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Full text of "L'art de l'indigotier"

2261 BEAUVAIS-RASEAU (Mr de). L'art de l'indigotier. Paris, s- n., 1780; 
In-follo, br. 

Ouvrage rare faisant partie de la « Collection des Arts et Métiers » 
publiée par l'Académie des Sciences, ornée de 10 grandes planches gravées 
par M. de la Gardette. 

Histoire de l'indigo, les Indigos d'Amérique et d'Asie, culture à St- 
Domingue, à la Jamaïque, à, l'Ile de France, etc.. (Qq. rousseurs). 



PURCHASED BY THE 

Mary Stuart Book Fund 

established 1893 
The Cooper Union Library 



LART 

DE 

L INDIGOTIER. 

Par M. DE B EAuvAi s Ra seau. 



M. D C C. I. X X. 






Otto^ef;^^^ 



^^■^ 



330^28 










L A R T 




LIVRE PREMIER. 



CHAPITRE PREMIER. 

Notions préliminaires. Plan de l'Ouvrage. 

L'Indigo ou l'Anil, efl: le produit d'une plante qui a macéré ÔC fermenté 
dans une {uffifante quantité d'eau , & dont l'extrait , après avoir reçu une longue 
Se violente agitation , dépofe afTez promptement une fubftance qui dès-lors porte 
le nom d'Indigo , lequel étant defleché convenablement , fournit abondamment 
& fbus peu de volume, une couleur bleue très -belle & très-folide. Ces excel- 
lentes qualités font caufe que les Peintres &; les Teinturiers en font un fréquent 
ulàge , comme on peut s'en inftruire dans l'Art du Teinturier , donné par l'A- 
cadémie des Sciences , dans le Diélionnaire Encyclopédique , & dans plufleurs 
autres ouvrages concernant le Commerce , les Arts & Métiers. 

Cette matière diiîbute en petite quantité , Se mêlée au fàvonnage dans beau- 
coup d'eau , a auffi la propriété de faciliter & de pcifc<5lioriner le blanchiflàge 
de la foie , du linge Se du coton ; ce qui en augmente encore la confommation 
tant en Europe que dans nos Colonies , où Ton voit rarement des Teinturiers en 
exercice ; mais comme cette fubftance ne s'acquiert qu'après de grands travaux , 
Se qu'elle vient de fort loin , elle eft auffi d'un grand prix. 

Cette denrée fait depuis un temps immémorial , une des principales branches 
du commerce de fAfie , Se elle eft devenue une fburce d'accroiflements Se de ri- 
cheflès pour les Colonies que les Européens ont dans le nouveau Monde. 

L'Indigo étoit autrefois regardé en Europe , comme une elpece de pierre 
naturelle de l'Inde, & portoit en effet le nom de Pierre indique ^ ou fimplèmenô 
dilndic ; il a pris enfuite confufément celui ^Inde Se êiAnil avec le nom qu'il 
porte aujourd'hui. Ce n'eft que depuis les grandes découvertes de l'Amérique Se 
des Indes , qu'on en a biea connu la nature , ainfi que la fabrique. On ne peut 
Indigotier, A 



a I N D IC OT m R. Livre L 

cependant guère douter que dès avant ce temps , on ne fît de l'Indigo en Ara^ 
bie ( I ) , en Egypte ( :i) , & même dans l'Ifle de Malthe ( 3 ) ; mais comme on 
en caclîoit avec foin l'origine & le procédé , notamment dans ce dernier lieu 
tout celui qui fe confbmmoit ci-devant en Europe , étoit réputé venir àts> Indes. 
On croit encore avec beaucoup d'apparence , que les anciens naturels du Mexi- 
que , en fabriquoient une elpece qui , jufqu'à ce jour , a porté le nom ^Inde , 
qu'on lui a confervé pour les raifons que nous rapporterons dans la fuite ; mais 
(bit que les Mexiquains en connuflent la préparation , foit qu'elle leur ait été 
communiquée par les Caftillans revenus des Moluques , il ell toujours certain 
que les premières matières fabriquées en ce genre à l'Amérique , font forcies de 
la nouvelle Efpagne : il efl: encore fort vraifemblable que de toutes les IÛqs de 
l'Amérique , celle de Saint-Domingue efl: la première oij l'on ait cultivé la plante 
de l'Indigo : ce qui paroît fondé fur le rapport de Lopes de Gomès , qui dit (4) , 
qi^e de fbn temps il fe faifoit de très-belles couleurs d'azur dans l'Hilpagnola ; 
& fur quelques pafîàges du Père Labbat, donc nous allons faire le réfumé. Cet 
Auteur raconte ( 5 ) j qu'étant à Saint-Domingue en 172*^ , il fut au quartier 
du fond de l'Ifle à Vache , que les François commençoient à peine à défri- 
cher, & il ajoute: Les anciennes Indigoteries qu'on rencontre dans l'intérieur 
du pays, prouvent que toute cette côte a été autrefois habitée par les Efpagnols , 
qui l'ont abandonnée pour aller s'établir au Mexique, après la conquête deFernand 
Cortès (^6). Or, en fixant l'époque de cette entière défertion, aux ravages qui 
précédèrent Se accompagnèrent notre invafion dans l'Ifle , ou feulement au temps 
du gouvernement de M. le Chevalier de Fontenay , c'efl-à-dire , en 16^2 , on 
en doit au moins conclure que les dernières fabriques des Efpagnols dans cette 
partie de l'Ifle de Saint-Domingue , concourent avec |es plus anciens établilTe- 
ments de cette efpece dans nos Ifles , dont la date ne remonte qu'à l'année 11544 ? 
temps auquel M. de Poinci , Commandeur de l'Ordre de Malthe , & zélé Cul- 
tivateur , commença à en encourager le travail dans toutes nos Ifles , dont il eut 
le gouvernement. Il relie maintenant à fàvoir fi les Efpagnols ont tranfporté 
quelque plante d'Indigo de Guatimala, dans l'Ifle de Saint-Domingue, s'ils ob- 
fervoient dans leur travail la méthode des Mexiquains , & de qui nous tirons la 
nôtre ; mais c'eft fur quoi les Auteurs ne nous offrent que des conjeélures peu 
fatisfaifàntes. Le Père Charlevoix, ou plutôt le Père le Pers , flir les Mémoires 
duquel il a travaillé , dit dans fon Hiftoire de Saint-Domingue ( 7 ) : Il y a deux 
fortes d'herbes appellées Indigo, Il en croît une efpece qu'on nomme Indigo 



( i) Henri Midelton, cité dans Purchas,Chap. 
II. verfet 3 ypage 2^9 ; & Douton, dans Pur- 
chas , Chap. 12 , verfet 2, page 271. 

( 2 ) M. Marchand , dans les Mémoires de l'A- 
cadémie des Sciences, Année 17 18 ,pageç^. Re- 
lation du Voyage de Csefar Lambert en Egypte, 
pagej^in-^". 

( 3 ) Burchard , dans la Defcription de l'Ifle 
de Malthe , Chap. 6 , page 23 , Edit. de 1 660. 



(4) Chapitre 25. 

( y ) Hiftoire générale des Voyages, Livre 7, 
Tome Î9 , pages 2 , 141 & 143. 

(6) La ville de Mexique fut prife le 13 Aoûc 
I5'2i, après 53 jours de liège. Jean Barrow, 
Abrégé Chronologique , ou Hiftoire des décou- 
vertes faites par les Européens. Vol. 2.pag. 423. 

( 7 ) Volume 2 , page 489. 



Chapitre I. Notions préliminaires. 3 

hâtard , de qu'on a cru long-temps n'être bonne à rien. Un habitant de rAcui , 
nommé Michel Périgord , s'avifa il y a 20 ans , (ce qui revient , fuivant t Auteur ^ 
à r année 1704) , d'en faire un elTai qui lui réuffit ; il s'y efl: enrichi , & tout le 
monde l'a imité. Aujourd'hui cet Indigo eft au même prix que celui des Indes. 
(L'Auteur entend parler ici de t Indigo qui Je tire a Saint-Domingue 5 de la plante 
nommée Indigo franc, quipajje pour avoir été apportée des Indes proprement dites). 
Il faut pourtant avouer que celui-ci, ( cefl-à-dire , l'Indigo qu'on tire de l'efpece 
du franc) , a un tout autre coup d'œil ; l'Auteur efl ici tombé dans une erreur dg 
prévention : mais en récompenfe , celui-là ( le bâtard) vient dans plufieurs ter- 
rains qui refufent le premier. On a tenté d'en travailler plufieurs autres qui font 
venus de Guinée , mais fans fuccès. Au refte , quand je dis que l'ancien Indigo , 
(l'Auteur auroit plutôt dû , en ce cas , l'appeller le nouveau) , eft venu des Indes 
orientales , je parle avec le plus grand nombre des Auteurs qui en ont traité ; 
mais ce fentiment n'eft pas fans contradidion : plufieurs prétendent qu'il eft 
originaire du Continent de l'Amérique, & fur-tout de la province de Guati- 
mala. 

Toutes ces opinions rapportées parle Père Charlevoix, paroiflent cependant 
peu foutenables , quand on confidere qu'aucun Auteur des différentes Hiftoires 
Naturelles de la nouvelle Efpagne , ne fait mention de ce tranfport , & que 
parmi les efpeces qu'ils nous repréfentent avec leurs noms Mexiquains , comme 
originaires de la nouvelle Efpagne , celle de l'Indigo franc ne fe trouve point 
du tout. Il eft vrai que George Rumphe , auteur de l'Herbier d'Amboine (i) , 
parlant de l'Indigo des Malayes , nommé Tarron , dont la defcription faite par 
l'Auteur , fera fous peu rapportée , dit que les Efpagnols l'ont tiré des Moluques 
pour l'introduire dans les Ides de l'Amérique , où il en croît une grande quan- 
tité ; mais on verra que cette plante diffère en plufieurs points , & fur-tout par 
la forme de fes filiques ,fig. 2. ,PL 3 , de celle de l'Indigo franc de nos Co- 
lonies ; ce qui affoiblit de beaucoup le poids de cette autorité. On ne cachera 
point non plus que George Wolff Wedelius ( 2 ) , penfe que les Portugais & 
les Efpagnols , après avoir cultivé cette plante dans les Indes , en ont porté 
la graine dans leurs poffeffions de l'Amérique ; mais il ne donne ce fentiment 
que pour une fimple conjeélure de fa part. Après ces différentes remarques , il 
ne nous refte autre chofe à penfer , fi ce n'eft que les François ont apporté l'ef- 
pece dont il eft queftion , des côtes de la Méditerranée ou de la Mer rouge , ou 
que l'ayant trouvée dans les Ifles de l'Amérique , ils font les premiers qui i'ayent 
cultivée ; ce qui femble en effet être indiqué par fon ftirnom Aq franc , Se con- 
firmé par l'adoption qu'en ont fait les Anglois ( 3 ). 

Nous n'avons pas été plus heureux dans les recherches que nous avons faites 



( î ) 5•^'Pa^tie , Chap. 39 , fct^e 220. 

( 2 ) Exercices médicophilologîaues , Décade 

( 3 ) William Burck , Hiftoire des Colonies 



Européennes dans l'Amérique , Tome 2 , pags 
282 , appelle cette efpece , Indigo de France , ou 
d'Hi/pagniola,, 



4 Indigotier. Lifre î. 

pour apprendre de quelle manière les Espagnols travaiiloient leur herbe à Saint- 
Domingue , ni d'où nous tirons la méthode qui s'efl: répandue dans toutes nos 
Colonies. Mais nous obferverons que fi les inftruclions fur la fabrique de fin- 
digo, nous eulfent manqué du côté des Efpagnols ou des Portugais du Bréfil, 
M. de Poinci qui pouvoit avoir connoiffance de celles de Malthe & d'Egypte , 
ou même des Indes , par la voie des flibulliers qui revenoient fouvent de ces 
dernières contrées à nos Ifles , n'auroit point manqué de fenfeigner à nos Colons 
qu'il excitoit de tous côtés à ce travail , dont fémulation devint bientôt fi con- 
fidérable entre les Efpagnols & nous , qu'au rapport de Jofeph Acofta ( i ) , la 
flotte enleva des ports de la nouvelle Efpagne en 1547 , ^66^ arrobes (2) d'A- 
nil ou d'Indigo ; & en 158^, 25260 autres arrobes de même marchandife (3). 
D'un autre côté nous lifons dans l'Hiftoire de Saint-Domingue ( 4 ) , que cette 
fabrique avoir fait de tels progrès dans cette Ifle , que le produit de la vente de 
fon Indigo montoit en 1724, à trois millions de livres de notre monnoie. 

Voilà ce que nous avons pu recueillir de plus intéreffant fur fhiftoire de cette 
fiibftance. li convient maintenant de faire connoître les différentes plantes & Iqs 
divers moyens qu'on emploie pour fabriquer cette matière , & de prévenir le 
Le«5leur fur Tordre que nous comptons obferver dans Texpoiition de ces diffé- 
rents objets. Pour cet effet , nous obferverons d'abord que la plante d'où on tire 
l'Indigo , eft extrêmement variée dans fes efpeces , & qu'il en croît quelques- 
unes en des pays très-éloignés les uns des autres. Nous remarquerons en fécond 
lieu , que la manière de travailler ces plantes , & quelquefois la même efpece , 
n'eft point toujours femblable chez tous les Peuples ni dans le même canton • 
d'où réfulte néceffairement une grande diverfité dans les produits. Pour expofer 
ces objets dans Tordre le plus naturel , &■ les rapprocher autant qu'il eft poffible 
félon leur rapport local , nous nous fbmmes propofés de préfenter féparément les 
Indigotsde chaque Continent, & de joindre à leur defcription celle de leurs Ma- 
nufaélures, avant de paffer à celle d'une autre contrée. Et comme notre deifein eft 
de nous replier vers la fabrique de flndigo dans nos Ifles , que nous avons prin- 
cipalement en vue dans cet Ouvrage ; nous commencerons par rapporter fuccef 
fivement ce que l'Europe, l'Afrique , TAfie & le Continent de f Amérique nous 
offrent de plus important & de plus effentiel fiir ces différents fujets que nous 
ne nous flattons point d'avoir épuifés , ftir-tout en ce qui regarde la defcription 
des plantes. Au refte , nous avouerons qu'il nous conviendroit peu de traiter ici 
des plantes étrangères à nos Ifles , fi nous n'eufftons trouvé dans les plus cé- 
lèbres Auteurs les fecours nécefîàires pour remplir cette partie , & fi nous n'euf^ 
fions cru que le Leéleur inftruit du caraélere de ces plantes , verroit avec plus de 
fatisfaélion ce que nous avons à lui dire fiir leurs manipulations. D'ailleurs on 



( I ) Cité par Hans Sloane , Voyage à la Ja- j ( 3 ) Jofeph Acofta , Liv. 4 ' page 25 y. 
Hiaïque, Vol. 2,;7flge 34, Sr/uit'. ..--■,.— 

( a ) L'arrobe pefe 25 livres poids de marc. 



C 4 3 Charievoix f Tome 2. page 48^. 

nous 



Chap. 1 1. Des Indigos & Fabrique de l' Europe, 5 

nous a f epréfènté que la connoifTance de ces plantes , pourrait en occafionner 
quelque tranfport avantageux dans nos Colonies , & ce motif a achevé de nous 
faire fiirmonter la répugnance que nous Tentions pour une pareille entreprife. 



CHAPITRE SECOND. 

Des Indigos ôC Fabrique de U Europe. 

L'Indigo croît naturellement dans tous les pays qui font fitués entre les tro- 
piques , & on peut le cultiver avec fuccès dans ceux qui ne font éloignés que de 
40 dégrés de la ligne ; mais il ne réuflît que très-rarement un peu au-delà de 
ces bornes. 

Cette rareté à laquelle on eft fujet dans un climat tel que celui des environs 
de Paris , a fait inférer dans les Mémoires de l'Académie une defcription des plus 
complettes de l'Indigo. L'Auteur ne dit point d'où il a tiré la femence de la 
plante dont il eft queftion , ni le nom particulier de Ion efpece ; mais fi nous en 
jugeons par fa defcription , il paroît qu'il avoit fous les yeux l'Indigo franc. On 
obfervera cependant qu'il fe rencontre quelques différences entre cette defcrip- 
tion & celle que nous en ferons dans la fuite , lorfque nous ferons prêts à entrer 
dans le détail de fa manipulation dans nos Ifles; mais il fera facile de les concilier, 
en confidérant dans quelles vues & dans quels pays l'une êc l'autre ont été faites; 

Defcription de V Indigo , par M. MARCHAND , de l'Académie des Sciences (i)j 

Comme l'Indigo eft une plante qui rarement porte des fleurs & des graines 
dans ce pays-ci ( la France , ) Se que l'année dernière nous l'avons vu croître 
dans fa perfeélion , j'en rapporterai ici la defcription , & les remarques que nous 
avons faites fur les caraéleres génériques de cette plante, Fig. 1 , PL i. 

Son port repréfente une manière de fous-arbriifeau de figure pyramidale , 
garni de branches depuis le haut jufques vers fon extrémité revêtue de plulleurs 
côtes feuillées , plus ou moins chargées de feuilles , fuivant que cqs côtes fonC 
fituées fur la plante. Sa racine eft grolfe de trois à quatre lignes de diamètre , 
longue de plus d'un pied , dure , coriace & cordée , ondoyante , garnie de plu« 
Heurs groffes fibres étendues ça & là & un peu chevelues , couverte d'une écorce 
blanchâtre , charnue , qu'on peut facilement dépouiller de deflus la partie interne 
dans toute fa longueur. Cette fubftance charnue étant goûtée , a une faveur acre 
Se amere ; le corps folide a moins de faveur , & toute la racine a une légère 
odeur tirant fur, celle du perfil. 

De cette racine s'élève immédiatement une feule tige y haute d'environ deux 

( I ) Mémoires de i'Académie Royale des Sciences, Année 1718 , pags p2. 

Indigotier. B 



€ î N D 1 G O T I E R, LîT^RE I. 

pieds- on davantage , de la grolTeur de la racine , droite , un peu ondoyante de 
nœuds en nœuds , dure & prefque ligneufe , couverte d'une écorce légère- 
ment gercée & rayée de fibres, de couleur gris-cendré vers le bas , verte dans le 
milieu , rougeâtre à l'extrémité , & fans apparence de moelle en dedans. 

Cette tige eft fouvent branchue depuis fa nailTance jufqu'aux deux tiers de 
fà hauteur ou plus , & les plus longues branches font ordinairement lîtuées vers 
le bas de la tige. Les branches & les épis des fleurs que porte cette plante , 
Ibrtent pour l'ordinaire de l'ailTelle d'une côte feuillée , qui à fa naiffance forme 
une petite éminence en manière de nœud ; & chaque côte , félon fa longueur, 
eft garnie depuis cinq jufqu'à onze feuilles rangées par paires , à la réferve de celle 
qui termine la côte , laquelle feuille eft unique , & fouvent la plus petite de 
toutes celles qui ornent la côte. 

ïjts plus grandes de ces feuilles font fituées depuis le commencement jufques 
vers le milieu de la côte : elles ont près d'un pouce de long fur cinq à fix lignes 
de large , & entre les petites il s'en trouve qui n'ont que le tiers de la gran- 
deur des précédentes. Elles font toutes de figure ovale , liifes , douces au tou' 
cher & charnues. Leur couleur eft verd foncé en delFus , plus pâle ou blan- 
châtre en deftbus , fillonnées ou quelquefois pliées en goutiere en deflus , & at- 
tachées par une queue fort courte , qui , en fe plongeant le long de la feuille , 
y diftribue plufieurs fibres latérales peu apparentes. 

Depuis environ le tiers de la hauteur de la tige jufques vers l'extrémité , il 
fort de l'ailTeUe àts côtes , des épis de fleurs , longs de trois pouces , chargés 
de douze à quinze fleurs , alternativement rangées autour de fépi. Chaque fleur 
commence à paroître fous la forme d'un petit bouton ovale , de couleur ver- 
dâtre , d'où fort par la fuite une fleur ( ^ ) , qui étant ouverte & étendue a 
quatre ou cinq lignes de diamètre , toujours compofée de cinq pétales ou feuilles 
difpofées en manière de fleur en rofe , quelquefois plus ou moins foiblement 
teintes de couleur de pourpre , fur un fond verd blanchâtre. La plus grande de 
ces cinq pétales ( ^ ) , ficuée au-defTus des autres , eft à peu-près ronde , légère- 
ment fillonnée dans le milieu , un peu recoquillée en dedans par les bords , 
terminée en pointe à fa partie fupérieure par une efpece d'aiguillon , & garnie 
d'un onglet à fa partie inférieure. Les deux feuilles inférieures ( C) , font de 
fip-ure oblongue , échancrées , faifant chacune deux oreillettes vers leur naif- 
fance, & creufées en cuilleron à leur extrémité. Les feuilles latérales (D ) , 
au nombre des précédentes , font les plus étroites , les plus pointues & les plus 
colorées d'entre les feuilles ou pétales de cette fleur. Le milieu de la fleur eft 
garni d'un piftil verd (E), relevé par la pointe 8c environné d'une gaîne 
membraneufe ( Z') , de couleur verd blanchâtre, découpée à l'extrémité en huit 
lanières en forme d'étamines ( G ) , chacune terminée par un fommet de couleur 
verd jaunâtre. Cette fleur fort d'un calice en cornet verd pâle (H) , découpé 
par le bord en cinq pointes , Se foutenu par un pédicule fort court, La fleur n a 



Cha?. 1 1. Des Indigos & Fabrique de V Europe, j 

point d'odeuf ; mais les feuilles de la plante étant froifTées ou mâchées , ont une 
odeur <& une faveur légumineufe, ainil que la fleur. Lorfque les pétales font tom- 
bées , le piftil s'alonge peu-à-peu , & devient une filique cartilagineufe ( / ) > 
longue de plus d'un pouce , grolTe d'une ligne ou davantage , courbée en fau- 
cille , prefque ronde dans fa circonférence , toutefois un peu applatie des deux 
côtés , ordinairement terminée en pointe , articulée dans toute fa longueur, & 
laquelle étant mûre , eft de couleur brune , lilTe & luifante , rayée d'un bout à 
l'autre , tant fur fa partie convexe que dans fa partie concave , d'une grofTe fibre 
de couleur brun-rougeâtre. Cette filique eft blanchâtre en dedans , & contient 
fîx à huit graines renfermées dans des cellules (L) , féparées par de petites pelli- 
cules ou cloifons membraneufes ( M) , blanchâtres , tranfparentes & rayées de 
fibres. Les graines ( iV ) , font en forme de petits cylindres , à-peu-près longues 
d*une ligne , inégalement rondes dans leur circonférence , applaties par les deux 
bouts > & de couleur grisâtre , ou quelquefois blanc-rouffeâtre, fort dures & d'un 
goût légumineux. Ces graines produifent d'abord deux feuilles fimples ( O ) , de 
figure ovale , auxquelles fuccedent deux autres feuilles un peu plus grandes ; 
puis après paroifîent les côtes feuillées. 

Cette plante eft annuelle ici : on dit qu'elle dure deux années & davantage 
dans les Indes occidentales 5 dans le Bréfil & au Mexique , on on la cultive en 
abondance , ainfi qu'on fait depuis long-temps dans l'Egypte. On feme ici cette 
plante fur une couche au mois de Mars ; elle y fleurit en Juillet & Août , lorf- 
que l'été eft fort chaud : mais elle n'y porte de bonne graine que très - rare- 
ment , non plus qu'en plufieurs autres endroits ; auflî ne fais-je aucun Botanifte 
qui nous ait donné une exaéle defcription des fleurs & des fruits de cette plante , 
quoiqu'elle foit fort connue depuis long-temps par le grand ufage qu'on en fait , 
particulièrement dans les teintures. 

Par ce qui vient d'être dit , on voit qu'il n eft pas facile d'examiner toutes 
les parties qui cara6\:érifent cette plante , qui ne vient bien que dans certains cli- 
mats , ce qui apparemment eft caufe que les Botaniftes qui en ont parlé, n'ayant 
pas eu occafion de confidérer attentivement Tes parties , ne conviennent pas 
du genre auquel cette plante appartient ; car les uns l'ont mifè fous le genre 
de hColutea , les autres fous celui de Glaftum ; & d'autres enfin , fous le genre de 
VEmerus, où en dernier lieu elle eft employée dans les Inftitutions Botaniques : 
cenre auquel , en apparence , elle femble avoir plus de rapport qu'aux deux pré- 
cédents , mais qui cependant ne lui convient pas , ainfi que nous allons le faire 
voir. 

Par la defcription que nous venons de lire , on peut donc reconnoitre que les 
parties qui caradérifent l'Indigo, font différentes de celles de i'Emerus, en ce que 
premièrement , l'Indigo eft une plante qui ne fubfifte pas long-temps , des feuilles 
de laquelle on tire des fécules à l'ufage des teintures , ce qu'on ne fait point des 
efpeces de i'Emerus , qui font des arbrifiTeaux fort ligneux Se de très-longue 
durée. 



s I N D l G O T 1 E R. Livre I. 

Secondement , que l'Indigo porte une fleur dont les pétales s'étendent en 
manière de fleur de rofè , & dont le contour garde la proportion des fleurs , 
qu'on appelle /^//r^ régulières; Urudure diflférente de la fleur de YEmerus 
dont les pétales font ramaffées en fleur légumineufe , & couvrent toujours le 
piftii. 

Troifiémement , que les filiques de l'Indigo font vraiment articulées , & 
qu'elles renferment chaque graine en particulier dans une cavité ou cellule exac^ 
tement fermée par une pellicule membraneufe , rebordée , blanchâtre , luifante 
& rayée de fibres , laquelle fe détache d'elle-même quand on ouvre la filique 
lorfqu'elle efl: mûre. 

Cette pellicule ou cloifon étant examinée de près , on voit qu elle a la figure 
d'un difque environné dans fa circonférence d'un anneau membraneux, dont 
les bords s'élèvent au-defilis des deux furfaces du même difque ; au lieu que la 
fiIique de ÏEmerus n'eft point articulée , & que les graines y font contenues fans 
aucune cavité ni membrane ou cloifon qui les féparent entr'elles le long de la 
filique ; ce qui doit faire conclure que l'Indigo ne peut être rangé dans les ejfpeces 
d'Emerus , ni fous aucun autre genre de plante connue : c'eft pourquoi nous en 
conflituerons un genre de plante nouveau , que nous appellerons AnU ou Indigo , 
nom que lui donnent prefque toutes les Nations étrangères qui le cultivent. 

Fabrique de l'Indigo dans Cljle de Malthe. 

La fabrique de l'Indigo dans i'Ifle de Malthe , décrite par Burchard ( i ) en 
ï660f efl: la feule qui, à notre connoiflance, ait exifté en Europe, & nous 
ignorons ïi elle y fubfifte encore, ce que nous ne croyons pas. La defcriptîon qu'en 
fait cet Auteur, neft pas fort étendue; mais elle fuflit pour conftater ce fait, 
ïà date , Se en indiquer l'origine, qui paroît toute Afiatique , fi on en juge par les 
termes de fÀrt , employés par l'Auteur , & ceux que nous aurons occafion de 
rapporter , en parlant des fabriques de l'Afie. Voici ce qu'il en dit : 

Il croît auffi dans ce pays ( Malthe ) , une efpece de Glajlum , qui porte chez 
les Efpagnols le nom à'Anil , & chez les Arabes & les Malthois , celui à'Ennir, 
d'où on tire une teinture dont l'ufage efl: connu de toute TEurope. (L'Auteur dé- 
crit ici la plante d'une manière aflez fiiperficielle ; mais au peu qu'il en dit , on 
ne peut méconnoître l'Indigo franc ou bâtard de Saint-Domingue , dont il fera 
amplement traité par la fiaite ; puis il ajoute ) : Cette herbe eft aiïèz tendre la 
première année ; la fécule qui en provient ne donne qu'une pâte imparfaite ti- 
rant fiir le rouge , & trop mafllve pour fe foutenir fiir feau. L'Indigo de cette 
qualité s'appelle Noud ou Moud ; mais celui de la féconde année eft violet , & 
eft fi léger qu'il flotte fur l'eau. Il porte Spécialement le nom de Cyerce ou de 

( i) Chap. S , pagz 23 & fuiv. Edit. de 1660, Defcripticn de I'Ifle de Malthe. 

Ziaric 



Chap. III. Des Indigos & inanipulaùons de l'Afrique. p 

Ziane. La troilleme année il décheoit de fà perfedion ; fa pâte eft lourde , d'une 
couleur terne & la moins eftimée de toutes les efpeces. On appelle ceile-cî 
Cateld. 

On coupe la plante, & on la met dans les citernes ; puis on la charge de 
pierres , & on la couvre d'eau. On l'y lailTe quelques jours jufqu'à ce qu'elle ait 
tiré toute la couleur & la fubftance de l'herbe ; on fait alors paffer cette eau dans 
une autre citerne , au fond de laquelle il s'en trouve une autre plus petite ; on 
l'agite fortement avec àts bâtons ; puis on la foutire peu-à-peu , jufqu'à ce 
qu'enfin il ne refte plus au fond que la lie ou la fubftance la plus épaiffe , qu'on 
retire Se qu'on étend fur des draps pour l'expofer enfuite au foleil. Dès qu'elle 
commence à prendre une certaine confiftance , on en forme des boulettes ou 
des tablettes qu'on met à delfécher fur le fable ; car toute autre matière en ab- 
forberoit ou en gâteroit la couleur: fi la pluie vient par hafard à tomber deffiis, 
elles perdent tout leur éclat. Quand l'Indigo cft dans cet état , ils l'appellent 
Aaliad. Celui de la meilleure qualité eft fec , léger , flottant fur l'eau , d'un 
violet brillant au foleil ; fi on l'expofe fur des charbons ardents , il donne une 
fumée violette , & laifie peu de cendres. 

L'avantage de ceux qui font cet Indigo , confifte dans le fecret qu'ils gardent 
fiif ce procédé , dont ils font part à peu de perfonnes , quoiqu'il foit peu de 
chofe en lui-même , craignant , s'ils le rendoient public , de perdre tout leur 
profit 5 comme il arrive fbuvent dans la plupart des chofes qui ne font eftimées 
qu'à proportion de leur rareté. 

En terminant cet article , je dois ajouter , pour la fàtisfailion du Leéleur , que 
j'ai planté de la graine d'Indigo franc de nos liles , en pleine terre , dans un 
lieu de la Provence , fitué fous le quarante-quatrième degré de latitude , & 
qu'elle y a très-bien levé. Mais le temps & la commodité m'ont manqué pour 
obferver le refte de {à crue qui étoit déjà afi^ez avancée. 



CHAPITRE TROISIEME. 

Des Indigos SC manipulations de F Afrique, 

A. U c u N Auteur ne nous ayant jufqu'à préfent donné de defcription détaillée 
des Indigos de ce continent , nous n'aurions rien ou très-peu de chofe à en dire , 
fi M, Adanfon , de l'Académie des Sciences , n'avoit eu la complaifance de nous 
communiquer quelques-unes des obfervations qu'il a faites à ce fujet dans le Sé- 
négal, où fon zèle pour la Botanique & l'Hiftoire Naturelle , l'a attiré & retenu 
pendant cinq ans. 

Cet illuftre Académicien nous a dit avoir remarqué dans cette partie de FA- 
frique , plufieurs plantes qui paroifient être de la famille des Indigoferes ; il a 
iNJDIGOTJERy C 



to INDIGOTIER. LifreL 

recTonnu par nombre d'expériences auffi curieufes qu'intérelTantes , <lont nous 
devons e/pérer qu'il fera part au Public , que plufieurs elpeces ne donnoient 
qu'une teinture roulTe plus ou moins forte , mais qu'il s'en trouvoit quelques 
autres , & fur-tout une qui , travaillée iuivant la méthode de nos Colonies , 
produit l'Indigo le plus magnifique , approchant de l'azur & toujours flottant ^ 
quelques efforts qu'il ait faits pour réuflir à en tirer de l'Indigo cuivré. Cette ef- 
pece vient fort bien dans les terreins ingrats & fablonneux de ce pays. L'Indigo 
bâtard dont il avoit fait venir la graine de nos Colonies , femé à fon côté , n'at- 
teignoit qu'à la moitié de fa hauteur , qui efl: celle d'un homme. Cette plante eft 
d'ailleurs fort toufRie ; la feuille de couleur d'un verd bleu foncé qui en annonce 
toute la propriété , eft d'environ un quart plus large que celle de l'Indigo franc 
de Saint-Domingue , fiir-tout vers le bout extérieur qui va en s'élargiflànt , ôc 
dont les bords rentrent un peu fur eux-mêmes en fe joignant au milieu de cette 
extrémité , directement à la pointe de la côte qui règne fiir toute la longueur 
de la feuille : l'arrangement des feuilles efl d'ailleurs égal à celui des autres In- 
digos. La goufle une fois plus longue & beaucoup moins courbée que celle 
de l'Indigo franc , eft jaunâtre & parchemineufe comme celle des pois , c'eft- 
à-dire , qu'elle eft un peu fouple & ne fe cafTe point nettement comme celle 
de la précédente efpece. Les graines à peu-près de la longueur de deux lignes 
& moitié moins grolîes , font rondes au milieu , ovales ou terminées en pointe 
d'œuf par les deux bouts. Se jaunes. L'intérieur de cette plante eft blanc ; fa tige 
eft fouple & ne fe rompt point aufTi facilement que celle de l'Indigo de nos Co- 
lonies. On peut voir la forme à peu-près de fà feuille & de fà goufTe fur la P/. 
I , fig. a & 3 , M. Adanfbn fe réfervant la fàtisfaélion légitime de donner au 
Public une ample defcription de toutes ces plantes. Les Nègres du Sénégal 
appellent cette plante Guangue ; leur manière de la travailler eft fort fimple : 
ils arrachent avec la main la fbmmité des branches de l'Indigo; ils pilent ce 
feuillage jufqu'à ce qu'il foit réduit en une pâte fine , dont ils compofent de 
petits pains qu'ils font fécher à l'ombre. Voilà en quoi conlifte tout fon apprêt, 
qui eft à peu-près égal chez tous les Nègres de l'Afrique. 

François Cauche ( i ) , rapporte que le bleu eft la couleur qui plaît le plus 
aux Infulaires de Madagafcar : elle vient de l'arbriftèau Indigo , ainfi le nom- 
ment les Portugais , qui l'appellent auffi Hevra d'Anir. Il croît comme le Ge- 
nêt , ayant femb labiés racines longuettes Se étroites , la feuille approchant du 
Séné , mais plus large. Cette feuille a une côte au milieu , d'où il fort de petites 
membranes qui s'étendent par ondes égales jufqu'aux bords. 

Sa tige , de la grofteur du pouce , n'a pas plus d'une aune de long. Lorfque 
l'arbrifteau a trois ans , fà fleur tire à la Jacée , & fà graine au Fenouil : elle 
fe recueille en Novembre , Se fe feme en Juin. Cette plante meurt au bout de 
trois ans , ou bien on la coupe après ce temps comme inutile. 

( i) Relation de fon Voyage à Madagafcar, en 16^6, page i^p , i/i-^^: 



Chap. III. Des Indigos & manipulations de H Afrique, ir 

Ce que l^Auteïjr dit ici de cette plante , doit s'entendre de quelqu Indigo de 
l'Inde , ou des côtes de la Mer rouge , où il avoit été. 

La defcription qu'il fait de fa fabrique , & les termes dont il fe fert , fe trou- 
vant tous femblables à ceux que nous avons rapportés au fujet de Flfle de Malthe > 
nous nous difpenferons d'en faire le récit. Il ajoute enfuite : Le Pajîel ou Anir 
de Madagafcar , a beaucoup de rapport à celui que nous venons de -décrire. Le 
tronc & les branches de couleur verte , tirent jfùr le bleu de même que les 
feuilles qui font femblables à celles des Pois chiches ; les fleurs d'un blanc jau- 
nâtre , produifènt des gouffes pendantes par floccons , lefquelles font pleines 
d'une femence noire femblable à nos lentilles. Les Madagafcarois n'apportent 
pas tant de façons à tirer le Paftel que les Orientaux ; ils pilent les feuilles avec 
leurs branches encore tendres, & en font des pains , chacun de la pefanteur de 
trois livres , qu'ils font fécher au foleil. Lorfqu'ils veulent faire quelque tein- 
ture , ils en broyent une , deux ou trois livres , félon le befoin , & en mettent 
la poudre avec de l'eau dans des pots de terre , qu'ils font bouillir un certain 
temps ; ils laiifent enfliite refroidir la teinture , & ils y trempent leur coton ou 
leur foie , qui en étant retirés , deviennent d'un beau bleu foncé. 

Il y a encore à Madagafcar , fuivant cet Auteur , une efpece d'Indigo ou 
d'Anir , qui ne s'élève pas comme l'autre , mais qui rampe à terre , & s'y atta- 
che par de petits filaments qui font autant de racines ( i ) . Les feuilles font op- 
pofées deux à deux ; les branches s'élèvent jufqu'à trois pieds , portant des ra- 
meaux longs d'un doigt , couverts de petites fleurs d'un pourpre mêlé de blanc , 
de la figure d'un cafque ouvert , & de bonne odeur. La plante de l'Indigo s'ap- 
pelle en cette Ifle Banghers, Se fà pâte Bangkets ( 2 ). 

M. de Reine , ancien habitant de flfle de France , connu par les fervices qu'il 
a rendus à cette Colonie, pour y avoir procuré le Crefîbn de fontaine , 8c pour y 
avoir introduit la culture du Manioc & de l'Indigo , m'a afîùré que les Ifles de 
France & de Bourbon en produifent une autre efpece dont la feuille eft plus large 
que celle de la Luzerne , & dont les cofles plates , approchantes du Séné , ont à 
peu-près un pouce de longueur & 4 à 5 lignes de grolTeur ; on n'en fait aucun 
ufàge en ces pays. 

Nous aurions bien fbuhaité terminer cet article par la defcription de l'Indigo 
qu'on cultive en Egypte , & par fa fabrique en ce pays ; mais nous n'avons rien 
de précis à rapporter à ce fujet. 

Caefar Lambert ( 3 ) , dans la Relation de fbn voyage en Egypte , imprimée 
en 16 2y , nous dit que 15 ans auparavant , on alloit prendre beaucoup d'Indigo 
au Caire , d'où on le tranfportoit en Europe , & qu'aéluellement on y en porte. 
Le Dodeur Pocoque , Evêque Anglois d'Oifory , rapporte ( 4 ) qu'il vit fur fà 

( I ) Voyez j%. 4 , P/, I. fuite de celle de François Lauche. in-^^. féconde 

( 2 ) Hiftoire générale des Voyages , Tome 3 2 , Partie , page 7. 
pages 35)6 , & Mandeflo , page 206. ( ^ ) Abrégé des Voyageurs modernes , traduit 

( 3 ) La Relation de ce Voyage fe trouve à la de l'Abrégé Anglois, Tome i,page 10. 



1^ I N D I G OT I É R. Livre I. 

Toute par eau de Rofette au Caire , la manière de faire le bleu d'Indigo , avec 
une herbe appellée NU, Le procédé eft peut-être décrit dans l'original , mais 
nous n'avons pu le voir. M. Marchand , de l'Académie des Sciences , nous donne 
pour certain ( i ) , qu'on cultive depuis long-temps en Egypte , la plante nom- 
mée Indigo, 

Nous ajouterons à ceci , d'après Henri Midelton ( 2 ) , qu'on fait de l'Indigo 
à Tayes ëa à MouiTa , villes de la Mer rouge , entre Moha & Zennan ; enfin 
Douton .( 3 ) nous apprend qu'on en fait à Aden. 



CHAPITRE QUATRIEME. 

Des Indigos de VAJie , ôC de leur fabrique, 

Jl, N T R E les Auteurs qui ont traité des Indigos de l'Afxe , il n'y en a aucun 
qu'on puilîe comparer à ceux du Jardin Malabare & de l'Herbier d'Amboine ; 
,^ nous nous ferions bornés à c^s deux Ouvrages , fi Baldseus ( 4 ) , Man- 
delflo ( j" ) , Schouten ( ($ ) , & l'Auteur de l'Hiftoire générale des 
Voyages (7), ne nous paroiffoient avoir décrit une efpece d'Indigo diffé- 
rente de celles qu'on trouve dans les deux premiers. Il faut cependant conve- 
rtir que les quatre derniers s'expriment d'une manière fi fiipcrfîcielle & fi abré- 
gée , qu'on ne peut décider fi leurs defcriptions ont pour objet la même plante 
ou non ; c'eft pourquoi nous rapporterons en deux mots ce que chacun en a 
écrit. 

Baldaeus , faifànt la defcription des côtes de Malabar , dit : Il y a diverfes e{^ 
peces d'Indigo fiiivant les différents endroits. C'eft un arbriifeau de la hauteur 
d'un homme , avec une petite tige femblable au Mûrier des haies , ou à la Ronce 
d'Europe. La fleur eft pareille à celle de l'Eglantier ou Rofier fauvage , & la 
graine reffemble à celle du Fenu-grec. L'efpece la plus large croît près du village 
Chircées , dont on lui donne le nom , & à deux lieues d'Amadabat , capitale 
du Guzaratte. 

Voici comme Mandelflo s'exprime : 

Le meilleur Indigo du monde vient auprès d'Amadabat , dans un village 
nommé Girchées^ qui lui donne fonnom. L'herbe dont on le fait refi^emble à celle 



(i ) Mémoires de l'Académie, année 171 8 ; 
fage 5)4- 

( 9. ) Cité dans Purcbas , Chap. 1 1 , verfet 3 , 
pflge 259. 

( 3 ) Dans le même Auteur ( Purchas ) , Chap. 
12 , verfet 2, jpage 281. 

(4 ) Defcription des côtes de Malabar , com- 
prife dans )c lixieme Tome des Découvertes des 
Européens , p<!zge 3:22. 



( $ ) Voyage aux îndes Orientales , à la fuite 
du voyage d'Oléarius , Tome 2 ,page 228 , in-4.". 
féconde Édit. 

{6) Voyages des Indes Orientales, qui ont 
fervi à l'établifTement de la Compagnie des Pays- 
Bas , Tome 7 , page 2^6^ 

(7 ) Au Chap. de l'Hiftoire Naturelle des Indes , 
Tome 4.4, page ^2 8, 

des 



Chap. IV. Des Indigos de tAJîe , & de leurfahnquê. î^ 

des Panais jaunes ; mais elle eft plus courte 8c amere , pouflànt des branches 
comme la Ronce , & croilîànt dans les bonnes années jufqu'à la hauteur de fix & 
fept pieds. Sa jBeur reiîemble à celle du Chardon , & fà graine au Fenu-grec. 

Gaultier Schouten , dit que fa feuille reflemble à celle des Panais blancs , 
fa fleur au Chardon , ôc fa graine au Fenu-grec. 

L'Auteur de l'Hiftoire générale des Voyages , dit au Chapitre de l'Hiftoire 
Naturelle des Indes : Il croît de flndigo dans plufîeurs endroits de ces contrées. 
Celui du territoire de Bayana , d'Indoua Sc de Corfa dans l'Indouftan , paffe pour 
le meilleur. Il en vient auifi beaucoup dans le pays de Surate , fur-tout vers Sar- 
queffe , à deux lieues d'Amadabat. On feme l'Indigo aux Indes après la fàifbn 
des pluies. Sa feuille approche des Panais jaunes ; mais elle eft plus fine. Il a 
de petites branches qui font de vrai bois. Il croît jufqu'à la hauteur d'un 
homme. Les feuilles font vertes pendant qu elles font petites ; mais elles pren- 
nent enfuite une belle couleur violette tirant fur le bleu ; la fleur f elfemble a 
celle du Chardon , & la graine à celle du Fenu-grec. 

Cette plante , ainfi caraétérifée , forme , comme on va le voir , une ejfpece 
différente de celles qu'on trouve décrites dans le Jardin Malabare & dans fHer- 
bier d'Amboine. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de témoigner ici 
notre furprife de cette omifllon , qui nous paroît fort étrange de la part d'Au- 
teurs fi exaéls dans leurs recherches , dont voici le décail. 

Defcrlpùon de l'Amen ou Nell ( i ). Par M.Rhede, 

L' A M E R I (2) , qui en langue Brame , s*appelle Nell , eft un arbufcule des 
la hauteur de l'homme , dont les branches font fort écartées , & qui croît dans 
les endroits pierreux & fabloneux. Sa racine eft blanchâtre & couverte de fibres 
épaiiïes. 

Sa fouche eft groife comme le bras <Sr d'un bois dur. Ses feuilles attachées 
fur de petites côtes qui fortent parallèlement des branches , font renflées par- 
deifus & cannelées par-delfous : elles viennent fur deux rangs , les unes vis-à-vis 
des autres. Elles s'appuient fur des pédicules au nombre de cinq à fept paires de 
fuite, avec une feule au bout ; elles font petites & de forme ronde oblongue, avec 
les bords des deux extrémités arrondis. Leur tiflu eft fin & ferré , & leur furface 
unie & très-douce. Elles ont au milieu du revers une petite côte , d'où il en 
fort quelques autres aflez remarquables. Leur couleur eft d'un verd bleuâtre 
foncé par-deiîùs , clair par deffpus & fombre des deux côtés : elles ont un goûc 
amer & piquant quand on les a mâchées quelque temps. Du pied des côtes qui 
portent les feuilles , fortent d'autres petites côtes qui pouflTent un paquet ou un 

( I ) Jardin Indien Malabare , Tom# i , jage loi ,Ji§. J^î 
(2) Voyez jÇg. I , PZ. a. 

Indigotier. X> 



14 INDIGOTIER. LifreL 

épi de plu/leurs petites fleurs fembiables à celles des fèves , compofées de quatre 
feuilles , dont Tune de couleur verte , <& de la figure d'un onglet crochu , eft ter- 
minée par une pointe en forme de griffe. Les deux feuilles qui embraflènt l'on- 
glet font étroites , minces & droites vers leurs bords intérieurs , qui font d'une 
couleur de rofe foncée. La quatrième qui eft lîtuée en face de la courbure de l'on- 
glet , eft oblongue affez large , mince , lavée de verd & retournée en dehors , 
du côté du pédicule commun à toutes les fleurs , qui n'ont aucune odeur. Il s'é- 
lève de leur milieu un piftil verd , creufé en forme d'étui , dans lequel eft ren- 
fermé un petit filament qui fort du germe de la filique. Ce piftil attaché vers la 
partie creufe par un filet , fe divife vers le haut en petites & fines étamines gar- 
nies de petites pointes blanches. 

Le calice qui renferme les feuilles des fleurs , eft compofé de cinq feuilles 
vertes & pointues. Le bouton des fleurs eft de figure ronde oblongue, & un peu 
applatie du côté le plus large , par lequel il commence à s'ouvrir. 

