plus offrant et dernier enchérisseur, par Nicolas de Lamotte, 
vendeur juré en ladicte ville, en la présence du greffier en ladicte 
prévosté quy a rédigé le tout en la manière quy ensuit. 

Du XXIX« mars i68é, de rellevé. 

Premièrement, une cramaille demeurée à 5 sols 6 deniers à la 

veuve, cy V s. VI d. 

Item une paire de chesnets de fer, demeurés à 1 3 sols à Magdeleine 
Cochon, cy XIII s. 

— une paire de chesnets demeurés à 7 sols à la veuve, 

cy VII s. 

— deux réchauds demeurés à 22 sols à Louis Grizot, 

cy XXII s. 

— une poésie à feu et les pincettes demeurées à 8 sols 6 deniers 

à Marie Martin , cy VIII s. VI d. 

— deux lumières demeurées à 8 sols à ladicte Cochon, 

cy VIII s. 

— une bassinoire de cuivre demeurée à 37 sols 6 deniers audit 

Grizot, cy XXXVII s. VI d. 

— un paslon et une jadde de cuivre demeurés à 20 sols 6 deniers 

à Lamotte, cy XX s. VI d. 

— une marmitte de fer, une broche, une lanterne à lanchette ? le 

tout demeuré à 10 sols à ladicte Cochon, cy X s. 

— un seau demeuré à 1 5 sols, cy XV s. 

— une salliére et un moutardier destain, cy XXIII s. 

— deux pots et une escuelle destain, cy XXVI s. 

— plus une vaisselle de terre, cy V s. 



112 LES DUCASTEL 

Item une culiére, deux chandeliers, cy IX s. 

— un marteau taillant et autres outils demeurés à 33 sols, à 

Charles Derval, cy XXXIII s. 

— une petitte cassette demeurée à la veuve, cy XX s. 

— une armoire, cy XLIII s. 

— un petit coffre, cy IV s. 

— un manteau de bouracan, tel et quel, demeuré à éo sols à 

Lamotte, cy LX s. 

— un justaucorps, une culotte, les bas et un bonnet, cy. . LXIV s. 

— un travers, demeuré audit Grizot, cy XXVIIII s. 

— un matelas de laine, tel et quel, audit Grizot, cy IV 1. 

— un tableau, demeuré à 7 sols 6 deniers à Marie Boquillon, 

cy VII s. VI d. 

— un salloir, cy VIII s. 

— quatre chemises, tel et quel, usage d'homme, cy XVI s. 

— un drap et un cendrier XIX s. 

— quatre serviettes, tel et quel, cy XIII s. 

— quatre chaises de bois, cy XX s. 

— une petitte potière, cy VI s. 

— un banc de couche, cy C s. 

— cinq varlopes, demeurées, 435 sols, audit Grizot, cy. XXXV s. 

— plusieurs autres outils demeurés à 21 sols, audit Grizot, 

cy XXI s. 

— un damié et deux scies, cy XXXIV s. 

— plusieurs autres outils, cy XXXIII s. 

— plusieurs outils en pierre demeurés à 24 sols à Jaques Ledoulx, 

sculpteur de Bruiéres, cy XXIV s. 

— un fuzil et quelques ferailles, cy XXI s. 

— un buffet tel et quel, cy LXVIII s. 

— un establi tel et quel, cy XI s. 

— une table tel et quel, cy IX s. 

— une autre table, un escabeau, une chaise de paille, cy. XI s. 

— un buffet à deux armoires, un tiroir, cy XXX s. 

— un châlit, cy L s. 

— deux couchettes, cy XL s. 

— un dessus de table et plusieurs morceaux de bois, deux figures de 

bois et deux de pierres, demeurés à 20 sols à la veuve, 
cy XX s. 

— deux dessins et plusieurs bouts de bois de menuiserie estucqués, 

audit Grizot, cy XXXV s. 

(Arch. du greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 365.) 



LES DUCASTEL II3 

Procès entre Michel Ducastel et la fabrique de la paroisse de 
Vervins. — Rapport des experts. 

(23 janvier léSo.) 

Cejourd'huy vingt troisiesme janvier mil six cens quatre vingt, 
pardevant Nous Jean Bellotte, conseiller du Roy, prévost, juge 
ordinaire, civil et criminel de la ville et cittée de Laon, en nostre 
hostel est comparu M^ Jean Duval, procureur de Michel Ducastel, 
sculpteur, demeurant en cette ville quy nous a dit, qu'en consé- 
quence de nostre appointement du 19 décembre dernier rendu entre 
ledit du Castel et les curé, marguilliers et paroissiens de Vrevin, il 
avoit fait assigner, par exploit de Chauveau, du jour dhier. Innocent 
Bourgeois, maistre voyer, et Simon Vàolette, maistre peintre, demeu- 
rans audit Laon, experts nommés par iceluy, pour prester le ser- 
ment de bien et fidèlement faire l'estimation du temps employé par 
ledit Ducastel au dessein par luy faict et dont est question ; lesquels 
experts comparans , ledit Duval requéroit qu'ils ayent à prester le 
serment de bien et fidèlement procedder, en présence de Maistre 
Anthoine Beffroy procureur desdits curé, paroissiens de Vrevin, 
lequel présent ne la voulu empescher; Sur quoy Nous faisant droit, 
avons desdits experts pris et receu le serment par lequel ils ont 
promis faire l'estimation en question, et à l'instant lesdits experts 
nous ont dit qu'ayant pris communication du dessein quy leur a 
esté mis es mains, par nostre greffier, ils avoient iceluy veu, consi- 
déré, examiné et estimé que ledit Ducastel ne peut pas avoir fait le 
voiage de cette ville de Laon en celle de Vrevin, et achevé le des- 
sein quy leur a esté représenté de l'ordre composite et réduit au 
petit pied, comme il est, qu'il ny ayt emploie six jours de temps, 
sçavoir : pour son voiage et retour et quatre jours pour l'ouvrage. 
Et pourquoy ils estiment que pour sa nourriture, celle d'un cheval 
et pour son travail, il doit luy estre payé la somme de trente six 
livres ; d'autant plutost que ledit Violette, l'un desdits experts, nous 
a certiffié que lesdits marguilliers de Vrevin ont imité ledit dessein 
pour la plus grande partie, en l'ouvrage qu'ils ont faict en la devan- 
ture de l'église dudit lieu; duquel rapport avons faict et dressé 

le présent acte que lesdits experts ont signé avec nous, auxquels 
suivant leur requeste avons faict taxe de trente sols, à chacun d'eux, 
lesdits jour et an. 

Innocent Bourgeois. — Simon Viollette. — 
Bellotte. — Duval. 

(Arch. du greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 346.) 

ART FR. xn 8 



II4 LES DUCASTEL 

Procès entre Michel du Castel et Claude de Soize, M^ menui- 
sier, au sujet des travaux exécutés par Ducastel dans l'église 
de Tabbaye Saint- Vincent de Laon. — Rapport des experts. 

(30 octobre 1684.) 

Ce jourd'huy XXX« octobre 1684, huit heures du matin, parde- 
vant Nous François Marteau, etc., est comparu Maistre Jean Duval, 
procureur de Claude de Soi%e, M^ menuisier demeurant à Laon, quy 
nous a dit et remonstré que pour l'exécution de nostre appointe- 
ment du dix huit desdits mois et an, rendu entre ledit de Soize, 
d'une part; Et Michel du Castel, sculteur, d'autre part, il avoit fait 
assigner à ce jour et heure Jean Le Bègue, M^ sculteur, demeurant à 
Reims, Jean Marest et Charles Hottin, aussi sculteurs, demeurans audit 
Laon, experts, pour prester le serment de bien et fidèlement pro- 
cedder à la Visitation des ouvrages et prétendues augmentations 
faictes à icelles par ledit du Castel, en l'abbaye de Sainct- Vincent, 
dont estoit question, ensemble iceluy du Castel pour les veoir, 
priser, le tout par exploict de [blanc] des [blanc] requérant ledit 
Duval audit nom qu'yl nous plaise prendre desdits experts compa- 
rans le serment, etc., Et le dernier octobre audit an, pardevant 
Nous, juge susdit, sont comparus lesdits experts quy nous ont dit 
qu'en suitte du serment par eux preste, ils s'estoient transporté en 
l'abbaye de Sainct-Vincent où ils avoient visitté les ouvrages de 
sculture et augmentations prétendues faites à icelles par ledit du 
Castel, dont ils auroient dressé leur rapport qu'ils représentoient et 
ofFroient de l'affirmer d'abondant véritable. Lequel avons ordonné 
estre mis au greffe pour estre joint à nostre procès-verbal dont a 
esté faict acte et taxé ausdits experts suivant leur requeste, scavoir : 
audit Le Bègue de Reims pour trois jours XXI 1. et ausdits Marest e 
Hottin VI 1. chacun deulx et au greffier de l'escritoire VI livres 
lesdits jour et an. 

MARTEAU. 



ï 



Cejour, 30^ jour d'octobre 1684, du matin. Nous soubzignés : 
Jean Lebègue, M^ sculteur demeurant à Reims, Jean Marest, M^ masson 
et Charles Hottin, M^ sculteur demeurans à Laon, certiffions à tous 
qu'il appartiendra, que suivant les assignations à nous donné de 
Monsieur le prévost de la ville et cittée de Laon, signé : de Marie et 
sellé, obtenu à la requeste de Claude de Soi^e, M^ menuisier demeu- 
rant à Laon ; Et après le serment de Nous pris par ledit sieur prévost, 
Nous nous sommes, susdits experts, transportés en l'abbaye de 



LES DUCASTEL II5 

Sainct- Vincent de Laon, où estans Nous avons veùs et visité toutes 
l'escultures faites aux cheaises du cœur de ladite abbaye, à laquelle 
sculture avons recongnus tant l'augmentation que diminution ainsy 
qu'il ensuit, que nous avons fait mettre et rédiger par escrit, par le 
greffier aux visitations establye au baillage, prévosté de Laon, pré- 
sent avec Nous les jour et an dessus dit. 

Premièrement, avons recongnus que toutes les ouvrages d'Es- 
culture faictes aux cheaises et lambris du cœur de l'église de l'abbaye 
de Sainct-Vincent de Laon, faictes par Michel Ducastel, M^ sculteur, 
demeurant à Laon, sont bien et deuement faictes, à la réserve de 
quelques grandes consolles quy ne sont bien faictes et mesme de 
plusieurs fleurons des chapiteaux pilastres quy ne sont point bien 
finis, Et pour l'achèvement desdites consolles et fleurons. Nous 
avons estimés à la somme de 20 livres quy seront diminuées audit 
Ducastel, sur l'estimation des augmentations par Nous faictes, sus- 
dits experts, cy après. 

Plus au regard des augmentations faictes par ledit Ducastel ausdites 
ouvrages, Nous avons estimé pour les deux encoignures à la valleur 
d'une chaise, suivantvle marché, quy est la somme de 20 livres 
pour chaque entrepilastres. 

Au regard de l'augmentation des fleurdelis quy sont faictes et non 
marquées au dessin et haulteurs des chapiteaux que nous avons 
estimé pour la valleur des frises d'ornement quy dévoient estre 
faictes au dessus des cadres par ledit Ducastel, ainsy qu'il est porté 
audit estât de marché. 

Plus au regard des armes quy dévoient estre faictes dans les pan- 
neaux des fleurdelis, lesquelles armes avons veûes bien faictes et 
non encore posées, pour lesquelles nous avons estimé, pour l'aug- 
m^entation de leurs haulteurs, la somme de 20 livres. 

Au regard des augmentations des sellettes, nous les avons esti- 
mées la somme de 63 livres, ainsy qu'il est porté par le traicté faict 
par lesdits Marest et Hottin. 

Et au regard des par...loses, ledit Ducastel ne puis prétendre 
aucune chose des hornements qu'il y a faictes. 

Touttes lesquelles cheaises susdites monte à la quantité de 25, y 
compris celle que nous avons estimée pour les deux encoingnures, 
quy sont prisé et estimé à 20 livres chacune ainsy qu'il est porté par 
ledit estât de marché. 

De tout le contenu au présent raport certiffions à tous qu'il appar- 
tiendra. Nous susdits experts, véritable, nos signes apposés en la 
minutte des présentes, demeurée vers le greffier ausdites visitations, 
lesdits jour et an devant dit. 

De Builly. 

(Archives du greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 346.) 



Il6 LES DUCASTEL 

Visite des maîtres jurés chez Michel Ducastel. 
(3 novembre 1685.) 

Cejourd'huy troisième novembre 1685, deux heures de relevée, 
pardevant Nous, François Marteau, conseiller du Roy, prévost, juge 
ordinaire, civil et criminel de la ville cittée et prévosté foraine de 
Laon, en nostre hostel, est comparu Maistre Jean Cotte, procureur 
des maistres jurez du mestier de menusier dudit Laon, qui nous a 
dit et remonstré qu'en exécution de nostre appointement du dernier 
octobre dernier, rendu entre le procureur du Roy en ladite prévosté 
et les maistres jurez du mestier de menusier audit Laon, deman- 
deurs. Contre Michel Ducastel ^ sculpteur, Il avoit fait assigner Cosme 
Demonceaux, Jean Regnart, maistres menuziers, experts nommés, 
convenus par les parties, pour prester le serment de bien et fidel- 
lement procéder à la Visitation du tabernacle en question, ensemble 
ledit Ducastel, pour le veoir, priser, le tout par exploict de Fremault 
sergent, de ce jourdhuy, controllé ledit jour, requérant, attendu la 
comparution desdits experts, qu'il nous pleut prendre d'eux le ser- 
ment en tel cas requis, en présence dudit Ducastel, assisté de 
M« Anthoine Beffroy son procureur, faisant droit sur laquelle 
requeste, avons des experts pris et receu le serment par lequel ils 
ont promis de procéder à ladite Visitation, d'en dresser le rapport 
dont a esté fait acte, les jour et an susdits. 

Et le cinquième desdits mois et an, pardevant Nous, comme 
dessus dit, sont comparus lesdits Regnart et Demonceaux, qui ont 
dit avoir procédé à la Visitation du tabernacle dont est question, 
dressé le rapport qu'ils représentoient, ofFroient dabondant affirmer 
véritable dont leur avons accordé acte, ordonné qu'il sera mis à ce 
greffe, taxé suivant leur requeste à chacun d'eux la somme de 
20 sols et au sergent de police, qui a esté présent de nostre ordon- 
nance, 10 sols. 

Nous soubzsignés, Jean Regnart et Cosme Demonceau, M« menu- 
ziers demeurans à Laon, certiffions qu'en fin des assignations à nous 
donné par Frémeaux, sergent, cejourd'huy, à comparoir cejour- 
dhuy, deux heures de rellevé, pardevant Monsieur le prévost de 
cette ville, à la requeste de Monsieur le procureur du Roy en cette 
prévosté et des maistres jurés du mestier de menuzier de ceste ville, 
pour visiter un tabernacle fait par Michel Ducastel, aussy M^ menu- 
zier et sculteur demeurant en ceste ville; à laquelle assignation 
nous serions comparu, preste le serment de bien fidellement pro- 



I 

^B LES DUCASTEL II7 

cedder à la Visitation dudit tabernacle, pour cognoistre sy il n'y a 
point de bois d'obié et neux desfendu par les ordonnances dudit 
mestier de menuzier, et aussitost, Nous nous serions transporté avec 
[blanc] Germain, vallet de ceste ville, chez ledit Ducasteî, aurions 
trouvé dans sa maison un tabernacle de bois de chesne fait et façonné 
pour le corp de la devanture seulement, le hault et le bas n'estant 
achevé, non plus que le derrière ; lequel corp de tabernacle avons 
trouvé sans assemblage et dans ledit corp trouvé de lobié à trois 
endroit par dedans ledit tabernacle; à l'aisle gauche d'iceluy en 
avons trouvé à un bout d'arquitrave un demy poulce dobié par le 
bout de longlet, plus aux deux niches des deux aisles, avoir trouvé 
un neux percé de part en part et troux aussy percé de part en part 
d'un coup doulty, plus avoir trouvé aux deux pieddestaux où 
possent les figures de devant dudit tabernacle, au dessus des col- 
lonnes, de lobié ; ce que nous certiffions véritable. Fait le troisiesme 
jour de novembre M. VI^ quatre vingt cinq. 

Jean Renart. — Cosme Demonceaux. 

(Arch. du greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 346.) 



rv 

MICHEL DUCASTEL III^ 

Fils de Fauteur de la chaire de la cathédrale de Laon, et de 
Jeanne Guiotin, Michel IIP ne nous est connu que par le 
contrat d'apprentissage suivant : 

(6 juin 1679.) 

(f Furent présens en leurs personnes Guillaume Truy, M* menui- 
c( lier demeurant à Laon, Simonne Lemoyne sa femme de luy suffi- 
« samment authorisée quand à ce ; lesquels ont promis avoir con- 
cf jointement pris et receu, prennent et reçoivent par les présentes, 
« pour le terme d'un an Michel Ducastel, fils de Michel Ducastel 
« Me sculpteur, demeurant à Laon, et de Jeanne Guiotin, ses père 
« et mère. A commencer au quinziesme de ce présent mois et an, 
« pour à iceluy conférer toute la nouriture qu'il luy conviendra 
« pendant l'année ; le blanchir, coucher, chaufer. Cela moyennant 
« la somme de soixante livres que ledit Michel Ducastel père a pro- 
« mis de paier par quartier, montant à quinze livres dont le pre- 
« mier quartier montant à quinze livres sera délivré au 1 5 septembre 
a prochain, etc.. » 



II 8, PEINTRES, SCULPTEURS 

PEINTRES, SCULPTEURS, 
VERRIERS ET ORFÈVRES BOULONNAIS 

Communication de M. V.-J. Vaillant. 

Sous ce titre se trouvent groupées la plupart des notes que j'ai 
recueillies en me préparant à écrire l'histoire de Baudren Yvart et 
de son fils Joseph Yvart, et celle de la Céramique houlonnaise. Elles 
sont tirées pour la plupart du fonds des Archives communales , et 
portent les numéros de classement de l'Inventaire dressé par 
M. l'abbé D. Haigneré. La source des autres est indiquée en son 
lieu. 

N° 2. — 1566-67. Compte de Jacques le Fort, argentier de 
la ville de Boulogne. 

A Charles de Tumbes, maistre tailleur d'imaiges, pour trois 
mandequins par luy faictz pour apposer sur trois pilliers des 
fontaines de la ville 4 livres 10 sols. 

A Jehan Carpentier, pinctre, pour avoir pinct à huille trois 
mannequins quy ont esté apposez à la grande fontaine de la 
ville 36 sols. 

N° 5. — 1570-71. Compte deuxiesme de Jehan de la 
Fontaine. 

A Pierre Morin, verrier et paintre, pour 22 armoiries, tant 
celles du Roy que dudict sieur Duc [de Longueville, gouver- 
neur de Picardie, BouUenois et Artois, à Toccasion de son 
entrée à Boulogne], de sa femme et des autres seigneurs, et 
celles de la ville, et pour la restauration des verrières de 
l'Echevinage 53 livres 6 sols. 

N° 9. — 15 90-1. Compte dixiesme d'Ansel Vaillant. 

A Pasquier Despréaux, vitrier, pour avoir racoustré deux 
vitres dans la chambre du maistre principal du Collège. 15 s. 

N° 17. — 1603-4. Compte neufvieme de Maistre Charles 
Vaillant. 

A Robert Meurin, vitrier, pour avoir painct à noeuf les 
armoiries du Roy et celles de la ville, au dessus de la chemi- 
née de la Chambre du Conseil. 

N° 18. — 1605-6. XI^ compte de Charles Vaillant. 



VERRIERS ET ORFÈVRES BOULONNAIS II9 

Pour la façon d'un cachet, pour d'icelluy cachetter les 

lettres missives i6 sols. 

54 livres de despense pour avoir painct de plusieurs sortes 
de painctures et blanchy toute la grande salle de TEchevinage, 
tout le plancher de hault, poutres, gitteaulx, cheminées et 
fenestres. 

N° 21. — 1610-11. XVP compte de Charles Vaillant. 

A Meurin pour avoir painct l'image de Notre-Dame, estant 
sur la porte de la ville, comme aussy la châsse pour mettre 
ledit image dedans, et avoir fourny le crochet à heurtoir, 
derrière l'image 12 livres 15 sols. 

A l'occasion des réjouissances faites à Boulogne pour la 
naissance du dauphin qui fut Louis XIII, Robert Meurin reçut 
« deux escus quarante sols pour avoir paint les armoiries 
« tant du dauphin que de la ville et du conté, fourni la 
« thoille, les cercles, les fisellees et gerbes pour le chapeau de 
« triumphe. » 

N° 22. — 1613-14. Compte XIX^ de Charles Vaillant. 

A Meurin, pour armoiries et dorures à l'entrée du duc de 
Longueville : il est également fait mention d'un poille, pour 
la façon duquel l'argentier a payé 15 livres 15 sols, et d'une 
coupe d'argent donnée « aux Arbalestriers pour faire un 
prix » de concours de tir. 

N° 23. — 161 4- 15. Compte vingtiesme de maistre Charles 
Vaillant. 

A Jean Le Leu, maistre vitrier, pour avoir faict et posé 
deux grandes vitres en la basse église Notre-Dame, au dessus 
du portail, pour la décoration de ladite paroisse. ... 75 liv. 

A Meurin, pour avoir posé sur la dite vitre les armes de la 
ville en deux panneaux 60 sols. 

N° 24. — 1615-16. Compte XX^ de maistre Charles 
Vaillant. 

A Anthoine Le Bancq, tailleur de pierres, pour travaux au 
réservoir des fontaines de la ville, proche la Tour Notre- 
Dame 4 livres. 

N° 29. — 1687-8. Compte deuxième de M*" Nicolas du 
Somerard. 

A Robert Noblet, sculpteur, pour ouvrages qu'il a fournis [à 
la Halle, dont Valentin Cary, maçon, eut l'entreprise au prix 
de i.ooo livres]. 



h 



120 PEINTRES, SCULPTEURS 

N° 31.. — 1689-92. Trois comptes de maistre Nicolas de 
Somerard. 

A Pierre Delattre, pour avoir peint les armes du Roy sur la 
girouette du Beffroy et paré la dite girouette 7 livres. 

A Quentin Le Gros, tailleur de pierres, pour fournitures à 
la fontaine devant la cour de l'Abbaye, dépendante de la 
ville 20 livres. 

N° 36. — 1695-96. Compte deuxième de maître Antoine 
de Mouy. 

A Bénigne Robineau, doreur, pour avoir peint et doré les 
lettres de chiffres du cadran de l'horloge de la ville. 40 livres. 

N° 41. — 1 699-1700. Compte quatrième de M^ Guillaume 
Dieuset. 

A l'exécuteur de la justice, pour avoir effigie le nommé 
Pierre Royer, 15 livres. [Le nom du peintre qui a peint 
l'effigie n'est pas donné.] 

N° 46. — 1702-3. Compte troisième de M^ Pierre Magnier. 

A N., pour avoir peint et doré l'image de la Vierge qui 
est au dessus de la porte nommée « des Dunes » et avoir 
aussi peint et doré les armes du Roi et de M. le duc d'Au- 
mont 40 livres . 

N° 65. — 1734-37. Compte fourni par Philippe de Lattre 
du Rozel. 

A Antoine Minot, pour les ouvrages de plafonds en plâtre, 
par lui faits à l'Hôtel-de-Ville ... 891 liv. 3 sols 6 deniers. 

A Wariscoud, peintre, pour avoir fait le portrait du Roi 
[Louis XV] en grand, placé dans l'Hôtel-de- Ville. . 196 liv. 

Ce Wariscoud, absolument inconnu, en qui j'avais pensé recon- 
naître Guillaume Voiriot fortement déguisé par un plumitif fantai- 
siste, se trouve être Th. Resioiit : voir dans Les ducs d'Aumont, gou- 
verneurs de Boulogne et du Boulonnais, par M. l'abbé D. Hagneré 
(Boulogne-sur-Mer, Aigre, 1887, ma note, p. 67-70, et la note 
complémentaire, p. 76.) 

A Caboche, menuisier, pour armoiries et ouvrages faits par 
lui à la Chambre des Archives 200 livres. 

N° 104. — 1725-29. Mandements et quittances. 

Dormant de la porte du collège, sculpté par Noblet, moyen- 
nant une pistole ou 10 livres. 

N° 150. — 1732-35. Mandements et quittances. 



VERRIERS ET ORFEVRES BOULONNAIS 121 

15 livres payées pour la première pierre de THôtel-de-Ville 
et pour y avoir posé les armes du duc d'Aumont. 

N° 156. — 1735-36. Mandements et quittances. 

20 livres payées à Berthe, pour avoir peint « deux messieurs 
du régiment du Périgord », pour être peindus en effigie; et 
1 5 livres pour la potence et la planche pour pendre en effigie 
les deux officiers [Vicence de Saint-Hilaire et N. de Saint- 
Blaize.] 

N° 169. — 1739-40. Mémoires et quittances. 

Quittance de 30 livres, signée Harrewyn, dit Beausoleil, 
pour avoir sculpté et peint les armes du duc de Chartres sur 
pour avoir sculpté et peint les armes du duc de Chartres sur 
l'hôtel d'Humières. 

N° 175. — 1742. États mensuels du Receveur. 

Payé à Touland, peintre, 4 livres 10 sols pour avoir doré la 
boule qui est à la lanterne du vestibule de l'Hôtel-de-Ville, et 
tendu le portrait de Louis XV dans son cadre [Voir n° 65]. 

N° 192. — 1748-51. Mémoires et quittances. 

617 livres pour le portrait du duc d'Humières [Louis- 
François d'Aumont, qui prit les nom, titre et armes de Louis- 
François de Crevant d'Humières, duc d'Humières, à la mort 
de son beau-père, Louis de Crevant d'Humières, maréchal de 
France : son portrait « qui a été tiré par le sieur Peronneau » 
[Jean- Baptiste Perroneau] décore encore la salle des mariages 
de l'Hôtel-de-Ville.] 

N° 193. — 1751-54. Mémoires et quittances. 

Indemnité de 50 livres par an au sieur Texier, tapissier, 
pour l'engager à rester dans la ville, attendu qu'il est seul de 
sa profession, et que sa présence est nécessaire pour l'utilité 
des habitants. 

N° 219. — 1760-63. Mémoires et quittances. 

Quittance de 72 livres, signée Dusommerard, avocat, pour 
un tableau qu'il a fait venir pour l'Hôtel-de-Ville. 

N° 236. — 1765-66. Mémoires et quittances. 

Mémoire d'Harrewyn, 10 livres, pour avoir sculpté une 
inscription, entourée d'une couronne d'épines dans le ceintre 
de la porte du Collège des Prêtres de l'Oratoire. 

N° 326. — 1770-71. Mémoires et quittances. 

4 livres à Thessyer, tapissier, pour avoir rallongé le tableau 
[portrait] du duc d'Aumont [Louis-Marie -Augustin]. 



122 PEINTRES, SCULPTEURS 

12 livres au s*" Pelîereau, peintre, « pour a voire pains la 
ralonje au bas du tablaux de Monsieur le Duc Daumont. » 

N° 351. — 1771-2. Mémoires et quittances. 

30 livres à Harrewyn, pour une tête sculptée, en marbre du 
pays, livrée pour la fontaine du séminaire. 

N° 528. — 1784-85. Mémoires et quittances. 

Mémoire du peintre, pour avoir peint, aux écoles des 
Frères, le Christ couleur de chair, la croix en brun, avec les 
deux Anges. 

— N° 578. — 1788-89. Dépense extraordinaire. 

89 livres 14 sols à Harrewyn, pour l'exécution, sur les des- 
sins de Giraux Sagnier, du monument élevé à la mémoire de 
Pilastre de Rosier et de Romain, aéronautes, par ordre de 
M. de Hame, maïeur. 

N° 1013. — Livre verd 1550-1618. 

Marché fait (1578) avec le vitrier pour poser deux verrières 
de verre blanc à bordures de couleur, avec les armoiries de la 
ville dans le rond, au dessus du grand portail de l'église 
paroissiale de Notre-Dame. 

Logement accordé (1613) aux ouvriers du sieur de la 
Planche, entrepreneur des manufactures de tapisseries de 
Flandres. 

N° 1030. — Causes civiles et criminelles de la Mairie, 1700- 
1704. 

Enregistrement des lettres patentes, de février i68é, par 
lesquelles Pierre Maurice, bourgeois de Rouen, converti de la 
religion prétendue réformée à la religion cathoUque, est auto- 
risé à continuer le privilège d'une manufacture de laine à 
Abbeville, avec Jacques de La Guè^e, son gendre, et Pierre 
Maurice, son fils. Ces lettres sont enregistrées à l'effet de per- 
mettre au fabricant d'étabUr à Boulogne une manufacture 
« de moquettes de laine et de mocquades de soie et autres 
estophes utiles pour employer les matières qui croissent et 
viennent dans le pays de Boulonois. » 

N° 10 17. — 1724-48. Délibérations municipales. 

Acte constatant que le portrait de M*"^ Jerosme Flahaut de 
la Billarderie, Heutenant général des armées du Roi, a été 
incrusté dans un trumeau de la salle de l'Hôtel commun, qui 
a été entièrement lambrissée sur la fin de l'année 1740. 



VERRIERS ET ORFÈVRES BOULONNAIS I25 

N° 1050. — 1752-63. Police : réceptions de maîtrise. 

Réception d'Antoine Le Febvre, comme maître sculpteur en 
plafonds. 

N° 1074. — 1742. Police. 

Sentence ordonnant la démolition d'une maison aux héri- 
tiers Meurin, pour cause de vétusté. 

N° 1362. — 1702-1778. Police des arts et métiers. 

Ecole de dessin ouverte par le peintre Jean-Joseph Ricq. 

N° 1376. — 1727-1779. Police des arts et métiers. 

Requête en réception de maître sculpteur en plâtre blanc et 
en chaux, par Antoine Le Febvre (voir n° 1050); le pétition- 
naire fait valoir des travaux antérieurs de ce genre, exécutés 
par lui à l'église des Capucins et dans la cathédrale de cette 
ville. 

N° 1388. — 1760-75. Police des arts et métiers. 

Requête de Guillaume Harruin, dit Beausoleil (voir n°' 169, 
236, 578), compagnon marbrier, pour s'établir maître vitrier. 

N° 1862. — 5 janvier 1735. — Registres de catholicité : 
paroisse Saint-Joseph. 

Baptême d'Anne-Thérèse, fille de Guillaume Harwyn, mar- 
brier, et de Marie-Ursule Lemaire. 

N° 1773. — 14 octobre 1766. Registres de catholicité : 
paroisse de Saint-Joseph. 

Mariage entre Pierre Macquet (dont le père est cultivateur à 
Alembon) et Marie-Thérèse Defosse. 

Serait-il apparenté à Philippe Macquet^ graveur en taille douce, 
qui mourut à Paris, à la maison d'arrêt de Saint-Lazare, section 
Poissonnière, le 24 mars 1794, et que son acte de décès, donné par 
M. Herluison, décrit comme âgé de 40 ans, natif de Boulogne, 
département du Pas-de-Calais et domicilié ordinairement à Paris, 
rue Saint-Jacques ? 

N° 1906. — 8 janvier 1781. Saint Joseph. 

Mariage de François Varlet, peintre, avec Marguerite-Made- 
leine Lard. 

N° 1921. — 22 mars 1739. Saint-Louis. 

Décès ôi Antoine Pollet, sculpteur. 

N° 2062. — 10 juillet 1749. Saint-Nicolas. 

Naissance de Charles-Antoine, fils de Jean-Liévin Ghistelle, 
peintre. 



124 PEINTRES, SCULPTEURS 

N° 2088. — 5 mars 1762. Saint-Nicolas. 

Inhumation de Cécile Cherise, native de Bordeaux, épouse 
du sieur Edouard Louvin [Leiuin}], peintre, gentilhomme 
anglais, âgé de 90 ans. 

N° 2095. — 14 octobre 1766. Saint-Nicolas. 

Antoine Harrewyn, marbrier sculpteur, épouse Marie-Jeanne 
Gorré. 

N°2i03. — 20 nov. 1770. Saint-Nicolas. 

François Michel, figuriste en plâtre, épouse Anne-Jeanne- 
Catherine Pourre. 

N° 2109. — 25 nov. 1773. Saint-Nicolas. 

Baptême de Charles-François, fils de Charles-François Blangy, 
peintre de profession, et de Marie-Antoinette-Joseph Bernard 
« qui se disent mariés ». 

N° 2120. — 29 avril 1778. Saint-Nicolas. 

Jean-Baptiste Chanionin Basset, demeurant dans Les Car- 
reaux, est, pour la première fois, désigné comme « Peintre 
en bâtiments » : La distinction entre l'art et le métier est 
désormais établie dans le langage courant. 

N° 1027. — 1694. Registre aux causes échevinales. 

Bénigne Robinet, peintre doreur, fait condamner (24 avril) 
Marc Clément, boulanger, à lui payer la somme de 20 sols 
pour ouvrages faits par son ordre à l'image saint Honoré. 

Action de.... Noël contre Pierre Meurin, maître vitrier. 

Jean Feaussé, peintre, est demandeur contre Daniel Budin, 
dit Saint-Amour, perruquier, qui est condamné à lui payer 
50 sols pour une enseigne (17 sepf^). 

Un peintre boulonnais fut l'une des premières victimes du 
siège mis devant Boulogne par Henri VIII. Le Journal rimé du 
siège écrit par A. Morin le constate au neuvième quatrain. 

Le propre jour Saincte Anne fut Pérotin Morin 
[27 juillet Touchiet droit à l'espaule, dont il fust mis à fin. 
1 544] L'endemain, Gin le Peintre d'un coup de fauconneau 

Fust frappé, et deux autres assommez comme un veau. 

En 1532, lorsque le roi d'Angleterre Henri VIII vint faire visite à 
François I^"", l'église abbatiale de Notre-Dame de Boulogne, où 
devait avoir lieu l'entrevue des deux monarques, les bâtiments de 
l'abbaye où le roi anglais avait ses quartiers et les maisons qui 
devaient loger sa suite et une partie du cortège de François P"", 



VERRIERS ET ORFÈVRES BOULONNAIS 12$ 

furent restaurées et embellies par des artistes qui furent envoyés 
d'Amiens : leurs noms, qui ont été conservés dans d'anciens 
comptes d'Amiens, sont : Guillaume Laignel, Antoine du Monceau, 
Jehan Flurie, Fluri ou Fleuri, Jehan Rahache, Jehan Dubois et Jacques 
Sellier es. 

Les peintures et dorures de la chapelle de la Vierge, dans l'église 
paroissiale d'Ardres, furent exécutées, en 1624, par deux peintres 
boulonnais qui étaient venus s'installer à Ardres : ils s'appelaient 
Jehan Audan et Jacques Meurin. Le prix de ces travaux fut fixé à 
90 livres tournois (^Archives d'Ardres, BB. i. 13 septembre 1624 : 
Ern. Ranson, Histoire d'Ardres, 1891, p. 253-4). 

En 1656 et 1657, Grégoire Wantier, maistre tailleur de pierre et 
Antoine Liesse, sculpteur calaisien, exécutent divers travaux de 
sculpture tant en pierre qu'en bois, pour l'embellissement de 
l'église Notre-Dame. Leur collaborateur Ô^^w/ est un peintre-artisan 
qui fut chargé de peindre les portes de clôture du chœur « le fond 
du daiz suspendu en l'air sur le grand autel » et de couvrir « de 
peinture à l'huile toutes les taches, rapiècements et masticages de 
la closture. [D. Haigneré, Archives capitulaires. G. 39.] 

— Claude Papillon et Guillaume Hennuyer, associés à Pierre 
Gaillard, dit Berrichon ou Joly-Cœur, natif de Bourges et soldat au 
régiment d'Espagny, exécutèrent les boiseries, lambris, chapi- 
teaux, figures, festons et fleurons de la chapelle des Minimes 
[D. Haigneré, Les minimes de Boulogne-sur-mer, i8éé, p. 7.] 

Baptistaire de Baudren Yvart. Registre de Saint-Nicolas pour 
161 1. « Le 13 juillet, à 5 heures, Baudouin, filz de Henry 
« Yvart et de Jéhenne Carré, tenu de Baudouin de Frouart, 
« sieur de Fourcault, lequel a donné le nom; Noël Yvart, 
« Jehan Meurin, Charlotte Gardignier, Noëlle Bouche. » 

Un acte de partage successorial, daté du 2 juin 1759, mentionne 
« une maison, chambre, étable et jardin, située au lieu nommé Les 
Carreaux, tenant d'une liste au sieur François Yvart, au droit du 
sieur Joseph Yvart, peintre du Roy, l'autre moitié étant à François 
Yvart, son oncle. 

Archives communales de Boulogne sur mer. Inventaire sommaire. 

N° I. — 1563-64. Compte de Claude Mansse. Ferme des 
Orfèvres. 

Il n'y a aucuns orfèvres audict lieu de Boullongne, ainsi 
quelques maréchauls qui maintiennent ne debvoir aulcune 
chose, parce que leut estât et mestier consiste en peine de 
bras. 



126 PEINTRES, SCULPTEURS 

N° 3. — 1567-68. Compte de Philippe d'Ergny. 

Pour avoir faict de nouveau le chesne que porte le maieur 
de la ville aux jours ordinaires, payé à Caillette, orfèvre, 
10 livres tournois. 

N° 4. — 1569-70. Compte premier de Jehan de la Fon- 
taine. 

Pour avoir renforcé, refaict et regravé le scel et contre scel 
de laditte ville et cité de BouUogne, à Caillette, orfèvre, 
4 livres 10 sols. 

N° 18. — 1605-6. Compte XP de Charles Vaillant. 

Pour la façon d'un cachet, pour d'icelluy cachetter les lettres 
missives 16 sols . 

N° 149. — 1732-35. 

Mandement de 13 livres à J.-F. de Bernonville, orfèvre, 
pour avoir garni d'argent la baguette d'un sergent à verge. 

N° 382. — 1773-74- Mémoires et quittances du compte 
n°373. 

Fourniture par Lheureux, orfèvre, de chaînes d'argent et de 
médaillons dorés. 

N° 396. — 1774-5. Mémoires et quittances. 

A Lheureux, orfèvre, pour avoir garni une chaîne de sergent 
à verge, déduction faite de la vieille reprise en troc. 
II livres 4 sols. 

N° 794. — 1771- Rôle de capitation. 

Rue des cuisiniers, Wattel, orfèvre 6 livres. 

N° I o 1 3 . Livre Verd (1568?) 

Ordre de faire faire une image de Notre-Dame pour être 
offerte en présent à la Reine-Mère. 

N° 1013. — Livre T^rJ (155 1-2). 

Ordre de faire faire les chaînes des échevins « ainsy qu'elles 
estoient auparavant la prise de ceste ville » . 

N° 1014. — Délibération 1619-1679. 

« Du VP jour de septembre 1623. 

« Il a esté délibéré et arresté que pour recongnoistre Mon- 
« seigneur le Connestable [François de Bonne, duc de Lesdi- 
« guières] et luy donner occasion de se ressouvenir des 
« affaires de ladite ville, suivant le placet et mémoires quy 
« luy ont esté présentés et délivrés, il sera faict présent à 



VERRIERS ET ORFÈVRES BOULONNAIS Î27 

« madame sa femme de l'Image d'or où est figurée une 
« Nostre-Dame, qui estoit dès y a longtemps au coffre de 
« ladite ville. Ce quy a esté faict et effectué ledit jour. » 

N° 1024. — 1659-62. Causes. 

Couronne d'argent engagée à un particulier par les archers 
et les confrères de Saint-Sébastien. 

N° 1027. — 1693. Causes. 

Dépôt au greffe des types des poinçons de contrôle par 
l'orfèvre Savery, et des poinçons de marque d'étain par George 
Barré, maître potier d'étain de la ville. 

N° 1040. 1750-57. Causes. 

Commandement au sieur Savery, orfèvre, de rebâtir à neuf 
une maison d'ancienne construction en bois, faisant saillie 
sur la rue des Cuisiniers. 

N° 1047. — 1755. Affaires criminelles. 

Procès-verbal des orfèvres Gaspard Haigneré et François 
Savery dans une affaire de vol nocturne. 

N° 1064. — 1780-86. Causes (15 avril 1784). 

Défenses faites aux orfèvres d'acheter aucune pièce d'orfè- 
vrerie de personnes inconnues, d'enfants ou de domestiques, 
et ordre de tenir un livre de leurs achats. 

N° 1073. — 1732. Sentence prononcée contre Marie-Anne 
Vaillant, marchande orfèvre, la condamnant à réparer le 
pignon de sa maison, rue des Cuisiniers, Haute-Ville. 

N° 1495. — 1725-6. Causes criminelles. 

Violences commises contre Antonin Vaillant, orfèvre, par 
François Caron, menuisier. 

N° 1651. — 1778. N° 1657. — 1781. 

Edits et ordonnances sur les communautés d'orfèvres, lapi- 
daires, joailliers et horlogers, dans les villes du ressort du 
Parlement 1° de Paris, 2° de Metz : Brevet d'apprentissage 
pour l'orfèvrerie. 

N° 1027. Registre aux causes de l'Echevinage. 18 déc. 1693. 

Simon Savery, maître-orfèvre, en vertu du bail qui lui a été 
fait du contrôle de la vaisselle d'argent qui se fait, fabrique, 
vend et débite en ce pays de Boulonois, de quelque manière 
que ce soit, a mis es mains de moi greffier une petite plaque 
carrée de cuivre rouge sur laquelle il a fait insculper les trois 
marques, sur laquelle plaque sont écrits les mots : « Les 
poinçons de contrôle de BouUongne. 



128 PEINTRES, SCULPTEURS 

20 novembre 1694. Dépôt effectué au greffe par George de La 
Barre, maître potier d'étain, de deux plaques rondes, l'une 
d'étain fin, l'autre de gros étain, sur lesquelles il a fait ins- 
culper les poinçons et marques dont le dit étain, tant fin que 
gros, doit être marqué, conformément à l'édit du Roi du 
mois de mai 1691. 

Registres paroissiaux. 

17 nov. 1667 — -^ Jacques Caillette, maître orfèvre. 

1 1 nov. 1676 — f Bertrand Le Bœuf, d° 

6 juillet 1726 — f Demoiselle Marie Vaillant, marchande 
orfévresse. 

14 avril 1740. — Baptême d'Antoine Joseph, fils de Pierre- 
Louis-Ignace Bouhert de Courteville, orfèvre, et de Marie Noblet. 

13 déc. 1744. — Baptême de filles jumelles nées cà Louis 
Boubert de Courteville, bijoutier, de Madeleine Noblet. 

3 sept. 1777. — Baptême d'une fille de Pierre-Jacques-Fran- 
çois Morand, marchand bijoutier. 

Archives départementales de la Somme : Fonds de la Monnaie. 

Nombreuses réceptions de maîtres orfèvres. 

1689. Antoine Vaillant. — 1699. Robert Falempin. — 
1700. Barthélémy Vaillant. — 1702. Jacques Falempin. — 
1736. Jacques Alexis Caillette. — 1737. Jean-Antoine Hai- 
gneré, etc. 

30 mars 1745. Requête présentée par les maîtres-orfèvres de 
Boulogne, aux fins d'obtenir l'enregistrement des statuts à eux 
accordés par la Cour des Monnoyes, le 3 décembre 1744 : ces sta- 
tuts portaient que le nombre des orfèvres de Boulogne « demeu- 
reroit fixé à trois; que cependant les quatre orfèvres, qui y sont 
actuellement, continueroient leur exercice, sans qu'il puisse y être 
admis aucun, que le nombre ne soit réduit à trois; — que les 
orfèvres de Boulogne, Calais et Montreuil ne foimeront plus désor- 
mais qu'une jurande dont le siège sera établi à Boulogne. A cette 
date les quatre maîtres orfèvres établis à Boulogne étaient : 

Alexandre Caillette, 

Jean Haigneré, 

François Savery père, 

Pierre-François-Simon Savery fils. 

Paul Lacroix et F. Seré, auteurs de V Histoire de V orfèvrerie-joaillerie 
(1850) donnent (pp. 171-182) un état alphabétique des communau- 
tés d'orfèvres existant en France vers 1786 : cinq maîtres y sont 



PIERRE-PAUL RUBENS I29 

attribués a la communauté de Boulogne et Montreuil-sur-Mer, et 
cinq à celle de Calais : la marque distinctive de la première était 
un chapeau rond et plat, et de la deuxième un éperon. 

Vorfèvresse Savery joue un rôle dans le poème héroï-comique, La 
division du chapitre de Boulogne à V occasion de la bulle Unigenitus : je 
n'ai pu établir si c'est Catherine Vaillant qui avait épousé Simon 
Savery en 1678, ou bien Marie-Barbe de la Roche, épouse de Fran- 
çois Savery. 

Boulogne-sur-mer . 

V.-J. Vaillant. 



PIERRE-PAUL RUBENS 

NOTE AUTOGRAPHE DE EIRESC 

INTITULÉE 

MOULLEURE DE COLLE FORTE ET d'aLABASTRE CALCINÉ 

Communiquée par M. Ph. Tami^ey de Larroque. 

M. Rubens dict avoir veu dans Rome un excellent sculp- 
teur et depuis à Anvers un Alleman qui sçavoient mouller des 
ouvraiges de relief encores qu'ils ne fussent de despouille 
d'une façon du tout excellente, faisants les creux non de 
piastre, ne d'argille, ne de souffre, ne d'aulcune autre des 
matières accoustumées, ains de colle forte, de celle qui se faict 
avec des rogneures de cuir dont se servent les peintres qui 
paignent à destrampe, laquelle ils font exprez pour cet effects 
afin qu'elle soit plus blanche que si elle estoit gardée et vieille 
faicte. 

Il a faict mouller de la sorte le vase d'agathe antique qui 
estoit à la foire Saint-Germain l'an 16 19, tout parsemé de 
pampres de vignes, ayant des testes de satyre pour ances avec 
des grandes cornes qui n'estaient nullement en despouille. Et 
a veu mouller des petits poissons emmoncelez et mis les uns 
sur les autres témérairement sans ordre, lesquels demeuroient 
si netz à la moulleure que c'estoit une merveille sans qu'il 
fust nécessaire de les brusler, comme quand on moulle les 

àRT FR. XII 9 



136 SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

lézards en argille ou craye, car on les tire proprement de 
dedans le creux de colle aprez qu'elle est caillée. Ils font pour 
cet effect un lict d'argille sur lequel ils logent le vase bien 
huillé ou aultre chose qu'on veult mouller, en sorte que le 
plus gros demeure en hault et y soit comme un estuy ou 
enveloppe d'argille tout à l'entour du vase, laissant du vuide 
entre le vase et l'estuy d'argille, aultant comme il en fault 
pour donner competante espoisseur au corps qu'on veult faire 
de colle pour servir de creux dudict vase, environ un doigt 
d'espoisseur. Cela faict, et la colle bien cuicte et bien nette, 
on la jette toute chaulde dans le dict vuide qui est entre 
l'estuy et le vase jusques à ce que tout soit remply jusques en 
hault, et lors on le laisse r'affroidir et cailler ou congeler à 
son aise, etc. 

Le canthare d'Agathe de Saint-Denys se pourroit mouller 
de la sorte au jugement dudict sieur Rubens \ 



I 
SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

VINCENT, INNOCENT, DANIEL ET SALOMON BOURGEOIS 

(xvii^ siècle.) 

Communication de V^. G. Grandin. 

Pendant la fin du règne de Henri IV et pendant celui de 
Louis Xin, deux frères, Vincent et Innocent Bourgeois, rem- 
plirent successivement la charge de Maître des Ouvrages du 
Roi pour le baillage de Vermandois, aux appointements 
annuels de cinquante sous tournois. Ils prirent, conséquem- 
ment, une grande part à la construction de la citadelle de 
Laon et aux nombreux travaux qui furent exécutés aux fortifi- 
cations, pendant cette période. 

I. Bibliothèque d'Inguimbat, à Carpentras. Liasses non encore classées et qui, 
après avoir été enlevées par Libri, furent restituées à la Bibliothèque par le parquet de 
la Seine. 



n 



SCULPTEURS LAOtlNOIS ET RÉMOIS I^I 

La famille Bourgeois était essentiellement vouée au bâti- 
ment, car outre ces deux frères, on trouve trois autres 
membres qui étaient : les deux premiers, Daniel et Salomon 
Bourgeois, Maîtres maçons, et le troisième, Charles Bourgeois, 
maître tailleur de pierre. Enfin un quatrième, Daniel, qui 
était Maître sculpteur, ainsi que l'atteste une quittance du 
7 janvier 1610, par laquelle il reconnaît avoir reçu quarante 
sols tournois, pour confection des armoiries de la porte Nou- 
velle. 

(Arch. municipales de Laon. CC. 497.) 

n 

PIERRE DUROTZ ET ANDRÉ CHARLET OU CHERIE 

En 16 19, les habitants de Craonne, voulant élever un cal- 
vaire monumental, s'adressèrent à deux artistes de Reims : 
Pierre du Rot^ et André Charlet, qui signèrent, le 7 juillet 16 19, 
un marché avec le marguillier de ce bourg. La principale 
clause porte : qu'une croix en pierre, ornée de feuillages et 
couronnée d'un chapiteau corinthien, sera posée sur un pié- 
destal carré, reposant lui-même sur des marches circulaires et 
d'une hauteur totale d'environ 8 mètres. Cette croix devait 
porter un crucifix et une statue de la Vierge avec l'Enfant 
Jésus, et le piédestal être accompagné de quatre figures en ronde 
bosse. Le tout semblable à une croix existant alors à Reims 
« devant le pallais proche des grousilliers où se tient présen- 
tement Monsieur Païon, fabricien et chanoine de l'église 
Nostre Dame de Reims » et moyennant la somme de cent 
cinquante livres. 

(Arch. départementales de l'Aisne. E. 452.) 

m 

PIERRE SIMA 

Il travaillait en 1627 à Laon. Cet artiste rémois, qui était 
sculpteur et peintre, fit d'abord un grand tabernacle en chêne 
pour les Capucins de Laon; ensuite, en l'année 1627, un 
autre tabernacle, semblable à ce dernier, pour l'église de Vaux- 



132 SCULPTEURS LAONNOIS ET REMOIS 

sous-Laon. Le marché nous apprend que de chaque côté du 
tabernacle, doré et mis en couleurs, devaient se trouver deux 
figures d'anges. Ce travail fut payé trois cents livres. Pierre 
Sima embellit ensuite la chapelle de la Vierge, restaura le 
grand Crucifix qu'il mit « en couUeur de chair, remit encore 
à neuf l'image de Saint-Jean et peignit deux grands chande- 
liers de bois. Le curé et les paroissiens ayant été satisfaits de 
ces travaux autorisèrent le sculpteur à faire une « cœuillette 
par les maisons des habitans dudict Vaulx, pour en tirer ce 
qu'il poura, pour le récompenser desdictes ouvraiges... » 
L'église de Vaux-sous-Laon possède encore ce tabernacle et 
les deux anges qui l'accompagnent. 

(Etude de M' Huard, notaire à Laon^ minutes de Marteau.) 

IV 

MARTIN DAMIEN 

Marché entre Martin Damien, M^ sculpteur à Guise et TégUse 
de Montcornet. — Table d'autel. 

(3 février 1618.) 

Recongnut Martin Damiens, M^ sculpteur demeurant à Guise, 
Avoir promis, promect par ces présentes, à vénérable et discrette 
personne M^ Louis Despres, chanoine de Laon, présent, de faire, 
parfaire de tout poinct, une table d'autel, en la grande église de 
Montcornet, selon le project et le desseing qu'il a laissé audict 
Desprez et de luy paraphé et aux restrictions et changements y 
déclarés et cy après devises et déclarés Premier que ladicte table aura 
de hauteur, depuis le pied destra jusques à la corniche de dessus, dix 
piedz et au dessus d'icelle corniche y mectre une image de nostre 
seigneur en façon de jugement qui aura trois piedz de haulteur et 
au dessus dycelle image y poser les douze apostres dans la frize qui 
aient chacun quinze poulces de haulteur, comme faire soubstenir 
larquitrave (l'architrave) de quatre coulombe (colonnes) de corinte 
de nouchy? de ferouilles? de lierre avecq trois niches entre les cou- 
lomnes et dedans la niche du melieu y poser ung simboille du 
Sainct Sacrement Et à la niche du costé gauche en entrant dedans 
l'église, une image de Sainct Louis de trois pieds et demy de haul- 
teur Et à la niche de lautre costé une autre image de Sainct-Martin 
de la haulteur de trois pieds Et mectre aux pieds de ladicte image 



SCULPTEURS LAONNOIS ET REMOIS I33 

Sainct Louis la figure dung chanoine avecq ses armoiries environné 
moictié de palme et laultre moictié de laurier et avecq aussy son 
oratoire devant luy qui sera à genoil, vestu du surply et aulmuwa? 
et duvroghio ? le pied destrad conformément audict desseing qui 
aura la largeur de neuf piedz ; le tout de pierre de Hauteville ? et 
pour ce faire livrer toutes les matières propres et convenables pour 
rendre ledict ouvrage, comme dessus, en dedans le jour de pente- 
coste prochain, subject à Visitation et réception; promectant en 
oultre ledict Damiens entrepreneur que où Pierre Le Long, M^ 
peintre demeurant à Laon, trouve quelque chose qui manque ou 
aultres ? qui ne soit à son désir et quil trouve nécessaire pour l'em- 
bellissement de ladicte table d'autel, de le tout faire selon son dire 
et suivant son advis, sans quoy, stipulé les présentes, n'en sera pas 
perfection. Ce présent marché ainsy faict moiennant la somme de 
quatre vingtz dix livres, sur laquelle somme ledict Damiens a 
confessé advoir eu et receu comptant la somme de douzes livres tz 
et pour le reste led. Després lui a promis paier, sçavoir : trente trois 
livres en dedans le my caresme prochain et le surplus montant à 
quarante cincq livres ledict Despres sera tenuz paier lorsque les- 
dictes ouvrages seront faictes, visitées, etc.. faict et passé à Laon... 
le 3 febvrier iéi8. 

Martin Damien. — Desprez. 

(Etude de M* Lion, notaire à Laon, minutes de Danye.) 

Moy, Martin Damien, M« sculpteur, demeurant en la ville de 
Laon, promet, suis convenu avec M^ Charles Lempereur, Jehan 
Lenglaché, héritiers de feu M. Hugues Lempereur, docteur en 
la saincte faculté de Théologie, chanoine de l'Eglise de Laon, 
de faire, parfaire, poser, en ladicte église n^e dame de Laon, une 
tombe au lieu que ledict desfunct est inhumé ; sçavoir : de pierre 
de Neufville de franc ban, faire façonner, graver les lettres à lentour 
de ladicte tombe selon et conformément au portraict qu'il a mis 
entre les mains desdictz héritiers, de luy signé et paraphé au dos ; 
ladicte pierre de la longueur de cinq pieds, deux demy de largeur, 
espoisse de six poulces, et la rendre bien et deubment pollie, ce en 
endedans le premier jour de febvrier que Ion dira mil six cens dix 
neuf Et moyennant ce, lesdictz Lempereur et Lenglaché, Iceluy 
Lempereur soy portant fort de Drouette Lempereur sœur et héri- 
tière à portion dud. feu Lempereur, la somme de cinquante livres, 
sçavoir : douze livres dix sols dés à présent et pareille somme la 
pierre estant arrivée dans l'Eglise dud. Laon et le reste lorsque 
ladicte tombe sera faicte, parfaicte, posée, au lieu que dessus, lescri- 
ture faicte en lettres capitalles romaines ft ce XXIIII novembre an 
Yh' dix huict. 

Martin Damien. 



134 SCULPTEURS LAONNOIS ET REMOIS 

Recongnut Martin Damien, M^ sculteur dem. à présent à Laon 
avoir promis et promect par ces présentes à M^ Charles Lempe- 
reur, etc. Défaire parfaire bien et deuement les ouvraiges de sculture 
sur une grande pierre en laquelle sera empreinte la figure dud. def- 
funct pour lui servir de tombeau en sa sépulture selon la devise men- 
tionnée au ; ledict escript signé dud. Damien sculteur et tout 

sans aulcun marché voire mieulx que la devise ne porte 

XXIIII novembre iéi8. 
Martin Damien. — Lempereur. — 
Lenglache. — Desmaretz. — Danye. 

(Etude de M" Lion, notaire à Laon, minutes de Danye.) 

V 

SIMON FANAR 

Marché entre Simon Fanar, sculpteur à Bruyères 
et Pierre Le Long, peintre à Laon. 

(4 août 1624.) 

Recongnut Simon Fanar, M« sculteur demeurant en la ville de 
Bruyère, avoir vendu et promis faire, façonner, fournir et livrer 
bien et deuement en dedans six sepmaines d'huy, à honneste homme 
Pierre le Long, Maistre peintre demeurant à Laon, présent, deux 
images et figures de bois de noier, scavoir : la figure de Nostre 
dame et Sainct Jehan de la haulteur de cincq piedz (i m. 65) bonne 
et loyalle marchandise, bien façonné, rendu au logis dudict de Long 
Et ce moiennant la somme de vingt deux livres dix sols tournois, 
sur laquelle somme ledict Fanar a recongnu avoir eu et receu dudict 
Le Long, neuf livres tournois dont il s'est tenu pour comptant. Et 
le surplus luy sera paie par iceluy Le Long en fournissant lesdictes 
figures, lesquelles il sera tenu faire et parfaire selon le modelle que 
ledict Le Long luy a mis es mains. A quoy faire, tenir, entretenir 
et satisfaire par chacun de sa part au contenu cy dessus, ils ont 
réciprocquement obligé leurs corps et biens, sans y contrevenir, sur 
peine et renonceans; faict et passé audict Laon pardevant nous not- 
taires royaulx héréditaires y demeurant soubzsignez, avant midy, le 
quatriesme jour du mois d'aoust mil six cens vingt quatre et ont 
signez ces présentes et notifie le scel dans le mois suivant l'esdict. 

Pierre le Long. — Simon Fanar. 
Maillart. — Marquette. 

(Etude de M" Lion, notaire à Laon, minutes de Claude Marquette.) 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 13$ 

VI 

JEHAN MOUFLART 

Cession de bail d'une boutique. 
(20 février 1617.) 

Recongnut Nicolas Hannon, M^ vitrier dem. à Laon avoir ceddé 
quitté et transporté avecq promesse de garandir à Jehan Mouflart, 
Me sculpteur dem. à présent en ceste ville de Laon présent accep- 
tant le droict de bail qui faict a esté aud. ceddant par Jehan Clepoinct 
peintre dem. à Laon d'une certaine bouticque avecq une chambre 
au dessus, cellier, lieu et pourpris comme il se comporte tenant 
d'une part d'ung boult aud. Cloistre, d'autre part par dev. à la vefve 
Parisis et duquel a présent reste encorre à parachever deux ans du 
jour Saint Remy moyennant 22 livres. 

Jehan Mouflart. 

(Etude de M* Lion, notaire à Laon, minutes de Danye.) 

Marché entre Jean Mouflart, M^ sculpteur, et la fabrique de 
la paroisse Saint-Marcel. 

(27 mars iéi8.) 

Recongnut Jean Mouflart^ M^ sculpteur, dem. à Laon avoir pro- 
mis et promect par ces présentes aux curé et marguilliers de l'église 
Sainct Marceau de Sainct Marcel faulx bourg de Laon ce acceptant 
par Félix Garbe et Mathieu Charpentier recepveur et marguilliers de 
ladicte église, de faire en icelle les ouvraiges quy ensuivent. 

Premier de renduire et refaire tous les troux et fentes quy sont à 
refaire aux murs en dedans ladicte église, reblanchir tous les murs 
d'icelle par le dedans à l'exception de la chapelle Sainct Claude, 

plus de refaire les joins de la vossure de ladicte église et le 

ainsy qu'il la voulte de la chappelle du Sainct -Sacrement et 

celle dudit Sainct-Claude. Pourquoy faire lesd. marguilliers seront 
tenus luy fournir et livrer tous les matériaulx et les amener pour 
faire lesdictes ouvraiges, etc. Ledict estât de marché faict moyen- 
nant la somme de seize livres tz, etc. 

Faict et passé aud. Laon pardevant, etc.. le 27^ mars iéi8. 

Feux Garbe. — Mathieu Charpentier, 
Jehan Mouflart. 

(Etude de M* Lion, notaire à Laon, minutes de Félix Monseignat.) 



1^6 SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

Apprentissage de Noël Placquet chez Jean Mouflart, 
M^ sculpteur à Laon. 

(1628.) 

Recongnut Jean Mouflart^ Maistre sculpteur demeurant à Laon, 
avoir pris pour aprenty Noël Placquet quy luy a esté ballye par Remy 
Placquet^ vitryer demeurant à Laon, pour lavoir et tenir par ledict 
Mouflart par et durant le temps, terme et espace de trois ans conti- 
nuels et ensuivants lun laultre à commencer de ce jourdhuy A con- 
dition qu'il sera tenu de le nourir, coucher, chauffer et alymenter 
bien et traister comme bon père de famille. Et luy monstrer et 
enseigner ledict mestier de sculpteur pourquoy faire il luy sera 
tenu y employer son possible. Et ledict Noël luy a promis dès à 
présent y aporter ce quy sera de son debvoir quy sera pareillement 
tenu d'aller es lieux et endroictz que ledict preneur aura sa besongne 
à faire pour ayder à faire icelle et luy estre monstre et enseigné en 
tous lesdicts lieux et endroicts où il travaillera. Le présent estât de 
marché faict moyennant la somme de trente livres tournois, que 
ledict Placquet sera tenu payer audict preneur, scavoir : moictié 
dans un an dhuy, l'aultre moictié un an après Si comme obligeans 
les partyes respectivement leurs biens, etc. faict et passé audict 
Laon pardevant nous nottaires soubzsignez, avant midy, en l'ostel 
de Monseignat, l'un diceulx, le septiesme jour de febvrier mil six 
cens vingt huict et ont les partyes signé, etc. 

Remy Plaquet. — Jehan Mouflart. 

(Etude de M" Lion, notaire à Laon, minutes de Monseignat.) 



VII 

ANTOINE CARLIER 

(Testament du 3 avril 1655.) 

Pardevant les notaires royaulx dem. à Laon soubzsignés fut pré- 
sent Antoine Cartier, sculpteur demeurant de présent à Laon, gisr.nt 
au lit malade et toutesfois sain desprit et entendement ainsy qu'il est 
apparu aux notaires soubzsignés Lequel considère que Dieu luy 
ayant fait la grâce de cognoistre qu'il ny a rien de plus asseuré que 
la mort et incertain que le jour et heure d'icelle"; attendu que sens et 
raison ont de luy quy regisent et gouvernent ses pensées veult dis- 



SCULPTEURS LAONNOIS ET REMOIS I37 

poser au salut de son ame et ordonner disposer des biens qu'il a 
pieu à Dieu luy prester en ce mortel monde , comme de fait il a 
diceulx disposé et ordonné, fait, dispose, et nomme note à présent 
avec? ausdits notaires soubzsignés, sans suggestion ou suscitation 
d'aucune personne, son testament et ordonnance de dernière 
volonté, au nom du père, du fils et du Sainct Esprit, en la manière 
quy ensuict. 

Premièrement a recommandé et recommande son ame à Dieu le 
père tout puissant, le priant en toute humilité par le mérite du pré- 
cieux sang de son fils unique Jésus-Christ nostre seigneur par les 
prières et intercession de la glorieuse Vierge Marie et de toute son 
église militante et triomphante, de recevoir icelle en son Royaulme 
quil a préparé ausdictes fins dès le commencement du monde, de 
laquelle grâce combien qu'il seu recongnoysé du tout indigne voir 
mérité sa juste indignation par ses faultes commises, toutes fois il se 
confie en sa miséricorde infinie entre les bras de laquelle il se remet 
entièrement. 

Item quant il plaira à Dieu de lappeller de ce monde, veult et 
ordonne que son corps soit inhumé en la paroisse de Sainct Julian 
de ceste ville. 

Et quant à son enterement, prières, service et luminaire, il en 
laisse la disposition à son exécuteur cy après nommé qu'il prie l'en 
vouloir acquiter dignement. 

Item pour la bonne amitié et affection que ledit testateur porte à 
Pierre Carlier son nepveu, fils de Pierre Carlier, masson demeurant 
audit Laon son frère. Icelluy testateur, luy a donné et légué, donne 
et lègue par ces présentes tous et uns chacuns ses biens meubles et 
acquestz immeubles avec la moitié justement de tous les héritages 
et biens immeubles, de quoy ce soit et puisse concister sans excep- 
tion aucune, venus et escheus audit testateur par la succession de 
ses defuncts père et mère à partager lesdicts immeubles pour l'aultre 
moitié contre ses frères et soeurs qu'il charge de tous les frais de sa 
maladie et de ceulx qu'il conviendra faire après son décès pour son 
inhumation et service sans que ledit Pierre CarHer son nepveu en 
soit tenu donner ny donne aultre chose. 

Et pour mettre à exécution ledit testament ledit testateur a esleu 
et choisy ledit Pierre Carlier, masson, son frère, es mains duquel il 
a délaissé tous les biens jusques à l'entier accomplissement d'icelluy. 

Ce fait ledit testament par ledit testateur dicté et nommé ausdits 
notaires sans suggestion, et à luy par l'un d'iceulx, l'autre présent, 
leu et releu, motz après aultres, intelligiblement; qu'il a dit bien 
scavoir et entendu et estre fait conformément à ses intentions qu'il 
veut et entend estre exécuté. Fut fait et passé audit Laon après midy 



I}8 SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

au domicile dudit Pierre Carlier, l'an mil six cens cinquante cincq, 
le troisiesme avril et a signé, le scel nottifié. 

A. Carlier. — Maillart. — Monseignat. 

(Etude de M' Lion, notaire à Laon, minutes de Claude Monseignat.) 



VIII 

METEZEAU, INGENIEUR ORDINAIRE DU ROI 

Le duc d'Orléans ordonne à Metezeau de visiter les 
fortifications de la ville de Laon. 

(2 août 1650.) 

De par Monseigneur Le Duc dorléans oncle du Roy Lieutenant 
général de sa Maiesté en touttes ses provinces et armées. 

Estant nécessaire de faire travailler en diligence aux réparations 
et fortifications de la ville de Laon pour la mettre dans son entière 
seureté et de choisir pour cet effet une personne intelligente et 
fidelle, Mondit Seigneur se confiant en la capacité expérience au 
faict des fortiflications diligence et affection du sieur Metieau, ingé- 
nieur ordinaire de sa Majesté, la choisy et ordonne pour se trans- 
porter audit Laon et y estant voir exactement ce qui sera à faire 
pour la deffence et seureté de ladicte ville faire les devis et tracer les 
allignementz des ouvrages quy y seront nécessaire pour les répara- 
tions et fortiflications de la place, et faire faire les travaux, par 
corvées et autrement ainsy quil sera advisé par le seigneur destrée 
mareschal de france, lieutenant général pour sa Majesté en lisle de 
fi-ance et gouverneur particulier de ladicte place faire prendre le 
bois nécessaire pour les pontz pallisades pilotis fraises et autres 
ouvrages à faire ausdictes réparations et fortifiications dans la forest 
de Samousy voisine de ladicte ville en la quantité que besoin sera 
Laquelle sera désignée ensemble la grandeur, grosseur et quantité 
du bois qu'il conviendra pour cet effet par ledit sieur Metzeau Et 
générallement par luy faire tout ce qu'il sera nécessaire et à propos 
pour lesdict réparations et fortifiications en sorte que ladicte place 
soit dans une entière seureté Mendant audit seigneur Mareschal et 
en son absence à celuy quy commandera en ladicte place de le faire 
recongnoistre de tous ceux et ainsy qu'il appartiendra faict à Paris, 
le deuxiesme jour d'aoust 1650 signé Gaston et plus bas Le Tellier, 

(Etude de M« Lion, notaire à Laon, minutes de Claude Monseignat.) 



SCULPTEURS LAONNOIS ET REMOIS 1^^ 

IX 

COSME DEMONCEAUX 
SCULPTEUR ET M^ MENUISIER A LAON 

Fit un apprentissage de trois ans chez Jacques Ducastel et 
Quentin Coquenet, de 1675 à 1678; eut de son mariage avec 
Antoinette Lespagnol de Reims plusieurs fils dont l'aîné, Jean, 
fut baptisé le jour même de sa naissance, le 7 avril 1690. 
Catherine Demonceaux, sœur de Cosme, épousa, le 2 mars 
1692, Claude Lafaux, Is/t sculpteur. 

X 

CLAUDE LAFAUX, M« SCULPTEUR 

NE VERS 1653, MORT A LAON 

LE 29 JUILLET 1720 

Le dépouillement méthodique des archives pubHques et des 
minutes de notaires que nous avons entrepris, s'arrête en 
partie à 1690. C'est dire que les renseignements que nous 
allons donner maintenant seront forcément incomplets et qu'il 
ne faudrait pas conclure des notes que nous donnons que les 
sculpteurs suivants n'ont pas fait, eux aussi, quelques travaux 
importants. 

Comme on vient de le voir, Claude Lafaux s'était marié, en 
1692, avec Catherine Demonceaux, sœur du sculpteur Cosme 
Demonceaux. 

Nous avons vu précédemment que Michel Ducastel avait été 
inquiété par les M" menuisiers. Une nouvelle procédure sui- 
vie de 1692 à 1695 contre Lafaux et Hottin, maîtres sculp- 
teurs, semblerait indiquer que décidément ces derniers por- 
taient ombrage aux menuisiers qui voulaient exiger que les 
bois destinés à être sculptés par les défendeurs, fussent préa- 
lablement façonnés par un maître menuisier de Laon, à moins 
que ces sculpteurs ne se fassent recevoir maîtres menuisiers. 
C'est ce que fit Lafaux^ car le registre des réceptions aux cor- 
porations porte à la date du 25 septembre 1699 la mention 
suivante : « Claude Lafaux^ sculpteur demeurant audit Laon, 
a esté receu Maistre menuisier en ladite ville et faux bourg 
de Laon. » 

Un autre procès survenu en 1703, entre Claude Lafaux et 



140 SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

un charron de Saint-Marcel, nous apprend que ce sculpteur 
avait fait un marchepied, en forme de coquille, à la chaise de 
poste de M. de Clermont, évêque duc de Laon. 

Une ordonnance royale ayant imposé à tous les habitants 
des villes de faire la déclaration des grains qu'ils avaient 
chez eux, celle de Lafaux, du 6 mai 1709, dit que sa famille 
est composée de trois personnes et qu'il a dans sa maison trois 
asnées de méteil. 

Le procès-verbal de la vente faite le 21 août 172 1 après le 
décès de Lafaux, renferme « un cadre avec planche où il y a 
deux porterait de cire, adjugé à M. Roze 6 sols. » 

Enfin l'inventaire dressé après la mort de sa veuve, le 
25 février 1752, nous apprend que parmi les papiers de famille 
se trouvaient les titres d'un obit fondé par Claude Lafaux^ à 
la paroisse Saint-Pierre-le- Vieil de Laon. 

Pièces Justificatives 

L — Mariage de Claude Lafaux et de Catherine Demonceau. 

(2 mars 1692.) 

Le mercredy deuxiesme de mars de la présente année 1692, ont 
été mariés en face de Saincte Eglise, dans cette paroisse, après la 
proclamation d'un ban et dans celle de Saincte-Benoiste, Claude 
Lafaux, M« sculpteur de ladite paroisse de Saincte-Benoiste et 
de Catherine Demonceau de cette paroisse, sur la dispense du tems 
et de deux bans ; à laquelle cérémonie ont assistés , de la part de 
l'espoux : Monsieur Grizolet, bourgeois de cette ville et plusieurs 
autres; et de la part de l'espouse : Monsieur Desmonceau, Prebstre 
chappelain de Nostre-Dame et vicaire de cette paroisse. Et Jacques 
Desmonceau, frères de l'espouse et plusieurs autres parents qui ont 
signé le présent acte en l'original. 

(Arch. municipales de la ville de Laon. GG, 45, paroisse Saint- Remy-Place.) 

IL — Conclusions du procureur du Roy 

pour la corporation des maistres menuisiers contre Hottin et 

Lafaux, sculpteurs. 

(13 septembre 1695.) 

Veûes les pièces de l'instance meûe en ce siège entre les maistres 
jurés du mestier de menuisier de cette ville, demandeurs. Contre 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS I4I 

Claude Lafaux et Charles Hottin, sculpteurs demeurans à Laon, def- 
fendeurs. 

C'est ascavoir, la requeste présentée par lesdits jurés du mestier, 
tendante à ce que deffences soient faites auxdits Lafaux et Hottin 
d'entreprendre et faire aucuns ouvrages de menuiserie, ny de faire 
aucunes sculptures sur menuiserie, qu'elle n'ait été faite auparavant 
en fabrique par un maître menuisier de cette ville, soubs peine de 
confiscation ; laditte requette en datte du 30 juillet 1692, au bas de 
laquelle est l'exploict d'assignation par de la Campaigne, dudit 
jour et controllé par Leclerc le mesme jour; les desfenses fournies 
par lesdits Hottin et Lafaux des 14 et 25 aoust 1692; la requette 
judiciaire faite par acte de Jean Duval, procureur des demandeurs, 
portant report de sa cause d'entre les parties du 11 juin 1693 ; la 
réplique desdits maistres jurés menuisiers avec desfences desdits 
deffendeurs, signifiée le 13 juin audit an, par Cailleau; extrait d'un 
contract fait pardevant la Campagne, notaire, du 9 décembre 1688, 
entre Charles Hottin, sculpteur et les curé et marguilliers de la 
paroisse d'Agnicourt et entre ledit Hottin et Jacques de Soise, 
menuisier de l'adjudicataire; l'appointement à cet effet eu 16 du 
mesme mois de juin 1693, signifié par Cailleau ledit jour audit an ; 
Tacort dudit Hottin du mesme mois de juin ; autre acort desdits 
maistres du mestier de menuisier, signifié par Delamothe le 
26 août 1695 ; response audit apointement par Lafaux, signifié le 

12 septembre par Robert ; l'extrait des ordonnances dudit mes- 
tier de menuisier. Tout veu et considéré, le procureur du Roy 
afiirme qu'il y a lieu d'ordonner que conformément aux statuts et 
ordonnances dudit mestier, que desfences soient faites auxdits 
Lafaux et Hottin d'entreprendre, ny marchander aucuns ouvrages 
de menuiserie, à moins qu'ils ne soient passé entre menusier, sauf 
audits Hottin et Lafaux à travailler et faire les ouvrages de sculpture, 
afin que la menuserie aura esté marchandé, faite, achevé, par un 
maître menusier, à laquelle fin les maîtres jurés menusiers pouront 
faire visiter, quand bon leur semblera, dans les maisons desdits 
Hottin et Lafaux, pour, au cas de contravention, saisir les ouvrages ; 
si mieux ils n'aiment passer maistres menusiers. Fait et conclud le 

13 septembre mil six cent quatre vingt quinze. Bellotte. 

m. — Jugement de l'instance pendante entre la corporation 
des menuisiers et Hottin et Lafaux, M'^ sculpteurs. 

(17 janvier 1696.) 

Veues les pièces de l'instance meue et pendante, pardevant Nous, 
Entre les jurés et la communaulté des maistres menuisiers de la ville 



142 SCULPTEURS LAONNOIS ET REMOIS 

de Laon, demandeurs, Contre Charles Hotiin et Claude Lafaux, 
sculpteurs audit Laon, deffendeurs. 

C'est ascavoir ladite requeste tendante à ce que desfenses soient 
faites aux desfendeurs d'entreprendre, marchander et façonner aucun 
ouvrage de menuiserie audit Laon, sur peine de confiscation et 
d'amende et de faire sculpture sur aucun bois quy n'ayt esté façonné 
par lesdits maistres menuisiers et pour connaistre des contraven- 
tions, permis de visiter et aux despens ; desfenses desdits Hottin et 
Lafaux; acte de reprise d'instance du ii juin 1693 ; réplique desdits 
Hottin et Lafaux; nostre appointement à mettre du 16 juin audit 
an ; Estât de marché fait entre ledit Hottin et les curé, marguillers 
et paroissiens du village d'Agnicourt, passé pardevant de la Cam- 
pagne, les 9 et 10 décembre 1688; les statuts dudit mestier; les 
averlissemens des parties; conclusions du procureur du Roy et tout 
ce quy a esté mis et produit par l'une et l'autre desdites parties, 
pardevant nous, veu et considéré. 

Nous, après la dénégation faite par les desfendeurs d'avoir entre- 
pris sur le métier de menuisier et le fait posé, au contraire, par 
ledit Hottin, que le retable d'autel contenu en Testât de marché des 
9 et 10 décembre 1688, a esté fait et façonné en menuiserie par de 
Soiie-j à faute par les demandeurs d'en faire preuve dans le tems de 
l'ordonnance, avons les desfendeurs renvoies de la demande contre 
eux faite ; Et néamoins leur avons fait et faisons desfenses de faire 
aucun ouvrage de menuzerie et de contrevenir aux statuts dudit 
mesiier sur peine de confiscation et d'amende, à laquelle ils seront 
tenus avant de travailler en sculpture de faire façonner les bois par 
les menuiziers de ladite ville; sy mieux ils n'aiment se faire rece- 
voir maistres dudit mestier. Permis aux demandeurs de visiter, en 
vertu des présentes, les boutiques et magasins des desfendeurs pour 
connoistre des contraventions. Despens compensés. Et en cas d'ap- 
pel, nostre présent jugement exécutoire, nonobstant et sans y pré- 
judicier. Fait à Laon le dix septième janvier 1696. — Marteau. — 
En marge : Epices, deux escus. 

(Archives du greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 3 50.) 



IV. — Procès Lafaux contre Frion, novembre 1703. Enquête. 

Enqueste faicte par Nous Nicolas Lefebure, conseiller du Roy, 
juge ordinaire, civil et criminel de la ville et citté de Laon, pour 
l'absence de M. le Lieutenant en ladicte prévosté, à la requeste et 
dilligence de Claude Lafaux, maistre sculpteur demeurant audict 
Laon, demandeur. Allencontre de Fœlix Frion, maistre charon, 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS Î4^ 

demeurant au faubourg Saint-Marcel, defFendeur, pour satisfaire à 
nostrc jugement rendu entre lesdictes parties, le 4 septembre der- 
nier, et parvenir à la preuve et vérification des faits y contenus ; à 
laquelle enqueste avons proceddé, assisté de M^ Michel Bretel, 
adjoint aux enquestes et du greffier commis, ainsy qu'il ensuit. 

Du samedy vingt quatre novembre 1703. 

Bernard Gourdant, cocher de Madame Taumur (?), conseillère à 
Laon, aagé de 52 ans, après serment par luy faict de dire vérité et 
avoir faict apparoir de son exploit. 

A dit n'estre parent, allié, serviteur, ny domestique de ceux dont 
il entend parler en sa déposition ; que il y a environ deux ans ou 
dix huict mois, il a veu Fœlix Frion, charon demeurant à Sainct- 
Marcel, quy a pris le modèle du timon quy est au carosse de la 
dame Taumur? pour en faire un pareille au carosse de campagne de 
Monsieur l'évesque et duc de Laon ; Et quelque temps après a veu 
ledit Frion amener un avant train pour la chaise de poste du s"" 
marquis de Clermont, sur lequel estoit un marchepied orné de 
sculture en forme de coquille, quy est encore à ladite chaise; et 
comme on se plaignoit du retard, a ouy dire, audit Frion, qu'il ne 
pouvoit point l'avoir du sculteur, et a veu aussy ledit Frion posser 
la volée du carosse de campagne dudit s'^ Evesque, sur laquelle il y 
a une sculture de deux clefs en saultoir, que Lafaux luy a dit avoir 
fait, comme aussy avoir cannelle ledit timon dudit carosse de Mon- 
seigneur de Laon; quy est tout ce qu'il a dit scavoir. Lecture faite 
de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, ny vouloir augmenter, 
ny diminuer, y a persisté, requérant taxe, à luy faite de 10 sols et a 
signé. 

Lefebure. — Gourdant. — Bretel. 

Jean Lavigne palphrenier du seigneur marquis de Clermont, 
demeurant à Laon, aagé de 45 ans, après serment, etc.. A dit 
n'estre parent, etc.. Il est de sa connoissance que le nommé Claude 
Lafaux, M^ sculteur demeurant à Laon, a fait un marchepied en 
forme de coquille à la chaise de poste dudit seigneur de Clermont, 
ensemble deux clefs en saultoir sur une volée du carosse de cam- 
pagne dudit seigneur Evesque de Laon, et cannelle le timon dudit 
carosse. Et comme lesdits ouvrages ont esté retardé, il a esté envoyé 
par quatre différentes fois à Saint-Marcel, tant par ledit seigneur 
marquis de Clermont, que par le maître d'ostel dudit seigneur 
Evesque, pour obliger Fœlix Frion, charon, demeurant audit lieu, 
de rapporter les ouvrages quy luy avoit estes comandés ; lequel luy 
fit responce que celles de son mestier estoient faictes, Et qu'il n'y 



144 SCULPTEURS LAONNOIS ET REM.OIS 

avoit que celles de Lafaux, sculteur, quy l'arrestoit. Quy est tout ce 
qu'il a dit scavoir, etc. 

Lavigne. — Lefebure. — Bretel. 

(Archives du greffe du Tribunal civil de Laon, liasse 335.) 



XI 

CHARLES HOTTIN LE PERE 

M^ SCULPTEUR, NÉ VERS I568, MORT A LAON, 

LE I" JUILLET I7OI 

Fils de Jean Hottin, maistre maçon à Laon, et d'Antoi- 
nette Legros, Charles comptait encore de nombreux maîtres 
maçons dans sa famille. Il avait environ dix ans lorsque sa 
sœur aînée, Marie, mourut de la maladie contagieuse. A 
peine âgé de 21 ans, Charles Hottin épousait, le 24 juillet 
1679, François Lefebure dont il eut deux fils et trois filles. 
Le fils aîné Charles devait être, plus tard, lui aussi sculpteur. 
Un neveu de Charles Hottin était M^ tourneur. 

Les jugements, les inventaires de la famille et la renoncia- 
tion des enfants de Charles Hottin à sa succession permettent 
d'affirmer que cet artiste était peu fortuné. Son nom se 
retrouve cependant fréquemment dans les procès -verbaux 
d'expertises et nous l'avons vu avec Claude Lafaux en lutte 
avec la corporation des menuisiers. Il semblerait que les 
sculpteurs aient toujours fait quelques difficultés pour entrer 
dans cette corporation. Les réceptions des menuisiers à la 
maîtrise se trouvent consignées sur le registre du prévôt; 
Charles Hottin n'y figure pas. Ces procès- verbaux sont géné- 
ralement assez laconiques. Nous en avons trouvé un cependant 
qui nous a paru intéressant, précisément parce qu'il donne 
des détails circonstanciés sur le chef d'œuvre imposé au postu- 
lant et sur sa réception ; on le trouvera plus loin. Un des fils 
de notre artiste, nommé aussi Charles , né en 1687, exécuta en 
l'année 1742, six lions qui lui furent commandés par la Ville 
pour mettre aux portes Royer et Saint-Martin. Ce travail fut 
payé 180 livres. 

Enfin, nous trouvons, en 1752, un Claude Hottin, M^ 
sculpteur, marié avec Geneviève Charpentier. C'est le fils du 
précédent. 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 145 

Marché entre Charles Hottin et Claude de Soize et la fabrique 
de la paroisse de Remies pour confection d'un retable. 

(20 janvier 1683.) 

Pardevant les notaires, gardenotes du Roy, demeurans à 
Laon, soussignés, Claude de Soize, M® Menuizier et Charles 
Hotin, sculpteur, dem. aud. Laon, ont conjointement promis 
et promettent par ces présentes aux curé, marguiliers et 
paroissiens de l'Eglise paroissialle de Saint Brice de Remyes 
ce acceptant par M^ Jacques Joseph, prestre curé dud. Lieu, 
Pierre Doûan, Louis Parisot, Marguiliers de ladicte église et 
Jacques Le Roux, lieutenant en la justice dud. lieu esdicts 
noms et comme ayant charges desdicts paroissiens par le pou- 
voir à eux donné par acte du dix des présens mois et an 
ataché à ces présentes, de faire un retable d'autel de bois de 
chesne sec et propre à mètre et employer aud. ouvrage, sans 
aubier ny autre défectuosité et iceluy placer et poser en 
l'Eglise dud. Remyes et de faire aussy un balustre de même 
bois avec un ban pour contenir le célébrant diacre et sous 
diacre, le siège du célébrant plus élevé que les deux autres 
garny de marchepieds Et encore un autre ban pour les deux 
marguilliers avec un coffre quy sera fermé par dessous ; comme 
aussy un trate au lieu et en la place de celuy quy est à la 
croizée de lad. Eglise quy est poury et défectueux, lequel apar- 
tiendra ausdicts de Soize et Hotin quy seront tenus de fournir 
toutes les ferures qu'il conviendra pour atacher tous lesdicts 
ouvrages aussy bien que tout le bois nécessaire à iceux; à 
commencer à travailler incessament ausdicts ouvrages pour 
rendre iceux faits et parfaits par lesdicts de Soize et Hotin en 
dedans six mois d'huy sujet à Visitation ledit retable d'autel 
fait et garny de sculpture conformément au dessein représenté 
par lesdicts de Soize et Hotin et quy leur est néanmoins 
demeuré es mains pour faire ledit ouvrage après avoir esté 
paraphé par les partyes ne varietur et lequel dessein lesdicts 
de Soize et Hotin seront tenus de représenter lors de la livrai- 
son dudit retable que lesdicts paroissiens seront tenus venir 
quérir en cette ville pour le charier audit Remy avec lesdictes 

Art fr xn, . lo 



14^ SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

autres ouvrages à leurs dépens seront aussy tenus lesdicts 
paroissiens d'amener et charier en cette ville et livrer ausdicts 
de Soize et Hottin ledit tratte défectueux quy est à la croisée 
de ladicte Eglise lorsqu'ils viendront quérir et charger lesdicts 
ouvrages. Et c'est moyennant la somme de sept cens livres que 
lesdicts sieurs curé, marguilliers et lieutenant susnommés 
esdicts noms et en vertu de leur pouvoir ont promis sont et 
seront tenus de payer ausdicts de Soize et Hotin en sept 
payemens égaux de cent livres chacun par chacune des sept 
années dont le premier payement, à ladicte raison de cent 
livres, se fera par lesdicts paroissiens au jour de Saint-Martin 
d'hyver prochain et ainsy continuer de cent livres chacun an ; 
à quoy faire tenir et entretenir, payer, etc.. fait et passé audit 
Laon, l'an mil six cens quatre vingt trois, le vingtiesme jan- 
vier et ont signé le scel notifié. Aussy a ledit sieur Joseph 
promis en considération du présent estât de marché de payer 
ausdicts Hotin et de Soize la somme de dix livres en dedans 
trois ans d'huy. 

Joseph. — Pierre Douen. — Jacques le Roulx. 

— Claude de Soize. — Louis Parisot. — 

Charles Hottin. 

Et le septiesme aoust mil VI<^ quatre vingt quatre est com- 
paru ledit Charles Hottin, lequel a déclaré qu'il abandonne par 
ces présentes à ladicte paroisse de Remyes ce acceptant par 
M'' Jaques Joseph, prestre curé dudit Remyes deux figures de 
bois de chesne : l'une représentant la Vierge et l'autre Sainct 
Brice ; même promet de les aller poser en ladicte église ainsy 
que les autres ouvrages ; comme aussy de racommoder entiè- 
rement le Crucifix dudit Remyes, le tout gratuitement dont a 
esté dressé le présent acte qu'il a signé avec ledit sieur Joseph 
et nous notaires les jour et an susdicts. 

Joseph. — Charles Hottin. 

Et le vingt troisième may mil VF quatre vingt cinq sont 
comparus ledit sieur Joseph, curés dudit Remyes, Jacques et 
Pierre Le Roux, marguiUiers et Sébastien Gilles, tous parois- 
siens dudit lieu, au nom et pour le consentement dudit lieu, 
lesquels ont déclaré que lesdicts de Soi^e et Hotin ont bien et 
dûment fait, parfait, posé et placé les ouvrages qu'ils s'estoient 



SCULPTEURS LAON^OIS ET RÉMOIS ' I47 

obligés de faire en Téglise dudit Remyes par l'état de marché 
cy devant et suivant et conformément à iceluy dont ils les 
deschargent et tiennent lesdicts ouvrages pour receus, prome- 
tans lesdicts comparans conformément audit état de marché 
de payer audit de Soize par chacune des années restantes, aux 
termes y portés, la somme de cinquante livres pour sa part, 
ledit Hotin ayant esté entièrement satisfait de sa part et ont 
signé : 

Joseph. — jAcauE le Roulx. 
— Gilles. — Pierre le Roulx. 

(Étude de M« Lion, notaire à Laon, minutes de Claude Monseignat.) 

Transport fait par Charles Hottin, maître sculpteur à M'^ Jean 
Luezin, curé de Montceau-les-Leups, de la somme de 280 
livres, à lui due pour travaux de sculpture exécutés à 
l'église de Remies en l'année 1863. 

(7 août 1684.) 

Pardevant les notaires gardenotes du Roy dem. à Laon 
soussignez fut présent en sa personne Charles Hotin, maître 
sculpteur dem. aud. Laon, Lequel a cédé, quité et transporté 
comme par ces présentes cedde, quite et transporte avec pro- 
messe de garandie à vénérable et discrète personne, M^ Jean 
Luezin, prêtre curé de Sainct Martin de Montceau les Leux y 
demeurant, à ce présent acceptant la somme de deux cent 
quatre vingt livres quy luy reste deue par les curé, marguil- 
Her et paroissiens de Sainct Brice de Remyes Laquelle somme 
avec cinquante livres qu'il a déjà touché desdicts curé et 
paroissiens faisoit celle de trois cent trente livres qu'il estoit 
convenu avec Claude de Soi^e, maître menuisier dem. audit 
Laon par leur écrit sous seing privé du vingtième janvier 
m VP quatre vingt trois de toucher sur la somme de sept 
cent livres que lesdicts curé, marguillier et paroissiens de 
Remyes se sont obligés de payer ausdicts de Soi:(e et Hotin pour 
les ouvrages de menuyserie et sculpture qu'ils s'estoient 
obligés de faire et poser en l'égUse dudit Remyes par Testât 
de marché qu'ils en ont passé pardevant Monseignat notaire 
soussigné le jour vingtième janvier M Yl^ quatre vingt trois 



148 SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

conformément au dessein y raporté ladicte somme de sept 
cent livres payable en sept payements égaux de cent livres, 
chacun d'année à autre au jour de Sainct Martin d'hyver dont 
la première année est escheue audit jour et la seconde eschoira 
à pareil jour prochain. Pour de ladicte somme de deux cent 
quatre vingt livres à prendre et recevoir à proportion par 
chacun des six ans restans sur lesdicts curé, marguilHer et 
paroissiens de Remyes ausdicts jour de Sainct Martin d'hyver; 
jouir, faire et disposer par ledit sieur Luezin, acceptant, dès 
maintenant, comme bon luy semblera; à laquelle fin ledit Hotin 
luy cedde tous ses noms, droits, raisons et actions et le 
subroge en son lieu, droit et place pour le recouvrement de 
ladicte somme, aux termes susdicts. Le présent transport ainsy 
fait moyennant la somme de deux -cent quatre vingt livres que 
ledit sieur Quezin a présentement comptée, nombrée et 
manuellement délivrée, en présence des notaires soussignez, 
en espèces de louis d'or, descus et demy escus d'argent et 
autres monnoye ayans cours, audit Hotin cédant, quy s'en est 
tenu et tient pour comptant et bien payé, en a quité et 
déchargé ledit sieur Luezin acceptant ; ayant esté l'écrit susdaté 
fait sous signature privée entre lesdicts Hotin et de Soi:(e, 
annexé à ces présentes pour y avoir recours. Dont et sy 
comme obligeant ledit Hotin ses biens à garandir le présent 
transport même à tenir quite sans y contrevenir et sur peine 
renonceant; fait et passé audit Laon, l'an mil VI*^ quatre vingt 
quatre, le septiesme aoust et ont signé le scel notifié. 

Charles Hottin. — J. Luezin. — Monseignat. 

Nous soussignez Claiide de Soiie, Maître menuizier et Charles 
Hotin, sculpteur, demeurans à Laon, reconnoissons estre convenus 
de ce quy ensuit. C'est ascavoir : que moy de Soi^e promet et 
m'oblige de fournir tout le bois qu'il conviendra pour les ouvrages 
que nous nous sommes engagés de faire pour l'église du village de 
Remyes cejourd'huy par acte passé pardevant Monseignat notaire, 
même de faire toute la menuiserie desdicts ouvrages; et pour ce 
quy regarde la sculpture, moy Hotin, m'engage et promet la faire 
conformément au dessein après que ledit de Soi^e m'aura fourny et 
livré ledit bois travaillé comme dit est de menuizerie, si promets de 
fournir le bois de l'un des deux anges seulement et travailler de 
sculpture lesdicts deux anges quy doivent estre apliqués au retable 
jd'autel dudit Remyes quy fait partye desdits ouvrages ; pour quoy 



I 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS I49 

de la somme de sept cens livres portée par Testât de marché fait 
entre nous et les curé, marguillier et paroissiens dudit Remy quy 
sont obligés de nous payer ladicte somme pour lesdicts ouvrages, 
en apartiendra : audit de Soiie trois cent soixante dix livres tant 
pour la fourniture dudit bois que façon de ladite menuizerie et le 
surplus audit Hotin pour ladicte sculpture quy monte à la somme 
de trois cent trente livres et sy prometons l'un et l'autre de payer 
chacun moitié des frais qu'il conviendra faire pour lesdicts ouvrages 
audit Remy; en foi de quoy nous avons signé ces présentes le 
vingtiesme janvier mil six cens quatre vingt trois. 

Claude de Soize. — Charles Hottin. 

(Étude de M» Lion, notaire à Laon, minutes de Claude Monseignat.) 

xn 

RÉCEPTION DE VUILLOT OU VUILLIOT 

MAITRE MENUISIER 

(18 décembre léSi.) 

Cejourd'hui dix huictiesme de décembre mil six cens quatre 
vingt ung pardevant Nous François Marteau, conseiller du Roy, 
prévost juge ordinaire, civil et criminel de la ville cittée prévosté 
foraine de Laon sont comparus Guilleaume Truy, Quentin Cocquenet 
et Thoussaint Tronquoy maistres jurés et recepveur du corps et 
mestier de menuzier de cette ville qui nous ont dit que Claude 
Vuilliot ayant appris ledit mestier en la maison dudit Truy et souhait- 
tant se faire recepvoir, il s'estoit vers eux retiré pour luy estre 
marqué une pièce de chef d'œuvre telle qu'ils souhaitteroient pour 
estre par luy faite en leur présence et parvenir à sa réception, 
et que n'ayant peu luy refuser ils se seroient transportés en nostre 
hostel, après nous avoir fait requeste à ce qu'il nous pleut 
marquer telle pièce de chef d'œuvre que nous desirions estre faite 
par ledit Vuilliot^ nous leur aurions fait entendre en présence et du 
consentement du procureur du Roy qu'il estoit à propos de faire 
faire audit Vuilliot pour pièce de chef d'œuvre, « un cadre à mettre 
au dessus de l'autel de la chapelle du collège de cette ville, pareille 

a celuy que luy avoit esté désigné par , M« sculpteur, » qui 

nous avoit esté présenté, laquelle pièce faite et achevé ledit Vuilliot 
demeurera receu sans qu'on se puisse prévaloir d'aucune distinction 
entre les maistres de chef d'œuvre receus et à recevoir de ceux qui 
avoient esté admis audit corps par vertu des lettres de sa Majesté. 

