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Full text of "Archives historiques et littéraires du nord de la France, et du midi de la ..."

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ARCHIVES 



HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES. 



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NOTICE SUR DPÉRENm COMIUNES 

DB 

L'AliRONBISSElVENT D'AYESNES. 

( Deuxième article. ) 



LA B4R0N?iIE d'eTR(»13NGT. 

La baroDDÎe d'Etrœungt comprenait le boarg de ce nom et les 
deux villages de LarouilUes et de Feron. 

ETROEUNGT. 

OomiTune du canton d'Avesnes-Sad , a 1 kilomètres de cette ville, mr 
rHelpre-mineure et traversée par la grande route d'Aveanoa à Paria. 
490 maiaona, 2183 habiunts. 

ECrAimgt occupait autrefois Teroplaceroent de Duronum (i), 
antique manaioD sur la grande voie romaine de Bavai à Reims, et 
c*e8t de cette position que lui vien^lie nom qu*il porte encore au- 
)oard*huiy quelque difficile qu'il paraisse de r^coqnattre dans ce 
nom, presque barbare , soit le $traiie , 9traU , $traet « straat$ 
tudesque, ou le siraium des Latioa. H dsviut la proie d*un incen- 
die , el les babicaots allèrent » avec ce qui avail écbappé aux flajoi- 
«es, se Gon^ruire de nouvelles demeures» à cent pas environ plus 
an levant. 

Il reste du château d^Etrceungt quelques ruines enfouies sous 



(I) Uinénire d'Amonin. — Table de PeuUnger. — Doscripiion de la 
Gaule Belgique, par le P. Wastelaio, — etc. 

1 




- 6 - 

le sol d*une prairie (1). Elles forment an monticnle presqae im- 
perœptihle , bordé au nord par rHelpre-mineure, à Test, par un 
mîMeau ombragé de bouquets d'aunes. Dans une riante matinée 
de printemps, et lorsque l^erbe commence à poindre, c^est un site 
plein de charmes. En foulant le gazon parsemé de marguerites ^ 
quels souvenirs se présentent k Tesprit ! On ne peut contempler 
ce Heu sans attendrissement. C*est là que s'élevaient ce donjon, 
ces hautes tours , ces murailles épaisses , témoins insensibles des 
plus douces joies et des peines les plus cuisantes qui puissentiaire 
tressaillir le cœur humain ; c'est là qu'une princesse jeune et belle, 
abandonnant une cour brillante, vint s'enfermer avec son époux ; 
en un mot, c'est là que les beaux jours de Bouchard d'Àvesnes et 
de Marguerite de Constantinople s*écoulérent. 

A son départ (1202) pour TOrient, où Tattendaient la couronne 
impériale et une mort prématurée (1206), Baudoin laissa Tadmi- 
nistration de ses états et la tutelle de Jeapne et de Marguerite, 
ses deux allés , dont Tainée n'avait que sept ans , au comte de 
Namur, leur oncle ; mais n'ajant pas en lui une entière confiance, 
il lui adjoignit, comme pour lui former un conseil, Guillaume de 
Chàteau-Thierrj et Bouchard, Tun des fils du célèbre Jacques 
d'Avesnes. 

Doué d*une physionomie agréable et d'heureuses dispositions, 
Bouchard avait inspiré de Tintérét au comte et à la comtesse de 
Flandre, Philippe d^Alsace et Mathilde de Portugal, qui s'étaient 
chargés de le faire élever et lui avaient donné quatre écayers et 
quatre beaux chevaux. Après avoir terminé à Bruges ses premiè- 
res études, il fut envoyé à Paris pour y achever son éducation. De 
là il se rendit à Orléans , revint ensuite à Tournai , et se pro-» 
duisit enfin à la cour de Baudoin , qui avait succédé à Philippe. 
Il j fit admirer son savoir, son éloquence, sa valeur et sa bonne 



(1) 11 s'y trouve un souterrain dans lequel on peut descendre encore, 
mais en rampant et par une espèce d'informe soupirail , dont l'ouTer— 
ture est cachée sous T herbe. Ce souterrain est divisé en deux compar- 
timents assez vastes, pavés de larges dalles, et voûtés en pierres bleues 
soigneusement taillées. 



^7- 

mine. Il se dîstÎDgoa dans les tournois , et dans la guerre qui en* 
sanglantait alors la Flandre. Richard Cœur-de*Lion lui ceigniCi 
de sa propre main, Tépée de chevalier. Ses brillantes qualités et 
son aptitude aux alfalres lui gagnèrent la faveur du prince et celle 
des peuples. 

tes Intrigues du comte de Namur, qui avait envojé les jeunes 
princesses à la cour de Philippe-Auguste , soulevèrent tous les 
esprits ; on craignait qu^il ne sacrlG&t les intérêts de ses pupilles à 
ceux de la France ; il dut se déporter de la tutelle , et Bouchard 
en resta chargé. Les provinces réclamèrent les filles de Baudoin 
qui lurent renvoyées. L^atnée épousa Fernand, neveu de la com- 
tesse Mathilde, et la cadette alla habiter, avec les dames attachées 
à sa personne, l'hôlel de son tuteur , qu^elle trouva magniûque- 
ment meublé. Malgré son jeune âge, plasieuri partis se présen- 
tèrent; le roi de France la demanda pour un chevalier du sang 
royal; le comte de Salisbury la rechercha pour son fils ; mais ils 
ftirent tous éconduits. Peut-être avait^elte déjà disposé d^elle- 
même dans le secret de son cœur. Quoiqu^il en soit^ Bouchard 
avait au lui plaire et lui parut seul digne de sa main. Il la con- 
duisit au Quesnoi, où un prêtre du Nouvion leur donna la béné- 
diction nuptiale (I2i'i). Marguerite mit au monde Jean d'Avesnes 
dans la première année de sou mariage, Baudouin dans la secon- 
de. Les époux résidaient au ch&teau d'Etrœungt que Gautier d^A- 
vesnes leur avait cédé (1). Au comble de leurs vœux, oubliant 
dans l'ivresse de Tamour Tunivers entier, et se suffisant à eux- 



(i) < BouGbardns suam duxit uxorem apud EstrœOf et illùc per 
» magna tempora quieverunt paciflce. Anno eodem Margareta genuit 
» Boochardo fllium unum, quem Joaonem appellavit. Itenim anno se- 
9 qneoli secundum, quem appeUavit Balduinom. » (Jacques de Guise, 
AnncUes, etc. Lib. xx, cap. tiii.} 

Philippe Mouskes a dit de la princesse qu'elle avait la beauté de la 

marguerile : 

c Qui blele estoU com margerie. • 

(Chron.) 

n aurait pu ijouter qu'eUe en avait aussi la précocité. 
Bauduin d'Àvesnes a laissé un recuoil de généalogies prévioux pour 
l'histoire. 




— 8 -^ 

mêmes, i|ue ponvaient-its désirer encore? riea ne manquait ap- 
paremment à leur bonheur. 

Cependant une rumeur sourde qai eommençait à se répandre 
vint aux oreilles de Bouchard lui rappeler qu'il avait Mé admilfl 
au nombre des chanoines et nommé trésorier de la riche église 
de Tournai ; qu'une prébende lui avait été aussi accordée au cha- 
pitre de Notre-Dame de Laon, et qu'ayant été fait diacre à Or^ 
léans, il était engagé dans les ordres sacrés. Toutefois il dissîmub 
son inquiétude, et ne voulant paraître intimidé ni par rexcom«- 
mnntcation qu'Innocent lll lança contre lui (124 5), ni par une 
bulle plus fulminante d'Honorius 111(1217), successeur d*Inno- 
cent, il osa réclamer, à main armée, le douaire de Marguerite. Il 
fut fait prisonnier et subit une longue détention. Jeanne, malgré 
les larmes et les applications de sa sœur, paraissait inexorable. 
Elle finit néanmoins par se laisser fléchir et Bouchard fut relâché. 
Proscrit et fugitif, il erra pendant plusieurs années. Marguerite, 
emmenant partout ses enfants avec elle , raccompagna dans le 
Laonnais, leCambresis, le pays de Liège. Menacée elle-même des 
fbudres de l'Église, si elle ne se séparait de son séducteur (1219) , 
elle ne manifesta aucune crainte, aucun trouble ; j^imais, au con- 
traire, sa tendresse pour son époux et leur jeune famille, que 
l'adversité semblait lui avoir rendus plus chers, n'avait paru si 
vive, si affectueuse, si touchante. Ils étaient alors réfugiés au châ- 
teau d'Hufalize, dont le seigneur leur avait généreusement offert 
rhospitalité. Après un séjour de six ans, Marguerite se retira avec 
ses enfants au Rosoy, chez une sœur de Bouchard. Combien cette 
vie vagabonde et dépendante dut être pénible pour cette princesse 
sifière! et quel héroïque constance ne lui fallut-il pas pour la 
supporter! Mais tout, dans ce monde, a un terme. Vraisemblable- 
ment rentrée en grâce et retournée à la cour^ cette épouse si dé- 
vouée, celte mère si tendre contracta un nouveau mariage avec 
Guillaume de Dampierre (1228), en accablant Bouchard et ses fils 
des marques du mépris le plus flétrissant et de la haine la plus 
implacable. 

Ce changement, aussi incompréhensible quUmprévn, causa un 



- 9- 

étonneraeut général et devint une source de calamités (1). On 
plaignit Bouchard. Qoelques-uns disaient que Jeanne l*avait (ait 
assassiner sur le diemin de Rome , où il allait implorer son par- 
don ; d^autres assuraient qu'elle Tavait fait décapiter à Rupel* 
monde, et que sa tête avait été colportée dans toutes les villes de 
la Flandre et du Hainaut. 11 vivait pourtant, mais solitaire et rési- 
gné, dans le château d*Etr<Buugt, où plus de seize ans après avoir 
été abandonné de Marguerite, il est vraisemblable que le souvenir 
des charmes et la crainte des effets de la haine de cette princesse 
le tourmentaient encore. Ou présume qu'il habita ce manoir jus- 
qu'à sa mort, dont la date , peu certaine d'ailleurs, ne remonte 
pas au-delà de 124I|(3). Ses entants, malgré la mauvaise volonté 
de leur mère, furent déclarés légitimes, et le comté de Hainaut 
passa dans la maison d'Aveanes (5). 

* 

Un pacte de famille du mardi après la mi-caréme de Tan 1^98» 
confirmé le lendemain par le comte de Flandre, Thomas de Sa- 
vo}e , et par la comtesse Jeanne , assura la terre d'Etrœungt à 
Bouchard. Elle appartint ensuite à Tatné de ses fils. 



(1) TeUes que des guerres acharnées entre la mère, les fils et les 
beaux-firères ; le ravage de la Flandre et du Hainaut ; le meurtre de 
Talné des Dampierre, etc. 

(2) t Dans l'octa've de la Vierge 4241 Renaud, maître de la 

» milice du Temple dans le baillage de LandmesiOt quitte et remet à 

> Bouchard d'Âvesnes, touttes les difficultés qu'il avait avec lui au sujet 
» du vivier de Samt-Albain (Saint-Âubin) et des terres qu'il avait ac- 
» quiaea dans le territoire, i (Saint-Génois.) 

> Bouchard, son premier mari (le premier mari de Marguerite d» 

> finastniHinoyle) était mort en 1945, deux ans après le second. » 
(Art ile vérifler les dates, lom. xui, pag. 535, S* partie.) 

(d) laoquesdeGnise, Annaiês, etc. Lib. lx, c. 5 et 47. — Oudegheret, 
Chnniqiieg et Annalu de Flandres, chap. cm. — Bazelin, Annalet 
Gatto-Flandrm, aan. 4305, 12i3,|i2|5. — M. Ed. LeG^y, Hutokf 
des comtes de Flandre f In-S» tom. u, pag. 70 et suivantes. — If. Van 
Hasselt, Belgiquieet HoUandfi, pag. 50, dans ï Unmrs pittoresque. — La 
relation circonstanciée du mariage et du divorce de Bouchard d'Âvesnes 
et de Marguerite de Constantinople est un des épisodes les plus atta- 
chants de V Histoire des comtes de Flandre. 




^ 10 — 

Jean d^Âvesnes et Alix , sa femme , avec le consentement de 
Baudoin, leur frère, et Tassentiment de leurs barons, accordèrent, 
en 1248, aux habitants des deux mairies d'Etrœongt, une charte 
communale en 01 articles, outre le préambule, qui contient la 
réserve, faite par Jean, de trois hommes des noms de Pieron^ 
Basson et Bertremieu ; et Tobligation imposée aux bourgeois de 
la ville de lui mener, h Âvesnes, son blé battu. 

Les 10 premiers articles composent une sorte de tarif des droits 
dûs au seigneur par les possesseurs de maisons ou héritages, les 
vendeurs et les acheteurs de denrées, de boissons on de marcban* 
dises quelconques, et les maUres de brasseries ; les 12* 'et 45* 
déterminent les cas et la durée du service militaire ; le 4 4' règle 
le mode de nomination du mayeur ; le 13* a&simile les mesures 
d'Etrœungtà celles d'Àvesnes ; les 17*, 18% 19" et 20* sont re- 
latifs à certaines conventions ou à leurs effets ; les 16*, 21*, 28*, 
29% 30*, 51*, 52% 55*, 54% 55% 56*, 5r, 58*, 40% 41% 45*, 

46<^ établissent, maintiennent ou modifient les peines applicables à 
différents méfaits ; la plupart de ces peines consistaient en amen- 
des, dont la totalité ou les deux tiers se percevaient au profit do 
seigneur, Taotre tiers au profit des personnes lésées ; les 11*, 22«, 
24*, 25% 26*, 27% 59% 42% 44% 45*, 47*, 48* , 49*, 50* et 

51* concernaient les droits des habitants de la seigneurie, les 
franchises et les prérogatives accordées par le seigneur. 

La tïlled'Etrœungt et les bourgeois ayant agréé cette charte» 
le seigneur et les assistants, au nom de tous, jurèrent de Tobser- 
ver et de la maintenir. 

Parmi les diverses dispositions qu'elle renferme, on remarque 
celles qui fixent le taux des droits à payer par les marchands de 
toutes sortes étalant à la foire de la Saint-Martin ; celle qui af- 
franchit* les habitants des deux mairies du droit de main-morte ; 
celle qui autorise le bourgeois insulté dans sa maison, par un 
taurien, à te battre tant comme il tolra (autant qu'il le voudra), 
et à le jeter ensuite à la porte ; celle qui condamne la femme qui 
en injurie une autre à porter de grosses pierres suspendues au 
cou ; celle qui permet aux pères de famille de marier leurs enfans 



— u -. 

hors des limites de la seigneurie ; ea&n celles qui réservent au sei- 
gneur la fscolté de mener les hommes en état de porter les armes, 
cinq fois Tan, contre ses ennemis, la première journée à leurs 
dépens, les snivantes, anx siens, et un jour dans Tannée , à leurs 
dépens encore, partout où il le jugera convenable (i). 

Jean d^Âvesnes, mort en 1256, simple chevalier, laissa plu- 
sieurs fils (9). {Florent, le plus jeune, mérita les bonnes grâces et 



iA^^ 



(1) Charte mas. — Les chartes commuDalea accordées parles seU 
gneurs d'Aveanes, conçues dans le même esprit, contenant les mômes 
dispositions, formulées dans les mêmes termes, semblent être l'œuvre 
d'un même personnage, et c est vraisemblement ce qui a fait croire 
à Legrand de Laleu, cité par M. Michaux (Chronologie historique des 
tmgneun d*i4v«9fief , article Nicolas, note 35), que la charte d'Etrœungt 
était de Nicolas d'Âvesnes. Legrand de Laleu n'avait pas sans douta 
cette charte sous la main, ou, peut-être, en avait-il en vue une autre 
qui noua est inconnue. Celle dont il est ici question porte en tête : 
< Binon le père. . ., Jou Jehans d'Avesnes, chlrs, Ûex de noble Dame 
» Medarae MarggertUe, contesse de Flandres et de Hainaui, et Aelis, 
» lae flème, feiaoua scayoir a tous cheulx qui présent sont et qui ad- 
» venir seront , que , à tous les homes manans es deulx mairies de 

> Estnin, lois et commugnes convenanches, rentes et frauquises , si 
9 c6me U ville de Friches, avons juret et octroiet. ... » 

(2) « Honseigneur Jehan d'Avesnes, fils de la comtesse Marguerite 

> (flUe de Baudoin de Gonstantlnople) qu elle avait conchu de Mousei- 
» gneur Bouchard d'Avesnes , au vivant de sa mère se maintint très 

> noblement, et suivoit joutes, behours, tournois et tous autres esba- 

B teaiena chevaUeieax, et menoit très grant train, et fàisoit grans dea- 

» peos, dont on chantait de lui : 

. a Pour le saopement d'amour 
jt Jehan d'Avesnes donnoit tout. 

a llprinta femme la sœur Willequin d'Alleraaigne, qui estoit conte 
a deHoUandede son héritage. U ouït de sa femme sept QIs, dont l'ai- 
» né eull nom Jehan ^ qui fut conte de Halnault après le dechès de la 
» comtesse Marguerite, sa taye , car son père, messire Jehan, mourut 
» devant aa mère ; le second fils monseigneur Jehan d'Avesnes eult 

> nom Baudoin; ïe tiers Florens, et fut jptmce de la MoUrée ; le quart 
a GuUlawne et fût evesque de Cambra^ ; le quint B&uchardf et fût 
t eveaque d^ Mes ; le sixième euit nom Gny cl fut evesque d'tJtret ; la 

M 




— rt — 



les iHeDbilsdo comte de Bollande , Florent, soo pareoC, qui lai 
confia le gooterncment de la loOande.inèridioiiale (il!7a]. Kx 
ans pins lard (1982) , Boachard , son frère , éféqne de Betz , le 
délégua poor renoofeler lesjares de cette rille. 



Un antre fils de Jean dW? esnes, Banduin d^Avesnes on de Bai- 
naot, à qui la terre d^ttrœoogt avait été transmise, soit à litre 
d'apanage, soit à tout antre titre, et qni mourut an 1275, simple 
chefalicr comme son père, ayant compris son frère Florent an 
nombre de ses légataires (4), le comte de Hainaot, Jean H, leur 
ali»é, assigna à Florent, pour sa part (IS85), la terre d^Etreeungt, 
avec one rente de 400 fiv. Il y ajouta d*aotres terres dans la salle 
(4 286], et il fut stipulé qoc si Florent mourait sans enfants , celles 
qu^il possédait retourneraient au comte. 

Florent fonda, en 4 888, une ^chapelle dans soo chMeau d|E- 
treeuBgt L* année soiTanle (1289), il accompagna le roi de Na- 
ples, Charles U» dans sa capitale. 

Châties d^Anjon, deotième du nom , avait livré, en TalMiDée 
de Charles V^, son père, un combat naval (i 284 ) à Tamiral Loria, 
qui commandait la flotte aragonaise. Battu et fait prisonnier, il 
avait d^abord été détenu en Sicile, et ensuite transféré en Aragon. 
Tandis qn*il était enfermé, son père mourut. Ayant enfin obtenu 
sa liberté, il alla prendre possession de ses états. Florent, qui 
était allié à sa Eunille, s^attacha à sa personne et lût revêtu de la 
dignité de grand connétable. 



9 septiesme Jehan et fnt tTeugle. » (Suite des Généalogies, ou Chro- 

> niques de Baudoin d'Avesnes.) 

(1) Baudoin lègue c 20 sois de rente au prestrage (presbytère) 
» d'Esirœnpourun obit et 20 sols de rente à l'aumône d'Estrœn, donne 
» ses meubles et chevaux à ses domestiques, et ordonne que ses dettes 
» soient payées sur les revenus de la terre d'Etrœn. . . Le mardi avant 

> U pentecote 1283. » (Sl.-Genois.) M. Buchon, Eclaircissements swr 
la Marée PrançaUe, in-A'*, ^g. 215, note 8 y donne au testament de 
Bauduin la date de 1 2S0 i peut-être l'acte rapporté par St. -Génois n'ea^- 
il qu un codJcile- 



- 13 — 

Unejeune et noble veuve ^ lubelle de VîUe-Hardom , princesse 
du Morèe et d*AebaIe, était alors à la coor de Naples. Florent re- 
chercha et obtint sa main (1291). Isabelle était âgée de 38 ans. 
Elle en avait quatre à peine, lorsque ses parents Pavaient mariée 
à Loois-Phtltppe d'Anjoa , qui mourut (1977) sans avoir con- 
sommé son mariage. 

Florent et Isabelle s^embarquèrent pour la Morëe , où il leur 
naquit une fille qui reçut le nom de Mathilde (15I9S). 

Le pnnee se distingoa par sa vaillance et par la sagesse de son 

gonvemeinent ; mais, après un règne dffdnq ans et quelques mois» 
il fot enlevé à sa famille et à ses peuples (ijl97). MatUlde était 
son unique héritière. 

Isabelle » veuve pour la seconde fois dans un âge peu evanoé , 
épousa Philippe de Savoye (1504 ). Elle lui donna aussi une fille ; 
mais ils ne négligèrent pas celle de Florent. Sur le point de quit- 
ter la Morée, ils la marièrent à Guy ou Guillaume de la Roche 
(1504), ducd' Athènes. 

Athènes, le berceau des arts, Técoledes lettres, la patrie d*une 
multitude de grands hommes dans tous les genres ; cette ville cé- 
lèbre, considérée, a dit Cicéron, comme la source d^où se sont 
répandues par toute la terre, la civilisation, les sciences, la reli- 
gion, l'agriculture et les lois (1) ; Athènes était alors sous la do- 
mination d*un chevalier français. Guy de la Roche était, après le 
prince, le seigneur le plus puissant de la contrée. Mais il termina 
sa carrière au bout de quatre ans d'un narii^e stérile (1508 ») ne 
Wesent à Mathilde qa*un vain titre. 

» 

Philippe de Savoye était retourné dans le Piémont, d'où Isa- 
belle, qui favalt aoeompagné, était passée en France, puis en 
Hainant. Dès les premiers mois de son veuvage, Mathilde se hâta 
de rejoindre sa mère. Elles visitèrent indubitablement le château 
d'Etrœungt, que le séjour de Marguerite de Constantinople avait 



{«) Pro L Placco. 




ir 



— 14 — 

Ulustré, et peut-être elles-mêmes y séJoarnèreDUelles quelques 
semâmes. Il appartenait à Isabelle, à qui sa ftlle avait cédé la seî* 
gneurie. 

Isabelle de Ville-Hardoin étaot morte (15ii), Mathilde, qui 
jusque là s'était bornée au titre de duchesse d'Athènes, prit celui 
de princesse de Morée et d^Âchale. 

Elle se rendit à la cour de France, la cour U plus galante de 
TËurope. Uneveuve.de dix-neuf ans, avec son rang et sa fortune, 
ne pouvait manquer d'y être gracieusement accueillie. Elle s'y vit 
bientôt entourée d'une foule de prétendants. Louis de Bourgogne 
fixa le choix, sinon de la princesse, du moins de Pbilippe-ie-Bel, 
et Mathilde se trouva engagée dans de nouveaux nmuds. Par ce 
mariage, elle devint reine de Thessalonique, car Louis de Bour- 
gogne en était roi. 

Les époux allèrent s'embarquer à Venise (1515), avec une 
troupe nombreuse de Français et de Bourguignous, mirent à la 
voile, escortés par plusieurs bâtiments vénitiens, et firent route 
vers la Morée. 

Ils la trouvèrent envahie, agitée, pleine de troublé et de con* 
fusion. A l'arrivée de Louis, la plupart des hauts feudatatres se 
déclarèrent en sa faveur. Il récupéra toute la principauté, à l'ex- 
ception d'une seule place. Mais quelques mois étaient à peine 
écoulés depuis qu'il avait pris les rênes du gouvernement, que déjà 
il avait cessé de vivre (l) (1516). 

Cette perte, sans doute* affecta vivement Mathilde ; elle n'était 
ni insensible ni ingrate. Son malheur dut toutefois ramener natiK 
Tellement ses pensées sur elle-même. Veuve et orpheline à vingt- 
deux ans, au milieu d'une noblesse indîscipUnée et d'un peuple 
esclave, il lui fallait un guide, un soutien. Elle crut l'avoir trouvé 
dans un chevalier français du nom d^ la Palisse , dont la faoïBle 

(I) On croit qûïL fat empoisonné par le comte de Géphalonie. 
(Notes de M. Buchon sur le chap. cccxx de la Chronique de Ramon 
Muntaner.) 



— 16 — 

était établie en Morée, depuis le départ de Baadoia II, et elle épou* 
sa flecrètemeut ce chevalier. 

Lors du mariage de Florent de Hainaut avec la priaeeaae d* A- 
chaîe et de Morée, il avait été stipulé « que si jamais la princi- 
» paaté venait à écheok à une fille , elle pourrait régner seule ; 
m mais que, si elle venait à se marier , elle devait obtenir la per- 
» mission du roi de Naples , faute de quoi elle serait deshéritée 
» delà souveraineté deMorée et de toute la principauté (1). » 

Robert, qui avait succédé à Charles II , et Philippe , son frère » 
songeant à faire rentrer cette principauté dans leur famille , ima- 
ginèrent de marier la venve de Louis de Bourgogne an comte de 
Gravîna^ leur cadet. Dans ce dessein , ils attirèrent Matbilde à 
Naples ; mais elle refusa obstinément de se prêter à leurs vues. 
Peu disposés à y renoncer, ils Tentraînèrent à Avignon , devant 
le pape Jean XXIL Là, elle confessa que de la Palisse été\i son 
époux. Sans qu^un tel obstacle les arrêtât , ils la remenèrent en 
Sicile, firent déclarer nulle une union qoMIs prétendirent illégi- 
time, et asservirent, par un pompeux simolacrede mariage, Tin* 
fortunée Matbilde an comte de Gravina , qui , en la dépouillant de 
tout, renferma au château de TŒuf, où il est présumable qn^elle 
finit tristement ses jours (S). 



(1) M. BuchoD. 

(2) Cette odieuse profanation du mariage, consomméo en 1317, 
n'empêcha pas le comte de Gravina d'en contracter un nouveau en 
1521, du viTant'de Hathllde, qui était encore au château de TOEuf en 
1384. À f la fin de décembre lSt5 (le jeudi après la Sàime-Luce, qui 
9 tombe le 13 décembre) Guillaume, comte de Hataaut, sou cousin 
» germain, feiisaU expédier dans Valenciennes une procwaAion au 
a cardinal Napoléon pour emprunter jusqu'à cent mille livres pour sa 
> déllYrance de prison. » (M. Buchon, Edaircisimmiis aur la Morée 
Française.) On ignore si élis survécut long-temps, ajoute H. Buchon, 
à cette démarche de son parent le comte Guillaume, car depuis lors on 
n'entend plus parler d'elle. 

Eclaircissements sur la Morée Française dans l'ouvrage de M. Bu- 
chon, intitulé : lUeherehes et matériauco pou/r serwr à un» histoire dé 
la domination Française auœ xiii«, xiv< et xv« siècles dans les pro^ 




— 16 — 

JeanU atTraichit, ea 139», les habitants de la isrre d*E« 
trœuogt, de tous impôts, tailles, aides, subsides, maUstei , droits 
demain-morte, de meilleur café/, parerons ^ êervages, aubai- 
neté et terrage. 

GutUaame , samommé le Iton , fils et saeeeaseur de JeaivU , 
confirma oes firanekises et prwUègûê, par lettres du maréi s^wès 
hjùur de Saini-R&wd de l'an 4315 fportant que /en de hauie 
mémoire Jehan d'Ateeme comte ée HainatU^ son père ei pré^ 
déceaeur, les avait accordés aux habitants d'Ktrœungt, Feron 
et RouiUie, par ree0nnoiuance naeiale (1). 

On ne sait <|ai posséda la terre d*ËtreMuigt de 1511 à 1596; 
il est vraisemblable qu'elle revint à la princesse Malbilde à la mort 
de sa mère (1511), à qui cttte terrt avait été cédéa, «t peat-4tre 
Mathilde en conserva^t-^le la propriété le reste de sa vie , qui a 
pu se prolonger jusqu'en 1555 on 1556. 

Le comte de Blois se plaignait, en 1556 ou 1537 , des entre ^ 
priées du comte de Hainaut au sujet de la terre d'Elrœungt, 
que Guiliaume^le-Bon, ou sou fiU, Guillaume II. possédait pro- 
bablement alors, mais dont le comte de Blois, comme seigneur 
d^Avesnes, était suzerain (â). 

Isabelle de Hainaut était, en 1555, dame d'Etrœnngt. Elleent 
pour époux le comte Robert de Namur qui, après la mort de cette 
princesse, réclama du comte de Bainaut et d'Albert de Bavière, la 
somme, alors énorme , de 50,000 livres. Le comte de Flandre^ 
Louis de Malft, choisi pour arbitre , alloua au comte Robert une 
rente viagère de 1099 écus Joannee^ à tenir en fief du eojnte da 
Bainaut qui , po«r sûreté , devait lui asetgtter les revenns d'E- 
trœungtetdc€hlévre8,ot,encasde besoin, la terredeLe88lflio(5). 



v'mces démembrées de ïewpke grec, etc. ; et les notes dn même anleur 
sur la chronique de R. Muotaner. 

(I) Charte mas. 
(i) St.-GenoU. 
(3) St.-Geoois. 



r t 
I 



— 17 — 

La seigneurie d'Etrcrangt passa soceessivemenl de la mmsou 
d*Àv6SDes dans celles de 6afière« de Boargogne , de Croy, d*A- 
renberg, de Henin d^Âlsace. Elle appartenait en dernier liea à la 
maison d'Orléans. 

On ne sait ni dans qoel temps ni à quelle occasion elle fut éri- 
gée en baronnie (4 ). 

Le duc de Bourgogne, Philippe surnommé le Bon , en fit faire 
le relief en 1 438, par Jean de Croy^ son chambellan, comme la te- 
nant^en foi et hommage du seigneur d'Avesnes y alors le comte de 
Penthièvre, Olivier de Bretagne (a}. 

ÀTantla réunioir d'une partie du midi de la Belgique à la Fran- 
ce, la position d'Etrœungt, à moins de trois kilomètres de l'ex- 
trême frontière, a dû lui être fatale en plus d^one occasion. 

Louis XI, qui semblait avoir voué le Hainaut à Tange extermi- 
nateur ; qui abandonna cette province à tous les excès d'une sol- 
datesque effrénée; qui, afin que la famine y tu&t les malheureux 
échappés au fer et à la flamme, y fit couper les blés verts par des 
faucheurs tirés exprès du Yermandois, du Soissonnais, du Beau- 
voisis, du Valois et des environs de Paris, au nombre de 40,000; 
Louis XI n'épargna vraisemblablement pas Etrœuugt, qu'il tra- 
versa pour assister À la prise et au sac d'Âvesnes (1477) (5). 



(4) «Le baron d'Etrceongt, qui servait dans qd régiaieiit espagnol, 
» ftitfàit prisonnier, en 1650, à Hanapes, près d'Âubenton, par un 

> corps de troupes Françaises. » ( Ânn. staUstique du département du 
Nord. 1836.) 

(5) Lettres du 12 Bove»bre 14SB. 

(5} c Par un mardi, nuict de Sainot-Bamabé, le roi estant à Estraes, 

> ensemble le seigneur d'Âlbreclit, avironnés de grande aroiée , Amie 
» de serpentines, bombardelles, courteaux et autres artilleries.... > 
(Chroniques de I. MoHnetf chap. xuuj < Ce très-ehrestien roy Loys... 
» convertit ses lances en faulx , et livra guerre aux bleds et aux avoi- 
» nés.... et pensa d'avoir par horreur ce qu'il ne povoit avoir par hon- 
9 neur. Dont, poar mette oe hideux faict à exeoullen finale , au mois 




- 18- 

Lorsque Pamiée française, commaodée par d*ànnebaud/ a^a^ 
vançant, à la fin de mai 4545, vers la frontière, partit d^Estrée-* 
aa-Pont, de Longaeval, avec 80 hommes d*annes , Martin da 
Bellay., avec sa compagnie,. et le capitaine Lalande, avec 1,000 
hommes de pied, forent détachés pour aller prendre position en- 
tre Avesnes et les bois qui Tenvironnaient au nord, afin d'empé- 
cher que la ville pût être secourue. En approchant de THelpre- 
Mineure, qu'il fallait traverser, du Bellay, qui avait pris le devant, 
au lieu d'entrer dans Etrœungt, où l'accès du pont était défendu 
par un blockhaus, remonta la rivière jusqu^auprès de Tétang du 
Bufle, la franchit malgré la hauteur des bords, et, tandis que se 
montrant aux portes d' Avesnes il en interdisait la sortie, Lalande 
et de Longoeval s'emparèrent d'Etrœungt , emportèrent le block- 
haus d'assaut , et en passèrent au fil de Tépée la garnison forte 
de 500 hommes (i). 

Assurément bien d'autres calamités fondirent sur Etrœungt 
dans ces temps désastreux où, indépendamment des expéditions 
militaires qui étendaient leurs ravages sur de vastes contrées, les 
hal>itants des frontières contigues, animés par la haine , la cupi- 
dité, la vengeance, et armés de tout ce qui , dans leurs mains , 
pouvait devenir des instruments de mort ou de destruction , se 
ruaient par troupes sur le territoire ennemi, pillaient, dévastaient, 
violaient, massacraient, incendiaient, enlevant ce qu'il était pos- 
sible d'emporter ou d'entratner, jusqu'au cultivateur surpris dans 
son champ, et qui ne recouvrait la liberté qu'au prix d'une forte 
rançon. Mais dans le récit des maux que la guerre engendre, 
l'histoire s'occnpe des masses et néglige souvent les détails. 

Etrœungt avait tellement souffert que les marchés et les foires 



V 



» de juiUet, que les bleds ne sont tous verds ne tous meurs , et que 
9 la despouiUe mise es greniers ne proufltoit ne aux gens ne aux be»- 
1 tes, il fit assembler d'autour de Paris, de Soissonnols , de Verman- 
» dois, de Beauvesis et de Valois, plus de dix mille faulcheurs, et eo 
» envoya la pluspart au Quesnoy... » (Ibid., ch. xtv.) 

(1) Mémoires die mtmf Miurlm du BtUay^ Ur. x. 



-.19- • 

Y aTaîent etaaé d*étre fréqoentéB et même tenas. Philippe de 
Croj, par lettres datées de Beaumont, le 4 février 1969, autorisa 
le rétablissement des trois foires franches de juillet^ août et novem* 
bre de chaque année, et dumarehé dn mardi de chaque semaine. 
Ce prince, par les mêmes lettres, accorda aux habitants du bourg la 
faculté â*y ériger une halle, des loges, des hangars, des boutiques, 
et d*arborer Taigle, pendant les sept jours de durée de chaque 
fèire, pour en signaler la tenue (1). Le marché hebdomadaire a 



(i) c Phllippeflf sire de Groy , dac d'Anchot, prince de Ghimay, comte 

> de BeaumoDt, de Senenghem , etc. , seigneur de la terre et perie 
9 d'Avenes, etc., etc., de la franche ville et terre d'Estroeng-la-Chaal- 
» cbee, cheyalier, etc., etc. Reçiu avons l'humble supplication de nos 
» bourgeois , manans et habitans de notre dite franche ville et terre 
1 dudit Etrœng-la-^baulchée contenante en effecte comment de toute 
» anchieneté et comme aussy il appert par leur Chartres et prévt- 
» leges , ils ont accoustumé d'avoir et tenir francq marchiet en ladite 

> ville par chacune sepmaine et tous les mardy et par conséquent traie 
» franches foires, si comme les jours Sainte-Martin, unziesme de no- 
» venibre et quattriesme de jullet et la troisiesme le jour Saint-Ber- 
» tholomée vingt-quattriesme jour du mois d'aoust; néanmoins estoil- 
» il que a l'occasion des grandes et loingtaines guerres survenues par 
» plusieures et diverses fois, de tant encore que ladite ville et terre est 
» du tout frontière assise et contigue au royaume de France , lesdlts 
» marchiots et fpires seroient de succession de temps dlminuei et ve- 

> nus À enthidres deflbictes et décadence à la tres^grande perte , 
» domaige et incomodité des mannans de ladite terre ensembles 

» des circonvoisins Ayan préalablement veu et consultez 

9 le informations que sur ce avons fait tenir et considéré la 

» loyaulté et obéissance que avons tousjours sçeu et trouves en nos- 
» dits bourgeois et manans, avons, de notre authorité, science et puis- 

> sance, restably, ratlffié et confirmez et par ces présentes restablis- 
• sons. • . . voir au cas de besoing, de nouveau créons et restablisson» 

> par chacun mardy de Tan ft-ancq marchiet en icelle nostre dite ville 

» d'Estrœn et avec ce trois franches foires par chacun an qui se 

» devront tenir comme dessus est dit si comme le jour Saint-Martin 
-È unziesme de novembre et quattriesme juUet et jour Saint- Bertho- 
» lomée vingt-qnattriesme dudit mois d'aoust. . • . lesquelles foires du- 

> reroot en leur franchise chacune sept jours et facent crier 

» et publier à son de trompe. . . . lesdits lirancqs marchiets et foira 
» en y adjoustant et establlssant halles, places, estauix, tables, bayo^i 



— ao — 

été transféré du mardi au jeudi, en vertu de lettres patentes du 
mots d*août 4 T71. La foire de la Saint^Martin, la plus andeooe^ 
puisqu'elle existait avant iM8 (i) » est la seule qui subsiste au- 
jourd'hui. La durée eo est limitée à trois jours. On y mdne quan- 
tité de bestiaux, tels que bœuffi^ peros , montons. EUe est d'ail- 
leurs approvisionnée de toutes sortes de denrées et de beaucoup 
d'autres marchandises. Il s'y trouve des tables eervies , eu plein 
air, de saucisses fumantes et de boudins grillés. Les bateleurs y 
affluent avec leurs drogues, leurs bétes et leurs jeux. Quoiqu'elle 
soit moins fréquentée qu'autrefois, on s'y porte encore en foule de 
tous les lieux ârconvoisins. Du seia de cette immense aggloméra- 
tion d'objets divers, qui se meuvent, s'entre- choquent et mugi»- 
sent comme les arbres d'une forêt battue par la tempête ; d'hom- 
mes et d'animaux parlant, beuglant, grognant, chantant, bêlant, 
hennissant, vociférant, aboyant, hurlant, glapissant ; de clairons, 
de tambours, de fifres, de cornemuses, de cirobales , de trombo- 
nes, dedartnettes aux sons aigus et eriards ; de chars roulants, de 
chaînes^ de pelles, de poêles , de marmites agitées, retentit dans 
Tespace, le concert de voix et d'instruments le plus étrange et le 
plus assourdissant qu*it soit possible d^entendre. 

Les faveurs peu communes qu'ils durent à la libéralité de leurs 
seigneurs, procurèrent aux habitants d'Ëtrœungt de nolables 
avantages ; mais elles les exposèrent aussi è de fàcbeux mécomp- 
tes, à des démarches dispendieuses, à des procès ruineux. 

En 1866, un sergent de la haute cour de Mous, ajant appré- 



9 loges, poids, mesures , et autres choses comme ils verront au cas 
» appertenir et faire eslever , et dreschier Taigle les sept jours durant 
1 le temps de chacune desdiles franches foires. ...» Donnez en notre 
» Tille de Beaumont le quattriesme jour du mois de febvrier en l'an 

> mil cinq-cent-soixante-cincq stii de Cambray. ...» 

(1) < Gascuns des manans en oeUe ville doist payer quatre deniers 
» en le fleste SaintrMartin pour son tonlieu et li marchand qui y ven- 
• ront doibveni tel tonlieu comme paye Avesnes , et s'il ne !• payent 

> il le doibyent amender selon 4e loy d' Avesnes. » (ArUde 4 de la 
charte de 4248.) 



— ai — 

bendé poar délies uu habitant da bourg, et voulant emmener ton 
prisonnier, en tot empêché par les officiers (i) qui s^assemblèrent, 
firent arrêter le sergent, et renvoyèrent dans la prison de Beau* 
mont. La hante cour fit d'abord sommer les of&ders d'Etrmungt 
et de Beaumont de relâcher le sergent, sans firab ; mais ils s*y re- 
fusèrent. Cette sommation ayant été réitérée sans plus de succès, 
la oour dépécha un autre sergent, avec deux hommes de fief, et 
les officiers d'fitrmungt forent emprisonnés à leur tour. Le duc 
d*Anehot, leur seigneur , se plaignit de la violation de leurs pri- 
rilèges i la dochesse de Panne , gouvernante des Pajs-^Bas, qui, 
pour mettre fin à cette difficulté , ordonna que le sergent détenu 
i Beaumont fut relâché, puis conduit à Etrœuogt, afin d*y repren- 
dre sa masse, qn*oh avait retenue pour les dépens, et quVnsuite les 
officiers qui étaient en prison fussent remb en liberté. Elle déclara, 
en outre, qu'il ne pourrait, à favenir, être exercé de poursuites 
dans la terre d'Etrœun^, qu*en vertu d'un Jugement de la haute 
eonr défilons (fi). 



(i) Vraisemblablement ceux de ta séigaeurie. 

(i) € Comme pardeyaot madame la dtidiesse de Parme, Plafsance, 

> etc. , régeDte et goavemante pour le roy des pays de pardeça, di#é- 
i rent aoH esté mebu d'entre llonsieiir le duc d'Anchot comme sel* 

> gneor d'Estrœn-la-Caiichie, d'une part, et Monalear le marquis de 
i Beiighes, comme graml-baiHy de Haynaut et les hommea de la hanlte 
» court à M ODS, d'autre ; procédant de ce que Comme en vertu d'un brief- 

> Tel de taux de deapena d'un procès d'appel ayant esté en ladite court 
» entre Etienne Boucquiau laboureur demeurant audit Estrœn, appelant 
i de ToOice de la prevosté de Beaumont contre Jehan du Fossez de- 
» meurent à BersilUes , un aergeant de ladite court pour exécuter le- 

> dit taux de deapena avoit, au mois de Janvier dernier, calengé et ievA 
t en la maiaon dudlt Boucquiau deux béates chevaMnea, leaquelles les 

> offlciera dudit Eatroan n'avoient voulu permettre audit aergeant de 
9 ladite court vendre et emmener an-dehora dudlt lieu d'Estrœn, 

> lequel ila disoient estre et avoir esté de tout tempa terre franche et 
a exempte de tous exploicta tant des aergeans de ladite court que dea 
a autrea du bailliage*de la comté de Haynaut, davantage comme autre 

> aergeant "de ladite court ae aeroit, au mois de mars dudit, trouvé au- 
a dit lieu d'Etrœn pour è l'interinement du jugement d'icelle sur la plainte 
» 7 faicte par Eatienne Adam contre ung liarUn Mallet, manant dndit 




- îî — 



Joaet des ruses d'un ministre et se condanukaiit elie-méme à 
Texil, la veuve d'Henri IV vint, dans la nuit du. 19 au âO juillet 
16&4, loger à Etrœungt, accom^^agoée de deux femmes decbam- 



9 lieu d'Elrœun. pour d'iceluy avuir payement de la somme de xxij 
» livres xvij sols ayant par ledit sergeant au fournissement de son ex- 
» ploict calengé ledit Mallet ft rîMention de l'emmener prisonnier, ce 
9 . C|«e lesdits officiers d^ËtroeD auraient empesché par oaieoge faicte 
» dttdit sergeant de ladite court et le menatt priaonnier audit Beau- 
» moût ; et que comme les l^ommes féodaux de ladite court, pour cpn- 
» servation des prééminences et aucLorité d'icelle sur la plainte dudit 
» sergeant dctenu euissent ordonné aus dits ofQciers d'Estrœn et 
» Beaulmont rendre ledit sergeant sans cousis et sans frais, ... ils . . . 
» en auroient esté reffusans, comme aussy... à la seconde adver- 
» tence ... à cause de quoy anroit esté chargé à autres sergeants de 
» ladite court avec hommes de flefe d'icelle aller audit Beaumont 
t mectre a délivre et rammener ledit sergeant sans cousta et ^s ficaia 
9 suivant et à Tinterinement de la susdite ordonnance comme ils 
9 avoient fait ; mais comme lot officiers dudit Beaumont n'avoient 
» voulu fumir à la despense dudit sergeant, ains que pour icelle la 
9 masse ( luy servant de commission généralle) ostoit demeurée audit 
a Beaumont, auroit pour ceste cause esté chargé de calenger et appre- 
» hender leedit» officiers d'Etrœng comme ayant empêché Texecution 
» dea jugetfienls susdit», dont ledit sieur duc se aeroU dolu envers son 
« altexe, maintenant ladite tene d'Elrœng estre franche et non subjette 
a aux exploicts d'aulcuns sergeants dudit pays et comté de Haynau. . . 
» Sur quoy ayant esté ouis les hommes féodaux de ladite court & Mons 
» auroient dictqu' icelle comme représentant en cas de justice la propre 
» personne de Sa Majesté seroit siu>rôme et souveraine ....•••• Son 
» Altezo désirant pour regardt de la qualité des parties que ce dilTé- 
» reot ne passast à ultérieure procès ou débat , et ayant à cette fin 
» par quelques peraomiages à ce commis faici communicquer avec lead. 
» parties a ordonné et ordonne par cestes sur ledit différent en la 
» forme que s'ensuit : as sçavoir que le sergeant de ladite haulte court 
» à Mona ayant esté appréhendé audit Estrœn, mené audit Beaumont et 
» aitrés relayé, sera ramené audit Ueu d'Estrœn et après par forme de 
» rcstablissemont remis à pleine délivrance par ceux d'iceluy lieu, en 
» luy rendant sa niasse retenue pour les deëpens et que moyennant ce 
» seront aussy relaxez les officiers dudit Estrœn delenuS" prisonniers 
» audit Mon», .et que à l' advenir l'on ne pourra faire exploicts en ladite 
» terre d'Estroîn que par jugement de ladite haulte courte Mons. Fait 
.» à Bruxclk's soubs le nom de son alleze le iiir^ jour de may 1566. 



— «3 - \ 

bre, de soo chtrorgien et de daox honmies à cheval. Elle s'était 
écba(»pée le IS> à dix heures du soir, du château de Comptégne, 
et s^était mise en route pour la Capelle, avec le dessein de s^en 
emparer et de s'en faire une place de sûreté. Elle croyail y être 
attendue par le jeune roarqiHiis de Vairdes, avec qui elle entretoiait 
des intelligences. En Tabsence de son père, qui était gouverneur 
de laCapelle, le jeune marquis de Vardes exerçait cette charge 
dont il avait la survivance. La reine, en arrivant au faubourg ren- 
contra plusieurs dames éplorées qui lui apprirent qu^on .les avak 
baïuùes parce quMles lui étaient dévouées ; que le vieux marquis 
Tavttt devancée ; qu'il avait mis son fils aux arrêts, rassemblé la 
garnison» et qu*U faisait garder les portes. Instruit des projets de 
la princesse, Richelieu avait- expédié au vieux marquis de Vardes 
Tordre de se rendre auplustôt dans son gouvernement, et cet 
officier s^était empressé d'obéir. Marîè de Médicis connaissait 'sa 
rigidité ; elle passa outre en se hâtant de gagner la frontiéM. Le 
SO9 elle entra dans Avesoes, dont le gonvemenr était allé à sa 
rencontre, suivi d'un nombreux cortège de dames en habits de 
bergères. Elle fut accueillie parles corps d'officiers civils et mili- 
taires, an bruit des fanfares, dés salves d'artillerie, des acclama- 
Hoos des habitants , et haranguée par |e ma>eur. Elle s'arrêta 
plusieurs jours dans cette ville, où le gouvemenr dn flainaut la: 
complimenta de la part de rarchiduchesse Isabelle, souveraine des 
Pays-Bas. Invitée à se rendre à Mons, elle se remit en chemin, 
accompagnée du marquis d'Ayton» et sous l'escorte des gens d'ar- 
mes de rarchiduchesse. Elle se fixa d'abord à Bruxelles, où elle se 
forma une petite cour ; puis, la guerre devenant imminente , elle 
eralgnit d'être surprise et se retira dans la Hollande , qu'elle par- 
courut. Elle se rendit ensuite en Angleterre, où elle séjourna plu- 
sieurs mois. Ayant repassé la mer, elle alla habiter Cologne» et y 
mournt dans l'indigence, en 164S (I). 



(I) Le p. Griffet, Hittmre du rkgiM de Louis XIII, tom. 2, pag. 5T 
et suivantes. — c Gomme j'allais me retirer, je ne sais quelle pointe 
9 a percé la semeUe de ma botte ; j'ai baissé les yeux, c'était la tète 
» d'un clou do enivre enfoncé dans une large dalle de marbre noir sur 

> laqoeUe je marchsia. Je me suis souvenu, en examinant cette pierre, 

> que Marie de Médicis avait voatu que son coBur fut déposé sous le 



1 



— Î4 - 

La guerre Vêtait renoiirelëe en 1655 et ne cessa qu*en t659, 
pour recommencer en 1667. Le cardinal de Richelieu avait mis 
six années sur pied, et bientôt toute l^Europe fut en armes. Foulé 
dans tous les sens par un passage continué! de troupes, le Hainaot 
était en 'outr*; pressuré par toutes sortes d' exacteurs qui , se re« 
layant, • levaient tour-à- tour des taxes plus on moins fortes, mais 
avec une égale rigueur, tantôt au nom du ppinoe, à (itrc d'em« 
.. praot, tantôt an nom d'un chef ennemi , comme contribution de 
guerre. Les denrées, les moissons étaient enlevées ; les nreubles 
emportés ou brisés ; les troupeaux emmenés ou égorgés par les 
fourrageurs «t les maraudeurs. La disette , crotsêairt de jour ea 
jour devint extrême sur cette terre désolée et alors peu fertile. 
Les personnes n*é(aient pas non plus en sûreté, même dans leurs 
habitations, dont la plupart néanmoins, surtout celles qni étaient 
isolées , paraissaient impénétrables. Les murs en étaient épais ; 
une petite fenêtre ^carrée, attenante au toit, et que d'épais croisil- 
lons partageaient en quatre lucarnes, éclairait Tintérieùr ; la porte, 
garnie de clous à large télé, se fermait en dedans, .soit avec de 
gros verroux, soit avec des barres de fer. Lorsqu*on avait résolu 
de se défendre, les postes étaient distribués à peu près ainsi : le 
père de famille gardait la porte et promenait à la ronde ses re- 
gards inquiets; sa femme se tenait «jpr^ de lui tremblante , ses 
fils occupaient les autres issues ; ses filles se rangeaient à côté de 
la fenêtre. Tous étaient armés de faux , -de pelles, de fourches , 
deHéaux, et approvisionnés de pierres , quelquefois d^ean bouil- 
lante: Mais il fallait, sans doute, pour prendre un parti aussi dan- 



» pavé de la cathédrale defologne, devant la chapefle des Trois-Roia. 
» Cette dalle que je foulais aux pieds recouvre sans doute ce cœur. . . . 
D Cette reine Marie de Médicfs , cette veuve de Henri lY , exilée, 
» abandonnée, indigente comme Ta été , quelques années plus tard, 
9 sa fille Henriette, veuve de Charles U^^ est venue mourir à Colo- 
9 gne, en 1642, dans le logis d'ibach, Stemegasse 0** 10, dans la mai- 
» son marne où, soixante-cinq ans auparavant, en 1577, Rubens, son 
2> .ppinlre, était né. » M- Victor Hugo, 1$ RfUn, Lettre x. 

Le chemin que suivit Marie de Médicis, des faubourgs de la Capelle 
i> à ElFceungi, porte encore, dans le territoire de LarouUlies, le nom de 
4Jief»m de la Reine, 



- ss - 

gerein, ne pouvoir abaDdooner sa demeare sans s*expo«er à tout 
perdre. Orâinaîrementy dés ^ue la cloche d* alarme commençait à 
tinter, la popolation d'un village se réfugiait partie dans les bois» 
partie dans les forts. Les assaillants étaient repoussés avec le cou* 
rage du désespoir. Toutefois, revenant à la charge plus nombreux, 
le pic dans une main, la torche dans Tautre , ils n'avaient pas be- 
soin de faire de grands efforts pour triompher de la résistance. 
De vastes tourbillons de flamme et de fumée ondoyant dans les 
airs, le fracas des murs qui s'écroulaient, le craquement et la 
chute de lourdes charpentes, l'explosion des armes à feu , les cris 
de détresse, glaçaient les cœurs d'effroi, et les vaincus restaient à 
la merci des vainqueurs. Aux lieux où naguère on avait remarqué 
plusieurs groupes de maisons dominées par la flèche d'un clocher, 
ombragées d'arbres à fruits, entourées de verdure , s'élevant dans 
nue plaine couverte de moissons, on n'apercevait plus qu'une 
arène spacieuse, chargée de masures éparses, déchiquetées, noir- 
cies, environnées de troncs d'arbres carbonisés, et autour de ces 
hideux débris, que des campagnes arides et désertes. Quelques 
années avaient suffi pour appauvrir et dépeupler une contrée in- 
dustrieuse et florissante. A la paix des Pyrénées , le Ilainaut était 
rempli de décombres, les champs y étaient en friche , la province 
entière était ruinée. La guerre de 1667 en accrut les désas- 
tres (i). 

La terre d'Etrœnngt fut cédée en 1678 , par le traité de Ni- 
mègue, à la France, qui en prit militairement possession l'année 
suivante. Kn 1685, l'intendant Faultrier la soumit aux mêmes impdts 
que les autres parties de la conquête «Les habitants réclamèrent en 
se prévalant de leurs chartes ; mais on leur répondit que le roi avait 
révogué les franchisée. 

Guillaume de Croj acquit de Germaine de Eoix, en 1519, dix- 
fept> terres, qu'il légua à Philippe et à Charles de Croy, ses ne- 
veux : de là une involution de procédures variant à chaque traité 



(I) c .,« . Les inceadies de nos joues aiana réduit plus de cent 
» TUlages (du Hainaut) en ceadre, on les a vus... > (Mémoire au con- 
seU, etc. de 4672.) 



\ 
\ 



-^Î6 — 

de paix, comme à chaque déclaration de guerre, et dont les in- 
extricables et nombreuses difficultés se succédèrent et se multi- 
plièrent jusqu'en 1706, qu'un arrêt du parlement de Paris les 
trancha. K\ Guillaume de Croy , ni ses neveux , entre lesquels sa 
succession fut partagée en 1538, n'entrèrent en possession des 
terres acquises, car Thomas de Poix, qui en obtint le retrait et en 
remboursa le prix, en avait conservé la jouissance. Le partage de 
1528 fut rescindé en 154g, et il n'en put être fait d'autre, quoi- 
qu'il ne restât que le prix des dix-sept terres à partager. Les 
deux frères ne suivaient pas la même bannière. Philippe de Croy, 
créé duc d'Arschot , était attaché à l'Espagne ; Charles de Croy 
était comte de Seninghem et dévoué à la France. La marquise de 
Gonzague se trouvant créancière, comme représentant Charles de 
Croy, d'une somme considérable, par le cumul des intérêts avec 
le capital^ fit saisir réellement la terre d*Avesnes, en 1665. Cette 
saisie réelle fut suivie de celle des terres de Chimai, de Beaumont, 
d'Etrœungt, de Saozelles, d'Eclaibes, de Commine et d'Halluin. 
Les droits de la marquise de Gonzague, transmis à la duchesse de 
Montpensier , échurent définitivement au duc d'Orléans , Phi- 
lippe II, à qui les terres saisies furent adjugées, par Tarrêtde 1706, 
dont on a parlé plus haut ^1) ; mais il n'obtint en effet que cel- 
les dont l'Espagne avait consenti l'abandon^ en vertu des traités 
des Pyrénées, de Nimègue et de Risv^ick. C'était, en Hainaut, 
avec les terres d'Avesnes et d'Eclaibes, celle d'Etrœungt, que, 
depuis lors, les officiers, à qui l'administration en fat confiée, 
désignèrent constamment^ dans leurs actes, sous le titre deba- 
ronnie. • 

Les habitants de la baronnie d'Etrœuugt eurent, dans les princes 
delà maison d'Orléans, de puissants protecteurs. On leur accorda, 
en 17 JO, et sans doute les bons offices du futur régent y aidè- 
rent, la confirmation de leurs privilèges et la réintégration de 
leurs franchises ; mais avec des restrictions apparemment exigées 
par les intérêts de l'Etat. Ainsi on les exempta des droits établis 
sur plusieurs objets de consommation^ mais en restreignant cette 



[1] Arrôt du parlement de Paris du 31 juiUet 1706. 



— Î7 — 

eieroplion iiix objets qui deraieDt se consonmer chez eux ; les 
liquides à leur usage furent dégrevés de l'impèl , mais ou en 
proportionna la mesure à leurs besoins présumés ; on soumit les 
cores, les chaudières , les tonneaux de leurs brasseries au Jau^ 
geage , et on astreignit ceux qui foulaient se procurer de Tean*- 
de-Yie à la prendre au prix et dans les bureaux de la ferme. 
Leur tabac fut affranchi de toute perception, mais ils ne purent 
en avoir ni plantations, ni manufactures, m magasins, ni plus de 
deux livres par famille, sous peine de confiscation et d'amende. 
De telles précautions^ quel qu'en fut le motif on le prétexte, en 
bornant leurs immunités, en assujétissaient la jouissance à des for- 
malités importunes ; toutefois, il se peut que, sans Tappui de leurs 
seigneurs, les efforts qu'ils firent pendant un siècle pour recou- 
vrer au moins plus de liberté , eussent accéléré la suppression 
absolue de franchises qui, quoique ainsi restreintes, étaient enco- 
re fort avantageuses (1). 

Les belles chaussées qui se croisent i quelques mètres au sud 
d'Âvesnesont été établies, dans le siècle dernier, au moyen des 
taxes et des corvées auxquelles furent soumises les communes 
par où elles passent ou qu'elles avoisiuent. Les habitants de la 
baronnie d'Etrœongt, voulant éviter qu'on les imposât, ce qui, 
à leurs yeux, eût éié une nouvelle atteinte à leurs privilèges , ré- 
clamèrent comme un droit la charge de faife exécuter à leurs 
dépens, dans les limites de leur territoire, les travaux de celle de 
ces chaussées qui le traverse (2) . 

La terre d'Etrœungt était autrefois régie par deux coutumes 
différentes : par celle du Hainaut pour les matières féodales , par 
celle de Prisches ou du Vermandois pour les rotures. La justice 
y était administrée par uu prévôt , assisté d'un procureur fiscal 
et d'un greffier. Les hommes de fief y dressaient les contrats. 



(i) ÂrrôU, procô»-verbaux, réclamolioni», mémoires, etc., etc. 

(2) GorrespoDdanoe du sieur Daroi , 9gent d'afi'aires do la maison 
d'Orléans, & Avcsues. 



On déterra, en 18lft, dans on cimetière abandonné depuis 
long-temps , non loin do l'endroit où la route de Paris fait un 
deuxième oonde, un soele en chêne, qui parut avoir été celui d'une 
croix; u» troasseaa declefo^ fort conrtes, à larges anneaux, et une 
des pièces de monnaie obsidionale qni furent frappées pendant 
le siège de Haestriebt, formé par Alexandre Farnèse en 1579. 
Cette pièce porteit sur la face , un éca surmonté d'une épée 
debout, la pointe en bas, avec cette, inscription : Trajee. m. Aîa. 
obie. projus, ean$a defèiione , et an revers. :. PraUg.t Dne 
populù tnum prap. nomi. tui glorian^ 

Lors de la nouvelle division du territoire franfais, e& i79(s 
Etrœungt devint le chef-lieu d'un canton comprenant ce bourg 
et les villages de Feron, Wigo^i^ Rinsart, Larooillieset Floyoa. 
Unejustice'de-paix, composée du juge et de quatre assesseurs, 
avec un greffier et des huissiers, y remplaça la prévôté. En 1795 , 
Etrœungt devint le siège d'une municipalité cantonale. C'est an- 
jonrd'hut une des principales cominunes du canton d'Avesnes- 
sud. 

Elle a des écoles, un bureau de bienfaisance et on burean dis 
douanes. IL s'y trouve des boulangeries, des boucheries, des 
brasseries, des tanneries, un moulin à ean , une pharmacie , une 
coutellerie ^ des boutiques d'épiceries, de toiles, de draps, de 
cotonnades. Il s'y fait un commerce de Un achalandé -, on y fabri-^ 
que des étoffes de laine et de la bonneterie ; on y exploite des 
carrières d'une belle pierre bleue propre à différents usages. 
Toutefois, la principale ricbesse de cette communo consiste dans 
ses dix-hnit hameaux, dont chacun est environné de c£mpagnes 
fertiles et bien cultivées. 

On découvrit, dans les douze premières années de ce siècle, un 
peu au-dessus d'Etrœungt, à Touest, en divers endroits des lieux 
où était situé Duronum, plusieurs tuyaux en terre cuite , et 
quantité de tuiles antiques d'une grande dimension , éparses 
dans les ruines d'une tuilerie ; à cent-cinquante pas plus au sud , 
les restes d'un aqueduc ; dans l'endroit nommé la Pèrée, trente 
médailles, dont une gauloise, et vingt-neuf romaines à l'effigie 



de quelques-ai» de8.priDce« qui occupèrent le trône impérial, 
depuis Néron jusqu'à Ântonin-le-Pieux , «t de quelques impéra- 
trices, entre autres des deux Faustine-; plus a?ant, le long de^ 
rancienne voie romaine de Bavai à Reims, Tune de celles que 
Ton nomme êhaussèû Brunéhaui^ un tombeau renfermant une 
partie de la lame d^un glaive et une urne remplie de cendres. En- 
fin on crut reconnaître, aux mêmes lieux, mais de l'autre c6té de^ 
la chausséô BrunekanU^ les traces d^une seconde voie romaine», 
dirigée veré TOccident. 

Un rocher qui s*élëve dans la partie méridionale de la communoi 
et qui a conservé le nom de court des moines, était encore cou* 
ronné, il y a peu d'années, de débris d*anciennes constructions. 
Cest là vraisemblablement la place où étaient les bâtiments d'une 
ferme appartenant à l'abbaye de LiessieSf et qui fut Tobjet de la 
réserve insérée dans. Pacte passé , en 15^7 , entre le comte de 
Bainaut, Guillaume l*', surnommé le Bon, et Guj de Chàtillon, 
seigneur d^Âvesnes. On trouva en cet endroit un linteau de pierre 
bleue, portant la date de 4464, et la devise suivante, gravée eor 
caractères gothiques : En Dieu te fie ft^urtie.» 

Le sol d^nn champ étroit et sablonneux, resserré entre ce ro<^ 
eher et unecarrière voisine , recouvrait des ossements humains. 
mêlés à des ossements de chevaux ; des mors,J desfers.de cheval„ 
et des tronçons d'armes brisées. 




- 30 - 



LAROUILLIES, 

Gaolon d'Ayesnes-Sad ; 9 kilomélresau midi de cette ville ; 
602 habitants ; 146 maiBona. 

LarouiUies n*était autrefois qu^un des nombreux hameaux 
d^Etrœungt. Ou ne sait quand il devint uue communauté 
distincte, ni combien d'habitants il renfermait alors. Le dernier 
endroit de la frontière des Pays-Bas avant d*appartenir & la 
France, et le premier exposé aux coups de l'ennemi, combien ne 
dût-il pas avoir i souffrir et du fréquent jpassage des armées el 
des incursions journalières des brigands ! On ne saurait douter 
qu'il n^ail été souvent pillé , ou même entièrement détruit. La 
plupart des maisons qui le composent paraissent plus nouvelles 
que la chaussée de Paris, qu'elles bordent, de chaque côté, dans 
une longueur d'environ deux kilomètres. L'église actuelle bâtie 
sur un monticule, à l'extrémité nord du village , n'est pas non 

plus très-ancfenne. 

i 

Ce fut à LarouiUies que, pour la dernière fois, une déclaration 
de guerre se fit par le ministère d'un héraut. Louis XIII , décidé 
i rompre avec TEspagne, dépécha à la cour de Bruxelles, en mai 
1658, Jean Graiiolet, héraut d'armes sous le titre d'Alençon, 
accompagné d'un trompette, et portant la cotte d'armes, la toque, 
le bâton semé de fleurs de Us, pour déclarer la guerre au cardinal 
infant. Ce prince, qui ne savait's'il devait ou non recevoir l'en- 
voyé du roi de France, assembla son conseU. La décision se faisant 
trop attendre, Gratiolet s'acquitta de son message du mieux qu'il 
put, dans les rues de Bruxelles, et revint sur ses pas. Arrivé le 21 
mai à LarouiUies, il y planta un poteau, au bord du chemin , vis- 
à-vis de la porte de TégUse, et y afficha la déclaration, aux 
bruyants éclats de la trompette qui sonnait la chamade (i). 



(I) Le P. Griffet, Histoire du règne de Louis XIII, tom. Il, pag. 
574. etc. M. Michaux, feuilleton de l' Observa (ewr du 3 novembre ^84«, 
eu toutes les circonstances de la mission de Gratiolel sont exactement 
îapportécs. 



- 31 — 



FÉRON, 

GanloB de TrétoD, à «n myriamèire an nord-est d'ÂTeaaes ; 
655 habitants ; 462 maisons. 

Féron était dam te xi* sièete, mi aleu^ dont le nom resta a» 
Tillage qui le porte aujourd'hui. Tbierri I**, seigneur d^Avesnes» 
donna» en 1095, cet aleu an monastère de LiesslM, où il réta- 
blît des Bénédietin8(4). L'abbé de Liessîes, Helgot, et Jacques 
d^Afesnes, Tnn des successeurs de Thierry , arrêtèrent^ vers 
1189, les danses du partage qu'ils fireal entre eux, des produits, 
du bois de Féron , dont le fonds appartenait à Fabbaye et 
Vadvùu^e au seigneur d*Avesnes. 11 est probable que le village 
ftit cédé à Bouchard d'Avesnes, en même temps qu*Etrœungt et 
Larooillies, et que ces trois endroit» réunis formèrent» dès lors, 
une seigneurie particulière^ 

FéroD dépendit long-temps de la paroisse de Glageon pour lo 
spirituel ; il n*eut un curé à part que vers 1666. On y avait pour- 
tant bâti, en 1614, une église dont la tour, percée de meurtrières, 
devait servir à la fois de clocher et de forteresse ; mais elle fat 
brûlée, en 1656, avec une partie du village, par les bandes fran- 



(I) c In nomine SanctsB et indWiduss Trlnitatis Galterus sancte Ca- 

> meracensis Ecelesi» Episcopns cnnctis GhrisU fldellbus 

• Motum YObis facio quod ad laudem et honorem Salvatoris.... duc 

> clerici.... quatnorqne milites... , ad locnm qui vocatur Lethias divina 

3 afllati Spiritu convenerunt in hoc loco autem ab aotiquis tem- 

9 poribns in que Sancta Hiltudis requiescit quedam fùndata est eccle- 
1 siola.... meoconsilio assensu et dispositione precibusque BalduinL 

> ipsins patri» Gomitis et Theodorici ejusdem loci ac terr» circum-» 

j» TicinsB domini statutum est ad hujus itaque loci dignitatem 

s subUmandam et ad usus fratrum multiplicandos.... tradidit etiam 
» Idem Theodoriense Idem ecclesi» allodium de Foron. ... Hoc autem 
s Cactum estGamerad anno dominlcsB tncarnationis millesimo nonage^ 

> simo qninto indictione tertia predieti quidem pontiflcis anno primo. ». 



- 38 - 

çaises. Cette coDimmie souffrit beaacoup durant les guerres de 
François T', d^Heori II, de Louis XIII et de Louis KV. 

Elle est arrosée par plusieurs ruisseaux. Le sol néanmoins en 
est peu fertile. 11 recèle de la mine de ter. L*abbaye de Liessies 
avait, en 1710, un fourneau A Féron , et Ton conjecture qu'il y 
exista aussi des forges jinciennement. Ils*y trouve en assez grande 
abondance de la pierre propre à bâtir, susceptible d*un certain 
poli, bonne surtout à réduire en chaux. 

Le prince de Talleyrand convertit en une jolie maison de cam- 
pagne le vieux château du PofU-it^Sainiy situé près d^un étang 
spacieux, dans un vallon environné de bois. Derrière cette maison, 
au bout d*une prairie, s*éléve, sur une sorte de terrasse, un temple 
agreste, remarquable par les quatre colonnes qui en supportent 
le fronton. Elles sont en marbre rouge et d*une seule pièce cha- 
cune, quoique dans des proportions grandioses. On les avait 
préparées pour la chapelle du château de Versailles, mais elles ne 
purent y être transportées. Les religieux de Liessies les employè- 
rent â rembellissement de leur église, d'où on est parvenu â les 
retirer entièrcA lors de la démolition de cet édifice. Le temple 
sert parCèis de grenier âfoin. 

Oir voit, dans Tendroit nommé le TVoti de Férôn , â 500 mè- 
tres du village, les restes d*iine vedoute en terre , que Ton croit 
avoir été construite au xvi* siècle, par le comte de Mansfeld ; que 
h marquis d*Ayeton, qui commandait en chef dans les Pays-Bas, 
fit réparer, vers le milieu du siècle suivant, et que le gouverneur 
de la Capelle- détruisit peu de temps après. Elle oecupait onze 
très de terrain, et le fossé dont elle était entourée a encore une 
profondeur de 1 m. tU)-, sur une largeur de 4 m. KO. 

A Textrémité sud du territoire d» Féron, se trouve une fontai«- 
ne d'eau minérale (1) â laquelle on attribuait autrefois pSas d'effi^ 



(tj I;» fontaine d'eau minérale de Féron a reçu des habitants du lien 
le nom de fontaine rouge. L'eau qui en découle et la boue qui l'envi- 
lonne oni été analysées plusieun fois par des médecins et des cbimis- 



L 



— 33- 

Tacite contre les obstructions qu'aux eaux de Spa et qu^aux boues 
de Sainl-Amand, mais qui, depuis, a perdu dans l'opinion beau* 
coup de sa vertu. 

1. Lebeàu. 



les. Elles Tont été, yers le milien dv siècle dernier, sous les yeux du 
docteur Rsullin, médecin du roi et inspecteur des eaux minérales du 
Hainaut, et, il y a quelques années, par M. Aug. Tordeux, d'Âyesnes, 
dont le rapport est inséré dans les Annaltsde CfUmUf tom. *7S. 

c Cette fontaine sort du milieu d'une prairie isolée, au bas d'une 

• petite hauteur... et... d'un trou central perpendiculaire extrêmement 

> profond, mais envasé jasqu à la soperflcie de la prairie... la surface 
1 de ce trou est de trois pieds de longueur sur un pied et demi de 
1 largeur , de figure irréguiière. . L'eau , qiiS est d'un goût femigi- 
9 Beux,... est agréable a boire, et sans odeur. 

» Quoique l'usage de cette eau minérale fût en vogue depuis lon- 
a guee amiées , et qu'on en vint chercher de l'intérieur de la France, 
a cette fontaine a été négligée jusqu'en l7€9, que M. Faussabry... la 

> fit arranger pour en rendre l'accès plus facile... Ce subdélégué 
a présenta plusieurs projets à MM. les intendants et à la cour... Mais 
» il fallait former des étabUssements qui eussent pu faire tomber le 
» crédit des eaux et boues ^ St.-AoMnd^ où il y en a de tout faits ; 
» d'autant plus que les médecins... ont prouvé la supériorité de celle- 

> ci sur ceUea de St.-Amand. 

a II refaite de phumtrs expériences que cette fontaine minérale 
■ fdê Fércm) a beaucoup de propriétés semblables à celles du Mont- 
» d'Or en Auvergne et qu'elle a la même analogie que les eaux de 
a Spsk, quoique dans un degré de vertu supérieur. ••• a (Mémoire 
msa.) 

S'il ne nous appartient pas d'établir de comparaiaon entre lea eaux 
de Spa, les boues de St.-Amand, Teau et la boue de la fontaine rouge, 
les révélations des maîtres de la science nous autorisent du moins à 
croire que , avec les mêmes commodités , les mêmes agréments, le 
même régime, et, si l'on veut, les mêmes prestiges, elles auraient 
totttea la même efficacité. 

a Lee eaux minérales. ... ont été vantées avec enthousiasme par 

• quelques personnes qu'elles avaient en effet rappelées à la santé ; 
1 quelques cures obtenues sur des princes, les éloges des habitana 

• des contrées où la nature les a placés , et surtout des médecins qui 
» en dirigent l'administration, le désir de se débarrasser de malades 



/ 



- 34 - 

» dont les maux laisBent peu d'espoir de guérison, tout cela a puis- 

» samment contribué à leur célébrité ; à ces causes on peut encore 

i joindre les agréments du pays où elles se trouvent, les plaisirs et la 

» liberté qui rognent dans ces établissements; c'est ainsi que la repu- 

n tation des eaux s'est accrue malgré les plaintes des malheureux 

9 qu'elles n'ont point soulagés, ou dont elles ont hâté la fin. — 11 est 

» assez singulier que, dans l'étude des efTets des eaux minérales, on 

» ait presque toujours omis l'examen des effets de l'eau elle-même, 

9 qui en renferme pourtant la majeure partie. — N'esV<ce pas une cbosQ 

» curieuse, que la docilité avec laquelle nos gaakronomes partent de 

« Paris, et se rendent à soixante, quatre-vingt, cent lieues de cette 

» tille de plaisirs pour aller boire de Veau, qu'ils auraient repoussée 

» avec horreur si le médecin, qui leur en conseille l'usage, avait eu la 

Y bonne foi ou le courage de leur prescrire tout simplement pour 

9 boisson l'eau de la Seine. — Les boues, ... ne diflTèrent des bains 

» d'eaux minérales que par leur consistance.^ — Louées à outrance 

9 ou déuigrées sans mesure, les eaux minérales n'ont pas encore été 

» jugées au tribunal -de la saine raison éclairée par l'expérience. . . a 
( Dictionnaire abrégé des sciences médicaUs), 

V Essai sur les eaux mméraUs naturelles et artificieUes de M. E.-J.- 
B. Bovill^n-Lagrange, Paris 1811, in-8», contient d'intéressants détails 
sur les eaux de Spa, les boues de Saint- Amand, et l'eau minérale de 
Féroa. 





1^ r,<3i Mi M>.|ia> ^|)^|«i^ 1^ |)id 



MANUSCRITS 

( AYANT RAPPORT à. l'bISTOIRE DB LA BBLOIQUB ) 



UtmSt A Li BDUOTBAOUB PUBUIIIB DB 



■•i^" 1 1 



t. — Les AmiÂLss dv Rathaut mJaequêê De Giiyte. 9* vo- 
lume, eontenantdu 8* au 14* livre iuduiâvement; in*r. » sur 
papier. 

A la fin se trouveat ces mots : « Eacript en 144S. » 

Les renseignements suivants se lisent sur les gardes : « Ceste 
seconde parUe des histoires du haynn. apptieut à moy Jehan Thirou 
dit Brassot et le fich escripre de mes despeos en Tan militu" 1. 
Signé Brassot. 

» TonOes les correctons de ce livre ont esté faictes de pr. le 
main de Jehan Wandelin translateur de tous le trois volumes. » 

9. — Lbs MÊMES. iD-f* . sur papier. Eiplicit: «Fin du tiera vo- 
lume des cronicque et annalles de hainault escrit par Philippe 
Uasure, portier A la porte.de Havreh À Mons, i64i. • 

Ce manuscrit renferme la traduction des dl livres des Annales. 

&. — Les MiMBS. Texte latin, in-^. sur papier. « ExpUcit pma 
parshistoriiillustrim. p r d c p n hainonii édita a fratre Jacobo 
de Goisiâ ordis fratrum mior. conventus Yalenchen. scripta et 
expleta p. manus Johes de Loe sp. Jaoobi de Gadavocleci Tor- 




1 



— 36 — 

nacen. dioces. m. in artibos die Veneris qae (sic) ftiit XXViîj* 
mensis apriiis anno doi. millo [sic) qaadge™" liQ. Deo grattas. » 
Ce maDQscrtt De contient que les sept premiers livres. 
▲ la snite se trouvent les suivants , reliés en nn seal volume 
avec celui dont nous venons de parier . 

1** « incipit dedaralio proprietatuin quarud. regionm. in di« 
versis locis sitaatarum ultra mare. » (Etranger à l*bistoire bel* 
gique.) 

S* • Seqnuiitnr testameta xij ppharum in qbs snt apcissie de 
ipe pphctie quas mgr Robertus Grossn caput de greco trastulit in 
-latinm. • (Id.) 

5* a Seqannt'sUtitta papaliain ofAdis dmmis etquedam alia 
«tilia. D 

On remarque parmi les rubriques des chapitres : 
De primo rege Franconim. 
Ortus studii parisiensis. 
De morte Karoli magni imperatoris. 
De morte Roland^ nepotis RaroK. 
Initium eomUatus Flandnœ. 
Persecurto Normanor. et Danor. 
Initium ordinis Chimacenais 
CoDversio Hangarior. 
Ordo Cistersiensis. 
^ « Incipit dialogus Jacobi de Merland fladren. ad Hartinu. 
Trajecten. socinm snm translatns de flaroingo (aie) în latinnm. 
(En vers latins rimes.) 
» Explldt Martinus latine translatns a Johane Bukélare p^**. 

4. — Chroniques de Froissàrt. Tome 5. In-r i deux colon- 
nes, sur papier. 

Un titre incrusté dans la couverture porte ^ « Tiercb et der- 
nier volume des ironiques naistre Jehan Proissart flhans en Tan 
milccccx. » 

La dernière page, sur laquelle se trouvait probablement nn ex- 
plicita a été arrachée. 

5. — Recœil de eeqtdett advenu plus digne de mémoire 
i$ fan de ealui 1578 juequee à fan 1888. QuatrUime 



— 37 — 

«oiaime. Ttmi r$emillépêir S' Jean Ballifij religieux â Cler- 
nufrêtx-ieX'St 'Orner. In-f, sar papier. 

Très-intéressant, et contenant beaucoup de pièces relatives aux 
troubles des Pays-Bas. Ce recueil est autographe et a appartenu 
à Claude Rousseau , auditeur des comptes. Les mots suivants, 
écrits sur la page qui se trouve après le titre , font craindre que 
les trois premiers volumes de ce précieux ouvrage ne soient per« 
dus à toujours : 

Hâ I pereat pottas legum veneranda potestas 

Quam lot consumptos noctasipie diasque labores 

Hauserit uiia dies flammia. 

6. — Livre DE blasons des principalee famille» dee Paye- 
Bas, el nommément desdemoiêellee gui ont été reçues au ehapi' 
tre de Denain dans les li"*, 18* eî 17* siècle», In-4<> sur papier ; 
blasons coloriés. 

La première page, cotée 2, semble indiquer que le titre de cet 
ouvrage a été arraché. Ce manuscrit a appartenu à feu M. Tavocat 
Jean-Baptiste-Joseph Laisné, de Mons. 

7. — Dans ce livre sont rapportées grand nombreuse (sic) 
û*épitapkes des anciennes familles de Flandres^ Toumay ^ 
Tournésis, Arthois, Hainault, avec leurs alliances très curieux 
et instructif recueilles Vannée 4 572 et notablement augmentée 
par le sieur Pierre-Marie De Calonne Baufaict, chanoine de 
ta cathédrale de Tournay Van 4 752. In-f"; sur papier; armoi- 
ries coloriées. 

Manuscrit très-intéressant. 

8. *— Manuscrit que Ton croit être le manuscrit autographe des 
Annales du Hainaut de Vinchant. ^ vol. in r sur papier. 
(Voir la notice que le Modérateur a publiée sur cet annaliste). 

L'imprimé , qui a paru A Mons , in-f^ , chez Jean Havart , en 
1648, ne va que ju8qu*en 1555 ; le manuscrit finit à Tan 1655. 
(78 années de plus que n*a donné Ruteau.) 

9. — Annales de Vabhaye de St.-Ghislain , de dZZjusquen 
4754, rédigées par Dom. P. Baudry, continuées par Dom. A, 
Durot, 2 vol. in-f', sur papier. 



/ 




— 38 — 

4 0. — Recoel de tous.Ui festes et chapUres de la noble ordre 
du thoison d'or depuis la première inttUon Jutguee à nretempe. 
Becœllez et fais par Jacques Léboueg demourant à Valen. 
(Valenciennes) depuis ocmenté pr. Damd Hoyou de Mon$ e 
Haynat. In-f> sur papier. 

Le dernier chapitre indiqué est celui de itf56. Manuscrit du 
temps. 

11. — CoLLBcrroN de généalogies de la pluspart des maisons 
et familles de la province d'Uainaut et de celles qui y ont possédé 
des dignités, canonicats, emplois, charges, y pris habitation ou 
alliance, avec leurs armoiries enluminées. Le tout recueilli par 
J.-B^.-i<^. Laisné, licentié es droits et avocat à la cour d^Hainaut. 
SB vol. in-r|, sur papier. 

Collection de généalogies de la pluspart des maisons et familles 
de la province de Hainau et de celles qui y ont possédé des digni- 
tés, canonicats, emplois, charges, y pris habitation ou alliance, le 
tout avec leurs armoiries enluminées. A.-J. Preod*homme. 

Copie de Touvrage précédemment cité. 

4 2. — GÉNÉALOGIE deplfÂsieurs familles du Hainaut, In-f, 
sur papier. 

Manuscrit de M. De St. -Génois. 

i 3. — Recueil des épitaphes qui se trouvoienten 4 787 encore 
tant soit peu déchiffrables, des personnes nobles, conseillers. . . 
etc.. gui furent enterrés dans l'église de Ste-fVaudru, pa- 
roisse des étrangers et nobles de la mile de Mons, capitale du 
Hainau Autrichien, In-4", sur papier. 

Manuscrit autographe de feu M. Leclercqz. 

C'est lui-même qui a recueilli ces épitaphes. 

 ce volume se joint un autre manuscrit du même auteur ( in- 
4*, sur papier), contenant les épitaphes des personnes nobles , 
recueillies dans les autres églises de la ville de Mons. Ce dernier 
ne porte pas de titre. 

14. — Manuscrit autographe d» l'Histoire de Hainaut 
parle P. Delewarde, In-i® sur papier. 



Ce manuscrit ne contient qne les lifres 3 à 10. Il est probable 
«joe c^est le manuscrit d'une seconde édition projetée par Tauteor. 

15. — Les tournois de Chàuvbnct donnée vers la fin du 
treizième siècle, décrits par Jacques Brkex. 1385. 

Poème de 4449 vers de huit syllabes, dans lequel sont dtés 
plusieurs seigneurs du Hainaut. 

A la suite de cet ouvrage se trouvent deux autres manuscrits : 

Les sept Sagee de Rome et Marque le fil de Chaton (Marc le 
fils de Caton.) 

16. — Mémoires SUR LE Hàinàut contenant fétat ancien et 
moderne de cette province iTadministration générale et pamcu- 
lièredes revenue des Etats et du magistrat de la ville de Mons; 
et un ditaU très circonstancié du domaine engagé, In-r sur 
papier, avec cartes, tableaux, plans coloriés, etc. ; ouvrage rédigé 
par ordre du gouvernement, trës^curieux, et, sous le rapport cal- 
ligraphique, exécuté avec le plus grand soin. 

17. — ViRiTABLE DÉCLARATION de la gucTTe que Jehan Da- 
vesnes (sic) comte de Haynau, . . etc. .<, suscita contre sa ville 
et comté de P^alchienne (Valenciennes) et de l'accord et paix 
ensuivie. Recueille pat Sire Simon Leboucq prevost dudict 
Valentienne. 1648. Iu-4° sur papier. Manuscrit autographe. 

18. — Cou EST DES fais et des generacions des signeurs et 
contes de Haynau extrais danchiennes chroniques ensi quU 
appert chi après, ln-4* sur papier , copie faite par M. Leclercqz. 

19. — Proheme de ce présent livre qui traitera et contera 
deux choses principalmet : laprmiere sera des histoires de Hay- 
nauesquelles lacteur parle de la division de la terre en gênerai 
et de la situation et une distinction du pays de Gaulle que fon 
nome orendr oit France. La seconde partie de ce présent livre 
seront les capittes sur la première décade de Titus Livius et 
dist pmieremet cornent Eneas de Troyes vint en Ytalie et co- 
rnent il en fut Roy et ses hoirs après luy. In-f sur papier. 

Manuscrit du XYl" siècle. 




— 40 ^ 

20. — ËpiTOME des antiquUez ée HitifnauU extraiet de 
maiitreJacq. De Guise et daultres hiiioriograpkesy àMsé en 
4rois parties, par Jean tAnly. ID-^ sur papier. 

ProveoaDt de la bibliothèque de Mlle d'Yves. 
L'épitre dédicatoire ( à Charles de Berlaimont) est datée de 
31ontmédy, le 12 de septembre 1578. 

ai . — Noms des personnes qui sont intervenues aux assem^ 
liées des Etats du Hainau comme membres de la noblesse 
depuis /e 4 9 Xhre 4536 jusques compris le ti de ^bre 4668, 
par le comte de St-Genois. ln-f<*8ur papier. 

23. — Mémoire ou description de la province du Haynault 
composé par Monsieur V intendant Bernier en Van 1691. — 
Mémoire sur le département du Hainaut et pats d'entre Sam^ 
bre et Meuse. In-'i'' sur papier. 

S5. — Projet de réponse à cette question : « Quand et 
comment les comtes devinrent-ils souverains en Hainaut f • 
In- 4° sur papier. 

Manuscrit de la main de M. Leclercqz. 

24. — Mémoire sur l'état auquel se trouvent les droits du 
domaine dans le déparlement du Hainau par rapport à ce 
qu'ils ont été depuis leur établissement sous la domination de 
l'Espagne Jusqu'au S« d'fzoust 1688 que le roi par son arrêt 
rendu sur la requête du fermier en a fixé V augmentation, In-P 
sur papier. 

25. — Mémoires contenants des notions générales de tout ce 
qui concerne le gouvernement des Pays-Bas formés en 4730 
par M. le vicomte de fFynants, conseiller régent du conseU 
suprême desdits Pays-Bas à Vienne. In-t* sur papier. Copie. 

26 . — Annotations extraiées sur celles tenues aux bureaux 
de la cour et conseil souverain ensuivis sur leures chartes et 
aiêtres libvres y reposant. In-4^ sur papier. 

27. -* Traicté de l'antiquUé et prééminence des maisons 



— 41 — 

d'Habsbourg et d*Austriche ensemble de la descente généalogique 
des archiducs sérénissimes Jlbert et IsaMle-Clavre -Eugénie y 

princes des Fats- Bas etc. . . . recueilli et composé, par 

Adrian BaUyn premier d conseil^ pensionnaire et greffier du 
pais et terroir du franc représentant le quatrième membre do 
Flandres. 

^ IiHf sur papier ; avee portraits gravés sOt( cuivre et coloriés. 
Manuscrit du commencement du XVil^ siècle (probaMement auto • 
graphe) et qui a appartenu à M. De Hanon. 

M. — MÉMOIRE sur l* Artois. — Mémoire sur la Flandre 
/lasninganSe. — Flandre galUeame. «^ Province du Hainaut. 
\U'Py sur papier. 

Manuscrit du commencement du XVIil* siècle, attribué à l'in- 
tendant Bernier. 

S9. — Charte d» Guillaume Duc de Bavière , comte de 
Haynaut. . . etc. pour Rétablissement d'un conseil de ville à 
Ath, en date au Quesnoy du M mai 4406. Sur parchemin ; avec 
le ficel de GniUaiime sur cire verte. 

50. — Requette présentée par les états db^Hainao à Tempe- 
reur François H exposant la conduite qu'ils ont tenue peudant la 
guerre, datée de Cologne te Si août 1794. Copte sans titre ; 
in-4% sur papier. 

51. — LiyfiEConcernant un ample détail de principaux princes 
du monde ou sont renfermés les années du pays et comte 
d^ Hainaut, de même que couœde la HoUande. A Mons, 4773. 
Par Philippe- Joseph André, fils de Guillaume André, clerc du 
Béghînage, âgé de 4 7 ans et rhétorieien au collège de Houdain. 
In-4<>, sur papier. 

32 . — SuTTE des comtes et comtesses de Haynau, gouverneurs 
et capitaines généraux au Pays-Bas, baillifs et grands bailli fs 
de Hamau, prévosts de Mons et prevosts le Comte à Valen- 
chiennes, institution de la cour à Mons, chefs et prern^** esche- 
vinê de la ville de Mons et des prevosts de la ville de Fallen* . . . 
etc. ,• Depuis y ont este» c^joustez les chastellains et gouver- 




— 4Î — 

newrsdela vUie d*Mh, enrore depuii k$ députet au clergé de 
la nobleesedoizf an i^20. ln'foh\ongy sur papier. Armoiries 
coloriées. 

Manuscrit qoi a appartenu au comte de Guvelier» et qui parait 
avoir été terminé en 1654. 

55. — Cbrokique de Flandres, par Philippe fFielant 
préiiêent du comeil privé» In-f'» sur papier. 

Ecrite en flamand et finissant à l*époque du mariage de Jean 
de Bavière, après sa résignation de i'évéché de Liège. 

54. *- DÉPOUILLEMENT dti cartuloire général des mortee 
maine du paye et comté à^Haynau. 1759. In-4*, sur papier. 
Armoiries coloriées . 

55. — Extraits du greffe féodal de Hainaut commençant 
au 28 de mare 1556, et finieeant au 23 d'atrU 1566, par M. le 
comte de St. -Génois. In-f' , sur papier. 

« 

56. — Extraits du livre dee arrêts commençant au 23 
février 1595 et finissant au $ d'octobre 1604, par M. le comte 
de St-Génois. In-f*, sur papier. 

57. — Plus'* copies de pvUeges de Ste-îFautdru les aucuns 
en fraçois etaultresen latin. In f, sur papier. 

Manuscrit du XVP siècle. 

58. — Notice des chapelles royales et des biens affectés au 
chapitre de Ste-Waudru. In-f>8ur papier (sans titre). 

59. — Manuscrits originaux de M. le pensionnaire Pierre 
Leduc sur l'histoire de la ville de Mons. In-f^, sur papier. 

Manuscrit du XVI« siècle. Quelques pièces ajoutées, d*une date 
plus récente^ se trouvent à la fin du volume. 

40. — Pièces diverses relatives aux corps de métiers de 
Mons. In-f*, sur papier. 

Manuscrit du XVIIl^ siècle (sans titre). 



— 43 — 

Ai. — Septième livre de divers mémoires joumalliers fort 
curieux depuis le p^' de may n4^jusqu'es lepre^ de mar« 4746. 
\n-t*f sur papier. 

Relatif à la viile de Mon». 

49. \Lnk concernant la même ville. In-f*, sar papier. 
Manuscrit du XVI' siècle (sans titre). 

4$. — Recueil de plusieurs statuts, ordonnances et privilè- 
ges de la ville de Mons depuis Van 4 K^ijusques et compris 4 626 .. 
\VL-ÂP snr papier . 

Copie moderne. 

44. — RÈGLEMENT ds 4 787. Pour les compagnies bourgeoises 
de la ville de Mons. In-lS sur papier. 

45. — Recueil des résolutions des conseils de ville et assem- 
hUes d'états en la ville de Mons pour les années 1750, 1752, 
1755, 1754, 1755, 1756^ f757, 1758, 1759. In-f' sur papier. 

46.— MÉMOIRE HISTORIQUE sur Iss Compagnies bourgeoises 
(de la ville de Mons). In-4*^ sur papier. 

Autographe de M. Leclercqz. 

47. — Journal de touts ce quHls s'est passez au blocus et 
siège de Mons en septembre 1709. ln-18, sur papier ; par un 
bourgeois de Mons. Avec onze dessins. 

48. — JouRNALE INTÉRIEUR du slëgc de Monsdu 4 juin 1746« 
In-f* sur papier. Avec la capitulation imprimée. Côté de 89 à 122. 

Contenant : 

Le journal du Gouverneur de Mons, M. le comte de Nava ; le 
journal du général en chef d^un corps des troupes des armées du 
roi, le prince de Conty ; le plan de la bataille de Fonteuoy du 4 4 
de may Tan 4 745. 

49. » MÉMOIRE «tir l'histoire de Mons, depuis le 7 juillet 
^ld9 Jusqu'au 6 de juin 4746. ^ Mémoires sur Vhistoire delà 
ville de Mons pour les années 4 746, 4 747, 4 748 et 4 749 où est 



44 — 



compris l'histoire de cette ville depuis sa prise par les François 
Jusques à sa reddition et entière évaciuUion des François le 24 
février 4 749. — Mémoires sur V histoire de la ville de Mons 
depuis le 4*' mars 4 7 49 jusques compris. . . . (novembre 4 774). 
5 volumes, in-8^ sur papier. 

80. — Cartulaire des héritaîges tenus de la srie du cbapre 
St-Germain de lions au territoire de Genlj, Noirchain, et la 
enlour renouvelles par M" Jehan de Brayne , prbre cban. dud. 
chapre Janx>*lxxviij. In-f* sur papier. 

54 . Registre de loy de la ville de Rœulx commenehant en 
mai 4654. ln-f*^sur papier. 

Finissant en octobre 4 658. 

53. — Copie des conditions proposées et demandées d son 
Altesse Louis de Bourbon par les ecclésiastiques y magistrats, 
bourgeois et habitans de la ville de Binch, avec la réponse. 
In-f« sur papier. 

55. — Notes sur le sinode ou concile Provincial de Cam^ 

braytenueà Mons en Hainaut letZ octobre 4586. In-t* sur 
papier. 

Manuscrit moderne. 

54. — Manuscrits contenant les fondations en abrégé de té- 
glise de Notre-Dame^ Crespin, Loppes, ( Lobes f ) Vaucelles, 
Flinest Soiçnies^ Ste-^fFaudrud ^ Uasnon.., etc.,,, par 
Simon Leboucq. In-4° sur papier. 

Manuscrit autographe, avec un titre ajouté. 

55. *— Recueil de traités de paix. Contenant : • 

— (( Traicté de garde du Duc P*** avec la dté de Besançon, le 
37 août 4557. » 

— Id. entre Philippe-le-Hardy , Duc et Comte de Bourg"* e 
dame Marguerite sa femme et ceux de Besançon le 24 mal 4 586. 

^ Traicté de paix faict entre le roj de France et Hona'. le 
duc de Bourgoigne à Péronne, de Tan 4468. 



- 45 — 

— Le traicU de paix de CaoïbraY de Van 4508. 

— Paie de Paris de Taa i51«. 

— Traieté de paix de Noyon (iSlG). 

— Lettres patentes par lesquelles Henri YllI ro/ d^Angleterre 
reçoit la ville et cité de Tournay en sa grâce , subjection et obéis- 
sance. — En date à Tournay le 6 octobre 4545. 

— Tractatusredditionis civitatis Tomacencis in dîtioneoi Caroli 
imperatoris (1521). 

— Traieté de Madrid, (44 janfier 1526.) 

— Sommaire des articles de paix concludz à la louange de Dieu 
en la ville de Mons le dimenche 4 4* de janvier anno 4 526. 

— Le traictiét de paix conclut en la ville de Cambray (4529). 

— Le traictet de Crespy entre l'Empereur et le Roy de France 

1544. 

— Trefve faicte en labaye de Yaucelles le 4 février 1555. 

— Traité de paix faict au chastean de Cambrésis. 4559. 
In-f ', sur papier. 

Ce recueil a appartenu à M. N. Dufief» conseiller au gr. conseil. 

56. RscsTEii. de traitée de paim* Contenant : 

— SenaieuU le contenu au poinct des trêves de noef ans faittes 
et conclues par le Roy Loys de fkrance dune part et mon tres*re* 
donbte seigneur et prince Charles Duc de Bourgongne le xiij* jour 
de septembre lan de grâce mil iiij'' Ixxv. 

-~ Seosieult le contenu des trêves d'un an faittes et conclues au 
pont a Wendin par le roy Loys de frace d*une part et monsenr le 
Duc Maximilien et madame dautrice Marie sa femme le x*^ jour de 
jailletlan de grâce mil iiij'' Ixxviij. 

— Sensieuvent aincovies aulcuns compromis touchant laditte 
trêve du pont a Wendin faitte par messelgneurs dessusditz. 

— Sensieult le traittié de la paix fait à frachise alias Arras par 
les seigneurs dedens nomez eu lan de grâce mil iiij'' iiijxx et deux. 

— Justification faitte par maistre Jehan Doffay sur les actions, 
disGors et querelles de entre le roy et ma tres-redoubtée dame 
Marie dooesse et vraye beritidre de Bourg"* et des pays, teures et 
seîgnouries a elle esoheoz par feu moni*"' le duc Chartes son père. 




— 46 



— Extrais de aolcans anciens registres et aultres enseignemen» 
trouvez en la trésorîe de Poligny et ailleurs touchant aulcans rois, 
princes et aultres saintes personnes issus de la très^noble et an- 
cyenne maison de Bourgongne. 

Ce manuscrit a été donné par le père Delewarde, dont il porte 
la signature, aux pères deTOratoire de Mons. 

In-f* sur papier. 

57. kjutnkLzs àbbatiœ S^* Dionisii in Broqueroye, incipienteS' 
ab annol084 usque ad aunum 4 667. In-^i' sur papier. 

Manuscrit de la fin du XVII^ siècle. Titre ajouté de la main de 
M. Ledercqz. 

58. — CoirsTiTUTiONES eireâ divinum oUidum tdm. consuetti^ 
dinem ecelesie sancti Dyoniiii in Brocquoroya 

Explicit : « Reverendissimus, illustrissimus ac suavissims in xpo. 
pater et dns ans /hisj henricos de Bergis miseratione divina Ca- 
meracen. eps atq. commendatorius ecclie seu abbatie sei Dyonisir 
in Brocquoroya mandavit conscripsisse istns pntes constitutiones 
atq. ordinale per domynu Ândream de nivellx religiosum monas- 
tij sancti Andrée de Gastello in cameracisio hic morantem p. prti 
ppter discordias prier, necnoo trlbulatioes et guerras principum, 
sub anno dni M" ccoc"^° oetuagesio sdo presulatus sui sedo anno. 
Orate pro eo. • 

In-f^y sur peau de vélin ; avec ornements, lettres peintes et do- 
rées. 

L^explidt a été écrit avant Vordinale sanctorum. 

59. — Geheàlogu daminorum terrœ Angien$iê, In-^, sur 
papier. 

Manuscrit moderne. 

60. — Recueil GÉNi^nAL des parties engagées du domaine de- 
puis Van h^hS In-r, sur papier. « Achevé au mois de mars 
4 702. •• 

61 . — Histoire généalogique de la maison des comtes de Flan^ 
dres et d'Haynau, de quelques comtes aussi de Namur, d'Hol- 



— 47 — 

lande, de Zélande et teigneurs de PrUe :etde plu$ieur$ autres 
famUte» illuetres gui y ont été améee. Le tout divisé en sept 
Iwres et justifié par chartes de diverses églises, et abbayes, 
arrests duparlsment, tiltres, épUaphes, histoires andennee et 
autres bonnes et certaines preuves. Par noble homme Marius 
Boet escuier, seigneur de huehenbourg, *.etc.> . ancien bourg- 
maistre et eschevin perpétuel du pays du franeq d Bruges l'an 
1689. la-f*^ sur papier. 

6a. — Copies des contes des anciens parehons des années^ 
4 507 et 4 525 par AT. le comte de St-Génois. In-f», sar papier. 

65. — La généalogie de la maison de St-Génois. In-f, sur 
papier. 

Autographe de M. de St.-Génois. 

64. — Varia. Généalogies, Iii<f, sur papier. 

68. — Varia. id. id. id. 

66. — Varia. id. id. id. 

67. ^ Varia. id. id. id. 

68. — Varia. id. id. id. 

69. — H1STOR1CA NARRATio deplorandœ Iragediœ excitatœ in 
mrio Sancti Pétri in monte Blandino prope Gandavum contra 
personam Rdi, admodu. D. Gasparis Vincgs ex dbbate Sanii 
IHonisU propè montes hannoniœ dicti monasterii Sancti Pétri 
a^batis arege catholico nommati {sic). In-À**, sur papier. 

Provenant de Tabbaye de St-Ghislain. 

Historia vitœ admodùm venerendi et venerabUis Domini 
Domini (bis) Gaiparis Vincq àbbatis alias S, Adriani , S. 
Dionisii et denominati S. Petriin Blandinis. In-4o,8ur papier. 
(G. Vincq mourut à l'âge de 85 ans, le 24 mars 1659.) 

70. — In hoc volumine continet' isti libri : 

Biblia versifieata. 

Vita s€B Marie egypsiache vsiOcata. 




- 48 - 

Paasio set Lamberti martyris (Niellai Leodifensis). 
Pasito sel Tone archiepiscopi et martyris. 
In-f*, sur peau de vélin ; à deux dolonnes. 
Provenant de Tabbaye de Gambron. 

74 .— Mawoel de rabbaïe de Bethléem dit Belian (m»ont con- 
tenue ke cérémowtee et ce que Von doit chanter aux proceseions 
et dernière sacremene, à t usage de Dame Marie-Honoré Lan- 
dau professe 4738 7 juillet, ln-4», sur papier. 

7«. — IwciPiT epla Raineri monaehi ad abbalem Raihbo^ 
dum in vit a sci Gisleni In-f^, sur peau de vélin. 

Manuscrit de la fin du XH* siècle ou du commencement du 
Xni«. Provenant de l'abbaye de St.-Ghislain. Ralhode est mort 
vers 4 042. 

 la suite se trouve cet autre manuscrit : Incipitplog. in tUa 
sciJohis evgliste, 

75. — VlT£ SÀNCTORUM : • 

^ Passio S*" Anastasie virginis. — P. S'* Eugénie virginis. — P. 
Sfiorumpro^j gt Jaciiicli, martvrum. — P. S^' Martyre virginis et 
martyris. — P. S'" Columbe, virginis. — P. S- Agathe virginis. 
— P. S'' Juliane rirginis et martyris. — p^s»*»'"" Perpétue et Fe- 
UclUtia. — De obitu S. Petronille , S'* Félicitât, vs et de passione 
S** Felicule virginis. — P. S'« Domilille virginis. — P. S^« Sim- 
phorose et filiorum. ~ P. S*""" martyrum Sophie, fidei, spei et 
cariUtis (sic). — P. S*' Felidtatis cum 7 filiis — P. S * Crine 
(Christinœ) virginis. — Vita S'* Marie Magdelene. — V. S" Marie 
Egyptiacc. — P. S* Pauli apostoli. — P. S*' Sebastiani, mar- 
tyris. — P. S*' Pantaleonis. — P. S'' Apollinaris, martyris. — 
De inventtone S** Stephani plhoor. — P. S*'™*" mr Aldon et Seii- 
nis. — P. S'* Sixti pp. etmr. - P. S*»'"" Cyriaci, Largi etSma- 
ragdi. — P. S" Gallxti pp. — Passio S'' Dyonis i archiepîscopi 
et socioruin ejus Rustici et Eleutherii. — P. S'*"*" mrum Claudii» 
Syphniani, Symplicii, Nycostti et Cistorii, quatuor coronator. — 
VitaS^' Johannis arthiepiscopi Alexandrini. — P. S*^ Cristefori 
mr. — Vita S'* Servatii epi. — V. S*' Augustini epi. — P. 
gtorum cosme et Damiani. — V. S** Marthe. 



— 49 - 
Fn-f*, sar peaa de félin ; à deux coloniMw. 

74.— Regveil de vies de Saints par PhUippe De Harwngî, 
àlibé de Bonne-Espérance (mort en 4 4 8a). 
Contenant : 

Pas9io S' FoylUni. — Vka S* Remadi. — Vita S' Algisi. — 
V beat» Pecunis Virginia. — P. S' Salvii. «— Conversio S' Qj^ 
priani. — P. Cypriani et Justin». — P. S" Katherine virg. — 
V. S* Bernard! abb. 

la-^^ sur peau de vélin, à deux colonnes. Du XII* on du IIII* 
siècle. Provenant de Tabbaye de St-Feuillan. Les cahiers 5 à 8 
manquent. Un segment d'une écriture plus moderne a été ajouté 
à la l*"* page, en partie déchirée. 

L'édition in-^ des œuvres de Philippe De Harvengt^ publiée à 
Douaj, en 46SO, par Nicolas Chamart, abbé de Bonne-Espérance, 
ne contient^ des Vies mentionnées ci-dessus , que les passions de 
St. -Sauve et de St.->Feuillan. 

Ad. MATHIEU. 







RELATFON 



DU PREMIER VOYAGE EN FLANDRE 



DE LA REINE HARIS-IBERESE. 



t6:87. 



Le plus grand dei morteb q«i portunt la conrowiri 

Esponnt aux dangeri aoo angufte personne. 

Dans le cours glorieux de ses exploits guerrierS| 

AToitd^|à cneilU mille sanglants lauriers: 

La reine son tfponso en beanlë sans pareille. 

De son triomphe ornant la pompeuse merveiilei 

Par ses rares vertus alloit charmant les oœnrs 

Rt des peuples vaincus et des soldats vainqueurs , f 

Et marcbant sur les pas que traçoit la vieloira p 

Pranoit part et donnoit on grand lustre A sa gloire. 

La Srfjeo» dm amrots , ^mr db Moirm.AUi«, liuà* 
de Roi iFjtrnu, 



L^année \ 667 est fameuse dans l^hUtoire du règne de Louis XIV 
par les sages règlements de Colbert et par les brillantes conquêtes 
du roi. On appela culte campagne la Campagne de LilU^ parce 
qu'elle se termina par la prise de cette ville importante. Louis XIV, 
marié depuis 1660 à Tinfante Marie- Thérèse, fille du premier lit 
de (eu Philippe IV, roi d*Espagne , voulait faire valoir les droits 
acquis par sa femme sur certaines provinces des Fays-'Bas, où une 
fille d*un premier mariage pouvait succéder à son père avant un 
fils du second lit. La reine de France devait donc hériter avant 
son frère putné Charles II. C^est ce droit que Louis XIV fit préva- 
loir les armes à la main. L^intérét de sa politique comme celui de 



61 — 



s« plaisirs rengageait à se faire saivre, dans ses conquêtes , de la 
reine et de tonte sa coor. H voulait montrer cette jenne et pieuse 
infante Espagnole aux peuples des provinces Flamandes , qui con- 
servaient un grand amour pour le sang de Philippe IV, et il dé- 
sirait en même temps stimuler le courage de ses capitaines par la 
présence des dames de la cour la plus fastueuse et la plus galante 
de TEurope. En dehors de la politique, un motif tout mystérieux 
faisait encore agir le roi : un tendre attachement le liait depuis 
plusieurs années à la sensible La Vallière, une des filles d*honneur 
de Madame, et déjà son inconstance naturelle commençait à le 
soumettre aux charmes de madame de Montespan. Le monarque 
amoureux et galant aimait ainsi à se montrer, au milieu du fracas 
des armes et entouré de sa gloire militaire, à deux femmes char- 
mantes dont Tune captivait son cœur et Tautre entraînait ses sens. 
Afin d^avoir la reine et sa brillante suite à sa disposition et pour 
ainsi dire presque sous sa main , il transporta d'abord la cour de 
St-Germain àCompiègne et il entra immédiatement en campagne, 
ayant avec lui le maréchal de Turenne , qui dirigeait toutes les 
opérations de cette guerre. 

Le S juin 1667 , les Français prennent et fortifient Charleroi, 
place nouvelle qu^on construisait alors dans une forte position sur 
la Sambre et à laquelle les Espagnols venaient de donner le nom 
de leur roi Charles II. Le 7, la reine , accompagnée de la petite-- 
fille de Henri IV, mademoiselle de Montpensier, cousine ger- 
maine du roi, et des autres dames de sa suite, part de Compiègne 
pour aller se montrer aux nouveaux peuples que le roi venait de 
soumettre. Ce jour mêihe, sous Tescorte de ses gens d* armes et 
d'un^and nombre de ^ardes-du-oorps , elle gagna La Fére; le 
lendemain 8 elle alla coucher à Guise où elle trouva une nouvelle 
escorte qui fut jointe à la sienne et dont le marquis de Cœuvres 
prit le commandement. Le même jour le roi laissa le gouvernement 
du camp de Charleroi à Monsieur , son frère unique, et vint cou- 
cher à Beaumont. Le 9, il en partit à trois heures du matin et, ne ' 
s^arréta qu'à Tabbaye de Maroilles , quUl quitta après-midi pour 
aller au-devant de la reine , partie de Guise le matin. Leurs Ma- 
jestés se rencontrèrent sur la route où il y eut une petite halte, 
puis la reine continua sou chemin dans son carrosse et le roi, à 



— 5« - 

cheval, à la tête des troupes, et tous deux arrivèreai le même jour 
A A?esaes , où ils farent re^ par la population afec toutes les 
marques d'une grande allégresse (1). 

Le 10 juin , la cour se livra au repos et à la joie produite par 
la nouvelle de la prise de Bergues- St- Winox ; le il, il y eat 
grande revue des troapes Françaises qui furent trouvées dans 
Vétat le plus brillant. Le 13, la reine assista à Avesnes aux dévo- 
tions du jour. Le 15 , le roi visita les fortifications de la place. 
Le 14, il en partit à quatre heures du matin pour retourner à 
Charleroi, et la reine on peu plus tard pour aller à Notre-Dame- 
de-Liesse et de là revenir à Compiègne où elle rentra le 17 juin, 
après une absence de dix jours. 

Cette petite course n^était que le prélude du voyage que la 
jeune souveraine méditait de faire en Flandre le mois suivant. 
Aussi, dès que les armes de Louis XIV eurent soumis les villes de 
Tournai (le 24 juin) et de Douai (le 6 juillet) , ce monarque, 
après une courte inspection de ses conquêtes, partit de Douai dans 
la soirée du 8 juillet, avec* d^OOO chevaux, pour aller à Compiè^ 
gne, où il arriva le 9 au moyen des relais placés à Bray. Le roi, 
suivi des ducs d^Enghien, de Bouillon et de Créquy^ des marquis 
de Gesvres et de Saucourt, et des comtes d^ Armagnac et du Lude, 
reçut on accueil charmant de la reine, descendue au bas de Tes- 
calier pour le recevoir, accompagnée de mademoiselle de Mont- 
pensier, du prince de Condé> et d^un grand nombre de seigneurs 
et de nobles dames. 

Le 10 juillet, le roi et la reine et toute la cour assistèrent au 
Te Deum chanté en actions de grâces dans Téglise Saint-Cqrnille 
de Compiègne. Du 11 au 18, on fit au château des préparatifs de 
départ pour transporter la cour eu Flandre , ce qui n*empécha pas 
le roi de donner audience aux ambassadeurs de Venise et de Sa- 



(1) La campagne royale, Paris, V« Qervais-Âmot (1068) pet. in>12, 
page 71-72. — Prids de V histoire et Avesnes, par M. L Lebeau, Avesnes, 
1836, in-lâ, pages 54-56, où l'estimable auteur de cette histoire 
semble faire coofosiou du voyage de la oour en 1667, avec celui opéré 
en 1670. 



-Sa- 
voie, ao nevea du pape, et aux députés des Ëut$ dç .Languedoc et 
de la ville de Paris qui vinrent le féliciter sur ses derniers triom - 
pbes. 

Le 19 juillet était le jour fixé pour le départ de la ooor. Les 
relations de Pépoque nous montrent qoel teiups on mettait 
dans les voyages, quoique Louis XIV fut un souverain des plus 
impatients qu^on connût, et qui! aittât la dUijpenoe et l^'exactitode 
à ce point qo*on jour ses équipages n'entrant que jastemeol à 
rhenreoù il était prêt à partir, il dît d'un air sévère : /'mifaUli 
attendre. Pour donner une Idée de rimportance qa*on attachait 
alors et des difficultés qu*on rencontrait dans un voyage deCom- 
piègne à Douai , qu*on exécute aujourd*hui en quelques heures, 
nous allons laisser parler un' bel-esprit du temps, suivant la 
cour, et qui se chargea de conter aux dames restées à Paris les in* 
ddents remarqnables de cette course regardée comme un évène* 
ment considérable et étrange. 

« Puisque vous Tavex ordonné, Mesdames, Il faut vous rendre 
compte de nos aventures depuis notre séparation de Compiègtie, 
iliaques à notre retour sur la frontière. Quand vous ne m*auries 
pas donné cette commiraion, je pense que je Faurois prise de moi* 
même. On aime naturellement à conter ses proneises, et les con- 
quérants ont cela, qu^ils se plaisent è faire eux^méeies leurs pro** 
près commentaires. Nous avons traversé des plaines immenses , 
noas avons couru des pajs qui à peine sont marquez, sur la carte. 
Nous sommes entrez dans les places que les ennemis venoient de 
fortifier régulièrement ; et cependant notre campagne n^a duré 
qne dix jours; et quelque part que nous avions toamé nos pas, 
la victoire nous a précédé , le triomphe nous a suivi , et jamais 
course n*a été plus rapide que celle de nos conquêtes. La reine 
a vu suivre son char par autant d'esclaves volontaires que le roi 
avoit rencontré d^ennemis armez : elle a trouvé de quoi vaincre 
après lui, elle a forcé le naturel des Flamands , elle en a autant 
converti qu'elle en a regardé ; et notre cour étant encore plus 
heureuse que notre armée, elle est venue à bout de faire aimer 
ane domination, qui jusques-là n'avoit été en droit que de se faire 
craindre. Vous sçavez mieux que personne qu'on n'entre jamais 
dans les cœurs à main armée : ce sont des places qu'on ne peut 

4 



r!s 



— 54 — 

prendre que par intelligence on par enchantement ; et c^est ee 
que nos dames ont sçn faire avec tant de succès , qu* elles n'ont 
fait que s'y présenter pour s'en rendre les maitresses. Comme ils 
ne s'étoient point prépares à cette sorte de siège » ils n'ont sça le 
soutenir long-temps» les aemes leur sont tombées d'elles-mêmes 
desmatns. Ils ont été bien aises de se soumettre à une souverai- 
neté, dont le titre est encore mieux écrit dans les yeux que dans 
le manifeste. Jamais voyage n'a été plus agréable ni plus politique 
que celui-ci. Ce n'est pas seulement le témoignage d'une ten- 
dresse conjugale, c'est le trait d'une prudence militaire , et je ne 
açai qnt Teût plutôt décidé du mari ou du capitaine. 

» Nous ne comptons pour rien les chaleurs excessives qui nous 
ont brûlées, une pondre épaisse à ne se pouvoir reconnoUre de 
quatre pas , des baltes éternelles pendant des marches de dix 
heures, qu'on n'avoit garde de faire i la fratcheur des soirées, 
parce qo'en pays ennemi on s'expose plus volontiers aux chaleurs 
do jour, qu'aux surprises de la nuit : nous ne comptons, dis-je, 
tout cela pour rien, quand nous songeons que nous avons assuré 
par-lA toutes les conquêtes du Pays-Bas; qu'un si riche patrimoine 
vaut bien la peine de l'aller prendre ; qu'après tout , noos n'a- 
vons rien souffert en comparabon du roi, qui, bien loin de se 
mettre en caroese comme nous, fût toujours à cheval à la tête de 
l'escorte, donnant lni«néme tous les ordres, et ne mettant jamais 
pied à terre qa'à la dinée et à la couchée. Je voudrais que vous 
j 'eussiez va alors changé en Mars par la poussière et par la sneur, 
paré de son hàle, de meilleure mine et moins fatigué qu'au sortir 
d'un bal ; brillant, honnête, et oommnnicatif au-delà de ce que 
vous l'avez jamais vu (1). • 

Le premier jour du voyage (19 juillet 1667) on n'atteignit qu'a- 
vec.peine la petite ville de Montdidier , en Picardie, où toute la 
cour coucha. Le lendemain on arriva sans aventures à Amiens, 
>où, ce qui étonna le plus la cour fut de s'y voir. Elle y fut régalée 



(1) BecueH dêpièœi galantei, mpros9 H en vwrs, de madanu la 
comtesse de la Suze et de M. PéUsson, Trévoux. 1741, in-lS , t. l«r^ p. 
118 et suîv. 



-5S- 

pir réféqoe , jagé par les fins connaisseurs comme ayant autant 
d'esprit et de politesse quMI en fallait pour être courtisan - 
Ancien cordeiier, il n*en avait retenu que Tabnégation , car il 
n*avoit rien à loi et il se prêtait généreosemenr à toat. M. de Bar, 
qid possédait nn commandement à Amiens, fit aussi très-bien les 
honneors de la ville que Ton quitta le 21 au matin. 

Il avait d^abord été question, en quittant Amiens, de se 
rendre à Donrlens , mais la veille au soir le baron de Bole vint 
avertir que la petite vérole régnait en ce lieu : il fallut voir quel 
effet fit cette nouvelle sur toutes les belles dames de la cour qui 
tenaient bien plus à leurs charmes qu*à toutes les conquêtes du 
roi. On considérait la petite vérole comme la plus mauvaise ren- 
contre qu'on put faire en voyage ; c*était bien un autre ennemi que 
l'armée espagnole ! On changea de suite ^Itinéraire de la cour et 
Ton prit la route de Mailly où Ton coucha le Si . 

Monsieur , frère unique du roi , qui avait été à Paris faire une 
visite à sa femme Madame Henriette d* Angleterre, retenue par une 
indisposition, rejoignit Ja cour à Maillj. « Mailly, ditThistoriogra- 
pbe cité plus haut, est une espèce de ehai-huanierie irrégulière, 
à cour obscure et étranglée , asses forte pour mettre le bestial 
drcoDvoisin hors dlnsulte , mais peu propre à recevoir une aussi 
bonne compagnie que la n6tre. Tout le monde y était tellement 
entassé, que Madame de Montausier (1) coucha dans un cabinet, 
sur un sac de farine , les filles de la reine dans un grenier sur un 
tas de bled , et votre serviteur sur un tas de charbon , dans la 
vrave fournaise du maréchal. Ajoutez à cela une douzaine d*or~ 
loges de village , appelées en vulgaire des coqs ( rauleur veut dire 



(i) Madame de Montausier était oette célèbre Julie d'Angennes de 

BttBboQiUet que dans sa jeunesse les prétentieux habitués du fameux 

bâtai de Rambouillet appelèrent Vmcomparable Ârt$nic$, C'est pour elle 

«pie M. de Montausier fit exécuter, par les premiers peintres et les 

beaux-esprits en réputation, la guirlande de Julie composée de fleurs 

et de madrigaux en son honneur. A l'époque du voyage de Flandres, 

Madame de Montausier , d'une faible santé , avait donné sa démission 

d« gouvernante des enfants de France , mais elle était encore< dame 

4l' honneur de la reine. 



^5 



- 56 - 

fies coucous ) juchez au chevet de mon lit , qui , à la mode de 
Flandres , carillonnoient jasqu^aux demi-quarto d'heures de la 
nuit. Quel rèigal> bon Dieu ! pour des gens fatiguez , et quel gtte ! 
Il lalloit cela pour nous imaginer d'être à la guerre : mais nous 
devions nous y attendre. Sur le chemin de la gloire les gttes ne 
sont pas si bons que chez soi , et ce ne Ait jamais en bien reposant 
que les héros y sont parvenus. • 

Le 22 juillet le roi et la reine firent leur entrée dans la yllle 
d'Arras où une réception pompeuse les attendait. Le marquis de 
Bionpezal, qui en était gouverneur ^ et qui, comme tous les gens 
d'humeur gasconne ont le talent de bien (aire valoir les choses, 
rendit aux souverains voyageurs des honneurs magnifiques. Le 
peuple artésien , quoique nouvellement soumis à la domination 
française , fit paraître une allégresse extraordinaire à la vue d'un 
roi jeune et brillant et d'une reine issue du sang espagnol. Tontes 
les rues depuis l'entrée de la ville jusqu'au palais de l'évéché , 
mis à la disposition du rot , étaient jonchées de fleurs ; les 
maisons avaient été tendues de ces somptueuses tapisseries 
flamandes dont la ville d'Ârras elle-même fabriquait les plus 
belles; des festons et des guirlandes de verdure et de fleurs 
liaient les habitations enlr'elles à la hauteur du premier étage 
et formaient une espèce de berceau continu et parfumé sous 
lequel toute la cour passa. Les acclamations publiques saluaient ce 
cortège si nouveau pour les vieux habitants d'Ârras , espagnols 
dans l'âme, mais entraînés par l'ascendant du grand roi. Le sexe, 
que l'on regarde peut-être ft tort comme le plus curieux , ne 
faisait pas défaut à ce spectacle s'il faut en croire l'écrivain que 
nous suivons dans cette relation et qui trop occupé des attraits des 
beautés de la cour de France , s'est permis une réflexion désobli- 
geante pour les artésiennes. « Anx fenêtres , dit-il , paroissoient 
en leurs atours des dimanches, toutes les belles du pajs, qui sans 
les flatter^ ne le sont guères. La plus passable étoit la fille du 
médecin de la ville ; mais on ne faisoit que la saluer en passant 
avec respect , sans s'y amuser davantage : 

c Elle est jeunette , elle est fleurie , 

c EUe ne manque point d'appas : 

c Elle entend assez raillerie , 

« Mais son père ne l'entend pas. » 



^ 67 - 

La cbroniqae ne nous a pas conservé le nom de cette belle artè- 
«iennedoul la sagesse avait pour sauve-garde la prudence doctorale 
de son père. 

Cependant leurs majestés , arrivées le 22 juillet à Arras , en 
partirent le 25 vers trois heures après-midi , pour aller coucher à 
Douai où la reine était attendue (1). Elle y fut reçue à huit heures 
du soir au Iruit du canon et aux acclamations de vive le Hoi ! 
Wive la Btine ! \.wi\A XIV s^était placé il la tête de Tescorte. 
Monsieur accompagnait la reine qui fit sou entrée en carrosse 
ayant près d*eUe Mademoiselle et les autres Dames de sa suite. 
M. d'Apreroout, gouverneur de Douai, placé en dehors des portes, 
' présenta les clés de la ville aux souverains et les harangua. Deux 
dais magnifiques avaient été disposes pour le roi et pour la reiue, 

t 

mais ils ne s*en servirent point. 

On Tonlat donner à ta cour de France , dans ta réception de 
Douai, une idée des spectacles et des représentations publiques 
dont les Flamands sont si amateurs. A chaque rue une surprise- 
étut ménagée. On rencontra d*abord une cavalcade de sept jeunes 
flRes, pittoresqueraent accoutrées, tenant chacune une branche 
de laurier qn^elles présentèrent au roi, en signe des victoires quMI 
▼enait de remporter. Puis marchait un char de triomphe snr 
lequel paraissaient les quatre parties du monde, personnifiées et 
soumises à la France qui les dominait. Au milieu du char , un 
jeune garçon représentait an Dauphin et chantait un hymne en 
l*hoaneur des triomphes de Louis XIV. Venait ensutle une galère^ 
équipée et gréée, voguant sur 1^ dos de plus d^un Nfiptune d'em* 
prunt. Elle était chargée d'esclaves chrétiens raohfités que eon-^ 
duîsaituu jésuite, habillé en Mathurin. Les Trinitaires de Douai 
n'avaient pas été étrangers à Torganisation de cet emblème de la 
piété et de la charité. Plusieurs chars triomphaux , remplis de 
jeunes tilles^ garnissaient les intervalles. Enfin parurent le Goyanî 



(i) M. le préfiSdent Quanaon a été indait «n erreur par les rogisU'os 
et mémoriaux de la ville en reculant cette entrée solennelle au vingt-- 
MtpijwUtiy dans son intéreseant et curieux ouvrage intitulé : Geiyant^ 
U gimu de Douai, sa famMe et sa procession. Douai, i839 , grand in-a», 
page 59. 







- 58 - 

claMiqae de Douai et sa femme, peraonnages coloaaavx qui vin* 
rent daoaer sous les fenêtres de leurs Majestés avec autant de 
légèreté que s'ils eussent été fabriques en carton. Cegéanieteette 
géante semblèrent aux parisiens émerveillés d'une immense gran* 
deur, et auprès d'eux, les grands Cyrus, les grands Pompées, les 
grands Saucours mêmes, dont Timagination des beaux esprits du 
temps était remplie, n'étaient que despygmées (1). 

SI nous en croyons le conteur de la cour, les cbars Douaisiens 
étaient remplis de jeunes précieuses de campagne, dont les attraits 
avaient été retttê , corrigés et diminués par la fameuse université 
de Douai. C*est*à-dire que ces jeunes filles se présentaient plos 
décemment et beaucoup plus voilées que ne l'eussent désiré les 
courtisans et les ofGciers Français. « Ces pauvres petites lai- 
dronoes^ ajoute-t-il insolemment, s'étoient pourtant ajustées tout 
de leur mieux. H n*y en avoit aucune qui n'eût plus de mouches 
que vous n'en dépensez en un an, et qui n'eut étudié des manières 
plus tendres et plus gracieuses que vous n'en aurez de votre vie. 
Vous vous en moquerez peut-être; mais on ne laisse pas d'être 
toujours fort obligé aux gens qui ne font rien que pour vous 
plaire, qui se rendent ridicules à force de bonnes intentions. 
Croyez-moi, il seroit à souhaiter pour tout le monde, ou qu'elles 
sçnssent plaire comme vous, ou que vous voulussiez plaire coornie 
elles. » 

On neooniialt là le langage quelque peu fade et galant d^un 
écrivain oonrlIsaB qui s^adresse ir one dame habituée aux ma- 
drigaux. Laissons-le se complaire dans ses compliments et voyons 
comment il trace en peu de Kgnes le portrait de Douai , tel 
qu'il était en 1667 : « La ville est grande comme Orléans ; les 
rues droites et larges , les maisons des particuliers chélives , les 
édifices publics magnifiques et nombreux. Ce ne sont que collè- 
ges, refuges, couvents et sêmînatres. Elle est peu habitée et ne 
subsiste que par les pensions d'environ mille écoliers qui y font 
leurs études. Klle est forte par sa situation, qui est dans un pays 
plat et marécageux, par de bons fossez, et par le fort de Scarpe» 
dont le canon se croise avec celui de la ville. » 



(1) Recueil déplaces galantes ^ etc., page 124, 



\ 



- 59 - 



La reine, fatiguée de la foule et de U cbaifur» prit quelque re- 
pos ao logement qui lui avait étô préparé au refuge de l'abUa^e 
de Marehiennea (1), ce qui D*empécba pas les divertissements 
publics d*avoir leur cours ; le soir , on continua les réjouissances 
par des illuminations aux fenêtres et des feux de îoi^^ suivant la 
eoùtuiae Flamande, dans toutes les places publiques et les carre- 
fènra. Ces feux eonsiataient en échafaudages garnis , à plusieurs 
étages, d'un grand nombre de tonneaux enduits de goudron et 
remplis de fagots. Des daosea , en signe d'allégresse, étaient exé^ 
cutèes i la lueur et en face de ces feux éclatants, i 

Le lendemain, leurs Majestés, enchantées de cette cordiale ré* 
ception, voulurent diner en public pour donner aux Douaisiens 
la satisfaction de les voir. Dans Taprès-dinée, elles furent haran- 
guées par le Magistrat, le corps de la gouvernance et celui de 
Tunlversité. Le Magistrat promit de garder fidélité ao roi de 
France comme il Tavait gardée an roi d'Espagne, et il déclara que 
s*ll avait pu résister pendant six jours à ses armes victorieuses, 
il tiendrait bien six mois contre les plus violents efforts des 
armes ennemies, dans le cas où les hazards de la guerre et des 
révolutions politiques leur ramènerait un nouveau siège. Louis 
XIV accueillit favorablement ces promesses et répondit en ces 
termes : Je me souviendray de votre zèle , et voue donneray 
partout det marques de la bienveillance et de la protection que 
defidellei sujets doivent attendre de leur souverain , pour vous 
obliger d conserver cette chaleur qut vous témoignez d'avoir 
pour fKon sertice (9). 

Il restait à la retne à visiter la plus belle conquête du roi (Lille 
n'élanc pas enoore rendue), la ville de Tournai , si andennemnnt 
Française, el qui venait de faire 'retour i la monarchie après une 
occupalion étrangèrad'un sièele et demi ; mais il y avait huit lieues 



(1) Aujourd'hui le palais de justice. 

(2) La campagne royale ou le triomphe des armes de sa Majesté 
ès-am^ées 1067 et 1068 (par P. DakeourtJ, Paris; V« Gervais-AlUot et 
GUIes AUiot (sans date, mais 1668), pet. in-lS. pag. 108-109. -> Idem, 
édition jouxte la copie (HoUande), pet. in-li. pages 8G-87. 




- flO - 

I 

\ 
de Douai à Tournai, et, h cette épO(|nê, €*etait une grandie entreprise 
vjue celle de foire ce trajet en un-Jour, dans un pays presqn'enoore 
effaeini et garni de troupes des deux partis. Sur Toffre du mare- 
<;hal de Turenne, qui avait son camp vers Orchtes, entre les deuK 
' villes' de Douai et Tournai, on convint d'aller souper et coucher 
"au camp, oûr une réception à ta ftns militaire et galante Att pré- 
parée à' la jeune reine. L'idée de passer au bivouac uoe nttlt, 
^lurlofrt une nuit d*été, sourie aut dames de la oour. On partie 
donc de Douai le 95 juillet, vers six heures du soir, pour se ren- 
dre au quartier dn maréchal 'de-'camp général. On y arriva vers 
dix heures. Voici comme Tbistoriographe de la cour raconte cette 
apparition étrange d'une reine, de dames et.de chevaliers d*hon- 
heur au centre d*un camp placé dans les riches campagnes de fa 
"Flandre à cette époque hérissées partout de cavaliers et de 
fantassins. 

(«Je ne sçaurais, Mesdames » vous représenter combien L'en- 
trée d*uu camp au milieu de la nuit a quelqi^e chose dUflTreox et 

de divertissant tout ensemble Cette inûnité de feux qu*on allume 

• Il 

de toutes parts , ont Timage d'une grande ville embrasée. Cette 
horrible confusion de chevaux qui hennissent, d'instraments 
guerriers qui sonnent, de gens qui boivent et qui chantent, de 
diables qui jurent et qui tempêtent, forment une espèee d^harmo- 
nie enragée, qui vous plait et qui vous anime de je ne sç^i quelle 
fureur martiale. Monsieur notre général (Turenne) reçut leurs 
Majestez, Monsieur (frère du roi], et toutes les dames dans une 
grange, où il leur donna le meilleur repas du monde. Il les servoit 
à table, et ne paroissoit pas moins empêché, avec la serviette sur 
le bras et des assiettes dans la main, qu'Hercule Této&t avec une 
quenouille et un fuseau. Les grands hommes ne sont embarrassez 
que de petites choses, et ils travaillent plus à donner i boire et à 
filer, qu*à faire des sièges et à défaire des monstres. On ne se cou- 
cha point ; le rot et la reine se mirent au jeu. Monsieur, qui étoit 
en grosses bottes, ayant fait venir tes violons, donna le bal aux 
dames. Moi, je me retirai dans le caro.sse de notre cher chancelier 
(Pierre Séguier], où j'essayai inutilement de dormir; mon som- 
meil u^étoit pas encore entièrement aguerri, il s'évanouit ao son 
des tambours et des trompettes, et je pense que je fermerois aussi- 
tôt l'œil auprès de vous, que dans te camp d'Orchies. » 



m 



- 61 - 

A la fln de cetfe nuit d*été passée en danses et en festins au 
milieu des tentes et des canons , lorsque les premiers rayons du 
jour commencèrent à faire pâlir les feux du bivouac, la diane et 
le boute-selle • deux monstres conjurez contre le repos du genre 
humain • firent retentir les échos d*alentour et donnèrent le si- 
gnal du départ. L*armée fit un mou?ement du c6té de Tournai et 
le roi^ pour assurer la marche de la cour et la rendre plus dili- 
gente, avait échelonné des troupes sur la route et avait fait border 
les bois par Tinfanterie, afin de prévenir toute surprise et d*arré- 
ter la course des partis en campagne. Le comte de Yivonne prit 
le commandement de Tescorte de la reine et la fit arriver, le 26, 
vers 10 heures du matin, devant Tournai, la fille a^née des roU 
de France, L'entrée eut lieu par la porte de Lille, à la barrière 
de laquelle se tenaient les échevins ayant à leur tête M. de Bargi- 
hant, qui présenta aux deux souverains les clés d*or delà ville 
dans un bassin d'argent, et leur offrit un dais pour les abriter. 
Le cortège pénétra dans la ville au bruit du canon et aux cris de 
wœ le roi I La marche était ouverte par quatre compagnies d'in* 
fanterie» habillées de drap bleu galonné d'or et d'argent; sui- 
vaient les chevau^lége.s, en habit rouge orné de cinq rangées de 
six petits galons d'or, et portant des plumets blancs au chapeau ; 
ensuite venait la reine dans un carosse tout brillant d'or et de 
soie, précédé du roi, achevai, avec Monsieur, duc d'Orléans, 
au milieu d'un grand nombre de princes et de seigneurs superbe- 
ment équipés (l). 

Le roi et la reine se dirigèrent en droite ligne vers l'antique 
église cathédrale, oô, comme le siège épiscopal vaquait en régale, 
leurs miajeslés forent reçues par le doyen , le chapitre et tout le 
clergé ; après le Te Deum chanté solennellement , elles se ren**- 
dirent à la riche abbaye de Saint-Martin où des logements avaient 
été préparés. Partout , sur leur fiassage , les rues étaient tapissées, 
et l'allégresse publique se manifestait par des acclamations 
bruyantes et générales : le soir toute la ville fut illuminée et 
éclairée par des feux de joie. 



(I) Histoire de la ville etciU de Tournât (par Poutrain). La Haye, 
Moetjens, 1750, in-4«, page 425. 




— 68 — 

La cour se grossît à Tournai de tous les seigneurs faisant partie 
de l^armée qui saisirent cette occasion de revoir des parentes , des 
protectrices et des amies. A la suite d'une longue absence et de 
dangers éprouvés on était ravi de se retrouver et de se féliciter. 
Après avoir rempli ces devoirs, chacun alla se reposer jusqu'à la 
nuit pour réparer la fatigue de la précédente journée. 

Le â7 juillet, le corps de ville , les trois Etats de la province, et 
le clergé eurent audience du rot et ensuite de la reine, pour 
renouveler Tassurance de leur dévoûment et de leur fidélité dans 
Pavenir. Ces marques de sympathie et d'attachement pour la 
France furent même si manifestes et eurent tant de retentissement 
que la cour de Bruxelles les regarda comme injurieuses au gou- 
vernement espagnol et fit saisir , an profit du domaine , les biens 
possédés par les tournaisiens dans les Pays-Bas. La saisie ne fut 
levée que par la paix d'Aix-la-Chapelle conclue l'année suivante. 

Le 98 y leurs majestés dînèrent en public pour appaiser la 
curiosité que chacun avait de les voir. Ce désir pût encore se 
satisfaire facilement dans les occupations bien différentes qui 
remplirent la journée des deux souverains. Le roi, assisté de 
M. de Vauban, décida l'emplacement d'une citadelle et de 
plusieurs autres ouvrages pour fortifier la ville oii il voulait 
s'installer complètement et établir un Conseil souverain ayant dans 
son ressort toutes les places nouvellement conquises on i conqué- 
rir; fondation qui eut lieu effectivement en 1668. Le plan de la 
citadelle fut immédiatement tracé att-deaau»de la porte Delevigne. 
Ce prince céda l'ancien châteauà la villemoyenDant 900,000^ fforios 
qui devaient être employés i payer les travaux de fortificayon qui 
commencèrent presqu'immédiatement (i). 



(I) Le jour de Saint-Simoo et Seini-jQde 1668 (98 octobre) fe mare 
chai de Tnrenne, au nom du roi, plaça la première pierre de la nouyeUe 
citadeUe de Tournai , avec une grande pompe miUtaire. Une médaUle 
fut frappée à cette occasion ; elle représente d'un côté Louis XIV avec 
cette inscription : Amor Ludomci XI V^ régis Françia nobù PaUadmm. 
An revers le PaUadmim , ou statue de PaUas , au milieu de la citadeUe , 
avec cette légende ; non Mars, non aiUr Ulysses, 1668. (Personne ne 
la ravira fut-ce un Mars , oo un Ulysse ). 



— 03 — 

La reiue de son côté employait son temps d'une manière plus 
pacifique et qui dénotait bien son origine espagnole. Elle passait sa 
matinée à vinter toutes les églises et lieux saints où le St. -Sacrement 
éUit exposé ; et il n*y eût si petite chapelle dans Tintérieur des 
M» de Tournai qui ne reçût Thonneur de cette visite royale. Les 
édifices civils ont dû également être compris dans cette tournée 
de La cour.française , car bien des années encore après son départ 
on voyait, sur le fronton qui domine les portes des deux chambres 
de justice, trois cbronographes peints eu couleur et rappelant 
cette année 1667 dans leurs chiffres romains réunis. Sur Tune des 
portes on lisait : 

LVDoVlGo TalVMraANTB. 
Sur Tautre : 

LVDoVlCVs m MarU 
tornaCVM LatI aDVehIVrt. 

Ces inseriptioos, tout^à-Cait dans le goût de Tépoque et do pays, 
restûrenl longtemps même après qpe les espagnols et bi maison 
d'Autriche eurent rattaché Tournai à leur domination. 

Le M juillet, la reine quitta Touraai^ à huit heures du matin, 
avee une puissante escorte de cavalerie et d'infanterie sous le 
commandement de M. le marquis de Cmuvres , et prit le chemin 
d^Orchles sur lequel le roi voulut raccompagner pendant quelques 
heures, pub il se sépara de la cour avec la brigade du marquis de 
Aochefort, pour aller passer TEscaut, rejoindre le gros de 
Taraiée. et prendre Audenarde. La reine se reposa à Orchies où 
Mademoiselle de Uontpensier voulut lui donner à dtner ainsi qn*à 
toute la cour. Mademoiselle, la Grande MademoiselU, comme on 
rappelait, fût charmante pour la jeune reine pendant tout ce 
▼oyage; elle renloura de soins et de prévoyance; quoique souf- 
frante, elle négligea sa santé pour faire sa cour à sa souveraine, 
et alla, ajoute un chroniqueur, jusqu*à préférer les eaux de la 
Scarpe à celles de Forga. 

Le même soir la cour arriva sans encombre à Douai où elle 
coucha. Le lendemain 50 juillet , vers midi , la reine, Mademoiselle 
el toutes les dames de leur suite, en partirent pour aller coucher à 
Arras. Le marquis de Cœuvres, général de Tescorte, remis son 




— 64 — 

précieux dépôt au marquis de MonCpezat, gouverneur d*Arra8, 
qui B*était avancé jusqu'à une lieue au devant de sa majesté à la 
tête de sa noblesse , et qui lui présenta les clés de la capitale de 
TArtois. 

Cette fois Tarrivée de la reine à Arras n*était plus seulement an 
simple passage , il s'agissait d*y faire un séjour avec tonte la cour 
et de s'y tenir à la portée du roi et de Tarmée tandis qu^ils mar^ 
èheraient à de nouvelles conquêtes. On voulait utiliser le temps de 
deux manières : d*un côté Louis XIV gagnait des batailles et des 
villes , de Tautre la reine consolidait la domination française par 
sa présence et les rapports de sa cour avec la noblesse du pajs. Le 
51 juillet, lendemain de l'arrivée de la reine, le Conseil souverain 
d'Artois vint la haranguer, de même que le corps du Magistrat de 
la ville , la Gouvernance et les autres officiers qui témoignèrent 
tous à la jeune souveraine Texcès de la joie que leur inspirait 
rhonneur de jouir de sa présence pendant le séjour qu'elle devait 
faire dans la province , et comme cette circonstance était assez 
bizarre et inattendue , les reines n'ayant pas coutume ea effet de 
suivre les armées, les beaux-esprits dn temps cherchèrent à 
expliquer un fait aussi surprenant et ne trouvèrent rien de mieux 
que de déterrer , dans une ancienne centarie de quelque Nostra* 
damas, one prédiction qui semblait se rapprocher singiiliéremeni 
de cet événement. Elle fit alors assez de bruit et fut colportée de 
bouche en bouche , comme une diose , sinon vraie , du moins biea 
inventée ; la void : 

Mars et l'amour marcheront en campagne , 
Et (lu beau sexe ils troubleront la paix ; 
'Reine , la gloire et de France et d'Espagne , 
D'nn nid à rats, l'on doit faire un palais. 

Nous ne savons jusqu'à quel point les habiunts d'Àrras durent 
être flattés de l'application , et de la façon dont on faisait allusion 
au lieu du séjour accidentel de la reine de France ; mais ce qu'il ) 
a de certain c'est que cette jeune cour, la plus sémillante et la plus 
galante de l'Europe, se regardait comme en exil & Arras et 
supportait impatiemment l'éloignement des plaisirs des somptueuses 
résidences royales de Fontainebleau, Saint-Germain et Compiègne. 
Ce qui le prouve ce sont les pièces de vers et de prose composés 




p^ 



- 65 - 

par la comtesse de la Saze, deMontplaisir, Pelisson, G. de Fieobet. 
et autres beaax-esprits de la cour sur ce séjour , qui prit le nom 
de Séjour âe$ ennuis , et longtemps après leur retour en France 
les dames et les cavaliers s^entretinrent , comme d*un péril passé 
mais non oublié , des Ennuis iArras, 

Voici comme les historiographes de la cour ont rendu compte 
des impressions de ce séjour ; Tun s^écrie à la fin de sa rela- 
tion (i). 

« Que \k vie des courtisans est difiérente d'elle-même ! du 
tumulte et de la tempête qui nous a agitez pendant dix jours , 
nous voilà lombe2 dans une bonnace encore plus effroyable : nous 
ne pouvons avancer ni reculer , avoir communication libre avec 
r^rmée ni avec Paris : il n'y a point de lieu dont on ne s'accom- 
modât mieux que de celui-ci. 

c Noos vivons dans la guerre en une paix profonde ; 

c Mais oomptons pour beaucoup tout le restedu moude. » 

Un autre ("2) donne les renseignements suivants sur la manière 
dont la reine et ses dames se mirent à \%ur le temps dans la bonne 
ville d'Arras durant cet étemel mois d'août 1667 qai leur parut 
lo plus long de toute leur vie. 