A la chute de ces fleurs , fùccedent de petites filiques longues à peu-près 
d un pouce , droites , afl^z rondes & ferrées de près fur la côte où elles font at^ 
tachées par de petits pédicules. Ces filiques font d'abord vertes , Se enfin d'un 
rouge foncé en brun ; chacune d'elles eft renfermée du côté de fon pédicule , 
dans le calice à cinq feuilles. 

Le femences d'un rond oblong, font couchées dans leur longueur , confor- 
mément à celle de la filique : elles font dans le temps de leur maturité d'un brun 
brillant. 

Cet arbufcule fleurit deux fois par an , fàvoir : une fois dans la fai/on des 
pluies , Se une autre dans celle de l'été. 

Il eft inutile de rapporter ici que l'Anil fert à faire l'Indigo , parce que 
perfonne n'en doute ; mais les Auteurs font peu d'accord fur la claffe de 
cette plante. C. Bauhinus la range avec Ylfatls pinacée , ou avec le Glajlum , à 
la famille duquel il dit qu elle appartient. Dans un autre endroit , Liv. p , Seél 
3 , Chap. à^s Haricots de l'Inde , il décrit ainfi fà filique : La filique & la fe- 
mence qui eft enveloppée dans ce parchemin , fort de l'herbe Anil , qui n'eft 
point une efpece de Glaftum , mais un légume. 

M. Hermans nous a envoyé de Ceilan , une plante dont les fleurs font petites , 
d'un pourpre mêlé de blanc & d'une odeur agréable , laquelle eft vraifemblable- 
ment celle que Pifon appelle Banghets, , dans fon Hiftoire de Madagafcar , avec 
les feuilles de laquelle on fait l'Anil ou l'Indigo ; mais l'Indigo de Ceilan eft 
moins bon & moins eftimé que celui qu'on apporte de Malabare & du Coro- 
mandel à Négapatan. Les Cingalais l'appellent AwarL 



Chap. IV. Des Indigos de l'AJîe, & de leur fabrique. i^ 

Defcrlpdon du Colinil ( i ). Par M. R H E D E. 

L E Colinil ( 2 ) , qui en langue Brame , s'appelle Schéra-Puncà , eft un petit 
arbufcule haut de deux ou trois pieds. 

Sa racine , couverte d'une écorce fibreufe , d'un blanc roufTeâtre , eft d'un 
goût amer & tant foit peu acre. L'intérieur en efl: ligneux , blanchâtre & fans 
odeur ; elle poulTe une fouche de la grolleur de quatre doigts , & des branches 
fort écartées. Cette fbuche eft d'un bois dur ; & fon écorce de couleur cendrée 
entremêlée de verd , a un goût amer & piquant. Ses petites feuilles de figure 
ronde oblongue , viennent fur de menues côtes angulaires & vertes , où elles 
font attachées par de petits pédicules. Les bords des feuilles font ronds par le 
bout ; puis ils s'élargiffent confidérablement en cette partie , & ils fe rappro- 
chent en ligne droite de leur petit pédicule. Le deiïïjs de ces feuilles eft d'un 
verd foncé ordinaire , & le defTous d'un verd bleuâtre , l'un & l'autre fans éclat» 
Elles ont un goût un peu acre , amer & piquant quand on les a mâchées trop long- 
temps. Elles ont une petite côte qui règne particulièrement defîbus toute leur 
longueur, du travers de laquelle il fort de petites veines droites & obliques, 
qui 5 par une ligne parallèle , vont fe réunir aux bords , & dont le prolongemenc 
fe voit en defflis comme en deflbus , leur divifion fe faifant , quand on le rompt , 
fiiivant le trait angulaire des veines qui fe réuniiîènt à la côte du milieu. Le goût 
de ces côtes eft , comme celui des feuilles , amer & piquant. 

Ses petites fleurs, femblables à celles des fèves, confiftent en quatre feuilles, 
dont l'une ayant la figure d'un petit onglet fermé Se très-courbé , eft terminée 
par une pointe qui fait le crochet. Cette feuille eft d'un verd blanchâtre ; les 
deux autres qui ont leur bord intérieur droit , font , du côté qu'elles embraftènt 
l'onglet , d'une couleur de rofe foncée. La quatrième de ces feuilles s'élargit en 
faiiànt face à l'onglet du côté qu'il eft courbé & ouvert: elle embralTe d'abord les 
feuilles des deux côtés avec l'onglet ; mais lorfque la fleur eft ouverte , elle fè 
renverfe en dehors , & fe courbe vers la tête du pédicule qui foutient la fleur. 

Le piftil eft verd & creufé en forme d'étui ; il embrafle un filament verd 
qui fort du germe de fa filique. Ce piftil eft divifé en haut , en petites <& 
fines étamines qui font garnies de petites pointes jaunes , & il eft bouché au 
fond de la partie concave , par un petit filet dégagé , terminé par une petite 
pointe jaune. A la chute des fleurs, fuccedentdes filiques oblongues , étroites, 
fines , plates , polies , un peu relevées par le bout , & longues de deux à 
trois pouces. Ces filiques font d'abord vertes ; mais elles deviennent rouges à 
leur maturité. 

Les femences ou fèves qu'elles renferment, font féparèes les unes des autres 

( 1 ) Jardin Indien Malabare, Tome i ,fage 103 ,Jig. 55. 
( 2 ) VoyczjÇg. 2. , PI. 2. 



ï^ INDIGOTIER. Livre L 

parla fubftance propre de lafiiique. Elles font d'un rond oblong, plates & éten- 
dues dans leur longueur félon celle de la gouflè. Elles ont un umbilic par 
lequel elles font attachées au ventre de la lilique : elles font vertes au commen- 
ment, <& enlùite noirâtres. 

Excepté le temps où les filiques font vertes , on obferve que les graines du 
Nouthi ( I ) font velues , affez dures , percées d'un trou par en haut , creufeg 
en dedans , & qu elles font fouvent appuyées fiir un pédicule. 

Cette plante porte fleurs & fruits deux fois par an , favoir : dans la faifon 
pluvieufe <Sc dans celle de l'été. 

Elle paroît avoir un grand rapport avec la précédente par plufieurs de fes 
parties ; c'eft pourquoi nous penfons qu'on peut , fans inconvénient, lui donne,. 
le nom de Polygala moyenne des Indes , à filiques recourbées. Mais je n ofe , 
malgré la vraifemblance , aflurer qu'on en faiïè de l'Indigo , & encore moins 
que ce foit le Banghets de Madagafcar , auquel on attribue une odeur très- 
agréable , tandis que l'autre n'en a aucune. Hernandes & Recchius , dans leur 
Hiftoire du Mexique , Liv. 4 , font aufll la defcription de deux plantes qui fer- 
vent à teindre en bleu , à l'une & l'autre defquelles ils donnent le nom de Xl- 
huiquiVitl pit^hac , ou à' Anlr a petites feuilles , & ils appellent la pâte bleue 
ou l'Indigo qu'on en retire , Mohuitli , & Tlevohuitll. Aucune de ces deux 
plantes ne cadre avec la dernière dont on a donné ici la defcription ; mais celle 
dont on a parlé auparavant , paroît fe rapporter au Çaachir a fécond de Pifon. 



Defcription du Tarron ( 2 ). 

Personne, autant que je le puis favoir, n'a encore décrit exaélement 
l'Indigo Tarron ( 3 ). Ceux qui ont été à Guzaratte , & qui ont vu croître cette 
plante dans les champs , font comparée tantôt au Romarin , tantôt à d'autres 
plantes. Je ne doute point que ce ne foit la même plante que les Malayes ap- 
pellent Tarron , qu'elle n'ait la forme de celle qu'on voit à Amboine , dont la 
femence étrangère a été apportée ici, & fijr laquelle je me fuis réglé pour en faire 
la defcription. 

On en rencontre ici ( à Amboine ) deux elpeces : La première , ou la plus 
commune eft domeftique ; l'autre que je n'ai point encore vue , efl: fauvage. 
La première eft une plante très-belle , très-élégante , & dont la forme a la 
même grâce que celle du Romarin. Elle croît jufqu'à la hauteur de trois pieds 
& plus dans un bon terrcin. Elle ne poulfe qu'une feule fbuche grofle comme 
le doigt , droite , ferme & ligneufe. Son écorce eft d'une couleur rouffe entre- 
mêlée de verd. Elle s'étend fort vîte en jettant de tous côtés des branches de la 



( I ) Nom du Pays qui paroît commun à toutes 
les plantes de cette efpece, & à la pâte qu'on en 
retire. 

C 2 ) Extrait de l'Herbier d'Araboine , par 



Georges Evrhard Rûmphe 
Chap. ^p,page 220. 
(3) Voyez /g. i.P/.J. 



cinquième Partie , 



groffeur 



C H A?. IV. Des Indigos de l'Afie , & de leur Fabriqué. 17 

grofleur d'un tuyau de froment , qui font fermes & folides ; ces branches pouC 
fent fur leurs côtés de petits rameaux ou côtes un peu plus longues que le 
doigt, auxquelles font attachées iix , fept, huit, & rarement neuf ou dix paires 
de feuilles direélement oppofées les unes aux autres avec une impaire à l'ex- 
trémité. Ces feuilles relîemblent parfaitement à celles de la Caméchrifta, ou du 
Tamarin ; mais elles font plus petites & arrondies , à-peu-près comme celles de la 
Faucille. Elles font tendres & unies , mais fans éclat ; d'une couleur de bleu de 
mer , approchant du fer bronzé, & agréable à la vue. Ces feuilles ont chacune un 
court pédicule avec lequel elles s'appuient fur la côte ou rameau. Si Ton vient à le 
rompre , elles fe refferrent & fe ferment aflez facilement ; mais elles s'ouvrent 
& fe déplient auffi-tôt qu'on les met dans l'eau. 

A chaque aiffelle de ces côtes feuillées attachées aux branches , il fort une 
grappe en forme d'épi , compofée de plufieurs petites têtes pointues , qui en 
s'ouvrant préfentent des fleurs femblables à celles de la Ve/Te , mais plus petites , 
compofées de quatre petits pétales , dont le plus élevé & auffi le plus large , eft 
courbé en arrière : ces pétales font d'un jaune pâle ou verdâtre ; ceux des deux 
côtés tirent un peu flir le rofe, & recouvrent l'inférieur ou le quatrième par 
leur pointe en forme de crochet. Peu de ces fleurs s'éclofent à la fois , <& elles 
tombent bien-tôt fans donner aucune odeur. 

A ces fleurs , fuccedent de petites filiques rondes & noueufes , à peu-près 
de la longueur d'un tiers de doigt , de la grolTeur tout au plus d'un tuyau de fro- 
ment , dures & tournées en haut. Elles viennent plufleurs enfcmble , & forment 
comme une grappe qui feroit remplie de queues de fcorpion. D'abord elles 
font vertes , elles bruni/îènt enfuite , & deviennent enfin noirâtres. Ces filiques 
renferment des graines femblables à celles de la Moutarde ; mais au lieu d'être 
exaélement rondes , elles ont la forme d'un tambour , comme le Fenu-grec ^ 
'& font d'un verd noirâtre. 

Quoique les feuilles dont nous avons donné la defcription , foient douces au 
toucher , elles ne s'humeélent point dans feau. Celles qui font détachées & 
pliées , s'ouvrent de rechef après avoir trempé un demi-jour dans l'eau , «& 
confèrvent toute leur fraîcheur jufqu'au troifieme jour* 

Sa racine s'étend beaucoup & eft très-ferme en terre , parce qu'elle poufîô 
beaucoup de petites fibres garnies de tubercules blanchâtres. Toute la plante 
étant fur pied dans les champs , répand fur le foir , une forte odeur. Les feuilles 
ont un goût fade & dégoûtant ; mais il n'eft point amer comme quelques-uns 
l'ont dit ; & quand elles ont macéré dans l'eau pendant trois ou quatre jours , 
elles répandent une odeur, défagréable &i de pourriture : cette odeur augmente 
par là chaux qui entre dans la préparation de fa pâte , dont le travail eft aufll diffij 
ciie que défagréable. 

Son nom latin eft Ifatls Indlca ; mais cette plante defTéchée & la pâte qu'on 
en tire pour en former des gâteaux , s'appellent vulgairement Indigo. Les Portu- 
Indigotier, E 



î8 INDIGOTIER. LïvreL 

gais lui donnent auffi ce nom. Les Arabes appellen t cette plante Nil & Anll^ 
fes feuilles Ckiti & Wmmat ; la pâte & les gâteaux Nilag. Chez les Perfes 
elle porte le nom de Nila ; chez les Malayes , Tarron ; à Banda , Tcnaron ; à 
Java , Tom ; à Baleya, Tahum ; à Ternate, Tom ; à Mandao & à Siauwa , Entu\ 
à la Chine , Tschen , qui fignifie puits ; dans le Guzaratte , Gali. L'Auteur du 
Jardin Malabare , Tome i ,fig. 54 , dit que les Malabares l'appellent Améri ; & 
les Brames , NelL 

Cette plante tire fon origine de Cambaye ou du Guzaratte , particulièrement 
d'un village nommé Chirches , qui eft éloigné de deux milles d'Amadabat : fon 
vrai nom eft Tsjirtsjes , & l'Indigo de la plus belle eipece porte ce furnom. On 
cultive auffi cette plante en d'autres Provinces de l'Indoftan , de même qu à 
la Chine , à Java , à Baleya , & dans prefque toutes les Illcs des baffes Indes 
habitées par les Chinois , qui ont transporté la graine de cette plante aux Mo- 
luques & à Amboine , d'où les E/pagnols l'ont tirée pour l'introduire dans les 
■ Ifles de r Amérique , où il en croît une grande quantité. 

On rencontre dans le Guzaratte , une efpece d'Indigo fàuvage , nommé Guln- 
gual , dont il paroît qu'on mêle les feuilles avec celles du précédent ; le refte 
de ce travail m'eft inconnu. 

Georges Rumphe ajoute : Les deux efpeces d'Indigo décrites par Guillaume 
Pifbn , dans fon Hiftoire Naturelle du Bréfil, Liv. 4 , Chap. 39 , fous le nom 
de Caachlra , ont peu de rapport à celui des Indes Orientales , fî ce n'eft 
celui de la féconde efpece, ou l'Indigo rampant, qui vient auffi en quelques 
endroits à^s Indes Orientales , fur-tout à Mandano ; mais je ne fai point encore 
vu. Cette plante qui croît fur les côtes du Bréfil , eft fans doute celle que Ïqs 
Portugais appellent Anir ou AniL L'Auteur de l'Herbier d' Amboine en fait ici 
une courte defcription ; mais nous ne la rapporterons point , parce que nous en 
traiterons amplement à l'article des Indigos du Continent de l'Amérique. Nous 
obferverons feulement que François Cauche en fait auffi mention dans ià De{^ 
cription des Plantes de Madagafcar. 

Guillaume Pifon rapporte , que félon Jules Scaliger , NU ou plutôt Nlr , 
fignifie en langue Arabe le bleu auquel les Efpagnols ont donné le nom ^Anir 
& d'Anil. Scaliger ajoute que les Arabes appellent auffi la plante de l'Ifatis , 
NiL 

Garciasfl^ Hono , Liv. 2 , Chap. 26 , dit que la plante à laquelle les Arabes , 
les Turcs & plufieurs autres Nations ont donné le nom d'Anil , & quelquefois 
celui de NU , s'appelle Gali , dans les Fabriques du Guzaratte. 

Herbelot , dans fa Bibliothèque Orientale , au mot NU , page 6jz , 6 , die 
que les Perfiens & les Turcs appellent NU^ la plante que les Grecs & les 
Latins nomment Ifads & Glaflum^ dont le ftic fait la couleur bleue ou vio- 
lette , que nous appelions vulgairement Indic ou Indigo , & par corruption 
Annil au lieu de AL-NU^c^i eft le mot Turc avec l'article Arabe AL 



Chap. IV. Des indigos de t AJîe , & de leur Fahrlque. 15? 

L Â manière de travailler cette herbe , n'eft point uniforme dans TAfic ; & il 
n'efl: pas rare de voir les Fabriques d'un même canton, différer confidérablement 
entr'elles : ce que les Auteurs en difent ne nous lai/Te aucun doute à ce fujet. 
Parmi ces divcrfes pratiques , à la multiplicité defquelles la fantaifie a peut-être 
eu autant de part que la nature de la plante , on en remarque deux prin- 
cipales , dont les produits fe diftinguent par les noms êiinde Se d'Indigo. La 
manipulation de l'Inde diffère eiîentieilement de celle de l'Indigo , en ce qu'on 
ne met que les feuilles de la plante à infufer dans l'eau pour obtenir Flnde ; au 
lieu qu'on met toute l'herbe , excepté fà racine , à macérer à peu-près de la 
même manière pour avoir l'Indigo. Outre ces deux procédés , fort variés dans 
leurs circonftances , il y en a encore un autre ufité dans les Indes , qui con- 
fifte dans la feule trituration & humeélation des feuilles de cette plante , dont 
on forme une pâte ou efpece de paftel , qui porte aufîi le nom à'Inde. Quantité 
d'Auteurs nous ont donné des defc.riptions de la Fabrique de l'Indigo & de 
l'Inde dans l'Afie. Dans ce nombre, il s'en rencontre quelques-unes de très- 
exaéles ; mais il y en a d'autres où l'on trouve des omiffions fi effentielles , fur- 
tout à l'égard de la manipulation de l'Inde , que l'exécution en paroîtroit comme 
impraticable , fi l'on ignoroit ce que les premières renferment d'important à ce 
fujet. Ainfî il n'efl point furprenant que quelques Auteurs , traitant de la Fa- 
brique de l'Indigo de nos Colonies , nous ayent donné à penfer que l'Inde & 
l'Indigo fe fabriqu oient tous deux de la même manière , & que leurs diffé- 
rents noms ne dévoient s'admettre que pour diflinguer les qualités de cette 
denrée ou le lieu de fa Fabrique. Mais comme indépendamment de ces négli- 
gences , auxquelles il eft aifé de fuppléer , on trouve prefque toujours dans 
ces defcriptions quelque détail étranger aux autres, & fouvent très-inflru6lif; 
nous nous fervirons indifféremment de toutes celles qui nous paroîtront pro- 
pres à nous inftruire fur ces différents travaux. 

La defcription que M. Tavernier a faite de la Fabrique de l'Inde , ayant donné 
fujet aux foupçons dont on a parlé ci-deffus , nous avons jugé devoir commencer 
par rapporter ce que cet Auteur en a écrit. Voici comme il s'exprime : 

Les habitants de Sarquefîe , village à 80 lieues de Surate , & proche d'Ama- 
dabat , après avoir coupé cette herbe , dans le temps que les feuilles s'en déta- 
chent aifément, la dépouillent de tout fon feuillage, Se le mettent à infufer dans 
une certaine quantité d'eau qu'on verfe dans un vaifîèau nommé lâTrempoireÇA), 
fig^ 4 , P/. 4 , où ils le laiflènt pendant 30 ou 33; heures ; au bout de ce temps , 
ils font paffer cette eau , qui efl: chargée d'une teinture verte tirant fur le bleu , 
dans un autre vaiffeau nommé la Batterie ( i? ) 5 fig. 4 , P/. 4 , où ils font 
battre cet extrait pendant une heure <& demie , par quatre forts Indiens , 
agitant àts cuillères de bois, dont les manches de 18 à 20 pieds de long, 
font pofées fur des chandeliers à fourche. 
. Pour éviter d'employer à ce travail plufieurs hommes , ils fe fervent, en quel- 



lo I N D 1 G O T I E R. LiFRE I. 

ques endroits , d'un gros rouleau (R) fig. 6 , PL 5 , de bois , taillé à fix faces 
des deux bouts duquel fortent des aiffieux de fer qui tournent fur des collets 
de même matière, enchafles dans les deux côtés de la batterie ( B) ,fig. 6, 
FI. j. 

Aux deux faces inférieures , près les deffous de ce rouleau , font attachés fix 
iceaux ( G ) ^fig. 6 , PL ^ , en forme de pyramide renverfée & ouverte par en 
bas. Un Indien ( /) ,/ig. 6', PL ^ , remue continuellement ce rouleau à l'aide 
d'une manivelle fixée à un de fes aiffieux ; enforte que trois fceaux s'élèvent 
d'un côté , tandis que trois s'abailFent de l'autre : continuant toujours de la 
même façon jufqu'à ce que cette eau foit chargée de beaucoup de moufie. Ils 
jettent alors avec une plume fur cette écume tant foit peu d'huile d'olive. Ils 
emploient pour cqs afperfions environ une livre d'huile fur une cuve qui peut 
rendre 70 livres d'Inde. 

Auffi-tôt que cette huile eft jettée fur l'écume , elle fe fépare en deux parties , 
à travers lefquelles on apperçoit quantité de petits grumeaux, comme ceux qui 
fe voient dans le lait tourné. On cefTe pour lors le battage de fextrait ; Se quand 
il a aflez repofé , on débouche le tuyau ( T) de la batterie (B ) , fig^ 6 , PL 
^ , afin d'en écouler l'eau qui eft claire , & en retirer la fécule qui refte au fond 
de ce vailTeau en forme de boue ou de lie de vin : l'ayant retirée , ils la met- 
tent dans des chauffes de drap ( Z ) ,Jig, z & 2. , PL 5 , pour en faire fortir 
le peu d'eau qui pourroit s'y trouver ; après quoi ils renverfent la matière dans 
des cailTes ( ^ ) » fig- 3 » PL 5" , d'un demi-pouce de haut pour la faire fécher. 
• Cette matière une fois féche , eft ce que les Marchands Droguiftes de Paris 
appellent Inde. 

Dans les pays où l'on obferve cette méthode , l'Inde de la première cueillette 
paiTe , fuivant cette Relation , pour la meilleure. Celui de la féconde eft moins 
beau , & ainfi des autres ; la couleur du premier étant d'un violet plus vif & 
plus brillant que celui des coupes fuivantes. Voici ce qu'on objeéle à cet Ecrit. 
Quelle apparence y a-t-il , que d^s hommes dont f indolence eft extrême , s'a- 
mufent à éplucher les feuilles de chaque plante ? Quel temps ne faudroit-il pas 
pour remplir une cuve de feuilles moins grandes que celles de notre Bouis 
d'Europe ? Suppofant même que la chofe puilfe s'exécuter , eft-on certain du 
fùccès de la diiTolution l Toutes les feuilles entafiees les unes fur les autres , ne 
feroient-elles pas un maftic capable d'empêcher feau d'y pénétrer ? Mille In- 
diens pourroient-ils couper & éplucher alTez d'herbe pour remplir une cuve 
capable de rendre 70 livres d'Inde l On ne dira pas qu'au lieu d'un jour on en 
mettroit trois ; puifque la première herbe feroit tellement rôtie au foleil , 
qu'elle fe pulvériferoit au moindre attouchement. 

Ces réflexions feroient fans réplique , s'il étoit indifpenfàblement néceffàire 
d'employer ces feuilles toutes fraîches pour en tirer parti ; mais il s'en faut de 
beaucoup que les chofes foient ainfi: pour s'en convaincre , il fuffit de jetter les 
yeux ftir la defcription fuivante. Manière 



Chap. I V. Des Indigos de l'AJîe , & de leur Fabriqué. ai 

Manière de femer , de cultiver & d'extraire la couleur de l'herbe nommée 
Indigo y dans les pays de l'Orient ^ voijîns du Tsinfai , entre les côtes de 
Coromandel & de Malabar e ^ par Herbert de Jager. ( i ). 
Les terrains trop gras & trop humides , ne conviennent pas à Therbe qu'on 
appelle Indigo ; car , ou il poufTe trop vite & n eft rempli que d'un flic aqueux , 
ou il eft étouffé par les mauvaifes herbes. C'eft pourquoi on choifit pour le cul- 
tiver , les pièces de terre les plus élevées , & qui ne font pas fujettes à trop de 
pluie, ou à de trop fortes rofées. On recherche de préférence les fonds , dont 
une partie de bonne terre foit mêlée avec deux de fable : il vient même dans 
le fable pur , aux environs de Devenapatan ; mais il ne profite pas 11 bien. Lors- 
que les pluies du mois de Septembre commencent à tomber , on laboure une 
ou deux fois la terre avec la charrue , & après cette façon on la laifTe repofer 
jufqu'au mois de Décembre ; on repaffe alors la charrue , & au premier beau 
temps on jette la femence dans les filions , & on les applanit avec la herfe. Lorf- 
qu'après les fàrclaifons convenables , l'herbe vient à porter fleurs & graines , ce 
qui arrive vers le mois de Février , & que Çqs feuilles commencent à jaunir , on 
la coupe de manière qu'il refte encore aux branches qu'on laifTe fur la fouche , 
une palme de hauteur , au moyen de quoi elle repoulTe aux premières pluies 
favorables , & fournit au bout de trois mois la matière d'une féconde coupe, 
qui , étant faite comme la première , eft fuivie d'une troifieme , après laquelle 
on la laiiTe pouffer pour en recueillir la graine , qu'on fait fécher , afin qu'elle 
ibit propre à être mife en terre cfans le temps convenable. Enfin on brûle la 
plante comme incapable d'une nouvelle reproduélion , & on en répand les cen- 
dres fiir les champs en guife de fumier. 

On ne coupe l'herbe que d'un beau temps , afin de pouvoir l'expofer au foleii 
depuis le quart du jour jufqu'à quatre heures après-midi , & la faire defféchet 
parfaitement : on la bat enfuite jufqu'à ce que les feuilles fe détachent toutes de 
leur pédicule , & on les ramafie dans un lieu à fabri du vent, où elles reftent 
jufqu'à ce qu'il faffe un temps affez calme pour qu'on puifte de nouveau les 
faire fécher au foleii «Se les réduire en pièces avec des bâtons ; quand elles font 
en cet état , on les porte dans une aire , renfermée de tous côtés ; on les couvre 
de clayes Se de nattes, & on les conferve ainfi pendant vingt ou trente jours. On 
les "met enlùite dans des chaudières , où Ton verfe de feau douce ou fàlée ; Car 
cela eft indifférent. On expofe ces chaudières à fardeur du foleii ; depuis dix 
heures du matin jufqu'à deux heures après-midi. Les feuilles commencent alors 
à s'enfler , & il s'élève une écume d'une légère couleur de pourpre. On filtre la 
teinture à travers un drap bien net. On verfe enfuite de l'eau fur les feuilles 
qu'on a eu foin de ferrer fortement avec les mains ; & on réitère ce travail, juf^ 
qu'à ce que l'eau ne paroiffe plus teinte en verd. Après quoi on bat ces tein- 

( I ) Mélanges curieux , ou Ephémérides de T Académie des Curieux de la Nature. Décurie féconde , 
Année féconde , 1683 , à Nuremberg. ObfervaTion 4. 

Indigotier. F 



^2. INDIGOTIER, Livre L 

tiires à différentes reprifes à peu-près de la même manière qu'on bat le beurre 
en notre pays , jufqu'à ce que l'écume , qui eft en commençant d'un violet 
clair , devienne toute bleue , & que l'eau foit prefque noire. On la laifTe enfuite 
repofer pendant deux heures , lequel temps pafTé , on l'agite deux ou trois fois 
avec une palette ; on couvre le vafe d'un drap , & on n'y fait plus rien jufqu'à 
ce que la matière épaiffie , qui eft de véritable Indigo , foit route dépofée au 
fond. Le lendemain vers les huit heures du matin , on fépare le fédiment d'avec 
l'eau , qui a pour lors une couleur rouiîatre. On remue deux ou trois fois ce fé- 
diment avec les mains , & on le tranfporte fiir un lit de fable , un peu en pente 
vers le milieu , couvert d'un drap mouillé qui a déjà été expofé pendant deux 
heures aux plus forts rayons du foleil , & on le répand fur ce drap ; par ce 
moyen l'eau s'échappe & abandonne ce qui eft le plus épais , dont la fuperfîcie 
fe couvre d'une pellicule tirant £ji: le pourpre ; & afin que la matière prenne 
de la confiftance , on la laiffe ainfi environ deux heures , c'eft-à-dire , jufqu'à ce 
qu'elle commence à fe fendre. On prend alors les coins du drap , & on le plie 
en deux , afin de doubler l'épailîèur de la matière ; on la rompt avec Iqs mains , 
on la met dans une chaudière , & on la pétrit bien avec les mains qu'on trempe 
auparavant dans l'eau ; puis on en fait ào^s gâteaux , qui , étant parfaitement {qcs , 
fe vendent enfin de tous côtés comme un Indigo de toute beauté , propre aux dif- 
férents ufàges de la peinture & de la teinture des draps en bleu. 

Manière de cultiver & de préparer V Indigo dans le Gu^aratte. Par Baldœus (i). 

O N feme flndigo en Juin & Juillet , & on en fait la récolte aux mojs de 
Novembre & de Décembre. 

L'efpece la plus large croît près de Chircées , village dont on lui donne le 
nom , à deux lieues d'Amadabat, capitale du Guzaratte. On le recueille trois 
fois en trois ans ; après quoi il n'eft plus que de très-peu de valeur , & même la 
féconde & la troifieme récolte ne font pas autant eftimées que la première. La 
première année on coupe les feuilles environ à un pied au-deiîus de la terre , 
on les fait fécher vingt-quatre heures au foleil , & on les met enfuite dans de 
petits vaiffeaux remplis d'eau falée. On charge de groffes pierres cette mixtion 
pendant quatre ou cinq jours , en entretenant toujours l'eau dans un mouve- 
ment continuel ; après quoi on la tranfporte dans des vaifîèaux plus grands,' où: 
on la tient aulîi dans l'agitation , en foulant l'eau làns intermiffion , jufqu'à ce 
qu'elle commence à devenir épailîè , & que l'Indigo tombe au fond. Alors on le 
tire de l'eau : on le fait pafîer au travers d'une toile claire , & on le couvre dû 
cendres chaudes pour le faire fécher. Les gens de la campagne falterent par de 
l'huile, ou avec de la terre de la même couleur, pour qu'il paroiffe meilleur fur l'eau. 

Les marques de la bonté de l'Indigo , font quand il eft brillant & fec , qu'il 

(i) Defcripcion des côtes de Malabare, comprife dans le fîxieme Tome des Découvertes des Eu- 
ropéens , pa^e 3 ii2. 



C H A p. IV.. Des Indigos de l'AJîe , & de leur Fabrique. à 3 

nage fur l'eau , qu'il donne une fumée de couleur violette en le mettant au feu , 
& qu'il ne refle que très-peu de cendres. Il faut laiflTer repofer la quatrième 
année le terrein qui a produit l'Indigo , que le peuple de Guzaratte nomme 
Amlel de Biant. Il vient particulièrement dans les fàifons pluvieufes de Juin , 
Juillet , Août & Septembre , quoique l'excès de la pluie lui foit pernicieux. Il 
faut avoir grand foin que le terrein àts environs foit nettoyé de Chardons & 
de Ronces ; & les Acheteurs doivent bien prendre garde qu'il foit très-fec , au- 
trement ils perdent trois livres fur dix en huit ou neuf jours. 

L'Indigo Laura , ou Indigo de Eayane , eft de trois efpeces différentes. La 
première qui s'appelle Vouihy , efl: d'un bleu brillant , & tire fur le violet , 
quand on l'exprime au foleil fur fongle du pouce. La féconde , nommée Gerry , 
efl: d'autant plus eftimée , qu'elle approche plus de la couleur violette. Enfin 
iatroifieme , appellée Cateol , eft la moindre de toutes: la couleur en eft d'un 
rouge obfcur ; & elle eft fi dure , qu'à peine peut-on la broyer. 

Dejcrlptlon de la culture de I Indigo , & de fa Fabrique a Girchées , 
près d' Amadabat, Far Mande flo ( i )• 

L E meilleur Indigo du monde vient auprès d'Amadabat , dans un village 
nommé Girchées , qui lui donne fon nom. Il croît dans les bonnes années jus- 
qu'à la hauteur de lîx à fept pieds. 

La graine de cette plante fe met en terre au mois de Juin , & on la coupe 
en Novembre & Décembre ; on ne la feme que de trois ans en trois ans. La 
première année on la coupe à un pied de terre ; on en ôte le bois , & Ton met 
les feuilles fécher au foleil ; après quoi on les fait tremper dans une auge de 
pierre , où l'on met fix ou fept pieds d'eau , que l'on remue de temps en temps, 
jufqu à ce qu'elle ait attiré la couleur & la vertu de l'herbe. On fait enfuite 
couler l'eau dans une autre auge , où on la laiffe rafteoir une nuit. Le lendemain 
on en tire toute f eau ; on palfe par un gros linge ce que l'on trouve au fond , 
on le met fécher au foleil , & c'eft le meilleur Indigo. Mais les payfans le fal- 
fifîent en y mêlant une certaine terre de la même couleur ; & d'autant que l'on 
juge de la bonté de cette drogue par fa légèreté , ils ont l'adrelfe d'y mêler 
un peu d'huile pour la faire nager fiir l'eau. 

L'herbe vient bien la féconde année aux troncs que l'on a laiftes à la 
campagne ; mais elle n'eft pas fi bonne que celle de la première année. Néan- 
moins on la préfère au Gingey , c'eft-à-dire , à flndigo fauvage. C'eft aufïï 
dans la féconde année qu'on en laifîe monter une partie pour en recueillir la 
graine. Celle de la troifierne année n'eft pas bonne ; & ainfi n'étant point recher- 
chée par les Marchands étrangers , ceux du pays l'employent à la teinture de 

( I ) Extrait du Voyage de Jean Albert Man- 1 Relation du Voyage d'Adam Oléarius en Mof- 
deflo, aux Indes orientales , incorporé dans la | covie, Tome 2, féconde Edition , Tpa^z 228. 



M INDIGOTIER. Livre 1, 

leurs toiles. La couleur du meilleur Indigo tire fur le violet , & il fent auffi 
la violette quand on le brûle. Les Indoftans l'appellent Anil , & lailTent repo- 
fer la terre un an, avant d'y en femer de nouveau. 

Definption de la culture de l'Indigo , & de fa manipulation 
dans le Gu^aratte. ParWan-Twifi ( i ). 

Pfemîer Ex- Après avoir recueilli les feuilles de la première récolte de flndigo , on les 
bier "^'d'Am - ^^P°^^ pendant le jour au foleil pour les faire fécher; & lorfqu'elles font féches, 
boine. on les met dans des cuves de pierre conftruites à cette fin : on les remplit d'eau 

pure à la hauteur d'un homme ou environ ; on brouille de temps en temps cette 
eau , afin de lui faire prendre la vertu & la couleur de la plante ; & lorfqu'elle 
en eft bien imprégnée , on la fait paffer dans un autre vaifTeau joignant le pre- 
mier. On la laiife repofer toute la nuit, afin qu'elle s'éclaircilfe & qu elle fe fé- 
pare d'une matière épaiffe qui va au fond. On retire enfuite ce réiidu, qui eft la 
fubftance groffiere de l'Indigo ^ & on la filtre à travers un drap peu ferré; puis 
on met la fine matière qui en fort , dans des endroits bien propres , pour la 
faire fécher au foleil. Cette matière ainfi purifiée , eft ce qu'on appelle Indigo : 
Elle eft quelquefois altérée par les payfans , qui , pour en augmenter le poids , 
la mêlent avec un peu de terre qui approche beaucoup de l'Indigo ; & ils y 
joignent encore de l'huile , afin qu'elle flotte mieux ftir feau. 

Les fouches de la plante qu'on a laiffées dans les champs , pouffent l'année 
fuivante des rejettons qui donnent un Indigo dont la qualité eft aufîi bonne Sc 
'■.,■., même meilleure que celui qu'on retire du Gingay ^ c'eft-à-dire, de l'Indip-o 

fàuvage. 

L'Auteur de FHerbier d'Amboine ( 2 ) , ajoute : J'ai appris ào-s Chinois une 
autre manière de faire l'Indigo, dont voici le procédé. 

On prend les tiges & les feuilles de l'herbe verte , quelques-uns mêmes y 
traie de l'Her- joignent les fouches avec la racine , & on les met dans une cuve ou un fort ton- 
neau , dans lequel on verfe une quantité d'eau affez grande pour que fherbe en 
foit entièrement couverte. On laifte macérer cette herbe vingt-quatre heures 
pendant lefquelles l'eau en extrait toute la couleur , «& s'épaiffit comme celle 
d'un marais. On jette enfuite toutes les tiges avec leurs feuilles , & on verfe 
dans chaque cuve trois ou quatre mefures , qu'on nomme Gantang , de chaux 
fine paffée au tamis, qu'on remue vigoureufement avec de gros bâtons , jufqu'à 
ce qu'il s'élève une écume pourprée. On laiffe alors repofer la cuve pendant 
vingt-quatre heures ; on en tire feau & on en fait fécher au foleil la fubftance 
qui fe trouve au fond ; on en facilite le defféchement en la divifant en gâteaux 



bier 
boine. 



C I ) Chef du Commerce de la Compagnie 
Hollandoife àts Indes, dans fon Itinéraire ou 
Defcription duGuzaratte , Chap. lo. Fbjef l'Her- 
bier d'Amboine, cinquième Partie , CÏiap. yj . 



page 220 & fuivantesj par George Everhard 
Kumphe. 

( 2 ) Partie 5=. Chap. 3^ , page 220 & fuir. 



OU 



Chap. IV. Des Indigos de tAfie , & de leur Tahriquê. ly 

ou carreaux , lefqueis étant bien fecs , forment un Indigo propre à être vendu 
& tranfporté dans les pays étrangers. 

On m'a auffi donné la préparation fuiyante , ufitée aux environs d'Agra. Troiiïeme 
Lorfque l'Indigo planté dans un terrein frais , a reçu les pluies du mois P^"rbiet^ 
de Juin , & lorfqu'ii a atteint la hauteur d'une aune , on le coupe & on le met tl'Amboine. 
dans une tonne nommée tanck , qu'on remplit d'eau. On charge cette eau d'au- 
tant de poids qu'elle en peut porter. On la laifTe dans cet état pendant quel- 
ques jours , jufqu'à ce qu'on s'apperçoive que l'eau ait acquis une forte couleur 
bleue. On met deffous , ou tout auprès , une autre tonne dans laquelle on fait 
pafTer la liqueur au moyen d'un canal, & on l'agite avec les mains. On examine 
l'écume pour juger quand il convient de cefler l'agitation. On y verfe alors un 
quarteron d'huile , & on couvre la cuve jufqu'à ce que toute la partie bleue qui , 
en cet état relîemble à de la boue , fe dépofe au fond. Lorfque l'eau efl; 
écoulée , on ramaffe la fécule , on l'étend fur des draps , & on la fait fécher 
fur un terrein fablonneux ; mais tandis qu'elle eft encore humide , on en forme 
avec la main des boules ou des mottes , que l'on renferme enfuite dans un lieu 
chaud. Cette matière bleue eft alors en état d'être vendue. On l'appelle dans 
l'Indoftan Noci, & chez les Portugais Bariga;cQt Indigo ne tient que le fécond 
rang pour la qualité ; car , lorfque les pluies de la féconde année ont humedlé 
la terre , Se que les fouches de l'Indigo coupées l'année précédente ont re- 
pouffé, les rejettons coupés & traités comme ci-devant, donnent un Indigo 
de première qualité , qui s'appelle dans flndoftan Tsjerrl , & chez les Portugais 
Cabeça. 

On fait la troifieme année une dernière coupe des rejettons , que les pluies 
ont encore fait naître, & on les traite de la même manière que ci-deffus ; mais 
l'Indigo qu'on en retire eft de la plus baffe qualité : on lui donne le nom de 
Sajpila ou de Pée. Pour diftinguer ces trois eipeces , il faut remarquer que le 
Tsjerri ou Cabeça eft très-bleu , & qu'il a une très-fine couleur ; la fubftcince 
en eft tendre ; elle flotte fur feau : elle produit une fumée très-violette lorf- 
qu'on la met fur les charbons ardents , & laiffe peu de cendres. 

Le Noti ou Barriga , eft d'une couleur tirant fur le rouge , lorfqu'on l'exa- 
mine au foleil. 

Le Saffala ou Pée, eft une fubftance très-dure, & il a une couleur terne. 

/ 

Defcrlptlon de la culture de l'Indigo & de fi. préparation y tirée du 
Chapitre de l'Hlfiolre Naturelle des Indes ( i ^. 

Il croît de flndigo dans plu fleurs endroits des Indes. Son apprêt dans le ter- 
ritoire de Bayana , d'Indoua & de Corfa dans l'Indouftan , à une ou deux jour- 
nées d'Agra , paffe pour le meilleur. Il en vient auffi dans le pays de Surate , 

( 5 ) Hifloire générale des Voyages, lome <^^ , page 328. 

Indigotier. G 



25 I N D I Q O T I £ R, Livre I. 

fùr-tout vers SarquefTe , à deux lieues d'Amadabat ; c eft de-là qu'on tire parti- 
culièrement l'Indigo plat. On en fabrique de la même façon <3c à peu-près de 
même prix âir les terres de Golconde. Le Mein de Surate , qui eft de 42 ferres 
ou 34 & demie de nos livres , fe vend depuis 15" jufqu à 20 rou^pies. Il s'^n fait 
aulTi à Baroch , & de la même qualité que le précédent. Celui du voifînage d'Agra, 
fe paitrit par morceaux en forme de demi-lphere. Il s'en fabrique auffi dans le 
Canton de Raout , à 3^^ lieues de Brampour, & dans plulleurs autres endroits 
du Bengale , d'où la Compagnie Hollandoife le fait tranfporter à Mazulipatan. 
Mais toutes ces efpeces d'Indigo y font à m.eilleur marché de vingt pour cent , 
que celui d'Agra. On feme l'Indigo aux Indes Orientales après la faifon des 
pluies. L'ufàge général des Indiens , eft de le couper trois fois l'année. La pre- 
mière coupe fe fait lorfqu'il a 2 ou 3 pieds de hauteur , & on le coupe alors à 
demi-pied de terre. Cette première récolte eft iàns comparaifon meilleure que 
les deux autres. Le prix de la féconde diminue de 10 à 12 pour cent , & celui 
de la troifieme d'environ 20 pour cent. On en fait la diftinélion par la cou- 
leur , en rompant un morceau de fà pâte. La couleur de celle qui fe fait la pre- 
mière , eft d'un violet bleuâtre plus brillant & plus vif que les deux autres ; Se 
celle de la féconde eft plus vive auffi que celui de la troifieme. Mais outre 
cette différence , qui en fait une confidérable dans le prix , les Indiens en 
altèrent le poids & la qualité par des mélanges. 

Après avoir coupé ces plantes , ils fépareiit les feuilles de leur petite queue 
en les faifant fécher au foleil. Ils les jettent dans des baffins faits d'une forte de 
chaux , qui s'endurcit jufqu'à paroître d'une feule pièce de marbre. Ces baffins 
ont ordinairement 80 à 100 pas de tour. Après les avoir à moitié remplis d'eau 
làumache , on achevé de les remplir de feuilles féches , qu'on y remue fouvent 
jufqu'à ce qu'elles fe réduifent comme en vafe ou en terre grafîe. Enfuite 
on les laifte repofer pendant quelques jours , & lorfquc le dépôt eft affez fait 
pour rendre l'eau claire par-defîùs , on ouvre des trous qui font pratiqués ex- 
près autour du baffin , pour laiftèr écouler l'eau. On remplit alors des cor- 
beilles de cette vafe ; chaque Ouvrier fe place avec fà corbeille dans un champ 
uni , & prend de cette pâte avec les doigts pour en former des morceaux de la 
groffeur d'un œuf de poule coupé en deux, c'eft-à-dire, plat par en bas & pointu 
par en haut. 

L'Indigo d'Amadabat s'applatit Se reçoit la forme d'un petit gâteau. Les Mar- 
chands qui veulent éviter de payer les droits d'un poids inutile, avant de tranf^ 
porter l'Indigo d'Afie en Europe , ont foin de le faire cribler pour ôter la pouf 
fiere qui s'y attache. C'eft un autre profit pour eux ; car ils la vendent aux ha- 
bitans du pays , qui l'emploient dans leurs teintures. Ceux qui font employés 
à cribler l'Indigo , y doivent apporter des précautions. Pendant cet exercice , 
ils ont un linge devant leur vifàge , avec le foin continuel de tenir les conduits 
de la rcfpiration bien bouchés , & de ne laiflèr au linge que deux petits trous 



Chap. IV. Des Indigos de l'Afie , & de leur Fabrique. tj 

vis-à-vis àç^s yeux. Ils doivent boire du lait à chaque demi-heure , & tous ces 
préfervatifs n'empêchent point qu'après avoir exercé leur office pendant 8 ou lo 
jours , leur fàlive ne fbit pendant quelque temps bleuâtre. On a même ob- 
fervé que fl l'on met un œuf le matin près à^s criblures , le dedans fe trouve 
tout bleu le loir lorlqu'on le caffe. A mefùre qu'on tire la pâte des corbeilles 
avec les doigts trempés dans de l'huile , & qu'on en fait des morceaux , on les 
expofe au foleil pour les fécher. Les Marchands qui achètent l'Indigo , en 
font toujours brûler quelques morceaux, pour s'afîlirer qu'on n'y a pas mis 
de fable. L'Indigo fe réduit en cendres , & le fable demeure entier. Ceux qui 
ont befbin de graine pour en femer , laiffent la féconde année quelques pieds 
debout ; ils les coupent lorfque les gouffes font mûres , les font fécher fur 
la terre , & en recueillent enfuite la femence. Quand une terre a nourri l'Indigo 
pendant trois ans , elle a befbin d'une année pour fe repofer avant qu'on y 
en feme d'autre. 

Defcription de la culture & fabrique de V Indigo, Par Franc. Pelfart ( i )• 

Ils fement leur Indigo au mois de Juin , qui efl le temps on il commence à 
pleuvoir , & ils emploient 1 5 livres de graine pour chaque Biga , qui eft une 
mefùre de terre de 60 aunes de Hollande. L'Indigo croît à la hauteur d'une aune 
quand la faifon cfl: favorable. On le coupe en Septembre ou au commencement 
d'Oaobre. 