Ensuitte [de quoy et] en conséquence de la désignation [par nous 
faicte de ce] cadre pour pièce de chef d'œuvre les maistres jurés 



I 



ISO SCULPTEURS LAONNOIS ET REMOIS 

auroient interest d'avoir acte de ce que dessus que nous leur avons 
accordé pour tenir servir en temps et lieu ce que de raison et en ce 
faisant ordonné du consentement desdits jurés et du procureur du 
Roy que ledit Vuilliot fera ladite pièce de ce chef d'œuvre bien et 
deuement en présence desdits jurés en vertu duquel il demeurera 
receu et ne sera fait aucune distinction des maistres de chef d'œuvre 
d'avec ceux qui ont esté receu avec lettres de quoy a esté fait acte 
les jour et an susdits. 

Cejourdhuy dix sept febvrier 1682 pardevant etc.. est comparu 
Claude Vuillot demeurant audit Laon qui nous a dit que pour par- 
venir à la réception en la maistrisc de menuzier en cette ville, il 
avoit fait en présence des jurés le chef d'œuvre quy luy avoit esté 
par eux désigné, requérant qu'il nous pleust le recevoir ouy lesdits 
jures quy nous ont certiffié ledit chef d'œuvre avoir esté bien et 
deuement faict par ledit Vuillot et en conséquent consentoient sa 
réception d'autant plutost qu'il estoit de la relligion castolique 
apostolique et romaine, suivant laquelle requeste, consentement des 
jurés et du procureur du Roy, Nous avons ledit Vuillot receu et 
recevons M^ menuizier en cette ville, par chef d'œuvre, en prestant 
le serment, lequel a faict à l'instant par lequel il a promis de garder 
et observer les ordonnances dudit mestier et de porter honneur et 
respect au Roy et à ses officiers, de quoy a esté faict acte desdits 
jour et an sans que ledit Vuillot puisse se prévaloir de la marche 
contre les maistres cy dessus receus en vertu de lettres du prince. 

XIII 

JACQUES LEDOUX 
SCULPTEUR, NE VERS 1656, MORT A LAON LE 27 MAI I719. 

Habitait Bruyères-sous-Laon à la mort de Ducastel, en i68é, 
puisque à la vente après le décès de ce dernier, nous voyons 
« Jacques Ledoulx, sculpteur de Bruières » acheter plusieurs 
outils. En 1697, dans un acte de baptême où il figure comme 
ipsiVï^im, Ledoux est porté comme habitant Laon. Il meurt aussi 
à Laon, paroisse Notre-Dame-au-Marché, le 27 mai 17 19. 

XIV 

GILLES DUMANGEOT 
SCULPTEUR DE GUISE 

Dans les comptes de la ville de Guise, pour travaux au 
dôme du beffroi, il est fait mention du payement de 60 sols 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS I5I 

« à Gilles Dumangeot, sculpteur demeurant à Guise, pour la 
façon et figure d'un ange qui a esté posé au hault du 
beoffroy » — année 1630. 

XV 

NICOLAS DE BRISSY 
SCULPTEUR DE MARBAIS, PRES d'aVESNES 

Dans les mêmes comptes, année 1657, Nicolas de Brissy, 
sculpteur à Marbais, est désigné comme étant l'auteur des 
armes de la ville de Guise qui venaient d'être sculptées sur la 
Mairie. 

Nous devons ces renseignements sur Dumangeot et N. de 
Brissy à l'obligeance de M. Matton, archiviste honoraire de 
l'Aisne. 

XVI 

PIERRE-PHILIPPE BUHOT 
SCULPTEUR A VERNEUIL-SOUS-COUCY-LE-CHATEAU (1752) 

Pièces justificatives. 

I. — Marché entre P. P. Buhot et les religieux de Barisis^ 
(30 septembre 1749.) 

Nous soussignés, dom Boniface Oudart, prévost de la prévôté de 
Barisis, d'une part. 

Et Pierre- Philippe Buhot, demeurant à Verneuîl, d'autre part, 
Avons faits la convention suivante. C'est asavoir, que moi Buhot 
m'engage de faire toutes les ouvrages de sculture de l'église de la 
prévoté de Barisis, tant en dedans qu'au frontispice, avec les deux 
figures en pierre de Saint-Amand et de Saint-Benoît, pour les placer 
dans les niches qui s'y trouvent, conformément au plan de Paris, 
le tout pour le prix de quatre cens livres, qui me seront paie après 
la perfection et réception desdittes ouvrages, lesquels je commen- 
cerai au plutôt et les continuerai jusqu'à leur perfection, qui sera 
pour la fête de l'Assomption de la Sainte-Vierge prochaine, à peine 
de tous dommages et intérests ; bien plus je consens qu'en cas que 
je me détourne pour travaillier ailleur. Monsieur le prévost puisse 
prendre un autre sculteur pour achever lesdittes ouvrages à mes 

I. Barisis est situé dans le canton de Coucy-le-Château, non loin de Verneuil, 



152 SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

frais et despens; et moi prévost j'accepte ledit engagement du sieur 
Buhot, aux clauses et conditions marquées cy dessus, et promet lui 
paier ladite somme de quattre cens livres après la réception desdittes 
ouvrages. Je consens qu'il soit logé et nourris dans la prévoté, lui 
seul, pendant le temps de son travail; ainsi convenus entre nous 
dans la prévoté de Barisisle trente de septembre 1749 et fait double. 
A l'égard du domage et intérest marqué cy dessus il ne sera encouru 
que dans le ce cas qu'il soit en retard par sa faute. 

De Boniface Oudart, prévost. — Pierre Philippe Buhot. 

II. — Quittance du 30 mai 1752. 

Jay soussigné reconnoit avoire receu de Monsieur le prévôt de 
Barisis la somme de 400 livres pour le prix des ouvrages par moi 
fait, mansionné à letats de marché cy dessus et dont ledit sieur 
pretvot cets contante pour aitre bien et dûment faite; de laquelle 
somme je quite et décharge ledit sieur prévôt sans préjudice à 
quellque ouvrage dogmantation par moy faite et pour lesquelle nous 
nous règlereront avecque ledis sieur prévôt, soit à l'amiable ou a 
dire despairre de sculpteur qui ceront par nous nommé et choissi. 
Fait ce trente may mil sept cents cinquante deux. 

Buhot. 

III. — Assignation donnée aux religieux de Barisis, à la 
requête de Buhot. 

(4 décembre 1752.) 

L'an mil sept cent cinquante deux, le quatre décembre, à la 
requette de Pierre- Philippe Btihot, M^ sculpteur demeurant à Verneuil, 
pour lequel domicile est elleu en lestude de M^ Charles-Lambert 
Pannier, son procureur au baillage de Coucy, lequel M^ empris en 
la présente instance. Je Abraham-Pierre Tavernier, huissier au- 
diencier royal, immuable, au baillage de Coucy, y demeurant, sous- 
signé, certiffie avoir adjourné et donné assignation à Messieurs les 
prévost et religieux de la prévosté de Barisis, en parlant à dom 
François, religieux de ladite prévosté, advoir à comparoitre, dans 
les délais de l'ordonnance, par devant M. le lieutenant général du 
baillage de Coucy, en l'audience royale, dans lieu, heure de plaid 
ordinaire, pour répondre sur ce que le demandeur expose qu'il 
seroit convenu avec les sieurs deffendeurs de faire plusieurs ouvrages 
d'esculture, telle qu'il a fait à l'église et chapelle de ladite prévosté 
de Barisis, lesquelles ouvrages le demandeur a fait et parfait desja 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS I53 

y a longtemps et desquelles il a esté payé par les sieurs defFendeurs. 
Mais au pardessus de ses premières ouvrages, le demandeur a fait 
pour les sieurs defFendeurs et de leurs ordres plusieurs autres 
ouvrages d'augmentation à ladite église et chapelle dudit Barisis, 
lesquelles consistent en ce qui suit. 

Premier, dans la sacristie, trois agraphes pour les atribu de la 
sacristie; dans les deux chapelles à côté du cœur, six pièces, sçavoir : 
dans celle en entrant, à gauche, une gloire du dessus de l'hautel, 

rempli d'un rayon et d'une colombe, et dans la m.ême chapelle, 

vis avis Thautel, une agraphe de rocaille; dans la même chapelle 
au-dessus des vitraux, une agraphe ; et dans l'autre chapelle vis à 
vis la sacristie, trois pièces, sçavoir : un agneau immolé couché sur 

les livres, sept et couché sur la croix, orné de raison? confor^ 

mément à l'autre chapel; dans la voûte, 9 pièces servant d'agraphe ; 
à chacque vitraux, avoir nétayer touttes la rousure des vitraux et 
les avoir désigné (dessinées). La gloire au dessus du grand autel 
divisé en quatre parties, sçavoir : la gloire représente une œuille 
universelle acompagnée de raion et atribue quy agraphe le vitraux 
du millieu avec les deux orillion; plus dans la gloire une grande 
cocquille qui sert de tenture au dessus de l'hautel; vingt six tailloir 
à astragalle ; les deux cul de lampe au tribune de chasque costé ; au 
porte à droite et à gauche, avoir mis deux pierre pour rendre les 
deux cul de lampe conforme ; avoir poussé les moulures, en partie, 
aux pierres de Senlis où doivent estre possé les cul de four? pour 
les réunir avec les cul de lampe; à la porte de bois du portaille 
avoir fait la médaille en dedans et en dehors, avec les dessains, 

et lamenuserie de ladite porte syte? dans la frise au dessous 

du frontispice quy ser pour fixer le dessus des pillastre ; plus avoir 
augmenté, par ordre suivant les caches quy onts esté mis es mains 
du sieur Buhot, les harmes d'empire et de France dans ledit frontis- 
pice; au dessus de... avoir fait l'ouvrage à la mosaicque, ayant 
rempli les table de sculture au lieu d'architecture; avoir fait les 
armes de Monsieur labé audessus du grand vitraux du milieu ; avoir 
possé deux pierres au couronnement de la porte, y avoir gravé 
deux cadre en orilion pour acompagnié lagraphe du milieu de la 
porte d'entré à un troisiesme cadre quy renferme lapalmetre et quy 
agraphe la porte; avoir gravé deux thome (tombes), sçavoir : celle 
de don Jacques et l'avoir retayer; celle de Daubertin avoir regravé 
le nom de Daubertin; et avoir gravé quatorze lettre sur une thome 
pour estre placé dans l'église paroissialle dudit Barisis. En outre, 
avoir fait les desseins et plans pour les formes et conduit la menu- 
serie, ainsy qu'il a esté requis par lesdits sieurs prévost et religieux, 
lequel a esté mis es mains du menuisier avec quy ledit sieur prévost 



154 SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

estoit convenu et lequel, lors de la remise es mains dudit menusier, 
a esté paraphé par ledit sieur prévost pour estre exécuté. En outre, 
avoir par ledit sieur Buhot fait les eschafFaux, tant aux ouvrages de 
la présente convention et des augmentations, après que les bois ont 
esté livrés. Lesquelles ouvrages ainsy faite les sieurs deffendeurs 
aVoist promis au demandeur de le payer; mais comme il ne peut 
estre payé desdits sieurs deffendeurs, qicelluy demandeur fait ainsy 
assigner iceux deffendeurs et contre eux conclu à ce que yceux 
soient condamnés à payer au demandeur, pour touttes les ouvrages 
par luy fait pour les sieurs deffendeurs par augmentation, la somme 
de sept cens cinquante livres, y compris les eschafaudages ; sy mieux 
n'aiment les sieurs deffendeurs, à dire d'experts à nommer et 
convenir par les parties, amiablement, sinon pris et nommé doffice 
et sy en outre les sieurs deffendeurs condamnés aux despens; le 
tout sans préjudice à autre deub, demande, actions et prétention. 
Fait et laissé la présente pour coppie ausdits sieurs religieux de la 
prévosté de Barisis, au domicile, parlant comme dessus, l'an et jour 
susdits, le cel nottifîé. 

Tavernier. 

IV. — Mémoire des augmentations des ouvrages de sculture 
que le sieur Buhot a fait dans l'église de la prévôté de Bari- 
sis au pardessus de ceux portés dans son état de marché. 

1 . sept fleurons au dessus de la haute corniche du frontispice 

pour lesquels nous sommes convenus de lui paier. ... 12 1. 

2. 2 ornemens à la mosaïque au dessus de niches pour les- 

quels nous sommes convenus de lui paier 12 1. 

3. pour faire les armes de M. l'abbé à place de ce qui étoit 

désigné dans le plan nous lui avons accordé 6 livres 

qu'il a demandé 6 1. 

4. pour la médaille sur la porte de bois il a demandé 10 1. 

que nous avons accordé 10 1. 

5. pour les 26 tailloirs aux chapitaux le sieur Buhot a de- 

mandé au s"" Vergnaux dix sols chacun que nous lui 
avons accordé 13 1. 

6. pour la gravure des deux tombes nous sommes convenus 

6 livres lesquelles il n'a pas achevé 6 1. 

7. pour la gloire au dessus du grand authel il a demandé 

quarante livres, on lui accorde 40 1. 

8. pour les deux culles de lampe aux tribunes, il a demandé 

vint livres, on lui accorde 20 1. 

A reporter 1 19 1, 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 155 

Report 1 19 1. 

9. pour l'ouvrage qu'il a fait au dessus de la porte de la 
porte de l'église il a demandé cinq livres qu'on lui a 
accordé 5 1. 

124 1. 

A l'égard des dix huit gravures aux clefs des voûtes de l'église, 
des chapelles et sacristie le sieur Buhot sl travaillié sans vouloir con- 
venir, même n'a pas encore déclaré ce qu'il demandoit; on s'en 
rapporte à l'estimation d'experts à proportion du prix de ses autres 
ouvrages. 

Il est vrai qu'on a dit au sieur Buhot de faire un plan pour les 
formes afin de pouvoir convenir de prix avec lui pour la sculture, 
mais ne l'aiant pu faire, nous somes convenus avec le s"" Desmonts ^ 
qui a fait un autre plan. La vue du plan du sieur Buhot détruira ce 
qu'il a témérairement avancé dans son assignation contre la vérité 
que son plan a été paraphé par M. le Prévost. 

A l'égard des échafaux il pouvoit et devoit se servir de ceux du 
sieur Vergnaux, mais ses absences, sa lenteur, ses inconstances 
perpétuelles et ses prolongemens ont obligé de faire déposer les 
échaffaux, outre que les ouvriers ne les faisoient jamais à sa fan- 
taisie. 

V. — Réplique des religieux de Barisis. 
(25 janvier 1753.) 

Messieurs les prévosts et religieux de la prévosté de Barizis def- 
fendeurs contre Philippes Buhot ^ sculpteur dem. à Verneuil, deman- 
deur. Disent, pardevant vous Monsieur le lieutenant général du 
baillage de Coucy, pour deffenses sur l'assignation à eux donné par 
exploit de Tavernier du quatre décembre dernier, qu'ils ne discon- 
viennent pas que le demandeur ayt fait plusieurs ouvraiges d'aug- 
mentation à leur église. Mais le demandeur ne peut non plus dis- 
convenir que syl eut voulu ne les pas tracasser, il y a du temps 
qu'il en seroit payé, ils ne se sont jamais refusé à ce qu'il y a de 
juste et raisonnable; mais ils ont prétendus avec raisons que ses 
augmentations ne méritoient pas ce que le demandeur vouloit exiger 
d'eux, d'autant plus tôt que pour la plus forte partie ils estoient 
convenu de prix avec luy et pour celles sur lequelles il ny avoit 
pas de prix de fait ils se sont soumis à les luy payer sur le pied de 

I . Le Musée de Laon possède un médaillon en plâtrç iç'çç sculpteur, représentant le 
cardinal de Rochechouart, évéque de Laon. 



156 SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

l'estimation qui en seroit fait à l'amiable. Tout autre que Buhot ce 
seroit pretté en pareil cas aux conventions et proposition faite pour 
éviter à toute difficulté, mais cet homme extrêmement méfiant et 
par conséquent long à se décider, d'ailleur processif, a préféré la 
voye de la justice à celle de conciliation dans l'espérance que cette 
voye luy serait plus profitable, et pour y réussir, il oublye ou 
scelle à la justice les prix convenus pour partye de ses augmenta- 
tions qu'il confond avec celles pour lesquelles il n'y a pa eu de 
prix de fait et demande pour le tout une somme exhorbitante de 
sept cens cinquante livres, y compris les échafaudages qu'il dit 
avoir fait; quoyque la mauvaise foy soit souvent le principal des 
actions de la pluspart des hommes, l'on ne pense pas que le deman- 
deur est de cette trempe et qu'il disconviendra des prix fait et con- 
venu avec luy pour les augmentations cy après. Premièrement 
pour 7 fleurons au dessus de la haute corniche du frontispice a été 
convenu de lui payer douze livres 12 1. 

(Voir la pièce IV.) 

Toutes ses sommes faisant ensemble 124 livres que l'on a tou- 
jours offert et que l'on offre encore de payer audit Buhot s'il en 
convient, sinon et sur la vérité desquels prix fait et convenu l'on 
s'en raporte à son affirmation et le cas arrivant qu'il en disconvienne 
et l'affirme; sur ses partyes ainsy que sur le surplus des augmenta- 
tions les sieurs deffendeurs offrent d'en passer à dire d'experts et 
gens à ce connoissant, déclarant dès à présent et en tant que besoin 
est ou seroit, qu'ils nomment de leurs parts le s"" Flamant, sculpteur 
demeurant à Soissons, lequel conjointement avec celuy qui sera 
nommé de la part du demandeur ou doffice en procédant à la visitte 
des augmentations auront attention sy elles sont bien et duement 
faites et parfaite (persuadé que l'on est qu'elles ne sont qu'ébauché) 
et les estimeront à proportion du prix des autres ouvraiges et sui- 
vant leur méritte, pour sur leur raport être par les sieurs deffendeurs 
pris tels conclusions qu'ils aviseron bon être. Sy le demandeur a 
fait un plan pour les formes, c'est véritablement que l'intention des 
sieurs deffendeurs estoient de convenir de prix avec luy pour qu'il 
les fît, mais ne l'ayant pu ou voulu exécuter, ils ont été obligé de 
convenir avec le sieur Demont sur un autre plan qu'il a fait. A 
l'égard des échafaux, le demandeur devoit et pouvoit se servir de 
ceux de Vergneaux qu'il a, à cet effet, laissé existant après ses 
ouvraiges faites. Mais les absences du demandeur, sa lenteur, ses 
inconstances perpétuels et ses prolongations, ont obHgéd'en dépl^ 
cer quelques uns quy devenoient incommodes et tels qu'ils fussent} 
ils n'étoient jamais bien faits, que ce ne fut luy qui les fit, tant cet 
homme aime le changement et à se dissiper; au reste, il ne s'en 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 157 

est jamais plain ; c'est à tord qu'il s'en avise, il n'est pas plus rece- 
vable à se plaindre de la nouriture, ce qu'il dit à ce sujet est une 
histoire qui ne mérite aucune créance. Pourquoy et au moyen des 
offres cy devant faite, les sieurs deffendeurs soutiennent devoir être 
renvoyé avec dépens. 

Le 25 janvier 1753, signiffié à la requeste de M^ Canivet, procu- 
reur des sieurs deffendeurs, à ce qu'il n'en ignore, dont acte. 

ROUSSET. 



VI. — Exposé de la demande de Buhot. 
(17 mai 1753.) 

D. le L. G. du bailliage et gouvernement de Coucy, en respon- 
dant aux deffences fournies par les sieurs deffendeurs le 25 janvier 
dernier, que les sieurs deffendeurs ne peuvent disconvenir des 
ouvraiges d'augmentations qu'à faict le demandeur et qu'il a articulé 
par son exploit de demande, le dire ? par la quittance qu'il a donné 
aux deffendeurs de plusieurs ouvraiges qu'il a fait, a fait une réserve 
de ceux d'augmentations et depuis cette quittance, dont les sieurs 
deffendeurs sont porteurs, les deffendeurs ont offert et fait offrir au 
demandeur une somme de deux cens livres. Mais cette somme ne 
paraissant pas au demandeur suffizante, ne l'a pas voulu accepter. 
En effet, elle est très insufizante et les deffendeurs le verront par 
l'estimation quy sera faite par expert, que leur offre n'est pas à 
beaucoup près suffizante. L'on ne croit pas les sieurs deffendeurs 
d'humeur à vouloir profiter du fruit des travaux d'un ouvrier; par 
leur exception ? ils paraissent vouloir insinuer de la mauvaise foy de 
la part du demandeur sur une prétendue convention, faite entre eux 
et le demandeur des ouvraiges dont est question. Le demandeur est 
trop bonnette homme pour disconvenir d'une convention, sy elle 
avoit été faite ; mais comme il n'y en a aucune, tant pour les neuf 
articles reconnus par les deffendeurs, que pour les autres ouvraiges, 
il faut donc en venir à une estimation. Q.uy la peut faire, cette esti- 
mation ? Ce ne peut être que des experts et de par l'estimation des- 
quels il faut que les parties en passent. Les deffendeurs, pour leurs 
deffences, passent une convention de faite entre eux et le deman- 
deur pour une partie des ouvraiges qu'ils conviennent avoir été 
faite par le demandeur. Mais ils ne disent rien sur le reste et qui 

répondant se trouvent tout articulé par l'exploit de lesdites 

ouvraiges sont visibles et rien ne peut être caché à la veu des 
experts. Les sieurs deffendeurs ne peuvent disconvenir que le 



158 SCULPtEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

demandeur les a fait tous par augmentations. Elles sont tous arti- 
culé en la demande. Les deffendeurs doivent se souvenir et la veu 

en est Le fait qu'au lieu d'une médail que les deffendeurs disent 

que le demandeur a fait sur la porte de bois, il s'en trouve deux, 
scavoir : une en dedans et une en dehors; lequel demandeur a 
gravé deux tombes et sur une troisième il y a gravé quatorze lettres. 
Que font les sieurs deffendeurs ? Ils offrent au demandeur une 
somme de 124 livres pour les neuf articles qu'ils reconnoissent par 
leurs deffenses avoir été faits en augmentations. Il y a en a de plus 
que les neuf articles qu'ils reconnoissent, tel qu'il vient d'être dit. 
Mais ils ne font aucunes offres sur le restant des ouvraiges portés 
en la demande du demandeur. Au reste sur le tout il faut que l'esti- 
mation des experts y passe. Sy les deffendeurs avoient fait des 
offres raisonnables le demandeur auroit pu les accepter. Il paroist, 
au contraire, qu'ils désirent l'estimation d'expert, puisqu'ils 
nomment un expert, à quy ils leur plaist de donner un nom inconnu 
à Soissons. En effet, il n'y a pas de sculteur à Soissons, reçu, quy 
s'appelle Flamang, il y a bien un nommé Charles, à quy les sieurs 
deffendeurs voudroient pour lors donner la qualité de sculteur quy 
n'a pas, puisqu'il n'est reçu audit Soissons que comme doreur et 
vitrier; et un doreur et vitrier n'est pas sculteur. Ainsy, sy c'est 
ledit Charles que les deffendeurs ont entendu parler, il ne peut 
passer pour expert en cette partie. 

Les deffendeurs ont tort de dire que l'ouvraige que le demandeur 
a fait n'est qu'une ouvraige esbauché. Elles sont des mieux faites, 
et jamais sculteur autre que le demandeur n'auroit pu mieux faire. 

Le demandeur peut hardiment dire que son ouvraige est parfaitte. 
Il scayt trop son art pour ne faire que des ouvraiges esbauchés. Il 
se flatte d'être connu dans la province pour rendre ses ouvraiges 
parfaittes. Les sieurs deff''^ ne peuvent pas disconvenir que le 
demandeur ayt fait le plan des formes quy se trouvent actuellement 
dans leur église ; que pour faire ce plan, le demandeur a été envoyé 
de la part des deff", avec le nommé Botidoux, menuizier, à Nogent, 
voir les formes quy sont dans l'église des religieux audict lieu, pour 
en prendre un model; qu'ensuitte ils ont envoyé le demandeur à 
l'abbaye de Saint- Jean de Laon et à l'église de Saint-Martin de 
Chauny pour prendre un model des formes des églises desdits lieux; 
que après tous ses voyages et ayant le demandeur fait des plans, les 
sieurs deff''^ en choisirent un quy a été laissé par le demandeur es 
main des sieurs deffendeurs et sur lequel plan ils ont fait faire leur 
forme ; que la menuizerie a été faite par ledit Boudoux et la sculture 
par Demont. Ainsy le demandeur doit être payé de ses voyages qu'il 
a fait à ses despens, du plan qu'il a donné et de la conduitte de la 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS i$^ 

menuizerie jusqu'à ce que icelle eust été en état de pouvoir, par le 
sculteur, être travaillée. Les experts à nommer fixeront le prix de 
ses voyages, plans et conduitte de la menuizerie. 

A tort les deff''s disent que le demandeur auroit pu se servir des 
echafaux qui Verniatix, maçon, avoit fait, c'est tout le contraire 
c'est le demandeur quy a fait les echafaux et Verniaux s'en est 
servy pour ragréer; qu'après s'en être servy et ses ouvriers, ils les 
ont jettes, pour la plus grande partie, bas ; et après le demandeur 
a été obligé d'en faire de nouveau. Lesdits defî-^^ pj-ivérent le deman- 
deur à l'ocasion de la nouriture qu'ils auroient deub luy donner 
lors et au tems qu'il a travaillé pour eux, ainsy qu'ils en étoient 
convenus, et pourquoy il a fait une réserve dans la quittance qu'il a 
donnée aux defF^ En effet le demandeur n'a jamais été noury 
qu'avec les domestiques et à la cuisine, lorsque Vergniaux mangeoit 
avec eux ; que le demandeur devoit être noury les festes et dimanches, 
ce quy n'a point été ; et pourquoy il forme sa demande incidente 
pour partie : affin d'indemnité desdites nouritures, et pour fixer lad. 
indemnité le demandeur s'en raporte au dire des experts quy seront 
nommés par les parties pour l'estimation de ses ouvraiges d'auge 
mentation. 

Le demandeur pour procedder à l'estimation des ouvraiges par 
luy faite par augmentation pour les despences mentionnées en son 
exploit de demande, a nommé pour expert de sa part la personne 
du S"" Hottin, sculteur, demeurant à Laon. Comme il interpelle les 
deff" d'en nommer de leur part, attendu qu'il n'y a pas de sculteur 
reçu à Soissons quy puysse s'appeler flamand et que le nommé 
Charles que les sieurs deffendeurs ont pu entendre parler, n'est que 
vitrier et doreur et non sculteur, sinon et à faute par eux d'en nom- 
mer qu'il en doit être nommé d'office c'est à quoy le demandeur 
conclud et aux despens. Le tout sans préjudice à autres deubs, 
demandes, actions. 

P. C. BuHOT. — Pannier. 

Le 17 may 1753 signiffié audit Charles Nicolas Canivet, procu- 
reur, ad ce qu'il n'en ignore, dont acte. 



VII. — Jugement du 18 mai 1783. 

Sachent tous que plaids tenues à Coucy par Nous Laurent Carlier, 
con^'' du roi, lieutenant 'général, commissaire enquêteur et exami- 
nateur au bailliage et gouvernement de Couci, le vendredi dix huit 
may mil sept cens cinquante trois, en la cause d'entre Philippe 



l60 SCULPTEURS LAONKOIS ET RÉMOIS 

Buhot, sculteur, demeurant à Verneuil, demandeur, aux fins de 
l'exploit de Tavernier, huissier à Couci, du 4 décembre dernier, 
controllé à Coucy par Courderoi le 5 dud. mois et an. Contre les 
s" prévost et religieux de la prévosté de Barizis deffendeurs. Les- 
quels ouies par leurs procureurs, scavoir le demandeur par Pannier 
et les sieurs deffendeurs parCanivet; ensemble le procureur du roy, 
nous, après la reconnoissance faite par les s''^ deffendeurs en leur 
écrit signiffié le 25 janvier dernier et d'habondant par ledit Cani- 
vet, leur procureur, que le demandeur a fait par augmentation les 
ouvraiges remarqués en l'exploict de demande du demandeur, avons 
iceux deffendeurs condamnés à payer au demandeur le prix desdits 
ouvraiges à dire d'experts qui seront convenus et nommés par les 
parties amiablement sinon par nous pris et nommé d'office, acte 
accordé au demandeur de la nomination par luy faite pour expert 
de sa part, de la personne du sieur Hottin, sculteur, demeurant à 
Laon. Ordonnons aux deffendeurs d'en nommer et convenir de 
leur part, en dedans le premier jour d'audience, sinon et à faute de 
le faire et ledit tems passé, il en sera par Nous pris et nommé d'of- 
fice de quoy dommages intérêts réservés, signé au registre : Carlier, 
si mandons, etc.. donnés audit Coucy soub le sceau royal dudit 
bailliage l'an et jour susdits, signé : Groulart, greffier et scellé. 

P. C. 

De huit janvier 1754 signiffié à la requeste de M^ Pannier, procu- 
reur du demandeur, à M« Canivet, procureur des deffendeurs, à ce 
qu'il n'en ignore, sommant ledit M'" Canivet pour sa partie de 
nommer et convenir d'expert au désir du jugement susdit sinon 
qu'il en sera pris et nommé d'office à laquelle fin déclare ledit 
M^ Pannier qu'il poursuivra l'audition de la cause vendredy prochain, 
dont acte. 

T.WERNIER. 



VIII. — Signification de Tappel du jugement 
par les prévôt et religieux. 

(24 janvier 1754.) 

L'an mil sept cens cinquante quatre, le vingt quatre janvier après 
midy à la requête de Messieurs les prévôt et religieux de Barizis y 
demeurants lesquels font élection de domicilie en la prevostée 
dudit lieu, j'ay Louis Rousset, sergent royal, immatriculé au baillage 



SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS l6l 

et grenier à sel de Coucy, y demeurant, soussigné, certiffie avoir 
signiffié, déclaré et duement fait sçavoir au sieur Pierre Philippes 
Biihot sculpteur demeurant à Verneuil, au domicile de W Charles 
Lambert Pannier, son procureur au baillage de Coucy, y demeurant, 
en parlant à son clerq, que lesdits sieurs prévost et religieux sont 
appellants, comme de fait ils appellent par ces présentes du juge- 
ment rendu contre eux et à leurs préjudices par Monsieur le Lieu- 
tenant Général du Baillage de Coucy le i8 mai dernier pour les 
nullités tors et griefs à déduire en tems et lieux et pardevant quy il 
appartiendra, protestant de nullité de tout ce quy pourroit être fait 
au préjudice du présent acte d'apel et de repetter toutes pertes, 
despens, dommages et interrests contre ledit Buhot et tous autres 
qu'il appartiendra, dont acte; fait et laissé copie du présent exploit 
audit Buhot au domicilie et parlant que dit est cy devant, l'an et jour 
susdits, le controUe nottifiez. 

ROUSSET. 



IX. — Les religieux renoncent à l'appel. 
(ler février 1754.) 

Disent qu'ils se désistent de l'apel, par eux interjette le 24 jan- 
vier dernier, du jugement rendu en l'instance d'entre les parties le 
18 may précédent; en conséquence et pour l'exécution d'yceluy 
jugement, déclarent qu'ils nomment pour experts de leur part le 
sieur Flamant sculpteur, demeurant à Soissons le même qu'ils ont 
choisy par leur écrist signiffié le 25 janvier de l'année dernière, de 
laquelle nomination doit leur estre accordé acte, et ordonné que 
ledit Flamant ainsy que le sieur Hottin, sculpteur demeurant à Laon, 
expert nommé de la part dudit Buhot, seront assignez pour prester 
le serment de bien et fidellement procéder à la visitte des ouvraiges 
d'augmentation dont est question, à l'effet de connoitre sy elles sont 
bien et deument faite et parfaite, et fixer le prix à proportion de 
celuy des autres ouvraiges cy devant faites par ledit Buhot et du tout 
en dresser leur raport et lafirmer véritable, pour ensuitte être par les 
sieurs defFendeurs résolu et fait ce qu'il conviendra, se réservant 
déduire s'yl y a lieu tels moyens qu'ils aviseront bon estre et ont 
requis dépens. Le premier février mil sept cens cinquante quatre 
signiffié aud. Pannier procureur dudit Buhot, à ce qu'il n'en ignore, 
dont acte. 

RoussET. 

ART FR. Xn IX 



îél SCULPTEURS LAONNOIS ET RÉMOIS 

X. — BUHOT 

(i^"" mars 1784.) 

Pour M''s les prevost et relligieux de la prévosté de Barisis deffen- 
deurs 

Contre 
Pierre Phillipes Buhot sculpteur dem^ à Verneuil, demandeur 

ASSIGNATION DU 4 X^""^ 1752. 

Messieurs les prevost et relligieux de la prévosté de Barisis, 
defFendeurs. 

Contre Pierre Phillipes Buhot, sculpteur demeurant à Verneuil, 
demandeur. 

Disent pardevant tous, Monsieur le lieutenant général du baillage 
de Coucy, que ce quy les a induit dans l'erreur où ils se trouvent 
sur la nomination du sieur Flameng de Soissons pour expert de leur 
part, c'est que cet homme estant flamant de nation, on le dit tel 
audit Soissons et ailleurs où il est connu ; mais son nom propre c'est 
Charles, dit Flamant, maître sculpteur audit Soissons ; pourquoy recti- 
fiant leur du cinq mars, présent mois. Déclarent que c'est ledit 

sieur Charles dit flamant, maitre sculpteur demeurant audit Soissons 
qu'ils ont entendu nommer et qu'ils nomment pour expert de leur 
part, en exécution de votre jugement du dix huit may dernier, de 
laquelle nommination ils requièrent acte, au surplus persistent en 
ce qu'ils ont dit, contenu et escrit comme avant votre jugement du 
premier de ce mois et requièrent dépens. Le vingt deux mars mil 
sept cens cinquante quatre, l'audience signiffié audit Pannier pour 
advertissement à ce qu'il n'en ignore dont acte 

ROUSSET. 

Cotté à Coucy le 22 mars 1754 

Jug* Courderoy 

payé 
Sachent tous que plaid a tenu par nous laurent Carlier con^ du 
roy, lieutenant général au baillage et gouverneur de Coucy le ven- 
dredy premier mars 1754 en la cause d'entre Philippe Buhot sculteur 
dem^ à Verneuil d"" en exo° de notre jugement d'avis 8 may 1753 
d'une part; et les s»" prevost et religieux de la prévoté de Barisis 
defî'^'s d'autre part; à l'audience de la cause, parties ouyes, scavoir 
le s"" dem"" par Pannier son procureur et lesd. defl'^'s par Canivet aussy 
leur p"" nous avons donné acte aux parties de la nomination par eux 



SCULPTEURS LAONNOÎS ET RÉMOIS l6^ 

faite pour experts de leurs parts, des personnes du s»* flamang dem. 
à Soissons lequel conjointement avec le s^ Hottin sculteur dem. à 
Laon, expert nommé de la part du dem»" par notre jug* dudit jour 
i8 may dernier; seront assignés à comparoitre pard^ nous un autre 
jour pour prêter le serment de bien et fidellement proccedder à la 
visitte ordonnée estre faite par notre jug* susd., en dresser leur 
raport et l'affirmer véritable pardevant nous. 



XI 
(5 mars 1754.) 

Messieurs les prévôt etc. 
Contre etc. 

Disent en adjoutant à leur écrit signiffié le premier février dernier 
et repondant à la difficultée que le procureur du defïendeur (sic) a 
fait en plaidant sur la qualité donné au sieur Flamant de Soissons 
expert nommé par les sieurs deffendeurs qu'ils ne connoissent point 
particulièrement ledit sieur Flamant; tout ce qu'ils scavent et ce 
qu'ils en ont apris d'un habile sculpteur du pays qu'il leur a indiqué, 
c'est qu'il est peintre et doreur audit Soissons du rang et même 
classe que les sculpteurs, sy vray qu'il contribue avec eux aux charges 
du corps de leur communauté, que d'ailleurs il a sur la sculpture les 
mesmes connoissances que les sculpteurs de profession aussy nest 
ce pas la première fois qu'il est choisy en pareil cas que celui cy, 
par conséquent peut vallabement demeurer pour expert des sieurs 
deffendeurs, et juger comme celuy nommé par le demandeur des 
ouvraiges d'augmentation dont est question. Au reste sy dans cette 
opération et l'estimation à faire, les experts ne s'accordent pas, il en 
sera choisy et nommé pour tier celuy qu'il plaira au juge; ce sera 
alors à la décision de ce dernier que les partyes devront s'en raporter 
au moyen de quoy le demandeur n'en souffrira pas plus que les 
sieurs deffendeurs quy insistent à ce qu'ils ont dit en leur écrit dudit 
jour premier février dernier et requièrent dépens. 

Le 5 mars 1754 signiffié à la requête de maitre Canivet, pro- 
cureur des sieurs deffendeurs à M^ Pannier procureur du deman- 
deur, à ce qu'il n'en ignore dont acte. 

ROUSSET. 



l64 INSTITUTION DE LA CORPORATION 

INSTITUTION DE LA CORPORATION 

DES 

MAITRES MAÇONS DE LAON 
(ii avril 1661.) 

Document communiqué par M. G. Grandin. 

Avec le règne de Louis XFV apparaît, àLaon, la famille Z)w^^5^^/ 
accompagnée de nombreux sculpteurs et maîtres menuisiers. 

Comme la sculpture est intimement liée à l'architecture, il 
ne sera peut-être pas inutile de dire quelques mots sur l'or- 
ganisation de la maîtrise des maîtres maçons à Laon. Cette 
Ville vit à cette époque édifier une grande quantité d'hôtels 
particuUers, de maisons et aussi quelques chapelles ; d'impor- 
tants travaux d'agrandissement furent exécutés dans les 
abbayes, à Saint-Jean principalement. 

Des difficultés surgissaient constamment entre les maîtres 
maçons, et le besoin d'une organisation régulière se faisant 
impérieusement sentir, quelques-uns d'entre eux en prirent 
l'initiative et adressèrent, en mars 1661, la demande suivante 
au prévôt de Laon : 

A Monsieur le prévost de la citté de Laon ou Monsieur 
son Lieutenant. 

Remonstrent humblement les M" massons de la ville de Laon et 
faux bourcq d'icelle : Simon Maretz, Jean Maretz et Pasquier Michel 
naguère demeurant en ceste ville et à présent au village de Vorges, 
que depuis 50 ou 60 ans plusieurs personnes se sont imicé de tra- 
vaillier de Tart de massonnerie, sans qu'ils en soient capable ; en 
telle sorte que journellement il y a des plans faicts entre eulx et 
blasme ceux qui travaillent bien dudit mestier et fidellement. 
Pourquoy ils se metteroient volontiers en jurande. 

De ce considéré, Monsieur, ils vous supplient les recevoir en 
jurande audict mestier affin que le publicque en puissent proufficter 
à l'advenir, au moien des visites, qui se ferons par les M« jurés, 
desdictes ouvrages. 

J. Coucy. — Charles Robert. — Pierre Longavoine. — Claude 
Henry. — Antoine Lebègue le Jeune. — Innocent Bourgeois. 
— Robert Faluy. — Claude Payen. — P. Carlier. — S. Marest. — 



DES MAITRES MAÇONS DE LAON 16$ 

J. Marest. — Jean Hottin. — Cambron. — Pasquier Michel. -— 
Gilles Grandhomme. — Vincent Henry. — Nicolas Germain. — 
Jean Cugnet. 

Au bas de cette supplique, à la date du i8 mars 1661, se 
trouve un avis favorable de Delacampagne, procureur du Roi. 

Le II avril suivant le prévôt J. Bellotte approuvait les statuts et 
ordonnances de la nouvelle corporation placée sous le patronage de 
Saint-Jean-l'Evangéliste, et il recevait le serment des maîtres jurés : 
Antoine de Coucy et Pierre Longavoine. Voici d'ailleurs la liste des 
42 maîtres maçons reçus en jurande : André Roze. — Charles 
Robert. — Antoine de Coucy. — Claude Henry. — Robert de Faluy. 

— Jean Hottin. — Geoffroy de Faluy. — Antoine Le Bègue le Jeune. 

— François Cambron. — Charles Housset. — Pierre Doré. — Vin- 
cent Rousseau. — Georges Vuarnet. — Pierre Cartier. — Pierre 
Longavoine. — Pierre de Cire. — Nicolas de Faluy, — Jean Quinart. 

— Charles Le Bègue. — Charles Payen. — Nicolas Grandhomme. — 
Simon Marest. — Gilles Grandhomme. — Antoine Roze. — Pierre 
Carton. — Jean Marest. — Hubert Vuarnet. — Pasquier Michel. 

— Jean Roze. — Jean Morelle. — Jean de Coucy. — Nicolas Housset. 

— Antoine Rousseau. — Pierre de Coucy. — François Picard. — 
Simon Hive. — Nicolas Finart. — Vincent Henry, — Pierre 
Cugnet. — Claude Housset le Jeune. — Hercule Delescluse. 

Ordonnances et statuts des maistres maçons de la ville de 
Laon concernant le mestier et jurande. 

Premier, seront esleus par chacun an deux esgards et un Rece- 
veur qui presteront le serment pardevant Monsieur le Prévost de 
bien et fidellement gouverner le mestier de Maçon, faire par chacun 
mois ou par chacune sepmaine et quand besoin sera les visitations 
des ouvrages de maçonnerie qui se fairont, tant dans l'enclos de 
cette ville de Laon, faulx bourcques, que dans la banlieue d'icelle, 
pour scavoir sy lesdits ouvrages seront bien faicts et comme il 
appartient. 

Seront lesdits Esgards tenus vingt quatre heures après lesdites 
visitations de faire rapport des deffaults ou vices qu'ils auront 
trouvés esdits ouvrages, et celuy qui les aura commis sera con- 
damné en amende arbitraire applicable, moictyé au Roy et l'autre à 
la confrairye de M. Saint-Jean Levangéliste. 

Seront tous les Maistres dudit mestier tenues d'assister toutes fois 
et quantes on eslira nouveaux esgards, sur peine de douze sols 
parisis d'amende. 



l66 INSTITUTION DE LA œRPORATION 

Nul ne sera receu, s'il n*est Maistre dudit mestier, à entreprendre 
aucun attellier ou besongne de maçonnerye, en peine de vingt 
quatre sols parisis d'amende et confiscation des outils. 

Tout apprentif sera tenu dés qu'il entrera chez un Maistre de 
payer une livre de cire à ladite confrairie dont ledit Maistre sera 
responsable, sauf son recours contre son dit apprentif. 

Nul ne sera receu en ladite Maistrise qu'il n'ait esté en appren- 
tissage soubs l'un desdits Maistres, par l'espace de trois ans conti- 
nuels et consécutifs et en cas de discontinuation, le chômage qu'il 
aura faict luy sera rabattu, si ce n'est en cas de maladie ou légitime 
excuse. Ne pouront lesdits Maistres oultre leurs enfans avoir qu'une 
apprentif à la fois, hormis que six mois avant l'expiration de trois 
ans, ils en pourront prendre encor une aultre pour pendant lesdits 
six mois luy estre monstre la manufacture dudit mestier. 

Tous compagnons, aspirant à la maistrise, avant pouvoir estre 
receu à chef d'œuvre, sera tenu faire apparoir de son apprentissage 
avec la certification de son Maistre de l'avoir bien et fidellement 
servy. 

Sera de plus interrogé, examiné, par lesdits Esgards, qui luy 
désigneront pour le chef d'oeuvre, s'ils le trouvent capable, un 
plan, une montée, un traict ou autre ouvrage dudit mestier, tel qu'ils 
sera advisé par lesdits Esgards, lequel chef d'œuvre se faira en leur 
présence, sans qu'aucun autre puisse y aider, ny mettre la main. 

Ledit chef d'œuvre faict, sera veu et visité et estant trouvée bien 
faict, sera ledit aspirant receu Maistre en prestant le serment en tel 
cas requis, pardevant Monsieur le Prévost, en la présence de Mon- 
sieur le procureur du Roy ainsy qu'il est accoustumé et payera à 
chacun desdits Esgards, à raison de seize sols parisis par jour qu'ils 
auront vacqué pour l'interroger, luy designer, voir faire et recevoir 
son chef d'œuvre. 

Le fils de Maistres voulant entrer en ladite Maistrise sera tenu de 
faire demy chef d'œuvre seulement et payer une livre de cire à 
ladite confrairie. 

Toutes chesnes et carreaux quy seront sur boutis doibvent estre 
à niveau et à plomb sur peine de vingt quatre sols parisis d'amende. 

Toute massonnerie, tant de pierre de taille que de blocailles, sera 
faicte à liaison raisonnable, sur peine de soixante sols parisis 
d'amende. 

Item, que les couppes des plattes bandes et manteaux de chemi- 
nées soient faictes de bonnes couppes, suivant l'art de massonnerie 
et pareilliement les couvertures des huisseries et fenestres, sur 
peine de trente six sols parisis d'amende. 

Toute maçonnerie soit lairesse ou pignon soit faicte à droicte 



DES MAITRES MAÇONS DE LAON 167' 

ligne et à plomb, s'il ne se trouve plie ou angle, comme les lieux 
le requièrent et toutes pierres soient en liaison, tant pierres de 
taille que biocailles, sur peine de vingt quatre sols parisis d'amende. 

Tous Maistres dudit mestier de maçon seront tenus d'assister, 
chacun an, au service divin, scavoir aux premiers vespres la veille 
et à la messe et aux secondes vespres le jour de mondit sieur Saint- 
Jean l'évangéliste, sur peine, en cas de défault de quatre sols pari- 
sis, applicable à ladite confrairie. 

Plus seront tenus, aussy eux et leurs femmes, adsister à la pro- 
cession qui se faict tous les ans le jour du Sainct-Sacrement et de 
suivre la chandeille dudit mestier, sur pareille peine contre les 
défaillians. 

Sera aussy célébré un service pour les trespassées de ladite con- 
frairies et ce au premier jour ouvrable d'après ladite feste de Mon- 
sieur Sainct-Jean. 

Le Receveur rendra ses comptes le dimanche ensuivant le jour 
du Sainct-Sacrement et sera payé aux auditeurs la somme de six 
livres. 

Fait et arresté, par Nous soubzignés, Maistres Massons audit 
Laon, le dix-septiesme Mars M VI<^ soixante un. (Suivent les signa- 
tures des 42 maistres maçons reçus en jurande, dont nous avons 
donné la liste. 

(Archives du Greffe du Tribunal civil de Laon. Prévôté.) 



FAÇADE DE L'ANCIEN HOTEL DE VILLE DE LAON 

Communication de M. G. Grandin. 

Jusqu'au commencement du xviii^ siècle, l'Hôtel-de- Ville de 
Laon avait été occupé par les prévôts ; mais un arrêt du Con- 
seil du Roi, en date du 19 juin 1702, ordonnait qu'à l'avenir 
le Maire et les échevins auraient seuls la jouissance de la 
Maison de Ville. L'exécution de cet arrêt ne se fit pas sans 
difficultés. En effet, la veuve de Jean Bellotte, le prévôt alors 
récemment décédé, se refusait à quitter les appartements 
qu'elle occupait. Enfin, le 7 juillet 1702, le Maire et les 
Echevins furent solennellement installés par le Lieutenant 
particulier du bailliage de Vermandois. 



l68 FAÇADE DE l' ANCIEN HOTEL DE VILLE 

Dix jours après, le 17 juillet 1702, un devis dressé par Jean 
Marest, indique les ouvrages à faire à l'Hôtel-de- Ville en vue 
de la nouvelle organisation; il s'agit surtout ici de travaux 
intérieurs. 

Ce n'est qu'en 1736 que l'on songea à donner à la Maison 
de Ville une façade monumentale. Elle fut édifiée en un mois 
ainsi que l'atteste la pièce ci-dessous extrait des comptes de la 
ville de Laon : 

Etat de la dépense faite pour la construction de la porte de 
l'hôtel de ville de Laon, qui a esté bâtie au mois de sep- 
tembre 1736. 

L'adjudication de la massonnerie et la fourniture des pierres, 
chaux, arenne, a été adjugé à Mailfert maître masson à 
680 livres, cy 680 1. 

La sculpture a esté donné à faire au sieur Forest, de Sois- 
sons, et lui a esté payé 156 livres, cy 156 1. 

Il y a eu de l'augmentation pour la massonnerie dans 
l'hôtel de ville pour la somme de 20 livres, cy 20 1. 

Il a esté fait des balustrades faite en bois par le menusier 
qui ont esté peintes en vert ; pour la fascon, bois et pein- 
ture, 40 livres, cy 40 1. 

A esté payé au serurier pour la serure des balustrades et 
pour avoir attaché les mesures matoises, 10 livres, cy. . 10 1. 

Pour le plomb et soudure posées au dessus de la corniche 

de la porte, y 6 livres, cy 76 1. 

Pour les ardoises du comble qui est au dessus de la porte a 

a esté payé 24 livres, cy 24 1. 

Total 1006 1. 

(Extrait du registre des dépenses de la ville de Laon, CC, 242, année 1736-1737.) 

Paie à Louis Maillefert, maçon, demeurant à Bruiéres, la somme 
de 680 livres pour avoir construit une nouvelle porte d'entrée de 
l'Hôtel- de-Ville, suivant le mandement, quittance cy raporté, 
cy 680 1. 

Audit Maillefert la somme de 26 livres pour avoir racomodé les 
deux petites' portes d'entrée de l'Hôtel-de-Ville et les armoiries, 
suivant le mandement, quittance, cy, rapporté, cy 26 1. 

Au sieur Forest, sculpteur demeurant à Soissons, la somme de 
150 livres pour la sculpture de la nouvelle porte d'entrée de l'Hô- 
tel-de- Ville, suivant le mandement cy raporté, cy 150 1. 

A François Mecheim S plâtrier, la somme de trente deux livres 
pour avoir fait le platfond de la nouvelle porte d'entrée de l'Hôtel- 



DE LAON 169 

de- Ville, suivant le mandement, quittance cy raporté, cy. . 32 1. 

Payé pour 2 desseins qui ont esté faits pour construire la nou- 
velle porte d'entrée de l'Hôtel-de-Ville, la somme de 8 livres, sui- 
vant le mandement cy raporté, cy 8 1. 

Payé pour le devis qui a été fait pour la construction de la porte 
la somme de 4 livres, suivant le mandement cy raporté, cy. . 4 1. 

Les dessins dont il est question ici, existent encore. Ils sont 
curieux, en ce sens, qu'ils permettent de voir les modifica- 
tions apportées au projet primitif, pendant l'exécution des 
travaux. 

L'entrée de l'ancien Hôtel-de-Ville se compose actuellement 
d'un passage ouvert couronné par un arc en anse de panier 
et accompagné sur les côtés de pilastres. Un premier étage 
percé d'une fenêtre basse est situé au dessus de cette entrée. 
Le tout est surmonté d'un fronton circulaire dont le tympan 
renfermait les armes de France — aujourd'hui complètement 
mutilées — avec de fortes palmes perlées sur les côtés. Les 
armes de la Ville sont placées sur l'archivolte de l'anse de 
panier, dont les écoinçons renferment aussi des palmes. Les 
panneaux situés entre la fenêtre et les pilastres du premier 
étage sont ornés de trophées d'armes et d'armures, au nombre 
desquelles se trouve un bouclier avec la tête radiée de l'époque 
Louis XIV. 

Deux projets furent faits pour le couronnement. 

Le premier avec fronton circulaire tel qu'il existe, mais 
dans le tympan duquel se trouvent les armes de la Ville, au 
lieu et place de celles de France. Elles sont entourées d'un 
tabouret, d'un compas, d'une équerre, d'une mappemonde et 
de livres. Sur les côtés et sur le sommet de ce fronton se 
trouvent des vases d'où sort une flamme dans le goût du 
temps. 

Dans le second projet, les armes de France sont soutenues 
par deux femmes ailées, assises au miheu de drapeaux et de 
canons ; à chaque extrémité se trouve un lion dont la tête 
vient se placer juste à l'angle de la corniche et forme ainsi une 
sorte de gargouille. 

La fenêtre du premier étage, avec dauphins en manière de 
consoles, se détache d'un fronton triangulaire brisé. 



I. Ce François Méchain est le père de l'astronome. 



k 



170, EPITAPHES DES PEINTRES SOIN ET DUBOIS 

S'il est permis de regretter que ce dernier projet n'ait pas 
été mis à exécution, — sans doute pour des raisons d'écono- 
mie, — il n'en est pas moins vrai que cette entrée de l'ancien 
Hôtel-de- Ville est le type le plus intéressant d'entre toutes les 
constructions élevées à Laon sous Louis XV. 



EPITAPHES DES PEINTRES 

MATHIEU SOIN ET AMBROISE DUBOIS 

(1613-1615.) 

Communication de M. Aglaûs Bouvenne 

SOIN MATHIEU 

(30 novembre 16 13) 

Cay gis le cors et reppose de honnorable — homme Mathieu 
Soin, pintre et bourgois de — ce lieu de Fontainebleau, deseda 
le dernier jour — de novembre mil cix Cans traize (1613), — prie 
Dieu pour son namme. 

(Église d'Avon, près Fontainebleau.)^ 

AMBROISE DUBOIS 

(27 décembre 16 15) 

Ci gist honorable homme Amhroise — Dubois natif d'Anvers 
enBraban vivant — vallet de chambre et paintre ordinaire dv Roy, 
lequel — est decccédé le XXVII ™e décembre MVIXV. — Priez 
Diev povr son ame. 

(Église d'Avon, près Fontainebleau.) 



JACQUES SALY 

de l'Académie de peinture et de sculpture 
de Paris 

SCULPTEUR DU ROI DE DANEMARK 



L'HOMME ET L'ŒUVRE 



Documents recueillis et annotés par M. Henry Jouin 
I 

LA STATUE PEDESTRE DE LOUIS XV ET LA VILLE 
DE VALENCIENNES 

Nous avons publié dans la Galette des Beaux-Arts une étude sur 
Saly^. Quel motif a pu nous déterminer à choisir ce sculpteur 
entre dix autres également célèbres au dernier siècle pour lui 
consacrer une notice?^ On le pressent; la découverte de pièces iné- 
dites est le plus souvent la cause première d'un travail écrit. Ce fut 
notre cas au sujet de Saly. Un document d'une importance excep- 
tionnelle sur cet artiste est entre nos mains. Son étendue, son 
caractère donnent à cette pièce la valeur d'une autobiographie et d'un 
plaidoyer. Le mémoire dont nous parlons, daté de Copenhague le 
i^"" mai 1766, ne pouvait trouver place dans la Galette des Beaux- Arts. 
Nous n'avons donc extrait jusqu'ici que de courts passages de l'auto- 
biographie du sculpteur. Le texte intégral du document doit être 
sauvé de l'oubli. Aussi bien, cette pièce avait sa place indiquée dans 
les archives communales de Valenciennes. C'est là que depuis 1766 
les historiens l'ont vainement cherchée. Par quels chemins l'auto- 
graphe original de Saly est-il venu échouer dans la boutique d'un 
libraire parisien de la rue Serpente où nous l'avons découvert en 1886 
après cent vingt ans de pérégrinations ? Nous ne saurions le dire. Mais 
afin que le papier voyageur ne se dérobe pas plus longtemps à la 
curiosité des écrivains d'art, hâtons-nous de publier ici le texte que 
nous avons en mains. 

I. Livraison du I" juin 1895. 



172 JACQUES SALY 

A MESSIEURS LES PRÉVÔT, JURÉS ET ÉCHEVINS 
DE LA VILLE DE VALENCIENNES 

Messieurs, 

La distance des lieux et des tems, ni les faveurs dont je 
suis comblé par la cour de Dannemarc ne sçauroient affoiblir 
les sentimens d'amour que je dois à ma patrie, ni la reconnois- 
sance dont les bontés m'ont pénétré; et l'intérêt que vous 
vous êtes empressés, Messieurs, de prendre dès ma jeunesse à 
ce qui me regardoit, m'est toujours présent à l'esprit. Je n'ai 
point oublié, Messieurs, que le 23 octobre 1737 vous dai- 
gnâtes, dans la vue de soutenir l'émulation parmi vos conci- 
toyens, m'envoyer les vins d'honneur de la ville, à l'occasion 
des petits prix et du second grand prix que j'avois remportés 
à l'Académie royale de Paris, ni que le i^"" avril 1740, après 
que j'eus remporté le premier prix de la même Académie et 
qu'on m'eut nommé pensionnaire du Roi à l'Académie de 
France à Rome, vous voulûtes bien donner une nouvelle 
preuve de votre amour pour les beaux-arts, en m'envoyant 
derechef les vins d'honneur, et en m'en donnant un certificat 
que je conservée encore. 

Je ne me rappelle pas avec moins de sensibilité le 8™^ de 
mai 1749, jour auquel dans la vue d'honorer mes foibles 
talens, vous m'invitâtes à paroître dans votre assemblée et 
vous me demandâtes un morceau de mon ouvrage pour le 
conserver dans l'hôtel de ville ; demande qui fut la source du 
bonheur que j'eus d'offrir de faire gratuitement une statue 
pédestre du Roi, pour décorer la place d'armes de Valen- 
ciennes ; de voir enfin cette offre acceptée, et de me trouver 
par là dans la possibilité de donner à ma patrie un tribut de 
mon amour et de ma reconnoissance^ en lui consacrant les 
prémices de mes travaux. Non, Messieurs, votre compatriote 
n'oubliera jamais toutes ces marques de bonté, dont le sou- 
venir fait la douceur de sa vie. 

Ma satisfaction auroit été complette, si en exécutant la 
statue du Roy j'eusse pu aussi exécuter les accessoires, tels que 
je les avois projettes dans mon esquisse ; mais il ne me fut pas 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV I73 

possible de suivre mon inclination dans ce point, parce que 
né sans fortune mes facultés ne me permettoient pas de me 
passer du fruit de mes ouvrages pendant tout le temps qu'il 
me faloit faire la statue du Roi laquelle ne me produisoit 
aucun secours. Je fus donc forcé d'entreprendre d'autres 
ouvrages pour subvenir à mes besoins domestiques, et pour 
soutenir une famille qui s'étoit épuisée en me procurant les 
secours nécessaires pour pousser mes études dans l'art que je 
professe ^ . 

Il ne me faloit pas moins que des raisons aussi fortes, 
Messieurs, pour m'empêcher de terminer ces accessoires immé- 
diatement après la pose de la statue et pour me forcer d'en 
suspendre l'exécution jusqu'à ce que j'eusse rempli les enga- 
gemens que j'avois contractés avec la cour de Dannemarc, 
pour faire la statue équestre de son souverain. 

Si à mon arrivée dans ce pais j'avois été servi par les 
ouvriers, comme j'aurois désiré l'être, dans les préparatifs 
nécessaires pour commencer le grand modèle de cette statue 
équestre, je serois de retour dans ma patrie, et les accessoires 
de la statue de Valenciennes seroient certainement finis ; mais 
malgré la sage prévoyance du ministre préposé par Sa Majesté 
Danoise pour présider à l'exécution de ce monument, et 
malgré toute l'ardeur qu'il a pu mettre pour tâcher de me 
procurer promptement les choses nécessaires, ces préparatifs 
étoient composés de tant de parties, ces parties se trouvoient 
susceptibles de tant de détails, ces détails dépendoient de tant 
d'ouvriers et de fournisseurs différens, que leur excessive len- 
teur m'a fait perdre bien des années, de sorte que par un 
enchaînement de circonstances, occasionnées par des causes 



I. Indépendamment de k statue pédestre du Roi, de son piédestal, et d'une figure 
de Faune pour ma réception à l'Académie royale de Paris qui ne me rapportoit pas 
plus que la statue de Valenciennes, j'ai Êiit, pour M™' la marquise de Pompadour, un 
Amour de 3 pieds de proportion en marbre, une figure d'Hébée de six pieds de haut 
en pierre de tonnaire ; pour M"'' Geaufrin (sic) deux Cariatides de 14 pieds de pro- 
portion, aussi en pierre de tonnaire ; pour M"" Calabre, un bronze de mon Faune ; 
pour M. le comte de la Marche, un Tombeau en marbre de 9 pieds 6 pouces de pro- 

Çjrtion, placé dans l'église de Saint-Rocq à Paris ; pour M. de Valory^ un autre 
ombeau de la même proportion en marbre et plomb doré posé à la cathédrale de 
Quenoy; pour M. Pineau de Lucé, un petit Tombeau en marbre et bronze doré, posé 
à Tours; pour M. le duc de Beauvillier, son portrait en marbre. Pour lesquels 
ouvrages et autres de moindre valeur, j'ai reçu, sans y comprendre différents pré- 
sents en vaisselle d'argent, 21844 1. 



f./4 JACQ.UES SALY 

secondes, la statue n'est pas encore jettée en fonte, quoique le 
grand modèle soit fini depuis le 5 janvier de Tannée 1764; et 
si les quatre groupes accessoires à ce monument, qui par la 
nature de sa composition devoit être le plus considérable qui 
se soit fait avoient eu lieu, cela m'auroit encore retenu un 
grand nombre d'années en Dannemarc, quelque diligence que 
j'eusse pu y apporter; mais le roi Frédéric V, par un trait de 
générosité qui seul lui mériteroit une statue, au mois de juin 
dernier retrancha de la composition générale du monument 
quatre groupes que les bienfaits de ce prince m'avoient porté 
à ajouter au delà des conditions démon contrat. Les dépenses 
considérables qu'entraînent avec eux les ouvrages de fonte, 
déterminèrent feue Sa Majesté à épargner à la Compagnie 
des Indes qui lui consacre cette statue, des dépenses aussi 
immenses. Quoique j'eusse fort désiré pouvoir donner à ce 
monarque une preuve de plus de ma sensibilité et de ma 
reconnoissance, je ne puis cependant m'empêcher d'admirer 
cette supériorité dans la façon de penser d'un roi, père de son 
peuple, laquelle le porta à sacrifier de plein gré une gloire per- 
sonnelle au bien être de ses sujets. 

Cette circonstance abbrégera de beaucoup mon séjour dans 
ce païs, me procurera la possibilité de retourner dans ma 
patrie beaucoup plustôt que je ne croyois, et me donnera les 
moyens de vous prouver. Messieurs, que toujours animé du 
même zèle patriotique qui m'a porté à offrir de faire le monu- 
ment de Valenciennes, je n'ai d'autre désir que de finir les 
accessoires de ce monument. Ce désir est si grand que non 
seulement je les exécuterai avec le même désintéressement 
que j'ai exécuté la statue; mais que s'il m'en faloit faire les 
dépenses moi-même cela ne seroit pas capable de m'arrêter. Je 
proteste donc. Messieurs, qu'après que la statue équestre pour 
laquelle j'ai été appelle ici, sera achevée (ce qui pourra aller à 
deux ou trois ans au plus) je n'entreprendrai aucun autre 
ouvrage, quelque avantageux et lucratif qu'il puisse être, 
avant que les accessoires de votre statue soient finis. 

Après m'être acquitté. Messieurs, d'un tribut de reconnois- 
sance, et après vous avoir donné des assurances qui auroient eu 
lieu depuis plusieurs années, si de tems à autre je ne m'étois 
flatté de pouvoir faire un voyage en France et de mieux 



STATUE P]*DESTRE DE LOUIS XV I75 

m'expliquer de bouche que par écrit ; souffrez, Messieurs, que 
je vous expose les désagrémens qu'un silence trop long et 
une absence prolongée m'ont mis dans le cas d'éprouver, 
tant de la part des discours de quelques personnes inconsidé- 
rées ou mal instruites, que de la part d'un livre qui a paru au 
commencement de l'année dernière, et dont l'auteur ne 
semble pas avoir été suffisamment instruit des particularités 
qui concernent la statue de Valenciennes. 

Depuis quelques années il ne m'étoit pas possible d'ignorer 
que bien loin de rendre la justice due à mon zèle pour la 
gloire du Roi et pour l'honneur de ma patrie, certaines gens, 
au mépris de la vérité, altéroient la plus part des faits, qui ont 
rapport à cette statue, et les racontoient aux étrangers d'une 
façon peu flatteuse pour moi. Ces faits cependant méritoient 
bien qu'ils les rendissent tels qu'ils se sont passés, puisqu'il 
s'agissoit de la gloire de leur ville et de l'honneur de leurs 
concitoyens, honneur qui rejaillissoit par conséquent sur eux- 
mêmes. 

Comment des choses vues et connues de toute une ville, 
ont-elles pu s'effacer de la mémoire ou se déguiser de la sorte ? 
Cela paroît incroyable. Cependant rien de plus certain. Trop 
de personnes dignes de foi m'ont fait ce récit pour que je 
puisse en douter. Dans la bouche de ces gens-là : ce n'est plus 
ce citoyen zélé qui par amour pour sa patrie lui consacre gra- 
tuitement son premier ouvrage : ce n'est plus cet artiste appelle 
par la cour de Dannemarc, et qu'on étoit charmé de voir 
partir pour Copenhague avec des conditions aussi honorables 
que lucratives, pour y faire la statue équestre du souverain; 
c'est au contraire un homme qui après avoir reçu, dit-on, de 
la ville des sommes considérables pour faire la statue du Roi, 
s'en est allé sans la finir. Quel contraste! Comment ces 
gens-là peuvent-ils ignorer que je n'ai rien reçu à titre de 
payement % que j'ai rendu mes comptes 2, des sommes que 

1. Le 19 juin 1749, après que la cour eut donné son consentemant pour l'exécu- 
tion de la statue du Roi, M. de Lucé me dit qu'il me feroit tenir lui-même tous les 
mois, par des rescriptions^ les fonds nécessaires pour les frais de cet ouvrage que je 
tiendrois un état de recette et de dépense et que je rendrois mes comptes après que 
tout seroit entièrement fini. 

2. Je présentai le i*' avril 1753 ces comptes à M. de Lucé qui les approuva. M. de 
Moras son successeur dans l'intendance de Valenciennes, les accepta et écrivit à M. de 
Croix pour qu'il m'en donnât une décharge, ce qu'il fit le 9 septembre de la même 
aanée. J'ai cette décharge entre les mains, et mes comptes doivent être au gréfe de la 
ville, ainsi que la lettre de M. de Moras. 



176 JACQUES SALY 

j'ai touché de la ville, et que j'ai donné ma parole d'honneur 
que je finirois les accessoires de ce monument dès que j'au- 
rois rempli mes engagemens avec la cour de Dannemarc. 
D'ailleurs comment aurois-je reçu des sommes considérables? 
puisque la totalité de celles qu'on m'a envoyé pour la statue 
et son piédestal ne monte qu'à 27786 1. 17 sols somme ^ bien 
modique pour les dépenses d'un tel monument, en compa- 
raison de tous ceux qui se sont faits jusqu'à présent; comme 
on peut en juger par la note ci-jointe. 

Malgré l'inconséquence de ces propos si déplacés, et malgré 
la persuasion où je suis qu'ils ne sont tenus que parmi le 
peuple; je ne vous dissimulerai point. Messieurs, qu'ils me 
touchent sensiblement, tant par le regret que j'ai de me voir 
privé d'une réciprocité d'amour de la part de quelques uns de 
mes concitoyens ; que parceque le mal ne trouve que trop de 
partisans et qu'un préjugé une fois établi, quelque absurde 
qu'il soit, se détruit difficilement. M. Dubelloy qui n'était 
cependant point de Calais a éprouvé un sort bien différent de 
la part du peuple Calaisien ^. 

Soutenu néanmoins. Messieurs, par cette tranquillité d'âme 
inséparable de la vérité, par la satisfaction que le cœur ressent 
en faisant le bien, et par l'espérance que j'avois de mettre 
avec le tems les choses dans tout leur jour, me flattant que 
les faits dévoient être couchés dans les registres de l'hôtel de 
ville, comme cela est d'usage partout, je m'assurois que ces 
témoins respectables déposeroient enfin contre ces injustices; 
mais c'est en vain que je m'en suis flatté ; et quel a été mon 
étonnement lorsque j'ai vu le Traité des monumens érigés à la 
gloire de Louis XV, que M. Patte publia au commencement 
de l'année dernière ! Cet auteur dans son prospectus promet- 
toit l'Histoire détaillée et particuUère de chaque monument 
d'après des mémoires envoyés par les intendants des provinces 
dans le département desquels ont été élevées des statues à Sa 
Majesté. Un tel ouvrage par sa nature et suivant son énoncé 
devoit rapporter les choses dans la plus grande exactitude; 

1. L'état des sommes envoyées de Valenciennes me fut remis par M. de Lucé le 
8 décembre 1752. Je communiquai cet état à M. de Moras et à M. de Croix; je l'ai 
encore entre les mains et j'en joins copie ici. 

2. M. Dubelloy, auteur de la tragédie du Siège de Calais. Voyez la Gaiette d'Ams~ 
terdam, n° xxv de l'année dernière. 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV I77 

mais, bien loin de là, il supprime beaucoup de particularités 
essentielles et en défigure entièrement quelques autres. Vous 
n'y apercevrez. Messieurs, ni les motifs qui m'engagèrent à 
offrir de faire ce monument; ni le désintéressement avec 
lequel je l'ai exécuté; ni les attributs caractéristiques du pacifi- 
cateur de l'Europe qui suspend ses conquêtes pour offrir la 
paix qu'il désire, objet que je me suis proposé lorsque je 
composai ce monument ; ni le don fait par le Roi des marbres 
de revêtissement du piédestal; ni la nature des présents qui 
m'ont été faits à ce sujet par le prince de Tingry, par M. de 
Lucé et par la ville ; non plus que la façon honorable et écla- 
tante avec laquelle ces présents me furent faits; autant de cir- 
constances néanmoins qui en augmentent infiniment la valeur. 

En lisant au commencement de la description historique ' 
que je fus chargé de l'exécution de ce monument, qui ne 
croirait pas que j'aie fait un marché avec la ville pour un 
payement convenu ? De plus, en lisant l'article des aumônes 
faites par la générosité et la piété du prince de Tingry, et où 
il est dit : « M. le prince de Tingry n'ayant pas jugé conve- 
nable de jetter de l'argent au peuple ci cause des accidents qui 
arrivent ordinairement dans ces sortes d'occasions, pour mieux 
placer les marques de sa générosité, fit distribuer des sommes 
considérables tant aux couvents de reHgieux et religieuses 
mendiants, qu'à tous les hôpitaux, à toutes les maisons de 
charité, et aux pauvres familles de la ville. Il fit encore un 
présent considérable au s*" Saly qui fut imité par M. de Lucé 
et par les magistrats ; qui pourroit se figurer que le présent 
du prince de Tingry fût une magnifique boette d'or avec le 
portrait du Roi, que cette boette me fût donnée au pied de la 
statue, au moment d'une cérémonie aussi auguste que celle de 
l'inauguration, et lorsqu'après avoir fait tirer le voile qui cou- 
vroit le monument, je fus descendu pour faire mon offrande 
à la ville, en la priant de recevoir cette preuve de mon amour 
et de ma reconnoissance ; et que ce prince daignât encore 
accompagner ce présent du remerciment le plus flatteur pour 
le citoyen et pour l'artiste ? 

Qui s'imagineroit en lisant cette description que le présent 

I. J'en joins la copie à ce mémoire. 

Art fr. xn Z3 



lyS JACQUES SALY 

des magistrats consistât dans une vaisselle d'argent aux armes 
de la ville, du gouverneur et de l'Intendant ; et que le lende- 
main de l'inauguration M. Desbleumortiers, lieutenant prévôt 
de la ville de Valenciennes, qu'elle avoit député, me pré- 
sentât cette vaisselle qu'il accompagna de ces paroles : « La 
ville est très-satisfaite du monument que votre zèle lui a pro- 
curé. Elle vous prie d'accepter cette foible marque de sa 
reconnoissance. Elle aurait désiré vous faire un présent plus 
digne de l'ouvrage et de vous ; mais cela ne lui a pas été pos- 
sible vu l'état où elle se trouve. » 

Qui croiroit que le présent de M. de Lucé fût un grand et 
superbe étui de mathématique en or ? 

Comment la circonstance du présent, fait par le gouverneur 
de la ville, circonstance qui tient si fort à tout le reste de la 
cérémonie de l'inauguration ^ et qui s'est passée non seule- 
ment à la vue de tous les habitans, mais encore de tous ceux 
que la beauté de cette cérémonie avait attiré ce jour-là, a-t-elle 
pu s'obmettre dans la Relation historique} Comment la nature 
du présent des magistrats s'y trouve-t-elle supprimée puis- 
qu'elle étoit si propre à faire honneur à la noblesse de leur 
façon de penser? C'est ce qui ne se conçoit pas. D'où pro- 
vient donc cette obmission ? Est-ce des registres de la ville, 
ou de l'auteur de la relation ? Mais le moyen de supposer que 
des magistrats respectables, préposés pour rendre la justice à 
leurs concitoyens ayent pu manquer à faire coucher dans les 
registres de la ville tout ce qui a eu trait à une époque de 
cette importance, ou qu'ils ayent souffert que les circon- 
stances en fussent altérées. D'un autre côté, quel intérêt 
M. Patte auroit-il eu à défigurer ce qui lui étoit communiqué 
par la ville ? Les faits qui sont obmis n'auroient-ils pas au 
contraire orné sa description ? Ne l'auroient-ils pas variée par 
leur singularité ? Car peu de villes peuvent se glorifier d'avoir 
donné des preuves aussi marquées de leur amour pour les 
arts, et peu de gouverneurs et d'intendants en pareille cir- 
constance se sont signalés d'une façon aussi flatteuse pour les 

I. Dans la relation que M. Patte a publiée touchant la cérémonie de l'inaugura- 
tion delà statue équestre de Bourdeaux, il a porté l'exactitude jusqu'à mettre que 
M. Boucher complimenta M. Le Moine, et pour lui témoigner sa satisfaction l'em- 
brassa ; exemple qui fut suivi par le soumaire et les jurats. Le compliment et le pré- 
sent du prince de Tingry méritoient-ils moins d'attention ? 



STAtXJE PÉDESTRE DE LOUIS XV Î79 

artistes ^ De pareils faits méritoient bien de trouver place 
dans les Archives de la ville et dans celles de la République 
des Arts. 

Si cette Description historique étoit annoncée sous un titre 
moins imposant, on la regarderoit comme l'ouvrage d'un 
particulier qui n'étant pas à portée de se faire instruire, 
n'avoît pu donner que ce qu'il sçavoit. Le cas est ici bien dif- 
férent. L'auteur prétend fonder ce qu'il dit sur les titres les 
plus respectables et les plus authentiques. On avoit donc 
droit d'attendre de lui un détail d'autant plus fidèle de tous 
les faits que son ouvrage intéresse la gloire du Roi, l'honneur 
de la Nation, le progrès des arts et l'encouragement des sujets 
du Roi en tout genre ^. 

Les propos du peuple de Valenciennes qui vraisemblable- 
ment ne peuvent venir que du peu de connoissance qu'il a de 
la modicité des déboursés que la ville a faits pour l'exécution 
de la statue et de son piédestal, et de la reddition de mes 
comptes, d'une part; de l'autre, le peu d'exactitude et le 
déguisement des faits dans la description historique du monu- 
ment qui obscurcissent une action regardée comme patrio- 
tique et généreuse par tous ceux qui en ont été instruits, par 
les ministres et par le Roi même; et si propres à découra- 
ger tout citoyen qui se dévoueroit à l'avantage de la patrie ; 
sont les motifs qui me portent à vous exposer. Messieurs, mes 
justes plaintes, dans l'espérance de trouver dans le sein paternel 
d'un corps aussi respectable que le vôtre, non une justifica- 
tion, mais un aveu de la vérité, puisque dépositaires des pièces 
capables de constater les faits, et portés d'ailleurs par zèle et 
par état à protéger l'offensé, vous ne souffrirez pas, que je 
demeure plus long tems exposé à de tels désagrémens; et je 
me flatte que vous voudrez bien, pour dissiper le nuage qui 
peut empêcher de voir de quelle façon les choses se sont pas- 
sées, vous rappeller et faire connoître, lorsque l'occasion s'en 
présentera : i° Qu'en 1749, j'offris de plein gré à M" les 

1. On ne trouve nulle part dans la relation de M. Patte que ni gouverneurs ni 
intendants ayent fait en leur nom aucun présent aux artistes chargés de faire les 
monuments élevés à la gloire du Roi. 

2. L'esiampe du monument de Valenciennes qui accompagne la descripttion de 
M. Patte n'est pas plus fidèlement rendue. On n'y reconnoît ni la statue ni son pié- 
destal. 



l80 JACQUES SALY 

magistrats, de faire gratuitement la statue du Roi pour Télever 
sur la place Royale de Valenciennes; 2° que j'ai effectivement 
exécuté cette statue sans avoir jamais rien touché à titre de 
payement; 3° que j'ai fourni et soldé le 9 septembre 1753 le 
compte de la recette et de la dépense qu'il m'avoit falu faire 
pour mettre ce monument dans l'état où il est; 4° que le 
compte étoit accompagné des quittances de tous les fournis- 
seurs et ouvriers dont je m'étois servi pour les différents pré- 
paratifs nécessaires à ces sortes de travaux; 5° que M. de 
Croix, en qualité de Prévôt de la ville, m'a donné le même 
jour 9 septembre 1753 une décharge des avances que j'avois 
reçues; 6° que le 11 septembre 1752, la ville m'a fait présent 
d'une vaisselle d'argent à ses armes, à celles du prince de 
Tingry, et à celles de M. de Lucé; 7° que le gouverneur au 
moment de la cérémonie de l'inauguration, me fit présent 
d'une boette d'or avec le portrait du Roi. 

Tout autre que moi auroit sans doute requis avant de 
partir pour Paris, un acte de l'offre que j'avois fait à la ville de 
lui exécuter gratuitement une statue pédestre du Roi, et de la 
députation faite par Elle le 28 mai 1749, pour venir me 
déclarer qu'EUe acceptoit l'offre que je lui avois faite à ce sujet. 
Cette réquisition eut été dans sa place; mais uniquement 
occupé de la perfection d'un ouvrage que je faisois par goût, 
et qui réunissoit toutes mes affections, je partis plus jaloux de 
tenir la parole que j'avois donnée à M. de Lucé et à la ville 
de poser la statue du Roi le 8 septemdre 1752, que de tout 
ce qui pouvoit me toucher personnellement. On s'étonnera 
encore qu'après la cérémonie de la pose de la statue et la 
réception des présents, je n'aie point requis par cet acte non 
plus qu'au moment de la reddition de mes comptes; mais 
j'avoue que croyant mon zèle gravé dans le cœur de mes 
compatriotes, et inscrit dans les registres de l'hôtel de ville, 
j'étois fort éloigné de prévoir qu'après la publicité de ces faits, 
il eût jamais été possible de me trouver dans le cas d'en avoir 
besoin. D'ailleurs la quantité d'ouvrages et d'affaires que je 
devois finir avant mon départ, et l'obligation où j'étois de me 
rendre à Copenhague dans un tems fixé, tout cela me fit 
négliger la demande d'un certificat de la nature de celui qui 
m'avoit été offert et donné le i" avril 1740, au sujet des vins 
d'honneur. 



4 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV l8l 

Que cette négligence de ma part, que Téloignement que j'ai 
toujours eu de faire valoir ce qui pourroit tourner à mon avan- 
tage dans toute cette affaire; que le silence que je gardai 
envers M. de Boze touchant la façon dont j'avois proposé et 
dont j'exécutois cet ouvrage, qui, s'il eût sçu, n'auroit certai- 
nement pas manqué d'en faire mention dans l'inscription du 
piédestal ; que le refus constant que je fis à M. de Lucé de 
faire graver ces circonstances sur la table d'inscription placée 
à l'hôtel de ville, table que je fis faire de mon propre mouve- 
ment, pour y mettre les noms de tous ceux qui avaient con- 
couru à ce monument; que tout cela, je vous prie, Messieurs, 
ne tourne pas aujourd'hui à mon détriment, et ne laisse pas 
un cours libre à des récits aussi inconséquents qu'injurieux, 
faute d'un aveu formel de votre part. 

Quoique les membres du magistrat ayent changé depuis 
l'époque de l'érection de la statue du Roi, c'est toujours le 
même corps qui subsiste, et le même esprit qui doit y régner; 
par conséquent le même intérêt. J'espère donc. Messieurs, 
que vous ne marquerez pas moins d'ardeur que vos prédé- 
cesseurs pour tout ce qui a trait à ce monument, ainsi que 
pour protéger les beaux-arts et vos concitoyens; et que vous 
ne permettrez pas que des faits qui font tant d'honneur à 
votre ville, soient défigurés de la sorte ou ensevelis dans 
l'oubli. 

Je me flatte d'autant plus d'obtenir. Messieurs, de votre 
bonté et de votre justice l'effet de ma demande, qu'elle ne 
sçauroit tourner au préjudice de qui que ce soit, et qu'au 
contraire elle sera à l'avantage de tous ceux qui ont eu part 
à la chose. L'aveu que je sollicite calmera la douleur dans 
laquelle je suis plongé et soutiendra l'amour du plus zélé de 
vos concitoyens. 

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect. 

Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur, 

Saly. 

A Copenhague, ce i mai 1766. 

Si contre toute attente, le départ subit de M. de Lucé 
pour l'Intendance d'Alsace qui présida à toutes les affaires, 



102 JACaUES SALY 

concernant ce monument, ou si le changement des magis- 
trats avoit suspendu quelques unes des formalités nécessaires 
pour mettre les faits dans tout leur jour, et qu'il fût besoin de 
pièces relatives à cet objet, ma correspondance de lettres à 
M. de Lucé que j'ai conservée, jointe à un journal circon- 
stancié que j'ai tenu de tout ce qui a eu trait à votre statue 
depuis le premier jour où il en a été question jusqu'à mon 
départ pour ce païs, et à d'autres papiers que j'ai aussi entre 
les mains, pourront éclaircir les choses, et j'aurai l'honneur, 
si vous le souhaitez. Messieurs, de vous les communiquer. 
En attendant je joins ici une copie de la décharge de M. de 
Croix; une du certificat des magistrats au sujet des vins 
d'honneur; une des rescriptions de M. de Lucé; une de 
l'état des sommes qui m'avoient été envoyées par la ville 
pour subvenir aux frais de la statue ; une de la relation his- 
torique de M. Patte; et une des dépenses faites par les diffé- 
rentes villes qui ont consacré des monuments à la gloire du 
Roi. 

PIÈCES ANNEXES 

I. — Copie de la décharge de M. de Croix. 

Le 9 septembre de l'an 1753, le sieur Sally m'a présenté le 
compte des argents et des sommes qu'il a reçu en avance des 
frais de la statue, montante à celle de vingt sept mille sept 
cents trente six livres dix-sept sous, et l'état de dépense mon- 
tant à celle de vingt sept mille deux cents trente trois livres 
cinq sous, lequel il a déclaré être véritable en son contenu 
tant par acquis qui y sont joins que par affirmation. En con- 
séquence il demeure deschargé desdites avances à cinq cents 
trois livres douze sous près dont il fera compte à ce qui en 
sera ci-après réglé pour les frais des bas-reliefs et cartels'. 

1. Le 8 septembre 1753, lorsque je remis mes comptes à M. de Moras au camp de 
Berlemont, je lui remis aussi les 503 1. 12 sols dont la recette excédoit la dépense; 
mais il ne voulut absolument pas les recevoir. Il me dit : « J'accepte vos comptes, mais 
point du tout les 503 1. 12 sols que vous proposez de rembourser à la ville. Il ne lui 
conviendroit pas de recevoir une telle bagatelle après la façon généreuse avec laquelle 
vous en avez agi avec elle. » Le lendemain 9 septembre, en remettant à M. de Croix 
le même état de dépense et de recette conformément aux ordres que j'en avois reçu 
de M. de Moras, je voulus également lui rembourser ces 503 1. 12 solsr; mais ce fut 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 183 

A Valenciennes, Rasoir de Croix en qualité de prévost de la 
ville. 

II. — Copie de Vacte des magistrats de Valenciennes. 

Prévost jurez et eschevins de la ville de Valenciennes com- 
posant la magistrature, certifions à tous qu'il apartiendra que 
le s*" Jacques Saly, âgé de vingt un an et demy, fils légitime 
de François Saly et de Marie Michèle Jardet, bourgeois de 
cette ville, nous auroit représenté les quatre prix qu'il a obtenu 
de l'Académie royale de sculpture de Paris consistant en deux 
médailles d'or et en deux médailles d'argent avec son brevet 
de M. Orry, contrôleur général des finances, du 9 mars 1740, 
portant qu'il est nommé et choisy pour être l'un des élèves 
de l'Académie de sculpture et peinture à Rome et s'y perfec- 
tionner dans le dit art sous la conduite de M. de Troy, direc- 
teur de ladite Académie. Et pour récompenser ledit s"" Sally de 
l'honneur qu'il a fait à cette ville d'avoir remporté lesdits 
grands prix et l'animer à continuer de faire bien ses devoirs 
et de se rendre toujours plus habile et expert dans son art 
de sculpteur, nous lui avons envoyé de nouveau les vins 
d'honneur de cette ville, comme nous lui avons encore envoyé 
le 23 octobre 1737. En assurance de quoi, avons fait signer le 
présent acte par notre conseiller pensionnaire et héréditaire à 
Valenciennes le premier avril mil sept cent quarante. 

Scellé et signé : Malotau de Villerode. 

///. — Copie d'une rescript ion de M. de Liicé. 

Je vous envoyé, Monsieur, une rescription de 300 1. ' pour 
fournir aux dépenses de la statue pendant le courant du pré- 

en vain. Il me dit : « Cela n'est pas possible, parceque la lettre de M. de Moras porte 
absolument de ne pas les recevoir. » Ce ne fut qu'après beaucoup d'instances inutiles 
de ma part pour les lui faire prendre, que je consentis de les garder en dépôt; mais à 
condition toutefois que je les employerois pour les frais des bas reliefs et des cartels, 
et qu'il en seroit mention dans la décharge qu'il alloit me donner. 

I. A la réserve de quelques rescriptions que je reçus ix)ur des dépenses extraordi- 
naires, toutes celles qui m'ont été envoyées depuis le commencement de l'ouvrage 
jusqu'au mois de décembre 1750, ont été de 300 1.; depuis ce temps là jusqu'au mois 
d'août 1751, tems auquel je fis commencer le piédestal, elles furent de 600 1.; et 
depuis ce temps là jusqu'au mois d'août 1752, elles furent de 900 1, 



l84 JACQ.UES SALY 

sent mois. Je suis. Monsieur, votre très humble et très affec- 
tionné serviteur. 

Signé : LucÉ. 



IV. — Copie de rétat de Vargent reçu par M. Saly depuis que le 
projet a été formé d'élever une statué pédestre du roi sur la place 
de cette ville. 

Il lui a été envoyé depuis la fin 1749 jusqu'au premier 
novembre 1750 en ordres qui ont été brûlés au moyen des 

remplacemens qui ont été faits 13000 1. cy. . . 13000 1. 

Par ordre du 3 décembre 1750 300 

Par autre du 26 octobre 175 r ' 600 

Par autre du 2 novembre 600 

Par autre du 12 septembre 600 

Par autre du 3 décembre 900 

Par autre du 11 janvier 1752 . , . . . 900 

Par autre du 3 1 dud 900 

Par autre du 29 février 900 

Par autre du i^"" avril 900 

Par autre du i^"" mai . . , 900 

Par autre du i^'' juin 900 

Par ordre du i^"" juillet 900 

Par ordre du 12 août 900 

Il a reçu à Valenciennes le 9 septembre . . 600 

Plus le 5 octobre . . . , 900 

Plus le 13 octobre éoo 

Plus le 24 dud 1000 

26300 1. 

Plus il lui a été envoyé le 26 décembre 1750 pour fournir 
à la dépense de l'établissement du bloc sur le chantier, 
cy 400 1. 

Plus le 17 février 1751 pour celle de 
l'échaffaudagé de Paris, cy 1086 1. 17 sols. 

Total. . . , 27786 1. 17 sols. 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 185 



V. — Extrait d'un livre intitulé : Monumens érigés en France 
à la gloire de Louis XV, par M. Patte, architecte de S. A. S. 
Mgr le prince Palatin duc régnant de Deux Ponts, 



MONUMENT ÉLEVÉ A LOUIS XV A VALENCIENNES 

En 1744, le Roy ayant séjourné huit jours à Valenciennes; 
pour célébrer cet honneur mémorable, les magistrats formè- 
rent le dessein d'élever sur la grande place de cette ville, la 
statue pédestre de Sa Majesté. 

M. le prince de Tingry, lieutenant général des armées du 
Roi et des provinces de Flandres, gouverneur de la ville et de 
la citadelle de Valenciennes, et M. le baron de Lucé alors 
intendant du Hainaut, en ayant obtenu la permission du Roi, 
M. Saly, célèbre sculpteur de notre Académie royale de pein- 
ture et de sculpture fut chargé de l'exécution de ce monu- 
ment. 

Cette statue fut exécutée à Paris : Sa Majesté fit présent à 
la ville de Valenciennes du bloc de marbre. Lorsqu'elle fut 
finie, on l'embarqua sur la Seine; et de là en remontant Loyse 
elle parvint à Saint-Quentin, d'où elle fut conduite par terre 
à Valenciennes sur un traîneau, et à l'aide d'une machine de 
l'invention de M. Laurent. 

Ce fut le 5 septembre 1752 que la statue arriva dans cette 
ville. Elle fut placée sur son piédestal le 7; et demeura cou- 
verte jusqu'au 10 qui étoit le jour marqué pour la cérémonie 
de l'inauguration ^ 

Ce piédestal a voit été élevé dans la principale place (pi. 18) 
où est située l'hôtel de ville, l'hôtel des fermes, et par laquelle 
il faut nécessairement passer quand on traverse Valenciennes. 
Cette place a environ vingt-cinq toises de large sur quatre 
vingt neuf de long; il y a dix rues qui y aboutissent.. 

La statue du Roi n'est pas placée au miUeu, mais à neuf ou 



I. Extrait des registres de l'hôtel de ville de Valenciennes^ communiqué par M. de 
Blair de Boisement, intendant du Hainaut. 



l86 JACQ.UES SALY 

dix toises d'une des extrémités du côté de l'hôtel des fermes, 
auquel elle tourne le dos. 

A gauche est le bâtiment de l'hôtel de ville qui est ancien 
et gothique; et à droite pour rendre cet endroit plus régulier 
et mieux décoré on a reconstruit depuis peu tout le côté dont 
nous avons représenté l'élévation (pi. 19). 

M. le prince de Tingry ayant annoncé qu'il arriveroit le 9 
pour assister à la cérémonie de l'inauguration de la statue du 
Roi, un détachement de la garnison, les cavaliers de la maré- 
chaussée, les cinq compagnies d'infanterie, et celle des chevau- 
légers de la ville, allèrent au devant de lui; à son arrivée il 
fut salué d'une décharge d'artillerie : les rues par lesquelles il 
passa étoient bordées d'une haye de troupes de la garnison. 
Les magistrats en corps se rendirent à son hôtel où il fut 
harangué par M. Maloteau, conseiller pensionnaire; et il reçut 
les complimens du clergé, de tous les corps militaires, et de 
la noblesse. Le soir, toute la ville fut illuminée, il y eut des 
feux de joye dans toutes les rues. 

Le 10 après midi, les magistrats, précédés des compagnies 
d'infanterie et de cavalerie bourgeoise furent à l'hôtel de M. le 
prince de Tingry pour l'accompagner à la cérémonie. Ce 
prince se mit à leur tête ayant l'intendant à sa droite et le 
prévôt à sa gauche. Ils se rendirent sur la grande place, pré- 
cédés des mêmes compagnies bourgeoises. 

Lorsqu'ils furent arrivés au piédestal de la statue du Roi, 
on tira le voile qui la couvroit. M. le prince du Tingry et 
toute sa suite la salua pour marquer son respect, et on défila 
par la droite en faisant le tour du piédestal. Au même instant 
toutes les cloches et les carillons sonnèrent; les compagnies 
bourgeoises firent trois décharges de mousqueterie ; les troupes 
de la garnison et de la citadelle qui étoient sur les remparts 
y répondirent; et il fut tiré trois salves de toute l'artillerie. 
On entendit de toutes parts, et par une multitude innom- 
brable de peuple qui s'étoit rendu sur la place et aux fenêtres 
des cris redoublés de « Vive le Roi », auxquels se joignirent 
toutes sortes de fanfares, de timballes, de trompettes, de cors 
de chasse, de hautbois, de tambours, etc. 

Le cortège se rendit ensuite à l'hôtel de ville où M. Blondel, 
échevin, prononça au nom de la province le discours suivant 
à l'occasion de l'érection de ce monument : 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 187 

« Monseigneur, 

« La patrie emprunte ma voix pour exprimer des senti- 
ments que je partage avec elle. Nous rendons un hommage 
immortel au meilleur de tous les Rois. Le même monument 
va confondre à l'avenir les preuves de sa gloire avec celles de 
notre amour. 

« Ici, Messieurs, les exploits de Louis XV se présentent en 
foule ; exploits d'autant plus chers à notre mémoire qu'ils 
furent le salut de ces contrées, et que nous goûtâmes la joie 
d'en être spectateurs : En effet, tant que le Roi a combattu 
sur nos frontières, nous avons volé partout sur ses pas, par- 
tout nous avons trouvé la victoire. Nous étions à Fontenoy, 
à Lauwfeld, lorsqu'il donna à une armée formidable l'exemple 
des vertus guerrières; et ne laissa de ressource à des nations 
humiliées que dans sa modération et dans sa clémence. Nous 
l'avons vu à l'éclat des triomphes ajouter la rapidité des con- 
quêtes; emporter d'assaut une forteresse' contre laquelle 
l'expérience des plus grands capitaines avoit échoué jusqu'à 
nos jours. Et quel fruit exigea-t-il de tant de prospérités? La 
seule douceur de rétablir le calme dans nos provinces, en paci- 
fiant l'Europe. 

« Qui sçait mieux que vous, Mgr^, ces campagnes glo- 
rieuses que l'histoire célébrera à jamais? Vos talens dans la 
guerre vous avoient approché de votre monarque; il vous 
confioit les ordres qui préparoient ou décidoient les batailles; 
vous l'accompagniez dans les victoires. Il vous combla de 
faveurs à son entrée triomphante dans l'une de ses conquêtes; 
et bientôt pour prix du zèle que vous aviez fait éclater sous ses 
yeux, il augmenta le grade militaire dont il avoit honoré vos 
premiers services. 

« Les exploits de Louis XV ne sont pas seuls présens à nos 
esprits : Il est un événement dont la mémoire nous est infini- 
ment précieuse. Rappelez-vous, Messieurs, le jour fortuné où 
votre souverain daigna paroître au milieu de vous. C'est dans 
le Ueu même où vous rendez la justice à vos concitoyens qu'il 

1. Berg-op-Zoom assiégé sans succès par le Duc de Parme en 1588, et par Spinola 
en 1622, conquis par le Roi en 1747. 

2. M. le prince de Tingry fut aide de camp du Roi pendant les campagnes de 
Flandres. Il eut l'honneur de recevoir Sa Majesté lorsqu'elle entra dans Tournay; 
il fut lieutenant général de ses armées à la promotion du 10 mai 1748. 



l88 JACaUES SALY 

reçut vos hommages, vos vœux, et les nouveaux sermens 
d'une fidélité inviolable. C'est de ce lieu qu'il fût témoin de 
vos fêtes; qu'il s'émut, qu'il s'attendrit aux acclamations d'un 
peuple empressé, et pour tout dire, en un mot, qu'il fit briller 
les vertus qui sont le bonheur de la France; et qui lui ont 
acquis le titre de Bienaimé. 

