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168 lilBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
frontale du sus-maxillaire. Celte ligne creuse, à laquelle M. J. Weber a
donné le nom de sutura nolha et de sutura lonriludinalis imperfecta, vsl
toujours, quelle que soit sa disposition, reconnaissable en dedans quand elle
ne l'est pas en dehors. Elle est parfois effacée dans une courte étendue
de sa longueur, soit en haut, soit en bas, mais plus généralement en bas.
La constance de cette suture et l'apparition anormale d'un osselet de la
gouttière lacrymale donne, à priori, à penser que l'apophyse ilnontante du
maxillaire supérieur est composée d'abord de deux portions : une portion an-
térieure eu nasale et une portion postérieure ou lacrymale, ayant chacune
un noyau d'ossification particulier. « Cette suture, dit M. J. Weber, indique la
division primitive de l'apophyse maxillaire en une portion nasale et une por-
tion orbitaire, et est cause de la présence anormale chez l'homme d'un se-
cond os lacrymal. » Mais il n'est pas fait mention par Boyer, Cruveilhier,
Sappev, Rambaud et Renault, Meckel, Calori, Romiti, Lachi, Quain,
Leidy, etc., de ce développement de l'apophyse montante du maxillaire su-
périeur par deux points d'ossification. LuscuKAdit formellement que l'osselet
de la gouttière lacrymale a pour origine un noyau osseux supplémentaire.
M. Macalister observe, de son côté, que si l'apophyse nasale du maxillaire
supérieur de l'homme dérive de deux centres d'ossification, la fusion de ces
deux centres doit être bien précoce, car elle est complète dès le commence-
ment de la sixième semaine (chez des fœtus de 32 millimètres). M. Gorgone
seul affirme avoir constaté l'indépendance de ces deux centres chez des em-
bryons humains ' ! Si l'osselet de la gouttière lacrymale est dû — et tout
semble bien l'indiquer — au défaut de réunion du point postérieur d'ossifica-
tion au point d'ossification antérieur de l'apophyse montante du maxillaire
supérieur humain, il faut avouer que l'apparition de ces deux points a lieu de
très bonne heure et que leur coalescence est excessivement rapide, car pom-
ma part je les ai vainement cherchés. Quoi qu'il en soit, on ne peut e.\pliqu"r
que par un trouble embryogénique ce vice de conformation qui ne corres-
pond à aucune disposition normale des autres vertébrés.
Osselet du canal nasal. — C'est Béclard qui a appelé le premier l'al-
tenlion des analomistes sur cet osselet. En exposant, en 1819, le résultat de
ses recherches sur l'ostéose, Béclard a noté qu'en plus de ses points d'ossi-
fication constants, « de ses germes constants», pour employer les expressions
mêmes de l'auteur, le maxillaire supérieur avait quelquefois « un germe lacry-
mal supplémentaire », d'où procédait un petit os qui entrait dans la consti-
tution de la partie supérieure du canal nasal. Sur beaucoup de crânes d'en-
fanls de 5, 6 ou 7 ans, il a vu cet osselet entièrement indépendant et, sur des
1. GoRcoNB, Corso completo d'anat. dcscritl. colle différence nell'elh, sessi, raz:,e
Cil anomulie, t. 1, l'alermo, 1834.
TRAVAUX ORIGINAUX.
\m
crânes de sujets plus âgés, soudé, en partie ou en tolalilé, au maxillaire su-
péj'ieur*.
En 1828, trois ans après la mort de Béclard, il a été retrouvé par Rous-
seau', (|ui l'a appelé « os lacrymal externe ou petit unguis », parce qu'il l'a
regardé comme une division de l'unguis, et aussi « osselet surnuméraire de
MM. Béclard et J. Cloquet », parce que J. Cloquet n'aurait pas été étranger
à là découverte de Béclard. Bousseau l'a décrit en ces termes :
c( L'os lacrymal externe ou petit unguis est situé sur la partie inférieure et
externe du grand unguis. Il le recouvre en grande partie par la surface de
FiG. 17. — Petit unguis. (D'après Roussf.ad.)
1. Osselet situé en dehors du petit unguis. — 2. Os unguis, grand lacrymal. — 3. Nouvel os do la face
ou petit unguis, on lacrymal externe. — 3 bit. Nouvel os de la face, détaché pour voir la manière
dont U est contourné. On aperçoit en bas sa face externe; en haut, sa face interne, criblée de petits
trous.
son bord inférieur et se projette sur la partie la plus déclive de sa crôte ver-
ticale.
« Il a ordinairement la forme d'un quadrilatère allongé, bien plus large à
l'une de ses extrémités contournée et mince et comme papyracée, criblée
d'une multitude de petits pores dans la plus grande partie de son étendue.
1. Béci.ard, Mémoire snr Tostéose. (Nouv. journ. de méd., chirur. et pharm., t. IV,
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HIBLIOOUAPIIIE ÀNÂTOMiaUE
Revue des travaux en langue française
ANATOMIE - HISTOLOGIE - EMBRYOLOGIE - ANTHROPOLOGIE
Tome VIII 1900
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQIJE
Revue des travaux en langue française
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE
Publié sous la direction de M. A. NICOLAS
PROFESSEUR A LA F A C U U T É D E 1V1 É D E C I N C DE NANCY
BERGER-LEVRAULT ET C'^ LIBRAIRES-EDITEURS
PARIS (6«) I NANCY
5, RUE DES BEAUX-ARTS j RUE DES liLAGIS, 18
10OO
Tome VIII 1" fascicule. 1900
BIBLIOGIUPHIE ANATOMIQUE
REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE
BIBLIOGRAPHIE
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gr. in-8, avec 415 fig. et 2 pi. en couleurs. 1900, l'aris, Schleicher frères.
Prix : broché, 18 fr. ; cartonné, 20 fr.
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Relié, 24 fr.
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BIBLIOGRAPHIE. 23
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la Société de biologie. Paris, 1900, n° 10, p. 239-242.
322 — Saurai (L.-G.). — Contributions à l'élude des Hyménoptères entoniophages.
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Linn. Mollusque lamellibranche. — Volume jubilaire du cinquantenaire
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tant des variétés de coloration, des cas d'hybridité et des anomalies
(5* série). — Bulletin de la Société zoologique de France. 1899, u°' 9-10,
p. 213-219.
TRAVAUX ORIGINAUX
ÉVOLUTION TÉRATOLOGIQUE DES CELLULES SÉMINALES
LES SPERIWATIDES A NOYAUX MULTIPLES, CHEZ LES MAMMIFÈRES
Par Cl. REGAUD
CHEF DBS TSAVAUX HISTOLOQIQUBS A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE LTOK
On sait depuis loniilcm[ts qu'un grand nombre de follicules de de Graaf
de l'ovaire n'arrivent jamais au terme normal de leur évolution, qui est la
mise en liberté d'ovules parfaitement aptes à se développer après la féconda-
tion. Les divers processus par lesquels ces follicules abortifs dégénèrent et
disparaissent ont élé souvent étudiés. Or, il se passe dans le testicule des
phénomènes comparables à ceux auxquels je viens de faire allusion, mais,
par contre, presque inconnus.
Dans une note récente ', j'ai signalé la chute massive de l'épithélium sémi-
nal dans la lumière de certains tubes séminifères, et l'involution régressive
de ces tubes débutant vraisemblablement par leur extrémité fermée. J'ai
aussi fait connaître l'évolution abortive isolée des cellules séminales et sur-
tout des spermalides. Ces deux phénomènes, que j'ai décrits chez le Rat, se
rencontrent probablement chez tous les Mammifères, au cours de la sperma-
togénèse physiologique. Dans la présente note, je me propose de décrire un
autre mode d'évolution tératologique des cellules séminales: la formation
de cellules à noyaux multiples. Mes premières observations sur ce sujet
datent de près d'un an, mais dans ces derniers mois j'ai eu l'occasion de
rencontrer des exemples nombreux et remarquables de ce curieux phéno-
mène. Comme on le verra, plusieurs problèmes importants relatifs à la genèse,
à la structure fine al à l'évolution de ces « tératocytes » restent encore à ébi-
cider. La publication tout à fait récente de l'intéressant travail de Ivar
Broman' m'a néanmoins engagé à faire connaître, quelque incomplètes
qu'elles soient, mes "premières recherches.
J'ai observé des cellules séminales à noyaux multiples, et notamment des
spermatides, dans un grand nombre de testicules appartenant à des animaux
1. Ci.. Regald, 1899-5, Notes sur la spermatogénèse des Mammifères: Note I, Les
« bouchons cellulaires », etc.; Note II, Les « cellules séminales abortives » etc. {Biblio-
(/laphie analomiqiie, t. Vil, fasc. 2, p. 9G-102.)
2. IvAR Uroman, Ueber Riesenspermatiden bei Domhinator igneus. [Anat. Anzciger, Bd
XYII. Il» 1. p. 20-30, 1900.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 25
sains, d'espèce variée. Chez le Rat el le Cobaye, je n'en ai vu que rarement.
Dans quatre cas, ces cellules étaient en abondance extraordinaire. Voici ces
(lualrc cas :
l^Un Chien adulte (Chien ap), absolument sain, dont les testicules ont été
fixés l'un deux heures, l'autre dix-sept heures après le coït ;
2' Un Chien adulte (Chien XXXIX), convalescent d'intoxication diphtérique
expérimentale; un testicule était atteint d'atrophie de cause ancienne incon-
nue, et l'autre (dont il est seulement question ici) était à peu près normal;
2° Un Verrat adulte et sain (Verrat I), dont les testicules ont été fixés après
trois coïts dans les vins;t-quatre heures;
4" Un Hérisson adulte et sain (Hérisson 11), tué le 25 novembre, avant le
commencement du sommeil hivernal, et dont la spermatogénèse était déjà
fort ralentie.
Plutôt que de généraliser à tort et de confondre en une description com-
mune des observations assez disparates, je préfère étudier séparément ces
quatre cas.
Chien a p. — Dans les deux testicules de ce Chien il n'existait aucune for-
mation pathologique.
Cependant, l'épilhélium séminal est loin de présenter dans tous les tubes
son aspect habituel. Dans les deux testicules, il y a un grand nombre de tubes
où la quantité des cellules dites de la lignée séminale (spermatogonies, sper-
matocyles, spermatides) est diminuée, et d'autres dans lesquels ces cellules
font presque complètement défaut. H ne faut pas en conclure que la sperma-
togénèse est ralentie ou abolie: son intensité ne doit pas se mesurer seule-
ment par le nombre des cellules séminales existantes, mais aussi par l'activité
de leur néoformation dans la zone génératrice. Or, la zone génératrice, loin
d'être au repos, montre en beaucoup d'endroits une activité considérable
dans la multiplication amitotique des noyaux de Sertoli et dans la différen-
ciation des spermatogonies. Les spermatocytes plus ou moins clairsemés dans
le protoplasma syncytial présentent d'ailleurs un nombre considérable de
karyokinèses, surtout dans celui des deux testicules qui a été enlevé dix-sôpl
heures après le coït.
On peut caractériser brièvement ces tubes pauvres en cellules séminales
ou même totalement dépourvus de ces cellules, en les appelant tubes oligo-
spermatiques et aspermatiques. Quant aux tubes dont l'épilhélium séminal
est non seulement vide de cellules de la lignée séminale, comme dans le cas
précédent, mais stérile, on peut les appeler tubes oligospermalogènes et
aspermatogènes. La plupart des tubes séminifères du chien dont je m'occupe
étaient oligo- ou aspermatiques, tandis que dans beaucoup d'autres circons-
tances normales ou pathologiques, ainsi que dans les segments terminaux des
tubes séminifères, l'épithélium est oligo- ou aspermatogène.
Dans les tubes séminifères oligo- ou aspermatiques du chien a jB, la mem-
26 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
brane propre esl tapissée par le syncytium sertolien, contenant ou ne conte-
nant pas dans son protoplasma des cellules de la lignée séminale -isolées ou
groupées en petit nombre. Contre la membrane propre se trouvent les noyaux
du syncytium, ou noyaux de Sertoli, avec un nombre variable de spermato-
gonies différenciées. Au-dessus de cette zone génératrice règne un proto-
plasma indivis, à structure magnifiquement filamenteuse et alvéolaire. Les
filaments pendent en faisceaux onduleux ou rectilignes dans la lumière du
tube, lumière très irrégulière, qui n'est souvent qu'un alvéole plus grand ou
qui résulte de la confluence d'alvéoles creusés dans le protoplasma syncy-
tial.
Sur de tels tubes séminifères, on peut faire la vérification la plus évidente,
je dirais presque la plus éclatante, des idées que j'ai émises et des faits que
j'ai publiés depuis un an sur la constitution de l'épithélium séminal, sur la
structure des a cellules de Sertoli » et sur leur rôle dans la spermato-
génèse'.
Chez le Chien dont je m'occupe, il y a en outre un grand nombre de tubes
séminifères qui présentent la disposition normale et classique de l'épithélium
séminal. On y voit notamment la formation connue sous le nom de « sperma-
toblaste » ou mieux de spermatopliore. Cette formation fait défaut dans les
tubes oligospermutiques; elle est contingente, et due principalement, comme
j'ai eu déjà l'occasion de le dire, à la poussée simultanée de générations
cellulaires d'âge différent, évoluant côte à côte d'une façon alternante.
En immense majorité, les cellules séminales sont normales. Mais il y en a
un grand nombre — un plus grand nombre que d'ordinaire — qui ont une
évolution abortive et subissent les processus dégénératifs étudiés par
P. Boum* chez le Cobaye dans des conditions nettement pathologiques. A cet
1 . La conception de la spermatogénèse à laquelle j'ai fait allusion dans les lignes qui
précèdent diffère considérablement de la manière de voir classique. J'en rappelle briève-
ment les points essentiels : les éléments connus sous le nom de « cellules de Sertoli »
sont fusionnés en un syncytium à structure fibrillaire et alvéolaire dans lequel les autres
éléments séminaux sont toujours plongés depuis leur naissance jusqu'à la fin de leur
évolution. Les spermatogonies, d'où proviennent, par karyokinèses et métamorphoses, les
spermatocytes et les spermatides, proviennent elles-mêmes des noyaux et du syncytium
sertolien, par amitose des noyaux, individualisation d'une masse protoplasmique et évolu-
tion de la cellule ainsi formée.
Pour plus de détails, je renvoie à mes communications de l'année dernière :
Cl. Uecaud, I89'J-1. Les glandes génitales, dans le Traité d'histologie pratique de
J. Renaut, t. Il, 2" fasc, Paris, Rueff, 1891).
Id., 1899-2. C. R. de l'Assoc. des Anatomistes , 1" session, Paris, p. 21-31.,
1d., 1899-3. Bibliogr. anat., Yll, 1, p. 39-52.
Id., 1899-4. Verhandl. der Anat. Gesellsch., Xlll» Yersamml., Tûbingen, p. 42-57.
2. P. Boi'iN. Phénomènes cytologiques anormaux dans l'histogenèse et l'atrophie expé-
rimentale du tube séminifèrc. {Thèse de Nancy et Archives d'Anat. microscopique, t. I,
1897.)
travaux' originaux. 27
égard, je ferai remarquer qu'il ne faut pas nécessairement conclure, de la pré-
sence de ces éléments aborlifs, à l'existence d'un processus pathologique :
outre que je les ai rencontrés, en plus ou moins grande abondance, dans
tous les testicules normaux — et ils sont nombreux — que j'ai examinés
depuis deux ans, j'ai trouvé qu'il y en a beaucoup chez les animaux maintenus
en continence forcée pendant longtemps loin des femelles, ainsi que chez les
animaux hibernants (Hérisson, Marmotte) au début du repos testiculaire
hivernal'.
Dans les testicules de ce Chien, on rencontre quelques spermatocytes à
deux noyaux, qui proviennent évidemment de spermatogonies ayant subi la
karyokinèse sans division du corps cellulaire. Mais de telles cellules sont
assez rares. On comprend aisément que, si l'absence de division du cytoplasme
persiste lors des deux mitoses successives du spermatocyle à deux noyaux,
il puisse en résulter des spermatides à plusieurs noyaux. Je crois en effet
que certaines spermatides géantes mullinucléées ont cette origine.
Les spermatides à plusieurs noyaux sont beaucoup plus nombreuses. On
en rencontre à divers stades de leur métamorphose en spermatozoïdes, avec
une fréquence relative très inégale.
Les plus fréquentes sont au stade jeune, avec des noyaux sphériques non
encore modifiés. Beaucoup d'autres montrent un début de inélamorphose du
corps juxtanucléaire (sphère), aux dépens duquel se forme une « vésicule ar-
choplasmique » très développée. Il ne m'a pas encore été possible de suivre
les phases suivantes de leur évolution. Mais j'en ai trouvé plusieurs dans les-
quelles les noyaux étaient devenus des têtes de spermatozoïdes.
11 résulte de cela que plusieurs générations de spermatides, nées à des mo-
nienls différents, ont été exposées à l'influence téralogène. Cette influence
n'a donc pas été instantanée et passagère, mais au contraire persistante. Elle
durait encore aux moments où les testicules ont été fixés, puisque nous allons
voir s'effectuer des mitoses anormales d'où naîtront des tératospermatides.
Les spermatides à noyaux multiples et les mitoses anormales se rencontrent
non seulement dans les tubes oligo-ouaspermatiques, mais encore et surtout
dans les tubes dont l'épithélium séminal a l'aspect ordinaire. Cette constatation
est à retenir. Tantôt ces cellules ont une situation normale dans le syncytium
et rien n'est changé dans leurs rapports ordinaires avec les cellules sémi-
nales voisines, tantôt et le plus souvent, il m'a semblé qu'elles ont une situa-
lion particulièrement superficielle par rapport à l'épithélium. Fréquemment
elles sont dans la lumière des tubes, complètement détachées de l'épithélium,
bien que leur évolution en spermatozoïdes soit bien loin d'être achevée. Cela
1. Cl. Regaud, 1900-2. Dégénérescence des cellules séminales chez les Mammifères, en
Pabsence de tout état pathologique (Comptes tendus de la Société de biologie). Séance
du 17 mars.
28
FiIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
est aussi 1res imporlaiU : on coi^'oit aisément que la perle prématurée de
leurs connexions avec le syncytiuni nourricier puisse être une cause d'évolu-
tion anormale ou de dégénérescence pour ces cellules.
Les spermatides à noyaux multiples peuvent être classées en deux caté-
gories : celles qui ne montrent aucun stigmate de dégénérescence et celles qui
sont en train de dégénérer. La dégénérescence paraît pouvoir débuter i\ un
Fia. 1. — .Spermatide à noyaux multiples,
im'galité frappante des noyaux.
FiG. 2. — Spermatide à noyaux multiples. Les
noyaux, ainsi qu'en témoigne la disposition
de leur chromatine, sortent de mitose.
a
Fia. 4. — Spermatide à noyaux multiples
inégaux, en voie de pycnose.
Fio. 3. — Spermatide à deux noyaux en voie
de reconstruction à la fin d'une mitose,
.absence de division du cytoplasme.
FiG. 1-4. — Chien a?. Testicule enlevé 17 heures après le coït. Fixation par le bichromate acétique,
19.37
coloration à l'hématéine et l'éosine. Grpssissement du dessin —— (1) •
moment quelconque de leur métamorphose en spermatides, mais avec une
fréquence incomparablement plus grande pendant ou immédiatement après
Tune des mitoses spermatocytaires.
(I) Tous les dessins out été faits au moyen de l'appareil Zeiss-Abbe, d'un objectif Zeiss
apochroniatique —^ et d'un oculaire compensateur 12.
1 ,40
TRAVAUX ORIGINAUX. 29
Voici les principaux types de téralospermatides que j'iti observés chez ce
Chien :
a) Spermatides à deux noyaux normaux et égaux. Ce type est le plus fré-
((ueut. L'oriiçine de la malformation ne fait pour moi aucun doute. Jamais
je n'ai rien observé qui puisse faire penser ici à un processus amitotique sur
un noyau de spermatide uninucléée. Je pense que la cause est toujours un
défaut de division du corps cellulaire sur un -spermatocyte de deuxième ordre,
à la fin de la dernière karyokinèse. J'ai d'ailleurs pris sur le fait ce processus
et j'en ai dessiné un exemple parmi plusieurs (f»g. 3). Cependant, un certain
aspect de ces spermatides hinucléées rappelle à première vue un processus
amitotique. Souvent, en effet, on voit les deux noyaux aplatis en face l'un de
l'autre ou même nettement excavés (fig. 10, hérisson). Je me suis convaincu
que cet aspect lient à un début de développement de la « vésicule archoplas-
mique >, entre les deux noyaux contigus; ce qui le démontre, c'est la défor-
mation typique des noyaux des spermatides normales voisines de la térato.s-
permatide. D'ailleurs, on rencontre beaucoup de spermatides'à deux noyaux
contigus, quoique parfaitement sphériques ; ces dernières sont à un- stade
moins avancé que celles à noyaux aplatis ou excavés. Je n'ai malheureuse-
ment pas encore pu suivre plus loin la métamorphose des spermatides à deux
noyaux.
h) Les spermatides à trois noyaux normaux
ctégaux ne sont pas beaucoup plus rares que
les précédentes. Elles présentent parfois la " ^
même déformation du noyau. Leur origine est lu^
manifestement liée à l'existence de mitoses «S.^tlltl
tripolaires régulières sur les spermatocytes de • ^Çî*^
deuxième ordre (fig. 5). De telles mitoses sont. \ ^\
fréquentes.
c) Quehpies spermatides renfermant quatre
ou cinq noyaux normaux et égaux (fig. 2). '7Ù;:.:^.t:T^::::Z
résultent certainement aussi de mitoses à i«-' bichromate acétique, coioratiou
. • .1 1. • 1 -1 , ■ par rhématèiuc et l'éoaine.
quatre OU cmq noies. J ai observe deux OU trois _, ,.
. '■ ' Mitose tripolaire.
mitoses tétrapolaires à peu près régulières.
rf) Mais il paraît difficile d'attribuer à des mitoses pluripolaires régulières
de spermatocytes de deuxième ordre les spermatides assez fré((uenles qui ont
de huit à quinze noyaux et plus, noyaux d'aspect normal et égaux. Il paraît lo-
gique, étant donnée la constatation de spermatocytes de premier ordre à deux
noyaux, de penser à la possibilité de deux mitoses bipolaires ou pluripolaires
successives, sans division du corps cellulaire. Peut-être môme peut-il se faire,
un mélange de mitoses bi- et pluripolaires une seule fois ou deux fois de suite :
il en résulterait, dans ce dernier cas, des spermatides à noyaux nombreux,
30 BIOLIOGRAPIIIE ANATOMIQUE.
très légèrement inégaux. E'Teclivement, on voit parfois dans les spermatides
à noyaux nombreux quelques noyaux un peu plus gros ou plus petits que la
moyenne'. Il s'agit toujours, jusqu'à présent, de noyaux qui ressemblent en
tous points à ceux des spermatides normales. Ces noyaux, lorsqu'ils sont
nombreux, sont toujours groupes en amas compact, ou disposés en couronne.
Je ne sais rien, pour le moment, sur la constitution du ou des corps juxta-
nucléaires de ces tératospermatides, ni sur les détails de leurs métamor-
phoses ultérieures. Beaucoup de ces cellules ne montrent aucun stigmate de
dégénérescence.
Les types précédents peuvent en somme être rapportés à l'absence de
division du corps cellulaire, après des divisions spermatocytaires bi- ou
multipolaires régulières. Il n'en est pas de même des types suivants.
e) Dans un certain nombre de spermatides à noyaux multiples, les noyaux
sont de taille très inégale. Le cas le plus simple est celui d'une spermatide à
deux noyaux, l'un plus gros, l'autre plus petit que la moyenne normale. La
même particularité peut se présenter dans des spermatides à trois, quatre,
etc., noyaux. Tantôt l'inégalité de taille des noyaux, tout en étant manifeste,
n'est pas très considérable; tantôt, au contraire, elle est extrèmsiment mar-
quée. Il en est ainsi dans la tératospermatide représentée par la figure i.