Lorfqu'on tarde trop long-temps à en faife la récolte , les froids furviennent ; 
cette plante qui ne peut les fouffrir , change de couleur , & la pâte qu'on en 
retire efl brune & {kas luftre. On coupe l'herbe à quatre doigts de terre , & on 
met dans une cuve toute celle d'un Biga. Ce vaifleau a 38 pouces en quatre , 
& la hauteur d'un homme. Ils y laiffent pourrir l'herbe l'efpace de 17 heures; 
après ce temps on fait couler l'eau dans un puits qui a 32 pieds de circuit , dc 6 
pieds de profondeur ; deux ou trois hommes qui font dedans , la remuent avec 
les pieds & les bras , & par ce mouvement lui font tellement changer de cou- 
leur, qu'elle devient d'un bleu obfcur. Ils la laiffent après cela repofer 16^ heures. 
Pendant ce temps la matière la plus épaiffe defcend dans un creux en forme 
de cloche qui fe trouve au fond du puits. Ils font écouler l'eau , & ils re- 
tirent l'Indigo qu'ils étendent fur des linges jufqu'à ce qu'il foit fec Ils met- 
tent dans un pot de terre ce qu'ils ont ramaJfé dans chaque puits , & le bouchent 
foigneufement , de peur que l'air ou le vent venant à donner deffus , ne le 

defféche On en recueille tous les ans à Bayana 800 paquets , 8c 1000 à 

Meeuwat , quartier dépendant d'Agra ; m^is l'Indigo en efi: huileux , ëc n'efl 



C'i") Relation du Voyage aux Tndes Orientales, 
traduite par Hacluyt, in fol. Tome 2 , pa^e 4 & 
fuiv. Avis & Kemarques de Fr. Pelfarc , principal 



Fadeur de la Compagnie de Hollande pour les 
Ir.des Orientales, année 1621, fur la Province 
d'Agra & de Bayhana. 



28 INDIGOTIER. Livre L 

pas de grande valeur. On y trouve ordinairement du fable. Ils ne le font point à la 
manière de ceux de Bayana, mais fuivant celle de ceux de Circhécs, qui en pilent 
les feuilles pour en tirer enfuite la fubftance , en les mettant & en les remuant 
continuellement dans un puits qui a la forme des vailfeaux où l'on bat le 
beurre en Hollande. Ils en ôtent ce qui fumage. ( L'Auteur ne dit rien du 
refte de la façon ). Cet Indigo ne fe vend que 20 roupies le Manon , quand 

celui de Bayana en vaut 30 Dans les villages qui dépendent de Bayana, les 

puits où ils le mettent fe rempliffent d'eau falée , ce qui fait paroître leuc 
Indigo plus dur lorfqu'on le rompt. Il fe rencontre quelquefois que de deux 
puits qui feront proches l'un de l'autre , l'un fera d'eau falée & fautre d'eau 
douce ; & l'Indigo d'une même terre , qui aura été préparé dans un puits falé , 
fe vendra une roupie par Manon plus que celui qui aura été préparé dans un 
puits d'eau douce. 

J'ai lu dans un Auteur , dont le nom m'a échappé , les deux Obfervations 
fuivantes : 

Les Indiens de Guzaratte & de Gambaye , après avoir coupé leur Indigo , le 
font fécher pour le battre & en retirer toutes les feuilles , qu'ils broyent dans un 
moulin femblable à ceux dont on fe fert pour écrafer les pommes ou les 
olives ( I ). Ils mettent enfùite la poudre de ces feuilles à infufer pendant 24 
heures , dans unq quantité d'eau affez grande , pour que la diffolution puiiïe fe 
filtrer à travers une étoffe. Ils laifTent repofer cette liqueur ainfi filtrée , iuf- 
qu'à ce qu'elle ait formé fon dépôt. Ils foutirent l'eau qui le ftirnage; & ils re- 
tirent le fédiment pour le mettre à fécher fur àç:^ toiles tendues à Fombre fur 
du fable fin t& bien fec. Lorfque cette matière a acquis une certaine confiftance, 
ils en forment des tablettes peu épaifies , qu'ils achèvent de faire fécher fur des 
planches à l'abri du foleil. Il réfulte de cet apprêt une marchandife d'une qualité 
fupérieure. Quant à ce qui refte fur le filtre , il ne fe vend point aux Étrangers; 
mais les gens du pays s'en fervent pour teindre les étoffes les plus groffieres. 

Il y a des quartiers où Ton prépare le Paftel d'Inde de la manière fùivante : 
On fait fécher & réduire en poudre les feuilles de l'Indigo , ainfi que nous avons 
dit ci~delîùs ; puis on détrempe cette poudre de façon à en former une pâte 
qu'on fait fécher tout de fuite : mais comme il s'en faut de beaucoup qu elle ait 
toute la beauté qu'elle doit acquérir , on la broyé de nouveau & on farrofè 
comme la première fois , pour en former de nouveaux pains , & on réitère tout 
cet apprêt jufqu'à ce que la marchandife ait atteint féclat & la fineffe qu'on 
veut lui procurer ( 2 ) . 

Il convient maintenant de tourner nos regards fur les Indigos que nous pré- 
fente la Terre ferme de FAmérique , & fur les différents travaux qu'ils occa- 
fionnent. 

( I ) Voyez P/. Il ,jÇg. 1 , 2 & 3 , & leur expli- Voyages de François Pirard, troilieme Partie, 
(Cation qui eft à côté. pa^e 13. 

( 2 ) On voit l'Abrégé de ce procédé dans les 

CHAPITRE 



Chap. V. Des Indigos & fabriques du Continent de t Amérique. sp 



CHAPITRE CINQUIEME. 

Des Indigos SC Fabriques du Continent de V Amérique, 

iS o u s n'entreprendrons point de compter toutes les efpeces d'Indigos qui 
croilTent dans cette partie du Monde , ni de diftinguer celles qui lui font 
communes avec l'Afie & l'Afrique , foit naturellement foit par tranfport. Nous 
ne déciderons poinp-non plus fi toutes les efpeces qui viennent dans les Ifles 
de l'Amérique, fe trouvent dans le Continent ; mais nous pouvons alîûrer qu'il 
en croît dans le Bréfil & dans la nouvelle Efpagne , deux efpeces totalement 
différentes de celles qu'on trouve dans nos liles , & une troifieme qui a un très- 
grand rap|)ort avec l'Indigo bâtard de Saint-Domingue , ou à une autre efpece 
qui croît dans la même Ifle, à laquelle on donne le nom de Guatimala» 

Ces trois efpeces , qui font les feules dont François Ximenès ( i ) , Guil- 
laume Pifbn ( 2 ) , François Hernandès & Antoine Recchus ( 3 ) , Jean de 
Laet ( 4 ) 5 & George Margrave ( j" ) , ayent traité à fond , font ainfi décrites 
par ces Auteurs. 

Defcription de V Annir a petites feuilles. 

Le Xihuiquilitl-Pitzahuac , c'ell-à-dire, l'Annir à petites feuilles , eft un ar- 
briffeau qui , d'une fimple racine , pouffe plufieurs fouches hautes de fix palmes , 
grofles comme le petit doigt , rondes , polies & de couleur cendrée. Ses feuilles 
reffemblent à celles des Pois chiches (6^). Ses fleurs font très-petites & de la 
couleur d'un blanc-rougeâtre. Ses filiques qui font attachées par floccons aux 
fouches , reffemblent à des vermiffeaux qu'on appelle Afcorides. Elles font alfez 
groffieres & pleines de femence noire. Cette graine reffemble à celle du Fenu- 
grec , plate des deux côtés comme fi elle étoit coupée à chaque bout : cette 
plante efl un peu amere. Les Naturels de l'Amérique , font avec fes feuilles , 
une teinture qu'ils appellent Tlauhoylimihuitl , dont ils fe fervent pour noircir 
leurs cheveux. Cette plante vient d'elle-même dans les plaines ainfi que dans 



( I ) Commentaire des Plantes de la nouvelle 
Efpagne. Cet Ouvrage imprimé au Mexique , eft 
très- rare, & nous ne le connoiflbns que par les 
Extraits qui en ont été faits par les Auteurs dont 
nous faifons mention ci-deffus. 

(2) Tréfor des Matières Médicales, Liv. 4 , 
page. lop , & Hift. Nat. du Bréfil , Liv. 4, page 
1^8. 

(3) Tréfor des Plantes de la nouvelle Efpagne, 
imprimé au Mexique en 1651 , pages 108 & 105). 

(4 ) Hiftoire du Nouveau Monde , imprime à 
Leyde en 1.^40 .^Article de la Province propre- 

*• Indigotier, 



ment dite de Guatimala , Liv.7 Chap. 2cj, page 240; 

( J ) Hiftoire Naturelle} du Bréfil , par Guil- 
laume Pifon & George Margrave; mife au jouC 
& augmentée par Jean de JLaet, en i6'48 , Liv. 2; 
Chap. I ,page 57. 

C (5 ) Il fe trouve ici une contradiaion entre la 
Gravure Se la Defcription ; car on voit, dans Her- 
nandès , page 108, Edition de Kome , cette 
Plante repréfentée avec des feuilles longues & 
très -pointues des deux bouts: c'eft pourquoi nous 
n'en avons point fait copier la figure, crainte de 
méprife» 

H 



30 INDIGOTIER, Livre L 

les montagnes. Quoique quelques-uns la regardent comme une herbe ; il me 
paroît cependant qu'on doit la ranger dans la clafle des arbrifleaux , puifqu'elle 
fe foutient pendant deux ans avec beaucoup de vigueur. Or , la maniera de faire 
cette couleur bleue, que les Mexiquains nomment Mohuitli Se TlecohuitUy 
&les Caftillans Aiul ^ vulgairement AnniL , eft telle. Ils rnettent les feuilles 
tirées de cette plante dans un vaiffeau d'airain , & par-defTus ces feuilles de 
l'eau tiède , quoique , fuivant quelques-uns , l'eau froide foit préférable. Ils l'a- 
gitent violemment jufqu'à ce qu elle foit chargée d'une forte teinture , après 
quoi ils la verfent doucement dans un autre vaifTeau qui a un trou aflez élevé 
au-delTus du fond , par lequel le plus clair de l'eau s'échappe. Celle qui eft la 
plus trouble & qui eft imprégnée de la fubftance la plus épaifte des feuilles , 
demeure au fond , & on la filtre à travers un fac de toile de chanvre. On expofe 
au foleil la matière qui refte dans le fac ; puis on en forme des gâteaux, & on 
achevé de les deilécher en les mettant dans des baffins fur des charbons ardents 
jufqu'à ce qu'ils deviennent bien durs. 

Defiription du Caachira , faite par les Auteurs précédents , & principalement 

par Guillaume Pifon ( i ). 

L A célèbre Plante que les Portugais appellent Evra d' Anir , & les Naturels 
du pays Caachira , vient ici ( au Bréfil) par-tout , quoiqu'on néglige de la cul- 
tiver pour les ufages de la Médecine <& de la Teinture. Il s'élève de la racine de 
cette plante (2) , diftribuée en quantité de rameaux ligneux , longs & couchés , 
plufieurs tiges rondes , longues de deux à trois pieds & quelquefois davantage , 
rampantes fur la terre où elles jettent ça & là des filaments qui y prennent 
racine , & s'élèvent enfuite vers leur extrémité. 

De ces tiges, qui pour la plupart font couchées far terre , il fort dififérents 
jets qui pouffent en haut , fur chacun defquels il en vient encore huit ou neuf, 
& plus fouvent dix autres également ronds , ligneux & un peu roux d'un côté. 
Tous ces jets font garnis de rameaux longs d'un doigt , placés alternativement , 
dont chacun porte fept ou huit paires de feuilles oppofées deux à deux avec 
une impaire au bout. Ces feuilles ont au milieu de leur longueur une nervure : 
elles font un peu plus larges que celles du Trifolium de Dodone , auxquelles 
elles reffemblent. Il croît à l'aiffelle des rameaux , de petits pédicules qui por- 
tent cinq à fix petites fleurs & plus , de couleur de pourpre , lavé de blanc , 
de la figure d'un cafque ouvert , comme celles du Lierre terreftre ou de l'Ortie 
morte , & d'une agréable odeur. Cette plante vient ça & là dans le Bréfil. 

C I ) Tréfor des Matières Médicales , Liv. ^,page lop. Hift. Nat. du Bréfil , Liv. 4 , page ip8 , Sc 
en quelques Editioras , pages jy & 5 8. 
(2) Fig. ^. PL I. 



Chap. V. Des Indigos & Fabriques du Continent de l'Amérique. 31 

Defcripùon de l'Indigo riche de la terre ferme, 

XiMENÈs , Pifon & les autres que nous avons déjà cités, ayant donné à la 
plante dont nous allons parler , le même nom qu'aux deux précédentes , nous 
nous fommes déterminé à diftinguer celle-ci par un furnom relatif à fa qualité, 
en attendant que les Botaniftes lui en ayent alTigné un propre à fon caradlere. 
Cette plante (i) croît jufqu à la hauteur de deux ou trois pieds. Sa tige eft ronde 
& noueufe,, effilée , pleine de fuc, fpongieufe comme les rofeaux, verte & cou- 
verte ça & là de poils roux. Elle poufle fur fa tige & fur fes branches, des feuilles 
fans pédicule & fe touchant de fort près , oppofées deux à deux , longues 
de quatre doigts , étroites & vertes comme celles de la Lyfimaque : elles font 
couvertes de petits poils blancs des deux côtés & un peu rudes au toucher. Il 
fort des mêmes nœuds où les feuilles font placées , deux pédicules à côté l'un 
de l'autre , droits & longs de deux ou trois doigts , portant à leur extrémité 
une fleur ronde de la grandeur de la Pâquerette , entourée de diftance à autre 
de petites feuilles blanches , au milieu defquelles fe trouvent de petites éta- 
mines blanches. Sa racine qui peut avoir environ un demi-pied , eft un peu 
courbe ; elle jette d'autres petites racines couchées , ligneufes & couvertes d'une 
écorce brune qui peut facilement fe détacher. Toute cette plante , de même 
que fa racine , eft tellement pleine de fuc , que fî on vient à rompre une partie 
de l'une ou de l'autre , il en fort aufTi-tôt une couleur bleue. 

On fait de l'Anir en pilant feulement cette herbe , & en la laifîânt infufer 
^ans l'eau. On la lailîe tranquille pour lui donner le temps de former fon dé- 
pôt, qu'on fait deffécher au foleil & qui fe vend au poids de l'or. 

On trouve encore une autre plante qui porte le même nom que la précé- 
dente , (de manière que celle-ci fait la quatrième dont il foit parlé au fijet 
de la nouvelle Efpagne & du Brélil). Elle donne un bleu foncé, dont les 
femmes fe fervent pour teindre leurs cheveux en noir. Celle-ci diffère beau- 
coup de la précédente par la grandeur & la forme ; car c'eft un arbrilfeau mé- 
diocre qui jette plufieurs racines comme le Sarment , accompagnées de beau- 
coup de fibres , defquelles fortent plufieurs fbuches de couleur cendrée. Ses- 
feuilles reflemblent à celles du Poivre long ; mais elles font un peu plus 
grandes , & elles ont quelques nervures qui s'étendent fur toute leur lon- 
gueur. Ses fleurs font blanches. On en tire la couleur de la même façon que de 
la précédente efpece ; mais elle eft moins belle dQ moins chère. 

(i)Fig.5,PLr. 



32 INDIGOTIER, Livre î. 

Defcripdon de la Culture & Fabrique de l'Indigo à la Caroline. 
Par William Burck {a), 

L' I N D I G o eft une matière que Ton tire d'une plante du même nom , que 
l'on a vraifemblablement appellée ainfl de Tlnde , où on l'a cultivée pour la pre- 
mière fois , & d'où , pendant un temps confidérable, on a tiré tout celui qu'on 
confommoit en Europe. 

On cultive trois fortes d'Indigos dans la Caroline ( 2 ) , qui demandent cha- 
cun un terrein différent. Le premier , favoir celui de France ou d'Hifpagniola , 
pouffe un pivot fort long & demande un terrein gras , d'où vient , que bien 
qu'il foit excellent dans fon efpece , on le cultive peu dans les cantons ma- 
ritimes de la Caroline , qui font en général fablonneux. Mais il n'y a aucun 
pays dans le monde où l'on trouve de meilleures terres que celles qui font ici 
à cent milles de la mer. Une autre raifon qui empêche de le cultiver, eft qu'il 
ne peut réfifter au froid de la Caroline. ( Nous ne rapportons point la descrip- 
tion que l'Auteur fait de cette efpece , parce que nous en parlerons amplement 
en traitant des Indigos de nos Ifles ). 

La féconde eipece , favoir , le faux Guatimala ou le vrai Bahama , fùpporte 
mieux le froid , parce que la plante eft plus forte & plus vigoureufe , & d'ail-* 
leurs il eft plus abondant. Il vient dans les plus mauvais terreins , & c'eft ce qui 
fait qu'il eft plus cultivé que le premier , quoiqu'il foit moins bon pour la 
teinture. ( L'Auteur n'entre dans aucun détail fur cette plante ni fur la 
Suivante ) . 

Le troifieme eft l'Indigo fauvage , qui étant naturel au pays , répond auffi 
mieux aux vues du Cultivateur , tant pour la durée de la plante , & la facilité de la 
culture , que la quantité du produit. On n'eft point d'accord fur la variété de fes 
qualités , & Ton ignore encore fi elle provient de la nature de la plante , de la 
température des faifons , qui ont beaucoup d'influence fur la perfeélion de cette 
denrée , ou de la manière dont on le prépare. 

On plante ordinairement l'Indigo après les premières pluies qui fùccedent \ 
^'équinoxe du printems. On feme fa graine dans de petites rigoles efpacées f une 
de l'autre de 18 à 20 pouces. Lorfque le temps eft favorable , il eft en état d'être 
coupé au commencement de Juillet. On fait une féconde récolte vers la fin 
d'Août , & lorfque l'Automne eft tempérée , une troifieme à la Saint-Michel. Il 
faut farder tous les joiïrs la terre où on le plante , en ôter la vermine & donner 
tous fes foins à la plantation. Une vingtaine de Nègres fuffifent pour foigner 
une plantation de 50 acres , & pour entretenir la Manufaélure ; encore ont-ils 

( I ) Hift. des Colonies Européennes , Tome 2. , \ Septentrionale , entre les 3 1 & ^le dégrés de Ja- 
^282 titude feptentrionale. 



( 2 ) Cette Province eft lituée dans l'Amérique 



affez 



Chap. V. Des Indigos & Fabriques du Continent de V Amérique. 33 
afTez de temps pour pourvoir à leur fubfiftance & à celle de leur Maître. 
Lorfque la terre eft bonne , chaque acre donne 60 à 70 livres d'Indigo , qui 
valent à priîf moyen 50 livres fterlings. On coupe la plante dès qu'elle com- 
mence à fleurir ; mais après qu elle eft coupée , il faut prendre garde de ne point 
la prefTer ni la fecouer en la portant dans l'endroit où on la met à rouir , parce 
qu'une grande partie de la beauté de l'Indigo dépend de la farine qui eft at- 
tachée à fes feuilles. 

L'appareil pour faire l'Indigo eft confidérable, mais peu difpendieux.il con- 
fifte en une pompe & quelques cuves & tonneaux de bois de cyprès , lequel eft 
très-commun & à bon marché dans le pays. Après avoir coupé l'Indigo , on le 
met dans une cuve d'environ 12 à 14 pieds de long , fur quatre de profondeur, 
à la hauteur d'environ 14 pouces , pour le faire macérer ; on remplit enfuite la 
cuve avec de l'eau; au bout de 12 ou \6 heures, félon le temps, l'Indigo 
commence à fermenter , s'enfle , s'élève & s'échauffe infenfiblement. On l'ar- 
rête alors avec des pièces de bois mifes en travers pour empêcher qu'il ne monte 
trop , & l'on marque avec une épingle le point de fa plus grande crue. Lorf- 
qu'il baiffe au-deflbus de cette marque , on juge que la fermentation eft à fon 
plus haut degré , & qu elle commence à diminuer. On ouvre alors un robinet 
pour faire écouler l'eau dans une autre cuve qu'on appelle le battoir. L'herbe 
qu'on retire de la première cuve , fert à fumer la terre & fait un engrais excel- 
lent. On continue à y mettre de nouvelle herbe , jufqu'à ce que la récolte foit 
achevée. 

Après avoir fait couler toute l'eau, ainfi imprégnée des particules de l'Indigo 
dans le battoir , on fe fert d'efpeces de baquets fans fonds , armés d'un long 
manche pour la remuer & l'agiter , ce que l'on continue de faire jufqu'à ce 
qu'elle s'échauffe , qu'elle écume , fermente & s'élève au-deflus des bords qui 
la contiennent. Pour appaifer cette fermentation violente , on verfe de l'huile 
delTus à mefure que l'écume monte , ce qui la fait baiffer aufli-tôt. Après qu'on 
a ainfl agité l'eau pendant 30 ou 35 minutes , félon le temps ; car il faut le battre 
plus long-temps lorfqu'il fait froid , il commence à fe former de petits grains , 
ce qui vient de ce que les fels & les autres particules de la plante que l'eau 
avoit divifées & qui s'étoient incorporées avec elle , font alors réunies. 

Pour mieux découvrir ces particules , &; fàvoir fi feau a été fufïifàmment bat- 
tue , on en met de temps en temps quelque peu fur un plat ou dans un verre ; 
lorfqu'elle paroît telle qu'elle doit être, on fait couler dedans de l'eau de chaux 
qui eft dans un autre vaifFeau , & on agite le tout légèrement , ce qui facilite 
l'opération. L'Indigo forme des grains plus parfaits ; la liqueur acquiert une cou- 
leur rougeâtre : elle devient trouble & boueufe , & on la laiffe repofer. On fait 
enfliite couler la partie la plus claire dans différents autres vailTeaux , d'où on 
la tire dès qu'elle commence à s'éclaircir au-deiîlis , jufqu'à ce qu'il ne refte 
qu'un limon qu'on met dans des fàcs de greffe toile ; on le fùfpend durant quel- 
Indigotier. Ï 



34 INDIGOTIER. Livre L 

que temps , jufqu'à ce que l'humidité en foit entièrement difîîpée. Pour achever 
de fécher ce limon , on le tire des facs , & on le paitrit fur à^s ais faits d'un 
bois porreux avec une fpatule de même matière , l'expofant foir & matin au 
foleil à différentes reprifes , mais peu de temps. On le met enfuite dans des 
boîtes ou caiffes que Ton expofe au foleil avec la même précaution , jufqu'à ce 
que l'opération foit finie & que flndigo foit fait. Il faut beaucoup d'attention 
& d adreffe dans chaque partie de ce procédé , autrement on court rifque de 
tout perdre. On ne doit point laiffer l'eau ni trop long-temps ni trop peu de 
temps dans le rouiffoir ni dans le battoir : il ne faut la battre qu'autant de temps 
qu'il eft néceffaire ; & prendre garde en faifant fécher la fécule , de ne tomber ni 
dans le défaut ni dans Fexcès. Il n'y a que l'expérience qui puiffe mettre au fait 

de ces fortes de chofes 

Il n'y a peut-être point d'article fur lequel on faflè de fi grands profits en 
ce pays ( la Caroline ) , que fur flndigo , ni qui exige moins de dépenfe ; & 
il n'y a point de pays où on puifiè le faire avec autant d'avantage que dans cette 
Province , vu la bonté du climat. On peut dire à la louange de {qs habitans , 
que s'ils continuent comme ils ont commencé , & qu'ils s'attachent à le faire 
auffi bien qu'il doit fêtre , ils en fourniront dans la fiiite à tout fUnivers. 

Si notre exa^litude a répondu à notre intention , le Le6leur doit connoître 
à préfent une grande partie des Indigos qui croilfent dans les quatre Continents * 
nous avons même porté le fcrupule jufqu'à faire calquer la figure de ces plantes , 
quand nous les avons trouvées dans les Auteurs qui réfervent quelquefois pour 
les Planches, Fexpofition des différences les plus eifentielles, fans en prévenir 
le Leéleur : il trouvera ce qui concerne les Indigos de nos Ifles , dans un Cha- 
pitre defliné pour elles feules. 

Nous avons aufll tâché de lui faire connoître tout ce que les Auteurs nous 
apprennent d'intéreflânt fiir les Fabriques étrangères ; mais on n'auroit qu'une 
idée bien fiiperficielle de celle de flndigo dans nos Colonies , fi f on fe bor- 
noit à cette fimple connoifîànce. Car , fi d'un côté notre pratique efl en prefque 
tous fes points beaucoup plus expéditive , d'un autre côté notre méthode de- 
mande auffi beaucoup plus de fcience que toutes les autres ne paroifi^cnt en 
exiger. C'eft ce qui va faire le fujet du Chapitre fuivant. 




Chap. VI. Eléments de. la Fabrique de V Indigo. 3 y 

CHAPITRE SIXIEME. 

Eléments de la Fabrique de Vlndigo. 

JL/ A théorie de cette Fabrique , eft fondée flir la fermentation des végétaux 
qui font fujets à pafîèr de l'état ardent ou Ipiritueux , à l'état aigre ou acide , & 
de là au putride , lorsqu'ils font long-temps à infufer dans une certaine quantité 
d'eau. 

Suivant ces principes , l'Indigo peut éprouver fuccefTivement ces trois révo- 
lutions ; mais la pratique enfeigne que le genre Ipiritueux eft le feul conve- 
nable à fa manipulation , parce que la crife acide étant peu fenfible , l'iierbe 
femble palTer tout d'un coup de l'état le plus fpiritueux & le mieux marqué , à 
la putréfaélion qui lui eft entièrement & uniquement préjudiciable ; ce qui eft 
caufe que les Indigotiers ne font aucune mention du genre acide dans leur pro- 
cédé ; ils divifent feulement la fermentation ardente en deux temps ou dégrés. 
Ils nomment le premier degré pourriture imparfaite , & le fécond , honne ou par- 
faite pourriture. Quant au genre putride ou alkalefcent, ils l'appellent^aw/'m^//'^ 
excédée , & ils n'omettent rien pour l'éviter. 

La pratique enfeigne encore , que pour tirer parti de l'extrait , il faut le fou- 
tirer de la cuve où il eft confondu avec la plante , & enfuite le battre ou l'a- 
giter pour réduire tous les principes propres à la formation de flndigo , 
à l'état d'un petit grain diftinél & d'un facile égout , auquel on ne parvient 
sûrement , que par la voie du battage. Car , fi on abandonnoit une cuve de l'ex- 
trait à elle-même , à deflein d'obtenir la fécule fans le fecours du battage , elle 
tomberoit en putréfaétion , & les principes imperceptibles du grain , deftitués 
de leur apprêt néceftàire pendant le temps convenable , ne fe dépoferoient que 
fous la forme d'une vafe fluide & incapable de s'égoutter ; c'eft pourquoi on ne 
diffère guère le battage d'une cuve , à moins qu'on ne foit dans le cas d'attendre 
l'extrait d'une autre pour les battre tous deux dans le même vaiffeau , lorfqu'il 
n'y a pas grande différence entre leurs bouillons ; ou bien quand on s'appercoic 
que l'extrait paffé dans la batterie , n'a pas aftez fermenté , alors on en fuf- 
pend l'opération, afin de lui donner le temps de fe perfeélionner. Cette der- 
nière manœuvre démontre que la décantation n arrête point le cours général 
de la fermentation de l'extrait , & la néceffité de le battre fuivant fufage ordi-< 
naire. Mais fArt n'indique point de règle précife fur la durée de la fermenta- 
tion & fiir la mefure du battage , parce que ces deux points dépendent de la 
qualité ou du corps de l'herbe , & cette qualité de la nature des veines de terre 
où l'herbe a crû , & de l'altération des fàifons qu'elle a éprouvée tandis qu'elle 



3ifî INDIGOTIER, Livre L 

étoit fur pied. Le terme de la fermentation & du battage, dépend encore du temps 
froid ou chaud , pluvieux ou fec , pendant lequel l'herbe ou {on extrait reçoi- 
vent CQs différents traitemens , & du degré de chaleur ou de fraîcheur de l'eau 
dont on fe fert ; ce qui rend la pratique de cet Art variable , obfcure & fujette 
à beaucoup d'erreurs. 

Ces difficultés dont nous rendrons un compte plus exaél par la fuite , & des pré- 
cautions convenables à ce iiijet , font caufc qu'on a cherché plufieurs fois le moyen 
de fupprimer une partie de ce travail, appelle le battage de L'extrait. Mais il paroît 
que jufqu'à ce jour aucune de cqs tentatives n'a parfaitement réuffi „ce qui n'eft 
point fijrprenant ; parce qu'il faudroit vraifemblablement trouver un précipitant 
qui pût agir également fur les principes de l'Indigo , foit dans le temps qu'ils 
éprouvent la fermentation vineufe , foit dans celui où ils fubiffent l'impreffion 
de la fermentation acide , puifque l'extrait fe trouve fou vent dans ce dernier 
cas, fans qu'on s'en apperçoive. 

Il faut cependant convenir que Rumphe (i) , Burck (2) & Han-Sloane (3) , 
nous difent que la poudre de chaux vive paifée au tamis , entre dans la prépara- 
tion de l'Indigo des Indes ; que l'on fe fert à la Caroline d'eau de chaux , pour 
le dépouillement ou la clarification de l'extrait ; & qu'à la Jamaïque , on répand 
de l'urine fur une petite partie de l'extrait , pour connoître la difpolition des prin- 
cipes ou des molécules à une aggrégation qui conftitue le grain. On doit encore 
ajouter que l'effet de ces mélanges n'eft point entièrement ignoré dans nos Ifles ; 
Tnais les premières tentatives qu'on a faites avec la chaux , n'ayant peut-être point 
été faites avec toute l'exaélitude & la fcience requifes , il en a réfulté un Indigo 
blanchâtre qui a dégoûté de les renouveller. Quant à l'urine , on reconnoît 
âffez communément qu'elle a la propriété de précipiter le grain plus ou moins 
parfaitement , fuivant la perfedion de la fermentation & du battage ; mais il 
ne paroît pas qu'on ait cherché à tirer parti de cette connoiiîànce. On fent d'ail- 
leurs combien il feroit difficile & défagréable d'en vérifier toute l'efficacité par 
des expériences plus grandes & mieux approfondies , & encore moins celle de 
la falive , à laquelle on attribue la même propriété. M. Duhamel , de l'Acadé- 
mie des Sciences , dont les vues s'étendent à toutes fortes d'objets utiles , & qui 
avoit autrefois été confulté fur celui-ci , penfe qu'une diffolution d'alkali phlo- 
giftiqué , à peu-près comme celui dont on fe fert dans la préparation du bleu de 
Pruffe (4 ) , feroit un des moyens qu'il conviendroit le plus d'effayer d'après les 
indications ci-defTus mentionnées. 

Il nous paroît cependant qu'entre toutes les matières tirées du règne animal , 
où végétal , celles qui ont une qualité vifqueufe ou mucilagineufe , font au 



(i) Voyez le fécond Extrait de l'Herbier d'Airi- 
boine , Fabrique des Chinois. 

(2) Voyez Fabrique de la Caroline. 

( 3 ) Hiftoire Naturelle de la Jamaïque , Vol. 2 . 
page 34. &"/««>,. 



(4) On peut voir dans le Dictionnaire de Chi- 
mie , par M. Macquer, de l'Académie des Sciences, 
au mot Bleu de Pruffe , la manière de phlogiltiqirec 
l'alkali, & les métamorphofes que produit le phlo- 
gîftique. 



moms 



Chap. VI. Eléments de la Fabrique de r Indigo. 37 

moins très-propres à aider l'Art dans cet objet. Car , indépendamment de ce 
qu on pourroit dire à ce fujet touchant la colle de poifîbn dont on fe fert pour 
clarifier le vin , & de l'analogie de cette colle avec les autres mucilages , d'où 
on pourroit inférer une égalité d'effets de la part de ceux-ci , pour la clarifica- 
tion des liqueurs végétales qui viennent de fubir la fermentation ardente ; des 
perfonnes dignes de foi ( i ) , m'ont encore afïùré que de jeunes branches de 
Bois-canon ( 2 ) , concaffées puis battues dans une terrine remplie d'eau avec 
quelques racines de Sénapou ( 3 ) ? pareillement concafTées , forment un muci- 
lage qui a la propriété de faire caler ou dépofer en très-peu de temps toutes les 
parties de l'extrait que le battage a réunies fous la forme de grain ; mais , comme 
on vient de le dire , il faut toujours qu'un battage convenable précède l'addition 
de la liqueur combinée du Bois-canon & du Sénapou , & qu'on la mêle enfuite 
pendant quelque temps avec celle de l'extrait de l'Indigo pour en obtenir fur le 
champ le réfidu ; après cette opération , la liqueur qui le furnage , quoique co- 
lorée en jaune devient très-claire , & c'eft le temps où il convient de l'écouler 
pour retirer la fécule qui refte au fond du vailTeau. 

Les perfonnes de qui je tiens ce procédé , dont ils n'ont point liiivï lés détails ^ 
n ont pu me dire la quantité de Bois-canon & de racine de Sénapou qu'on doit 
employer pour clarifier une cuve ; mais il entre toujours dans cette compofition 
beaucoup plus du premier que du dernier ; au refte deux ou trois expériences 
faites {iir de petites quantités , fuffifent pour mettre un Indigotier au fait de 
la dofe , qui n'exige pas une extrême précifion. Nous indiquerons par la fuite 
les occafions où il feroit le plus à propos d'en faire ufage ; parce qu'à la rigueur 
on peut SQïi pafîèr , ôc qu'on fait tous les jours de l'Indigo fans cet ingrédient. 

La queftion fur la découverte du véritable précipitant , refte donc indécife ; 
mais il y a tout lieu de croire qu'un habile Chimifte parviendroit à la réfoudre , 
s'il étoit fécondé dans une opération ^i intérefîànte pour tous les Indigo- 
tiers. 

Les éclaircilTements que fournifTent la théorie & la pratiqué , fur les objets 
dont nous avons parlé ci-devant , font , que la fermentation eft abfolument né- 
celîâire au développement de tous les principes de l'Indigo : 



( I ) M. Des Rofes , le cadet , Officier des 
Troupes Nationales à Cayenne, & un Miffion- 
naire de cette Colonie , qui ne m'a pas permis 
de !e citer. 

(2) L'arbre qui porte ce nom à Cayenne, s'ap- 
pelle à Saint-Domingue Bois-trompette. Quand 
cet arbre, qui devient fort haut, a acquis une 
certaine grandeur, il eft tout creux , & on en 
fait affez fouvent des dales en le fendant fur fa 
longueur. Le charbon de ce bois eft très-léger 
& propre aux feux d'artifice. Quelques réflexions 
nous font penfer que les gouffes deGombeau, 
dont la décodion forme une fubftance extrême- 

Indigotier. 



mbnt filante & approchante du mucilage du Bois- 
canon , pourroient, àfon défaut, lui êtres fubfti- 
tuées. 

(3) Efpeçe de petit arbriffeau qui porte à Saint- 
Domingue le nom deBoij à enivrer. La confiftancc 
& la fubftance de fa racine reffemblent à celles 
de la Guimauve; quand on s'en frotte les dents, 
elle produit avec la falive une efpcce d'écume j 
fon goût approche du Creflbn de fontaine , mais 
il eft bien plusftimulant , & j'ai fouvent éprouvé 
qu'il excitoit une longue falivation. On fe ferc 
généralement à l'Amérique dis cette racihé pour 
enivrer le poilToné 



58 I N D l G O T 1 E R. Lîv KE I. 

Que plus elle eft violente , plus l'abondance de ks elprits forme d'obftaeles 
à la prompte rédu6lion de £qs principes en grain : 

Que l'objet eilentiel du battage , eft de favorifer & d'accélérer l'évaporation 
de ces efprits , afin de faciliter Taggrégation des molécules du grain: 

Et qu'enfin le pafîàge de l'extrait de l'état Ipiritueux à l'état acide & putride , 
avant la formation ou la liaiibn complette du grain , eft la caufe principale de 
toutes les variétés du battage. ^ 

Nous allons maintenant rendre compte du plan & de Tordre du refte de cet 
Ouvrage , qui n'a plus pour objet que la Fabrique de l'Indigo proprement dit , 
tel qu'il fe fait dans nos Ifles de l'Amérique , & particulièrement à Saint-Do- 
mingue. C'eft ce qui va faire la matière du fécond & du troifieme Livre. 

Dans le fécond, j'expoferai la fabrique de l'Indigo , & je parlerai de la Plante 
qui le produit. Dans le troifieme , j'examinerai la théorie de cette fabrique. 

Dans le premier Ciiapitre du fécond Livre , j'ai renfermé tout ce qui a rap- 
port à la conftruélion & fabrique des bâtiments , des vaiifeaux & uftenfiles né- 
ceflàires à une Indigoterie , parce que ce travail précède tous les autres , Se afin 
qu'on ne foit plus dans le cas de perdre de vue les opérations fliivantes , qui ont 
une liaifon intime entr'elles. 

Le fécond Chapitre s'étend fur les différentes efpeces & qualités d'Indigoferes, 
connus dans nos Mes , & iiir les accidents auxquels chaque efpecc eft particu- 
lièrement fiijette, depuis la plantation de là graine jufqu à fà récolte. 

La nature & l'expofition du terreîn le plus favorable à l'Indigo , fà culture & 
la manière de l'arrofer , font le fiijet du troifieme. 

Le quatrième expofe la qualité des eaux les plus propres à là fabrique , avec 
les préparatifs & la defcription générale de la fermentation & du battage. Ce 
Chapitre eft terminé par une inftruélion générale fiir l'économie & l'exploitation 
d'une habitation à Indigo. 

Le troifieme Livre renferme deux Chapitres. Le premier a pour objet eflèntiel 
la fermentation de l'herbe , & le fécond traite direélement du battage ou ma- 
nipulation de l'extrait. Nous avons placé à la fin de cet Ouvrage , un Tableau des 
qualités & des prix de l'Indigo. On trouvera enfiiite les Planches des figures avec 
leur explication à côté , & en dernier lieu une Table alphabétique des 
Matières. 

On me reprochera peut-être les longs détails & les fréquentes digreffions où 
je fuis tombé dans le cours de cet Ouvrage ; mais je les ai cru néceiîàires pour 
conferver des particularités intérefîàntes , & les progrès d'un Art qui décline 
tous les jours dans nos Colonies de l'Amérique , & qui ne fe relèvera dans la 
fuite que par le prix exceffif de l'Indigo , occafionné par la chute & la diminution 
de quantité de fès Fabriques. 

Au furplus, j'ai puifé le fond de la pratique de cet Art, dans les meilleurs 



Chap. Vi. Eléments de la Fabrique de t Indigo t 3^ 

Auteurs que j'ai pu connoîtfe ; le refte eft tiré de mes obfervations , pendant 
une adminiftration de plusieurs années d'une Indigoterie , & des avis qui m'ont 
été communiqués par d'habiles Indigotiers que j'ai confultés depuis que j'ai en- 
trepris cet Ouvrage , fur lequel j'ai réuni toute mon attention pour le rendre 
utile à nos Colons , digne du Public , & des fuffrages de l'illuflre Académie à 
qui j'ai l'honneur de le préfenter. 



Fin du Livre premier. 




4© 



LITRE SECOND. 



CHAPITRE PREMIER. 
Des Bâtiments , Vaîjfeaux ÔC UJlenfiles. 

Le ttïm^^Indigoterie fert à défigner en général un terreîn où l'on cultive 
l'Indigo avec les Bâtiments , VailTeaux , Nègres , & Uftenfiles propres à fa Fabri- 
que ( I ) ; & il s'applique fpécialement aux cuves de maçonnerie deftinées à ce 
travail. Dans ai dernier fens , chaque Indigoterie eft un compofé de trois vaif- 
feaux attenants l'un à l'autre, & fe joignant ordinairement par des murs mi- 
toyens ( 2 ). On fuppofe ici que les cuves font de maçonnerie , quoiqu'on n'i- 
gnore pas qu'en certains pays on les fait en bois , ce qui doit néce^airemenc 
occafionner ^ dans les dilpofitions dont nous parlerons ci-après , quelques diffé- 
rences auxquelles le Leéleur <Sc l'Ouvrier fuppléeront d'eux-mêmes. Ces trois 
Vailfeaux font difpofés par dégrés, de manière que l'eau verfée dans le pre^ 
mier , tombe par des robinets dans le fécond , du fécond dans le troilieme , & 
du troifieme dehors ( 3 ). 

Le premier de ces vaiffeaux A,PL^ ,fig. y , s'appelle Trempoire ou Pourri- 
ture : c'eft dans cette cuve qu'on met l'herbe , afin de l'y lai/îèr macérer & 
fermenter. 

Le fécond vaifleau B , PL ^ ^fig, j- , fe nomme Batterie , parce que c eft 
dans celui-ci qu'on fait paffer l'extrait qui a fubi la fermentation , afin de le 
battre & de le traiter de la manière qu'il convient. 

Le troifieme vaiffeau C , P/. 4 ^fig. 5 , qui , à proprement parler , ne forme 
«qu'une efpece d'enclos , s'appelle Repofoir^ le fond de et vaiiîeau préfente dans 
fa plus grande partie un plan , & vers un des côtés de ce plan , un petit baffin K 
PL 4 , fig, 4 (& 5 , appelle Bajjinot ou Diablotin. 

Le Diablotin ou Baffinot , creufé dans le plan du Repolbir , eft un petit vaif 
feau particulier deftiné à recevoir la fécule fortant de la Batterie. Il doit être pra- 
tiqué au-(ieffous du niveau du fond de ce plan , & de manière à toucher le 
mur de la Batterie. On le place ordinairement droit au milieu de ce côté , 
& quelquefois dans une des encoignures , mais toujours du côté de la Batterie. 
Il eft muni d'un petit rebord , afin d'empêcher l'eau , qui pourroit fe trouver flir 
le fond du Repolbir , d'y refluer. 

C I ) Voyez Vl. 6. : 

(2)VoyezPZ.4,/|r. i,4&'5. 
(3)VoyezP/.4./g. Î.^,JB.C. 

Ce 



Chap. I. Des Bâtiments , VaiJJeaux & Uftenjîles» 41 

Ce que nous venons de dire ici touchant l'afTemblage de ces trois vaifTeaux , 
n a rapport qu'aux Indigoteries fimples ou détachées les unes des autres ; car 
lorfqu'ii convient d'établir plufieurs Pourritures enfemble , on diminue de moitié 
le nombre des Batteries , & conféquemment celui des Diablotins. On trouvera 
dans le plan des Indigoteries compofées , toutes les difpofitions relatives à cette 
économie ( i )• 

Le fond de ces trois grands vaiiTeaux efi: plat , avec une pente d'environ 2 
à 3 pouces , pour faciliter l'écoulement des uns vers les autres. 

Le fond du Diablotin K , PL 4 , fi^. 4 é^' 5 , préfenre une figure concave , 
dont le contour eft rond ou ovale. On avertit qu'il doit encore fe trouver dans 
le fond même du Diablotin , une autre petite foflette P , ou forme ronde reflem- 
blante à celle d'un chapeau ; c'eft dans cette efpece de forme ou folTette , que 
Ton achevé de puifer , avec un côté de calbalTe , le relie de la fécule qui y dei?- 
cend naturellement. 

Le premier vaifleau A, PL â^^fig. 5 , doit avoir au moins une bonde X, avec 
{on robinet ou daleau £" , de trois pouces de diamètre , le tout fuivant la gran- 
deur de la cuve. 

Le fécond vaifleau B ^ PL^, fig. y , préfente une bonde F , perpendicu- 
laire au Baffinot , avec trois robinets ou daleaux d'environ 3 pouces de diamètre. 
Ces robinets font élevés de 4 pouces les uns au-delîùs des autres : les deux pre- 
miers fervent à écouler en deux reprifes l'eau qui furnage la fécule après le 
battage. 

Le troiileme daleau , qui eft nécefîàirement perpendiculaire au Diablotin , ell 
deftiné à l'écoulement de la fécule dépofée au fond de la Batterie , au niveau 
duquel il doit être & même tant foit peu plus bas. 

Le plan du fond du troifieme grand vailTeau C, PL ^ifig* 5 y au lieu de 
bonde, a une ouverture Ç j au bas du mur , d'environ 6 pouces en quarré ^ tou- 
jours libre , qui répond au^canal de décharge , nommé la vuide. 

Le Diablotin i^ , & la petite forme P , qui fe trouvent enclavés dans le troi-- 
fieme vailTeau C , PL ^^fig. 5 , n'ont befoin d'aucune ilTue , puifqu on en retire 
toute la fécule jufqu'au fec par leur ouverture. 

Les bondes X font de bois incorruptible , équarries & placées dans le courant 
de la maçonnerie , à la demande de l'écoulement de chaque vailTeau. Ces bondes 
font percées félon leur longueur pour former les daleaux 5 la hauteur & la lar- 
geur de chaque pièce, font proportionnées à la quantité & à la largeur des trous; 
qu'on y fait, & leur longueur fe melùre fur l'epailTeur du mur où elle efi: placée? 
obfervant que les deux bouts fe trouvent de niveau aux deux côtés du mur. Les 
chevilles avec lefquelles on bouche les daleaux font rondes , & de même bois 
que les bondes. 

Les habitations où l'on fabrique l'Indigo ont , fuivant leur étendue , plulleurs 

( i) Voyez /g. I, PI. 7, 

Indigotie?,, h 



42 I N D I G OT I Ê R, Livre IL 

corps de maçonnerie femblables , proches ou éloignés les uns des autres , pour 
la commodité de l'exploitation , & alors on les défigne quelquefois par le terme 
de pourriture ou ^équipage , au lieu d'Indigoterie. 

La Planche 7 , figure i , repréfente plufieurs de ces équipages réunis ; & l'on 
voit que par leur alTemblage on peut diminuer de moitié le nombre des Batteries 
& des Diablotins. 

Lorfqu'on a deflèin de conftruire une Indigoterie en quelqu endroit , on 
doit examiner avant toutes chofes , s'il eft poffible d'y amener l'eau de quel- 
que rivière ou de quelque ravine pour remplir les cuves ; car , fi on eft privé 
de cet avantage , il faut indifpenfablement creufer aux environs du lieu où l'on 
fe propofe de former cet établifTement, un puits jf^. 2 , P/. 4 , fans l'eau duquel 
les plus beaux ouvrages deviendroient inutiles. Quand on eft sûr d'en avoir, de 
quelque façon que ce foit, on peut alors commencer le travail des Indigoteries , 
en obfervant les règles fuivantes : 

On établit les Indigoteries flir quelque butte ou élévation naturelle ou arti- 
ficielle fuffifante à un écoulement qui ne foit fujet à aucun reflux. Mais on eft 
quelquefois obligé de les placer fort bas , quand on eft à portée de profiter des 
eaux d'une rivière ou d'un ruifteau pour remplir la Trempoire. Il fuffit que la 
Batterie ait un débouché au-deffiis du niveau des eaux voifines , obfervé dans la 
faifon des pluies , afin que l'écoulement en foit toujours alTuré. 

On donne au premier vailTeau , ou la forme d'un quarré parfait , ou celle d'un 
quarré un peu oblong ; mais quelle que foit cette figure , les bords & la profon- 
deur en font toujours de la manière {uivante. Voici les règles qu'on obferve à 
l'égard des Trempoires dont l'ouverture préfente un quarré élongé . 

Si la longueur du. premier vaiffeau A^ eft de dix pieds , Ha. largeur eft de 
<p , & fa profondeur de 3 pieds , y compris un petit talus R , haut d'environ 6 
pouces , dont la pente toute intérieure forme comme une elpece de rebord à la 
cuve. 