« Ce n'est qu'aux princes vertueux les délices de leurs 
sujets que les monumens sont dus; et notre monarque en 
avoir depuis longtems d'ineffaçables dans nos cœurs : Résolus 
de les rendre publics, notre compatriote exécute nos projets 
avec autant d'ardeur que de désintéressement. Quel avantage 
pour la patrie d'admirer dans ce chef d'œuvre de sculpture le 
ciseau d'un de ses concitoyens ? Elle se peut glorifier désor- 
mais d'avoir produit le rival des Girardon. Déjà elle comptoit 
au nombre de ses artistes les Vateau, les Pater; mais son 
intérêt ne guida, n'échauffa jamais le génie de ces hommes 
célèbres ; presque tous leurs ouvrages sont perdus pour cette 
ville, une mort prématurée empêcha l'exécution de ceux qu'ils 
lui destinoient. Saly, plus heureux consacre à sa patrie le plus 
noble de ses travaux; il la décore d'un monument propre à 
exciter l'émulation de ses concitoyens en leur inspirant l'amour 
des talens; il leur présente un modèle capable de former des 
maîtres dans cet art merveilleux qui, en animant le marbre 
et l'airain contribue à l'immortalité des héros. 

« Nos annales perpétueront le souvenir d'un jour aussi 
solennel. Vous nous l'avez procuré, Mgr, vous en qui nous 
retrouvons un nom et des vertus que la France révère depuis 
son origine, vous le digne successeur d'un père dont la 
mémoire sera éternellement précieuse à la nation ; aussi bien 
que chérie de nos habitans; vous, Mgr, à qui les dons du 
cœur et de l'esprit ont mérité les distinctions, la faveur, 
l'amitié de votre maître. 

« Oui, Messieurs, l'amitié; et ce mot renferme l'éloge du 
monarque en même temps que celui du héros dont je parle. 
Qu'il est rare d'avoir sur le trône le cœur ouvert à ce senti- 
ment! Qu'il est beau de voir l'amitié récompenser la vertu! 

« Souffrez, M"" "■ que nous nous acquittions envers vous du 

I. M. le baron de Lucé, à qui la Ville est redevable, ainsi qu'à M. le prince de 
Tingry, de la permission que le Roi daigna accorder de lui ériger une statue et du 
don du bloc de marbre qu'il eut la bonté d'y joindre. 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 189 

même devoir. Vous avez concouru à ce jour si mémorable ; 
et votre bienveillance pouvoit-elle nous manquer puisqu'il 
s'agissoit de la gloire du Roi, et de l'avantage de cette ville ? 
La Patrie ne parle ici, M., que de vos bienfaits : l'état publie 
assez sans elle les qualités éminentes avec lesquelles vous 
gouvernez les Provinces; cet esprit juste, actif, pénétrant, 
supérieur à votre place, qui traite sans embarras et toujours 
avec succès une multitude d'affaires importantes. Heureux si 
nous jouissions long tems d'un gouvernement dont la sagesse 
a comblé nos espérances. 

« Valenciennes n'oubliera jamais. Messieurs % que la pompe, 
la magnificence de ce jour, les fêtes, les spectacles, l'excès de 
l'allégresse publique, que tout cela, dis-je, a couronné l'ad- 
ministration des magistrats... Je m'arrête ici. Messieurs; 
l'honneur que j'ai d'être assis parmi vous ne me permet pas 
d'être plus long tems l'interprète de ma patrie; c'est à la voix 
publique d'exprimer les sentimens qui vous sont dus. » 

La statue pédestre du Roi (pi. XVII) a environ neuf pies 
de proportion. Sa Majesté est représenté en héros de l'anti- 
quité, couronné de lauriers, tenant de la main gauche la poi- 
gnée de son épée qui est commencée à tirer du fourreau, et 
étendant la droite dans l'action de donner des ordres. Elle est 
placée sur un piédestal de marbre blanc veiné de onze pies de 
haut, élevé sur trois marches; au bas duquel il doit y avoir 
un trophée qui n'est pas encore exécuté. Deux de ses faces 
doivent aussi être ornées de bas reliefs relatifs aux victoires du 
Roi, et sur les deux autres sont gravées deux inscriptions. 

Dans la première il y a : 

LUDOVICO XV 

REGI CHRISTIANISSIMO 

ET DILECTISSIMO 

PIO FELICI 

SEMPER AUGUSTO 

VALENTIANIS CIVITAS 

ALM.E PACIS OTIA SPIRANS 

STATUAM HANC MARMOREAM 

I. Messieurs les Magistrats. 



190 JACaUES SALY 

CI VIS MANU ELABORATAM. 

iETERNUM 

AMORIS ET OBSEaUII 

MONUMENTUM 

DAT, DICAT ET CONSECRAT 

Et dans la seconde : 

PR^FECTUS ET EDILES 

ACCLAMANTE POPULO 

POSUERE 

ANNO MDCCLII 

La cérémonie de l'inauguration ou de la dédicace finie, les 
officiers, la noblesse et les dames accompagnèrent le gouver- 
neur aux casernes afin de jouir du spectacle des tables servies 
avec la plus grande abondance, et qui étoient dressées dans 
les cours pour les soldats et sergens de la garnison. 

M. le prince de Tingry n'ayant pas jugé convenable de 
jeter de l'argent au peuple à cause des accidens qui arrivent 
ordinairement dans ces sortes d'occasions, pour mieux placer 
les marques de sa générosité, fit distribuer des sommes consi- 
dérables tant aux couvents des religieux et religieuses men- 
diants, qu'à tous les hôpitaux, à toutes les maisons de cha- 
rité, et aux pauvres familles de la ville. Il fit encore un présent 
considérable au s' Saly, exemple qui fut imité par M. de Lucé, 
et par les magistrats. 

Vers les six heures du soir, l'intendant, les officiers de 
l'état major, ceux de la garnison, une grande partie du clergé, 
les magistrats, les gentilshommes, et les dames de la ville 
soupèrent chez le prince, où ils furent traités avec la plus 
grande magnificence et sans confusion, quoiqu'il y eut au 
moins quatre cent personnes à différentes tables. 

A dix heures on se rendit à l'hôtel de ville. M. le prince 
de Tingry avec M. de Lucé et le prévôt allumèrent le feu de 
joie qui étoit préparé vis à vis, et on tira l'artifice qu'on avoit 
fait venir de Paris. 

L'hôtel de ville, toutes les maisons de la place furent par- 
faitement illuminées, ainsi que tout le reste de la ville, et les 
habitans firent des feux devant leurs portes. On plaça encore 



STATUE PEDESTRE DE LOUIS XV I9I 

des fontaines de vin aux quatre coins de la place et on dis- 
tribua des simphonies en plusieurs endroits différens pour 
que le peuple prît part à la joie d'un si heureux événement. 

Vers les onze heures, le gouverneur donna dans son hôtel 
un bal des plus magnifiques qui dura jusqu'à sept heures du 
matin. 

Le lendemain onze, la Comédie fut donnée gratis au 
peuple ; et le soir on ouvrit le bal que les magistrats avoient 
fait préparer dans la sale du concert où il y eut un grand 
concours de monde à qui on distribua toutes sortes de rafraî- 
chissemens. Enfin les jours suivants il y eut concert où il fut 
chanté une cantate composée au sujet de l'érection de la statue 
du Roi. 

Jamais Valenciennes n'a eu de fêtes aussi brillantes, et aussi 
magnifiques que celles qui ont été exécutées à l'occasion de 
l'inauguration de la statue de Sa Majes/é; et jamais la joie n'a 
été plus universelle. 



VI. — Note de ce qiiont coûté à faire les statues élevées à V honneur 
de Louis XV, à Bourdeaux, à Rennes, à Paris, à Rheims et à 
Nancy. 

Pour la statue équestre de Bourdeaux, faite par M. Le Moine, 
et jettée en bronze par M. Varrain, en 1739 et en 1741. 

Le marché fait entre la ville de Bourdeaux et M. Le Moine 
était de 130,000 1. pour faire le modèle et les frais de la fonte 
de cette statue. En 1739, lorsqu'après un premier accident la 
fonte de la statue manqua par la faute du fondeur, la ville de 
Bourdeaux, touchée d'un malheur qui ne laissoit à M. Z^ 
Moine aucune ressource, nomma M. Perin, avocat au Conseil, 
pour lui fournir le montant des dépenses qu'il seroit encore 
obligé de faire pour refondre la statue, et passa à cet artiste 
6000 1. par année pour sa table pendant tout le tems qu'il tra- 
vailleroit à cet ouvrage ; ces nouvelles dépenses montèrent à 
660,000 1. en sus de 130,000 1. convenues. Malgré une telle 
augmentation de dépenses, la ville de Bourdeaux ne laissa 
échapper aucune occasion d'assurer le sort de M. Le Moine. 



192 JACaUES SALY 

Lorsqu'il fut à Bourdeaux pour l'érection de la statue, elle lui 
donna une maison montée et une table de douze couverts, à 
laquelle les personnes les plus qualifiées se faisoient un plaisir 
de se trouver à tour de rôle. Après que tout fut fini, elle lui 
fit présent de 30,000 1. De sorte que M. Le Moine a reçu de la 
ville de Bourdeaux 820,000 1. ^ 

N. B. — Dans cette dépense, il n'est point question des 
frais de transport, de ceux du piédestal et de ses accessoires, de 
l'érection de la statue, ni des fêtes données à ce sujet. 

Pour la statue de Rennes en Bretagne et les deux figures acces- 
soires représentant la France et la Santé, faites par M. Le 
Moine et jettées en bronze par M. Gor. 

Le marché fait entre les Etats de Bretagne et M. Z^ Moine 
était de 130,000 1. pour faire les modèles et les frais delà fonte 
de ce monument, mais, eu 1752, lorsque la statue de la Santé 
fut jettèe, M. Le Moine avoit déjà dépensé 30,000 1. au delà 
des 130,000 1. convenues. Les Etals de Bretagne consentirent 
à fournir aux nouvelles dépenses qu'il seroit dans le cas de 
faire pour l'achèvement de l'ouvrage et lui demandèrent un 
état estimatif de ce à quoi cela pourroit encore monter. Cet 
artiste leur en donna un de 139,000 1. Les Etats assemblés 
acceptèrent cet état, et nommèrent M. Ouali pour fournir à 
M. Le Moine, tous les quinze jours, ce qu'il dépenseroit jus- 
qu'à la concurrence de cette somme et en tenir registre ; après 
que tout l'ouvrage fut fini, M. Le Moine avoit encore dépensé 
8000 1. de plus que la somme portée dans son état estimatif, 
et ces 8000 1. lui furent payées par les Etats assemblés. A l'imita- 
tion de la ville de Bourdeaux les Etats de Bretagne, donnèrent 
à M. Lé Moim, pendant tout le temps que dura la pose de son 
monument, une maison montée et une table d'autant de cou- 
verts qu'il désiroit inviter de personnes; et après que tout fut 
fini, ils lui firent présent d'une somme de 50,000 1. De sorte, 
que M. Le Moine a reçu des Etats de Bretagne 327,000 1. ^. 

1. Cette statue auroit coûté beaucoup davantage si M. L« Afo»t« n'eut pas suivi le 
conseil de M. Coustou qui étoit de profiter de la partie de la statue qui étoit bien venue 
pour refondre dessus. 

2. Dans la relation de ce monument, donnée par M. Patte, il est dit : « Ce monu- 
ment a coûté à la province de Bretagne environ 5 50,000 1. sans y comprendre les 
dépenses des fêtes. » 



STATUE PÉDESTRE t)E LOUIS XV I93 

N.B. — Dans ces dépenses, il n'est point question non plus 
des frais de transport de ceux de la pose de la statue, de ceux 
du piédestal ni de ceux des fêtes données au sujet de l'érection 
de la statue. 

Pour la statue équestre de Paris faite par M. Botichardon, 
et jettée en bronze par M. Gor le 6 mai 1758. 

Le marché fait entre la ville de Paris et M. Bouchardon, 
en 1748, pour le grand modèle seulement et sans frais de sa 
part, étoit de 270,000 1. ' payables à raison de 20,000 1. par 
année. M. Varain qui devoit faire la fonte de cette statue 
mourut en 1752, et indépendament de ce qu'il avoit reçu de 
la ville, elle donna encore au fils 10,000 1. pour rompre son 
marché afin de pouvoir faire fondre cette statue équestre par 
M. Gor, comme l'avoit demandé M. Bouchardon. Le marché 
fait entre la ville de Paris et M. Gor, pour la fonte de la statue, 
en lui fournissant tout, était de 38,000 1. avec la promesse 
verbale d'une pension à titre de récompense. Cette statue, en 
y comprenant les frais de son érection et des fêtes données à 
ce sujet, a coûté au dire des échevins 350,000 1. 

Pour la statue pédestre de Reims en Champagne et les deux 
figures accessoires représentant la France et un Citoyen, 
faites par M. Pigalk et jettées en bronze par M. Gor. 

Le marché fait entre la ville de Rheims et M. Pigalle, pour 
l'entreprise de tout le monument, étoit de 460,000 1. et 
4000 1. de pension viagère. Après la pose de l'ouvrage cet 
artiste reçut, à titre de gratification, une somme de 50,000 1, 
De sorte qu'indépendament de sa pension de 4000 1., et d'une 
pension viagère de 400 1. qu'il a obtenue de la même ville 
pour M. Gor, desquelles) 300 1. réversibles à sa veuve, 
M. Pigalle a reçu pour l'entreprise de cet ouvrage 5 10,000 1. ^ 

N. B. — Le tout, sans y comprendre les frais de transport, 

I Dans la relation de ce monument, donnée par M. Patte^ il est dit : « 260,000!. » 
2. La description de M. Patte porte : « Ce monument coûte à la ville de Rheims, 
y compris les marbres, 415,000 1. Ce qui ne feroit avec les 50,000 1. de gratifica- 
tion, que 465,000 1. » 

ART FR. XII 13 



194 JACQ.UES SALY 

d'érection de la statue, du piédestal et des fêtes données à ce 
sujet. 

Pour les ornemens et les quatre figures accessoires de la statue 
équestre de Paris qui doivent être faites par M. Pigalle et 
jettées en bronze par M. Gor. 

Le marché fait, entre la ville de Paris et M. Pigalle, pour 
l'entreprise du tout est de 625,000 1. et 6000 1. de pension 
viagère. Indèpendament de cette somme M. Pigalle a trouvé 
dans les atteliers pour plus de 150,000 1. d'objets de toutes 
espèces. De plus, la ville de Paris lui a cédé 60 milliers de 
cuivre sur le pied de 20 sols la livre quoiqu'il en valût 30; 
ce qui fait encore à M. Pigalle un bénéfice de 30,000 1. De 
sorte que l'entreprise de ces seuls accessoires vaut à cet artiste, 
sans y comprendre les 6000 l. de pension viagère, 805,000 1. 

N.B. — Tout ceci a été écrit sous la dictée de M. Gor. 

Pour la statue pédestre de Nancy et les quatre figures acces- 
soires représentant la Prudence, la Justice, la Valeur et la 
Clémence \ faites par MM. Guibal et Chiflet, et jettées en 
bronze par les mêmes artistes. 

Le marché fait entre la cour de Nancy et MM. Guibal et 
Chiflet, pour les modèles seulement, était de 41,000 L; ensuite 
le roi Stanislas les gratifia de 6000 1. Ce monument, selon la 
relation qu'en donne M. Patte, a coûté 161,4501. 

Addition pour la statue équestre de Frédéric V qui se fait 
par M. Saly et qui doit être jettée en fonte par M. Gor. 

Le marché fait entre la Cour de Dannemarc et M. Saly, 
en 1752, pour le grand modèle seulement, et sans frais de sa 
part, est de 150,000 1. En outre, Sa Majesté danoise le gra- 
tifia, en 1760, de 9000 1. de pension, dont 4500 1. pendant tout 
le tems que dureront les travaux de la statue, et 4500 1. de 
pension viagère. 

I. Ces quatre figures ne sont qu'en plomb bronzé. 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 195 

Le marché de M. Gor avec la compagnie des Indes, qui, 
en 1754, a demandé à faire les frais de ce monument, est de 
40,000 1.; de 1000 1. par mois tout le tems que dureront les 
opérations de la fonte, et de 2000 1. de pension viagère lorsque 
l'ouvrage sera achevé ; lesquelles 2000 1. réversibles à sa veuve : 
le tout sans aucuns frais de la part de M. Gor. 

Les pages qui précèdent décident du plan que nous devons suivre 
dans l'exposé de la vie et de l'œuvre de Saly. Occupons-nous du 
différend survenu entre l'artiste et ses compatriotes. C'est d'ailleurs 
le côté douloureux de l'existence du sculpteur. Nous serons plus à 
l'aise pour étudier ensuite les événements heureux qui le concer- 
nent. 

Le mémoire du statuaire, daté du i^r mai 1766, fut sans doute 
adressé sans aucun retard au magistrat de Valenciennes. Mais, douze 
jours plus tard, Saly fit parvenir la copie de cette pièce à messire 
Nicolas-Joseph-Arnould Rasoir, seigneur de Croix, Forest, Mar- 
tière et Remoncourt, qui, en sa qualité de prévôt de Valenciennes, 
avait refusé en 1753 de reprendre les 503 livres 12 s. dont Saly se 
trouvait détenteur. M. Paul Foucart qui a publié en 1888 sous le 
titre Histoire de deux bas-reliefs un résumé de ces démêlés, estime 
que Saly adressa quatre exemplaires de sa Justification aux princi- 
paux fonctionnaires de sa province ^ Nous verrons plus loin qu'il 
y eut cinq exemplaires de ce document, y compris l'original. 

Voici en quels termes s'exprima Saly Iq 12 mai lorsqu'il écrivit 
au seigneur de Croix ; 

Monsieur, 

Les différentes preuves de bonté dont vous m'avez honoré 
jusqu'ici, me font espérer que vous voudrez bien m'excuser, 
d'avoir laissé écouler un aussi long espace de tems sans avoir 
l'honneur de vous faire ma cour, et sans vous reilouveller les 
assurances de tous les sentiments de respect et de reconnois- 
sance dont ma famille et moi ne cessons d'être pénétrés. 

Les offres de services que vous avez daigné me faire. Mon- 
sieur, avec un épanchement de bienveillance, qui, en caracté- 
risant la candeur de votre cœur, ne me permet point de douter 
de leur sincérité, et me font prendre la liberté de vous 

I. Ahnanach de Valenciennes et de son arrondissement pour 1888. Valenciennes. 
Lemaitre, in-12, p. 72-91. 



196 jACaUES SALY 

demander un bon office essentiel par raport à la lettre que 
j'ai l'honneur d'écrire à Messieurs du magistrat, au sujet de 
différentes circonstances relatives à la Statue pédestre du Roi 
élevée à Valenciennes. Je compte d'autant plus, Monsieur, sur 
l'efficacité de votre appui, que je ne demande rien que de 
juste, que vous êtes le soutien de l'opprimé, qne vous êtes à la 
tête du corps de ville, que vous êtes pleinement instruit de la 
façon dont j'en ai agi envers ma patrie, et que c'est à vous- 
même. Monsieur, en qualité de Prévôt, à qui j'ai rendu mes 
comptes. 

Je prends la liberté de joindre ici. Monsieur, une copie de 
ma lettre à votre respectable corps et des pièces justificatives 
qui y sont jointes, afin que vous puissiez prendre une con- 
noissance entière de la légitimité de mes plaintes et de mes 
demandes; et qu'au moyen de cette connoissance et de vos 
bons offices, je puisse me flatter d'obtenir bientôt une réponse 
conséquente et satisfaisante de la part du magistrat. 

J'écris en même tems à Monsieur De Bleumortier, qui en 
qualité de Lieutenant Prévôt, a eu depuis l'origine de cette 
affaire, beaucoup de part à tout ce qui y a eu trait. Tout ce 
qui a été dit et fait de la part du corps de la ville, je l'ai tenu 
de M"" Le Hardy d'Aulnoy et de lui; et je répète le tout mot 
pour mot, à Mons. de Bleumortier. Il est très fâcheux pour 
moi, que Monsieur de Lucé et Mons. le Hardy d'Aulnoy, ne 
soient plus existans, le premier s'intéressoit trop ardament à 
tout ce qui avoit trait à cette affaire pour manquer de se porter 
de lui-même à redresser le tout ; et le second n'auroit point 
refusé de déclarer la vérité; mais comme j'ai déjà eu l'honneur 
de le dire, Mons. Debleumortier a été témoin de tout ce qui 
a été dit par M. le Prévôt, et je le prie de vouloir bien en 
informer Messieurs les Magistrats, si quelques uns sont dans 
le cas de l'ignorer. 

Je vous supplie aussi avec beaucoup d'instances. Monsieur, 
qu'indépendament de l'intérêt que j'espère que vous voudrez 
bien prendre au général de l'affaire, vous ne laissiez pas ignorer 
les choses aux quelles vous avez eu une part directe; c'est à 
dire, ce qui concerne la reddition de mes comptes ; que vous 
ne refuserez pas de communiquer à Messieurs du Magistrat, 
mon état de recette et de dépense, ainsi que la lettre de Mons. 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV I97 

de Moras du 8 septembre 1753, écrite du camp de Berlemont, 
laquelle j'eus l'honneur de vous remettre le lendemain 9 du 
même mois; et que vous daignerez les informer (puisqu'il n'y 
a que vous seul qui en soit instruit) des instances réitérées et 
inutiles, que j'eus l'honneur de vous faire pour vous engager 
à recevoir les 503 1. 12 solz qui me restoient entre les mains, 
parceque le montant de la recette excédoit de cette somme, 
celui de la dépense. Vous sçavez, Monsieur, qu'après beaucoup 
de débats à ce sujet, vous me fîtes l'honneur de me dire posi- 
tivement : « Cela ne m'est pas possible, parce que la lettre de 
M. de Moras porte absolument de ne pas les recevoir, » et que 
ce n'est qu'à ma sollicitation que vous avez couché sur la 
décharge que vous me donnâtes : que j'en tiendrois compte 
sur ce qui en seroit réglé après pour les fraix des bas reliefs et 
cartels. Au moyen de cet aveu et de celui de M. Debleumor- 
tier, lesquels j'attends de votre justice et de la sienne, tout sera 
mis dans son jour ; et le magistrat pourra, ou redresser les 
choses, si les regîtres n'en font point mention, ou m'accorder 
les faveurs que je requiers par ma lettre. J'oserois enfin en 
appeler à M. le marquis de Cernay, ce Seigneur ne manque- 
roit pas de se rapeller qu'il a eu part aussi à l'exécution de 
mes offres ; qu'il fut un des premiers qui vit mon esquisse et 
qui par zèle pour la gloire du Roi, en parla à Mons. de Lucé 
le 20 mai 1749. 

Permetez je vous prie. Monsieur, que Madame de Croix 
trouve ici les assurances de mon profond respect. 

Mon père et ma sœur cadete prennent la liberté de vous 
assurer. Monsieur, ainsi que Madame de Croix, de leurs hom- 
mages. J'ai eu le malheur de perdre la plus tendre et la meil- 
leure des mères, le i^"" Décembre 1760 ; ce qui m'a causé la 
plus grande des douleurs. J'ai aussi eu le chagrin de perdre 
ma sœur ainée, pour qui Madame de Croix avoit tant de 
bontés. Le 25 Avril de l'année dernière, elle mourut des suites 
d'une fausse couche, à l'Isle S' Thomas, où elle étoit allée 
avec son mari. Le Roi Frédéric V, qui n'a cessé de me donner 
des marques de bonté pendant tout le tems qu'il a vécu, m'en 
a donné une nouvelle preuve, en m'accordant un brevet de 
Capitaine et 2700 1. d'apointement pour M*" Dubois de Cham- 
pré, mon beau-frère; grâce qui fut accordée en faveur du 



198 JACQ.UES SALY 

mariage qu'il contractoit avec ma sœur. Elle a eu la satisfac- 
tion d'apprendre peu de jours avant sa mort, que Sa Majesté 
Danoise par un surcroit de bonté pour moi, avoit donné le 
commandement d'un de ses forts à son mari, et que ce poste 
lui devoit valoir 9000 1. 

J'ai l'honneur d'être avec respect, 

Monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

Saly ^ . 
A Copenhague ce 12 Maii 1766. 

Messire Rasoir ne se laissa pas toucher par cette lettre. La lecture 
du mémoire de Saly lui fut un ennui. L'artiste était de bonne foi. 
Patte l'avait calomnié. Le fait était indéniable. Mais d'autre part les 
Valenciennois marquaient leur mécontentement. Le prévôt jugea 
prudent sinon courageux de garder le silence. Il laissa le sculpteur 
sans réponse. Celui-ci se troubla. Il crut à la complicité du Prévôt 
avec ses ennemis. Messire Rasoir n'allait pas jusqu'à se déclarer l'ad- 
versaire de l'artiste, mais il eut souhaité de n'avoir pas à prendre 
parti. Le sculpteur patienta prés de dix-huit mois, mais de guerre 
lasse il écrivit de nouveau à messire Rasoir. 

Monsieur 
J'eus l'honneur de vous écrire le 12 mai de l'année der- 
nière et de vous faire parvenir la copie du mémoire que j'adres- 
sois à Messieurs du magistrat. Le silence que vous avez gardé 
à cet égard, Monsieur, depuis près d'un an et demi, après les 
marques de bonté que vous avez daigné me donner dans votre 
lettre du i^*" avril 1754, me fait appréhender que ma lettre ne 
vous soit pas parvenue. Car si vous Tussiez reçue, je me per- 
suade que vous auriez daigné me faire l'aveu que je vous y 
demande touchant les instances réitérées que j'eus l'honneur 
de vous faire le 9 Septembre 1753 pour vous engager à rece- 
voir les 503 1. 12 s. qui me restoient des avances que j'avois 
reçues pour les dépenses relatives à la Statue du Roi ; touchant 
le refus constant que vous fîtes de recevoir cette somme par 

I. Archives communales de Valenciennes, section D, n° 620, 



STATUE PEDESTRE DE LOUIS XV I99 

raport au contenu d'une lettre de Mons. de Moras du 8, dattée 
du camp de Berlemont et que je m'étois chargé de vous 
remettre avec mes comptes ; et touchant mes demandes pour 
que vous eussiez la bonté d'en faire mention dans la décharge 
que vous me fîtes l'honneur de me donner. 

Comme il n'y a que vous seul, Monsieur, qui ayez connois- 
sance de cette circonstances; et que vous ne pouvez avoir 
aucune raison d'en faire mistère ni de me refuser cette satis- 
faction, je l'attends de votre complaisance et même de votre 
justice. Il est fort désagréable pour moi que l'on dise que j'ay 
emporté de l'argent de la ville et que je me trouve avoir 
réellement 503 1. 12 s. entre les mains sans que j'aye aucunes 
preuves qui constatent les démarches que j'ay fait auprès de 
Mons. de Moras et auprès de vous, Monsieur, pour m'en 
débarrasser. C'est pourquoi ce me sera une grande satisfaction 
d'avoir cet aveu de votre part. Monsieur. Si j'avois pu me 
figurer ce qui m'arrive, je vous aurois prié — (et vous ne 
m'auriez certainement pas refusé) — de faire mention dans la 
décharge que vous me donnâtes, que je vous avois présenté 
les 503 1. 12 s. ; mais qu'en conséquence de la lettre de Mons. 
de Moras vous n'aviez point voulu, ou pu, les recevoir, et 
que vous ne parUez de cette somme que sur les demandes réi- 
térées que je vous en avois fait. Cet énoncé eut été pour moi 
plus agréable que celui : « dont il fera compte sur ce qui en 
sera réglé pour les fraix des Bas reliefs et cartels. » Je le répète, 
vous m'avez promis. Monsieur, si souvent, tant de bouche 
que par écrit, la continuation de votre bienveillance et de 
votre appui, que je réclame aujourd'hui l'un et l'autre. Vous 
pouvez. Monsieur, me satisfaire par deux mots, et j'espère 
que vous ne me les refuserez pas. Je les attends donc avec la 
confiance que je dois avoir en vos bontés et en votre équité. 
Après cette complaisance de votre part. Monsieur, vous pouvez 
être assurez que je ne vous importunerai plus. 

Mons. Le Prince de Tingry ma donné touchant tout ce qui 
le regardoit dans cette affaire, des preuves bien sensibles de 
son zèle pour la vérité et de l'appui dont il m'honnore. Ce 
digne et respectable Seigneur, s'est empressé de me donner 
toutes les autorités qui dépendoient de lui et que je lui ai 
demandées pour me mettre à portée de faire redresser les 



200 JACQUES SALY 

torts que M. Patte me fait dans^ son ouvrage des Monuments 
élevés à la gloire du Roi. J'espère qu'à l'exemple de Mons. le 
Prince de Tingry, vous voudrez bien, Monsieur, maccorder 
la satisfaction que je prends la liberté de vous demander. Elle 
n'est d'aucune conséquence quant au fond de l'affaire, mais 
vu les circonstances, elle me fera un vrai plaisir. J'attends cette 
faveur de votre part, Monsieur, et je vous conserverai la plus 
vive reconnoissance. 

Comme je me persuade que ma lettre du 12 mai de l'année 
dernière ne vous est point parvenue, j'en joins ici une copie. 

J'ay l'honneur d'être avec un respect infini. 

Monsieur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur. 

Saly ^ 
A Copenhague ce 3. novembre 1767. 

Aucun subterfuge n'était plus possible. M. de Croix comprit qu'il 
fallait répondre. Il prit la plume, mais, au ton de sa lettre, on devine 
un mécontentement mal contenu. Messire Rasoir de Croix ne pourra 
moins faire que de reconnaître l'exactitude des faits. Si l'artiste est 
demeuré détenteur de 503 livres, c'est qu'on a refusé de les 
reprendre lorsqu'il en offrait le versement. Sur ce point, nulle 
ambiguité. L'honneur du statuaire est sauf. Mais quant à sa parole, 
Saly ne l'a pas tenue. M. de Croix le lui rappelle, non sans apreté 
dans les termes. 

Valenciennes 19 novembre 1767. 
Il est très vray. Monsieur, que vous m'avez présenté une 
somme de cinq cents et quelques livres qui vous restoit de la 
dépense de la statue de Louis quinze érigée en cette ville en 1752 
qu'ayant refusé de la prendre avant d'en avoir conféré avec M*" de 
Moras, lors notre intendant, ce magistrat me dit que i'aurois 
bien fait, qu'il ne convenoit pas de retirer cette somme de vos 
mains avant l'entière perfection de l'œuvre de la statue, ce 
qui manquoit à cette perfection, estoit des médaillons, que 
quand même cette cause n'auroit pas eu lieu il estoit de la 

I. Arch. comm. de Valenciennes. Loc. cit. 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 201 

générosité de la ville de vous la laisser et de n'en rien exiger. 
Je vous rendis le résultat de cette conférence et en gardant les 
503 1. vous vous vous obligeâtes à renvoier sous le moins de 
temps qu'il vous seroit possible les médaillons dont le deffaut 
fait depuis lors un vide assez déplaisant, à ce monument, et 
a fait iaser beaucoup à notre désavantage. Je certifie donc, 
Monsieur, que vous avez voulu me remettre les 503 1. de cy 
dessus, que ie ne les ais pas accepté sur les raisons aussi avant 
dittes et qu'il ne manque que des bas reliefs et cartels à notre 
statue pour tranquiliser votre esprit et le notre sur l'attention 
que nous devons à un monument aussi cher à nos cœurs. Rem- 
plissez donc, Monsieur, vos engagements si vous voulez qu'il ny 
ait aucune tache dans le votre, non plus que dans le notre. 
A l'égard de la générosité avec laquelle vous avez travaillé cet 
œuvre respectable, ie crois que personne en disconvient. Si 
cela estoit ce seroit parce que la malice des hommes se répand 
sur les plus belles actions, or cette malice n'est retenue par 
aucun frein ; nul est capable de Tareiter dans ses progrès. La 
vertu seule peut la confondre. Nous voions avec plaisir par les 
nouvelles publiques que vous réussissez à Copenhague. Con- 
tinué, Monsieur, et qu'il ne manque rien à votre prospérité'. 

Ainsi s'exprima le Prévôt de Valenciennes, Nous ne donnons ici 
que les passages essentiels de sa dépêche. Afin d'atténuer sans doute 
la sécheresse de ses injonctions, il priait Saly de présenter ses com- 
pliments au maréchal de Saint-Germain qui depuis 1760 était fixé 
à la cour de Danemark. On sait que Frédéric V l'avait créé feld- 
maréchal général, mais ce prince étant mort en 1766, Saint-Ger- 
main dut songer à rentrer en France. Turgot et Malesherbes devaient 
en faire plus tard un ministre de la guerre. 

M. de Croix avait pris son temps pour répondre à Saly. Celui-ci 
usa du même privilège à l'égard du Prévôt de Valenciennes. Il laissa 
s'écouler prés de deux années avant de faire sentir à son correspon- 
dant ce qu'il y avait d'excessif et dinjuste dans sa lettre de novem- 
bre 1767. 

Monsieur. 
J'ai reçu le 4 décembre 1767, la lettre dont vous m'avez 
honnoré le 19 novembre de la même année. Je vous fais mille 

r. Arch. comm. de Valenciennes. ilar. cit. 



202 JACQ.UES SALY 

excuses, Monsieur, d'avoir différé aussi longtemps à vous en 
accuser la réception, et à vous rendre grâce de Taveu qu'elle 
renferme touchant le refus que vous m'avez fait de recevoir 
les 503 1. 12 sols qui me restoient entre les mains des avances 
qui m'avoient été faites pour l'exécution de la Statue du Roi. 
Après le contenu de mon mémoire. Monsieur, au corps de 
ville de Valenciennes, concernant les raisons qui m'ont forcé 
de retarder l'exécution des accessoires du piédestal de cette 
statue et les promesses formelles que j'y fais de n'entreprendre 
aucun autre ouvrage, quelque avantageux et lucratif qu'il 
puisse être, avant que ces accessoires ne soient finies; j'avoue, 
Monsieur, que je ne m'attendois pas à recevoir de vous, des 
reproches qui, quoique imperceptibles, me touchent forte- 
ment. Né sensible et bien intentionné comme je le suis, il 
eut été bien difficile qu'ils ne produisissent pas sur moi un tel 
effet. Je sçais que le motif qui vous a fait agir dans ce cas, 
Monsieur, est respectable à tous égards, puisqu'il part du zèle 
que vous mettez pour voir terminer un monument qui inté- 
resse le Roi, la nation, le corps du magistrat à la tête duquel 
vous êtes, tous les habitants de la ville, et surtout, l'auteur 
de l'ouvrage, puisque tout retard est à son détriment ; je suis 
même persuadez que ce sont des reproches dictés par la bonté 
de votre cœur et par l'intérêt que vous prenez au pauvre 
auteur; mais retenu comme il est de pouvoir satisfaire au plus 
ardent de ses désirs, il auroit plutôt besoin d'être consolé 
qu'excité comme vous le faites. 

Je réitère, Monsieur, de vous faire mille excuses de ne vous 
avoir pas plutôt accusé réception de votre lettre. Je l'aurois 
fait, comme je le devois, si des maladies, des affaires et des 
travaux continuels, m'en avoient laissé la possibilité. 

Je n'ai point manqué, Monsieur, comme le portoit votre 
lettre, de me transporter chez Mons. le maréchal de S* Ger- 
main et de lui faire lire ce qui l'y concernoit. Ce souvenir de 
votre part, lui a fait un vrai plaisir et il m'a dit d'un ton affec- 
tueux : « Dites, je vous prie, beaucoup de choses pour moi à 
Monsieur de Croix; mandéz-lui que je l'aime toujours ten- 
drement )). Cène fut que le 12 au soir, avant veille du jour 
que ce grand et vertueux homme a quitté le Dannemarc, que 
j'ai pu le voir, et qu'il me chargea de ce qu'il vient d'être 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 203 

dit. Il étoit, comme vous pouvez juger, Monsieur, fort emba- 
rassé puisqu'il étoit au moment d'une transplantation et d'une 
transplantation occasionnée par des ennemis qui pour le 
perdre dans l'esprit du Roi de Dannemarc, avoient trompé la 
religion de ce Prince. « Je voudrois, mon cher M. Saly, me dit 
ce digne et respectable homme, avec cet air de sérénité qui est 
inséparable de la droiture et de l'innocence, je voudrois avoir 
servi Dieu, avec autant de zèle et d'amour que j'ai servi le Roi 
de Dannemarc. Il est fâcheux que ce prince soit entouré de 
personnes qui le trompent. » Effectivement Mons. le comte de 
S' Germain avoit de grandes vues, mettoit tout le zèle dont il 
étoit capable pour faire des changements avantageux à l'État ; 
mais lorsqu'il s'agit de refondre beaucoup de grandes choses, 
cela ne se fait pas sans que quelques particuliers n'en soufrent et 
personne ne veut faire aucun sacrifice pour le bien général, tel 
avantageux qu'il puisse être à la patrie. Tout ce que je puis 
dire, c'est que le Dannemarc a perdu, au départ du maréchal 
de S* Germain, un homme d'Etat, un homme droit, intègre 
et bien intentionné. Il m'honoroit de ses bontés, et il est fort, 
Monsieur, de vos amis. Je ne me suis pas trouvé de fois à sa 
table qu'il ne m'ait parlé de vous avec un épanchement de 
cœur qui ne pouvoit laisser aucun doute sur la sincérité de 
ses sentiments à votre égard. Mons. le maréchal de S^ Ger- 
main est actuellement à Worms, où il jouit du même titre, 
des mêmes honneurs et des mêmes appointements qu'il avoit 
ici en tems de paix, c'est-à-dire, qu'il est toujours feldt maré- 
chal général, ou généralissime, qu''il a le cordon bleu et qu'il 
jouit chaque année de r4000 risdales ou de 63000 l. de 
France valeur intrinsèque. 

Je profite. Monsieur, d'une occasion qui se présente pour 
vous faire parvenir une copie des autorités que j'ai recueilli et 
qui m'étoient nécessaires pour constater la vérité des faits qui 
ont rapport à la façon dont j'ai fait le monument de Valen- 
ciennes. Comme je me dispose à envoyer ces autorités à 
M. Patte, afin de le porter à redresser ce qu'il a. dit de cette 
statue, dans la réimpression de son ouvrage, je me fais un 
devoir de mettre sous vos yeux un double de ces pièces. J'es- 
père que vous voudrez bien. Monsieur, jetter les yeux sur ces 
documents; comme vous n'étiez point à la tête du magistrat 



204 JACQUES SALY 

lors que cette affaire a pris naissance, la lecture que vous en 
ferez, vous mettra au fait de tout, et vous fera juger avec 
quelle abondance de bienfaisance et d'amour de la justice, le 
digne et respectable Prince de Tingry s'est prêté dans cette 
aftaire, ainsi que les autres personnes qui ont eu part à ces 
pièces. Tout y porte l'emprinte de l'honnêteté et de l'inté- 
grité. Je n'oublieroi de ma vie ce bon office de leur part et de 
la votre. Monsieur, pour ce qui se trouve de relatif à cet objet 
dans les mêmes documents. 

J'ai appris, Monsieur, par Mons. le Président Ogier, ci 
devant ambassadeur du Roi à la cour de Dannemarc, qu'ayant 
eu besoin d'un extrait de mon batistére au sujet de la faveur 
distinguée que Sa Majesté danoise a daigné m'obtenir du Roi, 
il s'est addressé à Mons. l'Intendant ci ce sujet, et que cet 
extrait avoit été légalisé par MM. du magistrat. Permettez- 
moi, je vous prie. Monsieur, qu'étant chef de ce corps, je vous 
rende bien des grâces de ce bon office. 

Permettez aussi. Monsieur, que Madame de Croix trouve 
ici les assurances de mon hommage. 

J'ai l'honneur d'être avec un respect infini, 
Monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur. 

Saly. 
Copenhague, ce 23 septembre 1769'. 



Si l'artiste avait tardé de deux ans à faire parvenir cette dépêche 
à M. de Croix, c'est qu'il était résolu à frapper un coup décisif. Ses 
lettres, il le savait, ne produisaient que trop peu d'impression sur 
le Prévôt de Valenciennes. Il voulut donc accompagner son texte 
d'une série de pièces élogieuses émanant de hauts personnages dont 
M. de Croix ne pourrait infirmer l'autorité. Nous supposons que 
Saly dut mettre un certain temps à constituer ce qu'on pourrait 
appeler « le dossier définitif » de la statue de Louis XV. Les pièces 
réunies par l'artiste ne manquent ni de saveur ni de logique. Saly 
voulait confondre le Prévôt. Y parvint-il? On peut en douter. M. de 
Croix était avant tout l'homme de ses administrés. 

I. Arch. comm. de Valenciennes. Loc. cit. 



statue pedestre de louis xv 20$ 

Extrait ^ 
de différentes lettres et autres pieces relatives a la 
Statue Pédestre de Louis XV érigée a Valenciennes en 
1752, ET exécutée en marbre PAR LE S"" SALY sculpteur 
DU Roi, et membre de son Académie Royale de peintute et 
Sculpture de Paris, Directeur de l'Académie royale de 
peinture, sculpture et architecture de Copenhague; 

ASSOCIÉ LIBRE HONORAIRE DE l'AcADÉMIE IMPÉRIALE DES BEAUX- 
ARTS DE St PÉTERSBOURG ; et membre de CELLES DE FLORENCE 

DE Bologne et de Marseille etc. a. 



I 

Extrait d^une lettre de M"" le Prince de Tingry, chevalier des 
Ordres du Roy, Lieutenant général de ses armées et des Provinces 
de Flandres, Capitaine des Gardes de Sa Majesté, Gouverneur de 
la ville et citadelle de Valenciennes. 

Je verrai à mon retour à Paris M"" Ogier, et nous con- 
certerons ensembles les moyens à prendre pour la réussite des 
objets qui vous intéressent à Valenciennes. Dans votre lettre 

I. Cet extrait, sur timbre aux armes de Danemarck, porte les indications sui- 
vantes : « N° 20. Pire og Tyve Stilling. 1768. Signé : MuUerElmin. » — a. La nomi- 
nation de M' de Lucé à l'Intendance d'Alsace presque aussitôt après la pose de la 
Statue ; la mutation des Magistrats dans le même tems ; le départ pour le Dannemarc 
du S"" Saly qui a été obligé par là de suspendre l'exécution des accessoires du piédestal, 
et plus encore l'éloignement qu'il a toujours eu de faire relever dans le public tout ce 
qui pouvoit être à son avantage dans cette affaire ; ayant non seulement occasionné 
l'oubli total de ce qui y avoit rapport, mais encore l'altération des faits ; le s' Saly ne 
pouvoit qu'y trouver assez souvent bien des sujets de désagréments. Il patientoit 
cependant, espérant que ces faits étant couchés dans les registres de la ville, la vérité 
en seroit du moins à l'abri de toute atteinte aux yeux des personnes éclairées et qui 
seroient véritablement désireuses de la connoître ; Mais le Traité des monuments érigés 
en France à la gloire de Louis X F, a si fort altéré les choses, quoique l'auteur soit per- 
suadé qu'il ne décrit tout ce qui a rapport à la Statue de Valenciennes, que sur des 
titres des plus autentiques ; qu'à la vue d'un ouvrage de cette nature et fait pour 
passer à la postérité, il ne pouvoit plus être permis au S"" Saly de rester dans cette 
indifférence, puisque cela ne portoit pas seulement sur son amour pour son Roi^ et 
son zélé pour sa patrie, mais encore sur la noblesse des procédés qu'il a eu le bonheur 
d'éprouver de la part du Gouverneur du corps de ville de Valenciennes et de l'Inten- 
dant. Toutes ces considérations lui faisant désirer de pouvoir assurer la certitude des 
faits, tels qu'ils se sont passés ; il a eu recours aux registres de la ville, et aux per- 
sonnes qui avoient présidé à l'érection de ce monument; auxquelles il a demandé 
leur témoignage sur tout ce qui pouvoit y avoir rapport, afin que les autorités aussi 
respectables en garantissent l'autenticité et pussent autoriser M' Patte à les rectifier 
dans la réimpression de son ouvrage. (No/e de Saly.) 



206 jACaÛES SALY 

vous m'y annoncez un mémoire ^ que vous avez oublié d*y 
ajouter. M' Ogier pourra y suppléer. Cette ville vous doit de 
la reconnoissance, je serai charmé de contribuer aux marques 
qu'elle doit vous en donner. Soyez persuadé de l'intérêt que 
je prends à ce qui vous concerne, et rendez justice aux senti- 
ments avec lesquels je suis. Monsieur, Votre très humble, très 
obéissant serviteur. 

Ce 8 Juillet 1766. à Beaumont. 

Signé : Montmorency Tingry. 



n 

Copie d'une lettre de M' le Prince de Tingry, écrite en son nom, en 
celui de M' V Intendant et de M" du Magistrat de la ville de 
Valenciennes. 

A Versailles le 28 Mars 1767. 

J'ai attendu, Monsieur, le voyage que M*" l'Intendant de 
Valenciennes devoit faire dans ce païs-ci pour conférer avec lui 
sur l'objet du mémoire que vous avez addressé à M""^ les 
Magistrats de Valenciennes et que vous m'avez fait parvenir. 

M"" l'Intendant, les Magistrats et moi conservons tous le 
souvenir qui vous est dû de la façon dont vous avez offert de 
consacrer avec le plus entier désintéressement les prémices de 
vos talens, pour donner à la ville de Valenciennes une Statue 
pédestre du Roi, de la façon dont cette offre acceptée par la 
ville a été exécutée de votre part, et de l'exactitude la plus 
entière avec laquelle a été soldé entre vous et M' de Croix, 
Prévôt de la ville, le compte des fonds qui vous ont été con- 
fiés pour la dépense que la ville a été dans le cas de faire pour 
mettre ce monument dans l'état où il est ^ . 

B. Ce mémoire est daté du i Mai 1766. Il fut addressé aux Magistrats de Valen- 
ciennes par le S'^ Saly qui en fit parvenir en même tems des doubles à Mons, le 
Prince de Tingry, Gouverneur de la ville ; à M' de Croix, Prévôt actuel ; à M' Des- 
bleumortiers, lieutenant Prévôt ; et à M"^ Blondel, membre du Magistrat lors de Térec- 
tion de la Statue. (Note de Saly.) 

c. Il reste encore à faire à ce monument les accessoires du piédestal. Malgré le 
désir que le S' Saly avoit de les exécuter en même tems que la Statue du Roi, il ne 
lui fut pas possible de se procurer cette satisfaction ; parce qu'étant né sans fortune il 
n'étoit pas en état de se passer du fruit de ses travaux pendant tout le tems que 
demandoit l'exécution de la statue de Valenciennes. Il fut donc obligé d'entreprendre 
d'autres ouvrages pour subvenir à ses besoins domestiques, et pour soutenir sa 



STATUE PEDESTRE t>E LOUIS XV lO^ 

La ville se souvient avec plaisir de la marque distinguée 
qu'elle vous a donné de sa satisfaction par le présent qu'elle 
vous a fait d'une vaisselle d'argent aux armes du Gouverneur, 
de l'Intendant et aux siennes, présent d'autant plus honorable 
pour vous que n'ayant voulu aucun payement de vos travaux, 
il vous sera à toujours un monument de votre zélé et de votre 
désintéressement, comme la Statue du Roi en sera un de vos 
talens. 

M*"' du Magistrat sont aussi touchés que vous de ce qu'il 
peut y avoir de contraire à ces déclarations dans l'ouvrage de 
M*" Patte. Ils n'ont sûrement aucune part aux pièces sur les- 
quelles il dit avoir travaillé. Tout ce qu'ils peuvent faire en 
pareil cas c'est de vous faire passer une copie autentique de la 
délibération de 1749, par laquelle vos offres ont été acceptées. 
Ils viennent de m'addresser cette pièce que je joins ici; elle est 
bien suffisante pour vous mettre à portée de rectifier les faits 
qui peuvent vous intéresser et pour vous procurer toute la 
satisfaction que vous pouvez désirer. 

Je suis, Monsieur, très parfaitement votre très-humble et 
très obéissant serviteur. 

Signé : Montmorency Luxembourg Tingry. 



famille qui s'étoit épuisée pour le mettre à même de pousser ses études dans l'art qu'il 
professe. D'ailleurs ayant été demandé par la cour de Dannemarc pour aller à 
Copenhague y exécuter la Statue Equestre de Frédéric V, et se trouvant dans l'obli- 
gation de s'y rendre dans un tems prescrit, il fut forcé de suspendre l'exécution de 
ces accessoires jusqu'à son retour en France. Avant même de contracter avec la cour" 
de Dannemarc, il en informa Mous, le Prince de Tingry, et M"" de Lucé, et lorsqu'il 
partit de la France il déclara formellement à M" de Moras, pour lors Intendant de 
Valenciennes, et à M' de Croix, Prévôt de la même ville, que malgré son voyage en 
Dannemarc il ne s'en obligeoit pas moins à finir ces accessoires. La distance des lieux 
et des tems n'ont point diminué son empressement, et le S' Saly, toujours animé du 
zèle patriotique qui l'a porté à entreprendre ce monument, n'a rien de plus à cœur 
que d'y donner la dernière main. Il l'ambitionne même si fort que non seulement il 
l'effectuera avec le même désintéressement qu'il a exécuté la Statue et son piédestal; 
mais qu'il ne regarderoit pas même à de plus grands objets si les circonstances pou- 
voient jamais l'exiger. Il a promis dans son mémoire aux Magistrats de Valenciennes, 
qu'aussitôt qu'il aura achevé le monument pour lequel il a été emprunté à sa Cour 
par celle de Dannemarc, il n'entreprendra aucun autre ouvrage quelque avantageux et 
lucratif qu'il pût être avant que les accessoires de la Statue de Valenciennes soient 
finis, et il tiendra parole. (Note de Saly.) 



208 JACQ.UES SALY 



III 



Extrait des registres des résolutions du Conseil particulier de la 
ville de Valenciennes . 



(Du 21 Mai 1749.) 

Le sieur Saly, natif de cette ville, qui a remporté en mil sept 
cent trente sept et quarante ° les premiers prix de la Sculpture 
en l'Académie de Paris et qui pour se perfectionner a travaillé 
aux frais du Roi, pendant huit ans à l'Académie de Rome, 
veut bien s'engager à concourir à l'embellissement de cette 
ville, en faisant la figure du Roi, élevée sur la place suivant 
le modèle ici représenté, ce qui fera un très bel ornement à la 
ville et un monument à la postérité ; proposant de faire cet 
ouvrage sans intérêt pour lui, ne demandant que les frais 
qu'il faudra y exposer, déclarant que son unique dessein est de 
donner des marques de son zèle et de sa reconnaissance ^ ; ce 
qui pourra coûter vingt deux mille livres de France ou environ ^ . 

Résolu de faire faire cet ouvrage et autorisé Messieurs les 



t>. On a confondu ici le tems où le corps de ville ayant vii la médaille de ce premier 
prix, envoya les vins d'honneur au S"" Saly, avec l'année où il avoit effectivement 
remporté ce premier prix. Ce fut en 1738 qu'il lui fut adjugé, comme on peut s'en 
convaincre par la copie ci-jointe de son brevet de pensionnaire du Roi à l'Académie 
de France à Rome. {Kote de Saly.) 

E. Les Magistrats de Valenciennes, qui de tous tems se sont distingués par leur 
amour pour les beaux-arts et par les encouragements qu'ils ont donné à leurs conci- 
toyens, envoyèrent au S"" Saly le 23 Octobre 1737 et le i avril 1740, comme le porte 
l'acte ci-joint, les vins d'honneur de la ville à l'occasion des grands prix de Sculpture 
qu'il avoit remportés à l'Académie Royale de Paris : démarche jusqu'alors inconniie 
et bien propre à servir d'exemple aux autres villes du Royaume, et à donner de 
l'émulation à la jeunesse qui se voue aux beaux-arts. On pourroit encore citer, à 
l'honneur des Magistrats de Valenciennes, qu'en 1726 ils retinrent dans leur ville, 
M" Gilis Sculpteur de mérite, à qui ils assignèrent une pension pour qu'il enseignât 
successivement le dessein à quatre jeunes gens des maisons des orphelins de la ville. 
Dans la suite, nombre d'habitans de cette ville s'empressèrent de mettre leurs fils chez 
ce maître, et le S' Saly fut de ce nombre. {Note de Saly.) 

F. Les fraix de ce monument dans l'état où il est, toutes dépenses prévues et non 
prévues, y compris les gratifications, se sont montés à près de 30000 1. Le monument 
devoit d'abord être moins considérable ; mais le don fait par le Roi d'un bloc de 
marbre de 9 pies de hauteur, détermina à faire la Statue de toute la grandeur de 
ce bloc, d'en augmenter le piédestal et de porter la hauteur générale du monument 
à 21 pies. (Note de Saly.) 



STATUE PÉDESTRE DE XOUIS XV 2O9 

deux premiers de chaque corps de faire le devis et contrats 
nécessaires ^ . 

Prévôt, Jurés et Echevins de la ville de Valenciennes, cer- 
tifions a tous ceux qu'il appartiendra que l'extrait de la réso- 
lution de l'autre part est conforme aux Registres des résolu- 
tions du conseil particulier de cette ville. En foi de quoi, Nous 
avons aux présentes, signées de notre greffier civil héréditaire, 
fait apposer le scel ordinaire de ladite ville où le papier timbré 
n'est point en usage et où le controlle est supprimé par abon- 
nement. Fait à Valenciennes, le onze mars mil sept cent 
soixante sept. 

Scellé et Signé : Bousez. 



IV 

Copie d!une lettre de M" Blondel, membre du Magistrat lors de 
V érection de la Statue, et qui harangua à cette occasion M" le 
Prince de Tingry « . 

A Paris ce 31 Mars 1767. 
Monsieur, 
Quoique je ne sois pas actuellement du Magistrat, je n'ai 
pas manqué d'entretenir M'' Desbleumortiers qui se trouve 

G. Lorsque le S' Saly présenta son esquisse aux Magistrats, il y joignit un état 
estimatif de ce à quoi les fraix du monument dévoient monter. Cet état général étoit 
accompagné de devis particuliers de fournisseurs et ouvriers du païs où les matériaux 
et la main d'oeuvre sont infiniment à meilleur marché qu'à Paris ; mais qui ensuite 
n'ont pu avoir lieu. On peut juger de la différence qui en a résulté par le devis du 
S"' Bouchelet, charpentier de la ville de Valenciennes, qui ne portoit que 30 1. pour 
élever la Statue sur son piédestal, et cette seule opération a coûté ensuite, en y com- 
prenant le voyage du S"^ Pautier, charpentier du Roi, plus de i 200 1. La plupart des 
autres devis étoient à peu près de la même nature. (Note de Saly.) 

H. M' Blondel qui est également distingué par sa probité, ses mœurs et son profond 
sçavoir harangua Mons. le Prince de Tingry au moment de la cérémonie de l'inau- 
guration de la Statue de Valenciennes. Le discours qu'il prononça est plein d'éléva- 
tion, d'élégance et de patriotisme ; mais comme ce discours ne donne pas une idée 
nette de l'origine du monument, qu'il pourroit induire en erreur, comme il y a peut- 
être induit M' Patte, le S' Saly écrivit à M' Blondel en lui envoyant un double du 
mémoire en question, pour lui témoigner le déplaisir qu'il avoit de l'inexactitude de 
M' Patte dans le récit de ces faits. M"^ Blondel lui fit cette réponse. Elle ne contient 
aucun détail, mais comme M' Blondel ne désavoue rien du contenu de la lettre et du 
mémoire, et qu'au contraire il dit, avoir entretenu M' Desbleumortiers sur les objets 
dont il y est parlé; que de plus il applaudit à la réponse satisfaisante que Mons. le 
Prince de Tingry, de concert avec M"^ l'Intendant et les Magistrats de Valenciennes, 
vient de faire au S"" Saly y sur ces mêmes objets ; c'est un aveu tacite du tout. Cette 
action de M' Blondel, aussi généreuse que respectable, suffiroit pour lui concilier la 

ART FR. XU 14 



210 JACaUES SALY 

encore Lieutenant Prévôt, des objets de la lettre que Vous 
m'avez fait l'honneur de m' écrire le 20 Mai dernier. Retenu 
ici par des affaires depuis quatre mois, j'y apprends avec grand 
plaisir que M"" le Prince de Tingry, de concert avec M' Tabou- 
reau et M" du Magistrat vient de Vous faire une réponse satis- 
faisante sur ces mêmes objets. J'ai été flatté, Monsieur, des 
marques de souvenir que cela m'a procurées de Votre part. 
Vous ne sçauriez en donner à personne qui vous respecte 
plus et comme artiste et comme citoyen; ni qui soit jamais 
plus inviolablement, 

Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteuri 

Signé : Blondel. 

V 

Copie d'une lettre de M" le Prince de Tingry ^ 

Vous vous êtes trouvé, Monsieur, dans un moment bien 
flatteur, toute la ville de Valenciennes et un monde prodigieux 

plus haute estime, si les qualités de son cœur et de son esprit, ne la lui avoient déjà 
souverainement acquise. L'homme le plus juste peut se méprendre et personne n'est 
à l'abri d'une surprise ; mais il n'est pas pardonnable de vouloir soutenir ce que l'on 
a avancé lorsqu'on le fait au dépens de la vérité et au préjudice de quelqu'un. (Note de 
Saly.) 

I, Par une suite de la modestie que ce vertueux et digne Prince met dans ses plus 
belles actions, il n'avoit pas fait mention de la boëte qu'il avoit donné au S"" Saly^ 
au pied de la Statue du Roi, au moment de son inauguration. Comme le S'^ Saly 
n'avoit pas encore la déclaration particulière de M"" Desbleumortiers, et qu'il ne pouvoit 
s'appuyer d'aucune autorité à ce sujet, il a demandé avec instance et obtenu ce témoi- 
gnage. Jaloux de tenir la parole qu'il avoit donné de poser la Statue du Roi le 8 Sep- 
tembre 17s 2, il ne s'occupa que de cet objet, et quand même la publicité de ces faits 
et la façon dont ils furent reçus par ses compatriotes, et la bonté avec laquelle le Roi 
et ses Ministres avoient relevé son zèle lorsqu'il eut l'honneur de présenter à Sa 
Majesté l'esquisse de son ouvrage, n'en auroient pas autant assuré l'autenticité et le 
souvenir ; il étoit trop occupé de la perfection d'un monument qui attiroit toutes ses 
affections, pour penser à ce qui le touchoit personnellement. C'est par une suite de 
ces dispositions que le S' Saly ne parla jamais de ces particularités à M' de Boze, 
quoiqu'il eût occasion de le voir assez souvent au sujet des inscriptions de ce monu- 
ment qu'il s'étoit chargé de faire graver, et quoique cet illustre Académicien n'eût 
peut-être pas été éloigné d'en faire mention dans ces inscriptions. Le S' Saly fit plus, 
il refusa constament à M' de Lucé de faire graver ces circonstances sur une autre 
table d'inscription placée à l'hôtel de ville de Valenciennes ; table qu'il fit faire aussi 
chez lui de son propre mouvement, pour y mettre les noms de tous ceux qui avoient 
concouru à ce monument, et que M"' de Lucé, ne lui avoit permis de faire graver qu'à 
condition que ces faits y seroient insérés. Le S'^ Saly pourroit ajouter encore, que 
lorsque la Statue fut prête à partir de Paris pour Valenciennes, les gazettiers vinrent 
chez lui pour lui demander tous les détails qui avoient trait à ce monument, et que 
malgré leurs pressantes sollicitations, il ne se permit point de se prêter là dessus à 
leurs désirs. {Note de Saly.) 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 211 

des environs assemblé sur la place et garnissant les toits les 
plus élevés, en donnant des témoignages d'amour et de respect 
à leur auguste maître, ont rendu justice à Votre habileté, à 
Votre désintéressement et au but que Vous vous êtes proposé 
de décorer Votre patrie par un monument, qui fait l'orne- 
ment, la beauté de la ville, et la satisfaction d'habitans dignes 
d'avoir le meilleur des maîtres. Il étoit bien naturel que 
destinans Vos talens à perpétuer dans une cour étrangère la 
mémoire d'un grand Roi, l'amour de ses peuples et prince 
respectable à tous égards. Vous emportassiez avec Vous le 
portrait de votre maître dont vous veniez de rendre la figure 
si parfaitement, et à la tête du Magistrat, je vous offris une 
boëte qui le renfermoit : j'aurois désiré l'avoir trouvée plus 
belle. J'ai voulu par ce foible témoignage de mon amitié par- 
tager la reconnoissance que l'on vous devoit, et je vous puis 
assurer que l'on conserve dans votre patrie tous les sentimens 
que vous méritez. Je voudrois trouver des occasions de vous 
convaincre des miens pour Vous, avec lesquels je suis très 
parfaitement. Monsieur, Votre très humble et très obéissant 
serviteur. 

Signé : Montmorency Luxembourg Tingry. 

Ce i8 Mai 1767, à Beaumont. 



VI 

Extrait d'une lettre de M" Rasoir de Croix, Prévôt actuel de la 
ville de Valenciennes et Sttccesseur de M" Hardy Daulnois ^ . 

A Valenciennes ce 19 Novembre 1767. 
Il est très vrai. Monsieur, que etc , à l'égard de la géné- 
rosité avec laquelle Vous avez travaillé cet œuvre respectable, 

L. Immédiatement après la pose de la Statue de Valenciennes, le corps du Magis- 
trat qui avoit été continué jusqu'à cet événement, a été changé, et M' Rasoir de 
Croix succéda à M' le Hardy Daulnois dans la place de Prévôt de la ville. Les respec- 
tables qualités du cœur et de l'esprit que réunit M' de Croix, l'ardeur qu'il met dans 
tout ce qui regarde l'avantage et l'honneur de la ville de Valenciennes, joint à la 
façon dont il a à coeur le bien de ses concitoyens, prouvent assez qu'il auroit mis 
autant de zèle et d'intérêt que son prédécesseur dans toute cette affaire, s'il se fût 
trouvé, comme lui, à la tête du Magistrat en 1749,. Mais il n'y a eu d'autre part que 
de recevoir les comptes du S' Saly ; ce fut le 9 Septembre 1753, qu'ils lui furent remis, 
et qu'il lui en donna une décharge. {Note de Saly.) 



212 JACaUES SALY 

je crois que personne en disconvient et si cela etoit ce seroit 
parce que la malice des hommes se répand sur les plus belles 
actions. Or cette malice n'est retenue par aucun frein ; nul 
est capable de l'arrêter dans ses progrès, la vertu seule peut la 

confondre etc 

J'ai l'honneur d'être parfaitement 
Monsieur, 

Votre très humble et très 

obéissant serviteur 
Signé Rasoir de Croix. 



vn 

Extrait d'une lettre de M^ Desbieumortiers, Lieutenant Prévôt de 
la ville de Valenciennes ^ . 

...Si une déclaration particulière de ce qui s'est lors fait et 
passé sous mes yeux en qualité de Lieutenant Prévôt, peut 
vous être de quelque satisfaction, je ne peus Vous la refuser 
par l'esprit de justice et de l'estime que vous méritez. 

Je déclare donc, Monsieur, et peus attester que je suis bien 
mémoratif que vous vintes en cette ville en l'année 1749 où 
Vous fûtes reçu et accueilli avec distinction et éloges de vos 
talens et dont nous étions tous flattés dans un de nos 
citoyens ; que lorsque vous vintes rendre visite à M"*^ du 
Magistrat à l'hôtel de ville. M"" Daulnois, lors Prévôt, Vous 
proposa de la part du corps de procurer à cette ville une petite 
pièce d'ouvrage de votre main pour conserver un témoignage 
de votre habileté n; à quoi vous répondîtes très obligeamment 

M. M. Desbleumortiers, également respectable par les vertus et les qualités qui 
forment l'homme de bien, le bon citoyen, et le grand Magistrat, étoit Lieutenant 
Prévôt de la ville de Valenciennes dès le tems que le S' Saly arriva de Rome, et que 
le Magistrat lui demanda un morceau de son ouvrage, et il a été continué dans cette 
place jusqu'à ce jour. De sorte qu'ayant eu une part directe et très grande à tout ce 
qui pouvoit regarder l'origine et l'exécution de ce monument, personne ne pouvoit 
mieux que lui en rendre un témoignage autentique : aussi sa déclaration particulière 
donne-t-elle exactement l'historique du tout. (Note de Saly.) 

N. Après huit ans et quelques mois d'études à l'Académie de France à Rome, le 
S"" Saly revint en France, et avant de former son établissement à Paris, il fut à Valen- 
ciennes pour y voir sa famille. Il y arriva le 9 Mars 1749, et ce fut le 8 Mai que le 
corps de ville l'invita à paroître à son assemblée, et où, dans la vue d'honorer ses 
foibles talens, il lui demanda un morceau de son ouvrage pour le conserver dans 
l'hôtel de ville. (^Note de Saly.) 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 21 5 

que vous seriez bien flatté de donner quelques marques de 
Votre zèle et de votre attachement, et que vous étiez toujours 
sensiblement touché des bontés de M" du Magistrat qui avoit 
eu celle de vous envoyer des vins d'honneur lorsque vous 
vîntes ici en 1737 et en 1740°; que vous nous laissiez le 
choix d'indiquer la pièce d'ouvrage que nous désirions avoir; 
sur quoi on vous répondit que l'on vous laissoit le maître du 
choix ; Vous vîntes quelque tems après cette proposition nous 
réprésenter qu'ensuite de bien des réflexions Vous aviez pensé 
qu'une Statue du Roi seroit ce qu'il y auroit de mieux et de 
plus honorable à cette ville, et, que Vous y employeriez tous 
vos talens et vos soins sans aucun intérêt; à quoi il fut 
répondu que cette pensée étoit aussi belle que généreuse de 
votre part, que nous désirerions bien de la notre pouvoir don- 
ner des preuves de notre zélé pour un monument aussi 
auguste ; mais que la ville n'étoit point en état de faire cette 
dépense étant très obérée ^ . 

Vous avez ajouté que cette dépense ne seroit pas si considé- 
rable en répétant que vous vous proposiez de faire cet ouvrage 
sans intérêt, que le Roi pourroit avoir la bonté de nous pro- 
curer les marbres nécessaires^; et qu'enfin Vous seriez flatté 



o. En 1737, lorsque le S' Saly eut remporté les petits prix et le second grand prix 
de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture de Paris, il fut à Valenciennes pour y 
voir sa famille, et le 23 Octobre les Magistrats, dans la vue d'encourager les arts et de 
soutenir l'émulation parmi leurs concitoyens, lui envoyèrent les vins d'honneur de 
la ville. Les Magistrats de Valenciennes firent encore le même honneur au S' Saly, le 
I Avril 1740, à l'occasion du premier grand prix qu'il avoit remporté en 1738 à 
l'Académie Royale de Paris, et lui en expédièrent même une déclaration en forme : 
le S' Saly venoit d'être nommé pensionnaire du Roi à l'Académie de France à Rome, 
lorsqu'il fut à Valenciennes pour y voir sa famille avant d'entreprendre le voyage 
d'Italie. (Note de Saly.) 

p. Lorsque le S' Saly descendit les degrés de l'hôtel de ville après ce refus, et qu'il 
jetta les yeux sur la place où il se proposoit de poser la Statue du Roi, il sentit 
redoubler le déplaisir qu'il avoit de voir son zèle rétenu, et de n'être pas en état de 
faire lui-même les fraix de ce monument. Cependant comme il ne perdoit pas tout à 
fait l'espérance de l'exécuter, il rentra chez lui, et en commença sur le champ une 
esquisse; se proposant de faire encore une tentative auprès des Magistrats lorsqu'elle 
seroit finie. (Note de Saly.) 

Q. Mons. le Prince de Tingry, plein d'ardeur pour tout ce qui concerne le service 
et la gloire du Roi, l'honneur et l'avantage des provinces qu'il gouverne, obtint de 
la bonté de Sa Majesté, non seulement un bloc de marbre de 9 pies de haut pour faire 
la Statue, mais encore les 17 blocs qui ont été employés pour le revêtissement de son 
piédestal, qui a 17 pies de hauteur. Indépendament de cette faveur, ce prince respec- 
table ménagea au S' Saly l'honneur de présenter au Roi l'esquisse du monument, et 
de travailler d'après nature pour faire le portrait de Sa Majesté ; et il n'est aucune 
partie de ce monument au bien de laquelle il n'ait concouru de tout son zèle et de 
toute sa protection. (Note de Saly.) 



214 JACaUES SALY 

de donner à votre patrie ces marques désintéressées de votre 
zèle en y consacrant les prémices de vos travaux ; on persista 
néanmoins de vous dire que malgré tout le désir que nous 
en avions, la ville ne pouvoit faire cette dépense ^ . 

Cependans M" du Magistrat en conférèrent avec M. de 
Lucé, alors Intendant ^ et après avoir raisonné sur les différens 
moyens d'arrangemens à concourir à cette dépense, eu égard à 
vos offres désintéressées, les Magistrats et Conseil de cette ville 
déterminèrent d'exécuter le projet dont vous fûtes informé 
presque aussitôt par feu M' Daulnois, lors Prévôt, et par moi, 
avec quelques autres des Magistrats "^ . 

Vous fîtes en conséquence votre esquisse qui fut apporté à 
l'hôtel de ville en l'assemblée où chacun vous marqua avec 
amitié l'empressement qu'on avoit de vous voir promptement 
exécuter ce projet et dont on vous faisoit compliment 
d'avance " . 

s Enfin, Monsieur^ je me souviens parfaitement que ce fut le 
10 du mois de Septembre 1752 que se fit l'inauguration de 
cette auguste cérémonie, à laquelle M"" le Prince de Tingry, 
notre Gouverneur présidoit, je sçai et j'ai vu qu'étant au 
pied de la Statue du Roi, il Vous a présenté et donné une 

R. Les difficultés faites par les Magistrats avant de s'être concertés avec M' de 
Lucé, sur les moyens à prendre pour trouver de quoi subvenir aux dépenses de ce 
monument, sont fort louables. Préposés pour veiller aux intérêts de leurs concitoyens, 
et dépositaires des fonds de la ville, ils ne pouvoient pas outrepasser ses facultés ; 
mais après qu'ils eurent reconnu la possibilité de fournir à cette dépense, ils y con- 
coururent avec tout le zèle qu'on pouvoit attendre d'un corps aussi respectable. (Note 
de Saly.) 

s. Le S"" Saly doit à la mémoire de M. de Lucé, le récit du zélé soutenu que ce 
respectable Magistrat a mis dans toute cette affaire pour en assurer la réussite. Il n'eût 
point de repos que les oifres du S"^ Saly n'aient été acceptées. Il représenta à la ville 
que la chose lui étoit trop honorable pour qu'elle ne dût pas faire un effort dans cette 
circonstance, et lorsqu'elle y eut acquiescé, il ne tarda pas un instant d'en informer 
Mons. le Prince de Tingry, pour qu'il puisse faire toutes les démarches' nécessaires 
pour obtenir à la ville de Valenciennes la permission de consacrer ce monument à la 
gloire du Roi. (Note de Saly.) 

T. Ici M. Desbleumortiers a oublié de dire : que M. Daulnois, à la tête des chefs 
du Magistrat et du conseil, dans la vue de donner une preuve plus sensible de leur 
zèle pour le Roi, se transporta le 28 Mai chez le S' Saly, pour lui faire part de leur 
résolution, et de l'acceptation de ses offres. Avant de sortir, M"^ le Prévôt, au nom de 
son corps, demanda au S" Saly, de faire porter son esquisse à l'hôtel de ville, aussitôt 
qu'elle seroit finie. (Note de Saly.) 

u. Lorsque l'esquisse du monument fut finie, le S"^ Saly la fit porter à l'hôtel de 
ville où le Magistrat et le conseil étoient assemblés. Cette esquisse fut acceptée avec 
bonté, et chacun témoigna de l'empressement de voir ce monument exécuté : Le 
S' Saly doit cette justice à M' le Hardy Daulnois et à tous les membres du magistrat 
et du conseil, — N. B. — Une grande partie du contenu de ces notes, est tirée du 
mémoire que le S"" Saly a adressé au corps de ville de Valenciennes. (Note de Saly.) 



STATUE PEDESTRE DE LOUIS XV 21$ 

belle boëte d'or avec le portrait de Sa Majesté en vous faisant 
un compliment gracieus; je sçai que M*" de Lucé, notre Inten- 
dant, vous fit présent d'un étui de mathématique en or. Je sçai 
enfin encore mieux le présent que la ville vous fit dans cette 
circonstance puisque c'est moi-même qui vous l'ai offert de la 
part de M" du Magistrat et comme Député du corps. Ce fut 
le lendemain de l'inauguration que j'allois chez vous pour 
vous offrir ce présent qui consistoit dans un nécessaire garni 
de quelques pièces d'argenterie de table et autres, gravées aux 
armes de cette ville, et à celles de M*" le Prince de Tingry et 
de M"" de Lucé, et je fus lors chargé de vous dire, que la ville 
étoit parfaitement satisfaite de votre zèle, qu'elle vous prioit 
d'accepter une foible marque de sa reconnoissance, qu'elle 
auroit désiré pouvoir vous offrir un présent plus digne de l'ou- 
vrage et de vos soins, mais que vous connoissiez son état et 
l'impuissance où elle étoit de vous récompenser. 

Je désire que ma déclaration particulière en cette lettre puisse 
vous satisfaire et vous être utile. 

Et soyez persuadé que je vous rends avec plaisir toute la 
justice qui vous est due suivant les vérités qui peuvent être de 
ma connoissance. 

J'ai l'honneur d'être bien parfaitement. 
Monsieur, 

Votre très humble et très 

obéissant serviteur. 
Signé Desbleumortiers. 

A Valenciennes, ce 23 novembre 1767. 



Prœmissas copias in extenso et extractu : f° 1° extractus Epistoîae a 
principi de Tingry, Scriptae dut. Beaumont, die 8° Julii lySo, 2° Copia 
Epistoîae principi de Tingry ex Versailles, die 28 martii i'j6'j. ^° extrac- 
tus ex protocollo resolutionis consilii particularis in civitate Valenciennes. 
4° copia epistoîae D«* Blondel exParisiis, die ^i*»" Martii lySy. ^° copia 
epistoîae principis de Tingry ex Beaumont, die i8'"° Maii 176 j. 6° copia 
epistoîae D"' Rasoir de Croix ex Valenciennes, die 19^0 nov. iy6y. 
7° extractus epistoîae D"* Desbleumortiers ex Valenciennes, die 2^''" nov. 
iy6j. Habita prius accurata collatione, suis mihi a d"" Jacobo Francisco 
Josepho De Sally, directore acad. Reg. Pict. Sculpt. et architecturae, 
sculptore régis christianissimi, etc.. etc.. exhibitii originalibus concor- 



2l6 JACQ.UES S AL Y 

dare, attestor in officii et sigilîi notariatus appositione. Haunia, die ii*"^ 
feb. 17 6<). 

{Sceau de cire rouge.) {Signé) C. Schmidt. not. puh^ reg. civ. Haun. 

Je soussigné Guillaume Simon de Brosseronde, secrétaire, et en 
l'absence de Monsieur le Marquis de Blosseld, Ministre plenipot^-^^ 
de France, près le roi de Danemark, certifEe à tous qu'il apartiendra 
que la signature mise au bas de l'acte cy dessus est réellement celle 
de Me Christian Schmidt, Not« royal à Copenhague ; que pleine et 
entière foi doit y être ajoutée tant en jugement que décision ainsi 
qu'à tous les actes qu'il signe en cette qualité. En foi de quoi j'ai 
délivré le présent certificat duement muni du sceau des armes de 
ce ministre. 

Fait à Copenhague, le 7 avril 1769. 

(Sceau de cire rouge.) Simon de Brosseronde ^ 

Que nous reste-t-il à apprendre sur le monument de Louis XV à 
Valenciennes ? Peu de chose. Les documents que nous venons de 
publier nous font connaître l'origine du projet conçu par Saly^, la 
nature 3, la pose 4, les dimensions s, l'emplacement de la statue^, 
l'inauguration 7, les discours prononcés en cette circonstance^, les 
présents offerts au statuaire 9, et aussi, et surtout, les déboires dont 
ce monument fut la source pour notre artiste ^°. Nous aurons épuisé 
le dénombrement des pièces connues de nous lorsque nous aurons 
signalé les vers lus en la cérémonie d'inauguration par Pigneuret, 
l'aîné, avocat au Parlement. Ce morceau de poésie, non sans valeur, 
est conservé aux Archives communales de Valenciennes dans le 
dossier d'où sont extraits les documents que nous mettons au jour ". 

Quelle valeur esthétique convient-il d'attribuer à la statue de 
Louis XV? La réponse est délicate. L'œuvre est détruite. Elle ne 
nous est connue que par une eau-forte. Autant qu'il nous est per- 
mis d'en juger par l'estampe, le marbre de Suly manque d'accent. 
Quelque chose de timide, d'indécis empêche que l'attitude et le 
geste aient l'ampleur et la netteté convenables en une effigie héroïque. 
Lemoyne et Pigalle, contemporains de Saly, sont plus habiles. Mais 
n'oublions pas que notre artiste n'avait pas atteint sa maturité lors- 
qu'il sculpta le marbre de Valenciennes, et l'on ajoute que, pressé 
par les ordres du roi de Danemark qui l'appelait à sa cour,, il fit 
procéder à l'inauguration ^e la statue de Louis XV, alors qu'elle 

1. Archives communales de Valenciennes, Loc. cit. 

2. Voir plus haut p. 172. — 3. P. 189. — 4. P. ihid. — 5. P. ibid. — 6. P. 185. 
7. P. 185-191. — 8. P. ibid. — 9. P. 177-178. — 10. P. 172-181. — II. Section D, 
n° 620. 



STATUE PÉDESTRE DE LOUIS XV 21 7 

n'était pas absolument terminée. C'est, du moins, ce que prétend 
Mariette, qui n'est pas sans dureté quand il parle de Saly. Sauf une 
ou deux figures du statuaire de Valenciennes, Mariette est très 
enclin à tout condamner dans l'œuvre de l'artiste. Il y a excès dans 
cette façon de procéder. Caylus est moins sévère, moins absolu et, 
sans doute aussi, plus prés de h vérité. Caylus semble prendre 
plaisir à rappeler que Saly est jeune. Volontiers, il fait allusion à 
l'âge du sculpteur. Mariette, qui tient la plume en 1753 alors que 
Caylus s'était occupé de Saly deux années auparavant, constate 
également la jeunesse de l'artiste, mais il relève ce détail avec 
humeur : « On a, ce me semble, écrit-il, fêté trop tôt ce jeune 
sculpteur. » Cependant Mariette n'est pas incapable de servir Saly. 
Lui-même nous apprend qu'il aurait été pour quelque chose dans 
la désignation de notre artiste au choix du roi de Danemark. Il 
ajoutera qu'il ne s'en repent point. Cette intervention bienveillante 
de Mariette autorise donc à penser que ses critiques sur la statue de 
Louis XV, trop sévères peut-être, doivent néanmoins être rappelées. 
« Cette statue de Louis XV a été finie en août 1752. Saly a fait 
exprés le voyage de Valenciennes pour la mettre en place, se pro- 
posant de luy donner sur le tas les derniers coups. Il nous en a, du 
moins, leurré; mais je doute qu'il ait tenu sa promesse, tant il y 
restoit de choses à faire. Les personnes capables d'en juger n'en 
ont pas été autrement contens. On a trouvé le travail de cette 
figure lourd et sec; la tête du roi n'a point paru ressemblante; toutes 
les parties sont trop chargées et manquent de cette grâce et de 
cette noblesse qu'exige son sujet. C'est, il faut trancher le mot, 
une figure manquée et qui ne fera jamais honneur à celui qui l'a 
fait. Dès le premier instant que j'en vis le modèle, j'en fis le pro- 
gnostic. » Certes, voilà bien des défauts relevés avec âpreté. Mais 
Mariette écrit en août 1753. Une année s'est écoulée depuis que la 
statue de Louis XV est inaugurée. Mariette se sert de ses souvenirs 
pour juger l'œuvre dont il parle. Ses souvenirs sont-ils fidèles? 
Caylus, en février 175 1, signalait dans le Mercure « plusieurs 
ouvrages sortis de l'atelier du jeune et brillant artiste. » Caylus 
ajoutait : « Nous insisterons comme il convient sur la statue 
pédestre du roi , de neuf pieds de proportion, que M. Saly exécute 
pour la ville de Valenciennes, Le modèle de ce grand ouvrage est 
arrêté et a charmé les connaisseurs ^ » Caylus et Mariette sont donc 
en absolu désaccord sur le modèle. Mais c'est le marbre qui importe. 
Il est probable que Mariette dit vrai lorsqu'il signale l'incomplète 
exécution du marbre en août 1752. Ce que nous savons par ailleurs 
des occupations de Saly nous permet de penser qu'il n'eût pas le 

I. Ahecedario, t. V, p. 164-165. 



2l8 JACQ.UES SALY 

loisir de faire sur place aucune retouche à sa statue, et celle-ci dut 
rester fruste sur certains points. Toutefois, ce ne sont là que des 
conjectures, car le marbre est détruit. Nous n'en connaissons 
qu'une gravure. Le graveur peut avoir fait tort au statuaire. Le 
document de seconde main, je parle de l'estampe, sur lequel nous 
jugeons le monument de 1752, est peut-être inexact, insuffisant, et 
l'œuvre originale, maladroitement traduite, souffre peut-être 
des défectuosités de la planche qui la rappelle. D'ailleurs, Saîy nous 
met en garde contre cette planche lorsqu'il écrit « qu'on n'y recon- 
naît ni la statue ni son piédestal ^ » Dans le doute où nous laisse le 
seul document qui soit parvenu jusqu'à nous, la perte de l'esquisse 
de la statue de Louis XV conservée jusqu'en 1841, à Valen- 
ciennes, dans le cabinet de M. Royer, avoué de cette ville et 
amateur, est donc des plus regrettables. M. Paul Foucart, en ces 
dernières années, a vainement cherché à découvrir cette esquisse 
afin d'en enrichir, s'il était possible, le Musée de Valenciennes. 
M. Julien Potier, élève de Pierre Guérin, professeur de peinture à 
l'Académie de Valenciennes, auteur du premier catalogue du Musée 
de la ville, paru en 1841, mentionne l'existence de l'esquisse. 
Depuis lors on en perd la trace. Nous avons vu Saîy, à deux 
reprises, parler de cette esquisse présentée au roi, et que 
Louis XV avait goûtée. A la suite de cette présentation, le statuaire 
s'était vu autorisé à travailler d'après nature pour faire le portrait de 
Sa Majesté 2. 

La statue, inaugurée en septembre 1752, fut renversée et brisée 
en août 1792. Deux fragments, l'une des jambes et un doigt sont 
conservés au Musée de Valenciennes (n°^ 427 et 428 du catalogue, 
édition de 1865). Un troisième fragment existe chez M. Paul 
Foucart, avocat à Valenciennes. « Je possède, nous écrivait-il le 
21 juin 1895, un doigt de marbre de la statue originale. Le père de 
ma grand'mère maternelle se trouvait sur la place de Valenciennes 
lorsque la statue fut renversée ; il en recueillit ce fragment qui a 
toujours été conservée dans ma famille. » 

La gravure dont il vient d'être question plus haut est de N. Le Mire, 
d'après un dessin de Mai-vie. Elle fut exécutée pour l'ouvrage de 
Pierre Patte, Les Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV 
(Paris, 1765, in-foL). Une lithographie par Villain, d'après un dessin 
de L. Andraij, date du début de ce siècle ; elle a pour titre Esquisse 
de la statue de Louis XV, Villain et son collaborateur se sont-ils 
inspirés d'estampes du xviiie siècle, ou ont-ils travaillé d'après 
l'esquisse en terre cuite du cabinet Royer ? 

1. Voirplushaut, p. 179, note 2. 

2. Voir plus haut, p. 210, note i et 213, note 9. 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 219 



n 



LA STATUE ÉQ.UESTRE DE FRÉDÉRIC V, ROI DE DANEMARK, 
A COPENHAGUE 

Tel est le plan de cette étude. Les documents doivent y occuper 
la première place. Nos jugements personnels sur Saly, la critique 
de ses ouvrages, le récit de sa vie, l'examen de ses actes ou de son 
caractère seront d'autant plus aisés, d'autant plus brefs que l'artiste 
aura parlé lui-même plus amplement de ce qui le concerne. La 
statue de Frédéric V, dans l'ordre du temps, vient après la statue de 
Louis XV. Mais le monument de Copenhague demeure l'œuvre 
maîtresse du sculpteur français. Nous sommes redevables aux attaques 
dirigées contre Saly, à l'occasion de sa statue de Louis XV, d'une 
suite de pièces inédites. La statue de Frédéric V, mieux appréciée, 
plus digne de l'être , fut l'objet de deux mémoires rédigés par Saly 
et publiés à Copenhague. Ces plaquettes sont d'une extrême rareté. 
Goddé les a possédée^. Elles ont passé à sa vente. La première, 
celle de 1771, existe à la Bibliothèque nationale et au British 
Muséum. Ces deux grands dépôts ne possèdent pas la seconde. 
Réimprimer ici les mémoires de Saly sur sa statue, c'est offrir au 
lecteur des documents curieux et que les plus avisés parmi les cher- 
cheurs auraient peu de chance de découvrir. Selon sa coutume, 
Saly, quand il tient la plume, cite des dates et entre volontiers dans 
l'exposé des circonstances au milieu desquelles il a travaillé. Cette 
façon d'écrire ajoute à l'intérêt que revêtent par eux-mêmes les 
autographes de l'artiste, dépouillés d'ailleurs de toute jactance, de 
toute superfétation. Quand on a lu vingt pages du sculpteur, il 
vous est connu. 

La première plaquette de Saly, publiée à Copenhague, a pour 
titre : Description de la statue équestre que la Compagnie des Indes 
orientales de Dannemarc a consacrée à la gloire de Frédéric V : Avec 
V explication des motifs qui ont déterminé sur le choix des différens partis 
qu'on a suivis dans la composition de ce monument (Copenhague, Cl. 
Philibert, 177 1, in-8 de 45 pages). 

Cet opuscule ne comporte aucune planche. Une réédition en fut 
faite en 1774. Le titre n'a pas varié, mais cette fois le texte est tri- 
lingue : danois, français et allemand. Le format est in-folio. La pla- 
quette comprend 11-40 pages et est ornée de neuf planches. L'édition 
première était dédiée à Marigny. La réédition est offerte par un sieur 



220 JACQ.UES SALY 

Butty aux souscripteurs du monument. De là, sans doute, la néces- 
sité d'une triple version , afin de satisfaire la légitime curiosité des 
souscripteurs de diverses nations. Nous publierons ici le texte de 
177 1 en nous bornant à signaler les variantes ou suppressions de 
Tédition de 1774. Nous n'avons pas découvert, dans les dépôts 
publics où nous avions chance de la trouver, la réédition trilingue 
de 1774. C'est à l'obligeance de M. Foucard que nous devons la 
communication de ce document. 

Le même écrivain qui, de longue date, avait projeté de composer 
une étude sur Saly, nous a communiqué le second opuscule du 
sculpteur. En voici le titre : Suite de la Description du monument 
consacré à Frédéric V par la Compagnie des Indes de Dannemarc pour 
être jointe à V explication des motifs qui ont déterminé sur le choix des 
différens partis qu'on a suivis dans la composition de ce monument, et 
dans laquelle Von rend compte des différentes études et observations faites 
d'après des chevaux, ainsi que des moyens dont on s'est servi pour exécuter 
Je monument (Copenhague, Cl. Philibert, 1773, in-8 de 56 pages). 
On remarquera que cette étude est antérieure d'une année à la 
réédition trilingue du texte de 1771. Cependant Butty ne paraît pas 
s'être soucié d'y rien emprunter lorsqu'il eut le projet de laisser aux 
souscripteurs du monument de Frédéric V une publication suscep- 
tible de flatter leur amour-propre. C'est que, dans ce second écrit, 
Saly parle constamment des études qu'il voulut faire du cheval 
danois, dans le but de rendre plus parfaite la statue équestre qui 
l'occupait. Butty ne prit pas intérêt à ces recherches du sculpteur 
passionné par son sujet, plein de conscience et de goût. Pour nous, 
au contraire, ces révélations ont plus de saveur que des faits. Nous 
nous trouvons en présence d'une étude psychologique, et la person- 
nalité de l'artiste se dégage de ce second écrit avec un relief parti- 
culier. Hâtons-nous donc de céder la parole au statuaire, non toute- 
fois sans avoir ajouté que même à Copenhague — une lettre officielle 
du 15 octobre 1867 dont il sera question plus loin en fournit la preuve 
— les deux mémoires de Saly sont hors de prix quand, par hasard, 
il s'en rencontre un exemplaire. 

Lettre 
A Monsieur le Marquis de Marigny, 

CONSEILLER DU Roi EN SES CONSEILS, COMMANDEUR DE SES 
ordres; DIRECTEUR ET ORDONNATEUR-GÉNÉRAL DES BATIMENTS 
DE S. M. JARDINS, ARTS, ACADÉMIES ET MANUFACTURES 
ROYALES; LIEUTENANT-GÉNÉRAL DES PROVINCES DE BEAUCE ET 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 221 

d*Orléanois; gouverneur du Palais du Luxembourg; capi- 
taine-gouverneur DU CHATEAU-ROYAL DE BlOIS, ET GOUVER- 
NEUR DE LA DITE VILLE. 

Monsieur, 

Cest sans doute au ministre des arts qu'un artiste du Roi 
doit essentiellement compte de l'emploi de ses talens et de tout 
ce qui y est relatif; comme c'est vis à vis de lui qu'il a le plus 
à justifier les raisons qui l'ont déterminé dans l'exécution de 
ses travaux et à chercher un appui. 

J'ai eu l'honneur, Monsieur, de vous faire parvenir une 
gravure du monument pour l'exécution duquel la Cour de 
Dannemarc m'a emprunté; et je prends aujourd'hui la Hberté 
de vous faire part des motifs que j'ai eu pour me déterminer 
sur les différens partis que je pouvois prendre en le com- 
posant. 

Lorsqu'un artiste, ainsi qu'un poëte, se trouve dans le cas 
de produire un ouvrage de considération, son esprit s'enflamme, 
sa verve s'échauffe, toutes les facultés de son âme se remuent, 
les idées se présentent en foule et s'entrechoquent, pour ainsi 
dire, les unes les autres; toutes lui plaisent, il voudroit pouvoir 
les exécuter toutes; son embarras est de se fixer à une, et de 
déterminer la meilleure, et il ne manque guère de pencher 
pour la plus neuve. Mais lorsque le feu poétique commence à 
laisser place à la réflexion, qu'il s'agit d'accorder le nouveau 
et le pittoresque avec la grande et noble simplicité; de com- 
biner avec l'unité du sujet toutes les parties qui doivent le 
former, de Her ces parties de façon qu'elles y soient analogues 
et concourent toutes à son succès; et sur-tout qu''elles se 
trouvent fondées sur des raisons conséquentes et qui le 
paroissent à tout le monde; le charme tombe, les difîicuités se 
présentent et prennent la place des prétendus avantages, et le 
jugement nous fait voir à la fin que dans tous les arts d'imi- 
tation nos prédécesseurs se sont emparés des bonnes places et 
que l'on ne peut guère s'exposer à perdre de grands avantages, 
à vouloir entièrement sortir de ce qui a été fait : Tel a été 
mon cas. 

Comme dans le parti que j'ai pris. Monsieur, pour le général 
du monument dont il est question, il se trouve des rapports 



222 JACQUES SALY 

avec plusieurs monuments du même genre; qu'il y a même 
des choses dans les parties accessoires qui étant destituées 
d'autres parties qui dévoient les faire valoir et les rendre 
nécessaires, peuvent les faire paroître d'un style peu sévère 
aux yeux de ceux qui ignorent les motifs qui y ont donné 
lieu, etc., j'ai cru devoir en donner une description qui, en 
expliquant mes idées et mes motifs, me serve d'excuse pour 
plusieurs choses et fasse en même tems connoître que non 
seulement je n'ai rien fait au hasard, mais que j'y ai été induit 
et autorisé, soit par des raisons de nécessité, soit par des 
exemples respectables, soit par les circonstances des tems et 
des lieux. 

C'est donc cette relation. Monsieur, qui contient tout ce 
que j'ai éprouvé, senti, rejette et choisi dans la composition et 
l'exécution de mon ouvrage, et l'expression de mes plus 
secrètes pensées sur tout ce qui a rapport au monument de 
Frédéric V, que j'ai l'honneur de mettre ici sous vos yeux. Je 
serois bien flatté, Monsieur, si j'étois assez heureux pour avoir 
réussi dans le choix que j'ai fait de ces idées, et mérité par là 
votre approbation . 

Si j'eusse pu exécuter ce monument à Paris, comme je 
désirois de le faire, je suis très persuadé que, soutenu par la 
vue des ouvrages de mes confrères et par leurs conseils, 
j'aurois pu, sans tant d'embarras, me décider beaucoup plus 
promptement et peut-être plus avantageusement par le succès 
de mon ouvrage; mais isolé comme je Fétois lors de cette 
production, je suis encore incertain si je me suis déterminé 
pour le meilleur parti à plus d'un égard. 

Dans cet état de choses, j'espère trouver en vous, Monsieur, 
la même indulgence pour cette description que vous avez eu 
pour le monument. Mon intention étoit d'avoir l'honneur de 
vous présenter cette description dès la fin de l'année 1766; 
mais peu accoutumé à écrire, je craignois qu'elle ne fut pas 
faite de façon à pouvoir soutenir la lecture; aujourd'hui 
diverses considérations m'ont enfin déterminé à le faire. 
J'espère que vous daignerez, Monsieur, la recevoir et m'ho- 
nor^r de votre avis sur son contenu. Quoique cela ne puisse 
plus m'être utile pour ce monument, puisque l'ouvrage est 
fini, il m'éclairera et je sçaurai à quoi m'en tenir. 



STATUE idUESTRE DE FRÉDÉRIC V 223 

J'ai l'honneur d'être avec un très profond respect, Monsieur, 
votre très humble et très obéissant serviteur, 

Saly. 

A Copenhague, ce 31 mai 1771 ^ 



DESCRIPTION FAITE d' APRÈS l'eSQjUISSE APPROUVEE PAR LE Roi, 
LE 30 AOUT 1755. 

La place sur laquelle ce monument est élevé forme un 
octogone régulier, et a 65 toises danoises en tous sens^ . Elle 
est composée de quatre grands palais, dont les séparations 
forment quatre belles rues; celle qui se trouve en face de la 
statue, conduit à la magnifique église nommée « l'Église 
Royale de Frédéric V », qui se construit actuellement; la rue 
opposée à cette première fait face au port des vaisseaux du Roi; 
celle qui est à la droite de la statue va à la citadelle et au port 
marchand; et celle qui est à gauche conduit au centre de la 
ville s. 

Au milieu de cette belle place,' sur un piédestal d'ordre 
dorique, de marbre blanc d'Italie, et d'une forme quarré-long, 
est placée la statue équestre de Frédéric V, d'immortelle 

I. Dans la réédition trilingue de 1774, Butty a remplacé la lettre qu'on vient de 
lire par le texte suivant : 

A Messieurs les intéressés de la Compagnie des Indes orientales de Dannemarc. 