« Il est vrai qu'on n'a jamais vu tant d'ennti» à la fois en un 
même lieu. 

« La KsvM s'ennuyant doublement d'être éloignée du roi » el 
de ne voir point monseigneur le Dauphin , passoit la plus grande 
partie du jour à prier Dieu, et visitoit toutes les églises de la ville 
Tune après l'autriO ; et c'est là seulement où les ennuis la laissoient 
eo repos, et n'osoient approcher sa majesté dans les entretiens 
qa^elle avoit avec Dieu. 

• Madêmciselle y qui est la plus affable princesse du monde , 

(1) Bêcueil de jnéces gaianUs en pros$ et en vers de Madame la œm^ 
tesssdela Suze, etc. Trévoux, 1141, t. 1, p. 198. 

(2) Idemy pages 40-»44. 



1^ 



faisoit un asseï doux accueil aui ennuis, prouienoitson inquiéUide 
et travailloit aux ouvrages; oiais elle étoit quelquefois réduite à 
entretenir PetU-fiU pour se divertir ; PetU-fUs, dès qu^il étoît 
chez elle , se sentoit saisi d^un petit ennui qui le faisoit crier , et 
divertissoit ainsi fort mal cette généreuse princesse. 

« Madame la princesse de Bade les traitoit (les ennuis) assez 
fièrement ; et avec cette franchise généreuse que sa haute naissance 
autorise , parlant assez librement de tout ce qui lui déplaisoit , 
sembloit se soulager de leur importunlté ; mais avec tout cela elle 
étoit souvent réduite i son ouvrage , et ne se défendoit pas tou- 
jours de leur chagrin. 

« Madame de M<nUauei$r en usa avec eux le plus sagement 
du monde ; et quoiqu'elle les méprisât avec cette grandeur d*âme 
que sa naissance lui avoit donnée « elle s*accordoit pourtant avec 
eux par cette accortise qui lui est naturelle ; mais elle ne laissoit 
pas d*étre quelquefois incommodée de leurs vapeurs , qui Tobli- 
geoient à garder le lit. 

• Madame de Béthune les soulTroit assez bonnement et sans se 
plaindre ; et sa belle et charmante fllle ne s'en plaignoit pas non 
plus par discrétion» quoiqu'elle eût un sujet particulier de se 
plaindre du trop long séjour d'Ârras. 

« Toutes les filles de la reine ne falsoient pas parottre non plus 
leurs ennuis ; elles les cachoient sous les lys et les roses de leurs 
visages comme des serpens sous des fleurs. A ou!r chanter mesde- 
moiselles d*./^r^tften et de Longueval^ on n^auroit pas jugé qu'elles 
avolent de Tennui; et trouvant tant de lumière et de douceur 
dans leur conversation , on n'auroit jamais pu s'imaginer qu'elles 
eussent eu quelque trouble on quelque amertume dans l'Ame» tant 
elles avoient d'adresse pour les cacher. 

» Madame la duchesse de BimUlon , cette illustre amazone, 
dont l'humeur est toute guerrière , se servait du fusil pour les 
combattre (quoiqu'elle eut des armes à feu plus dangereuses), et 
ne revenoit point du combat qu*avec quelque contusion. Elle fai- 
i^oit souvent le tour de ta place, et apprenoit les fortifications 
avec madame de Monteepan^ mais avec tout cela elle ne ponvoit 



- 67 - 

Taîncre certains petite ennuis matins qui lui donnoient souvent 
4|uelque9 légères colères. 

• Madame de ilonietpan défendoitsa beauté de leurs outra-^ 
ges avec un merveilleux esprit ; et comme elle est fort ingénieuse, 
elle employoit les échets, les fortifications, la dentelle , et la co- 
médie Walonne pour divertir ces importuns, tandis qu'elln s'oc« 
cupoit à de plus agréables pensées ; mais ou ne sçait pas si parmi 
son enjouement il ne se méloit point quelques ennuis secrets quMl 
D*e9t pas permis de pénétrer (i). 

» Toutes les autres dames dn palais et de la cour de la reine 
8*occnpoieut à écrire , à filer , et à faire quelques oeuvres de cha- 
rité, et demeuroient la plus grande partie du temps chez elles, 
dans une grande solitude avec leurs ennuis. . • . 

» Vous mêmes, monsieur Tabbé (9), qui sçavex divertir si agréa- 
blement les ennuis des autres avec Tenjoûment et la douceur de 
votre esprit , ne laissiez pas de vous laisser entraîner par les vô- 
tres dans votre retraite, et passiez aussi mal votre temps durant 
quelques heures, que les autres avec ces mauvais hôtes , qui n*a- 
voient exempté personne du logement. J*étois, je crois , le seul 
qui ne les logeoit point ; mais je ne sçai pas bien si je ne les four- 
nissois point -, car parmi eux souvent celui qui ne les loge pas, les 
fournit. Je vous prie de le savoir de mesdames de Montansier, 
et de Montetpan^ et surtout de mademoiselle à^Arquien , que 
j*ai plus souvent entretenue que les autres. 

• Quotqu*il en soit, il est vrai que toute la cour de la reine 
étoit dans une grande consternation, quand le roi (après avoir pris 



(1) AUusion à Tamour du roi qui commençait à se produire aux 
y eux de* courtisans. 

(S) U esl ici question de l'abbé de MtmUgny^ mort évéque de Lyon, 
à 34 ans, le 28 septembre 1671, aux étals de Vitré. Il composa un 
petit poème de deux cents vers, intitulé le PaicM des Plaisirs, en ré- 
pODse au Séjour daf Ewmst badinage un peu fade dont nous citons ici 
nn long extrait. 




-es- 

plus de places dans une campagne que nous n^en avions conquis 
dans toutes celles de la guerre passée^ et poussée les ennemis si 
loin, qu'on peut dire qu*il leur a fait presque perdre terre) vint 
dissiper tous les enanis par sa présence , comme il avoil fait les 
ennemis. 

> Gomme aux portes du jour, au travers des nuages , 

» Le roi des astres vient dissiper les orages, 

9 Et rend le front du ciel doux , tranquille et serein , 

» Ainsi ce glorieux et vaillant souverain, 

» Après avoir fini cent hauts exploits de guerre, 

» Poussé ses ennemis jusqu'au bout de la terre (1), 

» Et les avoir vus tous dissipez et détruits , 

» De ce triste séjour vint chasser les ennuis : 

9 Son éclat triompha de leur nuit la plus noire, 

» Et perçant tous les cœurs des rayons de sa gloire , 

» Il chassa les langueurs de sa charmante cour, 

» Et redonna la joye, et la force et l'amour 

n Mais, hélas! il ne fut pas plutôt parti de cette ville avec toute 
la cour, que ces malheureux ennuis qui ne m*avoient point encore 
approché, vinrent tous en foule loger chez moi : si bien que je 
suis en grand péril d*en être accablé, si je n'ai bientôt le même 
secours de votre puissant libérateur. Mais comme il est occupé sur 
des sujets plus considérables, qui Tempéchent de jetter les yeux 
sur moi, je cours grand hasard de finir le reste de mes jours dans 
ce triste séjour des ennuis (9). » 

a non visto, à mal note, émal gradito. » 



(1) Autre allusion à la défaite du comte de Marsin et du prince de 
Ligne, venant au secours de Lille et repoussés avec perte, le 31 août 
1667, jusques vers PAi/qjpms, au bord de la mer, en face de la Zé- 
lande. 

(2) Ce dernier paragraphe dénote assez que cette épltre, non signée, 
a été écrite par René de Bruc, marquis de Mon^Uûtir , ami et peut- 
être teinturier de la comtesse de la Suze, qui , en récompense de ses 
services, obtint vers cette époque la lieutenance de roi d Arras, où il 
mourut vers 1673. Ce seigneur, à la fois bel-esprit et guerrier, était 
l'oncle de la maréchale de Gréqui. 



"Peudant que la cour pecdait ainsi son temps enfermée dans U 
cité dWrras , Louis XIV utilisait le sien en prenant ks .viUes .d^Au-* 
deuarde et de Lille^ et en battant le comte de Marsin et k pi:iQ«e 
de Ligne qui venaient tardivement au secours de la place. Enfin, 
le 5 septembre, après avoir mis ordre à tout ce qui devait se faire 
dans le reste de cette campagne , qui prit aussi le nom de Cdin- 
pagne RoyaU, après avoir organisé tout le pays conquis, qui dès- 
lors s*appela la Flandre Française, nom qui lui est resté depuis 
ce moment, après avoir enfin visité encore une fois cette belle et 
forte ville de LiUe, te roi en partit pour venir coucher à Arras et 
débloquer la reine et toute la Cour. Le 4, on délogea galment 
et Ton partit pour Bapaume, où les galants Artésiens firent leurs 
adieux aux souverains d*nne manière très-courtoise par les vers 
suivants : 

c Le plus illustre de nos dieux, 
» Et«oR adorable compagne, 
V Ne pouvoieni pas manquer d'esU'e victorieux , 
» L'un par son bras et l'autre par ses yeux , 
f Des villes et des cœurs d'Espagne. » 

Le soir du même jour, la cour gagna Péronne : leurs majestés 
y furent reçues hors les portes par les Corps de ville et de justice, 
suivis de toute la jeunesse sous les armes. En ce lieu, la famille 
royale se sépara, Monsieur pour aller coucher à Noyon , et Ma- 
«li'fnoiselle pour se rendre en Tune de ses maisons de son comté 

Le 5, les souverains se rendirent à Mouchy où ils rencontrèrent 
)ps députés des compagnies souveraines de Paris, qui les compli- 
mcntèrent par Torgane de leurs présidents, portant en main cha* 
can une branche de laurier qu'ils oITrirent au roi. Le 6, ou cou- 
cha à Senlis et là encore tous les habitants des villages voisins, les 
communautés religieuses et toute la bourgeoisie se pressèrent sur 
les pas du cortège pour voir le conquérant de tant de villes. Ce ne 
fut que le 7 septembre, à six heures du soir, que le roi, la reine 
et toute la cour rentrèrent triomphalement au château de Saint- 
Germain, après trois mois, tant de voyage que de séjour, danslcs 
provinces conquises. Pans ce court espace de temps , la France 
avait grandi en puissance et en valeur ; elle avait reculé ses fron - 



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filles desPajs-Bas, 

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RRCHERCHBS SfJR LES MONUMENTS RELIGIEUX 

QUI EXISTAIENT A CAMBRAI AVANT 

LA REVOLUTION DB 

1789. 



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^ttotncine HxiuU. 



KGLÏSE COLLEGIALE 



DR 



SAINTfe-CROfX. 




N ne connaît ni les noms des fondateurs (!e Tégliaé 
de Ste-Croix, ni l*époque de sa première érection ; 
mais il est constant qu*elle existait déjà en 879, 
date de la mort de Jean le Del, 18^ évoque de 
Cambrai et d*Arras, qui y choisit sa sépulture CO* 

Balderic(a) notts a conservé T inscription suivante, placée sur 
la tombe de Jean le Bel qui , avant sa promotion au siège épiscopal 
de Cambrai, avait été chantre à la cour du roi Lothaire. 



(1) Mémoire sur l'église cl le chapiiro do S'* -Croix, par l'abbé 
Tranchant , tfs. de labib. comm. de Cambrai , n» 1018, partie calée a. 

;3) Ghronicon Cameracense et Atrebatense, lib. I , c»p. XLIX. 




— 7i — 

JRegum magnifica fuâram rtutritus tn aula, 

In qua Cantons nomine funclus eram. 
Non propriis meri/is, solo, pieiate ionantiê , 

uintistes ista factus in urbe fui. 
Quam, prœslante Deo, monui contemnere semper 

Illecebras mundi , gaudia vera sequi. 
Nunc auiem facto €arnisque animœque diremptu , 

Septimapost se» la sabbata perficio. 
Donec in adt^entu Christi sua membra résumât 

Spiritus , octapa jam radiante die. 
Qui legis hune titulum , frater^ subsiste parumper^ 

Et die œlernam promerear requiem. 

Traduction de MM. Petit et Faterot. — « J'ai été c'icyë à la coor 
plcndide dea rois , où j'ai rempli les fondions de chantre. C'est moins à 
mes propres mérites qn'à la clémence du maître du toraierre , que je dois 
d'avoir été éveque de cette ville â laquelle , grâce à Dieu , j'ai toujours 
appris à mépriser les délices du monde , et à ne se livrer qu'aux véritables 
oies. Maintenant que mon âme est séparée de mon corps , après les 
six jours de travail, j'accomplis dans la tombe le septième jour qui est 
celui du repos, jusqu'à ce cpie brille le huitième , et que mon âme re- 
prenne son corps à l'avènement de J.-C. — Toi, qui lis cette ins- 
cription, frère, arrête- toi quelques instants et prie afin que j'obtienne 
un repos étemel. a> 

Nous voyons qu*au temps de révoque Gérard, Ters 1050, 
r église de Ste- Croix menaçant mine, une partie de Tédificé 
s' étant môme écroulée, ce prélat 6t lever le corps de Jeau le Bel, 
et qu'il rinhuma ensuite dans Téglife cathédrale nouvellement 
rebâtie. Le tombeau du saint était en grande vénération, et on lui 
attribuait le pouvoir merveilleux de guérir diverses maladies, 
notamment la paralysie et les fièvres. 

L'église de Sle-Croix ne fut reconstruite que sous Téptscopat 
de Liëbert, en iOGo^ par la munificence d'un, noble et riche 
habitant de Cambrai, nommé Ellebaud le Rouge, descendant des 

orotes de Vermandois, qui la doti onze années après, d'une 
collégiale composée de douze prébendes auxquelles il affecta 

^foUi les terrta, alleux et censés qu'il possédait, tant dans le 
Cambrésis que dans les provinces envirotinantes. H donna en 
aéme temps aux religieux un très-vaste bâtiment , nommé le (1) 



(1) /e p^/'i pa/flis d'ElIobaïuî le Rouge , situé rue du Temple, est 

nrluellrmoii! în maison n" 7. 



~ 73 - 

petit palais ou U temple situé non loin de Tégltse, et un pcn plus 
bas que rUùpital St- Julien. Les chanoines de Ste-Croix en con- 
servèrent la jouissance jusqu'au %!£ avril 1446, époque à laquelle 
ils durent le céder en arrentement perpétuel au chapitre de ia 
cathédrale, afin de tirer leur communauté de Tétat de gône où 
elle se trouvait. Ils arrentërent également dans le même but, une 
partie vacante de terrain dépendant de leur église et qui fut alors 
incorporée dans rhôpital St-Julien. 

Voici le texte du diplôme d'EUebaud le Rouge rapporté par 
Carpenller (i), et dont Taothenticité a été quelquefois mise en 
doute; néanmoins il est vi*ai de dire que Ton s*est contenté de 
nier, mais sans preuves, L'existence de cette charte, comtne de 
beaucoup d^autres doiniécs par ce laborieux généalogiste, & 
Tappui de son histoire de Cambrai. 

Chartn fundationis canonico" Charte dVublifisement des cha- 

rum sanctœ crueis Camerari. noines de Sainte-Croix à Cambrai. 

£go EUeboldus Raber, do in MolEllebaudle Rnugeyjcdonne 

perpetuum in honora sanctcB à toujours, en Dionncurde la sainte- 

crueis paiaiium meum cunt hof- croix, mon pnlaÎA à Cambrai , avec 

reditaie in Cameraco , et terras , droit de succcsâion , et mes terres , 

alodia et mansa mea in pogo alleux et m anse» , pour rétablisse- 

cameratym et circa, XII minià- ment de dou7.e prêtres qui se consa- 

trisy qui Deofamulaturi asiidue cranl sans cesse à Dieu, prieront 

pncesfandêntpro consuitu ani- pour le bn\ui de mon âme, de celle 

mœ meœ y Odonis, pairis mei et de mon père Odon et de mes ancc- 

majorum meorum Viromandiœ très les comtes de Vermandois. 
comitum, 

Hec approbarunt Jralres mei , Ceci est approuvé par mes frères 

Odo, Farinus, Sollierus, Rufus et Odon, Farin , Soiher, Rufin et 

Isaac, Lietardus, Sororis meœ Ad s Jsaac , par Lié lard le mari (S^Ada 

maritus , item Johannes , Aima- ma soeur, et par Jehan , Almaric , 

riens , Hugo et Balduinns, nepotes Hugue et Uauduin mes neveux. 

77S«I. 

Jiœc autem ne sevilid tempO' Et pour que ces actes ne périssent 
rum pereant œred l^mind incidi par Tinjure des temps , je les ai fait 
/'eci et sigillii nostris roboravimus graver sur une plaque d*airain re- 
unnochristi âï.LXXI, ecclesiam vêtue de nos sceaux , l'an du christ 
régente D. Liebeito episcopo co- M. LXXI, sous le gouvernement 
gna io meo. ccclésiasllque de Liébert uion parcut. 

( 1) Mirœus a donné aussi celto charto ddns son recueil diplomatique, 
fr 5itp chap. XXIX. 



— 7J — 

EUebaud le Rouge, mourut la même année, el reçut la sépul- 
ture dans Tégtise ija'il avait si Ubéralemeut dotée. Le corps placé 
d'abord au eo$té ietustre de Tédifice, fat, près de deux siècles 
plus tard, (le 24 mars 1355), translaté dans le diœur, et Ton 
grava en lettres d'or, sur un marbre noir qui recouvrait la tombe, 
rinscription suivante : 

Chi gUt Ellcbaud le Rouge , 

fondateur de cesie Eglise^ 

qui trespassa l'an M. LXXI. 

Au-dessus de cette épîtaphe, dans le fond d'une arcade, se 
voyait une peinture représentant le bienfaiteur et sa femme, le 
premier à genoux et offrant à Tévéque Liébert, le vaisseau de 
réalise de Ste-Croix. Au bas du sujet on trouvait les lignes sui- 
vantes : 

Elebaldus Ruber civU dudum veneratus 
Ejus sponle reieedensy hos canonicaius 
Ectiesiamque fundavii. Dûs Dominalus 
Quosfirmavit ei Liberlas presul ancatus^ 
Mille monadi cum septuaginia vocalas, 
Suhditur huiclapidi cœli sit in arce locatus,' 

c( Un Bourgeois pxxnix de grant rcnoD , 
«. Ellcbaud le Rouge at a non , 
(( Qui seni Dieu de Loin uilairc, 
ce Fis t jadis cestc église faire , 
(( Pi*dl>cndcs douze y ordonna 
u Tant de ses biens et don donna 
u Faisant tant que tout ce li bers , 
% u Confirma lors prclas Libers 

(c Lan M. soissantc et XI à point , 

(c Chi gist , eu ciculx soit sen lieu point. » 

En 1159, l'évéque Nicolas, après avoir ordonné quelques 
embellissements intérieurs dans Téglise de Ste*Croiz, lui conOrme 
sa fondation et la maintient dans les diverses concessions que lui 
avaient octroyées ses prédécesseurs au siège de Cambrai. H ratiûe, 
en ouire, en 1177, la donation faite au chapitre, de plusieurs 
dîmes et redevances annuelles. Toutes ces possessions lui sont de 
nouveau confirmées par le pape lucius lll, en 1181. 



/ 



— 75 - 

Voici la description que fait de Téglisc Ste^rojix, TakN 
Tranchant (i), dans son mémoire manuscrit que nons avons 
précédemment eité. 

• L*égUse qui se voit présentement, la même qu'EUebaudie 
Houge fit rebâtir^ n*a rien de remarquable que par son Mitlqvité. 

• Les deux autels qui sont aux côtés des chœurs furent 4édiés 
en 1227, le 22 octobre, par Godefroi de Fontaines évéque de 
Cambrai, mais ils ne fureut pas consacrés . i cause d'une recons- 
truction de Tôglise. Par un accord fait entre le» chanoines er les 
paroissiens, Tautel de la paroisse étant alors à rentrée du chœur, 
aGn qu'elle devint libre cette entrée , on fit faire les deux autels 
susdits 

» Il s*y trouve quelques épkaphes du commencement de la 
seconde moitié du XV' siècle. On y renUurque la'figsre ié$ chanoi- 
nes de cette collégiale vêtus de soutane rouge, ce qui fait suppo- 
ser que ces religieux ont forté le même costume que ceux de 
Notre Dame et de SC.*Qéry. 

• La grande nef de Téglise fut lambrissée en 1 460 et les bas- 
côtés en 1465. 

** La croisée n'est pas lambrissée . 

• Le côté gaucho est à Fusage des chanoines et dés paroissiens. 
C*e8t li que sûtit les fonds baptismaux. Il y a aussi une petite 
chapelle dédiée ila vierge. 



(1) TRAxcnART (François-Dominlquo] né à Cambrai vers Tan 1722 et 
fait chapelain de la métropole en 1 749. Âmi des lettres , et très labo- 
rieux compilateur , on lui doit onze manuscrits conservés à la biblio- 
thèque communale de Cambrai , la plupart relatifs S T histoire ecclésiaa- 
tique do cet évèchô, et dont on trouve la liste au chapitro XII des 
Recherches sur rÊglise do Cambrai , par M. Lo Glay. L'abbé Trau- 
cbaitt fut, en 1794 , une des victimes do Joseph Lcbon. Âi-rtHo le .0 
mai et jeté dans la prison des Anglaises, co vertueux ecclésiastique fut, 
cinq joun» après, condamné à mort pai* le tribunal révolutionnaire^ 
comme détenteur iV écrits fanatiques. 




- 76 - 

• Le cùlè droit est entièrement réservé aux cliaBoioes qai y 
ont leur chapitre et leur sacristie. 

» Les religieux de Ste- Croix avaient ci-devant un petit clocher 
situé près du chœur, et tenant d'une part à la sacristie. Il y avait 
quatre petites cloches que Ton sonnait aux deux fêtes de la 
Sainte*Croix, et lorsque des chanoines ou chapelains de cette 
église venaient à décéder ; hors ce cas, on ne sonnait pas les 
cloches. Le clocher fut démoli en 1750.... 

» En 1759y on commença à réparer le chœur, on fit un autel 
à la romaine, des stales, un pavement de marhre et une très-belle 
grille de fer. * 

Au nord de Téglise était le cimetière de la paroisse, abandonné 
dès Tan 1264, comme trop au centre de la ville. On en élablit 
alors un autre à St.-Ftacre, tout contre ta partie méridionale du 
rempart, et qui prit le nom d'Atrium d9$ hayHttes (cimetière des 
haies). L'ancien cimetière de Ste-Croix, bien q«e Ton n'y fit plus 
aucune inhumation, resta en terrain vague jvsqu'en 1789, époque 
à laquelle il fut cédé à la ville qui le fit démoifr et paver de grès 
l'année suivante. 

Le chapitre de Ste-Croix, composé de douze prébendes rnab- 
tuées par Ellebaud le Ronge en Tan 1071, était dirigé par Fun 
des titulaires qui était en môme temps trésorier ; mais ce chapitre 
était subalaire de Téglise de Notre-Dame, c'est-à-dire qu'il était 
réputé ne faire qu'un môme clergé avec cehii de la mère-église. 
Il y avait en outre huit ou dix chapellenies ou bénéfices dont le 
nombre s'élevait très anciennement à douze ; mais quatre de ces 
chapellenies avaient été supprimées par une bulle du pape 
Eugène IV qui affecta leur revenu à l'entretien de deux vicaires 
et de deux enfants-de-chœur . Les huit chapelles restantes étaient 
placées sous les invocations suivantes : 

La bienheureuse vierge Marie, 
St. -Pierre et St. -Paul» 
St. -André, 
St.-Nicolasly 
St .-Nicolas II > 



- 77 ^ 

St.-Niçoias m , 
Ste.-Elisabetb, 
Ste.. -Catherine. 

Le chapitre de Ste. -Croix, avous-uau$ dit, était subalaire de 
celui de !a métropole \ voici un acte qui définit U nature de cette 
sujétion : 

« Â tous chlaus ki ches présentes lettres verront et orront, li 
PrevoSy li Diens et tous li Capitlea del Eglise nostre Dame de Cam- 
bray, salut en nostre Signeur. 

» Savoir faisons a tMH, que U Capitles et les personnes del 
église de sainte- Crois d<t Cambray mint de no juridicttoh, de nos 
cuer, et suromes tous un captUes , et tousli bien de leur EgHse 
sunt incorporetez aveuc les nos : et goent et doivent goir pasiulc- 
ment ti Capitles et les personnes del Eglise de Sainte-Crois devant 
ditte, en tous chas et toutllus, de autelle et consanlaule frankise, 
exemption, liberté et grasche, que nous les personnes et li bien 
de no église. Pour coy nous prions a tous que ledit Capîtie, les 
personnes et les biens appartenans a ichelî église, on laisse goir 
pasiulement d^autelles franchises, exemplîous, libertés ^t graa- 
dies, que nous, les personnes et li bien de no église goent, et que 
contre che nuls empeechemens ne leur soit rois, ne fais ; et se fuit 
ou mis a esté pour le tans passé, qu'il soit rappelés tl mis en estât 
deu. 

» En lesmoing dequels choses, nous avons ches présentes 
lettres scellées don seel a causes de no devant ditte église^ qui 
furent faites en fan de grasce Notre Signeur, mil CGC et vint et si.«j, 
le samedy devant la conversion St.-Pol, ou mois de janvier. » 

En raison de cette dépendance, le trésorier de Ste-Croix était 
tenu, comme représentant la communauté, de prêter hommage et 
serment de Gdélité à Téglise métropolitaine. L'hommage se fit 
d^abord entre les mains du prévôt, comme on le voit par une 
bulle du pape Clément IV/ datée de Tan 1265, mais plus tard il 
fat prêté directement au chapitre. Le trésorier de Ste- Croix, 
aoasitôt sa Bomination, était donc tenu de paraître à genoux, les 
mains jointes^ devant le grand-ministre qui recevait le serment 
▼oolu. 




- 78 — 

Nous citerons encore tcituellemcnt le manuscrit de Tabbé 
Tranchant: 

« Le chapitre de Stc-Croix n'a d'autre doyen que celui de la 
métropole, lequel remplit tes fonctions curâtes vîs-à- fis de tous 
les membres dadit chapitre, leur administre les dèrntc^ sacne- 
mens, lève les corps quand ils sont passés de cette vie à Tautre, 
les conduit jusqu'à la porte de T église et les remet à celui qui 
doit les enterrer. 

u Qant meurt un chanoine ou chapelain dans cette collégiale, 
le grand-ministre avec le secrétaire, va apposer le scellé sur les 
effets du défunt, et retient les cleb des armoires et appartemens 
jusqu'à ta levée dudlt scellé. 

» Le testament est apporté en premier lieu et ouvert dans le 
chapitre de la métropole qui l'admet, établit des exécuteurs testa- 
mentaires s'il n'y en a point de nommés, remplace les refusans, 
reçoit leurs sermens, et après, en renvoie Texécutiou au chapitre 
de Ste-Croix. 

» Le chapitre métropolitain perçoit un droit ft chaque chanoine 
ou chapelain de ladite collégiale de Ste-Croix qui meutt inieitat, 
savoir: pour un chanoine, <iuatre sterlings d'or, chaque sterling 
de la valeur de vingt gros de Flandre ; pour un chapelain deux 
sterlings de la même valeur, comme appert du concordat fait et 
passé le ai du mois de juin 1469. 

» Lorsqu'il survient des dissentions qui sont de nature à occa- 
sionner des procédures, c'est le même chapitre qui eu comiaU. 

» Le chapitre de la métropole en qualité de supérieur de celui 
de Ste-Croix, va aux deux fêtes de Ste-Croix, les 5 may et 
iè septembre, célébrer en ladite église les premières vespres et 
icbdits jours la messe. Le chapitre de Ste-Croix est tenu d'envoyer 
la veille de ces deux fêtes , ou le Jour précédent , Tun de ses 
chanoines prier un dignitaire ou à son défaut , un chanoine de la 
métropole, de venir officier. 

• Le chapitre de Ste*Croix doit recevoir b l'entrée de son 
église celui de la métropole et le conduire processionnellement 



-. 79 - 

dans le chceor ; c'est ce dernier qaî célèbre tout Toffice, et trois 
chanoines de Ste -Croix sont tenus d*y chanter le premier graduel. 
Après la messe, le sacristain présente en forme d'hommage, au 
nom du chapitre, une paire de gants blancs au prêtre ofGciant. 

» Le chapitre de Ste-Croix, comme subalaire du chapitre 
métropolitain , est obligé d'assister aux offices de la métropole, 
aux grandes solennités de Tanoée, et aux processions du premier 
dii&aiiGhe de chaque mois. Ses membres y remplissent quelques 
fonctions inférieures , telles que de chanter des graduels , des 
versets, etc., et reçoivent des distributions manuelles. Ces jours 
là, le chapitre de Ste-Croix laisse son église sans office excepté 
les secondes vêpres, et cette assistance lui tient lieu de résidence, 
tellement qu'un chanoine de Ste-Croix assistant à une office de la 
métropole les |onrs accoutumés, après ses trois mois de vacances^ 
ne devient pas forain. 

» Nonobstant les titres qui prouvent la juridiction du chapitre 
métropolitain sur les sujets et chanoines de la collégiale de 
Ste^roix, ce petit chapitre a tenté, en divers temps, de secouer 
cette supériorité ou d'en diminuer l'étendue; mais ce fut toujours 
sans aucun effet, et les chanoines de Ste-Croix. ont été contraints 
de la reconnaître et de s'y soumettre, comme appert des titres 
et concordats faits et passés par lesdits chanoines. Néanmoins, 
ils firent on dernier effort dans ces derniers temps, au sujet d'un 
changement d'anmuse ci-après rapporté. 

» Le chapitre de Ste-Croix délibéra le 25 juin i 759, de porter 
J*aumose herminée, et la porta pour la première fois le 22 juillet 
de la même année, à l'exception de deux de ses chanuiues 
MM. Cochelin^ trésorier^ etTrigauIt, qui neia prirent que quelque 
temps après leurs autres confrères; ils vinrent aux offices de 
Tassomption, dans le chœur de l*églîse métropolitaine et assistè- 
rent de même à la procession solennelle qui se fait le même jour^ 
conformément au vœu du roi Louis XIII (1). 



(i ) Voici la lettre du roi qui ordonne au chapitre métropolilaÎD de 
célébrer avec un éclat inusité, la fôtc de l'Assomption. La processioa 




- 80- 

» Le chapitre métropolitain ne leur a rien fait dire dans le 
moment, pour éviter tout scandale durant la célébration de 
Toffice et en présence d'une aussi grande affluence de peuple, 
mats le lendemain il prit la délibération que contient Pacte ci- 
dessous : 

» Die jovîs 16* Augasti 1759 
jillerd assumplionU B. M» f^irginis 

in capitula gtnerali 
Domini deliàeraruni pro ut sequitur. 



de Cambrai , qui selon Pierre Pnid'bomme eut lieu pour la première 
foU en 12S0, cl qui so célébrait le loudi de la Trinité , fut dès lors fixée 
audit jour de TAssompUon , pour des deux fôles n'en faire qu'une seule 
plus beUe et plus splendide. 

a Mon3. l'archevêque de Cambray, » Le feu Roi mon très-honoré 
seigneur et père , de glorieuse mémoire , avolt par sa déclaration du 
mois de février de l'année 1658, et pour les grandes et importantes 
considérations y contenues , mis sous la protection de la très-sainte 
vierge, son royaume, et lui avoit consacré sa personne , son état, sa 
couronne et ses sujets; et pour marque étemeUe de cette consécraUon, 
il auroit entre autres choses ordonné que , le jour de l'Assomption de 
chaque année, il seroil Cait à l'issue des vêpres , une procession solen- 
nelle eu toutes les églises tant métropolitaines et épiscopales qu'autres 
de son royaume , à laqueUe les officiers des cours de parlements et des 
autres compagnies supérieures , et lus autres principaux officiers des 
cori^s de villes assisteroient. 

a Et voulant pour les mêmes considérations , que cette déclaration 
soit gardée et observée dans tous les pays et lieux que j'ai depuis con- 
quis ou qui m'ont été cédés , je vous fais cette lettre pour vous dire 
que mon intention est que doresnavant et tous les ans , le jour de 
l'Assomption de la Vierge, vous ayez à faire garder et observer ce qui 
est prescrit par ladite déclaration , et à faire faire une procession dans 
votre église et en toutes les autres de votre diocèse. Que vous conviiez 
les officiers de compagnies de judicature et les corps de villes d'y 
assister, et excitiez par votre zèle , la dévotion d'un chacun ea celte 
occasion , pour attirer du ciel do nouvelles bénédictions sur mon règne 
et sur mon état. 

« A quoy m'assurant que vous satisferez , je prie Dieu qu'il vous 

ait, Mons. l'archevêque do Cambray, en sa sainte cl digne garde. 

8 Escrit à Versailles, le 6 août 1682. 

Signé LOUIS. 

Et plus bas , Lb TELLisa. 



-- 81 -- 

«t Plusieurs chanoines de Ste-Croix ayant paru daua oeUe 
église, étant même entrés dans le chœur et ayant.pris leur séance 
ordinaire avec des aumuses blanches et mouchetées eu Ca^n 
d^hermine^ aux premières vespres et h la procession de la fête de 
Fassomption, MMgrs n*ont pu qu*étrc exti:ôn[>cnf)çiit surpçis çle 
cette nouveauté, et ont ordonné que le gr^ud-Biiniâtrp ()e la^jte 
église, serait évoqué pour se rendre en ras^ciublce eap'Uulaire dd 
demain, et que leur grand- ministre lui témoignerait rêtuiuie- 
ment où ont été MMgrs. de ladite nouveauté, qu'ils désap* 
prouvent fort; qu'ils ont délibéré d'expliquer audit grand^- 
miuistre, que leur intention est qu'aucun des chanoines ses con- 
frères ne porte dorénavant pareille aunoee, et qu'ils leur 
enjoignent de reprendre leurs anciennes^ '.et que dans le cas où 
ils ne déférereraient point à cette injonction, iiysera pourvu 
ainsi que de droit; e.t M)fgrs ont ord«Dn4 q<M ta présente ëéli-^ 
béralion soit lue en son entier audit sieur grand-ministre de 
Ste-Groix, et qu'il lui easoit délivré copie sur-le-champ pour là 
communiquer à sesdils confrères. » 

« Dieveneris 17^ augutii 4759. Je Si&I^astiQU-Jo^eph RoH^r' 
seau y prêtre secrétaire du chapitre métropolitain de Cambrai , ai 
fait rapport à mesdils seigneurs capitulairemcnt assembles , que , 
conformément à l'ordre contenu dans l'acte de délibération (lu 
joar d'hier, je me suis transporté cejourd^hiiy vers les huit heures 
et demie du matin, chez M. Gi^an l'alné, chanoine dé Sic. -Croix', 
ex-grand -ministre du chapitre de la même église, ;M. Cottiau^ 
grand-ministre actuel , étant absent^, anqujel ex^g^'andt-qt^uistrc 
j'ai dit que mesdits seigneurs du chapitre demaudaiqpt q^'il.s^ 
rendit aujourd'huy en rassemblée capitulaire, pour.jMi.Qooinmnh<> 
qner leurs intentions. Â quoi mondit sieur ex-graud-Bunistr'e^a. 
répondu d'abord , qu'il faisait les fonctions de grand .ministre . 
lorsqu'il se trouvait dana son chapitre^ mais qu'ayant chez lui des 
étrangers , il ne pouvait y aller et que l'ancien chanoine qui s'y 
trouverait ferait les fonctions. Et lui demandant ensuite quelle 
réponse prédse il voulait donner sur ce que je venais de toi dire , 
il répondit qu'il ravait bien entendu. 

» Le procès des aumuses fut intenté et poursuivi avec vigueur 
au parlement de Flandres. 



-Ô3 - 

^ Çoatre années s^ éboulèrent ainsi , lorsqu^autres dlfOcultés et 
débats s'éitiearent entre lesdits chanoines de Ste -Croix et le cha- 
pitre métropolitain. Ce fut au sujet des fêtes de Tinvention et de 
l'exaltation de Sainte-Croix , les 5 mai et 14 septembre , aux«- 
quelles solemnitcs le chapitre de la métropole va processionnelle- 
ment en Téglise de Ste. -Croix , chanter les premières vespres , et 
]« jour y célébrer la grande messe.. .. 

» La métropole , pendant ees difficaltés pour les atimuses , 
eemblaît affeoter aux létes de Sainte- Croix , de députer un des 
jeunes chanoines poni' célébrer .... Les chanoines de Ste.-Croix 
ne vo^atenC pas de hoù œil ce chmi jument. . . Ils prirent la réso- 
lution de ne plus députer un de leurs confrères pour aller inviter, 
la veille ou avant veille des deux fêtes de la Sainte-Croix , un di- 
gnitaire ou un chanoine de la lAétropole .... Ces chtooines pré- 
tendirent même que Taenstance de la métropole aux offfces des 
deu4( fêtes sus-nommées , n^était qu*une sbciété précaire et de 
confraternité volontaire , de même qne leur assistance aux offices 
de la métropole aux grandes solemnités ; et telle que les chanoines 
d«'St.-<jéri et les religictix de St.-Auttei^i'a pratiquaient ancien- 
nement. 

■ . ., • » • , 

» Ainsi s'émeut un nouveau procès;. Laméiropole seipourvoC en 
complainte contre ledit chapitre de Ste.rCroix. Le pdrlemmit par 
un arrêt du 92 janvier 1765 » dépara ^métropole non reeevable 
ni fondée. ... 

» Les chanoines de* 8te -Croix , encoilragés par cet arrêt, 
crurent d'aller plus avant : ils délibérèrent dé ne plus assister aux 
offices de la métropole. ... et la résolution fut prise de ne pas j 
aller le 2 février 1705 , jour de la purification. En conséquence , 
ils donnèrent ordre au curé de la paroisse de Ste.- Croix qui est 
située dans leur collégiale , d'avancer sa messe , de la chanter à 
huit heures ou même avant sUl lui plaisait. 

• Le chapitre de Ste.-Croix fit donc Toffice dans son église le 
jour de la purification de la vierge et y bénit les derges. 

» Le chapitre métropolitain se croyant lézé en ses droits hono- 
rifiques. ... se pourvu de rechef en complainte contre lesdits de 
Ste.-Croix, et y fut admis, ce qui forma un autre procès. 



-83- 

N Durant ces contestations , arma la fête de Tinvenliott de fa 
Sce-Croîx ( 5 mai 1765 ). Le chapitre de Ste. -Croix fit sigoifier 
dès le âO avril , à celni de la métropole , qu*îl était résolu d€ 
faire Toffice par lui-même. La métropole n'alla pas ce jour là à 
Ste. -Croix. 

9 Toutes ces discussiops eussent été terminées assez Mniablc- 
meut entre les parties contestantes , et la métropole en fit en quel- 
que sorte la propQsition dès Tannée 4764 , au mois de juillet , 
maïs le chapitre de Ste.-Croiz quiespératt galni de cause^ ne. tou*' 
lut y entendra ou plutôt récusa. 

)) Enfin après bien des débats , le parlement rendit un arrêt Te 
18 mai i765, par lequel il maintient le chapitre métropolitain 
dans la possession ^es droits honoriûques dûs à icelui , par le 
chapitre de Ste.-Croix ; ordonne aux chanoines de Stè.- Croix de 
s^^ conformer et les condamne à tous dépens. 

• En conséquence» le chapitre de Sie. -Croix rentra en ses 
devoirs envers la mère-égUse et assista à Tofice de la métropole , 
le jonr de la Pente coste de ladite année. 

» CeUe sentence mit fin à la difficulté des aurousesqui avait été 
Toccasion des autres qui s^étaieot ensuivies. Le chapitre de Ste.- 
Croût fut obligé de reconnaître la supériortté et la juridiction de 
l'éigiise métropolitaine. Les chanoines qui avaient pris Tanneuse 
hensinée sans Tagrémenl du chapitre métropolitain , n*enrent 
d*aatre ressource pour s'y maintenir , que dans la démenœ et 
dans les bonnes grâces du chapitre métropolitain. Uur supplique 
fut admise y à la condition que lesdits chanoines de Ste. -Croix 
seraient tenus de payer les frais et dépens du procès. » 

Id nous perdons de vue la suite des diiïérents entre le cha- 
pitre de la métropole et celui de Ste-Croix ; différents sur lesquels 
nous nous serions moins arrêté, s'il ne nous avaient fait connaître 
diverses particularités intéressantes pour l'histoire. Mais en suppo- 
sant qu'après sa soumission envers la mère-église, la collégiale de 
SCe-Croix jouit de quelque tranquillité, cela ne put être pour un 
bien grand laps de temps, car la révolution française s'annonçait 
95 arriva, réglise, comme tant d'autres, fut supprimée et se» 
ministres contraints de chercher un refuge à l'étranger. 



y 



- 81 - 

Suivant un [wofit formé «n i7^7, portant délimitation de 
toutes les paroisses de la vtlte, celle de Ste-Croix fut ainsi déter 
minée : 

» La paroisse de Ste -Croix s'étendra dans la rue de TEpée 
jusques à la maison de M. Jean -Baptiste de Francqueville (aujour- 
d'hui maison n° itf ) exdusivement , et le ^arescatx vi8-A-?is (i) 
et tout ce qui étailt cy-devant de St-Nîcolas, tant dans la rue de 
St.-Fiacre que le Quélifîer et rue des Cygnes. En remontant 
vers la rue de T Ecole, elle sera bornée par la brasserie de PEcu- 
d*or exclusivement, et celle de St. -Adrien inclusivement, aussi 
loug-temps que l'entrée principale sera dans ladite rue de l'Ecole. 
Elle aura toute la rue de TEcole, la rue Tavcljusques et exclus le 

* 

puits et la maison qui y fait face, toute la rue des Clefs, celle des 
Pourceaux, (de la Caille], de TArbre-d'Or et des Fromages, à 
Tcxccption des coins de la place qui seront à St. -Martin. Elle 
aura encore toutes les demeures qui tiennent à Tabbaye de 
St.-Aubert, toute la rue de St •^Jérôme, celle dMnchy, et, des- 
cendant Tarchevéché par la rue des Eetriers , toute la rue de 
Cautimpré jusques à la rivière. » 

Remplacement de T^glise de^ Saiote-C^oîx est au|onrd*hui 
occupé par la rue qui forme le- prolongement de la rue St. -Julien. 
L'ancien cimetière a été converti en une jolie petite place triaAgo* 
laire plantée d'arbres et nommée p/flEce S te, -'Croix, Le nouveau 
cimetière des HaystiUê ou de\$f.-Ftif cre, à été supprimé aussi ; 
une maison et un beaa jardin Tont remphcé. Il était situé entré ta 
rue des Sottes et Timpajse des Miracles. 




(1) Ce terrain vague aliéné depuis lors, a été incorporé dans la 
maison ii» 8. 



THE ht'N yc:k 
PUBLIC L1BRAR\ 

ASTOR, LENOX 
Tll-DEN iiOUN DATION 



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— 86 — 

"En 1345, les chanoines de St.-Géri ayant dû abandonner lew 
monastère et leor église du Mont-det-Bœufê, sur l'emplacement 
desquels Tempereur Charles-Quint faisait élever une citadelle, se 
retirèrent dans réglise de St.-Yaast, située dans la rue actaelie de 
St.-Géri et non loin de la porte du Malle ou de Notre-Dame. Le 
chapitre de cette dernière église, dépossédé à son tour, fit cons- 
truire dans un lieu peu éloigné de son ancien temple, et situé rue 
des Waranches, aujourd'hui grandVue St.-Vaast, une nouvelle 
église commencée en 1624. 

Le clergé de St.-Vaast offrait apparemment peu de ressources 
pécuniaires, car nous voyons que les travaux de constructions, 
commencés des deniers de l'ardievéque Vander-Burcb, furent in- 
terrompus plusieurs années faute d^argent (1), et ne purent être 
repris qu*en 1647, au moyen de sommes qu'une personne pieuse, 
Mlle Lâcherez, affecta A Tachèvement de l'église. La consécration 
en fut faite le 20 mai 1695 , par Tarchevéqué Gaspar Nemius. 

La nouvelle église de St.-Vaast conserva longtemps au fronton 
de son portail, en souvenir de fa libéralité de Vander-Burch , 
les armoiries de cet archevêque avec sa légende : unitas liber- 

TÂTIS ARX. 

La paroisse de St.-Vaast était fort étendue dans les prenûcift 
temps, elle comprenait, dit encore Carpeutier, « plus de la moitié 
M de la ville et les deux grands fauxbourgs de Selles et du UaQe, 
« et tout ce qui estoit enfermé dans le chasteau dit Mets Barbé 
« ou Mamum de St.-Auhert. » Mais ses limites furent de beau- 
coup restreintes, à en juger par le projet du là juillet 1727, 
ainsi conçu : 

a La paroisse de St.-Vaast sera bornée par celles de Ste-Croîz, 
de Ste-^ElisaBeth etde St.'George. Elle comprendra par consé- 
quent la rue de la porte Notre-Dame, depuis le coin du cul-de- 
sac et la maison y faisant face, descendant par la rue de Sle.- 
Aguès (aujourd'hui grande rue Vander-Burch), enfermant Thôlet 



(I) Ms.n. 884, p 270. 







.•î-s^-*-.y;.^.,y,,K.-.y..5.-* 



I* 



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M: . 



L 06 tat 

w'^tÔ Aapelle élevée par un 

»^^k^, H/Mj||t^ coDiidération de la 
l|^^S^i!lll<C(:CS'rois3e St.-Vaait, et en 
y^tidï^>i^ii|d;^us aaigat de l'église. 

Jié^il^^iîjS^^^tâËouii ignorons le Dom, 
ci^>C^Si^^(£^^^asl, i charge par eon 
liîâ^û^^^fi^î^i^ dauB la chapeUe de 

^!^w*^^ insuIfIsaDte Ji cause de 
^'^ij^iiie Hidii, 9* abbé de 

■iRSSré^*g^^iM^ en coiLservant le nom 



!«'^^^p;^â*c&ùg'£^rement réédlRé. Il fat 

~'^^F''b^^ '^'l^'^"'^* Bleatin, chanoioe 

i^(^C^2^c|â^)£a3^^eUe paroisse, du non 

^t;^ >^^££détrutl par un ouragan 
m « -•n. ^jun>onumenl(a;. 



,i..-. ... .-l';s'# « .... 

!lÂ|^ît)â|S'^@Ë<i^^3ltI<SÛ'^ii' de lo bonne P«qae, if 
^. .,[. .,[. .,[. .jij. .jj. .^ .jr 




;§:s$. 



^' 



--89 - 

A propos d'une image de Notre-Dame de Hal, appelée aassî 
Notre-Dame de Bant, et qui était conservée comme relique dans 
l'église de Ste.- Elisabeth, Julien Deligne (5) nous rapporte ce 
fait singulier : 

« Comme les hérétiques avoient assiégé icelle ville> un d*iceux 
• disoit qu*ii couperoit le nez à ceste image, mais en disant cela, 
« une balle fut tirée de la ville, laquelle coupa le nez à cet héré- 
« tique ; dequoy confus, s^ea alla hors du pays. • 

Déliraitation de la paroisse de Ste. -Elisabeth, smvant le projet 
du iaîaiUeti727. 

• Elle aura contra Ste. -Croix la me du Trou-d*£nfer (rue 
Ste.-Barbe), celle de Ste. -Elisabeth jusques au petit marché ( rue 
des Feotriers) indus, les deux coins du costé de Téglise et tout le 
Harché an Poisson, toute la rue de St.-Elof jusques au pont, et 
la petite rue vis-i-*^viB, et tout ce qui appartenoit ci-devant à 
Ste.-Croix et à St.-Vaast, du costé du magasin et des ca- 
sernes. » 

L^église de Ste.-Elisabeth, située dans la rue qui portece nom, 
a été détruite en 95 ; son emplacement était entre la rue Ste.- 
Sarbe et Vhospice général. 




c leva un vent, sur les dix heures du matin , si impétueux . et dura 
c jusqu'à trois heures après-dlnet, que les cloches de l'église parois- 
c siaJe de Sle. -Elisabeth furent abattues, et autres grands dommages 
c faite tant à Cambrai qu'ailleurs. » — Mémorial de plusieurs choses 
remarquables arrivées tant à Cambrai qu'aux liecx circonvoisins ,. 
ms. n" 670. 




Il 



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^PPÎfllfj |||^4IADELE1KE, 



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*â^-*^2f' 



^^™. aBi»^_.™^^^g^ jjj^^ portant 

l|[ô St.-Sipakre (1). O 

!kdric(iu t U cottMioB 



1414 (1), date que 

^ clodier rééififlé «n 

■ïÇ^MS^^gMrBiit bénites le pre- 

û|ti«iB par U Amdre, od k 

'î^fi baiieer de quelques 

_g(Mgiâ^4uKeiu (5) s'accordent i 

..— . .o'^^'ûWîSii'f.'" ainsi réduit qae par 

:^ Sk:«s :-s: :-s: :■»: :»; :»; %- -«• 

^^b^a^SM■.S^.;i!H«9»!S^:Sï::«Stlr!Bt,be^t, de Selles, rtdn 




**ïï$$îHE$ 




K 5stt :«c ;^ •*" 



# 



-91 - 

m 

St.-Sépûlcre, par la crâtiute que les Français ne vinssent mettre 
le siège devant Cambrai. Us se présentèrent en effet Tannée sui- 
vante» et commencèrent à établir le blocus le 7 septembre 

1555. 

A l'occasion d^un autre blocus de Cambrai formé par Tarmée 
française, le S4 juin Îé49, et en action de grâces de la déli- 
vrance de cette ville par Tarchiduc Léopold et le comte de Puen- 
saldagne, gouverneur des Pays-Bas, les juillet suivant, les parois- 
ems de la Madeleine offrirent à la chapelle de la Vierge, de 
Tégliee métropolitaine, ane belle lanpè d*argeMC portant cette 
inacripâûD chroaographfiqwe (I) : 

pLebs b. MaoDaLbiije bostIbVs lb Vrbi 
fVgatIs VIrgIhI pVibfbrjb 
fIXIb «bhIbYb «iatIas aouat. 

Cette lampe fut comprise dans les diverses argenteries ouvra- 
gées fonmies en 1759 par le chapitre métropolitain pour les 
besoins de la guerre. 

Le projet de division de la ville entre les diverses paroisses, 
formé le 13 juillet 1737, établissait ainsi les limites de la paroisse 
de la Madeleine : 

• nie s^étendra dans la rue de Scache-Beuvons jusques au 
puits et la maison de Mlle Bongenière exclusivement. Dans la rue 
aux Bances, jusqu^à la maison du sieur Guilbert ou de Mlle de 
Chauny, et celle qui y fait face aussi exclusivement. Dans la rue 
des Lombards, jusques aux limites de la paroisse de St. -Nicolas 
Dans la rue des Juifo, jusques à Tissue de la maison du sieur Mat - 
let et la maison qui y fait face inclusivement. Dans la rue de F Ange, 
jusques aux maisons des sieurs Delbarre et Mouginot exclusive- 
ment. Dans la rue des Trois- Pigeons, jusques au coin occupé par 
le sieur Robert-Boileux et la maison de la veuve Débosse exclu- 
sivement. DauÀ la rue des Carmes, elle aura ses limites ordinaires, 
€*est-à-dire toutes les maisons qui sont de Ste. -Croix. Dans la rue 



(1) A. Le Glay. Recherches sur l'égliBo mélrop. p. 32. 



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itruîte et était ipeim 
lutioDnaire. Son em- 

■ •*■>««- IM-wirB^-ir..— rJl*''*l*"lfildM Bâtît* 

ffKSk@tf?t- -^5^ 

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C*.^tiS|E^H£Ci9^MV^M|nclioiu dans une das 

lOlilCi^g jWifif ^'^Mlioe, ondtoninit on 






-»- 



ÉGLISE DE SAINT-GEORGES. 



r' 




ETTE église avait déjà titre de parotAse bous Té- 
pisoopat da bienheureux Liébert, qiii, fondant 
en 1064, Tabbaye du St.*Sépulcre à Cambrai, 
remit à la collation dea religieux de ce monas- 
tère, entre autres églises , celle de Saint*Geor- 
ges avec tous ses revenus. 

Ce monument, réédîfié en 1459, n*eut son clocher terminé 
qu'en 1455. Les deux chapelles latérales qui existaient au niveau 
du chœur avaient été élevées en 1559 ; elles furent comacrées 
de nouveau en 1603, par Tarchevéque Guillaume defierghes. 



L'église de Saint-Georges lût frappée de la foudre le 11 août 
1898. Nous laisserons parler lechroniqueur (1) t 

• Environ les onxe heures devant midj, se fit une tempeste et 
» un orage si terrible^ qu'il sembloit Tair estre tout en feu d'es- 
« claires et de tonnerre, lequel tomba sur Téglise Saint- George, 
• où il y avoit plusieurs garçons qui tiroient la corde pour sonner 
« la cloche bénite ; entre lesquels il y en eut deux de tués et trois 
« de blessés et entonnés. Chose pitolable à voir, cela fut déchi- 
« rer, comme avec ongles , le portail de ladite église laquelle était 
« toute remplie de famée ensouffrée. » 

Une bulle du Pape Grégoire XV, érigea en 1625, dans Téglise 
paroissiale de St.-Georges, une confrérie en l'honneur de Saint- 



XI) Ghron. de Cambrai, ms. N** 884, p. S39. 



- w -^ 

Joseph. Une grande solennité avait lieu à ce sujet, tous les ans , le 
dimanche dans Toctave de TAssomption au matin. Dans Taprès- 
midi une autre cérémonie arait encore lieu dans la même église et 
qui consistait dans une procession générale du clergé, à laquelle 
assistaient en corps les pères Capucins , en souvenir de ce qu*à 
leur arrivée à Cambrai en 1619, ces religieux avaient été, pendant 
trois mois, hébergés et nourris par le curé de St. -Georges, H. 
Charles Lotrichez, natif de la ville de Landrecies. 

La paroisse de St. -Georges devait être ainsi délimitée, suivant 
le projet formé le 12 juillet 1727 : 

• Elle s'étendra dans la rue de St. -Georges jusques à la maison 
après celle de Mme de ^ralle, la maison qui j fSedt face et joint 
la clôture de Tabbaye de St. -Sépulcre inclusivement. Dans la rue 
des Poehonnez, jusques au coin delà rue des Anges, en la maison 
qui fait coude vis-à-vis, aussi inclusivement. Dans la grande rue aux 
Bances, jusques i la maison du Sr. Guilbert d'un costé et ceUe qu> 
y fait face de Fautre inclusivement. Sur TEsplanade , jusques au 
coin de la brasserie de Saint-Ârnould exclusivement. • 

L'église de St.-Georges a été rasée. Son emplacement et le ci- 
metière attenant, devenus d*abord une place banale couverte d'ar^ 
bres très -régulièrement alignés, sont actuellement occupés par une 
maison particulière, et un joli jardin compris entre l'allée des 
Soupirs , les rues des Soupirs, de St. -Georges , et du Curé. 

ÂD. Bruyellb, 

Membre de la Sodëlé d'Emulation de Cambrai. 





MARIEMONT. 



ANCIEN CHATEAU. 



1546 ~ 1794. 



Pea •niiqQM bnmain» ambilMax ouvrage , 
Du t«iBp«qw détruit tout i*att«8t« le rerafe. 

Jeomt k«Mit4e, ckeft-d'oravre de remeuri 
In vojent me» dâ>rie aonges A Ikire uM|e 
Du rapide momcat qui s'cnAiH feus retour. 
De» »iMe» ftireut bou periage , 
Le vdtre A peine est un bcauieur ! 

DKLILLE. 

Yen la limite orientale de rancienné province de Hainaut , 
preaqa'aQ lien où elle confinait à la fois avec le Brabant , le comté 
de Namnr et le pays de Liège , s^étendait, au commencement du 
XVI* fiiède , une verte et plantareose forêt ornée de beaux hêtres 
et de ehénes ebevehis. Un mont sans aspérités dominait cette ridie 
et loinriante verdure qu'on ne trouve guères que dans nospro- 
Tînces fertiles ; au pied du coteau coulait lalayne^pen éloignée de 
sa source, et quoiqu'encore faible ruisseau , prêtant déjà son nom 
i deux villages (i) comme elle le donna à cette noble province de 
Hamand qui avait la prétention de ne relever que de Meo et du 
soleil. La rivière était coupée en est endroit par une de ces fameu- 
ses foiee romaines eonnues dans le pays sous le nom de Chamiètt. 



(1) Les deux villagea de EaiffM-Sémt'Pwrf et Ba^nê-SmU-Pami y 
placés l'un prèe de l'antre sur les bords de la Hayne , en Aval de Vor« 
lanwelz. 



-âé- 

Brunehaut ; celle-ci, partie de Bavai , centre de sept de ces routes» 
passait, pour se rendre à Tongres et à Maestrlcht , près de Binche 
au village de Waudrey, autrefois Folgoriacum ou Faldriacum, 
première station romaine marquée dans Fitinéraire d^Antonin et 
la table Tbéodosienne, en partant de Bavai vers le Nord -Est. 

En ce lieu frais, délicieux, ombragé de verts feuillages et arrosé 
d*eaux courantes et limpides , s'étendait le beau village de Hor* 
lanwelz depuis la lisière de la forêt jusques sur les deux rives de 
la Hayne. Ce riche paysage était dominé par la pointe de Montaigu 
surmontée d'une chapelle pittoresque, prieuré de Tabbaye voisine, 
qui s'avançait au-dessus des champs et des chaumières de la plaine 
. comme un cap suspendu sur TOcéan ; de l'ermitage de Montaigu 
la vue s'étendait en face sur le mont Ste.- Aldegonde et la fon- 
taine St.-Médard l'une des sources de la Hayne ; au sud , sur le 
mont Ste.-Geneviève qui liait les bois de l'abbaye de Bonne-Espé- 
rance (i) à ceux du monastère de Lobbes (s) lui-même séparé 
seulement par la belle rivière de la Sambre de l'antique abbaye 
d'Aine (5). Vers le couchant , les yeux découvraient Binche et 
fon curieux château, les Estinnes hautes et basses, anciennes man- 
gions romaines devenues des résidences royales sous la première 
race de nos rob (4) ; les girouettes du château du Rœulx et jus- 



(1) L'abbaye de Bonne-Espérance de l'ordre de Prémontré a été 
fondée vers l'an 1126 par le Chevalier Guillaume de la Croix; riche 
comme toutes ses voisines , elle fut supprimée à la Révolution, mais tous 
«es bâtimens ne furent pas détruits. Us servent aujourd'hui à une vaste 
maison d'éducation , tenue par des ecclésiastiques, qui y instruisent 
plus de cinq cents élèves. 

(9) Lobbes f un des pins anciens monastères du pays ; fondé vers 646 
par S. Landelin , qui en donna ensuite la direction à S. Ursmer, afin 
d'aller lui-même s'appliquer à la fondation de deux autres couYents ; 
ceux d'Aine, sur la Sambre et de €r^pin, sur THogneau. Lobbes Ait 
richement doté par Clovis et Sigebert , fils du roi Dagobert , et possé- 
dait l'église gothique la plus aérienne de la Belgique. 

(5) Fondé par S. Landelin au 7« siècle; on voyait encore il y a pea 
de temps des ruines très pittoresques de cet antique monastère. 

(4) EitmneS'au-MorU, EsUnnes-m^Val , jadis Ltptmœ, iMtknœ, s^ 
j^arées parla voie romaine, conservent encore quelques ruines. On y tint 



qu*ao clocher de lions dominant la belle église de Ste.-Waudru. 
L'épaissear et la baatear du bois interrompaient ce curieux pano- 
rama vers le nord et Porient, et empêchaient de voir, quoiqu^à 
peu de distance y la tonr d^Herman et la pittoresque abbaye de« 
dames de TOUve fondée par le bienheureux Guillaume Termite; 
et plus loin les deux châteaux des Ecaussines , (1) la chapelle 
d*Ârlamont, le vieux manoir de Traségnies si célèbre par le tour- 
noi où périt Guillaume de Dampierre la perle des chevaliers ; la 
eommanderie du Piéton , et enûn Fantique château de Fontaine- 
TEvéque, séjour du prélat de Cambrai Godefroy de Fontaine , et 
depuis de Fillustre maison de Rodoan. 

Fant'il donc s*étonner qu*un lieu si pittoresque et si riche en 
monuments antiques et religieux , ait été choisi par une reine pour 
y établir une maison de plaisance? La beauté de la nature, la Té- 
condité du sol , les souvenirs historiques , une ceinture de châ- 
teaux (S) et d'abbayes, des bois épais parsemés d'ermitages et de 
chapelles (5), tout devait inspirer â une grande princesse le désir 



deux conciles : fua en 7i3, sous ChildéricIII, convoqué par Garloman, 
fils de Charles-Martel; l'autre en 756 réuni par un légat du pape 
Etienne 11. Ces assemblées se tinrent en un palais où les rois d'Austra- 
sie résidaient, et qu'habita Charles-le-Chauve avec sa femme, après le 
partage du royaume de Lorraine en 889. Pépin^le-Vieux , dit de Lam^ 
dm, habitait déjà ce palais dès le VII* siècle. 

(1) On distingue les EcoÊUsmes^'Enghim des Ecaustmês^Lalaing ; 
cet deux villages ont donné leur nom 4ux bellea pierres grises-bleues 
exploitées sous leur sol. Le château gothique et curieux des Ecaussines* 
Lalaing est habité aiiyourd'hui par le général Comte Charles de Vander- 
burch , arrière-petit-neveu de l'illustre archevêque de Cambrai du 
même nom. 

(2) Les châteaux de Traségnies, de la Marche, de Jonquières, 
d'Bspinoy, de Battigny, de Braille où naquit le gi^nëral de Clairf&yt, la 
Hutte, de Boussoit ( berceau du comte de Gages, vice-roi de Navarre) ; 
de Naste, des Ecaussines, Du Fayt, Familiereux, Buceray et Rochette, 
Seneffe et Tyberchamps { Tiberii campus), Vanderberk et de la Haye 
environnaient Mariemout à une très courte distance. 

(5) N. D. de Hvl, N. D. de Bovines, la chapelle do Viermont, l'Er* 
piitage de Sainte Apolline, St.-Druou, St.- Joseph, le Bon Dieu du 




-98 - 

d'y élever un rendez-vouB de chasse, devenu bientôt après une 
demeure privilégiée où la royauté venait secouer les emmis du 
trône , et goûter les douceurs du repos et les plaisirs de la cam- 
pagne. 

C'est Marie d'Autriche , petite-fille de Marie de Bourgogne et 
fille de Philippe-le-Beau et de Jeanne d*Arragon , qui eut Fidée 
de jeter en cet endroit les fondements d*un palais. Née à Bruxelles 
en lB05y elle épousa à 18 ans Louis II , roi de Hongrie et de 
Bohème, tué peu après & la journée de Mohacz. Restée veuve à 95 
ans, elle fit vœu de ne jamais se remarier, et se consacra entière-* 
ment à son frère Charles-Quint^ qui (ni confia en 1551, le 
gouvernement des Pays-Bas. Il lui donna plus tard comme apa- 
nage mais pour sa vie seulement , le territoire de Binche , petite 
ville alors fort peuplée, renommée par la sérénité de Pair qu'on y 
respirait, et pour les plaisirs de la chasse qu'on prenait dans ses 
environs. 

Tout eu faisant vœu de viduité , la jeune douairière de Hon- 
grie n'avait pas renoncé aux jouiraances de la vie ; anan fit-die 
bâtir à Binche un somptueux palais, entouré de jardins merveilleux 
où elle rassembla tout ce que l'art, la richesse et la nature pou-' 
valent offrir de plus remarquable. Son séjour à Binche lui fit ap- 
précier la beauté des alentours qu'elle parcourait en chassant, et 
elle choisit le village de Marldnwelz pour y construire un faslaetts 
rendez-vous de chasse. 

La conmiune de MorUnwèi ou ilfor/amoeto, fort aneîemM 
déjà à cette époque, av«t possédé au moyen«àge un château dté par 
Jacques de Guise, annaliste du Hainaut, dans son tien liwrêy 
comme étant fortifié par messire WUaut (Eustache) U vîélx^ Au 
Rœulx, et son fils Witasse le jeune ; il passe pour avoir été attaqué 
et ravagé par le comte de Flandre et Jacques d'Âvesnes. Cet an- 
tique manoir, qui fit donner le nom de Montagne-du-châtean au 
lieu où on le construisit , devint la résidence de la famille Turcq; il 



Gaoy, Notre-Dame deCambron, N. D. du P'uy, Ste.-Anne à Braqut" 
gnies, l'ermitage delà Buse, Ste. -Barbe, le prieuré de St.-Nicotaa el la 
chapelle des Sept douleurs. 



- 99 - 



fat brûlé par les français en 1577 dans ane de ces querelles ar- 
mées qui embrasèrent si souvent cette contrée : Le château était 
alors occupé par Bertrand Tureg, sire de Morlanwelz, 

C'est h peu près sur remplacement des ruines de cette vieille 
forteresse que la reine Marie jeta les fondements de sa maison de 
plaisance qu'elle appela Mariemont » de même qu'elle avait doté 
de son nom la petite ville de Mari$mbowg, bélie par elle dans les 
Ardennes en 1542. On ne sait pas Tépoque précise è laquelle il 
faut fixer Torigine du château de Mariemont, néanmoins on peut 
la reporter à Tannée 1546, puisque les archives de la Chambre des 
comptes à Lille renfermaient jadis ^ sous cette date (1), une fardé 
ewfUénantleê aete$ de Hethêritanceê etd*héri$ancesdes acçum' 
Uon$ depiumeurs partiee démai$on$ et terres faites par farehi^ 
àiÊchêeêe Marie d'Awiriehe, reine douairière de Hongrie et de 
Bohême, sur le terroir de Morlanwelx (proche Binche), pour 
eaneirmre sanehdêeau nommé Marie-Mont, Tout ce qu'on peut 
assurer c'est qu'en 1548, le château était terminé et occupé. 

Dans l'été de 1549, il y eut â Binche et â Mariemont des fêtes 
extraordinaires pour la réception de l'empereur Charles-Quint et 
do Philippe , son fils, que le monarque présentait aux provinces 
des Pays-Bas oomme son béiitier futur. Les princes arrivèrent à 
Biocbe le SS août; les fêtes durèrent huit jours; toute la noblesse 
du pays y assista : un tournoi brillant, peut-être le dernier des 
graiids tournois de la Belgique, y fat célébré avec une pompe in- 
croyable. Voici ce qu'en dit, dans sa Description des Pays-Bas, 
rbistorîeB Guidiardin, anteur contemporain : « Vers ce lieu s'a- 
« cheminèrent l'Empereur et le prince Philippe son fils l'an 1549, 
« que Philippe fat reçeu pour Seigneur à l'advenir des Pays- Bas et 
« qu'il presta le serment: et là furent-ils pompeusement et ma- 
« gnifiquement recueilliz , et royaiesoent traitez par la Royne , 
« avec tant de passe-temps , et triomphes de joustes , tournois et 



(1) £t sons le HP 249. — Des auteurs mettenl la construcUon de 
Mariemont sous l'an 1544 ; les délices des Pays-Bas la reportent vers 
1548^ nous préférons Tanuée 1546 établie par un document officiel. 



354247A 



m 



— !00 — 

aultres sortes de magnificence , que tant s*en faut qa*on puisse 
le dèclatrer, qu*à peine le croiroit-on si qnelqu^nn Tenait h la 
déduire. » 



Parmi cespcMM-^em;», on mettait an premier rang le déduit de 
la chasse qui avait lieu à Mariemont arec toutes les tacîBtés possi- 
bles. Les dames de la cour de la reine Marie suivaient en voiture 
dans les allées de la forêt tous les détails de la poursuite; et pour 
cela, la princesse qui réunissait les provinces de Hollande dans son 
gouvernement général et qui copiait volontiers ce qu^on y faisait de 
bien , avait imité dans les avenues de Mariemont les pavés en bri* 
ques placées de champ , qu*on voit sur les digues et les trottoirs 
Hollandais (1). 

Après la guerre contre les animaux, vint la lutte plus noble 
des chevaliers entr'eux. Le vainqueur du tournoi devait recevoir 
des mains de la reine de Hongrie un diamant d'un grand prix. Ce 
fut le jeune prince Thilippe qui Tobtint. A peine Peut- il reçu de sa 
tante, qu'il alla Toffrir courtoisement à la princesse d'Epinoy, 
jeune beauté qui faisait Tornement de la cour de Marie (a). 

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ; les prospérités du 
château de Mariemont ne furent pas de longue durée : à peine ter> 
miné en i54d, six ans plus Wd il n*existait déjà plus! Voici quelle 
fut la cause de sa ruine. Charlee-Qaint assiégeait Metz en 1589, et 
pendant ce temps Marie, gouvernante des Pays-Bas fit marcher son 
armée sous la conduite d'Adrien de Croy, comte du Rœulx , sur 



(t) On retrouve encore aujourd'hui , dans les bois de Mariemont, la 
trace de ces magnifiques et coûteux pavés de briques dont quelques 
parties sont restées parfaitement entières. 

(2) Un écrivain belge disait dernièrement qu'il serait curieux d'é- 
claircir si la prioceaae d'Epinoy, objet des attentions galantes du prince 
royal d'Espagne, est la môme qui plus tard (en 1581) défendit si vail- 
lamment la Tille de Toumay, contre un lieutenant do Philippe U. Ce 
point est tout éclairci : l'héroïne de Tournai s'appelait Marie de Laiamgi 
de son nom , et ne fut princesse d'Epinoy que par son époux , tandis 
que la reine du tournoi de 1549 était elle-même de la maison d'Epinoy. 



- loi - 

h Picardie, et y fit de tels ravages qu*e1le força le roi de France i 
se porter vers ce point. Il ne pat le faire assez tôt pour empêcher 
rincendie du château de Folembray, maison de plaisance bâtie par 
un sire deCoucy en 1^10, réédifiée et embellie par François I*'qui 
y séjourna longtemps avec Diane de Poitiers (i). Henri II entra en 
furenr en apprenant la nouvelle de cet acte de vandalisme, et jura 
de s* en venger. 

Il ne tint que trop bien sa promesse! En iS(54, rentrant 
victorieux dans les provinces soumises à son ennemie, il prit 
Dînant et Mariembonrg qu'il saccagea surtout parce qu'il y voyait 
Tœnvre et le nom de la reine Marie ; le 21 juillet , il se porta sur 
Mariemont qu*il brûla complètement par de tristes représailles. 
Voici comment Guichardin raconte ce fait déplorable'. «> Avec 
« pareille furie, ce roi fit mettre le feu au très grand et magnifi- 
« que palais fait comme un fort et chasteau , appelle Mariemont , 
« qa^à grands frais et dépense excessive, avec de merveilleuses 
« gentillesses aux jardinages, avoitfaict bastir là auprès la mesme 
« royne: et par là voit- on combien il y a du danger à arrêter 
« les grands princes : et que très vray est le proverbe qui dit » 
« qu*ils ont les mains et les bras longs : c'est- à dire que leur pou- 
« voir est grand et de longue estenda. » 

Afin qu'on ne se trompât point sur ses intentions de vengeance 
et qo'il fût bien constaté que cet incendie venait en compensation 
de ce qui avait était commis en France , le Roi fit planter sur les 
mines ftunantes de Mariemont un vaste poteau étalant aux yeux 
épouvantés des habitants, Tinscription suivante : 

BOTHE IITSENSÉB , SOUVIENS TOY DE FOLEMBRÀY ! 



(4) C'est de ce châteaii , habité depuis parla belle Gabrielle, que 
Henri IV dirigea le siège de La Fëre. Il y conclut la paix avec le duc 
de Mayenne en 1596. Plusieurs édits royaux sont datés de Folembray 
dont il reste à peine aujourd'hui quelques vestiges. La môme destinée 
eenible avoir été réservée & Folmibray et à Mariemont , ces résidences 
chéries de deux souverains rivaux : brûlées toutes deux , relevées en- 
suite, rainées de nouveaux, on en cherche aujourd'hui les traces. L'in^ 

7 



- 1Q2 - 

Ce ne fut pas tout encore : Henri H fit brûler le cliâtcau da 
Rœulx pour rappeler à son propriétaire qu*i| avait trop scrupuleu- 
sement exécuté les ordres de sa ipattresse ; puis il se porta sur 
Binche , apanage et demeure ordinaire de Marie. Il prit b ?iUe le 
dâ juillet, la saccagea^ la livra aux flammes et emmena tous les ha- 
bitants prisonniers : les plus riches et les autorités se rachetèrent à 
prixd*argent. Quant au palais de la Reine douairière de Hongria et 
aux merveilles qu*il contenait, tout fut détruit sans qu^il fut possible 
de pouvoir jamais les rétablir. Laissons encore parler ici Guichar- 
din qui vivait à Tépoque où ces faits se passèrent : a Par la furie 
des fraiiçois furent démoliz et ruines & Bins plusieurs ouvrages 
de grand artifice : entre autres , Tartificiellç Cérès longue de 
a^. pieds , posée en un jardin \ et le mont Parnasse d*eseaiile de 
Parles , avec U petite fontaine en hélioon , sur laqufU^ eatoient 
assises 1^ ne^f dresses musicales faites de n^rbre bf ao^c ; 9;aasi, 
le vaisseau à ea^u fait de pierre de porphyre, lequel à peiof bit 
parachevé en un an; et la petite table aux banquets joincte de 
plusieurs milliers de pièces rapportées (nhoioiquâ), en laquelle 
eetoit pourtralte au vif la ville de Bins avec des couleurs ivitu- 
relies , par des artisvis allenum^s, çqqime aussi les herbes et, 
fleurs ar^^nti^es jettées à la fpntç , faites artificiellement , les- 
quelles se remuoyent par le vent. Ea outre les p^ujtes egtraiM(eft 
et rares valantes plusieurs milliers , et plusieurs colonnes de 
marbre, par truelles choses c^tffi. ville fut célèbre, e^apom^- 
meQt du teinpii de trioqv^he , par un ciel contYeMt« 4«<Ili^ Jl 
tonna, écléra et pleut^ fontaines seillont^i hiwtdes roetafis^ar* 
tifipi^Ues , hora desquelles sembloyent eroîstre dee br«M|kef.d« 
» coral. • 

Ces détails d*un contemporain disent asseï; quelle fut la s|^len- 
deur des palais de Binche et de Mariemont bâUs ensemble , sous 
les mêmes inspirations, pour la même maîtresse, et vraisemblable- 
ment par le même architecte. Son nom n*a pas été inscrit dans des 
pièces oflkielles du temps , mais s'il est petaiis de former à ce 
sujet une conjecture , fondée du reste sur la tradition du pays , 



dustrie moderne est venue s'abriter suus leur débris. JFolembray est 
maintenant une verrerie con$i(l<^rable. 



- 103 U 

OÊ8 châteaux aoraient été eonstriiiU sur kt plans de Jaequéi 
Brouek {U Vieux) , connu également sous les noms de Brmtek 
ou Dubreuek , architecte né à Mons , habile tailleur de pierre et 
sutuaire, qui bâtit aussi ^ous Charles- Quint (en iHiV) le vieux 
cbâ<eau de Boossu , près Saint-Gbislatn. 

Marie d' Autriche n'eut pu le temps de releter Matfemont de 
ses rtiaes. Cette restauration était réserrée â d*aoires nains non 
moins habiles. Un peu plus d'une année après le sae et llnoendie 
du diâieaUy le 95 octobre 4955, la sœur de Charles-Quint quitta 
le gouvernement général des Pays-Bas ; son ilrère anU abdiqué en 
lavenr de Philippe II qui confie les hautes fouettons de gooterneur 
de» Pays-Bas i Emmanuel-Pbilibert duc de Savoie. La foniatrice 
de Mariemont partit pour TEspagne où elle mourût en i55S peu 
de temps après son frère. A cette époque d'ailleurs les trodiles de 
relîglkm commençaient à éditer en Belgique ; les guerres intes- 
tines les suivirent et occupèrent le pays plus d'un quart de 
siède ; ce n'était p» le moment de son er â i^ebâttr des maisons 
de ptaisaoce. En révolution , on détmtt beaucoup de droite et de 
gauche mais on ne reconstrtnt guères. Les ruines de Hariemont 
durent donc voir encore s*écooler tout le reste du XVI* siècle 
avant qu'on songeât le moins du monde â en nettoyer le riche sol 
qu'eHes couvraient. 



enfin après l'orage reviennent des temps phis sereins. A 
l'ommtnre du XVII* siècle , la Belgique paraissait pacifiée. Les ar* 
chaduci Albert et Isabelle, souverains des Pays-Bas par cession des 
rois d'Espagne , les gouvernaient en personne. Dès que les trou- 
biesftirent apaisés et la tranquillité reconquise , ils relevèrent par- 
toat les mines: leurs premiers soins furent pour les églises, mais 
les maisons prindères ne fiirent pas oubliées. Leur architecte de 
prédilection , le fameux H^enculoê Goberger, le fondateur et le 
surintendant général des Monts de piété en Belgique , construisit 
poor les archiducs Notre-Dame de Mont-Aigu en Brabant, le châ- 
leau de Tervueren près Bruxelles , et, vraisemblablement , \\ releva 
celui de Mariemont. On n'a pas conservé la date précise de cette 
réédificatiou , mais nous sommes fondé à croire qu'elle eut lieu de 
1600 â ifiOi, avaotle siège d'Ostende. Gille Waulde, pasteur de 
Binche , qui vivait en ce temps et sur les lieux , constate ce fait 



-- 104 — 

^lant It puisage luîvaiit de U chrouti^qe de Lobbes (i) écrite en 
-ttylemi peu berbare. 

« L'an 1600» le 27 février, il pleut aux ser"* archiducs Albert 

« et Isabelle noz princes souverains ae venir, en cette ville de 

» Binch , pour y tenir leur cour quelque temps en attendant que 

• le château et pavillon royal de Marie*Mont seroit accommodé 
» pour leur séjour, comme il fut en bref orné de grands basti- 
to mens , et qui est bien le principal de deui chapelles grandes 
» (et pardessus la domestique) capables, pour y entendre la nesse 

• ceux de la cour, dont elle est fondée journalière et perpétuelle 
» par leurs altesses. LorsquMls Arrivoient en ce lieu , à scavoir au 
» prialemps et sur le principe de Tauthome, la dévotion les trans- 

• portait toujours de venir honorer à fiinche les sacrées reliques 
« de S. Ursmer et de ses bienheureux compagnons, et, derant 
F icelles ils faisoient chanter la messe avec leur chapelle royale. • 

Comme oa vient de le voir le château était habité deux fois Tan 
par ses maîtres ; ii reçut aussi quelquefois des visites extraordi* 
oaîres : Tanecdote suivante en fait foi. 

Le Roi Henri IV fit épouser, en 1609^ la fille du connétable de 
Montmorenci , à Henri de Bourbon -Coudé, premier prince du sang, 
qni fut depuis le père du grand Condé. La jeune princesse âgée 
de 16 ans, était la plus belle personne de France , et Henri IV, 
très coûtnmier du fait, en devint facilement fort épris. CoB4é» 
s*apcrcevant des attentions du Boi pour sa femme , se relira at ec 
elle dans une terre vers la Picardie; Henri lui ordonna de faire re- 
paraître la princesse à la cour : le prince feignit d^exéeater ses 
ordres; il lit atteler un carrosse â huit chevaux suivi de plusieurs 
haquenées , s'y plaça avec la princesse et deux de ses femmes , et 
s'enfuit vers la frontière des Pays-Bas accompagné d^un petit nom- 
bre de serviteurs fidèles. Lorsque les chevaux detrait furent fatigoés, 
on abandonna le carrosse et on monta les haquenées. C'est ainsi 
que le couple fugitif atteignit Landrectes, première place sûre de 



(t) Lavie $t miracles de S. Ursmer. M<ms, Jean Bavart, 16C8^ 
ûi-4<', pSK« ^00. 



- 105 - 

la dominatiqn de rArcbiduc et de rinfonct. Coudé envoyé on de 
•es geatiUhommes à Mariemont , où ces deui eeuveraios iie.troa-^ 
valent eo ce moment , pour les compUmenter et leur demander la 
permission d'aller les y trouver. La diplomatie française et belge 
travailla pendant un an, psr ambassadeurs extraordinaires, sur le 
refuge donné à la belle princesse de Condé; pendant Thiver de 
1609 à 1610, les français ayant à leur tête le marquis de Ccsuvres, 
envoyé extraordinaire , complotèrent d^enlever, yar mse , la 
beauté qui troublait le repos du trop galant roi de France , mais 
ils écheuèrent par la vigilance du comte de Boqooy. Enfin Henri 
IV était au moment de commencer une campagne- qu'on attribuait 
en grande partie à ce motif frivole , lorsqo*il fût assassiné par Ra- 
vaillac en mai 1610. Le prince de Condé' voyageait alors en Italie, 
mais sa jeune el Jolie compagne se trouvait à Mariemont avec les 
Archiducs qui en avaient pris la garde; son époux vint les reioindre 
et remercier les souverains des Pays-Bas de leur appui. Bientôt le 
connétable de Montmorenci envoya la comtesse ^Auvergne à 
Wariemont pour ramener de Flandre la princesse et remercier Albert 
et Isabelle. La veuve de Henri lY y dépécha le S' de Burau dont la 
mission était d*engager le prince de Condé à rentrer à la cour, et 
plusieurs membres de la haute noblesse de France vinrent au même 
lieu présenter leurs devoirs au premier prince du saog. En ce mo - 
ment, Mariemont avait plutôt Tair d'un palais français que d'un châ- 
teau bîspano -belge. Condé en partit trois jours après et fut reçu sur 
la frontière par sa mère sortie de Tillnstre maison de La Trémouille . 
Quant à la jeune princesse, elles*échappa avec autant de joie des 
Pays-Bas qu'elle en eut Tannée précédente en fuyant du château 
de son mari. Elle se considérait comme prisonnière auprès d'Isa- 
belle et les occupations graves de cette pieuse souveraine s'accor*- 
daient si peu avec Tesprit et les goûts de la jeune française que 
sans la mort du Roy Henry elle eut cherché d'elle-même à se sau- 
ver de Mariemont (1). 

L'Ordonnance et le fameux Edit perpétuel des Archiducs qui 
résumaient les lois de Charles-Quint et qui donnaient une meilleure 



(1) Les relattofit du Cardmal Bmiliooglio, trad. (par F. P. Galfardy 
Paris, Ch. RouUkurd, i64S, in-4«, pages é99 ei 9'**v. 



-- 106- 

direotion anx alEiir<^ de la justice du pa^^ft , furent rendus au châ- 
teau de MarieBMl le IS Juillet 1611. L'interprétation du oiéme 
JEdU IM octroyée aussi en oe palais le 98 novembre suivant. C'est 
donc dans cette bmâsob de plaisance que fût signé le code grave et 
important qui régit la Belgique pendant les XVn* et XVIII" siècles 
et dont la Jurisprudence est encore quelquefcb invoquée anjour- 
d'ftmi. 

G*est également à Mariemont que fut prêté, le 93 mai 1616, par 
le frère de Philippe roi d* Espagne et en son nom , entre les mains 
des députés de la ville de Yaleaciennes, le sermeat d*en mainte- 
nir les privilèges pour le cas où les Archiducs n'auraient pas d'hé- 
ritiers directs et où les Pa^s-Bas feraient retour à la monarchie 
espi^ole. Le prince reçut , en échange , le senqent de fidélité de 
la cité Yaleoôennoise par Porgane de ses députés. 

Le luxe desArdiiducs à Mariemont s'était principalement porté 
sur les ornements destinés au culte, llsdécorèrent avec soin l'église 
du petit MofU'Aigu près de leur château , et ornèrent somptueu- 
sement l'oratoire de l'Infante , au palais même , en Penrichiseant 
d*une infinité de reliques précieuses. C'est en ce lieu qu*Isabelle 
se retirait trois fois par jour pour y prier et y méditer pendant 
plusieurs heures. L'ardiiduc Àlhert invita Parchevéque de Cam* 
brai François Van der Burcb à venir faire la translation , en de 
nouveaux reliquaires d'argent donnés par lui , de huits corps saints 
provenant de Lobbes et déposés deux siècles auparavant en la 
collégiale de Bincbe ; et tous les ans , pendant son séjour à Marie- 
mont , il assistait religieusement à la procession solennelle de ces 
corps qui avait lieu au commencement de juillet et dont il augmenta 
la pompe par le don d*omements, de douze dais, et de chappes en 
or, en argent et en soie (1). 

Dans ce siècle de piété exaltée on attribuait facilement à des 
miracles les événements courants de la vie En 1615, l'Archiduc 
Albert étant au palais de Mariemont se trouva très incommodé de 



(t) Adnm d$ Mmbnck, Théâtre fkMre etc. Bru», 16SS, in-So. p. 
il^Ald. — BuUnre de l'archiduc Albert, Cologne, 1693,in-lâ, p. 542. 



— 107 - 

la goutte, et comme il avait une grande dévotion , il invoqua tous 
les saints da paradis et notamment S. Urtmer dont les reliques se 
trouvaient déposées à la collégiale de Binche, ville voisine. Le 
voeu de visiter le reliquaire du saint ne fut pas plutôt prononcé 
que la guérison eut lieu. L'Archiduc commanda à Tinstant une 
jambe en argent du poids de 70O livres, et fit Toffrande de cet 
ex-voto à SL-Ursmer, le 5 juin , par les mains de son grandi au- 
mônier et de M. le duc d'Anmale, gouverneur de Biadie (i). 

On fit aussi grand bruit à cette époque dans toute la chrétienté, 
d^un miracle arrivé pendant une chasse faite à Mariemoot par 
l'inlaute Isabelle ; nous préférons laisser parler à cette occasioa un 
auteur contemporain en lui réservant toute la reapotiaabilité du 
fait: Void le rédt naif qu^en publia le religieux minime. J. J. 
CbtmKnmr (s) qui peint d^ailleurs an naturel les occupatioos des 
souveraius dans leur maison de plaisance : 

« Comme une autre Diane, Isabelle suyt Albert en Texerdce 
innocent de la chasse , se plait à ouyr la musique des trompes , 
entendre trantaner un cor, prent plaisir de voir accoupler les 
chiens , et redoubler les huées pour snyvre le sanglier ou le 
cerf. C'est la remarque d^un grand cardinal (Bentivoglio) en ses 
relations. Mais Yoicj une chose merveilleuse qui luy est arrivée 
estant A la chasse avec sou cher espoux , auprès de Mariât 
mont y montée sur une haquenée d*humeur docile et coura- 
geuse, laquelle d*ordinaire alloit à la cadence, que nostre géné- 
reuse princesse luy donnait. Mais im jour elle lui partit de la 
main , avec tant de Yiteese , quelle espreuva et la dextérité de 
nostre princesse I et jeta mille craintes et appréhensions , de* 
dans l'ame de nostre grand Albert , voyant sa ehere espouse 
courre risque dans quelque prédpice. Mais voicy la merveille ! 



(1] Vie êimiracUs d» S. Urm0r.,,par G. Waulde^ Mont, J. 
Haoart. 1628, iii-4o, p. 506. 

(2) Le sacré mausolée ou ht parfums exhahnts du tombeau de la 
Ser, princesse Isabette-Ckàre^Eugénie , etc. Bruxelles, Fr. Vwien, 
1654, in-8", pag 57 60. 



— IW — 

ceste courageuse priocesse sans appréhenaîon (ut assisléie d*ea 
haut. Car comme S. Hubert , evesque de Liège et successeur de 
S. Lambert , qui ravoitbaptizé , estant à la chasse au diocèse de 
ToDgre y vit nostre Seigneur en croix au milieu des rameurs 
d*un cerf qui arreste son cheval furieux et fougueux ; aussi un 
homme revestu en ecclésiastique se treuve au rencontre de 
l^haquenée fuyarde , qui Tarrésie tout court ; son altesse le 
remercie de ceste courtoisie et farenr, le semond d^aller se ra- 
fraiscbir dans la maison de plaisance Marimont , loue Dieu 
d^estre délivrée d'un péril éminent , en publie Thistoire à son 
très cher Albert , lequel envoyé cercher le personnage , mais 
quelque peine que prinssent les gentilshommes , il ne se peut 
treuver. Ce qui fit recoynoistre qu*elle avoit esté assistée de son 
ange custode en ce pas périlleux. » 

Ce règne des pieux archiducs (ut une ère nouvelle pour le châ« 
teau de Mariemont ; il ne 8*agtssait plus de tournois , de danses , 
de fêtes et de pompes chevaleresques comme au temps de Marie 
d'Autriche. L*étiquetle et la gravité espagnoles dominantes au 
XVII* siècle avaient remplacera courtoisie et Télégance du XVI*. 
La sévérité de mœurs de Tinfante Isabelle se trouvaient parfaite- 
ment en rapport avec les sentiments de Tarchiduc Albert ancien 
cardinal , susnommé le pieux. On chassait encore à Mariemont , 
mais ou y chassait gravement et dans toutes les règles ; le reste du 
temps on y priait , on y prêchait , on tenait des conseils d*état ou 
des con(érences religieuses. Les habitués n^étaient antres que le 
nonce du pape, les ministres , des hommes d'état , des aumôniers, 
des prédicateurs en renom , et les abbés des environs. Tout se 
ressentait de Taostérité de Texistence des maîtres de ce palais. Ce 
fut bien pis encore après la mort de Tarchiduc Albert arrivée en 
1621; rinfànte ne quitta plus le deuil ni le costume religieux. Sa 
tête était couverte d*une faille noire , voile épais empninté aux 
modes espagnoles , et sa taille ceinte d'une cordelière de veuve à 
laquelle pendaient d'immenses chapelets (1). Sa vie devint plus 



(1) L'infante IsabeUe prit l'habit du tien ordre de St. -François le jour 
de .la (été de ce saint en 1621, des mains du R. P. André à Soto , son 
confesseur et commissaire général de l'Ordre , et en 16t2 , elle lit ses 



I 

ascétique que jamais , et les voûtes de Mtrîemont , jadis échos de 
chants joyeux , ne répétèrent que le bruit des saoglots et des 
orâîsoQS. Leur aspect extérieur, remarquable de simplicité et 
d*anifonnité semblait se conformer à la triste pensée de la sombre 
fille de Philippe U. Cètait une maison puritaine , ayant ce carac- 
tère qu*on retrouva plus tard dans les mœurs , modes , et jusques 
dans la forme extérieure des livres jansénistes (4). 

Une fois néanmoins on crut voir renaître les beaux jours de la 
sœur de Charles-Quint j c*étalt vers la fin de juillet 1651. Une 
cavalcade nombreuse , un cortège de magnifiques carrosses ; Doa 
Philippe Albert de Velasco, à la tête d'une compagnie de gendar- 
mes de rinfante , ajant chacun avec les écharpes rouges une 
Isabelle pour marquer les couleurs de leur maîtresse; le marquis 
d^Aytona, ambassadeur ordinaire ; le comte de Noj elles , maître 
d^hôtel de la cour de Tinfante , arrivèrent tous à la fois et à Tim- 
proviste dans la cour d'honneur du château de Mariemont, suivi de 
geos de pied et de chevaux et furent reçus par des arquebuzades et 
des acclamations. Quel événement pouvait dor^c rompre ainsi la mo- 
notonie de ce séjour depuis longtemps silencieux ? U ne fallait rien 
moins que la réception de la Reine de France Marie de Médicis , 
qui s'était échappée du château de Compiègne dans la nuit du 1 1( 
juillet , pour se réfugier dans les Pajs-Bas par Avesnes où elle de- 
meura trois jours , et par Mons où elle séjourna plus longtemps 
encore. Partie de cette ville avec Tinfante Isabelle, qui voulait la 
recevoir royalement à Mariemont, les deux princesses et leurs suites 
nombreuses arrivèrent tout-è-coup dans cette demeure redevenue 
pour vingt-quatre heures une vraie maison de ploUancfi. Les 
françaises qui accompagnaient la reine-mère , se mêlèrent aux 
espagnoles de la cour de Bruxelles, les écuyers et gentilhomme! 



▼œax et sa profession , se soumit à la discipline de TOrdre et voulut 
être appelôe sœur Isabelle. 

(1] Les jansénistes avaient des Christs, des vêtements, des livres 
d'une forme particulière. Une reliure à la jansénisie est sans dorure 
extérieare et d'un maroquin tont uni , souvent noir, et sans armoiries 
ou autres ornements. 




des deux louveraines formèreut une société très variée et debaote 
distineiioa. La Reine mère avait avec elfe le S' de la Serrg, bel- 
esprit do temps , bifltOTîographe de France , eharmant anieur 
(comme dit ironiquement Boilean) , qai nous a cependant laissé 
quelques lignes sur Mtrîemont : « Vous sçaurez , dit-il , que sa 

• majesté et son altesse coucbèrent dans le chasieaa de Marimont, 
» situé à sept lieues près de Bruxelles. C*est un lien dont le séîofur 
» est fort agréable , soit en la beauté des bastimens , ou en la 
I» fécondité des eaux , que Tart tient toujours en réserve/ pour les 
» départir également à un grand nombre de fontaines , où H 

• faict admirer le chef-d*œurre de son in^nslrie . . • • M. le comte 
» de Noyelles^ gouverneur général du ducbé de Limboorg et 
» d^autres pays d*oulre-meuse , et maistre d'hostel de Tinfante. . . . 
» donna Tordre pour traiter sa majesté et son aRease avec toute 
» la court i llarioiont ; de quoy il s^aoquitta avec des looanges 
» publiques. * (i). 

Mais cet air de (estivité ne dura qu'un jogr : la tristesse et le 
silence reprirent leur empire en ce lieu et jetërenly pour ainsi dire, 
sur rextérieur des bAtiraents , un sombre vernis qui sautait aux 
yeux à la première vue. 

Four en juger , il nous reste heureusement une peinture fidèle 
du château de Mariemont tel qu'il était vers le milieu du XVir 
siècle. Voici comment elle est arrivée jusqu'à nous et comment 
elle est visible aujourd'hui pour tout le monde. 

L^înfànte Isabelle meurt à la fin de 1655 ; le cardinal infant 
Ferdinand d* Autriche continue le gouvernement des Pays-Bas 
jusqu'à la fin de 1641 ; il ne change rien à Mariemont. Après lui, 
il 7 a deux gouverneurs-généraux qui n'appartiennent point à la 
famille impériale. Ensuite Tarchiduc Léopold-Guillaume et don 
Juan d'Autriche sont trop souvent absents de la Belgique pour 
s'établir k demeure à Mariemont et y faire des Iransformatioi». 



(1} BUîoirê cvriêvse de twt ce qvi s'est passé à l'entrée de la Heyne 
mère an Roy très chrestîm dans les villes des Pays-Bas. Anvers , impr. 
Plantinienne, t63%, in-A**, flg. page 15. 



- 111 - 

Nous airrivons ainsi à Tannée 1667 dans le cours de laquelle 
Loais XIV prend Charleroi et le pays voisin et s'empare de toute 
la prévôté de Bincbo , qui fut cédée à la France par le traité 
d*Âix-la-CbapeIle , signé le 2 mai 1668. Voilà donc Louis XIV 
propriétaire du château royal de Mariemont ! Plus civilisé que son 
prédéeeaseor Benri U, il se garda bien de le brûler ; au contraire, 
le Roi , accompagné de la reine , du dauphin , du duc et de 
la duchesse d^Orléans , de mademoiselle de Montpensier , de la 
duchesse de la Valfière , et des grands de sa cour , s'était rendu 
sur la firontière an printemps de Tannée 1670, avec de brillants 
éqmpagesy sons Tesoorte de 46,000 hommes bien disciplinés, 
pour visiter les villes que TEspagne venait de lui céder et pour 
faire prendre, à la reine et au dauphin, possession des terres qa 
leur étaient échues par succession. Il n*eut garde d'oublier 
Charleroi où il arriva le 40 de mai , Binche et Mariemont où il se 
rendit ensuite. Le bruit courut même à Bruxelles, mais cela sans 
fondement , que le roi d» France allait désormais tenft sa cour 
an ch^tean de plaisance où les ducs de Brabant firent autrefois 
leur résidence (l). Louis XIV envoja , dans le même temps , dea 
artistes de Paris afin de dessiner le château de plusieurs côtés pour 
être ensuite exécuté en tapisseries des Gobelins. Ce fut Abraham 
Genoëls , d*origine anversoise , mais membre de Tacadémie de 
peinture de Paris , qiii , sur la recommandation de Lebrun, fut 
diargè de cette mission. Il se fit accompagner dans ce voyage 
par Buehtenturg ^ peintre de batailles^ et par Bmȉewjgn$. Il 
rapporta ses dessins de Mariemont à Paris et les peignit ea 
grand (2). 

A ^tCe époque, Louis XIV faisait représenter en peinture une 
suite de résidenees royales, inscrites chacune sous le nom d*uii 
des mois de Tannée , celui sans doute que la cour devait choisir 
de préférence peur la visiter. Mariemont , alors partie mtégrante 
de kl France , fiit inscrit pour le mois d'août , le plus ûofxà de 



(f) Hutcir$mitaXixqu» dc« XVII prownces dês Pays-Bot ^ par Van 
Loon^ La Haye, 1753, in-^ tome III, p. 30. 

(2) LavméM pmibru fianumdtt aUêmands et Mkmdais, par J.-B. 
Dnca/ntps, Pam, 1760, in-8" t. 3, p- 94-95. 



ranné* ; on pensa qa*il y avait là assez d* ombrages et de fratchear 
pour combattre la einicule. Le tableau fut exécuté en largeur et 
de grande dimension , entouré 'du chiffre du grand roi , les deux 
LL. entrelacées. Ce fut ou GenoëU , ou quelque peintre diaprés 
lui, qui peignit ce monument : c^est à peu près tout ce qui en 
reste aujourd'hui. 11 figure au musée de Versailles , ce précieux 
refuge de tant de gloires passées , dans la nouvelle salle dite des 
résidenceê royale» , placée dans les combles du château. Nous 
allons tâcher de donner une idée de la vue du palais qu^avaient 
rebâti les Archiducs, car nous supposons qu'au temps des 
premières conquêtes de Louis XIV» il était â peu près tel qu'il 
sortit des mains de Tinfante Isabelle. 

Sur le premier plan , représentant le bois au-dessous du châ- 
teau, on voit une chasse au chevreuil faite au milieu d*un bosquet 
d'un feuillage vigoureux et épais , ainsi qu*on le voit encore au- 
jourd'hui,^ La forêt est dominée par Tédifice bâti entièrement en 
briques rouges , suivant la mode du pajs. Ce genre de construc- 
tion , tel qu'on le voit à Textérieur et sur la face qui regarde le 
bois, donne au monument un caractère peu riant et provoque, 
malgré soi, le souvenir du château de la Belle au bois dormant. 
Au milieu du bâtiment s* élève un grand corps-de-logis carré , 
â toit élancé et â longs pans , tels qu*on les trouve dans les con- 
trées â neige \ ce milieu est flanqué de quatre tours également 
carrées, a} ant chacune deux fenêtres sur chaque face. Au premier 
étage règne un large balcon en terrasse , fesant le tour de tout le 
bâtiment et sur lequel s'ouvrent des fenêtres- port es. La vue de 
ce balcon qui domine la forêt sur trois faces devait être délicteose : 
on s'y transporte en idée. Des dépendances assez étenduiy en 
longueur^ mais sans élévation ,. pour ne pa& entraver la vue, se 
prolongent snr un des côtés et se terminent à rextrémlté par une 
chapelle surmontée d'un belvédère. Le rez-de-chaussée , cache 
par les ar))re8, était plutôt deviné qu'aperçu. Du reste , pas d'or- 
nements d^architecture, pas de sculptures extérieures , point de 
lignes gracieuses ou bizarres ; les fenêtres sont percées ^vec 
uniformité et rangées méthodiquement : on dirait plutôt d'une 
maison de force dans uu bois que d*une maison de plaisance. Tel 
est l'aspect extérieur de la résidence royale peinte par ordre 
de Louis XIV vers 1670. 



- 113 - 

A cette époque y ce séjour recevait souvent des hôtes distingués 
de la cour de France , et notamment des cbeb militaires. Les 
guerres interminables de la Flandre y amenaient les armées et les 
généraux de Louis X)Y qui considéraient la position de Mariemont 
comme un bon poste de guerre. On appelait cela, dans les int* 
tructions militaires du temps , U camp de Hayne Saint" Pierre 
et Bayne Saint- Paul avec la droite à Mariemont (i) ; les 
Français s*y établirent avec sûreté les i5 mai, 8 et 11 juin 1674 
sous les ordres du grand Condé ; un peu plus tard, le 1 1 août d« 
la même année , se donna dans les environs la bataille de Seneffé, 
gagnée par les deux partis à ce que chacun disait, mais où les 
Français prirent les drapeaux et les bagages du prince d*Orange ; 
OD conçoit qu^une journée où les curés déclarèrent avoir fait en- 
terrer 27,000 morts , dut laisser des traces funestes au ehâtean 
de Mariemont qui en reçut de dures atteintes. Ce lien n*était 
guères alors qu*un quartier- général très- recherché : le 95 mai 
4693, Louis XIV, allant assiéger Namur en personne, vint 
camper i Morlanvelz, sous le château ; enûn, les 9 et 4 septembre 
4695, Farméedu duc de Luxembourg, vint encore y dresser ses 
tentes après la bataille de Nerwinde. 

Entre temps, et dés le 17 septembre 167S , par suite du traité 
de Nîmègue passé entre la France à TEspagne, le château de 
Mariemont et toute la prévoté de Binche avait fait retour â la cou- 
ronne d'Espagne et furent évacués par les français. Cette demeure 
redevint comme auparavant la maison de plaisance des princes 
gOQvernenrs-géfléraux de la Belgique. De 169ft â 1715 elle fut 
souvent occupée par Maximilien Emmanuel , électeur de Bavière , 
homaie de guerre et de plaisir, prince magnifique , adroit à tous 
les exercices du corps , qui dépensa beaucoup d'argent â Marie- 
mont, où il prenait Texercice du cheval , le divertiisement du 
théâtre et le déduit de la <^asse. U tp fit embellir considéra- 
blement en 1699. Cest pour lui et i Toecasion des fêtes de 
la naissance du prince des Asturies , qu'un poète de Valen- 



(I) IJist. dé la campagne de M. le prince de Condé en Flandre, en 
1614. par U chev. de Beaurain, 1774, in-f ■. pag. 19 el 51. 



€ienne8, nommé Pouequier^ composa Lu Plaisirs d$ Maris- 
mont t poitorale, reprégmtée âsvawt ion Altssss Electorale ds 
Bavièr$y à Monsy mise en musique par le S*" Faittant^ musi- 
cien de la ehqpeUe de MM. du Magistrat de Valeneiennes , 
imprimée, dans It même Tille , ehez Gabriel^François-Henry , 
1708, in-4* de iS p. La scène se passe dans ane avenne du châ- 
teau de Mariemont entre des bergers des enirirons, le Dîea Pan , 
Baeohus, TAmour, un groupe de SyWaIns et une troupe de Jeux 
et de Plaisirs. Les acteurs et les paroles de cette pastorale prouvent 
de reste que les choses étaient bien changées au château depuis 
rinfante babelle, et que PEIecteur y avait d'autres hôtes et d'au- 
tres occupations. 

Sous te régne de ee prince naquit à Mariemont le seul écri* 
vain célèbre dont ce lieu ait été le berceau. Le 22 août 1693, 
Charles Wastelain y vit le jour, et non à Maroilles comme le 
dit Feller. Il entra à 90 ans chez les Jésuites et y exerça le pro- 
fessorat soit à Tournai , soit à LtHe. Il mourut dans cette dernière 
ville le 94 décembre 4 78S. On lui doit la Description de UtGaule 
Belgique , selon lee trois dgee de l'histoire : Vaneien , le moyen 
et le moderne ; avec dee cartee de géographie et de généalogie , 
Lille, 1761, in-4<*, réimprimée à ^rtfâ:W/M, 1788, 3 vol. in-8^ 
C'est un excellent et savant ouvrage qui sert encore aujonrdlini 
de guide à ceux qui veulent faire des recherches historiques sur 
cette contrée des Pays-Bas si riche en souvenirs et en événements 
mémorables. 

11 était écrit que ce devait être par les femmes que ce palais de 
Mariemont recevrait ses plus notables agrandissements; son invo- 
cation 8008 le nom de Marie y était peut* être pour quelque diose. 
De 1798 à 1741, ee séjour fèt habité, pendant la belle saison, par 
rarchiduchesse Marie-Elixabeth , gouvernante générale des Pays- 
Bas. Elle se plut à enrichir cette maison , et entr'autres construc- 
tions nouvelles, elle y Ût bâHr une magnifique chapelle, qu'elle a 
fait consacrer avec beaucoup de magnlAeence et de solennité, le 9 
août 1759, par Monseigneur Tempi , archevêque de Nicomédie , 
nonce apostolique en Belgique. Toute la noblesse elle clergé ré- 
gulier et séculier des environs furent présents à cette pompeuse 
consécration. 



- U5 - 

Ce fst à peu près vers le même temps et sous les auspices de 
celte mâmepriocesse, taote de la grande Marie-Thérèse, que l'on 
ebecdia à rendre ^elque splendeur aux Eaai de Mariemonl dont 
le peqple publiait traditioanellement les vertus depuis le* temps les 
plus recalés. La sooroe principale, dite Jlrehid^eaie , située dans 
une prairie au bas d^o^a colline, non loin du cbàteao , séparé da 
parc par le grand chemin , était reçue dans un large bassin (i) 
d*où elle s^éconlait dans un petit ruisseau voisin» en laissant sur 
son passage et particulièrement dans son réservoir, des traees jau- 
nâtres qui dénotent un mélange de soufre ou de fér, ou peut-être 
de ces deux suhstances. L^archiduchesse, qui portail on grand in- 
térêt à Mariemont, et son ministre le comte de flarrach , en exé« 
cation de ses ordres, envoyèrent , en août 4 740 , le docteur H. J. 
Réga, le professeur de chimie Sassenuê , aiS, ji. De FiUers , 
prolessenr de médecine en Tuniversité de Loovain , pour faire 
Tanalyse de ces eaux et recueillir la liste des cures qu'elles avalent pu 
opérer. D'antres essais furent expérimentés en avril i 741 en présen* 
ce de M. Manderèi$r, médecin et conseiller de rarchiduchesse: on 
constata qne h comtesse de Fran$au , demenrant au château de 
rScailles, â trots qnarts de lieue de Mariemont , avait retrouvé 
son appétit perdu et que le comte de Traisignies fût guéri de ves«- 
tiges et d*obstructions. Le comte de Cumlier^ surintendant et di- 
reotenr général de Tournai etTournesis, délivra un certificat af- 
firmanl qne dès Tan 1700 environ, le S^ Loucher, premier mé- 
decin de Mons, attribuait aux eaux de grandes vertus et les ordon- 
nai! â ses malades. Enfin un curieux recueil écrit par le docteur De 
Villers relate une foule de guérisons opérées snr les geutilshom* 
mes, abbés, chapelains, religieuses et cultivateurs des environs et 
en poblîe les eerlifteaU signés (a). 

{i) Ce bassin fait en rond et composé de pierres bleuen du pays, 
avait été coostniitpar ordse des Archiducs, puis restauré par l'Electeur 
de Bavière. On gratifiait ces eaux du nom Despa , probablement parce 
qu'elles se rapprochaient de celles de Spa pour leurs qualités. 

li) Afutlyse des eaux minéraies qui se trounrnU au château royal de 
Mariemont , en Hamaui , par S. A. de Villers, docteur régerU. Louvam ^ 
M. Van Overbeke, 1741, in-8<>, pages 173, 175et8uiv. — Le doc- 
teur Béga publia également une dissertation sur les* mêmes eaux ; eUe 




- tf6 — 

D'après le§ rapports des satauts , rarchiduchessc Maria-Elisa- 
beth fit restanrer les eaox de Mariemont et y nomma un médecin 
directear, en même temps qa*elle ordonnait la réparation de ces 
belles avenues briqnéef, percées dans tonte Tétendue du pare qni 
n^avait pas moins de 4^2 boniers du pays en superOcie. La pins 
longue de ces allées est celle qui joignait le château do Rœolz an 
palais de Mariemont à travers le bois dit la Haye du Rœulx dans 
une longueur de deux lieues. 

Après rarchiduchesse, enlevée le 16 décembre 1744, le château 
de Mariemont eut pour roattre le prince Charles de Lorraine, gou- 
verneur général des Pays-Bas pour Timpératrice Marie -Thérèse, 
qui s'y réunissait chaque année avec sa s«ur la princesse Charlotte, 
abbesse du chapitre de Sainte-Waudru à Mons. Il y vint jusqu'à sa 
mort arrivée le 4 juillet t7S0. C*était un prince édairè , ami des 
arts et protecteur des lettres, à qui cette résidence dut plusieurs em- 
bellissements pleins de goût. C'est lui qui rassembla en ce lieu une 
quantité innombrable de superbes orangers qui furent transportés 
après son décès au château de Seneffe. On conserve encore aussi 
dans ce dernier endroit une magnifique table, dite de Mariemont, 
parcequ'elle (ut faite pour S. A. R. le prince Charles â qui elle coûta 
4000 florins de Brabant Elle est en acajou , chargée d'incrus- 
tations en or fin industrieusement découpées. Le pnace orna 
aussi Mariemont d'une multitude de chefs-d'œuvre de peinture et 
de gravure pour lesquels il avait un amour tout particulier. De 
son temps il eut pour surintendant de son palais royal , pendant 



•si écrite en latin *. — SvppUmmt aux traUés préoidtm dm mwa dm 
Marimmt, ou Ton confirme leors qualités minérales et yertos salntai'- 
res, tant par des nonvelles preuves teftes à Louvain , que plnsieors 
cnres communiquées par le S*" MwU, médecin et directeur de ces eaux. 
On y a Joint l'analyse des deux autres fontaines du môme endroit , dont 
Tune est appelée le Roidemonî , et Tautru la Montaigu , avec le détail 
des maladies auxquelles elles sont convenables , dédié à S. E. Mgr. le 
eômte de Harracb , par les docteurs et professeurs Biga et Dé VdUrt, 
A Louoain, chez Martm Van Overbeke, 174S, in-8<> de 4 fol. et 96 
pages. 

* Renr. Joi. Rfga) DintrUti* At aciuii Mincralibaf l«nti« MaruiontcMÙ. 



- tl7 - 

97 «US, M. J. J. de Biseau y écuyer, décédé au château de la 
Malaise le 9 mars 1759. On voit son tombeau et celui de la com- 
tesse J. A. T de Chanelos, sa femme, i Famillereux dont il 
était seigneur. 

Le 6 juin 1781 , Joseph II , voyageant en Belgique plutôt m 
philosophe qu'en souverain , visita le château de Manemont comme 
faisant partie du domaine de la couroime d' Autriche j et s*y arrêta. 
Depuis Charles-Quint ce fut le seul Empereur qui séjourna dans 
cette demeure royale. 

Nous voici parvenu aux derniers hôtes du château de Mariemont, 
à i'archtdochesse Marie-Christine, sœur de la renie de France , et 
an dnc de Saxe-Tescheo , son époux , tous deux gouverneurs des 
Pays-Bas de 1781 jusqo*à la révolution française. Ils furent vio- 
lemment chassés de leur palais par l'entrée du général Dumouriez 
en Belgique, en 1793; ils y reparurent en 179S, pour en être 
expulsés de nouveau et poar toujours Tannée suivante. Ce fut aloi-s 
que le château fut pillé, saccagé et détruit par le fer et par la flam- 
me en haine de son nom, de ses nobles habitants, et de la royauté 
dont il rappelait le souvenir et portait les emblèmes. La fureur 
révolniionnaire et le vandalisme aveugle qui raccompagne tou* 
tours a^exercérent sur ce monument de telle façon qu'ils ne lais- 
sèrent qne des ruines hideuses parmi lesquelles il devient difficile 
de démêler Tancien plan de cette belle résidence princier e. 

Les voyageurs curieux , les amateurs de souvenirs historiques 
qui cherchent les traces d*un séjour si vanté , sont vivement dé- 
sappointés k la vue des débris qui gisent pêle-mêle sur le sol et des 
tronçon» de mur qui se tiennent encore debout. Voici , autant que 
notre mémoire peut nous servir, ce que présente aujourd'hui Taf- 
flîgeant aspect des lieux. 

Un pavé en pente douce descend de la montagne pour atteindre 
la mi-côte où s'élevait jadis le château. A dvoite et à gauche de 
cette avenue, des quinconces de tilleuls séculaires ont été remplacés 
par un verger et des arbres â fruits, plantation moins noble sans 
donte, mais beaucoup plus productive. La chaussée vient aboutir à 
deux robustes piédestaux rectangulaires, dont les puissantes assises 
sont veuves de deux groupes de chevaux artistement sculptés et 

8 



- 118 - 

d*ane farineuse grille qui les reliaient autrefois ; en revanche , ces 
socles isolés sont chargés demoasses, de fougères et même d*ar- 
bustes dont tes graines ont été semées par les vents, et qui gran- 
dissent paisiblement dans les interstices des pierres. Deux rampes 
tournantes et en pente conduisent , à droite, à de vastes écuries en 
ruines; à gauche, à la vénerie, aux chenils et à d*autres dépendan- 
ces qui ont notabl'iment changé de nature et d^aspect. En (kce, la 
courd^honneur, maintenue de plein pied, et plus élevée d^un étage 
que les communs dont nous venons de parler, mène à droite et à 
gauche à deux allés délabrées, dont on ne distingue plus que les 
ouvertures terminées en plein-ceintre. Les maasib de maçonnerie, 
d'une grande épaisseur encore, sont en briques ; des pilastres en 
beUes pierres, finement taillées, ornaient lesangles du bâtiment et 
les grandes entrées. La principale décoration du palais devait être 
être au corps de logis du fond , il a totalement disparu ! Ce milieu 
du monument, Tàme du château , a dû nécessairement attirer Tat- 
tention et les efforts des démolisseurs ; aussi est-il rasé au niveau 
de la cour intérieure, ce qui lui laisse néanmoins un étage au- 
dessus du sol extérieur, du côté des jardins qui s*abais8ent ea 
suivant la pente du terrain. Les cuisines ont dû se placer dans cet 
étage, souterrain par rapport à la cour, rez-de-chaussée du côté 
du parterre. A droite , les écuries restées à ciel ouvert , recèlent 
encore de monumentales colonnes en pierres bleues qui servirent 
de magnifiques séparations aux chevaux. A gauche , des maisons 
de mineurs sont construites sur les fondations d*une caserne de la 
garde des princes, et font face à la chaussée qui descend dans le 
village. Quoique pendant un demi siècle tout le village de Morlan- 
welz soit venu tirer de ces ruines des pierres et des briques comme 
d^une carrière banale, il reste toutefois des fûts de colonnes , des 
débris de pilastres, des triglyphes, des chapiteaux , très délicate- 
ment sculptés, qui donnent une idée du style relevé de l'édifice. 
Du côté des jardins ou de la forêt les ruines sont garnies de plan- 
tes et de fougères ; vers la cour, où la main des hommes vient trop 
souvent arracher des matériaux, les ruines paraissent presque 
toutes firatches. Au bas de la colline , au côté droit de la chaussée 
et sur les bords de la Hayne , on voyait s'élever la faisanderie da 
palais; elle est aujourd'hui convertie en un endos productif, orné 
d'un joli chAlet suisse et d'une pêcherie bien entendue *, c'est la 



- tl9 - 

auceursale de U basse-cour 4la moderne propriélaire du ehAtesu 
neuf élev4 ipeu de distance \de8 raines de Tanden. Dans unefM'o* 
finceamn bien eultivôeque le Bainant , il est inoUle de dire ipi'il 
na restenaa des jardins déHcieua de Mariemont ; les fleurs élégantes 
«at diaiMrtt devant le précieux tubercule qui nourf it TboBiible ha- 
bilantdas campagnes ; les arbustes eioliquesont fait place à rmile 
pODflûer des vergers. L'<»ii Iq plus esercé ne saurait plus tetreuver 
ai i>a8siiKiy ni cascades, ni les ifs taillés ^e la Renaissance; il ne 
daaseore anileirace des dessins de ces bosqaets enchanteure qui 
ombragèrent les infantes et les arcbiduchesses , et où se -délasaaienc 
La courageox Ëleateur de Bavière et le phtteoophetjosepbll (1). 

Siroa voulait d'ailleurs oposaUer les seuls souvenirs que Tart do 
la peinture et de la gravure aient perpétués de ce lieu de plaisance, 
il faudrait se procurer les ciuq cartes particulières du Parc^ du 
Château et des Environs, gravés en 1774, par Antoine Cardon 
père, de Bruxelles (â). Le prince Charles de Lorraine pos- 
sédait huit planches en cuivre formant ensemble une Carte topo- 
graphique du château royal , parc et environs de Mariemont , 
dont on n'avait pas tiré plus de vingt épreuves en 1780 à Tépoque 
de sa mort ; il fit dresser aussi une carte de chasse de cette rési- 
dence et un plan particulier des environs. Les cuivres (5) de toutes 



(i) Avant la Révolution , le Palais de Mariemont avait un personnel 
particuUer chargé de son entretien ; le jardinier en chef était M. Van 
ffuUt; M. Tiehnan avait la sarveillanoe des fontaines ; M. Buzet^ restait 
serrurier en chef du ebéteauot M. Piarchaïut , maître ouvrier ; M. Carlm 
en était le concierge. [CaUndrier de la cour^ Bruxelles ^ 1783, in-lS , 
p. 14.— 47W, p. 13.) 

(2) Le catalogue des livres, estampes et planches gravées du prince 
CSiarles de Lorraine, rédigé par le libraire Ermens, en 1781 , annonce, 

page 431, aux n»* 212 à 216 des estampes, six planches des environs 
de Mariemont i aprôs avoir mentionné, au n** 208, les dnq cartes par- 
ticulières du parc et château , gravées par Cardon en 1774. 

(3) Voyes les n^« 126, 127 et 128 des planches gravées de S. A. R. 
le duc Charles Alexandre de Lorraine et de Bar (Bruxelles 178 1^ in-8 , 
page 447-448. On y donne la dimension des planches. Dans le plan to- 
pographique composé de huit pièces, il y en avait 6 ayant chacuno 1 pied 
f O p. de hauteur sur 2 pieds 1 pouces de largeur ; et deux pièces comp- 




m de la bibliotMqoe 
peÏDtre, origioatre de 



l'un des pi 

C'est àpea prit 

'artntiqnes enconm- 

lant 1 iOD histoire, elle 

^iret des Pays-Bas n'en 

tort : il eD cet des 

Il ilte ceui qui m wat 

rassemblé lesdoDiitet 

iTSloir un regret de b 

iKt de la grandeor et de 




li^iiéei de Urgeur. La carte 
il«ur 3 piedi ; eu largenr 



^ ttt 



NOUVEAU CHATEAU. 



H Ton» CM llcnz, la plapart aarquApar U viet^ir* , 
« Dit«s*moi, quVUi«it-iby cotooftfs d« Marais 
« Si de côleauv couvert* de Bombrevaes forèti > 
Il — >Doanine« âg» abMf, on fi^ bdr4ditaire« , 
a Infêoèi» au fong des wigneurs ftfodatatro , 
a Dent les malheureux seiis A la glèbe attachés , 
« Igaoraieatles trésor* «tfua la terre cacM». — 
« Tel ëlatt ee pajs, aTant que rùidualrie , 
« LesartSf l'agricnltare, en aient fait leur patrie. . . 

L aquamu -Covmii . 
(p^comfertedu vkmtêon dmm» te ffaitutut). 



Il ne faut pas aller bien loin si Ton veut éprouver quelque douce 
compensation après avoir visité les tristes ruines du vieux castel ; 
il ne s*agit que de gravir la colline jusqu* à son plateau en remon- 
tant vers le nord-ouest, et bientôt Ton se trouve en face d^un bel 
édifice d'une architecture moderne , d*un style à la fois riche et 
grave, solide sans être lourd , d*un aspect agréable et de ce ton 
clair et animé que donne la belle pierre gris de perle des Ecaus- 
sines employée dans les principales parties de cette construction. 
C*6st le nouveau château de Mariemont, bâti vers 1850 , sur les 
plans de M. Suyt^ architecte, par M. IFarocquépéTe, directeur 
des mines de charbon des environs. Ce bâtiment présente â Tœil 
an beau carré; le rez-de-chaussée est élevé de plusieurs marches 
au-dessus du sol et surmonte les cuisines souterraines. La façade, 
du côté des jardins, est décorée d^un portique soutenu par un rang 
de belles colonnes taillées d*une seule pièce dans le banc de pierre ^ 
des lions et des vases sculpés ornent les entrées; une riche balus- 
trade couronne le faite du château et cache un toit â Titalienne 
sormonté d'une horloge. Dans Pintérieur, un large et noble esca- 
lier d^honneur conduit â un vestibule grandiose sur lequel don- 
nent les appartements du premitr étage. Au pied de cet escalier 
vraiment magnifique figure, sur un piédestal , le buste en marbre 
de M . JFarocqué père, voté le S9 septembre 1 855 par l'assemblée 
générale des intéressés du charbonnage de Mariemont dont il 
était le directeur, et exécuté par Guillaume Geefi en 1856. 



\ 




Une habile distribuiion a ménagé de grands et de petits appar- 
tements suivant que les hôtes de eette splendide demeure sont 
nombreux ou réduits à la taBÛlle. Engénér^il, les pièces du dedans 
répondent à la i^andeur du dehors par un luxe bien entendu; les 
salons offrent une décoration qui parte plus à Tesprit et à l*iaiagi- 
nation que Tor entassé trop souvent par la richesse imntenigenCe 
et illettrée : ici , ce sont des groupes et des statues en marbre de 
Simonis^ de Geef$; là les panneaux sont couverts des cheb- 
d*œuvre de Kerboeckoven , d'E. Navez , et autres artistes qui 
(ont rhonueur.et soutiennent la gloire de Técole flamande. 

Le parc environnant le château est dessiné avec goût et sans 
afféterie ; les aocideats nombreux du terrain ont été mis à profit 
et Ton n'a pas eu besoin d'y créer des nuintagnes et des ruines 
factices. Tout cela se trouve très naturellement sous les pas do 
promeneur qui erre autour de cette belle habitation. Cn point de 
vue remarquable a été ménngé à travers les plantations ; VœW f 
embrasse une profonde vallée dans laquelle s^étévent au loin ces 
immenses cherininées que Tindustrie moderne a plantées au milieu 
de nos vertes èampagnes, et dont le caractère tout d'^actualité con- 
traste pittoresquement avec les débris des antiques abbayes du pays 
et avec les vieux souvenirs historiques dout se préoccupe Tesprit 
de ceux qui parcourent ces lieux. 

î^on foin du château on voit une rotonde garnie d^orangers , 
parmi lesquels peut-être il en est qui viennent du vieux ftfarie- 
mont où Ton en cultivait de fort beaux et un , entr*autres, datant 
de cmq siècles et ayant appartenu au duc Jean de Brabant. Un 
vaste pota^ est annexé au parc ; on y remarque des serres chauf- 
fées par le mode nouveau de tuyaux à Teau bouillante. H est inu- 
tile de parler des écuries, de la sellerie, du gymnase et autres dé- 
pendances, qui . tôiites, sont ordonnancées d'une façon remar- 
quable et dignes de la grandeur du corps de logis principal. 



Mdî5^ rc qui mérite surtout d*étre visité et distingué i 
mont , c'est VétnbKssicment voisin des mines de houille dirigé si 
habilement par M. Abel /flaroc^/w/?, propriétaire actuel du châ- 
teau qui a cônlimié f œuvre si bien commencée par son père. Il 

rst impossIMo de v\n\ trouvor de mieux réglé , dr mieux con- 



-. ii3 - 

doit que ces imporiaates usioes. Une dit eetion intelligente préside 
à tous les détails grands et petits de cette riche exploitation. \\ 
fait beau voir les chantiers , ateliers et magasins de rétablis- 
sement : placé au milieu du bois . ce vaste lieu de travail esl 
animé par cent professions .différentes L^esprit d'ordre du maître 
qui ordonne tout se fait apercevoir dans les moindres parties. Là, 
point de matériaux qui trainent, d'éléments qui se perdent, d^ou- 
tâls qui s'abtment. Un clou même ne s'égare pas ; toute chose est à 
sa plaee, chaque ouvrier a son travail. L*ordre, le soin et jusqu^àr 
la propreté flamande sont introduits dans ces curieux ateliers de 
prodadîoo et de réparation. On ne se douterait Jamais, & la net- 
teté du local y que le noir charbon soit pour quelque chose dans cet 
étabiÎKenieiit si écuré et si coquet. C'est le joyau de la couronne 
industrielle de son habile directeur, aussi s*en pare*t-il avec une 
jfMte fierté. Si nous ne cratngnions pas de blesser sa modestie nous 
dirions avec quelle obligeance et quelle courtoisie il fait les honneurs 
de sa belle propriété et de ses riches usines. 

M. ^M ^a9i909t<^ a introduit plusieurs notables améliorations 
dans Tart d'extraire la houille; c'est à lui qu'on doit l'invention 
d'une machine propre à desceudre les mineurs au fond des piiils 
sans se servir des tonnes, trop sujettes aux accidents, ni des échel- 
les qui fatiguent l'ouvrier et lui font perdre son temps avec ses for-* 
oes (1). Cet industriel distingué a été décoré des rubans de la Ic» 
gîoQ d'honneur et deLéopold; il est officier de ce dernier ordre. 

■ < 

Le nouveau château et le pare de Mariemont , quoique très rap- 
prochés du petit village de la Heatre, sont dépendants de la com- 
mune de Morlanwelz (2) qui a pour bourgmestre le propriétaire de 



(1) GeUe Inveoticmest d'amant plus utUe sar les Ueux mêmes que la 
plus grande profondeur à laqueHe on soH parvenu sut la surfoce du 
globe esl uqo des fosses de Mariemont qui compte 530 mètres du fond 
an niveau du sol. 

(2) L'étymologie de Morlanwelz n'est pas facile à établir ; cependant 
on peut la tirer des deux mots Morlan et wel%. Cette dernière tonninai- 
son se trouve dans une foule de noms de localité, tels que Péruweiz , 
Petwez t Noduwez, Irchonweh , etc. , le mot patois wez dans le pays, 
signifie r^^arwir, marre ^ ét<ing; Morlan peut venir d*un nom propre. 



- I«4 - 

re domaine ; il est environné à Test et au snd par le bois de Marie-' 
nottt dans lequel se trouvent les centres d'exploitation de bouille. 
 peu de distanee du cbâteau et dans la même for^t figurent eneore 
les restes de l'abbaye des dames de V Olive, vieux monastère de 
femmes de Tordre de Clt^aux , utilisé par ragricolture et Tindus^ 
trie comme cela a eu lieu en maints endroits. 

Le charbonnage de Mariemont s'étend tout autour de Tancien 
couvent » et un pnits d'extraction , un chemin de fer » un tuuoel, 
toutes inventions de ces temps modernes, se voient dans le mtee 
bois qui recelait naguères le clottre , TégUse, les tombeaux de la 
sainte abbaye. Ce point de Tantique forêt, qui, depuis le llll* 
siècle, lorsque les aboiements des meutes et les* fanfare du cor la 
laissaient en repos, n'avait , pour ainsi dire entendu que les tinte- 
ments des cloches et les hymnes religieuses des noues , «ne trouve 
plus guères aujourd'hui d'écho que pour les chants souvent 
bachiques des mineurs , et les gémissements de la vapeur. Quelle 
métamorphose ! . . . et que ces lieux sont différents de ce qu'ils 
étaient lorsque le savant jiub$rt Le Mire vint visiter fabbaye 
de roiive au commencement du XVll* siècle ! Il pot y remar- 
quer encore le tombeau du preux Gillion , sire de Trazégnies , ce 
fameux croisé qui , pendant sa captivité chez les infidèles, épousa 
une princesse de Habylone , sortit des fers , et ramena en Hainaut 
la belle sarrazine Gvaciane, quoiqu'il eut à Trazégnies une 
autre femme en perspective. Le pape , à cause de certaines cir- 
constances atténuantes, permit cette bigamie , et Theureux Gillîoa 
vécut et mourut entre ses deux compagnes , qui furent enterrées 
avec lui à V Olive ^ où un monument magnifique leur fût élevé (i). 

En ce moment il ne reste de l'abbaye de Notre-Dame de 
r Olive t ou de V Ermitage comme on l'appelait, qu'une foible 
partie des anciens bâtiments. Ils suffisent aux besoins d'une 
p€tile ferme. Cet enclos très-réduit est au milieu du bois de Marie- 



[ 1 ] Voyez sur ce piquant et dramatique sujet Tarticle intitulé le BigatM, 
inséré dans nos Archives historiqtÂês el lilt raires du nord de la France 
et du midi de la Belgiqtie [preraiôre série] , 1853 , t. III, page 9. par 
notre ancien ami et savant collaborateur Aimé Leroy, 



-li5 — 

moot et de la concession des mines qui portent son nom. L* origine 
du monastère est dne , comme nous Tavons dit ; à un anachorète 
qni y bâtit nne église où septehanoinesses de Moustiers-sur-Sambre 
vinrent s^établir sous sa pieuse direction, et il y mourut en odeur de 
sainteté vers 1941 . Trois ans après, le pape Innocent IV confirme 
lee privilèges et les possessions du monastère. En 1440 » sous Tde 
de Vixety ir^abbesse, Eustacbe, abbé du Jardinet, réforme l*ab- 
baye. CafAertAeiif /rannoy, fiO* abbesse, la reconstruit deux fois, 
de 1S95 à 1566 , année où elle se démit de ses fonctions. Jnioi- 
nette d'Oignieg , qui lui succéda, se retira à rb6pltal de bincbe, 
à cause des guerres; elle y mourut le 15 décembre 1585. Enfin, la 
52* et avant«dernière abbesse connue de Notre-Dame de l'Olive , 
fut madame Marie-Catherine Nopère; elle succédait à madame 
Maréchal, La 55* et dernière était Dame Nathalie Fonder Noot. 

La révolution Française anéantit ce cloître comme tous ceux 
du voisinage. En revanche, elle perfectionna Tagriculture et Tin- 
dnstrie du pays d^une manière merveilleuse. Les charbons de 
Mariemont et des houillières des environs , qui, toutes ensemble, 
forment ce qu'on appelle en Belgique le basein 4u centre, et qui 
sont d'une qualité excellente et d'une exploitation facile, obtinrent 
une grande faveur à Bruxelles dès que des communications nou- 
velles leur permirent d'y arriver ; des usines d'une autre nature, 
mais qni ont besoin du charbon pour vivre , voulant s'assurer le 
pain de Cindustrie , sont venues se ranger autour des mines de 
bouille ; enfin tont le pays s'est rapidement transformé et a pris 
UDe physionomie nouvelle. Nos vieilles abbajes de la Sarobre sont 
changées en hauts-fourneaux et en laminoirs ; là où régnaient le 
calme, la prière, le repos^ et, dans les derniers temps, la mollesse 
et l'oisiveté , on ne voit aujourd'hui que mouvement , industrie , 
production, activité. Aussi s'étonne- t-on, d'une année à l'autre , 
d^apercevoir des hameaux nouveaux , des constructions immenses 
s^élever comme par enchantement et couvrir sur un terrain deux 
foi» fécond, aufondetà la superficie, des lieux jadis plus pittoresques 
peut-être , mais moins peuplés et moins riches. Au tour des char- 
boDiiages de l'Olive et Mariemont se groupent ceux de Sars- 
Longcharop, Kascoup, Bois-du-Luc, Bois-d'Baisne, les Louvières 
et la verrerie de Mariemont, établissement cité dans son genre < 



>1 



- Ii6 - 

Partout les hautes chemioées, obélisques de riadustrie, te 
dressent sur le sol el vienaent faire concurrence aux arbres les 
plus élevés et aux flèches élancées des églises. 

Si, eu terminant cet article , nous jetons un coup-d'cell sac le 
panorama qui se déroule, au XIX* siècle , autour du château neuf 
de Hariemont , comme nous Tavons fait , en débutant , sur. les 
mômes lieux au point de vue du XVr , nous trouverons un ta- 
bleau vivant de tout ce que Tactualité peut rassembler : au nord, 
un double chemin de fer, la jolie station de Manage, le iimnel de 
Godarville» qui a près d^un kilomètre d'étendue, la modeste 
demeure qui servit d'habitation à un ministre du roi des Belges, 
fils de ses œuvres (i) ; au sud , la nouvelle chaussée d^Anderlues 
qui vient couper Tantiqne voie romaine ; à louest, les nombrettses 
usines du bassin houiller , les routes de Hayne-Saint- Pierre et du 
Rœulx, les belles carrières de pierre des Ecaussines ; à TEst , le 
canal de Bnixeltes., qui a grandi la fortune de Mariemont ; par- 
tout des communications nouvelies , des petits chemins de fèr 
particuliers qui relient les sièges de la production aux canaux» aux 
rivières, aux débarcadères de la grande artère du rail«-way de 
l'Etat ; si Ton «joute à cela la réalisation de» divers projets de 
voies ferrées dont les études sontfaltes, on conviendra qu*il existe 
peu d^endroits sur le globe plus favorisés par la nature, par Tart 
et par Tindustrie. Que de vicissitudes et de révolutions ce petit 
coin de terre n*a-t-il pas suites ? Frontière sauvage du paj^s des 
Nerviens il y a deux mille ans, conquise par les Romains qtâ y 
percent une noble voie et y placent une étape ; puis , séjour des 
rois fainéants de la première race et des maires du palnis envahis- 
seurs ; au moyen-àge, les monastères s'emparent de ces lieux et 
les cultivent à leur profit ; bientôt, les grands de la terre y bâtis- 
sent des paldts, et , pendant trois siècles, lorsque les fureurs de 
la guerre n*en font pas des ruines fumantes, ils servent aux più- 
sirs des rois et aux délassements de la couronne ; aujourd'hui 
centre d'un labeur intelligent , foyer de Tindustrie modeme, 



(1) M. Deschamps ^ ministre, membre de la chambre dos rcprésen- 
tauts . 












.«,.«.,«,,«.,«.,«.,«.,«. 





HOMMES ET CHOSES. 



iitvtf 0it 0cl)tllirrbnit 

1600-1740. 

La société nommée Sehilderbent (bande des peintres), oa tout 
simplement appelée Bent, explique son bat assez clairement par 
son double nom Néerlandais. Cétaît une espèce de compagnonage 
ou d^association fondée à Rome par les artistes de Técole flamande 
ou hollandaise qui allaient en foule se perfectionner sar la terre 
classique des beaux-arts. Ces hommes du Nord revenaient de 
ritalie sans avoir perdu leur cachet national ; au contraire » il 
semblait que tout en étudiant les beaux modèles antiques , ils 
prissent i tâche d'implanter, dans ce riche sol du midi, quelques- 
unes de leurs coutumes flamandes. L'amour des cérémonies ori- 
ginales et burlesques , qui semble être inné chez tous les habitants 
des provinces des Pays- Bas , fut transporté par eux des bords 
brumeux de T Escaut sur les rives fleuries du Tibre. Ainsi, une 
fois à Rome , tous les artistes des dix-sept provinces formèrent 
une société bachique unie par les liens de la gatté et de T amitié. 
Lorsqu'un membre nouveau se présentait à Tadmission dans 
cette bande joyeuse , on lui faisait subir toutes sortes d'épreuves 
et de plaisanteries, moyen tiré de la personne même de payer sa 
bien-venue. Ce qu'on appelle aujourd'hui les ehargei d'aieiier 
ne sont peut-être que les diminutifs et les derniers souvenirs des 
farces de la Sehilderbent. La réception se faisait dans un cabaret 
de Rome , aux frais du récipiendaire,; après quelques cérémonies 
bizarres, l'admission se terminait par une sorte de baptême à la 
suite duquel le nouveau membre recevait on sobriquet ayant 
quelque rapport à sa figure , à ses qualités ou i ses débuts ; c'est 
sous ce nom nouveau qu'il restait inscrit et reconnu dans la 
compagnie : ce nom d'emprunt s'appelait le bevUruMm, et chaque 
bentvogel , ou initié de la société , avait le sien qu'il remportait 



— 139 — 

dans ses foyers etquMI consenraît jusqa'aa tombeau. La fête de la 
réception dorait toute la nuit , et le lendemain les compagnons 
réunis allaient à quelque distance de Rome terminer la cérémonie 
sur le tombeau de Bacchus. On prétend que Raphaël a lui-môme 
donné ridée de cette fête. Les flamands y auront ajouté la partie 
matérielle. On n*y admettait point les italiens comme ne sachant 
pas supporter la boisson ; les allemands, pour lesquels on n'avait 
pu alléguer le même motif d'exclusion , y furent volontiers reçus. 

Nous ne savons pas au juste à quelle époque cette singulière 
association «commença ni quel jour elle prit fin ; mais elle était 
en pleine vigueur au commencement du XVII ' siècle , et trois de 
ses membres consacrèrent leur pinceau, leur crayon et leur burin 
à en retracer les singulières particularités. Ces trois artistes sont 
hollandais : Dom. ff^ffnen, peintre, Burent Groat, dessinateur, 
et Mathieu Pool , son gendre , graveur d'Amsterdam, concou- 
rurent à la reproduction des trois grandes représentations bur^ 
Usguee des eérémûnies qui se pratiquaient à Rome pqur la ré- 
ception d'un membre de la SchUderbent, Nous ignorons ce que 
8ont devenus les tableaux originaux de Dom. Winen, mais Graat 
les ayant dessinés à la fin du XVII* siècle, et son gendre, Mathias 
Pool , les ayant gravés au commencement du XVin*, le sujet en 
devint populaire en Ebrope. Ces gravures sont à juste titre re- 
cfaercbées des curieux et deviennent rares dans le commerce où 
elles ne paraissent guères qu'à la dispersion d'une collection 
rassemblée par un amateur. Au bas de ces trois pièces curieuses 
on Ut la signature : D. W, Jeseanius, c'est le bentnaam ou 
sobriquet, accepté par Dom. Wynen dans l'académie de Schil-^ 
âerbent , au milieu des cérémonies bachiques qui accompagnaient 
Tadmission du néophyte. Ce nom fait sans doute allusion aux 
circonstances de la vie du peintre qui consacra ses pinceaux à 
cette œuvre burlesque. 

Francis Van Sossuit, célèbre sculpteur en ivoire, né à 
Bruxelles en i6&tf , autre membre de la même société , fut inscrit 
sousle nomd*O5«0fvalatir, parce qu*il mettait & profit tout ce 
qu'il voyait de beau , et que sa mémoire conservait fidèlement, 
comme un trésor inépuisable , ce qu'il avait observé d'admirable 
dans les modèles antiques. C'est peut-être aussi comme bentnaam 
que le surnom de Tempeste fût affecté à Pierre Molyn ; que 
/. François Van Blœmen reçut celui de VOrixzonte, tiré des 
atmosphères brûlantes et vaporeuses qu'il introduisait dans ses 
tableaux ; que le graveur Régnier de Persyn, fut appelé /• 
Narcisse^ comme s'aimant lui-même, et qu'enfin le sobriquet de 
Bamboche, fut donné à Pierre de Laer, pour la singulière con- 
formation de sa figure. Tous les autres membres de la Bent por- 
taient ainsi des surnoms bizarres puisés dans leurs penchants 



- 130 - 

particuliers, le genre de leur taleut, ou les événements remar* 
quables de leur vie. 

Un jour, les artistes flamands, hollandais et allemands étaient 
parvenus à entraîner à se faire recevoir parmi eux Guillaume 
Van Ingen , plus sensible aux plaisirs de Tétude qu'à ceux de b 
table : il avait résisté long-temps , mais prêt A quitter Rome il 
consentit à se laiss«;r admettre daob la joyeuse confrérie. Au mo- 
ment où Ton procédait à la cérémonie de la réception dans un 
cabaret de Rome, la police s'empara tout -à-coup du récipiendaire 
et de ses collègues et les conduisit en prison, sous le prétexte que 
les rassemblements d'étrangers étaient défendus. Après leur in- 
terrogatoire , on reconnut tout ce qu'ayait d^inoffensif une telle 
réunion et on rendit tout le monde à la liberté. La société n'a- 
bandonna pas pour cela sa proie ; elle procéda de nouveau à la 
réception, si malencontreusement interrompue , de Van In§en^ 
et comme il fut le premier élu après l'événement de la prison , on 
rinscrivit sous le nom à' Ingen le premier. 

Pour indiquer Tesprit de jovialité et d'originalité qui régnait 
dans la hinde académique flamande et hollandaise à Rome , nous 
allons donner ici la nomenclature des principaux membres de 
cette société artistique et grivoise , en y ajoutant les sobriquets 
sous lesquels ils furent baptisés inter pocula. 

La Tombe f né à Amsterdam en 1616, fut nommé par la Benl 
le Bomheur, parce qu'il n'était jamais un moment, dans quel- 
qu'endroit qu'il fût , sans remplir sa pipe et fumer. 

Jean-Bapfiste PVeeninx, né a Amsterdam en 1621 , fnt sur- 
nommé le Hochet, pour le son aigre de sa voix. 

Jacques Van der Does, né à Amsterdam le 4 janvier 1635 , fut 
initié dans la Bent, au moment où il allaitVe.nroler dans les 
troupes dû pape ; à cause de cette idée guerrière et de la peti- 
tesse de sa taille on le reconnut sons le nom de Tambour, 

Charles CreeUn^ allemand , baptisé XEtpaàron, 

Théodore Va»i der SchMir, né à La Haye en 16as,.d^an<ft» 
ractère aimant et affable, fut nommé VAmiiié. 

Jacques VaUlami, de Lille, appelé VAhuetiê. 

A. Blankkofy d'Alomaer , nommé Jtan Maet, comme ne di- 
sant jamais deux paroles sans prononcer ce mot , qui signHIe 
eeÊmarade, en Ëamand. 

Gnillaume Doudyns^ de La Haye, qu'on appelait Z^îométfe. 