Lorfque fà longueur eft de 12 pieds , fà largeur eft de 10 fiir la même profon- 
deur, & le refte de la même façon. Quand fà longueur eft de 18 à 2.0 pieds , 
on lui donne 16 à 18 pieds de largeur , fiir 3 & demi & même 4 pieds de pro- 
fondeur. Cette dernière proportion paroît flir-tout convenable à ceux qui portent 
jufqu'à 20 pieds quarrés en tous fens , obfervant toujours la même façon que 
nous avons dite à l'égard des bords ; mais il eft dangereux de faire ces vaifleaux 
trop grands , parce que la fermentation ne peut y être fi prompte ni fi égale que 
dans ceux qui font d'une médiocre étendue , & que le produit d'une grande 
cuve eft de beaucoup inférieur à celui de deux autres qui contiendroient enfemble 
la même quantité d'herbe : aulfi l'ufàge eft-il en général de fe borner à celles qui 
contiennent quarante charges ou paquets d'herbe , ce qui revient à la capacité 
de la cuve dont nous avons donné les premières proportions ; ou à celles qui 



Chap. I. Des Bâtiments y ValJJeaux & Ufienjîles, 43 

ont 10 pieds tant en longueur qu'en largeur , & qui peuvent contenir 50 char- 
ges de Nègres. 

Comme l'Indigo bâtard occupe beaucoup plus de place dans la cuve , pour 
les raifons qu'on verra dans la fuite , & rend beaucoup moins de fécule que 
l'Indigo franc , on met celui-ci dans les plus petites cuves , & on fe fert des 
plus grandes pour le bâtard. 

Quoique l'étendue du fécond vaifTeau B , PL 4-)fig^ 4 <^ 5 j n'influe pas fur 
la quantité & fur la qualité de l'Indigo , il eft cependant nécefîàire , pour la ma- 
nipulation du battage , d'en relTerrer les bornes & d'en relever confidérablement 
les bords ; mais pour le conflruire convenablement, il faut avoir égard à deux 
points très-eflentiels à fà parfaite exécution. 

Le premier , eft d'obferver le niveau du fond S , PL 4 , fig» 4 «^ 5" 5 de la 
Trempoire A , qu'on eft quelquefois obligé de tenir fort bas , pour en faci- 
liter le rempliflàge. 

Le fécond , eft d'examiner fi , à trois pieds ou à trois pieds & demi plus 
bas que le niveau du fond de la Trempoire , on peut placer le fond T , PL 
4 '7%* 5 3 <le la Batterie , de manière qu'elle ait un écoulement de fix pouces 
au-defîus du plan K du Repofoir ; & que le Repofoir ait une décharge conve- 
nable dans quelque foflè ou marre voifine : car , s'il n*étoit pas poffible de 
remplir cqs conditions préalables , il faudroit élever le fond de la Trempoire juf^ 
qu'à ce qu'on pût les accomplir. Lorfqu on eft sûr de pouvoir les obferver , on 
peut alors déterminer l'étendue de la Batterie qui doit toujours être plus longue 
d'un , deux ou trois pieds dans un fens que dans l'autre ; mais cette étendue ne 
peut fe régler que d'après le calcul de la quantité de pieds cubes d'eau que doit 
contenir la Trempoire lorfqu'elle eft remplie d'herbe , Se que l'eau eft à fix 
pouces de fes bords. C'eft pourquoi il faut d'abord multiplier la quantité des 
pieds de fa longueur , par celle de fa largeur , & multiplier enfiiite le produit 
de ces deux grandeurs , par le nombre des pieds de fa hauteur , fans y com- 
prendre les rebords qui font de fix pouces. Lorfqu'on a fait cette féconde multi-« 
plication & tiré {on produit , on en fbuftrait la troifieme partie pour la place 
que l'herbe occupe dans ce vaiffeau ; ce qui refte après la fouftraélion , égale la 
quantité de pieds cubes d'eau que doit recevoir le baffin de la Batterie , auquel 
il faut donner une telle proportion que fa longueur multipliée par fa largeur 
donne un produit , qui étant multiplié par trois pieds ou trois pieds & demi de 
profondeur , forme une quantité de capacité égale à la quantité du volume 
d'eau , trouvée au calcul de la Trempoire. 

Il faut fuppofer qu'on élevé enfuite fur les murs Y, PL ^^fig- $ ? du baflin 
de la Batterie , une maçonnerie de deux pieds de haut , pour fervir de rebord à 
ce vaiftèau , ce qui lui donne en tout 5 à 5 pieds & demi de hauteur , fur-tout 
quand on fe fert de Nègres & de buquets pour battre la Cuve ; car on diminue 
les bords de fix pouces lorfqu'on fait mouvoir les buquets par un moulin. 



44 I N D 1 G O T I E R. LiFRE IL 

On obferveraici que le côté le plus étroit de la Batterie fe trouve toujours eil 
face de la Trempoire , à moins qu'on ne foit dans le cas de faire battre plufieurs 
vaifTeaux à la fois par des moulins à l'eau ou à mulets , ce qui nécejGite alors 
une direaion toute oppofée , comme BB ^fig, i , VL y. 

Les bords de la Trempoire forment , comme nous ayons dit , une pente inté- 
rieure 5 au quart d'équerre , d'environ fix pouces. Les bords du fécond vaifTeau ont 
auffi une petite pente , mais elle efl moins forte vers le dedans ; ceux du Repofoir 
font plats. Ce troifieme vaiffeau n'a pas une étendue déterminée , néanmoins le 
mur qui lui eft mitoyen avec la Batterie , fert ordinairement de mefure à fa lon- 
gueur , pour ce côté là Se celui qui le regarde en face ; 6 ou 7 pieds fuffifenC 
pour chacun des deux autres côtés de fa largeur. 

Le Diablotin ou Je Baffinot K ^fig» 4 , P/. 4 , un peu écliancré du côté qu'i^ 
touche au mur de la Batterie , eft profond de deux pieds y compris la forme ou 
foffette P j & large de deux pieds & demi & même plus , {ùivant la grandeur des 
premiers vaiffeaux, La foITette peut porter y à 5 pouces de diamètre & autant de 
creux. 

La hauteur des murs contournants du troifieme vailTeau C, fig. 4 , P/. 4 , 
•qui vont fe réunir au mur mitoyen de la Batterie ^ , eft d'environ trois pieds & 
demi à quatre pieds , en comptant le fond V à\x Repofoir C ,j%. 5 , P/. 4 , à 5 
pouces au-deflbus du dernier robinet de la Batterie. Ow pratique vers un des 
coins du Repofoir & du côté du mur mitoyen de la Batterie , qui lui fert d'ap- 
pui , un petit efcalier L , fig. 1 5 P/. 4 , pour y defcendre <^ en fortir à vo- 
lonté. 

La maçonnerie de ces vaifîe^aux & fiir-tout du premier , doit être faite avec 
beaucoup de précaution & toute la folidité pofTible , pour être parfaitement 
étanche & réfifter aux' violents efforts de la fermentation ; c'eft pourquoi on en 
prépare les fondements par un maifif de roches féches , bien garnies & pilonées, 
avant d'en maçonner le fond & les murs qui lui fervent de revêtement. On 
donne au mur de ce premier vaifTeau 15 , 20 , & même :i4 pouces d'épaiffeur, 
fùr-tout lorfqu il a vingt pieds quarrés ; 12 à 15 pouces fufEfent à Tépaiflèur des 
autres vaiffeaux ; mais on doit toujours en travailler le fond & tout ce qui eft ca- 
ché fous terre avec grande attention , de crainte que les fources voifines , ou les 
eaux qui proviennent de fégout des terres , ne s'y inflnuent. On n'emploie d'or- 
dinaire à la liaifon de ces fortes d'ouvrages , qu'un mortier de fable & de chaux , 
quoique dans les quartiers où elle eft extrêmement rare ou chère, on fe fèrve 
avec ficcès de terre graffe pour les ouvrages qui font expofés en plein air ; mais 
on en recré'pit toujours l'extérieur avec de bon mortier à chaux & à fable , & 
l'intérieur avec du ciment fait comme nous allons dire. 

Lorfque toute la maçonnerie eft bien féche , on fait un ciment compofé de 
chaux & de briques pilées & paffées au tamis , dont on enduit exaélement tout 
l'intérieur & les bords des vaiffeaux ; on a foin de polir l'ouvrage à mefure qu'il 

féche , 



Chap. I. Des Bâtiments ^ Vaijjeaïïx & Vftenfiks, ^y 

féche , avec des truelles fîaes , & enfuite avec des cacones dont l'écorce eft très- 
dure & très-polie , ou avec des galets de rivière ; ce qui demande l'application 
de plulleurs Nègres enfemble pour prefTer le ciment à meiure qu'il feche , & 
l'empêcher de laiiTer des gerçures. 

Comme il ne faut qu'une fente très-médiocre pour faire écouler une cuve 
toute chargée , on doit prendre , fitôt qu'on s'en apperçoit ^ des coquilles de 
mer de quelque efpeces qu'elles foient , & les piler fans les faire cuire ; on les 
réduit en poudre , & on les pafle par le tamis. On prend enfuite de la chaux vive 
auffi pafTée au tamis ; on mêle ces deux parties enfemble, & on les délaye avec 
autant d'eau qu'il en faut pour en compofer un mortier ferme , dont on remplit 
en diligence la fente de la cuve ; il en arrête fur le champ l'écoulement. D'autres 
réparent les fentes des Indigoteries de la manière fiiivante: On ouvre & on élargit 
intérieurement la fente en forme de rigole évafée , & de la profondeur de fept à 
huit pouces depuis le haut jufqu'en bas. On gratte les bords des petites fentes 
qu'on ne juge pas à propos d'ouvrir , comme le refte , & on en remplit le vuide 
avec un ciment compofé de parties égales de chaux vive , de brique piiée & ta- 
mifée , & de mâche-fer réduit en poudre , le tout délayé avec le moins d'eau 
qu'il eft poffible. 

On prépare à l'Ifle de Franeë^n maftic dont voici la compofition. On fait dif^ 
foudre des coquilles de mer dans du jus de citron ; on tire le réfidu prove-* 
nant de cette diffolution , & on le mêle avec des blancs d'œufs pour en faire 
le maftic avec lequel on bouche parfaitement les fentes des Indigoteries. 

Le renom du ciment de la Chine, appelle Sarangoufll , nous engage à joindre 
fà recette à toutes les précédentes , quoiqu'on n'ait pu nous en donner les pro- 
portions. Ce ciment fe fait avec du Brai fec , de l'huile de Cocos , qui peut fe 
xemplacer par de fhuile de Noix fécative , & de la chaux vive tamifée. G. ; com- 
pofé de ces trois parties une pâte que l'on bat lur un billot à coups de mafle , 
jufqu'à ce qu'elle devienne filante , maniable & propre à en faire ce qu'on juge à 
propos. Cette pâte devient extrêmement dure dans feau , & blanchit comme la 
porcelaine , ce qui fait qu'on i^n fert auffi pour recoller les vafes de cette 
e/pece. 

Ceux qui n'ont pas le temps ou la commodité de compofer ces maftics, 
peuvent fe fervir du ciment ordinaire , qui étant bien fin , un peu clair ex. appli^ 
que convenablement , produit le même eflTet. 

On doit outre cela avoir attention d'entretenir toujours une certaine quantité 
^'eau dans les vaiffeaux qui doivent relier quelque temps en repos , afin que la 
chaleur exceffive n'y occafionne pas de femblables dommages. 

Lorfque ces travaux font finis , on dreiïe , avec quelques fourches plantées en 
terre , un ajoupa ou ejfpece d'appenti fur le Repofoir , pour mettre l'Indigo fou- 
tiré , & les Nègres à l'abri. Quelques habitants font cet ajoupa affez grand pour 
couvrir auifi la Batterie & même la Trempoire. 

Indigotier» M 



4(5 I N D I G T I E R. Livre IL 

Il eft confiant qu'il feroit très-avantageux d'avoir ce dernier vaifTeau à l'abri 
d'une pluie continuelle ou d'un violent orage ; car la fraîcheur & l'abondance 
de ces eaux retardent la fermentation & troublent les indices qui fervent à en 
faire connoître le jufte degré ; d'ailleurs il n eft pas bien décidé que le trop 
grand air & l'extrême chaleur occafionnée par les rayons du foleil , foient les 
moyens les plus prompts pour exciter la fermentation ; ainlî on s'abftient de blâ- 
mer aucun de ces ufages , qui ne paroiflent pas occafionner une différence bien 
fenfible fur la qualité de l'Indigo ; ce qui eft caufe que la plupart regardent cette 
couverture comme inutile fur la Pourriture. Il faut feulement avoir attention , 
quand on travaille à découvert dans un temps de pluie , de ne pas mettre tout-à- 
fait la même quantité d'eau dans la cuve. 

Comme il eft abfolument nécejTaire d'empêcher la trop grande dilatation de 
l'herbe dans la Trempoire ou Pourriture A,Jig, i (S* 4, P/. 4, dont elle fur- 
monteroit bientôt les bords , on plante à la profondeur de trois pieds en terre , 
quatre poteaux D , fig. i (S" 4 , PL 4 , de bois incorruptible , vers les quatre 
coins extérieurs du travers de la longueur de cette cuve ; fàvoir , deux d'un côté 
& deux de l'autre , vis-à-vis le quart de la longueur du vailTeau. Ces poteaux 
qu'on appelle les Clefs , s'élevant hors de terre à la hauteur d'un pied fix pouces 
au^deiîùs des bords de la Pourriture , préfentent chacun vers leur extrémité , 
une mortaife de fix pouces de large & longue de dix. Ces mortaifes font deftinées 
à recevoir des barres G ,Jig. i (9 3 , P/. 4, ou fbliveaux qui paftent dire élément 
d'une clef à l'autre par-defîus toute la largeur de la trempoire , Se en même temps 
les coins ou couflinets par lefquels on aftujétit les barres dans les mortalfès. Les 
barres de œs clefs font équarries de fix pouces fur les quatre faces , & quelque- 
fois de fix fur huit. 

Lorfqu'on a chargé la cuve , ou que l'herbe y eft embarquée , on couche par- 
defliis Se félon la longueur de la cuve , des palilTades ou planches I ,Jig. 4 , PL 
4, de Palmifte tout près les unes des autres , & fur leur travers deux ou trois 
chevrons H. Les traverfes ou chevrons qui appuient fur ces paliiïàdcs , font des 
pièces de bois équarries de fix pouces fur les quatre faces ; on les afTujétit en cet 
état par le moyen des coins ou étançons pofés entr' elles Se les barres des clefs. 

La partie des poteaux ou clefs cachée en terre , doit avoir environ un pied Sc 
demi de diamètre ; celle qui eft dehors & qui furpaffe la cuve d'un pied Sc demi , 
doit avoir dix à douze pouces d'équarriflàge , afin de fupporter le travail Sc l'ou- 
verture des mortaifes qui doivent être proportionnées aux barres dont nous avons 
parlé ci-deflus. 

Trois fourches N^fig, i , P/. 4, ou courbes de bois plantées en triangle des 
deux côtés de la Batterie ; favoir , deux d'un côté & un au milieu de l'autre bord ,' 
fervent de chandeliers ou d'appui au jeu des Buquets O M ,Jig. i , P/. 4 , em^ 
ployés à battre & agiter l'eau de cette cuve. Il y a des quartiers où l'on bat avec 
quatre buquets , Se où par conféquent on met deux fourches d'un côté & deux 



Chap. I. Des Bâtiments , Vaiffcaux & Ufltnfiks. 47 

de l'autre 5 mais toujours dans une pofîtion alternative , comme les trois dont 
nous venons de parler. 

Le buquet eft un inftrument compofé d'un caifTon M, /%• i > ^^«4? ^^"s 
fond , uni à un manche O. Ce caiflbn eft formé de l'afTemblage de quatre mor- 
ceaux de fortes planches. Il refTemble à une petite crèche, ou à un pétrin de 
Boulanger, dont on auroit levé la couverture & le fond; ainfi l'ouverture fupé- 
rieure en eft beaucoup plus large que l'inférieure ; mais les deux bouts de ce 
caiflbn font perpendiculaires ou verticaux , c'eft-à-dire , qu'ils ne s'évafent point 
du tout. La longueur du buquet eft de douze à quinze pouces ; fa largeur fupé- 
rieure de neuf à dix pouces ; l'ouverture inférieure eft de trois à quatre pouces , 
& fa profondeur de neuf à dix pouces. Au refte , ces mefures font fort arbitraires. 
Pour l'emmancher , il faut faire une mortaife droite au milieu d'une àt^ planches 
qui forme la longueur , & une autre au milieu de la longueur de la planche 
oppofée , mais un peu plus bas que le milieu , c'eft-à-dire , qu'il faut approcher 
cette féconde mortaife du côté où le buquet fe ferme. Après quoi on l'ajufte par 
la première de cqs ouvertures , à une gaule de la grolTeur du bras , qui de cette 
manière le traverfe obliquement de part en part. On arrête enfuite le buquet par 
une clavette qui traverfe le bout de la gaule ; après quoi on pofe cette gaule 
entre les branches du chandelier N,7%. i , P/. 4 , placé à hauteur d'appui, & 
on l'y aiTujétit au moyen d'une cheville de fer qui traverfe le tout , & laifte au 
Nègre qui en tient le manche , la liberté de plonger & de relever le buquet. 

La longueur de la gaule depuis fon point d'appui , fur la fourche qui touche 
le mur de la Batterie, jufquau caiflbn, fe règle ftir la mefure du travers entier 
de la Batterie , dont on retranche un pied , afin que le buquet fbit franc dans fon 
mouvement , & qu'il n'endommage pas la muraille de ce vaifl!èau. Il faut que ceux 
qui battent la cuve avec ces inftruments , s'accordent exaélement à donner leur 
coup enfemble , fans quoi l'eau rejaillit de plus de quatre pieds au-defllis du 
bafTin. 

On fe fert auffi de deux eipeces de moulins pour battre l'Indigo ; les uns fè 
meuvent par l'eau , & les autres par des chevaux. La Planche 7 , fig. 2 , 7 & 
p , repréfente le plan , la coupe & la perfpedive d'un moulin à chevaux ; & la 
même Planche , fig. 12 , la perfpeélive d'un moulin à Teau. On a mis l'explica- 
tion de toutes ces figures à côté des Planches ; car le détail de leur méchanifme 
qui regarde plus l'Art du Charpentier que celui-ci, eft trop long pour en donner 
ici une defcription complette. Il iùffit de lavoir que dans les uns comme dans les 
autres , tout le mouvement fe rapporte à un arbre couché fiir le travers de la Bat- 
terie , lequel étant terminé à chaque bout par un aifîieu de fer , roule fur des 
colets de même matière , pofés fur les deux côtés de la Batterie , & que cet arbre 
eft garni de quatre cuillers aflez longues pour que leur caiflx^n fe remplifle d'eau 
en tournant. Ces caiflbns font alors fermés par le bas , & ils doivent fe féparer 
de leur manche quand on le juge à propos ; parce que ii le moulin eft fait pour 



48 1 N D 1 G O T 1 E R. Livre IL 

battre pkifieurs cuves , il eft mutile de laifTer ces pièce? attachées aux arbres qui 
ne font rien. On trouvera fur chaque Planche une échelle qui indique les pro- 
portions de ces moulins. Quelques-uns pour éviter les frais d'un moulin, pla- 
cent tout fimplement fur le travers de leur Batterie , un arbre garni de palettes, 
fig. rr , PLj, auquel on imprime un mouvement de rotation par le moyen de 
deux manivelles fixées à fes deux aiiïieux. On peut encore confulter , au fujet de 
ces fortes d'ouvrages , le méchanifine du rouleau des Indiens y fig. J , PL 5 , dé- 
crit au Chapitre des Fabriques de l'Afie , & qui paroît très-bien imaginé. 

Gomme la fécule , en tombant dans le Diablotin K ,Jjg. 4 , PL ^y eft en- 
core remplie de beaucoup d'eau , on la retire de ce vaiffeau pour la mettre à s'é- 
goutter dans des facs d'une bonne toile commune , point trop ferrée. 

Ces facs Z ,fig, r , P/. 5 , font ordinairement longs d'un pied à un pied & 
demi , quarrés ou en pointe par le bas , & larges de huit ou neuf pouces en haut. 
On fait tout près de leur ouverture des œillets ou boutonnières , & on y paflTe 
des cordons ou lacets courants , par lefquels on les fufpend des deux côtés aux 
chevilles ou crochets d'un râtelier Uyfig. i , P/. y , iixé en Ufig, i , 4 (S- y, P/. 
4 , aux murs du Repofoir. Quand les facs ne rendent plus d'eau , on renverfe la 
fécule , qui eft encore molle comme de la vafe épaiffe , dans des caifles de bois 
A y fig. ^ , PL ^ , pour l'y faire fécher. Ces caifiTes font d'un bois léger , longues 
de trois pieds , larges d'un pied & demi , & profondes de deux pouces. 

On expofe ces cailTes A , fur des établis B ^fig.S , PL ^ , dont une partie eft 
à couvert fous un bâtiment S , fig. S pPL ^ , appelle la Sécherle , & l'autre en 
plein air. 

Ces établis font compofés de deux files ou rangées de poteaux de bois, plantés 
en terre jufqu'à hauteur d'appui, fur le fommet defquels on cloue tout du long 
des paliflades ou lifteaux de Palmifte , dont on ne marque pas les proportions ; il 
fiaffit qu'ils {oient aftez forts pour {upporter les caiftes ; mais il eft néceftaire qu'ils 
foient écartés de deux pieds pour qu'on puifte aifément paffer entr'eux , &: que les 
extrémités des caiiTes ayent un appui d'environ fix pouces de chaque côté. 

On ne peut donner ici les proportions de la Sécherie , parce qu'il n'y a au- 
cune règle fixe au fujet de la grandeur de ce bâtiment , qui reftemble à un han- 
gard ou à une grange , dont le devant d'un bout n'auroit pas de clôture. On fait 
à l'autre bout de la Sécherie, un petit magafin M , fig. ^, PL 5, pour renfermer 
l'Indigo lorfqu'il eft entièrement fec ; le refte de ce bâtiment fert d'abri à celui 
qu'on veut faire fécher lorfqu'il pleut , ou retirer pendant la nuit comme on le 
fait toujours. 



CHAPITRE 



Chap. il Des efpeces & différentes qualités de V Indigo , &c. 49 



CHAPITRE SECOND. 

Des efpeces <3C différentes qualités de l'Indigo , ÔC des accidents 

auxquels il efifujet depuis la plantation de fa graine 

jufquàfa récolte. 



le 



JL'Indigofere, l'Anii ou l'Indigo , croît naturellement & fans culture dans tous 
les pays qui fe trouvent delîbus ou près de laZone-Torride. On en connoît cincj 
efpeces dans nos Colonies ; favoir , le Maron , ou celui de Savane , le Mary , le 
Guatimala , le Bâtard & le Franc. 

Toutes ces efpeces ont entr' elles plufleurs traits de refîèmblance , & il faut 
quelque étude à un nouveau venu, avant de pouvoir en diftinguer la différence au 
premier coup d'œil ; ainfi fur la defcription de la dernière , on peut fe former 
une idée générale de toutes les autres. 

L'Indigo franc de nos Colonies de l'Amérique > fig. ï yPl. 8 , efl une planter 
droite , déliée , garnie de menues branches , qui en s'étendant , forment d'ordi- 
naire une petite touffe. Elle s'élève jufqu'à trois pieds de hauteur & même beau- 
coup plus , quand elle fe trouve en liberté dans un bon terrein , où fà principale 
racine ,Jig. i , Tl. 1 , commence toujours par pivoter. Cette racine & les autres 
qui en proviennent peuvent s'étendre jufqu'à 12 à r y pouces de profondeur ; 
d'ailleurs elles font blanches , ligneufes , rondes , dures & tortueufes. Cette 
plante qui , avec le temps , devient ligneufe & cafïànte , fe divife quelquefois 
dès le pied , en petites tiges couvertes d'une écorce grisâtre ^ entremêlée de verd» 
Ces tiges font rondes , ainfi que leur fbuche , qui peut avoir 433" lignes de 
diamètre, plus ou moins fuiyant le terrein. L'intérieur en eil blanc; les bran- 
ches fe garniffent de petites côtes , dont chacune porte jufqu'à huit couples 
de feuilles , terminées par une feule qui en fait l'extrémité. Sqs feuilles font 
ovales , tant foit peu pointues , unies , douces au toucher , & affez femblables 
à celles de la Luzerne \ mais pour la couleur , la figure , la grandeur & la 
difpofition des feuilles fiir leur côte , aucune plante n'approche plus exa-, 
<5lement de l'Indigo , que le Galega , appelle en François Rue de Chèvre , 
ou que le Trifolium. Le feuillage de l'Indigo répand une odeur douce 
affez pénétrante , mais peu flatteufe , & qui a quelque léger rapport à cel- 
le de la fécule deffécbée &; bien fabriquée. Sa feuille préfente aufîî Hi goût 
une faveur affez approchante de celle de fa fécule , entremêlée d'une petite 
amertume piquante , répandue dans tout le refte de la plante. Les branches fe 
chargent de petites fleurs d'un rouge violet très-clair & d'une odeur légère , 
mais agréable. Ces fleurs font allées ou papillonacées , compofées chacune de 
Inj)JGotier, N 



|o I N D 1 G O T I E R, Lirnn II. 

cinq pétales. Le pétale fupérieur eft plus large & plus rond que les autres , Se 
profondément dentelé tout autour ; ceux d'en-bas font plus courts & terminés 
en pointe avec un piftil au milieu. 

A CQS fleurs relTemblantes à peu-près à celles de notre Genêt , mais bien plus 
petites , fuccedent des filiques roides & caflantes , rondes , grainelées , un peu 
courbes , d'environ un pouce de longueur , & dune ligne & demie de diamètre. 
Ces coiTes renferment cinq ou fix femences ou graines femblables à de petits cy- 
lindres d'une ligne de long , luifants , très-durs , ôc d'un jaune rembruni. Le 
feuillage de cette efpece foifonne plus en fécule , proportion gardée , que celui 
des autres , & le grain qui la compofe eft plus gros. Je n'ajouterai point que la 
Marchandife provenant de l'Indigo franc , eft néce flaire ment plus belle que celle 
de l'Indigo bâtard ; car de vieux Praticiens foutiennent que la plus brillante qua- 
lité , telle que celle du bleu flottant ou du violet , ne dépend point de l'elpece 
de l'herbe , puifque les deux dont il eft queftion , donnent tantôt le bleu ou le 
violet , tantôt le gorge de pigeon ou le cuivré , &;c. mais feulement de certaines 
circonftances plus aifées à foupçonner qu'à définir au jufte , au nombre defquelles 
on fait concourir la qualité du terrein , la coupe de l'herbe avant fa maturité , 
l'imperfeélion de la fermentation & du battage ; quelques-uns y ajoutent la che- 
nille qui ronge l'Indigo , & qu'on met avec l'herbe dans la cuve. Il paroît ce- 
pendant que le plus ou moins d'onéluofité dans le feuillage , & la manière 
de fécher fa fécule , doivent beaucoup contribuer à la légèreté & à la beauté de 
ces matières ; on pourroit même foupçonner que la quantité & la qualité de 
l'huile qu'on répand dans la Batterie , y entrent pour quelque chofe. 

Au refte , l'Indigo franc fe fait avec facilité ; mais le fuccès de fà plantation efî 
fort douteux. Sa tige tendre & délicate , eft expofée en naiflànt à beaucoup d'ac- 
cidents : le vent , la pluie , le foleil , tout confpire à fa deftruélion ; la terre même 
où il croît femble lui refufer fes fecours ; fi elle eft un peu ufée , il languit fur 
pied , & ne produit que de foibles tiges , qui périflent dès leur naiflànce. Une des 
principales caufes de fà perte dans le premier mois , eft le brûlage , c'eft-à-dire, 
l'accident auquel il eft fujet, lorfqu'après un grain de pluie , le foleil vient à 
darder fubitement fes rayons fur la terre ; il échauffe tellement l'eau quî n'a point 
afl^ez pénétré , que cette jeune & foible plante , extrêmement fenfible à {qs ra- 
cines , fe couche & fe fanne comme de l'herbe échaudée. 

Il eft encore attaqué pendant ce temps , par un infeéle qu'on appelle Ver 
hrûlant ou Calleux. Cet animal , dont la figure eft approchante de celle d'une 
petite Chenille , s'attache à fà fommité & l'enveloppe d'une toile à peu-près 
femblaW.e à celle de l'Araignée , qui l'étouffé en la privant d'une rofée rafraî- 
chiflànte , & de la liberté de l'air fî néceflàire à la tranfpiration des végétaux , 
laquelle fe change , dans cette toile , en vapeurs brûlantes , lorfque le foleil 
vient à donner deflus. 

A ces accidents , il faut ajouter le fléau général des Chenilles. On voit quel- 



Chap. il Des efpeces â différentes qualités de l'Indigo , &c, ^i 

^uefois des eflàins de Papillons , les uns blancs & les autres jaunes , voler de 
quartier en quartier , pour dépofer leurs œufs dans les jardins à Indigo ; la cha- 
leur y fait éclorre une quantité innombrable de Chenilles, & les fait croître, dans 
cette abondante nourriture , fi promptement , qu elles dévorent quelquefois en 
moins de quarante-huit heures des chafîès entières d'Indigo. La crainte conti- 
nuelle où l'on eft d'un tel accident, eft prefque toujours accompagnée d'un 
danger réel caufé par le Rouleur ^ autre eifpece de Chenille plus grofle que les 
dernières. Ces animaux s'attachent à ronger l'écorce des fouches & les bourgeons 
à meflire qu'ils repoufîènt : ces infeéles , par un inftinél tout particulier ^ fe ca- 
chent fous terre pour éviter les plus fortes chaleurs du jour , & ils en fortent à la 
fraîcheur pour travailler de nouveau le refte du jour Sc la nuit fuivante. Ce ma- 
nège , qui dure quelquefois deux mois de fuite , fait tellement languir & fouf- 
frir les tiges , que plufieurs périiTcnt fans relïburce ; après quoi ces infeéles fe con- 
vertilTent en chryfàlides pour devenir papillons & habitans de l'air. Ce malheur efl; 
d'autant plus grand , qu'il arrive toujours dans la plus belle faifon , & lorfque 
l'Indigo rend le plus. Les habitants qui ont des troupeaux de cochons ou de 
coqs d'Inde , Se qui connoifTent leur goût & leur avidité pour les Chenilles , 
les lâchent alors dans leurs jardins , pour diminuer au moins le nombre de ces 
ennemis ; mais la chair des coqs d'Inde en contraéle un goût li défàgréable , qu'il 
n eft pas poffible d'en fervir fur la table , tandis qu'ils en font leur principale 
aourriture , & même quelque temps après. 

Cet expédient tout utile qu'il puilîe être , n'approche cependant pas de celui 
qu'on emploie aufTi avec le plus grand fuccès pour détruire la toile dont le Ver 
brûlant ou le Colleux enveloppe la fommité de l'Indigo. Il confifte à faire 
prendre à chacun des Nègres un balai de trois pieds de long, compofé de branches 
feuillues , & de leur faire pafler ce balai fur la tige des jeunes Indigos , dans le 
temps ou le foleil eft dans toute fà force , c'eft-à-dire, entre onze heures & midi , 
&; où la terre eft brûlante , parce que dès que la Chenille eft bleftee par la vio- 
lente fecoufTe de cette opération , elle tombe fur le fol dont la chaleur la fait 
mourir en moins de deux heures. Il en eft de même à l'égard des Chenilles qui 
remontent fur les fouches de l'Indigo dès qu'on vient de le couper, 8c qui en 
rongent toute l'écorce ; mais il faut alors employer des balais plus forts <3c fans 
feuillage , qu'on fait paflèr fiir les fouches à tour de bras. 

Pour que cette manœuvre ait tout fon effet , il faut que de longue main le 
terrein foit net & dégarni des mauvaifes herbes. Quant à la toile du Ver brûlant , 
on la détruit parfaitement en paiTant le balai feuillu flir la tige de l'Indigo. 

Le Mahoqua eft encore un de Ïqs plus dangereux ennemis ; cet animal qui ne 
Ibrt jamais de deflbus terre , eft un gros ver blanc qui devient quelquefois auffi 
long & aufîi gros que le pouce ; fes mâchoires font fi fortes , qu'il coupe & qu'il 
ronge les racines de l'Indigo , ce qui fait qu'il ne tient prefque plus à la terre , 
& qu'en tirant deftus on l'arrache aifément. Lorfqu'on reconnoit la caufe de ù. 



52 1 N D I G O T I E R. LîvRE II. 

langueur '& de fon dépériflement , on fait fouiller la terre dans les endroits où 
le mal eft le plus confidérable , pour découvrir & ramafler ces infedes , dont les 
Nègres ne manquent guère de remplir leurs paniers , qu'ils vont vuider enfuite 
dans quelque marre ou foffé plein d'eau. 

L'Indigo bâtard attire moins tous ces infeéles ; mais il eft fujet à fon tour dans 
la faifon avancée , où les pluies & les chaleurs font fortes , à décharger , c'eft-à- 
dire , à fe dépouiller aifément de fes feuilles ; d'où il réfulte l'obligation de 
couper beaucoup plus d'herbe pour remplir une cuve , & une perte confidérable 
pour le propriétaire. 

Si l'on fait réflexion à tant d'accidents qu'il eft impoflible de prévenir, on ne fera 
pas furpris que la plupart des quartiers de Saint-Domingue , où le nombre de ces 
infedes s'eft multiplié plus que par-tout ailleurs , en ayent abandonné la culture , 
qui les a mis la plupart en état d'établir des Sucreries, dont les revenus font en q^qz 
plus folides. Les Nègres mêmes en préfèrent le travail à tout autre , malgré faf^ 
liduité & les veilles continuelles qu'ils font à tour de rôle auprès des moulins 
& des chaudières à Sucre , par rapport aux petits profits qu'ils font fur les firops 
qu'on leur diftribue tous les Dimanches , & que les autres Nègres achètent pour 
fe régaler en en mêlant une certaine quantité avec de l'eau, dont ils font une 
boifïbn à laquelle ils donnent le nom de Râpe, Les quartiers de Saint-Domingue 
où l'on a vu les Manufactures les plus floriftàntes en ce genre , font Aquin , 
Nippes, les Arcaha'x, le Boucaffin , les Vafes , Mirbalais , les Gonaïves & l'Ar- 
tibonite , où il s'en trouvoit d'affez confidérables pour occuper cinq à fix cens 
Nègres. Le Limbe , Port-Margot , Plaifance & Saint-Louis du Port- de-Paix , font 
les quartiers de la dépendance du Cap , où il s'en eft fait le plus , bien que ce 
plus fût peu de chofe en comparaifon des précédentes. Mais la Louifianne com- 
mence à en fournir quantité de très-beau : on ne fait ce qui empêche les habi- 
tants de Cayenne de s'y adonner avec la même ardeur, le peu d'Indigo qui vient 
de ce pays étant très-eftimé. 

L'Indigo bâtard diffère de la précédente efpece , fur-tout par la fupériorité de 
fa grandeur ; il croît par-tout , mais toujours moins haut dans une terre ingrate : 
là feuille eft plus longue & plus étroite que celle du franc , moins épaifTe , d'un 
verd beaucoup plus clair , un peu plus blanc par le deftbus ; le revers de cette 
feuille eft garni d'un poil fubtil , piquotant , facile à détacher & très-inquiétant 
pour les Nègres qui s'en chargent. Ses filiques plus courbées que celles du franc , 
font jaunes , &,ks graines noires , luifantes comme de la poudre à feu , <& ayant ,' 
comme celle de toutes les autres efpeces , la forme de petits cylindres. Il croît 
jufqu'à fix pieds de hauteur , & même beaucoup plus. S'il eft vrai , comme on 
n'en peut guère douter , que quelques-uns ayent réuffi à en tirer parti après 
qu'il a atteint une extrême grandeur & qu'il a porté fleur & graine , il- n'en efl 
pas moins vrai que c'étoit faute de mieux , & que la rareté comme la difficulté 
du fuccès , comparées avec les expériences inutilement réitérées par les meilleurs 

Indigotiers , 



C H A p. ïi. Des efpeces è différentes qualités de îîniigo , êc. j-^ 

Indigotiers, doivent engager à fuivre, autant qu'il eftpoffible, Tufage ordinaire où 
l'on eft de le couper lorfqu il approche de trois pieds & qu il entre en fleur , dont 
l'odeur fùavc eft très-remarquable, & que prefîànt légèrement une poignée de 
fbn feuillage, il eft aflez roide pour fe rompre un peu, & faire un petit bruit 
comme s'il crioit dans la main. Ces deux dernières remarques de la fleur & du cri ^ 
conviennent également à l'Indigo franc comme au bâtard , quelque h?.uteur qu'ils 
ayent , & fervent, en général de régie pour la coupe de l'un & de l'autre. Il y a 
pourtant des circonfl:ances où il eft nécelîàire de l'avancer , ôc d'autres où il faut 
la différer. L'Indigo fe trouve dans le premier cas , lorfque la Ciienille eft en fi 
exceflive quantité , qu'on appréhende qu'elle n'ait tout mangé avant le'" temps 
convenable ; mais il rend beaucoup moins , & la marchandife qui en provient eft 
fujette à manquer de liaifon , dont le défaut , fuppofé qu'on réuflllfe dans le refte 
de fon apprêt , diminue toujours le prix. On fe trouve dans l'autre cas , lorfque 
par une trop grande abondance de pluie l'Indigo a crû tout d'un coup , Se qu'il 
y a apparence de beau temps ; parce que huit jours de temps favorable lui don- 
nent du corps & diflîpent les difficultés qui pourroient fe préfenter à la fermen- 
tation ; fans cette précaution il embarrafferoit le plus habile Maître : on fe voit 
même quelquefois contraint par l'excès des pluies , fur-tout dans la première 
faifbn , de jetter toute une coupe , foit parce que fon grain n'ayant point affez 
de corps , fe difTout au buquec , foit parce que ces pluies venant à battre l'In- 
digo dans fon état de maturité , le font décharger ou font tomber toutes fes 
feuilles , de manière qu'il ne refte plus que des balais ; alors pour ne pas occuper 
inutilement les Nègres , on fait couper l'herbe fans différer , afin de ne pas retar- 
der la coupe fùivante, 

La fabrique de flndigo bâtard eft un p^u plus difficile que celle du franc , SC 
le grain de fa fécule n'eft pas fi gros ; mais on en eft bien dédommagé par les 
avantages que celui-ci n'a pas. Premièrement , l'Indigo bâtard vient par-tout , 
& en tout temps ; fecondement , fon herbe eft moins fujette aux Infères, Se 
elle réfifte plus long-temps à leur attaque ; les pluies mêmes ne fauroient l'en^ 
dommager que par un excès d'autant moins commun , que le s pays fe décou- 
vrent & s'habitent de plus en plus. Volume pour volume d'herbe , cet Indigo rend 
moins à chaque cuve que le franc , parce que fon feuillage porte fur de grandes 
Touches qui tiennent beaucoup de place inutile dans la cuve. Mais ce défaut eft 
compenfé par l'étendue du terrein & la richeffe de ces tiges , dont on coupe & 
on découvre un bon tiers de moins pour remplir une cuve. Le tout bien calculé , 
on trouvera que l'un revient bien à l'autre ; & comme il eft rare qu'il périffe dans 
fes commencements , on en plante toujours {ans aucun égard à la difficulté de la 
fabrique , fur-tout dans les vieux terreins , réfervant les meilleures terres pour le 
franc : mais il eft très-délicat fur fon point de maturité , qu'il faut examiner avec 
foin , & fe bien garder d'en lailTer nouer la graine ; car pour lors il eft très-difficile 
à faire ; & fi l'Indigotier eft affez habile pour y parvenir , il rend fi peu , à moins 
Indigotier^ O 



54 I N D I G O T I É R. Livre IL 

qu'on ne fbit dans les plus fortes chaleurs , que la peine pafTe le profit. Mais 
fi on eft exa(5t à le couper à propos , on en fait de l'Indigo magnifique , lorfqu'on 
porte tous fes foins tant à la fermentation qu'au battage. 

Cette e{pece d'Indigo eft très-longue à croître ; c'eft pourquoi plufieurs pré- 
fèrent le franc , quand le terrein le permet; celui-ci en deux mois , quelquefois 
fix femaines, peut fe couper. Quant au bâtard , il lui faut plus de trois mois ; 
nonobftant cela on fait quelquefois un mélange de l'un & de l'autre , lorfque 
l'arrangement des plantations ou des coupes le permet ; le rejetton du bâtard 
ayant cela de commun avec le franc, qu'il poufle Çqs remettons auffiyîte que celui- 
ci 5 & que fix femaines après on les coupe & on les joint comme fi les deux 
elpeces n'en faifoient qu'une. Ce mélange produit un grain ferme & de bonne 
grofleur , qui facilite l'Indigotier , & lui procure le moyen de conduire la fer- 
mentation & le battage du tout à fon plus jufte degré. 

Les habitants de Saint-Domingue ne travaillent que fur l'herbe de l'Indigo 
franc ou fur celle du bâtard, & la plupart regardent toutes les autres auxquelles 
on donne différents noms , comme des plantes dégénérées de Tune ou de l'autre 
de ces deux premières efpeces. Le peu d'attention qu'on donne ordinairement 
aux chofes qu'on regarde comme inutiles , a pu contribuer à cette opinion. Mais 
M. Monnereau , Auteur du parfait Indigotier , qui s'eft fait une étude du nom 
& des principales différences de ces plantes incultes , y a remarqué des caraéleres 
particuliers qui l'ont engagé à les ranger comme il convient, dans des clafiès 
réparées dont nous allons fiaivre l'ordre & la diftinétion, 

L'Indigo , qu'on appelle à Saint-Domingue Quatimalo , eft une efpece qui a 
tant de reftemblance & de rapport au bâtard , qu'il feroit prefqu'impofiible de 
les diftinguer l'un de l'autre , fans fe§ filiques & fà graine colorée de rouge 
bruni. 

Le Guatimalo eft très-difficile à faire, & rend beaucoup moins que le bâtard , 
ce qui fait qu'il n'eft guère en ufage ; mais comme il croît avec les eipeces dont 
on veut recueillir la graine , & qu'on ne peut la trier , parce que cela deman- 
deroit un temps infini , il s'en trouve toujours de mêlé avec l'autre. 

L'Indigo fauvage ou Maron , croît dans les fayanes & les terreins incultes 
ou abandonnés ; il refi^emble à un petit arbrilTeau dont le brin court & touffu eft 
fort gros , en comparaifbn des autres , qui n'ont guère que trois à quatre lignes 
de diamètre au bas des tiges les mieux nourries , le commun étant beaucoup 
plus petit ; les branches du Maron font fouvent adhérentes à fa racine ; fes 
feuilles font plus rondes & plus petites que celles du franc , mais très-minces . 
on le regarde pour cette raifon comme intraitable ou peu propre à récompenfèr 
l'ouvrier de fon travail. Quelques personnes m'ont cependant afîûré en avoir tiré 
de bon Indigo. Mais il y a apparence que l'herbe étoit jeune , & qu'ils n'en 
avoient pas d'autre pour occuper leurs Nègres en ce moment. 

L'Indigo Mary a de la reiTemblance au franc par {q^ feuilles , excepté qu'elles 



Chap. II. Des efpeces & différentes qualités de t Indigo , &c» 5^ 

foient moins charnues ; il s'en trouve rarement. Quelques-uns aflurent qu il 
rend beaucoup ; mais on ne peut conftater cette prétention , puifqu'on ne con- 
noît perfbnne qui en fabrique. 

Il y a encore une elpece d'Indigo très-différente de toutes les autres , dont 
les branches s'étendent à plus de fix pieds à la ronde , & dont les cofles ont 
un pied de long & la figure d'une aiguille à emballer ; perfonnc , fuivant toute 
apparence , n'en a fait l'épreuve , puisqu'on ne parle point de fà qualité. 

Fremler Indigo Jauvage de la Jamaïque (i). 

L A tige de cette plante, fi g, 2 , Tl.'è ^q^î ligneufe & couverte d'une écorce 
lilîè , d'un brun noir , s'élevant à quatre pieds de hauteur , & poulîànt par les 
côtés différentes branches garnies d'une quantité prodigieufe de feuilles ailées , 
placées fur des côtes de quatre pouces de longueur , dont un bout eft dégarni ; 
le refte de ladite côte porte des feuilles accouplées vis-à vis fune de l'autre à un 
tiers de pouce de diftance , & une feule à l'extrémité. Chaque paire de feuilles a 
une petite queue d'un huitième de pouce de longueur ; la feuille a un pouce de 
long & un demi-pouce de largeur : elle eft unie & de couleur verte , tirant fur 
îe bleu , femblable à celle des feuilles du Sain-foin. De l'aiffelle des feuilles fort 
une petite tige d'où naît un long épi , autour duquel font placées de très petites 
fleurs papillonacées partie rouges , partie vertes , d'où naifîent ou pouffent plu- 
fieurs gouffes d'environ trois quarts de pouce de long , rondes & de la forme 
d'une faucille , courbées en dedans de leur tige & contenant quatre pois & quel- 
quefois plus, d'une forme quadrangulaire , de couleur brune , luifante & de la 
grolîeur de la tête d'une petite épingle ; il croît fouvent dans les champs & à 
l'entour de la ville. Il croît auffi dans les Ifles Caribes. 

Second Indigo fauv âge de la Jamaïque ( 2 ). 

Cette plante a une très-petite racine ; fa tige eft dure , ronde & verte , s'é- 
levant à trois pieds de hauteur , ayant quelques branches de chaque côté de la 
cime , dont les feuilles font aîlées , au nombre de fix pour l'ordinaire ou de trois 
paires placées vis-à-vis l'une de l'autre , & s'élargiffant à leur extrémité à peu- 
près comme le Colutea Scorploldes , C. B, Pin. Leur couleur eft d'un verd 
bleuâtre , & Fodéur très-défagréable. Les fleurs d'un jaune foncé , font com- 
pofées de cinq pétales , formées la plupart en aîle de papillon ; la feuille pen- 
dante fùir un petit pied. A ces fleurs fuccede une cofle angulaire & brune de 
deux pouces de longueur , contenant un rang de petites graines rhomboï- 
dales d'un brun luifant. 

(i") Voyages de Han-Sloane à la Jamaïque , i (2) Voyages de Han-Sloane àla Jamaïque , & 
Se Hiftoire Naturelle de cette Ifle, Vol. 2, Sed. Hifloire Naturelle de cette Ifle , fol. 48 , Vol. 3 , 
^.P«ge37' I Seft. 21. 



f6 INDIGOTIER. Livre IL 

Cette plante fort avec abondance après la faifon des pluies , & les terreins de 
la Savanne de Saini-Iago de la Vega , qui font argileux , en font remplis. Elle 
poulTe d'abord deux feuilles féminales telles que le font différents légumes. 

