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DUPLICATA DE LA BIBLIOTHÈQUE
DU ccNSEnvzrc-E botai:ique de gensve
VENDU EI^ 1922
ARCHIVES
DES
SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES
^"^LIOTHÊQUE
IQUE DE GEIŒVE
^'' ^"ENDU KN 1922
GENÈVE - SOCIÉTÉ GÉNÉRALE D'IMPRIMERIE
liiie (le la Pélisscrii-, 18
BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE
ARCHIVES
DES
SCIEPiCES PIlïSlQliES ET NATURELLES
CENT VINGT ET UNIÈME ANNÉE
QUATRIÈME PÉRIODE
TO.MK OLAUA.ME KT (MK.MK
ii=w vont cy _^-rA^^^
GENEVE
BUREAU DES ARCHIVES, RUE DE LA PÉLISSERIE. 18
PARIS LONDRES XEW-VORK
H. LE SOUDIEI! DlLAi: iV: C" tl. E. S'I'ECHEHT & C»
ri'i-71i",. Houl. St-rrerniaiii il. Soh.) Scpiare 151-155, W 25>'> Street
Dépôt pour l' ALLEMAGNE, GEORG & C", a Bale
DU COK;
NOTE SUR Lfl THÉORIE ANALÏTIQUE
CORPS SOLIDES COTÉS
l'A H
€. €AII^L,GR
(Suite V
Poly séries de Droites et de Corps non cotés
§ 20. Parmi les corps d'une n- série, ceux dont la cote est
nulle sont naturellement les plus intéressants ; ces corps sont
au nombre de 3<3"-i , puisque, à la détinition (47) de la w-série,
il faut ajouter la condition quadratique qui exprime la nullité
de la cote, c'est-à-dire
V
»,-&>,. =
Nous voyous donc que les corps de cote nulle forment une
{n — 1)- série ; et il en serait aussi de même pour les corps de
la «-série qui ont une cote constante, car on voit presque im-
médiatement que si l'on diminue d'une constante la cote de
tous les corps d'une w- série, les nouveaux corps obtenus fout
encore partie d'une «-série linéaire (-).
csj Dans l'étude des (m — l)-séries de corps non cotés il est
""- avantageux de choisir pour base des corps qui ne soient pas
' cotés ; au lieu de représenter ces w -p 1 corps, comme précédem-
^^ment, par les lettres ^A, -A, . . . "^'J. j'emploierai plus simple-
*^ ') Voir Archives, t. XL, p. 361 et 457.
-) Cela se voit, par exemple, immédiatement dans la foniiiile (46).
6 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
ment les lettres A, B, ... L. Les corps ainsi dénotés sont
ordinaires et l'on a {AA)" = (BB)" -= . . . ^ ; nous allons voir
qu'ils peuvent être pris quelconques, de manière à engendrer
une (w-1)- série de corps ordinaires (^)
P ^ aA + bB + cC + ... IL . (49)
En effet, il faut que {PF)" = ; cette équation se réduit, par
la destruction spontanée des termes carrés, à la forme
abiAB)" + ac{AC}" + bc(BC)" + ... = ; i50)
elle est linéaire par raiyport à cJiaciine des (n -[- 1) variables
a, h, c, ... Celles-ci peuvent donc s'exprimer linéairement en
fonction de w nouveaux paramètres liés par la relation quadra-
tique non homogène
iPPy = a-{AA}' + 2ab{AB'' + ... = 1 .
De là le théorème fondamental. De même que (n - corps
cotés quelconques définissent une n- série linéaire de corps cotés,
de même (n -7- 2) corps ordinaires quelconques déterminent une
n- série linéaire de corps ordinaires ( -).
Ce théorème, transposé dans le domaine de la Géométrie
réglée en substituant des bivecteurs aux quaternions A, B, . . .^
correspond aux faits connu.s ; il faut 3 droites pour définir une
quadrique (monosérie linéaire de droites), 4 pour engendrer
une congruence linéaire (bisérie), enfin 5 pour engendrer le
complexe linéaire (trisérie). Seuls les maximas de Findice n
diffèrent pour les deux théories, il est 3 pour les systèmes de
droites et 5 pour les systèmes de corps; tout le reste est iden-
tique. Par exemple, dans le cas des monoséries, en rapportant
les trois corps de base à l'orthogonal commun, ils se transfor-
ment en vecteurs, et la monosérie elle-même se change en une
monosérie de droites. Donc on obtient la monosérie de corps la
Vl Les lettres a, b, c, ... désignant des coordonnées sont naturelle-
ment réelles.
-) Remarquer que cet énoncé ne préjuge eu aucune manière l'iden-
tité de structure géométrique des n-séries linéaires de corps ordinaires
ou de corps cotés.
DES CORPS SOLIDES COTES 7
plus générale en prenant les si/métriques d'un corps fixe relative-
ment aux gén&atrires d'un demi-hyperboloïde réglé.
En terminant ce paragraphe revoyons, pour être clair, les
faits de la Géométrie des corps qui répètent le plus exactement
ceux bien connus de la Géométrie réglée.
l" Considérons, au lieu du complexe, la pentasérie générale
^o"A,; + a/^o" + a, M/ + . . . = , ou (> J)" = ;
elle est spéciale si le corps central
vérifie la condition (aa)" = 0. Cela posé, prenons deux corps
non cotés 5 et C, nous les dirons conjugués par rapport à la pen-
tasérie lorsqu'on peut déterminer deux coefficients numériques
6 et c de telle manière qu'on ait identiquement
bB + cC = 7. . (51)
Je dis que tout corps B admet un conjugué et un seul. En etî'et,
la condition (51), écrite sous la forme a — hB = cC, montre que
a — hB doit être non coté; il faut et suffit pour cela que h
vérifie la condition
tx - hB, r - bB)" = (aa)" - 2b{xBj" + b-{BB)" = ;
mais comme [BB)" = 0, cette condition s'écrit encore
(aa)" - 2b\xB)" = .
C'est une équation linéaire en b, par laquelle l'inconnue se
trouve déterminée d'une manière unique; il n'y a d'exception
que si B appartenait lui-même à la pentasérie, et vérifiait la
condition (aB)" = 0.
2' Ayant choisi à volonté un couple de corps conjugués
B et C, l'équation de la pentasérie (a.A)" = s'écrit sous la
forme
b'AB)" + c(AC)" = .
8 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
De là résulte que si un corps A, appartenant à la pentasérie,
rencontre un corps quelconque B, c'est-à-dire s'il peut être
amené sur B par une simple rotation, il rencontre aussi le con-
jugué de B.
En eflfet les conditions de rencontre {AB)" = 0, et (AC)" =0,
s'impliquent l'une l'autre en vertu de l'équation précédente.
3° Une pentasérie de corps est définie par le moyen du corps
central ou quaternion a ; il y a donc correspondance uuivoque
entre ces deux objets géométriques, corps cotés et pentaséries
de corps ordinaires, et cette correspondance permet de conclure
des uns aux autres. C'est ainsi, par exemple, qu'aux polyséries
linéaires de corps cotés correspondent des systèmes de penta-
séries linéaires ; de même, en Géométrie réglée, les polyséries
de droites cotées servent d'images aux polyséries corrélatives
de complexes linéaires.
Prenons une tétrasérie, ou ce qui revient au même, deux
pentaséries de corps simples, A = (aA)" = , B = {^A)" = 0.
La tétrasérie en question a pour image une monosérie de corps
cotés Y, d'équation
;; = rta + b/i .
Mais nous savons que la monosérie y contient tout juste deux
corps de cote nulle (') ; et on pourrait les prendre pour base des
deux pentaséries A et B. S'il en est ainsi, on a (aa)" = (pp)" = ;
alors les équations (c/.A)" = 0, (^A)" = montrent qu'une tétra-
série quelconque est formée par l'ensemble des corps qui en rencon-
trent deux autres. Ainsi, en Géométrie réglée, la congruence
linéaire est l'ensemble des sécantes communes à deux droites.
De même encore, les corps d'une trisérie sont ceux qui ren-
contrent trois corps fixes donnés ; cette définition donnera la
même trisérie ^^ fois parce que ^^ est le nombre des corps
de cote nulle dans la bisérie de corps cotés.
En résumé, tandis que sauf exception, la pentasérie n'est
') Ces corps peuvent être réels ou imaginaires; la distinction, im-
portante pour la classification des tétraséries, ne joue aucun rôle dans
la théorie générale.
DES CORPS SOLIDES COTES 9
pas formée des corps sécants d'un corps donné, eu revanche la
w- série d'indice n >< 5 est toujours constituée par l'ensemble
des corps sécants de 6 — n corps fixes ; il est vrai que ces der-
niers peuvent être réels ou imaginaires.
4' Prenons par exemple une trisérie de corps et soient^. C,D,
les trois corps fixes que rencontrent tous les A. Les équations
(AB)" = {AC)" = {AD)" = entraînent comme conséquence
que, quels que soient les coefficients h , c, d, nous avons
{A, bB -^ cC + dD)" = .
Ainsi les corps de la trisérie sont en involutiou avec tous les
corps cotés de la bisérie bB -j- cC-^ dD ; cette dernière contient
une monosérie linéaire de corps à cote nulle. La trisérie donnée
et la monosérie finale sont donc complémentaires, en ce sens que
deux corps empruntés respectivement à chacune sont toujours
concourants, ou se déduisent l'un de l'autre par une pure
rotation.
5" Le corps coté a est équivalent à une pentasérie de corps
simples. Soient donc deux pentaséries a et ,3 ; supposons que
les corps cotés correspondants soient en involutiou, ou vérifient
la condition (oc,3)" = . Voici la relation qui s'ensuit pour les
pentaséries elles-mêmes.
Si 5 et C sont deux corps conjugués relativement à la seconde
pentasérie et que par suite Ti = hB -r cC, on a
(ySa)" = b\y.B)" + c(y.C)" .
Or, par hypothèse, cette quantité est nulle : si donc jB appar-
tient à la pentasérie a, on aura (a^)" = 0, d'où (aC)" = 0;
C appartient aussi à la pentasérie a. Autrement dit: .n deux
pentas&ies a , |î f^ont en involutiou, les corps de chacune d'elles
peuvent être groupés en couples de corps qui sont conjugués pai-
rappoit à l'autre.
10 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
VIII. Systèmes de Corps Concourants
§ 21. Nous avons d'abord étudié les systèmes linéaires de corps
cotés, que ces systèmes se présentent sous forme d'équations ou
sous forme paramétrique; nous avons ensuite examiné les systè-
mes linéaires formés de corps ordinaires non cotés. La diiïéi'ence
la plus saillante entre les deux catégories de polyséries est que,
dans le premier cas, n -j- 1 corps linéairement indépendants
déterminent une w- série, tandis qu'il en faut (w -f- 2) pour la
seconde espèce.
Toutefois cette dernière assertion n'est exacte que si on rai-
sonne d'une manière générale, comme il a été fait au para-
graphe précédent. La géométrie réglée, avec ses systèmes
linéaires pai-ticuliers, les /je^'hes, lea faisceaux, etc., qui jouent
un rôle singulier parmi tous les systèmes linéaires, fait pressentir
des exceptions. Elles existent en elîet dans la Géométrie des
corps solides, et donnent lieu à des polyséries particulières
auxquelles je donne le nom générique de couronnes {^). Les
couronnes comprennent, comme nous verrons, quatre types
essentiellement différents qui sont la couronne ordinaire, le
couronoïde, la stéréocouronne à centre, et la stéréocouronne à
plan (").
Soient ."1, B, C, ■ . . L, (n 4- D corps ordinaires ; la polysérie
P = aA + 6£ + cC + • . . + IL , (52)
') Le cas des couronnes est seulement le cas extrême de toutes les
exceptions possibles.
-) Ces conmiines sont identiques aux systèmes que M. L. Kasner appelle
des turbines. American Journal 1910, p. 193-2i 2. Cjté par M. E. Study;
je suis hors d'état de vérifier cette indication.
La nomenclature la plus rationnelle donnerait les noms de mono-, bi-,
tricouronne à centre et à plan, lesquels rappellent le nombre des dimen-
sions de ces systèmes; mais cette terminologie ne peut être adoptée
puisqu'elle amènerait des confusions avec celle employée par M. de Saus-
sure. D'autre part, le terme de couronoïde est aujourd'hui trop répandu
pour pouvoir être remplacé.
DES CORPS SOLIDES COTES 11
ne donne un corps simple ordinaire que si
l {PPy = ab{AB)" + aciAC)" + bciBC)" + . . . = G. .53)
Or celte équation, qui n'est que la reproduction de (50),
dégénère en une identité, quand on a
(AB)" = , (ACj" = , iBCr = , ...
Dans ce cas, qui est celui où les corps de base se rencontrent
deux à deux, ou se déduisent les uns des autres par simple ro-
tation, la formule (52), dans laquelle les coefficients ont à véri-
lier la condition
iPPi' = a- + 6- + c- + ... + 2ab(AB' + . . . = 1 ,
représente de nouveau une «-série de corps ordinaires, si du
moins, ce que je suppose toujours, les (n ~ 1) corps A, . . . L
sont linéairement indépendants. Les polyséries de cette espèce
sont précisément ce que j'appelle des couronne^'.
Remarquons d'ailleurs que si A, ... L se rencontrent deux
h deux, tous les corps de la polysérie (52) sont aussi concou-
rants : la chose est évidente d'après les relations telles que
(AA)" = 0, (AB)" = 0, etc. Ainsi, avec plusieurs corps con-
courants, il est toujours possible de construire des ensembles
infinis de corps qui soient aussi concourants deux à deux. L'énu-
mération des couronnes, donnée plus haut, épuise toutes les
éventualités que présentent ces systèmes infinis.
La couronne simple est un ensemble de oo^ corps concourants
deux à deux, telle qu'entre trois de ces corps existe une relation
linéaire.
Le couronoïde est un système de ^■- corps concourants deux
à deux, tel qu'entre quatre de ces corps existe une relation li-
néaire.
Enfin la stéréocouronne, de l'une ou l'autre espèce, est un
système de ^^ corps concourants deux à deux, tel qu'entre cinq
de ces corps existe une relation linéaire.
Pour définir et construire ces systèmes un problème prélimi-
naire doit tout d'abord être résolu.
12 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
Autour d'une droite
^ - I U" j •
imprimons à un corps A un mouvement hélicoïdal d'amplitude
u ^= a -Y M ; de même, soumettons ce même corps A à un autre
mouvement d'amplitude v = c — di, autour d'une nouvelle
droite
^^ ~ \ M," J •
Les deux positions finales cori'espondantes, B et 6', sont
B = (cos M + L sint*)^ , C = (cosf + M %\nv) A ;
qu'on rapporte le corps C à l'autre corps B choisi comme sys-
tème de référence, le quaternion correspondant sera
r = BC = Â f cos M — i sin u i ( cos v + M %m v) A .
La partie scalaire To de ce quaternion, identique à celle du
produit des deux parenthèses intérieures, vaut
J'o = cos M COS V + [LMi sin u sin v .
Cela posé, imaginons que les deux mouvements primitifs soient
purement rotatoires, et demandons-nous sous quelles conditions
le mouvement final de B vers C sera aussi rotatoire ? Tel est le
problème à résoudre; la réponse est immédiate.
En effet, par hypothèse, u et v sont des quantités réelles et
l'on veut que r^ en soit une autre. Il faut pour cela, et il suffit,
que (LM)" =- O(').
Autrement dit : si des corps A, B, C . . se rencontrent deux à
deux et qu'on envisage les axes des rotations qui conduisent l'un
d'eux, A par exemple, sur les autres corps B, C,. .., ces axes
L, M, . . . sont aussi concourants.
Cette condition qui est nécessaire pour la rencontre est aussi
suffisante; il importe d'observer qu'elle est absolument indé-
pendante de la grandeur des rotations, laquelle reste complète-
') L'autre moyen de satisfaire la condition susdite, soit sin u sin v = 0,
ne donne rien de contradictoire avec la première hypothèse.
DES CORPS SOLIDES COTES 13
meut arbitraire et ne sera, en conséquence, presque jamais
raentionuée dans la suite. Passons à la formation systématique
des quatres espèces de couronnes.
La Couronne
§ 22. Nous savons que, dans les couronnes des divers ordres,
les axes L, M, N,. . . des rotations conduisant un des corps A
sur tous les autres B, C, D,. . . doivent se rencontrer. L'hypo-
thèse la plus simple consiste à supposer ces axes identiques.
Tous les corps du système s'obtiennent alors en imprimant
une rotation continue à un unique corps : ils forment ce que,
dans le langage usuel, on appelle une courotoie. Je dis qu'entre
trois corps quelconques de la couronne existe une relation
linéaire.
En effet, soient A, B, C ces trois corps, L le bivecteur qui
représente l'axe rotatoire, nous aurons, ic et v représentant des
quantités réelles,
BÂ = cos M + Zr siii M , GA = cos v + L sin v :
de là, par élimination de la lettre L
s'm iiJ^A — sin uC A = sin (v — u) ,
OU encore, après avoir chassé le facteur A, la forme symétrique
aA + bB + cC = . (54)
La signification des coefficients réels a, h, c résulte du précé-
dent calcul; ces coefticients sont proportionnels aux sinus des
demi-angles des rotations qui mènent B sur C, C sur .4, ou
A sur B.
Réciproquement si trois corps A, B, C vérifient une relation
linéaire telle que (54), ces trois corps font partie d'une même
couronne. En effet, en écrivant cette relation sous la forme
résolue
A = bB ~ cC , ou 1 = bBÂ — cCA ;
on en tire
b AB^ + c[AC- = . <55)
14 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
Mais la coiidition {AA)" = 0, ne peut être vérifiée que si
[BC)" = 0; il faut, autrement dit, que deux quelconques des
trois corps soient concourants. Le sens de l'équation (55) se dé-
duit de là; elle signifie que les rotations qui conduisent A
sur B et sur C s'exécutent autour du même axe. C'était là
justement le point à établir.
L'égalité (54) qui existe entre trois corps d'une même cou-
ronne fournit encore une autre définition, évidente d'ailleurs
au point de vue géométrique.
Soit i> le corps orthogonal aux corps A,B,C\ multiplions (54)
par D, ce qui réduit les produits AD, BD, CD k trois vecteurs
L, M, N, et l'égalité elle-même à la forme
nL + bM + cN = ; (56)
elle veut dire que les trois vecteurs forment un faisceau plan.
Donc, la couronne est formée de tous les corps si/métriques
d'un corps fixe par rapport aux droites d'un faisceau pJan{^).
Pour en finir avec la couronne, comptons combien il existe
de couronnes possibles; l'énumération est facile. Car, dans le
corps mobile, l'axe peut occuper ^* positions, et autant dans
l'espace extérieur. Après avoir transporté un des axes sur
l'autre, on dispose encore d'un paramètre arbitraire dont
la variation correspond aux glissements de la couronne le long
de son axe ; il y a donc au total ^ ^ + * + i = c>c» couronnes
possibles.
Le Couronoïde
§ 23. La couronne est un système de ^^' corps concourants
tel que les axes des rotations entraînant l'un sur l'autre deux
quelconques de ces corps ne forment qu'une seule et même
droite. Il est aisé d'obtenir des systèmes de corps concourants,
') Ce faisceau, en Géométrie non-euclidienne hyperbolique, peut affecter
trois formes distinctes. En Géométrie euclidienne, il en a deux, selon
qu'il est composé de trois droites concourantes ou parallèles.
L)E8 CORPS SOLIDES COTES 15
sans qu'il y ait coïneideuce des axes rotatoires; par exemple,
autour de deux axes iv,Ji concourant au point 0, faisons tourner
un même corps, d'un angle quelconque, jusqu'à ce qu'il occupe
les positions B, C. Dans ce cas, les trois corps A, B, C se ren-
contrent bien deux à deux, mais ils n'appartiennent pas à une
couronne et ne sont liés entre eux par aucune équation linéaire
du type (54).
La construction du rouronohle résulte immédiatement de là.
Prenons trois axes coplanaires, qui se rencontrent eu un point 0.
désignons ces axes par les lettres L, M, N. Comme ils font
partie d'un faisceau, ils véritient une équation telle que (56), ou
/L + wM + uN = , (57)
dont la signification géométrique est immédiate. En etiet, si on
multiplie par L et qu'on retienne seulement les parties scalaires,
on a
l + vnLM)' + H LNi' = ,
ou / + ni cos (L/l/i -(- H cos (LA'; = .
Delà, par le procédé usité en Trigonométrie,
/ w n
sin (NM) ~ sin {NLj ~ sin(ZM)
Cela posé, faisons tourner un corps fixe A, de ti'ois angles
arbitraires 2«, 2v, '2w, autour des droites L, M, N, de manière
à transporter ce corps dans les positions B, C, D données par les
relations
BA =■ cos » + Xi sin M , CA = cos v \ M sin v ,
DÀ = cos ic -\~ N sin w .
Entre ces équations et l'équation (57) éliminons L, M, K;
nous obtenons un résultat tel que
aA + bB + cC + clD = , i58)
OÙ les coefficients ont les valeurs suivantes
a = cot u sin ( MNi + cot v sin iNL) + cot >r sin {LM\ ,
b sin» ^= sintMN) , c sin v = sinîiS'^L) , rf sin w = sin(Lilf) ,
16 NOTE SUR LA THÉORIE ANALYTIQUE
relations que la symétrie permettrait d'écrire de bien des ma-
nières différentes.
En résumé, .si l'on fait tourner un corps d'un anfjle quel-
conque autour d'une droite mobile appartenant à un faisceau
plan, ce corps prenit une double infinité de liosiiions, telles
(jue deux quelconques d'entre elles sont concourantes. Entre qua-
tre des corps de celte bisérie, qui prend le nom de courono'/de,
existe une relation linéaire.
Il est clair que, suivant que le centre du faisceau générateur
a été choisi à distance finie ou infinie, tous les corps du couro-
noïde ont un centre commun, ou possèdent en commun un plan
perpendiculaire à la direction dans laquelle le centre s'est
éloigné à l'infini. Cela fait deux variétés de couronoïdes que
M. de Saussure a désignés sous le nom de couronoïdes à centre
et couronoïdes à plan fixe; les deux espèces ont d'ailleurs des
propriétés identiques, et le plus souvent il est inutile de distin-
guer entre elles.
Voici la réciproque de la proposition énoncée ci-dessus.
Si trois corps B, C, D se rencontrent deux à deux[^), les
>^'\cor2)s définis par l'équation.
A = bB + cC + (W , (59)
laquelle implique la condition
b- + c' + rf- + 2bc{BC>' + IbiUBB)' +...=!,
se rencontrent aussi deux à deux et forment un couronoïde.
Ce dernier point est seul à vérifier; il résulte du fait que
l'équation supposée (59), étant éci'ite sous la forme
1 = bBA + cGÂ + dDÀ ,
entraîne la conséquence
= b[AB + c[AC\ + d[AD\ ,
ce qui signifie que les axes [^^l, [AC\. [AD] des trois rotations
') A remurquer qu'une relatiou telle que (59) peut avoir lieu sans que
les corps B, G, D soient concourants; la condition de rencontre doit
donc être expressément mentionnée dans l'énoncé.
DES CORPS SOLIDES COTES 17
qui conduisent A successivemeut sur les trois autres corps for-
ment un faisceau plan. C'est justement la définition du couro-
noïde.
On peut encore imiter, avec le couronoïde, la seconde détini-
tion vue ci-dessus à propos de la couronne. Supposons en eft'et
que dans l'équation (59), les quaternions B, C, D soient rempla-
cés par trois vecteurs concourants deux à deux; il est clair que,
dans ces conditions, A sera un vecteur rencontrant les précé-
dents : pour obtenir ce cas, oti tous les corps du couronoïde
sont figurés par des vecteurs, nous n'avons qu'à rapporter les
trois corps B, C, D h leur orthogonal commun, lequel sera
aussi orthogonal à tous les corps du couronoïde.
Rappelons maintenant que si, avec trois vecteurs L, M, N
concourants deux à deux, nous formons un faisceau de =0- vec-
teurs concourants P, du type symétrique
IL + mM + nN + pP ^ , (60)
il peut se présenter deux cas géométriquement distincts.
En effet, si nous considérons les déterminants
B' = I L\M,'N; ' et D" = I L,"3I,"N," \ (k = 1 , 2 , 3)
formés respectivement avec les parties réelles et les parties
imaginaires des trois vecteurs donnés, le pi'oduit D'D" est
symétrique gauche d'ordre impair, comme il résulte des hypo-
thèses
[LL)" = 2 V] L,'L," = ,
[LM}" = V (i,'M," + L,"Mk') = ,
ou bien Y^ L,'M^" = - V M,'L," ....
Ainsi donc, puisque B'JD" = 0, la bisérie de base L, M, N
donne tantôt D" = 0, tantôt D = (*).
Le premier de ces deux cas est celui où les rayons L, M, N
') Je laisse ici de côté le cas où les conditions D' = et D" —
auraient lieu à la fois : ce cas redonne simplement la construction de
la couronne.
Archives, t. XLI. — .Janvier l'JlG. 2
18 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
concourent en un seul point, le second a lieu quand ces mêmes
rayons sont coplanaires. Et suivant qu'on a Tun ou l'autre, les
rayons Pde la formule (60) sont ceux d'une gerbe ou balayent
un plan fixe. Eu résumé, le couronoïde est le lieu des symétriques
d^un corps fixe par rapport à tous les rayons issus d'un point
ou couchés sur un plan.
Ces deux variétés de couronoïdes correspondent à celles que
j'ai qualifiées plus haut de couronoïdes à centre ou à plan fixe.
§ 24. Les propriétés des couronoïdes sont connues depuis
longtemps ; si je leur consacre le présent paragraphe c'est afin
de montrer avec quelle facilité ces propriétés se déduisent des
notions analytiques ci-dessus.
1° Il est d'abord évident que trois corps B, C, D présentant
un point commun, lequel peut être éventuellement placé à
l'infini, définissent un couronoïde et un seul, ou bien, que deux
couronoïdes qui ont trois corps communs sont identiques, à moins
que ces corps dépjendent linéairement les uns des autî^es ou appar-
tiennent à une même couronne. Tout ceci résulte de l'équa-
tion (5y).
2° En second lieu si un couronoïde contient deux corps B et C,
il contient aussi toute la couronne hB-\-cC qui joint ces corps ;
cette propriété ne suppose pas que les couronoïdes possèdent le
même centre. Limitons-nous, désormais, à ce dernier cas.
3° Je dis alors que deux couronoïdes de même centre ont tou-
jours une couronne commune, tandis que trois couronoïdes de
même centre possèdent., en général, un corps commun et un
seul.
Considérons un corps A et trois axes L, M, N d'une gerbe ;
faisons tourner trois fois le coi-ps A autour du centre de la
gerbe, nous engendrons trois coi'ps concourants F,,, tels que (^)
P, = il,Z + m,M + H,N + p,)A , A; = 1 , 2, 3 ,
') Remarquer que les indices, à l'encontre des notations habituelles,
ne désignent pas ici les composantes d'un même quaternion.
DES CORPS SOLIDES COTÉS 19
formule où les l, m, w, /? sont quatre paramètres réels liés entre
eux par la condition
Un premier courouoïde, de base F^ , P., , F.^, a jiour équation
P = CiP, + C0P2 + c^P-, .
On aura deux nouveaux couronoïdes de même centre
P' = c'P/ + Co'P,/ + c^P^ , et P" - C,"P," + C,,"P;" + c/'Pa" ,
en prenant au lieu des l, m, n, p d'autres valeurs l\. . . p\ ou
?" p", de manière à changer successivement F^ en Ff! et
en P,".
Dans les équations des couronoïdes P, P', P", les paramètres
c sont seuls variables, les autres lettres /,/'./",...//' sont des
constantes données.
Cela posé, les corps communs aux deux couronoïdes Pet P'
doivent vérifier l'équation F = F' \ et celle-ci se partage en
quatre autres équations linéaires obtenues en égalant dans
chaque membre les coefficients des quaternions indépendants
LA, MA, NA, A.lljR de la sorte quatre équations homogè-
nes à satisfaire entre les six inconnues c et c, dont les valeurs
absoluesontenoutreàvérifierla condition quadratique(PP)= 1.
Donc, conformément à l'énoncé, il existe au moins ^^ corps
communs aux deux couronoïdes ; ces corps communs, nous le
savons d'ailleurs, forment une couronne. De plus, il est impos-
sible que P et F possèdent des corps communs en dehors de
cette couronne, à moins qu'ils ne coïncident : c'est la première
propriété démontrée plus haut.
De même, les équations F = F = F" qu'il faut écrire pour
chercher les corps communs à trois couronoïdes se subdivisent
en 8 équations algébriques, comportant 9 inconnues homogènes:
ainsi, par un raisonnement identique au précédent, trois cou-
ronoïdes de même centre possèdent toujours au moins un corps
commun, et en général ils n'en possèdent qu'un seul. Toutefois,
il peut arriver que ces couronoïdes contiennent une même cou-
ronne ; celle-ci constitue alors leur intersection mutuelle com-
plète.
20 NOTE SUR l.A THÉORIE ANALYTIQUE
4° Nous savons qu'on engeudre le couronoïde en faisant
tourner un corps A autour de tous les rayons d'un faisceau
plan. Tout corps appartenant au couronoïde peut être employé
dans cette construction à la place de A. De là résulte une cor-
respondance entre les c<,- corps du couronoïde et les 00° plans
menés par son centre ; étudions la loi de cette correspondance.
A cet effet, prenons les deux vecteurs L, M, associés au corps
A, à angle droit l'un sur l'autre, de manière que non seulement
(LM)" = 0, mais même (LM) = 0; et puisque, de cette façon,
LM est un vecteur, faisons N = LM.
Soient deux corps B, C. appartenant au couronoïde, de sorte
que
BÀ = l'L + m'3I + /(' , et CA = IL + niM + n , (61)
équations oii les coefficients sont assujettis à satisfaire les con-
ditions
r + m- + n- = r- + m'- + n'- = 1 . (62)
Par multiplication les équations (Gl) nous donnent
CB = in + IL -r mM){n' - l'L - m' M) ,
soit, calculs faits, et (/y/') représentant le déterminant Zw' — l'n,
et ainsi des autres,
CB = ilu']L + {mn')31 + (tnDN + II' + mm' + >m' . (63)
Telle est la formule qui fournit le moyen de passer du corps
fixe B, appartenant au couronoïde, à tout autre corps variable
C faisant partie du même couronoïde. Il suffit de reconnaître
que cette formule présente le même type que (61) : c'est bien
ce qui a lieu.
En effet, d'une part, les déterminants (Z>/) vérifient l'identité,
analogue à (62),
Gn'y- + imit'i" -r {inl')'- + i/Z' — mm' + un')'- = 1 ,
et, en second lieU, quand on fait varier /, m, n, en laissant fixes
r, m, n. le vecteur
{ln')L + [mn')M + {ml')N , (64)
DES CORPS SOLIDES COTES 21
engendre un faisceau plan ; il est aisé de s'en assurer. Car tous
ces vecteurs passent au même point, et en attribuant aux para-
mètres l, m, n successivement trois systèmes de valeurs, le dé-
terminant des neuf quantités telles que (In), (ml'), (mn) est
évidemment nul. De la sorte, le vecteur (64) peut être remplacé
par_pP-i- qQ, oh Pet Q sont deux vecteurs concourants; leur
introduction ramène le couronoïde (63) à la forme
(7= ipP + qQ + r)B
complètement analogue à (61).
o" Pour en tinir avec le couronoïde, il ne nous reste plus qu'à
compter le nombre de tous les couronoïdes possibles.
Ces systèmes possèdent un centre qu'il faut fixer à la fois
" 3-1-3
dans le corps mobile et dans l'espace, ce qui se peut de oo
= c»" manières. Le centre étant donné, il faut encore faire
tourner le corps autour de rayons issus du centre et compris
dans un certain plan. Or A, dont le centre est fixe, occupe =>©"*
positions dittérentes, et le plan ©o" positions différentes, d'où
3C" couronoïdes. Mais nous savons que de cette manière le
même couronoïde est engendré à c>o- exemplaires; ainsi, au
total, le nombre de tous les couronoïdes possibles monte à
(A suivre) .
LES
RAYONS CORPl]SCl]LAIRES DU SOLEIL
QUI PENETRENT DANS L'ATMOSPHERE TERRESTRE
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS?
R. RIRKEI.ADîn
Introduction
§ 1. M. le prof. Stôrmer a publié récemment dans le Terres-
trial magnétism (0 de très jolis résultats tirés de sa seconde
série de photographies boréales prises pendant les quelques
semaines qu'il passa au village de Bossekop, qui est devenu si
célèbre depuis l'expédition de Bravais.
M. Stôrmer est le premier a avoir employé dans ce but des
lentilles cinématographiques, et par ce moyen simple et nou-
veau il a obtenu des résultats très importants, plus précis et
plus complets que ceux obtenus par les observations parallac-
tiques directes des aurores boréales ; il lui a été possible, pour
ainsi dire de photographier une aurore boréale aussi facilement
qu'une maison.
L'observatoire du Mont Haldde, que j'ai construit, et dont
M. KrognessC") mon ancien assistant est aujourd'hui directeur,
photographie de cette manière presque chaque fois que cela est
possible, les belles aurores boréales qui se présentent, en conti-
nuant à le faire année après année pendant une période de
') Mars 1915.
- ) Krogness und Vegar, Hôlienbestimmung des Nordlichts. Videnskaps
Selskap ets Skrifter, N'^ 11 Kristiania 1914.
LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL, ETC. 23
taches solaires entières pour en publier les résultats au fur et
à mesure.
M. Stôrraer termine sa publication en se demandant si les
rayons de l'aurore boréale sont produits par des corpuscules
positifs ou négatifs et il croit pouvoir prouver qu'il s'agit de
particules électriques chargées positivement.
Je pense que le raisonnement qui conduit le prof. Stôrmer
à cette conclusion est certainemxister pour que la plus grande
partie des rayons crépusculaires pénètrent profondément dans
notre atmosphère sont faciles à déterminer. ISous croyons au-
jourd'hui que la plupart des rayons, jjendant les grands orages
magnétiques, arrivent et i-etournent à une hauteur d'environ
500 km. de la surface de la terre. C'est d'ailleurs le résultat
auquel je suis arrivé lorsque la projection des rayons s'etiec-
tuait entre mes deux stations de Kaafjord et d'Axeloën, en 1902-
190 5. (Voir A. P., p. 309.) L'énergie des projections crépuscu-
laires de ce geni'e est, comme nous le verrons, absolument pro-
digieuse.
Mais même si la plus grande partie des rayons passent
actuellement à une Inmteur de 5CU km., il y aura quelques
rayons dans la partie inférieure de la projection qui passeront
si près de la terre que l'atmosphère en deviendra lumineuse.
Quelques rayons, en très petit nombre, descendent tout droit
et presque parallèlement aux lignes de force magnétiques; ils
donnent un brillant rideau de lumière polaire et sont ainsi
complètement absorbés par l'atmosphère.
Mais il y a deux autres classes de phénomènes lumineux sur
lesquels je veux spécialement attirer l'attention. M. Kmgness,
qui a maintenant plusieurs années d'expérience comme direc-
teur de l'obsei-vatoire Haldde, a l'impression que chaque fois
qu'il y a un fort orage magnétique, on voit un arc de lumière
32 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
boréal qui traverse le ciel haut dans l'atmosphère, juste eu
dessous du parcours le plus rapproché de la terre que suit en
général le faisceau de rayons cosmiques, le long de la zone
aurorale, tantôt à l'est et tantôt à l'ouest. Je pense que ce
point est bien établi mais mérite d'être examiné de plus
près.
L'autre phénonu'ne lumineux, dont il a été fait mention, sont
les remarquables nuits lumineuses de la région polaire qui ont
attiré l'attention de tant d'observateurs. J'ai observé ce phé-
nomène moi-même plus dune fois. Le ciel, le soir et la nuit,
même après minuit et au milieu de l'hiver peut être merveil-
leusement brillant plusieurs jours de suite. Il est probable que
la radiation ordinaire de la chaleur de la surface de la terre
sera moins forte de nuit sous un ciel brillant de la sorte que
sous un ciel clair ordinaire. Il ne peut être mis en doute que
cette luminosité est due à une luminescence électrique uni-
forme. Le spectroscope montre la raie de lumière polaire
À : 5571 dans tout le ciel.
A mon avis cette luminescence presque permanente est pro-
duite par des rayons attirés magnétiquement dans la direction
de la zone aurorale par le disque permanent de rayons qui
entoure le soleil et dont, en d'autres circonstances, la lumière
zodiacale est la manifestation. Ce phénomène peut donc être
lié intimement à une sorte de lumière zodiacale que l'on voit
directement au nord aux environs du solstice d'été, lumière qui
a été étudiée par Cambell, Fath('), Barnard etNewcomb.
On a observé à l'Observatoire de Like, en juin 1908, que
cette lumière atteignait à minuit 18° au-dessus de l'horizon au
nord. Les observations ont montré qu'avant minuit le maximum
d'intensité se trouvait à quelques degrés à l'ouest et qu'après
minuit le maximum était graduellement déplacé vers l'est.
Newcomb a étudié cette forme de la lumière zodiacale du haut
d'une montagne de 77UU pieds, eu Suisse. Il est arrivé à la
conclusion que cette lumière zodiacale était suffisamment bril-
lante pour être (listinguée à une distance de 35" au nord du
') Fath, The northeni limit of tlie Zodiacal light (P. A. S. F. 1908,
Vol. XX, p 230).
SONT ILS NÉGATIFS OU POSITIFS ? 33
soleil, et il ajoute ce qui suit(') : «la limite de 35' que j'ai fixée
« me paraît néanmoins beaucoup plus précise qu'aucune autre
« limite qui ait pu ou pourra jamais été fixée. »
Il me semble qu'il y a de bonnes raisons pour croire que
cette lumière zodiacale au nord est due au cône bien défini de
rayons électriques solaires attirés vers la zone aurorale par le
magnétisme terrestre. Eu été ce cône est considérablement
plus fort qu'en hiver et sera visible sur la terre de latitudes
beaucoup plus faibles étant donné la position de l'axe de la
terre. Cette hypothèse explique tous les faits observés. Rappe-
lons d'abord la forme de ce cône d'après nos expériences sur la
terrella.
Dans mon livre A. P., p. 299, on trouvera déjà quelques très
bonnes photographies, mais les fig. 200 et 219 donnent la meil-
leure indication ; car sur la première on voit par le côté les
deux cônes attirés vers le pôle nord et le pôle sud et sur la
seconde nous voyons d'en haut le cône de rayons projeté vers
le pôle nord légèrement au couchant de la terre. La dernière
photographie montre qu'un observateur placé à minuit à une
latitude convenable verra le maximum de la lumière à l'ouest,
mais qu'après minuit le maximum sera déplacé à l'est. La
comparaison entre les observations de Fath et celles de New-
comb d'après lesquelles le bord supérieur de la lumière est
mieux délimité que pour la lumière zodiacale ordinaire, est
maintenant facile à comprendre parce que les rayons attirés
magnétiquement forment toujours un cône assez bien défini,
que depuis son poste d'observation il regardait tout le long de
la paj'tie nord de la surface du cône.
Conditions pour l'absorption de la projection corpusculaire
§. 5. Quelles doivent être maintenant les conditions à remplir
pour que si ces nouveaux rayons solaires pénètrent assez pro-
fondément dans l'atmosphère leur énorme énergie y soit trans-
formée en chaleur ?
') Newcomb, Am. observation of the Zodiacal light lo the northofthe
Sun {Aph. Z., 22, p. 209).
Archives, t. ,\LI. — .lanvier l'JKi. 3
34 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL,
Pour l'épondre à cette question nous ne pouvons pas nous
servir des résultats de l'analyse mathématique qui considère la
terre comme un aimant élémentaire, parce que les phénomènes
que nous étudions ont lieu trop près de sa surface. Mais nous
pouvons très bien nous servir des résultats des expériences
de la terrella qui sont très instructives, même dans ce cas.
Il est hors de doute que la hauteur au-dessus de la surface
de la terre à laquelle passe le faisceau de rayons corpusculaii'es,
dépend dans une large mesure de l'intensité du magnétisme
terrestre et par conséquent d'une manière correspondante de
la force magnétique des rayons cathodiques solaires. On trou-
vera A. P., p. 591 à 595 les indicaiions nécessaires sur les
dimensions des anneaux de projection sur la terrella. Ces
anneaux correspondent aux zones aurorales de la terre. Deux
séries d'expériences exécutées avec des rayons cathodiques de
1800 et de 2400 volts nous ont montré en premier lieu que plus
les rayons employés sont forts et plus l'aimantation de la
terrella est faible, plus grands sont les anneaux polaires de
projection. Elles nous ont montré ensuite que plus la terrella
est aimantée, plus la bande de lumière dans l'anneau se rétrécit,
et plus faible devient le nombre des rayons qui sont attirés vers
la terrella dans l'anneau de projection. Il doit certainement
exister une certaine aimantation pour laquelle on aura un
maximum de rayons projetés sur la terrella. Il est intéressant
en conséquence de constater que d'après notre théorie et les
analogies expérimentales une aurore boréale qui se produit à
une faible altitude au-dessus de la terre doit être due à des
rayons plus puissants qu'une aurore boréale qui ne se produit
que dans la zone aurorale ordinaire, et que plus l'aurore boréale
s'étend loin vers les latitudes sud, plus sa largeur sera grande,
et nous pouvons prévoir qu'elle sera visible simultanément au
zénith au-dessus d'une grande étendue de la terre.
Les photographies 2 et 8 de la lig. 218 A. P., p. 593 sont
spécialement dans ce cas d'une grande utilité si on les compare
avec les expérieîlces représentées à la tig. 219. Il semble que
pour des rayons cathodiques de 2400 volts et une intensité ma-
gnétique de 1600 unités C. G. S. Au pôle de la terrella les
anneaux de projection ont un diamètre sphérique moyen de 88'
SOJST-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS ? 35
et une surface trois ou quatre fois plus grau de que les anneaux
de projection pour les mêmes rayons, mais avec 2800 unités
C. G. S. d'intensité polaire.
Si l'on donne à l'intensité polaire une valeur triple de celle
qu'elle avait dans le premier cas, la surface de la zone de pro-
jection annulaire sera 12 à 14 fois plus petite.
Avec des rayons de 2000 volts et une intensité polaire d'en-
viron 4500 unités C. G. S. nous trouvons un anneau de projec-
tion d'un diamètre moyen de 45°, qui correspond exactement à
la zone aurorale sur la terre.
L'épaisseur de la zone sur la terrella est d'environ 2,5'' cor-
respondant à environ 280 km. sur la terre de telle sorte que, si
la force des rayons corpusculaires est uniforme, il n'y aura pas
ordinairement dans la zone aurorale de projections simultanées
de rayons distantes latéralement les unes des autres de plus de
300 km. Mais, comme cela a été dit plus haut, ce n'est pas seu-
lement l'intensité magnétique qui détermine les dimensions des
anneaux de projection, mais aussi la force des rayons.
Pour des rayons corpusculaires nous avons, comme on sait,
VIV
où H est l'intensité du champ magnétique, p le rayon de cour-
bure des rayons, sur la masse d'une particule électrique, e sa
«harge et v sa vitesse. Avec une certaine espèce de rayons, p
sera par exemple visiblement toujours trois fois plus grand pour
une valeur trois fois moindre de H, oli que ce soit dans le champ
magnétique. Mais si le champ magnétique est maintenu cons-
tant, nous pourrons également obtenir une valeur de p trois fois
supérieure, en prenant des rayons trois fois plus forts, lorsque
niv . ,. . , ,
par conséquent - - est trois lois plus grand.
De ces expériences j'ai tiré la conclusion que pour les rayons
corpusculaires solaires qui pénètrent dans la zone aurorale on a:
R.Q = S X 10" (A. P., 595).
Mais j'ai admis que la valeur de Hp n'est pas toujours la même
et peut varier de 1 à 10 millions.
36 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
De ce qui précède, nous voyons que si tous les rayons corpus-
culaires sont assez peu puissants pour que Hp = 10", il n'y
aurait pratiquement aucun rayon corpusculaire solaire qui
serait attiré vers la terre. Mais si au contraire Hp avait tou-
jours la valeur lû^C. G. S., ces rayons pénétreraient dans
l'atmosphère sur une surface environ quinze fois plus grande
qu'ils ne le font dans la zone aurorale actuelle, pour une valeur
de Hp = 3 X 10". Et ce qui est encore plus important, les rayons
pénétreraient réellement tout à fait profond dans l'atmosphère.
Si une fois ou l'autre Hp avait eu la valeur lO'C.G.S. ^ our
les rayons du disque permanent autour du soleil, qui se mani-
feste actuellement comme lumière zodiacale, les conditions de
température sur la terre auraient été absolument différentes
de celles que nous avons aujourd'hui, comme nous allons le voir.
Il y a cependant une catégorie importante d'orages magné-
tiques, qui fait croire à l'existence de rayons corpusculaires
solaires encore beaucoup plus puissants que ceux déjà men-
tionnés. J'ai appelé ces orages les orages « cyclo-médians ».
Il n'y a, dans nos observations de 1902 et 1903, qu'un orage
de ce genre, de telle sorte que cette catégorie de perturbations
n'a pas encore été très bien étudiée, mais il y a beaucoup
d'orages cyclo-médians survenant sur la terre; leur intensité
est parfois très grande, mais pas spécialement dans la région
polaire. Dans le matériel d'observations, de 1902 à 1903, on
n'a choisit que les observations magnétiques enregistrées aux
vingt-sept observatoires qui participent à ce travail, survenues
à des dates auxquelles avait eu lieu quelque grand orage ma-
gnétique; on pourra donc facilement comprendre que les orages
cyclo-médians manquent aux observations de nos quatre sta-
tions polaires.
Il semble que les orages cyclo-médians sont dus à un système
de courants de rayons qui apparaît aux faibles latitudes, à une
hauteur au-dessus de la terre qui est certainement considé-
rable, mais qui est petite cependant, comparée aux dimensions
de la terre elle-même.
Dans nos expériences avec laterrella, j'ai cherché à prouver
la démonstration d'un système semblable au moyen de rayons
cathodiques très forts de 10,000 volts et avec une faible aiman-
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS ? 37
tatioii de la terrella. On trouvera dans A. P., p. 151 et 153,
quelques reproductions photographiques de ces expériences.
Il est intéressant de remarquer que si l'on commence les
expériences avec une aimantation nulle de la terrella et qu'on
l'augmente graduellement jusqu'aux aimantations les plus fortes
qu'on puisse obtenir, la projection des rayons commencera par
se retirer du pôle pour s'amasser des deux côtés de la région
équatoriale, puis disparaîtra autour de l'équateur; les rayons
formeront alors deux zones aurorales se rapprochant finale-
ment du pôle, devenant de plus en plus minces, de telle sorte
que le nombre des rayons frappant la terrella diminue toujours
très rapidement.
Feu M. le prof. Stôrraer a calculé les trajectoires corres-
pondant à ces expériences, en considérant la terre comme
un aimant élémentaire et ses résultats sont mentionnés dans
A. P., p. 151 à 160 II a trouvé que la valeur de Hp doit être
excessivement grande pour les rayons susceptibles de pro-
duire des tourbillons cycloniques comme ceux observés sur la
terre; il a trouvé la valeur de 93 millions. A cette époque, je
n'ai pas attaché de signification physique à cette valeur
énorme de H,o. Ce n'est que plus tard, lorsque j'eus trouvé que
Hp valait 3 millions pour les rayons projetés dans la zoneauro-
rale, que j'eus l'idée que nous avions à faire à des rayons catho-
diques très puissants que j'ai appelés les rayons hélio-catho-
diques; j'ai calculé que la tension électrique négative néces-
saire à la projection de ces rayons était de 600 millions de volts.
D'après cela, il semble que nous pouvons admettre que le
soleil, en diverses circonstances, lors d'éruptions électriques
fréquemment de très courte durée, peut envoyer des rayons
qui atteignent la terre et pour lesquels Hp est compris entre
un et cent millions.
(A suivre).
DES INSTRUMENTS A^X MOLÉCULES
(/)
Albert PERRIEK
Depuis fort longtemps, et à l'heure actuelle avec une par-
ticulière acuité, deux problèmes hantent les cerveaux des
physiciens : la transmission des forces à travers les espaces vides
de matière d'une part, la structure de la matière pondérable
de l'autre.
Le premier est pour l'instant plus particulièrement l'apanage
des physico-mathématiciens; aussi, chargé de renseignement
de la physique expérimentale, le laisserai-je de côté aujourd'hui
pour m'attacher au second qui de beaucoup occupe le plus les
les laboratoires.
Personne n'ignore qu'à l'heure actuelle l'ancienne hypothèse
de la constitution discontinue ou moléculaire de la matière est
entrée dans le domaine des réalités, qu'en d'autres termes
l'existence objective des molécules ne saurait plus être l'objet
d'une contestation sérieuse. Où l'effort des physiciens se con-
centre maintenant, c'est sur la connaissance même de ces
entités les molécules, et de leurs sous-constituants les atomes.
De quelle manière cette profonde énigme est entamée de toutes
parts, comment de l'expérience brute les physiciens arrivent à
tirer des renseignements sur ces infiniment petits, c'est ce dont
je me propose de vous donner une idée pendant les quelques
instants d'attention que l'on veut bien m'accorder. Notre but
') Discours prononcé — à quelques légères modifications près — par
l'auteur lors de son installation comme professeur ordinaire de physique
à l'Université de "Lausanne. Un temps limité à 20 minutes et un
auditoire sans préparation physique ont imposé une forme élémentaire,
intuitive et brève : il a été impossible de s'arrêter à des réserves ou
des développements qui pourraient paraître nécessaires.
DES INSTRUMENTS AIX MOLECULES 39
sera doue de surprendre, si je puis dire, le chercheur sur le fait
et cela en nous aidant de quelques exemples récents.
Les molécules, comme les atomes, sont des individus, des
organismes matériels; un individu, un mécanisme, un éditice
présente des dimensions, des proportions, sa face antérieure peut
ne pas être identique à sa face postérieure, il aura un poids,
une couleur, il peut être doué de mouvements, que sais-je...
autant de propriétés que peuvent posséder nos éléments de
matière et que nous devons déceler.
Le biologiste qui veut étudier le lapin prend dans son
laboratoire un lapin et fait sur lui ses observations et ses
expériences ; le physicien, concluons-nous par analogie, qui
veut étudier la vie et les mœurs des molécules de cuivre va de
même se mettre en tête-à-tête avec une molécule et l'étudier à
loisir... Hélas! il se trouve devant un organisme si minuscule
que ses microscopes les plus puissants ne peuvent pas en
apercevoir des agglomérations de centaines de milles; et il ne
faut pas moins d'un milliard de milliards de molécules de fer
pour bâtir une seule tête d'épingle !
Et cependant cette méthode directe qu'on pourrait qualifier
d'individuelle par opposition à une autre que nous rencontrerons
tout à l'heure, a réellement été appliquée et avec succès. Mais
comment ?
Considérez pour un instant des événements à notre grossière
échelle : un obus est un objet gros comme une tête d'homme et
cependant les incendies multiple qu'il peut allumer sont obser-
vables à bien des kilomètres; en face d'une ville de centaines
de mille âmes, l'homme est bien petit qui peut par le seul jeu
d'un levier lui donner la lumière ou laplonger dans l'obscurité,
par quoi cependant il manifeste au loins son activité individuelle.
Et semblablement, vous demanderez-vous revenant à notre
question d'extrêmement petits, si cette particule intime qu'est
un atome nous est inaccessible par elle-même, ne pouvons-nous
entrevoir au moins des effets de son existence isolée assez
intenses pour impressionner nos sens ou nos instruments et par
là obtenir des éléments d'enquête sur ses mœurs?
L'expérience, entre des mains prodigieusement habiles, s'est
déjà chargée de répondre. Elle a pu par exemple compter —
40 DES INSTRUMENTS AUX MOLECULES
électriquement, car là comme ailleurs les procédés électriques
sont sans cesse sur la brèche — compter, dit-je, le nombre de
projectiles, molécules eux-mêmes, lancés par d'autres molécules
en train d'exploser. Puis elle a réussi à déceler, à photographier
même, le parcours d'un seul atome traversant l'air à la façon
d'un projectile, et celajustement au moyen des effets destructifs
produits sur des molécules rencontrées chemin faisant. Et
l'expérience directe a accompli bien d'autres merveilles encore.
Je regrette de ne pouvoir en citer assez pour faire naître en vous
l'impression dominante qui se dégage de l'étude de tous ces
travaux, celle de l'élégance la plus admirable dans l'ingéniosité
la plus subtile.
Mais toutefois ces qualités ne peuvent racheter complètement
un côté faible: par la nature même des choses, l'observation
de phénomènes si extraordinairement minuscules que ceux
provoqués par un seul ou quelques atomes reste peu sûre, et si
brillante et suggestive soit-elle, cette poursuite directe de l'iu-
finiment petit doit encore se contenter d'approximations parfois
grossières.
Mais y a-t-il d'autres possibilités que l'étude directe des
individus? Oui il y en a, et ces méthodes, dont je vais vous
entretenir maintenant, ont engendré une quantité de travaux
et de travaux féconds beaucoup plus considérable que les
premières.
Le chercheur renonce ici délibérément à saisir sur le fait les
phénomènes intimes de la nature; il accepte résolument son
rôle, normal en somme, d'observateur lointain d'un monde
qui ne s'offre à sa vue que dans son ensemble. Jugez d'ailleurs
de la distance si je vous dis qu'entre la grandeur d'une molécule
de ma main et sa distance à mon œil il y a grossièrement le
même rapport qu'entre la grandeur de l'étoile Sirius et sa
distance à la terre.
Mais en revanche les phénomènes que l'expérimentateur
aura à étudier seront cette fois aussi intenses qu'il lui plaira,
car disposant de blocs de matière à l'échelle de ses organes
ce qui s'y passe est la somme d'un nombre formidable de
phénomènes élémentaires ; ce qu'il observe et mesure ce sont
DES INSTRUMENTS AUX MOLÉCULES 41
ici des dilatations, des changements d'état, de l'électrisatiou,
de la luminosité... Or il doit s'en servir à ses fins, la connaissance
des molécules, et il s'agit donc de relier cela à ceci, le résultat
habituel de la mesure à son origine profonde, la mimique
extérieure de la matière aux réactions en quelque sorte intra-
cérébrales dont elle est la manifestation.
Permettez-moi, pour illustrer le genre de raisonnements qu'il
va faire à cet ettet, de m'aider d'une parabole. J'imagine une
immense armée en train de se rassembler, les soldats portent
un uniforme à l'ancienne, ce ne sont pas de monotones porte-sacs
gris, khakis ou résédas, il sont au contraire tous pourvus sur
un habit franchement bleu, d'un plastron brillamment écarlate,
c'est là une supposition essentielle. Observateurs gigantesques,
nous regardons de très loin cette armée encore dans la période
oii, non organisée, tous les hommes sont réunis en groupes les
plus divers et dans toutes les positions possibles ; nous ne distin-
guons pas les individus, mais d'où que nous soyons, toute la
plaine nous apparaît comme recouverte d'une teinte moyenne
entre le rouge et le bleu, d'une teinte violacée. Soudain un
ordre est transmis, la masse amorphe s'agite, les unités se
forment, en peu d'instants tout le monde est au garde-à-vous,
tous eu particulier regardent dans la même direction. Cette foule
n'a pas varié dans sa composition, ses éléments sont les mêmes,
à peine se sont -ils déplacés, et cependant tout a changé
maintenant pour nous: en nous plaçant en avant, la plaine
donne la note générale de tous les plastrons, elle apparaît rouge ;
observée de l'arrière, au contraire, elle ne peut être que bleue;
et d'ailleurs un seul commandement de demi-tour renverse ces
apparences.
Voilà la parabole et voici l'interprétation : nous admettons
que chaque soldat représente une molécule, leur immense
assemblée un corps tel que nous les connaissons, que l'ordre
du chef soit l'action de quelque agent physique; il pourra se
produire alors que sans autre modification que cette influence,
le corps présente des propriétés non identiques suivant la
direction dans laquelle on observe, que les deux extrémités d'un
barreau métallique, par exemple, agissent différemment. Le
phénomène déterminé et nous laissant guider par le parallèle
42 DES INSTRUMENTS AUX MOLECULES
choisi, nous en tirerons immédiatement deux conclusions: la
première que les molécules, tout comme nos soldats, ont dû
tourner, s'orienter dans une même direction, la seconde que
comme chez eux encore quelque chose différencie leurs faces,
qu'en un mot elles doivent présenter une dissymétrie.
Voilà, n'est-il pas vrai, d'étranges conclusions, admettre par
exemple que dans un rigide morceau de fer des particules
peuvent se retourner dans tous les sens ! C'est cependant ce
que l'on doit admettre aujourd'hui et cela vous montre combien
large est la brèche que nous venons d'ouvrir d'un seul coup
dans le secret qui entoure le monde moléculaire, et d'ouvrir
expérimentalement sans qu'il soit néccessaire de saisir indivi-
duellement ses éléments; bien mieux, cette fois-ci, plus leur
nombre est énorme et plus les observations sont sûres.
Mais je pressens déjà deux questions sur vos lèvres. Quels
sont en premier lieu les agents d'assez d'autorité pour com-
mander de la sorte à la matière dans ses plus secrets éléments?
Ils ne sont point nombreux, on peut même dire qu'il n'y en a
guère que deux dans l'état actuel de la science, car nombre
d'actions qui en semblent indépendantes s'y ramènent enfin de
compte: ces deux agents sont les Jorces électriques et {efforces
magnétiques.
Et puis, en second lieu, quelle peut bien être la nature des
des différences observables ainsi entre les faces d'un même
corps parfaitement homogène? Car bien entendu elles ne
s'habillent pas automatiquement de rouge et de bleu ! Ici je
n'ai que l'embarras du choix, ces dissyniétries seront des charges
électriques positives et négatives, des pôles magnétiques,
diverses propriétés optiques, etc. ; la liste est inépuisablement
variée des phénomènes merveilleux dont les corps peuvent être
le siège, sans que leur apparence ou leur consistance soit
modifiée le moins du monde, simplement parce qu'on aura fait
s'orienter leurs molécules.
Je viens de vous donner par un groupe particulier de faits un
aperçu sur la manière dont le physicien tire de l'observation
immédiate des clartés sur les mécanismes élémentaires; j'ai
schématisé, par suite simplifié beaucoup. Si les demi-tours de
DES INSTRUMENTS AUX MOLÉCULES 43
nos guerriers sont propres à vous donner une image nette des
orientations moléculaires et de leurs effets, ils n'en donnent
cependant qu'une image grossière. En réalité l'armée des
molécules est peu disciplinée, elle n'est en aucune façon de
celles oii le drill est en faveur, et les individualités qui la com-
posent sont par -dessus tout incapables de rester tranquilles,
fiit-ce sous les ordres de champs magnétiques ou électriques.
On a à compter en un mot avec ce que les physiciens nomment
l'agitation thermique qui se mesure de l'extérieur par la
tempé'ature.
C'est là, ou s'en rend compte sans peine, une complication
très grave; mais on a pu constater à ce propos que, comme
toujours, difficulté nouvelle n'a été que stimulant nouveau de
recherche. En fait celle-là a été vaincue en la suscitant par
une des créations les plus géniales des dernières décades du
XIX" siècle.
L'essence de cette création théorique est un élargissement de
l'idée qui nous a conduits jusqu'ici en ce sens que les raisonne-
ments sur les grand nombres et surtout sur les moyennes y
jouent un rôle plus prépondérant encore : assimilons nos éléments
de matière non plus à des soldats identiques mais aux citoyens
d'une nation qui, par ailleurs semblables, ont des activités plus
ou moins diverses et variées; dans son ensembles et pendant
de longues périodes de temps, cette nation suit cependant
certaines lois tixes et obéit plus ou moins à des grands courants,
à des influences générales (économiques, géographiques, etc.)
que les statistiques permettent de dégager ; et en tin de compte
on peut en tirer des caractères de l'individu moyen d'une i-ace.
Eh bien, la physique moléculaire, je devrais dire la phy.sique
tout court, trouve à l'heure actuelle ses fondements les plus
essentiels peut-être dans des méthodes statistiques; et la
marque saillante de ces méthodes est V i}itroduction du calcul
des prohahiUtés. Cette notion de probabilité occupe maintenant
dans les réflexions des physiciens une place plus considérable,
je pense, que dans celle des spécialistes des compagnies
d'assurances. C'est là, notons-le en passant, un fait dont la
portée philosophique ne saurait échapper à personne.
Ce sont elles, ces méthodes statistiques, les véritables in-
44 DES INSTRUMENTS AUX MOLÉCULES
struments qui ont permis la liaison complète, la liaison quanti-
tative entre les phénomènes tels qu'ils se ■ présentent à nos
sens et les phénomènes du monde moléculaire: ce passage
délicat est leur œuvre et les expérimentateurs qui enregistrent
journellement les renseignements les plus inattendus sur la
constitution de la matière sont, dans leur grande majorité,
les héritiers heureux des théoriciens de génie qui les ont créées.
Parmi ces derniers, car ils sont plusieurs, permettez-moi de
citer un seul nom, celui du véritable précurseur cent cinquante
ans avant la lettre, et notre compatriote, le Bâlois Daniel
BernouUi.
Les succès remportés sous l'égide des théories statistiques
ne se comptent plus, il serait vain de vouloir en exposer une
fraction notable ('). On me permettra cependant pour ne pas
vous, laisser une impression trop abstraite de ces considérations
d'en indiquer quelques sanctions expérimentales. A cet ettèt je
choisirai parmi les résultats de travaux que j'ai exécutés seul
ou en collaboration (-).
Partant de l'hypothèse initiale des dissymétries moléculaires,
divers travaux (P. Curie, Weiss) avaient conduit à l'hypothèse
complémentaire de forces orientantes s'exerçant de molécule à
molécule ; une série de mesures magnétiques à très basse tem-
pérature en mettant au jour des anomalies systématiques à une
loi fondamentale conduiront d'abord à généraliser cette hypo-
thèse tout en expliquant simplement ces anomalies de prime
abord incompréhensibles ; conduiront ensuite par un raisonne-
ment théorique simple à en prévoir la disparition par inter-
position de molécules hétérogènes, et l'expérience, d'ailleurs
très délicate et nécessitant des moyens que seul le laboratoire
') Il est intéressant de constater en outre actuellement une réaction
inverse des recherches physiques sur les bases du calcul des probabilités
lui-même; voir à ce sujet les récents travaux de M. Ed. Guillaume
(Archives, 1914 et 1915).
-) Voir Albert Perrier, mémoires divers sur l'hystérèse, les grandeurs
homologues, l'aimantation rémanente, (Archives Se. phys. et nat. 1909
et 1912), aussi série de publications en collaboration avec H. Kamerlingh
Onnes sur le ferro-, le para- et le diamagnétisme aux très basses
températures (Communications from the phys. Lab. of the Universitu
Leyden, 1911, 1912 et 1914).
DES INSTRUMENTS AUX MOLECULES 45
de Leyde pouvait offrir, confirmait cette prévision, donnait
par là en même temps une preuve de l'existence objective de ces
forces mystérieuses et un premier aperçu sur leurs variations
avec les distances moléculaires, et par surcroît un argument
notable pour considérer la molécule d'oxygène comme un édifice
rigide (chose déjà rendue probable par d'autres travaux). Peut-
être l'interprétation de ces résultats devra-t-elle être modifiée
plus tard, mais leur signification ne pourra qu'en être accrue,
car une des interprétations possibles les mettrait en connexion
étroite avec les phénomènes lumineux.
Cependant la variété des mouvements que l'on peut imaginer
de faire exécuter aux molécules n'est limitée que par les possi-
bilités matérielles de réalisation. On peut, par exemple, les
astreindre à des oscillations ou des rotations ininterrompues, et
aussitôt d'autres phénomènes se présentent qui autorisent des
conclusions nouvelles. C'est ainsi que j'ai obtenu de nombreuses
données sur les déperditions d'énergie dans la matière et par
répercussion sur les liaisons entre molécules; qu'indirectement
une loi en a été tirée qui, par son caractère de généralité, a
permis de relier et clarifier considérablement des i-ésultats
antérieurs inexpliqués et, d'un autre côté, d'en faire prévoir
de nouveaux; qu'enfin les mêmes recherches en suggèrent
d'autres à faire sur certains alliages métalliques, dont les
résultats pourraient provoquer des perfectionnements très
notables des instruments de mesure ou des machines dynamo-
électriques.
Je vous l'ai dit, les quelques travaux que je viens d'utiliser pour
donner une sanction de réalité matérielle à des considérations
un peu théoriques ne sont qu'une petite fraction de ceux que
de nombreux chercheurs ont élaborés, guidés par cette seule
hypothèse, et groupés autour d'elle comme preuves de sa
réalité, celle des dissymétries et de l'orientabilité des molécules.
Ne pouvant vous en entretenir, du moins vous ferai-je pressentir
leur profondeur et leur signification pour la philosophie naturelle
en vous disant qu'ils comptent en partie parmi les plus fortes
preuves de la parenté étroite des phénomènes électriques et des
phénomènes lumineux.
46 DES INSTRUMENTS AUX MOLÉCULES
Et tout cela encore n'est qu'un aspect, qu'une seule face du
sujet qui nous occupe; que nous voulions atteindre d'autres
traits de la physionomie des molécules que leurs dissymétries,
d'autres éléments de leur constitution, c'est alors pour chacun
à un domaine entier de physique — non moins intéressant et
non moins riche — que nous devons faire appel, optique,
thei'mique. radioactivité, électrostatique, d'autres encore ; et
toujours nous retrouverions comme liaisons avec les phénomènes
directement accessibles quelque hypothèse très simple, voire
naïve, à la base et ensuite le puissant appui du calcul des
probabilités. Je citerai pour terminer deux exemples choisis
parmi ceux où la collaboration des théories moléculaires avec
l'expérience a été le plus riche en résultats:
Appelons encore une fois à notre aide l'image d'une immense
foule d'êtres humains s'agitant, discutant et criant. Nous,
auditeurs très éloignés, percevons le bruit qui émane de tous
ces individus, nous le percevons très nettement parce qu'il est
intense, mais cependant, seulement comme une rumeur, un
grondement monotone. Que des instruments par contre per-
mettent de mesurer son intensité et de l'analyser, nous serons
alors à même de distinguer d'abord les grands mouvements
d'émotion ou de calme, puis toujours sans voir les individualités,
s'il y a des hommes, des femmes, des enfants, puis encore à
certains sons caractéristiques, quelles langues sont représentées
et peut-être même, si les instruments sont assez parfaits, s'il y
a des dentitions incomplètes dans l'assemblée, et quelles dents
sont le plus fréquemment absentes, que sais-je... Eh bien, sous
cette image, quelques-uns aurons peut-être déjà reconnu les
recherches sur le raisonnement, qui mesurant et analysant la
lumière, ont décelé des choses bien insoupçonnées sur les rela-
tions de molécule à molécule, qui non satisfaites de nous faire
pénétrer la composition chimique des astres, non satisfaites
encore d'y découvrir des substances inconnues sur la terre,
osent prétendre jusqu'à peser les atomes de ces substances
cosmiques... et qui, d'un tout autre côté, sont les collaboratrices
de tous les instants des progrès de l'éclairage industriel.
Enfin le second exemple et le plus récent. En faisant très
simplement passer des rayons de Rœntgen à travers des cris-
DES INSTRUMENTS AUX MOLÉCULSS 47
taux, quelques physiciens contemporains ont rendu si je puis
dire directement visible l'exactitude de l'assimilation de la
structure d'un cristal à l'année de soldats bien alignés que
j'évoquais tout à l'heure, et, en même temps, en faisant taire
un bond énorme à la connaissance théorique et pratique de ces
énigniatiques radiations promettent, il me semble, de résoudre
à bref délai le problème du triage pratique des rayons X. Et
cela signifie eu un mot la faculté non encore atteinte de doser
à coup sûr leur action physiologique et par conséquent
thérapeutique.
Toute science comme tout organisme vivant traverse des
périodes de développement rapide et d'autres de consolidation,
de tassement, de critique, La physique se trouve depuis quel-
ques années dans une période d'énorme développement, la plus
brillante, la plus féconde peut-être qu'elle ait jamais vécue; elle
nous fait assister à une tioraison ininterrompue de découvertes
de faits, en même temps que de créations théoriques dont la
nouveauté ne le cède qu'à la hardiesse. Mais à travers cette
effervescence à première vue désordonnée surtout à regarder
seulement le côté expérimental, il est possible de discerner non
pas seulement des points de contact entre les chercheurs, non
pas seulement quelques idées communes, mais un ou deux
courants généraux bien déhnis, réguliers et puissants, dont
toute recherche modeste ou brillante, isolée ou collective, n'est
qu'un affluent. J'ai tenté, sur le fond de l'expérience et de la
théorie, de mettre en relief un de ces courants. Puissé-je y
avoir réussi.
SUR LA
M-PIIÉi!IDIi Eî ÔliELQlJES-iS DE SES DÉlîlViS
PAR
Frédéric REVERDIN et J. I.OKIETEK
(Première partie)
La première mention de la m-phéuétidine se trouve dans un
mémoire de W. Staedel(^), qui l'a décrite simplement comme
une base volatile et qui l'avait préparée sans doute par réduc-
tion de l'éther éthylique du rc-nitrophénol au moyen de l'étain
et de l'acide chlorhydrique ; il en décrit en effet le chlorostan-
nate et avait également préparé le bromhydrate. La même
année von Baur et W. StsedelC') ont obtenu la dimétliyl-m-
pliénétidine en faisant réagir l'alcool méthylique sur le brom-
hydrate de la base et ont à cette occasion décrit la nitrosodimé-
thyl-m-pliéuétidine. En 1885, Wagner (^) fit une description plus
complète de la m-phénétidine, de quelques-uns de ses sels et aussi
de son dérivé diméthylé préparé par méthylation au moyen de
l'iodure de méthyle.
Enfin le D'" Majert(^) en a breveté les dérivés du glycocoUe.
En résumé la ra-phénétidine a été peu étudiéejusqu'ici et beau-
coup moins que ses isomères ortho et para.
Le fait que la matière première, qui peut servir à sa fabrica-
tion, le m-aminophénol, est devenu un produit technique nous a
engagés à étudier de nouveau la préparation de la m-phénéti-
M Ber. Detitsch. chem. Ges., 1883, t. 16, p. 28.
-) Ibid., p. 32.
■■>) J. f. prakt. Chem., 1885 [2], t. 32. p. 70.
^) Brevet allemand 59121 du 18 décembre 1890. Friedlander, t. 3,
p. 916/918.
SUR LA M-PHÉNÉTIDINE, ETC. 49
dine, à la caractériser par la description de quelques dérivés
nouveaux et à examiner tout spécialement la nitration de son
dérivé acétylé, comme suite aux recherches entreprises par l'un
de nous et ses collaborateurs (^ sur la nitration des dérivés des
amiiiophénols ; nous i-eviendrons sur ce dernier sujet dans un
prochain mémoire.
Préparation de la m-phénétidine.
OC-H-'
Nous avons préparé nous-mêmes la m-phénétidine de la ma-
nière suivante en partant du m-aminophénol :
On a introduit 150 gr. d'acétyl-m-aminophénol en poudre dans
une solution i-enfermant 48 gr. de soude caustique dans 400 ce.
d'alcool éthylique, puis on a effectué la dissolution en agitant et
chautîaut modérément au bain-marie. On a ensuite ajouté peu à
peu, en refroidissant et en remuant, 150 gr. de bromure d'éthyle,
puis on a chauffé, pendant 5 heures environ, dans un ballon muni
d'un réfrigérant ascendant. La solution filtrée à été ensuite
additionnée d'eau, qui précipite l'acétyl-ra-phénétidine. Celle-ci
a été purifiée par cristallisation dans de l'alcool à 60 " ^^ dans
lequel elle se dépose en paillettes brillantes d'un blanc grisâtre,
f à 96-97 °. Rendement 175 gr. soit 97 Vo de la théorie.
Le sulfate d'éthyle peut aussi être employé pour l'éthylation
de l'acétyl-m-aminophénol, mais le prix élevé de ce réactif ne
rend pas ce procédé avantageux.
On a saponifié l'acétyl-m-phénétidine en la chauffant au bain-
raarie avec de l'acide chlorhydrique à 35 ", ,, environ, puis on a
traité par la quantité voulue de lessive de soude la solution du
chlorhydrate et séparé la base libre par décantation. Après avoir
été distillée à la vapeur d'eau et fractionnée à feu nu, elle se
présente sous la forme d'un liquide incolore, bouillant à 248",
') Arch. des Se. phys. et nat., 1904 [4], t. XVIII, p. 434 et années siiiv
Archives, t. XLl. — .laiivicr l'JlO. 4
50 SUR LA M PHÉNÉTIDINE
doué d'une odeui- peu prononcée et brunissant quand il reste
longtemps exposé à l'air et à la lumière.
Le chlorhydrate de m-phénétidine cristallise en petits feuillets
minces et incolores, très solubles dans l'eau et dans la plupart
des dissolvants usuels, mais très peu solubles dans l'étlier et
dans la ligroine.
Le picrate est en aiguilles jaunes, solubles dans l'eau bouil-
lante, diflicileniont solubles dans l'eau froide, facilement solubles
dans l'alcool, l'éther, le benzène et l'acétone, f. à 158°.
0.0712 gr. Subst. ont donné 10 ce. N (21°; 738 mm.)
Soit trouvé : N =^ 15.39 ",0 Calculé pour C'^H'^O'N-" : N = 15.30 '/o
Nous avons en outre préparé les dérivés acylés suivants par les
méthodes habituelles et qu'il nous parait inutile de décrire à
cette place, nous nous contenterons d'indiquer les propriétés
des nouvelles combinaisons obtenues, ainsi que le résultat des
analyses, renvoyant pour les détails à la thèse de Lokietek.
Formyl-m-phénéiidme : C'W\ C=H^ NH. COH.
Combinaison de couleur gris-bleu, f. à 52°, difficilement so-
luble dans l'eau et dans la ligroine, facilement soluble dans
l'alcool l'éther, le benzène et l'acétone.
0.2220 gr. Subst. ont donné 17.5 ce. N (22° ; 739 mm.)
0.1534 » » 0.3(586 gr. CO- ; 0.094 gr. H-0
Soit trouvé : C = 65.53 7o Calculé pour C"H"0-N : C = 65.42 "0
H = 6 . 85 7o » » H = 6 . 72 7o
N= 8.63 7o » » N = 8.48 "o
Benzoyl-m-'phénétidine : C«H\ C=H^ N H C'H^O.
Longues aiguilles blanches (alcool), f. à 103°, peu solubles
dans l'eau, l'alcool, l'éther et la ligroine, facilement solubles
dans l'acétone et dans le benzène.
0.1968 gr. Subst. ont donné 10.5 ce. N (20°; 738 mm.)
Soit trouvé : N = 5 90 "/o Calculé pour C'-'H'-'O-N : N = 5.81 ",0
Toluène-p-suJfonyl-m-phénétidine: C"H\ OC-H'. NH. C'H'O-S-
Petits feuillets brillants, blanc-jaunâtre, f. à 157°, facilement
solubles dans l'eau, dans l'alcool et dans l'acétone, mais diffi-
cilement solubles dans la ligroine. Elle cristallise le mieux de ce
dernier véhicule.
ET QUELQUES-UNS DE SES DÉRIVÉS 51
0.2006 gr. Subst. ont donné 8.9 ce. N (19' ; 740 mm.)
Soit trouvé : N = 4.93 «/o Calculé pour C'^H''NO'S : N = 4.81 »/«
Toluène-o-nitro-psulfonyl-m-phénétidine: C^H^ C'-H^ NH.
Belles aiguilles brillantes, f. à 83", difticilement solubles dans
l'eau, la ligroine et l'éther, très solubles dans l'alcool, dans
l'acétone et dans le benzène, cristallise très bien dans l'acide
acétique.
0.2022 gr. Subst. ont donné 15.25 ce. N (17^ ; 734 mm.)
Soit trouvé : N = 8.41 % Calculé pour C'''H'«0*X-S : N = 8.33 ' o
Ethoxy-l-dinitro-2-4-dipliénylamine-3: C*=H\ OC=H\ NH.
Cristaux jaune orange, fàl51°, facilement solubles dans l'acé-
tone et le benzène, solubles à chaud dans l'alcool, peu solubles
dans l'éther et dans la ligroine.
0.1510 gr. Subst. ont donné 19 5 ce. N (20'; 736 mm.)
0. 1664 » » 0.3374 gr. CO- ; 0.0635 gr. H-'O
Soit trouvé : C = 55.29 «/« Calculé pour C'^H''0-'N : C =55.42 "/o
» H= 4.27 ",0 » » H= 4.32 "/o
N = 14.22 "o » > N = 18.86 »,o
Parmi les déri vésdela m-phénétidine nous avons déjà décrit
récemment la diméthyl-in-plténétidine[^), qui avait été aupara-
vant préparée par von Baur et Sttedel et la diétltyl-m-phénéti-
dinei'-) qui n'avait pas été caractérisée jusqu'à présent.
Enfin nous avons encore préparé quelques matières colorantes
azoïques dérivées de la m-phénétidine. Le colorant obtenu en
copulant le dérivé diazoïque de la m-pJiénétidine avec le ^-naphtoJ
cristallise dans l'acide acétique en belles aiguilles rouges, f. à 107°.
Il est, à l'état de sel de soude, insoluble dans l'eau froide et très
peu soluble dans l'eau chaude :
0.1458 gr. Subst. ont donné 13.4 ce. X '20'; 734 mm.)
Soit trouvé : X = 10.10 " o Calculé pour C'-*H'^0-X- : X = 10.03 "/o
') Arch., 1915, t. XL. p. 15.
-) Ibid., 1915, t. XL, p. 106.
52 SUR LA M-PHENETIDINE, ETC.
La matière colorante obtenue par copulation du diazo de
m-phénétidine avec V acide salicylique teint la laine en jaune clair»
celle de la résorcine en brun rougeâtre, celle de V acide naphtio-
nique en rouge orange et celle de V acide naphthoî-sulfoniqve 1-4
en rouge.
Genève, Laboratoire de chimie organique de l'Université,
septembre 1915.
NOTE SUR UN
ÉCRAN FILTRANT LTNFRA-ROUGE
DEPUIS 8000 U. A.
PAK
Onstave MICHAU» et J. Fidel TRISTAN
Professeurs au Collège do Coslu ISica
(Avec la 1)1. I)
L'écran de Wood, leseul qui soit employé aujourd'hui, croyons-
nous, pour la photographie en lumière infra-rouge, se compose
d'une lame de verre de cobalt de couleur très foncée doublée
soit d'une cellule contenant une solution de bichromate de po-
tasse, soit d'une pellicule de gélatine teinte au méthylorange.
Cet écran, qui donne des résultats satisfaisants quand on ne
désire pas aller au delà de la région spectrale comprise entre
7000 et 9500, ne permet guère de pénétrer beaucoup plus avant
dans l'infra-rouge. Sa transparence, qui n'est nulle part très
grande dans la région que nous venons d'indiquer, décroît ra-
pidement à partir de 8300 U. A. Vers 10000 U. A. il ne laisse
plus guère passer que 50 "/q des radiations admises vers 8300
U. A. D'autre part, l'expérimentateur qui désire opérer uni-
quement dans l'infra-rouge proprement dit, c'est-à-dire dans la
région invisible qui s'étend au delà de 7950 U. A. est souvent
gêné par l'extrême rouge visible que ce filtre admet à partir de
6900. Wood opérait avec les plaques toute sensibilisées qu'on
trouve dans le commerce, (Cramer, Wratten andWainwright).
Ces plaques, très sensibles au rouge extrême, ne le sont à l'infra-
rouge que jusque vers 8000 U. A. L'un des inconvénients que
nous venons d'indiquer était donc sans grande importance pour
le physicien américain, la sensibilité de ces plaques cessant avant
54 NOTE SUR UN ÉCRAN FILTRANT l'iNFRA-ROUGE
que la transparence de son écran eût notablement diminué. Nous
employons exclusivement, depuis quelques années, des plaques
ordinaires que nous sensibilisons au bleu d'alizarine S, et au
nitrate d'argent, d'après la méthode que nous avons décrite
antérieurement.!*) Ces plaques, qui malheureusement ne gardent
leurs propriétés optiques que durant quelques jours, sont sen-
sibles à l'infra-rouge jusque vers 10500 U. A. et leur emploi
nous a bientôt conduits à chercher un succédané de l'écran de
Wood qui nous permît non seulement d'éliminer l'extrême rouge
visible, mais surtout de tirer parti de toute la sensibilité de nos
plaques pour pénétrer le plus avant possible dans la région pho-
tographiquement peu connue des grandes longueurs d'onde.
Nous avons d'abord employé sans succès comme écran une
cellule remplie d'une solution d'iode dans le sulfure de carbone.
La concentration était telle qu'aucun rayon visible n'était admis.
Un paysage ensoleillé, après une exposition d'une heure, ne
laissa aucune trace sur la plaque. Plusieurs tentatives faites
avec de minces plaques d'ébonite employées comme écrans ne
nous donnèrent pas de meilleurs résultats. Coblentz a montré
que le sulfure d'antimoine est transparent pour certaines radia-
tions infra-rouges ; en fondant du sulfure d'antimoine dans un
petit creuset de porcelaine et en le coulant sur une plaque de
verre préalablement chauffée, nous en avons obtenu de petites
lames mince. La plus parfaite fût collée sur l'ouverture d'un
diaphragme de carton noir. Cet écran nous parut aussi opaque
que les deux substances essayées antérieurement pour les radia-
tions infra- rouges susceptibles d'impressionner nos plaques.
Nous nous sommes ensuite adressés aux colorants artificiels et
nous avons cherché parmi les spectres d'absorption publiés par
KennethMeesf), parPfundi'), et par Uhler etWoodi'i, une sub-
stance qui, opaque à toutes les longueurs d'onde plus petites que
7950 U. A. fut transparente pour la totalité ou la majeure partie
de la région comprise entre 7950 et 10500 U. A. Cette « couleur»,
') Arch. des Se. Phys. et Nat. Mars 1915.
-) An Atlas of Absorption Spcctra. Longmans, Green and Co.
•■') Zeit. Wiss. Phot. Août 1913.
^) Atlas of Absorption Spectra. Carnegie Institution.
DEPUIS 800 u. A. 55
qui en solution serait un liquide noirâtre, n'existe probablement
pas. Aucune combinaison de deux couleurs ne paraît non plus
donner le résultat désiré, mais une combinaison de trois couleurs,
à savoir: la chrysoidine, le vert de méthyle et le vert naphtol,
nous permit de prévoir la solution du problème.
La chrysoidine (chlorhydrate de diamidoazobenzène) est une
poudre brune dont la solution varie du jaune au rouge orangé
avec la concentration. Elle absorbe le violet, le bleu et le vert
de 3700 à 5300 U. A. Elle laisse passer l'ultra- violet solaire.
Celui-ci est absorbé par le vert de méthyle, qui absorbe aussi
le jaune, l'orangé et le rouge, que la chrysoidine laisse passer
depuis 5300 U. A. Le vert de méthyle laisse passer le bleu, que
la chrysoidine absorbe. L'opacité du vert de méthyle, du côté
des grandes longueurs d'ondes, cesse vers 7200 U. A. la trans-
parence de la solution pour l'extrême rouge et l'intra-rouge
devenant alors extraordinaire et si l'on examine, au travers
d'une solution de vert de méthyle doublée d'une solution de
chrysoidine, un paysage avec végétation éclairée par les rayons
directs du soleil, on perçoit les mêmes effets fantastiques que
produit, dans ces circonstances, l'écran de Wood: Les feuilles
sont d'un rouge de sang bien que le reste du paysage soit à peu
près normal. Ce contraste bizarre, qui résulte du grand pou-
voir rétlecteur de la chlorophylle pour l'extrême rouge, est
d'ailleurs plus accentué pour l'écran chrysoidine-vert de mé-
thyle que pour l'écran de Wood, car les deux colorants artifi-
ciels superposés sont plus transparents pour l'extrême rouge
que ne l'est le verre de cobalt.
La superposition d'une solution de vert de naphtol à celles
de chrysoidine et de vert de méthyle a pour objet principal la
suppression totale ou partielle de l'extrême rouge visible ou
même du commencement de l'infra-rouge. Selon la concentra-
tion de la solution de vert naphtol on obtient facilement ces
divers résultats, depuis un simple affaiblissement de l'extrême
rouge jusqu'à sa suppression complète et même jusqu'à l'opa-
cité pour les dernières i-adiations infra-rouges qui agissent sur
les plaques sensibilisées au bleu d'alizarine. Le vert naphtol
complète enfin l'opacité de l'écran pour la région spectrale com-
prise entre 3500 et 3900 U. A. région dans laquelle l'opacité du
56 NOTE SUR UN ÉCRAN FILTRANT l'iNFRA-ROUGE
vert de méthyle diminue quelque peu, alors que celle de la
chrysoidine y est ou nulle ou peu accentuée.
Les solutions suivantes, contenues dans des cellules de trois
millimètres de diamètre chacune et superposées, donnent les
meilleurs résultats: Chrysoidine, solution aqueuse à 1 %• Vert
de méthyle, solution aqueuse à 2 pour cent. Vert uaphtol, so-
lution aqueuse variant en concentration de 1";^^ à 2"/oo' selon
que l'on désire éteindre, outre l'extrême rouge, une longueur
plus ou moins considérable de l' infra-rouge. Les trois colorants
ne peuvent être employés à l'état de mélange, dans une même
cellule, le vert naphtol donnant un précipité avec les deux
autres couleurs.
La durée de l'exposition doit être multipliée par un coefficient
qui varie entre 600 et 10000, suivant la concentration de la so-
lution de vert naphtol. Pour une solution faible, une ouverture
de Vs et un paysage éclairé par les rayons directs du soleil, la
durée de l'exposition sera de l'ordre d'un quart d'heure.
Le caractère le plus frappant des radiations comprises entre
8000 et 10500 U. A. nous paraît être l'exti-ême facilité avec la-
quelle elles traversent l'atmosphère sans souffrir de diffusion
appréciable. Lord Rayleigh a montré que la transparence de
l'atmosphère décroît rapidement à mesure que la longueur
d'onde de la lumière diminue, les courtes longueurs d'ondes
soutirant une ditiusion considérable. L'ultra-violet est beau-
coup plus diffusé que le violet, celui-ci plus que le bleu et le bleu
à son tour plus que le vert, le jaune et le rouge. Notre oeil ne
perçoit pas l'ultra-violet et si le ciel nous paraît bleu c'est que,
des deux couleurs visibles les plus diffusées par l'atmosphère,
l'une, le violet, n'impressionne que faiblement notre rétine.
Pendant l'aurore et le crépuscule, alors que les rayons solaires
pénétrent très obliquement dans l'atmosphère et la traversent
ainsi sous une grande épaisseur, l'absorption pratiquée par
l'atmosphère porte non seulement sur la plus grande partie de
l'ultra-violet, du violet, et du bleu mais aussi sur une importante
fraction du vert. La lumière solaire directe qui nous arrive ainsi
filtrée par diffusion est alors relativement enrichie en rayons
jaunes et rouges ; de là la couleur dorée ou même pourprée que
les rayons directs du soleil presque tangents à la surface du
DEPUIS 800 r. A. 57
globe terrestre communiquent aux nuages et aux hautes mon-
tagnes. Le défaut de transparence de l'air pour les petites lon-
gueurs d'ondes est très notable dans les photographies de pay-
sages faites en lumière ultra-violette solaire avec la pellicule
d'argent de Foucault déposée sur une lentille de quartz. Les
lointains disparaissent invariablement. Pour la même raison
une photographie ordinaire donne les lointains bien moins dé-
taillés, bien plus flous qu'on ne les voit, car l'oeil est sensible
surtout au jaune verdâtre alors que la sensibilité de la plaque
ordinaire, très grande dans le violet et le bleu, cesse avec le
vert. On sait que, pour obtenir des détails dans les lointains,
les photographes emploient des plaques orthochromatiques,
c'est-à-dire sensibles non seulement à l'ultra-violet, au violet et
au bleu mais aussi au vert ou même au jaune et à l'orangé, en
même temps qu'un écran jaune qui élimine l'ultra-violet et la plus
grande partie du violet et du bleu. La photographie fig. 1, pi. 1,
faite sur plaque orthochromatique avec un écran jaune peu in-
tense, montre le paysage à peu près comme l'oeil le voit, avec
les premiers plans très nets et les lointains encore indistincts,
car les 8 à 10 kilomètres d'aii' intei-posés entre la chaîne de
montagne et l'objectif, très troubles pour le bleu, sont loins
d'être d'une transparence parfaite pour le vert, le jaune ou
même le rouge. La photographie fig. 2, du même paysage, faite
avec l'écran chrysoidine-vert de méthyle-vert naphtol, semblerait
d'autre part indiquer que, dans la région spectrale que cet écran
nous a permis d'atteindre, toute diffusion ait pratiquement cessé,
car en examinant à la loupe les détails des lointains et en les
comparant à ceux des premiers plans, il n'est guère possible de
percevoir entre eux une différence de netteté. Il est possible
d'ailleurs que, pour des couches d'air d'une épaisseur très su-
périeure à 10 kilomètres, cette différence redevienne appréciable.
Un autre caractère des grandes longueurs d'ondes qui ont
opéré la photographie fig. 2, pi. 1, caractère déjà constaté par
Wood pour les longueurs d'ondes 7000—8000 U. A. et qui nous pa-
raît être plus accentué encore dans la région 8000 — 10500, est la
puissante réflexion de ces longueurs d'ondes par la végétation.
Les prairies, rapprochées ou éloignées, sont si blanches qu'elles
en paraissent couvertes de neige. La réflexion presque totale du
58 NOTE SUR UN ÉCRAN FILTRANT l'iNFRA-ROUGE, ETC.
coraraeuceraent de l'infra-rouge et de l'extrême rouge par la
chlorophylle contraste avec la puissante absorption pratiquée
par la même substance sur le rouge moyen, entre les raies B et
C. Peut-être faut-il voir dans la réflexion des grandes longueurs
d'ondes une disposition destinée à empêcher réchauffement et
la dessication des feuilles. Le résultat de nombreuses photo-
gfaphies de fleurs que nous avons faites en lumière infra-rouge
nous paraît militer en faveur de cette hypothèse: quelle que
soit la couleur des fleurs en lumière visible elles sont invariable-
ment d'un blanc lumineux en lumière infra-rouge.
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
FAITES ArX
FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE
PENDANT LES MOIS DE
juin, juillet et août 1915
(ÉTÉ 1910)
OBSERVATIONS DIVERSES
Juin 1915
Brouillard. — Brouillard pendant une partie de la journée:
les 19 et 23 à Dailly et à PAiguille.
Juillet 1915
Brouillard. — Brouillard pendant une païiie de la journée:
les 18 et 25 à Savataii ; les 9, 17 et 18 à Dailly et à l'Aiguille.
Orage avec grêle : le 13.
Orages : les 8, 10, 17 et 23.
Août 1915
Brouillard. — Brouillard pendant une patiie de la journée :
le 30 à Dailly.
Orage avec grêle : le 2.
Orages : les 10, 13, 22 et 27.
Tremblement de terre : le 25, à 3 h. 12 m. du matin.
60
OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES DE 1915
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AUX FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE
61
MOYENNES DU MOIS DE JUIN i9lo
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704.77
704.31
702.59
9 h. 8.
mm.
705.11
704.49
703. 11
Moyenne
mm.
705 12
704. 57
702.87
7 h. m.
mm.
660 49
659.75
658.02
1 h. 8.
mm.
660.37
659.51
657.74
9 h. 6.
mm.
660.82
659.59
658.00
Moyenne
mm.
660 56
659 62
657.92
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+18. 40
17.44
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Moyenne
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17 85
14.73
Miuim. moyen
+13.7
13.6
11 4
Maxim, moyen
+23.0
23.4
18.8
+14.55
+19.52
+16.55 +16.87
Dailly
+12.9
+21. 7
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+13.41
12. 81
10.68
+17.19
16. 86
13.24
+15.30
14.25
11 00
+15.30
14.64
11.64
+ 11.8
11.6
8.5
+18.7
18.9
15
+12.30 +15.76
+13.52
+13. 86
+10.6
+17.5
Fraction de satnratlon en
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Moyenne
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79
60
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Dailly
9 h. 8.
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Moyenne
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5.9
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8.7
Mois
6.0 6.2 ti.5 6.2
5.9 6.5 6.5 6 3
6.1 7.4 7.1 6.9
62
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1915
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AUX FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE
MOYENNES DU IVIOIS DE JUILLET i9io
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1" décade... +12.63 +15-76 +15 18 +14.52 +11-1 +17.8
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7 h. m. 1 h. 8.
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64
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1915
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AUX FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE
65
MOYENNES DU MOIS D'AOUT 1915
Presitlon atmosphérique.
7 h. m.
mm.
Savatan
1 hTs. 9 h.
Moyenne
mm.
7 h. Œ
mm.
Dailly
1 h. s.
mm.
;t h. 8.
mm.
Moyenne
mm.
1" décade... 706.33 706-06 706-31 706 24 661.03 660.87 661.16 661.02
2°" » .. 704.89 704.36 703.07 704-84 639. 7i) 639-41 639-40 639-30
3"' » . . 703-84 703.74 705.43 705-68 660-60 660- :i9 66(J. 43 660.48
xMois.. 703-70 703.46 703.60 705.39 660.43 66023 660-33 660.34
Température.
1" décade
2"' »
3"« »
7 h. m-
o
+14.12
13.28
12.37
1 h. 8.
o
+19.20
17 84
17.11
Savatan
+16-28
16.04
13.07
Moyenne Minim. moyen Maxim, moyen
+16-33
13- 72
14-92
Mois.. +13-30 +18 02 +1378 +13-70
+12.4
12.2
10.6
+11.7
+21.4
19.4
19.0
+19-9
1" décade - -
2°" »
3"« »
Mois.
+11-94
10-41
10-00
+10-76
+16-67
14-35
14 55
Dailly
+14-31
11 26
11.79
tl4.31
12.01
IMl
+13- 17 +12-43 +12 79
+10 3
9.3
9.1
+ 9.5
+18.2
15.8
16
+16.7
Fraction de saturation en
Sai
/atan
9 h. 8-
69
62
65
Moyenne
66
68
70
I
)ai
iiy
1" décade . . .
2- .>
3"" »
7 h. n
72
83
79
78
7h.m.
. 3.1
4.1
2-9
1. 1 h. s.
38
60
66
7 h- m-
71
96
86
1 h. 8-
54
63
61
9 h. 8. Moyenne
35 60
69 76
67 71
Mois. - .
61
Lavey
1 h. 8. 9h.8-
4-2 4-5
5.3 2.1
4.7 4.7
66 68 85
Nébulosité.
Savatan
Moitnne 7 h. m. 1 h. s. 9 h. 8. lio.KDDf
4.6 5.4 4.6 4.4 4-8
3.9 4.2 5-3 3-0 4.1
4.1 3-0 4 6 4-4 4.0
39
64 69
_ Dailly
1" décade . .
2"» »
3°" »
7 h- m.
4.2
4 8
3.4
, 1 h- 8- 9 h. 8. lloieoDt
5.2 5.3 4.9
52 4-6 4-9
4.4 3 3 3.7
Mois.
- 4
4-8 3.8
4.2
4.2 4.8
3.9 4-3
4.
1
4.9 4 4 4 5
Archives, t. Xl-I. — Janvier IHIO.
COMPTE RENDU DES SEANCES
llK LA
SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE
DE GENEVE
Séance dti 4 novembre 19 J5
Cli.-Eug-. Guye. Unités élecirouiques (U ). — Albert Brun. Les limites
d'exactitude des analyses de silicates compliqués. — J. Bi-iquet. Sur
quelques points delà morphologie florale des Artemisia.
Prol. Ch.-Eug-. (iuYE. — Unités électroniques (U^).
M. le prof. C.-E. Guye e.xpose l'intérôl que peut présenter pour
l'étude toujours plus actuelle des phénomènes intra atomiques
l'emploi d'un .système d'unités en corrélation avec ces phénomè-
nes. La tendance g-énérale d'expliquer les phénomènes physiques,
même purement mécaniques, par les considérations électro-ma-
g-nétiques justifierait, semble-t-il, à elle seule, le choix d'un sys-
tème d'unités dont les unités fondamentales seraient empruntées
au domaine de rélectromaiL^nétisme. En second lieu, en ayant soin
de rattacher les unes aux autres les unités fondamentales par des
relations bien définies, ces unités peuvent présenter entre elles une
corrélation loi^^-ique que ne possèdent pas les unités choisies arbi-
trairement. Cette corrélation entre les diverses unités est alors
susceptible d'amenei- dans l'énoncé des lois et dans l'expression
des g-randeurs mesurées des simplifications de nature à mieux en
faire comprendre le sens intime. 11 va sans dire que l'adoption
d'un nouveau système d'unités ne peut être fait qu'après mûr
examen, mais il n'est peut-être pas inutile d'en aborder dès main-
tenant l'étude.
Unités Jondanientales. — Le système dont M. Guye déve-
loppe les propriétés, est celui dont les trois unités fondamen-
tales seraient : la charge de l'électron e^ ; l'inertie de l'électron
SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE, ETC. 67
aux faibles vitesses m^ ; la vitesse de la lumière dans le vide
^0 (^i' *"^'^ trois grandeurs étant reliées par la formule théorique
dans laquelle a est le rayuii de la splièie sur laquelle est répartie
la charge e^.
Ces trois g-raiideurs sont susceptibles de déterminations lelati-
vement précises ; la valeur de e^ peut être mesurée par la méthode
des g'outtes électrisées (Millikan\ la valeur de m^ se déduit de la
connaissance de e^ et du rapport
-!i = 5.31 X 10' ■
m,,
pour les rayons cathodiques lents; enfin la vitesse de la lumière a
fait l'objet de déterminations nombreuses et précises. Exprimées
en unités CGS les valeurs des trois unités fondamentales sont très
approximativement
e„ = 4.78 X 10-'" U.E. S. w„ = 0.900 X lO"-'' gr.
«0 = 3 X 10'" cm.
Unités dérivées. — Longueui- a^,. L'inertie d'une charge élec-
trique dépend, comme on sait, de la loi de sa répartition ; or, la
répartition sur une surface sphérique est la .seule qui présente une
symétrie complète ; cette considération semble donc justifier le
choix de la formule fondamentale i I" ; l'unité de loui^-ueur s'en
déduit immédiatement
3
a„ = ^ f« = 2.821 X 10-'' cm.
Temps tg — L'unité de lenq)s dérive des unités de longueur et
de vitesse
fo = 9.403 X 10--^ sec.
Force f,,. — L'unité de force peut être indifféremment définie
par le produit île l'inertie unité par l'accélération unité ou comme
laforce cjui s'exercerait dans le vide entre deux chargées unités pla-
cées à rniiité de distance; sa valeur est:
/o = 2.872 X 10'^ dynes .
') Dans un article intitidé Inertie de l'Energie et paru en 1913 dans
le Journal de Pliysique, M. Laiigevin a montré tout l'intérêt qu'il y
aurait à adopter la vitesse de la lumière comme unité de vitesse; l'inertie
et l'énergie d'un corps ayant alors la même expression numérique.
68 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
Cette uiiitc' paraît, à première vue, beaucoup trop grande et l'on
peut se demander s'il ne conviendrait pas d'adopter, dans ce cas,
un sous multiple de l'unité principale; c'est possible. Mais si l'on
réfléchit à la prodigieuse (juantité d'énergie potentielle que l'on
suppose accumulée dans les atomes, on est conduit à admettre que
les forces intra atomiques doivent être considérables pour que les
moindres déplacements de leurs points d'applications libèrent ou
absorbent d'énormes (juantités d'énergie (^).
Enerf/ie w^. — L'unité d'énergie se déduit des unités de force
et de longueur; elle correspond à l'énergie potentielle totale de
l'électron (^-) ; sa valeur en (JGS et :
ît'o = 8.1 X 10~' ergs .
Se réservant de revenir plus longuement sur cette question, M.
Guye se borne à mentionner ces quelques grandeurs principales,
dont le tableau ci-après résume les équivalences en CGS et leur
relation avec les grandeurs fondamentales.
U ailés électroniques (U**)
Unités fondamentales
Charge ^o = 4.78 x 10" '» U.E.S. ;
Inertie Wo = 0.900 x 10"" gr. ;
cm.
Vitesse «„ = 3 X 10'" — .
sec.
Co
/_fo
Unités dérivées
Longueur «« = 2.821 X 10^'' cm. • . . { -^^ ;
Temps to -= 9.403 x 10--* sec. .
Force /; = 2.872 X 10'' dynes . . . ,
Energie «'„ = 8.10 x 10"' ergs . . . rn^Vo- .
') Il suftit de rappeler à ce propos le dégagement d'énergie qui résulte
de la décomposition du radium et le fait que les forces intra atomiques
sont susceptibles de projeter des électrons /S avec une vitesse presque
égale à celle de la lumière et cela dans un temps très court, correspon-
dant vraisemblablement à la durée d'émission du rayon y.
-I Voir Langevin, îoc. cit. L'énergie potentielle totale de l'électron
est la somme de l'énergie potentielle du champ électrostatique et de
l'énergie potentielle due à la pression hypothétique de l'éther (pression
de Poincaré).
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 69
M. Albert Brlx donne quelques indications sur les limites
d'exactitude des analyses de silicates coi/tpliqaés tels que les
laves des volcans.
Il montre que les analyses qui paraissent les meilleures, effec-
tuées, par exemple, par certains laboratoires américains, ne sont
en réalité qu'approximatives.
Il n'existe actuellement aucune analyse quantitative qui donne
avec une approximation de 1 millième le poids des substances qui
composent la roche.
M. Brun cite comme exemple des laves qui contiennent 2 mil-
lièmes de carbone, V2 niillième d'azote, et dont ces laboratoires ne
mentionnent aucune trace, ou même annoncent que ces corps
manquent, malg'ré leur présence incontestable.
Les méthode employées ont été évidemment mauvaises- II
n'existe aucune méthode actuelle qui soit assez précise pour sépa-
rer le fer métallique des basaltes, du fer sulfuré (proto) et du
Protoxyde.
Lorsqu'il y a une petite quantité de fer métallique disséminé,
l'analyse chimique ne peut pas le séparer quantitativement du
Protoxvde de fer. Il s'ensuit que dans beaucoup de roches basalti-
ques, la connaissance du deg-ré d'oxydation du fer, élément si im-
portant, ne comporte qu'une faible précision.
Les méthodes des analyses des silicates compliqués sont actuel-
lement en défaut. M. Brun a pu s'assurer que le dosag-e du car-
bone dans une lave présente des difficultés très g-randes et que
selon la méthode employée, les chiffres dift'èrent énormément.
L'oxydation de la lave par la vapeur d'eau à haute température,
oxydation répétée un certain nombre de fois, paraît le meilleur
moyen pour éliminer de la lave la totalité du carbone, sous forme
de CO et de CO3, que Ton peut mesurer. Ceci est en contradiction
flag-rante avec l'opinion de MM. Day et Shepherd, de l'Institut
Carneg-ie à Washing-ton, qui ont prétendu que les laves (en parti-
culier celle du Kilauea) ne sont pas attaquées par la vapeur d'eau.
Leur assertion est complètement fausse : la vapeur d'eau a une
action très énerg-ique, aussi bien sur le verre que sur les cristaux
déjà formés. Un travail plus étendu, relatif à cette dernière ques-
tion, paraîtra prochainement dans les Arc/iioes.
J. Briquet. — Sur quelques points de la morphologie flo-
rale des Arternisia.
Les bases de la classification des Armoises ont été données par
Besser (^), puis confirmées par Lessing- (^) et A. -P. de Candolle (*),
') Besser in Bull. Soc. nut. de Moscou, 1829, t. I elevée (18°) :
Les truitelles élevées sur fond réfléchissant sont pâles, leur ventre
et leurs flancs présentent un magnifique éclat argenté; sur fond
noir comme à l'obscurité, leurs sœurs sont sombres et leur argen-
ture est nulle.
Comment expliquer cette différence ? La couleur sombre des
poissons est produite par un pigment noir contenu dans des cellu-
les étoilées (mélanophores) à prolongement mobiles qui tantôt
s'étalent et tantôt se rétractent. Dans le premier cas, les cellules
noires forment à la surface du corps de l'animal un écran protec-
teur continu absorbant les rayons lumineux et empêchant leur
action directe sur le milieu interne. Dans le second cas, l'écran
disloqué est criblé de larges espaces transparents qui permettent à
la lumière de traverser l'organisme de part en part et de cette pé-
nétration semble résulter le développement de l'argenture.
La dislocation de l'écran pigmentaire noir et l'arrêt de son déve-
loppement sont dus à une action nerveuse déclanchée par une
excitation de la rétine sous l'influence des rayons lumineux réflé-
chis par le fond. La relation entre l'apparition de l'argenture, la
•) Laloy, Bev. scient., S. 5, T. VIII, 1907.
SÉANCES DE l.A SOCIETE VAUDOISE 77
réduction de l'écran pig-mentaire et la fonction visuelle est très
nette chez les truitelles aveu2;"les; sur fond blanc réfléchissant,
leur ventre comme leur dos et leurs flancs est sombre, l'argenture
fait défaut alors que dans des conditions strictement égales les
individus normaux sont brillamment arg-entés.
Il résulte de ces expériences, suivies pendant plusieurs années,
que chez la truite des lacs, à la première g-énération issue de parents
identiques, l'argenture peut apparaître ou faire défaut et que son
apparition se fait uniquement sous l'influence de la lumière réflé-
chie par le fond sur lequel l'animal a vécu.
En g-énéralisant le phénomène, il est possible de conclure que
l'apparition de l'argenture des poissons résulte de leur adaptation
à la vie pélag-ique et que son existence est avant tout liée à l'action
directe du milieu.
L'utilité de l'argenture envisag-ée au point de vue biochimique
peut se démontrer sans peine, mais nécessite un développement
qui ne trouverait pas de place ici.
Séance du 2 Juin
H. Blanc. Poissons de l'Ogôué-Gabon. — Id. Collection de fourmis de la
Suisse. — Id. Développement embryonnaire et post-embryonnaire de
la truite. — A. Barbey. Biologie du Cerambyx héros Scop. — Paul
Jomiui. Nid de cigognes (ciconia albaj.
M. le prof. H. Bl.\nc présente à la société une importante col-
lection de Poissons de l'Ogôné-Gabon, récoltés de 1909-1914 par
M. Louis Pelot, missionnaire de la Mission protestante française
de Ng"ômo qui les a offerts au Musée zoolog-ique. Ces poissons,
conservés à la formaline, ont été déterminés d'après les travaux
de Boulenger et de Pelleg-rin. La collection de M. Pelot comprentl
299 exemplaires différents d'âge ou de taille qui représentent
55 espèces, 43 g-enres, 21 familles appartenant aux trois sous-
classes des Dipneustes, Téléostéens et Sélaciens.
D'entre ces poissons exotiques, dont la forme est parfois curieuse,
l'auteur a choisi les repi^sentants de quelques familles intéressantes
soit par leur étholog-ie, c'est-à-dire leurs mœurs, soit par leur dis-
tribution géographique.
D'entre les Dipneustes est présenté : Protopterus Dolloi.
espèce voisine du Protopterus annectens qui s'encoconne comme
cette dernière à l'entrée de la saison sèche. Parmi les Téléostéens,
sont citées les familles suivantes : les Elopidae, formes appa-
rentées aux Ganoïdes qui remontent de la mer dans les fleuves.
Les Mormyrides, poissons communs dans les grands bassins
78 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ V^AUDOISE
du Nil, du Cong-o, du Sénég-al, etc.; ils étaient autrefois considé-
rés comme animaux sacrés par les Egyptiens. Ces poissons sont
appelés pseudo-électriques, en raison de leur appareil électrique
qui est moins bien spécialisé que celui des vrais poissons électri-
ques. Ils ont souvent le museau allongé, lecourbé en trompe,
adapté pour la recherche de la nourriture qui doit consister, pour
plusieurs espèces dépourvues de dents, en vers, mollusques, qu'el-
les chassent sous les pierres, dans des trous de la vase. La compa-
raison est faite entre diverses têtes de Mormyres et des becs de
Colibris.
Les Silurides sont amplement représentés dans les tleuves afri-
cains; à citer le Malapterure électrique, l'appareil d'un exem-
plaire de la collection Pelot a été préparé ; il se laisse reconnaîtie
sous la peau des flancs avec son mode d'innervation.
Les Anabanlides sont des poissons qui peuvent vivre trois, qua-
tre jours hors de l'eau; un exemplaire de l'espèce a été préparé
pour démontrer l'existence des cavités respiratoires accessoires qui
permettent à ces animaux de respirer peut-être de l'oxyg-ène de
l'air libre. La famille des Ciclilides est représentée par une tren-
taine de spécimens appartenant aux genres Tilapia. Pelmato-
chroniis et Héinichroinis. Un Tilapia mâle adulte a été préparé
pour faire voir les œufs avalés au moment de la ponte et gardés
par l'animal dans sa cavité bucco-pharyng-ienne jusqu'à l'éclosion.
A propos des soins donnés à la progéniture chez les poissons,
M. Blanc sig-nale l'intéressante série éthologrique qui peut main-
tenant être établie.
Le dernier envoi de M. Pelot reçu en '1914 consistait en une
peau d'un jeune Prisiis (/*. Perrotteli) pris à l'épervier. Ce Séla-
cien a pu être moulé et naturalisé à sec dans de bonnes condi-
tions par le préparateur du musée qui avait à sa disposition les
nombreuses mesures prises par M. Pelot sur l'animal venant
d'être capturé qui mesurait 2 m. 70 de long-.
L'auteur termine sa communication en présentant les hypothèses
qui ont été émises pai- Bouleng'er et d'autres savants sur l'orig-ine
des poissons des eaux douces du continent africain.
La direction du Musée zoolog'ique vaudois réitère l'expression
de sa g-ratitude à M. L. Pelot pour ses précieux envois de poissons
dont la liste paraîtra dans le prochain numéro du Bulletin.
M. H. Blanc présente encore une collection des fourmis de la
Suisse, constituée par M. le D' A. Forel, de 1866-1874; cette col-
lection contient tous les matériaux qui ont servi au savant myr-
mécolog-ue pour écrire sa monographie classique, Les Forniicides
de la Suisse, mémoire couronné par la Société helvétique des
Sciences naturelles en 1873.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE 79
M. le D"" A. Foiel a bien voulu joindre à son don utie collection
des fourmis du canton de Vaud qui ligure dans la division de la
faune vaudoise.
M. Blanc montre enfin un tableau inédit représentant les prin-
cipaux stades da déueloppement embrijonnaire et post-em-
bryonnaire de la traite. Ces stades ont été soigneusement
dessinés et peints d'après des préparations faites au laboratoire
de zouloçjie par M. P. Murisier, assistant.
A. lÎAUBEV, ex[)ert forestier: Bioloyie du Cerantbijx héros
Scop.
Ce Long-icorne. qui est le plus grand représentant de cette
famille dans la faune européenne, est répandu surtout dans les
rég'ioiis méridionales et ne se rencontre que rarement dans le Nord
de l'Euiope. Il attaque presque exclusivement les chênes de gran-
des dimensions, et a l'existence remarquablement long-ue, si on la
compare à celle d'autres insectes indig-ènes.