Daniel Myttne , de la même viUe , fut gratifié de Tépithète de 
H Corneille bigarrée, à cause de la recherche et de la quantité de 
habits. 

/. PVeyerman^ surnommé Compariva. 
Abraham Genoels , né à Anvers en 1640 , fût inscrit à Rome, 



r' 



- 131 — 

le 5 janvier 1675 , sioas le titre d'Arehiméde , comme bon 
malbématicien. 

Le popalaire Carie du Jaràm qui réussiasait si bien â peindre 
les animaux, en reçat le nom de Barbe de Bouc. 

Robert Duval , né à La Haye en 4 644 , obtînt de la bande 
académique le sobriquet de La Fortune. 
J. Glauber, dTtrecht, eut nom Poîiàor. 

Tbéodore VUicher eut celui de Slempop, synonime d'ivrogne, 
qu'il mérita trop bien ; du reste , un des fermes soutiens de la 
bande joyeuse. 

Le riche Pierre Van der HuUt , de Dort, fut nommé Jotime- 
$6i^ comme introduisant cette fleur dans presque toutes ses 
compositions. 

ComJlle de Bruyn, reçu en 1674, avec le surnom d'AdonU, 

J. Van Bunnïky d'Utrecht, appelé la TinibaU. 

Philippe Roosy le Mercure. 

Pierre Van Bloemen, Standaert , ou VEtendart, 

Jacques de Heui ^ d'Utrecht, dut à la ressemblance de ses 
ouvrages avec ceux de son mattre, GuUiaume do Beus , d*étre. 
qualiOé la Cùntre-^prùute. 

Nicolas Pimont se fit nommer Opgang (élévation), par 
ironie^ de ce que de peintre il devint cabaretier en épousant son 
hôtesse pour s'acquitter de ce qu'il lui devait. 

Bnnaventure Fan Overbeek prit le titre de Romulus. 

N. L^yseenêy d'Anvers, eut celui de Cane-noix , tant il avait 
le nez grand. 

Georges-Philippe Rugendoê entra malgré lui dans la bande 
académique qui l'appela Sekild , en français Bouelier^ parce 
qu'en sa qualité de peinUre de batailles , il usait et abusait souvent 
de cette figure dans ses tableaux. 

Isaac Moucheron avait tant d'habileté pour composer ses su- 
jets que ses confirères ne purent mieux faire que de l'appelçr 
Ordonnanee, 

Le ridie Abraham Breugel, d'Anvers, reçut le nom de Rhyn- 
Graef (comte du Rhin). 

A cause de sa force et de son adresse Jacques de Baan fut 
surnommé le Gladiateur, U ne manquait pas une fête bachique, 
et mourut en 1700, à la fleur de sa jeunesse , usé par les plaisirs. 

Les deux artistes qui survécurent à tous leurs confrères de la 
société académique dite Schilderbent, furent Elle Teruieeten et 
Jean-François f^an Bloemen , dit Horizon , né à Anvers en 
1656. Bloemen a été le dernier, il enterra la synagogue, en \ 

mourant à Rome vers Tan 1740, fort âgé, emportant l'estime des 
peintres de toutes les nations et les regrets des cabaretieni dte la 



J 



- I3Î - 



ville éternelle : Ce fut le dernier Bentioogel. On ne nous dit pas si 
on Tenterra près du tombeau de Bacchus témoin des réceptions 
de tous les membres de la Schilderbent. A. II. 



3iiilfr^ d^ 9onax et la belle Mavxon la ITiHoist. 



La ville d*'Ostende, assiégée de 1601 à 1604 par les Archî* 
ducs Albert et Isabelle, fut regardée comme une seconde Troye ; 
il y périt plus de cent mille hommes ; cette longue lUiaâe eut 
ses épisodes, les uns tragiques, les autres burlesques , quelques- 
uns très-dramatiques. Parmi les derniers on doit ranger la fin 
d^une vivandière très- connue au quartier des assiégeants place 
sous l'invocation de St.-Albwi : Elle avait nom Marion la 
Lillaise^ et elle était d*une figure si remarquable, que jamais on 
ne la désignait sans la gratifier de Tépithèté de belle qu'elle jasti- 
fiait parfaitement. Généranx , officiers et soldats la connaissaient 
et favorisaient son commerce d'eau-de^vie , de pain-d'épices et 
d'autres friandises , qui , grâces à sa beauté peu commune , lui 
amenait de nombreux chalands et de bons bénéfices. Au camp, 
la belle Marion n'affichait pas une vertu bien sévère , elle per- 
mettait la plaisanterie , écoutait sans sourciller les joyeux propos 
des gens de guerre , le tout dans l'intérêt du débit de sa mar- 
chandise, nais elle savait remettre & sa place tout milttaîre qui 
voulait assiéger de trop près sa personue. Jusqu'en 1604 , m>ii 
cœur paraissait avoir été tout aussi imprenable que la ville d'Os- 
tende. Au reste, elle était mariée , mais son époux , probablement 
fort tranquille à Lille, se contentait de savoir que sa femme faisait 
un commerce lucratif au camp de rArchiduc Albert. 

Cependant un militaire wallon, qu'on nommait Aniré de 
Dauaif devint amoureux fou de la belle Marion ; ses avances 
furent vivement repoussées : il obséda tellement la vivandière de 
son amour et de ses galanteries grossières qu'elle ne lui parlait 
qu'avec humeur, qu'elle ne le regardait qu'avec dédain , elle 
ordinairement aimable pour tout le monde , caressante avec tous 
les acheteurs. André en conçut une jalousie terrible ; il crut que 
cette manière d'agir cachait un amour secret pour un autre ; il 
épia 81 belle et découvrit enfin que si elle se montrait cruelle 
pour lui, elle Tétait bien moins pour un italien, appelé le Ficen- 
tin, joueur effréné, un peu grec , vrai chevalier d'industrie : ce 
sont toujours les plus mauvais sujets qui triomphent le plus 
facilement de certaines femmes. Le Douaisien eut bientôt pris son 
parti. Il décida qu'il se déferait de son rival. Toujours aux aguets. 



•5;^— ^T« 



- 133 — 

il sut que les Jeux amants devaient aller seuls et à pied , pethlant 
rbyver, à Nieuport, par le chemiu des Dunes , pour y chercher 
de i*argeut ; il s*eiul)usqua sur la route avec uue arquebuse à 
rouet chargée de plusieurs balles et il attendit impatiemment sa 
proie. Le couple arrive , Andro ajuste Titalien , le coup part , et 
tes d(9U aoiauts tombent sans vie Tun sur Tautre. Les balles s'é- 
taient séparées pour laLre deux victimes. Le meurtrier s'élance 
sor tes cadavres et ajoute à ses deux homicides le plus de crimes 
Qu'il peut inveuter. Euhardi par la solitude du lieu , il souille le 
betn corps de la Lilloise par les plus infâmes brutalités ; il vole 
le Yiceptin de tout Targent que peut-être celui-ci avait trjcbé au 
|eo ; enfin il coupe un doigt à Marion pour lui enlever uue 
bague de ^vix qu'elle portait. .Chargé de ses crimes et de son 
batin, il se rend an cabaret vpÎÀiu^ appelé la Maison du Lombard, 
sur la grande route d'Osteiide à Newport , pour noyer dans la 
boisson ses remords et sa honte. 

Toutefois, un chasseur aux lapins^ caché dans les dunes, avait 
vo tout ce qui s'était passé ; il rencontre quatre soldats wallons, 
leur fait part de ce double roenrtce et lejir montre les deux cada- 
vres fraîchement tués. Ils entrent tous cinq au cabaret et voient 
André de Douai, déjà à demâ-ivr^ et a^sis^ur les dépouilles de ses 
vietiiMe^. Les quatre soldats se trouvent être des 9fn\9 du meqr- 
icier qui se^ vante à eux de son crime en le faisant ,passer pour 
une jnste veqgeance« 11 Içi^r paie ^ J)oi);e aux frais des trépassés 
ei.tous ansemible s^epivrenten disant .que la perte d'un faquin 
d'iuUen et d'une femme galante ne devait pas les empêcher de 
f îTre joyeusement. Us con;irienuent de retourner au camp où tout 
ced est îgtuuré; mai3 eacbeoûn les soldats demandéireut à Ajidré 
oQOibien il lui restait d'argent de .ce qu'il avait trouvé-sur iHtalîen. 
il compta devant eux cept vingt-^sU écus clairs et neis. Ce fut 
son arrêt: Les soldats, qui Tavaieat absous au cabaret, le trou- 
récent, coupables en plein air ^ ils ie désarmèrent , le dépouil- 
lèrem et ,îpi prirent son butin et ce qu'il possédait en propre. 
Puis vint ie partage entr'eux : il Ji'eut pas lieu sans effusion de 
sang. Un des soldats fut tué, les trois auUes réduits dai^s un mi- 
sérable^taC. Quanta André de Douai, il tn'avait qu'un dernier 
crkne À ajouter à tous les siens, c'était de passer à l'ennemi pour 
éviter le châtiment qui l'attendait au camp. C'est ce qu'il 6t. Use 
faufila par des voies détournées dansOstende^où il commença par 
rendre quelques services au gouverneur de Chiitelles. 11 faillit 
faire enlever le ealonel 'Caêrù par trahison ^ «mais ^ guet-apens 
manqua sou effet. Enfin, toujou^rsefîminel^ même daiie ses trahi- 
sons , André de Douai conspira contre le gouverneur d'Ostende 

9 




— 134 — 

avec d^ autres déserteurs de Liège et de Valencîennes. Il s^agiasak 
d*eucloiicr les canons, brôler le magasin et enlever le gouvemear; 
on tira au sort le nom de celai qui devait commencer ce braole- 
bas général. Le nom d*un valenciennois sortit de Porne : C^était 
un ancien domestique du capitaine de Pmrmenteau, qui avait 
passé aux Hollandais après avoir volé son mattre. Ao liea d^exé- 
cuter le projet des conspirateurs , il dénonça ses complices ; le 
gouverneur les fit poursuivre et ils n^eurent que le temps de se 
jeter en bas des remparts. On tira sur eux de la ville ; André eut 
la cuisse emportée par une caronade et resta suspendu et accro- 
ché par le cou à la pointe d'une palissade , il perdit la vit avec 
son sang en proférant mille blasphèmes. Le bourreau le tira de U 
et le pendit haut et court à la vue des asàégés et des assiégeants. 
Telle fut la triste fin de ce misérable, à la mauvaise organisation 
duquel on doit un des plus cruels épisodes du siège mémorable 
d'Ostende (1). AD. 

TixxM mratigtdte. 

De tout temps on a chanté en Flandres et en Artois âepuû les 
trouvères Jusqu'à nos jours -, 6n chantait bietf haut dans les temps 
de bonhenr, on fredonnait tout bas dans le malheur, on faisait 
des complaintes sur les tragîqites événements , on mettait des 
satyres en musique quand on était mécontent ; dans toat état de 
cause la chanson allait son train. Le recusil de ces diants popu- 
laires et locaux serait chose bien curieuse si on les rassemblait 
par époque avec quelques éclaircissements philologiques ; c*est 
ainsi que Us Romanceros espagnols sont devenus les docoments 
les plus précieux et les plus recherchés de la vieille histoire de la 
Péninsule. Quand une de ces chansons nous ttombe sons ta main 
nous n'hésitons pas à la publier ; ces naïfs élans de Tesprit popu- 
laire sont souvent des peintures très fidèles et très énergiques de 
TopinioU publique dans des circonstances importantes. 

En voici une ayant trait aux troubles d'Arras qui datent de 
1577; elle est fort rare et nous la devons à roMîgeanee de 
M. Augustin Quenson, juge à Hazebronck, qui Ta tirée d^une 



(i) Voyez Leménwrable siég^ d OsUnde , décrit H divisé sn dons 
livres, pat Christophle de Bonovrs^ du. couseil de gverre, et capitams 
entretenu de Sa Majesté. A Brvxelhs, leande Meerbeck. 1638, in-i, 
pages 451-458. — Abrégé chronologique de t histoire de Flandre , par 
A./. Patwkouckê. UUe, Panckoucke, ou Dunkerque, deBoubers, 1769, 
pet. in>8'>. pages 408-409. 



— 136 - 



co|He d un manuscrit du chroniqueur artésien Pointus Payen^ 
ayant appartenu aux jésuites de St.-Oiner et se trouvant aujourd'hui 
au dèpdt des archives de la préfecture du Pas-de-Calais, sous le n'' 
185. Le même amateur a également découvert le timbre de cette 
chanson dans un autre manuscrit renfermant une histoire d' Arras, 
écrit* vers 1740, par im sieur de FiUamoni, ingénieur de cette 
vîUa ^ muMBoril fMmt partie à% la précieuse btbKoihëque de 
M. Quênam aîné, son frère, président i St >Omer et député du 
Pas-de-Calais. Cette dianson manque dans sept autres manuscrits 
de PoDtns Payen visités attentivement. 

A défaut de la musique que nous regrettons de ne pouvoir 
reproduire et qui ne manque pas d'originalité , nous consignons 
ici les neuf couplets de cette chanson dont Tauteur a caché ses nom 
et prénoms sons une plaisanterie assez grivoise , où cependant on 
peut lire ceoi de ffien-jimé Fouequiez, C'est Popinvon de M. A. 
Qoeoson à laquelle nous nous rangeons volontiers. On verra 
dans ce chant du XVI* siècle que le mot patriote , dont on a si 
sonvent abusé dans la Révolution française à la fia du siècle 
dernier, était déjà employé A Arras en 1977 penr désigner ceux 
qni commettaient beaucoup de maux en s*Àritant derrière le 
nom sacré de la patrie. A. D. 



L 



Quand seraciw Roy d'Espaigne 
Que itt viendras aecoarir 
Ton peuple qui vit en paine 
Oppreaaè Jusque au morir 7 
Les catholIqneS , 
Des héréticques , 
SousUennent un dur assault , 
Ne vunUant eitre 
A ee faulx maistre 
GuiUanme de Nassau. 



III. 

Attlcuna vaillana oaptuftne» 
Fidels à Dieu et au Roy 
Ont traversez les campaignes 
Meaiiant aoldat^c et arrdy ; 
Vengeant l' église 
Presque au bas mise 
Par ces meschans Ganthois , 
Par Juste gnerre 
Gardant la terre 
Et la conté d*Arthoia. 



11. 



Par ce faulx prince d'Orange , 
Rebel A sa majesté, 
S^noô rage trop estrange 
Lb pais est molesté. 

Par ces canailles 
Qui font ripailles 
De nos plus beaux Jofaulx , 
Prendant nos cloches 
Vitres et croches 
Relicques et vaissaulx. 



IV. 

Aux Ganthois estoit unie 
La lignée des PatriotM, 
Qui sous le nom de Patrie 
Gommectoient cent mllle manlx 
Par boine mine 
Et ruse fine 
Trompans les simples cœurs, 
Pour viHes prendre 
El pour les rendre 
Ans ennemis trompeurs. 




— 136 — 



V. 

Ce quy capitaine AiDbroi;»e 
Penftoit en bref avoir faict , 
Mats Dieu par grâce courtoise 
Son faulx deaseing a deAict ; 
Monsieur de Gapiires, 
D'une ardeur aapre; 
Le flst sortir d'Arras ; 
Puis il flst prendre, 
Et après pendre 
Plusieurs traistres bourgeois. 



Vil. 

Pour mectre à Un glorieuse 
Gest heureux commenchement 
Ârttaois , conté généreuse , 
S*7 emploie entièrement; 

Plusieurs gendarmes 
Preodant les amea 
Pour deffendre la loy ; 
Tant que l'église 
Soit toute remise 
Par le pays du Roy. 



VI. 

Le Boucreau flst son office 
D'exercer ce plaisant Jeu , 
Par cest exploict de justice 
La patrie est rué jus. 

Tel mesnoit Teste, 
Hoobant la teste, 
Quy ora ne disoil rien ; 
Et l'hérétioqne , 
Graindant la pique , 
Gontrefaict le chrestien. 



vnr 

Le b4m seigneur d» la Motte, 
Cest oestuy de Montigny , 
Ferons danser à leur ooMe , 
Avecq le sieur de Mauny, 
La folle Flandre, 
Pour leur apprendre 
Le branle dei wallons ; 
Par tours batteries» 
Artil&efieiW 
Au lieu des violions. 



a. 

Or BOUS qui avons le zélé 
De vertu plantée au coeur, 
Prions Dieu pour sa querMe 
Toujours nous face le vainqueur. 
Faisant justice j 
De la malice 
Et des fourfaictz aussy, 
Pour après vivre 
Et Dieu suyvre 
En repos et sans soucy. 



Amis aux Dames 
par Bim FoticgiMW. 



r40teU(^tlilU it 0ittiit^]initai. 



Philippe IV, Le Bel, Eioi de France, ooncéda, au moii de jain 
1295t, au profit de la* commane , ane demeure appelée ta moiâon 
de la paiix , qui lui appartenait , sur la place de Saint-Qaentin. 
« Conceeiimuê manerimm noetrum SaneH'Quentiniy 9fhnn i» 



- 137 - 

» plaiêâ, anie eceUHam Saneti-QukUini, etc. » (l). Cest sur 
l^empUcement même de cette maison que rb6tel-de-vîUe actuel 
fat bâti ; commencé sous Loois XII et tenniné en 1509 , aucun 
document n*en a fait coonattre jusqu^ici le nom de l'architecte ; 
maïs on sait que ce fut Oudart de Marie, pour lors argentier de 
la tille, qui prit soin des travaux. 

Rieo, dans la disposition intérieure de cet édifice, ne fait pré- 
sumer que Tarchitecte ait eu le dessein de compléter son couvre 
par Térection de la campanille qui est assise aujourd'hui an- 
dessus du pignon du milieu de la façade ; Teiamen des murs et 
surtout de la charpente intérieure^ indique, au contraire, que la 
campanille a été ajoutée longtemps après le meufument terminé. 
Ce fut plus de 150 ans après la construction de rh6tel-de-viUe 
qu'elle fut élevée ; car une requête du 11 mars 1645 ^ Tinten- 
dant de Picardie, expose qu'il n'j avait à cette époque , à Saint- 
Quentin , aucune horloge qui vaille, et que pour y subvenir, le 
mayeur et les échevins avaient acheté celle du Caiteaux. Une 
campanille fut construite pour la première fois en 1645 , au«* 
dessus de l'hôtel de-ville , afin de recevoir cette horloge. La 
première construction était peu importante , mais , en 4 759 , la 
campanille de 1645 fut démontée» une nouvelle s'éleva, cons- 
truite sur de plus larges bases ; c'est celle qui existe actuellement 
et dont l'architecture est tout-é-fait en contradiction avec le style 
du monument. 

L'hôtel «de-ville , d^ns les premiers temps de sa constructiop, 
lût souvent appelé la maison de la paix^ du nom du bâtiment 
qu'il remplaçait et qui était le siège des^ magistrats de la com- 
mune. 

Le rez-de-diauiaée, autrefois le prétoire, ou lieu des audiences 
du Bailliage de Vermandoîs , sert aujourd'hui de corps-de-garde 
et de logement au secrétaire de la mairie \ il n'offre plus qu'une 
partie de sa construction primitive ; mais le premier étage, auquel 
ou parvient par un escalier en grès de vingt-huit marches, a été 
respecté dans ses parties principales. 

Ce premier étage était autrefois divisé en trois grands appar- 
tements: V* La ehapeUe , niviée dans la partie nord-ouest de 
rèdifice, aujourd'hui le local affecté au service de la caisse d'é- 
pargne. 

%^. La salle Beaulie^ , située dans la {partie sud-est, servait 
dans les premiers temps d'arsenal *, c'est là qu'on déposait les. 



(1) Exlraii dti carlulaire de rhAtel-de-vUle de Saint-Qnontin , n« 50, 
pace &1. 



~ f38 — 

anciennes armure^i les casques, les durasses , fes piques, les ar-* 
qaebuses à croc , drapeaux, tambours des compagnies quarte • 
nières. Cette salle, long-temps occupée par les tribunaux, est 
aujourd^bui divisée en plusieurs bureaux , celui des actes d- 
fils, etc. 

5*' La chambre du eonseil, située au nord-est du moimmenf. 
donnant vers îe jardin , est entièrement décorée dans le goût 
de la renaissance. Cette salle est la mieux couserrée de rédîflce. 
Au fond , fis^à-vis de la porte , 8*élève une cheurînée coloasate 
ATec ses figures autrefois dorées et son manteau orné de sculptures 
bizarres, rehaussé par les armoiries de la Tille de Saint-Quentin , 
maintenant mutilées -, à gauche quatre fenêtres en ogive , dont les 
vitraux représentent , en partie , les patrons des diverses con- 
fréries qui existaient dans la ville , à Tépoque de la constructioB 
de Tédiflce. Autour de la saHe règne encore le banc circulaire 
des édievins de la commune. Le plafond , disposé en TOûte, 
peint en bleu , parsemé d*étoiles d*argent , est rehaussé par six 
figures grimaçantes, en bois sculpté et colorié, ornant fes poutres 
transversales. 

Une réparation importante fut faite à celte salle en 1718, la 
cheminée fut reblanchie et dorée , les murs ornés de tapisseries 
neuves sur lesquelles étaient brodées les armes du Roi et celles 
de la Tille. L'entrée ayant été changée, Etienne Fizeaux , Tun des 
échevins , fit don à la ville de la porte en cbéue qui existe encore 
aujourd'hui. Ce don fut consacré, du consentement de Téche- 
Ttnage, parles armobies du sieur Fizeaux qu'on plaça au-dessus 
de la porte, avec cette inscription : Ex dùno Sitphani Fisêoux 
adiliê anno MDCCXIX. 

C'est dans cette salle que le 9 décembre 1589, Henri IV accepta 
un dîner que lui offrit le corps des échevins , les esgardeurs de 
métiers et tes syndics des corporations. 

L1iôtcl>de-v.ille n'a peut-être pas toute là légèreté qu'on re- 
marque dans quelques constructions gothiques , mais la symétrie 
vraiment harmonieuse de ses proportions , la pureté du style 
ogival employé dans les arcades qui supportent la façade, la verve 
originale des nombreuses figurines qui décorent les chapiteaux, 
les voussures , les voûtes du pérystile , en font un édifice de pre- 
mier ordre parmi les monuments de notre ancienne architecture 
civile ; c'est là un exemple intéressant de trausition entre le style 
ogival qui préside encore à sa partie inférieure , et le style dît re- 
naissance qui se trouve plus nettement caractérisé dans sa partie 
supérieure. 

Ce monument est encore digne de fixer l'attention, si Ton con- 
sidère l'originalité des ornements qui décorent la façade : chaque 



moulure, chaque chapiteau, les corDiches» les ogives sont chargés 
d'une quantité prodigieuse de groupes les plus bizarres : ici, e'est 
une scène de vendanges , là^ c'est une diablerie ; des moines» des 
soldats, des femmes , des anges, des prédicateurs à tête d*ani- 
maux , des monstres de mille formes surgissent au milieu des 
feuillages et des rinceaux : tout rappelle la naïve et franche gaieté 
de nos aïeux. On 11 retrouve partout, jusque dans Tenigme sui- 
vante que Charles de Bovelle, facétieux dianoine d'alors, composa 
sur la date de sa construction : 

D'uo monioa et de cinq chevaux 

Toutes les testes prenderez M.GCCCG. 

Et, ft Icellûs, sans ouïs travaux, 

La queue d'un veau Joindrez ; Y 

Et au bout adjouterez 

Tout les quatre pieds d'une chatte IIII 

Beesemblet, et voua appreadrez 

L'an de ma façon et me date 1I,CCCCCVIIU (1509) . 

Celte éfiigne , gravée sur une plaque de onivre , était soudé» 
à Ton des piliers de grès qui soutiennent la façade ; elle en fut 
arrachée par on soldat espagnol » en 1 557, après la prise de St.- 
On retrouvoencore, dans le pilier droit de Tarcade du- 
I, le plomb qui soudait cette feuille de cuivre. 
Une inscription plus intéressante et plus glorieuse pour la ville 
de Saint-Quentin , est inscrite en lettres d*or sur une table de 
marbre, an front du monument, où elle fut placée en mars 17i9, 
aé-deasiie de Tareade du milieu ; ce sont des vers faits par San- 
tenil, à Voccasion de la résistance héroïque des habitants qui se 
sacrifièrent en 1557 pour sauver la France. Voici cette inscrip'- 
lion : 

BeOatrix, I, Borna I tuos nmc objiœ muros I 
Plus défense sMnu, plus nostro h»c tincta cmore 
Mania tandis habent : furit lioslls , et inuninet vbà ; 
Civis muras eral, satis est sibi ctvica virtus< 
Urbs, memor audacis fàcti, dat mannore în isto , 
Pro patria cœsos œtemum vlvere cives. 

Charles Gomart. 



<e0 I^ttrlti6« 

A la fin du XVI* siècle, dll appelait Hwrhu, dans les provinces 
de Flandre, Hainant et Cambrésis , des troupes années qui ne re- 
connaissaient plus la domination du souverain légitime , et qur 
faisaient des incursions dans les terres soumises aux rois d*£8* 
pagne pour y piller , dévaster et incendier. C'était des espèces^, 



I 
1 



— 140 - 

i\v. pat tisnns tels que cenx qu'on désigna sons Louis Xlll* par le 
iiuiii de Schenappans d*ofi l'on a fait le mot français ehenapan, 
et (jui Tient fie Tallemand schnapphan , selon i'oraey, ou de 
schnapphonen selon La veaux. On les nomma anssi jadis en fran- 
çais Snaphan (1). Ces compagnies franches armées d'arqtrebines 
se conTertlrmt ensuite eir voleurs de grands chemin*. 

Quant au mot hurlas il \ient peut être du ffamand huurUng, 
qui signifie mercenaire , homme à gage ; où de huurhon , qui 
veut dire gages , salaire qu'on donne à un homme loué pour fout 
faire. Nous serions pUitùt tentés encore de trouver fétymologie 
du mot hurlus dans une espèce (ronomatopée tirée ou des hurie" 
menti proférés d'ordinaire par ces pillards au moment de leur 
invasion subite au milieu des villages . ou bien des cris d'avertis- 
sements et de détresse poussés par lours victimes. Il 7 « presque 
toujours quelque chose d'indIeaM dans ee» noms inventés par le 
peuple dans des moments de malheur et de misère : le mot 
huriui est d» ce nombre. €e terme est resté long temps et iradi- 
tionnèH c nw m t dons la mémoire des population» de la Flanâre , 
comme synonime de pillatd. P^rmi les penonoages de l^anoîenae 
procession de fa rttle de IJHe ftgnrait le tmmhour-wmjar été 
Hurlui ; on avait soin de lui donner l'aspect le plua terrible et le 
plus rébarbatif. An total , les sonveoirs laîsaés dans le pays par 
les HuriuM sont des souvenirs de dévastation , d'incendie et de 
meurtre. 

Les campagnes qui souffrirent davantage des irruptions des 
llurlUB sont oelles des environs de Cambrai , de Valendennes , de 
Tournai et de Lille. De 1580 h 4593 les paysans placèrent des 
guetteurs à chaque clodier de village pour voir de loin l'arrivée 
de ces bandes dévastatrices et sonner le tocaîn : alors sn saoraît 
les femmes, les bMianx et l'argeni qn*on ponvait avoir ; las Bar- 
lus se vengafcM de ce qu^on sûnstnrfait à learrs coups on à leur 
rapacité en incendiant tes diaumiètes et les fermes. C'est aussi 
sans doute à (ïette époque qu'on fonifla quelques églises , comme 
celle de Dermerain, en entourant les cimetières de murs crénelés 
et de tours. 

Jean Doudelet , chroniqueur de Valeuciennes , qualifie , dans 
son Sommaire des guerres de Cambrai^ ms., du nom de Hurims 
ceux qui, en 4580 , tenaient !<; parti de la garnison de Cambrai» 
alors commaudée par le S' d'inchy , qui ne reconnaissait ni Tan- 



(I) Voyez Mémoires de d'Artagnan. — Ménage dit que ce moi 
vient â^abschnapen, c. a. d. lécher le chien d'un fusil ; el c'est coimne 
qui dirait un fus^irr. ( [firtiannàrre Etymohgif/^) . 



- 141 - 

lorite de TK^pagne oi celle de Tarcbevéque. André -Joseph 
PaoduMièke , dans sou Petit âieÊUmnaire de te thateHenie de 
IMU (édkioii d«i755, pet. io-i9. p ^5), aignele Finoendie de 
Té^M de Queanoy-soroDeule , loas Philippe 11, qu'il attribue 
aux Mmrlue « bérétiques réf oltés qu*eD appelait aiiMi fjfuemf, w 

U M Bevenhre 11180^ le TilledeCejidé fut prise par les È/mr- 
Im de Townai. 

Le S septembre 1081 , les siènes s'emparèrent de la vttle de 
Ssiat-GtaisiaiD. 

Le 19 août 1589, les Hurlus de Cambrai s'avancèrent |«qa'à 
Oonaing elQuareldw eCemaMnèreat les besliauï. 

Le 9 tfril 1895, les ffurlmê ée Csnbral, serrant som Bklagny, 
gMiFemear de cette vîlte , vinrent brûler le faubourg de Mcms 
sons lespettM de Vsteiicleniies. Ce fanboorg était alors considé» 
raUe et s*éteiideit vers le RoUémr. Cinquante-quatre ronisous et 
belles fermes furent détruites à cette occasion. Un habitant jyant 
fait relever sa demeure après la prise de Cambrai par le comte de 
Fuenleieu U mâoie année 1595 , it poser ceUe inscriptloii au- 
dssBiM de sa porte : 

Le deuliesme d'aTtil eh l'an mil t/i oinq eem 
Atec nouante dnq, par HmUu deCambray, 
Sqfels ée Belagay, athéiale pont vrey , 
Usurpent Gambré»is, tyfanniiSBt les gAOs, 
Ce iaiuLbourg fut bnislé. Tant que je dureray 
A tous ses successeurs je le déclareray. » 

Ce n*est pas pour la valeur po^lifue de ces vers quUI est permis 
du lee citer >, mais ils coustalent un fait et c'est assei. La maiaon 
doDt la fbçiide fut ïZ/usIrés psr ce sixain n'existe plus depuis long- 
temps : dans « des sièges que la ville de Valeneienues eut i 
soMeair daae le sieste suif aat, elle fût rasée soit de la part des 

légès» soit dé celle des assiégeaDU^ à Taide du eaneu , cette 
raisou des rois , que lo soldul a baptisé aowi de son chef 
du nom de dom hrutal, comme les paysans Aamaade se per- 
mireot deeréer le surnom des Hurluê, A. D. 



l^oâiU HcB Cttftmtd it Croyant 

180i-l8à0. 

Au commencement de ce siècle il exista dans la tîlle de Douai 
une réunion bachico-lyrique qui , i riostar du C09è0u et des 
Smipere de M&mu$ , se réunit à certaines époques pour chanter 
et boire y mais pour r hanmer un patron dout le nom est vénéré h 




/ 



— 149 — 

Dotiai, et pour toaster à sa mémoire. Cette association , foadée par 
M. Poltea^^ commissaire de police à Douai, mort en 18 55, et 
antres amifl de la gatté , prit le nom de Sodètè d$$ enfanis de 
Gagtmt, Gaffant (neui mot qui signifle Géani) est un eolone 
en osier, habillé et armé en guerrier, que Ton promène afee les 
membres de sa iamille , tous les ans, le jour de la fâte communale 
de Douai, dans les premiers jours de juillet. Ce personnage est si 
populaire, si adoré des douaisiens, qu^on désigne vulgairement 
les habitants de cette ville par la qualification générale à'EnfinUê 
de Goffani. 

Parmi les membres de la société des BnCiuts de Gajant , on a 
compté d*anstéres magistrats que les règlements de la société dé- 
pouillaient, sur le seuil de racadémie bachique , de leur gravité 
parlementaire, et qui, une fois qu'ils ne se trouvaient plus sous la 
protection de la sage Thémb , n'étaient pas les moins joyeux dos 
convives. 

Cette asMdation laissa des traces de son passage à Douai ; les> 
chanteurs qui en faisaient partie publièrent : Eiremue demain 
eienneiy ou recueil de ehaneone didiiee aux EnfaseU d€ 6a§emâ 
(avec cette épigraphe : ) « Gayant ressuscité ramène TaUégresse, • 
à Dotiai, chez FUlette, impr. lib. (san^date, mais 1818-1819), 
9 vol. in-9é de 428 pp. diacun avec une gravure en bois. Ce 
recueil, devenu asses rare, même dan» le pays , réunit toutes les 
pièces prindpales foites et diantées aux banquets de cette société 
momusienne. Elles n'ont rien de bien remarquable. A la fin dn 
premier tome on trouve une comédie , dite kèreltqm , en trois 
actes et en prose que MM. Rayiutl et jiuberi firent représenter 
pour la pmsmtèra fols sur le théâtre de Douai , les 9 Juillet i80i. 
Elle rentre dans la matière du reeneil et pocte ce titre : JDauai 
déUeré dee barbaree , par Jehan GHon , eumommé Coyonl , 
faU hiitùHque eeui la date de 881. Pag» 78-498. Du sublime 
au ridicule il n'y a qu'un pas , les auteurs de Douai délivré des 
barbaru Font franchi. 

La procession de Gayani remonte, dit-on, au règne de Charles- 
Quint ; on le fit marcher devant la reine de France en juillet 
1667, après la conquête de Douai. Supprimée par Pévéque 
d'Arras en 1699 et 1770, ellefut rétablie en 1778 ; la Révokition 
Tabolit en 1799. Gayant se releva définiâvement en 1801 , et 
c'est de cette rieurreetion qu'il est parlé dans l'épigraphe des 
Eirennes don aittentiet ; elle ramena VaUégre$ee et tondait 
société des Enfants de Gayant^ 

Ses membres se réunissaient deux fois l'an. Là , au milieu d'wi 
joyeux banquet , ils célébraient en prose ou en vers la gloire de 
leur grand patron Chacun y payait son tribut. Le géant de Douai 



- 143- 

n^ar pas trop bien inspiré ses entote, hoos sommes désolé d'éfre 
forcé de Tarouer. Tottt au plus peut-on citer ar ee éloge le petit 
poëmede Gayant reêsu$eité àe Séraphin Bernard^ douaisien, 
qui datait de 1778, réimprimé en 1849 , chez Vinois , à Douai ; 
les antres pièces sont d'une insignifianoe désespérante. 

L*liistotre fournit un eiemple de rattachement des douaîsiens 
pour»lenr géant. M. de Bréande, capitaine d*arliUerie ; qui avait 
épousé une demoiselle de Douai-, était lèrt aimé dans cette ville , 
et sa compagnie se trouvait composée presqu^entièrement de 
donaisiens. Il concourut avec eUê à la prise de Tournai en 4749. 
Le lendemain de oettecoaquéte» lesous'-offider chargé du détail 
de la compagnie vint le trouver d*un air triste et lui fit en trem- 
blant le rapport que presque tout son uKMide avait déserté. Le 
capitaine resta d'abord stupéfié à cette nouvelle , puis, se rappe- 
lant tont-à-coop que ^ jour même 4>n célébrait à Douai la fét$ de 
Caifûm , ponr lequel tous les habitants de cette ville professent 
une espèce de culte, il dit à son sergent : « Sois tranquille : Les 
enfants de tiayant sont fidèles à leur roi et à leur devoir ; et 
nos gens reviendront dès qu'ils auront vu danser leur grand- 
père. » En effet, la kermesse de Douai terminée, la compagnie 
de Bréande se trouva plus que complète par le retour des artil- 
leurs de Douai, qui avaient amené avec eux de nombreux soldats. 

La gloire de Gayant a été célébrée par un grave conseiller de 
la cour royale de Douai, M. Qnen$on^ aujourd'hui président dn 
tribunal de Saint-Omer et député du Pas-de-Calais, qui, laissant 
on moment les travaux sérieux de son état, n'a pas dédaigné de 
publier nn ouvrage très-complet sur ce personnage populaire , 
sous le titre de : Garant , géam de Dimai^ ea famiUe et ea 
proceteion. A Douai-, Félix Robaut (imp. de V, Adam , 4859) , 
gr. in-8» de i44 pages avec fig'**. Ce fait syffit pour indiquer en 
€|uei honneiir le vieux géant est tenu par les habitants de Douai. 

À. D. 



ttn annm plan'ke IPimat. 

quelque temps , les promeneurs de la rue de Bellain , à 
Douai, ont remarqué avec intérêt, parmi les lithograi^ies elles 
tableaux qui ornent le magasin de M. Jlobauly un vieux plan de 
Douai extrêmement curieux et détaillé. Ce plan, autographié è un 
assez petit nombre d'exemplaires , et mis en vente pour les ama- 
teurs d'antiquités locales, est tiré d'un ouvrage précieux de Jean 
RIaev, le Theatrum urbium Belgicœ regiœ , terminé en i64!> 
<*t dfdié à Philippe IV, roi d'Es^pagne, 




— 144 — 

L'action iudUsiair«iiite0iie derniérauieiit tu H^etdelapro- 
prtélé de TEsplaDade » avaU donné lien à dea r^cberchea actÎTca 
sur ka aneiennea diviaiona de la ville. 

La bibliolhèqoe pobliifoe poaaède Tonvrage de Jean Biae?, 
et c*e9t de là que M. Robant a pa reprodoire le plan original de 
la ville vae pour aînai dire A vol d'oiaeau. 

Il exiflle trèe-*pea de tea aneiena travaut topograpbiqnea anr 
Dovai. M. le eonaeiller MganC en poaiède d^extrémement rarea 
danaaa belle oolleetion d^œavrea dn paya ; on y remarque prin- 
cipalement nn plan mannaorit de la preanère eneeiote de la ville, 
m» antre plan anaai mannaerit dn XVI* alède , avec lea non» an- 
eiena dea rnea, et celui de Maev avee nn profil d'enaemble et 
qoelquea bellea gravnrea représentant lea principanz étaèliaae- 
meata reHgîeax. 

Qnand on a sons les yenx ce plan de Blaev , ses nombreux clo- 
chers et ses pignons microscopiques , et qne l'on se reporte à la 
date de i649, on peut,' avec un peu d'imagination, voyager dans 
le Douai d^alors^ et retrouver, au contact de la foule bigarrée de 
ce temps-là, les émotions éteintes et tes souvenirs de cette épo« 
que malheureuse. 

Alors la ville , réparée et fortlBée par les derniers souverains 
espagnols , était sans garnison. Les trente-une compagnies d'in- 
fanterie et la cavalerie que nous possédions encore en 1642 
étalent allées se faire écraser à Lens , le 40 aofit 1648, par le 
victorieux prince d^ Coudé. Le soir de cette même journée , les 
débris espagnols qui se présentèrent i iios portes trouvèrent 
visage de bois, et fiirent contrainte de passer la Scarpe A la nage, 
pour gagner le Cambresis et le Brabant. >- Réduite à ses propres 
forces. Douai devait , vingt ans plus tard , résister cinq jours au 
choc de Tarmée de Loais XIV ; quand on pense qae la ville n'a- 
vait guère pour se défendre que des écoliers et des moines, quand 
on réfléchit à sa nationalité , si constamment balancée entre la 
Flandre, lea Espagties et la France , on est bien aise » après cette 
honnête résistance , de la voir redevenue françaiae de fait comme 
elle l'avait toujours été de langage et de position. — En 1649, 
le commerce, si florissant aux premien jours de l'Université , est 
appauvri ; la cramte de la gnef re et de la peste dispersent un 
grand nombre d'écoliers et de bourgeois ridies. «— Autour de la 
ville, les gueux , les prédicana et lea patriotes achèvent de trou- 
bler les Keux oubfiés dana les mardies des Impériaux , dea Bapa- 
gnols et des Français. — A Douai , boulevard de la foi , llnqui- 
sition tend à donner aux idées reftgîeusea l'autorité et les in- 
fluences de la peur ; après avoir brûlé les sorcières , on perce 
d'un fer chaud la langue de gens soupçonnés d'hérésie. Vingt 



— 145 — 

Béminaîret, six oollégea^ douze refcigeSi quinze clollres de femiMs, 
dix couvents d'hoaunes, cpnrante hôpiUiix ou fonditifim mrm^ 
nières trouveut daas 4a ville 4e6 loîtirt île la teienoe ou de In 
prière, et les bieufalts de la charilé. 

Les écoles et les couvents y fout fleurir uue branche de coni-- 
merce importante ^ rimprimerie. Alors brilleot les Bogard , \e^ 
BeUère, tes Wyon, les Boecard , les l^eNaoi , les Attroy , et d*a»-^ 
ires dont les œuvres attestent le noiiveflKnl des esprits ainsi «pie 
les luttes théooraliques des ordres savants. 

Cà et là qoelqoe poète leur livrait son chef-d'œuvre, pourvn 
qu'il ne sentft pas la vache-à-Colas ; mais il faut le dire , Douai 
n'inspirait guère les enfants de la fantaisie et tes adorateurs {au 
beau. Jean Loys , en qui se reflètent les sentiments de Tépoque, 
faisait ains» ses adîenx à sa ville natale : 

Adlett, ville bourbeuse , adieu, ville emmurée, 
Foi^eroone, tanpoftune , ei prison des espris, 
Adieu, die-Je, Douai où naûtaeoe je pris ; 
Votre fâcheux pav^ num eapnt ne recrée. 

J*aime mieux miUe fois, à t'ombre d'un ormeau 
Ouyr un rossignol, un pyvert, un moineau 
Dégoiser cent moUeis nombreusement sans nombre , 
Que le résomuLUt fer de vos marteaux ttcbeux , 
Que les iïrttîts éototants d'un peuple souolenx, 
Que les murs de vee ieiis, vros clochers et lew ondire. 

Cette boutade d'un élève du vieux Ronsard semblerait induire 
que l'auteur fùjait un maudit voisinage de forgerons, 4a rue tes 
Ferronnieri sans doute, qu'A habitait en sa qualité de marteleur 
de rimes. 

Les clochers et leur ombre indiqueraient que dans ce temps- là 
il y avait du soleil. Heureuse époque ! . . . Ifals ce n'était peut-être 
qu*uue illusion de poète. Peu nous importe du reste cette oitibre, 
pourvu que les clochers nous restent. L'onibre ne manque pas 
non plus sur le plan de M. Robaut; mais elle tombe sur les flancs 
méridiouaux des édifices , et la lumière y vient du nord , absolu- 
ment comme dans Pode fameuse. Cen^est ici qiTiuie erreur très- 
légère du Kthographe, à moins que ce ne soit une flne flatterie à 
l'adresse de l'Athènes du nord. Mais cela n'empêche pas le plan 
d'être très-exact -et d^un grand intérêt. 

On y retrouve en détail et avec leurs formes diverses totftes 
ces pyratnides de pierre élevées par la dévotion, les aiguilles, les 
clodietons , les nombreuses campanflles qui faisaient , à l'heure 
de TAngelus, un carillon dés plus variés. On y compte les vastes 
thèbaSdes, les terrains vagues, les vignobles et les jardins tant 
soit peu marécageux , qui enlaçaient la seconde enceinte de la 




- 146 - 

nlie » et éUieni eiix-inémes englobés par les boulevards garnis 
de loore et par les ouvrages de défeuse. Dans les anciennes li- 
mites, les maisons se resserrent, les pignons se touchent , les rues 
se croisent et se tortillent dans le centre trop étroit. On distîn- 
gae tout, Jusqu'aux puits. 

Celui qui voudrait se reconnaître dans ce libyriittbe co w nt — 
drait-il maintenant les namsandens des rues du Fuich al-Kame, 
des PoikêfiàaUi , de la NmMô-Cauehm , de VJ*l$eotm0 , des 
Luiiaux , des Drakien^ de la fieaej des Péndâufs » du Trou- 
A* Amour ^ des Pourchiaux , du Blanc-Muêiau , du Pommai- 
fAigne, du Putimuehe , de la Couture , du Pant-ârVal , du 
Grand-Uacquebar^ du Mes , des Damu^-AuguêUê , des Gi- 
êantes et tant d^autres. 

Alors toutes ces rues étaient traversées par une .foule aux cou- 
leurs tranchantes^ qui reflétait dans son costume. la vie espagnole. 
Les femmes, même riches, ne sortaient guère sans mantelet. La 
mantille, reléguée aux derniers rangs du peuple, tend depuis 
quelques années à reparaître sous la haute protection de la 
mode. 

Les gens de guerre et les nobles portaient dlora ces riches 
vêtements que les peintres Qamaud3 ont immortalisés. — Les 
Cordeliers à la ceinture rustique , les Capucins à la robe de bure 
et au cdpuchon pointu, les Minimes, les Carmes-Décbimssés, tous 
les ordres mendians , coudoyaient , en faisant la collecte , leurs 
frères riches et savants, les Dominicains au froc blanc, les Jé- 
suites, les Trinitaires, les Bêoédictios et d'autres religieux ayant 
chacun un costume différent. Les religieuses non - cloîtrées , les 
béguines , les hospitalières passaient les ^ eux baissés au milieu 
des bandes d'écoliers , qui régnaient dans les carrefours et pre- 
naient leurs ébats, à la barbe des archers, avant le couvre-feu. — 
Il ïCy avait pas Jusqu'aux pourchiaux de Saint Antoine, qui ne 
se prélassassent dans la ville pour chercher pâture , — hôtes fort 
incommodes qu'il fallut renfermer un beau soir, pour avoir voulu 
dévorer des enfants. — Dans le silence des nuits, les crieurs ré- 
veillaient les bourgeois, au plus fort de leur sommeil, et ne man- 
quaient pas de leur donner le cauchemar pour la plus grande 
gloire de la religion. 

A cette époque, on faisait» pour l'exemple, monter les fliles 
débauchées à rebours sur un âne. L'infamie était condamnée â 
passer la tête dans un tonneau défoncé , et à faire ainâi le tour du 
marché, aux cris de la populace et des écoliers. 

Deux cents ans ont changé bien des choses Qui de nous vou- 
drait revenir aux vieux bons usager de 1649 ? G. C. 



— 147 - 



Vers le milieu du XVi' siècle, la noMe abbaye de Ste-Gertrude^ 
de LouTain, où Ton ne recevait que des iiersoniies d*une nais- 
sance distinguée, était administrée par Dom Philippe de Hoeden^ 
7«abbé, nommé coad]uteur de son prédécesseur dès Tan 4958, 
et élu en titre le S2 avril 4 554 . Protecteur de la florissante uni- 
versité de Louvain , et défenseur de ses privilèges, il (ut aimé et 
honoré de tous les Louvanistes ; toutefois il rendit encore un plus 
grand service aux lettres : en relevant les bâtiments et Péglise de 
son abbaye dévastés par un incendie , il y édifia une vaste biblio- 
thèque qu'il emplit des œuvres des auteurs les plus renommés 
tant anciens que modernes. Cette belle et utile fondation est un 
titre à la gloire littéraire de Tabbé^ mais il mérita la reconnaif- 
sance des amis des livres par plus 'd*un motif et entr*autres par 
le fait suivant. 

Un jour de Tan 1565 , dom Philippe de Hosden étant malade 
(probablement de la goqtte) et se trouvant ches M^^' Aérienne 
de Glymee , sa nièce , où il cherchait à se distraire de ses dou- 
leors, il lui tomba sons la main un exemplaire gothiqne du livre 
intitulé : Lee irimipheê de la $%ohle dame amaureuie , et Vart 
d*honne$îem€nt aimer , eompoêès par le Traverseur des voies 
périUeuMei (Jehan Bouchet , de Poitiers). L'abbé prit un singulier 
plaisir à cette leoture et s*y amusa tant qu*il parcourut Texem- 
plaire de sa nièce jusqu'à la fin. Si ce livre n^avait pat guéri ses 
maux, il Tavail^au moins empêché pendant quelque temps de s'en 
apercevoir; il lui devait donc de. la reconnaissance et il la montra 
en se décidant à le faire imprimwr à Louvain même , afin que ee 
çtn awU oMfMiravafil eeté rare en eu Pa^e^Bae fueee pwr- 
aprè» defaeile reeoworanee. 

Mais avant de livrer sa T^ame amomemee à Pimpression , le 
pieux et noble abbé de Sainte-Gertmde cmt devoir la dire passer 
par nne épreuve humiliante ; il la fit ^châtrer par un comité de 
théologiens de Louvain pris parmi les plus experts et les plus âgés. 
Comme dit le nouvel éditeur, eti. son style Lofeanien du XVI* 
siècle, la noble dame « fat commise à leur discipline et correction, 
» afin que d'extirper et retailler le soperfki , remettre 9C qui se i 
n désiroit , et ce qui estoit mal allégué deutemeut recoucher. » 
Quand cela (ht (ait , Ponde de mademoiselle de Glymes confia 
rœuvre du Ttaverêewr det vùieê périlleuses s maître Jean Bo- 
gard , libraire et imprimeur juré en la ville de Lovain , sons 
renseigne de la Bible tor^ et le chargea de remettre le livre en 
lumière , ee qu'il fit en un beau volume in«-8^ de huit (euillets 



- 148 — 

liminaires, 546 folioa cotés , et 6 non chiffrés contenant ia lablf 
des chapitres. Le texte est terminé par les devif^es : Spe labor 
Uviê — A bien touché, dans la dernière desquelles ou trouTe 
Jean Bimchet, nom ôt". Tauteur qu'on avait anagrammatisé sui- 
vant PasagH du temps. 

Par une juste reconnaissance, Timprimeur Jean Bogarc^ avait 
dédié, le 5 Juin 4565 , sa Noble Dame amoureuse à mademoi- 
selle Adrienne de (îlymes, comme un hommage dû h la célèbre 
et ancienne maison de Qosden à 1a(]uelle elle tenait par un lieu 
Indissoluble, et dont lui, imprimeur-libraire, avait tant à se louer 
en la personne de son oncle , le savant abbé bibliophile. Cette 
dame était dVilteurs la cause première , quoîqu^indlrecle , de la 
nouvelle édition du livre curieux de Jehan Bouchet , qui sans 
doute aujourdUiul ne ferait plus oublier les douleurs de la gouite, 
mais qui est cependant toujours recherché. L*abbé Philippe de 
Hosden fut enlevé le 5 des calendes de juin 4569 , plein de jours 
encore et de mérites ; les aiTÎère-neveux de sa nièce , Adrienne 
deGlymes, sont encore vivaces en Belgique; les comtes de 
Glymes ne bâtissent peut *étre plus de bibliothèques , mais ils 
vivent anjourdliui fort noblement au château d'flarmégnîes , près 
Mons. A. 1>. 

Tontes les 'vlltes 4e FUndre» ont des fêtes oonmmiales qu*on 
célébrt «nnueUement avec pompe etspVendeur ; «es fêtes tirent 
lear orifliM ou de %i dédioaec delà prmoîpale église du \Um , on 
de quelque délWnmoe d*nn grand malheur, d'un sacrilège, d'une 
pssle,d*iin siège, etc. En Tannée il»9 S, la ville d^Tpres, ftr 
sohe des longues querelles ^de la Franee-^ei de TAnglelerre, était 
assiégée par les Anglais qui la pressaient de près ; oependant ja- 
mais les assiégeants ne purent frandiir une stsspls haie é'^nee 
qui .détendait la lille. du 4:6tè oii Ton voulait donner Tassaut^ là 
ils perdirent beaunonp de >monâe et forent bientôt «foreés de lever 
le siège à -cause de Papprocba des Français, te atiribua eette dé- 
route devant la haied*épinas, «à la protection et à riutecoeaiion 
de ils iVterge, dont une image miracttlause était honorée à Ypras, 
dansréfKsedn cousent «Iss fieras AécoMets.rOnhistitaa., à eette 
occaslaB,iineftte^*Qn devait célébrer tovs les aus, le premier 
difflsnebe du moisd!aoùt^ .pour perpétuer la méanoire de rené- 
nemeat , et le pape Urhain Vlll autorisa la création d'une eau- 
frérie dite der Thuyjnen , c*est^-dire de la Mita 4'èpUus, dont 
lesmeembres voet invoquer 4a mère de iDieu devant sa aaîate 
imag ; oelte confrérie , par ess psièies , perpétue les aottonads 



- 149 - 

grAc«» que Ton doit à la vierge Marie » ponr la protection dont 
(41e voolut bien entourer la ville d'Ypres en un pressant besoin, 
au moment d'être prise et saccagée par les Anglais. Telle est To- 
rîgine, à la fois historique et reli($îeuse de la fête communale 
d'Ypres': c'est à peu-près Thistoire de toates celles des an- 
ciennes communes de Flandre. A. D. 



m. jDiiotpinr mmiBtre b'Ctat 

La viHe de Blons vient de perdre un de ses citoyens les plus 
honorables et le pays uq de ces hoounes de eœar et d'élite dont 
le souvenir doit rester étorneUemeiit cher et honoré. M. Auguste- 
Joseph Dttvivier , ministre d*Ëtat , membre de la Chambre des 
ReprésentAOts, ottieîer de Tordre de Léopold et de la Légion- 
d'Honneur, est mort à Bruxelles le i*' juillet 1846 , â Tâge de 
73 ans, 6 mois et 19 jours, des suites d'une attaque d'apoplexie. 

Né à Monsle IS décembre i77% , il y termina ses humanités. 
Il illâ ensuite à iouvain où il obtint ses degrés en médecine , se 
destinant à suivre la carrière si honorablement parcourue par son 
père, médecin distingué de i^tte ville. A peine de retour de i'U- 
nivenîté, il n'avait pas vingt-cinq ans , lorsque , le 2$ germinal 
an VI , il fut nommé profetseor d'histoire naturelle à l'école cen- 
trale du département de Jemmapes. A la suppression de ces 
écoles, il quitta la carrière de renseignement pour entrer dans 
l'administration des contributions. Sou avancement , juste ré- 
compense de son mérite, dit' V Inêêpindana dans l'article né- 
crologique qu'elle consacre é M. Duvivier, y fut rapide, et de 
1804 à i$iS nous le voyons passer des fonctions d'inspectenr- 
partienKer à celles d'inspecteur principal, puis d*inspecteur* 
général. Dans'cette période , il fut chargé de plusieurs missions 
extraordinaires fort importantes dans les provinces rhénanes et 
en Espagne. Ce (ut lui qui organisa la régie des tabacs en Kspagne 
où il resta jusqu'à la retraite de l'armée commandée par le 
maréchal Suchet, duc d'Albuféra. En i8l4, le gouvernement 
ftrançais confia à M. Duvivier l'opération de la rentrée en France 
des tabacs de la régie , qui présentaient une valeur considérable. 

En 1815 , il rentra dans sa patrie et il vint lut offrir ses services 
et le fruit de sa longue expérience et de ses capacités II fut alors 
nommé receveur des convois et licences à Courtray ; l'année sui- 
vante , il fut nommé directeur des impositions directes et indi- 
rectes dans la province d'Anvers , et chargé de Torgauisation du 
service. Malgré la difficulté de sa tâche , M. Duvivier parvint à se 

10 



— 150 - 

concilier reslime et lea sympathies du commerce auversois, qui 
regretta vivement ce sage administrateur, lorsqu^eu 1828 le gou- 
vernement rappela à Bmxelies en la même qualité. Le gouverne- 
ment provisoire le confirma en 4850 dans ces fonctions etbientdt 
il fut nommé administrateur des douanes. En 1851 , le régent lui 
confia aditUerim le portefeuille du ministère des finances, plus 
tard il fut nommé définitivement à ces hautes fonctions qu*il oc- 
cupa avec honneur et dans des temps difficiles jusqu*aa 4 août 
1851. ^ 

Lors de sa sortie du ministère , après trente-quatre années de 
services actifs et dévoués , M. Duvivier obtint le titre de ministre 
d*Etat. Son âge lui aurait peut-être conseillé la retraite, mais son 
patriotisme ne lui permettait pas de renoncer à servir son pays 
lorsquUl se sentait encore assez de force et de courage pour 
poursuivre sa noble carrière. H Duvivier, élu membre de la 
Chambre des Représentants , pour Tarrondissement de Soignies, 
le 6 octobre 1851 , fit partie de la première législature^ après le 
congrès national ; son mandatlui fut toujours renouvelé depuis 
lors et sans interruption , à une immense majorité. 

La mort est venue le frapper, à son poste, a Bruxelles, pendant 
qu*tl y représentait encore Tarrondissemenl qui Tavait élu. Que 
dirions-nous maintenant pour ajouter à Télogede cet homme de 
bien? Parlerons-nous de Taménité de son caractère et de cet 
esprit serviable qui le distinguaient à un si haut degré? Mais las 
faits sont plus éloquents que des paroles, et Téloge de M. Dorivier 
se trouve dans toutes les boudies , il est gravé dans le cœur de 
toqiB ceux qui l'ont connu. Bornons-nous à constater qn*U a 
beaucoup aimé son pay», qu'il a fait beaucoup de bien, et qu*il 
est mort ne comptant qne des amis. La vtUe de Mous éàdt flère 
de lui avoir donné le jour ; elle est rivement «flectée de sa perte ; 
car il était un des membres de cette famille montolse des Duvi- 
vier, honorable à tant de titres , et dontle nom restera constam- 
ment cher et respecté. 











BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



202. — Monuments pour servira Tbistoiredes provinces de 
Namur , de Hainaut et de Luxembourg , recueillis el publia» 
pour la première fois par le baron de Reiffenberg. -^ Tome IV. 
— Légendes historico- poétiques. —* Le Cuevalibr au Cygn& 
et Godefroid de Bouillon , poàme hiilorique , publié peur 1* 
première fois avec de nouvelles recberches sur les légendes 
qui ont rapport à la Belgique, un travail et des documents suc 
les croisades. — Bruxelles, M. Hayez, imprimeur de TAca- 
demie royale, \^Sù. in'Ào, Gg. decLxxxv, 243 pp. 

Annoncer un ouvragé publié par M. de Reitfénberg , c'est offrir aux 
érndits des jouissanoes nouvelles. Le bagage littéraire do oel infotigable 
écrivain vient de s'augmenter avantageusement de quelques iu- 4o 
substantiels qui femient déjà à eux seuls la réputation d'un auteur or- 
dinaire. Quant à M. de Reiffenberg , c'est en se jouant qu'il lance 
dans la république des lettres de telles émanations de sa science ; co; 
qui né l' empêche pas le mofns du monde de publier ses Rapports do 
la commission d'histoire , l'Annuaire de la Bibliothèque royale , lo 
Bulletin du bibliophile belge , les additions au catalogue do la Biblio- 
thèque, et uno foule de dissertations lues à l'académie de Bruxollcs,. 
etc., etc. Aujourd'hui nous ne voulons nous occuper que do sa publi- 
cation du Chmjolier au Cygne ^ qui est assez Importante par elle-même 
pour être signalée spécialement aux amateurs do la littérature ro- 
mane. 

Ne noua plaignons pas de voir ranger parmi les monuments histo- 
riques de nos provinces un poème roman que son habile éditeur a su 
rattacher à nos contrées par tant de liens divers ; uno trop scrupuleuse 
classification de matériaux nous eut privé d'une excellente et- cons- 
ciencieuse publication, qui peut faire un honorable pendant t la chro- 
nique rimée de Ph. Mouskôs. Les aventures du Chovalier au Cygne 
et le récit ^e la première croisado dont la prise do Jérusalem par 
Godefroy de Bouillon est le glorieux dônoûraent , forment les sujets 
des deux parties principales quo M. do Reiffenberg a entrepris do 
publier, sur un ms. provonant de la riche bibliothèquo do Charles de 



- m - 

Croy , cuiulo de Chimay , qui possédait aussi une copie de-Eaudoutn 
de Sebourg. Le volume que nous annonçons ne coniiont que lo Che^ 
vcdier au Cygne, mais il est entouré do tant de documents précieux 
qu'il se trouve comme noyé dans un océan de notes et do commentaires. 
£t d'abord, nous voyons une introduction de 185 pages sur la tradition 
populaire du Chevalier au Cygne , son origine , sa nature et ses trans- 
formations ; sur les rédactions en vers et eu prose de cette légende, 
sur l'auteur du poème, les contrées où l'action se passe, les croyances 
qui s'y rattachent, etc. Après cette large introduction vient l'épopée de 
3475 vers accompagnés de nombreuses notules philologiques oxpli- 
catives, terminées par une liste des proverbes contenus dans le poème. 
Suivent les appendices qui consistent en versions diverses de U lé- 
gende, et en documents relatifs aux croisades ; dans ces demiors on 
trouve, 1** le Passage d'ouUre-^nêr, par le frère Brochart^ écrit en latin 
en 1532, et traduit en francftit en 1455, parJo. Miilot, chanoine de 
Lille, suivant l'ordre dePhflippe, duc do Bourgogne. S*» Le Traité 
d'Emmanuel PUoH sur le passage dans la Terr^rSalnte, écrit en 1420 
et traduit en 1441 , et 3* Huit chartes relatives aux orqisades ea Bel- 
gique. Après cette énumération do matériaux, tous lucidement expliqués 
par des noies intéressantes, il serait inutile de s'appesantir sur l'utilité 
et rimportauoe de cette belle publication. a. d. 



205 ^ APERÇU sur le» erreurs de la bibliogriiphie spéciale de» 
Ëlzévirs et de leur» annexes , avec quelques découvertes cu- 
rieuses sur la typographie hollandaise et belge du XVII' siècle ; 
par le bibliophile Ch. M- A Paris ^ de la typographie de 
Panckoucke , m. dcgc. xlvii. pet. in-i2 de 40 pp. et 9 f^ 
non chiffrés. 

Quand quelqu'un parle de livres elzcv irions d'une manière porti- 
uoiite , il a beau se cacher sous lo voile de l'anonyme, on devine 
aisément M. Charles Moileley ^ lo plus heureux possesseur d'Eltevir» 
de la France et l'on peut dire de l'Europe. Le joli livret que nous sn- 
fionçons tombe naturellement dans notre domaine , parce qu'il restitue 
h d'habiles typographes belges bon nombre de livres attribués jusqu'ici 
<iux Elzûvirs. Nous voulons parler de Françou Foppens, de Bruxelles. 
qui lutte avec les illustres typographes hollandais . de telle sorte qu'il 
a fallu l'œil exercé de M. Motteley pour distinguer leurs labeurs de 
ceux de la Hollande ; de Jean Mommart , de la môme ville , qui ap- 
proche de prés la perfection de Feppcns ; de Lambert Marchaml , 
également de BruxeUes, moins expert que les deux autres., mais dont 
les productions typographiques sont aussi admises dans les colleclious 
elzcvirienncs. M. Motteley restitue à ces bonnes imprimeurs leurs 
iravaux, que M. Bérard et môme l'exact M. Brunet leur avaieut en- 
levÔH. pour les accorder, sans distinction, â la famille déjà si riche 
des Elzcvirs; et cela sur l'enseigne d'une sphère ou de quelqu'autre 
vignetie adoptée par les célèbres typographeb hollandais. L'intraitahl» 
dénicheur doa véritables ai tisau? de tous- ces peliis livrels si chôreroi>nl 



« 163 - 

payés, r«iid égatomeRi ft PAifepp« dé Crey , de L«yde , à QmUamnê dé 
BMve, de Govde, à Vimier Morse, de Leyde , A jtfociinMt , de la même 
vilto, à iaon jB(£mv, d' Amalerdam , les labean jaatemvnt rocbetohés qni 
lenr appartiennem ; il reatitae même à L. Mamrff, de lUmen , des ioi- 
dissBls Elsevira parfliSteaneiit français : ce aont des eontnfapon* de la 
cooireiaçoB hollandaise. Après avoir rendu ft chacnn le sien, M. Mot- 
leley apfi^iqne aussi aux presses elseviriennes plusieurs ouTra^es 
connus jusqu'ici seulement sous les noms de Ubraires réels ou supposés, 
et U tectiAe ainsi les démises données du Manwi de M. Brunet , si 
ei6«llont en beaucoup de ekioses , mais qui n'a pu s arrèler aux milla et 
an détails de lettres grises, de vignettes, et de Tmll des caractères des 
iioml>reuses productions typographiques qui forment aujourd'hui ce 
qu'on appelle la collection des EWezirs et de leurs annexes. U fallait 
une élude spéciale pour Cuire oes rectifications, et personne mieux que 
le collecteur infatigable de la plus vaste bibliothèque elzevirienne cou- 
nue n'était à même d'opérer ces redressements. Lesaccès qu'obtiendra 
ce petit aperçu, charmant du reste par sa forme comme il est intéreisant 
par le fend , devra oncourager son auteur à publier une bibliographie 
complète des Eizevirs ; c'est à lui qu'est réservé ce droit. a. d. 



204. — La Barbarie Faaiike et la civilisation romaioe , par 
P. /#. F. Gérard. Bruxelles, Auj, Deeq, 4845. pet. in- 12 
de 28 i (T. 

Sous ce titre l'auteur établit un système qui préconise l'élément 
germaniquu ou £ranlt ot abaiaae l'élément romain , qu'il perpétue dana 
les gallo-romains, puis enAndans les français d'aujourd'hui. An mUleu 
d'aperçus assez fins et passablement ingénieux , on trouve dans cet 
ouvrage des déductions trop exclusives et des condusions outrées. 
M. Gérard va trop loin comme tous les inventeurs de système. Suivant 
lui (p. 85). c'est un préjugé qui attribue au christianisme la réforroo 
de la société ; elle est , selon M. Gérard , le fait de la barbarie victo- 
rieuse. Poussant la comparaison de la barbarie franice et de la civilisation 
romaine jusqu'aux dernières limites , il les met pour la dernière fois 
on lutte dans les champs do Waterloo , où la race teutonique a vaincu 
la race gallo-romaine. Ce n'est pas parce que Napoléon avait des aigles 
pour enseignes et le roi de Rome pour fils qu'on peut dire que les 
français représentaient à Waterloo la civilisation romaine ; et la bar - 
barie banke y figurait assez mal sous leé habits rouges des anglais. 
Cest ici le cas d'appUquer le proverbe : Qui veut trop prouver ne 
prouve rien. Dons le cours de son livre'. M. Gérard cherche à démon- 
trer que les romains , qui représentaient la civilisation , étaient bieii 
plus barbarn que les barbares eux-mêmes, c'est-ft-dire que les franics 
qualifiés de ce nom par le peuple-roi et par M. Gérard lui-même. 
L'auteur appuio ce diro par des faits tirés do la politique cr.uelle dos 
romains , de leurs jeux sanguinaires, de leurs oxécuttons sanglantes 
chez leurs onnorois, etc. Ici évidemment M. Gérard joue sur les mois 
ou donne au mol barbare une accoption qui n'était pas ccUo adoptée à 
Rome. Les grecs app^l^îroni barbares tous les peuples étrangers, les 



^- 154 - 

romains ooroni la marne vanité. La barbarie signlftaik la groasièretéi 
l'absence de l'art, le manque de pureté du langage ; c'est de \h qu'on 
dit encore un barbaritme pour une toute de langue, ou l'iasertion 
d'un mol étranger dans l'Idiome national Les romains, comparés aux 
franks, ont pu être quelquefois cruels et implacables , mais Ils n'élsâenl 
pas baiiiares ; tandis que les franks , malgré leur courage , leurs 'ver- 
tus simples et leurs sentiments quelquefois élevés, n'en étalent pas 
moins plongés dans la barbarie. On pourrait dire la même chose des 
espagnols conquérants du Mexique, des anglais dominaieor»de Tfaide' 
ils forent souvent féroces et cruels envers leurs ennemis , tout en étant 
civilisés comparativement k eux. a. b. 



205 — De l^Esglàvage dans les colonies , pour servir âlntro- 
ducûon à rhistoire de T Esclavage dans rAotiquUé. Par H. 
Wallon^ (de Vaiendennes), KceDcié en droit, mattre de con- 
férences à Técole normala, professeur suppléant d^histoire 
moderne à la faculté des lettres de Paris. Parié. Dexobry, 

1847, in«8® de glxxvi pages. • 

« 

Noire laborieux concitoyen vient de mettre la dernière main A un 
ouvrage considérable cl d'une haute portée, à l'Histoire d» l'Esdaoage 
dOÊU l'antiquité, 3 vol. in-8°, travail couronné par l'Institut et imprimé 
à l'imprimerie royale, qui présente l'histoire des peuples anciens dans 
les détails les plus curieux et les moins connus de leur vie privée, 
dans les causes qui ont agi avec le plus de puissance sur leurs consti- 
tutions politiques. Cet ouvrage important est précédé d'une introduc- 
tion qui traite de l'Esclavage dans les cokmies : c'est le volume qui 
fait l'objet de cet article. M. Wallon y traite une question teut-à-fait 
à l'ordre du jour , et il prête sa voix éloquente , cette voix appelée 
à l'honneur de suppléer celle de M. Gutzot dans le cours d'histoire 
moderne, pour défendre la cause de l'humanité , de la religion , et de 
la liberté dans les colonies. Espérons que le concours de notre con- 
citoyen, donné aux défenseurs do l'abolition de l'esclavage , ne sera 
pas inutile et portera ses fruits. Un homme d'étude , sans vues ambi- 
tieuses, dégagé d'intérêts particuliers , qui vient , les mains pleines 
d'arguments tirés de l'histoire , soutenir une cause juste et populaire, 
ost un puissant renfort dans la lutte engagée entre les abolitionisies 
et les partisans de la servitude. Gomme le dit M. Wallon en terminant 
son exposé sommaire , il n'y a qu'un seul bon moyen de toire cesser les 
abus de l'esclavage, c'est de l'abolir. a. d. 



206. — Recherches historiques sur Héoin - Lietard , par 
M. Dàncoisne, membre de plusieurs sociétés françaises e^ 
étrangères. Douai, ^d. Obez , 1847, gr in-8", Agores. 
vm et 360 pp. 



- 15S - 

Cet ouvrage consciencieux , couronné par la société royale ei cen- 
trale d'agriculture, aciehces et arts, du département du Nord , dans sa 
séance du 14 juillet 1846, a été publié à Douai avec un grand luxe de 
lithographies et de fac-iimUe de chartes , sceaux , antiquités et mé- 
Oailles. M. Daneoime , connu déjà avantageusement par la publication 
n'une NtÊminnaUque douammme, faite en société avec feu le docteur 
A. MoÊMy, réside en ce momeut à Hénio-Liétard comme notaire ; 
dans les loisirs que lui laissent les devoirs de sa profession , il a re- 
cherché avec un soin scrupuleux et persévérant tout ce qui avait trait 
à l'histofre passée ou actuelle de la commune qu'il habite, et il a drossé, 
du résultat de ses découvertes , une monographie très -complète. Le 
bourg d'Hénin-Liétard , grAces à M. Dancoisne , est aujourd'hui plus 
avancé que bien des villes importantes qui attendent encore leur 
histoire. U serait à désirer que, dans toutes les localités, des amateurs 
zélés de recherches historiques eussent la science et la patience do 
M. Oancolsne pour établir, avec le môme succès, des histoires spéciales 
des villes et communes. CSes travaux seraient un jour d'une grande 
nUlHé pour l'histoire générale : c'est le vobu que forment tous les vrai» 
amis de la science. a. n. 



S07. — Poésies de clocher, par Adolphe MaihUu. Mons, 
imprimerie de Piérart, libraire, m.dgcczlvi. Pet. in-8^ de / 

S68 pages. 

11. Adolphe Mathieu , de Mons , véritablement poète, est du petit 
nombre de ceux que ne rebute pas l'indiiférenee du siècle en matière 
de vers. Il sacrifie encore très-souvent à Apollon et aux muses pour 
parler le langage d'un autre temps, et le dernier encens qu'il a brûlé 
dans leur temple ne se perdra pas en fumée ; il se résume en un joli 
volume sous le titre modeste de Po^stes ds dochtr. ir entre plus par- 
ticulièrement dans notre plan d'examiner les pièces qui ont trait à 
l'histoire de notre pays, aussi citerons-nous de préférence les deux 
principaax morceaux du recueil que nous annonçons : Jlfoiu et m» 
e mv in ms et la BakâUe des Bperoms, Le dernier a déjà été mentionné 
par nous au n» 184 du BvUelm bikUo(fraphique de la nouvelle série 
des Anhèoei (tome V, page 458) , et le premier , qui parut d'abord , à 
part, allons, 184S, pet. in-8o, 32 pp. est un petit poème, dans le 
genre descriptif, plein d'agrément et de sensibilité , et empreint dans 
plus d'un passage d'une expression mélancolique qui n'est pas sans 
charme pour le lecteur. Nous devons encore citer, parmi les plus jolies 
pièces de ce recueil, la trop courte épltre au docteur StUvenart, celle 
à la BieiÊfaisance, le NU desperandum et le Dialogm du comte Qui de 
DamfMtte avec ses deux enbints , dans la prison de Compiègne. Au 
total, ce dernier enfant de M. Ad. Mathieu est digne de ses atnés. 

A. D. 

208. — De la largue et de la poésie provençales. Par le baron 







Tgitd libre tic Bniiell» 

tours inalituù par le gau- 

liminédu concoun le 36 

J.iil embrassé ud sysiAme 

IS tC^S p*' l'tppiobaUoD du jury, 

'HilSveac. Le conseil muoicipal 

/If f SaSl toeDIioD honorable du 

[i^^fiS C9 C9~^ psniculiere, a décorn^ 

i4plM||<9|Mjba)lle lentblablo > calle 

loTB. y. Van Bemmel 



,^_ 9 aujourd'liiif H 

'C*?Ùclal sur la langue el la 
lIiGSjaujiQ babitanL du paya 
V^ttfcienciouse en invoqoanl 

mites funs laborieux el 

■ les profondeurs de la 

serait possible 

i^Ji^<^>\asiri^âii;r|§p«JiMl&aent et parfois hardi de 

»fiKCKS'W'£>^eh^S^«&»ll IwrUwn. de la litlé- 

B.. en -"^.i^igu-^i^LSài^tftrfSMi et estimable. Ce livre 

^ âtài%e^i^^i^^eï'l QB pouvait linlroduire 

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- 158 - 
(léposéii plus tard, vers Tan 080, par les soins de TéTéqaft 



mière ville et 9 kilomètres et demi de la seconde. Ce lieu , fort anden 
assurément, possédait déjà , au Vll^ siècle , une église dédiée à Saint- 
Vaast, et bâtie par ordre de Saint-Vindicien , évèque de Cambrai et 
d'Arras. On y conserve la chftsse de Sainte -Maxellende » fille du sei- 
gneur de Gaudry, monument fort remarquable du XV* siècle, provenant 
de l'abbaye de Saint-André , du Gâteau. L'histoire lamentable et mira- 
culeuse de cette vierge , massacrée par son amant , est ainsi rapportée 
par Balderic : 

« A cette époque (année 670], une jeune Aile du territoire de Cam- 
brai , issue de parents illustres , se trouvait exposée aux instances d'un 
jeune homme de famille distinguée , mais d'un cœur pervers , qui vou- 
lait se l'allachor par les liens du mariage. Ni l'or, ni les diamants , ni 
aucun genre de séduction ne put ébranler la rigide vertu de la jeune 
vierge, qui, contrairement k ce que feisaient les femmes de haut rang, 
refusa de s'unir à un homme puissant , et d'écouter les conseils de sa 
famille. En proie à un amour sans espoir, le jeune homme épie l'occa- 
sion où il pourra trouver la jeune Aile seule chez elle : il s'associe 
d'infftmes compagnons, qui entourent la maison , l'envahissent , et font 
des recherches de tous cétés. Ils arrivent enfin à l'endroit où se tenait 
cachée la jeune vierge ; ils l'entraînent avec violence jusqu'au lieu où 
se trouve ai^ourd'hui l'église construite en l'honneur de tous les saints, 
principalement de Saint- Vaast et de cotte sainte fille. Alors , cet exé- 
crable bourresu , grinçant des dents , tire son épée du fourreau et en 
perce la jeune vierge. A peine ce sang si pur a-t-il coulé, que l'assas- 
sin est subitement frappé de cécité : châtiment digne de son crime l 
Elle fut ensevelie dans la basiltque des B. apôtres Pierre et Paul, et de 
Saint-Sulpieiers , qu'on avait construite dans te village nommé Saint- 
Souplet. ^ 

c Trois années s'étaient écoulées depuis ce martyre, lorsqu'une 
femme de condition élevée^ Amaltrude , inspirée par le ciel, alla trou- 
ver Saint-Vindicien , évoque de Cambrai, et l'engagea À rapporter en 
cérémonie, avec ses clercs et le peuple voisin , le corps de Sainte- 
Maxellende au lieu de son martyre ; le seigneur , disait-elle , avait ré- 
solu d'illustrer cet endroit par des prodiges et dès miracles. Le B. 
Pontife se dispose sur-le-champ à remplir cette mission. Harduin, 
meurtrier do la sainte , accablé de misère et de honte , vivait encore 
dans les ténèibres de la cécité. A peine a-t-il appris -que le corp^aavcré 
de Maxellende doit être ramené au lieu fatal , que , confessant et con- 
damnant son crime , il se fait conduire vers le corps , et se prosterne 
devant le cercueil. Dès que les porteurs sont arrivés près de lui , il 






1 



- 1^ - 

EoChtrd (4), dans une chapelle de F église métropolilaiue de 
Cambrai. Ils furent transportés ensuite , eu Tan 10St5 , avec le 
corps de Saint-Sare, prêtre de Cambrai , xlans Tabbaye de Saint- 
André, fondée cinq années auparavant dans le faubourg du 
Citeau , par l'évéque Gérard de Floriaes. 

Ce même évéque affecta à Tcntretten de ladite abbaye les 
revenus de Téglise de Saint-Martin avec divers biens ^ entr*autres 
un/otir, ou brasserie bannale, situé à Cambrai. La donation fut 
confirmée par un diplôme de l'empereur Conrad III, de Tan 
1055 (â). 

L*églîse de Saint-Martin fut plusieurs fois incendiée : d^abord 
vers Tan 700 (5), époque présumée de son érection en p^oisse ; 
puis à diverses autres dates moins éloignées. Julien de Ligne nous 
a conservé les millésimes de ses reconstructions : la partie qui 
donnait sur la rue de Noyon fût rebâtie en 1488 , et la partie 
opposée en 1904. Le jeu d^orgnes, fait en 1814, ayait coûté 
520 livres tournois. Le Dieu de pitié qui se voyait dans le cime- 
tière, avait été établi en 1817. 11 fut brisé par des hérétiques , le 
12 février 4551. Deux des coupables arrêtés le lendemain , forent 
condamnés à mort. L'un eut la tête tranchée , devant la maison 
de Rome , sur la Grand'Place ; Tautrè , conduit sur lés lieux du 
crime f fût tenaillé de fer rouge. Ramené ensoits sur la Grand*- 
Place , il eut le poing coupé ; enfin , on Tétrangla, et son corps 
fut abandonné à la voirie (4). 



reirouve Tusage de la vue , va trouver Tèvéque et lui raconte ce qui 
>icm. d'arriver. A roccasion de ce miracle, le prélat harangue le peuple, 
et fait inhumer le corps de Sainte-^Maxellende dans l'église dont non» 
avons parié. » — Traduction de MM. Faverot et Petit, liv. I^r, chap. 
XXIil et XXIV. 

(1) Ms. n'* 884 , p. 44. Glion.«4e Cambrai, depuis sa fondation jus- 
qu'en 1519. Gel ouvrage assez recherché est attribué à Adam Gelicq , 
né à Cambrai, dans le XV« siècle, et à Paul Golicq, son père. 

(2) Ms. no 907, p. 5. 

(3) Chron. deBalderic, liv. m, ehap. XLIV etMirœus, t. i, p. 55. 
(i) Nos notes historiques sur les communes de l'arrondissement do 

Cambrai, t. 1. p. 117. 



— leo — 

l.oiris XI qui porlaif, comme Ton sait, une dévolion parUcolière 
à Saint- Martin , vint à Cambrai et donna , au mois de juin de Tan 
1477, à l'égli$e dédiée a ce saint, 585 livres touraois, et TaDDée 
suivante 220 livres , avec un calice d'argent. « Louis , dît Car- 
» pentier (1) , qui venroit de faire une trêve marchande pour un 

• an avec Maximilian d^Austriche, passoit sou temps en peleri- 
» nages à diverses Nostres -Dames , et faisoit d'excessives dona- 
n tions aux églises , aOn qu'on priast Dieu pour la santé de son 
» corps. Il se rendit deux fois à Garobray pour ce sujet, et y 
» séjourna assez long* temps. La cause estoit qu'il couroit lors 
1» par la France une dangeureuse et mortelle maladie , qui s^en 

• prenoit indifféremment a^x grands et aux petits , bien qa^elle 

• ne fust pas contagÎQjiae. G'estoit une espèce de fièvre chaude 
» et frénétique, qui s'allumoit tout à coup dans le cerveau , et le 
» brusloit avec de si atroces douleurs , que les uns s'en cassoient 
» la teste contre les murailles , les autres se precipitoient dans des 
» puits*, ou se tuoient à force de courir ci et là. On en attribuoit 
» la cause à quelque maligne influence des astres , et à la cor- 
» ruption qu'avoit engendrée dans les corps la mauvaise nopr- 
M riture de Tannée précédente, en laquelle plusieurs province» 
» n'avoient vescu que de racines et d'herbes. Ces morts si sou- 
» daines et si violentes donnoient d'estrauges frayeurs à ûostre 
» Louys4 il s'imaginoit qu'où ne TabordoU qu'avec des poignards» 
» et que tous o^x qu'il voyoit , estoient des archers de la mort. 
» 11 avoit fait venir de Calabre François de Paule pour le supplier 
» de luy allonger la vie. Puis n'en pouvant rien obtenir il avoit 
M fait chercher par- tout des reliques pour opposer leur înler- 
» cession à la mort. On luy en apporte de divers saints et de di* 
» vers lieux , de Toulouse , de Flandre , d'Amiens , d^Espagne, 
» d'Allemagne^ de Rome , de Reims , de Paris ; et il s'en couvre 
m tout, depuis la teste jusques aux pieds. Les plus sages s'ealon- 
» noient merveilleusement de le voir paré et agencé d^une ai 
» cstrange sorte. Msis qui eust pà» s'abstenir de rire, quand on 
» entendoit publier ces édits^ qui' ordonnoient des prières pa- 

• bliques pour empescher le vent de bize, à cause qu'il le trouvoH 



1 1 ^ — 1< I 



[i) Hist. de Cambrai, part, irc*, chap. X. 



r 



- 161 - 

• ioconMnode ? Cent bigots et bigottes alloient et venolent sans 
» cesse pour luy rapporter de cent sortes de vœux , d'images , et 
» de pains bénits, etc. • 

En 1447, on adossa à Téglise de SaiotrMartin , un clocher au- 
quel on adjoignit plus tard quatre lourelles qui furent achevées 
le 34 novembre 4474. La flèche, formée «n torse, présentait, 
disent les contemporains, nn aspect singulier mais agréable à Toeil. 
Plusieurs des clochetons lureut abattus pendant un terrible ou- 
ragan survenu le 26 juillet 1528 , vers les quatre heures du soir. 
Cette bourasque renversa en même temps le clocher de Saint- 
François, celui de Saint-Jean et le petit clocher de Sainl*Géri. 
Les vitraux de toutes les églises de la ville éprouvèrent aussi un 
grand dommage (i). 

Le clocher de Saint-Martin fut démoli par mesure de sûreté 
jusqu'au milieu de sa base, les 37 et 28 août IffOS , durant le 
siège qa*eut i soutenir la ville, cernée par les espagnols (a). 

ftétabli les années suivantes, mais à ce qu'il paraît , d'une ma- 
nière incomplète ou défectueuse, on dut le démonter encore dans 
sa partie supérieure en h 753 » parce qu'il menaçait de s'écrou- 
ler (5). La reconstruction (ut achevée eu i756 et mit ce clocher,. 



•*««.•- 



(i) Ms. I10 884, p. 85. 

(2) « Le samedi au matin, on abattit la pointe de la tour de Gallui 
où était le guet de la citadelle ; cette pointe était do plomb ainsi que le 
comble. Plusieurs personnes dirent que c'était une pure folie ou plutôt 
une nouYelle preuve d'avarice de M*"® Balaguy , qui vendait ce plomb 
& son profit. » — Ms. no 1017. 

(3) Le Magistrat de cette viUe de Cambrai avait fait démolir, vers le 
mois de septembre de l'an 1732^ ce qui restait de la flèche ancienne 

• 

et les galeries du clocher de Téglise de Saint-Martiu , parce qu'il en 
était tombé plusieurs pierres, et que 1^ reste meuaçoit ruine. Enfin, 
]e 10 d'avril 1736, on commença  réparer le clocher tel qu'il se 
▼oii aujourd'hui : il (ut achevé sans aucun maUieur vers la Toussaint 
de la même année, on n'épargna rien pour lui donner une belle figure. 
Ceux oependant qui ont vu la flèche ancienne peuvent dire avec vérité' 



i 



— f62 — 

(levcDii le beffroi de la ville , dans les proportions où il »e trouve 
de nos jours. La cloehe qui sert à répéter les heure» ^ et vulgai- 
remeot nommée cloche du roi on de la viile, date de 4565; 
cassée le 4 mars 1565 , en frappant les cinq heures du matin, elle 
fut refondue le 20 octobre dans la grange de Tbôtel St.-Pol (I) 
et replacée dans la tour le 26 du même mots. Klle p<'se 11,232? 
livres et demie, et te battant 244 livres. 

Nous y avons lu les inscriptions suivantes : 

« Jay esté fondve et icy miz% pavr servir a soiuier le Ghvet. Kl 
» ma feict maistre Jan Serre dedens Cambray , et ses filz Jaoqve 

• Serre , Pierre Serre. 

» Lan MDLXIIlau temps de R' monsievr Maximilien de Bergbe», 

• premier archcvesque de ceste cité de Cambray , par la charge 
» de Mess. Prévost et Ëschevîns et qvatre hommes de ceste dite 
» cité. • 

Dans la partie inférieure du clocher , aux premiers abat-vents , 
se trouvent deux autres cloches , la cloche de retraite qui sert 
aussi à annoncer la demi-heure , et la clodie du chapitre métro^ 
poltcaln. Cette deniîère , presqu' égale en force à la cloche de la 
ville, a été fondue en 1850. Elle porte deux inscriptions : 

« Le 25 octobre 1850, 1'* annéedu règne de Louis-Philippe f*% 
n roi des Françab , SIM. Louis de Belmas étant évéque de Cam- 
» brai, de Villiers du Terrage, conseiller d'Etat, préfet du Nord, 
» E. deGrouchy, sous-préfet, de Baralle^ architecte du dé- 



que celui-ci est inférieur en beauté au premier. » ^ Ufém. chron. A 
la date de 1736. 

(1) L'hôtel de Saint-Fol fut construit vers le milieu du XY« Bië<Se 
par Loys de I^uxembourg , comte do Saint-Pol , lequel fut , comme 
traître, exécuté en place de Grève le 19 décembre 1475. Cet immense 
bâtiment , aujourd'hui divisé en trois habitations , était autrefois une 
résidence royale, vendue moyennant 3,000 livres tournois, par Henri W 
à un sieur Jehan de Béthencourt. En cet hôtel fiit conclue , en 1 529, 
le paix rfw Dames, par Louise de Savoie ol Marguerite d'Autriche. 



— 163 — 

• parrement, la cloche de la cathédrale a été fondue par Droucrt 
» firèrea. » 

Ad laudes M omnipoientU ktmUe 
Beatà Dn gemhicê Maria Cameraemuis 
DiœcetispatrotÊàf ad %uu$ capUuli cathedraii 
Campanam hanc recudi euravit R. R. Ludovicus Bdmas 
Dictm êccksiœ anHsies anno episcopAtus $ui 29. 
Reparaiœ verà Salutis 1830. > 

Traduction : « A la gloire da Dieu tout- puissant, sons la pro^ 
tecûon de la bienheureose [Marie mère de Dieu, patrone do 
diocèse de Cambrai, pour Tusage^du chapitre cathédrale cette 
cloche fut refondue par les soins du révérendissime Louis Belmas, 
pontife de ladite église, Tan 20 de son épiscopat, et. 1850 du 
salut. » 

La hauteur totale du beffroi, prise du pavé extérieur jusqu^au- 
dessus de la boule placée au sommet, est exactement de 6 i mètres. 
On compte Si4 marches à partir du sol jusqu'au lôgemeut dte 
GaUmê (coq> symbole de la vigilance) : ainsi se nomme depuis 
un temps immémorial , Je guetteur chargé de répéter Theure, le 
jour, à son de cloche , et la nuit, au moyen d*une trompe ou 
cornet, d'avertir de rapproche des troupes et de sonner Talarme 
en cas d^incendie (1). 

L*usage d*annoncer les heures de nuit au beffroi au mojen. 



(1) Ud tintement précipité de douze coups annonce un feu de che- 
minée. Pour un incendie de maison , Ton donne quinze à vingt coups, 
répétés à différentes reprises , jusqu'à ce que des secours suffisants 
eoleni organisés. 

Après le dernier coup de la cloche d'alarme, le guetteur fait une pose 
et frappe, à des intervalles égaux et moins fréquents , un coup pour 
Indiquer la potte St.-Sépulcre, deux pour la porte Notre-Dame, trois 
ponr la porte de SeUes, et quatre pour la porte Cantimpré. 

Si le fétt signalé est extra nmros , l'alanne donnée par la grosse 
doche, est répétée par une cloche moins forte. Si le feu éclate au sein 
de la ville, le guetteur en indique la direction au moyen d'un porte^ 
voix, et arbore un drapeau rouge à la lucarne correspondante de la. 
tour. La nuit, ce drapeau est remplacé^par un fanal. ' -^^ .. ; 



— 164 — 

d'une Uoœpe ou coniet, e»t fort ^cîen. Cet usage, dont doo9 
aurons à rechercher forigine , nous amène tout natureUemeiit à 
parler de Tinstitution du beffroi i Cambrai. 

Parmi les privilèges dont s'enorgueillissaient nos ancêtres , Xtt 
moins estimé n'était pas celui du droit de beffroi. De même que 
ses cloche? se taisaient entendre ou pour appeler les magistrats 
aux assemblées , ou pour annoncer les réjouissances publiques/, 
elles s'agitaient aussi parfois pour ameuter le peuple et hs pousser 
à l'insurrection. C'est à cette dernière cause (pi'il faut attribuer 
ia destruction du beffroi k différentes époques é Cambrai. Ainsi, 
vers l'an 1095 (i), une révolte du peuple contre les cbaDoines 
ayant éclaté, et la voix sinistre du tocsin ayant jeté ie prenier 
signal de Tinsurrection , l'autorité ecclésiastique obtint, après 
l'émeute appaisée, une justice exemplaire, à savoir : que le beffroi 
serait détruit, l'horloge de la ville démontée et qu'en outre deux 
mes , principalement habitées par la populace , seraient dé- 
pavées (2). 

Le beffroi fut rétabli en 1207, malgré la défense de Tempereur 
Othon, faite trois années auparavant, maie la démolitioD enftat 
bientôt ordonnée par Pempereur Frédéric U qui, en iSaS, obtint 
un décret de la Diète impériale , lequel annulait en même temps 
tous les privilèges de la commune (5). 

Le Magistrat, privé du beffroi et de ses cloches, se trouva alors 
forcé d*employer on nonveau moyen pour annoncer les cérémonies 
civiles. Les sergents de ville firent donc entendre des trompes ou 



(1) Il est hors de doute qu'un beffroi existait à Cambrai dès te fin 
du XI' siècle , mais nous {gnorons quel a élé son emplaeement* Hou» 
avons vu que le beffroi actuel ne remonte pas au-delà du XV* siècle. 

(2) « En ce temps (Ifanaesé éyéque) , pour le grande dlssentloa M 
haine du peuple de Cambrai contre les chanoines , fttt ordomé par 
jugement que le beffroy serolt flatta et le rue de le Kiterle et le rue 
du Qnétivier ( de quétif, chéUf, quartier du bas peuple ) descaaoliéee 
etTorlogo et le cadran défais. » — Mii. n» 884, p. 54. 

(5) AubcrtleMtre. Opwa dipUmatka, t. IV, p. 540. 



- 165 — 

corne» du baat de la lfriié(/u$ (i). Pour Tomvefture def maixihét 
oa lit usage d^une grosse escahite. A la grande foire de la ville, 
qui se nommait la hirchare, quand l'iieure était venue de veiraîre 
les roardiandises , les sergents de ville sonnaient de la trompe. 
Eu6n, de|HH9 le XfU* siècle justfn'en 1476^ époqne où Cambrai 
fat livré aux ti'oopes de l^ouis XI, les échevins entretenaient, dana 
nn Heu élevé , on homme chargé de fei^e le gnet , et d^annonoer 
avec une trompe et un porte-'voîx , Taririvée des troupes éU de 
tout autre nombreux ras^mbiement vers la ville. 

SoQsIa demination des Français, le beffroi ayant été rétabli, 
Tusage des eloebes fut aussi rendu atti Magistrat ; npats on jugée 
convenable de ne pas supprimer entièrement les trompes et cornets 
qui avaient pour eux ane si longue suite d^années^ et il fut décidé 
que la demi * heure cdntimierait d'être annoncée par ee moyen 

pendant la nuit. 

♦ > 

Dans les premières années du XIX^ aièqle , Al. le préfet dp Nord, 
Vommereul, jugea à propos de supprimer lea^ gages des gdetteurs. 
Cette mesure allarmii les habitants de Cambrai. La réclamation 
qu'ils adressèrent a ce sujet n'ayant pas été accueillie , ils assu- 
rèf eni la rétribution habituelle des guetteurs par une »oustripiion 
volQnlair$ , ef Gallu$ fut ainsi rétabli sur son siège antique. 



. t 



Aujour<riiui , le service du guet est redevenu charge commu- 
nale ; elle figure au budget de la ville pour une somme de mille 
francs , gages des quatre guetteurs commissionnés. 

Délimitation de la paroisse de St. -Martin, suivant le projet du 
12 juillet 17*27 : 

« La paro'isse de St. -Martin sera bornée par celle de la Magde- 
leine dans les rues des T^^ois- Pigeons ^ de fÀ'nge , des Rôtisseurs 
et des Juifs. Par celle de St. -Nicolas^ dans les rues des Ligniers^ 



(1) La breièque était une espèce de tribune soutenue par six piliers 
de grés adaptés à la façade de l'hétel-de-vitle , pour faire des procla- 
mations. Construit*» au XIV* sièrle . In brel^qup fui supprimée en 1787. 



— 166 - 

d« Noyon et des Jéraiteg. Far celle de SCe.-Crou dàus les mes de 
TEpée, de St.-Adrien, de Tavel, de TArbre-d'Oi* et des Fromages. 
Par celle de St.»Géry daos la rue des Viézîers (de la Prison). 

• Elle aura donc dans la rue de Noyon , josques et inclus le 
puits et la maison de Bl. Dehoves , toute la rue de T Aiguille et la 
rue de TEpée^ josques et inclus le Warescalx et la maisoD de 
M. de Franqueville. Toute la rue desCroisettes et de SC-Adrien 
jusques et exclus la brasserie de l'Eco-d'Or et celle de St. -Adrien, 
aussi long-temps que l'entrée principale sera dans la rue de 
TEcoie. Toute la rue de St.-Martio , et dans la rue Tavel Jusques 
et inclus le puits et la maieon qui j (ait faoe. Toutes les mnsoni 
qui font face à la Grand'Plaoe, et les petites rues du marché anx 
Poulets. La rue des Viéziers comme cy-deTant. Le rang éa pnin 
d'Echange etdeputs h maison du steor Delbarre , tout le rang de 
Ste.^fiarbe, la rue des Balances, et la rue des Rôtnseurs {usques 
et inclus Técole des Pauvres et le puits qui est vis à-vis. Dans la 
rue deis Llgniers jusques ni inclus la maison du sieur MairesBC, 
et dans la rue des Juifs jusqnes à Tissue de la maison du sîeur 
Mallct et celle qui y fait face exclusivement. » 

L'emplacement de Téglise paroissiale de St. -Martin, détruite 
à la révolution de 1789, est occupé maintenant par diverses ha- 
bitations particulières. Le cimcrièr04 d'abord converti en guin- 
guette , nommée le Colysée , sert actuellement de cour à une 
auberge. Le clocher a été conservé comme beffroi de la ville. 




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— 168 - 

ainsi que les autres monuments compris dans Vefieeinte eu Pa- 
laii. Elle fut rétablie les années suivantes avec le corps principal 
deTédifice. 

Le iO octobre 1605 , TarchQvéque Guillaonie de Berghes 
annexe aux revenus de la cure de St.-Gengulphe, les dotations 
attachées à la chapelle de St.- Jean l'évangéliste. Ses plus beaux 
revenus consistaient alors eailifins situés A Paillencourt , Thun- 
TEvéque, Eswars, Bantignj, Estrun, Bem-Lenglet, M^snières, 
Caudry, etc. (i). 

Nous trouvons dans un recueil de pièces sur rhistoire de Té- 
glise et de la ville de Cambrai, recueillies par Tabbé Tranchant (%), 
le titre suivant concernant la fondation, en 1516, d^une lanterne 
ai'dente placée sous le portique de St.-Gengnlphe. 

« Sachent tous .... que pardevant honnourable homme Colart 
Voullon mayeur de la viUe de Fontaine- notre-Dame (5) et en 
présence des escfaievins dudit lieo .... comparurent personnell»- 



(1 j A. Le Glay, Hecherfihn sur l'iglw métrop^. p. 161. 

(2) Ms. de la bib. comm. de Cambrai, Q<' 886, p. 541. 

(5) FoDtaiue-nolre-Dame, grand et beau village dépendant du canton 
de Cambrai-ouest, traversé dans sa plus grande dimension par la route 
de Bapaume, à cinq iiilomètres de Cambrai , son chef-lieu d'arrondis- 
sement. Situé k mi-cOte de i'éminence du bois de Bourlon , ce viUage 
devrait son nom k dos fontaines^ qui y jaillissent sur des points culmi- 
ofanto, tandis quo sur d'autres points de celte même localité, Ton ne 
trouve l'eau qu'à une profondeur de 40 mètres. Il fut surnommé de 
Notr^-Damey vers 980 , époque où l'évoque Rolhard acquit tout son 
territoire au profit de l'église métropolitaine de Cambrai, comme on le 
sait, dédiée À la Vierge. 

Il y existe des souterrains assez vastes, et .dont une entrée se voyait 
encore dans le cimetière vers 1827. L'on pouvait autrefois les parcou- 
rir dans une partie de leur étendue , mais plusieurs éboulementa sur- 
venus rendraient dangereui^ d'y pénétrer aujourd'hui. Leur direction 
est au nord, c'est-à-dire vers le viUage de RaUienconrt. 

Dans la partie du territoire de Fontaine-notre-Dame, vers ProvIUe, 
se voyoit anciennement l'abbaye do Préniy, de l'ordre des chafioiiiessos 
régulières de Sl.-Auguâtin, fondée vers 1135 et détruite en 1580. La 



" 169 - 

ment honnoarablea personnes Jehan de I.oarerval et demiselle 
Marie des Realmes sa femme ooojoins citoiens de Cambray , les- 
quels reeogmirent qne pour Tafleetion et bonne dévotion qu'Us 
avaient et ont a l'entretenement de la lanterne de verre et lanûere 
faite et par eux assise du consentement de mesdits seigneurs (du 
chapitre de Cambrai) en la grande allée de ladite église de Cam*- 
bray, sons la chapelle de Mgr. de St.-Gîgonfle leur patron , ils 
avaient et ont donné à rotOce de la fabrique de ladite église, Itf 
nombre de six mencaudées et demie de terre niaid femM , en 
deux pièces, ou terroir dudit Fontaines-Nostre-Dame. . . . s'en 
desaisirent , devestirent et déshéritèrent. ... Ce fut lût et paFSé 
le quatrième jour du mois de febvrier, l'an mil cinq cent et 
seixe. » 

Auprès de la lanterne se voyait lUnscription suivante gravée 
sur une plaque de cuivre : 

« Cette lanterne est fondée à perpétuité pour être allumée de- 
puis le commencement de matines et ténèbres qui se chantent du 
jonr, jusques à Theure que on clos Téglise, et pareillement depuis 
la nuit de St.»Remy jusques au jour de Tannonciation de notre 
Dame includ , depuis le U* cap. de matines jusques au jour , et ce 
à la charge de la fabrique. » 

Le clergé de St.-ûengulphe eut à soutenir divers procès in- 
tentés par les autres clergés de la ville , au sujet de droits de pa- 
roisses. Ces contestations, long-^temps agitées, ne cessèrent qu'en 
vertu d'un concordat passé entre toutes les paroisses et dont la 
teneur suit : 

• Du vingt-sept d aoast mil sept cent-doUze , pardevant lies 
notaires royaux résidents à Cambray, soussignés, forent présents 
le sieur Adrien-Philippe de Wandremander , prestre curé de la 



■ ■ • ' • '- ^ 



belle vaHée y aiienante a oenaervé le nom de Prémy. Nous traiteroaf 
en son lieu l'histoire de cette abbaye. 

Pendam la i^voluiion de \ 789 1 Fontaine-uotre-Dame prit le nom 
de Fofitama-fa-fiumtajyna. 



— 170 — 

paroiflBe de St.-Yaa»l; le sieur Frauçois - Joseph de Baralle, 

preatre coré de St.-Nieolas.; le aiear Jacques Sealin, prestreeuré 

de St.-Martin ; le sieur Claude Dumont, prestre curé de Sie.* 

Marielfagdeleine ; le sieur Florice Roget, preslre et curé deSte.- 

Croix ; le sieur Jacqties-Philippe Deswet , prestre curé de St.> 

Géry ; le sieur Jérôme Deseamps, prestre et curé deSte.-Elisabeth; 
et le sieur Jean Marchand , prestre et curé de St. -Georges , en 

cette ville de Cambray, d*une part ; et le sieur François de Thuin, 
aussi prestre et curé de St.>GeDgulpbe audit Cambray » d*autre 
part; letqueU comparants pour terminer entre eux les procès 
qu'ils ont tant au parlement de Flandres» qu*à roflictalité de cette 
ville , au sujet des paroissiens respectifs de la paroisse de St.- 
Gengulphe et des autres paroisses de la ville , et pour prévenir 
autant qu'ils le peuvent toutes ultérieures matières de contesta- 
tions en ce regard, sont convenus des points et articles suivants. 

« Les premiers comparants ont reconnu, comme par le présent 
acte ils reconnaissent que leur charge pastorale ne s*étend point 
sur les malsons canonicales de Notre-Dame, non plus q ne sur 
celles des enfants de chœur, du cloqueman et autres petites places 
tenantes & TégUse. Les parties entendent par ces mots, maisons 
canonicales de Notre-Dame , les tnaUons seulement du chapitre 
qui peuvent être optées par les chanoines de cette église. Ils ont 
pareillement reconnu et reconnaissent que la tour, le four et la 
cave du chapitre ne sont point sous leurs charges ; 

« Et quant aux officiers, suppôts et serviteurs de ladite église, 
qui par leur qualité ou k cause de leurs ministères et employé , eu 
quelque endroit de la ville qu'ils demeurent, sont tous respective^ 
ment ou sous la charge de M. le doyen de Notre^-Dame, ou sous 
la diarge du curé de St. -Gengulphe. 

» Pour mettre les parties hors de toutes dirfieuUés à cet égard, 
il a été convenu de désigner en U manière et sons les modifica- 
tions suivantes , toutes les personnes que lesdits sieurs premiers 
comparants devront tenir pour exempts de lenrs paroisses, quoique 
demeurants soub2 les districts et comportements d'tceHes , et qui 
seront les seules personnes que Von pourra prétendre estre de la 



L 



^ 171 - 

paroisse de St.-Gengul|>he ou de la juridiction de M. le doyeu 
de Notre-Dame. 

» 1* Les chapelains et vicaires béuéficiers habitués de Ste. -Croix, 
aussi avec leurs parents nourris gratis , et leurs domestiques à 
leurs pain et service ; 

» 9^ Les dianoines, chapelains et vicaires bénéOciers habitués 
de Ste.- Croix, aussi avec leurs parents nourris gratis et leurs 
domestiques à leurs pain et service ; 

• 5« Le bailly général, tant en cette^ qualité que comme pre- 
vost séculier , et les quatre francs servants du chapitre , leurs 
femmes et enfants , parents nourris gratis et domestiques à leurs 
gages ; 

« 4* Pdar ce qui regarde les vicaires non-bénéficiaires de la 
métropole, les chantres du chcsar et autres y rendant service en 
habit ecclésiastique, à qui le mariage est permis, et généralement 
tous les autres officiers , supp6ts el^serviteurs de Téglise , savoir : 
le promoteur, le procureur d*ofQce, les quatre bâtonniers et deux 
sergents du chapitre , le mesureur, le drier , le charpentier ; le 
masson et couvreur de thuilles, le couvreur d*ardoises , le plom- 
bier, le vitrier, le receveur, le pintre, le ferronnier, le messager, 
les deux valets donnints au doeher, et le chasse-chiens ; il n'y 
anra qu'eux, leurs femmes et leurs enfants qui seront désormais de 
la paroisse de St.-Gengulphe , et non leurs vefVes, autres parents 
ny domestiques , lesquels tous aussi bien que les commensaux et 
étrangers de familles reprises en ce traité , mesme les parents qui 
ne seront pas nourris aux dépens de ceux avec qui ils habitent, 
seront des paroisses respectives des lieux de leurs demeures. 

• Farmy quoy, tout procès finit, sans répétition d'émoluments 
perçus jusques à ce jour , et tous dépens compensés, sans ceux 
que rinddent ausqnels le second comparant se trouve condamné, 
les parties s' étant au surplus réciproquement chargées de faire 
approuver et confirmer le présent accord par qui il appartiendra. 

» Tous lesquels articles, les parties respectivement comparantes 
ont acceptés, et ont promis tant pour eux que pour leurs suc- 



eaaems, entretenir et accomplir de point en point sans y eon* 
trevenir, par lenrs foy et serment , et soubz fcbligation de lears 
biens présents et advenir, sur soixante sols tournois de peine, etc. 

• Passé audit Cambray, les jours, mois, an et par-devjint que 
dessus. 

Suivent les signatures des comparants désignés au principe. 
« Signé A. Goubez et A. Qneulain , notaires royaux. 

• Leu, approuvé et confirmé en chapitre, le vingt-neuf d^aoust 
mil sept cetit-douz'e , à charge néanmoins et ce non autreinent, 
que les chanoines de Notre-Dame , qui demeureraient sur le dis- 
trict des paroisses des premiers comparants , seront toujours , et 
ceux de leurs familles,, des paroisses de M. le doyen et du caré de 

St.-Gengulphe. 

• Par ordonnances, 

« Signé A. Wiimeau , secrétaire. » 

L*église de St.-Gengulphe, ne fut pas plu^ épargnée que la 
métropole , pendant la tourmente révolutionnaire. Vendue avec 
la mère-eglise en 1796 , comme domaine national* à un sieur 
Blanquart, négociant à St. -Quentin , elle fùl démolie, et it n*eii 
resta bientôt plu^ d'autres traces qn*un amas dé mines, témof ns 
accnsatevrs d'nne^ époque déploral)fe. 




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- 174 - 

» furent fort esmenrelllei ; mais U leur pria de ne le point ré* 
)> vêler, auquel lieu fût depuis dressée une grande croix qu'on a 
» appelée la croix de Vatnen. » 

L* église paroissiale de St. -Nicolas lût réédffiée en 1483, et son 
achèvement eut lieu en 4 490 , par les soins de Tévéque Henri de 
Berghed. La construction du clocher, commencée en 1554, tdt 
alors abandonnée Cl) ; on ne la reprit que plus tard. L'église fut • 
encore rebâtie en 4 710 ; les travaux s^ouvrirent le 5 décembre. 

Durant le congrès qui eut lieu à Cambrai en 4 79S et qui n*a- 
mena d'autres résultats que des bals, des repas, et des réjouis- 
sances sans nombre pendant. les trois anofées de résidenee des 
plénipotentiaires, le secrétaire d'ambassade du roi d'Espagne, 
nommé don Penil, étant venu à mourir, fut inbhuné dans le chceur 
de l^glise St.-Nicolas. iVnterrement , gisent les contemporains, 
se fit avec beaucoup de pompe et plusieurs cérémonies inconnues 
dans ce pays (2). 

En 1786, l'église Saint-Nicolas fut témoin d^nne scène de 
désordre occasionnée par la création d'un service de corbillards, 
et la défense faite parle magistrat de porter dorénavant les morts 
à bras , ainsi que la coutume en existait dans ce pays depuis un 
temps immémorial. Dès le i6 avril , on avait voulu mettre à exé- 
cution l'arrêté municipal, mais le (feuple âvût formellement refusé 
de s'y soumettre et chassé le conducteuir avec son cortnllard. 

Etdeux joars après, tandis qu'on célébrait dans t'église St- 
Nicolas le service d'un habitant du làiibourg St. -Sépulcre , le cor- 
billard reparaît entouré de sergents de ville et de six. soldats ar- 
més de leur fusil ; ils s'emparent du portail. Une foule compacte 
force l'entrée et envahit l'église en poussant des cris aflEreux. Les 
prêtres effrayés interrompent le service funèbre et s'enfuient, 
emportant avec eux les vaseà sacrés. En ce moment le prévôt entre 



(1) Ils. n«658, art. 11. 

(2) Mémoires cbroDologlqaes. 



* 



— 175 — 

aecompagué de quatre échevîos , et se met en devoir de dresser 
proeès^verbal des scènes scandaleuses qui viennent de se passer. 
K leur vue , lUrritation du peuple redouble / des cris de rage se 
font entendre , et ne s'appaisent qu'à Tinstant où les magistrats 
prennent le parti de se retirer , emmenanC avec eux et la force 
armée et les sergents de ville. Le peuple s*empare du oorps et le 
transporte au cimetière. ' 

Le 99 , tandis qu'on célèbre dans la même paroisse le servtor 
d'un mettre d'école nommé Lagouge, un détachement de 151 
hommes armés paraît dans Téglise ; mais des femmes s*emparent 
hardiment du cercueil et l'emportent à la vue des soldats étonnés. 
Elles se rendent, ensuite dans Téglisè de la Madeleine , où se 

disait un autre service funèbre, et enlèvent encore la bière. 

• 

Enfin, les magistrats reconnaissant rinutilité de leurs efforts 
pour introduire une innovation si peu agréable aux CambrésienSy 
révoquèrent leur ordonnance et supprimèrent définitivement les 
eorbiliards. 

la paroisse Saint-Nieolas fut ainsi délimitée dans le projet 
formé le 4 !t juillet 1727. 

m Elle sera bornée dans la rue St.-George par les limites de 
la paroisse de ce nom, et aura toutes les maisons en revenant de-> 
puis celle de Mme de Baralle , tant dans ladite rue St.-George que 
dans celle des Scache-Beuvons , jusques au puits de la rue des 
Anges inclus, et toute ladite rue des Àngea jusques aux limites de 
St. -George, avec la maison de Mlle Bougenière ; et descendant 
tout ce qi$ est de la Madeleine , tant dans la rue des Ligniers que 
dans la rue des Lombards, jusqu'au warescha^x donnant issue à 
la maison de M. Lieven et autres , et de la maison qui y fait face 
exclusivement. 

« Dans la rue des Ligniers , elle sera bornée par la maison qui 
fait le coin de la rue des Juifs, occupée par une épicière, et la 
maison dite le Chef^al-Blanc inclusivement. Dans la rue des Je- 
saites, par le coin de la rue de rAiguUle fusant face aux classes, et 



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.iaien et la pbce St- 



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- 178 - 

leur résidence. L^entrée du cloître ctatt (Vrimitivemeat rue des 
Moulins; en 1411 , uue nouvelle issue fut pratiquée sur la me 
opposée, c*est-à-dire devant la croix d'Enirepont, ou rue ac- 
tuelle des Récollets. 

La nef de Féglise des cordeliers, que Tévéque Gui de Colle- 
roédie avait consacrée, en 1505, sous la dédicace de la Sainte- 
Croix, de tous les saints , et particulièrement de saint François, 
fut renversée par un ouragan, le 8 octobre 1528. Réédillée par 
les soins des religieux , cette égUsc eut la toiture du chœur en- 
levée par la foudre, le aa juin 150$ (1). Le même sinistre attei- 
gnit le clocher qui eut encore plus à seuflrir à quelque teai^s.de 
là ; il fut, dans Tespace de quatre années , deux foit^aÈatta par 
les grands vents, en 18^4 et en 1528, le 26 jnillet (a). 



de terre forment Texploitation tenue jawiis par un même occup^or. Ces 
terres maintenant divisées produisent à rétablissement propriétaire on 
revenu annuel de près de 10,000 francs. 

(1) t Audit an (1503) le XXII« jour de juing, par la foudre du ciel, 

» tonnerre et autre chose , fut le eloehé des cordeliers de Cambray 

» fort déchiré et le chcour fort découvert. L^ sa(nt Jieban emprés, le 

» cmclûx fut emporté et assis enmy la nef ^ai^ eatre endomibagié. 

» Et ladite tonnerre emporta trfts grosses pierres du cloché Notre- 

» Dame de Cambray. Et fut par un samedy que on chantait Saive. Et 

» tous les chantres s'enfuirçnt, et plusieurs autres , pour le grant ter- 

f reur du feu que ou voioit en l'église , et après ils revinrent chanter 

» Salve. • — Ma. no'884, p. 70. 

(t) c En l!an 1528, environ St. -Jacques et St.-Ghrtstophe, un orage 

» se leva autour de Cambray si terrible que on coidoit que le monde 

» dût finir , il y cheyt des pierres du ciel aussi grosses qu'éteof, les- 

> quelles pierres firent tant de mal aux biens de la terre, que toot ftat 
• gatté autour de Cambray , qnatve lieues & la nmde ; .et ee rompit 

> tant de verrières tant a Noatre-Dame , St.-âéry et en tevlM les 
v églises et maisons , que c'étoit pitié à voir. Ahatti le docher de 
9 St.-Fraiiçois, des Fratres, oeluy de St.-Jehan et le petit dooher de 
» St.-Géry, deux petites tonrelies de St.-Martis. Et se fit tant d'eau 
» que plusieurs maisons furent pleines. Et fit ladite tempeste taut de 
» dommage ens es maisons es jardinages , que on ne le sçavoit nom- 
» brer. Et che temps advint environ les quatre heures du soir, a — 
Us. Id. p. 85. 



— t79 — 

Le grand portail de T^gltse , fommencé vers Tan U09 „ par 
Tévéque Pierre d'Âilly, fut acbevé trots années après par les 
soîBs du successeur Jean de Leos. L'église possédait cinq autels ; 
elle étaU entourée d'un cimeiière qui fut consacré , ainsi que son 
Dieu de PiHé, le a octobre i934. 

Dans cette même église, fut enterré notre célèbre Enguerrand 
de Honstrelet (I), prev6t de Cambrai et bailli de Walincourt, 
auteur de chroniques fort estimées sur Tbistoire de France^ de- 
puis 1400 jusqu'à 1485. L'on fixe le jour de sa mort au iS 
juillet 14.55 , et celui de son «inhumation au 20 du même mois. 
x\ou8 laisserons parler un contemporain, religieux de Tabbaye de 
St.-Aubert (9) : 

«« Le XX jour de jall^t lan XIIII C LIIÎ , honorable homs et 
•» nobles Ënglferrans de Monstrelet , Escuiers » Prévost de Cam- 
» bray et Baillis de Wallaincourt , trespassa et elisy se sépulture 
9 as Cordelois de Cambray , et fu là portez en I portatoire en- 
» veloppez d^one natte, vestus en habit de Cordelois, le visage au 



(1) .Monstrelet demeurait daes la ville de Cambrai lorBqu'41 composa 
son histoire ; il y passa même le reste de aa vie. C'est ce qui a fait 
dire à tort à plusieurs écrivaius que cet illustre chroniqueur était né S 
Cambrai. L'un d'eux. La Croix du Maine, a poussé la méprise Jusqu'à 
dire : Enguerrand de Monstrelet , gentilhomme nàiif de Cafnbrai m 
PicardU. Le fait est que Cambrai ne peut reyendiqmer cette naissance 
qui appartient à un petit ylUage de la Pica^rdie (1390 à 1595). 

Monstrelel aTaft été pourvu, en. 1486 , de ruffy^e d6 lieutenant de 
GaTenier de Cambrai. Il fut bailli du chapitre de cette yille et peâta 
serment de fldélité« en cette qualité, le 20 juin 1456. Il posséda cette 
charge, jusqu'au commencement de janyier 1440, qu'on lui donna un 
successeur. > ^ 

La considération qu'n s'était acquise lui mérita, en 1444, la dignité 
de prévét de la yilie de Cambrai , pour laquelle ii prêta le serment 
ordinaire le 9 novembre ; et le IS' mars de l'année suivante, il fut 
pourvu de celle da bailli de Wallnconrt. Il les conserva Tune et l'autre 
jusqu'à sa mort. — Y. Mémoires sur la vie et les chroniques d'En- 
guerrand de Monstrelet, par M. Dader. Edit, des chroniques, 1839, 
t. l«r. 

(S) Mémorial de Jean-le-llobert, fol. 129. 




- 180 - 

» nud ; et y heillt VI flattibiaax et iiij chirons de ii) qaarte eha- 
» can autour de le bière, ou il y avoitun linceul estenduofavec) 
M un habU de Cordelois et beult loffice de le tresorîe, le quart de 
» ledite ehire et K curez de cheens le ((uart deii offiratidés et ny 
» henlt oient de drap, ii fut ne de bad et fu uns biens hotmeetes 

• bonis et paisibbes et croniqua de son teois des gherres de 

• France et d Artois de Picardie et dEngleterre et de Fland. De 
» eeulx de Gand contre Mons le Dacs Phelippe.et trepasâa XV on 
» XVJ Jours avaig que le pays fbst faicte qui se fist en leHn de 

» julletlan xui] C. I iij. Lœz en s^t lUeuz et bénis. • 

• 

Le il afrtl 1555, le chapitre des cordeliersliiit une asMinblée 
à Cambrai. Plus de trois cents religieux de cet ordre s^y réuni- 
rent. Ils allèrent en procession. tisiter les abbayes de St.-Âubert 
et du St. -Sépulcre ; puis, à régjise dé Nbtre-iyame où ils chan- 
tèrent Toffice divin. À la suite, il y eut un diner à St.-Françoi», 
auquel assistèrent Tarchevêque de Caoïbryi, les quatre-vicaires, 
le prévôt, les échevins, les quatre-hommes el plusieurs l>ourgeots 
de distinction. Le nombre des convives tot évalué à six -cents. 

En Pan 1601 , les récollets venant remplacer les cordeliers à 
Cambrai, prennent possession du cloRre de St. -François, dont 
ils font reconstruire les bâtiments. L'église , après d'importantes 
réparations, est inaugurée de nouveau par Parchevéque Vander- 
Bnrcb, le a décembre 1617. « Le départ des cordeliers, dit une 

• chronique, occasionna plusieurs murmurçs, principalement de 
» ceux qui les affectionnaient pour les fréquentes hantises qa*iU 
» y «foienty ci^r l^ vin et la bierre s'f vcodoiéni eomme dans mie 
» tâveme, à capse que l'on n'y payoit point de maltole ; outre 
» eeia, le service et le diant qu'ils faisoient à i^église éfdent fort 
» agréables au petiple, mais la boane vie et exemple deadits ré- 
» collets, a appaisé tous les mnfmures. » (1). 

L'église des récollets, quoique retirée au culte, est tocjours 
debout, mais dans un état pitoyable et prête à fondre de vétusté. 



(1) Ma. a« 8Sé, p. S42. 



i 



Le mur principal, construit en pierres calcaires blancfata, tendres, 
et où était jadis le grand portail, surplombe de manière à faire 
craindre une chûl^ prochaine. La partie latérale de Tédifice, qui 
regarde le Nord , est encore plos malade , si Ton en juge par les 
nombreuses lézardes qui se montrent dans toute son étendue. 

La nef, dont le plafond est à jour sur plusieurs points, est sou- 
tenue par six fortes pilast^es^et deux demi-pilastres liées entr'eiles 
par huit ogives dont deift plus élevées, établies à ce que Ton doit 
supposer, pour consolider les combles, dans une des restaurations 
dont nous avons précédemment parlées. 

A la naissance du plafond se font remarquer des âgurines 
sculptées dans la charpente. Un jubé formé de quatre colonnes en 
grès existe adossé à la principale porte d^enirèe , actuellement 
close de maçonnerie. On trouve aussi entre les parois intérieures 
de rancien temple , plusieurs pierres sépulcrales qui n'offrent 
rien d'intéressant, et quelques bas-reliefs fort mutilés. 

Plusieurs bAdments formant dépendance du cloître se voient 
encore amsi que les jardins que traverse une dérivation de TEs- 
caut, appelée de Prémy. 

L'empUeemeni renferme , le magainn au fourrage , et divers 
jardins compris entre la rue de Prémy et eeUe dA RécoUels. 




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■Tiy -— -' Alatmdf B FaraoK, 
I^JlJF^'capucins ajant obienu, 
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, Hn'annéB jauiTanlC ; mui 

WJl'âljifeSfti préparé pour les r«- 

__ _«5jjjj,gu( recueillis durant 

^«^^'e*t en cpmniéaiontiM 

'xaieiu aasistaient en eorpi 

i^nt dans l'égliu de St.- 

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•iif'Sirrwr''isr'n>/™M/'''^^^ ""* demaare , ils ob- 

^''^'!IS)*^^^^f<^?^^^*'"^> '^ permission d'en 

'a..,m£^itfi^^l^^^i^ljS^ ^•*^9chaix qui leur fat céiW, 

Ï^^B'.^ï^iM^i^liîian d'une église qui fat 

|»9g;ii^|i»ret, le» itril t«H, 

^S» prédicationi des pèro 
^-pi-édicaiear avait droit, 
Mmi-lot de vin qai devait 




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A l'hOpital SL-Jeaa, 
|9.-Eliubetb. 

jjr^ljtçorporé danklliA- 
l^ntei de juin t rS9, 
Sagement la chapelle 

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— 188 - 

A la sollicitation d^Uette , prieure élae par la eommunauté , les 
religieuses de Prémj obtinrent bientôt IVrection de lenr pieuse 
association, en abbaye ; on leur donna on terrain fort vaste , en 
dehors du monastère de Cantimpré (4 ), situé dans une partie des 
marais de Proville et dépendant de la paroisse de Fontaine-Notre- 
Dame. Suivent les lettres données à cette occasion par Tévéque 
Jean d'Anthoing, sous la date d'octobre i 199: 



1 



» fit approprier od loSal au wiUeu de Tabbaye de GsnUmpré. » — 
Me. n** 6S8, art. 5. 

(\) Carpentier attribue la séparatioQ des dameto de Prémy d'avec 
les religleai de Cantimpré, aux désordres intolérables qui seraient 
éeultés d'une presque cohabitation : c Ces dames après avoir receu 
la bénédiction de Jean d'Ântoing evesque de Gambray, se soumirent 
à Ja direction des religieux de Cantimpré, qui employèrent tous leurs 
soins à leur bastir une église, avçc un cloistre voisin de leur abbaye , 
mais comme l'aminé des vertueuses dames est à craindre dt les 
témoignages des affections mutueUea qu'un sexe rend à un antre, 
sept extrêmement capables d'atUser l'amour, ces religieux qui 
estol^nt enleur embon-point, et en pleine vigueur des fonctions de 
la vie inteUectueUe , pour s'estre approchez trop près de ce sexe» 
ont pris des afTections de Hu et de flammes, qui sont coulez comme 
de petits serpens dans leur cœur, et ont fburragé leurs vertus* Je ne 
veux pas taUr la blancheur de ma plume* des désordres que les re- 
gistres des cours cambrésiennes ont remarié sur ce sujet, etc. ' 

L'evesque Jean voyant que ces deux abbayes avoient abendooné 
toutes les mesures et les justesse^ de la bienséance, pour ouvrir 
leur coBur à toutes les atteintes de la concupiscence, trouva bon de 
les séparer et de délivrer ces dames de la jurisdiction et dn com- 
mandement des abbés de Cantimpré l'an 1214, Depuis lors -on re- 
marque qu'eUes ont vescu dans une pureté très profonde. • — 
Hist. de Cambrai, part. II, chap. XIV. 

1 Plus tard, en 1193, une église et une maison lurent bâties en fa- 
s veur des béguines, en un lieu pku <mllre de l'abbaye de Cantimpré, 
» parceque les religieuses ne doivent point demeurer avec les rell- 
• gieux, de quoy St.-Jeau Chrisostôme a composé un bonlivre intitulé : 
1 Qitod rtff^iiatêt famknm wri$ na cohabiUmt, » — Ils. n" 058 , 
» an. 5. 



- 187 ~- 

JoannÉs II d^Antoing episeo' Jean II d'Aotoing , ^?éqiie de 
pus Camcracenais, anno incar- Cambrai ; 

rutiionis dominical MCXCII L'ap de l'incarnation MCXCII, 
mente ociohri^ assenti^nte capi- an naoît d'octobre, dn consentement 
telo eeeiesiœ tum cathédrales, du chapitre de son église cathédrale, 
concessit eccUsitB de Caniitn^ ordonné à l'église de Cantimpié, 
prato quandam portionem ma- certaine portion du iqarais de Pro- 
risri de Proville [quœ v une est yille (maintenant le monastère des 
monasperii monacharuwi de Brc^ religieiues de Pfémy) , par lettres 
^iaco ) per IHleras datas in capi" données dans le chapitre , eo pré- 
tuio, ipso 'Joanne episcopo pre-- sence même de l'eTêque Jean et 
sente quarum nàrratîva talis *fst, dont la narration est ainsi : 

Scimus quoniam in ministe- Nous saroas que nous ayons été 
rium ecclesiœ Dei pocati sumusj appelés an ministère de «l'église de 
non tam ut aîiis nos gaudeamus Dieu, moins pour nous flatter de 
prœesse, quant ut studeamus notre prééminence sur les antres que 
prodesse nnipêrsis^ ea propttr pour Itre utiles à tous. 
consiaerantes et lœio animo Pai* cette raison, considérant et 
ampleetenies religionem et sanc- embrassant avec joie la religion ct4a 
tam conpersatiànem abbaiis et sainte règle de l'abbé et des frères 
froirum paup'eris ecclesiœ sanc^ de la pauvre église de Ste.-Marie- 
tof Mfariœ de pratis quam vene- des-Prés, que notre yénérable pré- 
rabilis prœdecessor noster domi' décesseur messire Roger éyâque , a 
nus Bjugerus episcopus in abba- érigée en abbaye , nous aussi nous 
tiam construxit , ipsam et nos voulons la secourir en biens tçmpo- 
bonis temporalibus i%lumus rels, puissions-nous ainsi, aidés de 
4sdjuvar€ quatenus ^piritualibïis ses liieii£du spirituels, mérites les 
ejus beneficiis adjuti osterna récompenses étemelles, etc. 
pfœmra mereamut inuenire, etc. 

L^ année suivante, le chapitre de la cathédrale abandonna, au 
bénéfice des religieuses de Prémy , toutes les oblations .qu*on 
pourrait leur faire. Cette détermination amena le pasteur du yîU 
îage de Fontaino-Iïotre-Bame , è renoncer , en faveur de ces « 
mêmes religieuses, moyennant une rente annuelle de trois sous 
eaœbraislens, [Payable h la Noël, i tous les droits qu*ll aralt sur 
«ette dépendance de sa cure. Cette concession Ait confirmée par 
lettres dn même é?éque Jean d'Ânthoing, délibérées en son con- 
seil de chapitre, le 13 janvier 1194. ' 

La nouTsUe église de Prémy fut dédiée à Dieu sous le patronat 
de Notre-Dame et de St. -Jean Tévangéliste. 

La prieure Ivelte ayant, par esprit d'humilité, résigné ses pou- 
voirs, on la remplaça par une abbesse nommée Euphémie, sœur 
de l'abbé Jean. 




- 188 — 

Jean IH de Béthooe, 48* évéqiia de Cambrai, sépara les reli- 
gieoses de Prémj, de la jttridictioo spiritaelle et temporelle de 
Tabbajede Cantimpré. L'acte desdasioa fut dressé au mois d'août 
ldl4, en présence des dénommés ci*aprés s Barthélémy de 
Grainconrt, abbé de St.-Àubfrt ; Jean de Fontaine, abbé du 
St. -Sépulcre ; Gérard, archidiacre de Yalenciennes ; Jean , tréso- 
rier ; Jacques Tfan , prétre-chanoine de Notre-Dame ; Guil- 
laumci chanoine de St.-Géri; Gilles et Guillaume, dianoines de 
St.-Aubert; et enfin, Lambert , moine du St. -Sépulcre. 

Le même éréque ratifia, en t9l8, Térection de ]) communauté 
en abbaye, sous le titre de Notre- Dame de Frémy» et autorisa les 
religieuses à choisir leur abbesse, à la condition qu^elles \f pré- 
senteraient à ré?èque pourVecevoir la bénédiction, suivant Tosage 
de l'église. 

En 1917, le papeHonoriûs III, prend la communauté de Prémy 
sous la protection du saint siège, par une bulle donnée à Floren- 
tine le 6 août, Tan deuxième de son pontificat. Le même pape, 
par une autre bulle rendue à Aletrio \9 15 mai it^s , exempte 
cette abbaye de la dtme des bestiaux et de ceHe de culture , pour 
les terres exploitées dans la maison. Ces lettres pontificales por- 
tent en outre, qu*en cas d^un interdit général , M religieuses 
pourront faire célébrer Toffice divûi dans leur église, sans eepen- 
dant sonner les cloches, sauf les droits ordinaires, de Tévéqne. 

L'abbaye de Prémy était le eheMieu d'une congrégatioii oon- 
sidérable, dans laquelle l^abbesse de St. -Etienne de Rheian tenait 
la seconde place. Il y avait encore dans cette dernière localité, de 
même que dansie Cambrésis et autres provinces des Pays-Bas, on 
grand nombre de monastères qui ressortissaient à cette aaMciatioa 
dite des Yictorines, ordre de St. -Augustin. 

La maison de Prémy subsista jusqu'en 1881 , époque où elle 
ftat ruinée en même temps que l'dibaye de Cantimpré et Tégyas 
paroissiale de St. -Sauveur^ par les troupes du baron d'Indiy. Un 
mémorial d'une religieuse contemporaine jelate ainsi rérène- 
ment : 



— 189 - 

m LeX^cle janvier MDLXXII, notre xnmon do grand Prémy, 
de la ville, Ait démolie par M, d'Inchy étant alors en guerre. 
Elle oontenoît une lieue de circuit environ ; les murailles d'alen- 
loor éCaient' si larges et ai épaisses qu'an ehanioc auroil voulé 
dessoa. L'égDae étoit estimée pour one défi plus belles des Paya- 
fiaa. Il y avolt des aecmihe» et elle étoit grande et spacieuse ; U y 
•voit sept ohapellas. Ce fut grand dommage, mais voilà oe que 
e^eeC du monde. Les matériaux fiirant pris pour les ffotrtiflealions 
de la dCadelle. Il y avoit quelquefois plus de eeal charriola char- 
gés de matériaux ; les pauvres religieuses les voyoieni avec grande 
douleur. Enfin elles se sont retirées de divers côtés , comme il est 
dit pins au long aux chroniques de la ville ; au Petit Prémy, mais 
il était an petit qu'U ne pouvoit guère contenir de religieuses. Six 
délies allèrent à Marquette où elles forent trois semaines. Elles 
étoient si pauvres , après avoir perdu leur maison et tout ce qoSi 
y avoit dedans, qu^elles ne pouvoient même acheter du blé, qui 
se vendoit alors quinze & seize florins. 

» L*abbes8e de ce temps là étoit madame Jacqueline dUnneux, 
vertueuse rdigieose. Tout son refuge étoit au Saint- Sacrement, 
devant lequel elle se prostemoit tous les Jours , one heure avant 
de se doucher.' pendant les trois mois qne les dames furent dans 
ce petit refuge, dame Françoise Bigan mourift, et fut enterrée eu 
rôglise qui appartint ensuite aux jésuites. Cette religieuse a éciit 
plusieurs beaux livres auxquels nous chantons l'office divin! Enfin, 
Dieu, par sa bonté, ayant en pitié de hoos, Inspira Tarchevéque 
et messieurs de la ville , qui nous mirent avec les reffgieUëês de 
St.-Lazare^ par lettres du 34 mars 4881 (1). On parloit de nous 



(l) Bx actis cMpUuli Came^ Extrait des actes du chapitre de 

racensis die venerU 9^ marlii Cambrai, du ▼endi'edi S4 mars 

1581. 1581. 

jâUenùs demolilione monas' Yu la démolition du monastère 
lerii ds Premiaco et exiguUate . de Prémy , rexiguité et Pincom- 

et incommodilate domàs quam moditd de la maison qu'habitent 

inkabitani abba tissa et dominât Pabbesse et les dames de ce même 

€/usd^m monasierii in hâc cipi- monastère dans cette ville ; vu aussi 

Uit/e, aitentis etiam consensu le consentement de la dame supë- 

domina et religiosarum sancti rieure et des religieuses de St - 

Ltazariy plavei dominis ut prœ^ Lazare, il plaît aux dames sui^é- 

15 




- 190 - 



y laisser, et d'y laisser finir ces religieuses à câose qu*il j atoit 
fort peu de Ladres et que la fondation n*étok pas «mployée. 



» On nous donna nne partie de l'église, où nons faisions roT- 
flce divin, une partie do dortoir , leur réfectoire et eoisino. Nos 
religieuses y souffrir beaucoup ; elles leur étoient très fâelieaacs 
et difficiles. Elles y furent quinze ans, et on y fit dnq^proflèeses, 
dame Marguerite Viben, dame Françoise Delcourt, ^me Loaiae 
de Sart, dame Jeanne €oppart , et dame Catherine Lcfebvre» et 
deux scBors de labour. 

» Quand elles mouroient, on les enterroîent à St-Eloi , et tout 
le couvent y alloit faire Tenterrement processionnellement avec les 
manteaux. Il est mort neuf on dix religieuses et trois sœors de 
labour; on faisoit leur service à St. -Lazare. 

» Au bout de quinze ans et trois mois, Dieu eut eqcore pitié 
de nous ; car après tontes les incommodités et afflictions quq nous 
éprouvâmes , on se résolut d* acheter la maison où nous sommes 
présentement, laquelle, appartenoit autrefois aux Fratreê qu'on 
dit être les religieux de St. -Jérôme, et depuis aux Guillemins, 
qui Tout possédée environ vingt ans. Enfin elle devint la propriété 
du chapitre de Noise- Dame , qui y faisoit tenir école pour ensd- 
gner. Mais en ces temps de guerre, elle étoit occupée par des gens 
de village pleins d'ordures et de vilenies. Nous ftmes donc échange 
avec le cbapitroy pour des terres, et nous demeurâmes paisibles 
en la possession de cette maison. 

» La ville ajant été rendue aux Espagnols è la saint Rémi 1595, 
nous sommes venues ici Tan 4596, justement cent ans ^rès la ré- 



fatœ de Premiaco cohabitent rieure* cpic les susdites danses de 
cum prœ folie religiosie sancti Prëmy drmeurent cbez les susdites 
Lazari ^ ibique suie Jurtganiur religieuses de St.-Lazare, et qo'dltt 
ojficiiê diumia et nocturnie, y célèbrent leurs ofiices de jour et 
idque per modum provisionis de nuit; et cela proYÎsoiieiaent, 
donec eisdem religiosie de Pre- jusqu'à ce que, selon ropportunité 
miaco de alio loco commodiori du temps, il soit procuré à ecs 
per temporis ùpportunitatem prO' mêmes re1i;;ienses de Prémj, mi 
pideaiur, autre lieu plus commode. 



I 

i 



- 191 - 

Tonne de noire maison, au commencement du mois de jtiillet, et 
noofi fimes TofOce divin à notre dédicace. • 

Les dames de Prémy ayant donc obtenu par échange consenti 
avec le chapitre métropolitain^ le 50 avril 4896, de six mencau- 
dées de terre, contre Vancienne demeare desFratres on Uy^ro- 
nimites, dite maison des bons enfants Cappet (1), elles y firent 
bâtir en 1613, une église moins exiguë que celle alors existante. 
les deux autels latéraux en furent bénis par Tarchevéque Yander- 
Burdi, le 25 août 16i7. Cette église dura jusqu*en 1762, époque 
où on la démonta pour en élever une autre plus vaste» plus spa- 
eteose. 

Pendant cette démolition, on trouva, dans le chœur, près de 
la stalle de Tabbesse, le tombeau du bienheureux Jean, premier 
abbé de Cantimpré , fondateur de ce monastère et de celui de 
Prémy. Ce tombeau avait été apporté de Tancien cloître hors de 
la ville.- Rétabli dans la nouvelle église, Ton y plaça un marbre 
noir ftvec cette inscription : 

D. 0. M. 

Sous ce marbre reposent les cendres précieuses du bienheureux 
Jean, fondateur des abbayes de Prémy et de Cantimpré dont 11 ftot le 
premiei abbé, mort en odeur de sainteté en 1207. On a eu le bonheur 
de trouver lee ossements de ce digne préhit, dans un cerouell de ptenre, 
lorequ'on erensoitlea fondemeos de la nouvelle église, l'an 176S. 

MirabiUs Dms m stmcUs suis. 
La première pierre de Téglise fut posée le S5 mai 1763, par 



(I) c La maison en laqueUe les dames de Prémy demeurent main- 
tenant depuis 1596 apparlenoit aux bons enfants nommés Cappet. 
Jacques de Croy, évèque de Cambrai en l'an 1509 la donna aux Frères 
de Gand, de Tordre de Sl.-Jér6mo, qui y tenoient école de latin. Ces 
frères la cédèrent aux religieux de Walincourt en Tan 1554. Depuis, 
messieurs du clergé l'ont acheté d'iceux religieux en Tan 1575 pour 
y ériger un séminaire , mais ce séminaire a été édifié à Douay. Alors 
messieurs du chapitre métropolitain la donnèrent en échange auxdites 
dames de Prémy. » — Ms. no 905; cahier 9. 



^ 



1 



— 192 — 

Albert Dainville de Miltancourt , évéqiie d*ÂinicIes, soffîraganC de 
l'archevéqae de Cambrai Chacane des religieuses vint aussi y 
apporter sa pierre, l/édifice fut achevé en 1764, mais les embel- 
lissements et les travaux intérieurs n^ayaut été menés à fin <pie 
quatre années après , il fut béni leSI4 juillet 176 S et consacré 
le 20 août 1788. On y remarquait la table d'autel , en marbre, 
et qui était fort belle ainsi que la grille du chœur. 

Le quartier abbatial , le dortoir et Tappartement des dames 
furent terminés partie en 1700, partie en 1756. Il est présodiable 
t]Ue Fénelon contribua de ses deniers i li restauration de ee mo- 
nastère, car Ton y voyait les armoiries du vénérable archevéqne, 
placées au-dessus d'une arcade qui menait à Téglise. 

Les dames de Pi émy n'ont pas toujours observé ta dôture. 
Une abbesse de celte maison fut bénite à St.->Aubert« en 1458» 
par Hugues Tournet , cordelier de Cambrai ^ évéque d*Agno. 
Toute la communauté assista à cette pieuse cérén^onte, à la soite 
de laquelle on alla dîner en corps chez le chantre de l'église 
cathédrale. Les dames de Ste. -Elisabetb du Qoesnoy, forent, 
dit on, cause de la réforme de celles de Prémy , en Tan 4545. 
Avant cette époque, elles pouvaient aller en ville. 

L'abbesae de Préwy était à la Bomlnalion de rarèhevé<]ae q«î 
était sopérienr de la maison* Cette prérogative fm eonûmiée par 
lettres-patentes accordées par le roi Louis XV, le 15 septembre 
1766. 

Parmi les bienfaiteurs de ce monastère , dont Carpentter nous 
offre une liste comprenant plus de trois cents noms , on dte« 
comme leur ayant fait les plus riches donations, les familles d*Oftsj, 
deConcy, deMontmirail,d'lway, deLuiembeurg, de Cantaîng, 
de Marcoing et deJHarquion. 

La dernière maison de Préfny était située dans la me de ce 
nom ; c'était un vaste emplacement traversé par l'fi^oailm « ci 
limité par ladKe rue de Prémy, le rempart méridional delà >i11e, 
et la rue militaire servant de débouché au magasin k poudre. C'est 
aujourd'hui une belle manulacture d'étoffes en laine, dites cache- 
mires. 



'S'« '^Xu*siiif*4!iBis'É>£"°''">'''>' 
,-Jî. -ÇiM ç,gJ|!«bWB,i*»juci,™i„. 




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Si le nord de la France est une terre privilégiée pour n 
fécondité, si elle a reçu de la nature tin fond inépubable qui 
produit toujours sans s*altérer jamal», on peut dire qu*elte n*a 
psb été moins heureusement dotée sous te rapport 4e ses enfants 
qui naissent avec une aptitude toute particulière pour la culture 
des beaux-arts et des scîenees sérieuses. Dans tons tes temps, 
pour ne parier que des arts , le Nord eut à se glori&er d'avoir 
enfanté de grands peintres et d'haliiles sculpteurs : Jean de Refgn, 
De$eatnps^ Vuez, les frères Faillant, les fFaiteau^ Moimoyer» 
ff^icar et Redouté, ont laissé d'assez beaux noms dans la pein- 
ture. Jean de Bologne , de FranguemlU , les frères Marey, 
Saly, Dumont, Durei, Roland et MUhomme ont certainement 
honoré Tart difficile de la statuaire par leurs ouvrages.' Et si noos 
ajoutons que les artistes vivanta, nés dans nos riches contrées, 
n*ont rien à envier à ces illustres, déftiiits, on avouera qall est 
peu de province aussi largement partage, en gloire artistique. 