Rochefort (i) raconte qu'il en croît dans nos Ifles de l'Amérique , une efpece 
qui n'a pas plus de trois pieds de haut , dont la fleur eft blanchâtre Se fans odeur, 
& auifi une autre dont l'elpece eft femblable à celle qu'on trouve dans flfle de 
Madagafcar , dont les fleurs font petites , d'un pourpre mêlé de blanc Se d'une 
odeur agréable, laquelle eft vraifemblablement la même que Pifon appelle Ban- 
gîiets , dans fon Hiftoire de Madagafcar. 

Parmi les habitants qui fabriquent de flndigo , il y en a peu qui s'occupent à 
faire de la graine , c'eft- à-dire , à planter de l'Indigo pour en recueillir la fe- 
mence. Ces deux efpeces de travaux forment, pour ceux qui s'y appliquent, 
comme deux états féparés. Mais comme malgré la différence de leurs pratiques , 
ils ont un rapport efl^entiel l'un à l'autre , nous nous croyons obligés de rapporter 
ici tout ce qui eft capable d'inftruire ceux qui voudroient entreprendre le tra- 
vail de la graine. Les habitants qui s'adonnent à cette culture , fe placent ordi- 
nairement dans les Mornes ; les uns récoltent la graine du franc , les autres 
celle du bâtard ; quelques-uns font de la graine des deux efpeces , & jamais 
•d'autres. Voici comme on parvient à la récolte du franc : Lorfque le ter rein eft 
préparé , les Nègres /4 , /%. 2 , P/. 9 , fouillent avec le coin de leur houe ,fig. 
4 , FL 9 , des trous D , fig. i^PL^ ^ profonds de deux pouces , & diftants l'un 
de fautre de 8 pouces , dans lefquels on met 4 ou 5 graines d'Indigo qu'on re- 
couvre avec le pied ; on le farcie lorfqu'il a quatre travers de doigt de hauteur , 
& on réitère enfuite les farclaifons autant qu'il eft befoin. Au bout de quatre 
mois fa fleur tombe & fait place à fa goufl^e ; c'eft ainfi qu'on appelle la lilique 
de flndigo qu'on laifl^e fur pied jufqu'au temps de fa maturité , c'eft-à-dire , ]uf- 
qu'à ce qu'elle commence à noircir ; on coupe alors la plante à deux pouces de 
terre , & on la porte telle, qu'elle eft fur une efpece d'aire ou terrein battu & 
bien balayé , fur lequel on la lailfe fécher ; mais on la retire de defllis faire , & 
on la met à fabri quand il pleut ; lorfqu'elle eft féche , on f abat avec un gros & 
long bâton pour en rompre les gouftes & les détacher de la plante. Quand cet 
ouvrage eft achevé , on enlevé la plante , & on la jette comme inutile , après quoi 
on ramafl^e les gouffes Se la graine qui en eft déjà féparée-, & on conferve l'unà 
l'autre en tas F, fig. 10 , P/. 5 , dans des magaiins. Lorfqu'ils ont fini leur récolte 
& qu'ils en veulent vendre, ils la font piler dans un mortier C ^fig. 11 , P/. 
< de bois. Ce mortier eft fait d'un gros rouleau de bois creufé par un bout de 
la profondeur de deux pieds; fon entrée a un pied de diamètre , & elle va tou- 
jours en diminuant jufqu'à fon fond , ce qui repréfente en creux la figure d'un 
pain de fucre renverfé. Le manche ou pilon D ^fig. 12 , P/. j , eft un morceau 
de bois dur de quatre pieds & demi de longueur , & de la groifeur d'environ 

( I ) Jardin Indien Malabarc , par M. Rhede , Tome I .page loi ^fuiyamcs. 

deux 



C H A p. II. Des efpeces ê différentes qualités de t Indigo , êc. 57 

deux pouces & demi de diamètre , arrondis par en bas ; lorfqu on a rempli de 
goufles le pilon, on met à l'entour deux ou trois Nègres E,fig. 13 , P/. 5 , avec 
chacun un manche tel qu'on vient de le décrire , & ils la pilent jufqu à ce que 
la graine foit féparée de fa goulTe ; après quoi ils la vannent , la nétoient & la 
mettent enfuite dans des bariques défoncées par un bout ; cette graine fe vend 
par barils aux habitants Indigotiers. Ces barils font les mêmes que ceux dans 
lefquels on met la farine qu'on envoie de France à FAmérique. 

Les fouches de l'Indigo pouffent après la coupe, de nouveaux jets quipro- 
duifent comme les précédents , & dont on ramalfe la graine comme ci-delTus. 

L'Indigo franc coupé de cette façon , peut réfifter environ deux ans ; mais 
comme il périt toujours quantité de fouches à chaque coupe, on remet l'année 
fuivante de la graine dans les endroits dégarnis. 

La plantation & les farclaifons de flndigo bâtard fe font de la même manière 
que celles du précédent ; mais fa graine fe ramaffe tout diiféremment , parce 
qu'elle ne mûrit jamais tout à la fois , les baffes branches fleuriffant & donnant 
leurs goufTes bien plutôt que celles d'en haut. Lorfque ces gouffes mûriffent ^ 
elles font d'un rouge noir , ou d'un verd noir , ainfi que celles du franc. Si on la 
laifîbit trop long-temps fur la branche , elle noirciroit tout-à-fait , & cet excès 
de maturité endurcifîànt trop la graine , la rendroit plus difficile à lever. Lorf- 
qu on s'apperçoit aux remarques ci-defîus , qu elle efl bonne à prendre , on 
fait porter des paniers aux Nègres fur le lieu où ils doivent la ramaffer. Lorfqu'ils 
y font rendus , ils fuivent les pieds d'Indigo l'un après fautre , & ils en détachent 
les gouffes qui £onx. mûres , à pleines' mains ; car elles viennent par paquets ou 
floccons de diftance en diftance le long des branches ; ils apportent à midi & le 
loir leurs paniers qui en font remplis. On expofe cette graine au foleil fur des 
draps de toile , jufqu'à ce qu'elle foit bien féche ; après quoi on en pile les gouffes 
ainfl que celles du franc ; on la vanne enfuite , & on la ferre dans des bariqueS 
défoncées par un bout. Auffi-tôt que la cueillette générale des baffes branches 
efl finie , on travaille à celle des branches fupérieures & de la cime , qui fe fait 
comme la précédente. Cette féconde cueillette efl: à peine terminée , qu'on en 
recommence une nouvelle fiir les premières branches , où il fe reproduit bien 
Vite d'autre graine qui a mûri dans cet intervalle , & ainfi de fuite. 

Mais comme l'Indigo bâtard végète beaucoup , & qu'il croît jufqu'à 12 pieds 
de haut dans les bons terreins , ce qui rend la cueillette de fà graine extrême- 
ment difficile , & que la vieilleffe de fa tige pourroit nuire à fon rapport , on a 
foin de la couper tous les ans à 4 ou 5" pouces de , terre , afin que fa fbuchc 
donne des rejettons qui produifent la même quantité de graine, dont on fait la ré- 
colte beaucoup plus aifément. Cette herbe fe foutient ainfi plufieurs années. 

La graine de l'Indigo franc & celle du bâtard, ont exaélement la même figure 
cylindrique , c'eft-à-dire , ronde fur fa longueur & plate par les deux bouts. 
Indigotier. P 



58 I N D I G OT I :e R. Livre IL 

La couleur du franc eft d'un jaune rembruni tirant un peu fur le verd , quelque- 
fois {ùr le blanc quand elle n eft pas bien mûre. 

La couleur de la graine du bâtard eft noire lorfqu'elle eft bien mûre , & ce 
noir tire un peu fur le verd lorfqu'elle l'eft moins. La graine du franc eft toujours 
un peu plus groffe que celle du bâtard. 

L Indigo qui vient dans les montagnes , de même que celui qui croît dans les 
plaines , eft fiijet à être endommagé par une multitude d'infedes , ainli que nous 

I avons fait voir dans le commencement de ce Chapitre. Mais comme nous n'a- 
vons rien dit du tort que la Punaife fait à fa graine , nous allons en parler ici. Le 
corps de cet infeéle qui a plufieurs pieds , eft gros comme le bout du petit doigt. 

II eft de figure ovale depuis la tête jufqu'au derrière, &un peuapplati par deffus Se 
par delTous. Ilyadesefpeces qui font brunes & d'autres noires; mais la plus nom- 
breufe eft verte , & toutes font extrêmement puantes; quand elles font groftes & 
vieilles , elles volent par bonds de 20 ou 30 pieds & plus. Cet infede n'exerce là 
malignité que fur la graine de flndigo dans le temps qu'elle n'eft que formée Sc 
encore en lait ; elle fait un petit trou à la goulfe par lequel elle en fuce toute la 
fubftance ; cela n'empêche pas cette gouiîe de refter attachée par {à queue à la 
branche , fans pour ainfi dire changer de couleur , & fans paroître beaucoup dif- 
férente de celles qui n'ont point été fucées. Mais lorfqu'on vient à la cueillir , on 
ne trouve plus rien dedans. Il fe rencontre des années où ces animaux fe mul- 
tiplient fi prodigieufement , qu'on ne ramaffe que peu ou point de graine. Lorf- 
qu'on craint un pareil événement , on envoie les Nègres à la place , c eft-à-dire, 
fur le lieu de la plantation , où ils les écrafent fans cérémonie entre les doigts. 
Il eft cependant un autre moyen pour les détruire : c'eft de mettre un troupeau 
de Pintades dans la place , & de les faire garder par des Négrillons & Négrittes , 
dans le temps que la graine eft en lait , & même jufqu'à ce qu'elle foit cueillie ; 
car , quoiqu'elle foit mûre, elles ne laiftent pas que d'y faire encore beaucoup 
de dommage. Les Pintades en font très-avides & fort adroites à Iqs attraper, 
même dans leurs bonds , en partant après elles de plein vol & d'un.trait à l'info 
tant qu elles les apperçoivent. 







Chap. III. Du Terrein, de la Culture & de la Coupe de 1! Indigo. j;p 

CHAPITRE TROISIEME. 

T>a Terreiny de la Culture ôC de la Coupe de V Indigo, 

I 1 E lieu le plus favorable à la plantation de l'Indigo efl: une terre neuve , parce 
qu'elle eft ordinairement remplie de fels propres à la végétation , que les 
infeétes qui lui font plus de tort , ne s'y font point encore établis , & que 
les mauvaifès herbes , pendant près de deux ans , y font peu de progrès. Il arrive 
cependant quelquefois que le feu qui a pafTé fur certains terreins nouvellement 
défrichés, qu'on appelle dégras y (parce qu'on a l'habitude de brûler en ces 
pays tout le bois de haute-futaye & autres lùr le lieu même où on l'a abattu , ) 
& les cendres qui en proviennent en trop grande abondance , forment un obs- 
tacle confîdérable à la végétation , ce qui fait que l'Indigo n'y vient pas aufïï 
épais ni auffi beau qu'on devroit s'y attendre; mais il ne faut point s'en étonner , 
parce qu'on eft amplement dédommagé de ce retard par la fuite. 

Quoiqu'il fe trouve d'excellents fonds de terre rouge & blanchâtre , il faut 
cependant convenir qu'on préfère en général à toutes les autres celles qui font 
noires , légères , en coftieres ou en pente douce , parce que cette pofition les 
préferve du féjour des pluies très-nuifibles à cette plante , qui fe flétrit , jaunit 
Se meurt lorfquelle fe trouve flir un fond de terre plate où l'eau croupit ; c'eft 
pourquoi l'on doit avoir attention , quand on eft dans ce cas , d'élever le milieu 
des carreaux qui font fùjets à cet inconvénient , & de pratiquer de petites rigoles 
tout autour qui s'écoulent dans une plus grande , & celle-ci dans un fofte ; en 
prenant ces précautions, on peut tirer bon parti des terreins bas & plats ; mais ils 
ont toujours cela d'incommode , qu'il faut attendre que la fàifbn des fortes pluies , 
qui caufe fbuvent des débordements , foit palîee avant de planter ; car une inon- 
dation capable de couvrir Flndigo pendant cinq ou fix heures , fijjSit pour le faire 
périr , par le limon qu'elle dépofe fur ks feuilles. D'ailleurs , la trop grande 
humidité & la chaleur font pourrir la graine ou végéter avec elle une quantité 
prodigieufe de mauvaifes herbes qui étoufl'ent la jeune plante , fans qu'on puiiîè 
y porter les fecours des fàrclailbns , qui font impraticables dans un terrein trop 
mol. 

La délicatelTe de cette plante exige en outre toujours beaucoup de propreté 
& de ménagement ; c'eft pourquoi on débarraffe , autant qu'il eft poflible , le 
terrein qu'on lui deftine , de toutes les pierres qui pourroient la gêner , & de 
toutes les mauvaifes herbes , comme les deux efpeces de Mdl-hommiès , grande 
& petite , le Pourpier fauv âge , dont les feuilles ont en ce pays la vertu répro- 
duélive ou végétative ; le Chiendent , ï Herbe à balai & celle à Bled^V Herbe à 
Calalou , le Pied de poule , & autres qui afiFeélent finguliérement fà compagnie ; 



4i. 



^o INDIGOTIER. LiFRElI. 

on rencontre aufli fouvent dans les terreins à Indigo , d'excellentes truffles blan- 
ches 5 remarquables par quantité de petits filaments blancs étendus en rond & 
adhérents à la fuperficie de la terre dont elles font couvertes. Cette plante pro- 
fite cependant très«bien dans des terreins remplis de petite rocaille blanche , 
qu'on appelle Roche a chaux , parce que cette terre eft ordinairement, très-lé- 
gère & pleine à^s fels fertiles de cette roche qui y entretient la fraîcheur. Mais 
en général on tâche de nétoyer & d'unir même les terreins défeélueux autant 
qu'il eft poffible ; cette grâce contribue toujours à l'avancement de la plante & 
au fouîagement de ceux qui la cultivent. Comme l'Indigo n'aquiert toute fà 
grandeur & fà qualité qu'à l'aide des pluies douces & des grandes chaleurs , 
l'air tempéré, les quartiers pluvieux, les terreins trop frais & ombragés lui 
conviennent peu. Ainfi la méthode de le planter entre les jeunes Cafés lui eft 
très-préjudiciable. On ne peut le cultiver long-temps fur les hauteurs , à moins 
qu'il ne s'y trouve des platons , parce que les pluies dégradent la terre meuble 
de la fuperficie, qui eft toujours la meilleure , laquelle étant emportée , ne pré- 
fente plus qu'un fol aride & rempli de pierres. 

Les habitants dont les terreins font fiijets à fe reftentir des pluies que la fraî- 
cheur de fAutomne amené , & qui ne veulent pas rifquer leur graine en cette 
faifon, commencent à planter leur Indigo à la fin de Décembre, & peuvent con- 
tinuer jufqu'au mois de Mai. Cette dernière plantation eft même la plus favora- 
ble , n'étant pas fi fujette au brûlage ; mais comme la faifon eft trop avancée dans 
ce dernier temps , elle ne produit que deux ou trois coupes , après quoi l'arriére-* 
faifon arrivant , la plupart à.ç.s fouches meurent d'épuifement ; mais on coupe 
jufqu'à cinq fois celui qui eft planté dès le commencement de Novembre. L'u- 
fage veut qu'on êiiÇo, planter ^ & non ^2Lsfemer; en effet , au lieu de jetter la 
graine à f aventure , on la répand avec mefure dans chaque trou D yfig' 2. , P/. p , 
fait exprès avec la houe : mais auparavant il faut arracher avec cet inftrument les 
vieilles fouches ; après quoi on les raftemble avec le rabot ou un râteau fàn-s 
dents , j%. 8 , RI. p , & on y met le feu. On retravaille enfuite à fond tout ce 
terrein avec la houe, qui doit y entrer d'un demi-pied. 

La houe ^fig. 4 , P/. 9 , eft un inftrument à peu-près femblable à celui dont 
les Maçons fe fervent pour gâcher leur mortier , à fexception que le fer en eft 
plus large. Quelques-uns prétendent que la pelle ou bêche eft d'un ufage bien 
fupérieur à la houe ; d'autres s'eftiment heureux d'avoir pu accoutumer leurs Nè- 
gres à travailler la terre avec la charrue. Il eft de fait que la beauté de l'herbe 
dépend en grande partie de la profondeur de la fouille des terres ; on doit ce- 
pendant avertir qu'une plantation faite dans une terre trop ameublie par le labour 
ou par le rapport des terres dépofées par les pluies dans les bas-fonds , eft fujette 
à plufieurs inconvénients ; car il eft certain que fi les Nègres n'aiguifent pas bien 
les couteaux ^fig, 7 , VI. 9, dont ils fe fervent pour couper l'Indigo , ils en arra- 
cheront une grande partie , ou lui cauferont un ébranlement mortel ; d'ailleurs 

cette 



Cnk?.ïîl- Du Terrèln , de la Culture & de la Coupe de Vîndigû. 6i 
Cette vkueur des tiges , remarquable par leur grandeur & leur grofTeur , en 
caufe quelquefois la perte totale, après une première coupe très-avantageufe , foie 
parce que les fibres de leur fouche ont acquis une trop grande foUdité ligneufe , 
foit que l'ardeur du foleil en furprenne les racines accoutumées à un ombrage 
continuel , foit enfin que la végétation épuifée par un fi grand effort , fe re- 
fufe à une nouvelle réprodu6lion. 

Au furplus , nous n'époufons aucun fyflême particulier au fujet de l'emploi de 
ces divers inftruments , étant évident qu'on ne peut , fans la plus grofïïere igno- 
rance affuiettir à une même façon tant de terres différentes ; il eft cependant 
confiant que la houe eft celui dont l'ufage eft le plus univerfel. 

Outre cette première façon dont nous venons de parler , il eft encore in- 
difpenfable de donner enfuite à ce terrein trois ou quatre farclaifons prépa- 
ratoires , fi on veut le mettre en état de recevoir la graine aux premières pluies 
convenables. Si le terrein eft déjà un peu ufé ou maigre de fa nature , on répand 
deffus dès le premier labour , de l'ancien fumier d'Indigo ou autres engrais ; les 
avantages qu'on en retire dédommagent amplement de cette pratique, qui n'eft 
pas auffi ufitée qu'elle devroit l'être. 

On vient de dire qu'il faut arracher les vieilles fouches , quoiqu on n ignore 

pas qu'il pourroit en réfifter une partie jufqu'à la fin de l'année fuivante. On parle 

ici de l'Indigo bâtard ; car l'Indigo franc périt affez communément au bout de 

l'année. Mais il y en a peu qui ayent recours à cette reffource , qui exige alors 

un recourage de graine pour remplacer les fouches qui font mortes ; auffi pré- 

fere-t-on généralement la méthode de replanter tout à neuf. Pour cet effet , on 

fépare d'avance le terrein par divifîons P , /%. i , P/. 6\ on partage enfùite d'un 

bout à l'autre , les quartiers renfermés entre ces divifions , pour former fur toute 

leur longueur des carreaux ou des planches Ç ^fig. i , P/. 6 , de 13 à 14 pieds 

de laree , auxquelles on donne aufTi le nom de Ckaffes. Lorfqu on eft fur le point 

d'en faire la fouille, les Nègres A^fig.iyPL^^ £é rangent fur une même 

ligne à la tête du terrein tiré de tous côtés au cordeau , & marchant à reculons, 

ils font de petites foffes D^fig. i^Pl.^^ avec le coin du fer de leur inftrument, 

diftantes de 5 à (? pouces en tous fens, de la profondeur d'environ deux pouces, 

& en ligne droite , s'il eft poffible , au point d'où ils font partis ; mais les Nègres 

d'un attelier font rarement capables d'obferver cette régularité fî propre à faci« 

liter le farclage. A mefure que les Nègres font des trous , les Negreffes B ,fig. 

a., PL 9, qui tiennent un Coui ou côté de calebaffe C ,Jig. 9 ,Pl. p, plein de 

graines , y en lailfent tomber 5. à ^ , & crain.e d'erreur , les recouvrent tout de 

fuite en pafîànt le pied par-deffus , ce qui laiife moins d'incertitude que lorfqu'on 

les fait recouvrir par d'autres avec le rabot , dont l'expédition eft , à la vérité , 

plus prompte. Mais de quelque façon qu'on le pratique , il faut toujours avoir 

attention de faire paffer environ un pouce de terre par-defîùs la graine. Cinq ou 

fix graines fufHfent pour l'Indigo franc , & trois à quatre pour le bâtard. Quand 

Indigotier, Q 



62 î N D I G O T I E R. Livre IL 

la terre eft bonne , la diftance des trous, leur profondeur & la quantité des graines 
quon y met, varie d'un quartier Se fbuvent d'une habitation à l'autre. 

Certains habitants , pour économifer leur graine & prévenir la négligence des 
Nègres fur ce point , la font mêler avec de la cendre ou du fable fin ; ce dernier 
eft le plus commode pour les Négrefîès , qui les diftinguent & en féparent mieux 
le nombre qu'elles jugent à propos de répandre. On emploie ordinairement la 
moitié des Nègres à fouiller les trous , & l'autre moitié à planter la graine. 

On ne peut fe difpenfer en ce lieu de parler d'un inftrument ufité en certains 
quartiers pour aligner & pour accélérer la plantation. Cet inftrument eft un râ- 
teau ^ ,/^. lo , ii & 12, P/. 9, armé de 9 à ii dents i?,/^, ii ,P/. p, de 
fer droites , écartées l'une de l'autre de quatre pouces : l'avant-train de ce râteau 
eft compofé de deux branches E ^fig, iZyPl. p. écartées d'un pied & demi , 
dont les extrémités traverfent une barre F , fur laquelle on applique trois Nè- 
gres , (? , jig. I , PL p. l'arriere-train de ce râteau préfente deux manches H, 
féparés, entre lefquels fe place un quatrième Nègre 1 yfig. i, PL p, qui 
dirige la marche de cet inftrument. 

Lorsqu'on a préparé & uni le terrein , en rompant les mottes & en battant la 
terre , ce qui s'exécute très-bien avec un bâton , on aligne les divifions Se on 
fait tirer le râteau fur un côté du travers de toutes les planches Q , fig. I , PL 
6 , qui font renfermées entre ces divifions P , fig. i , PL 6. Ce premier tirage 
forme neuf petits filions , K , fig. i , PL^. profonds de deux travers de doigt. 
Quand le râteau eft au bout de ce côté de la pièce de terre , on le retourne Sc 
on en pofe la première dent dans le petit fillon dont il eft le plus près : on 
continue de labourer ainfi toute la pièce qui , par ce moyen , eft bientôt fouil- 
lée Se expédiée avec peu de Nègres. S'il étoit poffible d'établir flir ce râteau 
le méchanifme de quelqu'un des Semoirs inventés par différents Auteurs cé- 
lèbres , on pourroit dire qu'il ne manqueroit rien à la perfedlion de cet inf- 
trument , & à l'expédition de ce travail. 

La plantation de ces filions fe fait auffi fort promptement & exaétement. 
Chaque Négreife L , J%. I , PL ^ ,{e met en face des rayons qu'elle doit en- 
femencer , qui font au nombre de 5 ou ^ , & en baifi^nt un peu la main de- 
vant le fond de chacun des filions , elle y répand deux ou trois graines en pelo- 
ton : elle continue ainfi en avançant le corps & la main de quatre en quatre 
pouces. Les NégrefTes qui font à fes côtés en font autant , & la pièce eft plantée 
de cette manière très-vite Se très-exaélement. Pour couvrir enfiiite la graine , 
on fait pafter deiîus le terrein un balai extrêmement rude , dont les branches 
font écartées & égales par leur extrémité. Le manche de ce balai doit être 
très-long , afin que les Nègres lui falfent parcourir un grande efpace , Se ne 
fe baiiTent pas beaucoup. Au refte , dans les quartiers où Ton obferve à-peu- 
près ce que nous venons de dire , on ne fait pafi!er ce balai qu'aftèz légère- 
ment fur la fuperfîcie du terrein , parce qu'ils font perfuadés qu'une ligne de 



Chap. m. Du Terrein , de la Culture & de la Coupe de l'Indigo. 63 
terre fur la graine de l'Indigo efl: lufSfànte ; plufieurs même fe di{penfent de cet 
ouvrage , qu'ils regardent comme fait par la marche & le mouvement des Né- 
grefles qui ont palTé deiTus la graine en la plantant : ceux qui ont l'avantage de 
pouvoir arrofer leurs terres , s'en difpenfent encore plus volontiers , parce que 
les inondations artificielles qu'on leur procure fuffifent pour enfevelir la graine 
autant qu'ils le défirent. La manière d'arrofer les terres fera le flijet d'un autre 
article. 

Le temps efl: très - précieux dans nos Colonies , & flir-tout celui où la 
pluie invite à planter l'Indigo ; c'eft pourquoi on prépare & on diligente ce 
travail afin d'en profiter ; car la terre étant une fois feche , il faut ce{îèr de planter. 

On eft cependant quelquefois obligé de planter à ^qc , c'eft-à-dire , dans une 
grande fécherelTe , afin d'avancer la plantation , un grain de pluie ou deux de 
fuite n'étant pas liiffilànts pour planter un vafte terrein ; mais on ne rifque cette 
façon de planter , qu'aux approches d'un temps où vraifemblablement on aura de 
la pluie. On fait donc des trous dans cette terre féche pour recevoir la graine 
qu'on y plante , & qu'on recouvre fur le champ : c'eft une grande avance pour 
l'habitant , lorfque le fuccès répond à fon attente. Il voit lever cette graine 
tout à la fois , pendant qu'il a le temps d'en planter d'autre par l'occafion du 
même grain de pluie : mais fi au contraire le temps perfifte au £&c , plus ou 
moins , il court rifque de perdre toute fà graine , qui s'échauife ou fè durcie 
par l'extrême chaleur ; il pafFe même fouvent de faux grains de pluie dans 
cette faifon qui , ne faifant qu'effleurer la terre , font fortir & pourir le germe 
de la graine , qui n'a pas la force d'en foulever la fuperficie ; ce qui caufè 
une perte d'autant plus grande à l'habitant , qu'elle comprend le temps perdu 
des efclaves , un retard confidérable à {qs revenus , & enfin le prix de la 
graine , qui eft un objet intérefîànt , fiiivant la quantité qu'il en a planté , & 
l'enchérilTement de cette denrée , lorfque ces contre-temps font généraux. 

Quand l'Indigo franc eft planté à propos , le troifieme jour après la pluie on 
le voit lever ; mais la graine bâtarde eft quelquefois plus de huit jours avant de 
pouffer, tantôt plutôt , tantôt plus tard , fuivant fon degré de maturité , & par 
cette raifon , jamais tout à la fois : à chaque grain de pluie il en fort de terre ; 
il n'eft pas même rare d'en voir lever d'une année à fautre , quand elle eft 
trop mûre ; auffi a-t-on foin de prévenir cet excès de maturité , en cueillant la 
goufle , lorfqu'elle commence à fécher. Cette herbe ufe beaucoup la terre , Se 
par conféquent demande à être feule ; ainfi il ne faut pas s'endormir fur les far- 
claifons. On lui donne cette première façon quinze jours ou trois femaines après 
qu'elle eft fortie de terre , & enfuite les autres de quinze jours en quinze jours. 
Comme les Nègres n'obfervent pas toujours une grande fymmétrie en fouil- 
lant les trous pour planter flndigo , ils marchent fouvent deffus , lorfqu'il eft 
queftion de le nétoyer ; mais quand le terrein eft dégarni de pierres , cela 
ne lui fait aucun tort , & la jeune plante fe relevé tout de fuite. 



% INDIGOTIER. Livre lî. 

Ces farclaifons fe font , quand le cas l'exige , à la main , & plus commu- 
nément avec la Gratte ,fig. 14 (S" 15 , PL p. C'eft un petit inftrument de fer , 
dont chaque extrémité s'élargit de deux ou trois doigts en forme de patte d'oie , 
& dont un bout eft courbé en tour d'équerre. On fe fert quelquefois d'un mor- 
ceau de cercle de fer courbé tout fimplement , ou du bout de la ferpe,_;^. ï6 , 
PL p. On a foin de ramaffer dans des paniers & de faire jetter à chaque fois 
hors des entourages & fous le vent , toutes les mauvaifes herbes qu'on arra- 
che 5 étant bien perfuadés que les racines & les feuilles mêmes qui ont refté , 
ou les graines que les grands vents répandent , fécondées par les abondantes 
rofées & la chaleur , fourniront , fous peu , matière à une fem.blable récolte : 
ce qui eft caufe que certains habitans pouffent la propreté & l'exaélitude jus- 
qu'à faire balayer leur terrein à chaque farclaifon , afin d'enlever jufqu'aux 
moindres brins d'herbe , dont la plupart ont , comme nous l'avons expofé ci- 
delTus , la vertu réproduélive. 

Cet ouvrage fi fréquent eft très-pénible pour les Nègres, qui font obligés 
d'avoir toujours la tête baifl"ée , pour vacquer à ce travail , qui fe continue juP 
qu'à ce que l'Indigo foit en état de couvrir la terre de fon ombre. Lorfqu'il 
eft parvenu à fon point de maturité , on le coupe à un bon pouce de terre 
avec de grands couteaux courbes , en façon de faucille , à l'exception qu'ils 
n'ont point de dents. Voy. fig. 7 , PL 5). Mais dans les fonds de terre excel- 
lents , où l'Indigo bâtard croît quelquefois jufqu'à fix pieds auparavant la matu- 
rité de fon herbe , la fouche en eft fi grofte & fi forte , qu'on eft obligé de 
la couper avec la ferpe ,flg. ï6 ^ PL 9. on fe fert enfuite du couteau pour en 
abattre fur le lieu les menues branches , qu'on réferve pour en charger la cuve , 
& on jette le refte , qui ne peut qu'embarrafTer. Tous ces détails n'alongent 
cependant pas beaucoup l'opération , parce que tous ces travaux fe font avec 
une grande a61ivité. 

L'Indigo étant coupé , l'ufage eft de fe fervir en quelques habitations de ba- 
landras pour emporter la petite comme la grande herbe ; ces balandras font 
des morceaux de ferpilliere ou groftè toile , de la longueur d'une aune & de la 
même largeur , afin qu'ils foient quarrés , aux coins defquels on met des liens : 
chaque balandra ainfi rempli fait la charge d'un Nègre. On fe contente fur 
d'autres habitations d'en faire fimplement des paquets qu'on attache avec l'In- 
digo même ou avec des cordes ; puis on délie cette herbe dans la cuve , où on 
la répand également fans y laiiler de vuide. On obfervera ici que l'Indigo a une 
fi grande difpofition à fermenter , que pour peu qu'on le lailTe lié en paquets , 
il s'échauffe & devient tout brûlant. AufTi en prévient-on les fuites , qui 
feroient très-préjudiciables à la fabrique , en faiiànt porter fans différer ces 
paquets par les Nègres ; mais dans les grandes habitations où les Indigoteries 
font fouvent fort éloignées du lieu où l'on a coupé l'herbe , & où l'on fait 
quelquefois 4 ou 500 paquets à la fois , dont le transport feroit aufîi long que 

pénible, 



Chap. m. Du Terrêln , de ta Culture & de la Coupe de Plndlgo. 6^ 
pénible , on charge ces paquets fur des cabrouets à mulets. Chaque cabrouet 
doit voiturer 50 paquets, qui font la charge ou le remplilTage d'une cuve. 
L'ufàge de cts grandes habitations eft d'embarquer leur herbe vers le foir & au 
commencement de la nuit , afin de mieux juger à la clarté du jour qui fuit , 
du degré de la fermentation , & du temps où il convient de couler les cuves. 
Au refte , on doit aifément concevoir qu'il ne conviendroit pas de remettre 
l'embarquement de tant d'herbe à la nuit, fi l'on n'avoit en même temps la com- 
modité de pouvoir remplir enfuite tout d'un coup les cuves avec l'eau de quel- 
que rivière voifine de la manière qui va être expliquée , après que nous aurons 
expofé ce qu'il eft nécefi"aire de faire pour en retenir les eaux , les diftribuer 
& les employer à l'arrofage de l'Indigo. 

L'époque de la retenue des rivières pour arrofer l'Indigo n'efi: pas fort an- 
cienne à Saint-Domingue. Le préjudice & la défolation qu'une extrême féche^ 
relTe ne caufe que trop fouvent à une plantation , ayant engagé , il y a en- 
viron 40 ans , un habitant des Arcahaix , voifin d'une fiviere , à en détourner 
un filet fur une partie de fbn terrein , planté en Indigo ; le fuccès de fa ten- 
tative engagea plufieurs Riverains à fimiter , & la rivière fut bien-tôt à fec ; 
les plus éloignés , qui en furent privés , s'étant plaints de cette appropriation , 
x)n convoqua une afiemblée générale des habitants , où l'on drefia des Règle- 
ments pour réformer cet abus , & pour établir un ordre confiant au fujet 
de la prife de cts eaux , dont l'ufàge devint bien-tôt général. 

Nous allons donner le précis le plus fuccinél qu'il nous fera poffible de 
ces règlements , des travaux qui y ont rapport , & de la conduite qu'on doit 
obfèrver dans l'arrofage de flndigo. 

Précis des Règlements enregLJlrés au Confeil Supérieur du Forî-au-Trlnce , pour 
fervir de Loix touchant la diflrlbutlon de l'eau des Rivières, 

Les rivières d'un même quartier feront partagées entre tous les habitants, 
proportionnellement à la quantité de leurs terres arrofàbles ; pour cet eifet on 
conftruira fiir chaque rivière une digue avec un baffm, autour duquel on formera 
les éclufes d'où partiront les canaux qui fe rendront à des baffins particuliers , 
où l'on fera la répartition des eaux conformément aux régies ci-deflus. 

On établira un Arpenteur hydraulique Juré pour régler les ouvertures de ces 
diiférens baffins , & veiller aux rétabliffements de leurs bornes , lorfqu elles 
feront endommagées. 

L'Arpenteur fera préfent lorfqu on pofera les pierres des ouvertures de ces 
baffins , & les grifons qui doivent fe trouver dans les baffins de diftribution , 
pour que l'eau fe partage de tous côtés avec égalité. 

L'habitation fijpérieure fera obligée de donner un pafîàge convenable à feau 
de fes inférieures, qui ne feront tenues de lui payer que la valeur de la terre qu'elle 
Indigotier, R 



if 

» 



66 INDIGOTIER. IivreIL 

traverfe , fans avoir égard au dommage que ce canal peut lui caufer. 

Le Propriétaire de l'habitation fupérieure ne pourra difpofer en aucune ma- 
nière de l'eau de fon inférieur, ni y conduire aucun égout capable de la gâter, fous 
peine de punition corporelle. 

Tous les habitants qui tireront leur eau d'une même rivière feront obligés 
d'envoyer une certaine quantité de Nègres proportionnée à leur prife d'eau, 
pour en nettoyer le lit , les baffins & les canaux généraux. Mais les baffins & ca- 
naux particuliers feront entretenus fuivant les mêmes proportions par les feuls 
Nègres de ceux qui font affignés pour y prendre leur eau. 

Chaque habitant entretiendra à fes dépens les canaux qui font pour le fer- 
vice unique de fon habitation ; mais il ne fera point tenu du foin des autres , 
auxquels il fera obligé de livrer pafTage pour l'utilité de fes inférieurs. 

Les habitants des quartiers de Saint-Domingue qui participent aux ouvrages 
dont on vient de parler , ont foin d'établir un gardien tout auprès du baffin 
-^ 9 fié' ^ y P^- 6 ,3. éclufe, auquel on donne 2500 ou 3000 livres (i) d'ap- 
pointement par an , avec une maifon O , un magafin , & une ou deux cafés 
a Nègres, trois ou quatre efclaves ôc cinq ou fix carreaux de terre de 100 
pas quarrès de 3 pieds' & demi le pas; le tout acheté à frais communs des af 
fociés à la même rivière , fuivant les proportions ci-defTus. Le devoir de ce gar- 
dien eft de tenir les éclufes ouvertes dans les beaux temps , & de les fermer lorf- 
qu'il tombe des pluies d'avalalTe dans les hauteurs du quartier & les environs 
de la rivière, afin de l'empêcher alors d'enfiler les canaux & les habitations , où 
elle ne manqueroit pas de caufer des dommages infinis , dont il eft reiponfàble. 

Il eft pareillement obligé de prévenir les habitans du dégât de ces inonda- 
tions êc autres préjudices faits au Batardeau & aux autres ouvrages qui en dé- 
pendent 5 afin qu'ils les faftent réparer ou nettoyer {uivant le befoin. Nous 
allons maintenant parler de la di/pofition & de la façon de tous cqs ouvrages. 

A la tête de la digue B , PL 6. eft le courfier Cqui conduit l'eau de la rivière 
A au baflin D) dont la hauteur des bords fè régie ftir la quantité d'eau qu'on veut 
retenir pour le fervice des habitations : ce bafîin a ordinairement trois éclufes E , 
à l'entrée defquelles on pratique des couliftès pour recevoir les pelles F qu'on 
levé dans les beaux temps , Se qu'on abaifle lorfqu'il pleut d'avalafîàde. Deux 
de ces éclufes font deftinées au paftàge des eaux qui vont fe rendre à des baftins 
//", où l'on en fait la diftribution convenable à chaque habitation. Ces deux 
éclufes font placées aux deux côtés du baffin D ; la troifieme eft droite au milieu 
de la digue , & la fépare en deux parties , depuis le haut jufqu'au niveau du 
fonds du baffin. Cette éclufe dont la largeur eft ordinairement d'environ 2 
pieds , ne s'ouvre que lorfqu on veut nettoyer le baffin ou les deux autres 
éclufes. 

(i) 3000 liv. dans nos lues de l'Amérique ne font que 2000 livres , argent de France. 



Chap. IÏI. Du Terreln , de la Culture & de la Coupe de tindigo. 6^ 

Les maffifs de la digue des éclufes & du courfier doivent être faits de grofles 
pierres dures convenablement à l'ouvrage. Le fonds du ballln eft pavé de fem- 
blables pierres taillées , & bien de niveau jufqu'à la moitié du courfier. Les 
bords du baiTm, du courfier, de la digue & des éclufes, doivent être revêtus d'une 
forte maçonnerie , couverte par de larges pierres , arrêtées par des liens de fer 
pour réfifter à l'effort du courant le plus violent. 

Chaque éclufe des côtés , plus étroite en dedans qu'en dehors , doit fe déchar- 
ger dans un canal féparé (?, qui va fe rendre par un Courfier particulier , 
au bafiin H , qu'on appelle de diflrihution , parce que c'eft à ce baiTm que 
fe fait la répartition des eaux. Le contour de ce baffin eft rond , & le fond 
plat , & parfaitement de niveau : toutes ces parties font maçonnées , comme 
celles du premier dont nous avons parlé ci-defilis ; mais les différentes ouvertures 
/ qu'on y fait pour la diftribution des eaux n'ont point de pelles , parce que 
dans le temps des grandes pluies on doit fermer celles du baffm D à éclufe , 
tandis qu'on levé celle qui eft au milieu de la digue B, 

On plante vers l'entrée de chaque balîîn de diftribution , trois grifons K de- 
bout en forme de trépied , contre lefquels vient frapper l'eau qui arrive direéle- 
ment fur eux. Ces grifons font des pierres de taille quarrées qui fervent à ralentir 
le cours de l'eau & à la faire s'étendre avec égalité vers les ouvertures de dif^ 
tribution , auxquelles on donne moins de largeur du côté du baffin H ^ que 
du côté des canaux L particuliers qui vont la porter à chaque habitation. 

Comme une petite quantité ou un filet d'eau peut être aifément abforbé en 
parcourant un terrein d'une étendue confidérable pour fe rendre à fa deftination » 
les habitants les plus éloignés du baffin de diftribution H , en tirent par une 
même éclufe toute leur eau en commun , & ils l'amènent par un canal commun 
M, jufqu'à un autre baffin A^ de convenance ,où la fubdivifion s'en fait par 
les mêmes moyens que dans le précédent , & fiaivant les mêmes régies. 

Lorfqu'on veut arrofer un terrein Q,fig. 2 , F/. lo, on amené l'eau dans la ri- 
gole R qui eft à côté du carreau P , qu'on a defTein d'humeéler ; on enlevé enfui- 
te d'un coup de houe la terre du rebord du carreau P à l'endroit où l'on fùppofe que 
commence l'arrofàge. Se l'on met cette terre dans la rigole R , vis-à-vis & au-def- 
fous de l'ouverture T qu'on vient de faire, ce qui forme un petit batardeau F" qui 
oblige l'eau de s'élever & de fe répandre fur le carreau qui doit avoir une pente 
înfenfible. C'eft pourquoi on a foin de barrer l'eau qui coule fur le carreau , de 
diftance en diftance , avec de longues torques Y faites de feuilles de Banannier 
entortillées , afin que l'eau s'étende également flir tout le travers de la planche , 
& qu'elle ait le temps de féjournerfucceffivement fiir toutes les parties d'une éten- 
due d'environ 100 pieds de long plus ou moins ; après quoi on débouche la rigole 
pour amener l'eau à 100 pieds plus bas, où l'on recommence la même manoeuvre 
xjue ci-deiTus , obfervant toujours de conduire & d'arrêter l'eau avec la même 
douceur , par rapport à la pente des carreaux : car fi l'eau couroit trop vite , 



^8 INDIGOTIER. Livre IL 

elle brouiiieroic la terre , emporteroit la graine çà & là & formeroit un limon 
qui l'empêcheroit de pénétrer à la profondeur nécelTaire. Cette profondeur doit 
être au moins d'un pied , parce que fi la terre ne fe trouvoit imbibée que de deux 
ou trois travers de doigt , la graine qu'elle renfermeroit feroit précifément 
dans le cas d'un faux grain de pluie qui ne manqueroit pas d'en faire périr le 
germe : car on ne lui donne point de nouvelle eau jufqu à ce qu'elle foit 
levée & fardée. 

Le premier arrofage doit fe faire vers le milieu de l'après-midi , afin que 
l'eau ait le temps de pénétrer la terre avant que le foleil donne defiîis ; mais 
quand l'Indigo eft levé, on ne fe gêne pas fur cet article (i). 

Dans les quartiers dont nous venons de parler où l'on a de l'eau à fon com- 
mandement , on pratique encore deux chofes fort efi^entielles , l'une à l'égard de 
la plantation des vieux terreins abandonnés & empoifonnés de mauvaifes herbes, 
& l'autre à l'égard du ménagement des tiges d'un Indigo ravagé par la chenille. 

Pour parvenir à nettoyer parfaitement un terrein empoifonné , on fouille, on 
farcie , & on drelFe la terre pour la difpofer à un arrofage complet qu'on lui 
donne incontinent après ce travail. On voit bientôt après cette terre toute cou- 
verte d'herbes. Mais on les laiffe croître afiez pour pouvoir les arracher aifé- 
ment avec la main ; ce qui eft facile quand la terre a été ainfi préparée. On 
renouvelle une féconde fois tous ces ouvrages , depuis le premier jufqu au der- 
nier pour achever de nettoyer le terrein. 

Enfin , on réitère ces travaux pour la troifieme fois , avec la différence qu'on 
plante l'Indigo à celle-ci avant l'arrofage. On le farcie quelque temps après, 
c'eft-à-dire , lorfqu'il a environ un pouce & demi de hauteur ; car s'il étoit 
trop petit , on cou rr oit le rifque de le confondre & de l'arracher avec les herbes 
qu'on veut extirper. 

Après les fàrclailbns convenables, un des principaux objets de l'attention des 
Indigotiers eft la chenille. Ils tâchent d'en prévenir le ravage en coupant autant 
qu'ils peuvent , l'Indigo avant qu'elle y ait fait trop de dégât. Mais lors- 
que malgré toute leur vigilance & leur adlivité , la chenille a fait trop de 
progrès , ils lui abandonnent le refte de la plante , qui n'a bientôt plus que la 
forme d'un balai ; après quoi ces infeéles meurent faute de nourriture & d'abri. 

Quand les chofes font en cet état , on ne coupe point les tiges , comme on 
le fait ailleurs en pareil cas , pour avoir un rejetton propre à la cuve au bouc 
de fix femaines ; mais on les conferve en faifant venir l'eau fur le terrein , & on 
lui donne un ou deux arrofagts , fuppofé qu'il ne vienne point de pluie. La 
plante reprend vigueur , & repouffe un nouveau feuillage qui la rend bonne à 
couper au bout de quinze jours ; ce qui fait une grande différence. Mais après 
la coupe de l'herbe, on doit bien fe garder d'arrofer les fouches avant qu'elles 
aient boutonné ; car fi on le faifoit plutôt elles périroient infailliblement. On 

(0 Voyez à l'explication de la Plaxiche lo , une petite Addition relative à cçt article. 



ne 



Chap. IÏÏ. Du ferrein , de la Culture & de la Coupe de l'indigo. 6^ 
ne court cependant aucun rifque de les arrofer au bout de dix jours. Lorfqu on 
deflbuche un terrein dont les grandes rigoles fe trouvent trop minées par le 
cours des eaux , on comble celles-ci , & on en refouille de nouvelles à côté , 
avant de replanter la pièce. La profondeur & la largeur des grandes & des 
petites rigoles fe règlent fur la quantité de l'eau qu'on a. 

Comme il eft très-avantageux d'amener un filet d'eau vers les Indigoteries , 
afin de couvrir l'herbe dont on remplit la trempoire , on a attention de les 
placer en un lieu propre à recevoir cette eau par-delTus les cuves , & d'en fou- 
tenir le cours & le niveau par un petit aqueduc r , qui va fe rendre jus- 
qu'à la trempoire ; s'il y a plufieurs de ces vaiffeaux côte à côte , on fait une 
dalle /en mafTone tout du long d'un côté fur le rebord même des Indigoteries. 
Cette dalle doit avoir vis-à-vis le milieu de chaque vaifTeau , une ouverture g 
ou dalleau qui s'ouvre & fe bouche fuivant que l'on veut donner l'eau à l'une ou 
à l'autre de ces cuves. 



CHAPITRE QUATRIEME. 