Les noyaux de taille inégale peuvent présenter une structure normale, mais
c'est exceptionnel. Le plus souvent, de telles cellules sont atteintes de dégé-
nérescence ; les noyaux sont pycnotiques, c'est-à-dire que leur chromatinc
est condensée en une sphère, pleine ou creuse, fortement colorable par
l'hématoxyline et d'autres couleurs; le protoplasma est vitreux, lui aussi
fortement colorable par l'éosine, le vert lumière, etc. Dans ces cellules, les
noyaux sont représentés par des boules parfaitement sphériques, de taille
inégale (fig. 4).
L'examen attentif de mes préparations, en me faisant découvrir un grand
nombre de spermatides multinucléées pycnotiques, très variées quant à la
taille et au nombre des noyaux, m'a permis de saisir pour ainsi dire sur le fait
la naissance de ces tératocytes. Le phénomène initial est la production de
mitoses spermalocyl aires, bipolaires ou multipolaires irrégulières.
Dans les testicules de ce Chien, le nombre des mitoses spermatocytaires
est très considérable, probablement même anormalement exagéré. La plu-
part de ces mitoses sont bipolaires et tout à fait régulières. Mais un assez
grand nombre d'autres montrent du refard, de Vinégalité dans la répartition
des chromosomes et enfin, souvent, de la dispersion des chromosomes hors
des limites du fuseau. Le simple retard, l'absence de simultanéité dans la
migration polaire des chromosomes n'est pas un phénomène anormal ; après
1. L'inégalité des noyaux, même dans ce cas, peut aussi résulter de la répartition iné-
gale de la cliromatiue, au cours de mitoses irrégulières (voir plus loin).
TRAVAUX ORIGINAUX. 31
Lenhossék' et d'autres auteurs, je l'ai rencontré bien souvent sur les sper-
matocytes du Rat, et je ne crois pas qu'il en résulte, chez cet animal, des
spermatides tératologiques. Mais chez le Chien dont il est question ici, ce
désaccord est vraiment frappant; il n'est pas rare de voir certains chromo-
somes arrivés aux pôles, alors que la majorité n'a pas encore quitté l'équateur
du fuseau ; ou bien un ou deux sont restés à l'équateur, tandis que les noyaux-
fdssont déjà envoie de reconstitution. Plusieurs fois, j'ai vu la répartition des
chromosomes entre les deux pôles se faire inégalement, l'un étant favorisé
au détriment de l'autre. Enfin, très souvent, on voit des chromosomes aber-
rants, en dehors du fuseau, parfois reliés à l'un des pôles par des filaments
spéciaux, parfois aussi semblant complètement isolés. Dans certaines figures
milosiques, la désorientation est telle que l'on ne reconnaît plus aucune dis-
position normale.
Ces cellules en mitose irrégulière sont
parfois saisies par la dégénérescence en
plein processus de division. J'en représente
ici un exemple remarquable (fig. 6) : dans ^
une grosse cellule, à proloplasma vitreux,
creusé de vacuoles et fortement coloré par
l'éosine, on voit une vingtaine de petits glo- W
bules colorés en violet opaque par l'héma-
léine, tous égaux. Je crois que ces globules
sont des chromosomes pycnoliques qui ont fio. g. — Même préparatiou que pour la
dégénéré isolément au cours d'une mitose. figure 5. Grossissement du dessin — .
Quelques-uns d'entre eux sont encore or- Spermatocyte dégénérant après la ka-
domiéS en une plaque équatoriale ; d'autres ryokinèse. Les chromosomes sont rcpré-
j. . r\ 11 1 1 • sentes par des boules égale», régulières,
sont disperses. Dans cette cellule abortivej intensément colorée^ dont quelques-
un gros corps, coloré en rouge violacé, me V"*'* *°"* """"'•' disposées m plaque
" ' ^ ' équatoriale. Le cytoplasme est vitreux
paraît représenter le corps juxtanucléaire et vacuouirc. 11 y a un gros corps sphé-
du spermatocyte. J'ai observé plusieurs té- f^/a/r s^Lr™ "" '"'^""'"'^
ratocytes analogues, dans lesquels les glo-
bules chromatiques sont très inégaux : ce que j'attribue à la fusion partielle
de chromosomes, avant le début de la dégénérescence.
Bref, je pense que, lors des mitoses spermalocytaires, bipolaires ou multi-
polaires, il se produit parfois une dislocation du fuseau et des chromosomes
qu'il supporte. Tantôt, la cellule est saisie par la dégénérescence et alors
nous est conservée avec la disposition des chromosomes telle qu'elle était au
dernier moment ; tantôt elle continue à évoluer et devient une téralosperma-
lide à noyaux très inégaux. ,
1 . M. V. Lenhossék. Untersuchungen ùber Spermatogenese. (Arch. f. rnOir. Anat. M
Ll, 1898, pi. XllI, fig. 11.)
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Chez ce Chien, je h'jm pas pu suivre le développement ultérieur de ces
léralocyles. J'ignore encore ce que deviennent le corps juxlanucléairc et les
cenlrosomes; je ne sais rien du développement possihle des filaments axiles.
Cependant, il est certain que de telles cellules continuent à évoluer. J'ai ren-
contré, dans la lumière de tubes séminifères, de gros éléments dans lesquels,
à côté de noyaux ayant conservé leur aspect
ordinaire, il y a des tètes de spermatozoïdes
bien reconnaissablos, les unes rudimentaires,
N^y I' '^ ^ '^^ autres bien conformées (tig. 7). Certains
TN"CS"<r^(<gS| afcb. noyaux des spermatides multinucléées possè-
dent donc, à l'exclusion de certains autres, la
potentialité évolutive spécifique. J'espère que
de prochaines recherches, faites avec la mé-
thode de coloration à l'hématoxyline ferrique,
m«; permettront de suivre de plus près l'évo-
lution de ces curieux éléments.
Quelle est la cause de la profonde perturba-
tion apportée dans la spermatogénèse chez ce
Chien? Sans pouvoir encore rien affirmer, je
pense que le coït n'y est pas étranger. On sait
que, chez le Chien, le coït est extrêmement
long; il dure une heure, parfois deux heures
et plus, quand les animaux ne sont pas déran-
gés, ce qui. était le cas ici.
J'émets l'hypothèse que ce coït prolongé « exprime » l'épithélium séminal,
des éléments séminaux qu'il contient. Ceux qui sont mûrs sont rapidement
expulsés, peut-être même éjaculés; un certain nombre d'autres achèvent de
mûrir, rejoignent les précédents ou les remplacent. En tout cas, les rela-
tions entre les cellules séminales (spermatocytes et spermatides) et le syncy-
tium nourricier sont probablement compromises sur bien des points el il
peut en résulter une fréquence anormale de tératocytes de tout ordre.
J'ai réalisé, avec un élève du laboratoire d'histologie, M. Slnat, un cer-
tain nombre d'expériences sur des Lapins, sans obtenir, dans les testicules
de ces animaux prélevés un temps déterminé après le coït, des phénomènes
comparables à ceux que j'ai observés chez le Chien. Mais les conditions sont
très différentes chez ces deux espèces. J'espère que de nouvelles expériences
sur le (]hien transformeront en certitude l'hypothèse que j'ai formulée plus
haut. J'aurai d'ailleurs l'occasion de reparler de l'influence du coït, à propos
du Porc 1 (v. plus loin). v
Via. 7. — Même préparation que pour
la figure 5.
Spermatozoïde monstrueux trouvé
près de l'abouchement d'un tute sé-
niinifèrc dans le rete teatis. Cette
cellule contient deux noyaux non
transformés et 18 têtes de sperma-
tozoïdes, rudimentaires, vues les
unes de profil, les antres de face ou
obliquement.
Chien XXXIX. — Ce chien adulte et d'aspect absolument sain a été sou-
mis à une intoxication diphtérique, dans le but de déterminer des lésions du
TRAVAUX ORIGINAUX.
3S
myocarde. Il lut tué, encore malade, environ trois semaines après l'into-vi-
cation. Le testicule droit était petit, mou au toucher et fibreux à la coupe.
L'autre paraissait normal.
Je ne parlerai pas du petit testicule qui est très intéressant à plusieurs
autres points de vue, mais pas à celui dont je m'occupe actuellement.
L'examen histologique a montré que le testicule gauche, qui paraissait
normal, ne l'est pas en réalité. Un grand nombre de lubes sont tapissés, il
/ •
Fio. 8.
• Testicule du Hérisson II. Spermatide géante contenant 35 noyaux. Les contours des noyaux
ont été de.s.siné8 à la chambre claire.
est vrai, par l'épithélium séminal habituel; mais beaucoup sont complètement
aspermatogènes ou bien oligosperinatogènes. Enfin, en de nombreux points,
les tubes sont tout a fait rudimenlaires ou même ont disparu: leur place est
occupée par des nodules compacts de cellules interstitielles richement déve-
loppées, nodules très vasculaires et ressemblant étrangement à du tissu glan-
dulaire à sécrétion interne.
Je m'empresse d'ajouter que je n'attribue pas à l'intoxication diphtérique
le moindre rôle dans l'édification de Qes lésions iesticulaires. Ce sont là des
lésions anciennes, dues probablement à un processus innammaloire passé à
l'état chronique ou bien ayant laissé des cicatrices. Ce processus a frappé
principalement le testicule droit.
Dans les tubes séminifères du testicule gauche, on rencontre un grand
BlULIOOK. ANAT., T. VIII, rASC. 1.
34- DIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
nombre de cellules séminales à noyaux mwlliples. Les spermalocyles ren-
fermant de 2 à 7 noyaux sont abondants. Les mitoses spermatocylaires assez
rares, infiniment moins abondantes que cbez le Chien « p, se terminent sou-
vent par pycnose des éléments chromatiques. J'ai rencontré des spermato-
cyles de deuxième ordre à plusieurs noyaux. Les spermatides polynucléées
sont très nombreuses. Mieux que chez le Chien ap, on peut suivre leur
évolution. On voit ainsi qu'il peut se développer une vésicule archoplasmique
commune, autour de la(|uelle les noyaux sont rangés en couronne. D'autres
fois, il y a plusieurs vésicules archoplasmiques. Souvent, les noya ix sont
munis d'une « manchette caudale » traversée par un filament axile qui sort
ensuite de la cellule. Enfin, j'ai vu plusieurs exemples de ces tératosperma-
tides dont les noyaux avaient subi la métamorphose en têtes de spermato-
zoïdes: l'une de ces cellules contenait, outre plusieurs noyaux non transfor-
més, plus de 30 têtes de spermatozoïdes ! La signification des noyaux non
transformés, coexistant dans la même cellule avec des têtes de spermato-
zoïdes, m'échappe absolument.
Je n'insiste pas davantage sur ce Chien. Les tératocytes qu'il m'a montrés
sont susceptibles d'être expliqués de la même façon que pour le Chien a p.
Quant à la cause tératogène, elle est obscure, en raison de la complexité des
influences pathologiques auxquelles le testicule a été soumis ; il n'est pas
possible de faire la part qui revient à l'intoxication diphtérique et de ce qui
est dû à la lésion chronique antérieure.
Verrat I. — Cet animal était un adulte jeune, tué à l'abattoir, après avoir
couvert trois femelles en vingt-quatre heures.
Certaines parties du testicule sont tout à fait» normales. D'autres, dans le
même organe , sont extraordinairement bouleversées. Le tissu conjonclif
inlertubulaire occupé, comme on* le sait, en majeure partie chez cet animal
par des cellules interstitielles d'aspect épithélioïde, est infiltré de leucocytes
polynucléaires. Les vaisseaux capillaires sont gorgés de sang et en beaucoup
d'endroits, il y a des hémorragies interstitielles; l'épithélium séminal est
partout disloqué et on y trouve une quantité prodigieuse de tératocytes à
noyaux multiples.
Ces tératocytes présentent la plus grande variété : spermatocytes à toutes
les phases, contenant de 2 à iO noyaux et plus, les uns pycnotiques, les
autres de structure normale ; les uns à noyaux égaux, d'autres à noyaux très
inégaux, géants et nains ; mitoses absolument désordonnées, dont beaucoup
dégénèrent par chromosomes isolés ou par groupe de chromosomes; sperma-
tides contenant un nombre quelconque de noyaux, dégénérées ou non, à toutes
les phases de leur métamorphose. Nulle part, dans les régions ainsi troublées,
on ne retrouve l'ordonnance normale de l'épithélium séminal.
Je ne ferai pas ici la description détaillée des divers types de tératocytes
TRAVAUX ORIGINAUX. J35
que j'ai rencontrés dans ce testicule. Ce qui est le plus frappant, ce sont les
spermatocytes renfermant à la fois des noyaux géants et des noyaux nains :
tératocylôs dus évidemment à la répartition inégale des chromosomes, lors
des mitoses bi- ou pluripolaires des spermatogonies.
Faut-il, ici encore, incriminer le coït, comme cause des perturbations ren-
contrées dans le testicule? On est tenté de le faire, mais il est préférable de
rester réservé en attendant de nouveaux documents. Je ferai remarquer ce-
pendant que la congestion intense du tissu conjonclif et son infiltration par
de nombreux leucocytes sont des phénomènes aigus, récents, peut-être impu-
tables au coït répété et en tout cas parfaitement capables d'avoir causé le
bouleversement de l'épilhélium séminal.
Hérisson II. — Ce Hérisson, adulte et sain, a été tué le 25 novembre,
avant l'hibernalion.
Les testicules ne présentent aucune lésion, mais la spermalogénèse y est
KiG. 10. — Sperinatiile à deux noyaux accolés
; " ' et séparés par une fente d'aspect amito-
tique. Cet aspect tient au développement
Fio. 9. - Spennatide à deux noyaux jeunes, 'l'""»» « vésicnle archoplasmique . commune
non encore modifiés et un peu inégaux. ""^ ''"ux noyaux. Les spermatides voi.sincs
à an seul noyau avaient la même forme.
Fia. 9 et 10. — Testicule du Hérisson II. Fixation par le mélange de HouiN. Coloration par l'béma-
téine et l'éosine.
notablement ralentie. Toutefois, on n'y voit qu'un petit nombre de tubes oli-
gospermatiques et pas de tubes tout à fait aspermatogônes. Seulement, il y a
très peu de mitoses; çà et là des vides se font dans l'épithélium séminal,
dégarnissant le syncytium sertolien. Enfin, phénomène très remarquable, il
se forme dans la couche génératrice un très grand nombre de spermatogonies
oviformes (ovules mflles). Je ne fais que signaler ici ce dernier fait sur lequel
je compte revenir en détail prochainement.
Le nombre des cellules séminales abortives est plus considérable que d'or-
dinaire. Les cellules à noyaux multiples sont en nombre qiodéré, comme
chez le Chien a p. Je n'en donnerai pas la description détaillée pour ne pas
faire d'inutiles repétitions. Parmi les spermatides multinucléées, le plus
grand nombre ne sont nullement dégénérées. Les pycnoses sont très rares.
Certaines spermatides sont vraiment gigantesques. J'en ai vu qui contenaient
30 à 40 noyaux.
30 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
J'ai pu suivre assez bien, sur des coupes fixées par le mélange picro-for-
mol-acétique de Boum et colorées à l'iiémaloxyline ferrique, les métamor-
phoses successives des centrosomes, la croissance du filament axile et les
transformations du noyau. J'ai vu des spermatozoïdes jumeaux possédant
deux tètes, deux queues et unis par une masse proloplasmique commune
englobant les têtes, mais je n'ai pas encore pu trouver de tels éléments en
assez grand nombre pour suivre pas à pas leurs dernières métamorphoses.
FiO. 11. — Testicule du Hérisson II. Même
préparation que pour la figure 8. Grossisse-
1371
1
ment du de.ssin '
Spermatide à noyaux multiples (sur 15
noyaux, 11 seulement ont été dessinés).
FlO. 12. — Testicule du lléii son II. Même
préparation que pour la figure 8.
Spermatozoïde monstrueux, analogue
à celui de la figure 7.
Chez ce Hérisson, j'ai rencontré quelques mitoses pluripolaires irrégu-
lières.
Le mécanisme de la formation des spermatides à noyaux multiples me paraît
le même que celui exposé à propos du Chien a p.
Quant à la cause tératogène, elle dépend probablement du ralentis.sement
de la spermatogénèse précédant le repos testiculaire hibernal. J'ai examiné,
pour essayer de m'en assurer, plusieurs testicules appartenant à d'autres
Hérissons; mais je n'ai pas retrouvé cette période de ralentissement probable-
ment très brève; ces testicules étaient déjà au repos. Je n'ai pas davantage
encore pu tomber, chez la Marmotte, sur la phase préhibernale. Ce n'est
donc que sous tputes réserves que j'émets l'idée d'une relation entre le com-
mencement du repos hivernal et la production des tératocytes séminaux.
11 est probable ({ue les cellules séminales à noyaux multiples ont été obser-
vées depuis longtemps. On sait que les premiers histologistes qui ont étudié
la spermatogénèse des Mammifères (Henle, Kolliker, La Valette Saint-
TRAVAUX ORIGINAUX. 37
George", etc.) adinetlaienl l'existence de certaines cellules à noyaux mul-
tiples, spermatocytes ou spermato gemmes, qu'ils considéraient comme une
phase normale précédant l'individualisation des cellules séminales définitives.
Ebner (1888)* a montré que ces spermatocytes sont des produits artificiels
résultant de l'accolement et du fusionnnement de cellules en réalité isolées,
sous l'influence des réactifs dits physiologiques (sérum artificiel, humeur
aqueuse, etc.) dont on se servait pour dissocier le parenchyme testiculaire
frais. Peut-être les spermatocytes avaient-ils, sinon toujours, du moins dans
un certain nombre de cas, une existence réelle.
Dans les testicules pathologiques, les cellules séminales à noyaux multiples
sont sans doute très fréquentes, et il est probable qu'elles ont déjà été signa-
lées çà et IJ» dans les descriptions isolées des lésions lesliculaires. Je n'ai pas
encore eu le temps de m'en assurer.
On trouve, dans le travail de Moore(1894)', que les spermatides du Chien
sont souvent polynucléées. L'auteur admet que, normalement, les sperma-
tides de cet animal se divisent par amitose. Après avoir moi-même étudié la
spermatogénèse du Chien, je me suis assuré que les spermatides naissent bien,
comme chez le Rat, le Cobaye, etc., par une double :nitose des spermato-
cytes. Comme chez tous les Mammifères jusqu'ici étudiés, entre ces deux
mitoses il y a une phase de repos qui correspond à la forme cellulaire que
Lenhossék (1898) appelle ce//M/erf'EBNER. En résumé : première mitose (grosse
mitose) sur un spermatocyte de premier ordre, donnant naissance à deux
spermatocytes de deuxième ordre, — chaque spermatocyte de deuxième
ordre se constitue à l'état de repos complet {cellule ^'Erner), — chaque cel-
lule d'EBNER, par une deuxième mitose spermatocytaire (petite mitose), donne
naissance à quatre spermatides qui ne se divisent plus, ni par mitose, ni par
amitose, mais se transforment chacune en spermatozoïdes. Certes, les divers
Mammifères diffèrent entre eux par de nombreux détails cytologiques inté-
1 . La Valette Saint George [Die Spermatogcnesc bei den Sûugethieren und dem
Menschen, Programme, Bonn, 1898,25 pp. 1 pi.) admet encore Texistence, dans l'épithé-
lium séminal de Phomme, de spermaiogemmes, ou cellules séminales à noyaux multiples
(/oc. cit. p. 19). « De telles formations sont très rares •, dit-il. Il s'agit vraisemblable-
ment de lérato-spermalides à noyaux multiples.
2 Ebner (V. vos). Zur Spermatogénèse bei den Sâugethieren. (Arch. f. mikr. Anat.
M XXXI, 1888; voy. p. 249-250.)
3. HooRE (J. E. S.). Some points in Ihe Spermatogenesis of mammalia. (Jnlernat.
Journ. of anat. XI, 1894.) « In dogs, (he spermatids at a period obviously corresponding
to the one whicli l hâve just described (chez le Rat), schow numcrous groups of three,
four, or even five nuclei, in the same irregular raass of cytoplasm. Thèse multi-nucleate
masses are by no means uncommon throughout mammailan and other spermatogeneses.
In dogs there is not the slightest doubt that they résuit from repeated a kinelic division
of the nucleus. I hâve represenled stages of this process in figures 30, 31 ; theoretically,
it seenis to hâve a great deal of iraporlance... » (P. 151-152 )
38 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
ressant les dernières comme les premières phases du processus spermalo-
génétique, mais le plan général ne varie pas. Je pense donc que les sperma-
tides mullinucléées de Moore sont des lératocytes. Quant à ce que Moore
croit être un processus amitotique, j'ai dit plus haut que c'est une apparence
due au développement de la « vésicule archoplasmique » entre deux noyaux
conligus.
Récemment, Sappin Trouffy (1899)' a repris, pour la spermatogénèse
de l'Homme, l'idée émise par Moore pour le Chien. Il est utile de remar-
quer que la pièce unique qui a servi à l'auteur à établir ce qu'il croit être un
processus normal est un testicule tuberculeux. D'après Sappin-Trouffy, les
cellules séminales se divisent d'abord par division indirecte, puis par division
directe ou fragmentation. La fragmentation aboutit à la formation de cellules
à quatre noyaux; ce serait un processus de réduction chromatique. Sans
avoir vu les préparations sur lesquelles la description de ce processus est
fondée, on ne saurait savoir avec certitude si l'auteur a vu réellement des
spermatides se fragmenter par amitose, ou bien s'il s'est trouvé en présence
de téralospermatides. En tous cas, la prétention de l'auteur d'ériger en loi
normale pour l'Homme les faits bizarres qu'il décrit sommairement d'après
un cas pathologique, se passe de commentaires. On s'aperçoit d'ailleurs, à la
lecture de la note et du mémoire de Sappin-Trouffy, qu'il n'est bien familier
ni avec la cytologie en général, ni avec la spermatogénèse en particulier.
Il y a quelques semaines, Ivar Broman {toc. cit.) a fait connaître la pré-
sence de spermatides géantes mullinucléées dans les ampoules lesticulaires
de Bombinalor igneus, particulièrement en août et en septembre. Les noyaux
sont généralement nombreux ; ils sont tantôt égaux, tantôt inégaux. Les
figures 1-3 que donne l'auteur sont tout à fait comparables à ce que j'ai moi-
môme observé chez les Mammifères. La structure des noyaux concorde géné-
ralement avec ce qu'on voit dans les spermatides normales du même animal.
L'auteur s'attache particulièrement à décrire la sphère (idiosome de Meves',
corps juxtanucléaire), les centrosomes et les rapports que ces deux forma-
lions ont avec les noyaux. Dans les téralospermatides de Bombinalor, la
sphère est unique, placée au centre de l'espace occupé par les noyaux; tantôt
elle est nettement limitée, tantôt elle envoie des prolongements dans le pro-
1. Sappin-Troi'ffy, Division du noyau dans la spermatogénèse chez Thomme. (C.R. de
t'Acad. des sciences de Paris, séance du 17 juillet 1899, p. 171-174, et Thèse de doc-
toral en médecine, Paris 1899, De la spermatogénèse dans un testicule tuberculeux chez
Thomme.
2. Meves (Ueber eine Métamorphose der Attractionssphâre ia den Spermalogonien von
Salamandra maculosa. Arch. /. mikr. Anat. Bd XXXXIV, p. 119-184, pi. YII-Xl) a étudie
plusieurs processus tératologiques dégénératifs intéressant les spermatogouies : les sperma-
togonies à noyaux multiples (p. 170-174, fig. 61-G3) et les spermatogonies à noyaux
dégénérés (p. 167-170, lig. G6-74)
TRAVAUX ORIGINAUX. 30
loplasma. Les cenlrosomes sont généralement disposés par paires, à la péri-
phérie de la sphère ou dans son intérieur. Les noyaux présentent souvent
des prolongements dirigés vers la sphère et en rapport avec elle : je n'ai rien
vu de semblable jusqu'à présent chez les mammifères.
Les spermatocytes, d'oii proviennent les spermatides multinucléées sont
des Qellules énormes à noyaux très gros ; ces spermatocytes géants se divi-
sent par mitoses pluripolaires. Ivar Broman décrit avec soin ces mitoses et
il signale les irrégularités dans la répartition des chromosomes. Il pense
que les chromosomes isolés peuvent devenir de petits noyaux.