Malheureusement pins Je diamp est fertile, plus la mort troave 
à moissonner, et il se passe peu d'années sans que nous ayîons 
à inscrire dans nos annales la perte de quelque contemporain dis- 
tingué par son talent et par ses ouvrages. Un de nos artistes oom; 



- 196 - 

pMrioteSf leoommaiidabte sou» plus d^nn rapport , vivait heureux 
et cootent au aein de ses fib et petits-fils et semblait avoir été* 
oublié par la taulx du tenps, mais sou tour viut de payer le 
tribut à la nature, et il dut^ comme les autres , quitter ce moude- 
où il avait fourni une longue et laborieuse carrière. Du moins il 
n^eat pas mort tout entier et ses travaux parleront loog-temps. 
encore de lui aux générations présente et future. Nous allons- 
tenter d^esquisser les traits principaux d*une vie simple et mo« 
deste mais bien ri»mplie par le travail et les succès. 

Comme presque tons les artistes, qui ont tant de peine pour 
arriver à se faire une position, Lamt-Léapold Boiixy fut le flls^ 
de ses œuvres ; il. naquit dans la petite ville de La Bassée , près de 
LîUe (département du Mord), le 5juUletl76i. Son père, Am^d 
BoUlffy sculpteur en bois, lui donna de bonne heure les premiers- 
principes du demin. Ce fut pour ainsi dire son seul maître. 

Ses progrès tarent rapides et annonçaient des dispositions- 
extraordinaires pour la peinture ; ils furent tels qu'ils effrayèrent 
le pèrelloilly : son int^ûon était de faire de son fils un peintre 
on bâliments et non un peintre artiste : Tun était beaucoup plus. 
profitable que Tautre dans une ville comme La Bassée , aussi, à 
neuf ans, le jeune Boilly ref ot-il de Tauteur de ses jours la défense 
expresse de dessiner davantage, sous le prétexte qa*U en HLuaU 
a$uz. 

Mais comme on Ta dit d*après le bon Horace, éha$$é% U naiw- 
r$i U refoUni au galop : Le penchant de l'enfant était trop déddé 
pour être arrêté si brusquement. Voulant concilier son goût avec 
Tobéissance aux ordres paternels, il passait le jour à brosser des 
portes et des fenêtres, et la nuit il satisfaisait sa passion pour le 
dessin. Son père le surprit une fois dans cette occupation chérie, 
et le gronda fortement d'altérer ainsi sa santé en se privant de 
sommeil , mais il vit chez lui tant de progrès et une vocation si 
marquée, qu'il lui permit de reprendre ses crayons et sa palette 
an grand jour, sans négliger pour cela le productif badigeon. 

La Bassée, comme toutes les villes de la bonne Flandre, avait 
alors Tavantage de posséder plusieurs confréries, dont Tune, celle 




— 196 - 

placée 80US rhivoeation de Sainte Roeh, réuiiî99aic tes iiolabilitéB 
de Teiidroit y compris le père do jeime BoIHy. Cette eonfrérie 
avait pour première et aneieune missioii le seutagement dfes pes-- 
tiférès et substdiatretnent , eomme les pestes n^élaient plus de 
saison depuis long- temps , d^aecoftipagner f^ «orts Jasqu^sa 
champ du repos. Or, la confrérie deSaint-Roch, toute bien posée 
qu'elle était, n'avait point de taMeau I sa chapelle ; elle proposa 
au père Boilly de faire faire par son AH , dont on citait déjà dat» 
la petite ville la science en peinture , un taMeao représenfant 
St.-Roch guérissant les pestiférés. Voilà le jeune élève, âgé de 
11 ans et demi seulement, entreprenant seul, et sans avoir jamais 
vu 'peindre , un tableau de quinze pieds sur dit ? 

Cette ttuvte/ originale et bizarre, eomme en pe«t le penser, 
mais fort au-dessus de Tàge de son enteor, plut singtflièreoMiic 
aux coitfrèfes qui, Tannée suivante , vouinrent tfolr , -de la tnéme 
main, un second tableau pour orner leur salle d'assemblée. Cette 
fois le sujet était plus complexe ; U ne s^agissait de rien moins que 
de représenter la confrérie toute entière conduisant un mort à sa 
dernière demeure, avec le clergé en tète. Le jeune Boilly se mit 
à Tœuvre , il compdsa et exécutaient cette grande page dont 
toutes les têtes sont autant de portraits ; déjà , à cet âge tendre, 
il montrait une aptitude toute particulière, qui s*est développée 
beaucoup daus'la suite, à saisir parfaitement la ressemblance. 
Ces deux tableaux, ouvrages d*un enfant de douze ans environ, 
exîMnt aujourd'hui à La Bassée ; ce sont encore Ifs m€ti//eicrtgue 
celte petite ville pes^de : elle ne les échaugerait peut-être paa 
contre deux Jdttrilki ; oi^ coi^it ^e ses habitants 9tent toiyoors 
un nouveau plaisir à revoir Timage fidèle deleucs bons ayeux. 

On ne trouve pas tous les jours, surtout à La Bassée et à I ft ans 
et demi, l'occasion de faire de3 tableaux d'I^istoire; le jeune 
Boilly fut donc obligé de retourner ^ la peinture vulgaire des 
portes et fenêtres et à pendre sa palette au croc. 11 perdit uq an 
à ce fastidieux travail, n'ayant pour se distraire de temps à autre 
qu'un portrait d'ami à tracer. A 15 ans et demi, il n'y tint plus : 
sans rien dire i son père , il prit le parti de quitter la maison 
paternelle pour aller à I>ouai voir un de ses parents , prieur des 



- 197 -^ 

Augti«Uiift 9D celle ville. I«e prieur le recul trèe^bien , le r^Uut 
aTec lui et lui procura les objets nécessaires pour peindre^ car il 
n'avait emporté de 4sbez sou père qu*un petit écq dépeméen 
route et Tespérauee. 

Son espoir ne fut pas trompé : râccueil do bon religieux lui 
porta bonheur. C'était au commencement de 4 778 ; Boifly resta 
neuf mois dans ce couvent et y fit plusieurs portraits qui lui furent 
payés. Puis il loua une chambre en ville et continua à peindre 
pour le pnblic'avec cette facilité de main qui le distingua toujours 
et qui lui fit plus tard une réputation toute spéciale.' Il ronlinua 
doac â exécuter, à Douai dee portraits, des fixés e^ d^ petits 
labieaux de genre familier. C'est aiusi qu'il gagna son premier 
argeot et qu1l parviat, au bout d'un an , 4 réunir un petit, pécule 
de 95 Iquîs qu'il envoya k son pare ppur lui prouver qo^'î^fiooviiit 
vivre du fïuit de aon travail el de,8oii talent. 

Tandis que BoiUy était encore à Dpuai où il passa plusieurs de 
ses Jeunes années, Mgr. de Conzié, évéque d'Arras, se rendit, 
ma printemps de 1777, à la Bassée pour y donner la confirma- 
tion. Etant cheis le doyen de la paroisse, il vit, non sans surprise^ 
un portrait de cet ecclésiastique étonnant de ressemblance et de 
vérité. Frappé de cette circonstance, assez singulière dans une 
petite ville, il voulu! connaître l'auteur de ce tableau • C'était le 
jf^une Boilly qu'an lui présenta peu après. Le prélat le félicita 
sur un talent aussi précoce et lui promit sa protection. 

Le jeune artiste se rendit au palais épiscopal d'Arras sur la de- 
onande de l'évéque, et il fit sou portrait ; bientôt sa réputation 
s'étendit dans l'Artois, ce fut à qui se ferait peindre par lui, et en 
dcQX ans , il rendit plus de trois cents portraits. Il n'est pas 
étonnant qu'en peignant tant de figures, il en ait rencontré une^ 
d^one jeune et jolie personne, qui fit une profonde impression sur 
son co3ur ; il devint amoureux à Arras : artiste et amoureux sont 
deux situatious qui se marient fort bien ensemble et qui se com- 
muniquent réciproquement plus de force et de puissance. 

Cependant Boiily avait fait à Arras la connaissance d'un peintre 
orneinaniste de beaucoup de talent^ nommé Lecroinier , venu de 




- 19B -. 

Par» pour exécuter les décorations du théâtre qif on f enait de 
bâtir ; cet arKste lui voyant de ces heureuses dispositions que le 
séjour seul de la capitale pourait développer complètement , loi 
proposa de remmener â Paris et même de le loger dans sa propre 
demeure. Alors les jeunes peintres n'allaient même pas dans cette 
grande ville aussi facilement qu^ils vont â Rome aujourd'hui ; on 
conçoit tout ce qu'eut de séduisant pour le jeune Boillj rinviutiou 
de Lecrosnier ; il s'arrangea pour que les intérêts de son amour 
ne souffrissent pas de son voyage et il partit jo> eux pour se rendre 
au centre des arts. 



Ce jeune et na!f peintre de la nature n'avait pour «hisi 
pas eu de mattre jusqne-^lli ; après les premiers principes reçus 
de son père , il s'était formé seul par un travail assida et des 
in8ph*aCions poîsées en lui-même. Sans conseils , presque sans 
modèles, sans le stimulant de rémulalion et les himières de k 
comparaison , il était parvena â se créer peintre ; peintre uns 
artifice, il est vrai, dépourvu des finesses et des ressources que 
donnent l'heureux mélange des couleurs , Parrangement des dé- 
tails , le prestige des poses , Pusage intelligent des repoussoirs, 
Pbabileté des contrastes; tout cela lui était encore presqutnconnu. 
11 avait bien trouvé â Douai quelques ressources pour le continua- 
tion de ses études ; â Ârras, où il resta aussi plusieurs années , il 
s'était fortifié' sous le rapport de l'exécution, an point qu'il faisait 
des petits portraits en deux heures â peu prâs ; mais ce D*était 
qu'à Paris qu'il devait s'initier dans tontes leà profondeurs de 
métier dont la nature ne lui avait dévoilé que les prémices. 

Jeune, ardent, désireux d'apprendre, de tout voir et de tout 
comparer , Boilly ne fut pas deux ans à Paris , où il était arrivé 
â peu prés à l'âge de 35 ans, sans avoir fait des progrès immenses 
dans son art. Déjà sa réputation pour la ressemblance des portraits, 
et la gentillesse et la naïveté des petits tabîeaux d*intérieur s'é- 
tablissait ; sa carrière s'ouvrait presqu'aplanie , sa position était 
assurée : il songea à se marier et il épousa la jeune et jolie per- 
sonne qui avait conquis son cœur à Ârras et â laquelle il restait 
fortement attaché. 



rr 



- 199 - 

Ce mariage fut heureux pendant dix années après lesquelles 
Boilly eut à pleurer la perte de sa compagne. 

Cest dans cette période de deux lustres que Tartiste eut à tra- 
verser la terrible épreuve de la Révolutiou française. Laborieux^ 
concentré dans son ménage , il produisit un nombre infini de 
tableaux de genre , d*uoe touche facile et spirituelle, qui furent 
bientôt appréciés des vrais amateurs et eurent un certain prix 
dans le commerce. Le peintre modeste ignorait leur valeur ; il les 
donnait pour 50 ou 40 fr. aux marchands de tableaux qui les 
revendaient quelquefois St à 500 fr. Comme les maris trompés, 
Boilly fut le dernier à apprendre ce qui le touchait de si près. On 
cite à ce sujet un trait qui honore M. Dettouchet, père du peintre 
de ce nom. M. Destouches, marchand de tableaux, ne passait pas 
pour libéral envers les artistes ; néanmoins, indigné du procédé 
de ses confrères, sa probité se révolta ; il avertit le peintre de ce 
qu ise passait et il fut le premier à lui accorder la juste rémuné- 
ration de ses travaux. 

Boilly enfantait considérablement, et la gravure , se hâtant de 
reproduire les œuvres de sou subtile pinceau , popolarisaiC les 
nombreux sujets inventés par sa riche et folâtre îmagiiiation. 
J. Bonmefùff, Au§, Légrand, Peiii, Fidal, Caxenave^ Trena, 
Woljff etc. gravèrent beaucoup au pointillé d'après lui. Aeette 
époque, un certain relftchement s'était gliMé dans les costumes et 
Jusque dans leai mceurs ; tes peintres qui ont à représenter leur 
siècle , sont tenus , pour être vrais , de refléter ce qvHIs voient. 
Il ne s'agissait pas alors dépeindre, connue à La Basses , des ta- 
bleaux de confrérie ; encore moins des portraits d'i^éques : 
prélats, églises, rois, Dieu même étalent supprimés de par ta 
République. Il ne restait aux artistes que le choix des sujets ter- 
ribles, ou des sujets galants et quelque peu erotiques. La folle du 
logi9 de Boilljr n'MBita pas un instant : son choix fiit bieniôc lait, 
et ce n^est pas sans motif qu'on l'a parfois surnommé U peintre 
des Grdeeê. Ce penchant pour les sujets galants fSrilKt pourtant 
loi coûter cher dans ce siècle de fer. Des hommes, qui se passaient 
bien d'autres fantaisies vraiment , se montrèrent très-scrupuleux 
à l'endroit de la peinture morale ; ils le regardèrent comme 




1 



— SM)0 — 

tuspeet et il fut signalé comme compteur dei fnœurs. Les pièces 
de ce procès carieax, dans un temps de liberté qui dégénérait si 
souvent en licence, étaient ses tableaux connus sous les titres 
suivants : la Comparaiêon d^ petit» piedi ; la Loi$rie ; laj&une 
Fille asiise tur le bord du lit de $on amant , gravée par 
Bonne foy en 4792, sujet un peu erotique mais plein d^ez- 
pression ; la Rose prise, gravée par Cazenate ; un jeune homme 
assis sur un sopha près d^une jeune dame^ tient une rose qu*ua 
petit épagneul a défendu en vain; à voir le désordre du fichu, la 
rose a été enlevée du sein de la dame qu*il oignait, et le jeune 
homme en montrant son doigt piqué par une épine indique qu^l 
n*y a pas de succès sans peine. C'est sur de telles pièces de con- 
viction qu^on voulait faire le procès de Boilly, et l'on sait ce que 
signifiait alors une simple arrestation.... la mort suivait bientôt. 
Heureusement, sMl y avait en ces temps malheureux d*infàmes 
dénonciateurs , on trouvait des amis dévoués qui souvent pré- 
venaient le coup fatal dont on était menacé. Un de ces hommes 
généreux vint prévenir Boilly qu^il était menacé d*une visite 
domiciliaire comme aristocrate et comme peintre galant. L^artiste, 
jugeant ffort inulile de latter contre le comité de Salut poMîc, 
voviant d*ailUura saMvei: sa vie et se conserver ^ sa famille , âé* 
truisU quelques sujets de boudoirs et te mit à Tinstant même à 
esquisser Le Triomphe de Bfarat, pwnê par tepet^ aprèê e<m 
0Cfuittemên$. Cette composition fut exéeiitée ^a très peu de 
.joim. La visite domieiiiaire eut lieu et le civisme de Boilly parfai- 
tmeni établi et reconnu. Ce tableau^ eptrepna par terreur et ooo 
par goûi, est resté è Tétat d'éM# ; qnçpd le danger fut pavé» 
le peintre de$ Grdeee ne se sentit pas le courage de terminer le 
2VtompJbe de JVaraf, Tartyaperdusans doute, car c*eAt élé 
un tableau superbe si Tauteur eiit consenti 4 Tacbever (1). 

On assure que Boill j eut eneore maille à partir avec le comité 
.de Salai publie. Jeté en prison pendant le régime delà Terreur, 

(1) Celte large étude, une des plus belles œuvres de BoiUy , est 
aujourd'hui en la possession do H. Jules BoiUy, son fils, peinuie 
a Paris. 



— 201 - 

sans même connattre la cause de son arrestation , il épronva une 
si vive impression de cet événement que ses cheveux blanchirent 
en quarante-huit heures (1). Cep<*ndant il avait encore composé 
deux tableaux patriotiques : la Cocarde nattonale , gravée au 
pointillé en couleur par Aug. Legrand; et m Trait Héroïque^ 
buriné par Petit ^ et exécuté avec une rare énergie. Il représente 
sur le devant un grenadier blessé et un volontaire ; on voit dans le 
fond un combat d'infanterie. 

Un des plus joKs ouvrages faite par Bofily pendant ta Révolu^* 
tlon, est la Marche incroyable , gravée par Bonne foy , et eon-^ 
tenant vingt et un persoanages sptrituelleaieDt groupés. Un par- 
venu en voiture , allant trop vite, verse tout-à-coop, et son 
jockey est écrasé par son eabriolet. Tous les personnages placée 
devant et derrière cet épisode prlodpal du sojet ont une expree* 
sien oaraetéristiquey et leur condition, leur caraetère, on pourrnt 
presque dire lears sentinients, se trouvent parfaitement exprimés 
par leur costume^ leur geste et leur allure. Cette composition 
est plus qu'un tableau de genre, c'est une piquante peinture des 
mœurs et des modes de Tépoque qui vaut un laiileau d^histoire. 

Vers la fin du siècle dernier, Boilly , resté seul avec trois jeunes 
enfouis, prit une seconde compagne après une année de 
veuvage. 

Ce fut à peu près à cette époque, sous le consulat, qu'il modifia 
légèrement sa peinture ; il lui arriva ce qui advient quelquefois 
aux peintres qui ont une longue carrière artistique : il eut deux 
maniérée ; il est vrai qu'il vécut et travailla dans deux siècles bien 
différents et qu'il tint le pinceau durant eoixante et douze ane^ 
ce qui certainement n'est arrivé à personne I Dans sa seconde ma- 
nière, que nous appellerons celle du XIX^ siècle, ses compositions 
deviennent plus compleies « ses personnages plus nombreux ; 
il recherche davantage l'arrangement général d'une scène, et ses 
figures, ordinairement plus petites qu'auparavant, sont plutôt 



(1) C'est ce qui arriva à Henri JV la veiUe de la bataille d'Arqnes, 
lorsqu'il eui l'inquiétude d*ôtre enveloppé par renuemi. 



^ 



- 90i ^ 

touchées avec esprit et promptitude que terminées et peintes 
avec le soin qu'il apporta aux œuvres de sa jeunesse. Ce sont 
ceux-là surtout qui lui assignèrent une place distinguée parmi 
les peintres français. Sa touche fecile et précise en même temps, 
brille particulièrement dans les étoffes de soie et de velours que 
Ton portait beaucoup alors. Ses costumes seront précieux pour 
rhistoire des modes de son temps. C*est moins fini que Terhurg^ 
c'est aussi vrai. Nul peintre peut-être n*a mieux entendu Tefiet, 
Funité de lumière qui doit éclairer un tableau ; nul peintre n^a 
mieux saisi la nature sur le fait. Malheureusement ses tableaux, 
quoique nombreux, sont rares en France; beaucoup sont passés 
à Tétranger, en Angleterre et surtout en Russie. 

Après les compositions que nous avons citées plus haut et one 
foule d'autres faites avant ou pendant la Révolution, et popula- 
risées par le burin, nous devons mentionner les suivantes qui sont 
moins connues, ajant pria place dans les galeries et collections 
d'amateurs sans être reproduites par la gravure. 

1. Lb Marchand de tUane. 1796* — Un vieux guerrier, 
encore vêtu plutôt que couvert d'un habit militaire déchiré par 
les balles et usé par le temps , coiffé d*un chapeau triangulaire 
dont la cocarde a changé de couleur , distribue en plein air la 
tisane surnommée le Punch de la petite propriétés Haut. 13 po. 
larg. 9 pouces. Ce tableau appartient à la riche galerie du Palais- 
Royal où il est inscrit sous le n® 153. L*auguste propriétaire de 
cette magnifique collection , si juste appréciateur de l'art de la 
peinture, a voulu que le nom de Boilly fut inscrit deux fois dans 
son catalogue et que le Palais- Royal contint une composition dans 
chacune de ses manières. 

2. V Atelier du peintre Isaley, 4 800. Exposé an salon de 
cette année. Cette œuvre offre la réunion de presque tous 
les artistes peintres , sculpteurs et architectes de Tépoque. Ce 
tableau, vendu à M. Séguin^ est encore aujourd'hui dans sa 
famille. C'est un renseignement précieux pour l'histoire de l'art 
et des artistes à l'entrée de ce siècle. 



^ 903 - 

5. Vatélkrêu seu^eur Himion. Eipoeé an salon de 1804. 
Pendant da précédent, il a le même genre de mérite. 

4. Deux Sckn$ê de Brigande. — Salon de iS04. •- Corn- 
poâtion pleine de mouvement et d^action. 

9. Le Jeu àe UUard. — Salon de 4804. — Peinture de 
mcrars. 

41 . Lee Réjarnseaniceê j^ublifuee aux Ckampe^Elyeéee. — 
Véritable tableau d'histoire. 

7. Seènee det Boulevards. — Salon de 1808. — Cest la 
nature prise sur le fait. 

8. Le Départ des ConecrUe en 4 807. -* Exposé an salon de 
1812 et passé en Angleterre. C'est encore on véritable tableau 
dliistoire. 

9. L*£n<réedu/ar(Im Ttirc. —Salon de 1812 (n*l08). Ce 
tableau présente, sous un aspect plaisant , une de ces scènes fami- 
lières dont Paris et surtout le boulevard du Temple abonde. On 
a reproché à Tauteur d*avoir donné trop de ressemblance à ses 
figures. Les contrastes devaient mieux réussir dans un sujet où la 
variété est de rigueur. 

10. L'Entrée d'un Spectacle çratie. — Vendu an duc 
de Berry. 

il. Le Songe du musicien Tartini. — Gravé dans le 
Magasin pittoresque^ oct. 1840, p. 5S1, d'après on dessin de 
M. Jules BoiUy. 

12. Le Déménagement. — Salon de 18SS. 

15. La Main chaude. — Salon de 4824. 

14. Un Café. 1824. — Exposé an salon de cette même 
année. Aujourd'hui dans la galerie du Palais -Royal sous le 
n* 149. Bauteur 98 po. largeur 54 pouces. C'est ce tableau qui 
a Inspiré à H. Vatout une pièce de vers qui commence ainsi : 

BoiUy, de ton piooeau les fidèles couleurs 
Foot rire nos regards an tU>leau de nos mœurs ; 
Que j'aime ton Calé, ses jeux , ses personnages, 
Des cercles de Paris , pittoresques images 1 



- 805 — 

Enfin, tons ont loun goûts, leuxs ptaisirt, leur manie ; 

Et dan» un cadre étroit, oe petit univers 

Du pauvre genre humain renferme les travers (1). 

19. Scène, êe eamataL — r Salon de 1855. Adietée par la 
liste cifite la même année. C^est noe des œuvres capitales de 
Tanteur. 

16. TraU de courage de M. Fimtmaigt maire de Rouen. — 
Salon de 1855. 

17. TnUrieurde la cour des Meseageriee roulée. -^ Acquis 
par le musée royal, en 4 845, i la vente mortuaire de Tauteur, et 
«xposé au Louvre. C'est Tune des plus vraies et des plus fines 
toiles de Boilly. 

18. Le Jour de déménagement. — Un des derniers ouvrages 
de rauteor. Il y travaillait étant presqu'octogénaire. 

H. de Saint'Rémy, au Mans, possède deux tableaux de BoiHy ; 
le premier est Tun des meilleurs de Tartiste , il a été reproduit par 
la gravure , et représente ies Foleure eurprie. S*il ne fait pas 
double emploi aVec le n® 4 cité plus haut , cVst un fleuron de 
plus à ajouter à la couronne passablement touffue de Boilly. 

11 en est de même du tableau dont M. Tencé , de Lille , est 
rheureux possesseur ; il offre deux groupes formés , Tun autour 
d^un charlatan monté sur un théâtre ; Fautre en face d'un cabinet 
d^optiqoe ambulant. Cette scène pleine de vérité n' est-elle pas 
celle indiquée sous le n*^ 7 ci-dessus? 

EnOn, }/i. Evrard Rhoné , de Valenciennes , retiré à Paris 
où il emploie sa grande fortune à satisfaire son goât pour les 
arts , avait dans sa galerie un charmant Boilly , peint fine- 
ment et spirituellement composé. C'est une procession dUn- 
croyables, hommes et femmes, fort curieuse par la représentation 
fidèle des modes bizarres , pour ne pas dire extravagantes , du 



(1) NoUceg hiitûfiqv&s sur Us tableaux de la galerie de S. A. A. Mgr. 
U duc d'Orléans, par J. VUlom. Paris, 1826, Tome IV, p. 40^5. 

14 




— 800 — 

Directoire. Nous Boupçomions fortemenC cette toile d^étre Torigi- 
iial, ou du moins une seconde et heureuse représentatioD» faite 
|)ar le même mattre , de la Marche des Ineroyahltê gravée par 

Nous n^eutreprendrons pas d'éniimérer les portraits faits par 
Boilly, genre de labeurs dans lequel il se Ot une réputadon ; 
cette nomenclature dé|>a9$erait les bornes d'une notice. 11 suffira 
de dire que ces portraits peuvent s'élever au chiffre presqn^ltt- 
croyable de emq mUi$ et quMI y en eût bon nombre exécutés en 
pied et de grandeur naturelle. Beaucoup ont obtenu leshooneurs 
4e la gravure. Nous citerons ceux du général Bertrand , grand 
maréchal du palais de Tempereur Napoléon, gravé par Narjeai ; 
dufameux docteur F.-J. fiaîl, auteur de la phrénologie, buriné 
en médaillon par Bourgeois de la Richardière sous TEmpire ; 
de l'illustre bibliographe Hollandais Jean Meem^ann , gravé 
aussi en médaillon par /#^. Fan Senus^ pour servir de frontispice 
A son éloge par H. Constantin Cras, en lS^i7; de L.* B. 
Picard^ auteur dramatique, reproduit par le burin pour 1* édition 
de ses œuvres en 4 vol. chez Barba eu ISai. Nous en passons 
et des meilleurs. 

Boilly n'a [jamais gravé à Peau forte comme cela est arrivé i 
tant de peintres qui jetaient ainsi en raccourci leurs premières 
idées pour en mieux saisir TefTet ; mai^ presqu^aussitôt «fue la 
lithographie a été répandue^ Il s^en est emparé pour émettre nne 
foule de petits sujets que produisaient son imagination fertile et 
riante, et sa main prompte et habile. Qui ne connaisses groupes 
de têtes, ses charges spirituelles, ses caricatures précieuses pour 
le naturel et Vexpression des physionomies.' Les Amateure de 
tableasix, six tétee devant une toile, lunettes et lorgnons braqués, 
bouches ouvertes, ont eu un succès Ae vogue, te peuttème moùy 
joli groupe plein d'expression , d'un jeune mari et de sa femme 
enceinte, attira sur le vitrage de Martinet plas d'un flâneur pari* 
%ïen. Les petits Ramoneurs ^ cinq jolies figures bien groupées» 
les Savoyardes, cinq tètes charmantes et vivantes , ont obtenu la 
faveur populaire d'être réduites et placées sur les tabatières de 
répoflue et ont fiit pendant on temps les délices des prisenrs. 
Ënflit les Antiquaires, la Rosière, la Lecture du Teetammi, 



i 



— 807 ^ 

wi« ConnUtaiion êe Médecim etc. etc., sont autant de groupes 
piqoants qui ont en le privilège d^appeler Tintérét et de prbvd^ 
qotf ' le «ourire de toas ^es visitears des étalages publics . 

Est-îl besoin de dire que Boilly, avec sa verve et 'fa facilité dk 
son crayon a composé une quantité innombrables de^ dessins ? 
H a surtout été mis souvent à contribution pour orner les albums, 
genre de tribut devenu à la moàe , que les jolies femmes 
savent lever avec adresse sur les artistes et les poètes. Un jour 
notre peintre parodia d*une manière piquante, dans qn charmant 
dessin, le tableau de la Mort d*Ataîa, par Girodet, pour être 
placé dans un de ces albums. Un littérateur écrivit au-dessous une 
pièce de vers en Thonneur de Tartiste ; elle se termine ainsi : 

.^ . .Et surtout ce crayon factie 
Qui retrace avec vérité . 
De la figure mobile 
L'admirable variélé ; 
Se jouant dans la parodie 
D'un sujet qui nous attendrit , 
Noo3 fait •ourire au trait d'esprit, 
Sans nuire à Tonivre du génie. 

Dans le cours d*iiBe vie siissi laborieuse, Roilly a dû nécessai- 
remeat recevoir des réeooipenses et des# ëtttinettons méritées. 
Nous voyons qa'il figure parmi les peiDlces de genre qui ont 
obtenu une réiD09ératiou décernée par le Jutff iet ^r(j pour les 
laeiUeurs ouvrages exposés de L^a U è^Tan YL; le i*^ floréal ah 
VU il reçut un prix de 2,000 fr, et la méii^ année , en messidor, 
le gaoEveruemeut lui donna encore une somme de â^Od fr. pour 
un ouvrage k son choix et conme encouragement Le ftigennitial 
an Xlll, il emporta une médaille d^or de 500 fr. En 1800, il 
reçut la dédicace des iMtru à Eugénie, élève de BoUly, aur les 
peintres et Us sculpteurs de f ancienne Grèce' , pej. Joseph de 
/a âSern'e (de la Vendée] , Paris, Didot jeune, in-48 (4). En 
18^5, lorsqu^il fut question de fonder à Paris une société, eom- 

• i * 

(1) L'Eugénie, dont on vante le talent dans cet opuscule , avait été 
élève d7<a&«y et de Bùilly. 




posée d^éorivains , de géaéraux et d^artistes -nés dans- le départe* 
n^eut di> Nord , Boilly fut admis dans cette assocîatiOD dès sa 
fondation. Enfin, eu 18551 ou &&, sur la deaiaiide de rAcadénne 
ties Beaux-Arts , il obtint la décoration de Tordre royal de la 
l-égion^l'HanBeur. 

11 était, comme lou» les vrais artistes , amateur et coonaissear 
en peinture, el il posséda long- temps une collection , peu nom- 
"breuse mais exquise, de tableaux de Técole flamande. Son origioe 
sans doute Tavait entraîné plus particulièrement à réunir des 
oeuvres sorties d'hommes de son pays : A tous les cœurs bien nés 
que la patrie est chère ! Ce qui pouvait lui rester d^objets d'art fut 
très recherché après son décès (l). L'empressement de^ amateurs 
à acquérir ses dessins et ses études fut encore plus considérable. 
Ses moindres croquis montaient à des prix élevés. Ce fut alors que 
le Roi fit acheter, par les soins de M. de Cailleux , directeur des 
musées royaux, un de ses principaux tableaux pour le placer 
dans la galerie du Louvre. Quelle diCférence du prix attaché alors 
aux prodoctions'^de Boilly avec celui de L'époque où les marchands 
de tableaux spéculaient sur sa jeunesse et sa modestie ! 

Louis 'Lêopold Boilly mourut, ou plutôt s*éteignit doace- 
ment, à Paris, au milieu de ses enfants et petits-enfants, le 5 jan- 
vier 48^45, dans sa quatre-vingt-quatrième année. Sa vue, quoi- 
qu'affaiblie, lui avait permis de peindre jusqu'à la fin de sa vie : 
il expira « pour ainsi dire, dans son atelier et la palette à la main. 
11 avait eu trois fils de son premier mariage ; il survécut aux deos 
atnés dent le second mourut de la fièvre au Sénégal, où il servait 
comme capitaine dans la ligne. Le survivant , M. Simon BoHêf^ 
est aujourd'hui chef-d'escadron dans Tarme de rartillerie. 

De sa seconde femme, Boilly obtint cinq enfants , trois garçons 
et deux filles; ces dernières succombèreoft en bas âge. Les trois 



(i) La vente de BoiUy eut Heu le 31 janvier 184S, en la demeure 
où il mourut, rue St.-Benoi?t, n^ 8, à Paris. Dix ans plus tôt il habitait 
nio Mazarine, 9 ou 11. 



i 



- 209 - 

fib suivirent la carrière des beaax*art8. M. Jule$ Boilly. peixitre- 
tonoo, demeure à Paris ; M. Edouard DoiHy, est compositeur de 
mmicpie et a obtenu le grand prix de Técole de Rome ; enfin 
M. Jfphome BaUiff a adopté Tart de la gravure. Ces artistes 
ont d^à bit preuve df talent et raivent honorablement les traces 
de leur père. ^ 

Il nous reste à toucher un mot de la personne et du caractère 
du peintre dont noua venons de mentionner les travaux princi- 
paux. De même que Ton peut dire d*un littérateur : le style c'eet 
Vhomme, de même , la vie d*un artiste est toute dans ses œuvres. 
Or, Ton a déjà pu voir , par rénumératioa sommaire des labeur» 
de Boifly, qu*il fut spirituel et gai, fin et o)>scrvateur, un peu en- 
clin à la galanterie et à la malice , sans jamais aller jysqu^au 
cynisme et à la satyre. 11 était franc et naturel, obligeant et loyal. 
Il aimait les arts avant tout sans dédaigner le plaisir ; très-labo« 
rleux et toujours employé chez lui au dessin ou à la peinture, 
il n'y prenait de dîairactioii qb*en a*occiipant d*oplique et de 
chambres noires, genre d*amusement sérieux quMI rattachait 
encore par plusieurs points ft ses travaux , et auquel il consacra 
beaucoup de temps et d'efforts récompensés par des perfection- 
oemenla qui mériteraient d -être comius. [.et» regrets qu^tl a laissés 
à sa UwMê et à setnombreûx aims comme Iremme aimable-et bon. 
et anx amateurs de la pélntfi»è comme artiste habile et original, 
ilooneol, au reste, une Idée suffisante doses qualités personnelles ; 
regrets ont été dignenlent exprimés; le 24 avrifl 4845, dans la 
annuelle éelêSaeiétédu départtmeut du I^orê, à Paris, 
par M. jiuguMte Delsart, Tun des secrétaires. Cette réunion 
d'élite, alors présidée par M. Murf tn (du Nord) qui devait suivre 
beaucoup trop tét- dane la fomhe ion compatriote Boifij, a té- 
moigné dans cette assemblée toute la peine qti*e1le éprouvait 
do vide qui venait déîse faire dans seé rangs, ' déjà^daircis par 
les morts récentes à'ffilaire Ledru et de Bedouti. Puisse le sou- 
venir que nous consacrons ici è un peititre 'aimable dans nos 
modestes annales, perpétuer quelque peu sa mémoire dans la riQh« 
et belle contrée qtii Ta vu naUre ! / 

Aki*hor Dinaux. 



( 



— 2« — 

Voilà évidemment ce qui a été prati(|aé à Bavai ; il suffit pour 
B^en convaiocre de jeter les yeni sur les dessins de Niveieau. 

• 

Le long de chaque côté d*un enclos rectangulaire régnaient 
deux galeries parallèles séparées par une file de piliers carrés. 
Elles étalent éclairées par des abat-jour , pavées en marbre , 
décorées de statues et de peintures à fresque. I^es piliers en sou- 
tenaient les voûtes, appuyées, h droite et à gauche, sur des pilas- 
tres adossés aux murs , et abrités par des toits conroonée 
d^attiques. Les murs étaient doubles jusqu'à upe certaine hai^taor, 
et Tentre-deux en était assez large pour qu'on put les parcourir 
intérieurement; ils semblaient une suite de longs corridors 
offrant, par leurs détours multipliés^ r<apparence d'un labyrinthe. 
On s'introduisait dans les galeries par deux entrées^ Tune au sud, 
Tautreau nord, et vraisemblablement par une troisième à Test; 
néanmoins, les investigations ne s*étant pas étendues jusque-là» 
on ne peut former à cet égard que des^conjectores, mais qui, 
fondées sur Panalogie, équivalent presque à des preuves. Ces 
entrées étaient probablement ornées d*élégants péristyles (i). Il 
n'est point douteux que Tenclps ne fût planté de plusieurs allées 
d'arbres touffus ou de charmille, alignées avec symétrie et 
soigneusement sablées. 

Les murs d'enceinte tenaient lieu des eolonnei du dehors. Le 
style d'architecture ne pouvait être le même sous des climats 
aussi dissemblables que ceux de la Belgique et de Tltalie. Des 
galeries ouvertes de toute part n'eussent pas été moins déplacées 
que des toits plats dans une contrée du nord exposée à toutes les 
intempéries de l'air. 



(1) Dessins de Niveleau : feuUle 46, figure 92; fôuil. 47, Og. 99; 
feuil. 19, ng. 45; feuil. 42, flg. 92. 

Paoées m marbré, c Lapidibus precfosis cotistrata. t ( J. deGuyse). 
a Pavée de pierres d'un grand prix > (Traductton du marquis de Poitia). 

Ornées de statues. < On a trouvé le 18 avril, trois^ morceaux de 
» bronze du poids de 5 livres et provenant d'un manteau de ssatue de 
» grande dimension. » (Niveleau). 

Couronnés d'attiques. Quelques indicée le font présumer* 



- 913 — 

La partie oocideoUle n'a pat été «iploréa ; mais aa forme et ga 
IHMitîon dénotent assez qu^elle avait été disposée pour les jeax 
scéniques. Cet hémicycle qui ia termine, maintenant vide et près* 
que entièrement ruiné, était autrefois rempli de gradins. £n fouil- 
lant de ce côté, à plusieura mètres du sol, peut-être retrouverait- 
on quelques débris de la scène, des tronçont de colonnes, des 
fragments de eariaU^es. 

L*aspect de ces lieux jadis si vivants, si animés, qui retentirent 
tant de fois de longs applaudissements^ aujourd'hui silencieui et 
soKtaires, inspire un sentiment indéfinissable de mélabcofie. Que 
sont devenues ces foules de promeneurs et de spectateurs si gais, 
si bruyants,' qui sa succédèrent de génération en génération 
durant tant d^années? Le temps en a effacé jusqu*au souvenh'! 

Les divers cliangéments qn*ont wMb cm constructions les ont 
totalement dénaturées. Les bafrbares les ruinèrent vers la fin de 
407 ou le commencement de 408. Plus tard, une forteresse 
s*éleva sur le même emplacement. Soit quelle eût été détruite 
par r ennemi ou qo*elle fût tombée de vétusté, elle ne subsistait 
phis dans le treizième siède. Il est à croire que plus d*QU autre 
château- fort en occupèrent successivement la place jusqu'à des 
temps déjè éloignés, et que de là vient le nom de ehdieau , con- 
servé à un endroit où Ton ne voit plus qu*une muraille antique 
qai semble enchâssée dans de vieux remparts. Ce qui était resté 
debout des murs d*enceinte du monument romain a été extérieu- 
rement doublé et flanqué de tours (i). Le pavé en larges dalles 
découvert dans les jardins des PP. de TOratoire peut avoir été 
celui d*une salle d^àrmes, d*une terrasse, d'une plate -forme. Les 
ruines de ces différents ouvrages additionnels ne doivent pas être 
confondues avec celles du portique ou du théâtre. 

I. L. 



(i) « On voit vert le coaehanl de cette vUle les mura en ruine de 

> rancien cirque romain..;. Ces murs ont été doublés d'une muraiUe 
9 a^ant des demi-tours que l'on appeUe ici (à Bavai) bosses 

> La double muraille s'est déjà détachée en quelques endroits ; il en 

> est tombé un pan il y a quelques années.... Ce morceau tombé a 
9 mis à jour la muraiUe qui était cachée, i (Nivetoau). 




— 914 — 



APPENDICE. 



• Voici ce que rapporte Lucius de Tongres i . . . Bavo 

fonda d^abord un palais avec des pierre^ polies^ carrées, dotées 
et sciées; et il éleva les mars de ce palais à soiiante-diz 
coudées. [| construisit cpiatre tours hautes de cent vingt 
coudées, , et dont chaque côié avait trois cenis coudées carrées. 
Il construisit # usai deux portes^ de I4 même hauteur que les 
tours. Les tours de la porte lupine» ainsi nommée parce 4|iie 
c* était sur sou emplacement que se (rouvait Tantre où s*était 
retiré le loup hianc dont il i été question plus haut, avaient 
leurs murs épais de viogt-cinq coudées,^ et Tespace ccnopris 
entre ces murs était de trente coudées en carré. Les tours 
.de Ja .petite ports que Ton appelait Castellane, étaient to«tes 
deax de cent coudées, avaient dss murs de <^i&-liuit coudées 
d'épais8Si|r> el Cjpmprenaient entre leurs murs une surface de 
vingt-quatre coudées carrées; de sorte que chaque tour de 
cette porta avait aeisaute coudées de diamètre. Toutes ces 
constructions jusqu'à vingt-cinq coudées au dessus des fonda- 
.tipns, formaient upe puasse soliàe et sans vides, enduite d*un 
jHtume épais et d'un, cîmeat fait de briques broyées el mêlées 
avec de la chaui^.; et eUes appaçtenaient toutes à la partie 
principale du palais, à Texceptiou de la porte Castellane, qui 
était adossée à la secon^le partie du même édifice. Ce palais, 
composé ainsi de deux parties, ressemblait â un vaisseau par 
sa (orme longue et étroite. Sa longueui: ne surpassait que de 
sept ^ois sa largeur, et sa pins graqde largeur interne était de 
troia eeos coudées. Ses deux portes s\ouvraient« du côté du 
midi, et elles étaient, unies p^r un mur d^ .soixante et dit 
coudées d'élévation, et de vingt coudées d'épaisseur. Les deux 
parties du palais ne communiquaient entre elles que par ces 
deux portes. Le mur de chacune de ces deux parties était, du 
côté du midi, de hauteur égalé, ainsi que nous Tavons dit ; mais 
du côté du levant, où se terminait le palais, 00 toyalt deux 
^oors égales à celle de la porte Castellane. Du côté du nord, le 
mur de la seconde partie du palais avait ta même épaisseur que 
le mur précédent; mais il était élevé de quarante coudées, et 



» était .garfid^id gdnd nombro de toun. La pvioeipale fMrtie 
» du palais était pavée depieites â*an gitaid prix, «insl qoe le 
« reconnaissent ceux qui creusent dans son emplacement à une 
m certaioe profondenr ; ei la ph» gvaède partie dû palais, au 

• nord, était ealiéceaieiit entourée, hors det mnrs, d'un fossé 

» large de deux oe» coudées, eulpn»é de mvcs de toutes parts, 

» et pavé parlOMt a«ec des pierres polies. » ( Jacqueede Guyse, 

Annales histori» illustrium Principum HAinanis «, Lil>^. 1, Cap. 

XIU ; traduction du marquis de Fortia). 

• ■ • . ' 
« In eodem opido (Banci) bodiéqae vifuntur mûri, ao rains 

• Circi à Romanis structi, forma oblonga, in modum na?ia: vulgé 
» Vûu CkoiUl vocant. • (Âub. Mirsus, Eerum Belgicarum 
Annahes). » •* 

« Intràiuurosi^uteoci bodiernos,.tametsi exiles elvalde lat^ros, 
n supçrsubt quasi Cird uoios rudera ; ci^us Méridionale totus 
» satis adhqointegrum ; boréale jpœnè totum evanuit. Circi flexns, 
B adbucin msinibus hodiernis apparat; pars anterior. inOrienUsm 

• porrecta dn^m oxUbus oeçultata vix se prodU. Uuisius simi- 
» Umo iudagator stt*eaiMis iib. 1. cap. 15. Navi^ illum fljgurani 
» expressiase acribit -y eujus latitudo major treceotorivn intrinsecus 
» cttbitorom ^titent. Ego tamen latérales (\|us muros çou in 
m, nayiilprmami inflexea, et ovales, sed rectos et ferè.parallelos 
m advertisse videpr. Undè Circo (omao Maximo feré similem, 
» lieet mîaocem, existimavi. Latum vidi trecentorum pedum, 
m vix eubitomm : loogum oltri dupii proportionem. Sed Circum 
m Doa sgnoscunt ioqoilioi, neque G^sio»; Palatium hic, ilii 
m Castelbun, vulgo Chaetelet vocant. » (R. *P, Œgidii Bucberii 
Belgium Romanom, etc. Lib. XVI. Cap. 7). 

« Nous pouvons dire que Bavay estoit anciennement à guise 
» d*nne autre Rome< ..... Vous y voyez. . un Circ> basty par 
9 les Romains^ qui estoit vne plaine longue ajustée pour la course 
» des cheuaux, et ce en guise de nauire, entourée de murailles, 
9 soustenues d*enoiron vingt arc-boutans, tout en ruine. Le 
» lieu se nomme i présent le Vieu-Chastel ; et des antres le 
9 ChaaletQHdorKEapée, où se nonstre vne tour, dite en langue 
» corrompue, . de Ui f«d« ^^arn, qui vaut autant que -, de la 




*916 — 

9 cheare adorée. » (F. Viachant, Aniial«s de la pronuice eC 
comté d^Haynao, etc. Liv., aeeondi di. V). 

« La YÎHé capîtalle dtt NenneDi eetoît Bft?ay; oe qni est si 
» eoidedt poar mamtenant, qa'il ii*6it deaonnais plu loiaîble 
» d'en doQter entirt les Doctes. L'on y voit eneor les masttree 

• d*vn Cirqae ... » (D*Ootreaiaa> hist. de la ville «l comté de 
ValentienneSy Liv. i,eli. i). 

« Qui ii*admirera les masures da cirqae dans le vîeax 

• château.. » (Le ?. Delewarde^ Hist. générale du flaînau. 
Uv. XHI ). 

« Les colonies romaines envoyées i Bavay, outre Tulile et le 
» commode, voulant se procurer encore Tagréable, disposèrent 
» pour les Jeux publics, un cirque roagntflque de 900 pas environ 
9 de longueur, sur 500 de largeur; les débris de ce monument, 

• qui subsistolent encore avant la démolition de Thôtel de 
» Chimai , et sur lesquels est aujounf hui bâtie Téglise parois- 
» siale de Notre-Dame foisoient Ta^miration des étrangers, anasl 
» bien que les précieux restes de Tamphitéâtre, des galeries et 
» des loges où se plaçoient lés spectateurs : ces édifices étoieut 
» appelles Castel du root latin caste flum, et la rue qui conduit 
» au cirque, est encore appetlée aujourd'hui rue du Chdteiei, 

• via castellana. V (Extrait du Mémoire sur les antiquités de la 
ville de Bavai, par le P. G. Lambiez, dans le supplément de 
Tencyclopédie Didot et d*Alembert). « Le Cirque ou Colisée, à 
» Pextrémité duquel sont les ruines de TaDophithéâlre, est un 
» autre genre d*édiOce qui annonce la somptuosité; il avait 
» 1116 pieds de longueur, et 276 de largeur. » (Le P. G. 
Lambiez, Dissertation sur les colonies romaines répandues dans 
les Pays-Bas, XVI). « Les ouvriers de rampbitéâtre percèrent 
» la muraille de dix- huit pieds d'épaisseur aux deux ouvertures 
» entamées ; on y rencontra des coulans d*eau qui foumîssoîent 
» aux baigneurs l'abondance de ce liquide. » (Le même, Feuille 
d'or d'octobre 1790). 

« In oris vel mnltom remotis Romani dvîtates exomare selebant 
» amphiteatris ; lldem facNmt relittui» nraroram id geoias sdîflcîl 



- «17 -. 

» htc {in Bataeo) extitisse^ comprehendehtes magna ex parte 
» ftioânm elévatiorem €ollegit OratorH, parochîalis ecdesi», cnm 

• portione oomietarii , éxcarrentia porro eirci Yestigia yersiis pla- 

• team deGlatigniea (dicUm forte à glarea) ad viam du ChdteUi 

» sen Caslellaaaai. Miralmndiis contempla tus lui mnros sabindè 

» Uceros, quorum noB tantûm exterior lapidum fades çolitaram 

» sabik, «tî assolel ettammim fleri; sed et firequenter etiam 

» ÎDteriorlàbri malteo tonsa fait; camqae difers» sibi ûppositœ 

» sâot lapidom congeries sine interiori caioe coadnnante » ratum 

» est fleri, Ht ab «no laterecorraant muri^ sabsistente opposito 

> latere; teu ut spiasus riianis deerescat ad dimîdiam soi, vehiâ 

» ad oocidentem dyitalis sidère est. Cutis osus et forma amphîtea- 

» troram speeialibos opertbus expHcali slnt ^ non est car haie réi 

» uiierÎQS immorer. • (P. J. Heylen Lyrensis ecdesi» Decani 

ftiasertatio de Antiqois Romanorum monumentis in Austilaco 

Belgio. Dec non de iis quie apud Tungros et Bavacenses 

reporta sunt. Mémoires de Bruxelles. Seconde édition. 17S0. 
Tome 4). 

m Un clrqae de ^0 pieds environ de long, sur 500 pieds de 
» largeur. Les masures d^ ce monument sont encore visibles au 
» midi.... La partie extérieure du mur occidental, qui a 12 à 15 

• pieds d^épaisseur était soutenue par sept grosses tours, qui, 
» aujourd'hui informes, sont appelées bosses. Le ciment en est 
» presque aussi dur que la pierre de taille. — Un arophitéâtre. 
» Ses débris subsistaient d'une manière plus visible il y a environ 
» deux siècles, avant la démolition t]e l'hôtel de Chimai, où en 

• partie est eonstruite aujourd'hui Téglise paroiésiale de la ville : 
m ils oecopaient aossi le terrain le plus élevé de la maison des 
w Oratoriens. • (Le Mayear, Gloire Belgique. Note 19 du chant 
prèorier). 

m Les colonies Romaines, envoyées à Bavai.. .. disposèrent poor 
» les jeax pubties, oq drque magniflque de neuf cents pieds 
» environne long» sur trois «ents pieds de Jai^eur. Lesonsares 
» de oe monament sont encore très-visibles au midi, dans ane 

• partie des chétife remparts qui environnent aujourd'hui la 

• TiUe, mais qui de ce côté sont fort délabrés et au pomC de 
» 9*écrooler. Ce mnr atitiqoe atalt été Aanqoé de tours, et on 




— 918 - 

en voit aussi de bas loors des restai assez remar^mbles 

Les RoDiauis , suivant leur usi^, porièreuft leur flMgnîfieeaee 
jusque daus les contrées les pAus reculées sAumisee à leur 
Empice; souvent ils ornèrent d'amphithéâtres superbce les 
villes éloignées de plus de trw on quatre cents lieues de 
leur Capitale. Des débri# trés^-remarqua^Mes d'«Mi pareil édi» 
fice , établi i Bavai » faisaleni , il y a environ deux siéelce , 
Tadmiration 4^ éUrangers. Ces précieux restes eubsistaleiii 
encore avant la démolitiçn de ThOtel de Cbimai, où en partie 
est construite TEg^ise paroissiale de la^viJle; ils ecenpftienl 
aussi le terrain le plus élevé de U maison 4es Oratoriens. Les 
auteurs qui ont parlé de Bavai, eonfiMident quelqa^oîs le 
Cirqneaifocr Amphithéâtre; mais suivant toutes les appareneea, 
» TÂmphithéâtre était placé dans le Cirque mâme- D'autres onC 
» cru découvrir des Thermesou bains dans ces mêmes endroits.» 
( M. J. de Bast, Second SuppUmeol au Eecueil d'antiquités 
Romaines et Gauloises, etc. ) 

. N'ayant pas à notre disposition les dessins de Niveleau, doiA 
nous devons la communication à Tobligeance de M. Crapez, 
ancien maire de Bavai , nous ne pouvons y suppléer que ,fort 
imparfaitement, par quelques eipHcalions empruntées à fauteur. 

La figure 98 de la feuille 46,, est le « plan du monument 
» découvert dafisles fouilles exécutées du 20 novembre i8S6 au 

• 50 juin 1827^ dans la pâture d*ell eenu ou afhcien cirque de 
» Bavay. » (Niveleau). Cette figure représente Tangle formé par 
la jonction de deux doubles gaieriesi avec une grande partie de 
chacune d'elles; la position des piliers ci des pilastres , les entre- 
deux des doubles murs, avec leurs zigzags et leurs sinuosités ; 
Tune des entrées , et une partie de Tenclos. Niveleau nomme 
petites' galeries le» eHtre* deux des doeMes mors. « Petite galerie 

• de ceinture pourtoumant le monument:... Les t>etKe8 galeries 

• ont dans des endroits n pouces de iarge et dans d^autrcs 

• d pieds. » (Nîveleâa). 



La llg. 99 de la f. 47, représente les « vaes perspectif es des 
• ruines du Portiqu$. ... la grands galerie , les pîfîeffs et les 



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HOMMES ET CHOSES. 



SaWant Ménage, carillonner vient de quadrillonare , fait de 
quadrilla, mot espagnol qui signiOe un petit escadron et qui est 
un diminutif de quadra^ parc« que dans Torigine les carillons 
se faisaient avec quatre cloches. Les ttemps ont bien changé 
depuis lors , au moins dans les provinces des Pays-Bas où les 
carillons sont d'une étendue et d^une complication remarquables. 
Mais d'où vient que les carillons ont eu et ont encore une vogue 
toute particulière en Flandre et sont adaptés aux horloges pour 
indiquer les divisons et subdivisions des heures? Noua allons 
tâcher de répondre à cette double question. 

Les peuples de la Flandre , fort riches dès le moyen-âge. 
Jouissant des bienfaits de la liberté communale bien avant les 
autres populations, pourvus de beaux monuments religieux et 
civils, n'avaient pour ainsi .dire qu'une seule chose i désirer : un 
ciel moins couvert de nuages et un climat moins brumeux. Ces 
brouillards^ cesplnies, ces temps nébuleux, qui cachaient le 
soleil pendant neuf mois de Tannée sur douze, semblaient jeter 
un sombre voile sur un pays dont les habitants étaient cependant 
amis de la gatté et qui possédaient les moyens de se réjouir. 
Cette nécessité de balancer la tristesse du climat d'une façon 
artificielle, jointe à l'amour naturel des habitants pour la musique 
fit adopter , dans toutes les localités , la mode des carillons pu- 
blics annexés aux beffrois ou aux hôtels-de-ville. Ces carillons 
Jouaient la veille des jours de fête pour les annoncer , pendant 
les cérémonies publiques , à l'entrée des personnages marquants 
et â toutes les occasions de réjouissances. Dans les villes où se 
tenaient des foires et marchés, on jouait des airs carillonnés 
pendant la durée du marché pour égayer les gens de la campagne, 
et, pour ainsi dire, afin de fêter leur bienvenue. La nomination 
des chefs de la commune, la naissance d'un grand du pays. 



étaient encore annoncées par les sons joyeux da carillon Les 
flamands suivaient Texempie dont parle Voiture dans ces vers : 

« Le jour où nasq^Mt Ghastillon, 

» On sonna donble carrillon 

9 Partons- les clochers de Gythère. 9 

Quant à la coutume de carillonner & toutes les divisions de 
Fheure , outre qu*elfe s'appuie également sur les molifi sus- 
allégués, elle à aussi une autre cause : Les habitants de la bonne 
Flandre furent généralement à tontes les époques des gens d'ordre 
et d^économie, occupés au commerce et connaissant parfHttement 
le prix du temps^ Ils ont bien aimé d^avoir, dans leurs horloges 
publiques, un moyen certain de reconnaître Tbeure, de distin-* 
guer la demie du> quart, et même du demi-quart d*heure ; ils ont 
poussé encore U précaution jnaqu*à indiquer, par ce quMIs appe- 
laient une aàvertance^ \t moment qui précédait Theure de quel- 
ques minutes. . C'était auhnt qu'il en fallait pour se préparer à 
entrer à Touvrage ou à le quitter, é se rendre à Té^lise, ou i la 
bourse, ou à tout autre rendez-vous A heure fixe. L*air carillonné 
qui précédait le timbre servait d'avertissement utile, apprenait à 
^tre eiact, faisait gagner du temps et eippécbait d*en faire perdre 
à ceux avec lesquels ou avait à faire. Telle est, selon nous, la 
cause la plus réelle de Tadoption générale des carfltons dans 
toutes les villes des anciennes provinces des Pays-Bas. 

On a prétendu à tort, à ce que nous pensons, que le défiant 
Cbarles*Qnint avait multiplié les carillons dans les Pays-Bas pour 
calmer Thomeur inquiète et turbulente des peuples enclins à la 
révolte. Ce luxe était tout communal et n'avait rien & attendre du 
aonverain ; et d'ailleurs Chartes-Quint, toujours à la recherche 
d'argent pour soutenir ses guerres, était bien plus disposé à tirer 
des subsides de ses populeuses et florissantes villes de Flandre 
qu'à les doter â*horloges en musique. . 

M. Miehelet, dans son HUtnire de France erre également 
en disant que a le même air joué d'heure en heure pendant dea 
1» siècles, a suffi au besoin muaica) d*on ne sait combien de gé^ 
» nécations d*artisaM, qui naissaient et mouraient fixés sur 
« l'établi. » Les airs des carillons se renouvelaient souvent et 
suivaient la musique eu vogue, les cariilouneurs exécutaient lea 
dimanches et fêtes tons les airs populaires de chaque époque* 
L'école musicale flamande-, qui fournissait des maltrea de cba" 
pelle aux souverains de France et d'Allemagne, est d'ailleurs 
assez renommés pour qu'il soit inutile de défendre le goût musi- 
cal des habiianta de nos provinces. 

Le luxe de ces carillons fut poussé très loin tiociennement. 
Ceux de Halines, de Louvatn «t d'Anvers étaient cités comme les 




— 8«î — - 

parangoiiB de ces instrumeuU bruyants. Le omrUtmkdê Dtoi- 
kerque obtînt une popularité telle qu'il eet paasé en proverbe : 
On appelle faite le carillon de Dunkerque^ B'einbraseer les uns 
les autres ; c*était la sotte d'un vieux refrain de ehansou de table 
qui permettait au voiaîn d^eaibraiter sa viotaine, oe qui causait une 
sorte de çoufusiou et d'échm répétés sant meat^re qui laissent 
beaucoup 4 penser sur la îuaiesse de rînstnimenl el peut-être sar 
le mérite d« carillonneui- de Doukerque. Est*oe en raison de oe 
dicton si populaire que les Dunkerquoia ont voulu veàf renvra 
leur canllon à la restauration duquel on procède en ee moment ? 

Beaucoup de filles de œs cooirées du Nord ont conservé leor 
carillon ; celui d*Ath élail jadie renommé parmi les neillfenm; In 
elocber qui le renfermait, frappé par la fondre le 40 avril i9t7« 
a eu sa flé«the bnHée et aes dochee fondues ; le carillon est resté 
muei depuis ce jonr. Celui de Vateuciennes a. précédé de quel-' 
ques années dans la tombe le vi/onx beffNn qui le recelait : e*était 
une advertance. ^k>s anciennes abbayes possédaient aussi de 
magnifiques carillons dont lee airs retentissaient dans lee bois 
d'alesHour. Le carillon de Tabbaye de Tongerleo^ dans la Cani - 
pine, faisait Tadmiration du savant Goropius d'Anvers. La ville 
d'Avesnes a écbangé ses pauvres cloches contre l^atmoiiieoi 
carillon du monaetèie de LiemîeB ; celle de Saint^Amand a* 
hérité de cekn de l'antique abbaiye d*Ëlnon. L*auK>rlté munici- 
pale fait n)ouvoir au|<Mird'bui rinatrument qui ne recevait dUm- 
pulsion autrefois que du bon vonloir des pieux abbés dent les 
cendres doivent frémir au son de i*air moderne dea £îrofiitne> 
ou de 4a MarêttUaùe^ 

Il y avait Jadis des artistes cartllonneurs' comme il y eut des 
organbtes de premier mérite. M. de WUry, ohvsoinede Toornay 
daas le siècle dernier^. raconte* (6al/^a moraUs; 1780^ in -4^, 
p 403) qu'il fit eiécuter, dans, la ville qu'Û habiUit, un magni- 
fique carillon organisé dont le sienr Ltiègm^ natif de Liessies, 
fame^aç eariUo9in$^^ savait tirer tout le parti possible^ 
• En oe moment les carillons s*en vont «veo bien d*Btttree ebnaes. 
On n'en fait plus, de nouveaux, on la^se lee •noieiis'se reniUep 
(axoepte è Dankerqne),.et, de temps e» temp», on en supprima 
tontTà-lsItquiéUieiitdevenusfawxeiofù il manquait des netesw 
L'industrie a cberdié èinuod'uire les eariUofis dans lesdemeu^ 
veasonala forme dé tabatières ou sous cellede tableetia-hor* 
kfse; ces Jouets, n'ont eu qu'un temps-: on ess bien vtte fatigia* 
d'un même air aépéié à satiété dans un endroit ciroonscrit; crta 
ne pouvait en aucune feçon rappeler le^ son» partant d?un cl<>- 
cber elev^, se variant è l'influi suivant qu'ils étaient écontéa par 
le be^u ou le mauvais tempe, durant. U calme ou la. temyéie, la» 



— M3 — 

Duit ou le' jour, de près ou de loin, dans la solitude des bois ou 
le bruyant mouvement des villes ; et puis, ces sons joyeux des 
cloches de la cité rappdaienf auV vieillards les jours heureux de 
leur Jeunesse : é^était comme une ancienne connaissance qui venait 
tous visiter dans tontes les grandes occasions de réjouissance et 
de fête. Paulf-il s'étonner, après cela, que les laudatores itmpùriê 
oeli 86 permettent de regretter la perte de ces vieux et gais amis î 

i , ' A. p. 



• 

Le S9 juifi i749y 11 y a précisément un siècle, est né sur II 
paroisse St.^éry, de Valencienaes (rue Cardon, aujourd'hui rue 
éaQmeêiwi\ M. CharlU'-Pkrre Bracq, qui septaisait, oit ne 
sait trop pourqm, 4 changer la terminaison de son nom et â 
réorire Braek^ ce qui a été continué par sou fils, le général Por-^ 
tWMBràk^ qui a reuchc^ri sur ee point en supprimant le e de ce 
méma nom. Le père de celui qui nous occupe, Jean^-Jouph 
Bra«ff, chirurgien-juré à Valenciennes, oatii de Crépin, ioinde 
rien supprimer à son nom, 7 ajoutait un «, quoicfu'il parait très 
p^Mîtif qjieses parens adoptaient Tortographe de bracq^ que Ton 
retrouve dans notre province dans plusieurs familles, et notam-" 
ment à Tabbaye de Vicoigne, où Tabbé Jehan de BraçÇi qui 
pprta la mttre de 4513 à 1990, réorivait ainsi. 

CharUê Braek, (poor nous servir de Tortographe adoptée .ptfr 
lai) qui avait un firërà aine entré dans les ordres (1), oommença 
par 4tre enfant de cbisar à la métropole de Cambrai, fit de fort 
lionaes éludes dans celte ville, et fut regardé comme asaea instruit 
pour remplir Toffica de précepteur, dans une famille dtstingaée â 
Paris. Protégé p#r M. lue- de Miromesoil et par ses propres 
qualités et son instruction solide, il entra dans ra^ministration 
ëea fermes, d*où il passa dans eelle des douanes qui la remplaça. 
11 arriva très rapidement aiupostes tes plus élevés, et, lorsque Je 
syetèmedes douanes fiNmaaises s étendit swr les c6tes de ritalie 
€Ooq«ise par nosariaes, M. Qrack y fut envoyé poor y organiser 
«eue bratKche de radmirtistration napoléonienne. U arriva dans U 



i^«*i 



(I) i^âm-Joteph Bracqi' né àiValeaciennea en 1743 (et non en 
e7iS ecmme^le iif par erreur U Bio^aphi$ dts C(mtêmpofaiM)i curé 
de RIfoéoourt, député à r«B9«>mblée oonslHoante par l'ordre du clergé do 
Cambrésis, devint juge-de-paIx etmourulep l&Ol. 




- M4 — 

ville de Géne« vers i806 et y résida jusqu^eii 1819, avec le lîlre 
de directeur des douanes. 

Ce fut là que son Imagination active prit son plus grand easofy 
et que, dans les loisirs que lui laissaient ses fonctions, il cultiva 
les arts et les lettres pour lesquels il avait un goût prononcé. Doué 
d*un esprit fin et délicat, épuré dans la bonne société de Park 
avant la fin du siècle dernier, et fortifié par de bonnes lectures et 
les comparaisons qu'il avait pu faire dans ses voyages, il a* eut 
pas de peine à se distinguer parmi les membres de la société litté- 
raire que Ton réorganisa à Gênes durant son séjour. Sa connais- 
sance de lalangue italienne lui permit de servir d^nterpréte eotre 
les savants transalpins et les français. Il traduisit dans sou idioaie 
naturel plusieurs ouvrages scientifiques qui faisaient alors quelque 
bruit au-delà des Alpes, et cela le mit en relation avec les ^û- 
êonti, ^l^êri, Céêarottij Montiei Perotii, bimimes d'élite de 
ritalie moderne, astres brillants qui éclairaient encore la péntB- 
suie transalpine au milieu des malheurs de la guerre 

Charles Brack fut admis dans la société royale de Gottin^o et 
dans plusieurs autres éompagnies savantes de T Europe. Mentôt 
Teroperear Napoléon, qui se connaiasairen hommes, le rappelai 
Paris pour lui donner une des cinq places d'administratear" 
général de la douane, le - poste le plus élevé après cehit de 
directeur- général II occupa ces fonctions importantes avec dis* 
tinction jusqu'à la chute de T Empire qui entraîna celle du sysCéae 
douanier napoléoniens 

Lorsqu'à la première Restauration la France fut desserrée 
dans ses anciennes Hmifes, Charles Brae k fut trop heureux, après 
la suppression des admiiristrateuni-générau'x, d*obtenir la diree- 
tiondes douanes de Yalendemies, qu'il vint organiser. Il passe 
dans cette ville l'année 1814, et s'j fit remarquer par son esprit 
vif et éclairé, ses connaissances variéiw, et l'aménité desun carae* 
tère. Appelé en i8lf à une antre direction, il prit bientôt après 
sa retraite et monrut à Paris vers 4850, à l'âge d'eavireo 
80 ans. Il ne laissa qu'un fils officier-général brillant^ qui a sni^ 
Tempereor don Pedro an Brésil, a commandé (avec ij^stinetioa 
l'école de cavalerie de Saumor, et, après avoir été'* la tête d\m 
de nos départements militaires, et avoir en l'existence larplias 
splendide et là plus enviée, vit aujourd'hui dans le calme de U 
retraite 

C'est surtout en qualité de littéraienr que M. Charles Bradi n 
droit à une mention de notre part ; c'est pourquoi nous allons 
citer celles de ses traductions de l'Italien qui sont parvennes jus- 
qu'à nous : ses productions n'ayant pas été très répandues et 
ayant conserve une certaine rareté , il ne nous est pas possible de 
fournir cette notice complète. 



- «5 — 

4* DUêertation sûr le cheval aîlê d'/érsinoë par M. Monti, 
profesêeur émérite et membre de Vlnetitut. Ouvrage dédié à 
M. Paradisi, conseiller d'Etat, grande-croix de la légion d'hon- 
neur , et membre de TlnsUtut , aujourd'hui roiiiiiitre de l'intérieur 
du royaume d*Italie. Trad.de Tltalien Gènes, J. Gioesi, 1807, 
in«S* de 6 ^• et 89 pp •» Ouvrage divisé en cinq lettres^ par 
raalenr M. Honti^ historiographe du royaume d'Italie et auteur 
do Barâo deUa telva mra (}e Barde delà forêt noire] poème à la 
louange de Napoléon. 

9* L'antiquUé de la Mappe-Monde de Pizigani, faite en 
iM7 , vengée de raceueation du P. PeUegrini, bibliolhéeaire 
deUa Zeniana. Génee, i807. iu-8<» -- Ce sont deux lettres 
d'Angelo Pez^aua , conservateur de la bibl. de Parme , tirées à 
190 exemp. à Parme , chez Carmignani , iS07 , in- 8" 55 p. et 
trad. par C. Brack , à Gènes, aûn de populariser Tantiquité de la 
Mappe-Moiide faite à Venise par Pizigani eo 1567 , dont Pau- 
tlMtoUcité et la date avait été conlestées^. 

5* Noîiee MbUographique eur d$ux rarUeimee édUione du 
XV • wMêy par j4ngelo Pezxana.'Mbl. de Parme. Gênée 
iH08, in-8*. — t^origtual est impr. à Parme , Aodoiit , 1808 , 
iB-8**, la première notice dédiée à l'abbé Morelli, bibl. à Venise, 
a rapport au premier livre impr. à Parme , eu 1473 , par Andréas 
Portilia, in- 4* La seconde , adressée i Tabbé Maur Boni , traite 
d^unr édition rare des sobneta el triomphes de Pétrarque , 
impr. vraiserab. à Venise , par les soin» de Gaspard et Dominique 
Sfibrand en 1477 , in.4' de 187 f»«. 

4* De fêtai prèeent de la musique en France et en Italie^ 
dmms les Page- Bas , en Hollande et en Allemagne, au journal 
de vagages faits dans ose di/fèrenis paigs avec {^intention d'y 
reeueiUir des matériaux pour servir d une histoire générale de 
la mmsigue. Par Ch, Burneg , professeur de musique : traduit 
es VangleÂs. Géms, J. Giossi^ 1800 et 1810. ft vol. in-S". 

Brack a montré dans cette traduction qnll possédait aussi bien 
la langue anglaise i|ue la langue italienne. L'ouvrage qu'il tra- 
duisit avait paru à Londres, 1774, 5 vol. ln-8**. et avait servi de 
préliminaire i la grande histoire de la musique, publiée par le 
docteur Burney, sous le titre de General History of musie 
Land. 1770-1789. 4 vol. in-4^ flg. Burney n*est mort qu'eu 
1814. 

9^ ^Dissertation sur Citât actuel de la musique en Italie^ 
par M. J. Augustin Perrottiy de Verceil, premier maitre de 
ia che^lle A. I,de la cathédrale de St. -Marc , à Venise , ou- 
uruge qm a été couronné par la Société italienne des sciences 
etrts et belles'lettres, dans ea séance du ^éjuin I8il. Trad. de 



i 



TiUlien. Gênes, Hyacinthe Bonuudo. 1811, in-8** de vm et 

6^ Amhiçu comiquê el économique^ avec cette épigraphe). 
n Vivre D*eftt riea, sans la table et les femmet. (Gastronomie.) La 
salle est occupée par les plaisirs, les grâces et la beauté. Imprimé 
cbezMomns. (Â Valenciennes» chez/. /. Henry, impr. du roi, 
i814-|8i5) pet. in-f de 4^* dont un blanc — Cette plaisan- 
terie galante fut distribuée aux dames d^ns im bal offert aux 
officiers de la garnison par lés habitants de Valenciennet , pendant 
Thiver de 1814 à 1819, dans la salle de spectacle de cetta 
vjlle. A. D. 



Chaque petite kicaUté a aon histoire nétalKque, où on lit anr ie 
bronze, sur Fargent et sur Tor, tantôt que ses ancieiifl s^gneura 
avaient le droit de battre monnaie, tantôt que U coUé^aie du lien 
y tenait dupitre, tantôt enfin que ses magistrats y donnéreat une 
fête et firent largesse au peuple. Malheureusement pour la petite 
viUe de Bouchain, sa numiamalîq.ue est bien vite appcise et ne 
porte gnéres que sur une seule espèce de piècas, celles oètîâkh' 
nalêtj ou du moins frappées à la suite d'un siège. Ainsi, chaque 
fois qu'une médaille se coulait en son nom, elle passait aeue an 
nouveau mettre : son histoire en ))ronze se résume 9àt ses dé- 
sastres ; plus elle a eu de médailles faites è son inteiitiony plos 
elle a reçu de coups de canon et d'assauts. 

Le % mai 1676 , le duc d^Orlèana, frère du Roi, et les troopes 
commandées par le maréchal de Créquy mettent le siège devant 
Bouchain ; la tranchée est ouverte le 6 et six jour* après la ville se 
rend à Louis XIY, malgré les mouvements que le prince d'ûnoige 
(ait pour amener la levée du aièg^. On frappe deux médailles à 
c^tte occasion : La |0te et la légende en sont semblables, mais ie 
module et le revers différent. L'effigie du Roi est entourée de 
TinscriptioD ordinaire : Lvdavie^ê Magnvs Rex Chrietiame" 
nmvs\ au revers, le Roi, sous le costume de Persée, présente U 
tète de Méduse à un guerrier qui recjule épouvanté ; de l'autre 
main, il relève la ville de Rouchain agenouillée et lui offrant 
ses clés. Pour légende, on lit ! Hoete vidante et pàrterrito Buehê- 
mium capt (um) MDCLXXV. Bouchain prie âlavuede l'en- 
nemi épouvanté .1676. Le revers du plus petit des deux modales 
présente une légère différence : La ville de Bouchain est debout 
près du Roi et sous la protection de son épée. Les au(re9 détaib 
des deux pièces sont identiques. 



Ltti deatiuf «C les floto aoot «hinf^oMiU; penUtnl la longue 
guerre de U MiceeMien , les aHiés ayant mU en défaut la sur- 
veilUnce du oiiréohal de YlUars , Ureut investir Bouohain par le 
baron Fagel , le 12 août i7ii, et Ton ouvrit la tranchée dans la 
nuit du 95 au 34 suivent. Le 14 teptenbre , la vitle se rendit et 
la garnison^ ayant à sa léte le ocoile de Rarignen, Vat prisonnière 
de guerre. Cet événement devint aussi le eujet de plusieurs 
médailles. Les premières , monnaies de nécessité s^il en fot, sont 
deux pièces obsidionales faites Tune et l'autre avec des morceaux 
de cartes à jouer, par* M. d'Jffrp^ ' gouverneur , pour payer ses 
troupes. L*un de œs papiers-monnaies' de nouvelle espèce portait 
d*un côté un cachet de cire rouge représentant un amour portant 
une lanterne sourde avec eette devise ; Sam êêclai. Aux quatre 
coins de Tautre face on vo?«t le ehillre romain XXV ce qui 
iadi^ne fM la oarle valait W sole; et au miHeu on lisait le nom de 
D'Afry^ H. La seconde pièce de ce genre montrait d*nn «ôté 
m caiiiet aux annet du-^j^onveroeur ; de Taulre, son nom caomie 
sur la première pièce, et aux quatre coins le nombre lUU , ee qui 
indiquait une valaur de cinq sols (1). 

La pffiae de Bauebain par les Alliés fit frapper, en BoUande, ou 
plutôt a» Angleterre, à eaase de la faniteuse présomption qui y 
domine, une grande médaHte teprésentaiit la reine Anne en buste, 
cenrannéa de lauriers^ avec ces mots: Anna Atgttia et au 
raivevs : la villa de Bancfaain dans le lointaîa ; sur le devant , la 
Grande-Bretagne assise sur un noncean d*armes , tenant d'une 
main sa piqae , et de i autre eon éeu avec oette devise : Farivna 
ffimiMM, reçoit Fépée d'un eoldat Prao^is agenouillé et ayant 
née aonfomiemttraleà SM pieds. L^insorlption porte : HoMm ad 
d0iiUom§mtoëeii (Les ennemie forcés à se rendre) ; et l'exergue : 
f^mUê GaUorvm aefieralo tê Btekemi» €ûfêo. MDGGXl. (Uê 
a^nêi àêê i'^wiiçaii fin-céa el i^oiieJMii prU, i7il(. 

A eMte époque , on ehansonnail sor tout ; les Français se 
moquaient du duc de Marlborough par la complainte si populaire 



(1) A peu près yen le même temps et dans le même pays , tm 
morceau de carte coupé à huit pans servait aussi de monnaie de né- 
censMé pear la garnison 4e la viUe du Quesnoi, assiégée par les Français 
en ec^tambre «Tia, aptes la balaillo de Deaain. Les araws du géaéral 
hmiff gonvemétti 4e la tflaee,. étaient ettpreinles d'un côté sur du pain 
Si caeheter reuige couvert de papier ; de l'autre on lisait ces mots, 
écrits de la màio même du général : 4 sok. 

Quesnoy. 
Gotfvem[eur). 
hfûy. 



i 



^ ÎJ8 - 

d$ MaXbrùuk t'en aa-t-en guerre , et les alliés se mirent à foire 
des couplets sur la rupture des lignes que ViUars appelait le 
non pluM uUré du duc ; en voici deux parvenus jusqu^à nous : 

Le non plus uUrà est surpris , 
ViUars pleures votre imprudence ; 
Vous Tavei mis à si haut prix, 
Que ia perte eu est d'importance ; 
Mais consolez- vous aprôs coup, 
Vous n^ sçauriex être partout. 

près du. Moulin à quatre vents, 
Depuis trois nuits sur votre ligue. 
Dans vos airs vains et menaçants 
Vous attendies victoire insigne, 
Mylord vous cherche à l'autre bout, ' ^ 
Vous ne sçauriex être partOîU. 

Le refirain de ces deux couplets fait allusion à la réponse de 
Villars , qui répondait à ceux qui hii parlaient des succès de 
milord Mariboroogh à Blenheim, Âudenarde et Ramillies : Je ne 
eauraiê être partout. 

Les armes sont journalières; Villars prit bientôt une belle 
revanche à Denain ie 90 juillet 171 SI , et peu après il Bt rentrer 
sous la domination Française Landredes, Douai, LeQuesnoi, eC 
Bouchain. A cette occasion encore on frappa une superbe et im- 
mense médaille , portant la tète du grand Roi d*un côté et de 
Tautre un chêne auquel sont appendus trois boucliers où sont 
gravées les armoiries de Douai , Le Quesnoi et Bouchain. t*iDS- 
eription est : Marti liberatori (d Mars tibératewr) ; dans l'exergue: 
Duaeo, Quereeto , Buehemio reeuperatie MDCCXIL (Douas, 
Le Quesnoi et Bouchain repris, 1719). — G^est ainsi que U 
petite ville de Bouchain se vit, dans Tespace de trente-doq 
années, prise, reprise et acquise définitivement à la France, et 
qu'elle a été, dans cet espace de temps , le sujet de six pièoes 
historiques que les collecteurs de médailles s^empreasent de re- 
chercher pour ajouter à leur collection. A. D. 



i31« TUte^vac, 

Il est de ces hommes utiles, savants et modeMes, qui font leur 
devoir sans effort, le droit par instinct, et le bien par habitude, 
4*omme si tout cela était la vie ordinaire de tout le monde e€ 
qu*on ne pût s*écarter le moins du monde de la bonne route. Ces 
personnages rares ne pensent jamais à faire parler d^eui ; ils 8*eo 
vont sans fracas comme ils sont venus sans bruit, et passeraient 
inaperçus pour le commun de« hommes si on ne les signalait pas 



j 



à Tattention du public. M JUefrac , profeweur de rhétorique à 
Cambrai, fut un de ces dignea exemples de modestie et de savoir. 
Nous lui devons un souvenir de reconnaissance et de regret; 
/ puissent ces quelques lignes le rappeler à la mémoire de ses con- 
ciloyens! 

M. jilteyrae, d*one famille originaire du tlidi, comme la ter- 
minaison de son nom l'indique, naquit environ Tan 17<4B et se 
livra de boni»e heure à Is carrière de Tinstroction publiqne vers 
laquelle semblait devoir reiitratner son instruction, sa patience et 
ses synipsthies pour la jeunesse. Il At partie do cor|M enseignant 
du collège de Cambrai è peu prés dès Tannée i 779, et y demeura 
religieusement attaché jusqu*è la ftevolutiou française, qui le 
trouva régent de la classe de poésie. H forma une foule considé* 
râbles de bons élèves qui remplirent . plus tard dans le pays les 
postes les plus éminents, dans les armes, le commerce , la magis* 
tratnre et le clergé. 

Pendant la tourmente révolutionnaire, Tinstruetion publique 
fnt négligéf comme une chose superflue, la poésie surtout était 
bannie des chétives écoles qui remplacèrent les collèges, et le 
professeur (|ui enseignait cet art dut se cacher et vivre dans la 
plus profonde retraite. Le calme de son esprit supérieur et sa 
philosophie pratique lui firent supporter patiemment cette période 
de son eiistence. Et lorsqu^aprës Torage on réorganisa Tinstruc* 
tion publique en relevant les chaires renversées pendant Tanar- 
chie, H. Àlteyrae se retrouva tout prêt encore à faire passer dans 
les ieunes intelligences qui lui furent confiées, les connaissances 
dont il était doué lui-même. Il fut rappelé à Cambrai par M. 
Parez père et quelques uns de ses jeunes disciples devenus des 
citoyens, et il retrouva dans son vieux collège la place qn*il avait 
quittée malgré lui. Seulement alors, en sa qualité de doyen du 
corps enseignant, il,fut mis à la tête de la classe de rhétorique, 
et il eut pour collègues noofeanx et pour principal (Tabbé Ih* 
Mfine) presque tous apeiens élèves formés par lui. 

Ceci se passait au commencement de ee siècle.: alors la sévérité 
des études n'était pas ainsi grande qu'avant la Révolution, et Ton 
jugea à propos, au collège de Cambrai, de faire jouer aux éco- 
liers à la Un de ranoée scolaire, quelques comédies prises dans 
les chefs-d'œuvre de la scène française. Toutefois on ne voulut 
pas y laisser les rôles de femmes, et M. Alteyrae fut chargé d*ar« 
ranger quelques pièces choisies pour le théâtre du collège de Cam- 
brai, qui, par un inoideot bizarre avait été dressé è rextréonté 
d*ane grande salle située au-dessus des classes et à Tautre bout 
de laquelle se trouvait Tautél servant à célébrer la messe pour 
les élèves. 



C'éUîC uae radt mîMioa qiM odto it couper et tailler dans les 
œuvree de HoHère, RacîDe et Andrieoi, ef pourlaiil M. jàiUf^ 
rae 8*eD tira eo bomme d'eeprH d de tahnt. On Kf ra à riapret- 
sioD tee arranf^m9n$i pour dea divertiaaemeiie de jeunes gens, 
ets^ils n'étaient pas devenus si rares, nous n'aurions pas été éionné 
de les voir adopter pkr qiiel^ques pemionnats mèdernes. En voici 
la liste : 

1. Molière aoêe $e$ omis, au iu*oiré$ tAfÊîmÊU^ comédie 
(par Àndnenx) arrangée pour na diverCisaeaiettt de jeonea gens 
(par tf. AlHyrnc)^ eolléfe de Cambrai. Cambrai, Hur€%^ an 
XIII, in-iS, «2 p 

S. £e< Ptotdsiira, comédie en S actes diaprée AamiM, arran- 
gée, etc., Cmmbrai^ Murex, an XIU (1809), in*i9, B^ p. 

5. L$$ Buiêêj comédie en 5 actes diaprés Molière (le» P^iir- 
beriêi de Scapin), adaptée an théâtre du eofftège de Cambrai. 
Cambrai, Hure», 1806, in^iS, 86 p 

4. Harpagon, comédie en 9 actes ^l'aprés Molière {f Avare), 
arhingée, etc., Cambrai, ffurex, 1806, in«19, 104 p. 

5. Lycidas, ou la feinte maladie, comédie en 3 actes d'après 
Molière {le Malade imaginaire) Cambrai, Hures ^ 18U6,in-l9, 
115 p — Elle est suivie, pages 107-118, d^nn divertissement 
pour la réception de Géronte dans le corps des médecins. 

6. Le Bourgeois gentUhommfi^ comédie eu 5 actes d'après 
Molière, Arrangée, etc , Cambrai, Hurez, I806,ia-12. 

On doit encore à M. Alteyra/e U réduction i sa plus simple 
eipression de restimable commentaire de Laeerda sur TEntide 
de Virgile, et plusiears prograounes de la (èie eoroomnale du 15 
août de Cambrai, dans aoo premier séjour en cette ville et lors de 
la repdse de ces marches triomphales après la première révolution. 

à la fin da règne impérial , M> Alteyrae devenu vieux et 
aspiraBt après le repos, dismanda sa [otraile et alla vivre modes- 
tement et inconnu dûis un dea eoins les plus xectilés de la ca- 
pitale. 11 habita quelque temps le quartier latin avec un de ses 
ancieiM élèves de Cambrai (M. fémèhn Miar.eM\ alors éludiam 
en droit, puis il se reUve- dans une petite campagne aux eaviroua 
de Paris, oà il mourut peu d'année» après, dans up âg^ avancé. 

A. D. 



On voit dans Thistoire généalogique de la maison de Malet de 
Coupigny, qu'une de ses branches, éteinte au 16* siècle^ donaa 



liai- 
son nom à uiM terre qu'elle iioMédait à Fournes, près liUe en 
Flandre. Cetia leigueurie Mab^e |>ar alliance dans la maison 
d*Ongmes^ puis dans celles de Croy et de Uérode, fut vendue en 
4 Si 2 par l# £omts de Mérode i madame de Bouyruy de la Mai- 
rie» et fait encore partie maintenant de la propriét/6 magnifique du 
cottls de Houvroy de Fournes ( elle a conservé son nom d*lle de 
Cottpîlpiyi iQdis il PA reste aujourd'hui que les fortifications. 

Le 95 octobre 18544 on troara dans les fossés larges et pro- 
ftMidsde rile deCoupigoy une pi erre sculptée où l'on voit dans 
i^e niche ogivisle, une msdone percée de sept glaives et repré- 
sentant certainement Notre Dsme des sept Douleurs, plosbas est 
on écusson armoirié d^iin chevron accompagné de trois besans, 
puis plus bas encore une insertptiou de trois ligues (i). Cette 
pierre fat examinée et Ton présume qu'elle devait couceruer la 
maison de Malet de Coupigay ; les armoiries ne furent pas re- 
connues et rinscription ne put être déchiffrée ou plutôt on loi 
trouva toute autre signication que la sienne, comme nous allons 
le voir. An troisième volume de la Aevue du Nord, parurent un 
compte rendu de la découverte de cette pierre et une anecdote 
intitulée le iStre de, Ceupigny^ dans laquelle il est supposé qu'A- 
dolphe de Coupigny-Malet, d'une illustre naisssnce, aimant 
éperduement Ghislaine de Noyelle, siérait tombé dangereusement 
malade de ne pas être payé de retour par la belle et noble Ghis- 
laine, et que Marguerite de Bourgogne,, mère d'Adolphe de 
Coopigny aurait été en pays lointain implorer Notre-Dame des 
sept Douleurs, pour le rétablissement de son fils bien-airoé; qu'au 
retour au manoir de Coopigny-lez-Fournes, Adolphe aurait été 
guéri et de plus, marié à Ghislaine de Noyelle ; et qu'enfin pour 
remercier la vierge aux sept glaives de sa guérison , Adolphe 
de Coupigny aurait fait élever la pierre qui est l'objet de cet 

article. 

Cette anecdote romanesque et très spirituellement écrite, n^t 
exacte que pour la partie généalogique. Adolphe de Coopigny, 
(fils de Jacques Malet de Coupigny, chevalier, maître d'hôtel de 
TEmpereur MaximiHen, et son chambellan etc. et de Marguerite 
de Bourgogne) vivait bien au i6* siècle et se maria effectivement à 
Ghislaine de Noyelle i il était bien aussi seigneur de Coupigny- 
lez-HevsIn, en Artoia, comme l'avalent été ses anoétres depuis le 
nailieo do qoatonièove siècle par la mort de Ferrant, seigneur de 
Conpigny^ chevalier, qui laissa cette terre è Robert Malet, cheva- 



(i) Voir le dessin do cetle pieire au tome 5 de la /fovMs du Nitrd. 
1834-1855. 



- 53« - 

fier, son neveu (i), mais Adolphe de Couptgny, nMiabîU jamais 
Coupigoy-lez-Pournes qui appartenait à une branche cadette de 
sa maison. Adolphe de Coupigny et Ghislaine de Noyelle ne 
laissèrent qu^nne flile, Anne, mariée à Ferry de Wlssocq, che- 
Talier, lenr fils et unique héritier ; Julien de Wissocq, étant mort 
sans enfants, laissa retourner les terres de Coupigny-lez-Hersin, 
Avion, Sallau, Btasche, etc, qui lui étaient venues d*Anne de Cou- 
pigny, sa mère, dans la maison de Malet de Coupigny. 

J*aî examiné attentivement la pierre d^oaverteeu 4854 dans 
nie de Coupigny à Fournes, et j*y ai reconnu les armoiries de la 
maison de Ranehieourt, d^argeni au chevron de gueulee aeeom' 
pagné de trois besans de même, éretnte au 16* siècle dans celle 
de Boumouville. Les lettres initiales P. R. placées sur la pierre à 
droite et i gauche de Técusson, signifient Pierre Ranehkaurt^ 
et rinscrtption de trois lignes doit être ainsi traduite : fHerre 
êieur de Ranchicouri et de Fournée, ch"'. Van XV cet 
XX II. (<5««). 

Les lettres sur cette ancienne écriture usées plus on moins par 
le temps n*ont pas été assez étudiées et pour cette raison ont été 
presque toutes dénaturées, les lettres P S. qui commenceui 
hnscription sont considérées dans la Revue du Nord , comme 
cachant un sens qni nous est inconnu aujourd*hoî , et quant an 
reste :d0 Ranchicouri eideFoumetch*'. l'an XVe.ei XXII 
il est traduit par: « je rang. . . voire et je toirnes g .. ri en Tan 
XV o. et XXII, • ce qui est bien différent. 

It est à croire que cette pierre a été faite par les soins de Pierre 
de Ranchicourt, seigneur de Fournes en 1593. et qu*à une 
tourmente révolutionnaire , soit en i 795 , soit antérieurement 
ce pieux monument a été jeté dans les eaux de Ttle de Coupigny 
d'où on la retiré en 1854. 

Octobre 1848. Paul dit CHaMBGE de LIESSART. 



Ce ^tutVxdit U datiit «^ Clttnittiu 



Voici une hietoriette-hietorique à propos d'un vieil usage , à 

aquelle j*ai pensé ce matin en rencontrant par aventure, dans un 

album d'enfance , la ballade dn comte Raoul. Une légeade 8*y 



(1) Voyez le Dic<ioiMi(wr6 héraldique par de iaCheenayê deiBois; el 
\Afmuair9 de la pairie ei noblesse de Frauce, année 1848 par Borei 
dHauterive, etc. , etc. 



rattache : uu vieil ami » familier a?ec les aouvenire et lés tradi*- 
tioDs d«] temps passé , me la contée tant de fois , quand j'étais 
petit , qne je me la rappelle encore. Je vais donc vous la dire , 

mais tout bas» bien bas , parce qu'elle est un peu naïve , 

mon histoire, si petite et si joUette qu'elle soit. 

Il y a de cela sept grands sièeles, ^ vers l'an i 190,-*- il eits- 
tait à St -Quentin , une jeune femme de haute naissance , à la 
blonde chevelure, aoi yeux bjeus, dont la beauté était devenue 
proverbiale dans le pays. Le comte de Vermandois et de Valois , 
Raoul 4*', le vaillant (4), poète spirituel et souvent beuiyusement 
inspiré, en devint éperdnment amoureux. La gente dame octroya- 
t-elle au grand sénéchal de France le don d'amoureuse merci? 
Nul ne le sait: la chronique est, sar ee point, d'une mystérieuse 
discrétion ; mais elle rapporte qu'advint un jour où le comte 
donna A Saïut-Queniin un splendide festin et^Ue ajoute qu'à sa 
gauche — le eèté du «mur — était assise la dame de ses pen- 
sées. 

Déjà le chapelain se si||naît dévotement, et les convives allaient 
récit<^ en commua le b€H€dicU4 d'usage, ' quand ttaoul leur pro- 
posa d-'eu dire un de sa façon. On se. douta qu'il s'agissait de 
quelque joyeux sirvente, — lai d'amour et de plaisir, ^ et pa- 
ges, éeuyers, chevaliers d'approuver et d'applaudir Alors Tabbé- 
comte se prit à chanter une galante balUde tout nouvellement 
rythmée en l'honneur de sa mie ; i chaque sixain refetiait ce 

refrain : 

Ay ! belle blonde , 

Au corps si gent I 

Perle du inonde 

Que j'ayme tant t 
D'une chose ay bien grand désir 1 . . . . 
Ay l c'est uag baiser vous tolUr t 

Et pour chaque preux ce refrain devenait le signal d'acroler ga 
ffoUine en bon an bonne étrenne. 

Tant que les m(Burs furent simples ^t naïves, cette coutume — 
qne Ton baptisa du nom de Beneiicite de S aint- Quentin , par 
honneur pour la dame qui l'avait inspirée, ^ se perpétua reli- 
gieusement de génération en génération , et celte charmante 



(t) te Raoùt I«r et IV, comte de Vermandois en 1117, de Valois eit 
4419, et d'Amiens, aprèela mofi de sa nièce Marguerite, fut investi , 
ainsi queVabbé Sager, en février 1447, au parlement d'Estampes, de 
la régence de France pendant la Croisade expiatoire de Louis-le-Jeune. 
Raoul mourut ie 14 octobre 4 4 52. 



É 



- «34 — 

céfAmonie dit Msen ttinrécat inlaete , 'longtemps après que \m 
habitants âm Varmandoîs eurent perdà le soQTenir de la dian- 
sooiietté do e^nlie kaonh 

AnJmtrd'hQî tontes les vieilles choses s'en vont ; cet nsage . loi 
aossl^ eat tombé en désnètade : dans quelques années il sera on- 
bUét diron ne le retrouve ph]rqt>'à certains galas de (aMUIe et 
drtaa qnelqnes joyetisee nécesrde dampagna. 

Un dernier regiiet , s^il vons platt ^ ponr te Bemâleiiê de Raoal 
le poète! Nâtalis HOltlIOT 



Il existe nn livre singnllef , fort ancien, tirant en partie aa vogue 
récente des rapportapiquants que présentent plusieurs prédletioaa 
qni y sont insérées avec les principaux événements de lamémcMra- 
ble révohitf on française de 1789. Cet ouvrage eat eoiino aoaa Je 
nom de MirahUiê Liber ^ deux mots formant (e eoramenceraent 
d'un titre qui se eontinoe alnai*. qui pfoph0Haë revaloltoiiea fê 
neenô rat mitandat pretHiia§ pr0sentes al fUiura$ ûperîè da- 
monafrat in -8*, (sans lien ni date) maisptiblté à Paris, detSOO 
à ladS, etaa lomd en /<f rua SeAMJëcqfÊêê^ k TElépbanty an 
Pélican , au Lyon d*argenr au bien encore au roi David. L'ou- 
vrage écrit, partie en latin , partie en français » est poMié 
eo caractère goth.; une des plus rares éditions est celle de iSM, 
avec la souscription imprimée à /{omma (Lyon , J. Besson) ; on 
a cherché ainsi à y dépayser le lecteur par Tindication toute fective 
de la ville papale. 

Dans les éditions dr Paris, en trouve au revers du 46' f* delà 
seconde partie (celle an français), une prédiction se rapportant ain- 
gulièrement aux événements qui frappèrent la ville d'Arraa sous 
la terrenrdel795, alors que le féroce Joseph Lehon y taisait 
couler le sang à grands flots. Ce passage est ainsi conçu : 

m Bêla meble qui $e meitra sur une isUie de GauUê noflmne# 
^rr&Ê, done il mourront towe, 

« Descendra un noble de devers le ciel qui se mettra en une 

« cité de Gaulle que on nome Arras : et ceste uuble ne partira 

-« jamais de dessus icelle cité iusques a tant que celles gens qui a 

« eeitty temps seront trouuez dedens ne trespasaeot du siècle. 

« Et ce leur adviendra pour ce q«*ila toucheront à celny teoApa le 

« roy de Gaulle; et l'antre roy qui sera après nen osera prendre 

« la vengeance, d 

Ne semble-t-il pas voir dans ces paroles une allusion à Toura- 



L. 



— a36 — 

gan r^rolutionoaire (fà boiilefeRû tûftâ Arras eu i70S et eouù 
Ift vie à tant de penooneeqiii i^étaienteru aaivréeaea restant dani 
leurs foyeri ? Talltisloa eal eomplète: la tOMi de LooU IVl j 
figure et il semble aussi qu'oa y voit que le eoDrentiemiel Robes»' 
pierre qui poussa à la nort du roi , fiit qn des dtoyeos de la ? Illii 
d'Arras. Ceite prédictioa n'est pas signalée par M. Ew§émê êa- 
ruiB, qui s'est occupé do mir€iUli$ Ub$r et en a donné mie lon- 
gue et curieuse citation , ayant aussi trait aux évèaero'eiVta qui 
ont précédé et suivi la révolution, dans son oovrafe intittilét 
Prophétiâi, La fin d$t Ump$. %• éd. Poriê , lat^n^, 1640» 
in-18, pages^9-M. ^ A. D. 



fyibttt CattUaiL 

Ce n'est pa» sefrtemeni dans lA tenps modernes que ta rille 
de Valenciennes a tu nattre des peîntrw distingués*; A l'époq«ie 
où !• reiMMitttiea se faisait sentir en Italie , nais oà le g&$hiqu0 
régnait encore dans nos paya, cette ville donna le jour à- Hubert 
CaiiU'0U, qui dennt , jeune encore, un dessinateur assez sûr et 
un pélntroaaex en réputatioii peur qu'on lui conAftt la décorfei^ 
tion des missels et des manuscrits sur véliu que l'on ennchlesaiV 
alors d'ornements, d'iniliales,. d'encadremenls et de Miniàiures 
d'une Onesse et d'une richesso extraordinaires. C'étaient les t7iua- 
traiians du temps : Elles valaient bien celles d'aujourd'hui. 

i7ti6frl Cm/idais< né-vers 4t(U0 y travaHIa- jusqu'après 49f0; 
il était employé i>tr les abbayes-, les églises, les ohwioinesses et* 
lea seigneurs de son siècle, pour dessiner, peindre les portraits, 
et otmef splendidement les mandscrlts. Suivant l'usage ^ee artis^ 
tes 01 des écrivaidc du rvi^s&èele, il adopta une devise qd'H lis- 
serait sooventA la suite ou en , place do son nom qu'elle rappe^ 
lait. C'était le genre de rébus on de jeu de mots iuivintqot de- 
ae sentait que trop souvent du mauvais esprit de l'époque : 

• c Poini Mmardy moHCàihUàn, » 

Si Ton veut doniler abeolument un sans à eeUe devise; on peut' 
l'expliquer en disant que le peintre Cailleau avait l'esprit telle- 
maotsalyrique' qu'il ne devait cesser dé tourner en ridicute ses^ 
cootemporaiasi qu*en ceseaut de vivre. 

Le talent d'Hubert^ Cailleau se développa de bonne h^ré. La^ 
riclie abbaye de M^rchiennes le fit travailler lôHqU'il' était encore^ 
fan icune et luieniifia isa Grttimi domaîiit en ^ vol., in^foNo^ 
naxlmo, à décorer d'a■ead^eolenl», de ma)usculas et dMniiialefi^ 
en or et eu couleur, et à enrichir de dix-sept grandea vignettes^ 
lorsqu'il n'était pas encore sorti de l'adolescence C'est Tartiste* 
lui-même qui nous apprend cette circonstance consignée au bas» 



— 836 — 

de la a* vignette da a* vohnie de cet ouvrage. Cki y Ut : c Te livre 
fui iilwninex en ta foUle de F^aUnehûnnee par moi Hubert 
CûUlea» au pénuUième an de mon adoUeceneet 1544. « Cet 
ouvrage, exécuté aux frais de Tabbaye de Marchiennea, repose 
parmi lea Ma. de la bibl. publique de Douai, sous le n* i 79. 

Le m^e depAt renferme, sous le n* 181, un autre Graduale 
JRomafiiifii, grand in-folio, écrit sur peau de vélin, qui renferme 
dix belles miniatures. Ou Ut snr un feuillet charge d^ornements : 
Ce libwre ^e fU faire dom Jaeguee Le Granit, abbé de Mdne$ 
(Marehiennee), fiaUlummêd yaUnehiennee par mai Hubert 
Cailleau au dernier an de mon adolenenee. . . . 184<(. • 

Notre peintre enlumineur a retracé les personnages, coetames 
et décorations d*un magntâqqe mystère représentaot la Passion 
de Jèeue-Chriet, divisée en 95 journées et jouée à Valencîennes 
Tan 1547, sous la prévôté de M* Nicaise Chamart et sous la cen* 
sure de Robert de Croy, évécjlie de Cambrai. Le peintre a pu 
d^autant mieux rendre avec vérité les figures de ce curieux mys- 
tère que lui même, comme une foule de notables valanctennoîs, y 
remplisAsU un rôle. Le manoserit in-f^ papier, contenant Ift 
dessins orignaux de Cailleau, existait jadis dans la bibliothèque 
d*un de nos anciens condisciples, feu M. HurexBrabani, impri- 
meur à Cambrai. 

La bibUothèque de Douai, riche eo ouvrages de Cailleau, con- 
tient aussi un Proprium Sanetorum eum ealandario et Camiu 
(n<> 488) in-f* en vélin, avec encadrements en couleor. Snr le 
feuHet qui suit le calendrier, on voit un Sain^^itolae et les 
Qiola Hubertuê depingebatt non loin des armes de Marchieimes. 
Au 59' feuilIeL, on second encadrement entoure Tabbé en eoetuiM 
de bénédictin ; au haut on lit : Hubertuê Cailleau.' Lee antres 
sojeta traités dans ce beau Ms. sont Sainte- Riclrude^ la Sainte' 
Trinité. V Echelle de Jaeob, là Résurrection de Lazare et quatre 
autres vignettes moijia importâmes, mais exécutées avecuaiveté 
et naturel. 

Enfin, la même bibliothèque possède encore un dernier ou- 
vragé du même artiste ; c*est aussi un propre des sainta avec ca- 
lendrier (n* 189)> in^loUo sur vélin qui ne compte pas moins de 
vingt encadrementa ornés de vignettes. Au bas du 51 S* lenlllec, 
est écrit : « Dom jirnould Ganthoiiy abbé de Marchiennes, fist 
eserirs ce livre par Mathieu de Hurpy^ et fut enluminé par 
Hubert Cailleau, 1570. » 

On ne sait pas quand not^ peintre -miaiaturiste cessa de vivre 
et de mordre, comme dit sa devise ; il ne paratt paa avoir dépassé 
le lYI* siècle. A. D. 







S3wS«^^»S» patrimo- 



la It 












n 

Il compta 

Ja 

bomu 

pir- 

qn'oi] 






^ 238*— 

M. I.ecasse, et de laquelle sortirent iilusieiira élèves distingués*, 
parmi eux on peut compter , outre les deux Leroy , le stéoo- 
graphe de nos deux derniers Rois (Auguste Delsart), le prési- 
dent Meurice, le conseiller Ûrisou de BarnevUlet ^^ Tingénieiir 
en chef Bélanger. 

Les premières^années de la yie de Leroy se passèrent paisible- 
ment comme cela devait être dans une petite ville de provinee et 
dans la condition moyeane. od || baMr4 t'4V4l ph^- ^ <)ooi 
embrassements d'une mère qui le chérissait, les caresses des 
sœurs quVgayaient déJA ses réparties vives et piquantes, remplis- 
saient, avec ses études classiques , toute sa vie d'enfant. Seole- 
mébt on observait d^à en lui, malgré sa tendre jeunesse, on 
amour tout particulier pour les livres , et les petites sommes qu*0D 
lui accordait pouf sf^s menus plaisirs , passaient presqu' entière- 
ment à Tachât de volumes qui formèrent la première fondatioD 
de cette curif u^ bibliothèque aqu^^e par l^ 4ès ^aurore de sa 
vie et qu il Uev^it , hélas ! abandonner trop tôt. A Tèpaque dont 
DÛU0 p^rloQS, la clôture des maisons religieuses, la dispersioo des 
bibliothèqMea des émigrés , avaient jeté ^aas le commerce une 
Rias#e de Itvrjes anciens et cuyeux^ beaucoup trop dé()ai|nés par 
les hpnunes du Jour, mais que TinsUact naturel et le geûi précoce 
du^f^f^ ficroy lui fala^ii^ot déjà rechercher. 

Ces^ AQ milieu de c^s éttides et de ces occiipatious quMl parvînt 
à radoleacence. Le temps arrivait *de choisir une carrière *, Leroj 
li*hésita pas fin ic^staot : toiA ce qui tenait ^ la scieace et à riptel- 
Ugotic^ avait ()• l*attrait ponr lui'; il se destina au barre^Q- ^'^^^^ 
dap9 lies dei'oières 'a^pqées du rè^ne de Napolép^^, la Belgique 
faillit ispcore paiïtie de TEinpire^ il alla con(^p;iencer son droit à 
Pmj(ri|es ^( tgt reçu bachelier à rAqadéoûe de cette ville 
le 9i décembre 18 13. L^ en^iore il eut Poccasion, souvent 
reno^vel^e » .<^*9Pquérir dé bons litres; les n^ielte^ que lais^ieot 
échapper dpo^ ie^ yf jçites publiqqes , les Van hufthem el les 
Filin ifMvU^^ t ^ pr^i^çrs tnat^-es eit bibliophilie , totpbaîeot 
dans la malle dg ;eviue iurïnte qui revirit à ValencicAnes à |a 
fin cte 131^, ^\tç un as^ez f^r^ b^^e^Q de livres etile connaii- 
1IAUC(B3 l^cqwses. 



- 339 - 

Il ok^ d« sevs par««t8, au coBMnencemftPt de (815 la laveof 
d^aller eontiouer son droit à l?aris, capitale de 1* Empire , eièg^da 
tout les cours publins , foyer de lumières et centre des plus beaai 
BMieées et des plus riches' coUcctlbi» de PEurope. Pour un jeune 
esçHX af iée de voir et de saVoit^ , ce • séjour i^tait une immense 
bonne fortane. Leroy en proOta eil tioirime studieux et intelligent; 
non'seaitfment il eontineft ses eours de droit , hials il ne négligea 
aucmi de ceux de la Sortmnne ou dn collège de France quMI pût 
suivre. Ce fut alors quNI eonnut le spirituel Andrieuâe^ rhéllé-* 
iriste CuéTôkH, Raugé DelUle le Tyrtée français, et M Brunet, 
notre mettre à tous ea blblfbgraphie. Ce fut aussi en suivant ees 
cours qu*il vit s* éteindre Tabbé Delille et quMI devint témoin de 
ses obsèques le i*''mai (815. k celte occasion, le jeune et déjà ar^ 
dent bibliophile conçut Pfdée originale de conquérir une relique du 
Virgile françaxi pour le talent et le caractère duquel il professait 
une admiration sans bornes. Admis par M. Tissot, suppléant de 
Delille , dans la salle où Ton embaumait le corps du poète, il 
parvint à obtenir deui morceaux d'épiderroe de l'Illustre défunt 
que les frictions avec des aromates avaient enlevés du cadavre. 
Heureux de cette dépouille sacrée , il remporta triomphant^ et 
il raconte ainsi lui-même dans un de ses écrits le parti quMl 
en tira (i). 

« Voici ee que je fis pèus tard de cet épiderme :.je me proca-' 
m rai un bel exemplaire de lydmirable traducti^p des Gtorgi^Mê 
« dB Firgiiê par Delille v un habile relieur de Paria ajusta , sous 
« née yeux et avec adresse, mee deux morceaux d'épiderme sur 
« le pUt de cet exemplaire , et locsiftt'uiie éeatlls légère et trans- 
« parente les eut racttuvert» , j'emportai aran volume qui depuis 
« lors a pris rarig parmi» les objets dont j'aime à ràeréer ei ma 
« vue et mon âme. » Voilà, certes, un hiblibphile de vÎBgl ans 
qui promettait et ses essais étaient des coups de maître I noua 
avoue ta souvent cet exemp>aire des Oéeirgiques relié en maroquin 
vert et en ptàu 4e Delilie , portant sar ses gardes une espèce de 
procès<^erbal du fait que nous venons de raepnter : c'est encore 



(i), PetUes offiehes de VeUwehnkes, d« 255 (1er mai 1824/ — 
EiudéMSUfDuem, par O. Leroy. Fdm, I85i, ii»-8o p< 161 ol ttilv. 



- Î40 — 

aujourd'hui un des f otuines earteut délaîwés par noire exeelteot 
ami. 

Aimé Leray passa sa thèse à Paria le 9 imllet iSiS, soasU 
présidence de M. Pordeutu , profeaaenr ; tt la dédia à M. Xecotie, 
son premier instituteur à Valenciennes, auquel il foulaif ainsi té- 
moigner sa reeouiuisaance de lui avoir ouvert la carrière de 
IHnstruction Le il août suivant, il reçut son diplôme de licencié 
en droit à TAcadémie de Paris. Muni de son nouveau titre, il 
revint dans ses loyers , et prêta serment comme avocat U SO aoét 
iSi5, devant la cour impériale de Deuai. 

A cette époque , le vaste édifice impérial construit sur àtn 
bases colossales par Napoléclb» 8*écrottlait de toutes parte; on 
cherchait à le soutenir par de fortes armées pres<|u*aussil6t dévo- 
rées que formées. U devenait difOciie à un Jeune homme de 20 i 
ai ans de ne pas é(re enfermé dans un des mille et un lacs teodi» 
pour entraîner la mAle jeunesse dans la carrière militaire. Ce 
n'était paa avec Tintenlion de suivre la vie toute matérielle des 
camps que Leroy avait fait tant d' efforts pour compléter son édu- 
cation à Bruielles et à Paris; il avait d'autres goûts : il chercba dose 
et parvint à se faire remplacer à l'armée par un nouveau sacrifice 
d'argent ; mais bientôt on voulut le reprendre pour TiDOorporer 
dans un des régiments de gardes-d'honneur, dernière conception 
du gouvernemeig impiftrial , qui, dans son agonie, avait trouvé 
ce moyen d^improviser , saiia bourse déUer , un corps d'élite de 
cavalerie composé de tous jeunes gens de famille montés à leurs 
lirais. Après d*incroyables démarches , des tribulations sans fia, 
et en s'imposent encore un dur impôt , le jeiuiQ avocat pot répéter 
l'axiome €$dani arwut togœ , et fut eufio labeé à ses livres, i i« 
goûtr et à^ ae» études chéries. 

le. premier ouvrage publié par A. Leroy est iulîtulé : MMn 
et Ui deux T^fcaJtea ÉHahgue en vert. Patiê^ PiUtt , impn- 
meuret IMcumaïf, libraire, IM6, in-B*, 16 pages.— C'e«li»e 
critique du genre fade de Borat et du marivaudage, et on éloge 
de Picard , écrivain dramatique. L'auteur n'attachait pas one 
grande importance à cet essai de jeune honme ; cependant on 
y trouve une versification facile et du trait. A. Leroy , qtû ^^ 



II 



i 



- Ml — 

éerilen fers que cet opuecule, ime Epttre fun fonetUmnain 
gascon à $on fil$ (t), ei la fable. t# harp$i 4t U dogue. FaUn- 
eiêttn«nt Prifuet 4S9&,.iii^8'* de i4pp. (a)» aveit le génie poè- 
tique. SQWfveiil daiiases îosomoiti , il composa des eentaioee de 
vers qa*il n*éciivaH jamais, inaia*i|u*il .retenait toujours daos 9». 
mémoire. Il eut eicèllé dans le genre satyrique. Sou e)y>rU .ori- 
ginal , piquant et narquois, décelait un auteur né dan^ le pays des 
iroQvères, qo&eat pu mettre au jour qttek|u*otfu.vre importaïKe de 
poésie si les soins de sar santé et les nécessités de la vie positive 
Mc Pen eussent empêelié« 

Doiié*d*ttii# sensiblMté exquise, Leroy joignait à une grande 
irritabilité ^ nerfs nue timidité quelquefois insurmontable ; ces 
qualités ou ces défauts si Ton veut , étaient peu coinpatibles> avec 
la profession d*avocat. Entre temps d'ailleurs il s* était marié et il 
eomptah déjà parmi le» jeunes pérearle famille. Un novice avocat , 
quel que soît soa talent, doil pa^puiMlit attendre de longues 
années amnt dVvmr un ctWhiel suivi Un arqué, a dès son début , 
une étude luonlive. Mu par de puiseants intétéls de fapille, 
Aimé Lero^, é*aeoeat se fil avoué, et fut nommé tel , avec di»- 
pens^'d'âge, par ordonn^nice du mi le % janvier 4^47 (5); il 
prtta serments cette qualité le 47. du même mois devant le tri- 
baual de 



Cette circomtanoe permit au leiuiebibliof^ile de contii^uer la 
foriDatioB4]'npe des plus curieuses biblidhèques de province qu'on 
pnîsee voir. Il avait rapporté -de Paris uue riche moisson de vieux 
et bons ouvrage», tels qu*on en trouvait encore, à la fin de TEm- 
pire, sur les quais et sur les étalage;!. L'ancien notaire Boulart , 
cette* providence des bouquinistes , ce riche accapareur des livres 
Innombrables qne les suites de la révolution avaient pour ainsi dire, 
jetés sur le pavé de Paris, ne jXHfvoil pa$ foui fuire^ comme il le 



(I) Arefûvêi du Nord, lomel", p. 427 (tr*- série). 

(3) Inséré d'abord danaT^c^ de la Frontière Am 25 juillet i853, 
xi<* 1862. 

' (3) £0 remplaoement do M. Boduin père, nommé commissaire de 
policée ValencleDoes. 



/ 



1 



diiait si naftemëm tui^-méne, tt'ilifH rmêW enct^rc aiseB pour 
M Jènites amiMn qoi'miiVaieini le» tî^acés des Aimé MarUn et des 
CRàrtes N)yd}6r. Qtioi quMI èi^ M\:, ii9fby âfaKtVMMtnklé, jeune 
ehcdi'^, tiné cfiltécHén d*6^Vrag«l' ftiil ftisAfent le ehenne de sa 
t(è. Voici comme il en parlé Ittf^éfhe dàHfir;u<te lèlcre'i notre 
ami cotnman, h dôctinir A. Le Giâip (I)j ' 

« Ma* Mblldthèqiie renferme 'eirvmDMM^OOitoliMBes. Je n*ai 
pas de eatalo^e. J'ar fait gra? er, (Minr être i^cée^en tdte de met 
volumes de prédilection , une vignette djuib laquelle on vok na 
homme livré à Tétude, parmi des livres et des chartes. Au haut 
an lit: AfMé Letà^f; au bfts : f^ûientiénnei ; et veM lé nitiéu, 
da As im petit écusson , cette devi^: Mes Httéê foni iiMt' jnfl». 
C^est t|U*en effet oi\ est bien heareux •avec des Uires; oa plutôt on 
est bien dioinsmalheureuïf : « •• 



< > . ••< 



« . ; . . . Peuf die déloiinMr d'idées- qui parfois posirraient 
devëflif f^op sévères > j^tii soue la-nkalÉ «ne réomon^ saMs eoÉai- 
dérable pour qa*en TappèMe eolleetion:, dé livres aurlesteaMoas, 
leur édàealîon, leurs vèf tus, leurs déflMuti, leorlfaalfoe; laeo- 
quettene^ la toiltftte, bèaaté> taiâéur\ loquanltéi ^\ Les hoasmeé 
considérés surtout dans lenrs rappdifts avett tes femmek. -^ Le 
mariage, ses joies^ ses tribulations. — L*ég«liié des èci^es, b su- 
périorité de l'un sur Tautre, etc J'ai aussi collecté un cer- 
tain nombre de satiriques latins- oti frnfi^^'àlâf;! éft totiies lee traduc- 
tions fi^dnçaîses, en vers ft eh prbsèV'^e j'a^ |itt thMrrer des 
Egtàgwi de Virgile, oiivi-a|;ë qui lïoUsthsftite toujoutSi pvree- 
qti*i1 nbus reporte aux naiVes et 4i¥ft1ihpfes8tèns de notre Jeune 

âge. » 

• • •• . 

Ainsi \ on lovoU , la bibiiothèqMflde Leroy. reflétait ses goûts , 
ses sentiments partieuliers, ses pensées iatknes< Sa réunion des 
Eglogue$ était une réminiscence de collège , un doux soavenir 
d'ettTanee, attrayant surtout poor hri qui possédait la mémoire 
do cœur. Sa collection sur lee femmeg pouvait être regardée 



(1) Mémoire suivies biMiothèqnesâmé^artemerU au Nifrdj par il. £e 
Giay, (Lille) 1841, iii-8<', p. 257 et suiv. 



J 



- 343 — 

comme TexpriBSioa d* une âme tfindre«t aimante.. ll«avait aussi 
r^iii MM foute de litres ngr la. mort, les tombeaux,. les fuiiéra^U 
lee al les é(iiUpliee.; . ce fiiv Je peôs^.d'Mn ^sprilpi^wc « .(|ui avait 
ses moments de inélaficefie «t.4|ttî ue craignait pas d^rivisager 
rbomipt.se débattal^ au sortir de ia vie. La pl«s uembreuse dt- 
visioii de sa biMiQthèqae était sur loul.ce|le des ouvrage^pr l.'bia- 
toîrej^caf^.tet loncliaiit lesbomqies et.lcs choses du pays, là 
encore ou djicouvre l'idée domiuapte d\uu coUecAeQr bon ci|oyeii 
avaui toHi , ^1 attaché d^ cosur à la contcée qui l'a v.u uiatce. 

Tout «Il réunissant ses livres, tQUt w les (ènUletaiii et le^par • 
courant avec ce cliarme^^abond et cette inconstance «lue peu • 
vent se permettre les possesseurs d'une,nonibi;eu^e bibliothèque , 
Aimé Leroy travaillait; tai^t^t il aiinotaif ses volumes de prédilec- 
tion • tantôt il afila^ai{^desdocflmèl^ss^l: iar ville, de Yaienciennes 
et ieee^virqn^ t. tq^iis son .principal ouvrage ,„ conçu presque d^s 
Tàge de vingt ans, pétait tui ron^an de mceors sur Is révoigiion 
françiHse. Souvent reprise et souvent abandonnée, cettç produc- 
tion*u'a malheureusement pas été.ontiérement.achevée. l^'écrivàin^ 
dpnt tes i/lées ont pu ce jrpodi&er pendant un qiaairt de siècle que 
sou,trayail fut st^r.U métier» a négligé d'y mettre la.deruif^re 
mi|iii vijsrB la fin de sa. vie, et Fou do^t d'auA^tit plus le regretter 
que son genre d'esprit piquant et observateur, son cachet d'ori- 
ginalité, et la, |pa]r(aite connaissance de Tépoque qu1l peignait, 
auraient réuni dans cet ouvrage tobij les éléments de, succès. Son 
titre même n*était pas .arrêté définitivement. L'autisur Holtait in- 
certain sur les intitulés suivants. — Les esprit i forts. — 
Charles Dumuns et le Barbier Philosophe », ou l'on voit Vin- 
fluence des opinions philpsophifws sur lepeuplfi^ ouvrage écrit 
par. Chartes Dumans » .f^uhliè et augmenté de quelques notes , 
par /é. Leroy, avocat, — Mémoires de Charles Dumans, — 
Aventures de Charles Dumans, esquisses des mœurs françaises 
àlafindu^V siècle et au commencement du siècle euivanty etc. , 
etc. N^usqni avons été appelé à lire de notables fragments de cette 
œuvre importante, nous regardons sa non publication par Tauteur 
comme nne perte pour les lettres. . . 

Au mois de décembre lS2f , Icroy fonda , conjointement avec 
là. Dubois, ivocat, aujourd'hui bâtonnier de Tordre, et nous, 



— 244 — 

un lecond journal â Valrnéiennea , sein le titre de PetUei Agk^ 
ehei qoî fit place ensuite à celui de : Keho d$ la Fnmtière. Il 
enrichit eetle feikiUe de plusieurs articles pîquauts que les grands 
Journaux parisiens ne dédaignèrent pas d^empruuter. €*est dans 
ce recueil quil publia une série de feutlletons, Rassemblés et é^lés 
plus tard e» un joirin-l 2 , sons le titre de : Prtmenadts an cime- 
tière d9 Valenelennee, iA\eiLemaiire (ttnpr. dé f^^ef) \9%9, 
in- 13 de 109 p. Le succès de cet ouvrage» tiré h 400 exem- 
plaires, fut tel que bientôt épuidé, on fut au moment d en liîre «ne 
seconde édition, avec additions; ce projet n*a pas était miè à exé- 
cution, aussi ce volume est il aûjourd*hul fort rare. 

En iSdO, Aimé Leroy créa, avéo notls, à Valeuciennes, une 
espèce de revue, à la fols rétrospective et contemporaine, sous le 
titre de: Archivée hittoriqnee et littirairee du nord de la 
France et du midi de la Belgique. H y Inséra des articles im- 
portants et généralement goûtés, parmi lesquels nous citerons des 
Fraynienti eurrînvatlon du nord de la France, en 18 iS.' et 
$ur V occupation militaire iTune partie de cette frontière^ pèn^ 
dant les trois anneee euivantee, adresséee en forme de lettres à 
Af. Abel de PujoL peintre à*histoire. — Ces fragments, imprî- 
mes à part chez M. Prignet, f^a/entfîennej. parurent en 1851, 
lu 8^ de 88 pages. — La légende de Ste-Ald9gon^, patronne 
de Maubeuge , également imprimée à part à Falendennes , 
Prt^nef, 1850, in-S'^de. 23 pp. — Le Bigame, nouvelle histo- 
rique. — Des Recherches sur le premier livre imprimé à Valen- 
ciennes et dans le Nord. — Des extraits du Catalogue de$ ma- 
nuscrits de la Inbliothèque de Valenciennes — î^oi et usages 
de Seboùrg, chaHeinédUe du XIW siècle, annotée. — Et une 
foule d*articles de moindre importance sor hs Hommes et sur les 
Choses da pays. Beaucoup de matériaux avaient été amassés et 
préparés par notre collaborateur pour nos Archives auxquelles il 
portait une affection de tendre père, et s^il B*y collabora pas 
davantage c'est que Tétat de sa santé s*y opposa parfois, et que 
plus souvent encore il était retenu par le désir incessant de per- 
fectionner et de compléter ses recherches au dernier degré, ce 
qui Tarréta presque toujours dans la mise au jour de ses œuvres. 



<- 145 - 

Aimé L«rov, qai aimait par desaui tout la vie de famUle «t les 
relationa intimea, êtolt dépounro d« tonte amliition ; il fut cefjteo- 
dant ao instant Uneé dans Jea fonciiona publlquea» mais il n*y fit 
paa ui» long aéionr. Sa place, oomme il la dieait loi- mémOt était 
bon dea plaoea. Nonmé mènera du eouaeil oMniieipal de Valei^r 
cieniMa vera la On de laiMNadâ BeataiiratioD, il abandonna eea, 
fondiona à In réorganiflatioii muiûeipale qui suivit ta ftévoUUion 
de 1$50 Appelé à l'emploi de iuge<-de-(paix à Maubeoge» par 
ordonnance du iS jaoïvier 1891» il envoya aa déausaioa immédiat 
teoient apréa avoir eu à faire la lev^éed'un cadavre ; aon organisa r. 
tioa ae refusait i rexéeution de eerlaina devoirs du )U|^-do- 
paix. Il revint A Yal(inoi|iin!ea où la plaee de bibliothécaire étaut 
vacante, radministration eut le bon esprit de ladonnerau bt)>iio- 
pbile diUîQggé quireptrait dans ses fi^yers. C*est un des c^a trop 
rares où les fonctions et- le fonctionnaire se trouvaient parfaite- 
ment eo tiarmonie pour qu'il ne aoit pas cité. I^roy se mit é la 
tèie de la bibliothèque de la ville avec un plaisir infini, et Von 
s*aper(i]t bientôt de aa présence en ce lieu. Le catalogue fut cor- 
rige ec complété; les maiinscrits délabrée; que l'abbé Grégoire 
appelait les êam-euMM .de ta littérature, reçurent le vétemebt 
Décesfaijre ; tes^vrenx bouquins furent restaurés en leor maintenant 
le style sévère de leor Age ; une reKihre solide recouvrit les Kvres 
modernes ; les raretés furent abritées sous la sanve^gardë des 
armoh-es-, Vordre enfln ré;çna dans tous les détails de rétablisse- 
ment: Mais c^est surtout dans les acquisitions annuelles que Ton 
peuk piger de l%itelKgence et de la cdnteience du btbKotbècaire. 
Nous pouvons Faltester, nous, qu'il voulut bien quelquefois 
consulter et qo*it rendit souvent confident de tetr actes ; la biblio- 
thèque de Vafeneieilnes réçot, durant les dixHMept années de la 
direction de ce conservateur; plus d'acciroissements utiles, et fit 
ploa d'acquisitlona fructueuses que pendant les trente premières 
années de ce sièele. Leroy, qui mettait & profit, dans Tintérét de 
la bibliothèqae publique, toutes ses connaissances en bibliologie et 
aa Ibngiie expérience des roses de libraires, était beaocOup plus 
heureux lorsqu*il avait fait un bon marché pour le dépôt confié à 
ses soins que s*it eut dû eu profiter lui même. C'était le tjpe du 
parfait conservateur. 

Le bibliophile, admirateur enthousiaste de la nature, passait A 




If oatiipagne 1m V4t«hèe» de Ht blMtothàque et unefti^tie de la 
chaode M^éiù II ât^aU aisqili» utt« pecliè ftwfao» de pl a ie » n \Bé , 
Blinde feèr le mom de bboieeeufe^ ptéè ùê h -ftiNi et te chAiMM 
de rErmltige dé» diiei d^ Ci^i et c'«ii l«; (|«rtl m jpMeeit fo ptw, 
coei en âé i^affpeiiMM-leé elMtt'àNiemeviede liMv eitfaiiee poof Tonii- 
tlietog<fe t( le promeiiede. Wkftidinmênu lkilAiodlài(ue, eôn^nieée 
dé plMilH et d^ofivragee lur li|i «ettUpalMe- de lâp^eâiepegM eteit 
éUfrMMUfttè d^m M â«éieM« vlriêi«M de' loi «h»tMlto fédérée de 
Bdde«e«Hi^, et il itMïHii MdM à kaMiafrd é lé ioie' ^ gMMe feof 
la teetiiife/ éon hHéiû dee eiéU|«lbii6 éC de la aiédHailOtt' èceoti 
pelidiâM p(iur ime deuee e( lelémité pim.'* lés ëoi*' Mplrileitri 
de r&ritiitége n^on< peréléeihlrlnflVMétli^ eut'seiéDnti ; oiMre 
un petH roiaati, rest<^ éil Maniiiaei^ir, deittM eéèM'rfepaaeeaiHr 
cbtlè Mbtl«fei îl tnibfia iitt épbslMitésOiri 1% Utt<e Ûë P^ëMéUiêe mr 
la forêt êerfiéH/àHa^e.p&tiimèt:tf*èy\ h KdWà RMHi, M 
Bi^re e^^la Suie, iinpf. de A.PiHifMt,U FMfiMÊmêB; i9H9, 

ià^8% flf. enboHre^ftO pa^(4). 

» ' * 

. Du caraciére dont était le aoMtaUe <1m u^m^tà^ 6<^iiAeçaurs^.qiie 
la \gfmw a.^^à pu apprécier p«ir ce iina4A9Ma«^i\^vi2i>a.idiit, on 
pMHJaeîUipeurt penser ^lu'U w çli^cba jepais à j^ppartequr au^ 
aoeiéléa aa^auÂee. Il aîmait ^Mile bruiik«...é«(iUiit Jea.diecuaaioDa 
tiiaiultiie«8ea^ et n^aaaîsUit jamais aux c^igfés acieaUfiquea .asx* 
quela il étaU eoiif ié* U ne devis t m^i^bre igêtf de deiiKsgciétéa; 
de celle 4ea Ei^oé^s 4^ iV«ritf. ^ Parisi deiç^^l fut Tua dea eoc- 
re8poi»daiita4^ ae ((HidaUon en iWi^ e^ de celle des fiMiophi- 
Um de la Belgique^ eéeai^ «Mpns^ oùijl était ioacnt à Tori^ioe de 
cette aseodatiou. seua le n^ IT. finneotl de ieute espèce de ehal- 
uea, . mémea légècea» ces deux «assf^aidiiotfis lui séuqeieot par U 
libellé qii*elles laiaaeiU à leurs adeiMes. .L*uiie,iie jdemaode à aee 
correeiMiBâaata nue ^'Asslsiter uqe foie par. au à un gnand baaquel 
où se réiw)isen( jkaejrtiatea) les généraux el Ves boomea de lettres 
du Nerd \ ïmiUe distribue^ ddoa le même espace de tenpe» ud 
beau livre à (otiaeea co-a^Bociés. Il a'y avait pae- mayea de relu* 
ser UD tel heanenr et bonbeur< Neire ami fut plus difSbcilf peur 



(1) Inséré d'abord dans VEcho delà Frontière, dea SS et Si novem- 
bre 1858, n<» ^,dd8 et ^,0^9. 



la MéMiléliiiérair«d*«« pi'O^ ville: inÉcrit^lIniciirs fois d*bl8ee 
aimoiiriMPe «M qttfrante il«< IriM itaule, U déuNii» ffon^Mrs 
I3«tl« hanoraMiï di«ttaicfton ërirftiiltptfr nfottrir dam ItttipiAni*' 
hmtc flirtiè, n^ATui* rien, \m méthé aaailéMéiAf». 

tenè tiè^mnéë tiè'Ks tétidM pàë potir ««t* étiffttigèr à «è q^ «ë 
piitaaft ÛÈVi^Vé paf^'t m» (ÊdhfVMI^e^ IN'îWitett^aU ^^e^llt â'tOIlt 
te <iQt se r^lÉIrcbàtt afit ieiCfè», dat'aHli^ mt pt6^éé bttti *«bin^ 
prV<it de rifii^f^Mvtis: VM ûérftwàët^, \{ Udtii^m ta povfidtf-dë 
fâlfe «)^ytf / #tyf iftiA lAël^ f^««èÉr)nfl»H\i|âè^ âtiValëbdéfériëé, ttti« 
statae àriilslérréh ^Volitarf ,- là pl«l« Iffàndè â«8 HKtitraltohS' de 
«e«e ViMe-v él il é<*i1tft i cMtë olrdasièiir dans les JotyfhAilt de H 
fô(ial{té<i).'rr fdt ët)«tH)M eioOsMlé parles' )«Mëë'^ëfts/pë^ lél 
artistes, par ceux qui 8*e«0ayaient daiis^a poésie ou lalittéfaldrë. 
Son érudition était yaste^ son jugemeot droit et sûr ; il connaissait 
les bonnes sourcèS;i et les nombreu^t docuroei\ts qu il avait «;eclieil- 
lis et qu*il possédait sur la ville elles environs, le mettaient souvent 
à même d*étre utile à ceux qui s'adressaient à lui. Hopâme d*i)a- 
bitudé et uaimantpas beaucoup la locomotion lointaine, U ne sortît 
guèresdu pays natal depuis sajeunesse, maisit avakbbaucoup voya- 
gé dans las livres, et comibe it était sagâce et fin, observateur et 
méditatif, il devinait presque cequ il ignorait, et ajoutait ainsi à yé 
copiialBsaQ<^ réelles. Jamais il q<^, iop<;ba un crayon d^ sa .vie, 
mais il possédait tellenxent.le senti^ieat ipné ou beau^^.qu il ne se 
trompait guères dans Tappréci^tion des. objets d^'art. Au reste, 

• ' la* « , 

une asse2 grande collection de gravures ei, d^ livres i figures 

'étude des chefs- 
d*œiifri dkt milllëart irtitttsi . * 



IS > 



Péndam ploë de la moitié de si -vie, Alraë lerot 'te>lai^t de 
sa santé ; eomàle 11 avait les Dërh fabilenèttl evtités^ ea pravait 
attrlboer siss dolétoee» à Tirritabllilé de ces ovguiet, et Ten finis** 
sait par s'habituer à ses plaintes, sans craindre beaucoup pour son 
mal. 11 n'était cependant que trop réel ! Dans les premiers jours 

de Tantiëe É848, il resbemît des dofaleiiM d'etleiMb p4uë fdftes 

V 

(1) Leiu^o à VEcho de la Frontière, on date du 39 janvier 1834. 



- «48 - 

qu*à Torâinaire, et m mil au lit, hé^B ! pour ne plus se relever. 
PeiKlsiit soinnte-dii jours OMisécutifs, il resta dans eue sorte 
d'atouie, saus grandes souffrances il est frai, mats dépériesant 
toujouts, miné par la fièvre et finappéteiiee. Lo %i OMirs, il s*est 
pour ainsi dire éteint, sans agonie, au milieu des membres de sa 
Csunille bien aimée qot se flattait eioore qu'une crise tavorable le 
rendrait i la vie. Il fanait seulement d'atteindre TAge de 55 ans, 
et Ton ponf ait espérer que de longues années lui éiaieut encore 
réservées. Si quelqu'adoucÎBsemeat pot être apporté à la trop juste 
douleur de ceui qve celte perte prématurée plongea dans le deuil, 
ce (ut la sympathie publique» c'est la géoésalité de* regrets de 
tous les gens de bien ; c'est surtout le tcaltne de celle mort toMie 
chrétienne d*un homme d'élite qui a édifié nu entounge nombreui 
et chéri 1(1) * 

Apr^ cette triste fin, la (araille d'Aimé Leroy voulut en con- 
server les traits, et M. Grand/Us , statuaire, professeur de sculp- 
ture à rAcadémie de Valenciennes, se chargea d'exécuter son 
buste de souvenir et avec T aide peu. secourable d'un motile en 
plâtre i^)rt imparfait pris sur la figure déjà décomposée du défunt. 
L'artiste a réussi dans ce jtravail ingrat, et il a rendu, autant que 
possible, les traits dt; notre regrettable ami. 

• 

Outre les ouvrages que noos avons déjà mentionnés jusqu'ici, 
Aimé Leroy a laissé après lui une série d'oeuvres, la plupart ina- 
chevées, parmi lesquelles nous citerons les suivantes qui mérite- 
raient dé voir le jour. 

I. EmUie, ou la pictime de la aédMCftoii et à$ rinclémemee. 
— Ce petit roman est entièrement terminé depuis longtempè. 
faoteor allait le publier, lorsqu'il fut arrêté, par la crainte d'être 
entré dans des détails trop dramatiques. Il a été bien dépassé de- 
puis lors par les. romanciers da siMe, et cet enfant précoce, tenu 



(i) Les olMèqaes d'Aimé Lefoy ont eu lieu le vendredi ié mars 
1848, à l'église paroissiale deSl.-6éry ; son deuil était coudait par M. 
Eémtmd Letro^^ avocat, sou fils unique, assisté ^e M. Omég^fme Lmroy, 
homme de lettres, venu de Paris, et qui a pu encore fermer les yenx 
de 90D frère bien-aimô. 



ft Técart par les timides scrapoles de son père, serait aujourd'hui 
noe production bien innocente en comparaison des œuvres du jour. 

II. Mémoire$ àe PMa Ihûtrae, èerUêpar M'mém$. — Oft- 
▼rage qui ne parait pas terminé et qtà pourrait bien être n» épi- 
sode détaché du grand roman sur la Révolution dont nous avons 
parlé dans le cours de cette notice. 

Ul. Le^marii garçtmê. — Petit roman assez piquant qui a 
trait aui mariages forcés, contractée sous l'Empire, «aire des fem- 
met limées et de très Jeenes gens et pour éviter le service militaire, 
que tous subissaient alors, ssm autre eieepUoo que les hommétf 






IV. Mkc, ou l'empire d'une joHe femme ,* hiiioire eimple^ 
maie verUeOtle. DêdUe i Mme EmUe de Girardin (par épttre 
datée du mont de BoDseeoiirs, septembre iS45). — Roman quaai 
terminé dont la scène se passe sur la frontière du Nord. L*anteur 
devait Tadresser i Mme de Girardin, qui, par ses fins et spirituels 
feuilletons, avait conquis i6n admiration. 

V. Le voyage du prince. Conte. 

VI. L'allée terie, ou le bonheur dane Tavenir. Nouvelle. 

VII. Le parfait éehanfieie. 

VIII. Le jugement dernier, ^ Œuvre philosophique. 

IX. Souvenire, regreie, eepéraneee immortellee. — Espèce 
de confessions intimes non destinées à Timpression. 

» 

A ce» ouvrages où rimagiiiation obtient la plus grande |Mirt, il 
faut joindre les soivanta, qni sont le produit plus solide de l'éni- 
dilion. 

X. Proterlei eur lee Femmes et le Mariage^ rangés suivant 
r ordre des dges^ des formes et des affections ; auxquels on a 
joint des dictons] sentences, sobriquets, épithètes, usages, pré^ 
jugés, et citations diverses, applicables à un même sujet. Le 
tout accompagné d*un commentaire critique et moral. Par A. 




- «50 - ^ 

Leroy (ateç cet(e é(M^apbe}. « Touil^ wm^BWfi^ do mon4e 
« fie r^oDt ^ cet.|icppiipl9£e. C*m^ ma^ waM^r? ioluse p^nonl, 
« c*6»t UD centre, où toutes choses* regardent. » Montaigne. 
Liy, 5, ch^. ff,. ^ QMf C98ft PIWMH qP* U «PWPWf «Hgîwle de 
refiprU4e miijtswur gw^ftU fi^p^re Mr^.OïKieHif f?J .qv'<Wi flpil re- 

XI. Dumouriex à St.'Amand. — Article terminé et destiné 
aux Jrchivei du Nord. 

XII. CaMoguê det Prâcéiê d9 to préPÔU de JWuU$m , 
«Mf la riMre 4'^, drôcèM <e St-Omm, ft079«i»rr, f«»M 

no^^par A. Leroy. — Travail entièrement fini et préparé péor les 
ArehvMê du Nord. 

X|il. Fragmenté iur foceupëii^deeJUIàe. — NecesrecaeO- 
lies pour Inachèvement de oe qei a-pam sur le même stqet. 

XIY» Bibliographie Faleneknnois^, oueatalggue dee livret 
et des imprimeurs de Vqlenciennes, elç.^ i^é%, r- Sujet sur 
lequel nous travaillâmes tonsdeux, et que nous devions publier un 
jour ensemble. 

XV. Catalogue raisonné des manuscrits (le \a BifAiotkègue 
Publique de Falenciennesj»-- Ouvrage presque fini, qui a de- 
mandé d'immenses recherches à raiiteiir, et qu'il euf tarminé le 
premier de tous, si la providence eut prolongé ses jours. Il y at- 
tachait une ^ande Importance parce qu*H s*éialt domé beaucoup 
de pçines, dans des jg^rs de manya^se sant^^ pofir le f^lre arriver 
à un certain point d'avapçemen^. Il aya^it (jl*^il]eiirs envisagé à sa 
manière les mss. confiés à ses soins, et ils les analysait en suivant 
un plafi àhiteten'S*étendant sebn ledegré dHntérét qu'ils lui 
iuspif aient. Son ém^i^Mm) e( M>n imagiqatîon mène, renCratoalenl 
souvent, mais toujours an profit du lecteur. 11 serait à déairer 
que ce dernier labeur ^\n bibliothécaire consdenciem et 
éclairé fut rois au jour dans Tipt^rét de la science, et pour Tu- 
ktilité et la plus graade gloire de la ville de Valenciennes^ qui pos- 
sède une foule de richesses non encore révélées. 

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Puissent tant de travaux préparés ne pas rester inutiles pour les 







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BULLETIN BIBLIOGP..\PHIOUË. 



ft09. — MotiooRÂFfliB de la Phlegmatia tiba dolda», par le doc- 

cear Charles Dromarî. — PaH»^ imprittierie de B. Foiêt* 

fdêr, ehes J.-B. BailMère, 1846, iii-8*. de 9S pafes. 

L'antenr de œt optucnle est origitiaire de ta petite Tflle de Bee- 
•dudB. n eieroe fart de goérir avec diatinctioa à Paria, depuis aa ré- 
ceptioo, comme docteur , qui date da 85 mai 1894. 

Dé^à connu aTantagensement dana le monde médical par aea hilles 
dans denx concours d'aggrégation à la Cicdlté de médecine de Paris, 
et par ploslean mémoires, dont oa a aaériié une médaille d'or de la 
part de la société de médecine de Bordeaox, le docteur Droosart à 
acquis de nouveaux droits à l'estime et à la considération de ses con- 
frères en publiant une monographie sur une maladie peu connue et I 
laquelle succombent tant de femmes en couches. 

Préaaaté a f Aeadémle royale de Médecine le 88 avrfl 1849. ce ta- 
▼ail y a donné lieu à une très vive discussion. Si la doctrine qui y est 
émise a été défendue avec conviction, elle a aussi été attaquée avec 
violence par plusieurs académiciens qui n'en connaissaient peut-être pas 
bien les fondements. C'est pour en faciliter la connaissance que l'auteur 
a réuni en un corps d'ouvrage, l'e nsem ble des fUts qui l'ont aaMoé a 
poser les bases de la doctrine qu'il émet. Quelle q«ie soit aa valeur, 
que nous ne pouvons ici discuter, disons que l'ouvrage qui le renferme 
est pour le moment le plus complet et le meilleur sur ee siqel. 

De docteur N. Bblval. 

81 » Tbaité DBS MÂLiDiEs dea pays chaada et apédalemeni 
de TÂlgérie. — Première partie. De la dyneDCerie eldea ma- 
ladteadu foie qui la oompliqiieot. Oovrage dédié à S. A. ft. 
Mgr. le due d'Aumale, autorise par le couaeil de santé dea ar- 
mées déterre, etrohjet d'one menlioa honorable au damier 
eoncours enAlgérie; par le docteur Ck. Camba^, de Cambrai, 
médedn ordinaire, médecin en chef de Thôpilal dvil et milU 
leire deTlemcen, membre da conseil de salobrité de celte pro- 



— t53 — 

vioee, aDCiên médecin deft Mpltanx ât Cambrai, Montttiédr, 

du Gros-Caillou , à Paris, etc. — Paris, iS47, in-8^ de 600 

pages. 

L'Ioféconitté littéraire qu'on reproche asset généralement atix oM- 
cietfs Ile saMé de. Tannée d'Afrique peut-être attribuée à diiTérente» 
eauies qui justifient, jusqu'à un certaiti point Taccusation qui pesé sur 
eux. D'abord là dialeur énervante du climat et le très grand nombre 
de malades ; puis le court séjour que la plupart des médecins fort en Al- 
gérie; puis les maledles auxquelles eux mêmes pa^t un tribut qui se 
résume souvent par le mort ; exemple : Anloninl cfasimlr Broussais et 
vingt autres également recommandables. ' 

Félicitons dohc notre savant compatriote de Cambrai, d'avoir trouvé 
les moyens de surmonter les difflcuUés, que nous venons de signaler. 
L'ouvrage qu'il vient de faire paraître, et qui n est que la première par- 
tie dun travail fort étendu sur tes maladies des pays chauds, est vu 
service rendu k la science : aussi a-t-il obtenu des éloges de la part «le 
la presse médicale parisienne, qui le considère comme une excellente 
monographie, digne d'être consultée et méditée pai: tous les médeoiof 
qui pratiquent, même dans le climat tempéré de la France. 