Préparatifs & Defcrlption générale de la Manipulation de t Indigo, 

Le s eaux infiuent beaucoup fur la fabrique de l'Indigo ; celles Aqs rivières & des 
ravines claires font les plus propres à pénétrer & à difToudre le plante^lorfqu'elles ne 
ibnt point trop froides, ni crues ; c'eft pourquoi on doit préférer celles-ci à celles 
de puits qui font fouvent déjà chargées de fels , <& ces dernières aux eaux troubles de 
rivières , parce que leur limon en fufpendl'adivité. Se que leur dépôt altère con- 
fidérablement la qualité de l'Indigo , comme les habitants des bords du MiffifTipi 
l'ont éprouvé ayant qu'ils euffent pris le parti défaire rafîbir'les eaux limoneufes de 
cette rivière , pour l'employer à la fabrique de leur Indigo. Il eft néceffaire à 
cette occaflon de remarquer que des eaux gardées trop longtemps dans des ré- 
fervoirs , pour avoir l'avantage de remplir une cuve tout d'un coup , & dont 
quelques-uns fe fervent pour réchauffer celles qu'on doit bientôt employer , 
peuvent en fe corrom.pant par la chaleur du foleil , & par les infeéles qui s'y 
mettent , retarder ou gâter la diffolution qu'on en attend ; quoique cette mé^ 
thode foit en elle-même très-utile & très-avantageufe. 

Onfe croit encore obligé d'avertir ici que l'Indigo fabriqué avec des eauxfàli-^ 
nés efl d'une dangereufe acquifition ; car, quoiqu'il ait un très-beau coup d'œil 
quand il a été longtemps expofé au grand air, les principes falins dont il eft corn- 
pofé confervent ou attirent une humidité qui fe développe toujours dès qu'il eft 
renfermé quelque temps ; ce qui le rend beaucoup plus pefant qu un autre ^ 
lorfqu'on l'acheté , & d'une mauvaife défaite quand on vient à le débarquer 
des vaiffeaux. 

Indigotier. S 



70 INDIGOTIER, Livre IL 

Quand i'iierbe eft coupée , on l'embarque dans la Trempoire ou Pourriture 
^ yfig' 4 ? ^^' 4 ? ^^^ i'y répand de façon à ne faire aucune mafTe , ni aucun 
vuide. On couche enfuite par-deflus , & félon la longueur de la cuve , des pa- 
liifadesJ de Palmifte, fur lefquelles on pofe en croix de fortes barres i7; on 
arrête ces barres par des coins ou de petits étançons pafles entr'elles & les 
barres G des clefs D,fig.i. PL 4, Si les barres de clefs D iont trop libres 
•dans leurs mortaifes , on les gêne par quelques coins ; mais on a attention de 
ne point trop comprimer l'herbe, afin de ne pas s'oppofer aux bons effets 
de la dilatation & du développement que la fermentation doit occafionner. 
Lorfque ces préparatifs font achevés, on remplit la cuve , jufqu'àfix pouces du 
bord , avec l'eau de quelques puits p , fig. 2. , PL ^, ou ravine voifme , au 
moyen d'une gouttière g , ou d'un canal qui communique de l'un à l'autre ; 
peu après qu'on a verfé l'eau qui fùrmonte l'Indigo de trois à quatre pouces , 
il s'élève du fond de la cuve, avec un certain bouillonnement, de groiîès 
bulles d'air, & une liqueur qui, en retom.bant , forme des bouclettes & ré- 
pand à la fiiperficie une petite teinture verte , qui par dégrés change feau en 
un verd extrêmement vif: lorfque le verd eft à fon plus haut degré, la 
lùrface de la cuve fe couvre d'un cuivrage fuperbe , lequel à fon tour eft; 
effacé par une crème d'un violet très-foncé , quoique la malîe entière de l'eau 
refte toujours verte ; la cuve ayant alors le degré de chaleur qui lui eft propre , 
jette par-tout de gros floccons d'écume en forme de pyramides. Cette écume 
eft tellement fpiritueufe , que fi on y met le feu ^ il fe communique ra- 
pidement à toute celle qui fe fuit , & l'Indigo fait quelquefois des efforts fi 
violents , qu'il rompt ou Ibuleve les barres , & arrache les clefs lorfqu 'elles 
ne font pas bien enfoncées ou affermies dans la terre. Quand la cuve pro- 
duit de pareils effets , on dit alors qu elle foudroyé. 

Cette fermentation qui dure plus ou moins fliivant la qualité ou le corps de 
l'herbe, & fuivant la faifon froide ou chaude , féche ou pluvieufe , en développe 
tous les fucs & les parties propres à former l'indigo. Lorfqu'on veut juger de la 
difpofition de tous ces principes à une union prochaine , on fonde la cuve, dont 
la matière eft pour lors fi épaifîe qu'elle eft en état de Ilipporter un œuf. Cette 
expérience fe fait au moyen d'une taffe d'argent 5 j%. 6 , PL 4 , ronde , garnie 
d'une anfe , fembkble à celles des Marchands de Vin , qu'on remplit de 
cette eau au tiers ou environ : le dedans de cette taffe doit être bien clair ; 
car c'eft flir ce fond qu'on doit juger de l'état de la cuve : s'il eft crafîèux , 
il fait paroître l'eau embrouillée Se différente de ce qu elle eft effeélivement , 
de forte qu'on s'imagine que l'Indigo eft trop diffous, tandis qu'il ne feft pas 
affez; Se bien qu'on puiffe s'en appercevoir enftiite au battage, il en réfolte 
toujours une perte , quand même on reconnoîtroit cette erreur qui provient 
cependant d'un rien ; c'eft pourquoi fAuteur de la Maifon ruftique de Cayenne 
confeiile d'employer une taffe de cryftal, comme plus propre à cet examen. 



Chap. IV. Préparatifs & Defcrlption de la Mampuladon de l'Indigo . ji 
On obtient leclairciflement défiré , par le mouvement de la tafTe , dont l'a- 
gitation produit à peu près ce que le battage opéreroit en pareil cas , dans 
la féconde cuve , c'eft-à-dire , que fi la matière avoit aflez fermenté dans la 
première cuve , pour que {qs parties ayant les difpofitions les plus prochaines 
à l'union , s'y déterminaiTent par le battage , il fe forme également dans la tafîe 
de petites maflTes , ou grains , plus ou moins diftinéls , fuivant la qualité de 
l'herbe , & le degré de {on développement dans la fermentation préfente. 
Quand ce grain qui n'eft pas plus gros que le moindre grain de moutarde 
eft bien formé , il cale ou fè précipite par fon propre poids , au fond de la taffe , 
& ne laifîè d'ordinaire à l'eau qui le furnage , qu'une couleur claire Se dorée , à 
peu près femblable à de vieille eau-de-vie de Coignac ; c'efi: ce qu'on remarque, 
lorfqu'après avoir agité la taiTe , on la panche tant {bit peu, pour laifîèr un 
côté du fond à découvert : on voit non-feulement les effets ci-delfus , mais 
encore un grain fubtil rouler ou s'éloigner du bord le plus élevé, qu'il doit 
laiffer net , <& f eau formant vers ce bord un filet bien clair & bien déta. 
ché du grain. On continue de temps en temps cette manœuvre, jufqu'à ce 
que ces indices fe montrent auffi clairement que le permettent les circonftances, 
dont on renvoyé le détail en fon lieu. Mais fimportance de ces indices nous 
oblige d'avertir qu'il ne fiffit pas de fonder la cuve par en haut , lorfqu'on 
veut en avoir une connoifïànce exaéle ; car l'Indigo des mornes ne préfente 
bien fbuvent qu un faux grain à la fiiperficie ; d'ailleurs l'herbe qui eft en bas 
entre bien plutôt en fermentation que celle du de/îùs qui refte près de deux 
heures avant d'être couverte : & dans les temps pluvieux où flndigo n'a befoin 
que de dix ou douze heures de fermentation , le haut de la cuve change fî 
peu , qu envain y chercheroit-on un grain qu elle n'a pas la force d'y déve- 
lopper ou d'y foutenir. Il eft donc du devoir d'un Indigotier de fonder éga- 
lement fa cuve par en bas , au moyen du cornichon , Jig. j , PI. ^ , qui va 
prendre de feau au fond , ou encore mieux , en lâchant le robinet , afin d'en 
confronter la différence, & continuer alternativement, jufqu'à ce qu'il lui trouve 
les qualités requifès. Lorsque la tafîe offre à peu près le grain, & feau qu'on 
peut attendre de la qualité de flndigo , il eft de la prudence de ne pas expofer 
les principes de ce grain à une plus longue fermentation , qui les feroit tomber 
dans une difîblution , dont le battage ne pourroit les relever , ce qui entraî- 
neroit la perte de cette cuve ; c'eft pourquoi il convient de faifir ce moment, 
pour couler la cuve & en retirer toute feau qui tombe, chargée d'un verd foncé, 
dans la batterie. Quoiqu'il importe peu en apparence aux Indigotiers de far 
voir que la couleur verte eft le réfultat de la combinaifon du jaune ôc du bleu , 
il n'eft cependant pas moins vrai que tout leur travail a un rapport direél ôc 
efîentiel à la connoifïànce de cette loi , & qu'elle n'a rien de frivole pour 
eux ; puifque tout leur art ne confifte qu'à développer les principes de ces 
couleurs , afin d'avoir la facilité de les défunir, & d'éconduire enfuite la partie 



72 INDIGOTIER. Livre IL 

jaune en réfervant la bleue , dont i'exade divifion fait toute la perfe<5lion du 
oiétier. Il feroit à fouhaiter que cette remarque engageât quelqu'un de nos Co- 
lons, ou quelque amateur des Arts établi en Languedoc , à faire diverfes épreuves 
furlaMaureile ,appellée Heliotroplum Trlcoccum (i),dont on fait leTournefol, 
& à tâcher de la traiter comme l'Indigo , avec qui elle a beaucoup de 
rapport par fon produit. En effet ^ lorfque la Maurelle eft en fleur , on la 
broyé pour en exprimer le jus qui eft extrêmement verd. On trempe dans ce jus 
àcs morceaux de toile ou drapeaux , on les étend au foleil pour les fécher . 
on réitère deux ou trois fois cette manœuvre ; après quoi on expofe ces chiffons 
ou drapeaux à la vapeur des alkalis volatils de l'urine putrifiée ou d'un 
•fumier chaud , qui de verds les rend tout bleus. Ces drapeaux fortement char- 
gés de cette couleur fe vendent aux Hollandois , qui ont le fecret d'en faire 
i'extraélion , & d'en compofer de petites maffes qu'ils nous revendent 
fous le nom de Bleu de Hollande. Cette préparation pourroit faire 
préfumer que la fermentation développe beaucoup d'efprits alkalins dans l'In- 
digo. L'odeur nauféabonde approchante du foie de foufre que fà fécule exhale 
pendant le cours de ià préparation , & qui fe ranime encore lorfqu'on fait ref- 
fuer flndigo après qu'il eft fec ; la pouffiere ou fleur blanche dont il fe couvre 
de plus en plus en féchant , femblent indiquer encore plus l'abondance des 
slkalis que renferme cette matière. 

On peut aufli préfumer que les alkalis fervent de bafe à la partie jaune de 
l'extrait , & qu'ils concourent avec les acides aux différents développements de 
la fermentation ; mais nous nous arrêtons ici, crainte de pouffer trop loin des con- 
jiélures hafardées. Au refte , ce que nous venons de dire au fujet des eftàis que 
nous propofons à l'égard du Tournefol, nous le difons de même à l'égard de 
la plante du Paftel , dont on fe fert fouVent en Fra nce pour teindre en bleu 
Cette plante fe cultive en Languedoc , & principalement aux environs 
d'Alby ; elle fe travaille ainfi. On cueille fes feuilles , on les met en tas fous 
un hangard pour qu'elles fe flétriffent iàns être expofées à la pluie ni au foleil ; 
on porte ces feuilles au moulin , où on les réduit en pâte que l'on pétrit avec 
ks pieds Se avec les mains ; on en fait des piles dont on unit bien la furface , 
la battant afin qu elle ne s'évente pas. La fuperficie de ces tas fe féche , il s'y 
forme une croûte, & au bout de quinze jours on ouvre ces petits monceaux, 
on les broyé de nouveau avec les mains , <& l'on mêle dedans la croûte qui 
s'étoit formée à la fuperficie ; on met enfuite cette pâte ainfl broyée en petites 
pelottes ; c'eft là le Paftel de Languedoc. L'intérêt qu on peut prendre au travail 
de ces deux plantes nous en fait placer une efquiffe à la Planche II, fig. 4, T our- 
nefoly Se %. 5, Pajlel. (2). 

(i) Cette plante eft auffi nommée Tournefol Gallorum dans les Mémoires de l'Académie, 
année 1712 . page 17- 

(2) M. de Juffieu, de l'Académie des Sciences, vient de me dire, qu'un Membre de la mcme 
Académie , avoit tenté inutilement de tirer une fécule du Paftel, & qu'un autre fçavant n'avoit 
pas mieux réulTi à l'égard de la Maurelle. 

Pour 



Chap. IV. Préparatifs & Dtfcription de la Manipulation de l'IndlgOi 73 

Pour revenir à notre fujet , l'apprêt que reçoit l'extrait dans le vaifleau 
de la Batterie , confifte dans la violente agitation & le bouleverfement qu'occa- 
fîonne la chute àts Buquets : par ce mouvement , toutes les parties propres à 
la compofîtion de la fécule fe rencontrent , s'accrochent & fe concentrent en 
forme de petites maffes , plus ou moins grofîes , fiiivant les différents états de 
l'herbe , de la fermentation & du battage. Ces petites mafles font ce qu'on 
appelle le Grain. 

Par ce bouleverfement , l'eau qui paroilîbit d'abord verte , devient infenfible- 
ment d'un bleu extrêmement fon ce. Pendant le cours de ce travail , on jette 
à différentes reprifes un peu d'huile de poiflbn , ou une poignée de graine 
de Palma Chrifli écrafée , qui eft fort huileufe , dans la Batterie , pour diffiper 
l'écume épaiffe qui s'élève Ibus le coup des Buquets, dont elle empêche feffet. 
La groffeur, la couleur & le départ plus ou moins prompt de cette écume 
fervent , avec les indices tirés de la taffe , à faire juger de la qualité de l'herbe, 
de l'excès ou du défaut de fermentation , & à régler le battage. 

Lorfque le grain tarde à fe préfenter fous une forme convenable , on l'excite 
par la continuation de ce travail , qu'on gouverne tou jours à faide des indices 
ci-deflùs, jufqu'à ce qu'on en Ibit fàtisfait. Quand il efl: fur fon gros , on exa- 
mine la diminution que le battage doit néceffairement lui occafionner , c'eft 
ce qu'on appelle le Rafinage ; par ce moyen il s'arrondit & fe concentre de 
manière à caler & à rouler parfaitement au fond de la taffe. Lorfqu'il eft à ce 
point , on ceffe le battage ; l'eau qui tient en diffolution la partie jaune & 
les autres principes fuperflus , fe fépare quelque temps après de la fécule & 
s'éclaircit peu-à-peu en la {iibmergeant tout-à-fait. Deux ou trois heures lùffifenc 
au repos de la cuve, quand rien ne lui manque ; mais fi on n'eft pas preffé , 
il vaut mieux la laifler tranquille pendant quatre heures , afin que le grain le 
plus léger ait le temps de fe dépofer, & qu'il fe trouve moins d'eau mêlée avec 
le fédiment ; après quoi on ouvre le premier robinet F , fig. j" , P/. 4 , feule- 
ment pour que l'écoulement n'occafîonne aucun trouble dans la cuve ; lorfque 
toute l'eau qui étoit à cette portée s'eft écoulée , on lâche le fécond , qui met 
la fécule étendue fur le fond de la cuve à découvert. 

M. de Reine , ancien Habitant de l'Ifle de France , que j'ai déjà cité , m'a 
dit qu'il laiffoit repofer la Batterie pendant 24 heures , & que fon Indigo étoit 
comparable au plus beau des grandes Indes. 

Les eaux fortant de ces deux robinets tombent naturellement dans le 
Baffmot ou Diablotin K ^ fig. 5, PL 4, lequel étant bien-tôt rempli, dé- 
gorge fur le plan /^, du Repofoir, d'où elles s'écoulent par fon ouverture Ç, 
qui , fuivant les loix du pays , doit déboucher dans quelque fofle ou marre 
perdue , parce que cette eau eft capable d'empoifbnner les animaux qui boi- 
roient d'une ravine ou d'un ruiffeau avec lefquels on auroit eu fimprudence 
de la mêler. J'ai même obfervé en Europe , que la poufllere de l'Indigo étoit 
Indigotier. T 



74 I 1^ D 1 G O T I E P.. Livre IL 

pernicieufe à la poitrine , occafionnant des crachements de fang aux gens 
qu'on employoit long-temps au triage de cette denrée. Quand l'eau de ces 
deux premiers robinets , qui eft d'une couleur ambrée & claire lorfque l'In- 
digo eft bien fabriqué , efl: écoulée , on lâche un peu le troifieme , afin de 
lailTer pafler d'abord celle qui eft mêlée avec la fécule ; on le repoufTe dès 
qu'elle fe préfente : on continue ce petit manège jufqu'à ce qu'il n'en 
vienne prefque plus ; après quoi on vuide toute l'eau du baffinot pour y rece- 
voir la fécule. Quelques autres fe fervent alors d'une cheville quarrée à la place 
de celle qui ferme la troifieme bonde ; la fécule s'arrête jufqu'à ce que l'eau 
fe foit échappée par les iffues que forme le quarré : on la retire enfin pour que 
toute la fécule, qui reffemble en cet état à une vafe fluide d'un bleu prefque noir, 
tombe dans le Baifmot qu'on a eu foin de vuider auparavant , & on fait def- 
cendre un Nègre dans la Batterie , pour achever d'amener avec un balai le refte 
de la fécule vers la bonde ; on place au devant de cette troifieme bonde un 
panier pour intercepter tout ce qui lui eft étranger ; s'il en paffe encore 
dans le Diablotin , on enlevé ce qui furnage avec une plume de mer , on retire 
enfuite la fécule au moyen d'un Coui , ou moitié de calebalTe ;, d'où on la tranjf- 
vafe dans des facs de toile Z ,fig, i &2.,PL ^ , garnis de cordons par lefqueis 
on les fufpend des deux côtés aux crochets du râtelier U, fig. i , P/. 4 : on 
laiffe l'Indigo s'y purger jufqu'au lendemain. Lorfque les facs qui doivent êtr& 
lavés & féchés à chaque fois qu'on en fait ufage , ne rendent plus d'eau , on 
en partage le nombre en deux , & on fufpend chaque moitié en réunifiant les 
cordons de chaque lot ; ce commun afi^emblage les préfixe & achevé d'en expri- 
mer le refte de feau ; puis on renverfe Se on étend la fécule , qui eft encore 
très-molle , dans des caifi"es A, fig. 3 , 4 (S" 5 , F/. 5 , fort plattes, qu'on 
expofe pendant le jour au foleil ftir des établis B , flg. 'è , PL ^^ dont une partie 
eft à l'abri de la fécherie S , Se fautre en plein air. C'eft là que l'Indigo fe 
defi"éche infenfiblement. Sitôt que le foleil l'a pénétré , il fe fend comme de la 
yafe qui auroit quelque confiftance. On doit préférer le foir au matin pour le 
commencement de cette opération, parce qu'une chaleur trop continuelle 
furprend cette matière , en fait lever la fùperficie en écailles , & la rend ra- 
boteufe , ce qui n'arrive point , lorfqu'après cinq ou fix heures de chaleur , 
elle a un intervalle de fraîcheur qui donne le temps à toute la mafi^e de pren- 
dre une égale confiftance. On pafi^e alors la truelle,/^. 14 , P/. 5" , par-deiîùs, 
pour en comprimer & rejoindre toutes les parties fans les bouleverfer , cette 
manœuvre préjudiciant à la qualité de f Indigo , comme nous fexpliquerons 
ci- après; enfin, lorfqu'il a acquis une confiftance convenable , on en polit en- 
core la fùperficie, & on le divife par petits carreaux A ,fig. ^ , PL ^ , d'un 
pouce Se demi en tous fens : on continue de l'expofer au foleil , non-feulement 
jufqu'à ce que les carreaux fe détachent fans peine de la caifi^e , mais encore 
jufqu'à ce qu'il paroifl^e entièrement fec. Il n eft cependant , fuivant les Loix , 



Chap. ÎV. Tréparatifs & Defcriptlon de la Manipulation de l'Indigo. 7 j* 
ni livrable , ni marchand qu'il n'ait reflué ; car fi on l'enfutailloit exaélemenc 
dans cet état , on ne trouveroit au bout de quelque temps , que des fragments 
de pâte détériorée & de mauvais débit ; c'eft pourquoi on le met en tas dans 
quelque barique recouverte de fon fond délàfljemblé , ou de torques de feuilles 
de Bannanier deflichées , & on l'y laifl^e environ trois femaines ; pendant ce 
temps il éprouve une véritable fermentation , il s'échauffe au point de ne pou- 
voir y fouffirir la main , il rend de grofl^es gouttes d'eau , il jette une vapeur 
défàgréable , & fe couvre d'une fleur qui reffèmble à une efpece de fine farine: 
enfin , on le découvre , & fans être expofé davantage à l'air , il fe refleche en 
moins de cinq ou ûx jours. Tous ces effets proviennent vraifemblablement de 
l'état de fécherefle & de contraélion qu'a éprouvé cette matière , laquelle étant 
une fois à l'abri , tend naturellement à fe dilater , & donne occafion à l'air ex" 
térieur qui s'y infinue , d'y introduire en même-temps l'humidité dont il efi: 
chargé. Cette aélion de l'air intérieur , qui tend àfe débander, & de l'air frais ex- 
térieur qui s'y infinue avec fon humidité , fe communiquant à toutes les parties 
de chaque mafl^e , doit néceflTairement occafionner entr elles un dérangement 
& un mouvement fuivis d'une chaleur afl^ez grande pour produire tous les phé- 
nomènes de la fermentation dont nous venons de donner la defcription. 

On peut même préfumer que l'Indigo éprouve plus d'une fois cette elpece 
de crife , fur-tout quand il pafle la mer , à moins qu'il ne foit embarqué extrê- 
mement fec & bien clos. 

Ce qu'il y a de conftant , & ce que peu de perfonnes obfervent , c'efi; que 
l'Indigo pefe beaucoup moins avant d'avoir refliié , que fi-tôt après avoir reçu 
cette dernière façon. 

Lorfqu'il a pafle par cet état , il efi: entièrement conditionné , & il efi: im- 
portant de ne pas en différer la vente , fi l'on ne veut pas fiipporter la dimi- 
nution à laquelle il efi: fujet , les fix premiers mois après cette crife , qu'on 
peut bien évaluer à un dixième de déchet , & fouvent beaucoup au-delà. 

Quelques habitants le font fécher à fombrc dès que les carreaux quittent 
la caiffe ; il efi vrai que c'eft un ouvrage de longue haleine , Se qui demande 
plus de fix femaines avant qu'il foit en état de reflîier : mais cette façon de le 
faire fécher lui eft très-favorable ; il femble en acquérir une nouvelle liaifbn 9 
8c fon luftre fe perfeélionne par la diffipation lente des diverfes fueurs , qui le 
couvrent dans cet intervalle d'une fleur aufli blanche que la pouffiere de la 
chaux. Il eft conftant que cette méthode n'eft pas fujette au même déchet que 
l'autre , Se qu'elle procure une qualité fiipérieure. C'eft pourquoi on ne peut 
trop inviter les Indigotiers à fuivre cette pratique. Ceux dont les établis font 
couverts d'une quantité confidérable de caifi^es , ne pourroient cependant guère 
l'adopter , à moins qu'ils ne vouluffent faire un plancher & des étagères fous 
le faitage & tout autour de leur fécherie pour l'étendre defllis ; cela fait j on 
le met à reffuer ] comme nous l'avons dit ci-deflTus. 



^6 I N D I G OT I É R. Livre IL 

Il convient de retoucher un mot fur le pétrilTage de l'Indigo. Lorfqu il 
commence à féchcr dans les cailTes , on s'imagine que cette eipece d'apprêt 
lui donne de la liaifon : mais c'eft une erreur ; car cette liaiibn ne dépend 
uniquement que du degré de la fermentation & du battage qu'il a éprouvé , 
& notamment de ce dernier , ce qui eft facile à vérifier par l'Indigo d'une 
cuve qui pèche dans l'un & l'autre cas ; il s'écrafe au moindre choc , parce 
que la façon qui étoit nécefîàire à fa liaifon lui manque , & il eft ablùrde de 
croire qu'on lui reftitue ou qu'on perfeélionne cette qualité en en pétriiîànt 
des parties défeélueufes ; au contraire il en réfulte fouvent une perte ; car 
fi on mêle la fliperficie de la caiife avec le deffous , cette fuperficie , ( en 
Iiippofant qu'on ait laiffé faire des croûtes ) altérée par le foleil , fe trouvant 
confondue avec le refte de la pâte , forme des veines ternes & ardoifées qui 
en diminuent beaucoup le prix. Ceux qui regardent de près à leur intérêt 
féparent leur Indigo dans la caifle le lendemain ou le fur-lendemain , ce qui fait 
une différence de fix jours fir le terme qu'il faut aux autres pour le fécher ; ils 
y trouvent encore leur compte , en ce que , plus flndigo tarde à fécher , plus 
la force de fon odeur augmente & attire les mouches qui y dépofent leurs 
œufs : ces œufs fe changent fous moins de deux fois vingt-quatre heures en 
vers qui s'infinuent dans les crevafTes de flndigo , dont ils m.angent une partie, 
& altèrent l'autre , en y répandant une humeur vifqueufe qui l'empêche de fé- 
cher, d'où il réfulte une perte réelle, tant à l'égard du poids que de la qualité, 
& un grand retard , fur- tout dans la faifbn pluvieufe , où il convient que les 
uns & les autres entretiennent un feu continuel dans la fécherie , afin que 
la fumée en écarte tous les infeéles. 

On éviteroit prefque tous ces inconvénients fl , comme dans certains en- 
droits des grandes Indes , où Ton eft dans fufage de le pétrir Se de le fécher 
entièrement à Fombre , on mettoit l'Indigo dans des caiffes d'un demi pouce 
de haut ; & fi , après l'avoir féparé par carreaux , on les mettoit dans d'autres 
caiffes féchées au foleil : cette méthode , à la vérité , exigeroit un plus grand 
nombre de caifiTes ; mais comme flndigo fécheroit beaucoup plus vite , les 
caifiès feroient plutôt délibérées ; ainfi cette augmentation ne feroit pas auiîi 
confidérable qu'on peut d'abord fe f imaginer ; & comme , félon toute appa- 
rence , f Inde de f Afie doit une grande partie de fa belle qualité à fobfer- 
vation exaéte de ces différentes pratiques , on doit en efpérer à-peu-près un 
femblable fuccès à f égard de flndigo , en donnant même aux caifi^es un pouce 
de hauteur. Il eft vrai que les Marchands , accoutumés à acheter flndigo de 
nos Colonies en gros carreaux , feront d'abord furpris de la différence du 
volume de ceux-ci ; mais fi la denrée eft réellement plus belle , ils ne s'arrê- 
teront pas long-temps à la forme. 

Quand on retire f herbe de la pourriture , la tige & les branches n'en 
paroiffent pas autrement altérées ; mais Ip feuillage qui y tient à peine , eft fi 

flafque 



Chap. IV. Préparatifs & Defcr'ipnon de la Manipulation de l'Indigo. 77 
flafque & fi livide , qu'il eft aifé de difcerner que le fac des feuilles contribue 
feul à la formation de la fécule ; il eft cependant permis de penfer que le 
Corps & l'écorce de la plante fourniiïent quelques fucs propres à la fermen- 
tation & à la coloration du jaune. Mais on ne doit pas croire qu'ils foient 
feuls capables de compofer le grain , puifque lorfque la Chenille a rongé toute 
la verdure , le refte de la plante ne rend plus rien ; ou s'il rend quelque peu 
de fécule , on doit plutôt le regarder comme le produi: de la partie verte de 
Textrêmité des branches , qui participent de la qualité des feuilles , que comme 
celui de l'écorce. 

Les habitations où l'on manque d'eau dans les féchereiTes extrêmes , tâchent 
de conferver celle qui doit fe perdre dans la vuide , & on en remet le 
plus qu'on peut fur la nouvelle herbe , afin d'éviter une partie du tranf' 
port qu'il faut faire pour remplir la cuve. Ces fortes de cas font bien rares ; 
mais on prétend que cet ufage ne préjudicie point à la fabrique de l'Indigo. On 
doit cependant préfumer que l'eau de cette nouvelle cuve fera beaucoup plus 
foncée que toute autre , & moins propre à une nouvelle diiTolution. 

Le corps de la maçonnerie d'une Indigotcrie fimple & telle que nous l'a- 
yons décrite dans le premier Chapitre peut revenir à 3000 liv. y compris le 
travail des Nègres de l'habitation , qu'on peut bien évaluer à près de la moitié 
ou environ. On ne peut fixer le prix du moulin , de la fécherie & des autres 
ouvrages qui y font relatifs. Il fuffit de favoir que chaque Nègre de place 
peut coûter environ 1800 à 2000 liv. le tout argent de l'Amérique, qui 
fe réduit à deux tiers de fa valeur numéraire en France. 

Chaque cuve chargée de quarante paquets ou charges d'un Noir , lorfqu'on 
eft dans la belle faifon , peut rendre trente livres d'Indigo, qui fe vend à préfenc 
en France , fuivant fa qualité , depuis fix jufqu'à onze livres de notre monnoie. 
Je parle de l'herbe des habitations fituées dans les plaines ; car celles des 
Mornes donne beaucoup moins , l'air y étant plus tempéré , & par conféquent 
moins propre à lui donner du corps. 

Ce revenu ne laifteroit pas d'être conlidérable fi chaque coupe étoit égale ; 
mais il y a une grande différence entre leurs produits. La première rend peu , Se 
l'herbe ne fournit pas. La féconde coupe eft la meilleure ; la troifieme diminue 
d'un tiers , la quatrième des trois quarts , & la cinquième fe réduit prefque à 
rien. Ceci fouffre cependant de grandes exceptions , tant par rapport à l'ex- 
cellence des terreins qu'à l'influence des temps. 

On doit encore remarquer que flndigo bâtard rend fouvent près d'un tiers 
moins , pour les raifons que nous avons expliquées ci-devant. Ainfi il faut beau- 
coup rabattre de la première eftime dont nous venons de parler , fans entrer 
en compte des accidents de la plantation dont on eft déjà inftruit. 

Pour achever le détail de cette Manufaélure , on doit ajouter que deux 
Indigoteries & trente Nègres travaillant , fufEfent à l'exploitation d'un terrein 
Indigotier. V 



78 INDIGOTIER. Livre IL 

de ij^ carreaux de loo pas quarrés de Saint-Domingue, où la mefure dupas 
efl de trois pieds & demi de France ; on fuppofe ici que le terrein où l'on 
peut cultiver ces i j" carreaux en Indigo eft déjà bien net oc pris dans la plaine 
où l'exploitation eft beaucoup plus facile que dans les mornes. 

Il faut au refte fàvoir que dans nos Colonies les bâtiments, les iavanes où l'on en- 
tretient le bétail , les places à vivre pour le Maître & les Efclaves occupent près 
d'un quart du terrein d'une habitation, & qu'il en refte fouvent autant en friche» 
ou en bois de bout, pour fervir de reflburce quand la terre où l'on plante l'In- 
digo vient à s'épuifer. 

Dans les habitations où l'on n'a plus de bois de bout pour remplacer les terreins 
ufés , & où l'on eft obligé de faire fervir les vieux défrichés , on a recours à diffé- 
rents artifices pour les relever de cet épuifement & pour leur redonner une nouvelle 
vigueur. Un des principaux eft de répandre fur les carreaux qu'on retravaille , un 
peu d'ancien fumier d'Indigo, qu'on appelle à F Amérique Fatras-Indigo, dont on 
a déchargé les cuves. Cet engrais, fortant même de laTrempoire , eft excellent Sc 
produit toujours un bon effet ; mais fi l'on veut rétablir le fond d'une pièce de terre» 
& la rendre propre à fe foutenir long-temps fans le fecours des fumiers , il faut y 
planter du gros-petit Mil, ou Mil à panache ,/^. 2. , PL 6 ^ dont la tige & le 
feuillage relTemblent beaucoup au Maïs , mais dont la graine ronde eft quatre 
ou cinq fois plus greffe que celle du Millet de France. On coupe ce Mil au bout 
de fix mois , & on laiffe la tige avec tout fon feuillage à pourrir fur la terre. La 
fouche repouffe alors de nouvelles tiges, dont on recueille le grain dans le 
temps de fa maturité. On coupe enfuite le pied de la plante. Se on l'abandonne 
fur le terrein pour s'y deffécher ; & lorfque la grande iàifbn des plantations s'ap- 
proche , on y met le feu. On deifouche enfuite le refte de la plante , qu'on brûle 
après avoir fouillé toute la pièce avec la hoUe ; on retravaille encore ce terrein 
autant de fois qu'il eft nécelfaire , jufqu à ce qu'il foit en état de recevoir de nou- 
velle graine d'Indigo, ce qui fait à peu-près un intervalle de 15 mois. Lors- 
qu'un terrein a été ainfi relevé , il produit une très-belle herbe , & il eft en état 
de réfifter à la culture de l'Indigo prefqu'auffi long-temps qu'un bois neuf; car ? 
c'eft ainfi qu'on appelle les terreins dont on a abattu les bois depuis peu. Quel- 
ques habitants , pour relever un terrein en friche & couvert de gazon , en font 
lever toute lafaperficie par pièces ou par mottes , dont on forme des tas ou des' 
piles de diftance en diftance ; lorfque cqs mottes , qui font un peu écartées les 
unes des autres , font féches , on y met le feu , & on en répand la cendre fur la 
terre de ce défriché , qu elle fertilife pour long-temps. 

La bonne économie demande , qu'après avoir planté la moitié d'un terrein 
en Indigo , on obferve un intervalle d'un mois ou fix femaines avant d'enfemen- 
cer le refte. Cette précaution eft nécefîàire pour parer à l'inconvénient d^ pluies, 
qui font fouvent différer la coupe de l'herbe , & pour que fes différents âges 
donnent le moyen de la couper alternativement au point convenable de fa ma- 



Chap. IV. Préparatifs ê Defcrîpdon de la Manipulation de l'Indigo, f^ 
turité ; on profite du relâche que donne cet intervalle , pour vacquer aux pre- 
mières farclaifons & aux autres ouvrages indifpenfables. C'eft pourquoi on fe 
fert de ce délai pour faire un bois neuf ou Fàbbatis des arbres qui couvrent une 
terre vierge , tronftruire des bâtirnents, planter des vivres (i) & des hayes, ou les 
farder , réparer les entourages & les foffés , oii pour finir les travaux qu'on lié 
peut remettre au temps de la coupe qui donne à peine le moment de farder , & 
d'empêcher les mauvaifes herbes de fe multiplier dans l'Indigo. 

Les hayes Z^fic^. 6 , Pi. ïO , {q plantent en Citronier ou en Campêche , foie 
de graine , foit de bouture , à deux , trois ou quatre rangs ; & lorîqu'on a de l'eau 
à fà difpofîtion , on y en fait paiïer un filet fiiivant la néceffité , ou bien on fait 
apporter de l'eau exprès dans de grandes calebafles pour arrofer ce plan. On a foin 
d'entrelacer les jets de ces arbres à mefure qu'ils croilTent , afin qu'ils foient en 
état de réfifter à l'efiTort des animaux. Quand le corps de la haye eft à la hauteur 
de 4 pieds , on la taille par - defTus & par les côtés avec un bon couteau à In- 
digo garni d'un manche , ou bien avec une efpece de coutelas , qu'on appelle 
manchette ; & quand la haye eft trop forte , avec une ferpe ajuftée à un long 
manche. 

Comme les hayes font la sûreté éc rornémerlt des habitations , on doit les 
tailler tous les trois mois , & veiller tous les jours à leur entretien , en faifant 
la ronde pour examiner fi les animaux n'y ont point fait quelque brèche. 

A regard des places à viVres r ^fig* 'LiPL6, on les arrofe comme flndigo 5 
quand le terrein le permet. On obfervera ici que fi l'on eft dans l'ulàge de dif- 
tribuer de la terre aux Nègres , afin d'y faire des vivres pour eux & pour leurs 
familles , on doit leur alTigner des quartiers ni trop fecs ni trop humides , ou bien 
leur donner un terrein dans les hauteurs poùr leur nourriture pendant la faifon 
des pluies , & un autre dans les bas-fonds pour les temps de fécherefle. 

Quant aux Jardins potagers s , fig. t, PL 6 y on y creufe un ou plufieur baf- 
llns 00 l'on fait venir l'eau dont on fe fert pour arrofer avec des arrofoirs , Sc 
on élevé par-deftùs les planches qui ont befoin d'abri , des tonnelles , fur lef- 
quelles on met comme un lit de branches de bois noir ^ ou de feuilles de 
Palmifte. 

Lorfque le temps de la coupe approche , il convient que flndigotier fafte 
une vifite générale des Indigoteries & de ce qui en dépend , pour s'afturer de 
leur état , s'il n'y a point d'écoulement à craindre , foit par les robinets , foit 
par quelque fente ; fi les poteaux des Clefs & ceux des Buquets font folides ; 
on fait aufti une révifion de l'échaffaud e , fig, ri , P/. 4 , du puits & de fon 
chaffis ; un de £ts travers gâté , fuffifànt pour faire périr un Nègre. On vifite 
aulTi la Bringueballe ou bafcule b du fceau , & fon fouet ou cordage /^; enfin 
les barres des Clefs de chaque Indigoterie , afin de n'être pas obligé d'arrêter 
au milieu de la coupe , & donner par là occafîon à de grands dérangements à la 
(i) Terme ufité qui comprend toutes les Plantes d'où les Nègres tirent leurs aliments. 



8o INDIGOTIER, LivreIL 

fabrique de l'Indigo , par le refroidiflement des cuves & les pluies qui peuvent 
furvenir ; ces inconvénients étant caufe qu'on eft après cela trois ou quatre jours 
fans retrouver le point de leur jufte fermentation. Un pareil ordre établi , l'In- 
digotier ne s'occupe plus qu'à couper , embarquer & farder , jufqu'à ce qu'on ait 
fini la première coupe ; après quoi il vacque aux travaux les plus preflànts , dans 
l'aiTurance qu'il ne tardera guère à faire une féconde coupe qui demande bien 
plus de vigilance , tant à caufe du ravage de la Chenille & des autres infe6les , 
dont le nombre fe multiplie de plus en plus , qu'à caufe du corps de l'herbe 
qui exige plus de pourriture , mais qui rend auifi beaucoup plus que la pre- 
mière. 

'Fin du Livre Second, 




nVRE 



8t 



LIVRE TROISIEME. 

Théorie pratique de la Fabrique de V Indigo, 



A V A N T-P R O P O S. 

Co M M E le terme àQ pourriture , appliqué à la fabrique de l'Indigo, renferme 
chez nos Colons l'idée de tous les dégrés de fermentation par lefquels une cuve 
de cette herbe peut paffer , & que la plupart de ceux qui ne font point inftruits 
de cette convention en Europe , font accoutumés à diftinguer par des noms 
particuliers , les trois différents genres de la fermentation , dont l'effet du der- 
nier porte le nom de pourriture , je me fervirai , autant qu'il me fera poffible , 
pour éviter toute équivoque , du terme de putréfaciion , lorfqu il s'agira du der- 
nier degré de la fermentation , qui efl connu de tout le monde pour être défa- 
vorable à l'Indigo ; & j'emploierai celui de défaut ou àQJuJleffe de fermentation ^ 
'pour exprimer l'état des deux autres, en dérogeant ici à l'ufàge des Indi- 
gotiers, 

On peut voir la raifon de cet avertiffement , & les éléments de cet art , au 
Chapitre VI. du premier Livre , page 35 & fuivantes. 

La fabrique de l'Indigo fe divife naturellement en deux parties ; fàvoir , la 
fermentation & le battage. La fermentation fe manifefte par deux effets prin- 
cipaux. Le premier, porté jufqu'à un certain degré, développe tous les principes 
aélifs & pafllfs qui doivent contribuer à la formation du grain , & les difpofe 
à une liaifon qui doit fe perfeélionner dans la Batterie , où ils acquièrent une 
confiftance & une forme propre à s'égoutter. 

Le fécond effet de la fermentation, ou fon excès détruit le relTort des principes 
aélifs , & occalionne la défunion de tous les autres , dont le battage ne peut plus 
qu'augmenter la diffolution , & leur mélange avec l'eau , qu'il efl; enfuite impoi? 
jQble d'en féparer. 

Ces deux différents effets fe produifent plutôt ou plus tard , félon les diffé- 
rentes circonfl:ances dont nous parlerons ci-après. 

On a vu des cuves arriver à une fermentation parfaite en Çïk heures ; mais 
cela efl: très-rare , & c'efl: une preuve certaine que flndigo rendra fort peu. Le 
terme ordinaire efl: de dix , douze , quinze à vingt heures , quelquefois trente , 
même cinquante , prefque jamais au-delà ; encore ne fe trouve-t-on gueres 
dans ces derniers cas , il ce n'eft lorfqu'on embarque l'herbe dans une cuve 
neuve , ou dont on a ceffé de faire ufage depuis long-temps , & lorfque la circoni^ 
Indigotier, v X 



Si I N D î G O T I E R, Litre IIL 

tance d'un hiver fec & froid qui rallentit la fermentation , ou celle des grandes 
chaleurs de l'été , qui rendent l'herbe fufceptible d'une longue effervefcence , 
concourent à cet effet. 

Le Battage ou l'agitation de la matière dans la Batterie , produit aufll deux 
effets principaux. Le premier bien ménagé, détermine & perfedlionne la liaifon 
des parties & la formation du grain, que la fermentation bien conduite , n'a fait 
qu'ébaucher ou préparer. 

Par cette opération , toutes les parcelles propres à la formation du grain , 
noyées & difperfées dans cet amas d'eau , fuivant leur pefanteur fpécifique , 
fe rencontrent , fe joignent ôc fe pelotonnent en petites malTes plus ou moins 
grolFes & différemment configurées ,. félon l'abondance & la qualité des fucs Sç 
fuivant la force ou la duré ede fagitation qu'elles éprouvent. 

L'huile de poiffon qu'on répand avec un brin d'herbe à deux , trois ou quatre 
reprifes^dans la cuve pendant le cours de l'opération , fert à abattre le volume de 
l'écume qui s'oppofe au coup du buquet. On peut auffi fuppofer qu'elle contribue 
à l'union des principes qui n'attendent peut-être que cette addition pour former 
de nouveaux corps , ou qu'elle fert du moins à perfeélionner l'unité de chaque 
mafTe , & qu'elle les préferve de fimprefîion de l'eau , ce qui , joint à leur forme 
particulière , les diftingue les unes des autres jufque dans leur dépôt , & en fa- 
cilite le plus parfait écoulement. Je ne tairai cependant pas que dans certains 
quartiers on a totalement fiipprimé l'ufage de fhuile , fans qu'il en ait réfulté 
aucun inconvénient à l'égard du battage ou de la qualité de l'Indigo. 

L'excès du battage produit à-peu-près le même effet que l'excès de fer- 
mentation. Il rompt méchaniquement le refîbrt & l'union du grain , & il le ré- 
duit en fi petites parties , que lors du repos dans la cuve & dans les fàcs , l'eau ne 
peut trouver aucune iiTue pour s'en échapper. 

Ainfi l'on peut établir comme une règle générale que tout Indigo, qui ne 
s'égoutte pas bien , pèche par excès de fermentation ou de battage. 

Comme la fermentation & le battage n'ont aucun temps ou terme fixe , on 
parvient à faifir fuccefîîvement le jufte point de l'une & de l'autre , par l'obferva- 
tion de la qualité de l'herbe qui influe généralement fur la durée & flir la me- 
fure de ces deux objets , & par l'examen de certains indices connus qui fe pré-i 
fentent dans le cours de chacune de ces opérations ; mais comme ces deux objets 
ne peuvent foulfrir un plus long détail en commun , nous allons les divifer en 
deux Chapitres , dont l'un regardera la fermentation ^ l'autre le battage. 



^^ 



Théorie pratique de la Fabrique de t Indigo. 83 



AVERTISSEMEISIT. 

j^ou R lever toute obfcurité fiir le contenu du Chapitre Tuivant , nous obferve- 
rons que dans les temps chauds la fermentation fe déclare bien plus prompte- 
ment que dans les temps froids , d'où il réfuke que l'herbe embarquée dans une 
faifon chaude , exige moins de temps pour parvenir à fon premier degré de 
pourriture , qu'une herbe embarquée dans une faifon froide , & que celle cî 
par conféquent doit féjourner plus long-temps dans la cuve que la première , 
pourvu qu'il n'y ait pas une extrême différence entre le corps de f une & de 
l'autre. Car , il efl: conftant que ii le froid contribue à la longueur du féjour de 
l'herbe dans la Trempoire , l'affoibliirement dans le corps de l'herbe occafionné 
par le froid , abrège d'un autre côté le temps de fon bouillon ; ainfi en s'accor- 
dant fur cette diftinélion , on peut dire que fherbe demande plus de pourriture 
ou de féjour dans la cuve fi fhiver eft fec , qu'en été , fuppofant une égale 
qualité entr' elles, & même dans le cas où l'herbe de fhiver auroit un peu moins 
de corps ; mais il faut auifi convenir que cette diminution de qualité dans la 
plante, nécelTite toujours une diminution fur le temps de la fermentation réelle , 
& abrège d'autant ^on féjour dans la cuve. 

Mais la pluie contribue encore plus que le froid à la diminution de fa qua- 
lité, & elle ne tombe pas également par-tout dans les mêmes faifons. Ainfi 
dans les quartiers de la dépendance du Cap François , il pleut par intervalle toute 
l'année , mais beaucoup plus conftamment dans le temps des Nords, ou des vents 
qui foufflent du côté du Nord de fliîe de Saint-Domingue , depuis environ le 
milieu d'Oétobre jufques vers le commencement d'Avril ; au contraire , dans 
ceux du Port-au-Prince de la même Ifle , il ne pleut que pendant le printemps 
l'été & une partie de fautomne , enforte qu'après le huit ou le quinze de No- 
vembre on a du Çqc jufqu'au mois de Mars , ce qui fait trois ou quatre mois , 
pendant lefquels on n'a fouvent que trois ou quatre grains ou pluies d'orage , 
tandis qu'il pleut pour ainfi dire fans ceife jour & nuit dans cette même faifon 
vers la partie du Cap. Il réfialte de ce contrafte une différence confidérable fiic 
la qualité de leur herbe dans ces mêmes temps ; cette différence de qualité & 
auffi de température , fait qu'on ne s'accorde point alors fur la manière de trai- 
ter, les cuves, & que la méthode des uns femble oppofée à celle des autres , quoi- 
que au fond tous conviennent des mêmes principes , auxquels je tâcherai de rap- 
porter tout ce que j'ai à dire fur cette matière, efpérant qu'au moyen de cet Aver- 
tiffement , chacun entendra le fens démon difcours, & en fera fapplication con- 
venable à ces cas , dont la diverfité eft fi commune dans la fabrique de l'Indigo. 