Messieurs 1 J'ai entrepris avec la joie la plus vive de publier à tout l'Univers 
les preuves éclatantes de l'amour et de la reconnoissance que Vous avez éternisées 
envers votre auguste protecteur Frédéric V, d'immortelle mémoire, par l'érection du 
superbe monument qui le représente. Célébrer des sentimens si dignes de vous, c'est 
prendre part à l'hommage que Vous deviez et que Vous avez rendu à la mémoire du 
meilleur des rois, et marquer la vive satisfaction que j'ai de mettre au jour le symbole 
des monumens gravés dans vos cœurs et dans celui de toute la nation danoise. 
Agréez donc, Messieurs, que j'aie l'honneur de vous offrir un ouvrage qui vous inté- 
resse de si près, et qui vous appartient uniquement. Heureux si vous daignez 
approuver le désir que j'ai de mériter par quelqu'endroit votre protection, et recevoir 
les assurances du très profond respect avec lequel je suis, Messieurs, votre très humble 
et très obéissant serviteur, 

Butty. 

A. La toise danoise est composée de 6 pieds, et le pied est de 4 1/2 lignes moins 
grand que celui du Roi. (Note de Saly.) 

B. Cette place est située au milieu du quartier dont Frédéric V a augmenté 
Copenhague. Ce quartier se nomme « Friederichsstadt » qui signifie en françois « la 
ville de Frédéric ». (Note de Saly.) 



224 JACaUES SALY 

mémoire. Cette statue est en bronze; elle a 15 pieds 11 pouces 
de haut, depuis l'extrémité de la tête du Roi jusqu'au dessous 
des pieds du cheval, et 16 pieds 1 1 pouces avec son pUnte (^sic). 
Le monarque est couronné de laurier et vêtu à la romaine. Sa 
main droite est appuyée sur le bout d'un bâton de comman- 
dement, dont l'autre bout pose sur sa cuisse, et il tient les 
rênes du cheval de la main gauche. 

Ce cheval est au pas, et placé sur la main droite, c'est à dire 
qu'il lève la jambe droite de devant et la gauche de derrière. 

Le piédestal a 18 pieds, 8 pouces de hauteur, et 19 pieds 
I pouce en y comprenant les 5 pouces de pente du pavé qui 
se trouve entre les trois marches du piédestal et la grille; ce 
qui forme, avec la statue, 36 pieds de haut. 

Entre la corniche et l'astragale, régnent quatre grosses guir- 
landes de feuilles de chêne. Sur le devant et sur le derrière 
du dez, qui d'ailleurs est totalement uni, sont placées deux 
tables d'inscription. L'on voit au-dessus de celle de devant 
deux branches, l'une d'olivier et l'autre de laurier, et au-dessus 
de celle de derrière un caducée et un gouvernail : attributs 
analogues au commerce maritime. 

Quatre bas-reHefs ovales soutenus par des guirlandes de 
laurier et représentans la protection que Sa Majesté accorde 
aux sciences, aux arts, aux manufactures et au commerce, 
décorent les grands cotez du dez. Ils sont placés de façon à 
laisser du repos à deux figures de femmes^ couchées sur le 
grand socle qui sépare le piédestal de ses marches : Elles repré- 
sentent le Dannemarc et la Norvège. A une distance propor- 

A. Suivant mon esquisse, le Dannemarc et la Norvège dévoient être sous la figure 
de deux femmes; mais depuis que cette esquisse est finie j'ai changé de sentiment. 
Dans les études préparatoires que j'ai faites à ce sujet, le Dannemarc est représenté 
par un homme d'âge viril ; il a proche de lui un sceptre et une épée, et il tient sa 
main sur l'épée. De l'autre bras il s'accoude sur un bouclier où sont gravés trois lions 
léopardés sur un fond parsemé de cœur représentant les armes du Dannemarc. Il a la 
tête ceinte d'un bandeau royal et est vêtu à la manière des Cimbres. A côté de lui 
sont grouppés différens attributs relatifs à la guerre et à une puissance maritime : 
tels qu'un casque, une proue de vaisseau, des haches d'armes, des javelots, des 
massues garnies de pointes, des frondes, des arcs et des flèches, un bâton ou calen- 
drier Runique, etc. La Norvège, sous la forme d'une femme, est aussi vêtue et 
coëflfée à l'usage des Sitons, ancien peuples de la Norvège. Elle a sur la tête, négli- 
gemment ajustée, un diadème au dessus duquel, paroît l'étoile polaire. Le bras 
gauche est appuyé sur un renne, et elle tient de la main droite un sceptre et un 
aviron. On voit auprès d'elle des filets remplis de poissons, des minéraux et autres 
attributs analogues à ce pais ; ainsi qu'un écusson sur lequel il y a un lion couronné 
ployant une hache d'armes; ce qui forme les armes de Norvège. (^N'ote de Saly.) 



STATUE èdUESTRE DE FRÉDÉRIC V 22$ 

donnée, pour faire partie du tout, sont placées sur le devant 
et sur le derrière, deux autres figures couchées, dont la plus 
grande élévation n'arrive pas à la hauteur des tables d'inscrip- 
tion. Ces figures, ou pour mieux dire, ces grouppes, qui ont 
i8 pieds de largeur, représentent l'un l'Océan et l'autre la 
Baltique; de sorte que le héros est environné de ses deux 
royaumes et des deux mers sur lesquelles ses royaumes sont 
situés. 

Les figures allégoriques du Dannemarc et de la Norvège, 
accompagnées de leurs attributs caractéristiques, témoignent 
par leurs attitudes, combien ces royaumes bénissent le Prince 
qui ne s'occupe qu'à rendre leurs habitans heureux. L'Océan 
est caractérisé par une figure de vieillard couché sur des rochers 
parmi des plantes marines; appuyé sur une urne et accom- 
pagné d'une baleine. La Baltique est représentée sous la figure 
d'une femme; elle a près d'elle un enfant qui tient et fait des 
efforts pour retenir un poisson prêt à lui échapper. Outre la 
part que ces deux grouppes ont à l'allégorie du sujet, ils 
doivent encore servir de fontaines publiques par le moyen des 
eaux qui sortiront abondamment des urnes et des rochers 
pour tomber dans de grands bassins revêtus de marbre blanc ^. 

Les quatre grouppes; les tables d'inscription; les quatre 
bas-reliefs et tous les ornemens dont il vient d'être fait men- 
tion, ainsi que les faisceaux, dont le tore de la base est com- 
posé, sont en bronze. Une grille de fer d'un style simple, et 
trente-deux bornes de marbre de Norvège entourent ce monu- 
ment. 



DESCRIPTION DU MONUMENT TEL QU IL EST , DEPUIS LA SUP- 
PRESSION DES aUATRE GROUPPES ET AUTRES ORNEMENS 
ACCESSOIRES AU PIÉDESTAL. 

Ce monument, comme on peut en juger par la nature de 
ses accessoires et de leur distribution, devoit être le plus consi- 

A. Ces bassins, dont les extrémités opposées au piédestal sont circulaires, ont i6 
pieds de longueur sur 25 de largeur; ils sont à niveau de terre, il n'en excède que la 
bordure qui est aussi de marbre blanc d'Italie. La longueur générale du monument, 
prise de l'extrémité la plus reculée d'un des dits bassins à l'extrémité de l'autre, est 
de 86 pieds; et la largeur du tout, prise de l'extérieur d'une borne à l'extérieur de la 
borne opposée, de 51. (Noie de Saly.) 

Art fr. xii 15 



226 JACQUES SALY 

dérable qu'on eut encore fait; mais au mois de juin de l'année 
dernière ^, Frédéric V, par un trait de générosité qui seul lui 
mériteroit une statue, retrancha de la composition générale 
les quatre grouppes que les bienfaits de ce Prince m'avoient 
porté à y ajouter au delà des conditions de mon contrat. Ce fut 
pour épargner à la Compagnie des Indes qui lui consacroit cette 
statue, des dépenses aussi considérables que celles qu'entraînent 
les ouvrages de fonte, qu'il s'y détermina. Quoique j'eusse 
fort désiré de pouvoir donner à ce monarque une preuve de 
plus de ma sensibilité et de ma reconnoissance, je ne pus 
cependant m' empêcher d'admirer cette bonté et cette éléva- 
tion de sentimens dans un Roi, père de son peuple, lesquelles 
le portèrent à sacrifier, de plein gré, une gloire personnelle au 
bien de ses sujets. 

Après la suppression des quatre grouppes, je reçus encore, 
au mois d'août dernier, ordre de supprimer les quatre bas- 
reliefs et tous les ornemens contenus dans mon esquisse, et 
de me restreindre à des tables d'inscription. 

De sorte que les deux tables quarrées resteront simplement 
attachées avec quatre doux, et les quatre ovales accrochées 
chacune par son anneau. Ces anneaux que j'ai imaginé pour 
donner une sorte de vraisemblance à la fiction des inscriptions 
qui doivent suppléer aux bas-reliefs, ne feront pas un aussi 
bon eflfet qu'ils auroient fait si les guirlandes destinées à 
accompagner les médaillons et les rubans qui, en flottant 
autour, dévoient s'y entrelacer pour arracher ces guirlandes 
aux mêmes doux, avoient eu lieu; je sçais même que cette 
façon de suspendre des tables, n'est ni d'un style assez antique, 
ni assez sévère pour la nature du monument; aussi n'aurois-je 
jamais employé ces anneaux si les inscriptions dont il s'agit 
dévoient être censées composées pour faire partie du tout; 
mais je les suppose modernes et tout-à-fait étrangères à la 
chose dans leur principe, comme ou le verra par l'extrait de la 
lettre ci-après. 

Malgré la réduction faite à ce monument, il sera encore 
aussi considérable que beaucoup d'autres. En effet, outre la 
statue, le piédestal ne laissera pas de se trouver orné par les 

A. 1765. 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 227 

six tables d'inscriptions en bronze; d'un autre côté, le choix 
que j'ai fait de Tordre dorique pour ce piédestal, lui donne 
une corniche à modillons, ce qui la rend plus riche que celles 
que Ton fait pour ces sortes de monumens; de plus, la nature 
du pavement qu'il y aura entre les marches du piédestal et la 
grille, dont les compartimens sont de marbre blanc et noir, 
lui donne encore un nouveau relief, et rend le tout suffisam- 
ment riche. 



Extrait 
d'une lettre relative auxdits changemens, écrite le 2^ 

SEPTEMBRE I766 A M. OgIER, CONSEILLER d'EtAT, CI-DEVANT 
AMBASSADEUR DE pRANCE A CETTE CoUR, ETC. 

« Je ne dois pas non plus vous laisser ignorer. Monsieur, 
ce que j'ai imaginé et proposé de faire, pour suppléer aux 
quatre bas-reliefs que je devois exécuter pour décorer le pié- 
destal de la statue équestre de Frédéric V. 

« Dès que je sçus qu'on étoit dans l'intention de supprimer 
ces bas-reliefs afin d'éviter la dépense et le tems que leur 
exécution auroit emporté; je pensai à conserver, autant qu'il 
seroit possible, les mêmes masses que les bas-reliefs dévoient 
produire sur les grands côtés de mon piédestal : Voici ce que 
j'ai imaginé. 

« Je suppose quatre tables d'airain sur lesquelles on auroit 
noté tout ce que ce Prince bienfaisant a fait pour le bonheur 
de ses sujets et de ses Etats, pendant son glorieux règne, et 
qu'on accrocheroit ces tables au bas de sa statue pour montrer 
à la postérité les raisons qui ont donné lieu à faire élever ce 
monument. 

« Les quatre bas-reliefs, comme vous sçavez. Monsieur, 
dévoient représenter par des figures allégoriques la protection 
que Prédéric V accordoit aux sciences, aux arts, aux manu- 
factures et au commerce^. Les inscriptions que je compte 



A. Le médaillon représentant la protection que Frédéric V accordoit aux arts, est 
composé de la manière suivante : Le Roi est debout et vêtu à la romaine ; il tend, 
d'un air de dignité et de bonté, la main droite aux trois sœurs : la Peinture, la 
Sculpture et l'Architecture, qui se tiennent par la main et s'approchent de concert 
vers ce monarque. Ce Prince leur montre, de la main gauche, des récompenses 



228 JACQUES SALY 

mettre sur les mêmes formes des médaillons, étendront encore 
mon idée; le premier aura trait à la législation et à l'agricul- 
ture: le second aux établissemens pieux et utiles; le troisième 
aux sciences et aux arts, et le quatrième aux manufactures et 
au commerce : chacun contiendra une liste de tout ce qui sera 
relatif à deux de ces huit objets. 

« Après avoir éprouvé le cruel effet que l'auteur d'un 
ouvrage doit ressentir par les démembremens successifs d'une 
composition générale, où les différentes parties faites les unes 
pour les autres en font l'harmonie, et ne peuvent être séparées 
sans faire un tort considérable au tout ensemble^; après 
m'être étourdi sur les contrariétés que j'ai éprouvées, au mois 
de juin de l'année dernière, par la suppression des grouppes 
allégoriques à la statue, et aujourd'hui par celle des ornemens 
accessoires au piédestal ; enfin après m'être vu privé, comme 
je le suis, de la satisfaction de donner à la mémoire d'un 
Prince, qui m'a comblé de biens, une preuve de ma recon- 
noissance ; et de l'avantage d'exécuter en même tems le monu- 
ment le plus considérable qui eût encore été fait; je trouve 
une consolation dans la pensée de mes inscriptions qui, non 
seulement suppléeront aux bas-reliefs, mais feront encore voir 
d'un seul coup d'œil tout ce que ce digne Roi a fait; et je 
trouve une satisfaction véritable dans l'idée que je me forme 
de l'honneur que la lecture de ces tables d'inscription fera à la 
mémoire de ce monarque, ainsi qu'à son ministère. 

« Il est vrai. Monsieur, que tous ces faits rassemblés, dont 
le nombre est considérable, étonnent. On ne s'imagineroit 
jamais que pendant un règne tel que celui de Frédéric V on 
ait pu faire tant d' établissemens et de si grandes choses. Je 
joins ici une copie de ce que j'ai rassemblé à ce sujet pour que 
vous en jugiez. 

honorables, telles que des couronnes de lauriers, des coliers d'Ordre, etc. Ces marques 
d'honneur sont posées sur une base de colonne, symbole de la stabilité. Minerve qui 
ne cesse d'inspirer le Roi est placée derrière lui. L'on voit, à côté de cette déesse, le 
symbole de la paix : un lion et un agneau attachés et dormant ensemble. Entre ce 
grouppe et le Roi se trouve une corne d'abondance pour signifier que l'abondance est 
tille de la paix et mère des arts. Les trois autres médaillons n'étoient pas encore com- 
posés lors de leur suppression. (Note de Saly.) 

A. Les statues du Dannemarc et de la Norvège, non seulement enrichissoient les 
grands côtés du piédestal, mais encore le garnissoient de façon que lorsque l'on 
voyoit le monument^ soit en face, soit par derrière, le piédestal paroissoit beaucoup 
plus mâle et plus nourri : tel est l'effet ordinaire des démembremens, {Note de Saly.) 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 229 

« Je ne sçais, Monsieur, si Tidée de ces tables d'inscription 
fera sur votre esprit l'effet qu'elle opère sur le mien. Quant à 
moi lorsque je me dépouille de l'artiste et que je vois comme 
particulier et comme ami de l'humanité, ces recueils de faits 
placés au pied de mon bienfaiteur, je sens une douce satisfac- 
tion en trouvant qu'ils disent infiniment plus que quelques 
figures de bas-reliefs qui, lorsqu'elles sont bien exécutées, font 
plutôt l'éloge de leur auteur que celui du Prince à qui elles 
ont été consacrées. On peut, lorsqu'on ne désigne aucuns faits, 
attribuer par des éloges vagues et généraux, les plus grandes 
qualités à des souverains qui en réunissent le moins; mais 
une note de faits, telle que je la suppose, n'auroit point cet 
inconvénient, et ne pourroit en imposer à qui que ce soit. Si 
on prenoit le parti, dans tous les monumens que Ton fait 
élever aux souverains, de détailler les belles actions de leur 
règne, il me semble que ce seroit une récompense de leurs 
vertus; un motif d'émulation pour leurs contemporains et 
pour leurs successeurs; de bons matériaux pour l'histoire et 
une satisfaction bien grande pour les voyageurs. Je m'étonne 
que cela ne se soit pas encore fait. Je me persuade que des 
tables contenant toutes les belles actions d'un empereur, atta- 
chées après sa mort aux monumens élevés à sa gloire par le 
Sénat et le peuple romain, afin d'en constater la vérité, auroient 
opéré de grands avantages; pourquoi n'en retireroit-on pas 
aujourd'hui ? Mais pour bien rendre mon idée et donner plus 
d'efficacité à la chose, il faudroit i° que ces tables, ou cata- 
logues, ne fussent pas écrites dans le style pompeux des 
inscriptions que l'on fait ordinairement pour placer sur les 
piédestaux des statues et telles que seront celles placées devant 
et derrière notre piédestal ; l'art que Ton met dans ces sortes 
d'inscriptions les fait plutôt parler à l'esprit qu'au cœur, et ne 
leur donne point cet air de naïveté qui est toujours le sceau 
de la vérité, et qui, selon moi, en feroit tout le mérite ^; 2° 



A. Voici de quelle façon je désirerois que fussent ces tables : En 1747. Le Roi a 
abrégé les procédures. Il a fondé la société danoise des Belles-Lettres et l'Académie 
des nobles de Sorôe. Il a établi la Compagnie générale de commerce. En 1749. Il a 
augmenté Copenhague du quartier nommé Friderisstadt. Il a fondé l'église royale 
de Frédéric. Il s'est assuré de la part du roi de Suède d'un désistement de ses droits 
sur le duché du Holstein. Il a augmenté les troupes de terre en Norvège. En 17^0, etc. 
(Note de Saly.) "^ & /J 



230 JACCLUES SALY 

que ces tables ou listes de faits, ne fussent placées qu'après que 
le monument seroit entièrement fini et la cérémonie de l'inau- 
guration faite; 3° que ces tables sortissent de l'Hôtel de Ville 
et fussent apportées par les magistrats à la tète de la bour- 
geoisie, au son des timbales et des trompettes, et attachées en 
leur présence au piédestal de la statue. Ces tables censées 
écrites par le corps de ville à fur et à mesure que le Prince 
faisoit des actions utiles au bien de l'humanité et au bonheur 
de ses sujets, et supposées avoir été conservées pour témoigner 
en sa faveur après sa mort, ajouteroient à sa gloire et à l'éclat 
de la cérémonie. Par ce moyen, la Compagnie des Indes con- 
sacreroit une statue à Frédéric V; le Sénat et le peuple danois 
viendroient en pompe ajouter à ce monument les listes de tout 
ce que le monarque auroit fait en leur faveur. Les quatre 
tables auront lieu, mais quant à la nature du style et à la céré- 
monie de leur placement, je ne sçais pas encore ce qui en 
sera. » 

MOTIFS Q.UI m'ont DÉTERMINÉ SUR LE CHOIX DE DIFFÉRENS 
PARTIS aUE JE POUVOIS PRENDRE DANS LA COMPOSITION DE CE 
MONUMENT. 

De V allégorie générale. 

Le règne de Frédéric V étoit un règne pacifique. Toutes les 
vues de ce père du peuple et des arts ne tendoient qu'à rendre 
ses sujets heureux et tranquilles. Par la douceur de son gou- 
vernement et la sagesse de son ministère il y étoit parvenu. 
Le commerce et la navigation, les sciences, les beaux arts 
recevoient les plus grands encouragemens ; nombre d'éta- 
blissemens pieux et utiles se formoient successivement. Enfin 
tout prouvoit l'attention continuelle qu'il donnoit au bien de 
ses Etats, etc. En conséquence, j'ai cru ne devoir le repré- 
senter ni en despote ni en conquérant, mais en Prince dont 
toutes les affections ne tendoient qu'à faire le bonheur de ses 
royaumes. A cet effet, j'ai éloigné de lui toutes ces allégories 
orgueilleuses qui servent plus à faire craindre les souverains 
qu'à les faire aimer; qui n'ajoutent jamais à la gloire du 
héros que l'on représente et qui ne font souvent qu'exciter 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 23 1 

Fenvie. La flatterie n'a qu'un tems : la vérité seule est durable. 
C'est pour ne rien mettre qui ne fut puisé dans la vérité, que 
je l'ai accompagné de ses royaumes si chers à son cœur, et sur 
lesquels il promène ses regards; les deux mers font voir 
l'étendue de sa domination; et, comme je l'ai dit, j'ai ajouté 
à ces symboles ceux de la protection que ce monarque accor- 
doit aux sciences, aux arts, aux manufactures et au com- 
merce ' . 



I. Butty^ l'éditeur de 1774, a passé sous silence tout le texte de Saly que nous 
venons de publier. Il le remplace par les lignes suivantes : 

Description de la statue équestre 

« On représente à la tête de cet ouvrage la statue équestre, telle qu'elle est élevée 
sur la place de Frédéric dans la ville neuve, dont ce monarque a agrandi Copenhague. « 
Butty décrit ensuite la place sur laquelle est élevée la statue. Saly nous ayant donné 
la description de cette place, nous passons sous silence le texte de l'éditeur de 1774. 
Toutefois nous lui empruntons ce paragraphe qui complète la description de l'artiste : 
« La place de Frédéric en elle-même est fort considérable. Chaque côté est de 150 
pieds danois. Chaque diamètre pris d'un angle opposé à l'autre est de 390 pieds, et 
la distance des côtés correspondans de 362 pieds. La superficie de toute la place est 
de 108.600 pieds quarrés ou de 1,086 toises quarrées à 10 pieds quarrés la toise. » 
Ayant achevé la description de la place, Butty ajoute : Monsieur Saly a été choisi 
pour l'exécution de cet ouvrage. Le Roi approuva l'esquisse qu'il Lui en présenta le 
3 d'août 1755, et au mois de juin et d'août de l'année suivante, il ordonna de substi- 
tuer à quelques ornemens trop dispendieux, de simples tables d'inscriptions de figure 
ovale^ comme l'estampe les représente. » La première planche de l'édition de Butty 
renferme en eflFet une vue générale du monument et les inscriptions ménagées sur les 
faces du piédestal sont rappelées par le burin à'Heckel l'auteur de la planche. Voici le 
texte de ces inscriptions que Saly a omis de donner dans son texte de 1771. Buttj^ 
sur ce point, est plus explicite que l'artiste. 

Inscriptions 
Au devant du de\ — Friderico quinto — Clementi — pacifico — 

ARTIUM TUTORI — AETAS — GRATA FELIX. 

Derrière le de\ : — Socii — negotiationis asiaticae — pietatis 

PUBLICAE — MONUMENTUM — POSUERE — MCCLXXI. 

Sur la droite et la gauche du de^ : 

I 

Ob — PACEM — INTER BELLORUM TERRORES — ANIMO, PRUDENTIA, — 
FIDE, FOEDERIBUSQUE — FIRMATAM — OPESQUE REGNI — CLASSIBUS EXER- 
CITIBUSQ.UE — PROVINCIIS — AMPLIFICATAS, 

n 

Ob — MERCATURAE — SECURITATEM, — OPPORTUNITATES — PRAESIDIIS, 
FOEDERIBUS, — EXTRUCTIS IN UTRCOUE MARI — PORTUBUS, — RESTITU- 
TAM, AUCTAS J — REM RUSTICAM — LEGIBUS INSTITUTIS — EMENDATAM ; — 



252 JACQUES SALY 



Composition de la statue équestre 



Du mouvement du cheval. 

L'ambition de chaque auteur, dans tout ce qu'il compose, 
est de produire du neuf. Ce désir ne manqua pas de se mani- 
fester en moi. En conséquence, comme tous les chevaux des 
statues équestres que j'avois vu, tant en France qu'en Italie, 
sont représentés au pas, je crus, pour varier, devoir faire le 
mien au galop, ou cabré. Je n'ignorois pas qu'il s'en trouvoit 
un en Espagne et un à Dresde ^, dans ce même mouvement; 
mais c'était peu en comparaison de vingt-quatre ou vingt-cinq 
qui sont au pas. Je jettai donc mon idée sur le papier, et je 
trouvai que le mouvement dont j'avois fait choix étoit chaux 
et susceptible de donner beaucoup de jeu, tant à la machine 
en général qu'au manteau de mon Roi, à la crinière et à la 
queue de mon cheval. Pour me conduire d'une façon consé- 



INDUSTRIAM OMNIUM — FAVORE , LIBERALITATE — EXCITATAM, SUSTEN- 
TAT AM. 

III 

Ob — URBEM REGIAM — NOVA, REGIONE, AEDIFICIIS, — AMPLIFICATAM, 
ORNATAM ; — VIAS PUBLICAS — SUA PECUNIA MUNITAS, — PEREFUGIA — 
HONESTAE PAUPERTATI — PATEFACTA. 

IV 

Ob — ARTES GRAECAS ET ITALAS — ACADEMIA NOVA — FUNDATAS — 
SORAM RESTITUTAM, — SCHOLAS LITTERARUM — BERGIS ET NIDROSIAE — 
INSTITUTAS; — STUDIA DOCTRINAE — MISSIS PER ORIENTEM — VIRIS 
DOCTIS — LIBERALITER ADJUTA. 

Ajoutons, pour être complet, le résumé que donne Butty du texte qu'il ne croit pas 
devoir reproduire : « Monsieur Saly s'est occupé, dès l'année 1755, à faire en petit le 
modèle de ce monument, lequel fut fini en novembre 1758. L'explication qu'il a 
donnée au public des motifs qui l'ont déterminé dans la composition de son ouvrage, 
prouve son étude profonde sur la nature du sujet qu'il devoit représenter, l'examen le 
plus scrupuleux de tout ce qui convenoit par rapport à l'attitude du cavalier et celle 
du cheval, de même que son activité dans l'exécution de son ouvrage. On doit cette 
justice au mérite d'un grand artiste, qui en cette occasion auroit raison de se trouver 
oflFensé du silence. Voici comme il s'explique sur la composition de la statue 
équestre. » 

A. Cette statue n'est que de platinerie. C'est à dire d'un grand nombre de plaques 
de cuivre travaillées au marteau. On ne la cite ici que pour le mouvement du cheval. 
(Note de Saly.) 



STATUE ÉQ.UESTRE DE FRÉDÉRIC V 233 

quente dans le parti que j'allois embrasser, je me transportai 
au manège où, après plusieurs examens, longs et sévères, je 
reconnus : i° que dans les différens airs du galop, le derrière 
du cheval chasse toujours le devant; qu'il ne quitte presque 
pas la terre; que dans le mouvement cadencé qu'il fait en 
levant alternativement l'avant et Tarrière-main, le corps du 
cheval reste presque toujours parallèle au terrain qu'il par- 
court; 2° que dans les galops allongés, le poids de presque 
tout le cheval et celui du cavalier se trouvent porter absolu- 
ment à faux; de sorte que dans ce mouvement il étoit de toute 
impossibilité que ma statue équestre pût se soutenir sans un 
appui étranger; 3° que dans les galops raccourcis, à la vérité, 
le cheval se rassembloit et que par ce moyen les jambes de 
derrière, et principalement celle de dedans, se trouvoient plus 
sous le ventre que dans les galops allongés ; mais que malgré 
cette ressource, le devant du cheval n'étant presque pas plus 
élevé que le derrière, il laisseroit par conséquent encore trop 
de poids à cette partie de ma statue, pour qu'elle put encore 
se soutenir sans appui. 

Comme j'avois vu en sculpture différens petits modèles de 
statues équestres, dont les chevaux étaient assez élevés du 
devant pour pouvoir sans appui soutenir leur poids et celui 
du cavalier sur leurs pieds de derrière et sur leurs queues ; que 
j'étois certain qu'il en existoit une semblable en bronze dans 
le jardin del Buen Retira en Espagne, et que je n'avois aucune 
sorte de connoissance de l'art de la cavalerie, je persistois à 
demander qu'on plaçât un cheval dans cette attitude ; mais 
mes demandes furent inutiles. 

L'expérience me fit enfin connoître, et je fus obligé d'avouer 
à ceux qui m'en avoient prévenu, que l'action d'un cheval au 
galop, de quelle espèce que put être ce galop, étant de se 
porter en avant, rien n'étoit plus opposé à ce mouvement que 
celui de le faire retourner sur ses hanches et s'acculer, comme 
il étoit nécessaire que cela fut pour pouvoir s'élever fort haut 
du devant, que les ressorts destinés à former l'élan en avant, 
ne pouvoient pas en même temps servir à celui de la rétrogra- 
dation, et que par conséquent ce que je demandois ne pouvoit 
point se trouver dans les mouvemens des galops, mais bien 
dans celui de la courbette ; 4° Je reconnus enfin qu'en voulant 



234 JACaUES SALY 

recourir à la courbette, que les artistes nomment « cabré », je 
pouvois bien faire lever mon cheval assez haut du devant pour 
que le poids de son avant-main et du cavalier se portât suffi- 
samment en arrière de façon que le centre de gravité de tout 
le fardeau se trouvât entre les pieds de derrière du cheval et sa 
queue, et que le tirant de fer que je mettrois dans cette queue 
put contenir ma statue dans un juste équilibre ; mais que cela 
ne présenteroit jamais qu'une attitude fort désagréable, parce 
qu'aussitôt qu'un cheval lève les jambes de devant pour se 
mettre dans le mouvement, non seulement de la courbette et 
du mezair qui est la demie courbette, mais encore dans les airs 
relevés ; au lieu de tenir les jambes de devant dans l'attitude 
de celles d'un cheval qui est au galop, comme je l'avois tou- 
jours vu, et comme se trouvent celles du cheval de la statue 
équestre de Philippe IV en Espagne ; il les ployé et les retire 
près du corps. 

Après donc m'être convaincu, par une infinité d'épreuves 
faites pendant un fort long espace de tems i° que toutes les 
statues équestres dont le cheval est au galop, soit allongé, soit 
raccourci, lorsqu'elles sont placées sur un terrain de niveau, 
ne pouvoient se soutenir sans appui. 2° que le cheval ne pouvoit 
absolument pas non plus se cabrer ou se mettre dans l'atti- 
tude de la courbette, sans ployer et retirer à lui ses jambes de 
devant ; je fus forcé de reconnoître et d'avouer que l'attitude 
que je demandois étoit imaginée et nullement prise dans la 
nature. 

Cette certitude me chagrinoit autant qu'elle me surprenoit ; 
et je ne sçavois à quoi me résoudre : d'un côté, je trouvois 
dans la statue del Tacca en Espagne, et dans une infinité 
d'autres qui sont dans des bas-reliefs antiques et dans difFérens 
tableaux de grands maîtres, des exemples de chevaux acculés 
avec les jambes étendues en avant, sans que qui ce soit y ait 
trouvé à redire ; d'un autre côté, j'avois du scrupule de 
m'écarter de la nature, sans qu'il me restât seulement la conso- 
lation d'en pouvoir douter. 

Dans ces momens d'embarras et d'irrésolution, je gémis- 
sois sur l'ingratitude de mon art qui sans cesse gène et rétrécit 
le génie. En peinture, me disais-je, tout peut se représenter; 
il ne s'agit que d'être assez habile pour bien rendre la nature j 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 2^$ 

mais en sculpture, tel habile que Ton puisse être, outre la 
difficulté de bien rendre la nature, les matières que l'on 
employé empêchent de faire une grande partie de ce que l'on 
imagine ; la nécessité des points d'appui et la contrainte d'un 
parfait équilibre, à tout ce que Ton fait, met des entraves à la 
composition et en augmente, par conséquent, encore les diffi- 
cultés. Ce sont sans doute ces raisons qui ont porté le Tacca 
à ne pas se contraindre à aucun air régulier pour rendre son 
projet praticable et son ouvrage agréable ^. 

Tous ces inconvéniens me roulaient dans la tête, lorsque le 
hazard me fit rencontrer le Prince que je devois représenter. 
Il étoit à cheval, au petit pas, entouré de son peuple qu'il 
voyoit avec satisfaction et auquel il laissoit l'avantage de l'ap- 
procher, de le bénir et de lui présenter des placets qu'il se 
plaisoit à recevoir sans distinction de rang ni d'état. J'entendis 
ce peuple crier : « Voilà notre Père 1 » et le monarque se 
tournant à droite et à gauche, en leur faisant signe de la main, 
pour leur marquer son aftèction, leur répondre : « Oui ! Vous 
êtes mes enfans, vous êtes tous mes enfans ! » Quel spec- 
tacle ! j'en fus attendri jusqu'aux larmes. De retour chez moi, 
plus je réfléchis sur ce que je venois de voir, plus je trouvai 
qu'en suivant le parti que je m'étois d'abord proposé, je 
m'écarterois entièrement du caractère de mon héros, et que 
pour bien peindre sa belle âme et cet heureux mélange de 
majesté et de douceur qui le caractérisoient, il devait être 
représenté tel que je venois de le voir. 

L'on se désiste difficilement d'une chose qui promet des 
avantages. Je trouvois dans une action animée de quoi m'éloi- 
gner plus facilement de ce qui avoit été fait; je reconnaissois 
par la difficulté que j'avois de lire dans un cheval dont le mou- 
vement étoit précipité, celle que même les écuyers pourroient 
avoir d'en bien juger, et faire faire par conséquent de ces criti- 

A. QjLioique ce cheval ne soit pas dans un mouvement régulier, cela n'empêche 
pas qu'on puisse l'admirer pour beaucoup d'autres parties. Il y a du feu dans sa com- 
position, de la hardiesse et de l'intelligence dans son exécution. Il faut tant de par- 
ties réunies pour faire un monument de cette nature qu'il est difficile de les rassem- 
bler toutes. Au surplus celle que Tacca a négligée ne peut guère être observée que par 
un homme de cheval. Tout artiste ennemi de la contrainte ne scaura jamais mauvais 
gré à l'auteur d'avoir pris quelques licences ; au contraire il lui en sçaura beaucoup 
d'avoir osé, le premier, sortir de la voie ordinaire et entreprendre d'exécuter, en grande 
un cheval dans cette attitude. {Noie de Saly.) 



236 JACQ.UES SALY 

ques qui, d'ordinaire, sont si funestes aux repos des artistes et 
à leur production. J'y voyois, de plus, le gain d'un tems con- 
sidérable qu'il me faudroit employer à mesurer et à étudier 
des chevaux pour soutenir la comparaison d'un cheval au pas : 
comparaison qu'on est porté de faire d'après la nature même ; 
ainsi que de juger si un cavaUer est placé avec noblesse et 
avec aisance ; si son mouvement est parfaitement d'accord 
avec celui du cheval ; si la charpente de ce bel animal est bien 
sentie ; si les muscles destinés à faire agir chaque partie qui 
travaille font bien leur office ; et si les autres sont bien dans 
leur repos ; si le cavalier et le cheval sont bien proportionnés 
l'un pour l'autre, et si toutes les parties de chacun d'eux sont 
dans leurs justes mesures ; de plus, ce à quoi les anciens 
n'étoient point contraints, et ce qui est le plus ingrat, si les 
régies actuelles de la cavalerie sont bien observées : toutes choses 
dont le connoisseur peut voir aisément le vrai ou le faux ; sur 
lesquelles chacun croit avoir des droits de prononcer ; et qui 
ne manqueroient pas d'être de la plus grande difficulté pour 
moi qui n'en avois aucune notion. Cependant malgré la perte 
de tous les avantages que j'abandonnois en me désistant de 
faire mon cheval cabré, avantages sur lesquels j'avois fondé 
beaucoup d'espérances, je ne pouvois me dissimuler que dans 
un mouvement forcé il me seroit impossible de donner à mon 
héros cet air de bonté, de candeur et de dignité qui accom- 
pagnoit toutes ses actions. D'un autre côté, après toutes les 
bontés dont j'étois comblé par ce Prince, il me sembloit que 
ce seroit agir avec ingratitude que de ne pas chercher au moins 
à force d'études, de tems et de peines à le rendre réelle- 
ment tel qu'il étoit, dussé-je rester infiniment au-dessous de 
mon objet. Pour n'avoir rien à me reprocher, je me déter- 
minai donc enfin pour le cheval au pas ; je frémis de ce que 
j'allois entreprendre, et des risques auxquels j'allois m' expo- 
ser et je commençai mon esquisse. 

Après la résolution prise de faire mon cheval au pas, il 
s'agissoit de sçavoir sur quelle main je le mettrois. Mon pre- 
mier mouvement fut encore de suivre la route la moins bat- 
tue, c'est-à-dire de lui faire lever la gauche de devant et la 
droite de derrière, parce que je ne connoissois dans cette atti- 
tude d'autres chevaux de statues équestres que ceux de Non- 



I 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 237 

nius Balbus tiré d'Herculanum, de Henri IV sur le Pont-Neuf, 
à Paris, par Jean de Boulogne, de Louis XIV, à Lyon, par 
Desjardins, et de Louis XV, à Paris, par Bouchardon ; mais 
en réfléchissant qu'en prenant même ce parti, je ne ferois 
encore rien de neuf, j'ai mieux aimé me déterminer pour la 
main droite, d'autant mieux que le cheval et le cavalier y ont 
toujours plus d'aisance et de grâce, et que je risquois moins 
de me mettre à dos tous les écuyers. 



De la position du cavalier en général. 

Lorsque j'eus mis mon cheval ensemble ^ dans la position la 
plus conforme aux bonnes règles de la cavalerie, que j'eus 
cherché à lui donner une démarche noble et relevée, et qu'il 
fut question d'y placer mon cavalier, loin de chercher à suivre 
aucun des usages que les préjugés de chaque nation ont ren- 
dus différens, et sur lesquels chacune d'elles croit être la plus 
autorisée dans le parti qu'elle a pris, je m'attachai à lui mettre 
le corps dans un à plomb souple et aisé, et à ne donner aucune 
contrainte aux cuisses ni aux jambes ; l'expérience m.' ayant 
démontré qu'en toute chose ce qui est gêné et roide sort du 
noble. 

De la tête. 

J'avois d'abord intention de tourner sur la gauche la tête 
de mon Roi, afin de la faire contraster avec celle de mon che- 
val qui tourne un peu la sienne sur la droite, mais en consi- 
dérant que cette opposition de têtes a déjà été répétée tant 
de fois, qu'en m'en tenant à l'attitude que j'avois choisie je 
me rapprochois encore des règles de la cavalerie, ce dont je 
ne me suis jamais écarté tant qu'elles ne m'ont rien demandé 
de roide, et qu'il m'a paru que cela n'ôtoit pas de la noblesse 
à mon héros, j'ai cru devoir préférer ces avantages à celui du 
contraste. 



A. Terme consacré dans la peinture et la sculpture pour signifier le rapport, la 
liaison et l'harmonie des différentes parties d'un tout. Cette figure est bien ou est 
mal ensemble. Cette tête est bien ou est mal ensemble, etc. (Note de Saly.) 



238 JACdUES SALY 



Du bras et de la main gauche. 



La position du bras et de la main gauche, ou main de la 
bride, est un de ces objets sur lesquels les nations ont des pré- 
jugés difFérens. Comme je ne suis pas assez écuyer pour déci- 
der si les Danois dans l'usage qu'ils ont contracté à cet égard, 
sont autorisés à croire qu'ils peuvent, sans être obligés de 
remuer le bras ni changer le poignet de place, faire avec plus 
de facilité et de précision les mouvemens des quatre princi- 
pales allures, c'est-à-dire d'aller en avant, en arrière, à droite 
et à gauche ; je déclare qu'en imitant leur façon dans le pla- 
cement de ces deux parties, je ne me suis attaché qu'à l'exté- 
rieur qui, en général, m'a paru naturel, et par conséquent, 
analogue aux arts. De plus, comme le monument étoit destiné 
à rester en Dannemarc, j'ai cru devoir adopter à cet égard 
l'usage qui y est reçu. 

Du bras et de la main droite. 

Jusqu'ici toutes les parties, tant du cheval que du cavalier,! 
ont été assujetties à des règles dont on ne peut pas chercher f 
à s'écarter sans blesser l'œil des connoisseurs et s'attirer, de! 
propos déUbéré, leur censure. 

Ce n'est donc que de la position du bras droit d'une statue 
équestre dont l'auteur peut disposer à son choix ; mais ce 
bras, dans le grand nombre de statues équestres déjà faites, a 
été varié de tant de façons qu'il y a long-tems que toutes les 
places sont prises. Le Marc-Aurèle qui est à Rome sur la place 
du Capitole, et Louis XIII sur la place Royale à Paris ont la 
main étendue ; Nonnius Balbus, tiré d'Herculanum, a le bras 
fort élevé et la main fermée; Louis XIV, à la place de 
Vendôme, à Paris, et de Bellecour à Lyon y commande de 
la main ; il s'en trouve plusieurs en Italie ; une de Louis XV 
à Bourdeaux, une de Louis XIV à Rennes, en Bretagne ^, une 
du Grand Electeur à Berlin, etc., qui tiennent des bâtons de 



A, La statue de la place Vendôme, à Paris, est de Girardon ; celle de Lyon, 
comme on l'a dit plus haut, de Desjardins ; celle de Rennes, en Bretagne, de 
Coyievox ; et celle de Bourdeaux, de M. Le Moyne. (Note de Saly.) 



n 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 239 

commandement par le milieu avec le bras plus ou moins 
allongé, plus ou moins élevé, plus ou moins en avant ; d'autres 
statues telles que celles de Henri IV et de Louis XV à Paris, 
et quelques autres en Italie, appuyent la main sur le bout 
d'un bâton, dont l'autre bout porte sur leur cuisse ou à côté. 
Ne pouvant donc poser le bras de mon Roi dans une 
attitude nouvelle, il s'agissoit de faire un choix dans ce qui 
avoit déjà été fait, et d'en faire un conséquent et analogue à 
un roi de Dannemarc, et à un roi du caractère de celui que je 
représentois. 

D'abord la main paternelle de Marc-Aurèle, étendue sur son 
peuple en signe de protection, me parut préférable à toute 
autre position de main, tant par le rapport qui se trouvoit 
entre mon héros et ce Père du peuple, que par l'idée juste 
que j'avois pris de l'action même et par le conseil que m'en 
avoit donné le sage et savant comte de Caylus. Je l'éprouvai 
donc sur mon esquisse ; mais cette pensée qui parle tant au 
cœur et à l'esprit, et qui m' avoit paru si bien exprimée dans 
la statue de Marc-Aurèle, produisoit une expression contraire 
dans mon esquisse, et je me trouvois obligé d'en donner 
l'explication pour la faire comprendre. J'étois désolé et rebuté, 
je cherchois à en démêler la cause, lorsqu'un jour mes idées 
se trouvant plus nettes sur la statue de Marc-Aurèle, je me 
rappellai que cette action si intéressante et si bien exprimée 
dans l'antique, tiroit son expression, son onction et sa pater- 
nité du parti que l'auteur de ce monument avoit pris de 
pencher un peu son héros du côté qu'il étend la main. Ayant 
reconnu la cause du mal, je ne tardai pas à y apporter le 
remède que je croyois convenir. Je penchai un peu le corps et 
la tête de mon cavaUer et je vis sur le champ qu'on pouvoit 
lire dans sa pensée; mais le lendemain, lorsque j'eus découvert 
mon esquisse et que je l'eus assez examinée pour laisser à mon 
enthousiasme le tems de se calmer, je m'aperçus d'un hors 
d'aplomb qui commença à m'inquiéter. Je voyois bien que 
mon héros avoit gagné du côté de la bonté, mais je voyois 
aussi que de la façon dont je l'avois rendu il perdoit du côté 
de la noblesse. Je fis cependant voir mon esquisse à quelques 
personnes judicieuses qui me firent envisager tout ce que 
j'iiurois contre moi si je prenois un parti aussi éloigné des 



240 JACQUES SALY 

usages reçus par la cavalerie et même autorisés par Texécution 
d'un grand nombre de belles statues modernes. J'eus beau leur 
dire : i° Que la statue de Marc-Aurèle, qui étoit précisément 
dans l'action que je voulois donner à mon Roi, avoit toujours 
fait l'admiration de tous les connoisseurs ; 2° Que je ne 
voulois représenter que ce que j'avois vu faire à Frédéric V, 
et qu'étant vêtu à la romaine dans sa statue, il devoit encore 
être moins sujet aux usages modernes; 3° Que les écuyers et 
même les plus scrupuleux se trouvoient très souvent dans la 
nécessité de sortir des règles austères de la cavalerie ; 4° Que 
la Peinture et la Sculpture, imitatrices de la nature, dévoient la 
suivre et la copier dans tous ses mouvemens, et que chaque 
action étoit également difficile à bien rendre. 

A toutes ces raisons, les personnes consultées répondoient : 
1° Que du tems que la statue de Marc-Aurèle avoit été faite, 
la façon de se tenir à cheval n'avoit pas encore reçu d'entraves, 
comme on pouvoit en juger par les bas-reliefs antiques, et 
que n'étant contraint par aucune règle, l'on sacrifioit ce que 
nous appelions bonnes grâces à tout ce qui pouvoit contribuer 
à rendre une pensée plus intelligible et une action plus 
frappante ; de plus, que les arts, en ce tems-là, éioient si fort 
en estime, que l'on respectoit, en ce genre, jusqu'aux licences 
que prenoient les artistes ; au lieu qu'à présent, pour quelques 
amateurs des arts qui sentiroient ce que je ferois, tous les 
écuyers de l'Europe, et même toutes les personnes qui 
auroient la moindre idée de cavalerie, se déchaîneroient 
contre moi : qu'il falloit se conformer aux tems et aux usages ; 
2° Que cette action de Frédéric V qui me tenoit si fort au 
cœur, étoit, à la vérité, une des plus dignes d'être transmise à 
la postérité ; mais qu'elle demandoit à être expliquée, ce qui 
étoit toujours un défaut ; et que si l'artiste, auteur de la 
statue antique, devoit faire ce monument aujourd'hui, il ne 
prendroit vraisemblablement pas le parti qu'il a pris, quoi qu'il 
fît usage de l'habit romain ; 3° Qu'il étoit vrai qu'il arrivoit 
souvent, et même aux écuyers les plus scrupuleux, de faire 
des mouvemens qui sont contraires aux bonnes règles de la 
cavalerie ; mais que tous ces mouvemens étoient des accidents 
momentanés qui s'oublioient aussitôt que ces écuyers se 
replaçoient dans les règles ; mais qu'il n'en étoit pas de même 



I 



^ 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 241 

d'une statue dont les mouvemens ne varient point ; 4° Que 
ne pouvant, en peinture et en sculpture, exprimer qu'une 
seule action, il falloit, au moins, faire choix de celle qui 
étoit regardée comme la plus noble et la plus agréable à 
l'œil. 

Ces raisons étoient plausibles ; mais je tenois à ma main 
paternelle. Cependant, à force de réflexions et de combats, je 
parvins à penser et à me dire : « Telles études que tu puisses 
faire, telles peines que tu puisses te donner, et tel tems que tu 
puisses employer pour exécuter ta statue équestre, il s'y 
trouvera toujours assez de défauts, sans t'exposer, de propos 
délibéré, à la critique. » Je renonçai donc à l'idée de la main 
étendue, et je pensai à ce que je pourrois faire pour y 
suppléer. 

Du bâton de commandement. 

Je voulois éviter cle me servir du bâton de commandement 
parce que, d'un côté, je croyois qu'il ne pouvoit convenir 
qu'à des généraux et non pas à des rois ; et que, d'un autre 
côté, je ne voulois pas faire commander mon héros pour ne 
point le faire sortir de son caractère distinctif; mais ayant 
réfléchi que quand même l'antiquité ne fourniroit pas nombre 
d'exemples d'empereurs et de rois tenant des bâtons de 
commandement, l'usage qu'en avoient fait les plus célèbres 
artistes dans l'exécution du plus grand nombre des statues 
équestres, devoit non seulement me servir d'autorité, mais 
encore faire considérer le bâton de commandement comme 
entièrement consacré à désigner l'autorité. Cela posé, je me 
déterminai à l'adopter ; mais et ne fut qu'en faisant appuyer 
dessus la main de mon héros. De cette façon, je trouvai que 
l'autorité des rois de Dannemarc seroit parfaitement repré- 
sentée par le bâton de commandement, et que Frédéric V, en 
le tenant de la façon dont on a dit, donneroit à connoître 
qu'il s'occupoit moins de son pouvoir que de son amour pour 
ses sujets. Cette idée d'autorité et de bonté réunies me parut 
enfin ce qu'il y avoit de mieux soutenu dans mon sujet. Je 
sentis, de plus en plus, que si ma première idée exprimoit 
heureusement la tendresse paternelle du Prince envers ses 
peuples, cette dernière embrassoit plus de parties, puisqu'elle 

Art fr. xii. i6 



242 JACQ.UES SALY 

faisoit en même tems connoître le pouvoir du héros et l'usage 
qu'il en faisoit. 

Du costume. 

En choisissant l'habit romain, je n'ai pas ignoré combien 
j'allois pécher contre le costume, et, par conséquent, contre 
la raison. J'en avois déjà jugé ainsi par différens ouvrages que 
j'avois été à portée de voir dans les pays que j'ai parcourus ; 
mais quel parti prendre ? Si l'habit de ce pays n'eut pas, 
comme le nôtre, été antipathique avec les arts, ou si mon 
héros eut fait la guerre, je me serois conformé volontiers aux 
usages du tems. Ne pouvant pas les suivre, je voulus avoir 
recours aux vêtemens des anciens Cimbres, ou des premiers 
rois de la famille d'Oldenbourg; mais en réfléchissant qu'en 
adoptant ces vêtemens je ne trouverois pas encore les avan- 
tages de l'habit romain, qui indique presc^ue par tout le nud, 
et que je n'en rendrois pas plus fidèlement le costume du 
jour, je me suis vu dans la dure nécessité de m'en tenir à ce 
dernier. J'espère que l'on me plaindra, et que l'exemple de 
plusieurs monumens de cette espèce, ainsi que l'adoption 
qu'en ont fait de célèbres artistes ^ , seront pour moi des 
autorités et seront mon excuse. Mais si d'un côté, je me suis 
permis la licence d'adopter le costume romain, d'un autre 
côté je me suis imposé la contrainte de ne mêler à ce costume 
aucune chose qui ait rapport à celui d'aujourd'hui, pas même 
pour la chevelure, quoiqu'on ne puisse guères la changer 
sans affoiblir la ressemblance, et que ce soit cependant la seule 
chose à laquelle beaucoup de monde s'attache ^. Ce sacrifice 
fait, il s'agissoit de sçavoir de quoi je composerais la couronne 
que je destinois à mon héros. En adoptant le laurier, j'appré- 
hendois de déguiser mon sujet. Pour éviter toute équivoque, 
je voulois employer des feuilles d'olivier ; mais la difficulté de 
former des masses aussi avantageuses qu'avec du laurier ; et 
ayant d'ailleurs reconnu par la vue de différentes médailles 
antiques, que le laurier avoit été donné à des princes qui 

A. Girardon, Coysevox, Desjardins, Le Moine, Bouchardon, etc. (Note de Saly.) 

A. Toutes les statues équestres de Louis XIV ci-dessus mentionnées, quoique 

vêtues à la romaine, sont coëfFées d'une grande perruque, comme en portoit ce 

Prince. (Note de Saly.) 



STATUE EQUESTRE DE FRÉDÉRIC V ^43 

n'avoient jamais fait la guerre, et de plus qu'il étoit également 
consacré aux sciences et aux arts, puisque Ton en coëffoit 
Apollon, j'en suis revenu au laurier. Je me suis également 
renfermé dans le costume romain pour tout ce qui avoit trait 
à l'équipage de mon cheval, puisqu'il n'est composé que d'un 
bridon très simple, d'une housse et d'une sangle. Quelques 
personnes ont cru que la sangle n'étoit point en usage chez 
les Romains ; mais il s'en trouve tant d'exemples dans les bas- 
reliefs antiques, que je me suis cru plus qu'autorisé à 
l'admettre. 

Des fers du cheval. 

Quant à la forme des fers avec lesquels j'ai ferré mon 
cheval, qui est tout à fait danoise ; voici les raisons qui m'y 
ont déterminé : i° Quoiqu'il paroisse certain, parce qu'en ont 
dit différens auteurs graves, que les Romains ferroient leurs 
chevaux, sinon tous, au moins une partie, je n'ai rien vu dans 
les monumens antiques qui ait pu m'indiquer la forme qu'ils 
donnoient à ces fers ; 2° sans vouloir entrer dans les raisons 
qu'on allègue en Dannemarc pour ne point laisser porter les 
talons du cheval sur les fers, et pour élever ces fers par des 
crampons, cette façon de ferrer est si favorable aux arts, elle 
donne tant de légèreté et de grâce aux pieds des chevaux, 
qu'il seroit à souhaiter pour les artistes qu'elle fut reçue par 
tout ; 3° Comme à la distance où l'on est à portée de bien juger 
d'une statue équestre, la saillie de sa plinte cache toujours une 
partie des pieds du cheval, l'élévation que produisent les 
crampons aide si fort à diminuer cet inconvénient que cela 
seul auroit suffi pour me la faire adopter. 

Proportion gardée entre le cavalier et le cheval. 

Frédéric V étoit très bien fait, mais il n'étoit pas de grande 
taille. Pour représenter sa stature, il auroit fallu le monter sur 
un petit cheval, parceque ne pouvant pas me servir d'une 
petite selle pour l'exhausser, la tête d'un cheval de moyenne 
taille, tel que je l'ai fait, l'auroit entièrement couvert, sur-tout 
étant vu en dessous, comme le sont ces sortes de statues. 
Cette raison et la persuasion où j'étois qu'un artiste ne peut 



244 jACaÛES SALY 

pas être contraint de rendre compte de la taille du héros qu'il 
représente, dans un monument de cette importance, et que 
Ton pourroit à juste titre nommer le poëme épique de la 
sculpture, m'ont porté à faire des comparaisons sur la nature. 
Dans cette idée, j'ai commencé par faire choix d'un cheval 
entre la plus grande taille et la plus petite, qui s'est trouvé 
avoir 4 pieds 1 1 pouces ^. Après quoi j'ai fait monter ce 
cheval par des cavaliers de différentes grandeurs, d'après 
lesquels j'ai cru devoir me déterminer pour un de 5 pieds 
7 pouces ; le tout mesure de France. 

Au sujet de cette Hcence, j'eus occasion d'entendre une 
chose vraiment surprenante et qui mérite d'être citée. Lorsque 
mon petit modèle fut fini, et que le feu roi m'eut fait 
l'honneur de le venir voir, le Prince-royal, aujourd'hui 
régnant, me fit le même honneur. C'étoit le 22 du mois de 
novembre 1758. Aussitôt que son Altesse Royale fut à portée 
de le voir. Elle dit avec vivacité : « Cela est fort beau ; mais 
vous avez fait mon Papa plus grand qu'il n'est. » Si c'eut été 
en voyant le grand modèle de la statue équestre que ce Prince 
eut porté ce jugement, on auroit pu croire que c'étoit parce 
qu'effectivement la statue étoit plus grande ; mais qu'âgé de 
moins de dix ans ce prince ait pu, par estimation, juger dans 
une figure de dix-huit pouces, que le Roi, son Père, y étoit 
représenté plus grand qu'il n'étoit, cela est étonnant ! Que 
ne devait-on pas, dès ce tems-là même inférer d'un tel 
discernement ? Voilà de ces traits lumineux qui, dès l'âge le 
plus tendre, annoncent les grands princes ^ 

Tel est l'opuscule publiée par Saly en 177 1 sur le monument dont 
il est Fauteur à Copenhague. La seconde Lettre du statuaire étant 
plus rare encore que la première et d'un caractère en quelque sorte 

▲. Le plus haut des douze chevaux que j'ai mesurés avoit 5 pieds 2 pouces 
7 lignes ; et le plus petit 4 pieds 8 pouces 8 lignes. (Note de Saly.) 

1. Ce dernier alinéa de la première plaquette est reproduit par Butty, dans la 
réédition de 1774, avec quelques variantes. Butty se substitue à Saly dans le récit, 
dont il s'applique d'ailleurs à respecter les termes. Ce qui appartient plus intimement 
à Butty, c'est l'Appendice qu'il publie à la suite du texte de Saly sous le titre 
Description des machines qui ont servi au transport de la statue. Cet appendice n'est 
intelligible qu'autant que les huit planches qui l'accompagnent sont sous les yeux 
du lecteur. Nous passerons donc sous silence les détails techniques concernant 
la fonte, le transport ou la pose de la statue. Ces pages de Butty, curieuses sans 
doute, semblent tracées par un ingénieur et nous ne prenons intérêt qu'aux écrits 
de Saly. 



STATUE ÉQPESTRE DE FRÉDÉRIC V 24$ 

plus intime, puisque l'artiste nous fait assister à ses études, à ses 
déceptions, à ses succès, nous la transcrivons ici sans plus de préam- 
bule. 



SECONDE LETTRE 
ÉCRITE A MONSIEUR LE MARQUIS DE MARIGNY, 
CONSEILLER d'ÉTAT ORDINAIRE d'ÉPÉE, COMMANDEUR DES 

Ordres du roi, lieutenant-général pour Sa Majesté au 

GOUVERNEMENT d'OrLÉANOIS ; DIRECTEUR ET ORDONNATEUR- 

général des Bâtiments du Roi, Jardins, Arts, Académies et 

MANUFACTURES ROYALES ; GOUVERNEUR DU PaLAIS LUXEMBOURG, 
CAPITAINE-GOUVERNEUR DU CHATEAU ROYAL DE BlOIS ET GOUVER- 
NEUR DE LA Ville. 

Monsieur ! 

Le bon accueil que Vous avez daigné faire à la première par- 
tie de la description de la statue équestre de Frédéric V, et la 
façon dont Vous avez bien voulu m'encourager sur les choix 
que j'ai faits en composant ce monument, me font espérer que 
Vous voudrez bien avoir la même indulgence pour la suite de 
cette description. 

C'est toujours dans le même dessein, celui de Vous rendre 
compte. Monsieur, de l'emploi de mon tems, que j'ai conti- 
nué cette description. C'est à titre du tribut que je Vous dois, 
comme ministre des Arts, que je prends la liberté delà mettre 
sous Vos yeux. Vous verrez. Monsieur, qu'elle n'est que la 
suite de l'expression de mes plus secrètes pensées touchant l'effet 
que la vue des chevaux du roi de Dannemarc produisit d'abord 
sur moi ; et un exposé simple des moyens que j'ai employés 
pour exécuter mon petit et mon grand modèle ; accompagné 
de quelques légères observations que j'ai été dans le cas de 
faire en étudiant ces mêmes chevaux. 

Mon intention. Monsieur, étoit d'abord de laisser ces 
remarques dans l'oubli ; mais des personnes éclairées m'ayant 
fait observer que tout artiste, en qualité de membre de la 
république des arts lui doit compte de ses moindres décou- 
vertes, et qu'en fait d'arts ce qui tend a mettre le pubUc en 
état de juger d'une façon conséquente des productions des 



246 JACQ.UES SALY 

artistes, ne pouvoit que tourner à leur avantage; je me suis 
enfin laissé entraîner à leur avis, en enviant d'un côté le sort de 
ceux qui par leurs lumières et les circonstances sont assez 
heureux pour pouvoir payer de plus grands tributs, et en 
espérant, d'un autre côté, que ces considérations me servi- 
ront d'excuses et d'autorités à plus d'un égard dans l'examen 
que l'on fera de mon ouvrage. 

J'ai l'honneur d'être avec un respect très profond. Monsieur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

Saly. 
A Copenhague, ce 9 mars 1773. 

Examen des chevaux danois qjji m'ont servi de modèle. 

EFFET QUE LEUR VUE PRODUISIT d'aBORD SUR MOI d'aPRÈS l'idÉE 
QUE JE m'ÉTOIS faite DE LA BEAUTÉ DU CHEVAL; REDRESSEMENT 
DE MES IDÉES A LEUR SUJET. 

Aussitôt que mon attelier et le modèle en grand du piédes- 
tal de la statue équestre furent finis, et que par là il me fut 
possible de commencer les études qui m'étoient nécessaires 
d'après des chevaux, je m'y livrai tout entier, dans l'intention 
de n'épargner ni peines, ni tems, pour tâcher de prendre une 
connoissance suffisante de ce bel animal, de me mettre en 
état de pouvoir lire dans les ressorts d'une machine aussi dif- 
ficile, et la copier. En conséquence, sur la demande que j'en 
fis à Mons. le comte de Moltke^, son Excellence voulut bien 

A Selon les conditions de mon contrat je devois exécuter ce monument sous les 
ordres immédiats de Sa Majesté, ou d'un ministre qu'Elle préposeroit à cet effet, et 
non d'autres, etc. En conséquence, ce fut Monsieur le comte de Moltke, chevalier 
des ordres du Roi, pour lors Grand-Maréchal de la Cour et, depuis, ministre d'Etat, 
que Sa Majesté chargea de veiller à l'exécution du monument. Ce sage et vertueux 
ministre, toujours plein d'ardeur pour tout ce qui peut contribuer à la gloire de son 
maître et à l'avantage des sujets de Sa Majesté, ne cessa jamais un instant de prendre 
le plus tendre et le plus vif intérêt à cette affaire, et de se donner tous les mouve- 
ments possibles pour tâcher de me faire fournir, comme on y étoit obligé, tout ce 
qui m'étoit nécessaire pour les préparatifs et pour l'exécution de mon ouvrage, et je 
lui dois la justice de dire que si des ordres sans cesse réitérés, les soins les plus assi- 
dus et le zèle le plus soutenu, avoient pu remédier à la lenteur des différents fournis- 
seurs, je ne meserois certainement pas trouvé dans le cas d'essuyer tant de retards; et 
le monument seroit fini depuis long-temps. (Note de Saly.) 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 247 

arranger toutes choses de façon qu'à ma réquisition Ton devoit 
m'amener tous les chevaux que je désirerois avoir des écu- 
ries du Roi, et cela aux jours et aux heures que j'indiquerois et 
pendant tout le tems que j'en aurois besoin. On voulut bien 
aussi nommer un maître de manège ou premier piqueur pour 
monter ces chevaux et les faire mettre dans les attitudes qui 
me seroient nécessaires. Tout cela commença à s'effectuer le 
17 juillet 1756. 

Lorsque je vis les chevaux que l'on m'amena et que je les 
considérai comme des modèles que je devois suivre, loin d'y 
trouver toutes les beautés que j'avois oui vanter dans les che- 
vaux danois, ils me parurent tous grêles dans leur ensemble ; 
la#^e et les oreilles grandes; le col, le poitrail et les bras, vus 
de face, extrêmement étroits ; les genoux larges et plats ; les 
canons menus et les pieds larges. Je ne fus pas plus content de 
ces chevaux lorsque je les vis de profil ; leurs corps me 
parurent longs et effilés ; les jambes courtes et les bras larges ; 
les cuisses et les jambes de derrière, lorsqu'elles sont éten- 
dues, fort étroites, et les jarrets de celles qui sont ployées, fort 
larges ; les croupes, les cuisses et les jambes vues par derrière, 
fort étroites ; enfin je ne trou vois en aucune façon ce que je 
croyois devoir trouver dans la nature. Enivré de mes préjugés 
je croyois qu'elle devoit se prêter à mes désirs, et en consé- 
quence je demandois qu'on me procurât des chevaux plus 
larges d'encolure, de poitrail, de corps, de croupes, etc. pour 
me satisfaire. Après m'avoir amené les plus beaux chevaux, on 
me fit voir les plus gros ; mais il s'en falloit encore de beau- 
coup qu'ils fussent tels que je les désirois. Cela m'inquiétoit ; 
mais à force de m'entendre dire que le cheval que montait un 
roi, lorsqu'il faisoit son entrée dans sa capitale, tel que je 
voulois représenter le mien, ne devoit pas être de la nature 
d'un cheval de carrosse, et par conséquent encore moins d'une 
corpulence plus forte ; après des assurances réitérées que les 
chevaux qu'on m'amenoit étoient les plus beaux qui fussent 
en Dannemarc ; et après avoir constamment trouvé les mêmes 
prétendus défauts, plus ou moins forts, dans tous ceux que 
j'avois vus, je commençai à réfléchir et à me dire : i° qu'il 
n'étoit pas possible que les chevaux danois ne fussent pas 
beaux, puisqu'ils avoient une aussi grande réputation dans 



248 JACQUES SALY 

toute l'Europe ; 2° qu'il étoit bien difficile que le hasard, dans 
le même tems, eut pu en produire une aussi grande quantité 
de défectueux qu'il se trouvoit de chevaux dans les écuries et 
les haras du Roi ; 3° qu'il étoit bien plus vraisemblable que 
ne m'étant pas formé l'idée que j'avois du beau en fait de che- 
val, sur le naturel, je fusse dans l'erreur. Ces réflexions 
m' ayant enfin amené à croire qu'il ne pouvoir pas se faire que 
ces chevaux ne fussent réellement beaux, je me déterminai à 
les examiner comme tels, et à n'épargner ni soins ni études 
pour tâcher d'en découvrir les beautés ; bien décidé, 
lorsque je serois parvenu à les connoître, de m'attacher à 
copier mes modèles le plus exactement qu'il me seroit possible 
et à ne prendre enfin que la nature pour maître : persuadé 
que ce n'est qu'en l'imitant que l'on peut produire de vraies 
beautés dans mon art comme dans tout autre. Cela posé, je 
commençai à mesurer ces chevaux. 



Des mesures prises sur dou^e chevaux. 



Si je fus étonné lorsque j'examinai les chevaux, les pre- 
miers jours qu'on les amena chez moi, de les trouver si étroits 
d'encolure et de poitrail, je le fus bien davantage lorque je 
mesurai ces parties sur la nature, de trouver, par exemple, que 
les douze cols n'avoient pas plus de 6 à 8 pouces de largeur ; 
les douze poitrails, d'un pied 3 pouces 2 lignes à un pied 
4 pouces 1 1 lignes ; les bras vus de face, de 2 pouces 10 lignes, 
à 4 pouces ; les canons des jambes de devant d'un pouce 
10 lignes à 2 pouces 3 lignes; ceux des jambes de derrière d'un 
pouce 7 lignes, à un pouce 1 1 lignes ; les croupes prises sur 
les os des hanches, d'un pied 6 pouces 10 lignes, à un pied 
8 pouces 6 lignes ; et ainsi des autres parties. Ce n'est qu'a- 
près avoir mesuré et examiné ces chevaux pendant plusieurs 
mois que ma vue commença à se faire à leur proportion. 

Cette seule opération me coûta beaucoup de peines, et le 
sacrifice de plus d'une année de mon temps, sans compter les 
risques continuels auxquels on est exposé en approchant des 
pointes de compas des endroits sensibles de cet animal. Il est 



STATUE ÉdUESTRE DE FRÉDÉRIC V 249 

vrai que M. Schœffer ^ avoir soin de préparer ces chevaux à 
se laisser mesurer ; mais cela ne suffisoit pas toujours. 

Ce fut le 17 du mois d'août 1757 que je finis de prendre, 
sur ces douze chevaux, les mesures que je croyois devoir m'être 
nécessaires, sans qu'il se soit passé, depuis le 17 juillet 1756, 
une seule journée de travail que je n'aie mesuré ou examiné 
ces chevaux. A mesure que je les voyois, mes yeux se dessil- 
loient et je parvins enfin à triompher de mes préjugés. De 
sorte que, par gradation, je reconnus que Teffet qu'avoient 
produit sur moi les premiers examens des chevaux, provenoit 
du peu d'attention que j'avois donné jusque-là à la conforma- 
tion de cet animal ; et que tout ce que j'avois pris pour des 
défauts étoit précisément des beautés. J'en fus d'autant plus 
convaincu que lorsqu'après avoir examiné, mesuré, dessiné, 
copié la nature, et m'être dépouillé de mes préjugés, je vou- 
lus revoir mon esquisse, il ne me fut pas possible de la regar- 
der, tant elle étoit défectueuse en tout. Je n'avois point man- 
qué, en faisant cette esquisse, d'y exprimer l'idée que j'avois 
qu'un bon cheval devoit avoir un gros col, un large poitrail, 
une grosse croupe, etc., etc. Cétoit d'après cette idée que 
n'ayant point trouvé ces mêmes parties aussi grosses et aussi 
larges dans les chevaux naturels, elles m'avoient paru étroites, 
maigres, grêles, etc. 

Études dessinas diaprés un cheval maigre. 

Dès que la fastidieuse et longue besogne des mesures fut 
finie, je pensai à faire des études d'après les mêmes chevaux ; 
mais lorsque je voulus commencer à les dessiner, le peu de 
connoissance que j'avois de la charpente du cheval et 

B Je dois beaucoup à l'assiduité et à l'intelligence de ce premier piqueur. Il joignoit 
à toutes les qualités d'un excellent homme de cheval, une patience et une adresse 
toute partîftalière pour dresser des chevaux et leur faire faire tout ce qu'il désiroit 
d'eux. En voici une preuve. Au mois d'août de Tannée 1758, je fus fort étonné de 
voir arriver M. Schœffer sur un de ses chevaux, et qu'au moyen d'un seul petit coup 
de gaule donné sur la jambe droite de devant et d'un autre coup semblable sur la 
jambe gauche de derrière, de voir, dis-je, ce cheval lever les deux dites jambes et 
rester sur les deux autres pendant un espace de temps assez considérable. J'en fus 
dans l'admiration, mais en même temps j'eus du regret de n'avoir pas eu ce secours 
dans le temps de mes études. Apparemment que M. Schœffer n'avoit pensé à cela que 
fort tard, ou qu'il lui avoit fallu beaucoup de temps pour dresser ce cheval à se tenir 
dans cette attitude. (^Note de Saly.) 



2$0 JACQUES SALY 

l'embonpoint de ceux que je dessinois, ne me permettant pas 
de lire dans l'attachement des muscles et dans leur office, 
j'aurois fort désiré voir et dessiner quelques chevaux écor- 
chés, afin de prendre promptement la connoissance nécessaire 
de Tostéologie et de la myologie de cet animal ; mais les 
préjugés de ce pays-ci qui attachent de l'infamie à toucher un 
cheval mort, et encore plus un cheval écorché, y mettoient 
un si grand obstacle, que si j'eusse voulu passer par dessus ces 
préjugés, je n'aurois trouvé aucun ouvrier, ni qui que ce fut, 
qui eut voulu, ni m'aider pendant mes études, ni même se 
trouver présent à mes opérations. La privation d'un secours 
aussi essentiel à un monument de cette importance, me fit 
chercher quel moyen je pourrois employer pour y suppléer. 
La nécessité est ingénieuse ; elle me suggéra de me servir d'un 
cheval maigre, espérant que cela me seroit d'une grande 
ressource. En conséquence, je priai M. Schœffer de m'en 
procurer un qui fut reconnu pour avoir été beau, mais qui 
fut de la plus grande maigreur. 

Le hasard fit que M. Schœffer n'avoit point perdu de vue 
un des plus beaux chevaux des écuries du Roi qui, après 
avoir passé par difi'érentes mains, étoit successivement devenu 
fort âgé et d'une maigreur si grande que la tête de tous les 
os et l'attachement de tous les muscles se distinguoient 
comme si véritablement cet animal avoit été écorché. Le 
succès de cet expédient surpassa encore de beaucoup mes 
espérances, puisqu'en faisant marcher ce cheval et en le 
faisant mettre dans l'attitude que devoit être le mien, je 
pouvois distinguer l'office des muscles destinés à produire ce 
mouvement : avantage considérable et duquel on est privé 
par la simple vue de l'arrangement des muscles qu'offire un 
cheval écorché. 

L'embarras dans lequel je me suis trouvé alors, et le temps 
considérable qu'il m'a fallu employer pour apprendre à Ure 
dans un cheval, m'ont démontré de quelle utilité il seroit à 
un jeune artiste, et surtout à un sculpteur, de joindre à ses 
études celle du cheval, et qu'à cet effet l'on ajoutât un cours 
d'ostéologie et de myologie de cet animal à ceux qu'on lui 
fait faire de l'homme. Ces études, une fois faites, lui servi- 
roient non seulement pour l'exécution de monumens de la 



STATUE ÉQ.UESTRE DE FRÉDÉRIC V 25 1 

nature de celui dont il est ici question, mais encore pour tous 
les quadrupèdes ^ dont le mécanisme de la charpente et des 
muscles destinés au mouvement des quatre jambes, est le 
même. Les écoles vétérinaires qui viennent d'être établies en 
France ; écoles si avantageuses à tant d'égards, et qui font 
tant d'honneur à M. Bourgelat à qui on les doit, seroient 
d'un grand secours pour procurer aux jeunes gens qui se 
vouent aux arts de peinture et sculpture, les connoissances 
dont nous parlons. Les impressions qui se font dans un âge 
tendre, sont toujours plus promptes et plus fortes que celles 
qui se font à l'âge où l'on est en état d'entreprendre des 
monumens tels qu'une statue équestre. L'on n'a pas toujours 
l'avantage d'avoir à sa disposition une aussi grande quantité 
de beaux chevaux ; l'on ne veut pas toujours sacrifier ° près 
de quinze mois de son temps pour faire les seules études 
du cheval; ni courir pendant tout ce temps-là des risques 
en s'approchant, en mesurant et en se tenant sous des 
chevaux entiers. Enfin, en faisant dans sa jeunesse, le cours 
que je dis, on ne seroit pas dans le cas, lorsque les occasions 
se présenteroient, ou d'employer beaucoup de temps pour 
commencer à prendre une connoissance suffisante du cheval, 
ou à s'en rapporter aux études des autres, comme cela n'arrive 
que trop souvent. 

Etudes dessinées d'après les dou^e premiers chevaux. 

Après avoir étudié le cheval maigre et l'avoir dessiné de 
différens côtés, je commençai à dessiner les autres chevaux 

c. Un artiste qui se voue à la sculpture doit nécessairement étudier tout ce qui 
existe dans la nature. Ses ouvrages, quoique d'une exécution très longue et extrê- 
mement ingrates, ne reconnoissent point de bornes. Les Momper, les Both, les 
IVynants, les Moucherons, les Ruisdaël et beaucoup d'autres peintres se sont acquis 
une grande réputation, quoiqu'ils eussent fait faire, par d'autres peintres, des figures 
dans leurs paysages. L'on ne pardonneroit pas à un sculpteur et on ne le qualifieroit 
pas de grand artiste s'il empruntoit la main d'un confrère habile pour exécuter, 
mieux qu'il ne le pourroit faire, quelques parties principales de son ouvrage. L'art 
qu'il professe et les préjugés exigent de lui qu'il traite tout également bien et même, 
quoique privé de l'important secours des couleurs, il donne à la terre, à la cire, au 
bronze et au marbre autant de vie et d'expression qu'en peut donner le peintre : tel 
est le sort de l'exigeant art de la sculpture. (Note de Saly.) 

D. Lorsque la somme que Ton donne à un artiste pour un ouvrage est déterminée; 
plus cet artiste employé de temps à exécuter l'ouvrage, plus ce temps employé à cet 
objet, absorbe du gain qu'il devoit y faire. Pour efftctuer de tels sacrifices, il faut 
qu'il commence par celui d'une partie de sa fortune ; qu'il se détermine à diminuer 
son bien être ; et que l'amour de son talent ait sur lui plus de force que celui de 
l'aisance. {Note de Saly.) 



252 JACQUES SALY 

que je faisois tenir le mieux qu'il étoit possible dans l'attitude 
d'un cheval au pas. Je sentois bien, en faisant ces études, qu'il 
devoit y avoir de la différence entre une jambe de cheval 
levée et soutenue par un palfrenier, à une jambe qu'un 
cheval lève de lui-même pour marcher. Dans le premier cas, 
aucuns des muscles soit extenseurs, soit fléchisseurs, ne fait 
son office ; au lieu que dans le second cas, toute la machine 
participe au mouvement de cette jambe ; mais je m'aidois du 
mieux qu'il m'étoit possible, en faisant de temps en temps 
marcher ces chevaux. De sorte qu'au moyen de cette précau- 
tion, de beaucoup de peines et d'attentions, je parvins à 
connoître l'effet de ces mouvemens et à les copier. Les études 
que j'avois faites d'après le cheval maigre me furent de la plus 
grande utiHté pour celles que je faisois d'après ces chevaux. 
Je retrouvois en eux ce que l'autre m'avoit indiqué. 

Le hasard me fit découvrir encore un expédient pour faci- 
liter l'indication des muscles. C'est de faire galoper les 
chevaux jusqu'à ce qu'ils transpirent bien fort. Il est 
étonnant combien la sueur fait distinguer les muscles, même 
aux chevaux qui ont le plus d'embonpoint. 

Pendant le cours des différentes études que je fis d'après ces 
chevaux, j'en voulus faire aussi du dessous de leur corps. 
J'eus lieu de m'applaudir de les avoir faites, car elles m'ont 
été très utiles. 

Pour parvenir à faire ces importantes et difficiles études, 
j'imaginai et je fis construire dans mon ateHer un plancher 
au milieu duquel je fis pratiquer un trou d'un pied quarré. 
J'étois assis par terre au dessous de ce trou, et l'on plaçoit, 
précisément au dessus, des chevaux dans l'attitude du pas. 
Cette étude étoit fort pénible, et, comme je l'ai dit, fort 
dangereuse, parceque ces chevaux, malgré les peines que se 
donnoient les palfreniers pour les contenir, trépignoient 
continuellement, et passoient de temps en temps leurs pieds au 
travers du trou. Ce n'est qu'en me renversant très prompte- 
ment en arrière que je prévenois les accidens qui auroient pu 
m'arriver. Cette étude, comme je l'ai dit, m'a été d'un grand 
secours ; sans elle il m'auroit été très difficile de me faire une 
idée juste de l'attachement des bras et des cuisses avec le 
corps dans la position que j'en avois besoin; et les détails 
dont le dessous d'un cheval entier est composé. 



STATUE èaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 253 

Je dessinai aussi les mêmes chevaux en vue d'oiseaux, au 
moyen d'un plancher sur lequel j'étois et sous lequel je les 
faisois tenir ; enfin je ne négligeai aucun moyen pour prendre 
toutes les connoissances nécessaires et pour me mettre en 
état de commencer mon petit modèle. 

Avantages tirés d'une assemblée des écuyers du Roi au manège. 

Avant de mettre le cheval de mon petit modèle ensemble, 
je voulus encore m'assurer des avis des écuyers du Roi sur le 
choix que je devois faire des parties des chevaux que j'avois 
mesuré. 

Je demandai cette faveur ; elle me fut accordée ; et Mons. le 
comte de Laurvig, grand-écuyer, ainsi que Mess, de Staffeld 
et Mons. de Brockenhuus, premiers écuyers, voulurent bien, 
avec Mons. Ogier, ambassadeur de France, s'assembler le i8 du 
mois d'août 1757, au manège couvert. 

Lorsque ces Messieurs furent assemblés, je leur fis voir les 
12 chevaux que M. Schœffer avoit choisis et que j'avois 
mesurés, en les priant de m'indiquer le choix que je devois 
faire sur ces chevaux. 

Après un examen réfléchi, ces Messieurs prononcèrent et 
me dirent celui qui étoit le mieux ensemble ; celui qui avoit 
les mouvements plus souples et plus nobles ; ceux qui avoient 
la plus belle tête; les oreilles les plus belles et les mieux 
placées ; la plus belle encolure ; le plus beau poitrail ; le plus 
beau corsage ; la plus belle croupe ; les plus belles jambes ; 
les plus beaux pieds. Enfin ils poussèrent la complaisance 
jusqu'à entrer dans les détails de toutes les parties de ces 
chevaux. A mesure que ces Messieurs prononçoient, je faisois 
notes de leurs sentimens afin d'en faire usage lorsque j'exécu- 
terois mon petit modèle. 

Pendant cette assemblée, j'eus la satisfaction de voir que le 
jugement que j'avois porté de ces chevaux, en les étudiant, se 
trouvoit conforme à celui que ces Messieurs prononçoient; et 
que, par conséquent, j'étois enfin parvenu à discerner les 
vraies beautés d'un cheval. 

Cette consultation sur le choix des beautés des chevaux fit 
un plaisir sensible au comte de Caylus, à qui je communiquois 



254 JACàUES S AL Y 

tout ce qui étoit relatif à ce monument. Voici de la façon 
qu'il me le témoigna dans une de ses lettres du i8 mai 1758 : 
« Pour répondre à ce que vous m'écrivez de particulier, je 
vous dirai que j'aime beaucoup le détail que vous me faites de 
vos études d'après les 12 chevaux du Roi ; cet animal est si 
parfait en lui-même, et ceux de Dannemarc ont tant de 
beautés qui leur sont particulières, que le tableau m'en a fait 
plaisir et que je ne suis point étonné de la sensibilité avec 
laquelle vous me faites part d'un semblable secours; les 
sculpteurs ne sont pas ordinairement dans une pareille 
situation, je crois même qu'aucun de vos confrères ne s'est 
trouvé, avant vous, dans une telle abondance '^. Il est vrai que 
le choix des beautés pourroit être un embarras, mais vous 
vous en serez d'autant mieux tiré que vous avez eu la 
ressource du conseil dans le manège sur le choix des parties et 
sur les raisons de la préférence. Ce tableau du conseil m'a fait 
un grand plaisir. J'ai même été sensible à la lecture de cet 
endroit de votre lettre, par la raison que les écuyers en général 
ne se prêtent point a la manière dont les artistes peuvent et 
et doivent traiter le cheval, etc. 

Exécution du petit modèle de la statut équestre. 

Le 29 août 1757, après avoir fait toutes les études prépara- 
toires en dessein ; après avoir étudié le mouvement du pas ; 
après avoir pris tous les aplombs nécessaires pour mettre 
mon cheval dans une juste pondération, et après avoir pris, 
comme on vient de le voir, les conseils des plus grands 
connoisseurs, je commençai le cheval de mon petit modèle 
conformément aux mesures prises sur celui qui avoit été 
reconnu par les écuyers du Roi, pour être le mieux ensemble. 
A chaque mesure que je prenois, je plaçois une petite pointe 
de cuivre afin que les pointes de compas n'entrassent pas 
dans la terre, et pour conserver la place de ces mesures 
jusqu'à ce que tout le modèle fût fini. 

E. Les réflexions que cet illustre ami des arts fait, à ce sujet, n'ont pas peu 
contribué à me déterminer à rendre publiques les études que j'ai été obligé de faire 
pour ce monument. Il sera question ci-après d'une partie de ces études, et aussi-tôt 
que le temps me le permettra, je donnerai les proportions et mesures détaillées de 
chacun des chevaux que j'ai examinés et mesurés. (Note de Saly.) 



I 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 25$ 

Le 1 5 septembre, mon cheval étant exactement dans toutes 
ses mesures, je fis venir les chevaux du Roi, et je commençai, 
d'après eux, à ébaucher mon modèle, en me conformant aux 
parties desdits douze chevaux qui m'avoient été désignés dans 
le conseil tenu au manège. Dès cet instant, jusqu'à celui où 
mon cheval a été entièrement fini, je n'y ai pas travaillé un 
quart d'heure sans le faire d'après nature ; et, sans jamais la 
perdre de vue, j'ai cherché à prononcer le plus fortement qu'il 
m'étoit possible tout ce qu'elle m'indiquoit. L'exécution de 
ce modèle a duré jusqu'au 28 du mois de novembre. De 
sorte qu'indépendamment des 13 mois que j'avois employé à 
prendre des mesures, j'ai encore eu pendant plus de deux 
mois, dans mon laboratoire et à mon choix, les douze plus 
beaux chevaux des écuries de Sa Majesté danoise : avantage 
considérable, et que peu d'artistes ont été à portée d'avoir en 
pareille circonstance, comme le dit avec raison Mons. le comte 
de Caylus. 

La longueur de l'hiver et les différentes études que j'étois 
obligé de faire d'après des hommes pour exécuter la figure 
du Roi, ne m'ont point permis de la commencer avant le 
17 août 1758. Après que cette figure fut finie, je fus encore obligé 
de retoucher presque tout le cheval, pour y raccommoder les 
dommages considérables que la sécheresse y avoit causé. Ce 
qui me mena jusqu'au lé novembre de la même année. 

Afin d'être bien sûr de la juste position de la main gauche 
de mon Roi, j'avois pris la précaution de faire mouler celle 
de M' Schœffer dans l'attitude qu'elle devoit avoir pour le 
mouvement dans lequel mon cheval étoit. Ce petit modèle a 
environ 3 pieds danois de hauteur. 

Corrections que fai faites en exécutant le modèle en grand. 

Depuis le moment que mon petit modèle avoit été remis 
entre les mains des mouleurs, jusqu'à celui que l'armature de 
fer qui m'étoit nécessaire pour me mettre à portée de com- 
mencer le grand a été finie, c'est-à-dire depuis le 29 novembre 
1758 jusqu'au 23 juillet 1761, j'avois encore continuellement 
observé et étudié les chevaux, et j'avois fait note de toutes les 
corrections que je devois faire à ce grand modèle. 



2$6 JACQUES SALY 

Je n'ai point employé Tusage ordinaire lorsque j'ai fait mon 
grand modèle ; je l'ai travaillé comme on travaille le marbre, 
c'est-à-dire qu'après avoir disposé mon armature, je posai 
dessus autant de points que j'en avois mis à mon petit 
modèle. 

Je commençai donc par placer mes points dessus mon 
armature, et en les plaçant j'enflois ou je rentrois les parties 
de mon ouvrage selon la note que j'en avois fait d'après mes 
dernières observations. Après quoi je formai avec des mor- 
ceaux de plâtre qui avoient déjà servi et qui, par conséquent, 
ne travailloient plus, toutes les masses de mon modèle, en 
laissant à fort peu de distance les uns des autres des trous 
afin que le plâtre frais que l'on devoit rnettre dessus put entrer 
par ces trous et s'attacher aux fentons de la carcasse ; de façon 
que le plâtre de dessous ne pouvoit point tourmenter celui de 
dessus comme cela arrive ordinairement. Cette espèce d'âme 
étant moins saillante d'une couple de pouces que les points, 
laissoit la place nécessaire au plâtre fin et frais que je faisois 
mettre à fur et à mesure que je voulois faire une partie, et 
par ce moyen j'évitois le cruel inconvénient de travailler du 
plâtre dur à côté du mol ; et j'avois le très grand avantage de 
ne trouver sous mon ciseau que du plâtre frais et par 
conséquent susceptible de recevoir une touche aussi nette, 
aussi ferme et aussi moelleuse que j'étois en état de la donner. . 
De sorte donc qu'à la réserve d'une « retouche » générale 
pour raccorder toutes les parties après qu'elles ont été finies, 
ce grand modèle a été fait, en quelque manière, au premier 
coup, comme l'on peint la fresque. L'on trouvera peut-être 
cette façon d'opérer hardie ; mais si l'on considère que depuis 
le 17 juillet de Tannée 1756, jusqu'au 23 du mois de juillet 
176 1, c'est-à-dire pendant plus de cinq années, je n'avois fait 
que penser et faire des études pour me mettre à portée 
d'exécuter ce grand modèle, l'on en sera moins étonné. 

Je suis encore sorti de l'ordinaire au sujet des échaffauds 
qui m'étoient nécessaires pour faire ce grand modèle. Au lieu 
de ces grands chevalets, de ces traiteaux, de ces madriers dont 
on se sert communément, qui, outre les embarras qu'ils 
causent, les dangers qu'ils font courir, la perte d'un temps 
considérable qu'il faut employer pour les défaire et les 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 1^1 

refaire, sont nuisibles au bien de la chose, puisque souvent 
avant qu'ils soient remis en état. Ton a oublié ce que Ton a 
observé, j'ai imaginé un échaffaud volant qui, à l'aide de 
deux treuilles placés au bas du devant et du derrière du grand 
modèle du piédestal, et de quatre hommes seulement pour 
les faire mouvoir, me mettoit en état en moins d'un quart 
d'heure de parcourir mon modèle du bas en haut et du haut 
en bas ^ . 

Je m'étois encore procuré l'avantage de pouvoir jouir de 
loin de l'effet de mon ouvrage, en faisant pratiquer autour de 
mon attelier, qui avoit 90 pieds de long sur 50 de large, de 
grands châssis et panneaux à coulisse, que l'on descendoit 
avec beaucoup de facilité chaque fois que je le désirois. J'ai fait 
ce modèle absolument seul, à la réserve du plâtre que j'ai fait 
mettre aux endroits où j'en avois besoin ^. J'ai été, en 1761, 

F. Du rez de chaussée jusqu'au dessus du modèle du piédestal, il y avoit un 
échaffaud stable auquel on montoit par un escalier commode. Le haut de cet 
échaffaud étoit entouré d'un garde-fous et le plancher étoit composé d'ais qu'on 
pouvoit ôter lorsqu'il en étoit besoin pour jouir d'en bas de la vue du 
grand modèle de la statue. Au dessus de cet échaffaud s'élevoient quatre 
montants percés en coulisse qui étoient entretenus à leur extrémité supérieure par 
des traverses. Dans les deux qui étoient placés devant et derrière la statue, étoient 
enchâssées quatre poulies doubles. Le plancher de cet échaffaud volant étoit composé 
d'ais découpés selon la forme du plan de mon modèle, et ces ais étoient attachés avec 
des clavettes de fer sur un châssis de charpente dont les bouts des deux maîtresses 
pièces de bois entroient dans les coulisses des susdits montants. Aux mêmes quatre 
bouts étoient attachés quatre mouffles, dont les cordages après avoir passé dans les 
poulies doubles d'en haut correspondoient aux bouts des deux grands treuilles pla- 
cés, comme il a été dit, sur le devant et sur le derrière du bas du piédestal. 
Chaque ais de ce plancher avoit un montant de fer d'un pouce quarré et de trois 
pieds de hauteur, qui se dressoit pour soutenir quatre plattes bandes de fer qui 
formoient un balcon fort solide et qui n'empêchoit point de voir d'en bas le modèle. 
Pour plus grande sûreté j 'avois fait percer des trous, à un pied de distance les uns 
des autres, dans les quatre montants à coulisse, pour y passer des boulons de fer 
dessous les bouts des deux maîtresses traverses dont nous avons parlé, et soutenir 
par là l'échaffaud par les quatre coins lorsqu'il étoit à la hauteur désirée, et même à 
fur et à mesure qu'on l'élevoit et qu'on le descendoit ; de sorte qu'au moyen de 
cette précaution, quand même les cordages qui le portoient auroient rompu, il ne 
pouvoit arriver aucun accident aux personnes qui étoient dessus. Ce ne fut qu'après 
avoir pris de telles sûretés que j'y ai confié les personnes de la famille royale qui 
m'ont honoré de leur présence pour voir ce grand modèle. Cet échaffaud volant 
s'élevoit et se descendoit, comme il a été dit, au moyen de quatre hommes seu- 
lement, et cela si doucement et si uniment, qu'une personne qui étoit dessus, ne se 
sentant ni monter ni descendre, crut avoir vu descendre et monter le modèle. Enfin 
cette machine étoit si légère, si commode et si avantageuse à tous égards, que j'ai 
souvent eu lieu de m'applaudir de l'avoir imaginée. Le plancher de l'échaffaud 
volant avoit 22 1/2 pieds de long, sur 14 de large ; et celui de l'échaffaud stable 
30 pieds de long sur 21 de large. Q^ott de Saly.) 

G. J'ai également réparé moi seul la statue entière en cire et j'y ai encore fait des 
recherches avantageuses : j'ai travaillé à cette importante opération depuis le 
2 décembre 1766 jusqu'au 25 avril 1767. J'ai encore poussé plus loin mon zèle pour 

ART ÏK. XH l'y 



258 jACdUES SALY 

cinq mois à y placer les points et à en former Tâme ; sept mois 
en 1762, à faire entièrement le cheval; et six mois en 1763, à 
faire la figure du Roi. En exécutant ce grand modèle d'après 
le petit, j'y ai fait des changemens extrêmement avantageux, 
tant d'après les nouvelles observations que j'avois faites, que 
par la façon dont ce petit modèle avoit souffert et perdu de sa 
fermeté, de sa fraîcheur et de son moelleux, pendant près de 
quinze mois que j'avois été obligé de le conserver humide, et 
sur-tout pendant un hiver aussi fort et aussi long que celui de 
1757 à 1758 : ce qui n'a pu se faire, comme l'on sent bien, 
qu'à force de feu dans mon cabinet pour empêcher ce modèle 
de se geler, et qu'à force de l'humecter afin que cette chaleur 
ne le séchât pas tout-à-fait. Il est aisé de juger que si à force 
de vigilance et de peines l'on est parvenu à conserver ce 
modèle, cela n'a pu se faire sans qu'il éprouvât différens 
accidens, surtout aux jambes du cheval qui, par leur peu de 
volume ne pouvant renfermer que peu d'humidité, se sont 
séchées, crevassées, cassées à différentes reprises ; et tel soin 
que j'aie pu prendre pour le raccommoder, il ne me fut pas 
possible de remettre à ce modèle le pâteux, la fermeté d'une 
touche vierge et la fleur d'un modèle frais ; de façon qu'il ne 
put que rester assez maigre et aride. C'est, comme je l'ai dit, 
en ajoutant à mon grand modèle ce que j'avois remarqué dans 
la nature depuis que mon petit avoit été remis entre les mains 
des mouleurs, et en y suppléant ce que ce petit modèle avoit 
perdu, que je suis parvenu à y mettre tant de différence ; elle 
se sent sur-tout à la tête du Roi, à celle du cheval, à sa 
queue, etc. La couronne de laurier qui est beaucoup moins 
garnie, rend la tête du Roi moins grosse; la tête du cheval 
est plus busquée ; la bouche moins fendue, les naseaux et les 
yeux plus animés et les oreilles plus petites. J'avois à l'égard 
de la grandeur des oreilles, ainsi qu'à l'égard de tout le reste, 
évité les extrêmes ; mais comme d'en bas elles paroissoient 
de beaucoup plus grandes que celles que Ton peint ordinai- 
rement, je les ai réduites à la grandeur des plus petites de 



la perfection du monument, en travaillant moi-même à la statue de bronze, c'est-à- 
dire en en réparant entièrement toutes les chairs et en retouchant la plus grande 
partie du reste ; de sorte que contre l'usage ce bronze se trouve avoir la touche 
même de son auteur. (Note de Saly.) 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 2$9 

toutes celles que j'avois mesurées. Tout le cheval est plus 
nourri ; le style du colossal y est mieux observé ; les formes 
en général en sont plus grandes et plus décidées, la touche 
des chairs plus franche; celle des draperies plus large, plus 
ferme, et celle de la crinière et de la queue plus nette et plus 
hardie : enfin c'est la même machine sans le paroître. 

J'ai souvent fait placer auprès de ce grand modèle des 
parties du petit, et singulièrement la tête du cheval, et j'ai eu 
la consolation de voir la surprise que la comparaison causoit. 
La petite tête paroît froide et d'un travail sec, l'autre est 
animée, d'un style mâle et propre à un monument de cette 
nature. 

Pendant le cours de mes examens d'après les chevaux, dans 
l'allure du pas, j'ai fait, comme je l'ai annoncé, différentes 
observations qui m'ont été d'une grande ressource pour 
l'exécution de mes modèles et qui m'auroient épargné 
beaucoup de recherches, de peines, de temps, et par 
conséquent de dépenses, si j'en avois eu quelque teinture. 

Je les joins ici. Ce ne sont que de simples indications. 
Heureux si après avoir servi d'excuse à mon ouvrage, elles 
pouvoient porter quelqu'un à les approfondir, à les développer 
et à les rendre plus utiles ! 

DIFFÉRENTES OBSERVATIONS SUR LESDITS CHEVAUX 



/■■^ Observation : Du méchanisme du pas du cheval. 