Des spermatides multinucléées du Bomhinalor, les unes dégénèrent, d'au-
tres subissent les métamorphoses habituelles des sperm itides. Dans quelques
cas, il peut en résulter des spermies géantes et téralologiques.
Je citerai, en terminant, une note tout à fait récente de Bouin et Garnier'
dans laquelle ces auteurs signalent sommairement la présence de nombreux
« kystes spermatiques » dans les tubes séminifères de llats chroniquement
into.\iqués par l'alcool.
Dans l'ovaire, on a observé très fréquemment des ovules à noyaux mul-
tiples, chez le fœtus, le nouveau-né et l'adulte. Jusqu'à ces derniers temps,
on les a généralement considérés comme des monstruosités.
Récemment, Stôckel * a observé des signes de multiplication amitotique
des noyaux ovulaires chez une femme adulte et une fille nouveau-née ; dans
ces deux cas, les follicules de De Graaf multiovulaires et les ovules multi-
nucléaires étaient abondants. Pour Stôckel, l'amitose fait partie du processus
normal du développement des cellules sexuelles femelles ; les ovules à deux
ou plusieurs noyaux, les follicules à deux ou plusieurs ovules et les groupes
de follicules tellement rapprochés qu'ils semblent isogéniques, sont la consé-
quence de celte multiplication amitotique s'effectuant même chez l'adulte.
Preussen ' avait d'ailleurs déjà décrit la nuiltiplicalion amitotique des ovules
chez les Hémiptères.
H. Rabl% tout en reconnaissant l'exactitude matérielle des faits décrits
par Stôckel, critique l'interprétation qu'il leur donne. Il refuse d'admettre
que les follicules multiovulaires et les ovules multinucléés sont le résultat de
1. P. Bouin et C. Garnier, Altérations du tube séminifère au cours de ralcoolisme ex-
périmental chez le rat blanc. (C. R. de la Soc. de Biologie, 13 janvier 1900.)
2. Stôckel, Uebcr Theilungsvorgônge in Piimordialeiem bel einer Erwachsenen. ^rcA. f.
inikr. Anaf. M LUI, H. 3.
3. Prelsskn, L'eber die aniitotische Kerntheilung in den Ovarien der Hemipteren. Zeitschr.
f. wiss. Zool. Bd LiX.
4. Rabl (H.), Mehrkernige Eizellen und mehreiige Follikel. Arch. /. mikr. Anat. Bd LIV,
H. 4. 1899.
40 BinLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
la division amitotique ; il attribue soit à une illusion d'optique, soit à une
technique défectueuse les signes d'amitose nucléaire vus par Stôckel. Il pré-
fère expliquer ces faits par le fusionnement d'ovules distincts en un ovule
unique multinucléé, puis peut-être môme des noyaux distincts de cet ovule
en un noyau unique. Cette dernière hypothèse, déjà soutenue par quelques
auteurs, notamment par Eismond ', me paraît étrange ; d'ailleurs Rabl /l'ap-
porte pas d'arguments pour sa défense.
Pour ma part, je n'ai pas encore fait de recherches personnelles pour véri-
fier la manière de voir de Stôckel relativement à la multiplication par ami-
tose dés noyaux ovulaires, mais je ne serais nullement surpris que les obser-
vations et l'interprétation de cet auteur soient exactes. Je suis en effet
absolument convaincu que le renouvellement des spermatogonies, dans l'épi-
Ihélium séminal, se fait par division directe des noyaux de Sertoli ; je prévois
donc à priori la découverte de la multiplication amitotique des ovules à une
certaine période de leur histoire généalogique. D'autre part, je considère
comme invraisemblable l'opinion, soutenue notamment par Nagel % que les
ovules cessent de se multiplier après la naissance ; je crois, comme Pala-
DiNO, à la régénération continue du parenchyme ovarique chez les Mammi-
fères adultes.
A quelle formation, dans l'épitliélium séminal, correspondent donc les
ovules mullinucléés? Quelques-uns d'entre eux, ceux qu'on observe, très
rarement d'ailleurs, dans les follicules adultes, sont probablement les équi-
valents des tératocytes séminaux que j'ai décrits dans les pages précédentes.
Mais la plupart, ceux qu'on observe en si grand nombre .dans les follicules
embryonnaires, correspondent peut-être aux cellules de Sertoli fusionnées en
un syncytium, et produisant les spermatogonies paramitose. Une observation
de Stôckel et de H. Rabl vient à l'appui de celte hypothèse. Fréquemment,
dit Rabl (p. 430), l'individuaUsation des corps cellulaires dans un ovule à
noyaux multiples, n'a pas lieu simultanément autour de chaque noyau; on
voit d'abord une seule cellule s'individualiser par un contour propre au sein
de la masse indivise. La cellule est globuleuse, tandis que le reste de la
masse multinucléée est falciforme. Dans les ovules à trois noyaux, cette indi-
vidualisation non simultanée paraît même être la règle. — Ce processus res-
semble singulièrement à l'individualisation du corps cellulaire des spermato-
gonies au sein du syncytium sertolien(C. Regaud, 1899-4).
Je terminerai par la réflexion suivante : il y a certainement une comparaison
h faire entre la généalogie des cellules sexuelles mâle et femelle ; mais,
quelque désirable et hautement intéressante que soit cette comparaison, l'in-
1. Eismond, Sur l'état plurinucléaire des cellules en général et des cellules- œufs en
particulier. Blbliogr. anat. T. VI.
2. Nagel, Das menschliche Ei. Arch. f. mikr. Anat. M XXXI.
TRAVAUX ORIGINAUX. 41
sufiisance de nos connaissances actuelles ne permet pas de l'établir avec
certitude.
Voici le résumé des principaux faits qui se dégagent du présent travail :
I. — Dans les testicules de Mammifères, même tout à fait normaux, il y a
toujours un plus ou moins grand nombre de cellules séminales abortives qui
dégénèrent, d'une façon ou d'une autre, au cours de leur évolution. Ce phéno-
mène doit être rapproché de Yévolution ahorlive des follicules de De Graaf
de l'ovaire.
il. — Moins fréquemment, quoique souvent encore, il se produit des cel-
lules séminales tératologiques, ou tératocytes séminaux, à plusieurs noyaux.
Ces cellules sont des spermatocytes de premier ou de deuxième ordre, ou
des spermatides.
III. — Ces cellules à noyaux multiples se forment à la suite d'anomalies
dans les mitoses des spermatogonies et des spermatocytes. Ces anomalies
sont de deux genres: 1° les anomalies dans la répartition des chromosomes,
les mitoses pluripolaires et les mitoses irrégulières; Î2'' l'absence de division
du cytoplasme. Les premières déterminent l'inégalité des noyaux.
IV. — Parmi ces tératocytes, les uns dégénèrent à un stade quelconque,
après la mitose anormale originelle, les autres évoluent d'une façon compa-
rable et parallèle à celle des cellules normales de môme espèce. En particu-
lier, certaines tératospermalides deviennent des spermatozoïdes monstrueux.
V. — La cause tératogène immédiate est peut-être une perturbation dans
les rapports nourriciers entre les cellules séminales et le syncytium sertolien.
VL — Les causes premières de cette perturbation sont multiples et com-
plexes; parmi elles, on peut citer: des conditions pathologiques générales
communes à tout l'organisme ou spéciales au testicule, le coït effectué dans
certaines conditions (?), le relentissement préhibernal (chez les animaux hi-
bernants), etc.
VIL — Les phénomènes de division directe ou de fragmentation nucléaire,
décrits par plusieurs auteurs dans les spermatides de divers Mammifères,
n'ont probablement pas une existence réelle, dans tous les cas, et ne répon-
dent pas à un processus normal.
Lyon, le 11 février 1900.
ADDENDUM
Depuis la rédaction de cet article, j'ai eu l'occasion d'examiner les testi-
cules d'un supplicié et d'étudier à nouveau des préparations provenant d'un
autre supplicié, que je n'avais pas revues depuis plusieurs mois. Ces deux
-ilâ BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
hommes avaient l'un et l'autre un testicule atrophié par suite d'orchite bien
norrhagique ancienne ; l'autre testicule n'avait que des lésions minimes (cas
ancien, V***) ou paraissait sain (cas récent, G***). Je sais de source certaine
que ces deux hommes, surtout G***, se livraient, en prison et encore peu de
temps avant leur exécution, à une masturbation excessive. Dans l'un et l'autre
cas, la spermatogénèse présente de nombreuses anomalies, entre autres la
production de spermalides à noyaux multiples. De l'étude de ces deux testi-
cules est ressortie pour moi la confirmation, en ce qui concerne l'homme,
de l'opinion que j'ai exprimée au sujet des recherches de Moore et de Sap-
pin-Trouffy. (Voir aussi : G. Regaud, Soc. de biologie, séances des 24 et
30 mars 1900.)
J'ai été appelé récemment à examiner du sperme éjaculé d'Un neurasthé-
nique. J'y ai trouvé plusieurs spermatozoïdes monstrueux, ayant deux têtes
et une queue et parfaitement vivants.
(Travail du Laboratoire d'histologie de la Faculté de médecine de Lyon.)
DOGUiMENTS RECUEILLIS
' A LA
SALLE DE DISSECTION DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE
DE NANCY
(SEMESTRE D'HIVER 1899-1900)
Par le D' ANCEL
CHRF DE liABORATOIRB D ' A N A T O MI B HORMALE
Nous avons réuni ces documents en songeant surtout à leur utilisation au
point de vue anthropologique. Fixer la fréquence du plus grand nombre pos-
sible des dispositions anatomiques anormales chez les individus habitant une
même région : tel est notre but. Son utilité est trop évidente et les arguments
qui ont servi à la démontrer trop connus pour que nous nous permettions
d'insister. Jamais en France cependant nous n'avons vu de tentatives en ce
sens. A Strasbourg, Schwalbe et Pfitzner ', aux travaux si connus desquels
nous ren oyons le lecteur, donnaient les résultats auxquels ils étaient arrivés
en poursuivant le même but. En Angleterre, peu auparavant, des éludes du
même genre avaient été entreprises. Les résultats auxquels sont arrivés ces
différents auteurs montrent très nettement tout le bénéfice qu'il y a à retirer
pour l'anthropologie des statistiques sur les anomalies, mais ils font aussi
parfaitement comprendre que le travail doit être de longue haleine. Notre
but étant de fixer les variations anatomiques chez les individus nés en Lor-
raine, il est bien certain que pour l'atteindre il faut des observations très
nombreuses, les ressources du laboratoire d'anatomie ne nous permettant
d'en réunir en un semestre qu'une assez faible quantité, ce n'est qu'après
un bon nombre d'années qu'il sera possible d'arriver à des résultats inté-
ressants. Là est la raison qui nous oblige à ne considérer nos résultats que
comme des documents et nous interdit d'en tirer actuellement aucune
conclusion.
Nous avons donné à chaque étudiant une feuille sur laquelle étaient ins-
crites quelques anomalies tant musculaires que nerveuses, osseuses qu'arté-
rielles, lui demandant de signaler celles qu'il rencontrerait au cours de la dis-
1. Yarietaten statistik und Authropologie. (Analomischer Anzeiger, Jahrg. IV, n*> 23,
p. 705 [1889] et Jahrg. VI, n" 20 et 21, p. 573 [1891].)
4-4 DIIJLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
section. Profilant de l'expérience de Schwalbe et Pfitzner, nous n'avons
posé que des questions simples et peu nombreuses. Ces listes d'anomalies
sont assez semblables à celles qu'ils ont publiées, nous n'y avons introduit
que quelques changements.
Bien que guidé vers un but anthropologique, nous avons cependant songé
à utiliser aussi nos observations au point de vue anatomique. Nous avons
pour cette raison établi plusieurs statistiques. La première, générale, porte
sur 61 cadavres. La secojide enregistre les résultats obtenus au point de vue
sexuel (41 hommes, 20 femmes). La troisième étudie les individus nés en
Lorraine (29), les autres ont été laissées de côté à cause de leur provenance
très variée. Nous avons ajouté une quatrième statistique portant sur les
aliénés ; l'asile de Maréville nous a envoyé pendant ce semestre 26 sujets
(13 hommes et 13 femmes); étant donné ce chiffre assez élevé par compa-
raison avec le nombre total de sujets mis à notre disposition, nous avons cru
possible d'utiliser nos matériaux de cette façon toute spéciale. Les cadavres
qui arrivent à la salle de dissection étant assez souvent autopsiés, nous n'avons
eu à notre disposition que 32 sujets entiers. Ce nombre est celui de nos
recherches concernant le thorax et l'abdomen.
Nous avons trouvé, à l'accomplissement de ces recherches, un double avan-
tage, le premier intéressant le point de vue anatomique et anthropologique,
le second celui de l'enseignement. L'étudiant auquel sont posées des ques-
tions précises est obligé de disséquer avec plus de soins et d'attention. Il
finit par s'intéresser plus qu'auparavant aux anomalies de toute nature que
l'on rencontre toujours sur un cadavre, son intelligence est en éveil, il
cherche.
Pourtant les résultats n'ont pas été aussi satisfaisants que nous l'espérions.
Les renseignements sur l'âge, le lieu de naissance, le domicile du mort ne
nous sont parvenus régulièrement qu'au bout d'un certain temps. Différentes
circonstances, et en particulier l'inexactitude de certains renseignements, nous
ont obligé à remettre à l'année suivante l'étude de différents points essentiels
qui manquent à notre liste. Ce sont surtout les diamètres principaux du crâne,
l'indice scapulaire, le lieu de division de l'aorte, le nombre des côtes, celui
des vertèbres, le développement plus ou moins grand de l'artère sacrée
moyenne, l'absence du petit psoas et la bifidité de l'utérus.
Nous avons, durant ce semestre, recueilli beaucoup d'autres dispositions
anatomiques anormales. Parmi ces anomalies, la plupart, quoique trop rares
pour prendre fang, dès maintenant, dans une statistique aussi générale que
la nôtre, ne méritent même pas d'être citées. Telles entre autres la pédieuse
naissant de la péronière, les multiples anomalies de l'arcade palmaire, la divi-
sion du nerf sous-orbitaire en deux branches, etc.... Nous ne rapporterons
que les moins connues. Nos recherches bibliographiques, un peu superfi-
cielles, d'ailleurs, nous laissent croire que plusieurs sont inédites.
TRAVAUX ORIGINAUX.
/*5
Nous reproduisons les questions posées aux étudiants et, comme réponse,
le pour-cent obtenu.
Tête.
Division de la carotide primitive :
o) A angle aigu
b) En candélabre
Naissance de Tartère laryngée supérieure :
a) De la carotide primitive
b) De la carotide externe
c) De la thyroïdienne supérieure . . .
Tronc.
Muscle pyramidal manque
Muscle sternal présent
Diverticule de Meckel présent
Position du caecum :
a) Haute
b) Moyenne
c) Basse . %
Multiplicité des artères rénales
Hiatus de Winslow imperméable
Absence des faisceaux sternaux du dia-
phragme
Membre supérieur.
Annulaire plus long que Pindex
Index plus long que l'annulaire
Muscle biceps brachial à trois chefs venant :
a) Du coraco-brachial
b) Du grand pectoral
c) De Thumérus
Muscle petit rond :
a) Incomplètement séparé
b) Manque
Muscle petit palmaire :
a) Normal, mais faible
b) Tendineux, puis charnu
c) Absent
Artère rachiale. Naissance prématurée. . ;•
Artère cubitale. Naissance prématurée. . .
Nerf niusculo-putané :
a) Ne perfore pas le coraco-brachial .
b) Absent
Apophyse sus-épitrochléenne
5" -3
■g a
SQ
i«
p. 100.
83,9
16,4
7,7
34,9
57,3
22,7
ô
3,85
22,5
52,5
15
23,3
30,83
*,2
95,1
4,8
31,2
16,1
2,4
12,2
40,6
1,1
35,2
11,3
12,2
8,81
8,81
11,1
2,*
p. 100.
75
25
41,6
58,3
27,3
7,1
72,7
18,2
10
30
94,4
5,4
35,1
21,6
13,5
41,4
31,5
7,8
18,4
11,7
11,7
7,8
p. 100.
76,9
23,7
15,3
15,3
69,2
26,1
.0
7,69
75
16,6
41,6
8,4
90,2
9,7
23,2
11,6
4,6
6,9
40,7
2,3
22,7
22,7
11,3
7,6
7,6
13,6
4,8
p. 100.
90,9
9,9
54,4
45,4
18,2
10
20
50
30
30
20
100
39,2
21,7
17,3
40,5
47,8
13,1
10
10
8,6
p. 100.
88,8
10,1
11,1
55,5
33,3
18,7
6,6
6,6
20
66,6
13,3
21,4
28,b
88,4
11,5
19,2
15,4
3,8
47,9
30,7
11,5
7,7
4,5
4,5
16
46
BIRLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Membre inférieur.
Premier orleil plus long que le second. . .
Deuxième orteil plus long que le premier. .
Muscle pyramidal traversé par le nerf scia-
tique externe
Muscle carré crural absent '.
Muscle plantaire grêle absent
Muscle péronier antérieur absent .....
Quatrième tendon du court fléchisseur des
orteils :
a) Fort
b) Faible
c) Absent
Artère obturatrice venue de :
a) I/hypogastrique
b) L'épigastrique
c) L'iliaque externe
Artère poplitée divisée au-dessus du muscle
poplité . . ■
Nerf sciatique divisé au-dessus du milieu de
la cuisse
Nerf saphène externe ne fournit pas les trois
derniers collatéraux du pied
p. 100.
91,9
30,4
8,2
5,9
15;9
19,1
46,6
34,7
89,5
4,5
.5,7
53,25
42,8.
p. 100.
91,7
8,4
20,6
■ 5,7
7,8
17,6
26,4
41,2
.32,3
100
60
47,4
p. 100.
95,8
4,2
20,8
2,1
8,3
13,4
58,7
19,5
93,1
6,9
.5 ^
50
42,4
p. ICO.
88
12
40
14,3
3,5
18,5
15,5
34,6
50
86,3
9,1
4,5
56.5
43,8
p. 100.
84,4
15,6
33,3
3
9,1
18,7
12,9
51,6
35, b
83,3
8^3
8,3
48
40
La comparaison de nos résultais avec ceux publiés par Schwalbe et Pfitzner
nous montre qu'en règle générale nos pour-cent sont plus élevés que les leurs,
fait probablement dû en grande partie, ainsi que ces auteurs le démontrent,
au petit nombre de nos observations, ta. divergence est surtout grande quand
il s'agit de l'absence de muscles. L'absence du- quatrième tendon du court
fléchisseur des orteils, constatée par ces auteurs dans une proportion de 19,1
p. 100, a été reconnue par nous 34,7 fois sur 100 cas et 35,4 chez les aliénés.
Parmi les exemples les plus frappants, citons aussi l'absence fréquente du
muscle pyramidal (13,5 Schwalbe, 22,73 statistique générale, 27,2 Lorrains).
Seul le muscle petit rond manquait moins souvent dans nos observations que
dans les leurs.
Deux faits ayant trait aux anomalies' artérielles nous paraissent dignes d'at-
tirer l'attention : rareté de la naissance de l'obturatrice sur l'épigastrique
(4,5 p. 100) et fréquence relative de la laryngée supérieure branche de la
carotide externe (34 p. 100).
Le nombre des sujets lorrains étant égal daiïs les deux sexes, le pour-cent
TRAVAUX ORIGINAUX. 47
basé sur vingt-six observations est directement comparable à celui de' la sta-
tistique générale et à ceux de Schwalbe et Pfitzner.
Les traits les plus saillants sont la fréquence relative.de la division de la
carotide primitive en candélabre (25 p. 100 Lorrains, 16,4 statistique géné-
rale, 19,1 Schwalbe), de la naissance de la laryngée supérieure de la caro-
tide externe (41,6 Lorrains, 30 Strasbourg) et la rareté de l'obluralrice
branche de l'épigaslrique ou de l'iliaque externe (pas un cas sur 26).
Les différences sexuelles apparaissent très nettement en quelques endroits
de nos statistiques. Les muscles sternaux que nous avons rencontrés apparte-
naient à des femmes. Le pyramidal, le petit palmaire, le carré crural, le
péronier antérieur et surtout le quatrième tendon du court fléchisseur (50
p. 100 au lieu de 19,56 chez l'homme) manquaient plus fréquemment chez
la femme que chez l'homme. Inversement, c'est chez ce dernier que nous
avons le plus souvent constaté le défaut de muscle petit rond et de muscle
plantaire grêle. La forme en candélabre de la division de la carotide primitive
et la naissance de l'artère laryngée supérieure de la carotide externe parais-
sent surtout appartenir à la femme. 11 en est de même de la position basse
du caecum.
La proportion des différentes anomalies que nous avons recherchées chez
les aliénés est un peu différente de celle que nous avons donnée dans la sta-
tistique générale. Pourtant, les écarts sont trop faibles pour retenir longtemps
l'attention, sauf peut-être à propos de la longueur comparée de l'index et de
l'annulaire, et du premier et du second orteil. C'est en eflel surtout chez eux
que nous voyons l'index plus grand que l'annulaire et le second orteil plus
grand que le premier.
Nous n'avons rencontré dans nos recherches chez les individus nés en Lor-
raine ni muscle sternal ni diverticule de Meckel, par contre le muscle péro-
nier antérieur (17,6 Lorrains, 6,3 Strasbourg) et surtout le pyramidal du
bassin (27,3 Lorrains, 13,5 Strasbourg) manquent dans de forles proportions.
Avec la fréquence de la division prématurée du nerf sciatique, telles sont les
notions qui paraissent se dégager pour le moment.
Nous allons maintenant rapporter quelques-unes des anomalies les plus
intéressantes que nous avons rencontrées.
Anomalie de l'aorte. — La portion ascendante de l'aorte, après sa sortie
du ventricule gauche, se dirige légèrement à droite, appliquée d'un côté contre
le poumon droit et de l'autre contre l'artère pulmonaire à sa naissance, puis
contre les derniers anneaux de la trachée.
La crosse embrasse la bronche droite, elle est en rapport à droite avec le
poumon, à gauche avec la trachée, puis l'œsophage. Arrivé sur un plan pos-
térieur à ce dernier organe, le calibre de l'artère est brusquement doublé.
Dans la partie descendante, le calibre de l'artère diminue pour redevenir
48
BinLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
quelques centimètres au-dessous de la dilatation semblable à celui de la por-
tion ascendante. L'artère se dirige à droite et marque une profonde empreinte
dans le poumon droit ; elle n'atteint pas la ligne médiane avant d'arriver au
diaphragme.
Des deux premières portions se détachent trois gros troncs artériels. Le
premier, à l'union de la portiojii ascendante et de la crosse sur la face anté-
rieure de l'artère, se divise, un centimètre après sa naissance, en deux bran-
ches, l'une verticalement ascendante, l'autre coupant obliquement et en avant
la trachée pour atteindre le côté gauche de cet organe. Le deuxième, un peu
en arrière du précédent et le plus volumineux des trois, monte verticalement.
Le dernier, situé à gauche sur la partie la plus antérieure de la dilatation,
est lui aussi vertical. Au même "point naît le canal artériel oblitéré. Il croise
la face latérale gauche de la trachée dans sa partie inférieure et contribue
à former un quadrilatère artériel embrassant la partie inférieure de la tra-
chée et l'œsophage qui se trouvent ainsi en rapport en avant avec la division
de l'artère pulmonaire, en arrière avec la portion dilatée, à droite avec
l'aorte ascendante et la crosse, à gauche avec le canal déférent. Le nerf
récurrent droit contournait l'aorte, le gauche le canal artériel.
Le premier tronc représente probablement l'origine commune des deux
TRAVAUX ORIGINAUX.
49
carolides primitives, droite et gauche, le second la sous-clavière droite, le
troisième la sous-clavière gauche. Nous sommes obligés de rester dans le
doute, la tête et les bras du cadavre ayant été coupés avant l'ouverture du
thorax.
Dans son mémoire, Krausr* rapporte des cas très semblables. Riche* cite
un cas analogue, (lelui que nous rapportons ne paraît dilTérer des pr'icédents
que par la fusion des deux carotides primitives en un seul tronc, ajoutant une
nouvelle malformation de la précédente. Nous n'insisterons pas sur les expli-
cations qui sont admises et donnons un dessin fait d'après nature (fig. 1).
