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Muséum of Comparative Zoology 



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ARCHIVES 



DE 



F'ARASnOLOGIE 



IILLE. — IMP. LE BIGOT FRERES 



ARCHIVES 



DE 



PARASnOLOGIE 



Paraissant tous les trois mois 



sous LA DIRECTION DE 



RAPHAËL BLANCHARD 

PROFESSEUK A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS 
MEMBRE DE l'ACADÉMIE DE MÉDECINE 



TOME NEUVIÈME 



PARIS 
F. R. DE RUDEVAL, Éditeur 

4, Rue Antoine Dubois (VI^) 

1905 



t iLii^o,/- 



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Tome IX, nM. 



ler décembre 1904. 



ARCHIVES 



PARASITOLOGIE 



Paraissant tous les trois mois 

sous LA DIRECTION DE 

RAPHAËL BLANCHARD 

PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS 
MEMBRE DE l'aCADÉMIE D-E- MÉDECINE 




PARIS 
F. R. DE RUDEVAL, Éditeur 

4, Rue Antoine Dubois (VI*) 

1904 



JUN 121959 



eft' 



S4S 



L. Dyé. — Les parasites des Culicides (avec 6 tig. dans le texte) 5 

A. Khouri. — Le halzoun ''S 

R. Blanchard. — La médecine coloniale 95 

R. Blanchard. — Sur un travail de M. le D'^ J. Guiart intitulé : Rôle du Tricho- 

céphale danâ\ l'étiologie de la fièvre typhoïde 122 

R. Blanchard. — Zoologie et médecine 129 

Notes et Informations .\ . 143 

Ouvrages reçus 151 

r' 



LES 

ARCHIVES DE PARASITOLOGIE 

sont publiées par 

F. R. DE RUDEVAL, Editeur 



Prière de lui adresser le montant des abonnements ou réabon- 
nements, 4, rue Antoine Dubois, Paris, VP. 



LES PARASITES DES CULICIDES 



le D- LEON DYÉ 

Ancien Préparateur au Laboratoire de Parasitologie 
Médecin colonial de l'Université de Paris. 



Les Culicides étaient étudiés jusqu'à ces dernières années au 
seul point de vue zoologique. Leur étude, au point de vue médical, 
a pris, depuis 1899, une grande importance, à la suite delà décou- 
verte, chez certains d'entre eux, de parasites pathogènes pour 
l'espèce humaine. 

Il a été prouvé, en effet, que ces parasites des Culicides sont les 
agents très actifs de quelques-unes des maladies les plus répan- 
dues dans les pays chauds, telles que le paludisme et la filariose. 
Les études sur ces redoutables Insectes se sont alors multipliées : 
études zoologiques, qui nous ont permis de les mieux connaître et 
de les classer plus aisément ; études médicales, qui ont conduit à 
une connaissance plus approfondie des maladies qu'ils sont suscep- 
tibles de nous transmettre ; études de prophylaxie et d'hygiène, 
basées sur les mœurs de ces Insectes, nous mettant à même de 
mieux nous préserver de leurs attaques, ou de les détruire plus 
facilement. 

Il suffit de suivre sur un planisphère la distribution géogra- 
phique du paludisme et de la filariose pour se rendre compte de 
toute l'importance de cette étude des parasites des Culicides patho- 
gènes pour l'espèce humaine. Et ce domaine peut s'augmenter 
de toute l'aire de distribution géographique de la fièvre jaune, si 
l'on considère les résultats obtenus en certaines régions, contre 
cette maladie, par les seules mesures prophylactiques prises envers 
les Culicides. Les expériences concordantes faites à ce sujet, en 
pays amaril, par les missions américaines, anglaises et françaises, 
tendent à prouver que le germe encore inconnu de la fièvre jaune, 
microbe ou Protozoaire, passe au moins une phase de son évolution 
dans le corps de certains Moustiques ; nous reviendrons d'ailleurs 
plus loin sur cette question. 



6 L. DYE 

La connaissance approfondie des parasites des Culicides en 
général, même de ceux non encore reconnus pathogènes pour 
l'espèce humaine, peut également nous rendre de très grands ser- 
vices. Leur étude systématique peut, en effet, conduire à la décou- 
verte, chez ces Insectes, de parasites nouveaux, parmi lesquels 
peuvent se trouver les parasites producteurs de maladies à facteur 
étiologique encore inconnu, telles que la fièvre jaune et la lèpre ; 
de plus, cette étude systématique des parasites des Culicides peut 
aussi nous mettre à même de mieux nous défendre contre ces 
-Insectes, en nous permettant de trouver, par exemple, des para- 
sites pathogènes pour les Culicides eux-mêmes et capables, dans 
certains cas, de les détruire. 

(( La guerre aux Culicides, dit Laveran, est devenue une mesure 
d'hygiène des plus importantes et c'est avec raison que les moyens 
de destruction de ces Insectes ont été mis partout à l'ordre du jour. 
La connaissance des parasites des Culicides conduira peut-être à 
trouver un microbe pathogène pour ces Insectes, microbe qu'on 
pourra cultiver et ensemencer dans les eaux stagnantes où pullu- 
lent les larves des Culicides ; l'étude de ces parasites mérite donc 
d'attirer l'attention. » 

L'étude d'ensemble des parasites des Culicides n'a pas encore 
été faite. Plusieurs auteurs ont publié récemment des ouvrages 
didactiques très complets sur les Culicides, mais les uns, comme 
Theobald, dans A monograph of the Culicidae, ont traité seulement 
le côté zoologique de la question des Culicides, et les autres, comme 
Giles, dans la seconde édition de Gnats or Mosquitoes, ont consacré 
simplement quelques lignes à certains parasites des Culicides et 
de façon tout à fait incidente. 

Dans un ouvrage actuellement sous presse (1), le professeur 
R. Blanchard a réservé un court chapitre à cette révision toute 
spéciale des parasites des Culicides : c'est le premier essai de ce 
genre que nous connaissions. Nous l'avons consulté avec fruit et il 
a été l'un des points de départ de notre travail. 

Les études en ce sens vont du reste se multiplier, au fur et à 
mesure que l'histoire naturelle et médicale de ces Insectes sera 
mieux connue : « On n'ignore pas, écrit le professeur R. Blanchard 

(1) R. Blanchard, Les Moustiques. Histoire naturelle et médicale. Paris, 
F. R. de Rudeval, 1904 (sous presse) ; Parasites des Culicides, p. 132. 



LES PARASITES DES CULICIDES 7 

dans le même ouvrage, qu'un très grand nombre de ces Culicides 
joue un rôle capital dans la propagation des maladies les plus 
redoutables : le médecin doit donc se familiariser avec leur étude. 
Il est actuellement démontré que les genres Anophèles, Pyreto- 
phorm, Stcgompa, Culex, Mansonia, etc., renferment un plus ou 
moins grand nombre d'espèces morbifères ; sans aucun doute, 
cette redoutable faculté de propager les maladies parasitaires 
n'appartient pas exclusivement aux seuls Moustiques chez lesquels 
on l'a reconnue ; et, s'il a suffi de 4 ou 5 années d'études et d'expé- 
riences pour établir des faits d'une si haute importance, que ne 
peut-on attendre d'un prochain avenir ? » 

Les parasites des Culicides, étudiés jusqu'à ce jour, sont déjà 
suffisamment nombreux pour qu'on puisse les répartir en caté- 
gories différentes, suivant l'ordre zoologique et botanique. 

Notre travail se trouve naturellement divisé en deux parties, 
d'après la grande division des parasites en endoparasites et en 
ectoparasites ; dans chaque partie nous pourrons établir une sub- 
division en parasites végétaux et parasites animaux. 

La première partie, comprenant les endoparasites, renferme la 
plupart des parasites des Culicides, pathogènes pour l'Homme ; on 
y rencontre des Champignons, des Algues, des Sporozoaires, des 
Flagellés, des Infusoires et des Vers. 

La deuxième partie, comprenant les ectoparasites, renferme 
des Champignons, des Infusoires, des Diptères, enfin des Acariens 
dont nous avons eu un certain nombre de types entre les mains, 
ce qui nous a conduit à nous étendre un peu plus longuement sur 
ce sujet tout spécial. 

Nous ferons précéder ces deux parties d'une courte révision 
des Culicides décrits actuellement, nous bornant à donner les 
caractères des sous-familles et à énumérer les genres. 

Mais avant d'aborder cette étude, qu'il nous soit permis 
d'adresser ici le témoignage de toute notre reconnaissance à 
M. le Professeur R. Blanchard, pour avoir bien voulu nous atta- 
cher à son laboratoire à titre de préparateur, et pour toute la 
bienveillance qu'il n'a cessé de nous témoigner. C'est lui qui nous 
a donné l'idée première de ce travail et qui nous en a fourni les 
éléments, en nous chargeant de l'étude de divers lots de Moustiques 
reçus par son Laboratoire, et spécialement de l'étude des Culicides 



8 L. DYE 

de Madagascar. C'est au cours de ces recherches, longues et minu- 
tieuses, que nous avons rencontré un certain nombre de Mousti- 
ques, porteurs d'Acariens parasites, et que nous avons été ainsi 
amené, sur ses conseils, à établir cette révision des parasites des 
Culicides, en y joignant nos observations personnelles. 

LES CULICIDES. — SOUS-FAMILLES ET GENRES 

Avant d'entreprendre l'étude des parasites des Culicides, il 
nous semble nécessaire de dire quelques mots des Culicides eux- 
mêmes, puisque nous serons amenés, au cours de cette revue, à 
citer les espèces, ou tout au moins les genres, sur lesquels on a 
trouvé ces parasites. De plus, étant donné le nombre assez consi- 
dérable de genres nouveaux créés en ces dernières années, il 
nous a paru indispensable de les indiquer ici, pour donner plus de 
clarté à notre description. 

Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet, renvoyant le lecteur 
aux traités spéciaux parus sur la matière, dont quelques-uns très 
complets (1). 

Les Moustiques ou Cousins sont des Insectes Diptères apparte- 
nant au sous-ordre des Nématocères et à la famille des Culicidae. 

Les Diptères sont des Insectes à pièces buccales disposées pour 
sucer et pour piquer, à prothorax soudé, à ailes postérieures 
transformées en balanciers et à métamorphoses complètes. 

Les Nématocères ont le corps mou, allongé, les antennes à plu- 
sieurs articles filiformes, quelquefois touffues chez les mâles. Les 
pattes sont longues et grêles, les ailes grandes, recouvertes 
d'écaillés ou nues. Les palpes sont longs et composés de plusieurs 
articles. La trompe courte et charnue, ou longue et filiforme, est 
souvent armée de piquants sétiformes. Les balanciers sont libres ; 
l'abdomen comprend de sept à neuf articles. Les larves ont une tête 
différenciée ; elles se transforment en nymphes immobiles ou mo- 
biles. Ces dernières ont des trachées branchiales sur le cou et la 
queue. L'Insecte, sorti de la nymphe, continue à flotter sur l'enve- 
loppe vide, jusqu'à ce qu'il puisse se servir de ses ailes. 

(1) F. W. Thkobald, a monograph of tlie Culicidae. London, 1901-1903, 3 vol. 
in-8. — GiLEs, Gaats or Mosquitoes. London, 2' édition, 1902. — R. Blanchard, 
Les Moustiques. Histoire naturelle et médicale, Paris, F. R. de Rudeval, 19D4. 



LES PARASITES DES CULICIDES 9 

La famille des Culicidae, ainsi nommée parce que le Cousin 
vulgaire (Culex) en est le type, a été ainsi caractérisée par Robi- 
neau-Desvoidy, en 1827, dans son Essai sur la tribu des Culicides : 
« Petits Diptères nématocères à trompe longue et cornée, à larves 
et nymphes aquatiques, bien connus par leurs habitudes 
sanguinaires. » 

Ces deux caractères, trompe longue et cornée, si on y ajoute 
celui de la disposition caractéristique des nervures de l'aile, recou- 
vertes d'écaillés, sont suffisants pour différencier la famille des 
Culicidae des familles voisines, telles que les Chironomidae, les 
Cecidomyidae et aussi les Simulidae, dont l'ensemble comprend tous 
les Insectes Diptères communément désignés sous l'appellation 
vulgaire de Moucherons. 

La famille des Culicidae ne comprenait, en 1901, que douze 
genres : actuellement elle en compte cinquante et un, et leur 
nombre s'augmente tous les jours, en rapport avec l'accroissement 
considérable du nombre des espèces. Aussi a-t-il été nécessaire de 
créer des sous-familles, pour obtenir plus de commodité dans la 
répartition des genres ; ces sous-familles sont au nombre de six : 
Anophelinae, Mer/arhininae, Culicinae, Aëdeomyinae, Joblotinae, Hepta- 
phlebomyinae, si l'on adopte la classification de Theobald. 

La classification des Culicides était primitivement basée unique- 
ment sur les longueurs respectives des palpes et de la trompe. Cette 
classificatioD, avec l'augmentation du nombre des genres et des 
espèces, a dû s'adressera d'autres caractères différentiels. L'auteur 
anglais, Theobald, dont la classification est aujourd'hui généra- 
lement adoptée, a basé sa classification presque exclusivement sur 
l'écaillure des Moustiques, sur la forme et la position relative 
des écailles de la tête, du thorax, de l'abdomen et du mélano- 
tum, ce qui lui a permis de créer de nombreux genres nouveaux, et 
aussi de démembrer les anciens. C'est cette classification que nous 
adopterons, avec Giles, R. Blanchard, et la plupart des entomolo- 
gistes qui s'occupent de la question des Culicides. 

Neveu-Lemaire (1) a proposé une classification moins com- 
pliquée, basée sur la longueur relative de la trompe et des palpes 
maxillaires, sur le nombre d'articles et la forme de ces palpes 

(1) M. NeveuL'îmviri^, Classification de la famille des Culicidae. Mémoires de 
la Société Zoologique de France, XV, p. 193, 1902. 



10 L. DYÉ 

maxillaires, enfin sur la nervation de l'aile. Cette classification 
peut rendre de bons services dans certains cas particuliers, lorsque, 
par exemple, les Moustiques à déterminer sont lavés, c'est-à dire 
dépourvus en partie de leurs écailles par le liquide conservateur 
et ainsi rendus indéterminables par la méthode de ïheobald. Elle 
mérite donc d'être conservée à ce titre, surtout par le médecin, 
qui ne peut le plus souvent faire œuvre d'entomologiste et à qui 
il importe, dans la i>lupart des cas, de savoir seulement si le Culi- 
cide examiné appartient ou non à la sous-Iamille des Anophelinae, 
ou à certains genres peu nombreux de la sous famille des Culicinae, 
qui ont presque tous des caractères différentiels bien nets. 

Nous allons maintenant donner les caractères des sous-familles, 
en y ajoutant la, simple énumération des genres et le nombre des 
espèces correspondantes, d'après les ouvrages récents de Theobald 
€tde R. Blanchard. 

1. — Sous-Famille des Anophelinae. 

Palpes longs dans les deux sexes, terminés en massue chez le 
mâle, linéaires chez la femelle, prolongation des deuxième et troi- 
sième nervures longitudinales dans les cellules basales ; petitesse 
des deux fourchettes chez le mâle. Caractère spécial des larves : 
pas de tube respiratoire apparent. 10 genres : 

1. /lwop/«,e/es Meigen, 1818 (12 espèces). 

2. Mijzomijia R. Blanchard, 1902 (16 espèces). 

3. Cîjdolepidopteron Theobald, 1901 (2 espèces). 

4. Stethomyia Theobald, 1902 (1 espèce). 

5. Pyretophorus R. Blanchard, 1902 (7 espèces). 

6. Arribalzagaia Theoha]d, 1903 (1 espèce). 

7. Myzorhynchus R. Blanchard, 1902 (14 espèces). 

8. Nyssorhynchus R. Blanchard, 1902 (16 espèces). 

9. Cellia Theobald, 1902 (7 espèces). 
10. AldrichiaJheobaM, 1903 (1 espèce). 

Il faut y ajouter un certain nombre d' Anophelinae incertains 
ou insuffisamment connus (15 espèces). 

II. — Sous-Famille des Megarhininae. 

Trompe longue et recourbée ; palpes longs chez le mâle, courts 
chez la femelle ; première cellule sub-marginale très petite, beau- 



LES PARASITES DES CULICIDES 11 

coup plus petite que la deuxième postérieure ; Moustiques à cou- 
leurs brillantes. 2 genres : 

1. Megarhinus Robineau-Desvoidy, 1827 (15 espèces). 

2. Toxorhynchites Theobald, 1901 (2 espèces). 

III. — Sous-Famille des Culicinae. 

Palpes à peu près aussi longs ou plus longs que la trompe chez 
le mâle, toujours beaucoup plus courts que la trompe chez la 
femelle ; première cellule sous-marginale aussi longue ou plus 
longue que la deuxième cellule postérieure. 17 genres : 

1. lanthinosoma Arribâlzaga, 1891 (6 espèces). 

2. Psorophora Robineau-Desvoidy, 1827 (4 espèces). 

3. Mucidus Theobald, 1901 (5 espèces). 

4. Desvoidya R. Blanchard, 1902 (2 espèces). 

5. Stegomyia Theobald, 1901 (23 espèces). 

6. Theobaldia Neveu-Lemaire, 1902 (8 espèces). 

7. Lutzia Theobald, 1903. 

8. Culex Linné, 1758 (160 espèces). 

9. Gi/ma Theobald, 1903 (1 espèce). 

10. Lasioconops Theobald, 1903 (1 espèce). 

11. Melanoconium Theobald, 1903 (6 espèces). 

12. Grabhamia Theobald, 1903 (Il espèces). 

13. Acartomyia Theobald, 1903 (1 espèce). 

14. Tseniorhynchus Arribâlzaga, 1891 (12 espèces). 

15. Mansonia R. Blanchard, 1901 (7 espèces), 

16. Macleaya Theoh-dld, 1903. 

17. Catageiomyia Theobald, 1903 (1 espèce). 

Culicinae incertains ou indéterminables : une cinquantaine 
d'espèces. 

IV. — Sous- Famille des Aedeomiynae. 

Palpes très courts chez le mâle et chez la femelle, beaucoup 
plus courts que la trompe. 12 genres : 

1. Dinocerites Theobald, 1901 (2 espèces). 

2. Fin/aya Theobald, 1903 (2 espèces). 

3. Aëdes Meigen, 1818 (3 espèces). 

4. Howardina Theobald, 1903 (2 espèces). 



12 L. DYE 

5. Aëdimorphus Theobald, 1903 (1 espèce). 

6. Skusca Theobald, 1903 (3 espèces). 

7. Verrallina Theobald, 1903 (3 espèces). 

8. Ficalbia Theobald, 1903 (2 espèces). 

9. Uranotsenia Arribâlzaga, 1891 (13 espèces). 

10. Mimomyia Theobald, 1903 (2 espèces). 

11. Aëdeomyia Theobald, 1901 (3 espèces). 

12. Hsemagogus Williston, 1896 (2 espèces). 

V. — Sous-Famille DES Sabettinae. 

Palpes courts dans les deux sexes. Métanolura orné djC soies, 
mais dépourvu d'écailles. 6 genres : 

1. Sai^cï^MS Robineau-Desvoidy, 1827 (3 espèces). 

2. Sabettoides Theobald, 1903 (1 espèce). 

3. ÎFi/eom^/ia Theobald, 1901 (2 espèces). 

4. Phoniomyia Theohiûû, 1903 (2 espèces). 

5. Dendromyia Theobald, 1903 (3 espèces). 

6. Binolia R. Blanchard, 1904 (1 espèce). 

VI. — Sous-Famille des Joblotlvae. 

Métanotum portant des poils et des écailles ; palpes longs chez 
le mâle, courts chez la femelle. 3 genres : 

1. Joblotia R. Blanchard, 1901 (2 espèces)- 

2. Limatus Theobald, 1901 (1 espèce). 

3. Gocldia Theobald, 1903(1 espèce). 

VII. — Sous-Famille des Heptaphlebomyinae. 

Sept nervures longitudinales sur l'aile au lieu de six, comme 
dans toutes les autres sous-familles. 1 genre : 

1. IleptaphkbomyiaTheobsXd, 1903 (1 espèce). 

ENDOPARASITES 

Dans cette section, assez étendue, des endoparasites des Culi- 
cides, on peut aisément établir la subdivision en parasites végé- 
taux et parasites animaux. Les parasites végétaux comprennent 
des Bactéries et des Champignons. L'autre subdivision, celle des 



LES PARASITES t>ES CULIClDES 13 

parasites animaux, comprend un grand nombre de parasites appar- 
tenant à des types fort différents ; ce sont, en suivant l'ordre 
zoologique ascendant, c'est-à-dire en partant des types les plus 
simples pour s'élever graduellement à des types plus complexes 
comme organisation, des Myxosporidies, des Hémosporidies, des 
Grégarines, des Flagellés, des Infusoires, des Plathelminthes, des 
Némathelminthes. Enfin nous dirons aussi quelques mots, comme 
l'a fait le professeur R. Blanchard, dans son chapitre des parasites 
des Culicides, des infestations multiples que l'on a fréquemment 
l'occasion d'observer au cours de l'étude des parasites des Culi- 
cides. 

Tout imparfait que soit ce travail, nous espérons cependant 
qu'il pourra ainsi être de quelque utilité à ceux qui désireraient 
le compléter, ou plus simplement se documenter rapidement sur 
ce sujet très spécial et tout d'actualité. Il nous montrera, en tout cas, 
combien ces parasites des Culicides ont été insuffisamment étudiés 
jusqu'ici, et quels nombreux points les concernant il reste encore 
à élucider, pour arriver à leur connaissance exacte. 

I. — PARASITES VÉGÉTAUX 

Les parasites végétaux, signalés jusqu'ici comme endoparasites 
des Culicides, sont encore peu nombreux, et cependant leur nom- 
bre réel doit être assez élevé. Leur étude présente beaucoup 
d'intérêt, en raison de l'action pathogène exercée par bon nombre 
d'entre eux sur le Moustique hôte ; de plus, un certain nombre 
semblent pouvoir être disséminés par le Moustique et inoculés à 
l'état de spores : ils pourraient ainsi produire, d'après certains 
auteurs, quelques affections de la peau spéciales à des régions 
tropicales de l'Amérique du sud. 

Bactéries et Champignons. 

Bactéries. — Le premier cas décrit l'a été par Perroncito ; ce 
savant avait, en novembre et décembre 1899, recueilli des larves 
de Culicides dans les environs de Turin. L'éducation de ces larves 
lui fournit des Moustiques adultes de ïes[:>ècG Anophèles maculipennis 
et il avait été frappé de la grande mortalité qui sévissait sur ces 
Insectes. Il en rechercha la cause et fut ainsi amené à l'attribuer 



U L. DYE 

à une Baclérie, analogue au Leptothrix buccalis, qui parasitait ces 
Insectes. Le microorganisme était formé de filaments verdâtres. 
larges de 1 à 2 |ji., cloisonnés transversalement et réunis en fais- 
ceaux ; on trouvait en outre une grande quantité de granulations 
et des corpuscules sphériques semi-lunaires ou de formes variées, 
en grande partie mobiles. 

Le siège de ce microorganisme n'est pas indiqué de façon pré- 
cise ; il est plus que probable que c'est la cavité générale de 
l'Insecte. 

Remarque importante : d'après Perroncilo, cette Bactérie est 
pathogène pow les Anophèles. Les Moustiques s'infestent à l'état de 
larves; le parasite poursuit son évolution chez la nymphe, puis 
chez l'adulte et finit par le tuer, peu de temps après sa naissance. 

Nous voyons donc, dans ce "premier cas de parasitisme, un 
parasite pathogène, sans doute pour les Culicides en général, et en 
particulier pour un Anophèles. Il serait très désirable que des 
recherches fussent continuées en ce sens, pour mieux déterminer 
cette Bactérie, ainsi que ses aptitudes biologiques et rechercher si 
on ne pourrait pas en tirer parti pour la destruction systématique 
des Culicides, dans certaines conditions données. 

Champignons. — Un second cas de parasitisme, dû cette fois à 
un Champignon, a été signalé brièvement par Léger et Duboscq : 
« Nous avons retrouvé, disent ces auteurs, dans quelques larves de 
la région de Campo di Loro, un Champignon filamenteux, sans 
doute analogue à celui déjà signalé par Perroncito dans ces 
Insectes. » 

Tout récemment, Marchoux, Salimbeni et Simond ont signalé, 
chez le Stegomyia calopus adulte, la présence de divers Champi- 
gnons. Ces Champignons, analogues à des Mucor, ont été rencon- 
trés en grande abondance à certaines périodes de l'année ; ils se 
trouvaient non seulement dans le tube digestif et ses annexes, 
mais aussi dans le cœlome. 

Ces parasites peuvent envahir tout le corps du Stegomyia et 
amener ainsi sa mort : c'est donc encore un exemple de parasite 
pathogène pour le Culicide. Les auteurs ont surtout recherché si 
ce Champignon, parasite du Moustique, avait une relation quelcon- 
que avec l'aptitude du Stegomyia calopus à transmettre la fièvre 
jaune et ils concluent par la négative. 



LES PARASITES DES CULICIDES 15 

La destruction des Insectes par les Champignons est fréquente 
dans la nature, et on pourrait en multiplier les exemples. Citons 
toutefois VEmpusa culicis trouvé par A. Braun chez le Culex pipiens ; 
c'est de même une Empusa, qui tue très fréquemment les Mouches 
de nos contrées. Rappelons aussi que, d'après Trabut et Debray, 
les Attises adultes peuvent être détruites par le Sporotrichum globu- 
liferum, et que leurs larves, d'après Vaney et Conte, peuvent l'être 
par le Champignon de la muscardine des Vers à soie, le Botrytis 
bassiana. 

On voit donc que la connaissance plus exacte de ces Champi- 
gnons peut nous rendre de très grands services dans la lutte entre- 
prise pour la destruction des Culicides. Elle peut aussi nous être 
utile à un autre point de vue, les Moustiques pouvant nous trans- 
mettre certaines maladies causées par ces Champignons, les mala- 
dies à caratés, par exemple. C'est ainsi que Montoya y Florez a 
recueilli les divers Champignons des caratés dans le corps de 
Moustiques {Culex ?), de Siraulies et de Punaises dans les régions 
à caratés de l'Amérique centrale, et qu'il n'est pas éloigné d'ad- 
mettre l'intervention de ces Insectes dans la transmission de ces 
maladies, par suite de l'introduction des spores de ces Champi- 
gnons dans la peau, au niveau des piqûres. 

Il est toutefois nécessaire que de nouvelles études soient entre- 
prises, pour élucider cette question de l'étiologie des caratés ; il 
était bon néanmoins de poser le problème de l'action possible des 
Culicides, dans ce cas particulier. 

Nous devons maintenant dire quelques mots des Levures, 
rencontrées par plusieurs auteurs chez les Moustiques. 

En octobre 1900, Laveran a signalé le cas d'une Levure, parasite 
des Culicides. Cet auteur a observé, sur des coupes d'Anophèles 
maculipennis, l'existence d'une Levure dans la cavité cœlomique de 
Moustiques provenant de Rio-ïinto (Espagne) ; ils avaient sucé du 
sang palustre et avaient été bien fixés dans l'alcool absolu. D'après 
Laveran, cette Levure se présente sous l'aspect de petits éléments 
ovalaires, mesurant de 2 à o [j de long; un certain nombre de ces 
cellules ont à l'une de leurs extrémités un petit bourgeon ; elles 
possèdent chacune un noyau, que l'on colore facilement par le 
procédé de Heidenhain. 

La plupart des cellules de Levure sont libres dans la cavité 



16 L- DYE 

cœlomique, où elles sont groupées en petits amas. Sur plusieurs 
coupes longitudinales de ces Anophèles, Laveran a vu nettement 
que celte Levure traversait l'épithelium des parois du tube digestif 
et venait tomber dans la cavité cœlomique. 

Cette Levure semble pathogène pour le Moustique ; en effet, à 
la suite des observations de Laveran, le D^ Macdonald, de Rio- 
Tinto, a recherché systématiquement ces petits éléments cellu- 
laires, qu'il a réussi à retrouver. Il a remarqué de plus que les 
larves cV Anophèles mouraient rapidement, à l'époque de l'année où 
l'on trouvait les A nopheles infestés par la Levure décrite par Laveran. 
11 est donc probable que la Levure se transmet de la larve à l'Insecte 
adulte, comme dans le cas du Champignon, parasite des Culicides, 
observé par Perroncito. 

Marchoux, Salimbeni et Simond ont aussi observé des Levures 
chez la plupart des Stegomyia calopus qu'ils ont eu l'occasion d'exa- 
miner, au cours de leurs recherches sur la fièvre jaune. Ils les ont 
surtout trouvées sur des Moustiques disséqués à une période peu 
éloignée de leur naissance : elles existaient en abondance, surtout 
dans le cœlome des Moustiques, sur les individus nourris de miel, 
de fruits et de matières sucrées. Ces auteurs notent que ces Levures 
différaient selon le genre de nourriture de l'Insecte. 

Contrairement aux Champignons, signalés plus haut par les 
mêmes auteurs, ces Levures n'étaient pas pathogènes pour le Culi- 
cide ; on ne peut non plus, d'après eux, leur attribuer aucun rôle 
dans l'aptitude du Siegomijia calopus à transmettre la fièvre jaune. 

Néanmoins l'étude de ces Levures n'est pas dénuée d'intérêt: 
les masses sphéroïdes ou de formes irrégulières, formées par ces 
Levures, que l'on rencontre dans le grand sac à air du Culicide, 
peuvent facilement être prises, à un examen superficiel, pour des 
Sporozoaires, et les auteurs ne sont pas loin de supposer, comme 
nous le verrons plus loin, que ces Levures ont été prises par les 
Américains Parker, Beyer et Pothier, pour un des stades du para- 
site qu'ils ont décrit sous le nom de Myxococcidium stegomyiae. 
11 est bon de signaler, dès maintenant, les erreurs d'interprétation 
possibles auxquelles peut donner lieu la rencontre de ces Levures, 
parasites des Culicides. 

Schaudinn, dans son remarquable travail, interprète d'une 
façon tout à fait spéciale le rôle de ces Levures, qu'il a presque 



LES PARASITES DES CULICIDES 17 

toujours rencontrées dans les diverticules de l'estomac (sac à air, 
estomac suceur, réservoir à nourriture) des nombreux Culicides 
qu'il a disséqués, au cours de ses belles recherches. Pour lui, ces 
Levures auraient un rôle purement physiologique : il a été amené, 
par ses expériences, à conclure que l'effet irritant de la piqûre des 
Culex est dû, non pas seulement, comme on le pensait jusqu'ici, à 
la salive sécrétée par les glandes salivaires, mais bien aussi à l'ac- 
tion combinée des gaz et produits divers, sécrétés par les Levures 
des diverticules œsophagiens. Nous ne suivrons pas l'auteur dans 
sa démonstration très serrée de ce rôle, en quelque sorte physiolo- 
gique, des Levures parasites; nous tenions seulement à signaler au 
passage cette interprétation originale, qui nous montre combien 
toutes ces questions des parasites des Culicides ont besoin d'être 
sérieusement approfondies.' Nous voyons en effet, à propos de ces 
Levures de l'estomac du Moustique, trois auteurs, les étudiant 
successivement en pays différents, Schaudinn en Allemagne, 
Parker, Beyer et Pothier au Mexique, Marchoux, Salimbeni et 
Simond au Brésil, et leur attribuant chacun une interprétation 
totalement différente au point de vue de leur rôle parasitaire. 

IL - PARASITES ANIMAUX 

Les endoparasites des Culicides, appartenant au règne animal, 
peuvent se répartir entre les trois groupes suivants : Sporozoaires, 
Flagellés et Vers, tous trois également intéressants à des titres 
divers. Ils renferment, en effet, des formes de passage de parasites 
très communs chez l'Homme et chez les animaux. 

Dans le groupe des Sporozoaires, on a rencontré des Myxospo- 
ridies, des Hémosporidies, des Grégarines, C'est parmi les Hémo- 
sporidies que se classent les Hématozoaires du paludisme. 

Les parasites appartenant au groupe des Flagellés étaient peu 
nombreux jusqu'ici ; les récents travaux de Schaudinn ont ouvert 
des horizons nouveaux et presque illimités dans cette direction : 
s'ils se vérifient, ce groupe devrait s'augmenter considérablement, 
par l'adjonction de certaines formes d'Hémosporidies, les formes à 
flagelles des parasites des Culicides n'étant qu'un des stades du 
cycle évolutif des Hémosporidies de certains Vertébrés et même 
peut-être aussi de l'Homme. 

Archives de Parasitoloyie^, IX, n» l, 1905. 2 



18 L. DYE 

Enfin avec le dernier groupe, celui des Vers, nous arrivons à 
des parasites des Culicides d'un ordre beaucoup plus élevé que les 
précédents. Ces parasites se répartissent entre lesPlathelminthes 
{Distomum) et les Némathelminthes [Mermitkidae, Filaridae). 

Nous suivrons autant que possible l'ordre zoologique dans la 
description de ces parasites ; mais il est parfois difficile de les 
classer, tant leur description est incomplète, surtout chez les Sporo- 
zoaires que nous répartirons de la façon suivante : Myxosporidies, 
Grégarines, Hémosporidies. 

Nous ferons précéder chaque groupe de sa diagnose aussi 
succincte que possible. 

1. — Myxosporidies. 

Les Myxosporidies sont des Sporozoaires à corps protoplas- 
mique amiboide, se reproduisant par spores munies de capsules à 
filaments. 

Grassi et différents auteurs ont observé des Myxosporidies, 
parasites des Culicides, mais leurs descriptions sont très incom- 
plètes et, dans la plupart des cas, ils ne rangent ces parasites que 
provisoirement parmi les Myxosporidies. 

Plus récemment Marchoux, Salimbeni et Simond, en 1903, lors 
d'une mission à Rio-de-Janeiro, pour l'étude de l'agent étiologique 
de la fièvre jaune, ont été amenés, au cours de leurs recherches, 
à décrire parmi Jes parasites trouvés chez des Stegomyia calopus, 
des parasites qu'ils ont rangés dans le genre Nosema. 

Nous ne parlerons pas ici du parasite trouvé par Parker, Beyer 
et Pothier dans les mêmes conditions, en 1902, à la Vera-Cruz, ces 
auteurs ayant cru devoir le ranger parmi les Hémosporidies où 
nous le décrirons. 

Grassi a constaté, chez les Anophèles, la présence de deux sortes 
de parasites, qu'il rattache, provisoirement du moins, faute de 
renseignements suffisants, aux Myxosporidies. 

Le premier de ces parasites se rencontre dans fa cavité géné- 
rafe du Moustique : il est libre ou adhérent aux organes. Quand il 
est libre, il forme des amas protoplasmiques arrondis, à nombreux 
noyaux, sans mouvements amiboïdes. A côté des noyaux se voient 
des corpuscules ovalaires, mobiles, à nodule central brillant, qui 
sont capables de sortir de la masse protoplasmique. Quand il est 



LES PARASITES DES CULICIDES 19 

adhérent aux organes, le parasite se présente sous l'aspect de 
tubes, d'ampoules, de globes irréguliers ; il s'entoure d'une mem- 
brane kystique et se segmente en un grand nombre de spores à 
paroi propre, mais dans lesquelles on n'a pas pu voir la capsule 
polaire. 

Le second de ces parasites envahit surtout les œufs ; on l'y 
rencontre parfois en proportion considérable. Lorsque l'œuf arrive 
à maturité, il y produit une grande quantité de spores contenant 
chacune, d'après Grassi, huit sporozoïtes. 

On ne sait rien sur le rôle de ces parasites ; ils n'ont aucune 
relation avec les parasites de la malaria : « Ces parasites, dit 
Grassi, méritent une étude plus approfondie, car mes connaissan- 
ces sur ce sujet sont très peu étendues, et je ne les aurais même pas 
mentionnés, si je n'avais vu la nécessité de convaincre le lecteur 
que ces Sporozoaires n'ont aucun rapport avec les parasites de la 
malaria. » Plusieurs autres Myxosporidies, mal déterminées, ont 
été observées par différents auteurs : l'une d'entre elles a été rap- 
portée par L, Pfeifter au genre Glugea : elle a été trouvée par cet 
auteur chez des Culex indéterminés. Une autre, caractérisée par 
ses spores, a été signalée également par Grassi chez les Culex a. tous 
les états de développement ; elle n'a encore été rencontrée chez 
aucun Anophèles ; par contre, elle est souvent très abondante chez 
certaines espèces de Culex. Grassi avait tout d'abord cru que ces 
parasites appartenaient au cycle évolutif des parasites du palu- 
disme, mais l'étude de leurs caractères spéciaux, et leur absence 
chez les Anophèles, lui montrèrent qu'il avait bien affaire à un 
parasite distinct. L'intérêt de leur étude, comme celle de tous 
ces Sporozoaires en général, semble surtout résider dans leur 
diagnostic différentiel avec les parasites du paludisme. 

Parasites du genre Nosema. 

Ces parasites, décrits par Marchoux, Salimbeni et Simond, sont 
des parasites du Stegomyia calopus, à Rio-de-Janeiro. Les auteurs 
en ont décrit deux variétés ; nous les suivrons dans la description 
assez longue qu'ils donnent de la première. 

Première variété. — C'est la forme la plus commune. Le para- 
site existe chez la larve, chez la nymphe et chez l'Insecte adulte. 



20 L. DYE 

Il est difficile à distinguer au moment de la métamorphose de la 
nj^mphe en Moustique, à cause du petit nombre de parasites qu'on 
rencontre à ce moment. Quelques jours après la métamorphose, le 
parasiteestplusabondant.il se présente sous forme de corpuscules 
ou spores, quelquefois isolés, mais le plus souvent réunis en masses 
plus ou moins sphériques. Ces spores sont nettement réniformes, 
quelquefois avec une extrémité plus effilée que l'autre. On les 
rencoutre, le plus habituellement, dans toute la longueur du tube 
digestif, mais lorsque l'infection est très avancée, on les trouve 
aussi en abondance dans toutes les parties du Moustique et jusque 
dans la trompe. Ces spores se partagent en deux groupes, selon 
leur coloration : spores incolores et spores brunes. 

Les spores incolores mesurent de 4 à 7 p. de longueur et de 2 à 
3 p. de largeur; elles sont réniformes, immobiles, effilées à un pôle 
et pourvues d'une membrane transparente à double contour; elles 
sont remplies d'un protoplasma transparent. Il n'y a pas de noyau 
apparent. Leur évolution est facile à suivre dans les sacs aériens 
du Moustique : la spore se gonfle, la membrane disparaît et le 
plasmode ainsi formé a environ de 8 à 15 [x; quelquefois il atteint 
jusqu'à 20 à 30 [^. de diamètre. Arrivé à un certain degré d'accrois- 
sement, le plasmode est mûr pour la sporulation : il se délimite à 
son intérieur de petites portions de plasma présentant l'aspect de 
la spore primitive, mais sans membrane ; celle-ci se forme ensuite. ' 
Le reliquat du plasmode disparaît, une fois la sporulation achevée : 
il se comporte à la façon d'un plasmode de Myxosporidie. Le plas- 
mode a généralement la forme d'une sphère ; il est toujours plus ou 
moins fixé à l'endroit du corps du Moustique où il se développe. 
Chaque plasmode peut donner naissance à un très grand nombre 
de spores, depuis 5 ou G jusqu'à 50 et au-delà. 

Les spores ainsi formées sont disséminées dans le corps de 
l'Insecte : 8 à 15 jours après la métamorphose, la généralisation du 
parasite est complète ; il est tantôt libre dans les cavités du corps, 
tantôt intra-tissulaire, jamais intra-cellulaire. 

La spore brune a une constitution sensiblement identique à 
celle de la spore incolore. Son protoplasma est coloré en brun 
chocolat. Elle a une évolution entièrement différente, qui rapproche 
son développement de celui des végétaux inférieurs pourvus d'un 
mycélium : le protoplasma se condense à l'un des pôles de la spore 



LES PARASITES DES CULICIDES 21 

et émet un bourgeon qui traverse la coque formée par l'épaississe- 
ment de la membrane el s'allonge en un filament qui peut atteindre 
de 50 à 100 jx, de forme très irréguliôre, de coloration brune, 
quelquefois ramifié. Ce filament, par condensation de sa substance 
en certains points, forme un chapelet dont les grains sont irrégu- 
lièrement répartis sur la longueur. 

Les auteurs n'ont pas pu suivre plus loin le développement de 
cette spore brune; ils semblent admettre que c'est là un slade de 
dégénérescence de la spore incolore, et non un stade de résistance, 
inconnu chez les autres Microsporidies. 

Nous avons vu que le stade plasmodien, provenant des spores 
incolores, a son siège de prédilection dans les sacs à air de l'Insecte, 
qui, au nombre de trois, viennent s'aboucher dans le tube digestif, 
au-dessus du sphincter intestinal ; le stade filamenteux, provenant 
des spores brunes, se rencontre presque exclusivement au niveau 
de l'intestin antérieur, au-dessous du même sphincter et jamais 
dans les sacs à air. 

Au niveau de l'intestin antérieur, le plasmode, né de spores 
incolores, fournit presque exclusivement des spores brunes, dont 
l'évolution donne une végétation parasitaire qui envahit tout le 
tube digestif en cette région ; le tissu intestinal, de son côté, réagit 
par une multiplication des celludes de la paroi intestinale et il se 
forme en ces points de véritables tumeurs. 

Les spores incolores et les spores brunes proviennent bien d'un 
même ]iarasite, car, chez les Stef/ormjia infectés et disséqués à une 
période un peu avancée de leur existence, on constate souvent dans 
un même plasmode la présence simultanée des deux sortes de 
spores. 

Chez la larve, on ne rencontre que le stade plasmodien dans le 
tube digestif et autour des papilles anales : on n'a pas observé le 
stade mycélien dans les tissus de la larve. 

Les conclusions des auteurs sont qu'il doit exister une forme 
de résistance dans le milieu extérieur; cette forme, avalée par la 
larve du Moustique, l'infecte et imprègne ses tissus par multipli- 
cation endogène avant la métamorphose, puis infecte par le même 
processus l'Insecte adulte, en y produisant les deux stades, plas- 
modien et mycélien. 

Dans la seconde variété, les spores sont piriformes, au lieu d'être 



22 L. DYE 

réniformes; elles évoluent entièrement de la même manière que 
celles de la première variété ; chaque corps sporulé, dans les deux 
variétés, conserve toujours son individualité, ce qui indique bien 
deux variétés distinctes. 

D'après les expérimentateurs, ces Nosema n'ont aucune relation 
avec la fièvre jaune. Ils ont observé nombre de Stegomyia parasités, 
qui n'avaient jamais piqué de malades et qui avaient été nourris 
soit avec du miel, soit par piqûre sur des animaux bien portants. 

L'action propre de ces Nosema, sur les Culicides parasités, n'est 
pas indiquée ; il eût été cependant utile de la connaître et de savoir 
si la dissémination considérable des spores incolores et des spores 
brunes, la formation des plasmodes et surtout la formation des 
productions réactionnelles du stade mycélien, affectaient d'une 
façon quelconque la vie du Culicide infecté. 

2. — Grég-arînes. 

Les Grégarines sont des Sporozoaires à corps protoplasmique 
revêtu d'une membrane, subissant leur premier développement 
dans une cellule, puis vivant dans la cavité générale de leur hôte. 

Les Grégarines, comme parasites des Culicides, ont été obser- 
vées par différents auteurs, mais les observations en sont encore 
peu nombreuses. 

Ronald Ross, dans les Indes, à Secunderabad, a trouvé des 
Grégarines dans des larves de Culicides. Le tube digestif des 
Insectes observés en contenait un grand nombre. Ces Grégarines 
se reproduisent par spores : à la fin du stade larvaire, elles s'en- 
kystent et donnent des spores. D'après Ronald Ross, elles ne 
semblent pas avoir d'action pathogène sur le Moustique. 

Johnson, au cours de recherches dans une contrée à paludisme, 
a également trouvé, chez des Anophèles maculipennis 9, des Sporo- 
zoaires qu'il croit devoir rattacher aux Grégarines. Ces parasites 
se rencontraient chez 8 pour 100 des individus examinés. Ils font 
saillie sur la paroi externe de l'estomac, vers la cjavité générale 
de l'Insecte. Ils ont beaucoup d'analogie, à première vue, avec les 
oocystes des parasites du paludisme, mais ils s'en distinguent 
cependant par un caractère important : le kyste de la Grégarine 
a un noyau unique, celui des Hématozoaires du paludisme a 
plusieurs noyaux. 



LES PARASITES DES CULICIDES 23 

Léger et Duboscq, dans une larve de Culex recueillie en Corse, 
ont trouvé un kyste cœlomique appendu à la paroi intestinale, kyste 
qu'ils rapportent à une Grégarine du [ype Diplocystis. 

Marchoux, Salimbeni et Simond, en disséquant des Stegomyia 
calopus adultes, ont trouvé des Grégarines et ont bien étudié leur 
évolution. Ces Grégarines étaient toujours rencontrées dans les 
tubes de Malpighi, à l'état de sporocyste, et jamais le stade mobile 
n'a été vu par ces auteurs dans l'estomac ou dans les autres orga- 
nes du Moustique. 

Ils ont recherché soigneusement ce que pouvaient bien devenir 
ces sporocystes et ils sont arrivés à ces conclusions, que ces 
sporocystes, développés dans les tubes de Malpighi, étaient 
répandus dans le milieu extérieur de deux façons : soit après la 
mort, lors de la désagrégation de l'Insecte, soit pendant la vie avec 
les fèces, lors de leur expulsion. Ces spores, tombées ainsi dans le 
milieu extérieur, sont entraînées par l'eau ; les auteurs ont 
constaté qu'elles étaient encore intactes au bout d'un mois; ils 
n'ont pu cependant fixer les limites de la durée de ce stade. Ces 
spores sont avalées par les larves de St. calopus et chaque spore 
éclôt dans le tube digestif de la larve. 

(( Les sporozoïtes mobiles, sortis du sporocyste, pénètrent dans 
les parois et vont se fixer chacun dans une cellule, soit du tissu 
digestif, soit même du tissu adipeux sous-cutané de la larve. 
Arrivé dans la cellule hôte, le sporozoïte s'arrondit et subit son 
évolution complète à l'intérieur de cette cellule. Le terme de 
cette évolution est une Grégarine, dépourvue d'épimérite et de 
protomérite, en forme de poire, et mesurant 15 à 30 (x tant qu'elle 
reste enfermée et immobile dans la cellule hôte. Si le volume du 
parasite, ou une cause quelconque, fait éclater la cellule à ce 
moment, la Grégarine commence aussitôt à se mouvoir avec acti- 
vité. On la rencontre à la phase libre, soit dans le cœlome, soit dans 
le tube digestif. Elle mesure alors 25 à 50 ix. 

« C'est durant la dernière période de l'existence de la larve, et 
surtout au début du stade de pupe du Moustique, que la conju- 
gaison du parasite s'accomplit. Pendant le stade de pupe, en 
même temps que se constitue le tube digestif complexe de l'Insecte 
parfait, les Grégarines mobiles passent dans ce tube digestif et 
pénètrent dans les canaux de Malpighi, où elles s'immobilisent et 



24 L. DYE 

commencent à sporuler. La sporulation s'effectue très rapidement; 
elle est en général complète au moment où, la métamorphose ter- 
minée, le Stegomyia ailé s'échappe de la pupe. » 

Les auteurs, conduits à faire ces recherches par l'idée que le 
parasite supposé de la fièvre jaune pouvait être un Sporozoaire, 
déduisent de l'étude de cette Grégarine qu'elle ne peut avoir 
aucune relation de cause à effet avec la maladie en question. Ils 
font remarquer avec raison que le Stegomyia porteur de ces 
sporocystes, ne peut à aucun moment les inoculer à un animal 
quelconque et qu'il est incapable de les rejeter par sa trompe. 
D'ailleurs les sporozoïtes mobiles, qui eux pourraient être facile- 
ment inoculés par le Moustique adulte, achèvent tout le cycle de 
leur évolution, comme nous venons de le voir, pendant le stade 
larvaire. 

Les auteurs ne semblent pas avoir envisagé l'action de la 
Grégarine, qu'ils ont étudiée si minutieusement, sur le Culicide 
lui-même. Mais il semble peu probable que ce parasite ait une action 
pathogène quelconque sur le Stegomyia calopus, car elle aurait frappé 
les observateurs. Il serait néanmoins, étant donnée l'importance de 
cette question, très intéressant d'être renseigné sur ce point. 

L'étude de la parasitologie du Stegomyia calopus, si elle ne nous 
conduit pas à la découverte de l'agent pathogène, cause de la fièvre 
jaune, peut tout de même nous être très utile, si elle nous amène 
à la connaissance d'un parasite susceptible de détruire le Stegomyia 
calopus, propagateur possible de la maladie, à un stade quelconque 
de son évolution. 

C'est à ce double point de vue qu'on doit toujours se placer dans 
l'étude complète des parasites d'un Culicide, reconnu susceptible 
de transmettre une maladie à l'Homme. 

Retenons aussi, de cette étude des Grégarines parasites 
des Culicides, la grande analogie qui existe entre les formes 
enkystées de ces Grégarines et les kystes cœlomiques mûrs des 
Plasmodium du paludisme : il y a là une cause d'erreur à laquelle 
il faut toujours songer. Nous avons indiqué plus haut ce qui 
différencie les formes enkystées de ces deux sortes de parasites des 
Culicides, très différents à tous les points de vue dans leur mode 
d'action sur le Moustique et sur l'organisme humain, et dont la 
confusion peut entraîner à de grossières erreurs d'interprétation. 



LES PARASITES DES CULICIDES 



3. — Héinosporidies. 

L'ordre des Hœmosporidia se subdivise en deux sous-ordres, les 
Hsemosporea et les Acystosporea. Ces derniers seuls nous intéressent 
ici. Ce sont des Sporozoaires à évolution entièrement intracellu- 
laire, à structure et à mouvements d'Amibes, se reproduisant 
par sporulation, sans l'adjonction d'aucune membraoe kystique. 
Ils comprennent trois genres certains : 

1. Dabesia Starcovici, 1893 ; 

2. Plasmodium Marchiafava et Celli, 1885; 

3. Haltcridium Labbé, 1894. 

On doit leur rattacher encore deux genres incertains, qui 
devront sans doute rentrer dans le genre Plasmodium, quand leur 
évolution sera mieux connue : 

1. Polychromopliilus Dlonisi, 1898 ; 

2. Achromalicus Dlonisi, 1898. 

Les Babesia sont transmis par les Acariens de la famille des 
Ixodidés ; les Plasmodium et les HaUeridium, au contraire, sont pro- 
pagés par les Moustiques, dont ils sont de véritables parasites. Ils 
rentrent donc dans notre étude (i). On doit rattacher à cette caté- 
gorie les six espèces suivantes : 

Plasmodium malariae (Laveran, 1881); 
Plawiodium civax (Grassi et Feletti, 1890) ; 
Piasmodium falciparum (Welch, 1897) ; 
Plasmodium Danilenskyi (Kruse, 1890) ; 
Plasmodium Ziemanni (Laveran, 1903) ; 
HaUeridium Danilevskyi (Grassi et Feletti, 1890). 

Les trois premières espèces sont parasites de l'Homme pendant 
leur phase schizogonique; elles produisent les divers types de 
fièvre intermittente. Les trois dernières sont parasites des Oiseaux. 
En outre de ces six espèces, on connaît un certain nombre d'autres 
Hémosporidies des Vertébrés supérieurs, pour lesquelles le passage 
par l'organisme du Moustique n'est pas encore démontré : tels 
sont \es Plasmodium Kochi (Laveran, 1899), des Singes d'Afrique, 

(1) Pour la nomenclature de ce chapitre, nous avons pris pour guide le livre du 
Professeur R. Blanchard, p. 440 el suivantes. 



26 L. DYE 

Pi. prœcox (Grassi et Feletti, avril 1890) et Pi. immaculatum (Grassi 
et Feletti, 31 octobre 1891), des Oiseaux (1). 

On sait que les Hémosporidies se multiplient au moyen d'une 
véritable génération alternante : une première phase de reproduc- 
tion asexuée, dite schizogonie, s'accomplit dans le sang de l'Homme 
ou des Oiseaux; une seconde phase de reproduction sexuée, dite 
sporogonie, s'accomplit dans l'organisme des Moustiques. La décou- 
verte de cette phase sporogonique dans l'organisme des Moustiques 
est due à Ronald Ross pour les Plasmodies du sang des Oiseaux, 
puis au professeur R. Grassi pour celles du sang de l'Homme. Elle 
est d'une importance capitale, |)uisqu'elle a définitivement établi 
l'étiologie du paludisme, c'est-à-diie de l'une des maladies les plus 
meurtrières et les plus répandues à la surface du globe. 

Les découvertes de Schaudinn sont venues, du moins pour les 
Hématozoaires des Oiseaux, nous faire connaître un troisième état 
de développement, le stade Trypanosome et Spirochète. Schaudinn 
assure déjà qu'il a retrouvé ce même stade chez un parasite du 
sang humain, le Plasmodium malariae. On peut donc s'attendre à 
voir se produire prochainement des modifications profondes dans 
la façon d'envisager le développement du paludisme. 

L'étude détaillée de la phase sporogonique des parasites énu- 
mérés ci-dessus, c'est-à dire des métamorphoses qu'ils subissent 
chez les Moustiques, nous entraînerait trop loin. Rornons-nous à 
en donner une description succincte, en insistant sur leurs carac- 
tères différentiels. Nous dirons ensuite quelques mots du !\li/xo- 
coccidium stegomyiae, parasite du Stegomyia calopus, rangé provisoi- 
rement parmi les Hémosporidies. 

1. — Genre Plasmodium Marchiafava et Celli, 1885. 

La schizogonie s'accomplit dans le sang des Mammifères et des 
Oiseaux. Schizonte eodoglobulaire, plus ou moins chargé de 
mélanine et aboutissant à la production de mérozoïtes, ovoïdes ou 
sphériques, disposés en un seul groupe et laissant entre eux un 
reliquat protoplasmique. Gamètes sphériques, soit d'emblée, soit 

(I) Ces deux dernières dénominations ont élé aussi altribuccs au Plasmodium 
falciparum, c'est-à dire au pîrasite de la fièvre pernicieuse. Le professeur 
R. Blanchard (loco citato, p. 449-450} a démontré qu'elles ne pouvaient appar- 
tenir qu'à des parasites des Oiseaux. 



LES PARASITES DES CULICIDES 27 

après avoir gardé plus ou moins longtemps l'aspect de croissants. 
La sporogonie s'accomplit dans le corps des Anophelinae. 

1. — Plasmodium malariae (Laveran, 1881). Parasite de la 
fièvre quarte. Neuf à douze mérozoïtes. Gamètes arrondis. 

2. — Plasmodium vivax (Grassi et Feletti, 1890). Parasite de la 
fièvre quarte. Quinze ù vingt mérozoïtes. Gamètes arrondis. 

3. — Plasmodium falciparum(Welcli, 1897). Parasite des fièvres 
irrégulières et estivo-automnales. Gamètes en croissant. 

Ces trois espèces vivent dans le sang de l'Homme pendant leur 
phase schizogonique ; elles peuventy être puisées par des Moustiques 
appartenant à des groupes variés, mais il résulte de nombreuses 
expériences, que les Anophelinae sont seuls capables de leur fournir 
un terrain favorable à l'accomplissement de leur phase sporogo- 
nique ; en particulier, les Culicinae en sont tout à fait incapables. 
C'est là une règle absolue. Quand on trouve certains stades évolu- 
tifs d'une Hémosporidie dans l'organisme des Culicinae, il s'agit de 
parasites des Oiseaux, mais non de ceux de l'Homme. 

Evolution de la Plasmodie paludique. — Prenons pour type le 
Plasmodium falciparum de la fièvre pernicieuse, et suivons son 
évolution dans le corps de VAnopheles. En piquant un malade, 
l'Insecte avale d u sang dans lequel le parasite se trouve sous divers 
aspects : schizontes endoglobulaires et gamètes en croissant. Le 
microgamétocyte ou gamète mâle est reconnaissable à son pigment 
condensé dans la partie centrale, \q macrogamète on gamète femelle 
à son pigment plus diffus. Les schizontes sont bientôt digérés par 
l'Insecte, avec les hématies qui les renferment, mais les gamètes 
subissent une évolution actuellement bien connue. 

Le gamète mâle émet des flagelles ou microgamètes, qui se 
fusionnent avec les macrogamètes et les fécondent. Ces derniers se 
transforment ainsi en zygotes ou oocinètes, organismes amiboïdes 
qui pénètrent dans l'épaisseur de la paroi de l'estomac et s'y enkys- 
tent (fig. 1). En sacrifiant successivement une série d'Anophèles 
infestés expérimentalement à une époque connue, on peut suivre 
toutes les phases delà sporogonie. Au bout de 24 lieures, quelques 
kystes apparaissent sur la paroi de l'estomac ; ils sont transparents 
et ne mesurent pas plus de 3 à 7 p.. De la 40* à la 42e heure, tous 
les zygotes se sont enkystés et transformés en oocystes ; le noyau 



28 



L. DYE 



se colore fortement ; le protoplasma commence à se condenser à la 
périphérie. Au 3« jour, l'oocyste est déjà très vacuolaire ; il 
mesure de 8 à H p. ; le noyau s'est divisé; on compte de 
8 à 15 noyaux filles. Au 4^ jour, l'oocyste est gros de 12 à 15 p., il 
renferme 25 à 30 noyaux situés le long des filaments protoplas- 
miques. 

Le parasite continue de grossir ; il fait, à la surface externe de 
l'estomac du Moustique, une saillie qui va en s'accentuant de plus 
en plus. 

Au 6'"e jour, il est large de 30 à 40 p. et présente l'aspect de 




iit. 



Fig. 1. — Estomac d'Anophèles claviger présentant des Hématozaires enkystés 
dans sa paroi, kk, kystes faisant liernie sur la surface externe de l'estomac; 
œ, œsophage; i, intestin; ar, ampoule rectale; ivi, tubes de Malpighi. D'après 
H. Polaillon. 



Stries rayonnantes, premier indice des sporozoïles. Du 7™^ au 8"^^ 
jour, l'oocyste éclate et les sporozoïtes tombent dans la cavité 
générale de V Anophèles. Ce sont des corpuscules fusiformes, longs 
de 10 [X, larges de 1 [j. à 1 p. 5, pourvus d'un noyau allongé. Doués 
de mouvements assez actifs, ils pénètrent dans les cellules des 
glandes salivaires, puis tombent dans le canal excréteur de ces 
glandes et, de la sorte, peuvent être inoculés à l'Homme. Ainsi 
s'achève l'évolution du Plasmodium, et se trouve inoculé le germe 
de la fièvre pernicieuse. 



LES PARASITES DES CULICIDES 



29 



Ce cycle évolutif sporogonique des Hématozoaires du palu- 
disme, dans le corps du Moustique, peut se représenter scliéma- 
liquement de la façon ci-dessus. 

Influences diverses agissant sur la sporogonie. — La sporogonie 
ne s'accomplit, comme il vient d'être dit, qu'autant que les Mous- 



Garaetes 



Hacrogaméte 




icrogamétocyte 



g^amète 



n Sp or o z oïtes ~ 

Sporogonie dans le corps de l'Anoplièle. 

tiques se trouvent à une température moyenne d'environ 30o C. ; 
la température de leur corps est sensiblement égale à la tempé- 
rature ambiante. 

En effet, certaines influences peuvent agir sur l'évolution des 
parasites, à l'intérieur du corps des Anophelinae, soit en la modi- 
fiant, soit même en l'arrêtant complètement. 



30 L. DYE 

Les variations de la température sont au premier rang de ces 
influences. D'après Koch (1), la sporogonie exige une température 
moyenne de 25° ; cependant Sclioo (2), en Hollande, l'a vue s'ac- 
complir à des températures notablement inférieures, à 18° par 
exemple, oiais alors l'évolution est plus lente. Le même auteur 
a constaté que des écarts de température de 10 à 22° n'empêchent 
pas l'évolution du parasite. 

Grassi a reconnu que la température limite, à laquelle peut 
se faire le développement du parasite, est de 20 à 220 pour le para- 
site de la tierce et de 16°, 5 pour celui de la quarte. Cependant, 
d'après Grassi et Van der Scheers, le parasite de la tierce peut 
encore se développer à 12° et même à 9», pourvu que son évolution 
ait été commencée à une température normale ; mais il est peu 
probable que les sporozoïtes, développés dans des conditions aussi 
défectueuses, puissent être infectieux. 

Le régime alimentaire du Moustique semble aussi exercer une 
grande influence sur la sporogonie. D'après Schoo, les individus 
nourris avec des fruits acides ne s'infectent pas, quand on leur fait 
piquer des malades atteints de fièvres palustres; au contraire, ils 
s'infectent facilement quand, après leur avoir fait sucer du sang 
palustre, on ne leur donne que de l'eau et des fruits non acides. 

Tous les Anophelinae sont-ils également aptes à propager le 
paludisme? Les observateurs qui ont étudié cette question impor- 
tante concluent par la négative, 

Stephen et Christophers (3), à Calcutta, n'ont jamais réussi à 
infecter expérimentalement le Myzomyia Rossi en lui faisant 
piquer des malades atteints de fièvre palustre; ils n'ont jamais 
non plus trouvé chez ce Moustique des oocystes ou des sporozoïtes, 
ni à Calcutta, ni aux environs. 

James (4), aux Indes, a confirmé ces résultats : même dans les 
localités les plus palustres, il n'a pu trouver de M. Bossi infectés ; 
il a réussi cependant plusieurs fois à infecter expérimentalement 
ce même Insecte, en lui faisant piquer des paludiques. 

(1) KocttfErsteî- Bericht uber die Thàtigkeit der Malariaparasiten. Leipzig, 
1899. 

(2) Schoo, La Malaria in Olanda. Roma, 1902. 

(3) Stephen et Chbistophers, iîoî/a/ Soc. furlher to the mal. Comm., LondoD, 
1900. — Ibidem, octobre 1901. 

(4) James, Malaria in India. Scientific memoirs by offlcers of Lhe médical and 
sanilary deparlnient of lhe Government o] India, 2, 1902. 



LES PARASITES DES CULICIDES 31 

Il y a là des recherches très intéressantes à poursuivre dans ce 
même ordre d'idées chez les àiiïérenis Anophelinae. 

Corps bruns. — En outre des oocystes, Ross a observé dans la 
paroi stomacale de Culex infestés par Plasmodium DanilcDskyi, des 
formes parasitaires spéciales, auxquelles il donna le nom de hlack- 
spores. Ce sont des corpuscules bruns ou noirs, en forme d'S, de 
faucille ou de bâtonnet. Des formations toutes semblables ont été 
retrouvées dans le tube digestif des Anophèles infestés par les 
Hématozoaires du paludisme, on n'a pas encore pu déterminer 
leur rôle exact ; il y a tout lieu de penser que ce sont des zygotes 
en voie de dégénérescence, dont l'évolution s'est trouvée arrêtée 
sous l'influence d'une cause quelconque, difficile à déterminer. 

Ces corps bruns présentent une certaine analogie avec le stade 
mycélien du parasite du genre Nosema décrit par Simoud, que 
nous avons signalé plus haut ; on peut les rapprocher aussi des 
formes de dégénérescence grise observées par Noé, sur les embryons 
de Filaria immitis, dans les tubes de Malpighi du Moustique. 

Anophelinae transmettant le paludisme. — A l'heure actuelle, dans 
tous les pays, une vaste enquête se poursuit de façon méthodique 
dans le but de déterminer l'aptitude des différentes espèces d'Ano- 
phelinaek propager le paludisme. Les renseignements acquis à ce 
jour sont donc loin d'être définitifs. Il est utile néanmoins de fixer 
l'état de la science, et de donner la liste des espèces actuellement 
reconnues dangereuses. Cette liste comprend les douze espèces 
suivantes : 

Anophèles bifurcalus (Linné, iloS) . — Europe entière, États-Unis, Canada. 

A. jesoensis Tsuzulii, 19G2. — Japon. 

A. maculipennis (Meigen, 1818. — Europe entière, Algérie, Tunisie, 
Palestine, États-Unis, Canada, Sanghaï (?), Java {?). 

Myzomyia Cliristophersi (Ttieobald, 1902). — Duars (Inde). 

M. culicifacies (Giles, 1901). — Centre de l'Inde (Hosliangabad, Bear). 

j¥. funesla (Giles, 1900). — Sierra-Leone, Lagos, Gambie, côte occiden- 
tale d'Afrique, centre de l'Afrique, Mashonaland, Inde. 

M Rossi(G'ûes, 1899). — Indes, presqu'île de iVIalacca. 

M. superpicta ,Grassi, 1899), - Sud de l'Italie, Espagne, Algérie, 
Palestine, Inde, Mashonaland, côte occidentale d'Afrique, Madagascar. 

Myzorhynchus paludis [Theohald, 19U0j. — Katunga, Sierra-Leone. 

M. pseudopiclus {Grass'i, 1899). — Italie, Palestine. 

Nyssorhynchus Lulzi (ïheobald, 1901). — Rio de Janeiro. 



32 L. DYE 

Pyrelophorus costalis (Loew, 1866). — Espèce très répandue en Afrique : 
Cafrerie, Mashonaland, Afrique centrale, Sierra-Leone, Lagos, Gambie, 
Djibouti, Harrar, Abyssinie, Madagascar, Réunion, Maurice, Soudan 
français. Côte de Malabar, Inde, Hongkong. 

4. — Plasmodium Danilevskyi (Grassi et Feletli, 1890). 

Synonymes : Proleosoma Danilevskyi, Hœmamœba relicta . 

Cet Hématozoaire, qui comprend probablement plusieurs espèces 
distinctes, s'observe dans le sang d'un grand nombre d'Oiseaux 
(Rapaces et Passereaux) (1). La sporogonie s'accomplit chez le 
Culex pipiens. Ce fait capital, d'où dérivent toutes nos connaissances 
sur les migrations et les métamorphoses des Hémosporidies, a été 
découvert par Ross, à la suite de longues et laborieuses recherches, 
destinées à vérifier l'hypothèse de Patrick Manson sur la propaga- 
tion du paludisme par les Moustiques. 

Manson avait émis l'opinion que la production des flagelles, dans 
le sang examiné au microscope, quelques minutes seulement après 
sa sortie des vaisseaux, était un phénomène naturel qui devait se 
passer normalement dans la cavité stomacale de quelque Insecte 
suceur : ce serait donc la première étape de la vie du parasite en 
dehors du sang d'un Vertébré. La seconde phase devait, selon 
toute probabilité, s'accomplir chez le Moustique. 

En constatant, en 1897, la formation du zygote, par suite de la 
fécondation du macrogamète par le microgamète ou flagelle, Mac 
Callum vint donner un appui important à la théorie de Manson ; 
puisque ces flagelles n'infectaient pas l'Insecte, comme il l'avait 
cru tout d'abord, c'était donc au zygote que le rôle d'agent infec- 
tieux devait être dévolu. 

R. Ross partit pour les Indes, en 1895, dans le but d'élucider 
la question. Après deux ans et demi d'études délicates, il parvint 
à découvrir la présence de kystes spéciaux, chargés de pigment 
mélanique, à la face externe de l'estomac de certains Moustiques 
du genre Anophèles : c'était là le fil conducteur qui devait le guider 
dans ses recherches ultérieures. 

(t) Citons notamment : Falco tinnunculus L., à Rome; Buteo vulgaris L., 
en Italie; Lanius excubitor L., L. senatorL., L. minor Gm., Pica caudata L.,' 
Corvus cornixL., à Naples ; Passer domeslicus L. à Catane; P. montanus L., 
P. Iiispaniolensis Temm., Fringilla oœlebs L., à Paris, Catane et Rome ; Corvus 
frugilcgus L., en Russie; Columba livia L., en Italie ; Pernis apivurus (L.) ; 
Pandion halisetus L. ; Milvus nigrans Bodd ; Circus seruginosus L. ; Asio olus 
L. ; Culœus monedula L. ; Passer indiens aux Indes; Athene nocLua L. 



LES PARASITES DES CULICIDES 33 

Dans une seconde mission, en 1898, R. Ross fut empêché de 
poursuivre ses recherches antérieures sur l'évolution du zygote, 
chez les A7iopheles, par une épidémie de peste qui sévissait dans 
l'Inde ; il porta alors son attention sur les Hémosporidies des 
Oiseaux. Guidé par ses premiers travaux, il put suivre le cycle 
complet de l'évolution sporogonique de Plasmodium Danilevskyi 
chez des Moustiques du genre Culex : il trouva les sporozoïtes dans 
les glandes salivaires de l'Insecte et démontra, par des expériences 
positives, l'infestation de l'Oiseau par le Culicide parasité. 

Ces résultats, obtenus par Ross, furent bientôt confirmés par 
Daniels. Depuis lors, de nombreux travaux, exécutés dans tous les 
pays, sont venus encore en vérifier l'exaclilude. 

La notion du cycle sporogonique de Plasmodium Daiiilevskyi 
chez le Culex, offre un intérêt historique considérable, puisqu'elle a 
été le point de départ de nos connaissances actuelles sur l'évolution 
des parasites du paludisme, d'une part chez l'Homme et d'autre 
part chez V Anophèles. 

Les métamorphoses de Pi. Danilevskyi dans le corps du Culex 
pipiens sont presque identiques à celles du Pi. falciparum chez les 
Anophelinae ; nous nous bornerons donc à noter les différences. 

Les gamètes sont sphériques. La fécondation s'opère dans l'es- 
tomac du Culex, par la pénétration d'un seul microgamète dans 
chaque macrogamète ; elle a lieu quelques minutes après l'inges- 
tion du sang par le Culex. Au bout de 12 heures, l'estomac ren- 
ferme des zygotes de forme ovalaire, mesurant 6 kl [k et contenant 
des granulations noires. Après 36 à 48 heures les zygotes sont 
enkystés à la surface externe de l'estomac ; ce sont alors des 
oocystes larges de 10 à 12 u. ; les grains de pigment noir paraissent 
animés de mouvements. Au bout de 5 à 6 jours, l'oocyste atteint 
environ 60 a ; d'après Daniels, il peut même mesurer jusqu'à 70 [x. 
Les sporozoïtes commencent à se montrer à l'intérieur : en exerçant 
une légère pression, on rompt la membrane et l'on met en liberté 
des sporozoïtes, longs de 10 à 14 [j., en forme de faucille et pourvus 
d'un noyau bien net. Vers le 10^ jour, ils sont arrivés dans les 
glandes salivaires, et le Culex peut infecter désormais l'Oiseau, par 
sa piqûre. 

Une température de 24 à 30° est nécessaire pour que le parasite 
puisse évoluer normalement dans le corps du Culex. 

Archives de Parasitoloyie, IX, n" 1, 190o. 3 



34 L. DYE 

5. Plasmodium Ziemanni (Laveran, 1903). 

Synonyme : Hœmamœha Ziemanni Laveran. 

Cet organisme est parasite des globules blancs de la Chevêche 
[Athene noctua). Il émigré chez Culex pipiens et y accomplit de très 
intéressantes métamorphoses que Schaudinn a fait connaître ; si 
les observations de ce savant sont confirmées, elles révolutionne- 
ront littéralement l'histoire des Hémosporidies. 

Dans l'estomac du Moustique se produit un zygote, par le pro- 
cédé déjà connu ; mais, à partir de ce moment, interviennent des 
phénomènes nouveaux. De la surface du zygote naissent des 
Trypanosomes très petits qui, par division longitudinale, produi- 
sent des formes encore plus minces et allongées. 

Celles-ci ont cependant encore la structure caractéristique des 
Trypanosomes : Schaudinn les regarde comme de véritables Spiro- 
chètes, qui peuvent se mouvoir dans un sens ou dans l'autre. Ces 
organismes continuent à se diviser : certains sont si petits, qu'on ne 
peut les apercevoir sous le microscope, à moins qu'ils ne soient 
agglutinés en rosace; ils s'agglomèrent dans ce cas par leur extré- 
mité postérieure. Les Spirochètes sont alors si petits qu'ils peuvent 
traverser les filtres Chamberland. « Les Protozoaires parasites, 
ajoute Schaudinn, peuvent donc devenir, à certains moments, 
invisibles par nos moyens optiques, tandis qu'à d'autres stades, 
ils sont faciles à voir et même très gros. Il ne faut donc plus 
penser qu'un parasite n'est pas un Protozoaire parce qu'il traverse 
les filtres les plus fins. » 

Ces formes évoluent dans l'estomac, puis dans l'intestin du 
Moustique ; de là, elles arrivent dans la région du cou par le 
vaisseau dorsal, parviennent autour du pharynx et passent par 
effraction dans la trompe. Ce sont ces Spirochètes qui, inoculés à 
l'Oiseau, continuent à pulluler dans son sang et à s'y multiplier. 

Schaudinn a aussi trouvé des Spirochètes dans les tubes de 
Malpighi ; ils s'y multiplient et infectent les cellules de l'organe 
excréteur. Si l'on broie ces tubes infectés dans la solution physio- 
logique de sel et qu'on injecte le mélange au Hibou, cet Oiseau ne 
tarde pas à être infecté. L'auteur ne sait pas ce que deviennent ces 
Spirochètes des tubes de Malpighi. 

Pour Schaudinn, la Plasmodieendoglobulaire, le Trypanosome 
et le Spirochète, sont donc les trois formes successives d'un même 



LES PARASITES DES CUUCIDES 



35 



parasite, auquel il donne du reste le nom de Spirochsete Ziemanni 
(Laveran). 

Le cycle évolutif complet du Plasmodium Ziemanni ne com- 
prendrait donc plus seulement un cycle schizogonique chez 
l'Oiseau et un cycle sporogoniqne chez le Moustique ; il faudrait 

Gainétes 



Macrog"ametes 



Micr o garaetocyte 



KicroqaTriètes 



Tr 



Zy^ot 



Y 



n. irypaTiosoines 



r 



TL . Dxvi ST. ons Lin air-e s 



Tryp axLo s orne s 
Spir o clxetes 

y ajouter chez tous deux, Oiseau et Moustique, une forme de 
mukiplication asexuée par divisions binaires longitudinales. 

On voit combien toutes ces notions nouvelles sont grosses de 
conséquences, au cas où elles seraient confirmées, ce qui est plus 
que probable, étant données la haute compétence de l'auteur pour 
tout ce qui touche à l'évolution des Hématozoaires et la conscience 
scrupuleuse qu'il apporte dans toutes ses publications. 



36 L. DYE 

A n'envisager que le zygote à l'état d'indifférence sexuelle, on 
peut résumer dans le schéma suivant l'évolution du parasite dans 
le corps du Moustique. 

II. — Genre Halteridium Labbé, 1894. 

Parasites endoglobulaires, connus seulement chez les Oiseaux. 
Le schizonte est allongé, déplace le noyau, puis se reufle à chaque 
extrémité en forme d'haltère, pour former de part et d'autre un 
groupe de mérozoïtes ; la partie intermédiaire rétrécie, qui len 
ferme le pigment, constitue un reliquat. On n'admet qu'une seule 
espèce, mais il est probable qu'on pourra la subdiviser en plu- 
sieurs autres. 

Halteridium Danilevskyi (Grassi et Feletti, 1890). — Ce parasite 
a été vu dans le saug d'un grand nombre d'Oiseaux, notamment 
chez des Rapaces et des Passereaux (1). Son noyau a huit chromo- 
somes; les gamètes n en ont que quatre. La sporogonie s'accom- 
plit chez le Culex pipiens suivant un mode excessivement complexe 
que Schaudinn a fait connaître. 

Etudions le chez VAthene noctua. Le sang renferme des gamètes 
qui sont puisés par la trompe de l'Insecte, et qui vont se féconder 
dans l'estomac de celui ci. Les zygotes qui en résultent séjournent 
de 8 à 36 heures dans la partie antérieure de Testomac, suivant la 
température. Ils évoluent alors selon trois types différents, dans le 
détail desquels nous ne pouvons entrer ; bornons-nous à les carac- 
tériser brièvement : 

1° Zygote à l'état d'indifférence sexuelle, ayant la plus grande 
analogie avec le Chrithidia trouvé par Léger dans l'intestin de 
V Anophèles. Il se multiplie par division longitudinale et produit 
des Trypanosomes asexués, qui se fixent à l'épithelium intestinal ; 
toutefois il peut se produire un stade grégariniforme libre, tout 
comme pour le Chrithidia. Les Trypanosomes de ce type diminuent 

(1) Citons notamment : Passer domesticus L., P. monlanus L., Alhetie noc- 
tua L., Fringilla cselebs L., Àlauda aroensis L., Garrulus glandarius L., 
Stuiims vulgaris L., Corvus coraxL., Columba domeslica L., Buteo vulgaiis L., 
Falco tinnunciilus L., Biobo sp. (Italie, Allemagne, Russie), Ageleeus phœni- 
ceusL., Melospiza georgianahalh., M. fasciala Gm., Corvus amer icanus Auàu- 
bon, Bubo virginianus Gm., Emberiza miliaria L., Padda orizovora (Indes, 
Indo-Chine). 



LES PARASITES DES CULICIDES 



37 



progressivement de nombre clans le corps du Moustique, parce 
qu'ils se transforment en Trypanosomes mâles ou femelles, qui 
eux, ne se multiplient qu'après une longue période de repos. 

Scliizonte endo globulaire, 

Gamètes i ^^"^ 

Mérozoites^ 



Microgamétocyte 




KacrogajTiete 



iîicro gamète 



Zyjot* 



^\^gote indifférent Zygote mâle Zyg^ote femelle 



>< 



y 



Trypanosome asexué Tryi^anosoiTLe mâle Trypaiiosome femelle 



Y 

nDiYisions linaires 8 Trypanosomes G^^^^^Trypanosome 
PetitsTrypauosonies a grand jlagelle 



Schi^oirte endo globulaire 
Schéma de la sporogonie cbez le Moustique. 

2" Zygote femelle, à protoplasma foncé. Il se transforme en un 
gros TrypanosoQîe, à peu près trois fois plus grand que les précé- 
dents et qui semble avoir perdu la faculté de se reproduire par 
division ; il présente aussi un stade grégariniforme. Il est excessi- 



38 I- DVE 

vement résistant : ce serait même, d'après Schaudinn, la forme de 
résistance du parasite dans le corps du Moustique, car 11 s'enkyste 
dans l'estomac, lors des froids de l'hiver, tandis que les autres 
formes disparaissent. Sous cet état, il ressemble beaucoup aux 
oocystes des Plasmodium. 

3» Zygote mâle, beaucoup plus petit que les précédents, à 
protoplasma clair et hyalin, sans substance de réserve. Le petit 
noyau donne 8 fuseaux hétéropores et le gros noyau disparaît, c'est 
le contraire de ce qui a lieu pour la forme femelle : le gros noyau 
est donc la partie femelle et le petit la partie mâle. Ces 8 fuseaux 
donnent naissance, par une série de transformations, à 8 Trypa- 
nosomes qui se distinguent de la forme femelle par leur très 
petite taille et de la forme indifférente par leur flagelle plus forte- 
ment développé. 

D'après Schaudinn, les Trypanosomes mâles ne seraient plus 
capables de multiplication et périraient pour la plupart. D'ailleurs, 
les deux autres formes, indifférente et femelle, peuvent donner 
des formes mâles; c'est ce qui a lieu, notamment, dès que les 
formes femelles quittent le sang de l'Oiseau pour changer d'hôte : 
les zygotes mâles de l'intestin du Moustique sont homologues aux 
microgamétocytes du sang, et les Trypanosomes mâles aux Micro- 
gamètes. Ces Trypanosomes mâles s'agglutinent par l'extrémité 
libre de leurs flagelles, dans l'intestin du Moustique. 

Ces trois formes se retrouvent parmi les schizontes endoglobu- 
laire. En outre de ceux-ci, le sang de la Chevêche renferme aussi 
des Trypanosomes libres, dont la filiation avec ceux qui viennent 
d'être décrits est assez claire. Schaudinn l'a démontré par des 
observations très précises; il conclut que l'espèce parasitaire poly- 
morphe dont il vient d'être question doit prendre le nom de 
Trypanosoma noctuae (Celli et Sanfelice). On peut résumer tous ces 
faits dans le tableau ci-dessus. 

Myxococcidium stegomyiae Parker, Beyer, Pothier, 1903. 

Parker, Beyer et Pothier, médecins américains, envoyés à la 
Vera-Cruz (Mexique) par le Bureau of public health and marine 
hospital Service, à l'effet d'y faire des recherches sur l'étiologie de 
la fièvre jaune, ont observé, chez le Stegomyia calopus, un parasite 
qu'ils regardent comme le facteur étiologique de cette maladie. 
Il est impossible, d'après leur description, de préciser la position 



LES PAllASITES DES CULICIDES 39 

systématique de cet organisme, auquel ils ont néanmoins donné le 
nom de Mijxococciflium stegomyiae. Ils le placent provisoirement 
parmi les Hémosporidies; mais, comme ils le disent eux-mêmes, 
d'après « des considérations de pure convenance, plutôt que 
d'après une conviction de sa position exacte ». 

Le parasite ne doit être recherché dans les Stegomyia conta- 
minés que trois ou quatre jours après que ceux-ci ont sucé le sang 
d'un malade atteint de fièvre jaune ; le sang est alors digéré et le 
parasite devient visible ; autrement l'estomac serait distendu et il 
serait impossible de distinguer, sur les coupes, aucun organisme. 
On doit aussi, pendant ce même laps de temps, laisser le Stegomijia 
sans nourriture, pour éviter l'introduction possible d'autres para- 
sites avec les aliments. Du reste, il va sans dire qu'on ne doit 
opérer qu'avec des Moustiques neufs, c'est-à-dire provenant de 
l'éducation de larves et n'ayant pas encore pris de nourriture. 

En se plaçant dans ces conditions spéciales, on trouve, dans 
l'estomac du Stegomyia infecté, de petits organismes fusiformes, 
généralement groupés, parfois aussi isolés. Ces corpuscules ont 
un noyau ovalaire. Certains d'entre eux ont un aspect qui rappelle 
les formes de conjugaison de certains Sporozoaires : ils semblent 
se fusionner deux à deux pour constituer des « zygotes » qui tra- 
versent la paroi hypertrophiée de l'estomac et pénètrent dans le 
diverticule œsophagien. 

Les organismes y trouvent une masse albumineuse, d'origine 
indéterminée, dans laquelle ils s'enkystent, surtout à la périphérie : 
ainsi se constituent des « oocystes » qui vont être le siège de 
différentes transformations. 

Le parasite augmente de volume; son noyau se divise un grand 
nombre de fois; chacune de ces divisions donnant naissance à 
un « sporoblaste » ovale, allongé. Chaque « oocyste » renferme un 
nombre à peu près constant de sporoblastes ; on en trouve de 30 à 
40 environ, sur chaque coupe médiane. Puis la masse albuminoïde 
se désagrège, les sporoblastes mûrissent et sont mis en liberté. Du 
diverticule œsophagien, ils passent alors par la voie de moindre 
résistance dans le tissu connectif qui supporte les glandes salivaires, 
et entoure, presque de toutes parts, le diverticule œsophagien. 
Delà, les parasites s'enfoncent dans les cellules des glandes sali- 
vaires et une nouvelle transformation se produit: les sporoblastes 



40 L. DYE 

se divisent en un nombre infini de sporozoïtes qui tombent finale- 
ment dans le canal excréteur de la glande et sont inoculés avec la 
salive, quand le Sfe^ompa vient à piquer un Homme. 

Tel est, d'après les trois observaleurs américains, le cycle sporo- 
gonique du Myxococcidium stegomyiae. 

L'action de cet organisme, sur le Moustique, est assez obscure : 
on note l'hypertrophie de l'estomac, des glandes salivaires et des 
œufs; consécutivement ces derniers subissent une dégénérescence 
fibreuse, mais on n'a jamais pu y déceler la présence d'un para- 
site. Quant au cycle schizogonique, il doit s'accomplir dans le sang 
des malades atteints de fièvre jaune, mais il n'a pas encore été 
observé. 

Parker, Beyer et Pothier, ayant fréquemment constaté la pré- 
sence de cet organisme chez des Stegomyia gorgés de sang de fièvre 
jaune, admettent en effet qu'il en est l'agent pathogène. Ils disent 
reproduire expérimentalement la fièvre jaune au moyen de Mous- 
tiques infectés par ce parasite et avoir pu infester de nouveaux 
Moustiques avec le malade ainsi inoculé ; mais ils n'ont jamais 
retrouvé le parasite dans le sang des malades de la fièvre jaune. 

Il semble donc prématuré de conclure que le Myxococcidium 
stegomyiae est le parasite de la fièvre jaune ; des expériences 
nouvelles sont nécessaires pour faire mieux connaître la nature 
du parasite et pour étudier ses relations possibles avec cette 
maladie. 

D'après Schaudinn, le Myxococcidium stegomyiae serait une 
Levure semblable à celles qu'il a trouvées dans l'intestin et les 
diverticules œsophagiens de tous les Diptères piqueurs. « La 
figure 13 du mémoire des auteurs américains, dit-il, montre avec 
toute évidence le bourgeonnement de la Levure apiculatus. Je ne 
crois pas que ces parasites aient rien à faire avec la fièvre jaune ; 
le Stegomyia aurait sa Levure commensale spécifique, comme les 
autres Culicides, et les auteui's américains en auraient décrit des 
stades inconnus. » 

Marchoux, Salimbeni et Simond, pensent aussi qu'il s'agit de 
Levures, qui se développeraient abondamment chez les Stegomyia 
nourris de bananes ou de miel; quant aux « sporoblastes » trouvés 
sur les coupes du diverticule œsophagien, ils les assimilent aux 
plasmodes du Nosema, décrit plus haut. 



LES PARASITES DES GULIGIDES 41 

Mais ce ne sont là que des hypothèses : rien ne prouve que le 
parasite étudié par les Américains au Mexique soit identique à 
celui rencontré par la mission française au Brésil. Il convient donc 
de considérer, au moins provisoirement, ces deux formes parasi- 
taires comme distinctes. 

En somme, le parasite de la fièvre jaune est encore inconnu chez 
le Stegomyia. Certains auteurs se demandent s'il ne pourrait pas 
appartenir à la catégorie des microbes dits « invisibles » (1), dont 
la dimension est si restreinte, qu'ils échappent aux moyens opti- 
ques dont nous disposons actuellement. 

L'existence de deux hôtes, Homme et Moustique, pour le germe 
de la fièvre jaune, comme pour celui du paludisme, semble établir 
une grande analogie entre ces deux atïections. Finlay note cepen- 
dant qu'il existe entre elles des difïérences notables, quant à leur 
mode d'action sur l'organisme humain : le germe palustre peut 
rester très longtemps dans le corps humain, tandis que le germe 
amaril semble n'y rester que très peu de temps : la mission fran- 
çaise de Rio-de-Janeiro ne le trouvait plus après trois jours ; d'un 
autre côté, le germe palustre reste très peu de temps dans l'or- 
ganisme du Moustique (10 jours environ) ; il se peut donc que, par 
analogie, le germe de la fièvre jaune passe la plus grande partie 
de son existence dans le corps du Moustique. « Le germe amaril, 
ajoute Finlay, élant parasite, à l'état normal, d'un petit Insecte, 
doit être un Protozoaire beaucoup plus petit que le germe mala- 
rique qui est un parasite de l'Homme. » D'où, encore une fois, la 
conséquence que le parasite delà fièvre jaune pourrait bien être, 
chez l'Homme, un germe dit « invisible ». 

Sir Patrick Manson (2) croit aussi à une grande analogie entre 
les deux parasites : le parasite de la fièvre jaune devant être un 
Protozoaire, comme celui du paludisme, il est même probable 
qu'on peut le voir chez le Moustique, alors qu'il est invisible dans 
le sang humain. Cette opinion repose sur la comparaison des 
dimensions respectives des parasites du paludisme dans le sang 
de l'Homme et chez le Moustique ; or, on sait que les zygotes du 
Plasmodium Danilevskyi peuvent atteindre jusqu'à 70 [x, c'est-à-dire 

(1) E. Roux, Sur les microbes dits « invisibles ». Bulletin de l'Institut Pasteur, 
I, p. 7, 1903 ; cf. p. 50. 

(2) P. Manson, Tropical Diseases. London, 1903, cf. p. 196. 



42 L. DYE 

près de dix fois les dimensions de l'Hématozoaire dans le sang de 
l'Oiseau. 

Enfin, en tenant compte de l'extrême petitesse des Spiro- 
chètes dérivés du Plasmodium Ziemanni, Schaudinn émet l'avis que 
la fièvre jaune pourrait être produite par des Spirochètes sembla- 
bles. Il convient donc d'étudier très soigneusement les Stegomyia 
infectés et de rechercher les parasites dans tous les organes, notam- 
ment dans les tubes de Malpighi où on pourrait les rencontrer, 
comme cela a lieu pour les Spirochètes du Plasmodium Ziemanni. 

4. — Flagellés. 

Les Flagellés sont des animalcules toujours dépourvus de cils, 
munis d'un ou plusieurs flagellums, d'un noyau et de vacuoles con- 
tractiles. 

Les Flagellés, parasites des Culicides, observés jusqu'ici, sont 
en très petit nombre, quelques auteurs seulement les ont signalés, 
et ils ne semblent exercer aucune action pathogène sur le 
Culicide parasité. L'intérêt de leur étude et de leur recherche 
systématique chez les Culicides est néanmoins considérable, étant 
donnée la proche parenté de ces parasites avec des Flagellés qui, 
depuis quelques années, ont pris, en pathologie coloniale, une 
grande importance : nous voulons parler des Trypanosomes. Nous 
verrons du reste que ce rapprochement a été fait par les auteurs 
qui ont étudié jusqu'ici ces Flagellés parasites des Culicides. 

Chattergie, en 1901, au cours delà dissection de différents Ano- 
phèles, a rencontré une fois, dans la cavité abdominale d'un de ces 
Culicides, des organismes qui lui parurent très voisins des Trypa- 
nosomes flagellés, parasites du surra. Ces organismes étaient très 
mobiles et animés de mouvements rapides. « En disséquant l'esto- 
mac d'un Anophèles, dit cet auteur, je remarquai à l'examen au 
microscope avec un faible grossissement, des particules de sang 
désagrégé, qui se remuaient très violemment dans l'intérieur de 
l'estomac. En examinant à un grossissement beaucoup plus fort, 
je pus reconnaître uue quantité d'organismes se mouvant dans le 
champ du microscope, avec rapidité, au milieu des particules. 
Après un court espace de temps, leurs mouvements se ralentirent et 
je pus reconnaître la structure de l'organisme. Il possède un flagel- 
lum et un noyau ovale; le flagellum est fin et long ; il est plus 



LES PARASITES DES CULICIDES 43 

long que le corps». Chattergie a également retrouvé, chez le même 
Moustique, dans la musculature de la tête, une forme parasitaire 
enkystée dans une capsule : il ne rattache pas cette forme à la pi'é- 
cédente et, ne sachant où la classer, il se borne à la signaler. 

En 1902, Léger a décrit, chez le Moustique, un Flagellé qu'il 
appelle Chrithidia fascjculata, trouvé dans l'intestin de femelles 
d'Anophèles maculipennis, capturées dans le Dauphiné. 

L'étude de ce parasite du Gulicide est intéressante en raison des 
analogies qu'elle peut présenter avec celle du développement des 
Trypanosomes dans le corps du Moustique. Nous croyons donc 
devoir suivre l'auteur dans la description précise qu'il en a faite. 

Les parasites de très petite taille (4 à 10 u.), sont souvent réunis 
en très grand nombre, par amas, disposés en faisceaux radiés, le 
long de la paroi intestinale, et principalement aux points de jonc- 
tion des tubes de Malpighi avec l'intestin. On peut les ramener à 
deux types principaux, entre lesquels se voient toutes les formes 
de transition possibles : 

1° Une forme ovalaire, rappelant celle d'un grain d'orge légère- 
ment aplati et tronqué à l'extrémité antérieure. Cette extrémité 
porte un flagelle de la longueur du corps. C'est la forme de beau- 
coup la plus fréquente. Ces parasites mesurent depuis 3 à 4 a de 
long jusqu'à 6 à 8 p.. Leur corps est hyalin, à peine granuleux et on 
peut y distinguer une ou plusieurs vacuoles. Le flagelle se prolonge 
à l'intérieur du corps jusqu'à un centrosome, vivement colorable. 
« Ce centrosome est tout à fait comparable au corpuscule basi- 
laire du flagelle des Trypanosomes ». A côté de ce centrosome se 
trouve le noyau assez gros et à contour circulaire. La multiplica- 
tion du parasite a lieu par division longitudinale : le centrosome, 
puis le noyau se divisent successivement transversalement, et la 
division du centrosome a pour conséquence celle du flagelle ; 
ensuite, le corps se partage en deux, longitudinalement. L'évolu- 
tion du parasite est donc analogue à celle des Trypanosomes. 
«De même que chez les Trypanosomes, chez les formes très jeunes 
peuvent s'observer des divisions multiples, précédées de la multi- 
plication des centrosomes, et aboutissant à des formes en rosace 
qui constituent, sans doute, l'origine des colonies radiées». 

2° Une forme effilée, chez laquelle le flagelle de la forme ovalaire 
perd son individualité par suite de l'allongement du corps, ce qui 



44 L- DYE 

rapproche, encore plus, ces formes des Trypanosoraes. « Elles res- 
semblent tout à fait à de minuscules Trypanosomes, de 8 à 14 [x 
de longueur, y compris la partie effilée, d'autant mieux que sur 
l'un des côtés, le corps plus aminci et à contour ondulé montre 
comme un rudiment de membiane ondulante. » Ces formes effilées 
sont le plus souvent libres, elles se relient aux premières par des 
formes intermédiaires. Elles se reproduisent également par divi- 
sion longitudinale. 

L'auteur ne semble attribuer, à ces parasites des Culicides, 
aucun rôle pathogène pour le Culicide ; mais, frappé par l'analogie 
que présentent les formes effilées du Chrithidia fasciculata avec les 
Trypanosomes, il se demande si, en raison du mode d'alimentation 
des Anophèles, ces Chrithidia « ne représenteraient pas un certain 
stade évolutif de quelque Hématozoaire flagellé des Vertébrés. » 

Léger et Duboscq ont retrouvé la même année, en Corse, dans 
l'intestin de larves d'Anophèles, recueillies en différents points 
palustres, ce même Chrithidia fasciculata. Le parasite se présentait 
soit sous la forme libre, effilée, soit sous la forme ovalaire, en grain 
d'orge, avec stade en rosace comprenant de nombreux individus : 
l'intestin des larves en était parfois complètement recouvert. 

En plein hiver, les mêmes auteurs ont également trouvé, dans 
V Anophèles maculipennis femelle hibernant, ces mêmes Chrithidia. 

Le mémoire de Schaudinn est venu montrer combien étaient 
exactes les hypothèses de Chattergie, Léger et Duboscq, sur la 
présence de formes vraies de Trypanosomes chez le Moustique. 

Nous avons vu que cet auteur avait trouvé des formes Trypano- 
somes dans le cycle évolutif, chez le Culicide, de deux Hémato- 
zoaires du sang des Oiseaux, Plasmodium Ziemanni et Halteridium 
Danilevskyi, auxquels il a donné respectivement les noms de Spi- 
rochsete Ziemanni et de Trypanosoma noctuae. 

Enfin, tout récemment' (juin 1904), Rogers annonce, mais ces 
résultats demandent confirmation, qu'il a obtenu des Trypano- 
somes, en cultivant le Leishmania Donova7ii. 

On voit donc que toute cette classe des Protozoaires, où l'on 
avait rangé les Flagellés, semble appelée sous peu, si les décou- 
vertes de Schaudinn et de Rogers se vérifient, à subir un rema- 
niement complet. Ces nouvelles notions vont bouleverser toutes 
les notions acquises, relativement aux Trypanosomes : elles ne 



LES PARASITES DES GULICIDES 4o 

tendent, en effet, à rien moins qu'à faire disparaître les barrières 
qui semblaient exister entre deux grandes classes de Protozoaires, 
les Sporozoaires et les Flagellés. 

0. — Plathelminthes. 

Les Plathelminthes sont des Vers plats à cavité générale com- 
blée par du parenchyme, munis d'un appareil excréteur formé d'un 
système pair de canaux continus dans toute la longueur du corps. 

Les Plathelminthes, parasites des Culicides, sont tous des Tré- 
matodes distomiens, c'est-à dire des Trématodes à deux ventouses 
au plus, sans crochets. Ces parasites sont en très petit nombre. 

Martirano a étudié un Trématode parasite de V Anophèles macu- 
lipennis, déjà signalé par Grassi. Il a reconnu qu'il s'agissait d'un 
petit Distome long de 0«'m33, large de O^m^O, plat, de forme ova- 
laire, muni de deux ventouses, une grande ventouse antérieure et 
une ventouse postérieure située au milieu de la face ventrale. 
C'est un Helminthe adulte avec un grand nombre d'œufs arrondis 
d'un brun jaunâtre. Ce parasite a été trouvé chez A. maculipennis, 
à tous les stades, chez la larve, chez la nymphe aussi bien que chez 
l'individu adulte. On peut le rencontrer soit libre, soit enkysté. 
A l'état libre, on le trouve dans le thorax ou l'abdomen, mais c'est 
l'exception; le plus souvent il se présente sous la forme enkystée. 
On voit alors dans la partie antérieure de l'abdomen, le long de 
l'œsophage ou de l'estomac, des petits kystes d'un blanc brillant, 
longs de0ai'ni5à0mm23. Chaque kyste ne renferme qu'un individu, 
mais on peut trouver chez le même Moustique jusqu'à cinq ou dix 
kystes et c'est même le cas le plus fréquent. 

Il est probable que l'infection se fait à l'état larvaire, et que 
l'Helminthe continue son évolution chez la nymphe et chez l'adulte ; 
il se peut que cette infection soit produite par une Cercaire. 

D'après Martirano, ce parasite est très fréquent en mai et en juin, 
où il attaque jusqu'à 50 pour 100 des Anophèles. 11 ne semble pas 
que le parasite soit, en aucune façon, pathogène pour le Moustique 
qui, sans doute, sert simplement d'hôte intermédiaire dans le cycle 
évolutif de l'Helminthe. 

Schoo a trouvé également en Hollande des Anophèles maculi- 
pennis parasités par un Distome enkysté. C'est au stade larvaire que 
le Culicide s'infeste. 



4f3 L. DYE 

R. Ruge a rencontré dans une série de douze Anophèles, qui 
avaient piqué des malades atteints de malaria, deux Aîiopheles por- 
teurs de Distomes ; les malades, examinés à ce point de vue, 
furent reconnus indemnes de Distomes. L'auteur pense donc qu'il 
s'agissait très probablement d'un Distome d'Oiseau. 

6. — IVémathelniinthes. 

Les Némathelminthes sont des Vers cylindriques, à cavité 
générale, sans appendices locomoteurs, ni chaîne ganglionnaire 
ventrale. 

Plusieurs Némathelminthes ont été trouvés comme endopara- 
sites des Gulicides ; ils sont actuellement au nombre de quatre, et 
appartiennent tous à la classe des Nématodes, deux à la famille des 
Mermithidae et deux à celle des Filaridae. 

Ces deux derniers, parasites de l'Homme et du Chien à l'état 
adulte, passent une partie de leur stade embryonnaire dans le 
corps du Moustique, ce sont Filaria Bancrofti et F. immitis ; les deux 
autres sont décrits très succinctement par les auteurs qui les ont 
trouvés chez les Culicides, nous n'en dirons donc que quelques mots. 

Ces parasites semblent tous être pathogènes, à des degrés 
divers, pour le Moustique. 

L Mermithidae. — Nématodes filiformes très longs, dépourvus 
d'anus. Mâles avec un spicule. 

W. Stiles a rencontré plusieurs fois des Nématodes dans le corps 
des Moustiques ; il a été amené ainsi à créer un genre nouveau, 
très peu défini, le genre Agamomermis, auquel il donne les carac- 
tères suivants : « Groupe artificiel de Mermithidae contenant des 
formes larvaires qui ne peuvent être définitivement déterminées à 
cause du manque d'organes génitaux ». 

Pendant l'été de 1899, Stiles a examiné des Culex nemoralis 
recueillis dans les environs de Leipzig, chez lesquels il a trouvé 
un certain nombre d' A gamomermis sp. On rencontre le parasite 
dans la cavité générale de la larve, de la nymphe et des Insectes 
adultes, d'où la supposition que l'infection doit se faire dans l'eau, 
par la larve ou la nymphe du Culex parasité. 

Stiles note comme un fait important que r4^awome?ms, trouvé 
à Leipzig, est très préjudiciable pour les Moustiques infectés : 



LES PARASITES DES CULICIDES 47 

leurs mouvements deviennent lents, beaucoup meurent du fait du 
parasite ; les ovaires des femelles infectées étaient dégénérés. 
D'après Leuckart, ces Culex nemoralis infectés meurent rapidement 
et il en résulte, que les années où s'observe avec fréquence cette 
épidémie particulière, les Moustiques adultes sont notablement 
plus rares : ce parasite semble donc avoir une action pathogène 
bien nette sur le Gulicide parasité. 

Tout récemment, Stiles a observé, en 1903, un nouveau cas 
d'Agamomermis parasite du Gulicide. 11 s'agit de deux Vers, pris 
dans la cavité abdominale d'un Culex soUicitans, qui lui furent 
envoyés pour être déterminés. L'un de ces deux Vers servit de 
type à ['Agamomermis culicis, genre et espèce provisoires, étant 
donné que l'on connaît seulement l'évolution de la larve. 

Enfin, des Nématodes ont été également signalés chez les Chi- 
ronomes, très voisins des Culicides, par E. Corti (1) ; leur étude 
ne doit pas être négligée, elle peut nous renseigner, par analogie, 
sur l'évolution des Némathelminthes chez le Moustique. 

IL Filaridés. — Nématodes à corps très long, filiforme; le mâle 
avec quatre paires de papilles préanales, 

11 existe actuellement deux espèces de Pilaires, dont le cycle 
évolutif des embryons a été complètement suivi dans le corps 
des Moustiques, c'est-à-dire dont l'évolution est complète chez 
ces derniers ; ce sont Filaria Bancrofti, dont les embryons sont 
des parasites sanguicoles de l'Homme, et Filaria i7nmitis, dont les 
embryons sont des parasites sanguicoles du Chien. 

Nous allons décrire successivement leur évolution chez le 
Moustique ; puis nous dirons quelques mots de Filaires à évolu- 
tion incomplètement connue chez les Culicides. 

1° Filaria Bancrofti. — Les recherches combinées de P. Manson, 
de Ïh.-L. Bancroft et de G. -G. Low, ont définitivement établi que 
les embryons de Filaria Bancrofti accomplissaient une partie de 
leur cycle évolutif dans le corps de certains Culicides. Cette décou- 
verte a eu une grande importance, la Filaria Bancrofti ayant été 
très souvent rencontrée, du moins dans les pays tropicaux, dans 
le sang d'un certain nombre de malades atteints de filariose : 

(1) E. Corti, Di un nuovo Nemalode parassila in larva di Chironomus. Rendic. 
Inst. lomb. se. e lett. XXXV, p. 1 et p. 105, 1902. 



48 L. DYE 

l'embryon saDguicole de la F. Bancrofti est aussi désigné sous le 
nom de F. nocturna. 

La découverte de la phase parasitaire de l'embryon de F. Ban- 
crofti, dans le corps du Moustique, présente également un grand 
intérêt historique, car elle a été le point de départ des études 
ultérieures, sur la recherche des migrations des parasites des 
Hématozoaires du paludisme, dans le corps des Culicides et de 
tous les parasites des Culicides en général. C'est depuis ces belles 
recherches que les Moustiques, regardés jusqu'alors seulement 
comme des Insectes gênants et désagréables par leurs piqûres, ont 
pris dans la Médecine, et à juste titre, une importance considé- 
rable. Tout fait prévoir, et les belles recherches de Schaudinn, sont 
là pour le prouver, que ce rôle des Culicides ne fera que grandir, 
au fur et à mesure que la question des parasites des Culicides sera 
étudiée de plus près, au point de vue biologique. 

La question de la migration de la Filaria Bancrofti, dans le corps 
du Moustique, a déjà été étudiée et minutieusement décrite par de 
nombreux auteurs, nous ne nous y arrêterons donc pas (1). Nous 
rappellerons seulement , en quelques lignes , l'évolution des 
embryons de cette Filaire, en partant des parasites arrivés à matu- 
rité dans le sang de l'Homme. Nous ferons suivre cette courte des- 
cription de la liste des Culicides chez lesquels on a trouvé ce para- 
site, séparant ceux chez lesquels on a pu suivre l'évolution com- 
plète de ceux chez lesquels la présence des embryons de la Filaire 
a été constatée, mais dont l'évolution est incomplète ou incertaine. 

On sait que les embryons de F. Bancrofti ne se trouvent chez 
l'Homme que trausiloirement, dans la circulation périphérique, 
lorsque l'individu infecté par la Filaire est à l'état de sommeil et 
qu'ils disparaissent à l'état de veille pour gagner lesgros vaisseaux 
de la circulation centrale, ce qui revient à dire que les embryons 
sont rencontrés le plus habituellement la nuit, à l'examen du 
sang. Le Moustique s'infecte donc le plus souvent en piquant la 
nuit un sujet ayant dans son sang des embryons sanguicoles. Ces 
embryons gagnent l'estomac du Moustique, ils ont alors les 
mêmes caractères que dans le sang de l'Homme : longueur 300 p., 
largeur 8 p., gaîne striée transversalement, tache claire antérieure 

(I) Cf. Penel, Les Pilaires du sang de l'Homme. Paris, F. R. de Rudeval, 
190i. 



LES PARASITES DES CULIGIDES 



49 



en forme de V, tache claire postérieure, bien moins marquée 
que la précédente. Au bout de quelques heures, l'embryon perce 
sa gaine et s'en débarrasse ; il est alors devenu bien plus mobile 
que précédemment. Il chemine à travers les parois de l'estomac, 
et vient se loger dans les muscles thoraciques avoisinants. Là, il 



rirz^-.^i i-)^ I 




Fig. 2. — Coupe d'un Cidex montrant des embryons de Filaria Bancrofii enkys- 
tées dans les muscles du thorax et d'autres engagées dans la trompe, d'après 
une préparation de Low. — fo, Pilaires dans la cavité de la tète; fk, Pilaires 
enkystées dans les muscles du thorax; /Z, Pilaires engagées dans la gaine de la 
trompe; gc, ganglions cérébelleux; h, hypopharynx; j, jabot; Ir, labrum ; 
mt, muscles thoraciques; œ, œsophage; p, pharynx; r, point où se fait lu 
rupture de la gaine de la trompe. D'après H. Polaillon. 

se nourrit aux dépens du plasma du Moustique et subit différentes 
transformations, dont la forme « en saucisse » des Anglais. Vers 
le dix-huitième jour, la jeune Filaire a atteint son maximum de 
développement, en ce qui concerne son existence dans le corps du 
Moustique, elle quitte alors les muscles du thorax qui apparaissent 
creusés de grandes lacunes et vient se loger dans le tissu conjonctif 



Archives de ParasUoloç/ie, IX, w i, 1905. 



50 



L. DYE 



de la partie antérieure du prothorax, de là elle gagne la tête et pé- 
nètre dans le tissu de la trompe, prête à infecter un individu sain au 
moment d'une piqûre (fig. 2 et 3). Quelques embryons tombent 
dans la cavité générale du Moustique et vont se loger dans la partie 
postérieure de l'abdomen, au milieu des œufs, mais c'est l'excep- 
tion; habituellement, on trouve les embryons réunis dans le tissu 
connectif du labium au nombre de trois ou quatre ; parfois leur 
■ nombre peut s'élever jusqu'à vingt-cinq, mais c'est l'exception. Le 
mécanisme de l'infestation a été bien étudié par Noé, au cours de 




■-- t/t. 



// 



Fig. 3. — Coupe de la base de la trompe d'Anophèles maculipennis envahi par la 
Filaria immiiis. — f, Pilaires engagées dans la gaîne de la trompe et dans les 
palpes; ip, hypopharynx; II, gaîne de la trompe; Ir, labrum ; mand, mandi- 
bules ; inax, maxilles ; pi, palpes. D'après Noé. 



recherches effectuées sur les Moustiques infestés avec les embryons 
de F. immitis : il se fait par rupture de la gaîne de la trompe, en 
un point de moindre résistance, au moment de la piqûre ; les 
Pilaires sortent et sont amenées tout naturellement à suivre le 
fourreau formé par les stylets pour pénétrer à leur suite, sous la 
peau de l'animal piqué et gagner de là le système lymphatique. 
L'évolution de la jeune Filaire dans le corps du Moustique se 
fait en une vingtaine de jours ; elle est variable suivant la tempé- 
rature. Bancrofta constaté que l'on peut trouver des Pilaires se 
mouvant au bout du seizième au dix-septième jour. D'après les 



LES PARASITES DES CULICIDES ûl 

observations du même auteur, le Moustique qui joue le rôle d'in- 
termédiaire, à l'égard de la Filaria Bancrofti, appartient au genre 
Culex ; c'est le Culex cUiaris , Cousin domestique d'Australie, regardé 
comme l'analogue de notre Culex pipiens ; mais l'évolution de la 
Filaire a été signalée également chez des Culicides appartenant à 
d'autres genres. 

Au point de vue de l'action propre du parasite sur le Gulicide 
infecté, il ne semble pas qu'on puisse lui attribuer une action 
pathogène quelconque, du moins tant que le nombre des embryons 
de Filaire n'est pas très élevé ; c'est ce qui a lieu généralement, le 
Moustique ne piquant souvent qu'une seule fois et n'introduisant 
par cette piqûre qu'un nombre restreint d'embryons ; en général, 
le Gulicide ne paraît pas souffrir sérieusement de la présence des 
embryons de la Filaire, ce qui peut s'expliquer, si l'on songe à 
l'importance de sa masse musculaire thoracique. 

11 est à remarquer que la Filaria Bancrofti ne passe qu'une 
petite partie de son évolution à l'état de parasite sanguicole 
{F. nocturna) ; elle a toujours une prédilection marquée pour le 
tissu interstitiel et lymphatique , où elle accomplit toute son 
évolution, aussi bien dans le corps du Moustique que dans le 
corps de l'Homme où c'est dans le tissu lymphatique que se déve- 
loppent l'embryon et l'adulte : sa présence dans le sang n'est que 
temporaire. 

Toutes les espèces des Culicides ne sont pas aptes à servir d'hôte 
intermédiaire à la F. Bancrofti. De nombreux expérimentateurs 
ont cherché, en divers pays, à élucider ce point. On trouvera dans 
le tableau ci-contre la liste des Culicides sur lesquels ces recher- 
ches ont été faites, ainsi que les résultats obtenus, et la durée de 
l'évolution de la Filaire dans le corps du Moustique infecté. Ces 
résultats peuvent se diviser en trois catégories, selon que l'évolu- 
tion de la Filaire a été complète,'incomplète ou nulle. 

2° Filaria immitis. — La Filaria immitis (Leidy, I806) habite à 
l'état adulte le cœur droit et les artères pulmonaires du Chien. Les 
embryons de cette Filaire circulent en permanence dans les vais- 
seaux périphériques; toutefois, comme cela a lieu pour les 
embryons de Filaria Bancrofti dans le sang de l'Homme, ils y sont 
bien plus nombreux pendant la nuit et à l'état de sommeil, que 
pendant le jour et à l'état de veille. 



52 L- RYE 

Jusqu'à ces dernières années, on ne connaissait rien des migra- 
tions de cette Filaire, ni de l'tiôte intermédiaire chez lequel elles 
s'effectuaient. Les recherches de Noé, complétées par celles de 
Bancroft et de différents auteurs, ont montré que l'hôte intermé- 
diaire de cette Filaire était aussi, comme pour la F. Bancrofti, un 
Insecte de la famille des Gulicides. Les analogies sont nombreuses 
entre le cycle évolutif de la F. Bancrofti et celui de la F. immitis : 
toutes les deux ont pour hôte définitif un Mammifère (Homme ou 
Chien) ; toutes les deux se rencontrent à l'état larvaire chez un 
hôte intermédiaire qui est le Culicide, et toutes deux présentent, 
dans l'intérieur du corps du Culicide, des stades de migration. 
L'unique différence réside dans la localisation du stade larvaire : 
la F. immitis se localise dans les tubes de Malpighi du Moustique, 
elle y accomplit son stade larvaire à peu près de la même façon 
que la F. Bancrofti accomplit le sien, dans les muscles du thorax 
du Moustique. 

D'après Noé, on peut considérer quatre périodes dans le cycle 
évolutif de l'embryon de la F. immitis dans le corps du Moustique : 
nous allons les passer successivement en revue. La première 
période est essentiellement caractérisée par un racourcissement 
des embryons, accompagné d'un élargissement notable du corps ; 
elle dure jusqu'à la fin du troisième jour, depuis le moment où 
l'embryon a pénétré, par piqûre, dans le corps de l'Insecte. L'em- 
bryon pénètre dans les cellules des tubes de Malpighi, 24 à 
36 heures après la piqûre, il y reste dans une immobilité complète. 
De 170 à 180 [x de long et 11 [j. de large, il passe à 135 à 460 a de 
long et 20 [j. de large. 

Dans une seconde période, l'embryon s'allonge et grossit ; au 
quatrième jour il mesure 220 à 225 [j. en longueur et ^^k'^1 ^ en 
largeur ; les organes génitaux, visibles seulement à un fort grossis- 
sement, resteront fixes jusqu'à la fin de la période embryonnaire. 
La troisième période est caractérisée par un rapide allongement du 
corps de l'embryon ; au neuvième jour, il mesure jusqu'à 500 [x, sa 
grosseur diminue et se réduit à 20 a environ ; c'est alors la période 
d'activité nutritive de l'embryon aux dépens des cellules des tubes 
de Malpighi. Enfin, dans la quatrième et dernière période, qui se 
termine vers la fin du onzième jour, ou au commencement du 
douzième jour après le moment de la piqûre, l'embryon s'agite, 



LES PARASITES DES CULICIDES 53 

Embryons de Pilaria Bancrofti chez les Culicides 



ESPECE 



Anophèles maculipennis . . 
Myzomyia funesta. . . . . 

Myzomyia Rossi 

Anophelinae sp 

Myzorhynchus nigerrinius. 
Nyssorhynchus nuisivus. . 
Pyretophorus costalis . . . 
Nyssorhynchus albimanus . 
Culex pipiens, var. ciliaris. 
Culex fatigans 

Id 

Id. var. nigrithoràx. 

Culex prsecox 

Myzomyia funesta 

Culex vigilax 

Culex annuiirostris .... 

Mansonia africanus .... 

Culex brun sp 

Stegomyia calopus 

Cîtlex Skusei 

Culex micro annulatus . . . 

Stegomyia scuteliaris . . . 

Stegomyia calopus, var. 
(Culex tœniatîis) 

Stegomyia nososcripta. . . 

Mucidus allernans 



EVOLUTION 



Nulle 

Incomplète 

Complète 

Id. 

Id. 

Incomplète 

Complète 

Incomplète 

Complète 

Id. 

Id. 

Incomplète 

Id. 

Nulle 

Incomplète 

Nulle 
Complète 
Id. 
Id. 
Id. 
Incomplète 
Id. 

Id. 

Nulle 

Id. 



DUREE 



12 à 14 jours 
12 à 14 jours 

3 jours 
15 jours 
12 jours 

16-19 jours 
12 jours 



7 jours 



5 à 6 jours 

12 jours 
6 jours 



OBSERVATEUR 



Annett Dutton 

Laveran 

James 

James 

-(1) 

Th. Bancroft 

Annett, Dutton 

Vincent 

Bancroft 

Vincent 

Low 

Th. Bancroft 

Id. 

Daniels 

Th. Bancroft 

Id. 

Daniels 

Id. 

-(2) 

Th. Bancroft 

James 

Id. 

Vincent, Low 

Th. Bancroft 

Id. 



HABITAT 



Niger. 

Diego-Suarez. 
Travancore (Indes). 
Travancore. 

Australie. 
Bouny (Niger). 
La Trinité. 
Australie. 
La Trinité. 
Sainte-Lucie. 
Australie. 

Id. 
Zambèze. 
Australie. 

Id. 
Nyassalands. 

Id. 
Niger. 
Brisbane 
Travancore. 

Id. 

Trinité, Sainte-Lucie 
Australie. 
Id. 



(1) Cité par Ed. et Et. Sergent, Moustiques et maladies infectieuses, p. 136, Paris^ 
1903. 

(2) Cité par Sambon, Remarks of the individuality of Filaria diurna. Journal, of trop, 
med., V, p. 381, 1902. 



54 L. DYE 

il rompt la membrane basilaire des tubes de Malpighi et se répand 
dans le système lacunaire de l'Insecte, d'où il parvient jusqu'à la 
trompe. La longueur maxima de l'embryon, parvenu à ce terme, 
est de 900 [j. et sa largeur de 49 à 20 [x environ. 

La durée du cycle évolutif de l'embryon de F. immitis dans le 
corps du Moustique est donc environ de douze jours, à la tempé- 
rature moyenne de l'été. Il est à noter que celte durée varie nota- 
blement avec la température : au-dessous de 16° à 18% l'évolution 
de l'embryon dans le corps du Moustique s'arrête. 

Les observations de Noé ont porté primitivement sur VAnopheles 
clamger; mais il a retrouvé également l'embryon de F. immitis 
chez A. pseudopictus, chez A. bifurcatus et enfin chez A. superpictus. " 
II en conclut que tous les Anophèles, du moins ceux de la région 
italienne, peuvent servir d'hôte intermédiaire à ces embryons. 
Certains Moustiques du genre Culex peuvent aussi servir d'hôte 
intermédiaire à F. immitis, ce sont le C. penicillaris et le C. malariae 
qui se rencontrent très fréquemment dans les régions malariques ; 
par contre, le Ciilex pipiens, hôte habituel des villes et des pays 
sains, ne sert pas normalement d'hôte intermédiaire pour les 
embryons de la F. immitis : on ne l'y rencontre que très rarement 
et par exception. 

Les altérations produites chez le Moustique parle passage des 
embryons de la F. immitis sont assez importantes pour faire périr 
presque 50 % des Culicides infectés. La mort du Moustique 
infecté se produit avant l'évolution complète du stade larvaire de 
l'embryon et bien peu de Moustiques conduisent à terme ce cycle 
évolutif ; les tubes deMalpighi sont profondément altérés, la cuti- 
cule interne est détruite et les tubes prennent une apparence 
sacciforme. D'ailleurs, le nombre des larves parasites est quel- 
quefois très élevé : on en a vu jusqu'à des centaines dans les tubes 
de Malpighi d'un même individu ; ils en semblent parfois littéra- 
lement farcis (fîg. 4). 

La différence d'action pour le Moustique, au point de vue 
pathogène, des embryons de F. immitis et de F. Bancrofti, peut 
s'expliquer par la localisation différente de ces deux parasites : 
alors qu'il suffit d'un certain nombre d'embryons de F. immitis 
pour désagréger, semble-t-il, les tubes de Malpighi du Gulicide, 
organes très délicats, et gêner ainsi ses fonctions vitales, le même 



LES PARASITES DES CULICIDES 35 

Culicide peut très bien supporter, sans gêne apparente, la destruc- 
tion de quelques-unes des fibres de ses muscles thoraciques, très 
puissants comme on sait, pourvu toutefois, et il semble bien que 
ce soit le cas le plus commun, que cette destruction ne soit pas 
poussée trop loin. 

A côté de cette évolution normale de l'embryon de F. immitis, 
dans les tubes de Malpighi du Moustique, on peut observer une 
sorte de dégénérescence brune des embryons, qui se résorbent. 
Cette dégénérescence peut ne se manifester que dans un seul tube 
ou les affecter tous. L'évolution de l'embryon s'arrête dans le cas 
de dégénérescence brune et il meurt. On ne sait à quoi attribuer cet 




Fig. 4. — Portion du tube de Malpighi de V Anophèles maculipennis, altéré par la 
présence d'une petite quantité d'embryons de Filaria immitis. Les cellules sont 
réduites aux noyaux entourés d'une petite portion de cytoplasme. D'après Noé. 



arrêt dans l'évolution du stade larvaire de l'embryon : l'abaisse- 
ment de la température semble avoir une réelle influence, mais 
ce ne doit pas être la seule. Cette dégénérescence brune est à 
rapprocher de celle des zygotes de l'estomac du Moustique, décrite 
par R. Ross, sous le nom de « black spore ». 

Nous pouvons faire ici la même remarque que pour les Hémo- 
sporidies : il existe encore de nombreuses Filaires dont le cycle 
évolutif des embryons est totalement inconnu ainsi que leur hôte 
intermédiaire, et il est possible que, comme pour la F. Bancrofti 
et pour la F. immitis, ce soient certaines espèces des Culicides qui 
jouent ce rôle d'hôte intermédiaire. Il est donc indiqué, chaque 
fois que l'on rencontrera dans une région des animaux ayant dans 



56 L. DYE 

leur sang des embryons de Filaire, de les faire piquer par des 
Moustiques neufs, c'est-à-dire provenant de l'éducation de larves et 
de nymphes, et de rechercher, en les sacrifiant à des dates succes- 
sives, à partir du jour de la piqûre, si les embryons ont évolué en 
une région quelconque du corps du Moustique soumis à l'expérience. 
Il est nécessaire de faire ces expériences successivement avec des 
séries de chacune des espèces de Culicides que l'on rencontre dans 
la région où l'on expérimente, pour écarter autant que possible 
les causes d'erreur : certains embryons de Pilaires n'évoluant que 
chez une espèce déterminée de Culicide. 

3° Recherches sur F. perstans et F. Demarquayi. — Divers expé- 
rimentateurs ont recherché si les embryons d'autres Pilaires, telles 
que ceux de F. perstans et de F. Demarquayi, n'avaient pas pour 
hôte intermédiaire un des Culicides du pays où ils se trouvaient, 
régions où l'on rencontrait souvent des individus, dont le sang 
était infecté par les embryons de ces Pilaires. Ils n'ont obtenu 
aucun résultat positif avec évolution complète , nous devons 
cependant mentionner leurs travaux. 

Hodges a examiné un certain nombre de Moustiques de Busoga 
(Ouganda) et des régions voisines, infectés sur des sujets porteurs 
d'embryons de la F. perstans, il n'a obtenu que des résultats 
incomplets ou négatifs ; voici la liste des Culicides expérimentés, 
avec la durée de l'évolution obtenue : Résultats incomplets : Man- 
sonia africanus (4 jours); Stegomyia calopus (3 jours) ; Pyretophorus 
costalis (3 jours); Stegomyia sugens (3 jours); Culex jaune et 
noir, non déterminé (3 jours). Hodges note l'extrême vitalité 
des embryons de F. perstans chez les Mansonia de l'Ouganda. 
Résultats négatifs : Myzomyia funesta (6 jours) ; Myzoï'hynchus 
paludis (3 jours) ; petit Culex brun indéterminé (4 jours). 

Lovi^, à la Guyane anglaise, a entrepris des recherches semblables 
sur les Moustiques de cette région et a examiné ceux recueillis 
dans des cases, où habitaient des individus ayant dans leur sang 
des embryons de F. perstans ; il a aussi fait piquer ces sujets infectés, 
par des Moustiques neufs. Il n'a pas non plus obtenu de résultat 
positif, mais, dans un cas, il a trouvé chez le Tceniorhjnchus 
fuscopennatus deux larves, au stade «saucisse», dans les muscles 
du thorax, ce qui indique déjà un certain degré d'évolution de l'em- 
bryon de la F. perstans. Il n'a rien obtenu avec les espèces suivantes : 



LES PARASITES DES CULICIDES 37 

Stethoînyia nimbus, Anophèles argyrotarsis, lanthiîiosoma musica, 
Culex fatigans, C. atratus, C. viridus, C. luteolateralis, C. quasigelidus, 
Pyretophorus costalis, Myzomyia fimesta, Mansonia africanus (var. 
uniformis), Uranotsenia cseruleocephala, Hœmagogus albomaculatus. 

Vincent et Low , à la Trinité, ont expérimenté sur des 
embryons de Filaria Demarquayi, qu'ils avaient fait sucer, par un 
Stegomyia calopus, sur un individu infecté. Ils ont trouvé dans 
plusieurs cas la forme « en saucisse » dans les muscles thoraci- 
ques de ce Moustique neuf, mais jamais l'évolution n'a été vue au 
delà et, dans les dissections ultérieures, les embryons avaient 
complètement disparu. 

Le fait d'avoir trouvé, chez des Culicides, des embryons de 
F. perstans et de F. Demarquayi en voie d'évolution, à l'état de 
« saucisse », dans les muscles du thorax de ces Culicides est inté- 
ressant à noter et les résultats obtenus, bien qu'incomplets, sont 
à retenir. Il importe de continuer ces recherches sur les Culicides 
des régions où l'on trouve des individus dont le sang renferme 
des embryons de ces Filaires. Mais il faut remarquer que rien ne 
prouve que l'évolution de ces embryons de Filaires, dont on ne 
connaît pas encore l'évolution complète, se fasse nécessairement 
dans les muscles du thorax du Culicide : il nous semble donc utile, 
dans tous ces cas, de rechercher le parasite de façon systématique 
dans tous les organes : dans le cas particulier de F. perstans, la 
petitesse de l'embryon vient compliquer les difficultés de l'examen. 

EGTOPARASITES 

Comme ectoparasites des Culicides, on a signalé jusqu'ici des 
Champignons, des Infusoires, des Acariens et des Diptères. Ces 
parasites sont loin de présenter le même intérêt, au point de vue 
médical, que les endoparasites que nous venons de passer en 
revue: on n'a pas encore trouvé parmi eux de parasites pouvant 
être considérés comme facteurs de maladies spéciales à l'Homme. 
Il se peut toutefois que le Moustique, sans servir d'hôte intermé- 
diaire, comme cela a lieu pour le cycle évolutif de la Pilaire ou de 
l'Hématozoaire, serve simplement de véhicule, soit par lui-même, 
soit par ses ectoparasites, pour le transport des germes de quel- 
ques-unes des maladies, à étiologie incertaine, dont la distribution 



58 L. DYE . 

géographique coïncide avec l'abondance des Moustiques (fièvre 
jaune, lèpre, etc.)- Lorsque, dans ces cas, l'étude des endoparasites 
n'aura rien donné, au point de vue de la recherche de l'agent patho- 
gène, il sera toujours indiqué, pour compléter ces recherches, de 
passer à l'étude des ectoparasites : il est donc bon de les connaître. 
Du reste, l'étude de ces ectoparasites des Culicides présente 
déjà, à l'heure actuelle, plusieurs points intéressants pour nous: 
quelques Champignons paraissent pathogènes pour le Culicide ; 
certains Infusoires offrent quelques particularités singulières, et 
les Acariens, par leur fréquence, méritent de fixer l'attention ; 
comme les Diptères parasites, ils se nourrissent aux dépens du 
Culicide parasité. Ces ectoparasites appartiennent soit au règne 
végétal (Champignons) ; soit au règne animal (Infusoires, Acariens, 
Diptères). Nous nous étendrons surtout sur le groupe des ectopa- 
rasites Acariens. 

1 . — Champignons. 

Glen Liston a observé des larves de Culicides malades, dont la 
croissance était extrêmement lente ; il a été amené à en rechercher 
les causes. 

Il a trouvé différents parasites appartenant, soit au règne animal 
(Infusoires, dont nous parlerons plus loin), soit au règne végétal. 
Les parasites végétaux étaient, dit-il, des « mycelial spore », por- 
tant un Champignon analogue au Tricophyton (?). Mais il n'en 
donne pas une description bien détaillée et il est assez difificile de 
se faire une idée du parasite en question, d'après ces données. 

Glen Liston fait cependant plusieurs remarques intéressantes, 
sur la biologie de ces végétations, considérées au point de vue de 
leurs rapports avec les larves de Culicides. Ces Champignons se 
développaient principalement chez des larves qui n'avaient pas 
une nourriture hydro-carbonée suffisante et qui étaient, par exem- 
ple, privées de bananes, de pain, etc. Au contraire, les larves 
élevées avec des aliments à base hydro-carbonée étaient suffisam- 
ment résistantes pour ne pas se laisser envahir par le Champignon 
parasite. 

L'étude de ces Champignons ectoparasites des Culicides est assez 
délicate. Il est tout d'abord absolument nécessaire de les étudier 
sur l'animal à l'état vivant, ou fraîchement tué. Nous avons souvent 



LES PARASITES DES GULICIDES 59 

trouvé sur des Moustiques, expédiés et conservés dans l'alcool, des 
exemplaires couverts de Champignons, sans pouvoir conclure, 
faute de renseignements sufïisants, si l'infection s'était faite pen- 
dant la vie du Culicide, ou bien si nous nous trouvions en présence 
de Moisissures banales, ayant envahi l'Insecte après sa mort. 

Sur des Myzorhynchus Coustani de la Réunion, entre autres, nous 
avons trouvé, sur cei'tains exemplaires, de ces Champignons dissé- 
minés en taches blanches, à contours bien nets, sur tout le corps, 
sur les pattes, les palpes, la tète, et même sur les ailes. 

Glen Liston n'a d'ailleurs envisagé que la question des larves 
de Culicides, envahies par des Champignons. Il ne tant pas oublier 
que les Moustiques adultes peuvent être recouverts de Moisissures, 
pendant leur vie, sans en sembler incommodés. C'est ce qui se 
passe pour ceux de ces Insectes qui, dans nos contrées, hivernent 
dans les lieux humides : on les rencontre souvent entièrement 
recouverts de Moisissures, ayant poussé autour d'eux pendant leur 
repos hivernal, sans que cela entraîne leur mort. 

2. — Infusoires. 

Giles a rencontré un Infusoire infestant les larves des Culicides. 
C'est un Infusoire muni d'un très long pédoncule. Le parasite 
semble se fixer de préférence sur les parties de la larve où les 
téguments lui offrent le moins de résistance ; c'est ainsi qu'on le 
trouve en abondance autour des tubercules anaux et sur les par- 
ties molles des interstices des différents segments du corps de la 
larve. Il se rencontre parfois, en grande abondance, sur les larves 
capturées dans certaines flaques d'eau; les larves ainsi atteintes 
ont un aspect particulier : elles sont transparentes et semblent souf- 
frir de la présence de ce parasite qui, très probablement, se nourrit, 
d'après Giles, à leurs dépens. Ces Infusoires seraient donc patho- 
gènes pour les larves ; c'est du moins l'opinion de l'auteur, qui leur 
attribue l'inexplicable disparition des larves de Culicides, dans des 
régions où on les trouvait auparavant en grande abondance. 