Le docteur N. Bblyal. 

• 

tiit— Catalogue descriptif et raisonné des namiscrits de la 
Bibliothèque de Douai, par//. R. Dulhillœul, bibliothécaire, 
suif i d*uoe nolice sur les manuscrits de celte biblioibèqoe , 
relalifs A la législation et à la. Jurisprudence , par M. le con- 
seiller 7at//iar. Douai. Céret-Cai^entier. fiU^.^ i%Ài. 
iD-8*^ de XXXIX, 547 pp. et viii et 159 p. la noUce. 

La bibliothèque de Douai doit son origine è Louis XV, qui, par 
lettres patentes du l«r mai 1767, ordonna que les collections délivres 
de chacune des tacultés de T Université fussent révnies a la bibliothè- 
que d'Anchin pour n'en former qu'une seule qui serait rendue publique. 
La mise à exécution de oet ordre du Roi éprouva quelque relard. 
Néanmoins, le 3 août 1770, la Bi^iothèque fut ouverte, el le savant 
M. XMs, docteur en médecine , amateur do livres d'un mérite disttn- 
gué , prononça le discours d'ouverture en qualité de premiei bibUo- 
tb^aire. Il eut pour successeur, en 1788, M. de Maanowy^ anu eo- 
adjateur depuis plusieurs années , remplaoé lai-méme , le X9 juillet 
i79i , par M. de MontmHUê, ancien avocat au parlement. La biblio- 
thèque ^e Ùouai eut le bonheur 4e voir a sa tdle , le 5 iniUel 1806, 
li. GuUmott véritable biUiothécaire-modèle, qui mit de l'ordre dans le 
d^pdt confié a ses soins. Il eut pour successeur, le é juillet 1854 , 
If. DuthUkêul, titulaire actuel, auteur de fouvrage qui nous occupe. 

iM bibliothèque de Denai devrait être la pitis rf cbe et la plus nom- 
brauee de toutea celles des départemenis. Elle possédait 98^000 
volâmes avant la Révolution ; elle en reçut plus de tOO,000 en dépét, 
mp rém la auppressien des riches abbayes et maiscma religieuses de la 
riUm «t des environs , a une époque où Deaai étaK te etier^Men da éé- 

17 



— f S4 — 

p»rtemeDl du Nord. Dir* ce que souffrit ce TaaCe dépôi des eoBaais- 
sauces bumaioes , par les vols , les mulilations , les rapines et le vaa- 
dalisme des mauTaises années de la République , ce serait refaire la 
tnste histoire de tous oea objets d^rt et de science livrés aux boanues 
les pltt.« grossiers, les plus ignorants et en même tems les plus fripons 
d ' ces temps malheureux l 11 se passa à Douai les mômes faits qu*on 
vit se renouveler partout. Les livres précieux sévirent à faire des 
cartouches ; les manuscrits curieux en vélin entourèrent les gaigousaes. 
Les petites filles, au nombre de 160, employées aux Chartreux, ven- 
daient quotidiennement , à doux sous l'une, les vignettes et miniatares 
découpées des fedllels mannscrils. Toutes les maisons étalent alors 
garnies de ces images à bon marché. Le t\ janvier 1794, adHiversaife 
de la mort du tyran , on éleva un vaste bûcher, sur lequel on mit les 
attributs de la monarchie et de la féodslité , et on les brûla avec tous 
les nobiliaires , les planches d'armoiries , les généalogies, blasons, 
livres d'éulise et missels qu'on put trouver. On fit tant de vols, d'aoto- 
da-fé, de mauvaises ventes et d'enlôvemenls, qu'au retour de Tordre, 
lors de l'inventaire , la bibliothèque ne contenait plus que 26,81) 
volumes et 900 manuscrits. Elle n'avait perdu que 100,000 volumes 
environ à la Révolution et sous les régimes qui la suivirent. Voilà un 
magnifique progrès ! 

Les manuscrits de la bibliothèque de Douai consistent en 953 volu- 
mes; mais si on séparait les ouvrages différents que Tonacni devoir 
réunir en un même corps, le nombre des divers écrits s élèverait à IS 
ou 1400. On y remarque des manuscrits d'une haute antiquité, indiqués 
par M. Duthillœul, comme écrits dans les XI ^ et Xll*' siècleH ; de riches 
miniatures les décorent ; les œuvras de saint Augustin . de aaint Ber- 
nard, de Thomas de Cantimpré , 4e Gerson , de Haymon, d'Aasand, 
moine de Marchiennes, de Fr. de Bar, abbé d'Ancbin, figurent au nom- 
bre des œuvres sacrées avec beaucoup de senponaires et de livres 
d'église provenant des couvents. La partie historique , quoique riche 
par la quantité, ne 'brille pas autant par la qualité. L'auteur donne des 
renseignements curieui sur Hasnon , -les couvents anglais de Douai , 
f histoire de Barlaam et de Josaphat, les voyages de J. Zielbeke , les 
heures de Notre-Dame (n« 911 ), etc. , etc. Des notes explicatives, 
quelques-unes un peu trop brèves , accompagnent les intitulés des ma- 
nuscrits , on regrette de ne pas trouver, è la suite de la descriptio» de 
chaque codex, une désignation du nombre des foUas qu'il contient. Les 
provenances n'y sont pas oubliées , c'est un détail précieux. On y dèit 
louer aussi deux bonnes tables, l'une des matières, l'autre des auteora, 
qui fecilHent les recherches. Une curieuse disaertatton de M. Toittuir, 
sur le» manuacrita concernant la législation du moyen-âge , termine el 
complète cet inventaire utile dont le conseil municipal de Donai a e« 
le bon esprit de voter fimpreaaion. a. d. 

ftl3 ^ Eléments CARL0VINGIEN8 linguistiques et littéraires. 
Carolo fikm jfroÊducênm ^ tariez trapeUt^ 1846, ia-4^ fig. 
560 pp., papier de Hollande. 

Noua n'avons pas seulement à mentionner ici un beau livre, iw|iriaié 
sur papier fort, à gsandes msrgea, avec dea caraciAres élégaoïa et dee 



L 



^ f 55 — 

* 

Hgtaret gravées sur acier par ChaMm^ attié; an livre tel ({o'un biblio- 
phile délicat conme II. J. Barrois. de Lille, son auteur, pourrait déaifer 
d en trouver : c'est plus que tout cela, c'est un livre énidit, où II y, a 
de la science ft prendre , et dont la lecture , si l'on n'adopte pas 
d'une raauldre absolue toutes les conclurions prises par l'éeriVaiB 
savant qui l'a produit, donne beaucoup à penser ef ff réfléchir. M. /. 
BmroiM, de Lille , a fait en 1819 un voyage scientifique en Orient , il a 
composé à cette ocoasiou un Itinéraire de iÀHe à Constantinople , i vol. 
in-A» Mas. ; il a publié la Bibliothèque protypographiqu ' ou librairlea 
des ills du roi Jean. Pari», 1850, in-4" ; le Uvre du très cbeoahrmix 
comte d'Artois et de sa femme, Paris, 1837 , in-4°; la seconde partie 
des chroniques de Robert Macquériau, de V^lencîennos ( 1 597-99). 
Paris. 1841, in-4o, et enfin La chevalerie Ogier de ikmemarehe, pmr 
Baimbert de Paris, poème du X(i« siècle, Paris, 1842. 1n-4' et 
la- 18. Toutes ces études et ces publications, qui ont nécessité de 
grandes recherches, ont conduit 11. Barrois à quelques découvertes si^ 
les textes carlovingiens qui précédèrent ceux donnés avec altération 
par les trouvères des XTl'* et XIII siècles. Ce^t ainsi que l'ardeur de la 
acience mène chaque Jour vers des terres inconnues. Du temps de 
Boileau , bien qu'à près de deux siècles plus rapprochés que nous du 
moyen-âge, tes rechercbeurs littéraires ne remontaient g8ères qu'à 
Villon, quïie premier, dU le maître du Parnasse , débrouilla Tart confus 
'de nos vieux romanciers. Depuis vingt ans on fouille dans la mine fer- 
tile des couvres d<# Trouvères etTon exploite ce riche champ rempli 
des racines de la vieille littérature fk'ançaise. M. Barrois va plus loin, 
il ne voit dans les Trouvères que des imitateurs, des rajeunisseurs de 
textes anciens, qui ont plutài corrompu et ^altéré les vieilles épopées 
qu'embQklli leurs sujets II appuie son système d'une foule de preuves , 
t|«i, si elles ne sont pas décisives, offrent beaucoup à méditer comme 
nous le disons, plus haut. Les données de M. Barrois renversent les 
idées reçues jusqu'ici et éprouveront peut-être de l'opposition dans les 
hautes régions de la science ; toutefois elles méritent un examen sérieux, 
et nous devpns dire qu'il s'en faut bieh que tout soit l'effet de Tima^ 
ginaiion dans son livre. La science de l'antiquité dévoilée avance tou- 
jours; M. Barrois est en tète du progrès qui cherche à reculons les 
origines de la langue, de la poésie et do l'histoire de la nation. Ce 
savant est l'heureux possesseur de la plus riche coHection de manuscrits 
qu'on particulier puisse avoir ; il a pub^é dans son propre cabinet deS 
notions précieuses sur nos antiquités litiérairea. Cest là sans doute 
qu'il a trouvé l'existence d'une chanson de geste du cycle carlovinglen 
eous le titre de GuiUaMne de Hainaut fp. i44), que personne ne donnait- 
jusqu'ici et que ne possède pas la bibliothèque njitipnale. H a aussi chez 
loi et 11 cite plusieurs fols un curieux monument de vieux langage 
-wallon et d'ancien droit administratif du pays ; il est ainVi désigné t>ar. 
«es premières lignes : Chi s'ennevent les lois des Pers dou Castel de 
lAlle. et les enquest quierqwés d'iaus et les jugemens et les consçiuci> fous 
Siaus et des comtms homes , quierquiet en la salle de Lifte, Van 1888. 
petit in-fo. II a donné l'analyse étendue d'un maifuscrit roman reposant 
A la bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier et provenant 
du fonds Boubier. M. Bémols a révélé ainsi des sources originales ; il 
m. fourni des étymologies ingénieuses, il a donné enfin l'éveil aux savants 
•t lear a ouvert un nouveau et vaste champ de découvertes. En termi- 



J. • 



• ■ 



^ » 



oêBl. l'aiil«tifl> iM EUmmU earlommgitmê a raiidu témolgnaga 4o c«b- 
cours qtila qu'il a reçu de M. ChoMUe , tani pour la .correctioa de* 
textes remaaa que pour ses oombreusea et lointaines investi^tions. 
Ceci est un açle de loyauté et de justice qu'on était en droit- d'attendre 
du caractère oeonu de M. J. Barrois. a. ». 

915. — Âivif ALBS DB LA sociéré DE UTTÉRATORE. des Sciences 
etdea Beaiu-Art« de Tournay. Anaée lS49(! Tournay, (J'POS* 
de C. Rol^rt, in-8^de vhi et 150 pagi>s 

Ces annales sont divisées en deux partie» : la première contient les 
pièces en prose , ce sont les plus iniéressautes ; la seconde réuml les 
pièces de poésie. Au début du volume , nous trouvons une courte 
notice sur la nécessité de remettre, à la fin du mot T/oumai, l'y grec floai 
qui le terminait depuis le XV« jusqu'au dernier siècle. L'auteur ano- 
nyme avoue bien que les plus anciens documents (ceux de 1200 à 
1300) écrivent TonMH, changé un peu plus tard en Touirncà^ mais, 
4il-il, du moment que la langue romane s est faite françaige, on a mé- 
tamorphosé l'i en y grec* et l'on doit conserver cette terminaison , 
quoique remise en t simple dans CamfMrai , DowU et Bavai, Nous 
ayouoos que nous ne trouvons ses raisons ni concluantes ni logiques. 
L'ortographe de la finale de Towmai revient ce qu'elle était originelle- 
ment dans la langue romane qui n est rien autre ^ose que Jia langue 
antique, écrivons donc ce mot comme l'écrivait nos premiers pères, 
puisque cette forme d'ailleurs est d'accord avec ce qui se passe pour 
une foule de mots tels que loi y r^A^ mot , écrits anjourd'hui , non pas 
comme on en usait aux \^* et I0« siècles, mais bien comipe l'indique 
ridiome roman , notre langue mère; suivons surtout l'usage du plus 
grand nombre, qui est le plus grand maître de Tortographe française. 

La seconde pièce du recueil que nous annonçons est une notice de 
M. ChotvHy sur haao Lemair$ qui donna son nom au détroit le plus 
avancé de l'Amérique du sud. M. Chotin, donne plusieurs renseigne* 
ments de famille par suite desquels Uaac Lstnair^ serait ni à Tournai, 
cependant l'auteur ne peut préciser le jour ni même l'année de sa nais- 
sance qu'il m^i prob(iblemênt de 15i5 à 1550. Le baron de Vuoerden, 
que nous avons suivi dapa une notice publiée dans les Archivés d« 
Nord^ tome 3, 4* livraison, p. 547 (nouvelle série, septembre 18411) 
fait naître haao Lunaire A Valenciennes, et il était presque cooiempo- 
rain. Quoi qu'il en soit, Tournai et Valenciennea étaient si près et il y 
avait tant de rapports entre ces deux villes avant la conquête des 
françaia, que le baron de Vuoerden et M. Chotin pourraient bien avoir 
raison tous deux. Lemaire a pu naître à Tournai, s'y marier et vivra 
A Valenciennea, où il y a eu comme A Tournai, une réaction catholique 
qui força beaucoup de riches marchands A émigrer en Hollande. M. Chotin 
relève Feller pour avoir donné au voyageur Lmnair$ le prénom de 
JaoquêM tandis que aelon lui il se nomme baae. La vérité est que 
Feller a raison, /aooc LtmairB, père de Jacquêij conçut l'idée du voyage 
et soupçonna l'existence du détroit ; il fit les frais de l'expédition, aiais 
son Als Jaçqun Lunaire mit le projet A exécution et y fui suivi do 
IkuM Lmakré son plus Jeune frère. M. CitotiA mêle entièremenl las 
fAita qui appartiennent au père et au flla. A la An de notre notige nous 



/ 



— »7 - 

disions : • il faut bien se garder de confondre le premier voyageur qui 
découvrit les terres australes avec celui de même nom qui parcourut 
l'Afrique et sur les -travaux duquel on a publié : Les voyages du situr 
Ltmakrê aux ttes Canaries , etc. Parts, 1695. in-i3j» M. Ghotin, qui 
n* avait pas ea connaissance de notre travail, a encore Ikit ici confusion 
en mettant ce dernier voyage sur le compte du Tournaisien. «^ 
M. Léopold Michel a publié à la suite de cette notice, une relation de 
la B(U(ÀUe de Bouvines^ en l914, qui parait puisée aux bonnes sources ; 
nous y aurions désiré une description des lieux de cette grande lutte 
au centre desquels le congrès historique de Lille voulait placer uue co- 
lonne commémorative. -* Une Qore des environs de la ville de Tournai, 
qui compte de côlébres botanistes, a été insérée dans ce volume sous 
le titre de Catalogue des Phanérogames, par M. V. Marissal, membre 
ré^idanL — Enfin, Il A.^, Choém dont le talent se )>rète à plus 
d'un genre, termine le recueil par une pièce de vers intéressante sur 
les ruines du vieux château d'Antoing. a. n. 

314 " Recueil D*AG7RS des XH* etXfir siècles, en langue 
romaoe VTalloniie du Nord de la France , publié avec une 
introduction et des o«>te8, par M. TaUliar, oonêeiller à la 
cour d*appel de Douai. Douai ^ Adam AAubers^ 1849, 
gr. in-8'' de cccvai et 538 pp 

Personne, dans le département du Nord, n'a rendu plus de services à 
rhi9toire du haut moyen-Age que M. le conseiller TaUliar; ses pro- 
fondes et patientes études ont jeté beaucoup de lumière sur les premiers 
siècles de la monarchie, et particulièrement sur l'histoire du droit ancien 
du pays. Son dernier ouvrage paru, que nous annonçons aujourd'hui , 
est un magnifique répertoire de 268 pièces en langue romane, desXII* 
et XIII*' siècles, éclairées de notules précieuses du savant conseiller 
et précédées d'une vaste introduction , qui n a pas moins de 328 pa- 
lmes, et qui explique l'état des institutions ecclésiastiques, civiles, féo- 
dales, et seigneuriales, aux mêmes époques , afin de rendre la lecture 
des pièces qui suivent aussi lucide que fructueuse. Les chartes nom- 
breuses publiées par fil. Tailliar sont toutes relatives aux anciennes 
provinces du Hainaut, de la Flandre, du Cambrésis et de T Artois. Mon 
seulement ce sont des ren<eignements historiques précieux pour les 
villes, bourgs, seigneuries, églises, chapelles et familles du pays, mais 
ce sont encore des monuments du vieux langage, des indications sur 
les usages, les étymologles, les anciennes lots, les mœnrs et coutumes 
locales depuis l'an 1135, date de la plus ancienne pièce en langue ro- 
mane, jusqu'à la fin du Xill" siècle. Les notes philologiques qui ac- 
compagnent les textes ne sont pas la partie la moins intéressante de 
catio titile production à laquelle nous ne souhaiterions que Taddiiion 
d'une table alphabétique des noms d hommes et de lieux pour en faire 
un travail parfait. Les chartes nombreuaes de ce recueil sont , pour 
la phia grande partie,- publiées par M. Tailliar pour la première fois et 
ftiréee des archive» générales du département du Mord, el celles du Pas- 
de-Galaia, des archWea de Douai, d'Arras et de Heimia LiéUrd, du 
Garliilaira de 8i.-PieiTa à la lAbiiothèq«a de Lille , des archivas de 



I 

— «5» — 

la Flandre Orieotale à Gand , et de celtes de plusieurs commune^ 
rurale? où Ton trouverait au besoin les originaux.. a. d. 

SI6. — HiSTOiRBDB LiLLB, par VicUtr Derode, Paris, Uebrard et C** , 
ei Lille, Beghin et Bronner'Bauwens , 1848, 3 vol. gr. in-8s 
figures. 

A proprement parler, -le cheMleu du vaste et populeux départemMit 
du Nord manquait d'une histo.re, cardon ne peut' qualifier de ce titre 
ni le faible ouvrage de Tiroux, ni le livre imparfait de MoniUnot, ni 
les Guides plu? ou moins sûrs que la spéculation ra'04lerne a mis au 
jour pour initier les étrangers dans les curiosités historiques de l'aO- 
cienne cité lilloise. Cette lacune est désonnais comblée : M . Vtctor 
Derode a rassemblé de longue main des documents précieux sur l»yille 
de Lille, et il les a mis en œuvre avec un soin et une iutelligefice re- 
marquables. Sou histoire est établie sur un plan toul-à-fait nouf et qui 
lui appartient en propre. C'est une histoire pittoresque , assise sur des 
matériaux originaux, tirant des déductious de tous les monuments 
philologiques, archéolosiques , topographiques, ett)ibliographique8 du 
pays, éclairant les points obscurs, débrouillant le cahos des Ages , pui- 
sant aux bonnes sources et apportant toujours les preuves à Tappui ; 
le tout enrichi de plans, tableaux, fac-similé, portraits.- figures, vignet- 
tes et culs-de-lampe, qui ne sont pas seulement de vaines t//i»fraltOM, 
mais qui illuminent le texte d une manière abondante et nécessaire. 
L'œuvre de M. Derode est Complète : elle prend la vieille cité flamande 
depuis son origine romaine très contestée ol très cunt<rstable^ et elle la 
conduit jusqu'à la révolution de février 1848. Les grandes époques 
des comtes de Flandre , des ducs de Bourgogne et des dominations 
espagnole et française sont exposées avec de minutieux et curieux 
détails. La tourmente de notre première révolution y est surtout tracée 
avec d'intéressants développements extraits de pièces origiuales que 
l'auteur a principalement tirées du curieux cabinet de son concitoyen 
M. Gentil- Descamps. Tout en instruisant le lecteur, cette histoire Tamu- 
se par la variété des sujets traités , l'arrangement des matières , Tiro- 
prévu des détails et l'intérêt que l'auteur a su leur donner. Nous 
croyons que le plan ingénieux de l'histoire de Lille sera adopté par 
plus d'un écrivain : nous faisons des vœux pour que les imitations 
vaillent le modèle. a. o. 

îl6.-- HisToiRB DV Cambrai ei du Cambrésis, par EugèM Bauly- 
Cambrai, chez HaUu, libraire-éditeur ( impr. par P . LevéqueJ^ 

1842, 2 vol. in-8«. 

Nous voici bien en retard de rendre compte de celte couvre hisio- 
rlque, et, certes, ce n'est pas faute de sympathie pour son auteur dont 
nous nous sommes toujours plu à lire et a faire connaître les prodno- 
lions. L'histoire de Cambrai de M. Bouly remonte à la dominatioB 
romaine, sur laquelle elle passe peut-être trop légèfemeM et se ter- 
mine avec le règne de Louis XIV après la conquête du Cambréels par 
le grand Roi. L'écrivain renvoie alors te lecteur a rhistolra de Prattos 



i 



^ 159 - 

dans laquelle, dU-il, on peurra lire celle de Cambrai : noua regrettons, 
avec tons ceux qni auront parcouru le livre de M. Bouly, qu'il n'ait 
point abordé les XVllI^ et XIX « siècles qui Vui eussent aussi fourni 
plus d'une page éloquente et des faits particuliers pour les annales 
cambrésiennes. Cixrpmiier et Dupont avalent déjà publié chacun une 
histoire de Cambrai ; le premier au point de vue nobiliaire et héral- 
dique, le second au point de vue religieux et ecclésiastique ' M. Bouly 
s'est atlacl^éi lui. adonner une histoire jx^pu/oirs, ou plutôt une histoire 
cwih, qui résumait les faits marquants des deux autres et qui rétablis- 
sait leurs omissions volontaires qu 'fortuites. Sa manière est large, con- 
cise, sommaire. Il voit les choses de haut « néglige les petits détails, 
et marche rapidement à travers les siècles. Sou histoire est plutôt un 
discours qu'un journal ou une narration. Le style en est ferme , pur, 
élégant. L'auteur ne s'embarrasse pas dans les citations , les pièces 
justificatives, ni les preuves; il écrit un véritable résumé historique, 
serré nourri et compact. Nous aurions désiré qu'il fût entré dans le 
plan de l'historien de Cambrai de parler avec quelque développement 
des Hlustralions carobreaiennea, ce qu'il eût fait avec succès : ne .signa- 
ler en courant que le capucin Robert et le docteur Amé Bourdon , c'est 
trop, ou trop peu. La liste des écrivains et des savants de Cambrai est 
asses nombreuse pou^ fournir un vaste chapitre aux annales de cette 
ville. Après avoir raisonné sur le fonds de l'ouvrage de M. Bouly, qu^il 
nous soit permis de dire un mot de sa forme . dont l'élégance n'a pu 
échapper à nos instincts bibliographiques : cette histoire est imprimée 
sur papier fort de Hollande ; le texte est encadré dans un double fllet 
entouré de grandes marges ^ l'impression est nette et élégante : c'est 
un beau livre de bibliothèque , qui sera admis ^ur les rayons de l'ami 
de l'hlatoire locale et sur les tablettes du curieux. a. d. 

ai 7. ^ Catalogue DBSCRiPTiF.desmaDuscrits de la Bibliothèque 
de Lille, par M. Le Giay, correspondant de rinsiitot. Lilù^ 
Vanackhe, i84S, in-8<» de xxxvi et 445 p. 

La cité de Lille n'est pas riche en manuscrits anciens comme les 
Tilles de Cambrai, Douai et Valenclennes, dont les dépôts furent, ou 
mieax gardés dans les temps de troubles, ou plus grossis par les opu- 
lentes bibliothèques des abbayes de leurs environs. Néanmoins, le 
nombre des mas. lillois s'élève encore à environ 400, et l'on remarque 
dans cette réunion quelques Codex anciens remontant au Xil< siècle, la 
Bible en françois avec le poème du trouvère Herman, de Valenclennes, 
et le lucidaire (n** 11); les jeux d'^dom de la Basêéê (n" 15) : le voyage 
d'Adornes, de Bruges (n« 187); et une quantité d'ouvrages traitant de 
l'histoire de la contrée et -renfermant des renseignemens précieux sur les 
coutumes locales, les familles et les maisons religieuses du psys. Mais 
ces ouvrages catalogués Intelltgemmeni par le aavant docteur Le Glay, 
qui ne reste étranger à rien de ce qui est science et histoire dans le 
département du Nord, prennent aussitôt une importsnce due à la luci- 
dité de leur description, à l'énumératioo exacte de leur contenu , et a 
Tanalyse brève et sûre de leur matière. Cette érudite nomenclature est 
précédée d'une notice, comme M. Le Glay sait les faire, sur les divers 
monastères dont les bibliothèques ont formé celles de la ville de Lille, 



~ «60 — 

éi sur les amaUun lîilois qui méritaient un souteiiir poai; leur amo^r 
des livres et leur ardenr à les rechercher et les rassembler. Enfin 
l'outrage est couronna par un appendice et des pièces Justificatives 
contenant des Index des vieilles bibliothèques âes maisons du pays , 
quelques documents inédits, des additions et corrections et une excel- 
lente table. Nous ne devods pas omettre de mentionner surtout un 
long extrait de la DsicripHon de V Abbaye de Loos, par Dom. Ign. Dd- 
fbsse, morceau historique et littéraire tout à la fois, pages 374-39S et 
une série de 171 IMlùis céUbres, p. 174-181, ce qui ne laissora pas 
que d'étonner beaucoup de monde. En fait d'analyse et de description 
de manuscrits , le docteur Le Glay avait conquis sa renommée par le 
Catalogue des nus. de la Bibliothèque de Cambrai. Celui que nous an- 
nonçonft aujourd'hui est digne du premier et fera honneur au cons- 
deacieux archiviste général du département du Nord, qui continue ai 
bien la longue série des illusires Godefroy, commis, de père en fils, à la 
garde dU précieux dépét des archives de la chambre des Comptes de 
Lille. A. D. 

918. -— Fables par le baron de Stauarl, de IWcadémie royale 
de Belgique, de l*Insiitut de Pratiee^ etc S^tiéme édilioo, 
augmentée d*un huitième livre. Paris, Paulin , \$À7^ gr in- 
i3 de 589 pages. 

Ceci n'est pas une production nouvelle, c'est une septiéÊnêéôiUomqiû 
vient, en 1847, suivre les deux de 1818, et celles del819, 1821, ISSSet 
18S7. La réputation des fables 4e M. de Stassart est CUte depuis long* 
temps ; il y a trente ans qu'il met en pratique le Cattigat ridmdo mores 
qui lui sert d'épigraphe. Le siècle n'étant pas devenu meilleur, le 
spirituel fabuliste de la Belgique a pu ajouter un huitième livre à son 
recueil, et nous l'en remercions. Dans les temps où nous vivons, on 
ne peut trop châtier les vices et les ridicules, et, lorsqu'on le fait avec 
la philosophique sagesse, la finesse spirituelle et la sagacité de If. de 
S., on ne doit pas s'arrêter. Ces huit livres de fables sont saivta de 
S80 notules précieuses par les renaeignementa concis et exacte qn'eUss 
donnent aana trop augmenter le bagage du poète. Nous n'avons pas 
besoin sans doute de vanter ce recueil de fables analysé lorsqpi'il parut 
d'abord par II. de BaUsmors, dans la GaueUe de France^ par l'Ulnstre 
Raynouard dans le Journal des Saoants^t par plusieurs autres critiquée 
de premier ordre : les édUioiia françaises de cet ouvrage étant épuisées 
il sttflara qu'on sache qu'une réimpression plus oonplète en a été 
Ikite en Belgique pour qu'on se hAte de se la procurer. a. a. 



:-:'mT'T'i'T*rrT'Pi'rPTvr'ri'PTTT'î'T'T'i'i'T'i'i'i'i'i'iiîn' 



CATALOGUE DES PREVOSTS 

* * 

MONASTÈRE DE WATTEN, 

Stm LA MTÏÈRE lyAA, DIOCiSE DE SAmt-OMER. 

im% - 1577 



Pablié d'après un manuscrit in<$dit de la bildioUirque de Valfaôcnnet 

et annoté par Aimé LEROY *. 



AVERTISSEMENT. 



Ndui avoM readn eompte dmw les Arehhei du Noré^ ( Non-^ 
velle série, III. 445 et siiiv. ) â*iiii maiiQscrii cNi XVI* siMe» de 
la bibliothèque publique de Valencleones^ en deux volumes in- 
folio, Qolë X. 5-tf y renfermant une Chronique de flandre et 
d'wfrfotf composée par Xottif Bretin^ et à laquelle ce dernier 
a Joint qvekiaes pièoes* se rattachant i rhistoire de; ces mêmes 
pays. Parmi ces pièces nous crûmes deyoir signaler ( p. 486 et 
4«7)y un CeiteÂogue iee FrMte de WaUen (au nombre de 
XXII), en annonçant Tintention de le publier ultérieurement; 
et c*est ce que nous faisons aujourd'hui, en ajoutant & chaque 
article des notes explicatives et des observations critiques. 

* Nous publions cet article tel qu'il a été trouvé dans les papiers 
de notre ami (eu Awné Leroy, qui venait de le tenuitier pDur rinsérer 
dans les Archives du Nord, lorsque la maladie qui l'a enlevé est venue 
le surprendre le Si mars 1848. Nous n'y avons fait que remplir quel- 
ques blancs laissés par l' auteur. ^ • » • # 

18 



Ce Catalogne, d*ane écriture très fine et passablement difficile à 
déchiffrer, occupe les feuillets 78 à 86 du tome deui de ce ma- 
nuscrit. 

On ne voit nulle part à quelle époque il aurait été composé : 
il est Uien probable que Blresiu, Cuitoê de Watten de 454S à 
1574. en a pris la copie dans un manuscrit plus ancien dodit 
monastère, manuscrit dont il aura approprié le style à son temps, 
en raiigmeotant des faits récents. 

D*autres, ont déjà fait connaître les noms de ces prév6ti, mais 
d*oiie manière îneiacte ei lieaucoup moins complète. Comme à 
chaque uistant nous citons ces auteurs dans nos RemarqueÊf nous 
allons les indiquer ici d*uoe manière précise et qui permettra au 
lecteur de trouver facilement ces sources, s*il voulait y recourir. 

1<> Chronicon ff^atineniii monagterii , auctore Ehrardo, 
ejusdem loci canonico regulari, ex ms. Dunensi. 

CeUe chronique mal écrite est pourtant intéressante , roaia seu- 
lement pour rhistoire de la fondation et les premiers temps de 
ce monastère. 

L'ouvrage d'Ebrard ou Everard mort vers 1124, est imprimé 
dans le T*hetaurus notui anecdotorum des P.P. Martine el Du- 
rand, lU. 7 -816 ; et par extrait dans le Heeueil des hUfo- 
rieméiê Gaulu, XL. 104-108. 

Quand. nous renvoyons à cette chronique, nous parlons de 
rédilion insérée dans le Thésaurus. 

Sur Kbrard , consultez VHiitoUe lUiéraire de la Frênee^ 
Vllt, 558 et 9 ; — Paquot XV, 9%f-«f ; -* Bec. des hist. des 
(jaules, XI, préfaoe p XXII; — Mimoir$$ de la Société des 
antiquaires de la Moiiixie, IV, 495-96. 



V* Sériée abhatum eeu ^egpoeitorum (roonast 
dans le Gallia Chrietiana, i III (publié an 1735, col. 585 i M. 

Liste antérieure à la suivante et qui lui est pourtant supé- 
rieure. On la trouvera transiTite par fragments successib, el a^ec 
recii&^ation, dans les notes. 



— 963 — 

Elle offre les noms de Xll prévdU seolement et dont le der« 
nier doit encore, pensons nous, être retranché. 

ft"" Prapoêiti IVatantmei dans le Flandria iUuêtrala de 
Sanderu». 

La première édition de cet oavrage parut en deux vol. in- 
folio, à Colof^ne {Amsterdam^ Biaeu) dont le premier porre la 
date de 4 541, et le second celle de 4644. On y trouve ( t. II. 
474 et 75 ] des détails sur Watten et nue jolie vue de la ville et 
du monastère de ce nom (1), mais pas de liste des prévôts. 
Cette liste n*existe que dans les deux éditions de Sanderus, en 5 
volumes in-folio, domiées plus de 60 ans après la mort de ce 
laborieux et utile écrivain. 

Quand nous citons cet ouvrage, c'est à Tédition de La Haye. 
4 755, 5 vol. in V que nous renvoyons. Le Séries praepaeitorum , 
avec les détails qui le précèdent et le suivent, y occupent les pages 
i64à2«)5âutome5. 

Sanderus est moins satisfaisant que le Gallia Christ, sur Wat- 
tan; cependant il ajoute quelquefois à ce dernier : nous 
favons cité daAs nos remarques quand il était nécessaire de le 
faire. 



(I) Celte vue gravée par Vêdasius du PUiuich y el dédiée par lai a 
Ballliazar VlUain de Gand , comte d'Isenghieu , et seigneur de 
Watten, ae reocootre aassi daos la graode cosmographie Blavlane, 
volume des villes de Belgique ; et elle a été reproduite daus le Flan- 
dria illustrata de 1 735 (t.iU ], mais sans dédicace. 

Le volume précité de l'atlas Blavian renferme encore , gravée sur 
do beaucoup plus grandes dimensions, uue belle planche renrermant 
le plan du fort de Watten, la carte des lieux environnants et une petite 
vue de la ville et du monastère. 

Sous le rapport de l'exactitude , les Blaeu et compagnie n'ont pas 
donné à leur vaste et splendide entreprise toute l'attention , tous les 
soins nécessaires ; mais telle qu'elle est cette vaste collection de car- 
tes et de plans , elle offre bien- dee^barmes , de l'intérôt à plus d'u« 
litre, on commence à la dédaigner beaucoup moins; et nous pensons 
que le temps n'est pas loin où elle sera fortement recherchée ; nous ne 
dirons pas à cette occasion : Habenl s%m fata libeW. A, L. 



— 964 — 

Le nombre des prévèU noounétf dans le Flaodria illustraU est de 
XIV dont deax encore sont au moiiu eoatesUbles. 

é** Itoticé hiMtorigm tur fVaUên, par M. AUx€Mér€ Hûr- 
mand. 

Impriné dans les Mémoire$ de la Sodètè dei antiquairêi d$ 
la Morinie, t. IV, St -Orner, Chauvin fiU, 18S9» in-8% fig. p. 
0i à fi05. 

Cest ici ane histoire de la Tille et du monastère de Watten , 
exécutée avec soin et conscience, et où régne une sage érudition. 
Des cités même d'une autre importance que Watten, seraient fort 
heureuses de rencontrer pour les illustrel* des historiens du mérite 
de M. flermand. 

Une curieuse carte du gou? ernement, et du fort de Watten , 
reproduite d'après celle qui parut à Paris chez de Beauiieu , en 
iM%, est jointe à cette notice. C'est là une très-boiUM idée; 
mais on peut regretter que M. flermand n*ait pas jugé ègaleneut 
convenable d'enrichir son ouvrage d'une copie de la carte de 
Jehan de Gourmont, devenue si rare. 

Les auteurs do Gallia ehrUtiana et do Flahâfia Ulmêtraia^ 
présentent d'un seul coup d'œil le tableau des prévôts sîgoalés 
par eux ; mais , soit qu'ils craignissent de trop s'étendre , soit 
qu'ils manquassent de reoseignement^, leurs listes sont maigres et 
dépourvues de faits. Dans la Notice hittorique sur Watten, les 
événements qui concernent la cité et le monasièrt étaat fondos 
ensemble et se développant progressivement, on ne trouve pas les 
prévôts alignés en colonne, mais chacun d'eux arrive à son tour 
dans la narration générale ; et M. Hermand, en augmentant de 
beaucoup le nombre de ceux qui composaient les listes anté- 
rieures, a su, par ses additions et des corrections souvent bea - 
reuses, donner de l'intérêt à un sujet assez aride. 



^ 



— 965 — 



0cn)tatalU ^ BttB la rtot^e y^^ » itori^t ]|rc 
0atiit-2lii]iirr rt CI)a0ttU(iife be Cuel 

Î072 - tS77 



RmAKici. — Le blason âolorié qui précède ce titre est celui du 
monastère. C'est u» diamp d'axvr à la croix d'or ; ladite croix écarte- 
lée au premier et au quatrième quartier d'un croissant d'argent, et aux 
deuxlène ettroistèlse d'une étoile à six raies de même ; derrière Té- 
caasoo, une crosse d'or en pal. 

t Vers le milieti du XIV* siècle, dit H. Hermand (p. I4S), les cha- 
neities se conformant aux^dées de féodalité, introduites dans les 
menastèrea, adoptèMut uu écusson héraldique. Leurs armoirtea écai^ 
toléeo au premier et au quatrième quartier d'un croissant, et au deuxiè-. 
me et au troisième d'une étoile, semblent emblématiques. Elles auront 
été prises ainsi pour indiquer cpie les chanoines placés sur une mon - 
tagne élevée, se trouvaient dans le voisinage du ciely vers lequel ils 
reportaient toutes leurs pensées. > 

La gravure «gnée Vedastiis du Plonich qu^on trouve dans San- 
darm et dans TÂtlaa Blavian, et dont nous avons parte dans 
raverlîsseinent, présente en tête deux écuasons armoriés : lun 
d'asar, au chef d'argaot ou plutôt coupé d*argent et d*aiur, sur- 
monté d'une couronne de comte, est celui du seigneur lal- 
thtzar ViKaifl de (hnd, à qui cette gravure est dédiée ; Tautre 
serait-il un nouveau blason du monastère? A quelle époque an* 
ralt-it été adopté? Nous Tlgnorons. Il renferme et porte à dextre 
un plus petit écusson d*argent à une lame de scie en fasce, et sur- 
monté d'une clef en pal ; et à senestre» un abbé tenant sa crosse 
ap^yée sur Tépanle ganchey et un petit chien montant contre le- 
du abbé. 

lûTd (1). — En Fan de notre salut mil septante deux , 






(1) Quelques nous, quelques faits mis en avant dans celte espèce de 




— 206 - 

ung homme de grande religion et vertus, nommé Adam^ ponr la 
grande dévotion qu*il avoit à une église aitnée au aummet du 
mont de la ville de fVatène, en Flandres occidentalle, sur la ri- 
vière à'Ah^ à deux lieues de SaitU^Aumer^ au terroir atddmaî* 
ne de CaiHt print délibération d*en faire quelque lieu de reli- 
gion et y exposer tous ses biens et de sa feiùme appellée Eve, quy 
estoit de pareille vocation, pour en faire iing monastère, et y a»* 
sembler frères religieux pour servir i Dieu Et pour accomplir sa 
tant bonne et saiiiie intention, se retira vers monseigneur 
Drogo, lors évesque de Terouenne^ lequel lui presta son assistance 
et dédia cette église en Thonneur de St,'Nieola$, do St.-Re^ 
gnier, et la doua de tous privilèges et amortisscmens épiscopaox. 

Robert le Frison, lors cemte de Flandres et la comtesse 
Adellêf sa mère, douairière de Flandres, donnèrent plusieurs 
terres et revenus à icelle église, avec les amortissemena, de 
sorte que en bref tamps, à ^exemple éUceux, plusieurs antres 
personnes y contribuèrent de leur» terres et revenus, tellement 
qu*il y eut rooien suffisant i nourrir certain nombre de religieuses 
personnes, quy en bref tamps se y assemblèrent (I) et fut lors 
icelle église érigée en monastère soubz la règle de Saint Augustin, 
assavoir de chanoines réguliers, et fut un nommé Olfriie, institué 
premier prevost d'icelle église (s) 



préliminaires de l'auteur auraient pu ôtre discutés, mais eo publiant 
cette liste de prévôts notre intention n est pas de donner une histoire 
deWatten. a. l. 

(1) a Cornes Bobertus adepto totins Flandriae principatu, inhonoreM 
beatissimae semper Virginia If ariae Watinieusem fàbrefecit ecclesiam 
et triginta regulariter vlventium canoniconim deserviri instituit obse- 
quio. » Lambert d'Ardres, dans le Aec. des tûslor. des GatdeSj XI, 
298 et 99. 

(2) Olfride ne fut pas soulcmcnt prévôt ; voici en quels termes le 
Gallia Chrfstiana commence eon Séries àbbatum seu pra^foeUorMm : 
« Olfridn seu olfiridus, primus auctor coenobil« primus eliam raxit, 
sive tanquam prior, sive tanquam praepositus, sive tanquam abbaa, 
his enim promiscue decoratu? » Adam et sa femme, Robert'le Frison ei 
sa mère ainsi qu'Olfride doivent être considérés comme tes fondateurs 
ou les principaux bienfaiteurs de Watlen. Teus paraissent avoir coa- 



- «7 - 

CtsUe première fondation et in§iiliitioii épisc opale fut faite audit 
an 1072, de l^iudiclioD X"*, du siège éiûscopal d^icelui Drogo Tan 
XLIIir, régnant en France le roy Phiiijip$ pr&mier du nom, et en 
Flandres le comte Robert le Prison. 

En Tan mil septante six, le pap^ Grégnre septième aprouva et 
coiiflrma ledit monastère estre soubz la rè^ Suini Jugusiin, de 
chanoines régaliers comme dit est, lequel ordre ledit pape avoit 
quelque temps auparavant confirmé et aprouvé. 

Audit an 1076, le neuvième jour de juin. Robert le Frisoii, 
comte de Flandres dessus nommé, et la comtesse Adèle sa mère, 
estans en la ville deSt.-Aumer. au monastère de Scithiu, aqcor* 
dèrent, approuvèrent et confirmèrent audit préroet (Mfride et à 
son église tous les dons de terres^ dismes^ matniis et autres biens 
donnez à ladite église, les amortissans et augmentans de revcaus 
et privilèges, estant présent lesosdit vénérsbie éveéqoe'Orogo. 
Poar ce temps, gouvernant rempire romain Henry quairiesme, 
et \h coroue de France l'hilippe premier du nom, dessus nommé. 

Or, depuis ce temps, plaseurs papes» évesques de Terouenne, 
contes et contesses de Flandres ei ?iMres bo^s personnages ont 
grandement augmenté ladite église de privilèges^ revenus, terres, 
seigneuries et amortissemiinsi desquels la plus pari les noms 
en suivent. 

LES PAFBS : 

Grégoire septième, — Urbain second, — Pascal deuxième, — 
Calixte second, — l^onoré second, ^ Innocent second, -^ Luce 
deuxième, — Alexandre le tiers, — Clément troisième, — 
Nicollas le tiers. 

iVESQOES DE TEROUENNE. 

Drogo , — Hubert , — Gérard , — Jan, — Milo, — Déslder, 
— Lambert, — Adam, — Pierre. 



couru dans la proportion do leurs moyens, à l'ërectfou do ee monu- 
ment de piété. — Voir à ce sujet des détails asÉoz étendus dans MaV- 
t>raiicq, t. Il, p. 808 & 811. A. L. 




. CONTBS DE FLiVDRES : 

Riobfirt le Fri^pn^ «^ AdalUi «a méM, — Robert Becond, — 
Uathilde^ conteste, — RaadouLole BoB| — Charles de DacCf — * 
Théoderic d^àlsace, — Philippe d^Âlsace, — Marguerite d'Alsace, 

— Jaune, contessé de Plaadrà et Hainaut, — > Margaerite, «a 
sttur, contesie de Flandres, Gny, conte de Flandres, — Amoot 
conte de Oiiines, — Gollaume, tihaitelain de St.-Aomer. 

^{A la marge dei traie eolannei dam UêguelUi êont écrits les 
ii6mi desdUs papes^ èviqms et eamtes, on Ht : 

Gares en la colation d'icelle prévostë de Watène : 

Locres ladaioiiiié, d*Ypre^' -^ Walène, •^ Holquee, — Eray 
ao âoknaé de ioaf , — Egutnegate, — Brias et BoipielierB, 
sacsnrs, «^ Roeh (on Teeh) «t Polichove, secours, — RphroiMh, 

— Wélaledigiie, «^ VolerûMove^ -m Milan, *-* Loborghe, -* 
Emgheftf -^ Sletde, ^ OoslflttirnO) -^ Weatfleterpe. 

PRÉVÔTS. 

I. -^ Olpride, (iors). «^ OIMde, premier prévosl d*iedle 
église de Sflint-nieolas efSMtrt-Riqtrîer» de Watène sor la ri?i«re 
d'Ah, après avoir grandement amplié ledit lieu de possessione, et 
édHAeet, etgoottroé très pradétement Téglîse Tespaee éesept 
ans et huit mois, trépassa Tan 1079 le xiii^jour de décembre. 

Au temps dudit prévost, Robert le Frison, conte de Flandres, 
donna aNidlt monMtère la censé, lerres et seigneorie de fioleii- 
èêrff^ en la paroUto de Piennes an terroir do Cassel. 



• < 



RiHARQUu, — Le chroniqueur s'est ici trompé ; il a confondu l'é- 
poque où Olfrîde, affligé des tracasseries dont il était robjet« abaa- 
donna sa prélatore, afeo celle de son trépas» Ce tet en 1085 qu'OUnde 
■Minnit. Voici ce qu'on Ut dans le Gol^ta Cknsiùma : c Donec tandem 
praelaturam abjecit (Olfridus) quam gêsserat ab anno GhrlsU' 1072« 
septem annis, mensibus octo ac diebus kex. Deniqueoblîl'OafKlèiHan. 
1085, sepultus in BlandxnMnsi S. Pétri monasterio^ ut discimus ex 
Earwifi libro de miraculis S. SicharHt cap. 1. » HariuUe {Acta. SS. 
Ord. S.Jf. Yl^, [pw 557, éd. 4e F(Miû«j[, ne dé3igne pas l'a^éo et Tarie 
quelque pey sw )e. Ueq du décès ^'OUn^Q? U s'exprime ainsi : « Tandem 
posial^i multa bona opéra qu» ezercuit, . . , , Tocatus è Domino, diem 
clausit exiremom, oun, et [pro prodicatione Terbi Dei et pro utilitate 



fratnim monastério abesset : obiitqae decimo Kalendas decembris in 
ifaodàm^ico Aon longe a castre quod vocatiir Gandavum > Poni* d'antre» 
détalkwr OUrlde, Veir Hariiilfe . 

La charte de donation de Robert le Frison se trouve dans ÈOraeus, 
opéra dipl. t. II p. 1311. -^ Voir anssi les Mùmmmx anefénà de 8t.« 
Génois f p. 467, col. denTiôme. 

II. — ALLtriiv. — 1079. -^ Alluin» •près la mort de OlfHda, 
fat second prévost d'icelle église, audit an 4079. Au temps dn^ 
qoel, en Tan mit quatre- Vingt-et-ini, la retilederascentton dé 
notre sauveur, la plus grande partie du monastère fut destrtiite 
et consommée par feu fortuit. Et le mesme an, estans les édUR- 
ces restaurez et réparez, 1^ véiltë de ta nativité de notre seigneuf ; 
S4™*jour de décembre, par ung très horrible vent furent dé 
rechef tous démolis et ruinez. 

» 

• * r 

Ledit Afhrin gouverna Téglise ne«ff afns^ décéda l'an mil (foa-* 
tr«-vîngtz-hail, à doter Tan à la ctroettdnon. * 

* t , • 4 

Rft«. — AUuin, ausai nomnvé Jlfunnm9, Alphanm, était déjà chan- 
tre ou abapelaio de Watten, lorsque Olfride en deviol prévôt. Le 
Gatiia Christiana et Sandertts^ ayant sans doute puisé à la môoie source, 
donnent pour second prévôt de ce monastère, Bernold, et ne désignent 
Aflnin coibme tel quf*en quatrième ordre, et^ line époque où, d'après 
les probabiMtéiB, il n'était guère présumable qv'ilpot encore esisieret où 
en eSsi, selon notre aittenr, 41 avait depuis loag^taaps eeaiéde vtvre. 
Lee tfnt doclee JfisrftesT Ar«NMi{7to. nov. qn#rd.IU, Si^ ),suiYaitt 
tmcela.MMramq(ÏX, 8^94), disenlauasi posttivemçntf après avoir parié 
d' Olfride : a 6ucceS8orem vero habuit Bemoldwn qui anno tO.87 inter- 
fuit ex sancti Amulfi successionensis episcopi. i» G était là uue 

erreur qui tt*a pas échappé à l'attention de M. Hermand. et qu il a pu 
rectifier à l*aide d'un extrait manuscrit authentiqué, tiré d'un vieux ms. 
de Watten, {Not hist. sur Wat. 70, notes 2 et 74, note 4). Cet extrait. 
dreseé dans le sièole dernier pour appuyer des prétenUons en fusiioiP, 
porlei: c Anno 1019, deouMsAUuliim fit praepositns hiyitf eeole^ieie.-» 
— « VoHà, dit M. Herraaiid (p.. 75) la aeule i^utorité que noua ayons 
pour avancer qu'Alphume fut prévôt après Olfride et elle nous 

parait bieaanfflaante. s -* Cette autorité n'est plua isolée, et le doute 
qui aurait encore pu exister cesse complètement en présence d'un texte 
tpeA psébUe al nettHMit 1» dnéo de la pfélatnr» et l*époqae du décès 
dl'AttidA. 




- «70 - 

III, — Berhold ou Bernard. — 1087 — Bernot fut le tiers 
prévost l'ao mil quatre-vingt-et-sept à coiDroencer Tan à la Ré- 
surrection ; «u temps duquel, Robert, comte de Flanâreê^ 
second du nom, quy estoit au voiage de la Terre tainte a? ec son 
armée, passe au pays de Apulée ou Fouille. 

Au derant de luy se trouva Roger, duc de Fouille, quy aToit 
espouaé Adèle ^ reine douaraire de Daee^ sœur dudit Robert, quy 
luy offrit de grans dons et présens taut d*or et argent, comme 

aussi choses de grande estime et richesse, lesijuels tous refusa, 
aîns seulement luy reqoit d*afoir aucuns saints reliquialres, qui 
pour lors estoient en sa possession ; ce que libéralement accorda, 
et de fait luj fit présent de certains cheveux de la Vierge Bfarie, 
lesquels en grand honneur gardoit, aussi de quelque partie du 
corps de Saint-Mathieu, apostre et évangéliste, et du corps de 
Saint-fficollae, évesque de Mirre. Lesquels saints reliquiaires 
ledit coûte Robert, par autentiques roesaagers, envoia à dame 
CUmenee, contesse de Flandres, son espouse, commandant que 
iceux tant dignes reliquiaires fût honorablement et magnifiquement 
posés en l'église de Watène dessus mentionnée. En outre ordonna 
à icelle Clémence, sa compaigne, faire de nouveau dédier et con- 
sacrer ladite église de Watène en rhonneur de la vierge Mane 
(4). Et à raison que pour lors le siège épiscopal de Terrouenne 
estoit vacant, Manaeeèe^ archevêque de ïiatms, manda i Lam- 
bert, évesque d*^rraa, homme vertnenxetde grande rdigîoii, 
soy transporter à 'Watène et consacrer ladite église; ce que le 
vénérable évesque fit, la consacra et dédia en Thonnear de la 
vierge Marie le VIII"** jour d^octobre, Tau mil nouante sept. 
À laquelle solempnité assistèrent: icelle Clémence, contesse de 
Flandres, Baudouin^ son fils, Tabbé et religieux de St.-Bertin, 
avec le corps de St,'Folquin^ évesque de Terouenne, les dia- 
aoines de Terouenne avec le corps «S/.- A/oânma, évesque de 
Rege, lescbanmnesde5l.-^«msravecleeorpsdu ditSt.-AQiiier, 
évesque de Terouenne, lesquels saints corps fuient aportés audit 



(1) A la note deuxième de l'introduction derautenr, tirée de Lambert 
d' Ardres , nous avons vu que Robert le Frison avait déjà placé r< 
de Watlen sous la protection de la mène de Dieu. a. l. 



- S71 — 

liea à la reqiieftte dMeelId ClémeDce. A «ette BolempDité awUca 
sj gTMïi] mullitoHe de peuple 40e e*estott «ho^e esmerveilable. 

AyatK ledit Bercold gouferoé TéglUe Teapaae de vingt ans» 
irespassa environ lan mil eent huit. 

Au temps dudit Bertuld, en Pan 4095, Robert, conte de Plan < 
dres second du nona, donna audit monastère de 'Watène la 
conté de fiolques, les terres en la paroisse de St.-Pétrebroug et 
Cappelh et la petite. Hoiques, et dame Clémence, femme 

dudit cou (e, dudit consentement desonmar^, doona !a censé, 
terre et seigneurie de FréAenbourg sur les dunes de la mer, 
entre Gravelignei et Duquerquêê. 

RcHAKQOBS. — Adèle, sonir de Robert II,- avait épousé en premières 
noces CamUj roi de Danematck, assassiné en 1088 ; elle épouaa eu 
secondes noces Roger, duc de PowJleel de CaMr$. 

Sandenis dit Sfltileroem, de Beroold, qu'il mourvt vers 1114, tandis 
que noire ros. lo tait mourir vers IIO81 ce qui ne semble pas exact. 

Nou9 retrouvons cette date de ttl4 dans le GalUa Christiana 
qui s'exprime ainsi : 4 Bemoldus aliquando praepositus, aliquando 
abbas nuncupatus, Interfait an. 1087, in Aldmborg, exsequiis S, Ar- 
nulfi, snessionensis opiscopi, et aono 1089, translationi reliquiarum 
S. Walhurgis e veteri scrlnio In novum, idemque putatur esso ac 
Bornardus praepositus Waranensis, lege WatantnsiSj qui anno 109f , 
adfuit concilie RemenH, item, an. 1093, Bertoldus praepos. testis est 
in èharta lùndationls de Loo. An lOtl, adfuid translationi corporis B>- 
Pokpmi, morhionim episcopi, e veleri scriaio in novum Csctae ; .-ee 
denique, an. 1114, subscnpsil.cliartae CfarsmMdt de possessioiùtNis. 
de LeutUnghen monasterlo S. Bertmi concessis. s 

Les auteurs du GaUkteïienX pour garant de ce dernier fàh le Thés* 
osMcd. (IV.15«). 

Aiaibrancq fil 889 ) cite un dipi<tene de Jean, évéque.de Terouanno 

del'aullOO, auquel aurail signé, comuye témoin, Wullaruaa^as 
Watmensis. Il doit y avoir erreur dans le litre ou dans Malbrancq^ puis* 

qu'U semble bien ^rtain que Bertkold fut prévôt dans les dernières 

années du XI* sièclo et les premières du XII*. M* Hermand ayant suivi 

Ifalbrancq , donne en 1 100 ce Gauthier ( Walterus^ coitmé 1Y»« pré- 
vit ; puis trouvant un Bemold, aussi prévét, qui souscrit une charte en 

t lié, il est obligé de le désigner sous le nom de Bemold II, et dVn 




— 87t — 

faire le VMeldkèf'Ae ce monastéM, taàdisqu'tf esl tilen préBUmable 
qu'il B*y «vl qa'uB pre^t de ce Dom, le troiflîème, ftvivMit oe calBk>> 
gue, qui aurait vécu jusqu'à 1114 i comme le disent le GaiUa et 
Sanégrui» y4Dir la Not. biat. et J'enraMm de M. Hermand, peg» IT 
où 11 dit qu'où trouve un Bertold dans le Grand oartuhire aux années 
1096 et 1107. 

Dans Miramu^ Opéra dipl. (IL il4i et 42], on trouve une charte de 
donation du comte Bobert en faveur de la prévoté de Watten, datée 
aussi de 1095, mais lesbions y repris ne s'ont pas l^s mêmes que ceux 
désignés ci-dessus, ft Tetception de la lerre de Holques, et il n'y est 
pas fàh mentfbtt de la comtesse "Clémence. 

Dans cette charte le comte appelle le prévét Bernold: r^igio- 
sae converscUionis virum et mutàbUis vUae eœempkur et spéculum. 
Vetr les âfonumeiuausiÊM de St^rOmm^ p. 469, où Ton voit qu'on a 
de fortes faisons de peftser que oe titre i«MM>rié par Miraeus, est faux 
et qu'il a été fabriqué 4e^iB 4a moit éfà-^omi/e Robert. 

IV. — ARfrooLB M 09.-^ ATOotild fut qoatmffme prévost 
TaD murent neuf «ttégtt très lëùabletiieiit Téglne l'espane de 
dix kuit ao8, et décida Tan mi} cent XXVII , le dernier jour de 
déi^mbre. 

Bbit. — On Ht dans le fSattia €hristimet : 

ff Arnoldus 1 praepositu Watiniensis, testis est in charta fundatîo- 
niflrS, Nicolai de Furnis anno 1120, idemque fortasse regebat an. 
\\%k q^o ccBQobium fuimvoe de coelo ictum est. 

' la eftiaite citée se trotive dnns MIraena, I. SSO-31. Dam» la charte 
avivante (921-9^), de le même date, et anaai relative à fit.-Nioolas de 
Fntne, Âmould figure e&ooTe comme témoin. 

11. Hermand (erratum de la p. 78} » cite cette dernière charte et se 
demande bI cet Amould qu'il n'énuméra pas parmi les prévôts de 
Watten , ne serait pas le môme que le second Bernold , dont le nom. 
aurait été mal lu d'un côté ou de l'autre. Cette conjecture s'explique 
par ce que nous avons vu tout^M'hevre, mais elle ne ndus sembla pas 
admissible, et c'est bien Amould I qui figure dans iNine et l'anlre 
charte. 

V. — MAMAfiwa. -- ii9)»i — Mattaa3é$fut%t préfet l'an mil 
cent vingt batt. 

Au premier an du régime dudit prévost fut occis eu Téglîse 
St. Donat à Bruges, Charles de Dàce, conte de Flandres, le- 



-^ 273 - 

qiMl afoit donné partie du boU qpe posiëde icelle égli/M de 
Watëne. 

En Tan mil cent trente quatre, le iS^nw jour de: Juin , ftiti un 
si horriUe et espouTutable fonldrs de del , afeclonnére, éclairs 
et eoruscationB meelez de feo eo l'ait, qoe i^mars esdmeient 
éire le dernier four dn.sièeki, et cantai en la lîlle de Si. Anmcr 
nng M vébémeMe tempeste elterreoMte, qnepkii de UL couldées 
dee mnrailieftde la. ville tembèrent juaquea aox fondenens* 

Audit monastère de Watëne adviurent choses plus merveileuses; 
car par iceluy fouldre et tempeste» le tronc de bois où estoit assis 
la croix avec le crucifix, en icelle église, fut par grande impétuo- 
sité et véhémence tiré du mur et geste par terre avec la croix et 
enicifii , et rofnpat en pluaieurs pièces ; tonte lois, rtmage de 
notre sauveur demenra entière , et le eap&leaii oatab4ean.de la 
croix où estait escrit : Jésus Nazaret rex Judearum , fiit par 
grand véhémence porté plus de cent pas loin d^icelle croix. Le 
diadème estant sur le chef de la vierge Marie fut dudit fouldre 
noircy comme charbon , et la Cace de la vierge vermeile comme 
feu, ayant une croix au dessus. Les cordes des cloches furent 
brisées et rompues de telle sorte que Ton eslimoit être coupées 
avec quelque fin treochant ou cousteau. Les sommiers et poul- 
très de la tour furent rompus et cassez, et TégUse, en plusenrs 
lieux perchée et démolie de la grande tempeste et fouldre que y 
tomba, estoit tellement remplie de fumée , punaisie et infection , 

que à grande difficulté Ton povoit veoir Tun Tautre. 

* 

Le susdit Maqassèslgouverna Téglise en grande augmentation et 
police Tespace de XXVI ans et mourut Tan mil cent cinquante 
quatre. 

Bm. — « Ce n'est pas en 1IS8, mais le 8 mars i 126 qae le comte 

Charles fut assassiné. f 



€ Menasses abbas Watioensis an. il 41, tesUs nominaitur in charta 
Ifteadorid Flaedrin oomitis pro ecelesia Tarvaneasi; élan. ii4i, in 
clukrie iUloniê episcopi morinaasis pro Wameslonensi ecdesia. » — 
£xtr. du GaiL Christ, 

La charte du comte Thmrif qui est de 1142 et non de 1141, se 
trouve dans Mit^eus, IV. 201 ; et Tautre dans le mémo ouvrage, L 
389. 



f^ 



^ i74 — 

VI. — ALEXANDRE. — iltf4(. ^ Alexandre succéda à Me- 
nasses aadit an H 94; du tamps ducfuel , en Tan mil cent soi 
xante hott, le VIU' joor de janvier, trespassa en la ville de f>fn^ 
9eligne$\e preai Théodortc d'Alsace, coûte de Flandres quy eu 
son tamps atott par quatre fois visité la terre sainte de Jhértua- 
Um, En retournant desquels voiages, aporta oertaines goûtes du 
sang de noire SêUTe-jr et les 6t poser en Téfliee Si -]>onat en 
la ville de Bruges. Il régit la conté de Flandres l'espace de qua- 
rante ans, et fonda le cloistre de Clermarès , et donna audit 
monastère de Watène la plus grande partie du bois près ledit 
cloistre. Et après sa mort, fut mis en sépulture en ladite prévôté 
de Watène, en la chapelle St. Andrieu. 

Le prévost Aleiandre régit la dile égKae l'espace de XXVIU 
ans el décéda Tan mil cent quatre vingt el deux. 

Rem. — Panckoucke et M. Wamkœnig placent la mort du comte 
Thierri au 4 avril 1168, et M. Edward le Glay au H janvier même 
année. L'art de fféri/ier les dates dit, d'après Lambert Waterlos, qu'il 
mourut en 1168 (n. st.) yen l'Epiphanie. 

« Aleiaoder Watinensis abbas testis in transacUone hiesbàldi abba> 
Ils Dunensis cum TVoiterto Bergensi an. 1166, arbilro lf«(one episc. 
mortnorum. Quaedam commuiavit cum Aadti^/b abbate IV Montis S. 
Elign. » GalUaChrisiiana. 

On trouve , dit H Hermand . dea actes d' Alexandre de 1 166 à i 1 78. 
— Pour un acte de cette dernière date, voir Malbrancq. t. III. 
Ghronol, feuillet signé d 2, et p. 317. 

VI]. -- Arnould ;ll.) -— 1182 — Arnold second du nom, 
fut fait prévost Tan 4183 le dixième de juin et régit Pégliae très 
prudentemeiit et louablement l'espace de vingt et six ans quatre 
mois et huit jours Et durant sou gouvernement et à sa poursuite 
et grande diligence, fut son cloistre augmenté de grans biens et 
privilèges donnez par les papes de Rome, esvesque de Terouene 
et contes de Flandres, comme da conte Philippe d'Almce lequel 
mourut au tamps dudit prévost, assavoir Tan iiW'{litex 1191), 
et de sa sœur Marguerite d'Alsace , contesse de Flandres. 

Ledit prévost Arnould trespassa l'an mil deux cens huit le 
XVll" d octobre, et gist en sépulture, en son église, en la cabp* 
pelle deSt -Andrieu. 



^ «75 - 

Rm. — fl ArBoldas II. -^ prcBpositns de Waleois il 83 in charta 
PhiUppi Alsatil FtofidrÎMet VeromandiaB comitia, abbatianim S. Winocf 
Bergemis et S. Nicolai Furnenais poaaeaaionea connrmantla. > — Gatt. 
Chrùi. 

Voir Mlraetta, Opéra éifU. 1,546 à 54S, et lea M om i mmtt tmem* 
p. 484. 

M. HenuuBd, par toile de la eoDfoaian aignaUe aiilérieiiremeiH, dé- 
afigtte cet Araottld oomme a'il était le aeol prévôt de ce nom, et dit qu'il 
vivait en 1190. 

Vin. — BuGUKs. — (1909). — Huguea succéda à Arnould et 
fut le VHl* prévost Tan 1909. Il gouverna Tégliae environ unze 
ans et mourut Tan 1949. 



Raa. — Ni le Gàllla ni Smtdttui n'ont eu coimaiaBanoe d'un prévôt 
de ce non ; M. Hennand le signale sous la dote de 1990 qui est à peu*- 
prèa, avivant notre catalogue, oelle de son décès. 

L'auteur de la Notice historique sur Watten dU, à Terratum de la 
page.... c Dans une charte de lS06'on lit H.pratpositus WaUmmsit, 
L'iaitiale H. semble indiquer que Hugues était déjà prévôt de Watten à 
cette époque. »^ela n'est pas Impossible, mais pour se prononcer avec 
quelque certitude 11 faudrait avoir sons les yeux l'original de cette 
charte qu'il aurait été bon de désigner plus particulièrement. 

IX. — WiLLAHB (ou GuUlaum /. — (1919 ) WUIame fut 
fâil préfoet Tan 1919, au tamps duquel, assatoir Tan 1950, le 
jour Sûinte-Jgnèi, XXI* de janviefi se leva un vent tant impé- 
tueulx et véhément que, à llieure que les religieux commençoient 
rîovitatoire des matines, fit tomber au milieu du cœur une des 
plus grosses pierres de la tour, puis incontinent en tomba encore 
d'antres, telement qu'il convint ausdis religieulx (par Tenhorte- 
Dient d*uu novice) aller achever les matines en la chappelle de St - 
Andrien, où ils se retirèrent par bon ordre les nugs après les 
autres. Et soudainement après , toute icelle tour mina par terrCi 
avec la plus grande partie de TégUse tant en murailes quecomble- 
mens ; toutefois la lanterne de verre pendant devant la Saint- 
Sacre ment, où estoit un cierge ardent, ains| corne est de présent 
fut trouvé par terre arironnée d'ung grand tas de pierres, sans 
estre en nulle sorte cassée ni rompue. 

Ce prévost Willame gouverna Téglise environ XIV ans et décéda 
Tan 1955. 




— i76 — 

Ru. — Ob Ui aan» Sondwm ; WUholmufl, «oao i^i » d»m le 
Cal(ia : c WUlelmtift 1 ycMfuii «a. 1391 ti^Anslatiom covporia S. Oi* 
fvaUiy regiSi ia Btrganii S. Wiaoei monaftledo. 9 QuiUanme , éti 
M. Hermand, succéda à Hugues en 1221 ou 1223. > 



Icà soaiflM«lHK|Ufr taiêtim des dootès eslstenl^ daua.l'mtérèt de la 
vérité, nous croyons devoir rapporter les dires des auteurs. 

CodiiiiesmiveiM, tiotMFMie«r »'est p9Md'BecdNt&9mlmfm»êë wm la 
dttfléa é9 la prélattui» de GuUlattiie ; mai» les ûMXk pvécf » <ta1k «ou 
fournit sur la chute de la tour, ajoutent de l'autorité & ce ^il 



X. -* Michel. — 1255. — Michel saccéda à WQIame et fol 
le dixième prévost Tan 1255, et gouverna Péglise vertoeasement 
Fespace de XXV ans, de telle sorte qu*il Ait coininanémeat 
appelle le lÊémiràbk Michel, «I durant son twips, ea Tan iS56, 
liiC Téglise paroi«hialle traupootée «i bourg de Walèoe bas, cfiiî 
paravent tenoit audit cfoiitre, sur ce ptasettrs' prééttiiieiiefls mk 
prévosts réservées . 

Addil an fut octroie par GuUaume chastelain de St. -Orner, 
eetgnear de Fauquembergh^^ U peseerie di^ Téi^qoe des inno- 
cens dndit «onastère, sur la. dessus neuvée TiviôM d'Ab, que 
encore possèdent potir le pfèsenl. 

Ram. — Encore presque autanl^d'ôpiiiionaqne d'âilteurs : Sandems 
fl'esprfaUB iàa : m Mieha^ daPMra, •& omoBico regiilari albatiae Monda 
S^M^hS^ata iUrs&akim prior AUrimacif ac dein proayoeitna Wataneasia. 
Obtit 3 septembris 1234..» — ^Nous. Usons dans le Goll. chr^ : c Michaal 
de Petra ex prioratu Albiniacensi a Monta S. Eligii pendente adsoilos 
in abbatem Watinensem rexit per annos 21 et obiit 1254, 3 septemb. a 

À là marge on Ut : c Ex csial. vimram Ulastitett MonUs S. EUgU. % 

Malgré ce catalogue, Sanderus et le Gallia, nous ne pouvons ajouter 
foi à cette date que le Gallia repousse lui-môme ; car après avoir fait 
assister Guillaume en 1221 à la translation du corps du roi Oswald, H 
accorde 21 ans de prélature à Midiel qui ne poarrait de la sorte ett& 
mort avant 1242. 

M. Hermaod (88) feit mourir Michel en 1253, et ne diffère ainsi qae 
de cinq ans du présent catalogue qui prolonge son existence jasqu'ea 
1258. 



- i7r— 



t\. — NiVELfN. 



XII. - Jan leNot. — (1263) Jan le Noot fut fait prévost 
fan f «tfS et gotiv^rtia TégHt^e environ dhr ans. 

XV, " (1^05), - Baudouin fut faU prévosl Tan i^95 et régit 
Téglifie environ XV ans. 

XVI. ^ 0. 

XVII. — (<) Nicolas — Nicolas de Sourbourg , natif cfe 
iàUohmiîii$>{nc^en Boiipb«u«g-AmtNiobt» M Je XYU* prévoat et 
lUMpaiBa Tan 4ft47, le V*î«iif de mart, et ait mlMiiié au ehapî» 
tfe ^» ton 4i t al oiaira âa Walèwe . 

Rem. — Voilà \out ce que notre ms. renferme sur ces sept prévôts 
inconnus nême de nom jusqu^à présent. Un seul petit renseignement 
a été recueilli par H.^Hermand. « A Tannée fSl4, dit-il, on aperçoit 
dans te grand c&rtuTaire de. . . fa lettre initiale du nom du prévôt de Wal- 
ten, laquelle pai^it être un G. Guillaume ou Gauthier. j> Cette initiale 
douteuse ne trouve son complément daps aucun des noms que nous 
venons de voir. 

En tèledece catiïtogue, nous avons dit qnetles étalent les «rmoiries 
du monastère de Wâtten. amrolrles adoptées, smvttnt M. Rermaird, 
vers le milieu du XlV^ siècle. C'était là Tinsigiie nobiliaire dn moini- 
aaaat, si l*xm ^leut ^ de ia maaae dea oliaootlie» ; ie ifirévèl voitfbt g^'n 
H ^o pfopfe ; 9i ea qui ju»Ufta parUUemeiit k «laia MUqiftéa pa» 
M« Harmaadf a'asi «fua s^eat préoiaémeai àpasUr da Nicalas da Iknr^ 
iMHMTg» VMUaa I8i^l« qii&Aonatrouvona daaa notre ma. «■ blaaan oa- 
lorié en marge de la plupart des articles concernant nciapaérvéta. 

Comme ces blaaona sont inédits, nous an donnerona sacceaaivement 
la description , et d'abord : 

< Nicolas de Bourbourg portait d or à la (ace d'azur, deux croues 
« d'argent en sautoir et une crosse d'or en pal derrière Técu. » 



{%) 4 datar é& oo Nioatas, Il a^y « ^Its datis la maauserlt da dilffra 
indicatif da-l'afirabUanà letlaal ckiaqae |Hk(rôL sa uauva placé. Navs 
avons cni convenable de continuer ces chiffres. A. L. 

19 




- J78 — 

Ce dernier ornement exti^rienr se reneonlrasl à ehaipie écuttoii, 
Boui nous dispenserons à l'avenir de le signaler. 

XVIII — Guillaiima ( Guillaume II. )-t- 1988 ^ GuilUumê 
de yieftpe fut fait prévost environ Tau mil trois cens quatre-vingts 
et quatre. Cestuy prevost, en Pan 1586, acheta la maison en la 
ville de St-Aumer, en la rue de St - Berlin, de Jande SeiUê, 
chevalier et S' de NidleB gouverneur de Ponthieu pour le roy 
de France, pour lasome de trois cens francs d*or ; laquelle mai- 
son possèdent encore de présent les prévost et chanotnef dii 
Waténes. Et trespassa ledit Guillaume 1397 aiant gouverné Té- 
gUse environ XIU ans, il décéda le XXIII de décembre. 

Bem. ^-^ Le Gallia Christiana et Sanderuê sont à peu près d'accord 
avec ce Catalogue sur T époque approximative et la dorée de cette 
prélaiare, sans cependant indiquer la date do décès de GuUlamiie de 
Nieppe. 

ff Willelmus I praepositus B. M. Watenensis circà 1584 memorator 
praescns quando Jacobus de Condeta abbas Bertioiensis invitavit D. 
episcopum Tervanensem ut in suo monaaterio die 5 sept, io feato de- 
positionis S. Bertint divinuro officinoi celebraret et postée pranderel 
in refectorio. Adfuil etiam cum abbate de Claromarisco Petro viaitationi 
reliqularum caanobii S. Bcrtini post an. 1536 » — GaU. Chr. 

c GuUielmus de Niepa, frater Baldum praeposiU ecclesiae S. Doms- 
Uani Bmgis , fuit praepositus Walanae anno 1384 et 1397 » — 
Sonder us. 

M. Hermand dit que Onlllaome^* Malt prévôt en - 1381 , san 
iBVoqoer aucune autorité, et qu'il l'était encore en 1397. A la p. 144, 
il ajoute : c Nous ne savons si Gnillaome de Nieppe, gouverna le mo- 
nastère de WaUe n jusqu'en 1415 ou environ » d'après notre ma. cette 
présomption tombe. 

XIX. — Henry — (IR93). — Henry Sunen fut préTost fan 
4598 et décéda l'an 1404. 

Rem. — Non cité jusqu'à ce jour. 

XX — Vtvts. - («403^ — Dénii le moine fut fait prétoat 
Tan mil quatre cens et chiuq, et aprrs avoir gouverné Tégliaê en- 
viron ùi\ ans, lré8|>aaf a i*an 1 41 4, et est inhumé eo U croisée d« 
Téglise, dcfsouba les cloches. Il décéda le XiX de février. 



— 579 — 

Rsif. ' — Ihconou oomm* le précédent. 

• Denis le moine portait d'azur à trois cors d'argent liés d'or, deul 
c en tète et une en pointe. » 

XXI. — ALtARD. — (i447). -- Atiard dé Jrêre, après la 
mort dti prévôt Dénis, à raison que le monastère fut sans pastear 
Tespace de deux ans, fut commis pour entendre au gouTeriiemenC 
du cloistre par monseigneur le duc Jan de Bourgogne, coule de 
Flandres ; et après iceux deux ans fut fait prévost Tan 4 417. 

Rem. — Inconnu à dandertis et aux aut. du Gall. ; mais cité par If. 
Herraaud (p. 144). c Vers eett(% date (1415 ou environ), dit-il < AHard 
d'Ârdres se pdrts pour prévôt, il le fut peiit-ôire jusqu'à l'élection de 
Jaequ«9. » Cette conjecture était fondée. 

XXII. — Jacques. — (Fer< 4419). — Jaeque.^ Chevalier fut 
prévM après Allard^ et gouverna Téglise l'espace de 23 ans. Fit 
érlifller la salle sur la court tenant le couvent. Il décéda Tan 1444 
le iiii^ jour d*octobi'e. 

Rail.— Le GaUta dit seulemont : « Jacobus dicitur praepo situa 
monast. B. M. Watinensis ord. S. Aug. Moriuensis diocesis 28 julii 
an 14S4. » 

A l'époque où Jacques Chevalier était prôvc'it, des contestation.»: s'i^- 
taient élevées entre les religieuses du couvent de Stê-Margueritê, de 
St. -Orner, joinis à elle les religieux du Tiers ordre dé St^Prançois et 
les religieux de T Etroite Observance ; le pape Maftin V oooiinâ en 
1427 ledit prévél-son commissaire apostolique, avec plein pouveir de 
prononcer en dernier ressort sur ces difflcultés : de qu'il fit par deux 
décision?, I*une do 25 eclobre 1421, l'autre du 15 février 14S2. 

» 

Lee détails de cette affaire, la bulle du pape et les deux décisions 
précitées se trouvent dans l'ouvrage intitulé : Fondation du couvent de 
Sainte Marguerite dans la ville de Saint Orner par le R. P, F, GuUle- 
bert de la Haye. Ikmay, Nicolas d*Assignies, 16S6, tn-8, pp. 22-23, 101 
«tsuiv. 1 16 el sniv. — H. Herroand a connu et cité cet ouvrage [erratum 
p. ex VI). — De 1432 à 1444 nous n avons rien découvert sur ce prévôt. 

c Jacques Chevalier portait d'hermine avec un écusson en abîme de 
4 gneulc. » 

XXItl. — MfCHBL. ^ (1444 OU 45). — Michel Baer», de 
Tordre Saint Dominique, et de la court du hm due Philippe de 




Bourgogne, succéda audit jMfoes Chef alîer jpwc la laveur -dudit 
duc. Aucuns ont dit qu*il esfoit très eipert en la science d^astro- 
nomie et de nigromancie. 

Ilfit.porier agx rBligieiucheminaos'hors du eleistre le acapnkiir» 
•de liiige blanc au dessus de la n»bbe noire ; et eiiparavant Tpor- 
•taieut uue loaute de linge blanc. 

il fit b^tir fa toiir depuis fes'fbnâeittéDs jùsques aux vaosartes, 
comme encore appert poUr Te préseitft. Paretlemeiît fit édîfieir b 
grande salle de costé d'occident, vers le jardin de la*boavrie, et 
•donna là Téglise deux croix d'argent doré, ^arniee de pienee^pré* 
eiem^s et au milieo de fust de ta ivraie* erois denotre Saoveor^ et 
trespassa Tan 4 462, aiaiit régy Téglise drx et (sept ans, et wt in- 
humé au desaoubs les formes, au cœur àfi son église, le iiii* jour 
d'octobre. 

RiH. — Sandertu et 1» GalUa ne citent pas ce prévôt; M. Heraaod 
dit seulemeot : c Michel Baers était prévôt en 1454. » 

t Michel Baén portait d'azur au contour d'or, deux panaches d'ar- 
"« 'geKit et Un polMon, aussi d'flrgettt, en polnie. » 

XXIV. ^ RoBBRT. - (U6d) — Robert de la MagM^Onê, 
alias le Pèle, de la nation de Normandie, après la mort da pré- 
voct Michel Baers, le vti'jour d'octobre audit an 4462, fàt d*D^g 
«omefmn aroord eUen .prévint» à la bveur ùa bon duc Philippe 
(de flottirgogne et de son fils Charlmy cofete de Chwpohiê, 

Cestuy iRobert estoit sorty d'hombles .parens : son péce^avoît 
nom GiHee le -BèU 9i êà mère Jnnne. Il, naquit le.pénaUîèaM 
jour de mars Tan 4418, en un village nommé Fouseran, près la 
Torët ùu!t Uom, au diocèse de Bouen^ sur ta Civière de Eitre. 
Tt Tan 1410 ledit Gilles le Pèle avec sa femme, son dit fils Robect 
et autres entrant, pour crainte de la guerre» se retira en )a vffle 

de BeauvaU où acheta une maison et rj demeura jusqoes Taa 
4436. 



Et Pan 1429, Robinet fut reçeu pour choriste en régtise St.- 
Michel de Beauvais, ja soit qu'il ne fust tonsuré; mais Tan 14Sl4 II 
receut ta tonsure clericalle en la ville de Rouen, aux fastes de 
PeutecoiNte, de révérend «eigncur et prélat l'iéeeaqve de 
nm. fx au mais d« jiillet ensuivant^ son pékre«el«a BèM arvoc 



J 



-m - 

En la 6n audit mois de jullet, nng riche et notable mnrclMnd 
de Rouen, appelle- Ao&err /e /V^re , adopta Bobinet le Pèle en 
fils, et demeura en la maison dndit roarchaut Tespace de ctuq ans, 
fréquentant les esootles et estudes. 

En Tan 4450, ledit Robinet fut vestu religieux au monaiittère 
de la Magdelatne de Rouen le premier jour d*octobre. et depuis 
ee tempe juw|aes à sa mort a toujours de chacun esté appelé Ro- 
bert de la Hagdelaine 

En Tan 1454 cestuy Robert fut receu en la chfpjBJlf^ dp d^c 
d*Torcft, pour lors régent en France et Normandie pour le roy 
angtois. Et l'an ensuivant le dit duc d^Yorck donna cestuy Ro- 
biuet ou Robert à monseigneur Loi$ àt Luxtn^urg^ cardinal et 
ardievesque de Rouen, chancellier de France p3ur le roy d* An- 
gleterre, pour remplir sa chappelle au moien que phiseurs de ses 
chantres estoiAQt demjBurez à Parts, à la réduction de. la ville. Et 
Tan 4 45<ï, le dit archevesque sortant de Paris se rerira à Rouen , 
où il r^nouvella sa chappelle pour la raison susdite, et lors Robinet 
fu^ retenu pour l^ault contre , spn chappelain à plain gages . et 
deu;^ de sçs CQmpaignons religieux avec luy, aussi hautte voix , 
lesquels servirent ledit seigneur archeyesque et chancellier jus- 
q^es à son trçspas. 

Balfaii 4445, le dernier Joue de may, ledit. archeViCinue par* 
lit de IM>uen aiec son estât , houorjibleiiieat. accompaignÀ de prê- 
tai^ aeîgneurs d*égKse, gentHzhomes et sa cbappeUe ricbeineut 
garnie de toutes choses, et alla à Caudehtc et de lé à HarfUnoix 
attendit le vent propre pour passer en Angleterre- Audit Harfleu 
hiy fat délivré ung très grand navire de Br$taigne, appelle la 
JKbrte, ponr sou corps et son estât. . fit vinrent pour le conrluîre 
à passer ta mer, les seigneurs de Talhot, d*^ica//es, de Suffért^ 
messer Thimuii Qukiel et autres jusques à six navires de guerre, 
chacoB éesdits seigneurs le sien, avec trompes, elarons et autres 
tnelnuiiens, tellement qiitf lamer en retentissoît. Btpar nn beau 
temps arrivèrenttau port de ffenififanne à très grand resjouisse- 
meul de thacun, le ^H^joar de juin audit an 4445-. 



ê 



Estant ainsy ledit chancellier arrivé i Bamptonne, vinrent , d« 
par le roy (rAnf>leterre, le seigneur de Staffort et autre grand 
noblesse pour le recevoir et festoier ; et luy fut sou logis ordonné 
en la maison de rarchevesdie de Caiitorbie, hors la ville de Lon- 
dres droit à Toposite du palais du roy à If^ttmenter^ sur la ri- 
vière. Et fut icelle maison richement tendue de tapisserie à baulte- 
lisse. Auquel lieu arriva la veille de Saint Jan HaptUtt^ à Tbeu^ 
re de vespre«. 

Et pour ce que ledit jour on faisoit de coutume grand fêle i 
Londres, avec gr^ns pompes et estas, il donna congé à Robiuet 
et autres de sa chapelle de y aller veoir les testes et feux que Ton 
y faisoit tous les ans celle nuit et la veille Saint- Pierre ei Saint- 
Faut ensuivant. 

Robinet et ses compaiguous y furent recogueu2 de plusenrs 
ebantres quy les avoient veuz autreffois en Normandie , lesquels 
les menèrent partout où ils n*eussent osez aller seuls, à raison 
que les anglois sont rudes et meryeileux aux estrangers. 

Le roy tfenry d'Angleterre estoit pour lors à Windesor, et 
lendemain après la feste Saint Jan Baptiste, vint en son palais à 
Lpndres. Et deux jours après fut le conseil assemblé , en la pré< 
sence du roy, pour ouir le susdit chancellier, lequel rendit les 
seaux au roy et s^excusa de plus exercer TofOce de chancellerie 
pour plusenrs raisons évidentes. Toutesfois le roy et son con- 
seil ne les volurent prendre, et luy fut fait par le roy et les 
princes grand recoeuil , excepté le doc de Cloeeêtre lequel on 
disoit qn*il avoit commiseion et intention d'aller estre regeot en 
France, ce que ledit ehancellter ne voloit^uffrir \ mais reque-* 
roit avoir le duc dUorch. 

• 

Après que ledit archevesque eust esté certains jours prés l'iioa- 
tel du roy, il se deslogea et alla en sa maison en la ville de Loa- 
dres, qu'il avoit à cause de son evescé de Hély dont il estoit évet- 
que en comipande. Et est icelle maison située en une place appe- 
lée ffa/ia^otirn^, prés où lea gentilzhomes nobles et antres du 
pais estudieut les lois et coutume du réanime. Et là se tint ledit 
obancellier jusques i la feste de la Magdelaine qu'il s*en alU en 
ung autre logis qui pareilement estoit sien à cause dudit Ely, et 



«ft à dii mille dt Londret, nomé Hadruffil {fMrt/Uld), ^i là m 
tint losqoM à la myaousl dudit an 1445, dont la basittte de 
Dieppe fut prînae la veille (>)• et le sceut ou en Angleterre le 
Jour de my-aousi. Et ce jour roesme le roy le laaoda auOit chan 
cellier, à Theure de sou coucher, qu\ fut fait une mervileuse dili 
gence par mer et par terre, et que le conte de Saint- Pol, uepveu 
dudit cbancellier, estoit le principal de Teulreprise (a). 

De ceste nouvelle fut le chancillier sy troublé qu'il se acoucha 
malade, de sorte que onques puis n*eui sorti. 

Ce saçantle roy dWngleferre il luy envoie sas méieciiH ft ci- 
rtirgtenset tout le confort qu'il peut; m^is tout n*y valut rirns, 
ear le XVI* jour de septembre ensuivant décéda de ceiite vatée^ de 
misère, en fort belle congnoi^sance, en son dit logis de lladraf- 
111(5). 

Lors fut son corps einbasmé, ainsy que à tels seigneurs appar- 
tient, le luminaire fait à tousse* serviteurs vestus de noir. Et ce- 
pendant qu*on faisoit ces préparations, les plus notables de sa mai- 
son, assavoir roaistreJan Lefêàure, docteur en téologie» maistra 
LauremSurrea, docteur in utroque Jur$^ malstre Simon de 
la Mare, docteur en médecine, tous chanoines de Rouen. mnia> 
tre Simon Caur (ou Cant), maistre d'hostel , et maistre busta- 
ce Lombard, audieocier et licencié es loix , portèrent les seauK 



(1) La bastille construite par les anglais, tombée le 14 août 1443 au 
pouvoir des firaoçals commandés par le Dauphin etDunuîs. à. l. 

(S) Loais de Luxembourg , comte de Saiot-Pol, neveu de l'évéque 
d'Ely, d'abord fortement attacbé aux anglais, avait rompu aveo eux el 
montra en effet beaucoup d'intrépidité à l'enlèvement de cette bastille. 

A. L. 

(3) Ce cardinal archevdque n'a qn'nn tout petit articio dans la ftio- 
graphiêtmio. (XXV, 467) qui place sa mort au 18 septembre 1443 
Ces très longs détails sur Louis de Luxembourg , asses étrangemeai 
placés'dans un oatalogue de prévôts, et que pourtant nous u'ayona pas 
cru devoir supprimer, se retrouvent presque mot pour mot dans le 
second volume [feuillet 232 de la pagination d'en bas] des chroniqu«s 
de Bresin, copiste et probablement continuateur de ce calatugue. a. l, 



- m - 

au roy lequel CutUèsdoUat d*av0ir perdo on ai féal et ficielLe 

serviteur. 

Alors ledit seigneur roy fh prendre en sa garde tous les biens 
et serviteurs dudtt deffiint et entretenir ft gages, prouffîls et des- 
pens, jusques Ils furent retournez en la ville de Rouen. El fit 
pareilenrant ledit seigneur roy célébrer les obsèques et funérailles 
fort honorablement et magnifiquement. Et fut le corps porté in- 
humer en l'église cathédrale dudit Ely, et partout le chemiu , en 
chacune église on mettoit le corps de nuit, avec luminaire, et dt* 
sait-on sigillés et au lendemain obit. Le jour Saint-Michel^ fut 
mis en sépuUur^, à grande solempuité, ea ladUe égliae de Ely, au 
costé dexira da grand autel. La première messe fut du Saint 
Esprit, laqualle fut cbaiitée en musiqiie à la mode du imis; U 
seconde de Ifoatre Bajoa et chantée fiar les chw>^ns et 4)liaa- 
tres dudit deffunt. et la tierce fut de r^quUm, quy fut célébrée 
par les moines d'icelle église : esta noter que la plupart des égli- 
ses eathédrales d'Angleterre estoient de moines noirs. 

L'an ensuivant, quy f^it \AéA, messire Gillzê d# Bretsigne en- 
mena touÉ l«s ehappelhtns* et diantres dndH chancellier défiant, 
et les présenta i son frète le due de Bretaigni, excepté Robert 
de la Magdeletne lequel fat remené à Boaen avec tous les autres 
serviteurs daditlëuarchevesqne, et tout aui dépens dadit roy 
d'Angleterre . 

Quant ledit Robert fut arrivé à Rouen, il tmova son seigneur 
et maistreZ^ondeCoaltf/oii,, évesque de Baieux, lequel le 
récent joieusemenl et le mena avec luy à Baieux, et le mit aux 
estudes à Coatis au collège de Rouen. 

En l'an 4 446| le dernier jour d^aoust, partît de Rouen mais- 
tre Jein de CoitUlon, Lombard, docteur en théologie a Paris eC 
évesqoe da Cotutuncê^u NoraubndierAapMu dudit Zenon, éives* 
qne deBaîeuK^ leqnel éoesqua defioaslanae «aielt dép«té da par 
liB Foy d'Aoglctesre , pMf «^1^^ * Morne vendra Tobédienea «u 
pape Ifieùlat ^'^. , 06 M tflla ea grand estât pour aoy anntiner «u 
son pais de LonibardU, et mena compaignons chantres ave Injr 
jusques à quatre, entre lesquels Robert fût Tung par le commao* 
dément dudit évesque de Baieux, son seigneur et maistre. 



j 



Et «uiz «rriré» à Rallie ,- Robert r»t r«lettii mk la ohappdle 4u 
f)9p«, et ve9(il Je auplU et eut Ut gage» «eavMliimei. Mait paur i« 
gro» air et estraiige que y coaroit i Rome , avec ce qu*tl ^ok 
iraveilid de goûtes, îl fut contraint de retourner en aoo paîa , de- 
vers Tévesque de Baieui et aus estudes à Caen. 

En Tan 14i8, après la Chandeleur, Robert fut envoie quérir 
à Caen, de la part du bon duc Philippe de Bourgogne , pour estre 
en M cbappelle Lequel Robert , par le congé du duc de Som- 
meriet^ pour lors régent eu France pour le roy d'AngUterrOi 
dudit évesquo de 4iaieuz, son maistre» et du prieur de la Magde- 
latue , sou prélat , partit pour aller à Bruxelles » où finalleiue nt 
arriva et y trouva le bon «/uc Philippe la nuit de Pasques flories. 
Et lendemain et tous les huit jours ensuivans, fit TofOce de diacre 
en ladite cbappelle, chanta toutes les passions et évangilles, béuist 
le cierge le aainedy , veille de Pasi^ues. £l a|irés le divin service 
aoomply et qu'il fut ainsy esproiivé, la b«n duc f bilippe lui baila 
mesnes le souplis et amuase. 

En Tan 1486, le susdit évesque de Baieux envois audit Robert 
estant i Ikuaelles à la diappelle dudit due, le don «I (ettfesde 
prieuré de Sûint^Ni€ola$, près Bateov , lequel vailoit en bonnes 
revenues de sk à sept cens francs, et tôt après en afla prendre 
possession et en jouit paisiblement près de^huit ans (1). 

fley est à noter que Tan 1458, le jour Saint-Lue, en octobre, 
le susdit Robert chanta sa première nesse ft Rouen, au monastère 
de la Magdelainey*d*où il estoit rengieulx ; auquel le susdit arche- 
vesque de Rouen et chaucellier, son maistre, quy pour lors vivoil, 
eovoia à son offrande dix nobles d*Engl«terre, dix demy-uobles, 
dix quarts de nobles et d^autres monoies estraoges juaques m 
aMkbre de cent sakita , et loui par dix ; Dieu lui rends ai» pa.* 
rsdîa(s)! 



(1) Ce prieuré Oechanoines rëfditlers de l'onlre 6% Saint'Aagiisttai^ 
que nous avons vainement ehereM aans le GaiUa ChrUL^ se nepnmaii 
Saint NktHmâê4a Chmnayf, 11 existaK iM>n Mo de priewré 4e Smimî 
VigorlêGr^mâ^ leipiel était fltué «ans le votsinage, «aeietiors la ¥••• 
lieue ée Bayeux. a. l. 

(2) Ne croirail-on pas qae c'est Robert lui-même qui tait entendre 




- 186 - 

En Tan 146^ fcoiniDe dit mI), Mil Robert fut eslea , à la fa* 
▼eur du bon du€ l'hilipp^ de t'oHrgogne, prevost de tVgtne de 
Walèiie. 

En r.in 14i>8, le V jour de i^t^ptciiibre, fe«te de s^aint' Hertin^ 
fut Teglise du iiioiiastere de Wateue, avec la pluspart du cloistte, 
par feu de mescht'f que les ciiuvreurs de plomb ^voient mal g^rdfi, 
totatlemeiit arjie el consommée, avec lou» les biens d^irelle . rom- 
me relitpiiaires (i . santu.tires, calices, cioix , aorueii»**ns, tivreu, 
tables d^aulel . y mages et les plus belles formes au cœur quy fun- 
sent decha le» mousi, le.^queU ipdil prévo^l lUiberl avoit fdil faire 
tout de nouveau \ et de tout ce n'y eut riens sauvé 



cette pieuse exclamation de reconnais^nncie? >\ ce n'est là sa vnlx, cVai 
une voix amie ; et beaucoop de circonstances «otivent tropminotieii^eii, 
consignées dans le cours de ce récit , n ont pu t étru que par une per- 
sonne bien avant placée dans les conAdences du prévôt normand. 

A. L. 

(1) C'est bien probablement dans cet incendie que périrent, avec 
beaucoup d'autres , les précieuses reliques envoyées uvec tant de 
soins à Wa tien, durant la prélalure de Bernold, III" prévôt, parle, 
comte Robert. Nous verrons bientôt que Roherl-le-Pèle pourvut son 
église de nouveaux reliquaires que probablement le» Huguenots au- 
ront encore entamées en 1566, lors de leur visite peu courtoise à ce 
monastère Aussi ne possédait- il plus quefort peu de ces pieux trésor*. 
Voici les deux seules mentions que nous sachions en avoir été faites ; 
et la seconde appartient au temps où Wallon était occupé par des 
Jésuites anglais. 

c En icelle église fde ladite prévale) est le troisième doy de 5r- 
Gitte (duquel le corps gist en Provence), l'une coste de St.-Riqnier et 
ptuseofB antres reliqnidires quy là sont vénérez par plaaeure dévoic^s 
personnes. » — Chronique de Bresin. t. i. f^* partie , p. 35!f de la 
pagvn. infér. , 

c Waleuensis domu^ babet insignem pariem sanctis>imi ligni vitalis 
quo Salvator nosier aalutem aosiram in medio terrœ operalua est ; 
quam quidem parlera, chrystallo in modum cruels eflïibre facta, reU* 
giose admodum videre est. Est quoque penea islos quoddam osaicnlum 
sancti Ricbarii cuni alH aanctonim exoviia. • — Hi^rogoMOpkylaemm 
BelgH Am. Ray^iU, Duaci, 16i8, tii-8. jg. 5i9 â. l. 



- W7 — 

En l*an «469, ledit prévosC Rob«H coimneoêlia k réédiOler ion 
église, et, tout le couvent en proeewion f hantent r#fiy er$ati>r 
Spiritus, ledit prévost asseit la première pierre en Thonneor de 
Dieu, de m glorieuse mère, des patrons de T Eglise et de Saint- 
George martyr ; et tousjours depuis y a r«iit besoiiguer jusques à 
sa luort. 

En Tan 1470, ce prévost Kobert, et les années ensuivants, a 
réédiffiè et refourny son église tout de nouveau , assavoir de cali* 
ces, reliquiaires , encensoir, croix ; petits pots , h^^tons cor estez 
\ou coriitez), le tout de fin argent doré où il appartient , livres» 
aornements d'église de toutes sortes, tablex d*autelz pour fournir 
six on sept autetz , ymages semblablenient, le tout de magnifique 
et excellent ouvrage ; a fatct faire quatre gros«e8 cloches ; aussy a 
fait réparer le chapitre et le refectoir tout de nouveau , et ta 
chappelle .Notre Dame et Saint-George ; fait paver et vausnrer, 
corne appert pour le pré:^ent, pinceurs autres ouvrages et édiffices ; 
a fait construire, comme la grande porte du monastère, et dresser 
les fondements de tout lu reite de Tégli^e. 

Et après tant de bonne;» œuvres par luy accomplies . Il décéda 
Fan 4478, le XVII* jour de septembre , et est inhumé en la chap- 
pelle Notre-Dame d'icelle église, qu'il avoit^ comme dit est, de 
nouveau fait réédiffier. 

REMAKQen. — Robert de la Magdalaine ou de la Magdelaine eat 
aasnrémentue des hommei» les plus diatinguéfi qui aient été placés à la 
télé du monastère de Watten ; il occupa ce poste pendant seite ans ; 
et cependant sa personne et jusqu'à son nom sont restés inconnus aux 
auteurs du Plandria illustrata et du Gallta ChrisUana. Si leurs immen- 
ses tra\aux leur avalent permis de ne riep négliger, ils auraient pu le 
trouver, ce nom, ^ans Malbrancq où M. Hermaod, assidûment livré à 
des recherches locales , a su le découvrir, mais sans rencontrer, là ni 
ailleurs, aucun renseignement sur sa vie ; rien même qui lui permit de 
déterminer d'une manière précise le rang que Robert avait occupé dans 
Tordre des prévôts de Watten : 

c Nous placerons , dit-il , après Jacques (ChevalierJ, sans certitude 
aucune , un prévôt du nom do Robert de la Magdelaine, normand de 
nation , dont il reste à Watten une pierre sépulcrale et à qui fut dédié 
un manuscrit sur l'bisloire de cette prévôté, n 

< Ce Aragment de pierre sépulcrale, ajoute-tfU (note 4 de la p. 144), 




MK da Mttil à iiii*iiOTl» de soitle dA l'Mia* qoM qtû préoèé» la tour 

cm. Qi^ y vqU «« çh^noio^ ^ 090^^09. Vi ï ceslç, ce, c9mv/9Pce|Q«m da 
lé|(wd0 : Roti^'tus 4$ fiQ^d^.t^Q, nffUçne Norfnanuf h0%is verm-abilU 
cenobiipr.potUuM. Celte pierre tombale noua parait porter les caractè- 
res du XV' siècle. » 

Quant au ms. dédié è Robert , voici ce qu on lit dans Malbraocq 
(II. 808 ei 9). 

c Incidi in vetuslnm codicem ex Watenensibus , uti ▼erisimile ost. 
hi Jacobi BUucri eptscop! Audomarensls bibttotbecam tmnslaUim ( Au- 
demarœo enlm pnesull Watenensia llta pmppesitttra addicta est) obi 
•oanin qu» aqripittri aumna, hmç pr«»iUitiiff p9ob«ao : D99cni»tia ain* 

fpn QQiike m?, fianq, nvrodviii^ mmiU d€icrip{ionm, «t 9!^ monastern 
originem ^0 A. D.h- A-i* twrlfo <^ verbum txcerpsi ex quodam. librç^ 
nu. m fol. et membrana ^acarato et dicato Roberto de Magdalena efusdem 
monqsl^ii prc^osiio, cui ms, titulus est : C. Epithomh Montium. Et ex 
q)istola dedicatoria manifeste coHigitur librum hune tns. camposUum 
fuisseperf. Joannem Brehalli, ordmis prœdioaknrum S, T. proftSÊO- 
rem et pif regnum Franom inquisitorem. » 

M. Hermaoc) <IK ^ ç«Uq occasion [ note I de la p. U^) : c Le I4U do 
li| d^dicfice d'un ma. nou^ a senvblé, avec, les caractères de la pierre, 
indiquer qpe ce prévôt était du XV<^ siècle et nous Tavons placé dans 
la seule véritable lacAnè que nous ayons dans ce siècle. » 

Noua avons vu que c'était après Michel Baers et non après Jacques 
CHevaller qn'élaii la plaoe de fUiliert } mais II. Hermaud aayiHAl pour 
guide qw'uA fragment d'épltaphe sans date , ne pouvaU |wa a»»fwtor 
plna près de la vente qu'il ne t'» faH. 

Quant À s^ coi^ectpre sur 1^ siècle auquel ce prévôt appartenait, 
qlle aurait pu sç chan(|^èr en certitude ; car Jean BréhaiU qui dédia un 
livre k Robert , fut Tuo des (lop^mes choisis pour réviser le procès de 
ri^^roique Jeanne d'Arc, et !e sept juillet 1456 il Agnait le jugement 
qui le réhptiilitait. Aussi ce dominicain distingué obtint-il l'honneur 
d'i|n assez long article dans les Scrwtores ordmis prcedicqtorum des P. 
P. QueiifeX Echard, 1. S15 et 16. 

Ces deux écrivains, si véritablçmeut érudits, avaient connu le pas- 
sage de llalbran<|, trap^crit ci-dessus, qu'ils ont aussi rapporté ; et 
pour njieux dégager le titre de l'ouvrage dédié par Brehalli à Robert, 
et qui n'était pas y ainsi que 11. Hermand l'avance, par une légère 
inattention t un ms . sur l'histoire de cette prévoté [de Watten) » fls 
Uleitapt oanmeceoséqueoce de* iiils éfMMéft : f il» q»Vfm9 MfBtnt 



Brahallam opus tuipftttM-hoc Uiato : EpUhomm numiiÊtm, ia qoo d«»- 
ciiptio eral moaiis Wateneiisis quem paQuconuliim praedicant in Mori- 
nis» et monasterii celebria oUm super eum exsiracii oudc vero bello- 
rum infelicitate eveHi . » 

LéS proieéliaiifl qui •eMeiirèraDl Qobeh <le PMe, -ses letigbes^élMlea, 
l'hommage que Jean Brebal lui fit d'un de ses ouvrages et les divetiie» 
fonctioos qu'il reaplil, prouvent qu'H n'était dépovrvu ni démérite, wA 
de talent. Nous avons même acquis la preuve qu'il s'était livré avec 
Succès i Is culture des lettres : cela résulte du passage suivant emprun- 
té a îa chronique matitistllité d^e Breëin, t. l, Sl^me partie, fol. tS3 âet» 
pagiti. Inlér. 

c S'ensuit l'ordonnance du pris de rètorique tenu à Bruxelles, en la 
ctaappelle du bon duc Philippe de Bourgogne j audit an 1i60, le pe- 
nuliiéme jour d^ décembre. Duquel pris estoit prince, pour cest an, 
fréVe'B^UcArt 'le Pffle, Êlica Robinet de ti SlagMsrfde, rtolisflenk de 
llboMel 'IH«u AeftotMhn, «bataftre «t ehapéNIiin ûaêH duc, lequel ééptUlm 
a -Mléspiiévetvde Vhaèaes. «et portaéirpaor deftoe : Bmv fin SahM^ > ' • 

Suivent les noms des personnes, au nombre de miiigt-sept, qui ont 
bêst^yné sur lo pris susdit. 

• Bobért4ela ll^gdelaine poviai4 4e. gtteiiie\ai bélier paaantdW''- 
» gentp accomé d'or et au chef de même. > 

Au deéious de l'écu le mot Paix pour devise. 

nation de fiowgogntè^ maimeat àt h dydhnag Bâmfiêde Bimr^ 
gagn$, comtesse de Flandres, elc , fut faitprévost Tan 4478, après 
le décès Audit Hobert. 

km 4aai^sdiMt tpfévoêl -Gtaiid», lastawr i*.«n 4tfD7« !• jour 4e 
S Jacques, ftV ile juUel, leur iW 4înen»e^ faC 4le nobymii. 
dédiée et consacrée l'église dicelle prévosté de Watènes (laquelle 
à raison de la connlbu^tion ât\ tatbpl dn prévost Robert, dvoU esté 
démolie et ruinée, et depuU par ledit Robert recommencée et 
téédifiée, 4Bl «ebevée.par Ledit Uaude' par révérend père en DWu 
Ain , >év<esqiM de (*ib«lle^ snffrsgaiit 4e inofi8«igi»s«r PhUiitp$ 
éê jLaraHiiitor^i^^ 'MMliiial, évesqœ de Teretumie; et l«l c«fl^ 
sacré le hault auiel en Thonneor de la vierge Marie, et Vsotél s« 
costé seiiestr« soubs If dom»\^ en Pboonenr de S. Gilhi et 
e«stfi^ aii-coété^extr^ en VUmm^wàtS» £uirsp$eiS. Laursns.^ 



^ 



â 

srehpTfsrfve de Dublin ; y nsnistsns : révérends prélats dite, 
abbé de Ctermarès, Niean, abbé de S Atigiistin près Terouenne, 
et le susdit prévost Claude ; %\rJan de Cuines, prieur, et sire Jan 
Flammên, chambelan deTabbaie de S Bertin; siveMorand Uanet, 
chatHPne de S. Atim^r, sire Jan ée fienn^fue», tnré de S. Dénis 
et doien rural de S. Aamcr. Mm'. Jan Bournel, rhevalier et s' de 
Boncourt; mos' Guillaume d'/injôur, s*" du Mainil, Houtry, 
et de Cormettes, pour lors maieur de la ville de S \umer; Louis 
de Rebèque, s' de Halines ,- Baudouin de Keiiughen, escuier; 
maislre BaudiMiiu de Grospré, licencié eu droit, pretoier consei- 
ler dudit S. Aumer et beaucoup d'autres. 

Et lendemain 26' dudit mois de jullel, ledit évesaiie de Gibelle 
couàacra eu icelle église Tautel près le grand pilier, en la nef, ei» 
Thonneiir de S. George, martir ; et Tauiel entre le civnr et la 
chappeHe S. Andrieit en Tbonneur de S. Nicolas et S. Régnier; 
et Tautel derrière le cœur en l'honneur de S. Augustin et Sainte 
Agnès ; y assistons : sire Hugues Bernard, cipellain de Tegli^e 
de S Aumer, maistre Roland GuisHin, curé de ^F'aurans, 
Jaque» âê AVomanfel, bachelier en droit et beaucoap d'autres. 

Ce prévost Claude a fait faire le comble du cœur, les^ausnres 
d'iceluy et les verrières, et la vausure de la tour, et le dossal de 
pierre de teHIe, toe fermes aa cœar quy sont les plas belles de ce 
ipurlier, et beaucoup d'antres édifftees â réparer. 

El après avoir gouverné Téglise en bien grande prudence» 
aimé de chacun, l'espace de xxxv ans« céda son droit de prélafnre 
à ferry de Chtgny, son nepveu, Tan 1513 '. retenant pour tenir 
snn estât f la maison S. Aumer et «quelques sommes. 

Et trespassa ledit Claude Tan 1520, le Xllll'' jour d'octobre, 
et esit inhumé au cœur dudit monastère, au co«(é dextre. 

ftKM. — Claude de Ifessay oa de Messiac n'est cité ni dans Sandems 
ni dans le Gallfa. M. Herroand (p. 146 ), le désigne comme préTôt de 
1419 à 1106; il ajoute qn'en 1516 et 4518 il premil le Utre d'mcieo 
prévM de Watten. 

Le méroe écrivain dit qu'an relécbement de mœurs se fit remarquer, 
au commencement du JlS\* siècle, à Watten , où on aurait ptacède» 



ï 



prév^ iiréH d'autres tkMMiastères ; emite probnble , ajout^^-fl , pour 
UqaelU Claude de Messiac aurait quitté Walien avant sa mon. 

D'un antre côté y voici ce que nous lisons dans Paquot (XV. 2Î4 ): 
t La maison (de Watten) étant tombée dans un grand relâchement 
pendant le XVI« siècle , on fut obligé d'y mettre des prév<Nts tirés d'an-^ 
très monastères. Vers 1556, huit religieux qui y vivoient avec pou 
d'édification, se choisirent un prévôt d^entre eux , qui ayant vendu 
l'argenterie de la maison et les meubles les plus précieux de la sacris- 
tie, se sauva en Hollande où il mourut frappé de la pcstê. » 

Nous aurons occasion do revenir sur cette dernière circonstance ; 
mais remarquons que Paquot ne parle pas, comme le fait M. Hermand, 
du commencement du XVI' siècle; et plus tard , nous verrons encore 
que le vague , l'iDoertitude ou la disparité d'épçque aooompa^iaient 
toujours les bruits compromet ta ots répandus à diverses reprises sur les 
religieux de cette prévété. Rien de défavorable ne ressort jusqu'à 
présent contre eux des faits naïvement consignés dans ce catalogue, 
et la cession consentie par Claude ^ proflt de son neveu , sa retraite 
dans une propriété de la communauté, après trente cinq ans d'exercice, 
s'expliquent fort naturellement. 

« Claude de Messiac porfaii d'argent à trois bandes d'azur. > 
En dess. de l'écu, ces mots pour devise : nirn timb. 

XXV! ^ Ferry — (1»l*2). - Fer^y de Clugny f«t fait pré- 
rov , par la res^ion de *(}n oncle le prévost Claurle , Tan 4819, 
et régit réglisc environ sept ans, et trespa^sa, luy estant à Pdrû, 
Tan 1519 Et est infitimé eu Péglise de Sainte-Géneciefte, au* 
dit lieu delVis. le 28^ d*avril. 

Rkm. ^- Ferry de Clugny n'est MBonitonné nuUe part. Sandênu nnat, 
comme le Gallia (krut, sur lea prévôts de Watten, depuis 14)14, 
rompt \ti silence à cette époque, et nous signale comme prévôt, Gérard 
d« Ouinghien ou de WmgfU'ne, lequel « praepositUH Waianensis anno 
15lâ, factus est abbas S. Amandi Einonensis OrJ. S Ben. in dioec. 
Tomacen't}. per resignationem abbalis Gulîelmi de Brttxella. » 

M. Hermand, n'ayant pu connaître Ferrr. pensii que ce Gératil reçoit 
la charge de prévôt pendant la vie de Claude de Messiac , retiré à S. 
Orner ; et il dit d'après Sanderus, qu'il quitta cette plact* pour devenir 
abbé de S. Arnaud en 1 5 1 8 . 



rs 



- s» - 

SAnàBns «'mI Irompé : Gén9é àù Ontog l M— ne fut jaiMi» prévAi, 
mais priow 49 S. Ukb^ àa Watt. 

LoficUiii d$ Lacroix , dans aon histoire manuscrite des abbés da S. 
Amand , dit que Guillaume résigna ses fonetions d'ahbé < in graliam 
Gerardi prions de Wast Cluniacensia coogregationis t tandis qjae Wal- 
lon appartenait à l'ordre de S. Augustin. Le GalUa Christ ( III, 267 ] dit 
aussi , dans son article sur l'abbaye de S. Amand : « Turaque S. 
Amandi prcfecturam dimisit (GulUlmus) Gerardo de Ovinghien priori 
de Wast in di« Morlnensi , e congregatlone Cluniacensi. » Quant à la 
situation de ce prieuré , aujourd'hui fort ignoré , on la ironTe dans le 
Bibliothêca Clvniacmsis, ou catalogue des abbayes, prieurés . etc. de 
cet ordre. Col. 1716. a Prioratus S. Michadlis de Waato, Morin. seu 
Bolon. dioc. , ad duas leucas prope CaUaû. 

9 ferry de Gloghy portait d'acur à deux clefs d*of , adossées en psi 
a ti Iié«f par des anneaiix en loeatig«. > 

Bnr-deasous de Técu, ces mota pour doviae : .... vt senvuia, 

XXVil. -* Jaqub» Da4}sq(jk. — /Fsn 1519). -- JaqoM 
Dausque, natif de S. Aumer, religieiiU d«dit fmiasttrt^ de Wê» 
telle, fut après la mort de Ferry, ealeu prévosl. II fut, grand met- 
iia^er et remîf le doistre fort au-dessus 

Il fit baatir la chappelle dite S. Gille avec la partie delà croisée; 
fit construire la chambre de la salette bas , tenant le réfeetoir, et 
répKer Icelle salette de lambris et autre bel ouvrage. Il fit cons- 
truira la cuisine du couvent et eslever plus baulte que parafant, 
et autres ouvrages k Tentour. Fit édiffler de fons en comble les 
cambres appellées communément rhospital. Anssy fit du toot ré- 
édiffier et réparer le chasteau et maison de Piebroug, et plosaor» 
anlrct ouvrages rodreasa el remit «o meiUeur estât. Et anginenu 
grandement le bien et revenues de son cloîstre, lequel il gouverna 
environ XIX ans , et décéda Tan 1858 , le VIU*)our de février, 
et repof e son corps en fa croisée de l'église j au costé de septen- 
trion, devant son épitaphe que» en son vivant, avait fiait oonstruîre 
de Pierre d*^f>f nnea (4). Et après sa mort Téglise fut vacante de 
^aaleiir envit on Tespaet de dent «m. 

« 

(1) Pierre d'ilveffies-(f-S^, non loin de Bonchain , raMée 



- «93 - 

Cestay prévost Dausque fit aassy foire la einquiesme des plut 
grosses cloches. 

EusTAGp DE CnoY, év^sq^e â'Arras , prévc^st des églises de 
St.A^mr, Jire,Béth%n0^ etc., fut (ait co^djptear dodUprévost 
Paqsqoe ; qaais il décéda environ quatre mois avant loy ; assavoir 
le V joar d'octobre Tan 1 898, et fût son corps inhumé en Téglise 
cathédralle de S. Âumer. 

Rbv. — « M. Hermand est le seul qui cite Jacques Dausque ^ qv'il dM 
ayoir été prévôt en 1520. Il ne mentionne pas son coa^juteur, sur 
lequel on peut consulter Gazet, Bist. eccl. des P.-B.^p. 140. 

c Jacques Dausque portait d'argent à une quinteteuille de trèfle 
9 mwec ces mois pour devise : 9«hvâ tirtos caeitàs. » 

€ Eustache d^ Croy portait d'argent, écartèlé au premier et au 
» quatrième de trois (aces de gueule^ , et aux deuxième et troisième 
» de trois doloires aussi de gueules, celle de gauche contournée. Sur 
» le tout un écusson écartèlé au premier d*or et au quatrième d*or à la 
s bande de gueules , chargée de trois alérions ; au deuxième d'azur a 
» trois fleurs de lis d'or, à la hordure composée d'argent et de gueules } 
» et au troisième d'or à deux faces de gueules. » , 

XXVIÎl. — JanFaluel — M 540). — JanFaluel, natif 
ô^EipreUque, reli^ieulx profès dudit cloiatre de Watène et prévost 
de Fonmiêlley prés Ypre, ayant ladite église de Watèj^e vaquié 
de paçtepr ^nvirot deux ans , fut f^it prévosl i'an 49<40, au mois 
de may ; et gouverna Téglise Tespace de deux ans et quatre mois ; 
et trespassa l'an 4 54d, vers la fin du mois de septembre ; et repose 
son corps audit cloistre de Vormeselle. 

BiM. — Geprévôl n'est cité par personne. « Jean Faluel portait de 
einople à trois couteaux d'or, garnis d'argent, les pointes en bi^s. » 

XXIX. — Robert DE Croy. — 4543. — Robert de Croy, 
évesque et doc de Canibray^ c'onte de Cambresis, prince du Saint- 
Empire et depuis prévost 4e Nivelles, fut prévost d'icelle église de 



par Cmceiafdin, dans sa Descript, dei Pays-Boiy et par d'autres aYaat 
lui. A. h. 

20 




— »4 - 

Watèno après la mort dodUFaluel, Tan 4 5^49, ao nioU de oovein- 
bre ; et , durant son temps, fit faire audit cloîstre la brasserie et 
fournerie et la grange au bob servans à iceuli officines, le tout de 
fons en comble , ainsy comme on peult veoir pour lé présent. Et 
après avoir gouverné Téglise Tespace de dix ans, la céda i darop 
Jan Fachin , abbe de S. Jan du Moni , près Térouanne, Tan 

Et décéda ledit évesque de Cambray, Tau 4556 , le dernier jour 
d'aoust, et gist à Notre-ïïame de Cambray. 

Rbk. — Sanderus s'exprime ainsi : « Robertus de Groy, pneposilut 
commeodalarius WataDeusiM, item B. M. Y. Audomaropoli et 5. Ger- 
trudis NioelUi, factus est quoque episoopos cameraceosis drca anmim 
iSSO. Wataneusem pnoposituram tenait usque ad obltnm anno 
i556. > 

11. Hermand , n'ayant pas plus que Sanderus eu connaissance de la 
cession consentie , en t55S , par Robert de Groy au profit de Jeaa 
Fachinf et arrivant de la sorte jusqu*en 4556 , place ici Thistoire d'une 
soustraction qui aurait été commise, suivant Paquot, vers cette deniiè- 
re aonée, par un prév6t de Watten , ainsi que sa fuite et sa mort an 
Hollande , desquelles nous avons parlé dans les notes concernant le 
XXV« prévôt. 

Notre Catalogue se tait complètement sur ce prétendu méfait ; et on 
cherche mâme en vain à quelle époque plus ou moins voisine de 4556 
il aurait pu être commis ; car, après l'administration de Robert de Groy 
qui, quoique prévôt commendataire, ne néglige pas sa prévôté et y bit 
ei^écuter des constructions utile? , nous allons voi^ }ean Facbin gou- 
verner avec soin ce monastère jusqu'en 4565, qu'il le remet aux mainf 
de révoque de S. Orner: Et n'oublions pas que l'honnèle Jean Bresin, 
qui nous a conservé ce Catalogue , fut et» tos de Watten de 4 542 à 
1574, et que durant se long fntervaile, nul ne fut plus à portée que lui 
de connaître parfaitement la vérité. 

Assez de scandales douloureux furent jadis donnés au monde par des 
établissements religieux pour qu'on s'absUenne d'en augmenter trop 
légèrement le nombre. 

c Robert de Groy portait d'argent, écartelé au premier et au qua- 
» trième de trois faces de gueules , et aux deuxième et troisième de 
» trois doloires aussi de gueules ; au chef d'or chargé d'une aigle de 
» sable , aux ailes étendues et abaissées , ornée sur la poitrine d*un 
» lambel de gueules à trois pendante ; le tout surmonté d'une couronne. 
» — Devise : a jamais croy . v 



- SÔ5 ^ 

XXX. — JAitPACHTx. — (4853). — Jan Fachin, rèligieulx àe 
Saini Fait d'Arras et abbé de Saint Jan du Mont, près 
Terouenne , et depuis abbé de la Chappelle et commaBdeur de 
Baiikuif sucecéda audit Robert de Grof en ladite préfôaté de 
Watèoe , par eeflsion oa résignation que luy flt ledit Robert l*an 
1 559, et fit sa joiease entrée le jendy de la sepmaine letare, XVl* 
jour de mars aodit an 1552 , à dater Tan A la Résurrection. 

Ledit préfost Ot pour la comodilé de son église , transporter lu 
eense de Tbospital dedans Tencloado monastère, laquelle aupara- 
vant estoit distant du cloistre le gest d*uue pierre ; et fit faire 
nouvelle basse-court , et édiffier de fons en comble grartges , 
estables et autres officines à ce servans; fit dresser la muraille 
depuis le jardin de la bouveriejusques la grange au foing, et 
aussy Tautre depuis icelle bouverie jusqdes à la verde chambre 
tenant la basse court , et celle depuis l'église jusques les champs^ 
le tout de bonnes briques. Fit réparer pluseurs autres édifflces et 
réduire en meileure forme que parafant. Et sy augmenta gran« 
dément les revenus de son église; flt parelement bAtir la salle et 
cave de devant en la mabon dé S. Aumer. 

Ledit seigneur» après avoir cédé icelle église et prévosté de 
Watène au révérendissiroe s' mon' Gérard de iimeiicourt, éves- 
qae de S. Aumer, Tan 4565, print honeate congé aux rèligieulx 
dudit lieu, et se retira à S. Aumer, le mardy XI* jour de décem* 
bre» Tan susdit ; où vesquit le reste de sa vie en la maison de son 
abbaie de S. Jan : et décéda Tan 4570, le Vl« jour de juillet, et 
fot porté en sépulture à Saint jinthoinê lev Baitltul^ oà avoit 
translaté son abbaie de Saint Jan du Mont, près Terouenne. 

Rbh. — l^e GaUia Christiana rango ici dans la liste des prévôts , et 
c'est le XTIe et dernier qu'il nomme, un PM^i>pe de Lannoy. Voici les 
termes qu'il emploie et qui ne semblent pas di re ce qu'il veut leur faire 
signifier : c Phillppua de Lannoy, Watlnensis prapositur» Virglnl 
matri sacras decanus, S. Marin in nemore juxtè RuisselNviliam , ûbi 
voCum reli^ionis emiserat, abbas consecratur an. 1590. » Sanderus est 
plus formel ; il dit positivement que Pliilippe de Lannoy fut le dernier 
lirévét de l'église de Watten, laqueUer par une buUe du pape Piê iV de 
l'an 1560, rapportée dans Mirasus, t. U. p. i298, a été réunie à révéché 
de S. Omer. 11 ajoute que ce Ph. de Lanuoy fut aussi pré\ôt de l'église 
Sainte Vaudru^ h Mon», et abbé de Ruisteauville, en Artois. M. Her- 




— §96 — 

«laiid U ciu auMi comme prévûi de Watten» et le place aprèf Robert 
de Croy ei »vaiil Jean Fuclûo. 

Cependant nons avens w que ee defaiev aueoéda homédieteoMal à 
Robert de Croy. Il n'y a place naUe part pour admettre Pk. de lamoy 
dans cette liste : anssi penaens-oons ^'11 n*a jamais M prévât , m^ 
doyen de t'église de la prévété de Waiten, comme 1> impriaoïé ieGgUitt 
Christi4ma lui-même. 

• 

Dans certaines églises et dans les monastères il y avait, parfois lem-> 
porairement, parfois à perpétuité, nn 4oyen poi» aider VM^ » ^ Pîé- 
vét ou le prieur., Nous voyons parler d'un doyen de Watten, soys Qérarf 
d'ff^nkéricQurt , dans un mémoire cité par M. HeriDand^( p. 154 ) ; et à 
Sfiinte-Waudru désignée plus t^aut , précisémeut, Il y avait toujours un 
prévôt et un doyen. (Histoire de la viUe de Mon$^ par G. I. de Bùussu, 
p. 29 et 31). 

M. Hermaud, le seul qui ait parlé du prévôt réellement en exercice 
lors de la publication de ladite bulle de l^ie iV, lui donne , nous igno- 
rons d* après quelle autorité, le nom de Haehain. Le même individn eA 
mentionné par le Coll. Christ., t. V. col. 350, et il y eslnomaté, 
comme dans notre Catalogue, Fachin. 

c Jean Fachin portait de gueules au cbevroi) d'or, chsfgé d'une 
» fleur de lis d'azur, accompagné de truls glands d'or saspendua à leur 
» brancbe de mémet Avec cefte devise : coans et ah » 

XX%\. — Gerird DE Emericourt. — (1565). — Lemardy 
28* jour de décembre 4565, mooseigneur Gérard de Emericoart, 
premier évesqae de Saint-Âumer et abbé de SainI Berlin , fit son 
entrée et print possession. 

Au temps de eest évasque «C prévMl Gérard , en Tan iflM, 
s'esleta an Pais-Bas («u grattd soaodaU de la foy iuMlii|iie0t rofiia 
dudU pais), ançs Ugiie très perverse et (jlomagea)>le, vplgairem^DC 
appelée la Ug^^ dcj Ch^u^^ d^ certain uQmbre de (enlilsbomei, 
desquels estoit ebeC le sîiBiir d$ Br^ro^ , fiol^dm » ^fin df 
(comme îis disoâent) résister à l'inquiaiMoD ^^Efp%gn%^ %0f 
f on voloit Ititrodmre aadit pais. 

Soobs les aisles 4e eeUe li§ae sViKveiUèreaâ ( oti t^é^n^oUètÊall ) 
plusieurs manières de héréiM|aes , .et se y eesenMérenC 4e tow 
pais, en cestoy pais d*enbas : sy comme f es ho goenots oucalvinis- 
Us de France, lulhérieus d*AIemagne , anabaptistes et autres de 



- «87 - 

sambUble vocalton , el à tous costes commenoèreot à Caire aer- 
mous publiquM, qu*U8 appellent preschos, eo gardioagea, prairies 
«t chaapaigDes, esquelles se trouvoit grand multitude de peuple; 
et, en bref temps, tellement mjoltipUèrent el augmentèrent jiuUla 
dressèrent suroptueux temples, à la mode de leur nouvelle reli- 
gion, on Yiites oi bourgad«i po«r fairo Itbreeseut letirs dites pres- 
dies et dampasbles cérémonies, snyvsnt la doetrine de leur ehef 
le diable et son dbsipIfO dUtm. 

Et durant la saison d'esCé de cet an Susdit, se firent les maistres 
(por estre on pins grand nombre^ de pluseors villes et bourga- 
des; et à l'entrée du mois d*aoust, commencèrent à produire Le 
frnit de leurs dites prescbes et religion, et entrèrent à ipain forte 
es églises, monastères , et en tous antres lieux de religion créa- 
tienne où ils profanèrent les saints lieux et brisèrent autelz , 
yongas de Meu et de» sdilite , taMes et parement d'bosteU , (ons 
As bepiBsne et généralement tout ce qny servott à la décoration 
des dits yeux i B*ayans horreur de pessomder et mettre en di« 
verses pièces la sainte hostie et corps de Jésiachrist. 

Le samedy, i7«>our du mois d'aonst, à Theiire de digner, ces 
malheureux calvinistes du territoire de Cassel et pais voisin en* 
trérent aodit monastère de Waténe (au bruit de la venue desquels 
estoieat tous les religieux retirez à S. Aumer ^t autres lieux, avec 
quelque petit de leurs biens) et de première abordée coururent 
en l'église où ils commencèrent à faire ung lamentable dégast et 
estrange spectacle : car ils dégastèrent le ciboire sur le pavé le 
mettans en ploseurs pièces à force de petites hapettes ; et que 
plus est i déplorer, its pessqrodèrent fa Sainte Hostie et cofps de 
Jésus ; et, faisans diverses pièces et irrisions, rompirent les ymsTges 
et toutes les tables d*hostels, gelèrent au bas te grand (^àndefabre, 
m nilieii'dii omiiv avec force eschelles qu'ils trouvèrent assez 
prés| rompIreRt isus lee huis qiuHIsr trouvèrent fermez partout le 
mottéstère, erautres ploseurs maelx perpétrèrent. 

« 

Et après avoir exécuté ce tant pitoiable exploit , sans aucune 
oentvediclHnii, U Sb i^mlrent aoretoar peur aller faire semblable 
dégtaC en Fégltie paroefaialle de Watène-Bas« Et estons,, au 
miKen de la court dttdH monastère^ assemblez poor partir, se 




prindrent i crier à haiilt-voix tous ensemble : Five l$ê Gheux : 
par trois fois, puis soudainement commencèrent à chanter quelque 
pseaulmede Afarol, et en cbantans, sortirent la porte, eulx rali-» 
rans vers la paroisse de Watène pour aoomplir corne dit est. 

Et ce pendant qu'ils aoeorapllssoieol ce merveileux tintamarg 
en Téglise dudit cloistre, eiitroieat en îceluy gens de plusieur* 
viHaj^es voinins, lesquels fies lors commeucèrent à pHlor le monastère 
à tous oostez; le despouilaut de tous meubles et deee quMls pou- 
voient trouver, jusques aux mauvais sollers et linge deschlré, ianC 
eu Téglise, dortoir et chambres corne en autres lieux; de sorte 
que peu y resta, mesmes les pommes sur les arbres; et n*y 
sçavoit-on mettre remède, et continua ce pilage Jusques au lende- 
main jour de dimence quy donna aucun respit. 

Mais le lendemain jour de lundy, vers Theure du soir, par aucun 
voisin fut rapporté 'contre vérité) que à une lieue de là, du oosté 
vers Havesherghe estoient quatre cens huguenos de cheval, mar- 
chans en diligence pour venir embrasser et destruire le monastère. 
A raison duquel rapport, soubdaiuemeut, les voisins de tous cos- 
tcz vinrent de rechef ravir ce quy estoit resté, et emportèrent bancz 
à dozière, tapies, buffets, seiles, scabeaux, cofres et toute autre 
manière de semblable meuble ; mesmes emportèrent ancunea cou- 
ches, arrachèrent le plomp des tois et commirent une telle désola- 
tion que les regardaus eu avoient horreur et commisération : et 
continua ce second pilage jusques au lendemain que tout fut 
ravy. 

Estant le susdit révérendissime évesque adverty de ceste déso- 
lation, envola soubdainement lever le plomp d*alentour des dois- 
très et le fit mener à S. Omer. 

Et en ce tant misérable estât demoura te monastère Teapace de 
huit mois et plus, duraut lequel tempa ftt sa demeure en ieelu^ 
uug des anciens religieux dudit lieu, appelle sire Joquet Sélm^ 
yhe, acompaiguédu portier et d*ung autre serviteur seulement. 

Or, au moien de-ce dégast et désolation dudit cloiitre, tes reli'^ 
gîoux dUoeluy, comme exilez de leur patrie, s'estans retirez en la 
ville de S. Omer, furent logez en une maison sur le viel marcbé. 



- «99 - 

derrière Téglise Sainte /ildegonde, à raison que l^abbé de Sain 
Jan du Mont, jadis leur prélat, icy dessus nientionné, occupoit 
leur loaisoD en la rue S. Rertin. Auquel logis se tindrent plus de 
huit mois ; et en ce lieu (aisoieni TofAce divin i basse voii, dnraiit 
ledit temps et jusques le Inndy 98' jour d*avril 1567 qu^on 
se disposa pour retourner , estans aucuuemênt les divisions 
a^pies. 

Et lendemain jour de mardy, 39* dndit mois, commencèrent 
les religieuli à retourner au monastère, lequel ils trouvèrent tant 
débaroté que e'estoit pitié à voir. Mais toutefois, soubdainement 
fut commencé à réparer les ruynes dé Téglise, radouber les tables 
d'autels, redresser les ymages quy restoient, restaurer l<*s édifflces 
et antres officines, et rasseoir le plomb sur les cioistres du costé 
du dortoir. 

Le jeudy Vill* jour de mai ensuivant, fut par les religieux faite 
procession par dedans Tenclos du monastère, come le jour des 
rogations, en laquelle fut portée la Sainte Eucaristie et corps de 
Jésus avec quatre torses ; et estans de retour au cœnr, fut chanté 
l*)me ûevenyCreaior ipiriiui, laquelle achevée, tous les reli- 
gieui, Tun après Tautre, baisèrent en grande révérence le pave- 
ment devant le grand autel, eu signe de reconciliation dudit lieu. 
Puis fiit par le doien dUcelle église célébrée une messe solempnelle 
du Saint Sacrement; 

Et le lendemain jour de vendredy. on commença à chanter ves- 
pres à Tacoutumé, et continuer le divin service comme aupara- 
vant. SU nomen domini benêdictum. 

Au temps dudit prévost Gérard, en Tan f569, au mois de mars, 
furent commencei les jardins au cloislr^ dudit monastère de Wa- 
tène où paravant estoit terre vague et inutille, portant toutes 
mauvaises herbes : le premier vers la librairie fut commencé et 
fait par Layi Breiin, custos dMcelle église, en son eage de cin- 
quante et un ans; et le plus grand, vers la cuisine, fut fait par 
aire Pierre de la Faulx, religieulx dudit lieu. Et le plus petit, 
vers la haulte salle, fut fait par ff^alerand de Recamce, jeune 
religieux d*icelle église. 




i%«iiiii(wss|]ii; 



lericourt l 
eaviron 1m XI beu- 



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RECHERCHES SUR LES MONUMENTS RELIGIEUX 
QUI EXISTAIENT A CAMBRAI AVANT 
LA REVOLUTION DE 
1789- 

Stxthnc TkiUit, 



COLLÈGE ET ÉGLISE DES JÉSUITES 



AUJOURD BCI DEtlMC 



LE GRAND SÉMINAIRE. 




ES Jésuites (l) furent appelés à Cambrai en 
octobre 156^, par Tarchevéque MaxtmiHen de 
Berghes, et acquirent^ grâce à la munificence 
des magistrats municipaux de cette époque , Thôtel 



(1) « C«ue société de Jésus fut insiiuiée psr le bieiibeunrax 

c père fy%Me iê LùydU, en rsii 1540. ERe fot sppnMivi6e |Mr 

c te6. Siège «posloliqae et par le Goiioile de Trente, en la 

K session 2S, ebap. 16, célébrée au mois de déoeoabre de l'an 1563. 

c Dieu par sa bonté suscita icelle société lorsque Martin Luther eut 

< séné sa aescbaute hérésie, et que fleeri roy d'Angleterre, S^^ de 

c ce nom, s estoit retiré de l'Eglise caAliolique. 

c Au reste, icelle société est éparse en 23 provinces delà ohres- 
c lienneté; elle a 16 maisons professes, 295 coUéges, dont 25 maisons 
« de probation et 67 résidences. En Tan 1600 fut treuvé cpi'en toute 



de Jacques d*Annettx (1), sur reroplaeement daquel ils bâtirent 
leurs écoles. Les classes où ils enseignaient la religion et les 
belles lettres, furent ouvertes en mal 1564. 

.Ib eurent d*abord une église provisoire que leur fit construire, 
en 1575, un diauoine de la métropole, nommé Antoine Carrez. 
Cette église fut placée sous Tinvocation de Saint-Michel , par 
Farchevéque Louis de Beriaymont, le lundi de Pâques , 25 avril 
1576. 

Forcés de quitter Cambrai en 1580, sur Tordre qui leur en fut 
signifié par le baron dMnchy, gouverneur de la ville, les pères Jé- 
suites se retirèrent à Douai et à Valenciennes ; ils y furent assez 
bien reçus, notamment dans cette dernière ville, dont les habi- 
tants s'empressèrent de les recueillir (9). U duc d* Anjou, frère 
du roi Henri III, donna alors aux Orphelins de la ville, les diver- 
ses rentes dont jouissait rétablissement des Jésuites, à charge 
pourtant a que si ceux de la compagnie de Jésus veulent revenir 
a demeurer en ladite ville, ils rentrent sans contredit en posses- 
» siondes dites renies » (5). 

Les Jésuites revmrent en effet à Cambrai quatre années après, 
c'est-à-dire aussitôt la reddition de cette place aux troupes Espa- 
gnoleSy en 1595. ils obtinrent ensuite des États, en 1604, one 



c U société estoieat 8,519 pères, lesquels ont tatct et font grands 
c fjruits en la chresUenté, même aux terres trouvées aux Indes Orien- 
c taies et Occidentales en Tan 1492, par Christophe Colomb. > — Ju- 
lien Deligne, ms. n" 658 art. 21. 

(1] La famille d'Anneux, Tune des anciennes du Cambrésîs, était 
originaire du village dont elle portait le nom. Ce lieu est situé sur la 
gauche de la route de Cambrai à Bapanme, à 8 kil. de la première ville 
et 22 de la seconde. Parmi les membres de la famille d'Ânaeux , les 
historiens menUonnent particuUèrement un Enguerrand, neveu de Re- 
nier de Trith, châtelain de Valenciennes, qui, en 1096, assista comme 
croisé au tournoi d'Anofalu ; puis vers 1650, un PhiUppe d'Anneux, 
notamment citécomme un guerrier sage, valeureux, et que le roi, en 
reconnaissance de ses bons services, éleva au commandement de la ville 
d'Avesnes. 

(2) Archives du Nord, nouv. série, t. tv. p. 168*, 

(3} Dupont, Hlsloiro do Cambrai. 



i 



— 303 - 

somme de i ,500 florins, pour les réparations les plus urgeates i 
faire à leur demeure. 

Ces religieux élevèrent bientôt de nouvelles classes : commen- 
cées le 26 avril 4606, elles furent seulement terminées en I6i4, 
comme le témoigne Tinscription suivante, sur marbre noir in- 
crusté dans un mur extérieur de la façade : 

D. 0. M. 

lOCICTATU »8V 

9CnOLM 

FIA CAMIKACiraVII 

OBDmva 

IHPIR8A 

rORMAllOiB JTVI1ITUT18 

BXTRUCTA 

Clo loC XllU. 

L^archevéque Vander - Burch vint aussi puissamment en aide 
aux pères jésuites, en leur donnant d*abord de son vivant 50 
mille florins, qu'ils employèrent à bâtir le plus beau quartier de 
leur maison. Ce vénérable prélat leur légu, en outre, par son tes- 
tament, uue autre somme considérable pour construire une église, 
qui fut achevée en 1699 fi), comme nous l'apprend ce chrono- 
gramme que Ton voyait anciennement au fronton de rédillce : 

asoIiiiB akgbLorvm iXtuYXlT 
Var Du bVrGb. 

Charles de St. -Albin, archevêque de Cambrai, dota, en 1744, 
le collège des Jésuites, d'une bibliothèque dont rentrée était pu- 
blique. La plupart des livres qui la formaient, recueillis à la Ré- 
volution^ sont venus former, avefs les autres débris des bibliothè- 
ques particulières des établissements religieux supprimés en 1791 , 
le riche dépôt littéraire de la ville. 



(i) « L'église des R. P. Jésuites hit achevée en cette année ; c'est 
leur deuxième église depuis qu'ils ftirent introduits dans cette ville. M. 
Carrez, chanoine de Notre-Dame, fut le fondateus de leur première 
église. Monseigneur de Vander-Burch leur donna une grosse somme 
d'argent pour batlr celle-ci. > — Mém. chronologiques. 




- 304 — 

En 1795, la maison des Jésuites, vendue comme domaine na« 
tional, fut transformée par Joseph Lebon en tHbanal révolution- 
naire. Les dortoirs servirent de salle d'instruction et Téglifte de 
prison pour les prévenus et les condamnés. PUis tard, les bâti- 
meits Curent appropriés 4 un hùiei de poste « et Tégiise servit de 
magasin à fourrage, jusc^u'à. répo(|ue, encore récente, où Mgr. 
Belmas, alors évéque de Cambrai, ayant fait Tacquisîtion de cette 
belle propriété, y transféra le séminaire diocésain. L^église, la 
mémo qui fut achevée en 1692, a été restaurée avec un soin re- 
marquable, par M. fluidier, sculpteur UUois ; elle a été rendue au 
culte le 4 novembre 4 858, sons Tinvocation de St. -Charles. 

M. Carion, rendant compte de Theureuse restauration de ce 
beau morceau d'architecture, en fait la description suivante : 

a L'église qui porte la date de 1693, sans avoir l'aspect mysti- 
que de nos cathédrales du moyen -ftge« est cependant d'un style 
grave et sévère, qui ne rappeUe en rien la coquetterie déplacée 
des temples du siècle de Louis XV. Le caractère religieux a 
laissé partout ici son empreinte Les voûtes reposent sur deux 
rangs de cinq belles colonnes, plus deux, demi-colonnes, d'or- 
dre composite, en pierre bleue, et correspondant à autant de pi- 
lastres du même ordre. Au-dessus des colonnes, de chaque côté 
de la nef, sont sculptés des bas reltefe en forme de médaillons, 
représentant, à gauche, en faisant bce au chœur : Jéiuê-ChrUt, 
saint Géry, saint Ignace de Loyola, saint François Borgia, 
saint Stanislas Kostka et le bienheureux Jean Goto, mission- 
naire jésuite, martyrisé an Japon. A droite : Ta sainte Vierge^ 
saint Auherf, saint François^Xa^isr, saint Lmsis de Gon%sh 
gue, le B. Paul MikieX le B. Jacques Ghiasi, nriS9ftonnaireH<^ 
suites qui reçurent aussi la palme du martyre au Japon. . . 

« Le chœur est d'une grande richesse de sculpture : le an- 
tre est rempli de caissons où l'on voit des fruits et des végétaux 
allégoriques , tds que des épis de blé,, des ceps de vignes, pour 
rappder les espéees du saint saeriflce. 

a Le chœur est édairé par quatre grandes croiiées ; et les ir* 
rétes de la voûte reposent sur des cariatides, représentiBt éts 



- 305 - 

Séraphins, hà caloU?^ toute icisçlç,e comme me dentelle d'arabes- 
if^t estôxy'me e^ (ûnq coipparUmeots. Dans celui d^ milieu sont 
sculptées.!^ ara))B8 de Vanji)er Bgrcb^ archevêque et duc du Cam- 
brésis. Son manteau ducal est supporté par un aqge. Dans le^ 
quatre autres éeussons de son blason, on lit : Sehocre, Burch, 
Bki€eno, Ainek. 

« A g^che et à droite, dans le chœur^ on api^rgoit dem^ 
petits portails : Fu^ conduit à la sa(ui8tie« Tautre auK ioayoaux qm 
servaient de sépultures aux pères Jésuites. » 

Priks dM ctourffoot deMK icfaapeUes latérales dédiéfss, rujie é 1^ 
sainte Vierge, patronnede Cambrai, l'autre à saint Vincent, fonda- 
teur des missions. Elles étaient anciennement consacrées à saint 
Ignace et à saint François-Xavier. Ces chapelles sont aussi revêtues 
de iculptures, d'arabesques et de figures symboliques d'un beau 
travail. Dans la première de ces chapelles on lit Tinscription sui- 
vante : 

S. S. 

DIIPARJB 
GâMXRACERU 
PATKOIIJE " 

SACaOM. 

Et dans la seconde cette autre inscription : 

S. 

▼IKCEKtlO 
COHGHIGAf. 

Missfoms 
lomAToai. 

L'on voyait autrefois dans un grand ovale formant cadre dans 
la chapelle de saint Ignace, un magnifique tableau représentant ce 
fondateur de la Société de Jésus, foudroyant Terreur et le vice. 
Cette belle composition est actuellement la propriété de M. St.-Au- 
bert, peintre cambrésien, qui Ta restaurée avec soin et talent, au 
point d'avoir transformé une toile tombant en lambeaux, en un 
tableau paré des plus riches effets de couleurs et de lumière. 