Anomalie du muscle soléaire (faisceau surnuméraire). — Sur la
face, antérieure de l'aponévrose du soléaire, près de l'insertion de ce muscle
sur la tête du péroné, nai.ssent des fibres musculaires qui, coupant la face
postérieure de la jambe en diagonale,
viennent s'insérer sur le calcanéum, en
dehors du tendon d'Achille. Le muscle
plantaire grêle était présent. Cette ano-
malie a déjà été signalée à différentes re-
prises par Beswick Perrin ', Testut %
Le Double'.
Anomalies des lombricaujc de la
main. — 1° Nous avons constaté chez un
homme l'absence complète, du côté gauche,
des troisième et quatrième lombricaux,
les autres étaient normaux ainsi que du
côté droit. L'absence simultanée de ces
deux muscles n'est pas signalée; toutefois,
les auteurs qui étudient ces anomalies ne
considèrent pas comme très rare l'absence
de l'un ou de l'autre de ces muscles.
2° La seconde observation a été faite
aussi sur un homme. Le premier lombrical
droit possède ses insertions normales,
mais il existe un faisceau surnuméraire
créant une disposition spéciale que nous n'avons trouvée décrite par aucun
auteur. De l'épitrochlée se détache un faisceau musculaire presque complè-
Fio. 2.
1. Uandbuch des Gefasslehre des Menschen de Henle. 1876, p. 225.
2. Bulletin de la Société analomique de Paris, t. LXXll. Année 1897, p. 221.
3. Médical Times and Gazette, décembre 1872.
4. Les anomalies musculaires chez l'homme. 1884, p. 656.
5. Variations du système musculaire de l'homme. 1897, t. il, p. 311.
UIBLIOQB. AHAT., T. VIII, FASC. 1. 4
50 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
temenl confondu avec les fibres du fléchisseur superficiel; quelques cen-
timètres plus bas, ce faisceau se jette sur un tendon assez grêle qui descend
le long de l'avant-bras, en dedans du tendon du fléchisseur sublime. Arrivé
au-dessous du ligament annulaire du carpe, ce tendon laisse échapper deux
faisceaux musculaires dont l'un s'attache sur le tendon du fléchisseur super-
ficiel destiné à l'index et l'autre sur le tendon de l'extenseur un peu au-des-
sous du premier lombincal. Vood et Le Double ' ont signalé deux anomalies
qui se rapprochent beaucoup de celle que nous avons rencontrée. Ils décri-
vent, partant de l'apophyse coracoïde avec les fibres, du fléchisseur profond,
1. Le Double, loc. cit., t. I, p. 183.
TRAVAUX ORIGINAUX. 51
une bandelelle musculaire qui, dans la main, se divisait en deux faisceaux
dont l'un se jetait sur le tendon du fléchisseur superficiel allant à l'index et
l'autre sur le premier lombricai.
Chez notre sujet, outre l'indépendance complète entre la bandelette externe
et le premier lombricai, nous retiendrons surtout l'insertion supérieure con-
fondue avec le fléchisseur superficiel et non le profond, fait important au
point de vue de l'interprétation. Nous donnons deux figures faites d'après
nature (fig. 2 et 3). -
Articulation de l'omoplate avec la troisième côte. — N'ayant constaté
celle anomalie qu'assez tardivement, nous n'avons pu nous rendre un compte
très exact de sa constitution. L'angle supéro-interne du scapulum présentait
sur la face antérieure une tiibérosité de l'='",5 de haut, conique, à sommet
tronqué. Celle apophyse était encroûtée de cartilage et appliquée sur la face
postérieure de la troisième côte ; les fibres du grand dentelé manquaient à ce
niveau. Deux bourses séreuses volumineuses étaient interposées entre les
deux os.
Anomalie du muscle petit palmaire. — A 2 centimètres environ au-
de.ssns du ligament annulaire du carpe, le tendon du petit palmaire laisse
échapper un faisceau musculaire qui, se dirigeant de dehors en dedans, s'ap-
plique contre le court abducteur du petit doigt, avec lequel il entremêle à
peine quelques-unes de ses fibres les plus postérieures, puis, devenant tendi-
neux, il va s'insérer sur la peau qui recouvre la partie moyenne et interne de
la première phalange du petit doigt. Il a 12 centimètres de long et 5 milli-
mètres de large à sa partie supérieure (largeur maxima).
Nous considérons celte anomalie comme une variété de Vaccessorhis ad
flexorem carpi radialem de GANTZEn-. Nous ferons cependant remarquer qu'il
en dilîère très nettement par l'individualisation complète du muscle et ses
insertions inférieures cutanées.
Anomalie du muscle moyen fessier. — Outre ses insertions normales,
ce muscle s'insère en bas sur une arc/ide fibreuse partant de la partie moyenne
du grand ligament sacro-sciatique et abouti.ssant au tendon du moyen fessier,
à 1 centimètre environ au-dessus du bord supérieur du grand trochanter. Les
fibres uTisculaires qui se rendent sur cette arcade partent toutes d'une sur-
face osseuse située sur la face postérieure de l'os iliaque au-dessous de l'é-
pine iliaque postéro-supérieure. Elles divergent de là pour se terminer sur
l'arcade ; les plus internes décrivent une courbe à concavité interne limitant
avtc l'os un trou par lequel passent les vaisseaux et nerfs fessiers supérieurs.
Ces fitt-es anormales forment donc une sorte de toit musculaire qui cache la
grande écliancrure sciatique et tous les organes qui en sortent. Une section
52
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
des faisceaux surnuméraires et de l'arcade montre des libres profondes insé-
rées, d'une part, sur la partie supérieure du grand ligament sacro-sciatique
et, de l'autre, sur le bord postérieur de l'os iliaque à la partie supérieure de
la grande échancrure sciatique.
Fio. 4.
Le moyen fessier et le pyramidal sont complètement indépendants, ce der-
nier traversé par le sciatique poplité externe.
Nous n'avons vu signaler nulle part cette anomalie, et nous en donnons un
dessin d'après nature (fig. 4). ,
EXPULSION D'OVULES PRIMORDIAUX
• CHEZ LES TÊTARDS DE GRENOUILLE ROUSSE
Par M. BOUIN
PBiPAB4TKUR A I.A FAODLTÉ DES SCIBKCIiS DE HANCY
Lorsqu'on étudie des séries de coupes intéressant les glandes génitales de
têtards à différents états de développement, et si ces stades sont suffîsamment
rapprochés, on remarque un fait très curieux.
Examinons la coupe d'un têtard mesurant 20 millimètres ' et sacrifié le
8 mai. Les glandes génitales se présentent sous forme de deux ébauches
situées symétriquement de chaque côté du mésentère; ces ébauches sont
pour ainsi dire insérées sur les parois de la veine cave inférieure.
Pg'^-:
Via. 1. — Têtard tle grenouille rousse de 20 millimètres. Formol picrique.Ht'malun. jzz 475. rct, veine
cave inférieure ; ovp, OTules primordiaux ; pg, petites cellules germinatives.
L'ébauche de la glande génitale (fig. 1) est constituée de deux sortes d'élé-
ments bien distincts. Les uns, les plus volumineux, sont arrondis, possèdent
un protoplasme clair et un gros noyau ; ce sont les grandes cellules germi-
natives ou ovules primordiaux. Les autres éléments, beaucoup plus petits,
à noyaux plus fortement colorables, sont les petites cellules germinatives,
encore appelées cellules épithéliales. Nous avons compté le nombre des
ovules primordiaux que contenaient les glandes génitales du têtard examiné,
et nous avons trouvé, pour les glandes droite et gauche, les nombres res-
pectifs de 55 et 60.
Ces ovules primordiaux se multiplient rapidement par mitose, et déjà chez
1 . Les mesures sont prises de l'extrémité antérieure de la tête à l'extrémité de la queue.
04
«IBLIOGRAPHE ANATOMIQUE.
des têtards de 24 millimètres, provenant de la même ponte que l'individu
précédemment étudié, et sacrifiés le 13 mai, nous avons pu compter de 150
à 190 ovules primordiaux. Ici (fig. 2), on peut voir que grandes et petites
cellules germinatives constituent un épithélium germinatif en continuation
directe avec l'épithélium péritonéal. A l'intérieur de la cavité bordée par cet
ovp
FiG. 2. — Têtard de grenouUle rousse de 24 millimètres. Formol acide chromique, acide acétique.
Coloration de Flemming. y = 475. vci, veine cave inférieure ; M, mé.sentère ; CW, corps de Wolff;
me.i, mésenchyme ; m, tissu conjonctif embryonnaire ; ovp, ovules primordiaux ; pg, petites cel
Iules germinatives.
épithélium germinatif se trouvent des éléments conjonctifs, destinés à former
le stroma de la glande. Nous reviendrons ultérieurement sur l'origine el la
destinée de ces éléments.
L'étude de ces coupes nous montre que le nombre des ovules primordiaux
augmente rapidement; outre un nombre assez considérable de mitoses,
beaucoup de grandes cellules germinatives portent des indices très nets d'une
division prochaine. Il semble donc, d'après ce qui vient d'être dit, que, dans
les glandes beaucoup plus âgées, plus avancées dans leur évolution, on devrait
trouver un nombre beaucoup plus considérable encore d'ovules primordiaux.
Eh bien, il n'en est rien. Examinons, par exemple, les coupes intéressant
les glandes génitales d'un têtard de 33 millimètres environ. A la partie anté-
rieure, nous remarquons les corps adipeux qui ne contiennent pas encore de
graisse, mais qui ont déjà acquis une importance considérable, leur volume
semble même supérieur à celui des glandes génitales proprement dites, dont
ils sont séparés par un rétrécissement très marqué'.
1. M. BoDiN, Origine des corps adipeux chez Rana iemporaria L. (Bibliographie
aiialomique, 1899, fasc. Cl
TRAVAUX ORIGINAUX. 55
Le dénoml)rement des ovules primordiaux nous donne des chiffres bien
différents de ceux auxquels nous pouvions nous atteindre d'après ce qui pré-
cède, 37 et 46, et encore parmi ceux-ci nous avons dû compter un certain
nombre de cellules qui par leurs dimensions ressemblaient bien plus à des
cellules épithéliules ou petites cellules germinatives légèrement augmentées
de volume, cellules peut-être en voie de se transformer directement en
grandes cellules germinatives.
D'où provient cette si considérable diminution dans le nombre des ovules
primordiaux? On ne peut évidemment admettre ici une simple variation in-
dividuelle. Le fait paraît constant, puisque les glandes étudiées aux mêmes
stades de leur développemcTit se présentent sous des aspects tout à fait com-
parables.
11 ne faudrait pas nous prendre au pied de la lettré, lorsque nous avons
dit que les aspects de glandes prises sur différents têtards, arrivés au même
stade de leur développement, sont sensiblement analogues ; il y a au con-
traire des variations individuelles assez considérables, mais cependant insuf-
fisantes pour expliijuer à elles seules les écarts que nous avons schéma-
tisés par le rapprochement de nos coupes se rapportant , la première à
un têtard de 24 millimètres, la seconde à un têtard de 33 millimètres. 11
nous faut donc chercher ailleurs une explication, et le plus sûr moyen d'y
arriver était bien certainement d'étudier des coupes portant sur un matériel
soigneusement sérié et dont les stades, aussi rappiochésque possible, étaient
compris entre les deux extrêmes que nous avons, dès l'abord, mis en évi-
dence.
Pour arriver à ce but, nous avons pratiqué des séries de coupes sur des
têtards mesurant 26, 28, 29, 30 et 31 millimètres.
Parmi les têtards mesurant 21) millimètres, un certain nombre nous ont
montré. un aspect analogue à celui que nous avons vu chez le têtard de
24 millimètres, dont nous avons purlé au début de cette note; seulement,
les ovules primordiaux y sont plus nombreux encore, 200 h 250, beaucoup-
même sont en voie de multiplication ; leur nombre semble donc devoir en-
core augmenter. A côté d'ovules primordiaux Isolés, relégués à la périphérie
de la glande, on trouve des amas, des nids d'ovules primordiaux, dont les
différents éléments sont séparés les uns des autres par des cloisons très
nettes.
D'autres têtards présentent un aspect légèrement différent, les ovules pri-
mordiaux sont ici encore très nombreux, mais il est impossible de trouver
dans les préparations des nids d'ovules primordiaux cèmme ceux que nous
avons rencontrés dans le premier cas. Un examen plus approfondi nous a
permis de trouver des difféiences plus notables encore. Parmi les ovules pri-
mordiaux, un certain nombre montrent des modifications importantes. Tantôt
le noyau est hypertrophié, difficilement colorable, les nucléoles euVmêmes
56 BIIiLlOGRAPUlE ANATOMIQUE.
prennent mal la coloration; souvent bilobés, et il n'est pas rare d'en ren-
contrer chez lesquels on voit des phénomènes de clivage du noyau.
Certains ovules primordiaux possèdent plusieurs noyaux, quelquefois seu-
lement deux, mais nous en avons rencontré qui en possédaient davantage,
huit par exemple. Les différentes figures que nous avons eues sous les yeux,
nous permettent de penser que ces noyaux dérivent du noyau primitivement
unique, le plus fréquemment par clivage, mais aussi quelquefois par bour-
geonnement de ce noyau. Enfin, quoi qu'il en soit, les noyaux des ovules
primordiaux ne se multiplient jamais par division mitosique, dans les condi-
tions que nous venons de tracer. Il semble donc, et de la façon la plus évi-
dente, que l'on se trouve en présence de phénomènes dégénératifs. Nous
avons dit que nous avions rencontré jusqu'à huit noyaux à l'intérieur du
même ovule primordial. Ce cas est peut-être le plus rare ou du moins celui
que nous avons le plus rarement rencontré ; mais, ce qui est très curieux,
c'est que par leur groupement, ils rappellent les noyaux muriformes vus par
Knappe' dans l'organe de Bidder du Crapaud, et ceux vus par Eismond* dans
un ovaire anormal de Rana esculenta .
Les têtards de 28 millimètres ne nous ont rien montré de plus que ceux
de 26 à 27.
Un têtard de 29 millimètres était exactement au même stade que ceux de
27 et 28 millimètres, tandis qu'un autre têtard, provenant du même élevage,
ayant même taille et sacrifié le même jour, nous a montré un aspect analogue
à celui que nous avons vu chez notre têtard de 33 millimètres, c'est-à-dire
que 'déjà dans ce cas les glandes génitales ne contenaient plus que très peu
d'ovules primordiaux; la numération ne nous a permis de relever la présence
dans les deux glandes que de 26 et 33 ovules primordiaux.
Un autre têtard de 29 millimètres nous a montré des faits en tous points
analogues à ceux que nous allons décrire et que nous avons en particulier pu
observer avec la plus grande netteté chez un têtard de 30 millimètres.
, Nous donnons (fig'. 3) le dessin d'une coupe d'une des glandes génitales
d'un têtard de 30 millimètres. On y remarque seulement trois ovules primor-
diaux dont un possède trois noyaux, mais à côté de ces ovules primordiaux,
à aspect quelque peu pathologique, se trouvent des espaces clairs f,f,, ft,fi,
qui, par leur dimension et leur manière d'être, semblent être des ovules pri-
mordiaux privés de leur contenu, des carapaces d'ovules primordiaux, si l'on
peut s'exprimer ainsi. L'épilhélium germinatif entoure ces espaces vides
exactement comme il entoure les ovules primordiaux normaux, leur formant
1. Knappe, Das Biddersche organ. {Morphol. Jahrb., t. XI, taf 28-29. 1886, p. 489.)
2. Eismond, Sur Tétat pliirinucléaire des cellules en général et des cellules-œufs en par-
ticulier (Esquisse cytologique). [Bibliographie anatomique, t. VI. 1898, pp. 30C-322,
4 fig.] •
TRAVAUX onroiNAux. 57
ainsi un véritable follicule. En d'autres termes, il semble bien, à première
vue, que nous soyons en présence de follicules vides. L'examen approfondi
des différentes coupes de cette série n'a fait que nous confirmer dans celle
manière de voir.
Mais si nous sommes ici en présence de follicules vidés de leur contenu,
comment a pu se faire cette disparition ? Par quel processus les grandes
cellules germinatives qui y étaient contenues ont-elles disparu ? Y a-t-il eu
dégénérescence des éléments, puis résorption? Ou bien est-ce à une élimi-
"mes
ovp'
f. •-->
'f
Fio. 3. — Têtard de 30 millimètres. Formol picrique. Carmalan. g z= 475. me», éléments mésen-
chymateux; ovp, ovule primordial; ovp\ oyule primordial à trois noyaux; /, /|, /j, /s, follicules
vides; m, tissu coujonctif; ép, épithélium germinatif ; d, ovule primordial, probablement petite
cellule germinative en transformation.
nation par simple expulsion mécanique que l'on doit attribuer celte dispa-
rition ?
Bien qu'il nous ait été donné de rencontrer plusieurs fois dos ovules pri-
mordiaux en voie de dégénérescence chromatolytique, nous ne croyons pas
que ce processus soit le seul a incriminer. Nous pouvons même dire qu'il ne
se rencontre que tout à fait exceptionnellement. C'est surtout à une expul-
sion mécanique, en tous points identique à celle des œufs chez la Grenouille
adulte, qu'il faut attribuer cette réduction numérique considérable des ovules
primordiaux dans la glande génitale des jeunes têtards.
La figure 4 nous montre un ovuie primordial très volumineux faisant hernie
vers l'extérieur; les éléments épithéliaux (petites cellules germinatives) qui,
h l'état normal, .sont distribués d'une façon assez égale tout autour de l'ovule
58 niBLIOGRAPHlE ANATOMIQUE.
primordial, sont ici relégués vers la partie basale, partie tournée vers l'inté-
rieur de la glande.
Il est bien certain que nous nous trouvons ici en face d'un des premiers
stades de l'expulsion d'un ovule, ovule qui, d'ailleurs, présente des signes
manifestes de nécrobiose. Son noyau est hypertrophié et a perdu en grande
partie son afTmité pour les matières colorantes, le nucléole lui-même n'a
Fia. 4. — Têtard de 30 millimètres. Formol Fia. 5. — Têtard de 30 millimètres. Formol
picrique. Carmalun. y =: 175. Ovule primer- picrique. Carmalun. g :=. 475. Ovule pri-
dial faisant fortement hernie vers l'exté- mordial fai-sani fortement hernie vers l'ex-
rieur. térieur et montrant six noyaux.
qu'une coloration très pâle. La figure 5 nous montre aussi un ovule primor-
dial sur le point d'être expulsé. Ici, le nombre de noyaux est assez élevé, six
sur la coupe représentée, mais en examinant les coupes antérieures et les
coupes suivantes, on peut en compter huit.
Nous n'avons jamais pu assister à l'expulsion d'un ovule primordial, ce
qui, d'ailleurs, ne peut nous surprendre, car, si du moins elle se fait comme
celle de l'œuf adulte, elle ne doit avoir qu'une durée très courte. Le folli-
cule est fortement distendu, et bien certainement, lors de sa rupture, le
contenu du follicule est violemment expulsé au dehors. Nous assistons donc
ici, chez les jeunes têtards, à une véritable ponte d'ovules primordiaux.
Le phénomène est-il général ? Nous ne pouvons l'affirmer. Nous sommes
seulement en mesure de dire que la majorité des têtards que nous avons
examinés, têtards mesurant de 29 à 31 millimètres, nous montraient des
follicules vides analogues à ceux de la figure 2.
D'autre part, si le phénomène était absolument général, nous ne pourrions
nous expliquer l'aspect de la glande génitale d'un têtard de 20 millimètres
qui nous montrait des nids cellulaires et qu'il était facile de reconnaître-
coinme glande femelle. Nous croyons bien peu probable que la ponte ait
déjà eu lieu chez ce têtard. Il nous semble bien plus probable qu'elle n'ait
été que peu importanle ou même nulle.
Celte observation nous a suggéré l'idée que peut-être la ponte ou plutôt
l'expulsion d'ovules primordiaux pourrait bien être en rapport avec la diffé-
renciation du sexe chez les têtards de grenouille, et appartenir en propre
aux futurs mâles. Nous ne donnons encore cette idée que comme une pure
hypothèse, le sexe des têtards est par trop délicat à déterminer à ce stade
pour qu'il nous soit possible de trancher cette question. Ce n'est que par un
TRAVAUX ORIGINAUX.
59
examen minutieux d'objets soigneusement sériés de têtards pris jour par jour
que nous pourrons arriver à un résultat, et nous espérons alors pouvoir
trouver un ensemble de faits nous permettant de distinguer excessivement
tôt le sexe de l'animal examiné.
L'obscurité qui règne actuellement encore autour de l'histogenèse des
éléments sexuels provient probablement de ce que beaucoup d'auteurs, uni-
quement soucieux de sérier des figures et ayant négligé de faire une étude
soignée, leur permettant de distinguer le sexe aussitôt que possible, ont fait
un véritable imbroglio, mêlant dans une même série et des éléments mâles
et des éléments femelles.
..mes
FiG. 6. — Têtard de grenouille rousse de 33 millimètres. Gilson. Héraaluu. g — 3t0. vei, veine
cave Inférieure ; M, mésentère ; ovp, ovule primordial ; a, cordon sexuel.
Ainsi donc, nous observons, au cours du développement de la glande gé-
nitale chez les têtards de Rana temporaria et pendant une courte période de
leur évolution, une élimination d'ovules primordiaux, une véritable ponte.
Cette élimination serait, croyons-nous, beaucoup plus importante chez les
futurs mâles que sur les individus destinés à donner des Grenouilles femelles.
Tous les ovules primordiaux sont-ils de la sorte expulsés ? Nous ne saurions
répondre à cette question; en tout cas, jamais nous n'avons rencontré de
glandes dépourvues totalement d'ovules primordiaux.
Nous nous rései*vons pour une étude ultérieure l'interprétation des faits
que nous venons de signaler.
le Directeur, D' 4. NICOLAS.
Tome VIII 2' fascicule. 1900
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE
REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE
TRAVAUX ORIGINAUX
ANOMALIES OSSEUSES
Sw la présence d'une côte cervicale articulée avec la première
côte formée elle-même de la fusion des deux premières côtes
ihoraciques.
Par G. GÉRARD
CHEF DBS TKA.VAUX ANATOMIttUBS A 1,'UNIVERSITÉ DK LILLE
I.
Sur un sujet féminin de 60 ans, servant aux exercices de médecine opéra-
toire, des élèves, répétant la litçature de la sous-clavière en dehors des sca-
lenes, furent arrêtés sur la première côte par une tubérosité osseuse qu'ils
prirent pour un tubercule de Lisfranc. Appelé à donner mon avis, je rejetai
immédiatement leur idée pour la raison que l'apophyse anormale était située
en dehors de l'artère et non à l'insertion du scalène antérieur.
Le sujet m'ayant paru digne d'étude, je le disséquai avec soin et j'apporte
ici le résultat de mes observations.
DISSECTION DU CRKUX SUS-CL.VVICUL.\IRK DROIT.
Muscles. — Sterno-mastoïdien, trapèze, sous-clavier normaux.
Omo-hyaidien. — Normal au cou ; l'insertion scapulaire est épanouie en
éventail, très épaisse, confondue en dedans avec le faisceau supérieur du
grand dentelé.
Grand dentelé. — Kaisceau supérieur énorme, large de deux doigts, bien
autonomisé, allant de la face externe de la 1'" côte à l'angle supéro-interne et
à la face interne de romoj)late sur un espace de 3 à 4 centimètres carrés,
Scalène antérieur. — Inséré en bas sur le bord .supérieur de la 1" côte, à
BIBLIOGR. ABAT., T. VIII, FA8C. 2. 5
62 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
1 centimètre de l'extrémité antérieure, par un faisceau aplati ; pas de tuber-
cule de Lisfranc et expansion au cul-de-sac pleural.
Scalène postérieur. — Décomposable en i ciiefs :
a) Faisceau superficiel grêle comme un lombrical, allant du bord supérieur
de la 4* côte au tubercule antérieur de l'apophyse transverse de la 4' cervi-
cale, tendineux à ses deux extrémités;
b) Faisceau moyen. Insertions inférieures partant de la partie postérieure
de l'apophyse costale et de la face externe de la 1" côte. ]n.serlions supé-
rieures aux tubercules antérieurs des premières cervicales, en dedans de
l'angulaire ; uni au faisceau superficiel derrière l'apophyse ;
c) Faisceau profond postérieur. En bas : bord supérieur de la 3* côte et
face externe des intercostaux; en haut, insertion commune avec b;
d) Faisceau supplémentaire profond, (hi bord supérieur de la 2* côte à
l'apophyse transverse de C* (tubercule antérieur).