Le Cerambyœ héros essaime au premier printemps ; après un
vol nocturne, la femelle dépose ses œufs dans les anfractuosités
de l'écorce, recherchant avant tout les parties vulnérables des
anciens chênes déformés, et particulièrement les arbres têtards
qui abondent le long des haies et dans les propriétés rurales du
canton de Genève, de la Savoie et du Gessien. Ce Cérambycitle est
beaucoup moins répandu dans le canton de Vaud, où les arbres
émondés sont moins fréquents, et sa présence dans les futaies de
chênes est très rarement constatée par les forestiers.
La jeune larve qui éclot pendant la belle saison, commence à
fouiller les couches libériennes, laissant derrière elle des couloirs
embrouillés, remplis de détritus lig^neux digérés et coagulés. (Jette
première période de forage dure environ deux ans. A ce moment-
là, la larve, qui mesure environ trois à quatre centimètres de lon-
g"ueur, pénètre dans le bois sain dont les sucs même les plus
riches et les plus abondants ne l'entravent pas. Le long- couloir
qu'elle fore sans aucun plan conçu, mais toujours de section ovale,
monte et descend, présentant parfois des élarg-issements dont on
ne s'explique pas la cause.
Au bout de la quatrième année de l'existence larvaire, le xylo-
phag"e aux mandibules puissantes song-e à sa seconde métamor-
phose qu'il a bien soin d'opérer à l'abri des influences météorolo-
g-iques et des ennemis du dehors. Son instinct admirable lui fait
comprendre que la forme parfaite de l'insecte ailé aux long-ues
mandibules n'aura pas la faculté de se former au plus profond du
système de g-aleries et de g-ag-ner l'e.xtérieur ; il faut donc que la
80 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE ,
niche (le nymphose soit à la fois près de la périphérie et à l'abri
des coups de bec dit pic-bois, comme de l'influence nocive de la
pluie qui coule le long" du tronc. Dans ce but, la larve adulte, qui
a gagné les couches cambiales, pratique dans l'écorce épaisse une
fenêtre de sortie pour le futur insecte ailé, puis, se retournant sur
elle-même, elle commence le forage d'un couloir en forme de cro-
chet ou de point d'interrogation long- de quinze à ving-t-cinq centi-
mètres dont l'entrée remonte lég-èrement et dont l'extrémité est
parallèle aux fibres ligneuses du bois. Lorsque ce berceau est en-
taillé, le Cerambyx, encore à l'état larvaire, se retourne après
avoir g-arni sa cellule d'un duvet lig-neux et après avoir obturé la
partie supérieure de la niche à l'aitle d'une cupule crayeuse, pro-
duit tiré du tube dig'estif. Parfois, cette fermeture pierreuse fait
défaut et est remplacée par un simple tampon de sciure mastiquée
qui maintient une température égale dans ce laboratoire de trans-
formation de l'animal. Au bout de quelques semaines, la nymphe
est formée, et, à la fin de l'hiver, l'insecte est prêt à gag-ner le
dehors avec ses long-ues antennes pressées des deux côtés du corps.
Chose curieuse, sa forme parfaite, qui possède de long'ues mandi-
bules, n'est pas en mesure, à l'instar de sa larve, de pratiquer des
couloirs dans le bois ; c'est tout au plus si l'insecte, avide de
lumière et d'espace, est capable de rejeter au dehors les quelques
débris que la larve a laissés dans sa galerie d'accès à la chambre
de n'vmphose ou encore d'achever l'orifice de sortie ébauché dans
les couches corticales.
On trouve parfois, à la lin de l'hiver, des capricornes du chêne
(|ui attendent les premiers rayons solaires pour gag-ner le dehors,
et ((ui se prélassent dans les élargissements du système larvaire.
Il est à remarquer que la larve seule, privée d'yeux et des sens
de l'odorat et de l'ouïe, opère un travail considérable de forag-e, et
ceci durant ((uatre ans consécutifs, alors que l'insecte ailé dont
l'existence dure quelques semaines à peine ne provoque, pour ainsi
dire, aucune perturbation dans le bois.
Le Cerambyx héros peut habiter pendant une longue suite
d'années dans un chêne, sans nécessairement déterminer un dépé-
ris.sement de l'arbre, mais il faut reconnaître que des dégâts d'un
calibre aussi développé sont la cause d'une molns-value impor-
tante du bois de chêne.
M. Paul JoMiM, professeur, annonce l'existence d'un nid de
cigognes (nconici alba), construit à quatre mètres de hauteur,
sur une verne. dans les marais de l'Orbe, entre le Mauremont et
Chavornav. Le nid peut s'apercevoir facilement de la ligne du che-
min de fer. Il a été commencé le 10 avril 1915, par deux couples
de cig-og-nes faisant partie d'une compagnie de dix individus, évi-
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUD0I8E 81
deinment chassés d'Alsace par la g-uei re. Un seul couple pris pos-
session et acheva la construction du nid, qui est fait de branches
apportées d'une forêt située à un kilomètre. L'intérieur du nid est
capitonné d'herbes sèches. La ponte a eu lieu vers le 20 avril. Le
21 mai, on constata, à terre, sous le nid, des débris d'œufs (pro-
bablement de trois ou quatre). Les parents-cig-og-nes ne craig-nent
pas les vaches qui paissent aux alentours et nourrissent leurs petits
des reptiles batraciens du marais. Les observations et la surveil-
lance du nid sont faites par M. Foretaj, g-endarme, à Chavornay.
Une photog-raphie du nid illustre la communication.
Les dernières nichées de cig-og-nes furent vues, à Avenches, sur
le cig-og-nier, vers 1863.
BIILLKTIN SCIKNTIFIQIE
PHYSIQUE
Prof. Sen. Augusto Kighi. Sul moto dei ioni (ed elettroni) in
un campo elettrico e magnetico e su diversi fen0meni che ne
DIPENDONO. Memoria letta alla R. Ace. délie Scienze deH'Istituto
di Bolog-ua, nella sessione del 28 aprile 1915 ; estratla dalla
série VII, t. Il, 1914-1915, délie Memoiie. Tip. Barberini e
Parmeg'g"iani, Bolo^na.
Dans ce beau Mémoire in-4°de 33 pag-es, illuslré pai' 10 ligures,
le Prol'. Rig'bi défend sa théorie des rayons mag-nétiques, qu'il a
découverts et dont il poursuit l'étude avec la perspicacité qui le
distiniarue. Sa richesse d'imagination, vraiment géniale, lui permet
de combiner et de créer de nouveaux dispositifs pour apporter
<les appuis expérimentaux à chaque point controversé de sa théo-
rie. Ces nouvelles expériences enrichissent la science de faits nou-
veaux et étendent ainsi de plus en plus le champ des recherches
qui constituent la lutte, vraiment noble celle-là, de l'homme pour
arracher à la nature les vérités qu'elle nous cache. Après une
brève introduction historique, l'auteui', dans le chapitre I (Mou-
vement d'une particule é/ectrisée en champs uniformes), traite
et résout des questions de physique mathématique, avec la clarté
et l'élégance qui caractérisent tous ses travaux, même ceux de
cette nature. Le chapitre II (Théorie électronique des forces
électrodynamiques et électromagnétiques) est moins mathéma-
tique et la partie expérimentale contient des expériences très inté-
ressantes avec des dispositifs nouveaux répondant parfaitement à
leur but. Il en est de même du chapitre III (Influence da champ
magnétique sur la distribution du courant) qui est presque
complètement expérimental. Enfin, le chapitre IV et dernier (Sur
la théorie des mouvements magnétiques) entre dans la discus-
sion des plus récentes critiques adressées à sa théorie. Le Prof.
Righi, s'appuyant sur ses constatations expérimentales récentes
et anciennes, et parmi ces dernières sur celles qui ont trait à la
formation de l'anode virtuelle, révélée par les déformations que
subit la colonne "lumineuse, qu'il appelle colonne secondaire,
due à l'agglomération des résidus des doublets constituant les
rayons magnétiques, résidus formés exclusivement de ions posi-
tifs, arrive à la conclusion suivante : Si on ne veut pas admettre
BULLETIN SCIENTIFIQUE 83
l'intervention de la force due au champ mag-nétique et ag-issant
sur des couples neutres électron-ion. on ne peut pas expliquer un
phénomène de g-rande évidence, tel que celui de la propagation
de la lumière cathodique le Iouk' des lignes de force du champ
mag-néticiue, que l'on fait ag-ir sur elle; ainsi que le fait que celte
propagation s'accentue lorsqu'on aug"mente (au moins jusqu'à
une certaine limite) l'intensité du champ. Cette conclusion montre
l'importance théorique du sujet traité dans ce Mémoire.
Th. T.
CHIMIE
O. Baudisch et R. Fïibst. — Sur le m-nitroso-anisol (Ber. d. D.
clietn. Ges., t. 48 (1915), p. 1665-1670; Chemisches Institut
der Universitàt Zurich).
Les auteurs ont préparé le sel irai/ii/ionium de la in-mélhojcy-
ni/roso-p/téni//hi/(h'oxylannne. composé U'ëss.\HÏAe, \. à 135°, en
faisant léagir le sulfure d'ammonium sur le m-nitro-anisol .
extrayant à l'éther et introduisant dans cet extrait, séché sur du
sulfate de Na. un courant de NH*, puis du nitrite d'amyle fraî-
chement distillé ; il se forme une bouillie blanche et cristalline du
sel d'ammonium ci-dessus avec un rendement de Do " ^. Ce sel est
très soluble ; traité à froid par du brome il fournit le in-niéthoxy-
niirosobenzène CH^O . C*H* . NO. Ce nouveau composé se colore
à 40° en vert, puis il f. à 48°, à 80° il devient brun. Il donne avec
une solution alcoolique d'o-p-dinilrotoluéne en présence de lessive
de soude une jolie combinaison roug"e et avec l'iodéthylate de qui-
naldine en présence d'une trace de soude, une coloration violet
foncé. La m-inétho.ry-nifrosopfiénylhydroxijlaniine libre est en
aig-uilles jaune pâle, f. à 77° en un liquide jaune. Ses sels com-
plexes de Fe et de Cu correspondent aux formides :
(C'H'O'N-i y et .C'H'O^N-) ^
MESURES DU GOURANT ELECTRIQUE
PASSANT DE L'ATMOSPHÈRE A LA TERRE
faites chaque jour à Altdorf et à Fribourg, entre 1 Ji. 30 et 2 h. du soir
DÉCEMBRE 1915
w
Altdorf
Fribourg
08
Temps
Q
/. 1 P. 0.
Cour'
'.
P. G.
Cour*
1
217
69
50
115
77
30
A la pluie à Fribourg. i
2
129
96
41
342
19
22
Pluie à Fribourg. |
3
—
7
—
—
-115
—
»
4
137
83 à -92
—
488
-40 à -400
—
»
6
222
96
71
339
135
153
Assez beau.
6
954
56
178
310
143
148
Fœhn à Altdf.
7
485
60
97
192
252
160
Assez beau.
8
175
-22
-13
604
74
107
Pluie.
9
150
117
58
354
111
182
Assez beau.
10
197
30
20
559
98
208
Couvert.
11
000
42
84
384
à 650
—
Pluie Fbg, fœhn Altdf. 1
12
310
125
129
283
281
265
Couvert.
13
207
109
75
156
153
80
»
14
205
76
52
93
191
59
Beau, froid.
15
235
61
48
159
481
254
» i>
16
138
109
50
70
573
134
Brouillard à Altdorf.
17
560
41
73
49
> 660
—
Fœhn à Altdorf.
18
155
90
46
■12
-280
39
Brumeux à Fribourg.
19
162
44
24
203
191
129
Brouillard à Altdorf. i
20
204
28
19
185
156
96
Neige à Altdorf.
21
267
76
68
282
149
139
Assez beau.
22
130
63
27
405
102
138
Couvert.
23
119
130
52
242
120 à -67
—
Pluie à Fribourg.
24
154
143
73
537
76
135
» faible.
25
664
74
164
—
—
—
Fœhn Altdorf.
26
210
108
76
506
120 à -325
—
Pluie faible. |
27
197
143
94
306
218
222
Couvert. j
28
94
103
32
366
118
144
»
29
110
104
38
167
252
140
»
80
177
78
46
309
185
189
A la pluie à Fribourg.
31
204
50
34
t
189
250 à 120
"
Brouillard »
Abréviations
X = conductibilité par ions négatifs et positifs en unités électrostatiques X 10*
P. G. = gradient du potentiel en volts par mètre, réduit sur terrain plat
Courant vertical, en unités électrostatiques X 10*
85
OBSERVATIONS METEOHOLOGTOUES
L'OBSERVATOÏRE DE GENÈVE
PKNDANT I.K. MOIS
DE DECEMBRE 1915
Le 1, pluie de 7 h. h 8 h. du matin et de 8 li. 3() k 'J li. 20 du soir.
2, pluie de 7 h. 4() du matin k 1 h., de 7 h. k 9 h. du soir et dans la nuit : fort
vent k 7 h. du matin et k 10 h. du soir.
:1. pluie pendant une grande partie de la journée.
4. petite pluie le matin : arc-en-ciel k 1 li. du soir.
6, pluie de 6 h. b 10 h. du soir et dans la nuit.
7, pluie de 6 h. 25 à 7 h. du soir et dans la nuit.
8. petite pluie le matin et dans la nuit.
9. pluie à 7 h. du matin, k 4 h. du soir et dans la nuit.
10, pluie pendant une grande partie de la journée.
11, pluie de 12 h. 10 k 5 h. du soir: fort vent k 1 h. du soir.
12, pluie de 11 h. 30 du matin k 3 h. 40 du soir: oratie h 4 li. 2r) : forr vent de
4 h. k ô h. du soir.
13, forte bise pendant toute la journée.
14, forte bise jusqu'k 4 h. du soir.
Les 14, Iti et 17, gelée blanche le matin.
Le 19, gelée blanche le malin ; très forte bise depuis 9 li. du soii'.
20, forte bise toute la journée : neige sur le Salève.
21, neige dans la nuit, hauteur 1 cm.
22, pluie de 7 h. ;i lO li. du matin.
23, pluie de 12 h. k 1 h. du soir et dans la nuit.
24, pluie de 7 h. k 10 h. du matin, de 4 h. k 7 h. du soir et dans la nnii.
25, pluie de 11 h. du matin k 6 h. du soir et dans la nuit.
26, petite pluie dans la matinée.
28, gelée blanche le matin.
3U, brouillard enveloppant jusqu'k lO h. du matin : petite pluie dans la soirée.
31, brouillard enveloppant jusqu'k 8 h. du soir; pluie dans la nuit.
Haatear totnl« île la neige: 1 ein. tombé en nn Jonr.
Archives, t. Kh. — .lanvier 1910.
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88
MOYENNES DE GENÈVE — DÉCEMBRE 1915
Correction pour réduire la pressloii atinospliéritiue de Geueve A la
pesanteur iiorniale : | O^- — ('elte correctiou n'est pas appliquée dans
les tableaux.
1 h. III.
Pression atiuospliërl<iue : 700"
4 II. 111. 1 h. m. lu h lu. 1 h. s. 4 li. «.
1"
(léc
23 o2
23 43
23 73
2471
2"
»
2.i5o
23 11
2494
23 38
3«
»
24.93
2492
24-89
25 20
2394
2480
24 44
23.77
24 99
2462
2392
2398
2540
24. 18
2606
23.51
Mois "24 68 24.0U 2433 25 10 24 39 24-47 25-13 25 26
Moyennes
23-90
23-35
2500
24.76
Touipératiire.
o ooooooo
110-16 11145 HO 83 +1158 4-13 88 H3-10 fll-^2 +1126
149 1-63 1-27 296 3-86 3 09 1-70 0-67
4.37 3.83 3-72 4 88 6-59 6-43 363 5-03
+11-75
208
507
Mois + 5 31 + 5 58 + 5.23 + 6.42 + 8-06 + 7-50 + 634 + 5-64 + 626
Moi>
84
Fraction d« satnratioii en "/o.
l-
.l«.:a,le 81
74
76
76
67
69
78
80
75
•2 e
88
86
86
74
71
74
80
84
81
S"
83
87
88
83
78
79
82
83
83
83
84
79
72
Dans ce mois l'air a élé calme 59 fois sur 1000
Le rap(iiiri des venis
N.XK
72
93"
= 0-77
74
80
82
80
Moyeanes des 3 observations
(7h, Ih, 9-)
Pression aiinospliérique 24. To
Xébiilcisité 7.2
l 'J:_;_±_^..-- +6-.H8
Tenipératiire <,
' 4
Fiaciioi) (le saturation 79 "/o
Valeurs uoriuaies du niuib puur les
élémeuts météorolog'iqaes, d'après
Plantanionr :
l'ress. atniosphér.. il83t) lS75i
Xéliulosité (1847-1875).
Hauteur de pluie. . tI82d-1875|.
Nombre de jours de pluie, (id.).
'J'empératiire moyenne . . . (id.). -f- 0".8()
Fraoïion de saturât. (1849-1875). 8(5 "/o
27.96
8.3
51.0
o
89
Observations météorologiques faites dans le canton de Genève
Résultats des observations pluviométriques
Station
CËLIGNT
COLLEX
ClllIBtSV
84.0
CUniLlINR
SATIGHT
ATHBMAZ
ClIII'MéllES
Hauteur d'eau
en mm.
99.8
81.9
79.6
91.0
93.7
63.0
Station
TBTRIEK
OBSERVATOIRE
COLOQNY
FUI-LINGE
JU8SY
II8KHIX(.I
Hauteui- d'eau
en mui.
60.5
64.4
63.2
60.9
62.5
78.4
lu:^uIatiu^ à Jussy : ? h.
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOUIQUES
FAITES AU
G H A N D S A l N T - B E n N A R D
PKNDANT LE MOIS
DE DECEMBRE 1915
Les 1, 2, 3, 4. 6, 8, 1!, 12. 13, 16, 17, 18, 2U, 21, 22, 23. 24, 25 et 26. ueige.
1, 6, 11, 18, 20, 22 et 30, brouillard.
6, 15, 16, 17 et 18, vent très fort.
13, 20, 21, 22 et 26, très forte bise.
Le 10, pluie.
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92
MOYENNES DU GRAND SAINT-BERNARD — DÉCENBRE 1915
Correotluu pour réduire la pression atuiosphérique du Orand Saiiit-
Bernaril A la pesantenr normale : — n"'"'-22. — (Vtle cdrrpolion nVsf pas
appliquée clans les tableaux.
Pression ntinospliérlqne ; 500""" -\- Fraction de satnratlon en ^o
7 11. m. 1 11. 8. 9 11. 8. Moyenne 7 h. m. 1 h. s. !' li. s. Moyenne
1" décade 63. 29 63.62 64. 14 63.68
2' » 6052 61)35 6070 60 52
■^' » 61.22 6M6 62.05 6148
Moi s
6166 61. 69 62.29 61. J
94 88 94 92
81 82 84 83
84 83 80 82
86 84
86
85
Teinp
ératnre.
Moyenne.
7 II. II.
1 il. H.
!t h. »
7 -f- 1 + S> 7+1+2x9
3 4
O
o
o o
1"
ilé(;a(le
- 2. 03
+
0.32
- 1.31
- 1.01 - 1.08
2'
»
— 8. 15
—
7.34
- 8.60
- 8.03 - 8. 17
:V
»
— 6. 61
—
4. 57
— 6.09
- 5.76 — 5.84
Moi»
5.63
3.89
- 5. 36
4.96
5. 06
Dans ce mois l'air a été calme 290 '"ois sur 1000
NE 52
Le rapport des vents
.«iW
76
68.
Pluie et neige dans le Val d'Entremout.
station
Martigrny-Ville
Oi'sières
Boiirg-St-Pierie
St-Beniard
pjau en millimètres
Neii;e en centimètres.. . .
116.6
7
60.1
5
86.0
29
193.1
255
NOTE SUR LA THÉORIE ANALYTIQUE
CORPS SOLIDES COTÉS
PAR
C. CAILI.EK
(SuUe et fin V
Les Sté-éocouronnes des deux espèces
§ 25. Nous avons vu comment, en faisant tourner, d'uu angle
quelconque, un corps autour d'un axe fixe, ou engendre la
couronne, et comment, eu faisant tourner ce même solide autour
des droites d'un faisceau plan, on engendre le ro?/rowoiV^, c'est-
à-dire un système linéaire tel qu'entre quatre des corps qu'il
contient règne l'équation homogène (58 >. Si ou prétend cons-
truire un ensemble de quatre corps, concourants deux à deux,
qui soient linéairement indépendants, il faut, c'est le seul
moyen, soumettre un de ces corps à trois rotations arbitraires
autour d'axes qui se rencontrent deux à deux sans former un
faisceau plan. Or trois axes de cette espèce ne peuvent pré-
senter que deux dispositions : tantôt ces axes se rencontrent
en un seul point, sans être dans un plan, tantôt ils appar-
tiennent à un même plan, sans être concourants.
Dans le premier cas les quatre corps ont un point commun ;
il n'eu ont pas dans le second. Ce dernier cas présente une dis-
position plus compliquée ; trois corps du système ont bien un
point commun, mais celui-ci varie suivant le corps exclu, et
peut d'ailleurs se trouver transporté à l'iiitini.
') Voir Archives, t. XL, p. 361 et 457; t. XLI, p. 5.
Archives, t. XLI. — Février litlC. 7
94 NOTE SUR LA THÉORIE ANALYTIQUE
Généralisons la dite construction afin d'engendrer des triséries
de corps, deux à deux concourants, de telle manière que quatre
corps empruntés à une semblable trisérie soient, en général,
linéairement indépendants. Suivant qu'on prend pour base de
la construction une gerbe, ou un ensemble de droites copla-
naii'es, on est conduit à deux types dilîérents de ^téréocou-
ronnes.
l" Faisons pirouetter un corps autour d'un centre, les posi-
tions de ce corps forment la stéréocouronne à centre. Le centre
peut aussi s'éloigner à l'infini, alors les axes de rotation forment
l'ensemble des parallèles à une direction donnée, c'est autour
de ces droites que le corps devra tourner pour engendrer la
stéréocouronne.
2" Si on fait tourner, d'un angle quelconque, un corps A
autour de toutes les droites d'un plan, les positions du corps
mobile définissent encore une trisérie qui est la stéréocouronne
à plan.
Comme le corps A peut être choisi à volonté dans la stéréo-
couronne même, ce procédé général de construction redonne,
quand on change le dit corps, =«^ fois la dite stérécouronne.
D'ailleurs par trois corps concouraiitsquelconques passent deux
stéréocouronnes, l'une à centre, l'autre à plan : si J., B, 6^ sont
ces corps, le centre de la première est leur point commun, le
plan des axes de rotation menante, sur 5 et A sur Cest le plan
de la seconde stéréocouronne. quand on l'engendre par le moyen
du solide A.
Si, se limitant à ce dernier cas, on considère 4 corps .4, B, C, D
de la stéréocouronne à plan, on constate facilement que les axes
des 6 rotations de l'un de ces corps vers un autre quelconque
forment un tétraèdre.
Je dis maintenant qu'entre 5 corps appartenant à une stéréo-
couronne, de l'un ou l'autre type, existe toujours une relation
linéaire, comme
aA -\- hB + cC + dD + eE = Q . l65)
En eflfet, si on désigne par L, M, N, P les axes des rotations
DES CORPS SOLIDES COTES 95
menant A successivement sur les 4 autres corps, on a 4 formules
analogues à la suivante
BA = cosM + L sin u ; (66)
or L, M, N, P sont des droites deux à deux concourantes, c'est-
à-dire qui vérifient une équation linéaire homogène, telle que
IL + mM + nN + pP -= . (67)
L'élimination des 4 lettres L, M, N, F entre les 5 formules
(66) et (67) donne le résultat ; il est conforme à (65).
Eu outre, et par un raisonnement employé deux fois déjà, la
réciproque est vraie : si 4 corps linéairement indépendants
B, C, D, E se rencontrent deux à deux, la J or mule générale, aux
coefficients ai •& itraires ,
A = hB ^- cG -\- dB ^ eE (68)
représente une stéréocowonne qui peut être de l'une ou l'autre
espèce.
Passons à l'examen sommaire des propriétés des stéréocou-
ronnes.
§ 26. 1° Deux stéréocouronnes qui ont 4 corps communs coïnci-
dent lorsque ces corps sont linéairement indépendants. Ceci est
identique à la réciproque indiquée tout à l'heure.
2" *S'i une stéréocouronne passe par troix ou par deux corps, elle
contient le couronoïde, ou la couronne, unissant les trois ou les deux
corps. Evident, puisque les formules hB — cC, l)B-\-cC-t-dD
sont contenues dans (68).
3° Dans une stéréocouronne à plan, les corps qui possèdent un
point commun forment un couronoide. Car, d'un côté, le couro-
noïde formé avec trois de ces corps appartient à la stéréocou-
ronne; en second lieu tous les corps de ce couronoïde possè-
dent le même point commun ; et euhn la stéréocouronne ne
pourrait contenir un corps étranger au couronoïde et possédant
le même centre, à moins d'être elle-même à centre, ce qui est
contraire à l'hypothèse.
96 NOTE SUR LA THÉORIE ANALYTIQUE
A cette occasion il faut remarquer que les centres des couro-
iioïdes compris dans une stéréocouroiiue de seconde espèce
occupent toutes les positions possibles de l'espace. Pour le
montrer employons le raisonnement synthétique, plus commode
ici, que les considérations analytiques.
Soient A le corps générateur. P le plan autour des droites
duquel A est appelé à tourner. Désignons par le point qui doit
jouer le rôle de centre d'un couronoïde compris dans la stéréo-
couronne donnée. Par le point menons trois plans qui recou-
pent P suivant les droites L, L', L" \ prenons les symétriques
de ces plans par rapport au plan fixe P, et désignons par 0' le
point du corps A où ces symétriques viennent se rencontrer. Il
est clair que trois rotations autour des droites L, L\ L" et
d'angles convenables, amèneront en le point 0' du corps A ; les
trois positions tinales P, C, D appartiennent à la stéréocou-
ronne, tout en ayant un centre commun fixé à volonté.
4° Etant donnée une stéréocouronne aA -^ bB -\- c'C'-f dD,
de l'une ou l'autre espèce, cette stéréocouronne contient toujours
oo2 corps qui rencontrent un corps P arbitraire, et ces corps
forment un couronoïde. De même, il existe dans la stéréocou-
ronne ^^ corps, formant une couronne, concourants avec deux
corps Pet Q ; et enfin il y a un corps unique de la stéréocou-
ronne rencontrant trois corps P, Q, R choisis à volonté.
Cette propriété résulte immédiatement du fait que la condition
de rencontre contient linéairement les coordonnées a, h, c. cl
d'un corps de la stéréocouronne; elle s'écrit en effet sous la
forme
[aA + bB ^ cC -^ fW, P)"
= a{AP)" + b{BP)" + ciCP)" + (HDP)" = .
11 est clair aussi que si P, Q, R rencontrent un corps de la
stéréocouronne, ce même corps rencontrera aussi tous ceux de
la monosérie linéaire engendrée par F, Q, R : que si P, Q, R
sont concourants deux à deux et engendrent un couronoïde, tous
les corps du couronoïde et de la stéréocouronne seront, deux à
deux, concourants. Et ainsi de suite.
5" Les stéréocourounes des deux espèces ont. en Géométrie
DES CORPS SOLIDES COTÉS 97
réglée, leurs analogues dans les systèmes de droites deux à deux
concourantes, systèmes qui présentent soit le type de la gerbe,
soit celui de droites recouvrant un plan tixe. Il est évident que
deux de ces systèmes de droites possèdent, en général, un rayon
commun, ou aucun, selon qu'ils sont de même espèce ou d'espèce
différente.
Dans la Géométrie des corps nous rencontrons une propriété
précisément inverse: deux stéréocouronnes de même espèce n'ont
pas, en général, de corps cmnmun, tandis que deux stéréocouron-
nes d'espèce contraire ont, en général, un seul corps commun.
Soit une stéréocouronne, obtenue en faisant tourner un corps
A autour du centre 0, et une autre stéréocouronne engendrée
par un corps B tournant autour des droites d'un certain plan P.
Nommons 0' le point qui, dans B, occupe la position homologue
de dans A\ joignons 00\ et par le milieu de cette droite
menons un plan perpendiculaire à 00' , lequel vienne rencontrer
le plan tixe P suivant la droite L. Il est clair qu'il existe une
rotation autour de L, telle qu'en exécutant cette rotation, le
point 0' du corps B vienne se placer sur son homologue 0; la
position de B, après la rotation, appartient à la fois aux deux
stéréocouronnes. C'est d'ailleurs le seul corps commun, comme
il est évident.
Le cas où la droite 00' serait à angle droit sur le plan P ne
constitue pas une exception à la propriété précédente; la droite
L est transportée à l'intini, la rotation dont elle est l'axe
se change simplement en une translation perpendiculaire au
plan P.
La seule exception véritable se présente lorsque 00' est non
seulement perpendiculaire sur P, mais que le milieu de cette
droite est contenu dans le plan. Dans ce cas, il existe oc'^ rota-
tions menant 0' sur son homologue, et par suite, les deux sté-
réocouronnes ont pour intersection un certain couronoïde de
centre ().
Soient, en second lieu, deux stéréocouronnes de la première
espèce, engendrées l'une par la rotation du corps A autour du
centre 0, l'autre par la rotation du corps B autour du centre O' .
98 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
Marquons dans le second corps l'honnologue Q du point 0:
pour que les deux stéréocouronnes présentent un corps commun,
il faut évidemment que les distances 00' et O'il soient égales.
Cette condition n'est pas toujours réalisée, donc les deux stéréo-
couronnes n'ont pas en général de corps commun; si elle a lieu,
non seulement il existe un corps commun, mais encore toute
une couronne, obtenue en faisant tourner ce corps autour de
l'axe ÔÔ'.
Prenons en dernier lieu deux stéréocouronnes à plans fixes :
le résultat est conforme au précédent. Pour le montrer, par-
tons d'un lemme préliminaire.
Une stéréocouronne à plan étant définie par un corps A et
un plan P, je dis qu'en choisissant convenablement le corps A
dans la stéréocouronne, on peut donner à F une position quel-
conque dans l'espace.
En effet, on sait que la stéréocouronne contient une infinité
de couronoïdes, et que parmi ceux-ci, il en est dont le centre
est placé à volonté dans l'espace. D'autre part, le centre étant
donné, il est possible de choisir le corps générateur du couro-
noïde de manière que le plan correspondant soit l'un quelcon-
que des plans passant par ce centre (^). 11 suffit ensuite de faire
tourner ce corps générateur autour de toutes les droites du plan
pour décrire la stéréocouronne: or, d'après sa construction, le
dit plan occupe une position entièrement arbitraire.
Soient donc deux stéréocouronnes de même plan P. engen-
drées la première par le corps A, la seconde par le corps B.
S'il existe un corps C commun aux deux stéréocouronnes, les
rotations {AC) et {CE) s'exécutent autour de deux axes appar-
tenant au plan P, les corps A et B ont un point commun, celui
qui est à la rencontre des deux axes. Ici encore apparaît une
condition de possibilité : les deux stéréocouronnes ne peuvent
(woir de corps commun, à moins que les corps générateurs ne
soient concourants.
Si cette condition nécessaire est satisfaite, il existe non seule-
ment un corps commun, mais même une couronne de sembla-
bles corps ; cette couronne s'obtient en décomposant la rotation
') Cela résulte de la 4'"' propriété du couronoïde vue ci-dessus.
DES CORPS SOLIDES COTÉS 99*
(AB) en deux rotations (AC). iCB) dont les axes respectifs
appartiennent au plan P(').
6° Le plan de toute stéréocouronne peut être pris arbitraire-
ment. 11 y a donc autant de stéréocouronnes à plan qu'on peut
mettre de corps générateurs en présence d'un plan fixe, c'est-
à-dire oo'^; quand on déplacera le plan, la même stéréocou-
ronne sera reproduite à oo^ exemplaires.
De même pour les stéréocouronnes à centre. Comme le centre
peut être déplacé à volonté dans le corps et dans l'espace, ces
stéréocouronnes sont au nombre de œ" et chacune n'est en-
gendrée qu'une seule fois.
IX. CoMPOsrnoN et Réduction des Systèmes
DE Corps massifs
§ 27. Les pages précédentes ont mis en pleine clarté les ana-
logies essentielles que présentent les deux Géométries des corps
et des droites, cotés ou non cotés. En réalité, et à la lumière de
ces analogies, la Géométrie réglée est apparue sous l'aspect
d'un simple cas particulier, d'un chapitre détaché de la Géo-
métrie des corps.
Or, la Géométrie réglée ne connaît pas seulement, comme élé-
ment d'espace, la droiteindéfinie que nous avons considérée exclu-
sivement jusqu'ici, elle a encore atîaire au vecteur, c'est-à dire,
dans le sens le plus particulier du terme, à un segment limité,
porté sur une certaine ligne d'action et doué d'une certaine r/ran-
deur ou intensité. On connaît le rôle capital de cette notion : la Ci-
nématique et la Statique théoriques ne sont que l'histoire des sys-
tèmes de vecteurs, la théorie de leur réduction à des systèmes
plus simples, par le moyen de la règle de la composition. Au
terme de cette réduction se trouve la droite cotée, combinaison
d'un certain vecteui- avec un certain couple; la droite cotée
intervient ici simplement à titre de forme canonique d'un sys-
tème de vecteurs.
') Je me dispense d'indiquei" ici la solution très facile de oe proMème.
100 NOTE SsUR LA THEORIE ANALYTIQUE
Il y a lieu de se demander si les analogies si frappantes et si
remarquables qui apparentent la Géométrie des corps et la
Géométrie réglée s'étendent encore de manière à embrasser les
faits que je viens de rappeler. Peut-on, autrement dit, généra-
liser la notion du corps solide, et définir une opération corréla-
tive de la composition, de manière à imiter avec les systèmes de
corps les théories classiques dont il vient d'être question? Qu'il
en soit bien ainsi, c'est ce que l'ensemble des résultats anté-
rieurs rend très vraisemblable. Je vais, en terminant ce long
article, essayer de justifier l'exactitude de cette présomption.
Rappelons d'abord que, de même qu'une droite indéfinie
possède deux sens et donne lieu à deux bivecteurs opposés ± L,
de même, un corps peut être atîécté d'un sens suivant le signe
du quaternion ' A qui sert à le représenter ; une rotation d'une
demi-circonférence change une droite en sa contraire, tandis
qu'il faut un tour complet pour renverser le sens d'un corps.
Cela posé, donnons au corps A une intensité, ou une masse a.
Cette masse a, qu'il faut bien se garder de confondre avec
la cote, est comme cette dernière un coefficient réel, enti-ant
comme facteur commun dans les coordonnées | , '\, , de manière
qu'en faisant B^ = aJ.,.', B^l' = aA',^ on a toujours
{BB\" = a' [A A)" = .
En revanche, au lieu que {^BB)' = 1, nous aurons désormais,
pour un corps de masse «,
(BB)' = a- {A A)' = a- .
Il est clair que l'identité aA = {—a){---A) permet, en chan-
geant le sens d'un corps, si besoin est, de ne considérer jamais
que des ma^i^^ positives ; en outre, par une convention expresse,
un corps de masse nulle doit être regardé comme inexistant, il
peut être introduit ou supprimé en tout état de cause (^).
') Dans ce qui suit, je désignerai par {A,a) un corps ordinaire doué
de la masse a ; on a donc avec cette notation [AA)' =- 1.
DES CORPS SOLIDES COTES 101
Règle de composition des Corps concourants
§ 28. Prenons deux corps de masses h et c, ù savoir {BJj et
{C.c)^ que nous supposons concourants, ou vérifiant la condi-
tion {BCr = .
Par définition, la somme f/éométriqne ou la résultante de ces
corps est le corps massif
A = bli + cC ; (<i9)
il est clair, d'après cela, que dans la composition le sens des
composants intervient pour une part : en revanche, la résultante
est complètement indépendante du système d'axes coordonnés,
elle est déterminée exclusivement pai- les corps composants.
La résultante est un corps appartenant à la couronne qui
joint les composants B et C; la masse de cette résultante se
déduit de la relation
a- = {AAY = b- + c- + 2bc{BC)' ,
et vaut ainsi
a = \U- + c- + '2bc cos [BC] , (70)
formule oli {BC) désigne l'intervalle qui, dans la couronne, sé-
pare le corps B du corps C.
Pour formuler de la manière la plus claire l'idée de la com-
position telle qu'elle résulte des formules (69) et (70), le mieux
sera de changer le système de repères de manière que B,C, et
par suite A, soient des vecteurs; on a alors immédiatement
l'énoncé suivant :
Sur un plan P sont tracés deux vecteurs massifs et lem' résul-
tante, tous trois rapportés à un certain axe polaire appartenant
au même plan; si on fait tourner celui-ci sur lui-même,' autour
de l'origine commune, trois fois de suite, et que les angles des trois
rotations soient égaux au double des angles polaires correspon-
dant aux trois vecteurs, si en outre les masses des positions finales
du plan sont égales aux masses respectives de ces vecteurs, la troi-
sième de ces positions est la résultante des deux autres (').
') Bien entendu, les vecteurs coniposauts pourraient être parallèles au
lieu de se rencontrer; rien de plus simple que de trouver les modifica-
tions de l'énoncé relatives à ce cas.
102 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
La composition des corps peut être répétée; par exemple,
si un corps (D, d) en rencontre deux autres (^B, h), ( C,c) également
concourants, ce même corps rencontre aussi la résultante des
deux premiers, soit hB-{- cC\ il y a donc une résultante finale,
qui est
.1 = [bB + cG) + dD = bB -^ cC + dD ;
autrement dit, la composition possède les propriétés associative
etcommutative.
Eu un mot, si plusieurs corps se rencontrent deux à deux, on
peut obtenir d'un seul coup la résultante, laquelle est indé-
pendante de l'ordre de la composition, comme suit :
A = bB -^ cC + dD + ... .
De même, pour prendre un cas général de décomposition :
si 4 corps, linéairement indépendants B, C, D, E se rencontrent
deux à deux, un cinquième corps massif qui rencontrerait tous les
autres, ou ferait pa?iie de leur stéréocouronne, peut, d'une seule
manière, être décomposé suivant la formule
bB + cG + dD + eE ;
et si trois corps forment la hase d'un couronoïde, tout corps massif
appartenant au couronoïde admet la représentation
bB + cG + dD ,
laquelle est unique.
Systèmes de Corps. Equivalence et réduction.
§ 29. Il nous faut maintenant, pour transporter dans le nou-
veau domaine, les idées classiques de la Statique, considérer un,
ou plusieurs systèmes, comprenant chacun divers corps (J., a),
{B, h),... distribués dans l'espace d'une manière quelconque.
Seront déclarés équivalents deux systèmes semblables, lorsqu'on
peut passer de l'un à l'autre par l'adjonction ou la suppression
de corps de masse nulle, ainsi que par le moyen de la compo-
sition ou de la décomposition de corps concourants. Les deux
procédés de transformation précédents sont dits les opérations
élémentai7-es.
DES CORPS SOLIDES COTES 103
Il est clair qu'exécutées sur un système {A, a), (B, h), ces
opérations élémentaires ne nioditient pas la somme
X = aA + hB + cC + ... ,
laquelle, eu conséquence, sera la même pour deux systèmes
équivalents.
Le quateruion a, auquel le système se trouve ainsi réduit, est
identique à un corps à la fois massif et coté : eu nommant m la
masse, et co la cote, nous avons
)ii- = (aa)' = a- + b- + c- + . . . + 2ab{ABy + . . . .
2»H<a = (xa)" = 2ab{ABi" + 2ac{AC)" + . . . .
Ceci surtit pour montrer qu'un système ne peut pas, sauf ex-
ceptions, être réduit à un corps massif unique par les opérations
élémentaires ; pour la possibilité d'une pareille transformation,
il faut qu'on ait ( aaY' = 0.
Nous avons démontré toute à l'heure que deux systèmes de
corps massifs, équivalents entre eux. possèdent le même quater-
uion réduit a. Pour achever la théorie suivant le modèle connu,
il faudrait encore prouver la réciproque, à savoir : si deux sys-
tèmes S et S' possèdent le même quat-ernion a, ils sont rédudihles
l'un à l'autre par les opéritions élémentaires.
Qu'il en est bien ainsi, c'est ce qui nous reste à voir.
Pour cela je prends d'abord un système a = aA -f &5 -p • • •
et je considère un corps 9. relativement auquel o possède un
moment nul. L'équation de condition, qui exprime cette invo-
lution,
(a.Q)" = a{AQ)" + h(BQ)" + ... = , (71)
peut évidement toujours être satisfaite ; de plus, remarque essen-
tielle, si deux systèmes présentent la même somme a. on peut
pour l'un et l'autre employer le même corps 9..
Faisons pirouetter le corps 9. autour de trois points formant
un triangle, engendrant de la sorte trois stéréocouronnes
S^ , S„ , Sj ; prenons encore une quatrième stéréocouronne S^ ,
également de la première espèce, mais à laquelle n'appartienne
pas le corps i>.
104 NOTE SUR LA THÉORIE ANALYTIQU K
Soit (Â, a) un corps appartenant à 3; avec ce corps et trois
autres, qui rencontrent le premier et qui se rencontrent mu-
tuellement, formons une stéréocouronne à plan S ; il est clair que
cela est possible d'une infinité de manières. Cette stéréocou-
ronne ï possède avec chacune des stérécouronnes S^ , S., ,83,8^,
qui sont du premier genre, un corps commun. Nommons
S^, So, Sg, S^ les 4 corps communs ; s'ils sont indépendants,
c'est-à-dire, s'ils ne font pas partie d'un même couronoïdeC),
ils peuvent être pris pour base de la stéréocouronne ï.
Dès lors il est clair que. par la décomposition géométrique, le
corps (J., a) peut être remplacé par les 4 corps massifs S, la for-
mule algébrique correspondant à cette décomposition étant
a A = Z,S, + hSo -f hS:, + hSi .
En agissant semblableraent avec chacun des corps (B,h),
((7,c), . . . qui composent 0, on aura une série de formules
analogues
bB - //S',' + h' S,' + i,'s; + h' s: . . . ,
lesquelles donnent, par addition
^ = aA + bB + ... = (Z,S, + ^''S',' + . . .)
+ ILS, + I,'S.' + ...)
+ ihs, + h' S,: + ...)
+ ihS, + h' Si + . . . )
I
I (72)
Bien entendu, cette formule n'a pas simplement une signifi-
cation algébrique; géométriquement, elle indique que le sys-
tème peut être ramené, par la composition, à un ensemble de
corps qui appartiennent tous à l'une des stéréocouronnes
Si , S., , 83 . 8^ . Et comme les corps d'une même stéréocou-
ronne sont concourants, chacune des parenthèses de la formule
(72) peut être réduite à un seule terme, de sorte qu'on a, aussi
bien algébriquement que géométriquement,
7. = aA + bB + . . . = /,6', + US. + hS^ + hS^ . (73 1
Faisant un pas de plus, nous allons voir que le dernier terme
de (73) peut être supprimé ; il nous faut, dans ce but, invoquer
') Voir plus loin la remarque du § 31.
DES CORPS SOLIDES COTES 105
la construction particulière des stéréocourouues S^ que nous
n'avons pas encore utilisée, ainsi que la propriété 71) imposée
au corps 12. De cet ensemble de conditions résulte d'abord
I7.0)" == , (SJJj" = iS.Q)" = tS,0)" = ;
de là, et de l'équation (73), on tire l, (S^ il)" = 0. Si donc le
dernier terme de (73) n'était pas nul, le corps S^ serait concou-
rant avec 9. ; poursuivons les conséquences de cette hypothèse
qui est la plus compliquée.
Avec S^ construisons une stéréocouronne à plan ï'; elle pos-
sède en commun avec S^ , S.,, S, les corps S^', S„', S^'. Désignons
par S^' un quatrième corps appartenant à ï', lequel associé avec
les trois précédents forme une base de la stéréocouronne ï',
si du moins ces 4 corps sont indépendants les uns des autres (\).
Il est clair, qu'ayant déjà (S,'9.)" = {S:9.)" = (S^'il)" = 0, nous
ne pouvons avoir (6'/!-)" = 0, sans quoi il rencontrerait tous les
corps de ï'. et la stéréocouronne ï' serait de première, et non
de seconde espèce, contrairement à l'hypothèse.
Décomposons entin le corps .S'^, qui appartient à ï', suivant
les bases ,SV de cette stéréocouronne, et recomposons les corps
.S'/, S.', -S'a', respectivement avec les corps /S^, S.^, S^ qui sont
deux à deux concourants ; il est clair que le résultat final de cette
double opération nous donnera
S, = h" S," + L"S./' + h" S," + I^'S,' ,
équation analogue à (73) eu ce que 5/', S.^", S.^" appartiennent
toujours aux stéréocouronnes Sj , S., Sg. Mais maintenant
(S^'il) étant différent de zéro, on aura, comme vu plus haut,
l^' =0; par suite, il est toujours possible de réduire par la com-
position géométrique le système o à trois corps faisant respective-
ment partie des stéréocouronnes S^ , S., ,'à^^ de telle tnanière qu'on
ait pour la somme a relative à -j la valeur
Cela étant, prenons deux systèmes a, o' de même somme a. ;
appliquons à tous deux la décomposition précédente : il résulte
') Voir le § 31.
106 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE
entre les éléments S,^, -S*/ de la réduction relative à chacun,
l'identité
l,S, + I,S, + l,S, = h'S/ + l,'S,' + h'Ss' . (74)
Pour passer du système i à l'autre, décomposons Zj-S'/ en deux
corps de la stéréocouronne 6'i dont l'un soit l^'S^' et l'autre
l^'S^" , et ainsi des autres. Alors l'égalité supposée (74), entraîne
la suivante
h"S," + h"S," + k"S," = ; (75)
je dis, et c'est la tin de la démonstration, que les corps aS/', SJ\ S"^
liés ensemble par cette relation se détruisent géométriquement
par les opérations élémentaires.
La chose est évidente si dans (75) un des coefticients l" est
nul; s'ils sont tous trois ditterents de zéro, l'égalité (S^"Ss")" -= 0,
combinée avec (75), montre que {S^'S^")" = 0, c'est-à-dire
que les corps Si" et SJ' sont concourants. Faisant ainsi partie
d'une couronne, ils peuvent être composés en un seul corps,
lequel, d'après (75), devant détruire l^'S^" est égal et contraire
à ce dernier. En résumé : toutes les fois que deux systèmes
possèdent la même somme a, ils peuvent être réduits l'un à
l'autre par la composition.
§ 30. Il est clair que la théorie précédente conduit aux mêmes
conséquences que la théorie classique des systèmes de vecteurs ;
sans insister sur des détails évidents, je me permets de citer ici
les deux propriétés suivantes :
P" Corollaire. — Tout système de corps est réductible à deux
corps massifs seulement, et cette réduction est possible d'une
infinité de manières.
Eu effet a étant donné, il suffit de poser pour trouver les
deux corps cherchés (A, a) et {B, b),
7. = aA + hB . (76)
Un des corps A peut être pris à volonté quant à sa position
dans l'espace ; sa masse se détermine par l'équation
(a — aA, y. — aA)" = (aa)" — 2a{y.A)" = ,
DES CORPS SOLIDES COTES 107
qui signifie que le système a — aA est réductible à un seul corps
massif. Ou voit que, toutes les fois que le corps A n'est pas eu
involution avec le système donné, la masse a existe et le corps B,
donnant lieu avec J. à l'équation d'équivalence (76) existe aussi :
les deux coi'ps A et B sont conjugues par rapport à la pentasérie
admettant a comme noyau.
^me Corollaire. — Si on opère de plusieurs manières la réduc-
tion ci-dessus, le moment îles deux corps conjugués reste
constant.
En etièt, nous avons
- (7.7.)" = - (aA + bB , aA + hB)" = abiAB." ;
le premier membre est donné, le dernier, qui lui est égal, repré-
sente justement le moment des deux corps conjugués ; ainsi le
moment ne varie pas.
D'ailleurs, si d'une manière générale, on avait remplacé deux
systèmes a et 3, par des sommes de corps massifs, telles que
le moment réciproque de ces deux systèmes s'exprimerait en
fonction des moments mutuels des corps A et B, par la formule
(ay3;" = XI! abUB)" .
§ 31. J'ai tenu à présenter, dans les paragraphes précédents,
la théorie de la composition des corps et de leur réduction d'une
manière directe et indépendante de toute autre; toutefois. pour
que les résultats obtenus par cette voie puissent être regardés
comme définitivement acquis, il resterait à discuter les deux
points que j'ai signalés en note pp. 104 et 105. La place me man-
que ici pour enti'er dans tous les détails d'une discussion assez
délicate. Je crois d'ailleurs pouvoir d'autant mieux m'en dis-
penser que quelques lignes suffisent pour retrouver l'ensemble
de la théorie, en déduisant la composition des systèmes de corps
de celle des systèmes de vecteurs ; c'est par ce dernier exemple
de l'interdépendance entre les deux Géométries que je termine.
108 NOTE SUR LA THEORIE ANALYTIQUE, ETC.
Soit un système de corps ; si le système n'en comprenait que
trois, ces corps deviendraient des droites en les rapportant à
l'orthogonal commun. La théorie de la composition des vecteurs,
à laquelle se réduit celle des corps, nous donne la proposition
fondamentale.
La composition permet toujours d'abaisser le nombre des corps
de trois à deux : par suite, quel que soit le nombre des corps que
comprend le si/sfhne donné, ce nombre peut être réduit à deux. En
outre, et toujours pour la même cause, si les deux corps résul-
tants présentent une droite commune, la réduction peut être poussée
dhm degré, jusqu'à un seul corj)s résultant.
Cette condition de la rencontre, qui est suftisante pour la
réductibilité à un seul corps, est aussi nécessaire.
Soient maintenant deux corps possédant le même a. Rédui-
sons le premier à la forme a A -— bB , le second à la forme
cC -j- dD, de sorte que
aA + bB ^ cC + dl) .
Si on prend l'orthogonal commun aux corps A, B, C comme
système de référence, ces corps deviennent trois vecteurs; l'éga-
lité précédente montre qu'il en est de même pour le quatrième
D. Les deux systèmes donnés se trouvent ainsi réduits chacun
à un ensemble de deux droites massives ; et en vertu de l'équa-
tion ci-dessus, ces systèmes réduits, à leur tour, se transfor-
ment l'un dans l'autre par les opérations élémentaires.
La conséquence qui se déduit de tout cela pour les systèmes
primitifs, c'est que, comme nous le savons d'autre part: si deux
systèmes de corps massifs possèdent le même a ils peuvent être
transformés l'un dans l'autre par la composition.
Erratum a un article précédent
Archives, t. XL. A^ la page 462. lignes 9-12, il faut lire : Nous dirons
donc que deux corps sont perpendictdaires lorsque la rotation du mou-
vement hélicoïdal qui amène l'un sur l'autre mesure 180 degrés, la
translation étant quelconque.
LES
HAYONS CORPIJSCIJLAIRES Dli SOLEIL
OUI PÉNÈTRENT DANS L'ATMOSPHERE TERRESTRE
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS ?
K. ItlRKEI.AXn
(Sniie ';
Calcul de l'énergie émise par la irrécipitation corpasculaire
pendant un fort orage magnétique
§ 6. Nous allons cherchei- à calculer maintenant une limite
inférieure de l'énergie cinétique d'une précipitation de l'ayons
dans la zone aurorale, causant un fort orage magnétique.
Comme nous le verrons, on peut obtenir une approximation
suffisante grâce aux recherches faites en 1902-1903, et l'on
arrive à ce résultat surprenant que la quantité d'énergie due à
des rayons corpusculaires et se faisant sentir pendant un fort
orage, est comparable et même supérieure à l'insolation totale
de la chaleur ordinaire du soleil sur toute la terre pendant le
même temps. Par le calcul, nous faisons l'hypothèse suivante,
avec laquelle nous obtenons une limite seulement un peu infé-
rieure pour l'énergie cinétique du courant corpusculaire. Nous
trouvons d'abord la position dans l'espace et l'intensité d'un
courant linéaire hypothétique, produisant les mêmes effets ma-
gnétiques que ceux observés dans la région où l'oi-age polaire
est le plus puissant. Nous supposons alors que les corpuscules
') Voir Archives, t. XLI, p. 22.
Archivas, t. XLI. — Février IDlf). «
110 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
du courant de rayons cheminent parallèlement et à peu de dis-
tance du courant hypothétique ; il devient alors évident, si Ton
se reporte aux considérations données dans l'article 36, A. P.,
p. 99 et 105 que nous obtenons une Hmite inférieure un peu
moindre pour la somme d'énergie du courant corpusculaire.
Lorsque notre systèmecorpusculairesemeut avec une vitesse
ordinaire de translation, l'énergie électromagnétique, pour
autant qu'elle dépend du mouvement, sera faite de composantes
appartenant chacune à un électron, de telle sorte que pour de
faibles vitesses elle pourra être représentée par
V 1 ' •'
^ 2
Grâce à leur extrême petitesse, on peut supposer dans ce cas
que les électrons se trouvent assez loin les uns des autres
pour que leurs champs n'empiètent pas les uns sur les autres.
Soit n le nombre de corpuscules qui traversent la section
transversale dans l'unité de temps, m la masse apparente d'une
particule et r la vitesse, l'énergie cinétique te sera donnée par:
1
m; = - nmv- .
Si chaque particule porte une charge de e unités électrosta-
tiques nous aurons pour une intensité i du courant :
*-3XlO«"™P^^^^
ainsi:
3 ,.., . m .
tv = - X 10' . i . .V-
2 e
S'il s'agit d'unités C. G. S. w sera exprimé en ergs par se-
conde. Cette énergie du courant dépendra beaucoup plus de la
nature des rayons que du courant lui-même. Dans le cas parti-
culier les rayons sont très puissants et nous avons trouvé pour
les rayons qui descendent dans la zone aiirorale H . p = 3 X 10^
Introduisons ici pour m l'expression donnée par Lorentz pour
la masse longitudinale: (')
«-(.-(^1
'j Lorentz, Tlieory of Electrons, p. 212.
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS? 111
OÙ m^ désigne la masse d'un électron lent et e la vitesse de la
lumière.
Il est possible ([uon ne puisse appliquer rigoureusement les
formules de Lorentz pour le cas exti'ême que nous considérons,
soit pour des rayons d'une puissance inconnue jusqu'à présent,
mais j'estime que nous ne pouvons choisir autrement.
Pour des électrons se mouvant lentement nous avons :
d'oii
— = 540 X 10'-'
3 ,,. . (^ - iifr .
^' ^ 2 ^ ^"' ■ ' • 540 X 1 0'- • '' ''^ '''■
Mais la valeur de v se rapproche tellement de celle de p (vi-
tesse de la lumière) que nous pouvons remplacer v" par e'-.
J'ai déjà calculé l'expression suivante qui correspond à nos
rayons hélio cathodiques :
K'^cjT
= 1,82 X 10- , (A. P.), p. 59G)
d'où:
3 ,, .
i£7 = - 10" . i . erg sec.
Eu supposant pour i la valeur 10" ampères comme nous
l'avons trouvé pour des orages magnétiques polaires très puis-
sants, nous aurons :
3
i« = - X 10-"* erg sec. ,
ou ,y = 2 X 10" HP .
Si la formule pour m donne dans ce cas extrême une valeur
trop élevée pour la masse longitudinale d'un électron, la somme
totale d'énergie dans la |)récipitation corpusculaire sera aussi
trop élevée.
Pendant un orage magnétique très violent, il passe sur la
terre une quantité d'énergie colossale, mais à une altitude de
.000 km. parce que la puissance des rayons est aussi forte qu'en
ce moment.
112 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
On peut déduire de ce l'ésultat qu'une grande tache solaire
est susce|)tible d'émettre, pour des courtes périodes, une éner-
gie sous forme de rayons corpusculaires qui sera plus grande
que celle du rayonnement du soleil en lumière et chaleur pen-
dant le même temps. Et nous pouvons conclure de l'intensité
des orages polaires moyens (A. P., p. 538) qui donne la moyenne
des orages par mes quatre stations, en 1U02-1903, que le soleil,
en moyenne, émet davantage d'énergie sous forme de rayons cor-
pusculaires que sous forme de lumière et de chaleur.
Le disque permanent de rayons autour du soleil qui se mani-
feste comme lumière zodiacale comjjrend les rayons qui occa-
sionnent les orages polaires et il est évident que ce disque
représente, même maintenant, une quantité d'énergie qui
étonne. Pour comparer, calculons maintenant l'insolation
totale I de la terre, en prenant la constante solaire égale à 2
l)ar minute. Nous obtenons :
I =^ 4,3 X 10'" grani. cal. par sec. ,
ce qui correspond à :
2,4 X 10'^ HP .
Nous voyons par là que l'énergie d'une précipitation corpus-
culaire au cours d'un orage polaire peut facilement être du
même ordre de grandeur que l'insolation totale de la terre et
même beaucoup supérieure.
S'il était possible à cette énergie corpusculaire de pénétrer
suffisamment profond dans notre atmosphère, dans une zone
aurorale, nous n'obtiendrions pas seulement une température
subtropicale dans la région polaire de la terre, mais il y aurait
également une forte et abondante production d'azote dans l'at-
mosphère, ce qui constitue d'excellentes conditions pour une
riche végétation.
D'après Arrhenius cette production est actuellement d'envi-
ron 400 millions de tonnes par année sur la surface de la terre
et est due principalement aux éclairs. Si donc à n'importe quel
moment le disque de rayons permanent autour du soleil conte-
nait des rayons d'une puissance telle que Hp = lO'C.A.S. et
d'une densité telle que pour notre forte précipitation polaire le
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS? 113
faisceau de rayons passe à 100 km. au-dessus de la terre, on
aurait alors une grande niasse de rayons qui pénétreraient plus
profondément et qui produiraient les phénomènes auroraux les
plus brillants d'une intensité inconnue jusqu'à présent ; les
couches supérieures de l'atmosphère acquerraient une tempé-
rature colossale chaque jour, mais seulement du côté du cou-
chant de la terre avec un maximum d'effet un peu après minuit.
Cette précipitation occuperait une surface environ 15 fois plus
grande que la zone aurorale actuelle. Il est possible d'expli-
quer de cette manière le climat chaud des i-égions polaires pen-
dant la première période tertiaire. On peut de même expliquer
que la végétation du Japon à cette époque démontre une tem-
pérature beaucouj) plus froide que celle d'aujourd'hui, par le
fait que ce pays est situé près de l'équateur magnétique et ne
peut par conséquent bénéficier de l'énergie corpusculaire.
L'insolation ordinaire du soleil a dû être plus faible qu'aujour-
d'hui parce qu'une forte quantité de lumière et de chaleur est
maintenant absorbée par le voile épais qui entoure le soleil qui.
à ce queje crois, est en relation étroite avec l'émanation cor-
pusculaire du soleil. (A. P.. p. 670).
Si nous admettons ainsi une densité énorme du disque des
rayons autour du soleil, il est presque certain qu'au même mo-
ment l'insolation ordinaire sera fortement diminuée par l'ab-
sorption et la diffusion.
Essayons maintenant d'aller plus loin.
Après le climat subtropical dans le nord et le centre de l'Eu-
rope, il se produisit un abaissement général de la température,
et l'on eut le grand âge glaciaire avec une marche en avant
d'épaisses masses de glace provenant du pôle Nord et s'éten-
dant jusqu'à de faibles latitudes. Ceux qui ont étudié l'époque
glaciaire, ont reconnu qu'il y avait eu des avances et des retraits
l'épétés des glaciers ou des couches de glace, qu'on attribue en
général à des phases alternatives de climats rigoureux et plus
doux. Les déj)ôts américains fournissent la preuve de six pé-
riodes distinctes de marche en avant séparées par des retraits
de la glace et la croissance des végétaux sur des espaces qu'elle
avait laissés libres.
Il est établi que quelques-unes de ces périodes interglaciaires
114 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
ont eu une durée extrêmement longue, probablement plus lon-
gue que celle qui sépare le dernier retrait de la glace de notre
époque. On constatera, par conséquent, que la végétation de la
période interglaciaire indique un climat doux, peu différent dans
quelques cas de notre climat actuel.
En Europe, quelques savants pensent qu'il y a eu six périodes
glaciaires, d'autres estiment qu'il n'y en a eu que trois.
Est-il possible maintenant de considérer nos rayons hélio-
cathodiques comme la cause principale de ces remarquables chan-
gements de climat? Cette explication est certainement possible si
nous pouvons admettre des changements à longue période dans
la constitution électrique du soleil, analogues en quelque sorte
à la période d'une tache solaire comme je me la représente,
mais là, l'intervalle de temps entre les différentes phases est
énorme.
Si nous supposons que le magnétisme du soleil, que je crois
dû pour la plus grande partie à des courants corpusculaires cir-
culaires en dehors du soleil, augmente, il arrivera hnalement à
un point critique auquel il se produira des phénomènes qui
changeront rapidement la situation dans la manière dont les
rayons corpusculaires atteignent la terre.
Pour des rayons hélio-cathodiques émis normalement de la
surface du soleil, nous pouvons prouver que si les rayons attei-
gnent une distance du centre du soleil supérieure à deux fois le
rayon du soleil, ces rayons passeront à l'inhni. Mais si cette
variation reste toujours à une distance inférieure à 2a du centre
du soleil, nous devons avoir:
n/*
Ho^o
oti M est le moment magnétique du soleil, et a son rayon. Hopo
correspond aux rayons corpusculaires émanés (voir A. P.,
p. 617).
Si M est de l'ordre de grandeur 10^' (voir mon calcul C. R.,
24 janvier 1910), il s'en suit que H„po > 5 X 10' pour des rayons
partis normalement, si les rayons sont capables d'atteindre la
terre et arrivent ensuite dans l'intini. Nous avons trouvé les
conditions remplies, car des expériences et des observations,
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSIITTS V 115
nous déduisons : Ho = 3X 10" pour des rayons qui ont pénétré
à l'intérieur de la zone aurorale.
Si maintenant le moment magnétique M du soleil augmente,
il arriverait subitement un moment oii le disque de rayons tout
entier qui entoure le soleil disparaîtrait et les rayons circule-
raient tout près de la surface du soleil ou y retourneraient. On
suppose ici pour simplifier que tous les rayons corpusculaires
du disque ont la même puissance.
Ce qui vient d'être dit, ne s'applique qu'aux rayons hélio-
cathodiques. Avec des rayons atomiques, de la matière radiante
et lorsqu'il faut considérer la gravitation, le résultat dans cer-
tains cas est un peu différent de celui obtenu dans A. P., p. 706.
Dans les expériences décrites dans l'A. P., nous avons une
grande quantité de photographies représentant des phénomènes
correspondant à des changements subits dans la distribution,
comme nous l'avons mentionné ci-dessus.
Je n'en veux référer qu'à la figure 254, soit au cas de rayons
apparaissant très loin de la sphère magnétique servant de ca-
thode. Dans ce cas l'aimantation est faible ou les rayons sont
très puissants.
Pour le cas inverse oii l'aimantation est forte, nous avons les
phénomènes de l'anneau de Saturne (fig. 255 c et fig. 257).
L'anneau épais de lumière qu'on voit autour du globe cathodi-
que ffig. 248 1) et c) est aussi très intéressant; dans ce cas la
décharge du courant est grande.
Lorsque l'aimantation de la sphère cathodique augmente,
nous arrivons pour une intensité magnétique donnée à un chan-
gement brusque des phénomènes de la première espèce dans
ceux de la seconde. Les expériences concordent absolument
dans ce cas avec la théorie.
Il est facile aussi de trouver des photographies de nébuleuses
qui semblent montrer ces deux classes d'émanation de rayons
du corps central (').
La nébuleuse de la vierge N. G. C. 4594, représentée ci-des-
sous à la fig. 4. semble indiquer une émanation de rayons catho-
diques et atomiques, — de matière radiante — d'une puissance
') Voir mon mémoiro < Do l'origine des mondes », l. c.
116
LES HAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
magnétique élevée, ou une radiation d'un corps central faible-
ment magnétique.
La déchirure sombre dans la nébuleuse peut être considéi'ée
comme due à l'effet d'une multitude de particules matérielles
froides qui sortent du phénomène électro magnétique et forment
écran. Les dernières se sont déjà retirées et se sont concentrées
vers le corps central de matière radiante, agissant comme ca-
thode.
La nébulose de l'Aquarius N. G. C. 7009, fig. 5, semble don-
ner un exemple d'émanation des rayons de la seconde classe, oii
l'aimantation de la sphère radiante est relativement grande,
ou peut-être sont-ce les rayons qui sont plus flexibles.
Les photographies de ces deux nébuleuses ont été prises à
l'observatoire d'Helouan et le directeur a été assez aimable pour
me permettre de les reproduire ici.
Fiy. 1.
La nébuleuse de la Vierge.
(N. G. C. 4594)."'
Kii
— La nébuleuse (rAquai-ius.
(X. G. C. 7009).
Qu'arriverait-il maintenant sur la terre, si tout d'un coup
tous les rayons corpusculaires puissants que nous avons sup-
posé avoir provoqué le climat subtropical dans le nord de l'Eu-
rope dispai-aissaient ? Si tout d'un coup le soleil forçait, par
son aimantation, tous les rayons corpusculaires à circuler au-
tour de lui à une faible distance, les régions polaires de la terre
seraient beaucoup plus froides, et il serait même possible que
les radiations de la lumière et de la chaleur soient considéra-
blement diminuées, en supposant que le « voile sombre » de-
vienne plus épais.
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS? 117
D'après les calculs faits pai" Pickeriug. Wii.son, Schuster,
Vogel, Seeliger et d'autres, le voile sombre absorberait maiu-
tenant une fraction importante (" ., à V3) des radiations de la
lumière solaire, de telle sorte qu'une augmentation quelconque
de l'absorption serait facilement sentie sur la terre.
Si, d'après ce que nous avons mentionné plus haut, les ré-
gions polaires de la terre étaient sensiblement refroidies, il se
produirait une forte évaporation des eaux antérieurement
chauttées de l'océan, spécialement dans les régions de l'équa-
teur, qui amènerait les précipitations nécessaires pour les énor-
mes formations de glace vers les pôles.
Si, de plus, nous pouvons supposer que l'aimantation du
soleil a subi une variation périodique d'intensité, nous pour-
rions sans aucun doute donner une explication plausible poul-
ies périodes glaciaires coupées de périodes à climat doux.
On pourrait obtenir des vaiiations climatériques presque
semblables en supposant que c'est la puissance des rayons cor-
pusculaires qui a subi des variations périodiques et non l'ai-
mantation du soleil. Mais il est certainement naturel de consi-
dérei- notre première supposition comme la cause primordiale.
En réalité, il est très probable que la puissance des rayons doit
varier en même temps que l'aimantation du soleil.
Finalement, on pourrait admettre d'un autre côté que la
cause. principale ne doit pas être cherchée dans le soleil, mais
dans des variations périodiques du magnétisme de la terre.
Comme nous l'avons clairement démontré dans ce qui précède,
la largeur de la zone aurorale sur la terre dépend dans une
forte proportion de l'intensité du magnétisme terrestre.
Avec une aimantation trois fois supérieure à l'aimantation
actuelle, aucun rayon liéliocatbodique de la valeur Hry = 3X10'^
ne pourrait pénétrer jusqu'à notre atmosphère ; si au con-
traire le magnétisme terrestre devenait trois fois moindre
qu'il n'est actuellement, ces rayons pénétreraient très pro-
fondément et sui- une surface 12 à 14 fois plus grande qu'actu-
ellement.
11 est hors de doute que le magnétisme de la terre a subi de
très grandes variations depuis la première période tertiaire,
parce qu'il y a eu d'autres changements radicaux sur la terre
118 LE8 RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
dans la même période. Mais mon opinion est qu'il est naturel
de rapporter les causes premières des changements ciimatéri-
ques au soleil, parce que nous devons en tous cas supposer une
densité des rayons héliocathodiques émis continuellement beau-
coup plus forte qu'actuellement.
Théorie des voiles (rideaux) de la lumière du Nord
§ 7. Abordons maintenant brièvement la discussion des ré-
cents essais de théories relatives aux voiles auroraux : il est
nécessaire de le faire si nous voulons comprendre combien
faible est l'assertion du prof. Stôrmer qui dit que l'aurore est
causée par des particules chargées positivement.
J'ai donné dans A. P., p. 605-610, la théorie à laquelle je suis
arrivé après plusieurs années d'expériences, sur la formation
des voiles de lumière du Nord. J'y ai principalement attiré
l'attention sur le fait suivant caractéristique que cette lumière
aurorale, dans les régions polaires, apparaît souvent comme
un rideau suspendu presque verticalement et formé de rayons
parallèles. Ces rideaux ont le plus souvent leur direction longi-
tudinale dans la zone aurorale.
Comme autre fait caractéristique, nous mentionnerons que
le rideau auroral est souvent foi-raé de l'est h l'ouest ou vice-
versa, de telle manière que les rayons auroraux semblent pré-
cipités du ciel les uns après les autres, et cela si rapidement
que le rideau peut'être entièrement formé et s'étendre en tra-
vers du ciel en quelques secondes. Cette formation magnitique
d'un rideau auroral où les rayons tombent avec des intervalles
réguliers n'est peut-être pas le phénomène le plus fréquent;
nous voyons souvent tous les rayons descendre simultanément
d'un arc auroral .
Comme toujours, pour nos ex{)lications des phénomènes ma-
gnétiques et auroraux de la tei-re, je me suis reporté à mes
expériences sur la terrella. Ces expériences m'ont conduit à la
conclusion que l'anneau lumineux continuel de la zone aurorale
de la terrella était dû à une succession très rapide de précipi-
tations secondaires, empiétant l'une sur l'autre de telle sorte
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS? 119
que ranneau lumineux semble être continu. Je me rappelle,
par exemple, avoir compté, sur le côté couchant de la terrella,
environ vingt précipitations distinctes dont les plus fortes
étaient à l'est des plus faibles.
Le nombre de ces précipitations augmentait beaucoup plus
rapidement que l'aimantation de la terrella. C'est cette opi-
nion de la constitution de l'anneau lumineux qui doit être fer-
mement maintenue en cherchant à développer la théorie de la
formation des rideaux auroraux.
Les rayons cosmiques approchent de la terre de la même
manière que nos rayons cathodiques approchent de la terrella.
Nous devons supposer en conséquence que les rayons auroraux
dans un rideau sont formés par un groupe relativement petit
de rayons cathodiques qui pénètrent profondément dans notre
atmosphère après s'être détachés successivement d'un faisceau
plus large de rayons. Les différents groupes ont respectivement
passé par l'équateur magnétique un nombre n, {n -f 1),
(w -[- 2) . . • de fois.
Il est relativement facile, d'après les expériences avec la ter-
rella, de calculer à quelques pour cent près, la différence des
temps qui, de cette manière, doit correspondre aux entrées
dans l'atmosphère des rayons auroraux n et (w— ^) au mo-
ment où le rideau se forme.
Des expériences de ce genre doivent être faites avec un soin
spécial pour obtenir la grande précision nécessaire. D'expé-
riences antérieures faites sans penser spécialement au point de
vue qui nous occupe, j'ai pu conclure que la différence de temps
en question est d'environ un cinquième de seconde d'un rayon
à l'autre.
La période qui représente le temps que forment les rayons
pour passer de la zone aurorale sud à celle du nord dépendra
par conséquent de la puissance magnétique actuelle des rayons
cosmiques. En partant du point de vue mathématique seul et
considérant la terre comme un aimant élémentaire, il serait
possible de calculer avec une approximation suffisante cette
période de temps.
Actuellement, il n'existe pas d'observations suffisamment
exactes de cette période pour les rayons auroraux, mais il m'a
120 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
été possible, dans une récente publication (M, de donner une
méthode très exacte pour calculer cette période. J'ai pu égale-
ment prédire, par analogie avec mes expériences sur la ter-
rella, que les rayons corpusculaires qui donnent lieu à des
orages polaires magnétiques sont formés, comme les rideaux
auroraux, de groupes de rayons cosmiques, relativement
petits et coordonnés distinctement, qui se détachent successi-
vement d'un faisceau de rayons plus grand.
Au commencement d'un orage polaire, des groupes sembla-
bles de rayons sont précipités les uns après les autres vers la
surface de la terre à des intervalles de temps d'environ un
cinquième de seconde.
Au commencement d'orages magnétiques semblables, nous
avons donc à attendre de fortes vagues élémentaires dont la
période est d'environ un cinquième de seconde.
Des expériences faites à l'observatoire de Haldde prouveront
dans peu de temps si cette hypothèse se réalise. J'en vois une
confirmation dans le fait que les rayons auroraux peuvent tom-
ber presque simultanément d'un arc déjà existant, comme cela
a été mentionné plus haut. L'arc n'est souvent qu'une mani-
festation de la précij)itation colossale de rayons qui donne lieu
aux orages magnétiques.
Lorsque cette précipitation est déjà formée de petits groupes
de rayons, on peut concevoir que, dans certaines conditions,
quelques rayons de chaque groupe peuvent tomber en se suc-
cédant rapidement et même simultanément très bas dans l'at-
mosphère et y former un rideau auroral.
Etisais d'explication du prof. Stormer
§ 8. Durant les deux dernières années, on a fait différents
essais, ayant comme base les rayons corpusculaires, pour obte-
nir une explication plausible de la formation des rideaux auro-
raux.
') On a possible experinientum crucis for tbe théories of northlight-
curtains and polar magnetic storms. Yidenskapsselskapets Skrifter
Kristiania. 1915.
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS? 121
Villaid (/) a eu une idée fort ingénieuse : il essaya, après
quelques raagnitiques expériences, de concevoir le rideau auro-
ral comme formé de rayons catliodiques émanant de nuages
dits « cirrus » ; sa théorie est assez analogue à celle d'Adam
Paulsen sur ce sujet. Mais Villard tit un pas remarquable plus
avant : il supposa que les rayons émanant des nuages sont atti-
rés dans la direction d'un pôle magnétique terrestre, soit le
pôle nord; les rayons retoui-nent après avoir pénétré dans l'at-
mosphère et formé un rayon auroral. Il suppose alors que les
rayons retournent et vont vers le pôle sud oti les mêmes rayons
pénètrent dans l'atmosphère et forment un rayon auroral aus-
tral. Les rayons retournent de nouveau vers le pôle magné-
tique nord et y forment un nouveau rayon auroral à côté du
premier, et ainsi de suite un très grand nombre de fois. Mais,
à cause du grand pouvoir absorbant de l'atmosphère, il ne
semble pas que cette théorie assez risquée puisse être mainte-
nue, mais Villars a certainement fait un pas en avant du côté
de la vérité.
Le prof. Stôrmer a fait un essai intéressant d'une théorie (-)
mathématique sur la création des rideaux auroraux, basée sur
la supposition que les rayons qui en réalité existent dans le
rideau auroral, se tiennent toujours près des rayons qu'il cal-
cule comme devant passer par le centre d'un aimant élémen-
taire représentant la terre. Mais la théorie de Stôrmer ne peut
être considérée que comme une magnifique expérience mathé-
matique, parce que les résultats qui en découlent ne sont pas
conformes aux phénomènes observés ; je ne pense pas, par con-
séquent, que nous puissions dire que sa théorie puisse s'appli-
quer en quoi que ce soit à la nature, du moins en ce qui con-
cerne les rideaux auroraux.
M. Stôrmer calcule, par exemple, qu'un rideau auroral long de
275 km. et d'une épaisseur de 72 m. peut être formé de rayons
cathodiques ordinaires, en supposant que les rayons cathodi-
ques suivent de près les rayons qui passent par le centre de
l'aimant élémentaire. Mais cette hypothèse ne saurait être
') Villard, Les rayons (.athodiqnes et l'aurore boréale. Paris, 1907.
-) Stôrmer, Arch. des Se. phys. et nat. Genève, 1907.
122 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL
plus fausse : tous ceux qui ont vu une belle aurore boréale en
formation le savent.
Lorsqu'il voit les rayons auroraux qui tombent du ciel et
forment un rideau en s'ordonnant les uns après les autres à un
intervalle d'environ un cinquième de seconde, M. Stormer pense
après une courte méditation : « Si ces rayons venaient du so-
leil, ils auraient suivi un tout autre chemin ! »
Le pi'of. Stormer cite néanmoins sa théorie très souvent. Il
dit lui-même dans son mémoire « Terrestrial magnetism » que
la théorie mathématique des aurores qu'il a développée peut
s'appliquer au cas de corpuscules négatifs aussi bien quau cas
de corpuscules positifs. Cette assertion pourrait impressionner
ceux qui n'y comprennent l'ien.
Toute théorie avec des rayons corpusculaires comme point
de départ a, ipso fado, la propriété de s'appliquer de la même
manière. Mais les faits observés sur la terre parlent clairement
en faveur de rayons négatifs. Il résulte de mes expériences sur
la nature physique des rideaux auroraux qu'une solution ma-
thématique du problème concernant ce phénomène ne serait
réalisable qu'au cas oii un mathématicien pourrait trouver la
solution de l'équation du mouvement des particules électrisées
du soleil, lorsque les rayons arrivent sous l'intiiience du ma-
gnétisme de la terre.
Et même dans ce cas, je ne pense pas qu'il soit possible de
développer cette théorie spéciale seulement par des considéra-
tions mathématiques. En tous cas il faudrait un mathématicien
qui soit en rapport avec la nature d'une façon singulièrement
intime, pour pouvoir révéler ses secrets par le seul moyen de
l'analyse mathématique.
La méthode expérimentale offre un moyen beaucoup plus
naturel pour explorer la nature de prime abord, même si ce
moyen est difficile et pénible.
La méthode des analogies expérimentales aura toujours plus
de valeur pour le philosophe. Lorsque des découvertes sont
faites, l'analyse mathématique a un champ d'action superbe
pour formuler d'une faron précise les découvertes et la théorie,
pour en ti^•er des conséquences, et pour approfondir les détails.
Pour en revenir à notre problème, nous disons que la solution
SONT-ILS NÉGATIFS OU POSITIFS V 128
générale de l'équation en question n'existe actuellement en
aucune façon. Comme on le sait, le Prof. Stôrmer a développé
une fort belle méthode pour calculer les divers parcours pos-
sibles que les corpuscules électriques provenant d'une cathode
éloignée décrivent autour d'un aimant élémentaire. Mais, tant
qu'on aura pas établi la distribution de tous ces parcours dans
l'espace, et tant que l'analyse n'explique pas comment les
rayons corpusculaires se groupent réellement en masse autour
d'un aimant élémentaire, l'utilité de cette théorie est bien
minime. En effet, elle ne réussit même pas à expliquer le phéno-
mène très simple, mais très important, d'orages magnétiques
polaires positifs et négatifs.
Considérons maintenant les raisons sur lesquelles Stôrmer se
base pour se croire autorisé à nous dire que les rayons d'un
rideau auroral sont produits par des rayons coi-pusculaires
positifs. Il a étudié un seul graphique magnétique provenant
de l'observation de Haldde, et correspondant à l'heure à
laquelle il photographiait un rideau auroral. Le graphique
montre un orage magnétique polaire au moment de l'observa-
tion de Stôrmer et cet orage polaire positif est superposé à un
orage négatif beaucoup plus fort. Stôrmer ne mentionne pas
ces deux orages; il présuppose seulement que les détiections
magnétiques correspondant à l'orage po.sitif sont produites par
les rayons auroraux observés.
Mais il néglige simplement la détlection correspondant à
l'orage négatif beaucoup plus fort qui existe en même temps.
11 est facile de démontrer qu'il est dangereux de tirer des
conclu.sions d'un seul graphique. J'ai examiné 2400 courbes, et
j'ai l'avantage de l'expérience. Il n'est pas possible de faire
toutes les observations en quelques semaines comme les photo-
tographies d'aurores.
Si nous étudions des graphiques provenant d'un point quel-
conque de la partie inférieure de la zone aurorale, nous trouvons
qu'il existe là de grands orages polaires positifs à des moments
oîi l'on n'observe aucun rideau auroral ; et il se produit de grands
orages magnétiques, même lorsqu'il n'apparait aucune aurore.
Mais presque chaque fois que deux orages sont superposés l'un
à l'autre et lorsque deux orages se succèdent directement, de
124 LES RAYONS CORPUSCULAIRES DU SOLEIL, ETC.
telle sorte que la détlection magnétique change souvent de sens,
on trouve que des aurores existent simultanément. Dans le cas
particulier, il est évident que le Prof. Stôrmer n'a pas pris en
considération le trait dominant du phénomène qu'il étudie,
puisqu'il ne s'est pas occupé de l'existence d'orages positifs et
négatifs.
Dans mon ouvrage A. P. presque toutes les recherches ont
été effectuées dans le but de trouver la cause d'orages magné-
tiques semblables.
Je trouve que durant les orages polaires négatifs avec un
maximum du côté du couchant de la terre, les rayons hélio-
cathodiques sont précipités vers la zone aurorale, d'oii en
général ils s'infléchissent du côté de Vest avant de retourner de
nouveau dsMS l'espace.
Pendant les orages polaires positifs avec un maximum du
côté du midi de la terre, je dois supposer que les rayons qui
arrivent s'infléchissent en général du côté de Vouest juste
au-dessus de la zone aurorale, avant tle quitter la terre. Lorsque
les deux orages sont superposés l'un à l'autre ou qu'ils se
succèdent directement, quelques rayons, peu nombreux par
rapport au faisceau total forment un rideau auroral : leur
direction par rapport aux ligues magnétiques de force est telle
qu'ils pénètrent directement vers la terre, et vont si profondé-
ment dans l'atmosphère qu'ils sont totalement absorbés avant
de pouvoir retourner dans l'espace.
Ce sont quelques rayons de ce genre que le Prof. Stôrmer a
fait intervenir par erreur comme cause des orages magnétiques
positifs, dans la nuit du 11 au 12 mars 1913. Je ne veux pas
pousser plus loin les critiques de son raisonnement, mais outre
l'objection principale formulée plus haut, il y aurait lieu de
faire d'autres remarques sérieuses, et je ne pense pas qu'aucun
physicien puisse accepter sa manière d'interpréter les faits,
quelque élégante que soit sa démonstration mathématique.
Helouan (Egypte), octobre 1915.
LES PROPRIETES
r r
MERCURE PULVERISE 11EC4NIÛUEI11ENT
ET LA CHARGE DE L'ELECTRON
A. K€HIDI^OF ei A. KARPOWICZ
Introduction
Des expériences antérieures, récemment publiées par l'un de
nous en collaboration avec M"* J. Murzynowska (^) avaient montré
qu'on peut appliquer à la chute des petites gouttes d'huile dans
l'air la loi de Stokes-Cunniiigham avec le coefficient de cor-
rection
K = 8.29 X 10-' ,
ce qui correspond à la valeur du coefticient théorique
A = j = 0.873 .
De plus ces expériences avaient fourni la preuve que les
charges électriques, portées par des sphérules d'un rayon
"■) A. Schidlof et J. Murzynowska, Arch. 1915. t. XL p. 386 et p. 486.
Il nous semble superflu de récapituler dans le mémoire présent la tliéorie
de la méthode utilisée. Nous prions donc le lecteur de consulter la
publication citée pour tout ce qui concerne les symboles dont nous
nous servons. Les formules seront désignées par le numéro qu'elles
portent dans la publication précédente.
.■\rciiivi:h. t. \LI. — FOviicr l'.tlil.
126 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
décroissant jusqu'à la limite de 3X10-^ cm. environ, se com-
posent d'électrons indivisibles.
Il était intéressant d'étudier des sphérules plus petites encore.
D'après les idées de M. F. Ehrenhaft^*) il existe des charges
inférieures à celle de l'électron (sous-électrons) mais on ne peut
les découvrir qu'en étudiant des sphérules extrêmement petites
les plus petites charges se trouvant sur les sphères de la plus
petite capacité.
Or nous avons reconnu qu'il est impossible d'opérer avec des
sphérules d'huile considérablement plus petites que celles qui
avaient été observées. En effet les plus petites gouttes d'huile
d'olive, qui avaient un rayon de 3 X 10~^ cm., mettaient
200 secondes pour parcourir la distance de chute de 0.285 cm.
Supposons la loi de Stockes '{l. c, équ. 2 et 7) applicable en
première approximation ; alors pour une goutte dont le rayon
est deux fois plus petit on aurait une durée de chute quatre fois
plus grande. En réalité la vitesse décroît moins l'apidement
avec le rayon que ne l'indique la loi de Stokes, mais l'ordre de
grandeur des durées de chute n'en est pas modifié. Il est donc
indiqué, si l'on veut étudier des plus petites sphérules,
d'utiliser un liquide de grande densité dont les gouttes, pour
des dimensions égales, auront une plus grande vitesse de
chute.
Le seul corps de grande densité qui est liquide à la tempéra-
ture ordinaire est le mercure; nous avons donc décidé de pul-
vériser du mercure.
En se contentant de l'approximation fournie par la loi de
Stokes on trouve que le rayon est inversement proportionnel à
la racine carrée de la densité. Par conséquent, pour une vitesse
de chute donnée, une goutte de mercure doit avoir un i-ayon
environ quatre fois plus petit qu'une goutte d'huile. L'avantage
réalisé est donc considérable.
Pour mettre notre projet à exécution nous avons légère-
ment modifié le dispositif qui avait servi dans les expériences
antérieures. Quant à la méthode employée elle est restée
inchangée.
'j F. Ehrenhaft, Wien. Ber. lia, 123, 1914, p. 53.
ET LA CHARGE DE l'ÉLECTROX 127
I. Modifications apportées au dispositif expérimental
Nous avons perfectionné le dispositif à plusieurs égards :
1. A la place du condensateur eu laiton du précédent travail
nous avons fait construire un condensateur en fer qui se trouve
à l'intérieur d'une cuve en fonte fermée par un couvercle
en acier. Cet appareil se trouve représenté sur la ligure de
la page suivante. La cuve de fonte C est munie de trois fe-
nêtres à ouvertures rectangulaires (0,5 cm. X 3 cm.) sur les-
quelles sont mastiquées des lames de verre. Trois vis calantes
permettent de rendre horizontaux les plateaux du condensateur.
Le couvercle de la cuve communique par l'intermédiaire d'un
tube de verre avec le réservoir F qui reçoit le jet de mercure
pulvérisé sortant du pulvérisateur P. La communication entre
la cuve et le réservoir F peut être interceptée au moyeu d'un
robinet en acier.
A l'intérieur de la cuve C se trouvent les deux plateaux en
acier du condensateur, séparés par trois petits supports en
verre d'une hauteur très exactement déterminée (0,5 cm.). Le
plateau supérieur, isolé de la cuve par un anneau en ébonite,
peut être mis en communication avec l'un des pôles de la bat-
terie par l'intermédiaire d'une borne. isolée qui traverse le fond
de la cuve ; l'autre pôle est en contact métallique avec le pla-
teau inférieur du condensateur qui repose directement sur le
fond de la cuve.
Un petit oriftce au centre du plateau supérieur permet Tintro-
duction des gouttes de mercure.
2. Nous avons de même apporté quelques modifications au
dispositif optique. Pour rendre plus intense l'éclat de la source
nous avons augmenté au besoin jusqu'à 40 ampères et même
au-delà l'intensité du courant alternatif de l'arc voltaïque. Un
avantage bien plus appréciable résultait de la substitution d'un
objectif photographique de Steinheil K à la place de la simple
lentille condensatrice. Le faisceau éclairant arrivait sur cet
objectif en convergeant légèrement de sorte que l'image de
l'arc se formait à l'intérieur de la distance focale. L'objectif
128 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
pouvait être approché du condensateur jusqu'à une distance de
8 cm. comptée à partir du centre des plateaux. Le diamètre de
l'objectif étant 2,5 cm. nous avons pu utiliser pour l'éciairement
des ouvertures relativement considérables, jusqu'à la limite de
Photographie représentant la partie principale,
du dispositif expérimental.
C =^ coudeusateiii" eu acier ; F =: réservoir en verre qui reçoit le jet du
liquide pulvérisé ; P = pulvérisateur : B = lunette d'observation sur sou
ciiariot à réglage microméii-ique (pour la mise au point); K = objectif de
Steiuheil, utilisé comme condensateur optique avec obturateur photogra-
phique : M := extrémité de la grande cuve d'eau de refroidissement (capa-
cité 50 litres).
0,1 environ ; mais le principal avantage tiré de l'emploi de cet
objectif est r obtention d'un champ visuel beaucoup plus sombre.
ET LA CHARGE DE l'ÉLECTRON 129
Nous avons observé sans difficulté des gouttes ultramicrosco-
piques dout le rayon est de 1,5 X 10-^ cm.
Il semble que les gouttes de raercui-e, probablement en raison
de leur nature métallique, renvoient plus de lumière par unité
de surface que les gouttes d'huile. C'est en partie à cause de
cette propriété, en partie grâce à l'amélioration de l'appareil
optique, que les limites de visibilité ont été portées actuellement
deux fois plus loin que pour les gouttes d'huile.
La lunette d'observation B disposée sur son chariot à réglage
micrométrique est celle-là même qui avait déjà servi dans les
expériences précédentes.
3. Il nous reste à mentionner que nous nous sommes pro-
curé deux petites batteries auxiliaires de piles sèches du type
Leclanché, chacune de 110 volts environ. Nous pouvions ajouter
au besoin, pour l'étude des plus grosses gouttes de mercure,
ces batteries supplémentaires à la batterie principale (batterie
d'accumulateurs de 100 volts), utilisée seule dans les recherches
antérieures.
Pour provoquer des changements de la charge électrique des
gouttes nous avons utilisé dans le présent travail les rayons X.
Ce moyen est plus commode qu'une préparation de sel de
radium, parce qu'il peut être mis en action plus rapidement et
parce qu'il permet de faire varier graduellement l'intensité de
l'effet ionisant.
Nous n'insistons pas sur les autres parties du dispositif expé-
rimental qui étaient exactement les mêmes que dans les recher-
ches précédentes, et nous prions le lecteur de se reporter à la
description assez détaillée qu'on trouve dans le mémoire cité.
IL La voLATiLrrÉ des gouttes de mercure
Dès le début des expériences notre attention a dû se porter
sur une circonstance imprévue : les gouttes de mercure se
montraient volatiles. La durée de chute d'une goutte augmentait
continuellement et indéfiniment ; en même temps sa . durée
d'ascension diminuait, en absence de tout changement de la
130 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MECANIQUEMENT
charge ou de l'iatensité du champ électrique, la sphérule ren-
voyait de moins en moins de lumière et elle finissait par devenir
invisible dans les conditions d'éclairage et d'observation dont
nous disposions (').
Ce phénomène nous a surpris et nous a paru au début assez
mystérieux. Les gouttes d'huile d'olive avaient été d'une masse
absolument invariable ; à première vue on se serait attendu à
retrouver la même propriété pour les gouttes de mercure, en
raison de la faible tension de vapeur de ce liquide. Il est à noter
que la décroissance des gouttes se produit dans une atmosphère
complètement saturée de vapeurs de mercure ; le phénomène se
manifeste en effet avec une égale intensité lorsque le plateau
inférieur du condensateur est déjà recouvert, par endroits, de
grosses gouttes de mercure. Mentionnons de même que la plus
grande partie de la chaleur qu'apporte le faisceau éclairant est
absorbée par une grande cuve d'eau interposée sur le parcours
des rayons. Nous avons même considérablement augmenté la
masse d'eau en remplaçant la cuve qui avait servi dans le pré-
cédent travail par une autre de GO cm. de longueur et d'une
capacité de 50 litres.
De plus, nous avons souvent maintenu les gouttes presque
sans interruption dans l'obscurité. Mais malgré toutes ces pré-
cautions il était impossible d'atténuer d'une façon appréciable
la décroissance des gouttes.
Nous avons constaté que l'effet était très irrégulier. Tantôt
la masse diminuait rapidement tantôt plus lentement. Il nous a
semblé cependant que l'effet est accentué et régularisé par une
action ininterrompue du faisceau éclairant (").
Nous avons fait des observations avec plus de 100 gouttes de
mercure qui se montraient toutes volatiles sans aucune excep-
tion. L'effet est naturellement plus marquépour les plus petites
gouttes, mais même pour les plus grosses gouttes (vitesse de
cm
chute 0,07 — '-) l'accroissement progressif de la durée de chute
sec.
') A. Schidlof et A. Kaipowicz. C. R., 29 juin 1914, 158, p. 1992.
-) Cette idée a été contredite par une étude systématique du phéno-
mène faite postérieurement par M. A. Targonski.
ET LA CHARGE DE l'ÉLECTRON 131
se fait uettemeut sentir d'une observation à l'autre, faites à des
intervalles d'une demi-minute ou d'une minute.
Nos premières observations, dont nous n'avons pas conservé
les protocoles, avaient pour but unique d'expérimenter la
méthode. Un second groupe d'expériences nous a renseignés
sur l'importance et le caractère du phénomène de décroissance
des gouttes. Une troisième série comprend les expéi-iences faites
dans l'azote desséché. ^Voir plus loin). Enfin la série la plus
importante se rapporte à 53 gouttes pour lesquelles les obser-
vations ont été faites entre le 8 février et le 10 juillet 1914.
C'est à cette série de 53 protocoles que nous empruntons les
exemples suivants, choisis de façon à fournir des renseignements
aussi complets que possible sur la vitesse avec laquelle décrois-
sent les gouttes de différentes dimensions, jusqu'aux plus petites
que nous avons pu observer (0-
Les observations ont été groupées d'après la grosseur des
particules eu commençant avec les plus grosses.
Nous donnons in - extenso les observations N°' 33, 25
et 51 se rapportant à des observations de longue durée
pour lesquelles M. A. Targonski a bien voulu calculer les
écarts browniens des durées de chute. M. Targonski tient
compte de ces résultats dans sa discussion relative aux obser-
vations du mouvement brownien dans les gaz ; il nous a paru
par conséquent utile de publier quelques-unes de ces séries.
On trouvera ensuite les observations N°' 1, 35, 50, 45 et
17. Les quatre derniers protocoles se rapportent à des gouttes
dont le rayon est de l'ordre de 1,5 X 10"^ cm.
En tête des protocoles nous avons indiqué la température 0,
la pression p, la différence de potentiel V utilisée pour la
production du champ électrostatique et de plus le signe de la
charge de la goutte, s'il a été noté au moment de l'obser-
vation.
On a désigné par •: la durée écoulée depuis le commencement
des observations i^en minutes i, par f^ la durée de chute, par/.
') Mentionnons que les protocoles N"^ 33 et 36 ont déjà été publiés
dans Phys. Zeitschr., 1915, p. 16, 42.
1.S2 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
la durée d'asceiisiou (en secondes). La distance de chute était
dans toutes les observations
ô -= 0.285 cm.
Dans la rubrique «observations» X signifie qu'un change-
ment de charge a été provoqué par l'action des rayons X;
S signifie un changement spontané.
Mentionnons ejicore que les observations citées ont été faites
en maintenant la goutte le plus longtemps possible à l'abri de
la lumière.
Exp. N" 33
f) = 17° ; i> = 733»"" ; V- 2(i8.3 volts
Goutte négative
min.
u
sec.
min.
h
se •.
Sl
O
min.
sec.
min.
u
sec.
1 i
J5
0.0
6.5
0.3
1.3
11.6
8.2
11.9
12.9
•
0.5'
6.3
0.7
1.1
12.2
8.4
12.8
11.9
1.0
6.4
1.3
1.2
X
13.1
8.4
13.5
11.1
X
1.5
6.5
1.7
1.4
14.2
8.7
14.7
15.6
1.9
6.7
2.1
1.4
( X
15.0
9.0
15.4
14.7
i
2.4
6.8
2.7
2.4
i
15.8
9.0
16.1
14.0
[
2.9
6.7
3.1
2.5
16.5
9.1
16.9
13.2
\
3.3
6.9
3.6
2.5
17.3
9.2
17.8
13.0
' X
3.8
6.8
4.0
2.4
) X
18.4
9.4
18.7
9.3
j
4.3
6.9
45
3.3
19.0
9.5
19.5
9.0
f
4.8
7.0
5.0
3.4 i
19.8
9.5
20.1
8.6
(
5.2
7.1
5.5
3.5 '
20.5
9.7
20.8
8.9
1 X
5.8
7.1
6.0
3.1 1
21.3
9.8
21.7
10.8
1
6.2
7.5
6.4
3.5 \
22.1
10.1
22.5
10.4
'
6.6
7.4
6.9
3.3
X
22.8
10.1
23.1
10.5
7.1
7.4
—
—
23.5
10.2
23.9
10.0
(
8.0
7.5
8.3
4.0
24.2
10.6
24.5
10.0
8.5
7.5
8.7
3.9
s
24.9
10.2
25.3
9.9
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9.2
7.7
9.6
4.7
X
25.8
10.4
26.1
13.0
1
10.0
7.8
10.5"
13.6
26.5
11.0
26.S
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j
10.9
8.1
11.3
13.0
27.3
10.7
—
—
i
ET LA CHARGE DE L ELECTRON
133
= 13.5°; 2> = "31"""; V=319.4 volts
inin.
sec.
miu.
sec.
>
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min.
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sec.
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11.7
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11.9 ,
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3.8
11.5
4.0
3.9 1
18.9
13.1
19.2
11.2
X
4.9
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19.4
13.2
19.9
10.9
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11.6
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13.9
—
—
6.1
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9.6 \
21.0
14.1
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6.8
12.0
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9.6 i
22.7
14.3
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X
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1 7.9
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11.6
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11.6
9.6
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11.0
9.1
'x
27.5
15.0
28.1
8.7
X
Exp. N'> 51
= 2o° ; p = 727™°' ; V = 203 volts
T
min.
u
sec.
min.
u
sec.
>
min.
sec.
min.
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1
0.0
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18.8
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19.8
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13.5
4.8
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6.0
10.3 /
22.5
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i
23.8
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6.7
15.1
8.0
10.1
u
24.8
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, 26.2
13.0
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15.0
8.9
13.2
25.8
19.1
j 27.3
12.8
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9.9
13.0
26.8
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, 28.8
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X
9.6
15.9
10.8
12.3
28.0
20.0
! 30.5
60.0
10.5
16.2
12.0
12.3
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21.0
31.4
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11.6
16.5
13.0
11.7
i
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X
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11.7
36.7
21.4
—
—
13.5
16.5
: —
—
14.7
16.7
17.9
10.3
X
rarticule déchararée
134 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
Exp. N'' 1
= 20 . 5 ; V = 99 volts
Goutte négative
min.
sec.
min.
i
u
sec.
>
£
m
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O
0.0
21.5
0.5
15.2
2.2
23.2
1.5
14.1
3.3
24.1
2.7
13.2
4.5
25.4
3.8
12.6
X
5.8
25.7
5.2
14.0
7.1
28.5
7.5
13.5
)
8.7
28.9
8.0
12.6
>x
9.7
29.6
9.2
11.0
12.2
31.2
10.5
10.9
13.6
33.5
11.6
16.4
14.7
37.3
12.8
15.7
—
—
14.2
14.1
X
Particule déchargée
Exp. N" 55
= 18° ; i) = 720°»" ; V= 317.2 volts
U
^i
>
min.
sec.
min.
sec.
XI
0.0
1.8
2.7
3.7
4.5
5.3
6.2
7.7
40.2 :
1.2
46.6
2.1
39.2 '
2.9
50.8
3.8
48.0 !
4.7
45.4 1
5.7
45.8
6.5
52.8
—
6.0
6.0
5.8
6.0
12.6
12.6
12.0
Exp. N^ 50
= 21°; i) = 736'"">; V = 305.5 volts
Goutte positive
fi
t'.
t
min.
sec.
•mm.
sec.
.o
o
0.0
45.6
1.4
12.9
2.5
49.4
3.2
12.0
4.2
48.8
4.8
11.6
S
6.5
49.6
7.1
12.0
8.2
51.5
9.1
10.8
\
10.1
52.5
j 11.5
10.0
1_
Invisible
Exp. N'' 45
= 21°; p^ 734"'™ ; V = 304 volts
Goutte négative
min.
ti
sec.
min.
1
u
sec.
>
O
0.0
46.5
1.4
3.6
2.3
42.0
2.9
3.9
4.7
46.4
5.6
3.5
X
7.0
44.5
—
_
8.4
48.2
10.8
12.5
10.5
46.9
12.5
12.4
X
11.9
49.9
14.5
12.0
13.8
49.9
—
—
15.7
51.5
Invisible
Particule déchargée
ET LA CHARGE DE L ELECTRON
135
Exp. JV» 17
= 18.5° ; V = 98.8 volts
Goutte négative
min.
u
sec.
min.
see. ^
min.
ti
sec.
min.
sec.
>
00
.a
C
0.0
42.6
1.2
10.2
6.6
46.0
7.0
24.0
1.8
47.0
2.2
9.8
7.6
46.0
7.9
22.0
3.5
42.6
4.0
9.8 ) K
9.2
48.6
9.5
23.0
1 K
4.7
46.0
4.9
13.4 )
10.3
53.6
11.0
626
1
)-
5.7
48.0
5.9
13.2 J K
1
13.2
54.2
12.5
54.0
La particule a changé le signe de sa charge,
puis elle est devenue invisible.
Les expériences que nous présentons ici ne mettent pas en
évidence un fait entièrement nouveau. M. Miilikan déjà avait
observé que la plupart des gouttes produites par pulvérisation
mécanique d'un liquide se montraient volatiles (^). Pour obtenir
des gouttes absolument invariables il a eu recours à une espèce
particulière d'huile (probablement très visqueuse). Eu ce qui
concerne plus spécialement le mercure, les deux gouttes pour
lesquelles Miilikan a publié ses observations semblent être
invariables à première vue. Il faut toutefois remarquer que ces
deux gouttes sont beaucoup plus grandes que celles dont il est
question ici. De plus, les observations sont de très courte durée,
de sorte que la diminution de masse a très bien pu rester
imperceptible étant donnée la précision limitée des mesures
isolées. Il faut aussi tenir compte du fait que le phénomène est
très irrégulier. A côté des gouttes très volatiles on en observe
d'autres qui, pendant une certaine durée, sont presque inva-
riables; entin la moindre impureté à la surface de la goutte
devrait atténuer l'ettèt dans des proportions considérables.
Il existe d'ailleurs un moyen de reconnaître le changement
de masse d'une goutte, même si ce changement est trop petit
pour être indiqué par une variation appréciable de la durée de
R. A. Miilikan, Phys. Bev., 1911, 32, p. 349.
136 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
chute. Il suffit pour cela de faire agir sur la goutte une force
électrique presque égale à sou poids, de telle façon que la goutte
monte ou tombe avec une vitesse très réduite. D'une part on
augmente ainsi la durée qu'on mesure et par conséquent la
précision de l'observation, et d'autre part on agit directement
sur la sensibilité de l'appréciation. Reportons-nous en effet aux
équations (2) et (3) du précédent mémoire, nous constatons
alors que la vitesse de chute d'une goutte est proportionnelle à
son poids mg tandis que sa vitesse d'ascension est proportion-
nelle à la différence EF — mg (0- Si cette différence est petite
en comparaison de mg l'ascension de la goutte est beaucoup
plus lente que sa chute.
Supposons par exemple que la vitesse de chute soit dix fois
plus grande que la vitesse d'ascension (c'est là à peu près le
rapport qui se présente pour l'une des expériences de M. Milli-
kan), alors un changement de masse qui s'exprime par une
variation de l^/o sur la durée de chute, aura un effet de lO^o
sur la durée d'ascension. Il faut donc porter son attention sur-
tout sur les durées d'ascension. Or en examinant de plus près
les chiffres indiqués par M. Millikau on reconnaît que pour
l'une des gouttes de mercure {l. c, tableau XVI), les durées
d'ascension diminuent progressivement dans des proportions
considérables. Cette goutte de mercure observée par M. Millikan
était donc volatile.
Quelle peut être la cause de la décroissance progressive des
gouttes de mercure ? Nous avons pensé au premier abord qu'il
s'agit là très probablement d'un phénomène d'évaporation.
En effet le mercure est bien un corps volatile et présente une
tension de vapeur qui, quoique petite, est cependant appré-
ciable à la température ordinaire; mais d'autre part l'évapo-
ration d'une goutte, quand elle est entourée de vapeurs
saturantes, semble être en contradiction avec les lois de la
thermodynamique. Toutefois si on examine de plus près les
conditions de nos expériences, on constate qu'en réalité il n'y a
') Dans cette formule E représente la charge de la goutte, F l'inten-
sité du champ électrique, m la masse de la goutte, g l'accélération de la
pesanteur.
ET LA CHARGE DE l'ÉLECTRON 137
probablement jamais équilibre entre la goutte et les vapeurs
saturantes de l'atmosphère ambiante.
1. Les vapeurs saturantes sont à la température des parois
du condensateur soit à celle de la salle, la goutte par contre,
même si ou ne l'éclairé qu'à de rares intervalles, se met de
temps en temps en équilibre de température avec le faisceau
éclairant. Il eu résulte une élévation de température de quatre
degrésenviron (constatée expérimentalement parM. Targonski).
Que la goutte prenne presque instantanément la température
du faisceau éclairant c'est fort probable, étant donnée l'extrême
petitesse de sa masse.
2. Même indépendamment de cette diftêrence de température
qui n'est probablement ])as la cause principale du phénomène (^),
la goutte u'est pas en équilibre avec les vapeurs saturantes
d'une grande enceinte, en raison de la pression capillaire très
élevée qui règne à sa surface. La différence de tension maximum
de vapeur qui résulte de cette cause eu vertu des lois de la
thermodynamique CO est d'ailleurs extrêmement faible, et si
elle suffit pour justifier l'existence de l'effet, elle est semble-t-il
trop petite pour expliquer l'importance du phénomène.
3. 11 reste alors une troisième interprétation qui nous semble
être plus proche de la vérité à beaucoup d'égards. Le mouve-
ment de la goutte, qui d'après les observations de M. A. Tar-
gonski exerce une influence marquée sur le phénomène, est
peut-être l'agent le plus important. Par le frottement entre le
liquide et le gaz des particules de mercure sont continuellement
détachées de la surface des gouttes maintenues en mouvement.
La désagrégation des gouttes peut donc avoir lieu indépen-
damment de toute différence de température ou de tension de
vapeur (^).
On comprend dès lors l'énorme différence constatée sous le
rapport de la variabilité de masse entre les gouttes de mercure
') La vitesse de décroissance ne change pas d'une façon appréciable
suivant qu'on éclaire la goutte continuellement ou qu'on ne l'expose à la
lumière que par instants.
-) Sir W. Thomson. Phil. Mag., 1871 (4), t. 40, p. 448.
^) Nous avons présenté cette explication dans la Phijs. Zeitschr.,
1915, 1. c.
138 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
et celles d'huile d'olive. Eu ettet les forces de viscosité du
liquide doivent avoir une influence décisive sur le phénomène
et déterminer l'intensité de l'effet. L'huile très visqueuse fournit
des gouttes à peu près invariables, tandis que le mercure,
liquide de faible viscosité, donne des gouttes qui se désagrègent
assez rapidement.
4. Si l'on passe maintenant du mouvement visible des gouttes à
leur mouvement d'agitation thermique (qui pour les plus grosses
de nos gouttes a une vitesse moyenne de même ordre de grandeur
que la vitesse du mouvement visible et pour les petites une vitesse
140 fois plus grande (^) on doit admettre que cette cause peut
avoir le même effet que le mouvement visible. On voit alors que
pour de si petites gouttes la désagrégation progressive doit avoir
lieu, même si leur température est égale à celle des vapeurs
saturantes et si elles sont immobiles en apparence. Le phéno-
mène serait bien en désaccord avec les principes de la thermo-
dynamique, mais il se conformerait aux lois plus générales de
la théorie statistique et moléculaire.
On peut alors complètement abandonner le point de vue
thermodynamique et attribuer l'effet, du moins en partie, à
l'agitation moléculaire. C'estcequeM.TargonskiC') aessayé en
attribuant la désagrégation des gouttes au bombardement
moléculaire que subit la surface du liquide. Cette idée a été
suggérée à l'un de nous par le caractère d'irrégularité statique
qui est une des particularités du phénomène. M. Targonski l'a
adoptée et il a lait intervenir de plus dans son explication le
rôle des forces capillaires qui tendent à maintenir ou à l'établir
l'équilibre constamment détruit à la surface des gouttes.
') La masse de nos plus petites gouttes est approximativement
1,9 X 10~'^ gr. En comparant cette masse à celle d'une molécule
d'hydrogène (3,3 X 10 ""-* gr.) on trouve que la vitesse moyenne d'agi-
tation thermique, qui pour la molécule d'hydrogène est à la température
'"' f*rn Clîl
ordinaire 1,9 X 10 '- doit être pour la goutte considérée 0,79 — '-
sec. acv- .
~^ cm.
La vitesse de son mouvement de chute étant 5,7 X 10 on voit
sec.
que celle-ci est environ 140 fois plus petite que la vitesse moyenne du
mouvement dû aux chocs moléculaires.
-) A. Targonski. C. B. de la Soc. Suisse de Phys. U sept. 1915. Arch.
t. XL p. 340.
ET LA CHARGE DE l' ÉLECTRON 139
Il est probable que toutes les causes signalées plus haut
intervienneut dans le phénomène avec une importance relative
assez difficile à préciser. Nous renvoyons le lecteur, pour de
plus amples informations, au mémoire de M. Targonski qui
paraîtra prochainement. Mentionnons encore qu'une étude plus
approfondie pourrait peut-être apporter des résultats intéres-
sants au point de vue de la théorie moléculaire.
III. Expériences faites dans l'azote desséché. Remarques
SUR LES sous-Électrons de M. F. Ehrenhaft.
Nous avons montré dans les pages précédentes l'intérêt que
peut présenter l'étude de la désagrégation spontanée et pro-
gressive d'une sphérule de mercure maintenue en suspension
dans un milieu gazeux.
Pour le but que nous nous étions proposé cet effet jouait
principalement le rôle d'un obstacle bien gênant qu'il fallait
essayer de surmonter. Nous avions l'intention de déterminer
exactement les charges électriques portées par de très petites
gouttes, et nous avions par conséquent pour tâche d'éliminer
dans la mesure du possible l'erreur résultant de la variabilité
de la masse des gouttes.
Après avoir fait un assez grand nombre d'observations nous
eûmes connaissance d'un mémoire de M. F. Ehrenhaft traitant
en apparence le même sujet (^). M. Ehrenhaft était arrivé dans
ce mémoire à des conclusions bien différentes de celles qui
résultent de nos observations. Tandis que nos expériences,
comme nous montrerons plus loin, conduisent à la détermina-
tion de la charge de l'électron et s'accordent avec le résultat
obtenu par M. Millikan(^), M. Ehrenhaft a observé des sous-
éledrons. Il a trouvé des charges qui ne sont qu'un vingtième de
la charge élémentaire. Notons que ce désaccord ne peut tenir à
la grosseur des gouttes. Les nôtres sont de même ordre de
grandeur que celles de M. Ehrenhaft.
') F. Ehrenhaft, 1. c.
2) R. A. Millikan, Phys. Bec, 1913, 2, p. 109.
140 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
Cherchant à nous expliquer cette contradiction frappante,
nous avons remarqué que M. Ehrenhaft maintenait ses gouttes
dans une atmosphère d'anhyiJride carbonique ou d'azote, donc
dans un gaz inerte, tandis que nous avions observé les nôtres
dans l'air débarrassé des poussières, mais pas même desséché.
Quoiqu'on ne puisse attribuer raisonnablement au gaz une telle
influence sur le caractère du phénomène, nous avons cepen-
dant voulu, avant de tirer des conclusions, nous placer dans
des conditions expérimentales aussi identiques que possible à
celles de M. Ehrenhaft.