L'église des Jésuites possédait encore divers tableaux d'Arnoud 



|i^ 




^.-^^•Ai^'^/'^Sm^^^Si*&^** parles meadet 
%%J^i^tf^^b^i'^ll&^ du gr«ad sémioain. 



-gr-g*^-*- 



^. 



.^! 



— 307 — 



ÉGLISES PARTICULIÈRES. 



ÉGLISE DE SAINT-ÉLOL 




p f . 

Jette église fut érigée ▼ers Tan ift87, par les 

frères Jean et Jacques de Marly (l), chanoines 

[de la métropole , qui firent en outre donation 

U^ cette dernière église , de leur hôtel de Marly, 

voisin de la forte St.-Jean ou de Selles. 

L'église de St.-Eloi était du ressort de la paroisse Ste. -Croix ; 
l y avait on cimetière auprès. 

11 ne reste aujourd'hui de ses anciennes constructions qu*une 
partie des murs d*enceiDte et les fenêtres. La rue qui y menait a 
conservé le nom de St.-Éloi. 



(1) c Maklt «f Maklis portoit (for à la crotœ ancrée de sable selon 
GéUc. Aucuns disent d^ argent à la croko de gtêeatte. Cette famille t'est 
rendue considérable à Valendennea et àCambray avant Tan 1160. > — 
Carpentier, de l'Estat et de la Noblesse du Cambrésis, p. 763. 










181 




|i0&iMie en remplacement 

„ _^^fifcpar Robert de Concy, 

^m^Jm^V^^- Elle (ut>cbev6«en 



im 



]à^i ent lien fin de septem- 



<^S 1 V^ ff 'Vf ftf *^ décembre Bai*aat. 
%!jKâ^^|0*'^i«P ^.««mit un beao cmàBx e 



:*: 




ipulture des psMîféréï, 
iblî par le chapitre dt 
attenant t son ëgtix , 
de la popolatioD. Le 
n^idionals des ren- 



':|f îf^ff*^""." (■*} ; " ï""** 



. —- ,-ç ^_>^^„ . celle oà se tronfait 

|^{tHâMfiP3«^^^diTidu9 pauvres, décé- 
^^£Ï^|!Tn^'â?ili pour cens de la nVe, 
'^Tk^H^^H la troiqime eoSn, 

^Ota^t^^^S^pàlt, dépendait de la 

"^r^ea^^ta^^ la ne qui a cooserré 

^(S*^pt^p4^^l>eai>iardin, el<|ael- 

«n^«âË^ffî^ medes Sottes etrim- 

- ,-- „ J^fiïi:-*-»"»-*^-* 

|«l^a». . -■g*^;iE:^Hrf4£ai,|>aitie cotte K. 



j»: 



— 309 — 



ÉGLISE DE LÀ CITADELLE. 




A première pierre de cette église fut posée \ë H 
mars 1599 , par un archidiacre et vicaire -génér if f 
de la métropole, nommé Valérieii DuOos, et eit 
présence de don Sanche Martin de Leva , goit- 
terneûr de U cttadeile. Ce dernier mourut \ë 
51 janvier IGOi (1) el fut inhumé dans Péglisé 
seulement achevée trois inois après, par les soins du soccesseirr 
ao commandement de la forteresse, don Jaan Pelegrin. La consé-s> 
cration en fat faite par Tarchevéque GiMlianme de Berghes, le 39 
avril de la même année 1601. H y avait dans cette église cim} au- 
tels, savoir : aateldeSt.-JaC€|ueS) apôtre, patron d*Espagne ; autel 
de Notre-Dame , patronne du diocèse de Cambrdi, autels def St.- 
Géri et de St.-François, et enfln un dernier autel dédié à Ste.- 
Barbe, patronne des canonnters. 

Uéglise de la citadelle était située au point (njlidinant du Mont 
dei BiBufs, et un peu en arrière (3) de la place occupée par U 
collégiale de St. -Géri, démolie en 1544. — La nef existe encore ; 
elle sert de mdgasin d' artillerie. 

Ces dernières aimées, en août 18ia, diverses appropriations 
laites dans ce dépOt d'armes, ont mis à découvert plusieurs pier- 
res tumulaires recouvrant la sépulture d'anciens gouverneurs dcf 
la citadelle. Nous y avons vainement cherché cellcf de doin Sancfitf 



[i) a Le derikiar dejaavier 1601, alla de vie à Irépas donSanc^oà' 
ifartinos de Leva , notre gouverneur, et le jour de la Chandeleur âuî- 
Vaot fut mis son corps en terre en la neuve église de la citadelle ; n 
fut porté par six religieux, de l'ordre de St. -François aux Récolîei^; 
etc. » — Ms.n<^884, p.S49. 

(a) Us. h» 658, an. 46. 




310 - 



Martin de Leva ; toutes les inscriptions étaient postérieures de 
plus d*un siècle à Tépoque de son inhumation. On^j lisait : 



Icy. repose mossire Charte de 
Larivière Sr. Dufresne, 
Chevalier de y ordre 
llilitaire de Saint-Lovis qvi 
Après avoir servi 75 ans pendant 
Lequel temps il s'est troavé 
A plusievrs sièges et batailles, 
Commandé vne compagnie 
^ De sit cehts 

Gentils hommes 
Entretenvs povr le service 
De aa Majesté 
Dans cette citadelle 
Dont il a esté gouvemevr 
L'espace de 25 ans, décédé 
Le 5 de jvin 1720. 
Reqviescat m page. 



D.O.M. 
Icy repose le corps 
i)e messire Robert de Laforcade 
Chevalier de l'ordre militaire 

De Saint Lovis 

Gouvemevr de la citadelle 

De Cambrai, bienfaitoTr de 

Oeçte église et des pauvres 

Qvl est décédé le ii novembre 

1734, 

Agé de quatre vingt nevf ans. 

Rbqvibscat in pacb. 



Ic^ gyst sovbs cefle tombe measlrer 

Anthoine de la Caille chevalier 

Seig. du TUIevl en Normandie 

Leqvel ayant passé environ 66 ans 

Av service dv Roy dans diverses 

Charges et employs avec honnevr 










:t^iP^^|"'- 



-*- 



^^igiiHif"^_*f'^_^^_^^.*f^.^yL'^^^^^*^^^*^'^Tfy**f^^y^-^**^**^ 




(^^ <^^ </T^ ^^^ 







KOîttGB 

la démolitiOD joridiqoe du château d'EcaiOM , 

par M. LE GLAY, archiviste du département du Nord. 



Au commencement dir XV" siècie , la seigneurie d*Ecailloo (I) 
en Ost rêvant appartenait i la maison de Robersart et se trouvait 
entre les mains de Jeanne de Padilles, dame douairière d^EscûlIou, 
laquelle avait deux fils, Jean et Gérard de Robersart. Jeanne ha- 
bitait avec ses enfants le chAteau-fort d^Ecaillon ; son Gis Gérard, 
comme puffué, était destiné à Tétat ecclésiastique. Pour préluder 
aux bénéfices qn*on voulait lui donner par la suite, sa tante Adèle 
de Rober>>art, abbesse de Ghislengfaien , près de Mons, conféra à 
Gérard, encore enfant, la cure de Oerchies (a), dont elle ivait la 
eollation. L'évéque de Cambrai , qui était «lors le célèbre Pierre 



(1) EcailloD ou Escaillon , village du Hainaut, dépendant du siège 
royal de Boucham , appartient aujourd'hui au canton sud de Douai. Il 
est situé sur un ruiaseau, à iO kilomètres de cette dernière viHe.Soivanl 
Carpentier, hiat. de Cambrai, 3' partie, p.53A, ce fut vers l'an i40<^ 
que cette seigneurie tomba dans la maison de Robersart. Mais, par une 
contradiction qui est assez familière à cet écrivain , H nomme ailleuis, 
p. 951, un Thierry de Robersart, seigneur d'Escailion en 1316 et 
1377. 

(2) Herchies, à 5 kilomètres de Lens, en Hainaut, était une paroisse 
du diocèse de Cambrai, décanat de Chièvres. 



— 313 — 

d*Ailly, ne ratifia point cette noftf nation , et déclara Gérard în- 
dtgue par «on bas-âge de posséder un bénéOce ayant charge 
d*ànies. L'abbesse ne se tint pas pour battue , et elle crut éluder 
Tempéchement canoniqne en donnant h cure de Herchies à un 
prêtre nommé Jean Wafflard , chapelain domestique de la dame 
d*EscaiHon, qui s'engagea à céder i Gérard un autre bénéfice sans 
charge drames. 

L'évéque, qni fit dans cet arrangement une espèce de simonie, 
l'annula encore et nomma à la cure d*Berchies Jean Poicbon, cha- 
noine de Cambrai, bon ckre et tuf fixant y homme de très-Mie 
vie et konneete , digne et hahiie de obtenir ledit bénéfice {V<. De 
là procès entre Jean Wafflard et le nouveau titulaire par devant 
TofHcial de Cambrai qui déboula en dernier ressort ledit Wafflard 
de toutes «es prétentions. 

La dame d^Ecaillon et ses deux flis se regardèrent comme 
personnellement offensés par ces écht* es successifs , et conçurent 
une haine profonde tant contre Tévéque et le chapitre de Cambrai 
que contre Jean Poichon , leur protégé L*atiié des Robersart, 
seigneur d^Ecaillon, écrivit à Poichon plusieurs lettres menaçantes^ 
en lui disant que s*il ne délaissait la cure de Berchi<is , on ne ces- 
serait de le poursuivre et de lui faire tout le déplaisir qu*on pour- 
rait. La dame d'Ecaillon elle-même adressa une lettre semblable 
à Mathieu Fiévet , abbé de Crespiii , chancelier du comte de Hai- 
naut et oncle dudit Poichon, dansPespoir que cet abbé, épouvanté 
par tant de menace*» , déterminerait son neveu à céder enfin le 
bénéfice contesté. Celui-ci tint bon. 

A cette époque, le eomte de Hainaui, Aubert de Bavière, re- 
vendiquait du chapitre de Cambrai une somme de 4,000 cou- 
ronnes, pour indemnité des dépenses qu'il a\ait faites à Toccasion 
du château de la Malmaisou (ti), conservé par s<s soins etappar- 



(I) Termes du faotum produit par le chapitre de Cambrai dans la 
<sauae entre le duc de Bourgogne el le comte de Hainaui. 

(f ) Malmaisoii , Mata Domits , ancienne forteresse située près do 
Basigiiy, au sud du Gambrésls , grand sujet de discorde entre les évo- 
ques de Cambrai et les comtes de HaJnaut. 



1 

4 



— 314 — 

^nant audit chapitre. Ce priDC%avait mandé à plusieurs reprises 
les di&pulés du chapitre poqr conférer arec lui sur cette roatiër« 
en son château du Quesnoy, où il résidait alors. Ces conférences 
fiirent longues et n'aboutirent de la part du comte qu*à une 
diminution dans la somme eiigée ; et en attendant qu'elle (ùl 
payée, il Qt saisir tous les ))iens que le chapitre possédait dans le 
gainant. Enfin , les chanoines , voulant tenter un dernier effort 
poiir obtenir la main- levée de cette saisie , envoyèrent de reche 
deux députés vers le comte , qui alors se trouvait à Valencienues. 
Ces deux députés étaient Nicolas Falourdeur, prévôt du chapitre , 
et notre curé-chanoine, Jean Poirbon. Le 6 février 140^-1403, 
ces personnages revenaient à Cambrai après avoir rempli leur 
mission sans trop de succès. Us cheminaient entre le bourg 
iVRaspres et le village de Naves ; arrivés à un endroit nommé la 
Flanque â'RietOf ils furent atteints par huit hommes montés, 
armés et déguisés. Ces hQipmes , s'adressapt à Jean Poichoo, 
tirèrent leurs épées sqr Iqi, en disant ; « A^ 1 faux loqdiers (f }, 
» par le Sang-Dieu, tu y mourras ! » Puis , s' adressant à Nicolas 
Falourdeur et apx hpmpies de sa suite, ils dirent que si quelqu*ui| 
bougeait , il était mort. Après qupi ils tirèrent Poichon en bas de 
son cheyal , le tratnèrept eq un champ hors du chemin , tandis 
que quelques- uns d'entre eqx criaient : ^ Tuez-I^ , tuez-le, ce 
» faux loudier. • Lç prévôt Falourdeur, é|ialii de ce guet- à- 
pens, essaya d'apaiser les agresseurs. « Benux seigneurs , » leur 
dit- il courtoisement, « prenez garde , je vous prie , à ce que vous 
« faites. Mqn compagnon est uii chanoine de Cambrai ; et^ à ce 
)> titre , il est sous la sauve «garda de M. le duc de Bourgogne, 
i> comte de Flandre. • Mais ces malfaiteurs ne tinrent aucun 
compte de la remontrance. « Nous savons bien cela, répondirent- 
» ils» mais le faux loudier a méfait et médit à madame d'Escaillon, 
p il faut qu'il le paye. » Et en effet , iU frappèrent à outrance 



(1) Le mot loudier est simplement indiqué comme terme de mépris 
(lans le glossaire de Roquefort ; mais on n'y dit rien sur l'orignie de 
cctto expression que Ducango ne mentionne môme pas. Carp^nlier, 
ppqtinu^teur de Ducange, )a fait vepir de lodia , terme 4e |>as6e latiniié 
qui vcp( ()ire cl^aumière. LowUer signiQeraii donc tout simplement 
|)§biia|]i de chaumière.- Une te|Ie é^yn^olpgie sen^)e ^Qpeu dou^use, 



-* 315 - 

ledit Poichon au visage el en plusieurs parties de son corps jus- 
qu*i grande effusioa de seig. Ils lut abattirent le nez sur la lèvre 
61 ils lui eussent menue cottpé un pied , si son éperon ne Tavait 
garanti. 

Et après tous ces eicès et mauvais traitements , ils dirent à Ni- 
colas Falourdeur : « Sire prévôt, pour Thonneur de vous et de 
» ce qu'il est en vostre compagnie , nous ne lui en ferons pas 
» davantage; s^ vous n'étiez iei, nous lui couperions lesdeui 
• pieds ; au moins un pied et un poing, car on nous Ta corn- 
» mandé ainsi. » 

Jean Poichon fut long-temps malade et en danger de mort par 
suite de ses blessures ; et il y eut gr^nd scandale à Cambrai et 
dans le pays à cause de cette cruelle voie de fait. Des plaintes 
furent portées à Philtppe-lc-llardi , duc de Bourgogne , comte de 
Flandre, et en cette qualité gardien et défenseur des églises de 
Cambrai. Le duc prit sur-le-champ fait et cause pour Jean Poi- 
chon et contre la maison d'Ecaillon. Il chargea le seigneur do 
Cuvillers, gavenier du Cambrésls, de faire une information. Il eu 
résulta que les choses s*était passées comme il vient d'être raconté. 
Le duc pouvait donc sans autre requête ou sommation procéder k 
rencontre des auteurs, complices et fauteurs du guet-i pens, de 
manière à obtenir d'eux la réparation de l'olTense , co'knme la 
chose se pratiquait du temps des comtes de Flandre. Toutefois, 
eu égard aux liens d'affection et d'affinité qui régnaient outre la 
maison de Bourgogne et celle de Baiuaut , dont les coupables se 
disaient sujets, le duc envoya une ambassade au comte de llainaut 
pour l'inviter el le sommer au besoin de faire réparer l'injure dont 
se plaignait l'église de Cambrai ainsi que Jeau Poichon (ij. Ces 



(t) Voici le texte des conclusions prises à cet clTct par le procureur 
du duc de Bourgogne : c Soit par vous, uosseignuurs les arbitres, dit, 
1» déclaré et ordonné que Icsdites oCTcnses... seront réparées et 
V émendées, et que en ce faisant , ladlcte dame d'Escaillon , sesdits 
» enfants et leurs complices, aydants cl confortants à faire et perpétrer 
> lesdites injures , seront contrains à venir faire <5mende honorable et 
» cryer mercy audit Mgr le duc de Bourgongnc, à tel jour cl on tel lieu, 
» en sa comté de Flandres que il ordoBucra ; eux tous , meimemont 
9 losdits enfants et leurs complices, calant ^ geim?. en leurs chcmisoSv 



— atd — 

riequfdjes el sommations deoMnrèrent sans eifét. Le cooiie dt 
usinant , étant tenu un jonr visiter le Aie de Boorgogne à Arras, 
r>)lui-ci profita de la cîrconslanoe poor reqaérir de nouveau la 
réparation do Toffense commise par le seigneur d'Ecaîllon. Cette 
démarche petsonnelle ne fut pas plus heureuse que lesprécéden- 

La mort du duc Philippe -le- Bardi , arrivée le ié avril 1404, 
suspendit un instant la poursuite de cette affaire. «Néanmoins^ la 
pomtesse douairière , Marguerite , devenue gardienne el avouée 
des églises de Cambrai , ne voulut pas faillir au devoir que cette 
pharge lui imposait ; elle renouvela auprès du comte de Bainaut, 
Guillaume, les instances les plus propres à obtenir enfin la punition 
des coupables.. Elle ne se contenta point de faire une démarche 
officielle auprès du comte ; elle écrivit à la comtesse, .t|ui était sa 
propre fille, pour la prier d'intervenir afin d*éviter un éclat. Ce 
fut en vain. La duchesse Marguerite, voyant que tous les moyens 
légaux étaient épuisés » ordonna à une troupe de ses hommes 
d^armes de pénétrer dans TOstrevant , d'assaillir le château d'E- 
caillon, d*en démolir la porte avec quelques pans de mur et 
^nsuite de se retirer. 

Tout cela fut exécuté à la lettre. C'était une forme particalîère 
d'abbatis de maison, tel qu'on le pratiquait à Valenciennes et dans 
hcaucoup d'autres localités de Rainant , de Picardie et de Cam- 
^résis, Seulement ici le cas n'était point prévu dans nne charte. 



» el auUrcment on humble estât ; ot pareillomenl à aler en f église de 
> Cambray, à jour de diemencho , ou aullre solempnel. . . à heure de 
D grani messe, chascun d'eulx en pure cote, tenant une torche ardent 
9 de 911^ livres, et Ulecques offrir lesditea torches, ot desdites offenses 
p crier Ibercy k Messeigneurs de ladite église et audit maistre Jebon 
y Poichon, ot en co faisant, à payer et chascun pour le tout audit Hgr 
}educl4 somme do 10,000 livres pariais, monnoye de France, el 
» audit chapitre la somme de 4,000 livres ou joyaulx è la valeur, et 
9 au4it maistre Jehan Poichon la somme de 1 ,000 livres parisis ', que 
p e^uK. dospens dosdits coupables soit fait un tableau auquel soit pjônio 
9 la représentation do laditcte émende , telle que dit est, pouf ioeDui 
9 n[)ottrc et afflgcr h fla de pcrpôtucUe mén^oire efi ladite église en lieu 



il m 







iiifii 

















DBS 

AFFICBES DE FLANDRES 

du mois de septembre 1783* 



(Cuimiiuniqué par M. Acumet d^U^ricourt ]. 



Lettre de M. Harduin , etcrélaire perpétuel de l'Académie 
d*jirrae, au rédacteur de ces feuillet. 

J*étoi8 bien loin. Monsieur, de m'attendra à Fbonnear qae voqs 
m*avez Tait , en rappelant avec éloge mes auciena Mémoires pour 
servir à Thiitoire de la province d'Artois, et prinripaleroent de la 
ville d*Arras, publiés ^ès raniiée 1705, et en insérant roâmedaiis 
vos feuilles des parties considérables de Tun de ces mémoires. 
Cela m*a fait naître Tidée de vous adresser un autre morceau 
bistorîque que je lus dans notre séance publique du 7 avril 1770, 
et qui n*a pas encore été imprimé. Je m*y détermine avec d'autant 
plus de raison, que cette pièce contient des explications sur queU 
ues endroits des mémoires antérieurs. 






r 



^ 3J9 — 



MÉMOIRE 

conleni$nl des faits et anecdotes tirés des registres de t hôtel de 

ville tArras, 

Je commenderai œ mémoire par des éobirdssemens sur deux 
articles de celui dont je fis ici la lecture il y a quelques années , 
touchant les entrées solennelles des rois de France et des comtes 
d'Ârtoîs. En rapportant ce qui se passa, lorsque Philippe-le-Bon 
fintà Arras le 41 septembre IMi, ]*ai dit que je voulais que 
cette entrée (ulla première quUI y eut faite, quoique les mémo- 
riaux de la ville ne fissent point mention d*une entrée précédente , 
Je me serais autrement exprimé , si j'avais eu sous les yeux on 
répertoire de ces registres que i*at eus dans la suite , et par lequel 
j'ai appris qu'il y manque dés longtemps un ou deux cahiers, 
qui renfermaient les faits arrivés dépôts le SO janvier 4418, jus* 
qn*A la Toussaint de l'année suivante. Ces cahiers parlaient am- 
plement des cérémonies observées à rentrée de Philippe -le-Boii 
au mois d^octobre 14 19, des présens que loi fit la ville, et d'un 
service auquel il assista le 99 dans Téglise de St.-Vaast , pour le 
repos de Tàme du duc {eva son père, tué sur le pont de M onte- 
reauFaot- Yonne. Beaueoopd'historiensparlent d'ailleurs du con- 
seil qu'il tint alors à Arras atec toute sa noblesse , et dans lequel 
on délibéra sur les moyens de venger cette mort. 

J 'ai été encore moins exacte en donnant à croire que les mayeurs 
et échevins n'avaient offert en 1464 au roi Louis XI qu'un modi- 
que présent de vln-de Beaune contenu dans 4 pots d'étain. C'est 
ainsi que j'avais entendu lés mémoriaux ; et j'étais fort surpris 
qu'on eut si peu à faire pour un monarque^ seigneur suzerain 
du comté d'Artois, tandis que vers le même temps on montrait une 
toute autre libéralité à l'égard des princes étrangers qui passaient 
dans la ville, tels que le roi de Portugal, è qui l'on donna en 1477 
a poinçons de vin de Beaune \ mais j'ai reconnu qu'on avait aussi 
présenté à Louis XK , quatre poinçons de pareil vin > outre les 
quatre pots qui lui furent portés en cérémonie, comme le «igné ^\ 
l'apnqnce d'uii présent plus cojisidêral)lç. 




^ 3«0 - 

Ceux que Ton faisait auxévéques d'Arraa étaient quelques fois 
d*une autre espèce. Je trouve qu*a rentrée de Gérard de Oam^ 
foUie, en 1569, il lui fut préseaté de ta part du corps de ville, 
deux gros bœub qui avaient oouté 90 écus, et que l'an I57u, 
Pierre Masoer, son successeur, fut particulièrement gratifié d'un 
bœuf du prix de 54 francs. Mais Jean Canardi qui occupa après 
lui id siège épisoopal, reçut à son entrée, en 4595 • un présent 
semblable à ceux dont on usait envers les comtes d'Artois , c'est- 
à-dire, de la vaisselle d'argent. On lui offrit deux pots et une 
coupe de vermeil. 

Il eut rhonneor d*étre accompagné, à celle entrée, par Phi- 
lippe ••le^llardi, duc de Bourgogne et oomle d'Arloi^ dont il 
était chancelier. Le magistrat avait fait publier quelques josrs 
auparavant, une ordonnance de police, pour prévenir tout aeei- 
dent en cette circonstance. Comme la plupart des maisons étaienl 
alors en bois, on prit surtout des précautioss contre les incen* 
dies. Il fut enjoint aux boulangers de se fournir d^une quantité 
sufAsanle de pain, pour le grasd nombre de bouches qne Ton 
attendait. On défendit aux hôteliers d'augmenter le prix des 
logements on des vivres, al à toutes personnes dUniorier les offi- 
ciers et les gens du duc ou de Tévéque, sons peine de punition 
exemplaire. Ce fut Jean Capardi qui il construire la nef delà 
cathédrale ', et c'est lui qu'on voit représenté â genout, avec le 
roi Charles VI et le duc Philippe la Hardi, son oncle. 

En 1420, 40 ans ou environ avant le procès qu'essuya le sieur 
de Beau fort, ainsi que plusieurs autres prétendus vaudoisoo 
sorciers, événement que j'ai traité dans mes précédents mémoires, 
et qne M . Camp a diseutè avec beaucoup plus d'étendue dans un 
ouvrage particulier, Martin Potée, évéque d*Arras, de Tordra 
de St. -Dominique, confesseur de Jéan-sans-peur, duc de Boor- 
gogne, s'était signalé par la punition de sèite Impies ou héréti- 
ques, tant hommes que femmes, qui tous, â ce qu'il semble, 
étaient de la ville de Donay. Quoiqu'on en parle, dans nos regta- 
très, comme de gens associés, qui lenoient antre eux dea aaseoK 
blées, on paraît cependant ne pas leur attribuer à loua lea mêmes 
opinions ; car, dans le détail de leurs condamnations, on distin- 
gue les erreurs dont chacun d'eux était convaincu. Ces différentes 



erreurs consistaient à nier le mystère de la Sainte-Trinité, la 
présence réelle, la vertu des messes de retient, et celle de Teau 
bénite, à se mocquer du baptême et de ta confession, à regarder 
Téglise comme une prostituée, que l^on parait pour en imposer 
aux esprits faibles et crédules, à soutenir que le samedi devait 
être fêté au lieu du dimanche, etc. • 

Martin Porée ayant été informé, par quelque} habitants de 
Douav, des sentimens de ces hérétiques, les flt arrêter et amener 
dans les prisons de Tévêché. Quand on eut achevé ^instruction 
de leur procès, les jugements leur furent prononcés publiquement 
le 19 mai 1420, dans la cour du palais épiscopal, après que 
l'évêque eut fait à ce sujet un discours éloquent et pathétique. Il 
s*y trouva une foule de monde, que les mémoriaux portent jus* 
qu'à 12,000 personnes au moins. 

Neuf des accusés, qui af aient abjuré leurs erreurs, furent con- 
damnés, les uns à une prison perpétuelle, au pain et à Teau, avec 
confiscation de biens, les autres à 7, 9, i% ou 15 ans de prison, 
suivant la gravité de leurs crimes. On attacha à eeut*d seulement 
des croix jaimes par-defant et par-derrière, et on les fit mettre à 
genoux devant révéque» qui leur adressa une remontrance ; ils 
reçurent ensuite, de ce prélat et de Tinquisiteur, quelques coups 
de verges sur la tête, et Ton brûla devant eux leurs mauvais 
livres. 

Les sept autres criminela qui étaient relapa et n*avoieiit point 
voohi se rétracter, furent condamnés au fsu , et on leur mit sur 
la tét«« des mitres chargées de figures de diables. Il y avait parmi 
ces coupables une femme nommée Catherine Mimarde, qui pen- 
dant 52 ans avait gardé des livres hérétiques, qu'elle lisait à beau- 
coup depersennes, leur conseillant, s*ils allaient à Téglise, pour 
éviter la persécution , de détourner leurs yeux de Tautel , et 
a*ils prenaient de4*eau bénite, par respect humain, de secouer ou 
essuyer aussit6t leurs doigts. Celte femme ayant entendu sa sen^ 
tence et celle de ses complices , les exhortait i supporter avec 
courage deux heures de tourmens, et à mourir comme elle , en 
vrais martyrs. 

L*un des condamnés fut brûlé devaut Tauditoire du siège épis- 
copal ; il donna des preuves de repentance, et s'efforça d'enga-' 



- 32^ - 

ger ies autres à se convertir aussi. On renvoya ces derniers à U 
justice séculière de Douay, où se fit le lendemain leur exécution , 
qui fut doublement tragique. Un échaufaud destiné aui juges et 
aux spectateurs les plus distingués, que Ton avait construit de 
mauvais bois. Vêtant écroulé tout-à-coùp, seize personnes furent 
grièvement blessées, et plusieurs en moururent. 

Au mois de février 1 488 , le père thomas Caneete , carme, 
iiatif de Bretagne, fameux prédicateur qui parcourait la Picardie 
et les Pays-Bas, se rendit à Arras où il fit plusieurs sermons de 
4 à 5 heures, tant dans le couvent de son ordre qu^au ciinetière 
de St.-Nicaisè. il prêchait sur une espèce de théâtre, après y 
avoir dit la messe sur un autel qu^on préparait ^our cet usage. 
Ses auditeurs, suivant les mémoriaux , étoieni communément au 
nombre de trente è quarante mille , ce qui est sans doute exa-> 
géré. Cet orateur zélé déclamait avec force contre la parure des 
femmes, qui Couchées de ses exhortations, renoncèrent aux gran- 
des cornet ou hennim dont elles scf coiffaient j^ et i leurs tabliers 
apparemment trop magnifiques; plusieurs même se firent on 
mérite de livrer ces ajustements pour être brûlés ; et l'on en ras- 
sembla un grand nombre, qui furent en effet jetés au feu , à la 
porte de la Cité devant la boucherie. 

Monstretet , auteur contemporain , qui s* étend beaucoup sur le 
père I%oma$ Conecte, ne fait pas monter si haut la multitude de 
ceux qui assiatolent à ces prédications ; mais II dit que Ton y 
Voyait souvent 16 à 90,000 personne» (4); que ce carme faisait 
tendre une corde au mjlieu de son auditoire , pour séparer les 
deux sexes, qu*il excitait les enfants à huer les femmes qui por- 
taient de ces hautes coiffures dont il étoit si choqué , et que les 
enfants, fort empressés, comme on peut le croire, à seconder son 
2èle, couraieut après les femmes pour les décoiffer. Panekouek€ 
dans son Abrégé chronologique de Vhiiîotre de Flandres^ rap- 
porte que le père Thomas prêcha 17 fois à Lille, et que Philippe- 
le-Bon ne manqua point un de ses sermons. Il fait aussi mention 



(1] Moastrelet ne parte pats, je crois, de la tîHe d' Arras en particir-' 
iter. 



r 



- 3«3 — 

des hautes coiffures, que les enfants, dit- il, animés par le prédi-^- 
caleur, tiraient avec des crochets et jetaient dans la boue (l). 

On lit encore dans Monstrelet, que le père Thomas après 

avoir opéré pendant 5 ou 6 mois beaucoup de conversions, vraies 
ou apparentes, et s^étre attiré la haine de certaines personnes 
aussi poissantes que dangereuses, dont il avait frondé sans mé- 
nagement la conduite , alla sVmbarcfner à Saiut-Valery, pour 
retourner en Bretagne. Monstrelet ajoute que 4 ans après, ce 
feligieux fut brûlé à Rome pour criiAe d^hérésie i et comme il né 
s^expliqne point sur le genre d'hérésie dont on le trouta coupa- 
ble, le célèbre Meyer, curé de Blaukembérg , €(ui parle de ce 
feitd*après le "même auteur, soup^nne quel le plus grand crime 
du malheureux carme était d*avoir censuré trop vivenKnt la si- 
monie. (JnntUes d$ Flandres^ liv. XVI.) 

Il fut un temps, où pour éviter de plus grands désordres, on 
crojfait à Arras, comme ailleurs , devoir autoriser céttaids lieot 
de débauche, dont Tinspection était confiée au roi des Ribaùds, 
ainsi qu*on le Volt par la formate de son serment, que j^ii rap* 
portée dans un autre mémoire. Uoe ordonnance rendue cffi 
1598, par leséchevins, enjointe toutes femmes de mauvaise vie, 
sous peine de bannissement, d^aller habiter dans 7 jours et 7 
nuits, Tun des endroits affectés aux personnes de leur état. Ces 
endroits nommés dans l'ordonnance, étaient les plaeettes , la pe- 
tite rue contre le pont de St-Vaast, la maison du Toucquet der- 
rière les rues de cette abba}e, et la rue de Jean le Gras, ou rue 
Maîely située hors la porte de Samt-Nieolas. 

Mais on punissait sévèrement ceux qui cherchoient à corrom- 
pre d*honnétes femmes. E^4S0, une couturière et son mari, con^ 



(i) L'abbé Prévoal dans son Pour etcontre^ tome XIV, nombre 207, 
entre dan» un détail assez étendu touchant le père Connecte, et cite k ce 
sillet un long passage de GuiUaume Paradm , annaliste de Bourgogne 
où il est dit que les dames portaient surtout en Flandres, de hauts atours 
sur leurs iétes, ds la longueur dune aulne ou emnron, aigus comme 
dockers, desquels dépendoient par derrière de longs crêpes à riches firan-' 
e^es comme élendaris. 



- 3î4 — 

« 
vatheos d'avoir voulu livrtr à un Kbeflîu la (anine <l*an bour- 

geoifl^ furent bannit d'Arras pour 5 ans et 5 jours. Le jugenient 
porte que s^ils osent reparaître pendant ce temps , lisseront ban- 
nis pour 5 autres années ; que de plus la femme sera mise au pi- 
lori, et flétrie sur la Joue droite avec fa eief île la halle de fé- 
ehevinage. 

Âumois de mars 1 4g4, une nommée GiUeite^ hùtesse du CroU- 
$antf où elle tenait des baius et étuves, ainsi que des filles publi- 
ques, étant toupçonnnée de ladrerie, on lui ordonna d* aller 
aux épreutes, avant la mi-Caréme, et supposé qu*elle voulût lais- 
ser sa maison au même usage, de la quitter sans délai, en com- 
mettant quelqu^un pour la tenir à sa place. 

Sur la fin du même siècle, une fille dé joie fut accusée de plu- 
sieurs actions qui etcédaient la tolérance accordée aux créatures 
de son espèce. Ou lui imputait même d*avoir ensorcelé une au- 
tre fille. Ayant été sérieusement admonestée, et menacée de ban- 
nissement, elle promit de se gouverner plue gradeueemenl dans 
la suite, et de ne plus porter de faUU{i) ni aucun habillemeat 
qui pût la confondre avec les femmes de bien. 

Les registres nous apprennent qu'il y avait autrefois à Arras 
un suppôt de police, riommé Tue-CkUn, qui prêtait serment par 
devant le magistrat Ou en rapporte un acte de Tannée 1414, 
mais sans explication particttlièfre sur les fonctions at&chées à cett« 
place. 

En 1431 , il arriva de Beauvais à Arras une ebarrette chargée de 
toiles et autres marchandises, traînée par trois hommes, qui 
étaient attelés et sanglés à peu près comme des chevaux, deux de 
front et l'autre en avant. Ils dirent qf^ rextrême rareté des cM- 



(1) La /bille est tm volfu on mantlUe notre ((ne les fémflMs4ela 
Flandre portaient sur la tdte principalement poar aller à l'église. On en 
volt encore à Bruxelles, à Gand et dans maintes yillea de Flandre. 
Cette mode paraît plus anciennes qne la domination espagnole dans 
les provinces des Pays-Bas. La mantille, colffore nationale deafea- 
tnes de la Peninsnle est peut -être nne mode flamande conservée en 
Espagne. m. ». 



— 325 — 

taaz dans leur pays obKgeoit d*en user de la sorte, et qu*oii y 
avoit ioTenté pour labourer la terre» une espèce de charrue, qui 
étoit aussi tirée par des hommes. 

L^an 4454, il commença à geler et à neiger abondamment vers 
la St-Ândré ; et la gelée ayant duré trois mois et trois semaines 
sans interruption, il resta pendant cet espace de temps sur le 
pavé une grande quantité de neige. 

Beauconp de gens s'amusèrent à en fabriquer des figures et des 
groupes, dont le détail parut assez intéressant pour être consigné 
dans les mémoriaux. On voyoit dans la rue des balances, Samton 
monté sur un lion; an carrefour de PEglantrer, le roi de Claque- 
dent; dans la rue de Ronville. les Quatre fiis Aymond; au car- 
refour de Hage-rue, frère Galapin qui prêchait déiir^ espoir et 
patience; devant le couvent de Louez-Oieu, la danse Macabre; 
devant la Magdeleine, les Sept Dormans, etc. etc. (4 ) 

Le 6 avril 45SO, quatrième fête de Pâques, sur les cinq heures 
et demie du soir, on sentit A Arras un tremblement de terre, qui 
dnra trois on quatre minutes, et dont Teffet se borna à renverser 
quelques vieilles cheminées; mais cette secousse, qui s'étendit fort 
loin, causa plus de dommages en beaucoup d'autres endroits, sur 
tout dans le voisinage de ta mer, et principalement à Calais, où 
divçrs édifices furent entièrement abattus. Quoique la ville d'Ârras 
eut très-peu souffert, la singularité de cet accident^ dont on ne 
conniaissait point d'exemple dans*le pays, jointe aux nouvelles 
qn^on reçut d'ailleurs, répandit une frayeur extrême parmi les 
habitants. Les mayeur et échevins prièrent un provincial des 
eordeliers^ qui avait prêché le carême avec succès dans la cité, de 
faire à ce sujet quelques nouvelles prédications ; et il en fit plusieurs 
de deux ou trois heures chacune dans l'église de St.-Géry. 

HÀRDDIN. 



(i) Je remarquerai à cette occasion «qu'une étonnante quantité de 
neige étant tombée à Florence du temps de Pierre do Médicis, il y 
rappola tout exprès le fameux Michel- Ange , pour faire une statue de 
cette matière dans la cour de son palais. 

22 






6 






UN POETE INCONNU. 



JiAtf LB Veau , cUr,.d Louis Barangier^ Herétaire i$ 

Marguerite d'Autriche. Il ê^ excuse des propos 

qu'on lui fait tenir contre le Pays et 

assure qu'il nest pas capable de 

parler contre personne. 

HoirsiBUR, si très hiiinblement que bire pais, i foCre boone 
grâce me recommande. 

Monsieur, ja)- entendu comme aucuns mauvais rapporteurs 
vous ont référé par moy avoir esté ditte aucunes parn|e8 contre* te 
pays de pardela, ce que Je ne vouldroye nullement faire ne a quoy 
je ne pansis onqiies du moings a la sorte quMI les ont peu pren- 
dre ; et s'ils me v eu! lent improperer tel injure et oprobre je sonb- 
tiendray alencontre non avoir proférées lesdlttes paroles fors que 
en bonne manière que ne poiirroient pourter préjudice ny dom- 
mage à personne quelconque, mais au contraire je suis Coasjonrs, 
comme je suis seur estre cercioré, et tel que mon maistre roecon- 
gnoitboncrestien par dehors et par dedans, en ensuivant les vesti- 
ges de mes prédécesseurs selon lesquels je délibère vivre tout le 
cours de ma vie; vous supliant. Monsieur, ne vouloir croire ny ad- 
jouster foy a ioelles , lesqu* elles je me tiens pure et inocent et pour 
ce que ces choses me touchent et doubte au futeur tourner a mal-* 
vaise conséquence, et pour plus occidativement vous bire appa- 
roir et démontrer maditte inocence, je suis été contraint a exhi- 
ber ma grosse et rude teste de veau et entendement imbecille a 
vou.) faire entendrer par vers assez mal chaprisez que ne suis nul- 
lemsnt culpable du cas, comme pourrez a plaiu congnoistrt. 



- 3â7 - 

En gémissant d'vDe douleur amere , 

Gomme l' enfant qui a perdv sa mère , 

Jectans regrets, plelngs, pleurs, soupira et larmes. 

De m' imputer ung si grant iritupere, 

Dont peu n'en fanlt que je ne men désespère' 

Ou de me rendre Inere nineur ou oarmes, 

Que jay meadit et biaaomié les armes 

D'ung tel Seigneur et de tous ses gens d'armes. 

Et sans raisons tels paroles on m'infère, 

Dont Jay le cueur aussy dur comme marmes, 

Encontre ceu;^ qui profèrent tels termes 

Que ne repute aussy saige que Homère. 

Estans tous seul , il ma prins volonté. 

Pour éviter du tout oisiveté, 

De répliquer contre ces rapporteurs 

Lesquelx ne disent du tout la vérité. 

•De tast de choses qu'ils ont a récité. 

Dont (^our ces causes se disent détracteurs 

De fauU rapports dont ils sont promoteurs, 

Et de tels cas veuUent e^tre acteurs, 

Guidant pour oe avoir bien mérité, 

Mais quant fon trouve qu'ils ne sont que menteurs 

L'on ne lee doit repnter pour docteurs 

De eontrouver «elles noveUeté. 

Fist chevaûlcheur d'eseuerie ou vng poste 

Qui ne m'est pas d' aussy près que ma coste, 

Voulant user de ce qu'il a aprins, 

Et la raison pas gueres ne luy coste 

Dire motz par dedans et de costé 

Sur vng quidem qui n'aura point mesprins, 

Pensant bien dire dont il sera reprins 

DWng tas de foU, par qui il est surprius 

Et bien souveoi en leur couraige note 

Le bien parler qu'ils auront très mal prins, 

En leur panssée toutellement comprins 

Pour relaté quant viendra a leur poste. 

Gar pour ces causes ils sont bons Bourguignons, 
Mais tout leur fait ue vaut pas deux oignons, 
Et en œ cas point ne servent leur prinee. 
Ne les rapports dont souvent Barguignons 
Ja pour cela ils ne seront mignons 
Ne gouverneur de toute la province. 



1 



— 3t8 — 

Je ne le dis pas a ceux qui me pince 

Ains parle a tous eo gênerai et prinace 

Que aucune fois paradis ealoignona 

Par tel moien, car oires en advinee 

A tel gakuis que autre chose à prinze, 

Que deulx nomez rapporteurs par leurs noms. 

Nul- ue sçat pas se povoir maintenir 

Entre tel gens ne eulx entretenir, 

Qui ne se veutt réputé imbécilie, 

Folles paroles ils veuUent soubstenir, 

Trois fois plus doc ils se veuUeilt tenir 

Que ne fut oncqnes Profete ne Sebille, 

^ Et quant Ton parle ils sont si très abile 

Et a reprendre s'ils qui point ne vaxille, 
Incontinent ils veuUent paryenir 

Mais ce serait chose bien difflcilei 

Eussent il veu Arragon et Gecille, 

Par tels moyens grans maistres devenir. • 

L'vng fort prospère, Tautre vit en souffrance, 
Les vng ont bien et les antres indigence, 
Pourquoy ne scay comme l'homme peuH vivre 
Fors seulement de prendre en patience 
Les faux rappons a pois et a balance 
Qui poisent plus sont des fois que cent livrée, 
Et ne scait pas iceluy qui les livre, 
Ne n'a aprins, ne par cueur, ny par livre , 
Quel chose importe les mois tel qu'il avance , 
Mais je scay bien qu'iLi sont plus souvent ivre 
El n'en seront de ceste année delfvre , 
Ne aussy fauldront de mesdtre a oultrance. 

Je me tiens tel et bien dire je Tose 
Faisant savoir^ et par vers et par prose, 
Que ne vouldroye quelque parole dire 
Contre les princes car en ce et autre chose 
Toffenceroye combien je presupose 
Que nul du monde, si son gaige il pose. 
Le recevray, le voulant contredire, 
Car je suis seur il en aura du pire, 
Et demandra aussy plat que vue alose , 
Et s'il a gardé d'vne autrefois mesdire , 
Je luy donray quatre livres de oire , 
Pour les offrir sur le bout d'vne esclose. 



— 329 - 

Pourtant, monsieur, à qui ceste s'adresse , 
Je vous supplie par prière expresse , 
Que ne veullec nullement tels mots croire , 
S'ainsi estoit Je vivroye en détresse y 
Sans espérer n'a maistre n a maistresse , 
Aucun bienfait vaillant plus d'une poire 
Combien teneurs Je retiens en mémoire 
Votre bonté, et pas oe lay encoires 
Mis en oubly n'aussy la bonne adresse 
Que m'avez fait , et si tiens pour notoire , 
Comme moustrez estre tout perremptoire , 
Que m'aiderez aussy vray que la messe. 

Monsieur, {e vous supplie me pardonner si je me jugere a vous 
escrire chose qui nya rime ne raison, mais c*est eueommence- 
ment et si suis très mary des paroles que Ton vous a rapportées 
que ne sont que frivoles, combien je crois ne roen laisserez a 
faire quelque bon avancement quant viendra le temps a ce op- 
portune, ce que je vous prie faire en me tenant toujours votre 
très humble et très obéissant serviteur tous les jours de ma vie. 

Atant, monsieur, je prie notre S', vous donner rentrée de vos 
bons et vertueux désirs. 

A Bloys, ce vij* jour de décembre (1519, ut puto). 

Votre très humble serviteur. 
Est signé Jehan Le Vbau , clerc. 



Au dos est écrit : « A mon très honoré S', monsieur maistre 
« Loys Baranger, Conseiller et Secrétaire de Madame. » 

CollationDé à loriginal dn papier écrit tout entier de la main 
dudit Le Vean, cacheté en cire rouge» par nous etc , à Lille, le 
1*' septembre 4777. 

GODEFROY. 
Garde êes archives de la Chambre des Comptée, 




HOMMES ET CHOSES. 



(arcieriib collégialk.) 

Les fouilles qui s'exécutaient n*aguëres sur la place Saint- 
Amé, ont rappelA Tattention des habitants de Douai sur Pandeo 
monument qui s'y trouvait debout il y a daquanta ans. Nmh 
cro) ons donc être agréable à nos lecteurs, en leur traçant sooh 
roairement Tbistorique de cette basilique, célèbre dans les fastes 
ecclésiastiques. 

Si Ton en croit le père Martin Lhermite (i), vers le milieu du 
VI* siècle , une chapelle , dite la Chapelle-Rouge^ existait déjà sur 
remplacement de Saint-Àmé ; elle aurait été élevée par Théobald, 
duc de Douai, père de sainte Gertrude, et visitée par saint Amand 
lorsqu'il arriva dans nos provinces. Ce lieu se trouvant placé 
sur une éminence, défendue d'un côté par la Scarpe, abritée par 
le château de Douai , demeure des seigneurs , parut propre à la 
construction d'une église. Elle y fut bâtie et placée sous Tinvo- 
cation de Notre-Dame, dont elle prit le nom. Dans le IX* siècle, 
les invasions fréquentes des hommes du Nord, qui Tenaient piller 
et dévaster nos contrées , obligèrent les religieux du monastère 
de Merville, où saint Amé avait été enterré, è se réfugier à Douai; 
ils y transportèrent alors les restes de ce saint, et l'église de 
Notre-Dame prit le nom de Saint-Amé. -Voici comment le R. P. 
Lhermite raconte cet événement avec sa manière naive et toute 
pleine de foi : 

« L'église de la Vierge (N.-D.) estoit donnée par S. Maurand 



(i) Histoire i9i samtt de la provmcs d9 UU$, Davay, ùrcMn, mec 
la naissaues, ftrogrès, lustre de la religUm catholique en ces châteUenies. 
À Dovay, B. Bardou, 16^8, in-40. — Histoire sacrée lies saints dMCs et 
duchesses de Dovay, Dovay, 1637, liï-4». 



— 331 - 

aui religieux de iMerrille (1). fIslAvent donc les drapeaux sacréa 
pour ae tranaporter à Douay avec une dévotiou solennelle 
mealée de frayeur. La Lys coulait enflée de larmes perdant le 
gage prétîeai de son apoatre et patron S. Amé. Lea chemins 
eatoient couverts de verdures, parsemés de fleurs, embaumés 
d*odettrs , rayonnants de flambeaux , que- portoit la piété et 
accompagnoit la foule des peuples jusqo^à Douai, d*où le Clergé 
et le Magistrat sortit au devant avec un appareil semblable 
d*étendardS| de musique et dVncens Tan 870. Ce fut un 
triomphe de dé%'otion en nn temps épouvantable; a!oa que 
Notre-Dame du Chasteau receot i bras ouverts, dans «on églifus, 
S. Amé, auquel elle céda le nom et toute la place à ses chanoi- 
nes, qui en renouvellent chaque année la fête avec solennité le 
iOd*octobre... » 

Si Ton ne trouve pas de documents authentiques sur les pre- 
miers temps dé cette collégiale, on doit l'aiti ibner à deux incen- 
dier qui consumèrent ses archives. Le premier aurait eu lieu^en 
i076, sous Philippe l'', roi de France, et le second le 91 juillet 
IS95, sous le règne de Philippe-le bel. 

L*églÎ8e de Saint* Amé fut reconstruite à la fln du Xll' siècle ; 
li's travaux commencèrent vers 4491. En 1 771 et 1779, le rha- 
pttre fit procéder i rembellissement de tfon église, à la réparation 
et à Texhaussement de sa tour qu^il fit surmonter d'une flèche, 
sur les dessins et la direction du frère V»mez , brigittio de la 
maison de Pérnwelz (2). Rappelons, en passant, que toutes tes 
maisons religieuses d*hommes avaient alors un de leurs membres 
▼ersé dans Tart des constructions. 

Le i 7 novembre 1 790, parsoite des décrets de la Convention, 
les scellés forent apposés par un commissaire sur le chapitre et sur 
toutes ses dépendances. Son prévôt était alors 11 de Ran$t de 
Berkem; le chapitre se composait de quatre dignitaires, de vingt- 
un chanoines capitulaires, parmi lesquels on remarquait M. Che- 
talier, mort vicaire-général à Cambrai en 1819; M. Gateile, 
mort prêtre habitué de Saint-Pierre il y a quelques années; M. 
Mellet, mort maire de Douai en 4 804; M. Leveiçue, mort grand- 
doyen de Saint-Jacques le 95 Janvier 1844; M. Saingetin, 
principal do collège d*Anchin En outre de ces chanoines, le 



(1) Cette église et les propriétés qui rentouraleiil apparlenaienl h 
saint Maurand , quiétaii de la famiUe des ducs de Douai. 

(î) Ce môme re-igionx fut l'architecte de l'église des Dominicains de 
Douai. 



— 338 - 

chapitre avait deux semi -prébendes et trente-sept chapelains on 
bénéficiers, qui desservaient autant de chapelles qui lui apparte- 
naient, tant dans l'intérieur qu*à Teitérieur de la ville 

IJ église fat vendue en 4 798 et démolie la même ann<<e. Pour 
Jeter à bas la tour qui était fort élevée et dont les deus tiers étaient 
entièrement construits en beaux grés, on employa â ce travail tes 
mineurs de la garnison.' Comme les démolisseurs n achetaient 
les églises que pour la valeur du fer, du plomb et du bois, et que 
les antres matériaux leur importaient si peu qu'ils ics abandon* 
natent à ceux qui voulaient les enlever, on usa d*un singulier 
moyen pour avoir le clocher i bas sans prendre la peine de le 
démolir. On remplaça les premières assises des contreforts de la 
tour an ras du sol du côté où on voulait le faire tomber, par des 
étais de bois posés debout et qui soutenaient les masses supérieo* 
res ; on mit ensuite le feu à ces pièces de bois, et bientôt les deux 
tiers du clocher furent couchés à terre. Le reste fut abattu quel- 
ques semaines plus tard. ' 

La basilique de Saint-Àmé avait son entrée principale vers la 
rue d'Ëqoerchin ; son mattre-autel était du côté du pont des 
Dominicains; elle avait aussi une entrée au sud. Son clocher 
était en face deia rue qui porte son nom , et il y avait encore 
une entrée au-dessous. . L'église était donc tournée comme tous 
les édifices religieux du tenips, d*Orient en Occident. 

Plusieurs reliques précieuses étaient conservées è $aiot*Amé, 
avec les restes de ce saint et ceux de saint Maurand, patron delà 
ville de Douai. On y voyait de beaux mausolées et des tableaux 
de bons maîtres. 

Ce chapitre de Saint-imé a produit plusieurs hommes distin- 
gués, entre autres le chanoine AzOy auteur d'un Commentaire sur 
les œuvres grammaticales de Priscien et, dit- on, fondateur de la 
confrérie des Clercs- Parisiens ; TFalerand Hangouard, le pre- 
mier recteur élu de rUniversité de Douai; Nicola de La Fer~ 
dure , que. Fénélon se plaisait à consulter; Bruneau de fFassi- 
gnies, savant bibliophile ; enfin André Chevalierp dont nous 
avons parlé plus haut. 

' La collégiale de Saint-Amé avait des chapellea desservies par 
ses bénéficiers à Féchain. à Dorignies, A Fumes, à WagnoovîUe; 
les autres se trouvaient dans la ville. 

Le chapitre de Saint-Âmé était fort riche , parce quMI ataît 
réuni, aux propriétés qui appartenaient à cette église , celles do 
monastère de Broyles , près Mervîlle , dont les membres étaient 
venus s'établir à Saint-Amé ; il était extrêmement jaloux de ses 
privilèges et de ses droits. Nous n'en donnerons qu'im exemple. 



- 333 — 



« 



Au inilicu du XV" «écle^ les habitants d'Aubîgny<1e-Comle , dans 
\ft coDiU de Saint Pol en Arloîs, aTaient détruit une partie de bois 
peu considérable appartenant au chapitre. Plainte en fut portée 
et de lourdes amendes furent payée» par les malheureux paysans. 
Ce n'était pas assez ; les chanoines obtinrent que chaque année on 
viendrait leur faire réparation , non du dommage quMIs avaient 
éprouvé, puisqu'il était reparé, mais de V outragée qufi Von avait 
fait à leur droit de propriété; chaque année donc, un habitant de 
la comté d*Âubiguy venait à Douai à Tépoque de la procession, 
à la léte de laquelle il se plaçait, portant un grand rierge allumé 
qu'il déposait , après la cérémonie , sur un chandelier auprès du 
niaitre-autel. Cette cérémonie se nommalMa fête delaCan" 
douille. Elle fut supprimée le 19 octobre 4 776. 

La seigneurie de Merville appartint lon$^-teœps à ce chapitre, 
et la cure de son église était à la nomination du prév6t du cha- 
pitre. 

Il n'entre point dans notre sujet de'parler des nombreux mira- 
cles qui sont arrivés à Saint-Aœé ou ailleurs, par la puissance de 
ees saintes reliques. 

(Voyez le Cameraeum Chriitxanum, de M. Le Glay^ 4 849» 
in-4^ p. 106-1 10)* 

aibértc 00ultt 

La ville de Condé, place forte, resserrée dans un petit espace 
par une triple ceinture de murailles et de fossés, compte un petit 
nombre d'illustrations littéraires sorties de son sein ; elle n'est pas 
en position de négliger le peu d'iiommes de lettres qu'elle a 
produits. Parmi les principaux, nous devons mettre au premier 
rang Alhérie Boulit^ né dans cette ville le ai mai 1651, d'une 
famille estimable dont le nom n'est pas encore perdu dans le 
pays.' 

Bonlit vit le jour sous la domination espagnole, et cependant il 
dut sa fortune à la France ; il fit de bonnes et fortes études qu'il 
dirigea vers l'état religieux; il devint un fort théologien, fit pro- 
fession , et entra dans l'ancienne abba} e de Loos , près de Lille, 
de Tordre des Citeaux , et y fut choisi comme professeur de théo- 
logie. Possédant une excellente mémoire, ayant le goût de 
Tétude et du travail , il se distingua bientôt dans ses fonctions et 
composa plusieurs ouvrages qui ont été mentionnés par les auteurs 
du Gallia Christiana ; ce sont : i^ un jéhrégé du droit théo- 
logal^ et a^ un ComfMntavre sur la règle de Saint-Benoiet. 11 
faut en ajouter un troisième qu'ils n'ont pas connu, mais qui existe 



— 334 — 

en Ms. dans la bibl. publique de Lille, sous le n** 119, intitulé : 
De Statu relîgioso, \n -*•. Ce travail est divisé en cinq litres : 
1. de Tétat religieux ; 2. de la profession religieuse; 5. de la 
pauvreté religieuse ; 4. du vœu de chasteté ; 8 du voeii d*obé- • 
dienre. 

Âlbéric houlit lisait avidement et méditait souvent les œuvres de 
S. Thomas, à la doctrine duquel il resta fort attaché : il fut grand 
ennemi des novateurs. Il ava;i étudié avec application Suarex^ 
et puisé largement dans ses grands traités sur la religion On 
accusait notre Condéea d'écrire moins bien en français qa*en 
latin ; ce qui n'a rien d'étonnant pour un homme né dans nne 
petite ville de Hainaut , qui avait plus vécu avec ses auteurs clas- 
Mques qu^avec les hommes polis du grand momie. Il se servait 
surtout admirablement du latin familier, et il ne conversait jamais 
qu>o celte langue avec les jeunes religieux sortis frais émoulos de 
leurs études. On le regardaii comme bon logicien et il argumen- 
tait avec une certaine vigueur; il prêchait aussi fort volontiers, 
et quelquefois il te fainait en patois du pays pour se mettre au 
niveau du petit peuple ; il parlait alors d'abondance et d'une façon 
naîve« touchante et véritablement entraînante. 

Boulit fut promu au grade de sous prienr dans son abbaye , el 
alors on le craignait b *aucoup dans le cbaptlri- à cause de sa sé- 
vérité ; mais ayant été direiUeur de Baupret, de Weveighem et de 
Tabbave des dames de Marquette , les religieuses trouvèrent le 
secret de l'adoucir et il retourna à Lops beaucoup plus souple et 
plus traitable qu'il n'en était sorti. Il fut toujours , da reste , 
bon religieux, régulier, plein de piété et de droiture. 

Louis XIV, peu de temps après la conquête, le nomma 56* abbé 
de Loos, le 5 septembre 4684, en remplacement de Dom Gaspard 
Tat^erne , décédé le 95 mai précédent. Dom Boolit fut installé 
le 96 novembre suivant par Eustache de Fromont , chanoine de 
Saint'Pierre à Lille, remplaçant à cet effet AI. Gilbert de Cfaojseoi, 
évêque de Tournai. One fois à la tête du monastère , rabbé 
Bouiit y déploya une magpiAcence digne d'un palais. Le marbre 
de Gênes couvrit les parois des murailles et remplaça les dalles ; 
des boiseries dorées garnirent le sanctuaire ; les pièces d^argeoierie 
ornèrent l'autel ; de riches peintures furent appendues aux murs 
et de moelleux t^pis adoucirent le froid des degrés. Il décora le 
quartier abbatial, fit construire des appartements d^ étrangers et 
desremisespour les carrosses et chariots , et restaurer la chatiasée 
d^Esquerme à Haiibourdin , afin de rendre praticables en looie 
saison les abords de l'ahbaye. 

En même tetnps que l'abbé relevait ainsi Tabbaye, î! ae remettait 
lui-mrme au niveau de ses religieux en continuant à manger 



r 



— 335 — 

cm ao réfectoire eommuoi ne yoolant pas être servi en pariiculier 
comme %es prédécesseurs, il désirait bien que sa maison dominât 
les autres par sa splendeur et son lustre, mais il voulait Tégalité 
pour sa personne. Malheureusement on peut lui faire W repro* 
che que toutes ses belles constructions détruisirent les vieux et 
vénérables mausolées des ^avrin, des Blaiinghem des Lan^^ 
glé$9 et des autres maisons nobles du pays, qui auraient pu être 
conservés en prenant place dans les nouveaux arrangements de 
Tabbaye. 

L'abbé Boulit supporta avac patience el résignation un mal cruel 
qui envahit Tune de ses jambes pendant les treize ou quatorze 
dernières années de sa vie et afOigea la fin de sa carrière. H 
mourut dans de grans sentiments de piété, le 10 juin 1704, à Tige 
de soixanle-quatorse ans, et après vingt années d*un gouverne- 
ment doux et pacifique. 11 eut pour successeur sou beau-neveu, 
dom Ignace Delfone , qui est Tauteur d*une Description de 
Vabbaye de N. D. de Los, dont un important extrait a été publié 
par M. Le Glay^ pages 974-598 de son Catalogue des mes de 
Lille (pièces justificatives), 1848, in-S^". A. D. 



IKn conventionnel bu Itor) en pmon. 

€e qu*on a presqu'ignoré, c^est que le règlement de la Conven- 
tion n*a pas été purement comminatoire , et que , dans une cir- 
constance au moins, il a reçu sa »évére application. Voici ce qui 
s'est passé à la séance du 9 pluviôse an III, et ce que nous trans- 
met Findiscret Moniteur: 

On discutait au sujet d*un décret rendu précédemment contre 
un écrivain nommé Lacroix, qu^ou avait renvoyé devant le tribu- 
nal criminel, de la Seine^ comme auteur d*un ouvrage qui avait 
pour titre : Le Spectateur Français , et qui avait été dénoncé 
à la Convention comme contenant des doctrines royalistes. Le 
rapport de ce décret était demandé. L'auteur de la dénonciation, 
Duhem , défendait vivement facte de la Convention qu'il avait 
provoqué. Duhem était un médecin, député de Lille, fort hon- 
nête homme, mais le plus exagéré et le plus violent des monta- 
gnarjls. 

Dans le discours qu'il prononça à cette occasion, il se permit 
de dire ces mots : Cest VaHstocratie et le royaliême qui triom- 
phent. Aussitôt le député Chiappe demande que, par un décret 
de l'assemblée, Duhem soit envoyé à l'Abbaye. Duhem essaie de 
96 défendre; et, comme toujours, il récrimine et ajoute é l'irrita- 



-. 336 — 

tîon de ses adtereaires. De toutes parla ^ s*é!èvent les cris : A 
VAhbayn^ Duhem, étAhbitye! L^assemblée est en proie au 
désordre; le président se couvre. Dès q|ie le calme tenait, le 
président rappelle Duhem à Tordre» pour avoir insulté la Coo- 
veution. Mais rassemblée déclare que cela ne sufBt pas : les erîs 
à t* Abbaye! à t Abbaye! recommencent. Un décret est pro- 
posé, mis aux voix, et la Convention décide que Duhem ira à 
TAbbaye. 

On demande qne le décret soit immédiatement notifié à Duhem, 
et qu*il parte sur-le«champ. Nouveau décret rendu en ce sens, 
au milieu des applaudissements de l^sssemblée et des cris de vwe 
la République! 

Mais, dans cette procédure sommaire , on avait oublié deux 
choses, d*abord d'entendre les eiplications du membre incrîminé, 
ensuite de fixer le temps de sa détention. Sur la demande de 
Legendre, qui fut Torateur le plus énergique et le plus écouté de 
toute cette période du règne conventionnel, la parole fut accordée 
à Duhem, qui se défendit du mieux quM put et avec convenance, 
en déclarant qne si la Convention maintenait le décret rendu par 
elle, il y obéirait comme il avait toujours obéi aux lois. Ce respect 
de la règle , qu'on retrouve à chaque page de Tbistoiré de la 
Convention, est fort remarquable dans ce temps de frénésie révo- 
lutionnaire, et devrait bien servir d'exemple â notre époque. 

La discussion continua avec une grande violence; mais la 
majorité y mit un terme. • U ne faut pas, s'écria Çlauzel, qu^uue 
» partie quelconque de l'assemblée fasse la loi à l'ansemblée 
• entière. » On prononça donc Tordre du jour, et la déieniioo 
de Duhem fut Ihnitée à trois jours. 

« Nous irons tons à l'Abbaye^ » avait crié Cambon, au moment 
où le décret fut proclamé. Personne n'y alla, sauf Duhem , qui 
se soumit de la meilleure grâce du monde A la décision de ses 
collègues. 

Le m^me jour, 9 pluviôse, à quatre heures moins un quart, 
c'est-à-dire peu d'instants après le décret rendu, Duhem écrivait 
de l'Abbaye même, au président de la Convention nationale, la 
lettre qui suit : 

a Citoyen président , en vertu du décret « je me suis rendu à 
9 l'Abbaye. Comme on ne reçt)it plus de prisonniers dans cette 
9 maison qu'on répare , j'y attends les ordres de la Convention 
m pour me rendre dans le local qu'elle désignera. 

» Salut républicain. Duhem. v 

En réponse à cette lettre, la Convention décréta qne le repré- 
sentant Duhem tiendrait les arrêts chez lui. 



— 337 — 

On peut tirer une conséquence de ce fait peu connu, c'est qu'il 
prouve que la règle, contre laquelle on s'est élevé en 4 949 avee 
une extrême vuacité , était acceptée sans contestation et sans 
mormure par les républicains les plus ombrageux de la Convention 
nationale. A. D. 



iSlartin be Cmabrai 

« 

Il n^estpoint de nom plus populaire, dans le nord de la France, 
" que celui de Martin de Cambrai; il peut rivaliser avantageuse- 
ment avecle Gayant de Douai, le Sot de Lille, Jean deNiveUee, 
Jean dû Gauguier, de Valenciennes, Mannekin-Pis, de Bru- 
xelles, le (hin-Chin, de iMons, et une foule d'autres illustres 
et anciens bourgeois de nos bonnes villes de Flandre, dont les 
noms survivent à toutes les révolutions et à tons les âges. 

Martin de Cambrai, et sa compagne Martine, sont deux 
personnages représentés en bronze, frappant ou répétant les heu- 
res sur le timbre de l'horloge qui couronne Thôtel-de-ville de la 
cité cambrésienne. On pourrait dire ce qu'on a coutume d'avan- 
cer pour les monuments fame^tx : leur origine se perd dans la 
nuU des temps. On a toujours parlé de Martin de Cambrai. Rabe- 
lais l« cite à propos de raccoûtrement d'un de ses personnages: 
le eul sangU comme Martin de Cambrai, dit- il, afec son lais- 
ser-aller ordinaire. Henri'lY, lorsque Balagny vint, en 1595, lui 
rendre compie de la prise, par le comte de Fuentes, de la ville 
dont il lui avait conGé le gouvernement, lui dit ; qu'avez vous fait 
de mes Martine de Cambrai ? 

On voit que les habitants mêmes de Ca\nbrai prenaient ou rece- 
vaient le sobriquet de Martin ^ comme ceux de Douai sont appe- 
lés les Enfants de Gayant, comme on dit impoliment (et 1 on 
peut dire sans fondement) les Sots de Lille, les Chins-Chins de 

MonSt etc,, etc. 

• 

La statue de Martin de Cambrai était représentée en costume 
mauresque et coiffée du turban; autant qu'on pouvait en juger, 
l'artiste créateur de ce sonneur a eu l'intention de lui donner une 
tête de nègre D'où vient ce caractère particulier ? Evidemment, 
c'est une origine qui se rapporte aux temps des croisades. Ce ser- 
viteur, destiné à frapper les heures, était un maurian, comme on 
disait au moyen- âge, employé aux besoins journaliem de la domes- 
ticité, et qui avertissait ses matires du passage dn temps comme 
dans les châteaux on avait un nain qui veillait et sonnait du cor à 




— 338 — 

l'arrivée de chaque voyageur . Ces peritoonages étaient en géQé> 
rai affublés du turban : ils rappelaient les esclaves que les erowés 
firent dans leurs. expéditions, qu*ils ramenèretif eu tearspays et 
utilisèrent à toutes sortes d'emplois servîtes et domestiques. Un sei- 
gneur cambrésien , un chAteUi'n de Cambrai , revenu de la eroMde, 
a pu ramener de TOrient un prisonnier a qui il a conféré l'emplot 
de tourner la clepsydre, ou de frapper Pbeure sur le bronze. 
Sans même que ce fait ait eu lieu positivement A Cambrai, les bour- 
geois de cette ville n'ont-ils pa^^^ pu, à l'imitation de plusieurs au- 
tres, placer à leur beffroi, ou â leur hôtel de ville, un maure qu'ils 
auront baptisé du nom de Martin^ eaint révéré et populaire de la 
cité, pour lenr montrer lesheures? (1) Jean de Nivelles et Jeaa do 
Gauguier, qui avaient le même emploi, sont également velus i la 
mauresque; dans les vieilles horloges du moyen-àge» où des 
personiiagei paraissent aux heures, on voit ordinaireiDeot figurer 
des nègres ou ûék Sarrazins. Ces représentations, toujours en 
souvenir des Croisades, se retrouvent dans presque tous les an- 
ciens usages de nos villes de Flandres, où les enseignes d'aoti- 
ques hôtelleries sont des Mauriam, où {en buts devinés aux 
flèches et aux arbalètes sont des Sarrasins, où enfin on retrouve 
encore des tét$i noira devant les boutiques des plus vieilles phar- 
macies. H se mêlait dans ces coutumes une idée d^ exaltation relt- 
gleiise et d'antagonisme entre le catholicisme et Tislamitme. Nos 
pères voulaient montrer l'abaissement du turc par l'emploi serrlle 
auquel il soumettait son image-^ ne pouvant fair^ subir eet outrage 
i sa personne même. Nous pensons du moins que c*est dans ce 
cercle d'idées qu'il faut chercher l'origine d'usages et d'exhibi- 
tions de personnages eur lesquels il ne nous reste que des don* 
nées vagues et incertaines. A. D. 



(1) Selon Jean Carpentier {Histoire de Cambray et du Cambrésis, p. 
S02. ) La Maison de Peux ou aocien hôtel de ville de Cambrai, a été 
édifiée par les soins del'évéque André, en 1368; l'hortoge qaï la déco- 
rait y fut adaptée en 1510, avec Tagrément de l'Empereur llavimîlien. 
La Gampanille actuelle, qui porte auasi lea eingies de Martm ei de 
Jforlme, frappant lea heures, est de la seconde moitié de siècle deniier 
lorsqu'on reconalruisii l'bêtel-de<-vUle tel qu'il est aujourd'hui. Oe 
changea la forme architectonique, mais on se garda bien de supprimer 
le couple populaire qui, depui» des siècles, marquait l'heure eux Cam> 
brésiens. 



- 339 - 

Ce ^Mtftne ht tOUrg. 

An siècle dernier florîssait à Tournât, do 1790 ft i790, un 
joyeux ecclésiastique, chanoine de la cathédrale, ayant heau- 
coup de prétentions à Tesprit, et s'étant fait une certaine répu- 
tation de science, parce quMl vivait dans un milieu peu éclairé 
et passablement arriéré. Lui««ménie était quelque peu lourd , 
obscur parfois et borné souvent ; mais tout est relatif ici bas, et 
Tabbé d*Everlange de Witry rappelait naturellement le proverbe 
qui accorde parmi les aveugles le sceptre de la royauté à eeliii 
qui n*a perdu qu^un c&tl. 

Dans ces conditions de notre personnage et de son entourage, 
le gai et trop sémillant chanoine crut faire merveille en couchant 
par écrit ses réflexions, ses pensées, ses opinions, et en les 
livrant à la presse. Ces œuvres, paratt-il, ne furent pas mises 
dans le commerce ; Vauteur les distribuait seulement à ses amis : 
c*est ce qui vratsemblahlement les sauvera de l'oubli. On les 
conservera , si non comme bonnes , du moins comme rares. 
L*écrivaîn, à cause de sa robe probablement, a eu le soin de les 
envelopper du voile de l'anonyme. .Elles portent pour lieu d^im- 
pression le faux nom de Belle -Forest, qui masque peut-être 
celui de Tournai, ou plutôt celui de Liège, où Ton faisait im- 
primer librement ce qu^on ne voulait pas soumettre aux censures 
et privilèges légaux. 

Le chanoine de Witry a donc composé : 

4<^ Mélangée eériêux et comiquee, à Belle- Fore$t, chex La 
Ferrure, à renseigne du printemps, 4772, in-ta. 

S** Smiie des mélangée sérieux et eomiquet, à BélU-Porett. 
M. POG LYXiif, in*4a de iij et W4 pp. On trouve dans ce vo- 
lume (pag. 7i-i04)f les Faux Philoiophee, comédie eu-irpls 
actes très inconnue, et le Supplément aux Germaniemee dans 
lequel Tauteur se moque des fautes habituelles de langage de ses 
concitoyens qui auroient pu aussi le reprendre souvent lui-même 
à cet égard. 

5* Gaitée moralee, 9 parties in-43, imprimées postérieure- 
ment à i 786, puisque M. de Witry relate (p. 84-91] le i 7* voyage 
aérien de 51. Blanchard^ tenté i Douai le 3tf mars 1786 et exé- 
cuté le 18 avril suivant, en présence de Tauteur (*). 



(*) Outre les pablicatioufl anonymea et presqu'ignorées qae nouB 
venons de signaler, le cl^anoiiie de Witry a composé uu nombre esses 
considérable de mémoires sur rélectriciié, les baUoos, le cbaaffage. 




— 340 — 

Le chanoine toaruaisien annonce, page 4 02 de ce volume, 
quMl a fait exécuter dans la ville qu'il habite (probablement Tour- 
nai), un excellent carillon, touché par ie sieur Lebèqtu, né à 
Lieaaies, fameux carillouneor de son temps. Le son des cloches et 
Tamour des chiens barbets semblent être les plus doux délasse- 
ments et les goûts particuhers du chanoine. > 

M. d^Everlange de Wytry fait souvent abus de néologisme; il 
invente des mots quand il n*en trouve pas à sa guise ; il est peu 
érudit, critique les modes de son époque et le penchant généralTers le 
Inxe, parait aimer avec ardeur la campagne et détester la propreté 
flamande qui consiste à jeter beaucoup d*eau ; enfin il parle d*é- 
lectricité et de ballons, choses nouvelles de son temps, et avoue 
qu'il n'a entrepris son commerce littéraire avec ses lecteurs que 
pour se récréer, s'êbaudir et s'instruire, en cherchant à procurer 
le même bienfait à ceux de ses compatriotes flamands qui croient, 
sans faiblesse, pouvoir nourrir le cœur et Tesprit, ainsi que le 
corps! — Reste maintenant à savoir si ce singulier écrivain à pu 
alimenter autre chose que la curiosité des bibliomnnes qui vont 
rechercher toutes les sortes d'excentricités impàmceé. A. J>. 



IXiihaiHts it €ùnii. 

Sous le règne de Louis XIV, la petite ville dejlondé fut prise 
trois fois par les français^ et ce fut après trois sièges diCTerents 
qu'elle fut assurée à la France. Ces trois événements ont été consacrés 
par des médailles , dont le règne du grand roi ne fut pas avare, 
et que Ton conserve avec soin dans les cabinets des curieux. 

En 4649, le comte d'Harcourt, général deParmée du roi en 
Flandre, ne voulant pas laisser ravager la frontière française, 
entra lui-même sur les terres ennemies, quoique Tarmée de 
l'archiduc Léopold fût plus nombreuse que la sienne. 11 passa 



l'éclairage, les eaux minérales et les fossiles du Tournésis, adressés à 
l'Académie de Bruxelles dont il était membre, de 1773 à 1789; les 
titres de ces mémoires sont énumérés dans la France littéraire^ du sa- 
vant Guérard; nous renverrons à cet «uvrage pour la nomenclature de 
ces opuscules d'ailleurs assez connus et réunis sous ce titre : Recueil 
de dhers mémoires lus à l'Académie des sciences et Mles-leitres de 
Bruxelles et de quelques auU-es pièces. Toumay, Varié, 1789, iii-8o de 
VI et 128 pages> Nous n'avons' voulu rappeler ici que les œuvres 
échappées ft M. Guérard , aux indications précises duquel il est aoayent 
difflcile d'ajouter quelque chose. 



- 341 - 

r Escaut à la vue de Farchiduc, donna sur son arrière-garde^ entra 
dans Saint-Amand, campa 'vers Hasnon et Hellesmes, et fourragea 
le pays jusc}u*aux portes de Valenciennes et de Cambrai. Eufin il 
marcîka vers Condé doat il prit d'abord le faubourg de l'Escaut ; 
s*y logea sur la contrescarpe, de sorte que le jour méffije» le 25 
août 1649, le gouverneur de Condé, efifrayé, se rendit à las6- 
coude sommation Le comte d'Harcourt resta dans la place et 
aux environs jusqu^en septembre, mais comme cette attaque prê- 
tait pas sérieuse et n'avait pour but que d'amuser les espagnols^ 
il abandonna Coodé avant la fin de la campagne et prit Maubeuge 
60 revenant. Ce fait d'armes fait le sujet de la première médaille. 
On y voit, d*uiic6té, le buste de Louis XIV enfant entouré des 
mots: LuiQfyieus XTIIT, Rtx ChrUfianiaimus Au revers, 
PalJas poursuit des ennemis invisibles au delà d'un fl4>uve; TEs* 
caut, effrayé à la vue des armes, s'appuie sur son urne ; on lit 
autour: Hispaniê tran$ Scalàim pulsiê et fujaiis (Les espagnols 
défaits et poussés au- delà de TEscaut). S«ir Texergue on lit : 
Condatum et à)ialbodiumeapta, M. DC. XIJX. {Candé ei Mau- 
hengepris, 1649). 

En lf^55, Louis XIV voulut s^emparer de Landrecîes, de Condé 
et deSaint Ghislain. Les maréchaux de Tufenne et de la Ferté 
investirent la première de ces places le 18 juin et s*en rendirent 
maîtres après dix-huit jours de tranchée ouverte. Le roi s'avança 
ensuite vers le Quesnoy et fit attaquer Condé par Turenne, qui prit 
cette ville en trois jours.* Le maréchal de la Ferté se porta sur 
Sainft-Ghislain , et le roi , étant arrivé lé lendemain à son camp, 
fut témoin de la reddition de la place. On battit une médaille sur 
ce triple événement. Même figure que celle qui précède. Revers : 
Trois couronnes murales enlacées dans un triple laurier. Légende : 
Landrecium, Condatum et Fanum Saneti f^itleni capta (Lan- 
drecies, Condé et Saint-Ghislain conquis). Exergue : M. DC. LV. 

Enfin, eu 1676, Louis XIV, voulant couper les communications 
de Valenciennes et de Cambrai avec les provinces des Pays- Bas, 
résolut de s'emparer définitivement de Coudé. Rendu le 21 avril 
devant la place, il ouvrit la tranchée le jour même. Le prince 
d'Orange marcha diligemment au secours de la place, mais le roi 
brusqua l'afl^aire et ordonna trois attaques. Les dehors furent 
emportés l'épée à la main et la ville se rendit à discrétion, près- 
qu'en présence des armées espagnole et hollandaise avancées jus- 
qu'entre Mons et Saint-Ghislain. Le roi sauva Condé du pillnge 
et des horreurs d^une prise d'assaut. C'est ce qu'explique très- 
bien la belle médaille frappée à cette occasipn. D'un côté, la tête 
de Louis XIV avec le titre de Magnu». Revers : Les urnes des trois 
rivières qui se joignent à Condé: l'Escaut, la Hayne et rHouiau, 



— 348 - 

coulent sons nn caducée, symbole de |iaii et de sûreté, placé 
entre une palme et une branche de laurier. La légende : Qe- 
menUa vietorii, rappelle la clémence du vainqueur ; Texergue, 
Condatum vi eaptum, ab exeidio iertatum signifie : Conâé prU 
dêfore$eit iauvé du pillage M. DC. LXXVI. — Dès ce moment, 
Condé, muni de nouvelles et solides fortifications sur les plans du 
cheralier Deville, resta définitivement à la France. Â. D. 



Unt (ï^anBùn In X\>^ sxidt. 

Philippe- le- Bon, duc de Bourgogne, fit, en sa bonne ville de 
Gand, le dimanche as avril 1468 (après Piques^, la plus magni- 
fique entrée que jamais souverain opéra Le chroniqueur Jean 
Chartier nous raconte la-dessus des merveilles qui se sont revoa- 
vetéesdans Tété de i8<49»ex faveur du Roi Léopold Les arcs 
triomphaux, les théâtres, les tentures, les représentations publiques, 
les inscriptions, étendards et bannières; les mystère» par person- 
nages, les emblèmes et allégories rempliraient lout.uu volume de 
leurs descriptions. Kntr'autres objets curieux, inventés pour cette 
entrée, les Gantois avaient élevé une forteresse devant laquelle 
on voyait un géant , des dragons , des dieux du paganisme et des 
tableaux tirés de l'histoire, mélange hétéroclite qui u^avaît rien 
de rare à celle èpoqne ; puis venait un éléphant portant un diâ* 
teau dans lequel deux hommes et quatre enfants chantaient une 
nouvelle et Joyeuse chanson faite pour la circonstance. En voici 
la teneur : 

Viuê Bourgan^fne, est nostre cry, 

Gardons-le en f^ici et pensée ; 

Autre n aurons, bien nous agrès, 

Noas le voulons tousionrs ainsy. 

Viue Bowrgongne est nostre cry 
De cœur cliantons le vous en pry, 
A PS haute et ioyeuse entrée^ 
Vn»ê Bourgongnê est nostre cry. 

Reiouyssons-nous pour Celuy, 
Qui est venu en sa contrée , 
Par qui la tristesse est flnée, 
En criant de courage uny : 
KiiM Bourgongne est nostre cry! 

Lebondnc, entonré de ses rois d'armes, hérauts et écoyen, 
et des bâtards d^Armagitac et de Bourgogne, du comte d'Etaropee, 
de Thiebaut de Neufchâtel, d* Adolphe de Clèves, des deux fils do 



- 343 - 

seigneur de Croy, de Philippe Pot , et d'une masse de gentils- 
hommes qui, avec les pa^es et varlets^ faisaient une -troupe He 
plus de deux mille chevaux, parut très sensible à cette splendide 
réception, la plus belle qu'on eût jamais vue dans un pays où 
pourtant les fêtes magniûques ne sont pas rares. Il accepta le 
souper que la cité lui offrit pour le dimanche suivant , 50 avril, 
à rb6tel-de-ville, où il y eut cour plénière et où Ton servit à tout 
venant. Ce banquet des bourgeois de G and coûta plus de dix 
mille éctts d'or^ somme énorme pour le temps. Ou avait ramassé 
à huit et neuf lieues à U ronde toutes les viandes délicales que 
l*on put trouver, et ces fêtes et Tencombrement du monde firent 
tellement enchérir certaines denrées, que les annales du temps 
disent que l'on vendait un petit poulet jusqu'à la somme de deux 
patards (% sous eiàemï). La chanson Vive Bourgogne \ plut 
beaucoup au duc , pour lequel elle avait été composée , et nans 
doute on ne négligea pas de lui donner les honneurs du bis. 
M. Le Roux de Lincy, ilans son Recueil de chants historiques 
français depuis le XIl^ Jusqu'au XVI 11^ siècle, où Ton trouve 
tant de curiosités littéraires sur les chansons même des Pays-Bas, 
a omis de citer ce refrain qui se rattache à T histoire du duc de 
Boargogue et que les Gantois eurent la galduterie de chanter en 
sa laqgue, pour flatter \eé goûts élégants et Torigne toute française 
de leur bon duc. A. D. 



Ce vtan be la UtxmtMt. 

Le Feau de la Kermesse était un titre dérisoire donné à lou - 
vrier ou à Técolier qui se monti ait le moins diligent, soit à l* atelier ^ 
•oit à Técole. Cette vieille coutume appartient à la ville de Ber- 
gués- St-Winox7ihiqs la partie flamande du département du Nord, 
et est rapportée par M. Louis Debaecker dans ses Recherches his.- 
toriques sur cette ville, p. 340. Cet usage peint Tborreur qu'on 
avait de la paresse dans une contrée éminemment agricole et 
commerciale, où le travail était eu honneur, et où Fun accablait 
de ridicule toute propension à Toisiveté. 

Voici comment on s'y prenait pour afficher, sous le voile de la 
plaisanterie, les fainéants de la ville à nne espèce de pilori public. 
La veille de la kermesse de Bergues , on célébrait ce qu'on appe- 
lait la fêle des paresseux. Celui des ouvriers qui arrivait le der- 
nier à son atelier, l'écolier qui entrait le dernier en classe, était 
le paresseux couronné dans cette espèce de concours et il pre- 
nait le titre, vraisemblablement peu envié, de Veau de la Ker» 
messe. Ce lauréat d'un nouveau genre était montré au peuple, le 



— 344 — 

front ceint d*unt Couronne de joncs, et la populace I accueilUiC 
par des acclamalions diverses tandis^ que ses camarades qui Ten- 
touraienl chantaient en chœur ces vers flamands : 

Kermes-kalf hebt een croooye op zyn liooft 
En hebt het uiet gestolen ; 
En hebl gewonnen mot leeg te zyn 

In de schoole van of 

In de winkel van 

Vivat kernies-kalf I 

(Traduction). Le Veau de la Kermesse a une petite courdnno sur la tète; 

II ne l'a point volée, 
Il l'a gagnée en étant paresseui*, 

A l'école de 

▲ Tatelier de 

Vive le veau de la kermesse I 

Cette coutume pe'nt bien les moeurs de la bonne Flandre ; on 
j connaissait le prix du travail, on y flétrissait la paresse, mais U 
leçon était inculquée sous la forme plaisante à Técolier joueur , au 
jeune ouvrier retardataire; on trouvait le moi en, tout eu don- 
nant un haut enseignement public, de faire une sorte de fére, ooe 
représentation communale, où Ton corrigeait sans aigreur , où 
Ton s'amusait à bon eompte, où il y avait protH pour les rieurs, 
et pltt« encore souvent pour le patient. C*étaît une véritàUe el 
juste application du caêtigai Tidtndso moreê. A D. 



• 

En 1808, i Tune des afliaires les plus chittides et les plor 
meurtrières de^ la campagne de Portugal, le 97' régiment <fe Rgne 
donna l'un des premiers ef se vit tourné par un corps d*aifgl«i<. 
Le colonel ralliait ses gens ; un coup de feu Ini fracasse là jambe 
et tue 0on cheval. Pendant que ses soldats travaillent à lé ^tnigêt 
dignetoent , un sergent de voUigenrs , petit et mince , noroniê 
Chetiqttière ^ dit à deux camarades qn*il serait autei hoMeux de 
laisser à Tennemi les restes de lenr brave colonel, que d^abandon- 
ner leur drapeau. Ils vont donc tous trois pour rempKr ce pietix 
devoir, themin faisant, les deui ioM>iti tomlient sous les ballem 
anglaises. Ghesquiére arrive seul, et sVfToree, mais tauHItnont. 
dVnlever le corps. Il aperçoit alors deux offlders enneuMS ; il 
le» appelle, et les menace de son fusil. Les deux anglaio aecMi* 
rent pour le faire prisonnier. Gheaquière blesse Tun, ioCto «vec 
loutre et flnit par rester vainqueur; ils se rendent à lui. Un cheval 
•** étant présenté , Ghesqaiére cbar^'e le corps du colonel et arrive 



- 345 — 

à rambulance atec sa précieuse dépouille et les deax prisonniers. 
Heureusement , le cotoneï n^était pas mort ; des soins donnés à 
propos le rappellent à la vie ! . . . Mais Ghesquière était blessé au 
bras. En le pansant, le chirurgien reconnatt, avec surprise, 
que le sergent n*est pas un homme . . Les officiers anglais pleu-7 
ratent de rage d'avoir été vaincus par une jftnmp Le colonel ne 
savait comment exprimer sa reconnaissance ; 1% vieux chirurgien 
avait instinctivement ôté son chapeau, et un grlmadier, le cama- 
rade de lit de Ghesquière, ne revenait pas de son étonnement. 
Oui, le sergent n'était rien autre que f^irginie Ghetquièré, née 
àDeulemoat, peès de itUe; elle était partie poor rem{Ha^r ton 
frère y seul soutien de sa famille. Elle servit six ans; devint 
oaf^ral, fourrier, sergent, et reçu la croix de ht Léj^on-d'Hon- 
neor. 

(JVgjMl^on, journal anecdotiqiM, liSK^. in-S*', 
page SO. — Et tfiêtaire de IÀU9, par Victor 
ûerode. 1848. t.3 p 5«^). 



ftorneHU ie JtDori, peintre rt groiiejur. 

GorjneiUe de Wael est assez connu comme peintre, il Test beau- 
coup BMMjas eonume graveur, el oepcadant il a laissé en ce genre de 
obaf viables et spiritueilts produotiona pleines de finesse et d'ex- 
preaaioii, et fort rechercbèes des amateurs. A ce Utre, nous lui 
devins aurtaut une mei»tion des plus honorables. 

Fils de Jean de Wael, peintre distingué d'Anvers (4 ] , il naquit 
dpns cette même ville en t594, et reçut les premières leçons de 
son art dans Tatelier de son père. Mais a>ant eu le malheur de 
le perdre de bonne heure, il fut obligé, comme son frère l.ncas 
de Wael (52), de perfectionner son talent h Taide des leçons et d^^s 
conseils d*autres peintres de son pays, dont il fréqoeiua les ate- 
liers. Il parvint néanmoins de bonne heure à un degré de mé- 
rite qui le fit rechercher des amateurs des» arts de sa ville natale. 
Jeune encore , il fut le premier peintre du duc d'Arschot , qui 
remmena en Espagne ; ce qui lui donna occasion de peindre pour 
le roi Philippe III et pour le duc son protecteur, plusieur^^ beaux 
tableaux d^hisloire. 



(1) Né en 1557 pu i558f élève do Françoi:» Franck, iptrt jeiino dans 
la même ville. 

(2) N(^ à Anvers en 1391, mort en 167"*. 



— 346 — 

Le génie de CoroeiUe de Wael se montra de boone heure dans 
Texécutioa des tableau & de batailles et de tous les sujets où Ton 
▼oj ait une multitude de petites figures d'hommes et d'animaux, 
et il réussissait tellement dans ses compositions qu'il faisait con- 
naître au premier coup d'œil , par les armes, les fétements et 
autres accessoires, les hommes et les femmes des diverses nations 
quMl voulait reproduire)^ Il avait le talent de rendre merveillea- 
sèment les sièges , les combats et les mêlées. Ou voyait Teffroi 
peint sur les figures, la terreur sur les traits des vaincus, la doulear 
sur la physionomie de ses blessés. 

Dans.le désir de se perfectionner, il accompagna son frère Luc 
en Italie , avec Tlntention de séjourner à Rome , la capitale du 
monde artistique comme du monde chrétien, mais certaines aAi* 
tié9 et sympathies, auxquelles les artistes se laissent plus facilement 
entraîner que d*autfes, Tarrétèrent à Gènes Tespace de quinze à 
seize années, pendant lesquelles il travailla pour les grandes 
familles du pays, si bien qu'on ne comptait aucun palais, aucun 
hôtel de cette brillante cité, qu'on a appelé la ville de marbre, qui 
ne fût décoré de quelqu'une des toiles de Corneille de Wàel, 
C'est pendant son séjour à Gènes qu'il offrit, en bon flamand, 
comme plaisanterie ou joyeuseté , à la fin d'un banquet, à son 
patron et protecteur, François Grifnaldi , patrice de la ville 
génoise, l'histoire de Silène, composée par son compaXnote 
Van Dyck, gravée par D. Brunn, et Imprimée par Gilles Hendrlez, 
d'Anvers, pour celte circonstance. On ne dît pas comment cette 
facétie conviviale, faite après boire è un noble génois, a été ac- 
cueillie ; il faut croire qu'elle le fut favoraDiement et que cette 
application du compagnon de Bacchus è un Mécène ne le choqua 
nullement, puisque les épreuves de cette estampe qui nous restent 
portent au bas de la figure ce fait consigné au-dessous ùk quatre 
vers latins faisant allusion à Silène et à sa troupe joyeuse. 

Les deux frères flamands partirent cependant pour Rome, 
mais n'y restèrent qu'une année et revinrent è Gènes. Corneille 
y peignit dans deux grandes toiles les batailles du marquis Âm- 
broise Spinola, et y grava d'une pointe légère et spirituelle, plu- 
sieurs suites charmantes, non moins piquantes mais plus distin- 
guées que celles de Callot, dont il fut le précurseur et Fémule. 

Corneille de Wael était affable, courtois, gai, aimable et doué 
de toutes les qualités du cœur et de l'esprit. H était aimé à 
Gènes comme un habitant du pays et lorsqu'il y mourut , à peine 
âgé de soixante huit ans , quatre centé amis des arts accompa- 
gnèrent ses testes mortels avec des flambeaux à la main et des 
larmes dans les yeux. Raphaël ^oprani , noble génois , qui 



- 347 - 

donna une htgtotre des peintres de Gènes î en 4674, in-4", 
nous a laisse ces détails qu'il raponte de viiu (i )7 

Il eut pour disciples Jean Bof>art^ son propre neveu Pierre 
Boel , qui vint le rejoindre à Gènes et devint peintre célèbre 
d*aniniaux , et jindré Alfelî , hollandais. Au reste sa maison 
était ouverre pour tous les artistes et notamment pour ses compa- 
triotes, et il fut d*un grand secours à Michel Flamand, Vincent 
Halo, de Cambrai, et même à l'illustre Fan Diek, lorsqu'il vint 
à Gènes. On peut dire que tous ceux qui sortaieut de chez «lui 
emportaient une haute idée de son esprit et de son savoir-vivre ; 
aussi cfaantaient-ils hautement ses louanges. 

La Biogritfkie universelle le fait mourir â Anvers ; c^est une 
erreur que Raphaël Soprani nous permet de releveri puisque 
lui même assista à ses obsèques en 1663 dans la ville de Gènes. 

Compile de Wael a excellé, avec un talent égal , à peindre les 
batailles, les sièges, lesaUaques» les déroutes. 11 représenta 
aussi les chasses, les bals et ee que les itoliens nomment Sckiri^ 
èfcsi, mot intraduisible. Sa composition est large , abondante 
et riche ; ses groupes naturels et bien disposés ; son coloris a le 
mérite ordinaire de recelé flamande, il est brillant et harmonieux. 
On lui a reproché tontefois de n'avoir jamais su se défaire, nitU 
gré son long séjour en Italie , du goût flamand dans la forme, 
l'expression et rhabillement de ses figures. Cela vient de ce qu'il 
a été tard en Italie et que ses habitudes étaient alors bien for*, 
mées. 

On cite, parmi ses belles compositions , l'attaque d'une forte - 
resse , qui fut un des beaux ornements du cabiuet du docteur 
HoberUon, en Angleterre. 

Corn, de Waël signait C. d W. I. ou bien C. QW. Te catalogue 
des tableaux de feu M. Jean Rodolphe Guillaume de Minckwitz, 
Dresde, 4 639, lui>ettribue aussi la marque CVV. trouvée sur uu 
tableau représentant un port de la llollatule avec plusieurs per- 
sonnages occupés à décharger les marchandises d*un grand 
navire. 

On a des suites de gravures de Corneille Wael, d'une pointe 
très spirituelle et dans lesquelles on remarque une grande cor- 
rection de dessiu. En général ce sont de petits sujets avec beau- 



(1) LevitedePUtorif scolforl et architetti Genovesi, ede*foresiieri rhe 
in Gemma aptra/reno, opora postuma de l'ill. sig. Mafaele Soprani, 
oobileGe&ovese. In Gonovn^ Boltaro, 161.'). in-i . p. 525-5i8. 



1 



- 348 — 

coup de personnages, ayant de raolmation sans pour cela pouvoir 
être rangés parmi les bambochades. 

1° La suite des Aveugles. — Douze pièces, eo trayers, CQute- 
nant les scènes, accidents, peines et divertissements qui peuvent 
arriver aux individus privés de la vue. Le frontispice, formani 
une treizième pièce, montre un groupe d*aveugles des deux sexes, 
avec te chien, le violon, la besace et la sébille, au milieu desquels 
on lit sur une nappe étendue : Nob*"" ac generoso Viro Benrîcu 
Mullman. Daventr*" nat. Belgics in Gepua Cous, pauperum 
sublevatori, Pict. Antw."" Benevo. et grati animi ergo D. D. 
1629. — De VYael n*avait que trente-cinq ans lorsqull grava cette 
charmante suite. 

2* Le$ vendeurs des marchés publics Recueil de seize pièces 
in-9^ en travers. Le titre représente la Fortune accroupie sur le 
glohe, distribuaut ses faveurs, en aveugle qu*elle est, à une foule 
d*hommes de toiis états qai se les disputent. La dééieMe est 
ainsi formulée: 111°*' Duo Paulo HUranymo PuUaticino^ Piiri* 
tio Gen** Doo et Patrono suo colendis™^ Cocu, de Waell. Piet. 
Ant.D. D. D. -^ Le titre porte an quatrain et chaque gravure an 
dyst que en latin. 

S"» IntériiUTs de ménage. «— Vingt petites piéeee en largevr, 
y compris le tiare avec dédîoaoe à Gu illsmm e Fander Sttmeisn; 
on y voit des cuisinée, deebaveorsi âe»eoéaes.flaiMade8> etc. 
5 po.9i. sur 4po. 4 li. 

4* Les quatre saisons. Est. en Itrg. Alex. Vœt, exe. 4 1 po. 
de larg. sur 8 po. de haut. 

5" Les cinq sens^ sous les titres de Gustus, Visus, Auditus, 
Odoraius, Taelus. Cornelio de H^aSl inventer, Alex, ^oet 
eœc. — Cinq pièces en lai'geur. {fFineklerf 6574; f^an Hul- 
them, 5204). 

6** La vie de l'enfant prodigue, en huit pièces en hautenr, 
de moyenne grandeur, composées par CornetHe de Wael et gra- 
vées, selon Bazan, Joseph Strutt et MM. Buber et Rost, par /eau- 
Baptiste fTaèl, qu*on croit nevea de CorneiUe. 

7^ L^es esclaves. — Suite de douze eaux fortes pet. in 4^ d'un 
artiste nommé M. Schaep, représentant les travaux auxquels sont 
attachés les esclaves, lûtefr ?ont signées C. d. W. I. Cornélius 
de fP'ael invent or). Le titre porte celte di^dicace : Ilf^* et 
Exc"^"" l). Joanni d'Erasso , Catholici Régis Legato. , P. Colen, 
Schemata amoris ergo C. d. W J.^. Dicatys. (Brulîîot). 

8° Une autre suite de douze petites estampes, y compris le titre 
avecdcdtcaceié /.-^. Cac/iopm,'^ ce sont des mcp^'nea, vues de 
ports, où Ton remaïque les différents travaux des forçats , eie. 



— 349 — 

Marii» Fmien. Bnden exe. l. 4po. 5 li. sur S po. 10 ii. dt 

hauteur tl^ignoii-Dtsjon val). — Ce recueil pourrait être uoe 
repruductiop du précedeat avec un changement dans la dédicace 
à uu tirage poatériear. 

9" Une BttRe de eept pi^cea à euiets variés, avec cette dédicace : 
Illri. D. D. GuiliMmo Van der Straeiûn œntraloa hatee 
imagines C. de ff^ael amorU dicat. Le frontiapiee représente 
une fontaine d'attrape, jouant sur un groupe de figures qui cher- 
chent à se garantir d^étre mouillées. — Balte de chasse à rentrée 
d*une auberge. — Paysans qui maltraiteot un âne abattu sous sa 
charge. — Charlatan en fonction devant une hôtellerie. — Gran- 
de rixe entre des paysans et des paysannes à la porte d*un cabaret ; 
sujet cothposé de dix figures. — Homme promené sur un âne, ce 
dont les spjectategrs paraissent beaucoup s'amuser. — Une grande 
assemblée de gens de qualité des deux sexes. 

Ces sept pièces, les seules que MM. Iluber et Rost accordent à 
Corneille de Wael, seraient- elles une partie incomplète du n^&^ 
qui porte une dédicace au même GuUlanme Van der Straeten ? 

4 0* 17» voyageur sur le point de monter à chenal prend congé 
de son hôte. Est. en large. Jlf arfûita Fan den Enden excudU- 

4 4<> C/h tripot, où des paysans se battent, petite pièce en tra- 
vers. — Cette pièce, citée par Bazan, pourrait bien être extraite 
du n*' 9. 

Corneille et Jean- Baptiste de Wàel ont encore gravé plusieurs 
scènes italiennes et sujets divers d*après Pierre de Laer et autres 
artistes. Toutes ces gravures sont dignes de figurer dans les col- 
lections des amateurs. À. D. 



Ce fleuve principal du royaume de la Belgique, désigné sous le 
nom dé Tahuda par Ptolomée, et appelé par César et Pline 
ScaldiSj nom que les flamands lui ont presque conservé sous celui 
de Seheldy prenait jadis sa source dans un lieu dit Sommescauf, 
situé au cimetière du village de Beaurevoir, au nord du départe- 
ment de r Aisne. Depuis qu'un certain marquis de Nesie , pos- 
sesseur de ce terrain, mit à sec des marais pour en faite des 
terres labourables, la source , bouchée par lui , disparut et alla 
jaillir à nue demi lieue de là, au q^ont Saint-Martin : cependant 
il arrive encore parfois des inondations à Beaurevoir, par suite des 
filtrations de la vieille source mal desséchée. Aujourd'hui , le 
I 



- 350 - 

faible f oromencement de ce fleuve , que Ton voit tî majestoeui 
vers la mer, surgit, derrière les iardius de la ci-devan*t abbajte du 
Mont Saînt-Martio, du versant d'uo plateau d'où s*écoal« aosn 
la rivière de la Somme. La source est renfermée dans une petite 
arcade appuyée sur des murs formant un bassin de douze pieds 
où Ton descend par dix marches; Tinscription suivante /composée 
par les moines de Saiut-Martin , est tracée sur la clé de voûte de 
Tarcade : 

Félix sorte tuâ, Scaldis! 
%' Fona Umpidissiroe > 

Qui a sacro scaturiens agro, 
ÂlluiB et ditas nobile Belgicunip 
Tolqoe clares urbes larobens, 
Gravtùs Thetidem^intrea [\). 

Sorti de son bassin, F Escaut se dirige vers te Nord, passe à la 
gauche du Câtelet, démantelé en 4674 , à Honnecourc et Crève- 
cœur, lieux célèbres comme chiimps de bataille, et arrive à Cam- 
brai, après avoir été traversé à Noy elles par un aqueduc siisi/eado 
sur ses eaun et contenant le canal de Saint - Qnebtin. C*est a 
Cambrai que l'Iùicaut canalisé commence à devenir navigable et 
reçoit dans son lit les nombreux bàleaux du ooromerre qui vien- 
nent du canal de Saint -Quentin. Le Qeuve, alors animé par une 
navigation très suivie , arroge les fertiles campagnes des anciens 
comtés du Cambrésis et de TOâtrevant, mouille le pied des retran- 
chements du camp de César à Etrœuiigt, reçoit la Sensée, sépire 
à Bouchain la ville haute de la ville basseet passe à Lourches, où son 
r.vage vient recevoir les premiers produits des riches e&ploilaftons 
de charbon de tcre. Ses eaux, grossies par la S<)lle à Tentree de 
Denain , alimentent les docks de cetie ville nouvelle , fondée par 
rindustrie de la houille et du fer sur les champs où ViUars sauva 
la France en juillet 1742; PEscaut s'unit a rEcaillon un |)enen 
amont de Trith {Trajectus ad Scaldim , emplacement d*un vieux 
pont qui date de la domination romaine et de T existence de la 
ville antique de Fanum Marlis ^Famars) située sur la colliue qui 
le domine ; il eiilre ensuite placidement à Valeneieunes , où il 
admet dans son lit la Rhonelle , rivière rapide sortie, coomie les 
deux précédentes, du plateau de la forêt de iMprmal. 

Avant les travaux de sa canalisation , T Escaut n'était navigable 
que jusqu'à Valeneieunes et d'anciens v^tiges y parient encore de 



(4] Que ton sort est heureux, Cscaut, dont la source si Umpide jailht 
d'un champ consacré, nourrit et enrichit la nobie Belgique , et , aprèà 
avoir arrosé tant de villes populeuses et célèbres , entre majestueuse- 
ment dans l'Océan ! 



— 351 — 

la navigation îatérieiir« dans cette Tilk ; anjourd'huî la branche 
soifie par Tes bâieaui pa^ e entre la tille et la citadelle , baigne 
Anun, si eélèbre par aea mines de charbon de terre, et rejoint le 
Tîeil Escaut au village de Bruai. Leurs eaux à peine réunies 
arriveni i Ecaupout {Pons Scaldi$/\ lieu célèbre chez les anciens 
Nerviens et désigné dans Titinéraire d'Antonin et sur la carte de 
Peutinger. Le fl«{uve baigne ensuite Presnes-sur-r Escaut elpé- 
nHre dans la place forte de Condé, point de son confluent avec la 
Hayne, d'où le Hainaut tire son nom. 

Le fleuve, après avoir arrosé les prairies de Vieux -Condé, 
Rergnies et Château-rÂbbaye, emplacement d'un monastère dont il 
ne reste plus rien, gague bientôt le bourg de Mortagne, ancienne 
ville démantelée i Textrémité de la France, où il reçoit la Scarpe 
qui double ses eaux et son lit, au pied du monticule qui renferma 
le camp de Maulde en 1795. Presqu'à son entrée sur le terri« 
toire belge , il se joint au canal d^Anthoing et y arrose encore un 
champ de bataille, celui de Fontenoy, si glorieux pour la monar- 
chie française \ il traverse Tournai entre deux beaux quais, tourne 
le mont de la Trinité, et arrive à Audenarde après avoir reçu le 
tribut des eaux d^une foule de petites rivières. Il continue son 
cours , devenu majestueux , par Eenaeme , lieu dNine ancienne 
abbaye, Gâvre, Eecke, Zeeverghem, etc., et entre à Gand, où il 
s*uuità la Lys, la Lieve et la Aloere ; irpasse à Gentbrugge et vis- 
à-vis Taucienne abbaye de Nonnenbasch, à Wetteren et à Appels, 
dans le voisinage d'une des jolies stations du chemin de fer. 

Décrivant beaucoup de sinuosités dans un pays plat et uni , î^ 
arrive, presque sans pente^ à Denremonde, où il reçoit encore la 
Dendre, et A Riipelmonde , où le Ruppel, formé des deux Nèthes, 
de la Dyle et de la Senne, vient lui offrir de nouvelles et impor- 
tantes additions. Après avoir baigné les restes de la célèbre 
abbaye de Saint - Bernard , le fleuve vient mouiller Anvers et sa 
citadelle, qu*il sépare de la Tète de Flandre , bâtie sur sa rive 
gauche. 

C*est surtout è Anvers que le fleuve de T Escaut est majestueux 
et digne d*attirer Tattention de Tobservateur. Large et profond, 
il y reçoit les vaisseaux de guerre de haut bord, et Ton sait que 
Napoléon avait fait du port d*Anvers , après y avoir creusé de 
noijvefcx bassins , une des places maritimes importantes de son 
vaste Empire. Aujourd'hui, ses eaux ne sont plus guères sillon- 
nées qtie par de nombreux vaisseaux marchands et par les béti- 
ments et paquebots i vapeur qui deviennent les courriers de la 
plaine liquide et transportent journellement à Londres, Roterdam, 
Le Havre, Hambourg, Bull, Cronstadt et New-Yorck , les voyageurs 
et les dépêches de la Belgique et de FAllemagne. De quart 



— 36f — 

d'henre en qu<irt d*heure, un paquebot à vapeur traverse toute la 
largeur du fleuve du quai d*Anver« à h Tête de Flandre et vies 
ver$é ; ce service établit une communication facile «t prompte 
entre les populations du riche pa>s de W^aes et celles d* Anvers et 
des environs. Ce passage, si large, reçut un jour un pont de bois 
construit par les ordres du prince de Parme. Alexandre Farnèse, 
gouverneur général des Pays-Bas pour le roi d'Espagne Philippe II. 
Ce magnifique ouvrage de guerre , élevé à grands frais pour re- 
conquérir Anvers ft 3 M. Catholique, périt misérablement par le 
féii et par Peau le 4 avril d^ Tau \f^%lk. 

Du haut do clocher de la cathédrale d* Anvers, qui s^élève sans 
rival sur le terrain le plus plat du globe, on voit se dessiner par- 
• fsitement le cours de I* Escaut en amont et en aval du port. Autant 
que la vue peut porter, ce magnifique fleuve reetembte é un im- 
mense ruban bleu tombé du ciel et serpentant sur une vaste plaine 
du plus beau vert. La multitude des embarcations à voik» lilau- 
ches qui le sillonnent sont comme autnnt de paillettes dont il evt 
émaillé C*est une des plus belles, des plus riches, et des plui 
ititéressantes vues de Ttiurope. 

En sortant d* Anvers, T Escaut mouille à droite et à gauche 
phnieurs petits forts qui en défendent feutrée et qui appartien-> 
nent, les uns â la Belgique, les autres à la Hollande. A quelques 
kilom. au dessous du fort lAUo^ le fleuve ne divise en deux 
branches, dont Tune passe prés de Berg-op-Zoom et se nomme 
Eicaut oriental , et Tautre court vers Plessiogue et s'appelle 
hscaut accidentai, ou le Hondi, La province de Zélaftde est une 
tie formée par ees deux branches qui se perdent ensemble dans 
la mer d'Allemagne, lorsqu'elles amii arrivées à un point de lar- 
geur qui peut Jes faire plutôt considérer comme de véritables 
bras de mer que comme des embouchures de :fleu«e. 

L'Escaut a souvent occupé les poètes et les historiens : ses rives 
furent tellement ensanglantées , les riches campagnes qu'il arrose 
ont été si disputées , les villes qu'il baigne furent tant de fois as- 
siégées , prises et reprises , que depuis le siècle de Jules César 
jusqu'à nos jours, il est peu de chronique, d'histoire, d'annales 
et de traditions du pays dans lesquelles le nom de ce fleuve ne se 
trouve mêlé. Si l'on ajoute au récit des faits héroïques et guer- 
riers celui des progrès commerciaux et industriels des %mps 
modernes , on retrouvera encore son cours figurant comme on 
actif et secourable auxiliaire , surtout depuis que par la volonté 
ferme et inflexible de Napoléon, le canal dit de Saint Quentin, 
servant de jonction entre les eaux de l'Escaut et celles de la Somme 
et de roise , a permis de mettre en communication par eau les 
villes d'Anvers et de Paris. A. D. 



— 353 — 

fôtmtnt in Mêahtcat ^ 0étl)une* 



Les fterments que nous publions donneront , nous en avom 
Tespoir, une idée des devoirs qui étaient imposés ans divers 
membres qui concouraient à Tadministration d'une ville au moyen- 
âge. Béthune, cité féodefe , n'arriva que tard à jouir des droits 
de la commune, et même on peut dire quNIs tie furent jamais 
établis d^une manière staMe et immuable. Les seigneurs empié- 
mient ^atts cesse sur les privilèges des bourgeois, et ceux-ci, en 
les revendiquant, se voyaient entratnés dans de rohieux procès. 
L'iiiâtoire municipale de Béthnne est eurieuse à étudier à cause cîe 
CCS querelles sans cesse renaissantes ; mais itous devons aujour- 
d'hui nous restreindre aux simples limites d'un article sur les ser- 
ments que prononçaient le bailli , le Argent et les éc hevins. 

4** Le baitti, officier ordinairement royal^ est ici sous la dépen- 
dance immédiate du seigneur de Béthune, c'est son représentant, 
et, comme tel, il doit inspirer une grande défiance aux échevins et 
à la communauté de la ville ; aussi apportent-ils les plus grandes 
précautions : c'est sur les saints Evangiles qu'il baise ensuite, 
e'eat sur la foi de $on propre corps , que le bailli jure de main^ 
tenir les droits de Dieu, de Sainte -Eglise, des vpuveset orphelins^ 
lea chartes, privilèges, us et coutumes de la ville, de faire droit 
et loy à tous ceux qui le requerront , etc. , et cette formule sert 
également à ses sergents ; et lorsque plus tard le bailli est devenu 
gouverueur, son lieutenant jure les mêmes obligationa. 

Le texte que nous donnons ci-dessoùs est extrait d'un curieux 
regiSstre aux privilèges de la ville de Béthune , déposé dans ses 
archives municipaleii et éerit vers la &n du XV« siècle ; nous re- 
viendrons du reste un jour sur ce précieux document et nous le 
ferons connaître avec plus de soins à nos lecfenra. 

Le premier bailli, dont nous connaissions le serment, fut Hue de 
Bours, qui succéda dans cet offlce à Jacques Cornilte, mort le 4 
mai 1549. 

Sènsiieut le ^rmeni que U haiUi faii en son nouvel advenement 

à VEglUe. 

« Monsiseigneur le balllu, vous jures a warder les drois de Dieu, 
de Sainte -Eglise et dé Monsseigneur, les vefves femes, orphelins, 
tes Chartres, previlteges us et coustumes de la ville de Béthune, 
tenir et garder sans enffraindre, faire ou faire faire boities prinsea 
juistes et loials, tant par vous comme par vos sergens, députes vi 
commis , et feres ou feres faire droit et loy a toutes parties qui le 
requereront Et toutes les prinscs qui seront faites par vous ou 



— 354 — 

vos sergeas, dopules eC commU , seront admenes par de^anc les 
eschevins et yeeîles prinses faire traitier et démener par leur juge- 
me it et non aultrement. • 

2^ Noos D*a¥ODfl pas rapporté ici le serment du prévoet et des 
mayeurs , car ils n*offreut rien de remarquable ; ces officiers 
étalent chargés de tenir les rnes propres, d'en empêcher rembar- 
ras, de maintenir le bon ordre dans les marriiés, de veiller et 
tenir la main à TeKécotion des règlements de police touchant les 
boulangers, bouchers, poissonniers ; à eux appartenait Tinspec* 
tion des marais et pâturages communs ; ils partageaient aussi avec 
les échevins l'administration de la ville, sans avoir néanmoins an- 
cune part à la juridiction contentieuse qu^eierçaient seuls l«s 
éçbevins. 

Il n^en est pas de même des sergens ; c*étaient les serviteurs des 
échevins, les exécuteurs de leurs jugements aussi juraient-ils de 
garder les droits du seigneur, comme on le voit par cette for- 
mule : 

Senaieut U ierment que les eergem font quant il sont sergent 

en la dUie ville. 

m Vous, comme sergens, jures a warder les drois de Dieu et de 
leglise, les drois de Monseigneur, vefvesferoes, orphelins, tes 
Chartres, previlleges, us et coustumes de la ville de Béthone tenir 
et warder sans enffraindre et faire boines justes prinses et loiaulx 
et icelles prises admener par devant les eschevins et les calengier 
selon les cas raisonnables et icelles traiter par devant les dis esche- 
vins et par leur jugement.» 

5<> Quant aux échevins à qui revenait radministration de la 
ville, ils juraient de garder ses droits, ses privilèges, mais aussi 
de respecter ceux du seigneur, et les infractions nombreuses qu'ils 
y firent durent pins tard leur faire imposer de dures lois, lorsque 
la France, dans le XVll* siècle, eut conquis ce pays. 

Senssieut le serment que les eschevins font chacun an 

à f église à leur création . 

• Vous jures a warder les drois de Dieu et de Sainte->Eglise , les 
drois de Monseigneur, vefves femmes, orphelins, Chartres, privi- 
lèges et coustumes de la ville de Bethune ; feres droit et loy a 
toutes parties qui le requeront et feres boinsjugemens justes et 
loiaulx toutes fois que le faires pores et cheleres les secres de le 
halle a vo loial pooir.» A. d*H. 



— 355 — 

tts €\iauBmB ht Mamur. 

Philippe- le*Beau meart snbUement k Borgos le S5 sep- 
tembre 150A; sa femme, Jeanne, étant devenue folle par suite de 
ee malheur, la régence des Pays-Bas fut donnée à Àfazimilien , 
qui, ne pouvant quitter TEmpire, nomme la princesse Marguerite, 
gouvernante de ces provinces. Les puissances voisines crurent le 
moment favorable pour exciter des troubles en Belgique et l'enva- 
hir. Le roi de France accorda quelques troupes auxiliaires au duc 
deGueIdre pour faire une tentative du côté des Ardennes. En 
octobre 1907, les namurois. aidés par les habitanfsde Bouvignes, 
surprirent la troupe auxiliaire française et la mirent en déroute. Ce 
fiiit fut exalté, comme il méritait de Tétre, pour redonner à la po- 
pulation une grande confiance dans sa force , et les poètes du 
temps s'évertuèrent à en louer les avantages et la valeur. Jehan 
Le Maire, de Belges (de Bavai), qui n*étail pas alors secrétaire et 
indiciaire de très haulteet sacrée princesse, madame Anne de 
Bretaigne, deux fois royne de France , comme fl se qualiha 
plus tard, composa à cette occasion un pelit poème de 512 vers, 
pour faire sa cour à la princesse Marguerite , à la maison de la- 
quelle il était attaché. Ce poème est ainsi intitulé : Les chansons 
de Namur. Pour la victoire eue contre les françois à Saint- 
Hubert Dard^nne. Composées par Jehan Lemaire de Belges, 
imprimé à z/nvi^rt, par Henri Heckert Fan Hombourg^ 1507, 
pet. iu- À* de six feuillets, en gros caractères gothiques, à longues 
lignes, sans chiffres, ni reclames , mais avec les signatures a i— 
a III. 

Cette pièce, longtemps inconnue, est sortie de la collection de 
sir Richard Héber^ de Londres, qui contenait tant de richesses 
en ce genre dont quelques-unes sonijrevenues sur le continent , 
faible compensation, hélas ! de tout ce que la perfide Albion en- 
lève journellement à la France et à la Belgique. M. Crozet, li- 
braire à Paris, en fit Tacquisition à la vente du bibliomane anglais, 
et cette relique' reparut , sous le n** 755, dans le catalogue des 
livres de Crozet, seconde partie , {Raretés bibliographiques et 
belles reliures) , Paris, 1841, in-S"". p. 89; c'est aujourd'hui 
M. Brisart, amateur deGand, qui possède ce joli livret, habillé 
en maroquin rouge, relevé par une riche dentelle anglaise, que 
Ton doit peut-être è Lewis. 

M. P, C. Van der Meersch, de Gand , auteur de savants 
et intéresaiits articles philologiques et bibliographiques, s'est 
occupé de cet opuscule et a fait paraître une Notice sur un 
exemplaire unique des chansons ds Namur, par Jean Le Maure 
des {iie) Belges. Gand , De Busscher; 1848, in -8® de 11 pages 



/ 



— 356 — 

(extrait des AnnaUi dé la Société Yoyal» ie$ beaux arts et 4e 
littérature de Gand) Nous pensons que M. Van der Meersch b*a 
point eu coauaissauce de la lettre suivante qui se rapporte aux 
choMons de Piamur et que nous croyous devoir publier. Cwi 
une missive que Philippe Hanelon expédie de Calais i messire 
Jehan de Marnix^ en lui signalant quelques faits ouis par Jehan 
Le Maire dans ses couplets. Cette lettre e«t datée du è novem- 
bre ; comme la déroute eut lieu le mois précédent , ou pput 
juger avec quelle rapidité les chaneans de yamur furent com- 
posées et répandues dans le pays Ce fait seul pourrait (aire ac- 
corder à J. Le Maire le titre d'improvisateur, 

1507, 9 novembre f d Calais, 

m 

Ph. Haneton à Jehan de Mamix. 

m Monsieur Mamix , je me recommande de bon cuear à vous. 

« Ayant par la derrenière poste reçeu vos lettres avec le re- 
« cueil de Jehan Le Maire touchant la destrous^e de St.-Hnbert, 
et en qnoy il a grandement et élégamment besongnié ; maîâ il a 
« oubiyé d*y touchier Pacte du bregier qui emprunta d*aii caré 
m de village une vielle brigandine et quelque mauvais baston pour 
m aller à la meslée à laquelle il conquesta , comme Ton dit, uue 

• bourse plaine d^escuz, et jura grand serment que (à plus 
a ne garderoif les moutons. 

a 11 ne met aussi riens de cely qui demanda an gentilhomme 
« quioffroitX"^. escuz pour sa rançon, sUlavoit taut d*argeut et 
m venoit pillierles vaches et poulies des bonnes geni. et que par 
a la sangbieu son argent ne lui aiderait point et en paaseroitpar 
« là ou par la fenestre. 

« Aucuns de Messieurs estant icy aient avoir eu ces nouvelles. 
« et leur semble qiiMt n'y auroit point de mal d*en adjouster 

• quelque chose audit recueil. 

« Avant la réception de vos dites lettres avo) e advisé de user 
« des lettres que Messieurs escripvirent à Madame selon vostre 
m advertissement et y continueray. 

« Philibert («ombart arriva icy hier au soir. 'Messieurs ont pat lé 
« i Hons' de Fienues et taut fait qu*il s^est contenté de Tappoio- 
c Cément fait entre les deux royaulmes. U a des gens dever? loi 
« qui Teussent voulentiers dépesché. Madame entendra le tout 
a par les lettres de Mons*" le gouverneur et aussi par celle« de 
« mondit sieur de Fiennes qui escripvirent par le ;it Lombarl. 

« A Calays, le IX" jour de novembre. 



- 357.- 

« t^ar tes lettres de Madame terrez Testât de nos matières qui 
c ii*est tel que bien le ? ouldioye. 

« Vostre entier wiy comme frère, 

P. HANETON. 

NousToyons par cette épttre, dont l*original repose aux ancien- 
nés archives de la Chambre des Comptes, à Lille, que le poète 
Jehan Le Maire n*a?ait passa d^abord tous les détails de ce qui fait 
le sujet de sa chanson ; mais il devait aller vite ^ et d'ailleurs , 
f appelons nous qu'il avait pour devise : De peu di$9X ! A. D« 



€û du Ub lont\)te. 

Les habitants de Tancienne province de Flandre étalent jadis 
et sont encore en possession de Jonoir d'une multitude de fêtes fort 
iacoonues à toutes les antres contrées et passablement bizarres 
par les eérémotiies et les représentations qui les accompagnent. 
Les flamands, très^fld^es à leurs habitades, ont perpétué toutes 
ces vieiUeseodtomes, surtout lorsqu'elles étaient Toccasion de di* 
vertissements, de récréations et de bombance. Nous citerons 
comme ezemple la petite ville de Comines sur la Lys, dont* moitié 
appartient aujourd'hui à la Belgique et moitié à la France, parce 
qu'elle est divisée en deux partiesi comme Warvnck et Warneton, 
par la rivière de la Lys qui forme maintenant la limite des deux 
pays. Cette cité franco-belge a conservé intacte jusqu'au siècle 
damier une pratique singulière , qui a même laissé des traces 
jttqu'à nos jours. • 

Chaque année, le 9 octobre, léte de Saint. -Denis, s'ouvre 
dans cette eommune ane foire pendant laquelle on jette au peuple 
ttBe quantité de ces grossièrei cuillers en bois que l'on nomme 
iouekei en wallon, (t) Il y avait en même temps toutes les ré-* 



•r^ 



(1) Le mot loucha, en trallon, s'étend noD-seolemem aux cuillers 
eu bois qui servent au vUlage pour eianger à ta gameUe, mais aussi a 
1» grande cuiller avec laquelle on sert le potage. En Haiaant et en 
Flandre on dit une hwA$ dargmi, et quelque fois une huch9 sans 
autre indication, pour la cuiller A potage. — A la suite des Co4ftMMr 
de la ville de ValencimneSt parmi Ténumération des meubles que pou-' 
Tait prendre le plus jeune des çifants orphelins dans la maison pater- 
neUe, se trouvait une lowhe : cela lîaisait partie du droit de maUneté 
molnliairet espèce de préciput a<-cordé au Beco^n'^In ^^ ^^ famille^ à 
celui qui était resté te dernier bâton de vieillesse de ses parent^; c'était 
précisément le contraire du droit d'aînesse. 

84 



- 358 — 

eréatîoiMi fêtes et réjouîtsauces qui accompagnent ordiaairMicat 
les foires en Flandre. 

Une ancienne tcadilion explique Torigine de cette féi9 de$ 
louehês par l'emprisonnement d'un riche et puissant seîgnear da 
pays dans un fort donjon où il était privé de toute commnnica* 
tlon avec le reste des humains. 11 était YÎctime d*un usorpatear 
qui Jouissait de ses grands biens pendant sa séquestration forcée. 
Le noble et malheureux prisonnier parvint enfin à faire connattra 
son existence à on couvreur qui travaillait au-dessous de son 
cachot, en jettant à travers les barreaux de fer de sa cellule tout 
son modeste ménage de bois avec lequel on lui servait à manger 
et qui consistait principalement en petites louches. Cette cireons- 
tance donna Téveil; on devina bientôt quel pouvait être ce mys- 
térieux captif, et sa délivrance fut la suite heureuse de ce fait. 
Pour en perpétuer la mémoire, le seigueur fonda une foire franche 
& Comines, et une fête où des louehei en bois furent libéralemenl 
ietées au public ainsi qu'on en usait ja^ls en lançant généreu- 
sement des pièces d'argent à la foule qui criait : NoiU Cette 
coutume qui parait si singulière, doit» comme on le voit, son 
origine à un sentiment honorable, k la reconnaiasaiice, qui se 
perd souvent si vite chez les petits et chez les grands (i). K. D. 



(1) La seigneurie de Comiaes était nue des qnat^ baroBaiea de le 
cliatéleoie de Lille ; elle compta an nombre (|e ses membres PhU^ffê 
de Clitte^ surnommé de Gomines, célèbre par ses mémoires sur la vie 
de LooisXIt de Charles V1I1, etc. Cette seigneurie appartenait, an siède 
dernier, an dnc d'Orléans. La petite viUe de Gomines a reoueiUî las 
cendres du célèbre DeipauUre, un des premiers grammairieiis. ( PM 
dictionnaire historiqtte et géographique de la chàteleme de UUe, par 
André-Joseph Panckoucke. ) Edit. nouvelle, 1733. UUe, Danel^ pet. 
in-12, pages 9 et 10. ) — Jean Despaulère, qui était encore, du temps 
du bon La Fontaine, la lumière des écoles et l'épouvantail 

De l'écolier qui ne s'amusoit guère 
A feuiUeter Gténard ei Despautère, 

enseigna tour-a-tour à Bergues et ft Comines où II mourut en iStO. 
La pierre tumnlaire de ce borgne plus clairvoyant qu'Argus se voit 
encore dans l'église paroissiale de cette dernière ville et porte l'inscrip- 
tion suivante : 

c Hic jacetunoculus visu praestantior Argo 
« Piandnca quem Ninive protulU et caruit, 
c Requîescat in pace. > 

{Debaecher; ftecU. hist. sur Berg|ies, 1849, in-8<> p. Sli.) 



.j im I ■■ ^ "^ p II '•^'imtmtr^rf^mm^mii^^^'^ 




♦rPT'T'I'I'l'î'T'T'rX'I'Is 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



!l!0. — CameracuM cuRiSTiANi'M, OU histoîre ecclésiastîqut) du 
diocèse de Cambrai, d'après le Gallia Christiana et d*autrei 
ouvrages, avec des additions considérables et une continiuitioa 
jusqu'à nos jours. Pnblié, sous les auspices de S. E. Mgr. le 
l^ardinal-arcbevéque de Cambrai, par M. Le Glay, correspon-^ 
dant de Tlnstitut, des académies royales de Belgique, de Turin, 
etc., etc. Parti, Sùgniêr et Bray, r. des SS. Pères, «tf , et 
Lille, L, Lefort (r. Esquermoîse,} 55), 1849, in- 4* de 4 r>* 
Um^^^LXYiif «1849 pp. plus une carte géogra|ihique. 

Voici venir un bon et beau livre sur rbistoiro locatë, prise ati point 
de vne religieut , poinl auquel toutes nos anciennes annales du pays 
viennent se rattacher, lorsqu'elles ne se perdent pas dans le cbamp 
illimité des fables. Cet ouvrage était aUendu depuis long-temps, mais 
en voyant son Importance et ses développements , l'immensité des 
recherches et de» citattoos , la multitude des faits accumulés et des 
noms propres rapportés , Ibs notes et les éclaircissements dont 11 est 
illustré, on reste étonné qu'un seul homme, que ses fonctions d'archi- 
viste-général du département du Nord et divers travaux scientifiques 
occupaient déjà presqu'en entier, ait pu safAre à l'achèvement d'une 
teUe entreprise. Si depuis long- temps M. Le Glay n'avait pas été 
surnommé le BMdkoiin du A/bfd, le bel ouyiage qu'il vient de terminer 
aurait suffi pour lui faire accorder ce titre. 

Le Cameracum ChrisHanum est écrit en latin et en français ; en fa- 
veior des lecteurs nombreux à qui la langue totine ne serait pas fami- 
lière ; il est précédé d'une Introduction qui embrasse , d'une manière 
nette el concise, les faits relaiifs 6 la religion dans notre Contrée, depuis 
les premiers prédicateurs chrétiens Jusqu'à l'avènement de ligr Pierre 
Giraud au siège métropolitain de Cambrai : c'est un magnifique mor- 
ceau d'histoire, écrit avec élégance, sagesse, prudence, et cette sûreté 
de pensée et de style qui n'appartient qu'à l'homme longuement roUA 
par l'ôtudo et rexpêrience. Après ces prémisses nourries et déjà fé- 
condes, viennent l'histoire des prùlats, sufTrsgants , prévôts et doyens 
do l'église de Cambrai ; celle des collégiuios, monastères, àbbayeïf 



— 3G0 — 

chapitres nobles , prieurés et prévotés , maiflOBS religieiuet d*iioiDiiies 
et de femmes de tous les ordres, cbartreuses, collèges religieux et 
oratoires , hospices et hôpitaux , tels qu'ils furent constitués Jusqu'à 
leur fermeture A la première rérvolution française. Nous n'avons re- 
marqué qu'une lacune dans cette vaste revue, c'est celle du collège des 
jésuites de Valenciennes, qui fournit d'illustres professeurs, des écri- 
vains émdits , et dont tous les bAtiments et l'église servent aujourd'hui 
au collège communal , à racadémie de peinture, à la bibliothèque et à 
une des paroisses de la ville ; et encore l'auteur a-t-il parlé incidem- 
ment de cet établissement de l'ordre de Saint-Ignace dans une note da 
la page lix de son Introduction. 

L'auteur reprend ensuite l'historique des anciennes et des nouvelles 
paroisses des villes, des séminaires diocésains, des cures et des pa^ 
roisses des campagnes, et il en nomme tous les pasteurs jusqu'à ce 
jour ; il traite avec une convenance d'une rare délicatesse l'époque du 
schisme révolutionnaire , et il finit par la nomenclature des oongréga- 
tions et communautés religieuses existant aujourd'hui dans le Nord» 
Ce volumineux travail , orné d'une carie de l'ancieB diocèse de Cam- 
brai de 1559 à 1790, d'après ViUaret, est terminé par des pièces justi- 
ficatives et par d'excellentes tables alphabétiques d'hommes et de Ueux, 
d'un usage commode, et, nous devons ajouter, d'une nécessité Indis- 
pensable pour un tel ouvrage. 

Le temps était venu d'entreprendre ce travail : dans dix sa vingt ans 
il eût été trop taid. Aujourd'hui encore il existe des témoins vivants 
de l'état de choses renversé en 1 790, qui peuvent servir d'tndiciairss 
pour écrire l'histoire d'avant la Révolution ; M. Le Glay a pu les con- 
sulter ; dans sa jeunesse, il a conversé avec les savants et les ecclé- 
siastiques de l'autre siècle, il est le troii d^unUm entre le temps passé 
et le temps présent , et il a mis parfaitement à profit cette position de 
l'honune entre deux Ages. Aussi est-il sorti de sa plume un livre tout 
imbu de la consistance et de la gravité de nos pères sans être dépourvu 
de l'élégance de style et de l'agrément des œuvres modernes. Il ne 
nous restera rien à «jouter aux éloges que mérite ce grand travail, 
quand nous aurons dit, en terminant, que son savant auteur vient d'être 
justement rémunéré par une mention très honorable de l'académie des 
Inseriptiooset Belles-Lettres et par un haut témoignage de satisfaction 
par l'éminent prélat qui gouverne le diocèse de Cambrai. a. s. 



SttO. — Annales de la provinee et «^mté da Baioaot, cootrnjot 
les choies les plus remarquables advenues dans ceste province, 
depuis rentrée de Jules-César jasqu*a la mort de TînlHiie 
Isabelle; par François P^inchant. Bruxelles, librairie sden* 
tifiqne (A/ofu, fypogr. d*£m. Hoyoii), 1848, gr. in-8® tome 
!•',«— et 5*.Portr. 

Nous possédions , sous le titre à^AnnaUi de la pnmnes tt eomU 
d'Haynam, un petit in-folio de 418 pages, imprimé à Mtms, ches/as» 
Havari en 1648, qui ne ressemblait en rien aux vérilables JmnaUi dm 



^ 



— 361 — 

HèmmU de Franco» Vinckani ; fl avait |>our(ani M donné comme 
soif œuvre acheoée et (mgmmUe par le Rév. Père Antoine BuieaUj de 
l'ordre des Mlaimes. Bn comparant le texte imprimé il y a decii 
siècles, avec le manuscrit de Vincliant , provenant de la bibliothftqae 
de son parent, M. Vincliant de Milfort, on trouva que le P. minime 
n'avait fait qu'une mutilation informe du travail de l'annaliste du Hal- 
naut. Dès lors, la Société des B9>liophUn belges prit la résolution de 
publier f ouvrage original tel qu il est sorti des mains de son auteur et 
elle confia la direction de cette édition complète à M. H.-R.'B. Des- 
camps^ chanoine de Tournai et vicaire-général du diocèse. Le savant 
éditeur est arrivé aujourd'hui à la moitié de sa lourde entreprise; 
l^ouvnge aura six volumes in-S»; le 3* est achevé. Les annales ont 
traversé les temps anciens et fabuleux qui sont ceux oè Thichanl s'est 
livré aux plus grands écarts ; le moyen-ége, traité par lui avec assez de 
vérité, se développe défà sous la main de l'éditeur jusqu'au commen- 
cement du XVe siècle ; la partie à produire ( les XV* et XVI* siècles) 
sera la plus précieuse de l'ouvrage » l'auteur l'ayant travaillée sur des 
traditions récentes ou sur des documents irrécusables. Cette publication 
fait honneur à la Société des Bibliophiles belges : nous voyons, i^ar des 
renvois indiquée, au nombre de lxxiv, qu'elle se propose de l'éclairer 
par des oppsiMiicss considérables, elle l'a déjà illustré d'un beau portrait 
authentique , puisé dans la famille de l'auteur, et d'une notice sur sa 
personne qui laisse toutefois désirer de plus précis renseignements que 
ceux donnés par Paquet ; enfin le typographe soigneux , chargé de 
l'impression, s'est piqué d'honneur pour rendre la vie * une œuvre 
d'un concitoyen, et il a fait sortir des presses mootolses un magnifique 
labeur (*). a. o. 



fSi. — Biographie des prêtres du diocèse de Cambrai morts 
depuis 1800 et qui se sont lê plus distiugués. par leurs vertus, 
leur* ttleats et leur zèle, ouvrage publié sous les auspices de 
Mgr. Parchevéque de Cambrai. (Par Tabbé Capelle, missionnaire 
diocésain). Camlfrai, C. J. A. CarpâfUUr^ 4 $47» in-8<* de 
XVI et 460 p. 

Cet ouvrage, qui contient 24 biographies des ecclésiastiques les plus 
recommandables et les plus éminents, décédés depuis près d*un demi- 
siècle dans le diocèse de Cambrai, est, à vrai dire, une histoire com- 
plète et suivie du diocèse avant, pendant et après la Révolution fran- 



{*) Des exemplaires sur papier de Hollande, numënotés à la presse, sont « 

destinés anx membres de la Société des Bibliophiles, mais il est réserve > 

an publie un eertain nombre d'esemplaires sur papici ordînaire, ponr 
lesqaels osi pcnt s'adremcr â l^ns , chez M. Ji. Lacroix^ trésorier d^s 
bîUiophilcs, età VàUneienaes, au bureau des Ar.hipes du Nord, rue 
Nonvella-HoUandt'y n« 7. 



^ 36f — 

caise. Par les détails doniiés vas les excelleots serviteon de DI«tt 
qui illustiraieni l'église de Cambrai, le lecteur peut suivre tous les é^é* 
nemens principaux de l'histoire ecclésiastique du pays durant noa 
troubles civils. Lej renseignemens s'étendent spécialement sur les 
luttes qui suivirent la constitution civile du clergé, fur l'émigration et 
le martyre des prêtres, les missions opérées pendant la suspensioii du 
culte, la réouverture des temples après le Concordat, l'organisation des 
nouveaux séminaires, etc. Les biographies étant rangées par ordre 
chronologique, on peut suivre les événements k peu près selon la suc- 
cession des temps. Ce pieux travail est l'œuvre de diverses plumes^ 
et nous y avons remarqué des notices signées des abbés Tkénard, 
Plouvier, Bonifaoe, Miame, Booce, LtcomU, Bogie, Garçon, Ltuu^ 
heere et Babtur, mais c'est surtout à l'abbé CapeUe^ dont le talent pour' 
la prédication est devenu populaire dans le diocèse, qu'on doit riui- 
tiative, la rédaction principale et l'arrangement des matières de cet 
ouvrage qui ne peut manquer d'avoir un jour une suite, car le clergé 
diocésain compte aujourd'hui de respectables défunts dont le nom ne 
peut périr : parmi ceux qui doivent figurer au supplément, nous ne 
saurions trop recommander l'excellent et vénérable dom Béusnol, 
mort doyen de Maubeuge, après avoir parcouru la carrière la mieux 
remplie et la plus digne, a. a. 



922. — Bulletin de la commlssioD historiqua du dépariemeni 
dti Nord. Tome H. Lilk^ L. Dan9i, 1846, lii*8o do 5ii.pa- 
gea, Ogurea. 

La commission historique du département du Mord est une iostita- 
tion archéologique qui a été fondée et soutenue par les préfets les plus ' 
éclairés de ce beau département et qui brilla surtout lorsque M. de 
Gontencin était secrélaire-général du Nord. Les conseillers^génénox 
ne comprirent pas toujours bien ce que pouvait ofllrir d'intérêt pour la 
science et les suuvenirs une association de ce genre, et iU se firent 
souvent tirer l'oreille pour l'encourager ; espérons que les élus du 
suffirage universel y verront plus clair. Quoiqu'il en aoii, nous ap- 
prenons avec plaisir que la commission historique du Nord, éteinte 
pendant la tourmente révolutionnaire comme tout ce qui était lumière, 
art, civilisation, histoire et science, renaît de ses cendres et reprend 
ses travaux. Les hommes d'étude pourront du moins trouver un cen- 
tre où il ne sera question ni de débsts, ni de politique, ni d'autres 
révolutions que de celles du temps qui affligent les monuments, com- 
me les révolutions des empires affligent les hommes. 

Le tome 11 du Bulletin contient des notices très variées sur nos mo- 
numents et nos anUquités locales. MM. Le Clay, de Omtencm, De 
BaraUe, DeUgne, DeviUe, Derode, de Melun, Bnmeel et VmcemiaaH 
payé leur tribut à ce recueil. M. DulhillcBul, de Douai, y a founii un 
article sut le château de Le Unre qu'il place à tert sur la commune de 
Brillon, tandis qu'il est situé sur ceUe de Sars-et Roiièrea (Voir nelre 
article sur La iLorre-Tfommes et Choses, première série, p. 88^ Somme 



"W» 



«- 363 - 

toute, le BtdleUn de la commission hisioriqus du département du Nord 
é9i un ouvrage éminemment utile, qui deviendra un jour un réper- 
toire précieux do notices sur nos ricties8e& monumeiilalaâ. a. i^. 



9ift. *- MÉMOIRES DB LA SOCIÉTÉ ROYALE des BcieDces , Aê 
Fagricultoré et des arU, de Lille. Années i84S, 1844 et I S4t(. 
LUlôf imprimerie de £. Danely 1840-46, 5 vol in-8-* de 
809, 588 et 536 pages» ornés de planches Ihiiographlées. 

La société royale de LiUe et une association réeUemeM savante qui 
publie des mémoires ordinairement remplis de matières sérieuses dont 
il n'entre pas dans notre plan do nous occuper. L'agriculture, ta bota* 
nique, la physique, l'histoire naturelle, l'éoonosiie politique, sont les 
si^eCs principaux dont ses membres s'occupent avec l'approbation 
unanime des hommes spéciaux, car la société lilloise renferme des 
natorallstea de premier oidra auxquels l'Euiopa savante accorde tonte 
justice. Cependant, nous trouvons encore, nous autres indignea, dans 
les t^ols volumes que nous avons sous les yeux, des pièces histori- 
ques et littératres que nous devons signaler à nos lecteurs. Citons d'a- 
bord la Notice fur ùimeêhs omtoges ds WtMr, par M. Dufay, qui a 
obtenu la médaille ofTerto par la société k celui qui rendrait un juste 
hommage à Tartiste laborieux dont la ville de Lille a hérité la plus 
belle collection de dessins originaux qu'un particulier puisse amasser ; 
notons encore le Voyage de UUe au Mont-Blanc ^ par le Rhin, charmant 
chemin des écoliers, décrit spirituellement par M. Legrand, de Lille ^ 
bien connu de nos lecteurs ; et plusieurs poMes que M. Ètovifas, mem- 
bre résident, a traduites de l'espagnol. La société royale de Lille, 
sait très bien descendre de la hauteur des sujets graves qui l'occu- 
pent pour encourager et récompenser des travaux moins sérieux ; elle 
a bien voulu nous honorer d'une médallte d'or, alors que nous n'avions 
rien fait pour elle, et que, vivant dans une ville voisine, nous n'avions 
pas même a ses yeux le titre de concitoyen. Ce généreux encourage- 
ment de nos modestes travaux est une preuve de l'intérêt que prend 
cette compagnie aux travaux tentés pour populariser les souvenirs glo- 
rieux dtt pays, A. n. 



934. — Notice historique sur le dac de Croy . . . . maréchal 
de France, par Henri Cornu. F'alenciennes, A, Prignet , 
i846y in*8*y portr. et plane., 65 pp. 

Le duc de Croy dont il est ici question est Emmanuel, né au château 
de Condé le 23 juin 1718 et mort le 50 mars 1784 à Paris, entouré do 
ses enfants et de ses petits enfants. II bâtit le château do i'Erniitage , 
Véglise de SainU-Wasnon et l'hôtel-de- ville de Condé; fit le pavé 
de Bonsecours, le canal du Jard et la tour de Croy prés Calais , ins- 



^364 •- 

lalla et présida le baieaii d'A^cullore da Haliiaui et du Gaabrésia, ei 
fut le ^véritable fondateur de La Compagme des nUnes d'A^xm, source 
de richesse pour le pays qui alimente toutes les industries du bassia 
du Nord. M. H. Cornu a rassemblé et fait ressortir tous les actes do 
bienfaisance , de patriotisme et de pbllaniropie de ce grand seigneur 
qui reçut le surnom bien mérité de PmUhièmre du Hainaut, et la So- 
ciété d'agriculture de Yalendennes a justement récompensé Tauteiir 
de cette notice en lui décernant une médaille. Faire revivre-les hommes 
illuitres du pays est un pieux et utile labeur, surtout lorsque la Tle de 
oes hommes est, comme ceUs dn duc de Oroy^ une vie sans tache qui 
peut servir d'enseignement aux vivants. M. H. Cornu n'a présenté sa 
notice que comme une pierre d'attente qui doit servir à un plus habile 
pour construire l'édifice entier de la vie du maréchal ; il a été beau- 
coup trop modeate , sa notice est très complète et si l'on y joignait la 
liste bibliographique des ouvrages laissés en manuscrits par le due el 
celle des deux seuls que Ton cite de lui comme ayant été imprimés (t), 
nous ne voyona rien à y ajouter. ▲. n. 