Vaisseaux sous-claviers. — Après dissection de la toile inter-omo-hyoï-
dienne et de l'aponévrose clavi-peclorale, je puis examiner le paquet vasculo-
nerveux rétroclaviculaire ; au premier abord, l'artère et la veine sous-clavières
paraissent intimement accolées ; il n'en est rien cependant et on a vu déjà
qu'elles étaient séparées par le scalène antérieur placé de champ entre les
deux vaisseaux.
La veine sous-clavière n'a rien d'anormal ; appliquée sur le cul-de-sac
pleural qu'elle contourne, elle passe au-devant du phrénique et de la mam-
maire interne, aborde le bord supérieur de la première côte sternale à son
extrémité antérieure et devient extra-thoracique.
Le tronc brachio-céphalique artériel dépasse le bord supérieur du ster-
num de 15 millimètres environ et là se bifurque ; Vartère sous-clavière
monte en haut et en arrière, émet derrière le scalène la plupart de ses
branches et se dévie presque à angle droit pour s'engager, étranglée, pour
ainsi dire, entre le scalène antérieur et l'apophyse costale. Elle présente à
ce niveau un rétrécissement manifeste à la mensuration (diamèlre derrière
le scalène: 11 millimètres; au-dessus de la l*^* côte : 6 millimètres; der-
rière la clavicule : 9 niillimètres).
De ses branches, il faut signaler la thyroïdienne inférieure, la vertébrale et
l'intercoslale supérieure : elles naissent au voisinage l'une de l'autre derrière
le scalène. La vertébrale, très externe, longe la carotide primitive, se dirige
en haut et en dehors vers l'extrémité postérieure de la côte cervicale qu'elle
contourne et atteint le trou intertransversaire de la 6' vertèbre cervicale.
L'artère intercostale supérieure naît en arrière et un peu en dehors de la
vertébrale. Après un trajet très court — 1 centimètre environ — elle se di-
vise en deux branches d'égale importance : l'inférieure, qui représente l'artère
normale, aborde le col de la l" côte thoracique et donne la 1'" intercostale
TRAVAUX ORIGINAUX.
63
dorsale et la spinale ; la supérieure passe au-devanl de l'arliculalion verté-
brale de la première côte, monte un peu en de!iors pour «rlisser au-dessous
de la côte cervicale où je n'ai pu la suivre. J'insiste sur ce rameau qui me
semble représenter une artère segmentaire, cervico-intercostale.
Les autres branches de la sous-clavière ne présentaient rien de particulier.
Fio. 1.
Cul-de-nac pleural. — Dépassait le bord supérieur du thorax d'environ
15 liiillimèlres en avant ; de l'appareil suspenseur, je n'ai pu voir sur le su-
jet, très gras, que ipielqiies expansions scaléniques antérieures.
Plexus brachial. — Il était formé, comme de coutume, par l'union des
•i dernières branches cervicales antérieures et du i" nerf dorsal. Les nerfs 5
et 6 sortaient normalement, mais la présence d'une côte cervicale changeait
les rapports des dernières branches. Le '• nerf cervical naissait au-dessus
de la côte supplémentaire et glissait dans la gouttière de sa face supérieure.
Le tronc inférieur du plexus était constitué par la réunion en Y du S*" cervi-
cal et du 1" dorsal. La 8" branche cervicale sortait du trou de conjugaison,
au-dessous de la côte cervicale, se dirigeait en avant, en bas et en dedans, puis
64 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
glissail sur le bord interne de la côle en décrivant une courbe, enfin gagnait
la face interne de l'apophyse costale.
Le 1" nerf dorsal naissait au-dessous de la 1" côte, dont il contournait le
col, glissait entre la côte et la plèvre et se dirigeait en haut, en avant et en
dedans pour rejoindre le 8" nerf cervical. Derrière l'apophyse costale, le tronc
formé par C°' -i- D"' sortait du thorax en décrivant une courbe de court rayon,
à concavité inférieure et allait s'unir à C"', puis à C"" et C"* pour constituer
le plexus brachial.
ffr^trarS'^
FiG. 2.
L'apophyse costale avait ainsi rejeté en avant et en dedans toute la partie
inférieure du plexus et l'avait mis en rapport immédiat avec la vertébrale,
l'intercostale supérieure et son rameau supplémentaire.
CREUX sus -CLAVICUL AIRE GAUCHE.
La disposition est sensiblement analogue à celle du côté droit. L'artère
sous-clavière passe également dans la rigole musculo-apophysaire, séparée de
la veine par un scalène antérieur plus développé qu'à droite, s'insérant sur
le bord supérieur de la première côte par un tendon pyramidal.
TRAVAUX ORIGINAUX.
65
Le plexus brachial se comporte comme à droite :
Des muscles, l'omo-hyoïtlien et le grand dentelé sont normaux. Le scalène
postérieur s'insère: en bas, sur la partie postérieure de l'apophyse, le bord
supérieur et la face externe de la 1" côte, le bord supérieur de la 2* et la
face supérieure de la côte cervicale gauche ; en haut, aux tubercules anté-
rieurs des apopiiyses transverses des 6 premières cervicales. Le scalène
moyen va du sommet de l'apophyse costale aux 4*, 5" et 6* cervicales ; on
trouve, comme à droite, un faisceau profond, allant du bord supérieur de la
1" côte derrière l'apophyse aux tubercules de C« et C'.
IL
Toutes les parties molles étant enlevées, je passe à l'étude du thorax os-
seux \
Sa circonférence supérieure est très oblique en bas et en avant ; limitée
en avant par la base du sternum et les articulations sterno-claviculaires, en
Fio. s.
arrière par la 7* vertèbre cervicale ; latéralement : à sa partie postérieure par
deux côtes cervicales, à sa partie moyenne par les apophyses costales, en
avant par le bord supérieur de la première côte et d'un premier cartilage
I . I) a été préparé et conservé au musée anatomique de Lille.
66 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
costal rudimenlaire. Il nous faut examiner séparément chacune de ces par-
ties.
Sternum. — Il est très asymétrique et les encoches des cartilages sont
réparties anormalement.
Le manubrium, qui nous intéresse surtout, est encore distinct, séparé du
corps par un cartilage en dos d'âne qui a une hauteur moyenne de 3 milli-
mètres. Son axe (x, x, fig. 4) passe non pas par le milieu du hord supérieur,
mais à 4 millimètres de l'articulation claviculaire droite.
Sa face antérieure est très convexe et déprimée seulement vers les seconds
cartilages costaux ; cette disposition m'a semblé due à du rachitisme ancien
dont j'ai retrouvé ailleurs des stigmates. Cette face peut être déci'ite comme
un hexagone irrégulier, divisible en deux parties inégales par une ligne réu-
nissant les extrémités sternales des premiers cartilages costaux. La partie
inférieure de l'he.xagone présente : un bord inférieur uni au corps de l'os par
le cartilage de conjugaison ; deux bords latéraux, inféro-externes, creusés de
3 encoches inégales : une supérieure — 5 millimètres à droite — pour le
1" cartilage costal; une moyenne pour le 4" espace intercostal; une infé-
rieure, très étendue, dentelée, mesurant 30 millimètres à droite et 37 à
gauche pour le 2® cartilage. Ces bords inféro-externes sont inclinés très obli-
quement en bas, en avant et en dedans. La partie supérieure de l'hexagone
comprend : le bord supérieur du manubriiim, large de 48 millimètres, les
deux bords latéraux supéro-externes pour l'articulation de la clavicule.
Articulations sterno-claviculaires. — La surface articulaire droite pour la
clavicule est une large encoche en croissant externe, garnie d'un cartilage de
conjugaison. A droite comme à gauche, la capsule et les ligaments extrinsè-
ques sont extrêmement développés et très résistants. Le ligament antérieur,
en particulier, s'étend en éventail de la facette inférieure de la clavicule à
la face antérieure du manubrium en dedans ; à tout le bord supérieur du
4*' cartilage costal rudimentaire, en dessous (fibres profondes) ; en bas et en
dehors au 4" el 2* cartilages costaux en passant au-devant du 4" espace in-
tercostal (d'ailleurs rudimentaire) qu'il comble.
La !'• côte thoracique. — On vient de voir qu'elle est unie au manu-
brium par deux cartilages. Je la considère comme la pièce osseuse princi-
pale autour de laquelle se sont amassées les diverses anomalies, tant
secondaires que primitives.
Elle n'est pas horizontale comme la première côte normale, mais bien dans
le plan général du thorax ; cela tient à ce que le corps, prismatique dans son
tiers postérieur, s'aplatit daiis ses deux tiers antérieurs ; la courbure d'enrou-
lement, très accentuée derrière l'apophyse, fait tourner la face externe de
près de 90' en dehors ; de ce fait, celte face, horizontale en arrière, devient
près jue verticale en dehors et en avant. — La face interne est à peine con-
TRAVAUX ORIGINAUX.
67
cive el n'a pas de gouttière. — Le bord supérieur présente, à 25 niillimètres
en avant de la tuhérosité, l'apophyse bilatérale qui a d'abord fixé mon atten-
tion ; il se continue obliquement en avant vers le sternum sans présenter ni
encoche ni tubercule. — Le bord inférieur, convexe, donne insertion aux
premiers muscles intercostaux (interne et externe). — L'extrémité posté-
rieure, normale, présente une tète arliculée avec la 1" vertèbre dorsale, un
col bien net, une tubérosité appliquée sur la face antérieure de l'apophyse
transverse. Sa face supérieure limite, avec l'apophyse transverse de C, la
côte cervicale et l'apophyse costale, un espace cervico-intercoslal comblé à
ctftr e^tvicvtA
l'état frais par un petit muscle costo-intercosto-transversaire. — L'extrémité
antérieure, oblique en avant et en bas, est reliée au manubrium par deux
cartilages, le supérieur rudimentaire, rinférieur complet.
Les apophyses costales. — Du côté droit, l'apophyse costale se présente
sous la forme d'une tubérosité osseuse qui rappelle la coracoide. C'est un tu-
bercule aplati, proéminent sur le bord supérieur du thorax, dont il dépasse la
surface extérieure en avant : on peut lui considérer : une face externe, une
face interne, un bord antérieur, un bord postérieur, une baseel un sommet.
La face externe, convexe, présente trois courbures successives, dont l'in-
férieure continue la face externe de la côte, la moyenne est dans le plan ver-
tical, la supérieure est dirigée en haut, en dehors et en arrière. Elle est
recouverte par le tronc inférieur du plexus brachial. — La face interne,
concave, est en rapport avec le cul-de-sac pleural. — Le bord antérieur
68 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
forme avec le bord supérieur de la côle une courbure à concavité antérieure
dans laquelle se logeait l'artère sous-clavière rétrécie. — Le bord postérieur
se continue insensiblement avec le col de la côte ; il donnait insertion à des
fibres du faisceau moyen du scalène postérieur. — La base s'étale en éven-
tail sur la côte. — Le sommet, dirigé en arrière, présente une petite sur-
face ovalaire, articulée avec l'extrémité antérieure de la côte cervicale.
Du côté gauche, les particularités de l'apophyse sont : une base élargie et
un sommet irrégulièrement bituberculeux.
Mensurations.
Hauteur
( à la base. .
Largeur {
° f au sommet .
Epaisseur
APOPBTSG
droite.
mun-
inètres.
gauche.
miUi-
mètres.
22
18
11
U
8
u
7
()
Les côtes supplémentaires cervicales (tig. 2, 3, i et 5), assez courtes,
vont de la 7* vertèbre cervicale à l'apophyse costale de la 1" côte thoracique.
D'une manière générale, elles limitent, on le sait, l'orifice supérieur du thorax,
qui, vu d'en haut, est assez régulièrement ovalaire à grand axe transversal.
On peut, comme à toute côte, décrire un corps et deux extrémités.
Le corps, très réduit, surtout à droite (20 millimètres de long; à gauche
27 millimèti'es de la tubérosité à l'apophyse costale), est aplati horizontale-
ment ; il présente : une face supérieure excavée en gouttière pour le 7® nerf
cervical ; une face inférieure concave en arrière (8" nerf cervical), convexe en
avant.
L'extrémité antérieure; élargie en massue, à droite, elle s'articule avec
l'apophyse costale suivant une ligne dirigée en bas, en arrière et en dehors ;
à gauche, elle est triangulaire à base antérieure, irrégulièrement bitubercu-
leuse, articulée avec les surfaces correspondantes de l'apophyse costale gauche
suivant une ligne oblique en haut, en avant et en dedans.
U extrémité postérieure est dilférenle à droite et à gauche; à gauche, elle
rappelle tout à fait la côte thoracique avec sa tête arrondie, sa tubérosité de
1 centimètre de largeur présentant en arrière une surface ovale encroûtée de
cartilage, son col rétréci (4 millimètres) bien autonomisé, séparé de la face
antérieure de l'apophyse transverse par un trou comblé à l'état frais par de
la graisse et par un ligament transverso-costal très net. A droite, la tubéro-
sité, le col, la tête figurent une seule masse pyramidale dont le sommet
aplati s'applique au-devant du corps de C, dont tout le bord postérieur est
soudé à l'apophyse Iransverse de cette vertèbre.
TRAVAUX ORIGINAUX. 69
CÔTE
droite. gauche.
milli- milli-
mètres, mètres.
[.ongueur du bord antérieur 38 38
Dislance de l'ap. Iransv. à l'ap. costale. 20 27
„ . , ( en avant 8,5 12
Mensurations , { , i ■ i .• f
Largeur < a la partie moyenne. ... o /
I à la tubérosilé 13 11,5
Largeur du col — 4
Articulai ions des côtes cervicales (fig. 5). Toutes les surfaces articulaires
sont encroûtées de cartilage.
^f j- N Hi|i| ilTMt ^ ^^"^^^ -/» it-^r. J*
\ ^^^
-^ / / M^M
/ / r
Fig. 5.
^ rfroîïg .• en arrière, amphiarllirose unissant toute l'extrémité postérieure
Il la face antérieure de l'apophyse transverse de C. En avant, pelile capsule
articulaire unissant deu.x surfaces ovales. Mouvements très limités.
A gauche : en arrière, diartliro-amphiarthroses (costo-vertéhrale et coslo-
transversaire) ; en avant, articulation en selle avec capsule.
111.
Pour interpréter les diverses anomalies (pie j'ai signalées au fur et à me-
sure qu'elles se présentaient sous le scalpel, il faut maintenant étudier le
reste du thora.\ et la colonne vertébrale.
Les côtes thoraciques présentent une première anomalie de nombre ; à
droite comme à gaucîie, on ne trouve que 11 côtes : côtes vraies et 5 Ilot-
tantes. D'autre part, la numération des vraies vertèbres montre qu'il en man-
que également une.
70 niBLlOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Plusieurs questions se posent immédiatement :
i° Quelle est celle des vertèbres qui est absente?
2° Manque-t-il réellement une côte thoracique? La 1" côte est-elle simple-
ment surmontée d'une exostose ostéogénique ? Ou bien, peut-on la considé-
rer comme formée par la fusion des deux premières côtes?
3° Que représentent les côtes cervicales ?
Examinons d'abord la colonne vertébrale.
Les vertèbres cervicales sont en nombre normal; les iS premières ont tous
leurs caractères et la vertébrale pénètre dans le 0^ trou interlransversaire.
On peut alTirmer que la 7' existe également : le corps est large et aplati
transversalement ; les apophyses articulaires supérieures sont aux bases des
apophyses Iransverses ; l'apophyse épineuse est longue, saillante, horizontale,
unituberculeuse. Les particularités qu'elle présente sont sous la dépendance
des côtes cervicales qui s'articulent sur une petite facette supéro-latérale de
la face antérieure du corps, et qui s'adaptent au-devant des apophyses Irans-
verses, en effet très volumineuses, et inégalement longues (la gauche est plus
développée). Le corps n'a pas de facette articulaire pour la !'• côte thoracique.
Les vertèbres lombaires sont au nombre de 5, bien caractérisées ; le sa-
crum, le coccyx sont normaux.
La réduc'ion vertébrale a donc porté sur la colonne dorsale.
Or, les 5 fausses côtes existent et on retrouve tous les caractères des 10% 11"
et 12* dorsales. La recherche se limite donc aux 7 premières vertèbres dorsales.
En nous rappelant que les vertèbres le plus souvent transposées sont les
vertèbres de transition, il faut revenir à l'étude des deux premières côtes et
de leurs cartilages ; car toutes les questions se correspondent et la solution
de l'une entraînera celle des autres.
La première côte thoracique, on l'a vu, n'est pas horizontale, mais presque
verticale ; elle est unie au sternum par deux cartilages costaux. Cette dispo-
sition me fait estimer d'abord qu'elle résulte de la (union des deux premières
côtes steriiales. Et en effet, par des mensurations comparatives avec une pre-
mière côte normale, on trouve des différences considérables.
MOrBKKE8 KOBMAIiES.
COTB TBOUCIUI)» DK lOTRI SUIT.
Irc côte.
2e côte.
3e côte.
1
droite.
gauche.
2
droite.
gauche .
Épaisseur au niveau du col.
Epaisseur de la tubérosité .
Longueur générale ....
Largeur en avant ....
Hauteur du cartilage . . .
1
6
8
13
12
17
13
6
12
20
13
»
13
w
1)
26
»
»
12
12
l'J
17
28
31
C 4
C» 12
9
13
18
21
20
5
14
1
»
8
22
14
»
C 11
»
9
22
15
»
12
TRAVAUX ORIGINAUX. 71
«
Ces chiiïres comparatifs sonl des plus intéressants ; on voit ainsi que la
1'* côte thoracique est deux fois plus large qu'une première côte normale et
que sa hauteur correspond à peu près à celle des côtes 1 et 2 réunies ; de
même, sa longueur rappelle plus celle de la 2" côte que celle de la 4'*;,de
plus, la présence de deux cartilages costaux h son extrémité antérieure est
de la plus haute importance. Le premier cartilage costal qui continue le bord
supérieur de la côte est rudimentaire ; à droite il mesure 15 X 4; à gauche
13 X A. Le second cartilage s'insère à la partie tout à fait inférieure du ma-
nubrium, contre le cartilage qui unit la poignée au corps du sternum ; il est
à peine situé un peu plus haut que normalement.
Ces différentes considérations m'autorisent à admettre que la i" côle tho-
racique est le résultat de la fusion des deux premières côtes encore repré-
sentées en avant par leurs cartilages ; que la côte suivante est non pas la 2",
mais la 3' ; qu'il n'y a pas, bien qu'on ne trouve que 11 côtes, absence, mais
anomalie apparente par défaut avec compensation.
Ce premier point étant établi, il est maintenant possible de dire quelle
vertèbre e:t absente.
L'examen de la première vertèbre dorsale n'est pas fait pour nous rensei-
gner ; son corps s'articule avec la 1'* côle et avec 1/4 de la 3* ; les apophyses
articulaires supérieures sont directement tournées en arrière ; par comparai-
son, on trouve seulement une anomalie légère de l'apophyse épineuse qui est
plus courbe que de coutume, très inclinée en bas et à jieine aplatie à son
sommet. Les apophyses épineuses des deux vertèbres suivantes sont de même
très obliques.
F'our expliquer l'ab.sence d'une vertèbre, malgré le manque de caractères
précis, on peut, à mon avis, admettre (pie la première dorsale fait défaut ; je
pense plutôt à la première qu'à la seconde, à cause du mince développement
ilu 1*' cartilage costal. On peut ainsi établir le schéma suivant :
Il y aurait ici anomalie par défaut sans compensation.
72 BIRLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Los apophyses costales peuvent être envisagées comme des exosloses ostéo-
géiiiques formées aux dépens d'un point d'ossification supplémentaire déve-
loppé sur la \'^ côte.
Les côtes supplémentaires représentent la 7^ côte cervicale, dont les cas,
on le sait, ne sont pas très rares, et qui se forme accidentellement aux dé-
pens du point costal de l'apophyse transverse.
En résumé, on trouve réunies de nombreuses anomalies qu'on peut diviser
de la façon suivante :
A) Anomalies primitives :
a) Présence d'une côte rudimenlaire cervicale par exagération réversive du
tubercule antérieur de l'apophyse Iransverse de C.
b) Réduction apparente du nombre des côtes ; coalescence des côtes 1 et
2, représentées en avant par deux cartilages costaux.
c) Existence d'un tubercule costal unissant la côte cervicale à la côte tho-
racique.
d) Réduction réelle du nombre des vertèbres : absence probable de la pre-
mière dorsale, vertèbre de transition.
B) Anomalies secondaires directes :
a) Réduction morphologique du 1" cartilage costal el du premier espace
intercostal.
b) Remaniement des côtes, en particulier de la 2" thoracique (la 3* dans la
série).
c) Anomalies musculaires ayant intéressé :
Le grand dentelé dont le faisceau supérieur énorme s'explique par la fusion
des côtes thoraciques 1 et 2 ;
Le scalène antérieur qui s'insère sur la côte directement el non sur \m
tubercule de Lisfranc ;
Le scalène postérieur ; l'existence de ses divers faisceaux, normaux et
anormaux, vient à l'appui de l'idée qui fait de la masse des scalènes une série
de muscles intercostaux modifiés.
d) Présence d'un muscle costo-intercosto-transversaire, qui permet de
comprendre l'espace postérieur entre la côte cervicale et la 1'* côte comme
un espace intercostal rudimentaire.
e) Anomalie vasculaire fonctionnelle ; présence d'une branche supplémen-
tiire de l'intercostale supérieure, consécutive à la présence de la côte cervi-
cale.
C) Anomalie indirecte à distance : Des deux côtés, bifurcation préma-
turée de riiumérale.
TRAVAUX ORIGINAUX, 73
* Pour conclure, j'admets, en définitive :
\° Que la réduction du nombre des vraies vertèbres est due à l'absence de
la première dorsale ;
2° Que les apophyses costales représentent des exostoses ostéogéniques ;
3° Que la 1'* côle Ihoracique n'est pas simplenient surmontée de cette
exoslose, mais qu'elle résulte do la fusion des deux premières côtes ;
4° Que les côtes cervicales sont produites par la reproduction accidentelle
d'une disposition réversive et par l'exagération osléogénique du point costal
d'ossification de la V apophyse transverse cervicale.
J'ai tenu à rapporter celte observation dans ses détails.
Si, en effet, il est relativement fréquent de découvrir une côte supplémen-
taire cervicale, les cas sont très rares (5 ou dans la littérature médicale,
d'après mes recherches) qui ont pu être observés directement sur le sujet
revêtu de ses parties molles.
La coïncidence d'autres anomalies diverses au voisinage de la côle cervi-
cale était faite pour augmenter encore l'intérêt de cette étude descriptive.
LA SPERMATOGENESE CHEZ LE TAUREAU
Par H. SCHŒNFELD
CAXO. HED.
(Travail du Laboratoire d'tiislologie de l'Université de Gand.)
COMMUiNICATION PRELIMINAIRE
Le testicule du taureau est un excellent matériel pour étudier les stades
jeunes des cellules génitales, et cela à un double point de vue : la glande
fonctionne continuellement et donne à toutes les époques de l'année tous les
stades de transformation des diverses espèces de cellules. De plus, les sper-
matogonies y sont plus volumineuses que chez le rat, ce qui en facilite beau-
coup l'étude.
Le matériel a été recueilli à l'abattoir, aussi fiais que possible, et fixé, im-
médiatement après l'abatage, dans différents fixateurs.
Les fixateurs qui me donnèrent les images les plus favoi'ables furent : la
liqueur chromico-osmique de Flemming et le mélange sublimé-alcool-acide
acétique préconisé par vON Lenhossék'.
Les colorations employées furent la inéthode d'Heidenliain* et la safranine,
vert lumière.
Les pièces ont été enrobées en partie dans la pai'affine et en partie dans la
celloidine. Ces dernières nous donnèrent les images les plus nettes et les
mieux colorées.
Dans cette note préliminaire, j'ai dû renoncer à faire rhistoi'iquc de la
question : il ne peut être traité convenablement et complètomeiit que dans
un travail définitif. Je ne citerai que les auteurs dont je dois absolument
donner les noms, pour la clarté et la compréhension de l'exposé.