60
§40
s 30
\
"\
. Ea
o .u
p Fa lies dans l'air
M.. u. l'èiote
\ ^
v\
\:
S9« ^V.^
30
60
90
Durée des observations ( en minutes )
Nous avons donc remplacé l'air de notre appareil par de
l'azote desséché au moyen de l'anhydride phosphorique et nous
avons répété nos observations dans ces conditions nouvelles.
Les résultats ont été les mêmes et n'ont fait que confirmer nos
expériences précédentes dans l'air.
Les deux courbes de la figure ci-dessus {^) représentent la varia-
tion en fonction du temps des vitesses de chute des gouttes
de mercure dans l'air et dans l'azote. Le coefficient de viscosité
de l'azote étant de 3,5 "/,, environ plus petit que celui de l'air,
') Ces courbes ont été déjà publiées antérieurement dans les C. B. de
VAcad. des Sciences (1. c).
ET LA CHARGE DE l' ÉLECTRON 141
la masse d'une goutte de même vitesse de chute est dans
l'azote plus petite (de 5"o environ) que dans l'air. Etaut
donnée la grande irrégularité que montre la décroissance des
gouttes de mercure, il ne faut pas attacher une importance
exagérée à la différence d'allure de ces deux courbes.
Il suffit de noter que les gouttes décroissent à peu près avec
la même rapidité dans les deux cas.
La divergence entre les observations de M. Ehrenhaft et
les nôtres ne peut donc tenir au milieu où les particules se
trouvent en suspension, la différence doit être attribuée à la
matière même de ces particules ; en d'autres termes il est
impossible que les f/outtes de M. Ehrenhaft aient la même consti-
tution eJiimique que les nôtres.
Cette différence de composition chimique s'explique si l'on
tient compte du fait que le mode de production des gouttelettes
est différent dans les expériences de M. Ehrenhaft et dans les
nôtres. M. Ehrenhaft produit la pulvérisation du mercure au
moyen d'un arc voltaïque, tandis que nous avons employé dans
le même but un procédé mécanique (méthode de Millikan). Or
il est à peu près certain qu'un pulvérisateur en verre ne peut
produire des modifications chimiques dans une goutte de mer-
cure, mais on n'a pas une égale certitude en ce qui concerne
l'arc voltaïque, même si l'arc est produit dans une atmosphère
d'azote ou d'anhydride carbonique. Au contraire il est fort pro-
bable que des combinaisons chimiques se forment à la tempé-
rature élevée de l'arc voltaïque étant donnée la possibilité
manifeste de ces combinaisons. La conclusion n'est pas douteuse
pour nous : les petits corps observés par M. Ehrenhaft et consi-
dérés comme des sphérules de mercure n''ont pas la constitution
supposée et sont d'ailleurs d'une nature mal définie.
Il est en effet à supposer que les particules obtenues par
pulvérisation électrique renferment du mercure en proportion
plus ou moins grande suivant que la transformation a été plus
ou moins profonde. Celle-ci s'opère selon toute vraisemblance
surtout à la surface, de sorte que les plus grosses gouttes ren-
ferment relativement beaucoup de mercure. Cela explique peut-
être pourquoi sur les photographies nncroscopiques les plus
grosses gouttes ressemblent à des sphérules métalliques; mais
Arciiivics. I. XI. I. — Février lilUi. 10
142 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
ces gouttes d'aspect métallique n'out pas été soumises à l'obser-
vation ; celles qui ont été observées par contre sont ultra-
microscopiques de sorte que la photographie ne peut fournir
aucune indication sur leur nature et sur leur forme. La modifi-
cation chinùque opérée par l'arc doit être bien plus complète
pour ces petites particules que pour les grandes. Voilà pourquoi
le raisonnement de M. Ehrenhaft, qui veut déduire de l'aspect,
de la forme et des propriétés des plus grosses particules la
preuve de la pureté et de la sphéricité des petites ('), ne nous
paraît pas acceptable.
Les mêmes considérations conduisent à une interprétation
satisfaisante du désaccord avec la théorie du mouvement brow-
nien accusé par M. Ehrenhaft, en contradiction avec la plupart
des observateurs. De plus, la constatation que parmi les par-
ticules pulvérisées dans l'arc, celles de plus faible vitesse de
chute ont une plus petite mobilité que celles qui tombent plus
vite, n'est paradoxale qu'en apparence. On obtient ce résultat
parce que les particules qui tombent plus lentement sont plus
profondément transformées et ont par conséquent une densité
moyenne plus petite que celles dont la chute est plus rapide.
Toutes les conséquences que M. Ehrenhaft et de même
M. D. Konstantinowsky ("') ont tirées de la loi de Stokes-
Cunningham (cons. le mémoire précédent, équation 5) appli-
quée à leurs particules de mercure doivent être interprétées à ce
point de vue. En elîet, pour apphquer cette loi au calcul du
rayon et de la charge des particules il faut connaître leur
densité. Or cette densité est certainement beaucoup i)lus petite
que celle du métal, et elle décroît d'ailleurs en même temps que
la vitesse de chute des particules.
On comprend dès lors pourquoi les particules de mercure
de ces auteurs fournissent des sous-électrons d'autant plus
petits que leur vitesse de chute est plus faible ('). Selon M.
') F. Ehrenhaft, Fhi/s. Zeitschr., 1915, 16, p. 227.
-) D. Koastaiitinousky, M'^ieîi. Ber., octobre 1014. lia, 123, p. 16U7.
•') En ce qui concerne les particules d'or de M. Konstantinowsky, nous
avons de fortes raisons pour supposer que ces particules n'avaient pas
une forme sphérique. Il est du reste probable qu'elle sont également mal
définies au point de vue de leur constitution chimique.
ET LA CHARGE DE l'ÉLECTRON 143
Ehrenhaft ce fait est en relation avec la capacité des sphé-
rules, mais pour nous cela tient uniquement à la circonstance
signalée plus haut que les particules qui tombent le plus len-
tement sont en même temps celles qui ont la plus petite den-
sité. L'erreur commise en leur attribuant la densité du métal
est donc particulièrement grande.
Des objections semblables contre les conclusions de M. Ehren-
haft, mais visant plutôt la supposition d'une forme sphérique
des particules, ont été soulevées par M. Perrin(^\ par M. Ein-
stein {-) et plus récemment par M"" Vogl (^). Nous croyons
cependant être les premiers à démontrer d'une façon irréfutable
que les particules de mercure de M. Ehrenhaft n'ont certaine-
ment pas la densité du métal pur, et que les conséquences tirées
de la loi de Stokes-Cunningham sont dans ces conditions tout
à fait illusoires.
Remarquons enfin que les données calculées d'après les
écarts browniens des durées de chute et d'ascension ne dépen-
dent pas de la densité moyenne des particules et échappent
par conséquent à l'objection précédente. Or M. Ehrenhaft (^)
et M. D. Kontantinowsky (') ont également appliqué cette
seconde méthode à leurs particules. Ce procédé ne fournit pas
des sous-électrons avec la même facilité que le premier; aussi
M. Konstantinowsky propose-t-il de l'abandonner et de s'en
tenir exclusivement aux résultats de l'autre. La méthode basée
sur l'observation du mouvement brownien des particules est
d'ailleurs peu précise, et elle renferme plusieurs causes d'erreur
dont nous avons indiqué quelques-unes dans la note mentionnée
plus haut ("). Ces causes d'erreur peuvent également faiie
croire dans certains cas à l'existence des sous-électrons. M. Tar-
gonski a fait des recherches sur cette question complexe, et
il en rendra compte dans son mémoire.
>) .T. Perrin, C. B., 1911. 152, p. 16fî6.
-) A.Einstein, Congrès Solvay. Bruxelles. 1911. p. 251.
■•] M. Vogl, Wien. Ber., 1913," lia, 122, p. 1885.
*) F. Ehrenhaft, l. c, 1914.
'") D. Konstantinowsky, l. c, 1914.
") A. Schidlofet A.Karpowicz, C. B., 1. c. également A. Scliidlof C. B.
de la séance de la Soc. Suisse de Phys. 14 sept. 1915, Arcli. t. XL p. 339.
144 PROPRIÉTÉS DU MERCURE PULVÉRISÉ MECANIQUEMENT
IV. La loi DE CHUTE DES SPHÉKULES DE MERCURE DANS l'aIR.
La VALEUR DE LA CHARGE DE l'ÉLECTRON.
Reveuons maintenant au but principal que nous nous sommes
proposé au début de ce travail. Ce but était double :
1" Nous voulions véritier, d'après la méthode mise au point
par l'un de nous en collaboration avec M"' J. Murzyuowska, si
la loi de Stokes-Cunningham s'applique également à des sphé-
rules d'un plus petit rayon que celles qui avaient été étudiées
auparavant, et déterminer le cas échéant le coett'icient de cor-
rection K pour des gouttes de mercure.
2" En même temps nous espérions obtenir la valeur de la
charge élémentaire en mesurant les charges portées par ces
petites gouttes.
Or la décroissance rapide et irrégulière des sphérules de mer-
cure est évidemment une grave difficulté pour l'exécution de ce
projet, et nous avons dû renoncer à obtenir une précision com-
parable à celle qui a été atteinte avec des gouttes invariables.
Pour le calcul nous avons formé des groupes comprenant un
petit nombre d'observations et nous en avons tiré les durées
moyennes de chute et d'ascension. Il y a dans ce procédé tou-
jours un peu d'ai'bitraire et le résultat change, dans certains cas.
assez sensiblement suivant le mode de groupement adopté. On
a cherché naturellement à coordonner les valeurs moyennes de
la vitesse de chute et de celle d'ascension, qui se rapportent
aussi exactement que possible à la même masse de la goutte ;
mais il s'en faut que ce but ait été toujours atteint avec la pré-
cision voulue.
Si l'on ajoute à cela les causes d'erreur multiples, signalées
déjà pour les petites gouttes d'huile, qui dans les expériences
actuelles ont encore une i)lus grande importance, parceque nos
gouttes sont plus petites, on comprend que nos observations
comportent des im-ertitudes assez considérables. Dans ces con-
ditions nous avons" renoncé à calculer la valeur du coefficient de
correction K d'après la méthode qui avait réussi pour les
gouttes d'huile, mais nous avons admis que K doit présenter
ET LA CHARGE UE l'ÉLECTRON 145
pour les gouttes de mercure la même valeur que pour les
gouttes d'huile, ce qui est vraisemblable à priori. Cette suppo-
sition se trouve justifiée après coup par le fait que nous ob-
tenons ainsi pour des gouttes de grandeur différente des don-
nées concordantes en ce qui concerne la charge élémentaire.
De plus nous n'avons pas effectué le calcul complet pour toutes
les gouttes. Les grosses gouttes n'ont pu être maintenues dans
le champ électrique que si leur charge était supérieure à 10e(/).
Dans ces conditions le nombre «peut toujours être choisi de telle
façon que le résultat se rapproche plus ou moins d'une valeur
fixée d'avance. Nous n'avons donc achevé les calculs que pour
les sphérules d'un rayon de 3 X 10 '^ cm. ou moins, et par con-
séquent plus petites que celles de tous les autres observateurs
qui ont utilisé des sphérules de matière bien définie.
Le tableau suivant indique les résultats pour toutes les
gouttes qui satisfont à cette condition, c'est-à-dire pour les
N"" 1, 2, 4, 8, 17, 34, 35, 36, 44, 45, 46, 48 et 50. Pour réduire
la place occupée par cette table qui résume les calculs complets,
nous n'y avons indiqué que les durées moyennes de chute et
d'ascension. Pour quelques-unes des gouttes (les N-' 1, 17, 35,
45 et 50) le lecteur trouve au chapitre II le protocole détaillé
des observations(').
Nous avons indiqué dans les rubriques o^ et o., le nombre des
observations qui ont servi au calcul de la moyenne des durées
de chute (f, ) et d'ascension (#.,). Les rubriques suivantes renfer-
ment les valeurs des rayons apparents{^) (10^ a') et des charges
apparentes (10^" E'). Ces valeurs ont été calculées au moyeu des
équations i8) et (9) du mémoire précédent en utilisant les
mêmes valeurs absolues, sauf celle de la densité de l'huile qui
doit être remplacée par la densité dumercurei/).
') Rappelons que e désigne la charge élémentaire et n le nombre de
charges élémentaires portées par une goutte.
-) Le protocole détaillée N" 36 a été publié dans la PJi;/-^ik.
Zeitschr., l. c.
•^) Voir A. Schidlof et J. Murzynowska, /. c.
■*) Données de M. P. Chappuis 1907. Tables de la Soc. franc de phy-
sique 1913. Tableau 40 «, i)ag. 140 — Notons que le mercure utilisé
dans nos expériences était absolument pur. Il a été débarrassé des métaux
étrangers par un barbotau;e d'air prolongé, puis distillé dans le vide.
Tableau des résultats
! _
N° du prot. Oi ti
Oï
«î lO^a'
10'°E'
lO^a
10">E n
i
lo^e
N" 1
= 20.5°
V= 99 volts
4
5
4
3^
3
4
23.55
28.78
32.90
16.73
23.23
28.78
4
5
3
2
3
2
13.77
12.50
15.40
2.7283
2.4679
2 3082
3~2369
2.7470
2.4679
2 2977
2.1953
2.0770
1.9326
3.2590
3.0489
2 8349
2 . 5847
1.9779
1.9355
1.9355
1.7982
1.9275
' 1.9889
il. 9041
46 394
41.844
32.513
87.448
45 232
23.654
51.497
44.044
26.191
18.345
62.626
63 . 576
66.027
68.055
35.871
27 559
18.520
9.455
2.345
2.088
1.931
2.849
2 . 364
2.088
29.451
25 329
19.021
59 603
28.800
14.335
30.052
25.070
14.444
9.697
42.792
42.416
42.629
42.141
6
5
4
12
6
3
~6
5
3
2
""9
9
9
9
~4
3
2
4.908
5.066
4.755
Nos
= 18.5°
V = 98.7 volts
8.15
14.67
31.75
4.963
4.800
4.778
N-4
= 20.5°
V = 96 volts
3
3
3
3
33.20
36.37
40.63
46.93
2
2
2
2
5
3
3
8.55
9.60
17.20
24.40
1.920
1.820
1 704
1.562
2 871
2 663
2.451
2.203
17606
1 . 565
1.565
1.431
5.009
5.014
4.814
4.848
a = 20°
V=97.5 volts
4
4
4
4
16.48
18.83
21.78
26.20
14 80
11.62
9.13
7.27,
4.755
4 713
4.736
4.682
N^ 17
0=18.5°
V = 98.8 volts
4
5
5
2
44.55
46.52
46 52
53.90
3
2
3
2
4
9.93
13.30
23.00
58.30
12.92
19.214
14.563
9.787
4.764
4.803
4.641
4.893
4.764
= 18°
V-317.2 volts
5
4
4
46.84
44.20
48.00
8.719
1.557
4.601
4.601
= 18°
V- 3 17.2 volts
4
3
4
3
5.95
12.40
17.373
8.852
1.617
1.534
9.338
4.631
4.6G9
4.631
N^3B
= 18.5"
V-98.7 volts
5
3
4
5
44.28
49.80
25.05
76.13
1 . 9839
1.8707
18.528
9.253
8 441
1.612
1.502
9.943
4.784
4.971
4 784
= 20.5°
V= 304 volts
36.58
44.40
49.22
5
3
3
18.94
2.1890
1.814
4.797
15 190
4.818
4.797
N-A5
= 21°
V = 304 volts
3.67
12.28
11.9884
1.8885
2.2495
28.264
9.259
8 . 830
1.617
1.519
1.873
1.507
1.512
5.063
4.818
= 21°
V= 304 volts
3
34.69
3
19.00
5.093
4 793
.
5.093
\) = 2P
V =305.5 volts
4
49.90
3
6
3
4
2
5
4
2
1
12 07
1.8756
9 253
4.793
= 20°
V = 305.5 volts
6
49.57
11.54
il. 8818
9.639
5.006
28.311
23.376
23.943
18.935
18.950
9.544
9.742
5.006
= 25°
V= 203 volts
4
5
3
4
4
3
2
15.25
16.17
16 5Ô
18.48
19.38
20 63
21.25
10.20
12.69
11.70
14.11
12.87
55.45
42.70
|3.4124
^3.3139
3 . 2806
3 . 0999
3.0271
2 9339
2.8976
40.724
33.997
34.954
28 260
28.549
14.233
14.943
3.023
2.925
2.892
2.713
2.641
2.549
2.513
6
5
5
4
4
2
2
4.718
4.675
4.789
4.734
4.738
4.772
4.871
ET LA CHARGE DE L ELKCTRON
147
Fa\ appliquant ensuite la correctiou de Cunningham avec la
valeur indiquée au début de ce mémoire nous avons calculé les
valeurs réelles du rayon (10° a) et de la charge (10'° E). Le
nombre de charges n se détermine dans tous les cas sans ara-
biguité possible. Il est ordinairement très petit. On a : w == 1
dans neuf cas, « = 2 dans six : les nombres des charges : n= 3,
4, 5, 6, 9 ont été observés chacun quatre fois, enfin une fois on a
observé la charge 12 e'. En tout on a déterminé 36 charges dif-
férentes.
Les valeurs de la charge élémentaire e se groupent autour de
la valeur moyenne 4,818 X 10 ~ avec un écart moyen de
2,2 " 0- Nous avons réuni dans un tableau les valeurs de la
charge 10*° e) qui résultent des diflerentes observations, ainsi
que les écarts entre ces résultats et la moyenne (lO'"?).
U.E.S
lO'"*
r. K. S.
IC^Î
r. E. s.
lOi»^
4.908
+ 0.090
4.736
-0.082
5.063
+ 0.245
5.066
+ 0.248
4.682
-0.136
4.818
±0.000
4.755
-0.063
4.803
-0.015
5.093
+ 0.275
4.963
+ 0.145
4.641
-0.177
4.793
-0.025
4.800
-0 018
4.893
+ 0.075
5.006
+ 0.188
4.778
-0.040
4.764
-0.054
4.718
-0.100
5.009
+ 0.191
4.601
-0.217
4.675
-0.143
5.014
+0.196
4.669
+ 0.149
4.789
-0.029
4.814
-0.004
4.631
-0.187
4.734
-0.084
4.848
+ 030
4.971
+0.153
4.738
-0.080
4.755
-0.063
4.784
-0.034
4.772
-0.046
4.713
-0.105
4.797
-0.021
4.871
+ 0.053
Ces résultats conduisent aux conclusions suivantes :
1° Le coefficient de correction de la loi de Stokes-Cunningliam
présente pour les petites sphéj'ules de mercure effectivement la même
valeur
K = 8.29 X 10~*
qui a été trouvée auparavent pour des gouttes d'huile un peu plus
grandes.
148 PROPRIÉTÉS DU MER(X'KK PULVÉRISÉ MÉCANIQUEMENT
2" La valeur de la charge de l'éledron est :
e = 4.818 X 10~ " unités éledrosfat.
avec une « erreur probable ^^ de + 0.0 lô X i6> " environ.
Cette valeur est remarquablement rapprochée du nombre in-
diqué par M. Millikan. Il s'accorde un peu moins bien avec la
charge élémentaire déterminée au moyen des petites gouttes
d'huile d'olive. Toutefois l'écart entre le résultat actuel et celui
des mesures antérieures (1,7 "o) est également dans les limites
d'erreur admissibles.
Octobre 1915.
Laboratoire de physique de l'Université de Genève.
ETUDE BIOLOGIQUE
MELAMPBORA Li:S^I
Alexnndre BUCKHEIM')
Vers la fin d'avril 1915, j'ai trouvé sur le Laubegg (13-1400 ra.
altitude) près du lac de Waleustadt des rameaux morts de
Linum alpiniim datant de l'année précédente et portant des
amas de téleutospores de Melampsora Lini. Ces amas étaient
de couleur brun-jaune et formaient sur les feuilles mortes et
hivernées de petites pustules. Contrairement à ce qui se passe
chez Limon catharticum L., L. iisitatissimum L. et L. striduni
L. les amas ne se montraient que par places sur l'axe du rameau.
A la base des tiges sèches se trouvaient encore quelques feuilles
hivernées et encore vertes sur lesquelles je vis aussi des téleu-
tospores. De plus, à la suite d'un examen minutieux de la
station, mon attention fut attirée par le fait que, outre les
téleutospores, il y avait, le 22 avril, des amas d'urédos sur des
feuilles vertes.
Le croquis de la page suivante (Fig. 1) rend plus exactement
compte de l'état des choses.
Les urédos se trouvant à proximité immédiate des feuilles
où sont les amas de téleutospores, on serait tenté de supposer
que les urédos proviennent directement d'une infection par les
téleutospores voisines. Mais cette supposition est contredite
par notre observation selon laquelle, après une infection normale
par les téleutospores il vient non pas des urédos, mais des
') Etude faite à l'institut botanique de Berne.
150 ÉTUDE BIOLOGIQUK DE MELAMPSORA LINI
pycnides puis le caioma, et il n'est pas probable qu'une raoditi-
cation de ce développement se soit produite dans cette station.
Une seconde possibilité que l'on pourrait admettre pour
expliquer cette présence simultanée de téleutospores et d'urédos
en formation, serait celle-ci : le mycélium produisant les téleu-
tospores pénétrant la plante entière, pourrait donner naissance
dans les diverses feuilles d'un même jet, soit à des urédos, soit
à des téleutospores. Je n'ai cependant pas pu découvrir
l'existence d'un mycélium dans les jets (la portion de rameau
située entre w et / du dessin a servi à faire la recherche atten-
tive de ce mycélium).
Fin. 1. — Dessiné le 27 avril d'après nature.
A. Rameau de l'automne, mort. B. Rameau frais en voie de développement,
u. Amas d'urédos. t. amas de téleutospores.
Il ne reste plus qu'une troisième possibilité pouvant expliquer
la naissance d'urédos au printemps : c'est d'admettre que
l'infection des feuilles urédosporées au printemps s'est faite en
automne déjà. Nous aurions alors affaire ici à un mycélium
local, hivernant dans la plante, et produisant au printemps des
urédospores, comme l'admet M. Tréboux (') pour Melampsora
Lini sur Limon usitatissimum. Cependant, la possibilité d'avoir
affaire là à des urédospores hivernantes ne doit pas non plus
être tout à fait rejetée.
Après ces courtes remarques concernant les possibilités
d'hivernation de Melampsora Lini sur Linum alpinum L.,
') 0. ïréboux, Ueberwinteruiig vermittelst Mycel bei einigen para-
sitischen Pilzen. Mycologisches Zentralblatt. Bd. V, 1915 p. 125.
ÉTUDE BIOLOGIQUE DE MELAMPSORA LINI
151
j'aimerais douuer quelques résultats de mes essais d'infection
avec téleutospores de Melampsora Lini sur Linnm alpinum.
J'ai entrepris ces essais dans l'intention de compléter mes
travaux précédents ( /) faits avec des urédospores de Melampsora
Lini sur quelques espèces de Linum. Ces travaux m'avaient
montré la grande spécialisation que présente cette espèce.
Le matériel téleutosporifère récolté en avril sur le Laubegg,
donnant une abondante germination sur le porte -objet, se
trouvait excellent pour les infections. On trouvera dans ce qui
suit les résultats de mes essais.
Essai I
Matériel : Téleutospores de Melampsora Lini sur Linum alpinum L
du Laubegg, récolté le 22 avril 1915.
Provenance :
I Exenipl. provenant du Laubegg
en 1914 et hivernes en pots
H. Correvon, Genève (1915)
Plantes ei
i essai :
N"
1.
Linum
alpinum
»
2.
—
—
3.
4.
5.
—
tenuifoUum
»
—
alpinum
»
6.
—
—
r
7.
8.
9.
—
austriaaim
»
—
sibiricum
»
10.
—
—
>
11.
—
perenne
Les amas de téleutospores utilisés pour ces infections étaient
d'abord ramollis par un séjour de 3-4 heures dans l'eau, puis
déposés au moyen de brucelles sur les jeunes rameaux des
plantes de Linum. L'essai a été commencé le 29 avril. Un
contrôle à la loupe des places soumises à l'infection eut lieu
deux jours plus tard. Sur chaque plante je pus constater à une
ou à plusieurs places la présence de basidiospores projetées
sous forme d'une poussière brun-jaune.
') A. Buchheim, Zur Biologie von Melampsora Lini. Berichte der
deutschen botanischen Gesellschaft. Jahrgang 1915, Band XXXIII,
p. 73-75.
152 ÉTUDE BIOLOGIQUE DE MELAMP80RA LINI
Le résultat de ce premier essai fut le suivant :
N° 2. Linmn alpinum, présente le 12 mai des pycnides sur tige
et feuilles; le 14 mai, de nombreuses pycnides et le 17 mai le
cseoma (infection réussie).
N° 8. Linum austriacum, présente le 11 mai des pycnides sur
beaucoup de feuilles, surtout à leur face supérieure; le 17 mai,
caeoma (.très belle infection).
N" 10. Linum sibiricum, le 12 mai, pycnides à quatre endroits,
le 21 mai, Cîeoina (infection légère).
N°° 5 et 6. Linum alpinum. Les plantes fraîchement trans-
plantées étaient maladives ; les jeunes pousses ont péri
prématurément.
N' 3. Linum tenuifolium, a péri pendant la durée de l'essai.
Essai II
Matériel : Téleutospores de Melampsora Lini sur Linum alpinum L,
récolté sur le Laubegg le 22 avril 1915.
Plantes
en essai :
Provenance :
1.
2.
3.
Linum
alpinum
Exempl. hiverné du Laubegg (1914)
—
austriacum
H. Correvon, Genève (1915)
4.
5.
6.
—
perenne
catharticum
Gunten, lac de Thoune (1915)
7.
8.
—
usitatissimum
De graines
9.
—
sibiricum
10.
—
perenne
H. Correvon. Genève (1915)
11.
—
tenuifolium
L'essai fut mis en train le 17 mai. Lagerraination des spores
sur le porte-objet était bonne.
J'ai obtenu les résultats suivants:
N° 1. Linum alpinum, le 28 mai, pycnides sur nombreuses
feuilles; le 10 juin, Cisoma sur beaucoup de feuilles.
N" 4. Linum perenne, le 1 juin, pycnides (seulement à une
place).
En se basant sur ces deux essais on peut établir que les
téleutospores du Melampsora sur Linum alpinum L. infectent
avec succès les espèces de Linum suivants :
ÉTUDE BIOLOGIQUE DE MELAMPSORA UNI 153
Linum alpinum Linum sïbirlcum
Liniim austriaami Linum père) me
Ces quatre espèces appartieu lient au groupe du Linum
perenne. Il serait donc opportun de nommer le parasite du
Linum alpinum <^ Melampsora Lini f.perenni >k En se basant
sur ce que nous venons de voir et sur de précédents essais
(Palm) (^), (Kôrnicke) ('-) et les miens on pourrait établir dans
le Melampsora Lini les formes suivantes:
1° Melamysora liniperda (Kôrnicke) Palm sur L. usitatis-
simum L.;
2" Melam2Jsora Linif. perenni sur Linum alpinum L., amtria-
cum L. et sïbiricum DC. ;
3" Melampsora Lini f. catluuiici sur Linum catharticum L.;
4" Melampsora Lini f. (enuifolii sur Linum tenuifolium L.;
5" Melampsora Linif. stridi sur Linum shidum L.
Cette division apparaît d'autant plus justifiée que les mesures
de longueur des urédospores ont aussi donné quelques dift'érences.
Le tableau suivant donne le résultat de ces mesures, les spores
étant réparties selon que leur longueur atteint tel ou tel inter-
valle séparant les divisions du micromètre.
Divisions micrométriques 5
9 10
11
12
y y <v
'• C/2 M
Forme du L. catharticum
» L. alpinum . .
> L. tenuifolium
» L. strictum . .
6
57
35
2
1
—
1
20
55
22
2
— 1
—
3
18
37
29
11
2 1
~
1
17
42
34
4
2
La fig. 2 fait mieux comprendre ce rapport.
Quant aux différences qui pourraient exister entre les téleu-
tospores, je n'ai pas pu jusqu'à maintenant obtenir de résultat
tangible. La longueur des téieutospores oscille entre 50 et 80 jj,
et elle dépend beaucoup de la position que la spore occupe dans
') B. Palm. Nya bidrag till Stockholmstraktens Swamptiora. Svensk
botanisk tidskrift. Bd. 4, 1910.
-) Kôrnicke in Verhandlungen des naturhistorisclien Vereins der
preussischen Rheinlande. Bd. 31, 1874.
154
ÉTUDE BIOLOGIQUE DE MELAMP80RA LINI
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~^%
10
11
1%
FiG. 2. — Répartition îles iirédospores de Melampor(t Lini d'après leur
loasueur.
— forme du Linum catkarticum —
— formo du Limim alpiniim
forme du Linum strictum ;
forme du Linum tenuifolium
Les ordonnées donnent le nombre des spores mesurées; les abscisses re-
présentent les divisions micrométriques entre lesquelles se répartissent les
spores mesurées. L'intervalle enti'e deux divisions vaut 2, 56 \j..
l'amas; celles qui sont sur le pourtour sont notablement plus
courtes. Il semble aussi que la situation de l'amas de téleu-
spores, sur la tige ou sur les feuilles, influe sur la dimension
des spores.
COMPTE RENDU DES SEANCES
DE LA
SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE
DE GENEVE
Séidicc (In 5 décembre JOlô
U. Chodat. Sur l'isogainie, l'hétérogamie, la conjuLtaisou ei la superfétatiou
chez une algue verte. — C.-E. Ouye et M. Einhoru. Sur le frottement
intérieur des tils de quartz aux basses températures. — Eug. Biijanl.
Remarques sur le modelage de la tête de l'embryon luiniain.
K. Chodat. — Sur l'isofjumie, l'Uélero(ianiie . la conj acfdison
el la superfétation chez une algue verte.
L'auteur a découvert et cultivé en ciiltiiie pure en l'ah.sence de
tout orjj'anisme étranger un Chlauiydonionas déjà nommé ancien-
nement par lui Chlainydoinonas intermedia, Cliod.
Cette Chlamydomonadée cultivée sur les milieux liajjituels, ne
montre aiicinie se .qualité, mais transportée sur des milieux enri-
chis en peptoue et sous l'inlluence prépondérante de l'obscurité,
produit un nombre infini de gamètes de toutes ^'randeurs ; iso-
niacrog'amètes qui au lieu de .se fusionner par le bec s'unissent
latéralement, iso-microi^amèles qui font de même, -hétéro-gamè-
tes : macro-gaméle femelle, méso-i>famète mâle et microgaméte
incolores (M.
En outre on constate excessivement souvent une curieuse super-
fétation, union de 3 gamètes, zyg-ozoospore fécondée par un ma-
crog-amète ou un microg-amète ou pendant la fusion des deux maco-
isog-amètes, cliacun étant à son tour fécondé par des microgamètes.
(Jes fécomlations répétées aboutissent à des zygozoospores résul-
tant de la fusion de 3. 4, 5. 6 cellules. Au cours de ces fusions
observées sous le microscope on voit la zygozoospore complexe
') Ce mode d'union est nouveau parmi les Chlamydomonas.
156 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
errer munie de ses 6, 8, 12 cils si les fusions ont été latérales ou
contenant autant de sti^nia que de cellules copulatrices.
Les gamètes de diverses grandeurs proviennent d'états palmel-
loïdes dont les cellules inég-alement accrues à l'intérieur d'un
tétrasporange varient du simple ou double au sextuple. Les plus
petites étant dépourvues de chlorophylle lonctionnent comme
spermatozoïdes.
Dans les états palnielloïdes on constate aussi des l'usions à l'état
immobile entre des cellules contigues de même g-randeur ou de
grosseur différente, au moven d'anastomoses copulatrices permet-
tant la conjugaison,
f^es zyg-otes s'arrondissent ou conservent long-temps une l'orme
en biscuit ou une apparence lobée. Les pyrénoïdes se confondent.
Dans les zyg-otes complexes comme dans les normales le contenu
se divise pour former un état palmelloïde ou un pseudo-pare)i-
chyme de cellules polyédriques par compression.
Pour étudier les conditions de la sexualité on a cultivé (^en col-
laboration avec M"® (îlobus) les ChJfiniiidonionns liiferniedia
sur des milieux solides et sur des milieux liquides.
Gélose-Detmer glycose 2 '^/o
» saccharose 2 ^jo
» maltose 2 °/o
» lactose 2 "/o
he développement est maximum sur le glycose à l'obscurité le
développement est retardé; quant à la sexualité, elle fait généra-
lement défaut à la lumière (sucrose) ; elle .se marque dans l'obscu-
rité.
L'addition de peptone détermine une sexualité excessive. L'ac-
tion favorable du peptone croit de 0,1-0,5-0,6 puis semble décroî-
tre avec les concentrations plus élevées. Cependant les colonies
sont à 0,8-1 ^jo de peptone plus g-randes qu'à 0,1-0,2 'Vo. Si la
sexualité est rare à 0,1 et en lumière, elle est déjà plus abondante
à l'obscurité pour la même concentration ; mais elle s'accentue
avec les concentrations constantes. A 0,3 ^/o et ceci .se continue
jusqu'à 0,7-0,8 7o ' ^^^ phénomènes de sexualité s'accentuent sur-
tout dans l'obscurité.
Avec la g-élatine l'addition de sucres iliminue la sexualité, le
peptone corrig-e cette accélération vég-étative. Sur g-élatine .sans
peptone et sans sucre il y a déjà beaucoup de gamètes.
Gélatine et g^lycose donnent dans l'obscurité le même résultat.
Les cultures dans les milieux litjuides ne donnent pas de gamè-
tes ou en donnent rarement.
Cependant pour "bb.server les principaux faits de sexualité, il
convient de transporter les alg-ues des cultures sur g-élo.se ou g"éla-
tine dans des éprouvettes contenant la solution Detmer au Vio- ^^
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 157
Ijout de 3-12 heures se inarijueiit tous les pliéuomiMies île féconda-
tiou indiqués.
Cette plante se prête donc admirablement pour montrer à heure
fixe et de propos délibéré, au laboratoire, tous les phénomènes de
la sexualité depuis la conjugaison isog-ame jusqu'à l'hétérogamie
parfaite y compris le curieux et nouveau phénomène de la super-
fétation.
M. le prof, (J. E. (jrve ex|)Ose les résultats d'un liavail entrepris
fi\ collaboration avec M. Einhijrx sur le frottenieiil intérieur
lies Jils de quartz aux basses tenipératiires.
Des expériences antérieures effectuées par M. Guye et M"* Va-
silefï( ^ ) sur des fils de verre aux températures moyennes et élevées
avaient montré que le phénomène du frottement intérieur présente
dans des corps à structure isotrope comme les verres une régula-
rité et une simplicité plus grande que dans les métaux dont la
structure peut être considérée comme pseudo isotrope.
Il était intéressant de reprendre des expériences à basse tempé-
rature et d'étudier à ce point de vue les fils de quartz dont la com-
jiosition chimique est simple et dont la chaleur atomique moyenne
est extrêmement petite même à la température ordinaire ( ").
I^a méthode employée est celle utilisée par MM. C. E. Guye et
1^. N'oïkoft". Tous les fils étudiés ont préalablement été examinés au
microscope polarisant afin de vérifier leur isotropie. Cette isotro-
pie persiste même a[)rès refroidissement dans l'air liquide bien
<|u"un premier refroidissement produise une modification qui se
traduit par une aiiiifmentation du décrément qui peut atteindre i;')
à 30 "/g ; les refroidissements ultérieurs n'ayant plus aucun effet.
Les propriétés g-ènérales du frottement intérieur constatées sur
les fils de verre aux températures moyennes et élevées se sont
letrouvées pour les fils de (juartz étudiés à la température ordi-
naire. En particulier les expériences ont montré qu'à cette tempé-
rature le décrément logarithmique \ est dans la limite des expé-
riences indépendant de la durée de la période d'oscillation t,
conformément à la théorie de Boltzmann sur la réactivité ; le
décrément s'est montré également indépendant de l'amplitude.
Aux tenqjératures basses, au contraire, on se rapprocherait davan-
tage, sans la satisfaire cependant, de la condition àt = constante,
comme le veut la théorie du frottement intérieur de M. W. Voig-t
qui s'appliquerait ainsi d'autant mieux (jue la température est
[dus basse. Ce dernier lésultat confirme les ob.servations faites
') Arch. des Se. Phys., mars et avril 1914.
-) Id., t. 39, p. 87, 1915.
Arciiivks, t. XLI. — ("évrier l(tl5. 11
158 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
antérieurement par M. C. E. Guye et V. Fieederiks sur les mé-
taux (1).
II importe de remarquer qu'à la température de l'air liquide le
décrément est si petit que l'on est en droit de se demander si
l'amortissement ne serait pas dû au frottement résiduel de l'air ou
à quelque transmission d'énerg-ie au support; en effet, pour une
amplitude de 0.025 l'énerg-ie perdue dans une oscillation n'est
Suère que de 0.0006 erg-s. Toutefois l'analyse des résultats et
l'examen des courbes ne paraît pas favorable à cette hypothèse.
Il semble plutôt qu'aux basses températures apparaît un phé-
nomène irréversible d'une autre nature, un frottement propor-
tionnel à la vitesse. Ce frottement pourrait peut-être avoir pour
cause le fait que les équilibres qui correspondent à chaque valeur
de la déformation sont très lentement atteints aux basses tempéra-
tures. La série des déformations par les(|uelles pa.sse le fil ne
pourrait plus alors être considérée comme une suite d'élats d'équi-
libres, et le phénomène, malgré la très failjle agitation molécu-
laire, ne serait pas réversible.
Quelques expériences ont été aussi effectuées sur des fils de
verre ; elles ont conduit à des conclusions ^énéiales analogues.
Eug. Blijakd. — He/narr/i/es s/ir le modeUuic de lu tèle de
l'embryon humain (Note préliminaire).
La tête de l'embryon humain, au cours de son modelag-e, réalise
successivement une série de rappoits organiques, (|ui font vai-ier
les relations métaméi-iques de ses divers systèmes.
Chez les embryons très jeunes, seule la seg-mentation somitique
est de.ssinée; les fentes branchiales apparaissent en avant du sinus
veineux du cœur, dans une région n 'avant aucune trace de méta-
mérisalion. LTn peu plus tard, lorsque le modelage des vésicules
cérébrales commence, les neuromères se délimitent, en même temps
que déltute l'enroulement spiral de la tête.
Dès lors, fentes branchiales et neuromères entrent en rapport ;
mais leurs relations varient d'un embrvon A l'autre, comme le
résume le tableau ci-après.
Ce tableau met en évidence les trois faits suivants :
\° Que les rapports entre les ganglions crâniens et les neuro-
mères sont constants chez les divers embryons humains : le gan-
g-Jion du trijumeau (V') correspond au II* neuromère, le gang-lion
acoustico- facial (VII-VIII) au IV* neur., la vésicule auditive au
V* neur., le g-ang-lion g-lossopharyngien (IX) au II* neur. et le
gang-lion pneumogastrique (X) aux VII" et VIIL' neuromères;
') Arch. des Se. phys. et nat., janv., févr., mars, 1910.
ET D HISTOIRE NATURELLE DE GENEVE
159
2° Que chaque arc bianchial équivaut, cliez l'embiyon humain,
à deux neuromères : branchioméine et neuroraérie ne sont donc
pas des sesmentations équivalentes ;
3° Que la région cérébrale et les neuronièies paraissent glissei-
peu à peu en avant de la i '" fente branchiale, de telle sorte que
celle-ci, qui répondait tout d'abord au sillon séparant les I-Il*""
neuromères, finit par se trouver vis-à-vis du sillon séparant le.s
IIIMV^ neuroméres ; la 4*^ tente branchiale est alors en reo-aid du
l*"" intervalle somilique de la région occipitale.
Segments Embryon N. T. 6 Embryon N. T. 7 EmbryonX.T. 11
céphaliquos Long. 2"'"',ti Long. 2"""', 5 Long. 3"""
Embryon N. T. 13
Long. i°"°,9
1
Xenroni
2
•
3
I
4
II
5
m
6
IV
7
V
8
VI
9
VII
T" fente In-.
gangl. V p.
1'" fente hr.
gangl. Y' p.
T fente br.
2' fente br. j
g.vii-viii p. g vii-viir p.jg.vii VHP p.
10
2' fente br. 1' fente br.
vésic. audit, yésic. audit, vésic. audit, vésic. audit.
3' fente br.
4' l'ente br.
l.IX'p. j gangl. IX' p.
5' fente br. 2' fente br. '•
2' fente br.
1. IX'p.
gangl. X' p. I gangl. X' p.
' 3" fente br.
racine X' p.
3' fente br.
4' fente br.
é" fente hr.
VIII
Somites a \
. \
rég.occip. b
I
Ces onria/lons lapograpliiques sont le résii/laf d'une série
(le(/lisse/nen/s terloniqnes, par lesquelles la tète se modèle.
Nous avons vu ailleurs que la forme extérieure de l'embryon
tend à réaliser une série de courbures s-éométriques, transtorma-
bles graphiquement l'une dans l'autre, i\m sont la traduction yra-
160 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
|)liir|ue du môcanisnie du développement ; ce sont les courbes
finhryolertoniqnes, qui cai-act(^'isoiit cliacune une période de
développement. (^)
Aux premiers stades du iléveloppement (endjryons Krômer et
Eternod Du. Ga.), phase parabolique, la tête e.st encore à peine
ébauchée. Ses ébauches orjs;"aniques. sous la poussée des tissus pro-
liférants au niveau du canal neuioentérique. tiécrivent une série de
trajectoires paraboliques; peu à peu les premiers somites g-lissent
au-dessus du sinus veineux et s'ellacent. tandis que d'autres se
dessinent plus en arrière. Le repérage graphique démontre que le
I" somite apparent de l'embrvon Du. Ga. est en réalité le 3®. Chez
ce môme embryon deux Fentes branchiales sont apparues en avant
ilu sinus veineux et des pi'otovertèbres.
Aux stades suivants (embrvons Plannenstiel 111 et Meyer-
Thompsoni, pliase spirale du développement, la tète se fléchit
peu à peu et décrit la spire céphalique primitive autour du
point buccal. Fentes branchiales et somites sont entraînés dans
ce mouvement. Chez l'embryon Plannenstiel III, quatre fentes
branchiales sont réparties le long d'un arr branchiomérique de
o7° env., qui restera dès lors à peu prés constant. Le glissement
en avant des somites et leur etl'acemenl graduel se continuent; à
leur place apparaît une nouvelle segmentation : les neuromères.
Les somites I à VIII (soit 3 à 10) <Ie l'embryon Du. Ga. forment
la base d'un triangle dont l'angle au sommet mesui'e 76°; les neu-
romères de l'embryon Pfann. III sont répartis sur un arc neuro-
inérique de 76° env., dont le centre est commun avec celui de
l'arc branchiomérique. L'étude graphique du modelage céphalique
démontre la coïncidence presque parfaite des segments neuromé-
riques et sémitiques; ce sont là des segmentations équivalentes ;
mais au cours du développement les somites céphaliques s'effacent
au moment où apparaissent les neuroméres. Chez l'embryon
Pfann. 111 les premiers rapports entre fentes branchiales et neuro-
mères sont établis; la 1* fente est en regard du sillon séparant les
I-II*" neuromères (3-4* segm. céphaliques).
Ainsi le modelage de la tète et la formation de la spire cépha-
lique primitive se font par le glissement en avant de la région
dorsale, système nerveux et somites, qui surmonte peu à peu le
pharynx et s'enroule autour du stomeum ; c'est là un véritable
(flissenient tectonique.
Aux stades suivants (embrvon Broman, etc.), F enroulement
') Eug. Bujard, Remarques sur le mécanisme du modelage des em-
bryons humains. Courbes embryotectoniques. Anatom. u-Enticickl.
Monographien (herausg. W. Roux), S'Heft. Leipzig, 1914. 11-96 p. avec
quarante-trois ligures.
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 161
céphaliqup se resserre ; la spire primitive se transforme par la
révolution de ses centres autour tlu stomeum et élarg-it ses arcs.
Les glissements tectoniques précédents continuent et entraînent
toujours plus en avant neiironières et fentes branchiales; la pro-
gression cérébrale est plus grande que celle du pharynx et les neu-
romères s'avancent un à un au-delà de la !•' fente branchiale ;
celle-ci se trouve enfin au niveau du sillon délimitant les IV-V*"
neuromères (6-7^ secm. céphaliques\ Ce n'est pas encoi'e là leui-
rapport définitif.
Chez l'embrvon Iiii^alls (long. 4,9 mm.) la spire céphalique
sest élargie à nouveau ; la croissance du prosencéphale a allongé
l'arc frontal et provoqué un léger recul du rhombencéphale et des
neuronières. Les rapports du cerveau et du pharynx sont dés lors
définitifs; les ganglions crâniens sallonsent jusqu'à l'épiderme et
provoquent le iléveloppement de leurs placodes ectodermiens, qui
les fixeront à la région branchiale. Les arcs neurumériques et
branchlomériques sont légèrement plus courts que dans les em-
bryons précédents, ce qui indique un tassement de toute la région.
A ce stade la I* fente branchiale est en regard du sillon entre les
III-IV*^ neuromères (o-O** segni. céphal.) et la 4^ fente répond à
l'intervalle entre les deux premiers somlles occipitaux.
En résumé, le modelage de la tête se fait chez l'embryon
humain par une série de glissemenls embrijotectoniqiies, qui
amènent graduellement le rhombencéphale et ses neuronières au-
dessus du pharynx et des fentes branchiales. Ces glissements sont
accouqjagnés de l'effacement yraduel des somites céphaliques.
Cependant les segmentations somitiques et neuromériques sont
équivalentes, ce qui permet de retrouver graphiquement 10 .seg-
ments céphaliques en avant de la région occipitale (plus en avant
encore reste une région sans traces de segmentation). Les rapports
entre les neuromères et les fentes branchiales varient progressive-
ment; mais à chaque stade, un arc branchial correspond angulai-
loment à deux neuromères.
BULLETIN SCIENTIFIQUE
MATHÉMATIQUES
E. T. Whittaker et (i. N. Watson. A coursk of modern Ana-
LYSis. Catiihridge Universilij Press, 1915.
L'ouvrage de MM. Whittaker et Watsoii . (|Lii paraît en
seconde édition complètement transformée, est un élégant vo-
lume de 560 pages, g-rand in-8. Dans cet espace relativement res-
treint, les auteurs ont su faire entrer une énorme matière et, on
peut dire, l'essentiel de l'Analyse mathématique moderne. Divisé
en deux parties, l'une consacrée aux procédés g^énéraux, séries,
iiitég-rales, etc., l'autre aux applications de ces méthodes à la
théorie des principales fonctions transcendantes, fonctions g-amma,
zêta, hvpergéométriques, be.s.séliennes et elliptiques, le livre est
d'un grand intérêt ; le lecteur français, notamment, y trouvera
plaisir et matière à réflexion dans un plan tout nouveau pour lui.
Le caractère peut-être le plus i-emarquahle tie l'ouvrag-e est que
les théories concernant les fonctions de variables réelles sont pré-
sentées en même temps que celles relatives aux fonctions de va-
riables complexes. Il ne send)le pas que la clarté souftre de cette
réunion.
En raison de l'immensité du champ parcouru, il va de soi que
les auteurs n'en n'ont pas pu explorer tous les recoins ; les divers
sujets ne sont pas traités avec le même détail et aucun d'eux n'a
reçu son entier développement, la place n'y eut pas suffi. Parmi
les omissions il est permis de regretter qu'une place n'ait pas été
faite à la théorie des ensembles, proportionnée à l'importance
qu'elle possède pour l'étude des principes de l'Analyse. 11 est fâ-
cheux aussi que les fonctions multiformes et les repiésentations
g-éométriques de Riemann aient été presque complètement passées
sous silence.
La théorie de§ équations difl'érentielles enfin, est restreinte
aux seules équations linéaires du second ordre, et lepose sur la
méthode d'approximations successives et non pas sui- le calcul des
limites de Cauchy.
BULLETIN SCIENTIFIQUE 163
(^itiMis en revanche, comme nous ayant {jaiticiiliéiement inté-
ressés, les chapitres consacrés aux séries de Fourier, aux équa-
tions intégrales, à la Fonction zêta, et l'étude des fonctions de
Mathieu, c'est-à-dire des solutions périodiques des équations dil-
Pérentielles à coefficients périodi(|ues.
La grande variété des sujets traités, la l)iiéveté de l'exposition,
I indépendance relative des différentes parties rendent le livre
précieux comme ouvragée de consultation ; il servira encore aux
étudiants par les noml)reux et intéressants exercices qui sont pro-
posés à la sagacité «lu lecteur à la fin de chaque chapitre.
G. G.
GHIMIE
0. Kym et M. RiNGER. — Contribution a la connaissance de
QUELQUES BASES AMINOAZIMIDEES ET DE QUELQUES COLORANTS AZOI-
QUES DÉRIVÉS. (Ber. d. D. clieni. Ges., t. 48(1915), p. 1671-
1685 ; Laboratoire de l'Université de Zurich).
Des considérations théoriques, développées au début de ce
mémoire, sur les colorants substantifs ont eng"ag-é les auteurs à
étudier les colorants dérivés de quelques bases amino-azimidées
dont ils décrivent la préparation. Il s'agit des trois bases sui-
vantes :
NH
NH-
Amino-ô-méthyl-l-azimido- -Méthyl-l-amiiio-2-aziinido-
2-3-beiizèno 4-5-beiizène
II
N
Amiuophényl-p-amiiioaziinidobeiizèue
III
164 BULLETIN SCIENTIFIQUE
lis sont partis [»oiir la [jréparatioii de la [)reiuièrp tle la nili-o-5-
toluylèiie-tliamiiiP-'2-3. pour celle de la seconde de la p-iiitro-in-
diacétyltoluviène-diamine et pour celle de la Iroisièiiie de la triiii-
ti"o-2-4-3'-dipliénvl-ainine. La préparation et l'exaiTieu de cette
dernière est basée sur le fait que dans les aminobenzéinidazols
l'introduction dans le noyau a-pliénylique d'un second g'roupe
NH^ ou -N=N- exalte considérablement les propriétés colorantes
ainsi que l'affinité pour la fibre du coton, il était donc intéressant
d'étudier cette influence avec ce nouveau diaininobenzémidazol.
Les colorants préparés avec la troisième base difFéient du reste
peu de ceux qui déiivent des deux premières, cependant le dérive
diazoïqne de cetle dernière copule avec l'acide aminonaphtoldisul-
fonique H donne un violet plus Foncé et plus intense. (Pour les
détails des teintuies voii' la lliése de 1\!. liiniier. Zurich 1915).
LISTE BIBLIOGRAPHIQUE
des Travaux de (Ihimie l'ails en Siijsse
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OBSERVATIONS MÉTÉOHOLOGIOUES
L'OBSERVATOIRE DE GENÈVE
PF.NDANT I.K MOIS
DE JANVIER 1916
Le 1, pluie de 3 li. 50 k 10 h. du soir et daas la nuit.
2, pluie à 7 h. et à 10 h. du matin.
3, petite pluie dans l'après-midi.
4, brouillard enveloppant matin et soir.
5, gelée blanche et brouillard le matin : pluie à 11 h. 30 du matin et h 7 li. du
soir.
6, pluie à 10 h. du soir.
7, pluie dans la nuit.
8, pluie à 7 h. du matin, à 1 h. et 4 h. du soir; pluie et neig-e dans la nuit,
y, pluie et neige de 8 h. à 10 h. du matin.
13, pluie a 10 h. du matin et de 7 h. à 10 h. du soir: pluie et neitre dans la
nuit.
14, neige de 7 h. à '.• h. du matin et de 1 h. h 5 h. du soir.
16, gelée blanche le matin.
17, gelée blanche et brouillard le matin : brouillard le S(iir.
19, gelée blanche le matin.
20, gelée blanche le matin : pluie de 3 h. à 5 h. du soir.
Les 21, 22, 23 et 24, forte gelée blanche le matin.
Le 25, gelée blanche le matin ; pluie et neige dans la uuii.
Les 28 et 29, gelée blanche le matin.
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176
MOYENNES DE GENÈVE — JANVIER 1916
Correction pour réduire la pression a(uiosphérl<|iie de CieuAve A la
pesanteur normale : | 0"""02- - Cette correction n'est pas appliquée daus
lei5 tableaux.
Pression atmosphérique : 7O0'""' |-
11. m. i 11. III. 7 h. m. 1(1 h. m. 1 h. s. 4 h. s. 7 h. s. 10 li. s. Moyennes
l'Vléc
Mois 35 22 3o.l0 35 14 35 59 3'i 82 34-74 35 14 3530
35 38
35 36
35 47
3603
35 42
35 65
36.07
3607
3568
33.26
33 01
32 93
.3342
32.59
3253
32 88
3313
3297
3685
36.76
36.86
37. 15
36.30
3592
36.35
3656
3659
3513
Température*
oooooooo o
l-.iéc +4.98 +4.82 +4.46 +5 20 +7.30 +723 +5.85 +4.82 +5.58
2' -> -0 49 -0 87 -1.04 134 3 79 369 2 00 038 MO
3' » + 060 0.00 - 008 193 555 5-50 3 05 1 27 2. 23
Mois +166 +127 +107 +2.79 +555 +547 +3.62 +2-13 +2-95
Mois
88
Fraction de saturation en "/o-
l"
décade 87
88
88
86
78
77
82
86
84
2'
87
87
88
81
74
78
86
90
84
3«
90
9t
91
80
69
71
84
87
83
89
89
82
74
Daas ce mois l'air a été calme 97 fois sur 1000
NNE 44
SSM- ^ W
IjS rapport des vents
= 71
75
84
88
84
MoyenueK des 3 observations
(7N l^ 9")
mm
Pression atmosphérique 35.07
Nébulosité 6.1
( ' + ^ +9 .. 4.:>.06
1 3
Température l
/-lti±l><i.. 4-2«.94
' 4
Fraction de saturation 88 "/»
Valeurs uurinales du mois pour le8
éléments météorolog'iqaes, d'après
Plantamonr :
Hress. atniosphér.. (1836-1875).
Nébulosité (1847-1875).
Hauteur de pluie. . (1826-1875).
Nombre de jours de pluie, (id.).
Température moyenne . . . (id.). -
Fraction de saturât. (1849-1875).
mm
727 . 37
7.9
48.8
10
- 0".08
86 »/o
177
Observations météorologiques faites dans le canton de Genève
Résultats des observations pluviométriques
Station
CÉL.IGNY
COLLEZ
i:iiiiiBKs\
(:IHT81.11NI!
SATIGNY
ATHENAZ
Clllll'R<IF.IIES
Hauteur d'eau
en iniii.
46.1
30.2
20.7
18.0
23.8
18.0
15.2
Station
VRYRIER
OBSERVATOIISE
COLOONT
PUPLINGB
12.5
JOSST
iitKUixa
Hauteur d'eau
en mm.
8.7
12.7
12.2
—
22. 4
lusolaliou h Jussy : ? h.
OBSEKVATIOlNS MÉTÉOROLOGIQUES
GRAND SAINT-BE H N A R D
PENDANT LE MOIS
DE JANVIER 1916
Les ], 2, 5. 6, 7, 8, 9, 13 et 14, ueige.
2, 3. 5, 7, 8, 9 et 81, brouillard.
6. 7, 8, 9, 11, 12, 13, 14 et 21, très forte bise.
Le 31, fort vent.
Neige
Hauteur
(24 h.)
© • • • ■ o ift ift co • ■ • -o o • • ■ • -^< • •
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Hauteur
(24 h.)
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180
WIOYENNES DU GRAND SAINT-BERNARD — JANVIER 1916
Correction pour réduire la pression atmosphérique du Orand Saint*
Bernard A la pesanteur normale : - 0"""-22- — Cetff corrpnlion n>sl pas
appliquée dans le.s tableaux.
Pression atmosphérique : 500 ' -[~
7 11. 111. 1 II. 9. 9 11. 8. Moyenne
l- décade 68. 72 68 "SO 69.06 68. 86
2' » 68 05 66.14 66.29 66 16
3» » 70.26 70.21 70.37 , 70 28
Moi>
Fraction de saturation en "/o
7 h. 111. 1 h. 8. (' II. ». Moyenne
74 75 81 77
67 69 67 68
56 55 62 58
68. 41 6844 68.63 68.49
65
66 70
67
Mois ^ 5.80
Température.
Moyenne.
7 h. III.
1 II. «.
» II. 8
7 + 1 + 9
7+l+2\9
3
4
a
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o
O
!'■* décade
- 5.47
- 4.17
- 5.21
- 4.95
- 5.01
2^ »
- 8. 02
- 5.66
- 7.45
- 7.04
- 7. 14
:^"
- 4. 07
- 156
- 4.80
- 3.48
- 3. 81
3.73
- 5.79
— 5. 11
Dans ce mois l'air a été calme 269 fois sur 1000
NE 131
l^e rapport des vents
S\A'
11
11 91
Pluie et neige dans le Val d'Entremont.
station
Martigny-Ville
Orsières
Boiirg-St-Piene
Sl-Beniarri
p]au en millimètres
Neii;e en centimètres.. . .
45.7
7
35.1
20
37.8
22
77.9
71
LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
A. TARGONSKI (i
I. Etude des particules de mercure
§ 1. On sait, qu'en déterminant la charge de l'électron,
M. Millikan et d'autres auteurs sont arrivés à la conclusion
que cette charge a une valeur déterminée et invariable ; cer-
tains observateurs, cependant, affirment que la charge de
l'électron (charge élémentaire) est variable et peut prendre
des valeurs exti'êmement petites. Devant une telle divergence
d'opinions, MM. Schidlof et Karpowicz(") se proposèrent de
déterminer la charge élémentaire en observant des gouttes de
mercure, produites, non pas d'après la méthode de M. Ehren-
haft(^) (pulvérisation dans l'arc voltaïque), mais par un pulvé-
risateur (méthode de M. Millikan). Au cours de leurs recherches,
ces observateurs remarquèrent un phénomène curieux : tandis
que les gouttelettes d'huile de M, Millikan et d'autres auteurs,
ainsi que celles de mercure de M. Ehreuhaft restaient parfaite-
ment invariables pendant la durée de l'expérience, les goutte-
lettes de mercure de MM. Schidlof et Karpowicz semblaient
posséder une masse variable : leurs durées de chute sous
l'influence de la pesanteur augmentaient constamment et en
') Ce travail a été effectué au Laboratoire de Physique de l'Université
de Genève.
-) A. Schidlof et A. Karpowicz, C. B., 1914, 158, p. 1992.
^) F. Ehrenhaft, Wien. Akad. Berichte, 1914, 123, p. 53.
Archives, t. ALI. — Mars 1916. 13
182 LA QUESTION DES SOUSELKCTRONS
même temps les durées d'ascension dans le champ électrique
diminuaient. La première partie du présent travail expose des
recherches entreprises à la suite des expériences de MM. Schid-
lof et Karpowicz, à l'instigation de M. Schidlof.
Le dispositif expérimental était celui même de MM. Schidlof
et Karpowicz (^), auquel nous avons apporté au fur et à mesure
des besoins quelques modifications qui seront signalées dans la
suite. On pulvérisait le mercure au moyen d'un pulvérisateur
en verre avec un excès de pression d'une demi-atmosphère
environ. Le mercure pulvérisé entrait dans un vase de verre,
par le fond duquel passait un tube vertical également en verre,
dont l'extrémité inférieure aboutissait au condensateur; quel-
ques-unes des particules pulvérisées entraient dans ce tube et
tombaient dans l'intérieur du condensateur, dont le plateau
supérieur était muni d'un petit orifice, situé sur l'axe du tube.
Le condensateur, entièrement en acier, était pourvu de trois
petites fenêtres latérales, de forme rectangulaire (0,5X3,0cm.);
par l'une entrait un faisceau de lumière (arc voltaïque produit
par un courant alternatif de 25 à 50 ampères), qui, ayant tra-
versé préalablement une épaisse couche d'eau, servait à éclairer
la particule. La seconde fenêtre, disposée sous un angle de 90°
par rapport à la première, servait à l'observation des particules
au moyen d'une lunette, qui pouvait se déplacer tout entière ;
on n'avait donc pas besoin de changer la mise au point, de sorte
que le trajet parcouru par les particules correspondant à la
distance de deux fils horizontaux du réticule de la lunette était
toujours égal à L = 0,285 cm. Par la troisième fenêtre entraient
les rayons X, utilisés pour produire l'ionisation du gaz. Quoi-
que la lumière de l'arc fut concentrée vers le milieu du conden-
sateur au moyen d'un objectif photographique (diamètre de
l'ouverture 2,5 cm.), quelques rayons rencontraient les pla-
teaux du condensateur oîi ils subissaient une réflexion. Les
particules apparaissaient donc comme des points lumineux sur
un fond assez clair, ce qui gênait considérablement l'observation
des plus petites particules. Afin de parer à cet inconvénient,
nous avons noirci l'intérieur du condensateur, à l'exception des
1) A. Schidlof und A. Karpowicz. Phys. Zs., 1915, 16, p. 42.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 183
parties centrales des plaques près desquelles on observait les
particules. Avec le coudensateur non noirci, les particules d'un
rayon a = 1,2X10"^ cm. devenaient déjà invisibles ; après le
noircissage, on pouvait, sans aucune difficulté, observer des
particules d'un rayon a = 1,0X lO""" et quelquefois aller même
jusqu'à a = 0,65X10~°, Malheureusement, les surfaces noir-
cies ayant cessé d'être polies, le gaz (en présence du champ
électi-ique) se ionisait sous T influence des aspérités, et souvent
les particules changeaient de charge spontanément, sans l'action
des rayons X, ce qui gênait parfois les obsei'vatious. Le champ
électrique était obtenu au moyeu d'une batterie de 98 V. fermée
sur une grande résistance ; le condensateur était mis en déri-
vation, ce qui permettait de faire varier rapidement la tension
aux bornes du condensateur, un des contacts étant mobile.
Pour observer les durées de chute et d'ascension on se servait
d'un chronographe, qui permettait d'évaluer jusqu'à 0,05",
mais en général on ne notait que les dixièmes de seconde.
Supposons qu'une particule de masse w, de rayon a, de den-
sité a tombe avec une vitesse t\ dans un gaz dont le coeffi-
cient de viscosité est tj; en exprimant la résistance du gaz
au mouvement de la particule d'après la formule de Stokes-
Cunningham, on a :
,»^ = -7ra% = j-^^-^, (1)
oii g est l'accélération de la pesanteur; A, une constante; l, le
chemin moyen des molécules du gaz environnant. Si on établit
un champ électrique F (en unités absolues), la particule, dont
la charge est e, va monter avec une vitesse v„ :
On eu déduit aisément la charge e de la particule :
_ 2700 V2 7idi{'\v^ 4- Vo) VîTi
\'og[\ + Klja)''
et son rayon a :
r]Vi
(3)
^ = '^ 2a,i. + Al/a) ' ^'^
184 i.A QUESTION DES 80L)S-ÉLECTR0N8
V est la tension (en volts); d, la distance entre les plateaux du
condensateur. Soit t^ , la durée de chute de la particule ; ^ , sa
durée d'ascension; L, le parcours de la particule; on peut,
évidemment, dans toutes les formules précédentes, effectuer les
substitutions
L L
afin d'exprimer les vitesses en fonction des grandeurs acces-
sibles à l'expérience. Il est clair que ces formules ne peuvent
être appliquées qu'à des particules sphériques et d'une densité
connue. On trouvera d'ailleurs des considérations détaillées
sur l'emploi de ces formules dans un des mémoires de M. Mil-
likan (^).
Voici maintenant les constantes adoptées pour les calculs :
distance des plateaux du condensateur d = 0,5 cm. ; trajet
des particules L = 0,285 cm. ; coefficient de viscosité : air
7j= 1,82X 10~*; azote t] = 1,76X 10~*; chemin moyen des
molécules à la pression ordinaire : air Z = 9,5X10 ; azote
Z = 10,1 X 10~^ ; densité du mercure a = 13,5 ; nombre d'Avo-
gadrp (nombre de Loschmidt) N = 6,1X10'^ constante des
gaz R = 8,82 X 10^ ; température absolue T = 296°. Pour le
calcul des chargés du § 5 on a pris chaque fois la température
notée au moment de l'expérience et par conséquent le coefficient
de viscosité correspondant à cette température.
Tous les calculs du présent mémoire ont été effectués avec
une règle à calcul, seules les charges du § 5 ont été calculées
au moyen de logarithmes.
§ 2. Diminution de la masse des particules de mercure pulvé-
risé tnécaniquement. — Ainsi qu'il a été dit plus haut, M. Schid-
lof et Karpowicz ont trouvé que la durée de chute des par-
ticules de mercure augmente continuellement tandis que la
durée d'ascension diminue; ces auteurs ont publié déjà, à titre
d'exemple, quelques protocoles d'observations. Nous nous bor-
nerons donc ici au protocole relatif à l'une des particules les
plus variables (Table I).
') E. A. Millikan, Phys. Zs., 1913. 14, p. 796.
ET LE MOUViEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
Table I
185
ti
61.8
__
72.8
—
74.7
— 1
75.6
—
113.1
5.2
rayons
X
133.6
6.6
levenue
in
visible
11
N^ 110
Durée de l'expérience : 11 minutes
Charges (positives) calculées :
e = 14,04 X 10~'° = 3 X 4,68 X 10"
et e = 9,42 x 10~'" = 2 x 4,71 x 10"
Rayon primitif : « = 1,3 X 10~* cm.
» final : a = 0,8 x 10 ^ »
Nous avons observé en tout 102 particules de mercure pul-
vérisé mécaniquement. Le phénomène sus-indiqué ayant été
remarqué sur 91 de ces particules seulement, on peut diviser
l'ensemble des particules observées en deux groupes : les par-
ticules «variables » et les particules « invariables ». Il n'est pas
difficile de prouver que les particules invariables n'étaient pas
composées de mercure, c'étaient probablement des poussières.
Elles ne constituent que 11% de la totalité des particules
observées. Tandis que les charges des particules variables ne
diffèrent pas sensiblement de la charge élémentaire, trouvée
par M. Millikan, le calcul des charges des particules invariables,
fait en supposant leur densité égale à celle du mercure, conduit
toujours à des chiffres différents (variant entre 0,5X10" et
3,4 X 10~ ), considérablement inférieurs au nombre de M. Mil-
likan ; ce qui indique que ces particules possédaient des densités
différentes et plus petites que la densité du mercure. En règle
générale, les particules variables pouvaient être observées jus-
qu'à la durée de chute t^ = 130" (ce qui correspond au rayon
«==0,8X10""); des particules d'une durée de chute plus
grande n'ont été observées qu'exceptionnellement; leur obser-
vation est très difficile parce qu'elles sont très peu lumineuses,
la plus petite particule variable, que nous avons pu voir, avait
une durée de chute ^^ = 190' (rayon « = 0,65X10"''). Tout
autres étaient les particules invariables ; les durées de chute
des 11 particules invariables étaient: t^ =28, 35, 60, 138, 163,
172, 22G, 250, 393, 445, 457 secondes; le dernier chiffre corres-
186 LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
pondrait au rayon a = 0,4X10^^ si l'on suppose la densité
égale à celle du mercure. Or, sans aucun doute, de si petites
particules sont absolument invisibles avec le système optique
que nous avons utilisé. Donc, les rayons des particules inva-
riables étaient en réalité considérablement plus grands que
ceux qu'on calcule en supposant a = 13,5. Il faut donc admettre
que leur densité est très différente de celle du mercure. Il
importe de remarquer que la luminosité des particules varia-
bles diminuait constamment et il arrivait souvent qu'après
cinq ou six observations, la particule devenait invisible (voir
la particule N" 110, table I). Quant aux particules invariables,
leur luminosité était parfaitement constante, et on pouvait les
observer sans craindre de les perdre. Enfin, les « mobilités »
des particules invariables calculées d'après le mouvement brow-
nien (§ 7) correspondaient à des rayons beaucoup plus grands
(en moyenne a = 4 X 10"°) que ceux des particules variables
calculées de la même faço^. Tout cela prouve que les particules
invariables étaient relativement grandes et possédaient une
faible densité. Il est probable que ces particules étaient des
poussières appartenant à la substance dont le condensateur
était noirci: la pulvérisation produisait à l'intérieur du conden-
sateur des tourbillons qui pouvaient arracher de telles par-
ticules (nous n'avons jamais observé des particules invariables
avec un condensateur non noirci). En général, les propriétés
de ces particules invariables se rapprochent de celles des par-
ticules de M. Ehi enhaft. Dans la suite de notre expo.sé, il ne
sera question que des particules variables.
Examinons les formules (1) et (2) pour trouver les facteurs
qui pourraient augmenter la durée de chute t^ et en même
temps diminuer les durées d'ascension t^. Il est aisé de voir que
ces facteurs ne sont qu'au nombre de deux : la densité a et le
rayon a, tout changement des autres quantités ferait varier t^
et L dans le même sens. Mais il est impossible d'admettre un
1
changement de densité : la charge étant proportionnelle à -= ,
toute variation dç la densité entraînerait une variation appa-
rente de la charge proportionnelle à r (en vertu de la for-
mule (1)), ce qui n'a pas été observé. Il n'y a donc qu'une dirai-
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
187
iiutiou du rayon qui peut expliquer le phénomène. On peut en
donner une preuve, tirée de l'étude du mouvement brownien.
Dans le § 7 nous déduirons la formule (15) de laquelle il résulte
qu'une diminution du rayon doit entraîner une augmentation
du carré moyen des déplacements browniens u'- . Nous avons
pris les quatre particules qui ont été soumises au plus grand
nombre d'observations; chaque série d'observations a été divi-
sée en deux groupes et la quantité u' a été calculée pour chaque
groupe à part, de sorte que pour chaque particule on a obtenu
deux valeurs de ir , correspondant à deux durées de chute
dittérentes. Ou voit d'après la table II qu'à l'augmentation des
Table II
N»
ti
II- X 10' !
1
x°
t\
ît- lO-^
80
/ 41.4
i 61.2
( 1.66
i 3.11
58
/ 57.9
\ 93.7
f 3.59
\ 4.92
32
f 59 3
\ 73.2
( 2.55
i 3.07
i
45
1 87.9
(109.3
/ 4.32
( 5.95
durées de chute correspond une augmentation des w., , c'est-à-
dire une diminution des rayons. En d'autres termes, la masse
des particules diminue constamment: elles semblent s'évaporer.
Pour obtenir une expression qui puisse servir de mesure pour
la variation de la masse, utilisons la formule (1) et l'égalité
m = '' ; posons 1 -— klja = k ; pour de petites variations
de t^^ on peut admettre k -= const. En éliminant a, on trouve :
m = M — - ,
t
ou
M =
9 \ 2 71 / ?yL '
const
En désignant le temps (durée de l'expérience) par t, on a pour
la variation absolue de la masse :
dm _ s 1 dti
dr 2 ^' » dr
(5)
188 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
et pour la variation relative de la masse :
1 dm
m dr
La quantité
2 ti~dT '
2 ti dr 2 ti To
AU
XlOO
(6)
(7)
(où A^i est la variation de la durée de chute pendant l'intervalle
de temps u-z^), a été adoptée comme mesure de la variation
relative de la masse. Posons encore :
P
Ou verra plus loin que cette quantité K représente le coefficient
de la variation absolue de la masse.
Le phénomène de la diminution de la masse est d'une extrême
irrégularité, comme on le voit d'api'ès la table IIL II serait
trop long de rapporter toutes les quantités P qui ont été calcu-
lées; nous nous bornerons au groupe des plus petites par-
ticules, dont les rayons primitifs variaient entre a = 1,3 X 10~^
et a = 0,9 X 10~'; les quantités P et K se rapportent à une
minute; la table III contient aussi les durées de chute primitives
de chaque particule.
Table III
N°
«1
P
N"
h
P
21
60.0
2.0
' 46
78.0
7.3
110
61.8
13.8
52
78.5
2.0
51
64.4
0.0 (>)
82
80.6
3.5
50
67.8
2.0
45
81.9
3.0
42
68.7
10.2
33
97.4
4.4
22
7.3.0
2.7
86
98.0
3.3
84
73.8
2.25
43
106.9
0.0 (')
49
74.2
0.0 {')
59
108.0
3.5 •
83
77.1
14.9
85
110.6
6.8
•) p
lente.
: 0,0 signifie que la variation de masse de la particule était très
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
189
Il résulte de la table que certaines particules perdent
jusqu'à 15 7o de leur masse eu une minute, taudis que d'autres
restent presque inchangées. Mais si ou prend les moyennes
des P pour des particules qui ont à peu près la même grandeur
et si on en déduit les quantités K, on arrive à un résultat
remarquable, que la variation relative de la masse est inver-
sement yroportionnelle au rayon de la 'particule. En effet, les
données de la table IV démontrent que la quantité K ne semble
pas dépendre du rayon et qu'elle est une constante (^) : on a en
moyenne
K = ^ = 0,424 ,
d'oîi il résulte que P est directement proportionnelle à V^i , c'est-
à-dire inversement proportionnelle au rayon, en vertu de la for-
mule (4) (-).
Table IV
Rayon moyen [ ^ ^
primitif a X 10* |
4.1
3.1
2.7
1.6
1.4
1.2
1.0
Variation relative \ „„
.0.9/
moyenne P
1.14
1.41
1.98 2.97
1.84
4.26
3.76
Variation absolue | ^^ , ^
moyenne K |
0.40
0.40
0.47
0.45
0.30
0.51
0.39
Chaque groupe de la table IV ne renferme que 10-15 par-
ticules ; en outre, pour les plus petites particules, il a fallu se
contenter souvent de 5-6 observations plus ou moins altérées
par le mouvement brownien (pour une particule de t^ = 130"
l'écart brownien peut atteindre 15" et même 20"); l'accord des
valeurs de K de la table est donc très bon.
On a, en vertu des expressions (5) et (7) et de la définition
deK:
dm MK __ const
dr ti ti '
(8)
') En réalité K ne peut pas être rigoureusement constant, la correc-
tion de Cunningham k étant variable; mais, pour les particules étudiées,
la variation n'excède pas 25 7o-
-) Ici et dans la plupart des autre cas, où on a pris des moyennes, le
nombre d'observations a été adopté comme poids du chiffre correspondant.
190 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
K étant une constante. Comme le rayon a est proportionnel à
1 const
-■;;= , on a pour la surface S de la particule : S = — - — .
L'expression (8) peut, en conséquence, être transformée de la
façon suivante :
1 dm ^^^,
^ -=- = KC = const , (9)
S dr ^
où C est une constante. Le nombre K est donc le coefficient de
la variation absolue de la masse, car il est proportionnel à la
quantité de mercure perdue par l'unité de surface de la par-
ticule dans l'unité de temps. La diminution de la masse des
particules est donc proportionnelle à leur surface; la quantité de
mercure, perdue par l'unité de surface des particules est une
constante indépendante de la masse. On peut donc supposer que
la cause de la variabilité des particules réside non pas dans
leur structure intérieure, mais dans l'action des forces exté-
rieures (§ 4).
La correction de Cunningham k a été supposée constante; en
réalité, les grandes particules doivent perdre un peu plus que
les petites. En adoptant pour le coefficient K la valeur 0,42, et
pour le rayon a = 1,0X10"'', on trouve, d'après les formules
précédentes, que la perte en grammes par cm" et par seconde,
est égale à
' ^"^ - 3,05 X 10-« S'- ■
S dr ' cm- X sec.
de même pour des très grandes particules (a >> 20 X 10 " ;
k = 1) on a :
1 dm , , ^ 8
Ces chiftVes n'ont pas, comme on le verra, une signification
absolue, mais dépendent de la pureté du mercure et du signe
de la charge.
La variation du rayon peut être déduite de la formule (4) :
da „ / nh
En supposant k = const, on trouve que la variation du rayon
est indépendante de la masse. En effectuant le calcul on trouve
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
191
pour une particule de rayon a = 1,0 X 10 , la variation eu
une seconde :
^ = 2,3 X 10- "^
dr sec.
et pour de grandes particules (A- = 1) :
f = 3,1 X 10-' .
dr
On comprendra maintenant pourquoi les longues observations
de petites particules sont impossibles. En admettant que les
particules avec un rayon a = 0,6 X lO^'' sont déjà absolument
invisibles, on calcule facilement qu'il est impossible d'observer
pendant plus de 30 minutes une particule de rayon primitif
a = 1,0X10"'.
Le degi'é de pureté du mercure a une influence considérable
sur la rapidité de la diminution de la masse. Quatre espèces de
mercure ont été étudiées : 1° du h mercure distillé » ; 2° du
«mercure pur», puriflé avec de l'acide nitrique; 3° du « mercure
impur», contenant une certaine quantité d'oxydes; 4° du «mer-
cure amalgamé» par de l'étain et du cuivre. Si l'on calcule les
moyennes des K pour chaque espèce de mercure, on arrive aux
chiffres résumés dans la table Y, qui prouvent que la pureté du
Table V
Espèce
de luercurc
K
" Je particules
négatives
Hg distillé . .
Hg pur
Hg impur . . .
Hg amalgamé
0.47
0.30
0.34
0.21
15
50
60
100
mercure favorise la diminution de la masse (^). Il faut encore
remarquer qu'avec du mercure plus pur, le phénomène devenait
plus régulier, c'est-à-dire les écarts des valeurs de K de la
') Les particules de mercure contenant de l'étain dans une très forte
proportion semblaient être absolument invariables (§ 12). D'après
M. Moissan. '/ioçq de zinc ou de plomb arrête complètement l'évapora-
tion du mercure. {Traité de chimie, t. V).
192 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
moyenne étaient plus petits. Ainsi, la ra-pidité et la régularité de
la diminution de la masse dépendent du degré de pureté du mer-
cure. Cela indique, croyons-nous, que la valeur de la quantité K
est déterminée par le caractère de la surface des particules :
plus le mercure est pur, plus il y a de probabilité que les cou-
ches superficielles de toutes les particules aient la même consti-
tution. Cette supposition est confirmée par le fait que la dimi-
nution de la masse dépend du signe de la charge des particules
(on sait que la charge a une grande influence sur les propriétés
capillaires des liquides). On trouve en moyenne pour les par-
ticules chargées positivement : K = 0,46 ; pour les particules
négatives : K = 0,27. La charge positive favorise la diminution
de la masse, ce qui peut être en partie (mais seulement en partie)
expliqué par le fait que plus le mercure est pur, plus il se forme
de particules positives pendant la pulvérisation. On trouvera le
pourcentage des particules négatives pour chaque espèce de
mercure dans la table V. Le chiftVe indiqué pour le mercure
distillé (15 7o) est sûrement trop fort, parce que pour cette
espèce de mercure il a fallu rechercher exprès les particules
négatives, tellement elles étaient rares. On trouve une confir-
mation de ces faits dans les recherches de M. Lenard(^); ce
savant a trouvé que le signe de l'électrisation par le frottement
des gouttes de différents liquides se trouve en relation avec le
degré de pureté du liquide. De même, M. Becker(") est arrivé
à la conclusion que les gouttes de mercure pur sont chargées
toujours positivement. Enfin, d'après M. Jolie {^), dans l'arc
voltaïque, entre des électrodes métalliques, plongés dans de
l'azote sec et pur, il ne se forme que des particules positives.
On peut donc supposer que des particules de mercure absolu-
ment pur devraient être toutes positives et perdre leur masse
d'une façon uniforme et i-apide.
En résumé, on peut dire que : les particules de mercure pos-
sèdent une masse variable; la diminution de la masse est pro-
portionnelle à la surface, dont les proxyriétés déterminent la
marche du phénomène.
') Lenard, W. A., 1892, 46, p. 584.
-) A. Becker. Ann. Ph., 1909, 29, p. 909.
^) A. Joffé, 3Iûnch. Akad. Berich., 1913, p. 17.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
193
§3. Diminution apparente de la charge avec le temps. — A côté
du phénomène de la diminution de la masse on en a remarqué
encore un autre. Lorsque la particule pouvait être observée
pendant un temps suffisamment long, les charges qui résultaient
des calculs tendaient à diminuer. Par exemple, pour la particule
N'^ 58 (durée de l'expérience 110 secondes) on a calculé les
charges indiquées dans la table VI (on y trouvera aussi les
Table VI
fl
e X 10"
u
e X 10'"
h7.9
4.62
75.6
4 55
59.1
4.69
77.2
4.47
60.2
4.53
84.2
4.38
65.9
4.40
93.7
4.08
69.5
4.66
109.0
!
3.74
durées de chute correspondant à chaque charge). Pendant la
première heure les charges sont approximativement égales
(variation de la durée de chute de 20 "/'o), mais à partir d'un
moment donné, les charges commencent à diminuer avec une
rapidité croissante (variation de la durée de chute de 57 7o)- H
est à remarquer que le moment où commence la décroissance
des charges coïncide, dans la plupart des cas, avec celui oii la
diminution de la masse s'accélère (pour la particule N° 58 à
partir de t^ = 69.5). Il serait difficile d'admetti-e que la charge
diminue réellement, et que ce phénomène soit en connexion
avec les dimensions du rayon (M. Ehrenhaft croit que la valeur
de la charge élémentaire dépend du rayon). En ettet, dans la
table VII, ou a réuni toutes les charges calculées pour des par-
ticules dont les durées de chute étaient contenues entre t^ -= 100"
et t^ = 110 (^), c'est-à-dire pour toutes les particules dont le
rayon était égal à peu près à a = 0,9X10"''. Dans la colonne t
on a indiqué les intervalles de temps écoulés depuis le commen-
cement de l'expérience, peu après la pulvérisation. Il en résulte,
que la charge calculée diminue avec le temps, indépendamment
') On été exclues les particules X" 59 à cause de l'incertitude de sa
charge; N" 45 à cause de l'invariabilité de ses charges.
194
LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
du rayon, car au commencement de toutes les expériences la
charge ne diffère jamais notablement du nombre de Millikau,
quel que soit le rayon. La diminution apparente de la charge
est donc une fonction non pas du rayon, mais du ternies écoulé
depuis la pulvérisation, en d'autres termes, du processus de
la diminution de la masse. On peut donc admettre que la varia-
tion de la masse produit de tels changements de la particule
qu'une même formule avec les mêmes constantes ne peut pas
être appliquée à l'expérience dans toute sa durée.
Table VII
N°
e X 10'°
-.
N»
e X 10"
-.
47
5.00
52
4.20
25
43
4.69
81
3.74
40
85
4.64
44
3.91
65
33
4.05
10
21
3.56
75
41
4.31
20
58
3.74
110
Pour l'étude du phénomène, on peut se contenter des valeurs
relatives des charges (les données de la table Vil sont en valeurs
absolues). Les charges e ont été calculées d'après la formule (3)
mais en négligeant la correction de Cunningham, c'est-à-dire
eu supprimant le terme kl a vis-à-vis de l'unité; les chiffres
obtenus de cette façon croissent naturellement en même temps
que le rayon diminue. Posons :
e^=o = «o(l + AZ/a)
'h
(Co = 4,774 X lO"-'" , A = 0,815) ;
h =
X 100 ; J = 62 - fc]
h^ se rapportant au commencement de l'expérience ft^ î à la fin.
Si la diminution apparente de la charge n'existait pas, ou aurait
toujours : A = 0; &>>0 (parce que la vraie valeur de A est
A = 0,87, et non pas A = 0,815). En réalité les choses se sont
passées autrement : au commencement de l'expérience on avait
61 > dans 35 cas ; 61 < dans 9 cas , en moyenne ft^ = -\-0,^.
Vers la fin de l'expérience, on avait h.^">0 dans 9 cas, h^<^0
dans 28 cas; en moyenne h^ = — 7,0. Pendant la durée de
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
195
l'expérience, la charge semblait diminuer en moyenne de 8 7o-
En désignant le temps (durée de l'expérience) par t, la quan-
tité A/t fournit la mesure de la vitesse de diminution apparente
de la charge. Nous nous bornerons à citer les nombres A/t pour
le groupe des plus petites particules (comparer avec la table III).
Le phénomène est non moins irrégulier que celui de la diminu-
tion de la masse; de plus, son étude exige des observations très
prolongées, souvent impossibles à réaliser; c'est pourquoi on
n'a pu utiliser que 40 7o du nombre total des particules obser-
vées. Il est certain que pour élucider complètement le phéno-
mène de la diminution apparente de la charge il faudrait obser-
ver quelques centaines de particules.
Table VIII
N»
-' .
N"
3 T
2.1
-0.29
: 52
+ 0.12
28
-0.82
82
-0.94
50
+ 0.24
45
-0.03
42
-0.5C
86
+0.08
22
-0.09
33
0.00
84
-0.52
59
+ 0.26
46
-1.17
85
-1.81
Si l'on divise les particules en trois groupes selon leurs
dimensions, on trouve que la diminution ayparente relative de la
charge est plus forte pour les plus petits rayons (table IX). Il est
impossible de trouver au moyen de ces trois chift'res la forme
exacte de la relation entre A/t et le rayon (ou la durée de
chute), mais il est évident que la marche générale du phéno-
mène a le même caractère que la diminution de la masse.
Table IX
Rayon moyen
aX 10'
A/t
3.2
1.9
10
-0.09
-0.15
-0.35
196
LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
Le degré de pureté du mercure a une forte influence sur la
diminution apparente de la charge, comme le prouvent les don-
nées de la table X. En outre, la pureté du mercure régularise
le phénomène : plus le mercure est pur, moins il y a de par-
ticules dont la charge ne varie pas (table X). On a donc cons-
taté que la rapidité et la régularité de la diminution apparente de
la charge augmentent en même temps que la pureté du mercure.
Table X
Espèce
de mercure
A't
"/odes particules
dont la
charge diminuait
Hg distillé . .
Hg pur
Hg impur . . .
Hg amalgamé
-0.42
-0.12
-0.16
-0.02
92
90
70
50
Il sera démontré (§ 4) que la diminution apparente de la
charge est probablement due à une petite variation de la densité
moyenne (et peut-être de la forme) des particules. La densité
moyenne (et la forme) des particules de mercure pulvérisé méca-
niquement sont donc variables au cours d'une même expé-
rience.
§ 4. Hypothèses concernant la diminution de la masse et la
diminution apparente de la charge des particules. — Ces deux phé-
nomènes doivent être en relation étroite, étant en tout point
analogues : ils sont extrêmement irréguliers ; ils s'accentuent
pour les plus petites particules; à partir d'un moment déter-
miné, leur rapidité croît; la pureté du mercure augmente la
rapidité et la régularité des deux effets ; enfin, les plus grandes
diminutions apparentes de la charge ont été observées sur les
particules dont la variation de masse était particulièrement
grande (table XI; les particules ont été divisées en trois groupes
suivant la grandeur de la diminution apparente de la charge;
pour chaque groupe on a. calculé la moyenne de A/t et le
coefficient K moyen de la diminution de la masse). Il faut
donc chei-cher une explication commune pour les deux phé-
nomènes.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 197
Table XI
K
M-.
0.23
0.00
0.53
-0.27
0.66
-1.00
Nous avons fait quelques expériences pour préciser la cause
de la variabilité des masses des particules. En premier lieu on
a supposé qu'au moment de la commutation du champ élec-
trique, la particule éprouve un choc sous l'action duquel une
partie de sa masse peut être perdue. Cette idée, à vrai dire peu
vraisemblable, n'a pas été confirmée. L'influence de la lumière
et de la température a été examinée de la façon suivante : on
suspendait la particule (en établissant un champ électrique tel
que eF = mg) et on déterminait sa vitesse de chute tous les
cinq ou dix minutes; pendant un intervalle de cinq ou de dix
minutes on laissait agir la lumière, pendant l'intervalle suivant
on faisait de l'obscurité, et ainsi de suite. Le résultat fut que
l'influence de la lumière avait fait augmenter le coefficient de
la diminution relative de la masse 12 fois, diminuer 8 fois et laissé
sans changement 3 fois. Il s'en suit que la lumière ne peut avoir
qu'une faible influence sur le phénomène en question. L'influence
de l'échauttément produite par le faisceau éclairant a été exa-
minée d'une façon similaire. Pendant un intervalle de temps la
lumière passant par deux cuves dont l'une était remplie de
pétrole et l'autre d'une solution de CuSO^; pendant l'intervalle
suivant les cuvettes étaient éloignées, et ainsi de suite. L'action
des liquides absorbants diminuait l'élévation de la température
à l'intérieur du condensateur de 4° à T, comme l'ont démontré
des observations faites avec un thermomètre dont le très petit
réservoir préalablement noirci était placé au milieu du conden-
sateur à l'endroit oîi l'on observait les particules. Le résultat
fut aussi indéterminé que pour l'action de l'éclairage. L'énergie
rayonnante, apportée dans le gaz de l'extérieur ne joue pas un
rôle prépondérant pour la diminution de la masse des paniicules.
Par contre, le mouvement des particules a une influence
ARCHIVES, t. XLl. — Mars 1916. 14
198 LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
marquée sur le phénomène. Pendant un temps la particule
restait en suspension, pendant le temps suivant on l'obligeait,
en faisant varier le champ électrique, à se mouvoir avec la plus
grande vitesse possible. Le résultat fut le suivant : le mouve-
ment avait accéléré la diminution de la masse 23 fois, n'avait
pas produit d'etï'et 1 fois, et avait ralenti la diminution de la
masse 8 fois. Encore les diminutions étaient elles extrêmement
petites. On avait par exemple pour la particule N° 113 succes-
sivement : repos : P = 0,05; mouvement : P = 1,70; repos :
P = 0,75 ; mouvement .• P == 3,48. L'ettét devient encore plus
prononcé, si l'on calcule le coefficient moyen K pour les
périodes de repos et pour celles de mouvement de toutes les par-
ticules examinées. On trouve : repos: K = 0,25 ; mouvement :
K = 0,57. La perte de masse est deux fois plus grande pour
les particules en mouvement, que pour les particules immobiles.
En ce qui concerne la diminution apparente de la charge, il
suffit d'examiner la formule (3) pour voir que ce phénomène ne
peut être expliqué que par une petite diminution de la densité
moyenne de la particule vers la fin de l'expérience, ou par une
petite variation de sa forme. En utilisant les données du para-
graphe' précédent on calcule aisément qu'une variation de 15 7o
en moyenne de la densité (environ V2 7o P^i' minute) suffirait
pour expliquer le phénomène ; il est évident qu'on peut réduire
considérablement ce chiffre en admettant en outre une varia-
tion (même très légère) de la forme.
Le fait que la diminution de la masse n'est pas notablement
influencée par la lumière et la chaleur, ne permet pas de croire
à une évaporation dans le sens ordinaire du mot, d'autant plus
que le gaz, à l'intérieur du condensateur, était saturé de vapeurs
de mercure et qu'il serait difficile d'expliquer de cette façon
la variation de la densité (et de la forme). L'idée émise par
MM. Schidlof et Karpowicz(^), que la masse des particules
diminue sous l'action du frottement du gaz environnant, pour-
rait, croyons-nous, servir de point de départ à une explication
commune des phénomènes étudiés dans les paragraphes 2 et 3
en ce que cette explication fait intervenir la viscosité du liquide
*) A. Schidlof et Karpowicz, Fhys. Zs., 1915, p. 42.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 199
qui joue certainement un rôle important. Il a été démontré que
l'énergie rayonnante de l'arc n'est pas la cause principale des
phénomènes en question ; en conséquence il est probable que
l'énergie nécessaire pour l'éloignement d'une partie de la masse
des particules doit être empruntée à l'énergie interne du gaz
environnant. Sous l'action des chocs innombrables avec les
molécules du gaz, l'équilibre de la surface des gouttes est
troublé; la particule perdrait alors une partie de sa masse.
L'équilibre de la particule tendrait à se reconstituer après
chaque perte de masse et la densité tendrait à rester invariable;
mais à cause de la diminution du rayon le rapport de la surface
à la masse augmente ce qui équivaut à une augmentation de
l'ettet du bombardement moléculaire. Il arriverait donc un
moment où l'équilibre de la particule ne pourrait plus se réta-
blir; la désagrégation de la particule s'accélérerait jusqu'à
ce qu'elle soit détruite complètement par le bombardement
moléculaire. La rupture définitive de l'équilibre semblerait
se produire au moment où la diminution de la masse subit une
accélération brusque et elle coïncide avec le commencement de
la diminution apparente de la charge. Il est en eti'et facile de
concevoir que la désagrégation rapide de la particule peut
influencer sur sa densité moyenne et même sur sa forme. Les
données de la table XI et du § 2 permettent de calculer que la
particule ne pourrait perdre plus de 2X10" gr. par cm^ et
seconde (A t = 0), sans que son équilibre soit définitivement
détruit.
Notons encore que les dimensions limites des particules de
mercure qui ont été observées coïncident avec l'épaisseur cri-
tique des couches capillaires (environ 6 X 10~ cm.). On com-
prend également que les forces de viscosité du liquide tendent
à s'opposer à la déformation des gouttes, ce qui explique que
des gouttes d'huile de même grosseur sont beaucoup plus stables
que des gouttes de mercure.
Evidemment cette explication n'exclut pas la possibilité
d'une faible évaporation des particules. On peut même se
demander si pour de si petites particules toute évaporation ne
s'accompagnerait pas d'une désagrégation sous l'influence du
bombardement moléculaire. Ou trouvera des considérations
200 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
plus détaillées dans le mémoire de MM. Schidlof et Kar-
powicz..
On ne peut pas affirmer avec une certitude absolue que
l'explication qu'on vient de lire soit exacte, le nombre d'obser-
vations et d'expériences dont on dispose étant insuffisant. Mais
en tous cas elle permet de se rendre compte de la diminution
rapide de la masse et de la proportionnalité de cette diminution
à la surface des particules; de la diminution apparente de la
charge; de l'irrégularité des phénomènes et l'importance des
propriétés de la couche superficielle de la particule (cette
couche étant la défense principale de la particule contre l'effet
destructeur du bombardement moléculaire, de sorte qu'une
petite modification de la structure de la couche peut fortement
influencer la marche de la désagrégation) ; de l'accélération du
phénomène à partir d'un certain moment; enfin, de l'influence
de la viscosité du liquide et celle du mouvement de la goutte.
A ce dernier point, on pourrait objecter que la vitesse moyenne
du mouvement brownien étant de beaucoup supérieure à la
vitesse du mouvement visible de la particule, cette dernière ne
pourrait influencer la marche des phénomènes. Mais on ne doit
pas oublier qu'à côté des vitesses « moyennes » des molécules
existent aussi de petites vitesses ; il y a donc des moments où
l'influence de la vitesse du mouvement visible peut se faire
sentir. Dans le § 10 on trouvera une influence tout à fait simi-
laire de la vitesse visible des particules sur leur «mobilité»,
calculée par le mouvement brownien. Pour élucider complète-
ment la question, ou devrait effectuer des observations sur des
particules de diflérentes substances dans des gaz diflerents en
faisant varier la température et la pression. Nous devons encore
ajouter que d'après une remarque de M. Schidlof, la densité
moyenne des particules pourrait également être diminuée par
l'absorption graduelle à leur surface du gaz environnant.
Il est évident que dans des cas rares, quoique possibles, la
désagrégation de la particule peut se produire d'une manière
extraordinairement rapide. Nous avons pu observer deux par-
ticule pareilles (N° ôl et N" 143). La table XII contient le pro-
tocole d'observations complet de la particule N° 143 (mélange
d'étain et deniercure). On y trouvera les durées de chute t^ ,
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
201
les durées d'ascension U et les nombres n des charges élémen-
taires, ainsi que les rayons apparents a, les densités appa-
rentes C5 et les masses tn, calculés dans la supposition
e = 4,77 X 10^^°. Comme on le voit, au commencement de
l'expérience, la désagrégation de la particule se manifestait
comme d'habitude par une rapide diminution de la masse,
accompagnée d'une certaine variation de la densité. Mais à
Table XII
tl
u
rn
10
7 ;
a =
3,06
X
12.6
9.6
10-^
lO-^^
12.7
9.4
=
7,95;
m =
9,58
X
12.5
—
12.5
—
12.7
rayons X
14.8
7.8
19.6
7.2
n
=
6
23.0
7.0
rayons X
26.1
7.8
rayons X
n
=
5
n
=
4
a =
2,71
X
10-*"
lO-'^
31.1
10.8
=
4,04 ;
m =
3,29
X
66.8
9.0 .
) \n
=
4 ;
a =
2,69
X
10-*"
io-'3
(
Lo
=
1,52;
m =
1,52
X
69.8
rayons X
70.0
13.2
[n
=
3 ;
a =
2,87
X
10"* "
io-'\
79.2
14.0
=
1,47;
m =
1,48
X
76.1
partir de la durée de chute t^ = 26,1 la marche du phénomène
se modifie : ce n'est pas tant la masse de la particule qui varie
que sa densité; on peut supposer qu'à ce moment-là l'équilibre
de la particule a été définitivement rompu sous l'influence des
chocs moléculaires. La particule étant maintenant complète-
ment désagrégée, sa densité moyenne devient très faible, ce
qui indique que la particule n'existe plus probablement à l'état
d'une goutte liquide, mais qu'elle est composée d'un amas de
202 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
forme irrégulière des débris de la goutte détruite. On remar-
quera que le rayon apparent tend à s'augmenter vers la fin de
l'expérience, ce qui est peut-être dû à l'aftaiblissement graduel
des liens qui réunissent les diverses parties de la particule
déformée.
Nous ne voyons, pour cette particule extraordinaire, aucune
autre explication que celle de la destruction par le bombarde-
ment moléculaire.
M. Ehrenhaft(') remarque, que ni lui ni d'autres observa-
teurs n'ont jamais pu observer des particules de mercure de
masse variable. Les particules pulvérisées dans l'arc sont en
effet de masse invariable (§6), mais en ce qui concerne les par-
ticules pulvérisées mécaniquement, nous ne croyons pas que
quelqu'un ait observé des particules suftisamment petites, à
l'exception de MM. Schidlof et Karpowicz et nous -même.
M. Jofte(-) indique qu'il a observé des particules de mercure
mais sans donner de plus amples renseignements; M. Milli-
kan (^) a publié deux protocoles de très courtes observations
sur de grandes particules de mercure ; dans l'un d'eux on
remarque la variabilité de la particule (durées d'ascension) ;
l'autre particule est si grande (rayon de l'ordre de grandeur
lOX 10"""), que la variation ne pouvait pas être constatée dans
un espace de temps aussi court. Par contre, M. Millikan consacre
tout un chapitre à la variabilité des particules de différents
liquides, notamment de diverses huiles, même de l'huile de
ricin, et de glycérine (voir par exemple la particule N" 1 de
M. Millikan). Quant à la diminution apparente de la charge on
la retrouve, pour la plupart des particules d'huile de M. Milli-
kan, notamment pour les N°^ 8, 12, 15, 16, 20, 21, 29, 32, du
mémoire cité et dans les N"" 1, 41, 48, 53 d'un autre ('), de
même que dans les protocoles non encore publiés des observa-
tions de M. Schidlof et de M"« Murzynowska('). Nous profitons
de l'occasion pour témoigner notre reconnaissance à M. Schid-
') F. Ehrenhaft, Phys. Zs., 1915, 16, p. 227.
^) A. Joffé, l. c.
3) K. A. Millikan-, Phys. Bev., 1911, 32, p. 349.
*) Idem, ibid., 1913, 2, p. 109.
5) A. Schidlof et J. Murzynowska. C. R., 1913, 156, p. 304. Ces pro-
tocoles ont été publiés partiellement dans les Archives, (décembre 1915).
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 203
lof qui a mis à notre disposition les protocoles de toutes les
observations antérieures faites avec le même dispositif que les
présentes expériences.
On serait doue porté à croire que la diminution de la masse
et la variation de la densité moyenne des particules sont des
propriétés communes à toutes les particules liquides; et si,
pour les particules de mercure les phénomènes sont particu-
lièrement marqués, c'est peut-être grâce aux propriétés capil-
laires et à la viscosité relativement faible de ce corps, ou grâce
à d'autres causes encore inconnues. En tout cas, il serait
bien difficile de dire quelles sont les propriétés physiques des
gouttes dont le rayon s'approche de la grandeur des couches
actives capillaires.
§ 5. Détermination de la charge élémentaire. — Il a été
démontré dans les paragraphes précédents que la masse, la
densité (et la forme) des particules de mercure sont variables ;
en outre des observations prolongées sont le plus souvent
impossibles; c'est pourquoi une détermination exacte de la
charge élémentaire avec ces particules est extrêmement diffi-
cile (*). Nous avons observé en tout 248 charges différentes
(dont 46 fois la charge élémentaire), mais nous n'avons pu en
utiliser que 30 pour le calcul définitif : on devait se borner aux
particules peu variables et aux observations faites au com-
mencement de chaque expérience, vu la diminution apparente
de la charge vers la fin de l'expérience; en outre on n'utilisa
que les charges pour lesquelles on n'avait pas moins de quatre
durées d'ascension observées.
La constante A de la correction de Cunningham avait été
déterminée de deux manières différentes. On a calculé ce
nombre pour chaque charge séparément d'après la formule
e = e^ (1 -j- Alla) "", où e est la charge calculée d'après la for-
mule de Stokes, e^ = 4,774 X 10"~^° nombre de Millikan). On
trouva de cette façon en moyenne A = 0,850. Indépendamment
de cela, A fut déterminé d'après la méthode graphique de Mil-
hkan, ce qui amena à la valeur A = 0,876. On a adopté pour
M Conf. égalera. A. Schidlof et A. Karpowicz, Phys. Zs., l. c.
204 LA QUESTION DES SOU8-ÉLECTEON8
les calculs la valeur A = 0,87 (^), la seconde méthode étant
plus précise et n'impliquant pas une valeur connue de e^ . On sait
qu'en déterminant la valeur de A d'après la méthode gra-
phique, on doit trouver une ligne droite, si A est vraiment une
constante. En réalité nous avons obtenu une ligne quelque peu
concave, ce qui indique, comme cela a été déjà trouvé par
M. Millikau et d'autres, qu'il faut ajouter encore un terme au
facteur de Cuuningham. Nous avons renoncé à cette correc-
tion, les observations n'étant pas suffisamment précises. Il faut
encore remarquer, comme nous l'a indiqué M. Schidiof, que la
valeur de A étant déterminée par le caractère des chocs des
molécules gazeuses, on ne peut pas être sûr que A possède la
même valeur pour toutes les particules. Il est intéressant à
noter que la valeur de A que nous avons trouvée pour les
gouttes de mercure s'accorde (peut-être par hasard) avec la
valeur trouvée pour les gouttes d'huile par M. Millikan et par
M. Schidiof et M"" Murzynowska.
Les charges variaient de e„ = 4,327X10" ^° à Cp =4,936X10^^° ;
ou a en moyenne :
eo = 4,675 X IQ-'" .
Ce chiffre ne dittere que de 2,1 7o du nombre de Millikan et de
1,4 7o du nombre de M. Schidiof et M"' Murzynowska, ce qui
est dans la limite des erreurs possibles (^).
§ 6. Expériences avec du mercure pulvérisé dans l'arc; question
des sous-électrons. — Aucune des 248 charges calculées n'était
sensiblement inférieure au nombre de Millikan (^) ; il a été
démontré au § 4 que la petite diminution de la charge vers la
fin de l'expérience n'est qu'apparente. On peut donc affirmer
que la charge élémentaire des particules de mercure pulvérisé
mécaniquement coïncide avec la charge élémentaire observée
par M. Millikan et ne dépend pas du rayon; on ne trouve pas
*) Conf. égalera. A. Schidiof et J. Murzynowska, l. c.
-) Si l'on prend la moyenne de toutes les premières charges, observées
sur chaque particule, on trouve e^ = 4,60 X 10~^*.
^) A l'exclusion de la particule N" 59 (v. les protocoles d'observations),
qui d'ailleurs étant de mercure amalgamé, c'est-à-dire d'une densité
quelque peu incertaine.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
205
de sous-éledrons. Comparons maintenant ces particules avec
celles observées par M. Ehreuhaft (pulvérisation dans l'arc).
Mercure pulvérisé dans l'arc
Mercure pulvérisé mécaniquement
Electrons de Millikan.
La charge ne dépend pas du
rayon.
Les charges calculées d'après le
mouvement brownien ne diffèrent
pas de celles calculées d'après
la formule de Stokes-Cunningham
(v. Ile partie).
Masse, densité ou forme variables
Le carré moyen des écarts brow-
niens est égal en moyenne à
u- = 3,19 X 10-" (V. § 12).
La « mobilité » des particules
croît si le rayon diminue (§ 12).
Sous- électrons.
La charge diminue avec le
rayon.
Les deux méthodes conduisent
à des résultats absolument diffé-
rents.
Masse, densité, forme invariables.
Le carré moyen des écarts brow-
niens est égal en moyenne à :
u- = 1,25 X 10-« (§ 9).
La « mobilité » des particules
décroît si le rayon diminue (§ 9).
On voit que les particules de mercure pulvérisé mécanique-
ment ont plus de propriétés communes avec des particules
d'huile, par exemple, qu'avec les particules de M. Ebrenhaft.
Ces deux espèces de particules ne peuvent donc pas appartenir
à un même corps. La pulvérisation par un pulvérisateur en
verre ne pouvant pas modiiier essentiellement les propriétés
du mercure, ce qu'on ne peut pas affirmer avec certitude des
particules produites dans l'arc voltaïque, ou est obligé
de conclure que les particules de M. Ehrenhaft n'étaient pas
de mercure pur. Sans doute, a priori, ou pourrait attendre que
la pulvérisation du mercure dans un arc produit dans de l'azote
séché et puritié, ne modifie pas ses propriétés ; mais ce n'est
qu'une supposition qu'on ue peut maintenir qu'autant que les
faits ue la démentent pas.
En examinant la formule (3) on remarque que de toutes les
propriétés des corps seules la densité et la forme importent
pour la détermination de la charge. En d'autres termes, ou
les particules de M, Ehrenhaft n'étaient pas sphériques, ou
leur densité était différente de celle du mercure. La première
supposition paraît la moins vraisemblable, les luicro-photogra-
phies de M. Ehrenhaft prouvant le contraire, au moins pour les
plus grosses particules (on ne peut pas en dire autant ni des
206
LA QUESTION DES 80U8-ELECTRONS
plus petites particules de M. Ehreuhaft ni des particules d'or
de M. Konstantinowsky, v. § 9). C'est donc dans la densité des
particules de M. Ehrenhaft qu'il faut chercher la solution de la
question des sous-électrons Dans ce but, nous avons refait les
expériences de M. Ehrenhaft ; pour la purification de l'azote et
son desséchage nous avons suivi les prescriptions données par
M. Ehrenhaft, mais en laissant de côté le récipient avec du
sodium métallique. Les résultats de ces expériences sont résu-
mées dans la table XIII ; on y trouvera également les données
tirées du mouvement brownien, qui seront examinées ultérieure-
ment. Il est facile de se convaincre que la concordance avec les
résultats de M, Ehrenhaft est parfaite. En supposant la den-
sité de ces particules égale à celle du mercure, on trouve que
que les rayons variaient de 1,82X10"'' à 0,47 X10~" (chez
M. Ehrenhaft de 2,52 X 10~^ à 0,84 X 10^") et les charges de
1,21X10"'° à 0,16X10 '° (chez M. Ehrenhaft de 3,72X10"'°
à 0,28 X 10~ ). Nous avons donc pu observer des particules et
des charges encore plus petites que celles de M. Ehrenhaft. On
peut donc sûrement admettre que nos particules sont identi-
ques à celles de M. Ehrenhaft.
Table XIII
aXW
d'après
U
forra. (3)
du
ITIOUV.
browii.
d'après
la
form. (S)
e X 10"
du inouv
brownien
d'après
Elirenhaft
I du mouv.
j brownien
d'après
Flctcher
100
103
98
101
102
99
106
97
96
1.82
4 92
0.91
3.54
3.75
0.488
0.464
1.22
5.59
0.48
3.43
3.15
0.423
0.461
1.12
3.35
1.21
3.08
8.34
0.762
0.705
0.93
3.73
0.36
2 87
4.06
0.672
0.807
0.91
3 88
0.39
3.04
2.84
0.642
0.689
0.86
3.82
0.39
3.29
3.55
0.653
0.612
0.73
4.37
0.16
3.87
3.68
0.560
0.585
0.65
1.87
0.58
3.25
3.23
1.575
1.592
0.47
2.62
0.24
3.34
3.32
1.022
1.030
S
17
7
6
4
1
1
Tandis que les^parois du récipient dans lequel se produisait
la pulvérisation mécanique se couvraient de petites gouttelettes
de mercure qui conservait leur éclat métallique, les parois du
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 207
vase à rintérieur duquel on pulvérisait le mercure dans l'arc,
ainsi que la surface du mercure se couvraient à la longue d'une
poudre gris-verdâtre d'un très faible éclat métallique, ce qui
d'ailleurs a été remarqué par M. Ehrenhaft lui-même ('). Pour
la détermination de la densité, ou a mis en lieu et place du
condensateur un petit flacon en verre d'un poids de 30 mgr.
environ, dans lequel entrait le mercure pulvérisé. Après une
centaine de pulvérisations (mécaniques) on réunit de cette façon
50 mgr. de mercure, formant une goutte; la densité de cette
goutte était celle du mercure. Une tentative faite pour récolter
d'après la même méthode les particules pulvérisées dans l'arc,
ne réussit pas : après quelques centaines de pulvérisations, il
n'y avait au fond du flacon que tout au plus 1 milligramme de
la poudre grise. On fut donc réduit à ramasser la couche de
poudre qui couvrait les parois du vase et la surface du mercure ;
il est probable que cette couche est formée de particules non
entraînées par le courant de gaz et tombées sur les parois ou
sur le mercure. Après avoir débarrassé la substance recueillie
des plus grosses gouttes de mercure (il en restait encore une
quantité considérable de très petites) on obtint 336 mgr. d'une
poudre grise avec une teinte jaune-verdâtre ; chauftee jusqu'à
100° et plus elle devient jaune, puis rougeâtre. La densité de
cette poudre est égale à 7,8. Ce chift're doit être encore de beau-
coup trop grand, le mercure métallique n'étant pas tout à fait
éliminé. Evidemment, en dépit de la purification et du dessé-
chage de l'azote, des combinaisons chimiques du mercure
peuvent se produire dans l'arc. M. Ilegener(-) a trouvé en
opérant dans de l'azote pur qu'après une demi-heure de fonc-
tionnement de l'arc entre des électrodes d'argent, les vapeurs
des oxydes nitriques devenaient visibles, et on pouvait même
observer leur spectre d'absorption. On peut supposer que l'air
absorbé par les parois du vase se dégage peu à peu, et quoique
ce soit en quantité minime, ce fait peut avoir une influence sur
le résultat, la quantité de mercure pulvérisé étant aussi extrême-
ment petite.
') F. Ehrenhaft, l. c, p. 63.
2) E. Regener, Phys. Zs., 1911, 12, p. 135.
208 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
Nous avons ainsi prouvé par une méthode directe que la den-
sité des particules pulvérisées mécaniquement ne diffère pas de
celle du mercure, tandis que les particules produites d'après la
méthode de M. Ehrephaft consistent, en partie du moins, en
une substance dont la densité est notablement inférieure (^).
Mais, du moment que la densité devient incertaine, un calcul
exact des charges d'après la formule de Stokes-Cunningham
devient impossible ; il faut donc s'adresser à une méthode indé-
pendante de la densité et de la forme. L'étude du mouvement
brownien satisfait, comme l'on sait, à cette condition impor-
tante.
') MM. Meyer et Gerlach arrivent à la même conclusion en étudiant
la loi de mouvement de très petites particules de platine ; Arbeiten aus
d. Gebieten d. Phys., Math., Chem. J. Elster u. H. Geitel gewidmet.
(A suivre).