Md. '^ NoncB HisTORfQOB BT oindâLoaiQUB wat l^ncieinie 
etilla&tre famille des seigneurs et comtes da nom de Lataiiig^ 
par H. Brassarty aeeréture dm hospioea de Denêi. Ikmm, 
jâdamd^JtOmt, 4847, gr. iii-8* de Xlf et 109 pp. ig. 

C'est une bonne et utile chose à faire que les monographies des 
grandes familles^ et nous devons des remeroiments à Bl. Braasart pour 
la manière consciencieuse dont il s'est acquitté de celle de la noble 
maison de Lalaing. L'idée lui en vint en classant et en analysant les 
archives de la conunune de ce nom suc Vinvitation de H. le Comte de 
Montozon, ex-pair de France, qui en est maire. U y trouva 2600 actes 
environ, tous en français et sur parchemin, dont les plus anciens remon- 
tent au milieu du XUl*^ siècle , Ces documents et les renseignements que 
l'autour s'empressa de réunir autour de lui, lui permirent de reconstituer 
la généalogie des Lalaing et de l'enrichir de fail^ curieux, d'épilaphes , 
et d'anecdotes quelques fois peu connues. Parmi celles-ci nous nous 
permettrons do diie que l'estimable H. Braasart s'est un. peu hasardé 
en répétant (p. 55), d'après M. de Yillerode et un autre, qu'un 
PkU^fgpe de ijUamg était Ûls naturel é*Aniom» de Lalamg et de 
Marguerite d'Autriche^ dont il était grand-maltre d'hélel. Nous qui 
avons fort à cœur l'honneur de cette illustre dame, nous dirons que ce 
Philippe de Lalaing n'est point issu, comme on le dit des etnbnuseenmti 
de cette princesse et de son maître d'hôtel, mais qu'il était bien le fils 
naturel de ce même Antoine et d'/jabeou, bâtarde ^Bmib<mrdm qui 
suivit l'exemple de sa mère. Nous sommes au désespoir de détruire une 



(1) Mémoire sur le passage par le Nord, qui contient OMSsi des réfle- 
xions sur les glaces. Paris, 4782, in-é°. — Maisons dês Pays-Bas, 
Paris, i785, in-4<». 



^ a«6 ^ 

origine illiulre, quoique peu pure, d'une branche de Lalaing , mais it 
foulque justice &e tasse, et les reines et princesses sont trop souvent 
caloiumées pour qu'on ne prepue pas plaisir è ieur rendre L'iionneuv 
quand la vérité de l'histoire l'exige. Nous aurions désiré qu'en place de 
cette anecdote apocryphe, l'auteur fttpius souvent mention des devises 
choisies par les comtes de Lalaing, tr^ amateurs de ce genre d'em- 
blèiue, 5tmon de Lalaing et plusieurs de ses hoirs prirent pour devise : 
Sans Beprochê. — Charlef l^r avait choisi celle un peu flère: Aiêltrene 
Quiert Antoine de Lalaing dont nous venons de parler en avait 
plusieurs; outre celle A nuUe plus, qui était sur son tombeau à cété de 
la devise de sa femme; Yynemoy at^^e , il avait aussi un second 
emblème dont le corps était une main tenant nne gerbe et l'autre qui 
sème du blé, avec cette âme: la mano fa l'opéra; autre encore : une 
bagne de diamant, avec: Elle dure H durera. Enfin, une bombe quicr^ve 
dans l'eau avec cette inscriptiDu : 

a Tant plus grand est son froideur 

< Et pluâ est aspre son ardeur ! » 

h. n. 



9^ft. — Becbbrcbes fiisToHiQUBs sur la ville de Bergues, ea 

b'iaodre; par Louiâ De^eckêr^ membre de la eommîtiioii 

kietorique dn 9lord, des «ociétés de Doaai, Cambrai, Bruges, 
etc. Bergues, chez Barbez ^ libraire, 4819, in 8°flg. et 288 pp. 

— ARCHIVES déposées sons le Beffroi de Bergues, lettre à 

M. Tabbé Cartoa (par le même). BrugUt yandêcasteele, 

1><48, in9**S6pp. 

ColligilequoesuperaverutUfragmenla, nepereant: cette épigraphe, 
tirée par M. Debaecl^er de l'Evangile de saint Jean, a été bien mise eu 
pratique par lui. Désormais la ville de Bergues a une histoire, les 
fragments de ses annales, réunis en corps, ne sauraient plus périr. 
L'auteur a divisé ses recherches en époques qui se rapportent aax 
diverses dominations du pays ; il les poursuit jusqu'après la Révolution 
française, à Tavénement de Napoléon à l'Empire en 1804. Il raconte 
la fondation de l'abbaye de S. Winox qui donna son nom à la ville de 
Bergues et la succession de ses abbés suivant le ma. de WalkmcqppeUe ; 
il parle des luttes des Blavoe tins Qt des Ingrekins ; il donne les lettres 
do conQrmation de la confrérie des Archtrs de Bergues par le duc de 
Bourgogne, le ^9 mars i486, une des plus anciennea du pays ; il cito 
les privilèges donnés par Charles-Quint le 11 juin 1516, à la Channbre 
de Rhétorique de Bergues, à la suite de la palme gagnée au grand con- 
cours de Gand, en 1513, par le Berguenard Pierre flu^; enfin 11 fait 
remonter l'introduction de l'imprimerie à Bergues, ^flxée par M. Dufaitelle 
à 1664) a l'an 1656, époque où Ptarra Van Omoen imprima un pro- 
gramme de la tragédie de Daudamii et Amisoc4U (in 4" de 4 pages) 
jouée parles élèvea des Jésuites ; Jacques Ketelaer (cité par M. Dufailelle) 
n'aurait ainsi été que le second imprimeur do Bergues. M. Dcbaecker 



— «lOo — 

n'oublie pas de fournir un chapitre sur les hommes célèbres do sa ville 
natale dont il a su déterrer les illustrations, et il termine par de curieux 
documents sur Tépoque révolutionnaire qui afDigea tout aussi vivement 
les petites villes que les grandes cités. Une représentation du Eefffoi 
de Beiigues décore le frontispice de cette histoire ; c'est uu prodrome 
qu'on pst heureux de trouver, mais qui n'était pas d'obligation : ji bon 
vin, il ne faut pas d'enseigne. 



237 — Eglises du moye^-agb , daus les village» flamands 
du nord de la France, par Louis Debaeckfft. — Sanctum est 
tempiumtuum, miràbile. — Chez F^indecasteele-f^f-^erbrouck^ 
à Bruges, 1848, in %* de 116 pp. flg. — Oudezeele^ par le 
même id. Cassel, T. Dhubert, in 8"* 8 pp. 

Gel ouvrage est un complément nécessaire de celui qui précède ; 
après avoir visité la ville on aime à parcourir les environs, et celte 
promenade est surtout agréable Ionique le cicérone est aimable et 
instruit. M. Louis Debaecker débute par une introduction où il fraiXa 
des premie» apôtres du christianisme dans la contrée qu'il explore, il 
parle des ouvriers avant de citer leurs œuvres; c'est ainsi que l'on fait 
connaissance avec S. Vaast, S. Momcltn, S. Eloi, S. Winoc, S. Maurant, 
3. Vulmaro, S. Godehard et S. Folquin , qui fondèrent les premiers 
temples chrétiens dans la Morinle. Une fois arrivé aux monuments il 
en explique l'origine , Tàge , le style, les accessoire et l'histoire. 
Chaque nom de commune a son élymologiOf ses petites annales et quel- 
quefois celle de ses seigneurs. Des extraits de chartes viennent comme 
pièces justificatives pour terminer cette intéressante brochure, ornée, 
en outre, de plusieurs figures qui éclairent le texte. Nous ne pouvons 
qu'encourager M. Debaecker à continuer ses explorations archéologiques, 
historiques et littéraires dans la partia flamande du département du 
Nord, encore trop peu connue, et pourtant bien riche en souvenirs de 
tous les genres. 

A. D 



238. —Recherches historiques, généalogiques et bibliographiqnes 
sur les Elzevïer, par J, De Reumsi capitaine d^artillerie , 
membre de plusieurs sociétés (savantes. Multum in pan^. — 
Bruxelles, ad. fVahlen etO^^ 1847, in S^dc 119 pp. figV 
et fac-similé. 

Cet ouvrage est dédié à bon droit par l'auteur à son ami J. W. C. 
Rammdman-Elzeioier^ gentilhomme , etc. , etc. , qui s'est voué à la 
mémoire des célèbres typographes dont il porte le^ nom accolé an aie» 
et sur lesquels il a publié , en hollandais , un livre dont celui -tû n est 



- 357 *- 

guère qu'une iracluclion libre, iUustrée et eitjolivëe. M. deReume 
avoue modestement dan» sa conchaion, que ses recbercbes sont bien 
moomplétes sous le rapport bibliographique : nons l'avouons, il dit vrai : 
après ce qu'ont écrit les Adry , les Bérard , leê Nodier et sou tout M. 
Brunetf sur la bibliographie elzevirienne, il n'y a plus que M. MoUeUyt 
qui a rassemblé depuis trente ans la plus belle collection d'Elzevirs de 
l'Europei qui soit en possession de nous apprendre quelque chose sur 
les immenses et toujours curieux produits de ces typographes célèbre:». 
Sous le rapport historique et généalogique, l'ouvrage que nous annon- 
çons reprend tous ses droits ; il est plein de renseignements précieux. 
Toutefois nous voudrions bien le mettre d'accord avec le SitUeUndu 
MUopMe Brige ( t. VI. 104 ), au sujet ù'Aernout Eliwier, peintre né 
à Douai , selon nous vers 1575 et mort à Leydo vers 1648 , que le 
BuUeiin [ d'après M. Ramroelman semble-t-ii j fait naître en 1525, et 
semble mettre à la place de son p6re Louis souche do« Elzevlers , né è 
Loovaln en 1540. La Gaime Douaisimne ne mentionne pas plus cet 
artiste, qui a laissé des œuvres remarquables, que Josse Elsevier^ son 
frère, également né à Douai et mort en 1617 èJJtrecht, où il excrç(ii:i la 
procession de libraire et devint le père de Louis Etzerier. f:.merx impri- 
meur d'Amsterdam, qui, associé à Daniel , flt paraître le Pastissier 
français, destiné d'abord aux cuisinières et que les rois , à peine, 
peuvent se vanter de posséder aujourd'hui. a. d. 



229 ~ Albums et œuvrea poétiques de Marguerite d*Autriehe 
gouf ernaate des Pays-Bas; publiés en entier pour la première 
fois diaprés les manoscrits de la bibliothèque royalede Belgique. 
Bruxelles, librairie scieutiûque, 1849» iu-8'' de XX et 407 pp. 

Cet ouvrage est le n" 17 des publications de la Soci^dw BiblkphUes 
bHges séant è Mons -, il jost sorti des presses de M . Emm. Uayois, qu i 
a mis beaucoup de soins & celle reproduction en caractères gothiques, 
et à qui nous ne signalerons que la bizarrerie d'un titre dans lequel le 
goût pourrait trouver à reprendre. Notre confrère, M. Emile Gachêt, 
8*est chargé des soins littéraires de cette publicaUon qu'il a enrichie 
de préliminaires intéressants et instructifs, dans lesquels, avec l'aide 
de M. André Van Hasselt et après M. le baron de ReilTenberg, il 
explique les n9ms des personnages mis en tète dos principales pièces. 
soit qu'Us lee aient composées, soit qu'on les ait composées pour eux, 
Jehan Molinet, Jehan le Maire, l'auteur do \*An des sept dames, sont 
pour quelque chose dans la paternité des albums de Marguerite ou 
elle-même a dû prendre une certaine part. Quoiqu'il en soit, sans è Iro 
nu monument aussi durable que la statue que Ion vient d'élever è la tante 
de Gbarles-Quint dans la ville de lialines , ce volume est un hommage 
reAdu à sa mémoire, à sou ggût pour la poésie et pour les lettres, et & 
la protection qu'elle accordait aux gens d'esprit. Les mânes de Margoi 
la gmU demcyislU auront été doucement émues de cette élégante mise 
an jour de ce qui flt la distraction de sa vie de cour ; mais il y aura eu 
un revers à celte médaille frappée en son honneur , c'est l'anecdoio 
citée plus haut: cette tradition qui donnerait Maigueriie pour mère a 



— •368 - 

Philippe de Lalaing. H faadralt, si Ton pouvait prouver celle faute, 
changer quel(|ue chose à la devise de la princesse : Fgr(tm«, m/brttme, 
forhine, et renverser tout ce que Toit sait sur le tendre souvenir quelle 
conserva de Philibert de Savoie, son troisième mari , auprès duquel 
elle se lit Inhumer en l'église de Brou. a. d. 



9S0. - Crro^ologib historique des Seigneurs rrAvesaes, 
par Michaux orné, chef de bureau à la Sous Prélecture 
d*Avesne8, et membre de la société archéologique de la niéme 
ville. /4ve$ne$f C. f^iroux, 1844, iu-8® de xxvi. et 106 pages. 

Ce travail est divisé en deux parties la première comprend une 
Notic» sur la terre et pairie d'Aveinef, en Hainaut^ qui se termine par 
la succession généalogique des seigneurs d'Avesnes de lOiO à 1789. 
La deuxième partie est la (lyronologie hisijrique des Seigneurs dAv9stife9^ 
proprement dite, è laquelle la notice précédente sert en quelque aort*. 
d'introduction Cotte i*" partie commence au Xl« siècle et s'arrête vers le 
milieu du Xlll« siècle ; elle est divisée en huit chapUres ayant pour 
titres les noms des ftut( premiers seigneurs d'Âvesoes. L'ovvrage devait 
être continué puisqu'à la page 100, l'auteur ciunt Jean 1'* de ChastiUon, 
9* seigneur d' Avesnes, il ajoute: qui fera ci-après le st^et d'un article 
particulier. Cet article ni les suivants n'ont pas paru que nous sachions, 
et nous le regrettons ; par la partie que nous avons sous les yeux dous 
jugeons de l'intérêt que fauteur aurait pu jeter dans les tempe plus rap- 
prochés de nous. Son travail est fait avec un soin minutieux ei un Inxe 
dénotes, de citations, do sources, de preuves, qui font honneur à sa 
patience et à sa conscience. Quoique ce volume soit daté de 1841, II a 
été terminé postérieurement à cette date, puisqu'on cite au bas de la 
page xxTi , Louis-Philippe, ex-roi des Français , ce qui indique néces- 
sairement une des années 1848 ou 1849' Si les destinées do ce livre le 
mènent loin , un jour viendra peut-être où celle qualité d*ejyrt4 rap- 
prochée de la date 1844 du titre mettra à la torture des Saumaises futurs. 

A. n. 



251. — Notice sur l'image de Notre-Dame*de-GrAce de Cambrai, 
par M. V \bbé Capelie^ missionnaire apostolique. Caifs6raî, 
Henri Carton, 1849, in 8* 48 pp. 



Il existe, sous le titre de Atlante Mariano, un travail considérable 
l'origine et l'histoire des images miraculeuses de la Vierge 
vénérées dans toutes les partlea du monde, fédigé par le père OmUammt 
Gumpperberg^ jésuite, édité par les soins de Jean-^BaptisU Ataggia. nia 
en iuiien et augmenté des saintes images les phis récentes joequ'an XIX* 
siècle pKAgostino ZameUa, prélre de Vérone. On aura nne Idée de ce 
colossal ouvrage et en même temps de la popularité du cnlle do Jfcrie, 
quand on saura que la première partie du tome dixième, qnl mtvownprtné 



que les images de« Pays-Bas, est an Tolume de 100 pages impr . à Véftmét 

£9 dorgit 1846, pet. iu-S*" L'ouvrage est dédié à l'Impératrice d'Aatiiclie 
aria Anna CaroUna Pia et se débite au proût des sourds et mueta. 
— L*abbé Capelle sans avoir la prétention de faire une oeuvre aussi con- 
sidérable que le Père Qumppenbfrg, n'en a pas moins vouésavie&recber^ 
cher les traces du culte que nus pères ont rendu à la mère de Diea et il a 
extrait de son travail général cet opuscule sur TefBgie de Notre- 
Dame-de-GrAce de Cambrai. 11 est plein de détails curieux sur l'origine 
de l'image en vénération à Cambrai, sur la fête du 15 août devenue celle 
de la cité cambrésienne, et sur la procession si populaire qui en fait 
le plus bel ornement. Ces détails ont un grand intérêt religieux, 
historique et moral. a. n. 

352. — ' Souvenirs de France et d* Italie daoft les années 4850, 
1 ^51 et 4 833, par le Comte Joseph d'Eêtourmel Pans, 4 %40, 
uu volume in- 13. 

Le comte Joseph d'Estourmel, ancien préfet, est le descendant de 
celte ancienne et uoble famille du Cambrôsis qui tint la seignerie du 
village d'Estourmnl (canton de Carnièros] depuis Tan 10i4, selon Jean 
le CarpenUer. Celle famille porte degueiile à la croix denleUe et crételée 
d argent, Son surnom était Creton. L'origiuo de ses armes se rattache à 
la prise de Jérusalem où GilleSt dit Baimbaud Creton, qui s'était 
croisé en 1096, fit de tels actes de vaillance que Godefroi de Bouillon, 
par allusion ft son nom, lui fit présent d'une croix d'argent dentelée ou 
crételée dans laquelle du bois de la vraie croix était enchâssé. Ce 
reliquaire est resté longtemps dans la famille. Le comle d'Estourmel, 
peut-être par suile de ces traditions de maison . a voulu visiter en 
amateur ritalie et l'Orienl que ses ancêtres parceururent en guerriers, 
et il en a rapporté des souvenirs charmants, spirituels, délicieusement 
écrits, d'une lecture attachante et d'une instruction légère et variée. 
Aujourd'hui que la noblesse ne gagne plus de marques glorieuses 
héraldiques, la famille d'Estourmel aura du moins ajouté à ses titrer 
nobiliaires, des titres littéraires; cette illuslratioo en vaut bien ^e 
autre : 11 ne suffit pas seulement du courage pour la gagner. a. d. 

S53. iTiiirBRÂiRE HISTORIQUE do chemin de fer do Nord de Paris 
à Lille et h Braxelles, par Amiens, Arras, Douai, Valenciennes. 
Mons, de Creil à St. -Quentin, d*Amiens à Boulogne et de Lille 
« Dunfcerqoe et à Calais. Lille, £. £0/brr,in-8<'deSi6 pp. 
avec une carte. 

Ouvrage publié sous le voite de fanonyme ef composé avec une 
négligence qui n'eut certainement paa existé sous la responsabilité d'un 
aom d'auteur. Ce petit livre fourmille d'erreurs et de faits bazardés. 
On y voit que le village de Famars fut autrefois le siège d'une abbaye 
de bénédictins bâtie sur les mines d'un temple dédié au dieu Mars.^ 
^- — de semblable n'eiista jamais à Famars. On y explique le nom d« 



y 



village de 0«Morii^0 par cette tradaciion : Rwièredes Caston^ et flo'y a 
en ce lieu aucune espèce de liyière et probablcmctii les castors ne 
s'y produisirent jamais que sous la forme de cliapeaux , quoique 
l'auteur avance qu'on découvre souvent dans la contrée les ossements 
de ces animaux. Il serait trop long de rectifier les assertions avancés 
dans ce guide peu fidèle; sa lecture fait désirer que l'on apporte dans 
la publication des livres de ce genre le soin, la conscience et l'exac- 
titude que les étrangers mettent dans la confection de leurs guides^et 
itinéraires. a. e. 



954. — MteofRB HISTORIQUE, avec pièces olfidrlles, coaeenumt 
Tancienne lé-gislation du Hainaut, et principalement de la ville 
de Mons, en matière d'impôts ; par Juguidn Lacroix^ arcbi- 
vtste de rKtat et de la ville, etc., etc. BmxeiUê, Moroye 
FtCie, 1846^ gr. in-8*de vu et 189 pages. 

Ce travail a été provoqué par une demanle de M. Liedis, lorsqu'il 
était gouverneur du Hainaut, en mai 1844, pour obtenir des doconMOls 
sur les impôts de la ville de Mons depuis l'époqn? d** leur création 
jusqu'à celle de l'occupation française. M. A. Lacroix étendit ses 
investigations au-dt^là de la ville et sur tout le comté, et rédigea , sons 
forme de mémoire, uu traité complet de la matière appuyé de quatorze 
pièces justificatives. • Le laborieux archiviste de Mona u a pas pour 
coutume de disserter beaucoup ; il arrive armé de toutes pièces pro- 
bantes et il défile son chapelet d'actes publics et authentiques qui valeoC 
bien plus que des paroles. C'est ainsi qu'il use des deux prédeux 
dépôts confiés à sa garde, dont il tire, comme d*une mine inépuisable, 
tous les arguments dont il a besoin ; aussi ses publications sont-elles 
fondées «ur des bases d'une solidité antique et respectable. CeUe que 
nous annonçons forme le n<* 5 des Wairiétés historiqttes inédiUs de fac- 
teur. A. a. 

â^5. — Bulletin du BibliophUe belge, publié par A. Vandale 
(aujofird*but J, JamarJ soasia direction de M. U baron iê 
Rtiffenherg, Bruxeilef, rue des Minimes, 8 bis, 1844-1849, 
tomeslâVr, iD-8\ 

S il est un érudit qui puisse, dans les temps modernes, effacer l'an- 
tique réputation de Pic de la Mirandole qui pouvait disserter de (mud 
re sdbiU et qwbusdam aliis, c'est bien M. de Reiffenberg le sevani 
conservateur de la Bibliothèque royale de Belgique, qui^ uon-seulement 
met au jour à lui seul plus de vastes monuments littéraires cfoe lo<ote 
une société de gens de lettres, mais encore ajoute à ses grandes publi- 
cations et pour ses menus plaisirs, celle du BulUtm du BibliophiU bèigt 
dans lequel, sous une forme et un titre modestes, il sait glisser de la 
belle et bonne érudition, et surtout d'excellents principes littéraires, 
moraux et politiques, cA où la politique ne se glisse- t-elle pas anjour- 



- 371 - 

d hui? Le rédacteur dn Bulletin beige ^ quand lout croule en France, 
a su tenir son œuvre à la hauteur d'une revue savante de premier oN 
dre, tant il est vrai de dire que c'est Vbomme qui fait- l'entreprise. 
Dans ces derniers temps, le Bulletin a peutr-étre un peu perdu quant à 
sa forme typographique, qui se rapproche trop des périodiques aima- 
nachs , mais il a un fonds inépuisable d'intérêt et de science pour tous 
les amateurs de livres et de curiosités bibliographiques. Cette lecture 
attachante repose agréablement après celle de tous les journaux et 
pamphlets du jour. A. a. 



236. — Monuments anciens recueillis en Belgique et en Aile- 
magne, par Louis Haghe , ''de Tournai , dessinateur de S. M. 
la reiue d*Anglcterre, lithographiées d'après lui et accompagnés 
de notices Jiistoriques par Octave Uelepierre. Bruxelles, 
Société des Beaux-Arts (gérant^ A. de Wasme). place dn Grand 
Sablon, n® il. 184^^ grau4 in-folio, avec vingt- sept Agures 
teintées. 

M ijouis Haghe, fils d'un architecte distingué de Tournai , naquit 
en celte ville le 17 avril 1807 et montra de bonne heure une passion 
véritible pour les beaux -arls; \\ fit des essais lithographiques qui 
eurent du succès et bientôt il so posa comme un des bons dessinateurs 
qu'ait produits la Belgique. On lui doit \en vues du Dauphiné et des 
Hautes- Alpes, vingt-deux planches in-r* qui font partie du grand ou- 
vrage de Nodier et Taylor sur l'ancienne France ; les Iles de Jersey eê 
Guemesey, trente planches in-X>; Espagne et le Portugal ^ vingt-six 
planches in-f ' ; uu vaste travail sur V Orient et un nombre infini de 
planches détachées. Le bel ouvrage que nous annonçons tardivement 
aujourd'hui contient vingt-sept planches , dont l<>s quatorze premières 
appartiennent à la Belgique , les autres sont relatives à T Allemagne ; 
tontes représentent des monuments précieux pour l'art du moyen-âge 
et l'on peut dire que c'est un des plus luxueux ouvrages publiés dans 
ces derniers temps sur les édifices de cette époque remarquable. Les 
plus beaux morceaux d'architecture gothique de Bruxelles , Bruges, 
Louvain, Anvers, Dixmude, Audenarde, Lôau, Tongres et Liège , y 
sont retracés avec une vérité et une élégance qui font de chacune de 
ces estampes un petit chef-d'œuvre qui serait déjà fort recherché, même 
étant isolé ; réunie , cette collection est précieuse à plus d'un titre et 
constate le talent incontestable du lithographe tournaisien. Son jeune 
frôre Charles Haghe, cultive le même art«vec une grande distinction, 
mais il n'a pas aidé son aîné dans cette œuvre charmante ; nous n'y 
voyons que le nom de F. Stroobant au bas d'une des vues de Bruxelles. 
Les courtes notices de M. 0. Delepierre, quoique très sommaires, ser- 
vent suffisammeut à éclaircir les vingt-sept vues que contient ce 
fastueux recueil. a. n. 




NOUVELLES 

ET DÉCOUVERTES HISTORIQUES. 



— La mort vient d'enlever un de nos vieux auteurs wallons, 
H. Jêon-LauTMt Ramadey komme de lettres, natif de Verviers, âgé de 
80 ans, est décédé en cette ville le 15 du mois d'août 184^. 

M. Remacle est auteur d*uA dictionnaire wallon et français^ d*an vch 
lume de poésies légères et de chansons patriotiques, d'un voyage de 
Liège à Verviers et d'un traité de prononciation. 

Le dictionnaire wallon n'est publié qu'en partie. Les souscriptears à 
cet ouvrage, qui offlre quelquMntérét, relativement surtout aux remar- 
ques et aux observations naïves de l'auteur, attendaient depnia long-' 
temps la Op de cette pubUcatiuu. 

— La ville de Dunkerqne a perdu en novembre i847, la dernière 
descendante de l'une de ses familles les plus anciennes et qui. toujours 
en grande vénération dans la cité, y tenait, aux siècles précédonts, 1<9 
premier rang dans la magistrature. Mlle Ânne-Jdarie-^Looise-Garlotta 
Faulconnier, issue en ligne directe de Pierre Faulconnier, grand-bailli 
en 1654, et arrière-petiie-fllle de Pierre^ Mathieu FaiiJoonmer, histo- 
rien de Dunlierque, e4 décédée le 15 novembre 1847, à l'âge de qiia« 
tre-vingt-deux ans. Elle habitait encore la maison où vécurent ses 
aïeux, depuis le commencement du dix-septième siècle, dans la me 
qui porte aujourd'hui le nom de cette famille. 

— Une députation composée de MM. Ghàlon, Serrure, Pyot et 
Payen, a offert À M. Lelewel la médaillé que les numismates belges ont 
fait frapper en l'honneur de cet illustre savant, pour les éminents ser- 
vices qu'il a rendus par ses travaux à la science numismatique. Cette 
belle médaUie, d'uue exécution fort remarquable, a été gravée par 
M. Veyrai. Elle porte d'un cété la tête de M. Lelewel d'après le mé- 
daillon sculpté par M. David d'Angers, et au revers l'iusoription sui- 
vante : Les numismates à leur illustre maitre J. Lelewel, 

né à Vai'sovie en 1 188. 

— M. Eugène Bouly, de Cambrai, déjà connu par de bons et solides 
écrits concernant l'histoire locale, s'est livré récemment à des redier- 
ches suivies sur les vestiges de constructions romaines qui peuvent 
exister aux environs do Busigny, non loin de Mareiz, où passe 1« 
chaussée romaine de Bavai ft Vermand ou à Rheims. Ces investigations 
n'ont pas été sans résultat. Il parait que M. Bouly a constaté dans œs 
parages, au lieu dit le Mont au Catelett les fondations non interrom- 
pues d'une enceinte dont les matériaux et les ciments ne laisseut aucun 
doute sur leur origine romaine II a en outre mis à découvert une voie 
de communication, qui, partant de l'enceinte muraillée que nous ve- 
nons de mentionner, se dirige vers la grande voie, romaine dont elle 
était sans doute un affluent. M. Bouly estime en conséquence qa 11 y 
avalt-là une station romaine. 

FIS. 




MAXIiVIUM EN 1588; 

ou 

PRIX ET TAXES 

DES JOURNÉES ET SALAIRES 

D* ARTISANS ET D^OUVRIERS , DES SERVITEURS ET SERVikNTES , 

DBS DENRÉES , MARCHANDISES , VIVRES , BOISSOIIS , 

FAÇONS D*HAB1TS DES DEUX SEXES , CHAUSSURES , 

TRANSPORTS , MATÉRIAUX A BATIR , 

COMBUSTIBLES, ETC., ETC., ETC. 

, DàM LE 

PAYS D'ARTOIS , 

A LA FIN DU XTI« StlCCLE. 



Nouspuhlion» ci-après, en forme de Fac simile, tin iocument 
fion-teulement précieux, mais aussi de la plus grande rareté, 
puisgu'étant imprimé à houdii, en 1SS8, il avait échappé pen^ 
âanl longtemps aux recherches consciencieuses de M, Duthil- 
lœul, bibliothécaire de cette ville , auteur de la Bibliographie 
Doaaisienne, qui n'en faisait nulle menlion ni dans la première 
ni dans la seconde édition de cet ouvrage, et qui n'a eu con- 
naissance de son existence quen terminant /Appendice qui 
couronne ce volumineux et intéressant répertoire» 

Si tel opuscule n'était remarquable que par sa rareté biblio- 
graphique, nous pourrions déjà le reproduire pour satisfaire 
à la promesse faite par nous de r^mprimerj de temps à autre, 
des exemplaires uniques ou à peu près , dans le recueil de nos 
archives ; ce n'est pas là toutefois son premier mérite à nos 
yeux, mente qui peut avoir déjà guelfjue valeur aux yeux des 

25 



- 374 — 

amateurs bihliophilei, mais qui e$t lien. effacé par celui de 
Vintéril hisiorique et philologique qui y domine. 

Ce document priemte dee avawtagu beaucoup plus éigneê 
i attention : il peut eervir tout à la foie comme reneeignenuni 
d'kietoire locale, comnu monument du vieux langage «rael, 
comme peinture dee mœure , des ueagesj dee caûiumee et dee 
habitudee de la contrée que noue haHtone, vers la fin du XFP 
siécte. 

En effet , nota y voyons quen 1598, à la suite dee guerres 
st dee troublée de religion euecitée dans le pays, lee breu mcm^ 
quant pour cultiver lee terrée, la confiance faieant défaut 
pour lee traneactions eommereialee, il en était résulté une sorte 
de stérilité dans le sol le plus fertile du globe, et un désordre 
général dans la production; ce qui fit augmenter, suivasU le 
caprice de chacun , lee prix de tout ce qui était néceesaire d ta 
vte Les gouvernants durent alors se préoccuper de cet état des 
choses et tarifer lee denrées et les salaves, afin de faire renêrer 
peu d peu dane eon lit le torrent débordé. 

Lee ordonnances publiées à cette occasion pasHfUenrevué 
toue les étattkealariée, toue lee objet e servant d la nourriture , 
aux vêtements, dC agriculture ^ d lart de bdtir,etc. et désignent 
nominativement, euivant f appellation usitée en !58t(, une fouie 
â'objete dont les nome ont changé depuis lors^ et dont on est 
bien aise de constater la signification par une pièce officielle du 
temps, Cest ainsi que ce document a une valeur archéologique 
et philologique. * // noue apprend qu*il existait d cette époque 
une profession de mattree huchers , cest-d-dire de fabrieante 
de huches, ou coffres à pain; d'oit est venu eans doute le nom 
di rue de la Hucherie, d Paris. Nous voyons que les fendeurs de 
bUches de bonne dimension s'appelaient faiseors de glos de bonne 
gaage ; que lee colliere de chevaux ee nommaient goreapx, d'où 
cet sortie laprofeesion de gorelier, fabricant de goreaux, «cû- 
tant encore d^ne noe villages; que lee thîeulettes étaient des 
fromages plats et ayant la forme de petitee tuiles ; que les or»- 
bes, ers, ou lentilles s'appelaient eoUlles, et que Von désiffuetit 
lee graissiers par le nom de crassiers, encore ueité dans notre 
peUo^. 



i 



QnmfU auœ uêagtê eu tempe pat^, révélée dam ce livret, 
Uê êomt nombroua et Mfoere : On y apprend que U$ hommes 
portaient alors des cbaones i la goergueMe ^euiottes à la 
grecque J\ des baietlet » siitte de gilets en étoffe de laine « plus 
légère que la baye qui se fabriquait à FaUnciennest et que (on 
mettait sur la chemise; des pourpoints, des mandiiles et des 
fayonsy espèces de justaucorps. Que les femmes s'accùûtraient 
de chamairefi (robes de chambre), decoXieeet cotterons {jupons), 
de billes {voiles noirs semèlables à la mantille espagnole), 
et de corsets à manches ; que le domino, at^ourd*hui voué auœ 
déguisements , faisait en ce temps partie de V habillement ordi- 
naire y et que la heuque, sorte de robe portée auparavant par les 
deua sexes indistinctement, était alors réservée spécicUement 
aux dames. 

Les coutumes de la campagne g sont dévoilées à chaque ligne: 
les moissonneurs qui sciaient et mettaient en meules les blés^ 
seigles, orges^ ete, reeevaiet^ en paiement la onzième ou la 
dixième partie delà moisson,^ sorte de dime mieux gagnée que 
beaucoup d'autres. Ceux qui ramassaient les avoines ne pim- 
vaieni exiger que trois gerbes au cent. Les valets de charrue 
avaient deux salaires différents; celui d'été, de la Saint- Jean 
à la Toussaint, était plus considérable d*un tiers que celui 
d'hiver qui durait de la Toussaint à la Saint -Jegn et compre- 
nait bien plus de temps. Le labour d'une terre de saison coûtait 
plus cher que celui d'une terre de mars. Les postes aux lettrée 
n'existaient pas, mais il y avait partout des messagers de pied 
qui portaient les missives , soit une d la fois, soit par paquet ^ 
suivant un tarif réglé selon les distances ; le retour était com^ 
pris dans le prix et le messager rapportait les réponses. Les 
transports par voiture, pour les marthandises comme pour les 
hommes, se payaient à tant par lieue, mais le prix augmentait 
du double pendant la saison d'hiver, qui datait de la St. -Rémi 
€i finissait d Pâques. 

Enfin, d'après le tarif des ménéttiers, on voit encore que les 

nâces et les ducassesde village duraient d'ordinaire trois jours, 

es qui prouve que ce nest pas d'aujourdhui que f amour du 

pidsir, des divertissements et de la bombance est entré dans les 

mcsurs et les habitudes flamandes. On pourrait multiplier 



— 376 — 

tans fin le» ob$er^aîionê le$ éédueiioni à iinr âê ce doeitmwt 
quê naui abanéonmom volontiên â la ugacUi ie no$ he Um n, 

Au reêie, VintirUmafêwr qui te raiiaehe à cette pièce ctila 
camparaitùn iet prix de ttmiet ehotet aicee ceux d>aujowré*h^, 
e$ la proportion gariée dee Utertet amgmentatUmê iepuit 
bientôt troit tiècUt dont Iet tarif» et Iet taiairet, augmcnia^ 
tiont qui ne tont pat toujourt en rapport aïoee la dUnie^uiicn 
de la rareté de l argent. Lé encore une foule de rifoxiont 
poncent turgir. On i étonne que le prix du logement d'un 
voyageur ne toit fixé qud i% deniert ou un tou par jour ^ quand 
on payait huit tout la journée d'un maitre ménétrier pour une 
noce ou une ducatte ; il fallait que Iet talentt futtent bien rare» 
alort! Il y a det ehotet qui n'ont point augmenté êeprix 
dant la même proportion que d'autret; ainti^ lortque la jour- 
née d'un manouvrier était fixée d 5 oti 4 tolt^ on payait le uùUe 
de briquet^ tur la briqueterie même, à raiton de 60 tous {9fr.) 
et le mille de clout 14 tout ; not perf»ctionncmentt modemet 
dant la fabrication de beaucoup de produite de finiu^rio, ont 
ramené pretquau même taux cet dernière ob/ett, tondît quê 
quatorze too§, quinetont aujourd'hui que la reprétenîation^unê 
demijournée'd'homme de peine, reprétentcnent alort Upakmeat 
de quatre à cinqjouméee entièret. 

Cee ordonnance» ont été publiéet tolennellement le i% juillet 
1588 y à la Bretecque {c'ett-â dire d la tribune publique et com- 
munale) de la Maison Rouge d^Arrat , enprétence de Jean du 
Mont'St.^Eloyj éeuyer, S^ de Metz, gallantlieutenant-générai 
de la gouvernance d^Jrrat, et imprimée» la même année en la 
mile de Douais ce qui lai»»e euppoter que la cité d'Arrat était 
alort d^ourvue d'imprimerie» 

Arthuh Dm aux. 




B^Bfia' ffêàm iBriii'° 







— 378 — 



Copie. 

COtnme pour la steriliti des années précédentes^ 
guerres et diuers cas d'hostilité , tous viures tt 
salaires d'ouuriers et artisans de diuerses factures 
seroient tout à coup grandement accrut et augmen- 
tez en pris, et que ladite cause d* augmentation ces- 
sant , du moins estant grandement diminuée pour le 
présent^ tant par Vabandance et fertilité de tannée 
passée qu'autrement, Sa Majesté ayt par placcart du 
xxviij <r ^puril dernier ordonné aux Magistrats et 
Officiers de Justice de chascune ville , BaUlages et 
bourgades de remédier à ladite chierté de viures et 
excez de sallaires, et dresser quelque liste, règlement 
et declaratié du taux desditz viures, desrées et sot- 
laxres, au plus grand soulagement de la commune, 
et maintenement de la chose publicque. En ensui- 
uant ledict placcart, les Lieutenàt gênerai. Officiers 
du Roy, et hommes de fiefs de cesfe Gouuernàce ^Ar- 
ras, ont ordonné et statué, ordonnent et statuent les 
poincts et articles qui s'ensuiuent, et ce par prouisùm, 
et iusques à la Toussainctz prochain, retevians la 
puissance et authorité d*augmenter ou diminuer ceste 
ordonnance, comme sera trouué conuenir. 



V 



j 



r 



'"^^ 



— 379 — 



SALAIRES D'OVVRIERS. 

Couurcurs d^ardoises* 

P Rimes , yn Maistre Coaoreor d'ardoises ne pourra 
demander do prendre pour son salaire par ioar 
dauantage de douze solz. xi] solz 

Saulf qoaod il sera besoing d^ouurer sur des hautes 
tours et eu grand perii et danger» que lors toutesfois 
ne pourra demander plus de vfngt solz pour sa iour- 
Dée zzs. 

Leurs maistres var(ets la moitié. 
Les garçons aprentifls le tiers. 

Couureurs de thieulles . 

Item le maistre Conorenr de thieulles ne pourra exiger 

pour sa iournée plus de huict solz viij s. 

Le maistre varlet six solz vi s. 

Les garçons aprentib iij s. vi deniers. 

Couureurs d^estrain. 

Le mahtre eouureur d'estrain ne ponrra demander pour 
sa iournée plus de sept sols. vij s. 

Son manouurier et garçon trois sols six deniers 

ii] s. vid. 

Charpentiers. 

Le maistre charpentier ne pourra demàder pour «a 

iournée plus de huict solz. viij s. 

Son maistre varlet six solz vi s. 

Son garçon et apprentif trois solz vi d. iij s. vi d. 



^ aao - 



Huchers. 

Le maistre bûcher nVxigera plus de salaire pour sa 

iournée qu« huict aolz viU s. 

Son maUtre varlet fi f . 

Les garçons et apprentîh iii s. 

Macbon». 

Le Maistre machon ne pourra prendre pour sa iournée 

plus de viii s. 

Le maistre varlet ris. 

Les garçons et aprentib îîi s. 

Les Dianouuriers iiiii. 

Et besoignant a la thoize d\\rthois a l'aduenant dVne 

bricque d'espesseur ix s. 

Item de bricque et demie ou de deux bricques a Tadue- 

nant 
Item de la thoize de blanc a deux pareïnens sans la 

taille i\\ s. 

• 

Le tailleur de pierres. 

Le tailleur de pierra ne poura dqmander plus de huia 
solz par iournée viii s. 

Et besongaant au cent de oarreatix nonuflUe laiUe plus 
de cinq solz V. s. 

Paueurs de rues. 

Le paueur des rue^ no poura demander plus de huict 
solz par iouniée viii s. 

Et besongnant a la verge au aablon plua de dix solz pour 
chacune verge x s. 

Au cendron dix solz x. 

Et pour la façon de cent patoumaux ii s. 



i 



-»l ^ 



Soitmrsd^aix. 

Hem deux goieurs d^aii besoDgnans a ioarnée ne poa- 
ront demander dauantage de neuf solz chacun , quy 
font dixhiriot solz xfiii s. 

Et de chacun cent sans nuli retours 1 s. 

SalaM*es des Bouche». 

Left houchere pour le toage dWn boauf, vaehe# on geny- 
che, comprius le salage ne pouront prendre plm de 
douze 89lz. > ' xiie. 

Pour vn porcq comprius le salage iii s. 

Pour vn moi|tQn ii a. vi ici. 

Item d*vn veau deux solz six deniers ii s. vi d. 

Sallaires des chausseteurs. 

Four vne paire de chausses à la guerguesse ou rondes, 
auec les bas, sans ouurage, sinon d*vn passement ne 
pourra prendre plus de douze solz de façon, xi] s. 

Pes chausses à simples tailles xiiij s. 

Item pour fe façon des chausses d*enfans en dessoubz 
de quinze ans les deux tiers. ^ 

Pour la façon d*vn bas des chausses à homme ij s. 

Chausses à femmes et pour enfans en dessoubz de quinze 
ans XV d. 

Couturiers. 

Pour la façon d*vn manteau de quatre aulnes de drap 
plein de baye auec vn passement alentour ne se poura 
prendre plus de quinze sols. xv s. 




- T 
I 



Pour la iiiçoD dVn antre maoleaa de trois aulnes de 
drsp doublé et bordé comme dessus douze sois. 

zi|s. 

Pour la (açon dVne maudille cordonoée alentour d>n 
cordon seulement, auec les boutons pardeuant quinze 
sols. zv s. 

Pour vue robbe à homme pleine de satin ou de veloor 
seize solz. xvi s. 

Item pour vne robbe de caffa bordée d*un eordon 
alentour, cousu deui fois zzv s 

Pour ta façon d*vn pourpoinct de bourette sans nolle 
bordure iij s. 

I>*Qn pourpoinct de caneuss chiqueté ou de futaioe noir 

zvj s. 

Item pour la façon d*Tn autre pourpoinct diiqueté de 
eaffs ou de satin zxxij s. 

Item pour vn pourpoinct tout simple sans oouton, cbie- 
queture ny piccures viij s. 

Item pour vne baiette à mettre sur ta chemise iit) s. 

Item pour vu saion à homme sans nulles bordures 

xs. 

Item pour vn laion de veloor auec vne frinche ou passe- 
ment XI s. 



AccoustreqifDS pour remines. 

Pour la façon d vne chamatre de drap bordée de frinche 
ou d'vn bon bord du mesme drap à manche ne sera 
payé au plus que xviij s. 

Pour la façon d vne cotte dp la meanne sorte x s. 

Item pour vu pourp'Miici à femme picque x s. 

llein pour robbe de velour, de satiu, de soye ou de caffa» 



I 



- 383 - 



à ellettes et à mances oauerte, bordée d*vii cordon, 

coosu deax fois de Boye 1 s. 

Item d*vue robbe de drap bendée dWne bende de 

velour auec vu cordon sur le velour à chaflcon coBté. 

xxxts. 
Item d*vn cotleron rooge bandé de deux bandes de 

trippe XX 8. 

Item d*un cort et commun à manche, è ellettes et bouton 

deuant xijs. 

Item d\n domyno picqué de 9oye alentour xli s. 

Item des manches â dos u s. 

Item des manches de vetour v s. 

Pom f ne faille xvi s. 

Pour la fa^n â\ne heuq«ie xtIiî s 



Salaires des varlets desdits Cousturiers et 

Cbauaseiiers. 

Lés maistres varlets ne pouroat demander plus de six 
solz par jour vis. 

Les autres varletz à Tadoeiiant. 



Yarletz des Cordonniers. 

Lesditz varletz ne pourout demander pour vue paire de 
souliers plus de xviij d. 

Pour la façon des singles souliers et escarpins zij d. 
Pour vne paire de mules ou souliers sur liège ij s. 

Pour vue paire de bottes iiij s. 

Pour vne paire de brousquius iij s. 

Quaut aux apreutifs desdils cordonniers besongnant par 




1 



- 38«* 



iouf nées «oroot iviij dco. 



Manoiiuriers moissonneurs 
et autres. 

Les Faisans soieroot et ameubliront les blaëz, soilles, 
sGorions, eutilles et bosche ainsi qu'îlz ont accoQstnné 
de fsire de tous temps et ancienneté et ne pouront aiiger 
plus grands salaires que le dixielme on f na i e ame , 
selon Tanden ? sage de chacun lieu «ù ilx besongoerant. 

Et pour salaires d'amasser les aooines , ne pouront 
demander plus grand salaire que trois garbes à ebascon 
cent^ ou au lieu de ce se contenteront de deux boys- 
teaux de bled pour chacune pair de moissonneurs. 

Pour faucher les anoiaes ne se pourra exiger pour la 
roencaudée. Quant icelles se fauceront par ceux qui 
soient et moissonnent lee bleds des eensîers, plus de 

f s. 
Et quant elles se faucheront par autres, non soians les- 

dits bleds, pour la mencaudée fj s. 

Et au- regard de ceux que on y voudra eroploier S jour* 

nées ne pouront demander plus de douze sols. 

xij s. 
Faucheurs de foin pour ]our six sols. ?j s. 

Et pour la mencaudée x s. 

Fouisseurs de terres par jour vj ». 

Les hatteuri en grange n'exigeront plus gcand gaignage 

que le xx, xx], ou xxij selon qu'ils sout accuastuiaez 

gaîguer es lieux ou ils besoigneront. 



-.385- 



Et en bMoîgnant à la iottrnée cincq sols ? s. 

Le jardinter par iour vi s. 

Et généralement pour low antres manounriers par lonr 

quatre sols Hij s. 

Faiseurs de glos^de bonne gauge de chacun cent, douze 

deniers xlt d. 

En besoignant par iour tant ausdits glos qu^autres bols 

six sols. vi s. 



Seruiteurs et semantes. 



Seruiteurs d^bostelleries n'auront par mois plus de vingt 

sols. XX s. 

Seruiteurs de brasseurs estans nouris par mois xl s. 

Seruiteurs de tainturiers par iour cinq sols v s. 

Seruiteurs de fourniers par mois xxx s. 

Seruiteurs ordinaires et domesticqoes de malsons bour- 
geoises par an xij lib. 

Les meschines ménagères bien vsitécs et scachant cui- 
sinupr, par an xij lib. 

Et les antres mescbines moins expérimentées à Tadue- 
n'ant. 

Le maistre varlet de eharne ne poura demander pour 
salaire durant le terme d'esté depuis le S. lean Bapt 
iusques a la Toussainctz que , xx lib. 

Et depuis la Toussaintz iusques au iour de saint lean 
Baptiste ensuiuant xitij lib. 

Le deuxiesme varlet pour ledict terme d'esté xvi lib. 

Et pour cestoy d'hyuer zU lib. 



— 386 - 



L« troisiesme PyarleC poar ceeliiy tanne d*efllé et poor 

cestay d*hyaer zîî liare$. 

Le berger pour le terme d^eeté el tenant parque ayant un 

garçon salarié par luy xz lib . 

Et sans parques zv lib. 

Et pour le terme d^hyuer xiiij lib. 

Le varlet par court semant depuis la première garbe 

jusqu'à la dernier Zfi lib. 

Vue bonne et fort meschine par gaiges d*vn an xvi lib. 
Item que les censiers el labouriers ne pouront prendre 

pour deuëment labourer vue mesure de terre plus de 

vil lib. 
Et pour vue mesure a mars Ixz. s. 



CaroDs , Marischaux , Gorliers 
et Cordiers. 

Pour vu hama de charue complet et des meilleurs ne se 
ponra demander plus de iiii lib. 

Pour vue herche des meilleurs xl s. 

Pour vn bon train de rœu iiij lib. 

Pour f ne paire de bos et fortz escailliers iiîj lib. x s. 
Pour vn acheu viij s. 

Pour ?ne paire d*barmoier xxx s. 

Pour vne bonne alonge de fresnes ou de chesnes 

zzrs. 
Pour ?n tblmon de cartier xx s. 

Pour vn warepas auec deux trauersiers xij s. 

Pour vne ▼oilléefauec aussi deux trauersiers viij s. 

Pour vn trauersier seul xij deoi. 



— 387 — 



Poor feraige de cheiiaax chacun pied Tvn portant Taa- 

trc zviij'*den. 

Les constres et fera de ebartte ne m peoront f endf e i la 

lînre plus de xv. den. 

Les bandée des rœoes la liure xv d. 

Les rechaussures de fera et coustres de charues à l^ad- 

nenant du feraige des pieds des chenaux, selon que 

les censiera ont aecoostumé faire 
Les meillienn et plus grands goreanx ne se vendront 

plus de XXV s. 

Les meillienn très, la paire iij s. 

Les combles semans auadits eensiers xx s. 

Les brides pour les chenaux desdits eensiers. 
Les meilleurs, la pièce xij s. 

Messagers. 

Messagera de pied ne pooront demander de chacune 
lieue tant d'aller que de venir plus de ix den. 

Item pour le port d'vne lettre iusques à la distance de 
seize lieues et en dessonbz tii d. 

Et de plus longue disiauce ij s. 

Item du pacquet de lettres ij s. 

Crocquelenrs de grez. 

Va maistre Crocquetenr de grez ne poura exiger chas- 

cun iour plus de x. s 

Itemleseruiieur vis. 

Item les aprentis iij s. 

Voiluriers et Brouteurs. 

Item de chascune voiture depuis le petit marché jusques 
au marché au poisson en la ville d'Arras^ et de sembla- 
ble distance ne le pourra demander plus de xviij d. 



- 388 - 



Et de plue kNigoe disiaaoe îj s. 

Item p<rar les figots de sept pi8d£ de 'long, do eept à 
hnict paolmes, amenez de cincq à six lieues loing ne 
se pourra exiger de la voitnre de diaeean cent plus do 

Ils. 

Item pour les fagotz de six piodi do long do sept à hmct 
pottlmes de grosseur, amooées do <}uatre à cînoq 
lieues loing chacun cent xxx s. 

Et po«r semblables fagots omenoz scolomonl do trois 
lieues loing ixs. 

Pour voiture d*vQO corde de bois de cbesne rondz bas- 
tons et bestres menez depuis la forest de Luceu bois 
du Watron, et lieu de la distance de six lieues ne se 
paiera plos do ils. 

Et au regard des cordes de bois venant des lieux de 

moindre distance à Taduenant que cy dessus pour 

les fagots. 

Pour voiture du cent d 'scelles do cartier^depuis Dooay 

iosques Arras I. s. 

Pour laubourdis cartçrîanx et doubles carteriaux [aussi 
pour chacun cent de pied 1. s» 

Pour chascun cent de pied de gitte, et autres bois pro- 
pres à charpenter endessous vn pied carré xv| s. 

Et pour^sommiers portant trois ^eens pieds de gîtte et 
dauantage de la distance que dessus pour chacun 
cent xzz s. 



-389- 



Kl pour sommiers d*vn pied carré iusques à la grosseur 
de douze et de quatorze pouch pour chascoQ ceut de 
gitte XXV s. 

Pour la voiture d'vne rasiere de charboa de mareschal 

iij s. vi d. 

Four la voiture dWn cent de liure de fer ij s. 

vi deniers. 

Pour la voiture des villes de Douay, Lille, Bethune, 
Cambray, et autres ne se pourra demander pour cha» 
cun cent de liures et pour chascune lieue durant le 
temps d*esté que ix d. 

Pour voiture de chascune personne^ à la lieue en temps 
d'esté xij d. 

Et pour le temps d*hiuer qui se prendra depuis la sainct 
Remy iusques à Pasques le double, tant pourte regard 
des personnes que autres voitures. 

Taux des viures. 

Primes au regard du pain chacun se]reg1era sur le 
plat pays selon les éditez de la ville plus prochaine. 

Chair. 

Item que tous bouchers et autres ne pourront ven^ire 
chair sinon a la liure. 



Asscauoir. 



£6 



— 390 — 



te mouton la Hure 


«». 


Le bœuf et le veau laliure 


xviiî d. 


Item le porcq la liore 


Ijs. 


Le lart à larder 


iij s. 


Le chappon au plus et pour les meilienrr 


xs. 


Le herandiau au plus 


vis. 


La poulie 


fS. 


La couple des poullets 


f ». 


La couple de pigeons 


IJS. 


Le cocq d*inde sur année 


xi s. 


La poulie aussi sur aunée 


XXV s. 


La ienne poulie d'inde 


xij s. 


La couple de perdrix 


xs. 


Les perdreaux en dessoubs. 




Les lappins de garenne 


vî». 


Le lienre 


xij». 


Le leureau de la grandeur du lappîn 


vij s. 


L*oison gras 


x s. 


Le Canart et annette chacun 


vs. 


L*oiseau de riuiere saunage 


VJS'. 


La paire de grosses becaches 


viij s. 


La couple des plouuiers 


vis. 


La couple de vaniauxi cherioCs et becachines 


un s. 


La couple de cailles 


lii». 



Bure et fromage . 

La Uure de bure Drais en pieee ou en pain le meilleur 

la liore iij s. 

Geluy en pot ou en cuuelle ij s. vi d. 



« ' • 



«Rrl 



fromage à faire tartes les plus gram yQ IL 

Les attires àTadaeiunt 

Fromage d'Hollande la liore il] s. 

Fromage de Bethuoe tj s. 

Tbieollettes les meilleares la pièce iy s. 

Les autres en deasoubz à l'adnenaut. 

Le quartron d*œiifs au plus iiij s. 

Fruictz . 

An regard de tous fruicts Ion se réglera sur le plat pays 
k iaduenant du pris qui y sera mis en la ville plus 
prochaine , ayant csgard à la déduction du port oa 
voiture d'ioeux. 

Chandelles . 

la liore de chandeHes de sîea compris la faeon 

ii] s. vi d. 
L*huile à brasier la liure ^ s. vi d. 

Les chandelles decire la liure x s. 



Vinaigre. 



Vinaigre de ?ln iusques a la Sainct Remj six solx le M 

vif. 
Vinaigre commun 4e lot iU s. 

Vin et bière. 

Le vin au lieu qu'il se vendra ne pokhta estre aforé 
njr assis a plus haut pris qu'en la plus prochaine ville, 
ayant esgard de diminuer sur ledit pris ce qu*il se paiera 



- 3M -- 



moins 4)'iinposl8 qa'en ladite ville ^ ot ^ue ledit vin soit 
de la roesme bpute que cestui qal se vendra efidites 
villos. 

La bière double y entrant pour chacun tonneau deux 
bofteaux de acourion et cuite suffisamment ne se poura 
vendre a détail plus que quatorze deniers le lot, tons 
iroposts y comphns xiiii deniers. 

Et tout autre moindre bière a Taduenant, défendant 
de n*en brasser de plus forte à plus haut pris que des-* 
dicts quatorze deniers à peine d^admissiou des bras- 
seins, et autres amendes portées cy après. 

Bois. 

Que tous tnnerniers et hostelalns ne pourront vendre 
les fagots de bonne grosseur et longueur et non des* 
redonnez plus de xvii) d. 

Lertrois gl<>s de bonne gaiige iviii d. 

Pour le gisie d*vn homme de pied xii d. 

Pour la iouriiée d'vn chenal compris le gislo de riiorome 

viii s. 

Pour la iouniée d'vu cheual de louage ix s 



Bi'ic 



qufs 



Item le mille de bricqùes prins sur la bricquetrie ne 
se pourra vendre plus de Ix s. 

Et rendues bur rallelier estanidela distance de ladicte 

bricquetrie ^'vne dcniy lieue Ixx s. 

Item cbasfun mortier xiiii s. 



-393^ 



Item le Sendron viij s. 



Clauteurs . 

Item que chacun mille de dous de lattes peuint atx 
liures le mille de la façon de ce pays ne se ponr- 
ra vendre plus de xiiij a. 

Cloui de Daynault et'Namiir le mil i s. 

Les autres doux a Taduonant. 



Tanneurs et Cordonnier*. 

Item que tes tanneurs ne pouront vendre la liure de 
cuir de doz pins de x s. 

Le cuir d'empienc ix s. 

Item que le cordounier sera submis de vendre tous sou- 
liers et bottes estans de cuir gras, moyeuant douie 
aolz la liure xij s. 

Et les souliers de cuir secq la liaro xiiij a. 



Menestriers. 

Lesdtts menestriers mafstres ne pouront demlnder pour 

ioaer à vne nopce ou dedicasse où ilz seront em« 

pcschcz -trois iours, que liuictsolz par jour viii s. 

Et pour iouer seulement vn tour ou deux à i*aduenant. 

Et pour mieux entretenir tous les pointz que dessus 

ont iubibé et défendu k tous renendeurs et recouppeurs 

sur le plat pays et à toutes autres personnes de quelque 

qualité ou condition qu^ils soient d*achcter pour reueu- 

are, bure^ œufs, choppous, poulets et autres victuailles. 



^— 39C— • 



a*<ttt8 RMrdiez imblloqats, à peioa de toIxMte sait 
d amende, tant sur le vendeur que Tacbetenr et confia- 
aation de la marchandife.' 



Et pomrce ifa'aoeonea aonuaiitlons peouaoC auoir esté 
fcitaa auparavant la publicatioo de oestea, eieedana le 
pria cy dessus spécifié eC statué lesdictz Lieutenast, 
Officiers et faommes de fiefz ont dedaré et déclarent 
que lesdictes conuentions sortiront leur effect iosques à 
ce iour et à rate di; temps. Défendant expressément à 
tous de ne demander, receuoir , ny payer autres plus 
grande salaires, tant manuelle que iournaillicre, que 
deasus est dit, sur peine da double desdictz salaires. 
Et pour le regard des marchandises , sur peine de 
soixante solz d*amende, auec admission de la denrée, 
et par dessus ce de Correction arbitraire. 



Et pour obvier aux monopoles et fk*audes que se 
pooroint ensuiuir an preiudice de ce que dessus lesdtets 
officiers et hommes de fiefz declatrent que les refiosans. 
ou dilayans de seruir eu vendre denrée à laduenant 
du pris que dessus seront tenus pour vagabondz, mo- 
nopoleurs , et comme telz punys de fustigation de ver- 
ges, bannissement, condemnatiou es galères, et à seruir 
les pionniers, ou autrement à la discrétion de iustîce» 
selon Texigence des cas. 



Ainsi publié k la bretecqoe de la maison Bouge en 
ÂrraSy par ordonanee et pardeuant lean du mont S. 



-*38S — 



fitoy EiCQl«r S. ik Hels, Gallaiit Liaotcnant général de 
la goauernance d'Arras, le aeiziesme de luUlet iSSS. 
les OfBden fiacaut d« Roy preeens. 

Oepaîs pour plusieara bonnea conaidérationa aignam- 
meot eauae qae lea boacbersi tanneura, cordonniera, 
«t crawîera ae trouuent chargez de diueraea marchao- 
disea pour prouiaion de leura atilz par eux acheteea a 
haut pria , qu*ilz ne peuuent sana leur grand perte et 
întereat vendre et débiter selon lea taux et pria y aaaia 
et publié ce iourdhuy. Aprèa auoir conféré sur ce faiot 
auec le Magistrat de ceste ville d'Arraa, leaditz Lieute- 
nant gênerai y Officiera et hommea de fietz de ceste 
gouuernance ont aduisé par forme de tolérance et ce 
iuaquea au premier iour de Septembre prochain d*aug- 
menter le pria dea marchandiaea cy reprinaea. 

Aacanoîr, lea Boucbera pooront vendre la liore de 
mouton deux aotz six deniers, et la Iture d^agneau deux 
aolz. 



Les Tanneura pouront vendre lea cnira de doz vnze 
aolz la Kur«, et lea cuira d*empienne dix sob et eu des* 
aoubz. 



Lci Cordonniera pouront aussi vendre les souliers de 
cuir graa à Taduenant de quatorze aola la liure, et ceux 
de cuir secq à seize aolz. 

Leaditctz Crassiera pouront aemblablement vendre b 



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■S--S- 




ROSALIE LEVASSEIJR. 



ScMcnfi Tiens m'istpirar, Mvaiitc PoUmnir, 
Virns tn'oiiTrir le* tré»ora Je l'angusfe narnionte. . . 
De lu sc^ne Ijrique, objet de mca Iravftm, 
Ilale â mes regards tes magiqaes tableaux. 
Din-moi par quels seceii''^, Ir* ' ^'l>-• i l<-iii i]f f.i f!.*rii«, 
f eul s'ouvrir par l'oreille un cbeioin jusqu'il l'âme ; 
Ce tin'il doit emprunter, pour accroître son feu. 
De l'esprit, de la force, et des gr&res du icn. 

DoBAT. De ta décinmation théntraU. 
Lbaat m. D0 l'Opéra. 

a La musique est la parole de rwoir sensible , lie 
môme que le langage est la parolr rie l'âmp inlellcr- 
tuelle. n M. as Mo»i.u>bibb. 



La Ville de Yalendennes ftil aseez heureuse pour avoir été le 
berceau d^une multitude d'artiatet en tous genres ; dès que Ton 
compulse les annales des arts , on trouve que des enfants de cette 
ancienne cité en ont cultivé toutes les branches et ont laissé de 
glorieuses traces de leur passage dans chaque carrière. La peinture, 
la sculpture y la déclamation, la musique , le chant, comptent des 
Illustrations qui sortirent modestement de cette ville ^ prirent leur 
essor dans le monde parisien , et y brillèrent bientôt d*ua éclat 
sans pareil. An nombre de ces astres lumineux ^ il faut citer 
RoêaUe Lwaneur^ première cantatrice de TOpéra , à qui Ton ne 
rendit pas toujours la justice qu^eUe mérita. Nous allons essayer 
de rappeler les principales circonstances de cette vie aventureuse^ 
qui semble un long roman, commencé dans un taudis, terminé 
dans un château, après des échecs et des triomphes, des déboires 
et des applaudissements , des misères et des richesses. On doit 
•^attendre qu'une dame de TOpéra, lancée de bonne heure dans 
une sphère toute dUntrigues et d*art » n*a pu toujours suivre une 
ligne de conduite très orthodoxe ; mais si les mœurs de son siècle 
et du tourbillon dans lequel elle vivait ont jeté d'impurs reflets 



sur son exMtence, on doit t*empref8er d*ajoater , que par une 
heareuse compensation , elle possédait d'éminentes «jaalités de 
Gcear qui lui firent pardonner bien des erreurs. 

Roialk Levauéur vit le jour à Valenciennes , sur la paroiae 
de laChauiMée, le 8 octobre 4 749 (1). Son père, paune menuisier, 
était simple clerc laïc de TégUso de cette paroisse , et vivait dans 
un état voisin de Tindigence. Ainsi Rosalie naquit sans fortune 
sueune, mais la nature Tavait douée d^une belle Voix qui ne tarda 
pas i se développer. Le chantre au lutrin avait quelques 
principes de musique sacrée quUl inculqua à sa fille; celle-ci, 
précoce en toutes choses , les reçut avec avidité et chanta pour 
ainsi dire en naissant. 

Nous avons dit que Rosalie était précoce en tontes choses, elle 
en donna, malheureusement pour elle, une preuve extraordinaire 
qui pourrait passer pour un phénomène dans les provinces du 
nord de la France : par suite d'un viol, elle devint mère à l'âge 
de neuf ans! Ce fait remarquable estconsigné dans les registres de 
TAcadémie royale de musique , tenus par un sieur LaUemand^ et 
annoté en marge d'un article concernant Rosalie Levasseur . Le con- 
temporain qui écrivit cette note n'avait aucun intérêt à inventer oette 
circonstance, et, si ce n'est pasunevanterie delà eantatriceou une 
manière de se rajeunir en reculant vers son enfance Tépoque d'une 
première faute, on doit admettre l'annotation contemporaine qui 
a tous les caractères de la véracité. En adoptant la mention du 
l'egistre de l'Académie royale, on peut considérer cet accouche- 
ment précoce comme le cas de physiologie le plus remarquable 
pour le sexe dans le département du Nord , et il vient balancer 
parfaitement le seul qu'ait signalé Joubert , médecin de Mont- 



^^-*. 



(1] Nuus suivons Topinion géoérale en fixant la naissance de Rosalie 
Levasseur au 5 octobre 1749, mais nous devons ajouler qu'elle n*est 
inscrite , à cette époque et sous ce nom , sur aucun des registres des 
naissances des paroisses de Valenciennes ; il faut , ou que ses noms de 
fiosoiie Lev<useur soient des noms de guerre comme on en prend soa~ 
vent au thôAtre , ou bien que , par un faible très commun chex las 
actrices, notre concitoyenne ait rogné de sa vie quektues-ttaes 4e S0S 
ft^ns belles années on se faisant uaitre salement en 1749. 



peUier et I un des savants praHciens de son temps, sur la personne 
de Jtann$ ie PeMé^ qui ftcconeha en Gascogne à la fin de sa 
neoYième année (I). On n'BTsitjnsqoes là remarqué de tdles pré- 
cocités que dans les provinces les plus chaudes de la France ; 
grftce à Rosalie Levasseur, le nord , aussi fertile sur ce point que 
sur beaucoup d^a^tres» n^aura plus rien à envier au midi. 

Si le bit consigné dans ie registre de TÂcadémie royale de 
musique est vrai, il dut causer bien du scandale dans une petite 
tille de province où les mœurs flamandes existaient encore dans 
leur pureté, et il dut surtout renverser les idées de tous les pro- 
tecteurs naturels du père de Rosalie que ses fonctions attachaient 
à Téglise de la Chaussée. C'est peut-être cette fatale chute, 
dont les suites se révélèrent de si bonne heure , qui décida de sa 
destinée, et qui la força de quitter les degrés du parvis d'une 
église où elle passa dans le calme sa première enfance, pour se lan- 
cer dans la vie agitée du théâtre, qui devait faire sa gloire et sa fortune . 

Quoi qu'il en soit , la Jeune Rosalie sortit de bonne heure des 
mains du chantre de la paroisse de la Chaussée pour entrer dans 
celles de maîtres plus habiles, et ses progrès furent si rapides 
qn*on n'hésita pas à la produire sur la première scène lyrique du 
royaume, et qu'elle hit accueillie avec acclamation au grand 
Opéra, en 4 769, lorsqu'elle ne comptait pas encore vingt ans 
accomplis. 

Un an plus tard sa réputation était déjà bien établie ; elle jouait 
et chantait des rôles grâcieni où elle représentait l'amour, de 
jeunes Déesses, ou des Bergères. Le 9 juillet 1 770, elle remplit 
le personnage ù'Hêbé dans le prologue des Tnde$ galanUi, pa- 
roles de Pozelier et musique de Rameau. Le même soir, elle 
faisait Zélia dans l'acte d'Hyht et Silvie tiré des Caractères de 
la Polie , dont la musique appartient au sieur de Durj ; enfin, 
elle reparut, pour la troisième fois, dans un rôle de bergère, de 
Tacte de la Dame tiré des Taknti lyriques, musique de Rameau, 
paroles de Montdorge. Après ces trois apparitions dans une 
même soirée, le parterre salua de ses applaudissements la jeune 



(1) Tableau de rumotr considéri dans VesUU du mariage. A Parme, 
^béiz Franc dAmawr, 1088, pet. in-18, p. 104. 



^ 400 *- 

artiste. Les Mémoires ieereU de Bi^haumont (i) disent à cett# 

• 

occasion : « Mademoiselle Rosalie a paf é de la personne pour se* 
camarades : le public ne peut que lui savoir gré de son zèle ; 
elle a très bien rendu les divers rôles dont elle était chargée ; elle 
acquiert de jour en jour plus de droit sur notre reconnaissance. 
Cette actrice précieuse platt d*autant plu? qu'elle n*cst ni inso- 
lente, ni capricieuse comme les autres, et qu'elle joint à la meil- 
leure volonté des talents décidés. • 

Dans un autre ouvrage , nous voyons que Rétif de la Bretonne 
disait, dés 1770, en terminant son livre singulier de La Afàno- 
graphe, ou idées d'uue honnête femme pour la réformation da 
théâtre national (a) : • L'aimable Aosa/îe, que j'ai de même 
oubliée à dessein, faisait dernièrement VJmour dans Tacte de 
Psyché des F4ies de Paphos; Mademoiselle Amould le rôle de 
Psyché .* jamais TÂmour ne fut si sûr de blesser les cœars ; jamala 
Psyché ne fut aussi touchante, aussi belle. • • . • » 

Rétif de la Bretonne est peut-être un peu hyperboliqne dans 
son éloge, car Rosalie Levasseur n'était pas d'une beauté ravis- 
sante. ^Mais elle avait toutefois et dès lors des qualités physiques 
remarquables. Viugt ans au plus, de la fratcheur , une voix belle» 
expressive et allant au cœur , un port distingué, beaucoup de 
mobilité dans la physionomie, voilà ce qui frappait d'abord dans 
sa personne. Elle avait de beaux yeux surmontés de sourcils bien 
arqués, le nez un peu relevé, un sourire agréable et malicieux, 
le front haut, développé et arrondi, couronné de superbes cheveux 
qu'on déguisait malheurensement alors par toutes sortes de trans- 
formations et par dé la pondre ; tout cela , joint au certo non so 
che des italiens, et à un admirable talent de cantatrice, qui, chez 
elle, ne dépassait pas son mérite comme actrice, surfisait bien 
pour exciter l'envie de ses compagnes en même temps que l'admi- 
ration d*un public français. 

Ses succès continuèrent en 1771 ; elle remplissait les rôles de 
secondes chanteuses, de confidentes, et s* y faisait applaudir cha- 



(0 Tome xtx de l'édition de Londns , 1783, pagos 197-199. 
(2) Idéês singulières, Tome'second , la Mimographe. Amst. C^oj»- 
guyon, qx La Haye, Goste et Dinst, 1770, m-8o, p 466. 



- 401 - 

leoreusement : les jotirnanx du temps sont remplis de ses triom - 
phes quotidiens. Le 16 mai, à Toccasion des fêtes du mariage de 
M. le comte de Provence ( louis XVIII ) , elle joua à Versailles 
devant le Koi et la Cour, le rôle de ZéîU dans la Beine de Gol- 
eonde , opéra de Sedaine , musique de Monsigny, et le 99 du 
même mois^ elle remplit, également à Versailles, devant toute la 
Cour y le personnage de Mirzèle y dans le ballet héroïque de ce 
nom (i). A la fin de novembre 1771, on remit au théâtre Ama- 
dis de Gaule , opéra de Lully et Quinaiilt, qui datait de 1684, la 
jeune Rosalie sut relever le faible rôle de Corizande^ dans lequel 
elle mit Tâme et Tagrément qu'elle communiquait à tous les per- 
sonnages qu*elle représentait. 

La cantatrice de TOpéra, déjà en réputation , eut le désir de 
revoir sa ville natale; elle revint à Valenciennes en 1773, y (ut 
accueillie avec honneur et se fit entendre dans des concerts 
où elle ravit fauditoire. Plusieurs amateurs du pays se hasardè- 
rent à chanter avec elle dans des duos, mais sa voix délicieuse et 
puissante^ sa méthode parfaite et pure écrasèrent tous ceux qui 
osèrent allier leur maigre talent de province i celui d'une artiste 
déjà éprouvée par plusieurs années d^exercice sur la grande scène 
lyrique de la capitale (3). 

Rosalie Levasseur retourna bientôt à Paris et reparut dans 
plusieurs nouveaux rôles. Le 35 mars 1773, elle joue VJmour^ 
dans Psyché, avec grâce et noblesse ; le même jour, elle rend de 
la façon la plus vraie et la plus ingénue le personnage de Colette, 
du Devin de Village, Indisposée le 10 juillet suivant ^ elle ne 
peut paraître dans les Fétee de f Hymen et de C Amour ^ son rôle 
est mal rempli par mademoiselle de Chateauneuf, que le public 
persifle ; mais le 35 août , Rosalie reparaît par le rôle du jeune 
amoureux de la Cinquantaine, pastorale de Desfontaines, musi- 
que de De la Borde , et ce travestissement est accueilli avec faveur. 



(1) Recueil des fêtes et spectades donnés devant Sa Majesté à VersaiU'' 
leStàMarlyetàFontainebleaUf pendant l'année 1771. {Paris} Bdllard, 
1771, in-8». 

(2] Recherches. , , sur le théâtre de Valenciennes (par Hécart). Paris, 
Hécart (Valenciennes, Prignet) 1816, in-4<* et in-go, p. 69. 



/ 



1 



En if7$, dans Topera de BtUêrophont eUe rempUataitte 
personnage de Paftof, rôle peu considérable» ileatTrai, oaii 
qai exige une belle presUnce et un port de déesse. Le 16 îatliel 
de la même année , elle erée le rôle tendre et ingénu de Zùm, 
fille d*un chef de sauvages, principal personnage féminin deraeta 
des SauvaçBê des FragmetUt hùtoriguâi , opéra- ballet Cn 
essais divers montrent la variété de ses moyens et U soupleae de 
son jeu et de ses inspirations. 

Dés 1774, elle fnt doublée par la belle Lagumre, qui possédait 
peut-être plus de charmes que Rosalie , mais qui certatnemeot 
n*approcfaait pas de son talent ; aussi sa réputation se répandit- 
elle davantage dans les coulisses que sur le théâtre. Le âne de 
Bouillon ne fût que trop sensible aux charmes de la belle Laguerre 
qui trouva le secret de lui faire manger 800,000 livres en trob 
mois ; c'est à celte occasion qu*ou fit cette chanson si comme sar 
Tair: Si le Roi m*avaU donnée etc. 

BoaUloa est preux et vaiUanI 

Il aime Lagfiêrrêt 
▲ tout autre amiisemeol 

Son cœur la profère ; 
Ma foi, vive un chambellan 
Qui toujours s'en va disant : 
Moi, J'aime la Guerre, à gué, 

Moi, j'aime laOnene. 

Au sertir de l'Opéra 

Voler à la Guerre, 
De Bouillon, «ful le croirai 

Cest le caractère; 
Elle a pour lui des appas 
Que d'autres n'y trouvent past 
Enfin c'est la Guerre, ô gué, 

Enfin, c'est la Guerre. 

A Durfort n faut du Thé (1)> 

C'est sa fantaisie ; 
Soubise, moins dégoûté, 

Aime là Prairie (S) ; 



■•^AikirftHMaaM^^krfri 



(1) Jadis figurante à l'Opéra, puis maltreese du comte d'Artois. 
(%) Pensionnaire de l'Académie royale de musique qui éponanGerdei 
Vatné. 



-~403 - 

llAis Bouillon qui, pour son Roi, 
Mettrait tout en désarroi : 
Aime mieux la Guerre, 6 gué, 
Aime mieux la Guerre I 

te 2 tout i774, on représenta l\)péra d'Orphê$ et Eurydk€f 
dans lequel Rosalie faisait V Amour ^ rôle qui allait à sa jeunesse 
et à sa vivacité. Le chanteur Legroi et la célèbre Sophie Arnould 
remplissaient les deui autres rôles de cette composition , ceux 
d'Orphée et à^Eurydice* Sans être beaucoup plus âgée, elle joua 
Baueis, en 1775, dans la pièce de Philémon et Bauciê, par 
C. • . . , musique de Gossec. 

Ce fut en cette même année que Palissot obtint, après bien des 
déboires, de faire représenter aux Français sa comédie intitulée 
lu Courtiioneê ; comme Tune d*eHes se nomme Roêalie , la 
cantatrice valenciennoise , qui jusques là n*avait pris au théâtre 
que son prénom^ craignit les allusions impertinentes et se crut 
obligée, par un scrupule très remarquable chez une fille d'Opéra, 
de réformer son petit nom ; elle ne se fit plus appeler désormais 
que mademoUelU Levoêséur, Cette singularité ne manqua pas 
d*éveiller la malice de Sophie Arnould qui, se croyant plus jolie 
que sa rivale, n'hésita pas à décocher le trait suivant ; • Cette 
Rosalie , au lien de changer de nom , aurait bien dû changer de 
visage. • 

Lee triomphes de théâtre , les succès de boudoirs de la jenne 
artiste loi suscitaient la jalousie el la hatne de ses compagnes. 
On sait que les dames de TOpéra ne sont pas traitables en matière 
de rivalité ; elles sont absolues par essence et par caractère , elles 
ventent régner sans partage sur le parterre et snr les adoratears* 
de leurs charmes. Rosalie avait soulevé Tenvie, elle devait s'at- 
tendre à tont. Aussi vit-on arriver une scèn^ déplorable qui se 
passa devant le public assemblé. Mademoiselle Chateaoneuf, 
chaateiMe de TOpéra, en voulait à la mort à sa jeune compagne ; 
elles s'étaient excitées réciproquement par des coups de langue 
incisifs et des ripostes d une vivacité extrême ; quelquefois , elles 
furent prêtes à en venir aux mains. Un soir du mois de novembre 
iî78 , dans le moment de leur plus, grande irritation , ellev 
louaient ensemble et se disaient, do bout des lèvres et en chantant, 
des douceurs que le poète mettait dans leur bouche mais que lewr 



L 



^ 4M -^ 

cœur repoussait : dans un moment critique , et oà II y avait ane 
application piquante des paroles du libretto à leur sitnatioD 
respective, un coup de sifflet partit du parterre; ce fut Tétincelle 
qui mit le feu aux poudres : les deux actrices se prirent aux che* 
teux sur la scène et se les arrachèrent devant Tauditoire stupéfait. 
Dans cette lutte pitoyable, on doit dire que tous les torts se trou- 
vaient du côté de la trop irritable Chateauneuf , mais il n'en faaC 
pas moins déplorer pour sa rivale le scandale d^une telle scène. 

L*année 1776 tient une grande place dans la vie agitée et 
aventureuse de mademoiselle Rosalie ; deux événecnens importants, 
qui se trouvent singulièrement liés, marquèrent cette époque et 
eurent une grande action sur sa destinée de femme et d^artiste. 

On sait que de tout temps en France le corps diplomatique et 
le corps de ballets de TOpéra eurent de grands rapports entr'eux et 
traitèrent de puissance à puissance. Les plus riches ambassadeurs 
ne 8*en tiennent pas même aux dames de la danse et aspirent aux 
déesses du chant. Jeune et charmante, Rosnlîe T.cvnsscnr dut 
recevoir les hommages des heureux du siècle ; le comte de Mercy- 
Argenteau, ambassadeur d'Autriche & Paris, d*admirateur de son 
taleut devint amoureux de sa personne, et déposa son cœur et sa 
fortune à ses pieds. Cet amour devint si vif et si persévérant que 
le grand seigneur ne put se passer un seul jour de la société de 
la piquante artiste : disons de suite que cette union , commencée 
peut-être avec la légèreté jdes hommes du monde , fut consacrée 
par le ismps et, dans la suite, par un mariage morganatique et une 
riche dotation. 

La connaissance du comte de Mercy amena pour Rosalie Tinti- 
milé du chevalier Gluck, qui, en sa qualité d'allemand , n^avait 
rien à refuser à l'ambassadeur de son pays, il logea dans le même 
hôtel que la cantatrice (1), lui donna des conseils, suivit ses étu- 
des, et lui réserva Us premiers rôles de ses partitions. Dans 
VAlceste, de Gluck, qui fit une véritable révolution musicale, 



(1) Jusqu'eft 1775, Rosalie Lovasseur demeura à Paris , rue des 
Boos-EatanSi près le Palais-Royal, où était la salle de TOpéra. En 1777 
ou 78, époque où elle avait une voiture À sa disposition , elle habitait 
la rue des Fo5Soyeurâ, faubourg Saint>Gernaain, près de l'église Saint- 
Sulpice. 



_i 



— 406 — 

e^est Rofalie qui remplit le personnage û'Aleeête. La première 
représentation eat lieu le d5 avril ir76, en présence de la Reine 
prolectrice do compositeur allemand , de Momieur, de Madame, 
da comte et de la comtesse d*Artois. Ce fut un grand triomphe 
pour Tactrice ; elle mit beaucoup de sentiment, d'expression et de 
vérité dans son rôle , et obtint les suffrages unanimes des specta- 
teurs (\). Cependant la pièce trouva des détracteurs ; les paroles 
traduites et arrangées par M. le bailli du RoUet furt^nt critiquées ; 
la musique rencontra des adversaires dans les partisans de Thar- 
monie italienne ; les épigrammes tombèrent dru menn sur V>il^ 
eeste » dont les mémoires du temps nous ont conservé Thistoire. 
Noua ne citerons que la suivante, une des moins mauvaises : 

Pour ittbUé l'on représente Alc€st$ : 

Les coDfèssears disent aux pénitents , 

Me craignez rien « à ce drame funeste , 

Pour station, allez tous, mes enfants ; 

Par Ift bien mieux dans ce temps d'abstinence 

fortifierez vos goûts et vos plaisirs ; 

Et si parfois vous avez des désirs , 

Demandez Gluck penr votre pénitence. 

Les partisans du compositeur allemand ne furent pas en reste ; 
ils ripostèrent habilement et rendirent madrigal pour épigram- 
me; en bonne justice, nous devons citer une des pièces favora- 
blés au chevalier. 

Â. M. GLUCK, $ur V opéra d'ÀLCESTE. 
Aidé seulement de sa lyre 
Et des doux accents de sa voix , 
Orphée adoucit autrefois 
Les monstres redoutés du ténébreux empire. 
Je crois tout ce qu'on dit de ses accords divins , 
Puisque forcer la cabale k se taire , 
Et l'envie à battre des mains , 
Le prodige est plus grand , et je vous l'ai vu faire. 

i I I i — ■- i i |i I I ■ I ■■ . m4 I ■ ■ I ■ « I 

(1] Pendant les nombreuses représeutatlons à'Alceste, Rosalie avait 
cependant d'autres pièces à l'étude ; elle suivait, en septembre 1776, 
les répétitions de VOlympicide de Sacchini, dont les morceaux très longs 
de récitatif mesuré lui causaient , ainsi qu'à son camarade Legros, uner 
fatigue extrême. 

27 



- 406 - 

M sis riiitelligente artisre qui avait prêté le coDCoara de son 
âme et de sa voix pour faire triompher le célèbre Gtuek , eut 
aussi bien à se débattre contre Fenvie et les rivalités de ses com- 
pagnes. Par son ancienneté Mlle Arnould avait peut-être le toit 
de revendiquer le rôle d*Alceste. L*autenr en décida autrement : 
indéira. Sophie Àrnould ameuta toute sa cabale contre son 
ennemie intime ; elle At des bons mots contre elle et flt faire des 
conplets infâmes qui eurent dans le temps une certaine vogae de 
coulisses» et qui forent chantés sur Tair : Babet que tu $s 
gemiile. Ils ne sont pas de nature à être reproduits id ; oo les 
trouvera dans les Mèm&ktêi $ecreti de Baehaunumt. (i) 

Les populations ont on besoin incessant de se diviser en partis 
et de se faire une guerre de plume , de pamphlets et de sarcas- 
mes ; à cette époque, le public parisien se partageait en ginckis- 
tes, en lullisles, et en picctnistes ; en souteneurs Je Sophie 
Arnould et en partisans de Rosalie Levasaeur. A chaque repré- 
sentation on livrait une petite bataille dans laquelle heureosemeat 
on ne répandait que des bons mots et des quolibets. A une des 
représentations de lAlceste de Gluck, Rosalie qui Jouait le 
grand rôle, chantant à la Ou du second acte ce vers sublime: 

1 H me déchire et in*arrache le cosur. > 

nne personne 4u parterre s*écria ï » Ah ! mademoiselle, voua 
m'arrachez les oreilles. » Son voisin , transporté par la beauté 
de ce passage et la majiière dont il était rendu, lui répliqua : » 



(i) Edition de LotuffM, 1T8:S, io-i2, lome XIX, pages 14T-S48 
24d. — Od se permettait de tout imprimer au siècle dernier ; dans 
notre ère de liberté nous ne pouvons en citer que le premier ooaplet, 
c'est le seul qui soit lisible : 

Li; lot oigueil na jour 

Convoita l'impudence , 

Un monstre « cet amour 

Dut bientôt la naistance : 
Ce chef-d'œuvre heureux 
Fut bien dign« d'eux. 

Jugez-en par sa vie ! 
Le crime excite teua set sens, 
L'appâi de l'or fait ses penchants, 
Son nom manque é ces traits touchant! , 

Efa bien ! c^est Jtotalit (Bis), 






- 407 — 

Ah! moDsieur, quelle fortune , si c'est pour vous en donner 
d'autres! » 

Cette envie que Rosalie excitait chez ses rivales n'avait pourtant 
aucune prise sur son cœur. Elle était bonne naturellement et 
rendait le bien pour le mal. Le S août 1777, on donnait à 
Choisj, en présence de leurs majestés , Louis XVI et Marie-An- 
toinette, la Fitt de Flore t pastorale de Trial, directeur de 
l'opéra. La Reine ayant désiré que la dame Trial chantât dans 
l'ouvrage de son beau-frére quoiqu'elle ne se fut jamais essayée 
dans ce genre , elle s'y prêta avec empressement. Elle obtint le 
plus grand succès dès ce premier pas ddhs une nouvelle carrière, 
et y à cette occasion , ou ne peut trop rendre justice à la modes- 
tie et à la bonhomie de Mlle Levasseur , qifi vit ce triomphe sans 
envie , et qui ût à Tactrice applaudie les compliments !e»plus sin- 
cères Tels sont les véritables talents ^ ils savent admirer , et ne 
connaissent pas la basse jalousie , apanage ordinaire de la mé- 
diocrité, (i) 

La guerre que Sophie Arnould ût à Rosalie Levasseur n'était 
fondée que sur le dépit né de la préférence du chevalier Gluck 
pour cette dernière; puisque ces deux rivales, à l'ancieimeté prés, 
étaient engagées à l'opéra sur le même pied. Elles chantaient les 
dessus conjointement avec madame Larrivée. C'est ce qu'aujour- 
bnî, qde les dénominations italiennes sont adoptées , on appelle 
les voix dé Soprano. 

Rosalie partagea ensuite les grands rôles avec madame Saint'^ 
Bûberli, et mademoiselle Duplant. Dès 1774, la cantatrice Va- 
lenciennoise avait été doublée par la belle Laguerre , quatre 
années plus tard, elles partagèrent ensemble le premier emploi, 
Sophie Arnould et mademoiselle Beaumesnil s'étant retirées. 

L'année 1777 fut encore une époque de gloire pour la grande 
et belle actrice. Au printemps , elle eut une indisposition qui 
alarma les amateurs de son beau talent, et, lorsque le 16 
mai on la vit reparaître à la soixantième représentation à'Al' 



(1) Les spectacles de PariSf ou calendrier hist. et chronol. des théâ- 
tres. 27" partie,' pour ramiée 1778. Paris, veuve Dwhesne pei. in-lS, 
p. SS. 



— 408 — 

eeste , «Ile obtint une f éritable o?atioQ (i) Ce rôle sublime fat 
rendu avec tant d'énergie et de vérité , que les larmes coalérent 
abondamment des yeox du plus grand nombre des speeliteiirs : 
on s^aperçnt cependant à la fin du 5* acte que les forces de la chan- 
teuse couvalesceate s'affaiblissaient; cette cireonstaneey s«is dimi- 
nuer llotérét, eu changea rob}et, et toute la salle maoifesCa le 
désir que Tillustre actrice prit un repos devenu nécessaire à sa 
santé. 

Un second triomphe Fattendait le 6 juin, dans le rôle â^lpH" 
pfnt0.Jusques1à mademoiselle Aroould avait rempli ce personnage 
avec liii grand succès et le public était habitué àsa manière d*[nter- 
préttr Tœuvre de Tauteur. Rosalie attaque le rôle d'une antre 
façon ; elle be livre à ses propres sensations, elle crée un nouveau 
personnage et Touvrage, rendu par elle, n'a plus rien de com- 
mun avec celui reproduit tant de fois par sa rivale. Aux attitudes 
et aux mouvements pressés de sa devancière, elle fait succéder le 
jeu le plus simple et le plus naturel, et elle présente au public 
une amante tendre» mais modeste, et une victime résignée. Le 
parterre accepte dyec transport ce genre absolument neuf qui 
avait heureusement métamorphosée pour lui une production vieille 
et usée en ^ne nouveauté piquante et fraîche. 

Mais son plus beau triomphe de Taunée rattendait dan» le rôle 
de VArmide de Quinaut, que Gluck mit en musique et dont la 
première représentation eut lien le 23 septembre en présence de 
la reine Marie* Antoinette. Voici le jugement que porta de Tactri- 
ce principale un journal du temps (2) : » Mlle Levasseur , dont 
» Tàme sensible counait les plus légères nuances des différentes pas- 

• sionSy et qui les éprouve toutes dans le rôle d'Armide , les fit 
9 éprouver également à tous les spectateurs. L*acte de la HaCne 

• en particulier eut un efiet inattendu. Le moment où la Hafkie 
» évoque pour ainsi dire Tamour du cœur d*Armide et où celte 
» princesse infortunée repousse un secours qui semble la déchirer 



(1) ÀbrégédiàJoumaLdePam.ÂKk. 1777-81, Paris, 1789 , !&-«<> 
tome 2, seconde partie, p. tt70. 
(t) /dfm.^page 118t. 



' -409- 

» causa un frémiaseoiant général Mlle Lavasseur fit ré-» 

» pandre de» pleura lorsque rendue à eHe-BDéme par la recraite de 
» la Haloe, elle s*abandonne à rAmour et lui Uiwe le soin de son 
» bonheur. » 

C*e9t d^jirmide et de son adodrable interpréta <|u*ud poète 

contemporain aurait pu dire : 

Dans ces riants jardins ftenand est endormi . 
Ce n'est plus ce guemer, ce pnperbe ennemi , 
Ombragé d'un panache et caché sous des armies , 
C'est Adonis qui dort, protégé par ses charmes. 
Annide l'aperçoH, jette un cri de fureur , 
S'élance, va percer son inflexible cœur. 
changement soudain! elle tremble, soupire, 
Plaint ce jeune héros, le contemple et l'admire. 
Trois fois, prêt à frapper , son bras s'est ranimé , 
Et son bras par ses yeux est trois fois désarmé. 
Son courroux va renaître et va mourir encore : 
EUe Yole à Renaud , le menace, J'adore , 
Laisse aller son poignard, le reprend tour-a-tour ; 

Et ses derniers transports sont des transports d'amour 

. Que ces emportements sont mêlés de tendresse I 
Quel contraste flnppant de force et de faiblesse ! 
Que de soupirs brulans ! que de secrets combats I 
Que de cris et d'accens qui ne se notent pas : 
A l'âme seule alors il faut que j'applaudisse : 
La chanteuse s'éclipse et fait place à l'actrice 



Telle est du grand talent la puissante féerie , 
U rend tom vraisemblable, fil donne à tout la vie ; 
11 embrase la scène , et , pour donner des lois , 
A peine a-t-il besoin du secours de la voix. (1) 

Les vingt-sept premières représentations d*^rmtcla , grâce au 
mérite de la pièce combiné avec le talent de ractrice, ont pro- 
duit 406,000 livres, somme énorme pour le temps. Cela n*em- 
pécha pas la critique d'aller son train , les chansons de courir , 
et les épigrammes de tomber (î). On fil distribuer quatre couplets 
assez mordants qui se terminent tous par ces mots : 



(i) La dédamatkm thédtraiê , poème , Paris , S. Jorry 1761 , 
in 8» pag. 1S7-1S9. 

(9) Des hommes même importants dans la littérature prirent parti dans 
cette guerre des Gluékiites et des Uêllistes : Laharpoet Marmontel te» 
naient avec les derniers, Arnaud et Snard étaient du parti dos premier);. 



/ 



« 410 — 

liais tout c«la n'empêche pas 
Que Totre Armidê ne m'ennuie. 

Enfin on répandit à profusion l*improropto suivant fait à aoe 

des premières représentations : 

Pauvre Armidê, ton sort m'étonne : 
J'ai beau te voir et t' écouter ; 
Ton partage fut d'enchanter , 
Et tu n'enchantes personne. 

(.es grandes représentations de cette année 1777, se terminè- 
rent pour Rosalie à Fontainebleau, le S5 octobre, jour où elle 
fit r Amour dans i*^mour ei Psyché, opéra en un acte, musique 
de MondonvUU, joué devant Louis XVf , Marie Antoinette et 
toute la Cour. 

L'hiver de 4 778, s^oovrit par la première représentation de 
Holand, tragédie en 5 actes, musique de Pieeini , paroles de 
Quinault. Mlle Levasseur remplissait le rôle A^ Angélique \ elle 
rendit avec grâce tous les morceaux dont sa partition était remplie. 
La Reine et madame Elisabeth , présentes à la représentadoiti , 
et qui favorisaient plutôt Gluck que Pieeini, furent néanmoins très 
satisfaites du jeu et du chant de la virtuose valendennoîae. 

Cette époque fut celle où la brillante cantatrice animait le plus 
la scène de TOpéra ; on y courait pour Tapplandir un soirsous la 
forme d^^rmtdé, le lendemain sous celle à^ Angélique ; c'était 
elle qui faisait fureur. Ce fut à Toccasion de ce double triomphe 
qu'au commencement de 1778 on lui jeta les vers suivants qui 



leurs écrits paraissaient sous l'enseigne de ï Anonyme as Vaugirard. 

Un plaisant intervint dans ces disputes qu'il résume ainsi : 

vaas d'un ignorant, comme les trois-quarts dumonde, en munqm, et 

sans doute en poésie, mais sens&>le autant que personne. 

Allemand ou Français, qnlmporte qoi m'ëdaire ? 
Je rats en fait de goût, neutre sur le paya ; 
Iphi^énie, OrpMe, Alceste ont ta me plaire ; 
A 6/iicA effrontément j'ose donner le prix. 
Laissez mûrir Armidê^ Armide, Armide même 
Renferme des beautés, et d'un ordre suprême ! 
Pour l'ancien genre enfin bataille qui voudra , 
A Jao<pies, Pierre on Paul que la palme dcmenre ; 
Messsieurs de Vaugirard^ Za Harpe ei Cœtera, 
Ou pour ou contra ^/Jilfaa écrivez : moi, j'j pleure. 



i 



— 411 — 

eootiebalaucenl bien , par leur galanterie , toutei les mauvaises 

épigrammesdu temps : 

A la fontaiDe de l'amour 

Gluck pour l'I^érolne du Tasse , 

Nous (ait tous boire à pleine tasse , 

Et Dous éoivre tour-à-tour. 

Depuis ce temps , triste et farouche , 

La jeune amante de Môdor , 

Fuit, eu n'ose rester encore 

Qu'avec sou anneau dans sa bouche ; 

Sur le sort de cette beauté 

Aucun enchanteur ne prononce, 

Le sage Merlin consulté , 

Seul , lui dicta cette réponse : 

» Pour rendre à vos yeux leur pouvoir , 

» D'Armide employez la magie , 

» Et , comme elle , faites-vous voir 

» Sous la forme de Hosalie. » 

Elle créa un nouveau r61o, celui de Télatre ^ de Topera de 
Castor et PoHux lorsqu'il fut repris le i 2 octobre 1778. Cette 
fieille musique flt peu dlmpression sur les sens éveillés par de la 
musique moderne, et néanmouis les premiers sujets de l'Opéra, ba- 
bitnés aux grands effets de la tragédie, suivirent parfaitement les 
intentions du poète et du musicien. Le 25 décembre suivant, ou 
redonna celte pièce gratis au peuple de Paris pour célébrer 
rbeoreox accouchemeut de la Reine Marie-Antoinette ; on ajouta 
à Topera de Castor le cbœur à'fphigénie de Gluck» qui commence 
par : Chantot%ê, eélébrons notre Reine^ etc. Le peuple saisit 
Tallusion et fit recommencer le chœur an milieu des applaudisse- 
ments et des trépignements. LVulhousiasme se communiquant de 
proche en proche devint général ; un grand nombre de specta - 
teurs envahirent les coulisses , se précipitèrent sur le théâtre et 
mêlèrent leurs voix à celles des acteurs. Cette scène attendrissante 
eut un grand retentissement au dehors, mais n*empécba pas le 
même peuple quinze ans après, de mettre à mort cette belle et 
noble reide dont il chantait alors les vertus et les bienfaits 1 

Ce fameux rôle de ré/a«re de Topera de Castor devint une 
pomme de discorde dans le foyer de Topera Mlle Beaumesnil 
avaitdes prétentions à cet emploi, ello se crut lésée par la pré- 
férence accordée à Rosalie et cela détermina sa retraite. Elle dé- 
veloppe elle-même ses motifs dans la lettre suivante adressée au 
Journal de Paris le 'i7 déc<.'mbra 1 778. 



— 4H — 



MawiBOM 



t Od ne se prive pas sans regret des bontés du publie qniaml on eo a 
reçu des témoignages aussi flatteurs pendaai l'espace de douze années: 
c'est à ce litre que Je lui dois compte de? raisons qui me forœot à dé- 
sirer ma retraite. JTespère que ce même publie voudra bien être moo 
Joge, et Je le prie d'être bien assuré que ce sera sans appel de ma 
part. 

< J'ai été reçue à l'opéra en 1766, pour l'emploi des premiers rôles 
dans lesquels je doublais Mlle Âmould , qui jouiSRoit d'une réputatioa 
si bien acquise et encore mieux méritée ; mon premier rôle fut celai 
de Silvie et par continuité j'ai chanté après elle lesréles des princesses, 
tels que ceux A'Eglé dans Thésée^ d'ïphise dans Dardanus , IpMgèM, 
Adèle de PontMeu , TMfre dans Castor, OrioM dans Amadis , Ewi- 
dtce, etc., etc., etc. 

a Mlle Rosalie, dite Levasseur. dont le début avait précédé le mien 
de deux mois, doublait Madame Larrivée dans les rôles d'Amour et de 
Bergères, et s'en est contentée l'espace de sept ana : c'est A celle épo* 
que que profitant d'un voyage que je fis, et menaçant MM. les Direc- 
teurs de sa retraitOt elle obtint de chanter à ma place le rôle de Téiai- 
re, que j'avais joué deux eu trois années auparavant : six mois après 
on redonna ce même opéra, et MM. les Directeurs me rendirent et mon 
rôle et mes droits. On sait qae depuis M. le chevalier Gluck lui a fait 
hommage des rôles ô^Âlceste et d'ilrmide, et qu'il l'a adoptée pour son 
héroïne. Il ne pou voit pas faire un meilleur choix ; mais Je demande 
au public si la préférence que lui donne M. GuldL l'antoriae * accapa- 
rer tous les opéras tant anciens que modernes f Voyei le journal da 
21 décembre. A cette dernière reprise de Castor , j'étais noalade ; 
l'administration lui proposa le rôle de TélaXre, et je crus qu'après 13 
représentations, je pouvais la prier de me laisser jouer : elle ne s'y est 
pas refusée ; mais elle ne m'a pas accordé la faveur d'y paraître trois 
fois de suite, selon l'usage incontestable, même A l'égard du plus mé- 
diocre double. ^ 

<r Humiliée des prétentions de Mlle Levasseur, et n'ayant pas au- 
jourd'hui un seul rôle à moi, je me restiains à crier au tfoleurj et j'aUban- 
donne la partie au moment où par un travail de dou^e années consé- 
cutives, je devais m'attendre à occuper la place que me donnait la 
retraite de Mile Amould. 

a Je remercie quiconque a bien voulu permettre à MM. les auteurs 
du Journal de Paris , d^nsérer dans leur feuille du 21 décembre 1778, 
que j'avais mis, dans le rôle de TdalH^e, beaucoup d'intelligenoe et de 
sensibilité, et qu'on m'avait écoulée avec Intérêt ; cal aven duurîlalila 
redpuble envers le public et mes regrets et ma reconnaissance. 

BliDHISIlil.. 



f 



^ 413 - 

Les faits énoncée dans cette lettre ne sont pas tous par'aitenien 
exacts j et ces récrimination^ prouvant seolement une chose , 
c'est que M U6«/?o«a/΀ jouait dans beaucoup de rôles qu* elle créait. 
C'était «n effet la plus ferme colonne de TOpéra. Âussifit-elle grand 
bruit elle-même a Tappantion de cette épitre et menaça- t-elle de 
se retirer, si Ton ne lui faibait des excuses. Quoique bonne, sert 
Yîable et généreuse, elle avait une certaine vivacité dont elle n*é- 
tait pas maîtresse dans le premier moment. Elle rencontra dans les 
coulisses le bailli de la Tour , accusé de cumuler les fonctions de 
secrétaire avec celles d'amant de Mlle Beaumesnil, et elle lui fit 
une scène qui ne figurait pas dans le programme. Cette tempête 
au reste, s*appaisa aussi vile qu'elle s*était élevée, et Rosalie resta 
au théâtre maîtresse du terrain. 

Nous avons encore un beau et grand succès à mentionner dans 
la carrière tbéâtralede Mlle Levasseur \ nous voulons parler de 
la création du rôle de VIphigénie en Tauride , de Gluck , 
përo\e ÙB Guillard, auteur ag réable des l/etire« de Cythère. 
Cette pièce fut jouée pour la première fois le i8 mai 1779. (4) 
Jamais plus chaleureux applaudissements ne saluèrent une actrice» 
jamais plus complet triomphe ne fut obtenu sur un théâtre. Rosa- 
lie se fit remarquer surtout par la perfection de son jeu et de son 
chant et par la souplesse et la variété de son talent qui se multi- 
pliait sous tontes les formes. L'horreur que lui cause la nécessité 
du sacrifice en Tauride, sa reconnaissance avec son frère, la résis- 
tance qu'elle oppose aux vœux du tyran, et surtout sa défense aux 
gardes d'approcher Orcbte^ lui faisaient prendre tour à tour l'ac- 
cent de la douleur la plus vraie, de la joie, de la tendresse, de la 
fierté et de la grandeur la plus imposante. Tout le monde versa de^ 
larroes à cette représentation à laquelle Marie -Antoinette assistait, 
et l'on remarqua que cet intérêt qui attachait Tauditoire si puis- 
samment n'était nullement fondé sur VJmour , puisque ce mot 



(1) Cette pièce devait être représentée une semaine t>lU8 tôt, mais 
une indisposition de Mlle Ro$aUe la flt remeUre. On avait proposé de 
doubler son rôle ; le chevalier Gluck s'y opposa : on dût envoyer un 
courrier à la reine, qui avait promis d'honorer ce spectacle de sa pré-* 
Bepce, pour l'avertir de la remise. 



— 414 — 

n'est p«8 prononcé ane seule fois pendant les quatre actes de la 
pièce : c^estle seul eienple de ce genre que Ton puisse citer à 
rOpéra. 

L'honneur de cette soirée revint à Mlle Levasseur et à Larrivée 
qui remplissait auprès dMle le rôle d'Oraie; on put les comparer à 
Clairon et Lekain pour les effets dramatiques, plus l*entrafneroent de 
la musique. Voici ce qu'un homme de goût, le chevalier Grimm, 
pensait de cette eiéeutmn remarquable et ce quMl en écrivait à on 
souverain d*Allemagne (4): « Je ne sais si c^est là do chant , 
« mais peut-être est-ce beaucoup mieux. Qvand j'entends fphi" 
« génie , j'oublie que je suis à Topera ; je crois entendre une 
c tragédie grecque dont Lekain et Mlle Clairon auraient fait la 
« musique... cela ressemble à de Tenthousiasme , et je sauve mon 
c jugement à Tabri de ces grands noms. On a été en général fort 
ff content de Texécotion du nouvel opéra. Mlle Levoitewr^ â-à»- 
ce vaut Mlle RéMliôf chante le r6le principal avec tonte la grâce 
« dont la mélodie de Gluck est sasceptible , et le joue avec une 
a inlelligeoce peu commune. » 

On peut regarder cette époque comme Tapogée du talent de 
Tillustre cantatrice. Sa célébrité était alors si populaire qu^elle se 
trouva célébrée sur les petits théâtres par des parodies , ou des al- 
lusions flatteuses sur sa brillante exécution. Voici ce qa^on lit dans 
les Mémoireg de Bachaumont (^^) sous la date du 90 Août i779. 
« C'est aujourd'hui IphUeaux boulevards qui attire le public, et 
« c'est le théâtre des élèves pour la danse de Topera qui fixe 
• le concours. Cette pièce contient Téloge du chevalier Gluck , 
« ainsi que celui de Mlle Levasieur^ actrice qui a si merveilleu- 
c ment contribué à faire valoir sa musique . Lundi , elle est allée 
« jouir de son triomphe, et en effet ses partisans qui 8*y étaient 
« rendus en foule, n'ont pas manqué de se retourner fers sa loge 
a et de loi prodiguer les plus vifo applaudissements , au moment 
« où il était question d'elle. » 



(1) CotretpondanceliUéraire, philoscphique et critique. 2e Ed. 
Bmeson^ 180<, in S^'i/tome V. p. S. 
(S) tome XIV. p. 157. 



— 415 — 

Toutes ces manifestations pnbliqnes nieraient pas de nature à 
désarmer Tenvie de ses rivales et à émousser surtout les traits 
piquants de la mordante Sophie Ârnonld. Quand Rosalie recevait 
les applaudissements unanimes d*une salle, elle disait : — « Cela 
n*est pas étonnant, elles la voix du peuple I • Si Tactrice, 
animée par son jeu et enivrée des encouragements publics , se 
livrait à cet entraînement d*artiste qui émeut tout un auditoire , 
Timpitoyable Sophie Taccusait d^ivresse, ets*écriait : — « Ce n'est 
pas Iphigéniê en Tauride , c'est Iphigénie en Champagne ! • 
euiln , si la fidèle femme de chambre de Mlle Levasseur 
défendait Pentrée de son cabinet de toilette qui était un sanctu- 
aire impénétrable lorsque la prêtresse y opérait ses mystères, en 
disant que sa maîtresse ne pouvait la recevoir parcequ*elle foUaU 
ion visage, Sophie tirait auiiitdt sa boite à rouge, en répondant ; 
» -^ Portez lui cela de ma part, et dites lui que c'est pour 
V achever dépeindre, » 

Un moment , Rosalie Levasseor eut une velléité de se retirer : 
le comte de Mercy-Ârgenteau, l'ambassadeur de TEmperenr et de 
rimpératrice- Reine , qui en était devenu de plus en plus charmé, 
et dont l'amour se trouvait encore augmenté si cela était possible , 
lui avait acheté une terre titrée en Allemagne , uue baronnie ; il lu i 
avait fait construire une maison et la comblait de biens Journelle- 
ment : il lui propos^ tout de bon de quitter TOpéra. Après 
réflexion, la grande actrice qui, ayant été annoncée comme 
baronne dans une soirée de la Guimard ou de la Dulhé devant 
l'élite de la noblesse française, et ayant vu Teffet assez fâcheux de 
ce titre de contrebande, s'apercevant que c'était à son seul talen^ 
qu'elle devait toute la considération dont elle jouissait et craignant 
de la perdre en quittant le thé&tre ; voyant d'ailleurs que jouer 
et chanter en public n'était qu'un amusement pour elle^ et 
qu'il lui resterait un trop grand vide dans le repos ; la virtuose , 

disons^nous, refusa enfin les offres de son Excellence qui, elle- 
même, ne voulant pas la gêner, ne la pressa plus. 

Ce qui fit croire un moment à la retraite de mademoiselle Ro- 
salie , ce fut la suspension des représentations à^ Iphigénie en 
Tauride, et Tapparition d*une demoiselle Dupuiê qui osa aborder 
ce rAle, et qui eut un instant Tintention de combattre l'influence 
de sa devancière. Le public lui accorda bien quelques encoura* 




— 416 — 

gemeuts, mais uns préjudice à Teatière faveur qaHl réservaii à sa 
favorite. Mademoiselle Dupuis fut forcée de se retirer ; elle s*en 
plaignit dans la lettre suivante» adressée au chevalier Gluck dans 
Tautomne de 4 778 : 

» Je ne devais point m'allendre, nionslear, lorsque tous eûtes U bonté 
de m'ouvrir le tiiéétre de TOpéra , que voua aoufAririez qu'il me fùl 
aussitôt fermé. Je n'avais point alors l'avantage d'être l'objet de votre 
choix ; mais je Jouis du bonheur d'être devenue depuis celui de votre 
adoption ; l'amitié dont vous m'avez honorée publiquement en est une 
preuve sensible. C'est vous ^ monsieur, qui m'avez présentée à M. de 
Vismes (1) : Si j*ai débuté sans avoir fait mes conventions^ et sans être 
assurée de rester au spectacle, mon respect pour vouï et ma conflaoee 
en sont Tunique cause. Les représentations à'tpkigéitte si» Tauridê 
étaient, vous le savez , suspendues. Personne ne se présentait pour 
jouer le rôle : je m'en charge, j'y réussis, et demeure nne déplorable 
victime que vous sacrifiez à la nécessité du moment. Vous saviez, 
monsieur, si ce spectacle avait besoin de moi , et si j'y serais proprs 
quand vous daignâtes m'y présenter. Cependant , on avance aujour- 
d'hui que j'y serais inutile ; mais eette Inutilité ne pourrait venir que 
de la maltitude de fsnmies faites pour y jouer les Reines et les rôtes à 
baguettes, et Templol est tellement dénué de sujets, que vous-même, 
monsieur, vous avez été contraint de placer dans les rôles à baguettes 
et dans les Reines, mademoiselle Levasseur, qui , par aa jeunesse et 
par sa taille; semblait consacrée aux Princesses. L'universalité de ses 
talents Ta rendue supérieure dans le nouveau genre que vous lui faisiez 
adopter. . . . Mais si elle quittait. ... il reste bien peu de femmes pour 
lesrMes à*Akesiê, d^Armide, dUpkigéme an TatmàB. Regardez-vous 
ees ouvragée comme retirés du théâtre ? Seriez-vous d'une tranqnilUlé 
apathique sur leur sort futur, ou me croyes-vous incspable de les ren- 
dre ? Si , au contraire, comme vous m'avez fait l'honneur de me le dire 
oentlfois , vous pensez pouvoir me les confier, serez- vous indifférent 
pour un sujet qui peut être utile à vos opéras ? Est-il personne au monde 
qui ait plus de droit d'en parler que vous, monsieur, è qui l'Opéra doit 
sa splendeur et les profits Immenses qu'il fait depuis que vous travailiei 
pour ce spectsde t En agissant pour le bien de vos ouvrages, c*est le 
bien général qne vous faites ; et Ton ne se figurera jamais qia je puisse 
avoir Tombre du talent , lorsqu'après m'avoir présenté vous-même , oa 
vous verra m'abandonner si cruellement. . . . etc., etc. 

Gluck répondit polioient et brièvement à celle letlre, le 5 oc- 



(1) Alors directeur de TOpéra. 



— 417 -r 

tobre irrd, maU il énU de toucher le point prindpal. Le réiuL 
tat de toat cela lût qae Rosalie Levaaseur comerra et tint lam 
partage le sceptre des Reines de l*Opéra qu*on loi disputait. 

En 1780, la grande cantatrice créa encore un beau rôle, celui 
d^jÉndromaguet et fit valoir une musique nouvelle, celle de Gré- 
try, qui produisit cette composition sur la scène de TOpéra , le 6 
juin, avec des paroles de Racine arrangéei par Pitra (i). Le rôle 
d^Andromaque est le principal de la pièce ; le musicien loi à donné 
et lui laisse jusqu*à la fin le style qui convient au caractère sous 
lequol Racine nous a représenté cette veuve intéressante. Sa 
douleur est toujours tendre , et ses reproches à Pyrrhus sont 
nobles et dignes et ne se ressentent d^aucune aigreur. Rosalie a 
parfaitement saisi les nuances de ce personnage et a fait nu pro-* 
digteux plaisir dans ce rôle. Plus tard elle y a été doublée par la 
belle Laguerre, dont Grétry se platt à faire un grand éloge dans 
ses Mémoires. 

L'automne de cette année 1780 fût signalé par une autre créa- 
lion, le rôle ôî^ Andromède , de l*opéra de Per$ée, musique de 
Philidor, L*exécution de T actrice et de la cantatrice n*y laissa 
rien à désirer. 

On voit par rénumération des grands rôles créés par Mademoi* 
selle Levasseor combien ses études furent suivies , quels services 
elle rendit à Part, aux artistes , à TAcadémie royale de musique ^ 
dont la fortune fut relevée par ces belles compositions de Gluck ^ 
de Sacchini et dotant d'autres qui trouvèrent en elle une digne et 
fidèle interprète. Toutes ces magnifiques productions de Tbar- 
raonie furent représentées par centaines de fois devant ce que la 
France avait de plus élégant , de plus délicat, et de plus distingué. 
Les grands seigneurs de l'Europe vinrent les écouter et les ap- 
plaudir ; on les joua à la Cour , sur le grand théâtre de Versail- 
les , sur la petite scène de Trianon : partout où il y avait un 
orchestre digne d'elle la brillante Rosalie fut appellée à se faire 
entendre et partopt elle sortait triomphante. 



(1) On voit que le titre d'ùrrangeur de paroles y donné récemmeot k 
Castil-Blaze n'était pas chose nou^eUe , et avait d^à été mérité dans 
l'autre siècle. 



- 418 - 

Le frère de la Reine Harie-rAotoIoelte , foyageaat soua le oom 
de Comte de Falkensteîo , fut fdté rofalement au château do Petit- 
TriaDOD ; au nombre des difertiaaements on n'oublia pas de fai| 
faire entendre, le 4*' août 1781, V Iphigénie $n Tauride , ôt 
Gluck , représentée par b célèbre Rosalie Levassear. 

Quand sous le pseudonyme du Comte de Haza , le Rot de 
Suède vint visiter la France et Paris, on mit an nombre des éion. 
nements à loi faire subir et des fêtes à lui donner , une représen- 
tation ùiArmide exécutée sur le grand théâtre de la Cour et 
chantée par Tactrice inimitable qui avait créé le rôle. On ne sau- 
rait dire ce qui émerveilla le plus le souverain du Nord, du chant 
de la grande artiste , de la magniûcence inouïe des décorations, 
ou deTbarmonie de la musique (1). 

Cependant Mademoiselle tevaHeur créa encore deux grands 
et beaux rôles d'opéra : le 3 joiflet i78d , on donna la première 
représentation d^^ Electre ^ musique savante et difficile de Lemoine ; 
le rôle d^ Electre , le seul pour ainsi dire de la pièce , était rem- 
pli par Roêalie, Il était rude , rempli de cris et de mouvements 
dramatiques un peu forcés ; il ne devait pas obtenir un long 
succès. Le 98 février \ 785 . TOpéra inaugura Renaud , musique 
de Sacchini, paroles de Lebeuf , qui s'était aidé du poème de 
Pellegriu de i6S2, lequel avait tiré son sujet du Tasse. Rosalie 
habituée au personnage à*yirmide, attaqua le rôle diffidie et 
fatigant Je ce nom, et s'en tira admirablement comme chanteuse 
et comme actrice. Legros qui était son Renaud manquait tant 
soit peu de noblesse et de sensibilité , ce qui fit encore plus res- 
sortir le mérite de la diva. Ce fut son chant du Cygne : nous ne 
voyons nulle part qu'elle créa un antre rôle après celui-là ; elle 
qui s'identifiait si bien avec Armide Tenchanteresse, ne Toulut 
pas tenter d'aller plus loin._ 

Il y avait bientôt quinze années que Rosalie était entrée à l'Opé- 
ra ; c'est un pays oii Ton s'use vite , et où la vie moyenne est 
courte. Quinze ans de premiers rôles sur la scène lyrique éqm- 



(1) Cette représentation eut lieu le 16 juin lT84 , alors que Rosa- 
lie Levasseur ne jouait presque plus à l'Opéra et commençait à penser 
sérieusement à sa retraite. 



I 



^ 419 - 

valeni à une carrière de MaUiosalem dane l*('tat oommoii. Les 
compotitioDA de Gluck commençaient à faire place h d^aatree , 
la fatigue du travail , les distractions , une position de fortano 
florissante , tout invitait Mademoiselle Levassenr & !»onger an 
repos. Elle i^mmença d*abord à paraître plus rarement sur la 
scène; d ailleurs le dernier opéra de Sacchini nVait pas eu un 
de ces succès de vogue qui donnent des représentations par cen- 
taine. C'est au point qu'on lit dans la Correspandanee êtcrèie 
politique et littéraire , sous la date de mars 1783 : (i) 

« M. Legroê et Mademoiselle Levaneur /plus connue sous le 
« nom de Rosalie^ quittent Topera à Pèques. Cette détermina- 
« lion parait avoir été prise à la suite de la représentation d*un 
« nouvel opéra de Saccbini qui B*eut qu'un languissant succès, 
c On crut que Mademoiselle Levasseur avait mal rendu le rôle ; 
• Mademoiselle St -Huberti s'est hâtée de Tappren ire et ses 
« partisans assuraient qu'elle relèverait la gloire de cet ouvrage. 
« Pures chimères ! St. -Huberti a paru , chanté , grasseyé, minau- 
« dé y le public n'en a pas moins confirmé son premier ji|ge- 
« ment. » 

Mademoiselle Levasseur remporta encore la victoire dans cette 
comparaison ; le combat était è armes égales , on luttait sur le 
même terrain : le public, juge du camp., se prononça pour elle. 
C«la ne rengagea pas néanmoins à reparaître plus souvent : elle 
vint encore recevoir le 3i septembre i 7^5 son contingent d'ap- 
pUudissemenis dans VIphigénie en Tauride de Gluck, qu'elle 
n'avaii pas jouée depuis long-temps , et ensuite elle rentra dans 
sa tente. Elle ne compta plus guère à l'opéra que pour mémoire. 
Elle jouait i son aise, paraissait à ses heures, et abandonnait pour 
ainsi dire la place de bonne volonté à Mademoiselle St.-fluberti 
qui s'en accommoda tout-à-fait. Aux fêtes de Pèquesde 1784, 
époque du mouvement du personnel dramatique , le bruit courut 
encore du départ de Mademoiselle Bosalie; ce n^était qu'une 
fauêee eortie comme on dit au théâtre , mais le dix avril 1 785 , 
un an après , sa retraite fut proclamée. Elle eut peut-être mieux 
fait de la prendre précédemment. Cette année n'ajouta rien à sa 



(i; Londrei, J. Adamson , l788 , In- 18 , tome XIV , psge 207. 




— 440 - 

oire ni à sa répatation , et pendant cette quasi -retraite •« rt?ale, 
qui s^étall rendue nécessaire , grandissait de son c6té. Il eut été 
pfus politique de se retirer avec tont l'éclat et le prestige qui envi- 
ronnent une reine de théâtre au milieu de sa cour : les regrets du 
public eussent été plus tifs et plus ardents. 

Nous entrons maintenant dans un non? el ordre de faits : ce 
n^est plus la fameuse cantatrice qui va nous occuper, c*est ta bril- 
lante dame du monde qui a conservé son bon cœur d'artiste au 
milieu des illusions de la richesse et des grandeurs de la vie de 
cAiâtean. Avant de fermer pour toujours les portes de racadémie 
rojale de musique sur mademoiselle Levasseur, disons on dernier 
mot sur sa vie d*Opéra. 

Il est difflette de retracer la carrière d*une dame de théâtre du 
siècle par trop galant de Louis XV, sans avoir â parler des fiivoris 
que la chronique de Tépoque lui accorda. On prétend, mais 
nous n*avons pas de preuves â Tappul de celte supposition, 
qu*avant ou peut-être pendant le commencement do règne de 
M. de Mercy, le prince de Conti aurait été le protecteur de la Jeane 
Rosalie ; qu'il Taurait graliflée d'une magnifique parure de dia- 
mants d'un prix considérable, et que la cantatrice, femme d*ordre, 
aurait fait remplacer ces riches brillants par de fausses pierres, et, 
Tendant les vraies, non pas au prix coûtant bien entendu , en 
aurait solidement placé la valeur pour se Crire un commencement 
de fortune. On prétend aussi qu'elle ne fut pas insensible aui 
qualités du charmant danseur Nivelons de Gardel le jeune et de 
Chêrùn le léger; on disait bien des choses encore ; ce ne sont 
peut-être là que des cancans de coulisses auxquels il ne bot pas 
donner plus dMmportance qu'ils ne méritent : Le vrai talent a tant 
d* ennemis ! (1). 

Quoiqu'il en soit de ces premières erreurs vraies ou supposées, 
il reste constant que Rosalie Levassenr fut un modèle d'attache* 
ment et de dévouement an comte de Mercy-Argenteau, qui, 
d^ailleurs , en fit une véritable compagne de toute sa vie. Tant 
qu'il resta à Paris en qualité d'ambassadeur de l'Empereur, elle 



(1) Voyez Le Vol plus haïU. ou ï Espion des prmcqMXUX théâtres d^ 
la capMU. k Memphis^ chez Smeère. t784, Sn-^, p. S6. 



r 



- 481 - 

eut son hôtel, et une riche maison de pbisance à Cbeaevières, 
près Conflans-Sainte-Hoiiorine, où elle vivait en dame chfttelaioe, 
allant à la messe en carrosse, distribuant chaque dimanche d'a- 
bondantes aumônes et jetant de Targeut à pleine main par sa 
portière à tous les pauvres du village. Bien plus et bien ipieux 
surtout, elle portait des secours à domicile, visitait les malades ou 
les blessés^ donnait des médicaments et pansait elle-même les 
plates des paysans. Tout en distribuant ses générosités autour 
d^elle, elle n'avait pas non plus oublié ses parents ; elle leur faisait 
réguTièrement servir une pension annuelle de douze cents livres 
et leur envoyait toutes sortes de cadeaux. Cette conduite devait 
nicheter la légèreté de ses premières années et Ton pouvait aussi 
dire de cette excellente femme , qu*il lui serait beaucoup par- 
donné. 

Cependant la Révolution française arrivait à grands pas, et 
dans sa marche, qui renversait tant d'hommes et tant de choses, 
elle ne devait pas épargner Texislence d'une ancienne pension- 
naire de l'Académie royale de musique. L'ambassadeur de la 
maison d'Autriche, attaché à la reine Marie-Antoinette par sa 
naissance, par ses devoirs et par ses convictions, montra ouverte- 
ment un grand dévoûment à la royauté , ee qui attira sur lui les 
soupçons de l'Assemblée nationale dès les premiers moments de la 
Révolution. Le comte de Mercy quitta Paris en septembre 4 790 
pour se rendre en Brabant afin de se concerter soi-disant avec les 
puissances maritimes garantes de la possession de ces provinces, 
mais, en réalité, à ce qu'on crut du moins, pour aviser aux moyens 
de comprimer les troubles en France. Rosalie Levasseur, qui, 
depuis, quelques années, avait eu de M. de Mercy un fils qu'il re- 
connut sous le nom de chevalier de Noville, ne tarda pas à suivre 
l'ambassadeur de la cour de Vienne avec son enfant, et ce voyage, 
qui ne devait être qu'une courte absence, dégénéra en une longue 
émigration. La célèbre actrice de TOpéra, qui ne se mêlait pas 
plus de politique que de marine (1), fut réputée émigrée malgré 



(1 ) Dictionnaire néologiqtêe des hommes el des cJwsês de la Révolution 
(par BefTroy de Reigoy). Paris, Moutardier, an YIII, in-S^', tome 1®'', 
p. 23i. 

28 



- 4« - 

la loi qui faYorisait les artistef , et tout fOD ridve mobilier. Ont i 
la ville qn'à la campagne, fat saisi et vendu au profit de U Nafion 
qu'elle avait amusée et enchantée pendant si long-temps. 

Le comte de Mercy fut entraîné dans quelques intrigues dîplo- 
matiqnes dont il est question dans la lettre du comte d^Estaing à 
la Reine et dans d'autres documents du temps; les événements le 
conduisirent de Bruxelles à Vienne, à Wurtzbourg où II avait des 
intérêts, à Berlin et à Hambourg où mademoiselle Levassear Tavait 
suivi. Elle l'attendit en cette ville en 1794 , lorsqu'ayant été 
nommé en qualité de ministre prés la cour de Londres pour y 
solliciter des subsides , il s*embarqua pour l'Angleterre. Là, le 
comte «ollicita une audience du Roi, et, en attendant la réponse 
de la rv>ur de Saint- James, il soigna sa santé dérangée. Au mo- 
ment où il venait de prendre une médecine, le monarque lui fit 
dire qu*il rattendait; en courtisan dévoué, M. de Mercy demanda 
à son docteur de lui donner une potion telle qu*il put se présenter 
devant le souverain des trois royaumes ; le docteur ne loi cacha 
pas le danger d'interrompre le cours d*un remède qui agit ; Tara- 
bassadenr persista coûte que coûte. Comme le dit Voltaire (i). 
ceux qui ont porté le nom de Mercy furent toujours malbeareux : 
le nôtre obtint son audience , mats il en mourut. U expira le 
lendemain ou le surlenderoaio, le 90 août 1^94. 

L'objet de sa passion, Rosalie Levasseur, prit le grand deuil des 
veuves, et se retira, avec le chevalier de Noville, dans la ville de 
Wurtzbt>urg, chef-lieu de la Franconie où elle jouissait, parles 
bienfaits du comte de Mercy qui avait assuré son sort , d*une posi- 
tion de fortune brillante et élevée. Elle possédait, pour le mo- 
ment, dit-on , environ soixante mille livres de rente , dont viugt 
mille é elle et quarante miP.e à son fils qui devait en ilisposer â sa 
majorité. On la saluait du titre de comtesse, elle menait grand 
train, avait un hôtel , une livrée et une voiture à quatre chevaux. 
Sans être reine d*opéra^ c^était encore, comme on le voit, un assez 
beau rôle à jouer. 

M au toutes ces grandeurs , hélas ! ne faisaient pas le bonheur; 



(1) Siècle de Louis XIV, chap. 3Î. 



\ 



I 



randenne artiste, habitoée au grand monde parisien, i la vitacité 
française, 8*ennuyait noblement au milien des habitants un peu 
lourds de la Franconie ; elle se regardait en Allemagne comme 
une exilée , et , pour soulager ses ennuis , elle accueillait les 
émigrés français qui passaient à Wurtzbourg. Son hôtel était 
ouvert à tout ce qui lui rappelait sa chère patrie; elle aidait ses 
.concitoyens de sa bourse et de ses conseils, et elle alla même jus- 
qu*â fonder chez elle un petit hôpital de quatre lits en faveur des 
pauvres émigrés. La noblesse avait encore quelques ressources 
dans réinigration, mais les malheureux ecclésiastiques furent sou- 
Vent dénués de tout sur la terre étrangère : ce sont ceux-là prin- 
cipalement qu*elle soulagea. Le dernier chef de Tantique abbaye 
d*Bantmont-snr-Sambre , dom Unmir Porué, trouva chez elle 
un abri contre l'infortune et la misère. En échange de ses bien- 
faits , il lui parlait de la patrie , de son pays natal , de la bonne 
vieille Flandre , et la dame de TOpéra, devenue comtesse aile*- 
mande, en entendant quelques mots patois du Hainaut, te trouvait 
trop bien payée de sa générosité et se croyait encore en reste avec 
rexcellent abbé. 

Après cinq années d*ennuis , la veuve morganatique de M. de 
Mercy quitta la capitale de la Franconie et vint habiter une jolie 
campagne, NUderrade, à une lieue de Francfort-sur-le-Mein, où 
elle présidait à Téducation de son fils , qui avait un gouverneur, 
et qui s'occupait, outre les choses sérieuses, de musique, d'italien 
et de chasse. Dans cette demeure paisible, Rosalie reçut une 
singulière demande de mariage: Mons' P.-/. Nicoâème , de 
Valenciennes, ex-constituant, auteur de VExtrcke des commer- 
çan$ , d'un caractère original , qai ne manquait ni d'esprit ni 
d'instruction, fit offrir sa main à son ancienne concitoyenne ; 
quant à son cœur, elle le possédait depuis l'ouverture de l'Assem- 
blée nationale où il fut député par la ville de Valenciennes ; il vit 
souvent alors à Paris la grande artiste,, et il en conserva toujours 
on tendre souvenir. La proposition de l'ancien consul et échevin 
ne fut pas agréée ; Rosalie se rappela peut-être trop bien le por- 
trait de son éternel admirateur (i), et puis il avait alors soixante- 



(I) Le porU'ait de M. PaulnJoseph Nicodème a été gravé, comme tons 
ceux des membres de l'Assemblée nationale de 1189, mais avec l'addi- 




— 4Î4 — 

hait ans ! Elle reçat cette denuid^ de son ami avec diMicear, 
mais aussi avec douleur an peusaut à celui ifu^elle avait perdu ; 
donner un successeur au comte de Merey, dont e]le portût tou- 
jours le demi- deuil , lui paraissait une énormité ,• et elle débitait 
là-dessus les plus belles tirades de ses anciens rôles, en y joignaot 
les gjBstes les plus dramatiques et les plus éloquents. 

Cependant, si la chronique dit vrai, elle ne pensa pas toujoon 
ainsi : lorsqu'elle fut retirée à Neuwied quelque temps après, un 
jeune émigré qui ne datait pas de la Gonstiiuante; et qui n^atail 
pas de portrait avec des armes parlantes, aurait été plnsheureui. 
Le chevalier de Couey, c^était son nom, crut que son blason pou- 
vait bien , sur la terre d*exil et dans un pressant besoin , 8*alUer 
avec celui de la veuve de la main gauche d*un ambassadeur des 
Césars , et il lui offrit sa main droite. Rosalie accepta , dit- 
on , et ne fut pas long- temps à s*en repentir. Bientôt cette union 
peu assortie , que Tintérét d^une part et sans doute la vanité de 
l'autre avaient mal cimentée , se rompit d*un commun accord , et 
le cadet des Coucy courut offrir son épée a la cause des Rois, tan- 
dis que la chanteuse émérite alla vivre en de nouveaux climats. 
Peut-être qu^alors elle regretta cette main que lui offrit, quelques 
années auparavant, son premier protecteur, son concitoyen et son 



tion singnliére d'un distique dû k M. de la Place, doyen des gens de 
lettres ; le voici : 

Tout dëpnl^ dira de monsieur Nicodème : 
Que n'en voit-on souvent de même. 

On avait ajouté à cette plaisanterie des armes parlantes ainsi composées : 
Un nid sur un arbre , un coda tenu par deux quadrupèdes et un grand 
M pour terminer le rébus. (Nid-Code-M.) Cette facétie avait été par- 
faitement goûtée par celui qui en était l'objet : il en riait le premier, et il 
fit lui-même son épitaphe comme suit : 

Cy-gît Paul^oseph Nicodème 
Que Cambrai vit naître en carême ; 
Objet des caprices du sort, 
A Valenciennes il est mort. 

À la fin du second vers , il piquait un renvoi et mettait ces mots : sur 
la paroisse de Saint-Àubert, le il mars 1733; il en piquait un aecoiiA 

au quatrième vers, ainsi conçu : A Vaîendennes , le laîasanl A 

d'autfes le soin de remplir la date. . , 




f'eligtfu- 



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'Vi^W 'I^A^i* famille 

M*— ^& H'^^B '*^' c9^' ''""' 
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•&«'##:f ^^:Î!^. 1»'»" 

)^>ei vivant 
i^B^il y a de 
II4 Valen- 




- 4M - 

cieanes, lîea de sa naissanee, où sa famille est éteinte depuis long- 
temps et où il ne reste que le souTenir éloigné des triomphes d'ar- 
tiste qu'elle obtint sur notre première scène lyrique. Sa mémoire 
n'a guères été célébrée par nos écrivains modernes : la BiogrO' 
phie^ dite universelle, ne lui consacre pas une seule ligne ; com- 
me nous, les auteurs de cet ouvrage ont sans doute ignoré le lieu 
et la date de sa mort, et ils attendent des documents pour la Cure 
figurer dans quelque supplément. Ainsi donc , voilà une femme 
qui , dans le siècle dernier, a rempli le monde du bruit de ses 
succès, qui faisait accourir vers elle les rois de la terre, qui triom- 
phait devant eux , qui voyait à ses pieds les heureux du jour, qui 
remuait les masses par la puissance de sa voix et de ses regards ; la 
voilà, qui meurt oubliée sans qu'une famille lui ferme les yeux et 
sans même qu'on sache où ses cendres reposent ! Quelle triste 
compensation de la gloire , de Téclat et du bruit ! Et c'est ainâ 
que trop souvent s'éteignent les grandes réputations théâtrales : 
Tillustre Clairon finit dans le dénùment le plus complet; la célèbre 
Duchesnois meurt dans le désespoir de voir son art méprisé et 
avili; et la brillante Levasseur expire ignorée, on dans l'exil ou 
dans la retraite ! 

Ainsi, comme l'a si bien dit l'illustre auteur des Martyirt , qui 
peut dire en naissant quel coin du monde gardera si cendre et 
de quel côté le vent de l'adversité le poussera ? Heureux celui 
qui vécut au milieu des siens et qui meurt où il est né ! 

ARTHUR DlITAUX. 



^ — -^K~ 




C^^?rv^^ ^^v^T« WTw d^^ ^Vv- 




MILJgraS mSTOMOTS 



DB 



VALENCIENNES. 



La Société d' agriculture, dèg sciencei et artt de Varrondit- 
9êfMnt dé Valeneiennei, a eu la généreuse intention d^appliquer, 
â sa contrée, une heureuse idée que le savant Grosley, de Troyes, 
conçut au siècle dernier en faveur de sa ville natale. La société 
valenciennoise , ds même que Von ouvrit à Vhôfel^de-'Ville de 
Troyes un salon pour y recevoir les lustes des Illustres Troyens , 
veut fonder à Valeneiennes une Galerie historique à ï effet d'y 
réunir les portraUs peints et les hustes sculptés de tous les 
personnages qui se sont fait remarquer dans V arrondissement 
de VàUncimnespar leurs travaux , leurs écrits , leurs talents , 
leuts hienfaUs, ou qui, y étant nés , ont Jeté de loin quelques 
rayons de gloire sur leur patrie. La société accorde libérale- 
ment des primes et des récompenses honorifiques aux artistes 
qui répotkdent à son appel; mais , pour les guider dans leurs 
recherches et leur laisser le choix des modèles , il fallait leur 
offtir une espèce de programme dans lequel ils pourraient se 
renseigner sur les célébrités locales , et sur les sources où il se- 
rait possible de puiser des données certaines towhant les effigies 
quon désire voû- reproduire, La société nous a fait Vhonnsur 



I 

I 



— 488- 

de i*adre$êer à nom pour obtenir une nomenclature cimpUie 
des hommes qui honorent le payé à quelque titre q%te te eoU; 
nous nous sommes empressé de rendre d cette demande, 
désireux que nous étions , de contribuer, pour notre faible part, 
d tout ce qui peut encourager les arts et les lettres^ et honorer 
notre contrée. Depuis trente ans nous travaillons d réunir Us 
souvenirs souvent glorieux du pays qui noué a vu naitre, il 
nous a été facile d'extraire de notre Biographie ValeDCteonoiâe la 
liste sommaire desnoms et des dates nécessaires pour guider ceux 
qui voudront concourir au but offert par la Société d^agri^ 
culture. La phalange que nous avons recrutée semblera peut- 
être trop nombreuse , et trois cents noms ^ présentés ê la fsis , 
peuvent paraître une prétention nobiliaire un peu forte pour 
un seul arrondissement; ce n'est pas notre faute si le sol que 
nous h€Untons a toujours été fertile en courageux guerriers , 
en chroniqueurs fidèles , en trouvères et poètes joyeux , en thé- 
ologiens fameux j en artistes remarquables, en commerçants 
et industriels ingénieux , en savants distingués. Qui peat plus 
peut moins , nos peintres et nos sculpteurs choisiront; Us éliront 
les forts et écarteront les faibles: nous ne donnons pas nos 
trois cents comme tous illustres au même degré, mais Us ont 
tous fait quelque chose d'utUe chacun dans leur sphère, et nous 
devions les admettre du moins comme candidats , (upirant d 
r honneur de frapper à la porte de la Galerie historique quela 
Société d' agriculture veut ouvrir d toutes tee célébrUés de sa 
juridiction , avec la même impartialUé et cette universalité 
d'époques, de genre , de classe et de mérUe, quiontétécbser" 
vés, dans un ordre plus élevé et plus éminemment national^ au 
musée créé d FersaUles, par la main puissante et éclairée 

qui a su y réunir toutes les gloires de la France. 

Arthur Dinaux. 



NOMENCLATURE des PERSONNAGES 



QUI SE SONT FAIT REMARQUER 



DANS l'arrondissement DE YALENGIENNES. 



AiARD (Antoine) écrivain valenciennois, de Tordre des do- 
minicains. Mort le 1«r septembre 1628. 

Anne de Bayièrs, fille de l'empereur Louis, meurt à Tabbaye 
de Fontenelles-lez-Valenciennes, le 3 juin 1361. 

ANglois ( Jean L* ) poète volenciennois, au commencement 
du 46« siècle. 

ANSEi.(Gille), maître des munitions de Valenciennes, chrono- 
logîBte et généalogjste distingué. 

Anselme de Bouchain, châtelain de Yalenciennes , l'un des 
plus vaillants guerriers dé la première croisade; tué au siège 
d'Archas, en Syrie, le 17 stvril 1099. 

Arenberg (le prince Ernest d') , réédificateur du château de 
Raismes, auteur de VArt de la forH/icaUùn, dédié à l'empereur 
d'Autriche en 1S24, — Portrait de famille. 

Argbnson (Antolne-Réné de Voyer d')^ marquis de Paulmy, 
né à Valendennes le ^ novembre 172S, son père étant inten- 
dant de Hainaut; écrivain poiygraphe , ambassadeur, etc. — 
Son portrait a été gravé plusieurs fois. 




V 



— 430 — 

ÀS6IGNIBS (Jeand*) sous-prieur de Cambron, mort presqu 'oc- 
togénaire le 22 mai 4642. Auteur de nombreux ouvrages as- 
cétiques et moraux. 

AuvRAT (Félix) peintre et poète, mort à Paris, le 43 septem- 
bre 1 833. — ^.Son buste est exécuté par Louis Auvray, son frère. 

AuvRAT (Louis), statuaire à Paris. — Son portrait gravé à 
l'eau-forte par lui-même. 

Baolehaot (Jehan) poète couronné de Valenciennes. Trou- 
vère du XIII* siècle. — Ses manuscrits. 

BARAT(Jean), docteur en théologie, écrivain sacré, vers 
4 426. 

Babjseau (F.-G.-P.) poète valencienuois, mort à Paris, vers 
4827. 

Barbiâbe (Et.-B.-J.), auteur de plusieurs œuvres musicales, 
mort en 4848. 

BASTENAmE (François), né à Saint-Amand, industriel et chi- 
miste, qui appliqua la science à l'industrie. Il écrivit sur l'art 
de la vitrification et sur la fabrication de la porcelaine. 

Baddaut, né à Valenciennes, le ,25 mars 1764, peintre-mi- 
niaturisfe. 

Baudemond, moine de l'abbaye de St-Amand, écrivain du 
moyen-âge. — Ses mss. à la bibliothèque publique de Valen- 
ciennes. 

Baudouin, dit Védifieur, fondateur de Bouchain, du château 
du Quesnoy, de la Salle-le-Gomte à Valenciennes, y meurt en 
tombant d'un échaflaudage, en 1171, Tannée de la naissance 
de son petit-fils qui devint empereur de Gonstantinople. 

Baudouin, né à Valenciennes en 4 4 74 , couronné empereur 
de Gonstantinople, le 9 mai 4204. — Portrait gravé dans plu- 
sieurs ouvrages. — Voir les médailles et les sceaux. 

Baudouin d'Avbsnbs, seigneur de Beaumont, fils de la com- 
tesse Marguerite, et père de Jean?de Beaumont, mortja Valen- 
ciennes en 1289. 

BÀYAAT (Jean), mathématicien célèbre vers 1650. Ses manus- 
crits sont à la bibliothèque publique de Valenci«[ines. 



— 431 - 

Bb\thix, comtesse de Luxembourg^ mère de l'empereur 
VU, née à Valenciennes, fut enterrée aux dames de Beaumont, 
après sa mort arrivée le 25 février 4320. —Son effigie, en al- 
bâtre, était sculptée sur son tombeau* 

BBLANofeH (Jean-Baptiste), ingénieur en cbef des ponts-et- 
chaussées, né à Yalenciennes en 4790. 

Bernibe (Jehan), S' de Thiant, Maing, etc., personnage 
considérable à Yalenciennes , mort le U avril 1344 et enter- 
ré à Salnt-Saulve. 

Berot (Jean), écrivain valendennois. vivait sous Charles* 
Quint. 

Bbbtaut, fameux violoncelle de Yalenciennes. 

Bbetoul (George de) né à Yalenciennes sur la paroisse St- 
Yaast, vers 4550, mort le 4«' mai 4538 à Bruxelles et enterré à 
Yalenciennes où un tombeau lui fut élevé avec son buste. 
Soldat de fortune, il devint général et gouverneur des forts 
sur l'Escaut. Ses armoiries peuvent faire reconnaître son por- 
trait ou son buste : Il portait de gueules à une étoile éPargerU, 
au chef d'or à Vaigle de sable. 