Pour examiner les chevaux d'une façon plus profitable au 
bien d'un monument destiné à être vu en dessous, je me 
plaçai de manière que ma vue n'étoit pas plus élevée que le 
terrein sur lequel on les faisoit marcher. 

Lorsque je vis pour la première fois ces chevaux du point 
de vue qu'il vient d'être dit, je ne pouvois revenir de la 
surprise que cette vue me causoit. La différence qu'il y a de 
voir cet animal comme on le voit ordinairement, ou de le 
voir en dessous, est si grande, qu'on ne se le figureroit 
jamais. 

Examinez à la hauteur ordinaire i\n cheval bien rassemblé ; 



260 JACaUES SALY 

son encolure vous paroîtra forte, belle et nourrie ; regardez le 
même cheval en dessous, vous verrez cette même encolure 
étroite et éfilée en comparaison des ganaches et du poitrail ; et 
le poitrail également étroit en comparaison du ventre ; enfin 
vous verrez cet animal différer entièrement de lui-même. 

En réfléchissant sur l'effet qu'avoient fait sur moi ces 
chevaux vus en dessous et celui que produiroit la copie que 
j'en ferois, sur toutes les personnes qui n'auroient point eu 
occasion de faire le même examen (c'est-à-dire, sur presque 
tout le monde, puisqu'il existe bien peu d'individus qui ayent 
eu occasion de voir des chevaux en dessous), en réfléchissant, 
dis-je, sur l'effet que produiroit une copie exacte de ce que je 
voyois, je commençai à en craindre les suites pour mon 
ouvrage. 

Après m'être accoutumé à voir des chevaux en dessous, 
la première chose que je voulus définir dans l'animal, fut le 
méchanisme du mouvement que font les quatre jambes pour 
former le pas. Pour cet effet je priai Mr. Schœffer de faire 
marcher des chevaux le plus doucement qu'il seroit possible. 
Il le fit; mais malgré cela, il me fut de toute impossibilité, 
pendant un certain temps, de démêler desquels des quatre 
pieds se levoient et se baissoient les premiers. Cependant à 
force de recherches, d'appHcation, de peine et de patience, je 
parvins à reconnoître : i° Que lorsque le cheval part sur la 
main droite, il commence à lever le pied droit de devant, et 
lorsque ce pied est à sa plus grande élévation et qu'il 
commence à se baisser, le gauche de derrière commence en 
même temps à se lever : de sorte qu'aussi-tôt que le premier 
pose à terre, le second est à la plus grande élévation ; 
2° Qu'après que le pied gauche de derrière a été à sa plus 
grande élévation et qu'il commence à se baisser, le gauche de 
devant commence en même temps à se lever : de sorte 
qu'aussi-tôt que le second pied pose à terre, le troisième 
est à sa plus grande élévation; 3° Qu'après que le pied 
gauche de devant a été à sa plus grande élévation et 
qu'il commence à se baisser, le droit de derrière commence 
en même temps à se lever : de sorte qu'aussi-tôt que le 
troisième pied pose à terre le quatrième est à sa plus grande 
élévation ; 4° Qu'après que le pied droit de derrière a été à 



STATUE ÊaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 26 1 

sa plus grande élévation et qu'il commence à se baisser, le 
droit de devant recommence en même temps à se lever, etc. 

Uon voit, par ce qui vient d'être dit, qu'un cheval au pas 
a toujours deux pieds levés en même temps, desquels pendant 
qu'un se baisse l'autre se lève, et qu'en faisant ces mouvemens 
opposés il y a un instant où les deux pieds se trouvent être 
exactement à la même hauteur. De plus, que l'allure du pas 
se fait en quatre mouvemens égaux, savoir : le premier est 
celui de la jambe droite de devant, qui est suivi de la jambe 
gauche de derrière, ce qui fait le second ; le troisième est 
celui de la jambe gauche de devant, qui est suivi de la jambe 
droite de derrière, ce qui fait le quatrième ; et ainsi alterna- 
tivement. 

2'' Observation : Du mouvement des deux jambes qui lèvent 
ensemble pour former le pas. 

M' étant bien convaincu que l'allure du pas étoit telle qu'il 
vient d'être dit, je poursuivis mes recherches et je reconnus 
que le pied gauche de derrière d'un cheval au pas, ne 
commençant à se lever qu'au moment que le droit de devant 
commence à se baisser; autant le pied de derrière se trouve 
élevé de terre, autant celui de devant doit déjà s'être baissé. 
Cette connoissance me chagrina. Je jugeai que si je voulois, 
comme je le devois, copier la nature dans son juste mouve- 
ment, cela ne manqueroit pas de refroidir l'action de mon 
cheval, et que tous ceux qui n auroient point, comme moi, 
fait cette observation, m'en sçauroient mauvais gré. En effet, 
rien ne donne plus « d'esprit et de feu » à un cheval que les 
mouvemens relevés et vifs de ses jambes et de ses pieds. Que 
faire ? Il falloit cependant bien se conformer à la nature, 
surtout dans une circonstance qui tient si fortement à l'en- 
semble du méchanisme de l'animal et à l'accord des ressorts 
qui composent ses différens mouvemens. 

On pourroit, dans un cheval au pas, éviter une trop grande 
rétrogradation dans la jambe du devant, en le plaçant dans 
une attitude où il commenceroit seulement à lever le pied de 
derrière ; mais comme lorsqu'il commence à lever ce pied, sa 
jambe se trouve extrêmement en arrière ; et que le pied en 



26l JACdUES SALY 

quittant la terre fait encore son mouvement en arrière, il est 
évident que si Ton copioit un cheval dans cette attitude, la 
jambe dont il est question paroîtroit traînante, roide et 
estropiée ; au lieu qu'en prenant, comme je l'ai fait, le moment 
où ladite jambe commence à se porter en avant, elle contraste 
davantage avec l'autre de derrière ; le cheval se trouve plus 
rassemblé et a infiniment plus de grâce ; de sorte donc que si 
l'on vouloit gagner de l'agrément par rapport à la jambe de 
devant, l'on en perdroit beaucoup par rapport à celle de 
derrière. 

j^ Observation : Des effets du mouvement de la jambe de devant 
lorsqu'elle se lève. 

Le désir que j'avois de donner du mouvement à mon 
cheval m'avoit porté à lever dans mon esquisse le genou de 
la jambe droite de devant jusqu'à la hauteur du dessus de la 
jointure du bras avec le corps; et d'avancer le bas du canon 
plus que le genou; mais après avoir vu marcher fort long- 
temps des chevaux, je fus obligé de reconnoître : i° Que tel 
que soit relevé et précipité le pas d'un cheval, il s'en faut 
toujours de beaucoup que le bras soit placé horizontalement ; 
2° Que la plus grande partie du mouvement de la jambe, 
depuis le genou jusqu'en bas, se fait en dessous du corps du 
cheval; 3° Que les trois quarts de la portion de cercle que 
décrit le pied dans le mouvement dont nous parlons, se fait en 
arrière de l'aplomb de l'os de l'épaule; cela me fit encore 
craindre de la froideur dans le mouvement de mon cheval ; 
mais j'étois trop convaincu de la réalité de cet effet pour 
hasarder de passer par dessus. 

4"« Observation. Des effets du mouvement de la jambe de derrière 
lorsqu'elle se lève. 

La grande attention que j'ai donnée à l'examen de la nature 
m'a encore fait observer, que lorsqu'un cheval lève une jambe 
de derrière, cette jambe à l'endroit du jarret se rapproche de 
l'autre sans que le pied sorte de la trace de celui de devant : 
ce rapprochement est si fort que la partie de devant du dit 



STATUE ÉQÎ3ESTRE DE FRÉDÉRIC V 265^^ 

jarret se trouve presque à l'aplomb du milieu du corps de 
l'animal. Il s'en falloit de beaucoup que j'eusse connoissance 
de l'effet que produit ce mouvement lorsque je fis mon 
esquisse, car le jarret y étoit parallèle avec le pied. Aussi le 
cheval dans cette esquisse paroît-il s'être donné un écart. 

)"* Observation. Du jeu de F épaule lorsque la jambe qui en dépend 

se lève. 

Lorsqu'un cheval marche au pas, s'il lève les jambes de 
devant, l'épaule de celle qu'il lève se lève en même temps ; 
c'est-à-dire, que s'il lève la jambe droite, il lève aussi d'envi- 
ron d'un pouce" l'épaule droite, et quand c'est la jambe 
gauche c'est aussi l'épaule gauche qui éprouve le même effet ; 
de sorte que cela produit un balancement de droite à gauche 
et de gauche à droite, qui ne laisse pas d'être assez sensible. 

6^^ Observation. Du jeu de la fesse lorsque la jambe qui en dépend 

se lève. 

L'effet que produit sur la croupe d'un cheval le mouvement 
des jambes de derrière est l'opposé de celui que les jambes de 
devant produisent sur le poitrail. Lorsque le cheval, par 
exemple, lève la jambe gauche de derrière, la croupe de ce 
côté-là au lieu de remonter d'un pouce, comme fait l'épaule 
droite, descend d'un pouce de plus que l'autre côté qui, 
comme on le verra ci-après, se trouve déjà l'être d'un pouce. 
Il en va de même lorsque le cheval lève la jambe de derrière. 
De sorte que comme dans l'allure à droite, la jambe droite de 
devant et la gauche de derrière sont en Tair en même temps, 
les deux effets de ces mouvemens, quoique contraires, con- 
courent cependant à porter le cheval et le cavalier un peu 
sur la gauche ; et lorsque c'est la jambe gauche de devant et 
la droite de derrière qui se trouvent levées, la machine se 
porte également un peu sur la droite. J'ai observé de plus que 



H Cette élévation dans tous les chevaux n'est pas exactement d'un pouce ; mais 
elle diffère de si peu de chose qu'il ne vaut pas la peine d'en marqner ici la diffé- 
rence. (}sote de Saly.) 



264 JACQUES SALY 

lorsqu'une jambe de derrière se ployé pour se porter en avant, 
indépendamment du gonflement qu'occasionne sur les fléchis- 
seurs l'office qu'ils font de tirer à eux cette jambe, l'os du jar- 
ret, ainsi que le nerf qui y est attaché et qui correspond au 
peronet, s'écartent encore du tibia ; de sorte que cette partie 
de la cuisse se trouve de beaucoup plus large que celle de la 
jambe qui est étendue. 



7"' Observation. Du creux qui se forme au bas dugrasset lorsque 
la jambe qui en dépend est étendue. 

Une chose qui m'a fort étonné et à laquelle j'ai eu beau- 
coup de peine à m'accoutumer, c'est le creux qui se forme au 
bas des grassets d'un cheval; lorsque les jambes de derrière 
sont étendues en arrière. Ce creux précisément' placé à l'en- 
droit où les anciens formoient une bosse fait paroître d'abord 
la cuisse à cet endroit-là infiniment trop étroite et trop maigre. 
Ce n'est qu'après avoir visité tous les chevaux des écuries du 
Roi et qu'après avoir bien accoutumé mes yeux à regarder 
cette partie, que je pris enfin la résolution de suivre là-dessus 
la nature ^ ; mais avant que de m'y résoudre, je voulus con- 
noître la cause de ce creux dont je n'avois aucune notion. La 
voici : Lorsqu'un cheval veut marcher, ce qui lui sert le plus 
pour ce mouvement ce sont les jambes de derrière qui, se roi- 
dissant contre la terre, le chassent en avant : pour cet effet 
ses jambes sont obligées de s'étendre ; cette tension, dans 
celle qui pose, fait rentrer dans la partie charnue du grasset, 
Tos de la rotule à laquelle la peau est adhérente, et produit 
un creux au lieu de la saillie que forme cet os lorque la jambe 
est ployée. L'on voit tous les jours le même effet sur une 
main potelée qui, lorsqu'elle est ouverte, se trouve avoir des 
fossettes aux mêmes endroits où il y a des bosses lorsqu'elle 
est fermée. 



I En 1757, lorsque M. Le Lorrain, peintre du Roi et des Académies de Paris et de 
Copenhague, passa par cette capitale pour aller à Pétersbourg, où il étoit appelé par 
Sa Majesté Impériale, je lui fis voir mon petit modèle. Cette partie le frappa, et ce 
ne fut qu'après avoir visité beaucoup de chevaux qu'il se persuada de cet étonnant 
effet. (Note de Saly.) 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 26$ 

8"^^ Observation. De F effet que le mouvement dupas produit sur la 
longueur du cheval. 

Les chevaux, dans l'allure du pas, paroissent et sont effecti- 
vement plus longs de corsage que lorsqu'ils sont dans leur 
position naturelle, sur-tout du côté de la main. Avant que 
d'en avoir reconnu la raison, je ne sçavois pourquoi je trou- 
vois, dans de certains momens, le même cheval ou plus long 
ou plus court ; mais lorsque l'idée m'est venue d'en chercher 
les causes, il ne m'a pas été difficile de les trouver ; les voici : 
1° lorsqu'un cheval lève la jambe de devant, la tête de l'hu- 
mérus se porte en avant du poitrail, et cette avance, jointe au 
gonflement des muscles que l'élévation de l'avant-bras cause, 
font que cette épaule avance beaucoup plus que quand l'ani- 
mal est sur ses quatre pieds ; 2° lorsqu'une jambe de devant 
est dans cette attitude, celle du derrière, du même côté, se 
trouve fort allongée en arrière pour chasser, comme nous 
l'avons dit, toute la machine en avant, ce qui allonge encore 
de quelques pouces le bas de la fesse, de sorte que ce côté est 
effectivement de beaucoup plus long que le côté opposé. Il 
est donc évident que le cheval d'une statue équestre, s'il est 
au pas, sera nécessairement plus long d'un côté que de l'autre, 
et en tout, par conséquent, plus long que dans sa position' 
simple sur ses quatre pieds. ' 

9"^^ Observation. De l'effet que le mouvement du pas produit sur 
la hauteur du corsage du cheval. 

Autant le corsage du cheval s'allonge lorsqu'il marche, 
autant l'animal perd de sa hauteur, sur-tout à son arrière 
main. Les raisons en sont encore claires et simples. Un cheval, 
dans l'attitude du pas, ne porte que sur deux jambes qui sont 
toutes deux hors de leur aplomb et qui par conséquent laissent 
moins de distance entre son corps et la terre. J'ai remarqué, 
en mesurant les douze chevaux dont j'ai fait mention, que les 
garots de ces chevaux, lorsque ces animaux étoient dans l'atti- 
tude du pas, se trouvoient toujours aux environs d'un demi- 
pouce plus bas que lorsqu'ils étoient posés sur leurs quatre 



266 JAGQ.UES SALY 

pieds, et que la différence des croupes étoient à peu près du 
double de celle des garots. Ce n'est pas que le hors d'aplomb 
de la jambe gauche de devant ne fasse baisser le poitrail du 
cheval autant que celui de la jambe droite de derrière fait des- 
cendre la croupe ; mais, comme nous l'avons dit, l'épaule 
droite se lève en même temps d'un pouce de plus que la 
gauche, et cela fait remonter le garrot de la moitié de ce 
pouce. Il est donc évident que si un cheval représenté dans le 
mouvement du pas, se trouvoit dans ses proportions ordi- 
naires : c'est-à-dire, s'il étoit aussi haut du garot à terre et 
aussi court de l'épaule à la croupe, sur-tout du côté de la 
main que dans sa position naturelle, il seroit nécessairement 
défectueux. C'est cependant sur un cheval posé sur ses quatre 
pieds que chacun commence à se former une idée des propor- 
tions d'un cheval et que les yeux s'accoutument à estimer l'en- 
semble de tous les chevaux ; c'est encore d'après cela que 
jugent du cheval au pas d'une statue équestre tous ceux qui 
n'ont point fait les recherches nécessaires pour acquérir cette 
connoissance. Mais combien se trouve-t-il de personnes qui 
ayent fait ces recherches ? 

zo™^ Observation : De la tête du cheval et de sa position vu de pro- 
fil dans le mouvement du pas. 

Comme mon intention était d'animer le plus qu'il seroit 
possible la tète de mon cheval, sans cependant m'écarter de la 
vérité, je fis marcher long-tems et même galopper des chevaux 
pour leur faire prendre « ce feu » que je cherchois ; c'étoit des 
muscles de toute la tête que je l'attendois; mais après un long 
examen je fus surpris et fâché en même temps de voir que, loin 
de trouver dans toutes les parties de ces têtes, soit dans celles 
des chevaux qui avoient beaucoup marché, soit dans celles de 
ceux qui avoient long-temps galoppé les expressions que je dési- 
rois ; elles ne se manifestoient fortement que dans les oreilles, 
les yeux, les naseaux et la partie nommée « bout du nez », et 
presque point ailleurs. Je remarquai, en effet, que plus un 
cheval étoit animé, plus les oreilles se rapprochoient et se 
portoient en avant ; que ses yeux s'ouvroient beaucoup, mais 
que parmi les différentes causes que produisoient cette agita- 



\ 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 267 

tion, l'attention qu'il donnoit à ce que le cavalier lui deman- 
doit, étoit celle qui se manifestoit plus fortemeut ; que les 
naseaux s'ouvroient et se gonfloient à proportion que Tani- 
mal étoit agité et que ce gonflement ne produisoit aucun pli 
à la tête, si ce n'est à leur jonction avec le « bout du nez » ; 
que cette dernière partie remuoit continuellement et changeoit 
sans cesse de forme ; mais qu'à l'égard de toutes les autres 
parties de la tête, tous les mouvemens que j'avois supposé 
jusqu'alors être « feu et âme » étoient absolument factices et 
des pures grimaces. Cette persuasion me fit encore craindre 
du froid dans l'imitation de ces têtes ; mais c'étoit la nature 
qui parloitj et la nature devoit l'emporter sur mes préjugés. 
Après donc en avoir triomphé, j'examinai de nouveau les che- 
vaux et je reconnus enfin que le cheval, par sa nature, rassem- 
bloit tant de beauté, de noblesse et de fierté, que c'étoit le 
dégrader que de le faire grimacer, sur- tout dans le mouve- 
ment tranquille du pas. Cela posé, je pris la résolution de 
tâcher de donner toute « l'âme » qu'il me seroit possible aux 
oreilles, aux yeux, aux naseaux et au « bout du nez » de mon 
cheval, et de le faire jouer avec son mords, comme j'avois 
observé que faisoient les meilleurs chevaux des écuries du 
Roi. 

Lorsqu'il fut question de prendre connoissance de la belle 
et noble position de la tête d'un cheval au pas, il ne me fut 
pas difficile, après quelques examens, de reconnoître qu'elle doit 
être placée perpendiculairement : c'est-à-dire que le bas du nez 
doit être précisément à l'aplomb du haut du front ^. Si j'avois 
été dans l'erreur à l'égard de la position de la tête en elle-même, 
je l'étois encore bien davantage touchant sa position relative- 
ment au reste du corps de l'animal lorsqu'il marche. Car avant 
mes observations, je croyois que la jambe levée d'un cheval 
au pas, comme je l'avois vu dans difierens bas-reliefs antiques 
devoit être plus avancée que sa tête ; mais j'ai été forcé de 
reconnoître que c'est la tête qui avance davantage, parce que 
d'un côté le mouvement de cette jambe, comme il a été dit 
dans l'observation 3""% se faisant presque tout en arrière; et 

K Lorsqu'un cheval avance le nez plus que le front, l'on dit que sa tête porte au 
vent ; et lorsque son nez est plus reculé que le front, on ditqu'elle est encapucnonnée, 
(Noie de Saly.) t n i r 



268 JACaUES SALY 

que, d'un autre côté, l'action d'avancer portant la machine 
en avant, les parties les plus élevées doivent nécessairement 
excéder de beaucoup celles qui le sont le moins. Il n'y a que 
dans le cas de l'arrêt ou dans celui où le cheval a le défaut de 
battre à la main et de donner des coups de tête, que son col 
et sa tête se portent en arrière ; et que le genou levé se trouve 
plus en avant ; mais ce sont des accidents momentanés ou des 
défauts dans les chevaux, qu'il faut bien se garder d'imiter 
dans un monument de la nature de celui dont il est ici ques- 
tion ; de sorte que la tête d'un cheval au pas, qui en elle- 
même ne peut jamais sortir de la ligne perpendiculaire, doit 
être plus avancée que le genou de la jambe qui lève, et par 
conséquent beaucoup plus que le poitrail ; et le poitrail encore 
beaucoup plus en avant que la pince du pied de la jambe qui 
porte. Ce sont ces hors d'aplombs qui forment l'élan du mou- 
vement du pas et donnent la vie au cheval imité. 

Résultat de ces différentes observations. 

Il résulte de ces différentes observations, que si l'on n'a 
point pris une connoissance suffisante de ce qu'elles con- 
tiennent, plus un cheval sera imité dans le mouvement du 
pas, moins il paroîtra proportionné. L'on est accoutumé, 
comme on l'a déjà dit, de voir des chevaux sur leurs quatre 
pieds et de se former les yeux à les voir à peu près aussi haut 
de corps qu'ils sont longs, et sans faire attention, ou pour 
mieux dire, sans être instruit des changemens que le mouve- 
ment dans lequel le cheval est représenté, opérée sur cette hau- 
teur et sur cette longueur ; l'on juge le cheval imité mal 
ensemble. Après un défaut aussi capital que celui du mau- 
vais ensemble, l'on ne s'avise guères de se prêter à l'examen 
des détails, et en supposant qu'on voulût entrer dans cet exa- 
men, si l'on n'a pas également pris une connoissance suffisante 
de chaque chose en particulier, l'on trouvera autant de défauts 
dans les différentes parties du cheval imité, que j'ai trouvé de 
sujets d'observation dans ces mêmes parties. 

La connoissance des observations que je donne ici n'est donc 
que pour me servir d'excuses et d'autorité, en faisant con- 
noitre les motifs qui m'ont porté à traiter ces parties comme 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 269 

je l'ai fait. Si je n'avois pas été présent, lorsque Mr. Le Lorrain 
vit le petit modèle de mon cheval, il lui seroit toujours resté 
dans Tesprit que le creux du grasset étoit un défaut et que la 
cuisse à cet endroit-là étoit trop étroite. 

Tous jugemens portés avec connoissance de cause, toute 
critiques judicieuses ne tournent pas seulement à l'avantage 
de Fauteur qui sçait en profiter, mais encore à celui des arts 
en général. Mais autant une critique fondée sert à l'artiste 
pour l'éclairer et au public pour le juger, autant un juge- 
ment qui ne porte que sur de simples préjugés est capable de 
retarder les progrès de ces mêmes arts, de mettre des entraves 
aux recherches des artistes et d'épaissir le voile qui couvre 
les yeux du public. En un mot, je ne cherche point à donner 
des règles. Mon dessein n'est que de communiquer ce que 
j'ai observé, de faire connoître les raisons qui m'ont porté à 
prendre le parti que j'ai pris à plusieurs égards, et de mettre 
un chacun à portée de me juger avec connoissance de cause. 

Si depuis que l'on imite des chevaux, chaque artiste avoit 
fait part de ses observations, celles que j'effleure ici seroient 
inutiles, et l'on marcheroit aujourd'hui d'un pas sûr dans 
cette carrière. 

Plusieurs écuyers ont écrit sur l'art de la cavalerie et ont 
admirablement bien traité les parties qui sont relatives à la 
bonté d'un cheval ; aux défauts qui indiquent ou occasionnent 
des maladies ; à la façon de dresser les chevaux, de les mon- 
ter, de les guérir, etc. Mais je n'ai rien vu dans tous ceux de 
ces ouvrages qui me sont tombés entre les mains, qui ait pu 
m'être de la plus grande utilité et qu'y put l'être à aucun 
artiste, à qui il ne faudroit qu'une description simple, élaguée 
d'un fatras de choses, qui toutes belles et utiles qu'elles 
puissent être pour un homme de cheval, sont inutiles à un 
artiste, l'étourdissent, l'embarrassent et finissent par le rebuter 
sans l'instruire. 

Lorsque j'ouvris, pour la première fois, l'excellent ouvrage 
de La Guerinière, pour y chercher quelques secours touchant 
les proportions d'un beau cheval, la position de ses parties 
dans l'allure que j'avois besoin, la façon dont la tête et les 
jambes dévoient se mouvoir, etc., et que je trouvai seule- 
ment : Pour que telle ou telle partie soit bien proportionnée, 



270 JACQUES SALY 

il faut qu'elle ne soit ni trop longue ni trop courte par ra- 
port à telle ou telle autre partie. Par exemple : « Le corps 
d'un cheval ne doit être ni trop long ni trop court... une belle 
tête en général est petite, sèche, courte, et bien placée... la 
longueur des jambes doit être proportionnée à la taille du che- 
val... Le pied doit être proportionné à la structure du 
corps et des jambes, ni trop grand ni trop petit..., » et ainsi 
de toutes les autres parties, sans déterminer ce qu'un corps 
qui n'est « ni trop long ni trop court, » se trouve être par 
raport à la tête ; les jambes par raport au corps, etc. J'avoue que 
les bras me tombèrent et que je jettai le livre sans qu'il me soit 
venu dans l'idée de le regarder pendant tout le temps de mes 
études et de l'exécution de mes modèles. En effet, comment 
sans avoir déjà une connoissance assez étendue des chevaux, 
pouvoir déterminer ce beau milieu de la proportion d'un che- 
val ; de la grandeur et du placement de sa tête, ainsi que de 
ses autres parties ? Cela est de toute impossibilité. Aussi ne 
fut-ce qu'après avoir fort longtemps mesuré et examiné la 
nature que je parvins à m'en faire une idée. Si au lieu d'avoir 
trouvé au mois de mars de l'année 1770, les Elémens d'Hip- 
piatrique de M. Bourgelat où ce sçavant auteur y donne les 
proportions géométrales du cheval ^ ; j'eusse eu ce secours au 

L Depuis que j'ai cet ouvrage, j'ai été témoin que beaucoup de personnes, en 
voyant ces proportions, ont trouvé la tête prodigieusement grande. J'ai cependant 
comparé en gros ces mêmes proportions avec celles des douze chevaux que j'ai 
mesurés, et j'ai trouvé qu'elles avaient beaucoup de rapport entre elles. Si l'on cherche 
à approfondir la cause de l'absurdité de ce jugement, il sera aisé de voir que ces per- 
sonnes ont donné plus d'attention à des représentations de chevaux qu'à des chevaux 
naturels, et qu'elles sont, par cette raison, tombées dans la même erreur que nombre 
de peintres qui, pour avoir entendu dire que de petites têtes^ de petites oreilles, de 
petits pieds, sont des perfections dans un cheval, partent de là pour faire ces parties 
d'un tiers ou d'un quart moins grandes qu'elles ne doivent être ; et il se trouve qu'un 
cheval qui, selon M. Bourgelat, ne doit avoir « que 3 têtes de hauteur depuis la 
pointe de l'occiput jusqu'à terre ; 2 1/2 têtes du garot à terre ; ainsi que de la pointe 
de l'épaule à la pointe de la fesse ; i tête de grosseur et de largeur de corps prise 
dans le milieu, » etc., à force de diminuer la tête, ce cheval a presque la moitié de 
plus de hauteur de longueur et de grosseur. Il est étonnant qu'il se trouve quel- 
qu'un qui puisse se flatter d'être en état d'embellir le beau des animaux, ou plutôt 
d'aimer mieux travailler d'idée que d'après nature et induire par là les autres en 
erreur, comme je l'étois lorsque j'examinai la première fois un cheval dans le 
dessein de le copier. L'exemple de l'injustice faite aux proportions données par 
M. Bourgelat prouve combien la vérité paroît erreur parmi ceux qui ne voyent et ne 
prononcent que d'après des préjugés, et combien il importe à un auteur de tout genre 
d'être entendu sur des raisons qu'il a eu de prendre un parti plutôt qu'un autre et 
d'être jugé en conséquence. Q^ote de Saly.) 



STATUE ÉQ.UESTRE DE FRÉDÉRIC V tyï 

commencement de mes études, cela les auroit abrégées de 
beaucoup. 

RÉFLEXIONS SUR LE CONTENU DE L^ PREMIERE ET SECONDE 
PARTIE DE LA DESCRIPTION DE LA STATUE ÉaUESTRE DE 

Frédéric V. 

Quoique dans le contenu de la Description de la statue 
équestre de Frédéric V, il soit question d'un grand nombre 
de parties importantes et nécessaires à un tel monument, je 
suis fort éloigné de croire que ce soient les principales. Je 
sçois au contraire que dans ce qui a été dit jusqu'à présent, il 
n'est encore question que de ce qui tient à l'imagination, à la 
reflexion, à la combinaison, au rythme enfin de la sculpture ; 
et que quand même un pareil monument réuniroit au plus 
haut degré de perfection tous ces objets, si toutes les parties 
de l'art relatives à la sublime exécution, et que l'on admire 
dans les beaux ouvrages grecs ^ ne s'y trouvoient pas jointes, 
cela ne feroit qu'un monument fort médiocre, de sorte donc 
que pour en faire un parfaitement beau, il faudroit tout au 
moins encore : 

1° Que le style de toutes les parties qui doivent le composer, 
en fut énergique, pompeux et sublime ; 

2° Que la grande et noble simplicité, le majestueux et 
l'imposant qui font les parties caractéristiques de la sculpture 
et l'essence de ce bel art, s'y trouvassent également répan- 
dus ; 

3° Que le monument fût composé assez savamment pour 
que de tel point de vue qu'on pût le regarder, l'ensemble en 
fut également frappant, avantageux et agréable ; 

4° Que les masses générales en fussent grandes, cadencées 
et décidées ; 

5° Que toutes les parties de la statue équestre eussent entre 

M. Malgré les beaux morceaux que nous ont laissé les grands statuaires grecs, et 
le secours que nous puissions en tirer en les étudiant dans notre jeunesse, il ne nous 
est pas possible d'atteindre à la grandeur et à la majesté du style de ces immortels chefs- 
d'œuvre. Les plus beaux ouvrages modernes sont ceux qui en approchent le plus, 
et le plus bel éloge qu'on puisse en faire, c'est de les comparer, comme nous disons, 
à « l'antique ». (Note de Saly.) 



272 JACQUES SALY 

elles un rapport mutuel et qu'elles s'entreservissent les unes 
les autres ; qu'il ne s'en trouvât aucunes qui se choquassent 
et s'embarrassassent, de façon que vues de loin elles nuisissent 
au développement du cavalier et du cheval, ou que se 
confondant les unes avec les autres elles en fissent paroître 
quelques-unes défectueuses ; 

6° Que le mouvement du cavalier et du cheval fussent 
parfaitement d'accord ; que le manteau du héros, la crinière 
et la queue du cheval, ainsi que toutes les autres parties 
légères dont un tel groupe est susceptible, participassent 
également au même air qui est supposé devoir les agiter ; 

7° Qu'ayant su préférer à un faux éclat un accord har- 
monieux, et à un pétillant général de beaux repos qui font si 
bien valoir les parties travaillées, que n'ayant pas trop donné 
de jeu aux susdites parties et trop également chargé le tout 
d'ornemens, l'on eut sçu ménager des passages de demies 
teintes entre les grands clairs et les fortes ombres, et qu'il ne 
fut point resté de ces jours durs et de ces noirs tranchants 
desquels il résultât un papillotage qui blessât l'œil du spec- 
tateur ; 

8° Qu'ayant su éviter le rond et l'exagéré, le caractère du 
dessein en fut grand, élégant, ondoyé et propre à l'âge du 
prince qui est représenté. 

9° Que l'ostéologie et la myologie du corps de l'homme et 
du cheval s'y trouvassent dans la plus grande exactitude, tant 
par la vérité des muscles que par la justesse de leur mou- 
vement ; que pour ne point vouloir paroître savant dans cette 
partie de l'anatomie, l'on n'eut point prononcé également 
tous les muscles et les veines, et que par là on eut évité de 
donner dans le sec et dans le décharné, ou qu'ayant voulu 
éviter ce défaut l'on ne fut pas tombé dans le rond et le 
soufflé ; 

10° Que la touche, cette précieuse et importante partie de 
l'art, en fut franche, moelleuse et spirituelle ; 

11° Que le héros, dont la consécration de la statue est une 
espèce d'apothéose ^ fut en quelque sorte déifié par un air de 

N. Les premiers simulacres ont été faits en honneur des dieux et pour les exposer 
à l'adoration des peuples. On élevoit par vénération ces simulacres sur des autels de 
différentes formes placés sur des degrés, afin de les faire dominer au dessus des 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V ^7) 

dignité, d*élévation et de bonté ; et qu'on lut dans ses yeux la 
nature de son âme, de son esprit et de son cœur ; 

12° Que le cheval par sa fierté et la noblesse de ses mou- 
vemens, semblât s'enorgueillir du poids qu'il porte et fit 
connoître ce que peut ajouter à la belle conformation, l'édu- 
cation que les souverains font donner aux chevaux qu'ils 
montent ; 

13° Que l'art eut triomphé de la matière au point que le 
bronze parut attendri et animé de façon à porter l'illusion 
jusqu'à imaginer voir respirer et mouvoir l'homme et le 
clieval ; 

14° Que le magique de l'art, ce que je ne sais quoi qui 
étonne, qui émeut, qui charme, que l'on ne peut pas définir 
parce qu'il n'a aucunes règles pour base; que l'on sent 
beaucoup mieux qu'on ne le peut expliquer, et qui est encore 
moins difficile à expliquer qu'à exécuter; que je conçois 
mieux que ceux qui sont moins avancés que je ne le suis 
"dans la carrière de l'art, et moins bien que ceux qui y sont 
plus avancés que moi o ; que ce magique, dis-je, s'y trouvât 
dans toute sa force. 

Après ce qui vient d'être dit, il est clair que les seules 
parties dont il est fait mention dans la Description que je 
donne de la statue équestre de Frédéric V, quand même elles 
seroient portées au plus haut degré de beauté, sans être 
jointes à celle de l'art proprement dit, composeroient un 
ouvrage qui pourroit être comparé à un poëme épique dont 
le sujet seroit bien choisi, le plan de l'ouvrage bien conçu et 
bien distribué ; toutes les parties bien arrangées et bien tra- 
vaillées; les règles et le méthodique exactement observés, et 

mortels et pour donner plus de facilité de les contempler à ceux qui ne pouvoient 
pas s'en approcher. Les - premiers simulacres ou statues que l'on a consacré aux 
empereurs, soit de leur vivant, soit après leur mort, pour les déifier, ont été faites 
et élevées sur des autels ou piédestaux, à l'instar de celles des dieux ; et cet usage 
s'est transmis jusqu'à nous, quoique les motifs pour lesquels on consacre des statues 
ne soient plus les mêmes : on élevoit les premières pour leur rendre des cultes : 
L'amour et la reconnoissance des bienfaits reçus portent à élever celles-ci. (Note de 
Saly.) 

o. Il en est de la connoissance dans les arts comme de la vue, celui dont les 
rayons visuels portent fort loin, distingue et juge même d'une infinité d'objets que 
celui dont les mêmes rayons sont courts ne peut pas seulement apercevoir. Ce n'est 
qu'à raison du savoir que l'on découvre les mystères des arts, qu'on peut les 
analyser, les résoudre, les expliquer et les faire sentir dans ses ouvrages. (Nb/c de 
Saly.) 

ART FR. XII ig 



274 JACQ.UÉS SALY 

les vers bien mesurés; mais où manqueroit l'emhousiasme 
poétique, cette étincelle de la divinité, ce don inestimable de 
la nature, que Tétude peut perfectionner, mais jamais 
donner. 

Il resuite de tout ce qui vient d'être exposé, i° que je suis 
fort éloigné de croire avoir beaucoup fait en exécutant tout ce 
qui est décrit dans la première et dans cette seconde partie de 
ma Description ; 2° qu'il est infiniment plus facile de parvenir 
à connoître tout ce qu'exige un tel monument qu'à l'exécuter ; 
3° que pour former une parfaitement belle statue équestre, 
il faudroit non seulement que tout ce que j'ai indiqué jusqu'ici 
s'y trouvât réuni, mais encore que toutes les parties quel- 
conques qui composent l'excellent, le sublime et merveilleux 
de la sculpture, tant pour la composition que pour l'exé- 
cution, ainsi que la portion des sciences et des autres arts qui 
en dépendent, y fussent même portées au plus haut point de 
perfection. Or comme la perfection en toutes choses est 
réservée au Créateur, et que par conséquent il n'est pas 
possible à un seul homme d'approfondir et de i-endre tant de 
parties savantes au même degré de sublimité; l'on doit 
conclure que la plus parfaite de ces statues est ou sera celle 
qui rassemble ou qui rassemblera le plus de ces parties ; et le 
statuaire qui a pu ou qui pourra les rassembler a été ou sera 
le plus habile et par conséquent le plus heureux. 

Ainsi s'est exprimé Saly au cours de ses deux Lettres adressées à 
M. de Marigny. On l'a vu, ce sont à vrai dire des Mémoires expli- 
catifs plutôt que des Lettres. L'artiste n'omet aucun détail, Il a 
voulu se faire l'historiographe de son monument,, et non content 
d'une description minutieuse de la statue équestre sortie de ses 
mains, reprenant la plume, il a dit lui-même par quelles phases a 
passé son œuvre, les travaux, les études auxquels il s'est. livré 
durant plusieurs années afin de laisser aux Danois un monument 
aussi achevé qu'il était en son pouvoir de le faire. 

Saly en composant ces Lettres a-t-il cédé à un sentiment d'amour- 
propre ? S'est-il préoccupé de laisser après lui une sorte d'exposé 
îaudatif qui le grandirait aux yeux de la postérité ? Nous ne pouvons 
croire que tel fut le mobile de ses écrits. L'homme est de nature 
simple, modeste, aisément timide. Il n'a pas oublié ce qu'il doit au 
roi de France. On l'a « prêté », c'est l'expression traditionnelle, au 
roi de Danemark et le a prêt » n'était fait que pour une durée de 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 27$ 

« six à sept années ». Ainsi est-il spécifié sur la lettre de congé déli- 
vrée au sculpteur le 15 août 1753. Saly devait donc rentrer en 
France en 1760. Or, son premier mémoire est daté de Copenhague 
le 31 mai 177 1 ^ Evidemment l'homme correct, jaloux de tenir ses 
engagements, se sent en faute. Il s'est trop attardé à la cour de 
Danemark. Sans doute, le fondeur est pour une certaine part dans 
la prolongation de son séjour à l'étranger, mais, somme toute, Gor 
ne peut être fait responsable des onze années que Saly a dû passer 
loin de la France, contrairement à la parole donnée. Le mécontente- 
ment des Valenciennois qui réclamaient de lui , sans les obtenir^ 
les bas -reliefs du monument de Louis XV pouvait indisposer le 
directeur des Bâtiments. Saly, de tempérament craintif, redouta 
quelque disgrâce s'il ne prenait le soin de fournir au gouvernement 
français la justification des lenteurs dont on avait le droit de 
s'étonner. 

Telle est, selon toute vraisemblance, la raison dominante de 
son premier écrit. Mais l'artiste aurait pu se dispenser ce semble de 
publier cet écrit. Il lui suffisait de s'adresser à Marigny par une lettre 
autographe. En possession d'une pièce de cette nature, le directeur 
des Bâtiments eût été édifié sur le statuaire. Mais l'opinion ? Saly 
n'ignorait pas que des esprits prévenus répandaient sur son compte 
plus d'une calomnie. Le seul moyen qu'il eût de combattre ses 
adversaires était de rendre public son mémoire justificatif. C'est ce 
qu'il fit. 

Ayant résolu de ne laisser aucune prise sur sa conduite, Saly fait 
assister son lecteur aux diverses péripéties par lesquelles a passé son 
monument. L'esquisse en fut approuvée par le roi, le 30 août 1755*. 
Elle comportait, outre la statue équestre, quatre bas-reliefs ovales 
et les figures allégoriques du Danemark et de la Norvège, de 
l'Océan et de la Baltique?. En août 1766, les bas-reliefs et les 
figures allégoriques sont supprimées par l'ordre de Frédéric V, 
désireux de diminuer les frais que s'impose volontairement la Com- 
pagnie des Indes orientales, promotrice du monument'*. Saly éprouve 

1. Voir plus haut, p. 223. 

2. Voir plus haut, p. 223. 

3. Voir plus haut, p. 224-225. 

4. Voir plus haut, p. 225-230. Dussieux, dans ses Artistes français à Vétranger, 
(édition de 1876, p. 351), n'est pas renseigné sur les modifications apportées par 
Saly à son premier projet. L'explication de l'erreur dans laquelle est tombé Dussieux n'a 
rien de difficile. Il a consulté sur Saly le livre de Patte (Monuments érigés à la gloire 
de Louis XV). Notre lecteur sait ce qu'il faut penser de Patte quand il s'agit de Saly. 
On a vu combien la véracité de cet historien laissait place à la critique lorsqu'il s'est 
occupé du monument de Valenciennes. C'est incidemment, et sans y attacher la 
moindre importance, que Patte a signalé la statue équestre de Copenhague. Il ne s'est 
donc pas assuré de l'exactitude des faits qu'il mentionnait. Aussi est- il erroné. Dus- 
sieux qui l'a pris pour guide s'est trompé à son tour. 



276 }ACQ.UÉS SALV 

un profond chagrin de cette mutilation de son travail ^ Mais force 
lui est de se résigner. Ces détails constituent, pour ainsi parler, le 
préambule de son mémoire. L'auteur entre ensuite dans l'exposé 
de ses études sur l'attitude, le geste, le costume, les accessoires de 
son cavalier, le caractère et l'allure de son cheval. Les dernières 
lignes de la Lettre de Saly nous renseignent sur la date à laquelle 
fut terminé le petit modèle de la statue succédant à l'esquisse. Ce 
fut le 22 novembre 1758 que son Altesse royale le prince Christian 
rendit visite au sculpteur et formula sur la statue de son père un 
avis des plus flatteurs. Ce prince avait alors dix ans 2. 

La seconde Lettre de Saly est, on l'a vu, entièrement consacrée à 
la relation de ses études prolongées d'après des chevaux danois. 
C'est le 17 juillet 1756 que l'artiste entreprit cette partie de sa 
tâche 3, Il voulut contrôler ses opinions par celle de personnages de 
marque au cours d'une assemblée d'écuyers du roi, le 18 août 17574. 
Il commença le cheval de son petit modèle le 29 aoûts. Il le ter- 
mina le 28 novembre. La figure du roi l'occupa du 17 août 1758 au 
16 novembre^. Le petit modèle étant achevé, Saly le remit aux 
mouleurs le 29 novembre, et il fit préparer l'armature du grand 
modèle qui ne fut terminée que le 23 juillet 1761 7. Il est aisé de 
voir à ces indications données par l'artiste que la lenteur qu'il mit à 
exécuter son monument ne doit pas lui être reprochée ; ses auxi- 
liaires travaillaient sans précipitation. L'atelier mis à sa disposition 
mesurait 90 pieds de long sur 50 de large «. Le statuaire s'occupe 
du grand modèle en 1761, en 1762 et en 17639. Il répare sa cire à 
dater du 2 décembre 1766 jusqu'au 25 avril 1767'°. L'hiver de 
1758 fut particulièrement long et rigoureux". Saly n'omet pas de 
relever ces particularités qui seront aux yeux de Marigny comme 
autant de circonstances atténuantes de la prolongation de son séjour 
en Danemark. Nous ne croyons donc pas nous tromper en qualifiant 
les curieuses Lettres du sculpteur que nous venons de reproduire de 
« Mémoires justificatifs. » 

Le monument de Frédéric V est digne d'éloges. La sculpture 
en est sobre, légèrement sévère. L'artiste n'a fait aucune concession 

1. Voir plus haut, p. 228. 

2. Voir plus haut, p. 244. 

3. Voir plus haut, p. 247. 

4. Voir plus haut, p. 253. 

5. Voir plus haut, p. 254. 

6. Voir plus haut, p. 255. 

7. Voir plus haut, p. 255. 

8. Voir plus haut, p. 257. 

9. Voir plus haut, p. 258. 

10. Voir plus haut, p. 257, note g. 

11. Voir plus haut, p. 255 et 258. 



I 



STATUE ÉaUESTRE DE FRÉDÉRIC V 277 

au goût pittoresque qui trop souvent dénature les œuvres de ses 
contemporains. On le peut voir à Copenhague, et bien peu de sta- 
tues royales érigées au dernier siècle subsistent de nos jours. 

On conserve à TAcadémie des Beaux-Arts de Copenhague une 
esquisse de la statue équestre. Elle mesure 90 centimètres. 

Le petit modèle était resté la propriété de Saly qui le rapporta en 
France lorsqu'il revint y mourir. A sa vente, cet ouvrage atteignit 
le prix de 72 livres '. Serait-ce ce même petit modèle que possé- 
derait aujourd'hui, au dire de Dussieux, l'Académie de Saint-Ferdi- 
nand de Madrid 2. 

De nombreux dessins exécutés par Saly à l'occasion de ce monu- 
ment ont passé à sa vente 3 et ont atteint le chiffre de 468 livres 
2 sols. Au cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague, on 
conserve trois dessins se rattachant au monument de Frédéric V. 
Ce sont : 1° Le roi à cheval, vu de gauche. Crayon noir. H. 0.45. 
L. 0.58. Signé avec la mention « Fini le 14 juin 1766 ». 2° Le 
roi à cheval, vu de droite. Crayon noir. H. o™ 47. L. o'" 58. 
Signé avec la mention « Fini le 9 juillet 1767. » 3° Etude de drape- 
rie pour la statue de Frédéric V. Le roi vu de dos. Crayon noir. H. 
o™ 54. L. o'" 404. 

La gravure la plus remarquable faite d'après ce monument est 
celle de Johann-Martin Preisler. Elle fut exécutée à l'aide d'un dessin 
de Saly peu après l'inauguration. Le monarque est vu de droite, la 
main appuyée sur un bâton de commandement dont l'extrémité 
pose sur la cuisse du cavalier. La partie supérieure du piédestal avec 
les tables suspendues par de forts anneaux se trouve reproduite sur 
la planche de Preisler. Dans l'angle inférieur de gauche est écrit : 
« Delineavit J. Saly. » Dans l'angle de droite : Sculpsit J.-M. 
Preisler. » Au dessous de ces mentions se trouve une inscription 
latine et sa traduction en danois. Voici le texte latin : 

NOMINI IMMORTALI 

FRIDERICI QUINTI 

DANORUM REGIS ET PATRIS 

OB INHUMERA BENEFICIA P. SOCIETAS COMMERC. ASIAT. 

PRAESIDE A. G. G. DE MOLTKE 

ERECT. ACCLAMANTE POPULO 

HAFN. IN FORO FRIDERIC. 

D. XVI. AUG. MDCCLXVIII 

INVENIT ET EX ^RE FINXIT J. SALY. FUDIT P. GOR. 

1. N° 27 bis du livret. 

2. Artistes français à V étranger, édition de 1876, p. 351. 

3. N°» 32, 60 et 62 du livret. 

4. Renseignements fournis par M. Emile Bloch, conservateur du Cabinet des 
Estampes et des Dessins (20 août 1895). 



278 JACaUES SALY 

L'estampe de Preisler mesure 86 cent, de hauteur sur 60 de 
largeur. 

Une estampe de moindre importance a été faite par Abraham 
Heckel. Nous en parlons plus haut ^ . Heckeî reproduit au bas de sa 
planche l'inscription gravée par Preisler en y introduisant une légère 
inversion, et cette inscription adoptée par les deux graveurs est 
étrangère à celles qui décorent le monument et dont Butty nous a 
permis de donner le texte 2. La planche à' Heckel mesure o™ 38 de 
haut sur o™ 24 de large. Elle sert de frontispice à la première Lettre 
de Saly rééditée par Butty en 1774. Une médaille exécutée d'après 
un dessin de Saly fut frappée lors de l'inauguration. Elle représente 
la statue équestre de Frédéric V. Un exemplaire en or de cette 
médaille conservé par l'artiste fut vendu 685 livres lors de son 
décès 3. 

L'inauguration du monument de Frédéric V eut lieu le lé août 
1768. Saly avait travaillé à cet ouvrage durant treize années et 
quand il le termina le roi Frédéric n'était plus. Son fils Christian 
VII lui avait succédé. 

Ce monument est le seul que le sculpteur français ait érigé en 
Danemark. Il sera parlé plus loin de plusieurs œuvres de moindre 
importance exécutées à Copenhague par Saly, mais nous ne nous 
expliquons pas que Charles Blanc, dans son livre Le Trésor de la 
Curiosité^, attribue à l'artiste deux statues équestres, celles de Chris- 
tian IV et de Frédéric V. Ce qui est inexplicable, c'est que Charles 
Blanc affirme avoir vu lui-même ces deux monuments. Christian IV 
régnait au xvi^ siècle et dans aucun écrit concernant Saly nous 
n'avons trace de sa participation à un monument quelconque élevé 
en l'honneur de Christian IV. D'ailleurs, grâce aux documents cir- 
constanciés laissés par l'artiste, nous le pouvons suivre presque 
jour par jour durant les années qu'il passe en Danemark. La statue 
de Frédéric V l'occupe pendant treize ans, et aucune hypothèse d'une 
seconde statue équestre sortie de ses mains n'est admissible. 

1. Voir p. 231, note i. 

2. Pages 231 et 232, en note. 

3. Charles Blanc, Le Trésor de la Curiosité, t. I, p. 316. 

4. r. I, p. 312 et 314. 



STATUE ÉQUESTRE DE FRÉDÉRIC V 279 



m 



ŒUVRES DIVERSES DE JACaUES SALY EXÉCUTÉES EN FRANCE, 
EN ITALIE ET EN DANEMARK 

I 
SCULPTURES 

France. — 1735-1740. 

Samson offrant sa vie au Seigneur et faisant périr avec lui les 

principaux des Philistins. 

Bas-relief. 

Cet ouvrage exécuté en 1737 valut à son auteur le second grand 
prix de Rome ^ 

Le jeune David présenté à Samuel. 

Bas-relief. 

Ce travail fut exécuté en 1738, et c'est sur ce bas-relief que Saly 
obtint le premier grand prix de Rome * . 

Antoine-Joseph Pater, sculpteur. 

Buste, terre cuite. 

Ce buste date de 1739 ou de 1740. Il est conservé au Musée de 
Valenciennes 3. M. Sohier-Chotteau a été le donateur de cet ouvrage. 

Italie. — 1740-1748. 

Antinous. 

Statue, marbre. 

Copie d'après l'antique , exécutée à Rome 'par Saly pendant son 
séjour à l'Académie de France. 

De Troy, directeur de l'Académie de France, parle à diverses 
reprises de cette copie dans sa correspondance avec les surinten- 
dants des Bâtiments. Il écrit le 3 août 1746 : « Le sieur Saly, sculp- 
teur, arrivé le 3 octobre 1740, fait une statue de V Antinous pour le 



1. Procès -verbaux de VAcadèmie de peinture, t. V, p, 213. Séance du 31 août 1737. 

2. Procès-verbaux, etc., tome V, p. 240. Séance du 6 septembre 1738. 

3. N° 426 du livret, édit. de 1865. 



380 JACQ.UES SALY 

Roy, qui sera une des belles copies qui ont jamais été ùite, et des 
talens duquel je vous ai parlé plusieurs fois ^. » Le 23 août 1747, 
Dâ Troy apprend au surintendant que V Antinous a que finit à pré- 
sent le sieur Saly » est en marbre de Carrare 2. Le 4 octobre 1747, 
V Antinous est entièrement terminé et le directeur de l'Académie ne 
craint pas d'écrire que le marbre de Saly « peut aller de pair avec 
l'original et on a peu envoyé en France de copies aussi belles et 
travaillées avec autant de soin? ». Enfin le 3 juillet 1748, De Troy 
écrit de nouveau : « Je vais faire encaisser la statue de V Antinous 
qu'a fait le s"" Saly. J'ai eu l'honneur de vous écrire plusieurs fois 
sur la beauté de cet ouvrage qui tiendrait mieux sa place dans un 
cabinet que dans un jardin 4. » Cette œuvre prit place au Louvre, 
dans la salle des Antiques, entre 1748 et 1750. C'est du moins ce 
qui résulte de ces lignes de Bachaumont. « On voit de Saly, au 
Louvre, dans la salle des Antiques, une belle copie du nouvel Anti- 
nous jeune, plus beau que l'ancien î. » 

Jeune Fille. 

Buste, marbre. 

Saly exécuta pendant son séjour à Rome un buste de jeune fille 
qu'il se proposait d'offrir à De Troy, lorsque Thiroux d'Espercennes, 
maître des requêtes, manifesta le désir de posséder cet ouvrage et 
l'obtint de l'artiste^. Le modèle de ce buste, transporté en Dane- 
mark, fut exposé par Saly au salon de Copenhague, en 17697. 

Éléphant. 

Terre cuite. 

Cet ouvrage fut exposé par Saly au salon de Copenhague en 
1769 et le livret de l'exposition renferme ces lignes : « Ce modèle 
a été fait à Naples, d'après nature ^. » 

France. — 1748-1753. 

Jeune Faune qui tient un chevreau. 
Statue marbre. 

1. Archives nationales, O^ 1939. 

2. Même source. 

3. Même source. 

4. Même source. 

5 . Liste des meilleurs peintres, sculpteurs, etc. des Académies royales de peinture, sculp- 
ture et architecture, et suivant leurs rangs, à l'Académie en 17 $0. — Revue universelle des 
arts, t. V, p. 426. 

6. Mariette, Ahecedario, t. V, p. 168. 

7. Renseignements fournis par M. Th. Stein, président de l'Académie de Gîpeii- 
hague (3 septembre 1895). 

8. Rense4;nements fournis par M. Th. Stein (3 septembre 1895). 



ŒUVRES DIVERSES 2S1 

Cette œuvre est, après le monument de Frédéric V, celle dont on 
parle le plus volontiers lorsqu'on s'occupe de Saly. Nous avons fait 
de vains efforts aussi bien en Danemark qu'en France dans le but 
d'en retrouver trace. Le marbre se dérobe. Le modèle en plâtre n'a 
pas résisté sans doute aux déplacements multiples qu'on lui a fait 
subir. Les répliques en bronze nous échappent, mais il n'est pas 
impossible que nous retrouvions un jour soit le marbre, soit une 
des répliques. L'histoire circonstanciée de cette œuvre aidera peut- 
être à la découverte qu'il nous plairait de faire. En attendant, nous 
ne connaissons pas même une gravure du Faune. 

Afin de mettre le plus de clarté possible dans l'historique qui va 
suivre, nous nous occuperons successivement : i° de l'esquisse, 
2° du modèle, 3° du marbre définitif, 4° des copies. 

Esquisse. — Il est fait mention sur le livret de la vente de La Live 
de Jully d'une terre cuite du Faune. Saly l'aurait offerte à son ami. 
L'auteur du livret, Pierre Remy, expert connu et généralement bien 
renseigné, s'exprime ainsi au sujet de la terre cuite en question : 
« C'est le modèle fait à Rome pour le marbre que l'auteur a exécuté 
à l'Académie de France pour son morceau de réception ^ » La 
première partie de la phrase peut être exacte, la seconde est erronée. 
Encore ne s'agit-il pas ici du modèle, mais de l'esquisse. Que Saly 
ait trouvé à Rome le sujet de sa composition et qu'il ait modelé son 
esquisse au palais Mancini, le fait n'a rien d'impossible, mais le 
modèle ne fut pas exécuté à Rome. Quant au marbre, on verra plus 
loin que Saly l'a sculpté à Paris. Les relations amicales que Saly 
entretint avec La Live de Jully et dont il sera question au sujet de 
diverses Suites dessinées par l'artiste et gravées par La Live 
expliquent les offres que fit le statuaire à son graveur. Mais il est à 
remarquer que les ouvrages de Saly qui passent à la vente de La 
Live sont de petites dimensions. Telle esquisse vendue chez La 
Live n'a pas été exécutée en grand par le sculpteur. La terre cuite 
du Faune fut donc, selon toute apparence, une esquisse, une « pre- 
mière pensée » et non pas un modèle. Cette esquisse peut avoir été 
faite à Rome avant 1748. 

Modèle. — Ce fut à la séance du 27 juin 1750 que Saly présenta 
aux Académiciens le modèle en plâtre du Faune. Ce plâtre valut à 
son auteur le titre d'agréé 2. Le 25 août de la même année, le plâtre 
présenté à l'Académie parut au Salon 3. Saly conserva ce modèle 
dans son atelier jusqu'en 1753 et l'emporta en Danemark où il en 



1. Page 78 du livret. 

2. Procès -verbaux de V Académie, t. VI, p. 216. 
5. N" 146 du livret. 



282 JACQUES S ALY 

fit exécuter le moulage. Un sieur Augustin Guys, de Marseille, 
poète et voyageur, membre de l'Académie des Belles-Lettres de sa 
ville natale, fut appelé a Copenhague en 1762. Il se lia avec Saly et 
le pressa de se faire admettre à l'Académie de Marseille. L*usage 
étant que tout artiste qui briguait les suffrages des Académiciens 
offrît quelque ouvrage de sa composition, Saly eut d'abord le projet 
d'envoyer à ses nouveaux confrères le petit modèle de la statue 
équestre de Frédéric V'. Le sculpteur changea d'avis et substitua à 
la statue équestre du roi de Danemark des moulages d'après le 
modèle du Faune et celui de VHébé dont nous nous occuperons plus 
loin. L'envoi du statuaire parvint à Marseille en décembre 1763. Guys 
écrit de cette ville, le 20 décembre, à Dandré Bardon : a Le vaisseau 
parti de Copenhague vient d'arriver; les orages de l'hiver qui ont 
déjà fait périr bien des navires ont respecté le Faune, et les ouvrages 
immortels de M. Saly, qui ont été la sauvegarde du bâtiment qui 
les apportait. 

« Je me suis empressé d'annoncer à MM. de l'Académie cette 
bonne nouvelle , par le vif intérêt que je prends à tout ce qui la 
regarde. Je dois la prévenir aussi que M. Saly a eu l'attention de 
payer le fret de la caisse qui est adressée à M. Moulinneuf, et que 
j'aurai soin de faire retirer*. » 

D'autre part, Moulinneuf, secrétaire perpétuel de l'Académie, 
écrit, le 23 décembre, à Saly : « Monsieur, quels remerciements 
n'avons-nous pas à vous faire pour le Faune que M. Guys, un de 
nos zélés et chers amateurs, nous a présenté de votre part. La plu- 
part de nous, assemblés pour le recevoir, comme pour ainsi dire en 
triomphe, nous avons été frappés d'admiration en considérant l'en- 
semble, les grâces, les finesses, le caractère de tête, en un mot 
toutes les beautés répandues si ingénieusement dans toutes les 
parties de ce chef-d'œuvre de l'art digne d'être admis dans les 
premières académies du monde. Quoi que nous en puissions dire, 
Monsieur, nos expressions seront toujours faibles pour vous en 
témoigner notre reconnaissance et le cas que notre compagnie va 
faire d'un morceau si précieux. C'est avec une entière satisfaction 
que nous allons le faire poser dans une place des plus distinguées 
et des plus avantageuses de notre sallon de peinture, autant pour 
l'avoir sous nos yeux et profiter de ses beautés que pour le mani- 
fester avec honneur à ceux de nos amateurs et de tout le public 
connaisseur qui, en exaltant unanimement votre célébrité, ne pour- 
ront que nous féliciter de la digne acquisition que notre Académie 
a fait d'un artiste si distingué en votre personne. 

I. Etienne Parrocel, Histoire documentaire de T Académie de peinture et de sculpture 
de Marseille, t. II, p. 150-151. 
?. Ibid., p. 151. 



ŒUVRES DIVERSES 2Zf 

« M. Guys n'a pas eu moins de plaisir à nous montrer votre déesse 
de la Jeunesse. Ce morceau, ainsi que le premier, ne peuvent que 
donner les plus grands éloges à la main sçavante qui les a pro- 
duits'. » 

L'Académie subsista jusqu'en 1793. A cette date l'institution dis- 
parut et ses collections furent dispersées. M. Parrocel a bien voulu 
rechercher le Faune de Saîy dans les édifices publics de Marseille : 
il ne s'y trouve pas. Il n'est pas davantage au Musée de la ville. 
Tout porte à croire que ce plâtre est détruit. Quant au modèle 
conservé par Saîy, son auteur l'exposa, en 1769, au salon de 
Copenhague*. 

Marbre. — Le 29 mai 175 1, le statuaire se présente à l'Académie 
de peinture de Paris et soumet son marbre, de trois pieds de pro- 
portion, aux suffrages des Académiciens 3. Saîy est reçu. Au Salon 
de la même année paraît le Faune dont la critique fait grand éloge*. 
L'Académie conserva le morceau de réception du sculpteur jusqu'en 
1768. Le roi Christian VII étant venu à Paris en cette même année 
se rendit chez les Académiciens, le 8 novembre. « Pendant les vingt 
minutes que le duc de Duras lui permit de s'arrêter dans les salles 
de l'Académie, Sa Majesté désira voir le petit Faune en marbre, 
morceau de réception de M. de Saîy. Ce petit Faune a de la réputa- 
tion ; l'Académie, en le montrant au jeune roi, le supplia d'en 
agréer l'hommage, et Sa Majesté l'accepta. » Ces lignes sont tirées 
de la Correspondance de Grimm^. Le marbre partit donc pour le 
Danemark. Nous pensions qu'il serait aisé de le découvrir. Il n'en a 
rien été. Nos correspondants à Copenhague, malgré tous leurs 
efforts, n'ont pu nous dire ce qu'est devenu le marbre de Saîy. 
Un instant nous avons craint que le Faune, si promptement offert 
au roi Christian VII , ne fût demeuré à Paris. Mais les lignes sui- 
vantes que nous extrayons d'une lettre de M. Th. Stein, statuaire, 
professeur et président de l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague 
à la date du 3 septembre 1895 lèvent tous les doutes : & Quant au 
Faune, je regrette vivement que, malgré toutes mes recherches, il 
m'ait été impossible d'en découvrir la moindre trace, non seulement 
à Copenhague, mais dans les châteaux royaux. Il en est question 
pour la dernière fois sur un inventaire de l'Académie à la date de 
1793. D^i^s cette pièce se trouvent mentionnés Cupidon, Hébé et un 
Faune par Saîy. » Il est donc prouvé, d'après ce texte, que le marbre 



1. Archives de l'Académie, lettre inédite communiquée par M. Etienne Parrocel. 

2. Renseignements fournis par M. Th. Stein (3 septembre 189$). 

3. Procès^verbaux de r Académie de peinture, t. VI, p. 273. 
4- N» 96 du livret. 

5. Edition Garnicr. Paris, 16 vol. in-S", t. VIII, p. 212. 



284 JACaUES SALY 

dont les Académiciens de Paris avaient fait hommage à Christian VII 
a été transporté en Danemark où, nous l'espérons, il existe encore. 
Copies. — Le Faune fut coulé en bronze par les soins de l'artiste 
pour M. Calabre, antérieurement à 1753 ^ D'autre part, d'Argenville 
signale la présence du Faune, de Saly, dans la collection du fermier 
général Bouret, demeurant rue Grange-Batelière 2. A la vente du 
cabinet Bourlamaque, le 27 mars 1770, nous trouvons mentionné 
« le Berger de M. Saly ». Nous avons lieu de penser que nous|l 
sommes en présence d'une répétition du Faunes. On ne devra pas* 
être surpris de découvrir dans un certain nombre de cabinets d'ama- 
teurs des répliques ou des copies du Faune. En effet, VAÎmanach 
historique et raisonné des artistes pour Vannée lyyj renferme une 
étude sur Saly attribuée à l'abbé Lebrun, et dans laquelle il est dit 
au sujet du Faune : « Il en a été tiré un nombre infini de copies 4. » 

Le berger Paris. 

Statue, bronze. 

Cet ouvrage de Saly, mesurant 33 pouces de hauteur, et à sa 
base 12 pouces de diamètre, ce qui implique un socle de forme 
ronde, est ainsi décrit au catalogue de la vente Donjeux, qui eut 
lieu le 29 avril 1793 • ^^ Le berger Paris, tenant de la main 4i'oite 
la pomme, et appuyé de la gauche sur un tronc d'arbre sur lequel 
il est posé. » Une seconde note porte : « Ce bronze est exécuté 
avec soin par Gilets. » 

Tombeau. 

Marbre et plomb doré. 

Commande de M. de Valory pour l'église cathédrale {sic) du 
Quesnoy (Nord). C'est Tartiste lui-même qui nous fournit ce ren- 
seignement^. L'esquisse en terre cuite de ce tombeau a figuré au 
Salon de 17507. 

Pan, Syrinx et le fleuve Penée. 

Groupe, terre cuite. 

Cet ouvrage est mentionné sur le catalogue de la vente La Live 
de Jully. Le livret porte à la suite du titre de l'œuvre de Saly les 
indications suivantes : « i pied de haut. Cet ouvrage n'a pas été 

1. Voir plus haut, p. 173, note. 

2. Voyage pittoresque de Paris, édition de 1757, p. 187. 
5. N° 369, p. 52. 

4. Revue universelle des arts, t. XIII, p. 338. 

5. N" 502 du livret. 

6. Voir plus haut, p. 173, note. 

7. N" 149 du livret. 



ŒUVRES DIVERSES a8$ 

exécuté ailleurs '. » La terre cuite qui nous occupe aurait été vendue 
36 livres 12 sols. Nous nous trouvons évidemment en présence 
d'un souvenir d'ami offert par Saly à La Live de Jully. 

Petit Tombeau. 

Marbre et bronze doré. 

Ce monument, commandé par Jacques Pineau, seigneur de Luçay 
ou Lucé, prit place dans une église de Tours 2. Pineau de Lucé, 
conseiller au Parlement de Paris depuis le 15 février 1730, fut 
nommé Intendant de Touraine en 1743 et, deux ans plus tard, il 
devint Intendant du Hainaut. Le « petit Tombeau » placé à Tours 
nous donne lieu de supposer que, durant son séjour en Touraine, 
Pineau de Lucé perdit quelque membre de sa famille, peut-être un 
de ses enfants, mais Saly était alors à l'Académie de France. D'ail- 
leurs ses relations avec Pineau de Lucé comme artiste susceptible 
de s'acquitter d'une commande à son honneur paraissent dater seu- 
lement de 1749, époque à laquelle Lucé est investi des fonctions 
d'Intendant du Hainaut. C'est donc en 1749 ou 1750 que le sta- 
tuaire dut exécuter le monument dont nous parlons ici. Une esquisse 
de Tombeau en terre cuite, exposée par Saly, au Salon de 1750, 
doit se rattacher au monument commandé par l'ancien Intendant de 
Touraine 3 . 

Tombeau. 

Marbre. 

Ce monument, commandé à l'artiste par le comte de La Marche, 
prit place dans l'église Saint-Roch, à Paris 4. L'esquisse en terre 
cuite de ce Tombeau, dont nous avons inutilement cherché la trace 
dans Piganiol et Thiéry, a été exposée au Salon de 17505. 

Diogéne cherchant V homme. 

Bas-relief, terre cuite. 

Cette composition, exposée au Salon de 1750 à Paris ^, fut trans- 
portée par l'artiste en Danemark et parut à la première exposi- 
tion organisée par l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague, en 
1769, sous le directorat de Saly. M. Th. Stein, actuellement prési- 
dent de l'Académie, possède le DiogènCy retrouvé à une époque assez 
récente, dans un atelier occupé par Jardin, l'architecte de « l'église 



1. Page 78 du livret. 

2. Voir plus haut, p. 173, note. 

3. N° 149 du livret. 

4. Voir plus haut, p. 173, note. 

5. N" 149 du livret. 

6. N" 150 du livret. 



286 JACQUES SALY 

de marbre » et l'ami de Saîy, prés duquel il passa de longues 
années en Danemark. 

Antisthènes. 

Bas-relief. 

Le livret de l'exposition de Copenhague, ouverte en 1769, ren- 
ferme une note dictée par Saly et d'après laquelle le Diogène dont il 
vient d'être parlé aurait été composé « en pendant d'un Antisthènes, 
maître de Diogéne'. » 

Alexandrine d'Etiolles. (1743- 17 54), fille de Madame de Pompa- 
dour, alors M^^^ Le Normand d'EtioUes. 

Buste, bronze. 

Cet ouvrage a fait partie de la collection du marquis de Ménars, 
frère de Madame de Pompadour. Il est mentionné au n° 245 du 
livret de la vente de cet amateur sous la désignation « La tête d'une 
jeune fille^ ». 

C'est évidemment le buste d'Alexandrine d'Etiolles que nous 
voyons de nouveau passer en vente les 4-7 décembre 1872, à la 
suite du décès de M. F. L. Il est inscrit au livret de cette vente sous 
le titre « Jeune fille aux cheveux nattés et retroussés ». C'est un 
buste en bronze, signé Saly. On l'adjuge au prix de 1.480 fr. ?. En 
i88é, les 13 et 14 août, une nouvelle vente « par suite de décès » a 
lieu à Paris, et le même buste « Jeune fille aux cheveux nattés » 
reparaît. On l'adjuge, en même temps qu'un buste de jeune fille par 
Pigalle, au prix de 4.800 fr. pour les deux ouvrages 4. 

Petite fille. 

Buste, marbre. 

Ce buste, exposé au salon de 1750, pourrait être l'original du 
portrait d'Alexandrine d'Etiolles, dont Madame de Pompadour 
aurait fort bien pu commander un bronze pour l'offrir à son frère, 
le futur marquis de Ménars > . 

Buste, plâtre. 

Ce buste ne nous est connu que par le livret du salon de 1750'* 



t. Renseignements fournis par M. Th. Stein (3 septembre 1895). 

2. Lbturcq, Notice sur Jacques Guay, 1873, in-8°, p. 50 et 22$. 

3. Chronique des Arts, 1872, p. 420. 

4. Chronique des Arts, 1886, p. 225. 

5. N" 147 du livret. 

6. N» Ï48 du livret. 



ŒUVRES DIVERSES 287 

Le dm de Beauvillier. 

Buste, marbre. 

Cet ouvrage est mentionné par Saly dans son mémoire de 1766 ^ 

Cariatides. 

Hauts-reliefs, pierre. 

Deux cariatides , de 14 pieds de proportion , furent exécutées par 
Saljy pour décorer l'entrée de l'escalier de la maison de Madame 
GeofFrin. L'une fut placée en avril et l'autre en juillet 1752. Elles 
étaient en pierre de Tonnerre. L'artiste les termina peut-être sur 
place. Mariette critique ces deux figures. Les modèles lui avaient 
paru supérieurs aux œuvres définitives^. Qu'entend -il par les 
modèles ? Sont-ce les esquisses en terre cuite exposées au salon de 
17503? Il est probable que Mariette veut parler des modèles en 
plâtre, grandeur d'exécution, que Saly emporta en Danemark et qu'il 
exposa au salon de Copenhague en 17694. 

V Amour. 

Statue, marbre. 

Cette figure « de 2 pieds de proportion », est-il dit au Livret, fut 
exposée au Salon de 1753 5. Saly, dans son mémoire de 1766, donne 
à cette statue 3 pieds de proportion^. V Amour était une commande 
de Madame de Pompadour. Mariette, en 1753, ^^rit que ce marbre 
était destiné au château de Crécy?. Piganiol signale, en 1765, la 
présence de ce marbre au château de la favorite à Bellevue ^, Le 
28 avril 1766, à la vente de la marquise, décédée depuis le 15 avril 
1764, V Amour passa dans le cabinet de Blondel de Gagny. Cet ama- 
teur étant mort, sa vente eut lieu le 10 décembre 1776, et nous 
trouvons au catalogue la mention suivante : « Un Amour, debout, 
tenant une flèche; son bras gauche est posé sur un tronc d'arbre 
où est attaché son carquois : hauteur 2 pieds 10 pouces; son pied 
d'estal, qui a 3 pieds 3 pouces, est orné d'une guirlande de fleurs. 
Cette figure est de toute beauté. L'auteur Jacques-François-Joseph 
Saly l'a ùite pour Madame la marquise de Pompadour, et elle vient 



1. Voir plus haut, p. 173, note. 

2. Abecedario, t. V, p. 167. 
j. N° 150 du livret. 

4. Renseignements fournis par M. Th. Stein, (3 septembre 1895, 

5. N° 56 du livret. 

6. Voir plus haut, p. 17?, note. 



0. voir plus naut, p. 17?, 
7. Abecedario, t. V, p. 167. 
0. Description dé Paris et de 



Description dé Paris et de ses environs, t. IX, p. 42. 



288 JACQUES SALY 

de la vente après son décès K » Blondel d'Azincourt fut l'acquéreur 
du marbre de Saîy au prix de 5.000 livres. A son tour, Blondel 
d'Azincourt décéda, et son cabinet fut vendu en 1783. Dans quelles 
conditions eut lieu cette vente ? L'œuvre de Saly n'atteint plus aux 
enchères que le prix singulièrement réduit de 1961 livres 2. Le fer- 
mier général Bouret possédait, en 1757, une copie en bronze de 
cette statue î. A la vente de Saîy se trouvent mentionnées « deux 
différentes compositions de l'Amour debout : il est appuyé sur un 
tronc d'arbre et armé de flèches et carquois. Dessins à la san- 
guine 4. » 

Le modèle en plâtre de V Amour, transporté en Danemark, a 
figuré au Salon de Copenhague, en 1769. Le livret de cette exposi- 
tion contient les lignes suivantes : « L'Amour indique en souriant 
deux flèches de son carquois au dessus desquelles flotte une bande- 
rolle avec cette inscription : Duo teh unus amori. » 

Hébéj déesse de la Jeunesse. 

Statue, pierre de Tonnerre. 

Le modèle de cet ouvrage parut au salon de 1753^, Ce modèle 
était de proportions réduites. L'œuvre définitive mesura 6 pieds de 
haut7. La marquise de Pompadour avait commandé cette statue. 
Un moulage d'après le modèle en plâtre dut être oflert par l'artiste 
à l'Académie de Marseille en 1763, comme présent de bienvenue s. 
Le marbre passa, vraisemblablement, à la vente de la favorite, dans 
le cabinet du duc d'Aumont. Il est en effet mentionné sur le cata- 
logue de la vente de ce cabinet en 17829. Une terre cuite, con- 
forme au modèle quant aux proportions, portant sur le socle « Saly, 
1756 » a passé en vente à Paris, le 23 mai 1887, et a atteint le 
chiflre de 1500 francs 'o. La même œuvre passe à la vente Penon 
en mai 1891 et est adjugée au prix de 1250 francs ". 

Le modèle en plâtre de VHéhé, transporté en Danemark, fut 
exposé par Saly au salon de Copenhague en 1769 ^^ 



1. N°400 du livret. 

2. Charles Blanc, le Trésor de la Curiosité, t. II, p. 73. 

3. D'Argen VILLE, Voyage pittoresque, p. 187. 

4. N° 63 du livret. 

5. Renseignements fournis par M. Th. Stein (5 septembre 1895). 

6. N° 57 du livret. 

7. Voir plus haut, p. 173, note. . ,,i .,, , ;. . 

8. Etienne Parrocel, Histoire documentaire de V. Académie de peinturent sculpture 
de Marseille, t. II, p. 312. 

9. Page 62 de la réimpression Davillier. 



10. Chronique des Arts, 1887, p. 194. 

11. La Curiosité universelle du i" juin iSQi- 

12. Renseignements fournis par M. Th. Stein (5 septembre 1895). 



ŒUVRES DIVERSES 289 



Danemark. — 17 53-1774. 

Le comte. Adam Gottlieh de Molth, président de l'Académie des 
Beaux-Arts pendant le directorat de Saly (175 4-1 771). 

Buste, bronze. 

Ce buste, de proportions monumentales, représente le président 
de l'Académie revêtu du costume et des insignes de chevalier de 
l'ordre de l'Eléphant. La tête est légèrement tournée vers l'épaule 
gauche ; une perruque tombe sur les épaules ; le vêtement avec ses 
broderies, le manteau très ample, le collier, la plaque de diamants, 
sont traités avec une rare souplesse et un goût parfait. 

Le buste est signé : Saly f. Copenhague^ 17 57- 

Le modèle en plâtre parut au Salon de Copenhague en 1769. Il 
est aujourd'hui à l'Académie des Beaux-Arts et le plâtre a été 
bronzée Après la mort du comte de Moltke, son médaillon en 
bronze de proportions colossales, sculpté par Saly fut placé dans la 
chapelle funéraire du ministre décédé. Il n'est pas sans intérêt de 
relever ici que le comte de Moltke, grand-maréchal sous Frédéric V, 
est le bisaïeul du comte de Moltke-Hvidifeldt, ministre plénipoten- 
tiaire de Danemark en France à la date où nous écrivons. 

A la vente de Saly une médaille en argent gravée par Arhien, 
représentant le comte de Moltke, et portant le millésime 1757, a été 
adjugée au prix de 20 livres. Il est de toute évidence que cette médaille 
a été exécutée sur un dessin du sculpteur. D'autre part, « quatre 
dessins pour les jets et les évents du buste » ont été vendus 4 livres 
au décès de Saly avec quatre autres dessins de même caractère 2. 

Frédéric V, roi de Danemark (1746-1766). 

Buste, marbre. 

Cet ouvrage, de grandeur nature, fut modelé par l'artiste en 1765 5. 
Saly exposa son marbre au Salon de Copenhague en 17694. Ce 
marbre faisait alors partie de la galerie royale de peinture de 
Christianborg ; un bronze de ce buste est conservé de nos jours à 
l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague. Il décore la salle des 
séances publiques. Un autre exemplaire en bronze est conservé au 
château de Sans-Souci en Allemagne. Cinq autres doivent exister 
encore, car la Compagnie des Indes avait fait exécuter sept fontes, 

1. Renseignements fournis par M. Th. Stein (3 septembre 1895). 

2. N° 61 du livret. 

3. Renseignements fournis par l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague (i^ oc- 
tobre 1867). 

4. Renseignements fournis par M. Th. Stein (3 septembre 1895). 

ART FR. Xll j„ 



290 JACQ.UES SALY 

mais nous ne saurions dire où se trouvent aujourd'hui les cinq 
exemplaires dispersés depuis plus d'un siècle K 

Un dessin d'après nature représentant le visage du roi, conservé 
au cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague paraît être une 
étude préparatoire du buste qui nous occupe ici. Ce dessin, au crayon 
noir, mesure o™32suro'"32*. Lors du décès de l'artiste, « quatre 
dessins pour les jets et les évents du buste » se sont vendus 4 livres 
avec quatre autres dessins de même nature?. 

Wasserschlehe, secrétaire de légation. 

Buste, plâtre. 

Ce buste parut au Salon de Copenhague en 1769. Le livret de 
l'exposition porte : « Ce buste est destiné à être exécuté en marbre. » 

Tombeau. 

Esquisse, terre cuite. 

Cette esquisse fut exposée par Saly au Salon de Copenhague en 
1769. Le livret du Salon contient ces lignes descriptives : « Pour 
Madame ***. L'Humilité et la Chasteté, vertus distinctives de cette 
dame, gardent son portrait 4. » 

Nous supposons que cette composition fut exécutée en Dane- 
mark, mais ce n'est qu'une hypothèse. En 1750, à Paris, notre 
artiste avait exposé, on l'a vu, d'assez nombreuses esquisses de 
Tombeaux. 

Chasseur surpris par un lion. 

Esquisses, terre cuite. 

Au Salon de 1769, à Copenhague, Saly expose « quelques esquisses 
représentant un chasseur surpris par un lion ». Une description 
sommaire de ces esquisses est ainsi conçue : « L'auteur a voulu 
exprimer l'action d'un chasseur fatigué qui s'est assis et endormi. 
Un lion s'approche ; le chasseur se réveille et se dispose à blesser le 
lion ; il est trop tard, le lion se jette sur lui et le saisit par der- 
rière 5 . » 



1. Renseignements fournis par M. Th. Stein (12 novembre 1895). 

2. Renseignements fournis par M. Emile Bloch (20 août 1895). 

3. N° 61 du livret. 

4. Renseignements fournis par M. Th. Stein (3 septembre 1895). 

5. Ibid. 



ŒUVRES DIVERSES 29I 

II 

DESSINS ET EAUX-FORTES 

Italie. — 1740- 1748. 

É tildes de figures d'après le Dominiquin. 

Dessins. 

A la mort de Saly « trente-cinq études de figures, têtes, etc., 
d'après le Dominiquin » se sont vendues avec seize autres dessins 
pour 70 1. I s. ^ 

Suite de Caricatures. 

Dessins. 

La Live de Jully a gravé dix-sept caricatures dessinées par Saly. Sur 
ce nombre se trouvent trois portraits en charge de l'artiste par lui- 
même. Il en sera parlé plus loin. Nous avons lieu de penser que 
La Live n'a pas gravé la totalité des Caricatures de Saly^ car à la vente 
du statuaire nous trouvons un « Recueil de dix-sept caricatures des- 
sinées à la sanguine, sur papier, en 1745, par Saly.^ à Rome ^ »; 
puis « Trente-cinq charges et caricatures 3 ; et enfin « Quarante-cinq 
dessins de caricatures à la sanguine, ou contre-épreuves 4 ». L'en- 
semble de ces études a été adjugé au prix de 279 livres 13 sols. 

Suite de Tombeaux. 

Dessins et eaux-fortes. 

Les compositions de cet ordre, au nombre de 4 ou de 6, ont été 
gravées à l'eau-forte par Saly. Elles comportent non seulement des 
Tombeaux mais aussi des Mausolées et des Catafalques ingénieuse- 
ment conçus et d'une décoration très cherchée. « Deux dessins de 
Tombeaux à la sanguine sur papier blanc, gravés par l'artiste », exis- 
taient dans l'atelier du sculpteur lors de son décès. Ils ont été adju- 
gés à Duvivier, en même temps que deux dessins de V Amour, au 
prix de 12 livres 2 sols 5. D'autre part, « quatre projets de Tom- 
beaux », gravés à l'eau-forte par Saly, et six épreuves de chaque 
ont été vendus lé 1. i s. 6. Mariette possédait un dessin de Tombeau 

1. N° 90 du livret. 

2. N° 75 du livret. 

3. N° 76 du livret. 

4. N°^ 77 à 80 du livret. 

5. N" 63 du livret, 

6. N° 96 du livret. 



292 JACQUES SALY 

à la sanguine représentant une femme drapée debout, et auprès 
d'elle une lampe sépulcrale. A la vente de Mariette, ce dessin et une 
Figure drapée atteignirent le prix de 75 1. '. 

Nicolas Zahaglia, savant mécanicien romain. 

Dessfn. 

Mariette nous apprend qu'il conservait un curieux portrait de 
Zabaglia représenté « dans son uniforme » et dessiné par Saly^. 
L'artiste avait exécuté ce dessin durant son séjour à Rome. A la 
vente de Mariette, en 1776, ce dessin à la sanguine fut adjugé au 
prix de 40 livres 3. La Live de Jully a gravé ce portrait. 

Suite de Vases. 

Dessins et eaux-fortes. 

Cette Suite, fort connue et qui constitue l'un des meilleurs titres à 
la réputation que s'est acquise l'artiste, comprend 30 pièces gravées 
à l'eau-forte par Saly, d'après ses propres compositions. Un certain 
nombre de ces pièces ont été gravées à nouveau d'après les planches 
originales par Auguste Péquégnot. Saly avait dédié sa Suite de Vases à 
De Troy. La dédicace, dont voici le texte, occupe le frontispice du 
recueil : « Illmô viro Dnô I. F. De Troy régi Xmo — A. sanct. 

CONSILIIS ORDINIS REGH S. MiCH. — EQ.UITI TORQUATO REGIA ARTIVM 

DE — URBE ACADEMIAE PRAEFECTO VASA A SE INVENTA ATQ. STVDII 

CAVSA, DELIN. ET INCISA — D. V. C. IaCOBVS SaLY IN PRAED. ACA- 

DEMiA Alumnus — S. H. MDCCXLVL 

Un exemplaire de la Suite de Vases conservé par Saly et des 
planches détachées de cette Suite ont été adjugés à Alibert, au prix 
de 320 livres, à la vente du statuaire 4. De même dix-sept dessins 
de « Vases, lampes antiques, etc., à la sanguine et à la mine de 
plomb » furent vendus à Joullain 19 livres 19 s. s. Un dessin de 
« Vase orné de figures » à la sanguine est conservé au Cabinet des 
Estampes et Dessins de Copenhague. H. o. 17. L. o. 12^. 

Danemark. — 1753-1774. 
Frédéric V. 

Dessin. 

Une médaille, représentant Frédéric V et gravée par Arbien, fut 
frappée en 1754, à l'occasion de la réorganisation de l'Académie 

1. Le Trésor de la Curiosité, t. I, p. 295. 

2. Abecedario, t. VI, p. 147. 

3. Le Trésor de la Curiosité, t. I, p. 295. 

4. N° 95 du livret. 

5. N° 93 du livret. 

6. Renseignements fournis par M. Emile Blocli (20 août 1895). 



ŒUVRES DIVERSES 29$ 

de peinture de Copenhague. Saly en fourni le dessin. Un exemplaire 
en or de cette médaille fut vendu 445 livres au décès de l'artiste ; 
un exemplaire en argent fut adjugé au prix de 26 livres ^ 

Frédéric V accordant sa protection aux arts. 

Dessins. 

Deux dessins, l'un à la pierre noire, l'autre à la mine de plomb, 
ayant servi de modèles pour les médailles mises par le roi à la dispo- 
sition de l'Académie de peinture et de sculpture de Copenhague en 
1755 sont inscrits sous ce titre au livret de la vente de Saly^. Ces 
deux dessins ont été vendus 72 livres. 

Frédéric V. 

Dessin. 

Une médaille représentant le roi de Danemark en buste fut exé- 
cutée sur le dessin de Saîy et frappée en 1760. Elle porte en exergue : 
Parens et conditor aller. Un exemplaire en argent de cette médaille 
conservé par l'artiste se vendit 29 livres lors de son décès 3. 

Médailles pour V Académie de peinture de Copenhague. 

Dessins. 

Huit dessins et esquisses de médailles pour l'Académie, à la san- 
guine et à la mine de plomb, passent en vente à la mort de Saly. Ils 
sont adjugés au prix de 13 livres 10 sols 4. 

Académies. 

Dessins. 

Vingt-neuf académies à la sanguine sont mentionnées au catalogue 
de la vente de Saly. Ces compositions ont été vendues au prix de 
151 livres 6 s. î. 

Renne, 

Dessin. 

A la vente de l'artiste, un dessin à la pierre noire représentant un 
renne et onze dessins renfermant les « détails des parties du même 
animal » ont été adjugés au prix de 24 livres 6. L'un de ces dessins 
« fait à Copenhague, d'après nature, a été exposé au Salon danois de 
17697. 

1. Le Trésor de la Curiosité, t. I, p. 316. 

2. N° 33 du livret. 

3 . N" 64 du livret. 

4. Le Trésor de la Curiosité, t. I, p. 316. 

5. N°= 67 à 74 du livret. 

6. N° 35 du livret. 

7. Renseignements fournis par M. Th. Stein (3 septembre J895). 



294 JACaUES SALY 

Figures, 

Dessins. 

Seize compositions de figures à la sanguine et à la mine de plomb 
passent en vente à la mort de Saly. Elles sont adjugées au prix de 
7 livres i s. '. 

Figures, têtes, torses, etc. 

Dessins. 

A la mort de SaJy passèren*t en vente 480 dessins à la sanguine 
ou à la pierre noire renfermant des études de tout genre d'après 
nature. Ces dessins, auxquels se mêlent quelques contre-épreuves 
furent adjugés environ 130 livres 2. 

Les Arts. 

Dessins. 

Douze compositions représentant « les Arts caractérisés par des 
enfants » ont été adjugés au prix de 18 livres i sol, à la vente de 
Saly. Ces dessins avaient été faits pour l'Académie de Copenhague J. 

Emmanuel Pinto de Fonseca, grand-maître de Malte de 1741 à 

1773- 

Dessin. 

Nous ne connaissons cette œuvre que par le livret de la vente de 
Saly (14 juin 1776). L'artiste avait conservé un dessin de Halle 
d'après « le portrait en buste de Pinto » exécuté par lui. Ce dessin 
s'est vendu 23 livres 4. 

Tycho-Brahé, astronome danois (i 546-1 601.) 

Dessin. 

A la vente de Saly, parmi ses dessins ou ceux exécutés d'après 
lui, se trouve mentionné un portrait de Tycho-Brahé « à la mine de 
plomb, sur papier blanc », qui fut vendu 5 livres i s. à Joullain >. 

Jean-Frédéric Struensée, médecin et homme d'État (i 737-1 772). 

Dessin. 

Ce dessin, à la mine de plomb, exécuté d'après nature, à Copen- 
hague, représentait Struensée vu en buste et de profil. Il a été gravé. 
A la vente de Saly, le dessin original et une estampe « d'après ce 
portrait » se sont vendus 12 livres 6. 



I. 


N° 66 du livret. 


2. 


N°' 81 à 91 du livret. 


3. 


N° 65 du livret. 


4- 


N° 59 du livret. 


5- 


N*» 92 du livret. 


6. 


N"* 34 du livret. 



ŒUVRES DIVERSES 29$ 

Le texte que nous avons sous les yeux est assez vague pour qu'on 
hésite à se prononcer sur la nature du portrait original de Struensée. 
Est-ce un simple dessin ou est-ce un buste? 

Isaac Newton, mathématicien (1642- 1727). 

Dessin. 

A la vente de Saly, un portrait dessiné ou une médaille représen- 
tant Newton, et portantle millésime 1774, fut adjugé 71 livres ^ 

Ange priant. 

Dessin à la sanguine sur papier vert. — H. 0^27. L. o"^ 18. 
Cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague 2. 

Ange. 

Dessin au crayon noir sur papier bleu. — H. o"^24. L. C" 19. 

Il est vu en buste. 

Cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague?. 

Femme nue pleurant. 

Dessin à la sanguine et au crayon noir. — H. C" 28. L. o™ 14. 

Debout, tournée vers la gauche. 

Cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague 4. 

Femme nue priant. 

Dessin à la sanguine et au crayon noir. — H. 0^27. L. 0™i8. 

Debout, tournée vers la gauche. 

Cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague s. 

Un Empereur à cheval. 
Aquarelle. — H. o™ éo. 
Cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague^. 

Muse assise, tournée vers la gauche. 

Dessin au crayon noir. — H. o"^ 22. L. o™ 31. 

Signé : Saly. 

Cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague?. 

Combats antiques. Cavaliers et soldats. " 

Deux dessins au crayon noir. — H. 0^52. L. o"^ 33. 
Cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague s. 

Trépied décoré de têtes de lions. 
Dessin à la sanguine. — H. o™ 23. L. o™ 19. 
Cabinet des Estampes et Dessins de Copenhague 9. 

1. Le Trésor de la Curiosité, t. I, p. 316. 

2. Renseignements fournis par M. Emile Bloch (20 août 1895). 
5, 4, 5,6, 7, 8, 9, même source. 



296 JACaUES SALY 

m 

ICONOGRAPHIE DU MAITRE 

Jacques Saly par Pilo. 

L'Académie de Copenhague conserve le portrait de Saly peint en 
1763 par Carl-Gustav Pilo. L'artiste est vu à mi-corps, le torse 
tourné vers la droite, la tête nue et de face. Il porte les cheveux 
courts. La main gauche s'appuie sur un grand portefeuille posé 
verticalement. La main droite tient un crayon. Derrière le person- 
nage est figurée une étude préparatoire ou modèle réduit de la 
statue équestre de Frédéric V. La tête et le cou du cheval, vivement 
éclairés, se dessinent au dessus de l'épaule gauche de l'artiste et font 
une heureuse opposition avec le costume sombre que porte Saly. 

Jacques Saly par Hojer. 

Au nombre des miniatures que conserve l'Académie de Copen- 
hague se trouve un portrait de Saly, peint en 1770 par Cornélius 
Hojer ou Hoejer. Dans ce portrait Saly porte le cordon de l'ordre 
de Saint-Michel. 

Jacques Saly par lui-même. 

Dessins. 

Trois portraits-charges du statuaire existent dans le Recueil de 
Caricatures gravé d'après lui par La Live de Jully. Ce sont (pi. I) : 
Sigrior Saly allant à V Académie; (pi. V) Signor Saly allant dessiner 
dans la campagne, et Signor Saly dans son atelier, examinant son modèle ^ 

Trois portraits de l'artiste que nous avons lieu de croire dessinés 
par lui-même ont passé en vente après son décès ^. 

Jacques Saly par Cochin. 

Estampe. 

Charles-Nicolas Cochin a gravé le portrait de Saly en 1752. Cette 
estampe a été reproduite en 1841 par Maljeson de Valenciennes. 

Jacques Saly par Auvray. 

Sculptures. 

Louis Auvray, sculpteur de Valenciennes, a exposé, en 1835, un 
buste en plâtre de Saly'i. Le marbre est aujourd'hui au Musée de 
Valenciennes 4. Le même artiste a exposé au Salon de 1880 un 
médaillon en bronze de Saly s. 

1. Œuvre de A. L. de La Live de Jully. 

2. N"" 68, 72 et 88 du livret. 

3. N° 2176 du livret. 

4. N" 346 du livret, édit. de 1865. 
C 5. N° 6065 du livret. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQ.UES 297 



IV 

LETTRES INÉDITES DE JACQJJES SALY 
ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 

C'est le 20 juin 1717 que naquit à Valenciennes Jacques-François- 
Joseph SalyK Son père, François-Marie était né à Florence en 
1684. C'est ce qui résulte de son acte de décès que nous publions 
plus loin. François-Marie ne comptait donc que trente-trois ans 
quand naquit son fils. Le métier de François-Marie était celui de 
ménétrier 2. C'est à Valenciennes qu'il avait épousé Marie-Michelle 
Jardez. Il eut trois enfants. Une fille avait vu le jour avant 
Jacques Saîy. Elle ira mourir aux Petites Antilles en 1765. 
Une autre fille fiit la sœur cadette de l'artiste. Selon toute vraisem- 
blance elle dut succomber à Copenhague, vers 1773. Quant à la 
mère de Saly, nous connaissons la date précise de son décès en 1760. 

M. Foucartne se borne pas à qualifier François-Marie de « méné- 
trier »; il le dit « pauvre ». Saly tiendra le même langage. Ses 
proches étaient sans ressources et les sacrifices qu'ils eurent à s'im- 
poser pour son éducation achevèrent de les plonger dans la gêne 3. 
Ses premiers maîtres furent Antoine Gillis et Antoine Pater^ deux 
sculpteurs de Valenciennes. L'enfant n'avait que neuf ans lorsqu'il 
était déjà dans l'atelier de Gillis. On lit en effet sur le registre de la 
corporation des peintres et sculpteurs de Valenciennes pour l'exer- 
cice compris entre la fête de saint Luc de 1726 et celle de 1727, 
cette mention curieuse : « De Joseph Sallis, apprenti de sculpteur 
en dessous d'Antoine Gillis, reçu 6 livres 4, » 

Ce Gillis était un Franc-Comtois, tandis que Pater était de Valen- 
ciennes. Gillis reçu franc-maître dans la corporation des sculpteurs 
de Valenciennes en 1724, ne tarda pas à voir de nombreux élèves 
se grouper autour de lui. En diverses occasions on l'oppose à Pater 
et il le supplante. C'est ainsi que la décoration extérieure de mai- 

1. Voici l'acte succinct obligeamment relevé à notre intention sur les registres de 
l'État civil de Valenciennes par M. Maurice Hénault, archiviste municipal : « Le 
20 de juin 1717. — Jacques-François-Joseph fils légitime de François-Marie Saly et 
de Marie-Michelle Jardez : parin Jacques Ternan, Mareine Marie-Marguerite Heneau. » 

2. Antoine Pater, par M.Paul Foucart. Onzième session des Sociétés des Beaux-Arts 
(1887), P- 85. 

3. Voir plus haut, p. 173. 

4. Renseignement fourni par M. Paul Foucart. 



298 JACQUES SALY 

sons placées à la base du beffroi fut exécutée par Gillis et ses élèves 
au grand désespoir de Paiera Entre 1728 et 1732, c'est encore Gillis 
qui prend la place de Pater auprès de la confrérie de Notre-Dame du 
Puy2, 

1. Antoine Pater, par M. Paul Foucart, p. 8$. 

2. Ibid. p. 89. — On connaît peu l'histoire de Gillis. Certains écrivains signalent 
comme exécutées par cet artiste les stalles de la chapelle de Saint-Pierre à Valen- 
ciennes. Gillis fit plus. Nous avons en mains le contrat inédit passé par le sculpteur 
au sujet d'un tabernacle dans la même chapelle. Jamais occasion plus opportune ne 
s'offrira de faire connaître Gillis dans la variété de ses aptitudes et de ses travaux. 
Sans doute, il n'est pas question de 5fl/y dans le contrat visé, mais son premier maître 
sera moins ignoré après la publication de cette pièce. 