Glen Liston, en étudiant des larves malades, dont la croissance 
était également très lente, a trouvé, outre les Champignons signalés 
plus haut, des Vorlicelles. Ces Infusoires, que l'on peut faire 
rentrer, d'après l'auteur, dans la section des parasites pathogènes 
des Culicides, étaient toujours trouvés sur des larves recueillies 



60* Li. DYÉ : 

depuis peu, dans des excavations naturelles où elles abondaient, 
(( Les Vorticelles, dit Glen Liston, semblent trouver le corps de la 
larve du Moustique comme une place très convenable ». 

Ce commensalisme singulier n'est du reste pas particulier aux 
Culicides; il a déjà été signalé, dans des conditions identiques, par 
le professeur R. Blanchard chez des Hirudinées de l'Amérique du 
sud, de l'Espagne, des Açores et de Syrie (1). Ces Infiisoires, para- 
sites des Hirudinées, sont des Epistylis : ils se fixent, de même 
que ceux rencontrés chez les Culicides, en des lieux d'élection 
bien déterminés, soit sur les glandes du cou^ soit autour des tuber- 
cules anaux, soit encore aux interstices des différents segments du 
corps des Hirudinées. 

Nous avons nous-mêmes observé au laboratoire, avec M. Neveu- 
Lemaire, des Infusoires sur des larves de Culicides, capturées dans 
des mares des environs de Paris. La proportion des individus 
atteints était assez forte : nous avons pu observer jusqu'à cinq indi- 
vidus infectés sur six. Mais, contrairement aux observations de 
Giles, les larves ne nous ont pas paru souffrir de la présence de ces 
parasites et, bien que quelques larves eussent leurs nageoires cau- 
dales littéralement couvertes de ces Infusoires, nous les avons 
toujours vues se transformer en nymphes et donner naissance à des 
Insectes adultes, comme dans les cas normaux. 

3. — Acariens. 

Les Acariens sont des animaux qui sont presque tous para- 
sites, au moins à l'un des stades de leur évolution. Des animaux 
de cet ordre s'observent fréquemment, à l'état d'ectoparasites, 
aussi bien sur les Moustiques de nos pays que sur ceux des régions 
exotiques. 

Les Acariens subissent des métamorphoses plus ou moins com- 
plètes ; ils passent, le plus souvent, parles états successifs de larve 
hexapode, de nymphe octopode et d'animal adulte pourvu d'or- 
ganes génitaux. C'est ordinairement à l'état de larve hexapode 
qu'on les trouve sur les Moustiques ; leur étude est assez laborieuse 

(1) R. Blanchakd, Hirudineen. Hamburger Magalhaenaische Sammeireise, 
p. 15, 1900. — Sanguijuelas de la Peninsula iberica. Anales de la Soc. espanola 
de hist. nat., XXII, 1893. — Hirudinées des Açores et de Syrie. Reviie biolo- 
gique du Nord de la France, VI, 1893. 



LES PARASITES DES CULICIDES 61 

et il est généralement impossible d'arriver à une détermination 
précise, tant les états larvaire et adulte diffèrent l'un de l'autre. La 
dilTiculté est d'autant plus grande que les Acariens des pays exoti- 
ques ont été très peu étudiés jusqu'ici, a Malgré de nombreux 
travaux, dit en efïet Trouessart (1), les animaux de ce groupe sont 
encore très mal connus, et, si les principaux types d'Europe ont 
été décrits, on peut dire que tout est à faire pour ce qui a rapport 
aux types exotiques. » 

Ajoutons que tous les liquides, et particulièrement les liquides 
organiques en décomposition, sont des milieux très favorables au 
développement de certaines espèces. On peut voir des Sarcoptides 
détriticoles envahir les tubes d'alcool, dans lesquels on conserve les 
Culicides, surtout quand beaucoup d'individus sont rassemblés 
dans un même tube et qu'ils- y font un long séjour ; il faut avoir 
soin de ne pas confondre ces espèces saprophytes avec de vrais 
parasites des Culicides. 

Les Acariens parasites se conservent le mieux, en préparations 
microscopiques, dans le Baume du Canada, la glycérine pure ou la 
gélatine glycérinée. Il est utile d'éclaircir la préparation en la 
faisant bouillir pendant quelques instants, dans une solution faible 
dépotasse : mais cette petite opération demande une certaine habi- 
tude. Une goutte d'essence de cèdre peut remplir le même usage ; 
enfin le lactophénol de Amann (2), employé ailleurs avec avantage 
pour l'étude des Muscinées (3), nous a donné également de bons 
résultats, mais il faut qu'il soit fortement dilué, et il est nécessaire 
de suivre l'éclaircissement sous le microscope. A l'exemple de 
M. Trouessart, nous montons la préparation dans la gélatine gly- 
cérinée. 

Les Acariens, ectoparasites des Culicides, ont été signalés déjà 
par divers auteurs. Grassi les a indiqués le premier : il se borne à 
dire qu'il a vu un Acarien, ectoparasite chez un Anophèles maculi- 
pemiis adulte, mais saus préciser de quel Acarien il pouvait bien 
s'agir. 

R. Blanchard en a observé deux cas, l'un chez un A. macuUpen- 

(1) E. Trouessart, Récolte et recherche des Acariens. Comptes-rendus des 
séances du Congrès international de Zoologie. Paris, p. 164, 1889. 

(2) J. Amann, Lactophénol. Journal de botanique de Morot, 1896. 

(3) M. Langeron et H. Sullerot, Muscinées de la Côte-d'Or. Publication de la 
Revue Bourguignonne de V Enseignement supérieur. Dijon, 1898; cf. p. 19. 



62 L. DYE 

nis de Bastia, l'autre chez un A. bifurcatus de Charbonnières, près 
Lyon. (( Le premier de ces Insectes, écrit-il, portait à la face infé- 
rieure de l'abdomen une double rangée longitudinale de cinq à six 
Acariens globuleux, d'un brun clair ; on eût dit deux rangées de 
perles. Le second ne portait qu'un seul parasite. Dans les deux cas, 
j'ai eu affaire à des larves hexapodes d'Hydrachnides, indétermi- 
nables ; elles ressemblaient beaucoup à la larve de Nessea fuscata. » 

Giles a également observé trois spécimens de larves hexapodes 
d'Acariens, trouvées en Palestine, sur A. maculipennis ; elles étaient 
pourvues d'un appareil suceur à peu près aussi large que long, 
(( paraissant formidable pour un aussi petit Insecte ». Il s'agissait 
là, sans doute, de larves ô'Hydrachna. 

Laveran a rencontré plusieurs Acariens, dans l'alcool ayant 
servi à conserver des Culicides du Haut-Tonkin. D'après Troues- 
sart, qui les a déterminés, il ne s'agissait pas de véritables para- 
sites, mais de détriticoles venus après la mort des Culicides ; on 
peut les rapporter aux trois espèces suivantes : 

lo Tyroglyphus Siro (L.) ou Acarus domesticus des auteurs ; 
2° Cheyletus eruditus (Schrank), plus gros, à fortes mandibules 
avec peigne, venu pour dévorer les précédents ; 

3° Gamasus sp., un jeune, nymphe indéterminable. 

Sur un Culex du Tonkin et sur un Anophèles de Madagascar, 
Laveran a également signalé la présence de larves hexapodes 
d'Hydrachnides indéterminables ; dans le premier cas, étant donnée 
la coloration verdàtre de l'animal, on peut supposer qu'il s'agis- 
sait d'une larve d'Arrhenurus; dans le second, très probablement 
d'une larve d'Hydrodroma ou de Nesœa. 

A. Hodges parle aussi d'Acariens parasites, ressemblant à des 
Tiques, et trouvés dans l'Ouganda sur des Mansoniaet sur des Ano- 
phèles paludis. Dans certains endroits, près de 50 % des Moustiques 
étaient attaqués et l'on ne trouvait pas moins de neuf parasites, 
sur chaque Moustique. La teinte du parasite dépendrait delanour- 
riture de son hôte ; il serait toujours rouge sur un Moustique gorgé 
de sang. Les Acariens, parasites de Moustiques ayant sucé du sang 
humain renfermant des Filaria perstans, ne présentaient rien qui 
puisse être rapporté à cet Helminthe. En revanche, et le cas est 
intéressant à noter, les Acariens semblent exercer une action 



LES PARASITES DES CULICIDES 63 

pathogène sur les Culicides qui les hébergent; ceux-ci « deviennent 
généralement apathiques et ne vivent que quelques jours en 
captivité. )) 

Les Moustiques de l'île Madeline, Wis., sont souvent parasités 
par de petits Acariens rouges qui se fixent sous leurs ailes et leur 
font perdre leurs forces. R. Blanchard pense qu'il s'agit ici, non 
d'une Hydrachnide, mais d'une larve de Trombididé, qui passe 
sur l'Insecte quand celui-ci est posé sur les plantes : la Mouche 
commune et les Sauterelles ont souvent sur les ailes des parasites 
de ce genre. Quant à nous, nous n'avons jamais observé cette loca- 
lisation spéciale du parasite sous les ailes. 

Fearnside a vu, sur le Culex pipiens ayant sucé du sang, de petits 
Acariens rouge vermillon, qui pourraient être aussi des Trombi- 
dions; ceux qui étaient fixés au thorax étaient de couleur grise. 
Ces Acariens se nourrissent aux dépens de leur hôte : leurs man- 
dibules, pénétrant entre les somites, atteignent l'estomac où ils 
puisent directement la nourriture; la teinte rouge proviendrait de 
l'hémoglobine, qui se décomposerait dans l'estomac du Moustique. 
Gros, Ed. et Et, Sergent, d'autres encore, ont signalé la présence 
d'Acariens parasites des Culicides ; nous aurons l'occasion de 
revenir sur leurs travaux, à propos de la biologie de ces Acariens. 
Nous avons également rencontré, sur des Culicides de Madagas- 
car, des Acariens ectoparasites, se 'rapportant le plus souvent à des 
larves d'Hydrachnides indéterminables. Dans l'alcool ayant servi 
à conserver ces Culicides, nous avons aussi trouvé des Acariens 
libres, mais c'étaient le plus souvent des Sarcoptides détriticoles, 
à part quelques larves d'Hydrachnides qui avaient dû se détacher 
des Moustiques. 

Ainsi que le professeur R. Blanchard l'a établi le premier, c'est 
donc surtout au groupe des Hydrachnides qu'appartiennent les 
Acariens à l'état larvaire qu'il est si fréquent de trouver en para- 
sites sur les Moustiques. Ces parasites se nourrissent aux dépens 
de leur hôte et peuvent, dans certains cas, entraîner sa mort rapide. 
Ils méritent donc de fixer notre attention. 

Différents auteurs nous ont fait connaître les mœurs de ces 
Arachnides; Kramer (1) a donné des tableaux qui permettent 

(1) P. Kramer, Die Hydrachniden. Das Thier- und Pflanzenlehen des Silss- 
wassers. Leipzig. 



64 L. DYE 

d'arriver, pour l'adulte, à la détermination des genres ; il a carac- 
térisé en outre quatre types larvaires, dont il a donné une bonne 
description. La larve, ainsi que Dugès l'a reconnu des premiers, 
est aquatique comme l'adulte, mais peut passer une partie de son 
existence à l'air libre, comme parasite des Insectes. 

Walckenaer et Gervais (t) ont étudié la biologie de la larve 
d'Hydrachna cruenta. Tout d'abord, les larves vivent librement dans 
l'eau ; « mais à une certaine époque, elles se fixent à divers Insectes et 
les modifications qu'elles éprouvent ont fait dire à Dugès qu'elles 
passaient à l'état de nymphe. Ainsi fixées sur le corps de quelque Insecte 
aquatique, elles peuvent être emportées à l'air sans danger. Dès la fin 
de l'été et durant l'automne, on en trouve déjà de fixées sur le 
corps et les membres, sur les filets caudiformes, sur les élytres de 
la Nèpe et sur d'autres parties cornées qu'elles perforent d'un trou 
fort étroit, mais bien reconnaissable à l'aide d'une forte loupe. 
Elles attaquent aussi les Ranatres et diverses espèces de Dytiques, 
l'Hydrophile, etc.; sur les Coléoptères, elles préfèrent les parties 
membraneuses. Les Nèpes, les Ranatres, etc., sont souvent char- 
gées de ces parasites, que la plupart des observateurs ont pris pour 
des œufs. Swammerdam les nomme des lentes ; mais il a constaté 
qu'il en sortait une petite Hydrachne [Biblia naturse, tab. Il, fig. 4 
etfig. 5). 

« Malgré l'allongement considérable du corps des nymphes 
d'Hydrachnes, leur suçoir, l'écusson qui leur forme une espèce de 
céphalothorax, et leurs pattes ne grandissent pas. Souvent même 
les palpes ont disparu en partie ou en totalité, et l'espace membra- 
neux qui sert de, jonction entre le corps et le suçoir s'est allongé 
en forme de cou. C'est que, dès que le corps commence à s'allonger, 
les palpes et les pattes se retirent en dedans, suivent le corps dans 
l'espèce de sac que forme en arrière la peau distendue et abandon- 
nent ainsi leur fourreau que les violences extérieures peuvent 
rompre aisément. La larve est ainsi passée à l'état de nymphe 
dont nous avons parlé. Son œsophage cependant n'a pas cessé de 
traverser le suçoir enfoncé dans les téguments de l'Insecte nour- 
risseur et un prolongement membraneux en forme d'entonnoir, 
qui a pénétré peu à peu jusque dans les chairs mêmes de celui-ci, y 

(1) Walckenaer et Gervais, Nouvelles suites à Buffon. Paris, 1844; cf. III. 



LES PARASITES DES CULICIDES 65 

retient si fortement le suçoir, qu'il y reste encore attaché avec une 
portion des enveloppes, lorsque l'Hydrachne a brisé ces dernières. 

« Après ces opérations, l'animal n'est pas encore entièrement 
parfait ; il a encore une mue et un petit changement à subir. Au 
lieu d'une plaque cordiforme, ses organes génitaux n'ont qu'une 
dépression en fente superficielle ; sur les côtés, à quelque distance, 
sont deux plaques ovales grenues. Après avoir vécu ainsi quelques 
semaines, et pris un notable accroissement, ces individus impu- 
bères, ou présumés tels, vont se fixer à l'aisselle d'une feuille de 
Polamogéton où ils subissent une nouvelle mue. » 

Donc la larve d'Hydrachne, emportée dans l'air par un Insecte, 
vit aux dépens de celui-ci et se comporte comme un vrai para^^ite ; 
c'est sur cet Insecte qu'elle accomplit ses différentes mues et passe 
à l'état de nymphe, c'est de cet Insecte que, par une dernière mue, 
se détache l'Hydrachne adulte, abandonnant sa dépouille de nym- 
phe. Toutefois Pérez (1) admet que le parasitisme vrai n'existerait 
pas d'emblée ; les larves hexapodes seraient d'abord de simples 
commensaux ; elles se promèneraient sur le corps de l'Insecte, en 
s'accrochant aux poils ;• ce n'est que plus tard qu'elles enfonce- 
raient leur rostre à travers les téguments de leur hôte, pour se 
nourrir à ses dépens. 

Ces larves d'Hydrachnides sont parasites de beaucoup d'ani- 
maux, en dehors des Moustiques. Soar (2) a recherché sur quels 
animaux on les rencontrait ; il n'en signale pas sur des Gulicides. 
Il signale par contre la présence sur les Corisa Geoffroyi, les Noto- 
necta glauca, de larves et de nymphes du genre Hydrachna ; sur les 
Nepa cinerea, les Ranatra, et même sur des Poissons, il a trouvé 
des larves se rapprochant de celles de V Hydrachna globosa de Geer. 

Nous nous sommes demandé de quelle façon les larves d'Hydra- 
chnides venaient infecter les Gulicides. 

Nous avons essayé de réaliser cette infestation avec des larves 
de Diplodontus filipes, provenant de la ponte d'adultes recueillis à 
l'étang d'Ursine, près de Ghaville. Le récipient où se trouvaient les 
œufs renfermait également des larves et des nymphes de Culex 

(1) Ch. pérez, Sur leg^'larves d'Hydrachnes. C. R. de la Soc. de biologie, 
p. 263, 1904. 

(2) C. D. Soar, Note on the occurrence of larval water Mites on varions 
aquatic animais. Journal of the Quekett micr. Club, p. 65, 1901. 

Archives de Purusitolouie, IX, n» 1, 1905. 5 



66 L. DYE 

pipiens. A partir du jour de l'éclosion des Hydrachnes, nous avons 
examiné raétliodiquement aussi bien les larves et nymphes que les 
Moustiques qui quittaient leur enveloppe nymphale et passaient à 
l'état adulte : nous n'avons pu, dans aucun cas, les voir attaqués par 
les larves du Diplodonte; bien plus, ces larves semblaient s'écarter 
des larves et des nymphes de Moustique. 

Ce résultat négatif tient peut-être à la nature même du Mous- 
tique sur lequel nous avons expérimenté. En elïet, nous avons 
opéré exclusivement sur le Culex pipiens ; or, il ressort de toutes 
les observations recueillies jusqu'à ce jour, que les larves d'Hy- 
drachnides n'ont encore été vues que sur des Anophèles. Les con- 
statations de Gros, de Macdonald à Rio-Tinto (Espagne) et de Ed. 
et Et. Sergent en Algérie sont d'accord sur ce point. 

Ces derniers ont fait des observations intéressantes. De mai à 
octobre, ils ont vu que les Anophèles maculipennis de la plaine de 
la Mitidja ou des vallées de la Kabylie, pouvaient porter à leurs 
différents états de larve, de nymphe et d'Insecte adulte, des larves 
d'Hydrachne. x\u moQientoù la larve d'Anophèles subit la mue qui 
la fait passer à l'état de nymphe, le parasite passe sur cette der- 
nière ; quand éclot l'Insecte parfait, il quitte encore la dépouille de 
la nymphe pour se fixer à celui-ci. Bien plus, l'Hydrachne peut 
changer d'hôte : Ed. et Et. Sergent ont pu faire passer sur Ano- 
phèles algeriensis des Acariens primitivement fixés sur A. maculi- 
pennis ; il eût été intéressant de réaliser une semblable expérience 
avec les Culex. L'action de l'Hydrachne sur l'Anophèle serait à peu 
près nulle ; dans leurs élevages, les auteurs que nous citons, n'ont 
pas vu que les larves, nymphes ou adultes parasités, même abon- 
damment, lussent soumis à une mortalité plus forte que les témoins. 
Cette constatation est en désaccord avec l'opinion de Hodges, déjà 
mentionnée plus haut. 

4. — Acariens parasites des Culicides de Madag-ascar. 

M. le professeur R. Blanchard m'a remis tous les envois de 
Moustiques qui lui étaient parvenus de Madagascar; j'en ai reçu 
moi-même d'autre part ; j'ai donc eu l'occasion d'examiner un très 
grand nombre de Culicides provenant de la grande île africaine et, 
sur beaucoup, j'ai rencontré des Acariens parasites. 



LES PARASITES DES CULICIDES 67 

Pour la lacilité de nos descriptions, nous diviserons en quatre 
lots les Moustiques malgaches que nous avons étudiés, selon leur 
provenance. 

Premier lot. — Moustiques capturés en 1901 par le D^' Decorse, 
médecin des troupes coloniales à Imanombo (sud de Madagascar). 
Dans ce lot, un Pyretopliorus costalis 9, porteur d'une larve 
d'Hydraclmide implantée à la face inférieure du cou. 

Deuxième lot. — Moustiques recueillis à Maevatanana (région 
occidentale de Madagascar), par le D^" Decorse, en 1900. 

Dans ce lot, 17 Culicides étaient parasités, savoir : 5 Anophe- 
linae $ (3 Pyretophorus costalis et 2 Myzorhynchus Coustani) et 12 
Culicinae 9 {Mansonia uniformis var. africana). 

Les Anophelinae ne portaient qu'un parasite, à l'exception d'un 
seul, qui en portait deux. Le parasite unique siégeait trois fois sur 
les côtés du cou, et une fois sur les côtés du thorax ; des deux para- 
sites observés chez le même Moustique, l'un siégeait à la partie 
antérieure du thorax et l'autre à la jonction de l'abdomen et du 
thorax, à la face ventrale. Tous ces parasites étaient semblables 
entre eux et conformes au premier type décrit ci-dessous ; c'est 
d'après eux qu'ont pu être établis les d(;ssins ci-contre (fig. 5 et 6). 

Des 12 Mansonia uniformis, 5 portaient plusieurs parasites, les 
7 autres un seul parasite. On observait une seule fois quatre Aca- 
riens, dont trois rangés en collerette autour du cou et un à la face 
ventrale de l'abdomen ; deux fois, il y avait trois parasites, disposés 
dans un des cas, tous en collerette autour du cou et dans l'autre cas, 
à la jonction de l'abdomen et du thorax ; deux fois, on trouvait deux 
parasites placés respectivement comme chez les deux Mansonia 
précédents. 

Quant aux parasites uniques, ils siégeaient quatre fois à la face 
inférieure ou à l'une des faces latérales du cou ; trois fois sur la 
face ventrale de l'abdomen, deux fois à la jonction de l'abdomen 
et du thorax et une fois sur le milieu du premier segment de l'ab- 
domen. C'est d'après uu des Insectes de ce groupe qu'a été dessiné 
l'Acarien fixé à la face inférieure du cou d'un Moustique (fig. 5). 

Dans tous les cas, il s'agissait de larves identiques à celles que 
nous avions trouvées déjà sur les Anophelinae de la même localité ; 
dans un seul cas, le parasite était assez différent, mais trop dété- 
rioré pour pouvoir être décrit ; il siégeait sur le milieu d'un 



68 L. DYE 

segment abdominal et non à la jonction de Tabdomen et du thorax 
comme cela avait lieu pour tous les autres. Quelques parasites de 
ce lot présentaient à leur intérieur une masse noire qui aurait 
pu être prise pour des ébauches de l'appareil génital, mais qui 
n'était en réalité que des reliquats de la nourriture de l'Insecte. 

Troisième lot. — Moustiques provenant des salles de l'hôpital de 
Helville, à Nossi-Bé, capturés, en 1900, par le D^" Joly, médecin de 
la marine. Un seul Moustique (Mansonia uniformis 2), non gorgé 
de sang, portait trois Acariens parasites disposés en collerette 
autour du cou, deux à la face inférieure, et un à la face supérieure. 

Quatrième lot. — Moustiques provenant de Mandritsara (nord de 




Fig. 5. — Larve hexapode d'Acarien fixée sur la face latérale 
du cou d'un Mansonia. 

l'île), recueillis par M. Vincent de Aima, en 1904. 

Trois Culicides portaient des Acariens parasites, un Culex9 indé- 
terminé, avec un parasite fixé sur le cou et deux Mansonia unifor- 
mis 9, l'un avec un seul parasite à la jonction de l'abdomen et du 
thorax, l'autre avec trois parasites rangés en collerette autour du 
cou. 

Il est intéressant de constater la présence d'un Acarien parasite 
sur un Culex, c'est le seul cas actuellement connu ; c'est donc un 
fait exceptionnel, tenant soit à ce que les Acariens se fixent rare- 
ment sur les Culex, soit à ce que moins solidement fixés que sur les 
autres Moustiques ils se détachent plus facilement en cours de 
route et ne se retrouvent plus sur des Insectes venant de loin. Une 



LES PARASITES DES CULICIDES 



HO 



partie des Acariens, tenus en suspension dans le liquide conserva- 
teur, devrait donc reconnaître cette origine. En efïet, j'ai reconnu 
plus d'une fois, au milieu de larves d'Acariens détriticoles, la pré- 
sence de quelques larves d'Hydrachnides, du type décrit plus loin, 
dans l'alcool des tubes où étaient conservés des Moustiques. Une 
seule fois, dans le deuxième lot, j'ai trouvé une larve hexapode 
d'un type différent, à très gros rostre, qui se rapprochait beaucoup 
de la larve d'Hydrachna. 

Ces études m'ont conduit à faire les remarques suivantes. Tout 
d'abord, l'abondance des Mansonia parasités et le grand nombre 
de parasites qu'ils transportent sont des faits très frappants. 
D'autre part, tous mes 
Culicides parasités 
étaient des femelles ; 
ces dernières semblent 
donc plus exposées à la 
contagion que les mâ- 
les. Toutefois Ed. et Et. 
Sergent ont vu parmi 
leurs Anophèles d'Algé- 
rie des mâles porteurs 
aussi d'Acariens. 

Ces Acariens para- 
sites ont toujours l'axe 
du corps dans la direction de celui du Culicide parasité, la tête en 
avant. Cette position facilite beaucoup leur résistance à l'air, 
pendant le vol du Moustique. Ils ont besoin en effet d'être solide- 
ment lixés sur leur hôte, puisqu'ils se trouvent transportés avec 
lui à travers l'air, et par suite très exposés. C'est ce qui explique 
leur siège de prédilection pour la fixation : au cou et à la jonction 
de l'abdomen et du thorax ; ils se trouvent ainsi mieux protégés par 
le corps du Moustique. 

Leur adhérence est d'ailleurs très solide, puisqu'elle résiste lors 
de l'envoi des collections de Moustiques, au ballottement incessant 
que subissent, pendant tout un long voyage, les Moustiques 
envoyés dans un même récipient, parfois au nombre de plusieurs 
centaines. 

En raison de notre connaissance très insuffisante des Hydrach- 




Fig. 6. — Larve hexapode d'Acarien 
isolée du Culicide parasité. 



70 L. DYE 

nides exotiques, il nous a été impossible de déterminer aucun 
des Acariens malgaches, parasites des Moustiques. Nous avons pu 
néanmoins reconnaître, parmi eux, les trois types qui suivent : 

Premier type. — Animal d'apparence globuleuse lorsqu'on le 
regarde par en-dessus, mesurant en moyenne 335 [x de long sur 
330 [x de large ; tête petite, élargie dans le sens transversal, sem- 
blant articulée et mobile ; yeux au nombre de quatre, deux gros laté- 
raux et deux petits submédians. Palpes larges, à plusieurs articles 
(3 ou 4?), le terminal en forme de crochet ; sur l'un des articles, 
une longue soie disposée transversalement (fig. 6). Orifice buccal 
semblant disposé en forme de suçoir ; mandibules très courtes, 
cachées dans l'orifice buccal avec deux languettes disposées à plat 
sur l'orifice buccal, qui semble s'ouvrir à la partie inférieure. Les 
six épimères des trois paires de pattes distincts, les deux premiers 
petits et sensiblement égaux, le dernier plus large. Pattes libres, à 
cinq articles; quelques longs poils sur les articles et de courtes 
épines, massives et trapues ; pas de soies natatoires. 

Une griffe, assez forte et recourbée, à chaque paire de pattes, avec 
petites griffes accessoires. Pas de pores visibles, ni de carapace sur 
le dos. Couleur claire. Intérieur du corps indistinct. Pas de traces 
d'appareil génital. 

Vue de profil et fixée sur le Culicide (fig. 5), cette larve prend un 
aspect moins globuleux; elle est plus allongée dans le sens longi- 
tudinal et mesure alors 338 [x de long sur 212 [j. de haut ; elle semble 
ne tenir au corps du Moustique que par son rostre. Celui-ci est 
profondément ancré dans les tissus de l'Insecte, qui se déchirent 
souvent, quand on essaie d'arracher le parasite. Dans cette posi- 
tion, du moins quand il est conservé dans l'alcool, l'Acarien a les 
pattes appliquées contre le corps, ces appendices ne semblant avoir 
aucun rapport avec le corps du Moustique. Le parasite apparaît 
alors comme un petit globule, appendu au Moustique, et n'ayant 
avec celui-ci qu'un seul point de contact, au niveau du rostre. 

Deuxième type. — Se rapproche beaucoup du précédent, mais 
il a une forme moins globuleuse; la tête est moins élargie dans le 
sens transversal et sans les deux longues soies ; il semble avoir 
une enveloppe, qui pourrait bien n'être que r-4porferma des formes 
de passage de la larve à la nymphe. C'est chez ce type que l'on volt 
presque constamment à l'intérieur de la larve une masse noirâtre. 



LES PARASITES DES CULICIDES 71 

qui pourrait être prise pour une ébauche de l'appareil génital, 
mais qui n'est en réalité, que le résidu de la nourriture de la larve. 

Troisième type. — Semble se rattacher par la grosseur du rostre 
à la larve d'Hydrachna : un seul exemplaire, rencontré sur un 
Mansonia. 

Il reste à élucider deux points essentiels de l'histoire des Aca- 
riens, parasites des Culicides, en dehors de leur détermination : 
d'une part leur action sur le Moustique, d'autre part la transfor- 
mation, dans leur corps, du sang puisé par eux dans l'estomac ou 
les tissus du Moustique. Peut-être certains endoparasites des Culi- 
cides trouvent-ils là des conditions favorables à leur transmission, 
ou même à leur dissémination. 

Nous aurions voulu pouvoir donner ici, à la fois, les figures et 
la description de quatre types larvaires principaux d'Hydrachni- 
des, pour pouvoir les comparer avec la forme larvaire rencontrée 
sur ces Moustiques de Madagascar, ainsi que la diagnose des genres 
d'Hydrachnides actuellement connues, aucune Hydrachnide adulte 
de Madagascar n'ayant encore été décrite à notre connaissance. 
Nous nous proposons de compléter, par ailleurs, ce chapitre des 
Hydrachnides. forcément très écourté, et dont la description ne 
pouvait trouver place ici. « 

3. — Diptères. 

Un seul cas de Diptère parasite des Culicides a été observé par 
Fearnside.il s'agit d'une petite Mouche que l'auteur a trouvée fixée 
sur des Moustiques du genre Culex, gorgés de sang ; on la trouve 
surtout sur ceux que l'on capture dans des endroits sombres. Si on 
examine attentivement les Moustiques ainsi capturés, on voit 
qu'elle est généralement fixée à leur face ventrale. Elle mesure 
1,8 mm. à 2 mm.; sa couleur générale est grise, ce qui la rend 
presque invisible sur le Moustique. A la loupe, on voit que la tête 
est noire, le thorax brun, avec une tache claire au centre et l'abdo- 
men gris ; lorsqu'elle est gorgée de sang, on distingue, au milieu de 
l'abdomen, une masse brune ovale, qui n'est autre que du sang 
décomposé, extrait de l'estomac du Moustique. L'abdomen est de 
couleur grise, à huit somites ; les ailes sont membraneuses, la 
trompe courte et épaisse ; les pattes de couleur brune et cou- 
vertes de soies. Elle n'a pas été déterminée par l'auteur. 



72 L. DYE 

Aucune action du parasite sur le Moustique n'est notée par 
Fearnside, mais il est tout naturel de penser que ce parasite, qui 
se nourrit du sang contenu dans l'estomac du Culex, mérite d'être 
étudié ; il importerait de savoir ce que deviennent chez lui les 
divers parasites du sang contenus dans l'estomac du Moustique, 
Hématozoaires, Trypanosomes ou Pilaires, qu'il suce avec le sang 
de son hôte : sont-ils résorbés ou bien évoluent-ils dans le corps 
de ce petit Diptère, qui pourrait ensuite les répandre dans le monde 
extérieur. 11 se peut aussi que le Diptère lui-même infecte le Culi- 
cide sain. Il mérite donc, pour toutes ces raisons, d'être étudié de 
plus près. 

Nous avons vu, dans cette question des parasites des Culicides, 
qu'il ne faut rien laisser de côté et que, parfois, le parasite qui 
semblait le plus banal, et sans action immédiate sur son hôte, s'est 
trouvé, à la suite de découvertes ultérieures, être reconnu comme 
un stade d'évolution d'un parasite d'un Vertébré supérieur et 
acquérir, par suite, une grande importance : c'est ainsi que les 
formes Trypanosomes entrevues par Chattergie, chez le Moustique, 
n'étaient très probablement que des formes de transition d'un 
Hématozoaire. 

Infestations multiples. 

Enfin, avant de terminer cette revue des parasites des Culicides, 
nous ne devons pas omettre de signaler que l'on rencontre très 
souvent chez les Culicides des cas d'infestation multiple par endo- 
parasites divers. Cela a lieu particulièrement dans les pays chauds. 

C'est ainsi qu'on peut observer, chez le même Moustique, 
les Hématozoaires du paludisme aux différents états de leur phase 
sporogonique, kystes enkystés de la paroi externe de l'estomac et 
sporozoïtes dans les glandes salivaires, et rencontrer en même 
temps la larve de Filaria Bancrofti enkystée dans les muscles de la 
paroi thoracique, et même parfois, en plus, les embryons de Filaria 
immitis dans les tubes de Malpighi du même Insecte. Ces différents 
parasites ]ie semblent pas s'exclure les uns les autres et semblent 
poursuivre leur évolution, chacun dans leur lieu d'élection, sans 
se gêner mutuellement. 

Le Stegomyia calopus est sans contredit un des Culicides noté 
comme présentant le plus grand nombre de cas d'infestations mul- 



LES PARASITES DES CllLIClDES 73 

liples. et le plus susceptible d'être infecté par des parasites 
variés ; cela tient à ce qu'il a été étudié de plus près que les autres 
Culicides, en ces dernières années, pour la recherche du parasite 
hypothétique de la fièvre jaune, que l'on a tout lieu de croire qu'il 
véhicule: Levures, Grégarines, Microsporidies, Pilaires, etc., on 
a rencontré presque tous les parasites des Culicides dans son tube 
digestif ; et cette étude systématique n'est commencée que depuis 
bien peu de temps encore. Celle des autres Culicides est à faire 
dans le même sens ; on arrivera certainement, par ce moyen, à 
trouver chez ces infatigables suceurs de sang que sont les Mous- 
tiques, nombre de stades intermédiaires des Hémosporidies des 
Vertébrés, encore inconnus à l'heure actuelle. 

Ces exemples d'infestationsmuUiples ne se rencontrent pas que 
dans les pays chauds ; on les voit également dans les régions tem- 
pérées ; ils sont seulement plus communs sous les tropiques étant 
donné l'appoint fourni par les Hématozoaires du paludisme et les 
Pilaires, qui viennent en multiplier le nombre. 

Martirano signale le cas de larves de Filaria immitis infectant 
le Moustique en même temps que le petit Distome qu'il a décrit et 
dont nous avons parlé plus haut. Et l'on pourrait multiplier ces 
exemples. A ces causes d'infestations multiples de Culicides par 
endoparasites peuvent encore venir se surajouter celles dues aux 
ectoparasites, dont certains d'entre eux, les Acariens par exemple, 
sont très communément rencontrés sur les Moustiques. 

CONCLUSIONS 

Par cette esquisse rapide des parasites des Culicides, nous 
avons essayé de montrer combien leur étude systématique offrait 
d'intérêt, tout à la fois, pour le médecin, pour l'hygiéniste et aussi 
pour le zoologiste. 

L'étude des parasites des Culicides rappelle au médecin que 
certains de ces parasites sont pathogènes pour l'espèce humaine; 
elle lui fait connaître l'étiologie, jusqu'ici inconnue, de quelques 
maladies très fréquentes, surtout dans les pays chauds, enfin elle lui 
montre également que le mode de développement de ces parasites 
des Culicides chez les Vertébrés supérieurs ne doit pas être négligé, 
car il peut lui révéler les transformations parallèles de certains de 
ces parasites, dans l'organisme humain. C'est ainsi que les belles 



74 L. DYE 

recherches de R. Ross, sur l'évolution du Plasmodium des Oiseaux 
chez les Culex, ont conduit tout naturellement à la connaissance de 
la phase parasitaire de l'évolution des Hématozoaires du paludisme, 
chez les Anophelinae. 

Cette étude présente aussi une non moins grande importance 
pour l'hygiéniste. Il suffit de rappeler les progrès réalisés par la 
prophylaxie de certaines maladies, grâce à la connaissance, même 
supposée, comme c'est le cas pour la fièvre jaune, de l'existence 
du cycle évolutif de ces parasites chez le Moustique. Elle peut 
aussi, dans le même ordre d'idées, nous amener à trouver, parmi 
ces parasites des Culicides, des parasites pathogènes pour le Mous- 
tique lui-même, et augmenter ainsi notablement nos moyens 
d'action pour la destruction de ces Insectes, si redoutables parfois, 
et toujours si incommodants. 

Enfin, cette étude des parasites des Culicides offre un intérêt 
très grand pour le zoologiste. On sait quel progrès a amené, en 
protistologie seulement, la notion du cycle évolutif de certains 
parasites chez le Moustique. Les récents travaux de Schaudinn 
montrent quels horizons, en quelque sorte illimités, cette seule 
notion ouvre aux investigations des chercheurs. 

Il est donc à souhaiter que cette enquête sur les parasites des 
Culicides se poursuive dans tous les pays oii se trouvent des Mous- 
tiques, dangereux ou non pour l'espèce humaine^ et l'on sait si ces 
régions sont nombreuses! 11 faut surtout que cette enquête soit 
toujours menée au triple point de vue de l'évolution du parasite, 
de son action pathogène sur l'Homme ou les Vertébrés supérieurs, 
et aussi au point de vue de l'action propre du parasite sur son 
hôte, c'est-à-dire sur le Culicide lui-même : cette dernière partie a 
été très souvent laissée de côté par la plupart des observateurs 
qui se sont occupés de la question des parasites des Culicides. 

BIBLIOGRAPHIE (1) 

Th. L. Bancroft, On the metamorphosis of the yoiing form of Filaria 
Bancrofti, in tiie body of Culex ciliaris. Journal and Proceedings of the 
Royal Society of N. S. Wale.% XXXIII. p. 48, 1898. 

(1) Pour la bibliooraphie spéciale des Hémalozoaires et des Pilaires, rous 
renvoyons aux travaux de MM. Neveu-Lemaire el Pencl et surtout au livre de 
M. le Professeur R. Blanchard, cités dans notre biblioL^raphie. Nous n'avons indi- 
qué ici, à propos de ces parasites, que les travaux qui ont servi de base aux 
nouvelles théories sur leur parasitisme chez le iMoustique. 



LES PARASITES DES CULICIDES T6 

Th. L. Bancroft, Preliminary notes on the intermediary hosl ot Filaria 
immitis. Journal and Proceedings of the Royal Society of N. S. Wales, june 
5, 1901. 

R. Blaîsschart), Les Moustiques. Histoire naturelle et médicale Paris, 1904; 
cf. Parasites des Culicides, p. 132. — [Bibliographie très étendue]. 

R. Blanchard, Transmission de lafilariose par les Moustiques. Archives 
de Parasitologie, III, p. 280, 1900. 

A. Braun, Algarum unicellularium gênera, nova et minus cognita. 
Leipzig, 1855. 

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TABLE DES MATIERES 

Pages 

Les Gulicides.— Sous-Familles et Genres 8 

Endoparasites 12 

I. — Parasites végétaux 13 

Bactéries et Champignons 13 

II. — Parasites animaux 17 

1. — Myxosporidies 18 

Parasites du genre Nosema 19 

2. — Grégarines 22 

3. — Hémosporidies. 25 

Genre Plasmodium 26 

Genre Halteridium 36 

4. — Flagellés 42 

5. — Plathelminthes 45 

6. — Nematheiminthes 46 

Ectoparasites 57 

1. — Champignons 58 

2. — Infusoires 59 

3. — Acariens 60 

4. — Acariens parasites des Culicides de Madagascar .... 66 

5. — Diptères 71 

Infestations multiples 72 

Conclusions 73 

Bibliographie 74 



LE HALZOUN 



le D^ ALFRED KHOURI 

Lauréat de la Faculté française de médecine 

Ancien externe de l'hôpital français de Beyrouth 

Médecin du District de Kesrouan (Liban). 



On connaît au Liban, sous le nom de liahoun, un ensemble de 
symptômes, les uns de nature congestive ou œdémateuse, les 
autres de nature mécanique, qui sont dus à ce qu'un parasite 
des voies biliaires des herbivores, la Grande Douve du foie 
{Fasciola liepatica), se localise au niveau de la muqueuse pharyngée 
de l'Homme. 

Les symptômes congestifs se traduisent par une congestion 
œdémateuse plus ou moins accusée de la muqueuse bucco-pha- 
ryngée, du larynx, des fosses nasales, des amygdales, de la trompe 
d'Eustache, de l'oreille, des conjonctives et des lèvres. Les 
symptômes mécaniques ou compressifs (dyspnée, dysphagie, aphonie) 
résultent des premiers et sont sous leur dépendance ; leur acuité 
est proportionnelle à la violence de la congestion. Ils sont moins 
constants que les premiers, mais d'un pronostic plus sérieux. 

Etiologie.— Le mot Halzoun est aussi inconnu, en médecine, 
que le syndrome qu'il représente. On cite, il est vrai, dans la 
littérature médicale, des faits très rares, où la Douve du foie, chez 
l'Homme, a pu quitter son habitat naturel, les canaux biliaires, 
pour émigrer, à travers la voie sanguine, dans les divers tissus de 
l'économie. C'est ainsi qu'elle a été trouvée dans le parenchyme 
hépatique, le parenchyme pulmonaire, le tissu cellulaire sous- 
cutané, les muscles, le cœur, etc. (2). Mais on semble avoir totale- 
ment méconnu les accidents dus à sa localisation sur la muqueuse 
pharyngée. 

Dans le premier cas, c'est la Douve du foie humain qui a émigré 

(1) Rplation médicale présentée au Congrès de médecine et de chirurgie de 
Beyrouth, 20 mai 190i. 

(2) R. Blanchard, Traité de zoologie médicale. Paris, 2 vol. in-S", 1883-1889; 
cf. I, p. 596-099. 



LE HALZOUN 79 

de ce foie dans les divers tissus de l'Homme. Ici, c'est la Douve 
du foie d'un herbivore qui, par le seul fait que ce foie est ingéré 
par l'Homme, produit chez ce dernier les accidents que nous 
allons décrire. Il ressort de ce dernier fait, que la seule cause de 
la maladie est l'ingestion d'un foie d'animal contenant le parasite 
en question et la condition sine quâ non, c'est que ce foie soit cru. 
C'est ce qui explique que la maladie ait été méconnue dans les 
pays où le foie cru ne joue aucun rôle dans l'alimentation, sauf 
ces dernières années où l'on s'en est servi dans un but opothéra- • 
pique. 

C'est surtout au nord du Liban qu'on observe le halzoun ; il y 
est très répandu. La raison de son extrême fréquence en cette 
contrée est la consommation habituelle et immodérée que l'on fait 
du Chevreau. Or, la Douve, quoique s'observant chez un grand 
nombre d'herbivores, est particulièrement abondante dans le foie 
de ce Ruminant, probablement à cause du genre particulier de 
nourriture de l'animal, dans cette partie de la Syrie. 

Ce genre de nourriture, particulier à la Chèvre, s'explique par 
un fait d'observation répandu. Tout le monde au Liban sait qu'un 
individu, peu ou pas habitué à l'usage du Chevreau, a, quand il 
en fait usage, une diarrhée particulière, dont \b meilleur remède 
est l'abstention de la viande incriminée. Les faits en sont innom- 
brables, banals. J'ai été moi-même témoin d'un grand nombre de 
faits analogues, où la suspension de l'usage du Chevreau a arrêté 
comme par enchantement des diarrhées extrêmement tenaces. 

A quoi attribuer cet etîet de la viande en question sur le péris- 
• taltisme intestinal ? Je ne crois pas que la viande elle-même ait 
des propriétés laxatives. Ce que je suis tenté d'afïirmer, mais 
l'affirmation n'a ici que la valeur d'une hypothèse, c'est que la 
Chèvre se nourrit d'une plante particulière ayant des propriétés 
purgatives ; que les sels de cette plante passent, par le torrent 
circulatoire, dans les tissus de l'animal et produisent, chez 
l'Homme qui en consomme, les effets précités : au même titre que 
la belladone, absorbée par le Lapin et le Lièvre, est absolument 
inofïensive pour eux, mais imprègne leur chair qui, consommée 
avant l'élimination de l'atropine, produit chez l'Homme les 
accidents très-graves, souvent mortels, de l'atropinisme aigu. De 
même, on pourrait expliquer l'innocuité absolue de la viande de 



8Q A. KHOURI 

Chèvre, chez ceux qui y sont habitués, par une certaine accoutu- 
mance du tube digestif. 

Cette digression sur le genre de nourriture de la Chèvre m'amène 
à donner un détail d'une autre nature, qui montre la fréquence de 
la Douve chez cet animal. Ce détail m'a été fourni par des bergers 
que j'ai souvent questionnés sur le halzoun et ses causes. 

Le foie de Chèvre, disent-ils, produit plus fréquemment le 
halzoun que le foie de Mouton ou de Veau, parce que la cause de 
cette maladie est un Ver qu'on observe plus souvent dans le foie 
delà Chèvre que dans celui des autres herbivores. Nous recon- 
naissons que l'animal en est atteint à ce qu'il maigrit à vue d'œil. 
Nous avons un moyen très sûr de l'en débarrasser : on prive 
l'animal de tout breuvage pendant un ou deux jours, durant 
lesquels on fait macérer, dans un bassin d'eau, une espèce de 
racine appelée rhibbès (Rhubarbe). Quand on juge que la macéra- 
tion est achevée, on fait avaler ce breuvage à la Chèvre. Le jour 
même ou le lendemain, elle rejette, avec le liquide diarrhéique, 
une quantité variable de Vers plats. 

Comment agit cette plante ? quel chemin suit le Ver ? Les 
bergers l'ignorent ; mais il est facile de le comprendre. La Douve 
habite les canaux biliaires, la Rhubarbe est cholagogue et purga- 
tive ; on comprend donc que la sécrétion biliaire qu'elle provoque 
entraîne mécaniquement les Vers hors des canaux biliaires et que 
le flux diarrhéique achève leur expulsion au dehors. 

Nature du parasite. — C'est réellement bien du Fasciola hepatica 
qu'il s'agit. Le parasite en a tous les caractères ; il habite les 
canaux biliaires, qu'il dilate quelquefois au point d'en faire des 
poches très-larges, où grouillent un grand nombre de parasites. 
La poche a alors, au dehors, l'aspect d'un Escargot, d'où le nom 
à'halzoun, qui veut dire Escargot en arabe. 

C'est ce même Trématode qui s'attache au pharynx de l'Homme, 
non quand il est adulte, mais quand il est encore tout jeune, quand 
il vient de quitter la forme de Cercaire et d'arriver dans les voies 
biliaires. L'infestation des herbivores se fait, en général, au 
printemps, au moment où les eaux de pluie ou de rivière, en 
baissant de niveau, laissent à nu les Cercaires déposées sur l'herbe. 
Or, c'est dans cette même saison que le halzouîi sévit plus parti- 
culièrement chez l'Homme. 



LE HALZOUN 81 

Mode de production du halzoun. — Il y a deux ans, les médecins 
qui connaissaient le halzoun, tout en accusant un parasite des voies 
biliaires du foie des herbivores d'en être la cause, attribuaient les 
accidents à l'absorption des produits de sécrétion du parasite, 
ingérés avec le foie cru. J'avais moi-même émis cette hypothèse 
au Congrès de Beyrouth (mai 1902). Mais l'interprétation n'était 
pas suffisante, car il était difficile d'admettre que des toxines, 
absorbées par le tube digestif, portassent uniquement leur action 
sur les muqueuses de l'extrémité céphalique. D'autre part, l'idée 
de toxine entraîne le plus souvent avec elle l'idée d'intoxication 
générale, avec diverses réactions de l'économie, traduisant l'empoi- 
sonnement : chose qui ne s'observe guère dans l'accident qui nous 
occupe. 

Les choses en étaient là, quand mon maître, le professeur de 
Brun, président du Congrès, me chargea, pour l'année suivante, 
de présenter un rapport étudié sur la question. A son instigation, 
j'entrepris ce travail et je m'efforçai de le conduire en m'inspirant 
du grand sens clinique que le maître imprime toujours à son 
savant enseignement. 

Je recherchai donc le parasite, je l'étudiai dans son état adulte, 
les sécrétions gluantes dans lesquelles il nage, les lésions du foie 
qu'il provoque, lésions presque exclusivement limitées aux 
canaux biliaires d'un certain calibre, au point que presque 
toujours (à moins que le parasite ne farcisse littéralement le foie) 
la surface de cet organe paraît indemne, et que ce n'est qu'à la 
coupe qu'on observe le corps du délit. J'étudiai de plus près les 
malades, je demandai l'appui d'intelligents confrères, et voici ce 
que j'ai été amené à constater : 

1° L'apparition des accidents a lieu de quelques minutes à une 
heure après l'ingestion du foie suspect ; 

2° Du début à la fin, ils sont localisés à l'extrémité céphalique ; 

3° Le vomissement spontané ou provoqué amène l'expulsion 
d'un ou plusieurs Vers ; 

4° Plus le nombre de ces Vers est considérable, plus les acci- 
dents sont violents. 

Ces faits m'amenèrent à penser que la cause des accidents était 
purement locale, que l'animal incriminé se portait sur la muqueuse 
du pharynx, qu'il s'y attachait et produisait les symptômes en 

Archives de Parasltologle, IX, n» 1, 1905. 6 



82 A. KHOURI 

question. J'ai été assez heureux pour pouvoir donner à cette 
hypothèse la sanction expérimentale. 

Expériences. — Le 17 septembre 1902, j'entreprends cette étude 
sur des Lapins. 

Première Expérience. — Je me procure du foie malade cru, 
frais, presque chaud encore. J'en coupe une partie, où préalable- 
ment je m'assure de la présence du parasite encore tout au début 
de l'état adulte. Je la triture dans un mortier, au point d'en faire 
une pâte molle, où il est difficile de reconnaître le tissu hépatique. 
J'introduis ce liquide dans la gorge d'un Lapin, qui l'avale sans 
difficulté. 

Deuxième Expérience. — Je retire des poches biliaires six petites 
Douves, animées de mouvements, encore tout au début de l'état 
adulte et ne mesurant pas plus d'un millimètre ; je les fais passer 
dans la bouche d'un Lapin. 

Les deux Lapins sont mis au repos et reçoivent la même nour- 
riture. Au bout d'une demi-heure, le Lapin de la deuxième expé- 
rience cesse de manger ; il est pris d'une sorte de convulsion du 
cou, ressemblant à la toux, se blottit dans un coin, la bouche 
entr'ouverte ; quatre heures après, il succombe avec des convul- 
sions. 

A l'autopsie, je trouve une intense congestion œdémateuse de 
la muqueuse pharyngée, du larynx et des poumons ; à la base de 
la langue, trois petits Distomes sont accrochés, et leurs points 
d'insertion se perdent au centre d'un bourrelet œdémateux. La 
glotte est presque obturée. L'incision des tissus œdématiés laisse 
couler un liquide séro-sanguinolent. Les Douves sont augmentées 
de volume, gorgées de sérum sanguin. 

Le Lapin de la première expérience a survécu sans présenter 
aucun phénomène morbide pendant les dix jours suivants, où il 
fut tenu en observation. 

Troisième et Quatrième Expériences. — Pour plus d'exactitude, 
je reprends, le 21 septembre, les deux expériences ci-dessus, sur 
deux autres Lapins. Les résultats sont identiques aux premiers, 
sauf une plus grande survie d'un Lapin auquel j'ai fait prendre 
huit Douves : résultat contradictoire, en apparence, mais trouvé 
exact à l'autopsie ; car des huit Douves ingérées, deux seulement 
s'étaient fixées au pharynx. La lenteur des accidents développés 



LE HALZOUN 83 

avait produit chez le Lapin en question une survie de huit heures, 
tandis que le Lapin de la deuxième expérience n'avait survécu que 
quatre heures et demie. Trois autres Distomes furent retrouvés 
dans l'estomac. 

De ces expériences résultent des faits très importants : 

lo Le halzoun est dû à la fixation du Distome sur la muqueuse 
de l'arrière-gorge. 

2° Le Distome, accroché à la muqueuse, se gorge d'un liquide 
séro-sanguin, qui le gonfle et le distend à la manière des Sangsues. 

3° Le Distome produit des accidents congestifs et œdémateux. 

4° Ces accidents, limités aux muqueuses de la tête, sont dus 
probablement à ce que la Douve déverse, dans la muqueuse où elle 
se fixe, certains produits de sécrétion ayant des propriétés vaso- 
dilatatrices très accusées, de sorte que la Douve, d'un côté enlève 
à la muqueuse ses liquides et, de l'autre, déverse dans la plaie 
qu'elle a faite sur cette muqueuse les produits irritatifs en 
question. 

5» L'intensité des accidents est en raison directe du nombre des 
parasites ; plus ils sont nombreux, plus la congestion et l'œdème 
sont intenses, plus les symptômes sont accusés. La différence de 
survie entre les Lapins 2 et 4 le prouve péremptoirement. 

6» Puisque le parasite se gorge et augmente de volume, il faut 
admettre qu'il doive arriver à un degré de saturation et d'engorge- 
ment, qu'il ne peut dépasser ; c'est alors, et l'observation le prouve, 
que la Douve se détache spontanément : ou bien elle tombe avec 
les aliments dans l'estomac, ou bien elle est rejetée au dehors par 
le vomissement. C'est le moment de l'euphorie ou de la guérison, 
quand les accidents congestifs et œdémateux n'ont pas été assez 
violents pour entraîner l'asphyxie du malade. Ce dernier fait est 
tout-à-fait exceptionnel. 

Description et symptômes du halzoun. — Je prends pour type 
de cette description la forme moyenne commune. 

Symptômes subjectifs. — Le début du halzoun est le même dans 
tous les cas, à la rapidité d'apparition près. Un individu, jouissant 
d'une santé parfaite, vient de faire un repas où le foie cru entrait 
pour élément, s'il n'en était point l'élément principal. Quelques 
minutes ou une demi-heure se passent à peine, que l'individu 
commence à sentir, dans la profondeur de sa gorge, une espèce 



84 A. KHOURI 

de démangeaison très désagréable. Il porte instinctivement la main 
à son cou pour s'en débarrasser ; mais le picotement est trop pro- 
fond pour être à la portée de la maio. Le malade sait d'ailleurs à 
quoi s'en tenir ; il connaît les accidents du halzoun ; dans l'attente 
de l'évolution des accidents, il reste chez lui ou vaque à ses affaires ; 
rarement il se paie le luxe de consulter le médecin. 

Bientôt il épouve un certain malaise. Les démangeaisons aug- 
mentent t deviennent plus tenaces ; elles s'étendent à l'oreille et 
y sont très pénibles. Des bourdonnements d'oreille apparaissent, une 
sensation de tension auriculaire très-gênante exaspère le malade. 
Les secousses, les bruits extérieurs violents retentissent doulou- 
reusement à son oreille. 

Deux ou trois heures après le début, les démangeaisons du pha 
rynx cèdent en partie et font place à des symptômes plus sérieux 
Avec la dysphagie, la déglutition devient pénible et douloureuse 
En même temps, la dysphonie se déclare, plus ou moins accusée 
pouvant aller jusqu'à l'aphonie complète. 

Mais le symptôme le plus alarmant est la dyspnée. Son intensité 
varie depuis la simple gêne respiratoire jusqu'à l'orthopnée dans 
les cas sévères, jusqu'à l'asphyxie complète dans les cas mortels : 
éventualité heureusement tout-à-fait exceptionnelle. Le halzou- 
nateux se plaint d'une sensation de suffocation, de constriction 
violente à la gorge et d'une céphalalgie quelquefois extrêmement 
vive. Cette céphalée est le plus souvent frontale : elle est due très 
probablement à la congestion des sinus frontaux. 

Symptômes objectifs. — Ce sont eux qui dictent la marche et 
l'intensité des symptômes subjectifs. 

L'aspect du malade est typique : la face est congestionnée. Les 
lèvres épaisses, cyanosées, livides, donnent à l'individu un aspect 
tout particulier ; entr'ouvertes, elles laissent couler une salive 
abondante. Les yeux sont vivement congestionnés et sécrètent sou- 
vent une abondante quantité de larmes. Les conjonctives palpé- 
braies et bulbaires sont fortement vascularisées, œdématiées, 
presque chémotiques. La photophobie et l'exophtalmie sont fré- 
quentes dans les cas sévères. La vue reste normale. Le nez est 
gros, rouge et luisant. La muqueuse pituitaire, d'un rouge violacé 
intense, est épaissie, quelquefois au point d'obturer les fosses 
nasales. Presque toujours, surtout dans les cas accusés, elle sécrète 



LE HALZOUN 80 

un liquide jaunâtre, filant, visqueux, dont l'abondance constitue 
parfois un véritable jetage. 

L'fispect du cou varie suivant les formes. Dans les cas bénins, il 
est normal ; dans les formes sévères, il est gonflé, œdématié : la 
palpation y fait découvrir une adénopathie sous-maxillaire et cer- 
vicale et un empâtement diffus variables. Les ganglions se tumé- 
fient en masse. L'oedème envahit le tissu cellulaire cervical ; dans 
les cas sérieux, il s'étend du maxillaire à la clavicule et donne au 
cou l'aspect proconsulaire décrit par Saint-Germain dans les 
diphtéries hypertoxiques. 

Quand le halzoun revêt la forme grave, l'aspect du malade est 
loin d'être agréable ou rassurant. Ses douleurs vives, l'obstruction 
des voies aériennes et les symptômes alarmants qui en résultent, 
son orthopnée, sa respiration courte, précipitée, insuffisante, super- 
ficielle, la cyanose, la congestion oculaire et quelquefois l'exoph- 
talmie lui donnent un air de souffrance et d'anhélation, un véri- 
table masque d'asphyxie, très pénible à voir. Heureusement, ces 
cas sont l'exception. Le plus souvent, le malade, avec l'atténuation 
de ce faciès décrit ci-dessus, a une simple gêne, des douleurs 
supportables qui ne l'empêchent pas de vaquer à ses occupations, 
tranquille qu'il est sur l'issue favorable de cet accident banal. 

L'examen de la gorge dénote une congestion et un œdème plus 
ou moins accentués de la muqueuse pharyngée, du voile du palais, 
et surtout de la luette et des amygdales. Ces dernières sont consi- 
dérablement augmentées de volume ; dans les cas graves, elles 
peuvent se toucher et se joindre sur la ligne médiane. C'est là 
une éventualité extrêmement grave, car l'obstacle à l'entrée de 
l'air dans les poumons, déjà fortement compromise par la conges- 
tion et la sécrétion de la pituitaire, devient absolu et l'asphyxie 
s'ensuit à bref délai. Mais dans l'immense majorité des cas, la 
congestion et l'œdème n'atteignent point ce degré. 

Dans aucun cas, l'examen visuel ne m'a permis de voir le parasite 
in situ. L'examen laryngoscopique, fait à trois reprises différentes, 
a montré une étroitesse inaccoutumée du larynx supérieur, qui 
était d'un rouge violacé. Les cordes vocales se sont trouvées très- 
légèrement œdématiées ; mais, dans aucun des trois cas où il m'a 
été donné de pratiquer l'examen, l'ouverture de la glotte n'était 
sérieusement rétrécie. 



86 A. KHOURI 

A l'examen de l'oreille, on trouve une rougeur assez vive du 
conduit auditif externe, et surtout du tympan. L'introduction de 
l'otoscope est quelquefois très douloureuse. 

Symptômes somatiques. — A part l'état de malaise variable, on 
n'observe rien d'anormal dans l'état général. Le pouls, calme au 
début, s'agite et devient plus fréquent, à mesure que la dyspnée 
s'accentue. 11 devient précipité, iucomptable, misérable dans 
l'asphyxie. Pendant tout ce temps, la température, chose remar- 
quable, reste normale. Dans deux cas, je l'ai vue s'élever d'un 
demi-degré seulement. Tous les médecins que j'ai interrogés sur 
la rareté de ce symptôme m'ont affirmé que la fièvre est un fait 
exceptionnel dans le halzoun. Il semble que tout contribue à 
confirmer la localisation exclusive des accidents du halzoun aux 
muqueuses de l'extrémité céphalique ; que tout porte à croire que 
les sécrétions du parasite sont de nature irritative plutôt que 
toxinique, car il est difficile d'admettre que des toxines portent 
leur action sur un point limité du corps et ne produisent pas les 
symptômes généraux communs à toute intoxication. 

L'examen des organes reste absolument négatif. Les urines ne 
contiennent pas trace d'albumine, et l'examen du poumon, malgré 
la dyspnée quelquefois atroce, ne révèle pas, dans toute l'étendue 
de la poitrine, l'existence du moindre râle : ce qui confirme 
l'origine purement mécanique de la dyspnée. 

Formes symptomatiques. — La description de ces formes me 
dispensera de citer les nombreuses observations que j'ai moi- 
même recueillies ou que je dois à l'obligeance de mes confrères. 
Elles sont toutes identiques. Je dois particulièrement d'intéres- 
santes observations à MM. les D^s Habib Saad, Mansour Gheble, 
Jean Alam, Daher Zéhenni et Khalil Karam. Le premier m'a 
fourni les plus importantes ; il a été témoin oculaire de deux cas 
de mort due au halzoun ; il en a vu l'évolution et la terminaison. 
C'est sur ses données intelligentes et judicieuses que je baserai 
surtout ma description des formes graves et mortelles. 

Outre la forme commune déjà décrite, on pourrait distinguer au 
halzoun trois formes principales, répondant au degré d'intensité 
de la maladie : une forme légère, une forme grave et une forme 
mortelle. 

Forme légère. — Le début est généralement plus tardif que dans 



LE HALZOUN 87 

la forme grave. Ce n'est qu'une ou deux heures après l'ingestion 
du foie cru que l'individu ressent à la gorge les démangeaisons 
caractéristiques de l'invasion. Puis apparaissent les autres symp- 
tômes décrits plus haut, avec un minimum d'intensité tel, que le 
malade et son entourage ne s'en soucient guère. Ce qui distingue 
cette forme des formes communes, ce n'est pas tant l'atténuation 
des symptômes que l'absence de deux signes capitaux et établis- 
sant, à eux seuls, une ligne de démarcation très nette entre les 
deux formes : ce sont la dyspnée et les troubles de la voix. 

Ici donc, on n'observe ni aphonie ni dyspnée. Chez les sujets 
nerveux, toutefois, cette dernière s'observe ; mais alors elle revêt 
la forme spasmodique, par crises plus ou moins espacées, entre 
lesquelles la respiration est extrêmement calme et paisible. 

La durée de cette forme est courte. Elle varie de quelques 
heures à deux ou trois jours. Les mêmes causes qui ont amené une 
forme si bénigne, amènent sa résolution, à savoir : le nombre 
restreint des parasites, leur peu de vivacité, l'état peu frais du foie 
cru, l'état adulte du malade où les voies supérieures de l'air sont 
à leur entier développement. 

Forme grave. — Tous les symptômes de la forme commune 
sont ici portés à leur maximum d'intensité. La période qu'on 
pourrait appeler d'incubation, c'est-à-dire le laps de temps qui 
s'écoule entre le repas suspect et l'apparition des accidents, est 
ici plus courte que pour les formes décrites plus haut. De 5 à 25 
minutes après l'ingestion du foie cru infecté, apparaissent les 
picotements à la gorge, symptôme qui ne fait presque jamais 
défaut et qu'on trouve à des degrés divers dans tous les cas de 
halzoun. Ils sont ici extrêmement pénibles. Presque simultané- 
ment se manifestent les accidents du côté de l'oreille, des yeux et 
des lèvres. Au bout de 10 ou 18 heures, les phénomènes pharyngo- 
laryngés entrent en scène. Tous les symptômes, dans cette forme, 
sont portés à leur plus haut degré de violence et ce maximum est 
atteint en très-peu d'heures. Le tableau est impressionnant et fait 
peine à voir. 

Le faciès du malade est caractéristique : il exprime la terreur et 
l'angoisse. Les yeux rouges, larmoyants et projetés en avant, 
donnent au malheureux un air d'effarement tel qu'on est tenté à 
première vue de le prendre pour un homme atteint de rage ou pris 



88 A. KHOURI 

de manie aiguë. Les lèvres sont tuméfiées et cyanoséès ; la salive 
coule continuellement et abondamment de la bouche entr'ouverte. 
La muqueuse pituitaire, à son maximum de congestion, donne 
issue, par l'orifice antérieur des fosses nasales, a une quantité 
abondante d'un mucus filant, jaunâtre, parfois strié de sang, 
symptôme qui réalise au suprême degré ce qu'en médecine vété- 
rinaire on appelle jetage. Les phénomènes auriculaires sont très- 
accentués : la tension et les bourdonnements d'oreilles sont pénibles 
et incessants; l'ouïe en est altérée et les bruits violents y retentis- 
sent douloureusement. Les ganglions sous-maxillaires et cervicaux 
sont violemment engorgés, le tissu cellulaire qui les entoure est 
fortement œdématié, depuis la branche horizontale du maxillaire 
inférieur jusqu'à la clavicule. L'aspect du malade réalise au parfait 
celui du cou proconsulaire. 

Les amygdales et la luette sont vivement congestionnées, 
tuméfiées, sans se toucher toutefois. La dysphagie est très-vive et 
très-douloureuse, au point que, pour éviter les douleurs violentes 
qu'elle entraîne, le malade se soustrait à la déglutition de tout 
aliment, de toute boisson, de sa salive même. Les douleurs 
s'exagèrent davantage chez les personnes à réactions nerveuses 
exaltées. La dyspnée est quelquefois très accusée. Les excursions 
respiratoires se chiffrent par 30 à 50 à la minute. Par le fait de la 
dyspnée, la cyanose augmente dans des proportions considérables. 
Le pouls est agité, fréquent et traduit l'alarme du cœur ; l'oxygé- 
nation est insuffisante. L'aspect du malade est déchirant ; il 
exprime l'angoisse la plus profonde, faite du besoin d'air et du 
pressentiment de la fin. 

Celle-ci serait inévitable si, au bout de 36 heures, les accidents 
graves ne commençaient à s'atténuer pour évoluer encore, pendant 
4 ou 5 jours, sous une forme bénigne. Cette forme a une durée 
plus longue que les précédentes : elle dure de 3 à 8 jours et 
consiste en une atténuation progressive des symptômes. Cette 
terminaison se fait spontanément ou est provoquée par l'adminis- 
tration d'un vomitif, qui, en rejetant un ou plusieurs parasites, 
amène un bien-être presque immédiat, avant-coureur d'une 
guérison prochaine. 

Forme mortelle. — Elle est la reproduction de la forme grave, 
avec cette différence que la marche des symptômes est ici pro- 



LE HALZOUN 89 

gressive et que le dénouement est la mort. Celle-ci se fait avec une 
rapidité effrayante. Le masque d'asphyxie est précoce ; le faciès 
est très altéré et exprime la terreur. Les amygdales se rapprochent 
sur la ligne médiane : l'obstruction des voies aériennes va être 
absolue ; la dyspnée, terrible, aboutit rapidement à l'apnée ; 
l'anhélation est presque complète. Le patient est pris d'une 
violente agitation ; il se sent étouffer ; il se déplace incessamment, 
pour chercher l'air que ses muscles respirateurs appellent convul- 
sivement. 11 prend tour-à-tour toutes les positions capables de 
donner un facile accès à l'air, dont il éprouve si douloureusement 
le besoin. Le pouls devient misérable, insaisissable, et le malade 
succombe au progrès de l'asphyxie. Le malade du D^ Habib Saad 
est mort, les deux mains appuyées, convulsivement cramponnées 
à deux troncs d'arbre sur lesquels le malheureux était allé chercher 
appui et donner un soutien à l'action de ses muscles respirateurs 
en détresse. 

Chez ce malade et chez un autre qui a succombé presque de la 
même façon, le D"" Saad a trouvé les deux amygdales totalement 
accolées sur la ligne médiane ; et c'est à cet accolement, surajouté 
à l'obstruction nasale, qui empêche l'issue de l'air dans les pou- 
mons, qu'il attribue la mort. 

Complications. — En général, du début à la fin, le halzoun évolue 
sous la forme commune décrite plus haut. Exceptionnellement, 
on observe des accidents qui, pour être très rares, n'en sont pas 
moins intéressants à signaler. Parmi eux, il en est qui sont de 
nature inflammatoire, d'autres de nature congestive ou mécanique. 

Accidents inflammatoires : abcès. — Le plus souvent leur siège est 
le conduit auditif externe et la région mastoïdienne. Ils évoluent 
de la même façon que les abcès chauds ordinaires et se terminent 
soit par l'ouverture spontanée, quand le malade a été assez pusil- 
lanime pour éviter l'incision, soit par l'ouverture chirurgicale. 
Ces abcès, à l'égal des furoncles de la même région, sont très 
douloureux et privent le malade de tout repos. Leur ouverture 
calme instantanément les douleurs. Ils guérissent par les moyens 
chirurgicaux ordinaires. 

On observe encore, quoique exceptionnellement, l'otite moyenne 
suppurée, surtout dans les formes graves, quand les accidents ont 
été très violents du côté de l'oreille. Il semble que la violence de 



90 A^ RHOURI 

la congestion, en diminuant la résistance des tissus de la région, 
en fasse un véritable locus minons resistentias et favorise le déve- 
loppement des microbes pyogènes. Si l'incision du tympan n'est 
pas faite à temps, la perforation spontanée en est presque inévitable 
et la guérison plus traînante. 

Accidents mécaniques. —Le principal consiste en une paralysie 
faciale périphérique. Elle s'observe dans les conditions qui 
viennent d'être décrites, à savoir, quand les accidents congestifs 
du côté de l'oreille ont été très violents. Le mécanisme en est alors 
facile à saisir. La congestion de l'oreille, très-visible sur la 
membrane tympanique, envahit toutes les cavités de l'oreille et 
se transmet à travers le rocher aux nerfs acoustique, intermédiaire 
de Wrisberg et facial, qui, se trouvant dans une loge inextensible, 
subissent une compression excentrique dans l'aqueduc de Fallope, 
en proportion avec l'intensité de la congestion. Le mécanisme de 
production de cette paralysie faciale est presque le même que 
celui de la paralysie faciale a frigore. 

Il est oiseux de décrire cette paralysie, que tout le monde 
connaît. Son évolution est sous la dépendance de la cause qui l'a 
produite. Mais le plus souvent, celle-ci disparue, la paralysie 
faciale persiste. Cependant, sa durée ne dépasse guère 8 à 10 jours 
et la guérison spontanée en est la règle. 

Durée du halzoun. — Elle oscille de quelques heures à plusieurs 
jours (10 au maximum). Elle est de quelques heures dans les 
formes bénignes, qui semblent plutôt une ébauche de l'accident 
que le halzoun vrai. Dans la forme mortelle, la durée est courte 
aussi, et la fin est aussi rapide que l'apparition des symptômes. 
Dans la forme légère, au contraire, le début est plus lent. 

Evolution. — Elle diffère suivant les formes. En général, elle est 
régulière. Cette régularité est interrompue, quand on intervient 
par un vomitif ou qu'il se produit un vomissement spontané. Ce 
dernier n'est pas rare, car la région où siège le parasite est le 
point de départ le plus fréquent du réflexe nauséeux. L'expulsion 
d'un ou de plusieurs Distomes procure rapidement au malade un 
bien-être favorable, premier stade de la guérison définitive. 

L'évolution régulière du halzoun, dans les formes bénignes ou 
moyennes, peut être interrompue par les accidents spasmo- 
glottiques que j'ai signalés et qui sont l'apanage des sujets nerveux. 



LE HALZOUN 91 

Dans l'intervalle de ces crises nerveuses, variables en nombre et 
en intensité, mais d'une durée tout-à-fait éphémère, la maladie 
reprend son cours normal. 

Terminaison. — Dans l'immense majorité des cas, l'issue natu- 
relle du halzoun est la guérison. La mort est un fait d'une rareté 
excessive. Quand elle se produit, son unique cause est l'asphyxie 
par l'obstruction des voies aériennes supérieures. 

Diagnostic. — Il est très difficile, étant donnée l'étiologie du 
halzoun et les circonstances qui président à son apparition, à son 
début et à son évolution, de confondre ce syndrome avec une 
autre affection. Il est cependant des cas où l'on est tenté de prime 
abord, et quand on n'est pas prévenu, de confondre le halzoun 
avec certaines maladies ou intoxications qui présentent un tableau 
symptomatique plus ou moins analogue. Telles sont la diphtérie 
grave hypertoxique, l'œdème de la glotte, certaines dyspnées 
cardiaques ou pulmonaires et l'iodisme aigu. 

Le diagnostic de la diphtérie maligne est des plus aisés : la diffé- 
rence de faciès est d'emblée manifeste. Dans la diphtérie infectieuse, 
le visage, au lieu d'être congestionné, est pâle et livide ; les yeux 
sont éteints, les lèvres ne sont point tuméfiées, l'angoisse respira- 
toire fait défaut, à moins de complication croupale et de tirage. La 
fièvre est vive dans la diphtérie ; elle fait totalement défaut dans 
le halzoun. Le jetage et la salive présentent dans la diphtérie une 
fétidité qu'on n'observe presque jamais ici. L'adénopathie sous- 
maxillo-cervicale et l'œdème du cou simulent cependant ceux 
qu'on observe dans les diphtéries associées : mais l'examen de la 
gorge lève immédiatement tous les doutes. Dans le halzoun, il n'y 
a jamais trace de fausses membranes dans la gorge. x\joutez à ce 
signe négatif l'élément étiologique, dont l'importance est capitale 
et qui est toujours le même dans tous les cas de halzoun, et le 
diagnostic n'admettra plus aucune discussion. 

L'œdème de la glotte se produit dans des conditions déterminées. 
Les commémoratifs relatifs à l'existence antérieure de lésions 
laryngées (cancer, tuberculose, syphilis), le mal de Bright, l'en- 
fance, si prédisposée aux spasmes, aux convulsions et à l'œdème 
de la glotte, sont des éléments de nature à faciliter un diagnostic 
déjà très facile. 

Les dyspnées cardiaques ou pulmonaires présentent des caractères 



92 A. KHOURI 

particuliers, une étiologie, des antécédents et une allure tels, qu'il 
est vraiment difficile de les confondre avec les dyspnées mécaniques 
du halzoun. Le pouls, l'examen du cœur et des poumons lèvent 
tous les doutes. Les dyspnées les plus violentes dans le halzoun 
peuvent, il est vrai, exagérer le nombre des pulsations cardiaques, 
mais jamais en altérer le rythme. Et de plus, ici, même dans une 
dyspnée excessive, l'examen des poumons reste muet et l'auscul- 
tation la plus minutieuse ne dénote pas l'existence du moindre 
râle. N'était-ce l'inspiration humée, sifflante presque, d'un emphy- 
sème aigu compensateur, la respiration serait absolument normale. 

Le diagnostic des formes légères avec Viodisme aigu serait moins 
facile, si l'on n'avait recours aux antécédents et si l'on n'avait cet 
appoint sûr et infaillible du diagnostic du halzoun, à savoir, 
l'ingestion du foie cru. Celte ressemblance de l'iodisme aigu avec 
le syndrome que nous décrivons est, en elïet, frappante. Dans les 
deux cas, on observe la congestion des yeux, de la pituitaire, le 
larmoiement, l'écoulement nasal, la salivation ; dans les deux cas, 
on note la céphalalgie à des degrés variables d'intensité, les bour- 
donnements d'oreille, l'hypertrophie aiguë des amygdales, l'œdème 
de la luette, du pharynx, du larynx, du cou ; dans l'iodisme violent, 
comme dans le halzoun, s'observent encore la dysphagie, l'aphonie 
et la dyspnée. Il est vrai qu'ici les éruptions iodiques font défaut, 
mais n'est-ce pas assez pour qu'un tableau symptomatique, si 
ressemblant dans les deux cas, entraîne, à première vue, une 
erreur inévitable (1)? 

A propos du diagnostic, je citerai encore un cas curieux qui 
m'a été rapporté parle D' Cheble. Ce dernier dit avoir observé, sur 
la muqueuse buccale d'un jeune Homme, à la face interne de la 
joue, deux petits Vers accrochés à la muqueuse et qui provenaient 
d'un foie de Chèvre. Ces parasites n'avaient occasionné d'autres 
lésions qu'une rougeur assez vive mais très limitée, à pourtours 
réguliers et dont le diamètre ne dépassait guère 2 centimètres. 

(1) Je cite, en passant, le diagnostic avec les accidents du hoUilisme. Ce dernier 
ne s'observe presque jamais dans notre pays, encore moins dans les populations 
pauvres de la montagne. Au reste, le botulisme reconnaît des causes particulières 
(conserves de viandes, Poissons insuffisamment salés, Bacillus botulinus) et 
se traduit par des symptômes neuro-paralytiques : troubles sécrétoires des 
premières voies, paralysies motrices symétriques (ophtalmoplégie), dysphagie, 
aphonie, rétention d'urire, constipation. 



LE HALZOUN 93 

Raclés avec le doigt, ces Distomes se détachèrent assez facilement. 
On pourrait conclure de ce fait que le Distome a une prédilection 
marquée et exclusive pour la muqueuse du pharynx, puisque c'est 
là qu'on le trouve toujours, et puisqu'ailleurs il ne produit aucun 
des symptômes habituels du halzoun. 

Pronostic. — De ce qui précède, il est facile de déduire l'inno- 
cuité presque constante du halzoun. Le pronostic, on l'a vu, sauf 
dans des cas d'extrême exception, est des plus bénins. 

Traitement. — Ce chapitre n'a d'autre intérêt que celui de 
montrer les curieuses inventions de l'empirisme, qui pour être 
irréfléchies ou le simple effet du hasard, n'en ont pas moins 
donné à la médecine d'utiles médications. 

Le traitement du halzoun se divise en deux parties : le traitement 
prophylactique et le traitement palliatif. 

Traitement prophylactique. — C'est le seul qui soit réellement 
efficace. Il se résume en un mot : faire cuire le foie destiné à la 
consommation. Jamais un foie ayant subi l'action de la chaleur 
n'a été accusé de produire le moindre accident. C'est là une cons- 
tatation capitale : une élévation modérée de la température détruit 
en quelques secondes le parasite. C'est donc l'hygiène qui nous 
fournit le plus sûr moyen de prévenir le halzoun. Et ici, comme 
ailleurs, prévenir vaut mieux que guérir. Mais dans notre pays, et 
surtout dans un clan particulier de la population, l'habitude prise, 
et la faveur accordée au foie cru fourniront toujours un certain 
nombre de cas de halzoun. 

Traitement palliatif. — Les remèdes n'en sont guère empruntés à 
la matière médicale. Dans le nord du Liban, les remèdes les plus 
en vogue sont l'eau-de-vie en gargarismes ou en boisson, les 
gargarismes sucrés (sucre-miel-mélasse), l'ingestion du poivre et 
autres substances n'ayant pas plus de jaleur que celles citées. 

Il est d'observation courante que le halzoun est assez rare chez 
les buveurs d'araki (et c'est la catégorie d'individus les plus friands 
du foie cru). Ils en donnent une explication qui est, je crois, la 
vraie. Ils disent : « l'araki tue le Ver ». L'alcool de cette liqueur a 
une action parasiticide sur le Distome. J'ai versé quelques gouttes 
d'eau de-vie sur ces petits Vers, encore dans les canaux biliaires ; 
ils ont été tués très-rapidement. Cela explique l'adoption de ce 
moyen par les buveurs et son intronisation par eux en méthode 
thérapeutique. 



9i A. KHOURI. — LE HALZOUN 

L'eau-de-vie agirait donc comme prophylactique ; comme moyen 
curatif, quand les symptômes se sont déjà produits, quoique 
utile, son action est moins certaine. 

Dans les formes moyennes ou sévères, le seul traitement utile 
est le vomitif. Il donne souvent des résultats inespérés et procure 
au malade, en quelques minutes, un bien-être d'autant plus 
appréciable qu'il succède à une agitation souvent très vive. Le 
vomitif agit mieux encore quand l'estomac est plein. Les 
aliments, violemment projetés au dehors, entraînent avec eux le 
parasite. Si Testomac est vide, les contractions violentes du 
pharynx et de l'œsophage finissent toujours par détacher les 
Distomes, quoique moins facilement. Les animaux rejetés sont 
augmentés de volume, suivant le temps qu'ils ont passé sur la 
muqueuse. Quelquefois même, il n'est pas besoin de vomitif. La 
nature médicatrice intervient seule et, par des nausées et des 
vomissements réflexes répétés, expulse de la gorge son hôte 
incommode. 

Voilà où en est le traitement du halzoun. J'avoue, à part l'usage 
systématique du vomitif que je lui ai opposé, que j'ai peu fait 
pour son traitement. Toutefois, quand l'affection sera connue et 
mieux étudiée, nul doute qu'on la dotera d'un nom plus scienti- 
fique ; et, quand les recherches se seront multipliées, qu'on 
arrivera à lui trouver un traitement moins empirique, plus 
rationnel et surtout plus efficace. 



LA MÉDECINE COLONIALE 



le Professeur R. BLANCHARD 

Le voyageur qui, venant d'Europe, débarque sous les tropiques, 
se trouve soudain transporté dans une nature étrange : tout lui est 
nouveau, la flore et la faune; les arbres sont si différents de ceux 
qu'il a coutume de voir en Europe, les fleurs revêtent des formes si 
capricieuses, les animaux sont eux-mêmes d'un aspect tellement 
inattendu, que notre voyageur n'a d'autre souci que de rapporter 
en Europe des échantillons de tous ces êtres curieux, pour en 
enrichir les collections publiques. 

Ce sentiment de curiosité, de nouveauté, de « pas encore vu », il 
n'y a rien d'étonnant à ce que celui qui, au lieu d'étudier les 
plantes et les bêtes, étudie l'Homme, l'éprouve à son tour. Chacun 
sait à quel point les diverses races humaines diffèrent les unes des 
autres; personne n'ignore qu'il existe des blancs et des noirs, des 
rouges et des jaunes et que tous ces peuples divers n'ont ni la 
même langue, ni les mêmes coutumes. 

Ce n'est pas seulement à ces différents points de vue que les 
races humaines sont dissemblables; c'est encore et surtout par 
leur physiologie, par leur morbidité, par les maladies qui les 
peuvent assaillir. C'est une erreur trop répandue, de croire qu'il 
suffit de faire, dans les Facultés de médecine d'Europe ou de quel- 
ques pays du Nouveau-Monde, des études que je veux supposer 
très bonnes, alors cependant que les examens de tous les jours 
nous prouvent souvent le contraire; c'est, dis-je, une erreur de 
croire qu'il suffit de connaître la pleurésie, la péritonite, la fièvre 
typhoïde, le cancer et d'autres maladies banales dont l'humanité 
du Vieux-Monde est affligée, pour être apte à exercer la médecine 
sous les tropiques et pour avoir une notion précise, comme doit la 
posséder tout médecin digne de ce nom, des maladies qu'on 
rencontre dans les colonies, aussi bien chez les indigènes que chez 
les blancs qui s'y trouvent transplantés. 

(1) Conférence faite, sous les auspices de la Revue scientifique, à la salle des 
Agriculteurs, le 11 mai 1904, 



96 R. BLANCHARD 

Pendant fort longtemps, les colonies françaises ont été de très 
faible importance. A la suite de la perte du Canada, de ces quelques 
arpents de neige qui sont devenus le pays florissant que vous 
savez, après la chute de l'Empire français des Indes, nos colonies 
ont été réduites à quelques petites îles : la Martinique, la Guade- 
loupe, la Réunion. La conquête de l'Algérie, puis la prise de 
possession de la Nouvelle-Calédonie et de la Cochinchine, furent 
les premiers symptômes du réveil colonial de notre pays. Depuis 
vingt-cinq ans, nous avons fait dans ce sens des progrès étonnants 
et nos possessions d'outre-mer se sont multipliées : le protectorat 
de la Tunisie, de l'Annam et du Cambodge; la conquête du Tonkin, 
du Soudan, du Congo, de Madagascar, etc., témoignent suffisam- 
ment de notre activité colonisatrice. 

D'ailleurs, cette activité ne s'est pas seulement manifestée en 
France. Depuis 25 ou 30 ans, un souffle nouveau pousse les grandes 
nations européennes vers la colonisation : toutes, à l'envi, se sont 
ruées sur les régions du globe qui n'appartenaient encore à aucune 
puissance civilisée ou prétendue telle; elles se sont mises à dépecer 
le monde, à le diviser en parcelles dont il s'agissait de prendre 
possession le plus rapidement possible, pour contrecarrer les 
entreprises des nations rivales. Cette besogne a été menée si 
promptement, qu'aujourd'hui, on peut le dire, il ne reste plus de 
territoires disponibles. 

Ce partage du monde ne s'est point fait pour l'unique plaisir des 
géographes; le Vieux-Monde, enserré dans ses limites étroites, ne 
trouvant plus assez de débouchés pour les produits de son industrie, 
a été obligé, par la force des choses, de trouver des débouchés 
nouveaux. Telle est la raison économique dominante, grâce à 
laquelle les peuplés d'Europe se sont mis à coloniser. On a vu des 
vieux peuples colonisateurs, comme la France et l'Angleterre, 
acquérir des territoires nouveaux excessivement étendus et, symp- 
tôme beaucoup plus curieux, des peuples nouveaux venus à la 
colonisation, comme l'Allemagne, s'empresser de mettre la main 
sur des territoires encore inoccupés. 

Aujourd'hui, cette phase de conquête est achevée; la période 
d'organisation et de mise en valeur est partout inaugurée. Il est 
bien certain, en effet, que les conquêtes faites récemment par la 
France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique et même les 



LA MEDECINE COLONIALE 97 

Etats-Unis, n'ont pas été entreprises uniquement pour le plaisir 
enfantin de barioler la carte de jaune, de rouge ou de vert. Nous 
sommes tous résolus, non seulement à étendre nos relations 
commerciales et industrielles avec ces pays nouveaux, mais encore 
à nous y implanter, à nous y établir, à y faire souche et à former 
ainsi des Frances, des Angleterres ou des Allemagnes nouvelles. 

Par ce simple préambule, je crois vous avoir montré combien il 
est indispensable à tout colon d'avoir des notions précises sur les 
ressources du pays où il vient s'établir ; sur le climat, la constitu- 
tion du sol; de savoir quels animaux y vivent, de manière à les 
utiliser; de savoir quels végétaux y poussent, de manière à en 
tirer profit; mais aussi de savoir lutter contre les intempéries, 
contre les maladies qui peuvent l'assaillir dans ces pays nouveaux, 
enfin d'avoir sur l'habitabilité de ce pays et sur l'hygiène des 
données absolument exactes. 

Or, aucun de ceux qui sont au courant de l'enseignement médical, 
tel qu'il se donne dans les Facultés de médecine de l'Europe ou de 
l'Amérique du Nord, c'est-à-dire des pays tempérés, ne me contre- 
dira, si je prétends ici que ce que nous enseignons à nos étudiants, 
c'est la médecine de France ou d'Allemagne, ou d'Italie, mais 
nullement la médecine des pays chauds. Le médecin qui, ayant 
fait de bonnes études en Europe, s'en va sous les tropiques, se 
trouve aussi dépaysé que tout à l'heure l'était notre voyageur, 
lorsqu'il se trouve en présence de cette nature nouvelle. Pour lui, 
l'humanité est un champ nouveau, un microcosme particuliè- 
rement intéressant, mais tout à fait inconnu, qu'il a le plus grand 
intérêt à connaître et à pénétrer. Pour cette raison, la nécessité 
s'est donc imposée, dans ces années dernières, de créer dans nos 
Facultés de médecine un enseignement portant exclusivement sur 
les maladies des pays chauds. 

Je dois dire, en toute justice, qu'un tel enseignement existe 
depuis longtemps en France : c'est dans nos Ecoles de médecine 
navale de Brest, de Toulon et de Rochefort, que, pour la première 
fois dans le Vieux Monde, on a systématiquement enseigné la 
médecine exotique. Il existe également au Val-de-Grâce des cours 
d'épidémiologie, grâce auxquels les médecins de l'armée acquièrent 
les connaissances médicales relatives aux colonies et, d'une façon 
plus générale, aux régions exotiques où les hasards de la guerre 

Archives de Parcmtologle, IX, n» l, 1905. 7 



98 R. BLANCHARD 

peuvent les appeler du jour au lendemaîn. Mais le rôle de la colo- 
Disation s'étend : les territoires placés sous l'hégémonie des nations 
d'Europe ne sont plus uniquement occupés par des militaires ; il y 
vient des colons, avec l'intention formelle de s'y établir et d'y 
vivre ; c'est la véritable colonisation qui commence, après l'occu- 
pation militaire du pays. Pour ces colons, pour le personnel blanc, 
noir ou jaune qui travaille dans leurs exploitations, pour les villes 
qui se créent ou qui s'étendent, il faut des médecins eux-mêmes 
sédentaires. Ces médecins civils n'auront pu acquérir des notions 
de pathologie exotique auprès des maîtres d'une si haute distinction 
qui professent dans nos Ecoles de médecine navale ou militaire, 
puisque celles-ci sont fermées aux médecins civils. Il était donc 
urgent d'organiser en faveur de ces derniers un enseignement 
nouveau, répondant aux besoins que nous venons d'exposer. 

Cette fois, ce n'est plus la France qui a pris l'initiative; l'exemple 
nous est venu de l'étranger. Ce sont les Anglais qui, les premiers, 
ont institué une Ecole de médecine tropicale, grâce à l'initiative 
d'un savant éminent. Sir Patrick Manson. Ayant vécu longtemps 
en Chine et y ayant vu de près des maladies parfaitement inconnues 
en Europe, il eut l'idée de constituer à Londres un enseignement 
particulier pour ces maladies ; il fut ainsi le créateur de la première 
Ecole de médecine tropicale, qui est annexée à l'hôpital des marins, 
à l'est de Londres, et qui fonctionne depuis cinq ans environ. 

A cette époque, le ministre des Colonies était M. Joseph Cham- 
berlain. Un beau jour, un armateur de Liverpool, M. Alfred Jones, 
vint rendre visite au ministre, qui lui dit tout en causant : « On 
vient de créer, à Londres, une Ecole de médecine tropicale ; vous 
devriez en faire autant à Liverpool, le grand port. » L'idée était 
bonne; elle n'allait pas tarder à se montrer féconde. 

M. Jones revint à Liverpool, et organisa un banquet (on banqueté 
beaucoup en Angleterre), où furent conviées toutes les personnes 
s'intéressant aux progrès de la ville et au succès commercial et 
économique des colonies anglaises. Après les toasts à la Reine, à 
la famille royale et à 1' « army and navy », qui sont obligatoires 
au cours de toutes les agapes, M. Jones prit la parole, raconta ce 
que le ministre Chamberlain lui avait dit et déclara qu'il était 
résolu à créer à Liverpool une Ecole de médecine tropicale. Il 
fallait beaucoup d'argent ; il proposa une somme importante ; 



LA MEDECINE COLONIALE 99 

« J'estime, dit-il, que c'est la moitié de ce qu'il faut; je verserai 
cette somme lorsque les personnes ici présentes ou un groupe quel- 
conque de nos concitoyens auront réuni une somme semblable. » 
Et, séance teuante, on vida les portefeuilles, les bank-notes affluè- 
rent, et en dix minutes l'Ecole de médecine tropicale de Liverpool 
fut créée. 

Depuis lors, l'argent ne cesse d'affluer : les deux Ecoles de 
Londres et de Liverpool sont actuellement dotées de la façon la 
plus large et possèdent des revenus à faire pâlir d'envie toutes les 
institutions scientifiques du continent (1). 

C'est ainsi que les choses se passent dans un pays où l'initiative 
privée fait tout, dans un pays qui n'a point de budget de l'Instruc- 
tion publique, qui a pourtant des écoles très florissantes, des 
Universités célèbres dans le monde entier : Oxford, Cambridge, et 
autres; dans un pays où les établissements d'instruction sont entre- 
tenus par la générosité des citoyens. 

Est-ce qu'il ne serait pas possible, dans notre pays, qui possède 
également un empire colonial très étendu, de constituer aussi un 
enseignement de la médecine coloniale ou tropicale? 

La question s'est posée de différents côtés à la fois ; c'est à 
Marseille qu'elle fut résolue tout d'abord. Le professeur Heckel, 
dont tout le monde savant admire les beaux travaux sur les plantes 
des pays chauds, eut la généreuse et patriotique idée de créer, 
dans cette ville, un enseignement de la médecine tropicale. Mais 
vous savez ce qu'est la concentration française : une force centri- 
pète entraîne tout vers Paris et les institutions les plus utiles et 
les mieux organisées, lorsqu'elles naissent loin du centre, ne sont 
pas toujours accueillies avec la faveur que pourtant elles méritent. 
C'est précisément ce qui arriva : maigre la haute valeur des 
maîtres, malgré des conditons exceptiounellement favorables au 
recrutement des malades, les élèves ne furent pas aussi nombreux 
qu'on était en droit de l'espérer ; et tous ces élèves étaient exclusi- 
vement des Français — ce qui n'était qu'un demi mal, puisqu'en 
somme c'était pour les Français que l'enseignement était organisé. 

Vers la même époque, l'Université de Bordeaux créa un ensei- 
gnement similaire. Bordeaux est le siège d'une Kcole d'application 

(1) R. Blanchard, Création à Paris d'un Institut de médecine coloniale. Archives 
de Parasitologie, VI, p. 414-474, 1901. 



100 R. BLANCHARD 

du Service de santé de la Marine : la clientèle était donc trouvée ; 
ce fut cette clientèle qui fit le succès de l'institution nouvelle. Le 
programme est d'ailleurs excellent, les cours sont tout à fait 
remarquables, et la Faculté de Bordeaux a déjà formé un bon 
nombre de médecins coloniaux. 

Mais ceux-ci sont toujours des Frauçais et l'influence de l'ensei- 
gnement nouveau ne se fait guère sentir en dehors de nos frontières. 
Au point de vue de l'influence morale exercée par notre pays, il 
était évidemment désirable qu'il en pût être autrement. L'Univer- 
sité de Paris attire un très grand nombre d'étudiants étrangers ; 
nous devions avoir la légitime ambition, par un enseignement de 
la médecine tropicale, d'attirer à nous, non seulement des Français, 
mais aussi un nombre considérable d'étrangers. 

J'eus donc l'idée de créer à Paris un Institut de médecine colo- 
niale. Cela n'alla pas sans peine; je dus lutter pendant deux ans 
contre des difficultés sans cesse renaissantes : la gestation fut plutôt 
pénible, mais enfin on aboutit (1). Maintenant, l'Institut de méde- 
cine coloniale vit ; il a déjà eu deux sessions d'enseignement, et 
je vois dans cette salle un certain nombre de nos élèves, si ce mot 
ne les choque pas, qui ont suivi avec le plus grand succès l'une ou 
l'autre de ces sessions ; leur présence est un sûr garant du succès 
de l'institution et de l'intérêt qu'ils ont trouvé à suivre notre 
enseignement. 

Et ce qui manquait aux deux écoles de Marseille et de Bordeaux, 
qui nous ont précédés (2), s'est réalisé chez nous : nous avons eu 
à la première session 20 élèves, dont 7 étrangers; nous en avons 
eu 25 cette année-ci, dont 13 étrangers ; nous aurions pu en avoir 42, 
dont plus de la moitié d'étrangers, si la place et les crédits ne nous 
avaient manqué. 

D'où viennent ces étrangers? Je vois dans cette salle un Véné- 
zuélien; je pourraisy voir un Russe, un Chilien, un Colombien, un 
Grec, deux Italiens, un Haïtien, un médecin de l'armée américaine 
des Philippines, un médecin du Congo belge, un autre des colonies 

(1) R. Blanchard, L'Institut de médecine coloniale. Histoire de sa fondation. 
Archives de Parasitologie, VI, p. 585-603, 1902. 

(2) En réalité, mes pourparlers en vue de la création de l'Institut de médecine 
coloniale étaient engagés avant qu'il fût question d'une création semblable à 
Bordeaux. 



LA MEDECINE COLONIALE 101 

portugaises de la côte occidentale d'Afrique, etc. En d'autres 
termes, nous avons su attirer à nous des étrangers ; et si nos 
moyens d'action étaient moins limités, si nous avions des locaux 
plus vastes et surtout de l'argent en quantité plus grande, je suis 
certain que nous aurions des élèves aussi nombreux, sinon même 
plus nombreux que l'École de médecine tropicale de Londres. 

Dans cette concurrence qui s'établit entre les deux centres 
d'enseignement, Londres et Paris, nous marchons d'accord de la 
façon la plus intime. Bien avant « l'entente cordiale », nous avions 
décidé, Sir Patrick Mansoa et moi, de nous envoyer ceux de nos 
élèves qui voulaient bien passer la Manche, et même de faire 
éventuellement un échange de malades, de manière à faire une 
sorte d'enseignement réciproque. 

Nous avons tenu parole. Sir Patrick Manson, les D^s Cantlie, 
Low et Sambon sont venus de Londres, dans le courant de novembre 
dernier, pour voir nos trois nègres atteints de la maladie du 
sommeil. De notre côté, nous sommes allés, M. Wurtz et moi, avec 
une quinzaine de nos élèves, rendre visite à nos amis de Londres, 
aux dernières vacances de Noël. Ils nous ont fait une réception 
triomphale, tout à fait disproportionnée à notre très faible mérite; 
ils nous ont donné une démonstration touchante et inoubliable de 
cette hospitalité cordiale qui est célèbre dans le monde entier et 
qu'on ne trouve qu'en Angleterre.... et en Ecosse. Bref, il y a des 
éléments de succès et de concorde très intéressants à constater. 

Je ne veux pas rester plus longtemps sur ces préliminaires un 
peu ardus, un peu techniques, mais je tenais à vous faire bien 
comprendre qu'il se produit en ce moment une sorte de renou- 
veau des études médicales, du moins dans une certaine limite, et 
que ces tentatives doivent avoir les plus heureuses conséquences 
au point de vue des entreprises coloniales. 

Je veux maintenant vous montrer qu'il était tout à fait nécessaire 
d'instituer un enseignement de la médecine coloniale ou tropicale, 
car les maladies qu'on observe sous les tropiques ne ressemblent 
en rien à celles que nous observons ici. Il est bien certain qu'on 
se luxe l'humérus ou qu'on se fracture le tibia en Afrique, tout 
aussi bien qu'en Europe, car les maladies d'origine traumatique 
sont partout les mêmes, mais celles que déterminent les agents 
animés et le climat ne sont pas du tout de même nature. 



102 R. BLANCHARD 

Vous êtes, sans doute, un peu surpris de voir un naturaliste 
venir vous parler de l'utilité de l'enseignement de la médecine 
tropicale; vous comprendriez beaucoup mieux qu'un maître de la 
pathologie interne ou externe vînt défendre devant vous la thèse 
que je me propose de vous exposer. Eh bien! si à priori vous 
admettez cela, j'ai quelque idée que vous allez bientôt changer 
d'avis et que vous ne tarderez pas à comprendre que ceux qui 
doivent le plus s'occuper de ces questions, ce sont bien plus les 
naturalistes que les médecins. 

A mesure que nous pénétrons mieux la cause des maladies, que 
nous remontons à leur étiologie et que nous en établissons les 
sources d'une façon plus certaine, nous arrivons à reconnaître que 
les maladies parasitaires sont de beaucoup les plus nombreuses : 
telle maladie, qu'on croyait être une pure inflammation ou qu'on 
croyait causée par une influence climatérique, est uniquement 
sous la dépendance d'un parasite. Or, il est intéressant de voir 
que, tandis que dans les pays tempérés, les maladies parasitaires 
sont pour la plupart d'origine microbienne, dans les pays chauds, 
elles sont d'origine animale. Les plus graves endémies et les 
maladies les plus meurtrières qui frappent les Européens établis 
sous les tropiques sont causées par des animaux. Et alors, vous 
comprenez que le problème se complique singulièrement : il ne 
s'agit plus seulement d'étudier une maladie au point de vue 
clinique, d'en déterminer les symptômes, d'en savoir faire un 
diagnostic judicieux ; ce qu'il importe surtout de connaître, c'est 
l'agent qui produit cette maladie. Il faut savoir quels sont ses 
mœurs, ses migrations, s'il en a, ses conditions de vie en dehors 
de l'organisme humain, et j'ajouterai même en dehors de l'orga- 
nisme animal, car il s'établit un rapprochement tous les jours 
plus intime entre la médecine des animaux et celle de l'Homme, 
L'Homme, en effet, n'est pas, pour le physiologiste, le médecin, 
le naturaliste, autre chose qu'un animal, assurément le plus 
parfait, le plus sublime, le plus... tout ce que vous voudrez, vous 
connaissez la thèse, tout aussi bien et mieux que moi; il n'en est 
pas moins vrai que l'Homme n'est qu'un animal et certaines mala- 
dies s'observent aussi bien chez lui que chez les animaux domes- 
tiques ou sauvages. Le médecin, spécialement celui qui exerce 
son art aux colonies, doit donc absolument posséder des notions 



LA MEDECINE COLONIALE 103 

aussi nettes que possible sur les maladies des animaux qui vivent 
auprès de l'Homme. 

Et puisque, sous les tropiques, la plupart des maladies sont 
causées par des animaux parasites, vous voyez que le rôle du 
naturaliste intervient d'une façon urgente et que c'est lui qui doit 
être l'initiateur et le directeur dans les études que nous avons à 
accomplir. Je vais vous le démontrer par quelques exemples; ils 
sont très abondants et s'il me fallait vous les énumérer tous, votre 
patience serait bien vite à bout, car ce serait tout un cours de 
Faculté de médecine qu'il me faudrait faire, et vous n'attendez pas 
cela de moi. 

Est-il une maladie plus répandue que le paludisme^ la fièvre 
intermittente? Vous savez en quoi consiste cette maladie en Europe, 
mais ce que vous constatez dans nos pays ne peut vous faire soup- 
çonner en aucune manière avec quelle violence elle sévit dans les 
pays chauds. 

Le paludisme forme autour du globe une ceinture qui couvre 
toute la région tropicale et qui s'étend même bien au-delà. Cette 
maladie est la plus meurtrière de toutes celles qui peuvent nous 
attaquer : aucune, même les épidémies les plus terribles, la peste, 
le choléra, la fièvre jaune, etc., ne tue bon an mal an autant de 
monde que le paludisme. Dans nos climats, la tuberculose passe à 
juste titre pour être une maladie des plus redoutables, mais le 
tribut que nous lui payons est loin d'être aussi lourd que celui que 
certaines races paient au paludisme. Il y a donc grand intérêt à 
bien connaître cette maladie. Eh bien ! il s'agit là d'une maladie 
parasitaire et le parasite a été découvert, voilà vingt-trois ans, par 
un médecin militaire français dont vous avez déjà tous le nom sur 
les lèvres : le professeur Laveran, C'est là, incontestablement, l'une 
des découvertes les plus sensationnelles du xix^ siècle. 

Je ne veux pas entrer dans les détails ; qu'il me suffise de vous 
dire qu'il s'agit ici d'un corpuscule parasitaire excessivement fin, 
qui se loge à l'intérieur des globules rouges du sang; il mange la 
substance de ces globules, grossit et se développe à leurs dépens, 
puis, à un moment donné, se multiplie par un procédé spécial, 
grâce auquel un nombre assez considérable de petits corpuscules 
vont se trouver libres dans le sang ; ces derniers pénètrent à leur 
tour dans les globules rouges, et le même cycle recommence indé- 
finiment. 



104 R. BLANCHARD 

Je VOUS présente une série de projections qui mettent en évidence 
toutes les phases accomplies successivement par le parasite du 
paludisme. 

Toutes les fois que les corpuscules susdits se trouvent mis en 
liberté, par suite de l'éclatement du globule, le malade a un accès 
de fièvre, et à ce moment là seulement. Pourquoi ? On sait que 
tous les êtres vivants, en se nourrissant, c'est-à-dire en usant leurs 
tissus, produisent des toxines; l'animalcule qui est dans le globule 
sanguin n'échappe pas à la loi commune : il excrète des toxines 
qui s'accumulent autour de lui dans le globule. Quand ce globule 
éclate et que les petits corpuscules parasitaires sont mis en liberté, 
les toxines sont déversées en même temps dans le torrent circula- 
toire qui les absorbe; elles peuvent agir alors sur les centres 
nerveux, et voilà comment l'accès de fièvre se produit; et s'il se 
produit périodiquement, c'est que l'éclatement du globule est lui- 
même périodique. Voilà tout le secret de la fièvre intermittente, 
sur les causes de laquelle on a tant discuté. 

Pendant très longtemps on n'a pas su comment se propageait la 
fièvre intermittente. On disait : cela vient des marécages, d'où le 
nom de paludisme donné à la maladie. On disait encore : cela vient 
de l'air, et on recommandait, par exemple, aux voyageurs qui 
traversaient les marais Pontins ou la campagne romaine, en 
chemin de fer ou en carriole, de ne respirer que par le nez, car un 
miasme subtil s'échappait du terrain et se répandait dans l'air, 
d'où le nom de malaria (mauvais air) donné à la fièvre. On disait 
aussi : cela vient du sol, elle miasme dangereux se dégage quand 
on fait des travaux de terrassement, d'où le nom de tellurisme 
également donné à la maladie. 

Toutes ces conceptions étiologiques sont inexactes; pendant 
20 siècles, l'humanité a vécu sur ces idées fausses, dont, à l'heure 
présente, il ne reste plus rien. C'est par l'intermédiaire d'un 
Moustique que se fait la transmission du parasite. A un certain 
moment, celui-ci ne se multiplie plus dans le sang, mais revêt une 
forme spéciale et reste alors indéfiniment dans le liquide sanguin, 
sans y subir aucune modification. Les corpuscules particuliers, 
qui ont ainsi pris naissance dans le sang, peuvent être avalés avec 
les globules rouges par un Moustique. 

Dans l'estomac de l'Insecte s'accomplissent alors des phénomènes 



LA MÉDECINE COLONIALE 105 

très curieux, qui aboutissent à une sorte de fécondation et à la 
production d'une espèce d'oeuf. Celui-ci pénètre dans l'épaisseur 
de l'estomac, y grossit, puis se résout en une foule de petits 
filaments qui, par éclatement de l'enveloppe qui les entoure, 
tombent dans la cavité du corps de l'animal. Ils se disséminent 
alors de toutes parts, puis cheminent vers la partie antérieure, 
tombent dans les glandes salivaires, les traversent de part en part, 
et arrivent ainsi dans le canal excréteur, d'où ils peuvent être 
introduits dans la peau d'un Homme sain, que le Moustique vient 
piquer par hasard. 

Ainsi s'opère l'inoculation du parasite; ainsi commence le cycle 
évolutif que nous venons d'esquisser rapidement. Il n'y a pas 
d'instant, ne fût-ce qu'un millième de seconde, où le parasite du 
paludisme soit libre; il passe de l'Homme au Moustique, du Mous- 
tique à l'Homme, et indéfiniment... Quoi qu'on en ait pensé pendant 
des siècles, ce ne sont donc ni l'eau, ni l'air, ni le sol, qui causent 
le paludisme; ces croyances appartiennent désormais à l'histoire 
de la médecine ; il est définitivement établi par l'expérience que 
les fièvres intermittentes se transmettent exclusivement par les 
Moustiques. 

Voici ces Insectes délicats, dont beaucoup sont gracieux et jolis 
au possible. Chacun connaît leur piaulement aigu et a subi leurs 
cuisantes piqûres, mais qui se douterait que des êtres si petits 
puissent être si redoutables? Pourtant, rien n'est plus exact. Il 
devient donc nécessaire d'acquérir sur leur compte des connais- 
sances précises. 

Les Moustiques pondent leurs œufs dans l'eau stagnante; la 
forme et l'agencement de ces œufs peuvent varier d'une façon très 
caractéristique. Tantôt ces œufs adhèrent entre eux de manière à 
former une sorte de galette, tantôt ils demeurent indépendants et 
séparés les uns des autres, quoique plus ou moins rapprochés, 
parce que les corps flottants se rapprochent, mais un souffle suffit 
pour les dissocier. Ces deux types sont bien connus des naturalistes, 
et ils doivent être bien connus des médecins. 

Les Moustiques sont en nombre considérable; on en connaît à 
l'heure actuelle plus de 300 espèces; heureusement toutes ne sont 
pas dangereuses. 

Parmi ces espèces, les unes sont la cause du paludisme dont 



106 R. BLANCHARD 

nous venons de parler : ce sont les Anophèles ; d'autres donnent la 
filariose, la fièvre jaune, peut-être aussi la lèpre. Il y a donc un 
intérêt capital à connaître ces Insectes d'une façon générale et à 
pouvoir déterminer que les espèces nuisibles habitent une région 
déterminée. 

Sont-ce les médecins qui nous diront cela? Non, à moins qu'ils 
ne soient, ce qui est très désirable, doublés de naturalistes. C'est 
le naturaliste seul, en effet, qui est capable de nous renseigner. Et 
voyez l'importance de cette question : 

Nous sommes aux colonies ; le pays semble fertile, l'eau est 
abondante; on pourrait installer une plantation ou une culture 
quelconque, construire des habitations ou même fonder une 
ville. 

Jusqu'à ces derniers temps, en pareille occurrence, on allait à 
l'aveuglette : on se laissait charmer par le paysage, on se décidait 
d'après l'emplacement, la proximité des voies de communica- 
tion, etc. Certes, de telles considérations sont importantes, mais 
aujourd'hui elles doivent passer au second plan ; la question capi- 
tale, celle qui doit dominer toute autre préoccupation, c'est la 
question de salubrité. Et le problème qui se pose désormais se 
résume à ceci : « Y a-t-il ou non dans ce pays des Moustiques dan- 
gereux ou d'autres Insectes capables de propager des maladies? » 

Comment le savoir ? Les colons vont-ils se mettre tous à courir 
après les Moustiques, à faire des collections d'Insectes? Il ne peut 
être évidemment question de demander cela à tout le monde; mais 
ce que chacun peut faire, car rien n'est plus facile et plus instructif, 
c'est de pêcher dans les eaux stagnantes à l'aide de filets fins, 
analogues aux filets à Papillons. On prélève ainsi dans l'eau ou à 
sa surface des spécimens, des animalcules qui y vivent; on les 
verse dans un bocal d'alcool ou de formol, puis on les envoie par 
la poste au Laboratoire de parasitologie, 15, rue de l'Ecole de 
Médecine, à Paris. Là se trouvent des gens qui passent leur vie la 
loupe ou le microscope à l'œil et qui pourront vous renseigner. Ils 
vous diront, d'après le simple examen des œufs et des animalcules 
ramenés par le filet fin, s'il existe dans la région des Moustiques 
dangereux, à quels types ils appartiennent et, conséquemment, 
s'ils sont capables ou non de vous inoculer quelque affection 
parasitaire. 



LA MEDECINE COLONIALE 107 

Cependant, l'œuf éclôt et il donne naissance à la larve. Qui ne 
connaît la larve du Cousin vulgaire ? Qui n'a vu, dans les tonneaux 
d'arrosage, cet animalcule étrange, qui gambade et s'agite de la 
façon la plus bizarre ? 

Suivant que l'on observe la larve du Cousin ou celle de l'Ano- 
phèle, l'attitude de l'animal au repos est différente. La première se 
tient obliquement dans l'eau et son tube respiratoire seul affleure 
la surface ; la seconde est dépourvue de siphon respiratoire et est 
étendue à la surface, comme un fétu de paille. Bien que vivant 
dans l'eau, ces animaux ne peuvent respirer que l'air atmosphé- 
rique : ils sont obligés périodiquement de remonter à la surface, 
pour rejeter l'air vicié qui est dans leur appareil respiratoire et de 
le remplacer par de l'air contenant de l'oxygène. 

Les figures qui passent sur l'écran vous montrent ces différences 
essentielles, qui sont aisément appréciables. Après les larves, voici 
les nymphes, puis divers types de Moustiques adultes, afin de 
vous montrer les nombreuses variations que ces Insectes peuvent 
présenter. Celui-ci est VAnopheles maculipennis femelle, l'animal 
qui nous donne la fièvre intermittente : on ne se douterait pas que, 
dans un corps aussi petit, il pût y avoir tant d'astuce. 

L'Anophèle existe partout en Europe, et partout il propage le 
paludisme ; il existe même aux environs de Paris, et si la fièvre 
intermittente ne s'y observe pas c'est tout simplement parce que 
les fiévreux y font défaut. Mais qu'un fiévreux vienne d'Indo-Chine 
ou du Sénégal, et que dans son voisinage se trouve une nichée 
d'Anophèles, éclose dans quelque bassin de jardin, cet individu va 
pouvoir infester les Anophèles et le paludisme va se répandre tout 
à l'entour. 

On soupçonnait depuis longtemps que les Moustiques jouaient 
un certain rôle dans la dissémination du paludisme, mais c'est à 
sir Patrick Manson que revient le mérite d'avoir conçu le premier 
un plan de recherches devant conduire à cette découverte capitale. 
Ce n'est pas lui, toutefois, qui a fait cette découverte, car il résidait 
en Angleterre, pays où la fièvre intermittente n'existe plus guère, 
mais il en a été l'instigateur. C'est à un médecin de l'armée des 
Indes, le D^ R. Ross, que revient la gloire d'avoir reconnu que le 
paludisme des Oiseaux, qui est très semblable à celui de l'Homme, 
est transmis par les Moustiques. En Italie, le professeur Grassi, de 



108 R. BLANCHARD 

l'Université de Rome, ne tarda pas à étudier le paludisme dans la 
campagne romaine et constata que cette redoutable épidémie était, 
elle aussi, causée par les Anophèles. 

Voilà donc une série de faits qui s'enchaînent, plusieurs savants 
dont les observations concordent ; il n'y a pas, dans les sciences 
médicales, de fait plus positif que celui que je viens de vous 
résumer et qui date de quatre ou cinq ans au plus et maintenant 
on peut dire, tout au moins au point de vue théorique, que nous 
avons vaincu le paludisme et que le règne de cette endémie meur- 
trière entre toutes est sur le point d'être achevé : nous pouvons la 
faire disparaître, ce n'est plus qu'une question d'argent. On 
sacrifie, pour des choses moins importantes, des sommes infini- 
ment plus considérables que celles qui seraient nécessaires pour 
assainir nos colonies françaises. 

Je voudniis vous prouver, par un exemple encore, qu'il est 
facile de rendre salubres des centres d'habitation que jusqu'alors 
décimait le paludisme. Cet exemple me sera fourni par la ville de 
Freetow^n, à Sierra Leone. Grâce à l'inépuisable libéralité de 
M. A. Jones, l'Ecole de médecine tropicale deLiverpool envoya sur 
la côte occidentale d'Afrique plusieurs missions pour étudier les 
conditions de la propagation du paludisme. L'une de ces missions 
prit Freetown pour champ d'observation : la ville était réputée 
pour son insalubrité. On reconnut que les rues étaient creusées de 
petites ornières, de petites flaques d'eau, oi^i vivaient des larves 
d'Anophèles en quantité plus ou moins grande, à la porte même 
des habitations. En effet, le paludisme était à l'état permanent; il 
causait des ravages considérables et faisait de Freetown l'un des 
points les plus insalubres de la côte d'Afrique. Il a suffi de quelques 
pelletées de terre pour combler toutes les flaques d'eau : dès lors, 
l'assainissement de la ville fit des progrès considérables et le palu- 
disme rétrocéda dans des proportions extraordinaires. 

La filariose vous est moins connue que le paludisme, parce que, 
contrairement à celui-ci, c'est une maladie exclusivement tropi- 
cale. La carte qui passe sous vos yeux vous montre, en effet, qu'elle 
ne s'étend pas au delà des tropiques et qu'elle forme une sorte de 
ceinture continue tout autour du globe. C'est une maladie singu- 
lière, qui est causée par des Vers dont les embryons circulent dans 
le sang. 



LA MEDECINE COLONIALE 109 

Les individus atteint de filariose présenteot des symptômes 
assez divers ; l'un des plus constants est l'hématurie. A la longue, 
il peuvent présenter aussi de singulières malformations des mem- 
bres, qui prennent cet aspect terrifiant que l'on désigne sous le 
nom d'éléphantiasis ; mais c'est véritablement insulter l'Eléphant 
que d'emprunter son nom pour caractériser de telles déformations. 
L'éléphantiasis revêt souvent des aspects beaucoup plus mons- 
trueux que ceux que je vous présente, mais j'ai pensé qu'il 
viendrait des dames à cette conférence et j'ai craint de les 
effrayer. 

Voilà très longtemps que la filariose est connue, comme le 
prouve cette peinture japonaise, que j"ai fait copier au Musée 
Britannique sur un makimono du xii^ siècle; elle montre une 
femme atteinte d'éléphantiasis des deux jambes. 

Cette maladie, je l'ai dit, ne se trouve que sous les tropiques ; 
les pays qui ont des colonies équatoriales doivent donc s'y inté- 
resser tout particulièrement ; aussi ne doit on pas être trop 
surpris de la trouver représentée dans des circonstances où assu- 
rément on ne l'attend guère, sur le timbre français de 50 centimes, 
par exemple. 

La filariose est, elle aussi, transmise par un Moustique. Quand 
l'Insecte suce le sang d'un individu malade, il avale, en même 
temps que les globules, les petits embryons que je vous ai montrés 
tout à l'heure. Ceux-ci, arrivés dans l'estomac ou le jabot du 
Moustique, vont en percer les parois et tomber dans la masse des 
muscles moteurs des ailes, y grandissent peu à peu, en même 
temps que ces muscles se détruisent progressivement. Au bout de 
trois semaines environ, la croissance des larves est achevée : elles 
quittent alors les muscles, s'acheminent vers la tête et pénètrent 
dans la trompe. Désormais le Moustique est infectieux : s'il vient 
à piquer un individu sain, il émet sa salive irritante et, du même 
coup, il déverse dans la petite plaie qu'il vient de produire un 
nombre plus ou moins grand de ces larves. C'est ainsi que la 
filariose est inoculée. 

Des larves qui ont ainsi pénétré dans la peau subissent une mue 
nouvelle et passent à l'état adulte. Puis, la femelle met en liberté 
des petits qui entrent dans la circulation périphérique, et voilà 
la filariose établie. En même tenips, il se produit des désordres du 



llO R. BLANCHARD 

côté de la circulation d'où passage du sang dans l'urine, et d'autres 
désordres du côté de la peau, d'où éléphantiasis. 

Une autre affection, particulière encore aux pays chauds et dont 
je dois dire un mot, c'est la fièvre jaune. C'est une maladie du 
Nouveau-Monde ; elle n'a donc été connue qu'après la découverte 
de l'Amérique. Jusqu'à il y a trois ou quatre ans, on ne savait pas 
en quoi elle consistait. Au point de vue clinique, elle était par- 
faitement décrite dans les ouvrages de pathologie, mais ses causes 
et son mode de transmission étaient absolument ignorés. Or, il est 
beaucoup plus important de prévenir une maladie que de la 
guérir, et on ne peut la prévenir qu'autant qu'on en connaît 
l'origine. Depuis qu'il est démontré qu'un nombre immense de 
maladies sont d'origine parasitaire, il est permis d'entrevoir un 
nouvel âge d'or, où le médecin n'aura plus guère à traiter que des 
t'raumatismes et d'autres maladies accidentelles. Quant aux autres, 
il saura les arrêter par de sages mesures préventives. Le médecin 
de l'avenir fera donc de la prophylaxie, bien plus que de la théra- 
peutique. Quelle profonde transformation des mœurs n'en résul- 
tera-t-il pas ! Comme c'est déjà la mode aux Etats-Unis, on s'assu- 
rera contre la maladie, auprès du médecin, comme on s'assure 
contre l'incendie ou sur la vie, auprès de telle ou telle compagnie 
financière. 

Donc, on sait d'une façon certaine que la fièvre jaune est une 
maladie parasitaire, on a même de sérieuses raisons de croire 
qu'elle est causée par un parasite animal, mais on ne sait encore 
rien de positif sur la nature de ce parasite. En revanche, on 
connaît très exactement comment il se transmet, ce qui permet 
heureusement de dompter ce fléau redoutable. 

Voilà quelque vingt ans, le D^ Carlos Finlay, de la Havane, 
émettait l'opinion que la fièvre jaune était transmise par les Mous- 
tiques, mais il était incapable d'en donner la démonstration ; sa 
théorie restait à l'état de simple hypothèse, appuyée sur des 
observations sans doute intéressantes, mais incomplètes. Quand 
les Américains firent tomber la domination espagnole à Cuba, ils 
furent, avant la proclamation de la République cubaine, maîtres 
de ce pays pendant un certain temps ; ils en profitèrent, non pour 
lui faire rendre beaucoup de douros, comme on pourrait le 
croire, mais pour l'assainir. La fièvre jaune était alors à l'état 



LA MEDECINE COLONIALE lH 

permanent ; elle décimait la population, faisait des razzias formi- 
dables parmi les blancs non acclimatés. Les Américains en profi- 
tèrent pour partir en guerre contre elle et, se basant d'une part 
sur les observations de Finlay et d'autre part sarcelles de Ross, 
de Manson et de Grassi relatives au paludisme, ils constatèrent 
qu'effectivement la fièvre jaune était bel et bien transmise par un 
Moustique, le Stegomijia calopus. 

De cette notion découlèrent aussitôt des mesures prophylactiques 
dont je parlerai tout-à-l'heure et grâce auxquelles on parvient à 
détruire ce Moustique à La Havane et dans les environs. Aussi 
cette ville, qui passait à juste titre pour un foyer de pestilence, 
est-elle devenue essentiellement salubre et la fièvre jaune n'y 
existe-t-elle plus. Il y a encore trois ou quatre ans, si quelqu'un 
avait eu la folle envie de prendre la fièvre jaune presque à coup 
sûr, il eût fallu lui conseiller de s'embarquer pour La Havane ; 
aujourd'hui, on peut donner le même conseil à ceux qui veulent 
éviter cette maladie. 

Les entomologistes nous ont fait connaître que le Stegomyia calopus 
n'existe pas seulement en Amérique, mais qu'il se trouve aussi sur 
la côte occidentale d'Afrique et sur les côtes portugaise, espagnole 
du nord, française de l'Atlantique. On sait que la fièvre jaune 
ne reste pas cantonnée à l'Amérique tropicale, mais qu'elle peut 
parfois traverser l'Atlantique et pénétrer dans l'ancien monde. 
Vous avez tous présents à l'esprit le souvenir de cette terrible 
épidémie de fièvre jaune qui a ravagé le Sénégal, il y a trois ans ; 
plus anciennement, l'épidémie a ravagé Brest et Saint Nazaire. Or, 
dans toutes ces régions on rencontre le Stegomyia ; en Europe 
comme en Amérique, on trouve donc la confirmation de la décou- 
verte considérable dont Finlay a été le promoteur. 

Puisque les Moustiques jouent un rôle aussi capital dans la 
propagation des maladies les plus meurtrières, il importe de s'en 
débarrasser ou de se mettre à l'abri de leurs attaques. Ce n'est 
pas chose facile, car le Moustique ne se chasse point au fusil 
comme le Perdreau et il échappe facilement aux regards. Pourtant, 
sachant que l'animal se développe dans les eaux stagnantes, c'est 
là qu'on va pouvoir l'attaquer avec quelque chance de succès. En 
effet, pour détruire sûrement toutes les larves et nymphes qui se 
développent dans les eaux stagnantes, il suffit de verser à la surface 



112 R, BLANCHARD 

de celles-ci du pétrole à la dose de 15 centimètres cubes par mètre 
carré ; en renouvelant cette opération trois ou quatre fois par été, 
on détruit radicalemeut tous les Moustiques. 

Un exemple mettra en lumière l'efficacité de cette méthode. 
Naguère encore, l'île d'Asinara, sur la côte de Sardaigne, était 
décimée par le paludisme. En raison de ses dimensions un peu 
restreintes, il fut facile de relever tous les points où se trouvaient 
des eaux stagnantes. On y versa du pétrole, et depuis lors le palu- 
disme a disparu; les individus qui étaient malades ont conservé 
leur fièvre et, en se traitant par la quinine, ont pu se guérir plus 
ou moins complètement, mais il n'y a pas eu de cas nouveaux. 

Un autre procédé de prophylaxie consiste à protéger les habi- 
tations. Quand vous irez en Italie, vous verrez, en beaucoup 
d'endroits, notamment dans la campagne romaine, aux environs 
de Naples, et en Sicile, que les gares de chemin de fer et les 
maisons des garde-barrières présentent l'aspect de garde-mangers, 
Elles sont entourées de toiles métalliques à travers lesquelles l'air 
circule librement, mais dont les mailles sont trop serrées pour 
permettre aux Insectes de pénétrer. Les personnes qui vivent dans 
ces maisons ne craignent pas les Moustiques et ne sont plus 
atteintes par le paludisme. 

Voilà donc des mesures très simples, qui sont partout appli- 
cables, non seulement contre le paludisme, mais aussi contre la 
filariose, contre la fièvre jaune et contre beaucoup d'autres affec- 
tions que nous soupçonnons encore d'être transmises par les 
Moustiques. 

Je pourrais m'étendre longuement sur ce sujet et vous donner 
des renseignements très circonstanciés et très démonstratifs. Mais 
à quoi bon ? Je suis bien sûr que votre conviction est faite et que 
vous ne doutez plus du rôle néfaste que jouent les Moustiques, en 
inoculant à l'Homme les maladies parasitaires les plus graves. Je 
m'arrête, car je veux vous montrer maintenant que les Moustiques 
ne sont pas seuls en cause, mais qu'un rôle non moins redoutable 
est joué par d'autres animaux, avec lesquels le médecin colonial 
doit aussi faire connaissance. 

On sait, depuis les voyages célèbres de Livingstone, que certaines 
régions de l'Afrique orientale et australes sont absolument inhabi- 
tables pour les animaux domestiques, à cause d'une Mouche 



LA MÉDECINE COLONIALE 113 

redoutable, la Tsétsé {Glossina morsitans Westwood), qui inocule 
une maladie toujours mortelle et dont le germe est resté très long- 
temps inconnu. Pour faire franchir aux bêtes de somme ou au 
bétail ces régions inhospitalières, il n'y a pas d'autre moyen que 
de les vêtir de pijamas en étoffe impénétrable à la trompe de la 
Tsétsé, comme le montre cette curieuse figure, mais cela coûte très 
cher et un bon nombre d'animaux meurent de chaleur. En fait, la 
Glossine rend absolument inhabitables au bétail et, par conséquent, 
rend impropres à la colonisation de vastes territoires d'ailleurs 
fertiles, bien irrigués, d'un climat doux et bienfaisant. 

J'ai déjà dit qu'on a longtemps ignoré la nature de la maladie 
inoculée par la Tsétsé. On sait maintenant, grâce à Bruce, qu'il 
s'agit d'une trypanosomose. Le sang des animaux malades renferme 
des Trypanosomes, sortes de petites Anguilles qui s'agitent avec 
une très grande rapidité, en prenant toutes les formes possibles ; 
c'est un spectacle vraiment curieux que de les voir se démener 
dans le sang, au milieu des globules. Ces animalcules, d'organi- 
sation très inférieure, appartiennent au groupe des Flagellés ; ils 
se multiplient activement dans le sang et finissent par devenir 
excessivement nombreux, au point d'être en aussi grande abon- 
dance que les globules. On comprend donc maintenant comment 
agit la Tsétsé : grâce à la forte et longue trompe dont elle est 
armée, elle inocule à un animal sain les Trypanosomes qu'elle a 
puisés précédemment dans le sang d'un animal malade. 

On connaît, dans l'Afrique sus-équatoriale, au Congo, au Gabon, 
exactement depuis un siècle, une singulière endémie que l'on 
désigne sous le nom de maladie du sommeil ; elle a fait quelque 
bruit dans ces temps derniers. On pensait que cette maladie attei- 
gnait exclusivement les noirs^ mais on sait maintenant qu'elle 
frappe aussi les blancs; elle en devient donc d'autant plus intéres- 
sante. Elle tient, elle aussi, à la présence d'un Trypanosome (Tr. 
gambiense Dutton) dans le sang et même dans le liquide céphalo- 
rachidien. D'abord localisée au bas Congo, cette maladie s'est 
répandue, depuis deux ou trois ans, à travers l'Afrique centrale et 
jusque dans l'Ouganda, avec une rapidité inouïe, exerçant partout 
sur son passage les ravages les plus considérables, dépeuplant des 
territoires excessivement étendus. 

Si nous voulons nous établir au Congo et dans les régions avoisi- 

ArcMves de Parasitologie, IX, n» 1, 1903. 8 



114 R. BLANCHARD 

Dantes, nous avons le plus grand intérêt, en dehors de tout 
sentiment d'humanité, à bien connaître les dangers qui nous y 
menacent. Des nombreux périls que nous ayons à redouter en ces 
contrées, il n'en est pas, à l'heure actuelle, de plus grave que la 
maladie du sommeil. 11 m'a donc semblé nécessaire d'étudier 
d'une façon toute spéciale cette maladie encore mal connue et, 
comme les Anglais l'avaient déjà fait pour l'Ouganda, d'envoyer 
une mission au Congo dans le but de s'y livrer aux multiples 
recherches qui ne se peuvent accomplir qu'au milieu même des 
foyers épidémiques. La Commission administrative de l'Institut de 
médecine coloniale, à laquelle je soumis ce projet, le 18 juin 1903, 
voulut bien l'approuver et, sur ma proposition, désigna comme 
chef de la mission future mon préparateur, M. le D^ Brumpt, que 
ses connaissances techniques et sa périlleuse traversée de l'Afrique, 
de Djibouti au Congo, avec la mission du Bourg de Bo^as, rendaient 
le plus apte à mener à bien une pareille entreprise. 

Nous espérions recueillir assez d'argent pour adjoindre -à 
M. Brumpt une ou deux personnes, ce qui aurait augmenté sa 
sécurité personnelle et singulièrement facilité le pénible travail 
qu'il s'agissait d'accomplir. Nous allâmes, M. Brouardel et moi, 
solliciter l'intérêt de M. le Ministre des colonies ; quant au reste, 
je fus chargé d'accomplir moi-même toutes les démarches néces- 
saires. J'ai conscience de m'être acquitté de cette tâche avec toute 
l'activité dont j'étais capable et d'avoir été aussi persuasif et aussi 
pressant que possible. Mais il faut croire que, décidément, la cause 
que je défendais était bien mauvaise, car je me suis heurté, presque 
partout, à l'indifférence la plus absolue. Bref, nous parvînmes à 
réunir péniblement une somme de 7.800 francs, dont 4.500 furent 
fournis par trois laboratoires de la Faculté de médecine. 

M. Brumpt dut donc partir seul. Cela ne l'empêcha pas d'accomplir 
là-bas de bonne et utile besogne et de faire des observations très 
importantes, grâce auxquelles nos connaissances sur la maladie du 
sommeil ont progressé notablement. Il a pu même ramener à Paris 
trois nègres atteints de cette affection, ce qui devait nous permettre 
d'observer dans de bonnes conditions la marche de la maladie et 
d'avoir en permanence à notre disposition une source de parasites, 
pour en étudier les moyens de culture et pour rechercher un sérum 
curatif ou préventif. 