ESSAIS DE PRÉPARATION
DE
CORPS A CHAINE FERMÉE
ANALOGUES AUX INDAZOLS
AU MOYEN DES 0-ANISIDINES NITREES ET BROIWONITRÉES
PAR
E. NŒLTIKG et F. STEISIIiE
On sait que par élimination des éléments de l'acide ou de
l'eau, les sels diazoïques et les diazo libres des orthotoluidines
substituées, forment des dérivés à chaîne fermée, les indazols,
par exemple :
>XH + HCl
NOak y-N=N NO,>v/-N /
Cl
Il ne paraissait pas improbable qu'on pût obtenir des dérivés
analogues, contenant dans la chaîne un atome d'oxygène de
plus, en employant des dérivés diazoïques des orthoanisidines
substituées. Par exemple le diazo de la nitro-ortho-anisidiue
O— CH3
-N=N
Cl
aurait pu donner :
0-CH /^\-0-CHo
NO,'v y-N-NH NOok ^-N==N
210 ESSAIS DE PRÉPARATION DE CORPS A CHAÎNE FERMEE
D'autre part le diazoamiamino de rorthotoluidine et surtout
ceux des orthotoluidines nitrées donnant des indazols, quand
on les chauffe avec l'anhydride acétique, une réaction analogue
ne paraissait pas exclue avec les orthoanisidines correspondantes
Prenant pour point de départ ces idées, nous avons institué
une série d'expériences, qui, il est vrai, n'ont pas conduit aux
résultats désirés, mais dans le cours desquelles nous avons eu
l'occasion d'observer quelques réactions qui ne manquent pas
d'un certain intérêt.
Nous avons étudié la décomposition des dérivés diazoïques
des aminés suivantes :
0CH3
OCH3
OCH3
/^,NH2
/\nh.
,/Nnh.
I 1
II
1 III
\x
Br
x^Br
N02'n^
N02
NO2
'. de f. 116-117"
p
OCH3
. de f. 102°
p. de £. 139-140"
OCH3
,/^,NH
2
/\^^2
IV
V 1
NOa'x /'Br
N02'\y
N02
P.
def. 140-141°
p.
de f. 187-188°
et des deux diazoamino
Dans le cas d'une décomposition normale en phénols, la
quantité d'azote dégagée doit correspondre à deux atomes,
tandis que, s'il se forme des dérivés à chaîne fermée, la quantité
d'azote est moindre ou même nulle, suivant la proportion du
dérivé cyclique obtenu. La mesure de l'azote mis en liberté
permet donc de suivre la réaction, tout comme cela se fait dans
l'étude de la formation des dérivés indazoliques.
ANALOGUES AUX INDAZOLS 211
Parmi les cinq bases, les deux bromonitrées II et IV n'avaient
pas encore été décrites; il en est de même des deux dérivés
diazoamino.
Voici en peu de mots le mode de formation et les propriétés
de ces corps.
Dibromo - nitro - ortho - anisidine C^R^ (OCHJ (NHJ (NOJBr
1. 2. 4. 3. ô. — 20 gr. de C,H3(OCH3)(NH,)(N02) 1. 2. 4. sont
dissous dans 100 cm^ d'acide acétique glacial et additionnés, à
la température ordinaire, de 40 gr. de brome dissous dans
50 cm^ d'acide acétique. Après quelques temps on verse dans
l'eau, on enlève le brome en excès, s'il en reste, par un peu de
bisulfite, on filtre et cristallise de l'alcool bouillant. Feuillets
orangés, fusibles à 102°, très peu solubles dans l'eau, facilement
dans l'alcool. Le rendement est presque quantitatif.
Analyses :
0.2046 gr. donnent 0.1921 -gr. CO, et 0.0387 gr. HoO
0.2402 gr. » 0.276 gr. AgBr
Théorie pour CiHsNiBr; : E.xpérieiico :
C ==25.76 % C =25.61 %
H = 1.84 H = 2.1
Br = 49.08 Br = 48.91
Le dérivé acétylique se prépare en dissolvant 2 gr. de base
dans 30 cm' d'acide acétique glacial, ajoutant 10 cm'' d'anhydride
acétique et chauttant environ 10 minutes. Aiguilles jaunâtres,
fusibles à 182° presque insolubles dans l'eau, facilement solubles
dans l'alcool.
Analyses :
0.2395 gr. donnent 0.2557 gr. COo et 0.0517 gr. HjO
0.1866 gr. » 13.2 ce. N à 21° et 742 mm.)
Théorie pour C;HBNîO»Brj : Expérience :
C = 29.. 35 % C =29.12 7o
H = 2.16 H = 2.40
N = 7.61 N = 7.81
Monohromonitro-ortJioamsidine C^H^(OCHj(NHJ (NO^ )Br
1, 2. ô. 3. — 20 gr. de nitroauisidine 1. 2. 5 sont dissous à
chaud dans 100 cm' d'acide acétique cristallisable. Après
refroidissement, pendant lequel une partie de la base cristallise
212 ESSAIS DE PRÉPARATION DE CORPS A CHAÎNE FERMEE
comme acétate, on ajoute 20 gr. de brome dissous dans 50 cm"
d'acide acétique en une seule fois.
Tout se dissout d'abord, mais au bout de peu de temps le
liquide se prend en une masse cristalline qui est le bromhydrate
de la base bromée. On filtre à la trompe, on lave avec de l'eau
additionnée de bisulfite de soude, qui provoque la dissociation
du bromhydrate et enlève les traces de brome en excès. La
base est ensuite cristallisée dans l'alcool, dont elle se sépare
sous forme de cristaux jaunes, fusibles à 140-141°.
Analyses :
0. 1830 gr. donnent 19.0 ce. N à 15° et 738 mm.
0.2036 gr. » 20.8 ce. N à 14° et 740 mm.
0.3124 gr. » 0.2373 gr. AgBr
0.2718 gr. » 0.2070 gr. AgBr
Théorie pour CiHîNiOjBr : Expérience :
N = 11.34 7o N = 11.73 7o 11-64 %
Br = 82.39 Br -= 32.32 32.41
Le dérivé acétylique s'obtient en dissolvant 2 gr. de la base
à chaud dans la moindre quantité possible d'acide acétique
cristallisable, ajoutant 10 cm^ d'anhydride acétique et chauffant
une demi-heure. On verse dans l'eau et cristallise de l'acide
acétique ou de l'alcool. Aiguilles blanches, fusibles à 204-205°,
très peu solubles dans l'eau bouillante, facilement solubles dans
l'alcool et l'acide acétique.
Analyses :
0.2148 gr. donnent 0.2946 gr. CO2 et 0.0655 gr. HjO
0.1443 gr. » 12.2 ce. N à 18" et 740 mm.
Théorie pour C9H«0tN»Br : Expérience :
C = 87.37 7o C = 37.40 7,
H = 3.11 H = 3.39
N = 9.69 H = 9.46
Si à la solution aqueuse, ou mieux alcoolique, de ce dérivé
acétylique on ajoute une goutte de potasse caustique, elle se
colore en jaune intense, évidemment par suite de la formation
d'un sel alcalin contenant le métal uni à l'azote
/C2H3O
ANALOGUES AUX INDAZ0L8 213
Les acides décolorent la solution. Le dérivé dibromé de la
nitro-acétoanisidine 1. 2. 4. montre cette même réaction, mais à
un degré beaucoup plus faible.
DÉCOMPOSITION DES UIAZ0ÏQUE8 DES ANISIDINES NITRÉES
ET BROMONITRÉES
mtroanisidine C,R,(OCHJ(NH,)(NOJ 1. 2. 4.
1° Décomposition du diazo en solution sulfurique diluée à
chaud. — On obtient une quantité d'azote équivalente à 69 7o
de la théorie; si Ton ajoute du sulfate de cuivre le rendement
est même de 87 ", o- Si l'on filtre à chaud du produit insoluble,
la solution abandonne par refroidissement de fins cristaux bru-
nâtres, identiques avec ceux que nous décrirons tout h l'heure.
2" Décomposition en solution suif îirique diluée à froid. — II
n'y a pas de dégagement d'azote, mais il se forme un corps
cristallisé brun, qui se dépose très lentement. Même après deux
mois la solution filtrée de ce corps montre encore la réaction
des diazos.
Voici un exemple du mode opératoire: 10 gr. de nitro-
auisidine sont dissous dans 15 cm^ d'acide sulfurique concentré
et 100 cm^ d'eau. Après refroidissement à 0° on ajoute, en une
fois, 4 gr. 3 de nitrite de soude, dissous dans 20 cm^ d'eau, et
on agite quelque temps à la turbine. On détruit ensuite le
léger excès d'acide nitreux au moyen d'un peu d'urée et on
laisse reposer à la température ordinaire. Il se sépare peu à
peu des cristaux bruns-rouges ; on les filtre, et on les lave à
l'eau distillée, puis avec un peu d'alcool bouillant. En em-
ployant une plus grande quantité d'alcool, ils se dissolvent et
cristallisent par refroidissement. Le même corps s'obtient
aussi, ainsi que nous l'avons mentionné plus haut, en chauftant
la solution diazoïque, filtrant du précipité formé et laissant
refroidir.
Le nouveau corps est peu soluble dans l'eau froide, assez
soluble dans l'eau bouillante, soluble dans l'alcool.
Archives, t. XLI. — Alar.s liUfi. Ij
214 ESSAIS DE PRÉPARATION DE CORPS A CHAÎNE FERMÉE
Lorsqu'on le chauffe il explose à 118°. Chauffé avec une
solution chlorhydrique de chlorure cuivreux il dégage de l'azote ;
il copule avec les phénols et les aminés en donnant des matières
colorantes ; en un mot il montre tous les caratères d'un dérivé
diazoïque.
Analyses :
0.1892 gr. donnent 0.3039 gr. CO. et 0.0342 gr. HoO
0.2136 gr. » 0.3421 gr. CO2 et 0.0400 gr. H2O
0.1821 gr. » 41.2 ce. N à 18° et 740 mm.
0.1583 gr. » 85.3 ce. N à 16" et 742 mm.
Ces analyses conduisent à la la formule CgHgNgOj.
Théorie pour CoHjNaO» : Expérience :
C = 43.63 7o C — 43.77 43.68 »/o
H = 1.82 H = 2.01 2.08
N = 25.45 N = 25.31 25.23
La composition et toutes les propriétés correspondent bien
à celles d'un diazonitrophénol qui se serait formé au moyen du
diazo de la nitro-anisidine, par élimination du groupe méthyle
et des éléments de l'acide.
ou plutôt
CH3OSO3H ou
CH3OH+H2SO4
NO,
+
Un diazonitrophénol de cette constitution a déjà été préparé
par P. Griess au moyen du nitroaminophénol. Par une com
paraison de notre substance avec celle préparée par la méthode
de Griess, nous nous sommes convaincus de leur complète
identité.
En traitant notre diazodérivé par la chlorure cuivreux en
solution chlorydrique, nous avons obtenu le chloronitrophénol
ANALOGUES AUX INDAZOLS 215
fusible à 110°. Le chlorauisol correspondant obtenu avec le
diazo (le la nitroanisidine immédiatement après sa préparation
fond à 85°. Du moment que le diazo formé était celui du
nitoaminophéuol on devait pouvoir déceler dans le liquide, du
sein duquel il s'était séparé, la présence d'alcool méthylique.
C'est en etiet ce qui à lieu. En distillant une telle solution, on
peut constater facilement la présence de l'alcool méthylique
dans les premières parties du distillât. Par copulation de notre
diazo avec l'acide |3-naphtoIsulfonique Schaetter 2. 6., on obtient
un colorant brun rougeâtre terne, qui par traitement ou
bichromate de potasse passe au noir brunâtre. C'est comme
on le sait une réaction caractéristique des colorants dérivés
des ortho-aminophénols. Le diazonitrophénol de Griess fournit
un produit identique, tandis qu'avec la nitroanisidine diazotée
on obtient un beau rouge bleuâtre qui ne change pas par un
chromatage de peu de durée. Par un traitement prolongé il y
a pourtant aussi modification de la nuance, le groupe méthyle
étant sans doute partiellement éliminé.
8° Diazoiation de la nitroanisidine en solution acétique. —
Avec l'acide acétique cristallisable seul on n'arrive pas à un
diazo ; il se sépare toujours le diazoamino.
Si l'on diazote en solution acétique, en présence d'acide
sulfurique, et qu'on chautïe la solution diazoïque ainsi obtenue,
il se dégage presque la totalité de l'azote (96 pour 100 dans
une expérience faite quantitativement). Si on laisse reposer la
solution à froid elle ne s'altère pas ; il ne se sépare pas le corps
rouge mentionné ci-dessus et si l'on ajoute de l'éther, il se
sépare un sel blanc qui est le sulfate de la diazonitroanisidine.
Dïbromonitroanisidine C,H(OCHJ(NHJ(NOJBr, 1.2.4.3.5.
Eu égard à ses propriétés très peu basiques, ce corps se
diazote difficilement. Le mieux est de dissoudre dans l'acide
sulfurique concentré, de verser sur de la glace et d'ajouter
ensuite le nitrite. Eu général il reste de la base non dissoute.
On filtre et laisse reposer à la température ordinaire ; il ne se
dégage pas d'azote et il se sépare peu à peu des aiguilles
orangées.
216 ESSAIS DE PRÉPARATION DE CORPS A CHAÎNE FERMÉE
La diazotatioii en solution d'acide acétique cristallisable
s'effectue, nettement sans qu'il se sépare du diazoamino ; si l'on
chauffe la solution, l'azote se dégage quantitativement.
Si, par contre, on laisse la solution en repos à froid il se sépare
au bout de 10 minutes environ des cristaux orangés, identiques
avec ceux qui étaient obtenus au moyen de la solution sulfurique.
Le corps ainsi formé fond à 189° et détone quelques degrés
au-dessus de cette température, mais moins violemment que le
dérivé non brome. Il montre en général toutes les réactions
des diazoïques, de sorte que nous supposions d'abord qu'il
devait être
NOok^-N^
Br
c'est-à-dire le dérivé dibromé du diazonitrophénol décrit ci-
dessus.
L'analyse nous montra toutefois que cette supposition était
erronée, car le dosage du brome ne donna que 28.79 7o»
tandis, qu'un corps de la formule CsHEr^NgOg aurait dû en
donner 49.53. Il y a donc eu, lors de la formation de corps,
élimination d'une importante proportion de brome. On sait,
d'après les travaux d'Orton, Baraberger et Kraus, Noelting et
Battegay et de bien d'autres chimistes, que fréquemment dans
les diazo halogènes, l'halogène est remplacé par l'hydroxyle. Il
paraissait donc probable que le corps en question fût le dérivé
BrX\-0\
ou
HO/ N-0\
OH
Br
mais le dosage de brome et le dosage d'azote ne correspondaient
pas non plus à cette formule, qui exige 32.79 °/o de brome
et 17.21 7o d'azote, tandis que la quantité d'azote trouvée
était de 15.49 et celle de brome 28.29, ainsi que nous l'avons
dit ci-dessus.
Par contre les chiffres trouvés concordent très bien avec la
formule d'un monoxydiazoanisol C^H^O^BrNs
ANALOGUES AUX INDAZ0L8 217
Analyses :
0.3142 gr. donnent 0.2126 gr. AgBr
0.2284 gr. » 31.8 ce. N à 17° et 733 mm.
Théorie ponr CjHtO«BrN« : Expérience :
Br = 29.17 7o Br = 28.79 7o
N = 15.36 N = 15.49
On ne peut pas savoir d'avance si c'est le brome en ortho
vis-à-vis du groupe diazoïque, qui est éliminé ou celui en para,
mais la première hypothèse est de beaucoup la plus probable.
D'une part, les éliminationsd'halogèneobservées jusqu'àpréscnt
ont toujours eu lieu en ortho et, d'autre part, notre bromonitro-
méthorydiazophénol copule avec l'acide [3-naphtolsulfonique
Schaeffer donne un colorant chromatable. Nous nous croyons
par conséquent autorisés à lui attribuer la formule
Br/^-OCHj
N
Il est remarquable que dans ce cas le groupe méthoxyle soit
resté intact.
Nitroanisidine C,H,{OCRJ(NHJ(NOJ 1. 2. 5.
En chauttant le diazo de cette nitroanisidine en solution
sulfurique diluée, M. Freyss avait obtenu le nitrogaïacol avec
un rendement excellent. Par un essai quantitatif nous avons
constaté qu'il s'élimine 90 " „ de la quantité théorique
d';izote à l'ébuUitiou. Si l'on abandonne la solution diazoïque
à troid il se dégage également de l'azote et il se sépare un
corps brun, probablement un oxyazo formé par l'action de
diazo inaltéré par le nitrogaïacol, que nous n'avons pas examiné
en détail.
En traitant la nitroanisidine, en solution d'acide acétique
cristalHsable, par une molécule de nitrite, il se forme nettement
le diazo, sans aucune séparation de diazoamino. Si l'on chauffe
cette solution, elle laisse dégager son azote quantitativement.
La monohromonitroanisidine diazotée en solution sulfurique
218 ESSAIS DE PRÉPARATION DE CORPS A CHAÎNE FERMEE
OU acétique abandonne à chaud tout son azote. A froid le
dérivé diazoïque semble se conserver très longtemps (dans le
cas de la solution acétique, jusqu'à trois mois) sans altération.
La dinitrocmisidine C,H„(OCHJ (NH.J(NOJ^. 1.2.4. '>. a
été diazotéeen solution sulfurique par M. Freyss(^) en solution
acétique par MM. Meldola et Wechsler, puis par MM. Meldola
et Eyre. Dans les deux cas le groupe NOg en 5, c'est-à-dire
celui qui se trouve en para vis-à-vis du groupe diazonium, est
éliminé et remplacé par OH ; il s'est formé le diazophénol
pO-Z^-OCH,
La preuve que c'est le nitro en 5 et non celui en 4 qui est
éliminé a été apportée par la transformation du diazo en
nitromonométhylrésorcine
-OCH,
par l'action de l'alcool absolu en présence dépotasse.
Sans avoir connaissance des travaux de M. Meldola nous
avons de notre côté étudié la réaction du nitrite sur une solution
acétique de la dinitroanisidine et nous avons effectué une
analyse complète du corps qui se forme.
On le prépare aisément de la mauièi-e suivante : 5 gr. de
base sont dissous dans 30 à 40 cm^ d'acide acétique cristallisable
à chaud. Par refroidissement il se sépare de nouveau une
bouillie de cristaux; en ajoutant maintenant en une fois 1 gr. 6
de nitrite de soude, dissous dans peu d'eau, tout se redissout
d'abord, puis au bout de quelque temps une nouvelle séparation
de cristaux a lieu, en même temps qu'il se dégage des vapeurs
rouges. On filtre ces cristaux, on les lave avec un peu d'eau
distillée et on les sèche. Ils sont alors déjà chimiquement purs,
ainsi que l'analyse en fait foi.
^ Centralblatt, 1901, II, 96 et 583.
ANALOGUES AUX INDAZOLS 219
Analyses :
0.1970 gr. donnent 0.3119 gr. CO, et 0.0475 gr. HjO
0.2427 gr. » 0.3827 gr. CO., et 0.0594 gr. HoO
0.1564 gr. » 29.6 ce. N à 19" et 746 mm.
0.1480 gr. » 28 ce. N à 16° et 744 mm.
Théorie pour CvHtNsO» : Expérience :
C = 43.07 «0 C = 43.18 43 01 7o
H = 2.56 H = 2.69 2.72
N = 21.53 N = 21.23 21.12
Eu traitant leur diazo par l'acide iodhydrique, MM. Meldola
et Eyre eut obtenu l'éther méthylique de la uitroiodorésorciue.
Par l'action d'une solution chlorhydrique du chlorure
cuivreux nous avons, de notre côté, préparé le dérivé chloré
Ce corps cristallise de l'alcool dilué en aiguilles blanches,
légèrement jaunâtres et fond à 93'. Il est assez soluble dans
l'eau bouillante, très facilement dans l'alcool et l'acide acétique.
Il distille facilement avec la vapeur d'eau. Le sel de potassium
est rouge orange, le sel de sodium jaune orange.
Analye 'S :
0.2176 gr. donnent 0.3296 gr. COg et 0.0620 gr. H.O
0.3468 gr. » 0.2406 AgCl
Théorie pour CtHsOiÎsCI : Expérience :
C = 41 28 % C = 41,33 7o
H = 2.95 H = 3 19
Cl = 17.43 Cl -= 17 17
Il est assez remarquable que ce corps qui est un dérivé de
l'orthonitrophénol n'est pas jaune comme celui-ci, mais presque
blanc, tandis que le para chloro-orthonitrophénol
220 ESSAIS DE PRÉPARATION DE CORPS A CHAÎNE FERMEE
dont notre corps
OH
r^No,
CHaOs^
Cl
ne se distingue que par un méthoxyle en plus, est décrit comme
cristallisant en aiguilles jaunes, le groupe OCH, , qui est pour-
tant en général auxochrome abaisse ici la teinte.
Dérivé diazoaminé de la nitroanisidine C^H/OCH^) .
(NR,)(N0,)1.2.4.
Diazonitroanisol-nitroanhide.
OCH3 OCH3
^-N=N-N-
H
NO2 NO2
On dissout 5 gr. de nitroanisidine dans 100 cm^ d'acide
acétique cristallisable, à chaud, et on ajoute, après refroidisse-
ment, à la température ordinaire, 1 gr. de nitrite de soude
dissoute dans très peu d'eau. Le dérivé diazoaminé commence
à se séparer de suite sous forme d'une masse jaune. Au bout
de quelque temps on filtre, on sèche le précipité et on le
cristallise d'un mélange d'alcool et de chloroforme. On l'obtient
sous forme de petits prismes microscopiques jaunes, fusibles à
205% avec décomposition. Il est très peu soluble dans l'alcool,
moins difficilement dans le chloroforme, facilement dans la
nitrobeuzine.
Avec les alcalis alcooliques il fournit des sels colorés eu rouge
brun qui sont dissociés par l'eau.
Analyses :
0.1786 gr. donnent 0.3179 gr. CO2 et 0.0618 gr. HoO
0.2133 gr. » 38.5 ce. N à 17" et 740 mm.
0.1642 gr. » 2Q 2 ce. N à 15" et 744 mm.
Théorie pouç CuHuNoOo : Expérience :
C =48.41 7,_, C =48.54 7o
H = 3.75 H = 3.84
N = 20.17 N = 20.29
ANALOGUES AUX INDAZOLS 221
Dérivé diazoaminé mixte de la nitroanisidine 1. 2. 4.
et de l'aniline, diazonitranisol-anïlide
On dissout 10 gr. de nitroanisidine dans 40 gr. d'acide sul-
furique concentré, en chauffant légèrement. Après refroidisse-
ment, on verse sur de la glace et on amène le volume à 200 cm'.
On ajoute alors en une fois 4 gr. 2 de nitrite de soude dissous
dans 20 cm^ d'eau et on agite environ 10 minutes à la turbine.
On ajoute ensuite un peu durée pour détruire l'excès d'acide
nitreux, on introduit dans la solution fortement acide 115 gr.
d'acétate de soude et l'on filtre. Le filtrat est ensuite additionné
de 5 gr. 5 d'aniline dissous dans l'acide acétique dilué. Le
corps diazoaminé se sépare peu à peu sous forme de précipité
orange. Au bout de deux heures ou le filtre, on lave jusqu'à
disparition de réaction acide, on sèche et on cristallise de
l'alcool bouillant, dans lequel il se dissout facilement. On
obtient ainsi de belles aiguilles orangées, fusibles à 123".
Analyses :
0.1967 gr. donnent 0.4145 gr. CO., et 0.0798 gr. HaO
0.1964 gr. » 0.4142 gr. CO. et 0.0797 gr. HoO
Théorie pour CuHiîNîOs : Expérience :
C = 57.35 "/o C = 57.48 57.52 7o
H = 4.41 H = 4.59 4 51
Ce diazoamino donne également en solution alcoolique un sel
alcalin rouge-brun dissociable par l'eau.
En chauffant les deux dérivés diazoaminés avec un grand
excès d'anhydride acétique (au moins 100 à 150 parties) tout
l'azote se dégage, ainsi que nous nous en sommes convaincus
par des essais quantitatifs. Il n'y a donc ici non plus formation
d'aucun dérivé à chaîne azotée fermée.
MODÈLE SIMPLIFIÉ
D'HYGROMÈTRE A CONDENSATION
Charles MARGOT
Les hygromètres à condensation sont couramment employés
pour la mesure de l'état hygrométrique de l'air dans les exer-
cices pratiques de physique. Ce sont surtout les appareils très
précis créés par Alluard et Crova que l'on utilise pour cette
détermination. Ils n'ont guère subi de modification depuis la
description donnée par leurs auteurs; celui d'Alluard(^) date
de 1878, et celui de Crova de 1883(=').
Nous avons pensé que ce dernier hygromètre, qui offre,
comme on le sait, l'avantage sur celui d'Alluard, de permettre
la détermination précise de l'état hygrométrique de l'air
extérieur ou provenant d'une enceinte difficilement accessible
à l'observation, pouvait, en lui faisant subir quelques modifi-
cations, être présenté sous une forme plus simple. Le modèle
que nous avons construit dans ce but, représenté par le croquis
ci-joint en vue de face et section, est constitué d'une première
enceinte cylindrique, soit chambre de refroidissement E, de
8 cm. de diamètre sur 2 cm. de profondeur; cette chambre est
fermée sur la face que regarde l'observateur par un disque
mince en laiton nickelé parfaitement plan et poli ; l'autre face
présente au milieu une petite fenêtre fermée par une glace qui
permet de voir le niveau de l'éther. Une seconde chambre de
forme tronconique est vissée à la première chambre, elle est
fermée par une glace qui laisse voir la condensation de la
vapeur sur la surface nickelée. Trois ajutages y sont adaptés,
M Alluard, Journal de Physique. 1878, I« série, tome VII, pages 328.
-) Crova, ihid., 1883. II« série, tome II, pages 166 et 450.
MODÈLE SIMPLIFIÉ d'hYGROMÈTRE A CONDENSATION 223
le premier C, est rais en communication par une conduite
appropriée avec l'air dont on veut raesuier l'état hygrométrique;
le second D est relié par un tuyau de caoutchouc avec le tube
B, dont l'extrémité plonge au fond de la cuve à éther. Le
troisième ajutage T sert à tixer le thermomètre et pour le
Z
2^
X Jl
/~A
X
remplissage. C'est par l'ajutage A que se fait l'aspiration de
l'air au moyen d'une trompe à eau ou d'un aspirateur quel-
conque. L'air traverse par conséquent, d'abord la première
chambre oti s'effectue la condensation et ensuite barbote à
travers l'éther. L'observateur suit la marche du refroidissement,
224 MODÈLE SIMPLIFIÉ d'hYGROMÈTRE A CONDENSATION
et voit apparaître ou disparaître la moindre trace de rosée dans
la partie centrale du disque poli. L'encadrement de com-
paraison de l'hygromètre d'AUuard est supprimé, le dépôt de
rosée ne commençant à être perceptible que dans la région du
centre, les plages adjacentes restant claires, la comparaison
n'offre aucune difficulté; c'est à ce moment qu'on arrête
l'aspiration par la manœuvre du seul robinet intercalé sur la
conduite fixée en A et complètement indépendant de l'appareil,
robinet qui sert à mettre ou couper la communication avec
l'aspirateur et, dans ce dernier cas, rétablir en même temps la
pression atmosphérique dans la chambre à éther. Il arrive en
eftét fréquemment, que, sans cette précaution, l'éther, par suite
de surpression, est refoulé par l'autre tubulure, cas qui se
présente aussi avec les autres types d'hygromètres à conden-
sation.
Cette forme simplifiée de l'hygromètre de Crova a été trouvée
à l'usage d'un emploi commode et d'une précision suffisante
pour les exercices pratiques de physique.
Comme détail de construction, nous recommandons de fixer
l'appareil à un support de fonte un peu massif, par l'inter-
médiaire d'une colonnette en bois et non en métal, afin d'éviter
un apport de chaleur, cela dans le but d'économiser l'éther.
Il n'y a aucun inconvénient à ce que l'air ayant traversé la
première enceinte soit utilisé au moyen du même aspirateur
pour le refroidissement, ce qui simplifie la manipulation. La
première chambre ayant une assez grande capacité, il n'y a pas
à craindre que l'air circule trop vite et n'ait pas le temps de
prendre la température de la plaque refroidie.
Par contre la dimension extrêmement réduite du tube intérieur
dans l'apparail de Crova oblige de le faire traverser par un lent
appel d'air, il est alors nécessaire de produire le refroidissement
par un aspirateur indépendant.
Des séries alternées de mesures faites avec notre dispositif
ont montré qu'on obtenait un degré équivalent de précision par
le fonctionnement des deux chambres placées en série ou
séparées. L'expérience consistait à prendre le point de rosée
lorsque les deux enceintes étaient traversées par le courant
d'air à analyser, ainsi que le montre la figure, puis la liaison
MODÈLE SIMPLIFIÉ d'hYGROMETRE A CONDENSATION 225
étant coupée, on effectuait la même détermination en reliant la
première enceinte à une poire d'aspiration, et la seconde avec
la trompe à eau. Le point de rosée s'est trouvé identique dans
les deux cas, à quelques dixièmes de degré près en plus ou en
moins, dittérences qui proviennent des variations dans l'état
hygrométrique de la salle ; ces différences s'annulent si l'on
prend la moyenne d'un grand nombre de mesures. Ainsi la
moyenne de vingt observations faites en plaçant les deux en-
ceintes en série nous a donné 4° 45 pour le point de rosée,
et 4° 46 lorsque les deux chambres fonctionnaient séparément.
Les deux séries suivantes compléteront d'ailleurs cet exposé.
La température de la salle étant de 18° 8.
Point de rosée. les deux chambres réunies
4°,62
4°,25
4°,27
5°.00
Moy. 4°,56
4^12
3°,87
3°,75
4°,37
Moy. 4 ',03
1" série
4'',87
4°,37
4°,25
4°,37
Point de rosée, les deux chambres séparées
Moy. 4°,46
2°* série : 4°,12
4°,12
4°,12
4°,25
Moy. 4°, 15
Janvier 1916.
Laboratoire de Physique de l'Université
de Genève.
OBSERVA! IONS WIETEOROLOGIQUES
FAITES AUX
FOHTIFICATIONS M S/VINT-MAUHICE
PENDANT LES MOIS DE
Septembre, octobre et novembre 1915
(AUTOMNE 191o)
OBSERVATIONS DIVERSES
Septembre 1915
Brouillard. — Brouillard pendant toute la journée ; le 10 à
Dailly. Brouillard pendant une partie de la journée : les 4 et 7
à Savatan; les 3, 12 et 21 à Dailly; les 10 et 21 à l'Aiguille.
Neige sur le sol : le 30 à Dailly et à l'Aiguille.
Fœhn : du 24 au 25 à Lavey et à Savatau.
Octobre 1915
Brouillard. — Brouillard pendant une partie de la journée :
le 18 à Lavey; les. 14, 15 et 16 à Savatan; les 7, 14, 16, 19, 25,
26 et 27 à Dailly; les 7, 14, 19, 25, 26 et 27, à l'Aiguille.
Neige sur le sol : les 1, 2 et 31 à Dailly ; du 1 au 3 et le 31 à
l'Aiguille.
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1915
227
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228
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQnES DE 1915
MOYENNES DU MOIS DE SEPTEMBRE 19I5
Pression atmospliérlqne
{
Java
tan
y h. 8.
mm.
Dailly
7 h. m.
mm.
1 h. 8.
mm.
Moyenne
mm.
7 h. m.
mm.
1 h. 8. 9 h. 8.
mm. mm.
Moyenne
mm.
1"
'■ décade . . .
Mois..
705.63
708.51
701.38
705.49
708.39
701.21
705.54
708. 48
700.81
705 . 55
708.46
701.13
659.35
663.05
655.31
659.20 659.39
662.90 662.86
654.91 654.54
659.. 31
662.94
654.92
705.17
705.03
704.94
705.05
659.24
659.00 658.93
659.06
Température
7 h.'m.
Savatan
11
(
[. s.
)
vt h. 8.
Moyenne
Mini m. moyen Max
im. moyen
1"
2 m
' décade . . .
Mois. .
+ 8.28
11. 46
10.88
+12.88
16.28
12.72
+10.80
13.64
11.48
+10.65
13.79
11. 69
+ 7.0
10.2
8.5
H4.0
18.2
14.7
+10.21
+13.96
+11.97
+12.05
+ 8.5
flo.6
• décade . . .
Dailly
1"
2™
3""
+ 6. 09
10 19
8.23
+10.31
15. 32
11.24
+ 7.37
12.29
8.28
+ 7.92
12.60
9 25
+ 4.9
9.2
6.3
+H.6
16.7
13.1
Mois.
+ 8.17 +12.29 + 9.31
+ 9 92
+ 6.8
+13.8
Fraction de sntnration en %
l'' décade .
2"" >>
3»' »
Mois
7 h. m.
86
84
77
Savatan
1 h.T
70
69
80
73
9 h. s.
82
81
79
Moyenne
79
78
79
7 h. m.
87
77
89
81
79
85
Dailly
1 h. 8. h. 8,
62 73
50 55
89 90
67
73
7h.m.
5.5
. 3.9
, 6.2
Lave y
Ih. 8. 91l. 8.
6.5 4.7
3.1 3.2
6.0 6.0
VoieDDt
5.6
3.4
6.0
Nébulosité
Savatan
Dailly_
1" décade . . .
2-' »
3»« »
7 h. m. Ih. 8. 9 h. s.
5.7 6.5 4.3
4.6 4.0 3.7
6.5 6.7 5.7
MoieDoe
5.5
4.1
6.3
7h.m.
56
2.0
6.7
1 ETs. 9 h. 8.
52 5.3
2.6 2.1
6.0 6.7
lOTtiie
5.5
2.2
6.5
Mois. .
5.2
5.2 4.6
5.0
5.6 5.7 4.6
5.3
4.8
4.6 4.8
4.7
AUX FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE
229
MOYENNES DU MOIS D'OCTOBRE 1915
Pression atmospbériqne
Savatan
Moyenne
mm.
Dailly
7 h. m.
mm.
1 h. s. 9 h. 8.
mm. mm.
7 h. m.
mm.
1 h. 8.
mm.
9 h. s. Moyenne
mm. mm.
1" décade . . .
3-" »
703.07
703.40
702.02
702 38 70l44
703.23 703 34
702.02 701 83
703.03
703.39
7U1.96
653.73
638.87
633 36
633.99
638.. 34
63i.92
636.26 635.99
6.38.64 638.61
634.79 655.02
Mois. .
703.43
703.24 703.54
703.41
636.61
656 .37
65651 656.50
Température
7 h.' m.
Savatan
1 h. 8.
9 h. s.
Moyenne
Minim. moyen Maxim. moyen
o
1" décade . . .
3"' »
+ 4.94
7.98
4.14
+ 7.99
10.43
7.80
t 6. 99
8.36
5 91
+ 6.64
8.92
3.93
+ 3.7 +9.7
3.9 11.4
2.9 8.1
Mois.
+ 5.64 +8.71
+ 7.05
+ 7.13
+ 41
+ 9.7
l" décade .
3"" »
+ 1.75
5.90
1 36
+ .=i.53
8. 74
4.43
Dailly
Mois.. +3.02 +6.17 +3.83
+ 4.34
3.03
+ 3.44
+ Il
+ 6.8
6.41
7.02
4.5
10.3
2.20
2.73
0.5
6.1
+ 2.0
+ 7.7
Mois. .
Fraetlon de saturation en "/o
Savatan
Dailly
"^ 9 h. 8.
7 h. m.
1 h. s.
9 h. 8.
Moyenne
7 h. m.
1 h. s
Moyenne
1"
décade .
84
66
71
74
99
85
95
93
9o.e
»
83
78
92
84
91
88
93
90
3me
» . .
8i
68
78
76
91
84
91
89
71
80
93
86
93
91
l" décade .
2"" »
3-»' »
Mois
6 9 6.3 5.4 6.2
8.7 7.3 5.8 7.3
5 1 6.5 6.2 59
Nébulosité
Sa -atan
rh.m. 1 h. 8. y h. 3. ïo>enDe
7.3 6.3 6.6 6.7
8.8 7.8 6.3 7.7
3.5 7.5 7.4 6.8
Dailly
7 h. m. 1 h. 8. 9 h. s. DoieoBt
7.3 7.3 6.8 7.2
8.4 6.6 61 7.0
5.5 6.6 36 3-9
6.8 6.7 3.8 6 4
Archives, t. XLI. — Mars li/16.
7.1 7.2 6.8 7.0
7.0 6.8 6.2 6.7
230
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1915
3
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AUX FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE
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232
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1915
MOYENNES DU MOIS DE NOVEMBRE 1915
Pression atmospliériqae.
décade . .
Savi
itan
Dailly
ire
3n„
7 h. m.
mm.
. 698. l'i
. 701.79
. 703.88
1 h. s.
mm.
698.13
702.04
705.06
y h. s.
mm.
698.53
702.33
705.05
Moyenne
m ni.
698.27
702.05
703. 33
7 h. m.
mm.
631 62
633.41
637. 'i3
1 h. s. y h. s.
mm. mm.
631.48 63200
633.81 653 98
656.32 636. 63
Moyenne
mm.
631.70
633.73
636.81
Moi?
701 94 701.74 701 97 701 88
634.16 633 87 654.21 654.08
1" décade . . .
2"'* »
3">^ »
l'*^ décade
gnie »
S-" »
Mois.
7 h. m.
+ 3.80
- 0.93
- 1.86
Mois.. + 1.00
Tenipératnre.
Savatan
1 h. 8.
8.09
1.64
0.33
+ 3.88
+ 055
- 0.92
+ 6.39
+ 0.42
- 0.82
Moyenne Miuim. moyen Maxim, moyen
+ 3.33
+ 1^
+ 2.06
Dailly
+ 3.23
- 3.73
- 1.74
+ 3.77
- 1.36
+ 1.04
+ 3 57
- 3.08
- 0.70
+ 4.20
- 2.73
- 0.47
- 0.75
+ l.{
- 0.07
+ 0.33
+ 3.6
-26
- 4.8
- 1.3
+ 1.6
- 3 4
- 4 4
- 2.7
+ 8.6
3.2
10
+ 4.2
+ 7.1
0.6
3.3
+ 3.7
Fraction de saturation en "/o
décade
Mois.
Sa-v
atan
^ y h. s.
Moyenne
Dailly
7 h. m.
1 h. 8.
7 h. m.
1 h. £
1. ' y h. 8.
Moyenne
72
63
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73
72
61
80
71
81
73
71
75
,—
—
—
—
81
73
72
76
—
—
—
—
78
71
75
75
l'" décade
Mois .
Lavey
1 h. s. il h. 8.
66 5.7
6.0 5.8
7.0 5.1
Moieone
6.3
5.9
6.7
Nébulosité.
Savatan
7 h. m. lh.8. y h. s.
7.1 7.0 3.1
7.4 65 8.2
9.0 6.6. 5.0
Dailly _
7 h. m.
6.6
6.0
7.8
Moienne
6.4
7.4
6.8
7 h. m.
6.2
6.8
4.7
1 h. s. 9 h. 8.
7.2 5.8
7.2 6.5
4.8 3.0
llotcDoe
6.4
6.8
4.2
6 8 6.5 3.3 6.3
7.8 6.7 6.1 6.9
3.9 6.4 3.1 3.8
AUX FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE 233
OBSERVATIONS DIVERSES
(Suite)
IVo venibre 1915
Brouillard. — Brouillard pendant toute la journée: les 22,
23 et 24 à Savatan. Brouillard pendant une partie de la journée:
les 22, 23 et 24 à Lavey ; les 25 et 26 à Savatan ; les 12, 24 et
25 à Dailly ; les 2, 12 et 25 à l'Aiguille.
Neige sur le sol : du 15 au 17, à Lavey ; du 15 au 24 et du 26
au 29 à Savatan; les 1, 11, 12, du 14 au 21 et du 26 au 30 à
Dailly ; les 1, 2, du 11 au 22 et du 26 au 30 à l'Aiguille.
Fœhn : du 29 au 30 aux quatre stations.
Remarque. — Hygromètre de Dailly : Déjà à plusieurs reprises
au mois d'octobre, les indications de cet instrument paraissent
problématiques. Puis, dès la seconde décade de novembre, il
est resté constamment à 99 "/o et nous avons supprimé la men-
tion de ces observations.
COMPTE RENDU DES SÉANCES
SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE
DE GENKVE
Séance du 4C) décembre 1915
Henri Lagotala. Première note au sujet du fémur humain. — L. Duparc.
Carte géologique du district de Nicolaï-Pawda. — R. Chodat. et M. de
Coulon. La luminescence de deux bactéries. — J. Briquet. Carpologie
comparée des Santolines et des Achillées. — Id. Organisation florale et
carpologie de l'Achillea fragrantissima (Forsk) Boiss.
Henri Lagotala. — Première note an sujet du fémur humain.
Cette étude, pour laquelle M. le Professeur E. Pittard a bien
voulu nous donner les matériaux, est basée sur cent fémurs droits
représentant cent individus masculins des XIV® et XV* siècles. Ces
restes proviennent de l'ég-lise de la Madeleine à Genève.
Pour effectuer ces mesures nous avons fait construire un nouvel
ostéomètre permettant la recherche facile des mesures de lon-
erueurs, d'ang-les et de flèches.
La longueur absolue moyenne de ces cent fémurs est de
451"^"^, 4, le g-raphique de la variation de cette dimension est
fort rég-ulier. La moyenne de la longueur trochantérienne est
de 435°^^,8. La longueur en position offre une moyenne de
447'^^J . Nous avons comparé ces résultats avec ceux que Bu-
mûUer a trouvés pour les fémurs du moyen-âge de Lindau. En
effet, cette séine de Bumiiller donne une long-ueur absolue moyenne
de 450"'", 09, fort proche de la nôtre (451°""); par contre la lon-
gueur en position est bien plus faible 441°"",1 . Cette différence de
6™™, 6 en faveur des fémurs g-enevois, provient probablement de
l'angle que la diaphyse fémorale fait avec le plateau tibial.
Nous avons effectué la reconstitution de la taille en utilisant
les travaux de L. Manouvrier. Les Genevois des XIV* et XV» siè-
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 235
des possédaient une stature de i^ôiQ. Voici quelques valeurs
comparatives pour la taille :
Valais (actuel) Pittard 1^^,63
Vaud » » 1"\64
Neuchâtel » » i^'.Ge
Genève » Lag-otala . . . 1'",67
Ossements de cimetières anciens :
St-Marcel, Paris (IV^-VII^ siècle) Rahon i'",65
St-Germain-des-Prés (Xe siècle) » ]'^,6l
Essayer de comparer la taille actuelle des Genevois à la taille
des Genevois du XV® siècle serait difficile, étant données les nom-
breuses causes ayant pu amener cette différence (immig-ration et
natui-alisation, causes sociales, etc.).
L'étude des diamètres antéro-postérieurs (D. A. P.) et transverse
(D. T.) a été faite à 3 niveaux divers : au niveau de la rég-ion
poplitée (tiers inférieur du fémur) au niveau de la rég-ion pilastri-
que (tiers moyen) et enfin dans la rég-ion sous-trochantérienne
(tiers supérieur). Ces diamètres offrent des variations assez fortes
allant du 30 7^ p. le D. A. P. de la rég-ion poplite au 48 7^ pour
le D. A. P. de la région pilastrique.
L'indice pilastrique moyen ( ' ' — '- j est de iOJ ,19 ; la
variation de ce rapport est de 45,61 7'9 allant des valeurs 80,7 à
129,6; le 167o ^l^s fémurs ont un indice inférieur à 100 ; 10 7o ^''^
indice ég-alant 100 et 74 7o ^^ indice supérieur à 100.
L'indice pilastrique le plus faible a été trouvé par Manouvrier
sur un nèg-re (71) le plus fort chez un Parisien (131,9).
Comparée aux séries européennes de Manouvrier et de Bumûller
la série présentée ici, varie le moins pour les valeurs de l'indice
pilastrique.
Tableau comparatif:
Fémurs de Lindau (Bumûller) 1 00,72
» Bavarois (Lehmann Nitsche) 105,'^
» Tiroliens (sans indication de sexes, Frizzi). . 105, —
» Français (Manouvrier) 104,8
» Parisiens (cité par Bumiiller, sans indication
des sexes) 109,2
» Genevois (Lagotala) 1 07,1 9
Les fémurs g-enevois sont donc extrêmement développés sous le
rapport du D. A. P. dans le tiers moyen de la diaphyse générale
(région pilastrique). Ceci est une preuve d'une très grande robus-
ticité, dénotant, d'après Manouvrier, un fort développement du
muscle crural.
236 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
L'indice de platymérie ( 'p. \p — ^j moyen est de 88,69.
Répartition :
Platymérie antéro-postérieure (moins de 80) ^6 "/„
» » (de 80 à 1 00 ) 77 "/o
» transversale (de 100 à plus) .... 7 "/^
Comparaisons :
10 fémurs de Français modernes (Manouvrier). . . 88,2
i\ » d'Indiens précolombiens » ... 76,1
1 8 » de nèo-res » ... 85,3
Fémurs de Lindau (Bumiiller) 79,2
1) Munich » 86, —
1 00 fémurs Genevois » 88,69
Il nous a paru intéressant de grouper nos cent fémurs en fonc-
tion de la croissance de la longueur absolue et d'étudier les varia-
tions des autres dimensions en fonction des variations de la lon-
g-ueur absolue.
Lorsque la longueur absolue s'accroît :
1° La long-ueur trochanlérienne s'accroît relativement moins
vite ; ce qui montre que les fémurs longs le sont par un fort déve-
loppement de l'espace compris entre le grand trochanter et la tète
fémorale. Les fémurs seraient donc longs par un grand allonge-
ment du col et par un moindre écrasement de celui-ci.
2" La longueur en position s'accroît relativement moins vite. Il
y aurait là aussi à envisager (ce que nous ferons dans une pro-
chaine note) l'influence de l'angle de la diaphyse et de celui du
col.
3" Les D. A. P. et T. de la région poplitée s'accroissent inéga-
lement, le D. T. augmentant plus vite que le D. A. P.
4" Le D. A. P. dans la région pilastrique s'accroît relativement
plus vite que le D. T.
5" Le D. A. P. de la région sous trochanlérienne s'accroît plus
vite que la D. T. mais avec très peu de différence.
La Platymérie. — Nous avons étudié spécialement les aplatisse-
ments transversaux ou antéro-postérieurs que peut subir le fémur
dans son tiers supérieur et décrits par Manou vrier. Nous avons formé
une série spéciale des fémurs platymériques antéro-postérieure-
ment et des fémurs présentant la platymérie transversale. Nous
avons comparé ces deux séries à la série générale en ayant soin
de ramener toutes les dimensions à un fémur idéal dont la lon-
gueur serait de JOO'^"^. De cette façon nous avons pu observer
les variations que subissent les fémurs platymétriques et devant
se rattacher au caractère de patymérie jusqu'à nouvel avis.
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 237
Lorsque la longueur absolue vaut 100 le
D.A.P. D.T.
du tiers sup.
Fémurs à platym. transv. 7.09 6.5 . 6.9 5.8 7.6 9.—
» » antéro-post. 5.63 7.53
» delà série totale 6.07 6.84
D.A.P. D.T. D.A.P. D.T.
du tiers moyen du tiers infér.
6.26 6.1 7.3 8.82
6.41 5.7 7.8 8.86
Nous constatons que par comparaison avec la série totale dans
la platymérie transversale les D. A. P, des 3 rég-ions sont mieux
développés et qu'il en est de même pour les 2 D. T. de la partie
inférieure de la diaphyse fémorale.
En ce qui concerne le fémur à platymérie antéro-postérieur les
D. A. P. sont moins bien développés (^pour le D. A. P. du tiers
inférieur valeur ég-ale) ainsi que le D. T. du tiers inférieur. Il
n'y a que les diamètres transversaux des i tiers supérieurs qui
marquent une aug-mentation.
Nous concluons provisoirement que pour la platymérie trans-
versale ce caractère est lié à une très g-rande robusticité et que le
fort développement des D. A. P. est g-énèral ; le fémur à platymérie
transversale est aussi très développé transversalement dans le tiers
inférieur.
La platymérie antéro-postérieure est localisée dans les tiers
supérieur et inférieur.
De ces 3 types de fémurs, celui présentant la platymérie trans-
versale serait le plus robuste.
M. le Pof. L. DuPARC présente et explique la carte géologique
du district de M icolaï-Pawda.
M. R. Chodat pré.sente au nom de M. de Coulon et au sien, le
résultat d'expériences faites au sujet de la luminescence de deux
bactéries.
Il s'ag-issait tout d'abord d'étudier les conditions de vie de ces
bactéries pour les soumettre ensuite à une investig-ation l'ationnelle
quant au.x causes de la luminescence. La première est un micro-
coque isolé d'un poisson de mer acheté à Genève ; la seconde est
le Pseudomonas luiainescens Molisch. Les deux produisent de la
lumière dans le bouillon de Molisch (viande de poisson). On s'est
efforcé de remplacer ce milieu complexe et incertain d'expérience
à expérience par des milieux de composition connue, soit pour ce
qui est de la nutrition hydrocarbonnée, soit de la nutrition azotée.
Le microcoque a réussi dans un bouillon exclusivement minéral
additionné de 1 "/^ de peptone ou à la place de ce dernier, de gly-
cocolle, d'asparagine ou d'urée. Pour cette espèce les sels ammo-
niacaux, l'hvdroxvlamine, les nitrates et les nitrites alcalins n'a-
238 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
valent aucune valeur nutritive comme source d'azote et ne produi-
saient aucune luminescence. Ce microcoque devait être cultivé en
présence de carbonate de calcium à cause de son action acidifiante.
Les sucres suivants ont été assimilés avec luminescence : glycose,
fructose, mannose ; le galactose est plus difficilement assimilé et
la luminescence y est g-randement retardée; le glycose l'emporte
sur les autres hexoses. Parmi les pentoses, le xylose a presque la
valeur du glycose, l'arabinose est moins avantageux. Les disac-
charides maltose et lactose provoquent la luminescence, tandis
qu'elle ne se fait pas avec saccharose.
Pour le Pseiidoinonas liuninescens on a pu obtenir, chose
excessivement rare dans le monde des Bactéries des cultures lumi-
neuses en substituant au bouillon de viande (poisson), soit le pep-
tone, le glycolle, l'alanine, l'asparagine, l'urée, le tartrate d'am-
monium, le nitrate d'ammonium, le nitrate de potassium. Cette
bactérie se comporte donc comme un champignon saprophyte qui
peut élaborer ses réserves azotées au moyen de sels ammonia-
caux. On a cherché en partant de solutions salines (Molisch)
additionnées de sucres (21 Vo) ^^ proportion de ces diverses sub-
stances, p. ex. glycocolle 0,1 — 0,2 — 0,3 — 0,8 — 1,0 — 1,5
— 2 Vo« ^^ bout de 4 jours les ensemencements sur les milieux
à 0,6 — 8 Vo ^o^t les plus lumineux, les tubes contenant 1,2
et 2 7o lestent obscurs.
Là concentration optimum de cet acide aminé correspond à
celle trouvée expérimentalement ou calculée en N, par le peptone
(i 7o)' ^' ^^ ^^^^^ ^^ glycocolle on prend l'homologue supérieur
l'alanine a il y a retard, c'est-à-dire qu'il faut attendre quinze
jours ; mais il se trouve que c'est celui des tubes qui contient
une quantité sensiblement équimoléculaires par rapport au glyco-
colle (0,84 Vo dalanine) qui devient lumineux. On a aussi déter-
miné le rapport exact entre la source azotée et la nourriture hydro-
carbonée, soit en partant de l'asparagine sur agar, soit en milieux
liquides; la dose utile de glycose est de 2 Vo ^i o" P^''^ tle milieux
contenant 0,61 gr. d'asparagine. On a fait varier le glycose de
1Vo"3»5 Vo* Et vice versa la dose de 0,5 d'asparagine a été trouvée
optimum en milieu agarisé si ce dernier est additionné de 2 Vo tl^
glycose.
Le Pseadomonas liiminescens semble préférer les alcools po-
lyatomiques aux sucres, car sur des milieux contenant des quan-
tités égales (2 Vo») ce sont les dulcites, érytlirite et maunite qui sont
les premiers lumineux (3 jours) viennent ensuite saccharose et
galactose, puis seulement maltose. Au bout de 6 jours xylose et
fructose commencent à luire, l'arabinose tarde beaucoup (15
jours). Le résultat est négatif pour le raffinose et le polygalite,
douteux pour le lactose.
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 239
On a examiné ensuite l'action d'anesthésiques sur la luminosité
en partant de la méthode suivante : on sait qu'un milieu liquide
contenant des bactéries phosphorescentes finit par s'éteindre. Il
suffit de l'ag-iter avec de l'air pour lui redonner de la luminosité.
A un bouillon qui s'éteint spontanément en X' on additionne
des doses croissantes de cyanure de potassium 0,1 — 0,2 — 0,3
0,4 — 0,5 — 0,6 ce. (d'une solution 1 °/o)- On voit alors qu'aux
très faibles concentrations il y a prolongation de la luminosité sans
diminution d'intensité, l'optimum étant entre 0,1 et 0,2 ce. Les
temps de luminosité sont p. ex. 75' — 51 0' — 420' — 1 80' — 1 40'
120' — 50' — 45' — 44' — 28'. Les expériences répétées ont fourni
des courbes analog-ues. On voit dès lors que le cyanure a un eftet
excitant sur la durée de la luminosité, soit qu'il agisse comme
co-ferment à la façon du HCN dans la catalyse d'oxydation de
l'acide formique par H^O» (Loeicenhart) soit qu'il exerce son
action par un autre mécanisme à étudier. On a trouvé la même loi
pour le microcoque cité plus haut.
Les alcools méthyliques et éthyliques prolongent aussi la lumi-
nosité mais leur courbe d'action est différente avec sommet aigu
croissant et décroissant rapidement. La dose la plus active est
pour l'alcool éthylique 9 "/o- pour l'alcool méthylique 14 7o- Cor-
respondant aux concentrations qui dans la théorie de Overton-
Czapek diminuent le mieux la sémiperméabilité tout en abaissant
la tension superficielle de l'eau de 1 — 0,6 — 0.7 (0,68 Czapek)
On a mesuré aussi pour le microcoque lumineux l'action de la
température de 0° à 30°. L'optimum pour cette espèce est vers 14°,
le minimum autour de 0°, le maximum au-dessus de 25°. La
courbe est parfaitement régulière. Ainsi la durée de la luminosité,
soit pour le facteur température, soit par le facteur HCN, passe
par un optimum rapidement atteint (dans ce dernier cas courbe
asymétrique) lentement atteint par la chaleur. La prolongation de
la luminosité en fonction de la concentration des alcools est en
rapport avec leur action de surface. Ces recherches sont conti-
nuées.
J. Briquet. — Carpologie comparée des Santolines et des
Achille es.
Dans ses Icônes. Reichenbach fil. (^), a réuni le genre Santo-
lina L. au genre Âchillea L., en donnant comme motif de cette
réunion que le caractère tiré de l'évagination basilaire du tube
corollin.aveccalyptration partielle ou totale du sommet de l'akène —
caractère distinctif souvent invoqué des Santolines et des Achillées
') Reichenbach fil., Icônes tlorae germanicae et helveticae t. XVI,
p. 63 (1854).
240 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
— est trompeur (characteres... vani). Il est certain qu'une sépa-
ration des deux genres est tout à fait impossible d'après la mor-
pholog-ie de la corolle, mais il n'en est pas de même si on prend le
fruit en considération. Nous avons en effet examiné toutes les
espèces connues du g-enre Santolina (^) et constaté que toutes
possèdent des akènes tétrag-ones (^), à section transversale médiane
carrée ou au moins rectang-ulaire, apiculés-pédiculés à la base. Au
contraire, dans les nombreux Achillea que nous avons étudiés à
ce point de vue, l'akène est tronqué-sessile à la base, bicaréné,
pourvu de deux côtes marginales parfois subaliformes; il est com-
primé d'avant en arrière, à faces antéro-postérieures convexes et
lisses. Les difféi^ences deviennent très saillantes si on examine la
structure interne du péricarpe.
Dans le Santolina Chaniaecy par issus L., que nous prenons
comme type, la section transversale médiane de l'akène est qua-
drangulaire à la maturité, chaque angle étant pourvu d'une côte
saillante plus ou moins arrondie, l'antérieure plus large et plus
émoussée. L'épicarpe est formé d'éléments parallélipipédiques,
allongés selon l'axe de l'akène, subisodiamétriques en section
transversale, à paroi extérieure plus épaisse que les radiales et
l'interne, à cuticule plus ou moins plissée. Ça et là, l'épicarpe est
coupé de stomates, situés dans le plan des cellules annexes et à
cellules de bordure plus petites que ces dernières. — L'endocarpe
est aussi formé par des éléments parallipipédiques, mais beaucoup
plus larges que hauts en section transversale, comprimés suivant
le rayon, à parois d'épaisseur médiocre et uniforme, entièrement
subérisées. Sur les faces latérales, l'épicarpe est séparé de l'endo-
carpe par une ou deux assises de petites scléréides mésocarpiques
très lâches. Le corps des arêtes est occupé par un cordon de sclé-
réides et de brachystéréides. Ce cordon s'étend sur les flancs de
chaque arête et vient se raccorder avec le sclérenchyme mésocar-
pique externe des vallécules. Dans le demi-étui ainsi formé se
trouve, correspondant à chaque arête, un petit cordon libéro-
ligneux. Les deux faisceaux antérieurs sont rapprochés sous la
') Il s'agit ici des Santolines vraies, section Chamaecyparissus DC.
[Prodr. VI, 35 (1837)1, à l'exclusion de la section Bahounya DC, sur
laquelle nous reviendrons.
-I Bentham et Hooker [Gênera plantarum II, 1, p. 420 (1873)] et
0. Hoffmann [in Engler et Prantl. Nat. Ptianzen familien IV, Abt. V,
p. 271 (1890)] ont attribué au genre SanioZina des akènes tri-tétragones,
parfois pentagones. Ces indications proviennent d'un examen superficiel.
Dans le cas des akènes trigones, on a négligé l'arête postérieure qui
passe facilement inaperçue parce que l'akène est légèrement courbé.
Dans le cas des akènes pentagones, on a compté à part les saillies qui,
dans la jeunesse, correspondent aux faisceaux libéro-ligneux antérieurs.
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 241
côte antérieure qui est plus fortement lacuneuse dans la rég-ion
interne et à sclérenchyme moins développé que ce n'est le cas
dans les trois autres. Il y a donc cinq faisceaux dans le péricarpe,
dont trois correspondent aux arêtes postérieure et latérale et
deux rapprochées correspondent à la côte antérieure. Il n'y a pas
de canaux sécréteurs. — La structure qui vient d'être décrite
est celle des akènes de toutes les Santolines : les seules diffé-
rences appréciables qui existent entre elles résident dans la saillie
plus ou moins forte que font les arêtes, et encore ne pouvons-
nous pas indiquer ces faibles différences comme constantes pour
une espèce donnée.
Prenons maintenant les akènes de VAchillea Ageratam L.,
espèce que Reiclienbach fil. rapproche le plus des Santolines
(section Ageratium de cet auteur), et nous aurons une imaj^-e bien
différente. Le corps de l'akène est comprimé, elliptique en section
transversale; le g-rand axe de l'ellipse est perpendiculaire au plan
de svmétrie du diagramme floral et, si la coupe passe par l'em-
bryon, cet axe passe entre les deux cotylédons. La compression
est toujours un peu plus marquée du côté postérieur de l'akène
que du côté antérieur. Les sommets de l'ellipse sont surmontés
chacun d'un appendice triansulaire. plus ou moins allonoé, cor-
respondant à la section transversale des deux côtes carinales. La
structure du péricarpe ne peut être élucidée qu'en remontant à
l'âg-e où l'ovaire porte encore une fleur non flétrie. Lépicarpe est
alors formé d'éléments analog-ues à ceux décrits pour les Santo-
lines. un peu plus hauts que larg-es en section transversale, à cuti-
cule plus plissée; les stomates sont rares. L'endocarpe ne diffère
pas essentiellement de celui des Santolines, mais ses éléments ont
des parois internes (en contact avec le cœlum de l'akène") plus
épaisses. Le mésocarpe est formé d'éléments parenchymateux très
lâches, particulièrement dans les côtes carinales, dont la base est
occupée de bonne heure par une grosse lacune intercellulaire. Les
faisceaux, flanqués chacun d'un canal sécréteur résinifère, sont au
nombre de cinq (^), plong-és dans le chloreuchyme mésocarpique
et distribués comme suit: un au milieu de la face postérieure;
un à la base de chaque saillie carinale, mais plus rapproché de
la face postérieure que de la face antérieure ; deux à la face anté-
rieure, séparés entre eux par une distance à peu près égale à celle
qui les sépare des faisceaux carinaux. Si l'on fait des coupes en
série, on constate que, tant à la base qu'au .sommet de l'akène, les
saillies carinales deviennent de plus en plus étroites, de sorte que
*) Ces cinq faisceaux correspondent aux cinq nervures interlobales de
la corolle; il en est de même pour les faisceaux mésocarpiques des
Santolines .
242 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
les épidémies des deux faces arrivent à être en contact l'un avec
l'autre, sans mésocarpe intercalé, et que les éléments épicarpiques
du bord extrême de la saillie carinale sont plus petits que les
autres. Dans la région basilaire, le parenchyme mésocarpique est
aussi plus abondant. C'est par là que commence, à la germination,
la déchirure de l'akène indéhiscent, lequel se divise en deux moi-
tiés comprenant chacune une valve et deux demi-saillies carénales.
A la maturité, les face antéro-postérieures se bombent sous la
pression intense de l'embryon grossissant ; le mésocarpe s'écrase ;
la résine des canaux sécréteurs se répand dans les éléments méso-
carpiques écrasés, lesquels ne forment plus qu'une bande brune
amorphe dans laquelle faisceaux et canaux sont absolument
méconnaissables.
La structure qui vient d'être décrite se retrouve dans toutes les
Achillées que nous avons étudiées, prises dans diverses sections
du genre, avec une constance très grande et aussi avec une mono-
tonie désespérante pour l'anatomiste. Les seules différences dignes
de mention que nous ayons constatées se rapportent au contenu
des côtes carinales. Certaines espèces (Achillea Millefoliuni L.,
A. Ptarmica L.) possèdent en effet dans les côtes carinales un
cordon scléreux central à petits éléments, plus ou moins déve-
loppé.
J. Briquet. — Organisation florale et carpologie de V Achil-
lea fragrantissiina (Forsk.) Boiss.
Une note précédente a mis en évidence les caractères carpologi-
ques distinctifs des Achillées et des Santolines vraies, à l'exclusion
du Santolina fragrantissinia Forsk. ('), sur lequel A. -P. de
Candolle a fondé un section Babounya (^). Ce petit arbrisseau du
désert d'Egypte, d'où il remonte jusqu'à l'Antiliban et à la Méso-
potamie, a été sommairement décrit et figuré, après Forskahl
(dont la diagnose est rudimentaire), par Delile (^). Cet auteur
nous apprend que les calathides (a fleurs ») sont verticales, ternées
au sommet des pédoncules en corymbe, glanduleuses, blanches et
cotonneuses avant l'anthèse, à involucre (« calices ») devenant
oblong à l'anthèse, formé de bractées lancéolées, imbriquées, un
peu convexes; les fleurons sont hermaphrodites: le réceptacle est
garni d'écaillés semblables aux bractées inférieures de l'involucre ;
les corolles sont cylindriques, ne dépassant l'involucre que par
leur limbe ; le stigmate est bifide dépassant peu les anthères ; les
') Forskahl. Flora aegyptiaco-arabica, p. 147 (1775).
-) A.-P. de Candolle, Prodromus systematis regni vegetabilis, t, VI,
p. 36 (1837).
3) A.-R. Delile, Flore d'Egypte, p. 119, tab. 42, t. III (1813).
ET d'histoire NATLRELLE DE GENÈVE 243
akènes («graines») sont striés, g-labres, ovés, tronqués au som-
met. Les fig-ures données par Delile montrent un akène oblong- et
nullement ové. mais ne permettant pas Je se rendre compte de ce
qu'il entend par le terme « strié». En revanche, on voit l'akène
coiffé dans sa partie supérieure par le tube corollin évaginé-
calyptrant à la base. Ce détail est d'autant plus important que
A. -P. de CandoUe (^) a affirmé le contraire de ce qu'a fig-urè
Delile et s'est précisément servi du tube non évaginé à la base,
combiné avec la forme ovée des calathides, pour caractériser sa
section Babounija! Edm. Boissier (^) déclare n'avoir pas vu les
akènes; il accepte sans observation la caractéristique de la corolle
donnée par A. -P. de Candolle. Les auteurs qui ont suivi les pré-
cédents n'ont donné aucun détail original ni sur la fleur, ni sur
le fruit du S. fragrantissiina. En présence des contradictions
existantes, il importait de refaire une étude de la fleur et du fruit
de cette espèce, en opérant avec plus de détails et de précision (^ue
Delile ne pouvait le faire il y a plus d'un siècle. C'est à cette étude
que nous consacrons la note suivante.
Les calathides semi-ovoïdes de VAchil/ea fraffrantissinta attei-
g-nent à l'anthèse env. 6 X 6""" en section longitudinale ; leur
involucre est formé de bractées elliptiques inégales, imbriquées,
faiblement et brièvement tomenteuses extérieurement, à nervure
dorsale un peu cartilagineuse, pourvues de g-landes sessiles sous
les poils, obtuses et scarieuses au sommet. Le réceptacle, petit et
ang"uleux, est hémisphérique et porte des écailles elliptiques-oblon-
g-ues, concaves, scarieuses-hyalines, denticulées-lacérulées sous le
sommet qui est obtus ; la nervure médiane est accompagnée d'un
g-rand canal sécréteur résinifère fusiforme, qui occupe toute la
moitié inférieure de l'écaillé. Celle-ci, comme l'a dit Delile, atteint
à peu près en lonsrueur la base des lobes corollins de la fleur située
à son aisselle.
Les fleurs sont toutes hermaphrodites, actinomorphes, tubu-
leuses et jaunâtres. La corolle possède un tube long de 2""", rétréci
vers les "/s supérieurs, puis élarg-i en g'org^e courte, mais plus
ample que le tube. Dans les 7s inférieurs le tube est dilaté presque
dès la base et un peu comprimé bilatéralement d'avant en arrière.
Les nervures interlobaires ne participent pas à cette dilatation, qui
est d'ailleurs modérée; elles restent g"roupées 3 à la face posté-
rieure, 2 à la face antérieure. La base du tube est nettemejit,
quoiqu'assez faiblement, évag-inée-calyptrante, coift'ant le bord
supérieur de l'ovaire d'une façon un peu plus accentuée du côté
postérieur que du côté antérieur. Une autre particularité consiste
') « Cor. tubus gracilis super ovarium non productus » : D. C, Z. c.
-) E. Huissier, Flora orientalis. t. III, p. 272 et 273 (1875).
244 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
clans la présence de grosses g-landes épidermiques sessiles dispo-
sées à peu près exclusivement en une série long-itudinale qui
jalonne chacun des flancs dilatés du tube corollin. Ce n'est guère
que dans la région des lobes que les glandes adoptent une distri-
bution plus disséminée. Les 5 lobes corollins ogivaux sont hauts
de 0,8-1°"", reployés en dehors à la fin ; leur face interne ne pos-
sède pas de champ de papilles difl^érencié. Les étamines ont des
anthères longues d'env. 1 .3°"" (appendices compris), à appendice
apical glotté-ogival, passant sans réti'écissement au corps de l'an-
thère, ce dernier à loges arrondies-incrassées à la base, mais sans
appendicules basilaires différenciés; les anthéropodes, longs d'env.
0,4""'", sont un peu élargis au-dessous du milieu. Le style, long à
la fin d'env. 3'""\ possède, au-dessus du rétrécissement basilaire,
un épiregme en forme de large cône, nettement tronqué à la base;
le corps même du style a un calibre à peu prés constant de la base
au sommet. Les branches stylaires, longues d'env. 0.7°"", sont
comprimées, pourvues chacune de 2 bandes stigmatiques latérales ;
elles sont tronquées-convexiuscules au sommet un peu élargi et
abondamment ciliées de poils balayeurs clavi formes plus longs du
côté extérieur que du côté intérieur.
L'akène est oblong', un peu rétréci dans sa partie intérieure,
long d'env. 2™", atteignant sa plus grande largeur (env. 0,6""°)
au-dessus du milieu, tronqué au sommet et à la base, dépourvu
de toute espèce de pappus, à champ apicilaire portant un nectaire
légèrement creusé en godet, au centre duquel s'élève le style. Le
corps de l'akène est très fortement comprimé d'avant en arrière,
bicaréné, à faces antérieures et postérieures lisses, faiblement
convexes, et à ce point hyalines que l'on peut, par transparence,
voir tous les détails de l'ovule d'abord, de l'embryon ensuite.
L'épicarpe et l'endocarpe sont construits comme dans les akènes
des Achillées décrites par nous antérieurement, mais les parois
externes des éléments épicarpiques sont peu épaissies et il n'y a
pas de stomates. Le mésocarpe est en général réduit à une seule
assise d'éléments parenchymateux dépourvus de chloroplastes. Les
côtes carinales sont très peu développées, à tissu parenchymateux
délicat. Il n'y a que deux faisceaux libéro-ligneux régulièrement
développés: ce sont les faisceaux carinaux et ils ne sont pas accom-
pagnés de canaux sécréteurs résinifères. Les trois autres faisceaux
sont rudimentaires : ils peuvent ne compoi'ter que 1 ou 2 trachées
avec un très petit îlot libérien, et cela souvent seulement dans la
moitié inférieure de l'akène, ou se réduire à un seul tube criblé,
voire même n'être représentés que par un cordon de cellules pro-
senchymateuses, auquel cas ils sont très difficiles à déceler.
Revenant maintenant à la question des affinités du Santolina
Jragrantissima Fork., il est assez piquant de constater que cette
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 245
espèce se rapproche des Santolina par le principal caractère qui,
au dire de A. -P. de Candolle, devrait l'en séparer: le tube corollin
est en effet évag-iné-calyptrant à la base presqu'autant que dans la
Santolina rosnuirinijolia L. Mais nous avons vu que ce carac-
tère se retrouve chez diverses Achillées et n'a pas l'importance
qu'on lui attribuait jadis. En revanche, l'akène comprimé, bica-
riné, à faces lisses, fait incontestablement de notre espèce un
Achillea, Cependant, la réduction des faisceau libéro-ligneux
autres que les carinaux, l'absence de canaux sécréteurs et le péri-
carpe hvalin sur les faces, sont autant de caractères saillants, qui
joints à ceux du port oblis^ent à accorder à notre espèce une j^lace
à part dans le çenre Achillea. h' Achillea Jragrantissima rons-
titue mieux que le type d'une série ^rt6o^^/^^/ae comme l'a pioposé
Boissier (^), c'est certainement le type d'une section parti- ilière
(Achillea sect. Babouni/aeO. Hoffm. {^) à mettre en parallè c avec
les sections Millefoliam, Arthrolepis, Ptarinica, etc., déjà
reconnues.
Séance générale annuelle du W janvier 19i6.
Edouard Claparède. Rapport sur l'activité de la Société
pendant l'année 1915.
M. Edouard Claparède, président sortant de charg-e, donne
lecture de son rapport sur l'activité de la Société pendant l'année
1915. Le rapport contient une notice biographique sur C. Brunner
de Wattenwvl, membre honoraire, décédé en 1914.
Séance du 3 février.
Amé Pictet. L'action catalytique que certains chlorures métalliques exer-
cent sur le pétrole. — Ph.-A. Guye. La pyrogénation du pétrole en
présence de divers catalyseurs. — E. Briner. Les équilibres chimiques
aux températui'es et pressions très élevées. — C. Margot. Modèle sim-
plifié d'hygromètre à condensation. — Ed. Sarasin et Th. Tommasina.
Constatation de deux faits nouveaux dans l'étude de l'eflet Yolta par la
radioactivité induite.
M. le prof. Amé Pictet parle de l'action catalytique que cer-
tains chlorures métalliques exercent sur le pétrole. Lorsqu'on
^) Boissier, op. ctf., p. 254.
-) 0. Hoffmann in Engler et Praiitl. Die natiirlichen Pflanzenfamilien,
IV, Abt. V, p. 273 (1890). — L'auteur s'est basé pour établir cette sec-
tion uniquement sur le port et les calathides semi-ovées homogames (on
.•Vrchives, t. XLL — Mars 1916. 17
246 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
ajoute du chlorure d'aluminium anhydre au pétrole lampant du
commerce, ou aux huiles lourdes qui servent de combustibles dans
les moteurs Diesel, on voit le sel se dissoudre et le liquide prendre
une coloration brune. Si l'on soumet le tout à la distillation frac-
tionnée, 40 7o environ du liquide passent entre 40 et 140° sous la
forme de benzine (densité 0,70-0,75"); 40 7o distillent ensuite sans
modification entre \ 40 et 400°, et il reste 20 7o d'une substance
solide, noire, fusible au-dessous de 100°, et qui n'est autre chose
que de ïasphalte.
L'opération a été étudiée au point de vue technique par la maison
B. Sieg-fried à ZoAngue, en vue de l'obtention d'essences pour
automobiles à partir du pétrole lourd.
Quant au mécanisme de la réaction, il a fait l'objet de recherches
que M. Pictet a faites avec la collaboration de M"''= J. Lerczynska.
Les principaux résultats de ce travail sont les suivants:
La benzine retirée des fractions supérieures du pétrole de Bakou
par l'action du chlorure d'aluminium n'est point identique à celle
que fournit ce même pétrole, à l'état brut, par simple distillation.
Elle contient une plus forte proportion d'hydrogène et possède une
chaleur de combustion plus élevée (11,386 calories au lieu de
11.125V Elle est formée essentiellement de carbures d'hydrog-ène
des formules C^H^^ et C^H^g, tandis que la benzine russe naturelle
contient les carbures CgH^^ ^^ ^7^14-
Cette différence de composition donne la clef du phénomène.
L'action du catalyseur sur les molécules cycliques du pétrole con-
siste en une séparation des chaînes latérales que possèdent ces
molécules. Ces chaînes entraînent avec elles un ou plusieurs atomes
d'hydrog-ène du noyau naphténique, formant ainsi un mélang-e de
carbures aliphatiques saturés et très volatils; c'est ce mélange qui
constitue la benzine artificielle.
Quant aux noyaux moléculaires non saturés qui forment les
résidus de ce dédoublement, il ne sont pas stables et se combinent
les uns aux autres pour donner des composés très peu volatils et
solides à la température ordinaire ; cette condensation donne nais-
sance à l'asphalte.
Ce dernier point présente un certain intérêt relativement à la
question de l'origine de l'asphalte naturel. On a toujours mis cette
origine en relation avec celle du pétrole, étant donné que les gise-
ments de l'un et de l'autre se rencontrent dans les mêmes régions,
et que certains pétroles tiennent une quantité notable d'asphalte
en dissolution. On admet donc généralement que l'asphalte est un
connaît cependant de vraies Achillées à calathides flosculeuses ou sub-
flosculeuses). Dans le cas particulier, ce procédé intuitif a bien réussi,
encore que dépourvu de base analytique.
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 247
produit de transformation du pétrole ; mais on n'est pas d'accord
sur l'ag-ent de cette transformation. La plupart des auteurs le voient
dans l'oxyg-ène de l'air ; d'autres ont regardé comme plus probable
l'intervention de catalyseurs de nature encore inconnue. On voit
que l'expérience vient à l'appui de cette dernière hypothèse.
M. Ph.-A. GuYE sig-nale que divers travaux ont été entrepris dans
son laboratoire sur la pyrogènation du pétrole en présence de
divers catalyseurs, à la suite des recherches analogues entreprises
par M. Petroni (1912-13) et par MM. Darier, Briner et Durand
(1913-14). Ces nouvelles expériences, exécutées comme travaux
de diplômes, auxquelles huit collaborateurs ont déjà participé, ne
sont pas encore assez avancées pour être publiées dans leurs dé-
tails. On peut mentionner cependant comme premier résultat ob-
tenu, la constatation qu'entre 500° et 700° la paille de fer favorise
la formation de benzines, avec un optimum donnant, pour 1 00 cm'
de pétrole jusqu'à 30 cm' de produits volatiles en-dessous de 160'
{collaboration de M. H. Sig-g) ; on a constaté aussi la formation
de propylène qui a été aussi étudiée de plus près dans une nou-
velle série d'expériences au cours desquelles on se propose d'exami-
ner l'effet de la pvrogénation sur les diverses fractions du pétrole.
Avec la fraction 60°-90°, pyrogènée en présence de la paille
-de fer entre 6oû° et 750°, on a recueilli, à partir de 100 gr. de
produit initial, jusqu'à 9 gr. de propylène (collaboration de
JVl. A. Pinkus).
Le propvlène ainsi obtenu serait facilement transformable en
dérivés propyliques, acétone, etc. Ces recherches seront con-
tinuées.
E. Briner. — Les équilibres chimiques aux températures et
pressions très élevées. Application cosmogonique : Le pro-
blème de l'origine chimique du rayonnement solaire.
En étendant aux températures très élevées les équations thermo-
chimiques telles qu'elles s'écrivent pour les conditions ordinaires,
on était arrivé à des conceptions erronées. D'après celles-ci en effet
on aurait pu prévoir l'existence, aux températures très élevées et
sous des pressions modérées, de systèmes très complexes constitués
par une série de corps dits endothermiques parce qu'ils se forment
avec absorption de chaleur. L'auteur montre au contraire, en
s'appuyant sur les phénomènes de dissociation des molécules en
atomes étudiés récemment, que, formées à partir des atomes,
toutes les combinaisons deviennent exthermiques, c'est-à-dire
dégagent de la chaleur. Par l'élévation de la température seule les
dissociations prendront finalement le pas sur les autres et le milieu
248 SOCIÉTÉ jje physique
sera ramené à l'état élémentaire, conformément aux faits d'obser-
vation.
Si l'on fait intervenir, dans les systèmes chimiques soumis aux
températures élevées, des compressions suffisamment intenses,
celles-ci, d'après la théorie, ag-iront en sens inverse de réchauffe-
ment et permettront alors la formation de systèmes complexes
renfermant atomes et molécules de corps simples et composés. En
partant de ces considérations l'auteur étudie diverses applications,
notamment la question si controversée de l'orig-ine du rayonne-
ment solaire.
Le rayonnement est si intense que, même en attribuant à la
masse solaire une chaleur spécifique très forte et des températures
très élevées, la réserve d'énerg-ie accumulée sans forme de chaleur
n'aurait suffi à l'alimenter que pendant quelques milliers d'année
après lesquelles l'astre se serait refroidi complètement. Or, comme
le rayonnement s'est effectué sans changement apparent pendant
l'époque historique et pendant de long-ues périodes g-éolog-iques,
dont on estime la durée à plusieurs centaines de millions d'années,
force nous est bien d'admettre qu'il y a, dans le bilan du soleil un
côté recettes sensiblement équivalent au côté dépenses, ainsi que
l'exprime si bien l'éminent physico-chimiste S. Arrhénius. Ce
savant, frappé de l'insuffisance des diverses explications proposées,
à émis une théorie nouvelle bassée sur la destruction de corps
endothermiques qui seraient accumulés dans le soleil. Cette hypo-
thèse n'est pas conciliable avec les vues exposées par l'auteur et
qui reposent sur les recherches modernes. Si l'on veut chercher
dans les réactions chimiques l'orig-ine du rayonnement solaire, les
conditions exig-ent l'intervention non pas des décompositions, mais
des formations de composés plus au moins complexes. Ces synthèses
dég-ag-eront des quantités considérables de chaleur surtout lors-
qu'elles s'effectuent à partir des atomes, mais les valeurs fournies
par le calcul sont encore infiniment loin de satisfaire l'esprit.
Aucune des manifestations de l'affinité chimique connues actuelle-
ment n'étant suffisantes, on en est réduit, si l'on s'en tient à une
interprétation purement chimique, à faire intervenir des réactions
très riches en énerg-ie entre les produits de désagréation de l'atome,
qu'il faudrait alors supposer dissociable aux températures très
élevées.
C. Margot. — Modèle simplifié d'hygromètre à conden-
sation. — Le modèle d'hygromètre à condensation présenté
par l'auteur est constitué par une enceinte de forme cylindrique
contenant de l'éther, fermée sur la face que regarde l'observateur
par un disque mince en laiton nickelé parfaitement plan et poli.
A cette première enceinte sont fixés les ajutages d'aspiration et un
ET d'histoire naturelle DE GENEVE 249
thermomètre. Une seconde enceinte de forme tronconique est vissée
à la première ; elle est fermée elle-même par une g-lace qui permet
de voir avec précision le dépôt de rosée apparaître sur la surface
nickelée. Elle porte aussi deux ajutaei-es, dont l'un est mis en com-
munication par une conduite appropriée avec l'air dont on veut
fixer le point de saturation, et l'autre avec un aspirateur. Cet
hyg-romètre est d'une construction plus simple que rhyo-romètre
bien connu de Crova, tout en étant d'une précision suffisante pour
les exercices pratiques de physique.
Ed. Sarasin et Th. Tommasina. — Constatation de deux faits
nouveaux dans Vétude de l'effet Volta par la radioactivité
induite.
Nos recherches de laboratoire sur les phénomènes inhérents à
la l'adioactivité induite nous ont fait découvrir l'effet Volta que
nous avons annoncé à la séance du 3 juillet 1913. (^)
Les mesures des décharg-es successives plus ou moins rapides
d'un électroscope exposé aux émanations du Radium et au rayon-
nement secondaire des cloches, ou enceintes quelconques, radio-
activées, donnent g-raphiquement une courbe appelée courbe de
désactivation. On a deux de ces courbes au lieu d'une, lorsque la
charge se dissipe avec une vitesse qui varie selon le signe. Nous
ne nous attarderons pas à décrire notre dispositif, nous renvoyons
à uos publications précédentes. Pour la clarté de cette Note, il
suffit de rappeler qu'on se sert d'un électroscope à feuilles d'alu-
minium, avec échelle, miroir et loupe: sa capacité portant la
charge est une tige métallique exposée aux émanations et au
rayonnement de la cloche métallique radioactives placée sur le
plateau de l'appareil. Dans la cloche en expérience est introduite
une cloche métallique trouée, formant écran-grille, que rayons
et émanations doivent traverser pour atteindre la tige électrisée.
Ce dispositif nous avait permis de reconnaître que si l'on alterne
successivement les signes de la charge on a toujours deux courbes
de désactivation si cloche et écran, reliés métalliquement par le
plateau de l'appareil, sont de métaux différents. La distance
séparant les deux courbes est d'autant plus grande que les deux
métaux s'approchent davantage des extrêmes opposés de la série
de Vôlta. Le nom d'effet Volta était évidemment le mieux approprié
à un tel phénomène.
Nous avons appelé effet a, celui produit par la cloche en cuivre
lorsque l'écran est en zinc, car en ce cas la courbe des décharges
positives est la plus élevée, ces décharges étant plus rapides ; effet
'] .\rchives, t. XXXVT, p. 284-8S.
250 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
b, celui produit par la cloche en zinc avec l'écran en cuivre où la
courbe des décharg-es nég'atives est plus élevée que celle des posi-
tives. Quand cloche et écran sont du même métal on a une seule
courbe de désactivation : ce sont donc les effets a et b qui consti-
tuent l'effet Volta.
Partant de la théorie du contact d'après laquelle le zinc émet
des ions positifs et le cuivre des ions négatifs, nous avons voulu
voir si l'intervention de la radioactivité induite pourrait confirmer
cette hvpothèse en manifestant le phénomène séparément, c'est-à-
dire sans la présence simultanée des deux métaux. Pour ce but
on a remplacé l'écran-cloche troué métallique par un autre iden-
tique en carton. Or l'expérience a montré que les cloches Zn ou
Al donnaient encore l'effet b, tandis que les cloches en cuivre ou
en laiton ne donnaient point l'effet a qu'on attendait. En recherchant
la cause de cette anomalie nous avons découvert que le plateau en
laiton de l'appareil jouait le rôle du deuxième métal, bien qu'en
contact direct avec la cloche qu'il supporte. En effet, ayant placé
sur le même plateau, mais isolé de lui par un diélectrique, un
disque en Zn ou en Al, l'effet a se produisit immédiatement.
Nous venons de constater ainsi, que l'effet Volta se manifeste
avec un couple voltaïque en contact direct et continu. Une cloche Ca
placée sur un disque Zn ou Al, donne l'effet a ; une cloche Zn ou
.4/ placée sur un disque Cu donne l'effet b. L'écran-cloche troué
encarton semble nécessaire pour produire le phénomène, mais ici
encore on a toujours une seule courbe lorsque cloche et disque
sont du môme métal.
Frappés par cette intervention si évidente du couple voltaïque,
nous nous demandâmes si le courant d'un élément de pile pourrait
produire les mêmes effets. Pour vérifier la chose nous nous sommes
servis d'une cloche cylindrique métallique comme les précédentes,
mais percée au centre de sa base supérieure. Cette petite ouverture
était fermée par un bouchon isolant traversé par un fil métallique
venant s'appuyer sur le sommet de l'écran-cloche du même métal
que la cloche radioactivée qui le renferme. En outre cloche et
écran n'étaient point placés directement sur le plateau mais sur un
disque isolant. Nous utilisâmes comme pile un élément Zn, eau
salée, Pt, ayant ajouté au platine du charbon de cornue pour re-
tarder la polarisation et pour aug^menter la surface de l'électrode
positive et par là le potentiel de la pile.
L'expérience a confirmé pleinement notre hypothèse. Sansl'inter-
vention du courant de la pile, cloche et écran étant du même métal,
on obtient une "seule courbe de désactivation, mais dès qu'on fait
passer le courant entre la cloche et l'écran la courbe se dédouble.
On a l'effet a lorsque le courant va de l'écran à la cloche, c'est-à-
dire lorsque l'écran est relié au pôle positif Pt-charbon de la pile
ET d'histoire naturelle DE GENEVE 251
et la cloche au pôle nég-atif Zn ; on a l'effet h quand le courant
va de la cloche à l'écran, celui-ci étant relié au pôle négatif et la
cloche au positif.
Nous considérons ce deuxième fait nouveau, que nous appelons
effet pile, comme ayant une importance capitale pour l'étude de
notre effet Volta, car il permet par comparaison directe d'expliquer
les faits précédemment constatés par nous. On a là un dispositif
très sensible avec lequel on peut étudier directement soit le cas
des électrodes séparées par de l'air, soit celui des électrodes en
contact et de comparer leur effet à un effet analog-ue dû à la seule
action du courant d'un élément de pile. Ce serait donc l'appareil
expérimental longtemps cherché pour résoudre la question la plus
importante de la théorie de la pile, à savoir si l'hypothèse de l'action
chimique doit remplacer celle du potentiel spécifique ou vice versa,
ou bien si les deux actions peuvent ou doivent coexister.
COMPTE RENDU DES SÉANCES
SOCIÉTÉ VAUOOISE DES SCIENCES NATURELLES
Séance du 19 juin 4945
J. Perriraz. Anomalies des narcisses. — H. Fses. Les vignes dites pro-
ducteurs directs. — F. Porchet. Qualité des produits des producteurs
directs. — C. Dusserre. Destruction des herbes adventices par les sub-
stances chimiques.
M. J. Perriraz. Anomalies des narcisses. — Ce travail a paru
dans le Bulletin de septembre.
M. H. F.ES traite des vignes dites producteurs directs, résu-
mant spécialement les travaux et observations effectués à la Sta-
tion viticolê du Champ de l'Air, à Lausanne.
M. H. Faes indique rapidement la littérature déjà parue sur le
sujet et décrit la technique de l'hybridation de la vig-ne.
Après avoir rappelé les producteurs directs de la première
heure, importés d'Amérique, il donne des renseig-nements sur les
nouveaux hybrides obtenus par les viticulteurs d'Europe.
Résistance au mildiou, à l'oïdium et au phylloxéra, bonne pro-
duction qualitative et quantitative, telles sont les principales qua-
lités que Ton réclame des producteurs directs. Tout en faisant
circuler des raisins et des feuilles d'hybrides, M. H. Fa?s indique
de quelle façon on a pu répondre à ces g-randes exig'ences et quels
sont les résultats aujourd'hui acquis.
En résumé, il a été effectué de g-rands progrés dans l'hybrida-
tion de la vig-ne, mais il reste encore beaucoup à faire.
Faisant suite à ce qui précède, M. F. Porghet présente quel-
ques considérations sur les observations faites sur la qualité des
produits des producteurs directs expérimentés dans les vig-nes
d'essais de la Station viticolê du canton de Vaud, Cette qualité
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUD0I8E 253
subit des variations extraordinaires d'un numéro de P. D. à l'autre
dans la série des années. Pour tenter de simplifier cet examen, M.
Porchet éuumère comme suit les principales causes de variations,
\'* Diversités résultant de la persistance dans les hybrides
de caractère de variétés parentales. Une série de numéros doi-
vent au V. Rupestrli dont ils ont du sang- un goût herbacé plus
ou moins prononcé qui les déprécie totalement. D'autres, dérivés
du V. Labrusca ou de ses hybrides, ont conservé de leur ancêtre
le goût de framboise, même foxé, qui leur enlève toute valeur
comme variétés viniféres, du moins dans notre vignoble. Beaucoup
de P. D, ont gardé de leur origine en partie sauvage des grains
petits, pâteux, fortement colorés, qui en font des cépages de peu
de production et de faible rendement au pressoir.
2" Caractères résultant de la diversité d'adaptation au mi-
lieu (sol, climat). Dans les diverses régions du vis;-noble vaudois,
les P. D. se sont révélés comme cépages à évolution de matura-
tion en général lente, tout spécialement en ce qui concerne l'oxy-
dation, de l'acide malique, qui doit amener la disparition totale de
celui-ci dans les raisins parfaitement mûrs.
Si donc la cueillette vient interrompre cette évolution chimi-
que, on aura des raisins de composition plus anormales que celles
des chasselas cultivés dans les mêmes signes. Résultats : des varia-
tions de composition bien plus considérables dans la série des
années que celles observées dans notre vignoble pour le chasselas.
Ainsi, de 1905 à 1914, les variations extrêmes enregistrées pour
les moûts de Seibel ^56 sont, pour les diverses régions du vigno-
ble vaudois :
Sucre % de 11,6 à 23,3
Acidité totale 7oo • • (le 7,0 à 25,0
Seibel 1006 a oscillé :
Sucre '',„ de 8,6 à 22,9
Acidité totale %„ . . de 8,3 à 22,6
Ces oscillations, incompatibles avec les habitudes locales de la
consommation, se retrouvent dans une même année d'une région
à l'autre. Ainsi le même P. D. blanc Gaillard 157 a donné en
1913 les vins suivants, suivant l'exposition des vignes :
Littoral du Léman Littoi al dn lac de Neuchâtel
5,3
16,6
1,68
7,9
0,4
4,6
5,4
Alcool 7oo . . .
8,0
Extrait gr. I. . .
16,6
M. ménérales. .
1,6
Acidité totale %o
7,9
> volatile .
0,6
» tartrique
4,1
» lactique.
3,2
254 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUD0I8E
Des variations semblables résultent naturellement du mode de
culture et de taille. Aussi un Seibel W06 a donné:
Sacre % Acidité totale %o
Taille courte ... 21,8 8,3
» longue .... 13,8 19,0
Cette lenteur dans l'évolution, qui sera étudiée plus en détail
dans un travail en cours, se répercute ég-alement dans l'intensité
du colori, bouquet, faux g"oût des P. D. en observation. Les rai-
sins très mûrs étant naturellement plus bouquetés, éventuelle-
ment plus foxés, que ceux du même numéro placé en mauvaises
vig-nes ou dans une année froide.
3° Caractères résultant de la variété dans les phénomènes
de maturation des vins. Ce qui précède explique qu'un même
P. D. donnera suivant les conditions de milieux des moûts non
seulement plus ou moins sucrés mais ayant aussi une composition
qualitative différente. La présence de fortes quantités d'acide ma-
lique en particulier joue un rôle important dans l'évolution du
vin. Cet acide rétrog-radant en acides lactique et cabonique.*
M. Porchet a observé en g-énéral dans les vins de P. D., obtenus
dans les essais dont il est question ici, des vins pouvant être agréa-
bles jeunes, parce que souvent imprég-nés de g'az carbonique,
mais qui perdent en vieillissant, ce en quoi ils sont donc de carac-
tère opposé à celui des vins de Chasselas de nos coteaux. Cette
question ég^alement fait l'objet de recherches en cours.
Tous les facteurs indiqués ci-dessus jouant ensemble, on con-
çoit la possibilié de variations vraiment désordonnées dans la
composition des raisins et vins de P. D. obtenus dans diverses
vig-nes et dans la série des années. C'est ce que M. Poi'chet carac-
térise par l'énumération des caractères analytiques et gustatifs de
divess types de vins de P. D. obtenus dans les vignes de la Station
viticole.
M. C. DussERHE. — Destruction des herbes adventices par
les substances chimiques.
L'on a, depuis longtemps déjà, cherché à utiliser les propriétés
plasmolysantes, corrosives ou vénéneuses des sels, des alcalis ou
des acides pour se débarrasser de la végétation adventice sur les
voies et chemins ou dans les champs et les prairies. C'est ainsi
que l'on emploie une solution à 10 7o environ de sel de cuisine,
aussi chaude que possible, pour détruire la mauvaise herbe dans
les cours et chemins ; le sulfate de fer en poudre fine, répandu à
raison de 400 à 600 ko-, par hectare, est un destructeur de la
mousse dans les prairies, qui empêche la croissance des bonnes
plantes ; ces substances sont utilisées depuis nombre d'années.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE 255
Vu la cherté actuelle de la main-d'œuvre, l'on cherche à rem-
placer les sarclagres, long-s, coûteux et pénibles, par des traite-
ments au moyen de substances chimiques, plus expéditifs et plus
économiques ; on peut utiliser pour cela un s^rand nombre d'in-
grédients et il s'as;"it de faire un choix parmi les plus actifs et les
moins coûteux.
L'on vend sous le nom d'herbicide «Weed Killer» un composé
d'arsenic qui est dissous dans l'eau à raison de I à 2 "^ ^ et sert à
arroser les chemins envahis par la mauvaise herbe; celle-ci est
rapidement tuée et ne repousse pas de lons^temps. Les chemins de
fer américains utilisent, paraît-il, ce procédé pour le nettoyage des
voies, en se servant de wagons-citerne munis d'un dispositif d'ar-
rosage ; l'on peut arriver au même résultat en utilisant des solu-
tions plus ou moins concentrées d'alcalis caustiques. Le tan épuisé
sert aussi à maintenir propres les allées de jaidins.
Il est plus difficile de détruire les mauvaises herbes dans les
champs et les prairies, sans nuire trop à la croissance des bonnes
plantes; pour se débarrasser des grands rumex fvulg. lampes) qui
infestent certaines parties surfumées, on verse sur le cœur de la
plante quelques centimètres cubes de produits dérivés du goudron :
carbolinéum, carbénol. etc ; ces liquides corrodent la racine jus-
qu'à une assez grande profondeur et les empêchent de repousser.
Les champs de céréales sont assez fréquemment envahis par des
plantes adventicees, dont une des plus nuisibles est la moutarde
sauvage (^vulg. senève); la graine conserve pendant des années ses
facultés germinatives et les champs où Ion a laissé mûrir la plante
sont infesté pour longtemps. Le sarclage, l'arrachage à la main,
l'écimage à la faux ne sont guère praticables, parce que trop
longs et trop coûteux : aussi a-t-on accueilli avec empressement
le procédé d'un viticulteur rémois, qui avait remarqué, vers les
années 1890, que l'aspersion des bouillies cupriques détruisait les
moutardes, sans nuire sensiblement aux graminées.
Pour détruire les moutardes, les ravenelles, dans les champs de
céréales, on les arrose un matin de beau temps avec une solution
de 3 à o "/o ^^ sulfate de cuivre, quand ces plantes ont poussé
trois ou quatre feuilles et recouvrent bien le sol; la concentration
doit être d'autant plus forte que la plante est plus âgée, plus dure
et l'on répand 800 et 1000 litres de solution par hectare. On peut
remplacer le sulfate de cuivre par du sulfate de fer, en solution à
'15-20 Vo' Si la céréale est chétive et a besoin d'une fumure azotée,
on peut, avec avantage, diminuer ces doses de moitié et les rem-
placer par 10 à 20 % de nitrate de soude, qui agit à la fois comme
destructeurs des moutai-des et engrais pour la céréale. Ces solu-
tions se répandent au moyen de tonneaux montés sur roues et
munis d'une pompe et de jets d'arrosage.
256 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE
L'emploi des solutions exigeant le transport et l'épandag-e
d'assez grandes quantités d'eau ; on peut les remplacer par des
substances en poudre fine: sulfate de fer desséché et moulu (200 à
400 kg-, l'ha.), kaïnite moulue (700 à 1000 kg.\ cyanamide ou
chaux azotée (200 à 300 kg-.) l'action de cette dernière est cepen-
dant moins marquée, mais elle ag-it comme eng-rais azoté. L'épan-
dag-e des produits en poudre se fait à la main, le matin de bonne
heure, par la rosée ou après la pluie et doit être suivi ég-alement,
pour être efficace, d'un temps sec et chaud.
Les autres mauvaises herbes de nos champs de céréales : char-
dons, chénopodes, orties royales, liserons, bleuets, etc., ne sont
détruits que partiellement par les ing-rédients ci-dessus ; lorsque
ces plantes prédominent et ne peuvent être enlevées à la main, on
arrose le champ envahi avec une solution étendue d'acide sulfuri-
que. En France, on applique des doses allant de 3,5 jusqu'à 10
litres d'acide concentré pour 1 00 litres d'eau, sans trop de dom-
mag-e pour la céréale; dans nos essais, nous avons obtenu ce prin-
temps les meilleurs résultats en utilisant 2 à 5 litres d'acide con-
centré par 100 litres d'eau et en appliquant environ 1000 litres de
liquide par hectare, au moyen du pulvérisateur.
L'application de ces divers ing-rédients se fait sentir beaucoup
plus sur les autres plantes, qui sont rapidement désorganisées et
brûlées, que sur les céréales, dont les feuilles érigées couvertes
d'une cuticule cireuse, ne se laissent pas imprégner par les solu-
tions ou les poudres; les extrémités tendres des feuilles sont rou-
gies, en partie brûlées, mais après un arrêt de végétation de quel-
ques jours la céréale reprend une nouvelle vigueur, disposant de
l'espace et de la nourriture accaparée pa- les herbes adventices.
Ces procédés de destruction ne peuvent être utilisés dans les
autres cultures, telle que plantes sarclées, qui en souffriraient au
même degré que les herbes dont on veut se débarrasser; le net-
toyage peut se faire du reste facilement à la main ou au moyen
d'instruments.
Séance du 7 juillet
J. Perriraz. Influence du radium sur les plantes.
Paul-L. Mercanton. Les tirs grêlifuges.
J. Perriraz. — Influence du radium sur les plantes.
L'influence du radium sur les plantes a donné lieu à une série
d'observations souvent contradictoires ; ces contradictions pro-
viennent en grande partie du fait que les minerais de radium ou
les sels n'étaient pas suffisamment bien dosés et mis dans des
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE 257
conditions très différentes en contact avec les plantes. Il résulte
cependant des études récentes que le radium à forte dose a une
action nocive très rapide sur tous les org-anes ; qu'à faible dose il
agit comme stimulant. Dans les premiers àg-es de la plante, son
action est nettement marquée par l'augmentation du développe-
ment des racines; de ce fait important, il résulte inévitablement
un accroissement correspondant de la partie verte du vég-étal. Tous
les vég-étaux ne réag-issent pas de la même façon; quelques famil-
les sont plus sensibles que d'autres; il y en a sur lesquelles le
radium n'a aucune action ; sur d'autres enfin le résultat est
négatif. Le radium semble également agir comme stimulateur des
bactéries nitrogénes ; des essais en horticulture ont montré son
influence bienfaisante sur les plantes à fleurs, les inflorescences
étant plus fournies, souvent plus vivement colorées.
M. Paul-L. Mercantox a cherché à se faire une opinion raison-
née sur l'efficacité ou la vanité des tirs grêlijuges poursuivis à
Lavaux depuis 1901. A l'heure actuelle encore, ces tirs s'eflectuent
systématiquement en temps d'orag-e, par canons sur les territoires
viticoles de CuUy, Epesses et Riex, et par fusées sur le territoire
de Lutry.
Les vignerons affirment l'efficacité de ces tirs, mais n'appuient
leur affirmation d'aucun arg-ument irréfutable et objectif. M. Mer-
canton a cherché dans la statistique des dégâts causés au vie^-noble
par la grêle l'argument favorable ou défavorable convaincant. En
combinant les données de la « Statistique agricole du canton de
Vaud », sur ce point spécial, l'auteur a calculé les taux de dégâts
c'est-à-dire les rapports de la partie de la récolte détruite par la
grêle à la récolte complète, tant pour la période précédant les tirs
que pour celle où on les a exécutés.
Il a trouvé ainsi les taux movens suivants en ° „ :
CuUy
Riex
Epesses
1890-1900 (11 ans) . . .
9,8
5,1
10,3
1901-1913 (13 ans) . . .
7,8
- 2,8
5,8
1,1
Différence . . .
+ 0,7
- 9,2
et pour Lutry:
1890-1903 (14
ans) . . .
9,3
1904-1914 (10
ans) . . .
1,5
Différence . .
. - 7,8
Poui- l'ensemble des territoires de Lavaux, défendus (760 ha.)
on trouve :
Avant les tirs 9,1 7o
Durant les tirs 2,5 "/o
Différence ... - 6,2 *'/o
258 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAEDOISE
Les dégâts auraient donc notablement diminué depuis qu'on
tire, à Lavaux. Qu'en est-il pour l'ensemble du vignoble vaudois?
Le calcul donne :
1890-1900 4,6 7o
1901-1913 7,4 7o
Différence . . . +2,8 7o
Il y aurait eu aug-mentation g-énérale des dég-âts dans le canton
tandis que le mal diminuait dans les rég-ions où l'on tirait. Qu'en
conclure? Les partisans de l'efficacité des tirs y trouveront la con-
firmation de leur sentiment. Les autres constateront simplement
que « les tirs g-rêlifugres » s'ils ne sont pas efficaces ne sont nuisi-
bles en aucune mesure.
Pratiquement les uns et les autres s'accorderont pour désirer
que l'expérience soit continuée.
BULLETIN SCIENTIFIQUE
PHYSIQUE
W. VoiGT (Gôtting"iie). — Zwei Demonstrationsapparate fur
Résultats der Kristallphysik, Extrait du Centralblatt Jûr
Minéralogie, Géologie iind Palclontologie, Stuttg-ax^t, 1914,
n» i5.
L'auteur décrit d'abord un appareil très simple pour démontrer
et étudier les déformations d'une lame cristalline encastrée à l'une
de ses extrémités. L'autre extrémité porte des pieds que l'on peut
faire ag-lr à volonté, et un miroir qui projette un spot sur un
tableau quadrillé fixé au plafond.
L'auteur décrit ensuite des modèles montrant les positions res-
pectives des atomes de certains cristaux, telles qu'elles résultent
des recherches de MM. Brao"g" et de M. Laue, faites au moyen des
rayons X, Ces modèles sont en fils de laiton noircis, qui portent
des boules roug'es et noires. Ces boules sont disposées de façon à
représenter la disposition des atomes, par exemple, dans le NaCl,
le KCl, etc. On réalise ainsi en même temps des réseaux de Bra-
vais.
W. VoiGT (GôttineueV — Ueber die Zeemaneffekte bei mehrfa-
chen Serienlinien, besonders auch BEI DEM 0-TripletX = 3947,
Extrait des A nna/en der Phgsik, (4), 43, 1914. — Ueber die
Zeeman-Triplets mit axormalen Rotationsrichtu.xgen und
UBER Medien mit negativem Farady-Effekt, Extrait des An-
nalen der Physik, (4), 45, 1914.
Ces deux travaux sont des travaux de discussion et de critique
des expériences et des explications auxquelles les recherches sur
ces effets Zeeman ont donné lieu.
E. G.
260 BULLETIN SCIENTIFIQUE
CHIMIE
O. Baudisch et s. Rothschild. — Sur l'o-nitrosophénol (^Ber.
d. D. chem. Ges., t. 48 (1915), p. 1660-1665; Chemisches Ins-
titut der Universitàt Zurich).
Les auteurs, continuant leur étude du nitrosophénoi (voir Ar-
chives, 1912, t. XXXIII, p. 445 et p. 375), ont préparé un certain
nombre de ses dérivés. En faisant réag-ir du zinc en poudre sur une
émulsion d'o-nitro-anisol, de nitrite d'amyle, d'ammoniaque et
d'alcool, puis après avoir éliminé l'o- nitro-anisol non trans-
formé et traité le produit de la réaction par l'acétate de cuivre en
excès en présence d'ac. acétique, ils ont isolé le sel de Cii de
l'o-métlioxy-nitrosophénylliydrox y lamine
OCH'
C/NO
Cu
qui se précipite en crist. g-ris d'arg-ent. Ils décrivent également le
sel de Mn. de l'éther de l'ac. o-nitrosohydroxylamino-phényl-
p-tolaène-sulfoniqae , puis le sel de Mn de l'o-oxy-nitroso
phénylhydroxylaniine cristaux bruns, très instables. Ce sel dis-
sout dans l'ac. acétique et chauffé, dég-age d'abondantes vapeurs
de N^O' et fournit le sel de Mn. de l'o-nitrosophénol que l'on
obtient plus avantageusement en ag-itant à 0° une solution aqueuse
du sel de Na de l'o-oxy-nitroso-phénylhydroxylamine en présence
de nitrate de Mn et d'acide metaphosphorique, avec de l'acétate
d'éthyle. Le sel d'Al. de l'o-nitrosophénol
y
,=N0 . —
préparé d'une manière analog-ue, est en petits cristaux noirs.
OBSERVATIOiNS MÉTÉOROLOGIQUES
L'OBSERVATOLRE DE GENÈVE
PKNDANT LK MOIS
DE FEVRIER 1916
Le 1, neige de 1 h. 15 à 4 h. ; pluie de 8 h. à 10 h. du soir et daus la nuit.
3, très forte gelée blanche le matin.
4, forte gelée blanche le matin.
6, petite pluie dans la nuit.
7, pluie de 7 h. 30 à 8 h. et de 9 h. Ji 11 h. du matin : légère pluie l'après-midi.
8, pluie dans la nuit.
9, pluie et neige de 7 h. à 8 h. du matin.
10, très forte gelée blanche le matin; quelques flocons de neige l'après-midi.
11, gelée blanche le matin ; neige de midi 10 à 3 h. du soir et dans la nuit.
12, vent fort jusqu'à 9 h. du matin.
14, petite pluie de 8 h. à 10 h. du matin, à 4 h., de 9 h. à 10 h. du soir et dans
la nuit.
15, pluie de 7 h. du matin à 9 h. du soir et dans la nuit ; vent fort pendant
toute la journée.
16, pluie de S h. à 10 h. du matin, de h. 30 à 8 h. du soir et dans la nuit;
vent très fort toute la journée.
17, neige de 9 h. 30 à 11 h. du matin, de 1 h. 10 à 3 h. 15 du soir; pluie et neige
dans la nuit : veut fort jusqu'fi 11 h. du matin.
18, pluie et neige de 9 h. du matin à, 10 h. du soir et dans la nuit; vent fort de
8 h. à 10 h. du soir.
19, pluie de 10 h. à midi et de 2 h. à 8 h. du soir; vent fort jusqu'à midi.
20, forte bise de 3 à 4 h. du soir.
22, pluie de 8 h. du matin à 4 h. 30 du soir; neige de 5 h. 40 à 8 h. du soir.
23, neige de 7 h. 40 à 10 h. du soir et dans la nuit (hauteur 20 cm.).
24, neige de 7 h. du matin k 2 h. du soir (hauteur 7 cm.).
25, neige de midi 10 à 5 h. du soir (hauteur 10 cm.).
2(5, quelques flocons de neige l'après-midi et le soir.
29, petite pluie dans la nuit.
Hantenr totale de la neigre : 37 ci», tombés en 3 jours.
La neige a séjourné sur le sol du 23 au 29 février (7 jours).
Archives, t. XLI. — Mars 191(). 18
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3. X -iS -ri ira o ■^i 't ce x
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.— ioo>'>o«Tt<-^.-^ovjce>r-i(Nc<jinooec(Nira-0'Xc»Tj<ix3>'»ce-*iraG\i
o?»?îoco-*flvjt--ce>— looce.— iiratcooeecoifi'— I— lo— <o>— lOira ^^.lO
O'>i(>ioajira'— i^j>o?oira'.eïOt^irtiOi— lox'^>o^^'ceoo^>i:£)^^<o
oceiOio-^xxioaGiraceo^Oirairao^ceooocefvj^o-^o^^ceiraira
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264
MOYENNES DE GENÈVE — FÉVRIER 1916
Oorreodon pour réduire la pression Mtinosptaërl«iue de Oen«ve à la
pesauteur normale : | 0"""();2 — (,'ette correction n'est pas appliquée dans
les tableaux.
Pression atmosphérique : 700""" -|-
1 h. m. 4 h. m. 7 h. in. lo h. m. 1 h. s. 4 li. s. 7 )i. s. 10 li. s. Moyennes
'déc
2755
27.38
2089
2P.9d
2714
20.12
2693
2737
1964
27 45
27.53
1939
2667
27.03
18.39
26 18
26.75
1843
2645 2687
26 95 27.29
19-09 19.29
Mois 25 42 2490 2483 24 98 24-29 2397 2434 2466
26.88
27.18
1943
24.67
Température.
ooooooo* o
l"déc.+1.72 f 1-2) +0 70 +312 4 6.31 +6.14 +4.08 +221 +318
2» .. + 3 95 + 3.63 + 3.77 4-73 5 56 5 51 4.56 4.48 4 o2
3« » -0.18 -0.77 -140 040 2.29 2.66 173 0.76 0.69
Mois + 1 90 +1-43 +111 + 2.83 + 480 + 4.84 + 3 52 + 2.54 + 2.87
Fraction de saturation en "/q.
l" décade 84
86
89
76
61
63
74
83
77
2' » 79
82
77
75
73
73
80
81
78
3' » 86
87
88
84
76
71
77
80
81
Mois 83 83 84 78 70
Dans ce mois l'air a éié cal rue 40 fois sur 1000
NNK _ 47
ssw ~ m
Le rap|iori des venis
044
69
77
81
78
Moyeanes des 3 observations
(7S Ih, 9-)
Pression atmosphérique
Nébulosité
7 + 1+9
Température
7 4-1-1-2X9
FraotioQ de saturation.
mm
724.57
7.5
-f- 2°. 83
i- 2<-.'n
79 7o
Valenrs normales du mois peur les
éléments météorolog-iqnes, d'après
Plantamour :
mm
Press, atmosphér.. (1836-1875). 726.84
Nébulosité (1847-1875). 6.7
Hauteur de pluie. . (1826-1875). 36.5
Nombre de jours de pluie, (id.). 8
Température moyenne .. . (id.).+ l'.ôO
Fraction de saturât. (1849-1875). 82 "/o
265
Observations météorologiques faites dans le canton de Genève
Résultats des observations pluviométriques
Station
CÊLIONT
COL.I.EX
i:iitiiiiKs\
CHITII.UNI
SATIGNT
ATHENAZ
COIIl'RMéllK!)