BsRTBAifD DB Ràis, ermite du bois de Mortagne, se fait passer 
pour l'empereur Baudouin ; l'un des imposteurs insignes connu 
sous le nom de faux Baudouin. ^ 

Blooouibl (Philippe), abbé et historien de SaintrAubert, né 
à Bouchain, vers 4135. 

Blois (N. de) de Yalenciennest a composé vers 4720, une 
histoire ou chronique de France, dédiée à M. Lefebvre d'Or- 
val, oons^ au parlement de Flandre. 

Blondbl (Philippe-Auguste-Joseph), premier secrétaire per- 
pétuel de la société d'agriculture de Yalenciennes, établie par 
arrêt du conseil du 9 septembre 4762. Laborieux et savant. 

BocA(]|^), mort le 45 août 4704 à Yalenciennes, biblio- 
phile distingué. 

BoNovoNTB (Robert de), auteur de traités de théologie ; fit 
ses vœux aux dominicains de Yalenciennes, vers 4497^ mor^ 
en cette ville le 40 octobre 4557. 



- 438 - 

BoocHftft (Rolaad), prîèUt* dés carmes de Valencieniies en 
4613, auteur d'ouvrages pfeni. 

Bouille (Pierre), historien sacré, recteur des jésuites de Va- 
lenclennes, mort en 164f .' 

BouLé (André), juriscôn^lte valenciennois, mort en 4707. 
— Portrait de famille. 

Bonté ( ), de Valencieniies; mort à Lille vers 1830, 

avait écrit sur l'histoire de Valenciénnes, et réuni de vastes 
matériaux sur les annales du pays. 

BouuT (Albério) né à Gondé, 36«. abbé de Loos, auteur de 
plusieurs ouvrages citée par le Gallia Chrisiiana. — Portrait 
peint dans la série des abbés de sa maison. 

BouLT (Eugène), né à Valenciénnes le 6 mai 4783, a laissé 
des ouvrages sur l'éducation. ^ Son portrait chez son fils à 
Cambrai. 

Bourgeois (Jean), gouverneur des sires de Croy, passe à la 
cour de rempereur Ferdinand, frère de Cbarles-Quint , et 
devient gouverneur des archiducs. Il meurt à Valenciénnes le 
29 décembre 1558. 

Bourgeois (Jean), recteur du collège des jésuites à Valen- 
ciénnes ; auteur d'ouvrages de théologie et mystiqueSi mort 
le 99 mars 1653, à 80 ans. — Son portrait à Ifaubeuge. 

BouTBiLLiER (Jcan le), juriscousulte fameux, né à Mortaene; 
auteur de la Somme rurcUe. — Portrait gravé. . 

Bracq ou Bracr (Charles), né à Valenciénnes en f 759. Ad- 
ministrateur-général des douanes ; traducteur d'ouvrages 
anglais et italiens. — Portrait de famille. 

Braoq (Martin-Joseph), né à Valenciénnes en 4743, curé de 
Bibecourt , député h l'Assemblée constituante par Tordre du 
clergé du Cambrésis. — Portrait gravé dans la collection des 
membres de l'assemblée où il siégeait. 

Brabm (Antoine), jésuite, mort à Valenciénnes, le 46 octo- 
bre 4656, écrivain religieux. 

BrI» (Gui de), prédicant luthérien exécuté à Valenciénnes 
en 4567 ; a laissé plusieurs ouvrages curieux — portrait gravé 
parmi les martyrs protestants. • 



^N 



- 433 — 

Baux (Ph.-Gonstant-Jofiepb), procureur syndic du district 
de Valencieanes, membre de la Convention en 47d2i contribue 
à la belle défense de Yalenciennes en f 793. Vont ^.Hall^. le ÎS 
juin 4795. — Son portr.dans la collection des conventionnels. 

Briss£lot (Jean), prieur des carmesde Yalenciennes, devint 
arcbevèque d*Oristagni en Sardaigne et confesseur de Cbarles- 
Quint. — Portrait gravé. 

BftouSTiN (Etienne), curé de Saint-Géry et chanoine de la 
Salle-le-comie à Yalenciennes. fiorivain religieux. 

BRUNBAnx tJean-Edouard), tnbrt à âondé en f849, à 46 ans,' 
poète dramatique. 

BcAT (Le oomte du) mathématicien télèbt^: — Portrait de 
famille chez M. Benezech à Yieux-^Condé;- 

Bdat (Le chevalier du), poète. 

BuiRBiTs, (Samuel), récollet à Yalenciennes, a composé 
plusieurs ouvrages. 

BnissERET [François], archevêque de Cambrai , mort à Ya- 
lenciennes le t mai i6<5. — Portr. gravé. 

Caffiaux (Dom-Pbilippe^oseph), bénédictin de Saint-Maur, 
né à Yalenciennes en 4712, mort à Paris en 4777, en laissant 
des ouvrages plein d'érudition. — Portrait dans la collection 
de son ordre. 

Cailleat; (Hubert), peintre de miniaUires, né à Yalencien- 
nes, vers 4 525. A enrichi beaucoup de missels et de manus- 
crits précieux, avait pour devise : Point ne mord, mort Cailleau. 
— Ses manusqrits. 

Campion (Ignace-Remi-Joseph), auteur dramatique, né à 
Yalenciennes le 24 mai 4729. — Portrait à l'huile en costume 
' militaire. 

Cartignt (Jean), prieur des carmes de Bruxelles, né à Ya- 
lenciennes, mort à Cambrai le 6 octobre 4578, auteur de plu- 
sieurs poèmes et romans mystiques. 

C AUX (Le vicomte de), ministre d'Etat, général du génie, 
élevé à Yalenciennes', tandis que M. De Caux de Blaquetot , 
son père, y était directeur des fortifications des places du Hai.- 
naut. — Portrait gravé. 



^ 




^434 - 

Gbenat [le marquis de] , seigneur de Raîsmes ; Ion ^des 
fondateurs de la compagnie d'Aorin. — Deux portraits peints 
à rhuile au musée de Valendennes. 

Gharlbt (George), poète valenciennois, philologue; vers 
1630. 

Ghahlt (De), compositeur de Yalenciennes. 

Ghasteladi (George), enterré en l'église de la Salle-le-Gomte 
de Yalenciennes où il demeurait. Chroniqueur et historio- 
graphe des ducs de Bourgogne. — Portrait gravé. 

GLiOBON (Glaire-Joseph-Leyris de la Tude), née à Gondé en 
4723. Une des plus grandes comédiennes qui aient paru sur 
la scène française. — Son buste a été exécuté, et ses traits re- 
produits souvent par la gravure et les médailles. 

Glément (Joseph) , électeur de Gologne, qui tint sa cour à 
Yalenciennes pendant la guerre de la Succession, y fonda un 
théâtre lyrique, érigea un monument à Bonne-Espérauée, etc. 
— Son portrait peint par Yivien est au musée de Yalenciennes; 
il a été souvent gravé. 

GooQuuu (Jean), conseiller pensionnaire et historien de 
Yalenciennes, en 1588. 

GouEZ (Adrien), peintre-décorateur, né à Yalenciennes, le 
6 juin 1754. —Son lyste par Léonce de Fieuzal , au musée de 
cette ville. 

Gondé (Bauduin de), trouvère célèbre et fécond du XIII* 

siècle. — Ses mss. ^ 

GoifDÉ (Jehan de) , trouvère spirituel du xni> siède. — 
Ses mss. 

GoNaABT (Yalentin), fondateur de l'académie française, 
originaire de Yalenciennes par son père qui sortît de cette 
ville à la suite des guerres de religion. 

GoHET (Jacques), né à Yalenciennes en 1631 . Le plus fécond 
des auteurs ascétiques. — Portr. gravé. 

Gnoix (Pierre de), seigneur de Préseau, prévôt de Yalencien- 
nes, poète chrétien. 



Gbbndal (Qérard-François), médecin de Thôpital royal de 
ValèncieDnes, en 4789, ai publié des ouvrages sur la méde- 
cine. 

Grendal db Dainvulb , magistrat de Yalenciennes, bienfai- 
teur de la TiUe à laquelle il légua sa nombreuse bibliothèque. 
— Son buste en terre culte au musée de cette yille. 

Crot (Emmanuel duc de), né à Gondé le 23 juin 4718. Bien- 
faiteur du pays, surnommé le Penthièvre du Hainaut, — Portr. 
à l'huile au musée, lithogr. par Prignet. — Buste par M. Car- 
peaux. 

Crot (l'archevêque de), aumônier du roi Charles X, né à 
Condé. — Portr. peint et gravé. 

Crot (Dorothée de), comtesse d'Arschot, princesse du St.- 
Empire, etc., femme auteur. — Portr. peint par Pourbus au 
musée, gravé par de Bie. 

Dacbol (Laurent), premier régent du collège de St.-Jean à 
Valenciennes, rendit de grands services à Tinstruction publi- 
que en cette ville. 

Dambzan, sculpteur valenciennois, auteur des statues de 
l'abbaye d'Hautmont, des sculptures de la façade de l'hôtel-de- 
ville. 

Dassonlevillb (Hubert), né à Raismes, prieur de l'abbaye 
d'Hautmont, a écrit et publié à Douai, en 1625, un ouvrage 
curieux sur la morale. 

Dassonville (Jacques), graveur, amateur de Valenciennes, 
que d'autres font naître au port de St.-Ouen, près Rouen. 

David (Adrien), sous-prieur de Vicoigne, en écrivit l'his- 
toire sacrée. 

Delacroix (François), né à Valenciennes ; un des écrivains 
renommés de la compagnie de Jésus. 

Delacroix (Philippe) entra comme son parent chez les jésui- 
tes et écrivit plusieurs traités théologiques et sur l'histoire 
sainte. 

Delacroix (Joseph), ou à Cruce, carme valenciennois, mort 
vers 4670, auteur de plusieurs ouvrages mystiques et de poé- 
sies latines. 



— 436 — 

DiLAGAoïx (Laiidelin), religieux et hislorien de St-Ainaiid i 
a oompœé une higtoire de sa maisoo, datée de Rome, \0 août 
1699. 

Dbbault, poète, néà Valenctennes, mort à Paris. Traduc- 
teur en vers français du poème d'Armùnm, ou la Germanie 
délivrée. 

Dblaflottb père, Yoyageur, écrivain, poète critique, etc. 

Dbulflottb dis, avocat attaché au barreau de Yalenciennes, 
auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur VEUU de 
Gènes, etc. 

Delsabt (Auguste), né à Valenciennes, sténographe, auteur 
d'un traité de sténographie, du voyage du roi à St.-Omer et 
d'une traduction des^kM|ues. 

Dbnis (Bauduin), rdigienx deSt.-Amand, poètelatin, amis 
en vers rhistoire de son monastère. Il vivait à la fin du XVI* 
siècle et au commencement du XVII*. 

DiPRÀs (Pierre-Antoine), né à Bouchain le 31 mars 4742, 
docteur et professeur en droit, avocat célèbre à Douai, mort le 
M décembre 1820. — Son portrait dans la Galerie douaUnenne. 

DBSAifDBomif (Jacques vicomte De), mort en 1764, l'un des 
fondateurs de la compagnie des mines d'Anzin. — Portr. â 
l'huile au musée. 

DBSAitotioum (Jean-llarie-Stanislas marquis de) , mort k 
Fresnes, le 3 4 août 1 821 , à 84 ans, construisit les premières ver- 
reries dans l'arrondissement. 

Desars deSolmon, généalogiste de Valenciennes. — Son por- 
trait a été lithographie. 

DESFOfTTAiNis (Adrien)^ dit le père des pauvres, mort victime 
de sa charité. — Portr. de famille. Buste à l'hôpital-général. 

Dbbfossez (Benoit), prieur d*Hasnon en 4657. Ecrivain re- 
ligieux. 

Desloix (Jean), prieur des Dominicains à Valenciennes. 
Écrivain sacré. 

Despinot (le lieutenant-général), né à Valenciennes le 22 
mars 4764, mort le 28 décembre 4848, à Paris; enterré à 
Versiaiilles. — Portr. de famille. 



j 



« • 



- 437 -^ 

Dmrmat (te colonelli, mort à R^ismcs, en revenant d'Àfri- 
que, où il awiit pris le germe d'une maladie mortelle ; assista 
à la prise de Gonstantine à la tète d'une colonne d'assaut. -*- 
miniature de famille. . 

DsspRÈs (Josquin)^ compositeur de musique, né à Ckmdé. 
Maître de chapelle du roi Louis Xll. 

Despbbik (Jacques-Albert), seigneur de la Tourelle ; prévôt 
et historien de Valencienoes en 4 6M et 1688. 

DsssAiN (Emile), peintre-paysagiste et de portraits, dessina- 
teur et graveur à l'eau-forte, né à Valeneiennes. — Portr.- 
«lithogr. 

Dbstagrbz (David)^ graveur distingué, né à Valeneiennes, 
élève de Galamatta. 

DiBUDOimé (Christophe), préfet du Nord, restaurateur de 
l'ordre dans le département, auteur de la première statisti- 
que du Nord , décédé à St.-Saulve , le 2^ vendémiaire an XIV, 
enterré au cimetière de Valeneiennes le 39 du même mois. 

— Portr. gravé par Momal, d'après Hilaire-Ledru. 

Dorus-Gras (madame), cantatrice célèbre, né à Valeneien- 
nes ; qui tint les premiers rôles à l'académie royale de musi- 
que. — Son portrait a été plusieurs fois gravé et lithographie. 

— Buste exécuté en grand pdr M. Flosi, statuaire à Paris, et en 
petit par M. Danton jeune. 

DoDDBLET (Jean), historien de Valeneiennes, écrivain labo- 
rieux et modeste. 

DotLTRKMAN (Antoine) , historien de l'abbaye de St.-Jean. 

DofiLTRHfAN (François), défenseur des droits de Valeneien- 
nes. 

DouLTRBMAN (Henri), prévôt et historien de Valeneiennes.— 
Son buste, en marbre, par Pierre de Franqueville, est au 
musée de la ville. — Pprtr. gravé plusieurs fois. 

DouLTRBMAN (Jacqucs), antiquaire distingué de Valencien- 



DoDunsMAV (Philippe), jésuite, auteur mystique et reli- 
gieux. 

29 



#^ 



^438 — 

DûULTRiMAN (Pierre), écriTain distingué, historien de Tem- 
pire grec durant la domination de la maison de Flandre et de 
Hainaut. 

DoTB (Jean), prieur des Dominicains de Valenciennes, mort 
en 1643, a traduit plusieurs ouvrages de l'italien et de l'e^- 
gnol. 

Ovsois (Jean), dit SUvius, médecin, exerçant à Valencien- 
nes en 4665, auteur d'ouvrages sur son art et de poésies 
latines. 

Dubois (le comte), originaire de Mortagne, dont son père 
était bailli et subdélégué, devint préfet de police sous l'Empire- 
— Portr. de famille. 

Dubois (Dom Nicolas), néàSt.-Âmand, religieux de l'abbaye 
de cette ville , puis abbé et restaurateur de son abbaye dont il 
fut l'architecte, le dessinateur et le directeur. C'est à lut qu'on 
doit lé beau clocher qui reste debout à St.-Amand . 

DucHATBAu, appelé le père de Samte- Barbe, carme de Valen- 
Des, chroniqueur de cette ville au milieu du XYll* siècle. 

DucHBSNOis (Catherine-Joséphine-Rafin), née à St.-Saulve, 
morle à Paris le 8 janvier 1835. — Portr. peint à l'huile plu- 
sieurs fois par Mme Tripier- Lefranc. — Bustes exécutés par 
différents maîtres, gravé parMomalet autres. 

DncBOQUET (Ândré)^ mort à Valenciennes le H octobre i580. 
Un des bons docteurs en théologie de son temps, a laissé plu- 
sieurs ouvrags. 

DuF^iBSNOT (Andcé-Ignace-Josepb), docteur-médecin à Va- 
lenciennes, né en 4733, mort en 1800, écrivit sur son art. — 
Son portrait doit exister encore dans les familles BmUat ou 
Maîlet, ses alliées. 

DuGUA, général de division, né à Valenciennes, — Portr. 
gravé. 

DuMÉBS (Ant.-Fr.-Joseph), jurisconsulte, subdélégué de lln- 
tendanoe de Hainaut, a laissé des ouvrages d'histoire et de 
jurisprudence. 



— 439- 

DovoNCBAYJX (Pierre-Joseph), né à BouchaiDTers 4738. Mé- 
decin éradit, auteur de plusieurs ouvrages, mort à Saint- 
I>omîne:ue. 

DuMONt (Jacques-Philippe), statuaire, né à Valenciennes, le 
M août 1745. — Son buste est exécuté par lui-même : (chez 
M. de Carpentier, à Raismes.) 

DuMONT (Pierre), sculpteur de la chapelle du Roi, né à Va- 
lenciennes, mort en cette ville le 29 janvier 1737. 

DupoNCHBL (Philogène-Âuguste-Joseph), né à Valenciennes 
en 1774, entomologiste célèbre, — Porlr. de famille. — Buste 
exécuté par son neveu. 

DupoNT (mademoiselle), sociétaire de la comédie française, 
née à Valenciennes. — Portr. lithogr. par Léon Noél. 

DupRÉAu (Pierre) sculpteur valenciennois. 

DuRET (François-Joseph), statuaire, né à Valenciennes en 
4732, élève de Gilis. 

DuBiG, graveur à Valenciennes de 1773 à 1776. 

EiSEif (François) père, peintre de Valenciennes. 

EisEN (Charles), peintre et dessinateur renommé, né à Va- 
lenciennes, mort en 4778. — Portr. peint par Vispré, gravé en 
1761 par le fameux E, Ficquet. 

Epinat (madame d'), née Tardieu d*Esclavelles, naquit à 
Valenciennes, tandis que son père y tenait garnison. — Portr. 
gravé. 

Faxars (le chevalier Alexandre de), graveur amateur^ de 
Valenciennes. — Portr. de famille. 

Fbbnig (le général), né à Uorlagne, mort en Egypte, prési- 
dent de la Société du Nord, à Parts. ^ Portr. plusieurs fois 
lithographie. ~ Buste exécuté par M. Carie Elshoect. 

Fbucig (les demoiselles], nées à Mortagne. Célèbres par leur 
patriotisme et leur courage. ^ Portr. de famille. 

Ferrand (le général Becays), défenseur de Valenciennes en 
1793. — Miniature de famille. 



— 440 -!- 

FicKAJKET OU FicAftT oa pltttôt Verboeckhoven , de BruxeUes, 
longtemps réfugié à Valenciennes , y composa une mullilade 

de petits chel^'œuvre de sculpture. 

FiBFVCT (Hyacinthe) , dominicain , mort au couvent de 
Valenciennes le 2 février <676, écrivain sacré. 

Fontaine (Jehan de la] mathématicien et poète, né à Yaien- 
ciennes : portrait gravé. 

Fontaine (Loys de la), dit Wicart, seigneur de Salmonsart, 
annaliste et historien de Valenciennes. 

FoRHAu (Gérard), carme de Valenciennes, professeur de 
théologie à Louvain et Bruxelles ; a laissé des écrits impr. en 

'1627. 

Froissart (Jehan), né à Valenciennes vers 1337 , poète et 
historien, fut le plus célèbre chroniqueur du moyen-âge. — 
Son portrait gravé par De Larmessin , a été peint par M. Cré- 
pin ; M. Louis Auvray a exécuté son buste et son médaiUoa ; 
sa statue est érigée à Ghimay , prés de son tombeau. 

Froye (Jacques) né à Raismes en 1528, abbé d'HasnoD, 
publia les œuvres de Louis de Blois dont il avait été disciple. 
— Son porlr. parmi ceux des abbés de sa maison. 

Gardin (Louis du), docteur en médecine de Valenciennes, 
professeur à l'université de Douai , au commencement du 
XVIIo siècle, auteur d*ouvrages recherchés. 

Gazbt (Angelin) , recteur du collège de Valenciennes où il 
mourut en 1653, est auteur des Pia hUaria qui eurent uo nom- 
bre infini d'éditions, mais à la tète desquelles on ne trouTO 
pas le portrait de l'auteur. 

Gerars de Valenciennes, trouvère du XIII« siède, auteur 
de chansons en langue romane. — Ses mss. 

Gérin (Jacques Albert) peintre valencienoois, vers 16S0. 

George, graveur au burin à Valendennes, en 1730. 

Ghisbbrt [Thierry], sous-prieur de Sainfr-Saulve, aécril 
chronique de cette abbaye. Il est mort le 41 juiliel t6S2. 



Glus (AntoiBe)« sculpteur vftleaciennoi&, vivant sur la pa- 
roisse de la Chaussée vers 1735; il fui le mattre de Saly et 
exécuta les huit groupes qui accompagnaient la pyramide de 
Cysoing. 

GiR.viu) (Melle Louise) de Valenciennes, a publié plusieurs 
pièces de vers. 

GiRAUD père, h Onnaing , introducteur de l'industrie de la 
chicorée-café dans l'arrondissement de Valenciennes. 

Godert-Alvin , de Valenciennes, principal de collège , au- 
teur d'ouvrages d'analyse et de critique , instructifs pour la 
jeunesse. 

GossB, (GeOrge-Àlexandre), licencié en médecine, à Saint- 
Amand, médecin des eaux minérales, écri vi t sur son art, et mou- 
rut, avec un de ses fils médecin comme lui, victimes d'une épi- 
démie dont ils avaient préservé beaucoup de leurs concitoyens 

Gosse [Augustin], fils du précédent, né à St.-Amand , écri- 
vain et poète, dernier abbé de Cisoing, mourut à Tournai , le 
17 décembre ISeâ.. 

GossE [Dom Floride], de St.-Amand, poète et prosateur, 
membre de l'académie d'Arras en 1777, prieur et historien de 
l'abbaye d'Arrouaise, frère du précédent. 

GouBE (Ignace-Joseph-Casimir), écrivain valenciennois du 
18'' siècle. 

Graeb , musicien-compositeur de Valenciennes en 1750. 

Guillaume . dit le Bon, comte de Hainaut et de Hollande, 
inhumé dans l'église de St.-François de Valenciennes (les Ré- 
collets] en 1311. — Son effigie a été sculptée sur son tombeau. 

Guillaume iv, fils d'Albert de Bavière, comte de Hainàtit et 
de Hollande, père de la comtesse Jacqueline, fut l'un des bons 
comtes de Valenciennes, enterré en cette ville en 1417. Por- 
trait gravé par Corneille Visscher. 

GuisB (Jacques de), annaliste du Hainaut, mort aux Récol- 
lets de Valenciennes le 6 février 1399. — Ses mss. 

Harir (Jean), oontroversiftte célèbre ; né vers 1540 à Valen- 
ciennes; a publié pluneuTB ouvrages. 



— 4iî — 

Hasabd ^uHoi], carme à Vslenciennesv a écrit sur l'histoire 

des religieux de son ordre. 

HÉCART (Gabriel), écrivain laborieux et fécond. — Son por- 
trait est gravé par Momal. 

HÉciRT atné, frère du précédent , annaliste valenciennois ; 
sa modestie Tempècha de rien publier. 

HéNiN (De), néàValenciennes; fonde à Douai, en 1606, le 
séminaire d*nénin, et meurt évéqiied'Ypres^ le \^^ décembre 
1626. — Son portr. est gravé. 

Henri , empereur de Gonstantinople , succéda à son frère 
Baudouin en 1206, né comme lui à Valenciennes — Son por- 
trait (de convention} est gravé dans les histoires du Bas-Empire. 

Henri vu, élu empereur d'Allemagne le 29 novembre 1308, 
était fils du comte de Luxembourg et né à Valenciennes.— Ses 
médailles, sceaux et monnaies. 

Hrnri, de Valenciennes, chroniqueur du moyen-âge , con- 
tinuateur de Ville-hardouin. — Ses mss. 

Hermar de Valenciennes, prêtre vers 1 160. Le plus ancien 
poète du Nord de la France , a laissé plusieurs ouvrages ver> 
sifîés en langue romane. -- Ses mss. 

Hertain (Herman) , de Saint- Amand, né en 4565, religieux 
à Tabbaye d'Hasnon , écrivain et poète latin. 

Hezçcqubs (Raimond de Hezecques), né à Valenciennes, 
prédicateur de Marie de Médicis, a publié plusieurs séries de 
sermons remarquables. — Portrait gravé. 

Honoré (Dom Pierre), professeur de philosophie à l'abbaye 
de St. -Amand, président du séminaire de ce nom à Douai; 
meurt 76* abbé de sa maison le 24 octobre 4693, après 20 ans 
de glorieuse prélature. 

HouDT (Toussaint d'), étêquede Toul, né à Valenctennes. 
Ses armes sont à la bande chargée d'une aigle, accompagnée 
en chef de deux tètes de Léopard et en pointe d'une de même.. 

HucBALDB, moine de St. -Amand, auteur d'importants traités 
lUr la musique et poète latin, — Ses mss. 



-•Ma- 

Hdgc», prince d'Ecosse , mort aux DomiDicains de Valen- 
deonesen 1286. 

Isabelle de Haînaut, née au château de Beaumont à Yalen-' 
ciennes en H70, femme du roi de France Philippe-Auguste. 
— Portrait gravé. 

Jean d'Avesnes, comte de Haînaut , né à Valenciennes, in- 
humé au couvent de St.-Paul , de cette ville , en 1257. Il était 
si généreux que le peuple disait de lui : Pdr le sacremerU d'à- 
mour, Jehan éPAvesnea donne tout. 

Jban de Beaumont, neveu du précédent, l'un des plus il- 
lustres et vaillants guerriers du moyen-âge, né àValenciennes 
selon d'OuUreman , mort en cette ville en 1289. 

Jean de Condet, religieux carme, écrivain sacré vers 4380. 

Jean de St.-Amand , médecin fameux au moyen-âge , cha- 
noine de la cathédrale de Tournai et prévôt de Mons-en- 
Puelle. 

Jeanne de Constantinople , fille de l'empereur Baudouin, 
comtesse de Flandre et de Hainaut , née à Valenciennes, en 
4433. — Porlr. gravé. 

Jeanne de Valois, comtesse de Hainaut, puis religieuse à 
l'ahbaye de Fontenelles. — Portr. peint à l'huile sur panneau, 
en demi-corps, donné au musée de Valenciennes, par M. Ar- 
thur Dinaux. 

Jeanne de Haînaut, sa fille, meurt également à Fontenelles 
en 4337. 

Lagedamon ^Jean), supérieur du séminaire métropolitain de 
Beuvrages, puhliade 1743 à 4750 plusieurs traités remarqua- 
bles de théologie. — Portr. gravé. 

Lalaing (Emmanuel de), marquis de Renty, né à Valen- 
ciennes le 5 mai 4557, mort le 27 décembre 4590 et enterré 
à Condé, grand bailli et gouverneur du Hainaut, grand 
capitaine et amiral de renom. — Portr. gravé. 

Lalaing (Jacques de), dit le Bon Chevalier^ né à Thôtel do 
Lalaing à Valenciennes (maison Lesens, rue du Quesnoy), un 
des plus vaillants chevaliers du moyen-âge, fut vainqueur dans 



— 444^ 

■ 

mainte tournoiB et tué d'un ooap de faiiCdilDeaa au âé^de 

Pouoques le 3 juillet { 453 à Tâge de 32 ans. — Son portrett esl 
gravé en lète de l'Histoire de sa vie , impr. à Bruxelles , 4634, 
in-4^ 

Laubbrt, né à Valenciennes , ingénieur en ohef des mines, 
fondateur de Técole polytechnique égyptienne. — Buste de H. 
Lemaire. 

Lamelir (Engelbert), médecin de Valenciennes, mort au 
XVIIe siècle, a écrit sur la peste et sur la longévité. 

Lahinb (Philippe dé], de Valenciennes, premier abbé mftré 
de l'abbaye de St. -Jean de cette ville, homme docte, mort 
le 13 octobre 4635. Son portrait est au musée de cette ville, 
donné par M. A. Dinaux. 

LiOioNiNAiiT, compositeur talenciennois qui a laissé des 
œuvres. 

Lannot (Charles de), sire de Maingoval , né à Valencienne», 
vers 4 417, guerrier célèbre à qui François I«' rendit son èpée 
à Paviov U devint viee-roî de Naples pour Tempereur Charles- 
Quint. — Portr. gravé dans plusieurs collections iconographi- 
ques. 

Laurent (Pierre-Joseph), ing^iieur célèbre, né dans les 
environs de Boudiaîn , en 4744, trace te canal de St^Juentin 
qui a mis le bassin de Valenciennes en communication avec 
Paris. —.Son portrait a été gravé plusieurs fois. L'original 
est conservé dans la famille de Villedeuil qui en descend. 

Laurent DB Ltonnb, ingénieur, continuateur de Tauvre de 
son oncle, devient par ses travaux un des bienfBdtemrs du 

pays. 

Laval (Jean de), jurisconsulte et poète à Valmciennes, à lâ 
fin du XVI* siècle. 

Lebougq (Jacques) , peintre et généalogiste de Valenciennes, 
mort en 4573. — Ses mss. 

Lebougq (Noël), surintendant de l'artillerie à Valenciennes» 
tous Philippe U. 



1 

i 



Lbboooq (Simon), prévôt et Wstorien de Valendennes , petit 
fils du précédent. — Son buste exécuté en marbre par SdeHf. 
— Sa statuette par M. Grandfils. — Portrait grarépar Mooial. 

hEÈVom (Laurent) ; généalogiste cél^ire à Valendennes ; a 
laissé des ouvrages héraldiques. 

LEBauN , guerrier intrépide de Valendennes, qui alla k la 
nage hacher les écluses de Berg-op-2oom lors du siège de cette 
Tille. 

Lbf£Bvrb (Jacques), mort à Valendennes le 39 avril 4755, 
président du séminaire Diocésain de Beuvrages, auleur d'ou- 
vrages de théologie et de critique. 

Lbfbbvrb (François), annaliste de Valenciennes, vivait en 
1581. 

Lejeune (Claudin), musicien célèbre de Valencicnnes, atta- 
ché à la cour de France. — Son portrait a été plusieurs fois 
gravé. Le plus récemment exécuté fut fait par M. Malfeson sur 
une épreuve du temps. 

Leiimkb (Henri), statuaire, auteur du fronton de la Magde- 
laine, membre de Tlnstitut. -^ Portrait souvent lithographie. 
Buste exécuté par M. Gustave Grauk. 

Lehaibb (Isaac et Jacques), armateur et pilote qui donnèrent 
leur nom au détroit de Lemaire au sud des Amériques ; sont nés 
h Valenciennes selon le baron de Vuoerden. 

Lbmaibb (Jean) , dit de Belges , ou de Bavai , parait être né k 
Valenciennes en 1473. Chroniqueur et poète. — Portrait gravé. 

Levât (Olivier), peintre et dessinateur né à Valenciennes, le 
26 ma i 1734» mort à Paris, à la fin du dernier siède. 

Lbmperbue (Louis), graveur, né à Valenciennes selon les uns 
et à Paris selon d'autres, reçu à l'académie de Valenciennes le 
premier octobre 1787. — portrait gravé. 

Lerot (Aimé), polygraphe et critique, bibliothécaire de Va- 
lenciennes^ mort le 21 mars 1848. — Buste exécuté par M. 
Grandfils. 

Lbrot (Onésyme), auteur dramatique et polygraphe. — Sta- 



— 446^ 

tuetle par M< Grandflls. — Portrait peint par M. GoroéDiie. — 
Lithographie de Thierry ûréres. 

Lbvasseur (Rosalie), première chanteuse à l'Opéra, né à Ya- 
lenciennes eu t7i9. — Son buste a été exécuté par Ph. I>amoni, 
de Valenciennes, dessiné et gravé par Noél Pruneau, in-4*. 

LiBGB (Jean de), père de la typographie dans les proTinœs 
qui forment aujourd'hui le département du Nord, imprimait 
à Valenciennes de U99 à 1500. 

LlON (L'abbé), professeur au collège de Valenciennes avant 
la première révolution ; auteur d'ouvrages instructif. 

LocoGB (Auguste- Joseph), né à Marly en 4803, peintre et 
paysagiste, mort jeune. 

LoNGUBVAL (Charles de) , chevalier de la Toison d'or, gouver- 
neur du Hainaut et de Valenciennes pour le roi d'Espagne. — 
Peint par Rubens, gravé par Lucas Vorslerman. 

LoTTHAN (Adam), sculpteur Valenciennois au XV1I« sîède, 
auteur du rétable de l'église de Calais. 

LussiGNT (Jean), né h Valenciennes le '3 juillet 1690, mort 
en 1758. Orfèvre, ciseleur et sculpteur. 

LvxEUBOURG (Raudouin de), archevêque de Trêves (frère de 
l'empereur Henri VIT), né à Valenciennes au château de Beau- 
mont, fin du XUI« siècle. 

Maggautan (le docteur)» de Valenciennes, membre de l'aca- 
démie de médecine, auteur de plusieurs mémoires scientifiques 
estimés. 

Maccartan (Ândronio-fsidore-Xavier), d'origine irlandaise, 
né à Valenciennes le 2\ octobre 1764, reçu docleur en 1789 à 
Douai, médecin à l'hôpital militaire de Valenciennes, puis mé- 
decin de Louis XVIII pendant l'émigration en Angleterre, 
membre de la société jennérienne , professeur de philosophie 
et de physique à Lille, mort en cette ville le 18 janvier 1842. 

Magquériau (Robert) , historien de ta maison de Bourgogne, 
né à Valenciennes. 



— 4*7 — 

Magalotti (BardoBardi), gentilhomme FlorentÎD, lieutenant- 
général des armées de Louis XIY, premier gonvemeor fran- 
çais de Valeaciennes qui parvint^À foire aimer en cette ville la 
nouvelle domination. — Son portrait a été peint par Nicolas 
de Largillière et souvent copié. (On croit que l'original est en 
la possession de M. de Warenghien père, ancien maire de 
Douai.) — Gravé par Corneille Vermeulen, d'Anvers, in-^ et 
petit in-i' par Malfeson, en 1843. 

Maillart (Pierre), musicien célèbre de Valenciennes, chan- 
tre et chanoine de la cathédrale de Tournai, auteur de plusieurs 
ouv raines. 

Maingoval (Merlin d'Etreux, baron de), maire de Yalenden- 
nés en 1815, chef de légion delà garde nationale; commande 
une brigade mobile à Flessingue contre les anglais. — Portrait 
de famille. 

Maisnil (Jean du), né à Gondé, il' abbé de Grespin^, succes- 
seur de Martin Guper^ contribue k maintenir sous robéissance 
du roi d'Espagne , les provinces des Pays-Bas entraînées à la 
révolte, et en reçut des lettres de félicitation dé Philippe II 
datées de Lisbonne le 4 9 mai i 583. — Portrait dans la série des 
abbés de son monastère. 

Malapbrt (Adrien), seigneur de fierquelettes, prévôt et gé- 
néalogiste de Valenciennes ; a composé des recueils nobiliaires. 

BiALOTAu DB ViLLBRODE, (Ferdinand-Ignacc), prévôt et juris- 
consulte de Valenciennes. chronologiste et généalogiste savant. 
. — Portrait de famille , lithographie dans la Galerie douai-- 
eienne. 

Marc (Guillaume), mort à Valenciennes le 7 janvier 1638, 
après avoir dirigé pendant trente ans Técole dominicale de 
cette ville. Il produisit plusieurs ouvrages utiles. 

Mabgubrite (de Gonstantinople), fille de l'empereur Bau- 
douin, née à Valenciennes vers 1902. -— Portrait gravé. 

Mabib (de Bourgogne) vit le jour à Valenciennes le 43 
lévrier Uë7. -* Portrait peint et gravé plusieurs fois. 



»44B — 

Maivkni (Simon), peintre Valencieiiiiois, a traTaiUé pour 
Philippe-le-Bon, duc de Dourgogne, eu U67. Jehan Leraaire, 
dans sa CammiiH margariUque^ l'appelle : 

« •••••. Prince d'cninmiiiim 
"Dout le nom croUt comme paate en levain , 
Par li>s effett de • ) noble tournure 9 

Martin (Jehan), mort aux Dominicains de Valenciennes le 
premier mai \ 495 ; auteur de mystères dramatiques en Ters. 

Masclet (Amé-Thérèse- Joseph), sous>préfet de Tarrondisse- 
ment de Douai dont Valenciennes faisait partie, de t803 à 
1811. Devient consul de France à Edimbourg. Son adminis- 
tration fut un bienfait, pour l'agriculture. — Portrait gravé par 
llomal. 

IfEMBRé (Edmond), charmant compositeur, né à Valencien- 
nes, son buste réduit est exécuté en plâtre. 

Mathieu (Léonard), directeur des mines d'Anzin, souche 
d'une famille distinguée dans l'exploitation des mines de 
houille, reçut du roi le cordon de l'ordre de SaintrMiohel, en 
récompense des services rendue à rinduslrie et au pays. 

MuGHiKn (Louis le), religieux, puis abbé de la célèbre ab- 
baye de St-Jean de Valenciennes, et historien de cette maison. 
— Son portrait peint au musée de cette ville. 

MiLiioiivB, Statuaire, de Valenciennes, grand prix de Rome 
en 1801. — Buste en plâtre par Louis Auvray. Portrait gravé, 
et lithographie chez Jules Rigo et Cie: 

MiLON, moine de l'abhaye de St-Amaod, écrivain religieux 
du moyen-âge. — Ses mss. à la bibliothèque de Valenciennes. 

MoLiNBT (Jean), chanoine de la salle-le-Comte à Valenciennes, 
poète fécond. — Son portrait peint, au musée de Boulogne- 
sur-Mer, a été grave plusieurs fois. — Lithographie pour les 
mémoires de la Société d'agriculture de cette ville. 

Momal (Jacques-François)^ peintre, dessinateur et graveur 
à l'eau forte (à la roulette), premier professeur de l'Académie 
de peinture de Valenciennes fondée en 1785 ; mort eu cette ville 
le 1â septembre 1832. — Portrait gravé par lui-même. — 
Lithographie de Engelman, d'après un dessin û'Emile De ss mmt 
son petit-fils. — Buste par M. Léonce, au musée. 



1 



— 44». 

MoBB. (Gobert), éà FnmqumÀê, béraiU d'anoM de Valen- 
oiennesi généalogiste et annaliste. — Ses nss. 

MoROGouRT (Jeao), illustre chartreux yalencîennois, composa 
plusieurs poèmes latins qui ont été imprimés. Sa modestie ne 
permet pas de supposer qu'il y ait un portrait de lui. 

MoTBUNBviLLi (Jérôme)^ orfèvre, ciseleur et sculpteur de 
Yalenciennes. 

NicoDÂXB (Paul-Joseph) , auteur de l'^x^rc^ des commet^ 
çarUs , consul et échevin de Yalenciennes , député par cette 
ville à rasBemblée nationale de 4789. — Portrait gravé par 
Beljambe , d'après Perrin. — Buste exécuté par Dumont. 

Otelin, peintre valenciennois, auteur de tableaux anciens 
qui retracent les mœurs locales du temps. 

Paillot (Marie-CloUlde-Josephe), supérieure des Ursulines 
de Yalenciennes, célèbre par le saint béroïiime qu'elle montra 
et qu'elle communiqua à ses compagnes en montant à l'édia*- 
faud le 23 octobre 4794, étant condamnée à mort par une 
commission militaire. Son portrait a dû être conservé, oomme 
sa mémoire, dans sa famille. 

Pamart, échevin de Yalenciennes, musicien-compositeur, a 
publié des motets. 

Parent (Aubert). mort à Yalenciennes, le S7 novembre 
1835, étant professeur d'architecture à l'Académie de cette ville. 
Plus sculpteur qu'architecte, M. Parent a laissé des sculptures 
en bois d*un travail exquis et délicat. 

Parti (Jehan), riche marchand et Prévôt de Yalenciennes au 
X1Y« siècle, qui étonnait les princes par sa magnificence et sa 
générosité. 

Pater (Antoine-Joseph), sculpteur valenciennois, né le 27 
février 4670, mort le 24 février 4747. — Son buste, exéouté 
par Saly, est au musée de Yalenciennes. — Portrait à l'huile 
par Watteau, chez M. Bertin , pharmacien , descendant de 
Pater. 

Pater (Jean-Baptiste, peintre de genre, né le 29 décembre 
4695, mort en 4736. — Portrait gravé. 



1 



Pbaokt ("Jacques), fondeur du roi, à ValencienneB, a ooaié le 
grand Christ de bronze placé jadis sur le pont Néron, à Va- 
lenciennes, qui en prit le nom de Pont du Grand-lHeu. 

Pbedc (Benoist), licencié en médecine, écrifatn Talencien- 
nois. 

Pbbdu (Gomille), mort a Yalenciennes le 6 décembre 4671, 
écriyain ascétique. 

PsTBLâRT , compositeur valenciennois ,- a fait plusieurs 
opéras-comiques. 

Pnrr (Philippe), historien de la ville de Boucliain, mort à 
DouaileUavriM66l. 

PicHBNOt (l'abbé), chanoine de la Salle-le-€omte à Yalen- 
ciennes, poète sacré et auteur dramatique. 

Phiuppb, marquis de Namur, surnommé le Pénitent, r.é à 
Yalenciennes en mars M74, épouse Marie de France, ûllc du 
roi Philippe-Auguste, et meurt dans une cabane à Blaton, le 
9 octobre 1913. Les chroniqueurs disent que des miracles 
avaient lieu sur son tombeau^ à St.-Aubain, à Namur. 

Philippe de Raismes, trouvère du XIII« siècle. 

PiTBPAN de Montauban, prévôt de Yalenciennes et généalo- 
giste célèbre. — Voir ses manuscrits à la bibliothèque de 
Cambrai. 

Pluchart (Charles), prieur des dominicains à Yalenciennes, 
où il mourut le 20 novembre 4653. Prédicateur remarquable, 
il laissa ses ouvrages de théologie. 

Pluchaet, né à Yalenciennes, fameux imprimeur, qui fonda 
à Brunswick, puis à St.-Pétersbourg, un établissement typo- 
graphique remarquable. 

PouBTALàs (André-Paul), mort le 44 août 4825 à Valencien- 
ciennes, âgé de 84 et trois mois, filaire de cette ville pendant 
le siège de 1793, négociant fameux et juge-consul. — Port, de 
famille. 

Pbkvost (Jean Le), poète sacré vivant à Yalenciennes vers 
4602. 



^ 



^4M — 

PinoL (Abel de) grand-prix de Borne, membre de l'Ingtitut 
peintre d'histoire. — Son portrait a été fait par IttiHooéme et 
par M. Charles Grauk, et sa statuette exécutée par M.Grandflls. 

PcjoL (M. de) prévôt de Valenciennee, fondateur de l'acadé- 
mie de peinture en i785. Graveur, écrivain, artiste et admi- 
nistrateur. — Son buste a été exécuté par J. -Philippe Dumont, 
et son portrait peint à l'huile par son fils Abel. -«- Lithogr. par 
M. Âd. Teinturier. 

Ranthb (Jacques de) annaliste de Valenciennes, et l'un des 
magistrats pendant le siège de 1656. 

RiisoiR (Jean), philologue et chroniqueur, doyen de la Salle- 
le-Comte à Valenciennes. 

REin (Gilles), né en 4600, licencié en médecine, échevin de 
cette ville, voyage à Java et autres lieux, termine sa carrière 
au couvent des Carmes et s*y fait remarquer par sa piété. 

Rbn4rd père, maire de Fresnes-sur-l'Escaut, l'un des intro- 
ducteurs des verreries dans l'arrondissement de Valenciennes. 
— Portrait gravé en 4824. 

Rbribr de Trith, duc de Philippopolis en Orient, l'un des 
plus fameux croisés qui accompagnèrent Baudouin de Cons- 
tantinople. 

RxT (le général Emmanuel) a défendu Valenciennes en 4845 
et conservé cette place à la France. — Portrait gravé. 

Robert (Jean le) dit Jean de Valenciennes, né à Haveluy, abbé 
et chroniqueur de l'abbaye de St.-Aubert de Cambrai. 

RosNT (Joseph de) l'un des fondateurs de la société littéraire 
de Valenciennes dont il fut le secrétaire. Poète, critique et 
romancier, auteur fécond. Port, de famille en miniature. 

RosNT (Lucien de) annaliste et polygraphe, né à Valen- 
ciennes. 

RuDON (Antoinette), petit prodige de science et d'intelligence. 
Elle vivait à Valenciennes en 4484. 

Saint-Martin (le père Grégoire de) né à Valenciennes, vers 
4630. Religieux carme, auteur de plusieurs ouvrages sur l'his- 
toire de son ordre et sur des sujets religieux. 



SAiHT-fiaiooi (le père Gélestin dt) firiour du ooufwiC des 
Canoës de Ytlepoiennes, ea 14(89, auteur d'ouTrages aaoâtiques 
imprifflés à Douai. 

jUiA—mwM (Uaiie-Gaiàerine de la) dame du couvent de 
fieaumont, à Valouoieanes, morte le U février 4675, aprds avoir 
écrit plusieurs ouvrages. 

Salt (Jacques), statuaire de l'académie royale de sculpture 
de Paris, chevalier de St.-Michel. — Son portrait original est 
daté de 4738, par Le Lorrain, chez H. A, Di$UMœ. — Dessiné 
par C.-N, Cochin fils, en 1752, et gravé par /.-F. Rouneau. — 
Gravé plus récemiuent par Malfegon. 

Saudbub (le général) né à Valenciennes. — Buste en plâtre 
par Louis Auvray. 

Sghlbiff (Pierre) , sculpteur valenciennoîs, enterré le 15 
août 4641 aux Garmes-Ghaussés dont il construisit et décora le 
portail. 

Sbgoiid (Jean), poète latin, auteur des Basia, mort et enterré 
à l'abbaye de St.-Amand, le 24 septembre 1536. 

Sknag de lleilhan^ dernier intendant du Hainaut, à Valen- 
ciennes. — Son portrait peint par Duplessis et gravé par Ber- 
wick, in-^. 

SoMMALins (Henri), mort à Valenciennes le 30 mars (619. 
Jésuite célèbre par son érudition. Son portrait peint à l'huile 
est parmi les médaillops qui déooreat la graude salle de la bi- 
bliothèque publique de cette viUe. 

SisauN (le bienheureux), dominicain mort en odeur de 
sainteté au couvent de Valenciennes, te 30 mai 4259. — Son 
effigie se trouvait à son couvent avant la Révolution. 

SnévBNABD (Simon-Pierr^, de Valenciennes, secrétaire de 
l'illustre Fénélon, devint chanoine de Cambrai où il mourut le 
19 août 1735. Il est auteur de plusieurs ouvrages de piété et 
de contreverse religieuse. 

TArnN (Pierre), l'un des fondateurs de la compagnie des 
mines d'Anzin, souroe de richesses pour le pays. Né à Valen- 
ciennes en 4668, mort au même lieu le 12 s^tembre 4715, 



^453 ^ 

étant chevalier de l'ordre deSt.-Michel. ■— Portrait de famille 
au château de Gosulain. — Buste au musée de Douai. 

Tassart (Jacques), prieur d4i5 dominicains de Yalenciennes, 
confesseur et prédicateur de Marguerite de Parme, gouTernante 
des Pays-Bas, a laissé de beaux sermons en mourant le t mars 
1563. 

TiLHANT (frères), musiciens, nés à Yalenciennes, exécutants 
célèbres l'un sur le yiolon, l'autre sur le violoncelle. Le pre- 
mier a dirigé longtemps l'orchestre du théâtre des Italiens, à 
Paris. — Port, lithog. 

ToRDiuEAu (Jean-Antoine-Joseph), de Belleverge, chroniqueur 
et collecteur zélé de Yalenciennes. — Portrait de famille chez 
MM. de Noyau ses descendants. 

TREI.CAT (Lucas) père, né au village d'Errin ou d'Erré en 1542. 
Professeur de théologie et écrivain dans cette science, il se ré^ 
fugia à Londres et à Leyde à cause des troubles de religion, et 
mourut en 1602. Sa devise était Lilium inUr spinas, — Son por- 
trait est gravé dans les Athenœ Batavœ de Jean Meursius, 1625, 
in-4*» p. 448. 

Trelgat (Lucas) fils, originaire d'Errin, né à Londres par 
circonstance en 1573 pendant le séjour de son père réfugjié. 
Professeur de théologie, écrivain recommandable, ami de Sca- 
liger, il mourut à Leyde en 4607 à 34 ans. Sa devise: Pru- 
denUd et simplicitate. — Portrait gravé dans les Batavœ Athenœ, 
p. 239. 

Yan-Mour (Jean-Baptiste) peintre et dessinateur, né à Ya- 
lenciennes, mort à Gonstantinople le 22 janvier 4737 à 66 ans. 

Yerchain (le sire de) sénéchal de Hainaul , guerrier valeu- 
reux que Froissart appelle fier-àrbras. 

YÉRON (Charles) de la chapelle St. -Âybert, religieux Augus- 
tin, définiteur de son ordre, prédicateur, docteur et auteur en 
théologie. Ses ouvrages sont imprimés à Tournai de 4 627 à 
1635. 

YioQ (Henri de) né à Yalenciennes en 4536, surnommé le 
noble théologien^ auteur do plusieurs ouvrages. — Portrait peint 
%t gravé. 

30 



— 454 — 



ViTiBf (George), eoosinde Jean cité ci-deatus, écriTain fécond 
dont les ouvrages furent publiés à Bruielles et-à Cologne. 

ViTiKN (Jean), antiquaire et philologue de YalencieiiBes, 
mort à Anvers le 1$ septembre 1598. 

Vivien (Nicolas), frère de Jean, antiquaire et numismatîste 
de Valenciennes, qui aida Hubert Goltzius dans ses ouvrages. 

Wagbet, médecin du roi et de ses hôpitaux à Valenciennes, 
a publié plusieurs ouvrages. 

Wallon (Henri-Alexandre), né h Valenciennes, historien, 
géographe, professeur d'histoire et membre de l'assemblée 
législative. — Son portrait a été lithographie pour faire partie 
de la collection des membres de l'assemblée nationale. 

Wattbau (Antoine), né à Valenciennes, le 10 octobre 1684, 
mort à Kogent près Paris, le 48 juillet 4721, fit lui-même son 
portrait plusieurs fois gravé d'après lui, par Lépicîé et autres. 

Wattbau (Louis), neveu d'Antoine, né à Valenciennes, le 
10 avril 4731, mort à Lille, en 1803. Peintre reoommandable, 
a décoré les abbayes de St.-4mand et de Crépin. 

Wattbau (François-Louis-Joseph), né à Valenciennes le 18 
août 1758, mort à Lille le l«r décembre 1823, fils de Louis 
Watteau^ créa le musée de Lille. 

Abtbte Dinaux. 



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EN 1557. 



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•i »■* • .'il, ». 



LB SIÉGB. 



Charle<i QiiiiU venait dje voir avorter ses phis- chères espérances. 
Vieil athlètCi osé par quarante ans de combats, il succombait enfin 
à la fatigue de cette lotte continuelle, et venait de remettre, le 16 
janvier 1056 , dans le palais de Broielles , où il avait rassemblé 
les grands de son empire, la couronne d'Espagne et des Pays-Bas 
à son flls Philippe II. 11 allait chercher dans le monastère de St.- 
Jnst le repos quMI ne devait trouver que dans la tombe. 

La trêve conclue, le 25 février 4556. un mois après cette abdi* 
ration, entre la France et l'Empire, pour un espace de cinq 
années, n*avait eu d'autre but, de la part des Impériaux, qu« 
d*endormir la France , tandis qu'ils se préparaient à un grand 
effort en Italie. Le pape fit bientôt rompre, par ses intrigues, 
une trêve qu'il eût été de Tintérét de llenri II de maintenir ; mais 
Paul IV n'avait même pas attendu la décision du roi de France 
pour provoquer Philippe II. 

11 eût été de meilleure politique pour la France d'attaquer la 
puissance espagnole , non en Italie , mais dans la Flandre Les 



— 456 — 

grandes cilés flamandes s^agilaient déjà sous Tétreinte da goo- 
Yernement espagnol , e( ces belles et riches provtoces» ouvertes i 
routes les invasions, étaient aussi voisines de Paria qu^éloignées de 
Madrid , ce qui tes rendait plus faciles à attaquer. Si , au lieu 
d^nvoyer Télite de son armée et de ses généraux en Italie , la 
France eût rassemblé toutes ses forces à Tabri des plaeei fron- 
tières du nord, et se fût élancée à Pimproviste dans les plaines de 
Flandre; puis, profitant des avantages de cette première ûivasîou, 
si elle avjtit, par une habile politique, rendu aux communes fla- 
mandes leurs privilèges , elle eût trouvé dans cette conduite des 
armes bieu puissantes et le cûté faible du colosse espagnol. Nais, 
pour une aussi haute politique , il eût fallu s^affranchir de Tîn- 
fluence de Rome, et, dans Texécution , faire agir les troupes par 
masses, en frappant sur-le- champ un grand coup, au lieu, suivant 
la stratégie de Tépoque , d^éparpiller Tarmée , en détachements, 
autour des villes frontières. On pourrait croire que Coligny pra- 
tiquait ce genre d^aUaque , lorsqu^il se jeta dans TArtois, faillît 
surprendre Douai et brûla la petite ville.de Lens. Malheureuse- 
ment son armée était trop peu nembreuse , et ce ne fut encore là 
qu^une guerre d'escarmouche , faite suivant les idées de Vêpoque, 
et qui u*eut d*autre effet que d'attirer sur le nord do la Fraoee 
toute Tarroée espagnole coalisée. 

Après la provocation du Saint Père , le duc d'Albe , qui avait 
passé do gouvernement de Milan à celui de Naples, envahit aussi- 
tôt ses Etats. Henri II envoya au secours du pape d*abord le 
maréchal Strozzi, puis le duc de Guise avec Pélite de Parmée fran- 
çaise et de la noblesse. 

Dès lors Philippe 11^ qui brûlait de renouveler, contre le roi de 
France , les luttes qui avaient si longtemps divisé leurs pères» 
saisit avec empressement cette occasion de rompre la trêve de 
1536. Fort des ressources nombreuses que lui fournissaient 
PEspagne et la Flandre, il voulut signaler sou avéuemeot du frdae 
par des triomphes que Parmée française , occupée en Italie , lui 
laissait entrevoir. La monarchie universelle qui, pour Charles— 
Quint , n- avait été qu'un rêve , devenait une espérance pour Ffai^ 
lippe 11. Dans ces vues et pour augmenter toutes ses chances de 
succès, il détermina PAngleterre , dont il avait éponsé la relue 



f 



— 457 — 

Marie, à déclarer, sans aucun motif, la guerre â^la France (i). 
Peut-être espérdit-il, par une brusque invasion, avec des forces 
si considérables , dans les contrées du nord dégarnies de troupes, 
arriver jusqu^à la capitale du royaume de France. Et, en effet, 
sans la défense prolongée de la ville de Saint-Quentin et les hési- 
tations du roi d'Espagne, il est présumable que Paris, pris à Tim- 
provistC) n*eût pas résisté à une aggression inattendue. Les 
hostilités furent commencées dans le nord, par les espagnols, vers 
le commencement de 1557, et durant six mois ce ne fut qu*une 
guerre d'escarmouches , un assaut de surprises, tentées infruc- 
tueusement de part et d'autre. Hais cet espace de temps fût 
employé bien différemment par les deux partis. Les troupes 
françaises, encore fatiguées dea luttes précédentes et mécontentes 
d*étre enlevées sitAt au repos qu'elles s'étaiefît promis, ne s'assem- 
blèrent que'Ientement et tardivement ; l'élite de Tarmée française 
éUit d'ailleurs en Italie avec le dnc de Guise. Après que Parmee 
fut à peu près rassemblée , on se contenta de couvrir la frontière 
ie Champagne, qu'on regardait comme la plus menacée ; celle de 
l'îeardie, confiée à Tamiral Coligny, son gouverneur, resta sans 
défense. Le roi et le connétable agissaient , dans ces préparatifii 
de défense, comme si la guerre qu'on allait soutenir ne devait[étre 
qu'une continuation d'escarmoucheesur les fh>ntières. 

Philippe II, au contraire, ne s'était pas contenté de rassembler 
des troupes nombreuses en Flandre , il avait encore engagé à son 
service des bandes d'aventuriers, des piatolicrs aUemands ; et , de 
ploe, dans un séjour fait en Angleterre , dn 18 mars aux premiers 
jcMirsde juillet 1557 (a), il avait obtenu de le reine Marie , son 
épouse, un renfort considérable de troupes et d'artillerie L'armée 
espagnole, rassemblée à Givet, fût mise sous les ordres du duc de 
Savoie, si célèbre depuis par ses exploits contre la France, et qui 



(t) Cette déclaralioa de guerre à la France fut faite le 5 jain dans la 
ville de Rheims, en présence du roi Henri II , par le iiérault Guillaume 
Korry. c Le roi a en moqua, > dit Mezeray, » et se contenta d'opposer 
fbmme à femme , en engageant la reine d'Ecosse à déclarer la guerre 
Si la reine d'Angleterre, p 

Papiers d'Etat du cardinal Granvelln , tome Y, f^ 75. 

(S) Papiers d'Etat du cardinal Granvello, tome V, f» 56. 



— 45S — 

a^ait à cœur de r^parer^son échec devant Metz , en 1555. Un 
ingénieur anglais, envoyé secrètement par ce prince, â Saint- 
Quentin, eu mai 1517 (1), avait exploré toutes les parties de son 
enceinte et lui avait rendu compte des difficultés d^aborder'cer- 
faines parties* des fortifications et de la fa'-ilité que devait offrir 
i Tartillerie de siège toute la courtine de Reroicoart, non pro* 
tégée. Philibert , bien informe , dressa son plan de campagne à 
Bniielles, de concert avec Philippe II , pour surprendre Saint- 
Quentin , rinveslir à Timproviste . et diriger Taltaque de son artil- 
lerie sur les murs de Remicourt (a). 

Jamais le nord de la France n*avait été exposé à une invasion 
aussi menaçante, en présence de moyens de Tésistance aoasi 
faibles Une armée de flamands, d'espagnols, d^allemands, forte 
d*au moins 55,000 fantassins et 1S,000 cavaliers et d'une nom- 
breuse artillerie (s?«n8 les troupes anglaises), s'ébranla vers la fia 
de juillet, fit une fausse attaque vers la Champagne^ passa devant 
Rocroy qu*elle essaya , mais en vain, de surprendre ^ pois^ cban- 
géant brusquement de direction , se porta à grandes journées vers 
la Picardie , marquant son passage par le meurtre et llncenâie. 
Bientôt, feignant d'assiéger Guise , elle se présenta à rtmprovîste 
devant Saint-Quentin, le 3 août 1587. et, lorsqu'on pensait que 
la cavalerie n'était encore qu'à mi-chemin de la frontière, Saint- 
Quentin était déjà investi. 

Les habitants d'Origny-Saiste* Benoîte , qui occopaient un petit 
chflteau dominant la chaussée, avaient courageusement tent< 
d'arrêter la colonne espagnole marchant vers Saint-Quentin. Mais, 
mal armés et pris k l'improviste , ils furent réduits ou tués après 
une défense digne d'un meilleur sort. L'abbaye fut saoagée, 
pillée et livrée aux flammes, avec l'église, les dortoirs, les granges 



(1) M. S. Delafons. — Blbliot. de M. Le Serorier. 

(2) Une lettre de l'évoque d'Ârras à Philippe H, du 4 îutn 1551, 
contient le développement du i^Um de campagne arrêté à BnixeUes par 
le conseil du roi, pour la campagne de 1557, avec la déduction des 
motife f le calcul des chances. La bonté de ee plan a été justifiée pir 
la victoire de Saint-Laurent et par la prise de Saint-Quentin. 

Papiers d'Etat du cardinal Grauvelle, tome Y, (9 115. 



— 459 — 

«t ane partie de» habitations voisines. La soldatesque espagnole 
se vengeait ainsi de la résistance courageuse des habitants (i). 

Saint-Quentin , lorsque Tarinée espagnole vint la surprendre, 
n*avait pas eu, comme Metz, deux mois pour se disposer à un long 
siège, poar épauler ses murailles par dea terrassements , creuser 
des tranchées, élever des bastions, des plates-formes pour résister 
aux hauteurs voisines qui dominaient la ville, abattre les édifices, 
afin de dégager les remparts , et surtout se munir d^une forte 
garnison, d*une nombreuse artillerie et d^amples approvisionne- 
ments de bouche et de munitions de guerre. U u*y avait alors, 
dans la capitale du Vermandois , pour troupes réglées , que la 
compagnie du Dauphin , composée de cent hommes d^armes envi- 
ron, sous les ordres de Théiigny, son lieutenant. 

Le gouverneur de la ville , de Breuil , gentilhomme breton, 
était arrivé, depuis huit jours, d'Abbeville avec sa compagnie (S^ ; 
mais cette troupe avait beaucoup souffert de la route et on en avait 
détaché la plus grande partie à Bohain. Le logement des gens de 
guerre dans les villes , laissé à la charge des habitants , était une 
des causes qui , avec la crainte d^uiie occupation militaire oppres- 
sive , avaient fait lutter bien souvent la commune de Saint-Quentin 
afin de n^admettre dans ses murs qu'une faible garnison. La 
défense de la commune était un droit que la bourgeoisie tenait à 
conserver : c'était là le plus beau privilège de sa vie politique. 
Mais cette défense , qui avait pu être abandonnée long-temps par 
la' royauté à la valeur des citoyens , n*était plus suffisante depuis 
que Tartillerie était employée dans les sièges. 

Le maîeur de la ville, Varlet de Gibercoort , mit en usage tous 
les moyens dont il pouvait disposer pour la défense de la ville, 
surprise ainsi à Timproviste. Ses ressources consistaient bien 
plutôt dans Ténergie et la valeur des habitants que dans les moyens 
matériels : car il n'avait à sa disposition qu'une compagnie de 
canonniers de quarante hommes environ (5), une compagnie 



(1) M. S. Delafoos. BiblioUièqae de M. Le Serarier. 

(i) La fleur de ces hommes était S Bohain ; < le demeurant était biea 

peUl, 9 dit l'amiral de Coligiiy, f» 61. 

(3) Uveuuire de 1G09, UOiel-de-Ville. 



- 4«D — 

d*archefs d*un nombre d*horoinet égal, ûi quioze pièces de eaooD 
tant bâtardes que oouleuvriues, dont quelques-unes en «asez 

mauvais état (i). Joignez à cela quatre bandes ou compagnies 
de milices bourgeoises , de cinquante hommes chacune» médio- 
crement armées et n'ayant , pour la plupart , ni salades, ni cui- 
rasses , mais des hallebardes et des piques pour toute arme. 
Toutes les armes à (eu se réduisaient à quelques arquebuses ordi- 
naires et à vingt- et-une autres qu*on appelait à crocs (2). Com- 
ment résister avec si peu de monde, dépourvus de vivres , de 
munitions, â une armée nombreuse, aguerrie, bien armée et bien 
dirigée? 

U est beau , sans doute, le spectacle de guerriers fîeilUs dans 
les combats , debout sur les frontières da leur pays . Tentoiirant 
d^un rempart d^acier, soutenant en héros le choc d*une armée 
ennemie , et sauvant ainsi leur patrie des horreurs de la guerre. 
Mais combien sont plus admirables encore ces populations géné- 
reuses, qqi se lèvent tout-i-coup et tout entières à Vaaped de 
l'étranger menaçant leurs foyers, et savent combattre , vaincre ou 
mourir au lieu même de leur berceau. 

Le plus beau deuron de la résistance de Saint*Quentin, c'est 
véritablement Ténergie que les citoyens ont déployée pendant le 
premier jour de Tinvasion espagnole, lorsque, livrés à eux-mêmes, 
montés sur la mauvaise muraille du faubourg d^lsle , il ont fait 
tète à un corps d*armée nombreux, discipliné et aguerri, donnant 
ainsi, par cet acte de courage , à Tamiral Coligny, gouverneur de 
la province (5), le temps de venir à leur secours avec des gens de 
guerre. 



(i) M. S. DelafoDS. BU>liothèque de 11. LeSenirier. 

(2) Coll., tome m, foi90. 

(3) Antoine de Bourbon , duc de Vendôme , étant devenu roi de 
Navarre , du chef de sa femme , par la mort de son beau-pére , Henri 
d'AUiret, avait abandonné à Coligny le gouvernement de Picardie, pour 
succéder, dans celui de la Guyenne , à celui d'Henri d*Albro(. •* 
H. Martin, tome a, ^ 583. 



J 



\ 



^461 — 



II. 



GOLIGKY. 



L*eDDemi parut ea vue de SaUit-Quentin » le d août , et , dés 
son arrivi^e , il dirigea le grès de la cavalerie espagnole et alle- 
mande vers la chaussée de Rouvroy. Les pistollers , après avoir 
traversé la Somme» se divisèrent en détachements qui se répan- 
dirent avec célérité sur la «îrconférenee de la ville , occupant les 
abords des portes de Remicourt , de Saint-^ean et de Ponthoille. 
Pendant que ce mouvement s'exécutait , les vieilles bandes espa* 
gnôles attaquaient, avec toute Timpétuosité d'un premier choc, le 
boulevard extérieur établi nouvellement en avant de la vieille mu- 
raille du faubourg d'isle. 

L'élite des citoyens « avec la garnison , s*étMt portée en foule 
vers ce point ; mais les assiégés étaient placés , pour la défense, 
dans les conditions les plus défavorables. Le boulevard n'avait 
point de parapet, il n'était protégé que par un fossé creusé en 
avant ; son terre- plain, qui ne s'élevait pas au-dessus des terrains 
d'alentour, était dominé sur beaucoup de points par les hauteurs 
voisines et par plusieurs maisons situées sur le bord du fossé 
extérieur. Ces maisons, dont les espagnols s'emparèrent , leur 
fournirent un moyen de plonger de toutes parts sur les assiégés 
et de leur tuer beaucoup de monde. Il fallut bientôt évacuer le 
boulevard. Les citoyens , après avoir résisté quelque temps au 
feu meurtrier des espagnols, aidés de deux canons placés à la hâte 
sur le rempart, près la porte du faubourg d'isle, se replièrent 
derrière la vieille muraille (i). Julien Romeron et Carondelet^ 
ofBciers espagnols, qui avaient dirigé Tattaque, prirent possession , 
du boulevard, s'emparèrent de toutes les maisons qui' bordaient • 
la chaussée de Guise et celle de La Fère , formant ce qu'on appe- 
lait alors le hau$ faubourg. Hais, telle avait été l'énergie de la 
défense que les espagnols, quoique maîtres du terrain, ne poussè- 
rent pas ce jour-là leur attaque plus avant. Ils se contentèrent 



(I) Coligny, r 65. 



- 4«-. 

de créneler toures les maisons foisines de la vieille muraille , et 
Ils y logèrent leurs meillenrs arquebasien poar îneomnioder eoa- 
tinaelleroent la garnison. 

Que faisait pendant ce temps -U Tarmée française, forte an plu 
de 8» 000 hommes de pied, allemands et franc ns, de 5,000 che- 
vaux de gendarmerie et rettres, suivant Rabutin (i), et de 0,000 
hommes de pied et 9,000 chevaux, suivant de Mergey (9). Elle 
était réduite, à cause de sa faiblesse , à on rèle d*observation. 
Cotiduiie par le duc de Nevers, elle eâtayaii Tarmée espagnole 
à quatre ou cinq lieues de distance , sur les confins du Laonnois 
et de la TItiérache. Dés le 98 juillet, le connétable de Montmo- 
rency était venu prendre le commandement de cette armée, 
accompagné de l'amtral Coligny, du due de Montpensier, du 
maréchal Saint-André, du duc d*Enghein, du Reingrave, du baron 
de Curtoo et du sieur de la Roche du Maine. 

Dès quUI avait va Tarmée espagnole passer le Tinm FêroUf 
la Capelle, et s'acheminer vers Guise, Tamiral Coltgnj avait pres- 
senti une attaque dirigée contre la province de Picardie , entière- 
inent dépourvue de troupes. 11 prêtait à Tenneml ces projeta 
parce qu*il n*avait pas appelé vers lui les vieilles bandes espa^iio- 
les qai se tronvaient au fort de Besdin (5). Dans ces prévisions, 
il sollicita du général en chef la permission de partir avec qoelques 
troupes pour aller défendre le passage de la Somme, et renforcer 
les garnisons de Saint-Quentin et de Péronue, si ces villes étaient 
attaquées. Il partit en effet le i août, dès le matin, du camp de 
Pierrepottt (près Marie), où était campée l'armée française, pour 
aller s'enfermer dans Saint-Quentin. Il s^achemina vers La Fère, 
à la tète de sa compagnie et de celles des comtes d*Arran , de 
Jaroac , de Lafayette et des bandes de chevau -légers , conduites 
par les capitaines français Miraumout et Thenelles , et Acbisson » 
écossais. En approchant de Moy, il vit, par l'incendie des villages 
situés dans la direction de la Somme, que Tarmée ennemie avait 
déjà quitté Guise pour se rapprocher de Saint-Quentin II changea 



(t) Rabutin, f' 537. 
(S) De Mergey« f S54. 
(3) Mémoires de l'Amiral. 



d<B route , m dirigea Terg La Fère , et détacha ^ pour connaître l« 
marche des espagnols et éviter les surprises, deux compagnies de 
chevau'légers en éclaireurs sous les ordres du capitahie Thenelles, 
homme adroit, intelligent, et qui connaissait bien le pays. 

 peine arrivé à La Fère, il fut rejoint par un envoyé du con- 
nétable» le sieur de Concy, qui l'informa que Sainl-Quentin était 
investi par Tarroée espagnole, loi donnant Tordre de se jeter de 
suite dans cette place avec le plus de soldats possible. Coligny, 
qui n'avait encore reçu aucune nouvelle de ses éclaireurs, calcula 
avec raison les difflcull^s qu'il rencontrerait pour pénétrer dans 
Saint* Quentin parla route de La Fère, là où devait se trouver le 
pins gros de l'armée espagnole ; il estima plus facile d'entrer dans 
la ville par le chemin de Dam qui, sans doute, n'était pas encore 
aussi étroitement enveloppé. 11 partit donc immédiatement pour 
Ham eu ordonnant aux cinq bandes de gens de pied qu'il avait 
trouvées à La Fère , dé l'accompagner. Deux de ces bandes 
étaient placées sous les ordres des capitaines Caumont et Saint- 
André; Rambouillet el Foy (Rabutindit: Louis Foy] comman-* 
daient les trois autres. 11 aveitit en même temps le connétable 
qu'il ne laissait à La Fère que le sieur de Wallon et sa bande. 
A nne lieue de La Fère . sur la route de Ham , rejoint par les 
éclaireurs, il apprit d'eux que les espagnols étaient devant Saint- 
Quentin, qu'ils avaient leurs tentes dressées près de la Bialadrerie 
du faubourg d'Isle^ tandis qu'une partie de leur armée traversait 
la Somme. 

A Ham il trouva un ofScier nommé Vaulpergues, envoyé de 
Sainl-Quenttu par le gouverneur de Breuil, avec une lettre expri- 
mant des craintes sur les dangers que courait , si elle n'était 
promptement secourue, la ville ainsi surprise à l'improviste. Sa 
résolution fut bientôt prise : en parlant de suite pour Saint- 
Quentin avec un guide sûr, il avait la chance de rencontrer moins 
d'obstacles pour entrer dans la ville , cette nuit - là même , que 
lorsque Tennemi aurait eu le temps de resserrer ses lignes plus 
réguUèremeut autour de l'enceinte. Il satisfaisait aux prières du 
gouverneur de Saint Quentin en même temps qu'il obéissait aux 
ordres pressants qu'il avait reçus du connétable, le jour même, à 
La Fère. Cette détermination était du reste trop conforme à son 
devoir et à ses convictions personnelles , pour qu'il eédàt aux 



- 464 - 

(epréftentalloDs des àtors d« Jarnac et de Lnzarcbes, qailai 
firent envisager las aervicaa qu*U pourrait rendre , en pleine cam- 
pagne, avec plus de sacc^. Ces offieîers kii offirireot d*aUer, de 
concert avec les autres capitaines, s^^fermer dans Saint Qoenân 
et d*agir ensuite d*un comoian accord pour la meilleure défense 
de cette place. « J'aimerais mtauA?, leur répondit ramiral, avoir 
perdu ce que fai valant, que d y faillir. Voue verrez au moine 
que je ferai mon devoir poursnlrer dane Saini-Quentin (i). 

Il informa le connétable de «es intentions par de Borrao , qui 
partait de Ham pour rejoindre TariDée , et il donna des ordres 
à sa troupe pour le départ sans désarmer, Mais, des eînq bandes 
qu^il avait cru pouvoir emmener avec lui de La Fère, deux seole« 
ment pureat raccompagner. Celle du capitaine Gaumont, restée 
à La Flèche pour déballer ses armes et ses munidons encore en- 
caissées sur les chariots de voyage, n'avait pas encore paru, et la 
bande du capitaine P07, qui arrivait de Gascogne, était si barras- 
sée que plus de la moitié était restée sur le chemin de La Fère à 
Ham. 

L*amiral> sans les attendre, partit de Ham , le s août , à six 
heures du soir, à la tête de ses gendarmes et de deux compagnies 
de pied. À peine avait-il fait quelque chemin , qu'il rencontra 
Tabbé de Saint-Prix (3). Ce religieux était parti de Saint-Quentin 
ce jour-là méme^ i quatre heures de Taprès-midi, et voyageait ea 
toute diligence pour informer le roi de la position difficile de 
SaiAt-Quentin et réclamer des secours. Coligny obtint de lui 
plusieurs renseignements sur la positiou des avant postes ennemis, 
et sur le chemin le plus sûr pour pénétrer dans Saint- Quentin. 
Avant de quitter Tabbé , il le pria ile dire au roi • quU l'avait 
» trouvé avec une bonne troupe qui faisions tous notre compte^ 
» Dieuaydant, d*entrer cette nuit dans Saint -Quentin, où 
9 fesperai que nous lui ferions un bon service (Z). m 



(1] CvU , tome UI, P 181. 

(S) Jacques de la Molle était abbé depuis 1555. Hémeré nous 
apprend qu'il était chanoine de Salnl-Quenlin , ohaDolne de Paris , de 
Chartres et du Mans. Il lui donne encore deux prieurés ol ajoute qu'il 
fut chambellan de cinq rois , en commençant par François l^'. 

(3) Mémoires de l'Amiral, f* 184. 



- 465 - 

Coligny continua de B^avancer avec précaution vers SainU 
Quentin , en faisant éclairer sa troupe par cinqaanie ca?alien de 
gendannerie et de bons guides. La route s^aceomplit sans oht« 
taclea pour lui, car il pénétra avec les trois-qaarts de sa gendar* 
merie dans Saint-Quentin, une heure après minuit; mais, des 
• deux bandes de gens de pied avec lesquelles il était parti de H«n, 
à peine sUi entra avec lui cent vingt hommes conduits par le 
Tieutenant du capitaine Rambouillet. Les uns , par suite d^ant 
alarme, avaient perdu route dans le milieu de la nuit, d'autres 
étaient restés en arrière, faute de bonne volonté. Le restant des 
deux compagnies ne put entrer que le leiidemain à Saint- Quentin, 
conduit par le capitaine Saint-André , qui s'était égaré pendant la 
nnit. En somme , ces deux bandes formaient en tout environ 
380 hommes. Le faible secours d'hommes que Tamiral venait 
d'introduire dans les murs de la ville investie , eut été bien in- 
suffisant, si cet habile général n'y fût entré lui-même ; mais sa 
présence donna aux assiégés un secours moral, qui ranima ceux 
<|ai chancelaient et ajouta à Tardeur de ceux qui ne manquaient 
pas de courage. 

Coligny, dès son arrivée, passa en revue tous les gens de guerre 
qui se trouvaient dans la place. 11 fut peu satisfait de les voir en 
si petit nombre et quelques-nns en sipiétre équipage. De Breuil, 
gouverneur delà ville, lui 6t un récit fidèle des événements de 
la journée précédente. L'amiral se transporta avec lui sur le 
théâtre du combat, dans le faubourg d'Isle. Là, il visita la vieille 
muraille , étudiant les lieux et le boulevard que les espagnoU 
avaient pris la veille ; et de cet examen il résulta pour lui la CQn« 
Tiction qu'il importait , pour le salut de la ville , d'occuper le 
faubourg d'Isle le plus long-temps possible. C'est dans cette 
pensée quMl proposa aui capitaines qui l'accompagnaient de faire 
une sortie , à la nuit tombante, afiu d'incendier les maisons vol* 
sines des murs d'où les espagnols incommodaient continuellement 
les soldats qui gardaient les remparts, et de chercher à reprendre 
le boulevard aux assiégeants. Si on réussissait, on pourrait alora 
creuser une tranchée en avant de la vieille muraille , pour la eoiw 
vrir par un masque et garantir ses courtines des feux de l'assié- 
geant. En attendant, il donna l'ordre d'ouvrir à chaque flanc do 
rempart une embrasure dans laquelle on plaça deux pièces de 



- 4(k5 - 

eànon. L'abwoce de rennemi , vis-à-vis la partie sud-ouest du 
rempart du faubourg d'isie, lui permit de faire creuser une tran- 
chée en avant de celte courtine , dominée par plusieurs points 
élevés du haut faubourg. Cette muraille avait d'autant plus besoin 
d*étre fortiBée qu'une brèche pouvait y être ouverte en moins 
d'une heure, et qu'il n'y aurait pas eu d'homme assez hardi pour 
la défendre, parce que tous les points extérieurs étaient plus élevés 
que le rempart. 

Après ces premiers ordres donnés au plus pressé , Colîgny fit 
inviter les ofQciers municipaux de la commune i s'assembler i 
rH6tel-de- Ville avec les notables de chaque métier (l). 

Là , il les harangua et chercha à leur inspirer eonfianee dao* 
l'issue du siège. La sûreté de la ville n*était pas, selon lui, om- 
nacée sérieusement en face de ses moyens de défense et du courage 
des citoyens. Ces paroles , qui faisaient vibrer les cœurs Saint- 
Quentiiiuis^ provoquèrent d'unanimes témoignages d'aasentimeoi. 

Il formula ensuite diverses demandes à l'assemblée , Pinvitaiit 
à faire le recensement des hommes valides qui se trouvaient dans 



(1) Le corps de viUê d« Saint-Quentin , en 1557, était composé de 
yingt-cinq ofûciers, savoir : le maieur en charge , le malenr sortant, 
onze jurés et douze échevins. Le maleur et les jurés , primitivement 
officiers de la commune , faisaient anciennement nn corps distinct et 
séparé de celui des échevins , officiers de la justice du comte. Mais 
ces deux corps avaient été réunis en un seul par la charte du roi Jean, 
de juiUet iS6S (a), et depuis Ils avaient exercé ensemble la juridictioa 
criminelle de police et de voirie. Ces magistrats élisaiont et créaient 
eux-mêmes leurs successeurs , qu'ils prenaient parmi les bourgeois, 
marchands et habitants de Saint-Quentin , d'après les anciens usages 
émanés de leur charte , et plus particulièrement par suite d'un arrêt 
du parlement , du 16 décembre 1355 , et d'une charte de Chartes VI, 
délais. 

L'élecUon avait lieu chaque année , le jeudi d'avanl la saint Jean- 
BapUste. Le corps de ville , après s'être constilué , élisait ensuite le 
maleur, l'argentier (trésorier), le greffier, les quarteniers, les commis 
aux clefs des coffres de la commune , les commis aux ouvrages . les 
commis aux pauvres, les commis aux bourgeois, les commis à l'artille- 
rie , les commis au guet , les comraid aux gcos de guerre , le maleur 
d'étape , et tous les esgardeurs des difîérénts corps de métiers. 

(a) Coll., tome If, 1^438. 



-467 - 

te ville ; de s*enqaérir sUls avaient des armes, 8*il9 étaient en dtat 
d'en faire usage ; il demanda rétablissement d*un rôle d*înserip' 
tion pour les manœuvres et les femmes en état de travailler aux 
terrassements; la recherche des outils , hottes, pelles, paniers, 
pics et hoyaux» leur mise en dépôt i rflôtel-de- Ville pour, en cas 
de besoin , les avoir plus tôt sous la main ; d'avertir et de tenir 
constamment prêts un grand nombre d'ouvriers d*élat et d'artisans 
en état de réparer les mors. Puis, présum;int qu*il devait j avoir 
dans la ville un grand nombre de bouches à nourrir, il réclama 
un état de tous le^ grains, vins, bétail et provisions de toute espèce 
qu'on rechercherait dans les maisons, aOn d'établir un peu d'ordre 
dans la consommation et d'éviter ainsi le gaspillage. Enfln , il 
demanda, non-seulement un état esact de l'artillerie, mais encore 
de la quantité de poudre et boulets , et du nombre d'hommes qui 
faisaient le service des pièces. 

L'amiral , qui n'avait vu dans la ville que deux moulins , un 
moulin é vent, situé près la Tbor--Rouge , au bout de la rue du 
Billon, et un moulin & eau, près la chaussée, dans le bas du fau- 
bourg d'isie , surla rivière de Somme , exprima la crainte qu'il 
n'y eût pas assez de ces deux usines pour moudre la quantité de 
blé nécessaire à l'alimentation des assiégés ; mais il fut rassuré 
par les échevins qui lui donnèrent l'assurance qu'il y avait dans 
la ville quinze ou seize moulins à bras qu'on pouvait facilement 
faire travailler nuit ei jour avec des chevaux. Après avoir fait 
prendre note de toutes les questions dont il sollicitait la réponse, 
il organisa le logement des compagnies , suivant la division de la 
▼ille, en quatre quartiers qu'il subdivisa en seize parties, en pré- 
cisant à leur surveillance seize bourgeois Postérienreoient il 
leur adjoignit seize officiers. La troupe fut ensuite répartie à la 
garde des murs conjointement avec les milices bourgeoises , cha- 
cun dans ses quartiers respectifs L'échevinage se constitua im- 
médiatement en permanence, afin de pouvoir satisfaife plus 
promptement aux réquisitions de toute nature qu'il aurait è lui 
adresser. L'amiral présenta au corps de ville tes gentilshommes 
qu'il avait autour de lui, prévenant les officiers municipaux qu'il 
s'en servirait , pour le service , dans les rapports qu'il aurait avec 
eux. Le capitaine Languetot fût nommé surintendant de l'artil- 
lerie , et , pour que sa surveillance îùi plus efficace , on mit i sa 



- 408- 

disposition dii gens drames. On leur aiBîgna mmon de Yérifier, 
•après des eanooniera qui faisaient le senriee des pièces , do la 
quantité de poudre employée chaque jour et de TeiUer à ce qn^elie 
fût toujours placée à Tabri de tout danger. 

Coligny laissa l'assemblée bien disposée et se retira dans la 
maison du gouverneur, rue de la Monnaie. Là, il rassemblâtes 
officiers de toutes les compagnies de la garnison , et après les avoir 
Informés des motifs puissants qui ravatent déterminé à venir 
s'enfermer dans Saint- Quentin pour être à même de veiller plus 
efficacement à la défense de cette place il importante au salut de 
la France , il leur raconta les détails de l'entrevue qu*il venait 
d* avoir avec les représentants de la commune , les ordres qu'il 
leur avait donnés , et le bon esprit dont ils paraissent tous être 
animés. Chaque capitaine , tant de cavalerie que d^infanterie, 
fut appelé i fournir le rAle de sa compagnie ; on put ainsi con- 
naître Tétat des forces dont on pouvait disposer et prendre en 
même temps les précautions nécessaires à leur alimeiiiaiioii. 

Après ces premiers soins , Tamiral , accompagné dé tous ses 
officiers, fit le tour des mors de l'enceinte, examinant les moyens 
de défense de la place et statuant sur les travaux les plus urgents, 
soit pour la réparation des remparts , soit pour la défense de ses 
parties faibles. Dans celte visite , Coligny accueillit les avis qui 
lui furent donnés de toutes parts, obtempérant de préférence aux 
observations des gens de guerre qui avaient déjà combattn dans 
des sièges précédents. On combla à la hâte toutes les excavations 
et les fossés intérieurs rapprochés des murs , on applanit tes élé- 
vations qui pouvaient offiir un couvert , on raffermit les parapeis, 
on les garnit de fascines; on répara les rampes, on crénela les 
murailles et les tours en beaucoup d'endroits , on comment a 
élever des plates^fomes destinées à un armement plus oonàdèra- 
ble. 

En parcourant les remparts , il remarqua , près la porte Saint- 
Jean , à peu de distance des murs , un grand pombre de jardins 
remplis d'arbreft fruitiers et entourés rie haies élevées , toaffbes, 
plantées jusqu'au bord du fossé, qui pouvaient fournir à Tennemi 
un couvert pour approcher des remparts ; on envoya chercher en 
toute hftte les charpentiers, rais en réquisition dans la ville, pour 
raser ces arbres et ces haies. On utilisa ces abattis en faisant des 
fascines. 



Avant de quillor les officiers qui TavaieDl accompagné dans la 
visite des remparis , il donna d^ instractions spéciales à M M. .de 
J«ruac, de Tliéligny et de Luzarches, chargés d'exécuter la sortie 
du huboarg d'isie , dUucendier les maisons nuisibles à la défense 
de la vieille muraille, en cherchant à reprendre le boulevard. 
Puis ii moma au clocher de la collégiale pour mieui se rendre 
compte, de ce point élevé, de Tinvestissement de la place et de la 
position des postes de Tarmée espagnole. Vaulpergues, quil 
comptait envoyer au Connétable pour obtenir un renfort de trou^ 
pes, taudis qu'il était encore possible de ravitailler la place. Tac** 
compagua et Ils étudièrent de concert Titinéraire du secours é 
introduire par les passages les plus dégarni^) des postes ennemis. 
Le chemin de Savy, débouchant près d'une colline garnie de 
vignes , non loin de la chapelle d'Epargnemaille, parut Tendroit 
le plus favorable pour ta'ir^ arriver les troupes à couvert à peu de 
distance de la place : le capitaine Saint-André était entré par là en 
plein jour, ou pouvait encore mieux profiter de ce chemin par une 
nuit obscure. 

Vers la fin de la journée (S août), les assiégés sortirent en armes 
du faubourg d'Isle et ils engagèrent une fusillade si vive avec les 
espagnols pris à Timprovisie , qu'ils parvinrent à mettre le feu à 
quelques maisons situées entre la vieille muraille et le boulevard ; 
mais y bientôt chargés avec furie par les bandes nombreuses de 
Carondelet , ils plièrent et se retirèrent vers la porte du faubourg 
d'Isle, suivis de si près par les espagnols qu'on courut risque de 
les laisser eutrer péle-méle dans l'enceinte. Malheureusement 
les maisons incendiées ne furent pas celles qui pouvaient causer le 
plus de dommages aux assiégés. Cependant l'espagnol n'avait pu 
empêcher qu'on lui brûlât, dans cette sortie, un tapecu par où 
l'entrée du boulevard était plus facile ; car il ne restait qu'une 
petite porte qu'on pouvait facilement forcer, et, du boulevard, 
pour pénétrer dans le faubourg, il n'y avait qu'une muraille de 2 
mètres 50 centimèlres à 5 mètres, ouverte par deux brèches ser- 
vant au transport de ta terre destinée aux plates-formes de l'artil- 
lerie. Ces brèches n'étaient bouchées que par des claies et quel- 
ques bal les de laine ( 1 ) . 



[t) Bicitdu siège. M. 3. Blblioihèquo de Salntr-Qu«iAin. 

31 



— 470 — 

Cette lentelife infraetueuêe déeosrjigea <|o el fii ee eipitaiiie», 
qui conseîHèreiit i raahral de ne f ae *'olMlhieF i défcndN pka 
loDg^temps le (ànboiirg dlde. il n'était pes, telon eux, trè»- 
diffleile à l'einienî de surprendre la garniaon dv bobewg cd la 
toomanl par des paieages ooverta des deui côtés de la ? ieHle 
nAraille, dans les marais de la Somme ; si on foalatt seconrir le 
lauboorg, on courrait risqae de perdre la fille avec le feoboorg. 
On devait plutôt chercher, avec une garnisou peu nombri 
à ménager ses ressources et à ne pas les sacritter aînî , 
dans la deniière sortie, quinae des meilleors soldats, ps 
le«queks était le capitaine Satnt« André , avaient été mis iion de 
combat. 

ramiral, tout en appréciant la force de ces obserf atioM, dédara 
qu'il n* évacuerait le faubourig d*fsle qu'à la dernière eitrénîlé ; 
et, pour prouver sa vetonté bien arrêtée, Il mit , pendant la nuit 
dû S au i août, la plus grande aciivifé é faire creoBcr la tranèliée 
vis- à* vis de la vieille muraille , tant pour donner le f^nge à 
rennemi sur ses desseins, que pour ajouter aux moyens de défense 
do faubourg d*lsle. Les sentinelies furent doubtéea le long des 
meraie^ afin de ne pa» élre surprit par 1*. 

Le lendemain , excité par le ihauvats succès même du combat 
de la vetlte , Cotigny crut devoir proposer de foire une nouvelle 
sortie ; il exposa à son conseif que rennenri n*ignorait pas qu'il 
était entré du secours dans la place , mais qu'il né pouvait en ap- 
|>^écier l'importance, qn'i! était donc nécessaire de lui en imposer 
et de faire divéï^ion par tttie ÉoH\e exécutée sur un autre point de 
la vitte. Il signala en avant de Remiconrt un poste d^espagno b 
Isolé, quHl était fadle de àurpf endre avec trente ou quarante cm*- 
valiers de géndaif merle , et, selon la tournure que prendrait cette 
attaque, et la défense plus ou moins énergique des espagnols, on 
pourrait pressentir quelles mesures on aurait à prendre poor Tav^ 
uir. Cette sortie ôé devait pas étfe Poccirion d'one vicloiro, 
mais servir d'essai et de point de comparaieon pouf les sorties 
quou voudrait tenter ultérieurement. 

L^exécution de ce projet (4 août), fut confiée â là Compagnie du 
dauphin. Théligny, qui en était le lieutenant, fut chargé de h 
diriger, et, suivant les instructions de i'amtrali de mettre à la tels 
du déuchcBMnt mi homme prudent et capable. Malheoreuscment, 



r 



- 471 - 

Mtte sortie eut encore une plus mauvaise issue que celle de la 
veille : les premiers gendarmes envoyés en éelatreurs contre le 
poste espagnol, exécutèrent maladroitement la charge , et Tbé- 
ligny, voulant réparer leur bute , monta le premier cheval venu 
et courut au galop pour les rappeler ; mais assailli lui-même par 
les espagnols» il (ut jeté par terre et laissé sur place , criblé de 
blessures. De Cnisîeux, placé à cent pas de là, près du moulin 
de la Couture , avec cinquante ou soixante chevaux, ne vit pas la 
chute du brave lieutenant, que lui dérobait un petit monticule, et 
rentra en ville sans avoir délivré Tbéligny. 

Quelle tet la surprise de Tamiral , qui , accablé de fatigues et 
de veilles ) était alté se reposer, lorsque, réveillé en eursaut par 
dt Jaitaae et de Luzarehes, il apprit ces fâcheuses nouvelles ? Courir 
en tonte hMe à le porte Saint-Jean (1), commander à la troupe 
de monter à eheval pour aller reprendre Théligny mort ou ûvant, 
fut pour lui l'affaire d'un moment. 5lais, surie point de sortir, 
un soldat de la garnison, qui connaissait parfaitement les lieux, 
8* offrit d* exécuter seul cette commission ; en effet, il ne tarda pas 
à revenir, rapportant, à Tûde de quelques compagnons, Théligny, 
navré de profondes blessures en tant de parties du corps, qu'on 
s^attendait à lui voir rendre Tesprit. Ce malheureux ofBcier n'eut 
pas plutôt aperçu Taçiirai qu'il le pria de lui pardonner d*avoir 
enfreint ses ordres. Coligny, pour toute réponse, le serra dans 
ses bras , en lui disant : « Ce$$ d Dieu quU faut demander 
pardon ! • On transporta le blessé dans son logis , où il expira 
quelque temps après. Ce jeune homme, dont on avait pu appré- 
cier le courage et la belle conduite , depuis le commencement du 
siège, fut universellement regretté par les chefs et par les soldats 
de sa compagnie. On blâma la conduite de Cuisîenx qui , à la 
tète de soixante chevaux , et. n'étant pas à cent pas de l'action, 
avait laissé charger et massacrer presque soms ses yeux rinfôrtuné 
Ueulenant avec ses coureurs , attaqués par dix«-imit ou vingt espa- 
gnols seulement (a). 



(1) M. d. fiiblioUlôqiie de Saim-QuentiD, f» 36. 

[%) ThéUgny, qui meurt ici, était un geoUlbomme de la Rouergue^ 
C'est à tort que quelques auteurs rontcoofQndu avec Théligny, le gen- 
dre de l'amiral, tué k la Saint-Barthôlemy. 



— 472 - 

Le maîeur de la ville , Varier de Gibercourt , homme d*one 
organisation d'élite, avait îiitipoduit, depuis deiii jours, an peu 
d*ordre dans la eousommation des vivres. Une sorveittance 
rigoureuse, organisée dans les subdivisions de quartiers, ne lais- 
sait prise à aucun desordre, à aucun gaspillage ; le logement des 
gens de guerre , réparti le plus régulièrement possible entre les 
habitants. Chacun, bourgeois ou soldat, devait se tenir dans le 
quartier qui lui avait été assigné (1). Les rues , obstruées d^im- 
rooiidices, provenant des bestiaux amenés par les gens de la cam- 
pagne, fuient nettoyées et débarrassées chaque jour dans an in- 
térêt bien entendu de salubrité ; tous les fours , les puits , les 
citerues garantis des projectiles par des blindages. On avait 
afifecté à T usage d*hôpitanx , les établissements de charité de la 
ville les plus éloignés de l'attaque des assiégeants , et on avaiil 
abandonné les églises et les édiflces publics pour asile aux gens de 
la banlieue qui s'étaient réfugiés dans la ville. 

Habitants et soldats rivalisaient de zèle pour établir des plates- 
formes afin d*y placer les pièces en batterie. Des chariots trans- 
portaient continuellement des gabions et des palissades ; on élevait 
des parapets sur tous les points les plus découverts du mur de 
r enceinte. 

L*état des vivres réclamé par Tamiral venait d'être terminé ; 
niais la visite faite par les échevins et jurés, peut-être un peu 
superficiellement, surtout à Tendroit des communautés religieuses, 



(2) La ville était, (ors du siège, divisée en quatre quartiers, chacun 
BOUS la garde d*uD quartenier, bourgeois élu , chargé de surveiller les 
étrangers , de tenir la main aux ordonnances de police arrêtées par le 
corps de ville, et , en temps de guerre ou de trouble, de faire &tre bon 
guet et garde sur les remparts, aux portes de la viUe ot par les nxee. 

\' L» q^arim Sùinir-Thomas s'étendait depuis la porte Saioi-llanin 
jusqu'à la porte d'Isle. 

2« Ia qwurtier Smnto-Pactwis, depuis la porte d'isle jo^iu à la porte 
de Remicourt. 

3° Le quartUr Saint- Andréa depuis la porte de Remicourt jusqu'à ta 
porte Saintniean 

S** Jje quartier Sainte- Marguerite, depuis la porte Saint-Jean jusqu'à 
la porte l'onthoille (Saint-Martin). 



— 473 — 

a*avaU coostaié qu'une quantité de f ivres suffisante à la nourriture 
de iQus les assiégés pendant trois semaines. Çoligny, s* alarmant 
de ce résultat, s'imagina que la recherche n^avait pas été faîte a?ec 
toute la rigueur et Texactitude nécessaire ; il chargea donc quel- 
ques hommes d^armesde sa compagnie de recommencer le travail. 
Ceux-ci, pour entrer dans les vues de leur chef ^ procédèrent à 
cette visite avec tout le rigorisme des gens de guerre et fournirent 
peu de temps après un étal de vivres qui devait suffire , au dire 
deCoIigny. Jk ratimeutation des assiégés pendant trois mois (1). 
Dans ce nouvel étatde vivres furent comprises les viaudes tuées ou 
salées proveuant des betiiiaux amenés eu ville par les gens de la 
banlieue. 



(1) Coligny dit, f^ 203 : a MàernapOÊrijesoUicUoit ctux de la viUe, 
» à toutes heures , pour savoir quelle quantité de tous viwes ils trou- 
» voient t et pour satisfaire sur les articles que je leur avais baillés pour 
> mémoire. Enfin, ils me baillèrent un état desdits vivres, que je trou- 
» vai bien petit, car, à vivre assess étroitement, à peine en pouvais-je 
» avoir pour trois semaines, et pour ce que' je me doutais bien que cette 
» recherche n^aioaUpe» Hé bien faite, je doMun charge à un homme 
» d'armcf de ma compa/g/nMà taUerfoére de nouveau, . . et s'acquitta 
» M 6f«fi de sa charge, quau lieu que ceux de la ville ne m'avaient donné 
9 connaissance des vivres que pour trois semaines, it s en trouva pour 
9 plus de trois mois, et s'y découvrit tous les jours quelque chose de 
9 nouveau. » 

La différence signalée par l'amiral, entre l'état de vivres fait par les 
bourgeois et celui dressé par les boronqes d'armes de sa compagnie, ne 
provient-elle pas de ce que d'un c6té on aurait compté nourrir tous les 
habitants et soldats renfermés dans la ville , tandis que de l'autre on 
n'aurait appréoié cette alimentation que dédjuction faite des bouches 
inutiles? En adc^tant cette idée, on pourrait ainsi justifier la conduite 
de Coligny I qui, quelques jours après ce recensement (les 8 et 10 août], 
expulsait de la ville , en deux fois , 1,500 bouches ; a car, disait- 11 
(f ' 67) , il fallait les expulser ou les faire mourir de faim, j» Comment 
qualifier cette conduite de l'amiral envers de pauvres habitants, si l'état 
de vivres fabriqué par ses soldats eût été exact pour toute la population 
et s'il eût eu réellement des vivres pour nourrir tous les assiégés peu^ 
dant plus de trois* mois? Nous aimons mieux croire à son exagération 
que d'accuser Coligny de celte cruauté. 



Le conseil dt la fille, coostitoié «npormaoenee depM le* 
ineooemeiit du mége, «fait obl€iiP|Mré mm\ coouiamoaliaiw et ««s 
demandes de l'amiral. HalheareaeeiaiBQl, oe général, qal, mal- 
gré aes hautes quaiités , ii*éiatC pas à Tabri des préjugés des gens 
de guerre, manqua sauvetil de epnfiaiiee emrérs réchevînage (i). 
•Ce ftit là la causa de ia froidavr que ce corps lui témoigna dans 
certains moineuts, et »*il u^ebUnt pas lou)oura des BoagialraCs de 
la comniuue tout le ootioours ifiUi aurait pu en eaiger, il nedok 
en accuser que sa conduite hautaine , pcQ «ooMnamcalif a eurera 
ces ciloyens dévoués ifo'il a?ait déjà déeauragés. 

Chaque jour Tenneroi reaserrait de plus prés le oerde qu*S 
avait tracé autour de la ville. Une reconnaissance dea ouvrages 
de la place avait été faite par les aasiégeants , et le àuc de Savoie 
et son conseil avaient décidé qu*on attaquerait reaceinte par deux 
points principaux : fa eomtîne du Vieux^Murcké et celle de 
Remkourt, Ces deux points étant arrêtés, -on avait commencé 
à établir une contre-batterie sur les hauteurs de Florimont (SÎ) et 
une batterie de brèche vis-à-vis la courtine du Vieux-Marché 
pour battre le revêtement de reaceinte. Ifaîa le pro}el fut abaiw 
donné presque aussitôt qu'il avait reçu no eamawnc ap wp t d^eté- 
ûutiott, perce. que les aasiégeanla stapençurairt q«a labaltocieâe 



(1) Coligoy dit, f^ 211 : a Et pour graiiller ceux de la ville, j*allais 
» ordinairement on leur hôiel-de-ville , où je faisais assembler les 
9 principaux , et là je résolvais des choses qui je vofdlms bi&n qu'Us 
» sussent. J(' ne dois pas omettre sur ce propos, que je ne vis jamais 
» de son état un plus alTectionné ni plus dlllgem serviteur, qu'était le 
» maieur de la ville, nommé Gibercourt, tant pour le service du roi que 
9 pour le bien et conservation de ta ville ; mais il n'y en avait point 
» d^auires qui le secourussent. » 

La réserve des ofQciers municipaux prend sa source dans la condoile 
môme de l'amiral à leur égard, puisqu'il ne disait à ceux de la ville qaa 
ce qu'il voulait bien qu'Us sHissent. C'est à cette mèûance quM fiant 
attribuer le découragement des officiers municipaux. 

(2) Florimont était situé sur ia haute\ir où est mainteoanl 2a jrme9U 
d' Enfer f ainsi nommée depuis à cause du feu d'.enler fait oa 1551 poatca 
la ville par l'artillerie flamande qui y était placée. 

M. -S. Delafons. Bibliothèque de M. LeSerurier. 



— 476 — 

hrèohe de te courCina du Vieux -Mirebé éuit ^aete s«m» le f«u de 
te flHê lef ne StiiiC - Jean , formant battioo en «vaat de te Ugne 
deemurg de rveiiceinte. 

L'attaque de la courtine de Remlcourt n'offrait pat ce déaat an- 
tege k Tanillerie «apagnole, ear lea mura de la ville, daiia la partie 
nord-est, formaient presque une ligne droite depuis la Tour- 
Rouge jusqn*i te Tour - & • l'Kau , et les batteries n'ataient pas & 
redouter, de ce côté, les feui plongeants et obliques des assiégée. 
Là moraitie qui livraH aon escarpe vue iu8^u*au pif d , n*était pas 
même garnie de plates-formes pour y flacer de Tartilterie ; ce ne 
fut qu'à force de travaux et de peines que , dans ia suite , on y 
improvisa quelques buttes pour y loger des pièetia de canon fort 
exf^oaéea. C'est dope contre la partie du mur qui fait lace à Re« 
aaicourt que lassiégeant dirigea tes travaux principaux du siège. 
U ouvrit une première trenebée àe contrevallaiion pour envelop- 
per les murs de la place députe la porle Saint-Jean jusqu'à la 
Somme, et, dans ee fossé circulaire , il établit trois chemins cou- 
verts dont les travaux furent dirigés pour arriver ft la contrescarpe 
por troM pointa : à la Totfr-d-/'/S4iu, à la Tour de Bêtnicouri, 
à te TaW'^Romgê. Les arbres, qu'on n*avait pas entièrement 
abaltus de ce côté, protégèrent long- temps les travaux des mi- 
neurs. 

La défense des asaiégéa ne pouvait se prolonger avec aoceès 
qu*on faisant entrer promptement dans la pUce un grand nombre 
d'arquebusiers. Ausai, Col^y, dès non arrivée dans Saint- 
Quentin , envisageant te difflcullé de soutenir un siège long et 
meurtrier avec une aussi faible garnison, avait envoyé immédiate- 
ment Vavipergues à La Fère , veis le Conoétabte, .pour en obtenir 
des seoeurs. Houlmorency avait remte au maréchal Saint-A.ndré 
400 Jbommes d'armes, un gros de cavalerie iègèro qommndèè P«^ 
leducd'E^ghien et huit ou dix enseignes de tentaaains. sa uplep 
ordres du colonel d'Andelot, bean-frène de CoUgoy. Ces troiy 
capitaines avaient pris le chemin de Bam, présumant qu'il serait 
plus facile de jetir des troupes dans Saint-Quentin parle faubourg 
de PoAlboilte , dont les abords étaient garnis de postes moins 
nombreux , puisque un grand espaoe «v ait été lé^erv^ de coeùté 
ponr le«M9pemoni de ranoée anglaiae qu'on Rendait d'^ mo- 
ment à l'antre. 



- 476 - 

T.e9 capitaines fmaçaie avaient le projet de faire faire , sor an 
point éloigné , ane faune attaque par la cavalerie pendant qoe 
d*Anr)plot , bien guidé, percerait ja9qu*à Saint - Queptîn avec 
4,000 hommes de t>ied , en arrivant par le chemin de Savy 
jusqu'au faubourg de Ponthoille. Ce plan , bien conçu , échoua 
malheureusement par la trahison de quelques chevan - légers 
anglais au service de la France qui, s*étant écartés du reste de la 
troMpe, passèrent à Tennemi, et lui découvrirent ce qu'ils savaient 
des projets de Tarmée française fi). LVpagnol ne perdit pas 
de temps, et, lorsque "3* Andelot se présenta, les chemina de Savy 
et de Ham étaient coupés dans la vaHée de Raulcourt et de Saint* 
Pbal par de larges fossés flanqués de barricades et garnis des 
meilleurs arquebusiers espagnols. Les français , reçus par nne 
vive fusillade qoi les atteignait de tous côtés , essayèrent , mats eo 
vain , de franchir ce mur de feu pour pénétrer josqu^à U ville. 
Les uns furent tués ou faits prisonniers ; le plus grand nombre 
battit eu retraite avec d'Ândelut. Le jour même de cette entre- 
prise (8 août), malheureusement avortée » Tarmée anglaise . forte 
de 1S,000 hommes et d'une nombrense artillerie , vint , sous les 
ordres de Pembrok , Clinson et Grey, se joindre k Tannée espa* 
gnole. Ils placèrent leurs tentes dans Tespaoe réservé entre 
Raulcourt, où était la bande du duc de Savoie^ et Fiorimont, où 
campait celle du duc d'Egmont . . 

La défaite de d'Andelot , coïncidant avec l'arrivée de Parmée 
anglaise, apporta un abattemeut presque général chez lesasûégés; 
mais bientôt le danger même excita leur courage ; on sentit de 
toutes parts la nécessité de déployer de l'énergie , d'organiser la 
résistance , et, soldats et habitants se multiplièrent ponr faire &ee 
à Tennemi , qui resserrait la ville de phis en plus. fSn grand 
nombre d'hommes des villages voisins s'étaient réfugiés dans la 
ville pour se mettre à l'abri des pilleries de Tespagnol : on cher- 
cha à utiliser ces forces vives, dressées au rude métier de la gaerre 



(1) Quelques auteurs allèguent, pour la justification de ces cavaliers, 
qu'Us furent arrêtés fortuitement par ies espagnols , et qu'ils ne dé- 
couvrirent la marche de l'armée française que sur lo point d'èlie 
pendus. 



k 



I 



— 477 — 

par CM temps d'invaftioD. Deux gentitehoaimes des environs, de 
CanlaîDCourt (1) et d*Amer?al , f enas pour contribuer de leur 
personne à la défense de Saint-Quentin , arborèrent chacun une 
enseigne, et, le jour même, on enrôla plus de MO hommes^ assez 
bien armés et équipés. Coligny, qui les passa en revue sur la 
grand^place de rOôtel^de-Ville , leur fit donner à chacun un écii 
et les logea dans le quartier de Monteseourt (2) , comme il avait 
tût des autres compagnies ; puis il leur assigna une place voisine 
de ce quartier, dans le service des remparts. 

Après cet enrôlement , Pamlral chercha à tirer parti, pour les 
travaux de terrassements, des autres gens de campagne non 
armés et qui s'étaient réfugiés dans la ville. 

Les invalides et tous ceux qui rie vonlnrpnt pas accepter le tra- 
vail , furent prévenus de se trouver une heure avant la nuit à la 
porte de Ham, pour sortir de la ville. Le soir, plus de sept cents 
personnes de tout dge et de tout sexe quittèrent la ville. Ces 
malheureux furent horriblement maltraités en traversant les lignes 
anglaises et espagnoles. Déplorable mesure , et qui nous parait 
d^autant plus cruelfe de la part de Coligny, qu'il a dit lui-même 
précédemment qu*il y avait dans la ville des vivres pour trois mois ! 
Or, u*esl-ce pas le cas, si le fait était vrai, de Taccuser de cruauté, 
et, sil était faux, de prétendre que Tétat des vivres qu'il avait fait 
faire par ses soldats était exagéré et moins véridique que celui fait 
par les délégués de la commune ? 

Pendant la nuit du 8 au 9 août, les espagnols approchèrent leur 
batterie de brèche vis-à vis la partie avancée de la vieille muraille 



(i) Jean y de Caulaincourt , marié le 4 aot^t I5M, à Françoise du 
Blez , fille de Jean , baron de Nielle, sénéchal et gouverneur du Bou- 
lonais. 11 était protestant. Pour récompense de ses services dans 
Saint-Quentin assiégé, le roi Heuri II, par ses patentes du 49 noYembre 
1657, lui accorda la franchise d'entrée et de sortie du royaume, des 
blés, vins et autres marchandises non prohibées, pour tout faire mener 
par terre, par mer et eaux douces dans les Pays-Bas du roi d'Espagne. 
Elle a duré dans la maison de Gaulaincourt jusqu'à sa suppression, en 
17!25. Elle comprenait jusque 1,000 pièces de vin quelle pouvait' 
transporter. 

(2) M. S. de l'hélel-de- ville de Saint-Opentin. 



.- 47» — 

dii faulMOPg û'H\%. GoHiny, avcMî d« «e looprcneBC immti 
q«'4»n «YMi d*iihoid pm po«r dts travMa de tipe , ji^m U ido* 
DMDt veDu de ee nepAier daasreneeinte de la .vHle. H dima dea 
ordrea |»Qttr renl^emeiit de ranJHerie, dea beidcta , des «rnieat 
ouliU, baUea de Jaio^, qui se trouveieot encore daaa le faulMurg ; 
on ranena ie !K>«t dana la tille, puia on remplit de maAîèrea ki'~ 
flenuB Aies toules |ea maiioiia idu bas^aebourg dpiu lee bahic au te 
8*4iaieitt reUr^a auccesalveiiieAl depMîa le commeoeenent Os aîége, 
emportant dana la ville leura afteta lea plna prMeos. Oa doit 
recottoaltre ici que ramiral avait agi avec prudence en n'évacoant 
paa le iaubourg le 9 août , comme le demandaieut aea of&ctera, 
pulaqu'il avait retardé de cinq Joura lea travaux du sié^e aaua 
perdre un aeul homme. 

Une deroî^heure aprèa la pointe du jour, le eauou eapagnol 
coomeuça k iir^r à granée fooléi coutre la vieille «auraîUe du 
béa-faubourg. L'aeiical fit alora aeulemeut replier aea troqpea .en 
bon ordre vera la porte délaie, et mettre le (eu à touiei fea meiaoue 
abandonnéea. Ou chargea epéeialement de (ce aoin «u artificier 
éeosaaia de la eompegnie du conte de Barau ; cet ordre fut «i bien 
exéeuté qu'en un ioatent tout \e faubourg fut en Aamme» » depuia 
r^gUtt de SBiut<-£!oî juaqu*à celle de Saiot-Pierre-eu-Canal. 
Uii*y«ttique Takhaye deSaint-OHenlin-en-riele qui ne put être 
looendièe , malgré .lea préoeartimia f^riaea pour y fam pceudre le 
feu (1). 



(I) ff Toutefoi», ceUe abbaye fat garantie do sa ruine poar ce coop; 
» car. encore que loutea les maisons de ce faubourg eussent passe par 
9 les flammes , le feu ne put prendre aux bâiimeos de ce^nonastère, 

> encore qu'on eût pris ,peine à y préparer tout ce qui était nécessaire 
pour ce si^et et qu'on eut amorcé tous les endroits plus propres et 

9 plùti Uk^àies à s'enOammer. Mais pourtant la conservation ne fui pas 
9 de longue durée ; car les ennemîd s'élanl rendus incontinent maUree 
» de.c^ faubourg 4 ils se saisirent aussitôt de cette abbaye où Us se 

> logèrent, y (aisant tout ce qu'ils jugèrent leur pouvoir servir, pour de 
B ]jk battre et incommoler les assiégés dedans la ville , Jusque-là qiie 
» j'ai o}fl dire .qu'ils y jQrept une plate-forme b^ les plus h|iiita bAMs- 
» mens, afin d'y placer quelques pièces d'artillerie pour battre.le flaoç 
» tout le long des remparts. » 

M. -S. Delafons. Bibliothèque de M. Le Serurier. 



On mura i llDstant même la porte <f Ule , placée entre deux 
loars , pen'hnt qae CoKgny §arveillait ce travail pour intercepter 
lonte communication avec l^eitériear. Un habitant du quartier» 
déjà âgé , crut devoir l^avertir qu*n savait par tradition qu*uii 
ancien détiôt de poudres existait dans les tours placées de chaque 
c6té de la porte d'Isle. Le capitaine Languetot , chargé delà 
"Visite des jnuiâions , n'avait aans doute pas porté ses recherches 
4e.fiB o6lé . faute ^^inditatioB suffisante ( i ) . Ou força les serrures 
nsni'ouilléee des fortes <ëont Ws clés étaient pevdues depuis long- 
teqpfks, /%t on trou va. en «(Set uae assez gnande quantité de poudres 
jMofeffmées dane des onques ; mais le bois en était si vermoulu quMl 
tombait eu poussière dés qu'on y portait la maîn , ot qu*il était 
êmpoasible de transf^orier la poudre aulreaMnt4|ue dans desdcapt. 
Coligny ordoona.de débarrasser oes poudres ; mau soit quMI n*eùt 
jpas iadi<|ué les précautions desûreté ludiapeusables pour un tra-^ 
wail si dangeneux, ex^mité au milieu >d'uue conliision inévitable 
4aBS un pareil mouMiU, soit .qu^uae étincelle ^a maisons qvi 



(1} Coligny dit daos son récit, t» 996 : c Après quê fmés retiré Unu 
9 lesgenfi de guerre du faubourg d'isle, je fis commencer à remporer 
» la porte de ce costé. Environ une demi-heure après que feus corn- 
» mencé d'y travailler^ il vint un homme de la ville me dire quÙ serait 
3 bon de faire âter qudque quantité de poudre à canon qui était dans 
> druo? tours qui étaient ècôlé de ladile porte, dont tl n'avait jamais été 
1» parlé cmparsKont même ou capitaine Languetot, enêquelf avais donné 
» charge de iesuisiterUmtes et ies endroits où U y en etoait. Jefisèn- 
j» conlitmU kver ks.. serrures, des portes, parce que ks àhfknes'en trou^ 
» .voient point, s (9tc. 

,11 est éivi^epi gu« c^ dépôt de poudres était là oublié depuis loi|g«- 
temps , puisque les coques qui contenaient cette pondre tombaient eu 
poqssière lorsqu'on les touchait , et qu'on fut obligé d'employer des 
draps pour la transporter. Si on ajoute quo les clés des deux portes 
étaient perdues , on ne peut conclure que les ofOders municipaux 
avaient connaissance de ce dépct, mais plutôt qu'un ancien habitant du 
Cartier, instruit par iraditlon , en avah donné bénévolemeot avis i 
l'amiral. Les bonrgaoto Aavaleot aucun intérêt à oacber ce ôép^ à 
CoUgny, et Ai on peut les accueerdloubU dans nn pareil moment, on 
doit bien autant s'en prendre à la négligence du capitaine l^angiietot, 
chargé spécialement de la visite de tous les magasins à poudres e| 
munitions. 



- 480 - 

brûlaient encore dans le faubourg , i peu de dUUnee, ait été 
portée jusque-là , soit enfin qu*un boulet , lancé par les canons 
espagnols, ait été jeté par -dessus la porte d^Isle , le feu prti aux 
poudres et fit sauter une des deux tours Cet accident occasionna 
une ouverture si large , que vingt-cinq soldats pouvaient y entrer 
de front. 

L*aiBiral, qot était en ce moment à la Tour -A^rEaa. accoorat 
en toute hâte et se plaça sur la brèche avec les soldais et les babé^ 
Cants qui- se troanaient U. Heureosemeat que la flamme de l'ia- 
cendie do faoboorg d*Isle, parvenue à son plus grand développe- 
inent , formait alors une immense colonne de feu et de fumée, 
interceptant pour ainsi dire toute communication avec la ville, 
car plus d'une demi-heure s'écoula avant que Tamiral eût pu 
réunir sur la brèche les soldats qu'on avait retirés du faubourg, 
et qui étaient allés as repaître et se ra fraîchir. Les habiiauu et 
ouvriers, aoooorus de toute parts, mirent tant d*empres6emeot 
qu*eo moins de deux heures la brèche était fermée et presque 
aussi forte qu'avant révénemeot. On perdit dans cet accident 
une quarantaine de personnes, parmi lesquelles éiaieut duq offi- 
ciers, que Colignf regretta beaucoup. 

La mauvaise issue de la tentative de d^Andelot rendait tous les 
jours plus urgente , aux yeux de Coligny, la nécessité d'un se- 
cours ; il s'ingéniait à trouver les moyens de l'introduire dans 
Saint-Quentin. Dans cette pensée , il fit étudier les moyens de 
traverser le marais de Grosnard , situé à peu de diatanee de 
Tourrival , pour ensuite gsgner la Somme et U traverser dans la 
direction de TAbbiette. On rendit le passage à peu près prati- 
cable au moyen de fascines et de planches jetées sur les tourbièrss. 
La troupe qu'on devait amener devait, au moyen de bateaux 
plats, traverser la Somme en biais, partant de la digue deOaoèhy, 
aborder à ta rive du côté du mur de la ville, pour gagner, i tra- 
vers les marais, par le passage improvisé , la poterne de la pre- 
mière tour. Coligny donna immédiatement , par trois archera, 
avis de ce projet au Connétable à La Fère, en l'engageant à ae 
procurer des bateaux plats , attendu qu'il n'avait à sa dispositaon 
que trois nacelles si petites qu'à peine pouvaient-elles cootenir 
quatre hommes. 



1 



— 481 — 

Le Connétable partit de La Fère le 8 août, et vint près du village 
d'Esstgiiy-le-Grand, à la tête de â,000 chevaux et 4,000 hommes 
d'infanterie , commandés par le capitaine Evard , mettre de camp. 
Là , après avoir mis son armée en bataille , il s^avança le plus près 
qn^il put des marais de la Somme , avec les capitaines les plus 
expérimentés de son armée , puis il fit étudier par trois officiers 
déguisés, parmi lesquels se trouvait le baron de Fumet, la position 
des espagnols et la distance qui séparait leurs avant-postes de la 
ville et de la rivière. Ceux-ci s'acquittèrent de leur commission 
avec beaucoup d'intelligence. Ils laissèrent derrière eux un 
poste avancé d'arquebusiers espagnols, logé dans le moulin de 
Gaachy, et quoique rencontrés plusieurs fois par des allemands 
au service de TEspagne qui, dit Delafons, n'avaient ni truchement ^ 
ni croix rouge ou blanche, ils reconnurent, sans éveiller les 
soupçons des assiégeants, le marais de Gauchy, sondèrent les 
abords de la Somme, près l'Âbbiette , et parvinrent ensuite à re- 
joindre le Connétable sans acddent. 

Sur le rapport unanime de ces trois officiers, et eu égard aux 
dispositions des avant- postes espagnols, on décida que le ravitail- 
lement de Saint-Quentin , par ruse , était fort difficile , sinon im- 
possible, et qu'il valait mieux tenter de l'effectuer à force ouverte. 

Le Connétable fit donc rentrer ses troupe e à La Fère et prit 
aussitôt les dispositions nécessaires pour secourir ouvertement la 
ville assiégée. Le 9 août , il rassembla à La Fère son infanterie, 
sa cavalerie et son artillerie (i 8 pièces), en même temps qu*it 
envoja l'ordre au maréchal Saint-André , qui se trouvait à Ham, 
de venir le joindre le iu août, de bonne heure, sur le chemin de 
La Fére à Saiiit-Queutin (1). 



(1) De Mergey raconte dans ses mémoires un tait qui frappa les 

troupes, à leur départ de Ham, d'un sinistre pr&age. a Un grand chien 

> noir se YÎnt présenter devant elle , et estant sur le cul , se mist à 

1 hurler sans cesse, et quelque chose qu'on chasaast le did chien , il 

» retournait tourjours et coaUauoit ses hurlements : lors. M. le comte, 

i 9 adressant la parole au dicl sieur de la Çapalle-Biron , lui dlst': Que 

) » vous semble de ced, mon pèreJ Qui luy répondit : PiwbieUr mon 

1 fUst (car c'était son serment) qu'il ne swail qu'en faire; mais que 

» c'était une mimque maiplaisante. M. le Connétable répliquant , lu* 



-. 48î - 



m. 



BATAILLE SAINT-LAURENT. 



Pour rînteUigence de la bataille da 10 août et de» opèralioiM 
da siège, nous sllons présenter ici le campement des troopes 
assiégeantes, espagnoles, anglaises et flamandes, tel <|B*il est in- 
diqué sur deux gravures des opérations du siège de Saint- Quentin, 
en 1587 (1). Nous ferons remarquer ici que la plaee awignée 
sur les gravures à chaque corps d*armée, diffère qadqpefoia de 
celle indiquée par Coligny, Hémeré et Colliette ; mais nous «Ma- 
rnes porté à croire plus exacte la position donnée aux oorpe assié- 
geants dans les gravures faites par des dessinateurs flamands, en 
l'honneur de Philippe II ^ que les indications des chelii de Tannée 
assiégeante. 

Le gros de Farmèe espagnole et allemande couvrait la pbîne 
de Remicourt ^ depuis la route de Cambrai )usqa à la rivière de 
Somme, c'est-à-dire Tespace qui s*étend sur le côté drût de li 
Somme, vis-à-vis les villages de Rouvroy, Morcoort, Remanconrl 
et Omissy. Le parc d'artillerie était placé entre Varlfre de ile- 
mieourt et la porte Saint-Jean , avec les munitions et boulets. 
Auteur du faubourg Saiut-ieait , vers Remicourt , on trouve les 
tentes du duc de Brunsnick (Ernest), du doc de Brunswick (Henri), 
des comtes de Mansvelt , du marquis de Berghe , el conde de 
Rivages, marques del Valle, Principe de Susmona, don Femand 
de Gonzar, don Bernardino de Mendoça, el conde de Feria, 
Tévesq. d'Ârras, co. de Cbinchon, mons. de Bugincourt, mares- 
cballe du camp, mous, de Bignecourt, maredal del campe, 
Lazarus de Zhwendy, mons. de Glasgeon, m. camp Carceris. 

Au centre de la plaine , en arrière de Remicourt, le doc de 



s dist : Jecfù^, mtmpèrê , qHé nova alkm fbumit la comédie. — Par- 
1 bimf je le croy, répoedli-il ; et, se troore la prophéUe da dict sieur 
» véritable ; car, te leodemsln , la tragédie fat |oaèe. » 
MéoMlsee de Mcvgey, f«S50. 

(1) PaH^, bfbU<Hli«<fu^tt8tionSle, action des manuscrit». 



— 483 - 

Savoie» !• prinoa il*Orange, don Joaa Mamriqua. Quand h roi 
PhiUfpo il arriva au caœpi la 19 août, c*aaiU qu'il ean^a ,• dana 
la teDie du duc de Savoie , entouré des fiommeillers de oorpa, de 
la cavalerie major et de aes archiera. Le due de Savoie éloigna 
alors sa tente plus hu, vers la Sonaie , avec le meetre de canp 
Uquarret et le comte Megbeim. 

Iiiân plus a» arriére» vers Rouvroy , près le 9kfouliit âe lw/\gtirf, 
appelé dep«la Moulin^Bfi^lê, on trouve mons. de Boossu, mom, 
de Eerlayroont, il Camino ai Maêiires, VamonUion de$ tît^a», 
i€t m<ntiin$ du camp, l$$ ehevauœ âe famonition et piounnidtê, 
iu troupêauœ et le$ hagagee. 

Les flamande et wallons , commandés par le comte d'Egmont, 
avaient planté leurs lentes sur la hauteur de Cepy, vers Florimont 
et la chapelle d^Epafgnemaille, en descendant vers Nolremont et 
Bagatelle ; ou y volt indiqué le logement de Jorge van Holte. Vefs 
Ta chaussée de Vermand, un camp indique Conrat van Pemelbercb ; 
à Raulcourt et près de la ferme de Saint- Prix, le comte de 
Euvestaing; en arrière du moulin de Raulcourt, la bande du duc 
de Savoie avec plusieurs autres; au-delà de Raulcourt, Tinfanterie 
anglaise; à Gauchy, les chevaux anglais ; à Dallon, le comte de 
Home, mons. de Havrincourt; en arriére de Dallou, le comte de 
Swarsemboorcq; sur la hauteur du faubourg d^UIe . une batterie 
déa anglais; et dans le faubourg d'Isle mémo, deux batteries 
espagnoles de 8 canons super-étagés. 

Le 10 août f toute Parmée fran^aife se trouvait réunie à Jusay, 
i six heures du matin» et, vers neuf heures, elle était parvenue sur 
les hauteurs de Gauchy, en vue de Tarmée espagnole. Voici 
quelle était sa force : 900 gendarmes, 1000 chevau - légers et 
arquebusiers a cheval, 15 compagnies françaises et %^ compagnies 
•Uemandea d^infanterie (1) ; iâ piéecs d*arttllerie , dont six ea- 
noûêf quatre longuea éouleufriiies , trois me^yeniMi» «l deux 
bàfardes. Le Connétable allait de compagnie en compagnie, 
disant à qui voulait Tentendre qu'il allait montrer etux ennémU 
Uft tour de vieille guerre; malheureusement il n'en fut pas 



i^kj^ 



(1) Mémoires de Nergey, f» S55. 



— 484 - 

ainsi (i). Ce capitaine, a?ec une grande valear, était dépourvu 
de tactique et de prévoyance ; il n'avait pas ce regard d'aigle . si 
précieux dans le poste i^tevé de général en chef^ qui fait apprécier 
de suite la disposition des lieux , des armées, et en tire immédia- 
fement parti , soit pour l'attaque , soit pour la retraite. Si on a 
bien étudié la position de Saint-Quentin , assise sur la rive droite 
de la Somme et celle des troupes assiégeantes qni rentouraient, 
on a dû être frappé de cette circonstance que Tannée espagnole, 
anglaise et flamande était tout entière (sauf ié enseignes ) campée 
sur la rive droite autour de la viile et tout-à-faic réparée de 
Tarmée française, maîtresse de la rive gauche. Un seul passage 
de communication existait entre les deux rives: la chaussée de 
Rouvroj , chaussée étroite et difQcile. Tous les soins et les efforts 
du Connétable devaient être dirigés vers ce point, 8*en emparer, 
rintercepter ou Toccoper jusqu'après rentrée dans Saint-Quentin 
des secours qu'il amenait* Il eût été certain de ne pas être in- 
quiété pendant le ravitaillement, et n'eut pas couru les rlsqaes de 
faire écraser sa petite troupe par un corps d'armée trois fois plus 
nombreux. L'issue de la journée eut tourné tout à l'avantage des 
armées françaises, si le Connétable, après avoir culbuté les avant- 
postes espagnols et bloqué dans le faubourg d'isie les ié enseignes 
du capitaine Carondelet qui y étaient logés, eût envoyé de suite 
couper le passage de la Somme à Rouvroy ou le faire occuper par 
deux pièces de canon soutenues d'arquebusiers. C'était le seul 
passage praticable pour traverser la Somme et encore était-il si 
étroit et si difficile qu'on ne pouvait y faire marcher que trois 



(1) Melvil, dans ses Mémoires , raconte que, quelques Joins avant 
la bataiUe de Saint-Quentin , le ConnéUible^ chassant avec Henri II 
auprès de Reims , fit rencontre d'une figure aussi eztraordlnalie que 
celle qui avait rendu fou le bon monarque Charles VL Cette figura Ini 
dit: A toi, Montmorency, je t annonce, aunomdu Ciel, qvedamsinm 
jours touU ta gloire sera en poudre! Attends, répondit le Connèlabte, 
ta mâchoire sera en canelle auparavant. A ces mots , il porto en effet 
un coup rudement assené sur la tète du malheureux pèlerin , et s'en 
alla causer avec M. de Gonzague, duc de Ne vers, comme si rien n'eût 
été. 



-. 48S ^ 



\ 



hommes de front (i). Les armées etptgoole, flamandet el anglai* 
ses, dont les camps 8*6tendaieiit sur la rive droite de la Somme à 
proximité de la ville, n*eassent pu traverser la Somme à proximité 
et s*opposer, en même temps, aux desseins de Tarmée française^ 
entièrement miltresse de la rive gauche et pouvant ainsi opérer sa 
retraite en sûreté après avoir introduit sans obstacle un secours 
d'hommes dans St. Quentin. 

Au lieu de prendre ces précautions élémentaires et indispen - 

sables pour assurer, après le ravitaillement de St. -Quentin, la re* 
traite de l'armée qu'il commandait, le général français^ ne son- 
geant qu*à rattaquci culbuta les deux compagnies postées au 
moulin de Gauchy et bloqua dans le faubourg d*l8le les 14 ensei- 
gne espagnoles. Parvenu au bord de la Somme/^vis-à-vis Raulcourt. 
il fit mettre en batterie, le long de là rive gauche, Tartillerie qu'il 
avait amenée, et bientôt on euvoya, des hauteurs qui avoisiuent 
fÂbbiette, des boulets qui, passant au-dessus de la Somme^ vinrent 
jeter Tépouvante dans le camp du duc de Savoie, assis sur la hau* 
teurde Eaulcourt. Un archer des gardes du duc de Savole^fait 
prisonnier le matin même, avait indiqué aux canonnière français 
la tente de ce prince, et les boulets de nos canouniers arrivèrent 
bientôt si près de cette tente, que Philibert ne prit pas le temps de 
se revêtir de ses armes pour Tabandonner. C'était assurément 
bien glorieux de faire fuir ce fameux capitaine devant les boulets 
français ; mais l'imprévoyance du Connétable devait, avant la fin 
de la journée, nous faire payer bien cher cette satisfactiou 
d'amour-propre. 

Les troupes destinées à être introduites dans la ville atten* 
daient, rassemblées sur les bords de la Somme ; mais les six à sept 
bateaux plats, amenés par le Connétable pour faciliter le passage 
de la rivière, avaient été maladroiteiQfl||^lacés a la queue de la 
colonne, il« n'arrivaient que lentemeoi. On perdit encore un 
temps prédeux i les décharger et à les mettre à flot. Enfin, lors- 
qu'ils furent prêts, l'empressement des soldats français pour s*y 
jeter lût si grand qoe les barques trop chargées s'envasèrent dans 
le limon de l'étang de TAbbiette et occasionnèrent de nouveaux 



(1) De Thou, vol. U, f<> 5it. 

32 



- 48C - 

retarda au passage des troupes. On fut un icmp:) infîiii à fôutmr 
les dégager et \e9^ remettre à flot, et le passage ne put s'effectaer 
qil'avec des lenteins cl dcspeinc^ incroyables. Les sotdaits débsir- 
qucssur l'autre bord, ne connaissant pis le passage dan^te aiardi» 
lurent exposés dan^ leur précipitation, à tomber dans lef fon- 
drières toOrbeuses de la Somme. Hon nombre s^eufoncèrent dans 
les boues mouvantes du marais ou se noyèrent dans leff puisards. 

Malgré tous tes obstacles, il entra dans la ville, tant par (» po- 
terne de Tourrival que par la muraille même, au moyen d^écbelles 
^ qu'on leur descendit, environ 450 soldats et canouniers (1), et 
plusieurs capitaines vaillants et expérimentés, parmi lesquels noas 
citerons d*Ândelot, frère de t'amiral Coligny^ qui ne lui cédait ni 
en courage, ni en habileté ; il arriva trempé des eaux fangeuses 
de la Somme dans lesquelles il s*était élancé; le vicomte de Mont 
Notre- Dame, les sieurs de la Cuces^ de Nattas (2) de St -Remy, 
ingénU:ur-mineur fort instruit, qui avait eontrîlmé avec saccés à I» 
défense de Metz. 

Cependant, le prince de Piémont, qui avait suivi tous les motr- 
vement» dc.rarmée française, s*aperçut de la faute commise par le 
Connétable, et, voulant en profiter et prendre, 6*il était possible, 
une édalente revanche, il dirigea sa cavalerie vers le passage de 
la Somme, à (touvroy, seul praticable à qi^lquc dbUuee. On fit 
traverser cette chaussée, au pas de course, au plu» grand nombre 
de soldats possible d'inf.interie*et de cavelerfe. Ces troupes, à 
mesure qu* elles débouchaient sur la rive gauche de Ta Somme , 
faisaient un circuit par Barly, vers MesntI , pour se dérober â la 
vue de Tarmée française ; cachant leurs manœuvres à la faveur de 
là fumée des chaaraes qu*elles incendiaient pur lenr route, ef for- 
mant un vaste réseau autour de Parmée du Connétable, oeeopée 
tans défiance à rembarqjàeroeut des troupes^. 

Vers le milieu du jour, le duc de N'evers, envoyé par le Con- 
nétable avec ses compagnies de gendarmerie et Ses ooropaguies de 



(1) Le service des pièces avait été fait jusqu'alors par les canon- 
Biers de la ville. 

M. -S. Bibliothèque coromunale de Saint-Queniiii. 

(2) M. •'S. Delafons. 



j 



"■ 487 - 

Carton et d*Aubigné , pour éclairer les plaines de Neuville , hit 
bien étonné de voir, des hauteurs quMI occupait, la cavalerie 
ennemie s'avancer comqae un long rubun derrière Harly et se dé - 
velopper vers le Mesnil-St- Laurent. Il comprit aussitôt la faute du 
Connétable et le danger que courait Tarmée française. Un mo- 
ment indécis , il hésita s'il attaquerait le prince de Piémont qui , 
é la tête de 3^000 chevaux , protégeait le passage des. troùpcii. 
Cette charge , faite avec des forces bien différentes éti nombre, 
lui paraissait téméraire; elle eût peiit-étre été avantageuse et 
mliUaire: car il est possible qu'eu se taisant tuer là, il eût donné 
le temps à Tarmée française de se retirer ; mais, u*ayant pas d^or- 
dres, il jugea plus prudent de prévenir le Connétable de ce qui se 
passait et de suivre ses instructions. Il replia sa compagnie sur ùU 
coups de cavalerie légère, commandée par le prince de Condé 
qui était en bataille au moulin de Gratte- Panse , sdr le chemin 
du Mesnil , et il courut en toute hâte prévenir le Connétabll» de ce 
qui arrivait. Celui-ci , après avoir pris Tavis ÛH principaux 
capitaines de Parmée, ordonna de battre en retraite, mats av^d 
prudence et en faisant tout pour éviter la bataille. On ttt valoir 
qu'il était dangereux d^engagcr la lutte et qu*ou devait se tenir 
satisfait d|avoir Introduit un secours d'hommes dans SAîut-Quan- 
tin. Mais on n^aVait pas pris les précautions nécessaires poui^ 
pouvoir se rétirer avec sécurité ; il était trop tard pour éviter la 
bataille, en faced*nn ennemi qui s*avanç.iit menaçant et nombreux 
de lous côtés. Dans ce moment d*anxieté on poussa la négligence 
si loin qu'on ne prit pas même la précaution d*embttsquer une 
cinquantaine d'arquebusiers dans le mouKn à vent placé , h peu 
de distance dé la chaussée de Grand<Essigny, sur la hauteur dé 
Grugtes, afin de couvrir la retraite de l'armée et de retarder la 
marche de Teniiemi. 

Ordre fut donné à Tinfanterie française de s'ébranler, de pren- 
dre le devant. Elle s'avança en bon ordre, mais avec célérité, 
vers les bois de Jossy qui seuls pouvaient lui offrir un couvert 
contre les attaques de la cavalerie ennemie. Â la vue de ce mou- 
vement , les escadrons espagnols enveloppèrent plus étroitement 
Tarmée française dans le vaste cercle qu'ils formaient déjà. Bien* 
tôt le comie d'Egmont commença la charge à la tête de 8,000 
chevaux ; *1 attaqua Termée français» par un flanc , tmdls que 



-> 488 — 

Eric et Ernest de bruiiewick la prenaient par k*«utie flanc arec 
chacuo mille arquebnsiers à cheval. Pierre Esneat de Hansfeld « 
avec les comtes de Yillen , de Homes, d^Hoogstraten et de La- 
laing (t) laucèrent en même temps le gros de lear cavalerie sur 
Tarrière -garde de nutre armée, de manière i rècraser oa à Ti- 
Bolerdes carrés d*infanterie. Le duc d'Eoghien, jeane et plein 
d*ardeur, se rua à la léte de la cavalerie légère qo*îl commandait 
pour entamer ce mui de Ter et de feu qui se reaserrait de phis 
en plus comme pour étreindre Tarmée française ; mais d^à la 
confusion mise dans les rangs de i*arri ère-garde française par les 
marchands et goujals de Tarmée , qui fujaient tout troublés, 
contribuait au premier succès de la cavalerie espagnole. 

Le ducde'Nevers, qui tenait la gauche de rarrière-garde, 
pris en flanc par le prince de Piémont, fit face à Tennemî dans la 
vallée de Grugies, à la tète de ses compagnies de gendarmerie; 
mais gêné généralement dans ses mouvements par la piéiaille qui 
accourait des hauteurs pour se mettre à Tabri dans les rangs de 
sa troupe et y jetait le désordre, il fut accablé et rompn par les 
charges impétueuses des pistoliers allemands. Un înddent vint 
encore aggraver la position déji bien difficile du duc de Nevers; 
une compagnie de chevau-légers anglais, à la solde de la France, 
tourna bride au milieu de la bagarre et passa tout entière à l'en- 
nemi. En vain les officiers et leur capitaine Crécy s'efforcèrent 
de les arrêter ; non-seulement ils furent sourds^i sa voix , mais ib 
poussèrent ranimoaité contre Tannée française jusqu*i poursuivre 
dans la vallée de TOise un gros de notre cavalerie qui sVtait écarté 
deGec6té(9). 

Sous la protection de Tarrière-garde, rinfanterie, composée 
de veilles bandes, avait continué i marcher en bon ordre avec 
le gros de Tarmée, mais elle fut attaquée de tous côtés, à lasortîe 
du village d*Esaigny-le-Grand, lorsqu'elle était sur la chaussée 
qui conduit à Lizerolles. Au milieu d'une grande plaine, située 
entre Essign}*- le -Grand, Montescourt-Lizeroles et Gibercourt, 



(1) Deîboa, tome 11, r« 514. 

(9) ll.-S. BIbliotbèqae deH» Le Serurier. 



— 489 — 

af pelée par des historiens Blanque-Fo$se, et par d^autres Grin- 
cauval on Vallée- Fouqutt, l^ennemi qui l*entourait, se rua sur 
cette petite armée avec une Impétuosité que les premiers succès 
rendaient plus difficile à soutenir. I/infanterie française se forma 
«n carré et soutint, uon seulement ce choc terrible, mais encore 
des charges continuelles qui dorèrent près do quatre heures. Il 
fallut avoir recours à Tartillerie pour entamer ee carré d'airain. 
LHntoterîe française fut alors brisée^ el ce ne fut ploê qu'on car- 
nage général jusqu'à la fin de la )oornée'. Ceux qui ne furent pas 
tnés évitèrent difficilement d^étre faits prisonniers. Tous les ca- 
nons restèrent au pouvoir des Espagnols^ excepte deux pièces que 
le capitaine Bourdillon parvint à ramener à La Fère. 

Il périt dans cette bataille funeste & la France, et qu'on nomma 
hataUle Saint- Laurent, à cause dti nom du saint do dixième 
jour d'août, de cinq à huit mille hommes, suivant les divers his- 
toriens qui en font roeuliou (l). Parmi les officiers de premier 
rang qui perdirent la vie, nous citerons principalement Jean de 
de Beorbon, doe d'Engbien. Cecapitaioei après aveireo deux 
cheveux tués sops lui, traversé .d'une balle au moment où il rame- 
nait ses spldats au eombet, lut jeté i bas de cheval et fait pnwi» • 
nier par les Espagnolsi qui le portèrent à Seraoeourt, oùil expir»» 
On perdit i noore François de la Toor, vieomte de Turenne, gen- 
dre du Connétable, et beaucoup de capitaines el d'enseignes dis- 
tingués. La principale noblesse de Pteardie y trouva une mort 
glerieuse. Ce fut lA le bereeau du régiment de Picardie» premier 
régiment de France, surnommé ilepuis VlntindbU* Le Connéta- 
ble, bleasé d'un coup de pique, fut fait prisonnier avec MoiUbé- 
ron son jeune fils, les ducs de Mootpeusier et de LonguevUle, le 



(i) Catherine de Laittier, lemme ou iikàte de Louis Variât, seigneur 
de Gibercourt, maieur de Saint-Quentin, ne put voir arec iodiflérence 
les cori>8 des français tués dans cette journée, abandonnés sans sépul- 
ture au milieu des piaines de Montescourt^ Gibercourt et Essigiiy. Elle 
consacra et fit bénir, près de Gibercourt , un champ nommé le Vieux- 
Moustier et depuis le Cimetierfe^l&-P\ieuXf dans lequel eUe fit apporter 
et ensevelir la plus grande partie des cadavres des soldats français ou 
espagnols tués dans cette sanglante journée. 

GoU., tome m, !• 901 . 



- 490 — 

maréchal Saiiit*André, de Yaasé, Louis de Gou7.i^ue, depuis duo 
de Nevere, de Curton, de la Roche du Maine, le Rbîograve, le 
comte de L{irochefoucault« etc., et plus de trois cents geatilshoin- 
mes, presque tous chevaliers de l'Ordre de France. 

Le duc de Ne vers, jeté plusieurs fois â bas de cheval, ta mi-» 
lieu des plus grands dangers, eut la cuisse entamée par deux 
coups de pistalet, omis il échappa i tous ces dangers, rallia plu- 
sieurs fois ses gendarmes et les ramena au combat. Après la dé- 
ronte de rinfanierle, il fit sa retraite vers La Père avec le prince 
de Coudé et François de Montmorency. Le doc de Nevers avait 
tant de fois exposé ses jours avec témérité, que Philibert, qui 
Tavait plusieurs fois vu disparaître au milieu des plus grands dan- 
ger