« Par devant les notaires royal et jurés de Cattels de la ville de Valenciennes soussi- 
gnés, furent présents messieurs Pierre Albert, Joseph Mustelier, écuyer, seigneur de 
Berlaymont, et Pierre-Louis-Joseph Boulé, tous deux jurés eschevins de laditte ville, 
et en cette qualité commissaires à la chapelle de Saint-Pierre de la même ville, et 
authorisés pour ce qui suit de messieurs du magistrat, d'une part ; et le s"" Antoine 
Gilis, M* sculpteur, demeurant au dit Valenciennes, d'autre part. Lesquels premiers 
comparans étans dans le dessein de faire faire un nouveau tabernacle en la ditte église 
suivant et conformément au dessein approuvé par mesdits sieurs le quinze du présent 
mois de may, ils ont proposés cet ouvrage audit sieur second comparant, lequel l'a 
accepté et s'est obligé aux clauses et conditions suivantes : Sçavoir qu'il s'engage à 
livrer les bois de chesnes nécessaires pour la menuiserie dudit tabernacle, et les bois 
de tillieux pour la sculpture, lesquels ouvrages seront dorés et argentés aux endroits 
convenables, à ses frais, comme aussy fournira les miroirs dans tous les fonds de la 
Gloire audessus dudit tabernacle et de ceux de la porte et des médailles da cotté. Les 
consolles de dessous les gradins seront aussy dorés et argentés sans y avoir de fonds 
de glace. Il s'oblige aussy de redorer et marbrer la table d'autel et de reparer la drap- 
perie et la redorer s'il est nécessaire, s'obligeant en outre de redorer et marbrer les 
ouvrages du cotté de l'autel, jusqu'à la boiserie vernie, à laquelle boiserie il s'oblige 
aussy de donner un nouveau vernis plus clair. Toutes les susdittes dorures seront 
feittes d'or et d'argent fin de Paris. Toutes lesquelles livrances et main d'œuvres 
seront faittes aux frais dudit sieur Gilis parmy la somme cy après. Et les dits sieurs 
premiers comparans s'obligent et s'engagent de payer audit sieur Gilis pour tous les 
dits ouvrages, livrances et main d'œuvres la somme de dix neuf cent livres tournois, 
monnoye d'Haynaut, sçavoir six cent livres le quinze juin prochain^ et le surplus à 
la délivrance de l'ouvrage, laquelle délivrance devra se faire la veille de la saint 
Gille prochain. A tout ce que dessus, les parties chacunes pour ce qui les regarde se 

sont obligés esdits noms et qualités aux clauses et conditions du présent contract 

Fait et passé en la ville de Valenciennes, après lecture, ce seize de may mil sept cent 
cinquante quatre, du depuis a été conditionné que la ditte délivrance ne devra se faire 
que le premier d'octobre prochain. Sont signés, Mustellier, de Berlaymont, Boulé, 
Antoine Gilis, Wibaille, et Nicée, not. royal. — Il est ainsi à son original reposant 
en l'étude du notaire royal de la ville de Valenciennes soussigné^ suivant collation 
y faitte par ledit notaire. Signé : Nicée, not. royal. — Nous soussignez échevins 
commissaires à la chapelle de Saint-Pierre, certiffions que le sieur Gillis a acomply 
les conditions du marché cy dessus. A Valenciennes, ce 10 décembre 1754. Signé : 
Mustellier de Berlaymont, Boulé. — Messieurs du magistrat, vu le contract de Tautre 
part, ensemble l'acte et certificat des sieurs échevins, commis à la chapelle de Saint- 
Pierrej couché au bas, ont ordonné et ordonnent au sieur Dusart, trésorier de cette 
ville de païer au dit sieur Gilis, sur l'argent provenant des nouveaux magistrats en 
service, la somme de dix neuf cens livres Hainaut pour les raisons reprises au dit 
contrat. A Valenciennes, le 10 décembre 1754. Signé : Malotau. — J'ay receu de 
Monsieur Dusart, trésorier général de cette ville, la somme de dix-neuf cens livres 
pour le montant de l'ordonnance cy dessus. Fait à Valenciennes, le 14 décembre i754' 
Signé : Antoine Gilis. — Controllé à Valenciennes ce 13 février 1755. Signé : Brit- 
faiel. » — Une autre pièce, également inédite, relative à Gillis, nous reporte à trente 
ans en arrière. En voici le texte : « Messieurs du magistrat ordonnent à Charles 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 299 

quelle date Saîy, désertant les leçons de Gillis, alla-t-il se ran- 

. parmi les élèves de Pater? Ce dut être aux environs de 1730. 

itoine Pater, né à Valenciennes en 1670, marié en 1692, s'était 

t recevoir maître sculpteur deux ans après son mariage. Outre 

n atelier de sculpture, Pater possédait un magasin de peintures et 

oeuvres d'art. C'était un homme actif, avisé, mais d'un caractère 

fficile. Le magistrat de Valenciennes, la confrérie de Notre-Dame 

I Puy, après avoir tenté d'obtenir des travaux du sculpteur irri- 

ble, durent renoncer à tout commerce avec lui. Il exécuta, toute- 

is, le buffet-orgue de Notre-Dame la Grande, et l'ornementation 

:he de ce buffet fonda la réputation de l'artiste. Un travail du 

ême genre, destiné à l'abbaye de Saint-Jean, sortit également de 

itelier de Pater. Ces ouvrages, très remarqués dans la première 

.oitié du xviii« siècle, sont aujourd'hui complètement détruits ^ 

Saly demeura peu d'années auprès de Pater, mais il conserva de 

i maître un souvenir assez vif pour modeler son portrait d'une 

lain résolue, alors qu'il n'avait encore qu'une vingtaine d'années. 

'^atteau, à une date antérieure, avait peint Pater. M. Foucart a 

larqué, en quelques lignes qu'il faut rappeler, la différence qui 

^pare les deux portraits. 

Au lieu de représenter Pater en toilette de visite, comme 
utrefois Antoine Watteau, Saly prit son maître dans son 
éshabillé d'intérieur ; une chemise entr'ouverte et un bour- 
;eron de travail remplacèrent donc Thabit de cérémonie ; un 
impie foulard noué autour du crâne, la vaste et cérémonieuse 
lerruque. Mais les changements les plus graves résultèrent de 
a différence des temps. Déjà très gros dans le portrait de 
Watteau, le nez de Pater avait tourné à la trogne ; les rides de 
.on front s'étaient encore creusées, et sa bouche sans dents 
ivait été tirée vers la gauche par quelque récente apoplexie. Il 
ivait pris ainsi un air hargneux et féroce, absolument en 
iccord avec ce que nous savons^de la rudesse de son caractère. 
Saly le saisit sur le vif; bien qu'âgé seulement de vingt-trois 
ms, il fit de son buste un véritable chef-d'œuvre que n'ont 
surpassé ni Hoiidon, ni les Caffiéri dans leurs plus parlantes 



Albert Bruiere de payer à Antoine Gillis la somme de trente livres pour avoir sculpté 
deux lions pour servir au tribunal de la chambre de Justice. Fait à Valenciennes le 
8 novembre 1726. Signé de Rozel. — Je soussigné ay reçu de Bruyère la somme de 
trente livres pour avoir sculpté deux lions de la tribune de la Chambre de Justice. A 
V^allcnciennes, ce neuf de novembre 1726. Signé : Antoine Gilis. » 
I. Antoine Pater par M. Paul Foucart, p. 78-90. 



1 



300 JACQUES SALY 

terres cuites, et devant lequel j*ai vu Car peaux passer des 
demi-heures en contemplation ^ 

L'éloge n'a rien d'excessif. L'œuvre est vraiment belle, et il 
appartenait à M. Foucart de nous révéler en quelle admiration 
Carpeaux tenait le travail de Saly. Mais Pater ne pouvait être un édu- 
cateur suffisant pour un disciple bien doué. Aussi lorsqu'il eut 
atteint l'âge de quinze ou seize ans, le jeune Saly prit le chemin de 
Paris. Quelles étaient ses ressources ? Sur quels protecteurs pou- 
vait-il compter ? Nous sommes en 1733. Le fermier général La Live 
de Bellegarde occupe à Paris une haute situation, et sa femme est 
originaire de Valenciennes. C'est au foyer et dans l'entourage de ce 
financier que Saly trouvera ses appuis. 

La Live de Jully, fils du fermier général, était né en 1725. Son 
frère porta le nom de La Live d'Épinay ; l'une de ses sœurs épousa 
Pineau de Lucé de Viennay ; une autre fut la comtesse de Houdetot. 
Ces noms célèbres nous avertissent que nous sommes dans la 
société des gens d'esprit. La demeure de M^^ Geoffrin est proche 
et nous y entrerons tout à l'heure à la suite de Saly. 

Guillaume Coustou aurait été le maître du jeune artiste valencien- 
nois. De ce patronat nulle preuve. Mais tous les biographes sont 
d'accord sur ce point. Il y a plus, l'abbé Lebrun, en 1777, ne craint 
pas d'insister sur le lien de gratitude qui unit Saly à Coustou. 

Le jeune Saly, écrit-il, possédait le germe d'un grand 
talent, mais il lui fallait pour le développer plus aisément et 
les conseils et les encouragements d'un homme supérieur. Il 
trouva ces rares avantages dans le fameux M. Coustou, sculpteur 
du Roi et recteur de l'Académie royale, dont tant de morceaux 
précieux attestent la célébrité. Des progrès rapides furent le 
prix des veilles et de la docilité du jeune Saly, et M. Coustou 
qui joignait le précepte à l'exemple, et qui ne savait donner 
des éloges qu'au mérite reconnu, trouva dans son élève tant 
de motifs d'attachement qu'il eût voulu, dans ses leçons, lui 
communiquer tout son enthousiasme et la chaleur qu'il mettait 
lui-même dans ses ouvrages ; aussi M. Saly, dont le cœur fut 
toujours droit et sensible, a-t-il conservé toute sa vie pour un 
si respectable maître des sentiments de la plus grande vénéra- 
tion et de la plus vive reconnaissance 2. 

1. Antoine Pater par M. Paul Foucart, p. 94. ' 

2. Revue universelle, des arts, t. XIII, p. 337. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 30I 

Lebrun est un contemporain : il y a lieu de ne pas mettre ses 
ssertions en doute. 

Elève de l'école académique, Saly obtint le second grand prix de 
Lomé dès l'âge de vingt ans en 1737 ^ et le premier grand prix 
année suivante 2. Mais le lauréat de 1738 dut attendre deux années 
vant de recevoir son « brevet d'élève à l'académie de France à 
"orne. » Cette pièce porte la date du 9 mars 1740 3. 

Les Valenciennois se sentirent honorés par les rapides succès de 

2ur jeune compatriote. Celui-ci s'étant rendu dans sa ville natale 

;eu après avoir obtenu son second prix, reçut, le 23 octobre 1737, 

e la part des Prévôt, jurés et échevins de Valenciennes « les vins 

'honneur 4 ». Trois ans plus tard, le i^"" avril 1740, alors que Saly, 

: n possession de son « brevet d'élève », était allé embrasser les siens 

' vant de partir pour l'Italie, les magistrats de la cité lui firent porter 

i nouveau « les vins d'honneur » et un certificat officiel de cette dis- 

r inction lui fut remis s. 

Selon toute vraisemblance, c'est pendant le séjour de Saly à 

» ^alenciennes, en 1740, que fut exécuté le buste d'Antoine Fater 

ont nous avons parlé précédemment. On a prétendu que ce buste 

; emarquable aurait été modelé en 1739. Nous n'avons pas la preuve 

; ue le jeune sculpteur se soit rendu, cette année-là, dans sa ville 

; atale. Au surplus, la date précise importe peu. Ce qui est certain, 

i 'est que Saly n'a pu voir son modèle après 1740 puisqu'il part 

our Rome d'où il ne reviendra qu'en 1748 et Faier aura cessé de 

ivre le 24 février 1747 ^. 

La première phase de la vie du statuaire se résume dans une oeuvre 

e haut mérite qui est en même temps un témoignage de gratitude 

l'endroit de son maître Antoine Vaier. Il ne nous déplaît pas de 

dever ce détail. C'est un trait de la physionomie du statuaire dont 

ous esquissons la vie. A mesure que nous avancerons dans notre 

écit, nous apprendrons à connaître l'artiste, mais son penchant 

litial est à l'honneur de son caractère. Saly se révèle à nous sous 

aspect d'un homme reconnaissant envers l'artiste provincial qui 

a formé. 



1. Voir plus haut p. 279. 

2. Ihid. 

3. Nouvelles archives de l'art français, II* série, t. I, p. 387. — Il n'est pas inutile 
e faire observer que le brevet d'élève dont il est ici question vise le second grand 
rix obtenu par Saly, en 1737. Evidemment, une erreur s'est glissée dans la tran- 
;ription. C'est le premier prix remporté en 1738 qui valut à Saly d'être pensionnaire 
u Roi. 

4. Voir plus haut, p. 172. 

$. Voir plus haut, p. 172, 180, 208 et 213. 

6. Antoine Pater par M. Paul Foucart, ut siiprà, p. 97. 



302 JACaUES SALY 

Saly entra à l'Académie de France, le 3 octobre 1740 ^ De Troy, 
le directeur de l'institution, propose, dans sa lettre du 25 novembre 
de la même année, de confier au nouveau venu l'exécution a d'une 
Tête pour le Roi. » Deux ans plus tard, le 9 novembre 1742, De 
Troy s'exprime ainsi sur le compte de notre artiste : 

L'émulation qui se trouve entre les s" Saly et Fasse ne me 
permet pas de douter de la réussite du projet que j'ay eu 
l'honneur de vous proposer. Je vous prie, Mgr, de me faire 
savoir si ce qu'il feront doit servir pour orner des jardins ou 
des appartements, si on veut des figures nues ou drapées ^. 

Un événement imprévu allait décider de la copie d'après l'antique 
dont Saly serait chargé en application des règlements. Laissons par- 
ler De Troy. Nous sommes à la date du 11 janvier 1743 : 

Mes lettres précédentes vous parlent de la longue et dange- 
reuse maladie du 5'' Marchand qui étoit attaqué de trois mau> 
presque incurables; paralysie, fluxion de poitrine et playeî 
gangrenées; malgré les soins qu'on a pris de luy et le; 
dépenses qu'a causé sa maladie, tant pour les consultations qu( 
pour les chirurgiens et les différends remèdes, il vient d( 
mourir. C'était un excellent sujet. La figure de Lantin, qu'i 
avoit commencée était encore fort imparfaite; je crois qu'il es 
à propos de la donner à finir au 5'' Vassé ou au 5'' Saly ; ce der 
nier surtout, me paroit fort capable d'y travailler avec succè 
à cause des soins que demande cette figure. Je n'ai encore riei 
vu des sculpteurs arrivez ici dernièrement, aussi, je ne pui 
point juger de leurs talents. J'attens vos ordres, Monseigneur 
concernant cette figure, et je la ferois finir par celui que vou 
me nommerez ' . 

Le jeune sculpteur qui vient de succomber à l'Académie de Franc 
s'appelait Le Marchand. Second grand prix en 1736, il avait rem 
porté le premier grand prix en 1737, devançant ainsi d'une anné 
son camarade vSfl/y dans l'obtention de la seule récompense qui ouvr 
les portes de l'Italie. 

Le « Lantin » dont il est question dans la lettre de De Troy, c'es 
« l'Antinous. » Mais on l'a vu plus haut, Bachaumont nous averti 

1. V Académie de France à Rome. — Cor-respondance inédite des directeurs par A. Leco 
de la Marche, in-S", 1874, p. 232. 

2. Inédite. — Archives nationales O^ 1939. 

3. Inédite. — Archives nationales, O* i959. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 305 

que Saîy a copié « l'Antinous jeune, plus beau que l'ancien ^ ». 
Rome possédait trois Antinous, également célèbres, aux musées du 
Capitole, de Latran et du Vatican. De Troy ne nous a pas dit dans 
quelle collection Le Marchand et après lui Saly prirent leur modèle 
Le 23 janvier 1743, le Directeur des bâtiments répond à De 
Troy-. 

J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous m'avez écrite le 1 1 de 
ce mois, par laquelle vous m'aprénés la mort du 5'' Marchand. 
Le sujet étant bon, il est fâcheux qu'il ait été enlevé aussi 
jeune. Je pense comme vous qu'il est à propos de donner à 
finir, ou à Vassé ou à Saly la figure du Lantin qu'il n'a pas eu 
le temps de finir. Vous pouvez aussi donner au S"" 'Duflos, pour 
le restant de cette année, la place que Marchand avoit à l'Aca- 
démie et continuer à le faire travailler 2. 

En possession de cette lettre, De Troy fait choix de Saly pour ter- 
miner V Antinous et il instruit le Directeur des bâtiments par une 
lettre du 15 février de la décision qu'il a prise. De Troy estime que 
Saly, mieux que Vassé « ne se laissera pas emporter à la vivacité 
de son goût, et qu'il suivra avec la dernière exactitude, la finesse de 
cette admirable antique 3 » 

Qjael était le milieu dans lequel se trouva Saly} Les pensionnaires 
du roi que notre artiste connut au palais Mancini sont les peintres 
Duflotj Philippe Van Loo, Hutin, Favray, Le Lorrain, Michel-Ange 
Challes, Tiersonnier, Vien et Halle; les sculpteurs Roettiers, Mignot, 
Gillet, Gaspard Adam, Simon Challes et Larchevêque ; les architectes 
Ha^on, Moreau, Petitot, Legeay et Jardin. 

Entre tous. Jardin fut pour notre artiste un ami. Tous deux se 
retrouveront un jour à Copenhague où ils vivront unis durant de 
longues années ; tous deux recevront à la même date le cordon de 
l'ordre du Saint-Michel, sur la demande de Christian VII, et Vien, 
leur camarade de Rome, montrera quelque aigreur d'une exemption 
d'impôt dont ils profitèrent et qu'il n'obtint pas lui-même sans efïbrt4. 

1. Page 280. 

2. Inédite. — Archives nationales O^iioo. 

3. U Académie de France, p. 236-237. 

4. Voici en quels termes s'expliquera Vien en 1779, lorsqu'il recevra le cordon de 
Saint-Michel. Après avoir rappelé que le roi de Danemark, en 1754, lui avait offert 
le poste de directeur de l'Académie des beaux-arts de Copenhague, honneur qu'il 
décHna par patriotisme, « M. Jardin, architecte, et M, Salis, sculpteur, écrit-il, profi- 
tèrent des avantages offerts, et le roi de Danemarc, content de leurs travaux et de 
leurs talents, demanda pour eux, lors de son voyage en France en 1768, le cordon 
de Saint-Michel et l'obtint. J'ose me flatter, Monsieur, que, si je n'eusse pas préféré 
le service de l'Académie à ma fortune, j'aurois été compris dans la" distribution des 



304 JACQ.UES SALY 

Mais vingt années séparent encore ces jeunes hommes de la célé- 
brité qui les attend. Aucun d'eux n'a le secret de sa destinée. Aussi 
vivent-ils à Rome dans une commune entente. Saly n'est pas le 
moins apprécié. Sa droiture, sa douceur, la régularité de sa conduite 
le font aimer de tous. Nous avons une preuve bien imprévue de 
l'attachement que lui portaient ses camarades. Saly tomba grave- 
ment malade. On craignit pour ses jours. L'anxiété fut extrême à 
l'Académie. Mais la constitution de l'artiste triompha de la maladie. 
On le vit reprendre des forces, entrer en convalescence, puis, 
guérir. Ce fut une explosion de joie, et J.-B. Piranesi est l'auteur 
d'un « dessin d'une riche composition, à la plume et à l'encre de 
Chine » auquel il a donné pour titre : « Idée d'un feu d'artifice 
pour le recouvrement de la santé de lA.Saly à Rome, en 1746». 
Le sculpteur avait conservé ce dessin. Il fut acquis à sa vente au 
prix de 12 livres par Basan ^I1 n'est pas douteux, en présence de ce 
témoignage d'un caractère tout particulier, que les pensionnaires de 
l'Académie n'aient eu des craintes fondées de perdre leur camarade. 
Ce « recouvrement de santé « ne fut célébré avec autant d'éclat 
que parce qu'il avait paru plus improbable. 

C'est en cette même année 1746 .que Saly acheva de composer et 
de graver sa Suite de Vases si ingénieusement conçus. Le recueil en 
est dédié à D^ Troy. En France, beaucoup de personnes ne connaissent 
Saly que par cette Suite. Les œuvres sculptées de l'artiste ayant 
disparu, nous le jugeons sur ses dessins et ses eaux-fortes. En Dane- 
mark, la statue de Frédéric V a plus d'éloquence, mais combien peu 
de Français sont allés à Copenhague ! Nous sommes de race séden- 
taire. Une autre raison peut être donnée de l'estime en laquelle sont 
tenus les Vases de Saly. Ces faciles conceptions ont l'aisance et la 
grâce des menus ouvrages exécutés avec un art si attrayant par les 
maîtres du dernier siècle. La vogue est à ces maîtres. Saly^ dans sa 
Suite de Vases., est de son temps. Il a l'esprit, le charme de ses con- 
temporains. Sa statue de Frédéric V, au contraire, se rapproche 
davantage des œuvres héroïques, imposantes, quelque peu sévères à 
force d'étude, qui ont fait la richesse du siècle antérieur. Puis, il 
faut bien le dire, la sculpture a ses croyants, mais les compo- 
sitions souriantes que nous classons de nos jours, en usant de locu- 
tions impropres, parmi les « œuvres décoratives » ou les « pièces 
d'ameublement » dans leur infinie variété n'ont pas seulement pour 
elles des « croyants » mais des « fervents. » 

grâces obtenues pour les artistes françois, mes camarades, résidant en Dannemarc, et, 
comme le droit du marc d'or n'existoit pas alors, j'aurois eu cette imposition de moins x 
à payer . » Cette requête est adressée à d' Angeviller (Nouvelles archives de Part français 
I" série, t. I, p. 379.) 
I. N° 38 du livret. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 3O5 

On a vu plus haut que Saly exécuta, pendant son séjour à Rome, 
un buste déjeune fille, et, au cours d'un voyage à Naples, le mode 
d*un éléphant ^ Ses compositions dessinées ou gravées entre 1740 
et 1748 ont été groupées à leur rang 2. 

Comment expliquer que notre artiste ait pu bénéficier d'un séjour 
de huit années à l'Académie de France ? De Troy omet de nous ren- 
seigner sur cette faveur étrange. Saly avait-il déjà de puissants appuis 
auprès du Directeur des bâtiments? Le 14 février 1748, De Tray, 
invité à fournir la liste des pensionnaires présents à l'Académie 
indique que Le Lorrain est arrivé à Rome du 30 décembre 1742, 
puis il ajoute : « Voilà deux années et plus au delà du temps 3 ». 
De même, au sujet de Vien, entré à l'Académie le 21 décembre 1744, 
De Troy s'empresse d'écrire : « son temps est fini 4 ». S'agit-il à^Saly, 
le directeur de l'Académie se contente de cette mention : « Saly du 
3 octobre 1740. a De Troy s'abstient de toute réflexion. Il ne croit 
pas utile d'insister sur le long séjour de ce pensionnaire. Saly est 
donc l'objet d'une mesure gracieuse dont nous ne découvrons pas 
le secret? 

Quoi qu'il en soit, au cours de l'été de 1748, le départ de Saly 
était chose décidée. De Troy écrit le 3 juillet au Directeur des bâti- 
ments. 

Je vais faire encaisser la statue de V Antinous qu'a fait le 
S^ Saly. J'ai eu l'honneur de vous écrire plusieurs fois sur la 
beauté de cet ouvrage qui tiendrait mieux sa place dans un 
cabinet que dans un jardin. Comme le 5'' Saly se dispose à 
repasser en France l'automne prochain, il vous supplie. Mon- 
seigneur, de vouloir bien lui accorder la gratification qu'on a 
coutume de donner à ceux qui ont fait des figures pour le Roy, 
telle que l'a eue encore, en dernier lieu, le 5'' Slodts, savoir 
de 1 12 écus romains pour le voiage au lieu de 56 qu'on donne 
ordinairement. Le S"" Saly l'a mérité soit par la statue de 
V Antinous que j'aurai l'honneur de vous envoyer, par la pre- 
mière occasion, soit par ses talens et sa conduite ^ . 

Le témoignage est à retenir. On ne parle jamais du talent de Saly 
sans mettre en parallèle sa conduite privée. Nous sommes en pré- 
sence d'un sage. Il est ordonné dans sa vie comme dans ses ouvrages. 

A quelle date précise notre artiste prit-il congé de De Troy ? Ce 

1. P. 280. 

2. P. 291-292. 

3. Inédite. — Archives nationales, O' 1939. 

4. Même source. 

5. Inédite. — Archives nationales, O' 1939. 

ART FR. XII 2Q 



306 JACQ.UES SALY 

dut être pendant l'automne de 1748, mais nous pensons que le 
sculpteur n'avait pas encore quitté l'Italie au mois de décembre de 
cette même année. On le verra plus tard se réclamer du titre de 
membre de l'Académie des Beaux-Arts de Bologne; or, c'est le 
18 décembre 1748 que Saîy fut reçu membre honoraire de cette 
compagnie '. D'autre part, aucune lettre de l'artiste ne se retrouve 
dans les archives de l'Académie. Nulle trace de négociations préa- 
lables tendant à la nomination de notre compatriote. Il est donc 
admissible que l'ancien pensionnaire de De Troy a pu s'arrêter à 
Bologne en rentrant en France et qu'il aura su se faire bienvenir des 
académiciens de cette ville. Le lien par lequel ils s'empressent de 
l'attacher à leur société serait une preuve que déjà Saly jouissait 
d'un certain renom. 

L'absence avait été longue. Le premier soin de l'artiste fut de se 
rendre prés de son père. Il lui tardait d'embrasser ses proches. Lui- 
même nous apprend qu'il arriva à Valenciennes le 9 mars 1749 ^. 
Deux mois après, le 8 mai, le corps de ville s'avisant de la présence 
du sculpteur l'invite à paraître devant lui et lui demande un ouvrage 
de sa composition qui sera placé dans l'Hôtel de Ville 3. Saly chez 
qui la simplicité des manières n'exclut pas l'esprit d'à propos se 
hâte de répondre qu'il serait heureux de doter sa ville d'une statue 
du roi, à laquelle volontiers il donnerait gratuitement ses soins, ne 
laissant à la charge de ses compatriotes qne les frais de marbre et 
de pratique. Son offre, si séduisante qu'elle soit, n'est pas acceptée. 
Le corps de ville ne dispose d'aucunes ressources. Les finances 
municipales traversent une période difficile. Grande déception pour 
l'artiste. Il se retire. Mais en traversant la place où il avait rêvé de 
dresser la statue du roi, le chagrin qu'il éprouve lui suggère la pen- 
sée d'espérer encore. Il ne peut songer à assumer les frais du monu- 
ment. Que fera-t-il donc ? Il exécutera son esquisse et peut-être, en 
la voyant, les magistrats se laisseront-ils fléchir 4? Quelques jours 
lui suffisent pour mettre son projet à exécution et le 21 mai il obtient 
gain de cause. La statue ne devra coûter que « 22.000 livres ou 
environ s ». Le 28 mai, une députation du corps de ville se rend 
chez Saly T^oMï le remercier de son oflfre généreuse ^. L'autorisation 
royale est accordée le 19 juin?. C'est le prince de Tingry gouver- 

1. Renseignements fournis par le président de VAccademia délie Belle Arti di Bolo- 
gna (8 août 1895). 

2. Voir plus haut, p. 212, note n. 

3. Ibid., p. 212, noie n, 

4. Ibid., p. 213. 

5. Ibid., p. 208. 

6. Ibid., p. 180. 

7. Ibid., p. 175. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 307 

neur de la ville qui procure à l'artiste une audience de Sa Majesté ». 
Une seconde esquisse, moins fruste que la première, est placée sous 
les yeux de Louis XV. Le roi l'approuve, promet le marbre néces- 
saire et consent à poser devant Saly pour lui permettre de rendre 
fidèlement ses traits 2. Les magistrats demandent au sculpteur de 
faire porter cette même esquisse, approuvée par le roi, à l'Hôtel de 
Ville de Valencieh^nes 3. Le succès de l'artiste est complet. Il pro- 
met d'être prêt pour le mois de septembre 1752 et il tiendra 
parole 4. Détail à l'honneur de Saly : l'académicien de Boze chargé 
des inscriptions qui seront placées sur le monument fit de fréquentes 
visites au statuaire dans le but de préciser les textes qu'il convenait 
de graver, et jamais l'artiste ne voulut permettre qu'il fût fait allu- 
sion sur le piédestal à son initiative et à son désintéressements. 

Pendant que le sculpteur était occupé à la statue de Louis XV, il 
frappait à la porte de l'Académie. Agréé le 27 juin 1750, il était reçu 
le 29 mai 175 1. Son morceau de réception, le Faune parut au Salon 
de la même année ^, et sous la date du 6 septembre, la Correspon- 
dance de Grimm contient ces lignes : 

Nos artistes n'ont jamais été aussi faibles que cette année. 
Tout ce qui se trouve de véritablement estimable au Salon se 
réduit à un Faune de marbre de M. Saly qui est peut-être le 
morceau le plus fini qui ait jamais été fait dans ce pays-ci^. 

Mariette, avec plus de compétence que n'en doit avoir le rédac- 
teur de la Correspondance de Grimm jugera quelque peu sévèrement 
l'œuvre de l'artiste. 

Je ne veux pas diminuer le mérite du jeune Faune que Saly 
a donné à l'Académie pour son morceau de réception. C'est 
une jolie figure, mais ces petites clochettes et mille autres 
bagatelles qui ont été si fort applaudies, ne sont pas, à beau- 
coup près, ce qui m'y paroist de plus estimable. Il ne faut pour 
cela que de la patience, et, si l'auteur doit à ces riens sa répu- 
tation, c'est selon moi, l'avoir acquis à trop bon marché. Avec 
la râpe et le tems il n'est point de sculpteur qui n'en fit autant, 
mais quel est l'habile homme qui ne s'ennuyât d'un pareil 
travail ?^ 

1. Voir plus haut, p. 215. 

2. Ibid., p. 213, note Q. 
5. Ibid., p. 214, note u, 

4. Ibid., p. 180 et 185. 

5. Ibid. y p. 210, note i. 

6. Ibid., 280-284. 

7. Edition Garnier, t. II, p. 97. 

8. Abecedario, t, V, p. 165-166. 



3oS JACaUES SALY 

De cette double critique, retenons que le Fautie « est une jolie 
figure » puisque Mariette y consent, mais évidemment l'œuvre est 
précieuse, un peu chargée de détails, trop minutieusement exécutée. 
Son succès lui vint peut-être de ces lacunes. L'engouement se fonde 
sur ce qui plaît au public. Les connaisseurs n'y peuvent rien. Le 
courant général s'empare d'une œuvre ou d'un nom et l'emporte, 
pour un temps, dans toutes les directions, aux applaudissements 
d'une foule inconsciente. L'abbé Lebrun ne nous apprend-il pas que 
le roi voulut voir le Faune de Saly} 

Ce beau morceau lui fut présenté au château de la Muette, 
par Tauteur lui-même, qui mit encore sous les yeux de Sa 
Majesté une Tête d'enfant en marbre qu'il avait composée et 
exécutée à Rome '. Sa Majesté daigna lui en marquer sa satis- 
faction de la manière la plus flatteuse ^. 

Laurent d'Houry donne l'adresse de Saly en 1752 « Porte Gail- 
lon ». Le 27 mai de cette même année, l'artiste est élu adjoint à 
professeur 3. Il assiste le 10 septembre à l'inauguration de sa statue 
de Louis XV 4. En janvier 1753, il professe à l'école académique 
comme suppléant de Bouchardon s . Le roi de Danemark lui ayant 
offert de se rendre à Copenhague pour exécuter sa statue équestre, 
et le traité étant conclu, l'artiste prend congé de l'Académie le 
4 août 1753 ^, puis il s'empresse de se rendre auprès du magistrat 
de Valenciennes pour liquider les comptes de la statue de Louis XV 
dont les frais n'avaient pas atteint 30.000 livres 7. 

Il y avait environ cinq ans que l'artiste était revenu d'Italie. Ni 
la statue de Louis XV, ni le Faune ne lui avaient procuré de res- 
sources. M°^^ de La Live de Bellegarde sa compatriote et, croyons- 
nous, sa première protectrice était morte en 1740. Mais son fils La 
Live de Jully, amateur, homme du monde, artiste lui-même était 
devenu l'ami du sculpteur. N'est-ce pas La Live qui voulut graver 
en se jouant une suite de Caricatures dessinées par 5fl/)'? Une sœur de 
La Live de Jully était mariée à Pineau de Lucé deViennoy que le roi 
avait appelé de l'Intendance de Tourraine à l'Intendance du Hainaut 
en 1745, c'est-à-dire justeà point pour seconder 5fl/y lorsqu'il auraitle 
projet d'élever la statue de Louis XV sur une place de Valenciennes ? 

1. Il s'agit ici du buste de Jeune Fille dont nous parlons plus haut, p. 280. 

2. Almanach historique et raisonné des architectes, peintres, sculpteurs... pour 
l'année 1777- — Revue universelle des arts, t. XIII, p. 338. 

3. Procès-verbaux de r Académie, t. VI, p. 321. 

4. Voir plus haut, p. 177. 

5. Procès-verbaux, t. VI, p. 340. 

6. Procès-verbaux, t. VI, p. 358. 

7. Voir plus haut, p. 175, 180, 182. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 3O9 

M™e d'Epinay était la belle -sœur de La Live de Jully. Tout s'ex- 
plique dans la vie du sculpteur qui, à peine entré à l'Académie, 
travaille pour M»"* Geoffrin, M. de Valory, le duc de Beauvillier et 
surtout pour M""* de Pompadour ^ Saly, en moins de deux ou trois 
ans, exécute coup sur coup, pour la favorite, le buste d'Alexan- 
drine d'Etiolles, un Amour et une Hébé^. Le roi l'accueille à deux 
reprises : à l'occasion de la statue de Valenciennes et à propos du 
Faune. L'artiste est admis à modeler le portrait de Louis XV d'après 
nature. Les débuts du statuaire sont de bon augure. De 1748 à 1753, 
ses travaux lui ont rapporté prés de 22.000 livres 3. Si donc il 
quitte la France pour se rendre à l'appel de Frédéric V, ce n'est pas 
l'intérêt qui le guide. S'il demeurait à Paris il ne tarderait pas à 
prendre rang à la suite de Bouchardon et de Pigalîe. Il convient en 
effet d'insister sur ce point. Le monument de Frédéric V va deve- 
nir une cause de ruine pour la Compagnie des Indes orientales. Dans 
l'embarras où se trouve l'historien soucieux d'établir les responsa- 
bilités, plus d'un écrivain de notre temps s'est fait l'accusateur de 
Saîy. Nous pensons que les dilapidations, les frais exagérés, dérai- 
sonnables, dont le Danemark eut à supporter la charge, doivent être 
imputés pour la plus large part au fondeur de la statue équestre, 
Gor, venu de France comme S aly, mais homme dénué de scrupules, 
violent, rapace, qui ne vit dans le monument de Copenhague que 
l'occasion de s'enrichir. On se rendra compte au surplus par les 
faits qui vont suivre de la différence de tempérament des deux 
hommes. Gor et Saly vécurent en ennemis. Pouvait-il en être autre- 
ment? 

La ville de Copenhague ayant été la proie d'un terrible incendie 
en 1728, on conçut le projet de célébrer le relèvement de la cité, au 
lendemain de cette catastrophe, par l'érection d'une Fontaine mo- 
numentale. Mar eus Tuscher, architecte danois, se chargea de donner 
une forme à ce projet. Les plans de Tuscher portent la date de 174$. 
Six ans plus tard, Frédéric V faisait connaître à son peuple, par res- 
crit spécial, son désir de voir transformés en une place somptueuse, 
les terrains occupés jusqu'alors par les jardins royaux du palais 
d'Amalienborg. L'architecte Eigtved avait été le collaborateur du 
souverain dans ce second projet. Sans aucun retard, la place fut 
tracée. Elle est de forme octogone. Quatre palais y furent construits, 
et c^est Eigtved qui en dirigea les travaux. Mais avant que ces palais 
fussent terminés, Eigtved s'était préoccupé de la décoration centrale 
de la place, et, d'accord avec Tuscher, ï\ fut convenu que la Fontaine 

1. Voir plus haut, p. 17^, en note. 

2. Ibid., 286-288. 

3. Ibid., p, 173, en note. 



310 JACaUES SALY 

monumentale conçue par celui-ci serait ékvée sur la place d'Ama- 
lienborg. Elle devait être considérable. Des statues en décoreraient 
le pourtour. Des vasques de moindre importance recevraient l'eau 
que déverserait la vasque principale, et, au milieu, sur un rocher fort 
élevé, serait placée la statue équestre de Frédéric V. 

Tuscher mourut en 175 1. On put craindre que son plan fût aban- 
donné. Mais il avait séduit le roi ; la cour l'estimait grandiose : on se 
mit en devoir de chercher l'artiste capable de l'exécuter. 

De Vienne, on manda Ludvig Wiedenian, le fondeur de la statue 
d'Auguste II '. Wiedeman arriva; mais il n'était pas sculpteur. Il lui 
fallait un modèle de statue pour qu'il le traduisît en bronze. On le 
comprit. Wiedeman n'en demeura pas moins l'hôte des Danois de 
175 1 à 1754, date de son décès, sans qu'il lui fût possible d'user à 
leur profit de son savoir et de ses bonnes dispositions. 

Le 9 novembre 175 1, le comte Bernstorff fut chargé par le roi de 
Danemark d'écrire à son ambassadeur près la cour de France dans le 
but de découvrir un statuaire. L'ambassadeur, comte Reventlow, 
était invité à se rendre près de Bouchardon et à prendre conseil de lui 
sur l'homme qu'il conviendrait d'appeler à Copenhague. Ces indi- 
cations précises nous sont fournies par Thiele^. Bouchardon ne 
paraît pas avoir réfléchi longuement avant de donner sa réponse. Il 
désigna Saîy qui, cette année même, avait été reçu à l'Académie, 
comme étant susceptible de satisfaire pleinement au désir du roi de 
Danemark 3. Reventlow vit le sculpteur, mais les conditions que posa 
celui-ci furent jugées excessives. En conséquence, les négociations se 
ralentirent et Reventlow mit son souverain au courant des exigences 
de Saly. Reventlow reçut peu après du comte Bernstorff la lettre qui 
suit. Elle est datée de Copenhague, 29 février 1752. 

1 . La statue équestre d'Auguste II le Fort, roi de Pologne et électeur de Saxe, en 
cuivre repoussé et doré, est à Dresde, sur la place du marché ; Wiedeman, qui l'avait 
exécutée, habitait Vienne. 

2. Pages I à 77. — J. M. Thiele, secrétaire de l'Académie des Beaux- Arts de Dane- 
mark, est l'auteur d'un curieux volume intitulé Kunst-Akademiet og Heststatuen paa Ama- 
lienhorg (Copenhague, 1860, in-8° de 174 pages). Cet ouvrage , entièrement composé à 
l'aide des archives de l'Académie, est à la fois l'histoire circonstanciée de cette compagnie 
et celle de la statue équestre de Frédéric V. C'est en quelque sorte, jour par jour, que 
Thiele nous permet de suivre Saly pendant qu'il vécut en Danemark. Le travail de 
Thiele qui nous a été gracieusement offert par l'Académie, sur la proposition de M, 
Th. Stein, statuaire, professeur et directeur en 1895, était donc pour nous un docu- 
ment inappréciable. Mais l'ouvrage est écrit en danois. M. Stein se chargea de lever 
toute difficulté. Son gendre, M. John Lubschiti, peintre et graveur de talent, est 
fixé à Paris. Avec une bonne grâce empressée que nous ne saurions trop reconnaître, 
M. Luhschiti vint nous proposer de traduire à notre intention l'ouvrage de Thiele 
dont nous étions redevable à l'attention déUcate de son beau-père. Nous nous acquit- 
tons ici d'un double devoir en remerciant M. Lubschiti et M. Stein du concours émi- 
nemment précieux qu'il nous ont prêté. C'est en grande partie grâce à leur obligeance 
que nous devons d'être moins incomplet que nos devanciers sur Saly, 

3. Voir plus haut, p. 283. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIOUES 3II 

J'ai remis, Monsieur, à S. E. M. le Grand-Maréchal celle de 
vos lettres, dans laquelle vous me parlez des conditions que le 
sieur Sally demande pour se charger de faire, à la Fonte près, 
la statue du roi. Elles sont un peu fortes, mais M. le Grand- 
Maréchal après les avoir mûrement examinées et après avoir 
pris les ordres de S. M. me charge néanmoins de vous autho- 
riser et de vous prier de conclure à ces conditions avec le dit 
Sally, en cas qu'il n'en veuille rien rabattre. 

Le sieur Sally se rendra donc ici au plu§ tard dans un an 
et restera dans cette ville jusques à tant que la statue soit 
entièrement faite, fondue et achevée et il se chargera de per- 
fectionner (excepté la fonte) tout cet ouvrage. Moyennant 
quoi, il recevra vingt mille francs avant que de partir de Paris 
et puis cent trente mille livres à raison de vingt mille Hvres 
par an. Outre cela, S. M. lui accordera une maison ou appar- 
tement pour y demeurer, un attelier, pour y travailler, et le 
plâtre et les ferrailles nécessaires pour faire son modèle. 

Je vous prie d'assurer cette affaire, et de la mettre en règle 
avant que de partir de Paris. Votre recommandation me suffit 
pour me faire croire le sieur Sally assez habile dans son art 
pour la grandeur de l'entreprise, et dans ce cas il pourra nous 
être utile à bien d'autres choses encore pendant les 7 ans qu'il 
sera ici. 

Pour les fondeurs, nous croyons en avoir un, tel qu'il le 
faut, et le métal, comme vous l'observez très bien, est sans 
doute à meilleur marché ici, qu'il ne peut l'être en France '. 

I. Cette lettre est publiée en français par Thiele, dans son ouvrage, p. 78. — 
Saly nous apprend, d'autre part, que M""' de Pompadour prit la peine de le recom- 
mander à Ogier, ambassadeur de France en Danemark. Toutefois, l'artiste manque de 
précision sur l'époque à laquelle la favorite usa de son influence en sa faveur. {Nou- 
velles Archives de V art français, i" série, t. VI, p. 84.) On remarquera que la Cour 
de Danemark compte sur un séjour de sept ans du sculpteur Saly à Copenhague. La 
permission accordée au statuaire par le Directeur général des Bâtiments , datée du 
15 août 1753 et dont nous publions la texte, prévoit en effet une absence de Saly, 
pour six à sept années seulement : » « — Nous, Abel-François Poisson de Vandières, 
conseiller du Roy en sesconseils. Directeur et Ordonnateurgénéral des Bâtiments, etc., 
avons, suivant l'intention de Sa Majesté, permis au S"' Jacques-François-Joseph 
Saly, sculpteur, l'un des adjoints à professeur de son Académie de peinture et de 
sculpture établie au Louvre, à Paris, de s'absenter six à sept années seulement, pour 
aller à la Cour de Copenhague, travailler aux ouvrages de son art et y exécuter la 
statue équestre du roi de Danemarck, après lequel temps expiré il sera tenu de reve- 
nir en France pour s'occuper aux travaux qu'il plaira à Sa Majesté de lui ordonner. 
En foi de quoi nous avons expédié la présente permission au sieur Saly, etc., à 
Versailles, le 1$' jour du mois d'aoust 1753, signé : Vandières et plus bas: le 
directeur général, signé : De Gilet, avec paraphe. » {Nouvelles Archives de Vart 
Jrançais, i" série, t. VI, p. 29). 



312 JACaUES SALY 

Le Grand-Maréchal dont il sera plus d'une fois question dans les 
pages qui vont suivre, était S. E. le comte Adam Gottlieb de Moltke. 

Cest le 6 octobre 1753 que Saly mit le pied à Copenhague. Il fut 
reçu sans retard par Frédéric V en audience d'apparat. Dés la pre- 
mière heure, avant même que l'on eût été en mesure d'apprécier 
son talent, il imposa par ses manières, sa tenue, ses paroles et s'as- 
sura une réelle autorité dans toutes les questions qui auraient trait à 
l'art. Le roi et sa cour le considérèrent comme un guide K En con- 
formité du contrat passé avec lui, Saly, accompagné de son père, de 
sa mère et de ses deux sœurs, fut somptueusement installé au palais 
de Charlottenborg 2. 

Ce même palais se trouvait être le siège de l'Académie dont le 
directeur, à la fin de 1753, était l'architecte Eigtved. Déjà ancienne 
d'un demi-siècle, l'Académie des Beaux- Arts était dotée d'une école; 
mais à part l'enseignement qu'elle distribuait, la Société danoise ne 
ressemblait à l'Académie de peinture et de sculpture de Paris ni par 
les règlements, ni par le prestige. Les premiers entretiens de Frédé- 
ric V et de Saly eurent pour objet la réforme et l'extension de l'Aca- 
démie. Nicolas Eigtved, nommé directeur en 175 1, n'était pas resté 
inactif. Il avait élargi le programme d'enseignement, réuni des cours 
d'architecture aux cours de peinture et de sculpture, et obtenu des 
ressources pour que de jeunes pensionnaires pussent aller étudier à 
l'étranger pendant deux ou quatre années 3. 

Au début de l'année 1754, Eigtved, à qui revenait l'honneur de 
l'installation récente de ses confrères dans le palais de Charlotten- 
borg, occupé jadis par l'opéra itaHen, fit voter des statuts rédigés par 
lui et s'appUquant au fonctionnement régulier d'une Académie de 
Peinture, de Sculpture et d'Architecture. Ces statuts approuvés par 
un vote unanime des professeurs furent mis en vigueur dès le mois 
de janvier 1754 '^. La réforme était importante, et Saly n'ignora point 
ce qui se passait au sein de l'Académie. Mais il avait l'oreille du 
roi, il était étranger, il était homme. La pensée lui vint de ne comp- 
ter pour rien les efforts généreux du directeur en exercice et de se 
substituer à lui en usant du crédit dont il jouissait. La tentation 
n'avait rien de grand. Saly eut le tort d'y succomber s. 

L'Académie s'étant assemblée le 20 mars 1754, iif^/î;^^ présida 
ses confrères. Mais, le 29 mars, le Grand-Maréchal en personne, pré- 

1. Le 26 janvier 1754 une lettre de Saly faisant part à ses confrères de Paris « de 
l'accueil favorable qu'il a reçu à la Cour de Danemarc » était lue à l'Académie royale 
de peinture. (Procès-verbaux, t. VI, p. 378.) 

2. Thiele, p. 82. 

3. Ibid., p. 74. 

4. Ibid., p. 83. 

5. Ibid., p. 84. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQjDES 313 

sident de l'Académie, parut dans la salle des séances accompagné 
de Saly. Le comte de Moltke prit la parole. Il exposa que le sculpteur 
français avait été choisi pour exécuter la statue équestre de Sa 
Majesté ; qu'en outre, le roi, pénétré des hautes qualités de l'artiste, 
avait souhaité qu'il remplît les fonctions de professeur à l'école aca- 
démique, et qu'en conséquence il y avait lieu de le féliciter d'ap- 
partenir désormais à la Compagnie. « Au surplus, ajoutait le Grand- 
Maréchal, il n'est pas douteux que M. Saly ne s'emploie à rendre 
plus florissante l'Académie, et chacun de ses membres sera heureux 
de se sentir l'obligé du nouvel académicien ^ » 

Le 30 mars, eut lieu un diner de gala chez le comte de Moltke qui 
prenait possession de son hôtel nouvellement construit sur la place 
d'Amalienborg. Le roi et plusieurs dignitaires de la cour étaient les 
hôtes du Grand-Maréchal. A la suite du repas, le roi voulut visiter 
l'école académique. Il se rendit à Charlottenborg. Le comte de 
Moltke l'y avait devancé. Il reçut Sa Majesté, ayant auprès de lui 
Eigtved et les professeurs, parmi lesquels se trouvait Saly. L'école 
académique comportait sept cours différents et il esta remarquer que, 
durant les vingt années qui suivirent, aucun changement notable 
ne fut apporté dans le mode d'enseignement conçu par Eigtved. On 
ne doit donc pas attribuer à Saly l'honneur d'une création qui, en 
fait, appartient à son devancier. Le roi visita l'Académie et lécole 
qui en était le complément avec un soin minutieux. Eitgved fût- il 
frappé de la froideur du souverain au cours de cette visite ? On est 
en droit de le penser, car, à dater du 30 mars, il cessa de paraître à 
l'Académie 2. 5fl/y l'avait moralement supplanté. Il le comprit. Un 
autre grief vint s'ajouter à sa première disgrâce. Eigtved était l'ar- 
chitecte de « l'église de Frédéric » que l'on construisait non loin de 
la place d'Amalienborg. Or, Saly venait de suggérer au roi la pen- 
sée d'appeler de France un de ses amis, l'architecte Jardin, pour 
donner ses soins au monument projeté. Les plans devaient en être 
modifiés, et l'édifice que Saly rêvait de toute richesse pourrait être 
entièrement construit en marbre, grâce aux ressources que présen- 
tait une carrière récemment découverte en Norwège. C'est pourquoi 
« l'église de Frédéric » est devenue légendaire sous la dénomina- 
tion «f d'église de marbre » Eigtved n'ignorait par les plans de Saly; 
aussi crût-il devoir vivre désormais dans une retraite absolue ?. 

Le 9 avril, le comte de Moltke étant présent, et, d'autre part, Eigt- 
ved ayant négligé de paraître, Saly fut invité à le remplacer dans les 
fonctions de directeur en sa qualité « d'inspecteur mensuel des écoles » 

1 . Thiele, p. 84. 

2. Ibid., p. 84-87. 
î. Ibid. y p. 87. 



314 JACaUES SALY 

qui sans doute lui donnait préséance sur ses confrères. Cette inves- 
titure avait été préparée, car Saîy^en prenant possession du fauteuil 
directorial prononça un discours sur « la perfection et le progrés » de 
l'Académie, puis il donna lecture aux académiciens d'un règlement en 
dix-huit articles élaboré par lui. 

Nous avons peine à saisir l'utilité de ces nouveaux statuts. Cer- 
taines prescriptions dictées par vSa/)' paraissent oiseuses. Telles celles- 
ci : a Les réunions de l'Académie se tiendront toujours au même lieu ; 
les académiciens seront pleins de respect envers le roi et la famille 
royale ; toute proposition faite au sein de l'Académie devra être con- 
forme aux volontés du souverain ; il ne sera délibéré en assemblée que 
sur des questions d'art. Quelques rares articles ont trait aux études. Il 
est notamment interdit aux élèves de porter l'épée pendant la durée 
des exercices. La pose du modèle se fera, durant les trois mois d'été, 
au jour naturel, et durant les autres mois à la lumière artificielle, 
« l'application de ce système étant faite pour former promptement 
les étudiants à se bien pénétrer des effets de la nature ^ » . 

Saly se posait en directeur. On l'avait évidemment instruit de la 
retraite définitive d'Eigtved. A l'assemblée qui suivit celle du 9 avril, 
Saly fit ouvrir un nouveau registre de procès-verbaux qui fut rédigé 
tant en français qu'en danois, car notre artiste, pas plus que le pro- 
fesseur Le Clerc, Français comme lui, ne parlait le danois 2. Eigtved 
mourut le 7 juin. L'Académie se réunit le i^"" juillet. Elle décida que 
les actes, intéressant la Compagnie, depuis le 30 mars 1754 jus- 
qu'au i^r juillet, seraient consignés sur le nouveau livre de ses 
délibérations, que les archives déposées dans le cabinet d'Eigtved 
seraient remises au Secrétaire et que « les statuts antérieurement 
imprimés mais annulés seraient livrés au feu 3 ». Cette décision 
prise, on gratifia chacun des professeurs présents à la réunion d'un 
exemplaire imprimé du règlement du 3 1 mars dont un seul article 
mérite d'être relevé. Il y était dit que « le directeur et les profes- 
seurs, qui tous avaient été appelés de l'étranger, en vertu de con- 
trats avantageux, devaient s'acquitter de leurs fonctions acadé- 
miques sans aucun salaire 4 ». 

Quelques semaines plus tard, le 25 juillet, le Grand-Maréchal con- 
voqua l'Académie en séance extraordinaire. Il annonça la mort 

1. Thiele, p. 89-90. 

2. Louis-Auguste L« Clerc, sculpteur, troisième fils de Sébastien Le Clerc, s'était 
rendu en Danemark en 1735 où il avait été appelé pour la décoration de Christian- 
borg. On lui avait payé son voyage et assuré une pension annuelle de 1750 francs. Il 
devint professeur à l'école académique. Le CUrc était élève de Coy:(evox (Thiele 
p. 46). 

3. Thiele, p. 91. 

4. Ibid.,-ç. 91. 



LETTRES INEDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 315 

à'Eigtved et proclama « le professeur Saîy, directeur choisi par Sa 
Majesté pour une période de trois années. » Ainsi se trouvait sanc- 
tionnée la prise de possession d'une charge que notre artiste exer- 
çait depuis plusieurs mois déjà, non sans quelque excès d'autorité K 
La destruction par le feu d'archives antérieures à sa gestion est un de 
ces actes violents qu'il paraît difficile d'excuser. Thiele semble 
dire qu'on ne brûla que des pièces imprimées, mais les historiens 
danois qui ont parlé de cet événement sont moins précis, moins 
réservés que Thiele, et laissent supposer que ^'fl/y, dans son désir de 
faire disparaître toute trace d'une administration ancienne, aurait 
nui aux droits de l'histoire en brûlant les pièces d'archives et 
papiers de tout ordre se rattachant au directorat à'Eigived. Si telle 
fut sa conduite, elle est blâmable. 

L'Académie tenait, sans doute, une large place dans les occupa- 
tions de l'artiste, mais il ne perdait cependant pas de vue la statue de 
Frédéric. Le Grand-Maréchal, comte de Moltke, se trouvait être 
le président de la « Compagnie asiatique royale du Danemark ». Le 
3 avril 1754, il y eut une assemblée générale des membres de la 
Compagnie. Leurs affaires étaient florissantes. Le président leur 
suggéra la pensée de demander au roi l'autorisation de faire les 
frais de la statue projetée du souverain. La proposition fut acceptée, 
et, séance tenante, il fut convenu que Saly recevrait de la Com- 
pagnie une pension égale à celle que lui allouait le roi, soit looo 
rixdales (2.800 livres environ), ce qui de nos jours équivaudrait à 
8.400 fr. ^ 

On remarquera l'empressement avec lequel la Compagnie asia- 
tique assume les charges d'une entreprise dont elle n'a pas eu l'ini- 
tiative. Elle fait siennes des conventions consenties en dehors d'elle, 
et elle ajoute aux dépenses résultant du contrat passé par le gouver- 
nement danois, avec Saly, une pension viagère au bénéfice du sculp- 
teur. C'était agir avec un absolu désintéressement. 

En présence de telles marques de sympathie, le statuaire n'avait 
plus qu'à se mettre à l'œuvre. Mais sa préoccupation constante 
était de s'assurer préalablement le concours d'un fondeur. Saly n'avait 
nulle confiance dans la capacité de Viedemann, qui d'ailleurs, mou- 
rut en 1754. En Danemark, on ne pouvait espérer trouver un pra- 
ticien capable de jeter en fonte le monument projeté. Il fallut 
recourir aux ambassadeurs prés les cours étrangères. Ceux de Paris 
et de Stocklom furent consultés. Le premier vit Bouchardon qui, à 

1. Thiele, p. 92. — Le 31 décembre 1754, le Secrétaire de l'Académie de peinture 
de Paris communiquait à la Gampagnie une lettre de Saly annonçant à ses confrères 
sa nomination de directeur de l'Académie de Copenhague {Procès-verbaux, t. VI, 
p. 403). 

2 . Ibid. , p . 94. 



3ï6 JACQUES SALY 

diverses reprises, avait usé des bons offices de Varin ; mais ce fon- 
deur était mort en 1752 ^ Bouchardon conseilla de prendre un fon- 
deur de Stocklom nommé Meyer. A titre de compensation, l'ambas- 
sadeur de Danemark essaya du moins d'obtenir une Vue de l'atelier de 
Varin. Le prévôt des marchands et un architecte se prêtèrent au désir 
du comte Reventlow, et celui-ci put espérer, à un certain moment, 
que des plans exacts de l'atelier du fondeur décédé allaient lui être 
fournis^. Sans pour cela se ralentir dans ses démarches, il frappait à 
la porte de Le Moyne. Ce sculpteur chargé du monument de Louis XV, 
pour la ville de Rennes, avait été obligé de former son propre fon- 
deur 3. Il était donc initié aux opérations compliquées de la fonte. 
Il accepta de rédiger pour la cour de Danemark un mémoire « con- 
tenant tous les renseignements utiles et les dessins nécessaires à la 
construction d'une fonderie, mais sous la condition que ces dessins, 
une fois terminés, seraient gravés sur cuivre 4 ». Le comte 
Reventlow, ravi de tant d'obligeance, demandait à son gouverne- 
ment l'autorisation d'acquérir une petite statue de bronze composée 
par Le Moyne. Pleins pouvoirs furent donnés à l'ambassadeur pour 
conclure cet achat, et afin de flatter Le Moyne, le roi de Danemark 
chargea Wille de faire une gravure d'après l'œuvre du sculpteur. 
Thiele affirme que dans la correspondance de l'ambassadeur se trouve 
une note de Wille attestant qu'il a exécuté la planche dont il vient 
d'être parlé, encore que celle-ci soit de nos jours fort peu connue 5. 
Mais Le Moyne s'était trop avancé. Gor, son fondeur, ne se prêta 
point à la divulgation de son matériel. Gor était ombrageux et vénal. 
Il obligea Le Moyne à revenir sur ses promesses, et sans rompre avec 
le gouvernement danois, Gor exigea que les négociations ayant pour 
but d'instruire Frédéric V sur les procédés de la fonte seraient tenues 
secrètes. De Berlin, on proposait Giese, fondeur de quelques statues 
en plomb, conservées à Sans-Souci. De Dresde, on signalait 
Weinhold, inspecteur des fonderies royales de Saxe. Celui-ci avait 
bien voulu adresser un devis de ce que coûterait la fonte du monu- 
ment de Copenhague^. 

1. Thiele (p. 96) marque sa surprise de ce que Bouchardon, consulté seulement en 
1754, ne propose pas Varin pour se rendre en Danemark. Thiele n'a pas remarqué 
que Varin n'existait plus depuis deux ans. 

2. Thiele, p. 96. 

3. Archives de Vart français, t. VI, p. 136-137. 

4. Thiele, p. 97. 

5. Nous avons essayé, à l'aide àts Mémoires et Journal de Wille, de ressaisir la trace 
de cette estampe. Mais Wille ne tient la plume qu'à dater de 1759, et nous sommes en 
1754. D'autre part, dans Foeuvre de Wille, il n'est question que d'une seule oeuvre 
de Le Moyne traduite par le graveur. C'est un buste de Louis XV, et la planche paraît 
dater de 1748. La « petite, statue en bronze», acquise par Reventlow, se dérobe à nos 
recherches. 

6. Thiele, p. 98. 



LETTRES INEDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHiaÛES 317 

Les pourparlers en étaient là au mois d'août 1754, date à laquelle 
Saîy plaça sous les yeux du roi « un premier ouvrage de sa compo- 
sition ». Frédéric V goûta beaucoup ce travail et gratifia l'artiste 
d'une tabatière en or. Nous ne connaissons pas le sujet traité par 
Saly dans cette circonstance. On est toutefois d'avis que le travail 
en question, sorte de spécimen des talents du sculpteur, dut être 
sans aucun rapport avec le monument qui allait occuper le directeur 
de l'Académie. 

Les faits que nous venons de raconter rendent assez inintelligible' 
certaine lettre de Vien dans laquelle le peintre s'exprime ainsi : 

« Quelque temps après ma réception à rAcadémie, Frédé- 
ric V, roi de Danemarc, me fit demander par M. le comte de 
Molk, son ministre, pour être directeur de son Académie. Mon 
traitement étoit de vingt mille livres par an, logé, et mes 
ouvrages payés. Je refusai ces propositions avantageuses parce 
que, François, je me devois à ma patrie; je venois d'ailleurs 
d'obtenir un logement au Louvre, et la reconnoissance me fit 
une loi, chère à mon cœur, de ce que mon zèle pour ma 
patrie me prescrivoit comme un devoir; M. de Marigny vou- 
lut bien m'en témoigner sa satisfaction ' . » 

L'élection de Vien à l'Académie de peinture de Paris est du 
30 mars 1754. On a peine à croire que postérieurement à cette date, 
le Grand-Maréchal, comte de Moltke, ami et protecteur de Saîy 
qu'il place à la tête de l'Académie de Copenhague, avant même que 
le directeur Eigtved soit décédé, ait sollicité Vien de venir en Dane- 
mark, avec un traitement annuel de 20.000 livres, pour y occuper la 
première place à la tête de l'Académie danoise." Vien tiendra la 
plume en 1779. Sa lettre est datée de Rome où il dirige l'Académie 
de France. Ses souvenirs sont-ils exacts? Je suppose volontiers qu'il 
se sert d'une expression impropre : on a pu lui proposer d'occu- 
per une place de professeur à l'Académie de Copenhague, non la 
fonction de directeur déjà dévolue à Jacques Saly. 

Aucun fait saillant n'est à relever dans les registres de l'Académie 
pendant le premier semestre du directorat de notre artiste. Le 
30 décembre 1754, Saly proposait à ses confrères d'adopter une cou- 
tume en honneur à l'Académie royale de Paris. Une assemblée 
extraordinaire pourrait être fixée au dernier jour de l'année afin de 
permettre aux académiciens d'échanger leurs souhaits de nouvel an. 
Cette proposition mise aux voix fut approuvée à l'unanimité. Mais 

I. Nouvelles Archives de V art français, i" série, t. I, p. 378-379. 



3l8 JACQ.UES SALY 

la réunion ayant lieu, cette fois, l'avant-veille du jour de l'an, les 
membres présents décidaient qu'il convenait de s'acquitter sur 
l'heure de l'usage confraternel dont le principe venait d'être adopté '. 

Le 15 janvier suivant, le Grand-Maréchal présentait aux académi- 
ciens les deux frères Jardin « appelés de France par Sa Majesté sur la 
recommandation de M. 6"û^/y pour construire l'église de Frédéric.» 
Ils étaient nommés séance tenante professeurs de l'Académie ^. 

C'est en 1755 qu'il fut procédé pour la première fois au concours 
des médailles. L'Académie distribua trois médailles d'or. Saly avait 
rédigé un règlement en douze articles, relatif à ce concours. 
Afin d'exciter l'émulation des artistes danois, les étrangers étaient 
admis à concourir. La médaille distribuée, composée par Saly, avait 
été gravée par G. Arbien 3. 

Le I" avril 1755, l'Académie se réunit en assemblée solennelle 
pour fêter le jour de naissance du roi Frédéric V. Cette réunion ne 
fut que le prélude de fêtes célébrées en commémoration de la fon- 
dation de la Compagnie. Pour ajouter à l'éclat de ces solennités , 
Saly, d'accord avec ses confrères, avait fait battre une médaille en 
l'honneur du président de Moltke. Le directeur de l'Académie accom- 
pagna d'une harangue la remise de l'exemplaire en or destiné au 
Grand-Maréchal. Arbienïut le graveur de cette médaille, composée 
par Saly. Sur la face est le portrait du président de l'Académie, avec 
l'inscription : A, G. Comes de Moltke, Sacr. Reg. M. Consiliar. 
Intim. Et. Suprem. Aul. Mareschal. Le revers est orné d'une cou- 
ronne de laurier, et porte pour légende : Maecenati. Suo. D.D. D. 
Regia. Academia. Pict. Sculpt. Et. Archit. mdcclvii4. 

Le 13 avril, une autre médaille également composée par Saly et 
gravée par Arbien, fut distribuée aux membres de l'Académie par le 
Grand-Maréchal. Sur la face était l'image du Roi, et sur le revers 
une femme assise tenant une lime, une couronne de laurier et deux 
grenades. Au-dessous de cette allégorie de l'Académie était gravé 
Alit artes, et en exergue : Regia. academia. Pict. Sculpt. et Archit. 
instituta. mdccliv s. 

Le lecteur sera frappé comme nous des tendances personnelles 
qui se manifestent chez Saly. Cette médaille commémorative de la 

1. Thiele, p. 93. 

2 . Ibid. , p. 99. — Nicolas-Henri Jardin, ancien pensionnaire de l'Académie de France, 
avait obtenu son congé du Directeur des Bâtiments, le 10 décembre 1754. II était 
autorisé à séjourner en Danemark jusqu'en décembre 1760. Louis-Henri n'ayant pas 
été pensionnaire du Roi n'avait pas à obtenir de congé. Il accompagna son frère, sans 
avoir à solliciter aucune autorisation. (Nouvelles Archives de V art français, i" série, 
t. VI, p. 55). 

3. Thiele, p. 105. 

4. Ibid., p. 108. 

5. Ibid., p. 109. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQ.UES 319 

fondation de l'Académie danoise porte le millésime de 1754. Notre 
artiste ne peut admettre que la Compagnie dont il est le directeur 
date d'une époque antérieure à sa nomination ^ 

Avec l'année 1757 prit fin la première période du directorat de 
Saly qui fut réélu pour trois années 2. 

Si l'on en croit une publication contemporaine, c'est le 4 dé- 
cembre 1754 que le statuaire aurait présenté à Sa Majesté, au palais 
de Charlottenborg, une première esquisse de la statue équestre qu'il 
était chargé d'exécuter. Le roi parut satisfait ?. Mais le 3 août suivant, 
une esquisse plus grande, plus achevée, fut placée par Saly sous les 
yeux du monarque qui l'approuva hautement 4. Le piédestal était 
orné de deux bas-reliefs rappelant la protection donnée par Frédéric 
aux Sciences, aux Arts, au Commerce et à l'Industrie s. Aux deux 
extrémités du piédestal se trouvaient des trophées allégoriques et 
des inscriptions. Quatre statues demi-couchées, le Danemark , la 
Norwège, l'Océan et la Baltique, décoraient le soubassement. De 
larges bassins complétaient cette décoration ^. Son esquisse étant 
approuvée, Saîy eut souhaité de pouvoir entreprendre son petit 
modèle. Mais il sentait le besoin de conférer avec un fondeur. C'est 
ce qui le faisait insister pour qu'on appelât le plus rapidement pos- 
sible de Stockholm le sieur Meyer recommandé par Bouchardon. De 
son côté, Meyer se montrait difficile. Il exigeait notamment, l'envoi 
du modèle à Stockholm. On le fit céder sur ce point, et Meyer se 
rendit à Copenhague. Inutile tentative. Fondeur et statuaire ne 
purent s'entendre. Saly ne voulait confier à Meyer que la statue 
équestre, réservant à des fondeurs français , qu'on avait l'espoir de 
découvrir, les figures accessoires du monument. Tout à coup Meyer 
disparait ; il est reparti pour Stockholm. On négocie de nouveau 
avec lui par l'entremise de l'ambassadeur. Ses prétentions sont 
excessives et, de plus, il entend ne paraître à Copenhague qu'après 



1. Pendant qu'il exerce en Danemark la magistrature suprême sur toute question 
relative à l'art, Saly n'est point oublié de ses protecteurs parisiens. C'est en effet sous 
la date du 27 mai 1755 que nous trouvons inscrite aux Archives nationales (O^ 1064), 
la pièce ci-après, qui constitue Saly bénéficiaire d'une pension de 600 livres : — « Tra- 
vail du Roy. — J'ai envoyé à M. Perrier un bon du Roy par lequel Sa Majesté accorde 
au sieur Michel-Ange Slots, sculpteur de l'Académie, une pension de 600 livres, et 
une autre de pareils 600 livres au sieur Salis, aussi sculpteur de la même Académie, 
les dites pensions vacantes par le déceds du sieur Vinache, sculpteur de l'Académie 
qui jouissoit de 200 livres, et par celuy du sieur Le Moine, père , aussi sculpteur de 
1 Académie qui avoit 1000 livres de pension, (Nous devons la communication de ce 
document à l'obligeance de M. Henri Stein, archiviste aux Archives nationales.) 

2. Thiele, p. iio. 

3. Ihid., p. 95. 

4. Voir plus haut, p. 231. 

5. Thiele, p. 100. 

6. Ibid., p. loi. 



320 jACaUES salv ^ 

le complet achèvement du grand modèle. Saly déclare ne pouvoir 
souscrire à cette condition. D'ailleurs, les frais de voyage et le salaire 
exigés par Meyer atteignaient une somme de 17.900 livres ^ Il fallut 
rompre. On se tourna vers Berlin, dans l'espoir de décider le sieur 
fe5^ à se rendre en Danemark. Giese était mort 2. Une seule res- 
source restait aux Danois : recourir à Pierre Gor, le fondeur de 
Le Moyne. On entra directement en correspondance avec lui. Il fallait 
s'y attendre, Gor se montra très exigeant. Il ne demandait pas moins 
de 7.000 livres pour le seul voyage de Paris à Copenhague. Son 
retour à Paris coûta plus cher encore, et si nous évaluons en mon- 
naie de nos jours la somme qu'il reçut pour ses frais de déplace- 
ment, nous atteignons le chiffre de 42.000 francs. Son séjour en 
Danemark, on le constatera plus loin, fut encore plus onéreux 3. 

Saly voyant terminées les négociations avec Gor, se promettait de 
commencer prochainement le grand modèle de sa statue, qu'il se 
flattait d'achever en 1758. Dans sa pensée, la fonte pourrait avoir 
lieu en cette même année. De son côté, Gor donnait des ordres pour 
la préparation des fours dans la fonderie. Quant au marbre néces- 
saire au piédestal et aux vasques, le Gouvernement avait fait une 
commande de 142 blocs de marbre à Carrare 4, 

Il faut le reconnaître, Saly est un tempérament inquiet. C'est en 
vain qu'il a refondu les règlements de l'Académie en 1754 et livré 
au feu les statuts composés par Eigtved. Avant même que la pre- 
mière période de son directorat eût pris fin, en novembre 1757, 
Saly se disposait à tout bouleverser une seconde fois. Ce qui sub- 
sistait encore de l'ancien esprit de l'Académie , chez les confrères 
de notre artiste, le troublait. C'est dans cette pensée qu'il remit au 
Grand-Maréchal un mémoire contenant ses propositions de réforme. 
Il y avait à craindre que le comte de Moltke parût peu favorable à 
de nouveaux changements. La constitution de 1754 pouvait être 
jugée trop récente pour qu'il fût opportun de la modifier. Saly le 
comprit, et il essaya de convaincre un à un les professeurs de l'Aca- 
démie. L'émotion fut générale parmi les membres du corps ensei- 
gnant. Une opposition sérieuse se fit jour, et l'un des adversaires 
déclarés de Saly fut le sculpteur Petioldt. Celui-ci , d'ailleurs, avait 
singulièrement perdu de son influence dans l'Aeadémie depuis la 
nomination du nouveau directeur. Il jugea la situation si fâcheuse 
qu'il partit en secret pour la Saxe, son pays d'origine, et ne reparut 



1. Thiele, p. 102-104. 

2. Ihid., p. 107, 

3. Ibid., p. 108. — Voir plus haut, p. 195. 

4. Ibid., p. 112. 



I 



LETTRES INEDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHiaUES 32 î 

plus à Copenhague ^. Chaque article des nouveaux statuts proposés 
par Saly fut discuté et souvent amendé par les académiciens. Ainsi 
retouché, le texte du sculpteur français fut communiqué à l'assem- 
blée du 6 mars 1758 et voté. Le comte de Moltke était présent. Il 
eut la bonne grâce de remercier Saly, au nom de l'Académie, de 
ses efforts infatigables pour le bien de ses confrères, ajoutant qu'il 
avait l'espoir d'obtenir du Roi la ratification des nouveaux statuts 2. 

Le i^"" avril, le Roi vint en personne à l'Académie, et 
remit à cette Compagnie, sous la date du 31 mars, une sorte de 
charte ainsi intitulée : « Réforme et complément de la fondation du 
31 mars 17545 ». 

Un article des statuts nouveaux portait que le directeur élu par 
les recteurs et professeurs, pour une période de trois ans, était 
rééligible. Il devait servir « par honneur », c'est-à-dire sans gages, 
et recevrait après sa retraite le titre de « maître-directeur 4 ». Réor- 
ganisation platonique. Malgré l'émotion causée et les risques encou- 
rus, les choses marchèrent comme devant. Aucun recteur ne fut 
nommé, et encore moins un « maître-directeur », car Saly eut soin 
de se faire réélire tous les trois ans >. 

Le 2 novembre 1759 décéda Louis- Henri- Jardin, récemment 
venu en Danemark, et qui occupait le poste de professeur de pers- 
pective à l'Académie^ 

L'année suivante, en décembre, Saly eut la douleur de voir mou- 
rir sa mère. On lit sur les registres de la paroisse de la Sainte-Tri- 
nité de Copenhague : 

Le 6 décembre 1760, le matin, à dix heures, fut enterrée 
M™^ Michelle Saly, âgée de 70 ans, du château de Charlotten- 
borg. Avec corbillard. Maladie : phtysie^. 

Saly nous avait dit « avoir perdu la plus tendre et la meilleure des 
mères le i^'' décembre 1760 ^ ». De son côté, M. 5'/^w appelle notre 
attention sur les mots « avec corbillard ». Cette mention indique 
pour l'époque des obsèques luxueuses. Tels sont les faits dignes 
d'être relevés dans la vie de l'artiste durant la seconde période de 
son directorat. 

Nous avons vu Saly presser l'exécution de son petit modèle pen- 



I. 


Thiele, p. 109, 


IIO. 












2. 


Ibid., p. 113. 














5- 


Ibid. p. 113. 














4- 


Ibid., p. 114. 














S- 


Ibid., p. IT9. 














6. 


Ibid., p. 121. 














7- 


Renseignement 


fourni par 


M. 


Th. 


Stein 


(26 octobre 


189s). 


8. 


Voir plus haut, 
Art fr. xii 


p. 197. 













^2i JACaUES SALY 

dant l'année 1757. Il ne le termina que le lé novembre 1758 ^ Son 
grand modèle, aussitôt entrepris, ne sera complètement achevé que 
le 5 janvier 1764 ^. Que devenaient, en présence de pareilles len- 
teurs, les projets de fonte pour 1758 ? C'est en novembre de cette 
même année que Frédéric, accompagné de son fils, le prince Chris- 
tian, alors âgé de dix ans, se rendit dans l'atelier de Saly pour juger 
du petit modèle 5. 

Il ne faut pas croire que les études prolongées de SaXy n'aient pas 
eu leur contre-coup sur la Compagnie asiatique. Pendant les trois ans 
que dura l'exécution du grand modèle, dessinateurs, menuisiers, for- 
gerons, etc., reçurent une somme de 5.363 rixdales, et les gens de 
peine 4.488 rixdales. Au reste, avant qu'il put être procédé à la 
fonte, la Compagnie asiatique avait déjà dépensé 116.000 rixdales 
ou 324.000 livres 4. 

Ce fut le 18 octobre 1760 que l'on résolut de poser solennellement 
la première pierre du piédestal. La cérémonie eut lieu sous la pré- 
sidence du comte de Moltke, représentant la Compagnie asiatique. 
Il avait, pour la circonstance, fait graver une médaille. Sur la face 
était le portrait du Roi, et au revers l'inscription : Danorum.Felici- 
TATis.MoNUMENTUM S. Des exemplaires de cette médaille, en or, en 
argent et en bronze, les monnaies ayant cours, et une plaque de 
métal revêtue d'une inscription commémorative furent déposés dans 
le soubassement du piédestal ^. 

Réélu pour la troisième fois à la fin de décembre 1760, Saly se 
préoccupa de relever l'éclat de l'Académie en faisant inviter, à une 
assemblée solennelle, les princes Christian et Frédéric, fîls du Roi, 
que son état de santé tenait à l'écart de toute réunion. Les princes 
vinrent le i" avril 1761. A cette occasion, le directeur salua les 
princes par une harangue des plus gracieuses, à laquelle le prince 
héritier, âgé seulement de 1 3 ans, répondit avec beaucoup d'à-pro- 
pos. Vers le même temps, l'Académie s'était enrichie de divers 
portraits de ses membres, d'origine étrangère. Ainsi prit naissance 
une collection qui existe et s'augmente encore actuellement. On fit 
alors observer au peintre Carl-Gusiav Pilo, devenu l'hôte des Danois 
depuis 1741 , et professeur de dessin des pages de la cour et des 
cadets, qu'il était en dette d'un morceau de réception envers l'Aca- 

1. Voir plus haut, p. 232, 255. 

2. Au sujet des études nécessitées par ce grand modèle, voir plus haut, p. 255, 
256. 

3. Thiele, p. ii8. 

4. Ibid., p. 119. 

5. Ibid., p. 121. — Cette médaille coûta à la compagnie 2922 rixdales, soit 
81 19 livres (Thiele, p. 143). 

6. Ihtd., p. 122. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES $2$ 

demie. Piîo le comprit, et promit de peindre, outre son propre por- 
trait, celui du sculpteur Le Clerc, et celui du directeur Saly. Ce 
dernier ouvrage fut achevé en 1763 ^ 

Augustin Guys, qualifié par M. Parrocel, du titre de « secrétaire 
du Roi, Maison et couronne de France », était en outre un grand 
voyageur. Se trouvant en Danemark en 1762, il s'y était rencontré 
avec Saly et Jardin. Guys appartenait à l'Académie de peinture de 
Marseille. Il suggéra sans doute à ses deux compatriotes la pensée 
de se faire admettre dans cette Académie. Jardin devait fournir, 
comme morceau de réception, un projet d'église, et Saly, le 
modèle de sa figure équestre de Frédéric 2. A une date ultérieure, 
Saly substitua les modèles du Faune et de VHebé à celui du monu- 
ment de Copenhague 3. 

Instruits des bonnes dispositions de Saly à leur endroit, les aca- 
démiciens de Marseille se félicitèrent, le 3 septembre 1762, de voir 
entrer dans leurs rangs un artiste aussi célèbre. Saly écrit en ces 
termes au secrétaire de l'Académie, le 27 novembre suivant : 

Monsieur, 

J'ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire 
le 3 septembre dernier. J'y ai vu avec une véritable satisfaction , 
que votre illustre compagnie avait agréé la demande que j'avois 
prié Monsieur Guys de faire en mon nom. Je lui en témoigne 
ma reconnoissance dans la lettre ci jointe, que je vous prie, 
Monsieur, d'avoir la bonté de lui présenter. Si je suis sensible 
à l'honneur, je ne le suis pas moins à celui qu'elle me fait 
de souhaiter un morceau de ma main. J'épierai sûrement la 
première occasion ^e faire partir ce morceau. 

J'ay l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée, 
Monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

Saly. 

Copenhague, ce 27 novembre 1762 +. 

La lettre destinée aux académiciens est d'une allure plus solen- 
nelle : 

Copenhague, ce 27 novembre 1762. 

Messieurs, 
J'ai appris, avec autant de sensibilité que de reconnois- 

1. Voir plus haut, p. 296. 

2. E. Parrocel : Histoire documentaire de r Académie de Marseille, t. II, p. 150-151» 

3. Voir plus haut, p. 281, 282. 

4. Inédite, communiquée par M. Et. Parrocel. 



324 JACQUES SALY 

sance, l'honneur que vous me faites de me recevoir au 
nombre de vos associés. Cette faveur. Messieurs, me flatte 
d'autant plus que j'ai toujours été admirateur de votre ville 
célèbre qui, de tout temps, s'est distinguée par l'appui qu'elle 
a donné au mérite et à la vertu, et par les grands hommes 
qu'elle a produits dans tous les siècles. Je vous l'avoue. Mes- 
sieurs, je ne pouvais me rappeler votre immortel Puget, ni 
me représenter votre illustre Société, composée d'hommes 
savants dans tous les genres et remplis de zèle pour la gloire 
de leur patrie, sans désirer d'être incorporé parmi vous. Cette 
époque sera pour moi une des plus flatteuses de ma vie, et je 
conserverai constamment les sentiments de reconnoissance 
qu'elle fait naître aujourd'hui dans mon cœur. 

Je satisferai avec empressement au désir que vous témoignez. 
Messieurs, d'avoir de mes ouvrages; je profiterai de la pre- 
mière occasion pour vous en faire parvenir, et je me trouve- 
rai heureux s'ils peuvent mériter vos suff"rages. 

J'ai l'honneur d'être avec un très profond respect. Mes- 
sieurs, votre très humble et très obéissant serviteur, 

Saly^ 

Le 31 janvier 1763, les académiciens font parvenir à Saly un 
extrait du procès-verbal de la séance au cours de laquelle il a été 
admis. Le statuaire ne veut pas demeurer en reste vis-à-vis de ses 
nouveaux confrères. 11 leur écrit : 

Copenhague, le 23 avril 1763. 
Messieurs, 

J'ai reçu, il y a deux jours, la lettre que vous m'avez fait 
l'honneur de m'écrire, en date du 3 1 janvier dernier, avec 
l'extrait de la délibération de l'Académie, touchant ma récep- 
tion, et la lettre de notification qui l'accompagnait. Rien de 
plus flatteur, Monsieur, pour un artiste sensible, que la façon 
dont votre illustre Académie a accompagné la faveur qu'elle 
m'a fait. Aussi je puis vous assurer que rien ne peut égaler les 
sentiments d'amour, d'attachement et de reconnoissance dont 
je suis pénétré, et que je conserverai toute ma vie. 

Il est des circonstances qui touchent fortement ; il est des 
sentiments qui sont difficiles à rendre. Je me trouvai dans ce 

I. Et. Parrocel : Histoire documentaire, etc., t. II, p. 312-313. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUAŒNTS BIOGRAPHiaUES 325 

cas lorsque j'eus Thonneur d'écrire ma lettre de remercie- 
ments à l'Académie. Je vous prie, Monsieur, de lui réitérer 
tous mes sentiments pour elle. 

Je vous rends mille grâces, Monsieur, de la part que vous 
avez prise en ce qui m'est arrivé d'avantageux à ce sujet; on 
ne saurait être plus sensible à tout ce que vous avez dit de 
flatteur dans votre lettre. 

La façon dont vous vous portés. Monsieur, à obliger me fait 
espérer que vous voudrés bien avoir la bonté de m'instruire 
de ce que je dois faire à l'avenir touchant tout ce qui peut 
avoir raport à l'Académie, mon intention étant de remplir 
tous mes devoirs; je serois au désespoir si, faute d'en être 
informé, je venais à en obmettre quelques uns : soit à l'égard 
des fraix pour l'expédition de mes lettres patentes ou autres, 
soit à l'égard de quelques formalités. Enfin, Monsieur, je vous 
prie de m'instruire de tout; vous êtes sur les lieux; vous 
connoissés l'esprit et les usages du corps ; et la confiance que 
j'ai en vous me persuade que je ne manquerois en rien 
lorsque je me conformerois à tout ce que vous voudrez bien 
me dicter. Je suis avec tous les sentiments d'estime et de 
considération, Monsieur, votre très humble et très obéissant 
serviteur. 

SALY^ 

Ce n'est là qu'un épisode. Des faits plus graves s'imposent à 
notre étude. Nous avons dit que le comte de Moltke, Grand- 
Maréchal du Palais, président de l'Académie, était chargé de la sur- 
veillance de la statue équestre 2. Mais le comte de Moltke était en 
même temps président de la Compagnie 'asiatique. Celle-ci s'ef- 
frayait à bon droit des dépenses grandissantes occasionnées par une 
œuvre dont on n'entrevoyait pas l'achèvement. Lorsque Saly 
entreprit son grand modèle, il se fit construire un atelier spécial 
près le palais de Charlottenborg, La Compagnie paya les frais de 
cet atelier 3. Dès 1761, alors qu'on était loin encore de procéder à la 
fonte, le machiniste du théâtre royal, Joseph Zuher, reçut l'ordre de 
construire toutes les machines nécessaires au transport de la statue 
et à son érection 4. Travail prématuré que, sans doute, Saly avait 



1. Et. Parrocel : Histoire documentaire^ etc. y t. II, p. 313-514. 

2. Voir plus haut, p. 246. 

3. Thiele, p. 118. 

4. Ihid.f p. 121. 



J26 JACQ.UES SALY 

prescrit, et que la Compagnie dut solder encore. Le mécontente- 
ment était manifeste. Gor, toujours à Paris, faisait préparer à Copen- 
hague une fonderie colossale. La Compagnie asiatique acquittait les 
mémoires. L'opinion publique s'émut de pareilles dilapidations. Si 
la Compagnie se plaignait à Saïy, celui-ci rejetait tous les torts sur 
le fondeur. Gor recevait-il des observations écrites , qu'il se faisait 
aussitôt l'accusateur du statuaire. 

Le II janvier 1762, Saîy invita les directeurs de la Com- 
pagnie asiatique à venir voir son grand modèle dans l'atelier où il 
l'exécutait. L'entrevue fut le point de départ d'explications assez 
tendues'. Peu après, ce fut la Compagnie qui pria Saly de se pré- 
senter devant l'assemblée générale de ses membres. Évidemment, 
le sculpteur se fit attendre un peu, car la rencontre souhaitée n'eut 
lieu que le 13 mars 1763 au siège de la Compagnie. Dans cette réu- 
nion, Saîy le prit d'assez haut. Il marqua son mécontentement des 
rumeurs désobligeantes qui avaient cours sur son compte. N'avait- 
on pas dit que lui, Saly, aurait ralenti son travail dans le seul but de 
bénéficier plus longtemps des avantages qui lui étaient faits! En 
conséquence, il sommait la Compagnie de lui fournir une occasion 
de réfuter par écrit les calomnies répandues à son sujet. Le 4 juillet, 
la Compagnie fit tenir à Saly un mémorandum des conventions pas- 
sées entre elle et lui. Le statuaire répondit à cette pièce par une 
lettre fort longue dont nous regrettons de ne pas avoir le texte, et au 
cours de laquelle il se déclarait très blessé du tort qui lui était fait. 
C'était renverser les rôles. Aux dépenses que nous venons de signa- 
ler s'en ajoutaient d'autres vraiment surprenantes. Veut-on savoir, 
par exemple, à quelle somme s'élève le « fer fondu » dans l'établis- 
sement de l'atelier destiné à Gor ? La Compagnie paya, pour cette 
seule fourniture, 48.242 rixdales (134.000 livres). Une note 
d'outils, tels que : étuis, limes, repoussoirs, montait à la somme 
de 11.899 rixdales (33.050 livres). A la date de 1763, les ouvriers 
travaillant pour le compte de Gor avaient reçu 39.148 rixdales 
(108.746 livres). Et, naturellement, dans cette somme n'est pas 
comprise la dépense occasionnée par les cinq ouvriers français qui 
accompagneront le fondeur. Les salaires de ces aides, déjà fixés, 
atteindront 23.474 rixdales (65.205 livres). D'autres dépenses sont 
à prévoir. Mais la simple pension de Gor et celle de sa femme forme- 
ront un total de 8.625 rixdales (23.958 livres) 2. On comprend que 
la popularité de Saly et de Gor eut à souffrir de semblables gaspil- 



1. Thiele, p. 122. 

2. Ibid., p. 123-126. 



LETTRES INEDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHiaUES 327 

L'artiste acheva son grand modèle le 5 janvier 1764 ^ Il convo- 
qua ses confrères le 3 février dans son atelier. Le jugement des 
académiciens fut des plus flatteurs pour Saly. On ne craignit pas de 
consigner sur le livre des procès-verbaux que « si la statue de 
Copenhague était comparée aux chefs-d'œuvre exécutés jusqu'à ce 
jour, on constaterait sa supériorité sur tous les autres ouvrages » . 
Thiele fait remarquer avec malignité que ce fut Saly qui réclama 
l'insertion de cette phrase sur le registre de l'Académie 2. Mais si 
les contemporains de Saly ont pu mettre quelque hyperbole dans 
leur jugement, Thiele n'est pas exempt d'une certaine amertume à 
l'endroit de notre artiste, en songeant aux lourdes charges dont 
la statue de Frédéric fut le principe. Il est donc permis.de douter de 
l'entière exactitude de son dire. Saly peut ne pas être le promoteur 
d'une mention qui l'honore et dont ses confrères auront voulu 
conserver le souvenir. 

Son grand modèle étant prêt pour la fonte, notre artiste manifesta 
le désir de rentrer en France, se proposant de revenir en Dane- 
mark lorsque Gor aurait achevé son travail et qu'il n'y aurait plus 
qu'à procéder à l'inauguration. Ce projet causa quelque surprise. 
On fit observer à Saly que si la statue équestre se trouvait terminée, 
les parties accessoires du monument restaient à faire. Il s'était, en 
effet, proposé d'entourer l'image de Frédéric des allégories du 
Danemark, de la Norwège, de l'Océan et de la Baltique. Quatre 
bas-reliefs symbolisant la protection du Roi sur les Arts, les Sciences, 
le Commerce et l'Industrie devaient compléter l'ensemble déco- 
ratif 3. Saly comprit l'objection, mais il avoua ne pas être disposé à 
entreprendre cette partie de son programme après les plaintes for- 
mulées par la Compagnie asiatique. L'exécution des statues et des 
bas-reliefs qui devaient entourer le piédestal serait sûrement oné- 
reuse et la Compagnie ne manquerait pas de s'élever contre les 
nouvelles dépenses qu'elle serait tenue de supporter 4. Je ne sais si 
le sculpteur fut retenu par cette seule considération. Pour peu qu'il 
y réfléchît, il ne manqua pas de se rendre compte qu'il avait mis dix 
ans à exécuter le modèle de sa statue équestre. S'il abordait avec ce 
soin patient dont il avait donné la mesure les quatre statues et les 
quatre bas-reliefs projetés, nul doute qu'il ne mît encore dix ou 
quinze ans à s'acquitter de sa tâche. Quelle situation lui serait faite 
durant un tel laps de temps? Saly se trouvait dans un mauvais pas. 
Il le comprit et sollicita du roi un rescrit qui fut rendu en juin 1765, 

1. Voir plus haut, p. 174. 

2. Thiele, p. 126, 

3. Voir plus haut, p. 224-225. 

4. Thiele, p. 126, 127. 



}28 JACaUES SALY 

et d'après lequel les statues du Danemark, de la Norwège, de 
rOcéan et de la Baltique étaient supprimées. Frédéric motiva cette 
suppression par son désir d'alléger les charges de la Compagnie 
asiatiques II ne restait donc plus à exécuter que les quatre bas- 
reliefs. C'était encore beaucoup. Saly se mit à l'œuvre, mais sans 
enthousiasme et sans conviction. Il modela lentement un premier 
bas-relief et n'alla point au delà 2. Il paraissait toujours préoccupé de 
rentrer en France. Ses compatriotes réclamaient de lui les bas-reUefs 
du piédestal de la statue pédestre de Louis XV. L'architecte Patte 
l'attaquait. C'en était fait de sa tranquillité d'esprit. 

Sur ces entrefaites, le roi Frédéric V vint à mourir (13 jan- 
vier 1766). Le prince héritier monta sur le trône. Pendant quelques 
mois, on parut oublier le monument de Frédéric, mais, en août 
de l'année 1766, un rescrit de Christian VII, évidemment inspiré 
par Saly , supprima les bas-reliefs qui seraient remplacés par des 
inscriptions 3. L'artiste parut très peiné de cette décision qui 
diminuait l'éclat de son monument, mais il est permis de penser 
que la douleur de Saly n'eut rien de profond. Le rescrit du roi le 
dégageait de promesses difficiles à tenir, et, de par la volonté du 
souverain, sa tâche se trouvait achevée. Il était libre. 

Réélu directeur de l'Académie à la fin de l'année 1763 , Saly fut 
l'objet d'une élection du même caractère en décembre 1766. Mais 
durant cette double période, les faits dignes de remarque sont assez 
rares chez les académiciens. Mettons à profit celte pénurie d'événe- 
ments sur terre danoise pour entr'ouvrir la correspondance que Saly 
entretient d'une part avec l'Académie royale de Paris et de l'autre 
avec le marquis de Marigny, Directeur des Bâtiments. 

De tous les artistes français appelés à l'étranger, il n'en est pas, 
croyons-nous, que l'on puisse opposer à Saly pour la fidélité du 
souvenir et la déférence affectueuse envers ses confrères parisiens. 
Les Procès-verhaux en témoignent. Chaque année, le sculpteur en 
titre de Frédéric se rappelle à ses amis de France. Nous l'avons vu 
leur annoncer, en 1754, sa nomination de directeur de l'Académie 
de Copenhague. Nous retrouvons trace de ses lettres de 1756 à 
17744. 

A la vérité, le texte des lettres de Saly à ses confrères de l'Aca- 
démie de peinture de Paris n'a pas été conservé, tandis que sa cor- 



1. Thiele, p. 129. — Au sujet de cette décision du Roi, voir plus haut, p. 174, 
224-227, 229. 

2. Thiele, p. 129. 

3. Ibid., p. 134. 

4. Procès -ver baux, t. VII, p. 2, 30, SS> 80, 118, 155, 187, 212, 243, 284, 320, 
351, 383 ; t. VIII, p, I, 32, 63, 90, 115, 143. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 329 

rôspondance avec Marigny , ressaisie en majeure partie par 
M. Jules GuifFrey, est publiée'. Toutefois, une lettre datée de 
1764, et conservée aux Archives nationales, est demeurée inédite. 
Elle a son intérêt. Nous lui donnerons place ici. En voici le texte : 

Monsieur, 

Permettez, je vous suplie, qu'en ce renouvellement d'année 
je vous présente mon respectueux hommage et les assurances 
des vœux que je ne cesse de faire pour. votre conservation. 
Rien de plus essentiel aux succès et à la gloire des arts que 
l'amour que vous leur portez, Monsieur, et que la bienveil- 
lance dont vous honnorez les artistes. 

Je suis pénétré de la plus vive reconnoissance des marques 
de bonté que vous daignez. Monsieur, me donner dans la 
dernière lettre dont vous m'avez honnoré; tout y porte l'em- 
preinte d'une prévoyance sage et éclairée pour la sûreté et 
pour le bien-être des artistes du Roy demandez par des souve- 
rains étrangers, et tout les assure de l'appui qu'ils trouveront 
en vous. En mon particulier je vous rends mille grâces, 
Monsieur, de la permission que vous m'avez accordée de 
rester ici pour finir le monument que Sa Majesté danoise m'a 
demandé. J'y serois tranquille et je supporterois patiament un 
si long séjour hors de ma patrie, si je ne craignois que l'Aca- 
démie ne me privât des avantages qu'elle a accordés à plu- 
sieurs de ses membres qui se trouvoient dans le même cas où 
je me trouve. 