LA MÉDECINE COLONIALE HB 

Voici diverses photographies de ces trois nègres, Salomon, 
Makaya et Bobanghi. Ils ont été mis en observation à l'hôpital de 
l'Association des Dames françaises, 93, rue Michel-Ange, hôpital 
que j'ai eu la vive satisfaction, grâce à une convention passée avec 
l'Association, de pouvoir mettre à la disposition de l'Institut de 
médecine coloniale pour son enseignement clinique. L'opinion 
publique s'est vivement intéressée à nos trois pensionnaires et leur 
histoire a fait, en France et à l'étranger, beaucoup plus de bruit 
que nous ne le désirions. En général, on a compris et approuvé 
les raisons de leur venue à Paris ; quelques personnes, pourtant, 
ont jeté un cri d'alarme, en prétendant que nous allions introduire 
en France la maladie du sommeil. Chose étrange, ces critiques ont 
été forjoulées même par des médecins, comme si une telle maladie 
pouvait aisément se propager là où n'existe pas son agent de 
transmission. 

Je viens de vous montrer par quelques exemples combien les 
maladies des pays chauds diffèrent de celles des climats tempérés ; 
je vous ai fait voir aussi l'étroite relation qu'elles ont avec les 
Insectes chargés de les répandre. A côté des types morbides que 
nous avons envisagés, il en est une foule d'autres dont nous ne 
savons rien, ou à peu près, du moins en ce qui touche aux condi- 
tions de leur propagation, et dont il est pourtant essentiel d'élucider 
l'étiologie. Auprès du paludisme viennent se ranger d'autres mala- 
dies fébriles, dont la cause est encore inconnue, mais dont l'origine 
parasitaire n'est pas douteuse. On connaît diverses sortes de Filaires 
du sang, mais leurs migrations demeurent ignorées. La fièvre 
bilieuse hémoglobinurique, si répandue sous les tropiques, fait le 
sujet des hypothèses les plus contradictoires, ce qui montre bien 
que nous ne savons encore rien de précis, quant à son étiologie. 
Peut-être est-elle, comme certaines fièvres hématuriques des 
animaux, transmise par des Ixodes? Les Acariens de cette famille 
sont excessivement nombreux ; il s'agirait alors de débrouiller 
quelles espèces sont pathogènes, et ce n'est pas une besogne 
commode. 

Au surplus, l'action des Acariens est déjà entrevue : certaines 
maladies humaines sont incontestablement dues à la piqûre de ces 
animaux. On connaît de réputation, plutôt que cliniquement, une 
« fièvre des Tiques » qui sévit en Afrique centrale, dans la région 



116 R. BLANCHARD 

des grands lacs. On doit penser a priori qu'elle est causée par un 
Babesia très voisin de celui qui, chez le bétail, cause l'hémoglobi 
nurie généralement connue sous le nom de fiècre du Texas (1). 

Vous citerai-je encore le Leislimania Donovani, organisme fort 
ténu, qui pullule dans la rate des individus atteints de spléno- 
mégalie non paludique ? On le trouve aux Indes dans le 
kala azar ; on le rencontre aussi dans les ulcères des pays chauds ; 
on l'a observé même à Tunis. D'aucuns l'assimilent à une Babésie, 
mais une telle opinion est peu défendable. Ce nouveau type 
parasitaire semble être très répandu dans les pays chauds; il est 
en relation avec des états pathologiques assez graves ; on ignore 
absolument son origine et jusqu'à ses affinités zoloogiques (2). 

Voilà quelques-uns des problèmes qui touchent à la médecine 
des pays chauds. Je n'ai parlé ni du béribéri, ni de l'hydropisie 
épidémique, ni de la fièvre japonaise de rivière, ni de tant et tant 
d'autres maladies coloniales. Vous êtes bien convaincus maintenant 
que les maladies des pays chauds et celles des pays tempérés ne 
se ressemblent en rien, et que ce qu'un médecin d'Europe sait de 
la pathologie des pays tempérés ne peut l'éclairer beaucoup sur la 
pathologie intertropicale. 

Il est donc tout à fait nécessaire d'étudier en Europe lesmaladie.s 
particulières aux pays chauds et d'en faire l'objet d'un enseigne- 
ment systématique. Assurément, les malades atteints de telles 
affections ne seront jamais nombreux dans nos hôpitaux, mais nous 
sommes bien armés au point de vue théorique : nous avons de 
belles collections de parasites et de pièces anatomiques: nous 
recevons toutes les publications qui, dans le monde entier, traitent 
de ces questions spéciales ; nos Facultés possèdent des savants qui 
consacrent à ces études toute leur activité, toute leur intelligence, 
toute leur existence, et qui, par conséquent, sont capables de 
donner à leurs élèves l'enseignement théorique et pratique le plus 

(1) Le Babesia bovis {Ba'bès,i888) est ordinairement appelé, mais à tort, Piro- 
plasma bigeminum (Smitii et Kilborne, 1895). La « spotted fever ); des Montagnes 
Rocheuses a aussi été attribuée à une Babésie, mais des observations récentes 
ont démontré que cette opinion était erronée. II est presque certain que les babé- 
sioses ne sont pas spéciales aux animaux, mais, jusqu'à ce jour, on n'a pas 
encore eu l'occasion de les observer dans l'espèce humaine. 

(2) R. Blanchard, Note critique sur les corpuscules de Leishman. Revue de 
méd. et d'hygiène tropicales, I, p. 37-42, 1904. 



LA MEDECINE COLONIALE 117 

profitable. La création des Ecoles ou Instituts de Londres, de 
Liverpool, de Paris, de Bordeaux, de Marseille, de Hambourg, 
répondait à un besoin réel : chacune de ces institutions va faire 
progresser la science sur des questions devenues véritablement 
urgentes, bien plus en raison des ressources pécuniaires dont elles 
disposeront qu'à cause de la valeur des hommes. 

Dans la concurrence qui s'établit entre les divers pays, c'est, en 
effet, l'institution la plus riche qui accomplira la meilleure 
besogne ; tout, ou presque tout, se résume en une question 
budgétaire. J'ai déjà dit dans quelles circonstances les Ecoles de 
Londres et de Liverpool avaient été fondées, et grâce à quelles 
libéralités intelligentes elles se sont trouvées, dès leur création, 
en possession de revenus considérables ; j'ai dit aussi qu'un si bel 
élan ne s'était pas ralenti, bien au contraire. Je m'en voudrais de 
ne pas vous montrer la photographie de M. W. Johnston, riche 
armateur de Liverpool et fondateur d'un admirable laboratoire qui 
ne lui a pas coûté moins de 625.000 francs (1). 

Vraiment, on a plaisir à constater qu'il existe, de par le monde, 
des Mécènes assez intelligents pour comprendre l'utitité de tels 
sacrifices et assez généreux pour dénouer aussi libéralement les 
cordons de leur bourse. Je sais bien que ce n'est pas à la portée de 
tout le monde, mais il y a, dans d'autres pays que l'Angleterre, 
des personnes qui jouissent aussi de fortunes considérables et qui 
pourraient peut-être les mieux employer qu'à faire courir des 
Chevaux. 

Pendant que Liverpool recevait des bienfaits de MM. A. Jones, 
W. Johnston, S. Timmis et d'autres encore, l'Ecole de Londres ne 
restait pas inactive. Sir Francis Lovell, ancien médecin en chef de 
la Trinidad, prenait en mains la cause de cette Ecole et s'astreignait 
à visiter toutes les colonies anglaises : rude besogne, car les 
colonies anglaises sont nombreuses. D'un premier voyage, accompli 
en 19011902 et au cours duquel il a visité Bombay, les Etats Malais, 
Hong-Kong et Singapore, il a rapporté la somme assez coquette de 
8.804 livres 7 sh., soit 220.108 fr. 75. Voici le portrait d'un riche 
parsi, M. Bomanji Dinshaw Petit, qui, à lui seul, a remis à sir 
Francis Lovell un lac de roupies, soit 165.000 francs. 

(1) Les nouveaux laboratoires de l'Ecole de médecine tropicale de Liverpool. 
Archives de l'arasitologie, VIII, p. 139, 1903. 



118 R. BLANCHARD 

Heureux les établissements qui savent susciter de pareilles géné- 
rosités ! Honneur à ceux qui les accomplissent ! Et combien est 
pénible, navrante, humiliante même, l'indifférence des Français 
envers les graves problèmes qui s'agitent, d'où dépend l'avenir de 
nos entreprises coloniales, par conséquent l'avenir de notre pays. 

Je parlais tout à l'heure de la mission du D' Brumpt au Congo : 
pendant que les Ecoles de Liverpool et de Londres étaient l'objet 
des libéralités que je viens de dire, nous recueillions à grande 
peine 7 à 8.000 francs, après combien de refus 1 Et, sur cette 
somme, savez-vous quelle part fut allouée à la mission par le 
Gouvernement ? Quinze cents francs ! Et plus heureux encore que 
l'officier de la Dame Blanche, qui achetait un château, Brumpt a pu 
ramener en France trois nègres" sur ses économies ! 

Non seulement il était donc urgent d'instituer en Europe 
l'enseignement de la médecine coloniale, mais il est indispensable 
de doter l'Institut de médecine coloniale avec plus de générosité 
qu'on ne le fait. Il n'a pu fonctionner jusqu'à présent que grâce à 
la décision intelligente et patriotique d'un homme qui avait déjà 
donné sa mesure dans le gouvernement de l'Indo Chine, M. Doumer, 
qui seul a compris l'importance de cette création. Il a inscrit l'Ins- 
titut au budget de l'Indo-Chine, pour une somme annuelle de 
30.000 francs, mais, depuis deux ans que nous existons, nous 
n'avons pas reçu un sou de plus, alors que les Ecoles anglaises 
avaient leurs missionnaires, tels que sir Francis Lovell, ou 
recevaient des générosités fabuleuses, comme celles de M. W. 
Johnston. Ces 30.000 francs nous ont permis de nous installer, 
bien petitement, mais j'en appelle à ceux qui ont suivi nos cours, 
ils peuvent attester que nous avons fait de notre mieux. Si nous 
disposions de moyens plus étendus, nous ferions mieux encore. 

D'ailleurs, ce n'est pas seulement en Europe qu'il faut pour- 
suivre les études sur les maladies des pays chauds ; ici, nous 
donnons un enseignement théorique très complet et nous habituons 
nos élèves à toutes les recherches de laboratoire; nous leur 
délivrons, après un exauien très sérieux, le diplôme universitaire 
de Médecin colonial. Il faut maintenant que tous ces médecins 
coloniaux trouvent dans les colonies et les pays de protectorat 
l'application de leur savoir. Je vais indiquer comment. Voyons 
d'abord ce qu'on fait à l'étranger. 



LA MEDECINE COLONIALE 119 

L'Ecole de médecine de Londres a fondé à Kuala Lumpur, dans 
les Etats malais confédérés, un très beau laboratoire, dont voici la 
photographie. Le Dr Low l'a dirigé pendant deux ans, jusqu'en 
avril 1903. Pendant ce temps, le D^ C. W. Daniels était chef des 
travaux à l'Ecole de Londres. Il est allé à son tour, pour trois 
années, à Kuala Lumpur et Low a pris sa place à Londres. Ce 
chassé- croisé doit se répéter indéfiniment. Pendant leur séjour à la 
presqu'île de Malacca, ces deux savants accumulent les recherches 
et les observations et rassemblent de nombreux objets d'étude. 
Mais pour étudier et décrire utilement tous ces matériaux, pour 
mettre en ordre leurs notes d'expériences et en faire la critique, 
le contact des livres et des divers périodiques est indispensable; 
c'est la besogne qu'ils accomplissent après leur retour à Londres. 
Il est manifeste que, grâce à cette organisation de leur travail, les 
deux savants anglais vont arriver à débrouiller toute l'histoire 
pathologique de la péninsule malaise et faire des travaux de tout 
premier ordre. Aussi bien, ils ont publié déjà l'un et l'autre des 
ouvrages très remarquables. Et pendant que les Anglais travail- 
lent dans les pays malais, que faisons-nous en Gochinchine, au 
Cambodge, en Annam et auTonkin? 

Les Belges ont créé à Léopoldville un laboratoire de recherches 
médicales, qui a sa publication spéciale, renfermant de bons 
travaux. Les D^s Dryepont et van Campenhout ont accompli dans 
ce laboratoire d'importantes éludes sur les maladies de l'Afrique 
tropicale. Et nous, que faisons-nous au Congo français ? 

Les Belges ont entrepris également un inventaire complet des 
richesses naturelles de l'Etat Indépendant du Congo; ils ont publié 
déjà, sur les animaux et les plantes, une série d'ouvrages de la 
plus haute valeur scientifique, ornés de planches sans nombre, 
ouvrages qui font l'admiration de tous les naturalistes. Les Alle- 
mands à peine installés au Togo et dans l'Afrique orientale, se sont 
livrés à une enquête toute semblable; j'en sais quelque chose, 
puisque le Musée de Berlin m'a fait l'honneur de me confier l'étude 
et la description de certaines collections d'Invertébrés. Le Dr 
Stuhlmann dirige de Dar-es-Sàlam un très intéressant périodique 
où sont publiées ses observations scientifiques et celles de ses 
collaborateurs. En regard de toute cette activité, qu'avons-nous 
fait pour mieux connaître nos immenses colonies africaines, à part 
celles de la zone méditerranéenne? 



120 R. BLANCHARD 

Les Américains viennent de s'installer aux Philippines, que 
dis-je ? Ils ne sont pas encore maîtres de l'archipel, et déjà fonc- 
tionnent à Manille des laboratoires d'hygiène et de médecine, d'où 
sortent des travaux très remarquables et des publications très 
luxueuses. 

La constatation est navrante, mais j'aurai le courage de la faire 
tout haut : nous sommes débordés par nos voisins. Il faut que nous 
sortions de notre torpeur et que nous gardions le rang auquel nous 
donne droit un passé scientifique glorieux entre tous. Pour cela et 
à ne considérer que la médecine, j'estime qu'il est indispensable 
de créer dans chacune de nos colouies un laboratoire médical, muni 
de toute l'instrumentation moderne. On va dire peut-être que je 
demande l'impossible, que la dépense serait énorme, que le person- 
nel compétent ferait défaut, etc. Mauvaises raisons q^ue tout cela. 

Le personnel compétent existe, je l'ai amplement démontré; au 
surplus il s'agit d'une seule personne pour diriger chaque labora- 
toire ; à la rigueur les aides, les préparateurs, les garçons peuvent 
être recrutés sur place. Mais il est essentiel, pour accomplir ses 
recherches en toute sérénité d'esprit, que ce directeur jouisse d'une 
indépendance absolue et ne soit responsable que devant le gouver- 
neur et devant sa conscience. Pas d'hiérarchie militaire ou admi- 
nistrative; je pourrais citer maint exemple du trouble apporté 
dans les délicates recherches qu'il s'agit de poursuivre par une 
subordination trop étroite au commandement. 

Les locaux nécessaires à une telle installation existent d'ailleurs 
à peu près partout : il suffirait de quelques aménagements peu 
dispendieux. Nos Ecoles de médecine de Pondichéry (fondée en 
1863), de Tananarive (16 février 1897), d'Hanoï (1900j et de Saigon 
(25 août 1903) ; la Maternité de Cholon ; les Instituts Pasteur de 
Saigon (1890), de Nha Trang (1894) et de Tananarive (23 mars 1900) ; 
les laboratoires de Saint-Louis du Sénégal (mars 1896), de Nouméa 
(1897), d'Hanoï (1899) et de la Réunion (1900) sont les premiers 
établissements dont on doive tirer parti. Voici quelques photogra- 
phies qui vous permettront de juger de leur importance. La 
plupart de ces établissements appartiennent au ministère des 
colonies ; il est donc facile de trouver un arrangement, grâce 
auquel les colonies intéressées pourront ou en prendre possession 
ou y annexer des services pour leur usage particulier. 



LA MEDECINE COLONIALE 121 

Je VOUS présente maintenant des vues de divers hôpitaux colo- 
niaux. Voici successivement ceux de Chandernagor, de Pondichéry, 
de Saigon ; voici le lazaret de Papeete, bâti sur pilotis à la façon 
des constructions préhistoriques, pour se préserver de l'invasion 
des Rats. En Afrique, nous avons d'excellents hôpitaux à Saint- 
Louis, à Conakry, à Porto-Novo, à Libreville. J'en passe et des 
meilleurs. Voici enfin pour Madagascar, l'hôpital de Tamatave, une 
grande léproserie, l'Ecole de médecine de Tananarive, l'Institut 
Pasteur de la même ville, puis diverses scènes relatives aux méde- 
cins de colonisation. 

Vous le voyez, l'organisation que je réclame existe partout 
virtuellement : il suffit de vouloir lui donner une forme définitive. 
Les dépenses seront minimes, mais la santé publique et la science 
en retireront d'immenses bienfaits. Il est grand temps que les 
colonies comprennent que l'Institut de médecine coloniale travaille 
pour elles seules : leur intérêt bien entendu leur commande, d'une 
part d'encourager et de subventionner nos etîorts, et d'autre part, 
de faire appel à la compétence, à la science et à l'abnégation des 
médecins coloniaux que nous avons instruits. 

Imbus des idées scientifiques modernes, ces médecins savent ce 
qu'il faut chercher et comment il faut le chercher. Ils doivent être 
les pionniers de la civilisation, les meilleurs agents de notre 
influence, les ouvriers du succès de nos entreprises coloniales. 
Celles-ci seront vaines et désastreuses, si, maintenant que la 
période des faits d'armes est close, elles ne se laissent pas guider 
par le flambeau de la science. 



SUR UN TRAVAIL DE M. LE D' J. GUIART 

INTITULÉ : 

RÔLE DU TRIGHOGÉPHALE 
DANS L'ÉTIOLOGIE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE 

PAR 

RAPHAËL BLANCHARD 

M. le D'" Guiart, agrégé à la Faculté de médecine de Paris, a 
adressé récemment à l'Académie une courte note sur le rôle du 
Trichocéphale dans l'étiologie de la fièvre typhoïde. Il étudie depuis 
plusieurs années l'action des parasites intestinaux de l'Homme ; 
dès 1899, il a été amené a considérer les Helminthes comme des 
parasites très pathogènes (I). Ils agiraient, suivant lui, comme 
lancettes d'inoculation, en faisant pénétrer dans la muqueuse de 
l'intestin des Bactéries, qui, sans eux, seraient restées inofïen- 
sives. En 1901, M. Metshnikov s'est fait le champion de cette même 
idée, en montrant le rôle des Vers intestinaux dans l'étiologie de 
l'appendicite (2). Une telle conception est encore bien loin d'être 
admise par tous, et pourtant, en ce qui concerne l'appendicite, les 
observations se sont tellement multiplées, que vraisemblablement 
le jour est proche où les Vers intestinaux devront être considérés 
comme un des facteurs principaux de cette affection. 

Lors du Congrès colonial français, qui s'est tenu à Paris au mois 
de mai dernier, M. Guiart a fait une communication sur l'action 
pathogène des parasites de l'intestin (3). H y a défendu ses idées 
avec beaucoup de clarté et, j'ajouterai, de courage. 

(1) J. Guiart, Le rôle pathogène de l'Ascaris lumbricoïdes dans l'intestin de 
l'Homme. Comptes rendus de la Société de biologie, 1899, p. 1000. 11 y est dit : 
« Si nous voulons bien considérer maintenant que l'Helminthe vit au milieu de 
la matière intestinale, c'est-à-dire dans un milieu seplique enlre tous, nous 
comprenons que l'ulcération produite par la morsure du parasite pourra facile- 
ment s'enflammer et donner un abcès ou même donner naissance à des entérites 
variées, sous l'action par exemple, du Bacterium coii ou du Bacille typhique. » 

(2) E. Metchnikoff, Note heiminthologique sur l'appendicite. Uw/ZeiMi de l'Aca- 
démie de médecine, 12 mars 1901. 

(3) J. Guiart, Action pathogène des parasites de l'intestin. Congrès colonial 
français ; compte rendu de la section de médecine et d'hygiène coloniales- 
Paris, F.-R. de Rudeval, in-8°, 189i ; cf. p. 217. 



ROLE DU TRICHOCEPHALE DANS LA FIEVRE TYPHOÏDE 123 

Reprenant l'historique de la question, il a montré que les Hel- 
minthes avaient joué le principal rôle dans la pathologie intesti- 
nale, jusqu'au jour où ils furent détrônés par les Bactéries. Assu- 
rément celles-ci sont nuisibles et nul ne peut me supposer la 
pensée de révoquer en doute leurs méfaits, mais nous estimons, et 
les preuves en abondent, que les Helminthes intestinaux ne sont 
pas moins redoutables. Ce sont des êtres plus hautement différen- 
ciés, ils se nourrissent généralement de sang et sont bien armés 
pour la lutte, ayant souvent des crochets pour déchirer la muqueuse 
et des poisons tout prêts à être inoculés. 

En se basant sur ces considérations préliminaires, M. Guiart 
montrait avec preuves à l'appui le rôle des Vers intestinaux comme 
agents d'inoculation de certaines maladies des pays tempérés et 
des pays chauds, notamment de l'appendicite, du choléra et de 
la dysenterie. Reprenant une hypothèse émise par lui dès l'année 
1901, dans une communication présentée à la Société de biologie(l), 
il montrait en outre que, suivant toute vraisemblance, les Hel- 
minthes devaient être les agents d'inoculation du Bacille d'Eberth 
dans la muqueuse intestinale. C'est là le point de départ du travail 
qu'il a présenté à l'Académie. 

Se trouvant à Brest en septembre dernier, au début d'une épi- 
démie de fièvre, typhoïde, il eut l'occasion de vérifier l'exactitude 

(1) J. Guiart, Le Trichocéphale et les associations parasitaires. Comptes rendus 
de la Société de biologie, 16 mars 1901. — « J'espère, écrit-il, qu'on ne me fera 
pas dire que je considère le Tricliocéphale comme étant la cause de la fièvre 
typhoïde ; ce serait aussi exagéré que de faire dire à M. Melshnikov que cet 
Helminthe est l'agent spécifique de l'appendicite. Son vrai rôle, le voici : notre 
inteslin héberge une flore bactérienne des plus riches et où se rencontrent 
nombre de Bactéries pathogènes ; mais heureusement, à l'état normal, l'épithé- 
lium leur offre une barrière infranchissable. 11 en est en réalité comme de notre 
tégument externe, toujours souillé par les Bactéries, mais qui ne se laisse péné- 
trer par elles qu'à la faveur d'une coupure ou d'une plaie. De même, dans l'in- 
testin, les Bactéries pathogènes restent sans action, tant que la muqueuse ne se 
trouve pas éraillée par un corps étranger ou une particule solide ingérée avec les 
aliments ou n'est pas entamée par un Helminthe quelconque vivant dans sa 
cavité. En effet, cet Helminthe, en se fixant sur la muqueuse pour ne pas se 
trouver entraîné par le cours des matières fécales, la déchire, et dès lors les 
conditions changent : les Bactéries, inoculées par le parasite, se développent sous 
la muqueuse et produiront, suivant les cas, une entérite, une appendicite, un 
simple abcès, voire une péritonite. Comme, dans nos pays, le Bacille typhique est 
l'un des plus abondants, il en résulte que les parasites intestinaux ouvrent sur- 
tout la porte à la fièvre typhoïde; dans d'autres pays, ils produisent l'inoculation 
de la dysenterie ou du choléra. » 



124 R. BLANCHARD 

de son hypothèse. Admis à examiner les malades en traitement à 
l'hôpital de la marine, il prélève à plusieurs reprises les matières 
fécales de douze typhiques et trouve d'une façon constante, chez 
dix d'entre eux, des œufs de Trichocéphale. Il lui suffisait pour 
cela de faire chaque fois trois préparations microscopiques. Il put 
ainsi trouver de un à vingt-huit œufs sur trois préparations et pour 
l'ensemble une moyenne de plus de deux œufs par préparation. 
Or, si l'on songe que dans l'appendicite vermineuse il faut 
souvent faire une douzaine de préparations avant de trouver un 
œuf de parasite et que chaque préparation microscopique néces- 
site une parcelle extrêmement faible des matières fécales, on com- 
prend que, pour trouver si facilement des œufs de Trichocéphale 
chez les typhiques, il faut que les Vers adultes soient particulière- 
ment abondants dans l'intestin. 

Restent deux malades chez lesquels on n'a pas trouvé les œufs 
de Trichocéphales. Or, l'un de ces deux malades étant mort, on 
reconnut à l'autopsie la présence de six Trichocéphales vivants 
dans le caîcum. Y eut-il interruption dans la ponte ou s'agissait-il 
seulement de Trichocéphales mâles? Ce sont là deux hypothèses 
vraisemblables, mais qui n'ont pu être vérifiées, M. Guiart n'assis- 
tant malheureusement pas à l'autopsie. Reste un dernier cas 
négatif, pour lequel il n'y a pas eu d'autopsie, mais qui trouve 
peut-être son explication dans le précédent. 

Le parasite, à Paris du moins, n'est jamais aussi fréquent ni 
aussi abondant ; il importait de savoir s'il offrait la même fréquence 
chez les autres militaires en traitement à l'hôpital. Les matières 
fécales de quatre individus furent examinées : deux étaient atteints 
de conjonctivite, un autre d'hydarthrose, le quatrième avait été 
amputé du médius droit. Chez les trois premiers, il ne fut pas 
possible de trouver un seul œuf, malgré de nombreuses prépara- 
tions. Chez l'amputé, on trouva un œuf sur six préparations, pro- 
portion bien faible, si l'on songe que les typhiques présentent une 
moyenne de sept œufs sur trois préparations, c'est-à-dire une 
moyenne quatorze fois supérieure. L'existence de cet œuf chez 
l'amputé expliquerait peut-être une atteinte de dysenterie nostras 
dont il avait souffert antérieurement. 

Telles sont les observations que M. Guiart soumet à l'apprécia- 
tion de l'Académie. On reste frappé du fait qu'il existe de nom- 



ROLE DU TRICHOCEPHALE DANS LA FIEVRE TYPHOÏDE 12o 

breux Trichocéphales dans l'intestin des typtiiques, alors que ces 
mêmes parasites sont rares ou très peu abondants chez les per- 
sonnes saines ou atteintes d'afïections non intestinales. 

Du reste, M. Guiart ne méconnaît pas que ces faits sont connus 
depuis longtemps. Dès l'année 1762, Rœderer et Wagler donnèrent, 
sous le nom de Morbus mucosus, la première relation d'une épi- 
démie de fièvre typhoïde, qu'ils attribuèrent précisément au grand 
nombre de Vers intestinaux qu'ils rencontraient aux autopsies. 
Ces Vers, déjà vus antérieurement par Morgagni, mais nouveaux 
pour eux, n'étaient autres que le Trichocéphale, qu'ils décrivirent 
sous le nom de Trichuris. En 1807, Pinel, dans sa Nosographie philo- 
sophique, indique qu'il faut toujours soupçonner l'existence des 
Vers intestinaux dans les fièvres muqueuses. Rokitansky émet une 
opinion analogue à celle de Rœderer et Wagîer. Pour Raspail, le 
terme de fièvre typhoïde serait synonyme de pullulation du Tri- 
chocéphale dans les intestins (1). Enfin, Davaine lui-même a noté 
l'abondance frappante des Trichocéphales dans la fièvre typhoïde. 
Cette dernière observation tire un intérêt tout spécial de ce que 
Davaine, en refusant tout rôle infectieux aux Vers intestinaux, a 
entraîné les conceptions médicales actuelles. 

Nombre de bons observateurs ont donc été frappés de la fréquence 
des Trichocéphales dans l'intestin des typhiques et ont admis une 
relation entre les Helminthes et la maladie infectieuse. 

M. Guiart est également de cet avis : « Qu'on ne nous fasse point 
dire, écrit-il, que la fièvre typhoïde a pour agent le Trichocéphale! 
Nous ne songeons nullement à enlever au Bacille d'Eberth sa 
spécificité. Mais ce que nous croyons fermement, c'est qu'un 
individu^ dont l'intestin est libre de Vers intestinaux, peut boire 
impunément l'eau souillée par le redoutable Bacille. Mais que cette 
même eau parvienne dans un intestin renfermant des Trichocé- 
phales, comme ceux-ci, pour puiser le sang dont ils se nourrissent, 
pénètrent profondément dans la muqueuse intestinale par leur 
extrémité antérieure effilée, ils inoculent du même coup les 
Bactéries dans cette muqueuse et font éclater l'infection. On 
comprend mieux, dès lors, pourquoi, dans une population buvant 
une eau contaminée, il y a en réalité si peu d'individus frappés : 

(1) Raspail, Santé et maladie, II, p. 483. 



126 R. BLANCHARD 

ce sont ceux qui hébergent des Vers intestinaux et plus particu- 
lièrement des Trichocéphales, Comment, du reste, s'expliquer 
autrement que le Bacille puisse franchir la barrière que lui offre 
l'épithélium intestinal ! il est bien évident qu'un Ascaride, une larve 
de Mouche (1), un parasite quelconque capable de léser l'intestin, 
pourront agir de même, mais, comme le Trichocéphale est le Ver 
intestinal le plus commun et en même temps celui qui lèse le 
plus profondément la muqueuse, il en résulte que c'est lui qu'il 
faudra presque toujours incriminer. » 

Nous ne pouvons que nous rallier à cette opinion, car, à l'heure 
actuelle, il ne fait plus de doute pour personne que le Trichocé- 
phale s'implante profondément dans la muqueuse intestinale par 
son extrémité antérieure effilée ; Askanazy (2) a montré qu'il se 
nourrit de sang et qu'il a besoin, par suite, d'aller à la recherche 
d'un vaisseau sanguin. Peu de temps après la mort, le Trichocé- 
phale, ne trouvant plus de sang en cirîîulation, se détache de 
la muqueuse et devient libre dans la lumière de l'intestin. Si donc, 
à l'autopsie, on examine le tube digestif, après l'avoir lavé sous un 
robinet d'eau, on ne devra pas s'étonner de ne pas rencontrer de 
Trichocéphales : se trouvant libres dans les matières fécales, ils 
ont été entraînés au courant de l'eau. C'est du reste la raison pour 
laquelle tant de Vers intestinaux passent inaperçus aux autopsies. 
Et puisqu'il est prouvé que le Trichocéphale lèse la muqueuse 
intestinale, comment peut-on raisonnablement admettre que, 
vivant dans un milieu aussi infecté que l'intestin, il puisse en 
déchirer impunément les vaisseaux, alors que tout le monde 
admet qu'une simple piqûre d'aiguille peut ouvrir la porte aux 
Bactéries pyogènes, que la piqûre d'une Puce peut nous inoculer 
la peste, celle du Moustique le paludisme, la fllariose ou la fièvre 
jaune ? 

On ne manquera pas d'objecter que les lésions de la fièvre 
typhoïde siègent particulièrement au niveau de l'intestin grêle, 

(1) V. Thébault, Hémorragie intestinale et affection typhoïde causée par des 
larves de Diptère. Archives de Parasitologie, IV, p. 353, 1901.— Cette intéressante 
observation est on ne peut plus démonstrative ; elle concerne une jeune fille qui 
avait riiabitude de manger du fromage où grouillaient les larves du l'iopliila 
casei. 

(2) Askanazy, Der Peitschenwurm, ein blutsaugender Parasit. Deulsches Archiv 
fur klin. Medicin, LVII, p. lOi. 



ROLE DU TRICHOCEPHALE DANS LA FIEVRE TYPHOÏDE 127 

alors que le Trichocéphale est considéré comme un hôte normal 
du cscum. Il est exact, en eiïet, que le Trichocéphale adulte se 
fixe dans la muqueuse du caecum, mais on sait, depuis les 
expériences de Davaine, que l'œuf embryonné éclùt dans l'estomac. 
Il est donc permis de supposer que les premières phases de la vie 
libre se passent dans l'intestin grêle et qu'on peut, par suite, 
observer dans ce dernier des Trichocéphales à différents degrés de 
développement. En effet, Wrisberg en a rencontré dans le duodé- 
num, et son observation est particulièrement intéressante en ce 
qu'il dit les avoir vus pénétrer par l'une de leurs extrémités dans 
Vorifice des glandes de Peycr et des foUicules muqueux. De même, 
Heller a vu à plusieurs reprises, dans l'intestin grêle, quelques 
exemplaires qui semblaient plus petits que ceux du caecum ; 
Werner et Bellingham en ont trouvé dans la partie inférieure de 
l'iléon ; enfin Davaine dit que l'on en trouve quelquefois dans 
l'intestin grêle (1). 

Du reste, même en supposant que le Trichocéphale vive uni- 
quement dans le c^cum, la contradiction ne serait encore 
qu'apparente. Les recherches de nombreux auteurs ont établi, en 
effet, que l'inoculation aux animaux de cultures du Bacille typhi- 
que, même en injection intra-veineuse ou intra-péritonéale, peut 
reproduire les lésions intestinales. A plus forte raison, ne doit-on 
pas s'étonner d'observer ces lésions à la suite de l'inoculation du 
Bacille dans la région du caecum. Ce qu'il importe de retenir, c'est 
que la fièvre typhoïde est une maladie infectieuse microbienne, 
à porte d'entrée intestinale, et que c'est le Trichocéphale, parasite 
intestinal, qui, dans la plupart des cas, ouvre la porte à l'infection. 

Les conséquences pratiques de ces observations sont de la plus 
haute importance. En effet, si, dans la fièvre typhoïde, l'agent étio- 
logique initial n'est autre que le Trichocéphale, c'est à lui qu'il 
faut raisonnablement s'attaquer. D'ordinaire, on se contente de 
faire de l'expectation armée et l'on respecte avec le plus grand 
soin l'intestin, de peur d'activer l'ulcération ; or, les Trichocé- 
phales continuent leurs inoculations et l'on fait par là même tout 
ce qu'il faut pour augmenter l'infection. Aussi les conclusions 
de l'auteur nous semblent-elles très justes : « En présence d'une 

(1) R. Blanchard, Traité de zoologie médicale, 2 vol. in-S", 1835-1889; cf. I, 
p. 782-787. 



128 R. BLANCHARD 

entérite fébrile quelconque, avant même de savoir si le séro-diag- 
nostic est positif et s'il faut incriminer le Bacille d'Eberth, on doit 
instituer, le plus vite possible, le traitement anthelminthique, et 
évacuer l'intestin pour chasser du même coup Microbes et Helmin- 
thes, et empêcher l'auto-inoculation constante du malade. Il serait 
évidemment mieux de faire un examen de matières fécales et de 
faire varier le traitement (thymol, santonine, etc..) suivant les 
œufs d'Helminthes rencontrés. Mais, dans la pratique, puisqu'il 
s'agit presque toujours du Trichocéphaie, on peut se contenter 
d'instituer le plus rapidement possible le traitement anthelmin- 
thique parle thymol, » 

Telle est, avec les commentaires qu'elle appelait, la note envoyée 
par M. le Dr Guiart. Je propose à l'Académie de déposer honora- 
blement ce travail dans ses Archives, et d'adresser des remercie- 
ments à l'auteur pour son intéressante communication. 

— Les conclusions du présent rapport sont mises aux voix et 
adoptées. 



ZOOLOGIE ET MÉDECINE 



le Professeur R. BLANCHARD. 

La question qui va nous occuper n'est pas nouvelle. Je pourrais 
citer un bon nombre de discours académiques ou de dissertations 
inaugurales qui discutent les rapports de la zoologie avec la méde- 
cine; suivant les préoccupations philosophiques ou les doctrines 
médicales de l'époque, ces essais littéraires envisagent la question 
à des points de vue difïérents, mais la plupart d'entre eux planent 
dans les hauteurs nébuleuses de la métaphysique et tous se res- 
semblent par l'absence complète d'une base véritablement scien- 
tifique. 

Au cours du XIX^ siècle sont nées diverses sciences, telles que 
l'anatomie comparée, la physiologie, l'anthropologie, la médecine 
expérimentale et la parasitologie : chacune d'elles a éclairé d'un 
jour nouveau le problème de la nature et de l'origine de l'Homme, 
et spécialement celui de ses relations avec les Vertébrés supérieurs. 
Ce serait une recherche assurément très intéressante, mais dépas- 
sant singulièrement les limites d'une simple conférence, que de 
dégager les notions scientifiques qui dérivent de ces récentes 
études. Je n'ai pas l'intention d'aborder devant vous une discussion 
aussi technique, pour laquelle je ne disposerais pas d'assez de 
temps; mon rôle sera plus modeste et je veux me borner à vous 
faire toucher du doigt, par quelques exemples, de quels progrès 
décisifs les doctrines médicales sont redevables à la zoologie, 
quelles découvertes capitales ont résulté d'une connaissance plus 
exacte des parasites animaux, quelle lumière inattendue à été 
projetée par ces notions nouvelles sur l'origine des maladies les 
plus meurtrières, quelles heureuses indications pratiqués en décou- 
lent et, à cette époque de vastes entreprises coloniales, à quel point 
l'acclimatement et le succès de notre race dans les pays chauds 
sont liés aux progrès de la Zoologie médicale. 

(I) Conférence faite à Berne, le 13 août 190i, à la première séance générale du 
sixième Congres ioternalional de Zoologie. 

Archives de Parasitologie, IX, n" l, 190o. y 



i30 R. BLANCHARD 

Le sang, la lymphe et le tissu conjonctif renferment des éléments 
anatoniiques depuis longtemps connus sous le nom de leucocytes 
ou globules blancs. C'est une expression banale que de les com- 
parer aux Amibes, auxquelles ils lessemblent, en effet, par leur 
mode de locomotion et par la façon dont ils englobent les corpus- 
cules solides. On en connaît plusieurs variétés, dont la distinction 
n'était, naguère encore, qu'une curiosité d'histologiste. Or, il se 
trouve que ces éléments, que leur étruclure et leur physiologie 
rapprochent des animaux les plus inférieurs, jouent dans l'orga- 
nisme un rôle capital. 

L'équilibre physiologique, qui constitue la santé, n'est assuré 
que par l'incessante surveillance qu'ils exercent : partout dissé- 
minés, ils veillent en tous les points du corps et s'opposent aux 
perturbations diverses qui peuvent à chaque instant se manifester 
dans nos organes; en particulier, ils ont pour mission d'arrêter au 
passage les corps étrangers, les microbes et, d'une façon générale, 
les parasites qui envahissent notre économie par les voies les plus 
diverses. Suivant que ces derniers sont plus ou moins gros, les 
leucocytes varient leur moyen d'attaque : ils interviennent isolé- 
riient ou, au contraire, mettent en commun leurs efforts pour 
arrêter dans sa marche envahissante l'élément parasitaire. Si 
l'agent infectieux n'est pas représenté par un être figuré, mais 
consiste en des substances chimiques, douées de propriétés toxi- 
ques, ils interviennent d'une autre manière et, s'adaptant à ces 
conditions nouvelles, élaborent, eux aussi, et déversent dans les 
humeurs de l'organisme, des substances capables de neutraliser 
les premières. 

La théorie de la phagocytose, que l'on doit aux sagaces observa- 
tions de Metshnikov, n'est-elle pas de ce nombre? Chacun sait en 
quoi elle consiste; chacun, du moins, connaît les Amibes, qui 
vivent dans les eaux stagnantes. Ces animalcules représentent le 
dernier degré de l'animalité : leur sarcode ou substance plastique 
émet des prolongements qui lui permettent d'englober les corpus- 
cules solides qui se trouvent à son contact; suivant leur nature, 
ces derniers sont digérés et assimilés par l'Amibe ou, au contraire, 
rejetés au bout d'un certain temps. Rien n'est mieux connu que 
ce phénomène; Dujardin et d'autres l'ont très bien étudié; ils y 
voyaient la manifestation la plus simple de l'acte de la nutrition. 



^OOLOGIE ET MEDECINE l3i 

C'est bien cela, en effet, mais c'est aussi un acte d'une exception- 
nelle importance, puisqu'il a été le point de départ de la décou- 
verte de la phagocytose, doctrine qui touche aux problèmes les 
plus obscurs de la pliysiologie. 

Ainsi, un simple fait d'observation zoologique bien interprété 
par un esprit d'une rare pénétration, est venu ruiner de fond en 
comble les conceptions hésitantes et nuageuses, dérivées de l'hu- 
morisme, par lesquelles la médecine essayait d'expliquer le grand 
fait de la résistance de l'organisme aux infections. La phagocytose 
a donné la clef du problème. Elle permet aussi, ou va bientôt per- 
mettre de comprendre d'une façon tout aussi nette les lois de la 
vaccination et de l'immunité, au sujet desquelles la médecine ne 
pouvait même pas émettre une hypothèse acceptable. 

Telles sont les conséquences delà théorie phagocytaire. On cher- 
cherait vainement, dans une autre branche des sciences biologi- 
ques, l'exemple d'une révolution doctrinale aussi profonde, basée 
sur un fait d'aussi minime apparence. 

Voilà trois ans, notre savant collègue, le professeur B. Grassi, a 
exposé au Congrès ses admirables découvertes sur le rôle des Mous- 
tiques dans la propagation du paludisme ; j'aurais garde de revenir 
sur ce sujet, qu'il a traité avec tant d'autorité, mais il n'est pas 
inutile de nous arrêter un instant sur ces Insectes qui sont bien 
plus dangereux qu'on ne le pourrait croire d'après sa brillante 
conférence. En effet, s'ils propagent le paludisme à la surface pres- 
que entière du globe, ils sont, dans des contrées moins vastes, 
mais encore! trop étendues, les agents de dissémination de diverses 
maladies qui sont au premier rang des fléaux de l'humanité. Dans 
toute la zone intertropicale, ils inoculent les Filaires du sang : ces 
Nématodes vivent dans le tissu conjonctif ou l'appareil circula- 
toire ; leurs embryons sont entraînés par le torrent sanguin; ils 
sont en relation avec divers états pathologiques, tels que l'héma- 
turie des pays chauds et peut-être aussi l'éléphantiasis des Arabes. 

Dans une zone plus restreinte, les Moustiques inoculent la fièvre 
jaune, dont le domaine, limité jadis à l'Amérique tropicale, s'étend 
maintenant à la côte occidentale d'Afrique, atteint parfois l'Europe 
et est peut-être à la veille de gagner jusqu'à l'Extrême-Orient, 
quand le canal de Panama sera achevé. Les Moustiques ne sont 
pas, comme on pourrait le croire, de simples transmetteurs inertes 



132 R. BLANCHARD 

des parasites, connus ou non, qui sont ici en cause ; ceux-ci, bien 
au contraire, subissent dans leur organisme des métamorphoses 
plus ou moins compliquées. 

L'un des problèmes les plus urgents de l'hygiène des pays chauds 
est donc, depuis que ces faits sont connus, l'étude des Moustiques 
qui se rencontrent dans les différentes parties du globe. La connais- 
sance exacte de la faune d'un pays, à ce point de vue spécial, est, 
comme on le voit, du plus haut intérêt pour la santé publique, 
puisque, suivant la présence ou l'absence des espèces reconnues 
pathogènes, le pays qui est l'objet d'une telle investigation, peut 
être déclaré dangereux ou salubre. 

A vrai dire, on ne peut exiger que tout médecin soit capable de 
déterminer avec toute la rigueur scientifique les différentes 
espèces de Moustiques qui peuvent s'otîrir à lui, d'autant plus 
qu'il faut savoir, suivant les circonstances, les reconnaître à l'état 
d'oeuf, de larve ou de nymphe, tout aussi bien qu'à l'état adulte. 
De telles constatations ne peuvent être que l'œuvre de naturalistes 
spécialisés dans ce sens et voici que, par un singulier phénomène, 
l'entomologiste de cabinet, auquel on aura recours pour la déter- 
mination des Insectes ailés, recueillis dans les habitations, ou des 
larves 'et des nymphes, pêchées au filet fin dans les flaques deau, 
devient non seulement l'auxiliaire obligé, mais même le conseiller 
et le guide autorisé de l'hygiéniste et du médecin. La question se 
complique encore, car il est utile de rechercher expérimentalement, 
chez diverses espèces de Moustiques, le développement éventuel 
d'organismes parasitaires rencontrés dans le sang de l'Homme ou 
des animaux. Cela entraîne aux recherches histologiques les plus 
délicates et aux expérimentations les plus difficiles. Les récentes 
découvertes relatives à la filariose et à la fièvre jaune l'ont bien 
montré. 

On connaît environ quatre cents espèces de Moustiques : c'est 
dire l'ampleur imprévue des études qui se poursuivent en ce 
moment et quel rôle prépondérant l'entomologie a conquis dans 
nos études. Je donnerais une idée très incomplète de son impor- 
tance, si je m'en tenais à ce qui vient d'être dit. D'autres Diptères 
attirent également l'attention des parasitologues, parce qu'ils 
transmettent certaines maladies très meurtrières. Chacun connaît 
ces épidémies de cause mystérieuse dont sont frappés les animaux 



ZOOLOGIE ET MEDECINE 133 

domestiques européens que l'on tenle d'introduire dans certaines 
régions de l'Afrique tropicale. Livingstone a reconnu qu'elles sont 
occasionnées par la piqûre de la Mouche Tsélsé (G/ossma morsitans), 
mais on est resté longtemps sans comprendre le mécanisme intime 
de l'infection. Le problème est actuellement résolu. La ïsétsé 
inocule au bétail un Protozoaire qu'elle a puisé dans le sang d'un 
animal malade : le parasite inoculé de la sorte se multiplie très 
activement dans le sang de son nouvel hôte et celui-ci ne tarde pas 
à présenter les symptômes caractéristique du nagana. 

L'animalcule en question est un simple Flagellé, connu sous le 
nom de Trypanosoma Brucei. Il nage dans le plasma, s'y reproduit 
par division longitudinale et le sang se charge ainsi de parasites 
chaque jour plus nombreux. Il est dûment établi par l'expérience 
que ceux-ci sont effectivement la cause de la maladie, qui est 
presque toujours mortelle. Les Trypanosomes sont donc de 
redoutables parasites et leur histoire doit singulièrement intéresser 
le médecin, s'il est prouvé que l'espèce humaine puisse être 
attaquée, elle aussi, par des organismes semblables. 

Or, la maladie du sommeil, qui sévit dans l'Afrique tropicale 
avec une redoudable intensité, au point de dévaster des territoires 
très étendus comme elle l'a fait ces années dernières au Congo et 
dans l'Ouganda, n'est pas autre chose qu'une trypanosomose : le 
parasite spécifique est ici le Trijpanosoma gamhiense, que trans- 
mettent la Gl.ossina palpalis et, vraisemblablement aussi, d'autres 
espèces du même genre. On connaît, chez divers animaux, d'autres 
trypano'somoses, dont les agents de transmission ne sont pas des 
Glossines, mais des Muscides d'autres types ou divers Tabanides. 
Bien plus, on sait qu'il existe en Algérie une trypanosomose 
humaine qui, vu l'absence des Glossines en cette région, rentre 
également dans cette dernière catégorie. Il s'ensuit que le concours 
du diptérologiste dans les questions d'épidémiologie est encore 
plus important que nous ne l'avions supposé. 

Au surplus, il ne s'agit pas seulement de préciser la nature des 
Insectes pathogènes, d'élucider leurs mœurs et leurs métamor- 
phoses, de trouver les moyens les plus aptes à les détruire ou à les 
écarter, de suivre dans ses moindres détails le cycle évolutif que 
le parasite peut subir à l'intérieur de leurs organes: tout cela 
n'est qu'une face de la question et j'ose dire que ce n'est pas la 



134 R. BLANCHARD 

plus importante. En effet, il est indispensable d'expéiiinenter sur 
le parasite lui-même, afin d'arrêter, si faire se peut, sa marche 
envahissante et de déterminer les conditions capables d'atténuer 
son action pathogène ou de rendre l'organisme de son hôte indiffé- 
rent à ses attaques. Un Trypanosome pullule dans le sang du Rat, 
sans que celui-ci en soit incommodé d'une façon appréciable : une 
telle endurance est sans doute le résultat d'une accoutumance 
progressive et héréditaire; cela nous donne à penser que l'Homme 
et les animaux qui sont actuellement sans défense à l'égard des 
Trypanosomes sont capables d'acquérir, eux aussi, l'immunité. La 
recherche des conditions suivant lesquelles celle-ci peut s'établir 
est assurément l'un des plus importants problèmes de l'heure 
actuelle. Cela nous ramène à la question toujours présente de la 
phagocytose et de la physiologie pathologique des globules 
blancs. 

Hier inconnus en parasltologie humaine, les Trypanosomes ont 
donc acquis une place importante dans ce domaine particulier de 
la médecine. Même en supposant résolus les problèmes qui les 
concernent, ils sont loin de nous avoir livré toute leur histoire et 
nous en sommes à nous demander maintenant si ces êtres dange- 
reux sont vraiment des Flagellés, comme on l'avait cru jusqu'à 
présent. Le zoologiste a ses classifications bien tranchées, dans 
lesquelles les classes sont comme des compartiments voisins, 
mais sans communication les uns avec les autres. On s'entendait 
pour rattacher les Trypanosomes aux Flagellés et l'Hématozoaire 
du paludisme ou, d'une façon plus large, les Hémosporidies aux 
Sporozoaires. Les arguments étaient bons, sur lesquels reposait 
cette répartition. 

Or, Schaudinn nous a récemment appris que ces deux types, en 
apparence si distincts, pouvaient successivement passer de l'un à 
l'autre, soit daus le sang d'un même Oiseau, soit du Vertébré au 
Moustique. Vous n'attendez pas de moi la description des méta- 
morphoses vraiment compliquées que subissent les animalcules en 
question. J'en aurai indiqué toute la valeur en disant que la 
découverte de Schaudinn, que d'autres observateurs ont déjà 
contrôlée pour des types parasitaires différents de ceux qu'il avait 
envisagés, bien loin de résoudre la question des migrations et des 
métamorphoses des Hématozoaires, nous montre, je ne dirai pas 



ZOOLOGIE ET MEDECINE 135 

l'erreur de nos notions actuelles, mais leur très grande insuffisance. 
Aussi bien pour les Hémosporidies que pour les ïrypanosoraes, 
les phases évolutives admises par tous les observateurs ne sont 
qu'un simple état passager, se reliant à d'autres formes encore 
inconnues qu'il va falloir maintenant déceler dans toute leur 
succession. C'est ainsi que la science progresse^, que les questions 
changent sans cesse de face, que les faits considérés comme les 
plus définitifs ne sont qu'une simple étape sur la route infinie du 
progrès; c'est ainsi, pour rappeler un mot familier à Claude 
Bernard, que la science du jour est l'erreur du lendemain. 

Il va sans dire que ce n'est pas seulement l'histoire des Héma- 
tozoaires des Oiseaux qui se trouve ainsi remise en question, mais 
que l'incerlitude plane également sur les Hématozaires du palu- 
disme et sur d'autres parasites dont l'existence est certaine, bien 
que nous n'ayons pas encore su les découvrir. De ce nombre est 
celui de la fièvre jaune: on connaît sa transmission par les 
Moustiques (Stegomijia calopus), on sait que ceux-ci ne sont infec- 
tieux qu'à partir du douzième jour après qu'ils ont piqué un 
individu atteint de fièvre jaune, ce qui revient à dire que le 
parasite subit dans leur oiganisme des transformations plus ou 
moins analogues cà celles dont l'Hématozoaire du paludisme nous 
donne un si remarquable exemple. Malgré ces indications précises, 
toute recherche de l'agent infectieux est demeurée vaine, sans 
doute parce qu'il est de trop petite taille pour être accessible à nos 
moyens d'investigation. Il n'est point le seul dont on en puisse 
dire autant et, selon toute apparence, la syphilis, la fièvre bilieuse 
hématurique, la rage, pour ne citer que celles-là, appartiennent à 
cette catégorie d'affections parasitaires dont le germe demeure 
inconnu. Aussi bien, les recherches de Schaudinn nous ont appris 
que certaines formes de ïrypanosomes et de Spirochètes, dérivées 
des Hématozoaires des Oiseaux et produites dans le tube digestif 
du Moustique [Culex plpieiis), sont assez petites pour traverser les 
filtres de porcelaine et ne deviennent apparentes, malgré les plus 
forts grossissements, que lorsqu'elles se rassemblent en nombre 
considérable. On découvrira sans doute des combinaisons optiques 
permettant de voir et d'étudier ces êtres d'une extraordinaire 
petitesse : leur investigation ouvre la voie à des recherches parti- 
culièrement délicates et intéressantes. 



13B R., BLANCHARD 

Les faits nouvellement acquis ou les questions récemment sou- 
levées dans le domaine de l'helminthologie ne sont pas non plus 
sans importance. Voilà vingt-cinq ans à peine, la zoologie médi- 
cale se restreignait à une description, voire à une énumération 
sommaire des quatre ou cinq Helminthes les plus répandus en 
Europe, c'est-à-dire les deux Ténias inerme et armé, l'Ascaride, 
l'Oxyure et le Trichocéphale. Pour être complet, on citait aussi la 
Filaire de Médine, à titre de curiosité exotique : pour paraître 
amateur de raretés, on mentionnait encore le Strongle géant. 
Quant aux Trématodes, on s'en tenait à la grande et à la petite 
Douve du foie et on faisait une allusion discrète, et pour cause, à 
la Bilharzie. Cela prenait, dans l'enseignement de nos Facultés de 
médecine, trois ou quatre leçons. J'en sais quelque chose, puisque 
c'est à ce régime que j'ai été éduqué. 

Et notez que les Facultés et Ecoles de médecine françaises sont, 
dans le monde entier, à peu près les seules à posséder une chaire 
magistrale d'histoire naturelle. Il est vrai que le professeur devait 
enseigner en même temps la zoologie et la botanique dans leurs 
applications à la médecine, comme s'il se pouvait trouver, dans 
l'état actuel du progrès scientifique, des hommes capables d'ensei- 
gner avec autorité deux branches de l'histoire naturelle depuis 
longtemps si profondément ditïérenciées. Dans la pratique, cette 
difficulté était tournée, puisque le professeur enseignait telle 
branche de la science qui lui était plus familière, laissant à l'agrégé 
le soin d'enseigner l'autre. C'est ainsi que mon savant prédéces- 
seur, M. le Professeur Bâillon, qui a occupé si longtemps la chaire 
d'histoire naturelle médicale de la Faculté de Paris et dont les 
travaux de botanique jouissent de la plus grande réputation, se 
réservait l'enseignement de la botanique ; l'agrégé devait donc 
enseigner la zoologie. 

Jusqu'en 1883, date à laquelle j'ai eu l'honneur de commencer 
mon enseignement à la Faculté de Paris, le cours de zoologie médi- 
cale n'était en réalité qu'un cours élémentaire de Faculté des 
sciences. Il n'y avait à cela que demi-mal, puisqu'il fallait dégrossir 
des jeunes gens frais émoulus du collège, dont les connaissances 
en histoire naturelle étaient tout à fait insuiïisantes ; mais il eût été 
nécessaire de compléter ces éléments de zoologie générale par une 
étude aussi détaillée que possible des parasites d'origine animale. 



ZOOLOGIK ET INFEDECINIC 137 

Convaincu du rôle chaque jour plus important que les parasites 
de cette nature jouent en pathologie humaine, rôle évidemment 
méconnu dans une foule de circonstances; instruit par la décou- 
verte de nouveaux parasites, en Extrême Orient, par exemple ; 
persuadé que les expéditions coloniales, qui retrouvaient alors un 
regain de vogue en Europe, ne tarderaient pas à nous faire con- 
naître, dans ce même ordre d'idées, beaucoup de faits nouveaux, 
je résolus de rompre avec ces errements et de consacrer mon ensei- 
gement presque entier à l'étude des maladies parasitaires. Les 
résultats ne se firent pas attendre ; d'abord un peu déconcertés 
par la nouveauté de cet enseignement, les étudiants ne tardèrent 
pas à en saisir toute l'importance. Il ne m'appartient pas de dire 
si le succès fut ou non à la hauteur de l'effort, mais je crois avoir 
le droit de déclarer qu'une telle innovalion, qui équivalait à la 
création d'un enseignement nouveau, répondait aux besoins de 
l'époque ; j'en vois la preuve dans ce fait, que toutes les Facultés et 
Ecoles de France suivirent mon exemple et s'en trouvèrent foi't 
bien. Il en fut de même pour quelques pays, particulièrement pour 
la Roumanie, où furent créées des chaires d'histoire naturelle 
médicale. 

Ce que j'avais pu réaliser dès 1883 comme agrégé, j'ai pu le com- 
pléter depuis 1897 comme professeur titulaire. J'ai eu la bonne 
fortune de monter dans ma chaire au moment où le programme 
des études médicales venait d'être modifié d'une façon très heu- 
reuse. L'histoire naturelle médicale, puisque tel est encore le litre 
officiel de mon enseignement, figurait désormais au programme de 
la troisième année d'études, ce qui permettait de serrer de plus 
près les importantes questions ressortissant à la parasitologie et 
d'entrer dans des détails de clinique, de physiologie et d'anatomie 
pathologique, auxquels jadis les étudiants de première année 
n'eussent pas compris grand'chose. Il en est résulté une spécialisa- 
tion beaucoup plus grande de l'enseignement, ainsi qu'une orien- 
tation toute nouvelle des travaux pratiques et du laboratoire. La 
création des Archives de Para^iiologic, dont le huitième volume est 
maintenant achevé, est encore un témoignage de la profonde 
réforme que j'ai pu accomplir. 

II va sans dire que, dans un tel enseignement, c'est l'histoire 
naturelle qui domine et qu'il ne saurait être donné avec la compé- 



138 K. BLANCHARD 

tence requise par un homme dont l'éducation serait surtout médi- 
cale. En effet, l'helminthologie n'en est plus à l'âge d'or que je 
décrivais tout à l'heure. Quel immense chemin parcouru en vingt- 
cinq ans ! Combien d'espèces parasitaires ajoutées à la liste alors 
si restreinte! L'étude complète de ces animaux nécessite des 
connaissances très techniques de zoologie ; il ne suffit pas de déter- 
miner leur structure, de suivre leurs migrations et leurs méta- 
morphoses, de les reconnaître dans leurs diverses transformations, 
de préciser les lésions dont elles sont la cause, il faut encore 
connaître assez bien les parasites des animaux les plus divers 
pour discerner les liens de parenté qui peuvent exister entre ces 
Helminthes de l'Homme et ceux de différentes espèces animales. 

Davaine a décrit, d'après des échantillons très incomplets, un 
petit Ténia provenant des Comores, auquel il a donné le nom de 
Tsenia madagascariensis ; Cobbold a fait connaître sous celui de 
Distoma Ringeri un Trématode qui vit au Japon et en Chine dans le 
poumon de l'Homme et cause des hémoptysies fréquentes. Qui 
donc, sans posséder les notions que je viens d'indiquer et qui ne 
peuvent s'acquérir que par une longue pratique de la zoologie, 
aurait pu se douter que le premier de ces parasites appartient à un 
type qui ne se trouve chez les Mammifères et chez l'Homme qu'à 
titre tout à fait exceptionnel, mais qui appartient normalement aux 
Gallinacés? Qui donc, de même, aurait pu reconnaître dans le 
second un Helminthe déjà signalé par Kerbert chez le Tigre ? De 
tels rapprochements ne constituent point de simples curiosités, 
comme des esprits superficiels pourraient le croire : ils sont de la 
plus haute importance, puisqu'ils peuvent mettre sur la voie de 
l'origine des maladies parasitaires de l'Homme, les seules en 
somme intéressantes pour le médecin. Il me serait facile de citer 
d'autres exemples démontrant d'une façon toute aussi nette celte 
proposition. 

A un point de vue plus strictement médical, les Helminthes 
sont en train de reprendre en médecine un rôle qui leur était 
anciennement attribué sans conteste, mais dont les progrès de la 
bactériologie les avaient dépossédés. La découverte du rôle patho- 
gène des Microbes a été l'origine de progrès surprenants dans 
l'étiologie, la prophylaxie et le traitement des maladies infec- 
tieuses. Par une exagération très compréhensible, on a voulu tout 



ZOOLOGIE ET MEDECINE 139 

rapporter aux Microbes et ce fut un soulagement singulier pour la 
médecine que de trouver enlin en eux l'explication de phénomènes 
pathologiques qui, depuis des siècles, refusaient obstinément de 
livrer leur secret. Loin de moi l'intention de contester le nMe 
capital que jouent les intiniment petits dans la production des 
maladies, mais je suis nettement d'avis que souvent ils ne sont 
nuisibles que'parce qu'ils sont précédés dans leur œuvre néfaste 
par divers Helminthes qui leur ouvrent la voie et leur permettent 
d'exercer leur action malfaisante. 

Guiart a reconnu que V Ascaris conocephalus produit dans la 
muqueuse intestinale du Dauphin des érosions assez profondes, 
grâce aux trois puissants nodules dont sa bouche est armée ; VAs- 
caris lumbricaïdes agit de même chez l'Homme, toute proportion 
gardée. Et, en effet, les cliniciens ont maintes fois noté, mais sans 
attacher à ce fait l'importance qu'il mérite, l'existence d'Ascarides 
plus ou moins nombreux chez les individus atteints d'atîections 
intestinales et spécialement de fièvre typhoïde. Rœderer et Wagler, 
en 1760, ont observé à Gôttingen une violente épidémie de fièvre 
typhoïde ou de morbus mucosus, comme ils disaient, au cours de 
laquelle ils découvrirent le Trichocéphale ; ce parasite se trouvait 
en abondance dans l'intestin des individus dont ils purent faire 
l'autopsie. On n'ignore pas qu'à une époque tout à fait récente, le 
professeur Metshnikov a reconnu que ce même Helminthe était la 
cause fréquente, mais non exclusive, de l'appendicite. 

Est-ce à dire que les Helminthes soient infectieux? En aucune 
façon; leur rôle pathogène est indubitable, mais il n'est, en quel- 
que sorte, que préparatoire, L'Ascaride, nous l'avons vu, érode et 
ulcère la muqueuse intestinale; les dégâts éprouvés par celle ci 
sont encore plus graves, quand elle est attaquée par le Trichocé- 
phale, VUncinaire et d'autres Helminthes qui, armés ou non de 
crochets, la transpercent et s'enfoncent à son intérieur jusqu'au 
contact des capillaires sanguins. Il se produit de la sorte une 
série de pertuis minuscules, par où les microbes pathogènes, 
qui se rencontrent si fréquemment à Télat de saprophytes dans 
l'intestin d'individus en bonne santé, peuvent envahir l'organisme 
et y causer l'infection. On peut donc proclamer cet aphorisme : 
pas d'infection intestinale sans Helminthes pour frayer la voie aux 
Microbes infectieux. Voilà qui rendrait aux Helminthes un regain 



ItO R. BLANCHARD 

d'actualité, s'il n'était démontré, d'autre part, grâce aux récentes 
acquisitions dans le domaine de la médecine coloniale, que les 
parasites animaux sont beaucoup plus redoutables qu'on ne le 
croit généralement ; ils jouent, en effet, dans la pathologie des 
pays chauds, un rôle absolument prépondérant. 

J'en reviens ainsi à une question qui m'est particulièrement 
chère. Je suis un partisan convaincu de l'expansion coloniale et je 
crois fermement que celle-ci no peut avoir de guide plus sûr que 
la médecine. Or, les maladies des pays chauds sont en grande 
majorité de cause parasitaire, et les parasites dont elles relèvent 
sont pour la plupart de nature animale. Comme la science fait de 
grands progrès dans ce domaine particulier et que, d'une année à 
l'autre, il surgit des questions véritablement imprévues, il m'a 
semblé nécessaire de créer à Paris, à côté de la Faculté de méde- 
cine, un enseignement complémentaire, d'allure rapide, grâce 
auquel les médecins coloniaux revenus dans la métropole pussent 
se mettre au courant de ces questions nouvelles. De cette préoccu- 
pation est né l'Institut de Médecine coloniale, que j'ai été assez 
heureux pour fonder, grâce à l'appui de l'Université de Paris. Les 
personnes qui en suivent les cours sont pour la plupart des méde- 
cins ayant vécu sous les tropiques et désireux de se perfectionner 
dans les nouvelles méthodes d'investigation. Ils retournent là-bas 
mieux armés pour la recherche scientifique, connaissant les desi- 
derata de l'heure présente, capables de poursuivre des recherches 
toujours délicates, l'esprit en éveil et animés du plus vif désir de 
faire œuvre utile. H y a lieu d'espérer que leurs efforts ne seront 
pas vains, mais qu'ils pourront élucider quelques-unes des nom- 
breuses questions qui sont encore obscures. 

En effet, en élargissant ainsi notre cadre et en étendant nos 
éludes à la pathologie exotique, on peut dire qu'un champ immense 
s'ouvre devant la Zoologie médicale. Si je parlais devant des 
médecins, je pourrais mentionner toute une série de maladies dont 
l'étiologie est plongée dans la plus profonde obscurité et qui 
cependant, pour diverses raisons, doivent être envisagées a priori 
comme relevant de la parasitologie animale. La fièvre bilieuse 
hématurique est apparemment de ce nombre. Elle n'est pas sans 
analogie avec certaines affections parasitaires du bétail, qui sont 
transmises parla piqûre des Ixodes; il est donc urgent de recher- 



ZOOLOGIE ET MEDECINE l4l 

cher si elle ne résulterait pas également de l'inoculation de petits 
parasites tels que les Babesia. 

On a récemment attribué à ces derniers une forme parasitaire 
qui se trouve soit dans la peau, dans les cas d'ulcère des pays 
ciiauds, soit dans la pulpe splénique, dans les cas de kala azar et 
de splénomégalie apyrétique. Les organismes qu'on a confondus 
avec des Babésies sont, en réalité, bien difïérents de celles-ci. 
Imaginez un Trypanosome, qui aurait perdu son flagelle et sa 
membrane ondulante et dont le corps se serait condensé en une 
petite masse ovoïde ayant encore son blépharoplaste : telle est la 
structure très simple des Leishmania. 

Ces parasites ont donc des affinités manifestes avec les Flagellés, 
bien plus qu'avec les parasites endoglobulaires. Or, quand on les 
cultive en milieu artificiel, on obtient des petits Trypanosomes. Ces 
derniers se présentent donc à nous de nouveau comme des orga- 
nismes paradoxaux qui dérivent, dans certains cas, de formes 
parasitaires bien difïérentes d'aspect. 

Ces quelques exemples suffisent à montrer l'intérêt des questions 
que soulève la parasitologie des pays chauds. D'autres problèmes 
non moins importants seront étudiés demain, et parmi eux figure 
au premier rang la question de la toxicité des animaux parasites. 

On est familiarisé avec l'idée que les Microbes éliminent des 
toxines : Roux et Yersin ont établi l'existence et le rôle de ces 
substances dans la diphtérie; depuis cette démonstration magis- 
trale, personne ne doute plus que, dans les maladies infectieuses, 
certains symptômes ne soient causés par des substances nocives 
éliminées par les Microbes. Une telle notion doit- elle être généra- 
lisée? Les Helminthes et les autres parasites animaux produisent- 
ils des substances analogues? Dans quelle mesure agissent-elles et 
certains phénomènes morbides peuvent-ils leur être attribués? 
Oui, sans doute, les parasites de nature animale se comportent de 
la même façon que les Microbes et il est vraiment surprenant que 
l'on ne l'ait pas reconnu plus tôt. 

J'en trouve un exemple très démonstratif dans la fièvre palu- 
déenne, l'accès fébrile n'étant que le résultat d'une intoxication de 
l'organisme. En effet, l'Hématozoaire, qui se loge, grandit et se 
multiplie à l'intérieur du globule rouge, obéit à la règle commune, 
c'est à-dire qu'il assimile des substances étrangères à son orga- 



142 il. BLANCHARD 

nisme, en même temps qu'il désassimile et rejette autour de lui des 
déchets solubles. Ceux-ci s'accumulent à l'intérieur du globule et 
ne sont déversés dans le sang qu'au moment oîi le globule se rompt. 
Ils sont d'abord trop dilués pour être actifs, mais leur quantité 
augmente à mesure que le nombre des parasites s'élève lui-même 
et bientôt ils déterminent une première réaction fébrile. Il est de 
notion courante que les accès deviennent de plus en plus violents 
quand la maladie n'est pas traitée par la quinine : c'est dire que 
les toxines sont déversées dans le plasma sanguin en quantité de 
plus en plus grande. Cet exemple est, je crois, assez caractéristique ; 
il a du moins le mérite d'être emprunté à une maladie dont tout le 
monde connaît la marche et, d'autre part, de donner de la fièvre la 
seule explication rationnelle. 

Cela étant connu, on ne sera pas surpris que les Trypanosomes 
produisent également des substances toxiques, auxquelles on doit 
attribuer quelques-uns des symptômes de la maladie du sommeil. 
On sait déjà que le Bothriocéphale cause parfois l'anémie perni- 
cieuse progressive, non pas parce qu'il cause une hémorrhagie 
intestinale, mais par suite de l'absorption de substances qu'il excrète 
et qui se trouvent déversées dans l'intestin ; on entrevoit que 
d'autres Helminthes puissent être doués de la même faculté, à un 
degré plus ou moins accentué. Voilà donc que s'ouvre tout un 
nouveau chapitre de la chimie physiologique et l'on peut dire que, 
dès maintenant, il se montre hérissé des pires difficultés. 

En vous entretenant de ces questions, je n'ai pas la prétention 
de vous avoir montré toutes les faces par lesquelles la Zoologie 
entre en contact avec la Médecine. L'union de ces deux sciences 
devient chaque jour plus étroite. « Le temps est proche, me disait 
récemment sir Patrick Manson, où chaque Ecole de médecine 
devra posséder une chaire de zoologie ; en France, vous avez 
tranché la question avant les autres pays. » 

Il est très exact que les Facultés et Ecoles françaises sont pour- 
vues d'un enseignement méthodique et complet de la parasitologie 
animale, mais il ne faut pas oublier que, par suite de l'insuffisance 
des crédits qui lui sont alloués, cet enseignement n'a guère, le plus 
souvent, qu'un caractère théorique. Or, nous avons mis en évidence 
quelles questions capitales il est urgent de résoudre et dans quelles 
voies la science doit maintenant s'engager. Les recherches dont on 



iiOOLOGlE ET MÉDECINE l4â 

attend la solution ne peuvent être conduites à un bon résultat 
que si l'on dispose de moyens d'action puissants, je veux dire de 
crédits suffisamment élevés. L'argent n'est pas seulement le nerf 
de la guerre, 11 est bien plus encore celui de la science. Le succès 
sourit à ceux qui, sortant des spéculations théoriques et abstraites, 
luttent corps à corps avec les problèmes et leur arrachent leur 
secret. 

Les Ecoles de médecine tropicale de Londres et de Liverpool ont 
fait dans ces dernières années une remarquable besogne dans le 
domaine de la parasitologie des pays chauds, non pas tant à cause 
de la valeur, d'ailleurs incontestable, des hommes éminents qui 
ont pris la direction de ce mouvement nouveau, qu'à cause des 
subsides considérables que la générosité publique a mis à leur 
disposition. D'autres pays ont attaqué la question sous une autre 
forme. L'Allemagne, par exemple, a créée près de l'Office impérial 
de la santé publique [Kaiserlichcs Gesundhcitfiaiiit) une section de 
Parasitologie animale, à la tête de laquelle le D»" Schaudinn vient 
d'être placé avec le titre de conseiller d'Etat ; c'est un heureux 
complément d'une Institution qui a rendu déjà les plus éminents 
services et c'est pour elle le point de départ de nouveaux progrès. 
Les Etats-Unis, de leur côté, devenus puissance coloniale par la 
conquête de Porlo-Rico et des Philippines, ont créé à Washington^ 
comme dépendance du Service de l'Hôpital maritime, une Division 
de zoologie médicale dont le chef éminent est le D^' Gh. Wardell 
Stiles : le passé répond de l'avenir et, sous son impulsion féconde, 
la nouvelle Division ne va pas tarder à devenir l'un des foyers de 
recherche scientifique les plus actifs et les plus productifs. Les 
deux savants dont je viens de prononcer le nom sont assis dans 
cetamphltiiéâtre;il m'est particulièrement agréable de leur rendre 
publiquement hommage, de les féliciter de la haute situation 
scientifique à laquelle ils ont été récemment appelés et de leur 
souhaiter bon augure pour les reciierches dont ils vont être les 
instigateurs. 

De tels exemples mériteraient d'être suivis par tous les pays 
possédant des colonies intertropicales ; il ne sutTit pas, en effet, de 
constater le progrès du voisin, il faut aussi savoir consacrer à la 
recherche scientifique les sommes qui lui sont nécessaires. Espé- 
rons que les pays qui se sont montrés jusqu'à présent réfractaires 



144 U. BLANCHARD. — ZOOLOGIE ET MEDECLNË 

OU trop parcimonieux comprendront bientôt qu'il y va de leur 
iionneur et de leur bon renom scieutitlque d'instituer des élablisse- 
menls et des laboratoires du même genre ou du moins de doter 
avec une plus grande libéralité ceux qui existent déjà et auxquels 
ne manque point la volonté de bien faire. 

Quoi qu'il en advienne, il est clair que la Zoologie médicale n'en 
est encore qu'à ses débuts; d'importantes questions se présentent 
en foule, qui réclament une solution prochaine et la pénétration 
des nations civilisées dans les régions encore inexplorées ou insufTi- 
samment connues fera surgir un grand nombre d'autres problèmes 
dont la Parasitologie donnera la solution. Après l'éclatante période 
que vient de parcourir la Bactériologie, nous saluons avec confiance 
l'aurore des temps où la Zoologie médicale atteindra son apogée. 



NOTES ET INFORMATIONS 



Nomination. — Par un arrêté en date du 27 juillet 1904, M. le 
D' Maurice Neveu-Lemaire a été institué agrégé d'histoire naturelle 
(parasitologie) près la Faculté de médecine de l'Université de Lyon. 

Sur la présence de Blastomycètes dans un cas de molluscum 
contagiosum. — L'étiologie du molluscum contugiosmn est à l'ordre du jour 
depuis 1863, époque à laquelle Virchow avait trouvé une certaine analogie 
entre les corpuscules du molluscum et les Coccidies du Lapin. De nom- 
breuses recherches faites soit sur le molluscum soit sur une afïection très 
analogue, Vepithelioma conlagiosum des Oiseaux, ont tour à tour admis 
ou nié la nature parasitaire de ces afïections. Mais même parmi ceux qui 
ont considéré le mollusctim comme une maladie parasitaire, il y en a qui 
ont nié la nature de parasites aux corpuscules considérés comme tels par 
Virchow et qui ont attribué le rôle d'agents spécifiques à d'autres éléments 
plus petits. Ainsi Piana et moi (1), dans une étude comparative sur le 
molluscum et Vepithelioma contagiosum, nous avons considéré les cor- 
puscules signalés par Virchow comme des cellules dégénérées, nous ratta- 
chant complètement à l'opinion déjà émise par Bizzozero et Manfredi (2), 
et avons au contraire décrit comme parasites des corpuscules de 2 à 6 i^, 
que nous avons considérés comme des Protozoaires. 

Tout dernièrement enfin, Marx et Striker (3) ayant filtré sur bougie 
Berkefeld une bouillie faite en écrasant des nodules ù! epithelioma conta- 
giosum dans la solution physiologique de chlorure de sodium, ont pu par 
l'inoculation du liquide filtré, qui était stérile, reproduire Vepithelioma 
chez les Poules. Se basant sur ce fait, Marx et Stricker considèrent l'agent 
spécifique de Vepithelioma comme étant très petit et capable de passer à 
travers les filtres. 

Le 6 novembre 1903,_j'ai reçu de la clinique dermatologique de l'Uni- 
versité de Lausanne, dirigée par M. le professeur Dind, des nodules de la 
dimension d'une tête d'épingle à un pois, qui avaient été extirpés à une 
femme qui en présentait beaucoup à la figure. Ces nodules, soit par leur 
aspect macroscopique, soit par l'aspect microscopique, présentaient tous 
les caractères des nodules typiques du molluscum contagiosum. 

A l'examen à l'état frais du raclage de ces nodules, examen pratiqué 
avec l'oculaire 4 et l'objectif à immersion à eau, j'ai constaté les faits 
suivants : Cellules ovoïdes, granuleuses, dégénérées, correspondant aux 
corpuscules du molluscum de Virchow, parmi lesquelles il y avait un 

( I ) .PuNA 6 Galli-Valerio, Modemo zooiatro, 1894. — Galli-Valerio, Le neofor- 
mazioni nodulari. Parma, 1897. 

(2) Bizzozero e Manfredi. Archivio per le se. med., p. 1, 1876. 

(3) Deutsche med Wochenschrift, 1902, p. 893 et 1903, p. 49. — Résumé dans 
Centralblatt filr Bakt.,Reî., XXXIII, p. 13 et Revue vétérinaire, 1903, p. 158. 

Archives de Parasitologie, IX, n» 1, 1905. 10 



146 NOTES ET INFORMATIONS 

grand nombre de petits corpuscules de 2,5 à 3 [j, de diamètre, ronds ou 
ovoïdes, à double contour très net. à noyau central sombre, doués de légers 
mouvements d'oscillation, mais sans mouvements amiboïdes. Plusieurs 
de ces corpuscules présentaient, sur un point de leur périphérie, un bour- 
geon qui leur donnait l'aspect d'une gourde. 

Les caractères de ces corpuscules ne pouvaient laisser aucun doute sur 
leur nature. 11 s'agissait de Blastomycètes. Traités par le bleu au thymol, 
ils se coloraient fort bien, la capsule et le noyau apparaissant plus foncés 
que le protoplasma. Dans les préparations colorées au bleu, on remar- 
quait que par ci, par là ces Blastomycètes étaient situés dans des cellules 
dégénérées, et souvent étaient entourés par une auréole plus claire. 

Dans les coupes colorées avec le bleu au thymol, il y avait les mêmes 
formes, en grande partie libres, entre les cellules, mais, plusieurs conte- 
nues dans celles-ci. Des cultures faites sur agar et sur carotte cuite 
sont restées stériles. 

L'inoculation par frottage des nodules du molluscum sur la peau du 
Cobaye et du Lapin et sur la crête d'une Poule, est restée négative. Les 
Blastomycètes que je viens de décrire, présentent la plus grande analogie 
avec ceux qui ont été décrits par Lowenbach et Oppenheim dans une 
affection nodulaire du nez chez l'Homme (1). Ont-ils joué le rôle d'agents 
spécifiques dans ce cas de molluscum contagiosum ? Il me semble impos- 
sible de répondre d'un façon affirmative à cette question. Ce n'est qu'en 
considération du rôle important que les Blastomycètes jouent aujourd'hui 
dans les afiections cutanées, qu'ont peut penser à un rôle de ces parasites 
dans le molluscum co7itagiosum. De nouvelles recherches, surtout appuyées 
Sur des cultures, pourront seules permettre de résoudre la question. — 
B. Galli-Valerio, Professeur à l'Université de Lausanne. 

De una nueva especie de Filaria en el Sapo de Medellin. — Exami- 
nando, en el mes de diciembre de 1903, la sangre de los Sapos comunes de 
Medellin (Repiiblica de Colombia), he encontrado en algunos de ellos lo 
siguiente : 

En medio de los elementos figurados de la sangre se ven en las prepa- 
raciones frescas sin tefiir unas Lombricitas ô Culebrillas de un milimetro 
y medio de longitud por très micrones de grueso y con vivos movimientos 
de ondulaciôn pero de traslaciôn lenta, lo cual hacen separando con la 
cabeza los elementos figurados de la sangre, ademâs se contraen ô alargan 
â voluntad. Otras veces apoyan la cabeza en un eritrocito y el cuerpo 
signe ondulândose con rapidez como, un largo flagelo. En algunas ocasiones 
se les distingue un puntito negro en la cabeza, no se les ve vainaô envol- 
tura y la cola es poco menos gruesa que la cabeza y en todo caso no aguda 
sino mâs bien obtusa. Raras veces se dislinguen unos como gusanillos ô 
larvas estriados transversalmente, cuya longitud es la cuarta parte de 
una de estas Filarias, de las cuales parecen ser los embriones, 

(1) Archiv fiir Derinat. und Syph., p. 121, 1902. 



Notés et informations û1 

En las preparaciones tenidas con eosina y azul de metileno se ven las 
Filarias enrolladas ô mâs ô menos retraidas â la mitad y liasta la tercera 
parte de su longitud normal, debido sin duda al calor de la llama al 
lijar la sangre. El cuerpo se ve cubierto de finas granulaciones basôfilas 
y en algunos individuos se ve un rudimento de capuchon incolore en la 
cabeza y en la cola, como si tuvieran una vaina ô envoltura viscosa muy 
discreta. 

En lo gênerai se encuentran de diez élreinta en unalaminilla ordinaria 
de sangre. 

Esta Filaria es persistente y se encuentra en la sangre, tanto en el dia 
como de noche. Los Sapos no parecen muy afectados por este parâsito y 
apenas se les nota un poco de anémia y tal vez menos fuerza que de 
ordinario, pues al esponjarse lo hacen con menos vigor que los sanos del 
mismo volumen. Como se ve por la descripciôn que acabo de dar, esta 
Filaria se parece à la Filaria perstans que Manson encontre en la sangre 
de muchos Negros del Africa Occidental. El mismo Manson crée que la 
Filaria que O'Neil encontre en el craw-craw es la perstans, àpesar de 
algunas diferencias. 

Craw-craw es el nombre vulgar que los Negros del Africa dan â varias 
afecciones de la piel, semejantes â los aradores ô sarna, en lo gênerai 
caracterizadas por una erupciôn pruriginosa, al principio papulosa, luégo 
vesiculosa ô pustulosa y muy contagiosa, como lo que entre nosotros 
llaman carranchin. La forma que el Dr. Emily observé en el Congo francés 
y en el Alto Ubangui, se limita â los pies y especialmente â los espacios 
interdigitales como lo que nuestros trabajadores de tierra caliente llaman 
candelillas de pantano, y que se observan en las gentes que andan delcalzas 
por entre el lodo. 

Séria interesante saber por que nuestros campesinos llaman latigazo de 
Sapo 6 Culebrilla al zona ô herpès zoster ù atras afecciones parecidas de 
tierra caliente. ^ Tendria el Sapo que ver en esta clase de erupciones 
vesiculosas ?,i Sera el Sapo el agente que transmite al Hombre esta especie 
de craw-craw ? Solo la observaciôn de las personas compétentes en las 
tierras calientes puede resolver .este punto interesante de medicina 
tropical, averiguando si los individuos afectados han manoseado Sapos, y 
si en el liquide de las vesiculas se encuentra la Filaria. 

En mâs de cincuenta enfermos del Hospital de San Juan de Dios, cuya 
sangre he examinado durante el dia, no he podido ver Filaria alguna, lo 
que prueba que tanto la Filaria diurna como la persistente son raras aqUi, 

De las hidroceles y ascitis lactecentes que atribuyen â filariosis no 
tengo conocimiento si no de un caso que opéré para una apendicitis 
crônica, en que el vientre estaba lleno de una gran cantitad de liquide 
como leche de coco y en que los linfâticos del intestine formaban finas 
arborizaciones blancas, que contrastaban con los vases sanguineos. El 
liquide no se examiné, pero he sabido que al enferme se le han extraido 
después,enrepetidas ocasiones, varies litres del mismo liquide lactecehte. 



148 NOTES ET INFORMATIONS 

Prôximamente me propongo examinar de noche la sangre de varios 
enfermos del Hospital para ver si entre nosotros es frecuente la Filaria 
nocturna. — J. B. Montoya y Flores, Professeur à l'Université de Medellin 
(Colombie). 

— L'embryon de Pilaire décrit plus haut se trouve dans le sang du 
Crapaud le plus conunun aux environs de Medellin (Colombie. 11 est long 
de 73 à 90 [x et large de 4 à 5 pi.. Il ressemble beaucoup à l'embrj^on de 
Filaria Bancrofti, mais est plus petit et relativement plus trapu. Certains 
exemplaires, mais non tous, présentent à l'une de leurs extrémités un 
appendice transparent, anhiste, de forme variée, ayant ordinairement 
l'aspect d'une cupule cuticulaire froissée et n'ayant pas plus de2 à 3 p. de 
long; c'est apparemment un détritus de la cuticule, plutôt que le reste 
d'une gaine comparable à celle qui entoure certaines Microtilaires. 

Le Ver qui produit ces embryons doit se trouver quelque part dans le 
tissu conjonctif du Crapaud. Nous lui donnons le nom de Filaria 
Coiumbi. — R. Bl. 

Observations sur un cas de bilharziose. — Je dois à l'amabilité de 
mon ami le D' L. Robinson, médecin de l'hôpital anglais, d'avoir pu 
observer un cas de bilharziose chez un anglais habitant Paris. Cet Homme, 
âgé de 25 à 30 ans, travaille dans un atelier de bijouterie. 11 a fait la 
guerre du Transvaal et a séjourné notamment à Koodoospoot, à l'est de 
Pretoria. C'est là, dit-il, qu'il a contracté la maladie pour laquelle il est 
venu à la consultation externe de l'hôpital. 

Le malade est d'aspect très anémié. 11 émet chaque jour des urines 
sanguinolentes ; en examinant le dépôt très abondant qu'elles laissent 
tomber au fond du vase, on y reconnaît des globules rouges, une quantité 
considérable de globules blancs et un nombre excessif d'œuis de Schislo- 
somum hœmatobium. 11 est impossible de donner une évaluation même 
approximative de la quantité de ces derniers; disons seulement que cette 
quantité est très élevée et qu'on en trouve sûrement des dizaines dans la 
moindre préparation faite avec une parcelle du dépôt urinaire. 

Le malade, malgré son état de faiblesse, n'a pas interrompu son travail; 
il est tenu toute la journée à son atelier. Pour ne pas lui faire perdre de 
temps ou le troubler dans ses occupations, il fut convenu que, après avoir 
jeté l'urine rendue au saut du lit, le dimanche matin, il conserverait toute 
l'urine émise à partir de ce moment là jusqu'au lundi matin, inclusive- 
ment. Le lundi matin, on se rend à l'atelier pour prendre livraison des 
flacons d'urine; on en profite pour prélever aussi, par piqûre de la pulpe 
du doigt, la quantité de sang nécessaire pour la détermination soit du. 
nombre des globules rouges du sang, au moyen de la chambre humide 
graduée deMALAssEz, soit du volume relatif des globules et du plasma, au 
moyen de l'hématocrite à centrifugation. La numération des globules 
rouges se fait ultérieurement au laboratoire; l'examen à l'hématocrite se 
fait extemporanément, à l'atelier même. Dans ces conditions, il m'a été 
possible de faire les constatations suivantes : 



NOTES ET INFORMATIONS 149 

Lundi i juillet. — Quantité d'urine rendue en 24 heures : 1000<^c. Le 
liquide est centrifugé en totalité; on obtient un culot pesant 14 gr., occu- 
pant un volume de 14'c et formé par l'agglomération « à sec » des divers 
éléments contenus dans l'urine : hématies, leucocytes, œufs de Bilharzie 
et quelques débris de l'épithélium vésical; ces derniers, toutefois, sont en 
quantité négligeable. 

Après agitation prolongée de l'urine, afin de mélanger les globules et 
de les répartir à peu près uniformément dans toute la masse, on compte à 
la chambre humide de Malassez le contenu d'un millimètre cube du 
liquide : on trouve une proportion moyenne de 133 leucocytes pour 
1000 hématies. Je ne méconnais pas toute l'imperfection de cette méthode; 
des numérations comparatives, d'une part pour une même urine et 
d'autre part pour les urines de jours différents, ont néanmoins prouvé 
qu'elle donne une approximation sutïïsante, quand il s'agit simplement 
de déterminer si une urine sanguinolente est relativement riche ou pauvre 
en globules blancs. Les chiffres que l'on obtient ainsi donnent donc, 
malgré leur imprécision, une indication utile. 

Lundi 11 juillet. — Quantité d'urine rendue en 24 heures : 670^^0 (i). 
Poids du culot après centrifugation de la masse totale de l'urine : 9 gr. 50 ; 
volume du culot lO^c. L'urine renferme une proportion moyenne de 
113 leucocytes pour 1000 hématies. Au compte-globules, on trouve 
4.300.000 globules rouges par millimètre cube de sang; à l'hématocrite, 
on obtient une colonne correspondant à un chiffre de 4.250.000 globules 
de sang normal. Le nombre absolu des globules du sang s'est donc abaissé 
d'une façon très appréciable ; le nombre des hématies, notamment, a 
subi une chute importante, en même temps que celui des leucocytes s'est 
élevé. L'examen de frottis de sang, colorés d'une façon appropriée, 
confirme ces observations ; il donne la formule leucocytaire suivante : 

Pour 1000 leucocytes : 77 éosinophiles, 126 lymphocytes, 161 mononu- 
cléaires et 636 polynucléaires. 

Lundi 18 juillet. — Quantité d'urine rendue en 24 heures : 830cc. Poids 
du culot après centrifugation : 10 gr. 9 ; volume du culot : llcc5. Propor- 
tion moyenne des éléments figurés du sang contenus dans l'urine : 
94 leucocytes pour 1000 hématies. Formule leucocytaire du sang préparé 
en frottis sur lame, pour 1000 leucocytes : 86 éosinophiles, 129 lympho- 
cytes. 225 mononucléaires et 560 polynucléaires. 

Lundi 2.Ï juillet. — Quantité d'urine rendue en 24 heures : 700^^. Poids 
du culot après centrifugation : 17 gr. 80 ; volume du culot : 17^5. Propor- 
tion moyenne des éléments figurés du sang contenus dans l'urine : 
160 leucocytes pour 1000 hématies. 

Tant par l'examen direct du sang que par celui de l'urine, on constate 
donc une augmentation considérable du nombre des leucocytes; toutefois, 

(1) La faible quantité d'urine rendue dans les 24 heures tient à l'excessive éléva- 
tion de la température, qui a exagéré la perspiration cutanée. 



150 



NOTES ET INFORMATIONS 



ceux-ci sont infiniment moins nombreux dans le sang que dans l'urine, 
où ils atteignent une proportion moyenne de 123 leucocytes pour 1000 
hématies, soit 1/8 du chiffre total. L'absence de toute suppuration dans 
la vessie et la structure des leucocytes trouvés dans l'uriue ne permettent 
pas d'attribuer à ces derniers la signification de globules du pus. Ils 
proviennent donc du sang pour une faible part, et surtout de cellules 
migratices infiltrées en grand nombre dans les portions de la paroi vési- 
cale qui sont envahies par les œufs de la Bilharzie. 

Sir Patrick Manson a observé à Londres un anglais de 38 ans, qui avait 
contracté aux Petites Antilles une bilharziose de forme intestinale; les 
œufs se trouvaient en abondance dans les selles (1). Chez ce malade, 
l'examen du sang a donné les résultats suivants : 

Hémoglobine 84 "/o 

Hématies par mmc . 4.630.000 

Leucocytes 8.200 

La formule leucocytaire ne différait pas essentiellement de celle que 
nous avons nous-même reconnue. H n'est pas sans intérêt de comparer 
les chiffres obtenus et de les rapprocher, d'autre part, de la formule 
leucocytaire que Leredde et Loeper considèrent comme normale, chez 
l'Homme en bonne santé : 





FORMULE LEUCOCYTAIRE 


normale, 
d'après 

Leredde et 
Loeper 


Dans le cas de bilharziose 


d'après 
P. Manson 


d'à] 
R. Rla 

1" numération 


)rès 

NCHARD 

2"= numération 


Sur 1000 leucocytes : 

Polynucléaires neutrophiles 
— éosinophiles. 

Mononucléaires 

Labrocytes 

Intermédiaires 

Lymphocytes 


640 à 630 
10 k 20 

320 à 330 
2,5 à 5 


490 
120 
170 

10 
210 


636 

77 

161 

126 


360 

86 

223 

129 



En résumé, diminution du nombre des hématies et des leucocytes 
mononucléaires, augmentation de celui des éosinophiles : telles sont les 



(1) P. Manson, Report of a case of Bilharzia from the West Indies. British 
med. journal, II, p. 1894, 1902. Journal of trop, med., V, p. 384, 1902. 



NOTES ET INFORMATIONS loi 

constatations qui ressortent nettement des observations de Manson et des 
miennes; elles ne sauraient être envisagées comme symptomatiques de la 
bilharziose ; elles sont tout au plus l'indice d'une affection parasitaire, 
dont, d'après ces seuls signes, la nature ne peut aucunement être 
précisée. 

Quant à la proportion relative des globules rouges et des globules 
blancs dans le sang, nous ne sommes pas d'accord, Manson et moi. 
Manson trouve les leucocytes notablement diminués de nombre, puisque 
les chiffres qu'il donne correspondent à une proportion de 1,76 leucocytes 
pour 1000 hématies. Il m'a paru, au contraire, qu'ils avaient augmenté de 
nombre, toutefois sans les avoir soumis à une numération spéciale. 
L'excessive abondance des globules blancs dans l'urine résulte d'une 
infiltration leucocytaire intense des parties traversées par les œufs du 
parasite. — R. Blanchard. 

Accès dysentériformes dus au Tmnia sag incita. — Homme de 40 ans, 
vigoureux. En 1892. attaque de dysenterie peu grave, à la suite d'un séjour 
dans un camp. En 1900, diarrhée chronique sans graisse ni selles sanglan- 
tes, à la suite d'un séjour aux oasis sahariennes. Pas de rechute depuis 1900. 

En novembre 1903, il est pris subitement, sans cause apparente, de 
troubles gastriques généraux, de douleurs intestinales violentes avec 
évacuations alvines d'abord, puis muco-sanguinolentes et graisseuses 
(ténesme, tranchées, état nauséeux). Le traitement habituel ne produit 
aucun résultat, et la purgation fait évacuer de nombreux anneaux de 
Ténia. Cet état se prolonge avec des alternatives de demi-guérison et de 
rechutes, pendant deux mois environ. Le mieux se faisant sentir toutes 
les fois qu'une certaine quantité d'anneaux de Ténia est expulsée à la suite 
d'un purgatif, on administre un ténifuge qui détermine l'évacuation d'une 
très grande quantité d'anneaux, sans la tète. 

Au bout de trois mois, expulsion involontaire de quelques anneaux ; 
deux jours après, nouvelle attaque de diarrhée dysentériforme, en tout 
semblable à la première. On administre de nouveau un ténifuge, qui 
provoque l'expulsion de deux Ténias inermes, tête comprise. A partir de 
ce jour, disparition absolue et immédiate de tout accident dysentériforme, 
sans modification aucune du régime. — D"^ Dodieau, médecin-major à 
Ghardaïa (Algérie). 



OUVRAGES REÇUS 



Tous les ouvrages reçus sont annoncés. 



Généralités 



V. Ariola, Simbiosi e parassitismo nel regno animale. Rivista Ligure. Genova, 
in-S" de 29 p., 1904. 

J. Brault, Note sur la fièvre hémoglobinurique en Algérie. Janus, VIII, in-S" 
de 6 p., 15 nov. 1903. 

E. Brumpt, Missi07i du Bourg de Bozas. De la Mer Rouge à l'Atlantique, à 
travers^ l'Afî'ique tropicale. Paris, in-S" de 32 p., 1 carte. 1903. 

Wl. Clerc, Contribution à l'étude de la faune helmintliologique de l'Oural. 
Revue suisse de Zoologie, II, p. 241-368, pi. 8-1 1, 1903. 

L. CoHN, Helminthologische Mittheilungen. Ârchivfiir Naturgeschichte, l, p. 47- 
66. taf. 3, 1903. 

G. Lhéritier, Étude sur le goitre dans le département du Puy-de-Dôme. Thèse 
de Paris, in-S" de 104 p., 1904. 

NoGHT, Organisation de l'enseignement de la médecine coloniale. Congres 
d'hyg. et de démog., 7"" sect., 6""^ quest., in-8» de 8 p., 1903. 

R. Rangel, Etiologia de ciertas anémias graves de Venezuela. Caraca*. 
Laborat. del Hospital Vargas, In-lâ" de 16 p., 1903. 

Studi e ricercbe del Prof. Luciano Armanni. Giornale deW Associazione 
Napoletana di Medici e Naturalisti, gr. in-8° de 237 p., 1903. 

Ch. W. Stiles, Index-Catalogue of médical and veterinary Zoology, part 6, 
[authors: F to Fynney]. Bureau of Animal Induslry, Bulletin n° 59, p. 437-510, 
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C. TiRABosGui, Les Rats, les Souris et leurs parasites cutanés dans leurs 
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C. R. de la Soc. de biol., LVI, p. 484-485, 190i. 

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Schw.) de l'Afrique du nord. C. R. de la Soc. de biol., LVI, p. 601-603. 1904. 

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154 OUVRAGES REÇUS 

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OUVRAGES REÇuS 155 

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Miinchener med. Wochenschrift, n° 24, in-S" de 12 p. 1904. 

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des se, in-4° de 3 p., 28 mars 1904. 

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Infusoires 

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Helminthologie en général 

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1. Hefl, p. 1-34, 1903. <. 

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der Wissenschaften zu St. Petersburg. Annuaire du Musée Zoologique de l'Acad. 
imp. des se. de St. Pétersbourg, VllI, in-8» de 30 p., pi. 17-18, 1903. 

0. VON LiNSTow, Neue Helmintlien. Centralblatt fiir Bakt., Orig., XXXV, 
p. 352-337, 1903. 

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Cestodes 

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des se. phys. et natur., (4), XVI, in-S" de 3 p.. sept. 1903. 

0. FuHRMANN, Die Tetrabothrien der Sâugethiere. Centralblatt fur Bakt., Orig.i 
XXXV, p. 744-732, 1904. 

0. FuHRMANN, Ein getrenntgeschlechtiger Cestode. Zoologische Jahrbiicher, 
Systematik, XX, p. 131-150, taf. 10, 1904. 

0. FuHRMANN, Ein merkwûrdiger getrenntgeschlechtiger Cestode. Zoologischer 
Anzeiger, XXII, p, 327-331, 1904. 

0. FuHRMANN, Neue Anoplocephaliden der Vôgel. Zoologischer Anzeiger, 
XXVII, p. 384 388, 190i. 

C. VON Janickf, Weitere Angaben ûber Triplotsenia mirabilis J.-E.-V. Boas. 
Zoologischer Anzeiger, XXVII, p. 243-243, 1904. 

0. KôHL, Tœnia cucumerina bei einem sechs Wochen alten Kinde. Miinchener 
med. Woch,, in-folio, n" 4, 1904. 



156 OUVRAGES REÇUS 

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F. Marchand, Ueber Gehirnzysticerken. Volkmann's Samnilung klin-. Vortràge, 
(2), n» 371, p. 183-208, 1904. 

P. MiNGAzziNi, Ricerche sul vario modo di fissazione délie Tenie alla parete intes- 
tinale e sul loro assorbimento. Ricerche Lab. anat. Roma, X, p. 5-24, tav. I-II, 1904. 

Th. Odhner, Urogo7ioporus armatus Lûhe, 1902, die reifen Proglottiilen von 
Trilocularia gracilis Ohson 1869. Archives de Parasitologie, VII f, p. 465-471, 1904. 

Th. Pknteh, Studien ùber Tetrarhynchen nebst Beobachtungen an anderen 
Bandwûrmern. — III. Zwei eigenthùmliche Drûsensysteme bei Rhynchobothrius 
adenoplusius n. und histologische Notizen ûber Ànthocephalus, Amphilina und 
Tsenia saginata. Sitzimgsberichte der kais. Akad. der Wiss. in Wien, math.- 
nat. Klasse, CXII, p. 541-397, pi. MV, 1903. 

J. ViGEXER, Ueber dreikantige Bandwûrmer ans der Famille der Tsenilden, 
Jahrbiicher der Nassanischen Vereins fiir Naturkunde, LVI, p. 115-177, Wies- 
baden, 1903. 

K. WoLFFHùGEL, Elu Interessanlss Exemplar des Taubenbandwurmes Bertia 
Delafondi (Railliet). Berliner tierarzUiche Wochenschrift, n° 3, in-8° de 8 p., 1904. 

F. ZscHOKKE, Die Cestoden der sûdamerikanischen Beuteltiere. Zoologischer 
Anzeiger, XXVII, p. 290-293, 1904. 

F. ZscHOKKE, Die Darmcestoden der amerikanisclien Beuteltiere. Cenlralblatt 
fiir Bakteriologie, Originale, XXXVI, p. 51-62, 1 taf., 1904. 

Trématodes 

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L. CoHN, Zwei neue Dislomen. Cenlralblatt fiir Bakteriologie, Originale, 
XXXII, p. 877-882, 1902. 

L. CoHN, Mittheilungen ùber Trematoden. Zoo/og'isc/ter AnzeiQer,Wy , p. 712- 
718, 1902. 

L. CoHN, Zur Kenntnis einiger Trematoden. Cenlralblatt fiir Bakteriologie, 
Originale, XXXIV, p. 35-42, 1903. 

L. CoHN. Zur Anatomie der Amphilina foliacea (Rud.). Zeitschrift fiir wiss. 
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F. FisGHOEDEit, Weitere Mittcilungen ûber Paramphistomiden der Sâugetiere. 
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M. Stos«ich, Una nuova specie del gonere Plagiorchis Lûhe. Annuario del 
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Nématodes 

E. n. /I,o;iOBHH'b, <ï>arouHTapin,ix'b icn-feTRax-h Heterakis perspi- 
cillum Rud. ^àenu 3anucKU IlMnepamopcKaAO KasaHCKaAO ^Hueep- 
cumema, n° 12, in 8° de 14 p., 1903. 

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OUVRAGES REÇUS 157 

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A. Manouvriez, De l'anémie anky losto miasique des mineurs. Paris-Valen- 
ciennes, in-S" de 27 p., 1904. 

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G. PiERi, NuovG ricerche sul modo in oui avviene l'infezione da Anchylostoma. 
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A. ÏESTi, Contribuzione allô studio dell' anguillulosi intestinale. Rivista critica 
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Ch. ï. Stambolski, Du Ver de Médine (Filaria medinensis). Sophia, in^» de 
29 p., 1896. 

M Stossich, Sopra alcuni Nematodi. Annuario del Museo zoologico délia 
R. Univ. di Napoli, (2), I, p. 1-5, tav. 1, n" 15, 2febb. 1904. 

Arachnides 

L. G. Neumann, Notes sur les Ixodidés. II. Archives de Parasilologie, VIII, 
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M. J. Rivera, Nuevas observaciones acerca de la biolojia del Latrodectus 
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Insectes 

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N. Cholodkovsky, Zur Morphologie der Pediculiden. Zoologischer Anzeiger, 
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L. Dyé, De la récolte des Moustiques. Bulletin du Comité de V Afrique française, 
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138 OUVRAGES REÇUS 

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L. Babonneix. Nouvelles recherches sur les paralysies diphtériques. Thèse de 
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et des sérums anlitoxiques. 15' Congrès internat, d'hygiène et de démographie, 
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A. Bergeron, Etude critique sur la présence du Bacille de Koch dans le sang. 
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Hj. Bergholm, Ueber Mikroorgani'imen des Vaginal-secrètes Schwangerer. 
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D. DE Blasi, Studio comparative di alcuni stipiti di B. dysentericiom. Annali 
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J. Brault, La fièvre ondulante à Alger. Archives générales de médecine, 
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J. Brault, Quelques réflexions sur certains traitements actuellement usités 
dans la lèpre. Annales de dermatologie et de syphil., p. 811-816, 1903. 

E. Brumpt, La peste du Cheval en Abyssinie. C. R. de la Sos. de biol., LVI, 
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Compte-rendu du 15" Congrès internat, d'hygiène et de démographie. Compte- 
rendu du Congrès, II : Bactériologie. Bruxelles, in-8» de 124 p., 1903. 

A. Charrin et G. Delamare, Les défenses de l'organisme chez les nouveau-nés. 
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G. CaÉNiER, La question d'identité de nature de la morve et du farcin chez le 
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J. CoURMONT et L. Lagomme, La caféine en bactériologie. Essai de différen- 
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Journal de physiol. et de path. gén., p. 286-294, 1904. 

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Ed.-E. Escomel, Les amygdales palatines et la luette chez les tuberculeux. 
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M. Ghuber, Mode d'action et origine des subslanees actives des sérums préventifs 
et des sérums anlitoxiques. 15' Congres internat, d'hyg. et de déni., -/" section, 
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H. Legrand, Contribution à l'étude du problème de la défense de l'Egypte 
contre le choiera et réflexions sur la prophylaxie sanilaiie de la peste. ^5" Congres 
d'hygiène et de démographie, Bruxelles, in-8" de 16 p.. 1903. 

L. Legroux, La botryomycose. Anatonne pathologique. Clinique. Pathogénie. 
Thèse de Paris, in-8" de 91 p., 1 pi., 1904. 

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Lckffler, De la valeur du sérum anlidiphlôiique au point de vue de la prophy- 
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H. Martel, Recherches expérimentales sur la variabilité du Bacillus anthracis. 
Paris, in- 8" de 85 p., 1903. 

L.-A. Noël, La lèpre. Douze années de pratique à l'hospice des lépreux de 
La Désirade {Guadeloupe). Thèse de Paris, in- 8" de 58 p., 1903. 

M. d'OElsnitz, La leucocytose dans la tuberculose et spécialement dans 
plusieurs formes de tuberculose infantile. Thèse de Paris, in-S" de 111 p., 1903. 

Ch. Pelloux, Elude sur la diazo-réaclion d'Ehrlich dans ses rapports avec la 
tuberculose et en particulier avec la tuberculose pulmonaire. Thèse de Paris, 
in 8° de 122 p., 1904. 

J. Perquis, Contribution à l'étude de la présence du Bacille d'Eberth dans le 
sang des typhiques (Recherche par le procédé de Caslellani modifié). Thèse de 
Paris, in-S" de 80 p., 190i. 

G. J. Plateau, Recherches historiques et topograpliiqiies sur la lèpre en 
Bretagne et sur ses rapports avec le syndrome de Morvan. Thèse de Paris, in-S" 
de 83 p., 1904. 

Kl. Roghette, Contribution à l'étude de la leucocytose comme moyen de 
diagnostic dans les affections gynécologiques. Thèse de Paris, in-S" de 66 p., 1904, 

E. Salmon, Immunization from Hog choiera. Bureau of animal industry, cir- 
cular n" /,5, in-8° de 3 p., feb. 12 tb, 1904. 

D. E. Salmon, Reports on bovine tuberculosis and public health. Bureau of 
animal industry, Bulletin W 55, in-S" de 53 p., Washington, 1904. 



160 OUVRAGES REÇUS 

SuAREz DE Mexdoza, Dg la sérothérapie préventive de la diphtérie. Archives de 
méd. et de chir. spéciales, in-8» de 40 p., 1902-1903. 

F. Trastour, L'Entérocoque, agent pathogène. Thèse de Paris, in-8° de 239 p., 1904. 
H. TuiAU, Les Rais sont-ils toujours l'agent propagateur de la peste. Thèse de 

Paris, in-8' de 60 p., 1904. 

G. Trouvé, Etude historique et statistique sur les preuves anatomo-paiholo- 
giques de la guérison de la tuberculose pleur o-pulmonaire. Paris, in-B" de 
164 p., 1903. 

P. VuiLLEMiN, Recherches des organismes étrangers dans lurine. Revue médi- 
cale de l'Est, in-8» de 11 p., 1903. 

P. G. WooLLEY, Report on some pulmonary lésions produced by the Bacillus of 
hemorrhagic septicsemia of Garabaos. Biological Laboralory, Manila, in-8° de 
11 p., 1V;04. 

Zambaco Pacha, La contagion de la lèpre en l'état de la Science. Revue médico- 
pharmaceutique, in-B" de 94 p., 1934. 

Mycologie 

Angel et Thiry, Une observation d'aclinomy.cose humaine avec étude bactério- 
logique. Revîie médicale de l'Est, in-S" de 14 p., 1898. 

E. BoDiN et P. Savouré, Recherches expérimentales sur les mycoses internes. 
Archives de Parasitologie, VIII, p. 110-136, 1904. 

H. Chabpy, Contribution à l'étude de la langue noire. Thèse de Paris, in-B** de 
88 p., 1898. 

S. Fabozzi, Azione dei Blastomiceli suU' epitelio trapianlalo nelle lamine 
corneali. Contribuzione sperimenlale all'etiologia e patogenesi dei tumori. 
Archives de Parasitologie, VIII, p. 481-539, tav. 3, 1904. 

V.-P.-H. Jensen, Ueber die Entwickelung der durch subcutane Einimpfung von 
Saccharomyces ncoformans (Sanfelice) hervorgerufenen Knôtchcn. Zeitschrift 
fur Hygiène, XLV, p. 298 308, pi. IV, 1903. 

V.-P.-H. Jensen, Undersegelser over patogen gœr. K^benhavn, in 8" de 126 p., 
3 pi., 1903. 

P. Lesage, Contribution à l'étude des mycoses dans les voies respiratoires. Rôle 
du régime hygrométrique dans la genèse de ces mycoses. Archives de Parasito- 
logie, VIII, p. 353-443, 1904. 

M. Letulle, Actinomycose de l'appendice vermiforme du caecum. Revue de 
gynécologie, p. 627-660, 2 fig. et 2 pi., 1903. 

P. Vuillemin, Recherches morphologiques et morphogéniques sur la membrane 
des zygosporcs. Bulletin de la Soc. des se. de Nancy, in-S» de 32 p., 4 pi., 1904. 



Le Gérant, F. R. DE RuDEVAL. 



Lille. — Tvi, & Ulli Lu i;iïOt ne 



F. R. DE RUDEVAL EDITEUR 

4, Rue Antoine Dubois (VP) 
PARIS 



Précis de Parasitologie animale, par le D"^ M. Neveu- 
Lemaire, préparateur au laboratoire de Parasitologie de la Faculté 
de médecine de Paris, avec une préface par le professeur R. 
Blanchard, un volume in-18 grarTd jésus de 111-220 pages avec 
301 fig. dans le texte, deuxième édition, cartonné. Prix 4 francs. 

De réchinococcose secondaire, par le D"^ F. Dévé, ancien 
interne des hôpitaux de Paris, médecin des-hôpitaux de Rouen. Un 
volume grand in-8, de 256 pages, avec 7 fig. dans le texte. Prix : 

6 francs. J , 

\ ' 

Ladrerie ou cysticercose chez l'Homme, par le D"^ E. 
VoLOVATz. Un volume grand in-8, de 184 pages, avec 9 fig. dans 
le texte. Prix : 3 francs. 

Les Filaires du sang de l'Homme, par le D' R. Penel. 
Un vol. grand in-8° de x-157 p., avec 20 fig. dans le texte. 
Prix : 6 francs. 



Sous presse ; 

Les Moustiques, Histoire naturelle et médicale, par le 

professeur R. Blanchard. Un volume grand in-8" de 600 pages 
environ, avec un grand nombre de figures dans le texte. 

Précis de diagnostic clinique, par le D^ L. Grimbert, 
docteur ès-sciences, professeur agrégé à FEcole supérieure de 
Pharmacie de Paris, pharmacien en chef de l'hôpital Cochin, et 
le D'^ J. GuiART, docteur ès-sciences, professeur agrégé à la Faculté 
dé médecine de Paris. Un volume in-18 colombier, de 600 pages 
environ, avec un grand nombre de figures dans le texte. 



Envoi franco de ces ouvrages contre Un mandat-poste adressé à F R. de RUDEVAL 
éditeur, 4, rue Antoine Dubois, Paris, VI'. 



ARCHIVES DE PARASITOLOGIE 



Réidaction : /J, rue de l'École-de-Médecine, Paris, F/« 



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Les Archives de Parasitologie publient des mémoires originaux écrits dans 
l'une ou l'autre des six langues suivantes ; français, allemand, anglais, espagnol, 
italien et latin. Les auteurs doivent, autant que possible, fournir un texte dacty- 
lographié (écrit à la machine), afin de réduire les corrections au minimum. 

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botanique adoptées par les Congrès internationaux de zoologie et de botanique ; 

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graphiques, des abréviations adoptées par ces mêmes Congrès ou par le Zoolo- 
gical iiecord de Londres ; 

3" Les noms géographiques ou les noms propres empruntés à des langues qui 
n'ont pas l'alphabet latin seront transcrits conformément aux règles interna- 
tionales adoptées par les Congrès de zoologie ; 

4» Tout nom d'être vivant, animal ou plante, commencera par une première 
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o" Tout nom scientifique latin sera imprimé en italiques (souligné une fois sur 
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Dans l'intérêt de la publication et pour assurer le maximum de perfection 
dans la reproduction des planches et figures, tout en supprimant des dépenses 
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Ils recevront gratis 30 tirés à part de leur article. Ils sont invités à faire con- 
naître sans délai s'ils désirent en recevoir un plus grand nombre (30 au maximum), 
à leurs frais et conformément au tarif ci-dessous. Ce tarif ne vise que l'impres- 
sion typographique ; il ne concerne point les planches, dont le prix peut varier 
considérablement. Toutefois, il importe de dire que, pour les exemplaires 
d'auteurs, les planches seront comptées strictement au prix de revient. Les tirés 
a part ne peuvent être mis en oente. 



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Trois quarts de feuille 

Une demi-feuille 

Un quart de feuille !...'... 

Un huitième de feuille 

Plusieurs feuilles La feuille 



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6f30 


8f20 


3 40 


_7 » 


4 30 


3 73 


3 83 


3 10 


± 90 


3 83 


6 10 


7 83 



V éditeur -Gérant -. 
F. R. DE RUDEVAL 



LILIE. - Imp. LE BIGOT Frtr 



Tome IX, n» 2. 



15 Janvier 1905. 



ARCHIVES 



DE 



PARASITOLOGIE 



PUBLIEES PAR 

RAPHAËL BLANCHARD 

PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS 
MEMBRE DE l'aCADÉMIE DE MÉDECINE 





PARIS 

F. R. DE RUDEVAL, Imprimeur-Éditeur 
4, Rue Antoine Dubois (VP) 

1905 



Les Archives paraissent tous les trois mois. 



SOMMAIRE 

L.-A. VmcENT. — Prophylaxie de la fièvre jaune 16i 

Cannac. — Le pian à la Côte d'Ivoire 171 

J. GuiART. — Action pathogène des parasites de l'intestin 173 

R. Penel. — Les Filaires du sang de l'Homme 187 

E. Brumpt. — Maladie du sommeil; distribution géographique, étiologie, prophy- 
laxie 205 

L.-G. Neumann. — Notes sur les Ixodidés. — III 22a 

E. Jeanselme. — La lèpre en Indo-Chine; projet de réglementation concernant sa 

Prophylaxie . 242 

E. Jeansèlme. — Le paludisme et sa topographie en Indo-Chine . ........ 249 

E. JeXnsÉlme. — Le béribéri et les prisons ;..........:. 236 

L. MoREAU et H. SouLiÉ. — De la répartition du paludisme en Algérie . ... . . 263 

Le Dantec. — Le phagédénisme des plaies sous les tropiques 266 

Cannac. — Note sur deux cas de goundou 269 

L. Moreau et H. Soulié. — La lutte contre le paludisme en Algérie 272 

S. LiGNiÈRES. — La tuberculose humaine et celle des animaux domestiques sont- 
elles dues à une même espèce micT^obienne : le Bacille de Koch ?. . . . . 279 

F. Noc. — Du rôle des Puces dans la propagation de la peste. État actuel de la 

question ■ 300 

P. S. DE Magalhàes. — Notes d'hèMinthologie brésilienne 303 

Revue bibliographique 319 

Notes et informations 322 

Ouvrages reçus 323 

Planche III. 



F. R. DE RUDEVAL, Imppimeup-Éditeur 

4, Rue Antoine Dubois, PARIS (VP) * 
Publications du Laboratoire de Parasitologie 
de la Faculté de Médecine de Paris 



Histoire zoologique et médicale des Téniadés du genre 
Hymenolepis Weinland, par le Professeur R. Blanchard, Un 
volume in-8o de 112 pages, avec 22 figures dans le texte. Prix : 3 francs. 

Précis de Parasitologie animale, par le D^ M. Neveu- 
Lemaire, Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Lyon, avec une 
préface par le Professeur R. Blanchard. Deuxième édition. Un volume 
in 18 grand Jésus de I1I-22Ô pages avec 301 figures dans le texte, 
cartonné. Prix : 4 francs. 

De l'Échinococcose secondaire, par le D"^ F. Dévé, Professeur 
suppléant à l'École de médecine de Rouen, Médecin des hôpitaux. Un 
volume grand in-S" de 256 pages, avec 7 fig. dans le texte. Prix : 
6 francs. 



PROPHYLAXIE DE LA FIEVRE JAUNE 



Le Dr L.-A. VINCENT 

Médecin Inspecteur des troupes coloniales 
Correspondant de l'Académie de médecine (1). 

Les graves épidémies de fièvre jaune qui ont sévi au Sénégal 
en 1900, à la Guyane en 1902, à la Côte d'Ivoire en 1902 et en 1903 
nous imposent impérieusement l'observation attentive de toutes 
les règles nouvelles de prophylaxie et de défense contre cette ma- 
ladie, afin d'éviter le retour de désastreuses épidémies dans nos 
colonies d'Amérique et de la Côte Occidentale d'Afrique. 

Les nouvelles données que nous possédons sur l'étiologie et la 
transmission de la fièvre jaune ont modifié de fond en comble et 
assis sur des bases sérieuses et véritablement scientifiques, les 
règles de cette prophylaxie qui peuvent être aujourd'hui méthodi- 
quement tracées et qui offrent des garanties indéniables d'efficacité, 
si elles sont sérieusement appliquées. 

Il résulte en effet des importants travaux de la Commission 
américaine envoyée à Cuba en 1900, après la guerre hispano- 
américaine et dont les conclusions concordent parfaitement avec 
les observations de la Mission française envoyée à Rio, et celle de 
la Commission anglaise de Santos, que les points suivants sont 
définitivement acquis: 

i» Le sérum d'un malade atteint de fièvre jaune n'est virulent 
que pendant les trois premiers jours de la maladie et au quatrième 
jour de la maladie, le sang de lamarilique ne contient plus de 
virus, même quand la fièvre est élevée. 

2o La transmission de la maladie à l'homme se fait par l'inter- 
médiaire exclusif d'un Moustique, le Stegomyia calopus. 

Cette opinion avait été soutenue par Carlos J. Finlay dès 1881, 
et, dans un mémoire présenté au Congrès de Washington et qu'il 
nous communiquait à la Havane, lors de l'un de nos séjours en 1888, 
il disait nettement : ^ el CuJex mosquito es el agente necessario que 

(1) Le D^ L. A. Vincent est décédé le 27 mai 1904. 

Archives de Parasitologie, IX, n° 2, 1904. 11 



162 L.-A. VINCENT 

transmite la fiebre amarilla jj. Rééd. Caroll et iVgramonte ont sura- 
bondamment démontré la véracité de cette opinion de la trans- 
missibilité de la fièvre jaune par le Moustique Stegomyia. 

3° Pour pouvoir déterminer la maladie chez l'Homme, le Mous- 
tique doit s'être infecté au préalable en absorbant du sang d'un 
malade atteint de fièvre jaune, pendant les trois premiers jours de 
la maladie. 

40 Le Moustique infecté n'est dangereux qu'après un intervalle 
d'au moins 12 jours écoulés depuis qu'il a ingéré du sang virulent. 
Ce cycle de 12 jours paraît nécessaire à l'évolution que doit par- 
courir l'agent pathogène amaril dans le corps du Moustique. Le 
Moustique est d'autant plus dangereux qu'il pique plus tard après 
le moment où il s'est infecté. 

5° La piqûre de deux Moustiques infectés donne en général une 
fièvre jaune très grave. 

6° Dans la région de Rio-de- Janeiro, pas plus qu'à Santos et à 
Cuba, aucun autre Culicide que le Stegomyia calopus ne concourt 
à la transmission de la fièvre jaune. 

7° La fièvre jaune ne peut se propager et affecter un caractère 
contagieux que dans les localités qui possèdent le Slegomyia. 

8^' En dehors de la piqûre du Stegomyia infecté, le seul moyen 
connu de déterminer la maladie est l'injection, dans les tissus 
d'un individu sensible, de sang provenant d'un malade atteint 
de fièvre jaune, et recueilli pendant les trois premiers jours delà 
maladie. 

9f> La période d'incubation de la fièvre jaune est en général de 
4 à 5 jours, mais, dans certains cas, cette période peut se pro- 
longer jusqu'à 13 jours. 

10° Le contact avec un malade, sa literie, ses vêtements ou ses 
excrétions est incapable de donner la fièvre jaune. 

On comprend combien ces données sont précieuses pour la 
prophylaxie de la maladie puisqu'on sait désormais que pour que 
la fièvre jaune se produise dans un pays et s'y propage, il faut 
qu'il y existe des Stegomyia, des malades en état de fièvre amarile 
n'ayant pas dépassé les trois premiers jours de la période d'inva- 
sion, et des sujets réceptifs. 

La prophylaxie se résumera donc, dans la destruction des Stego- 
myia et de leurs larves, dans l'isolement des malades et leur pro- 



PROPHYLAXIE DE LA FIÈVRE JAUNE 163 

tectioii contre les piqûres de ces Gulicides, afm d'empêcher que 
ces Moustiques une fois infectés ne puissent ultérieurement 
contaminer des individus sains. 

Les Stegomyia sont très répandus à la surface du globe, et bien 
que nous ne connaissions pas encore d'une manière complète 
leur répartition géographique, nous savons déjà actuellement, 
d'après les enquêtes eiïectuées, qu'ils pullulent aux iVntilles, au 
Mexique, au Brésil, à la Guyane. Ils existent aussi au Sénégal, au 
Soudan, à la Côte d'Ivoire (1). On en trouve aussi dans les régions 
tempérées, en Italie, en Espagne, en Portugal et dans d'autres 
pays de l'Europe (2). Laveran a, en outre, constaté la présence des 
Stegomyia dans des échantillons de Gulicides qui m'avaient été 
envoyés de Thanh-hoa (x\nnam) (3) ; ce qui prouvé l'existence des 
Stegomyia dans l'Asie Orientale : fait important à retenir, en 
raison des relations touj.ours croissantes et de plus en plus rapides 
entre les ports de l'Extrême-Orient et ceux du Nouveau Gontinent. 
et du prochain percement de l'isthme qui sépare les deux Amé- 
riques qui facilitera encore ces relations. 

Pour tracer les règles d'une prophylaxie méthodique contre la 
lièvre jaune, nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que d'ex- 
poser ce qui a été entrepris à Guba. Les résultats obtenus nous 
fixeront complètement sur l'efTicacité des mesures prophylac- 
tiques à édicter. 

Au lendemain de la guerre hispano-américaine, la situation 
des grandes villes de l'île de Guba, (Santiago de Guba et la Havane) 
était telle que nous l'avions observée uous-même, au cours de nos 
différents voyages, dans les grandes Antilles et de notre dernier 
séjour à la Havane en 1888. 

La ville de Santiago de Guba, dans la partie orientale de l'île, 
est située sur les bords d'une rade magnifique, accessible aux 
plus grands navires; une partie de la baie est entourée de terres 
basses, couvertes de Palétuviers. 

Santiago, place importante de commerce, possède une popula- 
tion de 45.000 habitants dont 10.000 blancs et 35.000 noirs; elle est 



(1) Léon Dyé, Les Moustiques et la fièvre jaune. Paris, 1903. 

(2) R. Blanchard, Les Moustiques, Histoire naturelle et médicale (sous presse). 

(3) A. Laveran, Société de Biologie, 29 novembre 1902; Académie des sciences^ 
6 avril 1903. 



164 L.-A. VINCENT 

divisée en deux parties: la ville haute avec quelques jolis quar- 
tiers et de belles résidences : la ville basse ou « la marina », où se 
trouvent les entrepôts, les magasins et une foule de rues étroites 
et tortueuses, fort mal entretenues. L'hygiène urbaine y était des 
plus défectueuses, l'eau potable, en quantité insuffisante, était de 
mauvaise qualité, le paludisme, la dysenterie, l'hépatite y sévis- 
saient avec intensité, et la fièvre jaune y faisait, chaque année, 
d'aATil à octobre, de nombreuses victimes. Pendant le long et 
terrible siège subi par cette place, le nombre des décès a été con- 
sidérable, aussi bien parmi les assiégés que parmi les assiégeants. 

Après la guerre, le général Léonard Wood, de l'armée des 
États-Unis fut nommé Gouverneur de la ville, avec pleins pouvoirs. 
Léonard Wood, ancien médecin militaire et l'un des plus brillants 
élèves de l'LTniversité d'Harvard, profitant des enseignements et des 
découvertes de Reed, Caroll et Agramonte relativement à la fièvre 
jaune, entreprit l'assainissement de Santiago et ordonna une série 
do mesures et de travaux analogues à, ceux qu'il lit effectuer 
ensuite à la Havane et dont nous parlerons à propos de cette 
ville. La situation est aujourd'hui excellente, et la hèvre jaune n'y 
sévit plus. 

La Havane, grande ville de 260.000 habitants, aujourd'hui 
capitale de la République cubaine, présentait autrefois, sous la 
domination espagnole, les plus déplorables conditions, au point 
de vue de l'hygiène (1). Les services de voirie n'existaient pour 
ainsi dire pas; les rues étaient jonchées d'immondices et de 
détritus de toutes sortes, sauf dans quelques beaux quartiers; ces 
rues défoncées, boueuses ou poussiéreuses, suivant la saison, 
avaient un aspect des plus lamentables, indigne d'une ville de cette 
importance. La distribution de l'eau était insufïisante et dans les 
quartiers habités par les ouvriers des manufactures, l'encombre- 
ment était énorme et les conditions hygiéniques déplorables. 

Le paludisme, la dysenterie y faisaient, chaque année de nom- 
breuses victimes et la lièvre jaune y causait annuellement de -4^0 
à 500 décès en moyenne. 

Le tableau ci-dessous indique la mortalité amarile par an, pour 
la période comprise entre 1890 et 1901. 

(1) L. Vincent, Contribution à la géographie médicale des Antilles. Paris, 1889. 



PROPHYLAXIE DE LA FIEVRE JAUNE 



165 



Mois 


1800 

10 
4 
4 

13 


IS!)I 

10 
3 
4 



7 
41 
66 
66 
63 
48 
24 
17 

3o6 


lo 

10 

1 

8 
7 

13 
27 
67 
70 
54 
o2 
33 

337 


\m 

13 
6 
4 

8 
23 
69 
118 
100 
68 
46 
28 
11 

496 


lS9i 

7 

4 

2 

4 

16 

31 

77 

73 

76 

40 

23 

29 

382 


ISlIo 

13 
4 
2 

6 

10 

•16 

88 

120 

133 

102 

33 

20 

333 


IS% 

10 

7 

3 

14 

27 

46 

116 

262 

166 

240 

244 

147 

1282 


1S!)7 

69 
24 
30 
71 

88 

174 

168 

102 

36 

42 

26 

8 

838 


181)8 

7 

1 

2 

1 

4 

3 

10 

16 

34 

26 

13 

13 

136 


•181)!) 

1 

» 

1 

2 

)) 

1 

2 

13 

18 

23 

18 

22 

103 


•l'KIO 

8 

9 

4 

» 

2 

8 

30 

49 

32 

74 

34 

20 


7 

3 
1 

» 

» 
1 

2 
2 
» 

» 
18 


Janvier 

Février 

Mars 

Avril 

Mai 


Juin 

Juillet 

Août 

Septembre .... 
Octobre . . . . . 
Novembre .... 
Décembre .... 


38 
67 
60 
33 
32 
13 
9 

308 


Total .... 


310 



En 1900, le brigadier Général Léonard Wood fut appelé au 
poste de Gouverneur général de la Havane; son premier soin fut 
de s'occuper de l'assainissement général de la ville, et, sous sa haute 
direction et son active impulsion, le D^^ Gorgas, médecin en chef 
de l'armée américaine, homme instruit, très modeste et doué d'un 
sens pratique très remarquable, étudia avec les médecins cubains, 
Finlay et Guiteras, les moyens à mettre en œuvre pour arriver à 
obtenir cet assainissement. On procéda à la réfection des égouts et 
des canalisations, à la mise en état des rues, à la visite minutieuse 
de toutes les maisons habitées parla population ouvrière qui est con- 
sidé rable, à l'examen de toutes leurs dépendances (cours, puits, 
etc.) ; on fit établir des cabinets d'aisance, avec chasses à l'égout dans 
celles qui n'en avaient pas, et elles étaient nombreuses. On édicta 
des règlements sévères de voirie concernant la propreté des rues, 
l'enlèvement des immondices, des gadoues et des détritus de 
toutes sortes et leur destruction par incinération; l'épuration des 
eaux d'égout, avant leur écoulement à la mer, etc., etc. On étudia 
aussi les moyens qui pouvaient être employés pour diminuer 
l'encombrement dans les logements occupés parles ouvriers, ainsi 
que les mesures à prescrire pour améliorer l'hygiène des usines, 
des manufactures et autres établissements industriels. 



166 L.-A. VINCENT 

On se préoccupa en même temps d'organiser une lutte acharnée 
et systématique contre les Moustiques. On créa, dans ce but, deux 
brigades d'agents sanitaires, l'une chargée de la destruction des 
Moustiques vecteurs du paludisme (Anophèles brigade), l'autre de 
la lutte contre les Stegomyia {Stegomyia brigade). 

Ces agents avaient pour mission, les premiers de nettoyer et de 
reconstruire les fossés en mauvais état où s'accumulaient et 
stagnaient les eaux pluviales et de détruire par le pétrole les larves 
pouvant exister dans tous les bassins et pièces d'eau. 

Les seconds étaient plus particulièrement chargés de la visite 
intérieure des maisons et de veiller à ce que l'on ne conservât pas 
d'eau, dans aucun récipient ou ustensile domestique, sans que ces 
récipients fussent munis d'une fermeture hermétique. Ils pro- 
cédaient aussi à la destruction des Stegomyia, dans l'intérieur 
des maisons, au moyen de diverses substances insecticides : 
formol, pétrole, poudre de pyrèthre. La poudre de pyrèthreen fumi- 
gations est le moyen le plus efficace pour étourdir les Moustiques 
et les faire tomber à terre; il n'y a plus ensuite qu'à les balayer. 

Les agents sanitaires devaient signaler à l'administration toutes 
les infractions qu'il relevaient; les délinquants étaient punis d'une 
amende, pour la première infraction, et en cas de récidive, ils 
étaient passibles en outre, de prison, de bastonnade, ou de travaux 
obligatoires de voirie. 

Ces mesures étaient fort rigoureuses, on le voit, mais il était 
nécessaire de les édicter et de les mettre en pratique, si on voulait 
arriver à un résultat, et il eut été peut-être impossible de modifier 
autrement les habitudes d'une population indolente et insouciante, 
telle que la population havanaise. Elle s'est d'ailleurs rapidement 
soumise aux règlements sanitaires comprenant toute l'utilité et 
l'importance de leur application et les infractions signalées sont 
devenues, de jour en jour, de moins en moins nombreuses. 

Les résultats obtenus ont été excellents et ont dépassé toutes les 
espérances : on ne saurait trop le proclamer. 

La mise en œuvre des mesures prophylactiques a commencé le 
27 mars 490i, à la Havane; en janvier et février il y avait eu V'I 
décès de fièvre jaune, 1 décès en mars, et il se produisit encore o 
décès dans les mois de juillet, août et septembre : total i8 décès 
pour l'année 1901. 