Malgré le«; travaux assez nombreux publiés sur la spcrmatogénèse chez les
Mammifères, il reste beaucoup de problèmes à résoudre dans ce chapitre
important de la biologie.
1. Von Lenhossék, Arch. fiir mikr. Anal., Rd LI, p. 215.
2. M. Heidknhain, Feslchrijt /. Kûlliher. 1892, p. 118.
TRAVAUX ORIGINAUX. 75
Je ne ferai allusion qu'à la genèse des spermalogonies, à l'origine des cel-
lules de Sertoli, aux jeunes stades des spermatocyles, aux divisions des sper-
malocyles, ainsi qu'à beaucoup de détails concernant les transformations
subies par les sperniatides se métamorphosant en spermatozoïdes. Autant de
questions du plus haut intérêt qui demandent à être élucidées.
Dans celle note préliminaire, je m'occuperai uniquement de la spermalo-
génèse chez le taureau, bien que d'autres testicules aient été examinés. Je
passerai plus rapidement sur les stades bien décrits par les obsenaleurs
récents qui se sont occupés de la spermatogénèse chez les Mammifères, et
chez d'autres Vertébrés'.
Dans le testicule du taureau on trouve donc, à toute époque de l'année,
tous les stades de formation de la cellule mâle. Comme chez le rat on ob-
serve, dans les canalicules, les stades de la spermatogénèse se succédant le
long d'un caiialicule à l'instar d'une onde.
Inutile de s'étendre sur ce point, il a été complètement traité par von
Lknhossék et surtout par von Ebnek.
L'épilhélium séminal est formé de dilîérentes générations de cellules, dis-
posées en étages. Ces générations se remplacent successivement au fur el à
mesure que la plus ancienne, arrivée à la forme de spermatozoïde parfait,
s'élimine dans la lumière des canalicules.
Il faut admettre que ce remplacement par des générations nouvelles est
continu et (|ue, pendant qu'une génération se développe, la suivante se déve-
loppe également vite : ainsi, un stade donné do la spermatide correspond
toujours, dans n'importe quel canalicule, à un stade déterminé des spermato-
cyles. Cette considération nous fut d'un grand secours au début, pour déter-
miner la phase de développement, l'âge approximatif d'un spermatocyle par
exemple, les transformations de la spermatide étant simples et faciles à
reconnaître.
Tout ceci est vrai pour les canalicules en pleine activité. H y a, en effet,
des canalicules semblables à ceux décrits chez le cobaye par Regaod, où les
cellules génitales deviennent rares, le canalicule ne contenant presque plus
que des cellules de Sertoli *.
1. Je fais surtout allusion aux ouvrages counus de Meves (Salamandre, Cobaye et Homme)
vos Lenhossék (Rat), etc.
Daus l'ouvrage de iMkves paru dans Arch. f. mikr. Anat., Bd LIV, p. 329, on trouve
un excellent exposé bibliographique de rbistogéuose du spcruiutozoïde.
2. Cl. Rkgaid, Bibliogr. anat., aunée 1899, fasc. 1 : Compta rendus de l'Assoc. des
anat., 1899, 1" session.
76 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
La cellule de Sertoli (fig. 3 à droite).
Ces éléments ressemblent, chez le taureau, à ceux décrits chez le rat, le
cobaye, l'homme. Cependant, je ne puis admettre que ces cellules forment
entre elles un vaste syncytium, ainsi que le veulent Uegaud, et d'autres cilés
par lui '. Précisément, dans les canalicules contenant surtout des cellules de
Sertoli et peu de cellules génitales, on observe, entre chaque cellule de Ser-
toli, une délimitation nette et certaine.
De plus, on n'observe pas ici de figures pouvant s'interpréter comme divi-
sion directe de la cellule de Sertoli. Le noyau est, il est vrai, incisé, lobule,
mais cette image ne peut en imposer comme figure de division.
Les cellules de Sertoli présentent, du côté de la lumière du canajicule,
c'est-à-dire à la base du prolongement caractéristique, une sphère attractive
distincte, surtout dans les préparations fixées au sublimé. Cette sphère con-
tient deux corpuscules centraux. L'axe réunissant ces derniers est oblique
par rapport à la surface du noyau. La couche médullaire (Van Beneden) de
la sphère attractive est claire et hyaline (voir, p. 97, fig. 3, sph.at.). Le noyau
contient un nucléole central, plasmalique.
On rencontre pourtant des cellules de Sertoli à noyau non ridé, non lobule,
qui paraissent être plus jeunes. Ces cellules sont assez rares. Leur noyau
ressemble beaucoup, quant à la forme et à la structure intime, à celui des
cellules que nous décrirons plus loin sous le nom de cellules indifférentes
(fig- 3).
On peut admettre, tout naturellement, que la cellule de Sertoli dérive par
métamorphose de la cellule indifférente,
Regaud ' fait remarquer, d'ailleurs, qu'il y a entre la cellule de Sertoli et
la spermatogonie une série de stades intermédiaires. Il en conclut, sans
preuves suffisantes, à notre avis, que la spermatogonie dérive de la cellule de
Sertoli.
Faisons remarquer, d'abord, que ce que Regaud décrit comme spermato-
gonie « à noyau poussiéreux » correspond à l'élément que nous appelons
« cellule indifférente ».
Ceci étant dit, il nous semble qu'il est plus logique d'admettre que la cel-
lule de Sertoli, élément différencié, doive son origine à une cellule indiffé-
rente, élément jeune à caractères embryonnaires.
Le travail de de Bruyne ' traitant de la structure du testicule chez l'hydro-
phile, prouve assez nettement qu'il peut en être ainsi.
1. Cl. Regaud, Bibliogr. anal., aunée 1899, fasc. 1, p. \.
2. Cl. Recalu, Comptes rendus de VAssoc. des anat., 1S99, 1" session, p. 20, Ul.
3. De Bulyne, La cellule folliculaire du testicule d'hydiopliilus piceus. {Comptes rendus
du Congrès de l'Anal. Gesellsch. à Gand, 1897, p. 115.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 77
Là aussi, la cellule correspondant physiologi(]uement et anatomiquement à
la cellule de Sertoli dérive d'un élément indifférent qui, d'autre part, donne
la spermatogonie : il en est de même chez les Mammifères, comme j'essaie-
rai de le démontrer.
Je tiens à déclarer que c'est avant d'avoir lu le travail de de Bruyne que
j'étais arrivé à mes conclusions, et qu'il ne m'a guidé en rien dans mes re-
cherches.
La cellule génitale.
On a l'habitude de diviser la spermatogénèse en trois grandes étapes :
La période de multiplication ;
La période d'accroissement;
La période de maturation.
La limite entre les deux dernières périodes étant assez vague, la période
d'accroissement n'étant au fond qu'un stade de préparation au.x deux divi-
sions de la période de maturation, a été placée à divers stades des spermato-
cytes par les dilVérents auteurs qui se sont occupés de la question '.
Je la placerai au début de la première division de la période de maturation,
au moment où les corpuscules centraux s'écartent l'un de l'autre pour aller
se rendre aux pôles de la figure de mitose.
PKRIODE DE MULTIPLICATION
dette période du développement se passe exclusivement contre la membrane
propre. Pour en connaître toutes les phases, il faut une idée nette de ce que
présente le fond de l'épithélium séminal.
Je commencerai par l'image la plus simple, la plus facile à interpréter :
c'est celle que l'on trouve après la dernière mitose des spermatogonies.
(Contre la membrane propre on voit :
1 . Des spermatocytes de premier ordre, résultat de la division mitosique
des spermatogonies : ils sont alignés les uns à côté des autres, cubiques sur
la coupe opti(juc par pression réciproque (fig. 3).
Je les décrirai sommairement plus loin.
2. Ceux-ci sont interrompus par place par une cellule de Sertoli munie de
son prolongement gagnant la lumière du canalicule (fig. 3, c.«.).
3. Les jeunes spermatocytes ne tapissent pas partout la membrana propria :
ils en sont séparés parfois par des cellules spéciales, à protoplasme abondant
1. Meves, ^rc/*. /. mikr. Anal., Bd XLVIII, p. 37, 8g, 44.
Von Lenhossék, toc. cit., p. 249.
BIBI.IOSR. ANAT., T. VIII, FASO. 2.
78 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
laidement élalé sur la membrane propre : le cytoplasme en est granuleux et
uniformément condensé (fig. 3).
La rangée des jeunes spermatocytes ne s'interrompt pas au niveau de ces
éléments : elle glisse sur eux.
Le noyau de ces grandes cellules est ellipsoïde, à grand axe parallèle à la
membrane propre.
II est assez faiblement chromatique à ce moment. La chromaline est dis-
posée en fins granules s'irradiant autour d'un volumineux nucléole central
(noyaux poussiéreux de Regaud). Ce nucléole n'est ni franchement nucléinien
ni franchement plasmalique comme celui des cellules de Sertoli. Il se pré-
sente parfois sous forme de nucléole plasmatique contenant deux ou trois
granules cliromatiques, nucléiniens, la safranine colorant la nucléine, alors
que la linine prend le vert-lumière.
Dans le cytoplasma on retrouve une sphère attractive bien évidente, avec
deux corpuscules centraux, le plus souvent dirigés selon une ligne oblique
par rapport à la surface du noyau. Elle siège parfois dans le voisinage de la
surface nucléaire dirigée du côté de la lumière du canalicule, disposition que
nous retrouvons dans les cellules de Sertoli.
J'appellerai ces éléments «t cellules indifférentes ». Je les considère comme
pouvant donner, d'un côté, par métamorphose, la cellule de Sertoli, d'un
autre côté, par division indirecte répétée et quelques modifications de volume
et de structure, la spermatogonie.
Ces cellules constituent d'ailleurs un type parfait de cellule embi7onnaire.
Ce sont de véritables schémas de cellules.
En résumé, il existe donc à la périphérie du canalicule séminifère à cette
époque :
1 . La rangée de jeunes spermatocytes nouvellement formés ;
2. Les cellules de Sertoli ;
3. Les cellules indifférentes.
On ne trouve pas d'autres éléments. Ils sont nettement caractérisés et se
différencient facilement les uns des autres.
Comme je le décrirai plus loin, tous les jeunes spermatocytes se transfor-
ment bientôt. Les spermatogonies de remplacement ne peuvent donc prove-
nir que :
1. Ou bien des jeunes spermatocytes transformés retournant à l'état de
spermatogonies. Cette hypothèse me paraît insoutenable : les spermatogonies
nouvelles n'apparaissent qu'à un stade de transformation des spermatocytes
tellement avancé, qu'on ne peut admettre le retour à l'état de spermatogonie
sans stades intermédiaires : ces stades intermédiaires font totalement défaut ;
2. Ou bien des cellules de Sertoli : c'est l'hypothèse émise par Regaud.
J'ai exposé plus haut le motif pour lequel elle me semble erronée : la cellule
TRAVAUX ORIGINAUX. 79
de Sertuli est un élément différencié ayant un rôle de nutrition à remplir, et
présentant des divisions directes très rares : j'en ai vu fort peu, et encore
me semblent-elles douteuses ;
3. Ou bien des cellules de la membrane propre : celte hypothèse m'a souri
un certain temps. On trouve en effet, dans certains canalicules, à la base de
l'épithélium séminal, des cellules aplaties à protoplasme foncé granuleux, à
noyau très elliptique et aplati, possédant un, parfois deux nucléoles cen-
traux, (les cellules semblent surgir de la membrane' propre sur laquelle elles
s'étalent, et se montrent peu de temps avant l'apparition des nouvelles sper-
malogonies; elles existent encore à côté des spermatogonies bien constituées.
Cependant, l'absence de stades intermédiaires entre la cellule de la mem-
brane propre et les cellules aplaties, ainsi qu'une explication j)lus rationnelle
(|ue je donnerai plus loin de l'origine de ces éléments, me forcent d'abandon-
ner cette hypothèse ;
4. Elles proviennent des cellules indifférentes : c'est ce que je tâcherai de
démontrer.
On a vu qu'après la dernière mitose des spermatogonies mères, on trouve
il la périphérie du canalicule séminifère une rangée continue de spermalo-
cytes très jeunes, issus de celte division (fig. 3).
La structure de ces jeunes spermalocyles est caractéristique, et il est im-
possible de les confondre avec n'importe quel autre élément.
Ce sont des cellules carrées sur la coupe optique, par pression réciproque.
Leur protoplasme est clair, à sliiiclure fibrillaire, et renferme une sphère
attractive analogue à celle décrite par Van der Stricht ' chez la salamandre,
contenant deux corpuscules centraux entourés d'une zone claire bien délimi-
tée, entourée à son tour d'une masse proloplasmique foncée, compacte et
finement granuleuse. Celle-ci a la l'orme de lunule accolée au noyau, à pro-
longements s'irradiant vers la membrane de la cellule. Il s'agit ici de la pre-
mière ébauche de l'idiosome (fig. 3).
Le noyau a un squelette de linine réticulé sur lequel sont fixés deux à qua-
tre imcléoles chromatiques reliés entre eux et avec la membrane nucléaire,
par des filaments de linine souvent doubles, chargés de granules chromati-
ques. A la surface du noyau les granules sont plus volumineux, sous forme
de croulelles, et réunis entre eux par des filaments achromatiques (noyaux
croutelleux de Regaud). Sur la coupe opti(iue, cette disposition en impose
pour une membrane chromatique interrompue.
k un stade un peu plus avancé, toutes ces cellules subissent des transfor-
mations nettes que je décrirai plus loin à propos de la période d'accroissement.
t. 0. Van deb Stricht. Contribution à l'étude de la forme, de la structure et de la divi-
sion du noyau. {Arch. de biologie, t. XIV, 1895, p. 257.)
80 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Pendant celle transformation, et assez tôt, on peut observer, dans les cel-
lules indifférentes, des transformations indiquant une préparation à la mitose :
le nucléole devient fortement chromatique ; les fines granulations, disposées
de façon radiaire autour du nucléole, se gonflent et se fusionnent entre elles
pour former des granules qui, rangés les uns après les autres, engendrent
un spirem. Celui-ci se fragmente en un certain nombre de chromosomes,
nombre difficile à déterminer.
Les chromosomes ont la forme d'anses, caractéristiques de la division lio-
mœolypique. On peut, dans quelques cas favorables, voir les deux corpuscules
centraux écartés l'un de l'autre, réunis par un fuseau central, et recouvrant
le spirem.
Au stade de la plaque nucléaire, les cenlrosomes sont très rapprochés de
la plaque (fig. 21). Les cônes principaux sont très petits et aplatis par rap-
port à la plaque, qui est très massive et remplit presque toute la largeur de
la cellule. Au stade des étoiles-filles, le corpuscule Intermédiaire de Fleiu-
ming est très net. Les noyaux rentrent au repos. Ils présentent le même
type que le noyau mère. Ils sont pourtant moins volumineux et plus chroma-
tiques. On observe deux ou quatre de ces éléments réunis les uns aux autres.
Plus tard, ces cellules s'aplatissent contre la membrane propre et s'éta-
lent largement. Le protoplasme se condense. 11 est plus foncé que dans la
figure précédente.
La structure générale de cet élément esl en tout point semblable à celle de
la figure précédente, de la « cellule indifférente » (fig. 2).
Ces cellules engendreront plus tard de nouvelles figures mitosiques.
Ces éléments aplatis présentent des stades de transition vers la cellule
spermatogonie : certains se relèvent, le noyau s'arrondit de nouveau, mais
présente non plus un nucléole central, mais deux, trois nucléoles.
Le protoplasme s'étale de moins en moins sur la membrane propre. Fina-
lement, on obtient l'image d'une spermatogonie : cellule dont le volume tient
le milieu entie le jeune spermatocyte et la « cellule indifférente » ; l'aspecl
du noyau et du protoplasme étant également intermédiaire entre ces deux
éléments (fig. 1).
On observe parfois des cellules difficiles à classer, c'est-à-dire à rapporter
au type des cellules indifférentes ou au type des cellules spermatogonies,
alors que la spermatogonie et la cellule indifférente sont deux éléments bien
nettement caractérisés et définis.
Quelque temps après leur formation, ces spermatogonies se divisent par
mitose (fig. 20). Ces mitoses sont très nombreuses et sont du même type
que la mitose des cellules indifférentes. Elles s'en distinguent par leur vo-
lume plus petit, leur nombre plus élevé; elles en sont comme une réduction.
TRAVAUX ORIGINAUX. 81
Le protoplasme ne coulieiil pas autant de granulations safraninophiles que
celui des cellules indifférentes en mitose et est plus clair. Les chromosomes
sont plus tassés, moins distincts les uns des autres. On les compte très
dilTicilement (fig. 20).
Je pense qu'il y en a plus de seize et moins que vingt-cinq, probablement
vingt-quatre.
Ici également le corpuscule intermédiaire de Flemming est d'une grande
netteté.
Après les mitoses, on observe des figures très analogues à celles observées
par Meves dans le testicule de salamandre après la division de ses « petites
spermatogonies ».
Les cellules-filles, alignées les unes à côté des autres, sont réunies par une
traînée de fibrilles dans la direction des corpuscules centraux. Entre deux
cellules contiguës, cette traînée tibrillaire est épaissie : cet épaississemenl
correspond au corpuscule intermédiaire ' (tig. 3).
PERIODE D ACCROISSEMENT
La rangée de jeunes spermatocytes que j'ai décrite peu après sa naissance
subit bientôt des modifications : c'est la période d'accroissement qui com-
mence, période qui n'est qu'une longue préparation à la double mitose de la
période de maturation.
Le premier phénomène caractéristique est la répartition excentrique de la
chromaline dans le noyau : la chromatine s'accumule dans une moitié nu-
cléaire ; le suc nucléaire est refoulé dans l'autre moitié, voisine de la sphère
attractive. Les trois ou quatre nucléoles se fusionnent alors en un ou deux
nucléoles plus volumineux, le reste du noyau con.servant sa structure (fig. 3,
à droite).
Bientôt après, pendant que le noyau augmente graduellement en volume,
l'on voit se détacher des nucléoles des fragments de chromatine qui sem-
blent aller grossir les granules de chromatine voisins, qui émigrent ensuite
vers la périphérie du noyau (fig. A).
Arrivé à la périphérie, chaijue granule se divise en quatre (fig. 4). Celte
division semble se faire au fur et îi mesure que chaque granule arrive sous la
membrane nucléaire. Les filaments de linine disparaissent partiellement. Il
en reste deux ou trois, reliant par place un granule de chromatine à la masse
plus compacte persistant à l'un des pôles.
Nous nous trouvons donc bientôt en présence de granules chromatiques
nettement quadrijumeaux (fig. Ti), granules sphériques et tangents par leur
1. Meves. Airh. /. mikr. Anat., Bd XLVIII, pi. III, fig. 33-34.
82 UmLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
surface interne. On obtient ainsi des figures quadrilatères à lumière centrale.
Les granules quadrijumeaux semblent aligné? à la file l'un de l'autre.
Les figures obtenues ressemblent énormément à celles décrites par Brauer'
chez l'ascaride du cheval, également chez les spermatocytes. Cependant,
l'évolution ultérieure des petits groupes quadrijumeaux semble ici être
différente.
Le processus ressemble encore plus à celui décrit par M. Sab.\schnikoff *
chez l'ascaride : en opposition avec la segmentation d'un filament unique
deux fois de suite selon la longueur, décrite par A. Rrauer, il observe une
résolution du filament en granules chromati;|ues. Ceux-ci se groupent par
quatre. Ces groupes de quatre se réunissent alors en un filament quadriju-
meau qui, se segmentant par le milieu, donne les deux «t Vierergruppe »,
groupes quaternes, homologues des anneaux dans la division de maturation.
Il nous semble qu'ici il s'agit plutôt d'une division en quatre que d'un
groupement de plusieurs granules en groupes de quatre.
Cette division de chaque granule en quatre semble être effeclivement une
préparation à la mitose répétée qui se fera à la période de maturation.
A un stade ultérieur, il existe dans le noyau un spirem unique (fig. 8),
constitué par un boyau nucléinien renfermant des granules chromatiques. Sur
ime coupe transversale du filament, les granules sont divisés en deux et for-
ment donc une double rangée de grains chromatiques.
La disposition excentrique de la chromatine' existe encore toujours ici et
s'accentuera davantage dans les stades subséquents.
Ces noyaux sont très fragiles ; ils possèdent une membrane très délicate.
Dans les tubules déchirés, ils se rompent avec une grande facilité : le spirem
sa déroule alors dans le sens du courant comme le fil d'un éfheveau.
On obtient de celte façon des images très caractéristiques et très instruc-
tives (fig. 13).
Entre les deux stades précités se placent les phases où se constitue le spi-
rem. Ces figures sont assez difficiles à interpréter; on ne les analyse bien
que dans la partie du noyau à chromatine rare :
Chaque groupe quadrijumeau se met en rapport avec deux filaments qui se
réunissent au niveau des quatre granulations (fig. 6). Ces filaments sont
d'abord fins, achromatiques, et semblent tendus entre le groupe quadriju-
1. A. Brader, Arch. f. mikr. Anal., Bd XLII, p. 153.
2. M. Sabaschnikoff, Beitrâge zui- Kenntniss der throniatinreducfion in der Oogenese
von Ascaris uieiîalocephala bivalens. (BuUe'ia de lu Soc/élë impériale des uutiim.'isles,
MoscoH, 1897. n" 1. p. 8?, pi. I.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 83
meau et un autre point de la masse chromatique du noyau. La chromatine de
chaque granule d'un groupement quaterne se répand dans le fdament, qui
devient chromatif|ue, plus souple, plus arrondi, et semble plus flexible, alors
que le groupe quaterne devient de plus en plus petit, et finalement disparait.
Ce phénomène se passe à des moments dilTérents pour chaque groupe
quadrijumeau. Il arrive que un ou deux groupements restent en retard alors
que tous les autres se sont transformés en spirem.
Ce spirem est d'abord très serré et fortement chromatique (fig. 7). Il est
disposé en calotte d'un côté du noyau. Dans la partie non chromatique du
noyau font hernie quelques anses du spirem. Ces anses pénètrent plus ou
moins loin. Certaines sont en rapport avec un groupe quaterne.
On ne reconnaît la nature du spirem que dans les noyaux déchirés méca-
niquement par la rupture d'un canalicule.
La texture du spirem devient de moins en moins serrée. La disposition est
encore excentrique dans le noyau. On y distingue déjà un a corpuscule intra-
nucléaire », décrit par von Lenhossék ' (fig. 8).
A ce moment, la luimle compacte et foncée contenant les corpuscules
centraux se transforme en un organe ellipsoïde, homogène (fig. 8), coloré en
vert par le vert-lumière, et renfermant les corpuscules centraux. Je n'ai pu
encore déterminer quelle partie de la sphère donnait lieu à l'idiosome. Des
recherches ultérieures seront faites dans ce sens.
Bientôt, la chromatine devient de moins en moins excentrique, pour rem-
plir finalement tout le noyau. Dès ce moment apparaissent dans le noyau les
anneaux, dont je n'ai pu poursuivre tous les stades de formation (fig. 9).
Ces aimeaux vont se disposer périphériquement, comme on l'a décrit sou-
vent. Arrivés à la périphérie du noyau, ils s'épaississent sans pourtant .se
raccourcir. Ils semblent alors parfois s'ouvrir à l'une de leurs extrémités.
Dès lors, les noyaux sont prêts à la mito.se.
Pendant ce temps, le protoplasme a également changé d'aspect : il y appa-
raît à côté de l'idiosome un corpuscule arrondi, chromatique : c'est le corps
cliromatoide (fig. 8). Le cytoplasme a maintenant une structure filaire très
nette. Tout autour du noyau semblent être localisées une grande quantité de
fibrilles disposées en faisceaux et analogues, selon toute apparence, au kino-
plasma de dilférents auteurs.
1. Von LENHosisÉK, loc. cit., p. 251 à 254.
84 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
PÉRIODE DE MATURATION
Pendant que les anneaux se disposent à la périphérie du noyau, on retrouve
facilement, dans les préparations convenablement colorées, les diplocentres
à l'intérieur de l'idiosome. Les anneaux bientôt se raccourcissent en s'épais-
sissant et engendrent une figure caractéristique de la première mitose de
maturation '.