Le grand modèle de ma statue équestre. Monsieur, quoique 
fini depuis le commencement de l'année, n'est pas encore 
modelé^. La raison en est que le fondeur suédois avec qui on 
avait contracté, sans ma participation, en 1757, et qui devait 
arriver au mois de mars dernier, s'est désisté alors de cette 
ouvrage. M. Gor qui a fondu celle de Paris a été demandé; 
mais au lieu d'arriver au mois de juin, il n'a pu venir qu'au 

1. Nouvelles Archives de VArl fratiçais, i" série, t. VI, p. 82-100. — Nous ferons 
obsers'er qu'une faute d'impression s'est glissée dans les Nouvelles Archives. La lettre 
de Saly à Marigny, publiée aux pages 82-83, et dans laquelle l'artiste annonce le 
récent achèvement de son grand modèle, n'est pas du 18 janvier 1766, mais bien du 
18 janvier 1764. C'est, en effet, le 5 janvier 1764 que fut terminé le grand modèle, 
et l'autographe de Saly, conservé aux Archives nationales, porte la date de 1764. 

2. Lisez : moulé. — Au sujet de l'exécution du grand modèle, voir plus haut, 
p. 257, 258. 



530 JACQ.UES SALY 

mois d'octobre. Comme on ne pouvoit commencer sans dan- 
ger le moule de plâtre, tant à cause de la brièveté des jours 
qu'à cause des fortes gelées qu'on est dans le cas d'essuier, les 
opérations de ce moule, Monsieur, ont été remises au prin- 
tems prochain ; de sorte que voilà encore un an de retard sur 
cette partie. 

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect. Monsieur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

Saly. 
A Copenhague, ce i8 décembre 1764'. 

Le point à relever, dans la lettre qu'on vient de lire, c'est l'arrivée 
de Gor à Copenhague. Nous avons lieu de penser que le fondeur va 
séjourner en Danemark, sans interruption, jusqu'à l'achèvement de 
sa tâche, c'est-à-dire jusqu'en novembre 1770. 

Le 25 avril 1765, Saly perdit sa sœur aînée. Elle était mariée à 
M. Dubois de Champré, capitaine commandant, pour le compte de 
Frédéric V, l'un des forts de l'île Saint-Thomas aux Antilles 2 . 

Dans une lettre pubUée par M. Guiffrey, et adressée à Marigny, 
sous la date du 31 mai 1766, Saly^ en homme prudent, sollicite 
une recommandation du directeur des Bâtiments « auprès de M. le 
marquis de Blosset, qui vient d'être nommé ministre plénipoten- 
tiaire près de Sa Majesté danoise. » Marigny s'empresse d'envoyer 
à l'artiste la lettre de recommandation qu'il lui a demandée 3. La 
réponse de Marigny est du 15 juillet. A cette date, le départ de 
Paris de M. de Blosset n'estpas encore fixé. Quelques lignes seulement 
delà lettre de Saly ont trait au monument qui l'occupe. « L'impression 
des cires de ma statue équestre, écrit-il, sera bientôt finie. J'espère 
que dans quelque temps on pourra couler le noyeau4. » N'en dou- 
tons pas, Gor est présent à Copenhague et préside à ces opérations. 

Il est à peine besoin de signaler, en cette même année 1766, le 
discours officiel que Saly dut prononcer à l'Académie, en sa qualité 
de directeur, à l'occasion de la mort de Frédéric V. Il termina cette 
harangue en proposant l'envoi à Sa Majesté Christian VII, d'une 
Adresse tendant à la ratification par le Roi des statuts et privilèges de 
l'Académie. Cette requête fut immédiatement rédigée et expédiée le 
même jour par les soins de M. Wasserschlebe, membre d'honneurs. 

1. Inédite. — Archives nationales, Qi 1909. — Cette pièce a été obligeamment 
transcrite à notre intention par M. H. Stein. 

2. Voir plus haut, p. 197, 198. 

3. On a vu plus haut, page 174, qu'en cette même année 1766, Saly caressait le 
projet de pouvoir rentrer en France « sous deux ou trois ans au plus. » 

4. Voir plus haut, p. 257, ce que l'artiste écrit au sujet des retouches de la cire, 
j. Thiele, p. 152. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQ.UES 33 1 

Le 30 mars 1767, la jeune reine Caroline-Mathilde honora l'Aca- 
démie de sa présence ; la salle d'honneur était décorée des ouvrages 
des académiciens. Saly harangua la souveraine ^ 

Deux pensionnaires de l'Académie, graveurs en médailles, Johan- 
Heinrich IVolffet Daniel- Jensen Ad^er étaient rentrés à Copenhague. 
L'un et l'autre reçurent le titre d'agréé, à charge par eux de graver, 
pour leur réception, les poinçons de deux médailles : l'une , desti- 
née à lixer le souvenir de la fête décennale de TAcadémie, et l'autre 
offerte en hommage au président de Moltke. Il fut décidé qu'un 
exemplaire en or de la première serait présenté au Roi. Mais les 
professeurs, à l'instigation de Saly, résolurent de faire battre à leurs 
frais un exemplaire en or de la seconde médaille, et de l'offrir 
au président de l'Académie. Le 3 septembre, directeur et profes- 
seurs se présentaient chez le Grand-Maréchal, le priant de vouloir 
bien remettre à Sa Majesté la médaille qu'ils lui destinaient. Sans 
plus tarder, Saly priait le président d'agréer la médaille frappée à 
son effigie. Le comte de Moltke se montra très sensible à cette 
marque de civilité. Six jours plus tard, il convoquait l'Académie et 
l'informait que Sa Majesté Christian VII était heureuse de confir- 
mer la Compagnie dans ses privilèges. Là, ne s'arrêtait point la 
bienveillance du Roi. Christian VII élevait la dotation de l'Acadé- 
mie, fixée jusqu'alors à 2.400 rixdales (6.666 livres), à la somme 
de 5.000 rixdales (14.000 livres) pour les dépenses annuelles. 
Christian VII faisait plus encore. Il voulait que les artistes en fonc- 
tion, les professeurs et les simples membres de l'Académie reçussent 
des honoraires. A l'avenir, les veuves des académiciens méritants 
bénéficieraient de pensions. « A cette fin, était-il dit dans le docu- 
ment royal, dans le but d'aider au développement des arts déjà flo- 
rissants, nous constituons à perpétuité un fonds de 6.000 rixdales 
(^16.666 livres) à distribuer annuellement en quinze parts à des 
peintres, sculpteurs, architectes et graveurs. » 

Non content d'avoir été le porteur de cette bonne nouvelle au 
sein de l'Académie, le comte de Moltke invita tous les académi- 
ciens dans son palais pour un somptueux banquet, et personne ne 
douta qu'à dater de ce jour une ère de prospérité ne s'ouvrît pour 
l'art danois 2. 

Christian VII étant venu en personne à l'Académie le i'^'^ avril 
1768, Saly harangua le Roi et le remercia de la belle dotation 
promise. Il se garda d'oublier que la meilleure façon de flatter le 
monarque était de mettre en lumière la formation d'artistes danois. 

1. Thiele, p. 134. 

2. Ibid., p. 134-137- 



332 JACQUES SALY 

Anssi eut-il soin d'insister sur ce résultat heureux. Voici en quels 
termes notre artiste s'exprima dans la péroraison de son discours : 

Déjà , Sire ! Votre Académie, cet établissement si digne de 
Votre Majesté, commence à se choisir des membres parmi les 
sujets qu'elle a formés ; déjà les Danois peuvent se glorifier de 
compter d'habiles artistes parmi leurs concitoyens; déjà cette 
Compagnie peut citer des personnes illustres parmi ses 
membres ^ . 

L'Académie ne doit pas nous faire perdre de vue la statue de 
Frédéric. Le 21 janvier 1768, Saîy écrit à Marigny que « la veille, 
à deux heures, on a mis le feu au recuit du moule de potée. » On lui 
fait espérer que « la fonte se fera dans le courant du mois de mars 
prochain. Dieu le veuille », ajoute Saly^. 

Ce fut, en effet, le 2 mars que Goj'j qui avait obtenu le titre 
pompeux de commissaire en chef du Roi, procéda à la fonte. L'opé- 
ration réussit. Toutefois, après le démontage de la forme, Saly 
remarqua quelques défauts dans la tête du Roi et dans celle du 
cheval. Il ne manqua pas de dire avec humeur que les retouches 
nécessitées par ces lacunes allaient exiger de lui beaucoup de travail, 
et retarderaient pour longtemps encore son retour en France 3. 
Mal lui prit de parler ainsi. Ses plaintes vinrent aux oreilles de Gor 
qui, le rencontrant sur une place publique, le 4 juillet, lui admi- 
nistra une rude correction, à l'aide d'une lanière, comme s'il se fût 
agi de châtier un simple matelot. Gor fit comprendre à Saly qu'il 
n'entendait pas qu'on lui reprochât d'avoir mal fondu la statue. 
Saîy était accompagné de son domestique. Celui-ci voulut interve- 
nir. Gor l'en empêcha et le mit à la raison, non pas en usant de sa 
lanière, mais d'un simple bâton, laissant voir clairement, par cette 
différence de procédé, qu'il savait distinguer entre le maître et le valet. 
Quelles suites eut l'incident? Y eut-il jugement ou réconciliation 
amiable ? Les historiens de l'époque ont omis de le dire. Mais l'opi- 
nion n'était plus absolument favorable à Saly. On jugea sans doute 
que Gor s'était montré brutal, mais il eut pour lui les rieurs 4, 

Quelques semaines plus tard, le mécanicien Zuber qui, de longue 
date, on l'a vu, s'était préparé à son rôle, procédait au transport del 
la statue, depuis la fonderie jusqu'à la place d'Amalienborg. Nous* 
ne décrirons point l'ingénieuse machine à l'aide de laquelle Zuber 

1. Tliiele, p. 143. 



1. inieie, p. 143. 

2. Lettre publiée par M. Guiffrey. 

3. Thiele, p. 137. 

4. Ibid., p. 138. 



LETTRES INEDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQXJES 333 

opéra ce transport. La première partie du trajet fut accomplie le 
23 juillet. Une seconde étape, et la plus curieuse, eut lieu le 
lé août. Deux cents matelots commandés par Zuher tiraient, à 
l'aide de cabestans, la statue posée sur un traîneau, lequel glissaitt 
lui-même sur des poutres. Lorsqu'on avait franchi quarante pieds, il 
était nécessaire de déplacer les poutres sur lesquelles venait de 
passer le traîneau. On les portait en avant pour établir un nouveau 
plancher. La nuit surprit les travailleurs avant la fin de l'opération. 
On se remit à l'œuvre le lendemain, au petit jour, et, à midi, la 
statue se trouvait hissée sur son piédestal. 

Il est inutile de dire que cette inauguration eut pour témoins la 
Cour, les hauts fonctionnaires de l'État, une délégation de la Com- 
pagnie asiatique et tout le peuple de Copenhague. Toutefois , 
Christian VII , absent de sa capitale, n'assista point à la cérémonie. 
En revanche, la reine douairière, Julienne-Marie, le prince Frédé- 
ric, frère du roi et maint autre personnage de marque avaient 
pris place aux balcons du palais du Grand-Maréchal, situé, comme 
l'on sait, sur la place d'Amalienborg. Des salves d'artillerie, des 
feux de mousqueterie, l'illumination traditionnelle, et un magnifique 
souper offert aux frais de la Compagnie asiatique , marquèrent cette 
journée. 

La Compagnie fit, en outre, frapper deux médailles pour la circon- 
stance. La plus grande est l'œuvre de Wolff; la seconde fut gravée 
par Adier. Sur l'une et l'autre, le monument se trouvait représenté, 
mais avec des différences. L'inscription, sur les deux médailles,- 
était la même. On lisait sur la face : 

Stator I. Suo. Ob. Innum. Benef. P. Soc. Comm. Asiatica. 

MDCCLXVIII. 

Sur le revers . Divo. Frederico. Quinto. Populi. Sui. Patri. 
Generis. Humant. Amico. 

Les frais de l'illumination s'élevèrent à 1.150 rixdales (3.200 
livres). Ceux du souper à 581 rixdales (1.600 livres), et la dépense 
des deux médailles dont il vient d'être parlé atteignit 5.804 rixdales 
(ié.i20 livres '). 

Saly s'empressa d'écrire-le 20 août 1768 au Directeur des Bâti- 
ments pour l'informer de l'inauguration de sa statue équestre. Il ne 
manqua pas d'ajouter : 

Quoique ma statue soit placée sur son piédestal , elle n'est 
cependant pas achevée, puisqu'il me reste encore toute la 

I. Thiele, p. 139-142. 



334 jACaUES SALY 

réparation à faire. J*ai devancé l'opération du placement pour 
avoir plus de lumière que je n'en aurais eu dans la fosse de 
la fonderie où il y en avait fort peu ^. 

Deux événements, d'inégale importance, se rattachent à l'année 
1768, et veulent être racontés. 

On lit dans le journal des grandes assemblées de l'Académie 
impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, sous la date du 
8 juillet 1768 : 

Sur le rapport de M. le Président, M. Jacques-François 
Saly , sculpteur de S. M. le Roi de France, membre de Son 
Académie de Peinture et de Sculpture, membre de l'Acadé- 
mie de Florence et de Bologne, Directeur de l'Académie de 
S. M. le roi de Danemark, a été élu dans la séance extraordi- 
naire du 25 juin, membre libre, et confirmé en cette qualité 
par décision de S. M. Impériale. Comme sanction de cette 
dignité le Recteur adjoint faisant fonctions de Directeur a été 
invité à présenter à la signature un diplôme certifié par l'ap- 
position du sceau. 

A cette pièce s'ajoute la décision suivante émanant de Cathe- 
rine II : 

Pour le bien et la gloire de la Russie 

L'Académie Impériale des Beaux Arts de S* Pétersbourg, fon- 
dée par Son auguste Majesté l'Impératrice Catherine II, en 
vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par S. M. autocrate, 

I. Lettre publiée par M. GuifFrey. — Il convient de mentionner ici, comme se 
rattachant à l'inauguration du monument de Frédéric V, l'estampe de Preiskr. Cette 
planche a été exécutée d'après un dessin de Saly. Selon toute apparence, ce dessin 
ne put être fait que postérieurement au mois d'août 1768; or, dès l'année suivante, 
Saly hit parvenir à l'Académie Impériale de Saint-Pétersbourg un exemplaire de l'œuvre 
du graveur. Preisler s'était prestement acquitté de sa tâche. Saly fit également hom- 
mage de la gravure en question à l'Académie royale de Peinture de Paris. Il n'est pas 
sans intérêt de relever les restrictions formulées par le statuaire sur l'œuvre du gra- 
veur. Le 15 janvier 1770, le secrétaire de l'Académie de Paris consigne ces détails au 
procès- verbal de la séance : « M. Saly présente à l'Académie une estampe encadrée , 
de la statue équestre du feu Roy de Dannemarck, qu'il a exécutée en bronze. Dans 
cette lettre, il prévient l'Académie que ni le petit modèle, ni l'estampe ne peuvent en 
donner une idée juste. Les recherches qu'il n'a cessé de faire sur la nature^ depuis le 
petit modèle , et la peine qu'il s'est donnée d'exécuter entièrement celui en grand, 
l'ayant mis à la portée d'y faire divers changements très avantageux, il ajoute qu'a- 
gité d'un côté par la crainte d'exposer cette estampe aux yeux des plus savants artistes 
de l'Europe, et de l'autre par la douleur de ne pouvoir au moins faire voir cet ouvrage 
tel qu'il est, il s'est néanmoins déterminé à l'envoyer, comme un tribut de l'amour 
et de la reconnoissance qu'il doit à l'Académie. » (^Procès-verbaux de T Académie, t. VIll, 
p. 32-33-) 



I 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHiatJES 335 

en reconnaissance du zèle, du dévouement et du respect qu'a 
témoigné aux arts glorieux, M. Jacques-François-Joseph Saly 
sculpteur de S. M. le Roi de France, membre de Son Académie 
de Peinture et de Sculpture, membre des Académies de Florence 
et de Bologne, Directeur de l'Académie Royale de Danemark. 

Le reconnaît et le proclame, après l'élection unanime, 
membre libre honoraire de sa Société académique, avec droit 
de présence et de vote dans les séances publiques et autres 
prérogatives y attachées. — Fait à S' Pétersbourg, sous la signa- 
ture du Président de l'Académie, et l'apposition de son sceau, 
l'an duChrist 1768, le 8 juillet. Signé : Ivan Getz Koï. 

Le Secrétaire-Rapporteur : A. Soltykow ^ 

Cette nomination fut notifiée à l'intéressé le 2 septembre. C'est 
évidemment le secrétaire de FAcadémie qui tient la plume : 

Monsieur, 

La lettre que vous avez écrite à M"" le Président ayant été 
présentée à l'Académie des Beaux-Arts, l'Assemblée instruite 
et satisfaite du désir que vous avez témoigné d'être admis au 
nombre qui la compose, vous a agréé d'une voix unanime 
comme un de ses associés libres honoraires. Elle me charge. 
Monsieur, de vous en faire part et de vous annoncer le plai- 
sir qu'elle a de se voir attachée une personne d'un mérite si 
reconnu. 

L'Académie, persuadée du vif intérêt que vous prenez à tout 
ce qui la concerne, me charge de vous remettre de sa part le 
Diplôme de cette qualité, accompagné de compliments et de 
félicitations 2. 

Il résulte de ce texte que Saly a pris l'initiative d'une demande vis- 
à-vis de l'Académie de Saint-Pétersbourg. Il répondra le 29 octobre 
à ses nouveaux confrères. Selon sa méthode, il fera tenir deux 
lettres au secrétaire de l'Académie. L'une, personnelle à ce fonction- 
naire, l'autre destinée à la Compagnie. La première est ainsi conçue : 

Monsieur ! 
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire 
le 2 du mois dernier, et le diplôme qui me constitue membre 

1. Documents fournis par M. V. LoboykofF, secrétaire de l'Académie (25 no- 
vembre 1895). 

2. Même provenance. 



336 JACQUES SALY 

associé libre honoraire de votre Académie Impériale des 
Beaux-Arts. 

Rien ne pouvoit m'être plus flatteur, Monsieur, que la 
réception de ces deux pièces et que les expressions obligeantes 
dont le respectable corps accompagne la faveur qu'il m'a faite. 
Je témoigne à cette illustre Compagnie les tendres sentiments 
que m'inspire une faveur aussi distinguée, dans la lettre ci- 
jointe que je vous prie, Monsieur, d'avoir la bonté de lui 
communiquer, quoi que vous ayez part au contenu de cette 
lettre, permettez. Monsieur, que je vous rende grâce ici de la 
part que vous avez eue à toute cette affaire. 

Persuadé, Monsieur, du plaisir que vous avez à obliger, 
j'espère que vous voudrez bien m'informer de ce que je dois 
faire touchant ce qui peut avoir rapport à l'Académie, mon 
intention étant de remplir mes devoirs, je serois fâché, si, 
faute d'en être informé, j'en obmettois quelques-uns, soit à 
l'égard des frais d'expédition de mes lettres patentes ou autres, 
soit à l'égard de quelques formalités. Enfin, Monsieur, je vous 
prie de m'instruire de tout. La confiance que j'ai en vous, me 
persuade que je ne manquerai en rien lorsque je me confor- 
merai à ce que vous voudrez bien me dicter. 

J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que l'estime 
et la considération peuvent inspirer. Monsieur, Votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

Saly'. 

Plus bref, lorsqu'il s'adresse à l'Académie, Saly lui fait parvenir 
les lignes suivantes : 

Messieurs ! 

Sensiblement touché de l'honneur que vous m*avez fait de 
m'admettre au nombre des associés libres honoraires de votre 
respectable et illustre corps, permettez que je vous témoignej 
toute la reconnoissance que je ressens d'une époque aussi flat- 
teuse pour moi. S'il y a des circonstances. Messieurs, qui 
touchent fortement, il y a des sentiments qui sont difficiles ài 
exprimer : tel est le cas où je me trouve; mais je vous prie. 
Messieurs, d'être bien persuadés, que malgré la foiblesse de 

I. Document fourni par M. V. LoboykofF(25 novembre 1895). 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 337 

mes expressions, je ne ressens pas moins vivement l'étendue 
de la faveur que vous m*avez faite, et que je conser\'erai toute 
ma vie le souvenir le plus entier. 

Rien ne peut égaler, Messieurs, les sentiments d'amour et 
d'attachement que je voue à votre Compagnie et rien n'altérera 
jamais l'estime et la gratitude que je dois a chacun de vous 
en particulier. 

J'ay l'honneur d'être, avec un respect infini. Votre très 
humble et très obéissant serviteur, Saly ' . 

Cette élection de Saly à rAcadémie de Saint-Pétersbourg eut son 
épilogue l'année suivante. L'artiste ne voulait pas rester débiteur de 
ses confrères. Il avait à cœur de doter la Compagnie de deux de ses 
ouvrages. Voici en quels termes il écrit au secrétaire de l'Académie 
le 5 août 1769 : 

Monsieur, 

Lorsque j'eus l'honneur d'écrire à Monsieur le Conseiller Privé 
actuel de Betzky, le 3 mai de l'année dernière, pour témoi- 
gner à S. E. le désir que j'avois d'être admis dans l'Académie 
Impériale des Beaux-Arts, je finissois ainsi ma lettre : 5/ de 
pareils morceaux à ceux qui se trouvent déjà che^^ Monsieur le Con- 
seiller d'Etat de Stehlin, peuvent trouver place à V Académie, je me 
ferai un devoir et un plaisir de les lui faire parvenir par la première 
occasion qui se présentera-, et dès le moment que j'appris la 
faveur que votre illustre corps m'avoit faite, je ne perdis pas 
un instant pour faire préparer ces deux morceaux. 

Depuis ce tems là. Monsieur, j'ai toujours attendu ce qui 
me seroit mandé à ce sujet; mais comme d'un côté je ne 
recevois aucune sorte de décision, et que d'un autre côté je 
craignois de manquer à l'Académie, j'ai témoigné mon embar- 
ras à Monsieur de Lysakewitz, Secrétaire d'ambassade de votre 
Cour à celle-ci, qui par la voix de M. le Conseiller d'Etat de 
Stehlin, a bien voulu m'informer : que Mgr S. E, le Pré- 
sident de V Académie éioit dans la pleine persuasion de m' avoir 
repondu à ce sujet et que les pièces en question seroient bien reçues. 

Dans cette espérance je me suis déterminé à les faire embar- 
quer sur le vaisseau le « Postillon-poste », avant-hier 3, et j'ai 
pris la liberté de les mettre à votre addresse. Monsieur, vous 



k 



I. Document fourni par M. V. Loboykoff (25 novembre 189;). 

Art fr. xii. 22 



53^ JACQXJES SALY 

priant d'avoir la bonté de les remettre à l'Académie en lui 
présentant mes hommages. Je la supplie de les recevoir 
comme un tribut de reconnoissance pour l'honneur qu'elle 
m'a fait et des sentiments d'amour et de vénération que je 
lui ai voués. 

Aussitôt que je pourroi disposer d'une épreuve de l'estampe 
du monument de Frédéric V, pour l'exécution du quel la Cour 
de Danemark m'a emprunté à la mienne, je prendroi la Uberté 
d'en faire une offrande à l'Académie. Je serois très flatté si les 
morceaux qui viennent d'être embarqués pour elle, ainsi que 
l'estampe pouvoient mériter ses bontés et son approbation. 

Je joins à cette lettre une note contenant la façon de décais- 
ser le Faune et VHébé; et le connoissement signé du capitaine, 
nommé Gems Andersen Eli, chargé du transport des deux 
caisses. 

J'ai l'honneur d'être, avec une considération distinguée et 
une estime infinie, Monsieur, Votre très humble et très 
obéissant serviteur. 

Saly \ 

L'artiste fut remercié en ces termes, le 2 octobre, de son double 
envoi : 

I. La feuille d'instruction annoncée dans cette lettre est ainsi libellée : 

FAÇON DE DÉCAISSER LA STATUE DU FAUNE QUI SE TROUVE DANS LA CAISSE N° I. 

1° Il faut placer la caisse debout et oter toutes les viz marquées O, qui sont dés 
deux cotés de la caisse sur lesquels il est écrit devant et derrière. 2° Oter les 4 viz 
marquées A, ainsi que les 2 tasseaux que ces 4 viz attachent à la caisse. 3» Oter les 
4 viz marquées B, et tirer bien doucement et bien horizontalement les deux planches 
qui traversent la figure. 4" Oter les 8 viz marquées C, et lever les 4 tasseaux que ces 
8 viz attachent. 5" Tirer avec beaucoup de précaution la figure dehors de la caisse. 
N. B. Si la rouille empêche d'oter les viz avec facilité, il faut en dégager les têtes fort 
doucement avec des petits outils qui coupent bien, et surtout de bien prendre garde 
de frapper aucun coup, soit de marteaux, soit de maillets. 

FAÇON DE DÉCAISSER LA STATUE d'hÉBÉ QUI SE TROUVE DANS LA CAISSE n° 2. 

1° Il faut placer la caisse debout et oter toutes les viz marquées O, qui sont des 
deux cotés de la caisse sur lesquels il est écrit devant et derrière. 2° Oter les 4 viz 
marquées A, ainsi que les 2 tasseaux que les quatre viz attachent à la caisse. 3° 
Oter les 4 viz marquées B et tirer bien doucement et bien horizontalement les deux 
planches qui traversent la figure. 4° Oter les 8 viz marquées C et lever les 4 tasseaux 
que ces 8 viz attachent. 5° Tirer avec beaucoup de précaution la figure dehors de la 
caisse. N. B. Si la rouille empêche d'oter les viz avec facilité, il faut en dégager 
les têtes fort doucement avec de petits outils qui coupent bien, et surtout de bien 
prendre garde de frapper aucun coup soit de marteaux soit de maillets (Document 
fourni par M. V. LoboykofF, 25 novembre 1895). 



LETTRES INEDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 339 

A M. Saly associé libre honoraire de F Académie, à Co- 
penhague. 

Monsieur, 

J'ai reçu la lettre obligeante que vous m'avez fait l'honneur 
dem'écrire le 6 d'aoust dernier; je l'ai communiquée à l'Aca- 
démie qui l'a très bien agréée. Les deux pièces que vous m'an- 
noncez lui sont parvenues à bon port et lui ont fait également 
plaisir. J'ai donc ordre, Monsieur, de vous faire de la part de 
l'Académie de sincères remerciemens. Quant à la faveur que 
vous me faites l'honneur de me dire que vous en avez reçu, 
elle n'est, Monsieur, qu'une suite de la justice qu'elle vous 
rend, et de l'estime qu'elle a pour vous. L'Académie recevra 
avec le même empressement l'épreuve de l'Estampe du monu- 
ment de Frédéric V, et se fera un vrai plaisir de vous envoyer 
réciproquement ce qui pourroit mériter votre approbation. 
En mon particuUer, je vous prie d'agréer les assurances sin- 
cères de l'estime parfaite, et de l'entière considération avec 
lesquelles j'ai l'honneur d'être. Monsieur, 

Votre serviteur.^ 

Cette lettre émane, évidemment, du secrétaire de l'Académie. 

Nous avons vu que Christian VII n'assistait pas à l'inauguration 
du monument de Frédéric V. Le jeune roi de Danemark avait entre- 
pris, au cours de l'été de 1768, de visiter plusieurs cours d'Europe. 
C'est ainsi qu'il se rendit auprès des souverains de Hollande, d'An- 
gleterre, d'Allemagne et de France. Struensée, son médecin, et déjà 
son favori, accompagne le monarque dans ce voyage. Christian 
était en France au début de novembre ^ . Ce fut lui qui sollicita du 
roi Louis XV le titre de chevalier de l'Ordre de Saint-Michel en 
faveur de Saly et de Jardin. Le roi de France accorda la faveur qui 

1. Comme dernier renseignement, nous donnons ici deux extraits des registres de 
l'Académie, relatifs aux envois faits par Saly à cette Société, en 1769. « Van iy6^, le 
ij août, en présence des membres du Comité de l'Académie Impériale des Beaux- 
Arts, il a été décidé que, en réponse à la lettre de M. Saly, membre libre honoraire, 
on lui écrirait pour le remercier de l'envoi fait à l'Académie de deux figurines d'al- 
bâtre représentant un Faune et Hébè, que M. le Trésorier Golovatchersky a été invité 
à accepter et à inscrire dans le catalogue des objets appartenant à l'Académie. — 
L'an IJ7^, le 2j mars, dans la séance ordinaire des membres du Comité de l'acadé- 
mie impériale des Beaux-Art, il a été décidé : 4° objets entrés à l'Académie § 2 ; ins- 
crire parmi les objets non encore inscrits une estampe représentant une statue 
équestre de Frédéric V, estampe envoyée en 176^ par M. Sally, membre libre hono- 
raire. » (Documents fournis par M. V. Loboykoff,le 25 novembre 1895.) 

2. Voir plus haut, p. 283. 



340 JACaUES SALY 

lui était demandée. Le ii novembre, le comte de Bernstorff écrit de 
Paris au sculpteur du monument de Frédéric V : 

Monsieur ! 

Je ne puis céder à personne le plaisir de Vous annoncer que 
mes vœux sont remplis et que Vous avez été créé Chevalier 
de l'Ordre du Roi Très Chrétien. J'en ai la promesse positive 
de Sa Majesté, annoncée par Monsieur le marquis de Marigny. 
M. Jardin recevra le même honneur. Je n'attends que le 
retour de la Cour de Fontainebleau pour presser les expédi- 
tions nécessaires. 

Tout ce que je souhaite c'est que cette décoration qui sera 
si bien placée et que Vous méritez si parfaitement, Vous fasse 
autant de plaisir qu'elle m'en a fait à moi. 

J'ai l'honneur d'être avec les sentiments les plus distingués, 
Monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 
Bernstorff ^ 

Deux jours plus tard, Ogier, conseiller d'Etat, ancien ambassa- 
deur de France en Danemark, écrit à Saly : 

J'ai appris, Monsieur, avec trop de plaisir l'usage que M. de 
Bernstorff vient de faire de la considération singulière dont il 
jouît dans ce païs-ci, pour différer de Vous informer qu'il a 
obtenu pour Vous et pour M. Jardin le cordon de l'Ordre de 
Saint-Michel. Cette grâce est d'autant plus singulière qu'indé- 
pendament de Vos talens connus dans ce païs-ci et de Vos 
succès en Danncmarck, elle Vous est accordée avant de l'êttre 
à M. Pigalle et à M. Le Moine, Vos anciens ; je me fais un vrai 
plaisir d'être au moins un des premiers à Vous en informer et 
à Vous en marquer ma joie. 

M. le marquis de Blosset doit Vous en informer aussi par 
ce même courrier. Recevez-en mes compliments bien sin- 
cères^. 

L'Ambassadeur en titre, le marquis de Blosset, qui n'a pas encore 
quitté Paris, écrit de son côté : 

Je suis trop enchanté. Monsieur, de la grâce distinguée que 

1. Archives communales de Valenciennes, section D. N* 620. 

2. Archives communales de Valenciennes, loc. cit. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHiaUES 34 1 

le Roi vient de Vous accorder, pour ne pas Vous en témoigner 
ma satisfaction, M""^ de Blosset la partage et Vous prie de 
recevoir son compliment. C'est à M. le comte de Bernstorft 
que Vous devez vos remerciements. Il est déjà bien payé par 
le plaisir qu'il a eu de trouver l'occasion de Vous donner des 
preuves de son estime. Pour moi, je serai toujours très flatté de 
pouvoir Vous en donner du véritable attachement avec lequel 
j'ai l'honneur d'être. Monsieur, Votre très humble et très 
obéissant serviteur, 

Blosset'. 

Encore que le titre de chevalier de l'Ordre de Saint-Michel entraî- 
nât l'anoblissement pour celui qui le recevait, le comte de Berns- 
torfF désira que des lettres de noblesse fussent adressées au nouveau 
chevalier. Il écrit dans ce sens au comte de Saint-Florentin, ministre 
d'Etat: 

Monsieur ! 

Le Roi Très Chrétien ayant bien voulu accorder aux instances 
du Roi mon maître, l'ordre de Saint-Michel au sieur Saly, 
Directeur de Son Académie de peinture et de sculpture, et au 
sieur Jardin, Intendant de ses bâtiments et son premier Archi- 
tecte, c'est de la part de Sa Majesté que j'ai l'honneur de prier 
Votre Excellence de leur procurer et faire expédier les titres 
de Noblesse qui doivent précéder leur décoration. 

Le Roi mon maître est bien aise de témoigner par cette 
démarche le cas qu'il fait des talens distingués et du mérite 
personnel de ces deux artistes célèbres, et il se fait en même 
tems un vrai plaisir d'obtenir cette récompense pour des 
hommes qui font honneur à leur patrie et à une nation qui 
lui est si chère. 

J'ai l'honneur d'être avec respect. Monsieur, de Votre 
Excellence le très humble et très obéissant Serviteur, 

Bernstorff^. 

Cette lettre doit être du 6 décembre. En effet, il existe aux 
Archives de Valenciennes la copie d'une dépêche de Bernstorff au 
marquis de Marigny, conçue dans des termes identiques à ceux de 
sa lettre au comte de Saint- Florentin. Cette répétition d'un même 

1. Archives communales de Valenciennes, loc. cit. 

2. Archives communales de Valenciennes, loc. cit. 



342 JACQUES SALY 

texte nous interdit de publier ici la lettre écrite à Marigny. Mais 
dans sa réponse, datée de Versailles le 19 décembre 1768, Marigny 
accuse réception de la dépêche qu'il a reçue le 6 du même mois. 
Voici d'ailleurs en quels termes s'exprime le directeur des Bâti- 
ments : 

A M. le Comte de BernstorfF, Ministre d'État du Roi de 
Dannemarck. 

Monsieur! 

J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur 
de m' écrire le 6 de ce mois en faveur des S" Sâly et Jardin, 
artistes françois, attachés à Sa Majesté Danoise, à la protection 
et aux bontés de laquelle ils devront l'honneur d'être admis 
dans l'Ordre de Saint-Michel. Je supplie Votre Excellence de 
mettre aux pieds de Sa Majesté Danoise la très humble assu- 
rance de mon zèle et de mon dévouement pour tout ce qui 
peut lui plaire, et de l'assurer en même tems que dès que les 
S" Saly et Jardin auront rempli l'article indispensable de la 
Noblesse, suivant les instructions que j'ai données au dernier, 
je ne perdrai pas un instant pour les faire jouïr d'une grâce 
que toutes les circonstances doivent leur rendre infiniment 
précieuse. 

J'ai l'honneur d'être, avec la plus parfaite considération. 
Monsieur, de votre Excellence, le très humble et très obéissant 
Serviteur, 

Le marquis de Marigny ^ . 

Les Lettres de noblesse sont préparées. Mais certains détails ne 
peuvent être fournis que par les intéressés. Le comte de Saint- 
Florentin écrit 2i Jardin le 3 janvier 1769 : 

Je vous donne avis avec plaisir. Monsieur, que le Roi Vous 
a accordé et au S'' Saly les Lettres de noblesse que vous avez 
fait demander à Sa Majesté. Je suis fort aise qu'EUe se soit 
portée à Vous favoriser de cette grâce. Vous voudrez bien m'en- 
voyer et faire avertir le S'' Saly de m'addresser pareillement un 
projet des Lettres qui Vous sont nécessaires, dans lequel Vous 
établirez vos titres et vos moyens pour me mettre en état de les 
faire rédiger, et Vous faire jouïr de la faveur que Vous venez 

I. Archives communales de Valenciennes, loc. cit. 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHiaUES 343 

d'obtenir de Sa Majesté. On ne peut Vous être. Monsieur, plus 
parfaitement dévoué que je le suis. 

Saint-Florentin'. 

Jardin se trouvait en France à la fin de 1768. C'est ce qui explique 
que Marigny et Saint-Florentin le chargent d'être leur intermédiaire 
dans les explications qu'ils désirent faire parvenir à Saly. Celui-ci, 
toujours à Copenhague, a écrit au marquis de Marigny sous la date 
du 3 janvier, et il s'est permis de faire observer combien la faveur 
dont il est l'objet lui paraît imméritée, alors que MM. Pigalle, Le 
Morne et Coustou, ses maîtres et ses aînés, n'ont pas bénéficié 
d'un pareil honneur. Marigny répond à Saly le 23 janvier : 

Je Vous confirme avec bien du plaisir. Monsieur, ainsi que 
Vous me paroissez le désirer par Votre lettre du 3 du mois 
dernier, la décision par laquelle Sa Majesté Vous a agréé ainsi 
que M. Jardin pour être admis dans son Ordre de Saint-Michel. 
La protection de Sa Majesté Danoise, la distinction que Vous 
avez sçû mériter l'un et l'autre par ^os talents, ne m'ont en 
quelque sorte laissé d'autre soin que celui de témoigner com- 
bien je Vous crois tous deux dignes de la grâce dont Vous êtes 
honorés. Je ne doute pas qu'elle ne devienne pour Vous un 
nouveau motif d'émulation. J'ai lu avec une véritable satisfac- 
tion l'expression de vos sentimens sur ce qui concerne 
MM. Pigalle, Jx Moine et Coustou. Cette façon de penser ne 
peut que vous faire un honneur infini. 

M. Jardin vous a sans doute informé de ce que Vous avez à 
faire sur l'article des lettres de noblesse. Dès que Vous serez en 
règle à cet égard, j'ordonnerai toutes les expéditions conve- 
nables pour que Vous puissiez jouir des honneurs de l'Ordre, 
en attendant que les circonstances vous permettent d'être reçu 
en Chapitre. 

Je suis. Monsieur, votre très humble et très obéïssant Ser- 
viteur, Le MARQ.UIS DE MaRIGNY ^ 

Quelques semaines plus tard, Saly reçut, à Copenhague, les Lettres 
royales dont voici le texte : 

Anoblissement du Sieur Saly. 

Versailles, du mois de X^''^ 1768. 

Louis... à tous présens et à venir, salut. 

•Le désir que nous avons d'encourager le progrès des sciences 

I. Archives communales de Valenciennes, loc. cit. 



344 JACaUES SALY 

et des beaux-arts, dans notre Royaume, par des récompenses 
propres à exciter l'émulation dans la classe de ceux de nos sujets 
qui s'y destinent, et qui, parleur application, parviennent à s'y 
distinguer, a toujours excité notre attention la plus particulière. 
La connoissance que nous avons des talens et de l'expé- 
rience qu'a acquise notre cher et bien amé le sieur Jacques- 
François-Joseph Saly, l'un de nos sculpteurs et membre de notre 
Académie de Peinture et de Sculpture de Paris, Directeur de 
l'Académie Royale de Peinture, Sculpture et Architecture de 
Copenhague , associé libre honoraire de l'Académie Impériale 
des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg ^ et membre de l'Acadé- 
mie des Arcadiens^, et de celles de Florence % de Bologne+et 
de Marseille '*, mettant aussi en considération la bienveil- 
lance que notre bien amé frère et cousin le Roi de Dane- 
marck nous a marqué avoir pour le dit sieur Saly auquel il a 
confié la direction de sor^ Académie de Peinture et de Sculpture 
à Copenhague, et la satisfaction qu'il ressent du zèle avec 
lequel il travaille depuis nombre d'années pour son service. 
Etant aussi informé que le sieur Saly, né à Valenciennes d'une 
famille honnête, originaire de Toscanne, est élève de Notre 
Académie de Peinture et de Sculpture de Paris, où il a rem- 
porté les premiers prix de la sculpture en 1737 et 1740^; que 
pour se perfectionner de plus en plus dans son art il a tra- 
vaillé à Rome, pendant huit ans, en qualité de Notre pen- 
sionnaire; qu'à son retour, voulant laisser dans la Ville de 
Valenciennes, sa patrie, un témoignage permanent de sa 
reconnoissance et de ses sentimens en concourant à son 

1. Voir plus haut, p. 334-339. 

2. Quelques efforts que nous ayons fait pour obtenir du président de l'Académie 
des Arcades, à Rome, Mgr Bartolini, la date précise de l'admission de Saly dans cette 
Compagnie, nous n'avons pu obtenir ce renseignement. 

5. Il résulte clairement de ce texte, que Saly appartenait à l'Académie des Beaux- 
Arts de Florence, antérieurement à 1768. Or, sous la date du 14 août 1895, le prési- 
dent de cette Société ne craint pas de nous écrire que, d'après les registres qu'il a sous 
les yeux, « Saly, sculpteur français, » aurait été admis à l'Académie de Florence «■ le 
10 janvier 1773. » L'erreur est évidente. D'autre part, l'abbé Lebrun, en 1777, s'ex- 
prime ainsi : « Toutes les académies dans lesquelles Saly avait été admis, n'étant 
encore qu'élève de celle de France, furent enchantées d'avoir son nom écrit dans leurs 
fastes. » (Revue universelle des Arts, t. XIII, p. 339). On a vu que Saly fut reçu à 
l'Académie de Bologne, avant son retour en France, en 1748. Il se peut que l'Acadé- 
mie des Arcades à Rome et celle de Florence aient ouvert leurs rangs à notre 
artiste pendant son séjour en Italie, c'est-à-dire entre 1740 et 1748. 

4. Voir plus haut, p. 306. 

5. Ibid., p. 323-325. 

6. Saly remporta, en effet, le second Grand-Prix de Rome en 1737, mais son pre- 
mier Grand-Prix date de 1738, et non pas de 1740 ( Voir plus haut, p. 279). 



LETTRES INEDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHiaUES 345 

embelissement, il proposa de lui consacrer gratuitement les 
prémices de ses talens, en exécutant en marbre blanc Notre 
statue pédestre pour être élevée sur la place de cette ville, ce 
qu'il a fait à notre satisfaction ; qu'il a encore été chargé de 
plusieurs autres travaux, qui, quoique moins considérables 
caractérisent son génie et lui ont acquis une réputation distin- 
guée et justement méritée; qu'ayant été appelle en Danne- 
marck, il fut choisi pour y donner les modèles et exécuter en 
bronze la statue équestre du feu roi Frédéric cinq, alors régnant, 
qui vient d'être élevée en la place royale de Frédérichstadt à 
Copenhague; que depuis plus de quinze ans qu'il est dans ce 
Royaume où il ne passa qu'avec notre agrément, il a partagé 
tout son tems entre les traveaux de ce grand ouvrage et ceux 
qu'exige la place de Directeur de l'Académie Royale des Arts 
de Bannemarck qui lui a été confiée; que le degré de perfec- 
tion auquel elle est parvenue est dû à ses soins assidus par le 
grand nombre d'élèves qu'il a formés; enfin qu'il ne s'est pas 
moins rendu estimable par la célébrité de son art que par 
son désintéressement et la pureté de ses mœurs. C'est pour 
lui en procurer une récompense convenable que notre bien 
amé frère et cousin le Roi de Dannemarck nous demande 
pour lui des lettres de noblesse que nous n'accordons qu'aux 
personnes recommandables par leur mérite et leur vertu. Nous 
avons accordé au dit sieur Saly cette marque de notre bien- 
veillance, d'autant plus volontiers, qu'avant de se transporter 
en Dannemarck il a laissé en France des fruits de ses talens 
et avoit commencé a y mériter la réputation dont il jouit. 

A ces causes et autres à ce nous mouvans, désirant donner 
à notre cher et bien amé frère et cousin le Roi de Danne- 
marck les preuves les plus signalées du cas infini que nous 
fesons de sa recommandation, Nous avons de Notre grâce 
spéciale, pleine puissance et autorité Royale annobli et par ces 
présentes signées de notre main annoblissons le dit Sieur 
jAcauES-FRANÇOis-JosEPH Saly, l'avons décoré et décorons des 
titres et qualités de Noble et d'Ecuyer... 

Donné à Versailles, au mois de décembre, l'ande Grâce 1768 
et de notre règne le 54* ^ 

I. Archives nationales O' 6i6 b. et X. 8787, f" 394. — Nous ne croyons pas 
utile de transcrire ici le formulaire relatif à la perpétuité des honneurs et privilèges 
conférés à Saly, celui-ci étant mort sans postérité. 



34^ JACCLUES SALY 

Dans la liste des artistes nommés chevaliers de l'Ordre de Saint- 
Michel, publiée par M. GuifFrey en 1873 S J^^fàin est inscrit sous la 
date de 1769, et Saly n'apparaît qu'en 1775. Or, l'un et l'autre 
furent créés chevaliers à la même date. Mais Jardin était venu en 
France en 1768, ce qui lui avait permis de se faire recevoir par le 
Chapitre de l'Ordre, ^'^f/y, au contraire, — c'est Morand, dans un dis- 
cours prononcé, lors du décès de l'artiste, qui nous donne ce rensei- 
gnement — « ne put être reçu lors de sa nomination, à cause de sa 
résidence à Copenhague, mais, en considération de ses talents, le 
Roi lui permit de porter le cordon en attendant qu'il revînt en 
France 2. » Saly ne négligea point de remercier les hauts person- 
nages qui s'étaient entremis pour hâter la délivrance de ses Lettres 
de noblesse. Il écrivit notamment au comte de Saint- Florentin, dont 
il reçut le 15 avril 1769 les lignes suivantes : 

J'ai été fort aise, Monsieur, d'avoir eu occasion de vous 
obliger. Vous devez être d'autant plus flatté de la distinction 
que le Roi Vous a accordée que le Roi de Dannemarck a parlé 
à Sa Majesté en votre faveur d'une manière qui ne laisse 
aucun doute sur l'estime et la bienveillance dont il Vous 
honore. Je profiteroi avec plaisir des circonstances où je pour- 
roi vous marquer les sentiments avec lesquels je Vous suis. 
Monsieur, entièrement dévoué, St Florentin 3. 

Charles-Nicolas Cochin, anobli en 1757 est, de longue date, l'ami 
de notre artiste. Il a gravé le portrait de Saly dès 17524. Nous 
extrayons d'une lettre de Cochin, du 13 mai 1769, les lignes qui 
suivent : 

Monsieur et Ami! 

Je n'ai pas besoin de vous dire que j'ai lu Votre lettre du 
commencement de l'année, à l'Académie, qu'elle en a été très 
satisfaite et m'a chargé de Vous répondre ; Vous devinez bien 
tout cela. Mais je puis Vous parler de quelque chose de plus 
intéressant, c'est à dire de la satisfaction que j'ai éprouvée à 
Votre admission dans l'Ordre de St Michel et à la réception 
de M"" Jardin; j'en étois le témoin ayant l'honneur d'être 
Votre confrère. J'en ai été d'autant plus charmé que j'avois été 
plus sensible aux sentiments que vous avez fait paraître dans 
la lettre que Vous écrivîtes sur ce sujet à Monsieur le Marquis de 

1. Paris, Dumoulin, in-8 de 44 pages, 

2. Reuue universelle des Arts, t. XIII. p. 340. 

3. Archives communales de Valenciennes, section D. n° 620. 

4. Voir plus haut, p. 296. 



LETTRES INEDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQ.UES 347 

Marigny, et dont il a bien voulu me faire part. Par un senti- 
ment délicat, Vous y marquiez une sorte de déplaisir de rece- 
voir ces honneurs avant M"" Pigalle et quelques autres qui 
sont Vos anciens : cette manière de penser à l'égard de ses 
confrères me paraît tout à fait digne de Vous et je ne la leur 
ai pas laissé ignorer. 

Nous avons eu la satisfaction (et c'en est une aussi pour 
Vous) de recevoir en même tems M*" Pigalle. Nous espérons 
aussi qu'il y en pourra avoir encore quelque autre dans la suite. 
Cela nous a fait d'autant plus de plaisir que, jusqu'à présent, il 
n'y avoit point eu de Sculpteur, et que nous ne pouvions 
concevoir pourquoi on négligeoit un Art aussi estimable, et 
dont les monuments durables perpétuent la gloire des nations 
bien au-delà de la durée des productions des autres talens 

J'ai, l'honneur d'être avec la plus parfaite estime et le plus 
sincère attachement, Monsieur et Ami, Votre très humble et 
très obéissant Serviteur, Cochin ' . 

Il convient de faire halte, dans la vie de l'artiste, en l'année 
1/68. C'est le point culminant de son existence. On vient d'inaugu- 
rer sa statue de Frédéric V. Le roi de France le crée chevalier de 
l'Ordre de Saint-Michel. Il n'a que cinquante ans, et, c'est Cochin 
qui en fait la remarque, aucun sculpteur, jusqu'à lui, n'a été admis 
dans l'Ordre du Roi. Ses confrères de Copenhague l'ont récemment 
appelé à diriger l'Académie pour une nouvelUe période de trois 
années. Saly, très sensible à cet honneur, en informe le marquis de 
Marigny 2. C'est l'heure où Cornélius Hojer s'apprête à fixer, dans 
une miniature précieusement conservée à l'Académie de Copen- 
hague, le portrait, quelque peu solennel, du statuaire. De face, à mi- 
corps, Saly appuie le bras droit sur un portefeuille rempli de des- 
sins, tandis que la main gauche, négligeamment ouverte, pose sur 
une table. Le costume est de toute richesse : manchettes brodées, 
jabot de dentelles sur lequel tranche le ruban moiré de l'Ordre de 
Saint-Michel, passé en sautoir, La tête impassible de l'artiste respire 
une certaine fierté. A la droite du personnage, au second plan, se 
dessine, dans l'ombre, la statue équestre de Frédéric V. La minia- 
ture d'Hojer ne sera guère achevée que deux ans plus tard, mais 
déjà l'étoile de l'artiste aura pâli, sa situation morale sera diminuée . 

Christian VII étant de retour dans ses États, au début de 1769, 



1. Archives communales de Valenciennes, loc. cit. 

2. Nouvelles Archives de l'Art français, i" série, t. VI, p. 86. 



348 JACQUES SALY 

Saly proposa aux académiciens d'organiser une exposition de leurs 
ouvrages. Ce Salon fut le point de départ des expositions annuelles 
qui, de nos jours encore, s'ouvrent au printemps dans le palais de 
Charlottenborg. Le 4 février, le Roi et toute la Cour assistèrent à 
l'ouverture du Salon. Notre artiste porta la parole au nom des 
académiciens et remit à Sa Majesté une médaille commémorative du 
voyage heureux qu'elle venait d'acomplir. Le portrait de Chri- 
stian VII décore la face de cette médaille, et, sur le revers, est 
l'inscription : Statori. Suo. Reduci. Regia. Acad. Pict. Sculpt. 
Et. Architect. mdcclxix ^ 

Saly s'était félicité, l'année précédente, en présence du Roi, du 
nombre croissant des artistes indigènes formés par l'Académie. Il ne 
se doutait pas que ceux-ci seraient bientôt en majorité et rendraient 
difficile la prolongation de son séjour en Danemark. Un incident 
l'avertit du péril qui le menaçait. Un de ses élèves, Rachette, peut- 
être un Français, à coup sûr un étranger, avait remporté le Grand- 
Prix, à Copenhague, en 1764. Sa naissance le priva de bénéficier 
d'une pension et de voyager au compte du Roi. Or, on ne pouvait 
entrer à l'Académie, sans, préalablement, avoir été pensionnaire de 
Sa Majesté. Saly n'en conservait pas moins le secret dessein de faire 
agréer Rachette comme académicien. Dans ce but, le 16 juillet 1770, 
il présentait à ses confrères une statue de Jupiter, modelée par 
Rachette, et demandait à l'assemblée de prononcer l'agrégation du 
sculpteur. Un silence profond se fit dans les rangs des académiciens, 
et l'on passa au vote. Deux voix seulement se prononcèrent en 
faveur de Rachette. C'étaient celles de Saly et de Jardin. Très sur- 
pris d'un pareil résultat, le directeur de l'Académie sollicita de ses 
confrères une déclaration écrite, motivant leur opposition. Ceux-ci 
alléguèrent que la cause était jugée par leurs suffrages et qu'ils 
n'avaient pas à expliquer leur vote. Ce ne fut pas tout. Quatre pro- 
fesseurs signèrent une protestation contre la conduite de Saly, et 
chargèrent le secrétaire de l'Académie de la transmettre au président, 
le comte de Moltke. A quelque temps de là, un artiste danois, ancien 
pensionnaire du Roi, était agréé à l'Académie. Saly comprit qu'il avait 
perdu toute influence. Le 31 décembre, le comte de Moltke prési- 
dait l'assemblée. Le directeur lui demanda l'autorisation de venir le 
lendemain, accompagné des membres de l'Académie, présenter ses 
hommages à Son Excellence. De Moltke répondit « que, bien 
volontiers, il les recevrait en amis, mais que Sa Majesté venait de le 
relever de toutes ses fonctions, et, qu'en conséquence, il n'était plus 
président de l'Académie 2. » 

1. Thiele, p. 144. 

2. Ibid.. p. 145-146, 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQ.UES 349 

Nous avons vu Saîy écrire au marquis de Marigny, en août 1768, 
qu'il lui restait des retouches à faire à la statue de Frédéric V. En 
effet, de hautes cloisons de planches entourèrent bientôt le monu- 
ment, et, statuaire et fondeur se succédaient sur des échafaudages. 
Thiele nous apprend que le travail de soudure et de poinçonnage 
ne prit fin que le le 17 novembre 1770'. A cette date, Gor était 
encore à Copenhague. 

Les dépenses excessives occasionnées par le fastueux fondeur 
allaient rendre difficile la situation de Saîy vis-à-vis de la Compagnie 
asiatique. Le statuaire n'avait pas fait d'économies sur seshonoraires. 
Songeant à son retour en France, il eut souhaité que la Compagnie 
lui offrît une forte gratification. A ses yeux, Gor avait été privilégié, et 
s'il comparait sa tâche à celle du fondeur, ses émoluments à ceux que 
Gor avait exigés ; s'il considérait le long temps passé hors de son pays, 
pour l'exécution du monument de Frédéric V, il lui semblait qu'une 
gratification de 300.000 livres n'aurait rien d'excessifs. Il arguait, 
en outre, que le monument de Copenhague l'avait empêché d'accep- 
ter la commande du monument de Pierre le Grand pour Saint- 
Pétersbourg; que, d'ailleurs, tous les statuaires aux ordres des États 
avaient reçu, à l'achèvement de leur travail, de riches présents. 
C'était la coutume, et Saly rappelait de nombreux exemples à 
l'appui de son dire. Il envoyait ce plaidoyer au comte de Moltke, 
mais celui-ci n'étant plus investi de la présidence de la Compagnie, 
et se bornait à transmettre à qui de droit les réclamations de l'artiste 3. 
Le 17 août 1771, la Compagnie prit connaissance des prétentions 
de Saly, et, le 3 septembre, on lui écrivit que l'assemblée ne 
pouvait, cette fois, que lui envoyer un témoignage d'estime, se 
réservant de lui offrir plus tard un présent, lorsque les ressources 
de la Compagnie le permettraient, l'année qui venait de s'écouler 
n'ayant pas été fructueuse. Un exemplaire en or de la plus petite 
des deux médailles, frappées lors de l'érection de la statue, était joint 
à cette déclaration. 

Une récapitulation générale des dépenses occasionnées par le 
monument de Frédéric V, fut ordonnée en asssemblée de la 
Compagnie asiatique. Un premier chiffre de 464.000 rixdales 
(1.288.888 livres) est accusé par les comptables. Mais une révision 
des comptes permit de constater qu'on avait omis 126.836 rixdales, 
de telle sorte que le chiffre total des dépenses doit être porté à 
590.836 rixdales (i. 641. 2 10 livres)4. 

1. Thiele, p. 144-145. 

2. Ibid., p. 147. 
5. Ibid., p. 148. 

4. Ibid., p. 169. — Il ne sera pas sans intérêt de rapprocher de ce chiffre fantas- 
tique les dépenses auxquelles se sont élevées, de l'aveu de Saly lui-même, les statues 



^50 jACaUES SALY 

Ces révélations n'étaient pas faites pour incliner la Compagnie 
à de nouvelles largesses envers notre artiste. Elle restait sourde aux 
réclamations répétées de Saly. Toutefois, le 3 février 1773, ^^^^ ^"^ 
fit offrir 8.000 rixdales (22.222 livres), sous la condition qu'il 
renoncerait à la pension annuelle que lui servait la Compagnie. 
Saly n'accepta point. Il réclama d'abord 12.000 rixdales (53.333 
livres), et, plus tard, 10.000 rixdales (28.000 livres). On ne 
trouve pas trace de la solution donnée à ces demandes diverses ' . 

Pendant ce temps, l'existence de l'Académie se trouvait mise en 
cause. Une commission secrète avait été chargée d'étudier l'oppor- 
tunité d'une pareille fondation. Struensée, alors ministre, fut d'avis 
de maintenir l'Académie, sous le prétexte « qu'elle forme des 
artistes dans la nation, qui coûteront moins cher que des étran- 
gers. » Mais, d'un trait de plume, le ministre effaçait le rescrit 
royal du 25 septembre 1767, fixant, on se le rappelle, la dotation 
de l'Académie à 6.000 rixdales (16.666 livres)*. 

Dans ces conjonctures, un malaise général régnait au sein de 
l'Académie. Le Salon de 1771 n'eut pas lieu, personne n'ayant le 
courage d'exposer ses œuvres 3. 

Le 21 janvier de cette même année, le ministre réclama des aca- 
démiciens un exposé immédiat de leur administration intérieure, et 
un état de leurs ressources. Un mois plus tard, Saîy dut convoquer 
l'Académie, sur l'ordre du Roi, pour donner connaissance à l'as- 
semblé de l'annulation du rescrit de septembre 1767. Un silence 
morne accueillit cette déclaration. Au bout d'un certain temps, un 
académicien voulut élever la voix. Saîy l'interrompit, faisant 
remarquer que toute parole était superflue, lorsque l'existence 
même de l'Académie se trouvait en jeu. Ces faits 'se passaient le 21 
février 1771. Ce fut la dernière fois que Saîy prit part aux travaux 
de l'Académie. Vers la fin du mois de mars, il prétexta que des 
douleurs aux jambes l'empêchaient de quitter son appartement. 
Durant trois mois il usa de la même excuse. Le 15 juillet, ayant 
reçu du ministère les nouveaux statuts imposés à l'Académie, et 
portant la date du 21 juin, Saly transmit ce document à ses con- 
frères, en l'accompagnant de la lettre suivante : 

Messieurs ! 
La nature des nouveaux règlements de l'Académie , pouvant 
faire considérer Votre assemblée, aujourd'hui, comme générale 

de Louis XV érigées à Bordeaux et à Rennes par Le Moytie, à Paris par Bouchardon, 
à Reims pair Pigalle et à Nancy par Guihal et Chijîet- (Voir plus haut, p. 191-194). 

1. Thiele, p. 171. 

2. Ibid.^ p. 149-150, 

3. Ibid., p. 152. 



LEtTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 351 

et, par conséquent, de nature à y procéder à l'élection du 
Directeur, permettez-moi de mettre sous Vos yeux le dis- 
cours que je m'étois proposé, dès la fin de Tannée dernière, 
d'avoir l'honneur de prononcer à ce sujet, aussitôt que la 
chose pourroit se faire légalement. Vous verrez. Messieurs, 
par le contenu de ce discours que, fidèle à la promesse que 
j'avois faite au feu Roi, lorsqu'il me demanda d'entrer dans 
son Académie, et d'y donner mes soins pendant tout le tems 
que je resterois à Copenhague, je m'ofiris de remplir, jusqu'à 
mon départ, tous les devoirs qu'imposent aux anciens directeurs 
les loix de l'Académie. Je me serois acquitté de ces devoirs 
avec tout le zèle que la reconnoissance exigeoit de moi, mais 
trouvant dans les nouveaux règlements que le service des 
anciens directeurs y est supprimé, et que par là je me trouve 
totalement inutile à l'Académie, et, par conséquent, entière- 
ment dégagé de ma parole, je Vous prie d'agréer. Messieurs, 
que je prenne congé d'EUe par cette lettre. 

Je joins ici, Messieurs, les assurances de la continuation de 
tous les sentiments exprimés dans le dit discours, tant à l'égard 
de l'Académie qu'au Votre. 

J'ai l'honneur d'être, avec la plus profonde estime et la plus 
entière considération, Messieurs, Votre très humble et très 
obéissant serviteur, Saly. 

Copenhague le 15 juillet 177 1. 

Voici maintenant le texte du discours dont Saly vient de parler : 

Messieurs ! 

Les trois années de mon Directorat étant expirées depuis le 
18 du mois de Septembre dernier, je ne saurrois me dispen- 
ser de Vous rappeler qu'il est du devoir de l'Académie de 
procéder incessamment à une nouvelle élection. 

Dans cet état de chose, l'honneur que Vous m'avez fait, 
Messieurs, de me continuer dans cette place depuis plus de 
seize ans, m'a accoutumé de penser si favorablement de vos 
dispositions à mon égard, que je crois devoir Vous prévenir 
que, comme le monument que la Compagnie des Indes con- 
sacre à la gloire de Frédéric V, auguste fondateur de cette 
Académie, est sur le point d'être entièrement fini, et que la 
Cour de France, ma patrie^ qui m'avoit prêté à celle de 



352 JACQUES SALY 

Dannemark pour ce seul objet, ne m'a pas permis de m'en 
absenter que jusqu'à cette époque, il ne me seroit pas possible 
de me charger de cette place plus longtems. 

Ainsi, en Vous assurant. Messieurs, de la continuation de 
tout mon zélé, de tout mon attachement et de tout mon 
dévouement pour le service de l'Académie, je me trouve 
indispensablement obligé de Vous demander la vétérance. 

Quoique je vous demande. Messieurs, la vétérance, et mal- 
gré les motifs qui m'y obligent, je Vous prie néanmoins 
d'être persuadés, que je suis bien éloigné de vouloir me 
refuser entièrement au service de l'Académie dans tout ce qui 
pourra dépendre de moi, pendant le tems que je resteroi 
encore ici. Regardez-moi plutôt. Messieurs, comme y étant 
tousjours également voué et disposé, jusqu'au moment de mon 
départ, à remplir les devoirs relatifs à ma vétérance. Et soyez 
très assurés surtout qu'à telle distance que je puisse me 
trouver de 1* Académie, j'y seroi à. jamais présent d'esprit et de 
cœur, comme un objet qui emporte pour toujours mes plus 
chères affections, et qu'enfin jusqu'au dernier moment de ma 
vie je prendroi sans cesse le plus tendre et le plus vif intérêt à 
son maintien, à son illustration, à l'honneur que les produc- 
tions de ses membres feront au Dannemarc, et à tout ce qui 
pourra arriver d'avantages à chacun de Vous, Messieurs, en 
particuHer. ^ 

Deux jours après, le 17 juillet 1771 , le professeur Carl-Gustav 
Pilo était élu directeur de rAcadémie, en remplacement de Saly. 
Aussitôt que notre artiste eut été dépossédé de sa charge, le Gouver- 
nement le somma de quitter Charlottenborg. Cette mesure était des 
plus blessantes. L'artiste essaya de s'y soustraire, en intéressant M. 
de Marigny à la situation fâcheuse qui lui était faite. Sa lettre au 
Directeur des Bâtiments est du 27 août 177 1. Elle a été publiée par 
M. Guiffrey. Nous n'avons donc pas à la reproduire. Toutefois, 
nous en détachons les lignes suivantes : « L'on vient de disposer de 
mon logement pour la Saint-Michel, sans m'en prévenir et sans 
m'en donner un autre, quoique ce logement m'ait été assigné par 
le feu Roi en vertu des conditions de mon contrat, que mes travaux 
et les affaires qui y sont relatives ne soient point encore finies, et ne 
pourront Tètre que dans dix à douze mois, et que j'aie une sœur 

T. Extrait du journal derAcadémie, transcrit par M. Th. Stein (22 novembre 1895). 



J 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHiaUES 55^ 

qui, depuis plus de quatre ans, est dans le lit de la façon la plus 
cruelle et qui ne permet pas de la transporter sans exposer sa vie à 
des dangers évidents ^ ». 

Marigny fit répondre au statuaire, qu'il s'était fait une loi de ne 
point s'entremettre dans les questions personnelles. En conséquence, 
les choses suivirent leur cours. Le ministre Reverdil écrit textuel- 
lement, dans ses mémoires, que Salyiul chassé de son logement où 
il fut remplacé par un fonctionnaire du nom de Sturz. Reverdil sup- 
pose que cet exode de Saly s'effectua en 1772. D'après la lettre du 
sculpteur au marquis de Marigny, nous avions lieu de penser que dès 
la fin de septembre 1771, Saly cessa de résider à Charlottenborg. 
Son séjour à Copenhague s'étant prolongé jusqu'au 2 juillet 1774, 
notre artiste aurait dû chercher une demeure où il pût vivre entre 
son vieux père et sa sœur malade, dans une humiliation et une gêne 
relatives. 

La pensée nous vint de consulter le président actuel de l'Acadé- 
mie de Copenhague, M. Th. Stein, afin de savoir, s'il était possible, 
quelle demeure avait habité Saly en quittant Charlottenborg. Au 
reçu de notre lettre, M. Stein conçut des doutes sur l'exactitude des 
faits énoncés par Reverdil, et rappelés dans l'ouvrage de Thiele. Il 
lui parut inadmissible que l'on eût réahsé les menaces dont le sta- 
tuaire français était l'objet. Sans doute, il avait cessé toute fonction 
officielle. Sa tâche, en Danemark, pouvait être considérée comme 
terminée ; il convenait qu'il partît. De là, les prétextes invoqués 
pour lui faire quitter Charlottenborg. Mais la courtoisie des Danois 
leur interdisait de prendre des mesures extrêmes. Saly tenait sa 
résidence d'un contrat régulier passé avec le feu roi. Il avait 
occupé depuis vingt ans une large place dans l'État. Certainement 
on dut avoir pour lui de sérieux égards pendant toute la durée de 
son séjour en Danemark. Telle était l'opinion de M. Stein. Ses 
pressentiments ne le trompaient pas. Sur son invitation, M. Weil- 
bach, secrétaire de l'Académie, voulut bien compulser les registres 
de l'église de la Trinité, paroisse de Charlottenborg, et voici ce 
qu'il découvrit : 

Le 16 janvier 1773 fut enterrée M'^^ Marie-Rosalie-Josephe 
Saly, catholique, le matin, à 6 heures, au château de Char- 
lottenborg. Le cadavre fut enterré au cimetière de Sainte- 
Trinité \ 

Ce texte est décisif. Il démontre ce qu'il y a d'erroné dans l'affir- 

1. Nouvelles Archives de V Art français, i" série, t. VI, p.Q4. 

2. Document fourni par M. Ph. Weilbach, secrétaire de l'Académie des Beaux- 
Arts de Copenhague (28 décembre 1895). 

ART FR. XH. 2} 



5 54 JACQUES SALY 

mation de Reverdil. En 1773, malgré les sommations faites deux 
ans auparavant, Saly n'avat pas cessé d'habiter Charlottenborg, et 
c'est dans cette résidence que sa seconde sœur est décédée. 

Quoi qu'il en soit, au cours de l'année 1773, c'est l'artiste lui- 
même qui l'affirme, ses ressources étaient précaires ^ Il conservait, 
toutefois, assez de liberté d'esprit pour rédiger sa seconde plaquette 
sur le monument de Frédéric V, dont nous donnons le texte dans 
cette étude 2. 

L'heure était venue pour lui de rentrer en France. Aussi bien, 
son compatriote et son ami, le professeur Le Clerc, était mort le 
8 mars 1771, à l'âge de 83 ans; de son côté, l'architecte Nicolas Jar- 
din avait déposé son mandat de professeur le 25 mai, et, au mois 
de décembre suivant, il regagnait Paris pour ne plus reparaître. 
Saly revint lui-même en France le 2 juillet 1774, ramenant avec lui 
son vieux père. 

Si nous en croyons l'abbé Lebrun, l'existence de notre artiste 
était dès lors compromise. « Saly n'a pu revoir assez tôt sa patrie, 
écrit ce biographe, pour y rétablir une santé qui s'altérait sensible- 
ment à Copenhague depuis plusieurs années, aussi n'est-ce qu'avec 
peine qu'il a pu se rendre à Paris où il est mort le 4 mai 1776, géné- 
ralement regretté, dans la 59<^ année de son âge 3 ». 

On le voit, l'historien semble n'avoir rien à relever de saillant 
dans la vie du statuaire, après son retour à Paris. Nous serons plus 
explicite, sans que les faits signalés par nous aient une impor- 
tance sérieuse. Tout d'abord Saly alla demeurer rue du Doyenné 
Saint-Thomas du Louvre, à son retour à Paris. D'autre part, 
le sculpteur Jean-Pierre-Antoine Tassaert , ayant obtenu un congé, 
le 6 novembre 1774, pour se rendre en Prusse 4, un loge- 
ment et deux ateliers qu'il occupait au Louvre allaient devenir 
vacants. Par lettre du 7 avril 1775, adressée à M. d'Angiviller, 
Tassaert prie le Directeur des Bâtiments de disposer de ces locaux. 
Un des ateliers, situé au rez-de-chaussée, fut attribué à SalyK A la 
date du 5 août 1775, l'Académie étant assemblée, reçut une lettre 
du sculpteur, remerciant ses confrères « de la marque d'affection 
qu'ils lui ont donnée en le faisant monter au rang d'ancien profes- 
seur. » Cette nomination avait été faite le samedi précédent, 29 juil- 
let, et le procès-verbal de la séance expose très nettement la faveur 
accordée au statuaire. « L'Académie, est-il dit dans cette pièce 

1. Thiele, p. 171. 

2. Voir plus haut, p. 245-274. 

3. Revue universelle des Arts, t. XIII, p. 340-341. 

4. Nouvelles Archives des Arts français, i" série, t. VI, p. 44. 

5. Ihid., I" série, t. II, p. 183-184. 



« 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 3 5 5 

ayant observé que M. Saly , adjoint à professeur, ayant été, 
avec le consentement du Roy, exécuter une statue équestre en 
Danemark, qui l'a occupé pendant plusieurs années, cette longue 
absence l'a privé de pouvoir monter aux divers grades de l'Académie, 
auxquels il seroit arrivé à son rang; considérant de plus que la déli- 
catesse de sa santé, altérée par ses travaux, ne lui permet pas de pou- 
voir exercer avec assiduité les fonctions de Professeur, la Compagnie 
a jugé convenable de le faire monter au rang d'ancien professeur ^ ». 

A dater de ce moment, le silence se fait sur Saly. Son décès est 
notifié à l'Académie dans la séance du 25 mai 1776. L'artiste était 
mort le 4 mai 2. Il fut inhumé dans l'église de Saint-Germain 
l'Auxerrois. Nicolas-Henri Jardin, son exécuteur testamentaire, 
appose sa signature sur l'acte de décès de son ami 3. 

Le père de Saly, âgé de 92 ans , ne survécut à l'artiste que peu 
de mois. Il mourut à Valenciennes le 28 décembre 1776. Nous 
devons à l'obligeance de M. Hénault, archiviste municipal, de con- 
naître le testament et l'acte de décès du vieillard. Ces pièces se 
rattachent trop directement à notre étude pour ne pas trouver place 
ici. 

TESTAMENT 

(( Sçachent tous ceux qui cet Ecrit verront, ouïront qu'i;i 
nomine Domini. Amen. 

Pardevant les notaire royal et jurés de Cattels résidens à 
Valenciennes, soussignés, Est comparu M. François-Marie Saly, 
Bourgeois, demeurant en cette ville, lequel étant en ses bons 
sens, mémoire et vray jugement, selon qu'il est apparu aux 
deux jurés de Cattels et notaire, a fait et dicté son présent 
testament qui fut écrit de la main dud. notaire comme s'ensuit : 

Je recommande mon âme à Dieu et à toute la Cour Céleste, 
voulant être inhumé en la paroisse sous laquelle je décéderai 
au grand état. 

1. Procès-verhaux de V Académie, t. VIII, p. 194. 

2. L'Académie qui s'était assemblée le 4 mai, ne se réunit ensuite que le 2 5 du même 
mois. 

3. Voici cet acte : « Le lundy six may mil sept cent soixante seize, Jacques- François 
Saly, écuyer, chevalier de l'ordre de Saint-Michel , sculpteur du Roy, ancien profes- 
seur de l'Académie Royale de peinture et sculpture, ancien directeur de l'Académie 
de Copenhague, garçon, âgé d'environ cinquante-neuf ans, décédé d'avant-hier à une 
heure du matin, rue du Doyenné, a été inhumé en cette église en présence de 
Nicolas-Henry Jardin,écuyeT, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, architecte du Roy, 
son exécuteur testamentaire, de M= Jean-Baptiste Pellet, preslre, et de M. Jean-Bap- 
tiste-Nicolas Jardin, prestre, chanoine de l'église royale et collégiale de Saint-Louis 
du Louvre, amis. » (Eugène Piot : Etat civil de quelques artistes français. Paris, 1873, 
in-4°, p. 112). — On lit dans les Nouvelles archives de V Art français {2' série, t. VI, 
p. 298) que le a scellé » du sculpteur, dressé par le commissaire Mutel n'a pas été 
conservé. 



356 JACQUES SALY 

Je veux qu'il soit célébré le plutôt que faire se pourra, après 
mon décès, pour le repos de mon âme, de celles de mon 
épouse et de mon fils, le nombre de deux cens messes à la 
rétribution de douze sols et demi de France chaque. 

Je veux qu'il soit distribué aux pauvres et plus nécessiteux, 
et non mandians, la somme de cinquante livres de France une 
fois. 

Je donne et lègue à Albert-Joseph Palaprate, propre neveu 
de ma feue femme, lequel me fait compagnie, pour le récom- 
penser des bons services qu'il me rend et des peines qu'il 
prend pour moi, mes habillemens, nippes, linges et effets ser- 
vants à mes corps et chef sans y comprendre mes effets en 
bijoux. 

Je veux et ordonne que le S"" Quesnet, veuf de Marie-Fran- 
çoise Palaprate soit remboursé des fraix et dépenses qu'il a 
faits pour me venir prendre à Paris, par mes ordres, et me rame- 
ner en cette ville. 

Je donne et lègue à Delannoie, petit neveu de feue mon 
épouse, et cousin germain de mon fils, quarante jettons à 
jouer, d'argent, à prendre dans ceux de ma bourse à jouer, et le 
surplus de mesdits jettons je les donne et lègue à M. Lejuste 
chanoine de Saint-Géry de cette ville, pour la peine que je le 
prie de se donner pour l'exécution de ma volonté dernière, et 
pour la bonne amitié qui a toujours régné entre mondit fils 
et mondit sieur Lejuste, et les services qu'il nous a rendus et 
me rend particuUèrement. Je le prie d'accepter ma tabattière 
d'or enrichie du portrait de Louis quinze, et le portrait de mond. 
fils, peint en busqué, grand comme nature, desquels tabatière 
et portrait, je lui fais don et leg. 

Quant au surplus, que je dèlaisseroi après mes dettes, legs et 
fraix funéraires payés et acquittés, je veux qu'il appartienne 
aux parens de feu mon fils du cotté de sa mère, n'en con- 
noissant aucun des miens ou de mon cotté, et soit partagé 
entre eux par classe dans le même ordre et à la même propor- 
tion que mondit fils a établi dans son testament en leur faveur , 
icelui passé devant Prévôt et Bontemps, conseillers du Roy,, 
notaires à Paris, le sept mars mil sept cent soixante seize; le^ 
instituant à cet effet mes héritiers comme mondit fils les a 
institué le siens . 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQ.UES 357 

Je dénomme pour mon exécuteur testamentaire mondit sieur 
Lejuste, avec pouvoir de sasûmer qui bon lui semblera pour 
vacquer ainsy qu'il appartiendra aux frais de ma succession. 

Ce fut ainsy fait, nommé, dicté et intelligiblement prononcé 
par le testateur à qui ledit notaire, les deux autres jurés de 
Cattels, toujours présens, ayant lu et relu son présent testament 
il a déclaré contenir ses volontés telles qu'il les a dictées, y a 
persisté et signé, audit Valenciennes, en sa chambre, chez le 
sieur Palliez, rue Cardon, l'an mil sept cent soixante seize, vers 
les cinq heures et demie du soir, le trente un octobre. 

Sans divertir à autre acte sont signés Frans. -Marie Saly, A 
Mettels, Gadellin et Mabille notaire royal, avec paraphes. 

Recordé l'original du testament cy dessus par les Jurés de 
Cattels y dénommés, presens M""^ du Magistrat de la ville de 
Valenciennes, mayeur, établis le sieur Denis-Joseph Finaux ce 
27 décembre 1776, puis M. Louis Lejuste pour et au nom de 
M. Lejuste, chanoine de Saint-Géry, en cette ville, son père, 
absent, ce dernier exécuteur testamentaire dénommé au sus- 
dit testament, lequel après avoir été nommé exécuteur testa- 
mentaire jusqu'au retour dudit sieur son père, en vertu d'auto- 
risation accordée par M" du Magistrat de cette 'dite ville, le sus- 
dit jour dont la teneur sera cy après reprise, s'est clamé de 
ladite exécution et y a été étably en présence de Michel- 
Joseph Quenoy, juré de Cattels, les jour mois et an susdit. 
S'en suit la teneur de l'autorisation : 

Extrait des registres des autorisations accordées par M" du 
Magistrat de la ville de Valenciennes. Sur la requête présentée 
à M" les prévôt, jurés et échevins de la ville de Valenciennes, 
par maitre Louis Lejuste, avocat en Parlement, contenant 
qu'ayant appris que le sieur Saly étoit mort, ayant choisi pour 
exécuteur de ses dernières volonté le père du Suppliant, lui 
laissant la liberté de s'assumer qui bon lui sembleroit pour 
tenir son lieu et place, en cas qu'il le trouva à propos ; il croyoit 
nécessaire qu'en l'absence actuelle de sondit père, quelqu'un 
soit autorisé à exécuter les volontés dudit sieur Saly et à rem- 
plir ses intentions les plus pressantes; étant naturel que le 
fils remplace le père, le Suppliant requéroit qu'il plut à mes- 
dits sieurs l'autoriser, aux fins susdites, jusqu'à ce que son 
père soit de retour, à la Caution de maitre Cretu, certifié par 
M'-" Mabille et le sieur Dufresnoy. 



559 JACQUES SALY 

Vu laditte requête et le testament dudit Saly déposé au 
greffe des Werps, tout considéré, mesdits sieurs ont établi et 
établissent le Suppliant à l'exécution dont s'agit, provisoire- 
ment, et jusqu'au retour de son père, en prêtant le serment en 
tel cas requis, auquel il a satisfait à l'instant, sous les cau- 
tions et certificateurs offerts, dont les actes seront passés au 
greffe civil, en la forme ordinaire, et à la charge de rendre 
compte. Fait en jugement à Valenciennes le vingt sept dé- 
cembre mil sept cent soixante seize. Signé Waroquet, avec 
paraphe. 

Il résulte de ce texte que le sculpteur Saly avait fait son testament 
le 7 mars 1776. Nous regrettons de n'en pas connaître la teneur. 
Aux portraits de Saly, signalés plus haut, s'ajoute une peinture que 
le sculpteur avait conservée, et qui passe entre les mains d'un 
parent, au décès du père de l'artiste. Enfin, ce que celui-ci appelle 
« sa tabatière » , ornée du portrait de Louis XV, nous paraît être 
l'un des présents faits au statuaire lors de l'inauguration du monu- 
ment de Valenciennes '. 



Nous avons mis au jour tous les documents dont nous disposions 
sur Saly. L'heure est venue de nous résumer. Essayons de dégager 
en quelques lignes la physionomie complexe de l'artiste. Chez lui, 
l'homme privé est à l'abri de tout reproche. Ses vertus filiales lui 
font honneur*. Il partage son foyer avec son père, sa mère et ses deux 



1. Voir plus haut, p. 211. — Voici maintenant l'acte de décès du père de Saly : 
« L'an mil sept cent soixante seize, le vingt huit décembre, je soussigné prêtre curé 
et chanoine de Saint-Géry (à Valenciennes) ai inhumé dans le cimetière de cette 
église, après les cérémonies accoutumées, le sieur François-Marie Saly, natif de Flo- 
rence en Italie, mort le vingt-six de ce mois à sept heures et demie du soir, âgé de 
quatre-vingt-douze ans, veuf de Marie-Michelle Jardez, restant chez le sieur Charles 
Joseph Pailliez, marchand libraire et épicier, rue Cardon, neveu au défunt. En pré- 
sence d'Albert- Joseph Palapratte , tanneur , rue Capelle , neveu du défunt , et de 
Toussaint-Gabriel-Joseph Lannoy, rue de Mons, aussi neveu; lesquels ont signé le 
présent acte comme s'ensuit ; T.-G.-J. Lannoy, Palaprate, F.-D. Lelièvre curé. » (Ar- 
chives de Valenciennes. Etat-civil, registre loi, p. 105. — Document transcrit par 
M. Hénault). 

2. L'abbé Lebrun, qui déclare tenir de Jardin les anecdotes dont il parsème la bio- 
graphie du sculpteur, s'exprime ainsi sur le compte de notre artiste : « Instruit de la 
tendresse qu'il avait pour sa famille, dont il avait donné la preuve la plus éclatante, 
en emmenant avec lui en Danemark son père, sa mère et ses deux sœurs, Frédé- 
ric V, qui savait apprécier les qualités du cœur autant que les talents, dit un jour à 
M. Saly : « J'ai beaucoup de considération pour vous à cause de votre grande habileté; 
mais je vous estime beaucoup aussi à cause de l'attachement que vous avez pour 
votre famille, et par rapport à tout ce que vous faites pour elle. » {Revue universelle des 
Arts, t. XIII, p. 340.) 



I 



LETTRES INÉDITES ET DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES 359 

sœurs. Il est leur appui jusqu'à la dernière heure. Sa fidélité envers 
les confrères dont il vit éloigné par la distance, la sûreté, l'aménité 
de ses relations avec ses amis ou ses égaux sont attestées par ses 
lettres ou les témoins de sa vie. Jardin se portera garant auprès de 
l'abbé Lebrun , l'un de ses biographes, des qualités de cœur qui le 
distinguent ^ Ses mœurs sont régulières. Il sera fait mention de ce 
trait, qui le caractérise à toute époque, jusque dans les Lettres de 
noblesse dont il est le bénéficiaire en 1768. 

L'homme public, chez Saly, est moins exempt de lacunes. Appelé 
en Danemark, placé par une faveur précoce à la tête de l'Académie, 
le patronage du roi, l'amitié du Grand-Maréchal lui enlèvent cette 
possession de soi sans laquelle on risque de perdre la mesure. Il 
se montre à de certaines heures, étroit, partial, vindicatif. Le rôle 
qu'il joue n'est point à sa taille. Son but est de façonner l'Académie 
de Copenhague sur le modèle que lui ofire l'Académie de peinture 
de Paris. Il marche à son but, inquiet, fiévreux et parfois peu scrupu- 
leux sur les moyens qu'il emploie. Le gouvernement des hommes 
exige plus de diplomatie que n'en dépense Saly. Une Académie 
veut être dirigée avec urbanité. La suprême magistrature dont il est 
redevable au libre suffrage de ses pairs aurait dû , ce semble, être 
exercée par lui avec plus de bienveillance. 

Reste l'artiste. Il y a deux phases dans l'existence de Saly observé 
comme sculpteur : la phase française et la phase danoise. La seconde, 
la plus importante comme durée, la plus célèbre, n'aura pas été la 
plus fructueuse pour le talent de Saly. Tout d'abord le statuaire ne 
doit pas être fait seul responsable des mécomptes financiers dont le 
monument de Frédéric a été la source. Il est assurément fâcheux 
que la Compagnie asiatique ait été obérée d'un million et demi par 
l'exécution d'une simple statue équestre. Même en tenant compte 
de la pénurie des moyens dont l'artiste disposait, il est évident que 
les dépenses ordonnées ou consenties par Saly ont été exagérées. Les 
difficultés exceptionnelles qu'il eut à surmonter pour mener à terme 
son monument n'excusent pas les prodigalités que nous relevons 
plus haut. Mais Saly n'est pas seul en cause. Le fondeur, Pierre Gor, 

I. « M. Saly, considéré comme artiste, eut les qualités qui caractérisent les grands 
hommes, le génie et le goût, l'exécution brillante et soignée, l'imitation de la nature 
la plus parfaite. Considéré comme citoyen, il se rendit recommandable par sa probité, 
par sa candeur, par son amour pour la vérité, par les mœurs les plus douces et les 
plus pures, par son amitié, présent du ciel qu'on trouve si rarement sur la terre ; il 
eut la gloire de conserver toute sa vie ses premiers amis et d'en faire de nouveaux. 
Pendant les vingt années que M. Saly habita Copenhague, sa maison fut toujours 
ouverte aux Français que les événements conduisirent dans cette ville; il leur rendit 
avec empressement tous les services qu'il pouvait leur rendre, et il préféra toujours 
le doux plaisir de la bienfaisance à l'ignoble satisfaction d'accumuler. » (Revue 
universelle des Arts, t. XIII, p. 341.) 



360 JACQUES SALY 

praticien sans éducation, rapace et brutal, a sa grande part de res- 
ponsabilité dans des gaspillages qu'on ne peut expliquer. Gor semble 
n'avoir vu qu'une aubaine dans son voyage en Danemark. Comment 
départager, à la distance d'un siècle, les torts des deux collaborateurs ? 
Il est à coup sûr regrettable que Saly n'ait pas pris soin d'exercer un 
contrôle sévère sur des dépenses que lui reprocherait un jour la 
postérité. Mais nous ne ressaisissons la vérité que par lambeaux. 
L'histoire est une reconstitution toujours partielle du passé. N'ac- 
cusons pas l'artiste de négligence. Quelle preuve avons-nous de son 
incurie ? Peut-être s'est-il efforcé de prendre les intérêts de la Com- 
pagnie asiatique ? Il avait l'esprit droit et précis. Il a du prévoir la 
lourde dette qui allait résulter pour la Compagnie d'un travail qui 
ne dura guère moins de vingt années. Peut-être a-t-il vu ses efforts 
déjoués par des intermédiaires intéressés ? Ce qui résulte des affir- 
mations de Jardin^ comme des dernières dépêches du sculpteur, c'est 
que celui-ci n'a pas thésaurisé, et qu'il a connu la gêne avant de 
quitter Copenhague. Ce détail laisse à penser et doit incliner à l'in- 
dulgence. 

Saîy, on l'a vu, exprima en 1771 le regret de n'avoir pas exécuté 
la statue de Frédéric V à Paris i. En tenant ce langage, le sculpteur 
se rendait compte non seulement des heures inutilement perdues, 
mais encore des forces vives qui s'étaient épuisées en lui sans espoir 
de retour. L'émulation, le milieu propice, l'air salubre de la terre 
natale qui maintiennent dans un juste équilibre la santé physique et 
les facultés créatrices de l'artiste, en stimulant son activité, manquèrent 
à Saly sous le ciel du Nord. Il rentre en France mortellement atteint 
et succombe à cinquante-neuf ans. Durant les vingt années qu'il a 
vécues à Copenhague il n'a produit qu'une œuvre, car je passe 
sous silence les deux ou trois bustes et les quelques médailles qui 
s'ajoutent à la statue équestre de Frédéric. Sans nul doute, cette 
œuvre est belle, distinguée, savante, d'une exécution irréprochable, 
mais nous sommes en présence de la statue classique. La composi- 
tion n'a rien de spontané. Nulle audace. De l'étude, de la conscience, 
du talent, un réel savoir, mais où est le souffle? Bouchardon a plus 
de grâce, Le Moyne plus de solidité, Pigaîle plus d'invention. Et ce- 
pendant Saly appartient à leur groupe ; il est de leur race, et anté- 
rieurement à 1753, il promettait d'être leur émule. Il avait dessiné 
sa suite de Vases, composé de nombreux Tombeaux, sculpté des 
Caryatides, une figure de V Amour, une Héhé et ce Faune insaisissable 
que Christian VII voudra posséder en Danemark, et que nous avons 
inutilement cherché à Copenhague, à Saint-Pétersbourg et à Mar- 

I. Voir plus haut, p. 222. 



LE TOMBEAU DE SULLY A NOGENT-LE-ROTROU 361 

seille, ce Faune qui paraît avoir été l'œuvre la plus originale de l'ar- 
tiste. A trente-sept ans, il mettait le sceau à ce premier ensemble 
d'ouvrages par sa statue pédestre de Louis XV. Subitement appelé 
hors de France, il sera l'hôte des rois de Danemark pendant vingt 
ans. Servitude dorée. Saly se dépense en harangues, en règlements 
maintes fois modifiés, en solennités d'apparat. Saîy est un grand de 
l'État et c'est à peine s'il peut mener à terme une seule œuvre : la 
statue équestre de Frédéric. Il y a eu déviation dans sa carrière. 
Ce point établi, ne soyons pas injuste envers le statuaire. 

L'effigie du roi de Danemark, avons-nous dit, est au premier chef 
une œuvre sage. Mais n'oublions pas que Saly avait à sculpter 
l'image d'un prince vivant, d'un chef de peuple éminemment pater- 
nel pour ses sujets, et simple de manières. J^a/y, l'eût-il voulu, n'au- 
rait pu donner à son modèle, sans le blesser , l'allure hautaine et 
dominatrice de Pierre le Grand, tel que l'a conçu Falconet. Tenons 
compte des difficultés que l'artiste ne fut pas maître d'esquiver et 
soyons heureux pour S'a/)', dont l'œuvre sur terre de France se réduit 
au buste de Patei\ que le Danemark conserve fidèlement sa page 
maîtresse : la statue équestre de Frédéric V qui, somme toute, 
honore l'école française du siècle dernier. 



LE TOMBEAU DE SULLY A NOGENT-LE-ROTROU 
PAR LE SCULPTEUR PARISIEN 

BARTHÉLÉMY BOUDIN 
(1642) 

Communication de M. Jules Guiffrey 

Le tombeau de Maximilien de Béthune, duc de Sully, a été 
érigé en 1642 dans un petit bâtiment en forme de chapelle 
enclavé dans l'hospice de Nogent-ie-Rotrou, par les soins de 
Rachel de Cochefilet, veuve du célèbre ministre de Henri IV. 
Ce monument se compose d'un massif de maçonnerie assez 
grossièrement construit, supportant les figures agenouillées du 
duc et de sa femme. Derrière les statues, une longue inscription 
rappelle les titres et les actes principaux de la carrière du 
ministre. 

Ce tombeau est peu connu, bien que signalé par divers 



jfo LE TOMBEAU DE SULLY A NOGENT-LE-ROTROU 

auteurs locaux. Dans une des dernières livraisons de la 
Revue archéologique (mars-avril 1895), M. P. Vitry lui a con- 
sacré un article très étudié et a résumé les résultats de ses 
recherches. 

De la statue de Sully portant la signature B. Boudin f. 1642, 
Fauteur présente une description qui laisse la meilleure idée de 
ce morceau de sculpture. Nous croyons intéressant de la 
reproduire : 

« La statue de Sully est un morceau capital. Le ministre 
« de Henri IV est représenté dans son grand costume de 
« cérémonie, couvert du manteau ducal qui s'entr'ouvre 
« pour laisser voir son haut-de-chausse tailladé. Il porte la 
a fraise tuyautée qui devait déjà passer de mode au moment 
« où il mourut, mais qu'il se plaisait sans doute à porter 
« encore en souvenir de sa jeunesse, peut-être aussi pour 
« cacher une blessure qu'il avait reçue au cou dans un com- 
« bat. La tête, légèrement tournée vers la gauche, est admi- 
(( rable, digne des plus grands artistes. On est, dès l'abord, 
« frappé de la noblesse tranquille du profil, de cette ligne 
« formée par le front dégarni et le nez légèrement aquilin. 
« La barbe est longue et régulière et fait songer à ces belles 
« têtes si expressives et si graves du xvi= siècle et de la 
« Réforme. L'expression est sereine, presque souriante, bien 
« que le sourcil soit légèrement froncé. On sent l'énergique 
« volonté et la haute intelligence de l'homme, bien que le 
« nez un peu large et le pli un peu dur de la lèvre accusent 
« plus de droiture et de solide raison que de finesse et 
« d'élévation. 

« L'exécution de toute la figure, d'ailleurs, trahit la même 
« habileté chez l'artiste : les cheveux et la barbe sont fine- 
ce ment et harmonieusement traités; les mains sont d'une 
« pureté et d'un modèle exquis et rappellent encore les jolies 
« mains de l'école de Germain Pilon. Les draperies enfin sont 
« d'une admirable souplesse, et la figure tout entière, d'un 
« marbre un peu jaune et doré, achève de séduire les yeux. » 

La statue voisine, qui représente la duchesse de Sully, ne 
vaut pas celle qui porte la signature de B. Boudin. Aussi 
M. Vitry se refuse-t-il à admettre qu'elle soit du même sculp- 
teur. Il la suppose exécutée par un artiste provincial, de 
médiocre talent, contemporain de Boudin. 



LE TOMBEAU DE SULLY A NOGENT-LE-ROTROU 365 

« Cest une figure lourde et pâteuse, sans aucun intérêt, 
« — dit notre auteur. — La tête est assez régulière, mais 
« sans grande expression ; les traits sont épais et mous. Uattitude 
« est raide, sans rien de la souplesse que l'on suit dans 
« l'œuvre de Boudin, les mains lourdement traitées et sans 
« finesse. Les plis du vêtement sont rigides et tombent en 
« des cassures sans grâce. Le tout enfin est d'un marbre gris 
« qui est loin de valoir, comme effet, celui de la statue voi- 
« sine. » 

Voici deux siècles et demi que le monument élevé à la 
mémoire de Sully se trouve, sans l'avoir jamais quitté, dans 
le petit édifice construit pour le recevoir. Cependant, vers la 
fin de la Révolution, il courut de sérieux dangers. Alexandre 
Lenoir, dans son zèle fanatique pour le Musée des Petits- 
Augustins, arrachait à la province tous les monuments que 
la tourmente révolutionnaire avait respectés, et c'est ainsi 
qu'il jeta un moment son dévolu sur le tombeau de Nogent- 
le-Rotrou. L'opposition énergique de la municipalité empêcha 
cet acte de vandalisme et le monument ne vint pas à Paris. Il 
s'en fallut de peu, cependant, que la statue de Sully fût trans- 
portée dans les salles du xvii^ siècle. Un journal local a raconté, 
il y a quelques années, les détails de cet incident d'après les ren- 
seignements puisés dans les papiers de Lenoir. Il nous a paru 
nécessaire de le rappeler ici, M. Vitiy n'ayant pas eu connais- 
sance des pièces publiées dans la feuille provinciale. 

Mais si ce déplacement et toutes ses conséquences furent 
épargnés au monument de Sully, il aurait subi antérieurement 
des vicissitudes dont l'auteur de l'article n'a pu exactement 
préciser la date et l'importance, et dont il constate, toutefois, 
les traces manifestes dans la rédaction défectueuse de l'épi- 
taphe rétablie en 1784. Quelles circonstances avaient rendu 
cette restitution nécessaire? Malgré des recherches actives, 
l'historien du tombeau n'a pu trouver une réponse satisfai- 
sante à cette question, et le champ des hypothèses est infini. 
Le seul point acquis désormais est que le comte d'Orsay et de 
Nogent-Béthune fit graver, en 1784, une nouvelle épitaphe où 
le texte de l'ancienne, conservé dans le supplément aux 
Mémoires de Sully, nous arrive singulièrement altéré. Inutile 
d'insister sur les incorrections et les inexactitudes relevées par 
M. Vitry dans son article. 