Hantenr d'eaa
en mm.
146.6
126.7
127.4
106.2
139.6
108.2
105.8
Statiou
VEYRIBR
OBSERVATOIRE
COLOQNY
PUPLINGE
JU88T
IIIRHINCI
Hauteur d'ean
en mm.
98.6
102.4
106.9
?
95.9
113 2
Insolation à Jussy : ? h.
OBSEKVA'nONS iMÉTÉOHOLOlilOUES
FAITES AU
GRAND SAINT -BERNARD
PENDANT LE MOIS
DE FÉVRIER 1916
Les 1, 4, 5, 8, 10, 12, 13, 24 25 et 29, brouillard.
3. 4, 5, 9, 10, 11, 12, 14, 15, 16. 17, 18, 19, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28 et 29, neige.
1, 2, 3, vent fort.
4, 5, 24, 25 et 29, vent violent.
9, 10, 12, 13, 14, 15 et 16, forte bise.
17, 18, 19 et 20, violente bise.
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268
MOYENNES DU GRAND SAINT-BERNARD — FÉVRIER 1916
Corre«tloii pour réduire la pression aimospbérique du Orand Saint-
Bernard à la pesanteur normale : — 0""".22. — Cette correctiou n'est pas
appliquée dans les tableaux.
Pression atHM»sphépl%w« : 500""" -\- Fraetlow de saturation en "/o
7 11. m. 1 h. 8. 9 h. s. Moyenne 7 h. in. 1 h. s. 9 h. «. Moyenne
l'
décade
61.49
61.72
61.63
61.61
94
91
88
91
2'
»
60.06
60.31
60-45
60.27
88
91
92
90
3«
Mois
55.18
55. 08
54.89
55. 05
87
87
94
89
59 04
59. 17
59.13
59. 11
90
90
91
90
Température.
Moyenne.
décade
7 II. m.
- 10*78
1 II. ».
8*45
» h. g
- 10^63
7
+ 1 + 9
1±
1+2X9
l"
3
9°. 95
4
10*12
2'
»
— 9.72
—
6.90
- 8.23
—
8.28
—
8. 27
3«
»
— 12. 10
—
9.40
- 10.97
—
10. 82
—
10 86
Mois
10. 82
8.21
- 991
- 9. 65
- 9.71
Dans ce mois l'air a été calme 161 fois sur 1000
Le rapport des vents
Mi
90
90
= 1.00
Pluie et neige dans le Val d'Eutremout.
station
Martigny-Ville
Orsières
114.2
47
Bonrg-St-Pierre
St-Beriiard
Eau en millimètres
Neige en centimètres.. . .
134.4
44
71.
60
166.4
204
LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
mmum mmm um les m
PAR
A. TABGONSKI
(Suite i;
II. Le Mouvement brownien dans les Gaz
ET LA détermination DE LA CHARGE ÉLÉMENTAIRE
§ 7. On peut écrire les formules fondamentales (1) et (2) de la
façon suivante :
mg=^v,; eF ~ mg = - v, , ou B = -^-^
est la « mobilité » de la particule (vitesse de la particule mue
sous l'influence d'une force égale à l'unité). De la théorie du
mouvement brownien résulte une autre expression pour B,
indépendante du rayon de la particule (-) et de sa densité :
B = ^2-, (11)
oii X est le nombre d'Avogadro, R la constante des gaz, T la
température absolue, À" le carré moyen du déplacement brow-
nien dans une seconde :
A- = — .
T
') Voir Archives, t. XLI, p. 181.
-) A. Einstein, Ann. cl. Phijs.. 1905, 17, p. 559; 1906, 19, p. 371,
Smoluchowski, Bullet. Crac, 1906, p. 202, 577.
Archives, t. XLI. — Avril 1916. 19
270 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
En désignant par v^ la vitesse moyenne (vraie) de la particule,
par t^ la durée moyenne (vraie) de la chute (ou d'ascension), par
t la durée observée, par n le nombre d'observations, on a :
Aa; = V (t — t ) et partant :
^'= ~\ . • (12)
M. Fletcher (^) utilise pour ses calculs non pas le carré moyen
des déplacements, mais le carré de la moyenne des déplace-
ments :
2 / n , \2
Il est évident qu'en théorie (pour n = ^) on doit avoir
X^ = M% en réalité les deux méthodes de calcul conduisent à
des résultats quelque peu différents. Dans tous les calculs nous
avons employé, sauf indication contraire, la formule (13) de
M. Fletcher. Dans les formules précédentes, on a supposé que
la vitesse vraie ne diffère pas de la vitesse moyenne ; M. Fletcher
a démontré qu'entre ces quantités il y a une certaine différence,
assez petite cependant, pour qu'on puisse la négliger ("). Après
avoir trouvé X^ ou ic^ d'après l'une des formules (12) ou (13), on
tire de la formule (11) la mobilité B ; en substituant celle-ci
dans les équations fondamentales on trouve pour la charge une
expression indépendante de la densité de la particule et, jusqu'à
un certain point, aussi indépendante de la forme.
GOORTLd , ^ , ,,,,
En comparant les deux expressions de la mobilité, ou arrive
à la foi-mule suivante :
1 + Al/a _ N .,
Qm^a ~ 2RT "■ ' ''^^
») M. Fletcher, Phys. Bev., 1911, 33, p. 92; 1914, 4, p. 440.
2) M. Schrôdinger, Phys. Zs , 1H15, 16, p. 289, et M. Schmoluchowski,
ibid., 1915, 16, p. 318, ont démontré que la correction de M. Fletcher
n'est pas justifiée.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 271
d'où l'on peut calculer le rayon a de la particule indépendam-
ment de sa densité. Toutes ces formules, à l'exception de (13),
sont empruntées au mémoire de M. Konslantinowsky (^).
Pour les particules de mercure pur, le calcul de u^ (ou V) est
beaucoup plus compliqué, les vitesses moyennes de ces parti-
cules étant variables. On traçait une courbe qui exprimait la
durée de chute en fonction du temps ; les nombres que fournis-
sait cette courbe furent adoptés comme durées de chute moyen-
nes. En désignant ces nombres par t ^, t ^ .. . t , et les durées
de chute observées par t^, t^ . . . t , on obtient en vertu de
l'égalité V = j l'expression suivante pour ii^ :
""' ~ 2 ¥ U , i/r + • • • + e w-^
\ ml y "1 "nn y "n
Il est évident que ce mode de calcul est quelque peu arbi-
traire, parce qu'on peut tracer la courbe de différentes manières,
surtout pour les petites particules dont les écarts browniens
sont très grands. Il est donc indispensable de prendre les
moyennes de plusieurs particules pour arriver à un résultat
quelque peu sûr.
Pour le nombre d'Avogadro, la valeur N = 6,1 X 10" a été
adoptée dans tous les calculs, comme étant la plus vraisem-
blable (^). Les données des auteurs qui se servaient d'une autre
valeur de N (par exemple M. Ehrenhaft et M. Konstantinowsky)
ont été recalculées d'une façon correspondante.
§ 8. Comparaison des résultats des différents observateurs. —
La table XIV contient les résultats des déterminations de la
charge élémentaire d'après les deux méthodes : celle de
Ehrenliaft-Millikan et celle du mouvement brownien. Nous avons
pu utiliser les données des observateurs suivants :
Les observations citées dans les deux mémoires de M. Millikan
ne permettent malheureusement pas le calcul du mouvement
') D. Konstantinowsky, Wien. Akacl. Rerichte, 1914, 123, p. 1697.
-) T. Svedberg, Jahrb. Radioakt., 1913. 10, p. 484.
272 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
brownien. Nous avons dû nous borner à la particule de
M. Millikan, calculée par M. Zerner C).
Nous avons calculé les charges des deux particules, qu'on
trouve dans le premier mémoire de M. Fletcher (^) : e X 10^"
= 3,78; 2,72. Les très intéressantes expériences deM.Flechter
sous pression réduite (') seront examinées au § 12.
La charge élémentaire trouvée par M. Roux (*) est trop
petite. Les causes probables ont été indiquées par M. Y. Lee (°).
M. Regener (") trouve une valeur de la charge un peu trop
grande, ayant utilisé la constante A = 0,815 et non pas A =0,870.
En réalité, son résultat ne diliere guère de celui de M. Mil-
likan.
Nous avons calculé les charges de quatre des plus petites
particules, qu'on trouve dans les observations de M. Schidlof
et de M'"' Murzynowska : e X 10^» - 2,55 ; 4,04 ; 4,62 ; 4,06.
M. Przibram (') ne faisait pas varier les charges de ses parti-
cules, de sorte que le nombre n de charges élémentaires portées
par chaque particule reste indéterminé et peut être choisi arbi-
trairement ; c'est pourquoi la moyenne des résultats de
M. Przibram (tirée de la table qu'on trouve dans le mémoire
de M. Ehrenhaft) n'a pas été prise en considération pour le
calcul de la moyenne générale.
Les observations de M. Weiss (') et de M. Mayer (') n'ont
pas pu être utilisées pour la même cause : l'incertitude
des nombres n. D'après le choix de ces nombres que fait
M. Weiss, on trouve en moyenne e = 4,50 X 10 , avec un
écart maximum de la moyenne de 30 %. En choisissant les nom-
bres w d'une autre façon, on trouve en moyenne e = 3,17X10
avec un écart maximum de 15 «/o. Nous croyons donc ce dernier
') F. Zerner, Pliys. Zs., 1915, 16, p. 10.
-■) N. Fletcher, ibid., 1911, 12, p. 202.
») Idem, Phys. Rev., 1911, 33, p. 92.
-•) J. Roux, Ami. d. Ch. et Phys., 1913. 29, p. 69.
•'I Y. Lee, Phys. Eev., 1914, 4, p. 420.
«) E. Regener, Phys. Zs., 1911, 12, p. 135.
') U. Przibram, ibid., 1911, 12, p. 62; 1912, 13, p. 106; Wien.
ATcad. Ber., 1912, 121, p. 949.
») E. Weiss, Phys. Zs., 1911. 12, p. 630.
">) A. Mayer, Wien. Akad. Ber , 1912, 121, p. 1097.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 273
chiffre plus vraisemblable, d'autant plus qu'il s'approche de la
moyenne générale.
Pour le calcul de la moyenne des charges de M. Ehrenhaft,
nous avons utilisé non seulement les données de la table p. 104 (^),
mais toutes celles qu'on trouve dans les protocoles de ses expé-
riences. La charge de quelques particules n'ayant pas variée
pendant la durée de l'observation, nous avons adopté les nom-
bres n suivants: N» V, e X 10^" = 7,99 - 3 X 2,66; N° IIL
e X 10''' = 2,43 (d'après la remarque de M. Ehrenhaft); N^IV,
eXlO'" = 7,35 = 3 X2,45;N'' XI, 6X10'" = 5,40 =2X2,70;
N» X, e X 10'" = 11,04 = 4 X 2,76, qui sont le plus eu accord
avec les autres expériences de M. Ehrenhaft.
Les données de M. Konstantinowsky (-) ont été utilisées sans
aucun changement.
On trouvera dans la table XIV la moyenne des nombres que
M"« Vogl estime être les meilleurs résultant de ses déter-
minations : e X 10^° = 4,73 ; 4,52; 3,07; 4,62; 3,03; 4,22;
3,41.
De nos observations nous avons utilisé toutes les données
relatives au mouvement brownien, c'est-à-dire : 1° la moyenne
de la table XIII pour les particules produites d'après la méthode
de M. Ehrenhaft ; 2" la moyenne des charges de quatre parti-
cules « invariables » (poussières, v. § 2) : e X 10'" = 2,99
(N'^ 23) ; 3,28 (N° 54) ; 3,13 (N» 57) ; 3,51 (N» 107) ; 3° la moyenne
du premier groupe de la table XXVII (§ 13) pour les particules
de mercure pulvérisé mécaniquement ; toutes les expériences
ont donc été prises en considération.
Quelle est la précision avec laquelle on peut déterminer les
charges d'après le mouvement brownien? Pour résoudre la
question, examinons ces charges tirées du mouvement brownien
pour les particules d'huile, dont la charge, calculée d'après la
formule de Stokes-Cunningham, est invariable : on trouve en
moyenne e = 3,59 X 10'" avec les écarts maxima : e = 2,55 X 10'"
et e = 4,62 X 10'". La méthode du mouvement brownien est
tellement inexacte qu'à une même charge peuvent correspondre des
•) F. Ehrenhaft, ^Vien. Akad. Ber., 1914, 123, p. 53.
-) D. Konstantinowsky, ibid., 1914, 123, p. 1697.
Table XIV
Observateur
Substance
Charge d'après
Stokes-Cunnin-
gham ex 10'°
Charge d'après
le mouvement
brownien eX 10'°
Nombre de
particules m
Fletcher
huile
4.77
3.25
2
J. Lee
gomme -laque
4.76
—
—
Millikan {'}
huile
4.77
3.34
1
Regener
huile, KOH
4.86
—
~
Roux
soufre
4.17
—
—
Schidlof et
Murzynowska
huile
4.74
3.87
4
Targonski
mercure pur
4.68
3.55
5
Przibram
P,S,KOH,Mg,
camphre, etc.
nomb. de Mil-
likan en moy.
3.32 (?)
—
Ehrenhaft
Hg pulvérisé
dans l'arc
sous électrons
3.08
16
Konstanti •
nowsky
AuetHgpulv.
dans l'arc
sous-électrons
2.80
11
Targonski
poussières
sous-électrons
3.22
4
Targonski
Hg pulvérisé
dans l'arc
sous-électrons
3.43
9
Vogl
Ag pulvérisé
dans l'arc
sous-électrons
3.94
7
') M. Zerner avait tenté de démontrer que les observations de
M. Millikan conduisent parfois à des sous-électrons (mémoire cité). Dans
une récente publication M. Fletcher (Ph. Zs., 1915, 16, p. 316) réfute
les arguments de M. Zerner.
LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS 275
chiffres qui diffèrent de 30 '^jo de la moyenne {^). Des données de
la table XIV il résulte que sept observateurs (en ne tenant pas
compte des observations de M. Przibram) ont trouvé avec des
particules de six substances différentes, des charges calculées
d'après le mouvement brownien, qui ne diffèrent pas plus de
20 ^; de la moyenne e = 3,28 X 10" . Si on tient encore compte
du nombre restreint de particules (nombres m de la table), on
est obligé de convenir que tous les chiffres de la table peuvent
très bien correspondre à une même valeur de la charge. La
charge élémentaire, déterminée indépendamment de la densité et de
la forme (par le mouvement brownien) a une valeur constante
dans la limite des erreurs "possibles, pour toutes les particules de
diffé-entes substances; des sous-électrons véritables n'ont pas été
observés jusqu'à présent.
On peut diviser en trois groupes les résultats des calculs des
charges d'après la formule de Stokes-Cunningbam. Le premier
groupe contient les observations des particules produites par
pulvérisation mécanique à la température ordinaire, c'est-à-
dire les observations avec de l'huile, du mercure, de la potasse
caustique, du soufre et de la gomme-laque ; toutes ces parti-
cules conduisent à une même valeur de la charge élémentaire
(voir plus haut les remarques concernant les travaux de
M. Regener et de M, Roux), Les observations de M. Przibram
forment le second groupe ; ce savant a étudié les vapeurs pro-
duites par la combustion de différents corps ; ces particules se
formaient donc à une température élevée. Il trouve en moyenne,
pour la charge élémentaire, le nombre de Millikan, mais avec
de très grands écarts isolés de la moyenne. Enfin, dans le troi-
sième groupe rentrent toutes les observations faites avec des
substances pulvérisées par l'arc, c'est-à-dire à une température
très élevée (mercure, argent, or, platine dans les premières
expériences de M. Ehrenhaft, zinc et cuivre dans les expériences
de ^L Joffe) ; toutes ces observations et ces observations seules
conduisent à des sous-électrons. On peut en conclure qu'à des
températures élevées, les particules se transforment d'une
façon telle, qu'avant d'y appliquer la formule de Stokes-Cun-
') Cons. également le mémoire de M. Schrôdinger.
276 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
ningham il faudrait trouver un moyen de déterminer directe-
ment la densité de ces particules.
Nous voudrions espérer que la question des sous-électrons
puisse être considérée comme définitivement tranchée. On trou-
vera dans ce qui suit une analyse critique des travaux de
M. Ehrenhaft et de M. Konstantinowsky, ainsi qu'une tentative
faite pour trouver les causes du fait surprenant que la valeur de
charge élémentaire calculée d'après le mouvement brownien
est de beaucoup inférieur à celle trouvée au moyen de la for-
mule de Stokes-Cunuingham.
§ 9. Expériences de M. EJirenhaft et de M. Konstantinowsky.
— On détermine habituellement la charge élémentaire d'une
particule quelconque de la façon suivante : on modifie la charge
de la particule plusieurs fois en ionisant le gaz par les rayons
du radium ou par les rayons X ; on détermine les vitesses d'as-
cension fg', v„" . . . correspondant à chacune de ces charges ; il
résulte de la formule (3) que les charges sont dans le rapport
{v^ -\- v„') : (v^ -j- v/') Les nombres entiers n qui satisfont
à ce rapport montrent de combien de charges élémentaires se
compose chaque charge. M. Ehrenhaft procède d'une autre
manière. Il n'observe les vitesses v^ et v„ que pour une ou deux
charges, il ne calcule donc la valeur absolue que pour une ou
deux charges. Les autres charges se déterminent d'une façon
relative. On choisit la tension aux bornes du condensateur d'une
telle manière que la force électrique fasse équilibre à la force
de la pesanteur (suspension de la particule) ; on a : eF = mg;
e = ^. Les charges sont donc inversement proportionnelles
aux « potentiels d'équilibre ». Avec la valeur absolue d'une
charge et le rapport des nombres y il est facile de calculer toutes
les charges. Evidemment, cette méthode serait très commode
si l'on pouvait trouver la valeur exacte du potentiel d'équilibre
pour chaque charge. Mais en réalité c'est impossible : la parti-
cule subit non seulement l'influence de la force constante de la
pesanteur, mais aussi celle des forces variables du mouvement
brownien ; la particule ne sera donc jamais immobile quelque
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
277
soit le potentiel. En outre, M. Ehrenhaft observait ses parti-
cules au moyen d'un microscope, ce qui rendait le mouvement
brownien encore plus visible ; le potentiel correspondant à un
moment donné à la moindre vitesse visible, peut en réalité
différer de beaucoup du « véritable » potentiel d'équilibre qu'on
tire de l'égalité eF = mg et qui correspondrait à l'absence du
mouvement brownien. Nous citerons à titre d'exemple une de
nos observations (N° 106), dans laquelle le potentiel d'équilibre
était noté après chaque observation d'ascension ; ces potentiels
se trouvent dans les colonnes Y ; les nombres n sont tirés du
Table XV
n
31.0
19.9
18.7
16.4
10.1
7.0
Hl
27.4
19.2
18.1
15.4
10.4
7.0
V
9.2; 9.2
13.7; 11.2;
14.8
12.4; 14.8;
14.8
16.3
26.8; 22.0;
30.0; 42.0;
37.0; 37.0;
34.5
rapport des vitesses d'ascension, les nombres n — des poten-
tiels d'équilibre observés (on a supposé dans les deux cas que
la moindre charge consiste en sept charges élémentaires). On
tire donc des observations du mouvement de la particule le
rapport des charges en négligeant les décimales 31 : 20 : 19 :
16 : 10 : 7, et des potentiels d'équilibre (moyens) le rapport
27 : 19 : 18 : 15 : 10 : 7. Mais si on tient compte des décimales
comme le fait M. Ehrenhaft, on arrive au rapport beaucoup
plus compliqué 59 : 41 : 39 : 33 : 22 : 15. On voit encore
d'après les données de la table XV, qu'à une même charge cor-
respondent les potentiels Y = 30,0 et Y = 42,0. Il est donc de
toute évidence que la méthode est peu précise, même si on
prend des moyennes de plusieurs observations pour chaque
charge. En tout cas, il est absolument inadmissible qu'on
déduise le nombre de charges d'une observation unique.
278 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
M. Ehrenhaft (*) le reconnaît lui-même, ce qui ne l'empêche
pas de déterminer les nombres des charges de ses particules
1 et 2 d'après des observations uniques. On ne peut donc être sûr
que le rapport 5 : 3 (N° 1) ne doive pas être remplacé par celui
de 2 : 1 et le rapport 10 : 4 : 3 (N° 2) par 3 : 1 : 1, d'autant
plus qu'en effectuant ces corrections, on arrive à des valeurs
des charges qui concordent avec les autres expériences de
M. Ehrenhaft.
La méthode devient plus précise si au lieu d'observer des
potentiels d'équilibre qui en réalité n'existent pas, on observe
les potentiels qui correspondent à une chute ou à une ascension
très lente mais continue, comme le fait toujours M. Konstanti-
nowsky. On trouve de cette façon deux limites entre lesquelles
est contenu le véritable potentiel d'équilibre. Mais comme on
obtient pour chaque charge deux nombres assez éloignés (à
cause du mouvement brownien), le choix des nombres entiers n
devient embarrassant, surtout quand on a beaucoup de charges.
Et plus on rapproche les deux limites plus le rapport des nom-
bres n devient compliqué. Si on attribue à la méthode une pré-
cision qu'elle ne peut donner, comme le fait M. Ehrenhaft, on
arrive logiquement à la négation de l'indivisibilité de l'élec-
tron (-).
Pour la particule N" IV de M. Konstantinowsky, les vitesses
d'ascension ont été observées pour deux charges qui se trouvent
dans le rapport 4,0 : 3,0. M. Konstantinowsky préfère substi-
tuer à ce rapport celui de 9 : 7 se basant sur les potentiels
d'équilibres : V = 9,5; 15,0; 26,2. Il trouve définitivement le
rapport 11:9:7:4. Mais il suffit d'attribuer à ces potentiels
les valeurs : V = 10,4 ; 17,4 ; 26,2, qui ne contredisent aucune-
ment les observations de M. Konstantinowsky pour que le rap-
port 4 : 3 soit conservé et que le rapport général revête la forme
simple de 5:4:3:2. De même pour la particule N' VII il
suffit d'accepter pour les potentiels d'équilibre les valeurs
V = 90,0; 60,0: 45,0; 30,0; 22,5, au lieu de celles de
M. Konstantinowsky : V = 89,1; 64,8; 42,0; 31,0; 23,0 pour
') F. Ehrenhaft, l c, p. 80.
-) D. Konstantinowsky, l. c, p. 1740.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 279
que le rapport compliqué de M. Konstantinowsky 31:23:17:11:8
se transforrae dans le rapport très simple 8 : 6 : 4 : 3 : 2. Si on
effectue ces corrections aux N°' IV et VII, on trouve des valeurs
des charges concordant avec les autres observations de M.
Konstantinowsky.
On a vu (§ 7) que pour le calcul des charges d'après le mou-
vement brownien, on peut employer ou le carré moyen des
écarts browniens V, ou le carré de l'écart moyen tr ; en théo-
rie on a : >? = M^ ; en réalité cette relation n'est pas toujours
satisfaite. Il sera démontré (§ 11) que le nombre observé des
plus grands écarts browniens excède presque toujours quelque
peu le nombre théorique. Mais comme pour le calcul de V
on élève d'abord chaque écart au carré, et qu'on prend la
moyenne, tandis que pour le calcul de ii" on procède d'une
façon inverse, il est évident que l'excès des plus grands écarts
exerce une plus grande influence sur V que sur u- ; X^ devient
trop grand, la charge en conséquence trop petite. C'est pour-
quoi nous avons eff'ectué tous les calculs avec ii\ On trouvera
dans la table XIII les u-, les V et les charges calculées des
deux façons pour les particules pulvérisées dans l'arc; on
remarquera que la moyenne des charges calculées d'après le
mode employé par M. Fletcher (soit les ir) est plus grande que
celle des charges calculées d'après M, Ehrenhaft (soit les X-)-
Cette explication évidemment ne peut pas être rapportée aux
très grands écarts entre les u^ et les X- (jusqu'à 80 °/o) qu'on
trouve dans quelques-unes des expériences de M. Ehrenhaft et
de M. Konstantinowsky. Nous reviendrons à la question au § 11.
Nous avons aussi calculé les u" pour les particules de
M. Ehrenhaft et de M. Konstantinowsky. Les tables XVI et
XVII contiennent ces nombres, ainsi que les charges recalculées
au moyen des ir. Les nombres de charges des N" 2 de
M. Ehrenhaft et des N»' IV et VII de M. Konstantinowsky ont
été corrigés conformément à ce qui a été dit plus haut. La par-
ticule N° II de M. Konstantinowsky a été laissée de côté : le
nombre d'observations est tellement restreint (10 pour les
chutes et 7 pour les ascensions) et le mouvement brownien de
cette particule tellement fort, qu'il est impossible d'obtenir des
chiff'res quelque peu certains.
280
LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
Table XVI
F. EHRENHAFT
□
c
N"
«'X10«
ex 10""
S
I
1.256
3.88
III
1.054
3.60
7
VII
1.575
3.83
o
1— 1
VIII
1.753
1.99
X
IX
1
1.128
0.992
3.84
2.96
CD
2
0.927
4.95
II
3
1.733
3.83
<»
4
0.950
3.12
Table XVII
D. KOXSTAKTlNOWSKy
c
s
>,
N-
«'Xio«
ex 10"
s
I
0.321
4.06
III
1.154
3.11
o
IV
0.902
2.96
1
V
0.608
2. 18
I— (
VI
1.021
4.32
X
VII
0.621
2.25
en
VIII
0.471
3.94
eo
XII
3.805
3.82
II
Hgl
0.597
3.36
<u
Hgll
1.750
3.94
Si l'on substitue les moyennes des tables XVI (e = 3,67 X 10'")
et XVII (e = 3,39 X 10") à celles de la table XIV, on trouve que
la moyenne des charges calculées d'après le mouvement brownien
par différents observateurs est égale à :
e = 3.52 X 10~'" ,
avec un écart maximum de la moyenne de 12 %•
M. Ehrenhaft croit que la charge élémentaire est une fonction
du rayon et qu'elle diminue avec celui-ci. C'est là l'explication
que ce savant donne pour le fait que M. Millikan et d'autres
n'ont pas pu observer des sous-électrons, leurs particules étant,
d'après l'avis de M. Erenhaft, trop grands. Mais il suffit de
jeter un regard sur les données de la table XVIIL oii l'on a
indiqué les rayons des plus petites particules observées par
différents observateurs, pour voir que les particules de
M. Ehrenhaft et de M. Konstantinowsky (les rayons sont cal-
culés d'après le mouvement brownien) ne sont guère plus petites
Table XVIII
Observateur
Fletcher
Ehrenhaft
Schidlof et
Karpowicz
Konstanti-
nowsky
Tar^onski
Le plus petit
rayon observé
a X 10'
2.5
1.98
1.25
1.12
0.65
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 281
que les autres. Pour les plus petites particules observées jusqu'à
présent (mercure pur) et pour les plus grandes (particules de
M. Millikan) on retrouve exactement la même valeur de la
charge. La charge élémentaire ne dépend pas du rayon de la par-
ticule.
Pour expliquer les sous-électrons il faut admettre que la den-
sité des particules est ditïérente de celle qu'on avait supposée,
ou que leur lorme n'est pas sphérique. On a vu (§ 6) que les
particules de M. Ehrenhaft sont peut-être à peu près sphéri-
ques; on peut donc calculer la densité de la particule de
M. Ehrenhaft qui correspond au plus petit sous-électron (N"2).
Après avoir effectué la correction indiquée précédemment sur
le nombre de charges, on trouve que la charge (calculée d'après
Stokes-Cunningham) eu supposant la densité de la particule
égale à celle du mercure, est égale à : e = 0,8 X 10"^*^. En
admettant que la véritable valeur de la charge est e =4,77X10"^^
on calcule facilement que la densité de cette particule est égale
à peu près à : a = 1,2. Il a été démontré (§ 6) que la densité
moyenne des particules de M. Ehrenhaft est inférieure à 7,3; il
ne serait donc pas impossible qu'une particule isolée puisse
posséder une densité voisine de celle de l'eau. Toutes les autres
particules de M. Ehrenhaft doivent posséder une densité plus
grande. On peut vérifier ce calcul de la façon suivante : en suppo-
sant que la densité de la particule soit a = 1,2, on trouve pour le
rayon a = 3,8 X 10 "* . Si l'on calcule maintenant le rayon
d'après le mouvement brownien, ou trouve a = 3.1 X 10""*, ce
qui diffère de 18 '^ o du chiffre précédent. Mais on a vu que les
charges et en conséquence les rayons, calculés d'après le mou-
vement brownien sont toujours inférieurs de 15 à 30 °/o à ceux
calculés au moyen de la formule de Stokes-Cunningham. On
arrive donc au même résultat, soit en supjposant là charge élémen-
taire invariable et la densité variable, soit en effectuant le calcul
indépendamment de la densité par la méthode du mouvement
brownien, ce qui prouve une fois de plus que les sous-électrons
ne sont dûs qu'à une estimation erronée de la densité, au moins
en ce qui concerne les observations de M. Ehrenhaft.
Les sous-électrons de M. Konstantinowsky sont tellement
petits qu'il serait impossible de les expliquer par la variation de
282 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
la densité seule. Examinons en conséquence les cinq preuves de
la sphéricité des particules d'or, que donne M. Konstautinowsky.
Les preuves 2 et 5 démontrent seulement que ses particules
n'étaient pas d'une forme plate, oblongue etc. (^). Les micro-
photographies de M. Ehrenhaft, à notre avis, ne prouvent rien,
les particules d'or étant trop petites pour être photographiées.
Selon M. Konstautinowsky, les mobilités calculées d'après les
observations des chutes doivent être égales à celles calculées
d'après les ascensions, si les particules sont sphériques. Voilà
par exemple les rapports des deux mobilités que cite M. Kons-
tantinowsky :
-A, = 1,08; 1,15; 0,95; 0,95; 1,42; 1,60; 0,60; 2,00.
Il est évident que seuls les quatre premiers nombres peuvent
être considérés comme égaux à l'unité ; d'ailleurs nous nous
réservons de montrer au § suivant que selon toute vraisem-
blance la mobilité de la particule est une fonction de sa vitesse (").
Ces chifïres ne peuvent donc pas servir de preuve. La dernière
preuve de M. Konstautinowsky consiste en quelques inégalités,
qui dépendent, comme l'a fait remarquer M. Schidlof, de quatre
nombres détermines avec une précision insuffisante, à savoir les
deux mobilités et les deux potentiels entre lesquels se trouve le
potentiel d'équilibre. En résumé, aucun des cinq arguments de
M. Koustantinowsky n'est décisif : la forme sphérique des par-
ticules d'or est possible, mais non prouvée.
On peut supposer, comme l'a fait M. Perrin, que les particules
métalliques formées dans l'arc ont une structure spongieuse
(tout en demeurant à peu près sphériques) ; on pourrait expli-
quer de cette façon leur très petite densité moyenne, l'influence
notable des irrégularités de la forme et leur sphéricité appa-
rente dans les microphotographies de M. Ehrenhaft.
M. Ehrenhaft arrive à cette conclusion paradoxale que les
^) M. Schidlof nous a fait remarquer que le mouvement brownien de
rotation des petites particules étant très rapide, on ne pourrait en aucun
cas apercevoir un scintillement quelconque, quelque soit la forme de la
particule.
-) Comparer le mémoire de M""- Vogl.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 283
plus petites particules possèdent une moindre mobilité que les
plus grandes, ce qu'il explique par une imperfection de la
théorie. Les données de la table XXVII montrent que pour les
particules de mercure pur c'est le phénomène inverse qui se
reproduit : la mobilité (proportionnelle aux ir) augmente avec
la diminution du rayon, conformément à la théorie. On peut expli-
quer d'une façon très simple la contradiction de M. Ehrenhaft:
il supposait que la vitesse de chute des particules diminuait avec
le rayon, comme ce serait le cas pour des particules possédant
une même densité. En réalité, la vitesse est déterminée non
seulement par le rayon, mais aussi par la densité des particules,
tandis que la mobilité ne dépend que du rayon. On ne peut
donc pas comparer les vitesses et les mobilités. Et si M. Ehrenhaft
trouve que les particules les plus lentes sont aussi les moins
lumineuses, cela tient peut-être au fait que plus la particule est
lente, c'est-à-dire plus sa densité est modifiée, plus petit devient
le pouvoir réflecteur de sa surface. Si cette supposition, comme
cela est très probable, est juste, on parvient à comprendre
pourquoi la méthode optique de M. Ehrenhaft (de détermina-
tion des rayons des particules d'après la couleur de la lumière
qu'elles difîractent) amène à des résultats incompatibles avec
les données tirées du mouvement brownien : cette méthode
n'est applicable qu'à des sphères parfaites dont la surface est
constituée par un métal pur.
§ 10. Influence de la vitesse des particides et de leur charge sur
la moUlité. — L'expression (11) de la mobilité ne dépend pas
de la vitesse propre des particules ; en outre, cette vitesse étant
petite en comparaison de la vitesse moyenne du mouvement
brownien, on ne serait pas porté à lui attribuer une influence
quelconque. Mais il ne faut pas oublier (v. § 4) que parfois la
vitesse du mouvement brownien devient très petite, et c'est à
ces moments là que l'influence de la vitesse propre peut se
faire sentir. D'ailleurs, quelle que soit la cause du phénomène,
il existe. La table XIX contient les u" (proportionnels à la
mobilité) calculés pour les particules de mercure pulvérisé dans
l'arc; le premier chiffre pour chaque particule se rapporte tou-
284
LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
Table XIX
N»
t
m' X 10"
N» t
m' X 10°
- 1
110.0
1.590
101
1
1
55.9
0.773
21.0
6.920
l
27.6
0.875
i
41.6
0.641
102
/
57.0
0.689
98 .
32.3
1.172
l
37.3
1.571
f
77.2
0.682
1
36.4
0.525
99 j
63.0
121.8
0.612
0.894
103
1
14.2
18.4
0.127
0.357
100 j
18.2
53.5
0.511
0.418
45.9
0.620
jours à la chute, les autres aux ascensions (pour les particules
N" 98 et N° 103, on a pu calculer les mobilités correspondant à
différentes charges). On peut résumer les données de la table en
deux règles : 1° aux plus grandes vitesses (plus petites durées de
chute ou d'ascension) correspondent les plus grandes mobilités (^)
(N-^ 97, 98, 100, 101, 102); 2° les mobilités calculées d'après les
durées d'ascension sont en général x>lus grandes que celles calai-
lées d'après les durées de chute (N"" 97, 98, 99, 101, 102, 103 C).
Seuls les chiffres u' = 0,127 et u' = 0,357 (N» 103 de la table)
ne satisfont pas à ces règles ; il faut cependant remarquer que
l'un de ces chiffres est déduit de 5 observations seulement,
l'autre de 7, de sorte que l'erreur possible est très grande. Les
mobilités des cinq particules de M. Ehrenhaft (^) pour lesquelles
il était possible de calculer les u^ d'après les durées d'ascension
satisfont à la première règle deux fois (N°^ VIII et 1), à la seconde
aussi deux fois (N°^ III et 3). taudis que la particule N° 4 ne
satisfait à aucune règle. Chez M. Konstantinowsky (^), sur un
total de 10 particules, la première règle est satisfaite six fois
(N'- II, IIL IV, VII, XII, Hg I), la seconde neuf fois (I, II, III,
IV, VI, VIL VIII, XII, Hg I); la particule Hg II ne satisfait pas
M M. Ettenreich arrive à la conclusion que la valeur de la mobilité
dépend de la direction du mouvement — horizontal ou vertical. ITien
Akad. Ber , 1912, 121, p. 1163.
-) M. Ehrenhaft avait constaté ce phénomène depuis longtemps.
Phys. Zs., 1911, 12, p. 94. _
') Pour ces calculs nous avons utilisé non pas les A-, mais les u-
calculées par nous.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 285
à une seule de ces règles. Enfin, de toutes les observations de
M"" Vogl, seulement deux particules i^N"^ 28 et 31) des quinze
observées ne répondent pas aux règles, tandis que la première
règle est satisfaite 13 fois (N^^ 2, 3, 7, 8, 9, 10, 11, 14, 20, 23,
27, 29, 32), la seconde dix fois (N°« 2, 3, 7, 9, 10, 11, 13, 14, 15,
20). En somme, sur un nombre total de 39 particules, 35 satis-
font aux règles, c'est-à-dire 90 ^yo des particules examinées.
Quoique la précision avec laquelle on peut calculer les m' soit
très petite, il est impossible d'attribuer au hasard les chiffres
qu'on vient de lire. On trouve donc que l'augmentation de la
vitesse propre de la particule (1" règle) et l'influence de sa
charge (2" règle) tendent à augmenter les u", c'est-à-dire à
diminuer les charges calculées. On pourrait en conséquence
supposer que des particules immobiles (suspendues) et non
chargées, possèdent de plus petites mobilités. En efifet, on a vu
(§ 9) que la charge élémentaire des particules mobiles est égale
à 3,52 X 10~^*^ , tandis que M. Perriu trouve pour des parti-
cules suspendues et non chargées le nombre d'Avogadro
N = 6,78 X 10"% ce qui correspond à la charge élémentaire
e = 4,20 X 10"'" .
Les causes de l'influence du mouvement des particules sur la
mobilité peuvent résider non seulement dans l'influence de la
vitesse des particules dans le sens sus-indiqué, mais aussi,
comme nous l'a fait remarquer M. Schidlof, dans les erreurs
personnelles de l'observateur, qui ne s'annulent pas par suite
de la méthode même du calcul des ii\ tous les écarts étant pris
avec le même signe, mais tout au contraire contribuent à
augmenter les u"; évidemment, plus l'observation est courte,
plus grande devient l'influence de cette source d'erreurs. Il est
possible enfin qblissement de la force »
dû aux déformations antérieures. L'affaiblissement de la force
est proportionnel à la durée (infiniment petite) de la déforma-
tion considérée, à la grandeur de la déformation, et à une
certaine fonction du temps écoulé depuis le moment où a
eu lieu la déformation. De plus, tant que les déformations
ne sont pas trop grandes, il admet « qu'il y a superposition
de l'influence des déformations produites à des époques
différentes, c'est-à-dire que l'affaiblissement de la force, dû à
un allongement antérieur, est indépendant des états intermé-
diaires par lesquels le corps a passé. »
Ces suppositions suffisent pour établir les équations du mou-
vement d'un corps isotrope, affecté de réactivité élastique, à
deux fonctions du temps près <p(i) et '^^(t) qui indiquent de
quelle façon l'action affaiblissante des déformations anté-
rieures varie avec le temps.
Boltzmann indique les formules nécessaires pour déterminer
f et ']; par différentes expériences faites sur la torsion des fils,
et calcule la fonction <]> d'après les expériences de Kohlrausch ('),
de Neesen (") et de Streintz {").
En ce qui concerne le problème des oscillations torsionuelles,
Boltzmann établit « que le décrément logarithmique ne dépend
que de la matière qui constitue le fil et naturellement aussi de
son état, par exemple de la trempe et de la température, mais
') Loc. cit.
-) Neesen, " Beitrag zur Kenntniss (1er elastischen Nachwirkung bei
Torsion. » Monatsberichte der Kônigl. Preuss. Akad. d. Wissenschaften,
février 1874.
^) Loc. cit.
294 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
qu'il est indépendant de toute autre condition, loi qui a été
trouvée expérimentalement par Streintz » et qui est exprimée
par la formule théorique (*) :
n- B
OÙ B et A sont deux constantes dépendant de la matière du
fil seulement.
Quelques expériences que Boltzmann a faites avec un fil de
verre, conduisent à la valeur du décrément logarithmique
\ = 0,0161, tandis que le calcul fournit la valeur 0,013, mais
l'auteur fait remarquer qu'on ne pouvait s'attendre à un accord
quantitatif, parce que les observations n'ont pas été effectuées
avec le soin nécessaire, et en particulier parce que l'appareil
n'a pas été protégé contre les courants d'air.
A une époque plus récente, M. W. Voigt (-) a repris l'hypo-
thèse plus ancienne suivant laquelle l'amortissement des oscil-
lations doit être attribué au frottement intérieur des corps
solides. M. Voigt comprend sous le nom de frottement intérieur
« seulement cette force, agissant entre les différentes parties
d'un même corps, qui, à la façon de la viscosité des liquides, se
produit par suite des différences de vitesse à l'intérieur du
corps et qui, par conséquent, cesse d'agir lorsque la vitesse
tend vers zéro. »
De même que Boltzmann, M. Voigt cherche à établir une
relation entre les résultats des observations sur le frottement
intérieur et les constantes individuelles de l'éprouvette étu-
diée (^). Pour établir l'équation du mouvement M. Voigt ajoute,
aux composantes de pression de la théorie d'élasticité, des ter-
mes, fonction linéaire des dérivées par rapport au temps, des
six composantes de la déformation. Dans le cas d'une tigecylin-
^) Boltzmann désigne le décrément par L, au lieu de À.
-) W. Voigt, « Uber die innere Keibung der feslen Kôrper insbesondere
der Kristalle. » Abhandlungen d. Kônigl. Gesellsch. d. Wiss. zu Gôt-
tingen, 1890, 36.
•'') Ces recherches ne se rapportent qu'à des corps homogènes isotropes
ou anisotropes et, selon les idées de M. Voigt, l'application des résultats
au cas des tiges étirées n'est pas admissible d'une manière générale.
AUX BASSES TEMPÉRATURES 295
di'ique ou trouve ainsi, pour des petites vitesses de déformation,
l'expression :
AT
d étant le rapport entre le module du frottement et le module
d'élasticité.
Il en résulte que le 'produit du décrément logarithmique \ et
de la période des oscillations Tdoit présenter une valeur constante
pour une substance donnée.
Les résultats de la théorie de Voigt sont donc en contra-
diction avec la théorie de Boltzmann, car tandis que., selon
Boltzmann, le décrément logarithmique \ est indépendant de la
période T, il est inversement proportionnel à celle-ci, d'après la
théorie de Voigt.
M. Voigt a soumis sa théorie à un examen expérimental (^)
approfondi en effectuant un très grand nombre d'observations
extrêmement soignées et remarquables, portant sur des éprou-
vettes métalliques qui ont été taillées dans des blocs de métal
fondus avec le plus grand soin. Plus récemment des observa-
tions sur des cristaux ont été effectuées également à l'instiga-
tion de M. Voigt par M. F. Schmidt (-).
Nous nous bornons à mentionner parmi les résultats de ces
recherches, que le cuivre et le nickel semblent obéir à la théorie
du frottement intérieur, fonction de la vitesse, tandis que le
cadmium fournit un décrément logarithmique à peu près cons-
tant et semble, par conséquent, se conformer à la théorie de
Boltzmann. Un assez grand nombre de métaux par contre ne
vérifient ni l'une ni l'autre des deux théories.
M. Voigt examine la supposition plus générale que les deux
effets se produisent simultanément, c'est-à-dire que l'amortis-
sement des oscillations est dû en partie au frottement intérieur
') W. Voigt. « Bestimmung (1er Constanten (1er Elastizitât iind Unter-
suchung der inneren Reibung fiir einige Metalle ». Abhandlungen d.
Kônigl. Gesellsch. d. Wtss. zu Gottingen, 18'J2, 38. Un extrait de ce
travail se trouve dans les Annalen d. Phi/sik a. Chemie (Wiedemann),
1892,47, p. 671-693.
-) F. Schmidt, « Ueber die Diimpfung langsamer Biegungs- und Dril-
lungsschwingungen von Steinsalzprismen. » Diss., Goettingue, 1912.
296 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
fonction de la vitesse et en partie à la réactivité du corps, et il
indique des formules représentant le décrément comme somme
de ces deux effets. Cette simple superposition des deux théories
ne suffit d'ailleurs pas pour expliquer l'ensemble des phéno-
mènes observés et constitue une hypothèse encore trop spéciale.
M. Yoigt en conclut qu'une théorie, pour être tout à fait géné-
rale, doit prendre pour point de départ les formules de Maxwell,
qui donnent les composantes de pression sous forme de séries
ordonnées suivant les dérivées, par rapport au temps, des défor-
mations.
Après avoir examiné les principales théories il nous reste à
ajouter quelques remarques relatives aux résultats des diffé-
rents observateurs. La structure des corps solides étant extrê-
mement compliquée et aucune théorie ne conduisant à un
résultat général, conforme aux observations, quelques auteurs
ont interprété leurs expériences au moyen de relations empi-
riques renfermant certains paramètres, constants pour les corps
étudiés. Nous ne croyons pas que ce procédé puisse être d'une
grande utilité.
Il nous semble, au contraire, que le but des recherches expé-
rimentales doit être la constatation de l'influence de chacun des
facteurs qui sont susceptibles d'agir sur Texpérience, telles que
la température, l'amplitude, la période, la longueur et le dia-
mètre de l'éprouvette, etc.
De bonne heure déjà on a cherché à établir le rôle que
joue dans ces phénomènes l'amplitude des oscillations parce
que ce sujet est relativement facile à aborder. Parmi les
expériences faites dans cette direction nous citons celles de
Gauss et de Weber, de Warburg ('), Streintz ('), Brauu ('),
') E. Warburg, « Ûber die Dampfung der Tône fester Kôrper durch
innere Widerstânde», Annalen d. Physik u. Chemie (Poggendorff), 1870,
139, p. 89-104.
-) H. Streintz, loc. cit. et «Beitrage zur Kenntniss der elastischen Nach-
wirkung. » Berichte der Kais. Akad. d. Wiss. zu M^ien, 1880, 80, p. 397-
438.
^) F. Braun, «Ûber elastische Schwingungen deren Amplituden nicht
unendlich klein sind. » Annalen d. Physik u. Chemie (Poggendorff), 1874,
151, p. 51-69, 250-267.
AUX BASSES TEMPÉRATURES 297
Schmidt(^), Wiedemaim {"), Bouasse (^), Voigt, ainsi que celles
qui ont été faites au Laboratoire de Physique de l'Université
de Genève.
Il ne nous est pas possible, dans le cadre restreint de cet
aperçu historique, d'exposer eu détail le contenu de ces nom-
breux travaux, et nous nous bornons à renvoyer le lecteur
aux mémoires de ces auteurs.
Les expériences ont porté sur des fils de soie, de métal, de
verre, de caoutchouc, sur des cordes, des tiges de bois, etc. Le
résultat général qui se dégage de ces travaux, d'une manière h
peu près concordante, peut être résumé comme suit :
Pour chaque fil il existe en général une certaine limite d'am-
plitude au-dessous de laquelle le décrément est pratiquement
constant, en ce sens que les amplitudes diminuent suivant une
progression géométrique. La limite en question ne peut être
établie que par l'expérience.
Au-dessus de cette limite le décrément est une fonction crois-
sante de l'amplitude ; il diminue si l'amplitude décroît.
D'après M. Voigt, la diminution du décrément X, pour des
tiges métalliques, est en général d'autant plus considérable que
la valeur absolue de X est plus grande, et pour une même sub-
stance, la diminution de X est d'autant plus grande que les
oscillations sont plus rapides. M. Voigt croit pouvoir expliquer
ce fait par la supposition que le frottement n'est pas une fonc-
tion linéaire de la vitesse. Il ajoute donc des termes renfermant
la troisième puissance de la vitesse de déformation et arrive
ainsi à la formule :
À = A + Ay-l ,
') P. -M. Schmidt, «Ûber die innere Reibung fester Kôrper», Annalen
d. Physik u. Chemie (Wiedemann), 1877, 2, p. 48-66.
-) G. Wiedemann, «On Torsion >, Phil. mag., 1880, 9, p. 1-15, 97-109.
«Ûber die Torsionen», Annalen d. Physik u. Chemie (Wiedemann), 1879,
6, p. 485-520.
•') H. Bouasse, «Torsion des fils fins», Ann. dePhys.et deChim., 1897,
11. «Pertes d'énergie dans les phénomènes de torsion», Ihid., 1898, 14.
«Sur la théorie des déformations permanentes »,I6ùl, 1901,23. «Sur les
déformations des corps solides »,Ibid., 1903, 29. « Sur la fatigue d'élasti-
cité», Ibid., 1904, 2. «Sur l'amortissement des vibrations» (en coll.
avec M. Carrière), Ibid., 1908, 14.
298 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
OÙ X est le décrément observé pour une valeur a^ de l'amplitude,
A par contre le décrément limite correspondant aux amplitudes
infiniment petites. Cette formule s'accorde bien avec les résul-
tats des expériences de M. Voigt, d'autres observateurs par
contre, en expérimentant sur des fils étirés recuits, ont trouvé
que X est une fonction linéaire de l'amplitude (0-
En ce qui concerne les fils de verre, l'influence de l'amplitude
sur le décrément logarithmique semble être inappréciable dans
les mêmes conditions oii elle est très sensible pour les fils métal-
liques {").
Il importe de remarquer à ce propos que l'inttuence de l'am-
plitude (^) sur le décrément peut être modifiée notablement par
l'accomodation. Cet efï'et a été observé pour la première fois par
Weber, puis étudié par d'autres auteurs, parmi lesquels W.
Thomson (^), mais principalement par M. Bonasse. Il est indis-
pensable de mettre en ligne de compte ce facteur si on s'occupe
de l'influence de l'amplitude.
Beaucoup moins nombreuses que les recherches sur l'influence
de l'ampltiude sont celles qui se rapportent à l'influence de la
période des oscillations. Habituellement on modifie la période
en changeant le moment d'inertie. Mentionnons cependant un
travail de M. Warburg, qui produit la variation de la période
en ajoutant aux forces élastiques développées par la torsion,
des actions magnétiques.
Malheureusement, en dépit de l'importance qu'auraient des
') C.-E. GuyeetH. Schapper, «Sur le frottement intérieur de quelques
métaux aux basses températures», Arch. Sc.phys. et nat., Genève, août
1910.
-) C.-E. Guyeet S. Vassileff, «Frottement intérieur des verres en fonc-
tion de la température», Arch. Sc.phys. et nat., Genève, mars et avril 1914.
^) Afin de réduire l'influence des erreurs d'observation, quelques
auteurs utilisent, pour le calcul du décrément logarithmique, la formule
suivante, indiquée par O.-E. Meyer :
nX= , ^, ,, y log^" ,
in{m + 1) ^ ^jcp '
p=i
où «0» ''i etc. signifient les m élongations observées, séparées l'une de
l'autre par un intervalle de n périodes.
"*) W. Thomson, «On the elasticity and viscosity of metals», Fhil.
mag., 1865, 30, p. 63-71, Proc. Boyal soc. ofLondon. 1865, 14, p. 289.
AUX BASSES TEMPÉRATURES 299
résultats concordants pour la confrontation des théories géné-
rales, les résultats de ces recherches sont très variés.
Il est donc impossible d'en dégager une conclusion simple.
Tantôt c'est l'une, tantôt l'autre des deux théories principales
que nous avons mentionnées qui semble plus ou moins bien véri-
fiée, quelquefois même aucune des deux.
Il semble toutefois que l'amortissement de la plupart des
corps, examinés à la température ordinaire et aux températures
élevées, soit attribuable, en majeure partie du moins, à la
réactivité élastique.
Ceci nous amène à parler du sujet qui nous intéresse plus
particulièrement dans les présentes recherches, c'est-à-dire de
l'influence de la température sur le décrément logarithmique
des oscillations. En 1863, Kohlrausch (\) paraît avoir attiré le
premier l'attention sur le fait que la température exerce une
influence particulièrement grande sur la valeur du décrément.
Ainsi par exemple le décrément d'un fil d'argent était à 21°
deux fois plus grand qu'à zéro.
Dans ces recherches, Kohlrausch utilisa les variations jour-
nalières de la température, et put atteindre, un jour d'été
exceptionnellement chaud, la température de 33°, 4. D'autres
physiciens l'ont suivi dans cette voie ; mentionnons parmi
ceux-ci Streintz, Schmidt, Pisati (-), Klemencié (^), Tomlin-
son (0, G-ray C) et Horton (").
M Loc. cit.
-) Pisati. « Sur l'élasticité des métaux à diverses températures »,
Cimento, 1880, 5.
*) J. Klemencié, « Beitrage zur Keuutniss der innereu Reibung im
Eisen», Berichteder Kais. Akad. d. Wiss. zu Wien, 1879, 78, p. 935-942. Id.,
«Beobachtungen iiber die Dâmpfung der Torsionsschwingungen durch
die innere Reibung», ibid., 1880, 81, p. 791-809.
*} H. Tomlinson, «ïhe effect of magnétisation onthe elasticity and the
internai friction of metals», Pliil. Trans., 188G, 177, p. 801-837.
*) A. Gray, V.-J. Blyth and J.-S. Dunlop. « On the effect of changes of
température on the elasticities and internai viscosity of métal wires»,
Proc. Royal Soc. of Londou, 1900, 67, p. 180-197.
®i F. Horton, «Effect of Changes of Température on the modulus of
Torsional Rigidity of Metall wires. » Exhibtion Research Scholar of the
University of Birmingham. Proc. Royal Soc. of London, 1904, 73.
300 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
Il est à noter cependant que tous ces observateurs n'ont sou-
mis les corps qu'à des variations de température relativement
faibles. Leurs expériences n'ont pas été effectuées au-dessous
de 0° et dans un seul cas on a atteint la température de 126°,
limites trop restreintes pour pei'mettre des conclusions d'une
portée générale.
Afin de combler cette lacune, des recherches ont été entre-
prises depuis plusieurs années, au Laboratoire de Physique de
l'Université de Genève, sous la direction de M. le Prof. C.-E.
Guye (^), ces recherches s'étendant sur un assez grand nombre
de corps (métaux, verres, quartz) et sur un intervalle de tem-
pérature compris entre — 195° et -{- 360°. A toutes ces terapé-
pératures on a étudié l'influence de l'amplitude et de la période
sur le décrément logarithmique, et cela par diverses méthodes.
Parmi les résultats généraux qui ressortent de ces expériences
on peut citer l'augmentation vraiment surprenante que subit
l'amortissement des oscillations aux températures élevées. Dans
quelques cas l'amortissement passe par un maximum à cer-
taines températures (acier ordinaire) ou subit un brusque
accroissement (acier invar) révélant ainsi une transformation
qui s'opère à l'intérieur de la matière.
Aux températures élevées, le décrément logarithmique semble
être indépendant de la période des oscillations du moins dans
la limite peu étendue des observations effectuées. Il est en outre
presque toujours une fonction linéaire de l'amplitude.
Aux basses températures le décrément logarithmique des
oscilltaions subit une diminution le plus souvent considérable.
Cette diminution a pu suggérer l'idée, appuyée du reste par le
théorème thermo-dynamique de Nernst, qu'à une température
plus basse encore l'amortissement des oscillations tendrait à
disparaître, de même que tout autre effet irréversible qui serait
la conséquence de l'agitation moléculaire; mais nous verrons
plus loin qu'on peut faire intervenir d'autres considérations.
1) C.-Fi. Guye et S. Mintz, «Etude sur la viscosité de quelques métaux
en fonction de la température», Arch. Se. phys. et nat., Genève, août et
septembrel908, C.-E. Guye et V. Fréedericksz, «Frottement intérieur des
solides aux basses températures », ibid., janvier, février et mars 1910,
deux autres travaux ont été cités plus haut.
AUX BASSES TEMPÉRATURES 301
Quant au mécanisme moléculaire du frottement intérieur, il
reste encore très mystérieux ; on peut le chercher d'une part
dans l'agitation thermique des molécules et d'autre part dans
des phénomènes d'orientation moléculaire ; on est ainsi amené
à rapprocher le frottement intérieur d'autres phénomènes irré-
versibles, en particulier de l'hystérésis magnétique (^).
La variation du décrément logarithmique avec la tempéra-
ture est certainement un phénomène compliqué, et il y a peu
de chance de pouvoir la représenter au moyen d'une formule
d'interpolation simple, comme celle de Streintz (^) ou celle de
Tomlinson (^).
Des formules empiriques de ce genre n'ont aucune significa-
tion générale et sont, par conséquent, d'une utilité contestable.
Notons encore que Kohlrausch, en se basant sur un petit
nombre d'observations effectuées entre 0° et 33°, 4 seulement, a
cru pouvoir supposer que la chaleur est la principale cause de
la réactivité, et que celle-ci diminue d'une façon asymptotique
lorsque la température décroît. Il est assez remarquable que les
travaux récents cités plus haut confirment en somme cette con-
ception de Kohlrausch.
En résumé, en essayant de dégager quelques conclusions
générales de l'ensemble des travaux passés en revue, nous pen-
chons vers l'opinion émise par M. Voigt que le décrément des
oscillations doit être attribué eu général à deux efiets super-
posés au moins, d'une part au frottement intérieur fonction de
la vitesse, et d'autre part à une réactivité élastique telle que
l'envisage M. Boltzmaun.
Les recherches qui font l'objet du présent travail semblent
venir également à l'appui de cette manière de voir.
M Cf. C.-E. Guye, «Le frottement intérieur des solides», Journal de
Physique, 1912, 2, p. 620-645.
-) Formule de Streintz :
a, fi et y étant des constantes; a représente probablement la partie du
décrément qui est dû à la résistance de l'air; û signifie la température.
•"l Formule de Tomlinson :
À = Àjl + au + bd-) ,
Ao est le décrément à zéro ; a et b sont des constantes.
Archives, t. XLI. — Avril 1916. n
302 SUR LE FROTTEMENT INTERIEUR DES FILS DE QUARTZ
Le point de départ de ces recherches était le suivant :
Les expériences etiectuées précédemment par C.-E. Guye
et S. Vassileti (^) sur le frottement intérieur des verres aux tem-
pératures moyennes et élevées avaient montré que le frotte-
ment intérieur présente alors une très grande régularité. En
premier lieu le décrément est rigoureusement indépendant de
l'amplitude, ce qui n'est qu'exceptionnellement le cas pour les
métaux. Bien que le décrément soit constant, le frottement
intérieur des verres ne peut cependant pas être assimilé au frot-
tement intérieur des liquides; en ce sens que si l'on change le
moment d'inertie sans rien modifier au reste de l'expérience le
cycle est parcouru plus ou moins rapidement et cependant le
décrément reste pour ainsi dire constant. En outre le frotte-
ment intérieur paraît être une propriété physique, parfaitement
détinie, sur laquelle l'hystérésis thermique et mécanique de
l'échantillon n'a que très peu d'influence, à la condition de
recuire préalablement les verres. En résumé le frottement inté-
rieur des verres aux températures moyennes et élevées semble
donc suivre plutôt la loi de Boltzraann.
Il était particulièrement intéressant d'étudier les variations
du frottement intérieur des verres aux basses températures afin
de vérifier d'abord si les propriétés précédentes existent encore
au fur et à mesure que l'état solide est plus complet.
Pour la même raison, il a semblé utile d'étendre, les recher-
ches à des fils de quartz, les résultats devant être, dans ce cas,
d'une interprétation particulièrement intéressante, à cause de
la constitution chimique simple de ce corps. Le décrément d'un
seul fil de quartz avait été étudié à basse température déjà
antérieurement par MM. C-E. Guye et Y. Fréedericksz (').
Cependant cette expérience n'avait pas conduit à une conclu-
sion bien nette, à cause du nombre trop restreint des observa-
tions et à cause de l'emploi d'un double fil de suspension,
introduisant une correction qui est du même ordre de grandeur
que la quantité à déterminer.
Il était donc indiqué de se servir d'un nouveau dispositif qui
*) Loc. cit.
-) Loc. cit.
AUX BASSES TEMPÉRATURES 303
permit d'éviter les inconvénients résultant aux basses tempé-
ratures de l'emploi d'un double til de supseusion, ainsi que
toute autre correction.
II. Principe de la méthode.
La définition du décrément logarithmique donnée par les
divers auteurs n'étant pas toujours la même, nous avons cru
nécessaire de récapituler très brièvement la théorie des oscilla-
tions amorties. Le lecteur trouvera ainsi dans ce chapitre un
résumé des difl'érentes formules dont nous aurons l'occasion de
nous servir dans la suite.
§ 1. Eléments de la tliéorie des oscillations amorties.
Cas du frottement intérieur 'proportionnel à la vitesse.
A l'extrémité libre d'un fil supposé parfaitement élastique,
fixons un disque dont le moment d'inertie par rapport à l'axe
de suspension soit I. En écartant le disque de sa position d'équi-
libre et en l'abandonnant à lui-même, on provoque des oscilla-
tions torsionnelles.
L'équation du mouvement d'un pareil système résulte du
principe connu suivant lequel le moment d'inertie multiplié par
l'accélération angulaire est égal au moment du couple de tor-
sion. Si l'on fait abstraction de l'amortissement du mouvement,
les forces agissant sur le système se réduisent à un couple dû à
la torsion du til de suspension. Ce couple est proportionnel à
l'angle d'écart (compté à partir de la position d'équilibre) et
tend toujours à ramener le système dans sa position d'équilibre.
L'équation peut être mise sous la forme :
•i?--E«. (■)
') E représente le moment du couple de torsion développé dans le fil
les deux sections extrêmes étant tordues l'une par rapport à l'autre
d'un angle égal à un radian (57° 19' 29"). Pour un cylindre de rayon r
et de longueur l, on a en désignant par G le second module d'élasticité.
^="1 w ■
304 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
soit :
d-'oi E
et si l'on remplace :
dï^ = ~T*
E
on a comme intégrale :
et. = Cl sin {cot + Co) . (1)
Pour déterminer les deux constantes c^ et c^ nous admettons
qu'au temps ^ = le disque se trouve dans sa position d'équilibre
a = et possède la vitesse da/dt = Vo. Nous obtenons alors :
a = — sin (o)t) .
co
Le mouvement est alors une oscillation harmonique simple
(sinusoïdale) d'amplitude a^ ^^ = t^o/to. La période de ces oscilla-
tions isochrones est :
Mais en réalité on constate que les oscillations sont toujours
amorties, même si elles se font dans le vide et si l'on empêche
autant que possible que le fil de suspension ne cède de l'énergie
au support auquel il est fixé. Il faut donc admettre qu'il
existe à l'intérieur du fil un ensemble de causes qui ont pour
effet d'absorber d'une façon irréversible l'énergie du mouve-
ment lorsque les diverses parties qui composent le solide se
déplacent les unes par rapport aux autres. C'est à cet ensemble
de causes que nous donnons d'une façon tout à fait générale le
nom de « frottement mtérieur » (^).
D'après l'interprétation habituelle due à Coulomb on admet
que le couple dû au frottement intérieur, qui agit dans un sens
opposé à celui du mouvement, est à chaque instant propor-
') Ce nom comprend donc les deux effets désignés plus haut par les
termes « frottement intérieur fonction de la vitesse » et « réactivité
élastique». C'est dans cette signification générale que le nom « frotte-
ment intérieur» est utilisé dans le présent travail. Nous avons conservé
du reste les deux désignations ci-dessus mentionnées pour les deux
effets qu'il faut souvent distinguer.
AUX BASSES TEMPÉRATURES 305
tiouuel à la vitesse angulaire. L'équation du mouvement est
alors :
soit :
,g + ,| + E, = 0, (3)
équation différentielle bien connue. Si F^ — 4IE < (ce qui
est le cas lorsque le couple provenant du frottement intérieur
est petit) et si nous posons :
F
et
s/
21 = *
4IE - F-
= Cl)
41-
l'intégrale générale s'écrit :
a = Cie~'''8\n(cot + Co) .
Eu comptant le temps à partir d'un moment oii le système
passe par sa position d'équilibre avec une vitesse da/dt = v^
nous obtenons :
a = "^ e-" sin icot) . (4)
Dans le cas d'un mouvement périodique amorti il n'y a pas une
période d'oscillation bien définie. L'on convient d'appeler
« oscillation complète » le mouvement du système compris
entre deux passages consécutifs par la position d'équilibre avec
une vitesse dirigée dans le même sens, et nous appelerons
comme on le fait généralement la durée d'une telle oscillation
complète la pseudo-période. Elle est exprimée par :
-^''"^--a^
T = ^=2.rv/^ /FV" (5)
On voit facilement, que si au temps t^, le système se trouve
') F représente le moment du couple du frottement intérieur pour une
vitesse d'xjdt égale à l'unité. F est donc une constante de dimension
gr. cm- sec~' .
306 SUR LE FROTTEMENT INTERIEUR DES FILS DE QUARTZ
dans sa position d'équilibre, il s'y trouvera aussi aux temps r
t = t, + n— = ti + nT
Ci
(oîi n signifie un nombre entier quelconque). A tous les instants
définis par cette formule la vitesse présente en outre le même
sens. On peut donc dire que les oscillations complètes amorties
sont également isochrones. Cependant la pseudo-période T est
toujours plus grande (^) que la période réelle T,, calculée d'après
l'équation (2).
La vitesse angulaire du système est alors :
i) = ^ = ^ e-" [cos (Oit) - k sin at)] . (6)
Les instants où le disque atteint les écarts maxima de la
position d'équilibre, sont définis par la condition v = parce
*) Si le frottement proportionnel à la vitesse est faible, la durée
d'oscillation n'est qu'extrêmement peu modifiée. Désignant par Tq la
période d'oscillation sans amortissement et par T la période des oscil-
lations amorties, on a :
t; = ' • V ' - 4IÊ = l' - 4Îê) '
et comme le terme négatit est très petit, on peut développer en série et
supprimer les termes d'ordre supérieur. On obtient ainsi :
T F^
— = 1 -f — — .
To ^ 8IE
En remplaçant les deux constantes E et F par leurs valeurs tirées
des équations (2) et (8) :
i^ = -^ et F = ^ ,
on obtient :
^ = 1 + ^.
To Sjt
Le plus grand décrément observé dans nos expériences était
Amax = 0,01 d'où :
;^ = 1 + 1.266 10~^ .
Le rapport diffère^de l'unité d'un millionième environ. On peut donc
remplacer au besoin et sans erreur sensible T par Tq et poser :
= '"v/i
AUX BASSES TEMPERATURES
307
qu'au moment où le mouvement change de sens la vitesse est
toujours nulle. Faisant usage de cette condition, on trouve :
d'où
(ù cos {(ot) — k sin {(ot) = 0,
tg M)
co
Or la tangente reprend toujours la même valeur, lorsque l'an-
gle (dit) a augmenté de ;:, 2;r, 3::, etc., respectivement lorsque
le temps a augmenté de r w, 2:r/a). 3::/co, etc. 11 en résulte
que le temps qui s'écoule entre deux élongations maxiraa
consécutives est toujours le même ; il est égal à la moitié de la
pseudo-période T.
Fig. 1.
Soient a^ , a^ , etc., des élongations maxima successives
observées du même côté de la position d'équilibre (voir la fig. 1)
et t, T -f T, etc., les époques correspondantes, on trouve d'après
l'équation (4) :
% -k- . , ,
a„ = — e sm (cor)
et
_ Vo fc(- + T)
sin (or -|- 27Z)
d'où la relation bien connue :
en posant
= c = e
fcT = A ,
(7)
308 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
soit :
FT
^ = 2Î • ^'^ ^^^
Le rapport de deux élongations maxima consécutives de
même sens est constant, c'est-à-dire indépendant du temps (').
Il en résulte que les amplitudes décroissent suivant une pro-
gression géométrique. La quantité X qui est la différence des
logarithmes naturels de deux amplittides successives.
1+1
log nat ( 1 = A (9)
s'appelle décrément logarithmique des oscillations (').
') Eu égard à l'équation (2) on peut transformer l'expression (8) en
éliminant le moment d'inertie I, et on obtient :
23rF
-) Les élongations maxima consécutives de sens contraire a„ «„
"^n + 1 ''',1+1, 6tc., forment également une progression géométrique,
car on a :
Vo —k- ■ / \
a''= — g sin (ûjt)
et:
a = -^ e ' sin (û>T 4- Ji) = e ^ sin (ûjt) .
Si l'on ne considère que les valeurs absolues on trouve :
donc un rapport constant.
') Pour déterminer la valeur de X il est commode de mesurer l'écart
entre les deux positions extrêmes du disque, le parcours se faisant
toujours dans le même sens, par exemple :
A„B_ = a A„ , ,B„ , 1 = a„ . , ....
n n n, n-t-in-f-i "Ti
On peut facilement démontrer qu'alors :
On a en valeur absolue
""+1
AUX BASSES TEMPÉRATURES 309
Cette loi (de la diminution de l'amplitude) est immédiate-
ment accessible à l'observation et offre un moyen simple pour
vérifier l'hypothèse qui forme le point de départ de la théorie.
Cependant, si on trouve un décrément logarithmique cons-
tant, cela ne prouve pas encore que le frottement intérieur est
proportionnel à la vitesse. Il existe en effet des théories basées
sur d'autres hypothèses, par exemple celles de Weber et de
Boltzmann qui conduisent à la même conséquence d'un décré-
ment logarithmique indépendant de l'amplitude.
Pour contrôler l'hypothèse de Coulomb il faut examiner de
plus si le produit du décrément À par la période des oscilla-
tions T est indépendant delà période. En effet, d'après l'équa-
tion (8a) on trouve :
Si l'on admet que la constante F de l'équation (3) est indépen-
dante de la période, le produit XT doit rester constant pour un
fil donné quel que soit la période ; M. Voigt arrive à la même
Suite de la note
'■'•) de la page précédente.
En posant :
1
;v-2 = ^'
on obtient :
^1 = 9^n >
«„+! = 9^'n = f^n ,
«1 + 1 = 9^n+l = 9\ ,
d'où :
a„ ^„ + ^n 1
«„+l \+, + <+l ^'
En prenant alors l
es logarithmes on a :
/ *„ \
log nat — — = X .
Wi/
(9a)
Si X est petit, on mesurera chaque dixième écart, par exemple a„
a j ,„ a j^ on etc. Le décrément X résulte alors de la formule :
log nat ( — ^ I = lOA . (9&)
Vn + J
310 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
conclusion en traitant le problème d'une manière beaucoup plus
générale.
Il est donc indispensable pour trancher cette question d'étu-
dier l'intiuence de la période sur le décrément logarithmique.
Dans ce but il faut pouvoir modifier le moment d'inertie sans
changer ni la charge du fil ni la forme extérieure du système
oscillant.
§ 2. Remarque sur la signification physique
du décrément logarithmique X
a) Puisque X est très petit dans nos expériences, nous pou-
vons poser :
c' = 1 +A+ ...,
et d'après l'équation (7) :
a
— ^ = 1 + A ,
d'où :
a — a
X = - "-^ . (10)
X représente alors la diminution relative de l'amplitude.
En posant :
a — a = Ja ,
n n-f-l n '
on trouve :
//a = Aa .
La diminution de l'amplitude est donc proportionnelle à l'ampli-
tude actuelle, bien entendu à condition que le décrément loga-
rithmique soit petit et constant. Inversement, si on constate
l'existence d'une diminution Aa satisfaisant à cette condition
n
on peut en conclure que le décrément logarithmique est cons-
tant. Mais on n'a pas le droit d'affirmer que l'hypothèse d'un
frottement intérieur proportionnel à la vitesse est alors vérifiée,
à moins d'avoir la preuve que le produit XT reste constant
lorsqu'on fait varier la période T.
h) Si on ne prend en considération que les forces élastiques,
l'énergie potentielle P du système, écartée de sa position d'équi-
AUX BASSES TEMPÉRATURES 311
libre d'un angle a, est (le moment du couple étant proportionnel
à l'angle de torsion) :
m.
Ea-'
-J
(Ea)da- 2
Lorsque le système a effectué une oscillation, entre deux élon-
gations maxima consécutives a et a^,, du même côté de la
position d'équilibre, l'énergie potentielle du système a diminue.
La perte d'énergie peut être exprimée par :
et comme l'amortissement est petit, on a sensiblement :
enfin :
A? = Ea*A ,
d'où:
et
2A=f. ("
Le double du décrément k représente par conséquent le rapport
de l'énergie absorbée par le frottement intérieur pendant une
oscillation (exécutée entre deux écarts maxima consécutifs du
même côté de la position d'équilibre) à l'énergie potentielle du
système.
En substituant dans l'expression ci-dessus de AP à la place
de E la valeur tirée de l'équation (2) on obtient :
A? = 4n\lX ^, . (12)
Cette formule peut servir pour le calcul de la valeur de l'éner-
gie absorbée, dans des conditions déterminées, à partir des
données des observations.
(A suivre.)
SUR LA NATURE CHIMIQUE
FERMENTS OXYDANTS
A. W. van der HAAR
En 1914, ^f'^G. Woker(^) a publié une hypothèse concernant
la nature et le fonctionnement des ferments oxydants et réduc-
teurs. D'après cette hypothèse les ferments connus sous les noms
d'oxygénase, de peroxydase, de catalase et de perhydridase ne
seraient qu'un seul et même ferment de nature aldéhydique,
dont le fonctionnement dépendrait uniquement du milieu.
En janvier 1915, M. A. Bach (-) a fourni une critique sur cette
hypothèse et, se basant sur ses observations, il est amené à la
conclusion que les quatre ferments susmentionnés ne présentent
pas la nature aldéhydique et ne sont pas identiques ; d'après
lui il s'agit même ici de ferments différents ayant chacun son
individualité nettement définie.
Puis M"'' Woker (') a discuté les expérimentations et la critique
de M. Bach (1. c), ce qui l'amène à conclure que cette critique
n'a guère touché son hypothèse, et à soutenir de nouveau
l'identité et la nature aldéhydique des ferments oxydants et
réducteurs.
^) G. Woker, Ein Beitrag zur Théorie der Oxydationsfermente. Ueber
Peroxydase- und Katalase-Reaktionen des Formaldehyds und Acetal-
dehyds. Berichte derdeutschen Chemischen Gesellschaft, 1914, XLVII, 1024.
^) A. Bach, Sur l'individualité des ferments oxydants et réducteurs.
Arch. des Se. phys. et nat.. 1915, XXXIX, 59.
^) G. Woker. Sur l'identité des ferments oxydants. Réponse à M. Bach.
Arch. des Se. phys. et nat., 1915, XXXIX. 405.
SUR LA NATURE CHIMIQUE DES FERMENTS OXYDANTS 313
Puisqu'il est question ici de la nature chimique des ferments
oxydants, je me permets, sans discuter l'hypothèse de M"' Woker,
d'appeler l'attention sur deux de mes recherches, dont les
résultats ont été publiés en 1910 dans les « Berliner Berichte «
dans un article (^) oii, me basant sur mes expérimentations, j'ai
admis comme très probable que la peroxydase d'hédéra (de
feuille de lierre) fait partie du groupe des glucoprotéides, ce qui
expliquerait tout naturellement l'action de la molécule gluco-
protéide, tandis que cette action peut être accélérée catalyti-
queraent par le manganèse, sans qu'il soit nécessaire que le
manganèse appartienne à la molécule glucoprotéide.
Pour arriver à la généralisation de cette idée, j'avais invité
d'autres expérimentateurs à vérifier mes résultats en se servant
d'autres peroxydases végétales.
Autant que j'ai pu le constater, mon idée exprimée en 1910 a
passé inaperçue, et comme, dans les recherches précitées de
]V[iie Woker et de M. Bach, quoique traitant de la nature chimique
des peroxydases, on n'en a pas dit un mot, je crois devoir
brièvement rappeler mes recherches, en renvoyant à l'article
même ceux que la question intéresse et qui aimeraient à se voir
plus amplement renseignés.
Dans ma première communication, j'ai décrit une nouvelle
méthode pour obtenir des peroxydases absolument sans albu-
mines coagulables, et j'ai appliqué cette méthode à la peroxy-
dase de pomme de terre, dont j'ai démontré qu'elle n'appartenait
aucunement aux albumines coagulables, tout en donnant des
réactions d'albuminoïde, et que la peroxydase de la feuille de
lierre se comporte de même. A l'aide de graphiques, j'ai illustré
la méthode de purification, tout en constatant l'absence de
rapport direct entre la teneur en manganèse et l'oxydation du
pyrogallol en présence du peroxyde d'hydrogène. Je n'ai pas
obtenu, il est vrai, de peroxydases d'une puissance oxydante
aussi intense que celles produites plus tard par M. Bach à l'aide
') A. W. van der Haar, Untersuehungen ûber Fflanzenperoxydasen.
I. Eine neiie Méthode der Peroxydasengewinnung. — II. Die Hedera-
Peroxydase, ein Glucoproteïd. Ber. der deuts. Ch. Ges., 1910, XLIIL
1321-1329.
314 SUR LA NATURE CHIMIQUE DES FERMENTS OXYDANTS
de sa méthode d'ultrafiltration, mais cela ne compte pas pour
le moment.
Dans la seconde communication, j'ai relaté comment, par
l'application de mou procédé de purification combinée avec la
purification à l'aide du sous-acétate de plomb d'après Bach
et Tscherniak, j'ai obtenu une peroxydase d'hédéra, qui, longue-
ment purifiée, montrait des propriétés fort diftereutes de celles
des peroxydases peu ou point purifiées (pour la peroxydase de
pomme de terre le sous-acétate de plomb n'a pas pu sei-vir).
Elle avait e. a, les propriétés suivantes: teneur en cendres 2 7oi
teneur en manganèse 0,0007 "/o ; elle ne se coagulait pas à l'état
d'ébuUition de la solution, elle ne se précipitait pas par le
sulfate d'ammoniaque, elle était presque pure, physiologique-
raent parlant (il n'y avait que quelque catalase et une invertase
douteuse), elle était peu sensible aux acides minéraux et à l'acide
cyanhydrique, beaucoup moins sensible à l'hydrogène sulfuré
et au sublimé (toutes substances auxquelles les peroxydases
impures sont extrêmement sensibles), elle ne contenait pas de
phosphore, elle renfermait N et S, donna,les réactions de Millon,
xanthoprotéine et biuret. Grâce à ses propriétés et surtout au
fait que, à l'inversion par des acides minéraux dilués, il se forma
une substance, qui, à la chauffe, réduisait fortement la liqueur
de Fehling, je fus très fondé à conclure que je me trouvais en
présence d'un glucoprotéide. Toutefois je ne réussis pas encore
à établir à quel dérivé d'hydrate de carbone (aminé), j'avais
affaire: avec le réactif de E. Fischer, il a donné un osazone
jaune ayant son point de fusion à 165" dans l'appareil de Roth.
Quoique la peroxydase de pomme de terre fût un objet moins
favorable, elle aussi a donné une substance ayant une action
fort réductrice sur la liqueur de Fehling, quand on la faisait
bouillir avec un acide minéral dilué.
Voilà pourquoi j'ai avancé l'opinion que la peroxydase
d'hédéra serait un glucoprotéide qui par lui-même, en présence
du peroxyde d'hydrogène, exercerait une action oxydante,
tandis que le manganèse à la faculté d'accélérer catalitiquement
l'oxydation.
Puisque cette opinion s'écarte de l'hypothèse aldéhydique de
M"' Woker, je prends la liberté de la soumettre à l'attention
SUR LA NATURE CHIMIQUE DES FERMENTS OXYDANTS 315
et à la vérification de tous ceux que la question intéresse. —
A propos de l'hypothèse de M"' Woker, que la catalase et la
peroxydase seraient identiques, e. a. par le fait que ces deux
ferments se coagulent à la même température, je me permets
de rappeler les détails suivants de ma publication de 1910:
De mes recherches il résulte que la peroxydase d'hédéra ainsi
que la peroxydase de pomme de terre ne sont pas coagulables
à l'ébulUtiou. Toutefois si des albumines se trouvent dans le
liquide, il va de soi que la catalase et la peroxydase se trouvent
entrainées mécaniquement et au même moment (température
de coagulation de l'albumine qui les accompagne).
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce fait n'a pas le moindre
rapport avec la question de savoir si la catalase et la peroxydase
sont ou non identiques, et même se produit en dehors de leur
molécule.
Utrecht (Pays-Bas), novembre 1915.
COMPTE RENDU DE LA SÉANCE
DE LA
SOCIÉTÉ SUISSE DE CHIMIE
tenue à Fribourg le 4 mars 1916
Présidents: M. le Prof. L. Pelet (Lausanne).
» A. BisTRZYCKi (Fribourg)
» A. PicTET (Genève)
Secrétaire: M. le D"" 6. von Weisse (Lausanne).
Artaires administratives. — F. Kehrmanii et R. Mellet. Sur une nouvelle
série de phosphotungstates. — Fr. Fichter. Nouvelle explication de la
formation électrolytique de l'urée. — E. Briner. Recherches sur l'eau
régale. — J. V. Dubsky. Microanalyse organique simplifiée. — J. Amann.
Observations relatives à la réaction d'Abderhalden. — J. Piccard. A pro-
pos de la preuve de la constitution du benzène. — K. Schweizer. Contri-
bation à l'étude de la désamination. — J. V. Dubsky. Sur les 3.5-dicéto-
pipérazines. — S. Reich. Sur les acides m-nitrobromociunaniiques. —
A. Bistrzycki et W. Schmutz. De l'action des 1,2-diamiues sur quel-
ques lactones. — A. Bistrzycki et F. Kuba. Condensations des thiophénols
et de leurs éthers.
M. le prof. L. Pelet, président, présente son rapport sur l'année
écoulée. Il y mentionne, entre autres, que l'inscription de la Société
au Reg-istre du Commerce a dû, en raison des circonstances actuel-
les, être ajournée et sera l'objet des soins du futur Comité.
Les comptes du Fonds Werner sont approuvés, après lecture du
rapport des vérificateurs, MM. Fichter et Reverdin.
18 nouveaux membres sont admis, ce qui porte à 407 le nombre
actuel des membres de la Société.
Il est procédé à l'élection du Comité pour les années 1916-1918.
Sont nommés: MM. les prof. M. Ceresole (Zurich) président, Ph.
A. Guye (Genève) vice-président et A. L. Rernoulli (Bâle) trésorier.
Un échang-e de vues a lieu au sujet de l'approvisionnement des
laboratoires scientifiques. Après discussion, l'assemblée renvoie
cette question au nouveau Comité et le charge de faire éventuelle-
ment les démarches nécessaires pour faciliter aux directeurs de
ces laboratoires l'acquisition des produits chimiques dont ils ont
besoin.
SOCIÉTÉ SUISSE DE CHIMIE 317
Communications scientifiques
F. Kehrmann et R. Mellet (Lausanne). — Sur une nouvelle
série de phosphotungstates.
Parmi les composés complexes que l'acide molybdique forme
avec les acides arsénique et phosphorique, on connaît une série de
sels de la formule g-énérale 3M0 . As^O^ , 6M0O3 + aq., qui ont été
décrits en 1888 par Pufahl. Eu revanche, les sels complexes ana-
logues de l'acide tun^-stique sont restés inconnus jusqu'ici. Les
auteurs, reprenant un ancien travail sur ce sujet (^), ont réussi à
préparer une série de sels de la formule 3M0, PoO^ , 6WO3 +aq.
En faisant recristalliser dans l'eau un sel de sodium auquel avait
été attribuée alors, sous toutes réserves, la formule 1 iNa^O ,
SPjjOj , lOVVOj + obHjO , ils ont obtenu le sel sodique de la nou-
velle série, sous la forme de gros prismes incolores à éclat soyeux,
formés d'agrég-ats d'individus plus petits. Ce sel est très soluble
dans l'eau et possède une saveur sucrée, avec arrière-goût métal-
lique et amer. Le sel de potassium, 'M\^0 , PjOj , 6WO3 + 1 iH^O ,
est moins soluble et bien cristallisé; celui d'ammonium forme des
prismes incolores, à éclat vitreux, peu solubles dans l'eau froide ;
le sel d'argent est un précipité gélatineux.
Fr. FiCHTER (Bâle). — Nouvelle explication de la fornintion
électroly tique de l'urée.
Pour expliquer la formation d'urée dans les solutions concen-
trées de carbamate d'ammoniaque soumises à l'action du courant
continu en présence d'un grand excès d'ammoniaque, l'auteur
avait précédemment admis une oxydation anodique de l'ammo-
niaque en hvdroxylamine, puis une réduction du carbamate en
formamide, et enfin une oxydation de la formamide en urée. Mais,
si la troisième de ces réactions est réalisable, la seconde ne l'est
pas. Il fallait donc trouver une autre explication. En collaboration
avec M. le D"" Steiger, l'auteur a observé que l'urée prend nais-
sance dans une solution ammoniacale de carbamate d'ammonia-
que, non seulement par oxydation électrolytique, mais aussi par
oxydation au moyen du permanganate, du perhydrol ou de l'ozone.
A côté de l'urée, il se forme toujours des quantités notables de
nitrate d'ammoniaque; cela permet de supposer que l'urée provient
d'une déshydratation du carbamate. Etant donné que la chaleur
de formation du nitrate d'ammoniaque est considérable, elle suffi-
rait à provoquer cette déshydratation, tout en restant localisée aux
') Zeitschrifb anorg. Chemie, 1892, I, 439.
Am-.HIVES. t. XLI. — Avril 191(). 22
318 SOCIÉTÉ SUISSE DE CHIMIE
endroits (surface anodique, bulles d'ozone, g-outtes de solution de
permanganate) où l'oxydant est en contact avec le carbamate, et
bien que la masse principale de la solution se trouve à la tem-
pérature voisine de 0° qui est indispensable pour maintenir sa con-
centration.
E, Briner (Genève). — Recherches sur l'eau régale.
Malg-ré l'emploi courant que l'on en fait depuis long-temps,
l'eau rég"ale a été fort peu étudiée au point de vue des réactions
dont elle est le sièg-e. La réversibilité de ces réactions, qui n'appa-
raît que vag-uement dans les travaux antérieurs, a été établie par
plusieurs séries d'essais. Lorsqu'on fait réag-ir l'un sur l'autre, en
tubes fermés et à des concentrations suffisantes, les acides nitrique
et chlorhydrique, il se forme une deuxième phase liquide, qui est
en équilibre avec la phase aqueuse, et qui renferme surtout NOCl
et Cij . Le système à trois phases ainsi obtenu est monovariant, et
présente à 0° et 21° les tensions 2,85 et 5,2 atm. Conformément à
la théorie, la réaction
3HC1, aq. + HNO3, aq. = NOCl + Cl, + H2O ,
qui est favorisée par l'élévation de la température, est endother-
mique, et l'est d'autant plus que les acides sont plus dilués.
L'auteur poursuit des recherches analogues sur d'autres systè-
mes à trois phases, formés à partir de l'ation de l'iminodiacétamide dans le vide fournit des
traces de Timide, à côté d'une grande quantité de l'amide non
altérée. Le résidu de cette sublimation est la 2-5-dicéto-1-4-diacét-
amide-hexahydro-1-4-diazine (III). L'acide nitrique absolu con-
vertit l'iminodiacétimide en un dérivé nitré (IV) qui, en solution
aqueuse, passe à l'état d'un corps bleu indigo amorphe et insolu-
SOCIÉTÉ SUISSE DE CHIMIE 325
ble dans tous les dissolvants. L'acétylimide V, introduite dans
l'acide nitrique absolu, reste inaltérée. La méthylimlde VI se com-
porte tout autrement : à froid on n'obtient pas de produit déter-
miné, mais à la température d'ébuUition de l'acide nitrique il se
forme de beaux feuillets cristallins de la composition C^ H^ 0^ N,,
que l'auteur considère comme étant la 2-3-5-6 tétracéto-1 -méthyl-
hexahydro-1-4-diazine (VII) (travail de M. Petters).
L'acide nitrique absolu transforme la S-B-dicéto-l-acétamide-
hexahydro-1-4-diazine (VIII) en acide tétracéto-hexahydro-1-4-
diazine-i -acétique (IX). La phényliminodiacétimide (X) donne
dans les mêmes conditions un dérivé dinitré (XI) (travail de
Mlle w.-D. Wensink).
En partant de l'iminodipropionitrile
NH(cH<CH3y^,
et en passant par les intermédiaires
NH(cH<gH.jj)^, Nh(cH<CH.^hJ^ ^, Nh(cH<CH^. ^^^^J^ ,
on arrive à Viminodipropioniniide (XII). Le résidu de la subli-
mation de ce dernier corps est un composé Cg H^g 0^ Ng qui
correspond probablement à la formule XIII. Traitée par l'acide
nitrique absolu, l'iminodipropionimide fournit la nitramine (XIV),
tandis que son dérivé acétylé (XV) reste inaltéré (travail de M"" St.
Izdebska-Domanska et de M"» W.-D. Wensink).
L'étude de la série iminobutyriqiie n'a pas encore donné de
résultats définitifs. En soumettant l'iminodibutyronitrile (XVI) à
l'action de divers ag-ents saponifiants, on a obtenu, tantôt l'acide
amino-isobutyrique NH2-C(CH3)2 - COg H, tantôt son anhydride
interne (XVII). En employant le peroxyde d'hydrog-ène, on voit se
former, avec un rendement très faible, un corps bien cristallisé de
la formule C,„ H,.. 0^ N^ ; il semble que, dans ce cas, le nitrile soit
décomposé en diamide et acétone, qui se condenseraient pour
donner naissance à un corps possédant la formule XVIII.
"N < COÎch"! > N« HN < CHjyCO y ^^
I II
ILN-CO-CIL-N < colQ^, > N-CH.-CO-NHo
III
NOo-N < cH^Ico > NH CH3-CO-N < cS!'-CO > ^"^^
IV V
326 SOCIÉTÉ SUISSE DE CHIMIE
CH3-N<g|:g^>NH CH3-N<C0-C0>NH
VI VII
H2N-CO-CH2-N < ch!IcO > ^^ HOoC-CHo-N < qqI^q > NH
VIII IX
CeH,-N < c^^i^Q > NH (NO„)2CeH3-N < gg;_g^ > NH
X XI
HN <^ CH(CH3)-C0 >s, faTT HN <r' CH(CH3)-C0 n^ ■vr.-fju
XII XIII
NO -Tvr <^ ^^' CH.j)-CO N^ •^TTT pTT _po -N <^ CH( CH3)-C0 v.^ -j^tt
^Uo ^^^CH(CH3)-C0^^" ^"3 ^*^ ^^CH(CH3)-C0'^^^
XIV XV
XVI XVII
/ ,CH3
,N Cf CH3
CH.v. p/ V \CONH..
CHj^^X / /CONHo
^N C^CH,
\ ^CH3
XVIII
s. Reich (Genève). — Sur les acides in-niti-obromocinnaini-
ques (avec M. S. Kœhler et M"^ E. Liibeck).
En faisant agir la potasse alcoolique sur l'acide m-nitro-phényl-
a.^- dibromopropionique, on obtient l'acide m-nitro-a-bromocin-
namique, NOj,-CgH, - CH=CBr-COOH, fusible à 116'. Sous l'in-
fluence de certains ag-ents chimiques ou de la lumière solaire, cet
acide se convertit en un stéréo-isomère qui fond à 217°.
En faisant ag-ir l'acide bromhydrique sur l'acide m-nitro-phé-
nylpropiolique, on obtient l'acide m-nitro-[3-bromocinnamique,
N02-C,H,-CBr=CH-C0OH, fusible à 186°. Exposé à la lumière
solaire, cet acide se transforme en un stéréo-isomère qui fond
à 132°. Les auteurs ont fait une étude comparée des propriétés
additives de ces quatre acides et des phénomènes d'isomérisation
auxquels ils donnent lieu.
A. BisTRZYCKi et W. ScHMUTz (Fribourg"). — De r action des
4 ,2-diainines sur quelques lactones.
Les 1 ,2-diamines peuvent, comme l'ammoniaque, entrer en
réaction avec les lactones. Les auteurs ont examiné à ce point de
SOCIÉTÉ SUISSE DE CHIMIE 327
vue, parmi les diamines : les 1,2-phénylène- , 4-éthoxy-1,2-
phénylène-, 1,2 et 1 ,8-naphtylène- et 1,2-éthylèiie-diamines, et
parmi les lactones: la valérolactone, la phtalide, la phénolphta-
léine, la lactone o-oxy-diphénylacétique et la lactone 5-méthyl-
2-oxy-triphénylacétique.
Les diamines aromatiques donnent avec les lactones des acides-
alcools, par perte de 2 molécules d'eau, des composés du type I,
et avec la lactone o-oxy-diphénylacétique, par perte d'une molé-
cule d'eau, des composés du type II.
Avec cette dernière lactone, l'éthylène-diamine forme un pro-
duit d'addition du type III, qui perd de l'éthylène-diamine à haute
température.
La phtalide et Téthylène-diamine fournissent le produit d'addi-
tion IV, qui à 240° donne le composé V. Ce dernier se comporte
comme une aminé tertiaire, en ce sens qu'il fixe 3 atomes de
brome, ou 2 atomes d'iode (formule VI).
L'hydrog-ène du groupe méthylénique du noyau phtalidique est
plus facilement remplaçable que celui du groupe éthylénique.
L'oxydation a fourni les composés VII et VIII, et l'action du
soufre à haute température le corps IX.
CeH,
CH-
\n/
OH
H
[I
CO-NH-CH.,-CHo-NH,
HOHoC
CO-NH-CH,-CHo-XH-CO
IV
CHjx /CH
N-CHo-CHo-N
co / \ co
V
CHo, CH;
NL-CHo-CHo-N
328 SOCIÉTÉ SUISSE DE CHIMIE
CO /CH;
N-CH2-CH2-N
\C0/ \ CO
VII
'N-CH2-CH2-N'
CO/ \co/^
VIII
=7 C
N N
-' I I
CO ' CHo-CHo '^CO/
IX
La lactone 5-méthyl-2-oxy-triphénylacétique n'est entrée en réac-
tion avec aucune des diamines mentionnées, après avoir été sou-
mise avec elles à un simple chauffag-e.
A. BisTRZYCKi et Franz Kuba. — Condensations nucléaires
des llnophénols et de leurs éthers.
Ces condensations ne semblent pas avoir été étudiées jusqu'ici ;
elles sont cependant faciles à réaliser. Lorsque, par exemple,
on chauffe, en solution benzénique, l'acide benzilique et le thio-
anisol en présence de chlorure stannique anhydre, il se forme
Vacide niétlujl-niercapto-triphénylacétique (très probablement
para) :
iCeH,)o=C / )>SCH3 .
COOH
Cet acide se dissout dans l'acide sulfurique concentré avec une
coloration roug-e-violet et se laisse décarbonyler de la même ma-
nière que l'acide p-oxy-triphénylacétique (Bistrzycki et Herbst).
On obtient alors le carbinol
(C6H5)2=C-C6H4-SCH3
OH'
qui est coloré en jaune et se convertit en chlorométhane
> {C6H5)o=CCl-C6H,-SCH3
lorsqu'on traite sa solution éthérée par le g-az chlorhydrique sec.
Malheureusement, ce dérivé chloré ne perd pas du chlorure de
méthyle, mais du g-az chlorhydrique, lorsqu'on le chauffe dans
SOCIÉTÉ SUISSE DE CHIMIE 329
une atmosphère d'anhydride carbonique. On ne peut donc obtenir
de cette manière la thiofuchsone
(C6H3)2=C=C6H4=S .
L'élimination du méthvle par l'acide chlorhvdrique ou le chlo-
rure d'aluminium s'est montrée extrêmement difficile, comme du
reste cela a été observé dans des cas semblables.
Lorsqu'on ajoute 4 mol. de brome (^dissous à froid dans la
potasse étendue) à une solution diluée de méthylmercapto triphé-
nylacétate de potasse, qu'on chauffe à 80° et qu'on neutralise par
l'acide sulfurique, il se précipite Vncide ntétlnjlsiilfoxylripliénijl-
acétiqiie :
(CgH^jo^C-CgHi-SO-CH, .
COOH
Celui-ci fournit, par oxydation au moyen du permang-anate, le
dérivé sulfoné correspondant, lequel, soumis à la décarbonylation
par l'acide sulfurique, se convertit en inélhyl-siilfo-triiiliénylcai--
biiiol
(C6H,)2=C-C6H4-S0,-CH3 .
OU
Ce dernier se présente sous deux modifications, fusibles à 132°
et à 178°.
Le thiophénol se condense avec l'acide benzilique lorsque, sur
la solution de ces deux corps dans l'acide acétique glacial, on fait
ae^ir l'acide sulfurique concentré en maintenant la température à
i0-i5°. Le produit de cette réaction constitue très probablement
V acide p-mercapto-triphénylacétique
(CeHJo^C-CgH.-SH .
COOH
Il donne par décarbonylation un carbinol que l'on n'a pas réussi
jusqu'ici à obtenir à l'état cristallisé, l^orsqu'on le laisse dans le
vide sur de l'acide sulfurique, ou lorsqu'on le chauffe, il prend
une couleur roug-e-cerise très prononcée ; il passe probablement
par déshydratation à létat de thiofuchsone.
On peut aussi condenser le thio-anisol avec l'acide diphènvlène-
g-lycolique. D'autres essais de condensations semblables sont actuel-
lement en cours.
COMPTE RENDU DES SÉANCES
SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE
DE GENEVE
Séance du J 7 février 1916
Prof. Prévost. Expériences sur le cœur de la grenouille. — Raoul Boissier.
Le charriage des alluvions en suspension dans l'eau de l'arve. — L.-W.
Collet. La prise d'échantillons d'eau en profondeur dans les rivières. —
A. Monnier. Une réaction nouvelle des persulfaies et des perchlorates.
M. le Prof. D"" Prévost donne le résumé d'expériences qu'il a
faites sur le cœur de la grenouille et montre des tracés con-
firmalifs de l'action de diverses substances appliquée sur le
cœur.
\° Substances aug-mentant l'énergie de la contraction tels sont:
le benzoate et le citrate de caféine et la théobromine. La caféine
surtout donne lieu à une très forte aug-mentation de l'amplitude
des systoles, avec un ralentissement du rythme. Une modification
fi'équente (surtout à la suite de fortes doses) de l'excitabilité
électrique: l'extra systole manque souvent, avec un très long- pro-
longement de la diastole, quand on fait une série d'excitations
rapprochées.
2» Substances arrêtant le cœur ou le paralysant. L'upas antiar
et la digitaline n'offrent pas g-rand intérêt, le cœur, comme on
le sait, s'arrête avec systole du ventricule et diastole des oreillettes,
sans pouvoir être modifié par d'autres substances.
Les sels de potassium (chlorure, iodure) sont considérés comme
paralysants du cœur en s'adressant à sa musculature. Le cœur
arrêté par les sels de potassium peut être réveillé par la caféine
et la diurétine (salicylate de théobromine) contrairement à ce que
SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE 331
l'on polirait attendre. Les sels de sodium n'ont pas d'action notable
et ne paralysent pas le cœur comme ceux de potassium.
La inuscarine et la pilocarpine arrêtent (comme on le sait) le
coeur en diastole en excitant les centres d'arrêt situés dans le cœur.
\J atropine qui paralyse ces centres, ainsi que le nerf vague, fait
rebattre le cœur muscariné.
La cajéine peut aussi réveiller les contractions du cœur mus-
cariné, mais par un autre processus que l'atropine, en s'adressant
au muscle lui-même ; on constate alors une augmentation de
l'énergie de la contraction ; ce qui n'a pas lieu avec l'atropine qui
rétablit simplement la contraction sans l'exagérer. Il semble ainsi
probable que la caféine agit sur le muscle cardiaque lui-même
dont elle augmente le tonus.
D'autres substances assez nombreuses ont été étudiées par
M. Prévost, mais n'ont pas fourni de résultats intéressants: tels
sont Varée, la veratrine, la cy Usine, le chlorure de baryum, le
glycose, les seh biliaires, laspartéine, iecuzare, Vasparagine,
la delphinine.
M. Raoul BoissiER fait une communication sur le charriage
des alluvions en suspension dans l'eau de l'Arve.
En 1890 M. Baëff fit une thèse de doctorat intitulée « Les eaux
de l'Arve». Nous trouvons dans cet ouvrage la valeur des matières
en suspension transportées par ce cours d'eau par jour, par mois
pour l'année 1890. Les données de M. Baëff sont basées sur une
seule prise d'échantillon par jour. Or une unique prise par jour,
sauf pour quelques mois de l'hiver n'est pas suffisante pour le
calcul du volume des matières transportées par la rivière.
Dans une note récente M. L.-W. Collet (^) a attiré l'attention
sur les erreurs que l'on pouvait commettre en déterminant le trans-
port des matériaux en suspension dans un cours d'eau à régime
glaciaire en se basant sur une seule prise par jour. Sur les conseils
de ce dernier auteur, M. Boissier a étudié depuis dix mois les
variations dans la teneur en sable de l'eau de l'Arve à la surface
comme en profondeur. Il arrive à la conclusion que dans un cours
d'eau comme l'Arve, à régime torrentiel greffé sur un régime
glaciaire atténué, il est indispensable d'étudier avec attention les
crues pendant lesquelles d'une heure à l'autre, la teneur en sable
peut varier du simple au double. Les chiffres ci-dessous en sont
la meilleure démonstration.
') Deuxième note sur le charriage des alhivions dans certains cours
d'eau de la Suisse. Actes de la Société Helvétique des Sciences naturelles.
IL 1914. p. 126-128.
332
SOCIETE DE PHYSIQUE
Exemples de variations brusques des matières transportées.
1915
7 Juin 9.30 S. = 9.610 gr. par lit.
14 » Midi =0.810 » » »
10 Juillet 8 M. = 1.530 » » »
14 > 5.30 » = 3.150 » V »
12 Nov. 3 S. = 1.530 » » »
10.30 S. = 20.864 gr. par lit.
1 » = 2.960 » » >
9 M. = 2.980 » » »
6.30 » = 7.420 » » »
4 S. = 0.610 » » *
Au moyen d'un appareil de sa construction M. Boissier a pré-
levé des échantillons d'eau aux différents points des ordonnées
d'un profil en travers de l'Arve tout en mesurant la vitesse de l'eau
au moyen d'un moulinet.
Ces déterminations montrent que la répartition des alluvions
dans les différentes couches d'eau est avant tout fonction de la
vite.sse. Dans l'un des profils étudiés les polyg-ones des vitesses
présentent des irrég^ularités assez sensibles. Or ces irrég^ularités se
retrouvent exactement, mais plus exat^'érées, dans les polvi^ones du
sable en suspension. Le tableau ci-dessous permet de se taire une
idée des écarts qu'il y a dans la teneur en sable de l'eau à la sur-
Face jusqu'à 0.30 m. au-dessus du fond.
Teneur en sable à différentes profondeurs.
1915 Profond. Surface 2.00 1 1.20 0.80 1 0.65
29 Avril Gr.p.lit. j 0.150 0.552 0.952 1.140
0.30 1
4.370
r.o, -.«^ . Profond.
22 Mai
Gr.p.lit.
Surface 2.30
0.310
1.65
0.460
0.65 0.30
1.260 3.940
Profond. Surface 2.50 2.00 1.00 0.80 0.65 0.30
Gr.p.lit. 2 640 2.940 3.250 6.000 11.670 16.960
6 Nov.
Profond, j Surface 2.70 i 1.20
Gr.p.lit. I 2.120! 2.150
0.65 0.30
5.280 137.718
Les profondeurs sont données en m. depuis le fond.
Par l'étude des prises de fond M. Boissier croit pouvoir
arriver à la conclusion, que les crues glaciaires transportent des
matières relativement fines et bien réparties. Tandis que les crues
dues à des pluies transportent des matières encore g-rossières, qui
sont concentrées dans les rée;"ions voisines du fond.
Ces quelques chiffres montrent, pour le cas de l'Arve, que plus
l'on se rapprochexdu fond, plus la teneur en sable est forte. Il coule
durant les crues, pour ainsi dire une sorte de rivière de sable sur
le lit.
M. Boissier explique cette forte charge en alluvions des couches
d'eau profondes par la présence de tourbillons qui naissent sur les
ET D HISTOIRE NATURELLE DE GENEVE
333
aspérités du lit et qui provoquent la remontée du sable dans les
couches d'eau supérieures.
Les résultats ci-dessus montrent clairement le danger qu'il
y a à utiliser pour le calcul du colmatage d'un bassin d'ac-
cumulation ou d'un lac des chiffres n'indiquant que la teneur
en sable du cours d'eau en surface.
M. Boissier annonce qu'il publiera prochainement, la série com-
plète de ses observations. Il remercie en terminant la Direction du
Service des Eaux du Département Suisse de l'Intérieur qui lui a
prêté aide et conseil durant son étude.
M. L.-W. Collet (Berne) présente quelques remarques au sujet
de la prise d'échantillons d'eau en profondeur dans les
rivières.
Ayant eu connaissance déjà en 1915 de quelques-uns des inté-
ressants résultats obtenus par M. Boissier, sur l'Arve à Vessy près
Genève, M. Collet s'est donné pour tâche de contrôler l'appareil
employé par M. Boissier. Les résultats obtenus par ce dernier sont
en effet si importants, au point de vue scientifique comme au point
de vue technique, qu'il était désirable de savoir si l'appareil
par lui employé fonctionnait bien et si les résultats obtenus ne
pouvaient être mis en doute.
Au moyen d'un appareil construit sur un principe tout différent
M. Collet a fait effectuer en deux points différents d'un profil en
travers de l'Arve des prises au moyen de l'appareil de M. Boissier
et au moyen de l'appareil construit sur les indications du Service
des Eaux du Département suisse de l'Intérieur. Le tableau ci-
dessous donne une idée des résultats obtenus :
Essais effectués le 4. VIII- 1915 sur l'Arve, à la machine hydraulique de
Vessy, en deux points différents du profil.
Profondeur à partir
Appareil Service des Eaux
Appareil Boissier
de la BDrfaoe
gr. par litre
gr. par litre
N-^ 1
0,00
1,000
1,129
0,50
1,040
1,140
1,00
1,033
1,146
1,50
1,236
1,232
2,00
1,341
1,354
Archives, t. XLI. — Avril lfll6.
334
0,00
0,50
1,00
1,50
2,00
SOCIETE DE PHYSIQUE
N° 2
I 0,981
1,001
1,059
1,165
1,349
0,970
1,055
1,101
1,131
1,158
Les chiffres ci-dessus montrent clairement que l'appareil de
M. Boissier fonctionne très bien et que les résultats par lui obtenus
doivent être exacts.
M. Collet publiera dans le courant de l'année une description
de l'appareil utilisé par le Service des Eaux du Département suisse
de l'Intérieur ainsi que les résultats obtenus sur la teneur des allu-
vions en suspension dans l'eau du Rhône, à différentes profon-
deurs, à la station limnig-raphique de la Porte du Scex.
M. le Prof. A. MoNNiER. — Une réaction nouvelle des per-
sulfates et des perchlorates.
L'auteur signale une nouvelle réaction des persulfates et des
perchlorates. Le réactif employé est une solution aqueuse de bleu
de méthylène à 0,5 Vo-
Ce réactif, ajouté g-outte-à-g-outte à une solution renfermant un
persulfate alcalin, produit une coloration violet-rose avec fluores-
cence verte ; cette coloration est due à la formation d'un précipité
ténu, qui se dépose lentement au fond du tube.
Si l'on filtre le précipité violet et qu'on le lave à l'eau, la teinte
vire au bleu foncé. La réaction est d'une grande sensibilité : on
peut nettement caractériser la présence de persulfate d'ammoniaque
ou de potasse dans un liquide en renfermant 5 centigrammes par
litre. Il faut opérer à la température ordinaire, car, en chauffant,
le précipité se dissout en donnant une solution bleue, qui se dé-
colore si l'on maintient l'ébuUition.
Les perchlorates réagissent de la même manière que les persul-
fates, mais le précipité est violet-bleu; la réaction est, de ce fait,
moins sensible. Cependant, même dans des solutions très diluées,
on distingue nettement la fluorescence verte, après quelques
minutes de repos.
On peut caractériser par ce procédé, la présence des persulfates
et (les perchlorates, en présence de la plupart des autres oxydants,
à l'exception toutefois des chromâtes.
Le bleu de méthylène produit un précipité bleu foncé dans les
dissolutions de certains sels, notamment des iodures alcalins ; mais
il ne réagit pas avec les bromures, chlorures, hypochlorites,
chlorates et nitrates, de même qu'en présence d'eau oxygénée, de
peroxydes alcalins et de perborates.
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 335
Séance du 2 mars
J. Leuba. Sur les épithéliums respiratoires et l'appareil lingual chez Spe-
lerpes adspersus. — Ed. Sarasin et Th. Tommasina. Contirmatioa expé-
rimentale de l'explication théorique de l'elïet Volta. — A. Schidlof. Sur
la volatilisation des sphérules de mercure en suspension dans un gaz. —
J. Briquet. Les nervures incomplètes des lobes de la corolle dans le
genre Adenostyles.
J. Leuba. — Sur les épithéliums respiratoires et l'appareil
lingual de Spelerpes adspersus, Peterson.
Spelerpes adspersus est un urodèle apneumone de la famille
des Salamandrides, S. F. des Plethodontines.
De nombreux individus de cette espèce ont été trouvés par
MM. Fuhrmann et Mayor, lors de leur voyag-e d'exploration scien-
tifique en Colombie, en 1910; ils ont tous été récoltés dans la
vallée du Cauca, à 2000 mètres d'altitude.
Spelerpes adsp. est absolument dépourvu de poumons; mais il
porte la trace d'un appareil pulmonaire, sous la forme d'un sillon
médian, ventral, profond, situé immédiatement en arriére du pla-
code dentaire du parasphénoïde ; ce sillon est manifestement
l'homolog-ue d'une fente trachéale ; sa situation topog-raphique le
démontre, car elle est exactement la même que chez Triton alpestris ;
chez les deux espèces, cette formation se trouve dans la région de
la vésicule auditive.
Spelerpes adsp. supplée à la respiration pulmonaire absente
par la respiration cutanée, et très probablement par la respiration
bucco-pharyng-ienne. La respiration cutanée acquiert, chez cette
espèce, une importance très g-rande, du fait que le réseau capil-
laire cutané, dont les mailles sont denses, a sa surface augmentée
par des renflements nombreux; les capillaires paraissent s'incrus-
ter dans i'épiderme et sont au contact immédiat des cellules
épithétiales, sans l'intermédiaire d'un périthélium. Çà et là, on les
voit arriver jusqu'au contact de la cuticule. Ce réseau est étendu
à toute la surface du corps, du museau à la queue.
L'épithélium de la bouche et du pharynx, jusqu'à l'entrée de la
fente trachéale rudimentaireest pourvu d'un réseau semblable extrê-
mement dense, fourni par les artères pulmonaire, pharyni>ienne,
maxillaire externe, dont les capillaires et leurs renflements pénè-
trent parfois jusqu'au niveau de l'assise supérieure de l'épithé-
lium.
Les incrustations capillaires s'arrêtent à l'entrée de la fente
trachéale ; dans l'oesophage, elles ont disparu complètement.
336 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
La présence de ce réseau dans la bouche et le pharynx, la per-
sistance des muscles respiratoires, dilatateurs et constricteurs du
pharynx, et divers autres faits de structure (\), donnent à penser
que Spelerpes adsp. possède une respiration bucco-pharyng-ienne,
capable d'apporter un appoint appréciable à la respiration cuta-
née ; cependant, ce dernier mode est de beaucoup le plus important
à cause de l'étendue beaucoup plus g-rande du réseau capillaire
cutané.
La langue. — Spelerpes adsp. se nourrit d'insectes, qu'il
saisit à la manière des caméléons, en les collant à distance sur un
plateau linguel protractile.
L'appareil ling-ual se compose d'un plateau, d'une tig-e et d'un
squelette sur lequel s'insèrent des muscles protracteurs et rétrac-
teurs.