PROPHYLAXIE DE LA FIÈVRE JAUNE 167 

Depuis le mois d'octobre 1901, aucun décès de fièvre jaune ne 
s'est produit dans la ville de la Havane, ni en 1902, ni dans tout le 
courant de l'année 1903. Telle est encore la situation à l'heure 
actuelle, et dans son message aux Chambres cubaines, le Président 
de la Nouvelle République, déclare à la date du â avril 4904, «qu'il 
n'y a pas eu à Cuba, depuis 1901, un seul cas de fièvre jaune non 
importé, qu'il tient à faire connaître au pays cette excellente situa- 
tion sanitaire dont il est redevable à l'excellence des mesures de 
prophylaxie et à la vigilance des autorités sanitaires. La mortalité 
générale a été, en 1903, de 20, 82 0/00, pour la ville de la Havane, 
chiffre inférieur à celui de toutes les années précédentes depuis 
1820, et de 15 0/00, pour toute l'île. » 

Mais le grand port de la Havane, en raison du mouvement 
incessant dont il est le siège et de ses relations constantes et pour 
ainsi dire quotidiennes avec les ports du golfe du Mexique, 
toujours très suspects, se trouve sans cesse exposé à être contaminé 
par les provenances extérieures. L'administration sanitaire, à la 
tête de laquelle se trouve placé le D"^ Carlos Finlay, doit exercer la 
surveillance la plus attentive sur ces provenances, et examiner avec 
un soin tout particulier les équipages et les passagers des navires 
arrivant sur rade et provenant de ces pays. En 1902, 7 cas de fièvre 
jaune ont été ainsi constatés à bord de navires mouillant sur rade; 
10 cas en 1903. De ces 17 malades, 15 provenaient des ports 
du Mexique, (Vera-Cruz, Progresso, Tampico) ; 2 de la côte du 
Venezuela. 

Les navires ont été soumis à une désinfection complète, leur 
équipage a été mis en observation et les malades, débarqués avec 
toutes les précautions possibles en vue d'empêcher toute contami- 
nation, ont été transportés à l'hôpital spécial de las Animai et 
placés dans des pavillons dïsolement, à l'abri de la piqûre des 
Stegomyia qui, une fois infectés, iraient propager la maladie. La 
fièvre jaune a par ailleurs, évolué chez ces différents malades, mais 
tous ces cas se sont éteints sur place : aucun n'a formé de foyer. 
C'est une nouvelle preuve de l'importance de l'isolement des malades 
atteints de fièvre jaune, point sur lequel nous avons toujours 
insisté et dont il serait superflu de démontrer la nécessité (1). 

(1) L. Vincent et SalanoueIpin, La fièvre jaune, son étiologieet sa prophylaxie. 
Revue d'hygiène, juin 1903. 



168 L.-A. VINCENT 

Pour le débarquement des malades provenant des navires arri- 
vant sur rade de la Havane, le service sanitaire a dû organiser un 
service spécial de transport, afin d'éviter toute éventualité de 
contagion, pendant le trajet. Une chaloupe à vapeur, possédant une 
chambre d'isolement dont toutes les ouvertures sont garnies de 
toiles métalliques, conduit les malades à terre. Une voiture 
d'ambulance les attend au débarcadère, et, dans cette voiture, les 
malades couchés dans des cadres, sont protégés contre la piqûre 
des Stegomyia, par une grande et fine moustiquaire suspendue au 
plafond de la voiture; à l'arrivée à l'hôpital, on décroche la 
moustiquaire et elle enveloppe complètement le cadre et le malade, 
jusqu'à l'admission de ce dernier dans la salle qu'il doit occuper. 
Depuis que fonctionne ce service de transport, aucun incident ne 
s'est produit et on n'a eu à déplorer, de ce chef, aucun cas de 
contamination. 

L'hôpital spécial de las Animas est situé en dehors de la Ville de 
la Havane, dans un immense parc et à une distance assez éloignée 
de toute habitation. 

n comprend une série de constructions indépendantes et isolées 
les unes des autres. 

Un grand pavillon est destiné aux maladies contagieuses : variole, 
scarlatine, rougeole, diphtérie, afîections morvo-farcineuses, etc; 
ce pavillon peut recevoir 35 malades. 

Un second pavillon, spécialement affecté à la fièvre jaune, 
comprend une salle centrale de 8 lits, quatre salles de 4 lits, une 
petite salle de 2 lits et un pavillon annexe permet encore de disposer 
de 12 autres lits. Total :38 lits. 

Toutes les ouvertures de ces pavillons destinés aux malades 
amarils, fenêtres, portes doubles et munies de tambours, chapi- 
teaux, bouches et ventouses d'aération etc, sont garnies d'un fin 
treillis métallique à mailles de /'^^ ^ jmm^^ dç, largeur. Les toiles 
métalliques en fd de fer galvanisé avaient été employées au début, 
mais elles se détérioraient rapidement sous l'action du climat et on 
a dû les abandonner. On les a remplacées par des treillis en fil de 
laiton fin, d'un prix plus élevé, mais d'une meilleure conservation. 

Tous les parquets des pavillons sont carrelés ou cimentés ; les 
murs intérieurs des salles sont badigeonnés à la chaux, et leur 
blanchiment se renouvelle fréquemment. 



• PROPHYLAXIE DE LA FIÈVRE JAUNE 169 

Les lits ne sont pas garnis de moustiquaires, les toiles métal- 
liques étant un moyen suffisant de protection contre l'entrée des 
Moustiques. 

On a objecté que les toiles métalliques s'opposaient à la pénétra- 
tion de lair extérieur et nuisaient à la bonne aération des salles. 
L'accès de l'air se fait librement à travers les mailles, l'expérience 
le démontre : la vitesse du courant est diminuée notablement, 
mais sans aucun préjudice pour l'aération. 

L'hôpital de las Ani7nas dont nous donnons ailleurs (1) une 
description complète, d'après les documents et les plans que nous 
devons à l'obligeance de notre éminent ami le D^' Finlay, peut 
servir de modèle, pour tous les hôpitaux d'isolement que l'on 
voudrait établir dans les colonies exposées à la fièvre jaune, en 
vue de parer à toute éventualité. 

Tel est l'exposé de toutes les mesures de prophylaxie amarile 
instituées à Cuba; elles font le plus grand honneur à ceux qui les 
ont conçues et à tous ceux aussi qui ont contribué à leur exécution. 
Les résultats obtenus ont démontré, de la façon la plus évidente, 
leur utilité et leur efficacité. Elles devront servir de guide, dans 
leurs principes essentiels, dans tous les pays de la zone inter- 
tropicale où l'on a à redouter l'invasion de la fièvre jaune. Elles se 
résument dans la lutte contre les Moustiques et dans l'isolement 
effectif des malades. 

Nous sommes heureux de savoir c|ue, dans notre colonie de la 
Côte d'Jvoire, qui a été si éprouvée par la fièvre jaune en 1902 et en 
1903, on construit à Grand Bassam des baraquements avec ouver- 
tures munies de toiles métalliques, pour l'isolement des malades, 
on comble les marigots qui avoisinent le poste, on détruit les 
Stegomyia si abondants dans la région, et on procède à de très 
importants travaux d'assainissement. 

Au Sénégal, sous la haute impulsion de l'éminent gouverneur 
général de l'Afrique Occidentale française, M. Roume, on a égale 
ment entrepris une campagne sanitaire des plus sérieuses; Le D^' 
Le Moal, médecin-major des troupes coloniales, est spécialement 
chargé de cette mission d'assainissement, et de la mise en état de 

(1) L. Vincent, l'hôpital de « Las Animas » à la Havane. Hôpital spécial pour les 
maladies contagieuses et la fièvre jaune. Arcliives de Parasitologie, VIll, p. 343- 
347, 1904. 



170 L.-A. VINCENT 

défense de notre empire colonial africain contre le paludisme et la 
fièvre jaune. Nous souhaitons bien vivement que les résultats 
soient aussi consolants que ceux que nous avons constatés à Cuba, 
tout en ne nous dissimulant pas toutes les difïïcultés d'une œuvre 
aussi gigantesque, en raison des conditions climatériques et topo- 
graphiques, de l'indifférence des indigènes et de leur mépris de 
tout ce qui touche à l'hygiène. 

Les questions sanitaires ont cependant une importance de 
premier ordre pour l'avenir de nos colonies, et, en ce qui concerne 
particulièrement la fièvre jaune, objet de ce rapport, c'est par leur 
étude et par l'application des mesures de prophylaxie que l'on 
pourra, sans aucun doute, éviter le retour périodique et hélas trop 
fréquent de ces terribles épidémies qui jettent la désolation dans 
tout le pays, occasionnent des pertes sérieuses dans tous les milieux, 
entravent le fonctionnement régulier de tous les services et de 
toutes les administrations et produisent un trouble profond et 
prolongé dans l'essor commercial et économique de nos colonies. 



LE PIAN A LA COTE D IVOIRE 



Le Dr GANNAG 
Médecin de la Marine (École du Service de santé). 

Dans la région orientale de la Côte d'Ivoire, comprise entre le 
fleuve Comoë et la colonie anglaisé de la Côte d'Or, le pian est une 
affection d'une extrême fréquence. On peut dire sans exagération 
que plus de oO pour 100 des indigènes de la race agni-achanti qui 
habitent ce pays en sont atteints. Le pian est désigné sous le nom 
de ndô en langue agni. 

Etiologie. — I^a contagion directe est nécessaire pour donner 
naissance à la maladie. Il faut pour cela les deux conditions sui- 
vantes : 

1° Une solution de continuité de la peau. 

2^ Le contact direct du pus pianique sur cette brèclie épidermi- 
que. 

Ces conditions sont presque toujours réalisées chez les indigènes 
de la forêt, grâce aux plaies de toute sorte et à une hygiène des 
plus défectueuses. 

Début. — Le début du pian revêt deux formes distinctes : 

1° Début bruyant avec fièvre, céphalalgie, douleurs articulaires et 
éruption vésiculeuse très prurigineuse : le pian sera confluent. Ce 
début ressemble à celui de la dengue mais l'évolution de la mala- 
die fait vite écarter le diagnostic. 

2° Début lent, insidieux, sans phénomènes généraux : le pian 
sera discret. 

Période d'état. — Après un laps de temps variant entre quinze 
jours et un mois et demi ou deux mois, la maladie présente ses 
éléments caractéristiques ou boutons frambœsoïdes. 

Tubercules pianiques ou boutons frambœsoïdes. — Chacun d'eux est 
constitué par une masse blanchâtre composée d'îlots arrondis de 
la grosseur d'un grain de Mil, séparés les uns des autres par des 
sillons brunâtres. C'est une tumeur faisant une saillie notable sur 



172 CANXAC 

la peau, molle, saignant au moindre contact et laissant écouler 
une sérosité visqueuse très coagulable. Tout autour de l'élément 
pianique, la peau est libre, non indurée, parfois parsemée de vési- 
cules très fines. La base d'implantation a une largeur variable : de 
quelques millimètres à la dimension d'une pièce de deux francs et 
même de cinq francs. 

Siège. — Ces granulomes peuvent siéger en un point quelconque 
de la peau, sauf cependant à la paume de la main et à la plante du 
pied où je ne les ai jamais observés. Les régions à sécrétion sudo- 
rale abondante sont des sièges de prédilection et les tumeurs y 
acquièrent d'énormes dimensions. Les doigts et les orteils en sont 
couverts, les ongles en sont entourés dans les formes continentes 
et il en résulte une forme d'onyxis pianique très douloureuse em- 
pêchant la marche et la préhension. 

Je n'ai jamais noté aucune éruption sur les muqueuses. 

Autres symptômes. — Les tubercules pianiques s'accompagnent de 
démangeaisons violentes, d'où grattage et auto-contamination, 
ainsi que d'une hypertrophie ganglionnaire constante. Les gan- 
glions atteints sont plus ou moins volumineux ; ils sont de consis- 
tance molle, indolores etn'arrivent pas à la suppuration en général. 

Les diverses fonctions de l'économie ne subissent aucune 
atteinte : la santé générale demeure parfaite. 

Age, sexe. — Le pian atteint indifféremment les deux sexes et 
s"attaque à tous les âges. L'enfant d'une mère pianique ne naît 
pas avec le pian; il n'est pas non plus vacciné contre l'affection. 

Evolution. — Le tubercule pianique, après une période de 
longueur variable, peut évoluer de deux manières différentes : 

1° Diminuer peu à peu, se sécher et disparaître; 

2'^ Subir la fonte purulente, se transformer en clapier purulent 
et en ulcère phagédénique. Sur un même individu les éléments 
évoluent les uns de la première manière, c'est à dire vers la 
guérison rapide, les autres de la seconde. En général cette seconde 
forme d'évolution est la plus commune; la guérison est retardée 
indéliniment. 

Un individu atteint de pian depuis longtemps présente par 
suite des éléments pianiques à tous les stades de leur évolution : 

1° Tubercules pianiques types ; 

2° Clapiers purulents et ulcères ; 



LE PIAN A LA COTE d'iVOIRE 173 

3° Éléments à surface rouge lisse sur le même plan que la peau; 

4-0 Plaques recouvertes de lamelles épidermiques ; 

5° Plaques dépigmentées. 

Ces dernières finissent par recouvrer leur pigment avec le 
temps. Les boutons de pian, sauf quand ils évoluent vers l'ulcère, 
ne laissent jamais de cicatrices. 

Nature du pian. — Deux théories sont en présence : 

A. — Le pian est une manifestation syphilitique. 

Les lésions du pian, pour les partisans de cette théorie, sont 
semblables aux éruptions de la syphilis extra-génitale et de Thérédo- 
syphilis. Le traitement antisyphilitique les fait disparaître et toute 
éruption qui résiste à la médication ne saurait recevoir la 
dénomination de pian. 

Qu'il y ait des manifestations syphilitiques ressemblant au pian 
et justiciables du traitement spécifique, personne ne le contestera. 
Mais il faut se garder de conclure de là à l'identité des deux maladies. 

Voici, à mon avis, les objections à opposer à cette pathogénie : 

1° Je n'ai jamais observé un seul cas de syphilis acquise, pas 
plus que les stigmates de l'hérédo-syphilis chez les indigènes de la 
forêt : cependant le pian les frappe dans une proportion supérieure 
à 50 pour 100. 

2» Les boutons de pian n'ont jamais de base indurée; une fois 
guéris, ils ne laissent après eux ni dépigmentation durable, ni 
cicatrices. L'hypertrophie ganglionnaire est molle et non ligneuse 
comme dans la syphilis. 

3° Si cette affection était sous la dépendance de la syphilis, on 
verrait des accidents tertiaires graves chez ces indigènes qui ne 
prennent ni mercure ni iodure. Il n'en est rien et malgré une 
éruption de plusieurs années de durée, la santé générale demeure 
parfaite. 

4° Echec complet du traitement antisyphilitique. 

5° La sypliilis, extrêmement rare dans la forêt, sinon inconnue, 
fait des ravages sur la côte ; or, en cet endroit, le pian est infiniment 
moins fréquent que dans l'hinteiiand de la colonie. 

B. — Le pian parait être une affection bien à part, nettement 
caractérisée cliniqueinent, ordinairement endémique, à lésions 
exclusivement cutanées ne s'accompagnant d'aucun trouble de 
l'état général. 



174 CANNAC 

Traitement. — Après l'essai infructueux d'une longue série 
de topiques, voici le traitement qui m'a donné des succès. 

1» Grand bain savonneux. 

2° Décapage soigneux, à la pince, de tous les boutons. 

3° Attouchement avec une solution de bichromate de potasse, à 
20 pour 100. 

Cette application, faite tous les jours ou tous les deux jours, est 
douloureuse; mais on constate vite des modifications heureuses 
dans l'état des éléments pianiques : les boutons frambœsoïdes 
s'affaissent, les surfaces purulentes se détergent, le bourgeonne- 
ment commence et la guérison définitive survient en un mois et 
demi ou deux mois. 



ACTION PATHOGÈNE DES PARASITES DE L'INTESTIN 



Le Dr JULES GUIART 

Professeur agrégé à la Facullé de médecine de Paris. 

La question que nous devons traiter est trop vaste pour que 
nous puissions l'étudier dans tous ses détails ; nous laisserons de 
côté tout ce qui est classique, tout ce qui est admis de tous, pour 
nous en tenir uniquement aux idées que Ton qualifiera peut-être 
de subversives, bien qu'elles soient déjà acceptées par un certain 
nombre d'auteurs, mais parce qu'elles ne se rencontrent encore 
dans aucun ouvrage didactique. 

Les parasites de l'intestin peuvent, suivant nous, agir de trois 
façons diverses. 

1° En irritant les terminaisons nerveuses et provoquant, par 
voie réflexe, les troubles variés de l'helminthiase. C'est là le rôle 
qu'on veut bien le plus souvent leur reconnaître, bien qu'il s'agisse 
en réalité d'une pure hypothèse. 

2» En sécrétant des toxines qui, dans certains cas, agissent sur 
le sang en amenant la destruction de l'hémoglobine et des globules 
rouges, tandis que dans d'autres cas elles agissent sur les centres 
nerveux. Les parasites de l'intestin peuvent par là jouer un rôle 
considérable dans l'éclosion des anémies et des troubles nerveux 
de l'helminthiase. 

3° En produisant des ulcérations de la muqueuse intestinale, ce 
qui facilite l'absorption des toxines et permet l'inoculation dans 
la muqueuse des Bactéries pathogènes existant dans le contenu 
intestinal. Ils pourraient être ainsi les agents d'inoculation de 
nombreuses affections de l'intestin et du foie, ainsi que des infec- 
tions d'origine intestinale. 

Nous supposerons connues les deux premières propositions et 
nous développerons simplement la troisième. 

Les Vers intestinaux ou Helminthes ont été les premiers agents 
pathogènes animés, qui furent observés chez l'Homme. On com- 
prend sans peine que les premiers médecins, frappés de leur 
fréquence dans certaines affections de l'intestin ^ aient songé à 



176 JULES GUIART 

leur attribuer certaines maladies, où ils ne les observaient pas, 
mais quïls croyaient dues à des Vers, invisibles à leurs moyens 
d'investigation. Nous ne devons pas plus rire de ces Vers invi- 
sibles que des Microbes invisibles dont on parle aujourd'hui et si 
les vermineuses universelles avaient autrefois rencontré plus 
d'adeptes, il est vraisemblable que la bactériologie et les progrès 
qu'elle a entraînés avec elle auraient pu naître cinquante ans plus 
tôt. Mais la science, comme la mode, a ses caprices et dès que 
Raspail et Virchow^ eurent établi la pathologie cellulaire, on oublia 
complètement la théorie parasitaire. Et cependant elle n'eut pas 
de plus admirable défenseur que Raspail lui-même. 11 eut beau 
la défendre et, en plus des Vers intestinaux, appeler à son aide 
toute la pléiade des infiniment petits, des Infusoires et des para- 
sites microscopiques, la science d'alors fut sourde à sa voix et 
l'on poursuivit devant les tribunaux et plus tard devant la risée 
publique ce savant qui, sans même être médecin, avait la préten- 
tion de vouloir rénover les doctrines médicales. Quelque trente 
ans plus tard, Pasteur faillit du reste succomber sous les mêmes 
coups. Mais Pasteur, plus heureux que Raspail, eut la chance de 
sortir victorieux de la lutte et dès que les Vers invisibles d'autre- 
fois, les parasites microscopiques de Raspail, eurent été baptisés 
du nom de Microbes, on admit qu'ils pouvaient être la cause de 
toutes les maladies. Du coup, la pathologie parasitaire fut réduite 
à l'étude de la bactériologie, d'autant plus que, dans le même 
temps, un savant, Davaine, qui fut un grand travailleur, mais un 
homme néfaste au point de vue qui nous occupe, semblait avoir 
porté les derniers coups à l'helminthologie. On en est arrivé à cette 
conception vraiment extraordinaire qu'un Microbe, un infiniment 
petit, peut se permettre de tout faire. On trouve tout naturel de 
lui attribuer tous les maux qui affligent l'humanité. Mais que 
quelqu'un vienne à parler d'un parasite dépassant les limites de 
l'investigation microscopique, d'un misérable Ver que l'on peut 
voir à l'œil nu, et se permette de mettre en avant son rôle patho- 
gène, on voit aussitôt un sourire moqueur errer sur toutes les 
lèvres, bienheureux quand quelque m'as-tu-vu de la médecine ne 
hausse pas ostensiblement les épaules. Cependant je crois qu'il est 
permis de penser que si le Microbe, pauvre petite masse de proto 
plasme à peine mobile, peut être pathogène, à plus forte raison 



ACTION PATHOGÈNE DES PARASITES DE L'iNTESTIN 177 

est-i] permis d'accorder ce titre à des êtres plus hautemeDt difïé- 
renciés, qui sont mieux armés pour la lutte, qui ont souvent des 
dents pour mordre et des poisons tout prêts à être inoculés. 

On connaît les progrès imprévus qu'a réalisés la médecine 
tropicale, depuis que l'on a admis la transmission de certaines 
maladies par des Insectes, qui, en venant piquer l'Homme 
ou les animaux, se font les agents d'inoculation de ces maladies. 
Je vais essayer de montrer que, ce que les ectoparasites sont 
capables de faire à la surface de notre peau, les endoparasites sont 
capables de le faire dans notre intestin. Ce sont là des idées 
que je défends depuis plusieurs années et je suis heureux de 
constater qu'il commence à se produire dans différents pays 
un mouvement suffisamment accusé pour que l'on puisse pré- 
voir que le moment n'est pas éloigné où les médecins devront 
se décider à rompre avec des théories surannées et à admettre 
ce qui sera peut-être la vérité de demain. Il faut cependant 
encore un certain courage pour oser exposer les théories que 
je vais esquisser rapidement. Elles paraîtront peut-être révo- 
lutiounaires; pour moi, je les crois justes et c'est à ce titre que je 
crois de mon devoir de les exposer. Je ne demande pas qu'on les 
accepte comme parole d'évangile ; je demande simplement à 
mes collègues de ne pas les repousser, mais de les avoir présentes 
à l'esprit dans leurs observations futures et de les contrôler chaque 
fois qu'ils en trouveront l'occasion. 

Je commencerai par quelques considérations relatives aux Vers 
intestinaux les plus fréquents dans les pays tempérés, à savoir : 
l'iVscaride, lOxyure et le Trichocéphale. Eu ce qui concerne 
l'Ascaride, j'ai montré, il y a quelques années, que l'Ascaris conoce- 
phalus du Dauphin, qui possède la même armature buccale que 
V Ascaris lombrkoides de l'Homme, est capable de s'implanter dans 
la muqueuse du tube digestif. Il est vraisemblable que l'Ascaride 
humain peut agir de même, d'autant plus que dans les quelques 
cas où les auteurs ont examiné la muqueuse d'intestin renfermant 
des Ascarides, ils out observé des lésions ne pouvant guère s'expli- 
quer que par la fixation possible des Ascarides. Depuis la commu- 
nication que je viens de rappeler, j'ai eu maintes fois l'occasion 
de rencontrer des Ascarides fixés sur le tube digestif de différents 
animaux. Si cette fixation ne s'observe pas chez l'Homme, il est 

Archiveii de ParaMI.ologie^ IX, n" 2, 1904. 12 



178 JULES GUIART 

du moins facile de l'expliquer. C'est tout simplement parce que 
tous les parasites, qui sont fixés sur la paroi du tube digestif, s'en 
détachent très peu de temps après la mort, sans même attendre le 
refroidissement du cadavre. De telle sorte que, pour observer des 
Ascarides en place, il faudrait pouvoir faire l'autopsie immédiate- 
ment après la mort. La meilleure preuve en peut être fournie par 
le Trichocéphale. On sait que ce parasite vit dans la région du 
caecum et à l'heure actuelle il ne fait plus de doute pour personne 
que le Trichocéphale est profondément implanté dans la muqueuse 
par son extrémité antérieure effilée. Cependant, lorsque Ion fait 
l'autopsie d'un tube digestif, après l'avoir lavé sous un robinet 
d'eau, on ne trouve plus en général de Trichocéphales. Ceux-ci, se 
trouvant libres dans les matières fécales, ont été entraînés par 
l'eau au dehors. Mais si l'on a soin d'enfermer le caecum entre 
deux ligatures et de l'ouvrir ensuite, on pourra trouver de nom- 
breux Trichocéphales, libres au milieu des matières qu'il contient 
Du reste, Askanazy ayant pu faire une autopsie quatre heures 
après la mort, trouva quarante Trichocéphales implantés tous dans 
la muqueuse, tandis que, dans une autopsie faite quarante heures 
après la mort, il trouva cent quatorze parasites libres dans 
l'intestin. Askanazy ayant traité des Trichocéphales par le ferro- 
cyanure de potassium et l'acide chlorydrique, constata que l'intes- 
tin se colorait en bleu foncé, ce qui indiquait nettement que le 
pigment normal de cet intestin renfermait du fer, fer qui avait 
été vraisemblablement tiré de l'hémoglobine du sang de l'Homme. 
D'ailleurs, si l'on pratique des coupes dans un intestin renfermant 
des Trichocéphales, on constate que l'extrémité antérieure du 
parasite disparaît tout entière dans la paroi, jusque dans la sous- 
muqueuse, et certaines coupes pourront la rencontrer deux et trois 
fois. On peut supposer que le Trichocéphale se fixe ainsi pour ne 
pas être entraîné par le cours des matières fécales, mais comme la 
bouche se trouve alors dans la profondeur des tissus, il est permis 
de supposer que l'animal suce le sang pour se nourrir. On com- 
prend dès lors pourquoi le parasite se détache après la mort : c'est 
parce qu'il ne trouve plus dans la muqueuse de sang en circu- 
lation. Or, ce qui vient d'être dit pour le Trichocéphale peut s'ap- 
pliquer à l'Ascaride. U-se fixe moins profondément, il est vrai, dans 
la muqueuse, mais il doit aussi se nourrir de sang, comme le 



ACTION PATHOGÈNE DES PARASITES DE L INTESTIN 179 

prouve la réaction bleue obtenue par Askanazy aussi bien pour 
l'Ascaride que pour le Trichocéphale. Il semble du reste que ce soit 
là un fait général pour les Helminthes pourvus d'un tube digestif 
et depuis la célèbre observation de Railliet, ne savons-nous pas 
que les Douves, bien que vivant au milieu de la bile, se nourris- 
sent en réalité de sang. 

Or, on admet à l'heure actuelle qu'une simple piqûre d'aiguille 
peut ouvrir la porte aux Bactéries pyogènes, que la piqûre d'une 
Puce peut nous inoculer la peste, celle du Moustique le paludisme, 
la filariose ou la fièvre jaune. Comment, dès lors, peut on admettre 
qu'un parasite puisse produire des lésions de la m'uqueuse intes- 
tinale et puisse en ouvrir impunément les vaisseaux sanguins sans 
jamais ouvrir la porte à l'infection? Cependant le contenu du tube 
digestif ne passe pas précisément pour un milieu aseptique. Le 
Microbe le plus abondant dans les matières fécales étant le Coliba- 
cille, c'est lui qui sera le plus souvent inoculé et ainsi peuvent 
s'expliquer certaines entérites de l'enfant ou de l'adulte, certaines 
inflammations de l'intestin, générales ou partielles, et, parmi elles, 
l'appendicite. Ce fut en France un éclat de rire général, quand 
Metslmikov vint prétendre que l'appendicite pouvait être produite 
par les Vers intestinaux ; aujourd'hui encore, il faut voir le sou- 
rire de pitié des étudiants en médecine que l'on interroge à un 
examen sur le rôle et le diagnostic des Vers intestinaux dans 
l'appendicite. Les détracteurs de la théorie se basent sur ce fait que 
l'on extirpe journellement des appendices ne renfermant pas le 
moindre Ver intestinal. Comme si l'Helminthe avait besoin de 
pénétrer dans l'appendice pour faire éclater l'appendicite! Le chi- 
rurgien ne s'étonne pas cependant qu'une petite blessure au pied se 
traduise par de ladénite inguinale. La peau et l'intestin sont deux 
tissus de même origine : pourquoi refuser à l'un ce qu'on admet 
pour l'autre? Il nous semble logique d'admettre qu'un parasite, se 
fixant dans le caecum, puisse inoculer en ce point dans la muqueuse 
des Bactéries pyogènes, qui vojit être transportées par les lympha- 
tiques dans le tissu lympho'ide avoisinant et, comme ce tissu 
lympho'ide est particulièrement abondant dans l'appendice, les 
Bactéries, inoculées dans la région du caecum, vont tout naturelle- 
mentaller déchaîner l'inflammation dansl'appendice. C'estainsique 
tous les Vers intestinaux pouvant vivre et se fixer dans le caecum 



180 JULES GUIART 

pourront être une cause d'appendicite. Ce seront presque toujours 
l'Ascaride et le Trichocéphale. Du resté, depuis la communication 
de Metshnikov et en dépit des détracteurs, les faits se sont singu- 
lièrement multipliés. 11 est permis de penser que d'ici peu les Vers 
intestinaux seront considérés non pas seulement comme la cause 
de quelques rares appendicites, mais peut-être comme le facteur 
étiologique le plus fréquent. Pour ma part, ne faisant pas de clien- 
tèle, je n'ai pas encore eu l'occasion d'observer de nombreux cas 
d'appendicite. Je n'en ai vu que cinq dans mon entourage; dans un 
premier cas, une appendicite aiguë fut guérie définitivement 
après l'expulsion spontanée d'un Ascaride. Dans les quatre autres 
cas, les matières fécales me furent envoyées à analyser, pour savoir 
s'il existait des Vers dans l'intestin. N'ayant rien trouvé dans 
deux cas, je conseillai l'opération. Mais dans les deux derniers cas, 
ayant trouvé une fois des œufs d'Ascaride et une fois des œufs de 
Trichocéphales, j'ordonnai chez l'un la santonine, chez l'autre le 
thymol; les appendicites ont cessé comme par enchantement et dès 
lors nont plus reparu. L'un des cas remonte à trois ans et l'autre 
à quelques mois. Je suis persuadé que toutes les appendicites fa- 
miliales et les appendicites à répétition sont justiciables de la mé- 
dication anthelminthique. 

Ce qui vient d'être dit de l'appendicite pourrait sans doute 
s'étendre à la fièvre typhoïde. Je suis sincèrement convaincu que 
cette afiection est produite par le Bacille d'Eberth; mais je ne 
m'explique guère comment ce Bacille peut franchir la barrière que 
lui offre l'épithélium intestinal pour venir s'implanter dans la 
muqueuse. D'ailleurs, si le Bacille d'Eberth agissait seul, on ne 
comprendrait guère pourquoi, dans une population buvant une 
même eau contaminée, il y a en réalité si peu d'individus de frap- 
pés. Au contraire, si l'on admet que l'inoculation est faite par 
l'intermédiaire des parasites intestinaux, les faits s'expliquent très 
facilement. Ils s'expliquent d'autant mieux que l'étiologie des Vers 
intestinaux ou de la fièvre typhoïde est en réalité la même : à 
savoir l'impureté des eaux de boisson. C'est, en effet, dans les eaux 
impures,, souillées de matières fécales, que se rencontrent les 
œufs d'Helminthes et le Bacille d'Eberth et c'est avec ces eaux que 
l'un et l'autre peuvent pénétrer dans le tube digestif de l'Homme. 

A la lueur de ces données nouvelles, on comprend on ne peut 



ACTION PATHOGÈNE DES PARASITES DE l'iNTESTIN 181 

mieux la coïncidence si frappante autrefois de la fièvre typhoïde 
avec les Ascarides et lesTrichocépliales. Nos ancêtres étaient moins 
dilTiciles que nous sur la qualité des eaux qu'ils buvaient et c'est 
ainsi que s'explique la fréquence des affections vermineuses 
d'alors, les individus absorbant à la fois avec l'eau polluée les 
germes de la lièvre typhoïde et les germes des parasites, qui 
allaient les inoculer dans la muqueuse intestinale. Nous ne devons 
donc pas nous étonner si nombreux furent les cas où les anthel- 
minthiques agissaient favorablement dans le traitement de ces affec- 
tions; ils agissaient sans doute en empêchant lauto-inoculation 
constante du malade. 

Ce que je viens de dire des Vers intestinaux pourrait du reste 
s'étendre à tous les parasites de l'intestin, aussi bien aux Infusoires 
ou aux Flagellés qu'aux larves d'Insectes et en général à tous les 
parasites pouvant produire des altérations de la muqueuse. Nous 
connaissons en effet une observation dans laquelle des larves de la 
Mouche du fromage ont pu produire une hémorrhagie intestinale 
et ont provoqué une affection à marche typhoïde, qui a été guérie 
par l'expulsion des larves. 

Si l'on arrive à confirmer et à multiplier ces faits, les parasites 
de l'intestin vont reprendre la place prépondérante qu'occupaient 
autrefois en pathologie les Vers intestinaux et les conceptions 
géniales de Raspail pourront renaître de l'oubli et revendiquer une 
grande part du terrain injustement conquis par la bactériologie. 
Malheureusement Raspail a voulu frapper fort et vite et, connais- 
sant bien les hommes, il a exagéré, poussé sa théorie à l'extrême 
et en voulant se faire le guérisseur de tous les maux, il a fourni 
des armes redoutables aux théories médicales qu'il combattait. 
Mais les médecins à leur tour ont exagéré le mouvement de réac- 
tion et quant ils se sont entîn ressaisis, ce fut pour se jeter à tête 
perdue dans l'étude des Microbes, à la suite des mémorables tra- 
vaux de Pasteur. Du coup, ce fut l'oubli complet pour l'helmin- 
thologie. Ce sera le grand mérite du Professeur R. Blanchard 
d'avoir rénové en France l'étude des parasites et d'avoir créé 
à la Faculté de Médecine de Paris l'enseignement de la Para- 
sitologie. Ce mouvement a été suivi partout en province, et les 
effets ne tarderont certainement pas à s'en faire sentir, sur la 
médecine de notre pays, comme sur celles de nos colonies. 



182 JULES GUIART 

En effet, ce que j'ai dit tout à llieurepour certaines affections de 
nos pays, et en particulier pour l'appendicite et la fièvre typhoïde, 
peut s'appliquer encore plus facilement aux affections tropicales. 
Nous pourrions facilement l'appliquer au choléra, en montrant la 
coïncidence si singulière de cette affection avec les nombreux para- 
sites, qui ont été décrits tourà tour dans l'intestin des cholériques, 
parasites parmi lesquels on a signalé des Amibes, des Flagellés, 
des Infusoires et enfin un certain nombre d'Helminthes, pouvant se 
fixer sur la muqueuse de l'intestin. Mais nous préférons prendre 
comme exemple la dysenterie, sur l'étiologie de laquelle on a beau- 
coup plus longuement discuté. 

Un très grand nombre de parasites ont été incriminés dans l'étio- 
logie de la dysenterie : Bactéries, Amibes, Flagellés, Infusoires, 
Trématodes et Nématodes. Toutefois, à l'heure actuelle, la plupart 
des auteurs semblent d'accord pour admettre deux dysenteries : 
l'une bactérienne produite par le BaciUus dijsenteriœ, l'autre ami- 
bienne produite par VEntamœba dysentenœ, cette dernière se ren- 
contrant surtout dans les pays tropicaux. Pour nous, il n'existerait 
qu'une seule dysenterie, produite par le BaciUus dysenteriœ, lequel 
pourrait être inoculé dans la muqueuse intestinale par l'un 
quelconque des parasites de l'intestin. Il s'agirait le plus souvent 
de VEntamœba dysentenœ, mais les Infusoires ou les Helminthes 
pourraient agir de même. 

En ce qui concerne l'Amibe, il n'est plus permis de douter 
aujourd'hui de son rôle pathogène, et s'il est arrivé fréquemment 
de rencontrer des xVmibes dans l'intestin d'individus non dysenté- 
riques, nous savons aujourd'hui que cela tient à ce que, pendant, 
longtemps, on a confondu, sous le nom d'Amœba coli, deux Amibes 
distinctes. Les recherches récentes de Jûrgens et de Schaudinn 
nous ont appris qu'il existe en réalité deux x\raibes parasites de 
l'Homme : l'une, VEntamœba coli, simple espèce saprophyte, non 
pathogène; l'autre, VEntamœba dysenterise, capable de dissocier les 
cellules de l'épithélium intestinal pour aller porter l'infection dans 
la profondeur de la muqueuse. C'est cette dernière forme qui 
semble du reste jouer le principal rôle dans l'étiologie de la dysen- 
terie tropicale et de l'abcès tropical du foie. 

Parmi les Infusoires, je signalerai simplement le Balantidium coli. 
Les auteurs russes nous ont montré, en effet, que le Balantidium coli 



ACTION PATHOGÈNE DES PARASITES DE l'iNTESTIN 183 

est parfaitement capable de produire des ulcérations du gros intes- 
tin et par suite d'inoculer le Bacille dysentérique. Le BalantUUum 
coli semble avoir été l'infusoire le plus fréquemment incriminé. 
Nous n'oublierons pas cependant que Jacoby et Schaudinn ont 
rencontré le Balantidkim mimitum et le Nîjctotherus faba dans des 
selles dysentériques et que nous avons nous-même décrit un 
Infusoire banal , le Chilodon dentatus, dans un cas de diarrhée 
dysentériforme. 

Parmi les Helminthes, il n'y a guère que le Strongyloides intesti- 
naJis ou x4nguillule intestinale qui ait été décrit comme agent 
dysentérique ou plutôt comme l'agent de cette variété particulière 
de dysenterie que l'on appelle diarrhée de Cochinchine. Ici encore, 
on a renoncé à croire au rôle pathogène de ce parasite, parce 
qu'on ne la pas rencontré dans tous les cas de diarrhée de Cochin- 
chine, tandis qu'on l'a observé dans les matières fécales d'indi- 
vidus parfaitement sains. Mais ces faits s'expliquent d'eux mêmes 
à la lumière des idées que nous exposons ici. L'Anguillule intes 
finale agit en inoculant, dans la muqueuse de l'intestin grêle où 
elle vit, une Bactérie pathogène qui sefait peut-être encore le 
Bacille dysentérique. On sait en effet que, d'après certains auteurs, 
la dysenterie et la diarrhée de Cochinchine constitueraient en réa- 
lité une affection identique, siégeant dans un cas sur le gros 
intestin et dans l'autre sur l'intestin grêle. Il ne nous appartient 
pas de prendre position entre les unicistes et les dualistes. Quelle 
que soit du reste l'opinion que l'on accepte, les arguments que 
nous exposons ici ne se trouvent nullement amoindris. Dans un 
cas les parasites inoculent des Bactéries différentes ; dans l'autre 
cas ils inoculent le inême Bacille; et si l'affection diffère, c'est parce 
que ce Bacille peut être inocuié dans l'intestin grêle ou dans le 
gros intestin. Un parasite vivant dans l'intestin grêle inoculera la 
diarrhée de Cochinchine, un parasite vivant dans le gros intestin 
inoculera la dysenterie. 

Si l'Anguillule intestinale est le principal agent de la diarrhée 
de Cochinchine, c'est parce qu'elle est pfus apte que tout autre 
parasite de rintestin à servir d'agent d'inoculation. En effet les 
femelles fécondées pénètrent, pour pondre, dans la paroi même de 
l'intestin. Les embryons, une fois nés, reviennent dans la lumière 
de l'intestin, pour aller se transformer au dehors en Anguillules 



184 JULES GUI ART 

stercorales. Nous connaissons même un cas, observé par Teissier, 
où les embryons se sont trompés de route et, traversant complète- 
ment la paroi intestinale, sont tombés dans les origines des veines 
et sont devenus des parasites accidentels du sang. Nous ne pen- 
sons donc pas que la présence de l'Anguillule intestinale soit 
compatible avec l'intégrité absolue de l'intestin, et si elle peut se 
rencontrer chez des individus non dysentériques, c'est tout sim- 
plement parce que le Bacille spécifique n'existe pas dans leur 
intestin et qu'elles n'ont pu par suite l'inoculer. 

Quant aux cas de diarrhée de Cochinchine sans Anguillules, 
on les expliquera certainement quelque jour par la présence 
d'autres parasites dans l'intestin grêle, tels que l'Ascaride, l'Oxyure 
et surtout lUncinaire, parasite si puissamment armé et si fré- 
quent dans les pays chauds. 

Le rôle de l'Ascaride n'a pas lieu non plus de nous étonner 
parce que nous connaissons nombre d'épidémies de dysenterie, 
dans lesquelles on observe sa présence constante. De plus, en 
consultant la bibliographie médicale, on pourra trouver nombre 
de cas où l'on a cherché vainement la cause d'une dysenterie, sans 
songer le moins du monde à tenir compte de la présence des œufs 
de l'Ascaride dans les matières fécales. 

Mais nous ne voulons pas insister plus longuement sur ces faits. 
Le rôle pathogène des parasites intestinaux est pour nous incon- 
testable. Nous sommes persuadé que, dans un avenir assez rap- 
proché, il faudra en revenir à certaines des idées deRaspail et que 
l'étude des helminthes reprendra en pathologie la place qu'elle 
n aurait pas dû perdre. Comme les parasites de l'intestin sont parti- 
culièrement fréquents dans les pays chauds, nous sommes 
persuadé qu'ils jouent un rôle énorme dans la pathologie de ces 
régions et c'est à ce titre que nous nous permettons d'attirer sur 
eux l'attention des médecins coloniaux. Les idées que nous venons 
d'exposer, et que nous défendons déjà depuis un certain nombre 
d'années, commencent du reste à se faire jour. Dans une commu- 
nication présentée à l'Académie de Médecine, le 19 avril dernier, 
le D^ Kermorgant s'est rallié complètement aux conclusions de 
notre travail sur le rôle pathogène de l'Ascaris et il a montré son 
importance en pathologie tropicale. Enfin, dans VIndian médical 
Gazette de ce même mois d'avril, le D^ Fearnside a montré que les 



ACTION PATHOGÈNE DES PARASITES DE l"iNTESTIN 18o 

parasites intestinaux, et en particulier l'Ascaride, jouent un rùle 
considérable dans létiologie d'un grand nombre de maladies, 
parmi la population des prisons de l'Inde. Par la simple adminis- 
tration de santonine, il a pu réduire notablement le nombre des 
cas de diarrhée chronique, d'entérite muco-membraneuse et de 
dysenterie. II a montré de plus que la présence des parasites 
intestinaux vient ajouter encore à l'intensité de l'anémie chez les 
individus déjà anémiés par le paludisme. 

En résumé, nous devons retenir que les parasites de l'intestin 
peuvent agir de trois façons diverses : 

1° En irritant les terminaisons nerveuses et provoquant par voie 
réflexe les troubles variés de l'helminthiase. C'est là le rôle qu'on 
veut bien le plus souvent leur reconnaître, bien qu'il s'agisse en 
réalité d'une pure hypothèse. 

2° En sécrétant des toxines, plus ou moins violentes suivant les 
espèces et suivant les hôtes; toxines qui, dans certains cas, agiraient 
sur le sang en amenant la destruction de l'hémoglobine et des glo- 
bules rouges, tandis que, dans d'autres cas, ^lles agiraient sur les 
centres nerveux en augmentant ainsi les troubles nerveux de 
l'helminthiase. Les parasites de l'intestin peuvent par là jouer un 
rôle considérable dans léclosion des troubles nerveux et des 
anémies. 

3° En inoculant dans la muqueuse du tube digestif les Bactéries 
pathogènes qui peuvent exister dans le contenu de l'intestin. Les 
parasites intestinaux jouent ainsi un rôle considérable dans l'étio- 
logie des maladies de l'intestin et du foie, au même titre que les 
Insectes dans l'étiologie des infections du sang. Ils agissent sur- 
tout comme lancettes d'inoculation, et, suivant la virulence des 
espèces microbiennes de l'intestin, on se trouve naturellement en 
présence d'affections de gravité variable. Si, en effet, l'agent ino- 
culé est peu pathogène, il suffit de faire disparaître les Vers intes- 
tinaux pour voir les symptômes s'atténuer et disparaître. C'est le 
triomphe de la médication anthelminthique. Si, au contraire, les 
Microbes inoculés dans la muqueuse ont une spécificité véritable, 
la maladie continue son évolution, même après l'évacuation des 
parasites; mais du moins on évite l'auto-inoculation constante et 
on peut empêcher l'affection de passer à l'état chronique. Ce sont 
là, du reste, des faits d'une portée beaucoup plus générale, s'appli- 



186 JULES GUIART 

quant tout aussi bien à la pathologie animale qu'à la pathologie 
humaine. C'est ainsi que le professeur Moussu a montré l'action du 
Strongle du Mouton dans l'inoculation de la pasteurellose bovine. 
Nous nous rattachons complètement à ses conclusions et nous 
nous élevons violemment contre les idées actuelles, qui considèrent 
comme inolïensifs des parasites qui peuvent inoculer des infec- 
tions mortelles. Ces infections sont bactériennes, il est vrai, mais 
elle ne se produiraient pas si le parasite n'existait pas. C'est donc 
ce dernier qui est en réalité l'agent le plus important. 

J'espère que certains médecins coloniaux voudront bien se 
laisser influencer par les idées que je viens d'exposer. Je serais 
heureux s'ils pouvaient les appliquer aux maladies tropicales; ils 
n'auront pour cela qu'à apprendre comment on peut faire un exa- 
men de matières fécales, en vue d'y rechercher les parasites de 
l'intestin ou leurs œufs. Le procédé est tout ce qu'il y a de plus 
simple. Si cependant ils n'ont pas de microscope à leur disposition, 
ils pourront recourir à tout hasard à l'emploi des anthelmin- 
thiques. Je leur suis reconnaissant d'avance des communications 
qu'ils voudront bien me faire ou qu'ils adresseront aux journaux 
scientifiques ou aux sociétés savantes. L'avenir dira si j'ai tort ou 
raison. Peu importe du reste, puisque, en dernière analyse, c'est 
toujours la science qui bénéficiera des recherches qui auront été 
provoquées. 



LES PILAIRES DU SANG DE L'HOMME 

PAR 

Le Dr R. PENEL 

Médecin colonial de l'Université de Paris. 

La question des Filaires du sang est à l'heure actuelle une des 
plus confuses de la pathologie exotique. Depuis qu'en 1872, Lewis 
trouva pour la première fois une Pilaire embryonnaire dans le 
sang de l'Homme, les examens de sang se sont multipliés sous les 
tropiques, et des statistiques portant sur des milliers d'individus 
ont été dressées dansdifféi^entes régions. Par suite, des espèces 
nouvelles ont été découvertes, si bien que, tandis que jusqu'en 
1891 la Filaire de Bancroft était seule connue en tant que Filaire 
du sang, nous n'en connaissons à l'heure actuelle pas moins d'une 
dizaine d'espèces, très voisines les unes des autres, il est vrai, mais 
nettement distinctes pour la plupart. C'est pourquoi nous avons 
pensé qu'il serait intéressant d'étudier de près la question, pour 
voir s'il ne serait pas possible dès à présent d'en éclairer quelques 
points, en mettant un peu d'ordre parmi les faits connus. 

Nous laisserons de côté quelques espèces de Filaires rares et mal 
connues, qui n'ont été vues qu'à l'état adulte, telles que : 
F. conjunctivae, F. labialis, F. hominis-oris, F. restiformis, F. lentis ; 
plusieurs de ces espèces sont très douteuses ou semblent ne cor- 
respondre qu'à des cas dé pseudo parasitisme, et nous ne pou- 
vons rien préjuger du passage de leurs embryons dans le sang. 
Nous ne parlerons pas non plus de la F. volvulus, Filaire africaine 
qui vit dans les lymphatiques de la peau, où elle détermine de 
petites tumeurs sans gravité. Nous pensons qu'il s'agit bien là 
d'une Filaire du sang, vu son habitat dans les lymphatiques, vu 
ses embryons, qui ressemblent étroitement aux Microfilaires noc- 
turne et diurne et ne paraissent pas aptes à vivre indépendants 
dans le milieu extérieur, vu enfin que les tumeurs qu'elle déter- 
mine ne tendent pas vers l'ulcération, ses embryons ne pouvant 
s'échapper par une solution de continuité des téguments, comme 
ceux de la Filaria medincnsis; malgré cela, puisque sa Microfilaire 
n'a jamais été vue dans le sang, il nous suffira de l'avoir signalée. 



188 R. PENEL 

Ces Filaires éliminées, il nous reste neuf espèces à passer 
rapidement en revue ; ce sont : 1° F. Bancrol'U (F. nocturna), 2° 
F. loa, 3° F. diurna, ¥ F. perstans, 5° F. Demarquaiji, 6° F. Ozzardi, 
1° F. Magalhâesi, 8° F. gigas, 0° F. PoivelH. 

Filaria Bancrofti. — C'est de toutes les Filaires du sang la 
plus répandue, et celle dont l'évolution et la pathologie sont le 
mieux connues. Sa forme adulte a été découverte par Bancroft en 
1876 ; depuis, elle a été retrouvée un grand nombre de fois. Néan- 
moins, les notions que nous avons sur sa morphologie sont encore 
très incomplètes. Il faut ajouter que, jusqu'en 1895, les auteurs 
classiques ayant donné leur description de F. Bancrofti en partie 
d'après les échantillons de Magalhàes, identifiés jusqu'alors avec 
elle, il s'en est suivi une confusion regrettable. C'est en 1895 seu- 
lement, après les descriptions et les mesures données par 
Manson des adultes de F. Bancrofti trouvés par Maitland, que le 
professeur R. Blanchard a pu distinguer ces échantillons sous le 
nom de F. Magalhâesi dans son article du Traité de Pathologie géné- 
rale. Malgré cela, quelques auteurs persistent à confondre les deux 
espèces, tout en distinguant la Filaire de Magalhàes. 

Le mâle a été rarement décrit; c'est un Ver filiforme, à cuti- 
cule lisse, d'épaisseur à peu près égale sur toute sa longueur, mais 
effilé à ses deux extrémités. Le seul spécimen complet et intact 
qui ait été étudié (Lothrop, 1900) mesurait 38"^"\6 de long sur 
120"- dans son plus grand diamètre. La tête, légèrement bulbeuse, 
est séparéedu corps par une portion faiblement rétrécie. La bouche 
est inerme. L'anus subterminal s'ouvre à 130, y- de l'extrémité 
postérieure, qui est émoussée, arrondie et non bulbeuse. A ce 
niveau font saillie deux spicules inégaux. Les papilles anales 
n'ont jamais été bien vues; il faut croire, par analogie, qu'elles 
existent, mais dans ce cas, elles sont fort petites. 

La femelle est mieux connue ; elle est plus grande et plus épaisse, 
mesurant de 75 à 100mm de long sur 209 à 250, y- de large. La 
vulve siège immédiatement derrière la tête, à l^m^^O environ de 
l'extrémité antérieure. L'appareil génital est constitué par un 
vagin unique, aboutissant à deux tubes utérins qui remplissent 
presque toute la cavité du corps et contiennent des œufs et des 
embryons à tous les stades de développement. 

L'embryon de la F. Bancrofti ou F. nocturna, examiné dans 



LES PILAIRES DU SANG DE l'hOMME 189 

le sang, apparaît sous la forme d'un organisme semblable à 
un petit Serpent, mesurant environ 300 y- de long sur 7 à 8.^^- de 
large. Son extrémité antérieure est brusquement arrondie ; l'extré- 
mité postérieure, effilée à partir du cinquième postérieur, se ter- 
mine en pointe. A un fort grossissement, on voit que l'animal est 
contenu dans une sorte de gaîne très délicate, ajustée le long du 
corps et le dépassant en avant et en arrière. Cette gaîne est cons- 
tituée par une membrane ovulaire, à lintérieur de laquelle l'em- 
bryon s'est déroulé. L'embryon est très actif, il s'agite en tous 
sens, bousculant les globules sanguins ; mais embarrassé de sa 
gaîne, il ne se déplace pas à proprement parler et ne sort pas du 
champ du microscope. Lorsque les mouvements ont cessé, on 
constate que la structure interne ne permet de distinguer aucun 
organe défini : toutefois un début de différenciation est indiqué 
par des taches claires très réfringentes, dont le nombre et la 
répartition prêtent à des descriptions qui varient sensiblement 
suivant les auteurs. Deux de ces taches embryonnaires au 
moins paraissent consta,ntes, l'une antérieure, que Manson 
appelle tache en V, l'autre postérieure qu'il appelle tache cau- 
dale. Le reste du corps est constitué par une colonne de petites 
cellules, dont les noyaux prennent fortement la couleur, et 
incluses dans un tégument très finement strié. Si l'animal se 
dépouille de sa gaîne, on voit que son extrémité antérieure est 
recouverte d'un prépuce très délicat, formé d'une sorte de colle- 
rette de six crochets très mobiles; tandis qu'au sommet de la tête, 
un petit dard extrêmement ténu se projette et se rétracte avec une 
grande rapidité, 

On siiil que la. Filaria noctiirna ne se montre normalement dans 
la circulation périphérique que pendant la nuit. La cause 
immédiate de ce pliénomène est aisée à comprendre : c'est une 
adaptation aux habitudes nocturnes de son hôte intermédiaire, le 
Moustique. La cause médiate est plus difficile à déterminer d'une 
façon précise. Il est certain que la nature de cette périodicité 
dépend plus ou moins directement des heures de veille et de 
sommeil ; c'est ce qui est prouvé par l'expérience classique de 
Mackenzie, qui a été reproduite et confirmée à plusieurs reprises : 
si l'on intervertit les heures de veille et de sommeil chez un sujet 
porteur de Pilaires nocturnes, après deux ou trois jours d'hésita- 



190 R. PENEL ' 

tion, la périodicité des embryons s'intervertit parallèlement ; ils 
se montrent alors pendant le jour et disparaissent pendant la nuit. 
Mais comme cette interversion ne se produit pas immédiatement, 
et quïl ne sufïït pas de réveiller ou de faire dormir le sujet pour 
faire disparaître ou apparaître les embryons, puisque de plus, ils 
se montrent généralement dans le sang dès 5 à 6 heures du soir, 
c'est-à-dire, longtemps avant l'heure habituelle du sommeil, pour 
commencer à décroître dès minuit, c'est-à-dire au moment où 
celui-ci est le plus profond, il faut croire que la périodicité ne dé- 
pend pas directement du fait même du sommeil, mais bien 
plutôt des conditions physiologiques de l'organisme qui le pré- 
parent et le déterminent. Aussi, cette périodicité, qui dans les 
conditions normales est en règle générale d'une fixité remar- 
quable, présente-t-elle des variations fréquentes, même sur une 
grande échelle. 

C'est ainsi que Thorpe a observé aux îles des Amis une Mi- 
crofilaire très commune, en tout semblable à la F. nocturna, 
quoique légèrement plus petite, mais qui se montre dans le sang 
périphérique, de jour aussi bien que de nuit. Il explique ce phé- 
nomène par les habitudes des indigènes qui, passant volontiers 
leurs nuits à festoyer et à se conter des aventures, ne dorment pas 
à des heures régulières. Annett, Dutton, Elliot ont observé des faits 
analogues dans le Bas-Niger. Ces exceptions sont très instructives 
et doivent nous rendre prudents dans le parti que nous devons 
tirer de la périodicité, en tant que caractère spécifique exclusif 
d'une espèce. 

L'embryon circulant dans les vaisseaux et embarrassé de sa gaine 
est destiné à périr, s'il n'est sucé avec le sang par un Moustique, 
dans le corps duquel il va évoluer. C'est ce que nous ont montré, 
dès 1877, les recherches de Manson,qui n'ont été reprises que vingt 
ans plus tard, et simultanément, par Bancroft en Australie et par 
James aux Indes. Ces recherches se sont multipliées ces dernières 
années. L'embrj^on, aspiré par le Moustique, se débarrasse de sa 
gaîne dans l'estomac de cet Insecte, par suite de l'hémolyse et de 
l'épaississement du sang. Utilisant alors son prépuce à six 
crochets comme appareil de perforation, il traverse la paroi du 
tube digestif, passe dans la cavité générale et gagne le thorax, où 
il va se loger dans la masse des muscles de l'aile. Là, il subit sa 



LES PILAIRES DU SANG DE l'hOMME 191 

métamorphose, qui dure un temps variable suivant la saison, le 
climat et l'espèce qui lui donne asile, en moyenne 12 à 17 jours. 
Lorsque l'évolution est achevée, la Filaire se montre sous la forme 
d'une petite larve visible à l'œil nu, mesurantplus d'un millimètre 
et demi de long- sur 300 y. de large, présentant une bouche, un 
tube digestif complet, une queue trilobée particulière et un com- 
mencement de diflérenciation de l'appareil génital. Low, par des 
coupes pratiquées sur des échantillons envoyés de Brisbane par 
Bancroft, et qui sont très démonstratives, a montré qu'en cet état 
les larves quittent les muscles du thorax pour se répandre dans la 
cavité générale, et que bientôt le plus grand nombre d'entre elles 
gagne la tête et les pièces de la trompe, principalement le labium, 
où on peut les voir étendues dans toute leur longeur, deux par 
deux généralement, et l'extrémité antérieure dirigée en avant. Il 
est dès lors naturel de penser que les larves vont s'échapper du 
Moustique par la trompe, et que, lorsque cet Insecte ira piquer un 
Vertébré à sang chaud, elles passeront directement sous la peau de 
cet animal. Si celui-ci est un Homme, elles auront trouvé leur hôte 
définitif favorable : elles grandiront, atteindront l'âge adulte, 
s'accoupleront et pondront des embryons qui se répandront dans la 
circulation. Le cycle d'évolution sera ainsi fermé. Mais comment 
ces larves, qui sont non pas dans le tube digestif comme les méro- 
zoïtes du paludisme, mais renfermées dans la cavité générale ou 
dans ses prolongements, vont-elles s'échapper au moment de la 
piqûre? Plusieurs théories ont été émises à ce sujet, et chacune est 
appuyée sur des observations soigneuses. Que ce soit par le fait 
d'une rupture du labium, comme le pensent Grassi et Noé; que ce 
soit à la faveur d'un point faible du tégument chitineux, soit à 
l'extrémité du labium, comme raifirme Dutton, soit au niveau du 
pharynx, comme le suppose Sambon, il est diiïïcile actuellement de 
le savoir, et à vrai dire, il n'est pas facile de saisir la chose sur le 
fait. Néanmoins, la transmission du parasite par le moyen de la 
piqûre reste infiniment probable. 

Quelques auteurs cependant, tels que Maitland aux Indes ou 
Audain à Port au-Prince, n'admettent pas encore ce mode d'infec= 
tion et, se basant sur des raisons soit d'étiologie, soit de pathogénie, 
reviennent à l'ancienne théorie de Manson qui, n'ayant pu suivre 
le passage des larves dans la trompe du Moustique^ pensait primi- 



192 R. PENEL 

tivement que celles-ci tombaient dans l'eau à la mort de l'Insecte 
et, mises en liberté à la faveur de sa décomposition, étaient avalées 
avec l'eau de boisson. Nous ne pouvons entrer dans le détail de cette 
discussion. Pour trancher la question, la seule méthode véritable- 
ment scientitique serait de tenter l'inoculation expérimentalement 
par l'une et l'autre voie. Il est délicat de le faire sur l'Homme : 
Manson déclare se refuser à entreprendre sur lui-même cet 
experimentum crucis et beaucoup sont dans son cas. Mais l'expé- 
rience est facile à faire sur le Chien avec la F. immitis, Filaire très 
voisine de la F. Bancrofti et dont l'évolution a pu être suivie chez 
YAnopheles Rossi. Grassi et Noé l'ont tentée sur des Chiens de la 
campagne romaine et concluent à la transmission par la 
voie cutanée; mais ils ont sacrifié leurs sujets trop tôt et leurs ex- 
périences ne sont pas assez nombreuses pour être probantes. De 
plus, elles sont fautives : pour toutes les recherches de ce genre, il 
importe de ne s'adresser qu'à des individus primitivement vierges 
de toute infection, qu'il s'agisse de l'hôte intermédiaire ou de 
l'hôte définitif, et de mettre les sujets à l'abri de toute cause 
étrangère d'inoculation par quelque voie que ce soit, pendant tout 
le cours des observations. 

Quoi qu'il en soit, au point de vue pratique, la question n'a 
qu'une importance secondaire : que le parasite s'introduise par la 
voie cutanée ou par la voie digestive, c'est le Moustique qu'il faut 
détruire; comme c'est dans les eaux stagnantes que le Moustique 
prend naissance, et comme c'est là qu'il retourne généralement 
mourir, pour l'hygiéniste, c'est l'eau qui est le premier facteur 
en jeu. Or, pour toute agglomération, l'eau de consommation cons- 
titue le foyer de pullulation le plus voisin, qu'il s'agisse de ci- 
ternes, de tanks indiens ou des bassins et récipients domestiques 
en usage aux Antilles. Par suite, quelle que soit la théorie admise, 
la prophylaxie de la filariose réside avant tout dans le choix du 
mode d'approvisionnement de l'eau de consommation. 

Nous croyons utile de donner ici la liste des Moustiques chez 
lesquels l'évolution de la F. Bancrofti a pu être suivie d'une façon 
complète : 

Culexpipiens à Amoy, Chine (Manson) ; 

Culex Skusei, Cousin domestique d'Australie, à Brisbane Quens- 
land (Bancroft) ; 



LES PILAIRES DU SANG DE l'hOMME 193 

Anophèles Rossi à Tranvancore, Indes (James; il cite encore un 
autre Anophèles qu'il n'a pu spécifier) ; 

Anophèles costalis, Bas Niger (Annett, Dutton). 

Culex fatigans à la Trinité, Antilles (Vincent) et à Sainte-Lucie, 
Antilles (Low) ; 

PanopUtes africanusau Zambèze (Daniels), ainsi qu'un Cu/ej? indé- 
terminé de la même région ; 

Stegomyia calopus. Bas Niger. 

Des résultats positifs mais incomplets ont été obtenus avec : 

Cdex tœniatus à la Trinité et à Sainte-Lucie (Vincent et Low); 

Anophèles albimanus, à la Trinité (Vincent; développement 
rapide, mais le Moustique ne peut être élevé au delà de 12 jours) ; 

Culejc microannulatus ( à Travancore (James ; ne peuvent être 

Culex albopictus ( élevés au-delà de 12 jours.) 

Nous voyons donc que la Filaria Bancrofii évolue indifférem- 
ment chez diverses familles de Culicides. 

La Filaria Bancrofti est très répandue. Elle sévit sous tous les 
tropiques, qu'elle déborde largement au nord et au sud. Pour 
l'Ancien Monde, elle a été signalée dans l'hémisphère sud, jusqu'à 
Brisbane en Australie, par 27° de latitude, et jusqu'au Natal par -SO". 
Dans l'hémisphère nord, elle dépasse bien davantage la ligne des 
tropiques, car elle a été trouvée dans les îles méridionales du 
Japon, jusque vers le 33""'' degré; enfin, elle est connue en Europe, 
où l'on a observé jusqu'à ce jour deux cas indigènes : l'un à 
Canet del Mar, petite localité de la côte d'Espagne, à 41 kilomètres 
au nord de Barcelone, signalé par Font y Torné en 1894; l'autre 
rapporté par Biondi en 1903 concernant un individu originaire 
de Gibraltar. Le cas le plus septentrional est donc celui de Canet 
del Mar, près du 42'^'^' degré de latitude, à 80 kilomètres de la 
frontière française. 11 s'agit là évidemment de cas erratiques qui 
s'expliquent par les relations que ces localités maritimes entre- 
tiennent avec les régions endémiques, mais si l'attention est 
attirée sur ce point, il est possible que les observations de ce genre 
se multiplient. Si nous notons aussi que le Culex d'Australie, 
chez lequel Bancroft a suivi l'évolution de la Filaria Bancrofti, est 
très voisin du Culex pipiens qui abonde dans nos pays, il ne nous 
paraîtra pas impossible que la Filaria Bancrofti s' acclinmle un jour 
sur notre continent. Ce ne serait pas la première fois qu'une 

Archiver de Parasiiologie, IX, n"2 , H)Û4. 13 



194 R. PENEL 

endémie exotique, transmise par les Moustiques, serait importée 
en Europe: l'exemple de la fièvre jaune est fait pour nous donner 
à réiléchir. Dans le Nouveau Monde, Va Filaria Bancrofti est connue 
sur toute la côte orientale, depuis Buenos- Aires, surleSo^*^ degré de 
latitude sud, jusqu'à Philadelphie, sur le 40™" degré de latitude nord, 
où Dunn a signalé un cas indigène. Les Antilles constituent un 
des foyers où elle sévit avec le plus de force; il est probable qu'elle 
y a été importée d'Afrique par la traite des Noirs; de là, à la faveur 
des relations commerciales, elle s'est répandue dans les Etats- 
Unis, où elle n'est pas rare entre le SO^e et 40^© degré de latitude, 
ce qui prouve qu'elle peut s'accommoder d'un climat aussi tempéré 
que la nôtre. 

Filaria loa. — La F. loa ou Pilaire de l'œil est de toutes ces Pilaires 
la plus anciennement connue. Nous savons, par une curieuse 
gravure datée de 1598 et publiée par le professeur R. Blanchard, 
qu'elle sévissait sur la côte occidentale d'Afrique à la fin du 
XVIme siècle, avant même la traite des Noirs. C'est un Ver en 
général plus petit et beaucoup plus épais que la Pilaire de Bancroft : 
le mâle mesure environ 30™'" sur 350 a; la femelle mesure 55"^™ 
sur 425 u. Le mâle présente cinq paires de papilles anales faciles à 
voir, trois paires préanales très fortes et sacciformes, deux paires 
postanales dont la dernière très petite et conique. 

Le Ver adulte vit dans le tissu conjonctif sous-cutané; c'est à ce 
titre qu'on peut le voir occasionnellement serpenter sous la 
conjonctive; mais il peut se trouver sous la peau en un point 
quelconque du corps, où il détermine des oedèmes localisés et 
fugaces. A l'autopsie d'un Nègre du Congo, mort à Paris de 
maladie du sommeil, nous avons trouvé trente et quelques adultes 
disséminés dans le tissu cellulaire superficiel des quatre membres, 
et malgré une recherche soigneuse, nous n'en avons vu ni sur le 
tronc, ni sur le cou, ni sur la face, ni même à la région de l'œil. 
La présence de la F. loa dans cette région n'est donc qu'occasion- 
nelle; il semble qu'elle s'y montre de préférence lorsqu'elle est 
jeune et active. Ainsi s'explique que si fréquemment les spécimens 
extraits n'ont pas encore atteint leur maturité, et que, d'autre 
part, contrairement aux autres Pilaires, on la voit si souvent chez 
les enfants. Il est probable que, semblable en cela à quelques 
Pilaires connues chez les Mammifères, telle la F. eqiiina qui peut 



LES FILAIRES DU SANG DE L HOMME 195 

se montrer sous la conjonctive du Cheval quand elle est jeune, 
la F. loa tend avec l'Age à se fixer dans les tissus profonds 
où elle meurt; c'est ainsi que Brumpt a pu trouver sur le 
cœur d'un Indigène du Congo cinq Pilaires adultes, dont quatre 
enkystées et calcifiées, la cinquième étant une femelle vivante 
de F. loa. 

L'embryon de F. loa, extrait de l'utérus de la femelle, mesure envi- 
ron ;260 sur 16 ,(/ . Il est entouré d'une gaine et son extrémité pos- 
térieure est effilée ; il est donc semblable à la Filaire nocturne, mais 
ses dimensions sont relativement petites, ce qui est généralement 
le cas des embryons qui n'ont pas encore passé dans la circulation. 
L'adulte vivant et mourant dans l'organisme, et le trouble léger 
qu'il provoque n'aboutissant jamais à la suppuration, les embryons 
ne trouvent jamais dissue vers l'extérieur et doivent nécessaire- 
ment se répandre dans la circulation. Toutefois, il est rare qu'un 
porteur de F. loa ait des Microfilaires dans le sang; si le cas se 
présente, c'est à la F. diurna que l'on a affaire. 

La F. loa est un parasite exclusivement africain. Elle est connue 
sur toute la côte occidentale d'Afrique, de la Côte de l'Or à la Côte 
d'Angola, et dans le bassin du Congo. Les premières observations 
ont été faites aux Antilles et dans l'Amérique du sud à la fin du 
XVIII® siècle, c'est-à-dire pendant la traite des Noirs; aussi concer- 
naient-elles toutes des individus originaires de la Côte de Guinée. 
On n'a jamais vu de cas autochtones de F. loa dans le Nouveau Monde; 
on ne l'y a donc plus observée depuis que l'importation des esclaves 
a cessé. 

Filaria diurna, — La Filaire diurne, décrite par Manson en 1891, 
est une Microfilaire très voisine de la F. nocturna. Ses dimensions 
sont sensiblement les mêmes; comme celle-ci, elle est entourée 
d'une gaine et sa queue est effilée. Elle s'en distingue toutefois par 
quelques détails de sa morphologie et de ses réactions colorées. Sa 
gaîne est plus délicate, par suite elle manque aisément; fréquem- 
ment, l'extrémité de sa queue se replie sur elle-mêmej à l'intérieur 
de la gaîne, ce qui peut lui donner, au premier abord, un aspect 
tronqué. Pour la structure interne, il serait peut-être prématuré 
d'établir une distinction sur la distribution et l'aspect des taches 
embryonnaires qui, variant suivant les individus et selon lesréac^ 
fions, ne prêtent pas pour le moment à une systématisation pré- 



196 R. PENEL 

cise; toutefois, en ce qui concerne les cellules elles-mêmes, le 
Dr Brumpt a observé qu'elles sont sensiblement plus grandes chez 
la F. diurna, et sur ce caractère il la dilïérencie de la F. nochirna 
au simple vu de l'embryon. Cependant, c'est sur sa périodicité 
que Manson l'a tout d'abord difiéreuciée. En effet, comme son nom 
l'indique, la F. diurna se rencontre principalement de jour dans le 
sang périphérique. Ce caractère distinctif est très net, vu de haut, 
mais assez inconstant dans le détail; la F. dmrwa se trouve souvent 
dans le sang de la nuit, et suivant les habitudes du sujet, cette 
périodicité peut disparaître complètement, de telle sorte que la 
périodicité de la F. diurna et celle de la F. nocturna peuvent excep- 
tionnellement se rapprocher l'une de l'autre. C'est ce quia permis 
à Annett, Dutton et EUiot de mettre en doute l'individualité de la 
F. diurna. Nous ne pouvons entrer dans le détail de leur argumen- 
tation, qui est quelque peu paradoxale; qu'il nous suffise de dire 
que cette manière de voir, qui s'explique par la méconnaissance de 
différences morphologiques réelles, ne semble pas légitimée par 
les faits : pour n'être pas aussi typique que le croyait Manson, la 
périodicité diurne de cette Pilaire n'en est pas moins très réelle 
dans l'ensemble chez des sujets dont les habitudes sont régulières. 
Nous ne savons rien du rôle pathologique joué par la F. diurna, 
et pour son évolution, nous en sommes réduits à des hypothèses. 
La présence d'une gaine, qui musèle l'embryon, doit nous faire 
penser que celui-ci est mis en liberté par un Insecte suceur, et cet 
Insecte doit être diurne comme la périodicité. Quelques recherches 
entreprises sur lesMoustiques n'ont pas donné de résultats. Manson 
a émis l'hypothèse que l'hôte favorable serait une Mouche, connue 
dans le Bas-Niger sous le nom de Mangrove Fly; cette xVIouche, qui 
pique au milieu du jour, est particulièrement importune dans cette 
région, où la F. diurna sévit avec une grande intensité. Mais ce terme 
ne s'applique pas à une espèce définie ; il sert, en réalité, à désigner 
indifféremment un certain nombre de Tabanides et de Glossines. 
Brumpt a fait précisément quelques recherches sur les Glossines 
au Congo; des dissections rapides ne lui ont pas permis de trouver 
des larves de Filaire, mais il a rapporté un certain nombre d'échan- 
tillons fixés à la glycérine, qui nous ménagent peut-être quelque 
surprise. Comme la F. loa, la F. diurna est une espèce exclusive- 
ment africaine ; elle se rencontre sur la côte occidentale d'Afrique, 



LES PILAIRES DU SANG DE l'HOMME 197 

de Sierra-Leone au Congo, ainsi que dans tout le bassin de ce 
tleuve. Elle semble disparaître lorsque l'on passe sur le versant du 
Nil; cependant Christy l'a observée dans le nord du Bukedi (Ou- 
ganda). 

Filaria loa et f//(/mûf. — Quand Manson présenta la Filaire diurne 
en 1891, il émit l'hypothèse qu'elle pouvait représenter la forme 
embryonnaire de la F. loa. En effet, il lavait observée chez un 
indigène du Congochez lequel, quelques années auparavant, la F. loa 
avait été vue. Quoique, dans la majorité des cas, l'on n'ait pas vu 
de Microfdaires dans le sang des porteurs de F. loa, cette observation 
de Manson n'est pas unique. iVnnett, Dutton et Elliott ont revu 
récemment la F. diurna chez un jeune garçon du Bas-Niger, atteint 
de F. loa. Deux autres observations semblent être comparables : 
l'une de Prout à Sierra-Leone en 1903, qui décrit dans le sang d'un 
individu atteint de Loa, un embryon paraissant se rapporter à la 
F. diurna; l'autre de Texier, la même année, qui a trouvé la F. diurna 
chez un sujet qui paraît bien avoir été porteur de F. loa. 

Mais, à l'appui de l'hypothèse de Manson, un lait bien plus 
démonstratif est le suivant : dans deux cas où l'on a recherché la 
forme adulte de la F. diurna, c'est la F. loa que l'on a rencontrée. 
Le premier de ces cas est celui de Brumpt : en pratiquant l'autopsie 
d'une femme atteinte de F. diurna, il a trouvé sur le cœur cinq 
Vers, dont quatre calcitîés et un vivant qui n'était autre qu'une 
femelle de F. loa. En examinant les embryons vivants contenus dans 
l'utérus de cette femelle, il put les identifier avec les Pilaires 
diurnes trouvées dans le sang. Le second est celui d'un des Nègres 
morts à Paris de maladie du sommeil. Ce malade était porteur de 
F. perstans et de F. diurna. Dans l'espoir de trouver la forme adulte 
de l'une ou l'autre de ces Microfilaires, le professeur Wurtz entreprit 
une patiente dissection, qui lui permitdetrouverdeux Filairesdans 
le tissu conjonctif sous-cutané du bras. A sa suite, j'en ai retrouvé 
un grand nombre d'échantillons, et j'ai pu m'assurer qu'il s'agissait 
de la F. loa : les dimensions, les bosselures cuticulaires, les carac- 
tères de la queue du mâle, ne laissent pas de doute à ce sujet. Les 
embryons extraits de l'utérus, examinés en préparation humide 
après conservation dans le formol, sont un peu petits (260t/.sur6y5), 
comme c'est e Icas pour des Microfilaires qui n'ont pas encore passé 
dans le sang. Leur queue est effilée, souvent repliée sur elle-même 



198 R. PENEL 

à l'intérieur de la gaine; celle-ci semble constante, quoique, dans 
certains cas, elle soit ajustée et difficile à voir. Ces caractères sont 
ceux de la F. diurna, et la Filaire nocturne n'est pas en question, 
puisque le sujet n'en était pas porteur. 

Cette identité des deux espèces ressort de leur distribution 
géographique .-elles sont toutes les deux africaines (côte occidentale 
et bassin du Congo) et ni l'une ni l'autre ne s'est acclimatée dans 
le Nouveau Monde à la faveur de la traite des Noirs, comme quelques 
espèces voisines. 

Deux objections se présentent naturellement à l'esprit. Pourquoi, 
chez tout porteur de F. loa, ne trouve t-on pas la F. diurna dans le 
sang, et réciproquement pourquoi, chez tout individu atteint de 
F. diurna, ne voit-on pas la F. loa? A ces deux questions la réponse 
est aisée. Tout d'abord, pour que les embryons puissent être 
décelés dans le sang, il faut déjà un certain nombre d'adultes : 
c'est ce que Manson a montré pour la Filaria Bancrofti et ce que 
Brumpt a contrôlé pour la F. perstans chez une jeune Congolaise 
qui, malgré les centaines d'adultes logés dans son mésentère, ne 
présentait qu'un petit nombre d'embryons par goutte de sang. 
Lorsque la F. diurna fait défaut, c'est que les adultes sont en 
quantité insuffisante. Il faut de plus compter avec les mâles, ou 
avec les femelles jeunes qui se rencontrent souvent. D'autre part, si 
la F. loa passe inaperçue chez un porteur de F. diurna, c'est que, 
son passage sous la conjonctive étant purement accidentel, il est 
exceptionnel que l'on ait l'occasion de la voir. Elle vit en un point 
quelconque du tissu conjonctif superficiel ou profond du corps et 
ne détermine que des troubles fugaces, œdèmes, prurit, douleurs 
rhumatoïdes, qui ne sont pas rattachés à leur véritable cause; le 
plus souvent, elle est parfaitement tolérée. 

Filaria perstans. — D'après Low, le mâle mesure 34™^ sur 104 «; 
la femelle SO'^^m sur 160;^-. C'est donc un Ver plus petit et beaucoup 
plus grêle que la Filaria Bancrofti. Le mâle est muni de quatre paires 
de papilles préanales et d'une paire de postanales, toutes très 
petites. Chez l'un et l'autre sexe, la queue se termine par deux 
prolongements triangulaires de la cuticule, qui lui donnent une 
apparence mitrée caractéristique. 

L'embryon, de même, est beaucoup plus petit que la Filaire noc- 
turne. Il mesure environ 200 v- sur 5 u, mais, comme il possède à un 



LES PILAIRES DU SANG DE l'hOMME 199 

haut degré la propriélé de s'allonger et de se rétracter, ses dimen- 
sions varient beaucoui). Il se distingue de la Microfilaire de Bancroft 
par son extrémité postérieure, qui s'arrondit brusquement comme 
si la pointe avait été tronquée. Cet embryon est privé de gaine; 
par suite, il est libre dans le milieu sanguin, qu'il parcourt active- 
ment en tous sens. Enfin, il ne présente pas de périodicité : on le 
rencontre indifféremment dans le sang du jour ou de la nuit, d'où 
son nom. Firket, en 1895, frappé des écarts de taille observés 
sur les différents échantillons, crut pouvoir distinguer deux 
variétés de F. perstans : une variété longue, mesurant 160 à 180//, et 
une variété courte, mesurant 90 à 100 y.. Ces deux types sont géné- 
ralement associés sur une même lame, et il est très rare d'observer 
des tailles intermédiaires. Plusieurs observateurs, tel Van Cam- 
penhout, Hodges et Brumpt, ont depuis signalé le même fait. N'y 
a-t-il là que des variations individuelles, ou ne s'agit-il que 
d'embryons observés à des âges différents? La rareté des dimensions 
intermédiaires peut nous en faire douter. Le fait s'explique-t-il 
par des variations dans le degré de relâchement ou de contraction 
d'un embryon éminemment rétractile? Ce n'est pas certain, car 
tous les auteurs ne signalent pas de variations inverses dans le 
diamètre de l'animal. Quoi qu'il en soit, il est difficile de dire, dès 
à présent, si nous sommes en droit de distinguer une variété 
grande et une variété petite de la F. perstans. 

Nous ne savons rien du rôle pathologique joué par cette Pilaire. 
Comme l'adulte est très petit et se loge dans le tissus conjonctif 
ou adipeux qui entoure les grands viscères, en particulier dans le 
mésentère, on comprend qu'elle soit mieux tolérée que la Filaria 
Baîicrofti. 

L'évolution de ce parasite nous est également inconnue. L'ana- 
logie nous conduit à penser qu'il doit passer par un hôte inter- 
médiaire, probablement un Moustique. Hodges dans l'Ouganda 
et Low en Guyane ont observé un commencement d'évolution, le 
premier chez le Panoplites africanus, le second, chez le Tœniorhyn- 
chus fuscopemiatus ; mais ce sont là des résultats encore très incom- 
plets. Toutefois, la F. perstans sévissant principalement dans les 
régions où la forêt et la brousse n'ont pas encore fait place à la 
terre cultivée, il est probable que c'est parmi les Insectes qui 
hantent ces régions qu'il faut chercher l'hôte favorable. 



200 R. PENEL 

Christy, constatant que, dans l'Ouganda, la F. perstans ne sévil 
pas sur les populations entièrement nues, s'était demandé si 
l'évolution ne se ferait pas chez les Poux et les Puces qui se 
cachent dans les vêtements des indigènes. Les expériences entre- 
prises sur des parasites de cette sorte n'ont rien donné. Plus 
récemment, le même auteur a admis que cette Filaire serait trans- 
mise par la piqûre d'un Aca.nen,.YOrnithodonis moubata, et que la 
fièvre des Tiques ne serait autre chose que les prodromes de cette 
infection. Manson, en 1891, lorsqu'il présenta la F. perstans, émit 
l'hypothèse que, vu son absence de gaine et la liberté de ses mou- 
vements, et vu son extensibilité, cet embryon pourrait traverser la 
paroi des vaisseaux sans secours étranger et gagner les téguments, 
où il subirait un commencement de différenciation ; de là il tom- 
berait dans l'eau, où il achèverait son évolution soit librement, 
soit après passage dans le corps de quelque animal d'eau douce, 
comme c'est le cas pour la Filaire de Médine. A ce moment, il 
s'appuyait sur l'origine filarienne du craw craw et de la maladie 
du sommeil ; mais depuis lors, ces notions ayant été reconnues 
erronées, cette hypothèse, si séduisante qu'elle soit, a perdu une 
grande partie de son poids. 

La F. perstans sévit sur la cote occidentale d'Afrique, où elle 
a été signalée de Sierra-Leone à Loanda. Elle est très répandue 
dans tout le bassin du Congo, où elle est fréquemment associée à la 
F. dmrna; sur le versant oriental du continent noir, elle est com- 
mune dans l'Ouganda. Plus au sud, Danielsen a signalé un cas sur 
la rive occidentale du lac Nyassa. Elle a été considérée comme une 
espèce essentiellement africaine, jusqu'à ce que Manson eut édifié 
avec elle la variété tronquée de la F. Ozzardi, observée en Amé- 
rique chez les Caraïbes de l'intérieur de la Guyane anglaise. Nous 
savons maintenant qu'il y a là un foyer isolé, qui déborde proba- 
blement la frontière du Venezuela, du Brésil et de la Guyane 
hollandaise. 

Filaria Demarquayi. — L'embryon de cette Filaire a été décrit par 
Manson en 1897, sur des lames de sang provenant de Saint-Vin- 
cent (Antilles); à l'instigation du professeur R. Blanchard, il lui a 
donné ce nom en l'honneur du chirurgien français Demarquay, 
qui le premier trouva une Microfilaire cJiez l'Homme. Galgey a 
trouvé la femelle adulte dans le mésentère d'une indigène de 



LES PILAIRES DU SANG DE L HOMME 201 

Sainte-Lucie. Le mâle est inconnu. La femelle mesure 65 à 80""" 
de long sur 210 à 250 ^- de large ; elle est donc un peu plus petite 
que la Filaria Bancrofti, mais de diamètre à peu près égal ; elle 
lui ressemble d'ailleurs beaucoup. 

L'embryon est petit comme celui de la F. perstans (200 y- sur 5 y-), 
dont il se rapproche par sa rétractilité, par l'absencede gaîne,ce qui 
lui permet de se déplacer activement dans le champ de la prépa- 
ration, et par l'absence de périodicité; mais il s'en distingue 
nettement par son extrémité postérieure, qui est effilée comme 
celle des Filaires nocturne ou diurne. 

Son rôle pathologique est inconnu ; vu son habitat, il est pro- 
bable qu'elle est inofïensive. Sa distribution géographique est 
restreinte ; elle n'a été observée que dans quelques Antilles : à 
Sainte-Lucie, à Saint-Vincent, à la Dominique et à la Trinité ; et 
encore ne sévit-elle là que par petits foyers très circonscrits, dans 
des localités isolées, à proximité de la brousse ou des marécages : 
on assiste ainsi à de véritables épidémies de villages ou même de 
famille. 11 est probable que son peu de diffusion tient à la rareté 
de son hôte intermédiaire. Les recherches de Low et de Vincent, 
à la Trinité, n'ont pas donné de résultat positif sur ce point ; ils 
n'ont observé qu'un commencement d'évolution chez le Stegomyia 
calopus. Chose curieuse, à l'autre extrémité du monde, en Non 
velle Guinée, Manson a signalé une petite Microfilaire effilée et 
privée de gaine, d'apparence identique à la Microfilaire de Demar- 
quay ; Seligmann ly a revue récemment. Faufil l'identifier avec 
celle ci? C'est ce qu'il est impossible de dire, tant que l'on ne peut 
comparer les formes adultes. 

Filaria Ozzardi. — Manson a trouvé, sur des lames de sang prélevé 
sur des aborigènes de l'intérieur de la Guyane anglaise, deux 
petites Filaires, le plus souvent associées, de même taille toutes 
deux (200;^- sur 5,1^) et toutes deux privées dégaine, mais dont l'une 
était effilée comme la Filaria Demarquayi, l'autre tronquée 
comme la F. perstans. 11 les décrivit provisoirement sous le nom de 
F. Ozzardi ; il distingua deux variétés : une variété tronquée 
et une variété effilée. Daniels ayant trouvé la forme adulte de la 
Filaire tronquée d'Ozzard, Manson l'identifia à la F. perstans afri- 
caine, dont les embryons aussi bien que les adultes sont superposa 
blés. Par suite, aujourd'hui, la variété effilée d'Ozzard subsiste seule. 



202 R. PENEL 

Nous en connaissons la femelle adulte qui a pu être comparée avec 
la femelle de la F. Demarquayi. Daniels a constaté que leurs dimen- 
sions se correspondent très exactement et que leur morphologie 
est la même. Toutefois, les diamètres de la tête varient ; ils sont 
beaucoup plus forts chez la F. Demarquayi; par contre, chez 
celle-ci, la queue est moins large et se termine par un épaissis- 
sement cuticulaire qui manque chez la F. Ozzardi. Nous ne 
pensons pas que l'on puisse distinguer ces deux espèces sur de 
semblables caractères. On sait, en effet, que les diamètres de la 
tête et du cou varient beaucoup chez une même espèce, vu la 
grande rétractilité de l'extrémité antérieure de l'animal; ces varia- 
tions ne tiennent qu'au degré d'extension ou de rétraction de 
cette extrémité, au moment où elle a été immobilisée par la mort. 
Il en est de même pour la queue qui, étant fortement musculeuse 
ne présente pas toujours les mêmes dimensions lorsque la mort a 
fixé sa forme. Pour ce qui est de l'épaississement cuticulaire de 
l'extrémité postérieure, il suffit de regarder les schémas donnés 
par Daniels d'après des photographies pour voir qu'il ne s'agit là 
que d'écarts individuels. Nous avons observé sur nos échantillons 
de F. loa des écarts au moins aussi sensibles d'un spécimen à 
l'autre. 

Les adultes femelles ne sont donc pas difïérenciables. Il en est 
de même des Microfilaires. Low a comparé avec soin les embryons 
de l'une et l'autre espèce; il a observé une parfaite similitude de 
taille et de structure, qu'ils soient examinés vivants ou en prépara- 
tionsèche, lorsque la technique est la même, et il conclut à l'identité. 

Enfin, en ce qui concerne la distribution géographique, ces 
deux espèces se comportent absolument de même. En Guyane, 
F. Ozzardi ne sévit pas sur la côte, où la Filaire nocturne est 
seule connue. Elle ne commence à apparaître que lorsqu'on quitte 
la bande de littoral cultivé pour entrer dans la brousse ou dans la 
forêt; mais si l'on défriche dans l'intérieur, la Filaire disparaît : 
ainsi, à Wismar, petit centre de chercheurs d'or qui est indemne, 
quoiqu'à six milles de la côte. Par contre, s'il subsiste un coin de 
brousse sur le littoral, la Filaire se rencontre encore : ainsi à 
Warni-River, où elle sévit dans une proportion de 60 0/0. Dans 
l'intérieur, la répartition est générale, mais très inégale; dans 
quelques villages, ou même dans quelques familles, la totalité des 



LES PILAIRES DU SANG DE L HOMME 203 

adultes est atteinte, d'autres villages ou familles étant absolument 
indemnes. Cette façon de procéder ])ar petits foyers circonscrits 
est caractéristique de la F. Demarquayi aussi bien que de la 
F. Ozzardi; elle contraste avec la manière de la F. Bancrofti 
qui, dans ces régions, sévit volontiers dans les fortes agglomé- 
rations, où elle est propagée par les Moustiques domestiques 
qui vivent dans les eaux d'approvisionnement. Pour toutes ces 
raisons, nous pensons qu'il n'est pas prématuré de procéder au 
second démembrement de la F. Ozzardi et d'identifier sa variété 
effilée avec la F. Demarquayi. 

Filaria Magalhàesi. — Le mâle et la femelle de cette Filaire ont 
été trouvés par Figueira de Saboia au Brésil, dans le cœur d'un 
enfant et décrits par Magalhâes. Nous avons dit qu'elle a été con- 
fondue avec la F. Bancrofti jusqu'en 1893. Elle s'en distingue 
nettement par sa grande taille, loonim sur 713 a pour la femelle, 
83mm gyj- 407 .t^ pour le mâle; par sa cuticule épaisse et finement 
annelée; enfin par les papilles anales du mâle, qui sont fortes et à 
surface villeuse. Les embryons sont très allongés et très minces, 
mesurant 300 à 330 y. sur 6 y-. L'examen du sang n'a pas été fait, mais 
il est bien évident, de par la situation de l'adulte dans la cavité du 
cœur, que les Microfilaires se répandent dans la circulation. Le cas 
de Magalhâes étant unique jusqu'à ce jour, toute hypothèse sur le 
rôle pathologique ou l'évolution de cette Filaire serait pour le 
moins prématurée. 

Filaria gigas, F. PowelU. — Un mot seulement de ces deux 
Microfilaires, qui n'ont été vues qu'une fois et dont il serait 
prématuré d'affirmer la spécificité, puisqu'il faut toujours compter 
avec les erreurs d'interprétation et les artifices de préparation. 

La F. gigas a été observée par Prout en 1902 à Sierra-Leone, 
associée à la F. nocturna. Il s'agissait de deux embryons de grande 
taille, le plus grand mesurant 349;^- sur 12 y-, le plus petit 220 y 
sur 10 y. La queue était tronquée et la gaîne paraissait absente. Par 
un examen attentif, on pouvait distinguer nettement un canal 
central. Ces embryons présentaient une affinité particulière pour 
la fuchsine; par suite, ces échantillons étaient obscurs et, en 
cherchant à les éclaircir, Prout n'est parvenu qu'à les altérer. 
Il s'agirait donc dune Microfilaire semblable à la F. perstans, 
mais de dimensions doubles et de différenciation plus avancée. 



204 R. PENEL 

Powell, dans une note adressée au British médical Journal en 
1903, décrit comme suit une Microlilaire qu'il a observée à trois 
reprises chez un homme de police de Bombay : 

(( Embryon entouré d'une gaîne, à queue tronquée, de diamètre 
sensiblement égal sur toute sa longueur et mesurant 131 y- de long- 
sur 0,3 y- pour son épaisseur maxima. » 

C'est donc un embryon petit et tronqué comme la F. perstans. 
Mais celle-ci, qui n'est pas connue aux Indes, s'en distingue 
nettement par l'absence de gaîne. Il est certain qu'aucune Microfi- 
laire semblable n'a encore été décrite. 

Comme conclusion de cet aperçu, nous proposerons provisoire- 
ment la classification suivante des Pilaires du sang : 

Formes adultes : Formes embryonnaires : 

F. Bancrofti. F. nocturna. 

F. loa. F. diurna. 

F. perstans. F. perstans. 

F. Demarquayi. F. Demarquayi. 
F. Magalhâesi. ? 

à laquelle il faut probablement ajouter la F. volvulus. 

Qu'il nous soit permis en terminant d'attirer l'attention des 
médecins des Colonies françaises sur l'intérêt qu'il y a à pratiquer 
des examens du sang sur une grande échelle et à dresser des 
statistiques, soit pour la détermination des espèces et de leur 
répartition, soit pour l'éclaircissement de certains problèmes, tels 
que l'étiologie de l'éléphantiasis, dont l'origine filarienne est encore 
à discuter et qui mérite d'être examinée de près. Il est regrettable 
de constater qu'à ce point de vue nous sommes largement 
devancés par les Anglais, à qui nous devons presque toute la litté- 
rature de cette question (1). 



(1) Pour de plus amples détails, voir : R. Penfx, Les Filaii'ea du sang de l'Homme. 
Paris, F. R. de Rudeval, 1904. 



MALADIE DU SOMMEIL 

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE, ÉTIOLOGIE, PROPHYLAXIE 



Le Dr E. BRUMPT 

Chef de travaux à l'Institut de médecine coloniale de Paris. 
(Planche III) 

Cette curieuse maladie est connue depuis longtemps des indi- 
gènes de diverses contrées de l'Afrique, qui, dans leurs dialectes, 
la désignent tous sous le nom de « sommeil » ou de « maladie du 
sommeil ». Une faiblesse marquée dans les membres, des accès de 
fièvre, des maux de tête assez violents, ainsi que des engorge 
ments ganglionnaires sont les premiers symptômes accusés par les 
malades. Plus tard surviennent les troubles nerveux, une somno- 
lence presque continue dans le jour, contrastant avec une agitation 
nocturne presque toujours très marquée. Dans les derniers stades, 
le malade dort presque continuellement et meurtdans le coma avec 
une hyperthermie assez forte, ou au contraire, avec une hypo 
thermie remarquable (température inférieure à 28" dans plusieurs 
cas, d'après A. Bettencourt). 

La maladie du sommeil atteint les Européens et les Nègres, 
mais chez les premiers sa marche est plus rapide et le sommeil 
est beaucoup moins caractéristique que chez les seconds. Connue 
du monde scientifique depuis les travaux de Winterbottom, en 
1800, elle a couimencé à intéresser les gouvernements européens 
dans ces dernières années. 

C'est le gouvernement portugais qui donna l'exemple en 
envoyant, en 1901, A. Bettencourt et ses collaborateurs, A. Kopke, 
G. de Rezende et C. Mendes, dans l'Angola, pour étudier l'épidémie 
qui s'étendait avec une rapidité extraordinaire vers les provinces 
de l'intérieur. En juin 1902, le gouvernement anglais, à l'instiga- 
tiondu professeur P.Manson, envoya dans l'Ouganda les D^s Low, 
CastellanietC.Christy, rappelés ensuite en Europe et remplacés par 
Bruce, Nabarro et Greig. Enfin, en 1903, le gouvernement fran- 
çaism'a confié une mission, dueàl'initiative du professeur R. Blan- 
chard, pour étudier cette maladie au Congo. 



206 E. BRUMPT 

Dans ce travail, je me bornerai à étudier les points qui peuvent 
intéresser la colonisation, cest-à-dire la distribution géographique, 
l'étiologie et enfin la prophylaxie. 

Distribution géographique. — Grâce aux différentes missions 
signalées ci-dessus, ainsi qu'à l'enquête que M. Kermorgant a 
faite en Afrique occidentale, la distribution géographique de la 
maladie est à peu près connue aujourd'hui. 

En Afrique occidentale, on peut considérer comme foyers endé- 
miques certains points de la côte au sud de Dakar, Joal, Portudal et 
Nianing, où la maladie, d'après les renseignements que nous tenons 
de l'évêque de Dakar, M. Kunemann, semble beaucoup diminuer. 

La Casamance et la Gambie anglaise sont également des pays 
endémiques connus depuis longtemps. Sur la côte, les villes de 
Konakry, Freetown, Monrovia, Grand Lahou, Grand Bassam, 
Cotonou, Porto Novo ne sont pas contaminées, bien que la maladie 
y ait été importée, par mer ou de l'intérieur ; par contre, dans 
l'hinterland de certaines de ces colonies la maladie se rencontre 
fréquemment. 

Des cas isolés, importés, ont également été observés en divers 
points du fleuve Sénégal et sur le moyen Niger. La maladie semble 
assez commune dans la haute Guinée, sur le haut Comoé et le haut 
cours de la Volta noire et de la Volta blanche. Il semble y avoir 
également quelques centres suspects dans le pays haoussa (D^Best). 

La maladie du sommeil semble inconnue au Cameroun (Zie- 
mann), mais sévit, par contre, avec une certaine intensité dans les 
îles de Fernando Po, de Sào-Thomé et du Prince ; dans cette der- 
nière surtout, elle fait tous les ans beaucoup de victimes. 

De Libreville à Benguella, la maladie a été observée un peu 
partout, mais elle n'est pas endémique dans tous les points. 
Elle se rencontre de temps à autre chez les indigènes des envi- 
rons de Libreville, sur la rivière Monda (leR. P. Klaine), à Boutika 
sur le Rio Mouny (P. Tanguy) ; elle fait quelquefois des victimes 
au Fernand Vaz et a remonté depuis deux ans le fleuve Ogooué à 
Lambaréné (Coupé), puis à Boue et à Njolé (le R. P. H. Trilles). A 
Mayoumba (le R. P. le Mintier de la Motte Basse), elle est assez 
répandue chez les indigènes des environs de la. mission. Dans 
toute la région qui s'étend entre Loaugo et Cabinda elle est connue 
depuis longtemps. 



LA MALADIE DU SOMMEIL 207 

L'estuaire du Congo était autrefois indemne; cependant, depuis 
quelques années, la maladie devient assez fréquente dans les envi- 
rons de Boma (Di' Nielsen). Le Congo portugais est contaminé 
depuis longtemps et la maladie a fait de très rapides progrès dans 
l'Angola depuis 1874; elle est surtout abondante dans la province 
de Loanda, plus rare dans la province de Benguella ; elle n'est pas 
endémique dans la province de Mossamedès. 

Dans l'intérieur du continent noir, la maladie du sommeil aune 
distribution plus irrégulière. Elle est sporadiquement endémique 
dans le Mayombe français, le Bas Congo, ainsi que sur les rives du 
grand fleuve, depuis le Stanley pool jusqu'au poste de Nouvel- 
Anvers, où elle a fait son apparition il y a quelques années seul - 
ment (D^' Hans Muller) ; c'est le point le plus élevé du Congo où elle 
soit endémique. On la rencontre également, d'une façon plus ou 
moins régulière, sur les rives du Kassaï et de ses affluents portugais 
et belges. Elle existe également aux environs de Luiuabourg et de 
Lusambo, à la mission de Saint-Trudon (Gréban de Saint-Germain) ; 
quelques cas isolés ont également été observés à la mission de 
Saint-Benoît. 

Si nous considérons maintenant les affluents de droite du Congo, 
nous voyons que la maladie a remonté l'Oubangui jusqu'à Bangui, 
la Likouala jusqu'au 2e degré de latitude nord et la Sanga jusqu'aux 
environs de Ouesso. 

J'en ai observé un cas à Bouta, sur l'Itimbiri, cliez un nègre 
ababoua qui n'avait jamais quitté son pays ; mais la maladie doit 
être rare ou récemment importée, car les indigènes n'ont pas de 
nom spécial pour la désigner. 

Enfin, je crois pouvoir affirmer l'existence d'un foyer, probable- 
ment très localisé, dans leManyéma, chez lesBango-Bangos, car j'ai 
pu observer un indigène de cette race atteint de la maladie à Abba 
dans le haut Quelle, dans un point où la maladie n'est pas endé- 
mique. Cet indigène n'avait voyagé que dans les provinces orien- 
taies, qui sont considérées comme indemnes. La maladie se 
nommerait bolobt dans le Manyéma. 

Des cas isolés de maladie du sommeil ont été observés à peu près 
dans tous les postes belges, parmi les nombreux soldats et travail- 
leurs recrutés un peu partout. Ces exodes de population ont été 
pour beaucoup dans l'acclimatement de la maladie, dans des régions 



208 E. BRUAIPT 

autrefois indemnes et où les communications, entre peuples 
sauvages et anthropophages, étaient, avantl'occupation européenne, 
impossibles ou tout au moins très limitées. 

L'hypnose a fait son apparition probable dans l'Ouganda en 1896 
(C. Christy) et s'est signalée par de terribles ravages en 1901. Elle 
s'est rapidement étendue le long des rives nord du lac Victoria, 
ainsi que dans les îles adjacentes. On estime qu'en l'espace de 
trois ans, environ un tiers de la population a été décimé. 

Comment la maladie a-t-elle été importée dans l'Ouganda? 
Christy pense quelle a été introduite par les anciens soldats 
d'Émin Pacha ou par leurs esclaves congolais, mais, comme les 
premiers cas ont atteint des indigènes de l'Ouganda, il avoue lui- 
même que son hypothèse est peu plausible. Le problème est 
difficile à résoudre ; néanmoins, si l'on tient compte de la facilité 
avec laquelle les Ougandas s'engagent comme porteurs à la solde 
des Arabes et des Souahélis de Zanzibar, pour parcourir d'im- 
menses espaces pendant des mois et des années, il est possible 
d'admettre que la maladie a été importée par des indigènes qui se 
sont contaminés dans le Manyéma ou dans le Haut Kassaï, dans 
ces provinces que les Belges appellent la zone arabe. Ces régions, 
autrefois conquises par les Arabes, sont encore ouvertes à leur 
commerce aujourd'hui. 

Quoi qu'il en soit, l'étude de la distribution géographique de la 
maladie du sommeil nous montre sa marche progressivement 
envahissante vers le Haut Congo et vers les sources de ses princi- 
paux affluents. 

Les pays où se rencontre l'hypnose peuvent revêtir les aspects 
les plus divers. Un fait est bien établi, c'est que, dans une même 
région, certains villages sont décimés, tandis que d'autres sont 
respectés, bien que les communications entre villages soient fré- 
quentes et le mode d'existence des habitants à peu près identique. 
Les villages établis au bord des rivières ou près des sources sont 
surtout atteints, les villages établis sur des hauteurs, dans des espaces 
dénudés, sont beaucoup moins éprouvés. Il y a quelques exceptions 
à cette règle : ainsi, la maladie existe sporadiquement sur le trajet 
du chemin de fer de Matadi à Léopoldville, bien que la région soit 
élevée et peu boisée, sauf dans le creux des vallées, alors qu'elle 
manque totalement à la pointe de Banane, à l'embouchure du 



LA MALADIE DU SOMMEIL 209 

Congo, localité basse et marécageuse, où abondent les Palétuviers. 
Ces exceptions démontrent simplement que la maladie ne tient 
pas à la nature même du sol, mais bien à la présence d'un agent 
vecteur qui affectionne plus ou moins certaines contrées. 

Étiologie. — Les hypothèses les plus nombreuses ont été émises 
au sujet de l'étiologie de la maladie du sommeil. Les indigènes 
ont à cet égard les idées les plus diverses. Sur la côte de Guinée, 
dans le Bas Congo, le Kassaï, etc., ils incriminent le manioc con- 
sommé en tropgrandeabondanceouinsuffisammentmûri. Les Sous- 
sous de la Guinée accusent certains Poissons. EnCasamance, au Séné- 
gal, dans l'Angola, on croit à la contagiosité par la bave des malades 
qui serait même, dans certains cas, entraînée parle vent, doù les 
précautions que prennent certaines tribus de l'xlngola pour aller 
visiter les malades. Enfin les peuplades plus primitives, ou plus 
superstitieuses, accusent les mauvais esprits ou les maléfices d'un 
féticheur. 

Les Européens, jusqu'à ces dernières années, n'ont guère fait 
que répéter les croyances indigènes : c'est surtout la théorie du 
manioc qui a eu la plus grande vogue. On a également voulu faire 
jouer un rôle prépondérant aux excès de toutes sortes, aux priva- 
tions ou aux mauvais traitements, etc. En 1898,sir PatrickManson, 
en examinantdeux maladesdu sommeil traités à Londres, découvrit 
dans leur sang une nouvelle espèce de Filaire qu'il nomma Filaria 
perstans; il émit alors l'hypothèse, appuyée sur quelques faits de 
distribution géographique, que ce parasite était la cause de 
l'affection. 

Pendant plusieurs années, cette hypothèse fit fortune ; on avait 
même signalé dans la Guyane anglaise des cas de maladie du 
sommeil contractés dans un pays où la Filaria perstans estcommune : 
tout s'accordait donc pour rendre plausible l'hypothèse du grand 
savant anglais. 

C'est Van Campenhout qui, le premier, battit en brèche cette 
théorie, en montrant par l'étude d'épidémies locales comme celles 
de Berghe Sainte-Marie, que la Filaria perstans ne pouvait jouer 
aucun rôle dans la maladie. Il fut démontré ensuite que les 
prétendus cas de la Guyane n'étaient autre chose que des cas 
avancés d'uncinariose. Depuis, les recherches de Bettencourt et de 
ses collaborateurs, celles de Ziemann, de Low et les miennes 

Achives de Parasitologie, IX, n° 2, 1904. 14 



210 E. BRUMPT 

sont venues démontrer l'absence complète de relations entre la 
maladie du sommeil et la présence dans le sang de la Filaria pers- 
tans. 

Différents microbes furent découverts successivement par Car- 
valho de Figueiredo, par Cagigal et Lepierre, par Bettencourt et ses 
collaborateurs, par Broden et enfin par Castellani. Vers la nn de 
l'année 1902 et au commencement de 1903, pendant que j'accom- 
plissais la traversée du Congo belge depuis le Nil jusqu'à l'Atlan- 
tique, avec la mission du Bourg de Bozas, je recueillis, surtout au 
point de vue épidémiologique, des documents qui me permirent 
de considérer toutes les hypothèses émises comme insuffisantes. 
Les maladies microbiennes ont en général une allure épidémique 
bien différente de celle présentée par la maladie du sommeil. En 
étudiant la distribution géographique, j'avais également été frappé 
de ce fait que la maladie ne se transmet pas : en dehors de l'Afrique, 
elle n'est donc pas contagieuse. 

En examinant de près ce qui se passe en Afrique, on voit que, 
subitement, la maladie peut apparaître dans un pays et y faire 
de grands ravages. Dans un village donné, elle atteint plus spécia- 
lement les gens que leurs occupations attirent vers le fleuve ou les 
sources : les pêcheurs, les pagayeurs, les esclaves qui vont 
à l'eau, etc. On voit aussi qu'elle est limitée au bord des 
fleuves, des rivières ou des sources ombragées. Un exemple, qui 
m'a été communiqué parles Pères de Skeute, est de« plus typiques: 
A Banamia, près de Coquilhaville, existe une mission de Pères 
trappistes, à environ vingt minutes du Congo. Au bord du fleuve 
vivaient, il y a quelques années, environ 3.000 pêclieurs Lolo ; 
en 1902, on pouvait à peine en compter 300 ; tous les autres avaient 
été décimés par la maladie du sommeil. Tout à côté de la mission 
se trouve un village de cultivateurs ; ces indigènes ne vont que 
rarement au fleuve: fait curieux, la maladie est presque inconnue 
chez eux. Les exemples de ce genre seraient faciles à multiplier. 
A M'Pakou existe une autre mission, installée à une certaine dis- 
tance du fleuve, en plein pays endémique : les enfants de la mission, 
qui proviennent de villages décimés, ne se livrent plus à la pêche, 
mais font de la culture et vont rarement au fleuve ; la maladie 
a presque entièrement disparu. 

De semblables faits nous avaient convaincu delà transmissibililé 



LA MALADIE DU SOMMEIL 211 

certaine de la maladie, dans des conditions particulières qui sem- 
blaient se rencontrer au bord des fleuves. Tous les facteurs dus à 
l'alimentation devaient être supprimés, car les pêcheurs et les cul- 
tivateurs, qui échangent les uns et les autres les produits de leur 
travail, ont un régime à peu près semblable. 

Ces documents étaient profondément fixés dans mon esprit et 
n'auraient peut-être jamais pris de consistance sans la belle décou 
verte de Castellani. Dans une communication lue devant la Royal 
Society de Londres, ce savant annonçait la fréquence, dans le liquide 
céphalo-rachidien et le sang des malades qu'il avait étudiés, d'un 
Protozoaire flagellé appartenant au genre Tnjpanosoma. Son rappel 
en Europe ne lui avait malheureusement pas permis de com- 
pléter ses travaux par des recherches expérimentales. Cette 
découverte du savant italien fut pour moi un trait de lumière : 
le 27 juin 1903, à la Société de Biologie, j'émettais l'hypothèse que 
le Trypanosome de la maladie du sommeil était transmis de l'in- 
dividu malade à l'individu sain par l'intermédiaire d'une Mouche 
Tsé-tsé. Cette hypothèse, basée sur les études précédemment citées, 
expliquait toute l'épidémiologie de la maladie et ses allures bizarres 
dans les foyers endémiques; elleexpliquaitaussi pourquoi les gens 
que leurs occupations attirent au bord des fleuves sont frappés 
tandis que les autres restent indemnes. De plus, elle donnait 
un certain poids à la découverte de Castellani, en montrant 
que le Trypanosome, qui ne pouvait être transmis que dans des 
conditions bien spéciales, devait être certainement l'agent de la 
maladie et non un simple parasite accidentel comme les microbes 
décrits par plusieurs auteurs et par Castellani lui-même. 

Dans le Joitrnal of tropical mediclnc du l'^r juillet 1903, Samboii 
publiait une hypothèse semblable à la mienne, mais basée sur 
des considérations purement théoriques. 

Sans entrer dans le détail des expériences qui ont été faites, 
nous pouvons dire qu'à l'heure actuelle, à la suite des travaux de 
la mission anglaise de l'Ouganda et de la mission dont nous avons 
été chargé au Congo français, ainsi que des recherches de labora- 
toire qui les ont suivies, que le Trypanosome découvert par 
Castellani est bien l'agent causal de l'affection et, d'autre part, que 
ce Trypanosome est identique à celui qui a été découvert par 
Fordes et décrit par Dutton dans la trypanosomose fébrile de 



212 E. BRUMPT 

Gambie, parasite retrouvé la même année par Manson, Brumpt, 
Broden cliez des Européens ayant contracté cette maladie au 
Congo. Ces faits sont très importants, car ils montrent l'identité 
de la maladie du sommeil et de la trypanosomose fébrile, qui n'en 
est que la phase initiale. 

Transmission du parasite. — Des expériences ont été faites par 
Dutton avec deux espèces de Stomoxys de Gambie et par Bruce 
et Nabarro avec la Glossina palpaUs de l'Ouganda. 

Expériences de Dutton. Exp. 5i. — Des Stomoxes appartenant à deux 
espèces sont capturés, pendant huit jours, sur deux Chevaux infectés 
l'un avec le Trijpanosoma dimorplion Dutton et ïodd, l'autre avec le 
Trypanosoma gambiense Dutton ; pendant huit jours, les mêmes 
Mouches se nourrissent sur un jeune Bat non infecté; cet animal 
n'a jamais présenté de ïrypanosomes dans le sang. 

Exp. 50. — Du 18 au 26 mars, des Stomoxes sont récoltés et 
nourris journellement sur un Cheval inoculé avec Trypanosoma 
gambiense; à partir du 25 mars, ces Mouches sont nourries alterna- 
tivement toutes les 24 heures sur un Bat neuf et sur le Cheval 
infecté. Le Bat n'a jamais été infecté. 

Exp. 56. — Des Stomoxes, récoltés sur les deux Chevaux de 
l'expérience 51, sont nourris sur un Bat très infecté avec Trypano- 
soma dimorplion ; deux fois ces Mouches piquèrent un Bat blanc 
neuf qui ne s'infecta pas. 

Expériences de Bruce et Nabarro. — Ces expérimentateurs ont 
étudié dans l'Ouganda le rôle joué par la Glossina palpalis dans la 
transmission du Trypanosoma gambiense, agent de la maladie du 
sommeil. Les expériences qu'ils ontfaites, bien que conduites dune 
façon peu scientifique, sont néanmoins très intéressantes. 

Pour démontrer d'abord la transmission du parasite de l'indi- 
vidu malade à l'individu sain, ils instituent diverses expériences : 

Exp. H4. — Des Glossina palpalis, prises au hasard aux environs 
d'Entebbe, au nombre de plusieurs centaines, piquent un individu 
atteint de maladie du sommeil et, huit heures après, un Cercopi- 
thèque. Ces expériences durent du 20 mai au 23 juillet. Les Trypa- 
nosomes se montrent dans le sang le 64*" jour. 

Exp. a 5. — Un autre Cercopitlièque traité de la même façon 
contracte des ïrypanosomes le 64» jour également. 

Exp. 99. — Un Cercopithèque est piqué du 15 mai au 23 juillet 



LA MALADIE DU SOMMEIL 213 

par plusieurs centaines de Mouclies ayant piqué 24 heures avant 
un malade; les ïrypanosomes se montrent dans le sang le 
69'^ jour. 

Exp. 97. — Un Cercopithèque est traité comme le précédent : il 
contracte la maladie le 4o" jour. 

Exp. iiô. — Du 20 mai au 23 juillet, un Cercopillirque est piqué 
par un grand nombre de Mouches ayant piqué 48 heures avant un 
malade du sommeil. L'animal s'infecte le 64'= jour. 

Ces expériences seraient du plus haut intérêt, s'il avait été 
démontré, à l'aide d'animaux témoins, que les Mouches en question 
avaient été débarrassées des Trypanosomes quelles pouvaient avoir 
puisés au dehors. Les expériences suivantes, empruntées au 
mémoire de Bruce, montrent en efïet que les Glossines de lOu- 
ganda donnent la maladie, même quand on leur fait piquer direc- 
tement des Singes. Dans ces conditions, l'infection est même 
beaucoup plus rapide. 

Le premier Cercopithèque piqué a eu des parasites le i4« jour, 
le second le 29" jour et le troisième le 23'= jour. 

Bruce et Nabarro déclarent d'ailleurs que leurs animaux avaient 
des Trypanosomes dans le sang, mais, jusqu'à présent, la détermi- 
nation des parasites inoculés par les Mouches n'a pas encore été 
faite, ce qui aurait été indispensable en pareille matière, car 
d'autres espèces de ïrypanosomes, parasites des animaux, existent 
dans les mêmes régions. 

Malgré les expériences précédemment citées, la démonstration 
rigoureusement scientifique reste encore à faire. Néanmoins, étant 
donné d'une part l'abondance des Trypanosomes dans le sang des 
indigènes de l'Ouganda, dans les points endémiques, et, d'autre 
part, la rareté des trypanosomoses animales, il y a 99 chances 
sur 100 pour que le parasite inoculé par la Glossina palpaUs de 
l'Ouganda soit celui de la maladie du sommeil. 

Par elle-même, cette Mouche est tout à fait inoiïensive, quand il n'y 
a pas d'individus ou d'animaux malades dans la région : ainsi, dans 
le pays de Dimé, au sud de l'Abyssinie, nous avons pu faire piquer 
une Chienne par plusieurs centaines de ces Insectes, sans que cet 
animal présentât jamais de Trypanosomes dans le sang. Semblable 
expérience a été faite sur le Bat avec des Mouches récoltées en 
Gambie par Dutton. 



214 



E. BRUMPT 




Au point de vue pratique, on peut considérer les expériences de 
Bruce et Nabarro comme suffisamment démonstratives. 

Nous venons de voir que le 
rôle pathogène de la Glossina pal- 
palis (fig. 1 ) est un fait acquis ; un 
fait très intéressant au point de 
vue colonial reste à démontrer : 
est-elle la seule Tsé-tsé patho- 
gène pour l'Homme? A prioïi, 
il est impossible de se pronon- 
cer; néanmoins, des documents 
que j'ai reçus récemment du 
Père Le Mintier de la Motte 
Basse, supérieur des Pères du 
Saint-Esprit à Mayoumba, me 
permettent de croire que la Glos- 
sina /"itsca Walker, jouepeut-être 
aussi un rôle actif dans la trans- 
mission de la maladie du som- 
meil. AMayoumba, cettemaladie 
est endémique chez les indi- 
gènes; depuis quelques années, elle semblemêmefairedes progrès; 
or, sur un grand nombre de Mouches piqueuses récoltées dans le 
pays, j'ai rencontré 13 exemplaires de Tsé-tsés appartenant exclu- 
sivement à l'espèce précédemment citée. En langue fiote, ces 
Mouches se nomment Zizi, nom qu'il est intéressant de rapprocher 
du mot Tsé-tsé ou Tétzé de l'Afrique australe : ils sont l'un et 
l'autre une onomatopée imitant le bruit très caractéristique que 
font ces Insectes en volant. 

Comment agissent les Glossines? Les expériences faites avec ces 
Mouches ne sont pas nombreuses jusqu'à présent. Les premières 
études ont été faites par Bruce dans le Zululand avec Glossina 
morsitans, et peut-être aussi avec Glossina pallidipes, qui a une' 
distribution géographique identique et qu'Austen a récemment 
différenciée de la première. Dans lepays somali, les expériences que 
j'avais commencées avec la Glossina longipennis Corti (fig. 2) n'ont 
pu aboutir, par suite de la rareté du matériel. Enfin, Dutton a 
expérimenté en Gambie avec la Glossina palpalis, pour voir si cette 



Fig. 1. — Glossina palpalis venant 
d'éclore; à droite, les débris de sa 
pupe. X 4. 



LA MALADIE DU SOMMEIL 



21o 



Moiiclie jouait un rôle dans la transmission du Trypartosoma 
dimorphon. Je cite, pour mémoire seulement, les expériences 
signalées ci-dessus, de Bruce et 
de Nabarro, dans lOuganda. 

Deux hypothèses sont en pré- 
sence pour expliquer la transmis- 
sion des Trypanosomes par les 
Glossines : ou ces Insectes agissent 
d'une façon purement mécanique, 
ou bien, au contraire, ils sont des 
hôtes intermédiaires permettant 
une évolution spéciale du parasite 
et jouant vis-à-vis des Trypano 
somes le rôle des Anophèles pour 
les parasites du paludisme. On 
peut encore admettre une théorie 
mixte : la ïsé-tsé agirait mécaiii 
quement pendant les premiers 
jours et aurait un rôle plus com- 
plexe, comme hôte intermédiaire, 
après plusieurs jours on semaines pjg ^ _ Glossinalongipennis. x 4. 
d'incubation. Avant d'essayer de 

conclure d'une façon quelconque, nous allons donner un résumé 
de ce qui a été fait à ce sujet. 

Les expériences de Bruce sur le nagana sont en faveur du 
rôle mécanique joué par l'Insecte. Dans la trompe même de 
la Mouche, on rencontre des Trypanosomes bien vivants 24 et 
encore 46 heures après la succion; après 118 heures, ces 
parasites sont encore très actifs dans l'estomac. Si l'on fait 
jeûner pendant quelques jours des Glossines venant d'une 
zone infectée, elles deviennent incapables de transmettre la 
maladie, alors que des Mouches pouvant piquer des animaux 
sains immédiatement après leur capture la donnent certaine- 
ment. 

Nos observations sur la Glossina longipennis du pays somali, 
dans l'estomac de laquelle nous avons trouvé des parasites vivants, 
trente six heures après la succion, et la structure spéciale du 
pharynx de cet Insecte nous avaient amené à croire, un peu 




216 E. BRUMPT 

a prion peut être, au rôle mécanique de la Mouche Aïno des So- 
malis (1). 

Pour appuyer cette manière de voir, je signalerai encoreles expé- 
riences de Bruce et Nabarro sur la maladie du sommeil. Si l'on 
admet que les Mouches, capturées au hasard, avaient desTrypano- 
somes en réserve dans leur trompe ou dans leur pharynx, on 
comprend comment celles qui les ont inoculés de suite aux animaux 
en expérience ont pu les contaminer très vite, du 146 au 29° jour, 
et comment au contraire, celles qui les avaient inoculés d'abord à 
un malade du sommeil (2) ont agi moins rapidement; comme on l'a 
vu précédemment, la maladie s'est déclarée le 45° jour dans un cas 
et du 65° au 69° dans les 4 autres. 

Une expérience de Dutton est venue jeter quelque trouble 
dans la conception si simple que l'on se faisait de la transmission 
des Trypanosomes. Pendant 18 jours, il fait piquer alternativement 
par des Glossina palpalis un Rat infecté avec du Trypanosoma dimor- 
phon et un Rat sain. Ce dernier ne 's'est jamais contaminé. 

Il est difficile de conclure sur une seule expérience : le Rat pou- 
vait être réfractaire à la maladie, bien que ce fait n'ait pas encore 
été constaté. Dutton pense que dans ses expériences, faites pendant 
la saison sèche, la virulence du parasite avait pu être atténuée dans 
le corps des Mouches. Il signale à ce sujetl'observation de M. Hewby, 
ex-résident en Nigeria, qui signale sur la Rénoué, à Ibi, des localités 
où les Chevaux contractent la maladie à coup sûr pendant la 
saison humide, alors qu'ils les traversent impunément pen- 
dant la saison sèche, bien que les Mouches soient aussi abondantes. 
Cette observation est à rapprocher de celle de beaucoup d'indi- 
gènes de la côte occidentale et même de l'Afrique centrale, qui ne 
craignent pas d'envoyer leurs animaux dans les régions à Mouches 
pendant la saison sèche. Le D^ Decorse, de la mission Chevalier, 
m'a signalé un exemple de ce fait chez les indigènes du Chari. 

Si cette observation était scientifiquement bien démontrée, elle 
ne serait vraie, en tous cas, que pour certaines espèces de Glossiues. 
Je ferai remarquer, en effet, que dans le pays somali la mission du 
Rourg de Rozas a perdu près de cent Chameaux d'une trypanoso- 

(1) E. Brumpt, Notes et observations sur les maladies parasitaires (2' série), 
Archives de Farasitologie, V, p. 149, 1902. 

(2) Expériences 114, 115, 99, 97, 116. 



LA MALADIE DU SOMMEIL 217 

mose contractée en pleine saison sèche, dans un pays torride et 
malgré le nombre très restreint des Mouches. 

Telles sont les expériences qui ont été faites jusqu'ici sur les 
Glossines; comme il est facile de le voir, il reste encore beaucoup 
à faire dans cette voie. Toutes les espèces de Trypanosomes sont- 
elles aussi résistantes à l'action des sucs digestifs des Glossines ou 
certaines d'entre elles sont-elles seulement respectées dans l'estomac 
de l'espèce qui doit assurer leur dissémination? D'autre part, les 
Glossines ont-elles un rôle mécanique ou au contraire permettent- 
elles au Trypanosome d'accomplir un cycle évolutif quelconque, cy- 
cle encore inconnu, mais dont les travaux récents de Schaudinn sur 
les HalteîHdium des Oiseaux semblent nous faire pressentir l'exis- 
tence. Quelque soit le mécanisme par lequel les Glossines agissent, 
un fait bien certainc'estqu'elles inoculent plusieurs espèces de try- 
panosomoses à l'Homme et aux animaux; il faut donc leur faire la 
guerre dans la mesure du possible. Quelques notions sur l'histoire 
naturelle de ces Insectes ne seront pas inutiles ici. 

Les Mouches Tsé-tsé sont réparties actuellement en huit espèces. 
Toutes sont caractérisées par leur corps allongé, leur tête pourvue 
de deux longs palpes maxillaires ayant l'aspect d'une languette, en- 
gainant complètement la trompe, et leurs ailes repliées sur le dos 
dans un plan horizontal, comme les lames d'une paire de ciseaux. 
Toutes les Glossines se nourrissent de sang, les mâles comme les fe- 
melles. Certaines espèces, commela Glossinapalpalis et la Glossina ta- 
chinoïdes West, sont strictement distribuées le long des cours d'eau 
boisés ou des sources ombragées ; d'autres, telles que les G/ossma 
morsitans, G. fusca, G. longipennis, aiment également les steppes et les 
savanes. Il est même certain que certaines espèces, comme la.GLmor 
sitansetla Gl. longipemiis, émigrent à la suite des troupeaux sauvages. 

Quand une Glossine {G. morsitans, G. palpalis) est fécondée et 
qu'elle s'est gorgée de sang, on voit se développer en quelques 
jours, dans son abdomen, une larve blanche, mobile, qui ne tarde 
pas à le remplir complètement. Cette larve est évacuée et, si elle se 
trouve sur un substratum sec, elle se transforme rapidement en 
pupe. Si on la met sur du fumier, elle peut y vivre plusieurs jours 
en se déplaçant assez activement, mais ne semble pas s'en nourrir ; 
quand l'atmosphère se dessèche, elle se transforme en pupe. Le 
développement de la Glossina morsitans a été étudié par Bruce, 



218 E. BRUMPT 

celui de la Glossina palpalis par moi; au lac Rodolphe et au Congo. 
L'Insecte parfait éclôt en six semaines dans les deux espèces. 

Un semblable mode de développement rend la destruction de ces 
Insectes en quelque sorte impossible. Les elïorts de l'Homme ne 
pourront réussir qu'à les éloigner ou à restreindre leur nombre, en 
modifiant les localités de façon à les rendre inhabitables pour les 
Mouches. Les espèces telles que la 67. palpaUs et la GL tachindides, 
qui aiment les endroits ombragés, seront éloignées par le débrous- 
saillement.Pour les autres espèces, la destruction générale ou par- 
tielle du gibier sauvage, hôte habituel desïrypanosomes pathogènes 
et nourriture des Mouches, sera le seul moyen à employer. 

La Glossina palpalis a une distribution géographique très éten- 
due. Tous les indigènes du Congo la connaissent très bien. Pour 
savoir si elle se rencontrait dans leur pays, je leur montrais des 
échantillons de GL palpalis et de Gl. longipennis : ils me dési- 
gnaient toujours sans hésitation la première. Quelle que soit la 
valeur exacte de cette détermination, elle permet de croire néan- 
moins que cette espèce occupe tout le bassin du Congo. 

Un fait intéressant consiste dans l'existence de cette Mouche 
aux sources même du Congo, dans le Katanga; nous l'avons 
signalée d'autre part sur le Haut Quelle, une des sources de 
rOubangui. Le ProfesseurGedoelst, de Bruxelles, a bien voulu nous 
confier deux collections de Glossines provenant du Katanga. Une 
de ces collections appartenait à l'État indépendant du Congo et 
avait été récoltée aux environs de Lukaf u : elle contenait 28 exem- 
plaires de Glossina morsitans (15 cf et 13 ?). La seconde collection 
avait été recueillie sur la rivière Lufonzo et appartenait au Profes- 
seur Gedoelst: elle contenait 14 exemplaires de Glossina morsitans 
(8 a^ et 6 Ç) et 3 exemplaires de Glossina palpalis (2 o^ et 1 9). Il 
est donc bien probable, même sans tenir compte des renseigne- 
ments qui nous ont été fournis par les Européens et les indigènes, 
que la Gl. palpalis, qui vit le long des rivières et qui se rencontre 
aux sources du Congo et sur tout son cours inférieur, doit se 
rencontrer dans les points intermédiaires. 

Au cours de la mission du Bourg de Bozas, j'ai rencontré les pre- 
mières Glossina palpalis sur le fleuve Omo à Ouacca Diguillo (pays 
de Malo) ; au dire des indigènes, on les trouverait aussi sur ce fleuve 
en remontant son cours ; il peut se faire que, par cette voie, elles 



LA MALADIE DU SOMMEIL 219 

remontent assez haul eu Abyssinie. Ces Mouches sont très communes 
dans le pays deDimé etsurle cours inférieur du fleuveOmojusqu'au 
lac Rodolphe. Elles existent également sur les bords du Nil à Dou- 
filé. Depuis ce point jusqu'à Dongou sur l'Ouellé, elles se rencon- 
trent uniquement au bord de quelques ruisseauxorabragés.DeDon 
gou à Brazzaville, elles se trouvent partout surles fleuves, sauf dans 
la grande forêt desAbabouas, où nous n'en n'avons pas trouvé une 
seule. On les rencontre enfin, par places, tout le long du chemin de 
fer de Matadi à Léopoldville; elles manquent à Matadi,mais seren 
contrent à la M' Pozo, à quelques kilomètres de cette ville. D'après 
nos recherches et les renseignements indigènes, elles n'existeraient 
pas à Boma ni à la pointe de Banane. 

Au cours de la mission pour l'étude de la maladie du sommeil, 
j'en ai récolté un assez grand nombre dans des localités nouvelles: 
Brazzaville et Grand-Bassam. A la suite de l'enquête et des 
demandes que j'ai adressées en différentes localités de la côte 
occidentale d'Afrique, Mgr. Le Roy, évêque d'Aiaind, a eu 
l'amabilité de me remettre des tubes contenant des Glossina pal- 
palis récoltées les unes à Sainte-Marie de Bathurst par le Père 
Wieder, les autres aux environs de Libreville, sur la rivière 
Monda, par le R. P. Klaine, bien connu des naturalistes par les 
importantes collections botaniques qu'il a faites au Gabon. 

Par cet aperçu nécessairement très incomplet, on voit combien 
est g-rande la distribution de cette espèce : c'est dire que la maladie 
du sommeil a encore un vaste champ à envahir, si l'on ne prend 
pas dès maintenant des mesures énergiques pour arrêter sa pro- 
pagation. 

Prophylaxie. — Je passe sous silence le traitement, qui a tou- 
jours été négatif dans la maladie spontanée et qui, dans les infec- 
tions expérimentales chez les animaux, a donné àLaveranetMesnil, 
à Wurtz et à moi-même, des résultats temporaires qui n'auront 
aucune application pratique. D'ailleurs, quand le diagnostic est 
fait, la maladie est trop avancée pour que l'on puisse faire rétro- 
céder des lésions cérébrales aussi graves que celles que l'on constate 
à l'examen histologique. Mais, en supposant même que l'on trouve 
un traitement préventif aussi facile à suivre que la médication 
quiniquepourlepaludisme, comment l'appliquera des milliers d'in- 
digènes négligents, qui, par superstition ou fatalisme, se laissent 



220 E. BRUMPT 

décimer jusqu'au dernier dans leur village, sans avoir l'initiative 
d'aller se fixer ailleurs? De plus, le diagnostic delà maladie, à la 
période de fièvre à Trypanosomes, demanderait des recherches dé- 
licates qui ne pourraient jamais être faites d'une façon continue. 

Ce qu'il faut, c'est arrêter l'essor sans cesse grandissant de 
la maladie; il faut lempêcher de se propager et l'enrayer dans 
les points où elle exerce ses ravages. Ce sont les connaissances 
relatives à l'histoire naturelle et à la distribution géographique des 
Glossines qui vont nous donner la solution du problème. 

Pour empêcher la maladie de se propager, il faut d'abord 
empêcher les exodes de population des centres infectés vers les 
centres sains, ce qu'obligent malheureusement à faire les expédi- 
tions militaires ou les exploitations agricoles et industrielles. Les 
Sénégalais et les Loangos, qui sont des serviteurs de premier 
ordre, ont certainement contribué pour beaucoup à la dissémina- 
tion de la maladie du sommeil, aussi bien que de la syphilis, dans 
le centre de l'Afrique. Ce sont les Loangos qui ont introduit 
l'hypnose tout récemment sur l'Ogoué, à Boue et à Njolé, où elle 
commence à faire des victimes. Ce sont les soldats belges du Bas 
Congo, recrutés comme soldats au début de la pacification du grand 
Étatafricain,quiontdûla répandre dans le Kassaï etles régions du 
moyen Congo. Une serait que trop facile de multiplier les exem- 
ples. 