84 INDIGOTIER, Livre IIL 



CHAPITRE PREMIER. 
De la Fermentation de rindig. 

L'a r t n'indique point , comme nous l'avons dit au Chapitre VI. du premier 
Livre , page 35 , de règle précife fur la durée de la fermentation, parce que 
ce point dépend de la qualité ou du corps de l'herbe , Se cette qualité de la na- 
ture du terrein où l'herbe a cru , & de l'altération des faifons qu'elle a éprouvée 
tandis qu'elle étoit fur pied. Nous avons ajouté que le progrès de fon développe- 
ment dépend encore du temps froid ou chaud , pluvieux ou fec , pendant lequel 
l'herbe eft à cuver , & du degré de chaleur ou de fraîcheur de l'eau dans laquelle 
on la fait macérer ; mais comme entre toutes ces circonftances la qualité de 
l'herbe eft celle qui influe le plus généralement fur la durée de la fermentation 
& fur la force des indices qui fervent de règle à flndigotier pour couler la 
cuve , & que les caufes dont nous avons parlé peuvent faire varier à l'infini les 
qualités de l'herbe, nous en choifirons trois principales pour en faire le fu jet 
de trois Articles féparés , dans lefquels on trouvera fucceffivement tout ce qui 
a rapport à ce travail Se aux circonftances capables d'en ralentir ou d'en ac- 
célérer l'effet. 

Le premier nous indiquera les raifons pourquoi une herbe qui a éprouvé 
les inconvénients de la (àifbn pluvieufe ou d'un terrein trop humide exige une 
courte fermentation , les effets qui faccompagnent jufques dans fa putréfac- 
tion , & les moyens d'en éviter les inconvénients. Nous joindrons à cet Ar- 
ticle le détail des caufes qui peuvent déterminer , non pas une plus longue 
eftervefcence , mais un plus long féjour de l'herbe dans la cuve. 

Dans le fécond , nous fournirons les mêmes éclairciffements {m la nécefîité 
d'une plus longue fermentation à l'égard d'une herbe venue dans les circonftances 
les plus favorables de fêté , & dans une bonne terre. 

Nous expoferons dans le troiiléme les motifs qui déterminent une fermenta- 
tion moyenne , lorfqu'il s'agit d'une herbe qui a long-temps fouffert du fec , ou 
dont on a laiiïe paffer le temps de la coupe ; nous y joindrons les inftruélions 
de convenance comme aux précédents Articles. 

Article Premier. 

Tout bon Praticien , avant d'ordonner la coupe de fon Indigo , doit jetter 
un coup d'œil attentif fur fon herbe , flir le terrein où elle a cru , & bien 
réfléchir fur les accidents qu'elle a éprouvés jufqu'alors , afin de juger du 
point où il doit en pouffer la fermentation , Se enfùite le battage. 

La 



Chap. I. De la Fermentation de l'Indigo. 8 y 

La méthode de cts préfomptions eft d'un grand fecours quand on a aflez d'ex- 
périence pour reétifier & corriger à propos les petites méprifes qui peuvent 
s'y glifîèr. Cette révifion traitée fiiivant l'ordre des circonftances & des travaux, 
nous conduit naturellement à l'examen de la première coupe & de-là à la pre- 
mière cuve. C'eft toujours la plus embarraiTante , parce que Téloignement du 
foleil , les pluies fréquentes de la première faifbn , <& la trop grande fraîcheur de 
la terre ayant attendri la plante , & l'ayant remplie de fucs mal digérés , le déve- 
loppement en eft fi prompt & l'effervefcence fi foible , qu'il eft difficile de 
connoître & de faifir le véritable point où il faut en arrêter la fermentation. 

Les fignes qui accompagnent cette fermentation & Ton produit , répondent à 
la foiblefie de leurs principes ; elle rend peu d'écume , & quelquefois il n'en 
paroît prefque point du tout. La chaleur & le développement des parties font 
prefque tous concentrés au fond de la cuve. Le grain en eft petit ; il change de 
fe diftbut d'une manière imperceptible prerqu'aulTitôt qu'il eft formé, & il donne 
une apparence de trouble à l'eau dans laquelle il eft trop divifé. 

Les doutes qu'occafionnent la foiblefi^e & l'obfcurité de ces indices , lors 
même qu'on en a faifi le jufte point , les légères apparences de conformité 
qu'ils ont avec ceux d'une cuve de bonne herbe qui n'eft pas afTez fermentee 
ou qui l'eft trop , & les inconvénients qui réfultent de la confufion qu'on en 
peut faire , nous obligent d'entrer dans le détail de tous les éclaircilTements pro- 
pres à les faire éviter. 

On connoîtra que la cuve dont il eft queftion, eft à fon jufte point de fer- 
mentation & dans le meilleur état poffible, fi le grain, tout m.al formée qu'il eft , 
fe fépare aifément après avoir battu la talTe , ^ fi l'eau devient d'un verd paillé 
brillant. 

On diftinguera celle-ci d'une cuve de bonne herbe qui n'a pas affez fermenté, 
dont la couleur de l'eau eft quelquefois roufte approchant de la bierre , & prefque 
toujours d'un verd vif & qui ne laifte à la fiaperficie de la talTe aucune crafi^. 
L'indice de l'eau roufi^e ne doit cependant point être regardé comme une mar- 
que infaillible de défaut de fermentation ; car il fe rencontre des coupes en- 
tières dont les eaux font toujours rouftes , quoiqu'elles ayent le degré de fer- 
mentation convenable. C'eft pourquoi j'ajoute ici trois autres remarques sûres , 
dont l'Indigotier peut faire ufage toutes les fois qu'il aura quelque doute fur l'état 
de fa cuve. La première eft tirée de l'eau qui rejaillit de la taffe ou de la cuve fiir 
la main, laquelle , dans le cas de putréfadion , ne fait aucune impreflion , ou 
du moins elle eft fi foible , qu'elle s'efface d'elle-même à mefure qu'elle féche ; 
mais lorfqu'elle manque de quelques heures de fermentation convenable , elle 
eft fi âpre que le favon nefauroit en effacer la tache fans réitérer plufieurs fois fon 
ufage. 

La féconde confifte dans l'odeur de la cuve , qui eft défagréable , quand elle eft 
excédée. 

Indigotier. Y 



S6 INDIGOTIER. Livre III. 

La troifieme dépend de l'infpedion de l'eau qui anticipe fur les bords de la 
cuve 5 tandis que la fermentation augmente , & dont la retraite laifle une trace 
qui annonce que la crife de la fermentation eft pafTée. 

Pour tirer avantage de cette trace , il faut auparavant avoir obfervé le point 
où l'eau montoit lorfqu'on a achevé de remplir la cuve , & prendre le moment 
où le ralentiiTement de la fermentation permet de voir la moitié ou les deux tiers 
de cet intervalle à découvert , pour lâcher la cuve. 

Si , faute d'attention à ces avis , & fur les premières apparences de la confor- 
mité du grain d'une herbe de foible qualité bien fermentée , avec celui d'une 
bonne herbe qui ne l'eft pas aflez , on fe détermine à pouffer la fermentation 
dans l'idée de perfe6tionner ce grain , la cuve tombera en putréfaélion , Se on 
la perdra fans refTource. 

Mais fi une cuve eft tombée dans cet état pendant fabfence d'un homme ex- 
périmenté , il en reconnoîtra aifément l'excès , malgré la conformité Se la refîem- 
blance de ce grain embrouillé , à celui dont la fermentation n'eft qu'ébauchée ; 
car le premier ne fe fépare point comme l'autre , Se il refte à fîot entre deux 
eaux , dont la couleur eft quelquefois d'un jaune pâle , d'un verd fale & le plus 
fbuvent bleuâtre. Il verra de plus fe former à la fuperficie de la talTe , une fleur 
qui , en fe réunifiant , préfente un demi-cercle en manière d'arc- en-ciel, & aufli 
une pellicule ou crafi"e blanchâtre fur la cuve , ce qui eft une preuve d'excès. Il 
eft vrai que cette fleur peut également fe préfenter dans la tafl^e Se fur la cuve, 
quand les fucs de la plante fe trouvent altérés par les pluies continuelles qui l'ont 
noyée , ou quand l'herbe a trop de maturité , ce qui arrive lorfqu'on en laiiîe 
nouer la graine ; mais cette fleur ne s'entretouche pas comme celle d'une cuve 
dont la putréfaélion eft ébauchée. 

On doit inférer de tout ceci , que l'Indigotier doit s'attacher particulièrement 
à la netteté & à la belle qualité de feau pour gouverner la fermentation de la 
première cuve , quand elle fe trouve chargée d'une herbe telle que nous l'avons 
décrite au commencement de cet article , fans avoir trop d'égard au petit grain , 
pourvu qu'il cale bien , & qu'il ait foin d'y conformer le battage qu'il doit lui 
donner enfuite avec toute la circonfpe6lion poffible. C'eft dans la Batterie qu'il 
en verra & corrigera le défaut , fur lequel il jugera du temps de la fermentation 
de la cuve d'herbe fuivante Sc de la qualité du grain qu'il doit en attendre , le- 
quel ira vraifemblablement en fe perfeélionnant. 

Ces éclaircifi^ements font d'autant plus intérefi^nts , que bien des gens rif^ 
quent de perdre la première cuve pour afilirer le fuccès de la féconde , qui efl: 
comme la bafe de toute la coupe. Si celle-ci réufilt , le refte ne fera qu'une rou- 
tine tandis que le temps fe tiendra au beau ; car s'il devient pluvieux , ce fera 
une circonftance de plus pour accélérer la fermentation. Je ne dois pas omettre 
à la fuite des circonftances qui précédent & occafionnent une plus courte fer- 
mentation , le ravage de la Chenille : il eft tout naturel qu'une herbe dépouillée 



Chap. I. De la Fermentation de rindlgo, Sy 

de la moitié de fon feuillage , travaille moins long-temps qu'une autre bien gar- 
nie ; & qu'une cuve remplie de ces infeéles , tende bientôt à la putréfa6lion. On 
ne laifle cependant pas d'en tirer parti en les mettant , autant qu'il eft poiïible , 
deflbus l'herbe avec laquelle ils rendent quelquefois de bon Indigo. Mais on doit 
s'attendre , pour peu qu'on tarde à lâcher une cuve de pareille herbe , qu'elle 
jettera bientôt à fa fuperficie une crafle ou pellicule qui eft l'indice d'un prochain 
relâchement dans la liaifon du grain ; ainfi il faut en arrêter de bonne heure la 
fermentation, & prendre garde de ne pas confondre cette pellicule de la talle 
Se de la cuve avec celle d'une bonne herbe trop fermentée , ou avec celle d'un 
Indigo coupé en graine , ou d'une autre enfin qui n'a point de corps. 

Après avoir expofé les caufes qui déterminent une prompte & infenfible fer- 
mentation , ainfi que les moyens d'en éviter l'illufion & les inconvénients, il eft 
néceflaire d'entrer dans le détail d'une circonftance étrangère à flndigo , qui 
peut en déranger & reculer confidérablement le point : c eft des vailTeaux que 
j'entends parler. 

La fraîcheur des cuves neuves , & peut-être auffi l'aélion de la chaux , ralen- 
tiflent confidérablement la fermentation du premier Indigo qu'on y met. Son 
effervefcence ne paroît quelquefois qu'au bout de quarante heures , tandis que 
la féconde n'en demandera pas vingt. Les vaifTeaux dont on n'a point fait ufage 
depuis plufieurs années , produifent à-peu près le même effet ;on apperçoit même 
toujours quelque différence à cet égard dans les cuves qu'on emploie d'ordinaire , 
lorfqu'on leur donne quelque repos , particulièrement celui des plantations ; ce 
retard de fermentation , caufé par les vaifTeaux , m.érite d'autant plus d'attention , 
qu'il fe rencontre fouvent avec la coupe de la première herbe , dont la prompte 
6c infenfîble diffolution , femble entrer en contradiélion avec cette ciconftance. 
Dans ce cas , il vaut mieux retrancher quelques heures , que d'en donner une de 
trop ; parce que fi Ton perd quelque chofe fur la quantité , on eft au moins 
dédommagé par la qualité qui n'en fouffrira point , s'il ne manque rien au refte 
de fon apprêt , & s'en tenir au premier grain qui paroîtra capable de foufïrir le 
buquet , qu'il faut toujours dans ces rencontres ménager avec prudence. 

On doit encore mettre au nombre des circonftances qui retardent le plus 
ordinairement la fermentation , la fraîcheur de l'eau dont on remplit les cuves , 
Se celle de l'air pendant le temps qu'elles travaillent. Mais comme nous nous 
fommes fort étendus ftir les effets de cette dernière caufe , dans l'Avertiffement 
qui précède ce Chapitre , le Leéleur peut y avoir recours. Nous ne l'entretien- 
drons ici que de la fraîcheur de l'eau , qui dépend en grande partie de celle de 
l'air. Il eft évident que plus l'eau eft froide , plus la cuve doit tarder à bouillir • 
c eft pourquoi la plupart de ceux qui font en état de faire la dépenfe d'un baf- 
fin pour expofer leur eau au foleil pendant vingt-quatre heures , ne négligent 
guère d'employer un moyen fi propre à accélérer le progrès de la fermentation. 
Cette méthode leur procure deux avantages. Le premier eft de gagner près de 



§S INDIGOTIER. Livre III. 

deux ou trois heures fur ceux qui ne remplilTent leur cuve qu'à fur &; à mefure 
avec des féaux. 

Le fécond eft de retirer plus d'Indigo par ia fermentation complette de 
l'herbe qui fe fait tout à la fois. Mais lorfqu'une cuvé a été réchauffée par un ou 
deux bouillons , &; avinée par la force de la matière qui la pénètre , elle rentre 
dans Tordre naturel ; la féconde fe fait plus promptement & ainfi de fuite , juf- 
qu à un certain point. C'eft pourquoi l'Indigotier doit vifiter cette féconde cuve 
de bonne heure , afin de s'y trouver avant qu'elle foit paffée ; car s'il ne vient 
qu'après avoir donné au grain le temps de fe diffoudre , il trouvera en arrivant 
que celui-ci refTemble beaucoup au grain de la cuve précédente , qui n'étoit réel- 
iement pas formé à pareille heure , & il tombera dans l'inconvénient dont nous 
avons parlé ci-deffus , en différant , dans fefpérance d'un changement favorable. 
A la féconde vifite, il fera flirpris de trouver le même grain , s'il n'y a du pire ; 
dans cette perplexité , il s'aventure à lui donner encore quelques heures , & il 
gâte tout. Ce qui lui fait le plus de tort dans cette occaflon , c'efl que s'apperce- 
vant enfin de fon erreur , il ne peut pas également connoître depuis quel temps 
elle eft tombée dans cet excès , ou combien elle a déjà d'heures de trop ; ce qui 
eft d'une grande conféquence pour la troifieme cuve. Un homme qui fait deux 
fautes de fiaite, ne doit point s'entêter davantage , ni rougir de demander l'avis d'un 
autre ; quand il feroit moins habile, il pourra le remettre flir la voie, parce qu'il y 
va de fens froid , & qu'il n'a pas l'efprit troublé par deux bévues confécutives. 
Les vifites doivent fe faire de bonne heure ; mais il ne faut pas les réitérer coup 
ilir coup : car on s'imagine toujours voir la même chofe. Si donc après la première 
vifite de la cuve , on préilime qu'elle a encore dix heures à courir, & qu'on y 
aille les deux premières fois enfuite de quatre heures en quatre heures , ne doit- 
on pas fàvoir à quoi s'en tenir à la troifieme , & en diflinguer mieux la différence 
que fi on n'avoit mis aucune diflance raifonnable entr'elles ? Si à la dernière fois 
la cuve fe trouvoit par hafard paffée , il n eft pas difficile de stn appercevoir aux 
remarques que nouç ayons données ci-devant pour ce cas. 

. ';- , A R T I C L E S E C G N D. 

Supposons maintenant que l'Indigotier travaille ïiir une herbe qui a pro- 
fité des circonftances les plus favorables , beau temps , chaud , petites pluies 
douces, bonne terre, belle expofition, peu de chenilles, & très-peu d'autres 
accidents , conféquemmént fiir une herbe pleine de fubftance. Dans cette cir- 
conftance la fermentation devient néceffairement fort longue , parce qu'il faut 
beaucoup de temps à l'eau pour en pénétrer & en développer toutes les parties , 
(& des plus violentes par fabondance des flics qu'elle met en adion. 

La chaleur de la cuve & l'écume confidérable donc eUe eft couverte , la 

gro/îêur 



C H A p. I. De la Fermentation de t Indigo. ^^ 

groflèur & la rondeur du grain , font les indices & la preuve de l'abondance 
& de la force de ces principes & de leur difpofition à une parfaite liaifbn, 

Lorfque la fermentation a amené le grain à ce point , l'eau en eft nette & d un 
clair doré , femblable à de belle eau-de-vie de Coignac ; d'autres fois elle eft 
roufle , ou d'un verd doré clair ; mais il ne faut pas s'obftiner abfolument à une 
couleur , fur-tout à la dorée , qu'on ne trouve guère à la première <Sc à la der- 
nière coupe. Il fuffit que l'eau foit claire & nette , & que le grain s'en détache 
bien , lorfqu'il cale ou defcend au fond de la taffe. Vous noterez que quand l'eau 
eft de nature à être roufTe , elle prend & conferve cette couleur après comme 
avant le terme de la jufte fermentation ; mais en général elle eft d'un bon pré- 
fàge : la fécule stn. égoutte bien , parce que la qualité de cette eau eft propre à 
former un bon grain , & le bon grain une belle marchandife. 

La fabrique d'un pareil Indigo n'offre rien de difficile , & il faut fe bien peu 
connoître au métier pour manquer une cuve , tandis que les chofes refteront 
au même état ; mais fi le temps change, elles changeront auffi de face. Il ne faut 
pas s'étonner que trois jours de pluie caufent une différence de deux ou trois 
heures de moinsfur la fermentation ; fi au contraire le beau temps continue , la 
fermentation fera feulement un peu plus longue. On doit être prévenu à ce 
fujet , que deux ou trois heures de fermentation ne font pas plus d'effet dans les 
beaux temps , où fherbe a beaucoup de corps , qu'une heure dans une faifon dé- 
rangée où elle en a fi peu. 

Ce que nous avons dit dans l'article précédent fur les indices & les erreurs 
d'une fermentation trop foible ou trop forte , relativement à une herbe de bonne 
ou foible qualité , ne pouvant caufer qu'une répétition ennuyeufe , nous y ren- 
voyons le Leéleur , & pafîbns tout de ftiite à l'examen d'une herbe qui par elle- 
même n'exige qu'une fermentation moyenne entre celles des deux premiers 
articles. 

Article Troisième. 

L'h ERB E qui a fouffert long-temps le fec , fur-tout dans des terreins élevés 
ou fabloneux , manquant de fubftance , ne préfente à la fermentation qu'un feuil- 
lage épuifé & flétri. Ces qualités font caufe que feau la diflbut affez facilement , 
& que la fermentation en eft moins longue que la précédente , à moins qu'on 
ne foit dans un temps froid & fec , auquel cas elle eft toujours, comme nous l'a- 
yons dit , beaucoup plus lente. 

Les fignes qui accompagnent cette fermentation font aufîî beaucoup moins 
violents ; ces fortes de cuves font fujettes à jetter une craffe ; le grain en eft mal 
formé , & il fe montre comme élongé & en forme de pointe , quoique cette 
figure ne foit pas une circonftance abfolue. Gonféquemment à tout ceci , le pro- 
duit d'une telle herbe eft très-mince , & il arrive fouvent qu'en prolongeant le 
Indigotier. Z 



^o INDIGOTIER, Livre 11 I. 

temps de {à fermentation , afin d'en tirer parti , on approche trop près de la pu- 
tride ; d'où réfulte la dilTolution du grain , une fécule qui ne s'égoutte point , & 
des fucs craflèux , fignes ordinaires de putréfaélion. 

L'herbe qui eft paiïèe ou qu'on n'a pas coupée en fon temps , eft encore plus 
difficile , fur-tout celle de l'Indigo bâtard , dont on a laiffé nouer la graine. Pour 
l'amener à fon vrai degré de fermentation & en tirer bon parti , il faut de grandes 
chaleurs & beaucoup de fcience , fans ces conditions on s'expofe à un travail 
inutile. 

Nous ne pouvons nous dilpenfer de joindre à ce Chapitre , la manière dont on 
doit fe comporter lorfqu'une cuve embarquée de jour doit être battue pendant 
la nuit. 

Comme il n'y a rien de plus fatiguant que d'être debout pendant une partie 
de la nuit aux rifques de contraéler des maladies dangereufes , & que d'ailleurs 
on ne peut faire aucun fond {iir l'examen de l'eau que la lumière fait paroître 
bleue , tandis qu'elle eft verte, & le grain trop peu diftin6l pour ceux qui ont 
la vue courte , on doit fonder fa cuve avant que le foleil fe couche ; & fur 
la comparaifon de fon eau avec celle de la cuve précédente examinée à pa- 
reil terme , on fe décidera flir le temps qu'on lui donnera. 

Mais s'il eft queftion d'une première cuve , on en eftimera la durée par le 
changement que la fermentation a produit julqu'à ce moment ; après quoi il ne 
s'agit plus que de confulter la montre , & d'ordonner de lâcher la cuve un peu 
avant l'heure où l'on fiippofe qu elle fera parfaite, & ainfi des fuivantesqui feront 
dans le même cas ; l'expérience ayant montré que cette méthode eft préférable 
à celle de veiller la cuve au rifque égal de la manquer. Mais pour éviter tout in- 
convénient on doit en réferver le battage au lendemain , parce qu'elle fe perfec- 
tionne dans cet intervalle , & qu'on eft en état à la pointe du jour de la traiter 
convenablement. 

Ne peut-on pas ajouter en iinilîant ce Chapitre , que fouveiit plus les moyens 
de parvenir à un objet font fimples , plus on néglige de les employer ? 

En effet , on fe fert d'indices la plupart du temps très-fufpeéls , pour juger du 
point important de la fermentation , tandis qu'à faide d'un thermomètre fuf- 
pendu dans la cuve , on pourroit acquérir la connoifTance la plus exaéle du pro- 
grès & du déclin de la fermentation , qui ferviroit de règle pour chaque qua- 
lité d'herbe & chaque température de la faifon , fi on joignoit à cette foible dé- 
penfe , celle d'un baromètre & thermomètre particuliers , pour obferver le point 
de la chaleur extérieure , & les variations de l'atmofphere qui influent 11 fort {iir 
l'opération , fans toutefois négliger les autres remarques , puifqu'on ne peut ap- 
porter trop de précaution pour conferver un bien qui tend à s'échapper de tous 
côtés. 



AOj 



C H A p . II. Du Battage de t Indigo. 91 



CHAPITRE SECOND. 

Du Battage de U Indigo. 

l j E Battage eft Topération la plus délicate de toute la manipulation de l'Indigo, 
Pour répandre fur un objet fi intérelîànt toute la lumière dont il eft fufceptible , 
& en rendre l'intelligence plus facile , nous allons expofer dans l'ordre le plus 
exaél qu'il nous fera polfible , les inftruétions les plus eflentielles de la pratique , 
qui forment comme un corps de règles pour cet Art. 

Quand la fermentation & le battage ont été poulTés à leur jufte degré , la 
partie jaune ne fe confond point avec la bleue ; ainfi il eft aifé de reconnoître fî 
ces opérations font bien faites , à la couleur de l'eau ambrée , plus ou moins 
dorée ou paillée , tirant quelquefois tant foit peu fur le verd , & toujours claire; 
mais une mauvaife cuve ne produit jamais de belle eau , & plus elle paroît em- 
brouillée & chargée en brun ou en bleu , plus elle eft fuipe6le d'excès de fer- 
mentation ou de battage. 

L'écume d'une cuve qui n'a point aftez fermenté , eft verdâtre , pétillante , 
légère , mais quelquefois fort groiîè , vive à l'afperfion de l'huile , & elle eft fù- 
jette à fe reproduire & à revenir promptement. Celle dont la fermentation eft 
parfaite & qui n'a point encore aftez de battage _, eft violette dans les coins , 
légère , fonore fous le coup des Buquets , & fe diftîpe tout d'un coup à l'attou- 
chement de l'huile ; mais lorfqu'après avoir parti nettement d'abord , elle vient 
enfùite à lui réfifter , c'eft une marque qu'il faut en arrêter le battage. 

Les cuves qui mouffent beaucoup , dont fécume épailFe ne cède point entiè- 
rement à fafperfion de l'huile, & dont la partie qui refte dans les coins , eft d'un 
bleu célefte , dénotent la putréfa6lion. 

L'excès de putréfaélion fe diftingue toujours par un grain plat & évafé , qui 
refte {ùfpendu entre deux eaux , ou qui ne cale pas bien. Le grain affeéle afTez 
communément différentes formes fuivant la diverfité des faifons : le temps plu- 
vieux occafionne un petit grain plat & évafé ; le temps favorable , un grain rond 
comme le fable ; les temps de fécherefte , un grain élongé en forme de pointe. 
L'Indigotier doit avoir attention de ne pas confondre le petit grain plat & évafé, 
provenant de la qualité propre de l'herbe , avec celui que le défaut ou l'excès 
de fermentation d'une bonne herbe rendent à peu-près femblables ; car s'il attri- 
bue mal-à-propos la foibleffe ou petiteiFc naturelle de ce grain à l'une ou l'autre 
de ces circonftances accidentelles , il court rifque , en ménageant trop le battage 
comme pour une herbe trop fermentée , de n'en pas tirer tout le parti qu'il 
pourroit , & en le forçant comme s'il manquoit de fermentation , de perdre to- 
talement la cuve , ou d'en altérer confidérablement lep roduit. 



5)a I N D I G O T I É R. Livre III. 

L'Indigotier obfervera encore que toute diflblution du grain , principalement 
celle qui eft caufée par excès de battage , occafionne toujours une crafTe noi- 
râtre ou ardoifée fur les facs dans lefquels on met la matière à s'égoutter , & que 
la diiîblution putride fe manifefte fur la cuve après le battage , par une pelli- 
cule blanchâtre , d'un luifànt plombé qui fuit & enveloppe la fécule jufques 
dans les facs, dont elle bouche les paflàges en les couvrant d'un femblable enduit. 
Ainfi il regardera en général la craffe d'un brun ardoifé , comme l'effet d'un grain 
diflôus par trop de battage , & la pellicule blanchâtre ou plombée , comme pro- 
venant d'un excès de fermentation. Or , comme la putréfaélion s'opère non-feu. 
lement par un trop long féjour de fherbe dans la Trempoire , mais encore pen- 
dant le cours d'un trop long battage , qui du moins en produit tout l'effet ; il 
n eft point fiirprenant de voir les facs d'une cuve trop battue , couverts d'une 
craffe ardoifée entremêlée de veines plombées. 

La pellicule qui fe produit fur la Batterie , n'annonce au refte la putréfaélion 
que dans les cas où elle fe divife quelque temps après le battage , en petites 
pièces qu'on appelle Crapeaux ou CailLebottes. 

On donne auffi quelquefois pour marque d'une cuve qui manque de fer- 
mentation ou d'un battage fuffifant , l'enduit cuivré dont les fàcs font couverts ; 
mais il n'y a guère que celui qui fait l'Indigo qui puiffe en diftinguer la caufe , 
fî ce n'eft dans les cas où le cuivrage eft entremêlé de veines ardoifées ou plom- 
bées ; tous ces lignes , fur-tout le dernier , étant fort douteux & incertains ,' 
parce que l'indice de la cralTe plombée eft fujette à plufieurs exceptions dont 
nous parlerons à mefure que l'occafion s'en préfentera. L'Indigo molaffe , c'eft- 
à-dire , fans aucune confiftance , après qu'on l'a verfé dans la caille , prouve auffi 
un vice , foit dans la fermentation , foit dans le battage. 

Le défaut de Flndigo , qui étant fec devient friable , ou s'écrafe aifément 
provient , quand d'ailleurs la qualité n'en eft pas mauvaife , de la coupe d'une 
herbe qui n'étoit pas affez mûre , ou de la foibleJTe du battage d'une cuve dont 
l'herbe n'avoit pas alfez fermenté ; mais la pâte d'un Indigo tout noir & celle 
d'un Indigo ardoifé , picotté de blanc , d'un grain fuivi ou fans liaifon , dénote 
toujours un excès de fermentation ou de battage. 

L'Indigotier tiendra pour maxime invariable, que fi l'herbe eft déjà un peu trop 
fermentée, il doit en ménager le battage ; que fi elle ne f eft pas affez , il doit le 
pouffer ; & que fi la cuve eft à fon jufte point , il ne doit point le forcer. 

Il obfervera de plus que le battage fe règle non-feulement fur la fermentation , 
mais encore fur la qualité de fherbe. Ainfi , quoiqu'il convienne en général de 
pouffer le battage d'une herbe qui n'a point affez fermenté , il faudra cependant 
le ménager un peu lorfque fherbe eft affoiblie par les pluies ou l'humidité de fon 
terrein. Il fuivra la même règle à fégard d'une herbe qui a éprouvé trop de {q.c , 
en tenant un milieu entre celui de la bonne herbe «Se d'une herbe qui a elîùiyé 
trop de pluie ; il en conclura enfin que , hormis les régies qui font propres à 

ces 



Chap. II. Du Battage de l'Indigo. 93 

ces fortes de cas particuliers , on doit en général conformer le battage à la fer- 
mentation , c'eft-à-dire , que fi une herbe eft de qualité à exiger une longue fer. 
mentation , on doit pareillement lui donner un long battage , quand d'ailleurs 
elle a éprouvé la jufte fermentation dont elle a befoin. On en agira ainfi pro- 
portionnellement à f égard de celle qui demande une moins longue digeftion. On 
doit répéter à cette occafion , que plus les chaleurs font fortes , plus l'herbe auffi 
a de corps & de fubftance , & que la longueur de fon féjour dans la cuve par 
rapport à fa qualité, ne doit pas fe confondre avec celle qui eft caufée par le re- 
froidiffement de fair , dont la continuation affoiblit infenfiblement le corps de 
la plante , qui demande en ce cas moins de battage , quoiqu'elle refte dans la 
Trempoire auflî long-temps que l'autre ; mais fi elles ont autant de corps l'une 
que l'autre , il eft vifible que la dernière doit cuver plus long-temps , quoiqu'il 
ne faille leur donner qu'un battage égal. 

Ce rapport évident du battage à la fermentation <& à la qualité de l'herbe , oc- 
cafionne différentes combinaifons & par conféquent divers traitements dont le 
détail nous engage à partager ce Chapitre en trois articles. 

Dans le premier , nous fuppoferons trois cuves prifes également à leur jufte 
point de fermentation, dont la première contiendra une herbe de bonne venue , 
la féconde , une herbe altérée par les pluies , & la troifieme par le fec. Nous y 
joindrons les indices particuliers à la Batterie , propres à faire connoître ces dif- 
férentes circonftances & le battage qui leur convient. 

Nous repréfenterons dans le fécond article , trois cuves d'herbe femblables à 
celles de l'article précédent , mais qui toutes trois n'ont point alfez fermenté. 

Nous expoferons dans le troifieme article les mêmes objets relativement à une 
fermentation peu excédée , ou dont la putréfaélion n'eft qu'ébauchée. 

Article Premier. 

Du Battage d'une herbe qui a bien cuvé. . 

L'Indigotier qui traite une cuve de bonne herbe prife à fon jufte degré de 
fermentation , doit bien fe garder d'en forcer le battage ; car pour peu qu'il en 
donne trop , il ôte fon plus beau luftre à flndigo. Le moyen de ne pas l'excéder , 
eft d'obferver exaélement le grain lorfqu'il eft fur fon gros , ou que les parties 
éparfes commencent à s'accrocher & à former de petites maftes ; c'eft alors qu'il 
doit examiner l'effet du raffinage , ou la diminution que l'agitation du Buquet 
occafionne fur elles : car peu après leur plus grand amas , leur étendue change 
de forme & de volume ; elles fe reflerrent , s'arrondiiFent & s'appéfantiffent de 
manière à rouler les unes fur les autres comme des grains de fable fin , au fond de 
la tafi'e où elles calent en fe dégageant diftinélement de la liqueur , qui doit pa- 
roître alors claire & nette : les particules du grain les plus fubtiles qui couvrent 
Indigotier, A a 



5>4 I N D I G O T I E R, LiFRB III. 

le fond de la tafîe cherchent , quand on la penche , à rejoindre le gros grain , 
& en laiflent le côté le plus élevé bien net & fans aucune crafTe ; c eft ce qu'on 
2LipipdiQ faire la preuve. On fait encore cette preuve d'une autre manière; on 
met le pouce dans la tafle , lorfqu'elle eft penchée & prefqu'à moitié pleine , 
fur l'endroit où l'eau eft le plus bas ; fi elle remonte tout d'un coup vers le bord 
qui eft nud & découvert , c'eft un pronoftic du fuccès de la cuve. Cet effet fè 
manifefte encore plus clairement quand on appuie le pouce un peu ferme fur 
le fond de la talTe. 

L'écume entre auflî dans la claffe des indices ; en effet , quand l'herbe eft 
bien fermentée & bien battue , l'écume qui participe aux qualités de l'extrait, 
en eft légère , vive , pleine de groffes empoules pétillantes , & lorfqu'on jette 
de l'huile deffus , dans le cours du battage , elle fe diffipe fur le champ avec un 
certain frémiffement fec Se très-facile à diftinguer de loin ; enfin elle difparoît 
naturellement d'elle-même , lorfque le battage ayant été amené à ù. perfeélion , 
on laiffe la cuve tranquille. Si au contraire une demi-heure ou une heure après 
qu'il eft ceffé , il refte comme une petite bordure d'écume tout autour du quarré 
de ce vaiffeau , c'eft une marque que l'herbe n'a point afièz fermenté. Mais Ci 
on force le battage lorfqu'il eft parfait , on détache les parties les plus légères 
du grain , & on rompt celles qui ont le moins de liaifon. De la divifion des pre- 
mières , il réfùlte un grain volage qui refte entre deux eaux & s'écoule en pure 
perte , & de la divifion des fécondes un dépôt qui remplit les intervalles du gros 
grain , & s'oppofe à fon épurement dans la cuve & dans les facs dont il bouche 
les iftùes en enduifant les dehors d'une craffe ardoifée qu'on ne voit point fur 
ceux d'une cuve fermentée & battue à propos , dont les facs font toujours {qcs 
& bien nets. De-là vient une caiffe de fécule liquide qui , avant d'avoir acquis 
fà confiftance , éprouve tous les inconvénients dont nous avons parlé à la fin de 
la defcription de la manipulation , diminue de moitié & ne produit qu'un Indigo 
de peu de valeur. 

Ainfi il vaut mieux pécher par défaut de battage que par excès ; car , fi ce 
défaut caufe une diminution fur le produit , la qualité de ce qui refte le fera 
du moins eftimer & paffer parmi le bon ; d'ailleurs on peut remédier à ce défaut, 
comme nous le ferons voir à la fin de ce Chapitre. 

Si l'Indigotier traite une cuve d'herbe venue dans un terreîn humide , dont il ait 
heureufement rencontré le jufte point de fermentation , il doit beaucoup dimi- 
nuer du battage de la précédente , crainte d'altérer & de détruire la foible liai- 
fon de fon grain ; du refte il fe rappellera ce que nous avons dit dans l'Intro- 
duélion de ce Chapitre , au fiijet de l'efpece de reftemblance qu'a naturellement 
le petit grain de cette herbe avec celui d'une bonne herbe trop ou trop peu fer- 
mentée , & il en arrêtera le battage dès qu'il verra le grain formé & l'eau bien 
nette. S'il travaille flir une herbe qui ait éprouvé trop de fec , ou dont le temps 
de la coupe foie paffé , ôc qu'il parvienne à l'amener à fon jufte point de 



C H A p. II, Du Battage de L'Indigo, ^^ 

fermentation 9 il en modérera le battage , ainfi que nous avons dit , afin de mé- 
nager la foible liaifon d'un grain apauvri, qu'il trouvera d'ordinaire élongé 
en forme de pointe ; au refte il fe fervira des indices ci-deflus pour en arrêter le 
battage. 

Article Second. 

Du Battage d'une herbe qui ri a pas ajj\fermemé, 

L A crainte où Ton eft d'excéder la fermentation , fait qu'on en atteint rare- 
ment le jufte point ; il eft aifé de reconnoître ce cas par l'écume de la Batterie 
qui eft verdâtre, le plus ordinairement légère , quelquefois cependant fort 
grofte , mais qui difparoît dans le moment qu'on y jette de l'huile. Cette écume 
eft ftijette à fe reproduire bientôt , & il en refte fouvent dans les coins qui pa- 
roît d'un violet foncé ; mais il ne faut pas s'en inquiéter , & fe porter fiir la foi- 
blefte du grain , fufpeél en apparence d'un excès de fermentation , à en ménager 
le battage ; on doit au contraire , fi l'herbe eft de bonne qualité , le pouffer 
quelquefois jufqu'à n'en plus voir du tout , & jufqu'à ce qu'il s'en préfente un 
autre bien formé avec une eau bien nette ; cette eau fera alors le plus fouvent 
d'un verd clair ou d'une couleur roulTe comme de la bierre , d'autant plus foncée 
que la fermentation aura été plus foible : au refte les facs en feront bien nets. 
Mais 11 par égard à fa foibleife , on ménage ce petit grain errant , qui ne de- 
mande qu'une façon de plus pour fe délivrer des obftacles qui s'oppofent à une 
jonélion plus confidérable ; ce défaut d'apprêt occaiionnera la perte de quantité 
de principes non formés qui s'écouleront lorfqu'on lâchera la cuve , une imper- 
feélion de liaifon dans le grain , qui en rendra le dépôt très-difficile à égoutter , 
& l'Indigo qui en proviendra , friable au moindre choc ; défaut auquel eft fujette 
la fécule d'une herbe qui n'a point aftèz cuvé , & dont l'extrait n'a point été 
aflez battu. On appercevra après le battage une eau verte qui provient des fucs 
que la foibleife de cette opération a laifles dans leur état naturel , & les £2<zs fe- 
ront cuivrés. Ce dernier indice fert à faire connoître fi l'eau verte de la cuve pro- 
vient d'un ménagement de battage ou d'un excès de fermentation , ce qui eft de 
conféquence pour régler le battage fùivant. 

Si par la circonftance d'un terrein bas & humide , ou par celle de la faifon 
pluvieufe , on vient à travailler fur une herbe dont la qualité fufpeéle d'une 
dilTolution infenfible , oblige de prévenir le jufte point de fà fermentation , les 
foibles obftacles qui s'oppofent à la liaifon des parties font bientôt diffipés , & 
le grain qui par la qualité de cette herbe eft naturellement petit , ne tarde pas à 
fè former. Ces deux circonftances , qui peuvent faire préfumer qu'il n'eft point 
encore à fa perfeélion , font fouvent caufe qu'on en excède le battage , quoi- 
qu'il fbit déjà parfait. Mais on préviendra les inconvénients de cette méprife, 
en vifîtant la cuve de bonne heure & en cefiànt de la battre dès que le grain en 



5^5 I N D I G O T I E R, Livre IIL 

fera fuffifatnment formé , que l'eau s'en féparera nette , & fur - tout , fi l'on 
S'apperçoit que fécume réfifte à l'huile. 

Lorfqu'on doit battre une cuve d'herbe ravagée par la Chenille , dont on auroit 
retranché jufqu'à une ou deux heures de fermentation , par la crainte d'en altérer 
la qualité , il faut aufTi en ménager le battage , & fe donner de garde d'en trop 
rafiner le grain ; car la cralTe qu'elle aura pu jetter liir la Trempoire , annonce 
une difpofition prochaine à la difTolution putride , avec tous les inconvénients qui 
en réfultent. Les facs de cet Indigo feront cuivrés comme ceux de toutes les 
cuves qui manquent de fermentation , & dont on a épargné le battage. 

Enfin s'il efl: queflion de battre une cuve d'herbe qui ait efluyé une trop longue 
fechereffe , ou dont on a laifTé paiTer le temps de la coupe , & dont on ait arrêté 
trop-tôt la diJTolution , on en forcera raifonnablement le battage , & onfe fervira 
des indices ordinaires pour en régler la mefure. 

Article Troisième. 

Du Battage d'une herbe dont la dijjhlution efl excédée d'une ou deux heures 

dans les beaux temps. 

Il eft important de ne pas confondre le grain plat & embrouillé d'une cuve 
de bonne herbe qui a trop de pourriture , avec celui de la même herbe qui n'a 
point afTez fermenté , ou d'une herbe de mauvaife qualité , quoique bien fer- 
mentée , ou encore d'une cuve trop battue. On connoîtra l'état & le vice de 
celle dont nous parlons , par fon écume grafle & épailTe que l'huile ne fait preP 
que point diminuer , & par celle qui s'amaiTe dans les coins de la Batterie , dont 
la couleur efl: d'un bleu célefte , par fon grain évafé & qui fe forme beaucoup 
plus vite qu'à l'ordinaire , de même que par {on eau plus ou moins chargée de 
bleu /laquelle ne peut dans la taffe ni dans le vaifTeau, même après le battage, 
fe clarifier & fe féparer comme celle d'une bonne cuve , & qui brunit de plus 
en plus à mefure qu'on pourfuit ce travail. Sur ces remarques , preuves infaillibles 
de fon excès , & fur la conformité que la cuve peut avoir avec ces indices , l'In- 
digotier doit prendre toutes fes précautions , & mefurer le battage en confé- 
quence. Voici ce qu'il obfervera dès que le grain fera fur fon gros : il ne faut 
pas qu'il quitte la taffe , parce que chaque coup de Buquet y fait imprefTion. 
Lorfqull a trouvé le moment où le grain eft paffablement rond , il doit cefler 
le battage , fans chercher à rafiner ou refferrer la liaifon de fes parties. Quand il 
eft parvenu à ce terme , il trouvera que l'eau brunit dans la taiTe à vue d'œil à 
mefure qu'elle fe repofe ; cela n'empêchera pas qu'elle ne foit verte & brune 
dans la cuve , à l'exception de la fuperficie fur laquelle il fe forme une efpece de 
crème ou glacis qui la couvre quelques heures après le repos , & fe divife enfuite 
en pièces qu'on appelle Caïllebottcs, C'eft là d'où provient cet enduit plombé 

qui 



C H A p. IL Du Battage de l'Indigo. 97 

qui paroît fur les ùics , qu'on doit attribuer ici à la diflblution des parties , caufee 
par excès de fermentation , dont l'effet eft de remplir tous les intervalles du 
grain le mieux formé , Se de l'empêcher de s'égoutter ; c'eft pourquoi dans 
toutes ces rencontres on tâche d'enlever , autant qu'il eft poffible , cette crade 
avec une plume ou fougère de mer. Malgré ces précautions & la bonne qualité 
de fherbe , on ne peut fouvent en tirer qu'un Indigo terne ou ardoifé & de mau- 
vaife confiftance. Cette cralTe fur les facs dénote une heure d'excès de fermenta- 
tion & même deux ou trois , fi l'on eft dans la belle faifon où l'herbe produifant 
une plus grande quantité d'efprits , l'aèlion des autres principes qui tendent à la 
putréfa6lion complette , eft- plus long-temps fufpendue. 

L'eau qui après le battage paroît brune, eft une preuve infaillible de putré- 
faélion. Il y a encore une elpece de putréfaélion dont les indices font différents 
de ceux-ci : on trouve après le battage une eau clairette ; on a même quelquefois 
bien de la peine à s'appercevoir de fon vice : l'eau refte nette & fans crafte. 
Ces fortes de cuves écument beaucoup êc font faciles à battre , parce que le 
grain fe forme promptement ; mais elles font difficiles à égoutter. 

S'il eft queftion d'une herbe de foible qualité déjà paftee en putréfaélion , 
rarement fera-t-elle en état de ftipporter le battage ; ainfi il fera nul ou le plus 
foible de tous , Se flndigo , fi on en retire de cette cuve , fera de plus mauvaife 
qualité. 

Si l'herbe eft de l'efpece de celles qui ont fouffert le fec, ou dont le temps de 
la coupe foit paffé , & qu'on en ait laifie effleurer la putréfaélion , on en ména- 
gera finguliérement le battage. 

Nonobftant tous ces foins , on ne doit s'attendre à rien de bon de ces fortes de 
cuves. Si cependant la pourriture n'eft excédéQ que d'une ou deux heures dans 
les beaux temps, ce défaut n'occafionnera que la perte de quelques livres d'In- 
digo , & fà qualité en fouffrira très-peu. 

On peut comprendre , d'après tout ce que nous avons dit dans le cours 
de cet Ouvrage , combien il eft important de ne pas confondre les in- 
dices , afin de ne pas diminuer ou augmenter le battage au lieu de la fer- 
mentation, & la fermentation au lieu du battage ; & afin de juger faine- 
ment des cas où Ton doit recommencer cette dernière opération. Un Indi- 
gotier peut fe rencontrer dans le cas de recommencer le battage d'une cuve qu'il 
aura craint de trop pouifer , foit qu'il ait foupçonné mal à propos fon herbe d'ê- 
tre trop fermentée , tandis qu'elle ne Feft pas afi^ez , Se que faute d'un battage 
convenable le grain tarde trop long-temps à fe préfenter ; foit qu'il paroifle d'une 
foiblefi^e ou d'un embrouillement propre à faire croire qu'il a déjà trop fouffert du 
Buquet : on peut alors fufpendre le battage , & laiffer repofer la matière une où 
deux heures , afin de s'en éclaircir plus amplement par la qualité de feau. Si au 
bout de ce temps , pendant lequel la fermentation fe perfeéllonne , on remarque 
une eau chargée fiir le verd & un filet d'écume tout autour de la cuve , comme 
Indigotier. B b 



98 INDIGOTIER. Livre lit. 

celle d'un pot qui commence à bouillir , il convient de recommencer le bat- 
tage: fous peu il renaît un fécond grain bien plus gros que le premier; mais 
comme il eft d'abord plat & informe , on le rafine & on Tarrondit à force de 
battage. L'eau , de quelque couleur qu'elle foit , s'en fépare alors nette & claire, 
& s'égoutte enfiiite parfaitement. On n'ufera cependant de ce moyen que 
dans le cas où l'on obfervera une eau d'un verd tirant fur le jaune , ou d'un 
roux qui fera d'autant plus fort que le degré de fermentation aura été 
plus foible. Mais comme cette couleur qui eft d'un bon préfàge , fe ren- 
contre quelquefois avec la plus jufte fermentation , & même en certaines 
circonûances avec la putréfadion , flndigotier fe rappellera s'il n'a apperçu 
qu'une légère écume fur la cuve lors du battage , & fi elle eft partie nette lorf 
:qu'on l'a celfé. Ces remarques , jointes à celles du grain informe & errant , indi- 
quent un fécond battage ; mais il ne doit pas faire partir un premier grain pour 
en faire venir un fécond , fi , après le terme de fon repos , feau paroît d'un brun 
bleuâtre fur un fond verd : ces couleurs annoncent un excès de fermentation & 
la néceifité d'un foible battage qu'il a reçu & auquel on doit fe borner ; car la 
couleur bleue répandue dans la cuve , provient d'une partie du grain trop affoibli 
par la fermentation & diftbus par le battage , ce qui en détermine le ménage- 
ment. La couleur verte prouve que la putréfaélion & le battage ne font point 
achevés , puifqu'il exifte encore des fucs qui n'auroient point cette couleur fi la 
pourriture étoit excefîive , ou fi par un battage convenable à leur qualité , ils 
avoient acquis la forme de grain. 