Le plateau est une masse g-landulo-musculaire fixée à sa partie
antérieure sur une tig'e squelettique — le basi-hyal — autour de
laquelle il peut opérer un mouvement de bascule en avant. Le
basi-hyal s'appuie lui-même sur les premier et deuxième arcs bran-
chiaux; le premier arc est très errêle; le second, trois fois plus
gros, se continue en arriére par une bag-uette cartilig-ineuse effilée,
correspondant peut-être au deuxième épibranébium(^?) Celte ba-
guette, de ventrale qu'elle est au niveau de son articulation au
deuxième arc branchial, devient dorsale plus en arrière, et va
se loger de chaque côté de la colonne vertébrale. — Latéralement
se trouve l'hyoïde.
Toutes ces pièces squelettiques, sauf l'hyoïde sont contenues dans
une gaîne fibreuse, à l'intérieur de laquelle elles peuvent glisser
librement. Les muscles protracteurs ne s'insèrent donc pas direc-
tement au squelette, mais sur cette gaîne fibreuse.
Cette disposition est réalisée au maximum par le manchon
musculaire qui contient le deuxième épibranchium ; c'est un
long fourreau, dans lequel le cartilage épibranchial glisse libre-
ment.
Les fibres de ce muscle ont une disposition unique, probable-
ment dans la série animale ; elles s'insèrent sur des raphés de forme
spiraloïde, ayant une courbure mathématiquement construite. Les
fibres elles-mêmes sont hélicoïdales dans leur ensemble et disposées
en deux couches, à directions opposées ; le mécanisme de ce mus-
cle est très complexe; nous pensons que la courbure hélicoïdale
des fibres, suivant deux directions antagonistes, leur confère une
double action :
^) La description de ces détails paraîtra sous une forme plus com-
plète dans la Bévue suisse de Zoologie, sous le titre: « Le segment
bucco-pharyngien de Spelerpes adspersus».
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 337
-1 ° elles ag-issent comme un sphincter, en rétrécissant la cavité
<lu fourreau ;
2° en la raccourcissant, elles tendent à pousser en avant le carti-
lag-e épibranchial.
Ce cartilag-e étant conique, et de plus, contenu librement dans le
fourreau, l'étreinte des fibres ag-issant comme sphincter, l'expulse
de la cavité du fourreau, à la manière d'un noyau de cerise que
l'on projette en le pinçant entre deux doig-ts. Projeté en avant, il
pousse devant lui le deuxième avec branchial, puis le basi-hyal, et
constitue ainsi un muscle protracteur énergique, d'action très
rapide. Cette action est comparable à une véritable systole car-
diaque; il n'est pas impossible que le relâchement des fibres fasse
suivre la systole d'une diastole, et que le muscle du foun-eau
devienne ainsi, secondairement, un muscle rétracteur.
C'est là une simple supposition, qu'il faudrait vérifier expéri-
mentalement.
Ed. Sarasin et Th. Tommasina. — Confirmation expérimen-
tale de l'explication théorique de /'effet Volta (^).
Dans la séance du 3 février nous avons fait une brève commu-
nication préliminaire à propos des recherches que nous poursui-
vons sur les relations entre la radioactivité induite et l'e'^e/ Volta.
Il s'agissait de deux faits nouveaux. Notre communication actuelle
se borne à en donner les explications, tirées du dernier fait cons-
taté, celui que nous appelons effet pile, en utilisant quelques des-
sins schématiques ; puis à décrire les nouvelles expériences dont
les résultats viennent de confirmer ces mêmes explications.
Mais, auparavant nous croyons utile de donner quelques éclair-
cissements sur la nature très spéciale de nos recherches et des
faits nouveaux que nous apportons. Notre effet pile ne doit pas
être confondu avec ce qui a lieu soit dans l'intérieur d'une pile
soit dans son circuit. Il ne faut pas oublier que dans nos recher-
ches tout se passe à l'aide de la radioactivité induite. Notre effet
pile ne se produit que si l'action s'exerce dans une enceinte con-
tenant de l'émanation radioactive. La cloche métallique doit être
radioactivée ou au moins il faut qu'on y ait versé de l'émanation,
sans quoi rien n'est indiqué par l'électroscope dans notre dispositif,
quand on fait passer le courant entre la cloche et l'écran. C'est là
précisément ce qui donne de l'importance à nos recherches et à
nos dispositifs, car ils se prêtent ainsi à établir la nature de ce
qui doit arriver dans les milieux ionisés, quelle que soit la cause
physique de la ionisation. C'est là un champ où tout est hypothé-
tique, mais ces hypothèses sont celles qu'on considère comme
fondamentales dans la physique électronique moderne.
' Voir ci-dessus, page 249.
338
SOCIETE DE PHYSIQUE
Nous avons dit que l'effet pile nous permet d'expliquer les
deux effets Volta précédemment constatés. Pour le démontrer
dans nos dessins schématiques les dispositifs qui donnent des
effets identiques sont placés en colonne verticale. Il suffit alors
d'observer ce qui se passe dans l'effet pile qui est en haut,
pour établir d'après le sens du courant, ce qui doit avoir lieu dans
<r-,->0
^
)
<. ¥<D
Fq.5 ^
les deux effets Volta des deux dessins au-dessous. C'est ainsi que
la Fig. 1 (effet pile a) explique la Fig-. 2 (effet Volta a avec cloche
Cu et écran Zn) et la Fijç;-. 3 (effet Volta a avec cloche Cii et
disque Zn); la charg-e de l'électroscope étant négative dans les
trois dispositifs. La Fig- 4 en tête de la deuxième colonne donne
les mêmes indications pour les Fig. 5 et 6 ; dans ces trois expé-
riences la charg-e de l'électroscope étant positive. Dans les dispo-
sitifs des Fig. 7 et 10, le courant est renversé, la cloche étant
reliée au pôle -j- 6t l'écran au pôle — ; la Fig. 7 explique les Fis".
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE
339
8 et 9, et la Fig. 10 les Fig-. H et 12, car dans ces quatre dispo-
sitifs la cloche est en zinc et l'écran ou le disque en cuivre. D'après
les flèches qui indiquent le sens du courant ainsi que la direction
converg-ente ou divergente des lig-nes de force de la charg-e de
l'électroscope, on voit que, lorsque ces dernières sont dirigées dans
le sens du courant, la décharge est rapide et qu'elle est lente.
^ -><?
Cu
V
I
t-
I
lorsqu'il y a opposition. Ces explications dues à l'effet pile, intro-
duit avantageusement, pensons-nous, dans notre dispositif, nous
semblent déjà suffisantes pour établir que soit dans le cas des
électrodes séparées par de l'air contenant les émanations et le
rayonnement de la radioactivité induite, soit dans celui des élec-
trodes en contact direct entre elles, mais en contact aussi avec
les activités radioactives et toujours sous l'influence d'une charge
électrostatique, il y a production d'un courant.
Nos expériences montrent que ce qui se passe dans chacun
340 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
des cas étudiés est un courant qui part toujours de l'électrode
Zn, de façon que le milieu radioactif se comporte précisé-
ment comme l'électrolyte d'une pile.
Arrivés à cette conclusion tirée directement de l'application des
résultats de l'effet pile à ceux constituant l'effet Volta. nous nous
sommes dit que si notre interprétation était exacte les deux effets
devraient, ajfissant dans le même sens ou en sens opposé, s'addi-
tionner dans le premier cas et se soustraire dans l'autre. Pour
vérifier la chose, au lieu de nous servir, comme pour l'étude de
l'effet pile, d'une cloche et d'un écran du même métal, nous avons
utilisé soit une cloche en zinc avec l'écran en cuivre, soit une
cloche en cuivre avec l'écran en zinc. Le résultat a été celui que
nous avions prévu. Les graphiques ohtenus d'après les chiffres de
nos mesures ont donné la confirmation attendue de nos vues théo-
riques.
La distance séparant les deux courbes de désactivation a diminué
lorsque l'effet Volta ag-issait en sens opposé de l'effet pile; celui-ci
donnant par exemple l'effet a et l'autre l'effet b, comme l'effet pile
est plus fort, on avait encore l'effet a, mais affaibli. Puis en ren-
versant le courant, la pile donnant alors l'effet 6, les deux effets
s'ajoutaient et la distance des courbes a augmenté en proportion,
donnant un effet b plus grand, égal précisément aux deux effets b
additionnés
En changeant cloche et écran de façon à obtenir comme effet
Volta l'effet a, le résultat a été dans le premier cas, un effet a
renforcé, la distance entre les courbes indiquant l'addition des
deux effets a, et, dans le deuxième un effet b plus faible, la dis-
tance des courbes indiquant la soustraction de l'effet Volta a de
l'effet pile b.
Ces nouveaux résultats expérimentaux montrent que l'effet Volta
et l'effet pile, qui modifient tous les deux la conductibilité du
milieu radioactive, sont non seulement de même nature, mais
encore du même ordre de grandeur au point de vue de leur
potentiel électrique.
La théorie chimique semble donc l'emporter sur la théorie du
potentiel spécifique. La question reste pourtant encore ouverte et
nous continuerons à en poursuivre l'étude à l'aide des dispositifs
que nous venons de décrire, guidés par les résultats qu'ils nous
ont déjà fournis.
A. ScHiDLOF. — Sur la volatilisation des sphérules de mer-
cure en suspension dans un gaz.
MM. Schidlof et Karpowicz(^) ont observé que de petites
') C. B. de l'Acad. des Se, 29 juin 1914. 158, p. 1992.
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 341
g"outtes de mercure (sphérules de 10"* à 1,3 10"^ cm. de rayon)
maintenues en suspension dans un g-az, subissent une diminution
de masse continuelle. L'étude de cet effet a été poursuivie par
M. Targ'onski(^) qui a réussi à étendre ses recherches jusqu'au-
dessous des limites de 10"* cm. de rayon et qui a constaté de plus,
que la densité moyenne des sphérules subit une diminution pro-
gressive (jusqu'à 25 "/o dans des expériences de long-ue durée).
Les particularités du phénomène semblent indiquer que l'effet est
dû aux molécules d'air qui heurtent incessamment la surface de
la s^outte.
L'auteur a essayé de donner à cette hypothèse une forme mathé-
matique, en utilisant les relations connues de la théorie cinétique
des g-az et il a obtenu le résultat suivant: la diminution de masse
rapportée à l'unité de surface et à l'unité de temps est exprimée
par
ïlÀju ciju — ju') ~'^ _ dm
c étant la racine carrée du carré moyen des vitesses des molécules
du g-az, V le volume moléculaire, jj, le poids moléculaire du mer-
cure, jx' celui du gaz, E l'équivalent mécanique de la chaleur, X
la chaleur latente de vaporisation du mercure, R la constante uni-
verselle des g-az parfaits, T la température absolue.
Cette formule conduit à un bon accord numérique, puisqu'elle
fournit le résultat :
^ = 8.10-«— ^î^ , (calculé)
dt cm^ sec.
tandis que les observations de M. Targ-onski ont donné en (moyenne) :
Ë^ = 4,1.10-«-fI— . (observé)
dt cm- sec.
Il ne faut pas attribuer une très grande valeur à cette concor-
dance des chiffres qui peut être fortuite, car une des données
numériques qui intervient dans le calcul (la chaleur latente de
vaporisation du mercure X à la température absolue T) n'est pas
connue avec une précision suffisante.
L'hypothèse du bombardement moléculaire n'explique naturel-
lement pas pourquoi les petites g-outtes de mercure ne sont pas en
équilibre thermodynamique avec les vapeurs saturantes du milieu
ambiant, comme ce serait le cas pour une g-rande masse de mer-
cure contenue dans un récipient fermé.
') C. H. de la Société Suisse de Phys., 14 septembre 1915. Arch., t. XL,
p. 340.
342 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
II semble que le bombardement moléculaire doit produire à la
surface du mercure une couche de gaz condensé qui, une fois
formée, empêche la continuation de l'effet, parceque les molécules
du çaz qui heurtent la surface expulsent, à l'état d'équilibre, des
molécules identiques à la place du mercure. Cette « couche de pro-
tection », qui tend à se former, est constamment détruite par
l'effet du mouvement (mouvement d'ascension et de chute ou
mouvement brownien) dans le cas des petites gouttes (^).
La destruction de la couche de protection n'est probablement
pas complète. Pour de petites gouttes l'importance relative de
cette couche comparée à la masse de la goutte, semble s'accroître
lentement avec le temps. On peut interpréter ainsi la diminution
progressive de la densité moyenne des particules observée dans les
expériences de longue durée.
La formule théorique, déduite de l'hypothèse du bombardement
moléculaire, peut être soumise au contrôle expérimental qui sera
entrepris en temps utile. On ne peut cependant pas s'attendre à
obtenir une vérification quantitative exacte, parce que dans l'état
actuel de la théorie on n'a pas pu tenir compte du rôle de la couche
de protection qui cependant pourrait modifier sensiblement les
résultats.
J. Briquet — Les nervures incomplètes des lobes de la
corolle dans le genre Adenosiyles.
On sait, depuis R. Brown (-), que la corolle des Composées est
caractérisée par la présence, dans le tube, de nervures commissu-
rales correspondant aux sinus séparateurs des lobes. Au sinus,
chaque nervure se bifurque et les branches pénètrent dans les
lobes. A l'intérieur de ceux-ci, les branches provenant de deux
nervures commissurales voisines se rejoignent à des hauteurs va-
riables, suivant le bord du lobe ou séparées de ce dernier par un
champ marginal. Cependant, Cassini (^) et R. Brown (*) avaient
déjà signalé chez les Composées l'existence de nervures médianes
aboutissant au sommet des lobes. Cassini les appelait des « nervu-
res surnuméraires » ou « fausses nervures », parce que, dit-il,
« elles sont très peu constantes, toujours plus faibles que les vraies
1) C. A. Schidlof et A. Karpowicz, Arch., février 1916, t. XLL
-) R. Brown, General remarks, geographical and systematical, on the
botany of Terra Aùstralis (Flinders, Voyage to Terra Australis. 1814,
p. 558).
^) Cassini, Opuscules phytologiques, 18:^6, t. I, p. 157.
*) R. Brown, Observations on the natural family of plants called
Compositae (Trans. Linn. Soc , 1817, t. XII, p. 79).
ET d'hI8T0]RE naturelle DE GENÈVE 343
nervures, et rarement elles s'étendent d'un bout à l'autre de la
corolle ». Malheureusement, cet auteur n'est entré dans aucun
détail sur la composition de ces « fausses nervures » incomplètes
et a, en particulier, néglig'é de dire dans quelle partie (proximale
ou distalej de la corolle elles s'éteignent. Depuis Gassini. divers
auteurs ont successivement signalé une série de cas dans lesquels
la nervure médiane correspondant aux lobes corollins était déve-
loppée, sans cependant distinguer toujours nettement entre des
nervures à faisceau libéro-ligneux et des canaux sécréteurs. 0.
Hoffmann C^) a résumé l'état de la question en disant que les ner-
vures médianes vraies, renferment un faisceau libéro-ligneux, ne
se trouvent çàet là que dans les corolles zygomorphes. Le seul cas
connu de cet auteur, où la corolle actinomorphe possède deux
lobes pourvus d'un faisceau médian, est réalisé dans le Perijtile
Parryi A. Gr. Tous les autres exemples signalés relèvent de con-
fusions entre faisceaux libéro-ligneux et canaux sécréteurs (^pro-
venant d'observations faites avec une technique insuffisante").
Jusqu'à quel point O. Hoffmann a-t-il raison ? Seule une revi-
sion critique de tous les cas signalés permettrait de le dire, et cette
revision est encore à faire ; c'est là une des innombrables ques-
tions non résolues qui encombrent l'histoire naturelle des Compo-
sées, En attendant, nous pouvons signaler un cas nouveau de pré-
sence de véritables nervures médianes dans la corolle actino-
morphe d'un genre de Composées, le genre Adenostyles, avec cette
particularité que la nervure se raccorde au sommet avec l'ar-
cade libéro-ligneuse du lobe, tandis qu'elle s'éteint dans le
tube, dont elle n'atteint jamais la base (^").
Prenons comme exemple V Adenostyles Alliariœ (Lam.^ Kern.
(A, albida Cass.). La corolle est différenciée à la partie infé-
rieure en un tube étroitement cvlindrique, haut d'environ 2-2, 5 mm.,
terminé par le plan d'insertion des filets staminaux. A ce tube
succède une gorge graduellement et faiblement évasée, haute
d'environ 3-3,5 mm., laquelle porte 4 lobes ogivaux, hauts de
l-i-1,8 mm. larges à la base d'environ 0,8 mm. Les lobes sont
situés sur les diagonales du diagramme floral; les deux antérieurs
sont généralement un peu connés ensemble à la base. Plus rare-
ment, on constate la présence de 5 lobes, dont l'impaire est anté-
rieur. Les corolles pentamères .se trouvent pêle-mêle avec les tétra-
*) Hoffmann in Engler et Prantl, Die natiirlichen Pflanzenfamilien,
IV. Abt.. 1889, V, p. 103.
-) Aucun de nos prédécesseurs ne s'est aperçu de la présence de ces
nervures. L'organisation florale des Adenostyles a été d'ailleurs fort
mal étudiée, à ce point que Reichenbach f. (Icônes tloras germanicae et
helveticae, t. XYI, p. 1, 1854». donne la corolle comme pentamère et
0. Hoffmann {op. cit., p. 140) comme tétramère, sans restriction!
344 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
mères dans la même calathide. Les lobes sont tapissés, sur leur
face interne, de cellules épidermiques allongées selon l'axe du
lobe, à parois radiales ondulées, au moins dans les champs extra-
neuraux. Dans les bandes neurales, les éléments sont plus étroits
et à paroi non ondulées. A mesure que l'on se rapproche de la
rég-ion apicale du lobe, les éléments épidermiques se bombent de
plus en plus et, au sommet, ils finissent par faire saillie sous la
forme de papilles coniques inclinées en avant. Les nervures com-
missurales se bifurquent au-dessous du fond des sinus et les bran-
ches divergentes laissent entre elles et le bord du lobe un champ
marginal étroit pour se rejoindre sous le sommet. Dans deux ou trois
des lobes, il existe une nervure médiane partant du sommet de
l'arcade des nervures marginales: Cette nervure médiane descend
en s'affaiblissant et s'éteint dans la gorge de la corolle à une pro-
fondeur variable. Dans aucun cas les nervures médianes n'attei-
gnent la partie cylindrique profonde du tube. La nervure elle-
même se compose, outre la parenchyme fasciculaire microcytique,
d'au moins 1-2 trachées spiralées, 1-2 tubes criblés, avec un canal
sécréteur phléotermique adossé très grêle. Dans les lobes dépour-
vus de nervure médiane ainsi caractérisée, on peut souvent, mais
pas toujours, reconnaître un cordon de prosenchyme médian (pro-
cambial) et un canal sécréteur de très petites dimensions.
Les lobes corollins des Adenostyles varient de dimensions et
de forrtie suivant les espèces, mais presque toutes répondent d'une
façon générale à la description précédente (A. pyrenaicn Lange,
A. australis Nym., A. orientalis Boiss.), avec cette particularité
que le canal sécréteur peut être volumineux et couvrir presque
entièrement le faisceau libéro-ligneux (A. ponticu K. Koch, A.
Kerneri Simonk., A. corsica Briq., A. macrocephala Hut. Port,
et Rigo). Dans les A. tomentosa (Vill.) Schinz et Thell. et A,
crassifolia Kern., le faisceau est réduit à un cordon prosenchy-
mateux et un canal grêle dans 1 ou 2 lobes et manque dans les
autres. Enfin, dans r.4. glabra DC. {A. alpina Bl, et Fingh.),
il est le plus souvent impossible de reconnaître aucune trace de la
nervure lobaire médiane.
Si l'on poursuit le développement de la coi'olle, on constate que
les faisceaux médians commencent à se différencier au sein du
mésophylle des lobes déjà avant l'allongement du tube et à peu
près en même temps que les nervures marginales. Mais, tandis que
les nervures commissurales participent au travail de différencia-
tion et d'allongement du tube, au cours de la croissance interca-
laire de ce dernier, les nervures médianes ne tardent pas à y rester
étrangères, de sorte qu'elles se terminent, pour ainsi dire, en cul-
de-sac à leur extrémité inférieure. Il en résulte que les nervures
médianes ne peuvent jouer un rôle utile pour le transport des élé-
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 345
ments nutritifs que pendant les premières phases du développe-
ment de la fleur, et encore ce rôle est-il bien restreint.
Les nervures médianes incomplètes des lobes corollins chez les
Adenostyles sont donc un exemple d'org-anes rudimentaires, à
caractère ancestral, qui évoquent la parenté des Composées avec
les familles voisines de Gamopétales à ovaire infère, en particulier
les Campanulacées. Çà et là ces nervures médianes ont pu prendre
un « reg"ain » de persistance ou de développement dans des fleurs
zyg-omorphes, là où une complication morphologique rend leur
présence utile, tandis qu'ailleurs elles ont disparu entièrement ou
ont été ravalées au rang d'org-anes incomplets à valeur plutôt
représentative.
Ajoutons, en terminant, que dans les cas où les canaux sécré-
teurs très développés couvrent les faisceaux, on ne peut déceler
ces derniers par simple transparence, et qu'il faut recourir à des
coupes transversales. Il est donc fort possible que dans plusieurs
des cas interprétés par 0. Hoft'mann comme pseudo-nervures (^ca-
naux sécréteurs), il y ait malgré tout un faisceau libéro-lig-neux
dissimulé à la face interne du canal sécréteur.
BULLETIN SCIENTIFiaUE
PHYSIQUE
W. VOIGT UbER SEKUNDARE WirKUNGEN BEI PIEZOELEKTRISCHEN
VORGANGEN, INS BESONDERE IM FaLLE DER DrILLUNG UND BiE-
GUNG EiNEs Kreiszylinders, Extrait des Annalen der Physik,
(4), 48, 1915.
Les phénomènes piezo-électriques très simples en théorie, sont
en réalité très compliqués; il se produit, en effet, des phénomènes
secondaires qui ag-issent plus ou moins sur les phénomènes prin-
cipaux, et il est très difficile de dire dans quelle mesure se fait
cette action. L'auteur montre dans ce travail que le problème
piézo-électrique peut être complètement et très facilement résolu
dans le cas de la flexion et de la torsion d'un cylindre circulaire.
Les résultats trouvés permettent de se rendre compte clairement
de l'influence des phénomènes secondaires. Dans ce cas particu-
lier, on peut dire que ceux-ci sont tout à fait négligeables.
W. VoiGT et M. V. FrEEDERICKSZ. ThEORETISCHES UND EXPERI-
MENTELLES ZU DER PIEZO-ELEKTRISCHEN ErREGUNG EINES KrEIS-
zylinders DURCH Drillung UND BiEGUNG. Extrait des Annalen
der Physik(i), 48, 1915.
Les auteurs commencent par développer la théorie piézo-électri-
que d'un cylindre circulaire en cristal du groupe énantiomorphe
du système trig-onal (Quartz), lorsqu'on le soumet à une torsion,
dans les trois cas principaux où l'axe du cylindre coïncide soit
avec l'axe cristallog-raphique principal, soit avec l'un des axes
BULLETIN SCIENTIFIQUE 347
secondaires, soit avec une direction perpendiculaire aux deux pre-
mières.
Cette théorie soumise ensuite au contrôle de l'expérience, se
trouve bien vérifiée dans les deux derniers cas ci-dessus, qui seuls
donnent un phénomène électrique.
Ce travail comprend en outre la théorie piézoélectrique dans le
cas de la flexion autour d'une direction transversale, dans les 3 cas
ci-dessus. Seul le dernier cas est piézoélectrique, et l'expérience
confirme bien la théorie.
Les auteurs donnent ensuite les lois de la déformation électrique
dans les trois cas, lorsque le champ électrique est une fonction
linéaire des coordonnées transverses. Dans le premier cas, il n'y a
ni flexion, ni torsion, dans le second, seulement torsion, dans le
troisième, flexion et torsion. La torsion, dans le second cas, est
vérifiée par l'expérience ; elle est très faible.
CHIMIE
F. Kehrmann. — Sur la stéréochimie des (jcinoxe-oximes Bei\
d. D. chem. Ges., t. 48 (1915) p. 2021-2035; Université de
Genève).
L'auteur avait entrepris avec Mussmann, il y a 26 ans, des
recherches sur les quinone-oximes, il les a poursuivies à Genève
en 1902 et publie aujourd'hui les résultats qu'il avait obtenus avec
la collaboration de Mussmann et Facchinetti concernant les nw-
noxiines des halogeno-3-tolaquinones et avec Silva et Keleti la
dioxime de la chloro-â-tolaq iiinone ainsi que les monoximes
des dichloro-4-6 et 3-6-toluqiiinones. — Dans la première partie
il décrit les oximes de la chloro-3-toluquirione et de la bronio-3-
toluquinone qui existent (dér. acétylés) sous deux formes stéréo-
isomères et il constate que dans ces composés, selon la règ-le qu'il
a établie, il ne peut pas entrer un second g-roupe oximique. Dans
la seconde partie il est question de la chloro-4-toluquinone, qui
elle fournit une dioxime et des dérivés dichlorés en 4-6 et en 3-6
de la toluquinone, susceptibles de fournir seulement des mono-
ximes.
348 BULLETIN SCIENTIFIQUE
Paul Demont. — De l'influence de la chimie des matières colo-
rantes SUR LES récentes DECOUVERTES EN CHIMIE MÉDICALE
{Société Jriboiirgeoise des Sciences nnturelles, séance du
27 janvier 1916).
Tel est le titre d'une conférence faite le 27 janvier 1916, à la
Société fribourg-eoise des Sciences naturelles. On y trouve un
aperçu intéressant de la g-enèse des nouveaux remèdes auxquels
le nom d'EhrIich restera associé.
L'auteur s'est efforcé de mettre en relief les relations qui exis-
tent entre la chimie des matières colorantes et celle des médica-
ments ; quoiqu'il ne s'agisse pas de recherches originales, nous
croyons devoir cependant signaler ce travail qui sera lu avec inté-
rêt par les personnes désireuses de se tenir au courant des investi-
srations actuelles de la chimie médicale.
25
OBSERVATlOiNS MÉTÉOKOLOGIQUES
L'OBSERVATOIKE \)E GEJNKVK
PKNDANT I,K MOI»
DE MARS 1916
Le 1, pluie à, 7 h. 30 du matin; vent fort de 10 h. du matin à 6 h. du soir.
2, gelée blanche le matin; pluie et neige de 8 h. 40 à 9 h. 20 du soir; vent tort
depuis 8 h. du soir.
3, pluie et neige de 8 h. à 11 h. du matin, de 6 h. k lO h. du soir et dans la nuit.
4, pluie et neige de 7 h. à 9 h. 20 du matin, de 5 h. 3u h lO h. du soir et dans
la nuit.
5, pluie de 7 h. à 10 h. du matin ; violente bise de 1 h. à 10 h. du soir.
6, neige de 7 h. 05 du matin à 10 h. du soir et dans la nuit (hauteur 3 cm.).
8, neige dans la nuit (hauteur 5 cm.).
9, neige de 7 h. à 11 h. du matin (hauteur 1 cm.).
10, pluie et neige de 5 h. h, 9 h. du soir; neige dans la nuit (hauteur 7 cm.).
11, faible pluie le matin et l'après-midi.
12, brouillard enveloppant jusqu'à 11 h. du matin : pluie dans la nuit.
13, petite pluie dans la soirée.
14, brouillard enveloppant jusqu'à 9 h. du matin ; pluie à 4 h. du soir et dans la
nuit ; halo lunaire de 8 h. à 9 h. 30 du soir.
19. rosée le matin.
2C, pluie de 3 h. à 8 h. du soir.
21, brouillard jusqu'à 8 h. du matin ; pluie dans la nuit.
22, pluie de 8 h. à 1 1 h. du matin, de 2 h à 4 h. 15 et de 9 h. 20 à 10 h. du soir.
23, pluie de 3 h. 50 k 5 h., de 8 h. à 10 h. du soir et dans la nuit; nouvelle neige
sur les montagnes environnantes.
i4, pluie de 8 h. à 10 h. du matin, de 5 h. à 7 h. du soir et dans la nuit ; vent
fort de 3 h. à 7 h. du soir ; nouvelle neige sur les montagnes environnantes.
25, pluie de 7 h. à 9 h. 20 et de 11 h. k 5 h. 30 du soir.
26, vent fort dans la nuit.
27, vent fort de 7 h. du matin k 7 h. du soir.
28, pluie et vent fort de 2 h. 15 à 6 ii. 20 du soir.
29, forte bise dès 9 h. du soir.
30, violente bise de 2 h. à 10 h. du soir.
31, forte bise de 9 h. du matin k 7 h. du soir.
Hantenr totale de In neige : 16 cm. tombés en 4 Jonrs.
La neige n'a pas persisté un jour entier sur le sol.
4
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-^ •— 'i—Cr-H.-lr—lj— l'—li-H—<'—l(N'— II— l(NOJ Ci r-Hi— (>—<—.— (GV(Cv><>Ji—l(>jeOj9
g3>aicot^ocooo— 11— l^^^~c•»c<^^•(^J«c^-(^J'■O^c0M<(^>coT^ccX'-<^^-^co
6f^>:oçocc-J^«^oo«>o^o<^J050a5^<o•JDc>oo■*«o•or-cccoo5--•J^•^'^j
r-t _(,_,_i,_(,_,(j.j^H,_i,_ir-icvii— l(^i(^J<^(<^Jl— II— II— 1— (r-icvj3^,— i(>>c*<ccco
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— ixiin — -r-3î'»oj>io»X)-oo5v)îOun!>ji*<cnr:r-c:— '-r-^»(-cnin
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in in -o o ^ xi in 00 c~ -vO Oj o » f - in co tc -.o -f in -o -jD -f in co ce -r f --c in t^
^oco"rlîoo^o^^oo-^•ox^-^5^x)lno-^^-^--t^■^.-lco;oo^colOO
xa^-or5 3joox)a50iCicr5Jjôir53>a3X)3>o>xiasoot^^X)a»iOTt<aot^^
-r ce in cN ce -jo (■- lo r> 3i X '^J' X in X X w ce x o --^ o x ?^ o r^ -x> x o x x
= t^ X -o -c in ■>» ce c^j ce ce >i o o — I ->» c-> » — I -^> -t< co co co ■>< x> -^ co ■>» oj un ;o
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inco--o-i'XO'>>»<coto-î<-^'*xxt~coo(>*{— xxox'^ioo5•^-I'xo
° -i< ce ce '^J Ti ^ o "^ o o — I •>> in -o i~- co cs) t- X x' X ( - X X -t< -o ft o in ce 's»
-I- -H I I -I- -1-
-* o'j 3" O 'T> e -O ce ce O Ci X) O X 00 co X O .n ■>< X 00 i.n -f « c3 in — I o o t-
osvi'NjcN^jco— (■-H-H— i--(^Hce-o"^f-o'.oxxxt^'£>-oto9j'Ooce-^'^in
-t- -4- I I -t- ■ -(-
o-t— ioooor-inxc>to-^t---#C5-oxxo'>>-^cef^'vcex-f?)-0 35
o o in le in m — ■ ce o (>i (» •>» ce X 3s — ' s>< in o — ' ce (>* >* ">< — < 'T c5 T-j oi 1^" in rr
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ce -i^orsi- o!vj-^-jDt^oceC5X-r'3>-oooocj'>>x-£>'>*-r-C5 0-!'-*io
o -" ~ >< o o 'N 'N -t< o '^i o o ce ce in in -j ce ce -o -o o -o o -T< -ri x" x ce '^i t>J
-(- I -I- -(- I I I I H- _(_
—• >> ce 'T in -o f^ X Ci ~ — • ■>* ce -r in -i (- X Ci o — 1 r> ce -r in -o «^ X rs s — '
______ _^ ____ -JJ -JJ /JV^ -^ ~^J J,^ J, -., --.j (;,J j^ -,
28
lOYENNES DE GENÈVE
MARS 1916
Correction ponr réduire la preftsion atiiiosi>liérl<|iie de GeiiAve à la
peHaiiteiir normale : | 0' -0^ Celte correction n'est pas appliquée dans
les ial)leaiix.
Pression atmosphérique : 700""" -|-
1 h. m. 4 h. ui. 7 h. m. lo h. m. 1 h. s. 4 li. r. 7 )i. 8. 10 li. s. Moyeiinee
l"déc
1V02
13.85
13.87
13 99
1369
13.52
1423
1423
1393
2' »
19.49
1937
196')
20.00
19.24
18.85
19 35
1986
19.48
3« »
2M1
2i).85
21.13
21.43
20 89
2098
21.77
22.42
2132
Mois 18 30 1812 18 33 1857 1804 17.89 18 56 1895
18.34
Température.
oooooooo o
l"déc. 10.78 f 0.31 +0.03 +2.22 +3.65 +4.05 +2.10 +12^2 +1.80
2« » 468 3.83 3.93 7.01 9-83 933 7.93 63^ 661
3- » 5.58 5.04 550 7.55 964 813 667 5-77 6.74
Mois + 3 74 + 3.12 + 3.23 + .0.66 + 7.77 + 7. 20 + 560 + 4.48 + 510
Moi
Fraction de saturation en "/o.
1" décade 88
90
87
80
67
63
78
2* » 88
90
92
79
68
70
76
3' » 78
76
75
67
56
6o
73
85
75
64
Dans ce mois l'air a été (-aime 48 fois sur 1000
Le rapport des venis —
N N K
SSW
67
96
070
66
76
86
78
80
81
71
77
moyennes des 8 ob.sHrvations
(7h, Ih, 9-)
Pression ainiospliériqne
Nébulosité
I 7 ^- 1 -f P
Température
4
18.42
7. S
-|- 5". 21
-f 5°. 07
Valenrs uuriiiales du mois pour les
éléments météorolog'iqnes, d'après
Plantamonr :
Kraclion 'le s,iiurili()i>
Press, atniosphér.. (1836-1875)
NélMilosité (1847-1875)
Hauteur de pluie. . ( 1826-1875)
Nombre de jours de pluie, (id.)
Température moyenne . . . ,'id.). + 4". 60
Fr.ii-iioii de >aiuiat. (1.^49- IJ>T.")) 75 "/«
mm
25.03
6.1
47.3
10
29
Observations météorologiques faites dans le canton de Genève
Résultats des observations pluviométriques
Station
CÉLIGNY
COLLBX
ClltHBKSi
i;UkTll.tlNt
SATIGNT
77.9
ATHBNAZ
COMHSSlÉKKS
Hautenr d'ean
en mm.
87.8
70.4
84.1
82.6
' 80.2
9i.9
Station
VETRIER
OBSERVATOIRE
COLOQNT
PUPLINGE
JU8ST
IlIRHiNCI
Hautenr d'ean
en miu.
83.0
8,
5.1
82.9
72.5
92.3
77 3
Insolatiou à Jussy : ? h.
OBSEKVATIO?<S MÉTÉOBOLOiWOUES
FAITES AU
(i W AND S A I iN T - B 1^ M N A H D
PENDANT LK MOIS
DE MARS 1916
Du 2 au 5, (lu 8 au 16, du 20 au 24. les 26. 28 et 29, neige.
Les 16, 21 et 28, brouillard toute la jouruée.
3, 5, 12, 15, 20, 23, 24, 29 et .30, brouillard une partie de la journée.
8, 12, 15, 16, 20, 24 et 28, vent très fort.
4, 5 et 9, très forte bise.
L'avalanche qui descend contre l'Hospitalei est descendue le 19 février pour la pre-
mière fois depuis le 11 mars 1896.
A signaler aussi une avalanclie qui, de la rive gauche de la Dranse, vint s'abattre en
1914, 1915 et 1916 sur la rive droite au contour de l'Hospitalet : depuis au moins
vingt ans, on ne l'avait pas signalée.
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32
MOYENNES DU GRAND SAINT-BERNARD — MARS 1916
Correotloii pour réduire la pression atmosphérique du Grand Saint-
Bernard à la pesanteur normale : — 0"'"'-22- — Cette correction n'est pas
appliquée dans les tableaux.
Pression atmosphérique : 500""" -f- Fraetloii de saturation en °/o
7 II. III. I II. B. 9 h. 8. Moyenne 7 h. m. 1 h. s. 9 li. ». Moyeune
1" décatie 48"99 49"32 49.82 49.38
2« » 58 Ô4 5893 59.64 59 07
3« » 57.62 57.92 58- 74 5859
Moi'^
87
86
91
88
88
87
93
89
89
81
87
86
55. 16 55.47 56.15 55.59
88
85
90
88
7 II. III.
Température.
l II. 8. S II. 8.
1" décade - 12. 61 — 8. 46 - 11.53
2' » — 5. 76 — 3. 50 — 5.34
3' » — 7.12 - 3.78 — 6.13
Vloyeniie.
7 + 1 + y
7 + 1 + 2 \ 9
3
4
o
o
- 10.87
- 11.03
- 4. 87
- 4 99
- 5. 68
- 5 79
Moi
8 45 — 5.20 — 7.62
Dans ce nmis l'ait- a été (Mhne 194 rt>is sur |()00
49
106
N 1'. 49
l,e rappoil <!es vents -_ —^ ,t^,r ^ 0.4t)
7.09
7.22
sw
Pluie et neige dans le Val d'Entremont
station
M;iitigiiy-Ville
Orsièies
Bomg-St-Pieire
St-Beriiaid
Eau en millimètres
Neige en centimètres. . .
48.7
. 3
79.8
22
110. 9
116
179.8
219
LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
mmmm m\mE dai les m
PAR
A. TARGONSKI
(Suite ^)
J^ 11. Les répartitions des vitesses des particides (théoriques et
observées). — M. Fletcher (-) a déduit de la théorie du mouve-
ment brownien une formule dont on peut tirer le nombre pro-
bable de chutes dont les durées sont comprises entre deux
limites données. Désignons par M le nombre total d'observa-
tions, par V et t la vitesse et la durée de la chute (ou d'ascen-
sion) moyennes, par t les durées de chute (ou d'ascension)
observées. On a pour le nombre probable m des durées de chute
dont les valeurs sont comprises entre les limites t' et f ', l'expres-
sion :
i'
{tJ-'- + t-'-)e~^^''^'dt (16)
qui peut être ramenée à la forme :
VnJ
ds
') Voir Archives, t. XLI, p. 181 et 269.
-') M. Fletcher. Phys. Rev., l'Jll. 33, p. 92.
Archives, t. .\LI. — Mai IMlti
358 LA QUESTION DES S0LS-ÉLECTR0N8
au moyen de la substitution :
vAt- t) 1
Vî
\2u-
Avec l'aide d'une table des valeurs de l'iotégrale y = / e-=^* dx,
on calcule facilement m pour chaque intervalle. M. Fletcher et
M. Konstantinowsky ont comparé les nombres m observés avec
les nombres calculés, et sont arrivés à la conclusion que les
observations concordent très bien avec la théorie. Toutefois, en
examinant attentivement leurs données, on arrive à la conclu-
sion qu'il existe un écart petit, mais constant, entre la théorie
et les observations : le nombre observé des plus grands écarts est
plus grand qu'on ne pourrait V attendre.
Prenons un exemple (N° 103, particule produite dans l'arc).
La durée de chute moyenne est égale à ^j = 36,41", la plus
courte ty = 33,8", la plus longue t^ = 38,4". On a pour le nom-
bre de chutes, dont les durées sont comprises entre 0" et 35" :
calculé m = 2,25, observé m = 4; pour l'intervalle t^ = 35" à
^1 = 31" on trouve : calculé m = 29,80, observé m = 25 ; enfin,
pour l'intervalle de 37" à oo on a : calculé m = 10,50, observé
m = 14. On a donc pour les plus petits écarts (durées de chute
rapprochées de la moyenne) un excès des m calculées 29.8
— 25,0 = 4,8, c'est-à-dire un excès des plus grands écarts
observés. Le nombre total M d'observations étant 43, on trouve
que l'excès des plus grands écarts est égal à : Am = + 11,2 7o
(le signe + correspond à un excès des plus grands écarts).
Table
XX
H. FLETCHER (')
H. FLETCHER
N"
Intervalle
A ni
S"
Intervalle
tlm
1
-1.5... +1.5
+ 5.4
6
-1.5... +1.5
+ 3.8
2
2.0... 5.0
+ 4.6
7
-1.0... +1.0
+ 2.4
3
-1.5...+J.5
+ 1.6
8
4.0... 10.0
- 3.4
4
-1.0... +1.0
+ 5.2
9
-2.0... +2.0
-11.2
5
-1.5... +1.5
- 0.6
') M. Fletcher, Phys. Bev.. 1911, 33, p. 92.
Table XXI
Table XXIII
H. FLETCHEE C-
Intervalle
i^m
f 18.0-22.0 1
^ \ 17.0-20.0 / + ^
6.0- 8.0
4 ]
3.0- 4.0
J. PEERIN (-)
• 12.0-16.0 [ -H13.3
N-
Intervalle
A m
1
2
3
10.2-17.0
10.2-17.0
6' ,4-30
+ 2.7
+ 1.0
+ 1.6
Table XXII
D.
KONSTANTISOWSKY (»)
D.
KONSTANTIXOWSKY
N»
Intervalle
Sm
N"
Intervalle
àm
III
(
1
7.0- 9.0
4.0- 0.5
+
4.2
VIII
5.0- 6.5
5.0- S.O J
^ 1.2
IV
\
}
12 0-15.0
4.4-5.2
' +
3.2
XII
2.0- 4.0
1.0- 2.(1
+ 4.5
yn
6.5- 8.0
9.5-11.0
+
7.1
Hgl
4.0- 6.0
2.0- 3.0
- 7
vu
\
3.3- 4.0
2.2- 2.6
\-
4.2
Hgll
6.0-14.0
2.0- 4-0
- 1.8
VI
[ 3.0- 8.0
6.0-12.0
1 _
1
4.5
Table
XXIV
A
. TARGOXSE
:i
A TAEGOXSi
Ll
N»
Intervalle
Am
>'''
Intervalle
Mil
23i^j
98(«)
99(^)
17.2-13.4
40.0-43.0
60.0-65.0
+ 1.4
0.0
-1-13.3
103i-)
118(^)
1240
35.0-37.0
43.0-48.0
17.0-19.0
-f 11.2
- 0.6
-1-15.9
') M. Fletcher, Phys. Bev., 1911, 12, p. 202.
-) J. Perrin, La théorie du rayonnement et les quanta, p. 133.
^) Les particules I et II ont été laissées de côté, le nombre d'observa-
tions étant insuffisant.
■*) Il y a des erreurs d'impression dans les chiôres pour la particule
N° V. que donne M. Konstantinowsky : la somme de tous les m calculée
par lui est égale à : M = 131,4, tandis qu'en réalité on a : M = 128.
'") Particule « invariable ».
*) Particule produite dans l'arc.
') Pression réduite.
360 LA QDE8TI0N DES SOUS-ÉLECTROKS
Les répartitions des vitesses des particules de M. Koustanti-
nowsky ont été calculées par nous (au moyen des u-), tous les
autres chitfres sont empruntés aux publications mêmes des
auteurs. Les répartitions n'ont pas été calculées pour les parti-
cules de M. Ehrenhaft, la variabilité du trajet de ses particules
rendant le calcul très compliqué.
On voit que les excès des plus grands écarts ne sont pas très
élevés, mais toutefois le phénomène se retrouve pour 75 7o du
nombre total des particules examinées. On trouve de la sorte
encore une cause d'augmentation des u-, c'est-à-dire de la
diminution des charges calculées d'après le mouvement
brownien.
On peut alors faire deux suppositions : ou bien la loi de réparti-
tion de Maxwell ne s'applique aux gaz qu'avec certaines restric-
tions, ou bien les mobilités calculées ne coïncident pas avec les
mobilités véritables. La première supposition paraît moins
vraisemblable, la loi de Maxwell étant liée à la proportionnalité
des écarts browniens aux racines carrées du temps, proportion-
nalité qui se vérifie très bien (0. La seconde supposition peut
être confirmée par un raisonnement très simple. La quantité w"
entrant sous le signe de l'intégrale (16) chaque changement de
II- doit intluencer les nombres m ; en même temps, chaque
changement de ir fait varier la valeur apparente de la charge.
Il doit donc exister une relation entre les excès Aw et les écarts
des charges de leur moyenne générale. Il suffit de comparer les
données de la table XVII à celles de la table XXII pour se con-
vaincre qu'en général aux plus grands écarts Mn correspondent
les plus petites charges. On trouve ainsi une confirmation de ce
qui a été dit dans le § précédent : les h" dépendent non seule-
ment du mouvement brownien, mais aussi de certaines pertur-
bations accidentelles qui augmentent la mobilité. Pour pouvoir
appliquer la théorie du mouvement brownien aux détermina-
tions de la charge élémentaire, il faudrait modifier les expé-
riences d'une façon telle que l'influence des facteurs acciden-
tels soit annulée, si toutefois c'est possible.
Les écarts browniens étant répartis selon la loi connue des
') T. Svedberg, l c.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 361
erreurs fortuites, il est évident que les observations dont le
nombre est nécessairement restreint, peuvent parfois conduire
à des résultats faux. Il est donc nécessaire d'avoir un critérium
quelconque pour juger les observations. M. Ehrenhaft procède
de la façon suivante : il calcule les >:- successivement pour 20,
30 ou 40 observations, etc. ; les observations sont acceptables si
les chiffres consécutifs ne diffèrent pas beaucoup. Il est cepen-
dant facile de se convaincre que si, par hasard, quelques grands
écarts se suivent à courte distance, le résultat peut être com-
plètement faussé, de même si, par hasard, les grands écarts
manquent pendant un certain temps, les chiffres consécutifs
seront à peu près égaux quoique faux. Voici un exemple tiré
des observations de M. Ehrenhaft (N" YIII). Si l'on désigne le
nombre d'observations par l'index des a- on a :
Â^5 = 1,030 ; A^o = 1^013 ; X].^ = 1,068 ; À^„ = 1,386 ;
A3- = 1,395 ; X\^ = 1,929 ; X\.^ = 2,070 ; Xl, = 2,130 .
Dans cette série, M. Ehrenhaft a pu faire 51 observations et
trouver À'^ = 2,130; mais il s'était arrêté à la 25""* observa-
tion, comme cela arrivait souvent avec d'autres particules, il
aurait dû accepter la valeur )? = 1.068, contirmée par les
deux chiffres précédents ; de même les >;- pour 30 et 35 obser-
vations sont très rapprochées. On a donc pour cette particule
trois valeurs différentes de X- satisfaisantes au critérium de
M. Ehrenhaft ; l'incertitude de la détermination de la charge
atteint de ce fait 100 "^z 0. Le critérium est donc insuffisant ; on
pourrait le compléter par l'examen de la répartition des vites-
ses. On accepterait de la sorte seulement les observations dont
les X- restent constants et pour lesquelles la répartition obser-
vée ne diffère pas beaucoup de la répartition calculée.
On pourrait trouver encore un autre critérium en comparant
les moyennes des carrés des écarts browniens X- aux carrés
des écarts moyens ir. Ces quantités doivent, selon la théorie,
satisfaire à la condition X^ = u" (en supposant n = =«). On a
vu au § 9 que cette condition n'est presque jamais satisfaite.
Mais la différence entre X^ et u" n'est que rarement supérieure
à 10 "^ (voir les données de la table XIII). Si donc, pour une
362 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
particule quelconque on trouve une grande différence entre y-
et u", on doit en conclure que le nombre d'observations est
insuffisant. Ainsi pour la particule N° 101 (table XIII) la diver-
gence de X- et de ir est égale à 17 % ; on en concluera à priori
que le nombre d'observations est insuffisant. En réalité pour
cette particule on a le moindre nombre d'observations (14).
Nous remarquerons encore que les particules de M. Konstanti-
uowsky et surtout celles de M. Ehrenhaft ne satisfont que bien
rarement à la condition X- = u" (').
§ 12. Limites de la validité de la théorie du mouvement
brownien. — Dans les § § précédents, divers facteurs ont été
indiqués qui contribuent à la diminution des charges calculées
d'après le mouvement brownien : la substitution des X- aux
u" ; l'influence de la vitesse propre des particules ; l'influence
de leur charge ; les erreurs personnelles et accidentelles ; l'écart
entre les répartitions des vitesses théoriques et observées. Mais
en supposant même qu'il soit possible d'eftectuer toutes ces
corrections, qui d'ailleurs ne peuvent pas être importantes, il
est possible qu'on ne puisse arriver à une valeur de la charge
élémentaire plus élevée que celle de M. Perrin : e = 4,20 X 10~
ce qui correspond au nombre d'Avogadro N == 6,85 X 10"^ (on
ne peut, en réalité, déterminer au moyen du mouvement brow-
nien que le produit Ne (voir formule 14). En d'autres termes,
les calculs basés sur le mouvement brownien conduisent tou-
jours, à notre avis, à des chiffres plus élevés pour N que toutes
les autres méthodes, comme il est facile de s'en convaincre par
l'examen des données de la table XXV. On obtient en ettet les
plus grandes valeurs de N (soit les plus petites valeurs de la
') Il paraît que le meilleur critérium a été trouvé par M. Schrôdinger
(Phys. Zs.. i;il5, 16, p. 289). Les formules qu'il a établies permettent
de calculer l'erreur probable de chaque série d'observations. On trouve
nie cette façon que l'erreur probable pour les observations de M. Kons-
tantinowsky (Phys. Zs., 1915. 16, p. 369) varie entre 10" o et 40 "/o.En
comparant ces erreurs probables aux charges élémentaires trouvées par
M. Konstantinowsky on se convainct aisément que les valeurs les plus
élevées de la charge élémentaire sont fournis par les meilleures obser-
vations.
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
363
charge élémentaire) par la méthode du mouvement brownien;
il faut aussi remarquer que les différences des résultats de
Table XXV
"i ^
MÉTHODE
NX 10— 28
Répartition des particules
Translation » »
Rotation » »
Diffusion » »
6.83
6.88
6 50
6.90
Autres
méthodes
Moyenne :
N = 6,26X10"
Charge élémentaire (Millikan)
Phénomènes de radioactivité
! Théorie du rayonnement
i
6.06
6.54
6.16
diverses méthodes excèdent de beaucoup les erreurs expérimen-
tales possibles (^).
Tout autre est le résultat des expériences de M. Fletcher (-).
En étudiant le mouvement brownien des particules d'huile, cet
observateur trouve uue charge élémentaire égale à : e = 4,65
X 10~ , c'est-à-dire un nombre très rapproché de celui de
M. Millikan et très différent (32 "/J de la moyenne de toutes
les autres déterminations basées sur le mouvement brow-
nien. Or la seule différence essentielle entre ses expériences et
toutes les autres consiste en ce que M. Fletcher observait ses
particules dans un f/az raréfié. Pour élucider l'influence de la
pression du gaz, nous avons fait des expériences semblables à
celles de M. Fletcher. Les plus grosses gouttes ont été obtenues
par pulvérisation du mercure dans l'arc ; les plus petites par
pulvérisation mécanique d'un mélange d'étain et de mercure,
ce qui permettait d'avoir des particules non volatiles et d'une
masse presque invariable (voir § 2). Les N"" 1-9 se rapportent
aux particules d'huile de M. Fletcher, les N"' 128-132 à celles
de mercure amalgamé, les N°^ 115-127 aux particules produites
dans l'arc. On trouvera dans la table les pressions en mm., les
') En ce qui concerne les expériences de M. Perrin il faut d'ailleurs
tenir compte de la cause d'erreurs signalée par M. Costantin (Arch. de
Physique, 1915), soit l'intluence des parois.
-) M. Fletcher, P/iî/s. Eev., 1911, 33, p. 92.
364
LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
charges et les rapports lia du chemin moyen des molécules au
rayon de la particule (charges et rayons ont été déduits de la
formule du mouvement brownien).
Table XXVI
N»
P
Va
e X 10"
MOYENNES
125
121
124
128
736.0
419.0
123.0
331.0
0.15
0.33
0.55
0.59
1
2.78 )
3.54 f la = 0.41
3.75 ( e= 3.70X10-^°
4.75
115
123
122
127
14S.0
120.0
122.0
122.0
0.59
0.73
0.77
0.89
3.40 1
3.80 f II a = 0.75
3.22 ( e = 3.65 X 10"^"
4.19 1
3
119
132
llS'
231.0
315.0
275.0
195.0
1.05
1.06
1.15
1.22
4.43 )
4 25 ( la = 1.12
4.00 ( e = 4.28 X 10"^°
4.42 )
130
131
4
126
133.0
300.0
143.0
117.0
1.41
1.45
1.61
1.90
4.44 \
5.00 f la = 1.59
4.71 ( e = 4.56 X 10~^°
4.08 '
5
129
6
7
99.7
73.0
70.0
65.0
2.20
2.88
2.97
3.13
4.90 \
4.60 f Ija = 2.80
4 4g { c = 4.62 X 10~^°
4.52 1
8
9
2
1
29.8
22.8
20.8
21.1
7.76
11.10
11.50
13.90
5.21
4.46
4.57
4.62
1
f Ija = 11.02
( e = 4.72 X 10-^''
1
Quoique les données tirées de nos expériences soient influen-
cées par les courants de convection résultant probablement de
l'absence d'un bain d'huile, néanmoins on peut se rendre
compte de la marche générale du phénomène en calculant les
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 365
moyennes. Il résulte de la table XXYI que ce n'est point de la
pression, mais du rapport la que dépend la valeur de la charge
calculée. Si l'on a : Ija < 0,5, on trouve des charges rappro-
chées de la moyenne de toutes les expériences faites à la pres-
sion ordinaire (§ 9) ; si on augmente Va, les valeurs des charges
augmentent aussi de plus en plus vite ; si lia >» 2,0, cette
augmentation se ralentit et la valeur de la charge tend vers une
limite très rapprochée du nombre de Millikan e = 4,774 X 10
Les résultats de la table XXVI peuvent être représentés par la
formule empirique :
où Co = 4,77 X 10~^° ; a = const = 0,0865 .
Sans doute, les données de la table n'ont pas de valeur absolue,
mais il paraît possible que la théorie du mouvement hroivnien
dans son état actuel ne donne des résidtats parfaitement corrects
qu'à la condition que le rayon de la particule soit inférieur au
chemin moyen des molécules du gaz.
Evidemment on peut augmenter l a, non seulement en dimi-
nuant la pression, mais aussi en diminuant le rayon. Il résulte
des données de la table XXVIII que seules les particules de
mercure pulvérisé mécaniquement sont assez petites pour qu'on
puisse avoir un l/a rapproché de l'unité à la pression ordinaire.
On trouvera dans la table XXVII les résultats du calcul du
mouvement brownien de ces particules de mercure. On a divisé
toutes les particules en quatre groupes selon les dimensions des
rayons. La table contient les moyennes suivantes pour chaque
groupe : le carré de l'écart brownien moyen u", les rayons cal-
culés d'après la formule de Stokes-Cunningham a^^ et d'après
le mouvement brownien a^^ , les rapports l'a et les charges. On
voit que les charges augmentent avec le rapport Z a, c'est-à-dire
avec la diminution du rayon; l'accord avec les données de la
table XXVI est bon, si l'on considère que les chiffres sont
quelque peu incertains soit à cause des courants de con-
vection (table XXVI), soit à cause de la méthode même de
calcul (§ 7).
366
LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
Table XXVII
N"
u" X 10"
e X 10'"
MOYENNES
79
60
74
69
39
1. 7
1.37
1.13
1.83
1.38
3.08
3.46
4.28
2.99
3.95
fi
«r = 1.40X 10~^
ag, = 2.70X10-^
> «Br = 2.34 X 10~^
Z/a = 0.35
e = 3.55 X 10"^°
40
35
32
80
81
58
3.26
3.11
2.55
2.38
3.32
3.59
3.25
3.69 j
4.44 \
4.67 j
3.59 \
3.56
ir = 3.00X 10~^
agt = 1.40 X 10~^
Ob, = 1.30X 10-^
Z/a = 0.68
e = 3.87 X 10-^*^
75
32a
84
4.08
3.07
4.02
3.41 \
4.27
4.13 i
M= = 3.72X 10"*'
asj = 1.20X 10~^
a„^ = 1.14X 10-^
Z/a = 0.79
c = 3.94x 10-^°
45
58a
86
52
45a
4.32
4.92
3.79
5.54
5.59
4.18
3.51 ,
5.43
3.54 '
3.80
w- = 4.90X lO"**
as, = 0.96 X 10"^
> Og, = 0.93 X 10~^
Z/a = 0.99
e = 4.09 X 10~^"
Le fait que la charge moyenne des particules de M. Ehrenliaft
est supérieure à celle des particules de M. Konstantinowsky
(§ 9) vient également à l'appui de ce que nous venons de dire.
En effet, on a pour les observations de M. Ehrenhaft en
moyenne : w' = 1,163 X 10"** ; l/a = 0,37 ; e = 3,67 X 10"^^ ;
pour celles de Konstantinowsky en moyenne: ît^ = 0,827 (^),
l/a = 0,28; e = 3,39, ce qui concorde avec les données du
tableau XXVI (=).,
^) La particule N° XII a été laissée de côté, son ir étant très différent
de la moyenne.
-) M. Konstantinowsky croit que ses particules sont plus petites que
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 367
Si les corrections indiquées aux paragraphes 10 et 11 précé-
dents (influence de la vitesse propre de la particule, etc.), ne
sont applicables probablement qu'aux déterminations de la
charge élémentaire, la relation entre la mobilité des particules
et le rapport lia doit être prise en considération dans toutes les
applications de la théorie. Dans son état actuel la théorie du
mouvement brownien ne semble applicable qu'aux phénomènes
moléculaires et à ceux qui leur sont similaires (rayon petit en
comparaison du chemin moyen).
Cette explication nous paraît être la plus vraisemblable. On
pourrait toutefois, comme nous l'a indiqué M. Schidlof, envi-
sager la question d'un autre point de vue. On a vu (§ 10) que
le mouvement brownien visible est dû peut être non seulement
au véritable mouvement brownien, mais aussi en partie à des
causes accidentelles. Si cela est juste, et si on suppose que les
causes d'erreurs accidentelles restent à peu près constantes
quel que soit le a ou le l, on doit admettre que les w sont com-
posés de deux termes, l'un variable (mouvement brownien),
l'autre invariable (erreurs accidentelles). Si les u" augmentent
soit à cause de l'augmentation du chemin moyen, soit à cause
de la diminution du rayon, les charges doivent augmenter par
le fait seul que le terme invariable devient de plus en plus petit
en comparaison avec l'autre terme. Il est impossible pour le
moment de dire laquelle des deux suppositions est la plus
juste.
Malheureusement le matériel actuel est trop restreint pour
qu'on puisse se rendre compte, si la charge calculée décroît
indéfiniment avec la diminution de lia. Les expériences de
M. Perrin contredisent cette supposition assez peu vraisem-
blable, celles de M. Westgren la confirment (^).
celles de M. Ehrenhaft. L'étude du mouvement brownien prouve qu'en
réalité elles sont plus grandes (à l'exception de la particule N" XII),
mais d'une moindre densité et d'une forme plus irréguiière.
') Le mémoire présent était déjà rédigé quand un certain nombre de
travaux (de M. Smoluchowski, M. Schrôdinger, M. Mayer et Gerlach,
M. Konstantinowsky et M. Fletcher) ont paru. Nous avons dû en consé-
quence ajouter quelques notes dans les § 8, 10 et 11).
368 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
Conclusions
1. La charge élémentaire déterminée au moyen d'observa-
tions effectuées sur du mercure pulvérisé mécaniquement, ne
dépend pas du rayon et est égale à : e = 4,675 X 10~^° (§ 5).
2. Les particules de mercure sont volatiles. Elles se désa-
grègent sous l'action du bombardement moléculaire ; le phéno-
mène ne se manifeste d'abord que par une diminution graduelle
de la masse de la particule ; mais si la quantité de matière
perdue dans l'unité de temps surpasse une certaine limite,
l'équilibre de la particule est définitivement rompu, et la désa-
grégation s'accentue de plus en plus, ce qui paraît amener une
variation de la densité moyenne de la particule et peut-être de
sa forme (§ 2, 3 et 4).
3. La rapidité de la désagrégation dépend des propriétés de
la couche superficielle de la particule ; on explique ainsi l'in-
tiuence d-u signe de la charge et du degré de pureté du mer-
cure; la vitesse propre de la particule exerce aussi une certaine
influence sur la désagrégation de la particule (§ 2, 3 et 4).
4. Les particules produites par pulvérisation dans l'arc
(méthode de M. Ehrenhaft), doivent consister en partie au
moins, en un corps dont la densité est de beaucoup inférieure à
celle du mercure; la formule de Stokes-Cunningham n'est donc
point applicable à ces particules (§ 6).
5. La comparaison des résultats de l'étude du mouvement
brownien par divers observateurs permet d'établir que la charge
élémentaire possède une même valeur pour toutes les particules
étudiées, et ne dépend pas du rayon. On n'obtient le même
résultat au moyen de la formule de Stokes-Cunningham qu'à
la condition que les particules soient produites à une tempéra-
ture peu élevée; au cas contraire (pulvérisation dans l'arec les
particules subissent vraisemblablement des modifications telle-
ment profondes, que les calculs d'après la formule de Stokes-
Cunningham conduisent à des résultats les plus divergents
(sous-électrons, § 8).
6. La « mobilité » des particules, calculée d'après le mouve-
ET LE MOUVEMKNT BROWNIEN DANS LES GAZ 369
ment brownien dépend en réalité non seulement du mouvement
brownien, mais aussi de la vitesse propre de la particule, de sa
charge, et d'autres agents d'une nature inconnue, de sorte que
les charges calculées d'après le mouvement brownien ont tou-
jours une valeur trop basse, et les répartitions calculées des
vitesses dittèrent quelque peu des répartitions observées
(§ 10, 11).
7. II semble que la théorie du mouvement brownien ne soit
rigoureusement exacte que pour les phénomènes moléculaires
et ceux qui leur sont semblables rayon de la particule petit en
comparaison du chemin moyen des molécules du gaz f§ 12).
III. Protocoles des observations
Le manque de place ne nous permet pas de publier iu-extenso
les protocoles d'observations des 131 particules que nous avons
pu observer. Nous laisserons donc de côté toutes les particules
qui servaient uniquement pour l'étude de la diminution de la
masse, et de l'influence de divers agents, sur la variation des
particules, etc. (v. § 4), et nous nous bornerons aux seules par-
ticules de mercure pulvérisé mécaniquement ; ce sont celles qui
ont été utilisées pour le calcul des charges. On trouvera dans
les tables suivantes les protocoles complets d'observations des
particules : N° 23 (part, «invariable», v. § 2) ; X" 81 (particule
de mercure pulvérisé mécaniquement; la colonne t^^^ représente
les durées de chutes « moyennes », dont ou se servait pour
le calcul du mouvement brownien, v. § 7) ; X° 96 (particule
produite dans l'arc) ; N° 131 (amalgame d'étain, pression
réduite, v. § 12) ; N" 59 (nous donnons le protocole d'observa-
tions complet de cette particule, parce que c'est la seule dont
la charge était dès le début notablement inférieure au nombre
de Millikan. On peut donner deux explications de ce phénomène.
Ou bien cette particule, étant composée de mercure amalgamé,
possédait une densité différente de celle du mercure, ou bien,
ce qui est plus probable, cette particle n'a été soumise aux
observations que beaucoup de temps après la pulvérisation. En
effet, les particules pulvérisées ne tombent pas d'elles-mêmes
370 LA QUESTION DES SOUS-ÉLECTRONS
JV- S4 I N" 24
u
u
n
ex 10"
73.84
83.86
12.12
6.70
- 2
- 3
4.94
4.79
N- 16
52.10 î 21:57 I 2
51.84
54.50
N^ 11
6.60
55.70
N- 18
52.10
N^ 19
12.40 3
N- 21
JV» 22
44.00
5.80
7
46.30
8.30
5
51.10
26.40
2
54.10
87.00
1
*60.00
■- 4.55
+ 25
68.30
- 11.50
+ 10
85.20
> 21.90
+ 5
106.80
25.40
- 1
119.30
10.70
- 2
119.30
24.20
- 1
130.80
-
—
*73.00
o[ 5.50
.- 9
73.00
gj 6.60
- 6 j
92.50
Il jlO.05
->4 î
113.10
^112.55
+ 3i
4.57
4.73
4.84
4.40
4.34
4.06
4.03
4.60
4.50
4.34
4.02
3.56
3.33
3.25
4.33
4.36
3.53
3.12
ex 10'
48.70
61.37
69.20
70.50
" 4.30
>i
7.77
+ 4
43.65
- 1
40.30
+ 1
Trajet de la particule L
Pression réduite.
0.1425 cm.
4.24
4.20
4.16
JVTo 96 C)
U
u n
126.2
20.93
- 4
137.1
12.9,
- 6
172.5
8.8,
- 8
158. 6
10.4,
- 7
160.5
13.5,
- 6
143.5
21-2^
13.6
12.4
12.3
- 4
144.5
141.5
137.8
146.3
V
e
- 6
= 72.5
= 0.24
X io-^«
N" 131 {-}
16.4
35.5
1
14.8
37.4
/
n= +1
14.9
36.7
\
e = 4.97
15.8
36.4
i
X 10-'"
15.6
33.2
\
15.4
34.6,
)
15.6
8.1
/
15.5
8.2
w= +2
15.3
8.1
1
e =5.09
X 10-'°
15.3
1
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
371
N- 23
u
ti
26.9
5.5
1
27.4
5.6
1 n = +74
27.4
5.7
f e = 1.66
28.2
5.8
; X 10-1°
28.3
—
l V=63
27.9
5.8
)
27.9
5.8,
1
27
5
82
i
27
1
8.1
n
=
+ 56
27
28
5
3
7.9
8.3,
\
e
X
1.65
10-1°
\
n
_
+ 16
27
9
106.8
e
_
1.63
28
114.2
1
X
10-1°
91
7
161.4
\
n
=
+ 15
e
:
1.62
27
7
~
1
X
10-1°
27
6
37.7
1
n
=
-^14
27
8
37.5
e
^
1.67
-
. -
378
{
X
10-1°
28
3
37.0,
)
V
=
98
27.8
28.1
No 81
867.0
i w= +9
e=1.60
X 10"
u t:m
t:
43.4
47.9
53.0
59.4
59.6
41.5
49.4
54.3
59.4
64.1
1
127.3
84.2 y^^-+i
67.1 '^ = ^-^^,0
50.8 \ X 1«~
X
*67.1 ! 69.0
82.3 74.0
76.5 : 78.0
86.2 82.1
39.9 1
36.9 "=7L
32 7 «=3 93
\ X 10-1°
32.83 '
81.0
97.1
93.8
87.1
90.4
95.3
— 1 n= -2
12.6 ' e =3.72
12.63 1 X 10""°
95.8
110.3
100.2
106.8
„ \ e = à. li
'-"■' } X 10-"
N^ 39
u
tz
n
exi"'^
20.67
2.90
-24
4.66
20.60
12.20
- 8
4.59
20.94
50.30
- 4
4.66
21.47
48.53
- 4
4.56
N^ 45
81.87
3.50
- 6
85.84
5.27
- 4
87.92
10.76
- 2
87.92
6.70
- 3
94.13
22.00
+ 1
96.00
9 60
+ 2
103.47
19.93
+ 1
109.33
8.27
- 2
109.33
18.40
+ 1
4.62
4.51
4.57
4.55
4.58
4.57
4.50
4.66
4.52
* L'astérisque indique le moment où la diminution de la masse s'ac-
célère et ou commence la diminution apparente de la charge.
372
LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
N" 31
u
h
n
ex 10"
56.40
3.80
- 8
4.55
56.60
7.87
- 4
4.65
57.45
18.42
- 2
4.72
54.45
54.90
55.43
59.30
60.66
*62.70
73.17
73.17
80.05
82.90
82.90
*101.30
169.90
54.40
54.40
55.00
56.00
19.13
19.20
19.90
N^ 32
" 6.33
-21
-15
>( 9.10
-11
4.10
- 8
5.75
- 5
43.30
- 1
16.15
- 2
40.05
- 1
15.50
- 2
36.60
- 1 )
36.60
+ 1 1
1
N" 33
6.56 '
12.50
- 3
- 1
N° 35
N- 36
S|13.37
> (24.20
9.20
20.15 69.50 + 4 4.60
1.80
+ 17
5.50
+ 6
11.45
+ 3
62.00
+ 1
+ 38
+ 28
+ 10
N° 40
42.00
2.40
+ 15
42.00
3.45
+ 11
42.40
8.17
+ 5
44.30
6.30
+ 6
4.62
4.72
4.66
4.63
4.62
4.63
3.90
3.99
3.67
3.57
4.05
3.94
4.54
4.45
4.71
4.42
4.61
4.60
4.61
4.76
4.73
4.85
4.74
N" 40 (suite)
u
u
n
eXlO'"
46.30
7.90
+ 5
4.53
47.72
9.94
+ 4
4.56
51.60
7.20
+ 5
4.40
53.00
12.90
+ 3
4.48
N" 41
55.75
3.75
+ 6
61.09
10.45
+ 3
*65.37
9.13
+ 3
81.40
7.60
+ 5
100.00
7.00
+ 3
101.70
9.80
+ 2
N° 42
*68.67
g 110.97
+ 3
77.05
„ 10.25
+ 3
79.40
> (16.40
+ 2
126,50
—
—
138.40
—
—
jV^ 43
106.87
106.87
5.60
17.92
+ 3
+ 1
^o 44
N'> 46
78.00
84.20
il. 00
10.73
- 3
- 2
37.75
19.15
+ 3'
40.22
31.70
+ 2
44.82
28.10
+ 2
47.37
24.63
+ 2
56.17
59.95
+ 1
67.97
35.52
- 1
*80.15
27.20
- 1
108.50
10.00
_
108.50
6.60
- 3
4.91
4.56
4.74
4.29
4.31
4.56
4.58
4.20
4.12
4.69
4.77
4.70
4.79
4.49
4.64
4.48
4.75
4.73
3.91
3.85
4.97
4.74
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ
373
JV" 46 (suite)
*95.17
140.7
191.6
78.47
78.47
77.60
85.33
85.53
104.20
ex 10"
20.80
15.67
12.80
+ 1 4.75
- 1 ! 3.94
- 1 I 3.67
N- 47
104.40 i 8.40 I - 2
N^ 50
67.80
14.40
- 2
*67.80
36.20
- 1
77.53
.33.73
+ 1
83.33
12.60
+ 2
84.31
28.60
+ 1
j-V" 51
64.40
43.80
- 1
64.70
36.60
+ 1 1
N'^ 52
6.40
[
+ 4
8.60
+ 3
30.73
+ 1
27.38
+ 1
10.60
+ 2
21.41
- 1
N'> 53
51.07
5.70
- 6
52.60
8.80
- 4
55.00
11.70
- 3
5.00
i\r° 49
74.20 I 13.05 I - 2 I 4.76
4.65
4.69
4.16
4.15
4.45
4.42
4.91
4.07
4.15
4.64
4.29
4.76
4.20
4.54
4.54
4.61
N'' 55
t,
u
n
ex 10'"
18.50
7.73
-12
4.86
18.70
8.70
-11
4.60
18.70
9.80
-10
4.66
19.13
11.27
- 9
4.61
19.60
36.30
- 5
4.56
N^ 56
jV» 60{')
15.30
15.60
15.80
16.20
17.00
17.50
17.90
18.30
18.50
N" 59
N" 69
15.13
,r. l 9.10
-53
15.13
il 9-60
-51
15.50
> (21.16
-33
15.90
33.25
-7|
10.17
+ 12
11.50
+ 11
13.20
+10 !
20.80
+ 8
36.30
+ 6
23.10
+ 7
31.10
+ 6
53.10
+ 5
130.20
+ 4
4.49
4.51
4.51
4.48
4.69
4.66
4.68
4.69
4.59
4.51
4.54
4 57
4.66
115.6
11.6,
- 2
—
106 2
23.6
— 1
3.69(?)
106.4
22.0
—
3.96 (?)
103.2
20.6
—
—
145.6
—
—
—
15.73
«111.37
+ 16
16.33
!| '13.40
+ 14
16.65
> (26.70
+ 10
4.66
4.66
4.63
') On trouvera le protocole d'obsersation de la particule N' 58 dans
le §3.
.'\nciiiVEs, t. XLI. — Mai 1910. 26
374
LA QUESTION DES SOUS-ELECTRONS
N" 69 (suite)
u
fi
n
fXio"
17.93
17.90
4-8
4.34
20.18
18.10
+ 7
4.34
*26.00
86.62
4-4
4.20
34.85
33 70
4- 3
3.74
iN"" 73
48.23
g|18.50
-h4 1
52.20
j:E\26.65
-h 3
58.20
17.85
-f- 2
62.80
10.40
4- 3
N^ 74
16.03
■c. (17.50
4-14
16.86
1 17.90
+13
18.17
> 27.30
+10 !
*20.05
22.98
+ 6
21.70
28.20
4- 5
26.16
31.36
+ 4
A^o 75
39.80
5.60
+ 7
44.25
6.45
+ 6
46.40
7.30
+ 5
46.90
9.60
+ 4 1
50.05
21.40
+ 2 j
52.00
55.80
- 1 i
57.50
17.80
- 2
63.37
40.33
- 1
72.10
29.50
+ 1
82.75
12.10
- 2
86.00
25.40
- 1
N'^ 79-
10.77
7.75
-21
10.96
8.27
-20
11.41
8.65
-19
4.55
4.44
4.31
4.38
4.67
4.74
4.60
445
4.39
4.13
5.00
4.70
4.79
4.71
4.74
5.11
4.67
4.68
4.98
4.47
4.52
4.64
4.62
4.58
N" 79 (suite)
11.63
11.85
12.21
12.75
13.20
13.40
13 40
14.18
80.65
97.80
*110.67
143.00
N^ 80
N^ 82
7.12 1 + 3
22.83 -f- 1
N'' 85
17.65
7.20
- 1
- 2
N'^ 86
ex 10'"
11.11
-15
10.45
-16
13.06
-14
13.50
-13
14.80
-12
17.00
-11
20.20
-10 '
57.92
— 7
42.70
10.52
- 4
47.82
14.43
- 3
47.82
9.60
- 4
55.05
21.78
- 2
*58.16
56.35
- 1
62.60
17.45
- 2
68 42
10.25
- 3
73.32
39.02
+ 1
80.08
15.42
+ 2
86.27
37.10
+ 1
86.27
15.25
- 2
98.04
5.95
+ 3
98.04
8.80
+ 2
119.72
15.73
- 1
4.56
4.69
4.62
4.60
4.70
4.57
4.69
4.74
4.86
4.49
4.66
431
4.51
4.38
4.11
3.98
3.70
3.43
3.44
4.83
4.15
4.64
3.98
4.67
4.86
4.70
ET LE MOUVEMENT BROWNIEN DANS LES GAZ 375
dans le condensateur, mais sont entraînées par le courant d'air.
Si par hasard une particule n'était pas entraînée et tombait
seulement sous l'influence de la pesanteur, elle ne devrait pas
mettre moins de 1 V ,, heure (durée de chute t^ = 100") pour
arriver du pulvérisateur au condensateur. Evidemment, pendant
un temps si long, elle pouvait se désagréger considérablement,
ce qui amène, comme on l'a vu, une dimioution apparente de la
charge).
Le signe x (dans les colonnes des durées d'ascension t^)
désigne une variation de la charge provoquée par les rayons X,
le signe s, une variation de la charge spontanée. Y représente
les tensions en volts, n les nombres de charges et leurs signes,
e X 10 , les charges élémentaires calculées.
Toutes les autres observations sont données sous forme de
moyennes. Ont été laissées de côté quelques particules dont les
nombres de charges ne pouvaient pas, pour diftérentes raisons,
être exactement déterminées, particulièrement à cause du nom-
bre trop grand des charges élémentaires. Les N°' 1-37 se rap-
portent aux particules de mercure pur, les N"' 38-54 au mer-
cure impur, les N°^ 55-59 au mercure amalgamé, les N°' 60-94
au mercure distillé. La différence de potentiel aux plateaux du
condensateur a été (sauf indication contraire) toujours égale
à V = 98 volts.
Nous remercions M. le professeur C.-E. Guye pour l'hospita-
lité que nous avons trouvée dans son laboratoire et pour les
moyens de travail qu'il a mis à notre disposition et qui nous
ont permis de mener à bien ces recherches. Nous exprimons
également notre sincère reconnaissance à M. le D"" A. Schidlof,
assistant à l'Institut de Physique, dont l'aide cordiale et les
précieux conseils ne nous ont jamais fait défaut.
Laboratoire de Physique de l'Université de Genève.
Août 1915.
SUR LE
FROTTEiPiT mimm des fils de ôuartz
AUX BASSES TEMPÉRATURES
PAR
€.•£. OUYE et ai. EINHORN-BODZECHOWSKI
(Suite V
III. Dispositif Expérimental (").
I 1. Description de V Appareil.
L'appareil utilisé pour nos recherches devait satisfaire aux
coiiditions suivantes :
1° Il devait être étanche pour tenir un vide assez élevé;
2" Il devait permettre d'établir autour du fil d'expérience
une température déterminée, constante pendant la durée clgs
observations.
Pour éviter toute perturbation magnétique l'appareil ne ren-
ferme pas de fer; il est presque entièrement construit en laiton,
sauf quelques parties qui seront mentionnées dans la suite.
En allant de haut en bas on peut distinguer les cinq parties
suivantes :
1° Le support de suspension ; 2" la partie centrale, qui com-
prend un tube, suivant l'axe duquel est suspendu le fil, et un
récipient entourant ce tube; 3" la cloche renfermant l'oscilla-
') Voir Archives, t. XLI, p. 287.
-) Cet appareil a été construit par MM. C.-E. Guye et P. Yoïkotf.
SLR LE FROTTEMENT INTERIEUR DES FILS DE QUARTZ 377
leur; 4« la plate-forme de l'appareil munie d'un dispositif
spécial pour pouvoir amortir à volonté les oscillations ; 5° l'os-
cillateur.
Pour la description qui suit le lecteur voudra bien se reporter
à la figure 2.
a) La tige a porte à son extrémité inférieure une pince amé-
ricaine _p destinée à serrer un petit tube en laiton à l'intérieur
duquel est mastiquée l'extrémité du fil d'expérience^', et cela
au moyen de cire à cacheter blanche. Cette tige traverse à frot-
tement dur un manchon mm et permet d'élever, d'abaisser et
de faire tourner l'ensemble formé par le fil et l'oscillateur qui
lui est suspendu. Le frottement entre la tige et le manchon
suffit pour empêcher tout déplacement spontané de l'équipage,
mais lorsque l'appareil est réglé on a soin de fixer la tige en
serrant la vis F. Le manchon est porté par trois vis P qui tra-
versent l'anneau AA, lequel est soutenu par trois tiges L (dont
deux sont représentées sur la figure). Ces vis permettent de
centrer le manchon.
b) Le tube en quartz itii est entouré d'un récipient également
en quartz TTTT qui lui est soudé. Ce récipient est un vase
Dewar, à double enveloppe vide, argenté intérieurement. Le
tube intérieur étant transparent, on peut voir si le fil de sus-
pension est bien centré et si les tiges et les pinces ne touchent
pas les parois. Ce tube est mastiqué en haut dans le manchon
mm, en bas dans une tubulure de la cloche BB. Le récipient
Dewar reçoit le bain destiné à maintenir le fil à la température
voulue.
c) La paroi supérieure de la cloche BB est munie d'une tubu-
lure dans laquelle pénètre l'extrémité inférieure du tube tttt. La
partie cylindrique de cette cloche comporte une petite ouverture
FF sur laquelle on a mastiqué une vitre permettant de faire
tomber un faisceau lumineux sur le miroir J/de l'oscillateur.
De plus une tubulure r permet de mettre la cloche en commu-
nication avec la machine pneumatique.
La partie inférieure de la cloche est munie d'une large bor-
dure dd, rodée sur la plate-forme de l'appareil et s'appliquant
sur celle-ci par un joint en labyrinthe. Ce joint (non indiqué sur
la figure) assure une très bonne étanchéité.
AUX BASSES TEMPÉRATURES 379
d) La plate-forme est constituée par un plateau épais EE au
milieu duquel se trouve une tubulure renfermant le godet de
verre G rempli de mercure. Ou peut produire l'amortissement
du mouvement de l'oscillateur en soulevant le godet au moyen
de la vis *S' de façon à amener le mercure en contact avec une
petite tige d'ivoire D fixée à l'extrémité inférieure du système
oscillant. Le tube de verre Z mastiqué dans l'orifice du pla-
teau EE permet de voir si l'extrémité de la tige D touche ou
non le mercure.
La plate-forme est portée par trois vis calantes N reposant
sur trois plaques métalliques. Ces vis permettent de régler la
position du fil à l'intérieur de façon à l'amener bien au centre
du tube tut.
e) L'oscillateur se compose essentiellement de deux boîtes
cylindriques coaxiales, l'une xx intérieure et l'autre annulaire
yy extérieure. Chacune de ces boîtes peut recevoir une niasse
cylindrique (cylindre plein ou anneau) ; on peut ainsi faire varier
le moment d'inertie du système et par conséquent la durée
d'oscillation.
Le fond de la boîte cylindrique xx porte la tige D ci-dessus
mentionnée ; au couvercle de la dite boîte est soudée une tige h
munie d'une pince américaine q servant à recevoir l'exti-émité
inférieure du fil d'expérience J^.
A cette même tige h est fixé le miroir M qui sert à l'enregis-
trement des oscillations.
Le vide était obtenu au moyen d'une pompe à enveloppe de
Gaede actionnée par un moteur électrique. Il était ainsi facile
de maintenir à l'intérieur de l'appareil une pression inférieure
à un millimètre de mercure. Pour la mesure des pressions
nous avons utilisé un baromètre tronqué.
Le thermostat était formé par le récipient Dewar en quartz
TTTT rempli d'un mélange réfrigérant ou d'une substance
appropriée dont la température restait constante pendant la
durée des expériences.
Le diamètre du tube intérieur titt est seulement de 16 mm.
Ce tube étant complètement entouré par le bain et la masse du
380 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
fil d'expérience étant extrêmement petite l'équilibre de tempé-
rature s'établit très rapidement.
Dans des expériences préliminaires nous avons constaté par
des mesures de résistance électrique, qu'un fil métallique
avait dans ces conditions la même température que lorsqu'il
est plongé directement dans le bain, il n'est peut-être pas
inutile de rappeler à ce propos que la conductibilité ther-
mique du quartz est près de dix fois plus grande que celle du
vei-re.
Nous avons fait dans le même but la détermination du décré-
ment logarithmique du fil aux températures de la glace et de
l'air liquide, 30, 60 et 90 minutes après l'introduction de la
substance réfrigérante, et nous avons trouvé, dans les trois cas,
la même valeur du décrément. On peut donc afiirmer que le fil
se trouve bien à la température du bain au moment des expé-
riences.
Cependant, par mesure de prudence, nous avons préféré
attendre toujours une heure avant de commencer les observa-
tions, pour que l'équilibre de l'ensemble de tout l'appareil
soit sûrement atteint.
Pour étudier le fil à la température de la salle, nous nous
sommes bornés à verser de l'eau dans le récipient Dewar; cette
masse d'eau qui se trouve protégée contre les échanges de cha-
leur, ne varie que d'une très petite fraction de degré pendant
la durée de l'expérience. Ou réalise donc bien de cette façon
une enceinte de température pratiquement constante.
Dans les expériences faites à zéro, le récipient fut rempli
de glace pilée humectée avec un peu d'eau refroidie préala-
blement.
La neige d'acide carbonique mélangée avec un peu d'alcool
forme une pâte dont la température est de —79°; cette tempéra-
ture se communique facilement au tube traversant le récipient
ainsi qu'au fil grâce au bon contact entre le mélange réfrigé-
rant et les parois du tube.
Enfin, la plus basse température de nos expériences fut réa-
lisée au moyeu de l'air liquide dont la température était habi-
tuellement de — 194°.
Dans un certain nombre d'expériences nous avons fait usage
AUX BASSES TEMPÉRATURES 381
d'un mélange réfrigérant dont la température était de — 45\
La préparation de ce mélange est décrite chap. V, § 1.
Un tJm-momètre à pentane nous a servi à mesurer les basses
températures.
Les différents moments d'inertie ont été réalisés en mettant,
soit un anneau de laiton dans la boîte cylindrique extérieure
yy, soit un cylindre de plomb dans la boîte intérieure xx. Le
cylindre et l'anneau avaient la même masse M de 85,6 grammes;
le rayon du cylindre p était de 0,94 cm. ; l'anneau avait un
rayon extérieur R de 4,34 cm. et un rayon intérieur r de 3,36 cm.
Eu employant les formules :
le = f 9' et I, = I m + r') ,
on trouve pour le moment d'inertie du cylindre :
I^ = 75,64 gr. cm-.
et pour celui de l'anneau :
I^ = 2574,71 gr. cm-.
Pour déterminer le moment d'inertie I,, de l'oscillateur on
fait deux observations, la première en introduisant dans l'oscil-
lateur le cylindre de plomb, et la seconde en y introduisant
l'anneau après avoir retiré le cylindre; on obtient ainsi les
deux périodes T^ et T,. En utilisant l'équation (2), très approxi-
mativement exacte, on trouve :
^
T,
D'oti l'on tire
V /
/î;
+ In
V
ï7
+ Io
IJ
1
-it;
rp' rp*
En introduisant dans cette relation les valeurs observées :
Ti = 3,75 sec. et T„ = 7,30 sec, on obtient :
10 = 821,45 gr. cm- ,
11 = 897,09 gr. cm- ,
h = 3400,16 gr. cm- .
382 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
Ij et I„ désignant les moments d'inertie respectifs de l'oscil-
lateur chargé par le cylindre ou par l'anneau.
Insistons encore sur le fait que ce procédé déjà utilisé dans
des expériences antérieures permet de changer le moment d'iner-
tie de l'oscillateur sans modifier ni la charge du fil ni la forme
extérieure du système.
§ 2. Préparation des fils.
Eu ce qui concerne les fils de verre utilisés dans nos expé-
riences, ils provenaient tous d'une même tige de verre; nous
avons choisi parmi les fils ceux qui étaient les plus réguliers.
Les fils de quartz nous ont été fournis par la fabrique de
Heraeus à Hanau. Leur longueur était de 30 à 40 centimètres,
tandis que nous n'avions besoin que d'une longueur de 20, il
nous était donc possible de choisir dans chaque fil la portion
qui se rapprochait le plus de la forme cylindrique.
Les diamètres ont été mesurés au moyen d'un microscope à
micromètre oculaire. Comme les fils ne sont pas absolument
cylindriques et n'ont pas exactement le même diamètre sur
toute leur longueur, nous n'avons pris en considération que
leur diamètre moyen à titre d'indication.
Les fils de verre et de quartz ne pouvant pas, à cause de leur
fragilité, être fixés directement dans les pinces, nous avons
d'abord scellé les deux bouts du fil dans deux très petits tubes
de laiton au moyen d'une cire à cacheter blanche très adhé-
rente. Il était indiqué de contrôler après chaque série d'expé-
riences si ces joints délicats n'étaient pas endommagés.
Avant les expériences les fils ont été étuvés dans un bain de
sable : le fil est introduit dans un tube de verre d'Iéna
qu'on place horizontalement dans une rigole de laiton remplie
de sable. Aprèsr à la température de l'air liquide
pour l'oscillation considérée.
§ 3. Influence de la i^ériode des oscillations. — Pour les fils
IV et V nous avons effectué des observations avec deux moments
d'inertie différents, en maintenant pour le reste rigoureusement
constantes les conditions de l'expérience, c'est-à-dire la charge
supportée par le fil, le degré du vide et la forme extérieure du
système suspendu. Nous avons utilisé les deux moments
d'inertie :
Il = 897 gr. cm" et L = 3400 gr. cm- .
Une première série d'observations était effectuée avec le petit
moment d'inertie I^, puis une seconde avec le grand moment
d'inertie I, . Nous avons alors répété à la température de la
glace, l'observation des oscillations du fil, soumis à l'influence
du plus petit moment d'inertie \ , afin de vérifier l'absence de
') C'est approximativement l'énergie de V200 ^^ milligrammes tombant
d'une hauteur de un millimètre.
392 SUR LE FROTTEMENT INTERIEUR DES FILS DE QUARTZ
toute déformation résiduelle et de tout dérangement de la sus-
pension.
Les tableaux II et III et les courbes qui suivent résument les
résultats de ces expériences.
Les courbes relatives aux deux moments d'inertie ne se super-
posent nulle part, mais elles se rapprochent beaucoup lorsque
la température monte.
Il importe de rappeler à ce propos que d'après la théorie de
M. W. Voigt (^), l'expression :
doit être constante ; cette théorie attribuant, comme nous l'avons
déjà fait remarquer, une valeur constante au produit XT. Suivant
Boltzmann (*) par contre, c'est le décrément logarithmique X qui
doit présenter une valeur constante quelle que soit la période T.
On voit donc que ni l'une ni l'autre de ces théories ne semble
s'appliquer rigoureusement aux fils de quartz, mais on recon-
naît qu'aux températures élevées le décrément tend à se confor-
mer à la théorie de Boltzmann, puisque les courbes relatives
aux deux moments d'inertie tendent à se confondre dans ces
conditions.
Aux basses températures, par contre, le décrément diminue
sensiblement lorsque la période augmente ; toutefois le produit
XT n'est pas constant; il augmente en même temps que T
(voir tableau IV). Il semble donc qu'aux basses tempéra-
tures, on tende à se rapprocher de la loi établie par M. Voigt ;
ce qu'avaient précédemment observé MM. C.-E. Guye et
V. Fréedericksz dans des expériences sur des fils métalli-
ques.
Remarquons d'autre part que M. Voigt lui-même a observé,
dans des expériences faites avec des prismes, que le produit
XT augmente avec la période des oscillations. La loi XT = const
n'est donc certainement pas exacte, mais on serait tenté de lui
') Loc. cit., chap. I.
-) La constante d n'est autre que le rapport des deux constantes F
et E, voir l'équation (8a).
^) Loc. cit., chap. I.
AUX BASSES TEMPERATURES
393
Tableau II
Influence de la période sur le décrément logarithmique
Fil de quartz IV
l =: 18.5 cm. ;
d = 0.55 mm.
p = 1 mm. Hg
TEM-
Il = 897
gr. cm'
lî = 3400 gr. cm'
PERATURE
Période T
(sec.)
Décr. log.
Période T
(sec.)
Décr. log.
-194'
1.500
0.00058
2.921
0.00046
- 79°
1.484
0.00064
2.901
0.00054
0°
1.477
0.00165
2.885
0.00157
ordinaire
17° 1.475
0.00296
19° 2.881
0.00308
Influence de li
i période
1
i
sur le décrément
logarithmique .
Fil de Quartz N.
,/
1
/
/
1
ocot
/
t —
//
//
1
//
f
/
/
0,001
/
^
^
1
^:^
^
1
-•"
Température
-Ut-
y
-lô
')•
-10
0°
-s
0'
c
•
FiR. 4
394 SUR LE FROTTEMENT INTERIEUR DES FILS DE QUARTZ
Tableau III
Influence de la période sur le décrément logarithmique
Fil de quartz V
l = 18.5 cm. ;
d ■=■ 0.4!» mm.
p = 1 mm. Hg
TEM-
Il = 897 gr. cm'
Il = 3400 gr. cm'
PÉRATURE
Période T
(sec.)
Décr. log.
Période T
(sec.)
Décr. log.
- 194°
- 79°
t
0°
21°
1.897
1.877
1.866
1.865
0.00067
0.00072
0.00161
0.00331
3.689
3.666
3.645
3.643
0.00057
0.00062
0.00156
0.00323
Influencé
' dr/a
période
.sur le décrément
lodarithmique .
Fâ de Quartz V.
h
\
1
II
'
:$
i
^
1
II
J,
^
A
//
ooct
y
^
^
y
"—
—-^
^
Température.
-ioo'
-ISO'
-100°
Fis
AUX BASSES TEMPERATURES
395
attribuer la signification d'une loi limite applicable au « corps
solide parfait». Aux basses températures, les corps se rappro-
cheraient de l'état solide parfait, tandis qu'aux températures
élevées les conditions de cet état ne se trouvent pas même
approximativement réalisées. La loi de Boltzmann serait alors
considérée comme une seconde loi limite qui s'appliquerait aux
températures élevées.
Tableau IV
Température
Mo m. d'inertie
Il = 897
lî = 3400
Période
T
Décr. log.
■,.T
+ 17^
M
1.475
2.881
U . 00296
0.00288
0.00436
0.00630
0°
11
1.477
2.885
0.00165
0.00157
0.00243
0.00453
- 79°
11
I2
1.484
2.901
0.00065
0.00054
0.00096
0.00156
-194°
11
h
1.500
2.921
0.00058
0.00046
0.00087
0.00134
Si on se place au point de vue de la théorie d'un frottement
intérieur fonction de la vitesse, on peut interpréter la façon
dont le fil se comporte aux basses températures de la manière
suivante : Si la durée d'oscillation augmente, la vitesse de
déformation diminue. Envisageons le cas limite d'une durée
d'oscillation infiniment grande, c'est-à-dire d'une vitesse de
déformation infiniment petite. Dans ces conditions, le fil passe-
rait successivement par une série d'états d'équilibre, et la
transformation serait entièrement réversible, parce qu'à cha-
que instant les forces qui produisent la déformation seraient
égales aux forces moléculaires qui s'y opposent. On n'aurait
alors aucune dissipation d'énergie et par conséquent un décré-
ment nul. A mesure qu'on s'éloigne de plus en plus de ces
conditions limites, qui sont d'ailleurs irréalisables, l'irréversibi-
lité de la transformation augmente, et se traduit par une
396 SUR LE FROTTEMENT INTERIEUR DES FILS DE QBARTZ
dépense d'énergie de plus en plus grande, et par un décrément
X qui va en augmentant.
Ces considérations sont analogues à celles qui montrent
l'irréversibilité de tout cycle de transformation accompagné de
phénomènes thermiques et parcouru avec une vitesse finie.
Le fait que le décrément X augmente avec la rapidité des
oscillations peut donc trouver son explication dans des raisons
d'ordre thermodynamique. Il resterait à expliquer pourquoi
cette augmentation serait beaucoup plus sensible aux basses
températures qu'aux températures élevées.
Il est probable que l'établissement de l'équilibre se fait bien
plus rapidement aux température élevées qu'aux basses tempé-
ratures. Ainsi par exemple la vitesse d'une réaction chimique
devient double pour une élévation de température de cinq à dix
degrés. L'élévation de la température modifie donc profondé-
ment les forces moléculaires, et on peut admettre qu'elle aug-
mente beaucoup la rapidité avec laquelle les molécules passent
d'une configuration à l'autre. On peut alors considérer comme
« infiniment lente » une oscillation qui, aux basses températures,
produit l'eftet d'une oscillation rapide. Malgré cela, la dissipa-
tion d'énergie en valeur absolue est plus importante aux tem-
pératures élevées qu'aux basses températures, mais cette grande
perte d'énergie, qui se montre indépendante de la rapidité des
déformations, peut alors être attribuée à une autre cause,
l'importance de l'agitation moléculaire aux températures éle-
vées.
D'ailleurs, pour élucider des phénomènes aussi complexes, il
serait naturellement indispensable de compléter nos observa-
tions dans difterentes directions. Il serait désirable, en particu-
lier, en ce qui concerne les basses températures, de réduire
davantage la vitesse de déformation, d'opérer avec des durées
d'oscillation beaucoup plus grandes que celles qui ont été réa-
lisées dans nos expériences. Toutefois la réalisation de ces
expériences n'aurait pu être effectuée qu'en adoptant d'autres
dispositifs (').
(*) Pour obtenir une plus grande durée d'oscillation il faut augmenter
le moment d'inertie, mais l'exiguité de l'espace disponible ne permet
AUX BASSES TEMPÉRATURES 397
§ 4. Influence de l'amplitude. — Que l'on adopte la théorie de
Boltzmann ou celle de Voigt, l'amplitude ne devrait avoir
aucune influence sur le décrément dans nos conditions expéri-
mentales. Les considérations que nous avons rappelées n'étant
applicables qu'au cas des petites amplitudes. Cette condition
restrictive est satisfaite dans nos expériences, puisque nous
n'avons jamais eu des amplitudes supérieures à quelques
degrés.
Nos expériences s'accordent donc avec la théorie eu ce sens que
l'influence de l'amplitude sur le décrément est certainement très
faible; elles s'accordent de même avec la conclusion que C.-E.
Guye et S. Vassiletï Ç) ont tirée de leurs observations sur des
fils de verre à haute température, ainsi qu'avec nos propres
expériences, faites également avec des tils de verre à plus basse
température (voir chap. V, § 4).
Nous n'avons étudié l'influence de l'amplitude sur le décré-
ment qu'à la température de la salle et à celle de la glace. Aux
basses températures, le décrément logarithmique est tellement
petit pour des ftls de quartz qu'il faut étendre la durée des
observations à plus d'une heure pour obtenir une diminution
d'amplitude convenable.
Dans ces conditions l'étude de Teft'et dû à une variation de
pas une très grande augmentation du rayon de giration du système sus-
pendu; il faudra donc agir sur le poids du système. Mais d'autre part
on ne peut augmenter la charge portée par le fil sans risquer de provo-
quer des déformations permanentes, à moins d'utiliser un fil de plus
grand diamètre. Ce dernier procédé ne permet pas de profiter de l'aug-
mentation du moment d'inertie, parce que la durée d'oscillation varie
en raison inverse du carré du diamètre, donc en raison inverse du poids
correspondant à la limite d'élasticité du fil. On voit qu'on ne peut faire
varier de beaucoup le poids de l'équipage, ce qui restreint considéra-
blement les limites de l'augmentation possible du moment d'inertie et
de la durée d'oscillation.
En outre, si la durée d'oscillation était plus grande et le décrément
plus petit l'inévitable transmission d'une certaine fraction de l'énergie,
au support et aux objets environnants, présenterait vraisemblablement
une importance relative de plus en plus considérable. Cette perte d'éner-
gie est considérée comme négligeable tant que le frottement intérieur
est relativement grand ; mais si le décrément logarithmique est très
faible, cet effet peut entraîner des erreurs dont la grandeur est difficile
à évaluer.
') Loc. cit.
398 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
l'amplitude rencontre des difficultés pratiques très grandes.
D'ailleurs il eut été bien difficile avec notre dispositif (sauf
dans le cas de la glace fondante), de maintenir rigoureu-
sement constante la température pendant un intervalle aussi
long, et d'autre part la chance d'intervention de perturba-
tions extérieures, dont l'influence n'est peut-être pas négli-
geable aux basses températures, croît avec la durée des expé-
riences.
Notons enfin que les erreurs de mesure, qui tiennent à l'im-
pression photographique un peu ditt'use produite par la trace
lumineuse, ont une plus grande importance aux basses tempé-
ratures qu'aux températures élevées. En effet, si la tempéra-
ture est basse, le décrément est petit, et par conséquent les
amplitudes servant à sa détermination sont très peu différentes.
L'importance relative de l'erreur d'appréciation devient alors
considérable, et l'interprétation des très petites variations du
décrément logarithmique qui résultent des observations devient
aléatoire.
La table suivante indique, à titre d'exemple, les résultais des
observations effectuées à la température ordinaire. Nous avons
calculé le décrément X pour vingt oscillations d'après la for-
mule (9&) :
n+ 20
et nous avons pris comme amplitude correspondante à cette
valeur de À la moyenne arithmétique des amplitudes de cet
intervalle.
Tableau V
Variation du décrément logarithmique avec Vaviplitude
ATDpliturte a„
Décr. log. ■/.
Amplitude a„
Décr. log. "/.
rôo'
0.00419
1-12'
0.00413
1°41'
^ 0.00419
r 7'
0.00412
1°33'
0.00419
1° 2'
0.00413
r26'
0.00416
0°57'
0.00413
1°19'
0.00416
—
—
AUX BASSES TEMPÉRATURES 399
On sait qu'à la température ordinaire le décrément X est
eôectivement à peu près indépendant de l'amplitude pour les
petites amplitudes.
§ 5. Influence de la température sur la durée d'oscillation
(variation du second modale d'élasticité). — Il a été constaté
pour les métaux (^) et pour les verres (") que la durée d'oscilla-
tion T diminue en général lorsque la température baisse. C'est
le contraire que l'on observe pour les fils de quartz. D'après la
formule (2) :
T = 2.y^ ,
une augmentation de la durée d'oscillation correspond à une
diminution du second module d'élasticité. Le tableau YI montre
quelle est la variation de T avec la température pour tous les
lils de quartz de nos expériences ; il en résulte que le module
d'élasticité du quartz diminue lorsque la température baisse (^).
Tableau VI.
Variation de durée d^ oscillations avec la température
TEM-
PÉRATURE
d
Petit moment d'inertie L = 89
" gr. cm'
Gr. niom. d'inertie
Ij = 3400 gr. cm^
Fil III
T
Fil IV
T
Fil V
T
Fil VI
T
Fil IV
T
Fil V
T
de la salle
1.791
1.475
1.865
1.905
2.881
8.643
0°
1.793
1.477
1.866
1.907
2.885
3.645
- 79°
1.798
1.484
1.877
1.915
2.901
3.666
-194°
1.811
1.500
1.897
1.930 ,
2.921
3.689
La variation de la durée d'oscillation ne paraît pas suivre
une loi linéaire; elle n'est pas la même pour tous les fils. Il
*) C.-E. Guye et H. Schapper, loc. cit.
-) C.-E. Guye et S. Vassileff, loc. cit.
^) C.-E. Guye et V. Fréedericksz ont observé une variation de même
sens pour le second module d'élasticité du quartz.
400 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
semble même que l'augmentation de T est un peu plus grande
lorsque les oscillations sont plus rapides (voir les fils IV et V).
Il convient cependant de ne pas insister sur ce dernier point vu
le peu de précision des expériences.
En comparant les durées des oscillations observées aux plus
basses températures avec celles qu'on trouve à zéro, on obtient
les rapports suivants :
T_ T_
" = 1,003 à 1,006 et -^ - 1,010 à 1,017.
T„
(A suivre.)
OlILODES RECHERCHES M LE VOLCAIISI
SEPTIÈME PARTIE (SUPPLÉMENT) (*)
ACTION DE LA VAPEIR D EAll A HALTE TEMPERATLRE
SUR LES ROCHES ÉRUPTIVES
Albert BRrHî
Il est important de connaître l'action de l'eau sur un magma
éruptif en fusion.
En etfet, si une action chimique existe entre le magma et
l'eau, cela implique le fait que, dans les multiples réactions qui
se passent au moment de l'éruption, il y en a au moins une qui
est limitative de la quantité d'eau possible intra-magma-
tique.
J'ai déjà indiqué, dans mes publications précédentes, que si
cette réation était géologique, il se formerait des oxydes fixes
qui resteraient dans le magma, tandis que les composés volatils
CO,, CO, HCl, CINH, s'échapperaient.
L'action de l'eau se réduirait donc à une oxydation du magma,
qu'il faudrait pouvoir constater dans la nature, si la théorie
aqueuse était vraie.
Je m'étais précédement, surtout basé sur les combinaisons
accessoires, chlorure de fer, fluorure de silicium, carbone; je
n'avais pas étudié ce qui se passe entre l'eau et les silicates.
La présente publication vient combler cette lacune. Je vais
') Pour les six premières parties, voir Archives, aimées 1905 à 1912.
Quelques recherches sur le Volcanisme, etc.
402 QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
étudier plus spécialement l'action de l'eau sur le magma
silicate daus son ensemble, et sur le silicate ferreux en parti-
culier.
Mode opératoire
Le principe de la méthode est celui-ci :
Chauffer la lave du volcan à une température déterminée ;
faire arriver à ce moment sur elle, de la vapeur d'eau, à une
pression connue et récolter les produits gazeux ou solides de la
réaction. L'appareil se compose d'un tube laboratoire, d'une
ampoule à eau, d'un baromètre et de la pompe à mercure
destinée à faire le vide et à retirer les gaz.
Le tube laboratoire, en silice fondue, fermé à un bout, a 70 cm.
de longueur, 25 à 28 mm. de diamètre. Il est doublé de platine
dans la portion destinée à contenir la roche en fusion.
Le chauftage a lieu électriquement, ou par un four à gaz,
arrangé de telle sorte qu'aucun gaz du foyer ne peut entrer en
contact avec le tube.
Ce tube laboratoire est relié à une ampoule munie d'un
robinet; cette ampoule contient de l'eau privée de ses gaz.
Lorsqu'on ouvre le robinet, l'eau s'écoule du côté de la
roche en fusion ; elle se volatilise du reste bien avant d'arriver
à son contact. Un baromètre est soudé sur le trajet des tubes
qui relient cet ensemble à la pompe à faire le vide.
Les liaisons non soudables sont faites au ciment hydraulique
recouvert de lames de caoutchouc serrées par enroulement. Ce
mode de fermeture est le seul tenant le vide à la température
de 100 à 110°.
Mon expérience se faisait comme suit :
Tout d'abord, la roche chauffée seule est débarrassée de ses
gaz magmatiques qui sont extraits par la pompe. Une fois la
température obtenue, ou ouvre le robinet de l'ampoule; l'eau
s'écoule. Il se fajt une petite explosion, et brusquement la
pression monte ; le baromètre eu donne la valeur. Cette pres-
sion resuite: de la pression de la vapeur d'eau à la tempéra-
ture du point de l'appareil qui a la température la plus basse,
et, de la pression des gaz formés.
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME 403
Pour coimaître ce qui concerne l'eau, les tubes ont une cour-
bure eu V un peu renflée, qui peut se plonger dans un bain, ou
chaud ou froid. Lorsque la pression n'augmente plus, on plonge
le V dans un mélange réfrigérant, les traces de vapeur d'eau
se congèlent et l'on retire les gaz à peu près secs. Cette eau
congelée est alors extraite aftn d'être analysée à part.
A l'aide de cet appareil, la réaction peut s'étudier dans tout
le domaine des températures dont on dispose, et dans celui de
pressions pouvant aller jusqu'à 720 — 740 mm. de mercure.
Pour expérimenter à une pression supérieure, il est préférable
de chautter la roche dans un courant de vapeur d'eau; la
pression totale est donnée par la hauteur barométrique ajoutée
à la profondeur à laquelle l'orifice du tube de dégagement
plonge dans le mercure. La roche est chauffée dans un long
tube en silice, recourbé deux fois, dont l'extrémité effilée de
dégagement débouche sous le mercure, en dessous d'un tube
(aussi en silice) plein de mercure ou d'eau boullie.
Cette éprouvette de réception est épaisse, afin de résister
aux chocs que provoque la brusque condensation de la vapeur.
De plus, elle doit être refroidie par un courant d'eau froide.
On ne risque pas de ruptures, grâce à la nature du verre de
silice.
Remarques sur les Composés solides et Gaz produits
DANS LA réaction
Pour toutes les laves étudiées, la décomposition de l'eau par
la roche commence vers 750°, quelle que soit la pression de la
vapeur d'eau. La quantité des gaz et la vitesse de leur forma-
tion, augmente avec la température et la pression.
Les substances les plus sensibles à l'action de l'eau sont
attaquées les premières. Le carbone et les hydrocarbures sont
attaqués avec formation de CO, CO, et H, libre. Le soufre
donne SO.^ (à forte pression on a HgS traces).
Les chlorures donnent HCl, qui avec les azotures, forme
NH^ Cl. L'excès du HCl se retrouve dans l'eau condensée qui
a une réaction acide.
Le silicate ferreux subit deux actions simultanées : celle du
404 QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
chlore et celle de l'eau. La première volatilise du chlorure de
fer immédiatement transformé en Hématite ; la seconde oxyde
directement le silicate ferreux eu fournissant le Spinelle magné-
tique noir (FCsOJ.
1" La volatilisation du fer est si intense que le tube est bientôt
tapissé d'un vernis d'hématite. Jamais un phénomène sem-
blable n'a lieu avec la roche seule. Il suffit d'une quantité
d'eau égale au demi-millième du poids de la roche pour amener
une genèse d'hématite tellement grande que l'on doit consi-
dérer que la vapeur d'eau joue le rôle d'un excitateur d'un
genre particulier. Notons en passant que les cratères présentent
des chlorures et non pas des oxydes de fer.
2" Le silicate ferreux suroxydé reste dans le magma et le
colore d'une manière intense. Cette coloration est d'autant plus
remarquable que la roche mise en expérience est plus pâle.
Les ponces blanches des volcans acides (Lipari, Santorin, Gâta),
deviennent en peu de minutes si foncées, brunes ou noires, que
jamais un géologue ne les prendrait, à première vue, pour des
pierres ponces.
Pour ce qui concerne les substances plus volatiles, il faut
noter encore un dégagement de salmiac, proportionnellement
aussi remarquable par son abondance, que celui du fer.
Les gaz sont : COo, CO, SO, HCl et surtout l'Hydrogène
libre H,. Ce dernier est toujours en grand excès, surtout dans
les dernières portions formées, une fois que les autres compo-
sés susceptibles d'être gazéifiés sont éliminés.
Il va sans dire que si la lave (basalte) contient du fer métal-
lique, rien n'est changé à la marche de la réaction, qui a lieu
comme pour le silicate ferreux.
Il est facile de démontrer que la première action de la vapeur
d'eau est de libérer les oxydes du carbone.
Eu faisant agir sur la lave, successivement de très petites
quantités d'eau, soit \ /„ à un millième du poids de la roche,
l'on obtient tout d'abord des gaz riches en CO. et CO, puis
finalement seulement du H„ avec encore un peu d'azote.
Les lois de l'équilibre chimique, peuvent s'appliquer à cette
oxydation qui a de l'analogie avec celle du fer, et celle indu-
strielle, du carbone, dont les marches sont connues.
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME 405
Lorsque la pression de la vapeur d'eau est petite, 10 à 20 mm.
de mercure, l'on s'aperçoit très bieu que la réaction se ralentit,
lorsque la pression de Hg arrive à une certaine valeur. Mais
il n'est pas certain que ce ralentissement soit de même nature
que celui qui a lieu dans le système Eau-Fer métallique étudié
par Sainte-Claire-Deville et Debray. Dans ce système, il y a
arrêt réel de la réaction, ce qui ne semble pas avoir lieu avec la
lave. Eu efï'et,il suffit de renouveler les surfaces d'attaque, pour
que la réaction reprenne. Cela peut s'expliquer par le fait que
la pénétration de la vapeur, au travers des couches de silicate
vitreux, se fait lentement.
Tout d'abord, la première surface réagit, ce qui donne une
poussée des gaz, puis ensuite ceux-ci ne résultent que de la
lente pénétration de la vapeur au sein du grain de silicate
chaud, ou du verre en fusion. Comme qu'il en soit, et toujours,
la quantité des gaz obtenue est beaucoup plus considérable que
celle qui a formé dans la nature les pouces les plus légères, à
la même température. Même en réaction ralentie ou limitée,
l'on obtient 6 à 8 litres de gaz pour une lave qui dans la nature
en a donné Vs pour former sa ponce (réduits à 0° et 760° mm.).
La lave du Kilauea peut donner assez rapidement 12 à 15 litres
par kilogramme. Une pareille quantité suffirait pour projeter
dans l'espace tout le lac de lave du Kilauea, à l'état de cendre
fine. Bien au contraire, ce lac est en état de fusion assez
tranquille. Il est bien entendu que tous ces raisonnenien[s
impliquent la comparaison faite entre les deux phénomènes, à
la même température et dans le même état physique d'agré-
gation.
En etiet, une lave qui, comme celle du Vésuve en 1904, a
cessé d'émettre des gaz à la température de 984°, se trouve
dans un état de faux équilibre. Chautïee plus haut 1200°,
l'émission se renouvelle. On sait que: «L'on peut toujours
abaisser suffisamment la température d'un système chimique,
pour que ce système demeure à l'état de faux équilibre» (')•
L'introduction de vapeur d'eau rompt cet état de faux équi-
libre, provoque une nouvelle formation de corps volatilisables
') Duhem, Leçons de thermodynamique, page 456.