D'autre part, il ne faudra pas introduire dans les zones infectées 
des gens provenant de régions saines. Par exemple, éviter d'envoyer 
des Yakomas, ou d'autres indigènes du Haut Oubangui, à Loango, 
dans le Mayombe, etc., où ils peuvent se contaminer. En retournant 
chez eux au moment de leur libération, ils pourront y introduire la 
maladie, qui s'acclimatera puisque les conditions de sa trans- 
mission y existent. 

On devrait faire des échanges de soldats ou de travail- 
leurs uniquement entre régions saines ou uniquement entre 
régions contaminées. Il serait facile, par exemple, d'envoyer 
comme soldats au Tchad des Yakomas et d'envoyer chez eux des 
Baguirmiens ou des Bornouans, pour éviter d'introduire un jour 
ou l'autre la maladie du sommeil dans les régions florissantes et 
peuplées du haut Oubangui. Pour le Congo belge, les mêmes préceptes 
sont valables. En mettant en application des mesures aussi simples, 



LA MALADIE DU SOMMEIL 221 

les gouvernements intéressés constateront un arrêt de la maladie, 
au lieu devoir tous les ans le champ de ses ravages augmenter. 

Mais si ces mesures permettent d'arrêter l'expansion du fléau, 
il faut également essayer de l'atteindre dans les régions où il sévit 
en maître. Ici, le travail devient plus dilïicile et demandera, pour 
donner des résultats bien évidents, une connaissance approfondie 
du pays et des mœurs des indigènes. 

Il faudra étudier la distribution géographique exacte des Glos 
sines pathogènes dans un pays déterminé. On sait, en effet, que ces 
Mouches se rencontrent par zones et manquent en beaucoup 
d'endroits. Quand des localités indemnes seront trouvées, on 
devra y faire établir des villages, en ayant soin de faire couper les 
arbres dans les environs des sources où vont s'approvisionner les 
indigènes. Ces mesures, faciles à mettre en pratique chez les 
indigènes cultivateurs, seraient plus difficiles à appliquer chez les 
peuples pêcheurs, qui passent plusieurs mois par an dans des 
huttes de branchage, au bord du fleuve ou sur les rapides où 
abondent les Poissons. Il faudrait agir sur eux en les instruisant 
des dangers auxquels les expose la pêche. Aux environs de 
Brazzaville, il serait facile de les convaincre, car, dans beaucoup de 
villages situés dans des localités indemnes de Mouches, celui de 
N'Douna par exemple , seuls sont atteints les gens qui vont 
préparer au fleuve la provision de Poisson sec. Ce nest pas 
en quelques jours qu'on fera abandonner à ces sauvages le 
régime alimentaire qu'ils suivent depuis des siècles, car la satis- 
faction immédiate d'instincts impérieux comme ceux de l'ali- 
mentation acquièrent chez les Noirs une intensité qui leur fait 
bien souvent braver la mort. Il serait cependant possible peu 
à peu de changer leur mode d'existence, en leur facilitant l'éle- 
vage de certains animaux, du Porc parexemple, qu'ils élèvent déjà 
sur une petite échelle, ou en leur procurant à bon marché du 
Poisson sec préparé à la côte, où l'onpourraitinstaller des pêcheries. 

Nous avons suffisamment pratiqué la vie africaine et côtoyé l'in- 
souciance des Noirs et même celle que les Européens acquièrent fa- 
talement dans les colonies, pour savoir que ces principes ne seront 
pas mis en pratique du jour au lendemain. Néanmoins, les décou- 
vertes récentes nous donnent les moyens pratiques de combattre 
le fléau. Les gouvernements ont le devoir de protéger les Européens, 



222 E. BRUMPT 

qui sont très sensibles à la maladie, et de protéger également les 
Noirs, que leur ignorance rend encore plus accessibles. Comme les 
peuples civilisés ont inconsciemment, par la pacification ou par 
l'extension du commerce, semé la maladie, c'est également à eux 
que revient la charge et l'honneur de l'enrayer définitivement. 

Nous terminerons ce rapport en émettant les vœux suivants : 

1° Que des missions soient organisées pour étudier l'action 
pathogène des diverses Mouches Tsé-tsés. S'il est démontré que les 
(îlossines de l'Afrique orientale et australe ne sont pas pathogènes, 
il ne sera nullement nécessaire d'empêcher les relations de ces 
contrées avec les zones infectées. 

2° Conseiller aux gouvernements anglais, belge, français et 
portugais de renoncer au recrutement de tirailleurs, de porteurs 
ou de serviteurs dans les régions infectées et épater de faire servir, 
dans ces mêmes régions, des indigènes venant de pays sains 
qui pourront introduire la maladie en retournant dans leurs foyers. 

3° Que ces mêmes gouvernements prennent des mesures pour 
faire enseigner aux indigènes les dangers qu'ils encourent en s'ex- 
posant aux piqûres des Mouches Tsé-tsés, et la nécessité pour eux 
d'établirdes villages dans les points où elles n'existentpas. Comme 
il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de compter sur l'i- 
nitiative des indigènes, spécialement de ceux du Congo, pour l'ap- 
plication de ces simples principes, il est préférable de faire déter- 
miner par des médecins ou des entomologistes, dans une région 
que l'on désire assainir, les localités propres à la culture et indemnes 
de Glossines reconnues dangereuses, où les gouverneurs de colo- 
nies obligeraient ensuite les chefs des villages atteints à venir s'ins- 
taller pour créer de nouveaux villages. Des mesures aussi simples 
que peu coûteuses arrêteraient bien vite les épidémies; elles n'au- 
raient malheureusement qu'une efficacité très faible pour les pê- 
cheurs que leur métier expose constamment à la contagion. 



Dans sa monographie des Mouches Tsé-Tsés, E. E. Austen (1) 
décrivait sept espèces de Glossines. L'une d'elles, bien connue par 
l'importance qu'elle a acquise en pathologie humaine, la Glosdna 

(1) E. E. Austen, .1 nwnngraph nf tho TîH'tsp-fliefi. London, 1903. 



LA MALADIE DU SOMMEIL 223 

palpalis, présentait une variété, qu'il désigna sous le nom de var. 
Tachinoides Westw., à cause de sa ressemblance avec la Glossina 
tachinoides, de Westwood (1). Il en donne la diagnose suivante, 
d'après deux femelles récoltées en Gambie par Dutton : 

« Pattes entièrement jaunes, à l'exception du tarse des pattes 
postérieures et des deux articles terminaux des tarses des paires de 
pattes moyenne et antérieure; bande médiane et autres marques 
claires des anneaux de l'abdomen très visibles.» 

A part ces modifications de couleur, cette Mouche ne se distingue 
pas de la G. palpalis. Austen ajoute : 

(( Cette variété cependant montre clairement les rapports qui exis- 
tent entre la G. palpalis à abdomen uniformément brun noir, 
relevé seulement d'une pâle bande médiane et de triangles laté- 
raux plus ou moins nets, et la G. morsitans ou la G. longipennis, cd.r 
l'abdomen de la variété tachinoides, tel qu'il est représenté par les 
deux exemplaires femelles dont il est parlé, peut êtredécritcomme 
jaune brun avec des bandes noires transverses interrompues. » 

Au sujet de la synonymie, Austen dit encore: 

(( L'exemplaire type de la Glossina tachinoides Westwood est un 
simple fragment, mais heureusement il en reste sufïisamment pour 
établir son identité et montrer qu'elle ne peut pas être considérée 
comme autre chose qu'une simple variété de la G. palpalis. » 

Pendant mes voyages au Congo, j'ai eu l'occasion de récolter un 
grand nombre de (/. palpalis. Ces Mouches sont en général de couleur 
foncée, certains exemplaires sont même absolument noirs ; par 
contre, certains autres de couleur claire correspondent bien à la 
variété décrite par Austen. 

Au mois d'avril dernier, ayant en mains la collection du Muséum 
d'histoire naturelle, je décrivais une huitième espèce (2) sous le 
nom de G. Dccorsei, d'après des exemplaires recueillis au Cliari 
par le D^' Decorse au cours de la mission Chevalier. Cette espèce 
était facile à caractériser, en dehors de ses ornements et de sa 
couleur claire, par sa taille exiguë et la gracilité de son corps. 

Ayant appris qu'iVusten, qui avait reçu de MM. Laveran etMesnil 
des exemplaires provenant également du Chari, considérait mon 



(1) Westwood, Proceding?. of the soological Society of Londort, XVIJI, 1830. 

(2) E. Brumpï, Comptes rendus de la Société de biologie, LVI, 1904. 



224 E. BRUMPT 

espèce comme rentrant dans sa variété tachinoïdes, je lui envoyai 
quelques échantillons types décrits par moi, en lui demandant 
si mes exemplaires étaient identiques au type de la Glossina taclii- 
noïdes de Westwood, auquel cas j'étais tout prêt à rétablir l'espèce 
de Westwood, ou bien s'ils étaient simplement identiques à sa 
variété tacliindides décrite d'après les exemplaires de Gambie, 
auquel cas je me permettrais d'élever sa variété au rang d'espèce 
et de lui conserver le mon de Decorsei. 

Austen a eu l'obligeance d'étudier mes spécimens et actuellement 
nous sommes tombés d'accord. Mes Mouches sont identiques à la 
G.tachinoïdes de Westwood; mon espèce tombe donc en synonymie. 
Quant aux exemplaires récoltés en Gambie, ils restent toujours 
dans l'espèce palpalis et constituent une variété innomée. 

Si le nom de notre ami le D^' Decorse n'est plus associé àcettein- 
téressante espèce de Glossine, je lui suis tout spécialement recon- 
naissant de m'avoir permis de définir bien nettement une huitième 
espèce de Tsé-tsé, qui semble pathogène pour les bestiaux et qui 
permettra aux naturalistes d'étendre le champ de leurs études dans 
la passionnante question de l'évolution des Trypanosomes. 

Les travaux que nous poursuivons sur l'évolution des Flagellés 
des Poissons chez les Sangsues marines et d'eau douce nous 
permettent d'atfirmer que ces Vers hébergent très longtemps dans 
leur tube digestif les Trypanosomes et ïrypanoplasmes des 
Poissons qui subissent des modifications morphologiquesidentiques 
àcelles que subissent les Trijpanosoma Lewisi en culture; il est bien 
certain que les cultures de Trypanosomes représentent l'état 
sous lequel se trouvent ces parasites dans leur hôte intennédiaire 
à sang froid : c'est pour cela que les cultures réussissent mieux 
et se conservent mieux à froid qu'à chaud. J'étais autrefois partisan 
du rôle purement mécanique joué par les Glossines; actuellement 
je suis bien convaincu qu'elles sont des hôtes intermédiaires 
indispensables et qu'elles conservent longtemps dans leur tube 
digestif des cultures de Trypanosomes qui sont ensuite inoculés 
mécaniquement par leur émigration active dans la trompe de la 
Mouche, comme cela se passe dans la trompe des Hirudinées. 



NOTES SUR LES IXODIDÉS. - III 

PAR 

L. G. NEUMANN 

Professeur à l'École vétérinaire de Toulouse. 

I. — Espèces nouvelles. 
1. Rhipicephalus longicoxatus n. sp. 

Mâle. — Corps presque aussi large en avant qu'en arrière, long 
de 4™m,5 (rostre non compris), plus large (3™"') vers le milieu 
de la longueur. Écusson peu convexe, brillant, brun rougeâtre, 
couvrant toute la face dorsale; sillons cervicaux profonds et courts; 
pas de sillons marginaux; festons courts, à séparations très super- 
ficielles; ponctuations grandes, distantes, en alignements irrégu- 
liers sur les côtés, entremêlés de très nombreuses ponctuations très 
fines, presque obsolètes; yeux plats, jaunâtres, grands, non tout à 
fait marginaux, sur la face dorsale et à une distance relativement 
grande de l'extrémité antérieure. Face ventrale ia.m\e rougeâtre, à 
poils longs et abondants ; anus au niveau du tiers antérieur des 
écussons adanaux; ceux-ci fortement ponctués, triangulaires, à 
bord interne un peu concave, l'externe subrectiligne, le postérieur 
convexe et égal au moins à la moitié de la longueur de l'externe ; 
écussons externes courts, à peine chitineux; pas de. prolongement 
caudal. Péritrèmes subovales, avec un prolongement dorsal étroit 
sur le tiers postérieur du bord externe. — Rostre à base dorsale 
plus large que longue, ponctuée en arrière, les angles latéraux très 
saillants et vers le tiers antérieur de sa longueur, les postérieurs 
larges et peu saillants. Hypostome large, non spatule, à 6 files de 
9-11 dents fortes. Palpes un peu plus longs que larges, plats à la 
face dorsale, à bords parallèles, ne dépassant pas Thypostome, 
sans saillie latérale. — Pattes fortes, épaisses, à articles faiblement 
ponctués. Hanches I à deux épines très longues, séparées presque 
jusqu'à l'angle antérieur, qui est visible à la face dorsale, l'épine 
externe triangulaire, l'interne plate, subrectangulaire; deux dents 
larges, plates au bord postérieur des autres hanches. Tarses relati- 
vement longs, à forts éperons terminaux. 

Femelle. — Corps long de 12'"™, large de S'^^™, brun rougeâtre. 

Archiref' de Parcmt.nlogie, IX, n" 2, 1904. 13 



226 L- G. NEUMANN 

Ècusson un peu plus long (2mm, 6) que large (2™™), les côtés un peu 
sinueux dans le tiers postérieur ; yeux semblables à ceux du d^, vers 
le milieu de la longueur de l'écusson ; sillons cervicaux profonds à 
leur origine, larges et superficiels ensuite, dépassant à peine la 
ligne des yeux ; pas de sillons latéraux ; ponctuations comme chez 
le d^. Faces dorsale etventrale presque glabres, à ponctuations fines et 
distantes; pore génital étroit; péritrèmes semblables à ceux du o^. 
Rostre à base dorsale deux fois aussi large que longue; aires po- 
reuses profondes, ovales, écartées du double de leur longueur. 
Palpes et hypostome un peu plus longs que chez le cf , d'ailleurs 
semblables. Pattes plus longues et plus grêles, avec les mêmes 
particularités. 

D'après 1 d^ et 2 ? recueillis par Schillings dans l'Afrique 
orientale allemande (Musée de Berlin). 

2. Amblyomma Argentinae n. sp. 

Mâle. — Corps court, large, à côtés arrondis, longde4'«™,5 (rostre 
non compris), large de 3mm,7 à 4mm vers le tiers postérieur. 
Ècusson convexe, rouge jaunâtre, taché de brun rougeâtre (parfois 
peu apparent) au niveau des sillons cervicaux, des ponctuations, à 
la limite postérieure d'un ècusson de femelle et sur des lignes 
rayonnantes postérieures; sillons cervicaux profonds, courts, 
courbes avec concavité interne; pas de sillons latéraux; festons 
nets, plus longs que larges; ponctuations abondantes, profondes, 
subégales (ou mélangées de très fines), distantes, manquant autour 
de la ligne médiane, parfois même localisées à la périphérie; yeux 
plats, moyens. Face ventrale jaune ou rougeâtre, à ponctuations et 
poils peu nombreux; festons nets, courts; péritrèmes grands, 
longs, étroits. — Rostre à base dorsale rectangulaire, plus large 
que longue, les angles postérieurs à peine saillants. Hypostome 
spatule, à 6 files de dents sur son tiers antérieur. 2^ article 
des palpes deux fois au moins aussi long que le 3^; celui ci élargi 
à son bord dorsal. — Pattes fortes. Hanches I à deux épines 
plates, très courtes, subégales, écartées; aux autres hanches, deux 
épines semblables, un peu plus petites, l'externe plus longue, sur- 
tout aux hanches IV. Tarses courts, atténués brusquement et presque 
en escalier à leur extrémité, terminés par deux éperons consécutifs; 
caroncule très courte. 



NOTES SUR LES IXODIDES 227 

Femelle. — Corps ovale, de même forme (à jeun) que chez le o^ ; 
peu renflé, long de IS"^"^ (rostre non compris), large de 9™™, 5 
(? repue). Écusson cordiforme, à bords latéraux postérieurs peu 
convexes, angle postérieur étroit, plus large (3"^™) que long (2mm,5) ; 
coloration et ponctuations comme chez leo^; yeux en arrière du tiers 
antérieur de la longueur; sillons cervicaux profonds, un peu plus 
longs que chez le cf ; pas de sillons latéraux. — Rostre long (l'"™, 5); 
base plus large que longue; aires poreuses moyennes, ovales, 
divergentes en avant, à écartement égal à leur grand diamètre. 
Hypostome et palpes comme chez le cf. — Pattes comme 
chez le cf. 

Nymphe. — Ovale, renflée à la face dorsale, jaunâtre, longue de 
gmm^ large de ^^'^. Écusson losangique-cordiforme, jaunâtre, 
avec taches rouges en dedans des yeux ; ceux-ci vers le milieu de la 
longueur; quelques ponctuations dans les champs latéraux; sillons 
cervicaux longs. Rostre étroit, grêle; hypostome à quatre files prin- 
cipales de dents. — Pattes, courtes, grêles; hanches I à deux 
très petites pointes; une seule, semblable, aux autres hanches; 
tarses terminés en talus. 

Daprès3d^, 1 $ repue, 1 nymphe, pris en République Argentine 
sur Testudo argentina Sel. (coll. F. Lahille) ; plus une 9 à jeun, 
sans hôte indiqué, de Ruenos i\yres (coll. Lignières). 

Cette espèce est très voisine d'A. humerale Koch par le o^ et 
dA. deminutkum Nn. par la ? . 

3. Amblyomma australiense n. sp. 

Mâle. — Corps ovale, long de 4^'^^ (rostre non compris), étroit en 
avant, très élargi (3™ni) vers le quart postérieur. Écusson plat, 
brun jaunâtre, plus foncé dans la moitié antérieure, sans taches; 
sillons cervicaux droits, parallèles, profonds, leur longueur presque 
égale à la largeur de la base du rostre; sillons latéraux profonds, 
commençant en regard des yeux, un peu interrompus en arrière 
de ceux-ci, terminés à la limite antérieure du feston extrême; 
festons nets, plus longs que larges; ponctuations très fines, peu 
visibles, éparses; yeux grands, plats. Face ventrale jaunâtre, à ponc- 
tuations et poils peu nombreux; festons nets; péritrèmes grands, 
longs, étroits. — Rostre à base rectangulaire, plus large que longue, 
brune, les angles postérieurs saillants. Hypostome spatule, 



228 L. G. NEUMANN 

à 8 files de dénis. 2*^ article des palpes bossu près de sa base 
à la face dorsale, une fois et demi aussi long que le 3'^. — 
Pattes fortes. Hanches I à deux épines courtes, l'externe plus 
longue ; une tubérosité au bord postérieur des autres, plus longue à 
la hanche IV. Tarses courts, atténués assez brusquement, mais 
en talus, à leur extrémité, terminés par deux éperons consé- 
cutifs. 

Femelle, — Corps ovale, brun, long de 5"^™ (rostre non compris), 
large de 3™™5. Écusson cordiforme, à côtés arrondis, à angle pos- 
térieur large, plus large ('2'^^,o) que long (2mm,2), brun, sans 
taches; yeux pâles, grands, plats, vers le milieu de la longueur; 
sillons cervicaux très profonds, occupant les deux tiers de la lon- 
gueur, un peu contournés en S; des sillons latéraux très profonds, 
formés de grosses ponctuations contiguës, courts, n'occupant pas 
le tiers de la longueur, leur milieu en regard des j^eux ; ponctua- 
tions très fines, peu nombreuses, quelques-unes plus grosses le long 
du bord antérieur. Face dorsale striée, ponctuée, à poils épars; 
des festons et un sillon marginal. FaceventralehrunàiTe,\)OB.ctuée, 
à poils courts; péritrèmes triangulaires, à côtés arrondis. — 
Rostre long (1™^ 5); ^^ge plus large que longue, à côtés arrondis, 
les angles postérieurs saillants, larges, convergents; aires poreuses 
ovales, petites, écartées de plus de leur diamètre. Hypostome et 
palpes comme chez le o^, plus longs. — Pattes comme chez le d^, 
plus longues, surtout par les tarses. 

Nymphe. — Ovale, brunâtre, longue de 2^^". Écusson cordi- 
forme, plus large que long, les yeux vers le milieu de la longueur; 
ponctuations grandes, nombreuses; sillons cervicaux parcourant 
toute la longueur. Hanches comme chez l'adulte. 

D'après 9 cf , 1 9,2 nymphes prises sur Ecliidna aculeata (Shaw), 
en Australie occidentale (Collection N. C. Rothschild). 

4. H/lîMAPHYSALIS PARMATA U. Sp. 

Mâle. — Corps ovale, plus large vers le milieu, long de 2""™ 
(rostre compris), large de 1°^™,!, jaune brunâtre. Écusson couvrant 
toute la face dorsale, glabre, à ponctuations nombreuses, fines, 
égales, réparties régulièrement; sillons cervicaux courts, peu 
profonds ; sillons latéraux très courts, commençant au milieu de 
la longueur et s'arrétant à la limite antérieure du pénultième 



NOTES SUR LES IXODIDES 229 

feston; festons un peu plus longs que larges, à séparations nettes. 
Face ventrale finement ponctuée, glabre, jaunâtre clair; pore génital 
en regard du bord antérieur des hancbesde la deuxième paire; pé- 
ritrèmes subcirculaires. — Rostrclong de 275 ,«, à base dorsale rec- 
tangulaire et deux fois au moins aussi large que longue, les angles 
postérieurs bien saillants. Hypostome à huit files de dents. Palpes un 
peu plus longs que larges; le deuxième article à angle externe peu 
saillant, son bord postérieur ventral saillant en une épine courte 
et large, son bord interne ventral pourvu de cinq soies divergentes; 
le troisième article souvent un peu recourbé en dedans à son som- 
met, son bord postérieur pourvu de deux épines aiguës (dorsale et 
ventrale), égales, deux fois aussi longues que larges. — Pattes 
moyennes. Hanches pourvues à leur angle postéro-interne d'une 
épine très courte, plus forte à la première paire. Tarses relativement 
courts, non bossus, à caroncule presque aussi longue que les ongles. 
Femelle. — Corps ovale, renflé, long de 3™™^ large de 3^^, chez 
les adultes; presque plat chez les jeunes; gris plus ou moins foncé, 
jaunâtre dans le jeune âge; des festons postérieurs plus ou moins 
visibles selon l'âge. Écusson arrondi, aussi large que long, brun 
jaunâtre, à ponctuations fines et distantes; sillons cervicaux 
superficiels, occupant les deux tiers de sa longueur. Faces dorsale 
et ventrale profondément ponctuées, surtout à l'état de réplétion. 
— Rostre à base dorsale près de deux fois aussi large que longue, 
les angles postérieurs saillants ; aires poreuses petites, très écartées. 
Hypostome à 8 files longitudinales de 8 ou 9 dents, avec nombreux 
denticules supplémentaires (1). Palpes à deuxième article aigu en 
dehors, peu saillant; six longues soies à son bord interne ventral; 
troisième article non concave en dedans, portant une épine ventrale 
rétrograde, grêle et assez longue, et une épine dorsale plus courte et 
plus large; quatrième article court et plus rapproché de l'extrémité 
antérieuredu troisième. — Pattes : Hanches I terminées àleur angle 
interne par une épine très courte; les autres presque inermes. Une 
épine dorsale rétrograde à l'extrémité distale du deuxième article 
de la première paire. Tarses longs, étroits, non bossus; caroncule 
presque aussi longue que les ongles. 

(1) Par anomalie, un exemplaire ne porte que trois files de chaque côté, plus 
une file impaire (de cinq dents) qui commence un peu plus en arrière que les 
autres, se termine au même niveau et ne parait pas appartenir à une moitié 
plutôt qu'à l'autre de l'hypostome. 



230 L. G. NEUMANN 

D'après un grand nombre de mâles et de femelles recueillis au 
Cameroun, sur le Bœuf, le Mouton, la Chèvre et le Porc, par 
Ziemann. 

5. H^MAPHYSALIS NUMIDIANA U. Sp. 

Mâle. — Corps ovale, plus large vers le tiers postérieur, long de 
3mm, 5 (rostre compris), large de 2™™, jaune d"ocre. Êcusson couvrant 
toute la face dorsale, glabre, à ponctuations nombreuses, grandes, 
peu profondes, réparties régulièrement; sillons cervicaux longs, su- 
perficiels ; sillons latéraux longs, profonds, limitant en dedans et de 
chaque côté les deux festons extrêmes; festons plus longs que 
larges, nets. Face ventrale lisse, glabre, jaunâtre clair; pore 
génital en regard des hanches de la deuxième paire. Péritrèmes 
subcirculaires (à prolongement dorsal très court). — Rostre long 
de 550 y-, à base dorsale rectangulaire, deux fois aussi large que 
longue, les angles postérieurs saillants. Hypostome à huit files de 
dents. Palpes un peu plus longs que larges^ triangulaires; le 
deuxième article très large à son bord postérieur, qui forme un 
angle externe aigu, très saillant; son bord interne ventral pourvu 
de sept ou huit soies divergentes ; le troisième article plus court 
que le deuxième, aussi large que long, son bord postérieur ventral 
prolongéenune épine forte. — Pa«es moyennes. Hanches pourvues 
à leur bord postérieur d'une épine, plus forte à la première paire, 
décroissant jusqu'à la quatrième, où elleest très petite etplus large 
que longue. Tarses courts, épais, un peu renflés au bord dorsal 
près de leur extrémité; caroncule presque aussi longue que les 
ongles. 

Femelle. — Corps ovale, renflé, long de 6™'»^ large de S^m, brun 
noirâtre. Êcusson ovale, plus long (l^mS) que large (In^m)^ brun 
foncé, à ponctuations nombreuses, profondes, à sillons cervicaux 
superficiels, occupant les deux tiers de sa longueur. Faces dorsale 
et ventrale à ponctuations nombreuses. Péritrèmes discoïdes. — 
Rostre comme chez le d^; base à angles postérieurs un peu 
moins saillants; aires poreuses ovales, très écartées. — Pattes 
comme chez le cf; tarses plus longs, non trapus, atténués en talus. 

D'après 3 cf et 1 9 pris sur un Hérisson à Tebessa (Algérie) par 
Fayet. Je les avais, par erreur,rapportés kH. Leachi (Aud.) (Rev. des 
Ixodidés, 2^ Mémoire). 



NOTES SUR LES IXODIDES 231 

II. — Notes sur des espèces connues. 

1. Rhipicephalus capensis Koch et R. compositus Nn. 

Ce sont deux formes tout à fait voisines et qu'il convient de 
réunir en une seule espèce, en faisant de la seconde une variété 
de la première. 

R. capensis compositus Nn. se distingue du type par l'écusson 
dorsal, dont les ponctuations, aussi rapprochées, sont réparties 
plus régulièrement, ne sont séparées que par des crêtes peu 
nombreuses, peu apparentes, et manquent presque complètement 
à la périphérie, c'est à-dire sur la bordure et les festons du cf , en 
dehors des sillons latéraux et le long du bord postérieur chez la 9 • 
Chez le d^, la face ventrale est glabre, les écussons accessoires peu 
chitineux, la base du rostre plus large, les pattes moins fortes, 
ainsi que les épines des hanches L 

D'après 8 cf' et 3 9, pris sur Bubalus caffer Sparrm., dans 

l'Afrique orientale allemande, en 1903, par Schillings (Musée 

de Berlin). 

2. Amblyomma CAJENNENSE (Fab.). 

J'ai décrit en 1899 (3'- Mémoire, p. 208), sous le nom d' Amblyomma 
parviscutatum n. sp., une 9 recueillie par Gounelle, au Brésil, 
sur un Tamanoir, et je faisais remarquer que cette espèce est très 
voisine d'I. cajennense. Elle provient, d'ailleurs, de l'aire de 
répartition de cette dernière espèce. Les afTmités sont telles entre 
les deux types que, conformément au principe que j'ai déjà 
appliqué, je crois devoir réunir A. parviscutatum à A. cajennense 
sous le nom suivant : A. cajennense parviscutat um (Nn.). Cette 
variété se distingue du type à peu près exclusivement par les di- 
mensions plus faibles de son écusson dorsal et de son rostre. 
Lorsque le o^ sera connu, il y aura lieu de vérifier si ce rapproche- 
ment est définitif. 

3. Amblyomma LONGmosxRE (C. L. Koch). 

Cette espèce m'a fait passer par des tergiversations diverses. 
Tant que je n'ai eu en mains que des femelles, je les ai rattachées au 
genre Amblyomma. L'examen du mâle m'a fait admettre ensuite 
qu'il y avait lieu de ranger cette forme parmi les Hyalomma, et 



232 L. G. NEUMANN 

c'est ce que j'ai fait dans mon 4'' mémoire (Mém. de la Soc. Zool. de 
France, XIV, p. 315, 1901). Je m'y étais décidé, après hésitation, 
en considération des plaques chitineuses qui se trouvent à la 
partie postérieure de la face ventrale du mâle. 

Mon hésitation tenait à plusieurs raisons. Hijalomma œgyptium et 
H. syriacum, qui constituent à peu près exclusivement leur genre, 
appartiennent à l'ancien continent; H. longirostre serait le seul 
représentant de ce genre dans l'Amérique, qui est, au contraire, 
riche en espèces d'Amft/yomma. Déplus, H. longirostre, si caractérisé 
spécifiquement que Koch en avait fait le genre Hsemalastor, 
reproduit dans ses traits essentiels le faciès des Amblyomma. 11 est 
vrai que Koch ne connaissait que la femelle et qu'ill'avait mal vue. 
Elle a si bien le caractère des Amblyomma que, avant d'avoir reçu 
des spécimens mâles, j'ai décrit l'espèce, d'après des individus 
d'âges très différents, sous les noms d' Amblyomma giganteum et 
A. avicola. De plus, sentant combien les affinités sont grandes, 
même après avoir rattaché ce type aux Hyalomma, j'ai, pour éviter 
des embarras trop grands de détermination, fait entrer mon 
H. longirostre dans le tableau synoptique des Amblyomma Ç . Le 
seul caractère qui justifierait le rattachement de l'espèce aux 
Hyalomma, c'est la présence, à la face ventrale et dans la région 
circumanale du mâle, de plaques chitineuses qui rappellent celles 
de H. segyptium et H. syriacum et celles des Rhipicephalus. 

Une revision des types m'a amené à reconnaître que, dans 
l'espèce américaine et contrairement à ce qu'on voit dans les 
Hyalomma, ces plaques chitineuses ne sont pas apparentes dans 
les individus jeunes et ne le deviennent que chez les sujets de 
grande taille. Même chez ceux-ci, elles ne sont jamais saillantes, 
jamais libres par leur bord postérieur; elles adhèrent par toute 
leur étendue à la face ventrale, et elles y sont le plus souvent 
difficiles à distinguer. De plus, elles sont accompagnées, en dehors 
de ce qui correspondrait aux écussons accessoires, de deux autres 
plaques, l'une à droite et l'autre à gauche; de sorte que l'on peut 
voir en ceci l'accentuation d'un caractère qui se trouve déjà indiqué 
dans un Amblyomma non douteux, A. Geayi. C'est ce que j'avais 
fait remarquer (4e Mémoire, p. 315). 

En tenant compte de la physionomie Amblyomma de l'espèce en 
question, de son origine géographique, de la signification ambiguë 



NOTES SUR LES IXODIDES 233 

des plaques ventrales du mâle, il me parait aujourd'hui plus 
logique de rattacher l'espèce au genre Amblyomma, sous le nom 
de .4. longirostre fKoch). 

4. x4mblyomma humerale Koch et A. gypsatum Nn. 

Un examen comparatif des formes que jai décrites sous ces deux 
noms m'a conduit à reconnaître l'impossibilité de les distinguer 
spécifiquement. Les différences qui me les avaient fait séparer sont 
purement individuelles. Il faut donc les réunir sous le même nom : 
A. humerale Koch. 

5. Amblyomma sparsum Nn. et A. paulopunctatum Nn. 

J'ai décrit (1) ces deux formes en 1899, chacune d'après un seul 
individu. Frappé d'abord de leurs différences, je lésai considérées 
comme spécifiquement distinctes. J'abandonne aujourd'hui cette 
conclusion, et je vois dans A. paulopunctatum une réduction, peut- 
être simplement une forme plus jeune d'A. sparsum. Je suis donc 
conduit à ne conserver comme espèce qu'A, sparsum et à ramener 
la seconde forme au rang de variété : A. sparsum paulopunctatum. 

Les caractères distinctifs de cette variété sont : Dimensions plus 
faibles (6nini de longueur sur 4™"^ de largeur) ; ponctuations de 
l'écusson dorsal moins nombreuses et plus petites. Rostre de 
longueur moyenne (i^in^S). Pattes moyennes ; hanches IV à épine 
deux fois aussi longue que large. 

6. Amblyomma hebr.eum Koch et formes affines. 

A côté cV Amblyomma hebrseum Koch se placent A. eburneum 
Gerst., A. splendidum Gieb. eiA.variegatum (Fab.) Les affinités entre 
ces quatre formes sont montrées par les femelles aussi bien que 
par les mâles, contrairement à ce qu'on observe d'ordinaire, où 
la séparation entre deux espèces dont les mâles se ressemblent 
beaucoup est imposée par la dissemblance des femelles ou récipro- 
quement. Ici, la parenté est si manifeste qu'elle se traduit souvent 
par de grandes difficultés dans la détermination précise de cer- 
tains lots. La communauté d'origine géographique contribue à 
ces difficultés. 

(1) G. Neumann, Revision de la famille des Ixodidés. S" Mémoire. Méin. de la Soc. 
Zoologique de France, XII, pp. 247, 248; 1899. 



234 L. G. NEUMANN 

Toutefois A. variegatum est toujours aisément reconnu : d'abord 
par la forme des yeux, qui sont hémisphériques, petits, noirs, 
orbites chez les femelles, et par les dessins de l'écusson des mâles, 
dont les yeux sont cependant moins différents de ceux des autres 
Ambhjomma. 

Il m'a paru que, en conservant, pour ces motifs, à A. variegatum 
son rang d'espèce, il y a lieu d'y renoncer pour A. eburneum et 
pour A. splendidum, qui sont nettement des dérivés d'A. hebrseum. 
Je propose donc de les considérer comme des variétés de cette der- 
nière espèce et de les classer : l'une sous le nom d'A. hebrœum 
eburneum (Gerst.), l'autre sous celui d'A. hebrœum splendidum (Gieh .) . 

7. IXODES TESTUDINIS SupiuO. 

En examinant quelques-uns des Ixodidés birmans déterminés 
par Supino, j'ai reconnu que son Ixodes testudinis est un Ambhj- 
ommatjpe et j'ai conclu (1) qu'il doit prendre le nom ù! Ambhjomma 
testudinis (Supino), au lieu de celui d'ApoEomma tesfi(dmi.ç(Sup.) 
que je lui avais primitivement attribué. 

En m'arrêtant à cette conclusion, je ne tenais pas compte de 
Vlxodes testudinis Conil, que javais d'abord rattaché (avec doute) à 
Amb. dissimile Koch et qu'il me paraît préférable de laisser parmi les 
espèces incertaines à: Ambhjomma, en lui donnant, par conséquent 
pour nom Amô. testudinis (Conil). Il faut donc attribuer une nou- 
velle désignation à l'espèce de Supino. Je propose de la nommer : 
Amblyomma Sùpinoi Nn. (= Ixodes testudinis Supino). 

8. Aponomma ecinctum Nn. 

Parmi les milliers dixodidés que j'ai eu à examiner, je n'en ai 
rencontré que cinq ou six qui eussent été trouvés sur des Insectes. 
Tous les autres provenaient de Vertébrés terrestres (Mammifères, 
Oiseaux, Reptiles) et exceptionnellement d'Amphibiens, 

Ces Ixodidés insecticoles sont Rhipicephalus maculatus Nn., 
recueilli au Cameroun sur un Hémiptère (Platijmeris horrida) et Apo- 
nomma ecinctum Nn., qui, d'après les renseignements fournis par 
W. W. Froggatt, serait commun sur un Coléoptère (Aulacocyclus 
Kaupi). 

(1) L. G. Neuman.x, Notes sur les Ixodidés. Archives de Parasitologie, VI. p. 
124; 1902. 



NOTES SUR LES IXODIDÉS 23o 

J'ai cru que les Insectes ne sont que des hôtes tout à fait acci- 
dentels et transitoires, dont les Ixodidés se serviraient comme 
d'agents de transport, pour les abandonner aussitôt qu'une circons- 
tance favorable les placerait dans de meilleures conditions de 
parasitisme. Il n'en est peut-être pas ainsi. 

Dans quelques lots qui m'ont été communiqués par M. N. C. 
Rothschild (de Londres) s'en trouvait un, composé de 10 cj^, 1 Ç et 



4 nymphes d'Aponomma ecinctum, pris sur un Hémiptère (Diemenia 
siiperciliosa Spin.) Tous les spécimens certains, que j'ai pu étudier 
en deux fois et qui provenaient d'Australie, avaient donc été 
fournis par des Insectes. Il serait curieux que ceux-ci fussent 
les hôtes ordinaires d'une espèce particulière d'Ixodiné, d'autant 
])\us qu Aponomma ecinctum ne présente aucune particularité de 
conformation qui soit en rapport avec un parasitisme exceptionnel. 

9. Dermacentor reticulatus (Fab.). 

. Après avoir décrit Dermacentor reticulatus, je disais (I) que c'est 
une espèce à type variable; les diverses particularités sont, en effet, 
plus ou moins accentuées selon l'origine, souvent aussi dans le 
même lot. C'est pour cela que j'ai réuni sous ce nom des types des 
diverses parties de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique qui se 
relient les uns aux autres par des intermédiaires variés. De la 
Californie, j'avais en main plusieurs d^ et 9 recueillis sur le 
Daim et étiquetés par G. Marx D. occidentalis. Par un examen com- 
paratif plusieurs fois répété, je me suis convaincu que cet en- 
semble représente une forme peu variable, qui mérite d'être mise 
à part dans l'espèce au rang de variété : ce serait D. reticulatus 
occidentalis Marxet Neumann. Elle se distingue du type par les ca- 
ractères suivants : 

Base du rostre un peu plus large, à angles postérieurs très pro- 
longés en arrière. Hypostome à 6 files de dents. Saillies diverses 
des palpes peu prononcées. Péritrèmes à granulations bien plus 
apparentes. Hanches II, III et IV à épine plus longue. — o^ Han- 
ches IV prolongées parfois en arrière jusque près de l'anus. — 
Ç Écusson dorsal relativement plus long. Aires poreuses plus 
petites. 

(1) G. Neumanx, Revision de la famille des Ixodidés, 2' Mémoire. Mém. de la 
Soc. Zoolog. de France, X, p. 374; 1897. 



236 L. G. NEUMANN 

Californie, Tennessee. — Sur Cariacus canadensis (Briss.), Bos 
taurus L., Equus caballus L. 

C'est la forme que Salmon etStiles ont figurée (1) comme le D. 
reticulatus des Etats Unis. 

10. Dermacentor electus Koch. 

Dermacentor parumapertus Nn. est établi d'après 4 femelles de 
Colifornie (Smithsonian Institution). En les comparant à diverses 
? de D. electus Koch, je n'y ai trouvé d'autre différence essen- 
tielle que l'absence, sur l'écusson dorsal des premières, de la 
patine blanche, parfois peu étendue, que l'on trouve toujours sur 
les secondes. Cette difterence ne me paraît pas suffisante pour 
séparer spécifiquement les deux types et je suis porté à considérer 
D. parumapertus comme une simple variété [D. e. parumapertus) de 
D. electus. 

11. Dermacentor auratus Sup. et D. compactus Nn. 

En étudiant les Ixodidés birmans qui ont pu être retrouvés de 
la collection décrite par Supino, j'ai reconnu (2), dans Dermacentor 
auratus Sup., une forme légitime et j'en ai donné une description 
complémentaire, qui en permet la comparaison avec d'autres types et 
qui rectifie les inexactitudes du texte et des figures de Supino. Je 
disais, en terminant, que cette espèce est très voisine de D. compactus. 

Je trouve ici l'occasion d'appliquer encore la notion de variété, 
qui apporte une simplification avantageuse à la détermination des 
espèces, en même temps qu'elle rend plus évidente la parenté 
morphologique. Je rattache donc à ce Dermacentor birman la forme 
des îles de la Sonde (Bornéo, Java, Sumatra), qui en devient une 
variété : D. auratus compactus Nn. Les caractères distinctifs de 
cette variété sont fournis par l'écusson dorsal : 

Écusson un peu plus large (3™"^) que long, à contour presque 
circulaire, un peu sinueux, à ponctuations grandes, profondes, 
inégales, manquant par places. 

Le nom de D. compactus étant postérieur (1902) à celui de 

(1) D. E. Salmon et C. W^. Stiles, Cattle Ticks (Ixodoidea) oî the United 
States. Seventeenth Animal Report of the Bureau of Animal Industry, 1900, 
pi. LXXXII LXXXV; 1902. 

(2) L. G. Neumann, Notes sur les Ixodidés. Archives deParasiiologie, VI, p. 127; 
1902. 



NOTES SUR LES IXODIDES 237 

D. auratus (1897), c'est le nom le plus ancien qui doit être conservé 
à l'espèce, bien que D. compachis représente le type complet (rf et Ç ), 
et que D. auratus ne soit connu que sous la forme Ç, bien moins 
caractéristique que la forme d^. 

12. H.EMAPHYSALIS CINNABERINA C. L. Koch. 

Cette espèce, établie par Koch d'après un exemplaire unique, qui 
est une jeune femelle, ne se distingue de H. punctata Can. et Fanz. 
que par la présence d'un cercle chitineux blanchâtre autour du 
pore génital et dun autre semblable autour de l'anus. Ce caractère 
ne me paraît pas suffisant pour que cette forme garde le rang 
d'espèce. Je propose de la faire rentrer dans l'espèce type à titre de 
variété : H. punctata cinnaberina [Koch] . 

13. H.EMAPHYSALIS LONGICORNIS Nn. 

En 1901, j'ai décrit sous ce nom {Revision des Ixodidés, 4^ mém. 
p. 261) deux femelles en préparation microscopique, provenant du 
Bœuf et de la Nouvelle-Galles du Sud. Je faisais remarquer qu'elles 
se rapprochent beaucoup de H. concinna. Le mâle demeurant in- 
connu, il ne me semble plus que les caractères de ces femelles 
soient suffisants pour qu'on les sépare absolument de H. concinna 
et je trouve plus logique de les y rapporter à titre de variété. 

H. concinna longicornis se distingue du type par quelques 
détails du rostre : les angles postérieurs de la base sont peu sail- 
lants; le 3e article des palpes, aussi long que le 2", est un peu re- 
courbé en dedans par son extrémité antérieure, son épine ventrale 
est bien plus grande, et il porte le 4e article vers le milieu de sa 
longueur. De plus, les épines des hanches sont un peu plus fortes. 

14. H.EMAPHYSALIS FLAVA Nn. 

Dans la description de cette espèce {Revision des Ixodidés, 2<^ mém. 
p. 333), j'ai dit que les hanches de la quatrième paire de pattes, 
chez le mâle, ont parfois une épine très longue et presque égale en 
longueur à la largeur de cet article. C'est le cas de spécimens 
recueillis sur un Lièvre, sur une herbe et sur un arbrisseau indéter- 
minés. Comme cette forme de la hanche n'est pas reliée à la forme 
type par des intermédiaires, ce caractère prend la valeur de celui 
d'une variété; il s'accompagne d'ailleurs de l'absence de protubé- 



238 L. G. NEUMANN 

rance dorsale aux tarses de la quatrième paire. Le nom de H. flava 
armata Nn. rappellera le caractère essentiel, fourni par les 
hanches de la quatrième paire. 

15. H/EMAPHYSALis Leachi (iVudouiu). 

Cette espèce est presque exclusivement africaine. J'y ai rattaché 
2 d^ pris à Sumatra sur Felis tigris L., et 7 9 de la Nouvelle Galles- 
du-Sud, dont une provenant du Cheval. Ces formes australiennes 
se distinguent du type par un seul caractère, le nombre des files 
de dents del'hypostome, qui est de huit au lieu de dix. Mais, comme 
cette différence porte sur un détail essentiel, il convient d'en 
faire la hase d'une variété, qui sera à la fois géographique et mor- 
phologique .• H. Leachi australis Nn. 

16. H.EMAPHYSALis mRUDo L. Koch (1). 

Cette espèce a été établie par L. Koch pour un exemplaire 
femelle unique, à l'état de réplétion. Il l'a décrite dans les termes 
suivants : 

«L'animal entier est brun rouge foncé; l'écusson dorsal jaune 
verdâtre; les palpes brun rougeâtre; les pattes jaune brunâtre. — 
Corps renflé, d'un sixième plus long que large, à contour presque 
elliptique, un peu brillant, marqué extérieurement de stries 
ondulées, fines et rapprochées, glabre. Ecusson dorsal presque 
discoïde, plus brillant que le corps, à ponctuations grandes et 
profondes, avec deux sillons longitudinaux, qui s'écartent l'un de 
l'autre en arrière et s'étendent jusqu'au bord postérieur. Palpes 
courts, à peine plus longs que larges. Péritrèmes à contour large- 
ment ovale, l'extrémité plus étroite dirigée vers la face supérieure, à 
surface brillante, très finement ponctuée; pore respiratoire excen- 
trique, ovale, sur une plaque ronde, saillante. — Longueur du 
corps 9'"'T^; largeur T^m )). 

Ce spécimen provenait du Japon. 

La similitude d'origine m'avait décidé (2) à rapporter à la même 
espèce d'autres individus femelles provenant du Japon, de Sa'igon 

(1) L. Koch, Japanesische Arachniden und Myriapoden. Verhandiungen der K. 
K. zoolog.-botan. Ge^ellschafL in Wien, XXVIl, p. 786; 1877, 

(2) L. G. Neumann, Revision de la famille des Ixodidés, 2'' Mémoire. Méni. de la 
Soc. Zoolog. de France, X, p. 341 ; 1897. 



NOTES SUR LES IXODIDES 239 

et de la région de l'Amour. Je voyais dans ce rapprochement 
l'avantage de préciser la diagnose de Hœmaplnjmlis hlrudo. 

Il me paraît aujourd'hui plus logique, en l'absence du spécimen 
type, de laisser à H. hirudo la signification que lui donne la descrip- 
tion de L. Koch. On reconnaît alors que, des divers caractères 
indiqués, il n'en est aucun qui, pris à part ou combiné aux autres, 
permette de figurer, même approximativement, la physionomie de 
l'espèce. On peut seulement présumer qu'il s'agit bien, en réalité, 
d'un Hœmaphij salis. H. hirudo tombe donc dans la vaste nécropole 
des espèces incertaines. 

Quant aux échantillons que j'y avais rapportés, je leur trouve de 
grandes affinités avec H. concinna (G. L. Koch). L'absence de mâle 
laisse encore quelque doute. Dans l'ensemble que j'ai décrit comme 
Jï. hirudo, je verrais donc une variété d'H. concinna {H. c. Kocki Nn.), 
qui se distinguerait du type par les particularités suivantes : 

Ecusson dorsal à peine plus long que large, très peu échancré 
en avant, brunâtre. Base du rostre à peine enchâssée dans l'écusson, 
à angles postérieurs peu saillants. Caroncule du tarse presque 
aussi longue que les ongles. 

17. Argas magnus Nn. 

Le genre Argas est peut-être le plus homogène de tous ceux qui 
forment la famille desixodidés. Toutes les espèces sont construites 
sur le même type et les particularités qui les distinguent sont 
relativement secondaires. J'ai déjà indiqué les simplifications 
qui peuvent y être apportées en considérant comme plus étendue 
qu'on ne l'avait admis l'aire de dispersion de chacune d'elles, et en 
rattachant à des espèces types des formes que Ion avait regardées 
comme spécifiques en raison surtout de leur localisation 
géographique. 

Le même ordre d'idées me porte à attribuer à A. magnus Nn. 
une valeur inférieure à cellequejeluiavaisreconnue primitivement. 
En le comparant à A. reflexus (Fab.) au moyen de spécimens plus 
nombreuxqueceux dont je disposais d'abord, je n'ai plus trouvé de 
différences assez grandes pour conserver à la première forme le 
rang d'espèce. Je propose donc de la rattacher à la seconde avec la 
valeur de variété. 

Cette variété [A. reflexus magnus (Nn.)] ne se distingue guère 



240 L. G. NEUMANN 

du type que par ses dimensions plus grandes, son étroitesse 
relative, la courbe du bord postérieur du corps moins cintrée et 
plus ogivale. Elle a été trouvée dans l'Equateur et dans la Patagonie 
orientale (golfe Saint-Georges). 

18. Argas persicus Fisch. et A. miniatus Koch. 

Dans un premier mémoire, j'ai décrit en 1897, sous le nom 
d' Argas americanus Pack., une forme qui est très répandue dans 
les États-Unis d'Amérique, particulièrement dans les Etats du 
sud. En 1901, j'ai substitué à ce nom, en en donnant les raisons, celui 
cVA. miniatus Koch. C'est aussi sous cette dernière dénomination 
que la même forme est décrite dans l'important travail de Salraon 
et Stiles sur les Ixodidés des Etats-Unis (1). 

Le tableau synoptique pour la distinction des espèces, que j'ai 
donné en 1901 (4<^ mémoire, p. 339), montre bien les affinités que je 
reconnaissais entre A. miniatus et A. persicus. Ces deux espèces y 
sont séparées des autres du même genre par les caractères tirés de 
la bordure du corps, aussi bien à la face dorsale qu'à la face ven- 
trale : dans ces deux formes, la bordure est constituée par des festons 
rectangulaires qui encadrent une petite patelle (patellule), tandis 
que dans les autres espèces elle est formée de plis étroits, radiés. 

Mais quand il s'est agi de différencier .4. miniatus d'I. persicus, 
j'ai été réduit à invoquer l'aspect des granulations dorsales sub- 
marginales, et je les ai indiquées « distantes » dans A. persicus, et 
(( contiguës » dans A. miniatus. Ce caractère est beaucoup moins 
précis dans les objets que dans les mots. En comparant à nouveau 
de nombreux lots appartenant aux deux formes, ayant des origines 
variées et comprenant des individus de tous âges et à divers états 
de réplétion, je me suis vainement ingénié et obstiné à préciser 
des caractères différentiels; j'ai même été contraint de reconnaître 
que ceux dont je m'étais d'abord satisfait sont au moins insuffisants ; 
car les granulations invoquées sont parfois contiguës dans A. per- 
sicus et parfois distantes dans A. miniatus. Elles forment des 
rangées parallèles aux bords et qui sont ordinairement plus 



(1) D. E. SALMoxet C. W. Stiles, CattleTicks,' /,TO(ioirfea;oftheUnitedStates.Se- 
venteentli Ànnual Report of the Bureau of Animal Indus Iry (1900), p. 402, pi. 
LXXVIII, fig. 69-78; 1902. 



NOTES SUR LES IXODIDÉS 241 

nombreuses et plus serrées dans A. miniatus que dans A. persicus; 
mais cet aspect n'est pas constant. 

J'ai dû reconnaître que je n'avais pas sufTisamment résisté, 
dans ce cas, à la suggestion que les considérations d'origine 
géographique avaient exercée sur mes prédécesseurs. Je crois repré- 
senter aujourd'hui une appréciation plus exacte en rattachant la 
forme américaine à celle de l'Asie, plus anciennement décrite, et 
en la considérant comme une simple variété : Argas persicus 
miniatus (Koch). 

Cette variété se distinguera donc en ce que les patellules y 
forment, en général, trois à cinq séries submarginales et y 
cachent les plis du tégument, tandis que, dans le type, les patellules 
y forment, en général, des séries moins nombreuses, y sont moins 
serrées et y sont séparées par quelques plis tégumentaires. Les 
autres caractères sont les mêmes. 



Archive>^ de Parasiiologie, IX, n" 2, 1904. 16 



LA LEPRE EN INDO-CHINE 

PROJET DE RÉGLEMENTATION CONCERNANT SA PROPHYLAXIE 

PAR 

Le Dr E. JEANSELME 

Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris 
Médecin des Hôpitaux 

L'endémie lépreuse sévit dans toutes les parties de l'Indo-Chine 
française. Elle se cantonne de préférence dans les régions surpeu- 
plées qui avoisinent l'estuaire des grands fleuves. Elle occupe deux 
foyers principaux. Le méridional couvre toute la superficie de la 
Cochinchine. Le septentrional ou tonkinois a pour limites le 
delta du fleuve Rouge. Le long de la côte d'Annam, sur létroite 
bande fertile comprise entre la ligne de partage des eaux et le lit- 
toral, la population est nombreuse et la lèpre très commune. 

Au Cambodge, région basse et marécageuse, en majeure partie 
couverte de forêts, et fort peu peuplée, si l'on excepte les centres 
importants, la lèpre ne fait pas beaucoup de victimes (1). Dans le 
Laos français, où 800.000 hommes tout au plus sont disséminés 
sur un immense territoire, la lèpre ne forme que des îlots insi- 
gnifiants. 

Lé système orographique du Yunnan, province chinoise située 
dans la zone d'influence française, n'est pas compatible avec la for- 
mation de grandes agglomérations humaines. La population est 
donc peu fournie, et comme elle est distribuée par îlots entre les- 
quels les moyens de communications sont difficiles, il n'y a pas au 
Yùnnan un foyer cohérent de lèpre, bien que cette maladie y soit 
partout répandue. 

D'après l'enquête que j'ai faite sur les lieux, j'estime que le 
nombre des lépreux disséminés dans l'Indo-Chine française est de 
12 à 15.000. 



(1) Conf. Angier, La Icpro au Canibotlge. Annales d'hyg. et deméd. cnloniales, 
janv.-mars 1903, p. 176. 



LA LÈPRE EN INDOCHINE 243 

Or, même dans les grands centres européens, les précautions les 
plus élémentaires pour se prémunir contre la contagion sont négli- 
gées. Je pourrais citer quatre Européens qui ont contracté la lèpre 
dans rindo-Chine française. Et si des mesures énergiques ne sont 
pas prises, nul doute que la lèpre ne lasse tôt ou tard, parmi les 
populations blanches de cette colonie, autant de ravages qu'en Nou- 
velle-Calédonie. Sous la domination annamite, les lépreux étaient 
groupés dans des villages. Mais depuis la conquête, tous ceux qui 
ne sont pas indigents se sont répandus parmi la population saine. 

Un village de lépreux, tel que celui de Ninh Binh par exemple, 
est un vaste quadrilatère limité seulement par une levée de terre. 
Les lépreux, parqués dans cet espace, construisent de misérables 
paillotes où ils vivent avec leur famille, de sorte que la population 
saine égale au moins celle des lépreux. 

Comme l'allocation accordée par le Protectorat est notoirement 
insuffisante, les lépreux rayonnent dans les localités environnantes 
pour aller mendier dans les marchés. Ceux qui sont encore en 
état de travailler, s'engagent au service des paysans voisins pour 
faire les semailles et la moisson. 

Au lieu d'être des foyers d'extinction de la lèpre ces villages sont donc 
en réalité des foyers de propagation. 

Par suite de l'accroissement rapide de la population, le village 
des lépreux de Hanoï formait il y a quelques années, une véritable 
enclave dans la ville même. Ce village était adossé à l'hôpital et 
les logements des infirmiers européens et indigènes étaient con- 
tigus aux cases des lépreux sans qu'il y eut aucune démarcation. 

Comme la valeur du terrain sur lequel s'étaient établis ces 
lépreux s'est considérablement accrue, ceux-ci ont été en partie 
expropriés ou expulsés, et l'on construit actuellement sur ce sol im- 
prégné de sanie lépreuse des habitations pour les colons européens. 

Il faut donc, sans hésitation ni retard, appliquer les réformes 
les plus urgentes. Mais pour qu'elles soient efficaces, elles doivent 
être uniformes et coordonnées sur tout le territoire de nos posses- 
sions indo-chinoises. Les réglementations partielles et locales 
n'aboutiraient qu'au déplacement des lépreux fuyant devant les 
mesures de rigueur, grâce à la complicité de leurs familles et des 
autorités indigènes. 



244 E. JEANSELME 

A. — A l'exemple des colonies anglaises, il faut interdire aux 
lépreux arérés l'exercice de certaines professions, entre autres celles de: 

Boulanger, bouclier, laitier, cuisinier, porteur d'eau, ou tout 
métier dans lequel la personne employée manie des aliments, des 
boissons, des médicaments, du tabac ou de l'opium; 

Blanchisseur, tailleur, ou tout métier dans lequel la personne 
employée manufacture ou manie des vêtements ; 

Barbier ou tout métier similaire dans lequel la personne em- 
ployée vient en contact avec d'autres personnes, serviteur, méde- 
cin, nourrice, sage-femme, infirmier, pharmacien, instituteur, 
conducteur de voiture de louage ou de jinrikisha (vulgairement 
appelée pousse-pousse), prostituée. 

Il faut en outre interdire aux lépreux avérés : de se baigner, de 
laver des vêtements ou de puiser de l'eau à tout puits public ou ré- 
servoir dont l'usage n'est pas spécialement autorisé aux lépreux 
par les règlements municipaux ; de monter dans les voitures 
publiques, de loger dans un hôtel garni. 

Et ce, sous peine dune amende dont le montant, et d'un empri- 
sonnement dont la durée seront fixés par une décision du Gouver- 
nement. Les mêmes peines seront encourues par toute personne 
qui emploie, en connaissance de cause, un lépreux à l'un des 
métiers ci-dessus désignés. 

B. — L'immigration jaune doit être surveillée, en particulier 
celle des Chinois qui viennent en grand nombre du Quang Toung 
et du Fokien, province où la lèpre est endémique. 

Ces immigrants sont tenus, d'après les règlements en vigueur, 
de se faire inscrire dès leur arrivée dans la colonie, pour obtenir 
une carte de séjour, et de se présenter au bureau anthropo- 
métrique. Il est donc facile de leur faire subir une visite médicale 
et d'éliminer les lépreux. Ceux-ci seraient immédiatement rem 
barques aux frais du capitaine ou patron du navire qui les aurait 
débarqués. 

Le médecin commis à l'examen des immigrants devra justifier 
d'une connaissance sufïisante de la lèpre. Il sera soustrait au 
roulement, afin qu'il acquière une compétence spéciale et qu'en 
cas de négligence les responsabilités puissent être établies. Les 
instruments nécessaires pour faire un examen micrographique 
seront mis à la disposition de ce médecin, 



LA LÈPRE EN INDOCHINE 24^ 

Les indications ci-dessus énoncées peuvent être remplies sans 
entraîner des frais trop considérables. Les mesures suivantes sont 
plus dispendieuses. Mais elles sont aussi indispensables que les 
premières, car il y va de l'avenir de la colonie. 

En principe, tout lépreux doit être isolé. La plus grande difficulté 
pratique qui s'oppose à l'application de cette mesure, c'est que 
beaucoup de familles ne consentent pas à se séparer de leurs 
parents ou de leurs enfants atteints de la lèpre. De là, parmi les 
lépreux, une distinction fondamentale. 

1° Les uns peuvent pourvoir eux-mêmes à leurs besoins ou être 
entretenus par ceux de leurs parents qui en ont la charge lé- 
gale ; 

2» Les autres sont dénués de moyens d'existence et n'ont pas de 
parents eu état de leur venir en aide. Les premiers seront internés, 
à leurs frais ou aux frais de ceux qui en ont la charge légale, dans 
des Léproseries terrestres, situées dans les points de la colonie où 
l'endémie lépreuse est le plus considérable. 

Chaque fois que cela sera possible, ces léproseries seront établies 
dans une île inhabitée du Mékong ou du fleuve Rouge où les 
lépreux pourront se livrer à la culture et construire des vil- 
lages. 

A défaut de léproseries insulaires, les lépreux seront groupés 
en colonies, toujours distantes des agglomérations urbaines et 
entourées d'une clôture effective. 

En aucun cas, il ne sera permis de construire une habitation 
quelconque dans un rayon de 200 mètres autour de la lépro- 
serie. 

Chaque établissement comprendra des pavillons séparés pour les 
lépreux non mariés des deux sexes, une infirmerie et une buanderie. 
Le cimetière des lépreux sera compris dans l'enceinte de la léproserie. 

Un quartier à part sera réservé à la détention des prisonniers 
lépreux de la région. 

Les enfants qui ncàtront dans rétablissement seront immédiatement 
séparés de leur mère. Ils seront élevés dans un orphelinat annexé à 
chaque léproserie et soumis à rallaitement artificiel. Une observa- 
tion prolongée prouve, en effet, que jamais un enfant ne naît lépreux. 

Les permissions de sortie accordées aux lépreux, les visites des 
parents à la léproserie, les peines disciplinaires en cas d'insubor- 



246 E. JE ANSELME 

dination grave ou d'évasion, le régime alimentaire et l'entretien 
des lépreux feront l'objet de règlements particuliers. La direction 
de la léproserie pourra être confiée à un missionnaire assisté de 
religieuses pour panser et soigner les malades. 

Le médecin des colonies du poste le plus voisin sera chargé de 
visiter l'établissement au moins deux fois par mois. 

Tout lépreux, vagabond ou indigent, dont la famille n'est pas en 
état desubvenir à ses besoins, devra être interné da.ns une léproserie 
maritime. Cet établissement doit remplir les conditions sui- 
vantes : 

1° Être situé dans une île assez distante des côtes pour que 
toute évasion soit impossible ; 

2^ Être susceptible de culture ; 

3° Être abondamment pourvu d'eau : les ablutions fréquentes 
étant la base du traitement hygiénique de la lèpre; 

4" Être peu peuplé : l'île choisie devant être évacuée par la 
population saine. 

Les lépreux encore valides, internés dans une léproserie maritime, 
recevront des terres sur lesquelles ils pourront construire des vil- 
lages à leur guise. Ils auront tous les privilèges de la liberté, à la 
condition expresse qu'ils ne fassent aucune tentative -pour sortir 
de l'île. 

Les lépreux dont les mutilations sont trop avancées pour per- 
mettre un travail quelconque seront réunis dans des pavillons de 
construction légère et peu coûteuse. 

Les prisonniers lépreux seront détenus dans un quartier à part. 

Une infirmerie, une pharmacie avec dispensaire pour la déli- 
vrance des médicaments, une buanderie compléteront l'établisse- 
ment. 

Tout lépreux décédé devra être enterré dans l'île. Aucun corps 
ne pourra être transporté sur la terre ferme. 

Aucun produit de culture ; aucun objet fabriqué ne pourra être 
exporté de l'île ou des léproseries terrestres. 

Un bateau exclusivementafïectéàrusagedeslépreux,etremorqué 
par une chaloupe à vapeur, fera le service de la léproserie et effec- 
tuera le transport des lépreux. 

L'administration de la léproserie maritime pourra être confiée à 
un missionnaire assisté de sœurs. 



LA LEPRE EN L\DO-CHINE 2i-7 

Un médecin soustrait au roulement, résidera dans l'île; il procé- 
dera à l'examen de tous les lépreux dès leur arrivée. 

Un laboratoire de bactériologie sera mis à sa disposition. 

Il suffirait de deux léproseries maritimes pour toute la colonie : 
l'unesituéedansl'archipel de Poulo Condorou toute autre île située 
dans ces parages, sur laquelle seraient dirigés les lépreux de la 
Cochinchine, du Cambodge, du Bas-Laos et de la côte d'Annam 
jusqu'à Hué ; l'autre dans la baie d'x\long ou les îles côtières du 
Haut-Tonkin, qui recevrait les lépreux du Haut-Laos, du Tonkin 
et de la côte d'Annam depuis Hué. 

Les autorités locales seront tenues, et ce sous peine d'amende ou 
d'emprisonnement, de faire conduire aux léproseries terrestres 
les lépreux trouvés sur leur territoire. Elles devront en outre dé- 
clarer au directeur si le lépreux est indigent ou s'il peut être en- 
tretenu à ses frais ou à ceux de leurs parents qui en ont la charge 
légale. Ces suspects seront réunis dans un pavillon spécial, jusqu'à 
ce que le médecin chargé de la léproserie les aient examinés. S'ils 
sont reconnus sains, ils seront immédiatement mis en liberté. 
S'ils sont reconnus lépreux, ils seront, sur la délivrance d'un cer- 
tificat par le médecin, soit immatriculés à la léproserie terrestre, 
soit dirigés sur une léproserie maritime. 

Tout lépreux pourra se présenter spontanément à l'examen du 
médecin de la léproserie. Aucun individu sain, ou atteint d'une ma- 
ladie autre que la lèpre, ne pourra être admis dans une léproserie. 

La série des mesures ci-dessus indiquées sera complétée ainsi 
qu'il suit : 

Interdire le mariage à tout indigène reconnu lépreux; 

Surveiller les foires, marchés et tous autres lieux de rassemble- 
ment ; 

Recommander aux médecins des postes médicaux et aux médecins 
en tournée de vaccine de visiter périodiquement et à des époques 
indéterminées les élèves des écoles, les prisonniers, les miliciens, 
les agents de la police indigène et les prostituées. Ces médecins 
dresseront, s'il y a lieu, des certificats, et les autorités locales 
devront soumettre à l'examen de ces médecins tout indigène 
soupçonné d'être atteint de la lèpre ; 

Défendre de pratiquer la variolisation et la vaccination de bras à 
bras; 



248 E. JEANSELME 

Porter à la connaissance du public, par voie d'aifiches, rédigées 
en français et en caractères, les signes apparents de la lèpre, les 
dangers de la contagion et les moyens de s'en prémunir. 

Tout médecin des colonies devra faire un stage dans lune des 
léproseries maritimes pour s'exercer au diagnostic clinique et bac- 
tériologique de la lèpre. 

Les léproseries terrestres et maritimes devront être visitées, au 
moins deux fois par an, par un fonctionnaire délégué par le 
Gouverneur (résident de la province, etc.). 

Les frais de transport et d'entretien des lépreux dans les 
léproseries maritimes seront à la charge des budgets municipaux 
et locaux. 

Les trais d'installation des léproseries maritimes (personnel 
médical et administratif, laboratoire, pharmacie, etc.) seront 
supportés par le budget général de la Colonie. 



LE PALUDISME ET SA TOPOGRAPHIE EN INDO-CHINE 



Le Dr E. JEANSELME 

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris 
Médecin des hôpitaux. 

Il n'est pas une seule région de l'Indo Chine qui soit indemne du 
paludisme, mais l'endémie n'a pas en tout lieu la même gravité. Si 
la maladie fait peu de mctimes parmi les habitants des deltas, en revanche 
elle est meurtrière pour qui s'engage dans la montagne couverte de forêts. 

En Europe, la topographie du paludisme est précisément inverse. 
La fièvre hante le marais et s'y cantonne ; il suffit de s'élever sur les 
premiers contreforts pour se mettre à l'abri de ses coups. 

La contradiction, en quelque sorte paradoxale que je viens de 
signaler, n'est qu'apparente et pour la réduire à néant il n'y a qu'à 
bien poser la question. 

Contrairement aux idées généralement reçues, il n'y a aucun 
lien nécessaire entre l'altitude et le degré de salubrité d'une région. 

L'habitat du paludisme, c'est le sol non défriché, c'est tout aussi 
bien la forêt vierge située à plusieurs milliers de mètres au dessus 
de la mer que la jungle assez basse pour être inondée par le flux. 

Ce qui chasse le paludisme, c'est la culture; or, dans nos pays le 
marécage est abandonné parce qu'il est peu productif ; aussi est-il 
fébrigène. Par contre, en Indo Chine où toute la richesse agricole 
réside dans la rizière, le limon déposé par l'inondation annuelle 
est constamment remué et assaini par ce travail incessant. 

Quant à la région montagneuse; qu'il s'agisse de la chaîne 
annamitique, des massifs montagneux ïraninh, du Haut Laos ou 
du Tonkin, elle est couverte de forêts que l'homme n'a guère 
entamées, aussi est-elle le repaire de la fièvre des bois, c'est-à-dire 
du paludisme à son summum de virulence. Le pays d'Aiinam, en 
raison de sa configuration, se prête assez bien à la démonstration 
des faits que je viens d'avancer. La province du Quang Nam, au 
point de vue du paludisme peut être divisée en zones qui s'étagent 
les unes au dessus des autres depuis le littoral jusqu'à la région 
des hauts plateaux : 



230 E. JEAXSELME 

Première zone ou zone côtière, peuplée exclusivement par des 
Annamites; le paludisme règne à l'état endémique dans cet 
échelon mais il y est peu sévère. 

Deuxième zone, habitée par des Annamites montagnards dont les 
rizières escaladent les premiers contreforts de la chaîne annami- 
tique; dans cette région, le paludisme est plus grave que dans la 
précédente. 

Troisième zone, peuplée par des Moïs-Tap, elle est située entre 
400 et 800 mètres environ. C'est la région la plus malsaine. 

Elle comprend les Moïs des environs de Andiem, de Landon, de 
Tra Bon, ceux qui campent sur la chaîne qui va de Tramy àCatum 
et sépare le Song-Cai du Song Tra Bon. 

Quatrième zone, peuplée par les Mois de Travian, de Tramir, de 
Tu Nac, de Mong Ta, qui sont moins éprouvés par le paludisme 
que ceux de la région précédente, parce qu'ils établissent leurs 
campements au milieu de vastes espaces déboisés. Ils pratiquent 
en efïet le Rai, c'est-à-dire qu'ils mettent le feu à la forêt et plan- 
tent du Riz de montagne sur les cendres. 

Pour atteindre les villages mois de cette zone, en venant de la 
côte, il faut nécessairement traverser des espaces non défrichés et la 
forêt vierge où règne la fièvre des bois. 

Cinquième zone, occupée par les Mois Sedangs, c'est la région des 
hauts plateaux (l.OOO mètres d'altitude en moyenne), elle est très 
salubre, la lièvre y est pour ainsi dire inconnue. En résumé, la zone 
dangereuse par excellence, c'est la zone boisée intermédiaire à la 
côte et aux sommets. Cette ceinture de fièvres a de tout temps 
protégé les Mois montagnards contre les entreprises des con- 
quérants annamites. Les Mois ou Khas qui vivent sur les plateaux 
redoutent autant que les indigènes de la plaine de s'aventurer 
dans cette région, c'est ce qu'ils veulent exprimer dans leur 
langage imagé par ces dictons : le Kha doit vivre dans les 
nuages le Kha meurt quand il entend le chant de la Gre- 
nouille. 

Partout, en Indo-Chine, se retrouventavec plus ou moins de netteté 
ces échelons successifs qui commandent le pronostic du paludisme. 
Dans les estuaires du fleuve Rouge et du Mékong, sur la bande 
côtière de l'Annam, immenses plaines alluviales qui nourissent une 
population fort dense, le paludisme est endémique, mais il est 



LE PALUDISME ET SA TOPOGHAPHIE EN INDOCHINE '2,1)1 

dégradé et prend volontiers le type intermittent tandis que dans la 
haute région, encore peu modifiée par le travail humain, la hèvre 
dépourvue de tout rythme, de toute périodicité, tend à devenir sub- 
continue. Souvent même la cachexie paludéenne s'installe d'em- 
blée, dans mainte région elle décime les enfants du premier âge. 

Dans les centres situés sur les rives du fleuve Rouge en amont de 
Yen Bai, tels que Lao Kai, Long Po, Manhao, dans les postes de la 
haute rivière Noire, depuis Chobo jusqu'à Laichau et sur les rives 
du Nam Ou, du Nam Ngoun et du Nam Ngona, affluents du Mékong-, 
j'ai vu comme dans la région mois voisine deAndiem, le paludisme 
sévir avec violence. 

Pour avoir une notion aproximative sur la virulence de l'endé- 
mie dans un lieu déterminé il faut surtout considérer les enfants, 
si la face est pâle et bouffie, si le ventre est énorme, asymétrique et 
proéminent à gauche, si la main passée sur le flanc toujours souple 
à cet âge permet de délimiter une rate volumineuse descendant 
jusque dans la fosse iliaque, on peut affirmer, sans risque 
d'erreurs, que le paludisme frappe à coups redoublés la population 
tout entière. Les renseignements précis qui m'ont été donnés sur 
diverses autres parties de l'indo- Chine concordent avec les précé- 
dents. La fièvre fait rage dans la haute vallée du Don Naï (Gochin- 
chine). Elle n'est pas moins sévère dans la région boisée du 
Traninh, pas un Européen, pas un coolie n'y échappe; mais sur 
les plateaux découverts qui couronnent ce massif montagneux, les 
accès sont moins graves (1). 

Les missionnaires qui entreprennent de défricher la forêt chez 
les sauvages Katschines, dans la haute Birmanie, succombent trop 
souvent après quelques mois de séjour, tandis que les autres 
membres de la mission résidant à Mandalay, à Rangoon, dans la basse 
région, fournissent une carrière assez longue. 

L'indigène ne possède aucune immunité congénitale ou acquise 
contre le paludisme. 11 acquiert pourtant une sorte d'accoutumance 
fragile et précaire qui dure tant qu'il reste dans la plaine cul- 
tivée; mais qu'il gravisse les pentes voisines, et il succombe 



. (1) Dans ces régions, la fièvre bilieuse hémoglobinurique est souvent associée 
au paludisme, elle n'est pas rare clans le Haut Tonkin et sur la rivière Noire. Sur 
quatre Européens qui se rendirent par terre de Luang Prabang à Muong Yon, 
trois d'entre eux eurent des hématuries. 



232 E. JEANSELME 

avec une rapidité elïrayante. Il connaît si bien le danger qu'il 
court en se déplaçant, qu'il ne se laisse guère tenter par les 
promesses les plus séduisantes et qu'il est souvent nécessaire 
de recourir à la réquisition pour le forcer à travailler dans la 
haute région. 

Contrairement aux prévisions, l'Annamite de la côte est plus 
sensible au paludisme que le blanc. Dès qu'il entre dans la zone 
dangereuse, aux manifestations mitigées à type intermittent suc- 
cèdent presque à coup sûr des accès irréguliers et prolongés. En 1899, 
pendant les mois de mai et juin, époque de la recrudescence 
annuelle du paludisme, une mission composée de dix Européens 
accompagnée de 30 boys provenant du Delta remonta de Hanoi à 
Yunnansen. Au cours de ce voyage, rendu très pénible par des pluies 
incessantes, deux Européens seuls eurent des accès francs. Quant 
aux boys ils furent tous terrassés par la fièvre et plusieurs eurent 
des accès délirants à forme typho'ide. 

Lorsque l'Annamite de la plaine séjourne plusieurs mois dans la 
montagne, il se cachectise; s'il redescend à la côte, il ne se remet 
qu'à la longue; tous les trois ou quatre jours, la fièvre le rend 
incapable de tout travail. 

L'Annamite qui vit à flanc de coteau, en région défrichée, est 
moins vulnérable que l'Annamite de la plaine. Il peut séjourner 
impunément sur la côte, mais s'il pénètre plus haut dans la région 
moi'e, il est fortement touché, mais moins gravement toutefois que 
l'Annamite du littoral. 

Il est présumable que les fatigues excessives, jointes aux sautes 
brusques de température contre lesquelles les habitants des 
basses régions ne sont pas aguerris, sont des facteurs qui favorisent' 
l'éclosion des formes redoutables du paludisme. Tout récemment, 
une mission, chargée d'étudier un tracé de chemin de fer passant 
par la haute vallée du Donai, emmena avec elle 108 boys ou aides 
indigènes; sur ce nombre, il y eut bientôt 89 décès. On recruta 
pour les gros travaux des coolies chinois, mais la mortalité parmi 
eux fut effroyable et l'on dut renoncer au projet, faute de main 
d'oeuvre. Je tiens d'un ingénieur, chargé de faire des études pour 
la construction de la ligne du Yunnan, que sur 38 porteurs chinois 
partis de Mongtsé pour chercher des bagages à Manhao, centre 
essentiellement malsain situé sur le haut fleuve Rouge, 36 succom- 



LE PALUDISME ET SA TOPOGRAPHIE EN INDOCHINE 2j3 

bèrent au Chani>- Ki (paludisme à forme subcontinue et lyplioïde), 
soit rapidement, soit après avoir langui pendant une durée plus ou 
moins longue. 

Quand on envisage ces faits, une question se présente immédia- 
tement à l'esprit : les accidents graves qui éclatent dans la zone 
boisée sont ils le résultat d'une nouvelle inoculation, ou bien ne 
sont-ils que l'exacerbation d'un paludisme antérieur? 

A cette question, l'examen des faits cliniques ne permet pas de 
répondre; car tous ceux, indigènes ou blancs, qui sont terrrassés 
par la fièvre dans la montagne ont pu prendre le germe du palu- 
disme sur le littoral. Les recherches bactériologiques pourraient 
peut-être apporter ici leur appoint. Si l'Hématozoaire qui cause la 
fièvre des bois en Indo-Chine n'est pas identique à celui qui 
provoque les accès mitigés en terre basse, le problème sera résolu 
dans le sens dune réinoculation (1). 

De ce qui précède, il résulte que le paludisme est grave sur les 
hauteurs boisées, mais il ne s'en suit pas pour cela qu'il soit tou- 
jours bénin dans les régions défrichées. On voit même actuellement 
enJndo-Ghinedesterritoires jusqu'alors réputés salubres, devenir le 
centre dune endémie malarienne des plus meurtrières. Près de 
Qui-Nhon, sur la côte d'x-Xnnam, dans les vallées de la Se Done et 
cle la Se Bang Hien, au Bas-Laos, dans maintes localités situées sur 
les rives du Mékong, la malaria devient offensive sans cause 
connue et oblige parfois les habitants à déplacer leurs demeures et 
à délaisser leurs cultures. 

Dans ces villages, les enfants à la mamelle sont eux-mêmes 
touchés. Rabougris, d'aspect chétif et vieillot, ils ont le ventre 
proéminent, asymétrique et distendu par un énorme gâteau 
splénique. Beaucoup d'entre eux succombent en bas âge ; parmi 
ceux qui échappent, la plupart ont une taille au-dessous de la 
moyenne ; débiles, entachés d'infantilisme, ils n'atteignent pas 
la puberté ou sont inaptes à se reproduire. Ainsi se dépeu- 
plent bien des contrées naguère florissantes. Quand on tra- 
verse la forêt-clairière qui couvre actuellement une grande partie 



(1) L'étude microscopique seule peut décider si, dans le groupe mal défini de la 
flèvredes bois, il n'y a pas des cas relevant du Leishtnania Doiwvani, agent d'un 
type de fièvre rémittente fort répandue dans l'Inde. Récemment ce parasite a été 
trouvé dans le kala-azar ou fièvre noire de la vallée du Brahmapoutre. 



2o4 E. JEANSELME 

du Laos, on voit, à chaque pas, d'anciens talus de rizières cachés 
sous la végétation. 

Quand on franchit la frontière de Chine, le paysage change ; aux 
montagnes du Haut-Tonkin couvertes d'une épaisse végétation, suc- 
cèdent des monts chauves. Les rizières s'étagent par degrés sur les 
flancs des cirques et remontent aussi haut que possible. Grâce au 
déboisement, le paludisme, quoique fort commun au Yunnan, est 
en général peu grave, du moins dans les régions que j'ai parcourues 
(route de Yunnan Sen à Bahmo, par Tali fu et ïeng Yuè). 

Cependant il est très violent, pendant la saison des pluies, sur les 
bords de la Salouen. A cette époque de l'année, les caravanes sont 
suspendues, d'abord à cause des inondations, mais aussi parce que 
les mafous ou muletiers chinois redoutent les accès souvent mor- 
tels du Chang Ki. 

Voyageant en ces régions pendant l'hivernage, j'ai dû, faute de 
muletiers, conduire moi-même mon petit convoi composé de 
quatre personnes. Malgré des fatigues prolongées et malgré 
de fortes atteintes de paludisme antérieur, je n'ai pas été touché 
pendant cette traversée de Yunnan ; seul mon boy eut un léger 
accès, les deux autres indigènes qui m'accompagnaient restèrent 
indemnes. 

Les dernières étapes de la route qui aboutit à Bhamo traversent 
des régions boisées habitées par de rares tribus katschines, sau- 
vages qui ne défrichent pas le sol. Aussi dans ces forêts, qui con- 
finent à celles de la haute Birmanie, le paludisme est-il aussi 
violent qu'en Indo-Chine. 

Le paludisme occupe le premier rang parmi les causes qui entra- 
vent l'accroissement de l'élément indigène dans notre grande colo- 
nie Indo-Chinoise. Bien plus, il active la dépopulation de provinces 
autrefois prospères. 11 est donc urgent d'engager la lutte avec lui. 

Dans les pays de plaines jadis cultivées, au Laos, par exemple, et 
dans la vaste plaine de Dien Bien phu, il faut encourager la recons- 
titution des anciennes rizières. Ces terres ont été et sont encore 
fertiles, mais pour les assainir, pour les mettre en valeur, il fau- 
drait des bras. L'immigration seule peut les fournir ; elle s'im- 
pose, à mon avis, comme une nécessité inéluctable. 

La gravité du paludisme chez l'indigène transplanté hors du sol 
natal est une notion qui doit servir de guide dans le choix des 



LE PALUDISME ET SA TOPOGRAPHIE EN INDO-CHINE 2oo 

colons. Il semble donc rationnel de s'adresser tout dabord aux des- 
cendants des Laotiens qui, lors du sac de Vien Tian (1828), l'urenL 
emmenés en captivité par les Siamois pour peupler la vallée du 
Ménam. Pour attirer ces familles Laotiennes, c{ui pour la plupai'L 
ne demandent qu'à rentrer dans leur ancienne patrie, on pourrait 
emploj'er divers moyens .•distribution gratuite de terres domaniales; 
— travaux d'irrigation; — fourniture de graines et instruments 
aratoires; — exemption de l'impôt foncier jusqu'à la période de 
rendement des terres concédées, etc.Dureste, l'expérience doit être 
faite en petit et menée avec une extrême prudence, afin d'éviter des 
désastres irréparables. Le choix des centres de colonisation 
devrait être précédé d'une enquête médicale portant sur l'état 
sanitaire de la région et sur l'existence de Moustiques pathogènes 
pour l'homme. Un médecin serait chargé de surveiller ces centres 
et d'y faire appliquer les mesures d'hygiène. Chaque fois qu'il y 
aurait lieu de créer un nouveau village de colons indigènes, le mé- 
decin serait appelé à donner son avis. 

Le défrichement systématique de la région boisée n'est pas à 
conseiller, d'abord parce qu'il ferait de véritables hécatombes, et 
aussi parce que la destruction des forêts, qui retiennent les terres et 
les eaux de surface, aurait pour conséquence des inondations 
suivies de sécheresse, et partant la famine. 

L'effroyable mortalité des coolies est le plus grand obstacle à 
l'exécution des grands travaux publics. Quand cela est possible, il 
faut recruter des travailleurs sur place; grâce à leur accoutumance, 
ils résistent mieux; malheureusement, on est contraint, presque 
toujours, parla nécessité d'importer de la maind'œuvre étrangère 
à la région. Si l'on a soin de sélectionner les coolies, de les 
nourrir, de les vêtir et de les loger convenablement, de leur 
épargner des fatigues excessives, de les pourvoir de moustiquaires 
et de leur délivrer libéralement la quinine préventive, on verra le 
nombre des décès et le pourcentage des journées de maladies 
s'abaisser dans une forte proportion, ce qui, tant au point de vue 
économique qu'au point de vue humanitaire, peut être considéré 
comme une victoire. 



LE BERIBERI ET LES PRISONS 



Le Dr E. JEANSELME 

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris 
Médecin des hôpitaux. 

En Indo Chine, comme en Birmanie, au Siam et à Java, le 
béribéri fait de nombreuses victimes (1). 

On ignore, à l'heure actuelle, la cause eificiente de cette polyné- 
vrite endémo-épidémique. L'hypothèse d'une toxi-infection paraît 
plus vraisemblable que celle d'une intoxication d'origine alimen- 
taire, car les foyers de béribéri ont une certaine mobilité, et par- 
fois ils suivent certains groupes humains, pour ainsi dire à la 
trace, dans tous leurs déplacements. Les convois de détenus formés 
à Poulo Condor (pénitencier où le béribéri est endémique) et 
destinés à la Nouvelle-Calédonie ont été décimés par le béribéri 
pendant tout le cours de la traversée, et jusque dans les mines de 
nickel vers lesquelles ces prisonniers étaient dirigés. 

Les causes secondes, telles que le confinement, l'accumulation 
d'un trop grand nombre d'individus dans un espace étroit et mal 
aéré, l'absence d'exercice, une alimentation défectueuse ont une si 
grande importance, dans la genèse du béribéri que, sans elles, une 
épidémie ne pourrait éclater. Pendant la famine qui sévît en Annam 
en 1899, j'ai vu des faméliques, dont la ration était réduite à une 
écuelle de riz par jour, succomber en grand nombre au béribéri. 
En 1890, quand une épidémie de béribéri éclata dans le séminaire 
de Saigon, les prêtres français et indigènes furent tous épargnés, 
tandis que la plupart des élèves étaient atteints. Maîtres et élèves 
avaient une nourriture identique quand à la qualité, — c'était 
celle des indigènes de la Cochinchine, — mais la ration des élèves 
était fort réduite. 

(1) Tous les symptômes relevés dans le cours de cette maladie : paralysies, 
abolition des réflexes et amyotrophies, — anesthésie cutanée et hypéresthésie 
musculaire; — œdème, anasarque et épanchement dans les séreuses, — sont 
les expressions variées de la névrite bcribérique. 

Quand celle-ci se limite aux nerfs des memlires, la maladie est curable, 
quoique longue et sujette à récidive. Mais quand elle atteint les nerfs qui 
actionnent le cœur et le poumon, le danger est imminent et la mort, subite ou 
lente, est la terminaison la plus habituelle. 



LE BÉRIBÉRI ET LES PRISONS 257 

Toutes les conditions adjuvantes qui favorisent l'éclosion du 
bébibéri, la maladie de misère par excellence, se trouvent 
réalisées dans les prisons de Tlndo-Chine. Les détenus asiatiques 
contractent seuls cette maladie; les détenus européens restent 
imdemnes, alors même que leur quartier est contigu à celui des 
indigènes. Cette immunité est due à ce que les prisonniers blancs 
reçoivent une nourriture plus substantielle, et non pas à une 
immunité de race. Ce qui le prouve, c'est que les gardiens 
indigènes qui vivent en plein foyer béribérique, mais qui ont une 
alimentation plus copieuse sont très rarement atteints, ou ne 
présentent que des formes légères (1). 

Des fautes dbygiène et de construction, jointes à une alimentation 
défectueuse, expliquent pourquoi le béribéri fait rage à la prison 
centrale de Saigon. C'est à l'hôpital de Choquan, sur lequel sont 
dirigés les prisonniers malades de toute la Cochinchine, qu'on peut 
compter les victimes du béribéri. Au cours du dernier semestre 
de 1899 (exactement du 14 juillet au 29 décembre), 818 malades 
sont entrés dans cet établissement. Pendant cette période, il y a 
eu 236 décès dont 213 dus au béribéri. Or sur ces 213 cas mortels, 
165 provenaient de la prison centrale de Saigon. 

C'est au bagne de Poulo Condor que le béribéri exerce au plus 
haut degré son pouvoir d'extermination. Ce pénitencier est situé 
en pleine mer, à 100 milles du cap Saint- Jacques, dans un petit 
archipel volcanique comprenant plusieurs îles montagneuses cou- 
vertes de forêts très touffues. 

]\lalgré la proximité de l'équateur (8° lat. N.), la chaleur est très 
supportable dans ces îles et l'air y est vivifiant, grâce à la brise qui 
souffle presque constamment du large pendant les deux mous- 
sons. 

La Grande Condor (54 kil. carrés), sur laquelle est établi le péni- 
tencier, est riche en Bananiers, en Manguiers et en Cocotiers. 
Bien que la surface cultivée soit peu considérable, il y a dans 
cette île des champs de Patates, de Fève^, de Maïs, et quelques ri 

(1) Le fermier de l'alimentation, pour la nouvelle prison centrale de Hanoï, ne 
reçoit que piastre 0o2 cents pour la ration journalière du prisonnier indigène, 
contre piastres 40 cents pour celle du prisonnier européen. En d'autres termes, 
si l'on calcule la piastre, au cours moyen de 2 fr. 50 c. ; valeur qu'elle avait en 
1899, on voit que la nourritured'un indigène revient àmoins de 15 centimes, tandis 
que celle du blanc coûte 1 franc, c'est à dire près de sept fois plus cher. 

Archives de Parasitologie, IX, n" 2, 1904. 17 



258 E. JEANSELME 

zières. Les côtes sont très poissonneuses, les puits fournissent une eau 
abondante et d'assez bonne qualité. 

Tous ces avantages naturels semblaient devoir assurer au bagne 
de Poulo Condor une salubrité exceptionnelle. Or, il a suffi d'une 
hygiène et d'une alimentation irrationnelles pour transformer cet 
établissement en un véritable charnier. Dire que le béribéri a 
décimé les prisonniers serait un euphémisme, car en réalité il a 
vidé le pénitencier. En novembre 1899, quand je le visitai, il con- 
tenait tout au plus 150 forçats, et l'administration justement émue 
de ces hécatombes inutiles songeait à le désaffecter. D'après 
M. Andrieux, médecin des colonies, auquel j'emprunte les détails 
qui suivent (1), du 1*"^ octobre 1897 au 31 décembre 1898, il est 
mort 5o0 détenus au pénitencier dont 405 du béribéri. Pendant 
cette période, la mortalité du bagne a été de 671 0/00 d'effectif. 

Les causes qui ont préparé cette épidémie meurtrière de 1897- 
1898 sont aisées à saisir. Les bâtiments du pénitencier sont très, 
humides; ils s'élèvent sur un soubassement de 80 centimètres, 
hauteur insuffisante pendant la saison des pluies. Les latrines, 
réduites à leur plus simple expression, sont des orifices à ciel 
ouvert, pratiqués dans le sol même des salles. 

Les lits de camp en bambou qui existaient autrefois ont été sup- 
primés et les prisonniers dorment aujourd'hui sur une simple 
natte qu'ils étendent sur le sol bétonné ou dallé. Comme ils n'ont 
pas de vêtements de rechange, les jours de pluie ils restent mouillés 
toute la nuit durant. A cette influence débilitante du froid et de 
l'humidité, s'est associé un autre facteur béribérigène peut-être 
encore plus important. La nourriture des prisonniers était, et est 
probablement encore, notoirement insuffisante tant au point de vue 
de la qualité que de la quantité. Les détenus reçoivent, chaque 
jour, 800 grammes de riz et 250 grammes de Poisson sec, remplacé 
parfois, mais très rarement, par du Poisson frais. En outre, d'après 
le règlement, il devrait être délivré, deux fois par semaine, 
250 grammes de viande de Porc et 100 grammes de légumes. Mais 
en fait, cette distribution n'a lieu que deux fois par mois. Cette 
alimentation privée de tout condiments, fort monotone et de mau- 



(1) Andrieux, Épidémie de béribéri observi'O à Poulo Condor en 1897-1898. 
Annales d'hygihie et de médecine coloniales, \\\. p. 183, 1900. 



LE BÉRIBÉRI ET LES PRISONS 259 

vaise qualité, est si répugnante qu'elle est en partie laissée par les 
prisonniers. Ainsi donc, la portion qui leur est allouée et qui peut 
à peine être considérée comme une ration d'entretien, n'est pas 
même ingérée en totalité. 

Sur des hommes si éprouvés par les privations, la moindre 
atteinte morbide peut servir de cause occasionnelle au béribéri. 
En 1897-1898, ce sont des accès de fièvre palustre, de diarrhée 
et de dysenterie qui ont précédé et préparé l'éclosion de l'épi- 
démie. 

Une alimentation réparatrice et variée, assaisonnée de condi 
iiients, le rétablissement des lits de camp, la cessation des trava^ux 
trop pénibles, l'évacuation des bâtiments et la dissémination des 
prisonniers dans des paillotes a diminué la mortalité dans de très 
notables proportions. N'est-ce pas là une contre-épreuve qui 
met bien en évidence la valeur morbigène des causes ci-dessus 
énumérées? 

On ne peut transformer une prison déjà construite qu'au prix 
de sacrifices considérables, et alors même qu'ils sont consentis, le 
résultat est toujours médiocre. 11 importe donc que, dans l'avenir, 
les plans de toute prison nouvelle soient établis par une commis 
sion contenant parmi ses membres des médecins hygiénistes. 
Ceux-ci ne devront jamais perdre de vue le principe suivant : 

La prison, comme le vêtement, doit être adaptée au climat. Elle 
doit être aménagée de manière à lutter avec avantage contre le 
facteur météorologique le plus défavorable. 

En Indo-Chine, surtout dans les latitudes basses, c'est la chaleur 
humide. Cela étant, l'indication dominante est d'établir un courant 
d'air constant pour rafraîchir l'atmosphère et assécher les bâti 
ments. Pour satisfaire à cette indication capitale, la prison doit 
s'étendre en surface sur un vaste espace libre. Elle doit donc 
d'une manière générale, être située hors ville. Les règles à suivre 
pour éviter les vices de construction les plus contraires à l'hygiène 
se résument en ceci .-point de bâtiments agglomérés, point d'étages 
superposés; point de cours encaissées où stagne un air dormant, 
un air mort, partout de l'air courant. Donc, si les constructions 
encadrent une cour, il faut en rompre la continuité par des cou- 
pures pour favoriser la ventilation. Chaque fois que cela est 
possible, il est bon d'adopter les dispositions rayonnante ou en 



260 E. JEANS ELME 

ordre dispersé qui permettent d'orienter les façades suivant la direc- 
tion habituelle des vents régnants. Chaque bâtiment doit être établi 
sur une plateforme soutenue par des arcades surbaissées afin que 
l'air circule librement dans les substructions. Le toit à double 
versant, prolongé au delà des façades de manière à protéger l'in- 
térieur contre la pluie et le soleil, sera percé de lacunes pour 
laisser échapper l'air chaud. L'espace compris entre les piliers en 
maçonnerie sera comblé soit par de minces parois filtrantes en 
Bambou tressé, soit par des cloisons plus épaisses. 

Le choix des matériaux est en effet subordonné au climat, et tel 
modèle de construction qui convient en Cochinchine où les écarts 
thermiques sont à peine accusés pendant tout le cours de l'année, 
ne peut être utilisé au Tonkin où la température est relativement 
basse durant la saison sèche. Le sol bétonné sera légèrement bombé 
comme le pont d'un navire, de manière à ce que les eaux de lavage 
puissent s'écouler aisément en dehors. 

La division des bâtiments en salles de dimension réduite crée 
un obstacle à l'extension des maladies contagieuses, il faut donc 
s'efforcer de réaliser le sectionnement dans la mesure où il est con- 
ciliable avec les nécessités de la surveillance. Mais pour prévenir 
ou enrayer les épidémies, l'une des réformes les plus urgentes est 
d'attribuer à chaque détenu une couchette en Bambou avec natte 
et couverture individuelles. Des hangars pour le repas des prison- 
niers, un grand bassin pour leurs ablutions, des latrines bien 
tenues, une infirmerie disposée de manière à permettre l'isolement 
effectif des maladies transmissibles, sont des organes essentiels 
dont le fonctionnement régulier contribue à maintenir un bon état 
sanitaire parmi les détenus. 

La tâche du médecin n'est point facile. Il ne doit pas se borner à 
l'examen des prisonniers portés malades. 11 doit faire œuvre 
d'hygiéniste, ce qui suppose implicitement qu'il possède assez d'au- 
torité pour faire écouter ses avis. 

Il vaccinera le personnel et les détenus. Il inspectera les locaux. 
Il veillera à ce que les prisonniers soient pourvus de vêtements 
de rechange, à ce que l'alimentation soit conforme aux règlements. 
A époque fixe, il fera peser indistinctement tous les prisonniers, 
comme cela se pratique à Insein, chaque quinzaine. Tout écart con- 
sidérable, soit en moins, soit en plus, par rapport au poids 



LE BÉRIBÉRI ET LES PRISONS 261 

antérieur du détenu, doit éveiller l'attention du médecin, dont la 
constante préoccupation doit être de dépister le béribéri à son 
début. Or, si dans la forme sèche, le corps diminue de poids, il aug- 
mente au contraire notablement dans la forme humide en propor- 
tion de l'œdème, et cela bien avant que celui-ci soit apparent. 

Toujours en vue d'éteindre une épidémie de béribéri dès son 
origine, le médecin doit faire une enquête minutieuse sur chaque 
cas de mort subite. Ayant appris que cet accident soudain était 
fréquent dans plusieurs prisons de l'Indo-Ghine, je cherchai la 
raison d'être de ce fait. Chaque fois que cet accident m'était 
signalé, je trouvais en co'incidence avec lui des cas avérés ou latents 
de béribéri. Poursuivant mes recherches, je suis arrivé à cette 
conviction que ces cas de mort subite relèvent de la forme fou- 
droyante du béribéri, de celle qui intéresse d'emblée le pneu- 
mogastrique ou le phrénique. De là, cette conclusion pratique 
que la mort subite, survenant en série dans une prison de 
l'Extrême-Orient, signifie que le béribéri y règne à l'état endé- 
mique. Dès que l'existence de la terrible maladie est constatée, 
le quartier où elle règne doit être évacué, et les prisonniers seront 
disséminés dans des paillotes pendant que les bâtiments seront 
désinfectés. 

Le médecin a le devoir de rappeler à l'administration que l'amé- 
lioration de l'ordinaire est l'un des plus puissants moyens pour 
chasser le béribéri. En effet, dans la genèse de celui-ci, comme dans 
celle du scorbut, les vices de l'alimentation ont une part prépondé- 
rante. La nourriture doit être suffisante non seulement en quantité 
maisaussien qualité, sinon le prisonnier, pris d'undégoûtinsurmon- 
table, laisse sa portion presque intacte et s'achemine sûrement vers le 
béribéri. La monotonie du régime alimentaire, l'abus des salaisons 
amènent le même résultat. 11 faut donc, chaque fois que cela est 
possible, distribuer des vivres frais, des légumes verts, des con- 
diments, des fruits tels que la Banane dont le prix est fort modique. 

Rien n'est plus nuisible au prisonnier que l'oisiveté. Une organi- 
sation rationnelle du travail offre des avantages multiples, d'abord 
au point de vue de l'hygiène, car l'absence d'exercice physique, d'oc- 
cupations manuelles, exerce une action déprimante sur le prison- 
nier, ensuite au point de vue de lamoralisation, car le détenu qui 
apprend un métier est en état de gagner sa vie, quand il rentre 



262 E. JEANSELME 

dans la société, enfin au point de vue de la bonne gestion des 
deniers publics, car la vente des produits fabriqués dans la prison 
couvre une partie de ses frais d'entretien et de surveillance. Mais 
ce résultat n'est possible que si cette main d'œuvre pénale est 
vigoureuse et bien traitée. 

Des hommes nourris au plus juste, malingres et cachectiques, ne 
produisent aucun travail utile et en définitive coûtent très cher. 
A l'exemple des Anglais et des Siamois, il nous serait facile de 
former de bons ouvriers parmi les Cambodgiens, les Annamites 
et les Chinois, dont les aptitudes artistiques sont bien connues de 
tous les Européens qui ont vécu en Indo Chine. 



DE LA RÉPARTITION DU PALUDISME EN ALGERIE 



L. MOREAU et H. SOULIÉ 

Professeurs à l'École de médecine d'Alger. 



Comme complément à notre communication sur la lutte contre 
le Paludisme en Algérie, nous nous proposons de dire quelques 
mots de la répartiUon de ce fléau dans notre colonie nord-africaine. 

Ces données que nous allons exposer, nous les avons recueillies 
au cours des années 1900 et 1901, dans le but de dresser une carte 
que nous avions été chargés d'établir, par le Comité d'études algé- 
riennes, fondé à Alger par M. le Professeur Trolard, et que nous 
avons présentée, pour la première fois, au Congrès de géographie 
d'Oran, le 5 avril 1902. Ce Congrès voulut bien nous accorder ses 
encouragements et émit un vote favorable à la publication de notre 
travail. 

Depuis, le Gourernement général de l'Algérie, aux bons offices 
duquel nous avions dû la précieuse collaboration du Service topo- 
graphique et de nos confrères, médecins communaux et de circons- 
eription, ne nous a point abandonnés; c'est grâce à lui que nous 
avons pu éditer notre carte et les documents qui ont servi à l'établir. 
C'est ce volume que nous avons l'honneur de vous présenter au- 
jourd'hui. Nous saisissons avec empressement cette occasion 
d'adresser de nouveau et publiquement nos remerciements bien 
sincères à M. le Gouverneur de l'Algérie et à tous ceux qui nous 
ont aidés dans notre tâche. 

Pour la remplir, voici la marche que nous avons suivie : 

Nous avons prié nos collaborateurs de vouloir bien nous indi- 
quer, chacun pour la circonscription où il exerçait : 

1° Les foyers paludiques donnant naissance, tous les ans, à une 
endémie palustre; 

2° Les foyers paludiques engendrant le paludisme suivant l'état 
pluviométrique des années; 

3° Les foyers paludiques transitoires, prenant naissance à 
l'occasion des grands travaux du sol (construction d'une route, 



264 L. MOREAU ET H. SOULIE 

dîme ligne de chemin de fer, défoncements en vue de colonf- 
sation, etc.); 

4° Les foyers, jadis paludiques et assainis depuis par la culture 
ou par des travaux d'art. 

En adoptant cette base pour notre carte, nous ne nous sommes 
pas dissimulé qu'elle était toute subjective et nous exposait en 
conséquence à des erreurs dues à la variabilité du point de vue 
personnel. Nous dûmes cependant nous en contenter; car les 
éléments nous manquaient pour une base objective, plus mathé- 
matique, reposant, par exemple, sur le nombre des décès impu- 
tables au paludisme, comparé au chiffre de la population. 

Une pareille statistique n'est pas possible, en ce moment, en 
Algérie; car si l'état civil y enregistre les décès, il n'indique pas 
les causes de la mort. Nous avons obtenu du Gouvernement des 
mesures qui, désormais, rendront possible une telle enquête. 
Celle-ci permettra d'établir les proportions respectives des pre- 
mières atteintes du mal, des rechutes, des réinfections, des cas 
de cachexie et des décès. Lorsqu'elle sera terminée, nous pourrons 
reconstituer notre carte sur cette nouvelle base, celle-là même 
qui a été adoptée pour une carte très estimée de la répartition du 
paludisme en Italie. 

Mais, à notre avis, et c'est aussi celui de M. le Professeur Laveran, 
ce ne sera pas encore là le dernier mot du problème : la vraie 
base, capable de donner le plus haut degré d'exactitude possible 
à cette carte, c'est Y index endémique, c'est-à-dire la proportion 
d'enfants impaludés(dans lesquels on trouve l'Hématozoaire carac- 
téristique) au chiffre global de la population. Malheureusement, 
pour recueillir cet index dans toutes les localités de la colonie, de 
longues et patientes recherches sont nécessaires, et bien du temps 
passera avant quelles aient pu être effectuées. 

Telle qu'elle est, notre carte donne une idée de la répartition 
du paludisme en Algérie. 

Elle le montre sévissant dans les plaines et le long des cours 
d'eau, des chotts, des marais, des routes et des voies ferrées en 
construction, partout où la terre est le plus fertile et où elle est, 
pour la première fois, profondément remuée, et respectant en 
général les montagnes et les hauts-plateaux. De là cette première 
constatation, qu'on ne peut renoncer à habiterces terrains palustres 



DE LA RÉPARTITION RU PALUDISAIE EN ALGERIE 26o 

pour se réfugier en permanence sur les hauteurs moins fertiles 
ou stériles, comme en des sanatoriums, sous peine de perdre les 
plus riches joyaux de la Colonie. Et puisqu'il faut y rester, il faut 
aussi les assainir et s'y défendre. 

De cet assainissement et de cette défense, nous avons exposé les 
principes dans notre précédente communication. Nous ajouterons 
seulement aujourd'hui que notre carte permet de voir d'un coup 
d'oeil sur quels points doivent porter les premiers et principaux 
efforts. 

En comparant la répartition du paludisme à celle des Anophèles, 
elle permet une démonstration nouvelle du rôle de ceux-ci dans 
la propagation de la maladie. 

En montrant, à côté des endroits contaminés, les pays restés 
indemnes, elle dirigera dans le choix de sanatoriums pour les 
convalescents. 

Enfin, en notant les points déjà nombreux doù le paludisme a 
disparu, elle suggérera une réflexion consolante et elle inspirera 
un puissant encouragement et un ferme espoir pour l'avenir. 



LE PHAGÉDÉNISME DES PLAIES SOUS LES TROPIQUES 



Le Professeur LE DANTEC 



M. Le Dantec commence par éliminer de son exposé les chancres 
phagédéniques, ainsi que l'ulcère de Vincent, dû à un Staphylo- 
coque, et qui du reste est un cas unique dans la science. 

Il ne veut parler que du phagédénisme commun, produit par une 
fausse membrane diphtéroïde qui dissèque les tissus. C'est une 
maladie très grave, surtout pendant les expéditions militaires. 

M. Le Dantec fait passer des figures coloriées et fait remarquer 
combien le diagnostic est facile à la vue de la fausse membrane 
diphtéroïde. Cependant, dans un travail de Reynaud, on trouve 
une figure peinte, exécutée d'après la pièce n» 2197 du musée de 
l'hôpital Saint-Louis et qui ne se rapporte certainement pas au 
phagédénisme. M. Le Dantec pense qu'il y a là une erreur impor- 
tante à signaler. 

En résumé, le phagédénisme des plaies sous les tropiques est 
caractérisé par la formation d'une fausse membrane diphtéroïde 
qui dissèque les tissus. 

Il faut distinguer trois stades dans l'évolution de l'étude du pha- 
gédénisme : dans un premier stade, il a été étudié exclusivement 
aux colonies; dans un second stade, il a été étudié dans les pays 
tempérés, sur des malades exotiques ; enfin, dans un troisième stade, 
on l'a observé dans les pays tempérés, sur des malades du pays. 

On a donc d'abord décrit des exemples locaux de phagédénisme, 
sous le nom d'ulcère local : ulcère mozambique à Madagascar, 
ulcère de la Guyane sur les transportés. Puis les inspecteurs géné- 
raux du service de santé ont généralisé et ont donné à toutes ces 
manifestations le nom d'ulcère phagédénique des pays chauds. 

En 1884, M. Le Dantec est envoyé en Guyane, au Maroni, et voit 
une véritable épidémie de phagédénisme, il observe jusqu'à 18 cas 



LE PHAGÉDÉNISME DES PLAIES SOUS LES TROPIQUES 2(î7 

de suite. Des frottis, faits avec des fraj^ments de fausses membranes, 
montrent un véritable tissu ou feutrage de Bacilles. 

A son retour en France, il montre ses préparations au D^ Roux, 
qui était alors préparateur de Pasteur à la rue d'Ulm. Le D^' Roux 
confirme les observations de M. Le Dantec, dans une note publiée 
en 1885. Malheureusement, toutes les tentatives d'inoculations et 
de culture ont échoué. L'agent pathogène se présentait sous la forme 
d'un Bacille long de 7 à \2 y., ne prenant pas le Gram. Dans la suite, 
il a été retrouvé dans d'autres colonies. 

Dix ans plus tard, en 1895, débute le second stade de révolution 
scientifique du phagédénisme. M. Le Dantec émet, au concours 
d'agrégation, Ihypothèse d'épidémies probables de phagédénisme. 
D'autre part, Vincent, à Alger, étudie les fausses membranes des 
plaies phagédéniques et donne à cette maladie le nom de pourriture 
d'hôpital, dans un travail publié en 1896 dans les Annales de l'Ins- 
titut Pasteur. 

Enfin la pourriture d'hôpital a été étudiée à Paris sur des cas 
autochtones. On y retrouve des nuées de Bacilles, semblables à ceux 
qui avaient été vus par M. Le Dantec. On peut en trouver la des- 
cription dans la thèse de Coyon, publiée dans les Annales de l'Ins- 
titut Pasteur. Il était facile d'en conclure l'analogie des deux 
affections et de penser que les deux noms : phagédénisme des 
pays chauds et pourriture d'hôpital étaient synonymes. 

C'est alors que M. Le Dantec se met à rechercher la cause de la 
propagation de ces fausses membranes. Il remarque que les cas 
sont surtout fréquents pendant les expéditions militaires ou au 
cours des travaux de chemins de fer. Comme les lésions siègent le 
plus souvent aux membres inférieurs, il suppose qu'elles peuvent 
être causées par un microbe terrestre. Cependant, au moment du 
repiquage du Riz, on observe des ulcères des bras. Il faut noter 
aussi que le cas décrit d'après la pièce du musée de l'hôpital 
Saint-Louis, et cité plus haut, siégeait au bras. 

M. Le Dantec fait donc venir des terres de diverses colonies 
et les inocule à des animaux. Il introduit dans les tissus la 
terre seule ou associée à des échardes de Bambou, qui sont 
accusées de jouer un certain rôle dans la production des plaies 
phagédéniques. 

Au commencement, les animaux mouraient tous du tétanos. 



268 LE DANTEC 

Mais, finalement, une terre provenant de Cochinchine donna à un 
Cobaye l'ulcère seul, sans complication de tétanos. 

M. Le Dantec fait circuler une planche coloriée, représentant le 
Cobaye porteur de l'ulcère. 

Lulcération expérimentale présentait tous les caractères de 
l'ulcère phagédénique des pays chauds. La fausse membrane avait 
le même aspect et renfermait les mêmes Bacilles en nombre consi- 
dérable. Malheureusement, il fut impossible de réussir aucune 
culture ni aucune réinoculation. L'identité des deux lésions ne peut 
donc être affirmée. Il est à désirer que l'on reprenne et continue 
ces expériences. 

La technique est des plus simples. Pour expédier les fausses 
membranes des colonies en France, il faut éviter l'emploi des 
pipettes Pasteur. Les microbes secondaires y pullulent en effet et 
la fausse membrane disparaît ou devient inutilisable. Le mieux est 
d'étaler ces membranes sur unfragmentde verre quelconque, vitre 
cassée ou vieille plaque photographique, et de les faire sécher. La 
conservation est alors indéfinie. M. Le Dantec montre en effet à 
l'assemblée une plaque de verre, recouverte de fausses membranes, 
qu'il a reçue de Konakry. 

Il semble donc que la terre recèle trois microbes pathogènes pour 
les plaies : le Bacille du tétanos, le Vibrion septique et le Bacille 
phagédénique. 

L'étude de ces faits montre qu'il ne faut pas négliger les maladies 
tropicales, car elles éclairent souvent la pathologie des pays tem- 
pérés. C'est ainsi qu'a régné longtemps l'idée de l'origine équine 
du tétanos. Cependant on a vu des flèches empoisonnées avec de la 
terre de marais, provenant de pays sans Chevaux, tels que la Nou- 
velle-Calédonie, qui donnaient sûrement le tétanos. 



NOTE SUR DEUX CAS DE GOUNDOU 



Le Dr GANNAG 

Médecin de la Marine (École du service de santé). 

Je donne ci-dessous le résumé de deux cas de goundou que j'ai 
observés à la Côte d'Ivoire. 

Observation I. — Goundou bilatéral. 

BouRou, fdlette de race agni, âgée de six ans (fig. 1). Antécé- 
dents héréditaires : les parents ne sont pas atteints de goundou. 




Fig. 1. 



Antécédents personnels : a le pian depuis sa naissance. 

Le goundou a débuté dès la première année de sa vie par deux 
petits points situés symétriquement de chaque côté du nez; on ne 
peut assigner aucune cause. 



270 



CANNAC 



Actuellement (juillet 1902), on constate de chaque côté de la 
base du nez deux tumeurs sj^métriques, sessiles, de forme ovoïde, 
dirigées de haut en bas et de dedans en dehors. Consistance dure, 
osseuse. Aucune mobilité. Sonorité douteuse à la percussion. La 
peau est normale et mobile sur les deux tumeurs. Aucune 
douleur spontanée ou à la pression. Globes oculaires mobiles, 
vision normale. Un peu de larmoiementà droite; blépharite ciliaire 
des deux côtés. Rien de particulier dans les fosses nasales 
ni dans la cavité buccale. Hypertrophie ganglionnaire généralisée, 
consécutive au pian. Toutes les fonctions sont normales. Diverses 
déformations siègent aux deux mains et au pied gauche (anky- 
lose, incurvation, pied en varus, absence d'une phalangette). 

Observation II. — Goundou unilatéral. 
Kanga, jeune garçon de race agni, âgé de dix ans (fig. 2). Aucun 




Fio;. 2. 



de ses parents n'aurait le goundou. Il a toujours joui d'une bonne 
santé ; a eu des poussées de pian à plusieurs reprises. 

Il y a trois ans, Kanga a vu apparaître sans cause connue un 
petit bouton dur à droite du nez. 



NOTE SUR DEUX CAS DE GOUNDOU 271 

Actuellement (août 1902), il existe à droite du nez, au dessous 
de lœil droit, une tumeur formant relief dans le sillon naso-génien 
droit. Elle est sessile, ovoïde, immobile, oblique déliant en bas et de 
dedans en dehors. L'extrémité interne semble faire corps avec 
l'apophyse montante du maxillaire supérieur, l'unguis et l'os 
propre du nez; l'extrémité externe s'avance dans la fosse canine. 
La consistance de la tumeur est dure, osseuse; la peau est mobile 
par dessus; aucunedouleur spontanée ou à la pression; matitéà la 
percussion. Le nez est dévié vers la gauche; la narine droite est 
aplatie et écrasée, l'air passe difficilement. Pituitaire normale. 
L'œil droit n'est pas refoulé; pas de larmoiement. Rien de parti- 
culier à signaler par ailleurs. 

Je ferai suivre ces deux observations des quelques réflexions 
suivantes : 

1° Le goundou n'est pas toujours bilatéral. Le professeur 
Pacheco Mendès, de Bahia, a publié déjà un cas de goundou 
unilatéral en 1901. 

2° Il n'est pas héréditaire; il ne paraît pas non plus consécutif 
à des maladies acquises. 

3° Il apparaît dès les premières années, sans cause connue; son 
développement est continu, sans douleurs. 

4° Il n'altère en rien la santé, jusqu'au jour où par son accrois- 
sement continu, il aboutit à l'obstruction des fosses nasales et au 
refoulement des globes oculaires. 

0° Son développement peut être rapproché de celui des cavités 
creuses du crâne. De telle sorte qu'on pourrait considérer le 
goundou comme le reliquat ancestral de dispositions anatomiques 
propres à des races disparues. 



LA LUTTE CONTRE LE PALUDISME EN ALGÉRIE 



L. MOREAU et H. SOULIE 

Professeurs à l'Ecole de médecine d'Alger. 

C'est chose banale que de proclamer le paludisme un des grands 
fléaux de nos colonies. A force de l'entendre, on finit par s'y habi- 
tuer et n'y plus prendre garde. On se dit qu'après tout, puisque 
les colonies ne sont point mortes du paludisme, c'est peut-être qu'on 
exagère et que le paludisme est, suivant une expression à la mode, 
une quantité négligeable. 

Ce serait pourtant une erreur, et même une très grave erreur, 
de le croire. Évitons, — il le faut, — les exagérations qui, parfois, 
ont fait mettre sur le compte du paludisme un certain nombre de 
maladies ou d'accidents, mal connus, insuffisamment étudiés et 
qu'on n'a rapportés que petit à petit à leur véritable cause. Admet- 
tons que ce travail de ségrégation n'est pas achevé et que quelques 
manifestations morbides, actuellement encore attribuées au palu- 
disme, viendront se ranger un jour dans d'autres cadres nosolo- 
giques. Quand nous aurons fait tout cela, il restera au paludisme un 
domaine assez vaste pour qu'il réclame toute la sollicitude de ceux 
qui s'intéressent au sort des colonies, et surtout toute la sollici- 
tude de l'hygiéniste et du médecin. 

Car, si le problème de la colonisation est extrêmement complexe 
et fait appel à toutes les intelligences et à toutes les bonnes volontés, 
là, comme ailleurs et même plus qu'ailleurs, le succès dépend d'une 
bonne santé et, parmi les causes qui s'attaquent le plus souvent et 
le plus gravement à la santé des colons, il faut citer le paludisme. 

Il s'attaque gravement à la santé des colons par ses manifes- 
tations sévères et aussi par sa forme lente et traîtresse, par la 
cachexie palustre. Mais on se ferait encore une idée tout à fait 
insuffisante du danger, si l'on se bornait à enregistrer ces vérita- 
bles forfaits du paludisme. A côté d'eux il y a les simples délits, 
très nombreux, très importants, bien qu'on soit tenté de les oublier 
et d'accepter au moins pour eux l'expression que nous rappellions 



LA LUTTE CONTRK LE l'ALUDlSME EN ALGÉRIE 273 

tout à l'heure, de quantité négligeable : ce sont les complications 
et les aggravations qu'il ajoute à toutes les maladies, en ruinant 
par avance les forces de résistance de notre organisme. Ce sont les 
entraves qu'il apporte aux manifestations de l'énergie individuelle 
ou collective, les chômages forcés, le travail insulTisant et la misère 
consécutive à tout cela. 

L'un de nous s'est avisé d'éclairer, par une statistique précise, ce 
côté de la question, en ce qui regarde l'/Vlgérie. Ne pouvant, par 
ses seuls moyens, relever tous les cas de paludisme qui se produi- 
sent annuellement en Algérie, M. Soulié s'est adressé à des Compa- 
gnies puissantes, ayant des services médicaux bien organisés et 
possédant les éléments dune statistique éloquente, aux Compagnies 
de chemin de fer. Il leur a demandé le nombre des journées de 
chômage de leurs ouvriers pour cause de paludisme, comparé au 
nombre global des journées de chômage. Or savez-vous ce qu'il a 
vu? 11 a vu qu'à lui tout seul, le paludisme cause autant de journées 
de chômage que toutes les autres maladies réunies. Peut-on dire, 
après cela, qu'il est une quantité négligeable? 

Aussi bien les esprits sérieux se sont-ils toujours défiés de 
certains paradoxes et toujours appliqués à rechercher les moyens 
de prévenir et de guérir le paludisme. 

Depuis longtemps, grâce aux efforts opiniâtres des colons, grâce 
à leur lutte courageuse contre la nature ennemie, grâce aux défri- 
chements, dessèchements, drainages, canalisations, cultures, grâce 
à la quinine, grâce à l'extension de son emploi, par Maillot (1), aux 
fièvres pseudo-continues ou continues palustres, les ravages du 
fléau avaient été bien atténués. Et certaines régions où, suivant 
un vieux dicton, « les seules colonies prospères étaient les cime 
tières », sont devenues des centres heureux et salubres. 

On peut donc et l'on doit dire bien haut que, sans les décou- 
vertes récentes dont nous allons parler, sans la quinine même, la 
colonisation de l'Algérie se serait faite. Il y aurait fallu plus d'hé- 
catombes humaines que celles qui déjà furent nécessaires; mais 
les héros n'auraient pas manqué à ces sacrifices. 

Si nous disons cela, ce nest pas pour rabaisser le mérite des 

(1) Cf. R. Blanchard, Centenaire de la naissance de Maillot. La France utédi- 
calf, LI, p. 121, 1904; Archives de iiiéd. et de pharmacie militaires, XLIII, 
p. 414, 1904. 

Archives de Parasitologie, IX, n° 2, 1904. 18 



274 L. MOREAU ET H. SOULIÉ 

savants, c'est pour hausser davantage celui des vaillants colons de 
la première heure; c'est pour rendre à leur mémoire le juste 
hommage qui lui est dû. C'est entin pour répondre à cette objec- 
tion qu'on n'a pas manqué de nous faire : « Est-ce qu'avant les 
découvertes de Laveran et de Ronald Ross, nous n'avions pas 
colonisé l'x^lgérie? Est-ce que, bien antérieurement à la découverte 
de la quinine, les Romains, et avant eux d'autres peuples, ne 
s'étaient pas solidement implantés dans ce pays? » 

Sans doute; mais, outre qu'il est difficile de faire la part exacte 
du paludisme dans les causes qui finalement firent obstacle à la 
permanence de quelques peuples sur le sol algérien, cela n'in- 
firme en rien la valeur des nouveaux procédés que la Science met 
à notre portée pour vaincre le fléau; pas plus que les antiques 
pataches ne déprécient à nos yeux l'invention des chemins de fer. 

Deux découvertes surtout ont, de nos jours, accru dans des pro- 
portions énormes nos moyens de défense contre le paludisme, en 
même temps qu'éclairé et régularisé les moyens dont nous dispo- 
sions déjà : celle de l'Hématozoaire de Laveran et celle du rôle des 
Anophèles dans la transmission de ce parasite d'Homme à Homme. 

Puisque le paludisme est dû à l'invasion du sang humain par 
l'Hématozoaire de Laveran, et puisque l'x^nophèle parait l'inter- 
médiaire nécessaire pour que ce même parasite soit transmis d'un 
organisme humain déjà infecté à un autre organisme sain, il 
devient évident : 

1*^ Qu'il y a un intérêt majeur à guérir, au plus vite, tout individu 
atteint de paludisme, ou à l'isoler en attendant sa guérison, afin 
qu'il ne soit pas une source où rx\nophèle vienne puiser des 
germes morbides pour les répandre autour de lui. Et l'usage de la 
quinine, qui a fait ses preuves comme agent curatif, et dont 
l'innocuité, lorsqu'on la manie bien, est certaine, s'impose réso- 
lument; 

2° Que les Moustiques, agents de transmission du paludisme, 
doivent être détruits ou écartés de l'Homme par tous les moyens 
possibles, sous forme d'Insectes parfaits (moustiquaires, voiles, 
toiles métalliques, etc.); 

30 Qu'il faut rechercher, détruire ou désinfecter les repaires où 
ces parasites passent leurs états de larve et de nymphe (canalisa- 
tion, dessèchement, pétrolage, etc.) ; 



LA LUTTE CONTRE LE PALUDISME EN ALGERIE 275 

4° Que les moyens de fortifier l'organisme humain, de le rendre 
jusqu'à un certain point réfractaire à l'invasion du paludisme 
s'imposent, comme mesures complémentaires, trouvées ou à 
trouver : et c'est ici que l'usage de la quinine, à faibles doses 
préventives, est particulièrement recommandable, sans parler des 
changements de climat, des séjours dans les sanatoriums d'alti- 
tude, des toniques généraux, de l'aguerrissement peut-être et des 
vaccinations. 

De tout cela, ce qui est immédiatement applicable a été reconnu, 
préconisé, mis en pratique à l'étranger, notamment en Italie, et 
en France, notamment en Corse. 

En Algérie, les frères Sergent, sur le conseil de M. le professeur 
Roux, de l'Institut Pasteur de Paris, et avec l'appui de cette 
puissante institution, ont fait, depuis bientôt deux ans, dans 
quelques gares de l'Est-Algérien, des essais pareils, pareillement 
couronnés de succès. Le succès n'est donc pas douteux pour 
quiconque voudra s'engager résolument dans cette voie. Mais il 
importe de ne pas s'y arrêter, de répandre les idées nouvelles, de 
conquérir les bonnes volontés, de multiplier les etïorts, de 
les faire porter sur tous les points menacés par le paludisme, 
en commençant par les plus exposés. 

De là est née la pensée d'une Lig^ie de défense contre le paludisme 
en Algérie. C'est lun de nous, M. le Professeur Soulié, qui en eut, 
le premier, l'idée et qui sut en prendre l'initiative. Et c'est princi 
paiement pour la faire connaître, pour lui susciter de nouveaux 
adhérents et de nouveaux encouragements que nous avons sollicité 
la faveur de prendre la parole dans ce Congrès. 

Encouragé par M. le Professeur Laveran, puis par la Société de 
médecine d'Alger, M. le Professeur Soulié se mit à l'œuvre. Bientôt 
il groupait un premier noyau d'adhérents, comprenant des 
membres du Gouvernement, des ingénieurs, des professeurs, des 
médecins, des agronomes, des industriels, etc. Puis il élaborait 
les statuts de la nouvelle société, les faisait adopter par nos adhé- 
rents et approuver par l'Autorité. 

A peine constituée, la Limite organisait des conférences destinées 
à vulgariser les nouvelles doctrines et à frayer les voies à une 
propagande de faits. Elle publiait, dans le même but, des brochures, 
les unes très élémentaires, les autres plus complètes. Elle prépa- 



276 L. MOREAU ET H. SOULIÉ 

rait des planches et des photographies pour projections, destinées 
à illustrer les conférences. 

Bientôt le Gouvernement, l'Université nous prêtaient leur appui. 
L'un des frères Sergent, sollicité de devenir notre collahorateur, 
était nommé vice-président de la Ligue et mettait à son service 
son expérience et son activité. 

La Ligue compte aujourd'hui de nombreux adhérents, dissé- 
minés sur tous les points de l'Algérie; des médecins, pharmaciens, 
vétérinaires, instituteurs, agriculteurs, administrateurs, et quel- 
ques personnes de bon vouloir se sont offertes pour faire des confé- 
rences. A ces conférences se pressent de nombreux auditeurs. Les 
conférenciers sinspirent des idées acquises par la science et vulga- 
risées par les brocJmresdelu Ligue, dont la plus élémentaire a été 
répandue à o.OOO exemplaires. Ils nous empruntent nos planches et 
nos clichés photographiques pour projections himineiises. Des brochures 
analogues aux nôtres se publient. Lune d'elles, due à la plume 
d'un officier distingué, se préoccupe spécialement des applications 
particulières des moyens prophylactiques aux armées en campagne. 
Bientôt des notices très simples, en forme d'affiches, seront mises à la 
disposition des écoles, des mairies et des autres établissements 
qui en feront la demande, véritable enseignement par l'aspect. 

Nos adhérents nous ont apporté leurs cotisations, modestes, 
utiles pourtant malgré leur modicité, et parce qu'elles contribuent 
à les intéresser davantage à une œuvre pour laquelle ils ont fait 
un léger sacrifice pécuniaire, et parce que les sommes provenant 
de cette source sont employées à notre active propagande d'idées. 

Ce mouvement ne s'arrêtera pas là, nousl'espéroïis bien. Nous 
espérons aussi que des dons volontaires s'ajouteront aux cotisa- 
tions et permettront de subvenir à l'emploi des moyens de prophy- 
laxie, à ce que nous appelons la propagande de faits : distribution 
de quinine à bon marché; dessèchement, drainage, canalisation 
ou pétrolage des marais, étangs ou flaques d'eau, repaires habituels 
des Anophèles; préservation des habitations par les toiles 
métalliques apposées aux portes et fenêtres; création de sanato- 
riums pour les convalescents, etc. 

Cette propagande de faits est déjà commencée, avons- nous dit, 
par le D^ Etienne Sergent. Mais il lui faut des aides. Nous les 
trouvons parmi nos adhérents. Un certain nombre d'entre eux, 



LA LUTTE CONTRE LE PALUDLSME EN ALGERIE 277 

SOUS le nom de correspondante , sont plus spécialement chargés de 
nous renseigner sur les points à préserver, les mesures à employer, 
les ressources et les concours locaux sur lesquels il sera permis 
de compter. Un personnel auxiliaire se créera ainsi, qui se mettra 
à la disposition de M. Sergent, pour l'organisation de la défense. 

De leur côté, le Gouvernement, les grandes administrations, les 
grandes compagnies, les chefs de chantiers agricoles et industriels, 
ne nous marchanderont pas leur concours. D'aucuns se sont déjà 
mis en rapport avec la Ligue, lui demandeut des renseignements 
et se déclarent prêts à effectuer les travaux de préservation qu'elle 
leur conseillera. 

Ces efforts combinés ont déjà porté des fruits. Les résultats sont 
bons et, de tous points, comparables à ceux obtenus en Italie et en 
Corse par les mêmes moyens. 

Naturellement, il fallait s'y attendre, la Ligue a rencontré 
quelques adversaires; mais cela n'a fait que rendre la propagande 
plus intéressante et plus vive, et hâter la mise en pratique des 
procédés de préservation; car, aux objections f/uwigues, la Ligue 
s'efforce de répondre par des faits. 

La plus grosse objection de nos contradicteurs aux arguments 
tirés des essais de M. Sergent, c'est que ses résultats favorables 
ont été obtenus au cours de deux années où, sans doute à cause 
de la grande sécheresse, le paludisme fut rare partout. 11 est bien 
facile de répondre à cette objection : M. Sergent a pris grand soin 
de ne comparer ces deux années qu'à l'année immédiatement 
précédente, où la sécheresse et la rareté générale du paludisme 
n'avaient pas été moindres; et de cette comparaison ressortent à 
l'évidence les avantages acquis aux endroits préservés par notre 
collaborateur. 

Cette campagne antipaludique se continuera et s'étendra cette 
année, qui fut particulièrement pluvieuse, durant toute la saison 
endémo-épidémique; et nous ne douions pas un instant que le 
succès ne couronne nos efforts en confirmant les résultats acquis. 

La Ligue, avons-nous dit, ne s'en tiendra pas là : elle considère 
comme le complément et le couronnement de son œuvre la 
fondation de sanatoriums pour convalescents, non point d'établisse- 
ments luxueux, mais d'installations très simples, ce qu'on a 
appelé d'un mot heureux des sanatoriums de fortune; créations 



278 L. MOREAU ET H. SOILIÉ 

vraiment démocratiques, qui ne sont pas destinées aux heureux 
du monde, à ceux que leurs occupations n'exposent que bien 
rarement au paludisme et qui peuvent aller se refaire dans la 
mère-patrie, mais aux déshérités du sort que de pénibles travaux 
rendent trop souvent tributaires du fléau, et que la modicité 
de leurs ressources rive au sol algérien. C'est pour ceux ci que 
nous rêvons d'installer des sanatoriums dans leur voisinage 
même : à Téniet, par exemple, ou à Miliana, pour la région d'iVlger; 
à Ïala-Rama, pour l'oued-Sahel; à Fort-National, pour la Kabylie; 
à Bugeaud, pour la circonscription de Bône; à Batna, pour le sud 
de la province de Constantine; à Tlemcen, pour l'Oranie. 

En accomplissant cette tâche, la Ligtie a conscience de travailler 
pour le bien de notre chère patrie, la France, mère secourable à 
tous ses enfants, sans oublier ses fds d'adoption. 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 
ET CELLE DES ANIMALX DOMESTIQUES 

sont-elles dues à une même espèce microbienne : 
le Bacille de Koch? 

PAR 

J. LIGNIÈRES 

Directeur dei'IiistitutNational de Bactériologie de Païenne (Buenos Aires). 

Si, au point de vue purement scientifique, la solution du pro- 
blème de l'identité ou de la non-identité des Bacilles tuberculeux 
de l'Homme et des animaux ne nous paraît pas présenter de diffi- 
cultés, nous devons néanmoins nous attendre à de nouvelles et 
longues discussions, parce que cette question a une énorme impor- 
tance dans la lutte contre la tuberculose humaine. Au dernier 
Congrès international dhygiène de Bruxelles, en 1903, j'ai déjà eu 
l'honneur de discuter cette question : aujourd'hui, je reprend mes 
arguments, en m'eiïorçant de les compléter. 