A ce moment, on ne distingue plus lés diplocentres dans l'idiosome : ils
se sont écartés l'un de l'autre. On les retrouve parfois à la périphérie de
l'idiosome, réunis par un petit fuseau clair assez réfringent.
Plus tard, on ne les voit plus que difficilement : il faut que la cellule ^oit
coupée juste parallèlement à la direction du fuseau. Les asters ne se déve-
loppent pas encore à ce moment. On les voit apparaître quand les corpu.s-
cules centraux sont arrivés à deux points diamétralement opposés du noyau.
Ce déplacement des corpuscules centraux s'effectue assez rapidement. Les
filaments de l'aster sont délicats. On les voit très bien sur les vues polaires,
s'étalant en panache en suivant les méridiens du noyau.
Au moment oîi les corpuscules centraux ont atteint la périphérie du noyau,
la membrane nucléaire se dissout brusquement. Les anneaux, devenus libres,
s'étalent en ligne droite, et se di.sposent en deux groupes convergeant vers
les corpuscules centraux (fig. 10).
Dans ce changement de forme, qui se fait très rapidement, ils se rompent
souvent à leur extrémité distale.
La vue polaire donne alors l'aspect d'anses rayonnant autour d'un point
central occupé par le corpuscule central. Autour du corpuscule s'étalent les
filaments de l'aster.
On assiste alors rapidement au raccourcissement des anneaux, qui ne se
fait pas simultanément pour tous les anneaux.
Le fuseau central est encore visible à ce stade, à la surface nucléaire
(fig. 40, /".c).
Pendant que les anneaux se raccourcissent, les corpuscules centraux se
rapprochent à nouveau l'un de l'autre (fig. 11). Ce mouvement semble avoir
pour effet de ramener les anneaux condensés et transformés en globules
compacts de chromatine, vers le plan équatorial du noyau.
A cette phase, on observe encore dans la cellule le corps chromatoïde : il
semble attiré vers la plaque nucléaire en voie de formation.
L'idiosome se reconnaît également. Il occupe une position intermédiaire
entre les corpuscules centraux et est en rapport avec certains filaments des
1. Cf. Von Lenhossek, loc. cit., p. 257.
TRAVAUX ORIGINAUX. 85
asters. Ses limites sont pourtant moins nettes : son aspect est maintenant plus
ou moins lobule '.
Les filaments des cônes principaux deviennent visibles au moment où les
corpuscules centraux occupent la position la plus rapprochée de la plaque équa-
toriale. Dès ce moment, les corpuscules centraux s'écartent à nouveau l'un
de l'autre, pendant que les globules chromatiques correspondant aux anneaux
se disposent très rc-gulièrement au niveau du plan équatorial de la cellule.
Ces globules chromatiijues montrent une dépression centrale correspon-
dant à l'ouverture de l'anneau dont ils dérivent.
La vue de profil donne une plaque très condensée, où peu de détails sont
visibles. La plaque est très régulière. Le fuseau central est devenu invisible
(fig. 12).
La vue polaire est plus intéressante. On y voit un amas de granules disposés
à première vue irrégulièrement les uns à côté des autres, de fai^on à former
une plaque compacte sans ouverture centrale et à contour circulaire (fig. 14).
L'observation attentive montre que les granules sont disposés deux par
deux : ils représentent la coupe optique d'un anneau condensé ayant con-
servé sa lumière centrale. Cette lumière centrale est invisible sur une vue de
profil, à cause de l'accumulation des anneaux.
J'ai essayé de compter ces granules. Le nombre 24 revenait le plus sou-
vent dans mes calculs : j'en conclus à la j)résence de douze anneaux chroma-
tiques. Les comptes faits lors de la disparition de la membrane nucléaire,
alors que les anneaux, droits et convergeant vers les centrosomes, se distin-
guent tacilement, m'ont confirmé dans ce résultat.
k ce stade a disparu l'idiosomo, ainsi (pic le corpuscule chromatoïde.
Les fibres des cônes principaux sont relativement épaisses. On en compte
de sept à huit sur la vue éfjualoriale. Les fibres des asters, infiniment plus
délicates, parlent des cenlro.somes en jet de fontaine et vont s'attacher tan-
gonliellement à la périphérie de la cellule, j)robabl(Mnent à la menibrane cel-
lulaire, (jcrtaines fibres, incontestablement, dépassent l'équateur et s'entre-
croi.sent avec les fibres venant du cenirosome opposé (fig. 12).
.\ux premiers stades de la métacinè.se, on voit réapparaître l'anneau par
élirement de la forme condensée. On observe, au niveau de l'équateur, des
renflements caractéristiques identiques par exemple à ceux observés dans la
première mitose de maturation de l'ovule de Tby.sanozoon et dans une foule
d'autres cas* (fig. 15).
1. Cf. les figures de Meves, Arch. /. mikr. Anat.^ Bd LXVIII, fig. 57, pi. III, surtout
VON LENHOS.SÉK, loc. Cit., fig. Il et 13, pi. XIII.
?. 0. Van ueb STiiiciir, La formation des deux globules polaires et l'apparition des sper-
mocentres dans Toeuf de Thysanozoon Brocchi. (Arch. de biologie, t. XV, 1897.)
86 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Il semble que, ici aussi, la première mitose corresponde à une division
longitudinale des chromosomes.
L'écartement des étoiles-filles correspond ù un raccourcissement des fibres
des cônes principaux. Les chromosomes se rapproclient fortement des cen-
trosomes, de sorte que ces derniers devienneiit très difiicilement visibles.
Entre les étoiles-filles existent des filaments achromatiques disposés en
tourbillon. Lors de l'étranglement de la cellule, ils se réunissent en fais-
ceau. On ne remarque pourtant pas, à ce stade, de corpuscule intermédiaire
de Flemming, bien que, antérieurement, les fibres aient été parsemées de
granules chromatiques très petits.
Les cellules issues de celte première mitose sont les spermatocytes de
second ordre ou cellules de von Ebner'.
Les spermatocytes de second ordre (fig. 16 à 18 incl.).
Leur noyau est d'abord très chromatique et peu volumineux. Il est telle-
ment compact à ce stade qu'il est impossible d'en analyser la structure
intime.
Peu à peu il augmente de volume, et il apparaît un réticulum de linine à
mailles assez régulières. Sur ces trabécules sont fixés des grumeaux de cliro-
maline plus ou moins volumineux.
En même temps que s'accomplit ce travail, le corps chromatoïde acces-
soire réapparaît dans le protoplasme, d'abord tout près du noyau, dont il
semble provenir. L'idiosome se montre en même temps, renfermant les deux
corpuscules centraux. Il a légèrement diminué de volume.
Le corps chromatoïde semble s'éliminer à ce stade, après avoir occupé un
siège périphérique dans la cellule. Dans certaines cellules il est invisible,
notamment dans celles se préparant à la mitose.
Il existe encore dans le protoplasme, à charpente filaire, des fibrilles assez
nombreuses autour du noyau, probablement provenant du kinoplasma que
j'ai signalé dans les spermatocytes de premier ordre (fig. 16).
Ici aussi, quand débute la mitose, les corpuscules centraux s'écartent l'un
de l'autre et puis deviennent fort difiicilement visibles, pour les mêmes rai-
sons que celles exposées précédemment à propos de la mitose des sperma-
tocytes de premier ordre.
La membrane nucléaire disparaît d'abord à un côté du noyau, celui auquel
est appliqué l'idiosome. La chromaliiie semble se retirer au pôle opposé du
noyau et s'y concentre en globules volumineux. Jamais je n'ai pu observer la
1. Von EBNrn, Arch. f. mikr. Anal , M XXXI, p. 2fiO,
TRAVAUX ORIGINAUX. 87
forme d'anneaux périphériques que von Ebner ' décrit chez le rat, ni chez
le taureau, ni même chez le rat.
Le réticulum de linine devient de plus en plus lûche et finit par disparaître,
ainsi que le reste de la membrane nucléaire. On observe alors facilement le
fuseau central tendu entre les deux corpuscules centraux, auquel s'applique,
unilatéralement d'abord, l'amas de chromatine dt\jà groupé en segments
chromatiques (fig. 16).
Sous l'influence, probablenient, des rayons des asters, déjà <léveloppés à
ce moment, ils se groupent autour du fu.seau central, d'abord en demi-cercle,
puis en fer à cheval, enfin sous forme d'un anneau (fig. 17-19), engendrant
de cette manière au niveau de l'équaleur une plaque nucléaire très régu-
lière.
L'étoile-mère est formée par douze segments chromatiques, ainsi qu'on
peut le voir sur une vue polaire. Ils ont une forme de courts bâtonnets épais,
à grand axe dirigé dans le plan équalorial. Ils sont serrés les uns à côté des
autres autour d'une ouverture centrale par où passe le iuseau central; de
telle sorte qu'ils forment une espèce de couronne, lobulée à la périphérie,
chaque petit lobule correspondant à un segment chromatique. On compte le
plus souvent douze lobules. La plaque est moins large d'un tiers à peu près
(jue celle de la première mitose (fig. 19).
On le voit, cette image est caractéristique pour la seconde figure de matu-
ration.
Il y a encore d'autres dilTéreuces manjuées avec la première figure de
maturation, outre la disposition de la plaque nucléaire et la forme des chro-
mosomes-: les cônes principaux i-ont plus allongés, moins étalés en largeur
(fig. 18), les fibres qui les constituent sont plus fines; de plus, les corpus-
Ciiles centraux se trouvent toujours relégués complètement à la périphérie
de la cellule, presque sous la !nembrane cellulaire. Les asters sont par le
fait même moins nets, quoique ici encore on observe des fibres s'entrecroi-
sanl au niveau de l'équateur.
A ce stade l'idiosome a déjà disparu.
A la métacinèse, les chiomosomes s'étranglent chacun en leur milieu,
chaque moitié voyageant vers la cellule-fille future. On n'observe point de
corpuscule intermédiaire.
La structure du noyau-lille est d'abord régulièrement réticulée, à peu près
identique à celle des cellules de von Ebner, dont on les distingue pourtant
par le volume moindre et l'absence de corps accessoire chromatoide.
Mais bientôt elle se modifie : la chromatine se résout en très fins granules
et s'accumule, d'autre part, en un nucléole assez volumineux, irrégulier, et
1. Von Kbneb. cf. fipr. 11. Si'zungsberichte der Kais. Akad. der Wis.%. in Wicti,
B<l CVIII, .\l.i. 111 .No.euihor US'J',).
Ç» BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
' rattaché par des filaments de linine à la membrane nucléaire. En même
temps, le noyau gonfle et pâlit par augmentation du suc nucléaire.
Pendant ces métamorphoses apparaît dans le cytoplasme l'idiosome, de
petit volume, mais facilement reconnaissable par sa morphologie et ses réac-
tions.
On n'y rencontre plus les corpuscules centraux. Ils siègent le plus souvent
dans son voisinage, du côté de la périphérie de la cellule.
La cellule-fille résultant de la seconde mitose constitue la spermatide.
Nous sommes convaincus qu'il n'y a, en fait de mitoses de spermatocytes,
que les deux types précités, et qu'il ne s'en accomplit que deux. Le fait a été
démontré presque mathématiquement par von Ebner ' pour le rat. 11 pour-
rait l'être de même pour le taureau : le volume respectif des spermatides,
cellules de von Ebner et spermatocytes de premier ordre, le nombre respec-
tif de mitoses des deux types, tout indique qu'il ne se produit que deux divi-
sions de spermatocytes : d'un spermatocyte de premier ordre résultent quatre
spermatides.
LA SPERMATIDE. SON ÉVOLUTION VERS LA FORME SPERMATOZOÏDE
I. — Le capuchon céphalique.
La spermatide du taureau se distingue de celle de la salamandre et de celle
du rat surtout par l'absence du corpuscule chromaloide.
Les premiers stades, la formation du capuchon céphalique, l'ébauche du
fdament axile concordent absolument avec ceux trouvés par von Lenfiossék
chez le rat. Je n'insisterai donc pas dans cette communication préliminaire.
Une partie de l'idiosome reste adhérente à la vacuole aplatie qui donnera
le capuchon céphalique. Celte partie a également la propriété de se vacuoli-
ser, lormant deux, parfois trois petits capuchons surmontant le capuchon
principal. 11 se forme ainsi un appendice plus ou moins pointu qui plus tard
est fixé dans le prolongement de la cellule de Sertoli correspondante (phéno-
mène de la copulation, formation du spermatophore). Cet appendice dégénère
et tombe dans la suite.
Très tôt se forme l'acrosome, sous forme d'abord d'un corpuscule aplati
appliqué sur la membrane nucléaire, et probablement issu de cette mem-
brane. Je n'ai pu observer sa formation dans la vacuole formée dans l'idio-
some, ainsi que le décrit von Lenhossék. Il se métamorphose ensuite en un
granule sous forme de lancette, fixé perpendiculairement sur le noyau. Ce
granule n'existe plus dans le spermatozoïde. Le capuchon céphalique s'étend
environ sur la moitié de la surface nucléaire.
1. Von Ehner, 1899, loc. cit., p. 139 et suiv., p. Wl iiid.
TRAVAUX ORIGINAUX. 89
Le noyau devient de plus en plus périphérique pendnnl (jue les corpuscules
centraux avec le filament axile se dirigent vers la partie postérieure du noyau.
II. — Formation de la « manchette hyaline ».
A ce moment, le noyau est complètement périphérique. En même temps
s'ébauche une nouvelle formation : la manchette hyaline.
Elle semble, chez le taureau, se former manifestement aux dépens de la
membrane nucléaire.
La membrane du noyau se soulève légèrement tout autour de la partie
distale du noyau, de façon à former bourrelet (fig. S-i, e.m.). Ce bourrelet
grandit, et la membrane nucléaire, faisant hernie d-tiis le cytoplasma, se
replie sur elle-même à l'instar du tablier mésentérique, par exemple. Entre
l'attache des deux feuillets du repli, il reste une partie du noyau dont la
membrane s'est détachée : cette partie, d'abord peu importante, augmente
en largeur par la suite, et subit très facilement l'action plasmolysante ou
turgescente des réactifs. Sous l'influence, par exemple, du sublimé-alcool-
acide acétique (von Lenhossék) et des liqueurs osmiques, elle se rétracte. La
solution fi.xative ordinaire au sublimé la dilate considérablement.
La coupe optique de la manchette bien développée indique assez manifes-
tement un double contour. Ceci est très visible sur des coupes transversales.
Dans une figure telle que la figure 26 b {i.m.) la rend, on voit fort bien l'in-
sertion des deux feuillets de la manchette sur le noyau, et entre les deux
feuillets un liipiide clair, hyalin et homogène, plus ou moins abondant d'après
les réactifs.
Jamais je n'ai pu observer une formation de la manchette telle que l'indi-
que Meves dans son travail si intéressant sur l'histogenèse du spermatozoïde
de cobaye.
Dès (jue la manchette hyaline s'est formée, le noyau s'aplatit de plus en
plus et subit en même temps une incurvation normalement à .sa surface plane,
ce ([ui lui donne la forme d'une palette d'hélice. Le capuchon céphalique suit
cet aplatissement.
La structure du noyau devient plus homogène, d'abord finement granu-
leu.se, puis complètement homogène.
Un voit, sur des coupes transversales, que la chromaline est surtout ré-
pandue à la surface du noyau, sous la membrane.
III. — Les corpuscules centraux.
Les derniers stades de transformation de la spermalide ont été surtout
étudiés sur des préparations lixées par la liqueur de von Lenhossék, et colo-
rées par rhématoxyline de Heidenhain.
90 BIHLIOGRAI'HIE ANATOMIQUE.
Au déhul, on retrouve les corpuscules centraux d'ordinaire près de i'idio-
some ou près de l'ébauche du capuchon céphalique.
Cependant, jamais je ne les ai observés à l'intérieur de l'idiosome'.
L'un des corpuscules est plus petit que l'autre. Du plus petit part le fila-
ment axile. Celui-ci, très ténu, ne se voit pas toujours avec la même facilité.
Les diplocentres se dirigent alors vers le côlé du noyau diamétralement
opposé au capuchon céphalique et vont s'attacher au noyau. Le corpuscule
proximal pénètre dans le noyau. Plus tard, on le retrouve à l'extérieur du
noyau; cependant, il s'est formé entre temps un élément nouveau: le cor-
puscule bâtonnoide décrit déjà par Meves -. Cet élément se compose d'un
disque intra-nucléaire, appliqué contre la membrane du noyau; du bord de
ce disque part un petit bâtonnet chromatique formant avec le petit disque un
angle d'environ 45° (fig. :25 à 27 incl., c.b.).
(]et élément me semble résulter d'une partie du corpuscule central qui a
pénétré à l'intérieur du noyau.
Cette interprétation est parfaitement d'accord avec l'observation de ce qui
se passe chez la salamandre par Meves '. Chez la salamandre, le corpuscule
proximal pénètre également en partie dans le noyau et y devient volumineux.
De cet élément part le filament qui borde la membrane ondulante de la queue
du spermatozoïde.
Or, nous verrons qu'ici aussi le corpuscule bâtonnoide doime naissance h
un filament que nous pouvons identifier avec la formation précitée de la sala-
mandre.
Meves a décrit le premier ce corpuscule. Nous l'avions déjà vu et étudié
dans nos préparations quand parut le travail auquel nous faisons allusion.
Meves, pourtant, n'a pas vu le rôle de ce corpuscule dans l'évolution de la
spermatide.
Pendant ce temps, le corpuscule distal se transforme en un petit disque,
plein d'abord, se creusant ensuite et prenant la forme d'anneau. Le filament
axile traverse cet anneau et se fixe au corpuscule central proximal, ou plutôt
à la moitié de ce corpuscule, l'autre moitié ayant donné naissance au corps
bâtonnoide, d'après mon interprétation.
De ce dernier élément part un fin filament qui, se recourbant en demi-
cercle, se fixe au filament axile (fig. !25, f.sp.).
Le point de fixation est caractérisé par un fin microsome, probablement dû
à la nodosité résultant de la fusion des deux filaments.
1. Comme le veut C. NiEssmo, Arch. f. inikr. Anat., BU XLVIII, p. 120 et suiv.
2. JIeves, Arch. f. mikr. Anat., Bd LIV, p. 3i6, et fig. Ifi, page 363 et suiv. avec
figures dans le texte.
3. Meve!:, Arch. f. mikr. Anat., Bd L, p. 123.
TRAVAUX ORIGINAUX. 91
A ce iDonient déjà, on observe sur le filament axile, à mi-hauteur à peu
près de son Irajet inlra-cellulaire, une dilatation en vésicule, remplie d'une
substance claire et homogène.
Meves a également décrit cet élément chez le cobaye, le rat et riiomme.
Peu après, le mince filament parti du corps bâtonnoïde s'accroît et croise
plusieurs fois le filament axile. Chaque point de croisement correspond à un
microsome. On le poursuit même on dehors de la cellule, le long de la partie
libre du filament axile.
Tous ces détails ne s'observent que sur des préparations fixées au sublimé
ou aux liqueurs osmiques, bien colorées à l'hématoxyline de Heidenhain.
Le nombre des spires, aux stades jeunes, est de 3 à 4 à l'intérieur du pro-
toplasme.
Le filament axile a un trajet rectiligne ou à peu près.
Le filament spiral entoure aussi la petite vésicule placée sur le trajet du
filament axile.
L'anneau formé par le corpuscule central distal se rompt à un moment
donné et prend la forme d'une crosse, le bâton de la crosse étant dirii,é
parallèlement au filament axile, la crosse étant du cOlé du noyau.
Pendant que s'accomplissent ces modifications du côté des corpuscules
centraux, la forme du noyau s'est changée. Il s'est aplati en palette, en même
temps la manchette hyaline est arrivée à son complet développement et s'est
allongée considérablement.
III. — La dégénérescence et la disparition de la manchette hyaline.
Peu après que la manchette hyaline a atteint son complet développement,
on la voit dégénérer. Elle commence par se détacher du noyau.
Cette disparition entraîne l'effacement de la partie rétrécie du noyau, qui
correspond à l'insertion de la manchette.
Bientôt apparaissent les stigmates certains de dégénérescence : des boules
d'abord fortement colorables par les réactifs, puis graisseuses, colorées en
noir par l'acide osmique, occupent la place de la manchette et troublent
parfois assez fortement l'observation des faits.
Certaines cellules se présentent pourtant favorablement, surtout dans les
pièces fixées au sublimé-alcool-acide acétique.
La crosse se divise en deux. La i)artie distale, la plus volumineuse, s'en-
roule plus ou moins autour du filament axile, et émigré peu à peu le long de
ce filament*. Cette migration se fait assez rapidement et s'observe souvent
1. Chez Thouime, d'après Meves, fanueau en entier émigré vers la périphérie du cyto-
plasme. {Arch. /. mikr. Anat.^ LIY.)
92 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
en différents stades, dans un certain nombre de cellules voisines. Le morceau
migrateur s'arrête à la limite du protoplasme.
Entre la partie restée en place et la partie émigrée, on voit un tractus
d'une substance faiblement délimitée du cytoplasme, et entourant le filament
axile comme d'un cylindre.
Le filament spiral se voit très difficilement à ce stade, et entoure ce
cylindre. Dès ce moment, le cytoplasme dégénère et disparaît peu à peu.
Le résultat de cette chute du protoplasme est une rangée de détritus,
boules de graisse et de matières fortement colorables, qu'on observe entre
les cellules des rangées supérieures de l'épithélium séminal.
Aussitôt que le cytoplasme a di.sparu, nous avons devant nous l'image d'un
spermatozoïde.
IV. — Le spermatozoïde.
i. La tête : elle est constituée par le noyau, transformé en palette bomo-
gène tordue légèrement en bélice.
On distingue le capuchon céphalique, qui s'étend jusqu'au quart inférieur
de la tète, engendrant une région nucléaire plus foncée recouverte du ca-
puchon, et une partie nucléaire plus claire, se trouvant à nu.
2. La pièce intercalaire : elle est formée par les corpuscules (centraux
transformés. La partie du corpuscule proximal n'ayant pas donné le corpus-
cule bâtonnoide est resiée un granule arrondi : c'est le bouton terminal {End-
knôpfchen). Le corps bâtonnoide a disparu, sauf la partie intra-nucléaire, qui
persiste sous forme d'une bordure plus chromatique délimitant la tête infé-
rieurement, et percée d'une ouverture : le hile de Jensen '.
Le corpuscule dislal, qui s'est également divisé en deux parties, fournit :
a) L'extrémité proximale de la pièce intercalaire, facilement colorable par
les réactifs;
b) Un granule tingible situé à la partie distale de la pièce intercalaire (la
Schlmscheibe du spermatozoïde complet).
La pièce intercalaire, placée entre ces deux éléments, est constituée par
un long cylindre traversé en son axe par le filament axile. .Ce cylindre a la
réaction du cytoplasme. Il est entouré par un fin tractus spiral granuleux,
visible dans les stades jeunes et dérivé manifeste du fin filament spiral dé-
crit dans les spermatides. Cet élément a été ob.servé depuis longtemps chez
divers spermatozoïdes'.
1. Jensen, Arch. /. viikr. Anal., BdXXX.
2. Cf. Von Brlnn, Arch. /. mikr. Anat.^ Bd XII,
Meves, Arch. f. mikr. Anal., Bd LIV, p. 359.
Bend.\, Mitth. ûb. die Histogenèse des Sâugethiersporm. (Verhandlungen der physiol.
Gesellsch., Berlin, 1897.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 93
Autour (lu corpuscule central proximal comme centre s'est développée une
sphère hyaline netlement délimitée, colorable dans sa moitié proximale et
dans sa membrane seulement, par l'hématoxyline ferrique.
Cette sphère réunit la tête à la pièce intercalaire.
Comme elle se développe autour du corpuscule proximal comme centre,
je ne suis pas loin de la considérer comme homologue d'un cenlrosome plus
ou moins hypertrophié.
Lorsque le spermatozoïde est éliminé dans le canaliculc, on ne voit plus le
filament spirale : il .s'est probablement allongé et a resserré ses spires autour
de l'axe de la pièce intercalaire, comme l'admet d'ailleurs Meves pour le
spermatozoïde du cobaye.