AHciiiVKS. t. XLl. — Mai l*,lej. 28
406 QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
à une température, à laquelle la lave seule, voit ses réactions
gazeuses arrêtées. Il est facile de comprendre qu'une enclave
pourrait jouer le même rôle. Ceci montre quelle est la com-
plexité du phénomène.
J'ajoute encore que l'état d'agrégation physique des cristaux,
ou fragments de cristaux, et du verre, a aussi une importance
manifeste. Quelques expériences exécutées dans cet ordre
d'idées, m'ont donné des résultats intéressants qui pourraient
trouver leur application dans la recherche de la cause du
rythme volcanique à très courte période.
Analyses
Voici un certain nombre d'exemples qui fixeront les idées h
l'égard de la composition des gaz engendrés par la réaction qui
nous occupe. J'ai choisi les roches des volcans connus dont j'ai
déjà parlé dans ce recueil (').
Krakatau. — Ponce andésitique très blanche, récoltée sur
l'île.
a) Chauffage dans un courant de vapeur. Pression 740 mm.,
température 800°.
Les gaz contiennent
CO2 • • • • 22.8
CO absence
H, 77.2
100.0
Il y a une abondante formation d'Hématite, Le HCl se
retrouve dans l'eau condensée. La ponce est devenue d'une
coloration très noire.
En poussant la température à 950°, c'est-à-dire fusion com-
plète du verre, les mêmes gaz se forment.
b) L'obsidienne du même volcan est fondue à 1000°, dans
une cellule de silice fermée, en présence de sa propre eau. La
pression atteint , un peu plus de 3 atmosphères (calculée)
presque 4.
*) Voir aussi: Recherches sur l'exhalaison volcanique At. Brun,
Genève, Paris, 1911.
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME 407
Le verre fondu est brun rougeâtre avec facules d'Hématite
superficielle. Dans la portion la moins chauttee de la cellule se
trouve un anneau noir d'un oxyde de ter,
Caho de Gâta. — Obsidienne filonnienne verdâtre, un peu
hydratée: titrant 73,6 7„ SiO^, 2,5 "/o FeO, 5,6% H„0; contient
des grains de quartz craquelés et en partie digérés. Fondue en
présence de sa propre eau, elle donne 2 litres de HCl. Les gaz
privés de HCl ont la composition suivante
CO. 18.8
H. 81.2
100.0
Le silicate restant dans le tube est noir. L'expérience montre
que pour 180 ce. de HCl, il y a 55 de COg. En faisant en sorte
de volatiliser toute l'eau de la roche, celle-ci perd encore à la
tin du chlore libre.
Vésuve. — Lave de septembre 1904.
J'ai arraché cette lave en fusion à la coulée qui s'échappait
d'un cône adventif dans l'Atrio del Cavallo. La roche était à
la température de 934". Elle émettait lentement quelques bulles
de salmiac en fumées blanches.
Refondue encore une fois au creuset, elle perd encore un peu
de substances volatiles. Soumise alors à l'action de la vapeur
d'eau, elle fournit une démonstration très élégante du rôle
excitateur de ce corps à l'égard des substances encore virtuelle-
ment volatilisables. Afin de se placer dans les conditions d'un
magma hydraté ne perdant son eau qu'à haute température,
j'ai utilisé la propriété qu'a le talc de se déshydrater seulement
vers 800°.
La lave fondue d'abord au creuset, est broyée avec un poids
de talc calculé pour que l'eau qui se dégage forme les 11 dLx-
millièmes du poids de la roche. Il se dégage tout d'abord
1800 ce. de gaz par kilogramme; de plus, un abondant anneau
d'Hématite et de Spinelle noir tapisse le tube ; enfin 250 milli-
grammes de salmiac par kilogramme sont aussi volatilisés. Soit,
six fois plus de gaz et douze fois plus de salmiac que n'est
capable d'en dégager la roche primitive, chaufiee seule.
L'Hématite non plus ne se forme jamais avec la roche chauttee
seule et ce minéral ne se remarque pas sur le terrain.
408 QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
La composition des gaz est, sans tenir compte d'une partie du
HCl retenue par quelques gouttelettes d'eau condensée :
HCl 5.0
CO, 62.0
CO" 7.5
SO, 1.5
Hs 10.0
Nî 14.0
100.0
La roche ayant subi cette première action de la vapeur
d'eau est reprise et soutnise à une seconde opération identique à
la précédente. Il se forme beaucoup moins d'hématite, peu de
salmiac. mais la quantité des gaz augmente fortement 2440 ce.
Les gaz, sans tenir compte d'une petite trace de HCl retenue
par de fines goutelettes d'eau condensée sont:
HCl traces
SOo absence
COo 32.3
CO 21.4
Ho 46.2
No traces
99.9
L'on remarque immédiatement l'augmentation du titre en
R„. Somme toute, de faibles quantités d'eau suffisent ici pour
provoquer le départ de quantités considérables de fer, de
chlore, de salmiac et de gaz.
Si l'on tient compte que ces réactions sont rapidement
achevées, on peut dire que la lave du Vésuve jouit d'un pouvoir
destructeur vis-à-vis de l'eau.
Cette lave coulante que j'ai étudiée à l'Atrio del Cavallo en
1904, était donc sèche. A la bouche, il n'y avait aucune flamme
d'hydrogène, aucune formation d'hématite. Le petit cratère
neuf, tout voisin, en était aussi indemne que la bouche. Notons
que malgré la richesse en chlorures et eu fer des laves du
Vésuve, ce volcan ne présente ims l'hématite comme minéral ordi-
naire. Les minéraux rejetés en 1906, par la destruction du
cône, furent surtout des chlorures divers, en blocs souvent de
quelques kilogrammes ; sans compter des masses considérables
de roches salées.
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME 409
Kilauea. — Ce volcaa a donné lieu à divers travaux. Je vais
m'occuper tout d'abord de la génération des gaz, et plus loin,
je montrerai ce qu'il faut penser des recherches effectuées par
les chimistes de l'Institut Carnegie à Washington.
La lave du Kilauea cliautîée seule, donne en général Vs de
litre de gaz par kilogramme.
J'ai fait quelques expériences sur un échantillon retiré du
lac de lave fondue, par M. Frank, A. Perret. M. Perret a
décrit dans V American Journal of Science{^) la façon dont il
s'y est pris pour extraire de la lave en fusion hors du lac. Une
partie de ce précieux échantillon m'a été obligeamment remise
par ce savant. Les autres roches ont été recueillies par moi-
même.
Le tableau ci-dessous résume les analyses (A et B ont déjà été
publiés dans V American Journal of Science, même article que
celui de M. Perret déjà cité) :
A
B
C
D
E
F
G-
S02
co.
26.2
f 0.25
19.4
10.0
m g
3 §
15.0
0.3
29.4
traces
22.5
co
5.0
6.4
'
■f te
absence
15.0
13.7
H2
68.0
74.0
03 Cr2
1 â
85.0
50.0
34.7
N2
0.4
traces
■"
Sj
N es
traces
5.6
29.1
99.6
100.05
100.0
100.0
100.3
100.0
A. Lave du lac, privée au préalable de ses gaz magmatiques
restants, par fusion complète dans le vide: Pression 500 mm. ;
température 1000° ; quantité obtenue 6000 ce. par kilogramme.
B. Exactement mêmes conditions. Expérience rapide:
Quantité obtenue 4000 ce. par kilogramme.
C. Expérience de contrôle: Température poussée à 1170°.
Recueilli les gaz se dégageant à cette température.
D. Expérience de contrôle: Pression 300 mm. ; température
1250° à 1300°; quantité obtenue 5050 ce. par kilogramme.
E. Lave chauffée dans un courant de vapeur d'eau; pression
M American Journal of Science : Volcanic Research at Kilauea on
the summer of 1911. Frank. A. Perret. November 1913.
410 QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
745 mm.; température 1150° à 1175°; quantité non mesurée,
mais considérable.
F. Pression 300 mm. ; température 930° à 950°.
G. Mêmes conditions que F mais expérience très rapidement
conduite.
Dans l'eau condensée, l'on retrouve un peu de HCl et un peu
de S0„. Mais la roche est pauvre en chlore. L'eau condensée
a toujours une réaction acide.
Voici quelques autres analyses oii les conditions ont un peu
changé :
H. Expérience plus prolongée; donne 15 litres de gaz par
kilogramme. Echantillon prélevé vers le milieu du plancher de
la Caldeira. Les gaz fractionnés donnent :
1° portion H„ 23 «/o 2° portion H, 6OO/0
I. Un autre échantillon du plancher de la Caldeira est broyé
et chauiïe avec du talc, comme cela a été fait pour le Vésuve.
La proportion d'eau fut de onze dixmillièmes. La lave contenait
encore ses gaz magmatiques résiduels.
Il' se forme un abondant anneau d'Hématite (moins fort que
celui du Vésuve et en rapport avec la teneur en chlore). Il
distille un bitume soufré. On recueille 2 litres de gaz, c'est-à-
dire dix fois plus que n'en donne le même échantillon chauffé
seul. Il n'y a pas assez d'eau pour attaquer tout le bitume dont
la portion non oxydée distille. Ces gaz contenaient :
CO2 42.2
CO 22.5
H, 35.5
100.2
On voit que plus de un millième d'eau n'est pas suffissant
pour oxyder seulement le bitume.
Passons maintenant au minéral basaltique par excellence, le
Peridot. Mais "auparavant, je donne comme comparaison
l'analyse des gaz qui résultent de l'action de l'eau sur un
silicate ferreux pur, ne contenant ni carbone ni soufre, ni chlore :
la ripidolite.
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME 411
Ripidolite
de la moraine du Glacier du Rhône, au pied du Galenstock.
Chauffée avec sa propre eau, donne 6600 ce. de gaz par kilo-
gramme, qui est de l'hydrogène pour ainsi dire pur.
Ha 96.1
Na 3.9
100.0
Passons maintenant aux Peridots.
Peridots.
Je pensais avec ce minéral, n'obtenir que l'action de l'eau
sur le silicate, comme c'est le cas pour la ripidolite. Il n'en
fut rien. Ce silicate, quoique purifié et en cristaux, fournit autant
de carbone, de bitume, et souvent plus, que la lave prise dans
sa totalité. Tous les peridots, chauffés seuls, ont laissé distiller
du bitume accompagné de COg et CO. Mais ce minéral présente
un grand avantage: n'étant fusible que vers 1730°, il peut être
soumis h une température de 1300° pendant 60 à 80 minutes
sans se déformer. L'on a ainsi, à très haute température, une
grande surface d'attaque. L'on obtient de très grandes quan-
tités de gaz pouvant être quasi théoriques (d'après la teneur
en FeO).
Les expériences définitives ont été faites avec deux peridots
différents:
P Peridot du Koko Head, Ile Oahu (Sandwich), que j'avais
récolté en abondance dans le cratère égueulé par la mer. Les
vagues avaient lévigué les lapillis et laissé un sable formé
presque uniquement de ce minéral en petits cristaux, très
brillants, très nets, à arêtes encore vives; couleur jaune pâle à
peine verdâtre. Ces cristaux lavés et triés fournissent un
excellent matériel d'étude.
Leur titre en FeO est de 9 à 10 % et quelques impuretés.
2° Peridot du Dreyser Weiher: masses granuleuses d'enclaves
dans le basalte. Cristaux sans arêtes, coloration verdâtre-
bleuâtre; poussière jaunâtre-verdatre pâle. Contient: SiO, 41,88,
FeO 9,09, MgO 49,50. Point de fusion 1730°.
412
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
C'est le même matériel qui m'avait servi pour la détermination
du point de fusion de ce minéral (').
A. Peridot du KokoHead: Pression de la vapeur 20 mm.,
température 900°.
B. Peridot du Koko Head : Pression 745, température 1200
à 1250°.
C. Peridot du Dreyser Weiher débarrassé de son bitume et
de ses gaz par un premier chauiï'age dans le vide, puis soumis
à la vapeur d'eau. Pression 400 mm., température 1100°.
D. Mêmes conditions que pour C, pression 300 mm., tem-
pérature environ 1100°.
E. Peridot du Koko Head: Pression 750 mm., température
1000 à 1100°.
F. Le Peridot ayant servi à U est maintenu dans la vapeur
d'eau et la température est portée à 1300°.
O. Peridot du Dreyser Weiher débarrassé de ses gaz par
chauffage dans le vide, puis ensuite chauffe avec du talc. Pression
de 100 à 120 mm., température 900 à 950°.
A
B
c
D
E
F
G
ce.
CO J
33.3
3.5
1.1
12.7
absence
9.7
4.1
3.2
9.7
1.8
9.6
19.5
10.2
Hs
66.6
95.4
84.1
72.2
81.0
82.9
57.1
N2
—
—
3.1
14.1
6.0
5.5
13.0
99.9
100.0
99.9
100.1
99.9
99.8
99.8
Dans toutes les expériences faites, le peridot est devenu
h'ès noir.
Applications a la Théorie Volcanique
Les analyses ci-dessus vont me permettre d'aborder, avec
plus de force que je n'avais pu le faire jusqu'à aujourd'hui, deux
points encore en discussion, savoir:
r L'absence d'altération aux roches du cratère.
2" Les gaz hydratés duKilauea.
') Archives, décembre 1904. Point de fusion des minéi*aux.
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME 413
1* Absence d'altération
Il est impossible d'admettre que des quantités appréciables
d'eau ayant pu, à haute température, être véhiculées avec un
magma, sans laisser sur celui-ci ou sur sa gaine, des traces de
leur présence.
L'oxydation par la vapeur d'eau me semble tout à fait
générale. Pour m'en convaincre définitivement, j'ai procédé à
un grand nombre de vérifications sur les roches éruptives les
plus diverses. Un fragment de ponce blanche de 50 c' de
volume devient toujours coloré jusque dans son intérieur.
Les ponces de Lipari deviennent noires ou gris-noir ; celles
de Sautorin, suivant la durée d'exposition à la vapeur, deviennent
jaunes, brunes ou noires- brunes. La ponce et la cendre du
Kloet (Java), quoique riches en fer, sont d'une blancheur
remarquable. Eh bien ! en trois minutes, daus la vapeur d'eau
à 1000° environ, ces produits volcaniques deviennent noirs avec
une pointe de brun, tellement foncés que leur poudre fine est
noire. Ce changement de couleur est extraordinairement rapide.
L'obsidienne de Cabo de Gâta, et bien d'autres encore, fondues
avec leur propre eau deviennent noires. Dans un courant de
vapeur, elles se recouvrent d'un vernis d'hématite brune (').
Une élégante variation aux expériences est celle-ci : On
creuse dans un bloc de pierre ponce un trou obturé à sa base ;
on injecte, au fond de cette sorte de cheminée en miniature, un
courant de vapeur d'eau à 1000° ou 1100°, et en très peu de
minutes ses parois deviennent rouges.
On peut aussi projeter la vapeur sur une plaque plane de
ponce blanche; au point d'impact il se fait la tache d'oxyde.
Le changement de couleur est si rapide qu'en peu de minutes
on obtient plusieurs taches colorées (").
Enfin les peridots sont dans la nature d'un blond pâle, à
peine verdâtre. Ils sortent au contraire du four à expérience
complètement noirs.
') Donc les obsidiennes naturelles hydratées ont acquis leur eau
a posteriori.
-) Cette expérience pourrait être utilisée dans une conférence.
414 QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
Or la formation d'oxyde de fer a lieu d'une façon positive
à une pression de 3 à 4 atmosphères, ainsi que l'expérience le
montre (^) (Krakatau). Par conséquent, pendant toute la durée
qui s'écoule entre le moment où la bulle de gaz est soumise à
cette pression jusqu'à l'instant oii elle débouche à l'air, cette
réaction a lieu, et elle se continue à la pression ordinaire.
Enfin les gaz chauds, qui filtrent au travers des lapillis du
cône ou des fentes, à la pression ordinaire, ont tout le temps de
provoquer toutes les réactions chimiques qui sont possibles,
ainsi que cela se constate aisément sur le terrain.
L'on sait combien les ponces blanches sont répandues dans
le monde entier. Leurs amas sont souvent énormes, le Krakatau
et le Santorin sont des exemples classiques.
Les basaltes, en coulées parfois gigantesques, ont toujours
leur peridot d'une pâleur bien connue.
On peut donc écrire que: La blancheur des ponces et la pâleur
des peridots, sont incompatibles avec la vapeur d'eau à liante
température, par conséquent le phénomène éruptif anhydre est
universel.
Lathéorie aqueuse est impuissante à expliquer rationnellement
ces faits. Tout au plus pourrait-elle avancer qu'il n'y a pas
assez d'eau pour altérer les ponces. Ce qui reviendrait à avouer,
avec réticences, ce que je soutiens.
Mais je ne suis pas seul à admettre que l'éruption n'altère
pas les gaines cratériennes. M. W. Lowthian Green(-) avait
déjà dans une brochure publiée en 1887 à Honolulu (Vestige of
the molten globe), annoncé que, du moment que l'eau altère
les roches et que cette altération n'existe ni au cratère ni dans
la lave, le cratère du Kilauea n'émettait pas d'eau.
') J'ignore totalement ce qui peut se passer sous de tr€S fortes
pressions; cependant je pense que, à une pression plus grande que
4 atmosphères, l'oxydation peut encore avoir lieu. Des obsidiennes
hydratées et chauffées dans une enveloppe de fer. de façon à faire
éclater celle-ci, donnent une ponce grise et non pas blanche comme la
naturelle.
-} W. Lowthian Green (1819 1890), naquit à Londres, vint s'établir
en 1848 aux Sandwich où il occupa des charges importantes. Certaines
de ses publications géologiques ont eu du retentissement.
Voir aussi « Recherches », op. cit., pages 176.
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME 4] 5
J'ignorais complètement cette publication, qui n'est venue à
ma connaissance que par le travail de MM. Day et Shepherd, et
seulement eu 1914. Indépendamment de Green, j'ai répété exac-
tement la même obseration, au même volcan, en 1910, et je l'ai
mentionnée dans mes « Recherches », page 251, sous le titre de
« bordure rouge ».
Voici la remarque faite par M. Green :
...« and that as a matter of fact they do not seem to corne up
with them from below, whilst the basic minerais themselves
give no indications in the main éruption, of having been in
contact with water, highly susceptible as they are, to such an
influence ».
On voit combien Texpérience faite avec les peridots donne
raison à ce perspicace observateur !
MM. Day et Shepherd (^) de l'Institut Carnegie à Washington
ont aussi étudié le Kilauea. Ne voulant pas accepter les
conclusions de Green et les miennes, mais sentant toute l'im-
portance de nos observations, ces messieurs n'ont rien trouvé
de mieux, que nier purement et simplement, l'action de l'eau
à 1100° sur les laves et « basics minerais ».
C'est un procédé fort simple pour échapper à une difficulté !
Ces messieurs ont publié dans leur travail, qu'ils ont fait une
expérience, et que : a the results appears to support our wiew,
for after several ours of the niost intimate contact between the
gaseous H.,0 and the lava no chemical change Avhatever could
be detected either in the «basic minerais » or the water, etc..»
Je ne sais que penser de cette expérience, qui laisse planer
quelques doutes sur la rigueur des travaux publiés par le
laboratoire de Washington?
Je ne pouvais pas laisser s'accréditer, sans protester, une
affirmation aussi dénuée desens vulcanologique. Les expériences
que je viens de citer sont très faciles à renouveler. Je pense
qu'elles convaincront les géologues (-).
') Arthur L. Day et E. S. Shepherd, Water and Volcanic activity.
Bidlet. of. Gcol. Soc. of America, 16 décemhre 191o.
-) Il semble que les géologues américains commettent un peu souvent
(le singulières erreurs, qu'ils ont la prétention de vouloir imposer aux
savants européens. M. le professeur M. Lugeon a eu l'occasion d'en
416 QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
J'ajouterai encore une remarque à l'égard des scories rouges
qui se rencontrent dans un certain nombre de cratères.
Ces scories rouges résultent de l'action postvolcanique d'eaux
chaudes acides, à une température telle, que le fer ne peut pas
se volatiliser; ils sont l'équivalent de la bordure rouge dont
j'ai parlé ci-dessus. Notons encore que certaines «cordes»
et scories peuvent être oxydées en rouge par l'action atmo-
sphérique, à chaud.
2" Les gaz hydratés du Kilauea
MM. Day et Shepherd (op. cit.) ont retiré du cratère du
Kilauea des gaz hydratés qu'ils déclarent être magmatiques.
On a vu ci-dessus avec quelle facilité l'eau est décomposée par
la lave de ce volcan. J'ai aussi insisté (Recherches, pages 162
et 169), sur le fait que les graviers des solfatares voisines de ce
cratère fournissent à la chautie beaucoup d'hydrogène libre.
J'ai rendu attentif au fait que R^ libre est souvent le résultat
de perturbations, et qu'il est alors dû à des phénomènes
étrangers à ceux qui se passent dans le magma vrai.
Les savants américains n'ont pas tenu compte que trois causes
différentes peuvent fournir l'eau et l'hydrogène qu'ils ont
recueillis, à savoir : action d'une eau extérieure sur la lave
incandescente, réchauffement de graviers solfatariens et diges-
tion d'une enclave profonde (").
J'ai aussi montré, en 1910, que l'exhalaison générale du cra-
tère deshydrate l'atmosphère. Ne pouvant pas nier ce fait, les
chimistes de l'Institut Carnegie, cherchent à expliquer comment
une exhalaison hydratée, qui laisse condenser de l'eau à la
température ordinaire, peut encore deshydrater l'atmosphère
ambiante, elle aussi à la température ordinaire (op. cit., p. 578).
relever quelques unes. 11 écrit, page 20 de sa publication sur les
«Hautes Alpes calcaires», 1914, fasc. I.: « si les résultats de la
« physiographie » de nos confrères américains les amène à des conceptions
si étranges, on peut ^e demander ce qu'il en est des travaux faits sur
leur territoire.... ».
^) Les enclaves en voie de digestion ne sont pas rares au Kilauea;
l'on observe fréquemment sous le microscope de gros peridots anciens
arrondis et corrodés.
QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME 417
Je ne suivrai pas ces messieurs dans cette discussion, où la
fantaisie joue un trop grand rôle.
Les mêmes auteurs admettent que. comme qu'il en soit,
l'hydrogène et le gaz carbonique du magma doivent, par
réaction mutuelle, fournir de l'eau. Je ne ferai à cela qu'une
réponse : ces gaz ne sont pas seuls en présence, ils sont inclus
dans un magma qui les met en contact avec des azotures, des
chlorures, du carbone et enfin d'une masse énorme de silicate
ferreux. Il faudra donc pouvoir tenir compte de tout cet
ensemble, avant d'affirmer que H,,0 est magmatique.
J'admets donc que les gaz retirés par ces messieurs ne sont
pas autre chose que le mélange de gaz magmatiques vrais avec
les gaz résultant de l'action d'une eau étrangère sur la lave
incandescente; je viens de montrer que cette réaction est
suffisamment rapide pour que cette explication soit ration-
nelle (0-
La quantité d'eau retirée par MM. Day et Shepherd s'élevait
à 300 grammes pour environ 1100 litres de gaz. Il n'est guère
admissible que ce mélange ait barboté un temps appréciable
dans la lave fondue. La destruction de l'eau par le magma est
trop instantanée. Pour les pressions voisines de la pression
ordinaire, la pression partielle de l'hydrogène obtenu, est
toujours supérieure à la pression partielle de l'eau non décom-
posée. Ce qui est conforme à ce que l'on sait des systèmes fer-
eau et carbone-eau. Or c'est l'inverse qui se présente dans
les gaz analysés par ces savants. La quantité d'hydrogène
qu'ils ont constatée est réellement trop faible et ne peut être
due qu'à une réaction très fugitive et superficielle.
J'insiste encore sur la remarque de Green. Par hypothèse,
admettons pour un instant, que les conséquences de mes
expériences ne soient pas applicables à des gaz soumis à une
pression plus forte que 4 atmosphères! voir ci-dessus Krakatau).
On verra immédiatement que cela ne changera rien aux
') Les gaz ne contenaient pas d'argon. MM. Day et Shepherd en
concluent que l'eau constatée n'est pas extérieure. Cet argument n'a
pas grande valeur. Les eaux des soufflards sont, par le fait de leur
température, privées d'air et de gaz. Ensuite pour expulser l'aii' d'une
cavité on v fait bouillir de l'eau.
418 QUELQUES RECHERCHES SUR LE VOLCANISME
conditions auxquelles sont soumis les graviers du fonds du
cratère, à pression ordinaire. Ces graviers, ces lapillis. les
radeaux du lac de lave, les ponces ou le « limu)), ne pourront
pas échapper aux réactions sus-mentionnées. Or le fond du
cratère est indemne. (Les radeaux du Kilauea, en 1910 pouvaient
rester à la surface du lac pendant un temps de 15 à 50 minutes,
avant d'être entraînés par le courant).
Conclusions
Mes conclusions générales sont donc en tous points sem-
blables à celles que j'ai énoncées lors de mes publications
précédentes : La théorie aqueuse est insuffisante pour expliquer
les phénomènes observés, elle doit donc être abandonnée.
COMPTE RENDU DES SÉANCES
SOCIETE DE CHIMIE DE GENEVE
Séance du 9 décembre 1915.
A. Bach. Nouvelle réaction de l'urine. — A. Brun. Décomposition du
péridot par la vapeur d'eau. — L. Reutter. Analyses de résines d'em-
baumement des Incas. — E. Noelting et A. Krejicy. Nitration de la
diéthylbenzylamine.
M. A. Bach rappelle qu'il a établi que l'ag-ent réducteur des
tissus animaux est constitué par un ferment (^enzyme de Schar-
ding-er ou perhydridase) et un coferment. Il a trouvé ce dernier
dans les extraits des tissus, dans la peptone du commerce, dans
l'éreptone; il n'exerce par lui-même aucune action réductrice,
mais, associé au ferment du lait (^qui isolément est aussi inactif),
il transforme les nitrates en nitritcs et les colorants en leurs leu-
cobases.
L'auteur a trouvé que l'urine normale contient des quantités
importantes de ce même coferment. Pour l'y doser on mélange
15 cm* d'urine avec 10 cm* de lait frais et non bouilli et 1 gr. de
nitrate de soude, on laisse reposer 30 minutes à 60°, puis on açite
avec 1 gT. d'acétate basique de plomb finement pulvérisé et on
jette sur un filtre sec. On pi^élève 20 cm* du filtrat et on y dose
le nitrite qui s'y est formé.
Pour préparer les liqueurs de contrôle, on fait de la même ma-
nière un mélang-e de lait et d'urine, mais sans y ajouter de nitrate.
M. A. Brun expose .ses recherches sur la réaction qui se passe
lorsqu'on attaque les péridots et les silicates ferreux par l'eau
à haute température. Il a construit un appareil en quartz fondu,
doublé de platine, qui permet de porter la roche à la température
voulue et de faire agir sur elle, à ce moment-là, une quantité
déterminée de vapeur d'eau. Dans ses expériences, la température
pouvait varier de 750 à 1300°, et la pression de la vapeur de 17 à
770 mm.
420 SOCIÉTÉ 1>E CHIMIE DE GENEVE
Il a constaté que la vapeur d'eau oxyde le silicate ferreux. Le
péridot, qui contient toujours un peu de bitume, fournit d'abord
de l'oxyde de carbone et de l'anhydride carbonique, puis il se
dég-age rég"ulièrement de l'hydrog-ène pur; la réaction est d'autant
plus vive et plus complète que la pression et la température sont
plus élevées. A la pression de 770 mm et à la température de 1300°
le péridot en poudre fine est complètement oxydé.
M. L. Reutter a analysé deux masses résineuses ayant servi
aux Incas de l'Amérique du Sud à embaumer leurs morts. La
première, qui lui a été remise par M. le D"" Schumacher-Kopp, de
Lucerne, est une poudre jaune brunâtre, entourant des fragments
lig-neux provenant de plantes de la famille des Lég-umineuses.
M. Reutter la trouvée constituée :
\° De débris vég-étaux riches en menthol, en coumarine et en
essence de cannelle, provenant sans doute du Dicypellium caryo-
phyllatum, seule Laurinée croissant dans ces rég-ions,
■2° de bromures, chlorures et sulfates de calcium, de sodium et
de potassium,
3° de mucilag-e, tanin, saponine et alcaloïdes,
4** de baume de tolu,
5° de résines non déterminées.
La seconde masse résineuse, soumise à l'auteur par le profes-
seur Weissberg'er, de Paris, est formée de morceaux brunâtres
adhérents entre eux et de fi^ag-ments lig-neux. A côté des substan-
ces indiquées plus haut, elle contient de la cinnaméine.
Les recherches actuelles et antérieures de M. Reutter lui ont
permis d'établir que les Eg-yptiens embaumaient leurs morts avec
du bitume de Judée, du styrax, du natron, des oléorésines ou des
g-ommes-résines et de l'essence de cèdre ; que les Carthag-inois
utilisaient le bitume, le styrax, les oléorésines, les g-ommes-résines
et les vég-étaux riches en menthol et en thymol. Les deux peuples
faisaient macérer les résines dans du vin. On ne retrouve pas cette
coutume chez les Incas; ceux-ci utilisaient, comme les précédents,
les baumes riches en acide cinnamique et en vanilline, mais ils
employaient le sel marin au lieu du natron et le tanin au lieu du
bitume de Judée.
Il serait ag-réable à l'auteur de pouvoir analyser les masses sem-
blables ayant servi aux Chinois et aux Hindous, car il est très
probable que l'on pourrait y déceler le benjoin.
M. le prof. NoELTiNG communique les résultats de recherches
qu'il a faites avec M. A. Kragcy, sur la nitration de la diéthyl-
benzyiainine. On sait que la nitration de l'aniline en solution
SOCIÉTÉ DE CHIMIE DE GENÈVE 421
sulfurique fournit des quantités considérables, jusqu'à 50 "/o' f^®
/«-nitraniline, tandis que l'acétanilide donne surtout le dérivé
para {k côté d'un peu de dérivé ortho). En revanche, la diméthyl-
aniline et la diéthylaniline sont converties en un mélanefe des
dérivés para et meta.
Les auteurs ont voulu savoir si le groupe N^CgH^^ oriente
aussi en meta lorsqu'il n'est pas lié directement au noyau benzé-
nique, mais qu'il est attaché à une chaîne latérale. Dans ce but, ils
ont étudié la nitration de la diéthylbenzylamine en solution sulfu-
rique.
Mais, pour pouvoir mieux caractériser les produits de cette opéra-
tion, ils ont tenu à déterminer auparavant les propriétés des
trois nitro-diéthyl-benzylaniines isomériques, CgH^(N02)CH2
•N(C2H5)2. On les obtient facilement en faisant ag-ir la diéthyl-
amine sur les trois chlorures de nitrobenzyle. Ce sont des liquides
incolores, distillant sans décomposition dans le vide. Sous 42 mm.
de pression, le dérivé ortho bout à 175-177°, le meta à 200-208°,
le para à 210-221°.
Ces points d'ébuUition sont assez distants les uns des autres
pour qu'il soit possible de séparer les trois isomères par distilla-
tion fractionnée, à condition que l'on ait entre les mains une
quantité un peu considérable de leur mélange. Mais les auteurs
ont trouvé un procédé plus commode de séparation; il réside dans
la cristallisation fractionnée des picrates. Les solubilités des trois
picrates m, p et o sont dans le rapport 1 : 2,4: 5,8.
En se servant de ce procédé, on trouve que les quantités des
picrates obtenus avec le produit brut de nitration de la diéthyl-
benzvlamine sont :
meta 38 Vo
para environ 43 7o
ortho « 1 9 "/o
ce qui correspond assez exactement au rapport 2 : 2 : 1.
Séance du 13 janvier 1916.
E. Noelting. Développement de la chimie de l'anthraquinone. — A. Bniu.
Le problème du fei- métallique dans les rociies. — E. Rothliu et
A. Kaufmann. Nouvelle synthèse de la damascénine.
M. le Prof. Noelting entretient la Société des progrès récents
accomplis dans l'industrie des colorants de l'anthraquinone.
Découvert en 1832 par Dumas et Laurent, l'anthracène ne
Archives, t. XLI. — Mai 1916. 29
422 SOCIÉTÉ DE CHIMIE DE GENÈV'E
s'introduisit dans l'industrie qu'en 1869, à la suite de la célèbre
synthèse de Valizarine, réalisée par Graebe et Liebermann. La
découverte de l'alizarine et de la purpurine artificielles fut suivie
d'assez près par celle de divers autres colorants teig-nant sur mor-
dants et particulièrement appropriés à la teinture de la laine, tels
que la nitro-alizarine, l'amino-alizarine, le bleu d'alizarine et
l'acide alizarine-sul tonique.
Dans les années 1888-1890, R. Bohn d'un côté, Robert
E. Schmidt de l'autre, trouvèrent la méthode d'oxydation de
de l'anthraquinone et de ses dérivés au moyen de l'acide sulfuri-
que fumant, et produisirent par ce procédé toute une série de
couleurs à mordants pour coton et pour laine. En 1891 on inau-
g-ura la fabrication d'acides sulfoniques pouvant teindre la laine
niordancée, "mais susceptibles aussi d'être fixés par teinture directe
sur laine non préparée et traitement ultérieur par des mordants.
En 1894, R. S. Schmidt fit la découverte extrêmement intéres-
sante d'acides sulfoniques de la série de l'anthraquinone teignant
directement la laine en nuances à la fois très brillantes et très
solides : vert d'alizarine-cyanine, alizarine-saphirol, alizarine-
rubinol, etc.
En 1901 s'ouvre une nouvelle ère dans la chimie et l'industrie
de l'anthraquinone, celle des couleurs à cuve, dont l'essor est loin
d'avoir pris fin, et, à partir de 1906-1907, on commença à prépa-
rer aussi des couleurs soufrées de la même série. Ces colorants
se disting-uent par une beauté et une solidité dépassant de beau-
coup tout ce qu'on connaissait jusqu'alors. Leur nombre est déjà
très considérable. ^L Noeltinjn;' cite parmi les couleurs à cuve : les
indanthrènes, les alg-ols, les acridones, les dérivés mixtes apparte-
nant à la fois à la série de l'anthraquinone et à celle de rindig"0 ;
et parmi les couleurs soufrées : les olives d'anthracène et les ciba-
nones. Dans les couleurs à cuve, toutes les nuances sont déjà
représentées et dans les couleurs au soufre nous avons des jaunes,
des orangés, des verts et des noirs.
L'anthracène a ainsi fourni des colorants de presque toutes les
classes : colorants à moi'dants pour coton et pour laine, colorants
directs pour laine et pour soie, colorants à cuve pour coton, colo-
rants à cuve soufrés. En revanche, on ne connaît que fort peu de
colorants basiques de cette série, et aucun d'eux n'a encore trouvé
d'application pratique. On obtient bien des bases en introduisant
le groupe aminogène dans la molécule de l'anthraquinone, mais
elles sont si faibles, que leurs sels sont déjà décomposés par l'eau,
et on ne peut les faire servir à l'obtention de colorants.
D'après une règle générale, les groupes aminogènes deviennent
plus basiques lorsqu'on y introduit des alcoyles. Se souvenant de
ce fait, M. Noelting a méthylé la tétra-amino-anthraquinonc
SOCIÉTÉ DE CHIMIE DE GENÈVE 423
1.4.5.8 et a obtenu un colorant bleu, faiblement basique, capa-
ble de se fixer sur coton mordancé au tanin, mais ne présentant
pas d'intérêt pratique. Il a essayé aussi d'obtenir des produits basi-
ques en introduisant des g-roupes N(C2H.), dans les méthyles des
tolylamino-anthraquinones, C^^Hg02(NH -CçH^* €113)2. En faisant
ag-ir l'aminodiéthylbenzylamine, (CgH.),N-CH2 -CgH^ -NH^ sur
la 1 . o-dichloranthraquinone CgH3Cl(^CO)„CgH3Cl, il a obtenu
une matière colorante violet-rou^'e, faiblement basique, mais ne
possédant ni beauté, ni solidité, contrairement à ce que l'on a
observé en joi-énéral chez les dérivés anthraquinoniques. Peut-être
certains isomères de ce composé posséderaient-ils de meilleures
qualités. Quoiqu'il en soit, le groupe de l'anthraquinone offre
encore un vaste champ d'études.
IM. A. Brun parle des difficultés que présentent la recherche et
le dosage du fer niétalliqae dans les roches basaltiques. Il s'y
trouve à l'état de g-ranules disséminés dans la masse vitreuse.
Ces granules peuvent être d'une extrême petitesse; ils sont alors
si bien eng-lobés, que le broyage le plus fin ne les isole pas et
qu'on ne parvient pas à les identifier. Leur dosasse présenterait
néanmoins un grand intérêt au point de vue vulcanologiqiie ; cer-
tains basaltes sont si riches en fer non combiné, que la solution
de ce problème de chimie rendrait un g"rand service aux g-éolog-ues
en leur permettant d'élucider certaines questions de g"énétique.
M. E. RoTHLix annonce iju'il a réalisé, en collaboration avec
M. A. Kalîfm.vnn, une nouvelle sijntlièse de la daniascénine.
Cet alcaloïde, encore peu étudié, peut être facilement préparé à
partir du sulfométhylate d'o-méthoxyquinoléine (I), en passant
pas les réactions suivantes :
/^COOH XXcOOCHs
-0= L/CH3 ^HC1^CH30H =
\y^^<CHO k^NHCHs
OCH3 N OCH3 OCIÏ3
A
CH3-SO3-O CH3
I II III
On obtient dans l'oxydation, comme produit secondaire, la
méthoxijrnéthi/lisatine, sous la forme d'aiguilles de couleur
roug-e carmin, fusibles à 187°.
L'acide formijldamascéniqiie (II) cristallise dans l'alcool en
prismes incolores, fusibles à 194-195°.
La daniascénine synthétique (III) fond à 25° et possède toutes
les propriétés de l'alcaloïde naturel.
424 SOCIÉTÉ DE CHIMIE DE GENÈVE
Séance du 10 février.
Ph. A. Guye. De la réduction des poids au vide dans la détermination de
poids atomiques. — A. Bach. Dédoublement de la phénoloxydase par
adsorption différentielle.
M. le Prof. Ph. A. Guye rend compte de divers travaux relatifs
à l'exactitude des pesées en matière de déterminations de
poids atomiques. Il a examiné de nouveau les différentes causes
d'erreur provenant de la balance, des poids et des appareils, et
conclut que la précision absolue réalisable ne peut dépasser le
10^ de millig'ramme.
Il communique ensuite les résultats d'expériences faites avec
M. Th. Renard sur la comparaison des poids réduits au vide,
déterminés par le calcul et par l'expérience. Avec les corps en
poudre, on ne peut espérer obtenir par la seconde méthode des
résultats d'une précision supérieure à + \^iooooo °^ i V200000 *^^
de la quantité de substance pesée.
M. Guye discute enfin les variantes adoptées par les divers
expérimentateurs pour la réduction des poids au vide par le
calcul. Il conclut de cet exposé que dans la pesée de 1 à 1 s;r. de
substance — ce qui correspond à une opération courante en
matière de détermination de poids atomiques — il suffit ample-
ment de peser au 1 0" de mgr près ; la pesée au \ 00® de mg-r est
dans la très g-rande majorité des cas une opération illusoire.
M. A. Bach, poursuivant ses expériences sur Is. phénoloxydase
des champignons (Lactarius vel/ereusj, l'a soumise à une purifi-
cation par ultrafiltration. Mais, contrairement à ce qu'il avait
observé chez la peroxydase, il a trouvé que son activité est affaiblie
par cette opération. Un examen plus attentif lui a montré que.
des deux constituants de l'oxydase, la peroxydase est beaucoup
plus rapidement adsorbée par l'ultrafiltre que l'oxygénase. Cette
dernière reste sur l'ultrafiltre et son pouvoir oxydant primitif peut
être rétabli par l'addition de peroxydase du raifort. Le dédou-
blement de l'oxydase peut donc être réalisé aussi bien par adsorp-
tion différentielle que par précipitation fractionnée par l'alcool.
A. P.
COxMPTE RENDU DES SEANCES
SOCIÉTÉ VAUOOISE DES SCIENCES NATURELLES
Séance du 20 octobre 1915
M. Duboux. Analyse physico-chimique des vins.
M. Duboux résume quelques-unes des dernières recherches qu'il
a effectuées sur Yanali/se pJiijsico-cJnniique des vins, et qui font
suite aux travaux publiés antérieurement en collaboration avec
M. Du toit.
Le nombre des éléments du vin qu'on peut doser par la méthode
des conductibilités électrique s'élève actuellement à 16.
Pour aujourd'hui il s'en tient aux points suivants :
Acide tartriqiie. — Le dosag-e de l'acide tartrique à l'état de
tartrate de baryum est exact lorsque le vin est peu ou moyenne-
ment acide. Il conduit cependant à des résultats rég-ulièrement
trop élevés dans le cas de vins renfermant une sfrande quantité
d'acide malique : une petite partie de cet acide, qui précipite à
l'état de malate de baryum, est comptée comme acide tartrique.
Pour remédier à cet inconvénient, M. Duboux propose de rem-
placer ce dosag"e par celui au racémate de calcium. L'acide tartri-
que du vin, qui est toujours l'acide tartrique droit, précipite quan-
titativement à l'état de racémate, lorsqu'on ajoute à ce liquide de
l'acide tartrique g-auche et de l'acétate de calcium (méthode de
Kling^). En transposant cedosag-een volumétrie physico-chimique,
on obtient une courbe de précipitation du racémate excessivement
nette donnant ri^-oureusement la quantité d'acide tartrique droit
en solution. Le dosai^-e n'est influencé par aucun des autres acides
qui accompag-nent habituellement l'acide tartrique dans les vins.
Magnésie. — Le dosag-e de cet élément du vin acquiert une
certaine importance en analyse physico-chimique, parce que la
mag-nésie intervient comme correction dans le dosage de l'acidité
faible. On peut l'effectuer en même temps que celui de la chaux
de la façon suivante : le vin est additionné d'alcool et d'acide sul-
426 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE
furique; le sulfate de calcium qui précipite est filtré, repris par
l'eau et titré par l'oxalate de potassium. La magnésie, restée dans
le filtrat, est précipitée à l'état de phosphate-ammoniaco magnésien
qu'on filtre, redissout dans une solution diluée d'acide acétique et
titre finalement par conductibilité avec le réactif nitrate d'uranyle.
Concentration des ions hydrogène. — On la détermine par
la méthode classique de l'inversion du saccharose ou par la mé-
thode plus récente de la catalyse du diazocétate d'éthyle. L'une et
l'autre de ces méthodes conduisent à des résultats précis, mais
elles sont trop long-ues et trop délicates pour être utilisées dans la
pratique courante.
MM. Duboux et Reeb ont étudié un procédé graphique de dé-
termination de la concentration de ions H dans les vins, à partir
de la courbe de neutralisation par la soude caustique d'un mélange
de vin et d'eau (20 7o '^''"' ^0 "/'^ eau). On sait en eftet que le degré
d'acidité du vin varie assez peu avec la dilution.
La méthode préconisée par les auteurs présente sur les ancien-
nes l'avantage d'être beaucoup plus simple et rapide ; elle fournit
par contre des résultats un peu moins précis. Son emploi se
recommande si l'on se contente d'obtenir la concentration des ions
H dans le vin à 10 7o prf's.
Cendres. — L'expérience a montré que le dosage des cendres
du vin par conductibilité est largement suffisant en pratique et
remplace avantageusement le dosage par pesée, sauf dans les cas
limites ou le contrôle gravimétrique devient indispensable.
On a signalé aux auteurs du procédé de quelques rares vins
caractérisés par une faible teneur en matières minérales (inférieure
à 1,8 gr.) et par une très forte acidité (supérieui-e à 10 gr.), dont
le poids de cendres déterminés par conductibilité étaient trop éle-
vés de 0,2 à 0,3 gr. L'examen de ces vins a révélé en effet une très
grande concentration des ions II • qui aue;'niente d'une façon anor-
male la conductiliilité du vin. Pour y remédier, on peut: 1° Intro-
duire dans la formule un terme correctif tenant compte de l'aci-
dité du vin ; 2° diminuer la concentration des ions H • en ajoutant
au vin un peu de soude (0,5 ce. N/^ pour 55 ce. de vin) et retran-
cher du poids de cendres obtenu 0,53 gr. correspondant au carbo-
nate de sodium.
M. Duboux termine son exposé en montrant l'utilité pratique
des méthodes physico-chimiques dans la recherche des falsifica-
tions du vin.
Il est établi aujourd'hui que si l'analyse chimique est encore
utile et même indispensable, elle est loin de suffire à sa tâche. En
particulier, elle ne permet pas de révéler les vins mouillés.
MM. Dutoit et Duboux savent que sur cette question ils ne sont
pas d'accord avec leur collègue M. Porchet qui, dans une séance
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE 427
de fin 1911 a soutenu l'opinion que les méthodes physico-chimi-
ques ne rendraient probablement pas de meilleurs services que les
méthodes chimiques pour découvrir les falsifications du vin. puis-
qu'elles ne suppriment pas l'obligation d'interpréter des résultats
numériques.
En accumulant patiemment des résultats statistiques, MM.
Dutoit et Duboux ont maintenant acquis la conviction que les
méthodes qu'ils préconisent sont réellement plus efficaces que les
méthodes usuelles pour découvrir les mouillag-es du commerce.
Séance du 3 novembre
Albert Perrier. Sur les actions intermoléculaifes dans les diélectriques
et la formule de Clausius-Mossotti.
Albert Perrier. — Sur les actions interinoléculaires dans les
diélectriques et la formule de Clausius-Mossotii.
Cette communication concerne la variation de la constante dié~
lectrique avec la densité. L'auteur montre que sans hypothèse sur
le mécanisme de la polarisation, mais en admettant simplement
des actions intermoléculaires se réduisant à un champ uniforme
proportionnel à l'intensité de polarisation, on trouve une dépen-
dance de la densité qui n'est pas celle de Clausius-Mossotti fût
vraie g-énéralement, il faudrait et il suffirait que les actions inter-
moléculaires aient la valeur du champ de la théorie de H. A.
Lorentz. M. Perrier esquisse ensuite la sig'nification de recherches
de cet ordre au point de vue de la connaissance des mécanismes
moléculaires pouvant expliquer la polarisation diélectrique et leur
connexion étroite avec d'autres domaines de la physique, tels la
cohésion des solides et des fluides. — Les recherches auxquelles se
rattache la présente communication seront publiées plus tard.
Séance du 17 novembre
M. Bornand. Les empoisonnements alimentaires.
H. Ftes. Lycoperdon pyriforme.
>L Bornand. — Les empoisonnements alimentaires étant
d'orig-ine bactérienne et dus à B. paratyphus, B. enteritidis, B.
coli, B. proteus, B. botulinus, il faudra pour les éviter prendre en
considération les mesures préventives suivantes :
1 . Propreté rigoureuse des locaux où se fabriquent, où se mani-
pulent les aliments, propreté des mains du personnel, utilisation
deau bouillante et d'eau potable pour le nettoyag-e des ustensiles.
428 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE
2. Protection des aliments contre les mouches par l'utilisation
soit de treillis métallique aux fenêtres, soit de gazes recouvrant
Tes produits alimentaires.
3. Veiller à ce qu'aucune personne atteinte de maladie infec-
tieuse ou convalescente ayant présenté spécialement des troubles
intestinaux ne s'occupe de la manutention des substances alimen-
taires.
4. Inspection rigoureuse du bétail sur pied et abattu, surveil-
lance des fabriques de conserves de viandes ou autres.
5. Instruction hygiénique du public en général par des confé-
rences, des brochures, des affiches, en lui indiquant les mesures à
prendre pour éviter l'infection des aliments par les bactéries et sur
les dangers que pareilles infections peuvent présenter.
M. H. F^s présente une colonie de Lycoperdon purijorme
qui lui a été envoyée par M. Wulliémoz à Payerne.
Séance du J" décembre
L. Horwitz. Sur la variabilité régionale des précipitations. — J. Cauderay.
Un calorifère électro-médical. — M. Bornand. L'infection du lait par
les bactéries.
L. Horwitz. — Sur la variabilité régionale des précipita-
tions.
Il y a lieu de distinguer entre la variabilité des précipitations
— tout court — et celle qu'on pourrait nommer provisoirement
« régionale ». La variabilité des précipitations — tout court — se
rapporte ordinairement à une station pluviométrique. La variabi-
lité annuelle des précipitations d'une station est la moyenne des
écarts annuels de la moyenne annuelle des précipitations. Dans
une note antérieure (^), j'ai analysé la variabilité des précipita-
tions des vingt-sept stations pluviométriques pendant une période
de trente-sept ans (1864-1900).
Tout autre est la notion de la variabilité régionale. Comme l'in-
dique son nom, elle se rapporte à l'espace tandis que l'autre em-
brasse le temps.
Dans une région, plus ou moins vaste, il y a des localités, les-
quelles, disons, pendant une année, sont plus sèches et d'autres
qui sont plus humides que la moyenne des précipitations pour
') L. Horwitz, « Sur la variabilité des précipitations en Suisse ^, Bul-
letin, vol. XLVIII, p. 539.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE 429
toute cette rég-ion. Pour des raisons pratiques, admettons, ce qui
n'est pas absolument exact, que la moyenne des précipitations
pour une rég-ion est représentée par la moyenne des précipita-
tions de toutes les stations pluviométriques de cette rég-ion, pré-
cipitations exprimées en 7o- Or la variabilité annuelle (rég-io-
nale) des précipitations pour cette rég-ion sera la moyenne des
écarts de chaque station de la moyenne de la rég-ion.
Pour étudier la variabilité régionale, j'avais à ma disposition
trois séries d'observations pluviométriques: 1° la série suisse
(1864-1913, 26 stations); 2° la série de l'Europe centrale (Alle-
magne et rég-ions limitrophes, 1850-1905, 38 stations); 3° la série
de l'Europe (^1850-1905, 38 stations).
L'analyse de ces séries m'a révélé les deux constatations sui-
vantes. Tout d'abord, on peut se demander comment varie la
variabilité régionale annuelle avec la quantité des précipitations ;
en d'autres termes, cette variabilité est-elle plus g-rande dans les
années sèches ou dans les années humides? La réponse, fournie
par toutes les trois séries, est que la variabilité absolue aug-mente
en g-énéral avec les précipitations. Toutefois les courbes respec-
tives, malgré un procédé de compensation, poussé assez loin,
montrent encore des bas et des hauts, bien accentués, — un indice
que les moyennes des précipitations, même très rapprochées, peu-
vent être très différentes au point de vue de leur orig-ine. — Quant
à la variabilité relative, c'est-à-dire ramenée à 100 % ^^^ préci-
pitations, elle se comporte d'une manière sensiblement différente.
Ici, il y a tout d'abord un maximum dans les années les plus
sèches, tandis que les années bien humides sont à peu près aussi
variables que les années sèches, même partiellement un peu moins
que ces dernières. Enfin, vers les 100 7o' ^^^ ^ ^^ minimum bien
accentué, suivi plus ou moins vite par un maximum secondaire,
presque aussi g-rand du reste que le maximum des années les plus
sèches.
Deuxièmement, on peut se demander comment la variabilité
rég-ionale annuelle varie avec le temps. Les courbes, obtenues par
le même procédé de compensation, montrent, toutes trois, tout
d'abord des analog-les frappantes avec les courbes respectives des
précipitations. Souvent les bas et les hauts de ces dernières coïn-
cident avec les mêmes éléments des courbes des variabilités (abso-
lues). Il est évident que le fait est conforme à la constatation faite
plus haut. — Outre ces détails, les trois courbes des variabilités
accusent une descente nette avec le temps (c'est surtout frappant
pour la Suisse et l'Europe); la variabilité régionale annuelle a
continuellement diminué en Europe dans la seconde moitié
du A'/A'« siècle. Le climat est devenu plus uniforme en ce sens que
les précipitations des différentes rég-ions de l'Europe, de la Suisse,
430 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE
et moins nettement de l'Europe centrale, différaient à la fin du
XIX"6 siècle (resp. diffèrent maintenant) sensiblement moins de
la moyenne des précipitations, qu'auparavant (^).
Je me propose d'examiner, sous peu, si un changement analo-
g-ue a eu lieu avec autres facteurs météorologique (température,
pression).
J. Caudehay. — Un calorifère électro-médical.
J'appelle calorifère électro-médical un appareil connu depuis
quelques années sous le nom de coussin électrique.
Ce calorifère est utilisé en médecine pour procurer une chaleur
artificielle destinée à suppléer au manque de chaleur naturelle sur
certaines parties du corps, dans des cas bien connus de MM. les
médecins.
Cet appareil, qui se fabrique un peu partout, consiste en un
simple fil d'un métal spécial soigneusement isolé, replié sur lui-
même de diverses façons, suivant les idées du fabricant, cousu
ensuite entre des carrés de flanelle ou autre étoffe appropriée, de
façon à former une surface de 30 à 40 cm. de côté.
Le fil métallique isolé décrit ci-dessus s'échauffe lorsqu'il est
traversé par un courant électrique et cet échauftement est propor-
tionnel à l'intensité du courant qui le traverse.
La longueur et le diamètre de ce fil sont calculés pour produire
une chaleur voulue pour un courant d'une force électro-motrice
donnée. En outre, l'appareil est généralement pourvu de deux ou
trois circuits distincts qui, au moyen d'un commutateur, servent
à graduer la chaleur dans de certaines limites.
La première condition pour pouvoir utiliser ce genre de calori-
fère est d'avoir de l'électricité à sa disposition, condition qui est
remplie dans la majeure partie des habitations de notre pays riche-
ment doté, même dans les campagnes, d'un réseau de distribu-
tion d'électricité, destiné, il est vrai, surtout à l'éclairage, au
chauffage et à la force motrice.
Il est très important, avant de se servir d'un tel calorifère, de
s'assurer qu'il est de bonne fabrication et qu'il se trouve en bon
état au moment d'en faire usage; en outre, il faut en surveiller
l'application, et surtout s'il s'agit d'enfants, ne pas abandonner le
malade aussi longtemps que dure l'application ; un terrible acci-
dent arrivé il y a quelque temps, justifie cette recommandation ;
^) On pourrait émettre l'hypothèse que cette diminution de la varia-
bilité soit fictive et se ramène aux erreurs, peut-être plus grandes des
premières observations aux stations météorologiques. Mais dans ce cas
l'augmentation artificielle des variabilités, au commencement de la
période, est aussi probable que la diminution de ces mêmes variabilités.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE 431
mais en observant ces prescriptions, il n'y a pas de dang^er, et
l'appareil peut rendre de grands services.
Je ne m'étendrai pas sur les cas où l'application de ce calorifère
est à recommander, laissant ce soin à MM. les médecins, mais je
voudrais attirer l'attention de ces derniers sur les effets physiologi-
ques des courants employés, indépendamment de l'effet calorifique.
Voici, je crois, comment cet effet peut se produire :
J'ai dit plus haut que le fil mélallique était replié sur lui-même
ou enroulé de différentes façons; prenons la plus simple, c'est-à-
dire celle où le fil forme une série de lacets parallèles les uns aux
autres, enti-e les deux branches d'un même lacet ; le courant
forme un champ mag'nétique parfait, c'est-à-dire un électro-
aimant sans fer.
Il serait certainement très intéressant de savoir si réellement un
champ mag'nétique peut avoir un effet quelconque soit sur les
nerfs, soit sur les muscles ou sur tout autre organe.
Je me suis posé cette question parce que, vers 1870, le D^ Seller,
qui habitait Genève, nous fit construire une bobine d'induction de
g-rande dimension et de forme spéciale, activée par une batterie
de six éléments de Growe.
Cet appareil, qui est décrit dans le Bulletin de notre Société,
avait des électrodes construites et g'roupées d'une façon toute spé-
ciale, formant des champs mag-nétiques alternatifs puissants, ag-is-
sant à distance au travers des vêtements des malades.
Au moyen de cet appareil, le D"" Seiler a obtenu des effets inté-
ressants sur lesquels il a publié un brochure.
Quoique déjà ancienne, j'ai cru bon de rappeler les expériences
du D"" Seiler, et je crois qu'il serait utile que des expériences de ce
g-enre soient poursuivies par des personnes compétentes, et MM.
les médecins qui sont spécialement bien placés pour cela aug-men-
teraieut probablement le nombre des cas que l'électricité peut
g-uérir ou améliorer.
Je citerai encore un cas où le magnétisme a joué un rôle.
Il y a une ving-taine d'années (je ne puis pas mieux préciser)
dans une clinique, un malade avait un bras paralysé, et prétendait
qu'aussitôt qu'on appliquait un aimant sur ce bras, la paralysie
cessait. Le médecin soupçonnant une supercherie vu le g"enre de
maladie (hystérie), me demanda un électro-aimant, une pile et des
•fils, de façon à faire passer le courant dans l'électro-aimant à
l'insu de la malade.
Je me laisse dire, pour autant que mes souvenirs sont exacts,
que l'effet de l'électro-aimant arrêtait la paralvsie, mais je ne me
souviens pas des suites du traitement.
Il serait très utile de connaître un plus g-rand nombre de cas de
ce g^enre, bien contrôlés, afin ck" se rendre compte si le mag^né-
tisme peut être utilisé et dans quels cas.
432 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE
M. BoRNAND. — L'infection du lait par les bactéries.
Récolté d'une façon aseptique, le lait au sortir de l'animal sain
est stérile; récolté proprement, il contient quelques heures après
la traite une quantité formidable de g-ermes.
Les bactéries qu'on y rencontre peuvent provenir d'une maladie
de l'animal, mais en g-énéral sont le fait des manipulations dont
le lait est l'objet depuis l'étable jusqu'au domicile.
Ces g-ermes sont en général des saprophytes qui ne font qu'opé-
rer certaines transformations dans la couleur, l'odeur, le goût,
l'aspect ilu lait.
Mais il est d'autres bactéries qui peuvent occasionner des mala-
dies infectieuses, comme la typhoïde, la scarlatine, la diphtérie ;
dans ce cas, le lait a été souillé par des porteurs de germes.
L'ingestion de lait cru provenant de vaches tuberculeuses peut
présenter un danger pour les jeunes enfants, mais a peu de valeur
dans la transmission de la tuberculose à l'homme.
La souillure du lait a lieu à l'étable lorsque les vaches sont
couvertes de fumier ou que les mains du vacher sont sales ; à la
laiterie, si les récipients qui contiennent le lait sont malpropres
ou si l'eau qui sert à nettoyer les ustensiles est de mauvaise qua-
lité, enfin par les mouches qui sont spécialement attirées par le
lait.
Cet aliment est le plus facilement altérable par les bactéries ;
une hyo-iène rigoureuse doit être suivie dans sa manutention
depuis l'étable jusqu'au domicile.
Séance du 15 décembre
Maurice Lugeon. La photographie à grand écartement. — E. Wilczek.
CoUectioa de plantes en coussinets. — P. Murisier. Maladie des yeux
chez les truites de l'Arnon.
Maurice Lugeo.n entretient la Société de la photographie à
grand écartement.
On sait que la sensation de relief est une propriété optique qui
dépend de la grandeur de l'écartement oculaire. Cette .sensation
n'existe pas chez les borgnes. Pour l'homme à yeux normau.x, la'
notion du relief cesse pour des objets éloignés de 450 mètres.
Exceptionnellement, certains individus perçoivent encore le relief
jusqu'à 800 et 1 000 mètres.
Quand on agrandit l'écartement oculaire, le relief s'exagère, et
particulièrement lorsque les objets sont vus à travers un verre
grossissant. Les jumelles à prismes qui donnent un si beau relief
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ VAUDOISE 433
ne font qu'agrandir l'écarlement oculaire. II en est de même dans
les télémètres.
Si on remplace la nature par deux photos^raphies que l'on con-
temple au stéoroscope, on obtient ési-alement la vision bien connue
de relief. Mais il est aisément possible d'écarter l'une de l'autre,
les deux photographies en prenant la deuxième vue à un nombre
variable de mètres de la première, 2, 4, o, 10 ou même 100 mètres
pour des objets très éloig-nés. Les deux vues doivent être stricte-
ment parallèles et horizontales et si possible prises au même
niveau. En rapprochant ces deux photog-raphies à la distance nor-
male oculaire, cela revient à examiner la nature comme le ferait
un g-éant qui aurait des yeux écartés de 2, 4. 5, 10 ou 100 mètres.
L'effet est surprenant. Des détails inouïs apparaissent que l'œil
ne peut percevoir. Ce procédé photog-raphique, qui est assez
récent, est utilisé depuis quelques années par M. Lug^eon pour ses
recherches et son enseig-nement, particulièrement pour la géomor-
phog-énie tectonique.
Pour obtenir ces petites merveilles photog-raphiques. M. Lug^eon
se sert du Verascope Piichard, instrument admirablement cons-
truit et muni des objectifs français de la maison Krauss, de Paris.
C'est sur le pi'incipe de la photog-raphie à g-rand écartement
qu'est basée la nouvelle méthode de levers de cartes dites stéréo-
autog-rammètrie, dont M. Lugeon indique les principes. On trou-
vera, du reste, tous les détails concernant cette méthode si extra-
ordinaire par ses résultats et sa rapidité, dans un article de M. P.
Corbin, paru dans la Revue générale des sciences du 30 mars
1914.
^L Lugeon a accompagné sa communication parla vision d'une
série de clichés à ei^rand écartement et par l'exposition d'une carte
topographique exécutée par les procédés de la stéréo-autogram-
métrie.
E. WiLczEK présente une collection de plantes en coussinet,
provenant, en partie, d'Europe (Alpes et Corse), en partie des
Andes argentines et chiliennes. La collection présentée est classi-
que, en ce sens que les matériaux ont été utilisés pour une mono-
graphie des plantes en coussinet par MM. Schroter et Hauri.
Les plantes en coussinet sont ligneuses ou herbacées, ordinaire-
ment toujours vertes : elles sont caractérisées par des rameaux
nombreux partant d'une seule et unique souche primordiale, den-
sément feuilles de petites feuilles et si rapprochés les uns des
autres qu'ils forment des coussinets tantôt hémisphériques, tantôt
plats. La hauteur de ces coussinets est toujours peu considérable,
leur diamètre varie entre quelques centimètres (Androsace helvé-
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444
MOYENNES DU GRAND SAINT-BERNARD — AVRIL 1916
Correetion pour réduire la pression ntniosphërlque du Grand Saint-
Bernard à la pesanteur normale : — 0""".22. — Cette correction n'est pas
appliquée dans les tableaux.
Pression ntinosphérlqiie : 500""" -{- Fraction de saturation en o/o
7 II. Ml. 1 11. 8. 9 11. 8. Moyenne 7 h. m. 1 h. a. 9 h. s. Moyenne
1" décade 64.18
2« » 57.17
3« » 62.22
64.36
64.31
64.28
84
80
91
83
57. 60
57.87
57.55
82
75
91
83
62.62
63.45
62.76
83
75
87
81
Mois
61. 19 61.53 61.88 61.53
83
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89 83
Température.
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4.89 - 7.31
- 6.93
- 7. 02
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- 3.40
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0.61 - 2.51
— 1.77
— 195
Mois
4 98
1.56
4. 08
— 3.54
3.67
Dans ce ui.'is \':uv a él<' imIiup 200 lois sur iOOO
M''.
l^e rappoi'l des veiils
(.2
137
Pluie et neige dans le Val d'Entremont
station
Eau en millimètres ....
Neige en centimètres.. .
M;iitigny-Vil
92.5
Orsières
75.2
10
Boiiig-St-Piene
48. 9
49
167.7
196
ENTROPIE GÉNÉRIQUE
ET mélj^^jStges Gazeux
Edonard «CILiLAVllIi:
§ 1 . Deux hypothèses arbitraires de la Thermodynamique
Lorsque l'on compare les résultats généralement admis de la
Thermodynamique classique, avec les conséquences de la Théo-
rie statistique, on se heurte à maintes difficultés.
Dans le présent travail, nous nous proposons d'en examiner
deux.
Nous avons montré (0 que l'entropie statistique d'une masse
gazeuse monoatomique M, comprenant N molécules de masse
m, et occupant un volume V à la température T, avait pour
expression :
(1) - H = N
I , V 3 , , iJiek\2 I
|log- + 2logT+log(-) I
OÙ k est la constante universelle d'énergie moléculaire; v est le
domaine élémentaire de volume et = le domaine élémentaire
d'énergie. Pour avoir eu mémoire leur signification mathéma-
tique, il suffit, par exemple, de se rappeler que toutes les molé-
cules qui sont dans un même domaine v sont censées avoir des
coordonnées identiques ; ou peut dire que ces domaines ou
cases jouent un rôle analogue aux éléments infiniment petits
dans le calcul différentiel et intégral (-).
') Ed. Guillaume, la Théorie des Probabilités et la Physique, Archives,
1915, t. XXXIX, p. 316.
^) Quant à une signification physique simple, voir Aixhives. ce numéro,
p. 487.
Ahcuives, t. XLI. — Juin ISUG. 31
446 ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX
Comparons la formule ci-dessus à l'expression donnée dans
les traités de Thermodynamique. Ou a :
(2) S = - (^j log- + c, logT + So
où Sq est une constante arbitraire ne dépendant pas de M ; ii.
est la « masse moléculaire ». Or:
M = Nm ; ju = N^m ; R = A;Nj^ ; c^, = 3 ,
d'où
(3) S = ^NJlog^ + ^logT + (^s„ - logm)} .
On voit immédiatement que (1) ne pourra être identifié à (3)
que si l'on pose par exemple :
(4) V = VoN ,
OÙ Vo est une constante aussi petite que l'on veut, puisqu'on
pourra toujours reléguer log r^ dans la constante arbitraire.
Boltzmann, et avec lui la plupart des cinétistes, tournent la
difficulté en prenant d'emblée le volume spécifique, ce qui revient
à faire implicitement uue hypothèse analogue à (4).
M. Planck, par contre, introduit explicitement une relation
semblable. Prenant le domaine élémentaire total, il pose
(4') re» = -^ N
et le fait ainsi varier eu outre avec la masse m ; g est supposé
indépendant de N et de m .
Il l'avait déduite de certaines conséquences du postulat ther-
mique de Nernst, suivant lequel l'entropie d'un corps liquide
ou solide au zéro absolu, est nulle. Il en concluait que les
domaines élémentaires devaient avoir une signification chimi-
que, analogue à une sphère ; d'influence (Wirkungssphare).
MM. 0. Sackur et H. Tétrode ont même cru déduire des cons-
tantes expérimentales des différents gaz, notamment de l'argon
et du mercure, que g était égal à /i^ où Ji est le quantum d'ac-
tion de la théorie du rayonnement de Planck. Si cette relation
ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX 447
devait se véritier d'uiie façon générale, dit alors M. Planck, on
aurait acquis un résultat d'une importance fondamentale pour
toute la Thermodynamique et la théorie de l'affinité (')•
Or, il faut l'avouer, il est extrêmement difticile, pour ne pas
dire impossible, de donner une interprétation physique satis-
faisante aux relations (4) et (4').
Et l'on est conduit à chercher autre chose.
La relation (1) est, comme nous l'avons montré ailleurs, une
conséquence rigoureuse des Principes généraux de la Théorie
statistique; cette théorie ne cherche qu'à donner une interpré-
tation statistique du Principe de l'équivalence et du Principe
de Carnot ; il serait dès lors très grave que les relations (2) ou
(3) fussent une conséquence rigoureuse de ces seuls Principes,
parce que, dans ce cas, leur interprétation statistique serait liée
à l'équation (4) ou (4') ou d'autres analogues, dont la signitica-
tion est fort obscure. Heureusement, il n'en est rien ; et il est
aisé de montrer que les relations (2) ou (3) contiennent une
hypothèse particulière, tout à fait étrangère aux deux Principes.
Eu effet, en Thermodynamique, l'entropie est définie, en uni-
tés thermiques, par :
(5) dS = j^ .
D'autre part, l'équation d'état des gaz parfaits peut s'écrire
sous la forme universelle :
(6) p\ = A-NT .
En appelant c la chaleur moléculaire à volume constant, et
en posant :
_ J^
'^ ~ fc N^ '
on a :
(7) dU = cN dT ,
de sorte qu'en substituant dans (5) et en intégrant, on trouve :
(8) S = ^ Ndog V + c log T) + /"(N , m) .
') M. Plauck, Vorlesungen ûber die Théorie der Wdrmestrahlmig et
Die gegemvàrtige Bedeutung der Quantenhypothese fur die kinetische
Gastheorie, conférence tenue à Gôttingue en 1913.
448 ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX
Dans cette relation, f{N , m^ désigne la constante d'intégra-
tion qui, eu effet, peut dépendre de N et de m.
Nous voyons donc que l'expression de l'entropie d'un gaz, telle
qu'elle résulte des deux seuls Principes de la Thermodynamique
et de l'équation d'étut, peut parfaitement être identifiée à V entro-
pie statistique sans faire appel à une hypothèse spéciale sur les
doma ines élémenta ii -es.
Par contre, pour retrouver l'expression habituelle (2) ou (3),
il faut faire une hypothèse supplémentaire, à savoir poser pour
la fonction arbitraire :
(9)
/■(N, m) = j J N (j s, - log m) - N log N [ ,
D'oii vient-il donc que, dans tous les traités de Thermodyna-
mique, on donne l'expression (2) et non l'expression (8)? Sim-
plement du fait que l'on part toujours, non d'un volume quel-
conque V, msiis du. volume spécijique v. L'équation différentielle
s'accorde de l'un et de l'autre, puisque :
dv il\
•10) , V = V '
mais, lorsqu'on intègre, on est conduit à log v au lieu de logV,
ce qui change la fonction arbitraire d'intégration et introduit
V
explicitement vî au lieu de V.
Tant qu'on opère sur la même masse d'un gaz, ou sur deux
masses différentes d'un même gaz, la fonction arbitraire d'in-
tégration ne joue aucun rôle, et nous pouvons la choisir comme
bon nous semble. Par contre, cette fonction prendra une impor-
tance très grande dans les mélanges gazeux, et il est piquant
de constater que la belle théorie de la dissociation, les théories
de Gibbs et de Planck, la loi d'action de masse, reposent toutes
sur deux hypothèses arbitraires :
1" La fonction /(N , m) a la forme (9).
2*' L'entropie d'un mélange de plusieurs gaz est égale à la
somme des entropies qu'aurait chacun d'eux s'il occupait seul
le volume entier du mélange à la même température.
Ces théories ne sont donc nullement des conséquences pures
des deux Principes et de l'équation d'état.
ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MELANGES GAZEUX 449
Nous allons montrer que la théorie statistique peut rendre
compte très facilement de l'expression généralement adoptée
pour l'entropie d'un mélange gazeux, si l'on introduit, comme
le propose Gibbs dans ce but, les ensembles génériques.
§ 2. Entropie générique
Résumons brièvement les résultats que nous avons dévelop-
pés dans notre travail sur la Théorie des Prohahïliiés et la Phy-
sique.
Considérons un système physique dont l'énergie
'EiXi, Xo, . . . , a;,,; «i, a^, . . .)
est fonction d'un nombre immense n de paramètres x^,x^, ...,x^^
et de coordonnées extérieures a^, a,, ..., supposées invariables
qui définissent la position d'ensemble du système par rapport
aux corps extérieurs, tels, par exemple, que le cylindre et le
piston pour un gaz. Un état du système, c'est-à-dire un groupe
de valeurs des n paramètres, pourra être représenté par un
seul point de l'hyperespace à n dimensions. Par suite de l'agi-
tation thermique, etc.. ces valeurs changent constamment, et
cela d'une manière continue. Pour obtenir la discontinuité
nécessaire à l'application du calcul des probabilités, nous ne
considérerons pas le point représentatif à deux instants intini-
ment rapprochés t ett — dt, mais à deux instants séparés par
un intervalle fini t , qui peut être grand, comme le montre la
lenteur des phénomènes de diffusion. Nous pourrons alors dire
que les états aux instants ^ et ^ — x sont à peu près indépen-
dants l'un de l'autre, parce que la trajectoire du point repré-
sentatif dans l'espace à n dimensions est très compliquée ; cette
complication résulte directement de ce que n est très grand ;
c'est un postulat qui sert de base à la théorie que nous esquis-
sons. Nous pointerons alors, à intervalles fixes t, un grand nom-
bre de fois n^ , la position du point représentatif; nous obtien-
drons ainsi un ensemble de n^ points formant une certaine
450 ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX
répartition R; nous recommencerons cette opération un grand
nombre de fois, et nous obtiendrons une série de répartitions :
Kl , K2 , K3 , ...
dont nous déterminerons la moyenne. Pour que celle-ci existe,
il faut et il suffit que l'énergie du système oscille autour d'une
valeur moyenne E. Nous dirons que le système est quasi-con-
servatif. De plus, pour définir complètement les répartitions,
nous imaginerons riiyperespace divisé en un très grand nombre
de domaines élémentaires ou cases, si petits, que l'on puisse dire
que tous les points représentatifs qui se trouvent dans une
même case, représentent le système dans des états identiques.
S'il y a n(a;i , iCo , ... , xj points dans la case de coordonnées
a?! , iCs , ... a;„ , la probabilité pour que le système soit dans l'état
considéré, sera par conséquent:
n (a;, , «2 , • • • , x„)
(11) p = .
■"0
II, est dès lors facile de montrer que la répartition moyenne,
' — qui est en même temps la plus probable, — compatible avec
l'énergie E{x^ , x^ , ... , x^ ; a^ , a, , ...) , est définie par la pro-
babilité:
■i— E
(12) P = e^~,
où '\i et 6 sont deux constantes ; 6 est lié à la température abso-
lue par :
(13) <i = kT .
A cet effet, on mtvodniiV entropie statistique ^pa.rVexi^ression :
(14) _ H = - ;^ ») log p ,
où la somme est étendue au domaine 5) comprenant toutes les
cases; c'est le domaine à l'intérieur duquel varient les paramè-
tres X. On a alors le théorème fondamental (^):
'j Loc. cit., p. 219.
ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX 451
Pour la répartition moyenne, la valeur de l'entropie statistique
est maximum et l'on peut écrire :
(15)
(- HLax = - H = - logp = - logp
p = e
Dans cette théorie, nous supposons que tous les paramètres
x^,x.^, ... x^ se différencient les uns des autres. Or, tel n'est
pas le cas dans les systèmes envisagés, composés d'un très
grand nombre de molécules identiques. Pour ces systèmes et leur
réaction avec d'autres systèmes, peu importe que ce soient les
molécules m ou m' qui aient les coordonnées x^, y^, z^, les
vitesses x^, y^,, z^, etc. , puisque w ne se distingue en rien de m'.
Nous pouvons dès lors considérer comme identiques tous les
états obtenus simplement en permutant entre elles les molé-
cules identiques. Nous dirons que tous ces états forment un
seul état générique, et les premiers seront désignés sous le nom
d'états spécifiques. Chaque case représente donc un état spéci-
fique, et à un état générique correspondra un groupe de cases.
La probabilité pour que le système soit dans un certain état
générique sera donc égale à la probabilité pour qu'il soit dans
une certaine case multiplié par le nombre de toutes les* cases
considérées comme identiques à la première. S'il y a v molé-
cules d'espèces différentes, il y aura autant de cases identiques
qu'on pourra faire de permutations entre les molécules de mê-
me espèce, de sorte que la probabilité d'un état générique
sera :
(16) ^i^ = Ni! Ns! ... N! p ,
oîi Nj , Nj , ... N désignent respectivement le nombre de mo-
lécules de chaque espèce ; leur somme N est supposée invariable.
Nous définirons V entropie générique ^ par la valeur moyenne,
prise négativement sur tout le domaine 3), du logarithme de la
prohahïlité générique 5p :
_ V
^log^
(17) _§ = _1^ ^-Vpiog^
452 ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX
On a donc :
(18) § = H + logN, ! No! ... N !
et en remplaçant par la formule de Stirliug, puisque les N^.
sont tous supposés très grands :
1 ' ^
(19) ^ = H + 2 N, logN, + - ^ logN, - N + log (2jr)2 .
1 1
La seconde somme sera toujours très petite par rapport à la
première, de sorte que, physiquement, elle ne jouera pas un
rôle appréciable.
§ 3. Entropie générique d'un mélange gazeux
Nous avons montré (^) que l'entropie spécitique d'un système
mécanique quelconque à n degrés de liberté, dont l'énergie
potentielle est \]{q, , Sa , •■. 2„ , «^i , «2 •••^ avait pour expression:
(20) • - H = log
où la ^ doit être étendue au domaine total 2)^ de variation des
paramètres q. Dans le cas des gaz, l'énergie est considérée
comme entièrement cinétique; l'énergie potentielle, qui n'a de
valeur appréciable qu'au moment des chocs, peut être négligée,
vu que le temps pendant lequel deux molécules sont très voisi-
nes est extrêmement petit comparé au temps de libre parcours
moyen. Par contre, il y a une énergie potentielle due à l'action
des gaz sur les parois du récipient qui les contient. La fonction U
ne dépend donc que des coordonnées extérieures ; elle devient
_u
égale à U et on peut dès lors sortir le facteur e '' du signe ]^ ;
chaque terme de cette somme se réduit à l'unité; devant être
\) Loc. cit., p. 313.
ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX 453
étendue au domaine 2)„ tout entier, elle ne sera autre chose que
le nombre K de cases en lesquelles ce domaine aura été subdi-
visé. Comme nous l'avons dit ailleurs, ce résultat trouve son
interprétation simple dans le fait que les points représentatifs
sont uniformément distribués dans 2)^.
Pour K^ , nous ne devons pas prendre la valeur vraie, mais
une certaine valeur apparente, afin de rester en concordance
avec l'équation d'état des gaz parfaits. En effet, la relation (6)
est universelle et ne dépend pas de l'atomicité de la molécule;
la pression p est calculée en envisageant la molécule comme un
édifice à trois degrés de liberté, et seule, dans ce calcul, la
vitesse du centre de gravité de l'édifice' est prise en considéra-
tion. On admet donc que l'énergie autour du centre de gravité
ne joue aucun rôle dans la pression, celle-ci ne résultant que de
l'énergie de translation. Dans cette hypothèse simple, toutes
les molécules peuvent être traitées comme des molécules iden-
tiques à 3 libertés. Supposons, pour simplifier, les cases cubi-
ques dans l'espace ordinaire; leur côté sera \' v et la case cor-
respondante de l'hyperespace pour tout le gaz sera {\' v) ou
v^; raisonnant sur V de la même manière, on voit que :
■^. - ^î '
de sorte que :
n
(21) - H = N logV - X logv + log(^j' .
Appelons î^, L, ... î le nombre des libertés de chaque espèce
de molécules. On a:
=
V \7
1
=
vn, .
1
l
c,
^ 2 '
Posons (') :
') Nous laissons ici de côté les difûcultés touchant les relations entre
les chaleurs spécifiques et le nombre de libertés.
454 ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX
on trouve alors facilement à l'aide de (19) :
(22)
1 ' 1 1
+ |log(^] + Nlog(j) + log(27r)i .
Telle est l'expression générale de Ventropie d'un système de v
gaz différents occupant le volume Va la températw e T . C'est de
cette expression, moins la troisième somme, que l'on part pour
établir la théorie de la dissociation et la loi d'action de masse,
et le terme — ^ N. log N^- y joue un rôle prépondérant. Quant
à la troisième somme, il est aisé de voir qu'elle ne donnera, lors
de la variation du potentiel thermodynamique, que des varia-
tions négligeables par rapport à celles que donne la première
somme. En effet, celle-ci fournit des termes de la forme :
-ÔN,(1 + logN,) ,
tandis que l'autre donne des termes de la forme :
ON.
comme N^ est immense, ces dernières variations seront insen-
sibles par rapport aux premières.
Nous pouvons donc, en déftnitive, énoncer le résultat :
La loi d'action de masse est une conséquence immédiate de l'en-
tropie générique, laquelle s'impose lorsque le système comporte des
molécules de même espèce en très grand nombre; cette loi n'expri-
me alors pas autre chose que la permutabilité des molécules iden-
tiques.
Dans le cas d'un seul gaz, on a:
(23)
NZ
- ^^ = N, log^ + c,N. log T - 2 log N. + -^ log(v)
+ N. log P j + log (27r)2' '
ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX 455
conforme, aux termes très petits près, à l'expression habituel-
lement employée, et l'on voit que :
(24) ^' = Z ^, ,
1
autrement dit.
L'entropie d'un mélange gazeux est égale à la somme des entro-
pies qu'aurait chacun des gaz s'il occupait seul le volume total à
la même température.
C'est la règle usuelle, énoncée plus haut.
§ 4. Paradoxe de Gibbs
Enfin, le paradoxe de Gibbs trouve une explication simple
dans les considérations précédentes.
Envisageons, en effet, une masse gazeuse de N molécules. Si
toutes les molécules sont identiques, on peut toutes les permu-
ter ; la probabilité spécifique est alors multipliée par N ! . Si les
molécules sont la moitié d'une espèce, la moitié d'une autre, il
N N
faut multiplier cette même probabilité par -^ ! ^^ •' • Il y a donc
une discontinuité finie lorsqu'on passe du premier cas au second.
Prenons le cas simple, habituellement considéré, de deux gaz
différents, mais dont les molécules ont le même nombre de
libertés. Si l'un des gaz occupe seul le volume V à la tempéra-
ture T, l'entropie est exprimée par la formule (23), dans
laquelle nous supposerons l'indice i supprimé. Si les deux gaz
occupent ensemble ce volume, la formule (24) nous donne :
2
d'où l'on tire, à l'aide de (23) :
^1+2=^ + Nlog2 - ^logN - ^logSTT .
Comme les deux derniers termes sont très petits, on retrouve
bien la différence finie N log 2 calculée en Thermodynamique.
456 ENTROPIE GÉNÉRIQUE ET MÉLANGES GAZEUX
Ainsi, brièvement, le paradoxe de Oibhs résulte également de
la 2)er mutabilité des molécules de même espèce.
Une remarque encore : M. Planck voit dans le paradoxe de
Gibbs la preuve de la discontinuité des propriétés chimiques.
Voici comment, selon nous, il convient d'envisager la question.
Les molécules de l'espèce 1 peuvent être infiniment peu ditîé-
rentes des molécules de l'espèce 2, de façon qu'à Véchelle molé-
culaire, la discontinuité soit aussi petite qu'on veut; on pren-
dra, par exemple, m^ égale à m et «t, égale à m -f- dm. Mais, à
notre échelle, où cela a un sens de parler d'entropie, la disconti-
nuité est proportionnelle à N, comme on vient de le voir; elle
sei-a donc toujours tinie puisque N est toujours très grand. Le
discontinu est donc une question d'échelle.
Conclusions
L En résumé, la Théorie statistique est en parfait accord
avec les résultats généraux tirés des deux Principes, quant à
l'entropie des gaz.
2. Les hypothèses particulières faites sur l'entropie des gaz
dans la Thermodynamique trouvent leur explication immédiate
dans la Théorie statistique.
3. Cette explication ne fait pas intervenir les domaines élé-
mentaires, qui restent indéterminés.
En terminant, je me fais un réel plaisir d'associer à ce tra-
vail le nom de mon collègue et ami , M. J. Sauter, dont l'esprit
pénétrant m'a été si souvent précieux.
Berne, mai 1916.
SUR LE
nmmm mîmm des fils de duartz
AUX BASSES TEMPÉRATURES
PAR
C.-E. OVTE et SI. EIIIÎHORN-BODZECIIOWSKI
(Suite et fin ^)
V. Résultats des expériences
Fils de ve7're
§ 1. Oénéraliiés concernant les expériences avec des fils de
verre. — Indépendamment des expéi-iences faites sur les tils de
quartz, nous avons également effectué des observations sur des
tils de verre. Le verre utilisé provenait de l'usine René
Martin, Paris (St-Denis) ; M. B. Fikh a bien voulu se charger
d'en faire l'analyse; les résultats ont été les suivants :
Composition du verre
SiOa 5(3.25 %
PbO 25.08
NazO 8.02
K2O 5.27
CaO 2.00
AI2O3 0.56
F2O3 0.30
MgO 0.30
SnO.. 0.08
MnÔ 0.05
Humidité 17
Perte au feu . 22
98.30 "0
') Voir Archives, 1916, t. XLI. p. 287 et 376.
458 SUR LE FROTTEMENT INTERIEUR DES FILS DE QUARTZ
Tous les fils provenaient du même échantillon de verre et
avaient subi exactement le même traitement, avant d'être sou-
mis aux observations. Examinés au microscope, ils se sont
montrés réguliers dans toute leur longueur. L'emploi de la
lumière polarisée a permis de vérifier leur complète iso-
tropie, aussi bien avant qu'après les expériences. Enfin nous
avons toujours utilisé le même mode de fixation pour tous
les fils.
En ce qui concerne l'étude de la variation du décrément
logarithmique X en fonction de la température nous avons tou-
jours suivi le même ordre dans nos expériences : en premier
lieu le fil était étudié à la température de la salle, puis à celle
de la glace, à celle de la neige carbonique et à celle de l'air
liquide ; finalement on reprenait les observations à la tempéra-
ture de la salle.
La variation du décrément X entre les températures de 0° et
de — 79° étant très considérable, nous avons cru utile d'inter-
caler entre ces deux températures une observation faite à une
température intermédiaire. Dans ce but nous avons refroidi de
l'alcool à une température de — 45°, en y introduisant de la
neige carbonique, et en brassant le mélange jusqu'à disparition
complète de l'anhydride carbonique solide; dans ces conditions,
l'alcool devient très visqueux. Après avoir atteint la tempéra-
ture voulue, nous avons versé l'alcool dans le récipient Dewar
en quartz de notre appareil (voir la fig. 2).
Il était facile de maintenir la température constante au degré
voulu de précision en brassant légèrement le mélange et en y
ajoutant de temps en temps un peu de neige carbonique. La
neige carbonique flotte d'abord à la surface, mais, en refroidis-
sant la couche supérieure du liquide, elle en fait augmenter la
densité. Le liquide refroidi commence alors à descendre et
entraîne des parcelles de COj solide. Ce courant de convection
et les bulles de gaz qui se dégagent en abondance provoquent
spontanément le bi:assage du liquide et établissent de la sorte
une température à peu près uniforme a l'intérieur du mélange
réfrigérant. La température fut contrôlée au moyen d'un ther-
momètre à pentane.
AUX BASSES TEMPÉRATURES 459
§ 2. Nécessité de recuire les fils de verre. — Lorsqu'on a déter-
miné le décrément logarithmique X d'abord à la température
ordinaire, puis à des températures plus basses jusqu'à celle de
l'air liquide, on constate, eu revenant à la température initiale,
que le décrément a augmenté (de 5 *"o environ). En recuisant le
fil avant l'expérience pendant un certain temps dans un bain
de sable à 350 degrés, et en le laissant revenir ensuite len-
tement à la température ordinaire ou fait disparaître cet eâet.
de sorte que les valeurs de À observées, d'abord en descen-
dant et ensuite en remontant l'échelle des températures, se
superposent complètement. Cette dernière constatation s'ac-
corde avec les phénomènes observés antérieurement par
C.-E.Guve et S. Vassileff.
§ 3. Influence du temps sur le décrément logarithmique. —
Comme nous l'avons déjà fait remarquer plus haut, il est néces-
saire, avant de commencer les observations, de laisser s'écouler
quelques jours à partir du moment oii uu til a été soumis à l'action
de la charge de l'oscillateur. Cette précaution est indispensable
parce que la valeur du décrément logarithmique est au début
sujette à une diminution progressive (période d'accomodation).
Au bout de deux jours, l'état moléculaire semble avoir pris son
nouvel équilibre ; du moins le décrément À a-t-il alors une
valeur définitive qui ne subit plus de changement appréciable
avec le temps pour une même température.
Ainsi par exemple un de nos fils de verre a fourni successive-
ment les deux valeurs suivantes du décrément logarithmique :
18 décembre 1914 .. . A = 0,00513
6 janvier 1915 .... Â = 0,00511
Les deux époques auxquelles ont été faites les déterminations
de X sont suffisamment éloignées l'une de l'autre pour qu'où
puisse tirer de ces chittres une conclusion probante. La petite
différence des deux valeurs observées du décrément À est de
beaucoup inférieure aux limites des erreurs possibles.
Nous sommes donc autorisés à conclure que la valeur du
460 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
décrément logarithmique, abstraction faite de la période d'ac-
comodation, ne subit aucun changement appréciable avec le
temps.
§ 4. Influence de l'amplitude. — A la température de la salle,
ainsi qu'à zéro, nous avons pu étudier l'influence de l'amplitude
sur le décrément logarithmique À. Le décrément semble dimi-
nuer de 1 à 2 7o si l'amplitude décroît d'une valeur initiale de
2,5 degrés à la moitié de cette valeur. On trouve du reste que
la valeur du décrément pour une amplitude donnée, dépend un
peu de la grandeur de l'amplitude initiale, c'est-à-dire de celle
avec laquelle on a lancé le système.
Si on fait partir le système avec une amplitude initiale deux
fois plus grande le décrément augmente de 2" <, environ. Cette
constatation a été faite pour des amplitudes inférieures à trois
degrés.
Les valeurs du décrément logai-ithmique X indiquées dans
nos tables sont des moyennes calculées toujours pour le même
intervalle d'amplitudes et pour des amplitudes initiales de
même grandeur. Nous avons en eftét pris la précaution de
lancer notre système toujours de la même façon pour rendre
comparables les différentes observations bien que les différences
soient petites.
Eu définitive si nos observations ne nous permettent pas de
conclure à une indépendance absolue de l'amplitude, nous pou-
vons cependant affirmer que l'intiuence de l'amplitude, si elle
existe, est certainement très faible.
§ 5. Influence de la température. — Le tableau ci-dessous
ainsi que les courbes de la fig. 6 représentent les valeurs du
décrément logarithmique X en fonction de la température pour
deux fils de même longueur qui n'ont pas tout à fait le même
diamètre. On remarquera que l'allure des courbes est très régu-
lière. Le décrément diminue assez rapidement jusqu'à environ
— 79", puis bien plus lentement pour des températures infé-
rieures jusqu'à celle de l'air liquide. Nous avons retrouvé la
AUX BASSES TEMPERATURES
461
TABLEAU VII. — Variation du décrément logarithmiqtie en fonction
de la température. Fils de verre
l = 18.5 cm. ; I = 897 gr. cm^ ; J) = 1 mm. Hg
TEM-
PÉRATURE
d
Fil II ; di = 0.27
Fil ni; d, = 0.25
Période T
sec;
Décr. log.
Période T
(sec.)
Décr. log.
rdinaire
15° 3.743
0.01089 '
18°
4.021
0.01060
0°
3.733
00777
4.010
0.00720
- 45°
3.717
0.00337
—
—
- 79°
3 712
. 00243
3.987
0.00236
- 194'
3 . G97
0.00222
3-973
0.00210
Variati
on
du décrément
1
1
1
i u
ao/c
logariîhmicjae en fonction
1
1
1 //
delà, tempéreitwe .
Fils de verre .
1
/
/
i
/
/
!
■
//
1
n
1
j
/
1
/
/ ^ '
// i 1
noos
1 m.
1
M : :
/
y 1
/
//
1 '
1
1
^
_X: i
1
^^^
^^^
!
1
i 1 , 1
—
—
1 •
1 1
1
i !
1
^
\ 1
1 1
i i
; , ^ j Température .
-z
00'
-15
0°
-!(.
0'
-s
0'
T
FiG. 6
.^HCiiivEs. t. XLI. — Juin 191G.
462 SDR LE FROTTEMENT INTERIEUR DES FILS DE QUARTZ
même allure générale de la variation de X pour un til plus
court.
Les deux tils auxquels se rapportent les tableaux de ce cha-
pitre avaient les diamètres :
d-2 = 0,27 mm. et d^ = 0,25 mm.
Taudis qu'à la température ordinaire les valeurs des décré-
ments de ces deux fils diffèrent de 8 7o> elles se rapprochent
beaucoup à la température de la neige carbonique et tendent à
se confondre à celle de l'air liquide. Nous ne pensons pas que
l'écart de 8 "'o qui se manifeste à la température ordinaire soit
attribuable à la différence des diamètres ; il peut en effet tenii*
à beaucoup d'autres causes.
Les deux fils n'avaient peut-être pas identiquement la même
constitution physique, étant données les tensions latentes
qui doivent exister à l'intérieur d'un fil étiré. De plus leur
forme n'était pas parfaitement cylindrique. Malgré les soins
apportés à la préparation des fils de verre on n'arrive pas en
effet à leur donner la forme d'un cylindre parfait. Cependant,
cette condition devrait être satisfaite avec une grande précision
pour permettre d'aborder l'étude de l'influence du diamètre
des fils sur le décrément logarithmique.
Nous n'avions, du reste, nullement l'intention d'étendre nos
recherches à cette question, précisément parce que nous nous
rendions compte de ces difficultés, et nous nous sommes bornés,
pour cette raison, à l'étude de deux fils seulement.
Pour calculer la valeur absolue de l'énergie consommée par
oscillation à la température de l'air liquide nous avons utilisé
la formule (12) :
JP = 47r*a'/ ^, .
En prenant les données relatives au fil II :
a„ = 0,034, I = 897 gr. cm-,
A= 0,0021, T = 4,02 sec.
on obtient :
A? = 0,0053 ergs .
AUX BASSES TEMPERATURES
463
Tableau VIII. — Influence de la ijériode sur le décrément logarithmique.
Fil de verre II.
l =
18.5 cm. ;
d = 0.27 mm. ;
p 3= 1 mm.
Hg
TEM-
Il = 897
gr. cm'
Il = 3400 gr. cm'
PERATURE
Û
Période T
(sec)
Décr. log.
Période T
(sec.)
Décr. log.
+ 15^
3 . 743
0.01089
7.31
0.01080
0°
3.733
0.00777
7.29
0.00770
- 45°
3.717
0.00337
7.26
0.00321
- 79°
3.712
0.00243
7.25
0.00210
-194°
3 697
0.00222
7.22
0.00174
/nfl
uen.ce
Je/
a
eriode
; i
!
1 i
OfilO
sur le décrément
Jo£a.ri[hmi(jue
Frl de verre K .
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_ _ .!._.
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1
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1
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K^ 1 i
1
1
1
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1 1
1
1
i
i
1
1
1 !
1
1
il!'
Température .
! !
5
OO"
-/.
ro-
- 100'
-5
'0'
r
FiG. 7
464 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
Tableau IX. — Influence de la période sur le décrément logarithmique
Fil de verre III
l = 18.5 cm. ; d =■ 0.25 mm. ; 3> = 1 mm. Hg
TEM-
Il = 897 gr. cm^
Il = 3400 gr. cm»
PÉRATURE
d
Pé.iocio T
(sec.)
Décr. log.
Période T
(sec.)
Décr. log.
't.
- 18°
0°
- 79°
-194°
4.021
4.010
3.987
3.973
0.01060
0.00720
0.00236
0.00210
1
7.854
7.833
7 788
7.760
0.01050
0.00714
0.00216
0.00168
Influence
d,
h
période
— 1 —
1
i
1
0,010
sur le décrément
logarithmicfue .
Fil de verre JR
j
1
1
i
/
/
1
1
ï
f
1
i
/
II
/
0,00S
1
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*
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1
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^
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-,
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1
i
i
1
' Température, j
1
1
_[
-a
iO'
-15
0'
-1C
0'
-5
0'
c
"
FiG. 8
AUX BASSES TEMPÉRATURES 465
Cette perte d'énergie C) est approximativement de même
grandeur que celle qui a été calculée pour le fil de quartz IV.
(Voir chapitre IV, § 2).
§ 6. Influence de la i)ériode des oscillations. — Nous avons
utilisé deux moments d'inertie différents présentant les valeurs :
Il = 897 gr. cm-, L = 3400 gr. cm-.
Avec ces deux moments d'inertie on obtient pour un même
fil des durées d'oscillation qui sont à peu près dans le rapport
du simple au double. Les deux fils du paragraphe précédent
ont été ainsi étudiés chacun dans les conditions qui résultent de
l'emploi de ces deux moments d'inertie.
On constate alors (voir fig. 7 et 8) qu'à la température de la
salle et à zéro la valeur du décrément logarithmique X est
presque indépendant de la période des oscillations ; à plus basse
température par contre les valeurs du décrément observées pour
deux moments d'inertie différents s'écartent de plus en plus. Eu
ce qui concerne les plus hautes températures notre résultat
s'accorde donc avec ceux de C.-E. Guye et S. Vassileft' qui ont
trouvé pour diverses qualités de verre qu'entre 18° et 350° le
décrément ne dépend pas de la période; résultat compatible
avec la théorie de Boltzmann.
A la température de l'air liquide par contre les écarts des
décréments observés pour les deux moments d'inertie indi-
qués atteignent environ 20 "o, la variation de X se faisant dans
le sens indiqué par la théorie de M. Voigt. Cette constatation
confirme donc, en l'accentuant même, le résultat obtenu pour
des fils de quartz, et par conséquent les considérations exposées
dans le § 3 du chapitre précédent.
§ 7. Influence de la température sur le second module d'élas-
ticité. — Contrairement à ce qui a été constaté pour les fils de
M A première vue on pourrait croire que cette perte est due à un
amortissement parasite résiduel constant. L'étude que nous avons faite
jusqu'ici des courbes et des résultats ne paraît pas favorable à cette
hypothèse.
466 SUR LE FROI'TEMENT INTÉRIEUR DES FILS DE QUARTZ
quartz, le second module d'élasticité des fils de verre augmente
lorsque la température s'abaisse.
L'augmentation de la période d'oscillation T entre 0' et
— 79°, respectivement entre 0° et — 194° s'exprime par les
rapports :
T T
— -^ = 1,006 à 1,010 et = 1,012 à 1,015
suivant l'échantillon.
On en tire pour ce qui concerne le second module d'élasticité
G proportionnel au carré de la période :
-^' = 1,012 à 1,020 et -^^ = 1,024 à 1,030 .
Entre zéro et la température de l'air liquide, le second mo
dule augmente donc de 2,4 à 3 7o environ.
VI. Conclusions
Les expériences qus nous avons eiiectuées sur le frotte-
ment intérieur des tils de quartz et de verre à la température
ordinaire et aux basses températures conduisent aux conclusions
suivantes :
1. Pour le quartz un refroidissement à — 194° produit une
modification permanente de structure physique ou chimique qui
se manifeste par une augmentation durable du décrément loga-
rithmique. Lorsque le décrément a une fois subi cette augmen-
tation sa valeur reste constante dans les expériences ultérieures
pour toute température entre 20' et — 194° (limites de nos
expériences).
2. Le décrément logarithmique diminue en général beaucoup
avec la température. Il est deux fois plus petit à 0° qu'à la tem-
pérature de 20°. Lorsqu'on descend à — 79° la diminution est
moins grande, mais encore assez considérable, tandis qu'un
abaissement ultérieur ne produit qu'un changement très faible.
AUX BASSES t?:mpéuatlres 467
3. Le second module d'élasticité du quartz diminue de 2 à
3,5 Vo lorsque la température baisse de 0° à — 194°.
4. A zéro et à la température ordinaire le décrément loga-
rithmique satisfait approximativement à la théorie de Boltz-
mann, suivant laquelle le décrément logarithmique >. est indé-
pendant de la période T ; à basse température par contre le
décrément diminue lorsque la période augmente. La condition
théorique XT = constant énoncée par M. W. Voigt n'est cepen-
dant pas satisfaite, mais il y a peut-être tendance vers la réali-
sation de cette condition au fur et à mesure que la température
s'abaisse.
5. L'influence de l'amplitude sur le décrément logarithmique
est très faible. Nous avons étudié cette influence à la tempéra-
ture ordinaire et à celle de la glace fondante et nous avons
constaté qu'on ne peut déceler un pareil ettét avec certitude.
6. Pour des fils de ven'e, récuits préalablement, le décrément
reprend sa valeur initiale lorsque, après refroidissement à
— 194°, on ramène le til à la température ordinaire. Le décré-
ment conserve, l'accomodation une fois obtenue, une valeur
invariable avec le temps pour une même température.
7. Le décrément est à peu près indépendant de l'amplitude
des oscillations. Dans nos expériences (eftéctuées à la tempéra-
ture ordinaire et à celle de la glace fondante), les amplitudes
ne dépassaient pas 2,5 degrés.
8. En ce qui concerne la variation du décrément avec la
température les tils ;de verre se comportent sensiblement de
la même façon que les fils de quartz. A la température ordi-
naire et à zéro le décrément présente une valeur relativement
grande et indépendante de la période des oscillations; à basse
température le décrément est faible, mais il croît lorsque la
période diminue, sans cependant satisfaire la condition :
XT = constant.
9. Contrairement à ce que l'on observe pour le quartz, le
second module d'élasticité des fils de verre augmente de 3 7o
environ lorsque la température baisse de 0° à — 194°.
lu. Disons, en terminant, que ces expériences ne paraissent
pas favorables à l'hypothèse suivant laquelle le frottement
intérieur tendrait à disparaître complètement aux basses tem-
468 SUR LE FROTTEMENT INTÉRIEUR, ETC.
pératures, à moins qu'on ne suppose qu'une partie appréciable
de l'énergie absorbée, d'ailleurs extrêmement petite, ne soit due
à des causes pertubatrices que l'on n'aurait pas réussi à élimi-
ner complètement; mais l'examen des l'ésultats et des courbes
ne conduit pas à des conclusions favorables à cette manière
de voir.
11. Il semble plutôt que l'effet observé à basse température
présente un autre caractère que celui qui se manifeste aux tem-
pératures élevées. Tandis que ce dernier, qui obéit ap])roxi-
raativement à la théorie de Boltzmann, ne peut s'expliquer que
par des considérations relativement compliquées, la perte
d'énergie qui subsiste aux basses températures pourrait être
attribuable, en partie du moins, à un frottement intérieur,
fonction de la vitesse.
FORMATION DE BASES PYRIOIÛLIS
PAR COlS^DEiNSATION DE CÉTONES ET D'AMIDES
PAR
Aîné PICTET et Pierre STEHELIN
Ou sait que l'acétoue, soumise à l'actiou déshydrata ute de
l'acide sulfurique, se convertit eu mésitylène:
CH3 CH3
CH3 CO-CH3 = HC=C— CH - 3H,0 .
CH3-CO CH3-CO-CH3 CIÎ3-C-CH-C-CH3
Cette réaction est Tune des plus anciennes (Kane 1837) et
en même temps l'une des plus simples qui aient permis de pas-
ser d'un composé de la série grasse à un composé de la série
aromatique.
Etant donnée la grande analogie qui existe entre le noyau
du benzène et celui de la pyridine, il nous a paru intéres-
sant de rechercher si cette même réaction se prêterait à l'ob-
tention de bases pyridiques. Il semblait suftire pour cela de
remplacer l'une des trois molécules de cétoue par une molé-
cule d'araide.
Partant de cette idée, nous avons cherché à réaliser la con-
densation de 2 mol. d'acétone et de 1 mol. d'acétamide, con-
formément à l'équation suivante:
CH3 CH3
CH3 CO— CH3 = HC=C-CH T 3H,0 .
CIT3-CO XH.-CO-CH:; CH3-C=X-C-CH3
470 FORMATION DE BASES PYRIDIQUES
L'expérience nous a montré que cette condensation ne peut
être effectuée à l'aide de déshydratants (H^SO^ , P^Oj , ZnCU),
car ceux-ci exercent tout d'abord leur action sur l'amide, et la
transforment en nitrile. Mais on arrive au résultat voulu par
l'emploi de la chaleur seule. Eu chauffant à 250% en tubes
scellés, un mélange d'acétamide et d'acétone, nous avons
obtenu une base de la formule CgH^iN , possédant toutes les
propriétés de la triméthylpyridine symétrique de Hantzsch (\).
Le rendement est, il est vrai, très faible (2-3 7o) 6t de beau-
coup inférieur à celui que fournit la synthèse du raésitylène
(L3 7o). lirais cette différence s'explique par le peu de stabilité
de l'acétamide, comparée à celle de l'acétone.
Par une réaction toute semblable, la benzamide (1 mol.) et
l'acétophénone (2 mol.X chauffées ensemble à 275° nous ont
donné un corps de la formule CjgHi^N, que nous avons trouvé
identique à la triphénylpyridine symétrique, obtenue en 1898
par Newmanu (^) en faisant agir le chlorhydrate d'hydroxyl-
amine sur la benzylidène-diacétophénone. Ici le rendement est
un peu meilleur (9 7o) •
CgHs CgHi
CH3 CO— CH3 = HC=C-CH - 3H2O .
CeHj-CO NHo-CG-CeHs C6H5-C=N-C-CeH5
Nous avons cherché ensuite à remplacer, dans les réactions
précédentes, les cétones par des aldéhydes, et tout d'abord à
réaliser une synthèse de la yyridine elle-même par condensa-
tion de la formamide et de l'aldéhyde acétique :
CH3 CHO-CH3 HC=CH-CH
I =1 II - 3HoO .
CHO NH2-CHO HC=N— CH
Mais malgré de nombreux essais, faits dans les conditions les
plus variées, avec ou sans addition de déshydratants, et à diffé-
rentes températures, nous n'avons pas réussi à constater la
formation de pyri<line; non plus qu'en remplaçant l'aldéhyde
acétique par la paraldéhyde, l'acétal ou la trithioparaldéhyde,
') Annalen, 215, 32.
-) Id , 302, 240.
PAR CONDENSATION DE CÉTONES ET d'aMIDES 471
et la formamide par la thioformamide. En fait de produits
basiques, nous n'avons obtenu que V aldéhydine de Baeyer et
Ador (^), qui se forme, comme on le sait, par l'action de l'am-
moniaque sur l'aldéhyde acétique. Il y a donc, avant toute con-
densation, décomposition totale de la formamide.
En revanche, nous avons pu obtenir une petite quantité
d' a-picoline en chaufiant à 280° un mélange de paraldéhyde et
d'acétamide :
CH3 CHO-CH, HC=CH-CH
I = I II -|- 3HoO .
CHO NH2-CO-CH3 HC=N -C-CH3
Ladenburg (=) a montré que l'a-picoline s'unit à l'aldéhyde
acétique pour former V alhjlpijridine \ il aurait donc pu se faire
que cette dernière base eût pris naissance dans les conditions
de notre expérience. Etant donné qu'elle peut être transformée
par réduction en conicine, cela aurait conduit à une nouvelle
synthèse, extrêmement simple, de l'alcaloïde de la ciguë.
Mais nous ne sommes pas parvenus à reconnaître avec cer-
titude la présence de l'allylpyridine dans notre produit de con-
densation.
Voici les détails de nos expériences :
Acétone et acétamide
15 gr. d'acétone (2 mol.) et 8 gr. d'acétamide (1 mol.) sont
chauffes en tube scellé à 250° pendant 8 h. Le contenu du tube
est ensuite additionné d'acide chlorhydrique et soumis à la dis-
tillation aux vapeurs d'eau pour chasser l'acétone qui n'est pas
entrée en réaction; puis on alcalinise par la soude et on conti-
nue la distillation. Le distillât basique est neutralisé par l'acide
chlorhydrique, évaporé à sec et décomposé par la soude. Une
couche huileuse se sépare ; on la sèche sur la potasse et on la
soumet à la distillation fractionnée; la plus grande partie passe
') Annalen, 155, 294.
-') 7(7., 247, 26.
472 FORMATION DE BASES PYRIDIQUE8
à 166-168° (non corrigé). Le point d'ébullition de la triméthyl-
pyridine symétrique est 170° (corrigé).
Analyses :
1. 0.1641 gr. de subst. ont donné 0.4757 gr. CO2 et 0.1397 gr. H2O
2.0.1523 » » 15.3 cm-' d'azote à 17° et 728 mm.
Trouvé : Calculé pour C»HiiN :
C = 79.06 7o C = 79.27 °/o
H = 9.52 H = 9.16
N = 11.68 N = 11.57
Le chloraurate de notre base forme des aiguilles jaunes fusi-
bles à 112°. Le point de fusion du chloraurate de triméthylpy-
ridine est situé, selon Hantzch (l. c), à 112-113'.
Le picrate cristallise en longues aiguilles jaunes et brillantes,
peu solubles dans l'eau, facilement solubles dans l'alcool. 11 fond
à 155°. Le point de fusion du picrate de triméthylpyridine est
situé, selon Mohler(^), à 155-156°.
AcétopJiénone et henzamide
20 gr. d'acétophénone (2 mol.) et 10 gr. de benzamide (1 mol.)
sont chauffés en tube scellé à 275° pendant 6 heures. Le produit
est extrait par l'acide chlorhydrique concentré et chaud ; par
refroidissement il se dépose de beaux prismes incolores, fusibles
à 137°. Ceux-ci ne constituent point un chlorhydrate, mais la
triphénylpyridine elle-même, dont le point de fusion est situé,
selon Newmann (?. c), à 137,5°.
Analyses :
1. 0.1060 gr. de subst. ont donné 0.3502 gr. CO, et 0.0549 gr. H2O
2.0.1208 » » 5.1 cm' d'azote à 17°5 et 738 mm.
Trouvé:
Calculé jjour ChHkK :
C = 90 .'10 7o
C =89.96 7o
H = 5.79
H = 5.58
N = 4.72
N = 4.56
') Berichte, 21, 1011.
PAR CONDENSATION DE CÉTONES ET d'aMIDES 473
La triphénylpyridiue symétrique est peu soluble dans l'alcool
et insoluble dans l'eau. Elle se dissout dans l'acide sulfurique
concentré avec une fluorescence bleue. Elle est presque entiè-
rement dépourvue de propriétés basiques et cristallise, ainsi
qu'il a été dit plus haut, sans altération dans l'acide chlorhy-
drique.
Nous avons pu cependant en préparer un picrate. Ce sel
prend naissance lorsqu'on mélange les solutions alcooliques
chaudes de ses deux constituants, et ^e dépose par refroidisse-
ment en belles aiguilles jaune citron, qui peuvent atteindre
1 cm. de longueur; leur point de fusion est situé à 192,5°.
Micro-analyse :
31.26 mgr. de subst. ont donné 73.95 mgr. COo et 11.27 mgr. H.,0
Trouvé: Calculé pour Cï>HkN-C6H2(0H)(N0:)j :
C = 64 52 Vo C =64.90 "/o
H = 4 03 H = 3.76
Paraldéliyde et acétamide
Un mélange de paraldéhyde (2 mol.) et d'acétamide (3 mol.)
est chauffé en tube scellé à 280° pendant 10 heures. On opère,
pour l'extraction des produits basiques, comme il a été dit à
propos de la triméthylpyridine. A côté de beaucoup d'aldéhy-
dine (point d'ébuUition 173-174°), nous avons recueilli une
seconde base, bouillant à 128-130°; c'est le point d'ébullitiou
de l'a-picoline. Mais celle-ci est eu quantité si faible que nous
n'avons pu la caractériser que par l'analyse de son picrate,
ainsi que par la comparaison de ses sels avec ceux de l'a-pico-
line pure de Kahlbaum.
Notre base
Point d'ébullition 128 130^'
» de fusion du picrate 163°
-Picoliiie Mélange
129° 1 -^
164" :. 163-164'
du chloraurate . . . 180-182' 180-182° , 180-182°
Le picrafe cristallise dans l'alcool en très fines aiguilles jaune
d'or; il est peu soluble dans l'eau, plus facilement dans l'alcool.