Après Villemin, qui a prouvé expérimentalement l'inoculabilité 
de la tuberculose humaine et de la tuberculose animale, Chauveau, 
Kelbs, Bollinger, Gerlach, puis Koch, ont apporté les éléments 
pour identifier les tuberculoses vraies. Cependant Virchow, Piitz, 
Frânkel, Baumgarten, Gaiser, Theobald Smith, Frothingham, Din 
widdie, ont indiqué des différences entre les tuberculoses humaine 
et animales. La tuberculose des Oiseaux a été particulièrement 
dissociée de celle des Mammifères : qu'il me suffise de rappeler 
seulement les travaux de Rivolta, MafEuci, Straus et Gamaleia, 
Malgré ces travaux contradictoires, on se basait surtout sur la dé- 
couverte du Bacille spécifique, pour admettre l'identité complète 
des tuberculoses humaine et animales. 

Dans ces dernières années, ni l'étude des Bacilles, dits acido- 
résistants (Pétri, Rabinowitch, Môller, etc.) ayant les mêmes qua- 
lités histo-chimiques, mais différant du Bacille de Koch par les 
cultures, et surtout par l'action pathogène, ni l'existence chez les 
Poissons (Bataillon, Dubard et Terre) d'une tuberculose à Bacilles 

(1) Rapport présente au 2'- Congrès médical latin-américain de Buenos Aires, 
avril 1904. 



280 J. LIGNIERES 

de Koch, se distinguant par leur culture et leur action pathogène, 
n'étaient parvenus à ébranler les bases de l'unicité absolue. 

Le 27 juillet J901, au Congrès d'hygiène de Londres, lorsque 
l'illustre Koch fit sa retentissante communication, ce fut une sur- 
prise générale et une émotion profonde parmi le corps médical. 
En effet, s'appuyant sur ses observations personnelles et sur des 
expériences faites en collaboration avec le professeur Schûtz, de 
l'École vétérinaire de Berlin, le savant allemand faisait connaître 
solennellement les deux conclusions suivantes : 

1° La tuberculose humaine diffère de la tuberculose bovine et ne 
peut être transmise au bétail. 

2° La transmission à l'Homme de la tuberculose du bétail, par le 
lait ou la viande, est à peine plus fréquente que la tuberculose héré- 
ditaire; par conséquent, il n'est pas nécessaire de prendre aucune 
mesure contre elle. 

La gravité des conséquences pratiques qui découlaient des 
conclusions formulées par le savant le plus éminent en matière de 
tuberculose, ne pouvait échapper aux assistants. On se souvient 
des observations et des contradictions que soulevèrent aussitôt 
Lister, Nocard, Thomassen, Crookshand, Mac Faydeau, Ravenel, 
puis Arloing, et depuis lors tant d'autres. S'il est vrai que plu- 
sieurs expérimentateurs ont reconnu des caractères différentiels 
plus ou moins importants entre les Bacilles de la tuberculose de 
l'Homme et du Bœuf, presque tous, avec Hueppe, Max Wolff, 
Orth, Bang, pensent, contrairement à Koch, que la tuberculose bo- 
vine est parfois inoculable à l'Homme. Malgré toutes les objections, 
Koch a maintenu catégoriquement ses conclusions, en octobre 1902, 
lors de la Conférence internationale de Berlin. 

Le 5 septembre 1903, le Congrès international d'hygiène de 
Bruxelles discutait à son tour l'identité ou la dualité des Bacilles 
dans les tuberculoses humaine etanimales, et plus particulièrement 
dans les tuberculoses humaine et bovine. Les quatre rapporteurs de 
cette question, MM. de Jong, Fibiger, Arloing et Gratia ont conclu, 
dans leurs érudits et très instructifs rapports, à l'identité du Ba- 
cille de la tuberculose de l'Homme et du Bœuf; M. le Prof. Gratia 
va le plus loin dans ses conclusions : il trouve identiques entre 
eux les Bacilles de toutes les tuberculoses, y compris celle des 
Oiseaux. 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 281 

Au cours de rintéressante discussion qui suivit ces rapports, les 
orateurs se sont surtout attachés à montrer les dangers possibles 
de contamination de l'Homme par le Bacille de la tuberculose bo- 
vine. Seuls. Preisz (Budapest) et Czapleski (Cologne) se sont arrêtés 
sur les caractères morphologiques etculturauxdes Bacilles. Tandis 
que Fibiger, Chauveau, Arloing, de Jong, Monsarrat, Constant, 
Bordet soutiennent l'identité des tuberculoses, que Bujwid et 
Perroncito reconnaissent des types différents; Loëffler, Kossel, 
Pfeifïer, Wassermann, tout en admettant l'infection possible, mais 
très rare, de l'Homme par le Bacille bovin, appuient la théorie de 
leur maître le Prof. Koch, 

De tous ces rapports et de toutes ces discussions, ilressortqu'une 
grande majorité est en faveur de l'identité et surtout en faveur du 
danger possible pour l'Homme de la tuberculose bovine. Par 
23 voix contre o, les membres présents votaient les conclusions 
suivantes : 

(( La tuberculose humaine est particulièrement transmise d'Homme à 
Homme; néanmoins, dans Vétat actuel de nos connaissances, le Congres 
estime qu'il y a lieu de prescrire des mesures contre la possibilité de 
l'infection de l'Homme par les animaux, n 

Comme on peut le constater, le Congrès n'a répondu que sur les 
conséquences de l'identité des Bacilles de la tuberculose humaine 
et de celle des animaux. 

Depuis, un nombre considérable de travaux ont vu le jour dans 
toutes les parties du monde, et l'on peut dire aujourd'hui qu'on ne 
discute guère la question de savoir si les Bacilles des tuberculoses 
humaine et animales sont identiques ou non, maison affirme géné- 
ralement les dangers de la tuberculose bovine pour l'Homme. Parmi 
ces travaux, nous devons mentionner spécialement ceux du 
Prof. Behring, champion décidé de l'unicité des tuberculoses 
humaine et bovine, contrairement à l'opinion de Koch. 

Si, après tant de travaux importants et autorisés, nous pensons 
pouvoir traiter ce sujet, c'est que nous avons la conviction de l'exa- 
miner d'une façon un peu particulière, et, en tout cas, complète- 
ment dégagée de toute idée préconçue. Nous allons appliquer à 
l'étude des Bacilles tuberculeux, les mêmes lois qui nous ont été si 
utiles pour différencier d'autres Microbes. Mais auparavant nous 
devons expliquer comment nous comprenons la question posée : 



282 .1. LIGNIERES 

la tuberculose humaine et celle des animaux domestiques sont-elles 
dues à une même espèce microbienne : le Bacille de Koch? 

Il est indéniable c[u'on trouve dans la nature, chez les espèces 
animales les plus distinctes, des lésions dites de tuberculose vraie 
à Bacilles de Koch. Ces Bacilles ont des caractères et des propriétés 
communes, qui permettent de les réunir dans un même groupe et 
jusque dans la même espèce. D'un autre côté, il est évident aussi 
qu'en dehors de ce groupe il existe des Bacilles dits pseudo-tuber- 
culeux, déterminant souvent des lésions semblables à celles de la 
tuberculose, Bacilles dont les propriétés morphologiques, histo- 
chimiques, culturales et pathologiques, sont tout à fait difïérentes 
de celles des Bacilles de Koch. 

Nous n'avons pas à nous occuper des pseudo-tuberculoses. Nous 
devons nous demander si, comme on le pensait généralement, tous 
les Bacilles rencontrés dans les tuberculoses vraies de l'Homme et 
des animaux, peuvent, à part leur degré de virulence, être consi- 
dérés comme identiques et également redoutables pour l'Homme; 
ou bien, s'ils présentent parfois des caractères différentiels assez 
constants et assez importants pour y distinguer des variétés plus 
ou moins pathogènes pour l'organisme humain. 

Ceci posé, nous allons résoudre successivement les deux points 
suivants : 1" de l'identité au de la dualité des Bacilles tuberculeux; 
2° de la contamination possible de l'Homme par les Bacilles tuber- 
culeux des animaux. 

Étude comparée des Bacilles tuberculeux 
chez l'Homme et les Animaux domestiques. 

Tuberculose humaine et tuberculose bovine. 

Quand on se livre, comme Th. Smith, Mœller et Preisz, à une 
étude systématique de ces Bacilles, on voit que les Bacilles humains 
sont généralement plus longs, plus incurvés, plus granuleux en 
culture sur sérum que les Bacilles bovins, d'ordinaire plus courts 
et se colorant uniformément. Que les Bacilles bovins se cultivent 
difficilement; qu'ils s'accoutument moins bien aux changementsde 
milieu que les Bacilles humains, enfin, que le degré de virulence 
est d'ordinaire plus élevé pour les Bacilles bovins que pour ceux 
de l'Homme. 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 283 

Mais ce sont là des caractères clilïérenliels sensibles seulement 
quand on fait cette étude méthodiquement. De plus, ils ont le tort 
d'être basés sur une appréciation de plus ou de moins. 

Considérons l'action pathogène : elle a surtout été étudiée dans 
le sens de la possibilité ou de l'impossibilité d'infecter le Bœuf avec 
des Bacilles tuberculeux de l'Homme. On a essayé de surmonter la 
résistance évidente du Bœuf aux Bacilles humains en employant 
les voies d'inoculation les plus graves et en augmentant la quantité 
de Bacilles injectés. Dans ces conditions, on a eu des succès qui ont 
été interprétés comme la démonstration la plus évidente de l'iden- 
tité des Bacilles tuberculeux de l'Homme et du Bœuf. 

En procédant ainsi, on risque fort d'identifier une foule de 
Microbes très certainement différents. Nous savons en effet qu'en 
diminuant la résistance de l'organisme ou en employant des doses 
massives et des voies d'inoculation plus favorables, on arrive à 
infecter et même à tuer des animaux plus ou moins réfractaires. 
Je citerai encore une fois l'exemple typique du Bacillus sùbtilis, 
avec lequel j'ai pu tuer un Bœuf par injection massive intra- 
veineuse. Le Bœuf ainsi tué, présentait des lésions septicémiques 
très comparables à celles qu'on rencontre dans des cas de charbon. 
x\près cette expérience, peut on déclarer identiques ce Bacillus 
subtilis et la Bactéridie charbonneuse, si voisins déjà par quelques 
uns de leurs caractères morphologiques et culturaux? Evidem- 
ment non. 

Dans l'action pathogène, en outre de la voie d'inoculation 
employée, il y a lieu de tenir grand compte de la virulence du 
Microbe. Or nous savons très bien que rien n'est variable comme 
le degré de virulence et on ne saurait se baser sur un facteur aussi 
changeant pour identifier ou distinguer deux Microorganismes. 
On ne doit accepter comme caractères différentiels que ceux qui 
sont constants, quand on se place toujours dans les mêmes condi- 
tions expérimentales. Si donc on trouve constamment une ou 
plusieurs de ces propriétés diftérentielles, on ne peut admettre 
l'identité complète. Eh! bien, comme Koch et Schiitz l'ont dit, le 
Bacille de la tuberculose humaine, injecté sous la peau des Bovidés, 
ne les rend pas tuberculeux, tandis que les Bacilles tuberculeux 
du Bœuf déterminent toujours des lésions tuberculeuses. Voilà la 
règle dont nous vérifions l'exactitude depuis plus de deux ans. Le 



284 J. LIGNIERES 

fait ne résulte pas du degré de virulence plus fort pour le Bacille 
bovin, mais bien de ce que jai appelédéjà,pourd'autresMicrobes, 
la qualité de la virulence, qui est particulière pour chacun des 
deux Bacilles. 

Ainsi, on peut augmenter le degré de virulence du Bacille 
humain, sa qualité virulente vis-à-vis du Bœuf ne change pas. 11 
en est de même, notamment, des Streptocoques, des Bacilles du 
type charbon symptomatique, des Pasteurella. Pour ces dernières, 
on peut faire des expériences entièrement démonstratives. Par 
exemple, si nous vaccinons fortement des Lapins contre une 
Pasteurella oms, et qu'ensuite nous leur inoculions le Bacille du 
choléra des Poules, qui est une rasteureUa aviaire, on verra mourir 
les Lapins vaccinés comme les témoins. Dans ce cas, on peut 
incriminer le degré de virulence, puisque la Pasteurella aviaire est 
plus virulente pour le Lapin que celle du Mouton. Mais vaccinons nos 
Lapins avec une Pasteurella aviaire, beaucoup plus virulente pour 
le Lapin que celle du Mouton; puis injectons à ces Lapins vac- 
cinés une dose mortelle de Pasteurella oiris; vaccinés et témoins 
mourront encore. Pourquoi? C'est que ces Pasteurella, en dehors 
de leur degré de virulence, montrent une propriété distincte, la 
qualité virulente. Nous le répétons, la qualité virulente est cons- 
tamment différente pour les Bacilles tuberculeux humains et 
ceux du Bœuf. A ce point de vue, il y a bien un Bacille tuberculeux 
type humain et un Bacille tuberculeux type bovin. 

Parmi les expériences faites dans ce sens avec M. le D^' Joachim 
Zabala, sous-directeur de notre laboratoire, nous résumons comme 
suit les plus anciennes (1). 

Inoculations de la tuberculose bovine aux Bovidés. 

1er c^s. — Le 17 février 1902, une Génisse, métisse Durham, 
maigre, est tuberculinisée sans réaction. Le 18, elle est inoculée 
sous la peau du cou avec 4 ce. d'une émulsion préparée avec le 
contenu d'un tubercule caséeux du poumon dun Bœuf saisi à 
l'abattoir pour tuberculose. Le 28, au point d'inoculation, on 
observe une tumeur chaude, douloureuse, dure, sur un diamètre 
de 5 centimètres environ. Le 12 mars, soit 23 jours après l'inocu- 

(1) Nous en avons une vingtaine aujourd'hui. 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 283 

lation, la Génisse ne réagit pas encore à la (iiberculine; au point 
d'inoculation, un abcès s'est ouvert, nous y rencontrons diffici- 
lement des Bacilles de Koch. Le 14 avril 1902, réaction peu 
marquée de la tuherculine. A partir du 20 mai, elle réactionne for- 
tement sous l'influence des injections de tuberculine. Le 20 juillet 
1902, c'est-à dire 5 mois après l'inoculation, cette Génisse meurt; 
elle est cachecticjue. 

Autopsie. — Au point d'inoculation, il y a une lésion indurée 
avec des foyers caséeux tuberculeux. Les ganglions prépectoraux, 
bronchicfues et médiastinaux sont tuberculeux; il existe une tuber- 
culose généralisée sur les plèvres et le péritoine ; dans les poumons, 
on observe aussi des foyers tuberculeux caséeux. 

Résultat. — Cette inoculation a produit une tuberculose généra- 
lisée mortelle. 

2^ Cas. — Le 4 février 1902, une belle Génisse Durham, en excellent 
état de nutrition est luberculinisée et ne donne pas de réaction. 
Léo février 1902, on l'inocule sous la peau du cou avec 1 ce. d'une 
émulsion provenant d'un ganglion bronchique tuberculeux caséeux. 
Le lo février 1902, une injection de tuberculine reste sans effet. 
Le 23 février 1902, au point d'inoculation, on voit une tumeur 
large de 4 centimètres, longue de 6 centimètres, avec un noyau 
centralinduré, du volume d'une noisette. Le 12 mars 1902, la tu- 
berculine donne une réaction de lo,3. Le 20 mai 1902, la tubercu- 
line donne une réaction de 2°, 3; à partir de ce moment il y a 
toujours réaction aux injections. Le lo novembre 1902, soit 9 mois 
1/2 après l'inoculation, l'animal meurt accidentellement du char- 
bon contracté spontanément. 

Autopsie. — Au point d'inoculation, on observe un nodule sous- 
cutané de 2 centimètres sur un demi centimètre d'épaisseur, du 
poids de 7 grammes. A la coupe, on voit qu'il est formé de tuber- 
cules isolés, ronds, de différentes grandeurs; les plus grands, de la 
grosseur d'un Pois, sont formés d'une paroi fibreuse, résistant à la 
coupe, avec un contenu jaunâtre, caséeux, légèrement infiltré de 
sels calcaires. 

Les ganglions du cou et de la tête sont indemnes en apparence ; 
les prépectoraux, bronchiques et médiastinaux sont hypertrophiés 
et remplis de foyers tuberculeux caséo-calcaires. Dans le pou- 
mon droit, on trouve quatre petits foyers caséeux tuberculeux. 



286 J. LIGNÈRES 

Le ganglion hépatique renferme aussi des foyers tuberculeux 
isolés. 

Résultat. — Inoculation positive avec foyers tuberculeux 
disséminés dans l'organisme. 

Nota. — Les produits tuberculeux inoculés à ces deux Bovins 
avaient été injectés aussi à 2 Lapins et 2 Cobayes, qui sont morts 
avec des lésions de tuberculose généralisée classique. 

3'' Cas. — Beau Bœuf, métis Durham, vigoureux et en excellente 
santé. 

Le 5 août 1902, il est tuberculinisé, mais ne présente aucune 
réaction. Le 23 août 1902, on l'inocule sous la peau avec du pus 
provenant des poumons d'un Bœuf saisi à Tabattoir pour cause de 
tuberculose généralisée. Les jours suivants, il se forme une tumeur, 
puis un abcès au point d'inoculation; l'abcès s'ouvre au dehors, 
mais il persiste quand même une tumeur purulente. Le 7 octobre, 
soit 45 jours après l'inoculation, on tuberculinisé le sujet. Tempé- 
rature initiale : 39'^; 12 heures après, 40^,2; 15 heures après : 40^,9 ; 
18 heures après 40°, 8. Réaction : lo,9. Le 23 janvier 1903, nouvelle 
injection de tuberculine. Température initiale : 39°, 2. Après 
12 heures, 40", 5; après, 15 heures, 40'\9; après 18 heures, 40^,8 ; 
après 21 heures, 41'^ ; après 24 heures, 40'', 6 Réaction maxiaia, 2°,!. 

Près de huit mois après l'inoculation, le sujet est abattu. 

Autopsie. — Moyen état d'embonpoint. Au point d'inoculation, 
on trouve une tumeur de la grosseur d'une orange de taille 
moyenne, avec tluctuation prononcée. Quand on enlève la peau en 
ce point, elle est adhérente et laisse échapper un liquide muco- 
purulent jaunâtre. La coupe de la tunieur fait voir un tissu fibreux 
épais, sclérosé, nacré, avec foyers caséeux. Les ganglions rétropha- 
ryngiens, prépectoraux, bronchiques et médiastinaux sont hyper- 
trophiés et parsemés d'îlots jaunâtres, à pus caséo-calcaire 
tuberculeux. Dans les poumons, on trouve cinq foyers tuberculeux, 
gros comme une noisette, entourés d'un tissu fibreux dense 
et contenant un pus caséeux à Bacilles de Koch. 

Résultat : positif. 

Inoculations de tubeixulose humaine aux Rovidés. 

l<^i' Cas. — Le 10 avril 1902, un jeune Taureau, métis Durham, est 
tuberculinisé : il ne réactionne pas. Le 17, on l'inocule sous la peau 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 287 

du COU avec car 4 ce. de crachats émulsionnés dans un mortier 
avec de l'eau stérilisée. Ces crachats, qui contenaient de très 
nombreux Bacilles de Koch, provenaient d'un malade de la salle 
du ]y Chaves (hôpital de clinique). Le 10 mai 1902, 32 jours après, 
on le tuberculinise. Température initiale : 39"; après 12 heures, 
41° 2; après 15 heures, 40o 4; après 18 heures, 40° 7; après 
21 heures, 40'^ 7 ; après 24 heures, 40" 6. Réaction maxima ; 2° 2. Le 
2o juin, on le tuberculinise à nouveau et déjà il ne réactionne plus. 
Ces injections, renouvelées les 30 juillet, 7 octobre et 23 janvier, ne 
donnent pas de réaction. Pendant les premiers jours qui suivirent 
l'inoculation, on observa, au point d'introduction du virus, la 
formation d'un abcès chaud, qui, après avoir suppuré un peu au 
dehors, disparut rapidement, laissant seulement un léger épais- 
sissement de la peau. Le 3 mars 1903, c'est à-dire près de 11 mois 
après l'inoculation, on sacrifie l'animal. 

Autopsie. — 11 ne présente plus qu'un épaississement de la peau, 
du volume dune pièce de cinquante centimes, au point d'ino- 
culation. Disons tout de suite que cet épaississement est purement 
conjonctif, sans foyers purulents ni Bacilles. Tous les organes et 
les ganglions sont examinés, sans qu'on puisse trouver nulle part 
la moindre trace de lésions tuberculeuses. 

Résultat : négatif. 

Nota. — Lapin. — Le 17 avril, un Lapin reçoit dans la veine 
1/2 ce. de la même émulsionquele Taureau. Poids: 1S12 grammes. 
Il meurt le 12 mai : poids 1388 grammes. 

Autopsie. — Rate très augmentée. Microscopiquement, on 
n'observe pas de lésions tuberculeuses. Dans le foie, congestionné et 
gros, on ne voit pas non plus de tubercules. 

Les deux poumons montrent des foyers pneumoniques; on 
observe quelques foyers caséeux et de nombreux tubercules trans- 
lucides, surtout à la base du poumon droit. 

Les préparations faites avec la pulpe de la rate et du foie lais 
sent voir des Bacilles de Koch, relativement nombreux. 

Cobaye. — Le même jour, on inocule sous la peau un Cobaye 
de 510 grammes, avec les mêmes crachats. Le 23 avril, les ganglions 
de l'aine, du côté de l'inoculation, s'abcèdent. Lanimal meurt 
le 18 octobre. 

Autopsie. — Sur la rate très grosse, le foie, les poumons, on ob- 



288 J. LIGNIERES 

serve de nombreux tubercules, petits et blanchâtres, à Bacilles 
de Koch. Le ganglion sous-lombaire est abcédé. 

'2<^ Cas. — Jeune Taureau métis Durham. Poids 257 kilos. Le 20 juin, 
on le tuberculinise, il ne réactionne pas. Le 28, on lui inocule sous 
la peau du cou 6 ce. d'une émulsion de crachats envoyés par le 
Di" L. Uriarte et provenant de la « Casa de Aislamiento ». Ces crachats 
sont extrêmement riches en Bacilles de Koçh. Après quelques jours, 
on observe une tumeur du volume d'une demi-orange, chaude, 
dure, un peu douloureuse, sans fluctuation. Le 23 juillet, même 
état. Le 30, on le tuberculinise. Température initiale; 38°, 8, après 
12 heures, 41", 2; après 15 heures, 40°, 5; après 18 heures, 40°, 3; 
après 24 heures, 40°; après 28 heures, 40". Réaction maxima, 2^,4. 
Le 1er août, on observe un abcès qui perce à l'extérieur. Le pus, 
jaunâtre avec stries sanguinolentes, laisse voir au microscope de 
nombreux Bacilles de Koch, accompagnés de Streptocoques et 
d'autres Microbes. Le 12 septembre, on le tuberculinise. Tempéra- 
ture initiale 38", 6. Après 12 heures, 38", 7; après 15 heures, 39", 2; 
après 18 heures, 39", 3; après 21 heures, 39", 8; après 24 heures, 
390,5. Réaction thermique maxima, 1", 2. Le 23 janvier 1903, 
nouvelle injection de tuberculine qui reste sans réaction. Au 
point d'inoculation, l'abcès s'est fermé; le tissu induré qui l'a 
remplacé disparaît peu à peu. Le 15 février, l'injection de tuber- 
culine ne donne pas non plus de réaction. Le 14 mars, soit près 
de 9 mois après l'inoculation, le sujet est sacrifié. 

Autopsie. — Au point d'inoculation, on observe seulement un 
épaississement prononcé de la peau, très dure à la coupe, formé 
d'un tissu fibreux, sclérosé, nacré. On ne trouve pas de pus ni 
de Bacilles. Dans les tissus, les organes, les ganglions, nous ne 
voyons pas trace de lésions tuberculeuses. 

Résnltat : négatif. 

Nota. — Un Lapin, inoculé avec les mêmes crachats, est mort 
d'infection dans les huit jours. Quant au Cobaye, il a fait une tu- 
berculose généralisée typique. 

3° Cas. — Veau métis Durham en mauvais étal d'embonpoint. Il 
ne réactionne pas du tout à une injection de tuberculine. 

Le 7 août 1902, on l'inocule sous la peau du cou avec 4 ce. d'une 
émulsion de crachats très riches en Bacilles de Koch et provenant 
de la clinique du D^ Malbran. Les jours suivants, la région est 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 289 

chaude et douloureuse, puis il se forme un abcès qui rie tarde pas 
à s'ouvrir. Le 12 septembre, le sujet est tuberculinisé. Tempéra- 
ture initiale, 39'\ Après 12 heures, 40^ G; après io heures, 40", 9; 
après 18 heures, 44-0,1 ; après 21 heures, 41", 2; après 24 heures, 41°, 1. 
Réaction thermique maxima, 2", 2. Le 24 janvier 1903, on tuber- 
culinisé à nouveau le sujet; il ne réactionne pas. Le 21 février, soit 
près de sept mois après l'inoculation, on sacrihe l'animal dont l'é- 
tat général s'était amélioré. 

Autopsie. — Au point d'inoculation, on observe un nodule cons- 
titué par un tissu fibreux, lardacé, dur, de la grosseur d'une noix^ 
sans foyer purulent. Dans aucune partie de l'organisme, on ne peut 
trouver de lésion tuberculeuse. 

Résultat : négatif. 

Nota. — Un Lapin est inoculé dans la veine avec 2 ce. démulsion 
des mêmes crachats très riches en Bacilles de Koch. Ce Lapin 
meurt le 10 janvier 1903, sans qu'on puisse trouver aucune lésion 
tuberculeuse. 

Un Cobaye adulte, inoculé en même temps sous la peau avec 1/4 ce. 
de l'émulsion des mêmes crachats, meurt le 8 janvier avec des 
lésions généralisées et énormes de tuberculose : foyers caséeux 
blanc jaunâtres, et tubercules opaques blancs dans lesquels on 
trouve relativement peu de Bacilles de Koch. 

Depuis ces expériences, nous avons continué nos inoculations en 
employant des produits pathologiques ou des cultures; jusqu'ici, 
nous avons une vingtaine d'inoculations, sans que les résultats que 
nous venons de faire connaître se soient modifiés. Nous avons pris 
de préférence, chez IHomme, des lésions pulmonaires, de façon à 
éviter autant que possible les cas d'infection parle tube digestif, 
d'origine bovine, comme celui que nous relaterons plus loin. D'a- 
près ce que nous venons de voir, il ne peut y avoir de doute : les 
Bacilles de la tuberculose humaine et ceux du Bœuf, inoculés sous 
la peau des Bovidés, se comportent différemment. C'est un carac- 
tère constant, ou du moins aussi constant qu'on peut le demander 
en biologie, et qui fixe les deux variétés : type bovin, type humain. 
Ces deux types manifestent pour les Bovidés une qualiU mrulente 
constamment différente. On peut même faire passer ces virus par 
l'organisme d'espèces distinctes, leur faire augmenter leur degré 
de virulence et cependant, rapportés sous la peau du Bœuf, ils 

Archives de Parasitologie, IX, n" 2, 1904. • 19 



290 J. LlGiMERES 

manifestent encore leur qualité virulente distincte et spéciale. Voi- 
là donc deux Microbes très voisins par leurs caractères culturaux 
et qui se distinguent uniquement par leur qualité pathogène, abs- 
traction faite du degré de virulence; le fait est loin dètre unique. 

Les Bacilles de la septicémie de Pasteur ou œdème malin de 
Kocli ne se différencient suffisamment, ni par leur morphologie, 
ni par leurs cultures, des Bacilles du charbon symptomatique et 
surtout de la mancha; cependant ils s'en séparent complètement 
par la qualité de la virulence, notamment vis-à-vis du Bœuf : le 
Vibrion septique laissant les Bovidés adultes indemnes et le Bacille 
du charbon symptomatique les tuant presque à coup sûr (I). Il y a 
plus : on voit souvent des variétés microbiennes distinctes infecter 
ou tuer, régulièrement ou exceptionnellement, les mêmes espèces 
animales, sans qu'on soit autorisé pour cela à les identifier. Ainsi, 
reprenons le microbe du charbon symptomatique : la règle est 
qu'il ne tue pas le Cheval, et cependant parfois il le tue; de même 
le Vibrion septique, qui d'ordinaire laisse les Bovins presque 
indifférents, infecte, et fait même mourir exceptionnellement, de 
préférence les Veaux. 11 est évident que nous ne saurions arguer 
de ces rares succès pour défendre l'unicité de la septicémie et du 
charbon symptomatique, parce que, justement, ils constituent une 
exception et ne sauraient détruire la distinction des qualités 
pathogènes des deux Bacilles. Ces remarques sappliquent à tous 
les Microbes. 

En résumé, et pour en revenir à la question qui nous occupe, 
l'inoculation des Bacilles tuberculeux sous la peau du Bœuf nous 
montre clairement l'existence de deux types distincts : le type 
humain et le type bovin, correspondant à deux variétés de la même 
espèce, du Bacille de Koch. Contrairement à ce qu'on pense géné- 
ralement, le fait de rendre un Bovidé malade, et même de le tuer, 
avec des Bacilles humains, inoculés par la voie veineuse, par 
exemple, n'enlève rien à la distinction des deux types que nous 
venons de faire. 

Tuberculose des autres Mammifères domestiques. 
Il faudrait maintenant examiner les qualités virulentes des tuber- 

(1) On a ou tort do faille clos cspoces tlislinctcs de cos doux microbes; ce no sont 
que les races d'une môme espèce microbienne. 



LA TUBERCULOSE HUMALXE 291 

culosesdes autres Mammifères domestiques : Porc, Chèvre, Mouton, 
Cheval, Chien, avant d'aborder celle des Oiseaux et des Poissons, 
Or cette étude est loin d'être terminée : nous résumerons comme 
suit ce que nous en savons d'après les différents expérimentateurs et 
surtout d'après nos propres recherches. 

Chez le Porc, on rencontre souvent la tuberculose à Bacilles du 
type bovin; mais on trouve aussi des lésions dont les Bacilles 
rentrent plutôt dans le type humain, d'après le résultat négatif des 
inoculations sous-cutanées aux Bovidés. Ceci est justement en 
rapport avec le résultat positif des inoculations de tuberculose 
humaine et bovine au Porc et la contamination fréquente des Porcs 
qui consomment des lésions fraîches de tuberculose bovine. 

Chez la Chèvre et le Mouton, nous n'avons pas eu l'occasion 
d'observer, depuis deux ans, aucun cas de tuberculose naturelle; 
mais les inoculations expérimentales prouvent qu'on peut rendre 
ces animaujs: tuberculeux avec les Bacilles de l'Homme et surtout 
avec ceux du Bœuf. 

Chiens et Chats : ces animaux sont rendus tuberculeux avec les 
Bacilles humains comme avec ceux du Bœuf. Dans deux de nos cas 
de tuberculose spontanée du Chien, il ne s'agissait pas de tubercu- 
lose du type bovin. 

Le Cheval, sensible aux deux types de tuberculose humaine et 
bovine, l'est aussi, comme nous le verrons, au Bacille tuberculeux 
du type aviaire. 

Si incomplètes que soient nos connaissances sur la qualité de la 
virulence des, Bacilles tuberculeux trouvés chez les Porcs, les Mou- 
tons, les Chèvres, les Chevaux, les Chiens et les Chats, ce que nous 
en savons nous permet de dire qu'en dehors de l'existence possible 
de nouveaux types de Bacilles tuberculeux, ces animaux peuvent 
présenter, même naturellement, les Bacilles du type humain 
comme ceux du type bovin. 

Tuberculose des Oiseaux 

Le Bacille de la tuberculose des Oiseaux a des caractères cons- 
tants et différents de ceux de l'Homme et du Bœuf, surtout au 
moment où on le sort de l'organisme naturellement malade. Le 
Bacille tuberculeux des Oiseaux se cultive facilement sur les 
milieux solides, en formant rapidement une couche luisante, 



292 J. LIGXIÈRES 

humide, grasse, s'écrasant bien, tandis que ceux des Mammifères 
donnent plus lentement une culture sèche, verruqueuse, plus 
difficile à dissocier. Le premier pousse aussi à une température 
beaucoup plus élevée que les seconds. Dans les bouillons, les Bacilles 
des Mammifères poussent en formant un voile à la surface et des 
grumeaux au fond, tandis que le liquide reste limpide; le Bacille 
aviaire, au contraire, trouble davantage le bouillon et forme un 
dépôt muqueux au fond du vase. 

L'action pathogène du Bacille du type aviaire offre une différence 
très importante vis-à-vis des Bacilles tuberculeux des Mammifères. 
En effet, tandis que ces derniers ne sont pour ainsi dire pas 
pathogènes pour les Oiseaux, la Poule en particulier, le premier 
les infecte aisément. Le Coba^^e, si facilement tuberculisable par 
les Bacilles des Mammifères, même très peu virulents, résiste au 
Bacille aviaire; par contre, le Lapin y est relativement plus sensible. 
Là encore, ce n"est pas une question de degré de virulence, mais 
bien de qualité de la virulence, puisque nous pouvons augmenter 
le degré de cette virulence vis-à-vis de la Poule ou des Oiseaux, 
sans modifier la qualité virulente vis à-vis des Mammifères. D'autre 
part, alors même que les Bacilles aviaires ont passé par un Mam- 
mifère, ils conservent ou laissent très facilement réapparaître les 
caractères distinctifs du type aviaire. 

Les Bacilles tuberculeux des types bovin et humain ne diffèrent 
guère visiblement entre eux que par leurs qualités virulentes 
distinctes ; les Bacilles du type aviaire se différencient de ceux des 
Mammifères, non seulement par des qualités virulentes distinctes et 
plus accentuées, mais encore par leurs propriétés cùlturales. Le 
degré différentiel est donc plus élevé. Nous pouvons donc dire que 
les Bacilles aviaires forment une race distincte de ceux des Mam- 
mifères, mais qu'ils appartiennent tous au même groupe, à la 
même espèce. 

Nous devons faire remarquer que le type aviaire peut, dans 
certaines circonstances, infecter, même naturellement, des Mam- 
mifères; on aurait -en effet trouvé des Bacilles du type aviaire chez 
l'Homme, le Cheval, le Singe, le Bœuf, la Souris blanche. Pour 
notre part, nous avons vu notre très regretté maître Nocard retirer 
de lésions tuberculeuses, chez le Cheval, des Bacilles de Koch du 
type aviaire. La contre partie est encore vraie, puisque le Perroquet 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 293 

présente souvent des lésions luberculeuses à Bacilles de Kocli 
type humain. Ceci nous mouLre le degré dadaplation possible des 
dilïérents types de tuberculose; d'ailleurs, tous ont cette propriété 
plus ou moins accusée. 

Tuberculose des Poissons. 

En 1897, Bataillon, Dubard et Terre ont fait connaître, dans un 
très intéressant travail, l'existence, chez des Carpes, de lésions 
tuberculeuses à Bacilles de Koch. Ces Bacilles sont doués de qua- 
lités très difïérentes de celles des autres Bacilles tuberculeux. En 
voici les principales : ils végètent à partir de 12° et leur température 
optima est vers 25"; dans les milieux liquides, il se forme un voile 
mince, et au fond se précipitent des flocons faciles à dissocier; le 
liquide reste limpide. Sur gélose, les colonies sont blanches et 
crémeuses, le Bacille pousse sur gélatine sans la liquéfier. Les 
premières cultures sont inofîensives pour le Cobaye, le Lapin et 
les Oiseaux; mais elles donnent la tuberculose aux Poissons et aux 
animaux à sang froid. 

Ce sont là, évidemment, des caractères nouveaux, très suffisants 
pour créer, non seulement une variété, mais bien une race de Ba- 
cilles tuberculeux pisciaires, dans le cas où ces caractères diffé- 
rentiels seraient assez fixes. Malheureusement, nos connaissances 
sont encore peu étendues sur les Bacilles pisciaires et les travaux 
de Bataillon, Dubard et Terre tendent à faire considérer les Bacilles 
tuberculeux des Poissons comme des Bacilles humains ingérés par 
les Carpes. A l'appui de leur hypothèse, ces auteurs citent des ex- 
périences dans lesquelles ils ont nourri des Poisssons avec des 
Bacilles tuberculeux de l'Homme. Après huit jours, ces Bacilles se 
retrouvent dans le foie, mais ils sont déjà très atténués. Après 
11 jours, l'inoculation au Cobaye ne lui donne pas la tuberculose. 
En injectant des Bacilles humains ou des Bacilles aviaires sous la 
peau de Grenouilles, ils ont obtenu les mêmes résultats. 

D'après ces expériences, il suffirait aux Bacilles tuberculeux, 
type humain ou type aviaire, de passer quelques jours dans les 
tissus des Poissons ou des Grenouilles, pour voir s'opérer des 
changements très importants dans leurs propriétés culturales et 
pathogènes. Or, les expériences de Nicolas et Lesieur, d'une part, 



294 J. LIGNIERES 

et celles de Auclié et Hobbs, de l'autre, sont tout à fait en opposi- 
tion avec celles de Bataillon, Dubard et Terre. 

Nicolas et Lesieur nourrissent pendant sept mois des Carpes et 
des Cyprins dorés, exclusivement de crachats humains, très riches 
en Bacilles tuberculeux. Tous ces Poissons meurent, sauf deux qui 
sont sacrifiés. Chez aucun deux on n'a pu rencontrer une trace 
quelconque de lésion tuberculeuse. Par contre, l'inoculation au 
Cobaye des muscles ou de l'intestin des Poissons donne une tuber- 
culose généralisée, en tout semblable à celle qui est produite par 
les Bacilles tuberculeux humains ingérés ; ceux-ci n'avaient donc 
subi aucune modification dans la qualité de leur action pathogène. 
De leur côté, Auché et Hobbs ont injecté des Bacilles tuberculeux 
humains dans le péritoine de Grenouilles; vingt et soixante jours 
après, ils ont trouvé de petits tubercules sur le foie et le mésentère. 
L'inoculation de ces lésions aux Cobayes leur a communiqué une 
tuberculose généralisée classique à virulence un peu atténuée. 

Si, comme nous sommes très disposé à le croire, d'après les 
expériences précédemment citées, les caractères des Bacilles tuber- 
culeux des Poissons sont sutfisamment stables (1), il n'est pas 
douteux que nous ayons affaire à une autre véritable race nouvelle 
de Bacilles de Koch. Quoiqu'il en soit, faisons remarquer avec soin 
que ces Bacilles pisciaires, qui sont des Bacilles tuberculeux 
vrais, non seulement par leurs qualités propres, mais aussi par 
les lésions qu'ils déterminent, dérivent certainement du même 
type ancestral que les autres types ; mais, sous des influences encore 
inconnues, ils ont modifié leurs qualités et ont pu infecter naturel 
lement des organismes aussi particuliers que ceux des Poissons. 
Nous avons là, pour le Bacille de Koch, le plus haut degré d'adap- 
tation. 

En matière de conclusions pour cette première question de 
l'identité ou de la dualité des Bacilles de Koch, nous dirons : les tu- 
berculoses vraies, rencontrées chez l'Homme et chez nos animaux 

(1) Le degré de virulence est essentiellement variable; au contraire, la qualité 
de la virulence est essentiellement fixe. Cependant, la qualité de la virulence 
peut parfois, rarement, il est vrai, être substituée. C'est ainsi que le Bacille du 
rouget du Porc, après plusieurs passages par le Lapin, devient de plus en plus 
virulent pour ce dernier, comme l'a montré Pasteur, mais il perd sa virulence 
vis-à-vis du Porcelet, Ajoutons, pour être juste, que ce virus du rouget, retiré 
des Lapins, tue encore parfois des Porcs adultes et qu'il reprend alors avec la plus 
grande facilité ses qualités pathogènes primitives. 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 291) 

domestiques, sont dues à des Bacilles appartenant tous au même 
groupe, à la même espèce, le Bacille de Kocli, qui subit la loi géné- 
rale de la variation des types (1). 

A part d'autres variétés possibles et encore inconnues, nous 
avons déjà les types humain, bovin, aviaire et pisciaire, corres- 
pondant à des qualités distinctes et suffisament fixes. Nous pouvons 
ajouter, pour fixer les idées, en comparant ces différents types 
entre eux : le Bacille tuberculeux type bovin est une variété du 
Bacille type humain, ou vice versa; les Bacilles type aviaire et 
et type pisciaire sont des races distinctes entre elles, et distinctes 
aussi des Bacilles type humain et bovin. 

La contaml\ation possible de l'Homme par 
LES Bacilles tuberculeux des animaux. 

Si nous prenions à la lettre la question, telle qu'elle est posée par 
le Congrès, nous n'aurions pas à traiter ce paragraphe. Mais nous 
devons examiner ce point, car il constitue la sanction pratique 
qui, d'après le Prof. Koch et tout le corps médical, découle de 
l'identité ou de la dualité des tuberculoses. Immédiatement, nous 
tenons à bien faire remarquer que, contrairement à ceux qui nous 
ont précédé dans l'étude du même sujet, nous n'avons pas cru qu'il 
fût nécessaire d'identifier les Bacilles de Koch pour affirmer la 
contagion de l'animal à l'Homme, cette contagion étant encore 
parfaitement possible avec des variétés et même des races distinctes 
de Bacilles tuberculeux. 

C'est à dessein que nous avons, dans le premier paragraphe de 
cette étude, indiqué la contamination des Mammifères, expérimen- 
talement ou même naturellement : Cheval, Homme, Singe, Bœuf, 
Souris blanche, par le Bacille tuberculeux type aviaire; des 
Perroquets, des Poules, par le Bacille tuberculeux type humain; 



(i) Cotte loi générale, nous l'avons posée le premier dans les termes suivants : 
(( Les parasites microscopiques, appartenant à la môme espèce, présentent toujours 
un certain nombre de caractères immuables, dits spéciliques, qui servent à les 
grouper, et un faisceau de propriétés morphologiques ou biologiques distinctes, qui 
créent les races ou les variétés. La gamme des races ou des variétés est plus ou 
moins riclie, suivant les cas. » 

Il y a des Bacilles tuberculeux, des Streptocoques, des Coli-Bacilles, des 
Pasteurella, des Bacilles du charbon symptomatique, des Babesia, etc. ; et non un 
Bacille tuberculeux, un Streptocoque, un Coli-Bacille, une Pasteurella, un Bacille 
du charbon symptomatique, un Babesia, etc. 



296 J. LIGNIERES 

des Moutons, Porcs, Chevaux, Singes, Chiens, presque indistinc- 
tement, mais par des moyens difïérents suivant l'état de réceptivité, 
par les Bacilles type humain et type bovin ; enfin que ces deux 
variétés peuvent aller jusqu'à infecter les Poissons, les Grenouilles 
et en général les animaux à sang froid. 

Il faut avouer que ces seuls faits positifs, car il ne s'agit pas 
d'hypothèses, rendant déjà invraisemblable l'exception qui ferait 
l'Homme réfractaire au Bacille tuberculeux type bovin, d'autant 
plus que celui-ci est si voisin du Bacille type humain. 

En d'autres termes, étant donnée la faculté d'infection du Bacille 
tuberculeux vrai pour les organismes les plus divers et la parenté 
étroite des types humain et bovin, l'infection de l'Homme par la 
tuberculose bovine, apparaît comme possible. 

Pour le démontrer, il faut que nous ayons de nouveau recours 
aux observations et surtout à la méthode expérimentale. 

On a publié de nombreuses observations de contamination 
accidentelle de l'Homme parle Bacille bovin : blessures, ingestion 
de laitinfecté, cohabitation etc. S'il en est beaucoup de contestables, 
d'autres nous paraissent avoir une valeur absolue ; nous citerons 
seulement les fait suivants. De Jong a publié le cas d'une paysanne 
tuberculeuse, aj^ant cohabité fréquemment avec des Bovidés, et 
chez laquelle il a isolé un Bacille de Koch, qui, injecté sous la peau 
d'un Veau, le tua en 56 jours d'une tuberculose généralisée. Max 
Wolf a infecté le Veau par injection sous-cutanée d'une lésion 
tuberculeuse primitive de l'intestin de l'Homme. Fibiger et Jensen 
trouvent aussi dans l'intestin de plusieurs individus une tubercu- 
lose primitive du type bovin, après l'inoculation sous-cutanée 
aux Bovidés. Spronck et Koefnagel rencontrent chez un boucher 
qui s'était inoculé au doigt la tuberculose bovine, en faisant 
l'autopsie d'une Vache tuberculeuse, des lésions qui, retirées après 
deux ans de l'organisme de cet Homme, furent inoculées au Cobaye 
avec succès. Cet animal prit une tuberculose généralisée. Les 
lésions de ce Cobaye, injectées sous la peau d'un Veau, lui donnè- 
rent une tuberculose généralisée du type bovin. Ce cas prouve 
qu'après deux ans de séjour dans l'organisme humain, le Bacille 
bovin avait conservé sa qualité virulente vis à-vis du Bœuf. De notre 
côté, nous avons cherché des lésions intestinales chez les enfants 
nourris au lait de Vache; sur six cas qui nous ont été fournis, 



LA TUBERCULOSE HUMAINE 297 

ruii d'eux nous a donné des Bacilles qui, inoculés sous la peau 
d'un Veau, ont produit les lésions généralisées de la tuberculose 
bovine. 

Avec ces faits, il n'est pas possible de nier la possibilité de 
l'infection de l'Homme par le Bacille du type bovin. Il est vrai que 
quelques unicistes y ont vu au contraire la preuve de l'identité des 
tuberculoses bovine et bumaine, puisque, disent-ils, les Bacilles 
humains peuvent aussi infecter le Bœuf par injection sous-cutanée. 
En réalité, ce ne sont pas des Bacilles type humain, mais bien 
des Bacilles type bovin rencontrés chez l'Homme. Ce que nous 
avons rapporté dans ce travail et surtout l'infection possible de la 
même espèce animale par des Bacilles tuberculeux de types 
différents prouve parfaitement la possibilité de l'infection de 
l'Homme par les Bacilles bovins. Nous concluons donc en répon- 
dant : oui, sans aucun doute, le Bacille de Koch type bovin peut 
contaminer l'Homme. 

Nous devons nous demander maintenant : avec quelle fréquence 
la tuberculose bovine s'introduit elle dans l'organisme humain? 
Dans l'état actuel de nos connaissances, on ne peut pas encore 
déterminer rigoureusement cette fréquence, mais ce qui paraît 
évident, c'est que la tuberculose bovine est beaucoup moins dange- 
reuse pour l'Homme que sa propre tuberculose. Ceci résulte de la 
qualité virulente distincte des deux types de Bacilles, et aussi de 
la différence des occasions et du mode d'infection de l'Homme 
vis-à-vis de sa propre tuberculose et de celle des Bovidés. 

Quoiqu'on en ait dit dernièrement, et comme nous l'avons 
affirmé au Congrès d'hygiène de Bruxelles, à propos de l'interven- 
tion des pouvoirs publics dans la lutte contre la tuberculose 
humaine [Revue de la tuberculose, 1903), le mode d'infection de 
l'Homme se fait surtout par les voies respiratoires, beaucoup plus 
que par les voies digestives. Or, à part les blessures accidentelles, 
la tuberculose bovine infecte l'Homme presque exclusivement par 
le tube digestif, c'est à-dire par l'une des voies les moins favorables. 
De plus, il n'est pas nécessaire d'insister pour que l'on remarque 
combien plus nombreuses sont les occasions où l'Homme rencontre 
sa propre tuberculose plutôt que celle des Bovidés ou des autres 
animaux. 

Enfin, l'aptitude, qualité pathogène, du Bacille bovin à conta- 



298 .1. LTGNIÈRES 

miner l'Homme est certainement inférieure à celle qu'il a vis-à vis 
du Bœuf, de même que le Bacille humain a son aptitude pathogène 
plus développée pour l'Homme que pour le Bœuf. L'expérience du 
Di' Garnault, toute incomplète qu'elle puisse paraître, a son impor- 
tance : elle montre, jusqu'à un certain point, le peu d'aptitude du 
Bacillebovinpourrorganismehumain(l). Si cette épreuve avait été 
faite avec du virus humain, il est fort probable que les conséquences 
en eussent été plus graves. Souvent, dans les circonstances ordi- 
naires de la vie, lors de blessures accidentelles et d'inoculation des 
bouchers par la tuberculose bovine, les choses se passent exacte- 
ment comme dans l'expérience du D^^ Garnault. Mais, et c'est le 
point capital, quelles que soient les difficultés de la contamination 
de l'Homme par le virus bovin et sa fréquence, il reste acquis que 
cette contamination est possible. 

Dans des conditions particulièrement favorables, probablement 
surtout quand l'organisme humain est affaibli ou qu'il oppose une 
faible résistance, comme celui des jeunes enfants, ou quand ces 
organismes reçoivent une grande quantité de Bacilles bovins, ceux- 
ci suivent la grande loi générale de l'adaptation : ils s'établissent, 
se multiplient dans l'organisme humain et y produisent les lésions 
typiques de la tuberculose. Gomment, d'ailleurs, pourrait-il en 
être autrement, quand, et il est bon de le répéter, nous voyons 
avec quelle facilité les différents types de Bacilles tuberculeux 
infectent tes diverses espèces animales et comment ils finissent 
par s'adapter même à l'organisme des plus réfractaires. La preuve 
expérimentale corrobore aussi et complèteiuent cette manière de 
voir, puisque, chez l'Homme, nous trouvons des Bacilles tuber- 
culeux qui répondent exactement au type bovin. Dans ce cas, et 
comme nous le disions un peu plus haut, il ne faut pas voir là, 
comme on l'a fait trop souvent, la preuve de l'inoculation possible 
et facile du Bœuf par le Bacille humain en injection sous-cutanée, 
ce qui appellerait leur identité ; il faut y trouver la preuve de 
l'existence chez l'Homme du Bacille tuberculeux type bovin. 

Quant à la nécesssité de trouver des lésions intestinales primi- 
tives, ou même des ganglions mésentériques tuberculeux, pour 
affirmer la contamination par ingestion, elle n'est pas absolue. 

(1) Le Docteur Garnault et la tuberculose bovine. Archives de Parasilologie^ 
V, p. 160-182, 1902; VI, p. 152-136, 297-317, 310-514, 1903. 



LA TL'RKnnULOSK HUMAINE 290 

L'expérience prouve que les Bacilles tuberculeux peuvent, comine 
une foule d'autres Microbes, sinon la totalité, passer à travers la 
muqueuse intestinale, traverser les ganglions, en s'y arrêtant ou 
non, et aller, charriés par le chyle puis par le sang, se fixer et 
pulluler dans un point favorable de l'organisme pour y déterminer 
la lésion tuberculeuse. Les lésions tuberculeuses des viscères 
digestifs ou de leurs ganglions, surtout les lésions primitives, font 
seulement supposer très sérieusement une infection par les voies 
digestives ; leur absence n'exclut pas forcément ce mode d'infection. 
De tout ce qui précède, nous devons conclure, pour cette seconde 
partie de notre étude, que la tuberculose bovine est dangereuse 
pour l'espèce humaine et qu'il faut s'en défendre. 

Conclusions générales. 

L — Les tuberculoses vraies, rencontrées chez l'Homme et chez 
les animaux domestiques, sont dues à des Bacilles appartenant 
tous au même groupe, à la même espèce, le Bacille de Koch, qui 
subit la loi générale de la variation des types. 

C'est ainsi qu'en dehors de variétés possibles et encore indéter- 
minées, nous connaissons déjà plusieurs types différents, à savoir : le 
Bacille tuberculeux du type bovin qui n'est qu'une variété du type 
humain ou vice versa; les Bacilles des types aviaire et pisciaire, 
qui sont des races distinctes entre elles et différentes des Bacilles 
type humain et type bovin. 

2. — Puisque le Bacille tuberculeux du Bœuf peut infecter 
l'Homme et surtoutlesjeunes enfants, et bien que cette contamina 
tion paraisse encore aujourd'hui exceptionnelle, ce serait une faute 
grave d'abandonner la lutte si bien réglementée contre la tubercu- 
lose bovine. 11 faut, au contraire, la poursuivre, la compléter, 
l'étendre même aux autres tuberculoses animales, non seulement 
pour éviter la possibilité de la contagion pour l'Homme, mais aussi 
et on l'oublie trop souvent, pour combattre les tuberculoses 
animales, particulièrement la tuberculose bovine, qui tend à se 
répandre de plus en plus parmi le bétail. 



DU ROLE DES PUCES 
DANS LA PROPAGATION DE LA PESTE 

ÉTAT ACTUEL DE LA QUESTION 

PAR 

Le Dr F. NOC 

Médecin aide major de 1" classe des troupes coloniales. 

Depuis 1898, époque à laquelle le remarquable travail de Simond 
a établi la théorie du rôle des Puces dans la propagation de la peste 
du Rat à l'Homme, de nombreuses attaques ont été dirigées de divers 
côtés contre cette théorie. La plupart des objections reposent sur 
tout sur les expériences de Nuttall en iVngleterre, sur celles de Kolle 
en Allemagne, de Galli-Valerio à Lausanne, de ïiraboschi en Italie. 
Les faits dominants de ces expériences sont que ces savants n"ont 
jamais vu les Puces des Rats s'attaquer à THomme, même après 
plusieurs jours de jeûne, ou encore qu'ils n'ont jamais obtenu 
l'infection de Rats sains en portant sur eux des Puces prises sur 
des Rats infectés. 

Les critiques opposées à la théorie de Simond reposent donc sur 
des faits négatifs. Or, a priori, un ensemble de faits négatifs ne peut 
prévaloir contre un seul fait positif bien observé. C'est là le premier 
point par lequel pèchent les contradicteurs de Simond. Si l'on 
voulait cependant suivre pied à pied les reproches faits à l'hypo- 
thèse et aux expériences positives, on pourrait rassembler un grand 
nombre de faits d'ordre clinique et d'observation courante qui, 
accumulés durant ces dernières années en divers pays, sont venus 
confirmer la théorie de Simond. 

Nous préférons rester, dans cette courte revue, sur le terrain 
exclusivement scientifique et nous examinerons les deux objections 
les plus sérieuses faites à la théorie. Ces objections sont les sui- 
vantes : 

1° Les expériences de Simond n'ont été conhrinées par aucun 
expérimentateur; 

2» Ces expériences n'ont tenu compte ni des espèces de Puces 
qui parasitent les Rats, ni de l'aptitude de ces espèces à s'attaquer 
à l'Homme, ni même de leurs affinités pour les espèces qui para- 
sitent l'Homme. 



DU RÔLE DES PUCES DANS LA PROPAGATION DE LA PESTE 301 

Il y a donc là deux problèmes complémentaires à résoudre. Or, 
sur ces deux points, satisfaction a été donnée aux adversaires de 
la théorie de Simond. En elïet : 

l" Dans un travail plein d'intérêt, Gautliier et Raybaud (l) ont 
contirmé par des expériences, qui paraissent faites avec les pré- 
cautions les plus minutieuses, les expériences positives de Simond. 
La transmission de la peste du Rat au Rat est possible par le seul 
intermédiaire des Puces, alors que les animaux sains sont maté- 
riellement protégés contre tout contact avec les Rats infectés : 
telle est la conclusion qui se dégage des recherches de Gauthier et 
Raybaud. Ce même fait avait été pleinement établi par Simond en 
ces termes : 

« On peut déterminer la transmission de la peste à la Souris ou 
au Rat sains, en les faisant cohabiter avec un Rat atteint de peste 
spontanée et parasité par des Puces dans des conditions telles 
qu'ils ne puissent avoir de contact direct avec ce dernier. » 

1ÎP Au point de vue de la question des espèces de Puces parasites 
des Rats, un fait intéressant est à retenir des observations mêmes 
de Tiraboschi. Cet expérimentateur a observé sur les Rats d'Italie 
six espèces de Puces différentes, dont quatre espèces sur Mus 
decumamts : 

Ceratophyllus fascialus 



Ctenopsylla musculi 
Pulex serraticeps 
Pulex irritans 



qui ne piquent pas l'Homme; 
qui piquent IHomme. 



Or, P. serraticeps est très fréquent sur Mus decumanus en Italie. 

Voilà une première observation qui mérite d'être renouvelée en 
dautres pays. 

En France d'ailleurs, Gauthier et Raybaud ont trouvé : 
Sur 52 Rats de terre et Souris examinés, 

Pulex fasciatus 4o fois 

Puces non pectinées autres que P. irritans. 3 fois 

Typhlopsijlla musculi 2 fois 

Pulex serraticeps 2 fois 

(1) C. R. de la Soc. de biologie, déc. 1902. — Revue d'hygiène, 1903. 



302 F. NOC 

Sur 250 Rats de navire examinés, 

Pulex irritans type 2 fois 

Autres Puces non pectinées 64 fois 

TypJdopsyUamuiiciili 178 fois 

Pulex fasciatus 6 fois 

En dehors du fait que Pîdex irritans, Puce de l'Homme, s'olDserve 
quelquefois dans le pelage des Rats de navire, il est à noter que 
Pulex fasciatus prédomine sur les Rats de terre capturés dans la 
ville de Marseille. Or, il est du plus haut intérêt de rapprocher de 
ce dernier fait les observations du D^" Fr. Tidswell, faites à Sydney 
au cours des épidémies de peste de 1900 et 1902. Sur 100 Rats 
examinés [Mus decumanus), Tidswell a trouvé les espèces de Puces 
suivantes : 

Pulex fasciatus 10 fois 

TyphlopsyllamuscuU 8 fois 

Pulex serraticeps 1 fois 

Pulex pallidus 81 fois. 

Pulex paUidus, non observé encore en Europe sur le Rat, est un 
proche parent de Pulex irritans de l'Homme. On a constaté, de 
plus, en Australie, que Pulex pallidus, P. serraticeps et aussi P. 
fasciatus sont susceptibles de piquer l'Homme. Il y aurait intérêt à 
répéter ces expériences en France, au moins pour P. fasciatus, fré- 
quent sur les Rats de terre. 

Voilà donc des faits établis, soit eu Italie, soit en France, soit en 
Australie, qui affirment l'existence dans le pelage des Rats (Mus 
decumanus) de quatre espèces de Puces susceptibles de piquer 
l'Homme (P. irritans, P. serraticeps, P. fasciatus, P. pallidus). Les 
faits positifs qui sont la base de la théorie de Simond, confirmés 
par Gauthier et Raybaud, contirmés par les observations faites sur 
les Puces parasites du Rat et parasites de l'Homme, viennent 
établir le bien fondé de l'importante hypothèse. Après examen, 
comme a priori, les faits négatifs ne sauraient prévaloir. 

Des critiques très vives ont été adressées cependant par Galli- 
Valerio (1), en septembre 1903, aux expériences et aux faits 
apportés par Gauthier et Raybaud. Aussi avons-nous tenté à cette 

(1) CeinralhlaU fur Balderiologic, 1903. 



DU RÔLE DES l'UCES DANS LA l'UOl'AGATlON DE LA l'ESTE 'Mi 

époque de répéter ces expériences dans des conditions telles que 
toute voie de propagation de la peste du Rat au Rat, autre que 
celle des Puces, fut rigoureusement écartée. Cesexpériences, inter- 
rompues pendant l'hiver, nous ont permis tout au moins de nous 
rendre compte des conditions difficiles où se place l'expérimenta- 
teur dans l'étude de la propagation de la peste par les Puces. Ces 
conditions, très dilïérentes de celles qu'on trouve dans la nature, 
expliquent parfaitement les faits négatifs qu'on a voulu opposer à 
la théorie de Simond. 

i° Les Rats infectés au laboratoire par les cultures de peste ne 
présentent pas toujours une infection pesteuse généralisée et 
meurent souvent avec des phénomènes d'intoxication et une forte 
réaction locale, de sorte que les parasites qui les quittent après la 
mort ne sont pas sûrement porteurs de Coccobacilles pesteux. Au 
contraire, les Rats trouvés morts de peste dans la nature ont leurs 
organes et leurs tissus littéralement bourrés de Racilles pesteux, 
ce que l'on constate facilement dans les villes où sévit l'épizootie 
pesteuse : nous en avons fait nous-même l'observation fréquente en 
Nouvelle-Calédonie. 

2° Les Rats sauvages se débarrassent de leurs Puces avec la plus 
grande facilité et ne présentent souvent plus de parasites lorsqu'ils 
sont apportés en cage au laboratoire. Il est loin d'en être de même 
dans la nature : on trouve assez souvent, au cours des épizooties 
pesteuses, des Rats mourants couverts de centaines de Puces, ou 
des cadavres de Rats encore parsemés de ces parasites. Il paraît 
nécessaire de s'adresser, pour une bonne expérimentation, à de 
vieux Rats (Rats sauvages ou Rats blancs) qui, privés de leurs 
dents, sont malJiabiles à se débarrasser de leurs parasites. 

3» Les espèces de Puces qui existent sur les Rats sont ti'ès varia- 
bles suivant les climats et la latitude des villes où on les observe. 11 
semble donc être d'un grand intérêt d'étudier et de faire connaître 
les espèces de Puces qui existent en divers pays sur les Rats propa- 
gateurs de la peste et de se rendre compte également de l'aptitude 
de ces différentes espèces à s'attaquer à l'Homme. 

En résumé, malgré la pleine confirmation que la théorie de 
Simond a reçue de l'expérimentation et de la pratique sanitaire, 
il sera intéressant de répéter, dans les laboratoires de nos colonies 
où la peste a pu ou peut éclater, les expériences de Simond et 



304 F. NOC 

celles de Gauthier et Raybaud, en se plaçant dans les meilleures 
conditions de sécurité au point de vue de la rigueur expérimen- 
tale et à celui d'une transmission accidentelle de la peste au cours 
de ces expériences. 

L'étude comparative des espèces de Puces parasites des Rats en 
divers pays fera comprendre quelques faits encore inexpliqués ou 
paraissant bizarres dans la propagation de la peste ; elle conduira 
peut-être à mieux connaître le mécanisme intime de la transmis 
sion et quel rôle plus ou moins actif jouent les Puces dans la 
biologie et la parasitologie du Coccobacille pesteux. 



NOTES D'HELMINTHOLOGIE BRÉSILIENNE '* 

PAR 

P. S. de MAGALHÂES 

Professeur à la Faculté de médecine de Rio-de-Janeiro. 

12. — Le Cvsticercoïde du Tsenia cuneata. 

Cysticercoides Tœnise cuneatae. 

En 1892, j'ai publié une note (2) constatant l'existence du Tœnia 
(Dicranotsenia) ameara Von Linstow, dans le duodénum des Poules 
domestiques à Rio de Janeiro. Ayant lu les travaux de Grassi et Ro- 
velli (3) afTirmant la présence du Cysticercoïde du Ténia en ques- 
tion chez une espèce de Ver de terre, VAIlolobophora fœtida Eisen, 
en Italie et en l'absence de cette espèce d'Oligochète au Rrésil, j'eus 
naturellement l'idée de chercher le T. cuneata dans une espèce de 
Ver de terre commune à Rio, représentant qui pourrait être appro- 
prié à remplir le même rôle que VAlloloboplmra fœtida comme hôte 
intermédiaire. Guidé par cette idée, j'ai tâché de vérifier l'exacti- 
tude de cette hypothèse bien naturelle et bien fondée ; dans ce but 
j'examinai un grand nombre de Lombrics collectionnés en vue de 
ces recherches. Malheureusement, tous mes efforts sont restés sans 
le résultat désiré; découragé par l'insuccès de mes observations, 
j'ai dû interrompre mes recherches à ce sujet. 

L'hypothèse que le T. cuneata aurait trouvé au Rrésil un hôte 
intermédiaire convenant à sa manière de vivre, très probablement 
dans une espèce d'Oligochète, déjà avancée par le Professeur 
R. Rlanchard, a été également formulée plus tard par le pro- 
fesseur de Kônigsberg, M. Rraun, se rapportant (4) positive- 
ment à la constation faite par moi-même. Presque neuf années, 
plus tard, en procédant, en 1900, à des travaux dans un but bien 



(1) Septième série. — Pour les séries précédentes, voir : 

1" série, Bulletin de ta Soc. zool. de France, XVII, p. 146 et 219, 1892. — 
2' série, Ibidem, p. lo2, 1894. — S' série, Ibidem, p. 241, 1893. — 4'^ série, 
Archicei^ de Para>iitologie, I, p. 361 et 442, 1898. — 3'^ série, Ibidem, II, p. 238, 
1899. — 6' série, Ibidem, III, p. .34, 1900. 

(2) Bulletin de la Société zoologique de France, 1892, p. 143. 

(3) Ceniralblatt fiir Bakteriologie, V, 1889, p. 370-377, 

(4) Bronn's Tliierreich, IV (Wurmer), p. 1566. 



Àrcinves de ParaHlologie, I.\', n» 2, 1903. 20 



306 P. s. DE MAGALHÀES 

différent, j'étudiais quelques-uns de nos Oligochètes indigènes, 
lorsque j'ai eu l'agréable surprise de rencontrer un Cysticercoïde 
dont il m'a été facile d'identifier le scolex avec celui du T. cuneata, 
que je connaissais depuis si longtemps. 

Mes premières observations positives à ce sujet ont été faites 
après dissection des animaux hôtes. Plusieurs fois j'ai obtenu le 
même résultat après dilacération et dissociation des tissus frais, 
provenant des Oligochètes sacrifiés pour mes études. De la sorte, 
j'ai très souvent obtenu, et en grand nombre, des Cysticerco'ïdes 
encore vivants. Quelques-uns se présentaient dans mes préparations 
encore inclus dans leurs capsules, en complet état d'invagination; 
d'autres, moins nombreux, se montraient déjà complètement éva- 
ginés. Parfois, les Cysticerco'ïdes étaient pourvus d'une seconde 
capsule cystique à double paroi, dont l'externe était mince et hya- 
line, l'autre, interne, formée d'une couche unique, continue, de 
grosses cellules irrégulièrement cubiques, quelquefois sphéro'i- 
dales. Il sera question plus tard de cette capsule. 

Une autre série d'observations a eu pour objet l'étude de coupes 
transversales du corps de l'Oligochète, laissant voir les Cysticer- 
co'ïdes en leur situation respective à l'intérieur du corps de leur 
hôte. La larve parasite se montrait alors toujours en état d'invagi- 
nation complète à l'intérieur de sa capsule propre, et en outre 
celle ci se présentait toujours enveloppée par la seconde capsule à 
double paroi mentionnée ci-dessus. Il m'a été impossible 
d'obtenir des préparations me permettant de suivre l'évolution 
graduelle du Cysticercoïde dès sa première phase d'onchosphère 
jusqu'à celle de Cysticercoïde complet. 

Quelques préparations, faites par dissociation, m'ont fourni 
tantôt des onchosphères encore contenues dans leurs enveloppes- 
ovulaires, tantôt déjà libres de ces enveloppes et présentant les 
crochets embryonnaires déjà écartés les uns des autres, dénotant 
par leur situation réciproque un certain degré de développement 
atteint par l'embryon. Ils provenaient de l'intérieur du canal intes- 
tinal de l'Oligochète. 

Le Cysticercoïde du T. cuneata est dépourvu de prolongement 
caudal, comme d'ailleurs Grassi et Rovelli ont pu déjà le constater. 
Sous ce rapport, il ressemble au Cysticercoïde du T. infundibuli- 
formis étudié par les deux savant italiens que je viens de nommer. 



NOTES D HELMINTHOLOGIE BRESILIENNE 



307 



au Cysticercus lumbricidi décrit et figuré par Ratzel en 1868 (1), 
rapporté plus tard par VonLinstow au T. crassirostris (2), et en géné- 
ral aux Cysticercoïdes parasites des Mollusques, ayant pour type le 
Cysikcrcdides arionia de Siebold, rencontré dans la cavité pulmo- 
naire de VArion empiricoriim. Braun se rapportant aux larves de 
Ténias parasites des Vers, déjà connues, bien peu nombreuses 
d'ailleurs, a affirmé qu'elles doivent être considérées en général 
comme des Cysticercoïdes dépourvus d'appendice caudal. 
Ce sont toujours des Vers de terre d'une espèce très commune à 




Fig. 1. — Coupe transversale de l'OIigocliète montrant la situation des Cysti- 
cercoïdes et des Synœcnema. 

Rio de Janeiro, appartenantaugenre /^AmifimaKinb. emend. Mehlen. 
{Perichœta Schmarda, Perrier), qui m'ont fourni les Cysticercoïdes 
du T. cuneata. Parfois, chaque Lombric m'a fourni plusieurs di- 
zaines de larves parasites et plusieurs coupes transversales du 
corps de l'Oligochète laissaient voir 6 Cysticercoïdes sur un même 
plan (fig. 1). D'après mes observations, le tiers moyen du corps 

(1) Ratzel, Ârchiv f. Naiurge><chichte, XLI, 1868, I, p. 183-207. 

(2) Von Li.nstow, Beobachtungen an neuc und bekannte Helminthen. Archiv. 
f. Naiurfje>^chichte, XLI, 187:;, 1, p, 183-207, 



308 ■ . p. s. DE MAGALHÀES 

du Ver était le plus riche en Cysticercoïdes ; ceux-ci siégeaient 
dans les parois de lïntestin, apparemment hors de ce canal, dans le 
tissu avoisinant et en continuité avec ces parois. Je n'ai jamais ren- 
contré aucune larve libre nigrelïée dans la cavité générale de l'Oli- 
gochète. J'aurai l'occasion de revenir sur le siège des Cysticercoïdes. 

Toutes mes observations me portent à croire que la capsule ex- 
terne, doublée à son intérieur d'une couche de grosses cellules, 
provient des tissus de l'animal hôte. Il se peut qu'elle dérive des pa- 
roisde l'intestin par occlusion adventice de quelque cul de sac, con- 
stitué par une dépression entre deux saillies papilliformes voisines. 
On voit ces dépressions en fort grand nombre sur la surface épithé- 
liale interne de l'intestin; elles augmentent considérablement sa 
surface d'absorption; dans le cas contraire, on aurait à supposer 
l'existence de corpuscules ou de follicules ronds, formés d'une raem 
brane limitante externe et d'une couche celluleuse (épithéliale) 
interne, situés au voisinage des parois du /racîMS intestinal des Oligo- 
chètes, ce qui serait à vérifier. En admettant l'hypothèse de l'origine 
intestinale des capsules en question, on aurait encore besoin de sup- 
poser une modification notable des cellules épithéliales, qui origi- 
nairement cylindriques ou prismatiques seraient devenues cu- 
biques, voire même sphéroïdales, et beaucoup plus volumineuses. 
Jedois pourtantnoter que j'ai pu constater parfois, dans des prépara- 
tions obtenues par disssociation et dans les coupes transversales, 
l'existence de corpuscules semblables aux capsules, constitués 
comme elles par une paroi externe membraneuse et une couche in- 
terne de grosses cellules, comme glandulaires; ces corpuscules 
étaient complètement clos et privés de Cysticercoïde. 

11 y a une particularité bien digne d'être mentionnée : pendant 
que les Oligochètes de la même espèce, appartenant au genre 
Plieritima {Perichœta) hébergeaient régulièrement et en abondance 
des Cysticercoïdes parasites, d'autres, appartenant au genre Pon- 
toscokx Schmarda {Urochœta Ed. Perrier) de l'espèce P . {Lumhrkm) 
coreî/wm^i^sF. Millier, recueillis au même endroit et à la même épo- 
que, dans un terrain sur lequel vivaient des Poules abondamment 
infestées de T. cuneala, se montraient constamment dépourvus de 
ces parasites, malgré les nombreuses recherches que j'ai faites. Fort 
intéressante, bien qu'inexplicable pour le moment, me semble cette 
diversité helminthologique, cette sélecticn parasitaire des deux es- 



NOTES D HELMINTHOLOGIE BRESILIENNE 309 

pèces d'Oligocliètes vivant dans un même milieu, ayant des habi- 
tudes alimentaires semblables en apparence, témoignant pourtant 
de cette façon des aptitudes contraires par rapport à leur suscepti- 
bilité à héberger un même parasite. Quelle condition organique, 
quelle particularité physiologique est la cause d'une telle différence 
parasitaire? Ce n'étaient pas seulement les Cysticercoïdes qui se 
présentaient nombreux dans les individus d'une espèce d'Oligo- 
chètes etqui étaientabsents dans l'autre; la même sélection existait 
pour un autre parasite Nématode dont il sera question dans cette 
note. 

En passant, je crois devoir ajouter quelques mots, en ce qui 
concerne les habitudes des deux espèces de Vers de terre indi- 
gènes. Les Pontoscolex corethrurus sont plus communs et plus nom- 
breux; ils sont plus faciles à rencontrer; on les trouve plus cons- 
tamment dans les couches de terre superficielles, quelquefois 
même on les voit à découvert sur le sol, surtout après les pluies. 

Les Oligochètes de l'espèce appartenant au genre Pheritima 
{Perichxta Ed. Perrier), assez abondants et faciles à recueillir 
pendant certains mois de l'année, doivent être cherchés dans les 
couches plus profondes du terrain en d'autres époques, pendant 
lesquelles les pluies sont plus rares. Mes recherches les plus heu- 
reuses ont eu lieu pendant les mois de mai et de novembre. Ces 
Versde terre, d'une taille bien supérieure à celle des premiers, sont 
aussi beaucoup plus vigoureux, et doués d'une force très grande. 
Habitant dans des galeries tortueuses et longues, ils résistent beau- 
coup aux tractions, même énergiques, faites pour les retirer de 
leurs gîtes; ils s'échappent par ces galeries lorsqu'ils se sentent 
poursuivis. Très souvent on les rompt plutôt que de les extraire 
de force par traction. De couleur rougeâtre, couleur de chair, ces 
Oligochètes distendus, peuvent s'allonger jusqu'à 31 centimètres; 
lorsqu'ils se contractent, leur longueur se réduit à 15 ou 20 centi- 
mètres. Ils se composent ordinairement de 173 à 187 anneaux. Le 
clitellum, complet, comprend les XIV®, XV'^et XVP segments. L'o- 
rifice mâle est situé près du bord antérieur du clitellum. Sur la 
face ventrale des 2^^, 3^0, 4me^ gme^ gme^ segments postérieurs au 
clitellum, double orifice glandulaire; 70 soies de 0™m^i85 de lon- 
gueur forment des ceintures complètes. Aux côtés de la ligne mé- 
diane ventrale, dans les segments postérieurs au clitellum, existent 



310 



p. s. DE MAGALHAES 



deux soies modifiées, grandes, de 0,45 millimètres de longueur. 
Les Cysticercoïdes du T. ciineata, que j'ai observés à Rio de 
Janeiro, habitent le corps d'une espèce d'Oligochètes appartenant 
au genre Pheritima Kinb. Ils sont enkystés dans des capsules légè- 
rement elliptiques (fig. 2), mesurant 300 à 440 (j. sur 220 à 370 p. ; 
la paroi de ces capsules a 41 à 45 [/- d'épaisseur et est constituée 
par une couche externe, mince, membraneuse, hyaline, de 11 à 12y. 




Fig. 2. — Cysticercoïdes Tssniae cimeatae. — 1, Cysticercoïde dans sa double 
enveloppe kystique; 2, le même, débarrassé de son kyste externe; 3, le même 
invaginé; 4, crochets du scolex; 5, Cysticercoïde évaginé. 



d'épaisseur, et par une couche interne formée de grosses cellules 
disposées en une seule couche. Ces cellules presque cubiques, par- 
fois plus ou moins sphéroïdales,à contenu légèrement granuleux, 
ont jusqu'à 40 p. de côté. 

La couche interne, celluleuse, des capsules kystiques laisse à son 
centre une cavité intérieure ou centrale dans laquelle se trouve 
le Cysticercoïde, invaginé dans son kyste propre. Celui-ci, de forme 
ovoïde, a 270 à 300 p. à son plus grand diamètre et 220 à 270 p. au plus 
petit diamètre. Un des deux pôles du corps vésiculaire de la larve 



NOTES d'hELMINTHOLOGIE BRÉSILIENNE 311 

est sensiblement moins large que l'autre, mais tous les deux pré- 
sentent une ombilication bien visible; celle existant au plus gros 
pôle est aussi plus large: elle correspond à l'ouverture par laquelle 
passe le scolex lorsqu'il s'évagine et communique avec la cavité du 
kyste dans laquelle se maintient le scolex retracté en état d'invagi- 
nation. La dépression de l'extrémité opposée, c'est-à dire l'ombili- 
cation située au pôle le plus étroit, représente un pore excréteur 
du Cysticercoïde. 

La couche la plus interne du kyste propre du parasite, d'aspect 
hyalin, n'a que 100;^. d'épaisseur. Les couches plus internes, consti- 
tuées par le parenchyme propre, se continuent avec le parenchyme 
du scolex et du col de la larve. La partie du Cysticercoïde opposée 
à l'extrémité constituant le scolex, lors de l'invagination de celui 
ci, vient l'envelopper en lui formant un sac ou kyste propre. L'inva- 
gination du scolex détermine la formation d'une cavité ainsi consti- 
tuée par l'inversion de la partie distale de la larve se transformant 
de la sorte en sac ou vésicule dont le centre vient à être occupé par 
le scolex, lié et se continuant par son col avec la substance propre 
des parois du sac ou vésicule; celle-ci communique toujours avec 
l'extérieur par l'ouverture ou orifice situé au pôle antérieur de l'o- 
vo'ide, constituant le Cysticercoïde invaginé. 

Même invaginé, le Cysticerco'ide laisse voir, par transparence, de 
nombreux corpuscules brunâtres, les uns elliptiques, les autres 
arrondis, de grosseur variable, les plus gros pouvant présenter 
10 à 11 y. de diamètre. Ces corpuscules peuvent être assimilés aux 
corpuscules calcaires si communs chez les ïéniadés. 

En provoquant l'évaginationdu scolex par l'addition de quelques 
gouttes d'eau ou de solution physiologique tiède à la préparation, 
en profitant de la protrusion spontanée de quelques scolex ou 
encore en forçant mécaniquement, par des pressions modérées, 
réversion de la larve, on rend facile l'observation directe du scolex, 
déjà aperçu d'ailleurs à travers les parois de la vésicule propre. La 
larve peut être en elïet observée par transparence, même lorsqu'elle 
se trouve encore enveloppée de la double couche de la capsule 
kystique adventice. Quelquefois, bien que rarement, j'ai pu voir 
des Cysticerco'ides en éversion complète, encore inclus dans cette 
même capsule. 

Le scolex évaginé est long de 300 à 330 w.; l'extrémité céphalique 



312 p. s. DE MAGALHÀES 

et la trompe à elles seules ont 200 à 220 [j. de longueur et 210 à 230 ,y- 
à la partie la plus large. 

La longueur totale de la trompe est de 108 à 165 y., et celle de 
sa partie à découvert de 23 à 27,5 a; sa plus grande largeur est de 
60 à 68 y.; sa largeur au sommet et à la base est de 25 à 27 ^i. Les 
dimensions de la trompe présentent d'abord de très fortes varia- 
tions selon son état de distention ou de rétraction. 

La couronne de crochets, simple, est formée de 12 à 14 crochets, 
dont la forme caractéristique est bien connue. Chaque crochet a 
30 à 33 [j. de longueur. 

Le col du Cysticercoïde, bien que variant beaucoup selon l'état 
de distention ou de contraction plus ou moins fortes, est long de 
100 à 110 p. et large de 110 à 121 p., en moyenne. 

Les ventouses ont un diamètre longitudinal de 80 à 88 ,y. et un 
diamètre transversal de 50 à 55 ,a. 

Dans quelques spécimens, on peut apercevoir le système des 
vaisseaux ou canaux aquifères ou excréteurs du scolex, pendant la 
vie du Cysticercoïde. 

Au cours de mes observations, j'ai eu l'occasion de vérifier d'une 
façon positive Texistence dun canal central de la trompe et de son 
orifice au centre de l'extrémité de cet organe. 

Les crochets embryonnaires ne sont ordinairement plus visibles 
sur les Cysticercoïdes complètement formés, tels qu'on les observe 
généralement; par exception, pourtant, j'ai constaté au moins deux 
ou trois paires des dits crochets embryonnaires encore implantés 
sur la substance de la vésicule propre de la larve. 

13. — Cysticercoïde d'espi^ge indéterminée. 

Par opposition à la fréquence et à l'abondance des Cysticercoïdes 
du T. cuneata, une autre espèce de Cysticercoïdes se présentait assez 
rarement à mon observation, associée aux premiers etayant le même 
habitat. 

Ils étaient également dépourvus d'appendice caudal et se mon- 
traient aussi invaginés dans leurs capsules ou vésicules (fig. 3). Beau- 
coup plus rares, les spécimens examinés provenaient de préparations 
obtenues par dissection; très exceptionnellement, il m'a été donné 
de les voir dans des coupes transversales du corps de l'Oligochète, 
mais alors ils se présentaient à la même place et pareillement 



NOTES D HELMINTHOLOGIE BRESILIENNE 



313 



inclus dans des capsules adventices à double paroi, constituée par 
une couche hyaline, externe, et une couche interne celluleuse. 

Lorsqu'ils étaient inclus seulement dans leur vésicule propre, en 
état dïnvagination complète, ces Cysticercoïdes présentaient la 
forme de corps plus régulièrement arrondis ou sphéroïdaux; ils 
étaient aussi un peu plus volumineux que les Cysticercoïdes du 
T. cuneata. Très pauvres en corpuscules calcaires, ils paraissaient 
beaucoup plus transparents. 

Sorties de leurs sacs propres, ces larves montraient une forme 
moins simple; outre la partie constituant la vésicule, adhérant et 
se continuant avec l'extrémité postérieure de la larve, celle-ci pos- 
sédait une partie large, postérieure, comme un premier segment, 





Fig. 3. — 1, Cysticercoide encore renfermé dans son kyste; 2, le même extrait 
de son kyste et complètement évaginé. 

séparée du scolex par une portion rétrécie formant un col bien 
distinct. 

Le rostre, long et en massue, se terminait par une saillie sphéroï- 
dale, terminale. A la base de celle-ci, sur la ligne ou le sillon de sa 
réunion à la partie avoisinante du rostre, existait une couronne 
simple de petits crochets en forme de piquants de Rosier et au 
nombre de 13. Les quatre ventouses, circulaires, occupaient la moi- 
tié supérieure du scolex. A partir de l'extrémité postérieure de la 
larve, jusqu'à la base du rostre, et de là jusqu'aux ventouses, aussi 
bien qu'autour de celles-ci, on apercevait un système de canaux ou 
vaisseaux. 

La vésicule, lorsque la larve y était invaginée, avait 330 a 



314 p. s. DE MAG4LHÀES 

de diamètre; la cavité, trop petite pour le volume de celle-ci, 
l'obligeait à s'y maintenir incurvée. Là larve avait 2™m,44 de 
longueur et 2ni'",34 de largeur. La partie céphalique 85 p. de long 
et 110 |7. à sa plus forte largeur. Le rostre était long de 70 p. et 
composé de deux parties distinctes : la première, basale, piriforme, 
ayant 40 p. de longueur; l'autre, distale, terminale, sphéroïdale, 
ayant 30 p. de longueur. Les ventouses très larges, circulaires, 
avaient 50 p de diamètre. 

Les 13 petits crochets, en forme de piquants de Rosier, consti- 
tuant la couronne située à la limite inférieure de la coupole du 
rostre, étaient longs de 10 à 10,8 p. 

14. — Synoecnema fragile, novum genus, nova species. 

Les mêmes Oligochètes du genre Pheritima (Perichseta), disséqués 
encore frais, laissent observer un grand nombre de petits Néma- 
todes fort intéressants par leur organisation et principalement 
par la particularité de se présenter unis par paires, conjugués et 
fixés par un point de la face ventrale de leurs corps, se conservant 
accolés et comme enlacés, en dépit des mouvements continuels et 
incessants qu'ils exécutent lorsqu'ils se trouvent en liberté sur la 
plaque porte-objet. Chaque paire, constamment constituée par une 
femelle et un mâle adultes, se maintient de la sorte en union 
sexuelle permanente. Ce n'est que très exceptionnellement qu'on 
voit des individus séparés accidentellement, comme il arrive par 
suite de traumatismes, pendant les procédés de dissection et de 
dissociation mécaniques ; d'autres fois, des femelles adultes, déjà 
vidées de tous leurs œufs, isolées, paraissent indiquer une sépara- 
tion spontanée après la période prolifère de leur vie sexuelle. 

L'union permanentede ces Nématodespar couples (fig. 4), nonseu- 
lement lorsqu'ils sont vivants, mais encore après leur mort, semble 
indiquer une condition normale et constante pour cette espèce. 
Les faits analogues sont extrêmement rares. Parmi les Nématodes, 
nous avons l'exemple bien connu de l'union sexuelle permanente 
dans le genre Syngamus. Parmi les ïrématodes, on connaît la 
jonction par paires d'individus hermaphrodites dans le genre 
Diplozoon et l'accouplement d'individus à sexes séparés dans le 
genre Scliistosomum. En conséquence, la rareté des cas analogues 



NOTES 1) lIELMlXïHOLOdlE BRESILIENNE 



315 



suffirait à elle seule à rendre bien digne d'atlention l'étude du 
nouveau genre et de l'espèce nouvelle de Nématode parasite en 
question. 

Comme nous l'avons vu à propos des Cysticercoïdes, les coupes 
transversales du corps de l'Oligochète, après fixation et durcisse- 
.ment, permettent seules de constater exactement leur situation 
respective dans l'organisme de l'hôte. On vérifie facilement que les 
petits Nématodes parasites ont constamment leur habitat dans la 
cavité générale du corps de l'Oligochète et plus ordinairement dans 
la moitié inférieure de cette cavité, où ils trouvent un plus grand 




Fig. 4. — Synœcnema fragile. — 1, mtile el femelle accouplés; 2, extrémité cé- 
phalique; 3, crochet de l'orifice buccal; 4, œuf embryonné. 

espace inoccupé; ils y sont libres, jamais enkijstéii. Ces petits Néma- 
todes habitent en plus grand nombre spécialement la moitié 
postérieure de la cavité générale de l'Oligochète. 

Six espèces de Nématodes parasites des Oligochètes ont déjà été 
décrites; je dois les indiquer et les soumettre à une comparaison 
avec l'espèce que je fais connaître. 

Le Dionix Lacazei, parasite du Pontodnlus Marioni a été décrit 
d'une façon très résumée par le Professeur Ed. Perrier dans les 
Archives de Zoologie expérimentale, IX, p. 242-243, 1881, Il est 



316 P. s. DE MAGALHÀES 

indiqué simplement en passant dans le Traité de Zoologie du même 
auteur, p. 1378. La présence de deux petits crochets à la région buc- 
cale rapproche cesNématodes de ceux dont je m'occupe; mais leur 
existence dans des kystes siégeant dans la musculature de l'Oli- 
gochète, la séparation des individus de chaque sexe, chaque in- 
dividu isolé dans son kyste; la présence de deux spicules et d'une 
pièce accessoire de soutien chez le mâle, rendent impossible toute 
confusion des deux espèces. 

B, Friedlânder, dans un article sur: « la régénération des parties 
excisées du système nerveux central des Vers de terre » publié en 
1895 (1), y a annexé un appendice à propos des Nématodes para- 
sites rencontrés dans les Vers de terre (2). Deux sortes de Néma- 
todes sont mentionnées par l'auteur; les uns très nombreux, 
observés dans le tissu de régénération, aussi bien que dans la 
cavité générale, ont été rencontrés inclus dans un tissu compact 
et furent rapportés à l'espèce bien connue, Pelodera pellio; les 
autres, vus dans un seul Oligochète, d'espèce indéterminée, habi- 
taient exclusivement le vaisseau sanguin ventral, etn'ont été observés 
que dans des coupes et en conséquence incomplètement décrits. 
B. Friedlânder les attribue à une espèce nouvelle, les dénom- 
mant provisoirement Lumbricicola vasorum. 

L'enkystement constant du Dionix Lacazei, aussi bien que la 
conformation de ses organes génitaux mâles, décrits par le Prof. 
Ed. Perrier, la localisation exclusivement intravasculaire du 
parasite observé par Friedlânder, l'épaisseur considérable de la 
cuticule du Lumbricicola vasorum, l'impénétrabilité de celle-ci, 
même au carmin, vérifiée par l'auteur, à défaut d'une description 
plus détaillée, les caractères propres au /'elorfera pe/lio, sufTisent à la 
différenciation du nouveau genre et de la nouvelle espèce S ynœcnema 
fragile et à sa distinction par rapport aux trois autres Nématodes 
observés en parasites des Oligochètes. 

Des trois espèces sus mentionnées, la Pelodera pellio seule, d'après 
les observations de Schneider et de Bûtschli, a été indiquée par 
Shipley parmi les Nématodes parasites des Vers de terre énu- 
mérés dans l'article publié à ce sujet dans ces mêmes Archives 
(VI, p. 619-623), En revanche, Shipley rapporte trois autres espèces: 

(1) Zeitschrift fiir wiss. Zoologie, LX, p. 249 - 283. 

(2) Ibidem, p. 276 - 280. 



NOTES d'iIICLMINTHOLOGIE BRÉSILIENNE 317 

une forme d'Ascaris indéterminée observée par Leuckart; le Discelis 
filaria rencontré par Dujardin dans les testicules des Vers de terre, 
à Paris; enfin le Spiroptcra Lurdi Molin, rencontré à un état de 
développement incomplet dans le Lumhricus terrcstris par Cori 
et plus tard identifié spécifiquement par Linstow. Cori a observé 
ces larves habitant presque tous les gros spécimens de Vers de terre 
examinés en deux ou trois localités de l'Europe centrale. Elles 
se trouvaient exclusivement dans le vaisseau ventral, dans 
toute la longueur de celui-ci. Cette localisation, identique à l'habi- 
tat attribué par Friedlânder à son Lumbricicola Tasorum, fait sup- 
poser l'identité de ces deux sortes de parasites et dans ce cas 
cette dernière dénomination tomberait en synonymie. 

Les nouveaux Nématodes ont lextrémité céphalique semblable 
ment conformée chez les deux sexes, elle est amincie, comme 
tronquée et plus forteinentatténuée du côté ventral, où elle semble 
coupée en biseau. L'orifice buccal présente deux petits crochets, très 
recourbés, implantés sur son bord supérieur; ils sont difficiles à 
bien voir et ont à peu près 3,5 [y.. Sur la face ventrale, et au ni 
veau de l'amincissement de l'extrémité céphalique, existe un ori- 
fice suivi d'un canal, paraissant représenter un pore excréteur. 

Le corps est cylindrique, à partir du niveau de ce pore et dans 
toute la longueur du reste des deux tiers antérieurs; le tiers 
postérieur s'amincit graduellement en pointe; celle-ci est plus 
allongée, plus fine, et enroulée chez le mâle; l'extrémité caudale 
de la femelle a sa partie amincie plus courte, plus émousséeetelle 
n'est pas recourbée ou enroulée. 

La femelle est sensiblement plus longue et plus large que le 
mâle; elle a 1^^,15 de longueur et 65 à 80 fj. à sa plus grande 
largeur, au milieu du corps. Le mâle a 600 à 900 y- de longueur 
et 35 y. dans sa plus forte épaisseur. Chez la femelle, le pore excré- 
teur se trouve à 40 u. en arrière de l'extrémité céphalique, la 
partie tronquée de celle ci est de 20 a. L'anus est situé à 210 y. de la 
pointe terminale de la queue; l'orifice copulateur se rencontre 
à 400 f/ en arrière de l'extrémité céphalique. 

Le mâle a la portion tronquée de son extrémité céphalique longue 
de 30 [j.; le pore excréteur siège à 40 y. en arrière de l'extrémité cé- 
phalique; l'ouverture de l'appareil copulateur est à 350 y. en 
arrière de la tête ; l'anus est situé à 200 y en avant de l'extrémité 



318 p. s. DE MAGALHÀES 

caudale; celle-ci est très effilée sur une étendue de 10 ij. et re- 
courbée. 

L'organisation des appareils génitaux demande une analyse plus 
détaillée et une étude spéciale. La longueur de la queue, à partir 
du niveau de l'anus, est à la longueur totale de l'Helminthe mâle 
comme 20 : 90 = 1 : 4,5 ; chez la femelle, cette relation est de21 : 
llo = 1 : 0,4. Les œufs, elliptiques, ont 40 pi x 280 y.; leur sur- 
face interne semble à première vue comme striée : à une obser- 
vation plus attentive, les stries se révèlent être des cils ou 
bâtonnets très délicats, courts et raides. Le corps de ces Hel- 
mintes laisse voir par transparence les organes internes, mais 
sa fragilité extrême rend fort difficile une étude approfondie de 
leur constitution. 

Les matériaux et les données f ou rnis par les observations mention- 
nées dans cette note datent de plus de quatre ans, mais la rédaction, 
toujours ajournée, attendrait longtemps encore l'occasion d'être 
réalisée. Il y a déjà des années j'ai eu l'honneur de communiquer 
au professeur Braun des spécimens de mes préparations et je dois 
profiter de l'occasion pour lui témoigner ici mes remerciements 
pour la courtoisie et la bonté qu'il a mis à répondre à mes questions. 
Récemment j'avais eu le désir de communiquer ces recherches 
et de montrer mes préparations aux membres du Congrès inter- 
national de Zoologie, réuni à Berne en J904; des circonstances 
occasionnelles m'ont empêché de me rendre au siège de la savante 
réunion. Profitant maintenant d'un désœuvrement forcé, pendant 
un long voyage, j'ai rédigé à la hâte et bien imparfaitement cette 
notice, qui risquait de rester définitivement à écrire. 

A bord du steamer Orita, en voyage pour Rio de- 
Janeiro, octobre 1904. 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 



Eni. Freiherrvox Duagern, Die Antikôrper. Rcsullak friiherer Forscliun- 
gen und neue Versuche. Jeiia, G. Fischer, in-8° de IV-114 p., 1903. 

Le phénomène de l'immunité a été, dans ces dernières années, l'objet de 
nombreuses recherches; les théories n'ont pas manque pour l'expliquer, 
mais la question n'a guère gagné en clarté. 

L'auteur donne d'abord (p. 1-71) un résumé complet et méthodique des 
travaux de ses devanciers; on le consultera avec grand intérêt. Il expose 
ensuite ses recherches personnelles (p. 71-114) sur les Crustacés décapodes 
(Maia) et sur les Céphalopodes (Octopus). 

Le sérum de ces animaux susdits est étudié d'après la méthode jusqu'a- 
lors suivie pour les recherches sur les Vertébrés; les résultats confir- 
ment, d'une façon générale, les faits déjà connus. La partie précipitable 
du sérum est formée d'albumino'ides, parmi lesquelles figure une grande 
partie de l'htmocyanine. Les Invertébrés ne produisent pas de précipitines. 
Celles ci sont produites, chez les Mammifères, parles globules sanguins. 



R. Behla, Die pflanzenparasitare Ursache des Krebses und die Krebspro- 
phylaxe. Berlin, R. Schoetz, in 8° de oO p. avec 4 pi., 1903. — Prix : 
2 mk. 

Personne ne doute que le cancer ne soit une maladie parasitaire; 
on a proposé, au sujet de son étiologie, les interprétations les plus diverses, 
mais rien de positif n'est encore connu. Behla discute à son tour la ques- 
tion. Partant des tumeurs végétales, et spécialement de celles de la racine 
du Chou, dont Cienkovski et Podvissotzky ont fait une bonne étude, il 
expose que le cancer est, dans l'espèce humaine, un néoplasme de 
même nature, causé par une Chytridiacée. Ce parasite, introduit dans 
l'organisme avec les aliments, envahirait les cellules épithéliales, à 
l'intérieur desquelles il serait capable de grossir, de se multiplier et de 
s'enkyster; les spores, nées dans de vrais « sporanges », envahiraient de 
proche en proche les cellules, qui se multiplieraient sous l'influence du 
parasite. La théorie est ingénieuse, mais demande confirmation. 



Th. VON Wasielewski, Studien und Mikrophotogramme zur Kenntniss 
der pathogenen Protozoen, erstes Heft. Leipzig, A. Barth, in-8° de VIII- 
118 p. avec 7 planches et 24 fig. dans le texte, 1904. — Prix : 6 mk. 

Sous ce titre, l'auteur entreprend la publication d'un important ouvrage, 
à en juger par le premier fascicule. Celui-ci traite de la structure, du 
développement et de la signification pathogénique des Coccidies. 



320 REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

Il étudie tout d'abord la coccidiose du foie du Lapiii, causée par Eimena 
cunicidi; les sporozoïtes, la schizogonie, la sporogonie etia formation des 
spores sont successivement passés en revue, d'après les recherches person- 
nelles de l'auteur. 11 étudie ensuite la coccidiose intestinale des Oiseaux, 
causée par Diplospora Lacazei, chez divers Passereaux d'Allemagne et chez le 
Serin en captivité. Vient ensuite unebonne élude de Dlplospora bigemma, 
quicause la coccidiose intestinale du Chat, du Chien. L'ouvrage se termine 
par un court chapitre sur Pfeifferinellaellip^oides, de l'intestin dePlanorbis 
corneus (que l'auteur appelle PL cornua!) ; il attire l'attention sur ce para- 
site, qui est fréquent, facile à observer et peut servir d'objet d'étude 
pour les commençants. 

Les planches et les figures dans le texte sont, pour la plupart, d'excel- 
lentes reproductions de microphotographies. L'ouvrage se recommande, 
non seulement par les observations nouvelles qu'il apporte, mais encore 
par une très bonne mise au point de la question. Le second fascicule sera 
consacré aux Hémosporidies. 



Tenholt, Die Untersuchnng auf Anchylostomiasis mit besonderer Berûck- 
sichtiqung der tourmbehafteten Bergleute. Bochum, W. Stumpf, 2. Auf- 
lage, in-8° de 6 p. avec une planche, 1904. 

Brochure essentiellement pratique, destinée à faciliter le diagnostic de 
l'uncinariose j^ar la reconnaissance des Vers et de leurs œufs dans les 
déjections. 

H. GoLDMANN, Die Hygiène des Bergmannes, seine Berufskrankheiten, erste 
Hilfeleistung und die Wunnkrajikheit (Anhylostomiasis). Halle a. S.,W. 
Knapp, in-S" de IV-102, avec une planche, 1903. — Prix: 3 mk. 

L'auteur est médecin des mines de Brennberg près Odenburg (Hongrie), 
depuis nombre d'années. Il était donc bien qualifié pour écrire un ouvrage 
sur l'hygiène du mineur et sur ses maladies professionnelles. L'uncina- 
riose est, parmi ces dernières, la seule qui relève de la parasitologie. 
L'auteur en fait une bonne étude (p. 60 - 102), en grande partie basée sur 
son expérience personnelle; on la consultera avec intérêt, en ce qui con- 
cerne la pathogénie et l'épidémiologie. Il dénomme le parasite in/ct/iostowa 
hominis, contrairement à la loi de priorité. 



G. M. GiLEs, A revision of the Anophelinae heing a first supplément to the 
second édition of « A Handbook of the Gnats or Mosquitoes ». London, J. 
Baie, sons and Danielsson, in 8° de 47 p., 1904. 

C'est parmi les Anophelinae que se rencontrent les Moustiques qui trans- 
mettent le paludisme; leur étude est donc particulièrement urgente; aussi 
fait-elle des progrès importants, d'une année à l'autre. Giles a eu l'heu- 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 321 

reuse pensée de résumer dans ce très utile fascicule tous les travaux des- 
criptifs récents et de publier ainsi une révision du groupe. Un tel ouvrage 
est appelé à rendre les plus grands services, 



G. M. GiLES, Climate and health in hot countries and the oiitUnes of tropical 
climatology. A popular Treatise on personal hygiène in the hotter parts 
of the ivorld, and on the climates that will be met wtth within them. 
London, John Baie, sons and Danielsson, in 8° de XIX-186-109 p., 1904. — 
Prix, cartonné : 7 sh. 6 d. = 9 fr. 50. 

Le lieutenant-colonel (médecin) G. M. Giles, bien connu pour son 
Handbook of the Gnats or Mosquitoes, doit à sa longue pratique de la mé- 
decine aux Indes d'avoir pu écrire un excellent ouvrage sur le climat et 
la santé dans les pays chauds. Il prend pour base les plus récentes acqui- 
sitions de la pathologie et de l'épidémiologie tropicales et passe en revue, 
avec une compétence supérieure et une science approfondie, conséquence 
d'une longue expérience personnelle, les différents problèmes qui 
touchent au bien-être, à l'acclimatement et à la conservation de la santé 
des européens. 

Dans une première partie, l'auteur donne les meilleurs renseignements 
sur les conditions que doivent réaliser les maisons et autres construc- 
tions coloniales; sur le vêtement, la nourriture et la boisson, la répartition 
du travail entre les différentes heures de la journée, sur l'art d'élever 
les enfants, de dresser les tentes et les camps. Il s'étend très longuement, 
comme il convient, sur la prophylaxie du paludisme; il est plus bref, 
mais non moins précis, sur la prévention et le traitement de certaines 
autres maladies tropicales, choléra, dysenterie, diarrhée, peste, variole, 
maladie du sommeil, coup de chaleur. Il consacre aussi quelques pages, 
trop courtes, à notre avis, aux principaux Helminthes. 

La seconde partie de cet important ouvrage est un excellent traité de 
climatologie tropicale. Le régime des pluies, les variations de la tempé- 
rature et l'état hygrométrique de l'air sont l'objet d'une étude approfondie. 
Un très grand nombre de tableaux montrent les variations mensuelles 
de ces divers phénomènes, dans les régions les plus variées de la zone 
intertropicale. 

L'ouvrage ne peut manquer d'être très utile à tous ceux qui vivent 
dans les pays chauds, médecins, voyageurs ou colons. Il est écrit avec 
humour, ce qui en rend la lecture très attrayante. Signalons, pour finir, 
une innovation qui mérite d'être approuvée : c'est l'adoption du système 
métrique concurremment avec le système duodécimal. 



Archives de Parasitologie, IX, n° 2, 1905. 21 



NOTES ET INFORMATIONS 



Trichocéphales chez les typhiques. — Depuis que le Professeur 
R. Blanchard a développé devant l'Académie, à propos d'un travail 
du D' J. GuiART, l'importance du parasitisme vermineux dans la fièvre 
typhoïde, j'ai eu l'occasion de pratiquer deux autopsies de vérification. 
Un pneumonique, mort trois mois après toute évolution typhoïdique 
terminée, n'a fourni que des résultats négatifs; en revanche, les deux 
observations suivantes méritent de fixer l'attention à certains égards. 

Le premier cas concerne un soldat, canonnier à Oran et ayant déjà 
deux ans de service. Il était coiffeur avant son incorporation et origi- 
naire de Jonzac (Charente-Inférieure). Son histoire clinique est simple 
et schématique. 

Sans antécédents particuliers, il est pris de malaises dans les derniers 
jours d'octobre. Le 1" novembre, sa température dépasse 40°; le 3, il 
entre à l'hôpital, avec tous les symptômes classiques d'une fièvre typhoïde 
d'intensité moyenne. On l'isole, le 7, au service spécial; on le traite, 
surtout par la balnéation froide. Il présente une albuminurie assez 
marquée, sans autre complication. Le 12, la température fléchit, sans 
bénéfice pour le malade; le collapsus cardiaque s'établit progressivement, 
malgré tous les essais thérapeutiques, et la mort survient le 14. 

Lautopsie confirme les prévisions de la clinique; il convient de n'en 
retenir que les données positives. Au cœur droit, ventricule, oreillette et 
infundibulum, pleins de sang, mous, à paroi décolorée, amincie, comme 
papyracée, et extrêmement dilatés. Le cœur gauche participe de loin aux 
mêmes altérations. Poumons congestifs, œdémateux et fortement hypos- 
tasiés. Rien de spécial au foie. Rate très grosse, diffluente. Ganglions 
mésentériques tuméfiés. Reins volumineux, à substance corticale très 
pâle. 

L'ouverture de l'intestin grêle est faite avec soin, après des ligatures 
préalables. On y trouve des ulcérations assez rares, occupant les plaques 
de Peyer et les follicules clos des parties inférieures de l'iléon; plus haut, 
les lésions sont moins avancées. Un liquide sanguinolent baigne les 
ulcérations vers la valvule de Bauhin, mais il n'existe pas de parasites à 
cet endroit. Par contre, l'ouverture du cœcum offre à la vue d'autres 
ulcérations, remontant à plus d'un travers de main dans le gros intestin, 
non confluentes, séparées par plusieurs centimètres de muqueuse saine, 
de profondeur et de dimensions variables. Six Trichocéphales sont 
immédiatement reconnaissables. 

La pièce, emportée au laboratoire, à plat, a été lavée sous un très mince 
filet d'eau, mais les parasites se sont tous détachés avec les matières 



NOTES ET INFORMATIONS 323 

fécales. Comme, avant cette opération, l'on n'apercevait que la partie 
volumineuse du Ver, il a été impossible de reconnaître les rapports de 
l'extrémité effilée avec la muqueuse, rapports que j'espérais étudier sur 
des coupes. L'un des Vers gisait cependant au fond d'une ulcération. 
Les trois individus recueillis étaient des femelles. 

La deuxième observation est cliniquement comparable à la précédente. 
Soldat atteint de lièvre typho'ide de forme adynamique, mort d'infection 
progressive. A l'autopsie, ganglions mésentériques énormes, abcédés par 
places ; lésions de l'intestin grêle profondes et étendues, celles du cœcum 
et du colon beaucoup plus discrètes, remontant néanmoins jusqu'à vingt 
centimètres de la valvule. Quatre Trichocépbales, tous femelles, sont 
trouvés dans le cœcum ; l'un d'eux, au niveau d'une ulcération, traversait 
un pont de muqueuse et se pendait au-delà de l'ulcération. 

Deux des Vers de la première observation et les quatre de la seconde 
observation ont été envoyés au Laboratoire de parasitologie de la Faculté 
de médecine de Paris, où l'exactitude de mes déterminations a été con- 
firmée. Ils ont été incorporés à la collection de parasites (collection 
R.. Blanchard, n° 861). — D' Niclot, Médecin-major de 1" classe, chargé 
du Laboratoire de bactériologie de l'hôpital militaire d'Oran. 

Troisième session de l'Institut de Médecine coloniale. — La troisième 
session de cours de l'Institut de médecine coloniale s'est ouverte le 
17 octobre 1904 et s'est close le 24 décembre suivant. Vingt-six élèves 
ont été admis à suivre les cours. Ces vingt-six élèves se répartissent 
ainsi : 

1° Répartition des élèves suivant leur situation médicale : 
Professeur d'Université Colombie (Prof. Obregon, de Carthagène. 1 

Docteurs en médecine (non compris M. le Prof. Obregon.) 20 

Officier de santé colonial 1 

Interne des hôpitaux de Paris 1 

Étudiants de o" année à la Faculté de Paris 3 

2° Répartition des docteurs suivant l'origine de leur diplôme : 

Docteurs français pourvus du diplôme français'. 8 

Docteurs étrangers pourvus du diplôme français 2 

Docteurs étrangers pourvus d'un diplôme étranger (y compris le 

Prof. Obregon) 11 

3° Répartition des élèves suivant leur nationalité : 

Français de la métropole 11 

Français des colonies (Martinique). . 1 

Belgique 1 

Colombie 4 

Costa Rica 1 

Grèce 1 

Italie 1 

Maurice 1 

Paraguay 1 



324 NOTES ET INFORMATIONS 

Pérou . 1 

Portugais 1 

Venezuela 2 

Les étrangers représentent donc près de 54 0/0 des élèves de l'Institut, 
chiffre à peu près égal à celui des sessions précédentes. Les docteurs sont 
en progression très marquée: ils passent de 60 à 80 0/0; parmi eux figure 
un professeur de clinique chirurgicale de l'Université de Carthagène 
(Colombie). 

A la suite des examens finaux, vingt-quatre élèves ont obtenu avec 
distinction le diplôme de Médecin colonial de l'Université de Paris, 
savoir : 

MM. Berté, français, officier de santé à la Martinique ; D' Bignami, 
italien ; D' Bouchet, français ; D' Brito, vénézuélien ; D' Collard, fran- 
çais ; D' Crededio, vénézuélien ; m. Guénot, interne des hôpitaux de 
Paris ; M. Hennon, étudiant à la Faculté de Paris ; M. Hernandez, de 
Costa-Rica, étudiant à la Faculté de Paris ; M. de la Hoz, colombien, 
docteur de la Faculté de Carthagène, étudiant à la Faculté de Paris ; 
D' Irujo, péruvien ; D' Javaux, belge ; D' Kyrtsoms, grec ; D' Laborde, 
français ; D' Laurent, français ; D' Lorcin, français ; D' Michel, fran- 
çais ; D' Némorin, lie Maurice ; Prof. Obregon, colombien ; D' Orion, 
français ; D' Perdomo, colombien ; D' Pongetton, français ; D' Posada, 
colombien ; D' Romero, du Paraguay. 

M. Hernandez a été classé premier, avec la note extrêmement satisfait. 
MM. Javaux et Lorcin viennent ensuite, ex œquo, avec la note très 
satisfait. 

La distribution des diplômes a eu lieu le 2o décembre, à l'hôpital de 
l'Association des Dames Françaises, sous la présidence de M. Liard, 
recteur de l'Université de Paris. 

MM. les D'" Bouchet, Collard, Laborde, Laurent et Némorin ont été 
engagés paç le Gouverneur de la colonie du Soudan pour occuper des 
postes de médecin civil créés pour eux. Leur traitement est de 12.000 francs 
par an, avec interdiction de faire de la clientèle payante. 

M. Berté et M. le D' Lorcin ont été engagés au même titre parle Gou- 
verneur de la Nouvelle-Calédonie, au traitement de 7,000 francs par an, 
mais avec faculté de faire de la clientèle payante. 

MM. les D'^' Perdomo, Pongetton et Posada sont sur le point de con- 
tracter un engagement envers la Société des Chemins de fer de l'Indo- 
Chine, au traitement de 10.000 francs par an. 

C'est la première fois que les Gouvernements coloniaux et les Compa- 
gnies particulières s'adressent à l'Institut de médecine coloniale pour 
recruter leur personnel médical. Un tel fait est assez significatif : il dit 
assez haut en quelle estime est tenu le diplôme de Médecin colonial de 
1 Université de Pari«. 



OUVRAGES REÇUS 



Tous les ouvrages reçus sont annoncés. 



Généralités. 

E. Brumpt, Statistique médicale faite dans un voyage à travers l'Afrique tropi- 
cale (note préliminaire). C. R. Assoc. franc, pour l'avanc. des sciences, Angers, 
p. 102o-103o, 1903. 

A. C.\sTELLANi, Kora-gedi in Cattle. Ceylon Adniinis. Reports, Veterinary , 
p. 14, 1903. 

J. Gui.\RT, Action pathogène des parasites de l'intestin. C. R. du Congrès colo- 
nial français, section de méd. et d'Iiyg. colon., p. 217-228, 1904. 

H. ZiEMANN, Zur Bevôlkerungs- und Viehfrage in Kamerun. Milteil. ans den 
detttschen Schutzgebieten, XVII, p. 136-174, 1 carte, 1904. 

Protozoaires. 

A. Castellam, Dysentery in Ceylon. Journal of the Ceylan Branch of theBri- 
tish médical Association, in-8° de 14 p., 1904. 

L. LÉGER, Sur la sporulationdu Triactinoniyxon. C. R. Soc. bioL, LVI, p. 844-846, 
1904. 

L. LÉGER, Considérations sur le genre Triactinomyxnn et les Actinomyxidies. 
C. R. Soc. bioL, LVI, p. 846-847, 1904. 

L. Léger et 0. Duboscq, Nouvelles recherches sur les Gi-égarines et l'épithélium 
intestinal des Trachéales. Archiv fiir Protistenkunde, IV, p. 333-383, taf. XIII- 
XIV, 11 fig., 1904. 

L. Léger et 0. Duboscq, Notes sur les Infusoires endoparasites. Arch. de zool. 
exp. et gén., (4), II, p. 337-356, pi. XIV, 1904. 

M. LûHE, Eau und Entvi^icklung der Gregarinen. I. — Die Sporozoiten, die 
Wachstumsperiode und die ausgebildeten Gregarinen. Archiv filr Protistenkunde, 
IV, p. 88-198, 1904. 

M. LûHE, Die Coccidien-Literatur der letzten yier Jahre. Zoolog. Zentralblatt,X, 
n"' 18-19, in-8° de 43 p., 1903. 

Hémosporidies et Moustiques. 

A. Castellam and A. Willey, Observations on the Haematozoa of Vertébrales in 
Ceylon. A preliminary note. Spolia Zeylanica, II, part 4, p. 78-92, pi. VI, 1904. 

G. Futïerer, Expcrimentally produced genuine epithelial metaplasia in the 
stomach and the relations of epithelial metaplasia to carcinoma as demonstrated 
by cases reported in the literature. Journal of the amer. med. Assoc, Chicago, 
in-4» de 12 p., 1904. 

B. Galli-Valerio und J. Rochaz de Jongh, Ueber Vernichtung der Larven und 
Nymphen der Culiciden und liber einen Apparat zur Petrolierung der Sùmpfe. 
Therapeutische Monatshefte, in-8° de 4 p., septembre 1904. 

M. LûHE, Zur Frage der Parthénogenèse bei Culiciden. Allgemeine Zeilschrift 
fiir Entomologie, YUl, p. "312-373, i90'à. 



326 OUVRAGES REÇUS 

Marchoux, Salimbeni et Simond, La fièvre jaune. Rapport de la mission fran- 
çaise. Annales de l'Institut Pasteur, XVII, p. 665-731, 1 pi., 1904. 

A. Pressât, Prophylaxie du paludisme dans l'Isthme de Suez. Presse médicale, 
n°61, in-8» de 20 p., 1904. 

L. Verney, La maturazione dei gameti nei parassiti délia malaria umana. La 
medicina italiana, II, in-8° de 8 p., Napoli, 1904. 

L. Vincent et SalanoueIpin, La fièvre jaune, son étiologie et sa prophylaxie. 
Revtie d'hyg. et de police sanitaire, XXV, in-S» de 17 p., n" 6, 20 juin 1903. 

H. ZiEMANN, Ueber ein neues Halteridium und ein Trypanosoma bel einer 
kleinen weissen Eule in Kamerun. Archiv fiir Schiffs- und Tropen-Hygiene, VI, 
1902. 

Flagellés. 

R. Blanchard, Sur un travail de M. le D"^ Brumpt intitulé : Quelques faits rela- 
tifs à la transmission de la maladie du sommeil par les Mouches Tsétsé. Archives 
de Parasitologie, VIII, p. 373-389, 1904. 

E. Brumpt et C. Leb.ully, Description de quelques nouvelles espèces de Trypa- 
nosomes et d'Hémogrégarines parasites des Téléostéens marins. C. R. Acad. 
des sciences, 17 octobre 1904. 

A. Casïellani, Sleeping sickness. Ceylon Branch of the Brit. med. Assoc, 
in-8° de 3 p., 2 pi., 19'i' feb. 1904. 

C. Lebailly, Sur quelques Hémoflagellés des Téléostéens marins. C. R. Acad. 
des sciences, 10 octobre 1904. 

G. C. Low and F. W. Mott, The examination of the tissues of the case of sleeping 
sickness in a European. British médical Journal, in-S" de 9 p., april 30"', 1904. 

H. RoujAS, La maladie du sommeil. Thèse de Paris, in-8°'?de 79 p., 1904. 

M. Thiroux, Sur un nouveau Trypanosome des Oiseaux. C. R. Acad. des 
sciences, in-8° de 3 p., 11 juillet 1904. 

H. ZiEMANN, Tse-tse-Krankheit in Togo (West-Afrika). Berliner klin. Wochen- 
schift, n" 40, in-8° de 18 p., 1902. 

Helminthes en général. 

L. Jammes et H. Mandoul, Sur l'action toxique des Vers intestinaux. C. R. 
Acad. des sciences, 27 juin 1904. 

L. Jammes et H. Mandoul, Sur les propriétés bactéricides des sucs helminthiques. 
C. R. Acad. des sciences, 23 juillet 1904. 

0. VON LiNSTOw, Ueber zM^ei neue Entozoa aus Acipenseriden. Annuaire du Musée 
zool. de l'Acad. imp. des sciences de Saint-Pétersbourg , IX, p. 17-19, 1904. 

0. VON LiNSTOw, Neue Helminthen aus West-Afrika. Centralblatt fiir Bakt., 
Orig., XXXVI, p. 379-383, 1 pi., 1904. 

0. VON LiNSTow, Beobachtungen an Nemnioden undCestoàen. Archiv fiir Naiur- 
geschichte, I, p. 297-309, taf. XIII, 1904. 

0. VON LiNSTow, Neue Beobachtungen an Helminthen. Archiv fiir mikrosk. 
Anatomie, LXIV, p. 484-497, pi. XXVIII, 1904. 

A. E. Shipley and J. Hornell, The parasites of the pearl Oyster. Report to 
the Govern. of Ceylon on the Pearl Oyster Fishenes of the gulf of Manaar, 
I, p. 77-106, 4 pi., 1904. 

Cestodes. 

F. DÉvÉ, Prophylaxie de l'échinococcose. C. R. de la Soc. biologie, LYU, p. 261- 
262, 1904. 



OUVRAGES REÇUS :i21 

F. DÉvÉ, Le Chat domestique, hôte éventuel du Taenia échinocoque. C. R. Soc. 
de Mol., LVII, p. 262-263, 1904. 

C. VON Janicki, Bemerlvung iiber Cestoden ohne Genitalporus. Centralblalt fur 
BakterioL, Originale, XXXVI, p. 222-223, 1904. 

C. VON Janicki, Zur Kenntnis einiger Sâugetiercestoden. Zoologischer Anzei- 
ger, XXVII, p. 770-782, 1904. 

N. Léon, Note sur la fréquence des Bothriocéphales en Roumanie. Bull, de la 
Soc. des science>i de Bucarest, XIII, p. 280 287, 1904. 

A. Martin et F. Dévé, Contribution à la prophylaxie de la récidive hydatique 
post-opératoire. Revue de gynécologie, p. 811-820, 1904. 

D. RiESMAN, A spécimen of Bothrioceplialus latus. Medicine, in-8° de 5 p., 
feb. 1902. 

C. Stevenson, Variation in the hooks of the Dog-Tapeworms, Tœnia serrata 
and Tsenia serialis. Stuclies from the Zoolog. Laboraiory of University of 
Nebraska, n" 59, p. 409-448, 1904. 

Trématodes. 

K. Engler, Abnormer Darmverlauf bel Opisihorchis felineus. Zoologischer 
Anzeiger, XXVIII, p. 186 188, 1904. 

F. FiscHOEDER, Beschreibung dreier Paramphistomidcnarten aus Sâugethieren^ 
Zoologische Jalirbilcher, Abth. fiir Systeniatik,XX, p. 453-470, taf. XV-XVI 1904^ 

Cl. R. Larder, The an-àtomy ot H emiurus crenatus (Rud.) Lùhe, an appendi- 
culate Trematode. Coniribii lions from the Zoolog. Labor. of the Museiim of 
Compar. zool. at Harvard Collège, n" 148, in-8° de 28 p., 4 pi., january 1904. 

I. G. Martinez, La bilharziosis en Puerto Rico. Puerto Rico, in-8° de 32 p., 
3 abril de 1904. 

F. M. Sandwith, Bilharziosis. The Practitioner, in-8'' de 20 p., october 1904. 

M. Stossich, Alcuni Distomi délia collezione elmintologica del Museo zoologico 
di Napoli. Avnuario del Museo zoologico délia R. Univ. diNapoli, n. s., in-8° de 
14 p., n'>23, tav. 11,1904. 

Némathelminthes. 

R. Blanchard, Sur un travail de M. le D"^ J. Guiart intitulé : Rôle du Trichocé- 
phale dans l'étiologie de la fièvre typhoïde. Bull, de l'Acad. de méd., in-8'' de 
7 p., 18 octobre 1904- 

F. CiMA, Un caso di anémia da anchilostomiasi ed Anguillula, intesiinalis. La 
Pediatria, Napoli, in-8'' de 12 p., 1904. 

A. Looss, Zur Kenntniss des Baues der Filaria loa Guyot. Zoolog. Jahrb., XX, 
p. 549-574, pi. XIX, 1904. 

L. DE Marval, Sur les Acanthocéphales d'Oiseaux. Revue suisse de Zoologie, 
XII, p. 573 583, 1904. 

B. Grassi e G. NoÉ, Propagazione délie Filarie del sangue esclusivamente per 
mezzo délia puntura di peculiari Zanzare. Rendic. délia R. Accad. dei Lincei, 
IX, 2' sem., (5), p. 157 162, Roma, 2 settembre 1900. 

G. NoÉ, même titre, p. 358-362, 16 décembre 1900. 

R. Penel, Les Pilaires du sang de l'Homme. Paris, F. R. de Rudeval, in-8° de 
157 p., 1904. 

F. ScHAUDiNN, Ueber die Einwanderung der Ankylostomumlarven von der 
Haut aus. Deutsche med. Wochenschrift, n° 37, in-8'' de 3 p., 1904. 

A. ScHUBERG und 0. ScHRôDER, Myeuchus bothryophoriis, ein in den Muskel- 
zellen von Nephelis schmarotzender neuer Nematode. Zeitschrift fiir wiss. 
Zoologie, LXXVI, p. 509-521,, pi. XXX, 1904. 



328 OUVRAGES REÇUS 

C. Stevenson, A new parasite {Strongylus quadriradiatiis, n. sp.) foundin the 
Pigeon. Preliminary report. Bureau of animal indtistry, circular n° 47, in-S" de 

6 p., june 30, 1904. 

Myzostomes. 

Rudolf Ritter von Stummer-Traunfels, Beitrâge zur Anatomie und Histologie 
der Myzostomen. I. Myzostoma asleriae Marenz. ZeiUchrifl fur iviss. Zoologie, 
LXXV, p. 263 363, pi. XXXIV XXXVIII, 1904. 

Arthropodes. 

C. TiRABoscHi, Les Rats, les Souris et leurs parasites cutanés (note rectificative). 
Archives de Parasitologie, VIII, p. 623-627, 1904. 

E. Trouessart, Leiognallius Blanchardi n. sp., Acarien parasite de la Marmotte 
des Alpes. Archives de Parasitologie, VIII, p. oo8-561, 1904. 

Batraciens. 

C. 0. Esterly, The structure and régénération of the poison glands of 
Plethodon. Publications of the University of California, Zoology, I, p. 227-268, 
pi. XX-XXIII, 1904. 

Bactériologie. 

Sv. Arrhénius et Th. Madsen, Toxines et antitoxines. Le poison diphtérique. 
Bull, de l'Acad. roy. des sciences de Danemark, p. 269-305, 1904. 

A. Castellani, Diphtheria in the tropics. Journal of trop, med.., may 2, 1904. 
B.Galli-Valerio, Corynebacterium vaccinae. — Bacterium diphtheriae avium. 

— Bacterium candidus. Centralblatt fur Bakteriologie, Originale, XXXVI, 
p. 465-471, 1904. 

B. Galh-Valerio, Influence de l'agitation sur le développement des cultures. 
Centralblatt filr Bakteriologie, Originale, XXXVII, p. 151-153, 1904. 

Th. Madsen et L. Walbum, Toxines et antitoxines de la ricine et de l'antiricine. 
Bull, de l'Acad. roy. des sciences de Danemark, p. 81-103, 1904. 

J. Perquis, Contribution à l'étude de la présence du, Bacille d'Eberth dans le 
sang' des typhiques (Recherche par le procédé de Castellani modifié]. Thèse de 
Paris, in-8° de 80 p., 1904. 

L. Verney, I germi patogeni ultramicroscopici. Il Policlinico, pratica, in-8» 
de 18 p., 1904. 

Mycologie. 

F. Guéguen, Les Champignons parasites de l'Homme et des animaux. Paris, 
in-S» de xvn-299 p., 1904. 

H. Haffringue, Recherches expérimentales sur les principes toxiques contenus 
dans les Champignons. Thèse de Paris, in^" de 56 p., 1904. 

F. Halgand, Études sur les trichophyties de la barbe. Archives de Parasitolo- 
gie, VIII, p. 590 622, 1904. 

A. PoNCET et L. Bérard, A propos du diagnostic clinique de l'actinomycose 
humaine. Archives de Parasitologie, VIII, p. 548-557, 1904. 

P. VuiLLEiMiN, L'Aspergillus fumigatus est-il connu à l'état ascosporé? Archives 
de Parasitologie, VIII, p. 540-542, 1904. 

P. VuiLLEMiN, Le Lichtheiinia ramosa {Mucor ramosus Lindt), Champignon 
pathogène distinct du L. corymbifera. Archives de Parasitologie, \ÏU, p. 562-572, 
1904. 

U Editeur- Gérant : F. R. de Rudeval. 

École Pi'oressiûnnelle d'Imprinierie, à Noisy-le-Graiid (Seine-et-Oise^ 



, IMi,v-iri.i.ui.ii. IX, 11)' 




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Les Babésioses, par le D' E. Chauvelot. Un volume in-S" de 
95 pages. Prix : 4 francs. 

Ladrerie ou Cysticercose chez l'Homine, par le D^ E. 

VoLovATz. Un volume grand in-S» de 184 pages, avec 9 fig. dans le texte. 
Prix : 3 francs. 

Les Filaires du sang de l'Homme, par le D' R. Penel, 
Médecin colonial de l'Université de Paris. Deuxième édition. Un volume 
grand in-S» de x-157 pages, avec 20 fig. dans le texte. Prix: 6 francs. 

Bibliothèque des Congrès coloniaux français. Compte- 
rendu de la Section de médecine et d'hygiène coloniales du 
Congrès de 1904, publié par le Professeur R. Rlanchard, Président 
de la Section. Un volume grand in-S» de 294 pages. Prix: 8 francs. 



Pour paraître incessamment: 

Les Moustiques. Histoire naturelle et médicale, par le 

Professeur R. Blanchard. Un volume grand in-S» de 600 pages environ, 
avec 317 figures dans le texte. 



Sous presse : 

Précis de diagnostic clinique, par le D"" L. Grimbert, Doc 
teur ès-sciences, Professeur agrégé à l'École supérieure de Pharmacie de 
Paris^ Pharmacien en chef de l'hôpital Cochin, et le D^ J. Guiart, Docteur 
ès-sciences, Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. Un 
volume in-18 colombier de 600 pages environ, avec un grand nombre 
de figures dans le texte. 



Envoi franco de ces ouvrages contre un mandat-poste adressé à F. R. de RUDEVAL, 
Imprimeur-Éditeur, 4, rue Antoine Dubois, Paris, VI'. 



ARCHIVES DE PARASITOLOGIE 

Rédaction : 15, rue de l'École de Médecine, Paris, ]'/•' 

ABONNEMENT : 

Paris et Départements : 30 fr. — Union postale : 33 Ir. par volume. 



Les Archives de Faranilologie publient des mémoires originaux écrits dans l'une ou 
l'autre des six langues suivantes : français, allemand, anglais, espagnol, italien et latin. 
Les auteurs doivent, autant que possible, fournir un texte dactylographié (écril à la 
machine), afin de réduire les corrections au minimum. 

Ce texte doit être conforme aux règles suivantes : 

1» On appliquera strictement les règles de la Nomenclature zoologique ou botanique 
adoptées par les Congrès internationaux de zoologie et de botanique ; 

2° On fera usage, tant pour les noms d'auteurs que pour les indications bibliogra- 
phiques, des abréviations adoptées par ces mêmes Congrès ou par le Zoological Record 
de Londres; 

3° Les noms géographiques ou les noms propices empruntés à des langues qui n'ont 
pas l'alphabet latin seront transcrits conformément aux règles internationales adoptées 
par les Congrès de zoologie; 

4° Tout nom d'être vivant, animal ou plante, commencera par une première lettre 
capitale ; 

0° Tout nom scientifique latin sera imprimé en italiques (souligné une fois sur le 
manuscrit). 

Dans l'intérêt de la publication et pour assurer le maximum de perfection dans la 
reproduction des planches et flgure's, tout en supprimant des dépenses inutiles^ nos 
collaborateurs sont priés de se conformer aux règles suivantes : 

1° Dessiner sur papier ou sur bristol bien blanc. 

2° Ne rien écrire sur les dessins originaux. 

3° Toutes les indications (lettres, chiffres, explications de figures, etc.) seront placées 
sur un calque recouvrant la planche ou le dessin. 

4° Abandonner le plus possible le crayon à la mine de plomb pour le crayon Wolf 
ou l'encre de Chine. 

Les auteurs d'articles insérés aux Archives sont instamment priés de renvoyer à 
M. le D"' J. Guiart, Secrétaire de la rédaction, dans un délai minimum de huit jours, 
les épreuves corrigées avec le manuscrit ou l'épreuve précédente. 

Ils recevront gratis 30 tirés à part de leur article. Ils sont invités à faire connaître 
sans délai s'ils désirent en recevoir un plus grand nombre (50 au maximum), à leurs 
frais et conformément au tarif ci-dessous. Ce tarif ne vise que l'impression typographique; 
il ne concerne point les planches, dont le prix peut varier considérablement. Toutefois, 
il importe de dire que, poTir les^ exemplaires d'auteurs, les planches seront comptées 
strictement au prix de revient. Les tirés à po/rt ne peuvent être mis en vente. 



TARIF DES TIRES A PART 



Une feuille entière .' 

Trois quarts de feuille 

Une demi-feuille 

Un quart de feuille 

Un huitième de feuille 

Plusieurs feuilles La feuille 



25 ex. 


;io n. 


6f30 


Sf20 


5 40 


7 » 


4 50 


.^ /.) 


3 85 


;; 10 


2 90 


3 85 


6 10 


7 85 



L' Éditeur 'Gér an t ; 

F. R. DE RUDEVAL. 



École professionnelle d'Imprimerie, Noisy-le-Crand (S.-et-O.). 



Tome IX, iP 3. 



15 Avril nio;; 



ARCHIVES 



DE 



PARASITOLOGIE 



sous LA DIRECTION DE 

RAPHAËL BLANCHARD 

PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS 
MEMBRE DE l'aCADÉMIE DE MÉDECINE 





PARIS 

F. R. DE RUDEV'AL, l.\ii'iii.\iEru-î'j)iTEUR 
4, Rue Amoi.ne Dubois (VIj 



1905 
Les Archives paraissent lous les trois mois. 



s O nVLDVCA^IÏ^E 



D" Maurice Letulle. — Bilharziose intestinale , . 329 

Revue bibliographique 440 

Planches I, II, IV et V. 



F. R. DE RUDEVAL, Imppimeup-Editeur 

4, Rue Antoine Dubois, PARIS (VP) 



Publications du Laboratoire de Parasitologie 
de la Faculté de Médecine de Paris 



Les Moustiques. Histoire naturelle et médicale, par le 

l^rofesseur R. Blanchard. Un volume grand in-S" de xiii-673 pages, avec 
316 figures dans le texte. Prix, cartonné : 25 francs. 