Il n'eft point étonnant que la multiplicité de tant d'obftacles fafTe quelquefois 
échouer le plus habile Indigotier , & à plus forte raifbn ceux qui n'ont pas autant 
de fcience ; c'eft pourquoi quelques-uns ont imaginé deux moyens pour ne pas 
perdre entièrement le fruit de leurs travaux , foit qu'ils ayent erré dans la fer- 
mentation ou dans le battage. 

L'un eft de remettre l'eau ou l'extrait entier d'une cuve trop battue flir la cuve 
d'herbe fuivante , dans l'eipérance de rendre le produit de celle-ci plus confidé- 
rable. J'ignore le fuccès de cette expérience; mais je prélume qu'elle n'a conduit 
à rien de bon , & je penfe qu'on ne doit jamais rifquer de gâter une féconde cuve 
pour réparer la perte de la première. 

L'autre moyen ufité par quelques-uns, eft de faire écouler par le premier daleau 
de la Batterie, toute l'eau embrouillée qui fe préfente à cette hauteur; ils ré- 
fervent le refte qui eft toujours beaucoup plus épais, le tranfvafent dans une chau- 
dière mife fiir le feu , & en font évaporer la plus grande partie. Quand cette ma- 
tière, qui répand une odeur fort défagréable, eft un peu épaifile, ils la mettent 
dans les facs qui rendent d'abord une eau extrêmement rouftè ; au bout de vingt- 
quatre heures ils fétendent fur les caifi^s , fans qu'elle ait beaucoup perdu de fà 
fluidité ; lorfqu'elle a été expofée quelques jours au foleil , elle fe fend comme 
de la boue , mais ils ont foin de la réunir avec la truelle ; enfin ils la coupent 



C H A p. II. Da Battage de V Indigo, pp 

par carreaux , qui deviennent enfuite ïi durs , qu'il eft impolTible de les rompre 
avec la main , & leur fraélure ne préfente qu un noir foncé. 

Ce produit après tant de peine & de travail , paroît fî ingrat & fi dégoûtant , 
que prefque tous ceux qui manquent une cuve , préfèrent de f écouler entière- 
ment fiir le champ ; l'infeélion que répand une cuve trop pourrie , doit les 
engager à n'y avoir aucun regret. 

Ohfervation fur l'ufage des Mucilages dans la Fabrique de l'Indigo. 

Lorsque nous avons rapporté dans le fixieme Chapitre du lÂv.l, pag. 3^& 37^ 
les différents moyens qu'on a imaginés pour précipiter la fécule de l'Indigo , nous 
avons particulièrement cité le Bois-canon ou trompette , la racine de Sénapou 
ou de Bois à enivrer , & nous avons rapporté la propriété de leur mucilage pour 
cet objet. Nous avons ajouté dans la Note qui eft au bas de la page 37 , que les 
gouffes du Gombeau fourniifoient auffi en décoélion , l'on peut même dire fans 
décoélion , une matière mucilagineufe qui nous paroît très-propre à remplacer le 
Bois-canon ; nous aurions pu y joindre l'Herbe à balai , puifqu'elle contient un 
mucilage qui produit le même effet , lorfqu'on en mâche un brin & qu'on 
laiffe tomber la falive mêlée avec fon fuc dans la taffe , pour connoître les pro- 
grès de la fermentation , &c. Au furplus je n'ai point vu ni entendu dire à Saint- 
Domingue , où il fe fabrique encore une grande quantité d'Indigo , qu'on ait fait 
ufage de cet ingrédient ni des autres, pour précipiter la fécule d'une cuve en- 
tière. Nous ne doutons cependant pas de fon efficacité ; mais nous n'en croyons 
pas l'emploi aulfi avantageux que quelques perfonnes venues de Cayenne , & 
qui n'en ont vu que fiiperficiellement la manipulation dans des demi-barriques , 
le prétendent : car pour tirer tout le grain qui peut fe former dans une cuve , il 
faut la battre , & quand elle eft battue convenablement , tout ce que l'extrait 
contient de principes propres à donner de l'Indigo , fe transforme entièrement 
en grain ; dans ce cas il n'eft plus néceflàire de recourir à l'artifice pour le préci- 
piter , puifqu il cale de lui-même au bout de deux heures ou quatre tout au plus, 
& que pendant ce temps il eft indifférent que la Batterie foit vuide ou pleine , 
puifqu'en fuppofant qu'on embarque de nouvelle herbe dans la Trempoire auffi- 
tôt qu'on en a tiré la précédente , on a au moins dix à douze heures à courir 
avant qu'elle foit bonne à larguer ou à couler. Mais fi l'on verfe le mucilage dans 
l'extrait avant qu'il ait reçu un battage convenable , & capable de produire 
tout l'effet que nous avons dit ci-deffus ; le réfeau que forme le mucilage , n'en- 
traînera que les parties de l'Indigo formé fur lefquelles il peut avoir prife, & il 
n'y a pas d'apparence qu'il transforme en grain les principes de Flndigo que le 
battage auroit réduits fous cette forme ; ainfi dans ce fécond cas l'addition du mu- 
cilage ne préfente point encore un avantage réel ; au contraire , cette matière 
gluante qui fe précipite avec la fécule qu elle entraîne , doit la rendre très-ditfi- 



loo ^ INDIGOTIER, Livre III. 

cile à égoutter , & il n'eft pas même bien sûr qu en prenant la précaution de la 
faire fécher en tablettes très-minces , fa qualité n en fût pas altérée. Mais nous 
penfons qu'on pourroit fe fervir utilement des mucilages lorfqu on a trop laifTé 
fermenter une herbe , & qu'on eft obligé d'en ménager le grain qui ne peut fouf- 
frir un long battage ; ou quand, par un excès de battage , on a diffous le grain qu'il 
feroit impofîible de retenir fans cet expédient, qui nous paroît alors très-conve- 
nable & bien fupérieur à tous ceux que nous ayons rapportés avant d'entamer ce 
dernier article. 



TABLE 

Des Noms , Qualités & Prix de I Indigo. 

L E s habitants de Saint-Domingue diftinguent les qualités de l'Indigo de la 
manière fuivante , & l'eftime qu'ils en font eft relative à l'ordre dans lequel nous 
allons les expofer. 

Le Bleu flottant ou nageant fur l'eau, dont le grain tendre Se peu ferré forme 
une fubftance légère & très-inflammable. 

Le Violet, qui a un peu plus de confiftance. 

Le Gorge de pigeon , dont Féclat approche d'un violet purpurin , eft encore 
plus folide. 

Le Cuivré, ou celui qui a l'apparence d'un cuivre rouge quand on palTe fon- 
gle fur un morceau qu'on vient de rompre , eft le plus ferme de tous. 

JJArdoifé Se le Terne picotté de blanc , compofés d'un grain fuivi ou fans liai- 
ion , font les dernières qualités. 

Nous ne faifons point entrer dans ce rang flndigo dont la pâte eft entremêlée 
de veines ardoifées , parce qu'à proprement parler cette efpece intermédiaire ne 
forme point une qualité décidée. 

Trix en France des différentes qualités d'Indigo , extrait de la Galette d'Agri- 
culture , Commerce , Arts & Finances, du ^^ Janvier 1770. 

ÎNDiGO bleu & violet de S. Domingue , 8 liv. 10 f à 9 liv. 

dito mêlé j . . . ^ . .\'è . . ^ {.l 

,. . , - ^ /a Bordeaux. 

dito cuivre fin . 6 . . 15 

dito ordinaire (5...8..à(5...io 

Indigo cuivré fin 6 liv. lof. à <51iv. ly fj 

dito cuivré ordinaire <5...8.à(5..TO f 

,. „ , ç > > a Nantes. 

dito mélange a^).... I 

dito bleu 10 à 11 ... J 

II 



Noms & Prix du Battage de [Indigo. lor 

I L nous vient quelquefois de l'Etranger des Indigos dont j'ignore le prix ; 
les uns ont des noms relatifs à leurs qualités , & les autres aux lieux :de leur fa- 
brique. De ce premier nombre font le Laure , le F lor , le Conicolor , le Sobre- 
faliente , &:c ; &; du fécond , font l'Indigo dit Guatimalo , du crû de l'Amérique ; 
le Java , le Bayana , & tous ceux que nous avons cités dans le fixieme Cha- 
pitre du premier Livre , en parlant de la culture & de la fabrique de l'Indigo, 
dans les différentes parties de la haute Afie & des Ifles adjacentes. 

FIN, 




Indigotier. 



Ce 



loa 



EXPLICATION DES FIGURES 

CONCER^fANT L'ART DE L'INDIGOTIER- 



Planche Première. 

Figure première» 

Indigo élevé en France , calqué fur la figure d'après nature , inférée dans les 
Mémoires de l'Académie des Sciences , année 1718 ,page 92. 

Figure 1. 

Feuille d une efpece d'Indigo du Sénégal , dont M. Adanfon , de l'Académie 
des Sciences , nous a dit avoir toujours tiré un Indigo bleu flottant , d'une cou- 
leur approchant de l'azur. 

Figure 3. 

Goufle ou filiquc de l'Indigo dont nous venons de parler dans l'explication 
de la figure 2. 

Figure 4. 

Efpece d'Indigo rampant qui croît au Bréfil & dans la nouvelle Efpagne , dont 
on a copié la figure dans l'Hiftoire Naturelle du Bréfil , par Pifbn , Liv. 4 , pi^g^ 
Ip8. Tréfor des Matières Médicales , Liv. 4, page lop , & en quelques Editions > 
pages ^7 & 58. 

Figure y. 

Efpece d'Indigo riche & précieux de la terre ferme de l'Amérique , dont il 
découle un fuc bleu lorfqu'on rompt la plante copiée dans Pifon comme ci- 
dellus. 

Planche IL 

Figure I. 

Indigo nommé Ameri : Jardin Indien Malabare , par M. Rhede , Tome r , 
figure 54. 

Figure 2. 

Indigo nommé Colinil , dont les filiques font recourbées : Jardin Indien Ma- 
labare , par M. Rhede , Tome i , figure 55. 



Explication des Figures, 103 

Planche III. 
Figure I. 

Indigo nommé Tarron. Herbier d' Amboine , par Rumphe , cinquième 
Partie^ Chap. 3p , page 220. 

Figure 3. 

Rameau & filiques de grandeur naturelle , détachées de la plante ci-delîùs. 

P L A N c H E I V. 
Figure I. 

Persp ECTiVE d'une Indigoterie fimple, dont la Pourriture eii chargée Sc 
barrée, & la Batterie montée & prête à battre au Buquet. 

A , Trempoire ou Pourriture , vailFeau où l'on met l'herbe à fermenter. 

B , Batterie , vailTeau où l'on bat l'extrait. 

C y Repofbir, troiliéme grand vailTeau , ou efpece d'enclos qui fert à renfermer 
le Baffinot ou Diablotin K ^fig, 4 (S* 5 , & le Râtelier ^, y%. i , 4 €^ 5 , 
auquel on fufpend les facs remplis de la fécule de l'Indigo. 

D , Poteaux ou Clefs de la Trempoire. 

E , Daleau de la Trempoire , qui fe débouche quand l'herbe a fermenté fuf- 
fifan^ment. 

F y Daleaux de la Batterie , qui s'ouvrent les uns après les autres après le bat- 
tage & le repos de l'extrait. 

G , Barres des Clefs de la Trempoire. 

H , Trayers ou Barres de la Pourriture qui appuyent flir les Paliiîàdes /, J^oy. 

fig' 4- 
/ y Palifî^ades ou planches de Palmifte couchées fur l'herbe quand la cuve eft 

chargée ou pleine, l^oye^fig, 4. 
L , Efcalier du Repofoir. 

M, CailTon du Puquet MO , avec lequel on bat Textrait. 
iV, Fourches ou Chandeliers des Buquets. 
O , Manche du Buquet MO. 
Q , Daleau quarré du Repofoir. Ce Daleau qui eft toujours ouvert , répond au 

canal de décharge nommé la Vuide. 
U, Râtelier où l'on fuipend les facs pleins de la fécule de l'Indigo. 

Figure 2. 

Perfpedive de l'échafiàudage drefle fur un puits d'Indigoterie pour en tirer 
l'eau & remplir la Pourriture après qu'elle a été chargée & barrée. 
a , Fourche de la Bafcule. 



'/ 



J04 INDIGOTIER, 

h , Chevron qui forme la Bafcule. 
e , EchafFaud. 

y, Fouet ou cordage du Seau. 
g, Dale ou Gouttière qui conduit l'eau à la Cuve. 
m. Nègre qui prend un Seau pour en verfer l'eau dans la Gouttière; 
n , Nègre qui fait monter un Seau qui eft attaché à un des bras de la Bafcule. "* 
p , Puits de rindigoterie. 

Perfpedive de la Sécherie & des Établis fur lefquels on met les caiiTes rem- 
plies de l'Indigo qu'on veut faire fécher. 
r 5 Bâtiment de la Sécherie. 
t. Etablis qui fe prolongent fort avant dans l'intérieur du Bâtiment. '- ^- - 

On trouvera à la Planche 5 <& dans fon explication, tout ce qui concerne le 
détail de ces deux objets. 

Figure^, 

Plan géométral d'une Indigoterie fimple , dont la Pourriture eft chargée ^ 
barrée , & la Batterie montée & prête à battre au Buquet. 

L'Échelle qui eïl fur la Planche en indique les proportions. 
A , Trempoire ou Pourriture , vaifleau où l'on met l'herbe à fermenter; 
B , Batterie , vaiiTeau où Ton bat fextrait fortarit de la Pourriture. 
C y Repofoir ,, troifieme grand vaifleau ou efpece d'enclos qui fert à renfermer le 

Baffinot ou Diablotin K , SlYq. Râtelier f/, auquel on fùipend les iàcs reiîi- 

plis de la fécule de l'Indigo. 
Df Poteaux ou Clefs de la Trempoire. 
E y Daleau de la Trempoire , qui fe débouche quand l'herbe a fermenté 

fufEfamment. 
F y Daleaux de la Batterie, qui s'ouvrent les uns après les autres après le bat- 
tage & le repos de l'extrait. 
<?, Barres des Clefs de la Trempoire ou Pourriture. 
Hy Travers ou Barres de la Pourriture , qui appuyent lùr les Paliiîades /. 
/ , PaliiTades ou planches de Palmifte couchées fur l'herbe quand la Cuve eft 

chargée. 
Ky Diablotin ou Baffinot qui reçoit la fécule fortant de la Batterie; 
L , Efcalier du Repofoir. 

M, Caiffon du Buquet M O , avec lequel on bat Textrait. 
iV, Fourches ou Chandeliers des Buquets. 
O , Manche du Buquet M O. 

P , Petite forme ou foffette qui fe trouve au fond du Diablotin K, 
Q , Daleau quarré du Repofoir. Ce daleau qui eft toujours ouyert , répond au 

Canal de décharge nommé la Vuide, 

u. 



Explication des Figures. lO^ 

(7, Râtelier auquel on fufpend les iàcs remplis de la fécule de l'Indigo. 
Vy Fond du Repofoir. 

Figure 5. 

L'Echelle qui eft fur la Planche en indique les proportions. 
Coupe verticale d'une Indigoterie. 
A , Trempoire ou Pourriture , vaiiTeau où l'on met l'herbe à fermenter. 
B , Batterie, vailleau où l'on bat l'extrait fortant de la Pourriture. 
C Repofoir , troifîéme grand vaiffeau ou efpece d'enclos qui fert à renfermef 
le Diablotin i^ ^ le Râtelier U y auquel on fufpend les facs remplis de la 
fécule de l'Indigo. 

D , Poteaux ou Clefs de la Trempoire. 

E , Daleau de la Trempoire , qui fe débouche quand l'herbe a fermenté fuffi- 
famment. 

F y Daleaux de la Batterie , qui s'ouvrent les uns après les autres après le bat- 
tage & le repos de l'extrait. 
Q , Barres des Clefs de la Trempoire. 

R , Diablotin ou Baffinot qui reçoit la fécule fortant de la Batterie; 
L , Efcalier du Repofoir. 
iV , Fourches des Buquets. 

P , Petite forme ou foffette qui fe trouve au fond du Diablotin K, 
Q y Daleau quatre & toujours libre, qui répond au canal de décharge nommé la 

Vuide, 
U y Râtelier auquel on fufpend les fàcs remplis de, la fécule de l'Indigo. 
V i Fond du Repofoir. 
X y Les Bondes de bois dans lefquelles on perce les trous des Daleaux. 

Figure 6. 

Cette figure repréfente la talîe d'argent dont on fe fert pour faire la preuve ,■ 
c'eft-à-dire , pour examiner l'état du grain qui fe forme dans l'extrait pendant la 
fermentation , & qui fe perfeélionne par le battage. 

Figure 7. 

Cette figure repréfente le cornichon qui eft compofé d'un bout de corne de 
bœuf ajufté à un manche de bois. Cet inftrument fert à puifer au fond de la Pour- 
riture & de la Batterie , un peu de l'extrait qu'on verfe dans la talîe fig. d , ou 
dans la cuve même , lorfqu'on veut Simplement connoître par répaifTiifèment de 
la liqueur , les progrès de la fermentation. 

Indigotier, D d 



fo^ INDIGOTIER. 

Planche V. 
Figure I. 

U, Râtelier, aux crochets duquel on fuipend les Sacs Z pleins de la fécule 
de rindigo , mife à égoutter. 

Figure 2. 

Truelle £ne pour accommoder l'Indigo dans les caiiîès; 

Figure 3. 

A , Caifle à Indigo vuide, vue dans fes proportions. 

Figure 4. 

A , CaifTe nouvellement remplie d'Indigo. 

Figure 5". 

A y CaiiTe pleine d'Indigo qui commence à fécher. 

Figure 6, 

Cette figure repréfente un Vaifîèau détaché , on l'on bat l'Indigo a la ma- 
nière des Indes , décrite par MM. Tavernier & Pomet. 
B , Batterie ou vailTeau dans lequel on bat l'Indigo. 
G , Godets ou Seaux ouverts par en bas, & attachés à l'arbre de la Batteries, 

VoyeiGyfig, 7. 
J , Indiens qui donnent le mouvement à l'Arbre & aux Godets , par le moyen 

d'une Manivelle. 
R , Arbre de la Batterie. 

T , Daleaux de la Batterie. 

Figure 7. 

B , Coupe de la Batterie ^fig. 6. 

G , Godets ou Seaux ouverts par en bas. 

R , Arbre de la Batterie. 

Figure 8. 

Cette figure repréfente la Sécherie. Ce Bâtiment couvre une partie des Éta^ 
blis fur lefquels on fait fécher l'Indigo dans les caiifes. 
A , Caifies à Indigo. 
B , Établis. 



Explication des Figures, loy 

M, Magafin où Ton renferme l'Indigo lorfqu'il eft {qc, 
S , Bâtiment de la Sécherie. 

Figure p. 

Front du bout de la Sécherie. 

A 5 CaifTes pofées iiir les Etablis. 

E , Établis. 

Figure 10. 

F, Tas de Goulîès d'Indigo , étendues fur un drap. 

Figure II. 

Coupe du Mortier de bois où l'on pile les gouflès d'Indigo. 
C, Creux & largeur du Mortier, qu'on appelle improprement Pilon, 

Figure 12. 

D 5 Manches ou Pilons du Mortier C. 

Figure 13. 

Cette figure repréfente la manière de tirer la graine des gouflès de l'Indigo.' 
C , Mortier. 

D y Manches ou Pilons du Mortier. 
E , Nègres qui pilent des goulTes d'Indigo. 

Planché VI. 

Figure I. 

Plan d'un terrein où il fe trouve une rivière barrée par une digue , afin d'en 
diftribuer l'eau à différents quartiers. Ce plan repréfente une habitation où l'on 
fe fert de cette eau pour arrofer l'Indigo , & une Indigoterie compofée de huit 
Pourritures & de quatre Batteries où l'on bat l'Indigo des deux côtés avec un 
moulin à mulets ou à chevaux , tel qu'on le voit dans h Planche J,fig. 2 , 7 & ^. 
A , Rivière. 
j& , La Digue. 
C , Le Courfier. 
Z) , Le Baffin à éclufes. 
£,Êclufes. 

G y Canaux du Baflin à éclufes. 

H y Baffin de diftribution, où fe fait la répartition des eaux. 
L y Canaux particuliers à^s Baffins de diftribution. 

M y Canal commun de convenance ou de fociété , auquel on eft obligé de 
donner paffage quand le cas le requiert. 



io8 I N D I G O T I E R. 

iV, Baffin de fubdivifion. 

O , Café du Gardien de la Digue , avec un Magafin & deux Cafés à Nègres. 

Explication des différentes Vartles de t Habitation* 

a , Barrière ou entrée de l'Habitation. 
b , Cafés à Nègres. 

d^ Parc à Bœufs , <& qui fert auffi pour les Vaches. 
e , Hôpital. 
fy Parc à Cochons. 

g , Parc à Moutons : il y a au milieu une petite Café pour le Gardien; 
h , Parc des Veaux : il fe trouve à côté d'une petite Café pour le Gardien. 
/, Grande Café ou logis du Maître. 
/ , Quatre Magafins pour fervir à différents ufàges. 
m , Sécherie , Bâtiment on l'on fait fécher l'Indigo. 
n , Indigoterie à double équipage , avec un Moulin au milieu qui bat des deux 

côtés. 
p , Divifion du Terrein planté en Indigo. 
q y Planches ou Carreaux plantés en Indigo. 
r , Place à Vivres des Nègres , ou Terrein que les Nègres cultivent pour leur 

nourriture. 
s , Jardin potager. 
t , Places à Vivres de la grande Café , ou Terrein cultivé pour les befoins du 

Maître & de l'Hôpital. 
u , Bannanerie ou Terrein planté en Bannaniers yfig.3* 
X y Bois de bout , ou Terrein en friche. 
y y Pièce de Magnioc , plante dont la racine grugée ou râpée & defféchée , fe 

mange en farine ou en galettes , qu'on appelle Caffaves. 
:r^ y Hayes ou entourages de l'Habitation ; en dedans font les foffés par lefquels 

s'écoulent les eaux fuperflues de la Rivière & autres. 
Z y FolTés de l'Habitation. 

Figuré a; 

Pied de gros petit Mil , ou Mil à panache; 

Figure 3. 

u y Pied de Bannanier. 

Figure 4. 

j/, Pied de Magnioc. 

m- 



Planche 



'Explication des Fleures; ïop 

Planche VII. 
Figure I. 

Plan géométral d'une Indigoterie compofée de quatre Pourritures , dont la 
dernière eft chargée & barrée ; de deux Batteries , dont les cuillers fe meuvent 
par des Arbres qui reçoivent leur mouvement d'un Moulin à chevaux ^fig. 2 , & 
d'un feul Repofoir qui renferme deux Diablotins. 

L'Echelle qui eft fur la Planche indique les proportions de toutes les parties 
de cette figure & des fui vantes. 

A , Trempoire ou Pourriture déchargée , dont on a levé les Barres des Clefs , 

pour mieux faire voir la pofîtion des poteaux , qu'on appelle les Clefs, 
A A , Pourriture chargée d'herbe & barrée. 

B , Batterie , vaiiïèau où l'on bat ici l'extrait de deux Pourritures. 

C y Repofoir, ou eipece d'enclos qui fert à renfermer les Diablotins /T & le 

Râtelier U, auquel on fufpend les {àcs remplis de la fécule de l'Indigo. 
jD , Poteaux ou Clefs de chaque Pourriture, 
JE, Daleaux de la Pourriture. 

F , Daleaux de la Batterie. !^ • 

G , Barres des Clefs de la Trempoire yËi4. 
H y Travers ou Barres de la Pourriture. 

J, Paliflàdes ou planches de Palmifte couchées fur l'herbe, quand la Cuve eft 

chargée. 
K y Diablotin ou Baffinot qui reçoit la fécule fortant de la Batterie. 
L y Efcalier du Repofoir. 

M, CaifTon des Cuillers avec lefquelles on bat l'extrait. Ce Caiffon n eft point 

ouvert par defTous comme celui des Buquets ; le fond en eft plein & aflem- 

blé comme les côtés. Lorfque ce caiftbn eft joint à fon manche , il forme 

un inftrument à qui on donne Ipécialement le nom de Cuiller. 

N y Colets de bronze ou de bois incorruptible, qui fupportent les ailîîeux des 

Arbres qui traverfent chaque Batterie. 
O , Manche de la Cuiller M O. 

P y Petite forme ou foffette qui fe trouve au fond du Diablotin K, 
ÇjDaleau quarré du Repofoir: ce Daleau qui eft toujours libre, répond au 

canal de décharge nommé la Vuide. 
R y Arbre de la Batterie , à travers lequel paftent les manches des Cuillers. 
S y Rigole qui fournit l'eau à chaque Pourriture. Cette Rigole & fes bords font 

élevés en maçonnerie le long des Pourritures , & couverts d'une couche de 

ciment. Pout mettre l'eau dans une cuve , il ne s'agit que d'enlever la terre 

grafle qui bouche la petite éclufe ^ , & de fermer en même temps celle 

des autres cuves avec de pareille terre. 
Indigotier, Ee 



iio INDIGOTIER. 

T, Rigole par laquelle on fait palTer dans la Batterie la plus proche 
ou la plus éloignée, l'extrait des cuves qui ont afTez fermenté. Cette 
Rigole eft en maçonnerie comme la précédente ; fes bords font tour- 
nés en fer à cheval devant les Daleaux. Les fers à cheval qui correfpondent 
aux Daleaux des Pourritures qui ne font point placées devant les Batteries , 
n'ont point auffi d'éclufe ou d'ouverture fur le devant de leur rondeur ; mais 
les autres fers à cheval qui font fur le bord des Batteries , ont une éclufe 
droit au milieu de leur demi-cercle. 

î/, Râtelier où l'on fufpend les facs remplis de la fécule de l'Indigo. 

V y Fond du Repofoir. 

g^ Éclufes de la Pourriture. 

h , Eclufes de la Batterie. 

m , Aqueduc qui conduit l'eau aux Indigoteries. 

Figure 2. 

Plan géométral d'un Moulin à chevaux pour battre l'Indigo. 
A , Diamètre de l'emplacement du Moulin un peu creufé en terre. 
B , ChafTis du Moulin. 

C, Balancier ou grande roue horifbntale qui engraine fur les Lanternes E. 

D , Bras du Balancier. Ces Bras font au nombre de quatre : ils forment une 
croix ; mais il n'en paroît que deux , les deux autres étant cachées fous les 
queues G. 

E, Lanternes des Arbres F. 

F , Arbres des Lanternes , couchés horifontalement. 
G y Queues ou Bras de f Arbre vertical X. 
H y Palonniers où s'attachent les traits des Mulets» 
X y L'Arbre de la grande Roue ou du Balancier. 

Figure 3. 

Hors des proportions de V Echelle, 

Cette figure repréfente l'afFemblage & la liaifbn de l'Arbre d'une Lanterne 
avec l'Arbre d'une Batterie , par le moyen de l'aiffieu qui eft enchaffé dans 
une entaille faite aux extrémités de ces deux Arbres. Lorfque le bout de l'aif- 
fieu eft placé dans fon entaille , on le couvre d'un talfeau qui remplit le refte du 
vuide , & on lie cet aflemblage avec un cercle de fer. 
A , Bout de l'Arbre de la Lanterne. 
B , Bout de l'Arbre de la Batterie. 

C y Aiffieu emboîté & lié dans les extrémités des Arbres A Se B. 
L y Cercles de fer qui fervent à aftujétir l'aiffieu & le taifeau qui le couvre. 



Explication des Figures. tii 

Figure 4. 
Hors des proportions de l'Echelle. 

C , Aîffieu de communication entre les différents Arbres des Lanternes 8c des 
Batteries. 

Figure 5» 

Hors des proportions de l'Echelle, 

Dy Repréfente l'entaille que l'on fait dans l'extrémité des Arbres A 8c B yfig^ 
3 , pour recevoir l'Aiflieu C,fig. 3 (S* 4 , & le TafTeau E , fig. 6. 

L , Cercles de fer néceffaires à la liaifon de i'Aiiïieu & du Taflèau , quand l'un 
& l'autre font couchés dans l'entaille. 

Figure 6. 

E, Taiïèau ou pièce de bois qui remplit exaétement le refte de l'ouverture D > 
Jig. ^ , où l'on a couché auparavant l'extrémité de l'Aiffieu C^fig. 3 (S" 4. 

Figure 7. 

Coupe géométrale d'un Moulin à chevaux pour battre l'Indigo, 

A , Diamètre de l'emplacement du Moulin, 

B , Chaffis du Moulin. 

C , Balancier ou grande Roue horifontale qui engraine fur les Lanternes E. 
E , Lanternes des Arbres F, 

F , Arbres des Lanternes. 

G , Queues ou Bras de l'Arbre vertical X. 

H f Palonniers où s'attachent les traits des chevaux. 

/ , Piliers de maçonnerie , fur lefquels font enchaffés les coiets qui reçoi- 
vent les Aiffieux des Arbres horifontaux F. 

K y Pilier de maçonnerie , fur lequel on enchaffe la Platine qui fùpporte le 
cul-d'œuf de l'Arbre vertical X, 

L y Chapeau ou couverture du Moulin. Ce Chapeau & toutes les pièces qui en 
dépendent , tournent avec l'Arbre vertical X , qui leur fert de fupport. 

X y Arbre vertical du Moulin. 

Figure B. 

Coupe géométrale des deux Batteries dont les Cuillers reçoivent leur mou- 
vement du Moulin/"^. 7 , qui eft à côté. On voit derrière ces deux Batteries , 
& en fuivant du côté droit , l'élévation du mur de quatre Pourritures ; & devant 
les deux dernières Pourritures , on voit l'élévation d'un petit mur fur lequel efl 



114 INDIGOTIER. 

îa Rigole T,fig. r , P/. 7, par laquelle on fait pafler dans la Batterie la plus 
éloignée ou la plus proche l'extrait des cuves qui ont allez fermenté. Voyez 
pour plus grand éclairciiïement l'explication de la figure i , PL 7. 
A 5 Mur des quatre Pourritures. 
A A , Pourriture barrée. 
B y Batteries. 

£) , Poteaux ou Clefs de Pourriture. 
G , Barres de la Pourriture. 

MO y Cuillers dont le manche trayerfe l'Arbre qui efl couché fur chaque Bat- 
terie. 
K , Arbres des Batteries. 
7, Mur delà Rigole. 

Figure 9. 

Hors des proportions de l'Echelle. 

Perfpeélive d'un Moulin à chevaux qui eft en adlion pour battre l'Indigo. 
On ne peut voir la partie bafle de cet ouvrage , parce qu'elle fe trouve envi- 
ronnée & couverte d'une butte de terres rapportées pour la marche de Mulets ; 
mais auparavant on a foin de mettre par-deifus les Arbres des Lanternes , de lon- 
gues & larges planches , afin de les mettre à l'abri de l'éboulement des terres 
«Se de tous les autres inconvénients qui pourroient les gâter ou en empêcher le 
îTiouvement. 
B , Cage du Chaffis. 

C, Balancier ou grande Roue horifontale. 
jE , Lanternes. 

G , Queues ou Bras du Moulin , auxquels on atteU les Mulets: 
i^, Mulets ou Chevaux, qui en marchant fur la Butte R, donnent le mouve- 
ment à toutes les pièces du Moulin Sc de la Batterie qui y correfpondent. 
L j Chapeau ou couverture du Moulin. 

ikf, Butte de terre élevée tout autour du Moulin, après qu'on a couvert les 
Arbres des Lanternes qui paflent delTous, par de fortes planches ou 
madriers. 
X9 Arbre vertical du Balancier. 

Figure 10. ^ ' ■ '] 

Hors des proportions de l*Echelle. 

Perfpe6live d'une Indigoterie compofée de plufieurs Pourritures. On voit dans 
cette figure deux Batteries dont les Cuillers reçoivent leur mouvement du Mou- 
lin flg. ^ qui eft à côté. 
A y Pourritures. . . 

Si 



explication des Figures. IIJ 

B , Batteries. 

C, Repofoir. 

D , Clefs ou Poteaux de Pourritures. 
M, CaifTon de la Cuiller M O. 

O , Manche de la Cuiller M O. 

Q , Daleau de la Vuide. 

Voyez pour plus grand éclairciïïement , l'explication de la jfîgure i de la 

même Planche. 

Figure ii. 

Cette figure repréfente une Cuve détachée où l'on bat l'ïndigo par le 
moyen d'un Arbre à palettes , terminé par deux manivelles qu'on fait tourner à 
force de bras. 

La vue de cette figure fuffit pour en comprendre le méchanifrne. 

Figure 12. 

Moulin à l'eau pour battre l'Indigo. On a fupprimé tout ce qui pouvoit ca- 
cher fon méchanifîne & fà correfpondance avec les pièces qu'il fait mouvoir dans 
les Batteries qui font à côté. Voyez pour plus grand éclairciflement , l'explication 
des figures i , 8 & lo de la même Planche. 

Planche VIII. 
Figure I. 

Branche d'Indigo franc calquée fur la figure qu'en a donné M. Hans-Sloatie , 
dans fon Hiftoire Naturelle de la Jamaïque, Planche ^'J^ yfig' 3. 

Figure 2. 

Branche d'Indigo fauvage de la Jamaïque , dont on a fupprimé une partie du 
feuillage pour en laifTer voir les filiques , copiée fur la figure qui fe trouve dans 
l'Hiiloire Naturelle de la Jamaïque , par Hans-Sloane , Flanche 179 ^fig, 2. 

Planche IX. 

Figure I. 

Perfpeélive d'un terrein travaillé au Râteau , pour le planter en Indigo, 
A , Râteau. Voyez aufTi lès figures 10 , 11 & 12 de la même Planche. 
E, Branches du Râteau. 
F y Barre du Râteau. 
G , Nègres qui tirent le RateàU. 
H, Manches du Râteau. 

Indigotier^ F f 



114 INDIGOTIER. 

I y Nègre qui dirige la marche du Râteau. 
R , Sillons tracés par les dents du Râteau. 

L , NégreiTes qui plantent la graine de l'Indigo dans les filions tracés par le Râ- 
teau. 

Figure 2. 

Per/peélive d'un terrein plein de trous faits avec la houe,/"^. 4, pour y 
planter de l'Indigo, 

A , Nègres qui font des trou's avec la Houe. 
B , Négreffes qui plantent la graine de l'Indigo dans les trous D. 
Cy Coui ou côté de Calebafîe , fg, p , dans lequel les Négrelîès portent la 

graine d'Indigo qu'on doit planter. 
D , Trous fouillés dans la terre avec la Houe. 

Figure 3. 

Perfpeélive d'un Terrein où l'on coupe l'Indigo , dont on fait des paquets 
qu'on porte à la Cuve. 
M , Planche d'Indigo bon à couper. 

N y Nègres qui coupent l'herbe avec leurs couteaux à Indigo ,7%. 7, 
O , Négrefle qui fait un paquet d'herbe. 
F y Nègre qui porte un paquet d'herbe-vers la Cuve. 

Figure 4. 

Voye-^^ C Echelle pour les proportions. 

Cette figure repréfente une Houe , inftrument dont on fe fert générale- 
ment dans nos Ifles de l'Amérique pour travailler la terre. Cet inftrument eft 
compofé d'un manche de bois palTé dans la Douille du fer de la Houe propre- 
ment dite. 

Figure y. 

Fer d'une Houe vue de côté. 

Figure 6. i ;. : \' ^^^, 

Fer de la Houe vue par fa face intérieure. l 

Figure 7. 

Couteau à Indigo , ou Ferrement avec lequel on coupe l'Indigo .' 

Figure 8. 

Rabot , inftrument de bois avec lequel on rabat la terre dans les trous où l'on 
a planté l'Indigo. 



Explication des Figures, ii^ 

Figure^» 

C , Coui ou côté de calebafle , dans lequel les NégrefTes portent la graine dln* 

digo qu'on doit planter. 

Figure 10. 

Cette figure préfente le côté du Râteau avec lequel on trace des filions fur 
un Terrein où l'on veut planter la graine d'Indigo. Foje^Jig, i , de la même 
Planche. 

A , Bafe du Râteau. 

£, Branches de r Avant-train. v...u.-:J 

//", Manches de l'Arriere-train. ' 

K, Dents du Râteau. 

Figure lï. 

Cette figure repréfente l'Arriere-train du Râteau vu en face, 
A , Bafe du Râteau. 
H , Manches du Râteau. 
R , Dents du Râteau. 

Figure 12. 

Râteau vu dans fà longueur. 3 

A , Bafe du Râteau. 

£", Branches de l'Avant-train. ,;:-.f':-^ 

F , Barre de l'Avant-train. ,-,... 

^, Manches de fArriere-traîn , , j î^^^' , ^ {. • 

R y Dents du Râteau. 

Figure 15; 

Cette figure repréfente une dent du Râteau. ; " , 

figure 14. 

Gratte vue de côté. La Gratte eft un inftrument de fer avec lequel on farcie 
l'Indigo. 

Figure 15. 
Gratte vue de plat. 

Figure 16, 

Serpe , inftrument de fer d'un fréquent ufage dans toutes les habitations. 

Figure 17. 

Cifeaux imaginés par M. de Saint- Venant , Ingénieur au Cap François , pour 
couper l'Indigo : l'effet ne m'en eft point connu. 



ii<^ INDIGOTIER. 



•n 



re- 



en 



Planche X. 

Voyez l'Echelle pour les proportions des ouvrages qui font repréfentés fur 
cette Planche. On a été obligé de racourcir la longueur des canaux, afin de 
préfenter toutes les autres parties dans leurs proportions. 

Plan d'un Terrein où fe trouve une Rivière barrée par une Digue pour 
diftribuer les eaux à différents quartiers. On voit au bas de ce plan trois bouts 
de planches ou carreaux , travaillés avec le Râteau, /^. i , P/. 5) , dans lefquels 
on a tout nouvellement planté de la graine d'Indigo , & le commencement de 
leur arrofage fur le carreau P, Les lettres T d^ R indiquent les endroits où 1 on 
a déjà mis l'eau far ce carreau. Les lettres S ,T,V, Y, repréfentent la manière 
de détourner l'eau de la Rigole I?, & le moyen dont on fe fert pour la faire 
s'étendre fur toute la largeur du carreau P. 

Figure I. 

A , Rivière. 

B , Digue. 

C , Courfier. 

D , Baffin à éclufes. • : 

E , Éclufes. 

F , Pelles des Éclufes. * ( 

G , Canaux du Baffm à éclufes. ^^^^ * ^^ 
//", Baffm de diftribution , où fe fait la répartition des eaux. 

J, Ouvertures ou embouchures des canaux de diftribution. ' '' 

Ky Grifons ou pierres de taille plantées en trépied dans le Baflîfi'dè^dîlîrîbu- 

tion pour ralentir le cours de l'eau , & la faire s'étendre avec égalké vers 

les embouchures /. 
L , Canaux particuliers des BajGins de diftribution. . . 5-j- c;vi, , 
M, Canal commun de convenance ou de fociété , auquel les Habitations fu- 

périeures font obligées de donner pafîàge quand le cas le requiert. 
iV",Bafîin de lubdivifion. , -. v., 

G , Café du Gardien de la Digue , avec un Magafîn & deux Cafés à Negres..r,T': 

Figurer, 

P , Coin d'une divifion qui renferme le bout de trois planches ou carreaux de 
terre travaillée avec le Râteau , fig, ï yPL ^ ^Sc nouvellement plantée en 
Indigo. 

Q , Bout d'une planche de terre qu'on arrofe. 

R , Rigole dont on détourne l'eau fur la Planche q, 

5, Nègre qui détourne feau fur la planche^, par le moyen de la Torque/, 
qu'il étend en travers du terrein. 

T, 



Explication des Figures, 117 

T , Ouverture faîte au'bo.d de la planche pour y amener Teau. 
F", Petit batardeau de terre fait pour barrer l'eau & la détourner vers la planche. 
Y y Torque de feuilles de Bananier , étendue fur le travers de la planche pour 

y retenir l'eau, & lui faire parcourir toute la largeur de la planche. 
Z , Haies de l'Habitation. 
Z[y FoiTés de l'Habitation. 

Addition relative à la Note de la page 6S. 

Les planches ont 13 à 14 pieds de large, fur 120 à 200 pas de longueur; 
elles font féparées par des rigoles dont les bords s'élèvent un peu au-deflus 
du niveau du terrein. A l'extrémité fupérieure de toutes cqs planches , eft une 
petite rigole dans laquelle on met l'eau quand on veut commencer à les arro- 
fer ; puis on continue par un de leurs côtés. A l'autre extrémité inférieure des 
planches , eft une autre rigole plus grande que celle d'en haut , parce qu elle re- 
çoit le fùperflu de Tarrofage & des pluies. Au-deflbus de cette rigole inférieure, 
on doit toujours lailfer un petit chemin pour la commodité du paflàge , & afin 
de n'être pas obligé de marcher fur l'Indigo. On fait ce chemin plus large fur les 
grandes Habitations où l'on charge les paquets d'herbe , pour les Indigoteries , 
fur des Cabrouets , que nous appelions en France Charrettes,. 

Planche XI. 

Figure r. 

Perfpe6live d'un Moulin pour broyer les feuilles defféchées de l'Indigo , Sui- 
vant l'ufage de quelques endroits des Indes. 

Figure a. 

Coupe du même Moulin , dont on a fupprimé l'auge ou le Baiîîn , afin de 
faire voir l'a6lion d'un Râteau qui remue les feuilles qui font au fond de l'Auge , 
& fait retomber au milieu celles qui font fur les côtés. Ce Râteau eft attaché 
par deux branches aux aiifieux de la Roue, 

Figure 3. 

Plan du même Moulin. 

Figure 4. 

Tournefbl des François , ou Hellotroplum Trlcoccum , plante qui croît dans 

le Bas-Languedoc , aux environs de Montpellier. On broyé cette plante dans 

un Moulin comme celui dont on a parlé ci-delîus , ou de toute autre manière , 

& on en tire un fuc qui devient bleu^ Voyez le procédé & le réfultat de cette 

Indigotier, G g 



iiS I N D I G O TI E R, 8cc. 

opération dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1712 , pa^e 
17. La figure de cette plante efl tirée de l'Hiftoire générale des Drogues, de 
Pomet le père. 

Figure 5. 

Paftel , plante qui croît en Languedoc , aux environs d'Albi. C'efl avec cette 
plante que fe fait le Paftel dont on fe fert fréquemment pour les Teintures en 
bleu. Voyez à ce fujet l'Art du Teinturier , donné par l'Académie des Sciences. 
Cette figure eft également tirée de l'Hiftoire générale des Drogues , par Pomet 
père. 

Fin de P Explication des Figures, 



Extrait des Regijires de l'Académie Royale des Sciences, 

Du 30 Août lyé'p. 

IN OU S avons été chargés par l'Académie , M. Cadet & moi , de lire un Traité de l'Art 
de l'Indigotier , par M. de Beauvais Rafeau , ancien Capitaine de Milice à Samt-Domingue , 
& de lui rendre compte de cet Ouvrage. Il nous a paru que toutes les pratiques de cet Art 
font bien décrites par l'Auteur , qui a été lui-même Directeur d'une Indigoterie pendant plu- 
fieurs années. M. de Beauvais entre dans tous les détails qu'il eft effentiel de connoître pour 
réuffir dans la Fermentation , le Battage & la Defliccation de l'Indigo j il indique les fignes 
par lefquels on peut fe guider pour bien conduire ces opérations ; il s'occupe aufli de la def- 
cription des différentes efpeccs d'Anil dont on tire l'Indigo , & de la culture de ces Plantes. 
Enfin nous croyons que M. de Beauvais a rempli avec fuccès l'objet qu'il s'étoit propofé, ÔC 
que fon Ouvrage mérite d'être imprimé avec l'Approbation de l'Académie. 

Je certifie le préfent Extrait conforme à fon original & au jugement de l'Académie. A Paris, 
£e yi Août lyS^. 

GRAND JE AN DE FOUCHY, 

Secrétaire perpétuel de l'Académie "Royale ripc Sciences, 



J 'Allu la Defcription de l'An de l'Indigotier , par M. de Beauvais Raseau , ancien Capi- 
taine de Milice à Saint-Domingue ; & je prouve cet Ouvrage digne à tous égards de l'imprejfion. A 
Warisjce 14. Décembre 1769, 

MACQUER. 



DE L'IMPRIMERIE DE L. F. D E L A T O U R. 1770. 



Fautes à corriger dans l'Art de l' Indigotier, 

JT AGE ie, y ligne lo, Leïèmences; /?yèx : Les fêmences. 

10, ligne 10 ^fig. i & z; lifez .-figure i. 

!<;, dans la noie (5); /i/êz : (i ). 

z 8 , dans la première note ,?l,ll,fig.i,z&îy8c leur explication qui efl à c6ié,' Jifiz i PI, Xl.Jïg, ï 5 a CJ* 31, & 
leur explication. 

46, %«e 21 , j^g. I df 3 ; /«/ez '.fig-' ï & 4- 

66,lignesi$ &iS,Pl.6ilifez:?1.6 8cïo. 

(,9 , li§ie 9 , par un petit aqueduc r ; ajoutez :fig, i , P/. 7, 

7z, lignes?' Pi-IIi l'fe^ • ^l- ^^• 

74, ligfw iS.fig. t.&^; lifez :fig. i. 

Ibid. ligne 16, P/. 4 ; %z : PI. J. 

Ibid. %ne J4«^g« I4 5 %z :^g' i* 

7$ > ^«gne S iZ,fig, 6. Pi. 10; lifez : z , P/. é,/g. i. 

j 10 j Z/^"* ^ 3 î >"? Aguéduc j lifez ; r , Aquéduci 



Indigotier. 



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ds la ûar-deMe i/ei. ." Ji-tilf 



Indiçoàer . 



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de la. Gardetie, dei. et Scuiv. 



IndicfoLœr . 



PL IX. 



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de- U ûardetic del i^ Sculp. 



Indigotier. 



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