474 FORMATION DE BASES PYRIDIQUE8, ETC.
Analyse :
0.0993 gr. de subst. ont donné 0.1624 gr. CO, et 0.0325 gr. H2O
Trouvé: Calculé pour CeHvN-CaflîlOHXNOa)» :
C = 44.60 7o C = 44.70 7o
H = 3.66 H = 3.13
Nous u'avous pu trouver dans notre produit de condensation
ni Y-picoline, ni a-allylpyridine.
Genève, Laboratoire de chimie organique de l'Université.
SUR
LA PRÉSENCE DU NICKEL
DANS LE PLATINE NATIF •
S. PIBi'A I>E RUBIES
Au cours d'une étude spectrochimique auquel j'ai soumis
différents platines natifs, notamment celui de Kitlim, pour
comparer leur composition à celle du platine récemment décou-
vert par nous en Espagne (^), je me suis trouvé en présence
d'un fait très intéressant et presque ignoré. J'ai consulté les
données de 127 analyses de différents platines natifs «raines
de platine » de toutes les provenances du monde et excepté un
seul cas, jamais il n'est question de la présence de nickel dans
ces minerais, même à l'état de traces ; quelquefois on cite la
présence de Pb et plus rarement celle du Mn mais pas celle
du nickeL L'unique renseignement à ce sujet a été fourni par
Terreil (^) dans une note sur la composition d'un platine natif
magnétique de Nischne-Taguilsk.
Ce platine a la composition suivante :
Platine avec iridium 81.02
Osmiui-es d'iridium et métaux du platine
insolubles dans l'eau régale 3.33
Argent traces
Cuivre 3.14
Fer 8.18
Nickel 0.75
Fer chromé 3.13
Silice 0.13
Al, Mg, Fe à l'état de silicates traces
99 . 68
') Domingo de Orueta et S. Pina de Rubies, La présence du platine
en Espagne. Compt. rend., 1916, 162, p. 45.
-) Compt. lend., 1876, 82, p. 1116; Wyssotsky mentionne aussi traces
de Ni dans le platine de TIss.
476 PRÉSENCE DU NICKEL DANS LE PLATINE NATIF
Terreil ajoute dans sa note « la présence de nickel dans les
rainerais de platine n'a pas encore été signalée et la proportion
relativement considérable qui se trouve dans le platine magné-
tique de Nischne-Taguilsk est un fait intéressant». Daubrée
fait quelques observations à ce travail et il dit que « la propor-
tion du nickel au fer est de 1 à 11, c'est-à-dire aussi élevée que
dans beaucoup de fers météoriques. Ainsi du fer nickelé mélangé
de fer chromé semblable à celui des météorites entre dans le
mélange si complexe qui constitue le platine natif de l'Oural ».
Daubrée aussi bien que Terreil parlent seulement d'un platine
Aujourd'hui, grâce à l'étude spectrochimique, je peux affir-
mer que le platine de Kitlim (Russie) renferme du nickel et eu
quantité probablement dosable, car le spectre du Ni, c'est-à-dire
le nombre de raies et leur intensité, est dans ce platine analogue
à celui que présentent certaines péridotites (qui renferment
aussi du Ni) dans lesquelles j'ai pu séparer et peser de 0,05 à
0,3 7o de ce métal.
Le spectre qu'offre le nickel dans le [ilatine est mentionné
dans le tableau de la page suivante.
Outre les raies mentionnées il en existe d'autres mais elles
sont masquées par celles de certains éléments qui possèdent
des raies presque communes avec celles du Ni et dont l'inten-
sité est beaucoup plus grande ; aussi peut-il manquer des raies
d'intensité (10\ (5), etc. Vers le voisinage de la région extrême
ultra-violette la dispersion est plus grande et les raies peuvent
se mesurer avec une plus grande netteté et nous observons que
le spectre du nickel se présente complet à partir de l'inten-
sité (2) ; on trouve aussi des raies intermédiaires entre (2) et
(1) et lorsque le spectre disparaît presque on peut eu observer
trois d'intensité (1).
Cela démontre donc, par analogie, que la quantité de nickel
renfermée dans le minerai natif du platine est dosable et qu'elle
dépasse la limite d'erreur analytique (voie chimique).
Cela m'a conduit à examiner, au point de vue du nickel,
d'autres platines, et à cet effet j'ai observé les spectrogrammes
de Choco i^Colombie), de l'Iss, Taguil, Sosnowka, Omoutnaïa,
Jow, Kamenouchky, P'* Koswa (Russie) et de Ronda (Espagne).
Dans tous ces platines natifs j'ai constaté également la pré-
PRESENCE DU NICKEL DANS LE PLATINE NATIF
477
Raies dn Ni
Intensité
Raies observées
Intensité
Eléments voisins
3064.7
{6, 3064.6
d
57.7
(15) 57.9
I
Fe(15)
50.9
(20) 51.0
m
—
45.1
(4) 45.1
a V
—
38.0
[Ib)
38.1
I
Fe(8)
2984.2
l-t)
84.1
a V
—
81.8
(8)
81.8
m Fe(3)
2821.4
(4)
20.9
m dif
Feil)
2746.8
(3)
46.8
p I, dif
Fe(3)
01.4
(1+)
01.4
m d
—
2510 9
(2)
10.8
a V
—
2416.2
(2)
16.3
a V
Rlii2)
2394.6
(2)
94.6
a V
—
45.6
(2)
45. 7
m
Fe(l)
37.9
37.6
(1+)
37.7
m d, dif
—
37.2
30.1
(2)
30.1
d
—
22.8
(2)
22.8
d
Eh(l)
21.5
(3)
21.6
m
Ir(l)
20.1
(4)
20.2
m
—
17.2
(21
17.2
m
—
16.1
(2)
16.1
d
—
14.0
(2)
14.0
m
—
12.4
(3)
12.4
m
—
00.9
(H)
00.9
m d
—
2290.1
(H)
90.0
d
—
86.5
(1)
86.4
a V
—
70.3
(1)
70.3
m d
—
64.6
(1)
64.6
d
—
I=intense; p]
=peu intense; m=moyenne;
d= faible; m d = très faible 1
av=à peine vi
sible; dif=(iifl
use; ]=bande
; (lT)=intensi
té entre 1 et 2
seace du nickel et en quantité au.ssi élevée, apparemment, que
dans celui de Kitlim, excepté toutefois dans le platine de Choco
qui parait en renfermer un peu moins.
Les échantillons employés pour l'analyse spectrale (^) étaient
') Les platines des gisements russes m'ont été aimablement fournis par
mon ancien maître le Prof. Duparc, exception faite de celui de Kitlim
que j'ai ramassé personnellement. Le Pt de Ronda m'a été envoyé par
M. de Orueta.
.Archives, t. XLI. — Juin 1916.
478 PRÉSENCE DU NICKEL DANS LE PLATINE NATIF
bien lavés et dépourvus de sable ; une partie était magnétique,
l'autre non, et les prises d'essais ont été faites séparément sur
ces deux platines, qui ont été soumis à l'arc électrique. Le
spectrogramme donnait la région comprise entre les 2,260 et
3,100 U. A. et dans laquelle le platine de Kitlim a présenté
760 raies qui ont été toutes mesurées.
Dans les autres platines je me suis borné à l'étude du spectre
du nickel. (L'étude complète de tous ces platines fera l'objet
d'une prochaine note). Aussi bien le Pt magnétique que celui
qui ne l'est pas, tous les deux contiennent du nickel.
La présence de Ni dans la (< mine de platine » complique
encore le problème sur la fusibilité de cet alliage, fait intéres-
sant au point de vue de la genèse de celle-ci.
Si l'on peut tirer des conséquences de ces analyses, il parait
que les platines pauvres en fer donnent moins de nickel que
les platines riches en cet élément, mais la relation entre Ni et
Fe est inférieure à celle de 1 à 11 indiquée par Daubrée pour le
platine de Nischne-Taguilsk.
En résumé : 1° les platines natifs de Kitlim, Iss, Taguil,
Jow^, Omoutnaïa, Sosnowka, Kameuouchky, P'" Koswa, Choco
et Ronda contiennent du nickel en quantité pondérable et désor-
mais il faudra chercher et doser cet élément dans ces idatines.
2° Les platines riches eu fer ont donné avec une plus grande
intensité le spectre du nickel.
3° Comme les échantillons examinés provenaient de gisements
primaires distribués sur des points très éloignés du globe et
comme il existe une très grande analogie dans la composition
qualitative des différents platines natifs connus jusqu'à présent,
il est probable que tous les platines renferment du nickel en
quantité variable, que les chimistes auront soin dorénavant de
déterminer; alors seulement on pourra constater s'il existe une
relation quelconque entre les teneurs en fer et en nickel.
4° La présence si fréquente du nickel dans la mine de platine
est un cas non prévu jusqu'ici, exception faite pour les platines
de Nischne-Taguilsk et de l'Iss.
Madrid, février 1915.
(Laboratoire de Recherches Physiques).
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
FAITKS M'X
FORTiFICATIONS DE SAINT-MALRICE
PENDANT LES MOIS DE
Décembre 1915, janvier et février 1916
(HlVEh 1916)
OBSERVATIONS DIVERSES
Décembre 1915
Brouillard. — Brouillard pendant toute la journée: le 19 à
Savatan; Brouillard pendant une partie de la journée: les 7 et
lô à Savatau ; les 19 et 20 à Dailly.
Neige sur le sol : les 21 et 22 à Lavey ; du 21 au 23 à Sava-
tan ; du 13 au 27 à Dailly ; du 13 au 28 à l'Aiguille.
Fœhn : le 6 aux quatre stations.
Orage : le 11.
Janvier 1916
Brouillard. — Brouillard pendant une patiie de la journée :
le 26 à Lavey ; le 14 à Savatan ; le 12 à Dailly.
Neige sur le sol : les 13 et 14 à Lavey ; du 13 au 17 à Sava-
tau ; du 8 au 22 à Dailly ; du 8 au 24 à l'Aiguille.
480
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1916
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AUX FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE 481
MOYENNES DU MOIS DE DÉCEMBRE 1915
Pression atmosphérique.
Savatan ^^^ Dailly
7 h. m. 1 h. 8. 9 h. a. Moyenne 7 h. m. 1 h. s. 9 h. a. Moyenne
mm. mm. mm. mm. mm. mm. mm. mm.
1- décade ... 701.64 701.65 702-19 7018-2 6o5.4-2 600.6! 65o.81 635.61
2- .. .. 702.37 701.98 702.03 702.13 654.42 653.74 654.09 634.08
3- .. . . 702.48 702.18 702-67 702-44 653.93 654-03 654. 1 4 654.03
Mois.. 702.17 701.94 702.31 702.14 654.37 654.43 63466 654-56
Température.
SavataiL
7 h. m. 1 h. 8. !i n. s. Moyenne Minim. moyen Maxim, moyen
0000 00
1- décade . . +8-20 +10.20 +9-12 +9-17 +3-7 +10-8
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3"-= » ... 2..S1 5-15 4-29 3.98 + 0-3 0-8
Mois.. +4-03 +6.12 +4 83 +3.00 +1-6 +6-8
Dailly
1" décade... +7.01 +817 +8-01 17.73 +4 1 +10.6
2- >. ... 0.37 1.81 0-35 0-84 -2-8 3.8
3"- » .-. 1.50 4-65 3-75 3-30 - 0.8 6 2
Mois.. +2-91< +4.87 +4-03 +3.94 + 0-1 + 68
Fraction de saturation en "/„
Savf
itan
•J h. s.
Th. m.
1 h. s.
Moyenne
1 '" décade . .
76
73
81
77
2'"° »
70
71
67
69
.•V"=
85
68
73
75
Dailly
7 h. m. 1 h. s. 9 h. s. Movenno
Mois... 77 70 74 74
Nébulosité.
Lavey Sa vat an D ailly
7b. m. 1 h. s. 9 h- 8. ïoieni;e 7 h. m. 1 h. s. '.t h. s. lloienon 7 h. m. 1 h. s. 9 h. s. Hoteone
1" décade... 9.2 8-4 8-0 8-0 9-8 7.8 8.1 8.6 9.4 7.9 7.9 8.4
2- .. ... 6-0 7.5 5-0 6-2 70 7-2 4-8 6-3 6 7 6-1 6-4 6.4
3"« .. .. 6.6 7-4 6-3 6-7 7-0 7 5 6-5 7.0 6-2 6-6 5 2 6-0
Mois.. 7 3 7-7 6.4 7.1 7.9 7.5 6.5 7-3 7.4 6-9 6 4 6 9
482
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1916
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AUX FORTIFICATIONS DE SAINT- MAURICE 483
MOYENNES DU IVIOIS DE JANVIER 1916
Pression atinosptaériqae
décade . .
7 11. m.
mm.
. 712.07
. 709.64
. 713.66
Savatan
Dailly
irc
3m.
1 h. 8. U 11. s.
mra. mm.
712. 46 712 73
709.40 709.84
712.95 713.25
Moyenne
mm.
712 42
709-63
713.29
7 h. in.
mm.
664.08
660 65
664.31
1 h. 8. ;) h. 8.
mm. mm
664.22 664. 32
660.44 660.80
663.97 664-34
Moyenne
mm.
664.21
660.63
664.21
-Mois.. 711.85 711.64 711-98 71182 663 06 662.91 663.19 663.05
Température
Savatan
1 " décade . . ,
t 2. Il
0.27
0.55
+ 3. 22
3-01
5. 19
+ 2.37
0-62
0.50
+ 2.57
1 30
2.08
7 h. m. 1 h. s. y h. s. Moyenne Minim. moyeu Maxim, moyen
1" décade ... + 4.27 + 5 .i2 + 4.5i) + 4-76 + M t 6.6
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Mois.. f 1.77 t 4.35 +272 +295 -0.8 +5.0
Dailly ^
- 0.8 + 6.2^"
- 2 7 4.0
- 1.5 7.0
Mois.. f 0.96 + 3.8.J +1.14 +1.98 -1-7 +5-9
Fraction de saturation en "/o
Savatan
7 h. m. 1 h. 8 !<h.ti. Moyenne
1" décade ... 81 76 77 78 — — —
i"" » . . 67 59 70 65 _ _ _
3- » .. _65_ 57 03 62 59 53 58
Mois.. 71 64 70 68 — — ^"
Xébnloslté
L av ey Sa vatan Daill y
7h.m. 1 11. s. 9 b. 8. Ut'eDDe 7h.m. 1 h. s. fth.s. HoieoDe 7h.m. 1 h. s. (• h. s. Ioicdb
1"^ décade
2"' »
Mois.. 3.8 't. 3 4.2 il 4.2 4-9 4.0 4-4 4 3 4-5 3.7 4-2
6.5 6-8 6.4 6 6
3.2 47 3.5 3.8
18 1.8 27 2-1
7.0
3.9
1.8
8 1 5-4 6.8
5-8 5 4-9
1-3 1.9 1.7
6-5 7.4 6.9
4.9 5 1 4.2
1-8 1.4 0.4
7-0
4 7
1-2
484
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1916
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AUX FORTIFICATIONS DE SAINT-MAURICE
485
MOYENNES DU MOIS DE FÉVRIER 1916
Pression atmosphérique
l" décade
2-« »
3me ,
7 h. m.
mm.
703.81
704.05
696.65
Savatan
1 h~s
y h. 8.
mm.
703.55 703.94
704.12 703.76
695. 59 695.94
Moyenne
mm.
703 77
703.98
696.06
' h. m
mm.
655.58
655.52
649.02
Dai lly
1 h. 8. 9 h. s. Moyenne
655.12
655.29
647.75
655.30 655.33
655 . 82 655 . 34
647.92 648.23
Mois.. 701.67 701.28 701.40 701.45 653.52 652.89 653-19 633.20
7 h. m.
+ 3.20
+ 2.60
- 0.38
Teiiipératnre
Savatan
1" décade . . .
1 h. a.
+ 6.46
4.36
3.44
y n. 8.
+ 3 98
2.46
1.29
Moyenne
+ 4.53
3.14
1.43
Miuim. moyen
+ O.o
Masim. moyen
+ 7.6
Mois..
+ 1.88
+ 4.80
+ 2.62 1 3.10
Dailly
1" décade . . .
2"'= »
3"' >.
- 0.59
- 1.07
- 3.41
+ 1.84
0.00
- 0.82
- 0.49
- 0.52
- 2 71
+ 0.25
- 0.53
- 2.32
- 081
- 2.5
- 4.1
- 37
- 4.0
+ 4.0
21
10
Mois. .
- 1.63
+ 0.38
- 1.19
+ 2.4
Fraction de satnratlon en
1" décade
3m.
Moi-
63
38
Savatan
Di
aiily
7 h. m.
1 h. d.
;» h. s.
Moyenne
7 h. m.
1 h. 8.
9 h. 8.
Moyenne
36
46
38
33
60
36
39
38
71
69
83
74
78
83
82
81
64
39
66
63
69
68
68
68
69
63
69
69
69
69
Nébulosité
Dailly
Th. m. lh.8. 9 h. 8. Voicaoe
5.4
91
3.9
5.4 4.5 3.1
9.3 8.9 9.1
8 8 7.2 7.3
6.8 7.8 6.9 7.2
486 OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE 1916, ETC.
OBSERVATIONS DIVERSES
(Suite)
Février 1916
Brouillard. — Brouillard pendant une partie de la journée :
les 17, 18, 22, 23 et 25 à Savatan ; les 9, 10, 12, 17, 20 et 24 à
Dailly ; les 8, 9, 10, 12, 17, 19, 20, 23 et 24 à l'Aiguille.
Neige sur le sol : du 22 au 26 à Lavey ; les 9 et 10 et du 22
au 26 à Savatan ; du 8 au 29 à Dailly et à l'Aiguille.
Fœhn : le 3 aux deux stations inférieures ; le 4 aux quatre
stations.
Remarque. — Les observations à Vhygromètre de Dailly ont
été reprises dès le 13 janvier, l'instrument ayant été réparé.
Les observations aux thermomètres à maximum et à mini-
mum de Savatan manquent depuis le 15 février, les instruments
ayant été brisés par le vent et n'ayant pas pu être remplacés.
COMPTE RENDU DE LA SÉANCE
DE LA
SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
tenue à Berne le 6 mai 1916
Président : M. le prof. D"" Grcner (Berne)
Secrétaire : M. le prof. H. Veillon (Bâle)
Edouard Guillaume. Entropie statistique et domaines élémentaires. —
Edg. Meyer. Influence d'un champ magnétique transvei-sal sur le poten-
tiel explosif. — A. Forster. a) Le développement des plaques auto-
chromes; b) Influence delà température sur la transparence de corps
solides à l'ultra violet. — A. Perrier. a) Nouveaux phénomènes de
polarisation spontanée ; b) Sur la dépendance entre la densité et la
constante diélectrique. — M. Wolfke. Sur la théorie des quanta. —
F. v. Hauer. Sur la décroissance de la phosphorescence aux basses tem-
pératures. — W. Schmid. Simplification des mesures wattraétriques. —
A.-L. BernouUi. Essai d'interprétation électrodynamique de la constante
h de Planck avec application aux raies en séries et k la viscosité des
gaz. — S. Ratuowsky. L'entropie des solides et des gaz et le quantum
universel d'action. — Jean v. Weissenhoff. Application de l'hypothèse
des quanta à des systèmes en rotation et théorie du paramagnétisme. —
P. Weiss et M. Aider. Sur l'aimantation des alliages de nickel et de
cuivre. — P. Gruner. Recherches spectro-photométx-iques sur la lumière
pourprée. — A. Schidlof. Sur les causes de la volatilité des gouttes
ultramicroscopiques de mercure. — A. Schidlof et A. Targonski. Mouve-
ment brownien des particules d'huile, d'étain et de cadmium dans
différents gaz à diverses pressions.
Edouard Guillaume (Berne\ — Entropie statistique et domai-
nes élémentaires.
La notion de « domaine élémentaire » remonte à la plus haute
antiquité; elle fut introduite par les mathématiciens pour la cuba-
ture des solides; elle prit un rôle fondamental lors de la création
du calcul différentiel et intég-ral, sous le nom «d'élément infini-
ment petit ». ce qui présuppose la continuité. On a de plus en plus
la tendance de considérer le continu comme un artifice mathéma-
488 SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
tique, et la physique moderne a vu s'introduire des éléments qui,
tout en étant très petits par rapport au système physique étudié,
sont cependant Jinis. Néanmoins, dans la généralité des cas, on
peut conserver les fonctions continues et traiter les domaines élé-
mentaires comme des infiniment petits.
(.( L'entropie y) n'est pas autre chose qu'une relation entre
les domaines élémentaires et le système physique tout entier.
Pour faciliter l'exposé, considérons l'expérience de probabilité
très simple, décrite l'an dernier par l'auteur (^\ et qui consiste à
laisser tomber de la grenaille de plomb dans un entonnoir, dont
l'axe est vertical, à travers des grilles placées horizontalement ;
suivant une heureuse modification due à M. le prof. Jacquerod, la
grenaille est reçue sur un gâteau horizontal formé de saindoux et
de cire d'abeille, où les grains viennent se coller, ce qui empêche
le rebondissement; on photographie la répartition obtenue. En
répétant un très grand nombre de fois v l'expérience, on aura v
clichés, et en déterminant la répartition moyenne des grains, on
obtient une distribution de points sur un plan suivant la loi des
écarts à deux variables, semblable à la distribution des points
d'impact autour du but sur une cible. Pour repérer les points,
faisons passer par le centre de la cible un système d'axes rectan-
gulaires Oxy et divisons le plan en cases carrées s^ par deux sys-
tèmes de parallèles aux axes. L'équidistance e entre ces droites
devra être telle que, pour le but que nous nous proposons, on
puisse considérer comme ayant des coordonnées identiques, tous
les grains qui se trouvent dans une même case ; la position de
celle-ci sera définie, par exemple, par les coordonnées x , y de son
centre.
La probabilité pour qu'un grain soit dans cette case est alors
n(x, y)
"0
n (x, y) étant le nombre de grains qui sont dans la case envisagée,
et n^ le nombre total tles grains de la répartition; p (x , y) ne
dépend pas de n^.
Chacune des v distributions a une certaine probabilité P de se
produire; P dépend des p (x , y) et de n^. Comme n^ est très
grand, toutes ces distributions différeront peu les unes des autres
et seront très voisines de la répartition moyenne.
L'expression générale de l'entropie statistique est alors Ç') :
- H = - 2^ P logp ,
') Archives. 1915, t. XI/, p. 332.
-) Archives. l'.M4. i. XXXVIII, p. 373, et 1915, t. XXXIX. p. 205 et 302.
SOCIÉTÉ SUISSE DK PHYSIQUE 489
la somme étant étendue à toutes les cases. Boltzmann, et avec lui
Pianck, font l'erreur de prendre
logP
pour l'entropie; aussi, afin d'arriver à un résidtat juste, ont-ils
été conduits à remplacer incoirectement par n « + 2 dans la for-
mule de Stirlino". comme nous l'avons dit ailleurs.
Correctement, le théorème fondamental que l'on peut démon-
trer est le suivant :
Les valeurs des p qui rendent — H maxùnani rendent aussi
la fonction P (p, n^) maximum, autrement dit, l'entropie est
maximum pour la répartition moyenne qui est en même temps la
plus piobable.
Pour la cible, l'entropie maximum est :
- H = log ?ie:
OÙ p^ est le carré moyen des dislances des points au centre. Elle
dépend donc non seulement de la répartition des points, mais
aussi de la façon dont on subdivise l'espace en domaines élémen-
taires. Si ceux-ci étaient infiniment petits, l'entropie serait infinie.
C'est pourquoi Gibbs, qui reste dans l'hypothèse continue, adopte
une définition un peu difîerente. Il pose
pix, y) = p{x, y)dxdy
et prend pour entropie l'expression :
fjplogpdxdy ,
ce qui permet d'éviter le facteur infini loff dx dy.
Montrons sur un exemple particulier, comment les considéra-
tions précédentes peuvent être appliquées à un système physique.
Considérons une masse gazeuse monoatomique M, compre-
nant N molécules toutes de masses w, et occupant un volume V à
la température T. Les états de ce gaz dépendront de 6N paramè-
tres, et l'un d'eux pourra être représenté par un seul point de
l'hyperespace à 6N dimensions. Par l'agitation thermique, les
valeurs dé ces 6N paramètres changent constamment, et cela d'une
façon continue. Pour obtenir la discontinuité nécessaire, nous ne
considérerons pas le point représentatif à deux instants infiniment
rapprochés t, t -~- dt, mais à deux instants séparés par un temps
fini T , qui peut être très grand, comme le montre la lenteur de la
diffusion. Il arrive alors que les états aux instants / et / -|- t
490 SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
pourront être dits à peu près <u' ndépe ridants n l'un de l'autre,
simplement parce que la trajectoire du point représentatif de
l'ai^itation moléculaire dans l'hyperespace, est très compliquée.
Nous pointerons, à intervalles fixes t, un très g-rand nombre de
fois rig, la position du point représentatif ; nous obtiendrons ainsi,
un ensemble de points qui foi-meront une espèce d7(//^erci6/e dans
l'hyperespace. Nous recommencerons cette opération un très grand
nombre de fois v, et nous déterminerons la distribution moyenne
des n^ points. Nous pourrons de la sorte calculer l'entropie comme
plus haut. On arrive à l'expression :
(1) -H = N{log^ + ^ogT + log[^y^},
où V est le domaine élémentaire du volume et s le domaine élé-
mentaire d'énerg-ie; k est la constante d'énergie moléculaire (^).
Quelle est, maintenant, la signification des domaines élémen-
taires? Il est aisé de le voir. Considérons d'abord la cible; soit
e^: lie la surface du centre, du « noir » comme on dit. Si le tir est
excellent, si tous les points sont dans le voisinage immédiat du
noir, p" sera à peu près égal à cette surface, et l'entropie, voisine
de zéro. Si par contre le tir est très mauvais, les points seront
très éparpillés, p, très grand, et l'entropie, infinie. Celle-ci varie
donc de à l'infini. Prenons le cas du gaz et considérons le terme
N log — . Si toutes les molécules occupaient le volume v, ce terme
serait nul ; par contre, si les molécules étaient dispersées dans un
volume immense, il serait infini; raisonnant de même sur les deux
autres termes considérés à la fois, on voit que l'entropie varie aussi
de zéro à l'infini ; elle est nulle dans le voisinage du zéro absolu
et lorsque la matière est très concentrée, conformément à l'hypo-
thèse dite thermique, de Nernst.
*) Depuis que cette communication a été faite à la Société de Physi-
que, l'auteur a montré dans une note : Entropie f/ênérique et mélanges
gazeux (Ai'chives, juin 1916), comment la considération de la permuta -
bilité des molécules de même espèce permet d'introduire immédiatement
le terme — N /o(/ N dans l'expression ci-dessus, et d'établir ainsi la
concordance avec l'entropie habituellement envisagée en Thermodyna-
mique sans faire d'hypothèse sur les domaines élémentaires, contraire-
ment à la proposition de M. Planck de faire varier ceux-ci avec le
nombre de molécules présentes. Il y a lieu, en outre, de remarquer que
l'entropie thermodynamique des gaz parfaits n'est pas une conséquence
nécessaire des deux Principes et de l'équation d'état; le terme — M log M
provient d'une hypothèse arbitraire sur la « constante » d'intégration
(voir îoc. cit.).
SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE 491
D'une façon générale, on aura l'énoncé : un domaine élémen-
taire pour un système physique, est le plus petit « espace » où
ce système se puisse concentrer.
En résumé, l'entropie statistique contient l'entropie thermody-
namique comme cas particulier. Il est aisé de montrer qu'elle
conduit à l'expression suivante :
dË + ^ Âda
- dH = -^
analogue à la relation thermodynamique entre l'entropie, l'énergie
interne, le travail extérieur et la température. Quel que soit le
système envisagé, mécanique, rayonnant, etc, on a :
= fcT .
Egdar Meyer (Zurich). — Influence d'un champ magnétique
transversal sur le potentiel explosif.
On déterminait le potentiel pour lequel l'étincelle éclate entre
deux plaques parallèles. Les plaques, selon la méthode de Corr,
étaient protégées par des anneaux de garde, de façon que le champ
électrique fût parfaitement homogène. Lorsqu'un champ magné-
tique homogène, perpendiculaire au champ électrique, agissait, on
constatait une élévation du potentiel explosif jusqu'à une longueur
détincelle de 2 mm. Cette élévation était mesurée aussi bien en
fonction de la pression du gaz (air), qu'en fonction de l'intensité
du champ mas'nétique. Pour une longueur d'étincelle d'un mm,
et pour un champ magnétique faible, on constatait un affaiblisse-
ment du potentiel explosif; avec un champ magnétique fort (envi-
ron 10.000 gauss), il y avait de nouveau élévation.
Il semble remarquable que le potentiel minimum devienne éga-
lement plus fort lorsque le champ magnétique augmente, et se
déplace aux grandes pressions. Cela signifie que l'influence d'un
champ magnétique n'est pas l'analogue d'une simple élévation de
pression, comme on pourrait le supposer d'après, par exemple, la
théorie de Townseud, en pensant que pour des champs croisés, les
électrons décrivent des cycloïdes pendant leur libre parcours. On
arrive à la même conclusion en considérant le fait que le potentiel
explosif dépend fortement de la section de l'étincelle lorsque le
champ magnétique agit. Les charges des parois ne semblent pas
jouer un rôle. Des expériences de contrôle où les anneaux de garde
étaient en matière semi-conductrice, l'ont prouvé.
Il n'a pas été encore possible, au moyen de la théorie du poten-
tiel explosif de Townsend, d'expliquer les présentes recherches. On
trouvera ailleurs les résultats quantitatifs de celles-ci.
492 SOCIÉTÉ SUISSE DK PHYSIQUE
A. FoRSTEK (^Berne). — a) Le développement des plaques
autochromes.
L'auteur commence par rappeler les procédés ordinaires de
développement dûs aux frères Lumière, et qui exig-enl l'obscurité
ou la quasi-obscurité absolue. Puis il expose la méthode très
remarquable de AL Dillaye, parue en octobre 191 1 dans la revue
mensuelle Mise au point, des Etablissements Gaumont, à Paris.
Cette opérateur trempe d'abord les plaques dans la solution :
Eau distillée 100 cm''
Solution KBr à 10 " „ 10 cm-^
Solution de bisulfite du commerce .... 2 cm^
ce qui permet de développer ensuite les plaques avec une forte
lumière roug-e; on peut ainsi suivre l'opération et corrig-er, au
besoin, les fautes d'exposition. L'auteur montre en projection de
belles photog-raphies qu'il a obtenues avec cette méthode. En par-
ticulier, il montre des spectro photog'ranimes obtenus par la mé-
thode ordinaire et par la méthode de Dillaye. Ceux développés
suivant cette dernière méthode ofFi-ent une moindre sensibilité
générale, sans cependant que les couleurs rouges et jaunes soient
altérées, ce qui, constate l'auteur, est en contradiction manifeste
avec la théorie que donne Dillaye pour expliquer l'action du bain
ci-dessus. On trouvera un exposé détaillé des recherches de l'au-
teur dans Die Phntograpine, revue qui paraît à Stâfa-Zurich.
b) Injlnence de la température sur la transparence des corps
solides à l'ultra-violet ^communication provisoire").
L'auteur montre sur quelques spectrophotogrammes que la
transparence à l'ultra-violet décroît sensiblement avec la tempé-
rature. Les résultats quantitatifs seront publiés sous peu.
Albert Perrier (Lausanne). — a) Hypothèse de polarisations
diélectriques spontanées et quelques-unes de ses conséquences
expérimentales.
1. — Cette communication esquisse quelques conséquences d'une
théorie obtenue en combinant l'hypothèse de dyssimétries élec-
triques dans la molécule (ilipùles permanents ou provoqués par
déplacement d'électrons liés) avec celle d'actions intermoléculaires
ayant l'effet d'un champ électrostatique unijorme proportion-
nel au moment élec4rique de l'unité de volume et en tenant compte
de l'agitation thermique Q). Elle a conduit à l'observation de phéno-
') On voit sans peine qu'il s'agit de la parallèle électrique de la
théorie du ferromagnétisme de P. Weiss ; le développement en est
SOCIÉTÉ SUISSE I)E PHYSIQUE 493
mènes nouveaux notés ci-dessous et à une ébauche d'interprétation
d'autres déjà observés et restés inexpliqués. Tous concernent l'état
cristallin de la matière, et en particulier la dépendance thermique
de diverses propriétés cristallines.
II. — Une conséquence fondamentale est l'existence d'une région
de température dans laquelle il peut subsister une orientation
moyenne des molécules dans une direction privilég'iée, sans l'action
d'aucun champ extérieur, d'où une polarisation électrique
spontanée (correspondant à «l'aimantation spontanée» du ferro-
mag-nétisme).
III. — Appliquons en premier lieu la théorie à l'explication de
la pyroélectricité et de la piézoélectricité. J'admets que les élé-
ments dont se constitue le cristal sont «polarisés à saturation»,
cette polarisation variant avec la température par suite de l'agita-
tion thermique. L'interprétation de la pAToélectricité est immé-
diate : ce sont les charg-es superficielles que cette variation ther-
mique fait apparaître s'il n'y a pas compensation par conductibi-
lité. La piézoélectricité s'explique par une variation du coefficient
du champ moléculaire suite de la déformation ; la pyroélectricité
est donc ipso facto accompag-née de la piézoélectricité des dilata-
tions. Les cristaux piézo- mais non pyro-électriques sont consti-
tués simplement par des assemblag-es d'éléments dont la symétrie
d'ensemble produit la compensation de toute action électrique
extérieure, les déformations dans certaines directions détruisant
cette svmétrie. Il est facile, par exemple, d'imag-iner une structure
convenable pour le quartz (lamelles polarisées à saturation à 120°).
L'observation de la pyioélectricité ne peut g-uére être faite au
delà de 300° (charsres se formant trop lentement vis-à-vis de l'iso-
lement de plus en plus mauvaise. Aussi, contrairement aux recher-
ches faites jusqu'ici, me suis-je adressé à la piézoélectricité, d'in-
terprétation plus malaisée mais plus accessible à l'expérience à
haute température.
Les mesures ont été disposées de telle sorte que dans le four, le
corps en essai soit son propre isolant, sans intervention d'autres
corps et en outre l'isolement a pu être examiné et estimé conti-
nuellement par un quartz «témoin» maintenu à température
ordinaire.
La tourmaline a accusé de la piézoélectricité jusque vers 850°,
au delà la conductibilité était trop forte pour qu'on puisse rien
affirmer.
Le quartz a montré tout d'abord indépendance de la tempéra-
cependant phis compliqué par suite précisément de la présence des
électrons liés, dont le correspondant magnétique n'intervient pas ou est
négligeable (diamagnétisme sous-jacent).
ARcmvics, t. XLI. — Juin 1910. 34
494 SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
ture, puis une décroissance nette du phénomène à partir de 200°
et enfin la libération piézoélectrique de charg'es a disparu totale-
ment et assez brusquement vers 579° pour reparaître au retour vers
576°. Il y donc là. en accord avec la théorie, une transformation
exactement analog-ue à la perte du ferromag-nétisme ou «point de
Curie» (disparition de la polarisation spontanée). Des expériences
en cours d'exécution montreront si ce phénomène est g"énéral ; si
tel est le cas, il est de nature à trancher définitivement par l'affir-
mative la question très importante, et discutée depuis des années
(Voio't, Riecke, Rôntçen), de l'existence de « pyroélectricité vraie»,
soit d'une polorisation préexistant dans le corps (^).
IV. — Si réellement il y a orientation — et probablement très
accentuée — des molécules, nous pouvons dès lors développer en
une théorie précise, une idée exprimée autrefois par Larmor, que
la biréfringence cristalline pouvait être due aux orientations, '
On est alors obliii-é de postuler une liaison quasi-élastique des
électrons variable avec la direction comme dans la théorie de
Lang-evin pour les biréfringences électrique et magnétique.
Cela posé, les variations thermiques de la polarisation sponta-
née devront se manifester si la théorie contient une part de vérité
par des variations simultanées de la biréfringence du cristal.
Pour examiner la forme de ces variations, j'ai soumis au calcul
quelques formes simples de ces hypothèses.
En premier lieu en tenant compte seulement de la dissyniétrie
de polarisabiiité avec un champ moléculaire électrostatique (donc
sans dipôles nermanents) ; on trouve le résultat quelque peu para-
doxal que la biréfringence d'orientatation augmenterait avec la
température.
En deuxième lieu, en admettant des dipôles permanents inter-
venant seuls pour l'orientation, la dissymétrie de polarisation
donnant des couples subordonnés (le champ moléculaire pouvant
ne pas êti-e électrostatique) ; on arrive au résultat extrêmement
simple d'une décroissance linéaire de la biréfringence avec la
température.
') La théorie de Schrôdinger (Studien ùber Kinetik der Dielektrika,
den Schmelzpunkt. Pyro- und Piozoelektrizitàt, Wiener-Ber., 1912.
II a 121, p. 1937) dont je n'ai eu connaissance qu'il y a peu de temps,
coïncide à peu près au point de vue formel avec celle proposée ici.
Quant au point de vue physique, elle s'en écarte totalement, son auteur
voulant tenter une Synthèse de l'équation d'état solide, les forces élec-
triques devant expliquer surtout la résistance à la déformation : sa
conclusion est en particulier que la disparition de la polarisation spon-
tanée est le poiyit de fusion; mes expériences sur le quartz se pronon-
cent manifestement contre cette façon de voir.
SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE 495
Une troisième approximation serrant de plus près les faits con-
sistait à envisager à la fois les dipôles et le déplacement électro-
nique; les intégrales ne sont pas alors exprimablas sous forme
finie mais ne présentent pas de difficultés particulières; les expé-
riences ne sont pas assez avancées pour permettre d'affirmer que
la deuxième approximation ne soit pas suffisante (voir plus loin).
Pour la confrontation avec l'expérience je me suis adressé au
quartz: outre l'existence du phénomène indiqué plus haut, il
présente l'avantage d'être le mieux connu. J'ai fait des observa-
tions sur la variation thermique de la biréfrinçience, lesquelles
s'accordent à peu de chose près avec celles de M. Le Chatelier(^)
(issues d'un problème de céramique). On trouve une fonction dont
la décroissance va s'accélérant g-raduellement jusqu'à 582°, où
elle présente une diminution discontinue, puis de là augmente
très lentement (obs. jusqu'à 1000°). Au retour tout est inverse
sauf que, comme pour la piézoélectricité, la transformation est en
retard de 3° environ. En outre, la polarisation rotatoire elle-
même présente des phénomènes analog-ues au signe près; au
dessous de 582° (Le Chatelier: 570°, 1889), elle croit àe plus en
plus, accuse en ce point de nouveau une augmentation brusque,
puis ensuite continue à augmenter très lentement comme la biré-
fringence, mes expériences ont décelé en outre ici aussi une irré-
versibilité du point de transformation.
Il est donc bien manifeste qu'une liaison intime existe entre les
phénomènes électriques découverts et ces propriétés optiques,
qu'en particulier le point 580° est une transformation qui les
atteint tous et à laquelle il y aurait lieu d'ajouter encore les dila-
tations thermiques; je propose l'interprétation suivante pour les
relier à la môme théorie.
Les lamelles empilées hélicoïdalemeut que l'on a invoquées pour
expliquer la polarisation rotatoire du quartz doivent une partie
de leur biréfringence à leur polarisation spontanée dans une
direction contenue dans leur plan (normal à l'axe du quartz),
laquelle se manifeste par ailleurs pièzoélectriquement ; d'autre
part, une autre cause de biréfringence correspond à un axe nor-
mal à celui de polarisation (mais toujours dans le plan de la
lamelle). Les retards s'additionnent alors pour un rayon parallèle
à ce plan mais se retranchent pour un autre perpendiculaire
(parallèle à l'axe du quartz). Le résultat est que par élévation de
température, la polarisation disparaissant graduellement, la biré-
fringence de l'ensemble diminue et la polarisation rotatoire
') Celles-ci datent de 1890 (C iî. ); comme elles ne sont pas citées
dans les tables consultées, je n'en ai malheureusement eu connaissance
qu'après l'exécution des miennes.
496 SOLllÎTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
augmente, les deux présentant une variation brusque de signe
inverse au point de disparition de la piézoélectricité. Au delà»
seule la seconde cause subsiste et la variation thermique est de
même sens pour les deux phénomènes, comme l'exig'e lexpérience.
La décroissance non linéaire peut être provisoirement attribuée
à la variation du champ moléculaire accompae^nant la dilatation,
variation qu'accuse d'ailleurs la piézoélectricité. Les expériences
ne sont pas assez précises encore et en outre la séparation des
causes trop peu sûre pour affirmer que la théorie soit suffisante ;
en tous cas elles n'y contredisent pas et permettent d'ores et déjà
d'éliminer l'hypothèse de dipôles non permanents qui conduit
à une variation thermique de sens inverse.
V. — La discontinuité au point de transformation peut s'inter-
préter enfin dans l'hypothèse des polarisations spontanées de
manière analoçue à l'ébullition et à la condensation dans la théorie
des fluides de Van der Waais: quoique la théorie admette des
états stables, certains de ces états ne peuvent subsister et il se pro-
duit en fait des passasses discontinus, c'esf-à-dire des désorienta-
tions ou orientations brusques. L'irréversibilité observée entre le
chaufrai>'e et le refroidissement s'accorderait avec cela, elle corres-
pondrait aux retards à l'ébullition ou à la condensation.
VL — Une autre conséquence de la théorie est la nécessité d'en-
visajçer dans la chaleur spécifique une partie employée à la
dépolarisation, l'énerg-ie potentielle mutuelle des molécules aug-
mentant alors. La dépendance thermique de —^ devra rappeler
celle des ferromagnétiques (cf. théorie de >L P. Weiss) avec cette
complication en plus d'un point d'ordonnée infinie au point de
transformation maintes fois cité, la dépolarisation brusque devant
correspondre à une chaleur latente.
Il ne m'a pas encore été possible de faire une étude complète de
la chaleur spécifique vraie mais j'ai cherché à mettre en évidence
par une méthode diflerentielle rapide l'anomalie présumée à la
discontinuité. Dans ce but on a chauffé puis refroidi dans un
môme four un bloc de quartz cristallisé et un bloc de silice fondue
de capacités calorifiques approximativement égales, l'un et l'autre
contenant dans leur masse les soudures respectives d'un même
couple thermoélectrique. — Le résultat a été frappant, le voisi-
nage de 580° se manifestant au galvanomètre par un retard consi-
dérable de la température du cristal et inversement au refroidisse-
ment.
VIL — Parmi les conclusions s'appliquant à des phénomènes
très différents et qui seront soumises incessamment au contrôle
expérimental, je noterai comme exemple que l'on peut attendre
une augmentation considérable de la susceptibilité diélectrique^
SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE 497
vers 380° suivie d'une décroissance d'abord rapide puis de plus
en plus lente.
Enfin il est peut-être possible de rapprocher l'explication des
phénomènes observés sur le quartz des tentatives d "interprétation
de la célèbre découverte de la supraconduction de M. Kamerling-h
Onnes. Lors d'une correspondance privée avec ce physicien, j'ex-
primais en 1914, la possibilité d'expliquer cette étrange transfor-
mation en invoquant une orientation spontanée et très complète
sous les actions intermoléculaires des dipôles qui forment la base
de la théorie de la conduction métallique de M. J.-J. Thomson,
d'où diminution brusque et considérable de la résistance. Depuis
lors, M. J.-J. Thomson lui-même a publié un travail où la même
conclusion est développée avec précision. On voit que si la théorie
du quartz se vérifie comme vraie définitivement, les phénomènes
observés donneront une probabilité expérimentale à l'explication
de M. Thomson.
Je renvoie à une publication détaillée les développements théo-
riques, les expériences faites et d'autres en cours d'exécution.
h) Sur les variations de la constante diélectrique d'an
même corps et leur interprétation théorique.
Dans les recherches modernes sur les diélectriques isotropes, on
s'est occupé particulièrement de l'influence de la température
d'un côté et de l'autre de celle de la densité, soit des distances
mutuelles moyennes des molécules.
L'interprétation des résultats a donné lieu à d'assez nombreuses
confusions, conclusions prématurées ou injustifiées. La présente
communication a pour but de délimiter avec une certaine préci-
sion la mari>e d'interprétation théorique des deux g-enres de
recherches qui viennent d'être rappelés. Je remarquerai tout
d'abord que les observations thermiques sont propres à fournir
des renseignements plutôt sur la polarisation des molécules elles-
mêmes (existence ou non existence de dissymètries dans celles-ci.
orientation, etc.), tandis que celles à densité variable décèleront
plutôt les actions intermoléculaires résultant de la polarisation.
Sur le premier point, il y a lieu de noter que l'apparition d'un
commencement de saturation ou d'une diminution du pouvoir
inducteur spécifique a vec l'accroissement de la température ne
permettent pas de conclure ipso facto à l'existence de moments
électriques moléculaires permanents — comme on l'a affirmé,
8;"uidé par l'analog-ie maernétique — mais seulement à une orien-
tation statistique. Si, en effet, la polarisabilité des molécules par
déplacement d'électrons n'est pas identique en toutes directions,
le champ et le moment électrique moléculaire créé par lui n'ont
pas la même direction et par suite les phénomènes se présenteront
498 SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
à premier examen comme avec des molécules en tout état de
cause polarisées. D'ailleurs l'explication de la biréfring'ence élec-
trique des liquides purs a rendu extrêmement probable l'existence
de ces dissymétries de polarisation (Cotton, Mouton. Lang-evin).
Sur la dépendance de la densité, on a publié plusieurs lois
dont la formule de Clausius-Mosotti est la plus connue. Il semble
qu'aucune ne soit compatible o-énéralement avec l'expérience. Or
il est facile de préciser ses conditions de validité et de non vali-
dité au moyen d'une hypothèse extrêment simple sur les actions
mutuelles ;. celle-ci nous conduira d'ailleurs à une loi beaucoup
plus g-énérale.
Admettons que ces actions se réduisent à un champ électrosta-
tique uniforme L A, proportionnel au moment électrique A de
l'unité de volume, L pouvant d'ailleurs êtx-e négatif; en appelant
çjj la susceptibilité diélectrique réelle (rapportée à l'unité de masse)
des éléments de matière, abstraction faite de toute action intermo-
léculaire, p la masse spécifique, s la constante diélectrique, le
calcul conduit à :
(1) -^-V - = LV^ •
On voit immédiatement que cette formule générale contient en
particulier la formule de Clausius-Mosetti
£ - \ "^ ^n
(2) ^-r2 • i? = T "^ ^ ''"'' '
lorsque L = — ^, c'est-à-dire lorsque le champ moléculaire se ré-
duit au champ calculé par H. -A. Lorentz dans sa théorie des
diélectriques. En outre elle donne une interprétation physique
très simple de la constante elle-même.
Dans tous les autres cas, la formule (2) ne saurait être valable.
Si en particulier L est simplement indépendant de la densité,
on aurait la formule
/o, £ - 1 1
(3) • - = const .
e + const Q
Et remarquons^enfin que le raisonnement suivi suppose seule-
ment que le moment électrique des éléments de matière est pro-
portionnel au champ inducteur agissant au total à l'intérieur,
mais ne fixe absolument rien sur le mécanisme de la polarisation
qui peut être quelconque.
SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE 499
M. VVoLFKE (Zurich). — Sur la théorie des quanta.
En considérant la relation entre c et h qui résulte de la théorie
du rayonnement de Planck et en utilisant les valeurs limites
admissibles pour les e^randeurs expérimentales, on peut démon-
trer que, du point de vue de la théorie de Bohr, c'est l'atome
d'hydrog-ène et non la molécule qui forme le support des raies en
séries.
F. V. Hauer (Fribourg-). — Sur la décroissance de la Phos-
phorescence aux basses températures.
Les belles phosphorescences que l'on peut provoquer à la tem-
pérature de lair li({uide chez beaucoup de substances organiques,
ont été encore très peu étudiées. La substance phosphorescente
étudiée ici était une solution alcoolique de phénanthrène, placée
dans un tube Devar en quartz, et lair liquide était jeté dessus.
Après avoir soumis le tube à une source ultraviolette (lampe à
vapeurs de mercure), on observait une phosphorescence claire,
verte et à décroissance rapide. L'intensité lumineuse était mesurée
à l'aide d'une cellule photo-électrique de potassium et d'un électro-
mètre à corde ; la charge était déterminée toutes les deux secondes.
On obtient ainsi une courbe en escaliers; -on pouvait en déduire
assez exactement la courbe de décroissance vraie. On opérait dans
des intervalles vaiiant de 3 à 25 secondes; après 25 secondes l'in-
tensité n'était plus que quelques millièmes de l'intensité après
3 secondes. La courbe peut être représentée par :
I = loe-'^' .
La loi semble donc {)lus simple qu'aux températures ordinaires.
D"" W. ScHMiD (Baden). — Simplification des mesures watt-
métriques courantes.
Les nombreuses corrections des mesures wattmétriques effec-
tuées en connexion dite wattmétrique sur les échantillons de fer
et leur g-randeur relativement au résultat cherché, ont conduit à
adopter depuis longtemps le montage en transformateur, dans
lequel le circuit secondaire alimente le circuit de tension du watt-
mètre et du voltmètre.
Dans ce cas les corrections à effectuer sont alors constituées
presque en totalité par les watts consommés dans ce circuit secon-
daire et sont très faciles à calculer. On les mettra, par exemple.
500
SOCIETE SUISSE DE PHYSIQUE
en tabelle en fonction de la tension lue, pour les mesures cou-
rantes.
Ces mesures sont souvent faites par un personnel sans connais-
sances spéciales, devant travailler vite et sûrement. Il est alors
indiqué de supprimer toute lecture ou calcul de correction, en
charg^eant l'appareil wattmétrique lui-même du soin d'en tenir
compte dans ses indications.
Weston a fait un premier pas dans cette voie jadis en créant son
wattmètre compensé. Il ne peut malheureusement compenser que
la consommation propre de son circuit tension, ce qui résulte
immédiatement de l'examen des connexions. J'ai cherché à com-
pléter dès 1913 cette lacune, très sensible surtout pour les mesures
courantes de pertes dans le fer, par une modification particulière
que je n'ai trouvée encore signalée nulle part.
L'occasion et le loisir m'ont fait défaut jusqu'à présent pour
effectuer l'ajustag-e parfait des deux enroulements partiels. Mais
les résultats obtenus sont pour le moment du moins, suffisants
pour la pratique courante.
L'essai a porté sur un wattmètre Siemens et Halske 25/5 amp.,
que j'ai muni d'un enroulement. Des essais à 500 efî'ectués sur des
échantillons normaux m'ont donné les résultats suivants :
Montage wattmétrique
INDUCTION
PERTES PAR KILO
Compensé
"Vraie valeur Non compensé
10.000
12.500
15.000
10.000
15.000
FER
D ALLIAGE
1.61
1.59
2.45
2.42
3.72
3.71
FER
ORDINAIRE
3.51
3.48
7.76
7.93
3.51
7.86
On se rappellera pour juçer les chiffres que la précision des
mesures faites à l'induction 15,000 avec l'appareil Epstein est en
général incertaine. On peut l'évaluer à 3-5 "/o suivant la qualité
du fer.
SOCIETE SUISSE DE PHYSIQUE
Montage avec circuit secondaire
501
«INDUCTION
PERTES
PAR KILO
Compensé
Vraie valeur
FER d'alliage
10.000
1.61
1.53
12.500
2.47
2.42
15.000
3.74
3.71
10.000
15.000
10.000
15.000
FER ORDINAIRE I
2.81
6.77
FER ORDINAIRE II
3.48
7.92
2.84
6.86
3.48
7.93
SI au lieu de deux instruments, on en connecte trois sur le
circuit secondaire, la compen.sation se fait encore très bien, ainsi
que le témoig"nent les chiffres suivants:
Tension
Charg-e
Lecture
PÉRIODE.'
maintenue fixe
du secondaire
an wattmètre
Volts
1) Circuit tension
duwattm.(2000i3)
(Moyenne)
131.0
39.18
5.0
+ voltm. (660.Q)
2) Idem
131.0
+ voltm. Weston
(1000i3)
39.17
5.0
{ 110.0
Comme 1)
32.85
40.2
\ 110.0
» 2)
32.83
40.2
( 65.0
- 1)
16.98
25.0
\ 65.0
» 2)
17.00
25.0
L'effet, sur la tension, de l'induction mutuelle du circuit com-
pensateur et du circuit principal dans le wattmètre est, dans le
domaine des mesures courantes, très petite et nég-ligeable dans le
cas qui nous occupe.
502 SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
A.-L. Bernoulli (Bâle). — Essai d'interprétalion électrody-
namique de la constante h de Planck auec application aux
raies en série et à la viscosité des gaz.
Dans ce travail, qui paraîtra in extenso dans un des prochains
numéros des Archives, l'auteur introduit un « flux d'induction
universel », dont la conséquence principale est que tout courant
particulaire d'Ampère ou tout résonnateur possèdent un même
moment universel ; l'auteur retrouve ainsi l'hypothèse dont Bohr
s'est servi dans ses recherches sur les spectres en séries et la con-
stitution des atomes; il en déduit des formules remarquables qui
lui permettent de calculer la constante h de Planck avec une
g-rande exactitude, tout en donnant une interprétation physique
du quantum universel d'action, puis de calculer le nombre d'Avo-
g-adro, etc., ce qui montre le bien-fondé des bases admises par
l'auteur.
S. Ratnowsky (Zurich). — L'entropie des solides et des gaz
et le quantum universel d'action.
L'auteur pose l'hypothèse suivante : « Un système matériel,
même en l'absence de toute énergie calorifique (donc au zéro
absolu), représente un réservoir d'énergie auquel il peut puiser
comme à une source étrangère», et montre qu'elle conduit, avec
l'aide de la Mécanique statistique de Gibbs, à des expressions
formellement identiques à celles que donne la théorie des quanta
pour l'énergie et l'entropie.
De plus, il en découle avec nécessité que le rapport entre la
fréquence v et la valeur limite de l'énergie propre z^ d'une liberté,
caractéristique du système donné, est une constante universelle
(Sq = /iv), ce qui établit la concordance avec la théorie des quanta.
De même, l'expression de l'entropie des gaz telle qu'elle a été
donnée par Tétrode, à partir de l'entropie des solides de Planck,
en découle pour ainsi dire de soi-même, sans avoir besoin de faire
appel au quanta. En résumé, l'auteur, par une voie tout à fait
différente, parvient aux résultats connus quant aux formules don-
nant la tension de vapeur des solides et la constante d'entropie
des gaz.
Jan V. Weissenhoff (Zurich). — Application de l'hypothèse
des quanta à des systèmes en rotation, et théorie du parania-
gnétisme.
Cette communication ne nous est pas parvenue.
SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE 503
P. VVeiss et M. Alder (^Zurich). — Sur l'aimantation des
alliages de nickel et de cuivre (présenté par M. Aider, au nom
de M. Weiss. absent, et au sien).
Plusieurs séries d'alliag-es de métaux ferromag-nétiques : les fer-
ronickels, les ferrocobalts, les nickel-cobalt, ont été antérieure-
ment l'objet de recherches détaillées. La série des nickel-cuivre
présente un caractère nettement différent: l'un des métaux seule-
ment, le nickel, est ferromasi-nétique, le cuivre, diamaçnétique à
l'état pur, peut, dans une première approximation, être considéré
comme mag-nétiquement indifférent. On doit donc s'attendre à lui
voir jouer le rôle d'un diluant. Une autre circonstance permettait
d'attendre des propriétés particulièrement simples : d'après les
métallog'raphes les nickel-cuivre forment une série ininterrompue
des solutions solides.
La technique employée a déjà été décrite à plusieurs reprises.
Voir à ce sujet les thèses de MM. Heg-g", Bloch, Preuss et le mé-
moire de MM. Weiss et Focx.
Les résultats ne peuvent être décrits complètement dans ce
résumé. Le point le plus saillant est la mise en évidence de la
combinaison nouvelle: Nig Cug.
Dans l'intervalle de Ni a Ni^ Cuj les choses se passent, à quelques
détails près pour lesquels nous renvoyons au mémoire à paraître
prochainement, comme on pouvait s'v attendre d'après les pro-
priétés des alliag-es des ferromagnétiques entre eux. L'aimantation
à saturation au zéro absolu et la constante de Curie varient linéai-
rement dans tout l'intervalle. L'aimantation à saturation part de la
valeur déjà connue, ég"ale à trois mag"nétons, pour le nickel et
tombe à zéro pour Ni^ Cug. La constante de Curie prend, pour
cette combinaison la valeur 0,00104 qui donne, en supposant la
molécule rig-ide, 7,96 magnétons, ce qui fait 3,98 par atome de
nickel. L'alliag-e Ni^ Cuj se présente donc avec une physionomie
singulière qui cependant n'est pas sans analog-ie avec ce qui se
passe pour le nickel. Mais tandis que les propriétés du nickel sont
caractérisées par 3 mag-nétons au zéro absolu et 8 mag"nétons
au-dessus du Point de Curie, l'alliage Ni^ CUj est caractérisé par
zéro magnéton au zéro absolu et 8 au-dessus du Point de Curie.
Cette manière d'être des plus énigmatiques s'expliquera peut-être
en même temps lorsque l'on trouvera par quel mécanisme, dans
le nickel, le nombre des mag-nétons passe de 3 à 8.
Sig-nalons encore ce fait curieux que dans la plus g'rande partie
de l'intervalle Ni — Ni, CUj la constante du champ moléculaire
conserve sensiblement la même valeur. Quant au Point de Curie
partant de la valeur de 645 abs., correspondant au nickel, il
s'abaisse prog'ressivement jusqu'au zéro absolu.
Dans tout l'intervalle Ni„ Cuj à Cu les propriétés mag-nétiques
504 SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
restent faibles. Nous renvoyons au Mémoire pour leur description.
On ne possède pas actuellement de théorie permettant de les dis-
cuter.
P. Gruner (Berne). — Rec/terches spectrophotométriqiies
sur la lumière pourprée.
Cette communication paraîtra prochainement in extenso dans
les Archives, sous le titre : « Nouvelles recherches sur la lumière
crépusculaire du ciel ».
Les deux communications ci-après ont été remises « sous leur
forme définitive » au Président de la Société, avant la séance du
6 mai; par suite des circonstances, elles n'ont pu être lues à la
séance même. Nous avons cru bien faire néanmoins de les publier
à la suite des autres communications.
A. ScHiDLOF (Genève). — Sur les causes de la volatilité des
gouttes ultramicroscopiques de mercure.
Le fait que des g-outtes ultramicroscopiques de mercure pur sont
volatiles a été sig-nalé par MM. A. Schidlof et A. Karpowicz (^).
M. A; Tarjjonski (-) qui a fait une étude plus approfondie du phé-
nomène attribue l'effet, en partie du moins, au bombardement de
la surface du liquide par les molécules du gaz ambiant.
Pour examiner cette hypothèse, supposons que les vitesses des
molécules gazeuses obéissent à la loi de répartition de Maxwell,
et qu'il en soit de même pour les molécules de mercure, ce corps
étant considéré comme un « liquide parfait » dans le sens de la
théorie de G. Jâger (^).
On peut admettre que les molécules de mercure, expulsées de
l'unité de surface du liquide pendant l'unité de temps, sont celles
qui ont reçu par le choc des molécules d'air une composante de
vitesse u perpendiculaire à la surface du liquide et telle que la force
vive correspondante ajoutée à celle que possédait la molécule avant
le choc, grâce à sa composante de vitesse u^, soit au moins égale
au travail nécessaire pour traverser la couche qui sépare le liquide
du gaz. Cette condition s'exprime par la formule :
M A. Schidlof et A. Karpowicz. C. R. 1914. t. 158, p. 1992.
^) A. Targonski. Soc. suisse de Phys. Genève. 14 sept. 1915.
•'') G. Jâger. Dnides Ann. 1913, 11, p. 1077.
SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE 505
OÙ :
a = -jT ' ^^^
m étant la masse d'une molécule du gaz, m^ celle d'une molécule
de mercure, E l'équivalent mécanique de la chaleur, X la chaleur
latente de vaporisation du mercure, a^ la masse moléculaire de ce
corps et N le nombre d'Avog-adro.
Le nombre des molécules de mercure satisfaisant à la condition
énoncée est :
I I g '/.' '^''tiu^ du dui , (3)
N^ étant le nombre de molécules contenues dans l'unité de volume
du g-az, a la vitesse probable des molécules du g-az, a, celle des
molécules de mercure. L'intég-rale doit être étendue au domaine
défini par l'inég-alité (IV
En effectuant le calcul, et en introduisant dans le résultat le
carré moven des vitesses moléculaires du gaz que nous désignerons
par c", on trouve :
NiC -„
V = —^=z e a . (4)
VGtt
Les V molécules de mercure, chassées de l'unité de surface
pendant l'unité de temps, sont remplacées par un nombre ég-al de
molécules gazeuses de masse moléculaire |x. Il en résulte une
variation de la masse du liquide qui, rapportée à l'unité de sur-
face, est :
dm c(,Mi — /<)
^i y 1671 Y
(5)
V étant le volume moléculaire du gaz.
La formule (5) permet un calcul approximatif de —j- . Toutes
les quantités qui y entrent sont connues avec beaucoup de préci-
sion, sauf la chaleur latente de vaporisation du mercure à la tem-
pérature des expériences. Pour celle-ci nous avons adopté, après
une révision des données thermodynamiques du mercure la valeur
X = 70 — à 293° abs.
On trouve alors pour la vitesse de volatilisation d'une goutte de
mercure dans l'air :
-TT = 8 X 10 — 5
at cm" sec.
506 SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE
Ce résultat s'accorde, quant à l'ordre de j>randeur, avec les plus
grandes vitesses de volatilisation observées par M. Taroonski :
11 est évident que la volatilisation ne peut continuer indéfini-
ment. On ne peut douter que dans un récipient fermé contenant
du mercure en présence d'un g-az quelconque s'établit finalement
l'état stationnaire obéissant aux lois thermodynamiques connues.
Du reste l'effet supposé, en remplaçant la couche superficielle de
mercure par une couche de gaz comprimé sous l'influence de la
pression interne très considérable du mercure, doit nécessairement
aboutir à un état d'équilibre où le bombardement moléculaire ne
fait qu'échang-er des molécules de même espèce. Cela ne peut évi-
demment produire aucune variation de masse, du moins en ce qui
concerne des gouttes immobiles.
Les conditions changent si les gouttes sont maintenues en mou-
vement (mouvement de chute et d'ascension ou mouvement brow-
nienj car alors la couche de protection qui tend à se former est
constamment détruite par l'ag-itation de la g-outte. Cependant la
vitesse limite ne doit être observable que dans des conditions
exceptionnelles.
Encore cette conséquence de la théorie s'accorde avec les résul-
tats obtenus par M. Targonski. Pour la même raison, il est diffi-
cile de soumettre la formule (5) à une vérification quantitative. Il
faudrait opérer sur des gouttes dépourvues de toute couche de pro-
tection ; mais puisque cette couche semble pouvoir être détruite
par un mouvement violent de la goutte, nous croyons possible de
réaliser cette condition, approximativement du moins, en augmen-
tant la pression de pulvérisation.
M. Targonski a entrepris une série d'expériences qui semblent
favorables à la théorie exposée.
A. ScHmLOF et A. Targonski (Genève). — Mouvement brow-
nien des particules d'huile, d'étain et de cadmium dans diffé-
rents gaz et à diverses pressions.
Des expériences antérieui'es avaient montré que l'observation du
mouvement brownien des particules de mercure amalg-amé et des
particules métalliques pulvérisées dans l'arc voltaïque fournit des
valeurs d'autant plus petites de la charge élémentaire que la parti-
cule est plus grande. Cette constatation avait conduit l'un de nous
à la supposition que la théorie d'Einstein ne s'applique peut-être
qu'au cas où les duiiensions de la particule sont petites en compa-
raison du libre parcours moyen des molécules du gaz ambiant (\).
Pour étudier de plus prés cette question nous nous sommes pro-
'i A. Targonski, C. B., 1915. t. 161, p. 778.
SOCIÉTÉ SUISSE DE PHYSIQUE 507
posé d'expérimenter en premier lieu sur des corpuscules de forme
sphérique et de densité bien déterminée. Des g-outtes d'huile d'olive
satisfont à ces conditions. Nous en avons observé le mouvemeni
brownien dans l'air à la pression ordinaire et à une pression voi-
sine de 0,05 atmosphères.
On sait que pour calculer la charge d'une particule, d'après les
données tirées de l'étude du mouvement brownien, on utilise des
formules qui ne font intervenir explicitement ni la forme ni la
densité des particules. Soit \^ le carré moyen du déplacement
brownien dans 1 seconde (calculé d'après les écarts statistiques
des durées de chute), N le nombre d'Avogadro (6,0G X 10-^), R
la constante des g-az parfaits, T la température absolue, on obtient
la mobilité B du petit corps par la formule d'Einstein (1). D'autre
part en désignant par v^ la vitesse moyenne de chute, par v^ la
vitesse moyenne d'ascension dans un champ électrique d'intensité
F, par n le nombre des charges élémentaires {e) portées par la
particule, on a une seconde formule (2) qui. combinée avec la pre-
mière, permet le calcul de e.
(1) B = -^,A-'; (2) -
2RT ' Vi + V.
La seule supposition qui intervienne dans l'emploi simultané
de ces deux formules est celle-ci : La mobilité B définie par la
formule statistique (1) doit avoir la même valeur que celle qui
entre dans la formule (2) tirée de la dynamique des fluides.
Ceci n'aura lieu vraisemblablement que si la particule présente une
forme sphérique, parce que dans ce cas seul la valeur de B ne
dépend pas de l'orientation de la particule.
En ce qui concerne la précision des observations statistiques,
un calcul récent de M. E. Schrôdinger(^) montre que l'écart pro-
bable de la moyenne (Ae) ne dépend que du nombre des observa-
tions suivant la formule :
e V m
Dans le tableau suivant nous avons réuni les résultats des obser-
vations portant non seulement sur des gouttes d'huile mais aussi
sur des particules d'étain obtenues par pulvérisation mécanique du
métal fondu dans une atmosphère d'azote et sur des particules de
cadmium produites par l'ébullition du cadmium tantôt dans de
l'hydrogène pur, tantôt dans de l'hydrosTène renfermant un peu
d'air. Les écarts \e ont été calculés en supposant exacte la valeur
') E. Schrôdinger. Phys. Zeitschr., 1915, 16. p. 289.
508
SOCIETE SUISSE DE PHYSIQUE
de la charg-e élémentaire qui a été trouvée par M. Millikan (^)
d'après une méthode très précise :
e = 4,,né X lO"''' unités électrostat.
TABLEAU -
CORPS
Nombre
des partie,
observées
Nombre 10"e
desobserv. Unités
771 électrost.
le
le
V^
Rayon
apparent
10'o(cm.)
Huile, i
press.ordin. |
Huile, )
press. réd. /
Etain j
Cadmium i
47
15
9
1380
5.05
0.27
+ 5,77o
±3,7Vo
365
4.18
0.59
-12,57o
±7,4Vo
721
4.31
0.46
- 9,5»/o
±5,30/0
523
4.91
0.14
+ 2,9-0
±6,270
2 à7
3 à6
envir. 3
envir. 5
La moyenne g-énérale résultant de 2989 observations est:
e = 4,765 X 10""*° unités électrostat.
Cette valeur ne s'écarte que de 0,2 7o ^^ nombre de Millikan,
tandis que l'erreur probable (d'après Schrôding-er) est de + 2,6 *'/o.
Parmi les différents corpuscules ultramicroscopiques étudiés,
les gouttes d'huile seules doivent avoir une forme sphérique. On
peut d'ailleurs se rendre compte, dans une certaine mesure de la
forme d'une particule ultramicroscopique charg-ée, en calculant sa
densité au moyen de la loi de Stokes-Cunning-ham (3) qui implique
la supposition d'une forme sphérique. En désignant par a le
« rayon apparent » de la particule, par tj le coefficient de viscosité
et par l le chemin moyen des molécules du gaz, par Cf l'accéléra-
tion de la pesanteur, on peut tirer la « densité apparente » a des
formules (3) et (4).
(3) B =
1 + 0,87 l/a
iijirja
(4)
St'i
AnBa^g
En ce qui concerne les particules d'étain on a pu ainsi se rendre
compte que celles-ci se divisent en deu.x catégories. En présence
M R. A. Millikan, Phys. Rev., 1913, 2, p. 109.
-) Les chiffres indiqués dans ce tableau ont été calculés en attribuant
aux résultats obtenus pour chaque particule individuelle un poids pro-
portionnel au nombre des observations. Un mode de culcul plus correct
conduit à des nombres quelque peu différents qui seront publiés et dis-
cutés ultérieurement.
SOCIÉTÉ SUISSE UE PHYSIQUE 509
de traces il'air ou d'humidité on a oblemi des particules de densité
apparente 0,8 (22 particules); la pulvérisation dans l'azote pur
fournit des particules d'une densité apparente 1,6 (16 particules^,
à condition qu'on refroidisse brusquement le métal pulvérisé. En
ralentissant le refroidissement on peut obtenir des densités appa-
rentes plus élevées et allant jusqu'à la limite 4,2 (celle de l'étain
pur est 7j. On a observé 24 de ces particules de plus g-rande den-
sité apparente. Les densités apparentes des particules de cadmium
varient entre les limites de 0,15 et 0,75. Toutes ces densités sont
incontestablement trop faibles pour pouvoir être considérées comme
réelles. La forme de ces corps s'écarte donc certainement beaucoup
de la forme sphérique, mais il semble que, pour des conditions
iléterminées de production, les particules présentent entre elles une
sindiitude de forme qui se manifeste par l'ég-alité des densités appa-
rentes. En pulvérisant de l'étain et en ralentissant le refroidisse-
ment on a réussi quelquefois à obtenir des particules presque
sphériques.
L'observation du mouvement brownien de toutes ces particules
conduit à des chiffres concordants pour la charg-e de l'électron, à
l'opposé de ce qui a été constaté pour des particules de mercure
amalgamé et pour celles qui ont été produites dans l'arc voltaïque.
Notons du reste que celles-ci fournissent des « densités apparen-
tes » variant irrég-uliérement dans des limites bien plus étendues;
leur forme est donc probablement moins régulière que celle des
particules d'étain et de cadmium étudiées dans les présentes recher-
ches.
De l'ensemble de ces expériences résultent les conclusions sui-
vantes :
i° La théorie d'Einstein du mouvement brownien s'applique
aujc particules sphériques (sphérules d'huile) sans restric-
tions.
2° Elle s'applique de même, du moins approximativement,
à des particules non sphériques de J or me pas trop irrégulière
(particules d'étain et de cadmium) quel que soit le milieu
gazeux.
3° La valeur de la charge élémentaire des ions gazeux,
déduite de l'étude du mouvement brownien dans les gaz, con-
corde avec le nombre obtenu d'après d'autres méthodes plus
précises.
Archives, t. .\LI. — Juin 1916. 35
COMPTE RENDU DES SÉANCES
SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE
DE GENEVE
Séance du 16 mars I9i6.
R. Chodat. Questions modernes de génétique.
R. Chodai. — Questions modernes de génétique.
Le conférencier fait un exposé de l'état actuel de la g-énétique
ou science de l'hérédité. Il passe en revue les procédés de la sélec-
tion à partir de la spore ou de la semeuse unique ce qui réduit à
néant la prétendue polyniorphie de beaucoup d'espèces réputées
très variables. Il montre ensuite à partir de quelques shemas sim-
ples, l'application de la théorie des facteurs (Mendelisme) et de
leurs combinaisons ou de leur ségrég-ations à la définition de
de l'hérédité. Il expose aussi quelques cas plus compliqués par
le fait du phénomène de répulsion ou d'accolement des facteurs,
puis il explique l'hérédité unilatérale soit par l'association de
facteurs avec le plasma soit par l'association des g-ènes avec les
noyaux sexuellement différents. Enfin il cite quelques cas de
mutation et combat que certains sont dus au fait que le matériel
d'expérience est génétiquement impur et que pour des causes incon-
nues il y a brusque départ du style.
Sa conclusion est que ces recherches ne peuvent être faites qu'à
partir des lig-nes pures et que le seul moyen certain dobtenir des
nouveautés est dans l'application des méthodes numériques et
qualitatives mendeliennes. Au surplus le champ à défricher est
indéfini.
M. Arnold Pictet sig-nale à ce propos quelques-unes de ses
expériences avec des lépidoptères et des cobayes, dont les résultats
sont une confirmation de la loi Mendel.
SOCIÉTÉ DE PHY8IQU10, KTC. 511
Séance du 6 avril
A. Schidlof et A. 'J'argonski. Mouvemeut brownien des particules d'huile,
d'étain et de cadmium daus l'air à la pression ordinaire et sous pression
réduite, dans l'azote et dans l'hydrogène. — Frédéric Reverdiii et
J. Lokietek. Sur la m-phenéiidiue.
A. Schidlof et A. Targonski. — Mouoement brownien des
[)articules d'huile, d'étain et de cadmium dans l'air à la
pression ordinaire et sous pression réduite, dans l'azote et
dans l'hydrogène. (Voir compte rendu de la Société suisse de
physique, Archives, XLI, p. 506.)
Frédéric Reverdin et J. Lokietek. — Sur la m-phénétidine.
La in-phénétidine a été peu étudiée jusqu'à présent. Sa matière
première, le m-aminophénol, étant devenu un produit technique,
connu sous le nom de « fuscamine », d'un emploi assez considé-
rable dans la teinture et par conséquent facilement accessible, une
étude plus complète de cette base pouvait présenter un intérêt pra-
ti({ue.
[jps auteurs ont effectué la préparation de la m-phénétidine en
i'aisant réag-ir le bromure d'éthyle sur l'acétyl-m-aminophénol en
présence d'une solution alcoolique de soude caustique, puis en
saponifiant par l'acide clilorhydrique étendu le produit de la réac-
tion. L'étude de divers sels et des dérivés acylés, méthylés, élhylés,
etc., ont permis de caractériser la base d'une manière plus com-
plète.
Reverdin et Lokietek ont préparé ég-alement quelques matières
colorantes de la m-phénétidine en copulant son dérivé diazoique
avec l'acide salicylique, le j3 naphtol, l'acide naphtionique. la
lésorcine, etc. et ils ont obtenu des colorants teignant la laine on
jaune, roug'e ou brun.
Dans le but de continuel- les expériences sur la nitration des
dérivés des aminophénols, entreprises autrefois par Reverdin et
continuées avec divers collaborateurs, les auteurs ont étudié plus
particulièrement la nitration de l'acétyl-m-phénétidine.
Ces recherches présentaient spécialement un intérêt théorique,
car les seules nitro m-phénétidines décrites jusqu'à présent par
d'autres auteurs ont été préparées par voie indirecte. Ce n'est, en
effet, qu'en multipliant les expériences que l'on peut arriver à
contrôler l'e.vactitude des règ^les g"énéralement admises sur la (en-
Ôl2 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
dance qu'ont les groupes «nitro» à occuper telle ou telle position
dans la molécule.
La nitration de l'acétyl-m-phénétidine se passe, dans ses gran-
des lig-nes, conformément aux prévisions. Elle fournit, comme
produits principaux, des dérivés mononitrés en 4 et en 6 et un
dérivé dinitré en 4-6, c'est-à-dire que ce sont les positions «ortho»
et «para» relativement au groupe «amino» qui sont occupées de
préférence.
Les produits obtenus sont facilement saponifiables par l'acide
chlorhydrique ou par l'acide sulfurique pour donner les bases
correspondantes; il faut noter que dans le dérivé dinitré le groupe
«éthoxj» paraît très instable, quoiqu'il ne soit voisin que d'un
seul groupe « nitro ». En effet, si l'on chauffe comme d'habitude,
la solution sulfurique du dérivé dinitré à la température du bain-
marie, il se transforme en partie, par élimination simultanée de
«l'acétyle» et de « l'étlnde » en dinitro-m-aminophénol correspon-
dant; la saponification à l'acétyle seul s'accomplit déjà à la tem-
pérature ordinaire d'une manière assez rapide.
La constitution de la mononitro-4-acétyl-m-phénétidine a été éta-
blie par la transformation de ce produit en nitro-4-acétyl-m-
aminophénol connu et de constitution bien déterminée; la mono-
nitro-6-m-phénéditine a fourni par décomposition de son dérivé
diazoi'que un éther éthylique de la mononitro-6-résorcine ég'ale-
ment connu et enfin la constitution de la dinitro-4-6-acétyl-m-
phénétidine découle des deux faits suivants: 1» les deux dérivés
mononitrés, dont il a été question précédemment, donnent par
une seconde nitration un seul et même produit identique à ce
dérivé dinitré, et 2" par élimination du g-roupe «éthyle» il y a
formation du dinitro-4-6-acétyl-m-aminophénol connu.
M. Reverdin continue, avec la collaboration de M. Rilliet,
l'étude des dérivés de la m-phénétidine.
Séance du 4 mai
Prof. A. Monnier. Sur la formation et la composition des terres des marais
de Covei'v, commune de Meinier. — L. Duparc et A. Grosset. Sur les
nouveaux gîtes platinifères de la Ronda (Andalousie). — A. Schidlof et
A. Targonski. Preuve de l'identité des charges des ions gazeux et élec-
trochimiques basée uniquement sur la loi des écarts.
Prof. A. Monnier. — Sur la formation et la composition des
terres des marais de Covery, commune de Meinier.
Ayant eu à suivre des travaux de drainag-e exécutés dans la
commune de Meinier, j'ai constaté la présence, à Covery, d'uns
ET D HISTOIRE NATURELLE DE GENEVE
513
formation de tourhe infra aquatique, clans des conditions particu-
lièrement favorables à l'étude de ce g-enre de terres.
La surface du marais lie Coverv est de 6 hectares et celle des
mai-ais à assainir dans la région de Meinier-Choulex, d'environ 100
hectares. Gela représente pour notre canton, une superficie relati-
vement considérable qui sera prochainement rendue à l'agricul-
ture.
Il j avait un intérêt réel à entreprendre une étude approfondie
sur la formation et la composition de ces terres de marais, en vue
de déterminer leur deg-ré de fertilité et d'examiner les améliora-
tions à y apporter par les travaux aratoires et par l'emploi ration-
nel des eng-rais et des amendements.
Les formations que j'ai rencontrées lors de la prise d'échantil-
lons m ont paru offrir un certain intérêt au point de vue g-éolog-i-
que, et je me suis adressé à MM. Joukowskv et Favre, qui m'ont
donné, à ce sujet, quelques indications sur les terrains qui sup-
portent la couche de tourbe.
Ces terrains sont formés par une série de dépôts lacustres com-
prenant, à la base, une arg-ile grise dont l'épaisseur variable peut
dépasser un mètre. A cet argile succède, sans transition une craie
lacustre blanche, sur laquelle repose directement la tourbe. L'ar-
gile grise repose, par l'intermédiaire d'une couche graveleuse,
sur une argile glaciaire grise à cailloux alpins. Les cailloux sont
roulés et on n'y a pas constaté de cailloux striés.
L'argile lacustre contient une seule espèce de mollusque (Pisi-
diuni) très peu abondante. La craie blanche contient par contre,
dans sa partie supérieure de nombreux mollusques (Succinea,
Limnea, Physa, Planorbis, Bythinla, Valvrata, Spaerium,
Pisidiam). Cette craie semble être un dépôt chimique produit
par évaporation. Elle est dune extrême finesse et possède un pou-
voir d'ind)ibition considérable. Saturée d'eau elle forme une
masse plastique et visqueuse peu perméable qui se délite à l'air
par dessiccation et tombe en poussière. Ces formations sont dépour-
vues d'acide phosphorique. La composition est la suivante :
Argile grise
Argile 51 7o
Sable siliceux fin ... . 21 "/o
Calcaire 28 7o
Craie lacustre
Argile 3.127o
Carbonate de chaux . . . 91.157o
» de magnésie . 1.25''/o
Oxydes de fer et d'alumin. 2.597o
Acide phosphorique. . . traces
Matières organiques . . . 1.907o
Sur la craie et sans transition, repose une couche dune tourbe
infra aquatique d'une épaisseur variant de 40 à 80 centimètres,
514 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
totalement dénuée de calcaire. On y disting'iie nettement deux
couches :
La partie superficielle, très meuble, à ^rain relativement g-ros,
présente une g-rande faculté d'évaporation et ne se laisse plus
humidifier après dessiccation.
La couche inférieure est constituée par une arjsrile humifère, très
riche en acides humiques, formant une masse compacte et imper-
méable.
Cette disposition, anormale en apparence, s'explique par la
propriété des colloïdes de traverser les filtres, tandis qu'ils se
coag-ulent en présence du bicarbonate de chaux en dissolution
dans les eaux d'infiltration, condition qui se trouve réalisée au
contact de la craie lacustre sur laquelle repose la tourbe.
Composition de la terre tourbeuse
Couche inférieure Conche superficielle
Matières combustibles . 34 . 6 % 63 . 7 "/«
» minérales ... 65.4 "/<> 36 . 3 °/o
Calcaire 0-0 % 0-0 7o
100.070 100.070
Au point de vue agroloscique, cette terre, d'une grande richesse
en humus et en azote org-anique, présente une faible fertilité
naturelle due surtout à l'absence de calcaire, élément constitutif
des terres arables qui est indispensable, d'une part pour maintenir
l'ameublissement du sol, d'autre part pour permettre les phéno-
mènes de nutrification.
Les essais pratiques que nous avons effectués ont démontré que
l'on peut améliorer cette terre en y mélang-eant une petite propor-
tion de la couche sous-jacente de craie. L'addition de scories de
déphosphoration a ég-alement donné de bons résultats, peut-être
dûs à la facile solubilité de l'acide phosphorique et à la présence
d'une forte proportion de chaux.
L'addition d'engrais potassiques a donné de très bons résultats.
L. DuPARC et A. Grosset. — Sur les nouveaux gîtes platini-
fères de la Ronda (Andalousie).
M. Duparc, en son nom et en celui de M. Grosset. communique
les résultats des deux visites successives qu'ils ont faites aux g-îtes
platiniféres de la Ronda, en Andalousie.
Ce jï-îte primaire est constitué ici par d'énormes boutonnières
de hartzburzites qui percent au milieu des c^neiss et des .schistes
cambriens. La plus grande, celle de la Sierra de Bermeju mesure
plus de iO kil. de long-ueursur Iridn larg-e, il existe encore quatre
ET d'histoire naturelle DE GENÈVE 515
autres boutonnières d'importance secondaire. La hartzburzite est
formée de pyroxène rhombique, d'olivine prédominante et de
spinelies bruns. L'adjonction de pyroxène monochronique le fait
passer aux Iherzoiites ; la disparition de l'enstatite à la dunite ;
dans ce cas on voit apparaître un peu de chromite avec les spinelies.
Il n'y a jamais de g-randes masses de dunites franches encastrées
dans les harlzburzites, mais de simples passag-es latéraux. Le g-îte
s'écarte complètement du type classique de l'Oural, la double
ceinture pyroxénitique et g-abbroïque fait défaut, et le gisement de
la Ronda rappelle trait pour trait celui de Krebet-Salatin dans
l'Oural du Nord, découvert en 1907 par M. Duparc. Les cours
d'eau platinifères de la Ronda diffèrent aussi totalement de ceux
de l'Oural, soit par leur disposition, soit par les alluvions. Les
couches classiques de tourbe, retchnikis, et peskis riches de
l'Oural font ici défaut, et le platine paraît assez règ-ulièrement
distribué dans toute l'épaisseur de la couche alluviale qui semble
récente. Le platine est assez fortement roulé, présente certaines
impressions analogues à celles que l'on voit sur les platines des
pyroxénites et est en partie attirable à l'aimant (^22 '^/o). 11 com-
prend tous les éléments des platines de l'Oural, osmium, iridium,
palladium, etc.
A. ScHiDLOF et A. Targo.nski. — Preuve de /'identité des
ckarges des ions gazeux et électrochi/niques basée uniquement
sur la loi des écarts.
Dans une coinmunication récente (^^) nous avons montré que
l'observation du mouvement brownien dans un gaz conduit à une
valeur de la charge des ions gazeux qui s'accorde avec la valeur
obtenue d'après d'autres méthodes plus précises. Nous avons
reconnu depuis lors que la démonstration de ce fait peut-être mise
sous une forme plus saisissante si l'on utilise d'une autre façon les
résultats numériques des expériences.
On observe, comme Ton sait, le mouvement brownien des par-
ticules ultramicroscopiques en notant les (.lifférentes durées t^ qui
s'écoulent pendant qu'une même particule parcourt, sous l'in-
fluence d'une Force constante, toujours le même trajet de longueur
L. Si l'on efl'ectue un assez grand nombre de déterminations, la
moyenne arithmétique t des durées observées sera sensiblement
égale à la durée du parcours qu'on observerait si la particule
n'était pas soumise aux fluctuations statistiques du mouvement
■ .,,.., . fi-~t
brownien. La répartition des quantités ^^-^ pour une même par-
V ^t
') C. B. de la Soc. de Phys. Séance du 6 avril 1916.
516 SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE
ticule, observée dans des conditions invariables, doit obéir à la
loi établie par M. E. Schrôding-er (^).
Dèsij^nons par t la durée moyenne de chute de la particule, par l'
sa durée moyenne d'ascension dans un champ électrique uniforme.
Ce champ est établi, sous l'influence d'une différence de potentiel
V volts, entre les deux plateaux d'un condensateur plan dont la
distance est d. Soit en outre n le nombre des charja;-es élémentai-
res que porte le petit corps, R la constante des gaz parfaits, T la
température absolue à laquelle se font les observations, N le nom-
bre d'Avo^adro et X^ le carré moyen du déplacement brownien
par seconde; on a les formules :
, 300d/L L\ 2RT -, „ tt, 1 L- -^ ^*' ~ *^'
(1) ^17^- + - =^r- A-' , (2) A-=-^y
m représente le nombre des observations faites avec une même
particule, le trajet L restant constant. Le nombre m est ordinaire-
ment trop restreint pour permettre l'application des lois des
)3;Tands nombres, mais l'ensemble des résultats obtenus avec des
particules quelconques dans n'importe quel g-az et à n'importe
quelle pression obéit à la même loi de répartition si l'on considère
la quantité :
t
V'
On peut calculer le carré moyen de cette quantité x d'après
la loi de Gauss, en ce sens que le nombre moyen |jl des observa-
tions pour lesquelles x est compris entre certaines limites -{- x^
et -|- Xj est exprimé par l'intégrale : {^)
(3) .^^ / U'Yn t,-]
V *(« + t') i/t,
M
(4) /u = — -^ je «' da: ,
ixVJ
M étant le nombre total des observations et a une constante
proportionnelle à la racine carrée du carré moyen de x :
(5) a = /2P .
On voit du reste facilement en utilisant les formules (1) (2) et
(3) qu'on doit avoir :
— 600RT d
(6) ^ ^- = -^^ .
*) Phys. Zeitschr., 16, 1915, p. 289.
-) La démonstration complète du mode de calcul sera donnée ulté-
rieurement. La formule (4) n'est qu'une formule approchée, mais suffi-
samment précise vu les conditions de nos expériences.
ET D HISTOIRE NATURELLE DE GENEVE
517
Or si toutes les charges portées par les 'lifférentes particu-
les sont vraiment des multiples entiers d'une charge élémen-
taire unique e on doit avoir
Ne = E = 2,895 X 10'* unités électrostat. ,
E étant la charge de l'ion électrolytique monovalent.
La « valeur probable » de x doit donc être d'après l'hypothèse
énoncée ci-dessus :
(7)
Tj = 0,6745
v/^
600RT d
E
Les seules grandeurs dépendant des conditions expérimentales
qui entrent dans cette formule sont : la distance des plateaux du
condensateur d (dans nos expériences 0,5 cm) et la température
absolue T. La première de ces quantités est connue avec une pré-
cision de 0,2''/oau moins, la seconde peut être supposée constante,
dans nos expériences, à 1 ou 2 Vo près. Nous avons calculé yj en
prenant: R = 8,32 X iO'; T = 293°, ce qui fournit
rj = 0,1072 .
Voici maintenant un tableau permettant de comparer les répar-
titions théoriques et observées pour l'ensemble des 2989 observa-
tions (particules d'huile, d'étain et de cadmium") sig-nalées dans
notre précédente communication.
X
r*calo
"moy
0,56
439,2
416
1,12
381,9
396,5
1,68
288,2
268
2,24
188,9
202
2,80
107,8
104,5
3,36
53,2
66
3,92
23,0
23,5
4,48
8,5
12
5,04
2,9
2
L'accord obtenu est très bon si l'on tient compte des difficultés
expérimentales, des variations inévitables de la température et de
la précision limitée des mesures. Cette nouvelle vérification basée
uniquement sur la loi des écarts confirme donc pleinement les
conclusions présentées dans notre communication précédente.
Elle nous semble fournir une preuve en quelque sorte objective
et particulièrement concluante de l'identité absolue des charges
des ions irazeux et élecliucliimicjiips.
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32. Kohler (Fernand). Harnsâurebestimmung'en in normalen
und patholog-ischen Faces mit Hilfe einer neuen kolorime-
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Lab. der Univ. — Berichte 49. 370.
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OBSERVATIO.NS VIETÉOHO LOGIQUES
L'OBSERVATOIRE DE GEMÏYE
PKNI>AN'r I-E MOIS
DE MAI 1916
Le 1, pluie de 7 h. à 9 h. 2U, de 10 h. ;<!0 à U h. 30 du matin, de 9 h. 15 à 10 h. du
soir et dans la nuit.
3, rosée matin et soir.
4, rosée le matin : brise du lac de 8 h. du matin à 6 h. du soir.
5, pluie de 3 h. lU à 6 h. du soir et dans la nuit : vent violent à 4 h. du soir.
6, pluie de 7 h. k 9 h. du matin, de 2 h. 50 à. 4 h. "20 du soir et dans la nuit;
orage à 2 h. 45; grêle à 2 h. 55 : arc-en-ciel à 3 h. 50 du soir.
7, pluie de 6 h. 15 à 10 h. du soir et dans la nuit ; neige sur les montagnes envi-
ronnantes.
8, pluie de 7 h. à 9 h. 50 du matm ; averse mêlée de grêle à 11 h. 45.
9, ro^ée le matin: pluie dans la nuit. — Halos solaires très remarquables de
10 h. 30 du matin à 3 h. de l'après-midi i temps légal). Voile de cirro-stratus
avec quelques cirrus. — A lU h. 45, halo intense coloré de 22° de rayon
intérieur; quelques traces du halo coloré de 46° de rayon, près de l'horizon
au S.-E. ; cercle blanc tangent au cercle coloré au nord. — A 11 h. 15,
même situation pour les halos colorés: cercle blanc coupant le halo de 22°,
mais ne passant pas parle soleil. — A 11 h. 45 et jusqu'après midi, le cercle
blanc passe par le soleil et est très intense: c'est le cercle horizontal
ordinaire : il a environ 35° de rayon, vu la hauteur du soleil vers midi dans
cette saison. — 11 est possible que le cercle blanc se soit graduellement
déplacé, mais il n'a pas été possible de suivre constamment le phénomène
et l'on n'a noté que les étapes successives. — Certains observateurs ont
constaté d'autres arcs de cercle et des traces de parhélies. — Aptes midi, le
phénomène s'est graduellement atîaibli. Le halo principal (22°) était encore
visible vers 3 h., mais avait perdu sti coloration ; il était blanchâtre.
11, halo lunaire à 9 h. du soir.
13, vent fort à 1 h. : pluie de 3 h. 50 à 10 h. du soir et dans la nuit.
15, pluie de 2 h. 40 à 9 h. 10 du soir et dans la nuit,
les 16, 17 et 18, brise du lac de 10 h. du matin ii 7 h. du soir.
19, et 20, très forte bise toute la journée,
le 22, orages à 3 h. 40 et 4 h. 35: nombreux éclairs dans la soirée.
23, brise du lac de 11 h. du matin à 7 h. du soir.
24, halo solaire à, 10 h. du matin: brise du lac de lO h. du matin k 2 h. du soir:
violent coup de vent, orage et pluie k 4 h. 40 du soir.
26y pluie de 7 h. 30 du matin k 2 h. 30, d»- 8 h. k 10 h. du soir et dans la nuit.
27, pluie dé 7 h. k 8 h. et de 9 h. k 10 h. du matin.
28, halo solaire k midi.
29, halo solaire k 1 h. du soir.
31, forte bise toute la journée. I^a dernière taelie de nelj;e a dispain sur
le Salève
.Archives, t. .\[.I. — Juin 1910. 36
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528
MOYENNES DE GENÈVE
MAI 1916
Correction pour réduire la pression atniosphérl<|ue de Oeneve A la
pe»ianteur uoriitnle : | -t)î2 - Celte con-eclion uVsl pas rii)j)liqiiée d:tns
les tableaux.
FresMlon atiiiospliérl<|ne : 700""" {-
1 h. m. 4 11. m. 7 h. m. 1" h. m. 1 h. s. 4 li. 6. 7 li. b. 10 li. s. Moyennes
l'"déc
23 18
23.01
2328
23.21
2255
2240
2263
23 67
22.99
2' »
-28.92
2891
29 29
29.24
2869
28 32
2846
21^.20
28 88
3« »
"26.04
2584
26.02
2627
25 79
25.35
25.46
26 05
25.85
Mois 26 05 25.
26 19 26 24 25 69 2535 25-52 26.30
2591
Teiupémiure.
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l-dé.3. +9 78 +8.56 H0.40 +13 64 416.01 +15-42 +13-70 +11-90 +12-43
2' » 949 8-39 12.05 15 43 17.72 18-27 15-91 13-25 1381
3» » 12-16 10-94 13-93 15-89 18-45 1875 17 02 14-79 15-24
Mois +10 53 19-3-1 +12 18 +13-02 +1743 +17-52 +15 59 +13 36 +13-87
Mois
83
Fraction de Maturation en "/o-
l" déra.ie 86
88
83
68
57
57
67
77
73
2' » 84
89
76
59
49
46
60
71
67
30 » 79
84
76
65
57
57
63
75
69
87
78
64
54
Dans ce mois l'air a été câline 32 fois sur 1000
Le rap|ioi-i des vents
NNK
ssw"
1^1
53
= 194
53
63
74
70
Moyennes des 8 observations
(7S 1% 9")
mm
Pression Hiiiiospliériqiie 26 OU
Nébulosité ^ . 5.7
( ^ + M-9 .. +14». 42
) 3
lempérature <
) 7 4-1+2X9 . +140.23
1 4
Fraction de saturation 68 "In
Valeurs normales du mois pour les
éléments météorologriqaes, d'après
Plantamonr :
Press, alinosphér. . (1836-1875).
Nébulosité (1847-1875).
Hauteur de pluie. . (1826-1875).
Nombre de jours de pluie, (id.).
Température moyenue . . . (id.). +13".20
Fraction de saturât. (1849-1875). 70 7c
mm
25.24
5.8
79.2
12
529
Observations météorologiques faites dans le canton de Genève
Résultats des observations pluviométriques
Station
CÉ1.1GHY
COLLKX
CIIAmiKSY
68.3
CUlTStUNK
SATIGMY
ATHENAZ
COMI'KSléltgS
Hauteur d'eau
en mm.
73.0
70.1
67.0
57.9
62.7
77.5
Station
VKYRIBK
OBSERVATOIRE
COLOGNY
PDPLINGB
JOSSY
HKRIItNCI
Hauteur d'eau
en min.
68.8
7(
3-7
69.7
72.7
100.0
71 3
Insolation k Jiissy : ? h.
OBSEUVATIONS MÉTÉOHOLOC.IOUES
FAITES AU
GUAND SAINT-BEUNARD
PENDANT LE MOIS
DE MAI 1916
Les 1, 4, 5, 6, 7, 13, 15 et 27. neige.
22, 24. 26, 29 et 30, pluie.
1, 3y 4, 7, 8, 10, 11, 13, 14, 15, 16, 18. 25, 26 et 30, brouillard une partie de
la journée,
le 28. brouillard toute la journée,
les 4, 5, 6, 25, 26 et 29, vent très fort.
le 15, foiip bise.
Neige
Hautenr
(24 h.)
• • . CO ITÎ o» ■£) r-l • '>l ^ . . . .
OS
Pluie
Hauteur
(24 h.)
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Vent
7 h. 1 h. 9 h. Dominant
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532
MOYENNES DU GRAND SAINT-BERNARD
MAI 1916
Correction pour rédalre la pression atmosphérique du Grand Salut*
Bernard A la pesanteur normale : — 0"'"'.22. — Cette correction n'est pas
appliquée dans les tableaux.
Pression atmosphérique : 500""" -|- Fraction de saturation en "/o
7 11. m 1 11. R. 9 h. 8. Moyenne 7 h. m. 1 h. 8. H li. «. Moyenne
63".65 63'."Î5
«8.19 67 61
66 19 65 96
1"
décade
62.72
63.09
2'
»
66 94
67.70
3"
»
65.58
66.10
Mois
90
83
92
88
81
63
91
78
84
72
93
83
63 10 65 65 66.02 65.59
85
73
92
83
Température.
7 h. III. 1 II. s. ït II. fi
1" décade - 2*40 -\- 0°88 - 1^49
■Z' >. 4- i> ;W 5 45 + 1.17
3' » 4- 187 0.54 1.95
Mois
0.00
f 4.01
+ 059
7 + 1 + 9
Moy(
inné.
7 4^ 1 + 2 \ 9
3
- r.oo
+ 2.32
4
- 1°12
+ 2 03
3 12
2 83
+ 153
+ 1.30
Dans ce mois l'air a été c.iiiiie 323 lois sut iOOO
liB rapport des vent?
NK
27
71
0.38
Pluie et neige dans le Val d'Entremont
station
Maitigny-Ville
Orsières
Bonrg-St-Pieiie
St-Beriiar«i
Eau en millimètres
Neige en centimètres.. . .
f.5.2
81.4
134.8
24
121. 3
69
Arch. des Se. phys. et nat., janvier 1916, t. XLI.
PI. I.
Kig-. 1. — Le .Mont Escasu vu de San José (Costa-Rica)
Photographie faite sur plaque orthochromatique.
Fig. 2. — Même pliotographie laite eu lumière iufra-rouge
avec l'écraQ chrisoidine- vert de méthyle- vert naphtol.
BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE
ARCHIVES DES SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES
TABLE DKS MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TOME QUARANTE ET UNIÈME
(4»« PÉRIODE)
1916 — N»" 1 à 6
Pages
Note sur la théorie analytique des corps solides cotés, par
C. Cailler (suite) 5
Idem (suite et tin) 93
Les rayons corpusculaires du soleil qui pénètrent dans
l'atmosphère terrestre sont-ils négatifs ou positifs, par
K. Birkeland 22
Idem (suite et tin) 109
Des instruments aux molécules, par Albert Perriei' 38
Sur la m-phéuétidine et quelques-uns de ses dérivés, par
Frédéric Reverdin et J. Lokietek (Première partie) ... 48
Note sur uu écran filtrant l'infra-rouge depuis 8000 U. A.,
par Gustave Michaud et J. Fidel Tristan (Avec la pi. I). 53
Observations météorologiques faites aux fortifications de
Saint-Maurice pendant les mois de juin, juillet et août
1915 59
Idem, pendant les mois de septembre, octobre et no-
vembre 1915 226
534 TABLE DES MATIERES
Pages
Observations météorologiques faites aux fortifications de
Saint-Maurice pendant les mois de décembre 1915,
janvier et février 1916 479
Les propriétés du mercure pulvérisé mécaniquement et la
charge de l'électron, par A. SrJiidlofet A. Karpowicz. 125
Etude biologique de Melampsora Lini, par Alexandre
Buchheim 149
La question des sous-électrons et le mouvement brownien
dans les gaz, par A. TargonsM 181
Idem (suite) 269
Idem (suite et fin) 357
Essais de préparation de corps à chaîne fermée analogues
aux indazols au moyen des o-anisidines nitrées et bro-
monitrées, par E. Nœlting et F. Steimle 209
Modèle simplifié d'hygromètre à condensation, par Charles
Margot 222
Sur le frottement intérieur des fils de quartz aux basses
températures, par C.-E. Ouye et M. Einhorn-Bodze-
chowski 287
Idem (suite) 376
Idem (suite et tin) 457
Sur la nature chimique des ferments oxydants, par A.- W.
van der Haar 312
Quelques recherches sur le volcanisme. — Septième par-
tie (supplément) : Action de la vapeur d'eau à haute
température sur les roches éruptives, par Albert Brun. 401
Entropie générique et mélanges gazeux, par Edouard
Quillaume 445
Formation de bases pyridiques par condensation de cé-
tones et d'amides, par Atné Pidet et Pierre Stehelin. . . 469
Sur la présence du nickel dans le platine natif, par S. Pina
de Rubies . . 475
TABLE DES MATIÈRES 535
Compte rendu de la séance de la Société suisse de physique
du 6 mai 1916, à Berne
Pages
Ed. Guillaume. Entropie statistique et domaines élémentaires. —
Edg. Meyer. influence d'un champ magnétique transversal sur le
potentiel explosif. — A. Forster. a) Le développement des plaques
autochromes; b) Influence de la température sur la transparence
de corps solides à l'ultra violet. — A. Perrier. a) Nouveaux phé-
nomènes de polarisation spontanée : b) Sur la dépendance entre la
densité et la constante diélectrique. — M. Wolfke. Sur la théorie
des quanta. — F. v. Hauer. Sur la décroissance de la phosphores-
cence aux basses températures. — W. Schmid. Simplification des
mesures wattmétriques. — A.-L. Bernoulli. Essai d'interprétation
électrodynamique de la constante h de Planck avec application aux
raies en séries et à la viscosité des gaz. — S. Ratnowsky. L'en-
tropie des solides «t des gaz et le quantum universel d'action. —
Jean v. Weissenhoff. Application de l'hypothèse des quanta à des
systèmes en rotation et théorie du paramagnétisme. — P. Weiss
et M. Adler. Sur l'aimaniatiou des alliages de nickel et de cuivre.
— P. Gruner. Recherches spectro-photométriques sur la lumière
pourprée. — A. Schidlof. Sur les causes de la volatilité des
gouttes ultramicroscopiques de mercure. — A. Schidlof et Tar-
gonski. Mouvement brownien des particules d'huile, d'étain et de
cadmium dans différents gaz à diverses pressions 487
Compte rendu de la séance de la Société suisse de chimie
du 4 mars 1916, à Fribourg
Aftaires administratives. — F. Kehrmanu et R. Mellet. Sur une
nouvelle série de phosphotungstates. — Fr. Fichier. Nouvelle
explication de la formation électrolytique de l'urée. — E. Bri-
ner. Recherches sur l'eau régale. — J. V. Dubsky. Microanalyse
organique simplifiée. — J. Amann. Observations relatives à la
réaction d'Abderhalden. — J. PiccarJ. A propos de la preuve de
la constitution du benzène. — K. Schweizer. Contribution à
l'étude de la désamination. — J. V. Dubsky. Sur les 3,5-dicéto-
pipéraziues. — S. Reich. Sur les acides m-nitrobromociunami-
ques. — A. Bistrzycki et W. Schmutz. De l'action des 1,2-diamines
sur quelques Ipctones. — k. Bistrzycki et F. Kuba. Condensations
des ihiophénols et de leurs éthers .. 316
536 TABLE DES MATIÈRES
Compte rendu des séances de la Société de physique
et d'histoire naturelle de Genève
Pages
Séance du 4 novembre. — Ch.-Eug. Guye. Unités électroniques (Uo).
— Albert Brun. Les limites d'exactitude des analyses de silicates
compliqués. — J. Briquet. Sur quelques points delà morphologie
florale des Artemisia. — ■ J. Cari. Considérations générales sur la
faune des Phasmides de la Nouvelle Calédonie et des lies Loyalty. 6^0
Séance du 18 novembre. — G. Cailler. La probabilité des causes.. 73
Séance du 2 décembre. — R. Chodat. Sur l'isogamie, l'hétérogamie,
la conjugaison et la superfétation chez une algue verte. — C.-E.
Guye et M. Einhorn. Sur le frottement intérieur des tils de quartz
aux basses températures. — Eug. Bujard. Remarques sur le mo-
delage de la tète de l'embryon humain 155
Séance du 16 décembre. — Henri Lagotala. Première note au sujet
du fémur humain. — L Duparc. Carte géologique du district de
Nicolaï-Pawda. — R. Chodat et M. de Coulou. La luminescence
de deux bactéries. — J. Briquet. Carpologie comparée des Santo-
liues et des Achillées. — Le même. Organisation florale et carpo-
logie de l'Achillea fragrantissima (Forsk) Boiss 234
Séance générale annuelle du 20 janvier 1916. — Eiouard Clapa-
rède. Rapport sur l'activité de la Société pendant Tannée 1915. 245
Séance du 3 février. — Amé Pictet. L'action catalytique que cer-
tains chlorures métalliques exercent sur le pétrole. — Ph.-A.
Guye. La pyrogénation du pétrole en présence de divers cata-
lyseurs. — E. Briner. Les équilibres chimiques aux températures
et pressions très élevées. — C. Margot. Modèle simplitié d'hygro-
mètre à condensation. Ed. Sarasin et Th. Tomraasina. Consta-
tation de deux faits nouveaux dans l'étude de l'eSet Volta par
la radioactivité induite 245
Séance du 17 février. — Prof. Prévost. Expériences sur le cœur
de la grenouille. — Raoul Boissier. Le charriage des alluvions en
suspension dans l'eau de l'Arve. — L.-W. Collet. La prise d'échan-
tillons d'eau en profondeur dans les rivières. — A. Monnier. Une
réaction nouvelle des persulfaies et des perchlorates 330
TABLE DES MATIÈRES 537
Pages
Séance du 2 mars. — J. Leuba. Sur les épithéliums respiratoires
et l'appareil lingual chez Spelerpes adspersus. — Ed. Sarasin et
Th. Tommasina. Contirmatioii expérimentale de l'explication
théorique de l'effet Volta. — A. Schidlof. Sur la volatilisation des
sphérules de mercure en suspension dans un gaz. — J. Briquet.
Les nervures incomplètes des lobes de la corolle dans le genre
Adenostyles 335
Séance du 16 mars. — R. Chodat. Questions modernes de génétique 510
Séance du 6 avril. — A. Schidlof et A. Targonski. Mouvement
brownien des particules d'huile, d'étain et de cadmium dans l'air
k la pression ordinaire et sous pression réduite, dans l'azote et
l'hydrogène. — F. Reverdin et J. Lokietek. Sur la m-phénétidine. 511
Séance du 4 mai. — Prof. A. Monnier. Sur la formation et la
composition des terres des marais de Covery. commune de Mei-
nier. — L. Duparc et A. Grosset. Sur les nouveaux gîtes platini-
fères de la Ronda (Andalousie). — A. Schidlof et A. Targonski.
Preuve de l'identité des charges des ions gazeux et électrochimi-
ques basée uniquement sur la loi des écarts 512
Compte rendu des séances de la Société vaudoise
des Sciences naturelles, à Lausanne
Séance du 19 mai 1915. — P. Murisier. La signitication biolo-
gique de l'argenture des poissons "5
Séance du 2 juin. — H. Blanc. Poissons de l'Ogôué-Gabon. —
Id. CoU'ection de fourmis de la Suisse. — Id. Développement
embryonnaire et post-embryonnaire de la truite. — A. Barbey.
Biologie du Cerarabyx héros Scop. — Paul Jomini. Nid de cigo-
gnes (ciconia albaj 77
Séance du 19 juin. — J. Perriraz. Anomalies des narcisses. —
H. Fses. Les vignes dites producteurs directs. — F. Porchet.
Qualité des produits des producteurs directs. — C. Dusserre.
Destruction des herbes adventices par les substances chimiques. 252
Séance du 7 juillet. — J. Perriraz. Influence du radium sur les
plantes. — Paul.-L. Mercanton. Les tirs grêlifuges 256
Séance du 20 octobre. — M. Duboux. Analyse physico chimique
des vins " 425
538 TABLE DES MATIÈRES
Pages
Séance du 3 novembre. — Albert Perrier. Sur les actions intermo-
léciilaires dans les diélectriques et la formule de Clausius-Massotti. 427
Séance du 17 novembre. — M. Bornand. Les empoisonnements
alimentaires. — H. Ftes. Lycoperdon pyriforme 427
Séance du 1" décembre. — L. Horwitz. Sur la variabilité régionale
des précipitations. — J. Cauderay. Un calorifère électro médical.
— M. Bornand. L'infection du lait par les bactéries 428
Séance du 15 décembre. — Maurice Lugeoii. La photographie à
grand écarfement. — E. Wilczek. Collection de plantes en cous-
sinets. — P. Murisier. Mala<iie des yeux chez les truites de l'Aruon. 432
Compte rendu des séances de la Société de Chimie
de Genève
Séance du 9 décembre 1915. — A. Bach. Nouvelle réaction de
l'urine. — A. Brun. Décomposition du pcridot par la vapeur
d'eau. , — L. Reutter. Analyses de résiues d'embaumement des
Incas. — E. Noelting et A. Kregcy. Nitration de la diéthyl-
benzylamine 419
Séance du 13 janvier 1916. — E. Noelting. Développement de la
chimie de l'anthraquinone. — A. Brun. Le problème du fer
métallique dans les roches. — E. Rothlin et A. Kaufmann.
Nouvelle synthèse de la damascénine 421
Séance du 10 février. — Ph. A. Guye. De la réduction des poids au
vide dans la détermination de poids atomiques. — A. Bach.
Dédoublement de la phénoloxydase par adsorption différentielle. 424
BULLETIN SCIENTIFIQUE
^ MATHÉMATIQUES
E.-T. Whittaker et G. N. Watson. Cours moderne
d'analvse 1 62
TABLE DES MATIÈRES 539
PHYSIQUE
Pages
A. Righi. Sur le mouvement des ions (et électrons) dans un
champ électrique et mag-nétique et sur divers phénomènes
qui en dépendent 82
W. Voigt. Appareils de démonstration pour l'étude des
déformations cristallines 259
— Expériences sur les effets Zeemann 259
— Sur les phénomènes secondaires piezo-électriques spécia-
lement dans les cas de flexion et de toi-sion d'un cylindre
circulaire 346
— Nouvelle théorie du choc longitudinal dans les cy-
lindres 436
W. Voigt et M. V. Freedericksz. Théorie et expériences
sur l'excitation piezo-électrique d'un cylindre circulaire
par flexion et torsion 346
CHIMIE
O. Baudisch et R. Fûrst. Sur le ui-nitroso-anisol 83
0. Kyin et M. Ringer. Contribution à la connaissance de
quelques bases aminoaziniidées et de quelques colorants
azoïques dérivés 1 63
O. Baudisch et S. Rothscliild. Sur l'o-nitrosophénol 260
F. Kehrmann. Sur la stéréochimie des quinone-oximes . . . 347
Paul Demont. De l'influence de la chimie des matières colo-
rantes sur les récentes découvertes en chimie médicale. . . 348
Mesures du courant électrique passant de l'atmosphère
à la terre, faites simultanément à Altdorf et à Fribourg-,
pendant le mois de décembre 1915 84
Liste bibliographique des travaux de chimie faits en
Suisse 165
Idem 518
540 TABLE DES MATIERES
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
faites à Genève et au Grand Samt -Bernard
Pages
Observations météorologiques faites pendant le mois de
décembre 1915 85
Observations météorologiques faites pendant le mois de
janvier 1916 IT^S
Observations météorologiques faites pendant le mois de
février 191G 261
Observations météorologiques faites pendant le mois de
mars 1916 349
Observations météorologiques faites pendant le mois
d'avril 1916 437
Observations météorologiques faites pendant le mois de
mai 1916 525
New York Botanical Garden LIbrar
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