Histoire zoologique et médicale des Téniadés du genre 
Hymenolepis "Weinland, par le Professeur R. Bl.\xchard. Un 
volume in-8° de Pli pages, avec 22 figures dans le texte. Prix : 3 francs. 

Précis de Parasitologie animale, par le D^ M. Neveu- 
Lemaire, Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Lyon, avec une 
préface par le Professeur R. Blaxchard. Deuxième édition. Un volume 
in-18 grand jésus de 111-220 pages avec 301 ligures dans le texte, 
cartonné. Prix : 4 francs. 

De l'Échinococcose secondaire, par le D"^ F. Dévé, Professeur 
suppléant à l'Ecole de médecine de Rouen, Médecin des hôpitaux. Un 
Aolume grand in-8" de 2o6 pages, avec 7 fig. dans le texte. Prix : 
6 francs. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 



le Dr Maurice LETULLE 

Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de-Pad,s__ 

Médecin des hôpitaux de..^aM '^"^^'-^^^ ^/£5^\ 
(Planches I et ]m^> 

(3; IVIÀY 241905 ^J^ 

Parmi les maladies exotiques causées pa-£t:^dM!i4iaP€rSites, la 
billtarziose, décrite depuis plus d'un demi-siècle, compte au premier 
rang, non seulement à cause de son extrême fréquence sur le con- 
tinent africain et ses dépendances, mais encore en égard aux 
nombreux travaux suscités par \e Schistosomuin hœmatobiumdepms 
la mémorable découverte de Bilharz. 

Les recberclies contemporaines ont établi que le domaine de la 
maladie bilbarzienne dépasse de beaucoup la circonscription que 
lui assignaient les premiers observateurs. L'Inde, le Japon, les 
Antilles, tout au moins les x4ntilles françaises, lui payent un tribut 
plus considérable peut-être qu'on ne le soupçonnait, et qui ne fera 
que s'accroître encore lorsque les formes cliniques de la maladie 
seront, je n'ose dire mieux connues, mais recbercbées d'une façon 
plus rigoureuse. En outre, labilharziose, qui constitue une atïection 
pathologique de longue durée, peut être transportée en Europe tant 
par des immigrés que par des Européens l'ayant contractée à leur 
passage dans les régions où elle règne à l'état endémique. Pour ne 
citer que la France, la remarquable observation de Lortet et de 
Vialleton(l) recueillieà Lyon, aservi depointde départ à une étude 
très soignée du parasite et de ses produits. De mon côté, je viens 
d'avoir la bonne fortune de suivre, à Paris, un cas de bilharziose 
à forme intestinale pure et de le compléter par une autopsie 
détaillée. Comme il me semblait utile de publier cette observation, 
la bienveillante amitié du Professeur R. Blanchard m'a ouvert les 

(1) Lortet et Vialleton, Eltude sur le Billiarzia hscmatohia et hi hilharziose. 
Annales de t'Unirersité de Lyon, IX, l"'' fascicule, avec 8 pi. et fig. dans le texte. 
Paris, Masson, 189i. 

Archives de Parasitologie, IX, n" ;J, 190;'j. 22 



\ 



330 ' MAURICE LETULLE 

Archives de Parasitologie avec une généreuse sollicitude dont je ne 
saurais trop le remercier. 

En ne tenant compte que des deux formes cliniques les mieux étu- 
diées de la bilharziose, la forme hématurique, ou urinai re, et la 
forme diarrhéique ou mieux intestinale, il est évident que nombre 
de cas ont dû passer et passeraient encore inaperçus ; on doit prendre 
soin d'examiner au microscope les urines et les selles de tout ma- 
lade ayant vécu dans les pays contaminés par le Schistosomum hœma- 
tobiiim et présentant quelque manifestation pathologique, même 
bénigne, relevant soit des voies urinaires, soit du tube intestinal. 

Autant l'hématurie bilharzienne est commune et bien dépistée, 
dans les pays infestés, autant la diarrhée chronique produite par 
l'infestation de la muqueuse du rectum et du côlon iliaque risque 
de demeurer méconnue, dans les contrées où les diverses formes 
de la dysenterie s'observent à l'état permanent et dans celles où la 
bilharziose n'a pas encore couramment droit de cité. De même, 
en se plaçant au point de vue anatomo-pathologique, on ne peut 
douter que la bilharziose intestinale, si fouillées qu'en aient été les 
lésions microscopiques, ne permette encore aux histologistes de 
glaner quelques détails intéressants. Pour ne citer qu'un point, 
d'une réelle importance en vue de l'étude pathogénique des 
désordres produits par les Vers adultes et par leurs œufs, il m'a 
semblé que les lésions des veines de l'abdomen, en particulier des 
réseaux de la petite mésaraïque, n'avaient peut-être pas encore été 
analysées avec tous les détails nécessaires. La description métho- 
dique des endophlébitesbilharziennes doit apporter une contribution 
fructueuse à la pathogénie, encore obscure sur bien des points, de 
la maladie causale. De même pour l'histologie pathologique de 
l'entérite spéciale, spécifique au sens propre, causée par les œufs 
du Schistosomum : les effractions des tissus et l'irritation hypernu- 
tritive des organes qui en résulte méritent, si j'en juge d'après mes 
recherches, une enquête plus attentive. Les détails les moins im- 
portants, en apparence, peuvent revêtir un intérêt de premier ordre, 
au cours de ces sortes de révisions. Aussi, n'ai-je pas craint de les 
accumuler dans les chapitres spéciaux qui vont suivre, avec l'espoir 
de servir utilement aux autres observateurs, lors des moissons 
futures. Là sera, je l'espère, l'excuse des longs développements 
dans lesquels nous allons entrer. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 331 



Observation clinique. 



Avant tout, il est bon de rapporter le fait clinique qui servira de 
base au présent travail. Un vieillard, né à la Martinique et y ayant 
passé toute sa vie, arrive à Paris, chassé par les terribles événe- 
ments de Saint-Pierre, qui l'ont ruiné. 11 est atteint d'une afïection 
chronique du gros intestin, réputée incurable et considérée 
comme de nature cancéreuse. La tuberculose pulmonaire vient 
mettre un terme à sa misère et l'autopsie nous révèle, outre une 
infection circonscrite du poumon par le Bacille deKoch, fbroncho- 
pneuinonie caséeuse compliquée d'endocardite tuberculeuse 
bacillaire aiguë), l'existence, insoupçonnée durant la vie, d'une 
bilharziose intestinale pure, exactement circonscrite à la portion 
pelvienne du gros intestin. 

Voici l'observation, résumée dans ses grandes lignes. 

Observation. — Diarrhée chronique dysentéri forme, tuberculose 
pulmonaire. A l'autopsie, bilharziose intestinale recto colique ; caséifi- 
cation bacillaire du parenchyme pulmonaire; endocardite tuberculeuse. 

Le 22 décembre 1903, entrait dans mon service à l'hôpital 
Boucicaut, sur la recommandation de mon collègue et ami le 
Dr Morestin, le nommé Dev... x\dolphe, 68 ans. Ce malade, 
ancien pharmacien à Saint-Pierre (Martinique), ruiné par les 
désastres causés par les éruptions récentes du Mont Pelé, s'était 
réfugié depuis quelques mois à Paris. Depuis plusieurs années, 
malade de l'intestin, jugé inopérable par les divers chirurgiens 
qui l'avaient vu et le considéraient comme atteint de rectite dysen- 
térique, peut-être même cancéreuse, il n'avaitpas tardé à contracter 
chez nous la maladie qui décime les faibles et les malheureux, la 
tuberculose pulmonaire. 

Épuisé par les chagrins, la misère et la diarrhée, il m 'arrivait 
dans un état de cachexie profonde. Sa maigreur extrême, la déco- 
loration de sa peau, des selles innombrables, d'une extrême fétidité, 
souvent sanguinolentes, révélaient la déchéance organique avancée 
de ce pauvre homme, d'ailleurs fort intelligent. 

L'examen des poumons ne laissait aucun doute sur l'existence 
d'une tuberculose circonscrite au sommet droit, où la toux faisait 
éclater quelques râles sous-crépitants déjà plutôt humides; 



332 MAURICE LETULLE 

l'examen des crachats, assez rares, mais puriformes, montrait des 
Bacilles de Koch en abondance. 

Restait l'intestin. Le malade affirmait que les médecins de la 
Martinique avaient examiné maintes fois son rectum et qu'ils y 
avaient reconnu une inflammation chronique, une rectite, pour 
laquelle on avait ordonné de nombreux topiques et une foule de 
lavements, tous plus inefficaces les uns que les autres. Bref, on 
avait trouvé cette lésion inaccessible à une intervention opératoire. 
L'anus apparaissait lâche, flasque; un suintement d'odeur putride, 
presque gangreneuse, s'y produisait, incessant. Le toucher rectal 
révélait une coarctation cylindrique générale, uniforme, avec 
induration profonde, remontant aussi haut que le doigt pouvait 
atteindre. Aucune adénopathie inguinale, crurale, axillaire ni 
cervicale. L'abdomen paraissait normal; le foie, en particulier, et 
la rate n'offraient aucune altération appréciable. Les urines étaient 
rares, mais saines. 

Malgré ces désordres graves de l'intestin, l'appétit était encore 
à peu près satisfaisant et la température rectale, d'abord normale, 
devint bientôt hypothermique pendant toute la durée du séjour à 
l'hôpital. Au bout de quelques jours, les forces s'affaiblirent 
davantage, la maigreur se fit squelettique, rien ne pouvant arrêter 
la lientérie, rebelle. Le malade succomba dans le marasme un 
mois après son entrée. 

La faute commise par moi et par mes élèves fut de n'avoir pas 
hésité dune manière suffisante dans notre diagnostic. J'étais arrivé 
trop vite à la conviction qu'il s'agissait d'un cancer du rectum 
proclamé inopérable. L'autopsie, en me révélant un cas de bilhar- 
ziose intestinale, devait me faire amèrement regretter de n'avoir 
pas pris le soin de pratiquer l'examen microscopique desselles du 
malade, manœuvre que j'exige cependant et que je pratique d'une 
façon méthodique, dans mon service, toutes les fois que la diarrhée 
s'installe chez l'un quelconque de mes malades. J'ajoute, pour 
confesser pleinement mon erreur, que j'ignorais alors l'existence 
de la bilharziose à la Martinique et que, pas un instant, je ne 
songeai à cette infection parasitaire. Les urines étaient, du reste, 
demeurées normales jusqu'à la fm et le malade insistait volontiers 
sur l'intégrité parfaite de ses voies urinaires, tant urélhrales que 
vésicales, fier qu'il était d'avoir pu, jadis, mettre sa jeunesse, 



BILTTARZrOSE INTESTINALE 333 

quelque peu fougueuse, à l'abri de la blennoriiiagie et de la 
syphilis. 

Autopsie macroscopique et microscopique. 

L'autopsie me ménageait des surprises multiples autant qu'inté- 
ressantes. Les détails dans lesquels je vais entrer me semblent 
indispensables; ils mettront en lumière une observation, rare en 
somme, de l'aveu de tous les auteurs compétents, et dans laquelle la 
bilharziose s'est circonscrite d'une façon rigoureuse, en tant que. 
lésions viscérales, à la portion terminale du gros intestin. 

Suivons donc l'autopsie telle que le protocole, dicté par moi- 
même, s'en poursuit. J'ai l'habitude de pratiquer toujours, sur les 
cadavres que j'ouvre, la manœuvre opératoire appelée (1) éviscération 
totale d'emblée. Grâce à ce procédé d'extraction des viscères, 
l'ensemble de la masse contenue dans les cavités antérieures du 
corps, depuis le pharynx jusqu'à l'anus inclusivement, est enlevé 
en bloc; on évacue ainsi, sans les mutiler, la totalité des parties 
molles, tous les organes et tous les vaisseaux, nerfs et ganglions 
qui leur correspondent. 

Pour ce qui est de l'excavation pelvienne, en particulier, le dé- 
collement du péritoine pariétal et la mobilisation des vaisseaux et 
nerfs qui doublent sa surface externe permettent d'amener, sans le 
moindre traumatisme et en maintenant leurs rapports réciproques, 
l'ensemble des organes digestifs et génito urinaires accompagnés 
de leurs vaisseaux respectifs, non entamés. Les veines hémorrho'i- 
dales et tout le jeu des mésara'iques, jusqu'à la veine porte inclusi- 
vement, suivent, sans exception, le paquet pelvien sur la table 
d'autopsie, sans avoir même été touchées par le couteau. Dans le 
cas actuel, cette manœuvre était, pourrait-on dire, la manœuvre 
idéale. 

Un premier détail nous arrêtera. Pendant le temps opératoire 
qui consiste à décoller de l'excavation pelvienne le péritoine 
pariétal et à former, de la sorte, ce que j'appelle le pédicule peklen 
(dans lequel sont compris le rectum, les organes génitaux internes 
avec les uretères et la vessie), j'éprouvai et fis noter une extrême 
difficulté à séparer le rectum de la face antérieure du sacrum. Le 

(1) M. Letulle, La inaiique des autopsies. Paris, Masson, avec 136 figures. . • 



334 MAURICE LETULLE 

tissu cellulo-adipeux rétro-rectal, lâche à l'ordinaire, était, dans 
ce cas, dur, sclérosé, fort adhérent aussi bien à la face postérieure 
du rectum cju'au bassin. Il n'existait en ce point cependant aucune 
infiltration carcinomateuse, aucun foyer de suppuration chronique 
et les ganglions sous péritonéaux logés dans l'excavation pelvienne, 
faciles à reconnaître, ne semblaient atteints d'aucune altération 
spéciale. Le rectum lui-même était dur, serré, plutôt petit. 

Un tel contraste entre l'adhérence intime du rectum aux parois 
.osseuses et l'absence apparente d'une altération cancéreuse me 
frappa dès l'abord et éveilla mes premiers doutes. On termina 
l'éviscération totale en isolant les téguments péri-anaux et l'autopsie 
détaillée de la masse viscérale mise en place sur la table commença, 
dans l'ordre habituel. 

11 me paraît utile, dans l'intérêt même de l'observation, de ne pas 
suivre ici, pour la relation des désordres anatomo-pathologiques, 
l'ordre méthodique, mais de commencer par les points qui nous 
intéressent d'une façon spéciale, c'est-à-dire par la fin du gros 
intestin, quitte à rapporter ensuite le reste des altérations viscé- 
rales, afin de compléter d'une manière saisissante ce cas remar- 
quable. 11 me semble, de même, avantageux de poursuivre à fond 
les lésions du tube digestif et de donner aussitôt après l'examen 
macroscopique les résultats de l'étude microscopique, ce qui per- 
mettra de grouper et de coordonner les éléments du problème. 

Le cadavre, émacié d'une façon extrême, mesure, comme taille, 
1^68 et ne pèse que 28 kilogrammes, iOO grammes. 

Autopsie du tube digestif. — Commençons par le tube digestif, 
en procédant de bas en haut. L'anus est sain; quelques saillies 
hémorrho'idaires, peu volumineuses s'y montrent, très communes 
chez le vieillard. 

Le rectum (pi. I), dès son origine, et dans toute son étendue, 
est le siège de lésions chroniques, très remarquables et, à vrai dire, 
tout à fait particulières, car elles ne ressemblent, à première vue, 
à aucune des altérations habituellement observées, au cours d'une 
autopsie, du moins dans nos climats. 

Tout d'abord, avant incision, le rectum et la partie terminale du 
colon iliaque, sur une longueur totale de 0'«45 centimètres environ, 
apparaissent contractés, durs, blanchâtres; le cylindre coarcté qui 



BILHARZIOSE INTESTINALE 33o 

en résulte est ferme, surtout dans ses 15 ou 20 derniers centimètres 
et presque rigide. Le volume général de cette portion terminale 
du tube intestinal est réduit, sa forme étant régulièrement cylin- 
drique, plus serrée cependant au niveau du rectum et de plus en 
plus lâche à mesure que Ton remonte le long du colon iliaque. Plus 
haut, le gros intestin reprend sa mollesse, sa laxité et sa consistance 
ordinaires. 

On incise le gros intestin, le long de la face postérieure du rec- 
tum et en allant de l'anus vers le caecum. Les parois, dans toute la 
région coarctée, sont dures, fibroïdes et résistent fort aux ciseaux. 
On sent que l'on coupe des couches denses et épaissies; aucun suc 
ne s'échappe sur la coupe, qui reste remarquablement sèche. 

Le rectum et le colon ouverts (planche I) mettent à jour la sur- 
face de la muqueuse et dégagent la cavité intestinale. Cette cavité 
est vide, ou à peu près. A peine quelques îlots de mucus grisâtre 
sont-ils adhérents à la face interne de l'organe ; ils ne peuvent mo 
difier l'aspect général de la muqueuse. La surface muqueuse offre, 
d'une façon très nette, une coloration gris-noirâtre, presque ar 
doisée surtout au niveau du colon. Sur ce fond terne, lisse, au 
moins en apparence, dépourvu de plicatures ou de pertes de sub- 
stance visibles à l'œil nu, apparaissent une trentaine de saillies 
verruqueuses, d'un rouge brunâtre vif, dont la couleur et le 
relief tranchent violemment. Ces saillies, qui rappellent d'une 
manière saisissante les adénoinessessilesdureetuin,sont peu volu- 
mineuses, ne dépassant guère la grosseur d'un pois. Quelques- 
unes d'entre elles, les plus apparentes, sont pédiculées et ont une 
forme régulièrement sphérique; elles sont toutes bien isolées, sans 
qu'autour d'elles la muqueuse offre la moindre trace de pertes de 
substance quelconques, ulcérations, escharres, ou décollements 
en voie de suppuration. 

Hormis ces saillies verruqueuses, la muqueuse, dans toute son 
étendue, apparaît unie, lisse, plane; à peine, sur quelques points, 
semble-t-elle quelque peu tomenteuse et veloutée. Nous verrons, 
sur les coupes microscopiques, combien l'œil nu peut tromper 
dans cette interprétation de l'état d'une muqueuse chroniquement 
enflammée. 

Au palper, on contaste cependant l'adhérence intime de la surface 
interne de l'intestin aux couches sous-jacentes. La muqueuse ne 



336 MAURICE LETULLE 

glisse plus sur les plans qui la supportent, indice certain dune 
lésion chronique de l'intestin, d'une symphyse entre la muqueuse 
et les couches musculeuses. D'ailleurs, s'il est difficile, par suite de 
cette adhérence, de noter l'épaisseur de la muqueuse, on reconnaît 
sans peine, sur la tranche, que les couches sous-jacentes, en particu- 
lier les couches musculeuses du rectum, sont fort épaissies et très 
nettement reconnaissahles; cette hypertrophie des couches muscu- 
laires est tout à fait comparable à celle qui accompagne leur infil- 
tration diffuse par les cellules cancéreuses dans le carcinome du rec- 
tum; nouvelle source d'hésitation etd'embarras, qui nous empêche 
de nous prononcer, avant l'examen microscopique des parties 
jugées à bon droit suspectes. 

On s'empresse d'étudier la surface du rectum et tout le péritoine 
pelvien, réceptacle habituel de tant de lésions infectieuses ou 
cancéreuses. Le péritoine pelvien est de toutes façons sain; aucune 
adhérence, aucune tumeur, aucun inflltrat n'altère la surface de la 
séreuse. Tous les glangiions pelviens péri-rectaux, péri-vésicaux, 
péri-prostatiques sont recherchés, palpés, coupés avec soin; ils sont 
intacts, à l'inverse de ce qui a lieu dans les affections cancéreuses 
de l'excavation pelvienne, ayant duré quelque temps. 

A coup sûr, il s'agit d'une atfection peu ordinaire, aum différente 
de la dysenterie chronique, d. ailleurs, que du cancer. La dysenterie 
chronique, même circonscrite au rectum, accident rare, n'infiltre 
pas de cette façon la totalité des couches constitutives de l'organe 
par une sclérose diffuse, hyperplasique, à ce point; sinon, elle occa- 
sionne des sténoses étroites, partielles, annulaires, mais ne trans- 
forme jamais en un cylindre fibreux régulier trente à quarante 
centimètres du gros intestin. 

En examinant le reste des organes contenus dans l'excavation 
pelvienne, afin de dégager sur le champ les données du problème 
anatomo-pathologique qui se présentait à nous, nous trouvons 
quelques détails dont l'importance deviendra capitale par la suite. 

Ldi vessie, dont les lésions auraient pu retentir sur le rectum, 
est petite, ferme, contractée; sa muqueuse, plissée et assez molle, 
est intacte. 

La prostate fait au niveau du col vésical une saillie notable et y 
dessine une esquisse de lobe moyen bilobé, de consistance modérée, 
semblable à celle des deux lobes latéraux légèrement augmentés 



BILHARZIOSE INSTESTINALE 337 

de volume, mais indemnes quant à l'existence d'une lésion tumo- 
rale. 

Les uretères, faciles à dégager dans leur partie supérieure iliaque 
et lombaire, sont au contraire épaissis et tuméfiés dans leur portion 
pelvienne, à partir de 12 centimètres au dessous du bassinet. Leur 
consistance est augmentée, d'une façon très manifeste, et leur 
couleur blanchâtre, comme nacrée, est des plus significatives; à 
mesure qu'ils senfoncent derrière la vessie, il faut les sculpter à 
proprement parler au milieu des tissus fortement sclérosés. L'in- 
cision des uretères montre, toutefois, l'intégrité parfaite de leur 
muqueuse. 

Les rems sont petits, atteints de néphrite chronique atrophique, 
avec quelques petits kystes à leur surface. 

Le dégagement des canaux déférents et la mise à nu des deux 
vésicules séminales est malaisé, pour la même cause, qui est l'épais- 
sissement fibroïde des tissus constituant le plancher pelvien. A 
l'œil nu, cependant, rien ne donne l'impression dune infiltration 
tumorale, sarcomateuse ou cancéreuse : il semble bien qu'il 
s'agisse uniquement d'une inflammation chronique bizarre, 
fibreuse, tout à fait exceptionnelle et exempte de toute suppuration. 

Des deux testicules, le droit est sain et le gauche atteint d'hj'drocèle 
vaginale très légère, ancienne. 

Les os du bassin, le sacrum et le coccyx, en particulier, sont exa- 
minés avec toute l'attention nécessaire et ne montrent aucune lésion, 
soit tuberculeuse, soit actinomycosique; le périoste qui les recou- 
vre est d'ailleurs de consistance normale et a résisté au processus 
inflammatoire sclérosant du voisinage. 

Terminant l'étude du tube digestif, on note les détails suivants: 
le reste des colons est normal et la muqueuse y montre ses carac- 
tères habituels de mollesse de laxité; elle glisse bien sur les 
tissus sous-jacents. 

Le cœcum est libre et ne contient pas de Trichocéphales. L'ap- 
pendice vermiforme, long de 0,05 centimètres, est entouré d'an- 
ciennes adhérences fibroïdes peu étendues. Son extrémité libre se 
rétrécit brusquement à un centimètre environ du bout de l'organe 
et la cavité de l'appendice, normale par en haut, est oblitérée sur 
ce dernier centimètre. Cette lésion, minime, révèle l'existence d'une 
ancienne appendicite oblitérante, très commune chez tout individu 



338 MAURICE LETULLE 

ayant dépassé oO ans (30 à 33 pour 100, d'après mes observa- 
tions). 

L'iMestin grêle est normal dans toute son étendue, et Vestomac, 
sain, ne présente, vers la partie moyenne de sa petite courbure, 
qu'une petite saillie blanchâtre, produite par une masse logée dans 
la sous-muqueuse, de la grosseur d'un pois, et que lexamen mi- 
croscopique a démontré être un ganglion lymphatique sous-mu- 
queux, normal. 

Examen microscopique du tube digestif. Bilharziose 
DU rectum et du colon iliaque. 

Pour être complète et utile, l'étude des lésions intestinales 
demande à être poursuivie d'une façon méthodique. Elle doit porter 
successivement sur les différentes couches et sur les multiples tissus 
dont le groupement constitue l'organe digestif. 

Tout d'abord, il est utile de constater que, sitôt les préparations 
microscopiques obtenues, le diagnostic anatomo-pathologique de 
la maladie causale allait s'imposer : il s'agissait d'une infection par 
le Schistosomumhœmatobium, aussi facile à reconnaître sur les coupes 
histologiques du rectum que l'étude séméiotique des altérations 
macroscopiques avait été, comme on vient de le voir, ardue et 
hasardeuse. On peut même avancer qu'à peine les fragments durcis 
du rectum eurent été mis en coupe, le diagnostic aurait pu déjà, 
sans le secours du microscope, se formuler presqu'à coup sûr. En 
effet, on sentait le rasoir passer à chaque instant sur des fragments 
calcifiés, microscopiques ou inappréciables à l'œil nu pour la plupart 
et, s'y ébréchant, donner,'de la sorte, à prévoir qu'il s'agissait d'une 
affection chronique parasitaire. En l'espèce, la bilharziose devenait 
donc des plus probables. Les préparations microscopiques four- 
nirent aussitôt des renseignements formels. 

D'une façon générale, la tolalité du rectum et du colon adjacent 
est envahie par une inflammation chronique diffuse, prédominante 
au niveau des couches muqueuse et sous-muqueuse. Cette entérite 
chronique s'est installée, de la sorte, à la face interne de l'organe 
et n'en a respecté presqu'aucune partie. A peine si, de place en 
place, par îlots, la muqueuse rectale présente encore ses caractères 
normaux; nous verrons bientôt que, même dans la zone réputée 
saine, des lésions existent, aisées à reconnaître. 



bilharziose intestinale 339 

Mliquelse intestinale. 

Suivant les points examinés, la muqueuse montre tantôt les 
signes d'une indammation chronique diffuse, à tendance ulcérative, 
tantôt les caractères d'une hyperplasie générale de ses tissus fon- 
damentaux, liyperplasie telle, surtout au niveau des saillies verru- 
queuses décrites au début de l'autopsie, que l'ensemble des lésions 
correspond à un véritable adénome glandulaire. 

Etudions sucessivement ces ditîérents aspects. 

LÉSIONS ULCÉRATIVES. La iiiuqueuse (fig. 1), sur les points ulcérés, 
montre ses glandes en tube en voie d'atrophie, réduites de nombre, 
raccourcies; souvent même elles ont totalement disparu sur une 
large surface (pi. II, fig. I). La persistance de quelques rares culs- 
de-sac glandulaires, ou, suivant l'obliquité plus ou moins grande 
de la coupe, de quelques goulots des glandes de Lieberkûhn 
permet cependant de différencier la couche de tissu conjonctif 
immédiatement en rapport avec le contenu intestinal et d'apprécier 
l'épaisseur de la muqueuse. Partout où le processus ulcératif est en 
évolution, on peut constater la transformation de la muqueuse en 
une sorte de tissu de bourgeons charnus, couche de tissu conjonc- 
tivo-vasculaire chroniquement enflammé, qui affecte, en maints 
endroits, une épaisseur égale, sinon même supérieure à celle de 
la muqueuse normale. C'est qu'en effet, le travail inflammatoire 
qui a envahi la muqueuse rectale n'est, en aucune façon, compa- 
rable aux lésions dysentériques ou dysentériformes de l'intestin. 
Avant même de découvrir dans la charpente interstitielle de la 
muqueuse la cause spécifique de ses souffrances, on peut établir la 
marche des lésions. 

Sous l'influence d'une irritation chronique persistante ou tout au 
moins durable, la gangue interstitielle s'est laissée envahir par 
deux sortes de désordres trophiques. Le premier peut être en date 
a consisté en une infiltration des espaces conjonctifs par un grand 
nombre d'éléments cellulaires, mononucléaires ; de ces éléments, les 
uns sont, à n'en pas douter, des cellules fixes interstitielles tumé- 
fiées, gorgées de sucs; elles ont proliféré et se sont accumulées 
dans les fentes inter-fibrillaires du squelette conjonctif; d'autres 
sont des éléments provenant du sang et ayant franchi, par diapé- 



340 MAURICE LETULLE 

dèse, les parois des vaisseaux capillaires et des veinules de la région. 
Sur nombre de points, en efïet, il est facile de reconnaître une 
large palissade d'éléments cellulaires groupés autour des vaisseaux 
sanguins dilatés, remplis de sang et de leucocytes (tig. 1). 



FiG. 1. — Ulcération de la muqueuse rectale, au cours de la bilharziose 
intestinale. X 32. 

La coupe passe par une région en voie d'ulcération ; la muqueuse n'est cepen- 
dant pas tout à fait détruite ; on reconnaît encore trois coupes de glandes de 
Lieberkûhn au milieu des restes d'un squelette interstitiel infiltré d'éléments 
inflammatoires. 

La couche sous-muqueusc, très épaissie, fibroïde, permet de dillerencier encore 
la musciilaris mvcosae sous forme d'une bande parallèle à la surface et envahie 
par de nombreux îlots de cellules embryonnaires. En plusieurs points, on re- 
connaît des vaisseaux lymphatiques remplis de leucocytes. 

Au bas de la préparation, la zone interne de la couche musculouse interne du 
rectum se dessine, saine quant à ses faisceaux musculaires. 

En même temps, ou peu de temps après ce travail désorganisa- 
teur, les fibrilles connectives ont ressenti pour leur part les 
conséquences de l'irritation phlogogénique subie par l'ensemble 



niLIIARZlOSE INTESTINALE 341 

de la muqueuse : elles se sont épaissies, se sont durcies, ont 
i^esserré les travées formées par leurs faisceaux, tant autour des 
vaisseaux ou des nerfs qu'au niveau des culs-de-sac glandulaires. 
Une sclérose diffuse, désordonnée, en est résultée, transformant 
en un tissu dur, lardacé, lîbroïde, la muqueuse, molle et souple à 
l'état normal. 

Sous la même cause et subissant, sans doute, à distance, les 
mêmes intoxications destructives, les glandes de Lieberkiihn se 
désagrégeaient (fig. 2). La façon dont s'altèrent les glandes en tube 
de l'intestin, dans cette variété si remarquable d'entérite chronique, 
n'est pas unique, ainsi que nous le verrons par la suite. Le procédé 
commun, celui qui accompagne rintlammation dystrophique dont 
l'expression ultime est la formalion d'une ulcération, est fort simple. 
Sous l'influence du processus décrit plus haut et, autant qu'on en 
peut juger, en même temps que la gangue interstitielle s'infiltre 
d'éléments inflammatoires, la glande de Lieberkiihn se resserre, se 
tasse et se laisse envahir, de dehors en dedans, par de nombreuses 
cellules lymphatiques, mono et polynucléaires (fig. 2). Les épithé- 
liums sécréteurs perdent leurs caractères spécifiques; de cylindri- 
ques et clairs qu'ils étaient à l'état normal ils deviennent cubiques; 
leur protoplasma s'assombrit et perd la faculté de sécréter du 
mucus. Bientôt même, la forme générale de la glande se modifie, 
au point qu'avec les techniques colorantes ordinaires, les épithé- 
liums sont difficilement reconnaissablesàun faible grossissement. 
Enfin, toute trace d'un organe glandulaire disparaît et le tissu 
conjonctivo-vasculaire de la muqueuse semble dépourvu tout à fait 
des cavités épithéliales normalement réparties dans son épaisseur. 

Lorsque la mortification ulcérative de la surface de la muqueuse 
ainsi altérée survient, il est possible de saisir sur le fait lélimi- 
tation dans la cavité intestinale des épi théli unis et des glandes 
qu'ils constituaient (fig. 2). Les cellules secrétoires sont disloquées, 
infiltrées de microbes, entourées de nombreux leucocytes, surtout 
polynucléaires, et quittent le territoire qui leur donnait asile. 

L'ulcération de la muqueuse se poursuit et se complique inévi- 
tablement de lésions infectieuses aiguës ou subaiguës qui activent, 
si elles ne l'ont pas déterminée primordialement, la mortification 
parcellaire, sinon élémentaire, de la surface de la membrane adul- 
térée. Les vaisseaux lymphatiques de la région se montrent, ça et 



342 



MAURICE LETULLE 



là, bourrés de cellules embryonnaires. Toute trace des follicules 
lymphatiques mucosous-muqueux, normalement répartis par 
larges espaces dans l'organe, s'est fondue dans l'infiltration em- 
bryonnaire du squelette interstitiel; à vrai dire, les follicules 















FiG. 2. — Ulcération de la muqueuse parles lésions bilharziennes. Une glande en 
voie de destruction à la surface de la perte de substance. X 130. 

Détail, à un fort grossissement, de la figure précédente (partie moyenne de la 
surface ulcérée). On aperçoit, au milieu des tissus mortifiés qui limitent le haut 
de la ligure, une glande en tube, reconnaissable à ses quelques épithéliums 
encore cylindriques. Les cellules glandulaires, infiltrées de leucocytes et de 
microbes, sont en train de se dissocier. 

Toute la gangue conjectivo-vasculaire interstitielle, reliquat du squelette de la 
muqueuse, est infiltrée d'innombrables éléments embryonnaires qui forment, ça 
et là, des placards vivement teintés. Les vaisseaux y sont difficiles à reconnaître, 
gorgés de leucocytes et entourés de cellules diapédésées. 

Au-dessous du tronçon de la glande de Lieberkûhn en voie de destruction et non 
loin d'elle, apparaissent deu.x; œufs de Bilharzie, caractéristiques, vidés de leur 
embryon, et infiltrés de leucocytes en karyolyse pour la plupart. 

lymphatiques y sontdevenus méconnaissables. En tout cas, jamais 
ils ne donnent lieu à un abcès circonscrit; jamais ils ne s'avancent 
à la surface de Tulcéraliou. jamais uon plus on ne trouve à leur 



BILIIARZIOSE INTESTINALE 343 

place quelque cavité, mise eu commuuication avec la surlace 
intestinale, et tapissée d'un revêtement épithélial cylindrique, lé- 
sion commune et pour ainsi dire patliognomonique, au cours de la 
dysenterie vraie. 

L'ulcération de la muqueuse n'en atteint, d'ailleurs, nulle 
part les couches les plus profondes; aussi la muscularis mu- 
cosae n'affleure-t-elle pas au fond des pertes de substance. On 
peut donc, à coup sur, affirmer ici que cette lésion entéritique 
diffère profondément des altérations propres à la dysenterie chro- 
nique. Au reste, la cause déterminante de l'affection présente s'ins 
crit d'une façon tellement saisissante, dans les couches mêmes de 
la muqueuse, au voisinage. de toute ulcération, que le doute est 
impossible. Tout au plus pourrait-on se demander si, aux lésions 
bilharziennes du rectum et du colon iliaque, la dysenterie ne serait 
venue se surajouter. Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, 
ceux qui vont suivre, permettront d'éliminer l'hypothèse d'une 
combinaison de deux affections intestinales si distinctes, et, à coup 
sûr, si dissemblables. 

Dans l'épaisseur de la muqueuse en voie d'ulcération, on aper- 
çoit fréquemment sur les coupes (fig. 2 et pi. II, fig. 1) la cause 
de la lésion représentée par un certain nombre d'oeufs de Bilharzie. 
Ces œufs, sur lesquels nous aurons à revenir à propos des détails 
histologiques auxquelsils donneront lieu, se montrent, dansl'épais- 
seur de la muqueuse ulcérée, sous deux aspects différents : tantôt, 
il s'agit d'œufs remplis par un embryon caractéristique, ovoïdes, 
munis pour la plupart d'un éperon, soit latéral, soit polaire, (pi. II, 
fig. 4 et o) ; tantôt, l'œuf s'est évacué, l'embryon a disparu, la coque 
est rompue (pi. II, fig. 6 et 7) ; elle risquerait d'être méconnaissable, 
même à un fort grossissement, si la technique colorante n'interve- 
nait pour la déceler à coup sûr dans l'intimité des tissus (1). 

LÉSIONS HYPERPLASiQUES. — La sccoudc séric des altérations subies 
par la muqueuse du gros intestin consiste, à l'inverse des précé- 
dentes, en un travail d'hypertrophie excessive, en une hyperplasie 

(1) La technique colorante usitée et la plus commode consiste en l'action suc- 
cessive de l'hématoxyline et de l'éosinc. Les œufs sont vivement teintés (pi. II). 
Les œufs vides sont très faciles à reconnaître sur les coupes colorées à 
l'hématoxyline-orcéine : ils ont un ton jaunâtre sale qui tranche vivement sur 
le ton bleu ou violàtre des éléments cellulaires avoisinants. 



344 MAURICE LETULLE 

considérable, souvent même désordonnée, des deux plus impor- 
tantes des parties constitutives de la muqueuse : la gangue con- 
jonctivo-vasculaire et le tissu glandulaire épithélial. 

Pour étudier comme il faut ces désordres d'origine inflammatoire 
et dont la cause, spéciiique à n'en pas douter, est toujours facile à 
reconnaître, le mieux est de commencer par les points où ils sont 



FiG. 3. — Un îlot de la muqueuse du rectum en état d'hyperplasie glandulaire et 

interstitielle. X 15. 

Détail d'une des saillies adénomateuses décrites à la surface de la muqueuse 
rectale. Toutes les glandes de Lieberkûhn, proliférées dans une proportion consi- 
dérable, sont déformées, allongées, souvent dilatées, surtout au voisinage de leur 
embouchure à la surface de la muqueuse. L'orientation de ces glandes hyperpla- 
siées est irrégulière ; leur parallélisme habituel a disparu ; elles s'enfoncent sans 
ordre dans la muqueuse byperplasiée. Leurs dimensions sont, de même, aussi 
irrégulières que désordonnées. A cet égard, l'aspect de la coupe rappelle d'une 
manière saisissante celui d'un adénome ordinaire du rectum. Il faut noter l'inté- 
grité parfaite de la mnîicularis mucosae qui limite, par en bas, la muqueuse et 
n'a, sur aucun point, été entamée parles proliférations glandulaires. 

Au sommet de la masse, le tissu interstitiel, hyperplasié, très vasculaire, cou- 
ronne la coupe à la façon d'un énorme bourgeon charnu, en forme de cône. 

développés au maximum, par les îlots adénomateiix décrits au 
moment de lautopsie (pi. I) sous le nom de « saillies verruqueuses » 
de la muqueuse. 

Sur les coupes passant par ces saillies (pi. II, fig. 1, 2 et 3), rien 
n'est plus facile que d'établir la part revenant à la gangue et celle 



BILHARZIOSE INTESTINALE 345 

ressortissant aux appareils glandulaires, aux glandes de Lieber- 
kiihn. 

La gangue con.tonctivo-vasculaire. — Partout où la muqueuse est 
épaisse, et surtout dans les points où la saillie devient adénoma- 
teuseetformeun relief tumoral, à proprement parler, le tissu con- 
jonctif s'élève, s'étale et prend des proportions anormales; il s'hy- 
perplasie jusqu'à atteindre et dépasser parfois un centimètre, un 
centimètre et demi d'épaisseur. Les travées connectives sont plus 
larges et plus denses qu'à l'état normal (fig. 3 et fig. 4) ; elles s'en- 
trecroisent dans tous les sens, cloisonnant la coupe de nombreux 
tractus fibreux et de vaisseaux capillaires dilatés, et prenant en 
maints endroits la place des glandes de Lieberkuhn atrophiées 
(pi. II, fig. 2), pendant que les œufs de Bilharzie s'incrustent, en 
proportions variables, dans les espaces interstitiels élargis. 

Lorsque, comme nous allons le dire, les glandes muqueuses su- 
bissent un processus analogue, se développent ets'hyperplasient, le 
squelette connectif qui les entoure suit l'évolution hypernutritive 
qui entraîne tout l'organe intestinal et s'hypertrophie, de son côté, 
proportionnellement au molimcn hyperglandulaire du voisinage. 
Souvent alors, il arrive (on peut l'observer fig. 3 et 4) que le sommet 
du relief adénomateux qui a bourgeonné au-dessus de la muqueuse, 
se couronne pour ainsi dire d'un vaste dôme conjonctivo-vasculaire 
privé entièrement de glandes de Lieberkuhn et monstrueu- 
sement hyperplasié. La surface même de la muqueuse intestinale 
dépourvue de revêtement épithélial (par suite des altérations cada- 
vériques) n'est point ulcérée: les dernières strates connectives et 
les anses capillaires qui les accompagnent ne présentent, en effet, 
aucune trace d'un processus de nécrobiose quelconque. Il est donc 
probable que, durant la vie, ces bourgeons énormes qui coiffent la 
saillie de l'adénome, étaient recouverts de la couche d'épithélium 
cylindrique appartenant en propre à l'intestin. J'ai pu, pour ma 
part, retrouver sur quelques coupes ce revêtement épithélial (à une 
seule couche) à la base de plusieurs adénomes, au niveau du pédi- 
cule qui les reliait à la muqueuse intestinale. 

Quoiqu'il en soit de ce détail, la saillie bourgeonnante de l'adé- 
nome est constituée (lig. 4) par un énorme amas de tissu conjonc- 
tivo-vasculaire extraordinairement riche en vaisseaux capillaires. 
Le squelette interstitiel s'y montre sous forme de tractus fibroides, 

Archives de Parasitologie, IX, n" 3, 190.'J. 23 



346 MAURICE LETULLE 

fort denses, comme creusés d'innombrables rigoles occupées par 
autant de vaisseaux sanguins très dilatés. Les parois de ces vais- 
seaux capillaires sont elles-mêmes très denses, épaissies, nettement 



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FiG. 4. — Hyperplasic conjonctivo-vasculairo de la sui^facc 
do la muqueuse rectale. X 70. 

Détail de la ligure précédente. Un fragment du sommet de la saillie adénoma- 
teuse. La coupe entame peu, en ce point, les glandes de Lieberkûhn hyperplasiées 
et montre qu'à la surface même de la muqueuse un amas de tissu conjonctivo- 
vasculaire extrêmement végétant faisait saillie ; il y devait être l'une des sources 
des hémorrhagies fréquentes, signalées pendant la vie. La surface même de cet 
énorme tissu de bourgeon charnu est peu irritée ; les leucocytes s'y montrent peu 
nombreux, preuve d'un état atonique permanent de cette région en contact direct 
avec les matières intestinales. 

La gangue conjonctive est flbroïde, dense, comme creusée d'innombrables 
canaux capillaires sanguins. Les parois de ces vaisseaux sont elles-mêmes denses, 
bien dessinées, bordées par une couche endothéliale saillante, vivement colorée. 

Au bas de la préparation, trois glandes de Lieberkûhn hyperplasiées à l'extrême 
et gorgées de mucus. 



dessinées. Les endothéliumsqui foi^ment la lumière de ces vaisseaux 

y font saillie et les réactifs colorants les mettent bien en valeur. 

La direction générale de ces houppes vasculaires esl, dune façon 



BILHARZIOSE INTESTINALE 347 

assez régulière, perpendiculaire à la surface de la muqueuse in- 
testinale, détail qui cadre bien avec la notion première d'un énorme 
cône de bourgeons charnus, exubérants, ayant débordé le travail 
hyperplasique subi par les glandes de Lieberkiihn, 

Enfin, le tissu en question était, semble-t-il, bien peu sollicité 
par les causes irritatives secondaires qui devaient, cependant, me- 
nacer sans cesse la masse verruqueuse faisant saillie dans l'intestin ; 
car on ne trouve pour ainsi dire pas de cellules lymphatiques dans 
les espaces inter- capillaires et en particulier à la surface même du 
bourgeon charnu ; tout y est silencieux, rien n'est nécrosé, aucun 
microbe colorable par les moyens ordinaires ne semble s'être in- 
filtré dans les fentes interstitielles. 

Par contre, dans la profondeur des dits bourgeons charnus, il 
m'a été souvent donné de trouver des œufs de Bilharzie, soit à 
l'état isolé, soit réunis en amas copieux (pi. II, ûg. 2). Quelquefois 
même, mais plus rarement, un œuf encore plein affleure à la sur- 
face de la masse bourgeonnante, tout prêt à tomber dans la cavité 
intestinale. 

Jamais je n'ai pu observer d'îlots calcifiés (œufs morts) dans 
l'épaisseur de ces gros bourgeons conjonctivo vasculaires; jamais- 
non plus, et ce point méritera quelques remarques plus tard, au- 
cune trace de la plus minime hémorrhagie interstitielle, tant an- 
cienne (pigments), que récente (hématies) n'a pu être trouvée dans 
ces îlots d' « entérite végétante subaigùe », pas plus, d'ailleurs, que 
dans aucun endroit d'une partie quelconque des parois de l'intestin 
malade. La bilharziose intestinale n'occasionne jamais d' hémorrhagies 
inter slitieUes. Inversement, il paraît très admissible que ces saillies, 
vascularisées au maximum, ont été l'origine des selles sanglantes 
si communément observées dans la bilharziose intestinale. 

Les glandes de LieberkChn. — En principe, on peutavancer que, 
dans les zones hyperplasiées de la muqueuse rectale ou co- 
lique, les glandes de Lieberkiihn, partie fondamentale et pour 
ainsi dire spécifique de la muqueuse intestinale, sont altérées. 
Quelques-unes, et c'en est à vrai dire, en apparence, le plus petit 
nombre, se montrent en voie d'atrophie, réduites, sectionnées peut- 
être par les végétations de la gangue interstitielle; sur de larges 
espaces même, toute trace de glande muqueuse peut avoir disparu 
(pi. II, fig. 2, partie droite delà préparation). iVilleurs, les glandes 



348 MAURICE LETULLE 

en voie d'atrophie alternent d'une façon toute irrégulière, avec 
d'autres glandes en évolution hyperplasique manifeste et devenant 
de véritables adénomes. 

La caractéristique des îlots adénomateux est donnée par deux 
sortes de lésions hypernutritives frappant les glandes en tube sim- 
ple de l'intestin : V hypertrophie et Vhyperplasie glandulaires. Si l'on 
examine les coupes passant par une des régions adénomateuses 
(fig. 3, 4 et 5 ; pi. II, fig. 1, 2 et 3), on distingue sans peine et l'on 
différencie l'un de Fautre ces deux processus, souvent combinés 
d'ailleurs d'une façon saisissante. Sur les points où la muqueuse 
apparaît considérablement épaissie (pi. II, fig. 2), les glandes de 
Lieberkùhn suivent l'évolution hypernutritive de la membrane et 
s'allongent en proportion. C'est ainsi que la glande de Lieberkiihn 
qui mesure, en moyenne, 160 à 165, y. de long et 65 à 12 u. de large, 
sur une muqueuse normale, peut atteindre 600 p., 780 y. et même, 
dépassant ces dimensions déjà énormes, se prolonger avec tous les 
caractères normaux d'une glande en tube simple, non ramifiée, 
jusqu'à 1000 et 1050 w, c'est-à-dire dépasser un millimètre de 
hauteur. Le diamètre de la glande hypertrophiée peut atteindre 
(quand les épithéliums sont aussi très allongés) jusqu'à 150 « et 180 y.. 
Cette hypertrophie simple de la glande de Lieberkiihn, très commune 
dans les cas où la muqueuse irritée subit un épaississement consi- 
dérable, s'accompagne soit d'un état parfaitement normal de sa 
couche unique d'épithéliums glandulaires cylindriques, soit de 
leur hypertrophie corrélative. 

L'épithélium normal, mucigène, de la glande de Lieberkùhn 
saine mesure, en moyenne, 19 v., 6 à 24 y, l'épithélium cylindrique de 
revêtement de la muqueuse ayant, en moyenne, 20 ,w., 8 = à 22, a. Dans 
les glandes simplement hypertrophiées, allongées à l'extrême ainsi 
qu'on vieut de le voir, l'épithélium sécrétoire, mucigène comme à 
l'état normal, atteint d'ordinaire 25 et 32y.,8, se mettant, lui aussi, 
en voie d'hypertropliie. Souvent, surtout lorsque l'hypertrophie de 
la glande est devenue excessive, l'épithélium qui la tapisse, tout en 
restant typique, c'est-à dire cylindrique, avec un noyau unique etun 
protoplasma gorgé de mucine, s'hypertrophie de même et s'accroît 
jusqu'à 50 p. et même 59 u, 5, c'est-à-dire plus du double de sa 
longueur normale, sa largeur n'augmentant pas en proportion. 
D'ordinaire alors, la glande s'est fort élargie, et sa cavité, demeu- 



BILHARZIOSE INTESTINALE 349: 

rant éti'oite proportionnellement à l'épaisseur de la i)aroi, l'épi- 
tliéliuni cylindrique secrétoire subit une niodillcatiou de structui'e 
très apparente, presque constante, qui est la suivante : à la limite 
interne du protoplasma (fig. 5) et le séparant de la cavité glandu- 
laire, le plateau fmement strié s'accuse dans toutes les glandes qui 
ne sont pas encore détruites par la suppuration ou par un pro- 
cessus anévrysmatique dont nous aurons plus loin à étudier les 
détails. 

Ce plateau strié afïecte une épaisseur à peu près constante de 4 y,, 75 
à 5 y.. Les lines hachures qui le parcourent sont toutes perpen- 
diculaires à la surface libre de la cellule et par conséquent parallèles 
à son grand axe longitudinal. Elles s'arrêtent exactement à la base 
du plateau sur la ligne de contact qui le sépare du reste du pro- 
toplasma, clair, granuleux et souvent gorgé de mucus. Jamais 
on ne trouve enclavés dans les interstices de ces stries du plateau 
ni microbes, ni cellules lymphatiques. 

La lumière glandulaire, dans ces cas d'hypertrophie simple, reste 
souvent étroite et n'est remplie que d'une petite quantité de mucus, 
en tout semblable au mucus intestinal ordinaire. Mais il arrive 
fréquemment, surtout dans les îlots adénomateux très irrités, que 
la lumière s'élargisse et que le mucus s'accumule en larges flocons 
dans la cavité dilatée. En ce cas, l'infection secondaire de la glande 
est la règle et ne diffère en aucune façon de celle qui ne fait jamais 
défaut au niveau des glandes de Lieberkiihn hyperplasiées, adé- 
nomateuses, ainsi que nous le verrons bientôt. 

Étudions d'abord les hyperplasies glandulaires. Lorsque le pro- 
cessus irritatif qui entretient la glande dans un état de nutrition 
exagérée se prolonge à l'excès, et lorsque le molimen inflammatoire 
est tel que i'organe entier subit une exacerbation générale dans 
son développement, une lésion nouvelle se surajoute à l'hypertrophie 
simple : c'est l'hyperplasie. 

Sous la poussée qu'entretiennent non loin d'elle les œufs de 
Bilharzie (pi. II, hg. 6 et 7), la glande force ses limites et rompt ses 
entraves héréditaires, qui avaient fait d'elle un simple tube cylin- 
drique : elle se ramifie (fig. 6). Les épithéliums cylindriques, qui 
tapissent sur une seule couche sa face interne, se tuméfient, s'al- 
longent et prolifèrent; leurs noyaux subissent, àl'envi, la multipli- 
cation karyokinétique, au fur et à mesure que. [des- culs-de-sac 



3o0 MAURICE LETULLE 

nouveaux font saillie à la surface externe de la glande ainsi sou- 
mise à une hypertrophie monstrueuse. Le tissu conjonctivo vascu- 
laire qui entoure la glande, vaincu par cet elïort incessant exercé 



€ 






FiG. 5. — Deux glandes de Lieberkùhn diversement altérées. 
Lésions des épithéliums glandulaires. X 300. 

La coupe de la glande la plus inférieure montre ï hypertrophie excessive des 
cellules épithéliales cylindriques qui tapissent la lumière de la glande considé- 
rablement agrandie (hyperplmie glandulaire). La plupart des épithéliums gigan- 
tesques, bien placés sur la coupe, ont leur protoplasma gorgé de gouttelettes de 
mucus, et sont limités, du côté de la cavité de la glande, par un plateau finement 
strié, prouvant que la glande n'est pas détruite, soit par suppuration endogène, 
soit par ulcération des couches constitutives de la muqueuse. 

Nombre de cellules migratrices, phagocytes, se sont infiltrées dans les inters- 
tices qui séparent les épithéliums; quelques-uns ont atteint la cavité glandulaire. 

La glande supérieure est en voie d'atrophie ; ses épithéliums ont perdu leur 
forme cylindrique et sont devenus irrégulièrement cubiques ; leurs noyaux ont 
proliféré, les leucocytes envahissent la couche épithéliale et préparent la désor- 
ganisation terminale du cul-desac glandulaire. 



sur lui par le tissu épithélial, cède, recule, tout en s'hyperpla- 
siant lui aussi; mais jamais, du moins dans les innombrables 
coupes examinées par moi à ce point de vue, l'évolution adénoma- 
teuse, tumorale au sens absolu du mot, qui entraîne hors de leur 



BILHARZIOSE INTESTINALE 331 

volume et de leur forme ancestrale les glandes de Lieberkïihn, ne 
les a menées jusqu'à répithélioma glandulaire, jusqu'au cancer. 
La règle anaLomo-physiologique qui imposa aux épithéliums glan- 
dulaires de la muqueuse intestinale une barrière conjonctive n'a 
été, sur aucun point, violée. La lésion si curieuse décrite ici est en 
rapport immédiat avec la présence des œufs de Bilharzie ainsi qu'on 
va voir; elle ne relève que d'une irritation inflammatoire, hypertro- 
phique au sens le plus élevé du terme; elle n"a pu parvenir à créer 
de toutes pièces, in situ, une dégénérescence carcinomateuse. 

Devenues adénomateuses, les glandes affectent donc une forme, 
une direction et un volume des plus inattendus. Sur les coupes les 
plus heureuses, on en voit qui, perpendiculaires à la surface de 
l'intestin, s'enfoncent dans l'intérieur de la muqueuse sous forme 
de vastes canaux bifides, dont les deux branches, à peine diver- 
gentes, ontchacune une longueur égale, démesurée, et se rejoignent 
en un conduit commun, plus long lui-même qu'une glande de 
Lieberkûlm normale. D'autres, et ces dernières sont surtout nom- 
breuses dans les points les plus saillants des bourrelets adénoma- 
teux de la muqueuse rectale, se montrent déformées de fond en 
comble : il ne s'agit plus de glande en tube, mais d'une énorme 
cavité multifide, enfonçant dans la gangue interstitielle 3, 4, o 
prolongements digitiformes (tig. 6) plus ou moins allongés, selon 
l'orientation de la coupe. La face interne de ce cloaque est tapissée, 
sur toute son étendue, par une couche unique de volumineuses 
cellules épithéliales cylindriques. 

Ces épithéliums sont gigantesques, munis d'un énorme noyau, 
qui présente très souvent les signes d'une division karyokinétique. 
Les dimensions de ces épithéliums sont extraordinaires. C'est ainsi 
que j'en ai pu mesurer qui atteignaient, dans toute l'étendue de la 
glande 60 p-, et 79 u, 2. Il m'a été même donné d'en trouver, dans 
desculs de-sacénormes, qui atteignaient jusqu'à 9o y., 2, leur plateau 
constamment strié n'ayant que 5 [j. de haut et leur noyau 15 a. Le 
protoplasma de la cellule recouvert d'un plateau strié estclair, peu 
granuleux, gorgé à l'ordinaire de boules de mucus, sauf lorsque 
l'épithélium est en état de division. De nombreuses ligures montrant 
les diverses phases de la division indirecte (fig. 6) s'observent sur 
tous les points de la couche épithéliale de ces glandes monstrueu- 
sement développées. 



3o2 MAURICE LETULLE 

Les hasards de la coupe mettent à même d'étudier les déforma- 







(* 








€"% i 






FiG. 6. — Une glande de Lieberkùhn adénomaleuse; 
proliférations éijithéliales. X ûOO. 

Coupe passant parallèlement à l'axe d'une glande de Lieberkiihn proliférée 
d'une façon monstrueuse. La cavité glandulaire, élargie d'une manière excessive, 
est circonscrite par plusieurs replis bourgeonnants ; on en reconnaît au moins 
trois sur le côté droit. 

Les épithéliums qui limitent cette cavité de. la glande sont cylindriques, 
énormes, accumulés souvent sur deux ou plusieurs couches. De nombreux élé- 
ments épithéliaux montrent leur noyau en multiplication karyokinétique, désor- 
donnée. Les autres cellules épithéliales ont des noyaux souvent déformés, 
vésiculeux, avec une substance chromatique plus ou moins pâle, indice d'un 
état de souffrance subi par l'élément. Le mucus s'est accumulé en abondance 
dans la cavité glandulaire. 



tions et le volume de ces glandes géantes. Pour quelques unes qui, 



BILHARZIOSE INTESTINALE 3d3 

sur les points où elles ont la plus grande largeur, ne dépassent 
guère I8O7., et 200,^., une foule d'autres, à côté, a|)paraissent dilatées 
à l'extrême; cette dilatation est tantôt régulière, la glande ectasiée 
conservant partout une forme cylindrique, et tantôt irrégulière, 
dessinant ainsi sur les coupes transversales les contours les plus 
sinueux qu'on puisse imaginer. 11 en résulte que la mensuration 
transversak (permettant d'apprécier le volume exact d'une glande 
hyperplasiée) est presque toujours impraticable. J'ai pu, sur de 
bonnes coupes, obtenir les chitïres extrêmes suivants : 400 y. est la 
dimension transversale la plus commune dans les glandes dilatées 
et hyperplasiées. Souventaussi,i'ai obtenu 465 p. pour un diamètre, 
et 343 a à 350, y. pour le diamètre perpendiculaire au précédent. Sur 
des glandes déformées, irrégulières, j'ai trouvé plus d'une fois un 
grand diamètre transversal de 750 y., le diamètre perpendiculaire 
au précédant atteignant et même dépassant 450 u. Ces chiffres 
montrent, d'une façon saisissante, levolume invraisemblable atteint 
par les glandes de Lieberkiihn en voie d'hyperplasie, si l'on se 
rappelle que la longueur d'une glande normale étant de 162 y., en 
moyenne, son diamètre transversal ne dépasse guère 65 à 72 y.. Il 
résulte des chitïres précédents que les glandes les plus hyperpla- 
siées sont visibles à l'œil nu ; sur les coupes bien préparées, en efïet, 
la muqueuse apparaît trouée d'espaces clairs qui ne sontautresque 
les glandes monstrueuses en question. 11 est à noter que le maximum 
de ces désordres glandulaires (hyperplasies et dilatations désor- 
données) correspond d'ordinaire aux parties les plus saillantes, 
par conséquent les plus anciennes, des bourrelets verruqueux 
décrits à la surface de la muqueuse rectale. 

DÉCHÉANCES GLANDULAIRES. — Si, couime OU uc saurait trop le 
redire, les signes d'une transformation cancéreuse font toujours et 
régulièrement défaut dans les glandes adénomateuses, il n'en est 
pas moins certain que la plupart, sinon la totalité de celles qui ont 
subi au plus haut point le travail hyperplasique ci-dessus décrit, 
ne tardent pas à être envahies par des lésions dégénéra tives. 
L'ectasie, la dilatation chronique de la cavité glandulaire accumule 
à l'intérieur de l'organe des paquets énormes de mucus; elle y 
appelle les ennemis du dehors, les cellules lymphatiques et leurs 
satellites, les germes microbiens qui font partie de la flore intes- 
tinale. Lesglobules blancs franchissent la paroi épithéliale (tig. 5et 



334 MAURICE LETULLE 

pi. II, lig. 7); ils s'infiltrent dans les espaces inter-celkilaires et 
tombent dans la cavité glandulaire; ils s'y rencontrent avec des 
détritus variés, parmi lesquels on peut reconnaître en même temps 
de nombreux microbes et des épithéliums desquames, altérés. 




FiG. 7. — Une glande de Licberkuhn kystique et envahie 
par la suppuration. X 130. 

La cavité glandulaire, considérablement élargie, est encore tapissée par une 
couche de cellules épithéliales. Tous ces épithéliums sont altérés, même ceux qui, 
à droite et en bas de la lumière glandulaire, ont conservé la disposition finement 
striée de leur plateau, mais sont cubiques et non plus cylindriques. Au haut delà 
cavité, les épithéliums se sont couchés obliquement et leurs noyaux paraissent 
écrasés. A gauche, enfin, la couche épithéliale très déformée est infiltrée de nom- 
breux leucocytes qui la traversent de dehors en dedans et viennent se joindre aux 
phagocytes déjà inclus dans la cavité de la glande. 

Le muco-pus qui remplit d'une manière incomplète la cavité glandulaire est 
caractéristique, grâce à ses filaments sinueux, à la proportion considérable de leu- 
cocytes polynucléaires qu'il contient et à l'adhérence intime qu'il afïecte avec la 
couche épithéliale. Quefijucs boules claires se détachent de la surface des épithé- 
liums encore striés. 

Le tissu conjonctif péri-glandulaire est tassé, fibroïde, incrusté de leucocytes. 

Lorsque la dilatation de la glande est devenue extrême (fig. 7), 
la lumière se remplit de muco pus : au milieu des filaments tibril- 
laires de mucine et de fibrine, fiottent d'innombrables cellules 
lymphatiques, parmi lesquelles prédominent les leucocytes poly- 



BILHAIIZVOSE INTESTINALE 3oo 

nucléaires. Le mucus adhère intimement à la plus grande partie 
de la surface épithéliale. Les épithéliums eux mêmes s'altèrent 
profondément. Ils perdent leur forme cylindrique et deviennent 
cubiques. Bientôt, leur plateau finement strié disparaît (fig. 7). 
Sous la pression centrifuge exercée sur elles par le contenu de plus 
en plus abondant, certaines zones épithéliales se couchent obli- 
quement, ou, s'aplatissant, reviennent à leur épaisseur normale, 
!21,v.,4 par exemple, pour, peu à peu, samincir à l'état de lambeaux 
flottants, de 14, de 12 et même de 8 y. d'épaisseur, en perdant leurs 
noyaux cellulaires jusqu'au point de disparaître tout à fait. La 
cavité glandulaire se transforme en un abcès; communiquant avec 
l'extérieur par le goulot glandulaire habituellement très évasé, 
l'abcès ainsi formé n'est jamais distendu par le pus; au contraire, 
il paraît très accessible aux matières intestinales. Jamais, sur 
aucune coupe, on ne peut observer, à l'intérieur de ces cavités 
abcédées, d'oeufs de Bilharzie, alors qu'autour des glandes hyper- 
plasiées la présence de ces œufs est très fréquemment notée (pi. II, 
lig. 6 et 7). 

La cause de ce processus hyperplasique général est aussi facile 
à déterminer à propos des appareils glandulaires qu'elle l'était 
pour le tissu interstitiel. Ici encore, ce sont les parasites infiltrés, 
dans l'épaisseur de la muqueuse, les œufs; de Bilharzie, qui sont, 
à n'en pas douter. Vêlement pathogénique des hypeiylasies glan- 
dulaires que nous venons de décrire. Sur les coupes bien colorées 
à ce point de vue, on reconnaît à chaque pas, tout près des culs 
de-sac glandulaires, ou le long de la paroi de la glande, dans 
l'espace inter-glandulaire élargi, quelque coquille d'oeuf, rompue, 
évacuée, mais aussi caractéristique que possible, grâce à sa couleur 
jaunâtre sale, à sa transparence, et à l'éperon acéré, d'ordinaire 
latéral, qu'elle enfonce dans le tissu conjonctivovasculaire péri- 
glandulaire (pi. II, fig. 6 et 7). 

Il y a mieux. Sur les coupes les plus heureuses, il m'a été donné 
de constater, assez rarement à la vérité, la preuve de l'élimination 
possible, sinon certaine, de l'embryon bilharzien à travers la cavité 
des glandes de Lieberkiihn hyperplasiées (pi. II, fig. 7). Dans ces 
cas, en effet, la déhiscence de l'œuf s'étant effectuée aux dépens de 
la région du pôle le plus ténu (sommet de l'œuf), on aperçoit la 
coquille ouverte largement; son ouverture affleure de plus ou 



3o6 MAURICE LETULLE 

moins près la paroi dune glande liyperplasiée. La rupture est, 
certes, déjà ancienne, car la cavité de l'œuf est presque toujours en 
partie occupée par des leucocytes mono ou polynucléaires en état 
deméiopragie évidente, sinon même en karyolyse avancée (fig 16). La 
pénétration de l'embryon, par voie d'efïraction, dans la cavitéglan- 
dulaire élargie ne peut être prouvée; pourcelail faudrait, ce que je 
n'ai jamais observé, trouver trace d'un embryon dans une cavité glan- 
dulaire. Les embryons font défaut dans les interstices du squelette 
de la muqueuse, aussi bien qu'à la surface de l'organe, au milieu 
des détritus accolés aux ulcérations. Toutefois, ce mode d'évacua- 
tion est des plus vraisemblables et résulte des constatations précé- 
dentes. La glande de Lieberkalin hypertrophiée et dilatée est une voie 
d'évacuation pour les œufs et pour les embryons de Bilharzie. Cette 
constatation avait d'ailleurs été faite par mon maître le professeur 
Damaschino (1). 

MUSCULARIS MUCOSAE. 

La muscidaris mucosae, qui joue, à l'état normal comme à l'état 
pathologique, un rôle capital dans la vitalité et dans le fonctionne- 
ment de la muqueuse, mérite d'attirer l'attention. Bien qu'elle 
fasse partie intégrante du squelette de la membrane interne 
de l'intestin, elle ne participe pas, dans l'observation actuelle, à 
toutes ses altérations. C'est ainsi, pour procéder selon l'ordre suivi 
jusqu'à présent, que les lésions ulcératives, atrophiques, l'ont 
partout respectée. Sur aucun des nombreux points examinés au 
microscope, on n'observe jamais qu'une seule ulcération ait mordu 
sur elle; partout et toujours, Isimuscular is reste kVîihri du processus 
destructif, alors même (luil a détruit une partie plus ou moins con- 
sidérable du squelette conjonctivo-vasculaire delà muqueuse; bien 
plus, les couches les plus superficielles des bandes de fibres mus- 
culaires lisses qui constituent (c le muscle de la muqueuse » ne sont 
pas côtoyées par le fond de l'ulcère : constamment, une bande de 
tissu fibreux persiste assez épaisse pour tapisser le fond de la perte 
de substance; elle protège contre les germes et les poisons de la 
cavité intestinale les cellules musculaires couchées parallèlement 
à la surface. Tout au plus, les faisceaux contractiles de la mM.S(;M/a?i.s 

(1) Damaschino. Bulletins et mémoires de la Société médicale des hôpitaux de 
Paris, p. loO et suivantes, 1882. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 3y7 

mucosae sont-ils plus denses, à ce niveau, plus serrés qu'à létat 
normal. Souvent enfin, les bandes musculaires toujours bien 
recounaissables, paraissent mieux enchâssées dans les tractus de 
tissu élastique (mis en luuiière par l'orcéine) qui les soutiennent; 
d'ordinaire aussi, les fascicules des muscles lisses y sont plus épais 
que normalement et semblent en voie d'hyperplasie manil'este. 

Lorsque l'ulcération s'est infectée à fond, les bandes musculaires 
(fig. 1) se laissent envahir par des îlots de cellules embryonnaires. 
Sur toute l'étendue du rectum et de la région du côlon iliaque 
devenue pathologique, Isimuscularis mucosae [end k sliypertrophier 
d'une façon plus ou moins considérable. Cet épaississement 
hypernutritif se caractérise surtout par une prolifération très 
marquée des bandes musculaires, les éléments contractiles 
n'augmentant, chacun, que d'une faible et peu appréciable manière. 
Sur un rectum normal, la musculaire de la muqueuse atteint, 
d'ordinaire, une épaisseur variant entre 65 a, 72 u. et 90 u, ce dernier 
chiffre représentant un maximum relatif, en rapport, semble-t-il, 
avec l'état de « mort en contraction » des fibres musculaires lisses 
de l'organe (fig. 1 et pi. II, fig. 1). 

Sur notre rectum bilharzien, même au niveau des régions ulcé- 
ratives et dans les points où la muqueuse est simplement épaissie, 
sans transformation adénomateuse, la musculaire de la muqueuse 
atteint souvent 120 u.; il n'est pas rare de lui trouver loo ,u. et 180 l^, 
le double du chiffre fort noté à l'état normal. 

Mais quand l'irritation subie par la muqueuse intestinale a donné 
libre cours aux travaux hypernutritifs des couches qui la consti- 
tuent, au dessous et au voisinage des verrues adénomateuses pré- 
cédemment décrites, l'épaisseur des couches musculeuses devient 
excessive : elles y atteignent 440 p., par exemple, 468 y. et vont, 
maintes fois, jusqu'à o04 a, un demi millimètre, qu'elles peuvent 
dépasser encore, pour arriver à 756 et même 825 a, comme j'ai pu 
m'en assurer sur quelques bonnes préparations. Dans ces cas, 
lorsque l'hyperplasie est devenue très marquée, et à plus forte 
raison, lorsqu'elle est poussée au maximum, la structure générale 
de la membrane musculeuse se transforme. Au lieu d'une seule 
couche, bien limitée, de fibres musculaires lisses réunies en 
faisceaux minces, toujours parallèles à la surface de l'intestin, le 
muscle de la muqueuse se décompose en plusieurs couches plus ou 



338 MAURICE LETULLE 

moins marquées, dans lesquelles l'allure générale des faisceaux 
contractiles, tout en demeurant parallèles, tend à se disloquer. 
Souvent alors, on peut y compter trois couches distinctes : l'une, 
interne, plus ou moins rapprochée des culs de sac glandulaires de 
Lieberkûhn, reste assez bien dessinée, n'envoie que quelques rares 
faisceaux musculaires du côté des espaces inter-glandulaires et, 
pour tout dire, conserve partout des tendances à peu près normales. 
L'autre, la seconde, sous-jacente à la première, est presque 
toujours bouleversée, composée de faisceaux contractiles irréguliers 
comme forme et comme direction; un grand nombre de placards 
tibroïdes ou d'amas vasculairessintercalentaux fibres musculaires 
et rendraient cette zone méconnaissable, n'était la troisième et 
dernière couche de la musculaire; celle-ci limite la membrane par 
en bas, du côté de la couche sous-muqueuse, et y maintient nette- 
ment, à l'ordinaire du moins, les distinctions morphologiques, 
comme elle y réglait les séparations fonctionnelles (fig. 3, 8 
et 9 et pi. II, fig. :2). Là, les cellules musculaires dessinent une ligne 
horizontale très nette, continue, sauf aux points où passent les 
follicules lymphatiques et les vaisseaux nourriciers de la muqueuse. 

Quelle que soit l'épaisseur de la musculaire de la muqueuse, sa 
résistance apparaît toujours remarquable, les cellules contractiles 
qui la composent pour la plus grande partie sont normales et 
n'offrent pas traces de lésions dégénératives, preuve que, pendant 
la vie, le tissu musculaire a lutté vigoureusement contre tous les 
obstacles semés dans l'épaisseur de la muqueuse qu'il supportait. 
Partout où les faisceaux musculaires se dessinent, on les voit ac- 
compagnés par une gangue de fibres élastiques, fines, sinueuses, 
onduleuses, peu épaisses, bien mises en valeur par lorcéine. 
L'hypergenèse élastique est corrélative de l'hypergenèse musculaire, 
et lui est proportionnée. Le tissu élastique sert ainsi à spécifier la 
mvscidaris mucosac car il fait régulièrement défaut dans l'épaisseur 
de la muqueuse proprement dite, si étendue et désordonnée qu'y 
soit l'hyperplasie du tissu conjonctivo-vasculaire. 

vSur un grand nombre de points, surtout dans les zones ulcéra- 
tives, la membrane musculaire présente des sectionnements qui 
coupent, sans transition, la continuité de ses faisceaux contractiles. 
Ces sectionnements sont, d'une façon générale, de deux ordres : les 
uns, les plus fréquents et les plus régulièrement répartis, sont dus 



BILHARZIOSE INTESTINALE 339 

au passage des vaisseaux sanguins ou lymphaliques desservant la 
mem])rane muqueuse proprement dite. 11 est bon de remarquer 
que ces vaisseaux sont, pour le plus grand nombre, des artérioles, 
des veinules plus ou moins dilatées, sans cependant que leurs 
dimensions dépassent de beaucoup celles ordinairement notées à 
l'état normal dans la même région. La plupart mesurent de 36 p. à 
72 i/. et 80 u.. S'il est fréquent de noter, dans les régions correspon- 
dant aux ulcérations de la muqueuse, la présence de vaisseaux 
lymphatiques distendus, remplis de cellules rondes (lig. 1), la 
plupart des vaisseaux, en particulier les veines de la muscularis ne 
sont pas malades; leurs parois semblent régulièrement intactes, à 
l'inverse de ce que nous constaterons dans la sous-muqueuse. 

Les autres échancrures de la mmcularis sont formées par des 
amas de cellules rondes, amas eux-mêmes arrondis ou ovalaires 
et placés, le plus souvent, à cheval sur la muscularis, et remontant 
dans la muqueuse autant, plus même qu'ils ne descendent dans la 
zone la plus superficielle de la couche sous-muqueuse. Un examen 
attentif permet de reconnaître parmi ces îlots cellulaires, rares à la 
vérité dans les régions non ulcérées, des follicules lymphatiques, 
petits ganglions lymphatiques microscopiques appendus norma- 
lement à la muqueuse intestinale. Ces organes sont peut-être aussi 
souvent hyperplasiés ; jamais cependant ils n'atteignent des dimen- 
sions excessives, comparables à celles signalées plus haut à propos 
de l'épaisseur totale de la muscularis hyperplasiée. Sur aucune 
des nombreuses coupes examinées, je n'ai pu, non plus, constater 
à leur niveau le moindre signe d'une inflammation aiguë des- 
tructive; jamais un seul de ces follicules ne s'était rompu dans la 
cavité de l'intestin; aucun d'eux ne contenait de gros parasites 
(œufs de Bilharzie). Une seule fois, sur une coupe quelque peu 
oblique (pi. Il, fig. 3), j'ai trouvé un œuf de Bilharzie vivant encore, 
infiltré dans un îlot folliculaire lymphatique, mais ce follicule 
siégeait manifestement au dessous de la muscularis mucosac, dans 
l'épaisseur de la couche sous-muqueuse. 

On peut conclure de ce qui précède que les œufs de Bilharzie 
n'usent pas de la voie lymphaticiue, en particulier du tissu réticulé, rare 
en ces régions, pour passer de la sous-muqueuse dans lajnuqueuse. 

Par contre, il est fréquent de découvrirquelques œufs de Bilharzie 
en plein tissu musculaire, au milieu des faisceaux lisses, La règle. 



360 MAURICE LETULLE 

pour ainsi dire constante, dans ce cas, est la suivante : les œufs de 
Bilharzie s'infiltrent toujours entre les faisceaux de fibres contractiles et 
s'y montrent couchés parallèlement à la surface de la muqueuse, jus- 
qu'à ce qu'ils en soient sortis par un mouvement oblique (dont je 
n'ai pu constater les manifestations) pour gagner de proche en pro- 
che les autres couches de la membrane muqueuse proprement dite. 

Couche sous-muqueuse. 

La couche sous-muqueuse se montre, sur toute l'étendue du 
segment recto colique infecté par la bilharziose, profondément 
altérée. Elle y perd, partout, dune façon continue, ses caractères 
normaux. Au lieu de trouver entre la muqueuse et les muscles de 
l'intestin un tissu cellulaire lâche, parsemé de nombreux îlots de 
cellules adipeuses et parcouru par des vaisseaux artériels, veineux 
et lymphatiques flottant comme à l'aise au milieu de fibrilles con- 
nectives ténues (et donnant bien l'impression de la souplesse et de 
la laxité si nécessaires au bon fonctionnement des parties), on voit 
la muqueuse doublée par un cylindre fibreux dont la rigidité et 
la dureté apparaissent des plus caractéristiques. La muqueuse, 
en effet, quelles que soient ses lésions, s'est soudée d'une manière 
intime à la sous muqueuse et, par son intermédiaive, aux couches 
musculeuses de l'intestin. Cette sorte de symphyse qui fixe et rend 
adhérentes les unes aux autres toutes les couches de l'organe est 
particulièrement intéressante et pour ainsi dire pathognomonique. 

L'épaisseur de la sous-muqueuse, très variable à l'état normal, 
(selon la technique suivie pour la préparation des couches de 
l'intestin et étant donné la laxité extrême de ses travées connectives), 
se révèle dans le cas présent notoirement excessive; la nature des 
altérations subies par la muqueuse n'influe pas d'une façon notable 
sur le degré de Ihyperplasie fibreuse de la sous-muqueuse. L'in- 
testin, à la vérité, s'est resserré, coarcté, comme nous l'avons dit 
au début de ce mémoire, et cette réduction de volume s'est accom- 
pagnée nécessairement d'une sorte de tassement de la muqueuse 
et surtout de la sous-muqueuse. Néanmoins, l'épaississementde la 
sous-muqueuse est pathologique, à n'en pas douter, et, sa sclérose 
aidant, le travail subi par les lames connectives de la région est 
d'autant plus frappant qu'il peut être apprécié d'une façon rigou- 
reuse. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 361 

Sur tout son parcours, la sous-muqueuse s'est transformée en un 
large placard libreux. Elle mesure presque partout la même 
épaisseur, qui atteint en maints endroits 800 p. et 900 p., chifïres 
qu'elle ne tarde pas à dépasser en certains points, qu'il s'agisse des 
zones ulcérées aussi bien que des régions adénomateuses. C'est 
ainsi que j'ai pu lui trouver 1000// et 1100 p., autrement dit un 
millimètre au moins, sur un grand nombre de coupes passant par 
quelquune des régions ulcérées (tlg. 1). 

Au niveau des bourgeonnements adénomateux décrits à propos 
de la muqueuse, la sous-muqueuse otïre une disposition intéres 
santé. On voit souvent se détacher de sa surface interne un énorme 
bourgeon fibreux, conique, dont la base part de la sous-muqueuse 
et le sommet s'élève perpendiculaire en traversant la muscularis 
mucosae ou l'entraînant avec lui; il semble se coiffer d'un énorme 
champignon, évasé ousphérique, selon les cas, et formé par la mu- 
queuse hypertrophiée, remplie de glandes de Lieberkiihn adéno- 
mateuses. De gros vaisseaux sanguins accompagnent cette poussée 
végétante de tissu fibreux et se détachent, en même temps que la 
masse bourgeonnante, de la surface du bloc formé parla sous-mu- 
queuse hyperplasiée et sclérosée. 

La structure microscopique de la sous-muqueuse mérite une sé- 
rieuse attention. C'est dans cette couche que s'est déroulé, en effet, 
(fig. 1 , 8 et 9) le drame pathogénique qui constitue l'un des chapitres 
les plus intéressants de la bilharziose intestinale. C'est là que les 
œufs ont été apportés par le Ver femelle et de là, semble t il, qu'ils 
sont passés dans la couche muqueuse, où nous les avons vus à 
l'œuvre. Par ses canaux vasculaires veineux, la sous-muqueuse a 
donné accès à la Bilharzie femelle qui n'a pu aller plus loin, inca- 
pable qu'elle est de franchir la muscularis mucosae (dont les vais- 
seaux sont trop étroits pour elle). Le Ver, ainsi, s'est trouvé obligé 
de pondre loin encore de la surface de l'intestin, où ses embryons 
trouveraient une issue vers l'extérieur, c'est-à-dire le salut. Nous 
verrons plus tard évoluer le parasite; étudions, pour le moment, 
les lésions matérielles produites par sa présence, soit d'une manière 
directe, soit grâce à un procédé plus compliqué, secondaire, deu- 
téropatliique selon l'expression consacrée. 

Lésions scléreuses de la sous -muqueuse. — Sur les coupes microsco- 
piques, la couche sous muqueuse apparaît transformée en une 

Archives de Parasitologie, IX, n" 3, 1905. 24 



362 MAURICE LETULLE 

large plaque de tissu fiJjreux condensé, ayant un aspect souvent 
comme lamellaire. Les trousseaux de fibres conjonctives qui, à 
l'étatnormal, sillonnaient l'espace réparti entre la mM.sm/answw/cosae 
et la couche musculeuse interne de l'intestin, et qui, d'une façon 
générale, affectaient une disposition plus ou moins parallèle à la 
surface de la muqueuse, se sont accolés, tassés, tout en s'hyperpla- 
siant d'une façon extrême. Le travail pathologique qui s'est passé 
dans cette couche sous muqueuse est assurément de date ancienne. 
Que l'on examine, en effet, des zones correspondant aux régions où 
la muqueuse n'est pas ulcérée : on n'y trouve que des bandes fibreuses 
pauvres en éléments cellulaires, très densifiées, et n'offrant aucun 
des caractères habituels à une inflammation subaiguë, végétante. 
Tout sest éteint, si tant est que les désordres aient été quelque peu 
aigus, aussi bien dans la gangue intei'stitielle que dans les vais- 
seaux, les veines en particulier (fig. 8 et 9). Les espaces interstitiels 
sont étroits, plats, pauvres en cellules fixes ; ce sont des sortes de 
fentes linéaires, à moins qu'un vaisseau sanguin ou lymphatique 
n'y marque son passage. 

Nulle part, on n'observe traces de pelotons adipeux, ou même de 
quelque cellule graisseuse, isolée, respectée par le processus sclé- 
rosant diffus, qui règne icidune façon uniforme et généralisée. En 
certains points cependant, les lames lîbroïdes qui côtoyent la face 
interne de la couche musculeuse interne semblent plus denses 
encore que partout ailleurs. 

Quelques rares follicules '.'lymphatiques parsèment de loin en loin 
les coupes et tranchent, grâce à leurs éléments nucléaires réunis en 
amas, sur l'aspect uniforme, semi-aponévrotique, de la sous- mu- 
queuse. Ces ganglions lymphatiques, microscopiques, peu nom- 
breux d'ordinaire à la face profonde delà muqueuse rectale, semblent 
ici encore réduits de nombre. Ils forment une petite tache ovalaire, 
fusiforme ou arrondie, très peu saillante au dessous de la muscu- 
laris mucosae qu'ils traversent de part en part. La gangue connec- 
tive qui les entoure ne diffère pas du reste des placards fibroides 
propres à la sous- muqueuse transformée. 

Les artères qui traversent les différentes couches de cette région 
pathologique sont remarquables parleur état normal. Elles semblent 
incrustées, comme sculptées, dans cette gangue fibreuse qui sépare 
les couches musculeuses de la région muqueuse. A part un petit 



BILIIARZIOSE INTESTINALE 363 

nombre dartérioles, de )iioyen calibre, dont la membrane Interne 
apparaît, par places, atteinte de dégénérescence hyaline (lésion 
très fréquente chez le vieillard) tout le système artériel du rectum 
et, en particulier, les bandes conjonctives péri-vasculaires qui 
constituent ce qu"on est convenu d'appeler la périartère, sont 
intactes ; tout au plus peut on reconnaître que la périartère est dense 
et tibroïde, à l'instar de tout le tissu conjonctif de la couche sous- 
muqueuse. 

Pour ce qui est des veines, l'aspect est tout autre et mérite d'être 
étudié avec soin. Tout d'abord un grand nombre des veines de la 
couche sous-muqueuse sont altérées. Il n'est pas une coupe de l'intes- 
tin où l'on ne puisse, en y prêtant quelquattention, reconnaître une 
ou plusieurs coupes de veines pathologiques. Ajoutons que toutes les 
régions de l'intestin, quelles qu'en soient les lésions, ulcératives, 
hypertrophiques ou adénomateuses, portent de même ainsi la 
signature de lésions veineuses remarquables. Et disons, en plus, 
que les veines les plus grosses, comme les veines moyennes à 
l'exception des plus ténues, ainsi que les capillaires veineux 
payent indifféremment le même tribut à cette affection. 

En quoi consistent les lésions des parois veineuses? Il s'agit, incon- 
testablement, dune inflammation de la veine; mais cette lésion 
inflammatoire présente des caractères si tranchés, si différents de 
celles que nous sommes accoutumés à étudier en pathologie humaine 
7ion exotique, qu'on pourrait, sans paradoxe aucun, les considérer 
comme spécifiques, c'est-à-dire propres à la bilharziose humaine. 
Nous aurons, d'ailleurs, l'occasion d'insister sur ces détails dont 
l'intérêt est capital. Pour le moment, qu'il nous suffise de signaler 
les traits principaux de la lésion. La paroi interne de la veine, 
l'endo-veine, est le siège à peu près exclusif de l'altération inflam- 
matoire. Il s'agit, en somme, bien plus d'une endophlébitc que dune 
phlébite générale, car la couche musculeuse ou moyenne (mus- 
culo-élastique devrait-on dire) de la veine est fort peu atteinte, le plus 
souvent même normale. La couche externe ou péri- veine, composée 
de tissu conjonctivo-élastique et des vaisseaux satellites du conduit 
musculo séreux, se montre aussi fibrosée que le reste de la sous- 
muqueuse, mais pas davantage et nulle part d'une façon prédomi- 
nante. 

L' endophlébite qui constitue, pardessus tout, la lésionveineuse est 



364 MAURICE LETULLE 

caractérisée en première ligne par ses signes de chronicité patente: 
c'est une endophlébite ancienne, libroïcle, elle aussi, à l'instar de la 
fibrose qui a tranformé en totalité le tissu conjonctif compo- 




FiG. 8. — Lésions des veines sous-muqueuses 
dans la bilharziose intestinale. X 24. 

Une colonie importante d'œufs de Bilharzie occupent le tissu interstitiel de la 
muqueuse intestinale (on en compte plus de soixante sur la coupe) ; la plupart 
des glandes en tube ont disparu, atrophiées par l'inflammation végétante (nette- 
ment parasitaire), qui accompagne les œufs dans leur évolution vers la cavité de 
l'intestin. 

La musadarix inucosae est hyperplasiée et infectée, comme le montrent plu- 
sieurs placards de cellules embryonnaires, logées, pour quelques-unes au moins, 
dans des vaisseaux lymphatiques. 

La sous-muqueuse est chroniquement enflammée, transformée en une bande de 
tissus fibreux, dépourvue de tout îlot de cellules adipeuses et parcourue par de 
nombreux vaisseaux sanguins et lymphatiques. 

A gauche, vers la partie moyenne, la sous-muqueuse contient une veine impor- 
tante, couchée transversalement, aplatie, etdontla lumière est rétrécie par suite 
de l'épaississement notable de l'endoveine. L'épaisseur des parois est dispropor- 
tionnée par rapport au volume de la veine. 

sant la sous-muqueuse du rectum. Toutefois, ici, à l'intérieur de 
la veine, les désordres subis ont une allure plus exubérante encore, 
sinon plus néo-formative : en efïet, sur les coupes bien orientées, 



BILHARZrOSE INTESTINALE 365 

c'est-à dire assez régulièrement perpendiculaires à l'axe du vais- 
seau A'eineux, la technique colorante montre la membrane interne 
déformée dune façon irrégulière, et faisant dans la lumière 
vasculaire une saillie très marquée, parfois même extraordinaire. 
D'une façon générale, Tendophlébite rétrécit la cavité veineuse 
dans une proportion plus ou moins considérable (fig. 8, 9,10, 
il, 12, 13 et 14.) Sur quelques coupes même, j'ai pu trouver sans 
peine (grâce à la méthode de coloration par l'orcéine) des veines 
complètement oblitérées. Et dans ces cas, il ne s'agissait pas seu- 
lement de veinules ténues, mais de veines de moyennes dimen- 
sions, mesurant par exemple 370 p sur 270 y.. 

Donc, à un moment donné, au début des désordres occasionnés 
par la présence des parasites dans le sang veineux, il s'est produit 
une inflammation végétante de la membrane interne, uneendophlé- 
bite végétante, identique dans son évolution aux bourgeon 
nements déjà étudiés à la surface de la muqueuse intestinale 
hyperplasiée; avec cette différence toutefois, (tenant à la structure 
invasculaire de la membrane internede la veine), que le développe 
ment hyperplasique du tissu connectif composant, à l'état normal, 
la couche sous-endothéliale, sest produit sans ou presque sans néo- 
formations vasculaires. 

Sous l'influence de l'irritation locale résultant delà présence de la 
Bilharzie, accrochée, sans doute, à l'endothélium veineux aumoyen 
de ses deux ventouses, la couche sous-endothéliale a proliféré et 
les bourgeonnements de la membrane interne sont devenus plus 
ou moins saillants dans la cavité sanguine. 

Diverses déformations résultent de ce processus inflammatoire 
essentiellementparasitaire. Souvent, lerétrécissementdela lumière 
vasculaire est concentrique à l'axe du vaisseau et occasionne une 
sténose veineuse des plus remarquables. C'est ainsi, pour donner 
un exemple de ce type de déformation, que, sur une veine de moyen 
calibre, très rétrécie et dont la coupe, bien arrondie, avait 178 y-,o 
de diamètre, jai trouvé les dispositions suivantes : la membrane 
interne prenait, à elle seule, 130;^. (sur ce diamètre de 178 p., o) et la 
lumière vasculaire était réduite à 23 ,y,,8, les 24 y., 7 de différence 
appartenant à la couche musculaire de la veine. 

Le rétrécissement de la lumière du vaisseau veineux est rarement 
régulier; presque toujours il apparaît ou sinueux, grâce aux îlots 



366 MAURICE LETULLE 

d'endophlébite partielle qui bombent dans la cavité vasculaire, ou 
ovalaire; plus souvent encore, l'endophlébite semble avoir pris 
naissance sur deux points diamétralement opposés de la paroi 
veineuse et avoir végété ses bourgeons à la rencontre l'un de l'autre. 
De ces dispositions curieuses résultent toutes sortes de figures mi- 
croscopiques, fort utiles, du reste, pour la recherche des lésions 
veineuses, les fentes irrégulières que présentent ces vaisseaux 
ainsi altérés ne pouvant passer inaperçues. Deux aspects méritent 
d'être signalés, à cet égard, car ils se montrent très fréquents sur 
les nombreuses coupes du rectum, et même sur celles du côlon ilia- 
que. L'endophlébite, dans le premier cas, a bourgeonné surquatre 
points diamétralement opposés et, ses saillies mamelonnées s'avan- 
çant les unes vers les autres, la lumière vasculaire prend une forme 
cruciale des plus singulières. Dans le second cas, l'endophlébite 
végétante occupe les trois quarts ou les quatre cinquièmes du 
pourtour du vaisseau; elle s'avance, en demi-cercle, vers la cavité 
vasculaire qu'elle comble latéralement à la façon d'un écran, une 
petite portion de la membrane interne demeurant intacte et assu- 
rant la perméabilité, fort réduite, de la veine. C'est ainsi que, 
sur une grosse veine sous-muqueuse de 1750 rj., (ayant donc près 
de deux millimètres dans son grand diamètre), j'ai pu constater 
que le bourgeonnement latéral oblitérait la lumière vasculaire sur 
une étendue de 600 y., c'est-à-dire de plus du tiers. Une autre veine, 
ayant 440 [j. dans un grand diamètre, montrait sa lumière oblitérée 
latéralement sur près de 300 a, les deux tiers de l'endoveine ayant 
ainsi bourgeonné et s'étant soudés face à face. 

Un point intéressant au sujetde la pathogénie, consistera à recher- 
cher la répartition topographique des reines atteintes d'endophlébite 
hilharzienne. D'une façon générale, toutes les veines de la sous-mu- 
queuse, aussi bien celles qui correspondent à sa région profonde, pré- 
musculeuse, qu'à sa surface (au-dessous de lamuscularis mucosae), 
sont indifféremment envahies par l'endophlébite. Détail curieux, 
cependant, les veines qui vont pénétrer dans iRmuscularis, ou pour 
mieux dire les veines efférentes de la couche profonde de la mu- 
queuse, celles en somme qui sont le plus rapprochées possible de 
la muscularis mucosae, sont le moins atteintes; du moins, si je m'en 
rapporte à mes nombreuses préparations, elles m'ont paru le plus 
ordinairement normales, dilatées, largement béantes et non pas 



BILHARZIOSE INTESTINALE 3(î7 

rétrécies. 11 faut noter d'ailleurs le petit volume relatif deces canaux 
veineux, si on les compare aux énormes vaisseaux de déversement 
qui sillonnent la couche sous-muqueuse et dont les dimensions les 
rendent souvent visibles à lœilnu. 

Dans le même ordre d'idées, il est important d'établir jusqu'à 
quelles liiuiles inférieures lendophlébite végétante a pu pénétrer 
/(' long des ramifications de plus en plus ténues du système veineux 
sous-muqueux. A cet égard, les chiffres micrométriques, malgré leur 
valeur, ne peuvent répondre aussi bien que les figures microsco- 
piques. Les veines, en effet, se montrent, sur les coupes, diverse- 
ment sectionnées, d'une part, et de l'autre ces organes sont toujours 
aplatis, déformés par la mort, vides de sang, alors que les artères, 
plus richement élastiques à l'état normal, restent béantes et conser- 
vent à peu près leurs proportions physiologiques. Lorsqu'il s'agit 
de mesurer une coupe d'une veine, il est important de prendre 
les deux diamètres opposés, de noter le plus grand diamètre 
d'abord, puis de choisir le diamètre qui lui est perpendiculaire, 
ce que l'on pourrait appeler le petit diamètre. 

Muni de ces chiffres approximatifs, on peut répondre assez bien à 
la question posée : quelles sont les plus petites des veines atteintes par 
V endophlébite? car, pour les grosses veines, il n'y a pas de limites : 
les plus volumineuses sont très souvent touchées. Et cette observa- 
tion sera de plus en plus vraie, à mesure que nous passerons par des 
régions où le système des veines mésaraïques suivra son évolution 
progressive vers la veine porte. On peut accepter, à cet égard, qu'une 
veine de 300 à 230 ^ est une veine de faiblesdimensions;au dessous 
de230p. on pénètre dans le système des veinules. En cherchant avec 
soin, j'ai maintes fois reconnu malades et mesuré des veinules de 
230 y-, de 219 p., de 198 p. et même de 178 p., (je parle des mesures 
obtenues sur le grand diamètre de ces vaisseaux aplatis, le petit 
diamètre étant, par exemple, de 108 p (pour une veine de 230), 
de 72 p (pour une veine de 219) et de 46 p (pour une veine de 
198 p.). Plusieurs de mes veines de 180 et de 178 p étaient parfaite- 
ment arrondies, distendues par suite précisément de leur bour- 
geonnement endophlébitique énorme, concentrique à la lumière 
du vaisseau. 

Au dessous de ce chiffre minimum de 478 p., je n'ai plus pu trouver 
de veinules atteintes d'endophlébite. Ce détail a sa valeur, comme 



368 MAURICE LETULLE 

nous le verrons plus tard, à propos de la pathogénie des lésions 
bilharziennes. Le maximum des lésions, s'accompagnant d'oblité- 
ration totale de la lumière vasculaire, atteint des veines de calibre 
moyen 468 p-. sur 324 p., 370 ^j. sur 270 p. et même 288 p.! sur 126 /7., 
le dernier de ces chiffres étant exceptionnel. 

On ne saurait trop insister sur les détails, dans ces lésions 
si remarquables à plus d'un titre. Je signalerai donc, en terminant, 
létat du tissu élastique. Celui-ci, à l'étatnormal, dessine autour des 
veines de lintestin un réseau élégant et discret qui, doublant la 
couche cellulo-vasculaire de la péri-veine, s'insinue au milieu des 
bandes musculaires delà couche moyenne etvient, enfin, se terminer 
à la surface externe de la couche sous-endothéliale où il forme une 
(( lame élastique interne » beaucoup plus mince que sur les 
artères. Dans toutes les veines atteintes d'endophlébite bourgeon- 
nante chronique, le tissu élastique s'est hyperplasié d'une façon 
extrême. Ses trousseaux anastomotiques enserrent la couche péri 
veineuse de bandes très denses ; les fibres musculaires de la mem- 
brane moyenne sont littéralement disséquées par des fibres 
élastiques intercalaires très épaisses. Enfin, la membrane interne 
ne résiste pas, d'ordinaire, à l'envahissement du tissu élastique :1a 
lame élastique interne, hyperplasiée dune façon extraordinaire, 
envoie, dans l'épaisseur des bandes fibroïdes de la couche sous- 
endothéliale, d'innombrables filaments élastiques fortement colorés 
par l'orcéine et gagnant jusqu'aux confins de la surface endo- 
théliale. Cette hijpergenèse élastique dans rendophlébite bilharzienne 
constitue un caractère particulier, exceptionnel. 

Pour finir l'étude des veines de la sous muqueuse, signalons 
l'absence, constante à l'intérieur de toutes les veines, non seulement 
de la Bilharzie femelle, mais même d'un œuf. La membrane interne 
altérée nest jamais infiltrée d'oeufs, et ne contient non plus jamais 
de grains de pigment ocre, reliquat habituel des processus inflam- 
matoires hémorrhagiques ou thrombosiques, qu'on est habitué à 
rencontrer sur les coupes d'une phlébite ordinaire. 

11 faut encore noter que les capillaires de nouvelle formation 
sont exceptionnellement rares dans l'intérieur des bourgeons en- 
dophlébitiques ; de plus, l'intégrité de l'endothéliiim qui tapisse les 
surfaces atteintes d'endophlébite est larègle, constante et absolue. Jamais, 
en efïet, sur aucune des innombrables veines examinées à ce point 



BILHAlîZrOSE INTESTINALE 369 

de vue, je n'ai pu constater la trace d'une tlirumbose ancienne ou 
récente, même partielle. Toujours, la couche unique des endothé- 
liums vasculaires s'est offerte à nous absolument saine. On peut en 
conclure que les altérations déterminées par la présence du Ver ne 
sont pas susceptibles de provoquer la coagulation du sang dans les vei- 
nes, et que la phlébite bilharzienne ne peut pas reconnaUre une origine 
thrombosique. 

Le reste des parties constitutives de la sous-muqueuse ne pré- 
sente pas de lésions bien notables, dans les zones ne correspondant 
pas aux régions ulcérées de la muqueuse intestinale. Les vaisseaux 
lymphatiques s'y montrent souvent remplis de leucocytes; quelques- 
uns d'entre eux mont paru parfois atteints, eux aussi, d'inflam- 
mation chronique, d'endolymphangite végétante, mais ces cas de- 
meurent exceptionnels, et n'ont pas la valeur primordiale des 
lésions veineuses. 

Quant aux ganglions nerveux et aux plexus nerveux qui sillonnent 
dans tous les sens la sous-muqueuse, ils semblent intacts, tout 
encastrés qu'ils soient au milieu des bandes de tissu fibreux qui 
les enserrent. 

Toutes les lésions que nous venons de passer en revue se com- 
pliquent, au niveau des régions ulcérées, d'une série d'ulcérations 
secondaires, aiguës ou subaiguës, que l'on peut caractériser d'un 
seul mot : la sous muqueuse est infectée au-dessous de la muqueuse 
ulcérée (fig. 1). J^a pénétration des substances toxiques et des 
germes pathogènes à la surface de l'ulcération a été reconnue 
précédemment, à propos de l'étude de la muqueuse intestinale. 
Arrivés à la sous-muqueuse, qu'ils pénètrent verticalement, les 
éléments infectieux marquent la trace de leur passage : on voit un 
nombre souvent considérable de cellules embryonnaires, mono- 
nucléaires pour le plus grand nombre, s'accumuler en amas irré- 
guliers dans les intervalles que leur laissent les travées fibreuses 
condensées qui constituent le squelette de la sous-muqueuse. Les 
couches les plus superficielles de la sous-muqueuse sont toujours plus 
largement infiltrées de globules blancs que les couches profondes. 
Sur certains points, souvent fort éloignés de la muqueuse, la réu- 
nion de ces éléments migrateurs est telle qu'on pourrait croire à 
la formation d'un petit abcès microscopique, n'étaient les signes de 
vitalité fournis par tous ces éléments leucocytaires conglomérés, 



370 MAURICE LETULLE 

Maintes fois, d'ailleurs, la forme régulièrement arrondie ou les 




Fu;. 9. — Lésion des veines sous-muquciises. x 32. 

La muqueuse (dont on ne voit que la partie profonde) montre les signes d'une 
irritation chronique. Les glandes de Lieberkûhn conservées sont en voie d'hyper- 
plasie évidente: à gauche, par exemple, une glande apparaît nettement bifide ; 
d'autres sont dilatées, avec leurs épithéliums cylindriques hypertrophiés. Beau- 
coup de glandes ont disparu, la gangue interstitielle étant chroniquement 
enflammée. 

La sous-muqueuse est hypertrophiée, fibroïde, lamellaire par endroits et tota- 
lement dépourvue de pelotons adipeux. Au bas de cette couche, au-dessus de la 
couche musculeuse interne (dont on n'aperçoit que la surface), plusieurs vaisseaux 
groupés en îlots se montrent. On y reconnaît une grosse veine couchée transver- 
salement et atteinte d'endophlébife très accusée : la lumière du vaisseau est 
réduite à une fente étroite, en disproportion excessive avec l'épaisseur des parois. 

Plus bas, et à droite, sur les confins de la couche musculeuse, une autre veinule, 
beaucoup plus fine, est également épaissie ; sa lumière dessine un croissant dont 
la concavité regarde en haut. 

limites précises de la collection de cellules blanches permettent de 
reconnaître qu'il s'agit de vaisseaux lymphatiques distendus à l'ex- 



BILHARZIOSE INTESTINALE :i71 

ces et gorgés de cellules lymphatiques, dont la masse refoule d'une 
manière excentrique la paroi vasculaire, mince et nettement élas- 
tique. Parfois cependant, les éléments diapédésés et tassés en un 
amas mal circonscrit, sont parvenus à disloquer nombre de fibres 
connectives ou quelques tronçons élastiques et, par conséquent, à 
détruire, sur un point très circonscrit à la vérité, le squelette de la 
sous-muqueuse. Jamais, en aucun de ces îlots infectieux, je n'ai pu 
découvrir trace d'un œuf, normal ou rompu, de Bilharzie; jamais, 
non plus, je n"ai pu y colorer de microbes prenant ou non le Gram. 

Les vaisseaux sanguins, les veines en particulier, qui sillonnent 
la sous-muqueuse au niveau de ces régions infectées, ne subissent 
pas d'atteintes inflammatoires aiguës secondaires. Plus d'une fois 
cependant, les espaces interstitiels qui sectionnent la péri-veine 
sont bourrés d'éléments cellulaires lymphatiques, beaucoup plus 
abondants que dans les zones non infectées de la sous-muqueuse. 
Les vaisseaux lymphatiques s'y montrent, de même, très habituelle- 
ment distendus, faciles à reconnaître; leur lumière est remplie de 
cellules blanches, parmi lesquelles on distingue une forte propor- 
tion de polynucléaires et de gros mononucléaires ; il n'est pas rare 
d'y trouver, mélangés au Ilot des leucocytes, des éléments en 
désintégration manifeste, dont le noyau est en karyolyse souvent 
avancée. Jamais non plus, on ne trouve d'œufs de Bilharzie dans 
ces gros vaisseaux lymphatiques. 

Quant aux ganglions nerveux et aux troncs nerveux répartis en 
grand nombre parmi ces zones infectées de la sous-muqueuse, les 
cellules migratrices s'accumulent en couronnes plus ou moins 
épaisses autour d'eux, sans cependant altérer d'une façon apparente 
leur intégrité. La palissade lymphocytaire formée autour d'organes 
aussi puissamment défendus par leur tissu fibreux périphérique 
reste partout modérément active. 

La cause de tant de désordres chroniques, l'infection bilhar- 
zienne, est, dans l'épaisseur de la sous-muqueuse, assurément 
présente et se manifeste par les éléments pathogènes qu'elle y a 
semés : les œufs s'y montrent, mais en proportion aussi peu consi- 
dérable ici, qu'on la trouvait extrême dans la muqueuse propre- 
ment dite. Les œufs, normaux encore ou déjà morts, et dans ce 
dernier cas, rompus, ou entiers encore et calcifiés, se placent un 
peu partout, de préférence toutefois non loin de la muscularls 



372 MAURICE LETULLE 

mucosae. Ces petits corps étrangers s'opposent, lorsqu'ils sont 
calcaires, au passage du rasoir et en ébrèchent plus d'une fois la 
lame. La région profonde, qu'on peut appeler pré -musculeuse, de 
la couche sous-muqueuse olïre rarement asile aux œufs du para- 
site. J'ai pu, une seule fois, en observer un, bien vivant encore, 
presqu'au contact des cellules musculaires lisses les plus superfi- 
cielles de la couche musculaire interne, tout contre un grand 
espace conjonctîvo-vasculaire inter-musculaire. 

En résumé, les lésions chroniques de la sous-muqueuse, révéla- 
trices d'un processus inflammatoire ancien très marqué, paraîtraient 
disproportionnées, si Ion ne tenait compte que du petit nombre 
d'oeufs de Bilharzie présents dans cette région. Il est indiscutable 
qu'il faudra arguer, à propos de la pathogénie, du passage réitéré 
d'une foule incalculable d'œufs de Bilharzie à travers les couches de 
la sous-muqueuse, dès le début de la maladie. Ces innombrables 
traumatismes, qui sont autant de blessures ainsi subies, ont dû 
jouer un rôle décisif dans la genèse de la sclérose diffuse de la 
couche sous-muqueuse. A ce point de vue, on ne saurait trop insis- 
ter sur l'absence, constamment constatée, de la moindre trace de foyers 
hémorrhagiques anciens et de granulations pigmentaires ocreuses 
dans les différentes strates de la sous-muqueuse. La progression 
des œufs n'y a jamais, sur aucun point, occasionné de ruptures 
vasculaires ni d'épanchements sanguins. Ici, comme nous l'avons 
déjà noté pour la muqueuse, le fait est patent et entrera, de droit, 
en ligne dans l'étude générale de la maladie parasitaire qui nous 
occupe. 

Couches musculeuses. 

L'état des couches musculeuses du rectum et du côlon est 
remarquable par son intégrité manifeste; toute trace de sclérose 
inflammatoire y fait défaut; la gangue interstitielle, les travées 
inter-musculaires et péri-musculaires, les espaces conjonctivo- 
vasculaires de tous ordres n'y offrent aucune lésion appréciable. 
Les faisceaux de fibres musculaires lisses se montrent, sur toutes 
les coupes, avec leur aspect le mieux ordonné. Chaque cellule 
contractile, quand la coupe est bien perpendiculaire au faisceau 
auquel elle appartient, se dessine, nette et pleine, avec, au centre 
du tissu contractile non strié, un noyau étroit, allongé, normal. Le 



BILHARZIOSE INTESTINALE 373 

volume des couches musculaires est toutefois considérable; il 
est impossible, vu l'état de coarctation de l'intestin, d'établir s'il y 
a eu vraiment hyperplasie des couches m usculeuses, ou s'il ne s'est 
agi que d'un état de contracture permanente de ces mêmes masses : 
attirées d'abord puis immobilisées d'une manière concentrique, 
elles ont été réduites à former un cylindre rigide tout autour de la 
muqueuse intestinale scélérosée. 

Sur les bonnes coupes du rectum, l'épaisseur des deux couches 
constitutives de la couche musculeuse est facile à déterminer. On 
trouve en moyenne, pour la couche interne l.ooO |7-, c'est-à-dire un 
millimètre et demi passé, et pour la couche externe 3o0w, ce qui 
donne un total de 1.900 [j., près de deux millimètres, pour la 
totalité des blocs musculaires engainant la muqueuse rectale. 
Remarquons, à ce sujet, que la musculeuse interne s'est fortement 
soudée à la sous-muqueuse et qu'elle a dû en subir une gêne fonc- 
tionnelle, origine possible de son hypertrophie extrême, signalée 
plus haut. 

Les vaisseaux sanguins et lymphatiques, les plexus nerveux et 
leurs ganglions satellites sont absolument intacts, quelle que soit 
la région observée. On ne saurait trop attirer l'attention sur le 
contraste saisissant qui existe entre les muscles et la muqueuse 
et, tout particulièrement sur l'état normal de tous les conduits veineux 
sillonnant les espaces intermusculaires. Ils charriaient le sang veineux 
provenant de la muqueuse et de la sous muqueuse vers la couche 
sous-péritonéale, voie normale pour le passage des ramifications 
de plus en plus larges du système des veines mésaraïques. 
Comment expliquer cette intégrité constante des veines musculaires, 
surtout si l'on tient compte de l'existence, comme nous allons 
voir, de lésions graves dans les veines sous séreuses de l'in- 
testin? Semblable constatation a, du reste, été faite, par Lortet 
et Vialletton, pour les couches musculeuses de la vessie, dans' la 
bilharziose des voies urinaires (1), où ces auteurs signalaient déjà et 
l'absence d'œuf s et l'intégrité des ramifications veineuses dans toute 
l'épaisseur des couches musculaires de la vessie. Or, le Ver femelle a 
pénétré, on le sait, dans la sous-muqueuse intestinale où il dépose 
ses œufs. Force est donc d'émettre une hypothèse grâce à laquelle 

(I) Lortet et Vialletox, loco citalo, p. lOo. 



374 MAURICE LETULLE 

les contractions vermiculaires incessantes delà couche musculeuse 
de l'intestin s'opposent, pour ainsi dire, à la stagnation des para- 
sites femelles dans l'épaisseur des interstices musculaires. La mo- 



Fif;. 10. — Lésion des veines sous-péritonéales dans la bilharziose 
intestinale. X 24. 

La coupe montre une série de franges péritonéales annexées à la surface du 
gros intestin (portion originale du rectum). Au milieu de la frange la plus sail- 
lante, il est facile de reconnaître la coupe d'une grosse veine mésaraïque, de 
forme vaguement quadrangulaire. La lumière delà veine est longitudinale et 
comblée par le sang. Les reliefs formés à l'intérieur de la couche musculaire de la 
veine par sa membrane interne sont extrêmement accusés (endophlébite chronique 
végétante). Par leur régularité de forme et par l'intégrité de leur membrane 
interne, les artères voisines font contraste. 

Une veine moins volumineuse se trouve couchée presqu'au contact delà couche 
musculeuse externe de l'intestin (on n'en voit que la surface) ; sa lumière est 
triangulaire et permet de constater de même l'épaississement, par îlots, de sa 
membrane interne chroni(iuement enllammée. • - 

bilité de la région hâte, sans doute, leur évolution en sens inverse 
du sang veineux, jusqu'aux approches delà muqueuse intestinale. 



bilharziose intestinale '.mo 

Couche sous-séreuse. 

Au sortir de la couche musculeuse externe, toujours saine, les 
lésions reparaissent aussi appréciables que généralisées dans la 
sous-séreuse, comme si les bandes musculaires intercalées entre la 
sous-muqueuse et la sous-séreuse, n'avaient eu à subir aucune action 
morbide, aucun contre-coup des désordres inflammatoires cir- 
convoisins. 

Le tissu cellulo-adipeux, très abondant en certains points de la 
surface de l'intestin, notamment au niveau du méso et des franges 
épiplo'iques, est manifestement altéré. Les altérations sont, comme 
pour la sous muqueuse, caractérisées parla transformation scléreuse 
des lames connectives ; mais le degré de ces lésions est beaucoup 
moins accusé qu'au dessous de la muqueuse. Les bandes fibreuses 
sont étroites, espacées; dans leurs intervalles se reconnaissent 
encore de nombreux îlots adipeux caractéristiques. Toutefois, les 
cellules graisseuses y sont tassées, petites, réduites assurément de 
volume et même de nombre, les globules de graisse qu'elles con- 
tiennent étant en grande partie résorbés. Souvent même, sur quel- 
ques points plus atteints, les paquets adipeux sont émaciés, et des 
cellules fixes occupent leur place, à mesure que la graisse tend à 
disparaître. 

La lésion capitale est représentée, dans cette couche sous-séreuse, 
(qui est la voie de passage des vaisseaux et nerfs nourriciers de 
l'intestin), par les nombreuses veines mésaraïques atteintes d'en- 
dophlébite chronique végétante (fig. 10 et 11). 

Cette endophlébite est identique à celle décrite pour les veines 
de la sous-muqueuse ; la seule ditïérence réside dans le volume, 
souvent considérable, des veines atteintes. C'est ainsi que j'ai pu 
mesurer ici des troncs veineux de iSlou. et de 1930 u dont la lumière 
était considérablement rétrécie par un énorme bourgeon endophlé- 
bitique, pour ainsi dire visible à l'œil nu. 

CoUCflE PÉRITONÉALE. 

La membrane séreuse qui constitue le revêtement externe de 
l'intestin est, elle aussi, le siège dune sclérose aisément reconnais- 
sable, du moins du niveau des reliefs épiploïques qui font saillie à 
la surface du rectum et du colon iliaque. Là (fig. 11), les replis du 



376 



MAURICE LETULLE 



péritoine sont plus apparents, plus nombreux aussi qu'à l'état 
normal. La gangue qui les constitue est tibroïde, et l'endothélium 



FiG. 11. — Lésions des veines sous-séreuses et du péritoine viscéral 
dans la bilharziose intestinale. X 65. 

Détail de la figure précédente destiné à montrer l'endophlébite et l'irritation 
péritonéale. 

La veine (dont on n'aperçoit que la partie inférieure) est le siège d'une inflam- 
mation chronique ancienne, prédominante au niveau de la membrane interne. 
L'endophlébite chronique se caractérise par la tuméfaction excessive do la mem- 
brane interne et par la prolifération hyperplasiquc des travées connectives et 
invasculaires de la couche sous-endothéliale. 

L'endothélium veineux est intact et aucune trace de thrombo-phlébite n'y peut 
être décelée, conformément à la règle. On voit une artère normale à la partie 
inférieure de la préparation. 

Le péritoine s'est tuméfié ; ses franges sont épaissies, denses, fibroïdes. L'endo- 
thélium qui les recouvre est remarquablement conservé. 

qui les recouvre forme une couche unique, continue, de cellules 
arrondies on cuboïdes, remarquablement conservées malgré l'heure 
tardive à laquelle fut pratiquée l'autopsie du cadavre. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 377 

Nulle trace, dans l'épaisseur de la séreuse et de la sOus-séreuse, 
de dépôts parasitaires, calcifiés, comme on en a signalé maints 
exemples dans des observations antérieures. Aucune adhérence 
péritonitique entre le rectum et les organcvs voisins. 

CÔLON ILIAQLE ET MÉSO-CÔLON. 

Le segment inférieur du côlon iliaque atteint de la maladie 
bilharzienne montre les mêmes lésions que celles étudiées au 
niveau du rectum. Les seules diiïérences, bien légères à la vérité, 
consistent en un moins grand nombre de bourgeonnements hyper- 
plasiques de la muqueuse (pi. I). Le travail ulcératif, dans les 
zones intermédiaires, est plus discret, plus circonscrit que dans 
le segment rectal. Entin, il m'a semblé que les îlots parasitaires 
(œufs) logés dans l'épaisseur de la muqueuse étaient moins nom- 
breux sur le côlon que sur le rectum. Quant au système veineux, 
les détails des lésions de l'endoveine sont identiques à ceux que 
nous avons relatés plus haut, à propos du rectum. 

Le méso-côlon qui, au moment de l'autopsie, avait paru plus 
dur et plus épais qu'à l'état normal a fourni des fîoupes micros- 
copiques fort intéressantes. Le feuillet péritonéal, aux deux 
extrêmes limites de la coupe, est intact et recouvert d'une couche 
endothéliale bien conservée. Toute la gangue conjonctive qui 
comble l'espace compris entre les deux feuillets péritonéaux est 
dense et fibroïde ; elle dessine des lacunes irrégulières remplies 
de pelotons adipeux en voie d'atrophie scléreuse. Les vaisseaux 
artériels sont intacts, à part quelques placards de dégénérescence 
hyaline parsemés dans l'épaisseur de Tendartère de diverses 
branches artérielles peu volumineuses. Les lymphatiques qui 
courent assez nombreux dans l'épaisseur du tissu péritonéal sont 
aisés à reconnaître, par ce fait qu'un grand nombre d'entre eux 
sont remplis de cellules lymphatiques et forment une tache violette 
très circonscrite, au milieu des pelotons adipeux. Les nerfs sont 
sains. 

Seules, les veines mésara'iques dont les coupes parsèment le tissu 
fibro -adipeux, sont le siège de lésions très fréquentes, bien 
marquées et pour ainsi dire spécifiques (fig. 12). Ce sont en par- 
ticulier les canaux veineux de fort calibre, ceux qui représentent. 

Archives de Parasitologie, IX, n» 3, 190o. 2o 



378 MAURICE LETULLE 

dans la texture générale du méso-côlon iliaque, les grandes voies 
d'élimination du sang veineux provenant du segment le plus 






FiG. 12. — Lésions des vcinos mésaraïques dans la bilharziose intestinale. X 32. 
Coupe d'une veine mésaraïque importante logée au milieu du méso-côlon iliaque. 
Coloration à l'orcéine-hématoxyline. X 32. 

La technique suivie a permis de mettre en relief, d'une façon saisissante, 
l'hyperplasie considérable des fibres élastiques constitutives du cylindre vascu- 
laire. La figure (rendue en noir) en a pris un aspect particulier. 

A la périphérie, la couche externe, conjonctive, de la veine est nette, avec 
ses vaisseaux nourriciers. 

La couche moyenne, musculoélastique, apparaît vivement dessinée et les 
faisceaux musculaires y forment des reliefs marqués, enserrés dans les lignes 
noirâtres, sinueuses, des fibres élastiques hyperplasiées. 

La membrane interne est le siège de deux placards d'endophlébite végétante 
qui rétrécissent, chacun de son côté, la lumière vasculaire. Le tissu conjonctif y 
est dense, parcouru par des vaisseaux néo-formés et couturé de taches élastiques 
(en noir fort) qui y dessinent des renforcements parallèles à la surface du 
vaisseau. 

inférieur du tube digestif, qui ont le plus souffert. Les .grosses 
veines, qui tranchent vivement sur le reste des tissus, s'y montrent 



BILHARZIOSE INTESTINALE 379 

serties d'un anneau peu épais, mais très dense, de tissu connectif 
fibrosé; la péri-veine enserre, de la sorte, le canal vasculaire dans 
une gangue bien isolée, pauvre en ilôts adipeux. La membrane 
moyenne, ou méso-veine, dessine un fort anneau musculo-élastique 
concentrique à la lumière du vaisseau. Les faisceaux musculaires 
y sont nombreux, riches en cellules contractiles bien groupées 
par pelotons à peu près égaux, séparés les uns des autres par des 
trousseaux de fibres élastiques extrêmement nombreux et épais. 
L"hypergenèse du tissu musculaire (1) et du tissu élastique se 
montre très évidente, dans cette zone moyenne de la veine, et 
ressortit, on n'en peut douter, à un processus de réaction, d'irrita- 
tion formative en rapport avec les désordres intimes subis par le 
conduit vasculaire. 

L'état de la membrane interne de la veine, de lendo-veine, 
vient confirmer cette notion et l'éclairer d'un jour nouveau. La 
lumière du vaisseau se trouve, en effet, réduite dans une propor- 
tion extrême par suite du développement exubérant de la couche 
sous-endothéliale de la membrane interne. De part et d'autre, sur 
les quatre-cinquièmes environ du pourtour de la cavité, uneendo- 
phlébite végétante a pris naissance, poussant en face l'une de 
l'autre deux masses bourgeonnantes énormes, constituées par du 
tissu conjonctivo-vasculaire et par des trousseaux puissants de 
fibres élastiques. Irrégulièrement réparties, surtout à la base des 
bourgeons endophlébitiques, ces fibres élastiques forment, par 
endroits, des strates on bandes parallèles à la lame élastique 
interne, elle même fort épaissie et circonscrivant d'une manière 
très accusée la limite externe de l'endoveine. 

Un tel échafaudage conjonctivo-élastiqueetnéo-vasculaire, formé 
aux dépens de la couche invasculaire et non élastique de la veine, 
révèle un processus inflammatoire très prolongé, très lent, et tout 
à fait particulier, puisque, sur aucune des nombreuses coupes 
étudiées à ce sujet, la moindre trace dune coagulation sanguine 
n'a pu être relevée. L'endothélium de ces veines enflammées est. 



(1) Il est peut-être bon de rapprocher de cette production hyperplasique de fibres 
musculaires la présence, souvent constatée par moi, d'ilôts musculaires lisses 
aberrants au milieu des couches du méso-côlon. Ces fibres, éloignées de tout vaisseau, 
forment des paquets conti^actiles assez volumineux et irrégulièrement répartis 
dans la masse des pelotons scléro-adipeux de l'organe. 



380 MAURICE LETULLE 

au contraire, partout et toujours intact, bien accolé à la surface 
des bourgeons endo-vasculaires. Ici, comme pour l'intestin pro- 
prement dit, la phlébite est végétante et ne peut pas avoir ététhrombo- 
sique. 

La Bilharzie vivant dans le sang veineux porte enflamme les 
parois vasculaires et s'oppose à la coagulation du fibrinogène, à 
l'inverse de la plupart des microbes pathogènes qui, lorsqu'ils 
deviennent les hôtes immobiles des cavités vasculaires sanguines, 
veineuses ou artérielles, y déterminent d'ordinaire une inflamma- 
tion d'abord thrombosique et secondairement végétante. 

Les ganglions lymphatiques logés dans l'épaisseur des replis du 
rectum et du côlon sont remarquables par leur état pour ainsi dire 
normal. Sur un très petit nombre de coupes, quelques rares œufs 
de Bilharzie se montrent incrustés dans l'épaisseur du tissu réticulé, 
sans aucun phénomène réactionnel autour d'eux. 

Excavation pelvienne. 

L'ordre naturel des faits devrait nous amener à terminer l'étude 
du tube digestif en remontant le long de l'intestin. Toutefois, la 
connaissance méthodique de l'état des organes pelviens a, dans le 
cas actuel, une haute importance. L'enquête sur les vaisseaux 
veineux de la cavité du petit bassin (dont les connexions anatomi- 
ques avec les veines mésaraïques sont connues) demande à être 
réglée. Enfin, la fréquence des lésions bilharziennes des organes 
génito-urinaires est si grande qu'elle est comme la suite attendue 
delà bilharziose de l'intestin. Terminons donc l'examen des organes 
et tissus de l'excavation pelvienne, afin de bien établir la forme 
anatomo-pathologique de l'observation qui fait la base du présent 
mémoire. 

Lq. vessie, la. prostate et Vurèthre sont tout à fait sains. Tout au 
plus peut-onnoter un épaississementfibro-niusculaire du squelette 
de la glande prostatique, surtout accusé vers la partie moyenne, au- 
dessous du col vésical; mais ces désordres séniles n'ont rien à voir 
avec l'affection parasitaire qui nous occupe. 

Les canaux déférents et les uretères sont normaux ; le tissu conjonc- 
tivo-vasculaire entourant ces derniers est épaissi, fibroïde, et les 
vaisseaux veineux qui le parcourent sont dilatés, sinueux, surtout 



BILHARZIOSE INTESTINALE 381 

dans la partie correspondant à la région du bas fond vésical, au 
voisinage de la prostate. 

Sur les coupes microscopiques qui embrassent en même temps 




FiG. 13. — Lésions des veines pelviennes dans la bilharziose intestinale, x 40. 
Coupe d'une veine de l'excavation pelvienne, au voisinage de l'uretère droit, 
non loin de la prostate. 

La cavité de la veine est presque totalement comblée par des végétations endo- 
phlébitiques anciennes. On peut toutefois reconnaître trace de la lumière vascu- 
laire, tout d'abord aux deux grandes fentes remplies de sang qui occupent la 
région supérieure du vaisseau, en dedans de sa couche musculaire bien conservée; 
ensuite au placard fibroïdc blanchâtre, parsemé de cavités vasculaires (néo-for- 
mations vasculaires), qui s'étend au-dessous de ces deux fentes et rejoint, par en 
bas, la couche musculaire de la veine, fort épaisse à ce niveau. 

L'endophlcbite végétante a gêné le cours du sang dans la veine, au point d'avoir 
forcé ses vaisseaux nourriciers; de nombreux vaisseaux gorgés de sang sillonnent 
en effet, la couche musculaire. 

Au-dessous et à droite de ce vaisseau veineux se trouve une autre veinule, éga- 
lement rétrécie ; à gauche, un petit ganglion nerveux, sain. 

une partie de la prostate, la vésicule séminale, le canal déférent 
et l'uretère, on trouve un assez grand nombre de veines pelviennes 
gravement altérées. 



382 MAURICE LETULLE 

: Je parle de veines importantes, mesurant par exemple 1500 pt à 
1800>; mais bien des veinules aussi sont atteintes, qui ont 700 a 
à 730 ^a(fig.l3). 

Il n'est pas rare d'observer sur tous ces canaux veineux des 
signes manifestes d'une endophlébite végétante ancienne, en tout 
identique à celle décrite à propos des vaisseaux sanguins d'origine 
mésaraïque : même hyperplasie musculaire et élastique, mêmes 
bourgeonnements de la couche sous-endothéliale de la membrane 
interne, même absence de lésions thrombosiques. En plus, cepen- 
dant, il m'a été donné de trouver, non loin de l'uretère droit, 
plusieurs veines touchées au maximum, au point que la lumière 
vasculaire avait pour ainsi dire totalement disparu (fig. 13). Les 
végétations conjonctivo-vasculaires de la 'membrane interne ont 
été si loin dans ces cas qu'on n'aperçoit plus guère que quelques 
fentes perméables au sang et comme perdues au milieu des blocs 
fibroïdes formés aux dépens de l'endoveine; si bien, qu'il devient 
à peu près impossible de savoir si telle fente remplie de sang 
appartient encore à l'ancienne lumière vasculaire, considérable- 
ment sténosée, ou si, au contraire, il s'agit d'un vaisseau de 
nouvelle formation ectasié et forcé par le torrent circulatoire, par 
la vis a ter go. 

Dans ces lésions, du reste, les raso-rasormn répartis parmi les 
couches musculaires de la veine sont dilatés et rétablissent, du mieux 
qu'ils peuvent, la circulation entravée à l'intérieur de la veine 
oblitérée. Ici, encore, on ne saurait trop le répéter, aucune throm- 
bose inflammatoire n'a existé et l'obstruction de la lumière 
vasculaire résulte, à coup sûr, dune végétation luxuriante de la 
membrane interne, et non de la nécrose coagulante de sa couche 
endothéliale. Pour le démontrer, il suffit de constater que les 
bourgeons fibreux qui comblent la veine ne portent, dans les 
interstices de leurs trousseaux connectivo-vasculaires, aucune 
trace de la moindre granulation pigmentaire, reliquat d'un caillot 
sanguin résorbé. 

La vésicule séminale est remarquable par son état normal. Sur 
une seule coupe, une dépression de la muqueuse montrait un petit 
corps étranger, oviforme, logé immédiatement au dessous de 
l'épithélium ; la couche épithéliale, unique, était quelque peu sou- 
levée par cette masse. Mais les dimensions de ce petit calcul, qui 



P.ILHARZIOSE INTESTINALE 383 

ne dépassait pas 32 a, 4 sur 2o y., 2, me permirent d'affirmer qu'il ne 
s'agissait que d'un simple calcul génital (sympexion). Les œufs de 
Bilharzie sont toujours, même calcifiés, beaucoup plus volumi- 
neux : pleins, ils n'ont pas moins de 133 à 140 f/., et, vidés ou 
calcifiés, ils mesurent encore, le plus souvent, 9o à 100 y. de Ion 
gueur, sur 40 à 4o ^ de largeur. 

La vésicule séminale était, par le fait, exempte d'infection 
bilharzienne, à l'instar de tous les organes pelviens autres que le 
rectum. 

Toutefois, les veines qui sillonnentle tissu conjonctivo-vasculaire 
de l'excavation pelvienne épaissi et libroïde sont elles-mêmes 
souvent maladesaupourtour des vésicules séminales, comme elles 
l'étaient autour de la portion pelvienne des uretères. Là, les veines 
de 1500 w. à 1900 y. sont, pour un assez grand nombre d'entre elles, 
atteintes des lésions décrites plus haut. L'endoplilébite lésa touchées 
et, cela, depuis longtemps, si l'on en juge par le degré des altéra- 
tions qu'on y observe (fig. 14). C'est ainsi que sur plusieurs coupes, 
j'ai pu relever la présence dévastes bourgeonnements endophlé- 
bitiques, et, de plus, y constater des lésions régressives ou 
dégénératives installées au sein de ces mêmes masses bourgeon- 
nantes. Alors, en eft'et, qu'on voit la lumière du vaisseau réduite 
par exemple, à une fente linéaire, tapissée sur toute son étendue 
par un endothélium intact, le placard fibreux qui obture le vaisseau 
apparaît lâche, mucoïde par endroits. Bien qu'on y puisse encore 
découvrir des vaisseaux capillaires néoformés, béants, de nom- 
breuses fibrilles, connectives ou élastiques, et même quelques 
cellules musculaires aberrantes, on remarque en son centre, non 
loin de la couche endothéliale, un placard invasculaire, très 
pauvre en éléments cellulaires. Les noyaux (fig. 14) s'y montrent 
rares, petits, pâles; au-dessous s'étale une large bande de tissu 
conjonctif en involution mucoïde; cette bande double le placard 
sclérosé et montre les signes d'une sénilité partielle déjà avancée, 
peut-être ancienne, subie par le bourgeonnement parasitaire de 
l'endoveine. Nul doute que, là, les altérations veineuses ne diffèrent 
du tout au tout de celles que nous avons étudiées précédemment. 
Il est à noter que les veines de l'intestin ne m'ont jamais montré, 
sur aucune coupe, de lésions aussi manifestement involutives; 
d'ofi, la conclusion, acceptable sinon certaine, que l'endophlébite 



384 MAURICE LETULLE 

est plus ancienne dans les veines pelviennes et qu'elle a précédé 
l'inflammation des veines de l'intestin. 




FiG. 14. — Lésions des veines pelviennes clans la bilharziose intestinale, x 40. 
Coupe d'une veine de l'excavation pelvienne, au voisinage de la vésicule sémi- 
nale gauche. 

La lumière du vaisseau est réduite à une fente verticale, limitée par un endo- 
thélium intact. Toute la cavité de la veine est, pour ainsi dire, remplie par un 
énorme bourgeonnement de la membi-ane interne, bourgeonnement provenant 
de la partie gauche de la paroi. 

La mince bande musculeuse de la veine, bien coupée, montre ce qu'était le 
cylindre vasculaire avant d'être atteint d'endophlébite végétante. 

Dans le placard fibreux qui a comblé de la sorte la lumière du vaisseau, on 
reconnaît un vaisseau néo-formé ; le tissu conjonctlf exubérant est sillonné de 
libres musculaires lisses, de cellules conjonctives fusiformes. Il commence à 
souffrir, car on le voit, de place en place, h'iche, mucoïde, presque totalement 
dépourvu d'éléments cellulaires, indice de l'ancienneté des lésions endophlé- 
bitiques. 

Le tissu cellulaire qui entoure la veine est densilié, tibroïde, chroniquement 
enflammé. 

L'autopsie partielle qui précède a rassemblé toutes les lésions 



BILHAlîZIOSE INTESTINALE 385 

directement imputables à la maladie bilharzienne. Plus haut, en 
remontant le long de l'intestin, comme en parcourant le reste 
des organes du corps, nous n'allons plus constater la même 
signature anatomo-patliologique. Il nous faut cependant étudier 
le reste de cette observation, afin de la compléter autant que 
possible. 

Fin de l'autopsie du tube digestif. 