364 LE TOMBEAU DE SULLY A NOGENT-LE-ROTROU 

Ce qui intéressera particulièrement nos lecteurs dans 
cette étude consciencieuse, c'est la révélation d'une œuvre 
maîtresse et parfaitement authentique d'un sculpteur français 
à peu près inconnu jusqu'ici. L'auteur de la Notice n'a eu 
garde de négliger les sources qui pouvaient apporter quelque 
lumière à la biographie de l'artiste. Le précieux Diction- 
naire de Jal nous apprend que Barthélémy Boudin était le fils de 
Thomas Boudin, l'auteur des bas-reliefs célèbres du pourtour 
de la cathédrale de Chartres. Barthélémy Boudin, baptisé le 
9 avril 16 10, ayant pour parrain Barthélémy Tremblay qui nous 
a laissé un buste si vivant de Henri IV, actuellement au 
Louvre, perdit son père en mars 1637. Il avait épousé Claude 
Tissier, fille d'un bourgeois de Paris qui, de 1639 à 1647, lui 
donna quatre enfants. Grâce aux dates certaines du Diction- 
naire critique, il est permis de répartir entre le père et le fils 
les œuvres mises confusément sous le nom de Boudin. 
Ainsi Thomas, outre les bas-reUefs du collatéral de Chartres 
qui resteront son œuvre principale, fut chargé, en 1618, 
d'exécuter une cheminée monumentale pour la salle du 
Trône de l'Hôtel-de- Ville de Paris, en face de celle que Pierre 
Biard le père avait érigée dix ans auparavant. Ce travail était 
payé cinq mille livres tournois, somme énorme qui donne 
une idée de l'importance de l'œuvre et de l'estime qu'on accor- 
dait à l'artiste. 

TJjomas Boudin était aussi l'auteur de la statue agenouillée 
de Diane de France, duchesse d'Angoulême, morte en 16 19, 
qui passa du couvent des Minimes dans le Musée des Petits- 
Augustins. 

Un témoignage de l'importance de cet artiste nous est 
encore fourni par la présence de son nom au bas des statuts 
de la communauté des maîtres peintres et sculpteurs de Paris 
portant la date du 16 janvier 16 19. Thomas, on le voit, 
devait compter parmi les plus notables de sa corporation. 

Son fils Barthélémy aurait, à en juger par la statue de Sully, 
hérité de son talent. A part l'œuvre dont M. P. Vitry nous a 
révélé la supériorité, on lui devrait, d'après Jal, une statue 
d'Amador de la Porte, mort en 1640, statue agenouillée, pla- 
cée avant 1789 dans l'église du Temple, puis recueillie au 
Musée des Petits-Augustins. 



LE TOMBEAU DE SULLY A NOGENT-LE-ROTROU 365 

Il existe un autre sculpteur nommé Guillaume Boudin, dont 
le contrat de mariage, inséré aux registres des Insinuations du 
Châtelet, porte la date du lo mai 1588. Comment se rat- 
tache-t-il à Thomas? Nous n'avons pu le découvrir ; mais il est 
fort probable qu'il existait entre les deux homonymes des liens 
de parenté assez étroits, puisque Thomas Boudin avait donné à 
son premier fils, baptisé en 1604, le prénom de Guillaume 
porté par le sculpteur inconnu dont nous donnons ci-après le 
contrat de mariage. ].-G. 

(10 MAI 1588) 

Contrat de mariage de Guillaume Boudin, maître-tailleur d'an- 
tiques, ^ une part, et de Guillemette Goré, veuve de Simon Le 
Galleux, maître-porteur de grains aux halles ^. 

Par devant Jehan Muret et Jehan Chappellain, notaires du Roy 
nostre Sire en son Chastellet de Paris soubzsignez, furent presens 
en leurs personnes Guillaume Boudin, m^ tailleur d'anthicques à Paris, 
y demeurant rue de Montorgueil, parroisse Saint-Eustache, pour 
luy et en son nom, d'une part, et Guillemette Goré, veufve de feu 
Simon Le Galleux, en son vivant m^ porteur de grains en halles et 
escolle Saint-Germain de ceste ville de Paris, elle y demourant en 
ladicte rue Montorgueil, pour elle et en son nom , d'autre part. 
Lesquelles parties, de leurs bons grez et bonnes voluntez en pré- 
sences et par les advis, vouUoir et consentement, savoir est, de la 
part dudit Boudin, de Robert Harsant, maistre patenostrier en 
esmail à Paris, son gendre, et Catherine Boudin, sa femme, et de la 
part de la dicte Goré, de Robert Bocquet, m« vinaigrier à Paris, de 
Jehan Michau, marchant hostellier, bourgeois de Paris, et Denise 
du Saulsay, femme de Henri Gaulmont, bourgeois de Paris, tous amis 
de ladicte future espouse, recongnurent et confessèrent, et par ces 
présentes recognoissent et confessent avoir faict, feisrent et font 
entre eulx et de bonne foy les traicté, accordz, convenances, dons, 
douaires, promesses de mariage et choses qui ensuivent; c'est 
assçavoir que lesdiz Boudin et Goré se sont promis et promectent 
prandre et avoir l'un d'eulx l'autre par nom et loy de mariage, et 
icelluy mariage faire et solempniser en face de sainte Eglise, sy Dieu 
et elle s'y consentent et accordent, aux biens , droictz, noms, rai- 
sons et actions à chacun ded. futurs espoux respectivement appar- 
tenans, et qu'ils promectent apporter l'un d'eulx avecq l'autre pour 

1. Arch. nat., Y 130, fol. 203 



366 LE MONUMENT t)E BRIZEUX 

estre ungs et commungs entre eulx, suivant la coustume des villes, 
prevosté et vicomte de Paris, et néantmoings ne seront subjectz aux 
debtes l'un de l'autre créées auparavant la consommation dudict 
futur mariage, en faveur duquel ladicte future espouse a donné et 
donne à sond. futur espoux et à ses enffans tous les biens qui luy 
appartiendront au jour de son decedz,à la charge de paier ses debtes, 
obsecques et funérailles , pourveu qu'il n'y ayt enffant ou enffans 
vivans nez ou procréez de leurs corps lors de la dissolution dud. 
futur mariage. Et partant a led. futur espoux doué et doue lad. 
future espouze de la somme de cinquante escuz sol en douaire pré- 
fixe, pour une fois paier, duquel elle joyrra sa vie durant à sa cau- 
tion juratoire. Plus, a esté accordé entre lesd. parties que lad. future 
espouse survivant sond. futur espoux aura et prendra par preciput 
et avant aulcun partaige tous et chacuns ses habilz, bagues et 
joyaulx jusques à la somme de cinquante escuz sol, selon la prisée de 
l'inventaire qui sera lors faict et sans creue. Plus, a aussy esté 
accordé entre lesd. parties que lad. future espouse survivant sond. 
futur espoux, joyra sa vie durant de la salle et grand bouticque 
tenant à saumon Qic) de la maison dud. futur espoux, sans en rien 
paier. Et a encores esté accordé que les enffans dud. futur espoux 
seront nourriz et entretenuz aux despens de lad. communaulté, jus- 
ques à l'âge de dix-huit ans sans en paier aulcune chose, et aussy 
sans qu'ilz puissent demander aulcune crue ne revenu de leur bien. 
Car ainsy a esté dict, convenu et expressément accordé entre lesd. 
parties, nonobstant toutes coustumes et ordonnances à ce contraire. 
Faict et passé es estuddes des notaires soubzsignez, après midy, le 
dixième jour de may mil cinq cent quatre vingzthuit. Lad. future 
espouze a déclairé ne sçavoir escripre ne signer, et a led. futur 
espoux. Hersant et Michaulx ilz ont signé la minutte de ces pré- 
sentes qui est demeurée par devers et en la possession dud. Jehan 
Chappellain, l'un des notaires cy dessus nommez. 

Insinué au Châtelet, le 25 mai 1588. 



ANTOINE ETEX 

LE MONUMENT DE BRIZEUX 

Lettres communiquées par M. Edmond Bréhion. 

La statue de l'auteur des Bretons, érigée à Lorient en 1888, fait 
ombre au tombeau du poète sculpté en 1860 pour le cimetière de 



LE MONUMENT DE BRIZEUX 367 

Lorient. La statue est de M. Ogé] le tombeau est d'Etex. Nous 
publions ici deux lettres d'Antoine Etex relatives au tombeau de 
Brizeux. H. J. 

Paris, le 2 septembre 1859. 
Mon cher Hippolyte Lucas, 

Je vous adresse, en même temps que ces deux mots sur le 
monument de Brizeux, un exemplaire de ma brochure sur 
Jry Schœffer, vous remerciant du fond du cœur de ce que 
vous avez bien voulu dire de mon étude et dans le Paris-Jour- 
nal et dans le Siècle. 

J'arrive de Lorient où je suis allé passer quelques jours 
afin de voir comment marchait l'exécution du monument de 
Brizeux. J'avais envoyé les modèles, dessins, etc., puis le 
médaillon en marbre, et je tenais à savoir comment ces modèles 
et dessins seraient traduits par les braves habitants de Lorient. 

J'ai trouvé là des hommes honnêtes et pleins de cœur qui 
travaillent un granit superbe, d'une dureté incroyable, et 
d'une finesse de ton sous l'outil incomparable, d'un gris foncé 
et rosé déUcieux. Ces braves gens, si la souscription ne s'élève 
pas, une fois le monument placé, seront en perte; cette matière 
est si rebelle, et si difficile et si longue à travailler! Lorsque 
j'ai quitté Lorient la semaine dernière, on s'occupait de poser 
le monument de notre cher poète breton qui grandira devant 
l'avenir comme tout ce qui est véritablement beau et bon. 

Je ne sais, si en votre qualité de Breton, vous avez jamais 
vu le cimetière de Lorient; pour moi, c'est le Heu le plus 
sublime pour s'endormir devant l'Eternité. 

Vous êtes si bon et si gentil pour moi, mon cher H. Lucas, 
et cela dans un temps où l'on est d'une dureté inqualifiable, 
que je voudrais vous voir un mercredi à mon atelier. Là, vous 
verriez en même temps que l'esquisse du monument de 
Brizeux le modèle en plâtre, un calque des dessins, que j'exé- 
cute à Lorient, puis la réduction de l'une de mes meilleures 
figures que je veux vous offrir. 

Bien à vous et de cœur, 

A. Etex. 

Paris, le lé septembre 1860. 
Mon cher M. Guiegesse, 
J'ai beaucoup regretté que vous ne puissiez venir, mais j'ai 



368 LE MONUMENT DE BRIZEUX 

eu un plaisir extrême à voir votre fils aîné. Veuillez le lui 
dire, en l'assurant que lorsqu'il aura un momeîit de libre, les 
mercredis, je serai fort aise de le voir. 

Ayez donc, je vous prie, l'obligeance — je vous en prie instam- 
ment — de faire exécuter une photographie du monument de 
Brizeux, afin de la donner aux journaux illustrés qui la 
demandent à grands cris. M. Albéric Second, surtout... qui 
se plaint des Bretons. Moi-même, ne pouvant aller à Lorient, 
cette année, obligé que je suis d'accompagner M™^ Etex chez 
sa fille, auprès d'Angoulême, je serais heureux de pouvoir me 
rendre compte de l'effet de la proportion du monument avec 
le fond et ce qui l'entoure. 

Pour le chêne que vous devez planter, mon avis, sauf à voir 
sa place, si je ne me trompe pas, serait, comme ci-dessous est 
esquissé au courant de la plume. 

Je voudrais éviter un arbre tout droit afin de ne pas détruire 
l'effet principal de la ligne verticale du monument. Je voudrais 
l'arbre un peu incliné de droite à gauche, cela me paraît mieux. 
Qu'en pensez-vous? Le petit trois-quart que j'indique me 
semble le côté qu'il faudrait essayer de photographier. Si j'étais 
sur place, je tenterais de deux ou trois côtés, sous deux ou trois 
aspects différents. Pour ces détails, je m'en rapporte à vous, 
j'ai vu vos ouvrages et votre goût juste m'est garant que ce 
sera pour le mieux. 

Priez, je vous prie aussi, votre excellent sculpteur de Lorient 
de me renvoyer le petit dessin à l'aquarelle avec les photo- 
graphies ; il nous servira pour la publication du Tombeau de 
Brizeux. 

Mes respectueux hommages, je vous prie, à M''''' Guiegesse, 
que M'"^ Etex désire connaître sous les deux noms de Guie- 
gesse et de Vanaedic. 

Agréez, mon cher Monsieur, avec nos regrets de vous avoir 
si peu vu à Paris, l'assurance de mes meilleurs sentiments. 

Etex. 

P. -S. — J'ai fait votre commission à M. Dussouflet. J'es- 
père que votre jeune fils a réussi et que nous le verrons bien- 
tôt à Paris avec son frère aîné. 



TABLE 
ANALYTiaUE ET RAISONNÉE 

DE LA ONZIÈME ANNÉE 
1895 



SIGNES ET ABRÉVIATIONS 

A, signifie Architecte. — Aq., Aquarelliste. — Br., Brodeur. — Carie, 
Caricaturiste. — Cér., Céramiste. — Cis., Ciseleur. — Comp., Compo- 
siteur. — Dess., Dessinateur. — Éd., Éditeur. — Ém., Émailleur. — 
Fond., Fondeur. — G,, Graveur. — Gr. en méd., Graveur en médailles. 

— Hist., Historien. — Imp., Imprimeur. — Ing., Ingénieur. — Jo., Joail- 
lier. — Lap., Lapidaire. — Lith., Lithographe. — Méd., Médailleur. — 
Men. éb., Menuisier ébéniste. — Mod., Modeleur. — Mon., Monnayeur. 

— Mos., Mosaïste. — Orf., Orfèvre. — P., Peintre. — P. verr.. Peintre 
verrier. — Phot., Photographe, — Se, Sculpteur. — Stuc, Stucateur. 

— Tap., Tapissier. — Verr., Verrier. 

Le mot BibUogr. indique un article bibliographique spécial ou une men- 
tion d'ouvrage. 
Un astérique (*) précède les noms de lieux. 

ABOT — AMOUR 

Abot (Eugène-Michel-Joseph), g., Aguillon (Pierre-François), a., i. 

58. Alain-Boyer, entrepreneur, 4. 

Abot (Mme veuve), 58. Albane (M. et Mme d'), 47. 

Abry (François), 26. Albert (Pierre), 298. 

Abry(Gabriel), a.,2$, 26. Albret (Jeanne d'), 80. 

Abry (Marie-Anne), 27. Alençon (Françoise d'), duchesse de 
Académies, 293. Vendôme, 81. 

Adam (Gaspard), se., 303. Gilbert, 292. 

Adnet (M^e veuve), 57. . ,, . ' ^ ^^ 

Adoration des Rois, ^ 6. ^ J ^'1 l r. 
Adzer (Daniel-Jensen), gr. en méd., Amador de la Porte, 364. 

, , I ^ 7 , , Amand (Saint), 151. 

Aguillon (...), ingénieur, i. Amarger (Famille), 48. 

Aguillon (César), a., I, 5, 6. Amour (/'), 173, 287, 288,291, 
Aguillon (Pierre), a., i. 309, 360. 



370 

Amours se disputant les offrandes 

apportées au dieu Terme, 17, 
Amsterdam : Académie, 52. 
— Hôtel-de-Ville, 22. 
Ancel, Ancelet ou Ansel, p. 69, 71, 

72. 
Andersen-Ell (le capitaine Gems), 

338. 
Andray (L.), dess., 218. 
André (Saint), 2. 
Ange, 295 ; — priant, 295 . 
AngiviUer (d'), 304, 354. 
Angoulême (Diane de France, 

duchesse d'), 364. 
*Ani2y (Château d'), 79. 
Anne (Sainte), 81. 
Anne de Foix, reine de Hongrie, 

82. 
Antinous (V),2']Q, 2^0, 302, 303,305. 
Antisthènes, 280. 
* Anvers : Académie, 41, 57. 
Arbien (G.), gr. en méd., 318. 
Archives de V Art français, 316. 
Archives de VArt français {Nouvelles), 

301, 304, 311, 317, 318, 329, 

347, 353, 354, 355- 
*Ardres (Eglise d'), 125. 
Argenville (Dézallier d'), hist. Son 

ouvrage « Voyage pittoresque », 

cité, 284, 288. 
Armagnac (Famille), 41. 
Armoiries, 9, 23, 65, 97, 1 18-122, 

151, 153, 168, 169. 
Arpentigny. Voy. Lecoq. 
Artaud (Mme veuve), 54. 
Arts (les), 227, 228, 294. 
Aspremont (d'), a., i, 4, 11. 
Astruc (Henri et Jean), 44. 
Astruc (M. Mme Jules), 44. 
Auber (J.-A.), a., 2. 
Aubert (Augustin), 16. 
* Aubusson(Les tapissiers d'), 23-24. 
Audan (Jehan), p., 125. 
Augier (Pierre), serrurier, 12-13. 
Auguste II le Fort, roi de Pologne, 

310. 
Aulnoy (Le Hardy d'), prévôt de 

de la ville de Valenciennes, 196, 

211, 212, 214. 
Aumont (Louis-Marie-Augustin, duc 

d'), 121. 
Aumont (Louis François d'), duc 

d'Humières, 121. 



AMOURS — BENOIST 



Aumont (Les ducs d'), 120, 121,. 

122, 288. 
*Auteuil (Cimetière d'), 53. 
Auvergne (M^e d'), 25. 
Auvray (Louis), se. , 296. 
*Avon (Seine-et-Marne), 170. 
Azincourt. Voy. Blondel. 

Bachaumont, écrivain, 280, 302. 
Bador (Mme veuve), 58. 
*Bagneux (Cimetière de), 39, 40^ 

58. 
Balbus (Nonnius), 237, 238. 
Baliste, amateur, 17-18. 
Baltique (la), statue, 225, 275, 319, 

327, 328. 
Bandry (Me), notaire, 28. 
Baptista (Le Frère), p., 35-36. 
Barbaran (Louis), g., 95. 
Barbaroux (Jean), fond., 13. 
Barbaroux (Joseph), fond., 1 3 . 
Barbe, fond., 13. 
Barbier (Mme veuve), 40. 
Barbier (Maître Simon), imagier, 78,. 

79- 
Barengier (Antoine), p., 85-87. 
*Barisis (Aisne), 1 51-163. 
Barjou (Jean), tap., 23, 24. 
Baron (M.), 20, 23. 
Barré (Georges), potier d'étain, 127. 
Barthélémy (Claude-César), g., 15. 
Barlhez (Alphonse-Barthélémy), se.,, 

39- 
Barthez (Famille), 39. 
Bartolini (Mgr), 344. 
Basan, 304. 
Bataille (Jean), a., 76. 
Bataille (Jean), p., 78. 
Bataille (Pierre), p., 78. 
Beaudouin (Anne), 26, 27. 
Beaumont (de), ingénieur, 2. 
Beaupré. Voy. Saint-Germain. 
Beausoleil. Voy. Harrewyn. 
BeauvilIier(Ducde), 173,287,309. 
Beauvisage, tailleur, 109. 
Beffroy (Ant.), procureur, 113, 116. 
Bellegarde. Voy. La Live. 
Bellenger (Jules- Armand) , a., 40. 
Bellenger (Jules), 40. 
*Bellevue (Château de), 287. 
Bellot (Nicolas), p., 85-87. 
Bellotte (Jean), conseiller du Roi,. 
84, 94, 102, 113, 141, 165, 167. 
Benoist (Constant-Stan.), a., 58-59» 



BENÔIST — BOURBON 



371 



Benoist (Paul et Léon), ing., 58. 
Benoist (Famille), 58. 
Benoist-Beneditti (Oct.), mus., 44. 
Benoist-Beneditti (Famille), 44-45. 
Benoît (Saint), 151. 
Benoît (Jehan), 69. 
Bérage (François), fond., 13. 
Bérard (Gérard), p., 63. 
Beraud (M. et M^e), 40. 
Bérengier (M. et M^ne Paul), 44. 
Bernard (Marie-Antoinette), 124. 
Bernard (Sébastien), fond., 14. 
Bernard, serrurier, 13. 
Bernonville (J.-F. de), orf., 126. 
Bernstorff(Le comte), 310, 340-342. 
Berrichon. Voy. Gaillard (Pierre). 
Berthe, p., 121. 

Bertrand, p., 68, 69, 70, 71, 72. 
Bertrand de Sivay (Le général), 17. 
Betzky (de), 337. 
Biard (Pierre), se, 364. 
Biennourry (François-Victor-Eloi), 

p., 54-55- 

Biennoustienne(Franç.),tap., 23,24. 

Billarderie. Voy. Flahaut. 

Billet (Joseph), se. et doreur, 14. 

Biron, 31. 

Blair de Boisemont, intendant du 
Hainaut, 185. 

Blanc (Charles), écrivain. Son ou- 
vrage « Le Trésor de la Curiosité «^ 
cité, 278,288, 292, 293, 295. 

Blanchet (M^e), 58. 

Blangy (Charles-François), p., 124. 

Blayn (Adolphe-Fernand), p. 45. 

Blayn (Famille), 45. 

Blemar QA^^), 23. 

Blerenache (Ant.), ménétrier, 76. 

Blerenache (Berth.), ménétrier, 75. 

Bloch (Emile), conservateur du Ca- 
binet des Estampes et des Dessins 
de Copenhague, 277, 290, 292, 
295. 

Blondeau (Mme veuve), 47. 

Blondel, échevin, 186, 206, 209, 
210, 215. 

Blondel d'Azincourt, 288. 

Blondel de Gagny, 287. 

Blosset (Marquis de), ministre plé- 
nipotentiaire, 216, 330, 340, 341. 

Blosset (La marquise de), 341. 

Bocquet (Robert), 363. 

Boileau, 28. 

Boiron (Alexandre-Em.), p., 36-37. 



Boiron (Emile et Eugène), 36. 
Boisemont. Voy. Blair. 
Boissimon (Adrien), tuilier, 100. 

* Bologne : Académie, 205, 306, 334, 

335, 344. 
Bologne (Jean de), se, 237. 
Bonaparte (Joseph), 17. 
Bonieux (M. et M^e)^ 56. 
Bonnassieux (Jean), se, 41. 
Bonnassieux (Famille), 41. 
Bonne (François de). Voy. Lesdi- 

guière (Duc de). 
Bonnefont (Raymond de), ing. , 2 . 
Bonneur (Le sieur), 26. 
Bontemps, notaire, 356. 
Boquillon (Anne), 92, 100. 
Boquillon (Charles), tonnelier, 106. 
Boquillon (Marie), 112. 

* Bordeaux, 178, 191, 192, 238, 350. 

* Bormes (Eglise de), 2. 
Bornand (M.), 40. 
Boschet (Claude), 107. 
Both, p., 251. 

Botté (Le sieur), 109. 

Boubert de Courteville (A.-J.), 128. 

Boubert de Courteville (P.-L.-L), 

orf., 128. 
Bouchacourt (M^e), 43. 
Bouchardon (Edme), se, 193, 237, 

242, 308, 309, 310, 315, 316, 

319, 350, 360. 
Bouche (Noëlle), 125. 
Boucher, 178. 

Bouchelet, charpentier, 209. 
Bouconville (Pierre de), 68. 
Bouconville (Henry de), avocat, 68. 
Boudin (Barthélémy), se, 361-366. 
Boudin (Catherine), 365. 
Boudin (Guillame), se, 365-366. 
Boudin (Thomas), se, 364, 365. 
Boudoux, menuisier, 158. 
Bougarel (Augustin), a., 2. 
Bougarel (Franc, et Michel), a,, 2. 
Bougarel (Joseph), a., 2. 
Bougarel (Melchior), a., 2. 
Bouguereau (Ad. -William), p., 60. 
Bouilliard (J.), g., 34. 
Boulanger (Adrien), 107. 
Boulé (Pierre-Louis-Joseph), 298. 

* Boulogne-sur-mer, 1 18-129. 
Bourbon (Antoine de), 80. 
Bourbon (Antoinette de), duchesse 

de Guise, 82. 



372 BOURBON - 

Bourbon (Charles de) duc de Ven- 
dôme, 80, 82. 
Bourbon (François de), 80. 
Bourbon (François de), comte de 

Vendôme, 80. 
Bourbon (Marie de), 82. 
Bourbon (Renée de), abbesse de Fon- 

tevrault, 82. 
Bourbon (Suzanne de), 81 . 
Bourbon-Vendée (Cardinal de), 79. 
Bouret, fermier général, 284,288. 
Bourgelat, 251, 270. 
Bourgeois (Charles) , tailleur de 

pierre, 131. 
Bourgeois (Daniel), a. , 131. 
Bourgeois (Daniel), se, 131. 
Bourgeois (Innocent), a., 97, 100, 

113, 130, 131, 164. 
Bourgeois (Salomon), a., 131. 
Bourgeois (Vincent), a., 130, 131. 
Bourgeois (M. et M^e)^ 43. 
Bourlamaque (Le Cabinet), 284. 
Bourré, a., 3. 
Bousez, 209. 
Bousquet, p., 16. 
Boussonil (André), a., 3. 
Bouvenne (Aglaùs), écrivain. — Epi- 

taphes de peintres, 170. 
Boyer (André), a., 3. 
Boyer (François), amateur, 15-16. 
Boyer (Jules et Antoine de), 15. 
Boze (de), académicien, 181, 210, 

307. 
Bramtot (Alfred-Henri), p., $9-60. 
Bramtot (Famille), 59. 
Brébion (Edmond). — Le monument 

de Brizeux par A. Etex, 366-368. 
Bretel (Michel), 143, 144. 
Brice (saint), 146. 
Briffaiel, 298. 

Brissy (Nicolas de), se, 151. 
Brizeux, poète 366-368. 
Brochoud (Le citoyen), 32. 
Brockenhuus (de), écuyer, 253. 
Brosseronde (Simon de), secrétaire 

d'ambassade, 216. 
Bruand (Pierre-Paul), a., 3. 
Bruel (M. et M^e), 53. 
Bruière (Charles-Albert), 299. 
Brun, a., 3. 

Budin (Daniel), perruquier, 124. 
Buhot (Pierre-Ph.), se, 151-163. 
Builly(Le chanoine de), 98, 115. 



CASTILLON 

Bulletin de la Société de V histoire de 

r Art français, 19. 
Bulletin de la Société académique de 

Laon, 64, 
Buron (Oscar), ingénieur, 45. 
Buron (Famille), 45. 
Butty, 220, 223, 231, 232, 244, 

278. 

Cabanier (M^^ veuve), 37. 

Cabat (Louis-Nicolas), p., 49. 

Cabat (Famille), 49. 

Caboche, menuisier, 120. 

Caffiéri (Les), se. 299. 

Cailleau, 141. 

Caillette (..".), orf., 126. 

Caillette (Alexandre), orf., 128. 

Caillette (Jacques), orf., 128. 

Caillette (Jacques-Alexis), orf., 128. 

Calabre (Le duc de), 5. 

Calabre (Mr.), 173, 284. 

Camaux (Jehan de), a., 71. 

Cambron (François), a., 165. 

Camot (André), p., 35. 

Camot (Jean), p., 35. 

Camot (Marie-Anne et Jean), 3 5 . 

Campardon (Emile), 19. 

Camus (Joseph), greffier de la Jus- 
tice de Paix, 57. 

Camus (Yvonne et Clémence), 57. 

Canivet (Charles-Nicolas), procu- 
reur, 157, 159, 160, 162, 163. 

Cariatides, 173, 287, 360. 

Caricatures, 291, 308. 

Carlier (Antoine), se, 136-138. 

Carlier (Crespin), organiste, 83. 

Carlier (Laurent), conseiller du Roi, 
159, 162. 

Carlier (P.), a., 137, 138, 164, 165, 

Caroline-Mathilde, reine de Dane- 
mark, 331. 

Caron (François), menuisier, 127. 

Carpeau, 109. 

Carpeaux (Jean-Baptiste), se, 300. 

Carpentier (Jehan), p., 118. 

*Carpentras : Bibliothèque, 130. 

Carré (Jeanne), 125. 

Cartier de Saint-René, 38. 

Carton (Pierre), a., 165. 

Cary (Valentin), maçon, 119. 

Casadavant (Famille), 5 5 . 

Casse (Le chanoine Michel), 77. 

Castiglione (Benedetto de), p. 16. 

Castillon (Toussaint), doreur, 14. 



CATHERINE — 

Catherine II, impératrice de Russie, 

334- 
Caussemille (Jacques-Ph.), dor., 14. 
Cauvin (Edouard), p., 54. 
Cauvin (Famille), 54. 
Caveliet (Pierre-Jules) , se, 55-56, 
Caylus(Le comte de), 217, 239, 253, 

255. 
Cernay (Le marquis de), 197. 
Chagot (Mme veuve), 44. 
Challes (Michel- Ange), p., 303. 
Challes (Simon), se, 303. 
Chalory (M^e veuve), 45. 
Chamonin- Basset (J.-B.), p., 124. 
Champfleury. Voy. Husson-Fleury. 
Champré. Voy. Dubois. 
Chandron (Héritiers), 27. 
Chapon (Louis-Et.- Alfred), a., 50. 
Chapon (Famille), 50. 
Chappellain Qehan), notaire, 365, 

366. 
Charles, dit Flamand, Flamang ou 

Flamant (?), se, (?), p. et doreur, 

156, 158, 159, 161, 162, 163. 
Charles VI, 64, 65. 
Charles VIII, 80, 82. 
Charlet ou Chérie (André), se, 131. 
Charonton, Charretier, Quarton ou 

Tarteron. (Enguerrand), p., 73, 

74- 
Charpentier (Geneviève), 144. 
Charpentier(Jacqueline), 109. 
Charpentier (Mathieu), 135. 
Charretier. Voy. Charonton. 
Charron (M^e veuve), 40. 
Chartres (Le duc de), 121. 
* Chartres : Cathédrale, 364. 
Chasseur surpris par un lion^ 290. 
Chasteau (Jean du), a., 27. 
Chateauvillain (Mme de), 82. 
Chaumont (Mil= Anna de), 45. 
Chaumont (Mme Frank de), 45. 
Chaussegros (Gaspard), a., i, 3, 4. 
Chauveau, huissier, 113. 
Chayet (M. et Mme), 54. 
Chazot (Mme veuve), 59. 
Chédieu (MM.), 60. 
Chénier (André), poète, 28, 34. 
Chérie. Voy. Charlet. 
Cherise (Cécile), 124. 
Chevalier (M. et Mme Edgard), 42. 
Chevalier (Jean), ménétrier, 70. 
Chevrillon (Famille), 46. 
*Chiflet (...), se, 194, 350. 



COPENHAGUE 



373 



Chrestienne (Dame), p., 72. 

Christian IV, roi de Danemark, 278. 

Christian VII, roi de Danemark, 
244,276,278,283, 284,303,322, 
328, 330-333, 339» 345-348, 360. 

Chronique des arts, 286, 288. 

Cicéron, 32. 

Cire (Pierre de), a., 165. 

Clairville (de), ingénieur, 11. 

Claudasse (Veuve), 26, 27. 

Claude (Famille), 46. 

Clémence (La) , 1 94 . 

Clément (Marc), boulanger, 124. 

Clepoint (Jean), p., 135. 

Clermont (de), évêque de Laon, 140, 

143. 

Cloche (Frère Antonin), 36. 

Cochefilet (Rachel de), 361. 

Cochet (Bertrand), p., 69. 

Cochin (Charles-Nicolas), g., 296, 
346, 347. 

Cochon (Madeleine), m. 

Cocquelet (L.) , menuisier, 86-87. 

Coffin (Adrien), menuisier, 92. 

Colart, de Laon, p., 64-68, 70-72. 

Colart, de Jumigny, p. 64-68. 

Colbert, maître des requêtes, 25. 

Colet (Famille), 47. 

Colin (Paul), inspecteur de l'ensei- 
gnement du dessin, 44. 

Colin (Famille), 45, 46. 

Collin (Jeanne), 90. 

Collo (Michelle), 27. 

Collot (Marie- Anne). Voy. Falçonet. 

Combats antiques, 295. 

Constant (Nicaise), 65, 66. 

*Copenhague 175, 180, 181, 194, 
198, 200, 201, 204, 207, 216, 
219-278, 280,283, 286-289, 303, 
304,308-326, 329-333, 339,343- 
354, 358-360. 

— Académie, 264, 277, 283, 
285, 289, 292-294, 304, 310, 
312-322,327, 328, 330-335, 344, 
345-352, 355, 359- 

— Cabinet des Estampes et Dessins, 
290, 292, 295. 

— Galerie de Christianborg , 289. 

— Palais d'Armalienborg, 309. 

— Palais de Charlottenborg, 312, 
313, 319, 321, 348, 352-354. 

— Palais de Christianborg, 314. 

— Place d'AmaHenborg, 310, 313 , 
332, 333- 



I 



374 



COQ.UENET — DÈSTAILLEUR 



Coquenet (Quentin), menuisier, 85, 
89*94, 95, 102,103, 139,149- 

Corneille, a., 4. 

Corriolis (Jacques), dor., 14. 

Cotte (Jean), procureur, 116. 

Cotte (Me), notaire, 87. 

Coucy (Antoine de), a., 165. 

Coucy (Jean de), a., 164, 165. 

Coucy (Pierre de), a., 165. 

Couillon (de), ménétrier, 70. 

Courcelles (de), 25. 

Courdouan (Antoine), commissaire 
de la marine, 54. 

Courdouan (Louis) , négociant, 54. 

Courdouan (Vincent), p., 54. 

Cournault (Charles), hist., 19. 

Courteville. Voy. Boubert. 

Coustou (Guillaume), se, 192, 300, 

343- 

Couty (Famille), 46. 

Coyzevox(Ant.), se, 238, 242,314. 

*Crécy (Château de), 287. 

Cretu (Maître), 357. 

Creuly (M. et M^e), 56. 

Crochart (Me), notaire, 87. 

Crochart, conseiller, 100. 

Crochart (Barbe), 100, 106. 

Crochart (Nicolas), receveur, 104. 

Croix (Nicolas-Joseph-Arnould Ra- 
soir, seigneur de), prévôt de la ville 
de Valenciennes , 175, 176, 180, 
182, 183, 195, 198,200, 201-204, 
206, 207,211, 212, 215. 

Croix (Mme de), 197, 204. 

Croizat, 59. 

Crucifiement (le), 81. 

Cugnet (Jean), a., 165. 

Cugnet (Pierre), a., 165. 

Cupidon, 283. 

Curet (Antoine), orf., 11 -12, 

Curet (Honoré), orf., 12. 

Curet (Jean), orf., 12. 

Curiosité universelle (La), 288. 

Cuvillier (Gillette), 25. 

Dagonet (Famille), 49. 

Damien (Martin), se, 132-134. 

*Damvillers (Meuse), 36. 

Dandré Bardon, 282. 

Danemark (Compagnie asiatique 
royale de), 174, 195, 219, 220, 
223, 226, 230, 275, 289, 309, 
315, 322, 325, 326, 327, 328, 
333, 349, 350, 359> 360. 



Danemark (le), statue, 224, 225, 
228, 275,319, 327, 328. 

Danguin (Jean-Bapt.) , g., 57-58. 

Dansau(M.), 22. 

Danthier (N.), menuisier, 87-88. 

Danton (Jean-Séb. et César),ioi. 

Danye, notaire, 133-135. 

Darcel (Alfred) , critique d'art, 50. 

Darcel (Famille), 5 1 . 

Dardoize (Emile), 59. 

Dardoize (M^e veuve), 59. 

Dartige, notaire, 24. 

David (Alexandre), 44. 

David (François-Alexandre), p., 59. 

David Q.-B.-J.), p., 43-44. 

David (Louis), p., 17. 

David présenté à Samuel, 279. 

Davillier, 288. 

Dechoure (Nicolas), 103. 

Dedriencourt (Elie), 106. 

Defosse (Marie-Thérèse), 123. 

Delacampagne, procureur du Roi, 
165. 

Delacampagne, marguillier, 87, 88. 

Delacampagne, notaire, 100, 103, 
104, 106, 107, 108, 141, 142. 

Delamothe, 141. 

Delamotte (Nicolas), iio, ni. 

Delancy (Jean), 108, 109, no. 

Delannoie, 356. 

Delarue (Jean-François), a., 41-42. 

Delarue (M™e Vve et Maurice), 41 . 

Delattre (Pierre), p., 120. 

Delescluse (Hercule), a., 165. 

Delescluse (Jean-Nicolas) , no. 

Delescluse (Nicolas), 108. 

Demonceaux, prêtre, 140. 

Demonceaux (Catherine), 139, 140. 

Demonceaux (Cosme), se. et menui- 
sier, 89, 97, 116, ii-j, 139. 

Demonceaux (Jacques), 140. 

Denans (Me), notaire, 9. 

Derval (Ch arles), 112. 

Dervieux (La) danseuse, 34. 

Desbleumortiers , lieutenant prévôt 
de la ville de Valenciennes, 178, 
196, 197, 206, 209,210,212-215. 
Desjardins, se, 237, 238, 242. 
Desmaretz, notaire, 134. 
Desmonts, se, 155, 156, 158. 
Despréaux (Pasquier), vitrier, n8. 
Desprez (Le chanoine), 132, 133. 
Destailleur (H.-A.-G.), a., 53-54- 



I 



DESTAILLEUR 

Destailleur (Famille), 53-54. 

De Troy (Jean-François), p., 183, 

280, 292, 302, 306. 
Devaux (Mlle Léonie), 5 1 . 
Devéria (Famille), 45. 
Devillaine (M. et M^e), 41. 
Devoulx, a., 4. 
Didier, amateur, 17. 
Dieuset (Guillaume), 120. 
Dieuzayde (Famille), 59. 
Dioghie, 286 ; — cherchant l'homme, 

285. 
Dominiquin (Le), p., 291. 
Donjeux (Le Cabinet), 284. 
Doré (Pierre), a., 165. 
Doublemard (Amédée), se, 39. 
Doublemard (Julie-Marie Galand, 

femme), 39. 
Douan, 107. 

Douen(P.), marguillier, 145, 146. 
Doumet (Zacharie- Félix), p., 15. 
* Dresde : Place du marché, 310. 
Driencourt (Elle), marchand, 109. 
Dubelloy, 176. 
Dubois (Ambroise), p., 170. 
Dubois (Jehan), p., 125. 
Dubois de Champré, capitaine. 197, 

330. 
Ducastel (Anne), 90. 
Ducastel (Antoine), menuisier, 90. 
Ducastel (Jacqueline), 85, 94. 
Ducastel (Jacques), menuisier, 85- 

9O' 94, 95, 98, 99, loi, 103, 

139- 
Ducastel (Jean I), menuisier, 84-85, 

87-90,92,95,100,101, 103, 107. 
Ducastel (Jean II), menuisier, 84, 
Ducastel (Louise) , 85 , 92-96 , 98, 

100-105, III- 
Ducastel (Madeleine), 84-85, 100- 

103. 
Ducastel (Marie), 84, 100, loi. 
Ducastel (Michel le»-) , menuisier , 

84, 85, 87, 88, 90, 106. 
Ducastel (Michel II), se. et p., 84, 

85,89-117, 139. 
Ducastel (Michel III), menuisier, 

91, 98, loi, 108, 117. 
Ducastel (Philippe), menuisier, 83, 

84, 90, 95, 107. 
Ducastel (Simonne), loi. 
Ducoin (M. et M^e), 40. 
Ducrocq (Jean), p., 76. 
Duflot( )p., 303. 



FAIVRE 375 

Dufresnoy (Le sieur), 357. 
Dumangeot (Gilles), se, 1 50-1 51. 
Du Monceau (Antoine), p., 125. 
Du Parc (Albert), a., 6, 8. 
Dupaux (Antoine), prêtre, 87, 88. 
Duphot (Famille), 47. 
Dupont, amateur, 17, 
Dupont (Alexandre), p., 17. 
Dupont (Emile), a., 43. 
Dupont (Marguerite), 89. 
Dupont (Famille), 43. 
Duquesnel (Famille), 43. 
Duquesnoy (Antoine), p., 75. 
Duras (Le duc de), 283. 
Durotz (Pierre), se, 131. 
Dusart, trésorier général, 298. 
Du Somerard ou Dusommerard 

(Nicolas), avocat, 1 19-12 1. 
Dusouflet (M.), 368. 
Dussieu (A.), hist. Son ouvrage 

« Artistes français à l'étranger », 

cité, 275, 277. 
Dutot (Pierre), p.-verr., 79. 
Du val, procureur, 102, 113, 114,141. 
Duvivier, a., 4. 
Du vivier, 291. 

Ecce Homo, 81. 

Eigtved (Nicolas), architecte, direc- 
teur de l'Académie royale des 
Beaux-Arts de Copenhague, 309, 
312-315, 317, 320. 

Eléphant, 280, 305. 

Eli. Voy. Andersen. 

Elloy (Baron et baronne d'), 43. 

Elmin (Muller), 205. 

Empereur à cheval (Un), 295. 

Engaurran, a., 4. 

Enguerrand IV, 64. 

Epernon (Duc d'), 15.. 

Epinay (Mme d'), 309. 

Epinay. Voy. La Live". 

Ergny (Philippe d') 126. 

Esdouhard-d' Anisy (Paul), 5 1 . 

Espercennes. Voy. Thiroux. 

Estaing (Le comte d'), 3 1 . 

Estrées (Le cardinal César d'), 95. 

Etiolles (Alexandrine d'), 286, 309. 

Etex (Antoine), se, 366-368. 

Etex (Mme Antoine), 368. 

Etudes, 291. 



F. L. (Vente de), 286. 
Faivre (M. et Maxime), 



49. 



376 

Falconet (Etienne-Maurice), se, i8- 

23, 361. 
Falconet (Marie- Anne Collot, femme 

de Pierre-Etienne), se, 18-23. 
Falconet (Pierre-Etienne), p., 19. 
Falempin (Jacques), orf., 128. 
Falem pin (Robert), orf., 128. 
Faluy (Geoffroy de), a., 165. 
Faluy (Nicolas de), a., 165. 
Faluy (Robert de), a., 164, 165. 
Fanar (Simon), se, 134. 
Faune qui tient un chevreau, 173, 

280-284, 307-309, 323, 338,360. 
Favel (M. et Mme) ^ 41, 
Favray, p., 303. 
Feaussé (Jean), p., 124. 
Femme nue priant, 295. 
Femme nue pleurant, 295. 
Femy(Jean de), 68. 
Ferrât de la Ciotat (Marcel), 54. 
Ferrât (M. et M°^^ Raymond), $4. 
Feuardent (M. et M^e) 56. 
Figuier, (Mi»* veuve), 45. 
Figures, dessins, 294. 
Fille (Jeune), 280, 308. 
Fille (Petite), 286. 
Finart (Nicolas), a., 165. 
Finaux (Denis- Joseph), 357. 
Finsonnius, p., 16. 
Flahaut de la Billarderie (J.), 122. 
Flamant. Voy. Charles. 
Flameng (Gilles), a., 76. 
Fleuri, Fluri ou Flurie (Jehan), p., 

125. 
Fleury (Edouard), écrivain. — Son 

ouvrage « Les peintres Colart de 

Laon et Colart le Voleur », cité, 

64. 
* Florence, 358. 

— Académie, 205, 334, 33$, 344. 
Fluri. Voy. Fleuri. 
Flusin (Famille), 48. 
Foix(Ducde),82. 
Fonseca. Voy. Pinto. 
Forest, 195. 
Forest, se, 168. 
Foresta (Eléonore de), 1 5 . 
Foucart (Paul) , avocat et écrivain, 

195, 218, 220, 297, 298-301. 
Fourcault. Voy. Frouart. 
Fourié (M. et U^^ Albert), 45. 
Fournier, écrivain, 28, 34. 
Fourni val (Sébastien), 108. 
France (la), 192, 193. 



FALCONNET — GHISTHELLE 



Franck. Voy. Chaumont. 

François 1er, j^^ go, 124. 

François, p., 71, 72. 

François (M. etM^e Adolphe), 45 . 

François de Paul (saint), 81. 

Frédéric V, roi de Danemark, 174, 
194, 197,201,207, 219-278,282, 
289, 290, 293, 296, 304, 309- 
334, 338, 339, 345, 347, 349, 
351, 354, 358, 359' 360, 361. 

Frédéric (Le prince), fils de Frédéric 
V, 322, 333. 

Fremault, sergent, 116. 

Frémont (de), 84. 

Frion (Félix), charron, 142, 143. 

Frogère (Famille), 48. 

Frouart (Baudoin de), sieur de Four- 
cault, 125. 

Fulquet de Gardanne, a., $. 

Gadellin, 357. 

Gaden(M. et M^eH. H.), 47. 

Gagny. Voy. Blondel. 

Gaillard, dit Berrichon ou Joly-Cœur 

(Pierre), se, 125. 
Galand (M^e Rose), 39. 
Galitzin (La princesse), 20, 21. 
Galland (Pierre- Victor), p., 46. 
Galland (Famille), 41, 46. 
Galle (Gaspard-Alexandre), orf., 12. 
Gallien prêtre, 107. 
Gallien, 86, 99. 
Galloys (Me), notaire, 26, 27. 
Garbe (Félix), 135. 
Gardignier (Chariotte), 125. 
Gargam (Mmes)^ 44, 59. 

Garnier (Me), notaire, 27. 

Gaudy(Mnie), 59. 

Gaulmont (Denise du Saulsay, 

femme de Henri), 365. 
Gautier (P.), tailleur de pierre. S, 7. 
Gautier (Pierre), serrurier, 12-13, 
Gauvin (Alfred), cis. et se, 48. 
Gauvin (Famille), 48. 
Galette d'Amsterdam, 176. 
Galette des Beaux- Arts, 19, 171. 
Gédon, a., 5. 

Geoffrin (Mme), 173, 287, 300, 309. 
Geoffroy (Etienne), a., 5, 10. 
Gérault (M^e), 109. 
Gerbier(Les familles), 40. 
Germain (Nicolas), a., 165. 
GetzKoï (Ivan), 335. 
Ghisthelle (Charles- Antoine), 123. 



GHISTHELLE 

Ghisthelle (Jean-Liévin), p., 123. 

Giese, fond., 316, 319. 

Gilbert (Jean), 27. 

Gilet, fond., 284. 

Gilet (de), 311. 

Gilis ou Gillis (A.), se. , 208, 297-299. 

Gilles (Sébastien), 146, 147. 

Gillet, se, 303. 

Gin, p., 124. 

Ginoux (Charles), peintre. — Les 
artistes de Toulon, 1-18. 

Girard (Famille), 60. 

Girardon (François), se, 238. 242. 

Girinau (M. et M.^^), 40. 

Gobaille Qean), a. , 76. 

Goddé (Jules), p., 219. 

GofRnQean), a., 5. 

Golovatchersky , trésorier de l'Aca- 
démie des Beaux-Arts de Saint- 
Pétersbourg, 339. 

Gombert (Barthélémy), a., 5. 

Gombert (Charles), a., 5-6, 8. 

Gombert (François), ing., 6. 

Gombert (Jacques), a., 6, 8. 

Gombert (Joseph), a., 6. 

Gombert (Pierre), a., i, 5. 

Gombier (Anne), 106. 

Gor (Pierre), fond., 192, 194, 195, 
277, 309» 316, 320, 326, 329, 
330, 332, 349, 359- 

Goré. Voy. Le Galleux. 

Gorré (Marie-Jeanne) ,123. 

Gossart, iio. 

Gosselin (Charles), p., 44. 

Gosselin (Famille), 44. 

Gounod (Famille), 46. 

Gourdant (Bernard), cocher, 143. 

Gourju (M. et M^e), 41. 

Goutil (Le sieur), 27. 

Grandhomme (Gilles), a., 165. 

Grandhomme (Nicolas), a., 165. 

Grandin (Georges), peintre et ancien 

conservateur du Musée de Laon. — 
Les primitifs laonnois, 62-83. — 
Les Ducastel, sculpteurs, 83-118. 
— Sculpteurs Laonnois et Ré- 
mois, 130-163. — Institution de 
la corporation des maîtres maçons 
de Laon, 164-167. — Façade de 
l'ancien hôtel de ville de Laon, 
167-170. 

Grandin (Pierre), 88. 

Grasset (François), a., 6. 

Grégoire (Saint), 81. 



GUYS 377 

Grenet (M™e veuve), 50. 

Grenier de Saint-Martin (Henry), 
bibliothécaire, 44. 

Greterin (Famille), 42. 

Grignan (Mgr de), 5, 6. 

Grimault (Jules), 57. 

Grimm, 283, 307. 

Grizelot ou Grizot (Claude), menui- 
sier, 84, 100, ICI. 

Grizolet, 140. 

Grizot (Louis), m, 112. 

Grouchy (Le vicomte de). — Les 
tapissiers d'Aubusson, 23-24. — 
Pierre et Louis Le Blanc, peintres , 
24-28. 

Groulart, greffier, 160. 

Guay (Jacques), gr. en méd., 286. 

Guennelon, ménétrier, 72. 

Guerard (M. et M^e), 53. 

Guérin (Pierre), p., 218. 

Guibal (Dieudonné- Barthélémy), 
se. et a., 194, 350. 

Guibout(Charles-Ad.), a. , 52. 

Guibout (Mme et M^e Adèle), 52. 

Guiegesse (M. etMme), 367, 368. 

GuifFrey (Jules), administrateur de 
la manufacture nationale des Go- 
belins, 328, 330, 332, 334, 346, 
352. — Pierre et Louis Le Blanc, 
peintres, 24-25. — Le tombeau 
de Sully à Nogent-le - Rotrou , 
361-366. 

Guillard (Famille Léonce), 38. 

Guillaume (Edmond), a., 61. 

Guillaume (Famille), 61. 

Guillaume, évèque de Laon, 63. 

Guillaume V de Nassau, 20. 

Guillaume de Nassau (Frédérique- 
Wilhelmine de Prusse, femme de), 
20. 

Guillaumot(FamilIe), 55. 

Guillemet (Antoine), p., 37. 

Guillemet (M^e et M^e), 37. 

Guillois, hist., 28. 

Guiotin, couvreur, 98-1 ôi, 108- no. 

Guiotin (Jeanne), 91,98,99, 108- 
iio, 117. 

Guise (Mgr de), 82. 

Guise (Comtesse de), 82. 

Guizier (M™*'), amateur, 18. 

Guyart (Etienne), médecin, 109. 

Guyart (Etienne), serrurier, 12, 13. 

Guys (Augustin), poète et voyageur, 
282, 283, 325. 



378 



HAIGNERÉ — JOING 



Haigneré (L'abbé), ii8, 120, 125. 

Haigneré (Gaspard), orf., 127. 

Haigneré (Jean), orf., 128. 

Haigneré (Jean- Antoine), orf., 128. 

Halar^' (Famille), 59. 

Halle, p., 294, 303. 

Hame (de), 122. 

Hannon (Nicolas) , p.-verr. ,135. 

Harcigny (G. d'), médecin, 65. 

Harsand ou Hersent (Robert), 365, 
366. 

Harrewyn (Anne-Thérèse) , 123. 

Harrewyn (Antoine), se, 124. 

Harrewyn, (Guillaume), dit Beau- 
soleil, se. et p., 121, 122, 123. 

Hazon, a., 303. 

Hébé^ déesse de la jeunesse, 173, 282, 
283, 288, 309, 323, 338, 360. 

Heckel (Abraham), gr., 231, 278. 

Hénault (Maurice), archiviste, 297, 
355, 358. 

Heneau (Marie-Marguerite), 297. 

Héneux (Famille), 45. 

Hénin (M^e veuve), 59. 

Hennequin, ménétrier, 70. 

Hennuyer (Guillaume), se, 125. 

Henra (Gaspard) , orf. et cis. , 12. 

Henri II, 6, 10. 

Henri IV, 80, 130, 237, 239, 361, 
362, 364. 

Henri VIII, 124. 

Henry (Claude), a., 164, 165. 

Henry (Vincent), a., 165. 

Hercules, ing., 5, 6. 

*Héricourt-en-Caux, 48. 

Hérivaulx (Jean), huissier, 98, 99. 

Herluison (H.), 123. 

Hermant (Jehan), p., 69-73. 

Herries et Le Couvreur (MM.), 22. 

Hessert (M. et M^e A. de), 47. 

Heymann (M. et M^e), 56. 

Hipp (Mlle Caroline), 58. 

Hive (Simon), a., 165. 

Hojer ou Hoejer (Cornélius), p. , 
296, 347. 

Hottin (Charles), se, 97, 114, 115, 

139-149. 
Hottin (Charles II), se, 144. 
Hottin (Claude), se, 144. 
Hottin (Jean), a., 144, 165. 
Hottin(L'undes),se, 1 59-161, 163. 
Houdetot (Comtesse d'), 300. 
Houdon (Jean-Antoine), se, 299. 
Houry (Laurent d'), 308. 



Housset (Charles), a., 165. 
Housset (Claude), a., 16$. 
Housset (Nicolas), a., 165. 
Huart ou Huard (Me), notaire, 87, 

94, 100, 132. 
Hubac (Antoine), tailleur de pierre, 

5, 7- 

Hubac (Jean), a., 6. 

Hubac (Pierre), a., 6. 

Hue (M. et M^e), 60. 

Huet, ménétrier, 70. 

Huez (Famille), 60. 

Huillard (Charles -Gustave), a., 53. 

Huillard (Famille), 53. 

Humblot (Le capitaine), 54. 

Humblot (Mnie et MUe), 55. 

Humières- Louis -François de Cre- 
vant d'), 121. 

Hurand (François), fond,, 14. 

Huriez (Famille), 38. 

Husson-Fleury(J.-F.-F.),ditChamp- 
fleury, 38. — Son ouvrage : «Nou- 
velles recherches sur la vie et 
l'œuvre des frères Lenain », cité, 
62, 65. » 

Husson-Fleury (Famille), 38. 

Hutin, p., 303. 

Iven (M. et M^e), 53. 

Jacquelot(Le docteur), 60. 

Jacquelot (Mme)^ 60. 

Jacquemart de Meuse, maçon, 72. 

Jacques, p., 24, 78. 

Jacques de Savoie, 80, 82. 

Jal (Aug;uste), hist. Son « Diction- 
naire critique »,cité, 28, 35, 364. 

Jankowitz (La baronne de), 18, 19. 

Jardez. Voy. Saly (Marie-Michelle). 

Jardin (Louis-Henri), a., 318, 321. 

Jardin (Nicolas-Henri), a., 303, 313, 
318, 323, 339, 340, 342, 343> 
346, 354, 355, 358-360. 

Jardin (Le chanoine J.-B.-N.), 355. 

Jean (Saint), 134. 

Jean-Baptiste (Saint), 81. 

Jean Bâtard d'Oriéans, 82. 

Jeannot (Guillaume), dor., 14. 

Jeanne de Flandre, 64. 

Jehan de la Porte, p., 71. 

Jehan de Saint-Lo, ménétrier, 72. 

Jérôme, imagier, 78, 79. 

Jérôme (Saint), 81. 

Joing (Marie), 3$. 



JOLY — LECOa 



379 



Joly (E.-J.-B.-T.-R. de), a., 42. 

Joly (Famille), 42. 

Joly-Cœur. Voy. Gaillard (Pierre). 

Joseph (Jacques), prêtre, 145-147. 

Joubert (Famille), 5 5 . 

Jouin (Henry), secrétaire de l'Ecole 
des Beaux-Arts, 90. — André 
Camot, peintre, 35. — Le Frère 
Baptista, peintre français, 35-36. 
— Cinquante lettres de décès 
d'artistes français ou de leurs pro- 
ches, 36-61. — Jacques Saly, 
sculpteur du roi de Danemark, 
1 71-361. — Table analytique et 
raisonnée du présent volume, 369 
et suiv. 

Joullain, 292, 294. 

Juliart (Pierre), 103. 

Julien (Laurent), g., 15. 

Julien (Simon), p, 1 5 . 

Julienne-Marie, reine de Danemark, 

333- 
Jupiter, statue, 348. 
JiistiuQa), statue, 194. 

Kaklar (M. et Mme), 5y. 
Karcher (Famille), 60. 

La Barre (G. de), potier d'étain, 128. 

La Brelesche (Pierre de), 106. 

Lacarrière (M'ie Blanche), 50. 

Lacarrière (M. etR.), 50. 

Lacroix (Paul), écrivain, 128. 

Lafaux (Claude), se, 139-144. 

La Fontaine (Jehan de), 118, 126. 
É La Guérinière, 269. 

La Guèze (Jacques de), 122. 

* La Haye (Musée de), 20. 

Laignel (Guillaume), p., 125. 

La Live de Bellegarde, fermier- 
général, 300. 

La Live de Bellegarde (M^^^ de), 308, 

La Live d'Epinay, 300. 

La Live de Jully, amateur et g., 
281, 284, 285, 291, 292, 296, 
308, 309. 

La Marche (Le comte de), 173, 285. 

La Marlière (M^e de), 107. 

Lambert (Marcel), a., 60. 

Lambert (Famille), 60. 

Lambert ( Madeleine), 8. 

Lambin (Me), notaire, 107. 

Lami (M. et M^e Frédéric), 16. 

Lami (M^ie Vivianne), 61. 



Landesque(M. et M^e Edgard), 56. 
Landouillet (René), fond., 14. 
Lannoy(Toussaint-Gabriel-J.), 358. 
Lantoin, a., 7. 
*Laon, 62-117, 130-170. 

— Archives départementales, 63, 
131. 

— Archives des Hospices, 63, 68, 
79, 96, 108. 

— Archives municipales, 65, 66, 
69, 77, 87, 131, 140. 

— Archives du greffe du Tribunal 
civil, 84, 94, 101-103, 109, III- 
113, 115, 117, 142, 144, 167. 

— Hôtel-Dieu, 63. 

— Musée, 67, 68, 155. 
Larchevêque, se, 303. 

Lard (Marguerite-Madeleine), 123. 

La Roche (Marie-Barbe de), 129. 

La Rose (de), p. 16. 

Lattre du Rozel (Philippe de), 120. 

Laugier (Jean), serrurier, 1 3 . 

Laugier (Nicolas), g., 13. 

Launay (Veuve Léon de), 27. 

Laurent (Me), notaire, 26, 27, 28. 

Laurent (M.), 185, 

Laurvig (Le comte de),grand-écuyer, 

253. 
* La Valette (Eglise de), 5. 
Laverne (Famille), 55, 56. 
Lavigne (Jean), 143, 144. 
Lavignolle (Famille), 55. 
Le Bancq (Antoine), tailleur de 

pierre, 119. 
Lebèguelejeune(Ant.), a., 164, 165. 
Le Bègue (Charles), a., 165. 
Le Bègue (Jean), se, 97, 114. 
Lebeuf (Me), notaire, 25. 
Le Blanc (Catherine), 25. 
Le Blanc (Geneviève), 25-28. 
Le Blanc (Jean), p., 24. 
Le Blanc (Louis), p., 24-28. 
Le Blanc (Pierre), p. 24-28. 
Le Blanc (Marin), 25, 26. 
Le Bœuf (Bertrand), orf., 128. 
Lebrun (L'abbé), écrivain, 284, 300, 

301, 308, 344, 354, 358, 359. 
Lebrun (Claude), 98, 99, 109. 
Lebrun (Marguerite), 108. 
Leclerc, notaire, 27, 88, 107, 141. 
Le Clerc (Louis- Auguste), se, 314, 

323, 354. 
Le Clerc (Sébastien), g., 314. 
Lecoq d'Arpentigny, 44. 



380 LE COUVREUR 

Le Couvreur. Voy, Herries. 
Lecoy de la Marche (A.). Son 

ouvrage : « L'Académie de France 

à Rome », cité, 302, 303. 
Ledde (de), 87, 88. 
Ledoulx ou Ledoux (Jacques), se, 

112, 150. 
Leduc (Antoine), charpentier, 84. 
Leduc (Pierre), charpentier, 100. 
Lefébure (Françoise), 144. 
Lefebure (Nicolas), conseiller du 

Roi, 142, 143, 144- 
Le Febvre (Antoine), se, 123. 
Le Fort (Jacques), argentier, 118. 
Le Calleux (Guillemette Goré, veuve 

de Simon), 365-366. 
Legeay, a., 303. 
Legros (Antoinette), 144. 
Le Gros, tailleur de pierre, 120. 
Le Hardy. Voy. Aulnoy(d'). 
Lehman (Clémence Casadavant , 

Mn^e Henri), 55. 
Lejonne (Famille), 57. 
Lejuste (Le chanoine), 356, 357. 
Lejuste (Louis), avocat, 357. 
Le Leu (Jean), vitrier, 119. 
Lelièvre (Le curé), 358. 
Le Long (Pierre), p. 133, 154. 
Le Lorrain, p. 264, 269, 303, 305. 
Lemaire (M^ne veuve Baptiste), 56. 
Lemaire (Marie-Ursule), 123. 
Le Marchand, se, 302, 303. 
Le Mire (N.), g., 218. 
Le Moyne Qean-Baptiste), se, 178, 

191, 192, 216, 238, 242, 316, 

319, 320, 340, 343, 350, 360. 
Lemoyne (Simonne), 117. 
Lempereur (Drouette), 133. 
Lempereur (Charles), 133, 134. 
Lempereur (Hugues), 133. 
Lenain (Les), p., 62, 85. 
Lenglache (Jean), 133, 134. 
Lenoir (Alex.), archéologue, 363. 
Lenormand. Voy. Pompadour. 
*Lens (Pas-de-Calais), 37. 
Lepage (Jules-Bastien), p., 36. 
Lepage (Famille), 36. 
Le Pelletier, a., 7. 
Le Roulx (Jacques), 145, 146, 147. 
LeRoulx (P.), marguillier, 146, 147. 
Leroy (Joseph), p., 34. 
Le Roy (Pierre), huissier, 25, 27. 
Lesdiguière (François de Bonne, 

duc de), 126. 



- LYSAKEWITZ 

Lespagnol (Antoinette), 139. 

Leturcq, écrivain. Sa « Notice sur 
Jacques Guay », citée, 287. 

Levadour (Famille), 40. 

Levainville (M. et Mme Gust.), 39. 

Levavasseur (M. et M^e A.), 47. 

Le Vin, hôtelier, 95, 106, 107. 

Lévy (Emile), p., 38. 

Lévy (Famille), 38. 

Lewin. Voy. Louvin. 

Lex (M.), 22. 

Lheureux, orf., 126. 

Libri, 130. 

Lieautaud, se, 2. 

Liégeois, p., 16. 

Liesse (Antoine), se, 125. 

Lion (Me), notaire, 83, 88, 89, 99, 
133-136, 138, 147, 149- 

Loboykoff (V.), secrétaire de l'Aca- 
démie des Beaux-Arts de Saint- 
Pétersbourg, 335-339- 

Lombard (Mathieu), serrurier, 13. 

Londres : British Muséum, 219. 

Longavoine (Pierre), a., 164, 165. 

Longueville (Duc de), 118, 119. 

Longueville (Duchesse de), 82, 83. 

* Lorient, 366, 367, 368. 

Lorme (de), 22. 

Lorrain (M^e), 43. 

Louis (Saint), 132, 133. 

Louis XII, 80. 

Louis XIII, 119, 130, 238. 

Louis XIV, 237, 238, 242. 

Louis XV, 120, 121, 171-218,237- 
239» 275, 306-309, 316, 328, 
339' 345, 350,356, 358, 361. 

Louvin ou Lewin (Edouard), p., 124. 

Lubschitz (John), p. et g., 310. 

Luc, p., 78, 79. 

Luc (Saint), 81. 

Lucas (Hippolyte), 367. 

Luçay ou Lucé (Jacques Pineau, 
seigneur de), conseiller au Parle- 
ment, intendant de Touraine et 
du Hainaut, 173-178, 180-182, 
184, 188, 190, 196, 205, 207, 
210, 214, 215, 285, 300, 308. 

Luezin (Jean), prêtre, 147, 148. 

*Lyon : Académie, 57. 

— Ecole des Beaux-Arts, 57. 

— Place Bellecour, 238. 
Lysakewitz, secrétaire d'ambassade, 

337- 



MABILLE - 

Mabille, notaire, 357. 

Machinka, petite fille russe, 22, 23. 

Macquet (Philippe), g., 123. 

Macquet (Pierre), 123. 

*Madrid : Académie de Saint-Ferdi- 
nand, 277. 

Marest (Jean), a. et se, 96, 97, 
114, 115, 164, 165, 168. 

Marest (Simon), a., 164, 165. 

Magasin encyclopédique, 38. 

Magasin pittoresque, 64. 

Magnier (Pierre), 120. 

Maillard, notaire, 88, 99, 134, 138. 

Maillefert (Louis), a., 168. 

Maillefert (Nicolas), menuisier, 80. 

Maillet (Jacques-Léo.), se, 56-57. 

Maillet (Jenny Touzin, M^-^), 57. 

Malcor (Claude), amateur, 16. 

Malcor (Etienne), amateur, 16. 

Malcor (Etienne-Marius), amateur, 
16-17. 

Malesherbes, 201. 

Malfeson, g., 296. 

Malotau de Villerode, 183, 186, 298. 

Maltaux (M.^^ veuve), 57. 

Mame (Famille), 44. 

Mansse (Claude), 125. 

* Mantes (Seine-et-Oise), 37. 

Marandas (Famille), 40. 

Marc-Aurèle, 238, 239, 240. 

Marchand (Famille), 47. 

Marguerie (M. et Mme René), 42. 

Marguerite, duchesse de Savoie, 82. 

Marie de Lorraine, reine d'Ecosse, 
82. 

Marie de Luxembourg, 80-83. 

Marie de Melun, 82. 

Mariette (P.-J.)j écrivain. Son ou- 
vrage « Abecedario », cité, 217, 
280, 287, 291, 292, 307, 308. 

Marigny (Abel-François Poisson de 
Vandières, marquis de), directeur 
général des Bâtiments du Roi, 219- 
223, 245, 274-276, 311, 317, 
329,330, 332, 333,340-343, 347, 

349» 352, 353- 
Marillac (J.), tailleur de pierre, 8. 
Marinot (M.), 25. 
Marnez (M. et Mme), 61. 
Marolles (L'abbé de), hist., 24. 
Marot, serrurier, 13. 
Marquette (Claude), notaire, 1 34. 
Marrault (Famille), 47. 



■ MOLTKE 381 

* Marseille : Académie, 205, 282, 

283,288, 323-325» 344- 
— Musée, 283. 
Marteau, notaire, 132, 142, 
Marteau (François), conseiller du 

Roi, 114, 116, 149. 
Martière, 195, 
Martin (Saint), 132. 
Martin (Henri), 76. 
Martin (Marie), 1 1 1 . 
Martin IV (Le pape), 63. 
Marvie, dess., 218. 
Mascres. Voy. Ponte vès. 
Masson (Jean), 107. 
Matharon (Bertrand), a., 7. 
Mathieu de Tillemont, a., 72, 73. 
Matton, archiviste, 151. 
Maurice, père et fils (Pierre), 122. 
Maximilien (L'Empereur), 82. 
Mayer (Famille), 38. 
Maynon(Jean et Nicolas), 95, 104, 

106, 107, 108. 
Mazerolle (Alexis- Joseph), p. 37. 
Mazerolle (Famille), 37. 
Méchain, astronome, 169. 
Méchain (Franc.), plâtrier, 168, 169. 
Ménars (Le marquis de), 286. 
Mendel (Famille Isidore), 38. 
Merceron (M. et M^e Frédéric), 46. 
Mercier (Henri), menuisier, 89. 
Mercier (Louis- Adrien), 89. 
Mercure (Le), journal, 217. 
Metezeau, ingénieur, 138. 
Mettel (A.), 357. 

* Meudon (Cimetière de), 61. 
Meurin (Jacques), p., 125. 
Meurin (Jean), 125. 
Meurin (Pierre), p.-verr., 124. 
Meurin (Robert), p. -verr., 118, 119. 
Meyer, fond., 316, 319, 320. 
Michau (Jehan), 365, 366. 
Michaud (M. et Mme Léon), 39. 
Michel (François), mouleur, 124. 
Michel (Pasquier), a., 164, 165. 
Midelet (Adam de), p., 78. 
Midelet (Jean de), p., 74-76, 78. 
Midoux, 67. 

Mignot, se, 303. 
Millesson (Jean), a., 76. 
Millet (Jean-François), p., 56, 
Millet (Famille), 56. 
Minot (Antoine), plâtrier, ï2o. 
Moltke (Le comte Adam Gottlieb), 
grand-maréchal, 246, 289, 311- 



382 



315, 317, 3i8, 320-322, 325, 
331, 333, 348, 349, 359. 

Moltke-Huitfeldt, ministre plénipo- 
tentiaire, 289. 

Momper, p., 251. 

Monseignat (Claude), notaire, 147, 
148, 149- 

Monseignat (Félix), notaire, 83, 
135, 136, 138. 

Montaiglon (Anatole de). — Hubert- 
Robert, 28-35. 

* Montmorency, 42. 
*Montrouge (Cimetière de), 47. 
Morand, écrivain, 346. 
Morand (P.-J.-F.), orf., 128. 
Morandière (de la), 51. 

Moras (de), intendant de Valen- 
ciennes, 175, 176, 182, 183, 197, 
199, 200, 207. 

Moreau, a., 303. 

Moreau-Vauthier (Augustin-Jean), 
se, 49. 

Moreau-Vauthier (Famille), 49. 

Morellejean, a., 165. 

Morin (A), 124. 

Morin (Pierre), p.-verr., 118, 124. 

Moucheron, p., 251. 

Mouchot (Louis-Hippolyte), p., 48. 

Mouchot (Les familles), 48, 49. 

Moiîflart (Jean), se, 135-136. 

Moulinneuf, secrétaire de l'Acadé- 
mie de Marseille, 282. 

Mousnier (Me), notaire, 25. 

Moutier (René), 85. 

Mouy (Antoine de), 1 20. 

* Muette (Château de la), 308. 
Muret (Jehan), notaire, 365. 
Muse assise, 295. 

Mustelier (Joseph), écuyer, 298. 

Nagler (G.-K.), biographe, 35. 

* Nancy, 191, 194, 350. 
— Musée, 18, 19. 

Navatel (L.), dit Vidal, se, 41-42. 
Newton (Is.), mathématicien, 295. 
Nicée, notaire, 298. 
Niquet (Paul), ingénieur, 3,7. 
Noblet (Madeleine ou Marie), 128. 
Noblet (Robert), se, 119, 120. 

* Nogent-le-Rotrou : Tombeau de 

Sully, 361-366. 
Norvège (la), statue, 224, 225, 228, 

275, 319, 327, 328. 
Nostradamus, hist., 6. 



MOLTKE — PARIS 

"Notre-Dame, 8i. 



Océan (/'), 225, 275, 319, 328. 

Odent, p., 125. 

Ogé, se, 367. 

Ogier, ambassadeur, 204-206, 227, 

253, 311, 340. 
Oldenbourg (Famille d'), 242. 
Olivier, p., 71, 72. 
Orange (Le prince et la princesse d'), 

20, 21. 
Orléans (Le duc d'), 84, 138. 
Orry, contrôleur des finances, 183. 
Orsay (Le comte d'), 363. 
Ouali, 192. 

Oudart (Dom Boniface), 151, 152. 
Ovide, 91, 110. 

Paillez (Charles- Joseph) , libraire, 

357, 358. 

Païon (Le chanoine), 131. 

Palaprate (Albert-Joseph), tanneur, 
356, 358. 

Palaprate (Marie-Françoise), 356. 

Palustre (Léon), écrivain. Son ou- 
vrage : « La Renaissance en Fran- 
ce, » cité, 79, 80. 

Pan, Syrinx, et le fleuve Penà, 284. 

Pannier (Charles-Lambert), procu- 
reur, 152, 159, 160, 161, 162. 

Papillon (Claude), se, 125. 

Paris : Académie royale de peinture 
et de sculpture, 172, 173, 183, 
185, 208, 213, 264, 283, 307, 
308, 311, 312, 315, 317, 319, 
328, 329, 334, 335, 344, 354, 

355, 359- 

— Archives nationales, 280, 303, 
305, 319, 329, 330, 345, 365. 

— Bibliothèque nationale, 219. 

— Cimetière Montmartre, 37, 42, 

45, 46. 

— Cimetière Montparnasse, 37, 38, 

41,43-45,50,51,54,55,57,59-61- 

— Cimetière du Père-Lachaise, 47, 
48,49, 50, 52, 53, 56, 57. 

— Couvent des Minimes, 364. 

— Ecole des Arts décoratifs, 49. 

— Ecole des Beaux- Arts, 46, 52, 
55,61. 

— Ecole Polytechnique, 52, 59. 

— Eglise Notre-Dame, 54. 

— Eglise Notre-Dame-des-Champs, 

49, 57- 



PARIS — PitON 



— Eglise Saint-Augustin, 37,45. 

— Eglise Saint-François de Sales, 
36. 

— Eglise Saint-François-Xavier, 39, 
51, 58. 

— Eglise Saint-Germain-des-Prés, 
48, 60. 

— Eglise de Saint-Germain-l'Auxer- 
rois, 355. 

— Eglise Saint-Honoré-d'Eylau, 52, 

— Eglise Saint-Jacques du-Haut- 
Pas, 57. 

— Eglise Saint-Lambert-de-Vaugi- 
rard, $9. 

— Eglise Saint-Martin, 40. 

— Eglise Saint-Philippe-du-Roule, 
55. 

— Eglise, Saint -Pierre- de -Mon- 
trouge, 47. 

— Eglise Saint-Roch, 53, 173, 285. 

— Eglise Saint-Sé vérin, 50. 

— Eglise Saint-Sulpice, 42, 43, 52, 
58, 61. 

— Eglise Saint-Thomas-d'Aquin, 

49. 

— Eglise Saint- Vincent-de-PauI, 5 5 . 

— Eglise du Temple, 364. 

— Eglise de la Trinité, 46. 

— Eglise Sainte-Clotilde, 40-42, 53. 

— Eglise de Sainte-Madeleine, 50. 

— Hôtel-de- Ville, 364. 

— Manufacture des Gobelins, 24, 
46. 

— Musée de Cluny, 50. 

— Musée du Louvre, 280, 364. 

— Musée des Petits-Augustins, 363, 
364. 

— Place Royale, 238. 

— Place Vendôme, 238. 

— Temple de l'Oratoire du Louvre, 
46. 

Paris (Le berger), 284. 

Paris-Journal, 367. 

Parisis (Veuve), 135. 

Parisot(L.), marguillier, 145, 146. 

Parme (Le duc de), 187. 

Parrocel (Etienne), écrivain, 283. 
Son ouvrage « Histoire documen- 
taire de l'Académie de peinture 
et de sculpture de Marseille », 
cité, 282, 288, 323, 324. 

Paspin (M. et M^e)^ 47. 

Passion (ïa), 81. 



383 

279> 



Pater (Antoine-Joseph), 
297-301, 361. 

Patte (Pierre), a. Son ouvrage « Trai- 
té des monuments érigés à la gloire 
de Louis XV », cité, 176, 178, 
179, 182, 185, 192, 194, 198, 
200, 203, 205, 207, 209, 218, 
275, 328. 

Paul (Maître), imagier, 78, 79. 

Pautier, charpentier, 209. 

Payen (Charles), a., 165. 

Payen (Claude), a., 164. 

Pégeot (M. et M.^^), 45. 

Peignet (Claude- Charles), a., 61. 

Peignet (Famille), 61. 

Peiresc, écrivain 129-130. 

Pélagie (Sainte), 32. 

PeHssier (Joseph), a., 2. 

Pélissier (Joseph-Marie), a., 7, 11. 

Pellereau, p., 122. 

Pellet Qean-Baptiste), prêtre, 355. 

Penon (Vente), 288. 

Péquégnot (Auguste), g., 292. 

Pérathon (Cyprien), 23. 

Perrier, 319. 

Perrin, avocat, 191. 

Perroneau (Jean-Baptiste), p., 121. 

Petit (Claude), 24. 

Petit (Mnie veuve), 58. 

Petitot, a., 303. 

Pètre, a., 7. 

Petzoldt, se, 320. 

Philippe le Hardi, 81. 

Philippe, roi de Castille, 82. 

Philippe IV, roi d'Espagne, 234. 

Picard (François), a., 165. 

Picard (M^e et M^e), 57. 

Pichehn (Le chanoine Hubert), 93, 
95, 96, 100, 103-108. 

Pierre, p., 74, 75. 

Pierre-le-Grand (L'Empereur), 19, 
349, 361. 

Pierret (Famille), 38. 

Pigalle Qean-Baptiste), se, 193, 
194, 216, 286, 309, 340, 343, 
347, 350, 360. 

Piganiol de la Force, hist. Son 
ouvrage « Description de Paris et 
de ses environs », cité, 285, 287. 

Pigneuret l'aîné, avocat, 216. 

Pilastre de Rosier, aéronaute, 122. 

Pilo (Carl-Gustav) , p., 296, 322, 

323,351- 
Pilon (Germain), se, 362. 



384 PINEAU - 

Pineau de Luçay. Voy. Luçay. 
Pinto de Fonseca (Emmanuel), 

grand-maître de Malte, 294. 
Pioche, 87, 88. 
Piot (Eugène). Son ouvrage « Etat 

civil de quelques artistes français », 

cité, 355. 
Piranesi Q.-B.), dess., 304. 
Pisselin (Clément), a., 76. 
Placquet (Noël), se, 136. 
Placquet (Remy), p.-verr., 136. 
Planche (de la), entrepreneur, 122. 
Plantaz (Famille), 48. 
Plet (Famille), 53. 
Polak (Famille), $9. 
* Poligny Qura), 48. 
Pollet (Antoine), se, 123. 
Pollet (Jeanne), 84, 105, 106. 
Pomet (César), a., 7. 
Pomet (Joseph), a., 6, 7, 8, 10. 
Porapadour (Lenormand d'Etiolles, 

marquise de), 173,286-288, 309, 

311. 
Ponchony (Jean), dor., 14. 
Pontevès (Catherine de), 15, 
Pontcarré (M.), 25. 
Poteau-Thys (Famille), 5i> 52. 
Poterin du Motel, 60. 
Potier (Julien), p., 218. 
Pourre (Anne-Jeanne-Cath.), 124. 
Poussin (Nicolas), p., 32. 
Preisler (Johann-Martin), g., 277, 

278, 334- 

Premier (M. et M^e \enance), 54. 

Prévost (Barbe), 84, 85, 100. 

Prévost (Cl.), menuisier, 88-89. 

Prévost (Jean), 89. 

Prévôt, notaire, 356. 

Prin (M. et M™e), 53. 

Procès-z'erhaux de l Académie de pein- 
ture et de sculpture, 2'j<^, 281, 283, 
308, 312, 315, 328, 334, 355. 

Prudence Qd), 194. 

Puez (Pierre de), se, 64. 

Puget (Gaspard), se, 8. 

Puget (Jean), a., 8-9. 

Puget (Pierre), se, i, 5, 8 , 9, 13, 
14, 324. 

Quarton. Voy. Charonton. 
Quesnay (Michel-Joseph), 357. 
Quesnet, 356. 
*Q.uesnoy (Nord), 173, 284. 
Quinart (Jean), a., 165. 



ROLLET 

Rabâche (Jehan), p., 125. 

Rachette, se, 348. 

Rambaud (M^e Marie), 52. 

Ramont (Nicolas), 108. 

Ranc (M. et M^e)^ 40. 

Ranson (Ernest), 125. 

Rasoir de Croix. Voy. Croix. 

Ravaisson (F.), 77. 

Rebouillon (Henri), 9, 

Regnart (Jean), menuisier, 106, 

107, 116, 117. 
Régnier (Jean), 56, 
Reibaud, géomètre, 2. 
*Reims, 191, 193, 350. 
Remoncourt, 195. 
Remy (Pierre), expert, 281. 
Renard (Jean), menuisier, 97. 
René (le Roi), 74. 
Renjie (im), 293. 

*Rennes, 191, 192, 238, 3 16, 350. 
Requin (l'abbé), 74. 
Restout (Th.), p. 120. 
Résurrection (la), 81. 
Reventlow(Le comte), ambassadeur, 

310, 316. 
Reverdil (Elie - Salomon - François), 

écrivain, géomètre et conseiller 

d'Etat de Christian VII, roi de 

Danemark, 353, 354. 
Revue archéologique, 362. 
Revue de V art français, 19, 65. 
Revue universelle des arts, 280, 284, 

300, 308, 344, 346, 354, 358, 

359- 
Ribergue (Jean), a., 9. 
Richard (M^e veuve), 37. 
Richaud(J.),tailleur de pierre, 9. 
Richefort, percepteur, 57. 
Richefort (Mme), 57. 

Ricq (Jean- Joseph), p., 123. 

Riquier (Etienne- Jacq,), g., 1$. 

Rius (Famille), 50. 

Robert (Charles), a., 164, 165. 

Robert (Hubert), p., 28-35. 

Robert (Famille), 43 . 

Robespierre, 28. 

Robineau (Bénigne), dor . , 1 20. 

Robinet (Bénigne), p., 124. 

Rochechouart (Le cardinal de), 155. 

Rochefort (François de), tap., 23. 

Roëttiers, se, 303. 

Roilet (Famille), 52-53. 

Rolin (M.), 25. 

Roilet (Julien), a., 9. 



ROMAIN — SÈVRES 



385 



Romain (de), aéronaute, 122. 
Romain (Jean-Pierre), a., 10, 
Romain (Pierre), a., 10. 
Romain, (Toussaint), ingénieur, 10. 
Rome : Académie de France, 172, 

183, 208, 212, 213, 279, 281, 

301-305, 317- 

— Académie des Arcades, 344. 

— Place du Capitole, 238. 

— Villa Médicis, 51. 

Rose (Nicolas), chapelier, 8$. 
Rouche (Antoine), poète, 28-35. 
Roucher (Emile), 3 1 . 
Roucher (Eulalie), 28-35. 

* Rouen (Seine-Inférieure), 51. 
Rougier, fond., 14. 
Rousseau (Antoine), a., 165. 
Rousseau (Vincent), a., 165. 
Rousset (Louis), sergent-royal ,157, 

160-163. 
Roux (Anatole), 44. 
Roux (M. et Mme Henry), 44. 
Roux (Marc), se, 11. 
Royer, avoué, 218. 
Royer (Pierre), 120. 
Royer (M™e et MM^es), 58. 
Roze (M.), 140. 
Roze (André), a., 165. 
Roze (Antoine), a., 165. 
Roze (Jean), a., 165. 
Roze (Nie), chapelier, 95, 102, 103. 
Rozel (de), 299. 
Rozel (du). Voy. Lattre (du). 
Rubens (Pierre-Paul), p., 129-130. 
Ruisdaël, p., 25. 

Sagnier (Giraux), dess., 122. 

Saignier (M™e)j 56. 

Saint-Biaise (N. de), officier, 121. 

*Saint-Cloud, 33. 

Saint-Florentin (Le comte de), mi- 
nistre d'Etat, 341, 342, 343, 346. 

Saint-Germain (Le maréchal de), 
201, 202, 203. 

Saint-Germain Beaupré, loi. 

Saint-Hilaire (V. de), officier, 121. 

* Saint-Maximin (Eglise de), 7. 
Saint-Louis (Pierre), ingénieur, 10. 
Saint-Martin. Voy. Grenier. 

* Saint-Pétersbourg : Académie, 52, 

205, 334-339. 344- 
Saint-Remy, ingénieur, 6, 10. 
Saint-René Taillandier, 46. 

* Saint-Thomas (l'île), 197, 330. 



Saint- Yves (Famille), 43. 
Saltykow (A.), 335. 
Saly (Jacques-François-Joseph), se, 
171-361. 

— L La statue pédestre de Louis XV 
et la ville de Valenciennes, 171. 

— IL La statue équestre de Frédé- 
ric V , roi de Danemark , à Co- 
penhague, 219. 

— IIL Sonœuvre : Sculptures, 279; 
Dessins et eaux-fortes, 291. 

— IV. Son iconographie, 296. 

— V. Lettres inédites et documents 
biographiques, 297. 

Saly (François-Marie), ménétrier, 

297> 355-358. 
Saly (Marie-Michelie Jardez, mère 

de Jacques), 183, 297, 321, 358. 
Saly (Marie-Rosalie-Josèphe), 353. 
Saly (Mme Dubois de Champré, 

sœur de Jacques), 197, 330. 
Samson offrant sa vie au Seigneur^ 

279. 
Samuel. Voy. David. 

* Sans-Souci (Château de), 289, 316. 
Sanson (Lucien-Emile), g., 57. 
Sanson (Famille), 57. 

Santé Qà), 192. 

Saulsay (du). Voy. Gaulmont. 

Sauvadour, a., 10. 

Sauvrezy (Nie), menuisier, 83, 90. 

Savary, écrivain. Son ouvrage 

« Voyage en Egypte », cité, 28-30. 
Savery père(Franç.), orf., 128, 129. 
Savery (François), orf., 127. 
Savery fils (Pierre-François-Simon), 

orf., 128, 129. 
Savery (Simon) , orf., 127. 
Savery, orf., 129. 
Savoie (la duchesse de), 83. 

* Sceaux, 33. 
Schefter (Ary), p., 367. 

Schmidt (Christian), notaire, 216. 
Schœffer, écuyer, 249, 250, 253, 

255, 260. 
Second (Albéric), 368. 
Sellières (Jacques), p., 125. 
Selmy (Joseph et Pellegrin), se et 

doreurs, 15. 
Semelaigne (Famille), 42. 
Sénés (Charles), a., 8, 10. 
Séneval (A.-Sébastien), fond., 14. 
Seré (F.), écrivain, 128. 

* Sèvres : Manufacture, 38. 



386 



Siècle (Lé), journal, 367. 

Sigaud, ingénieur, 2, 10. 

Signol (Emile), p., 42-43. 

Signol (Famille), 43. 

Sillan (L.), tailleur de pierre, 8. 

Silvy, doreur, 15. 

Sima(Pierre), se. et p., 1 31-132. 

Simon (M.), 21. 

Simon, de Saint-Gobain, p., 70. 

*Six-Fours (Eglise de), 9. 

Skopetz (Famille), 58. 

Slodtz, se, 305. 

Slodtz (Michel- Ange), se, 319. 

Sohier-Chotteau, 279. 

Soin (Mathieu), p., 170. 

Soise ou Soize (Claude de), menui- 
sier, 97, 114, 145, 146, 149. 

Soise ou Soize (Jacques de), menui- 
sier, 141, 142. 

Soldé (Alexandre), p., 51. 

Soldé(Famille),5i. 

Sorrieu (M^e et M^es), 5^. 

Spinola, 187. 

Staffeld(de), écuyer, 253. i 

Staneon (Jacques), seigneur d'Hou- 
ry, 66. 

Stanislas (Le roi), 194, 

Stehlin, conseiller d'Etat, 337. 

Stein (Henri), archiviste, 319, 330. 

Stein (Théobald), statuaire, président 
de l'Académie royale des Beaux- 
Arts de Copenhague, 280, 283, 
285-290, 293, 296, 310, 321, 
352, 353- . 

Stourm (Famille), 49-50. 

Struensée (Jean- Frédéric), médecin 
et homme d'Etat, 294, 295, 339, 
350. 

Sturz (Helfrith-Pierre), littérateur, 
attaché à la direction générale 
des postes de Danemark, 353. 

Sully (Maximilien de Béthune, duc 
de), 361-366. 

Suvée, p., 34. 

Taboureau, 210. 

Tacca, se, 234, 235. 

Talby, g., 15. 

Tamizey de Larroque(Ph.). -Pierre- 
Paul Rubens : note autographe de 
Peiresc, 129-130. 

Tarteron (Simon et Gérardin), p., 

75, 77- 
Tarteron. Voy. Charonton. 



SIÈCLE — TUETEY 



Tassaert (J.-P.-A.), se, 354. 

Tassin (Denis-Joseph), g., 15. 

Ta vernie r (Abraham-Pierre), huis- 
sier, 152, 154, 155, 160. 

Teisseire (J.), tailleur de pierre, 9. 

Ternan (Jacques), 297. 

Teissier, p., 24. 

Texier ou Thessyer, tap., 121. 

Theise (Famille), 48. 

Thessyer. Voy. Texier. 

Thiéry, his ,285. 

Thiele (J.-M.), secrétaire de l'Aca- 
démie royale des Beaux-Arts de 
Copenhague. Son ouvrage « Kunt- 
Akademiet og Heststatuen paa 
Amalienborg », cité, 310-316, 
318-322, 325-328, 330-332, 347- 
350, 354. 

Thiroux d'Espercennes, maître des 
requêtes, 280. 

Thomas (Charles-Joseph-Paul de), 
amateur, 16. 

Thys (Gaston), p. 51-52. 

Thys (Famille), 5 1 . 

Tiersonnier, p., 303. 

Tingry (Le prince de), 177, 178, 
180, 185-188, 190, 199, 200, 
204-207, 209-211, 213-215, 306. 

Tissier (Claude), 364. 

Tombeaux, 173, 284, 285, 290, 291, 
360. 

Toro, se, 17. 

Toscat, a., 10. 

Touas (Jacques), orf., 12. 

Touland, p., 121. 

* Toulon, 1-18. 
— Cathédrale, 6. 
Tournaille (Mme veuve), 56. 
*Tours, 173, 285. 

* Tourves (Église de), 5 . 

Trélecat (Jacqueline), 83, 90. 

Tremblay (Barthélémy), se, 364. 

Trépied à têtes de lions, 295. 

Triollet (Mathieu), se, 39-40. 

Triollet (Famille), 40. 

Trintignan(M. et Mme), 40. 

Tronchon (Famille), 40. 

Tronquoy (T.), menuisier, 149. 

Trouble (M. et M^e), 48. 

Trouvé (Louis), orf., 12. 

Truy(Guill.), menuisier, 117, 149. 

Tuetey (A.). Son ouvrage « Jour- 
nal de Nicolas de Baye », cité, 
64. 



TULLAT 

Tullat (Mine veuve), 46. 

Tumbes (Jacques de), imagier, 118. 

Turc (Esprit), 3 . 

Turgot, 201. 

Tuscher (Marcus), a., 309, 310. 

Tycho-Brahé, astronome, 294. 

Ussel (Le baron d'), 5 1 • 
Ussel (Le comte d'), 5 1 . 

Vaccon (Honoré), a., 11. 

Vaillant (V.-J.). — Peintres, sculp- 
teurs, verriers et orfèvres boulon- 
nais, 1 18-129. 

Vaillant (Ansel), 118. 

Vaillant (Antoine), orf., 128. 

Vaillant (Antonin), orf,, 127. 

Vaillant (Barthélémy), orf., 128. 

Vaillant (Catherine), 129. 

Vaillant (Charles), 118, 119, 126. 

Vaillant (Marie), orf., 127, 128. 

Vairon (Jean), receveur, 76. 

Valabrègue (Antony). — Etienne- 
Maurice Falconnet : Lettre à sa 
belle-fille Marie -Anne Collot, 
18-23. 

*Valenciennes, 171-218, 297-301, 
306-309, 345. 

— Archives communales, 198, 200, 
201, 204, 216, 340, 341, 343» 
346, 348, 358. 

— Eglise Saint-Pierre, 298. 

— Musée, 218, 279, 296. 

— Tribunal de la chambre de Jus- 
tice, 299. 

Valeur (la), 194. 
Valois (Le duc de), 84. 
Valory (de), 173, 284, 309. 
Valtat (M. et Mme)^ 45. 
Van der Helst, p., 20,21. 
Vandières. Voy. Marigny. 
Vanloo (Philippe), p., 303. 
Varlet (François), p., 123. 
Varin, fond., 191, 193, 316. 
Vases, 292, 304, 360. 
Vassé, se, 302, 303. 
Vauban (Sébastien de), ingénieur, 

I, 3>4, 5,7, lo- 

Vendôme (Duc de). Voy. Bourbon. 

Vendôme (Comte de). Voy. Bour- 
bon. (François de). 

* Venezuela : Académie, 56. 

Verdiguier, se, 12. 



WASSERSCHLEBE 387 

Vergnaux ou Verniaux, maçon, 

154, 155, 156, 159- 

Vermot (M. et M^e)^ 48. 

Vernet, p., 33. 

Verneuil (Mlle de), 23, 24. 

Versailles : Musée, 44. 

Vidal, fond. ,14. 

Vidal. Voy. Navatel. 

Vidal (Honorine) , 8. 

Vidal (Maurice et Henri), 54. 

Vidal (Mme veuve Joseph), 54. 

Vie contemporaine {La), journal, 19. 

Viefville, conseiller du Roi, 105. 

Vien, p., 303, 305, 317. 

Viennay ou Viennoy. Voy. Luçay. 

Vienot (Jacques), orf., 12. 

Vierge, 126, 127, 134, 146; — 
montant au ciel, 16; La Visita- 
tion de la — , 35, 81 ; LaNativité 
de la — , 3 5 ; La Présentation de 
la — , 35 ; Annonciation de la—, 
81. 

Vieusseux (Mme)^ 52. 

Vigée, hist., 28. 

Vignart (Jean), 103. 

Vignat (Camille), a., 60. 

Vignat (Famille), 60. 

Vila (Mine veuve), 38. 

Villain, lith., 218. 

Villain (Henri), g., 47. 

Villain (Mme et Mlle), 47. 

*Villeneuve-lès- Avignon, 74. 

Villerelle (M. et Mme Victor), 56. 

Villette (Ch.), 94, 96, 98, 99, 109. 

Vinache, se, 319. 

Violette (M. et Mme Manuel), 44. 

Viollette (Simon), p., 97, 113. 

Vitry(P.), 362, 363, 364. 

Vi vanne (de), p., 16. 

Voiriot (Guillaume), p., 120. 
Voltaire, 34. 

Vottier (Louis, Pierre et Jean), a., 
7, II. 

Vuarnet (Georges), a., 165. 
Vuarnet (Hubert), a., 165. 

Vuillot, menuisier, 149-150. 

Wantier (Grégoire), tailleur de 
pierre, 125. 

Warin, ménétrier, 70. 

Wariscoud. Voy. Restout (Th.). 

Waroquet, 358. 

Wasserschlebe, secrétaire de léga- 
tion, 290, 330. 



388 



Watteau (Antoine), p., 299. 

Wattel, orf., 126. 

Weber (Gaston- Ach.), dess., 44-45. 

Weber (l'abbé), 45. 

Weber (Les familles), 44. 

Weilbach (Ph.), secrétaire de l'Aca- 
démie royale des Beaux-Arts de 
Copenhague, 353. 

Weinhold, fond., 316. 

Weyland (Edouard-Ch.), a., 46-47. 

Weyland (Famille), 47. 

Wibaille, 298. 

Wiedemann(Lud.), fond., 310, 315. 

Willaume, p.-verr., 63. 

Wille, g., 316. 

Wintergerst (Famille), 47. 



WATTEAU — ZUBER 



Wynants, p., 251. 
Wolff (Johan-Heinrich), gr. en 
méd., 331, 333. 

Yvart (Baudren), p., 118, 125. 
Yvart (François), 125. 
Yvart (Henry), 125. 
Yvart (Joseph), p., 118, 125. 
Yvon (Adolphe), p., 52-53. 
Yvon (Famille), 52. 

Zabaglia (Nie), mécanicien, 292. 
Zani, biographe, 35. 
Zuber (Joseph), machiniste, 325, 
332, 333- 



31 décembre 1895. 



Henry Jouin. 



MACOW, PKOTA.T rRBRES, IU1*R[MKURS. 



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