Tout d'abord, il est nécessaire de signaler qu'après la constata- 
tion de la nature bilharzienne des altérations du rectum, je 
m'empressai de revenir sur l'examen des veines constituant le 
système porte. Au moment de l'autopsie macroscopique, j'avais, 
d'ailleurs, conformément à mon habitude de la pratique des autop- 
sies (1), pris soin d'ouvrir la veine porte encore en place et sur 
toute sa longueur, y compris ses trois branches d'origine, la veine 
spiénique, la grande et la petite mésaraïques. Ces vaisseaux avaient 
été notés comme sains; par malheur, notre attention n'était pas 
attirée, à ce moment, sur leur contenu et il peut se faire que la 
présence des Vers parasites intraveineux ait passé inaperçue. Le 
diagnostic des lésions intestinales une fois porté, je repris les ra- 
meaux inférieurs de la mésaraïque, le long du côlon iliaque et ne 
pus parvenir à y déceler une seule Bilharzie. Tout ce que je puis 
affirmer c'est que le nombre des Vers hématobies ne devait pas 
être considérable dans les diverses branches d'origine de la veine 
porte, non plus que dans la portion sous-hépatique de ce volumi- 
neux canal qui furent examinées avec la plus scrupuleuse atten- 
tion. 

Pour en revenir à l'étude microscopique du tube digestif, il me 
suffira de signaler lintégrité complète de la muqueuse du reste du 
gros intestin, en particulier du côlon descendant, au dessus de 
l'anse oméga. 

L'appendice vermiforme, dans sa portion oblitérée, montre les 
signes indélébiles d'une intlammation ulcérative ancienne, termi- 
née par soudure des régions sous-muqueuses mises à nu. Toute 
la muqueuse a disparu, et le tissu cicatriciel, qui comble la cavité 
appendiculaire, s'étale à la façon dun bloc cylindrique, concentrique 
à l'axe de l'organe. Toute trace de Bilharzie, en particulier de 

(1) Maubice Letulle, Pratique des aiUojmes, p. 152 et fig. 24 et 24 ?>i.s. 



386 MAURICE LETULLE 

coquilles d'œufs, fait défaut au milieu des tractus cicatriciels; les 
veinules qui sillonnent le tissu sous-muqueux symphyse sont 
exemptes d'endophlébite végétante. Ces constatations permettent, 
d'une part, d'afïirmer lancienneté des lésions inflammatoires subies 
par l'extrémité libre de l'appendice (appendicite oblitérante) et, 
d'autre part, de repousser toute relation entre ces désordres invé- 
térés et la bilharziose recto colique. 

L'intestin grêle est normal et Vestomacne montre, au dessous des 
coupes de sa muqueuse à peu près saine, que la présence d'une 
petite tumeur sous muqueuse composée presqu'uniquement de 
longues cellules fusiformes qui contiennent, chacune en leur centre, 
un noyau cylindrique mince, allongé. Ces détails de structure sont 
suffisants pour faire reconnaître la nature musculaire des éléments 
tumoraux. Ce myome sous-muqueux nattaque en aucun point la 
muqueuse gastrique et reste, par ailleurs, indépendant des couches 
musculeuses de l'estomac. 

Fin de l'autopsie macroscopique lt microscopique des organes. 

Le reste de l'autopsie mérite d'être rapidement rapporté, afin de 
réunir les données du problème [jathogénique que nous pourrons 
bientôt aborder. 

Le canal thoracique est normal, dans toute son étendue. L'une des 
branclies qui constituent par leur confluence la citerne de Pecquet, et qui 
provient de l'intestin, au milieu des masses adipeuses accumulées en 
avant de la colonne vertébrale, est blanchâtre, plus épaisse et moins 
souple que les autres et que le canal thoracique lui-même ; elle est cepen- 
dant bien perméable et ne paraît pas autrement atteinte. 

L'aorte, dans son ensemble, depuis son origine intra-péricardique, 
jusqu'à sa bifurcation en deux iliaques primitives, est légèrementépaissie, 
quelque peu athéromateuse. Son poids total est de 90 grammes. Les 
iliaques et leurs ramifications sont, au contraire, envahies par un athé- 
rome bien accusé. 

La veine cave inférieure est saine dans tout son trajet. 

Le pharynx, le voile du palais, les aînygdales et la langue n'offrent rien 
à noter. 

Les glandes surrénales, dont le poids total n'est que de 9 grammes, sont 
remarquablement peu graisseuses, à l'inverse de ce qu'on observe, 
d'ordinaire, sur le vieillard. 

Le foie, qui pèse 980 grammes, est petit, arrondi, presque hémisphéri- 
que; il est congestionné; de plus, son parenchyme parait d'un rouge 



UlLHAllZIOSE INTESÏLXALK 387 

brun foncé; il n'est pas dur, et scniblo sain, ainsi que la vésicule bi- 
liaire. 

Les ganglions de bile du foie sont assez gros, et colorés en jaune bru- 
nâtre, aspect qui donne à penser que la glande hépatique est probablement 
surchargée de pigments d'origine hématique. Les coupes microscopiques 
de foie montrent quelques espaces portes un peu élargis, et en voie de 
sclérose discrète : les néo-canalicules biliaires parscMiient, ça et là, les 
travées fibreuses. Dans la plupart des espaces portes, les artérioles sont 
rétrécies d'une façon très apparente, par suite de la dégénérescence 
hyaline d'une zone plus ou moins étendue de leur membrane interne. 

Les cellules hépatiques groupées en trabécules régulières à l'intérieur 
des lobules sont modérément graisseuses. 

La rate, petite, ferme, pèse oo grammes. Sauf l'état hyalin de lamembrane 
interne d'un grand nombre d'artères, les coupes microscopiques n'y mon- 
trent rien d'important. 

L'encéphale et la moelle sont recueillis. La masse encéphalique pèse 
1.220 grammes, et les artères de la base sont peu athéromateuses. La 
cavité du ventricule latéral gauche est quelque peu dilatée, sans qu'on 
trouve trace de lésions des noyaux de la base non plus que des circonvo 
lutions cérébrales. 

Les coupes de la moelle permettent de constater son état normal. 

L'arbre respiratoire présente des lésions importantes. Le larynx et la 
trachée sont sains. Les poumons, atteints d'emphysème chronique, 
n'adhéraient que peu à la paroi thoracique, surtout au sommet droit, et 
à la face diaphragmatique du lobe inférieur gauche. Ces vieilles adhé- 
rences se rattachaient à une tuberculose ancienne du sommet droit, où 
l'on trouvait, au milieu d'un placard de pneumonie ardoisée, un nodule 
calcifié, de la grosseur d'un noyau de cerise, et entouré d'une zone 
anthracosique peu étendue. Le poumon droit pesait 280 grammes, et le 
gauche 243 grammes. Ce dernier, atteint d'emphysème atrophique très 
marqué, portait, de plus, un foyer tuberculeux récent, logé au haut du 
bord antérieur du lobe supérieur. Là, en effet, existe un noyau de bron- 
cho-pneumonie tuberculeuse, de la grosseur d'une forte noix; il est formé 
par la confluence de nodules tuberculeux caséeux, blanchâtres, friables, 
ramollis, pour quelques uns du moins, à leur centre. A la périphérie de 
ce bloc de pneumonie lobulaire caséeuse, une couche fibreuse s'est formée, 
encore discrète et très peu envahie par l'anthracose pulmonaire. 

Le sommet de ce poumon gauche est, comme le droit, atteint de 
pneumonie fibreuse ardoisée, à peine tatouée d'anthracose. Les ganglions 
du bile sont, de même, fort peu incrustés de charbon, preuve que le 
malade séjommait à Paris depuis peu de temps. 

L'examen microscopique des zones tuberculisées du poumon montre 
toutes les lésions classiques de la tuberculose caséeuse lobulaire con- 
glomérée ; de plus, sur de nombreuses coupes, on peut trouver, outre les 
alvéoles remplis de matière caséeuse gorgée de Bacilles de Koch, des 



388 MAI^RICE LETl^LLE 

bronchioles cartilagineuses en voie de tuberculisation pariétale avancée. 
La plupart des bronchioles intra-lobulaires sont même, soit oblitérées 
par le caséum bacillifère, soit ulcérées et en voie de cavernulisation très 
apparente. 

Enfin, sur plusieurs coupes, on reconnaît sans peine, grâce aux colo- 
rations à l'orcéine, des veinules pulmonaires péri-lobulaires, en train de 
se tuberculiser sur une partie plus ou moins étendue de leur circonfé- 
rence. La phlébite tuberculeuse pulmonaire qui en est la conséquence est 
d'autant plus intéressante ici qu'elle a eu, sur le cœur, des résultats 
éloignés remarquables. 

Le cœur, en effet, qui pèse 250 grammes, montre l'orilice aortique serti 
de trois valvules quelque peu épaissies; l'origine même de l'aorte, au fond 
des nids valvulaires, est le siège de plusieurs placards athéromateux. Les 
deux coronaires, larges, béantes, dilatées, sont incrustées de plaques 
calcaires. L'orilice aortique est cependant suffisant. 

L'orifice mitral montre sur sa grande valve, à quelque distance de son 
bord libre, le long de la facette de Firket, une culture récente d'endo- 
cardite fibrmeuse, discrète, mais formelle, et des plus caractéristiques. 
L'exsudat endocarditique est grisâtre, ferme, un peu saillant à la surface 
de la valvule, sans y dessiner cependant de bourgeons ou de papules très 
marquées. 

L'examen microscopique de cette région valvulaire permet d'y recon- 
naître des lésions aiguës exsudatives et régressives très remarquables : 
à la surface de l'endocarde privé de sa couche endothéliale et se confon- 
dant intimement avec les strates libroïdes du squelette de la valvule, 
s'élèvent des blocs de fibrine amorphe, au milieu desquels il est pres- 
qu'impossible de trouver d'éléments cellulaires encore colorables. Toute- 
fois, à l'union de l'endocarde et de l'exsudat inflammatoire, on observe, 
sur quelques coupes, la présence de rares cellules géantes, volumineuses, 
anguleuses, peu riches en noyaux. Sur les confins même du bloc fibrineux, 
non loin des i^arties où les cellules fixes interstitielles du squelette 
fibreux sont encore en place et colorables, on découvre aussi, parfois, 
une cellule géante, enclavée entre les travées fibro'ides et formée, selon 
toute probabilité, aux dépens d'une des cellules fixes de la région. 

La multiplicité de ces cellules géantes autour et à l'intérieur des 
exsudais endocarditiques, l'existence de la tuberculose pulmonaire ayant 
infecté les veinules péri lobulaires, nous ont amené à soupçonner la 
nature tuberculeuse de l'endocardite aiguë en question. La recherche des 
Bacilles de Koch et leur coloration par le Ziehl a confirmé nos prévisions en 
nous permettant de déceler, sur plusieurs coupes, quelques Bacilles carac- 
téristiques, au milieu de l'exsudat fibrino'ide. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 389 

ÉTUDE PATHOGÉNIQUE 

Les détails circonstanciés dans lesquels nous venons d'enti-er à 
propos dune observation anatomo-pathologique à peu près complète 
de bilharziose intestinale vont nous permettre d'aborder l'étude 
pathogénique de cette variété, assez rareensomme, d'infection pro- 
duite par le Schistosomum hœmatobium. Nous essayerons de résoudre 
à ce sujet, d'une façon un peu plus précise, différents problèmes 
laissés en suspens par les auteurs. 

En comparant les travaux antérieurs aux documents positifs que 
nos préparations microscopiques nous ont fournis, nous arriverons 
à plusieurs conclusions différentes de celles ayant habituellement 
cours. De toute façon, les éléments d'appréciation seront livrés 
au lecteur et lui permettront de juger en connaissance de cause. 

La circonscription précise de l'infection bilharzienne au segment 
inférieur du tube digestif est connue; mais les faits aussi formels 
que le nôtre sont plutôt exceptionnels. La pénurie des détails 
anatomo-pathologiques publiés par la plupart des auteurs ne 
saurait nous autoriser cependant à croire que les lésions décrites 
par nous diffèrent en quoi que ce soit de celles relatées dans les 
observations antérieures. La bilharziose intestinale produit donc, 
selon toute vraisemblance, les mêmes désordres dans tous les cas. 
Seul, le degré de ces altérations, à vraiment dire spécifiques, varie 
selon les individus et proportionnellement aussi, sans doute, aux 
complications qui se sont surajoutées à la maladie primitive. Cest 
ainsi que la dysenterie accompagne maintes fois l'entérite bilhar- 
zienne (i) et risque de la rendre méconnaissable pendant la vie 
comme après la mort. 

Pour mettre quelque ordre dans l'examen critique et dans 
l'étude de la genèse des lésions bilharziennes proprement dites, 
nous considérerons tout d'abord le Schistosomum hcematobium et les 
désordres qu'il cause : 1° dans les veines qui lui servent d'habitat, 
2" dans les tissus environnants. iVprès quoi, nous passerons en revue 
les œufs du Distome, dont le rôle est capital dans la marche de la 
maladie, et nous verrons tour à tour: 1° les dé iallshistologiques in- 
téressants qui les concernent ; 2° lem^s modes d'évolution et leurs péré- 

(1) D.vMASCHiNO, loco cUaio, p. 153. 



390 MAURICE LETLÏLLE 

(/rmaiions à travers les tissus; 3° les lésions matérieUcs qui en ont ré- 
sulté. Il nous sera sans doute loisible de rechercher, pour Unir, le 
déterminisme de la circonscription au seul gros intestin pelvien 
des lésions viscérales occasionnées parla Bilharzie. 

I. — La Bilharzie et les lésions veineuses. 

Quel que soit l'état morphologique dans lequel le Schistosomum 
hœmatobium a pénétré dans l'organisme humain, quelle que soit la 
voie suivie par lui pour atteindre les cavités veineuses abdomi- 
nales, qui vont être son habitat normal, questions ardues encore à 
Fétude, la donnée du problème commence pour nous au moment 
où les Distomes mâles et femelles, installés dans le sang veineux, 
se mettent en voie d'assurer leur évolution biologique. 

De l'aveu des auteurs les plus compétents, la veine porte et les 
veines mésaraïques qui lui donnent naissance sont le siège de pré- 
dilection des Bilharzies, la veine splénique étant plus rarement 
infestée que les deux autres et ne contenant jamais de Vers femelles. 
L'habitat habituel de la Bilharzie est, d'une façon générale, le 
système veineux pelvien. Les veines du petit bassin, celles qui, 
comme les hémorrhoïdales, ressortissent aux deux systèmes, cave 
inférieur d'une part, et mésaraïque d'autre part, aussi bien que les 
plexus veineux entourant les organes génitaux et urinaires inter- 
nes, (vessie, prostate, vésicules séminales, canaux déférents, ure- 
tères, utérus, vagin, etc.) en un mot toutes les veines de la 
cavité pelvienne, anastomosées si largement les unes avec les 
autres, peuvent être et sont, de fait, fréquemment le domaine des 
Bilharzies mâles et femelles. 

La question n'est donc pas tant de savoir quelles sont les veines 
de l'abdomen atteintes par l'infection bilharzienne (J), mais bien 
plutôt de déterminer si le séjour des parasites s'y effectue partout 
d'une manière particulière, intermittente ou continue, et, par 

(1) Dans un récent travail, Ivarïulis {Virchow's Àrchiv fur paihol. Anato- 
inie u. filr klin. Medicin, 152, p. 474, 1898) donne le tableau suivant, pour le 
siège habituel du Disloma hxinatobiuiii (sur 33 cas) : 

Veine porte 27 cas 

V. mésentériquc super'- . 3 — 
« inférieure . 2 — 

V. splénique 3 — 

Réseaux plexiformes de 
la vessie et du rectum 3 — 



Veine pancréatique . . . 


1 cas 


V. hépatique 


1 — 


V. cave inférieure .... 


6 — 


V. gastro-épiploïque . . . 


1 — 


V. iliaquecommune droite 


1 — 


Autres veines ...... 


6 — 



BILHARZIOSE INTESTINALE 391 

l'étude des désordres matériels qu'ils y occasionnent, de connaître 
si possible, leur évolution. 

A cet égard, et pour répondre à la première question, il m'est 
possible d'affirmer, pour mon cas, l'absence dûment constatée de 
Bilharzies adultes dans toute l'étendue des rameaux veineux, 
même les plus volumineux, du méso-côlon iliaque, du méso- 
rectum et des plexus veineux du plancher pelvien. Cette absence 
de parasites adultes, signalée par un grand nombre d'auteurs, 
contraste fort avec le nombre, l'étendue et l'Age des lésions 
veineuses relevées et décrites dans le chapitre précédent du pré- 
sent mémoire (fig. 12, 13 et 14). 

Une première conclusion découle de ces courtes remarques : la 
Bilhar::ie (mâle ou femelle) 7ic séjourne pas volontiers dans les 
vei7ies de l'excavation pelvienne. 

Ilyaplus, du moins à monhumbleavis. Les dimensions des veines 
atteintes d'endophlébite bilharzienne permettent de poursuivre de 
plus près encore les conditions biologiques de Ihabitat du para- 
site. 

Si l'on tient compte, en effet, des dimensions habituelles de 
l'un et de l'autre individu, et si l'on accepte que le diamètre 
moyen du Ver mâle est de 1000 p- (un millimètre), le diamètre de 
la femelle variant de 70 à 100 y. seulement, au niveau de l'extrémité 
antérieure, près de la ventouse ventrale, pour atteindre 2807. au 
niveau du segment postérieur, on saisit la donnée du problème. 11 
est possible, en effet, au moyen de mensurations méthodiques 
portant sur les veines atteintes d'endophlébite végétante, de 
reconnaître jusqu'à quelles limites le parasite peut parvenir, en 
remontant à l'intérieur des canaux veineux, vers leurs origines 
capillaires. 

Pour ce qui est des gros canaux veineux, nous avons constaté 
très souvent que les vaisseaux de 1000 p. 1500 p. et 1800 a, logés 
dans l'excavation pelvienne et même dans la couche sous-séreuse 
de l'intestin, étaient tributaires de l'endophlébite. Partout où 
l'endophlébite existe, elle marque la trace du passage du parasite. 
Jusqu'à 1000 ;7. et 1050 a, les veines lésées ont supporté les attaques de 
laBilharzie, mâle ou femelle. Au-dessous de ce diamètre de 1000 p., 
les vaisseaux sanguins malades ne peuvent guère l'être du fait du 
parasite mâle; la femelle, seule, semble-t-il, doit dès lors inter- 



392 MAURICE LETULLE 

venir. Or. si l'on considère l'étendue des altérations endophlébi- 
tiques développées le long des grosses veines et la surface qu'elles 
couvrent, il est logique de mettre en cause, pour les gros canaux, 
surtout le gros parasite, le mâle, agent vecteur de la femelle. Ses 
succions répétées à la surface de l'endothélium irritent et font se 
tuméfier la membrane interne du vaisseau. 

Pour ce qui est des gros canaux veineux pelviens péri-viscéraux 
et même des réseaux plexiformes sillonnant les méso et la couche 
sous-péritonéale du segment intestinal malade, l'explication pré- 
cédente est plausible. Mais quand on arrive aux réseaux vei- 
neux sous-muqueux, parmi lesquels il est facile de rencontrer de 
gros canaux de 1500 u. et de 1600 [j. atteints d'endophlébite bilhar- 
zienne, les difficultés surgissent. Peut-on accepter, en effet, que 
les gros parasites mâles soient arrivés à traverser, de la couche 
sous-séreuse vers la couche sous-muqueuse de l'intestin, les 
réseaux rares, plutôt étroits, très espacés en tout cas, qui se 
succèdent dans l'épaisseur des deux couches musculeuses de 
l'intestin, sans y produire la moindre altération inflammatoire 
veineuse? 

S'il est un fait bien établi, irréfutable pour l'intestin (on l'a dit 
aussi pour la vessie), c'est que les couches mtisculeuses du gros intestin 
sontindemnes de lésions endophlébitiques. Ne peut-on pas en conclure 
que les faits observés par Bilharz,qui a vuleVeràdemisortihorsde 
la muqueuse du gros intestin, sont exceptionnels et que laBilharzie, 
du moins le mâle, ne franchit pas d'ordinaire les couches musculeuses 
des viscères pelviens ? 

Il laisse ce travail à la femelle une fois fécondée, une fois l'heure 
de la ponte arrivée. La femelle, même fécondée, est beaucoup plus 
mince que le mâle; elle s'enfonce, pas à pas, à l'aide de ses ven- 
touses, contre le courant sanguin, dans la profondeur des couches 
musculeuses de lintestin, à la recherche des régions les plus 
favorables sinon à l'éclosion, du moins à l'expulsion de ses œufs 
hors de l'organisme. Dans le cas actuel, la muqueuse intestinale 
constitue pour le Ver le but linalà atteindre, en vue de sauver ses 
rejetons et d'assurer la perpétuité de l'espèce. 

Les innombrables altérations subies par les réseaux veineux de 
la couche sous-muqueuse sont connues. 11 est peu de ces vaisseaux 
qui aient échappé aux désordres inflammatoires résultant du 



BILHARZIOSE INTESTINALE 393 

passage des parasites, preuve démonstrative des multiples pérégri- 
nations des femelles dont le petit nombre, comparativement à la 
multiplicité des mâles, est signalé par tous les auteurs. Il est bon 
de remarquer, à cet égard, que nulle part dans les couches profondes 
de l'excavation pelvienne, non plus que dans les régions superfi- 
cielles, péritonéales pourrait-on-dire, de l'intestin, les femelles 
pleines n'ont, dans mon observation, déposé leurs (oufs. Sur aucune 
de mes nombreuses coupes, jamais cet accident n'a pu être signalé ; 
dans d'autres faits, rares à la vérité, on a trouvé des œufs de 
Bilharzie incrustés au dessous du péritoine viscéral, voire môme 
dans la cavité péritonéale. Encore, en ces cas, faudrait-il établir le 
départ de ce qui ressortissait peut-être à des désordres emboliques, 
toujours possibles quand il s'agit de corps étrangers vivants semés 
à profusion au milieu des tissus, peut être aussi dans les cavités 
vasculaires, sanguines ou lymphatiques. 

Ici donc, tout est conforme aux données physiologiques de la 
ponte des Bilharzies femelles, et l'on peut, sans se trop hasarder, 
esquisser leur évolution et leur progression dans l'acte capital qui 
va s'effectuer. Le fait positif, qui domine toute la situation, est le 
suivant : l'état des veines sous-muqueuses démontre que la femelle 
pleine s'approche aussi près que possible de la muqueuse intestinale. 
Deux preuves saisissantes peuvent en être, sur le champ, fournies : 
le nombre exceptionnellement rare d'oeufs retrouvés dans l'épais- 
seur de la sous-muqueuse proprement dite et les dimensions 
remarquablement petites des veinules sous-muqueuses atteintes 
d'endophlébite végétante, ou même oblitérante. 

Si les œufs étaient largement pondus dans toutes les couches de 
la sous-muqueuse, une foule de ces parasites, bien qu'animés de 
mouvements, auraient stationné, auraient souffert, seraient morts 
dans l'épaisseur de la sous-muqueuse sans pouvoir aller plus loin : 
or, de même qu'on en retrouve un grand nombre calcifiés dans la 
muqueuse, de même leur présence est relativement très rare dans 
la sous-muqueuse. 11 faut admettre que la femelle pond surtout ses 
œufs au voisinage de la muscularis mucosae, comme nous l'avons 
précisément noté plus haut, à propos de l'anatomie pathologique 
des lésions bilharziennes. 

Enfin, ce n'est pas par hasard que l'endophlébite bllharzienne 
sévit aussi fortement parmi les veinules de la sous muqueuse. 

Archives, de Parasilologie, IX, n» 3, 1904. 26 



394 MAURICE LETULLE 

Les veilles de 250 p., de 200 [j., de 170 jy. même, chiffre minimum, se 
succèdent sur les coupes, montrant à l'envi leurs placards d'endo- 
plilébite sténosante ou oblitérante. Au dessous de cette dimension 
minima de 178 ^j., on ne trouve plus de trace de lésions inflamma- 
toires dans les veinules de la sous-muqueuse; en outre, détail qui 
a sa valeur, jamais la^ veinules qui traversent la musculo^ris mucosae, 
non plus que les ramifications veineuses, d'ailleurs ténues, parcourant 
la muqueuse proprement dite ne montrent les moindres signes cl'endo- 
plilébite végétante. 

Que conclure de ce qui précède? sinon, qu'il doit y avoir une 
région limite, dans les réseaux veineux de l'intestin, une zone 
d'arrêt que la femelle pleine ne saurait franchir? est-ce à cause de 
son volume supérieur au diamètre, même forcé, delà veinule? est-ce 
à cause de certaines conditions fondamentales qui président, 
en dernier ressort, à la ponte et à l'expulsion méthodique des œufs 
de Bilharzie? 

La ponte dans les veines sous-muqueuses. — A l'aide de ces quelques 
données, esquissons la lutte qui s'établit au dessous de la mus- 
cularis mucosae entre la femelle qui va pondre et les vaisseaux 
veineux qui l'avoisinent. La femelle s'est avancée, au moyen de ses 
ventouses, à travers les méandres des couches inter-musculaires de 
l'intestin. Les contractions des muscles de l'intestin l'ont, sans 
doute, aidée à aborder la sous-muqueuse. Les ventouses, en 
s'incrustant sur la paroi de la veine, permettent au parasite d'at- 
teindre, selon sa corpulence, jusqu'au vaisseau le plus étroit 
(200 p., 178 p.). Au delà, il y aurait danger pour Vanimul qui courrait 
le risque de ne plus pouvoir rétrograder. 

Dans la genèse des lésions, il faut, en particulier, tenir compte 
de ce fait que, sur aucune des coupes, on ne peut trouver 
trace d'un cadavre de Bilharzie femelle immobilisé à l'inté- 
rieur d'une veinule enflammée, si étendue qu'ait été l'oblité- 
ration végétante de la membrane interne. La femelle pleine se 
réserve donc toujours une issue, un moyen de fuite vers les grands 
canaux, A^ers la mésaraïque, où le torrent sanguin la ramènera 
vite aux mâles. 

Ce point admis, comment expliquer la ponte d'innombrables 
œufs et leur issue rapide, à peu peu près invariable, hors des parois 
des vaisseaux veineux, dans les espaces interstitiels de la sous- 



BILHARZIOSE INTESTINALE 39y 

muqueuse, et de la miisrularis mucosae? Ici, le problème devient 
ardu, surtout si l'on lient couipte de ce que l'effraction des œufs, 
au moment de la ponte, ne s'accompagne jamais de thromboses 
veineuses, ni d'hémorrhagies interstitielles, il existe, à première 
vue, une sorte de contradictionentre: 1° la nécessité, pourla femelle 
de ne pondre qu'en un endroit stagnant, à l'abri, pour un temps 
notable, des remous violents du torrent circulatoire veineux (au- 
trement, les œufs pondus dans la cavité veineuse s'emboliseraient 
aussitôt versle foie, accident plutôt rare);et âol'intégrité des tissus 
situés en amont de la veine rétrécie, sinon oblitérée, par le corps 
même de la femelle. Le réseau anastomotique,d"une richesse inou'ie, 
que forment les plexus veineux sous-muqueux s'opposerait, du 
reste, à toute stase sanguine capable de troubler la nutrition 
de la muqueuse intestinale. 

Force est donc d'admettre que les lésions inflammatoires sténosantes 
et surtout oblitérantes des veinules sous-muqueuses assurent la stagna- 
tion nécessaire à la parfaite éclosion des œufs de Bilharzie. La 
multiplicité extrême des lésions endophlébitiques se justifierait 
ainsi. Peut-être, la femelle, en se fixant entre les bourgeonnements 
de la membrane interne, arrive t-elle à choisir pour ainsi dire son 
nid, en tirant profit des obstacles apportés par lendophlébite 
oblitérante au cours du sang dans les canaux anastomotiques voi- 
sins. Peut-être aussi les mères nouvelles venues bénéficient-elles 
des premières attaques exercées au cours des pérégrinations 
précédentes. Peut-être enfin les épines qui sillonnent la face dor- 
sale de la femelle l'aident-elles à s'arc-bouter contre la paroi de la 
veine, opposée à celle où le parasite a fixé ses deux ventouses, et 
lui donnent-elles le moyen de maintenir obstruée un temps suffi- 
sant la cavité veineuse, en aval de la région où la ponte va se pro- 
duire. 

Que l'obstacle apporté par son propre corps et par les lésions 
endophlébitiques sténosantes consécutives à ses succions suffise 
pour donner à la femelle le temps de pondre à loisir et sans crainte 
de voir ses œufs s'échapper en sens rétrograde, (c'est-à-dire du 
côté de la veine mésara'ique), et voilà réalisée une première donnée 
du problème. La mère aura accompli le mieux possible son œuvre. 
Elle aura fait, en faveur de sa descendance, le maximum d'efforts, 
singulièrement conscients , en vue d'apporter aussi près que possi- 



396 MAURICE LETULLE 

ble, dans la mesure de ses moyens, sa progéniture vers la liberté, 
c'est-à-dire vers la cavité intestinale. A ses embryons, logés dans 
leur carapace armée pour la lutte, de parfaire le travail de libéra- 
tion que la mère n'a pu, matériellement, mener plus avant. 

Les pérégrinations réitérées des parasites mâles et femelles dans 
les réseaux veineux profonds de l'excavation pelvienne, les nom- 
breux pèlerinages effectués au moment de la ponte par les femelles 
dans l'intérieur des viscères pelviens, pour le cas qui nous occupe 
dans l'épaisseur des couches intestinales, ne produisent pas seule- 
ment les désastres signalés à propos de la membrane interne des 
vaisseaux veineux qui leur donnent un asile aussi prolongé : les 
tissus constitutifs en souffrent à leur tour. Les couches multiples, 
diversement intriquées, de tissu cellulo-adipeux qui matelassent 
les replis et les fentes séparant et tour à tour unissant les organes 
de la cavité pelvienne ne tardent pas à ressentir, à distance, les 
effets de la présence des parasites bilharziens. Une inflammation 
chronique fibroïde, diffuse, sans rapport direct avec les altérations 
des veines et sans contiguïté manifeste des tissus, se développe 
dans l'excavation pelvienne, tout en respectant la séreuse périto- 
néale proprement dite. Et, bien que l'on ne puisse trouver dans 
les différentes zones constituant les étages des viscères pelviens 
aucune trace de pontes d'œufs, aucune colonie de Vers mâles ou 
femelles, peu à peu la sclérose s'y installe et arrive à transformer 
toutes les parties molles péri-viscérales en un tissu de cicatrice 
constamment exempt de lésions suppuratives. 

L'explication la plus plausible de tels désordres inflammatoires 
ne peut guère être fournie qu'en admettant la transsudation, hors 
des parois vasculaires enflammées, de substances irritatives, de toxines 
sécrétées par les parasites eux-mêmes. 

L'examen méthodique des tissus indurés ne saurait, comme nous 
l'avons vu plus haut, mettre ces altérations fibreuses sur le compte 
de perturbations sanguines, de stase veineuse chronique, qui 
auraient résulté des oblitérations vasculaires signalées à propos de 
l'anatomie pathologique. On n'y observe ni œdème chronique, ni 
cyanose persistante capable d'avoir induré lentement les tissus 
interstitiels. De semblables lésions pelviennes existent aussi, dans 
l'actinomycose par exemple, à distance, loin des foyers parasitaires 
déposés par le Champignon rayonné le long des parois osseuses du 



BILHARZIOSE INTESTINALE 397 

bassin. Quelle que soit la nature du parasite animé qui trouble le 
fonctionnement des parties molles pelviennes, le résultat est iden- 
tique : certaines substances toxiques, émanant du parasite, sont 
(( phlogènes » et parviennent sans doute à transformer le tissu 
cellulo-adipeux en un tissu cicatriciel. Ainsi se crée, de toutes 
pièces, une sclérose diffuse chronique, symptomatique, d'origine 
toxinhémique. Une partie, impossible à déterminer, des placards 
d'endophlébite développés le long des veines de l'excavation pel- 
vienne et dans quelques veines de l'intestin ressortit, selon toute 
probabilité, au même procédé pathogénique. 

La succion opérée par les ventouses sur la membrane interne de 
la veine elles érosions simultanées produites en elle par les épines 
de la Bilharzie femelle trouveraient dans la substance toxique, 
émanée du parasite, une aide incomparable. Le poison sécrété acti- 
verait le développement pblogogénique exubérantdes couches sous- 
endothéliales de la membrane interne, surtout dans les points où la 
veine se serait trouvée exposée au contact du Schistosomum hœma- 
tobium adulte. Nous aurons bientôt à invoquer en faveur des 
œufs la même action délétère sur les tissus traumatisés par eux, 
pendant leur passage au travers de l'intestin. 

IL — Les oeufs de Bilharzie et leur structure. 

L'histologie des œufs de Bilharzie est un sujet d'étude poussé 
à fond. Les travaux de Bilharz, de Cobbold, de Griesinger, de 
Leuckart, ceux, modernes, de Damaschino et Zancarol (1 ), de R. Blan- 
chard (2), de Chatin (3), de Fritsch (4), de Mohammed Chaker (5), 
de Lortet et Vialleton (6), de Rûtimeyer (7), deLooss (8), sont trop 

(1) Damaschino et Zancarol, 3Iém. Soc. med. des hôpitaux de Paris, 1882 p. 144 
et 150. 

(2) R. Blanchard, Traité de Zoologie médicale, Il et Pathologie générale de 
Bouchard, II. 

(3) Chatin, Anat.de la Bilharzia. C. R. Acad, des sciences, 1887, p. 1004. 

(4) Fritsch, Zur. Anat. der Bilharzia haematobia. Archiv. f.mikrosk. Anat., 
1888. 

(5) Mohamed Chaker, Étude sur l'hématurie d'Egypte, Thèse de Paris, 1890. 

(6) Lortet et Vialleton, Etude sur la Bilharzia et la Bilharziose. Annales de 
l'Université de Lyon, 1894. 

(7) L. RtiTiMEYER, Ueber Bilharzia-Krankheit. Annales suisses des sciences mé 
dicales, p, 871. 

(8) Looss, Zur Anatomie und Histologie der Bilharzia haematobia Cobbold. 
Archiv. f. inikroskop. .inatomie., XXXXVI, 1893. 



398 MAURICE LETULLE 

universellement connus pour qu'on puisse espérer découvrir encore 
d'importants détails de structure, la moisson étant terminée, ou peu 
sen faut. Tout au plus reste-t il à noter certains points utiles à 
l'observation que nous rapportons et utilisables en vue d'une 
esquisse pathogénique terminale. 

Tout d'abord, rappelons que la forme des œufs de Bilharzie n'est 
pas constante, pour tous les exemplaires que l'on observera réunis 
sur un même point. A côté d'individus présentant un contour 
ovoïde ou ellipsoïdal d'une façon presque géométrique, ce qui est 
l'exception (pi. II, fig 4 et 5), que d'exemples d'oeufs irréguliers, 
que de formes déliant toute description! Sans parler des œufs dont 
les deux extrémités, dépourvues d'épines, semblent se dévier en 
sens inverse avant leur point ultime (pi. II, fig. 4, l'avant dernier 
œuf à gauche, au bas de la figure), j'ai pu retrouver à plusieurs 
reprises des œufs dont l'extrémité la moins grosse se recourbait 
fortement sur l'axe longitudinal du corps de l'organe, au point de 
décrire avec lui un angle obtus très accusé (disposition en virgule). 

L'éperon appendu à la surface de la coquille de l'œuf et dont la 
présence, sans être absolument constante, est presque la règle 
(pi. II, fig. 4, 5, 6 et 7; voy. aussi la fig. 15, ci-contre) contribue 
pour une part importante aux formations irrégulières de l'organe. 

Cet appendice est très diversement placé : tantôt, on le voit à l'un 
des pôles, sur le prolongement axial de l'œuf, ou légèrement paral- 
lèle, plus souvent au bout de la petite extrémité (éperon polaire) ; 
tantôt il se place sur l'un des bords de l'organe, en unp^int varia- 
ble (éperon latéral). Latéral, l'éperon est presque toujours plus 
rapproché de la grosse tubérosité de l'œuf que de sa petite extré- 
mité. La saillie de l'éperon est d'ordinaire modérée ; fréquemment, 
sur les coupes les mieux préparées, elle apparaît rompue, séparée 
de l'œuf comme par une sorte de ligne de fracture (pi. II, fig. 4). 

Le nombre d'éperons, pour un œuf donné, est assez variable : un 
seul éperon par coquille, telle est la règle ordinaire. Toutefois, il 
n'est pas rare de constater la présence de deux éperons (fig. lo), 
placés chacun à l'une des extrémités polaires (éperons bi polaires). 
Il m'est arrivé enfin de compter trois éperons, deux polaires et un 
latéral, pour un seul et même œuf; mais cette disposition morpho- 
logique est exceptionnelle. La direction générale de l'éperon latéral, 
par rapport à la coquille, est fort variable ; souvent l'éperon trace 



BILHARZIOSE INTESTINALE 399 

une saillie régulière, perpendiculaire à l'axe général de l'œuf; par 
fois aussi, Taxe de l'éperon dessine un angle, obtus par rapport à 
l'axe de lœuf et dont le sinus est ouvert, soit vers la grosse, soit 
vers la petite extrémité. 

La forme de l'éperon est, d'habitude, cylindro conique; elle de- 
meure, soit régulière jusqu'au bout de son extrémité saillante (d'as- 









.^^'"" 
,^'' 



FiG. 15. — Onze œufs de Bilharzie incrustés clans la muqueuse intestinale, x 200. 

Préparation destinée à montrer les différents aspects présentés par un Ilot 
d'œufs trouvé sur une coupe microscopique, et logé dans la muqueuse épaissie. 

Six de ces œufs sont munis d'un éperon latéral, diversement placé selon l'orien- 
tation de l'œuf par rapport au plan de la coupe. L'un d'eux, à droite, sur le bord 
même de la figure, montre deux éperons, l'un latéral, l'autre polaire. Un autre 
œuf, à gauche, au bas de la figure, possède deux éperons polaires, l'un et l'autre 
placés suivant le grand axe de l'a^uf . 

L'œuf le plus volumineux, (à gauche, partie supérieure), contient un embryon 
composé de deux masses protoplasmiques claires, munies l'une et l'autre d'un 
volumineux noyau. 

La forme, la saillie, la direction et l'épaisseur des éperons peuvent être étudiées 
ici à loisir, par comparaison. 

pect aciculé), soit quelque peu infléchie, suivant le plan équatorial 
de l'œuf, ou suivant le plan axial, selon les cas (fig. 13, etpl.Il,fig.4). 
On ne saurait manquer de signaler, en terminant, la grande fré- 
quence des éperons latéraux saillants à la surface des œufs de Bil- 
harzie logés dans l'épaisseur des couches les plus internes de l'in- 
testin. On l'opposera à l'absence ordinaire, sinon constante, d'épe- 



400 MAURICE LETULLE 

rons latéraux sur les œufs incrustés dans les parois de la vessie, de 
la prostate et des vésicules séminales; ce détail, sur lequel 
insistent à juste titre la plupart des auteurs, ne peut-être dû au seul 
hasard. Nous aurons à le retrouver, au cours de ces études. 

Il nous suffit de reconnaître que ces « appendices spinif ormes », 
véritables épieux, s'enfonçant dans les tissus, jouent, à n'en pas 
douter, un rôle décisif dans la progression des œufs à travers les 
couches de l'intestin. 

Le volume des œufs est diversement indiqué par les auteurs, 
peut-être à cause d'un manque d'entente préalable et sans doute 
aussi à cause des conditions différentes dans lesquelles ils se sont 
placés : la mensuration d'un œuf libre dans l'urine ou les fèces 
n'est pas comparable aux mensurations faites sur coupes micros- 
copiques, après durcissement des pièces. Il importe, par exemple, 
d'éviter de compter la saillie de l'éperon dans l'estimation de la 
grosseur d'un œuf proprement dit. Cette réserve acceptée, notons 
que les chiffres fournis par certains auteurs sont plutôt des données 
schématiques que des mensurations précises. Énoncer, par exemple, 
que la longueur, autrement dit le diamètre longitudinal, pris sui- 
vant le grand axe de la coquille, défalcation faite de l'éperon, os- 
cille entre 135 [j. et 160 i>. ou encore entre 159 [j. et 171 ,y. ou même 
210 f/., c'est donner une estimation par trop approximative. J'ai, 
pour ma part, pris soin de mesurer le plus grand nombre possible 
d'œufs pleins et vivants, c'est à dire ne présentant aucun signe 
d'altérations régressives. J'ai constaté que la longueur la plus 
habituelle de l'œuf n'oscille guère qu'entre 130 p. 9, 133 p. 2, 136 p. 8, 
138 p, 140 p 4, 150 p., 154 p. 7, et 159 p 4 (ce dernier chiffre fort rare), 
mensurations inférieures, d'une façon notable, aux chiffres rap- 
portés par la plupart des auteurs. 

De même pour la largeur de l'œuf mesuré suivant son plus 
grand diamètre transversal, perpendiculairement à l'axe longitu- 
dinal, et passant bien par la partie la plus saillante du corps de la 
coquille, autrement dit par la ligne équatoriale de l'œuf. Les 
chiffres publiés par les auteurs oscillent de 55 p à 66 p, ou encore 
de 54 p à 60 p . Mes mensurations furent toutes prises conformément 
à l'indication précédente; elles mont fourni des chiffres réguliè- 
rement inférieurs à ceux qui précèdent. C'est ainsi que les plus 
petits œufs, encore sains, donnaient 47 p 6 et 50 p4 de diamètre, les 



RILHAUZIOSE INTESTINALE 401 

plus gros ne dépassant pas 54// 7, 57 ;7., 59^.5 et 61 j/ 8. Une exception 
doit être faite cependant pour certains œufs beaucoup plus gros, 
très rares à la vérité, que j'ai trouvés à plusieurs reprises (v. fig. 15, 
loeuf le plus élevé à gauche, sur le bord de la préparation) ; ces 
œufs, énormes par comparaison avec la foule des autres, sont 
remarquables moins à cause de leur longueur (qui ne dépasse pas 
159 pi) que par leur grosseur anormale qui atteignait, sur quel- 
ques exemplaires, jusqu'à 64 et 70p. Ces gros œufs étaient, tous, 
remplis par un embryon en voie de développement avancé 
(fig. 15), sans cependant qu'il in"ait été possible d"y découvrir les 
détails microscopiques correspondant à un embryon cilié déjà 
formé. 

Morts, et en plein état de calcification, ou seulement incrustés 
de quelques granulations calcaires, les œufs se montrent petits, 
rétractés ; tout en ayant conservé leur forme, ils ne dépassent pas 
123 p,7 à 122 rj. de long, sur 47 ;/ à 49 p. de large. 

Une fois l'embryon arrivé à terme, l'œuf éclate, pardéhiscencelon 
gitudinale; évacué, il se raccourcit et d'ordinaire alors la coquille, 
bien reconnaissable, ne mesure plus que 111p., 8à97p,2 de long; 
elle n'offre plus, comme diamètre transversal, que 42p,8 à 35 p,7, 
vers le fond de l'œuf; cette grosse extrémité, respectée par la 
ligne de rupture, conserve souvent appendu à elle l'éperon en 
bon état, ou à peine modifié dans sa structure. 

Les mensurations de l'éperon, fournies par les observateurs déjà 
cités, lui attribuent 27 p., 30petmême33p de long. Mes chiffres 
sont régulièrement moindres, car ils n'ont jamais dépassé 14p, 8 
16 p 6, 21 p 4 et 23 p 8 au maximum. 

La structure de l'œuf de Bilharzie comporte l'étude de l'enveloppe, 
ou coque, puis de son contenu. Ces deux points ont été réglés par 
trop d'observateurs compétents pour nous retenir longtemps. Il est 
important toutefois de signaler certaines particularités utiles à la 
pathogénie, étude qu'on ne saurait entourer d'un trop grand luxe 
de détails positifs. 

La coquille de l'œuf est, comme on sait, composée d'une matière 
anhiste, translucide, douée d'un certain degré d'élasticité, mais 
cependant friable, et susceptible de maintenir à peu près sa forme 
générale après le départ de l'embryon. 

Sauf au niveau de l'éperon, la paroi de la coque est d'une minceur 



402 MAURICE LETULLE- 

très grande, uniforme autant qu'on en peut juger (pi. II, fig. 4, 5, 6 
et 7) sur les coupes. 

L'embryon, contenu dans la coquille encore intacte, se présente 
(dans l'immense majorité des œufs innombrables qu'il m'a été 
donné d'étudier sur coupes), comme une masse ovalaire informe 
dans laquelle il était impossible de reconnaître les figures classi- 
ques caractéristiques de l'embryon décrites par les auteurs. Dans 
le plus grand nombre des cas, on compte, à l'intérieur de l'œuf, 
deux, trois, rarement quatre gros éléments cellulaires, arrondis, 
formés, semble-t-il, d'un protoplasma granuleux, sombre, au 
milieu duquel sont répandus quelque clairs noyaux faiblement 
colorés. Les exemplaires semblables à celui représenté dans le 
gros œuf de gauche (fig. 15) où l'on aperçoit un organisme mieux 
conformé et auquel on décrirait, au besoin, une extrémité cépha- 
lique avec un rostre en voie de formation, ces exemplaires étaient 
d'une excessive rareté dans l'observation servant de base au pré- 
sent mémoire. 

Bien plus communs sont les cas où l'embryon, bien isolé encore 
de la face interne de la coquille qui l'enserre, commence à montrer 
des signes de souffrance, voire même de désintégration granuleuse, 
sinon déjà d'incrustation calcaire. Sur les coupes bien colorées à 
rhématoxyline, l'embryon se présente alors teinté en violet plus ou 
moins trouble et ce ton violet, qui laque pour ainsi dire le proto- 
plasma du parasite, n'affecte en aucune façon la pelluciditéde la co- 
quille qui rengaine. Des granulations petites, irrégulières, colorées 
en violet foncé, ou même en violet noir, s'accumulent autour des 
masses protoplasmiques. Elles respectent longtemps, semble t-il, 
les noyaux, qui tranchent par leur lilas pâle sur les masses de 
poussières violettes incrustées dans les blocs du parenchyme. 

Si les désordres régressifs s'accusent davantage, la masse proto- 
plasmique de l'embryon se hérisse de granulations sombres, cal- 
caires à n'en pas douter. Arrive même un moment où Ihabitant 
de l'œuf se transforme en un bloc d'abord granuleux, puis uni- 
forme, qui perd bientôt toute forme organique (pi. II, fig. 4). En 
ce cas, le terme ultime de la dégénérescence calcaire de lœuf est 
représenté par un calcul oviforme (pi. II, fig. 3) d'un violet rougeâ- 
tre diffus, constitué par la fusion intime de l'œuf et de son 
enveloppe, également envahis par l'infiltration de sels de chaux. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 403 

Sur ces points du moins, la bilharziose est vaincue par la mort du 
parasite, réduit à l'état de corps étranger irréductible. 

Maintes fois aussi, les œufs de Bilharzie,se montrent, sur les 
coupes, vidés de leur contenu. Lembryon a disparu, laissant un vide 
diversement comblé selon les cas. Il est facile de distinguer un œuf 
brisé par suite d'un accident de technique (voy. tig. 15, le deuxième 
œuf de droite, premier rang, coupé transversalement et rompu par 
le montage dans le baume) et d'en ditïérencier l'aspect, comparati- 
vement avec la déhiscence, qu'on pourrait dénommer physiologique, 
de l'œuf arrivé à complète maturité. 

. L'œuf rompu par évacuation normale de l'embryon s'observe 
fréquemment sur toutes les coupes de la muqueuse intestinale. On 
le reconnaît à trois caractères principaux, qui ne manquent pour 
ainsi dire jamais : 1° l' affaissement incomplet de la coquille, 2° la 
direction, généralement longitudinale (axiale), d/u trait principal de 
la rupture, et 3° l'invasion de la cavité de l'œuf par des cellules mi- 
gratrices. 

N'était la technique colorante employée, en particulier l'orcéine 
jointe à l'hématoxyline, une foule de coquilles brisées et évacuées 
échapperaient à l'observateur (pi. II, tig. o). Pour ne citer que cette 
méthode colorante, la coque affaissée apparaît alors mise en valeur 
grâce à son ton jaune brun sale qui la fait vite apercevoir, avec un 
grossissement moyen, au milieu des travées connectives et des élé- 
ments cellulaires accumulés dans leurs interstices. Lorsque l'œuf 
rompu et évacué est, sur une bonne coupe, couché parallèlement 
à la surface de section (pi. II, fig. 4, 6 et 7), les détails sont plus 
démonstratifs encore et entraînent la conviction, en montrant sur 
le fait la façon dont s'est accomplie la déhiscence de la coquille. 
Maintes fois, en effet, laspect de la coquille évacuée est le suivant: 
de la grosse tubérosité, ou gros bout de l'œuf, se détache vertica- 
lement, suivant le grand axe de l'organe, une ligne de fracture 
dont les lèvres plus ou moins écartées laissent voir l'intérieur de 
la loge ovulaire vide, ou du moins dépourvue d'embryon. Le sommet 
ou petite extrémité de l'œuf est méconnaissable, déchiré, peut-être 
redressé, de toute façon fort déformé. L'éperon latéral persiste in- 
tact, accroché aux parties latérales du bout de l'œuf et ayant échappé 
dans ce cas à la déhiscence de la coquille. Règle générale, le trou 
béant qui résulte de la déchirure de l'enveloppe de l'œuf regarde 



404 MAURICE LETULLE 

vers la muqueuse intestinale: l'embryon s'est précipité vers la 
surface interne de l'intestin. 

Nous aurons l'occasion de revenir sur l'invasion constante de la co- 
quille (une fois évacuée) par les leucocytes du voisinage. Un examen 
attentif permet, malgré la minceur et la translucidité inaltérables 
de la paroi coquillère, de constater cette infection de la cavité de 
l'œuf (fig. 16). 

Quelques courtes remarques à ce sujet: tant que l'œuf est vivant, 
il semble s'opposer à tout appel hyperdiapédétique autour de lui ; 
on ne trouve jamais dans son entourage ces couronnes de nombreux 
leucocytes (phagocytes) de divers ordres qui s'accumulent, comme 
à l'envi, autour de tous les corps étrangers ou des parasites dits 
phlogogéniques ou pyogéniques. Vivant, l'œuf de Billiarzie possède, 
à n'en pas douter, un chimiotactisme négatif. Mais sitôt mort, ou 
simplement dépouillé de son embryon cilié, l'œuf, soit calcifié, soit 
rompu, redevient un corps étranger banal et les phagocytes s'avan- 
cent autour de lui, à l'assaut. On les voit surtout se déposer autour 
des angles formés par la saillie de l'éperon (fig. 16). Parfois même, 
le nombre des phagocytes mononucléaires s'y manifeste si grand 
qu'ils dessinent, à la base de la saillie spiniforme en question, une 
sorte de vaste cellule géante à noyaux multiples, à laquelle il ne 
manque guère, pour être complète, que quelques bribes de subs 
tance protoplasmique diffuse, intercalaire, difficile à colorer. La 
surface de la coquille se recouvre ainsi, de place en place, de beaux 
placards phagocytaires, parmi lesquels, d'ordinaire, on ne peut 
observer le moindre polynucléaire. 

Pendant ce temps l'intérieur de l'œuf est, comme nous l'avons 
montré, envahi par des phagocytes mono ou polynucléaires. Toute- 
fois, ces éléments vont s'y trouver exposés, pendant encore un 
temps indéterminé, à des dangers redoutables: ils y éprouvent des 
troubles, dûs sans doute à la difficulté qu'ils ont de se nourrir et de 
respirer à l'intérieur de cette vaste carapace affaissée. Aussi les 
voit-on (fig. 16 et pi. II, fig. 6) s'y morceler en grand nombre, y 
fragmenter leurs noyaux en proie à une karyolyse des plus mani- 
festes, indice de la dégénérescence irrémédiable de la cellule mi- 
gratrice, victime de sa propre victoire. 

La technique colorante qui met en lumière tous les détails pré 
cédents est des plus simples. Il me suffira de la signaler en quel- 



BILHARZIOSE INTESTINALE 405 

ques lignes, sans citer tous les procédés habituels, bien connus, 
tels que le picro-carmin et le carmin à l'alun. 

L'action de Véosine-hématoxyline donne aux œufs un aspect géné- 
ral allant du rose au brun rosâtre, qui tient à ce que l'enveloppe 
coquillière prend un ton rose thé sur lequel les masses de l'em- 
bryon tranchent plus ou moins vivement, selon leur état. Normal, 



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FiG. 16. — Une coquille d'œuf rompue, évacuée., 
envahie par les phagocytes, x 300. 

L'œuf rompu, comme on peut le voir à sa partie inférieure, ne dessine plus 
bien le double contour de sa paroi (sauf en bas et à gauche de la figure). 

La saillie formée par l'éperon latéral (en haut et à gauche) montre le tissu de 
l'enveloppe infiltré de petites granulations noires (calcaires?) Tout autour de la 
base de l'éperon, les leucocytes se sont accumulés en grand nombre, bien vivants, 
tous mononucléaires, groupés à la façon d'une «cellule géante » en voie de formation. 

Par transparence, il est facile de reconnaître, à l'intérieur même delà coquille, 
la présence de plusieurs phagocytes inclus. Tous montrent leur noyau en voie 
d'altération profonde ; certains même ont déjà subi une karyolyse évidente : les 
poussières nucléaires accumulées en amas le démontrent surabondamment. 

Autour de l'œuf, on reconnaît trois vaisseaux capillaires dont les noyaux endo- 
théliaux semblent quelque peu irrités, et de nombreux leucocytes mono ou 
polynucléaires en état de diapédèse. 

vivant encore, l'embryon se teinte de nuances lilas, violâtres qui, 
une fois la calcification développée, tournent au violet rougeâtre 
ou brun très accusé. 

Les coupes colorées à Vorcéinehématoxyline donnent à la coquille 
une couleur jaune brun fort caractéristique, qui facilite grande- 
ment les recherches dans les tissus. Les éléments cellulaires, avec 



406 MAURICE LETULLE 

leurs noyaux violet clair, les grains calcaires avec leurs tons 
sombres, d'un violet presque noir, enfm'les masses calcaires intra- 
ovulaires avec leur reflet violet terne on violet-brun dilïus, impo- 
sent aux parties un aspect saisissant et suffisammeni différencié. 

La thionine, qui met si bien en valeur les détails élémeiitaires 
d'une coupe de l'intestin, n'est guère favorable à l'étude des œufs 
de Bilharzie ; elle les couvre d'un ton bleu noirâtre, trop opaque, 
trop lourd, qui compromet les détails de la structure de l'embryon. 
Seul, l'éperon offre souvent, au milieu des tissus, un reflet brun 
noir très frappant. 

Le bleu polychrome de Unna prend mal sur les œufs, mais les laisse 
brillants et incolores, au milieu des tissus finement différenciés. 

Les coupes qui ont passé par la méthode de Gram, après emploi 
de l'hématéine et du carmin (pi. II, ûg. 2) donnent aux œufs un 
coloris des plus remarquables : ils se détachent en jaune-verdâtre 
brillant sur le fond rose de la coupe. Les individus vivants permet- 
tent d'étudier, grâce au colorant des noyaux, leur structure intime 
tandis que les exemplaires mortifiés, calcifiés, font une tache 
rouge-brun vif entourée de sa coque jaunâtre, qui produit le plus 
bel effet. Cette technique permet donc de différencier sans peine 
les œufs morts des vivants. 

Pour résumer, disons que les deux méthodes décoloration les 
plus recommandables sont l'hématoxylineéosine etl'orcéine héma- 
toxyline, qui répondent à tous les desiderata. 

II Situation topographique des œuFs. — Il est facile de résumer 
en quelques mots l'ensemble des détails recueillis dans les chapitres 
précédents, à propos de la distribution topographique des œufs 
parmi les couches de l'intestin et par rapport aux divers organes 
qui s'y accumulent. 

Un premier fait, capital, se dégage de l'examen des coupes : les 
œufs s'amassent dans l'épaisseur de la muqueuse. Là est leur habitat, au 
moins en apparence; car nous verrons bientôt que, selon toute rai- 
son, la membrane muqueuse ne doit être considérée que comme 
leur dernière étape, leur effraction terminale dans la cavité même 
de l'intestin étant le but suprême de tous leurs efforts. 

Autant les espaces interstitiels de la muqueuse épaissie sont gor- 
gés, en certaines zones, de ces colonies d'œufs de Bilharzie, autant 



BILHARZIOSE INTESTINALE 407 

les autres couches de rintestin en sont, à l'ordinaire, dépourvues. 
Seule, la muscularis mucosae, bande contractile, mince et souple, 
qui représente la limite de protection profonde de la muqueuse, en 
présente encore, par places, quelques exemplaires, mais toujours 
en nombre restreint. Encore faut il considérer que, parmi ces fais- 
ceaux musculaires couchés parallèles à la surface de la muqueuse, 
les œufs ne se disposent, qu'à l'état isolé : solitaires, ils semblent 
pressés d'aborder au plus tôt les couches celluleuses, plus lâches, 
de la partie profonde de la muqueuse, qui tient kld. muscularis par 
tant de liens, y compris les follicules lymphatiques muco-sous- 
muqueux, fort clairsemés en cette région terminale du gros intes- 
tin. 

Détail qui a grand intérêt et qui sollicite l'attention de tous les 
micrographes, chaqueœuf trouvé dans l'épaisseur de la musculaire 
de la muqueuse, y affecte, sans exception, une attitude constante : 
il est toujours couché parallèlement à l'axe des faisceaux muscu- 
laires et à la surface de la muqueuse, par conséquent. On peut 
admettre cependant que les œufs, en traversant cette filière muscu- 
laire lisse, doivent se relever, à un moment donné, pour aborder la 
muqueuse. Le fait histologique est tel; à la pathogénie de s'en ser- 
vir, surtout si l'on arrivait à établir que les éperons conservent 
aussi une direction constante pendant cette traversée, plutôt 
pénible, à travers un rideau dense de fibres-cellules sans cesse en 
mouvement. 

A ne considérer les faits qu'au point de vue microscopique, la 
sous-muqueuse est presque toujours pauvre en œufs et l'infection 
bilharzienne ovulaire y est plutôt l'exception. On n'y trouve presque 
jamais d'œufs vivants; ce ne sont que quelques rares exemplaires 
isolés, comme perdus au milieu des travées connectives fibrosées, 
et toujours en dehors des vaisseaux sanguins, qui ne peuvent plus leur 
servir d'asile. On n'observe jamais là de coquilles vidées, non plus 
d'ailleurs que dans la muscularis mucosae. D'ordinaire même, les 
œufs s'y montrent tout proches de la face profonde de la 
muscularis mucosae, comme pour démontrer qu'ils ont été saisis 
au moment où ils allaient s'enfoncer à la conquête de la muqueuse ; 
à moins que leur présence ne corresponde à un accident, à un 
manque, dans la progression normale des œufs. 

Une seule fois, il m'a été donné d'y rencontrer un œuf, un seul. 



408 MAURICE LETULLE 

au voisinage de la couclie musculeuse interne, dans la zone, très 
densifiée, la plus profonde de la sous muqueuse. Cette exception 
me semble confirmer la règle. 

Il est inutile de rappeler ici que jamais aucun œuf n'a pu être 
signalé, dans mon observation, parmi les autres couches de l'intes- 
tin. 

Telle est donc la topographie générale des œufs, par rapport aux 
couches de l'organe. Rappelons, en peu de mots, leurs rapports 
avec les organes et les tissus importants de la muqueuse. 

A l'intérimr de la muqueuse, les œufs se présentent tantôt à l'état 
de colonies plus ou moins riches, tantôt à l'état isolé : l'invasion 
bilharzienne paraît s'être faite soit par masses profondes, soit par 
marche individuelle. Le premier de ces procédés semble le plus 
habituel, le plus conforme, sans doute, à la technique d'infestation, 
que nous aurons à considérer bientôt dans ses détails. 

Les infiltrais multiples d'œufs s'accumulent, sur nos coupes, de 
préférence au niveau des portions de la muqueuse encore entière, ou 
pour mieux dire, dans les zones de la muqueuse en voie d'hyper- 
plasie végétante et non encore ulcérées (fig. 8 et pi. II, fig. 1 et 2). 
Là, au milieu des travées conjonctives hyperplasiées, entourés 
d'un nombre plutôt restreint de cellules migratrices diapédésées, 
et sans jamais produire d'inflammation réactionnelle suppurative 
autour d'eux, les œufs s'avancent vers la lumière, vers la cavité 
intestinale. Ils sont, tous, ou presque tous, les vivants aussi bien 
que les morts, obliquement dirigés, sinon verticalement, vers le but 
que leur destinée était d'atteindre. Bien d'autres ont dû passer par 
là, avant ces dernières colonnes d'attaque et, parle même chemin, 
détruire les glandes, dont un grand nombre a disparu. Grâce à 
ces multiples traumatismes et, sans doute aussi, aux toxines qu'ils 
sèment autour d'eux, les œufs ont transformé la muqueuse en un 
tissu conjonctivo-vasculaire cicatriciel, de plus en plus induré. 
Ailleurs, la muqueuse aura réagi, comme nous le verrons, non 
plus seulement par sa gangue interstitielle., mais aussi au moyen 
de ses glandes, dont les œufs nouveaux-venus auront à franchir les 
couches anormalement hyperplasiées. Ailleurs enfin, ce sera contre 
une muqueuse ulcérée, fibroïde, que les derniers efforts des œufs, 
devront s'exercer (pi. I, fig. 1). En résumé, quel que soit l'état de 
la muqueuse au point infesté par les dernières colonies d'œufs, 



BILHARZIOSE INTESTINALE 409 

leur situation est partout la même : ils s'enfoncent dans le tissu 
interstitiel, normalement si l'on considère la voie veineuse sous- 
muqueuse où ils ont trouvé le jour. Ilss'efïorcentindividuellement, 
de quitter la muqueuse, et évitent avec soin les vaisseaux sanguins de 
la région, trop étroits, en général, d'ailleurs pour leur fournir 
l'hospitalité. Jamais aucun des œufs incrustés dans la muqueuse ne 
vient se placer à l'intérieur d'un vaisseau sanguin. La légende, 
suivant laquelle les œufs embolisés, par leurs propres forces, 
à l'intérieur des vaisseaux de la muqueuse y produiraient 
des stases sanguines, des hémorrhagies interstitielles sources de 
tous les désordres anatomo pathologiques, mérite donc d'être 
détruite, sans retour. Il n'y a jamais d' hémorrhagies récentes, nitraces 
d' hémorrhagies anciennes dans l'épaisseur de la muqueuse intestinale 
aux points infestés par la bilharziose. Tout se passe, au point de vue 
anatomo-pathologique, beaucoup plus simplement, ainsi que nous 
Talions voir. 

Enfin, pendant sa progression, l'œuf a côtoyé d'autres organes, 
des nerfs qu'il a respectés, des follicules lymphatiques, pour 
lesquels il n'a qu'un rare attrait (pi. Il, fig. 3) et enfin des glandes 
en tube, normales ou hyperplasiées. Ces dernières lui servent, je 
crois l'avoir démontré, de voie d'accès, d'issue aussi parfaite que 
possible (pi. II, fig. 7). La fréquence réelle des figures semblables 
à celle représentée planche II, fig. 7, me fait croire que, tant 
qu'elles existent et qu'elles demeurent en communication directe 
avec la cavité intestinale, les glandes de Lieberkûhn hypertro- 
phiées sont un chemin de prédilection pour l'embryon : il brise sa 
coquille aussi près que possible de la paroi de la glande, en parti- 
culier contre l'un de ses culs-de-sac terminaux. Le travail hyper- 
diapédétique que l'on constate en ce point est trop manifeste, trop 
circonscrit au pourtour de la coquille évacuée, pour permettre le 
moindre doute à cet égard. 

Bien d'autres œufs évacués parsèment encore nos coupes, loindes 
glandes et dans les tissus chroniquement enflammés : ils donnent 
ainsi la preuve de la vigueur et de la force de pénétration de 
l'embryon cilié né à terme. Les coquilles rompues se rencontrent 
aussi de préférence à la surface de la muqueuse, quand celle-ci 

Archiver de Parasitologie, IX, n" 3, 190a. 27 



410 MAURICE LETULLE 

apparaît dépourvue de glandes en tube et est transformée en un 
riche tissu de bourgeons charnus. Si j!en juge d'après mes coupes, 
la ligne de déhiscence de la coquille est toujours tournée vers la 
surface interne de l'intestin, et l'œuf éclate aux dépens de la 
petite extrémité. 

En résumé, au niveau de la muqueuse, les œufs se placent, 
individuellement, de la façon la plus favorable à l'éclosion de 
l'embryon cilié, sinon mêmeàlissueen masse de l'œufvivant, dans 
l'intérieur de la cavité intestinale. Les lésions chroniques inflamma- 
toires qui, au bout d'un certain temps, sillonnent la muqueuse, 
gênent à coup sûr l'évolution complète des œufs et contribuent à 
en retenir prisonniers une partie, sur lesquels il est aisé de constater 
les signes d'une mort plus ou moins récente. 

III. — Modes d'évolution, pérégrinations des œufs. 

L'infection bilharzienne des parois de l'intestin ne peut s'expli- 
quer qu'au moj^en des données anatomo-pathologiques, et la 
théorie pathogénique qu'on en voudra fournir devra tenir compte 
de tous les faits énoncés plus haut. 

Nous avons démontré, grâce à l'étude des veines sous muqueuses 
altérées, que le Ver femelle devait parvenir jusqu'au voisinage des 
canaux veineux de 178 à 180,a de diamètre; nos préparations les 
plus heureuses nous permettent d'afTirmer que les parasites 
adultes ne peuvent pas aller au delà, vers les racines de plus en 
plus ténues du système veineux. L'absence de lésions dans les 
veinules de la muqueuse confirme d'ailleurs ces données basées 
sur la mensuration des parasites d'une part, et de leurs œufs, 
d'autre part. 

La ponte intra-vasculaire. — Après des efforts qui pourraient 
sembler inimaginables si Tonne connaissait d'autres exemples de 
l'instinct et de l'énergie extraordinaires développés par les ani- 
maux parasites de l'Homme, la femelle pleine en est donc arrivée 
à son point terminus, dans la couche sous-muqueuse de l'intestin. 
Elle a fixé ses ventouses, ou sa seule ventouse ventrale (large de 
80,y.), solidement, contre la membrane interne d'une petite veine, 
que l'extrémité postérieure de son corps remplit en entier, à 
quelque 1000;/ ou 1500,(/plus bas, du côté des couches musculeuses 



BILHARZIOSE INTESTINALE 411 

de rintestin. L'extrémité céphalique est tournée vers la muqueuse 
qui, pour les œufs à naître, est comme la terre promise. 

Comment expliquer en même temps et la localisation de laponte 
intra-vascidaire des œufs et leur rapide issue hors de la cavité 
sanguine, actes biologiques indéniables autant que réitérés? 

Le corps de la femelle s'enfonce, selon toute probabilité, de 
force, à frottement dur pourrait on dire, dans le canal vasculaire 
qu'il va tenir oblitéré un certain temps, sans cependant com- 
promettre l'avenir du parasite adulte ; car, sans contestation, ce 
dernier ne s'y incruste jamais de façon à ne pouvoir s'enfuir, 
une fois sa ponte terminée. Pour pondre en toute sécurité, la 
femelle a donc choisi, sinon fait son nid. D'autre part, il est néces 
saire, semble t-il, que l'émission des œufs puisse sefîectuer en un 
endroit stagnant, à l'abri du torrent circulatoire; autrement, les 
œufs aussitôt pondus, s'emboliseraient dans les ramifications de 
plus en plus larges du système veineux mésaraïque, accident qui 
n'est, comme tous les auteurs se plaisent à le reconnaître, qu'une 
intime exception, en égard au nombre colossal d'œufs émis par une 
seule femelle. 

Admettons que la mère ponde à loisir, dans ce lac veineux où 
le sang ne se coagidera jamais, sa série innombrable d'œufs aciculés. 
Il sera logique d'accepter que, l'un repoussant l'autre, les œufs 
s'accumulent en sens inverse du courant sanguin à l'intérieur de la 
veinule infestée. Le corps maternel oblitère la cavité veineuse en 
aval du nid et y demeure assez lontenyis, tout le temps nécessaire 
pour permettre à tous ses œufs de quitter la veine qui les a vus 
naître. 

Cependant, à mesure que la ponte s'effectue, le volume du corps 
maternel diminue et les chances d'embolies ovulaires vers la veine 
porte augmenteraient si un nouvel élément de protection ne leur était 
fourni, selon toute vraisemblance, par les tuméfactions bourgeon- 
nantes de la membrane interne de la veine. L'endophlébite inter- 
vient ici, pour ce qui est des blessures produites à la paroi veineuse 
tant par les ventouses que par les épines cylindriques développées 
surtout vers la région caudale du corps de la femelle. La lu- 
mière du vaisseau se resserre au dessous du segment récepta 
cle des œufs frais pondus. Peut-être aussi, la femelle, à mesure 
qu'elle diminue de volume gagne telle de proche en proche des 



412 MAURICE LETULLE 

rameaux veineux plus ténus, sans dépasser bien entendu lé dia- 
mètre de ilSu, terme ultime des désordres endophlébitiques. 

On n'oubliera pas que les œufs les moins volumineux ont 
encore de 40 à 50 p. de diamètre, non compris l'épine latérale, 
dont nous avons signalé l'extrême fréquence sur les œufs logés 
dans l'intestin. Tout le drame de la ponte et de l'issue des œufs 
hors des veines se concentre, en fait, à l'intérieur des veinules 
sous muqueuses de 180 à 200 et 250 p.. 

Peut-être serait-il bon, à cause de cela, de faire entrer en ligne 
de compte l'attitude imposée à la femelle pendant sa ponte, ou déjà 
pendant la fm de la maturation des œufs, et soupçonner dans la gêne 
particulière éprouvée par la mère fixée au dessous de la muqueuse 
intestinale la formation d'éperons latéraux sur la coquille. 

Les points d'appui intra-vasculaires. — Quoiqu'il en soit, l'œuf ou 
pour mieux dire les œufs sont pondus. La mère s'est enfuie, car on ne 
trouve jamais trace d'un cadavre de Ver adulte dans les veines 
oblitérées. Les œufs sont libérés et, on a tout lieu de le croire, ils 
ont déjà quitté les cavités de la veine quand la mère abandonne la 
veinule. L'endophlébite va contribuer, pour une part difficile à 
apprécier, à leur pérégrination. On sait seulement qu'ils traversent 
la veine et la quittent, en laissant des traces indélébiles de leur 
effraction. 

Comment les œufs parviennent-ils à traverser les parois veineu- 
ses? et comment ce traumatisme, effectué par des corps étrangers 
volumineux, peut-il ne s'accompagner d'aucune hémorrhagie? Pro- 
blème délicat, dont la solution est cependant possible, si l'on tient 
compte des indications anatomo-pathologiques. L'œuf sort, armé 
d'un épieu latéral ou axial, parfois de deux, voire de trois épieux. 
Comme tel, il représente un corps étranger aciculé, qui, muni d'un 
ou plusieurs perforateurs cylindro coniques, est animé de mouve- 
ments d'autant plus marqués que l'embryon y inclus est plus avancé 
dans son développement. 

L'effort exercé contre la membrane interne par l'œuf, ou par la 
masse des œufs réunis en colonie intra-vasculaire, permet sans 
doute bientôt à quelques uns d'entr'eux d'enfoncer leur aiguille 
dans la membrane interne. La pression totale subie par la masse 
vivant à l'intérieur de la veine toujours pleine de sang peut expli- 
quer cette pénétration, cette o diapédèse» àtraversles couchesdela 



BILHARZIOSE INTESTINALE 413 

veine, fort minces en égard au volume d'un œuf. La forme ova- 
laire, oviforme du parasite vivant favorise, à coup sûr, son issue 
sitôt que la masse est parvenue à faire dépasser hors de la couche 
externe du vaisseau sa portion équatoriale. Le reste va de soi, et la 
plaie faite à la veine est trop minime, trop rapide pour laisser au 
sang roccasion de suivre le corps étranger. Perforée, la paroi du 
vaisseau se referme aussitôt derrière l'œuf. 

Si l'on veut étudier de près le mécanisme de l'effraction de la 
veine par l'œuf de Bilharzie, on peut admettre que chaque indi- 
vidu trouve, pour franchir l'obstacle, un triple point d'appui qui 
lui est indispensable, toutes choses égales d'ailleurs : un premier 
obstacle opposé, en aval, au courant sanguin est formé par le corps 
de la mère; une deuxième cause de stase sanguine est représentée 
parles bourgeons endophlébitiques; troisièmement, la pression san- 
guine, la vis a tergo, en augmentant la tension intra veineuse 
au point infesté, contribue à enfoncer l'œuf entre les parois de la 
veine, pour peu que celui-ci ait pu entamer, de son épieu latéral 
ou axial, la membrane interne exempte jusqu'à la fin de toute 
thrombose sanguine. 

De ces trois moyens mécaniques, deux, la pression sanguine 
intraveineuse et la sténose oblitérante du vaisseau ne sauraient 
être mises en doute. Toutefois, le second, résultat de l'inflammation 
végétante de Tendoveine est peut-être, tout patent qu'il soit, le 
moins sûr, le plus discutable; car l'endophlébite ne paraît pas 
avoir présenté, au début, les signes d'une inflammation très 
aiguë. Les strates conjonctives et néo-vasculaires qu'elle a éla- 
borées ne semblent pas, autant qu'on en peut juger après un temps 
aussi long, avoir dû combler la lumière de la veine en quelques 
heures. Aucun thrombus sanguin n'est venu se concréter à la sur- 
face de ces reliefs exubérants. Bref, le point d'appui offert par les 
îlots d'endophlébite aux œufs arrêtés dans la cavité veineuse est, à 
tout prendre, incomplet, tardif, insuffisant. Tout au contraire, 
l'obstacle imposé par le corps même de la mère au courant 
sanguin, en aval, au dessous de la colonie d'œufs évacués près 
de ses deux ventouses, ce point d'appui est vivant, puissant, 
irréductible tant qu'il demeure fixé en un endroit précis. C'est 
à lui, en fin de compte, que me paraît devoir être demandée la 
solution du problème. La vis a tergo s'exerce contre lui avec toute 



414 MAURICE LETULLE 

sa force et ces deux moyens réunis parfont l'œuvre; on est du 
moins en droit de le penser. 

Progression vers la muqueuse. — Quelque discutable que puisse 
paraître Tesquisse pathogénique précédente, il est un fait qui do- 
mine toute explication : les œufs, tous les œufs pondus sortent de 
la veine qui les a vus naître; aucun d'eux ne demeure dans la 
cavité vasculaire; aucun d'eux, plus tard, ne réintégrera l'un 
quelconque des vaisseaux sanguins de l'intestin. Une fois libéré de 
la veine, une fois lancé dans les mailles du tissu conjonctif sous- 
muqueux, l'œuf ne séjourne pas dans la couche sous-muqueuse: 
plein de force, il s'avance aussitôt à l'assaut de la muscularis mu- 
cosae. Cette couche représente, à mon avis, après la paroi veineuse, 
l'obstacle le plus sérieux qui lui soit opposé. Ici, en effet, l'œuf n'a 
plus d'aide ; il doit travailler avec ses seules ressources et la « mus- 
culaire de la muqueuse » si elle est mince, est dense et bien 
feutrée de libres cellules contractiles. Peut-être, l'œuf en route vers 
cette mince membrane contractile se glisse-t-il le long de sa face 
profonde jusqu'au prochain espace péri-vasculaire donnant passage 
à quelque artère, veinule, ou vaisseau lymphatique destiné à la 
muqueuse ou provenant d'elle. Toujours est il que la traversée 
de la muscularis se fait, elle aussi, assez vite et assez bien pour que 
le microscope n'y montre, rangés entre les faisceaux parallèles à la 
surface interne de l'intestin, qu'un très petit nombre d'œufs vivants. 
A l'ordinaire, tous les œufs saisis au moment de leur passage dans 
la muscularis s'y trouvent couchés, régulièrement parallèles à la 
surface de l'intestin et à l'état isolé. J'y vois l'indice du méca- 
nisme qui préside à leur progression et les fait s'enfoncer peu à 
peu dans les masses musculaires, en s'insinuant parmi les inters- 
tices inter-fasciculaires. 

La pérégrination de l'œuf se produit suivant un sens constant : 
vers la cavité intestinale, grâce, sans doute, aux secousses con- 
tractiles de l'embryon en voie de développement. La progression 
s'effectue toujours dans l'ordre que nous esquissons : l'œuf, quit- 
tant la muscularis, se hâte au milieu des tissus lâches ou déjà 
sclérosés du squelette interstitiel de la muqueuse intestinale. 
Nous avons vu le chemin parcouru parles œufs entre les glandes et 
leur effraction, soit à la surface de la muqueuse encore saine ou 
déjà dénudée, soit à l'intérieur des cavités glandulaires plus ou 



BILIIAllZIOSE INSTESTINALE ' 41S 

moins ectasiées et adénoinateuses. 

Dans l'épaisseur de la muqueuse, les œufs progressent indivi- 
duellement; ils ne s'avancent plus par masses, mais peuvent s'ac- 
cumuler successivement dans des zones privilégiées. L'embryon 
s'agite de plus en plus et grossit ; l'éclosion est proche et il lui 
faut se hâter. Il ne semble pas, à en juger par le nombre relati- 
vement restreint d'œufs rompus et vidés, que la déhiscence de 
lœuf à l'état de maturité se produise physiologiquement à l'inté- 
rieur de la gangue inter-glandulaire de la muqueuse ou même dans 
les cavités glandulaires dilatées : Lœuf tend à sortir entier hors de 
la muqueuse, avant Védosion de l'embryon. L'issue de l'œuf entier et 
sa chute dans la cavité intestinale me paraissent représenter l'évo- 
lution parfaite, typique, de l'affection parasitaire qui nous occupe. 

La déhiscence de l'œuf dans l'épaisseur de la muqueuse est 
un accident, tout au détriment du jeune être. Celui-ci, cepen- 
dant, possède à son extrémité céphalique, ainsi que Chatin et 
Rauxiet l'ont montré, une arme, sorte de rostre qui lui permet 
de perforer sans grande peine le reste des couches de la muqueuse 
etde faire irruption dans la cavité intestinale d'où il s'échappera 
avec les fèces. La voie glandulaire est assurément un chemin de 
prédilection pour l'embryon, nous en avons signalé les preuves 
démonstratives. L'embryon, à linverse de l'œuf entier, ne séjourne 
jamais dans la muqueuse intestinale ; il la quitte et rien ne peut 
l'y retenir. 

Déchets et victimes. — La rétention de l'œuf dans l'épaisseur de la 
muqueuse est, à vrai dire, une complication, un stade pathologique 
dans la vie du parasite bilharzien. La mort par calcification en est 
vite et normalement la conséquence. Les causes de ces désastres qui 
occasionnent la perte de très nombreux descendants du Ver adulte 
sont multiples. Quelques-unes peuvent être soupçonnées: par 
exemple, la très grande épaisseur de la muqueuse intestinale sur des 
points déjà antérieurement infectés. Les amas abondants, les «co- 
lonies » d'œufs accumulés dans l'épaisseur des gros replis, des zones 
adénomateuses, ou des bourgeons hyperplasiques delà muqueuse 
s'observent si souvent qu'on en peut tirer une indication séméiolo- 
gique : c'est au niveau des points saillants, des saillies papillaireset 
des placards adénomateux qu'il faut, de préférence, porter ses 
recherches quand on a lieu de soupçonner, sur un gros intestin. 



416 * MAURICE LETITLLE 

l'existence de la bllharziose. La proportion considérable dœufs 
calcifiés au milieu de ces colonies abondantes intra-muqueuses 
semble bien démontrer les souffrances éprouvées, en ces points, 
par les individus en voie de progression. 

Très fréquemment, il n'est pas rare de trouver quelques œufs 
isolés et calcifiés au milieu des bandes fibreuses développées dans 
l'épaisseur de la muqueuse. Si, en telle occurrence, il est sage de 
penser à une sclérose secondaire à la présence de corps étrangers 
enchâtonnés, linverse est souvent vrai : les œufs sont venus se 
heurter contre des travées fibreuses inflammatoires préexistantes 
et, ne pouvant franchir l'obstacle à temps, y ont trouvé la mort. 

La clinique, en signalant des individus qui émettent chaque 
jour, par l'intestin ou par la vessie, des quantités énormes dœufs 
et d'embryons ciliés, confirme l'idée que l'évolution et les péré- 
grinations de l'œuf une fois pondu doivent être très rapides. Tout 
obstacle, si minime soit-il, est une occasion de mort pour l'œuf en voie de 
maturation. 

La proportion des œufs incrustés, de ceux qui restent en route, 
n'est pas sujette à une appréciation possible. Combien, dans un 
cas donné, mourront avant d'arriver au but? Voilà qui échappe à 
toute l'enquête. Ce que l'on peut dire c'est que, plus longue sera la 
durée de la maladie, et plus les incrustations de la muqueuse par 
des œufs mortifiés deviendront importantes, preuve nouvelle à 
ajouter aux précédentes en faveur du rôle pathogène secondaire 
excercé par les lésions inflammatoires chroniques de la muqueuse sur 
l'évolution des pontes ultérieures. Ce cercle vicieux redoutable ouvre 
la voie aux désordres anatomo pathologiques les plus variés. 

Rappelons, en terminant, que le volume des œufs vivants aussi 
bien que des morts est toujours supérieur à celui des capillaires san- 
guins et qu'on ne constate jamais ni un œuf dans un état quel- 
conque, ni à plus forte raison un embryon cilié logé à l'intérieur 
d'une veinule ou d'un capillaire : œufs et embryons ont besoin 
d'oxygène ;ils courent vers la liberté, en véritables aérobies qu'ils 
sont. Ils évitent avec soin les canaux vasculaires sanguins et les 
observations dœufs embolisés jusqu'aux ganglions lymphatiques 
du méso-côlon, par la voie des vaisseaux lymphatiques, ne sont que 
des exemples d'aberrations évolutives. 



RILHARZTOSE INTESTINALE 417 

IV. — LÉSIONS ANATOMO-PATHOLOGIQUES CAUSÉES 

PAR LES Vers et leurs oeufs. 

L'ensemble des lésions anatomo-pathologiques produites par 
la maladie parasitaire qui nous occupe montre que les Vers 
adultes et leurs œufs agissent sur les éléments cellulaires, les 
tissus et les organes par un double mécanisme : par traumatisme, 
dune part, et de l'autre par la production d'une substance irritante, 
indéterminée, toxique à proprement parler, et capable de produire 
dans un rayon assez restreint, autour des ijarasites, des désordres 
chroniques réactionnels variés, dont les deux types extrêmes 
sont les hyperplasies et la sclérose. 

Les lésions d'ordre traumatique sont trop connues et elles ont 
été notées et décrites dans les pages qui précèdent d'une façon trop 
détaillée pour qu'il y ait lieu de revenir sur elles. Les placards 
énormes d'endophlébite chronique végétante décrits à propos des 
veines pelviennes et des rameaux sous-péritonéaux de la petite 
mésaraïque sont démonstratifs au plus haut point. On peut même 
surprendre, pour ainsi dire sur le vif, le mécanisme intime 
de ces lésions, dans les points où, par exemple, nous obser- 
vons, face à face, et diamétralement opposés, deux îlots d'endo- 
phlébite végétante, énormes, saillants dans la lumière vasculaire. 
La forte ventouse ventrale du mâle (elle mesure 260 u de diamètre) 
entre vraisemblablement en cause sur un point de l'endoveine, le 
côté opposé étant, sans doute, le siège de frottements rugueux, 
d'éraillures, occasionnés par les téguments dorsaux du volumineux 
animal. Peut-être aussi la ventouse ventrale de la femelle (pendant 
que son corps est uni au mâle, avec l'énergie tenace que Ion sait), 
s'est-elle fixée à l'endoveine non loin de la ventouse du mâle. 

Les traumatismes exercés par les œufs en traversant les veinules 
de la couche sous-muqueuse et pendant toutes leurs pérégrinations 
à travers les strates de la muqueuse elle-même ne sont pas plus 
discutables que les précédents et contribuent pour une part im- 
portante, prédominante même, à la genèse des lésions inflam- 
matoires. 

Encore est-il qu'il faut reconnaître, dans le mécanisme des di- 
verses altérations subséquentes, certaines particularités d'une haute 
importance. Sans parler, par exemple, de l'absence constante 



418 MAURICE LETULLE 

d'hémorrliagies interstitielles (que le passage de tant de corps 
étrangers vivants, de tant de milliers d'œufs aciculés serait en 
droit d'occasionner), il est bon de signaler l'absence ou, pour être 
plus exact, le degré minime, presque nul, de réaction phagocytaire 
autour des œufs en évolution. 

Tant que l'œuf vit et s'insinue dans les tissus, la phagocytose ne 
s'exerce pas sur lui. N'est-il pas logique, en conséquence, de croire 
qu'il dispose dune sorte de pouvoir chimiotactique négatif ? Les 
veinules, les capillaires qui l'entourent, ne sont jamais, même 
une fois l'œuf mort, gorgés de leucocytes. Les polynucléaires de 
toute espèce se montrent excessivement rares dans les zones de la 
muqueuse bilharziée, mais non encore infectée par les germes 
pathogènes de l'intestin. On ne peut pas colorer de Mastzellen 
autour des œufs; et si, parfois, l'éperon qui s'avance dans les 
tissus semble encerclé par des leucocytes, c'est à distance, en 
dehors d'une sorte de halo vide, et par quelques rares lymphocytes. 
De là à estimer que le Ver et ses œufs possèdent la propriété de 
sécréter autour d'eux une substance toxique, pathogène, la tran- 
sition est inévitable et les faits matériels s'accumulent en foule 
pour justifier cette notion nouvelle. 

Passons-les rapidement en revue. Ces données se sont, on l'a vu, 
succédé dans les dilïérents chapitres qui précèdent, à propos des 
détails microscopiques. 

Les lésions bilharziennes de l'intestin se rangent en deux 
groupes distincts ; les hyperplasies c'est-à-dire les élaborations de 
défense, les « végétations réactionnelles » elles ulcérations , preuves 
des défaites irréparables subies par l'organe et conséquences des 
infections secondaires qui l'ont atteint. 

Hyperplasies. — Les hyperplasies, qu'elles portent sur les glandes 
en tube ou surles fibres musculaires lisses de \amuscularis mucosae, 
montrent combien les tissus soumis au contact du parasite (dans 
le cas actuel, ce ne sont que ses œufs), souffrent, s'irritent et sont 
entraînés à se défendre. Doit-on accepter que, nombreux, accu- 
mulés dans la sous-muqueuse, les œufs de Bilharzie ont pu par 
leur simple présence déterminer des hypertrophies et des néo for- 
mations aussi formidables que celles étudiées par nous au début 
de ce travail? Au cours des maladies de l'Homme, les lésions hyper- 



BILHARZIOSE INTESTINALE 419 

trophiques ne sont pas rares dans rintestin, en particulier le long 
du rectum et du côlon. La dysenterie grave, pour n'en citer qu'une, 
s'accompagne maintes fois d'hypertrophies ou d'Iiyperplasies glan- 
dulaires, surtout quand les pertes de substance occasionnées par 
les Amibes ou par les Bacilles dysentériques ont rétréci le calibre 
de l'intestin. La lutte exercée contre un obstacle permanent par 
le segment d'intestin situé en amont détermine, dans la totalité 
des couches logées au-dessus de l'obstacle, un travail hypertro- 
phique des plus remarquables. Jamais cependant, à ma connais- 
sance, l'exubérante vitalité des tissus, des glandes en particulier, 
ne se manifeste aussi intense, aussi diffuse que dans l'intestin bil- 
harzié. 

Ici, les glandes de Lieberkûhn acquièrent, dans tous les sens, des 
proportions gigantesques, déjà signalées par Damaschino (1). 
Le tube, unique à l'état normal, se multiplie, et la glande se ra- 
mifie; ses épithéliums s'allongent et s'étalent, démesurément 
accrus; les signes de multiplication karyokinétlque s'y succèdent 
en proportions invraisemblables. Bref, l'hyperplasie réactionnelle 
des glandes est ici portée à son comble : un adénome, mille et 
mille fois répété, se développe dans l'épaisseur de la muqueuse 
aux dépens des individualités glandulaires avoisinant les œufs 
fichés dans la sous muqueuse, souvent même infiltrés dans les 
espaces inter-glandulaires. Le volume des œufs, leur nombre, 
leurs saillies aciculées, leur contractilité peuvent-ils suffire pour 
expliquer un tel travail, aussi désordonné que réactionnel? Les 
produits de la vitalité de l'œuf et de l'embryon qu'il contient ne 
doivent-ils pas peser d'un certain poids dans ce drame pathogé- 
nique complexe où l'organe irrité va pouvoir réagir jusqu'au point 
de créer de toutes pièces une production monstrueuse, une tumeur, 
un adénome? 

Mais laissons là ce problème, puisqu'à vrai dire, il ne saurait 
être résolu par de simples affirmations, par le raisonnement, et 
voyons les lésions de sclérose hyperplasique qui dominent la scène, 
dans la totalité des régions touchées par la bilharziose. 

Scléroses hypertrophiques. — Pour la muqueuse, dilacérée par les 
invasions et les passages successifs d'œufs fraîchement éclos, la 

(1) Damaschino, loco citato, p. 153. 



420 MAURICE LETULLE 

question demeure insoluble de savoir la part revenant au trauma- 
tisme simple et celle afférente à l'irritation produite par les poisons 
émanés des parasites. Pour la sous-muqueuse, la question devient 
plus ardue, car les œufs passent, de la cavité des veines, dans les 
mailles interstitielles de la couche sous-jacente à la muscularis 
mucosae. Admettons même, pour ne laisser aucune des difficultés 
dans l'ombre, que cette ponte s'effectue non seulement au voisinage 
de la muqueuse (je crois l'avoir établi), mais aussi dans toute 
l'épaisseur de la sous-muqueuse. Acceptons, en un mot, l'infesta- 
tion diffuse de la sous-muqueuse par les Vers femelles et par les 
œufs, leurs produits. Il n'en demeurera pas moins établi que les 
œufs (pour mon observation au moins), séjournent peu dans la 
sous-muqueuse, gagnent au plus vite la muqueuse et que, 
comparativement au nombre, si grand qu'il ait pu être, des 
œufs, la sclérose de la sous-muqueuse semble absolument dispro- 
portionnée. Les pelotons adipeux ont partout disparu, preuve d'un 
processus inflammatoire chronique généralisé, tenace. Les bandes 
scléreuses ne se localisent pas de préférence autour des veines 
altérées: toutes les couches de la région sont fortement fibrosées et 
d'une façon qu'on pourrait qualifier d'uniforme. Une symphyse 
véritable en est résultée: elle fixe avec force la muqueuse, elle- 
même sclérosée, aux couches musculeuses de l'intestin, normales; 
mais ces muscles sont enserrés, d'autre part, par la couche sous- 
péritonéale envahie, elle aussi, par la sclérose. Bref, une sclérose 
diffuse de l'intestin est née. 

Une altération aussi étendue, qui parvient à transformer en 
un tissu fibreux épais l'ensemble du tissu conjonctivo-vascu- 
laire et cellulo-adipeux, si lâche, de l'intestin, sans avoir jamais 
recours ni aux thromboses sanguines veineuses ni aux hémorrha- 
gies interstitielles, ne saurait, il me semble, relever du seul et 
unique traumatisme. Les Vers, la femelle surtout, auront eu beau 
passer et repasser dans les veines de plus en plus ténues de lin- 
testin; celles-ci pourront, par suite, voir leur membrane interne 
s'enflammer, végéter et se scléroser; les œufs auront beau circuler 
librement et (ce qui me paraît douteux) dans tous les sens parmi les 
couches de la sous-muqueuse et de la muqueuse; ils s'accumuleront 
à l'envidans les replis bientôt épaissis et tomenteux que leur offrira 
la gangue interstitielle de la muqueuse : il y mourront, en propor- 



BILHARZIOSE INTESTIMTLE 421 

lions variées; devenus corps étrangers inertes, ils pourront con- 
tinuer à irriter les bandes déjà sclérosées c|ui les circonscrivent; 
l'inflammation pourra respecter indéfiniment les artères, les nerfs, 
les ganglions nerveux de l'intestin; à la théorie simplement méca- 
nique, il manquera toujours une donnée sufïïsante'pour expliquer 
la combinaison de la sclérose hypertrophique difïuse de l'intestin 
avec l'inflammation chronique du tissu cellulo-adipeux de l'exca- 
vation pelvienne, cette complication constante de la bilharziose 
intestinale. On ne saurait trop le rappeler, la fibrose qui nous inté- 
resse ne se circonscrit pas à l'intestin : elle envahit en outre les 
franges, les replis et les méso, le tissu cellulaire rétro-rectal et 
tous les paquets conjonctivo-vasculaires qui enserrent les vésicules 
séminales, les canaux déférents, la prostate et les deux uretères. 
Dans mon cas au moins, tous les organes pelviens sont indemnes 
et n'ont payé aucun tribut à la bilharziose (hormis, bien entendu, 
le rectum). Comment accepter que, par leur simple action de pré- 
sence, les Vers mâles et femelles, quel qu'ait été leur nombre, soient 
capables de déterminer autour des veines une radiation sclérosante 
difïuse de pareille envergure? N'est-il pas plus rationnel de penser 
que les parasites émettent autour d'eux une substance toxique, 
sclérogène, à la façon d'autres êtres vivants pathogènes pour 
l'Homme, comme le Bacille tuberculeux, celui de la lèpre et l'Ac- 
tinomycète, pour ne citer que les mieux connus? 

Ulcérations spécifiques. — Les ulcérations occasionnées, sinon 
déterminées par lesœuf s de Bilharzie, bien que d'une explication plus 
aisée au point de vue patliogénique, ne laissent pas de soulever 
encore quelques difficultés. Peut-on admettre, par exemple, sans 
contestation que la bilharziose produise à la surface de la 
muqueuse intestinale une dysenterie spéciale, je dirai spécifique, où 
les œufs et leurs coquilles entrent directement en jeu? Faut-il recon 
naître, avec certains auteurs, depuis Bilharz, la coïncidence de la 
dysenterie vraie (amibienne ou microbienne) avec une infestation 
bilharzienne du gros intestin? 

Pour les faits, comme celui rapporté par Damaschino, où la 
dysenterie vraie coexistait sans conteste, nulle hésitation n'est 
possible. La coïncidence des deux affections estindéniable. Resterait 
à fixer sa fréquence ou sa rareté. Mais pour les cas, comme celui 
qui sert de base au présent mémoire, où les lésious microscopiques 



422 MAURICE LETULLE 

de rintestin révèlent un processus ulcératif fort différent de 
la dysenterie ordinaire, la question se pose : existe-t il une 
dysenterie bilharzienne, selon l'expression de Firket (1)? ou mieux, 
peut-on démontrer que la bilharziose détermine, soit des lésiom 
dysentér if ormes, soit une entéro-côlite spécifique? 

Les altérations dysentériformes du gros intestin sont bien 
connues aujourd'hui ; elles consistent essentiellement en des pertes 
de substance plus ou moins étendues et profondes, différant de la 
dysenterie vraie par les causes qui les produisent (rétrécissement 
de l'intestin, tuberculose, cancer annulaire, dothiénentérie, etc.) 
mais présentant des caractères microscopiques comparables, sinon 
même identiques aux lésions de la dysenterie. 

Dans le cas présent, au contraire, nous avons vu (pi. II, fig. 1) 
que les pertes de substance subies par la muqueuse intestinale 
diffèrent radicalement des ulcérations dysentériques. Celles-ci 
sont beaucoup plus aiguës et profondes, plus térébrantes pourrait- 
on dire, que les ulcérations bilharziennes. La muscularis mucosae 
toujours plus ou moins détruite dans la dysenterie est toujours 
respectée dans la bilharziose, ainsi que les couches adjacentes de 
la muqueuse proprement dite. De plus, au cours de la bilharziose, 
les destructions des glandes de Lieberkiihn se font individuelle- 
ment, par un processus de désorganisation élémentaire qui dissèque, 
tube par tube, épithéliums par épithéliums, les appareils glan^- 
dulaires d'une région souvent fort étendue. En un mot, et pour 
résumer les caractères différentiels propres à la colite et à larectite 
bilharziennes, l'ulcération y vient compliquer une inflammation 
subaigûe diffuse interstitielle de la muqueuse, combinée avec 
l'atrophie élémentaire de ses glandes en tube. La dysenterie est 
une infection térébrante et centrifuge de la muqueuse, qu'elle 
entame de la surface épithéliale vers la profondeur. La bilhar- 
ziose intestinale procède de la profondeur vers la surface de la 
muqueuse et ne l'ulcère qu'après lavoir infiltrée, sclérosée en 
nappe et après avoir désagrégé ses parties fondamentales consti- 
tutives. Elle laisse, au milieu des travées fibroïdes du squelette 
épaissi les traces pathognomoniques de la cause pathogène, sous 
forme d'œufs ou de coquilles rompues, caractéristiques. Là aussi, 

(1) Firket, Bnllelin Acad. de médecine de Belgique, \8dl. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 423 

l'action mécanique, traumatique des œufs, ne paraît pas suffisante 
pour parfaire de tels désordres, et l'idée de l'influence exercée par 
les toxines émanées de ces œufs s'impose encore à l'observateur 
Resterait à démontrer par l'expérimentation le bien fondé de 
cette hypothèse. 

Zones adénomateuses et zones ulcérées. — Sans revenir sur les 
nombreux détails d'anatomie pathologique consignés à propos des 
premiers chapitres de ce mémoire, il est un point qui me paraît 
mériter cependant quelques courtes remarques à propos de l'étude 
pathogénique des lésions. Nous avons, dès le début, insisté sur les 
deux ordres d'altérations matérielles dont la muqueuse de l'intestin 
est atteinte, altérations qui se groupent par zones distinctes et non 
confondues : les ::ones adénomateuses, dans lesquelles Ihyperplasie 
des glandes de Lieberkûhn s'est donnée libre carrière, et les zones 
ulcératives, pour lesquelles les hyperplasies interstitielles et muscu- 
laires (muscularis mucosae) sont plus ou moins marquées. L'ulcéra- 
tion superficielle de la muqueuse prédomine là où l'absence de la 
moindre trace d'évolution adénomateuse des glandes en tube est 
notoire et constante. 

Il m'a paru qu'il y avait dans cette circonscription si remar- 
quable plus qu'une coïncidence : un antagonisme entre deux 
ordres des lésions dissemblables. Je crois être parvenu à le dé- 
montrer. Que les zones adénomateuses soient restées pour ainsi 
dire à l'état pur, à l'abri des infections secondaires, que nous 
avons vues constantes sur toute l'étendue des zones ulcérées, il 
n'y a là rien de bien extraordinaire. Encore existe-t-il cepen- 
dant des cas, fréquents, où la surface de la masse adénomateuse, 
gorgée de glandes muqueuses en voie de prolifération, montre 
par places un bourgeonnement exubérant de son tissu interstitiel 
et y dessine un énorme placard de bourgeons charnus saillants 
à la surface de l'intestin et accessibles à la pénétration des germes 
pathogènes (11g. 3 et 4, et pi. Il, fig. 2). Même dans ces ré- 
gions où la végétation des glandes cède le pas à la végétation du 
tissu conjonctivo-vasculaire, l'infection est l'exception et les 
vaisseaux lymphatiques semblent indemnes. Une démonstration 
saisissante en découle du rôle exclusif des œufs et de leurs toxines 
dans la formation des tumeurs adénomateuses de Vintestin hilharzié. 

L'intérêt devient plus grand encore quand on étudie, comme 



424 MAURICE LETULLE 

nous lavons fait, les zones ulcérées, par comparaison avec les 
zones adénomateuses. Partout où la muqueuse se montre ulcé- 
rée, elle est, bien qu'hyperplasiée et fibroïde, in-demne de toute 
transformation adénomateuse. Là où les glandes en tube ont dis- 
paru sans laisser traces, on aurait, à tout prendre, le droit de 
formuler une objection : les glandes adénomateuses pourraient 
avoir disparu comme les autres, entraînées par le processus 
destructif élémentaire qui a réduit la muqueuse à ses couches 
profondes. 11 me serait facile de démontrer le mal fondé de cette 
objection : les glandes adénomateuses se développent, en effet, 
dans la profondeur du chorion de la muqueuse aussi bien et mieux 
encore que latéralement; elles côtoyent la surface de la muscularis 
mucosae, qu'elles ne traoersent d'ailleurs jamais (signe distinctif qui 
sépare tout adénome de toutes les variétés de cancer). Or, les régions 
ulcérées de la muqueuse ne présentent nulle trace de la moindre 
formation adénomateuse dans leurs couches profondes, infectées, 
sus-jacentes à la muscularis. 

Le contraste, je n'hésite pas à dire l'antagonisme, entre l'ulcéra- 
tion et l'adénome est donc formel et ne souffre, dans mon observa- 
tion du moins, aucune exception. 11 serait intéressant de chercher 
l'explication de ces faits. On la pourrait, à mon avis, trouver dans 
le mécanisme de l'effraction des œufs à travers la muqueuse intes- 
tinale. Les régions ulcérées sont pauvres en œufs ; les zones 
adénomateuses en sont généralement gorgées. On en jugera que 
les colonies de parasites qui ont franchi en grand nombre la 
muqueuse l'attaquent vite et eu déterminent l'ulcération. Lors- 
qu'au contraire et pour une raison qui demanderait à être étu- 
diée, les œufs stagnent dans la sous muqueuse, lorsqu'ils cher- 
chent leur voie à travers les couches de la muscularis mucosae et 
parmi les méandres des glandes en tube, ils perdent l'occasion 
propice, s'accumulent, s'attardent et exercent, de seconde main, 
une influence néfaste et prolongée sur la vitalité des glandes. Le 
tissu glandulaire surexcité par les œufs et leurs toxines subit une 
série de désordres trophiques, hypertrophiants d'abord, dystro- 
phiants ensuite, dont la résultante est une hyperplasie déformante, 
désordonnée, tumorale en un mot, de lappareil glandulaire. Les 
élaborations qui en sont la conséquence bouleversent les limites 
imposées par la nature à l'organe complet et simple constituant 



BILHARZIOSE INTESTINALE 423 

une glande en tube. L'hypertrophie des éléments, leurhypergenèse 
karyokinétique, rallongement de l'organe, ses développements 
latéraux sous forme de culs-de-sac exubérants, lectasie générale de 
la cavité glandulaire, puis, plus tard, son infection et ses lésions 
atrophiques, dégénératives simples, tel est le cycle imposé avec le 
temps à chaque glande de Lieberkûhn soumise à l'influence des 
œufs incrustés dans son voisinage. 

Le tissu interstitiel, périglandulaire et interglandulaire suit 
simplement l'évolution hyperplasique sollicitée par la vitalité de 
la région. Cette exubérante vitalité, tout artificielle qu'elle soit, 
puisqu'elle est entretenue par des corps étrangers, permet à la 
muqueuse de lutter contre les causes de désintégration qui frappent 
les régions voisines et les livreront, après ulcération, aux infec- 
tions habituelles du tube digestif. 

Pour résumer, on peut avancer que les régions adénomateuses 
ne s'ulcèrent pas et que les zones ulcérées échappent au processus 
adénomateux. 

Telle est, tracée à grands traits, l'explication de l'antinomie qui 
m'a paru exister entre les régions tumorales et les régions ulcé- 
ratives de l'intestin bilharzien. 

BiLHARziosE ET TUMEURS DE l'intestin. — Eli préscncc d'uii cas 
aussi complet de bilharziose du gros intestin, compliquée de mul- 
tiples foyers d'évolution adénomateuse des glandes muqueuses, il 
est difficile de résister à l'occasion qui s'offre de discuter brièvement 
les rapports pouvant exister entre l'infestation bilharzienne et le 
développement de tumeurs dans le rectum et dans le côlon iliaque. 

Peu de problèmes pathogéniques auront autant passionné les 
anatomo-pathologistes. Peu de lésions auront, aussi bien que la 
bilharziose, servi d'argument aux auteurs qui s'efforcent de démon- 
trer la nature parasitaire du cancer, en général, et du carcinome 
de la vessie ou du rectum, en particulier. Les observations de Son- 
sino (1), de Harrison (2), deVirchow, d'Albarran etLéon Bernard (3), 

(1) SoNsiNo, La Bilharzia lisematobia. Archives générales de médecine, 1876, 
p. 652. 

(2) Harrison, Spécimens of 5ti/irt?-;::maf[ecting the urinary organs. Ifl7(ce?, 1889. 

(3) Alrarran et L. Bernard, Tumeur épithéliale due a Bilharzia. Arch. inéd. 
expérim. novembre 1897. 

Archives de Parasitologie, IX, n" 3, 1905. 28 



426 MAURICE LETULLE 

de Kartulis (1) pour la vessie, celles de Kartulis, de Belleli (2), de 
Zancarol (3) et de Damaschino pour le rectum servent, de nos 
jours encore, de base à toutes les controverses. 

Sans parler des papillomes et des polypes, des fibromes, des sar- 
comes et des carcinomes décrits par maints auteurs dans les vessies 
bilharziennes (sujet que je me garderai bien d'aborderici, faute de 
pièces anatomiques), je pense que le problème, en égard à l'intestin, 
se pose de la façon suivante : la bilharziose intestinale peut-elle 
produire, de toutes pièces, une tumeur vraie du rectum ou du 
côlon? Dans la hiérarchie des tumeurs proprement dites, le néo- 
plasme ainsi créé par les œufs de Schistosomum peut-il arriver 
jusqu'à réaliser le cancer (épithélioma ou carcinome)? 

Ainsi précisée, la question se trouve être double : 1° y a-t-il des 
tumeurs bilharziennes? et 2° le cancer est il du ressort de la bilhar- 
ziose? 

Sur le premier point, la réponse est formelle. Les détails anato- 
mo-pathologiques dans lesquels je suis entré me permettent d'être 
aussi affirmatif que possible. Aucune confusion ne saurait se pro- 
duire entre les simples hjperplasies des éléments et tissus occasion- 
nées par la bilharziose et les tumeurs proprement dites; on peut 
donc sans hésiter répondre : les œufs du Schistosomum hœmatobium 
produisent, et sans doute assez fréquemment, des adénomes du 
rectum et du côlon. Il va de soi que, sous ce terme, on ne compren- 
dra que les productions microscopiquement reconnaissables, dans 
lesquelles les hyperplasies des glandes de Lieberkûhn, si exubé- 
rantes qu'elles aient été, n'infiltrent jamais de colonies épithéliales 
aberrantes le tissu conjonctif interstitiel. Pour tout dire en un mot, 
les adénomes en question sont toujours des tumeurs bénignes, non 
infectantes; elles sont strictement limitées, tant par la. muscularis 
mucosae, vers la profondeur de la muqueuse, que par les travées 
connectives péri-glandulaires, pour les parties latérales de la pro- 

(1) Kartulis, Un cas d'épilhélioma du pied et de la jambe contenant des œufs de 
Bilharzia. Vircliow's Archiv, CLII, 1898, p. 474 et suiv. 

(2) Belleli, Du rôle des parasites dans le développement de certaines tumeurs. 
Fibro-adénome du rectum produit parles œufs de Distotiium hœinatobmm. Pro- 
grès médical, II, I88d, p. o4. 

3) ZA.NCAUOL, Des altérations occasionnées par le Distoma hsematobiuni dans 
les voies urinaires et le gros intestin. Soc. méd. des hôp. de Parii^, 1882. 



BILHARZIOSE INTESTINALE 427 

duction tumorale. Et cette loi biologique, qui arrête net, sur les 
frontières du tissu conjonctif, les hyperplasies épithéliales de la 
glande en tube, demeurait, dans mon cas, inviolable et respectée, 
quelque volumineuses que fussent les végétations, pédiculées ou 
non, développées aux dépens de la muqueuse intestinale. 

Telle se conçoit l'évolution irritative hyperplasique glandulaire 
du gros intestin bilharzié, tel est l'adénome bilharzien. 

Les circonstances qui, dans l'intimité des différents organes du 
corps pourvus d'épithéliums sécréteurs, rattachent la formation 
d'un adénome glandulaire aux procédés inflammatoires subaigus, 
sont, aujourd'hui, bien étudiées. Considéré au point de vue de l'a- 
natomie pathologique générale, l'adénome représente lune des 
plus extrêmes limites assignées à l'inflammation végétante, aux hy- 
perplasies inflammatoires (1). Sans quitter le tube digestif, rap- 
pelons que les adénomes se développent maintes fois autour 
des vieux foyers d'entérite ou d'entéro colite chronique causés 
par la dysenterie ou la tuberculose, parfois aussi au contact 
d'un cancer du caecum ou du côlon. Pour l'estomac, la gastrite 
chronique d'origine alcoolique se complique fréquemment de po- 
lyadénomes, inflammatoires par leur origine, tumoraux quant à 
leur évolution. Enfin l'hépatite chronique fibreuse, la cirrhose du 
foie, dans ses diverses formes, s'accompagne plus souvent qu'on ne 
saurait croire d'hyperplasies nodulaires, dont les adénomes sont 
comme l'expression ultime: développés aux dépens des trabécules 
hépatiques, ils apparaissent enserrés au milieu des bandes du 
tissu cirrhotique. 

Au point de vue de l'origine subinflaramatoire, ou bilharzienne, 
des adénomes du rectum et du côlon iliaque, nulle difficulté par 
conséquent: la lésion rentre dans l'ordre pathogénique accoutumé, 
si l'on peut ainsi s'exprimer. 

Autrement difficile et discutable serait la question de l'origine 
bilharzienne d'un cancer, lorsque, à l'autopsie d'un cas de bilhar- 
ziose intestinale, on découvre sur un même point les altérations 
parasitaires pathognomoniques de la muqueuse et les colonies dé- 

(1) Maurice Letulle, L'Inflammation. Paris, Masson, p. 330, fig. 10 et 11 et 
pi. X, fig. 3. 

Anatomie pathologique générale de l'inflammation. Traité de Pathologie gêné' 
raie de Bouchard. Paris, Masson. 



428 MAURICE LETULLE 

sordonnées de monstrueux épithéliums infiltrés au milieu des 
couches connectives. Tout d'abord, il est certain qu'un cancer de 
l'intestin peut toujours coïncider a\ec une maladie bilharzienne du 
rectum. Le carcinome du rectum, l'épithélioma de la vessie dans ses 
différentes formes, le cancer de la prostate figurent plus d'une fois 
surles protocoles d'autopsies pratiquées dans les pays où la bilhar- 
ziose règne à l'état endémique. La coïncidence est donc possible, 
le cancer de ces organes étant, au même titre que la bilharziose, 
une maladie commune. Pour le rectum, en particulier, la fréquence 
de son cancer est universelle, on ne saurait le méconnaître. 

Quant à démontrer, à l'aide de preuves indiscutables, que les 
œufs de Bilharzie seraient les éléments pathogéniques du cancer 
du rectum, sous prétexte qu'ils sont, ce qu'on ne saurait contester, 
la cause de certains adéiiomes delà muqueuse intestinale, j'avoue, 
pour ma part, quun tel effort me paraît impraticable. Ladénome 
et le cancer sont deux sortes de lésions, très distinctes; partout où 
cette première altération est parvenue à se développer, le carci- 
nome, à la vérité, arrive parfois sans difficulté à la compliquer. A cet 
égard, l'adéno-carcinome peut, par un certain côté, et doit même 
se rattacher à des procédés irritatifs d'origine inflammatoire. Mais 
de là à considérer l'œuf de Bilharzie comme la cause efficiente du 
cancer, il y a loin. 

Il y aurait à faire intervenir, au préalable, la longue série des 
considérations anatomo-pathologiques et pathogéniques nécessaires 
à l'étude analytique des lésions spécifiques dont se compose l'épi- 
thélioma ou le carcinome et à les coapter aux altérations bilhar- 
ziennes, ce qui nous entraînerait trop loin du sujet que nous nous 
sommes proposé. Les rapports du cancer et derinflaramation repré- 
sentent le problème le plus ardu peut-être de la pathologie générale 
etlorigineinfectieuse ducancernest plus une questionqu'onpuisse 
aborder avec de simples affirmations théoriques. Qu'il me suffise de 
terminer en remarquant qu'aucune des observations, relativement 
encore peu nombreuses, publiées de bilharziose compliquée de 
cancer ne paraît suffisamment démonstrative, même entre les 
mains des partisans les plus irréductibles de la nature parasitaire 
du cancer. Les poisons bilharziens, pas plus que les innombrables 
"variétés de parasites incriminés jusqu'à ce jour, ne possèdent la 
puissance monstrueusement élaboratrice qui engendre, de toutes 



BILHARZIOSE INTESTINALE 429 

pièces (1), le moUmen cancéreux . A cet égard, un mystère plane 
encore sur la genèse du cancer éplthélial. En tout cas, mon 
observation, de même que celles de Zancarol, Damaschino et 
Belleli, est impuissante à combler ce desideratum. Les adénomes 
bilharziens, pour ce qui est des faits publiés, ne s'étantpas compli- 
qués de cancer, appartiennent de droit aux procédés inflamma- 
toires connus et classés. On peut même les opposer aux produc- 
tions épithéliomateuses et avancer, jusqu'à nouvel ordre, que l'œuf 
de Bilharzie, qui crée l'adénome, n'est pas générateur du cancer intestinal. 

V. — Circonscription intestinale de la bilharziose. 

La circonscription exacte de l'infestation bilharzienne au 
segment terminal du gros intestin, sa rigoureuse localisation à la 
portion pelvienne (en fait, la plus déclive) du gros intestin solli- 
citent une courte explication pathogénique. 

Tout dabord, et avant de poursuivre dans ses détails cette 
maladie du rectum et de la fin de l'anse oméga du côlon, on 
pourrait se demander en quoi, par exemple, intervient la déclivité 
de l'intestin. Bien des anses de l'intestin grêle sont autant sinon 
plus déclives, logées qu'elles sont dans le fond de l'excavation 
pelvienne. Si donc il est démontré que les embryons de Bilharzie 

(1) Dans la genèse du cancer éplthélial, il n'y a pas tant à expliquer l'etïraction 
de la barrière connective qui l'entoure par la cellule épithéliale devenue néo- 
plasique. Il faut, de plus (là est la clef du problème), montrer comment et 
pourquoi ces épithéliums prolifères vivent à l'aise dans les espaces interstitiels, 
y pullulent d'une façon désordonnée et s'y reproduisent à l'infini, en tous Heux, 
dans tous les organes, non seulement avec leurs caractères anatomiques amplifiés, 
souvent métatypiques, mais encore avec leurs fonctions organogéniques héré- 
ditaires, même les plus compliquées. Comment, par exemple, se rendre compte, 
non pas tant de la vitalité exubérante, à vrai dire, monstrueuse d'un épithélium 
de l'intestin ou de l'estomac généralisé dans l'intimité du foie, mais encore des 
élabora tions glandulaires, parfois parfaites, qu'y effectuent les épithéliums sécré- 
teurs embolisés? L'œuf de Bilharzie et ses toxines ne suffisent pas, à mon humble 
avis, pour mettre en mouvement un tel bouleversement anarchique doublé d'une 
aussi puissante faculté organogénique. 

Les épithéliomas glandulaires, pour ne citer qu'eux, perturbent de fond en comble 
la vie fonctionnelle de la glande qui fut leur berceau et troublent, du même coup, 
l'équilibre de tout l'organisme. Devenant cancéreux, l'épithélium acquiert la 
force de rompre toutes entraves, de vivre et de s'organiser partout où il pourra 
passer : dans le sang, la lymphe, à la surface des séreuses, en pleine matière céré- 
brale. Il va pouvoir y fonder des organes nouveaux, atypiques, certes, incomplets, 
mais spécifiques quant à leur structure et quanta leurs fonctions sécrétoires. Au- 
cune lésion inflammatoire connue n'est ou ne parait susceptible d'une pareille 
énergie formative. 



430 MAURICE LETULLE 

pénètrent par le tube digestif avec l'eau de boisson, l'intégrité 
constante de Tintestin grêle et des premières portions du gros 
intestin échappe à une justification purement mécanique de la 
présence des Vers femelles dans le rectum et la lin du côlon. Il 
y a une autre raison, difficile à trouver, qui fait éviter aux Vers 
femelles les réseaux anastomotiques si larges, si perméables de la 
petite mésaraïque, dans son département correspondant au 
caecum et au côlon ascendant, et ceux, également accessibles, de 
la grande mésaraïque qui ouvre toutes larges, pourrait-on dire, 
les portes de l'intestin grêle. Le calibre des réseaux de la grande 
mésaraïque ne paraît, certes, pas assez inférieur à celui de la 
petite mésaraïque pour rendre compte de la répulsion des Vers 
femelles à l'égard de la muqueuse du jéjunum ou de l'iléon. 
Invoquer, pour ces portions du grêle, la mobilité constante des 
anses intestinales ne réglerait pas la question; car le duodénum 
est immobile et sa muqueuse se rapproche, autrement que le 
rectum, de la veine porte et de ses gros canaux d'origine, habitat 
habituel des Vers adultes. 

Le problème pathogénique se complique encore, si l'on veut le 
pénétrer davantage et si l'on se demande non pas seulement 
pourquoi le Ver femelle réserve en certains cas, comme ici, sa 
ponte à la lîn du tube digestif, mais aussi pourquoi la maladie 
parasitaire demeure uniquement intestinale. A en juger, en effet, 
d'après les mémoires nombreux qui ont vu le jour depuis les 
admirables travaux de Bilharz, la bilharziose est surtout une affec- 
tion des voies urinaires. L'hématurie d'Egypte en est le type 
consacré : la vessie, les uretères, le bassinet, le rein, voire 
lurèthre et le périnée composent, de l'aveu unanime, le territoire 
privilégié de la maladie bilharzienne. L'intestin ne vient qu'ensuite, 
et généralement coopère au processus parasitaire, plutôt qu'il n'en 
est, en apparence du moins, le berceau. Toutefois, ici comme en 
toute question de pathologie révisée, des réserves sont nécessaires. 
La bilharziose intestinale est peut-être plus commune qu'on ne 
l'imagine. Vhématurie bilharzienne est autrement remarquable 
que la simple diarrhée chronique causée par cette entérite parasi- 
taire. 

La dysenterie vraie règne, endémique, dans les contrées bilhar- 
ziées : le diagnostic différentiel entre ces deux maladies du rectum, 



BILHARZIOSE INTESTINALE 431 

facile grâce à l'examen microscopique des selles, n'est peut être 
pas, de nos jours encore, assez constamment recherché parles clini- 
ciens. Il est donc nécessaire de faire une enquête méthodique sur 
le degré de fréquence de la diarrhée bilharzienne dans les pays 
contaminés. 

A ce point de vue, les inconnues qui régnent encore sur le 
mode de pénétration du parasite dans l'organisme humain laissent 
en suspens tout le mécanisme de l'infestation bilharzienne. On ne 
sait pas l'état biologique dans lequel le parasite aborde le corps 
humain et l'on ne peut démontrer, sur des preuves irrécusables, la 
voie suivie par lui pour atteindre le système veineux porte. S'il 
semble bien probable que le parasite arrive en nous surtout par la 
voie digestive supérieure, certains observateurs estiment que 
l'urèthre, pendant les bains, peut devenir, de même que le vagin, 
la porte d'entrée de la Bilharzie. Sera-ton autorisé un jour à 
admettre des formes cliniques de bilharziose différentes, en rapport 
avec des modes d'infestation différents? et la bilharziose intesti- 
nale se séparera-t-elle de la bilharziose urinaire? C'est ce que l'ave- 
nir, seul, pourra décider. 

Théoriquement donc, et en demeurant fidèle aux conceptions 
pathogéniques actuelles, on pourrait avancer que la bilharziose in- 
testinale est la forme type, idéale, de la maladie, le parasite s'effor- 
çant de rejeter à la lumière ses descendants par la voie déjà suivie 
par leurs générateurs. L'historique de la bilharziose ne confirme 
pas, jusqu'à présent du moins, cette vue théorique. 

Dans un grand nombre de faits publiés, les lésions bilharzien- 
nes affectent simultanément les voies urinaires et le rectum, avec 
une prédominance générale marquée pour la vessie. Lorsque l'in- 
testin seul est en cause, faut il faire intervenir le nombre, fréquem- 
ment restreint, des Vers femelles? La circonscription de leurs 
pontes à l'intestin seul correspondrait, en ce cas, à un minimum de 
désordres produits, la vessie et les autres organes pelviens n'étant 
appelés à souffrir qu'au cours des infestations surabondantes, telles 
qu'on en a cité des exemples parfois extraordinaires. Il est certain 
que le champ offert par la muqueuse de l'intestin à l'issue des œufs 
et des embryons se rétrécit au fur et à mesure des apports 
nouveaux. La muqueuse du rectum et celle de côlon, étant alté- 
rées par la sclérose et les ulcérations qui en découlent, les 



432 MAURICE LETULLE 

œufs et par conséquent les mères ont de moins en moins beau jeu 
pour achever leur œuvre. Peut-être la cavité vésicale, les vésicules 
séminales, les uretères, et la prostate ne sont-ils que des pis 
aller pour les Vers femelles, obligés de porter leurs descendants 
aussi près que possible de l'extérieur du corps humain. 

Le nombre des Vers femelles semble jouer un rôle dans la 
forme clinique de la maladie bilharzienne; il y aurait donc à 
tenir compte des affinités possibles des parasites pour tel ou tel 
organe, etaussi de leurs errements, des démations dans la route qu'il 
sont appelés à parcourir à l'intérieur du sang veineux. La présence 
constatée à maintes reprises de parasites adultes dans la veine 
cave inférieure, la rénale, la veine iliaque droite, ailleurs 
encore, (i) est une preuve indiscutable d'un certain degré de liberté 
laissée au parasite adulte dans le choix de son habitat; cette liberté 
s'accroit d'ailleurs des diverses conditions anatomiques normales 
ou anomales qui règlent les communications anastomotiques entre 
le système porte et le système c^ave inférieur. 

Il est enfin un dernier point qu'une étude pathogénique de la 
bilharziose ne peut pas ne pas faire entrer en ligne, c'est l'existence, 
toujours possible en matière de maladie parasitaire, de points d'appel 
pour la fixation des lésions. Ne pourrait on pas trouver, à l'origine 
des diverseslocalisations delabilharziose, certaines régions privilé- 
giées vouées pour ainsi dire aux coups de l'affection parasitaire par 
le fait même d'une altération organique préexistante? Une cystite 
ancienne, la lithiase rénale, la dysenterie, une tumeur de la vessie, 
de la prostate ou du rectum, ne constituerait elle pas un locus mino- 
ris rcsistentiae de premier ordre, bien capable en effet d'attirer les 
parasites adultes à la recherche d'un asile et dun débouché pour 
leurs embryons? 

Telles sont, en résumé, les remarques qu'impose l'étude de la 
localisation intestinale de la « maladie bilharzienne ». La solution 
du problème se trouvera facilitée par la publication d'observations 
nouvelles, complètes et détaillées. A cet égard, le fait qui a été la 
la base du présent mémoire sera peut-être de quelque utilité pour 
les travaux ultérieurs. 



(1) Kartulis, loco citato, p. 477, 



BILHARZIOSE INTESTINALE 433 



CONCLUSIONS 

Arrivé à la fin de ce travail, il me paraît bon d'en dégager les 
points les plus intéressants et de les présenter sous forme de con- 
clusions, qui en formeront le résumé. 

I. — La bilharziose, endémique en Egypte et dans la plupart des 
colonies françaises du continent africain ou de ses dépendances, 
existe aux Antilles françaises, en particulier à la Martinique. 
Pouvant être observée en France sur les immigrés, elle doit être 
soupçonnée dans tous les cas d'hématurie à répétition ou de 
diarrhée chronique. 

II. — Des différentes formes cliniques que revêt la « maladie 
bilharzienne », la forme intestinale est à la fois la plus insidieuse, 
la plus méconnue et l'une de celles dont le diagnostic est le plus 
aisé sur le vivant, grâce à l'examen microscopique des selles. 

III. — Après la mort, la bilharziose intestinale offre des signes 
anatomo-pathologiques macroscopiques presque pathognomo- 
niques, permettant de la différencier, à coup sûr, de la dysenterie 
chronique, tant amibienne que microbienne. 

IV. — Ses lésions microscopiques se caractérisent, avant tout, par 
une hyperplasie générale des parois du rectum et de la fin du colon 
iliaque. 

V. — Sous l'influence directe des œufs de Bilharzie, les lésions 
hyperplasiques de la muqueuse intestinale se compliquent de deux 
ordres d'altérations distinctes, non subordonnées et, pour ainsi 
dire, antagonistes : les ulcérations et les adénomes glandulaires. 

VI. — Les (( adénomes bilharziens » du gros intestin ne sont que 
des manifestations réactionnelles, de cause purement inflamma 
toire, qui ne permettent, en aucune façon, de préjuger de l'origine 
parasitaire des cancers de l'intestin. 

VII. — Par ses pontes réitérées à l'intérieur des veinules de la 
couche sous-muqueuse, le Ver femelle, aidé de ses œufs innom- 
brables, détermine une endophlébite végétante simple, en aucun 
cas thrombosique, mais pathognomonique de la maladie bilhar- 
zienne. 



434 MAURICE LETULLE 

Les mêmes désordres inflammatoires se retrouvent dans les 
riches plexus veineux de l'excavation pelvienne. 

VIII. — Sur les coupes microscopiques, les œufs ne siègent 
jamais à l'intérieur d'un vaisseau. 

IX. — La sclérose diffuse généralisée à toute la région pel- 
vienne du gros intestin, ainsi qu'aux couches cellulo adipeuses 
tapissant les organes et la cavité du petit bassin, ressortit moins 
au traumatisme exercé par les parasites adultes et leurs œufs 
qu'aux toxines émanées d'eux. 

X. — La circonscription rigoureuse de labilharzioseau segment 
terminal de l'intestin peut servir de guide dans l'étude pathogénique 
de cette maladie parasitaire. 



EXPLICATION DES PLANCHES 

Planche I. 

Recttim ouvert dans sa longueur et sur sa face postérieure (grandeur 
naturelle). 

L'infection bilharzienne a produit dans toute la hauteur de l'organe 
deux sortes de lésions caractéristiques : 1" épaississement général des 
tissus de l'organe, avec sténose rigide de ses parois, 2° ulcérations de la 
muqueuse dans les régions intermédiaires aux hyperplasies adénoma- 
teuses. 

Les saillies adénomateuses sont arrondies, sessiles, rougeàtres, et con- 
trastent par leur couleur, leur relief bombé assez régulier, avec l'aspect 
lisse, déprimé, gris sale des vastes surfaces intercalaires (où l'examen 
microscopique montrera la muqueuse plus ou moins ulcérée). 

Planche II. 

Figure L — Les lésions bilharziennes de la muqueuse rectale. 

Coupe portant à la fois sur une saillie adénomateuse de la muqueuse 
hyperplasiée et sur une région déprimée adjacente, tdcérée largement, x 5. 

Coloration à l'hématoxyline-éosine. 

Les trois quarts de gauche de la figure sont occupés par des lésions 
ulcératives. La presque totalité des culs de-sac des glandes de Lieber- 
kûhn y ont disparu. La muscularis mucosae, bien reconnaissable à la 
mince bande rosée qui soutient la portion encore conservée de la mu- 
queuse enflammée, délimitée souhait la couche sous-muqueuse, elle même 
fort altérée. 



BILHARZIOSE INTESTINAL!!: 435 

Un œuf de Bilharzie se reconiiait juste au dessus de la muscularis, à 
droite, presqu'au milieu de la préparation ; il est d'un jaune orangé, et 
couché parallèlement à la surface de l'ulcération. 

Les veines et les artères de la sous-muqueuse sont bien apparentes. Au 
bas de la préparation, la portion la plus interne de la couche muscu- 
leuse se montre normale et délimite ainsi la couche sous-muqueuse. II 
est facile de constater, de la sorte, l'état inflammatoire de la sous-mu- 
queuse, infiltrée d'éléments embryonnaires (colorés en violet). 

A droite de la préparation, le relief est formé par la muqueuse hyper- 
plasiée d'une manière excessive. Les coupes des glandes de Lieberkûhn 
y forment un demi cercle, à concavité tournée à droite, en bordure autour 
d'une bande de tissu conjonctif (tissu sous-muqueux hyperplasié) vive- 
ment enflammé, et infiltré d'œufs de Bilharzie. 

Non loin de la pointe, dessinée sur la gauche par le bourrelet adéno- 
mateux glandulaire, apparaît un paquet de 8 œufs de Bilharzie. Ces œufs 
sont fortement teintés (en rouge-orangé); quelques-uns sont cerclés 
d'une auréole d'éléments embryonnaires (en violet foncé). La cause de 
l'hyperplasie totale de la muqueuse et de la couche nutritive sous-jacente 
est ainsi appréciable. 

Les glandes de Lieberkûhn sont, pour le plus grand nombre, en voie 
de prolifération hyperplasique manifeste ; leurs culs-de-sac ont végété; la 
lumière glandulaire est, sur plusieurs points, très dilatée. 

Figure 2. ~ Coupe passant par un relief bourgeonnant de la muqueuse 
rectale et montrant en même temps l'atrophie de la presque totalité des 
glandes de Lieberkûhn, l'hyperplasie de quelques-unes d'entre elles, la proli- 
fération conjonctivo-vasculaire du derme de la muqueuse et l'infdtration 
d'œufs de Bilharzie à la base de toutes ces lésions, x 24. 

Coloration : éosine hématoxyline-Gram. 

La saillie papuleuse dessinée par la muqueuse enflammée est composée 
de nombreux vaisseaux capillaires dilatés sertis au milieu de travées 
conjonctives riches en éléments embryonnaires. A gauche et à droite de 
cette papule, onvoit trois culs-de sac glandulaires diversement sectionnés, 
mais manifestement hyperplasiés, pour deux d'entre eux au moins. 

La partie profonde du derme de la muqueuse est occupée par une 
soixantaine d'œufs, colorés en jaune-vert sale par la technique, et bien 
reconnaissables. Quelques-uns, mouchetésde rose orangé, sont envahis par 
la calcification; le plus grand nombre sont munis d'un éperon latéral. 

La muscidaris mucosae trace à la base de la muqueuse une bande rose- 
vif, épaisse. Elle est traversée, vers la partie moyenne de la préparation, 
par un îlot inflammatoire, reliquat d'un follicule lymphatique atrophié. 

Figure 3. — Les œufs de Bilharzie dans la muqueuse rectale. 
Coupe de la muqueuse atteinte d' hyperplasiés interstitielles et glandu- 
laires. X 28. 
Coloration : orcéine-hématoxyline. 



436 MAURICE LETULLE 

La coupe porte sur une partie voisine du sommet d'un bourgeonnement 
adénomateux de la muqueuse rectale. L'or