3. La queue : elle est composée du fdament axile, autour duquel circule
le filament spirale (Hauptsiuck), et d'une partie formée du filament axile à
nu (Endstûck).
Je tiens à remercier sincèrement M. C. Van Bambeke, professeur à l'Uni-
versité de Gand, et surtout M. 0. Van deh SiniCHT, chargé de cours à la
môme Université, pour avoir bien voulu me prêter le secours et l'appui, si
souvent nécessaires, de leur profonde science et de leur expérience éprouvée.
Conclusions.
L — a) Il existe, dans les canalicules séminifères des cellules embryon-
naires, indiiférenles, formant un fond de réserve, une sorte de « Keimplasma »,
plasma germinalif.
Ces cellules, en se divisant, peuvent donner des cellules spermatogonies
ou des cellules indifférentes. Ces spermatogonies se divisent à leur tour plu-
sieurs fois de suite (le nombre de générations m'est inconnu), et donnent
finalement naissance aux spermatocytes de premier ordre. Toutes ces géné-
rations correspondent à la période de multiplication.
b) Les cellules indifférentes peuvent, d'un autre côté, donner, par transfor-
mation et adaptation à un rôle nourricier, des cellules de Sertoli.
IL — Les jeunes spermatocytes se préparent immédiatement aux divisions
de maturation. Cette longue préparation correspond à la période d'accrois-
sement.
Les spermatocytes ont un noyau d'abord granuleux. Ces granules, se divi-
sant en quatre, donnent naissance à des groupements quadrijumeaux très
petits.
La chrornatine, divisée ainsi très régulièrement en (jualre, se répartit le
long d'un filament unique. Celui-ci donne dans la suite naissance aux chro-
mosomes en anneaux par un processus que je n'ai pu déchiffrer.
BIBLIOOR. ÀHAT., T. VIII, TAiC. 2. 7
94 DIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
III. — La période de maturation est caractérisée par la division active
deux fois répétée des cellules spermatocytes. Quatre jeunes spermatides sont
le produit de cette double division. Les chromosomes de la première divi-
sion résultent d'une transformation des anneaux et sont au nombre de douze.
Cette division a un caractère franchement hétéro-typique. Elle donne lieu
aux cellules de von Ebner ou spermatocytes de deuxième ordre. Ces cellules
n'ont pas le temps de revenir complètement à un stade de repos, et se pré-
parent à nouveau à la mitose. Cette préparation à la mitose a été décrite ici
pour la première fois chez un Mammifère. Le noyau ne passe pas par un
stade de spirem unique. Ce stade semble d'ailleurs être sauté dans les
noyaux-filles de la première division. Les chromosomes, bâtonnoïdes résul-
tant de la fusion de granules de chromaline, se disposent en cercle autour du
fuseau central.
Cette division donne naissance à deux spermatides.
En résumé, voici les différences capitales entre les deux divisions de sper-
matocytes :
a) Les figures de la première division sont plus grandes que celles de la
seconde division ;
é) Dans un canalicule où l'on trouve des mitoses, les mitoses des sperma-
tocytes de second ordre sont deux fois aussi nombreuses sur un espace donné
que les mitoses des spermatocytes de premier ordre ;
c) Les prostades de la première division montrent la dérivation des chro-
mosomes des anneaux chromatiques. Les chromosomes de la seconde divi-
sion proviennent de la fusion de granules de chromaline ;
d) La disposition de la plaque nucléaire est caractéristique pour chaque
mitose (voir le texte et les figures 1:2, 14 et 18, 19) ;
e) Les corpuscules centraux sont périphériques dans la seconde mitose,
disposition que je n'ai pas observée chez les spermatocytes de premier ordre
se divisant.
L'arbre généalogique se résume donc en ceci :
I cellule indiUérente -^^ peat évoluer en cellule de Sertoli.
A
Spermatogonie cellule indifférente.
I
2 spermatogonies.
1
4 spermatogonies.
A
1 X 8 spermatocytes de l^"" ordre.
I
2X8 spermatocytes de 1*' ordre.
4X8 spermatides -a» spermatozoïdes.
TRAVAUX ORIGINAUX. 95
IV. — La spermatide subit une série de transformalions avant d'être sper-
inalozoide. Elle acquiert :
a) Le capuchon céphalique provenant de ridiosome ;
b) La manchette hyaline, provenant de la membrane nucléaire ;
c) Le filament axile qui semble être d'origine cytoplasmatique.
d) Celui-ci est entouré du filament spirale provenant de la partie du cor-
puscule central proximal transformé en corpuscule bAtonnoïde.
V. — On dislingue au spermatozoïde complet :
1. Sa tête : formée du noyau et du capuchon céphalique.
Elle est bordée inférieuremenl par une bordure chromatique percée du
« bile î de Jensen et probablement issue d'une moitié du corpuscule central
proximal.
2. La pièce intercalaire : formée en grande partie par les corpuscules cen-
traux.
On distingue primitivement un corpuscule central proximal et un corpus-
cule distal.
a) Le corpuscule proximal pénètre dans le noyau, s'y dédouble ; la partie
proximale donne l'élément « bâtonnoïde ».
La partie distale fournit le bouton terminal (Endknopf).
b) Le corpuscule central distal donne lieu à un anneau. Celui-ci se rompt.
La partie proximale reste dans le voisinage du bouton terminal, l'autre partie
émigré jusqu'à la limite du cytoplasma, et y donne lieu à la Schlusscheibe
(disque terminal).
Entre ces deux moitiés de l'anneau se trouve tendu le filament axile. Il est
entouré d'un filament spiral très fin, développé à l'origine aux dépens de
l'élément bûtonnoide. Celui-ci a disparu.
La tête est réunie à la pièce intercalaire par la sphère claire, faiblement
chromatique dans sa moitié proximale, formée autour du bouton terminal.
3. La queue : on y distingue :
a) La pièce principale : le filament axile, entouré du filament spirale;
b) La pièce terminale : le filament axile à nu.
Le filament axile traverse la pièce intercalaire et s'attache au bouton ter-
minal.
Figures
96
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
EXPLICATION DJBS lUGURES.
(Les figures sont dessinées avec un obj. Leitz achroin. 1/12. ap. 1.30. Oculaire 5.
Long. tub. 17 millim.)
Fia. 1. — Spermatogonie-type. Liq. Fiemming. Safraniue vert-lumière.
FiG. 2. — Cellule indifférente aplatie. Llq. Fiemming. Safranine.
FïG. 3. — liangée déjeunes speruiatocytes surplombant une cellule indifférente, à droite cellule de
Sertoli. Flemming-Heidenhain.
FiG. 4 à 9. — Différentes phases de la période d'accroissement.
FlQ. 4-5. — Noyau granuleux.
Fio. 6. — Constitution du spirem.
FiG. 7. — Spirem serré.
FiG. 8. — Spirem lâche.
FiG. 9. — Anneaux. Dans le cytoplasme le corps accessoire chromatoïde et l'idiosonio avec les
deux corpuscules centraux. Flemming-Heidenhain.
FiG. 10 à 12 incl. et 14-15. — Mitose des spermatocytes de premier ordre. Fix. Liq. Fiemming. Colo-
ration Heidenhain.
FiG. 10. — Dissolution de la membrane nucléaire ; formation des asters.
Fia. 11. — Formation de la plaque nucléaire.
FlG. li. — Plaque nucléaire, vue latérale,
FiG. 14. — Plaque nucléaire, vue polaire.
FiG. 15. — Diaster. Réapparition de la forme en anneau des chromosomes.
FiG. 13. — Spirem déroulé mécaniquement dans un canalicule rompu. Liq. Fiemming. Safranine
vert-lumière.
Fia. 16 à 18 incl. — Mitose des spermatocytes de deuxième ordre.
FiG. 16. — Apparition du fuseau principal et des cellules de von Ebner.
FiG. 17. — Formation de la plaque nucléaire.
FiG. 18. — Vue latérale de la plaque nncléaire.
FiG. 19. — Vue polaire de la plaque nucléaire.
(Toutes ces figures sont dessinées d'après des pièces fixées au Fiemming et colorées à l'Heideuhaiu.)
FiG. 20. — Mitose des spermatogonies. Fleuiming-safranine. Plaque nucléaire.
FiG. 21. — Mitose des cellules indifférentes. Monaster.
Fia. 23 à 29. — La spermatide.
(Figures dessinées d'après dos pièces fixées au sublimé-alcool acide acétique et coloriées à l'Hei-
denUaln.)
FiG. 23. — Jeune spermatide. Ébauche du capuchon céphalique. Formation de l'acrosome. Di-
plocentres avec le filament axile.
Fia. 24. — Jeune spermatide. Le noyau devient périphérique. Fixation des corpuscules centraux
au noyau. Apparition d'une vésicule sur le filament axile. Ébauche de la mauchetie hyaline.
Fio. 25 à 26. — Métamorphoses des corpuscules centraux. (Voir le texte.)
FiG. 27 à 29. — Division du corpuscule central distal. Disparititn de la manchette hyaline par
dégénérescence.
Fio. 30-Jl. — Vue de face et de profil d'un spermatozoïde presque développé.
SIGNIFICATION DES ABRÉVIATIONS EMPLOYÉES DANS LES FIGURES.
a. Acrosome.
h. t. Bouton terminal,
c. Col du spermatozoïde.
c.b. Corpuscules bâtonni/ides.
c. c. Corpuscules centraux,
c. chr. Corps accessoire chroma-
toïde.
e. i. Corpuscule intranucléaire.
c. s. Cellule de Sertoli.
d. t. Disque terminal de la pièce
intercalaire.
e. VI. Ébauche de la manchette
hyaline.
/. c. Fuseau central.
f.sp. Filament spiral.
id. Idiosome.
i.m. Insertion double de la
manchette hyaline.
p. i. l'ièce intercalaire du sper-
matozoïde.
q.p.p. Pièce principale de la
queue.
q.p.t. Pièce terminale do la
queue.
sph. al. Sphère .attractive.
t. Tête du spermatozoïde.
V. c. Vésicule située sur le trajet
du filament axile.
TRAVAUX ORIGINAUX.
97
mm
X, ^
FiG. 2.
-sph.at.
c.s.
•*r
l'iG. 3.
sph.at. Fi
"ci. V •''•'■\/>;l-iy..
•d- Fia. 8.
c. chr.
'.?/'/'
f{
f.c.
FiO. 13.
Kio. 14.
l'iG. IC.
Fio. 9.
X',
Fia. 10.
^m%^ imm^
-t.c.
FiG. If).
'•*
FiG. 17.
Fia. 19.
Fia. 21.
98
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
/
Fia. 23.
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a.'
ViG. 24.
c.b.'
iv^^ .,Y) 1^.
FlG. 25
Fjo. 2fii.
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/
Fid. 28.
KiG. 29
Fio. 27.
q-p-p
q.p.t.
Fia. 31.
Fia. 30.
INNERVATION
DE TOUS LES MDSCLES DE L'ÉMINENCE THÉNAR
PAR LA BRANCHE PROFONDE OU CUBITAL
PAR
André CANNIEU
PROFBSSBUB d'aNATOMIB
Léon GENTES
PBOSEOTBUK
A IjA faculté DK MÉDSCINE DK BORDKA0X
Au cours de nos dissections, dans nos recherches sur l'innervation de la
main, nous avons observé une seule fois, sur une main droite, l'innervation
de tous les muscles de l'éminence thénar par le cubital.
Voici la description de cette anomalie qui doit être rare puisqu'un autre
cas seulement en est rapporté dans la littérature scientifique.
Comme en peut le voir dans la figure dessinée par notre ami M. le docteur
Barbe, ancien prosecleur, la branche profonde du cubital ou nerf cubito-
palmaire de Valentin, se sépare de la branche superficielle au niveau du
bord supérieur de l'abducteur du petit doigt. Elle passe en dedans du pisi-
forme qu'elle semble contourner, puis se dirige en dehors et en bas, en re-
posant sur la face antérieure du muscle précité. Arrivée au niveau de son
bord inférieur, elle se porte en dehors, de façon à former une sorte d'arcade.
Dans le trajet que nous venons de décrire, cette branche envoie aux muscles
de l'éminence hypothénar des petits rameaux qui les innervent et qui ne sont
point représentés sur notre figure.
L'arcade nerveuse envoie comme normalement des rameaux ascendants
pour les ligaments des articulations du carpe, des filets perforants qui accom-
pagnent les artères perforantes supérie ires, des rameaux qui se rendent aux
interosseux palmaires et dorsaux; enfin, des filets pour le troisième et le
quatrième lombrical. C'est surtout sur les dispositions de la portion termi-
nale que nous devons insister.
Arrivée au niveau de l'adducteur du pouce, l'arcade nerveuse donne un
certain nombre de filets à ce muscle. Elle envoie d'abord à l'adducteur trans-
verse un rameau assez long et assez grêle qui, après avoir pénétré dans les
fibres inférieures de ce muscle, ne tarde pas à se partager en trois branches
qui se subdivisent bientôt en ramuscules plus ténus. Quant aux rameaux
destinés au faisceau oblique, ils sont au nombre de trois de volume à peu
près égal et de longueur différente.
L'arcade nerveuse parvenue au niveau du bord supérieur de l'adducteur
100 BinLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
oblique, fournil un filel relativement volumineux au faisceau inférieur du
court fléchisseur du pouce. A ce propos nous ferons remarquer que l'un de
nous a été le premier en France à considérer l'innervation de ce faisceau par
le cubital comme tellement fréquente qu'on peut la considérer comme nor-
male : cette opinion a été soutenue à l'étranger par Swan, Flemming et Brooks.
Nous insisterons en outre sur ce fait, bien mis en évidence par notre figure,
que le rameau destiné au chef musculaire profond ne paraît pas être tribu-
taire de ceux qui se rendent à l'adducteur du pouce.
(1) Rameaux terminaux in-
nervant le court abducteur
du pouce.
(2) Rameau de l'opposant.
(3) Rameau du chef superficiel
du court fléchisseur.
(4)'Filet du chef profond du
court fléchisseur.
(5) Tronc du cubital.
(6) Sa branche superficielle.
(7) Sa branche profonde.
Un peu plus haut, nous voyons se détacher, à la partie externe, un filel
nerveux pour le chef superficiel du court fléchisseur. On sait que Spourgitis
et nous-mêmes avons cité des cas oîi ce faisceau musculaire possédait une
telle innervation. Mais, dans toutes ces observations, la branche profonde du
cubital s'arrêtait au niveau de ce muscle.
Au contraire, dans noire figure, on voit que cette branche profonde se
continue vers le haut, passe au-dessous de l'opposant auquel elle envoie deux
rameaux, se recourbe en dedans et vient finir dans le court abducteur du
pouce par trois ramuscules terminaux.
Ce cas remarquable d'innervation peut se rapprocher de celui déjà décrit
par Brooks.
ANOMALIES ARTERIELLES
NOTE SUR UNE PÉDIEUSE FOURNIE PAR LA PERONIERE
Par G. GÉRARD
CHEF DKS TRAVAUX AHAT0UIQUE8 A LA FACULTÛ DE MÉDECINE DK LILT^B
J'ai nolé les anomalies vasculaires que je rapporte sur la jambe gauche
d'un homme adulte.
D'une manière générale, la tibiale antérieure normale à son origine ne dé-
passait pas la partie moyenne de la jambe ; la pérouière, volumineuse, en-
voyait à travers le ligament interosseux un rameau qui passait sur le dos du
pied et y formait la pédieuse.
Voyons maintenant avec plus de détails ces artères anormales:
La tibiale antérieure, très grêle, naissait de la poplitée au-dessous des ar-
tères jumelles, à 4 centimètres au-dessus de la bifurcation du tronc libio-
péronier ; elle passait dans la loge antérieure de la jambe, en traversant le
ligament interosseux à sa partie tout à fait supérieure, donnait une branche
récurrente tibiale antérieure, et s'épuisait en une fine artériole qui ne dépas-
sait pas la moitié supérieure de la jambe ; à signaler : des brandies collaté-
rales insignifiantes aux extenseurs des orteils et au jambier antérieur.
La tibiale postérieure, grêle (3 millimètres de diamètre), occupait sa place
normale ; derrière la malléole, elle se bifurquait en une plantaire interne, ré-
duite à un calibre insignifiant, et une plantaire externe, de calibre normal.
La péronière, volumineuse, avait, à son origine, 5 millimètres de diamètre.
Elle descendait sous le fléchisseur propre du gros orteil, sur le jambier pos-
térieur, en haut, sur le ligament interosseux, en bas. A quatre travers de doigt
au-dessus de la malléole externe, elle se divisait en deux branches : la péro-
nière postérieure et la péronière antérieure, qui se continuait avec la pédieuse.
La péronière postérieure, d'un diamètre de l'""',5, devenait bientôt rétro-
nialléolaire externe et s'épuisait à la face externe de l'articulation et du tendon
d'Achille et sur le calcanéum.
La péronière antérieure, d'un volume à peu près semblable à celui de la
péronière, traversait le ligament interosseux, de haut en bas, et de dehors en
dedans, un peu au-dessus de l'articulation péronéo-tibiale inférieure ; après
avoir suivi pendant quelques centimètres la face interne du péroné, elle se
dirigeait obliquement en bas et en dedans, au cou-de-pied, elle se trouvait à
102 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
la liauleur des fibres péronières les plus inférieures de l'extenseur commun
des orteils, se glissait sous ce muscle en croisant le nerf tibia! antérieur
(qui avait un trajet normal) et reparaissait sur le dos du pied entre l'exten-
seur propre et l'extenseur commun des orteils, suivant un trajet parallèle au
nerf tibial antérieur qui était en dehors.
La pédieuse représentait donc ici la branche terminale de l'artère péronière.
Son volume était encore considérable : 4 millimètres de diamètre. Elle four-
nissait quelques collatérales; une articulaire externe très développée, des
branches musculaires au pédieux, la dorsale du tarse, l'arcade dorsale du
tarse, et se terminait au premier espace par une première interosseuse dor-
sale qui s'anastomosait avec l'arcade artérielle plantaire.
En résumé : la tibiale antérieure était rudimentaire et ne donnait que quel-
ques rameaux musculaires sans importance ; le diamètre de la tibiale posté-
rieure était en raison inverse de celui de la péronière : la péronière était
l'artère principale de la jambe ; prépondérante par ses branches et son vo-
lume, elle suppléait à la partie inférieure de la jambe la tibiale antérieure et
fournissait une artère pédieuse dont l'origine était simplement située un peu
plus en dehors que de coutume, et, par son entrem-se, toutes les artères de
1:1 face dorsale du pied.
J'ai tenu à rapporter ces anomalies qui présentent toujours un certain
intérêt.
EBAUCHE GENITALE PRIMORDIALE
CHEZ RANA TEMPORARIA (L.)
Par M. BOUIN
PKKPABATMUR DB ZOOLOQIK A LA FAOCLTÂ DBS SUIEVOia DE KAXCT
NOTE PRELIMINAIRE
Dans celle courte note, nous désirons faire connaître les résultats que nous
avons obtenus en étudiant les premiers stades de l'évolution de la glande géni-
tale chez liana tempo raria. Nos recherches ont porté sur de très jeunes
têtards élevés en aquariums. Toutes les douze lieures, nous en avons fixé un
certain nombre, provenant d'une môme ponte, par divers procédés techni-
(|ues. Nous nous sommes attaché à sérier notre matériel avec le plus grand
soin, pour suivre avec précision et certitude l'évolution de l'ébauche génitale
dans toutes ses différenciations progressives.
C'est surtout une vue d'ensemble de l'évolution morphologique et cytolo-
gique de l'ébauche génitale primordiale que nous désirons présenter ici au
lecteur. Aussi n'entrerons-nous pas dans le détail des coupes et des nom-
breux aspects offerts par l'organe sexuel embryonnaire. Nous distinguerons
tout de suite, dans nos observations :
1° Celles qui ont trait à l'organogénèse de l'ébauche génitale ;
2" Celles qui ont trait à son histogenèse.
1» Organogénèse. — a) Sur une coupe de jeune têtard de 10 millimètres
de longueur, observée à l'aide d'un faible grossissement, on aperçoit, au ni-
veau du tiers postérieur du corps, un amas cellulaire volumineux, de forme
triangulaire et qui paraît être compris entre les deux lames du pédicule mé-
sentérique. La pointe de cet amas est tournée du côté de l'intestin ; sa base
est en rapport avec l'espace situé au-devant de l'aorte, entre les deux veines
cardinales. A droite et à gauche de ses bords latéraux se trouvent les deux
canaux de Wolff. Cette masse cellulaire n'est autre chose que le premier ru-
diment de la glande génitale. Elle est impaire et médiane, comme l'avait déjà
entrevu Nû5sbaum ' ; nous la désignerons sous le nom de glande génitale pri-
mordiale.
b) Le stade précédent ne parait pas être de longue durée. Chez les têtards
1. .NtissBAUM, Zur Diffcrenzierung des Geschlecbts im Ttiierreich. (Arch.f. milr. Anat.,
M XVllI, 1880.)
104. BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
de 13 millimètres, l'ébauche génitale perd son aspect triangulaire ; elle
s'aplatit de plus en plus, s'étale au-devant de la région préaortique et des
deux veines cardinales jusqu'au bord interne des deux canaux de Wolff.
Les cellules localisées au niveau de l'insertion du mésentère disparaissent
progressivement, tandis que les régions de l'ébauche situées à droite et h
gauche de cette insertion augmentent de plus en plus de volume. Elles pren-
nent bientôt l'aspect de deux calottes hémisphériques qui font une saillie ap-
préciable dans la cavité péritonéale, de chaque côté de la ligne médiane. Nous
considérerons ces phases d'aplatissement dans le sens antéro-postérieur et de
formation de deux renflements latéraux et symétriques comme des phases de
transition qui précèdent et déterminent la formation des glandes génitales
paires etdéfmitives.
c) Chez les têtards un peu plus avancés dans leur développement (13 et
14 millimètres), les deux calottes hémisphériques proéminent de pins en
plus dans la cavité péritonéale. Tout d'abord reliées à la paroi abdominale
postérieure par une large base d'insertion, elles se pédicnlisenl de plus en
plus et deviennent nettement piriformes. Elles possèdent une tête fortement
renflée et un pédicule qui se continue avec le feuillet péritonéal ; ce pédi-
cule est en rapport avec la face antérieure de la veine cave inférieure, en un
point situé entre la racine mésentérique et le bord interne du canal de WoKî.
A partir de ce stade, nous désignerons ces ébauches paires sous le nom de
glandes sextielles primitives.
Par conséquent, à l'encontre de ce que l'on a observé dans toute la série
des Vertébrés, l'ébauche génitale, chez Rana temporaria, est primitivement
hupaire et médiane. Ce n'est qu'ultérieurement qu'elle se clive, pour ainsi
dire, dans le sens longitudinal et donne naissance à deux ébauches latérales
et .symétriques. Ce fait n'a été observé de façon précise par aucun des auteurs
qui se sont occupés du développement de la glande sexuelle chez les Batra-
ciens et, d'une manière plus générale, des Vertébrés inférieurs. Gœttk ',
Braun*, Semper^, Hoffmann^ décrivent, comme premier rudiment sexuel,
deux replis péritonéaux qui se forment au fond du cœlome, à droite et à
gauche du mésentère. Il est évident que ces replis longitudinaux, qu'ils ont
considérés comme les ébauches primordiales des deux glandes sexuelles, ré-
1. A. Gœtte, Die Entwickelvngsgeschichle der Unke {Bombinalor igneus). Leipzig.
1875.
2. M. Bbaln, Das Urogenitalsystem der einheimischen Reptilien. (Arbeiten aus d. Zool.
Zool. InslUut in Wûrzbiirg. 1877.)
3. Sempeu, Das Urogenitalsystem der Plagioslomen. Wùrzburg. 187-5.
4. C. K. Hoffmann, Die Entwickeliingsgeschiclite der Urogenitalorgane bei den Anamnia.
(ZcHsch.f. wiss. Zool. 1.S8G. Bd XtJV, p. 570, Taf. 33-35.)
lu., Élude sur le développement de l'appareil urngéuilal des Oiseaux. (Verhandl. der
konnikl. Akad. v. Wetensch. Amsterdam. 1893. Deel. 1, n" A.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 105
pondent à nos glandes sexuelles primitives. Le rudiment génital impair et
médian et les stades de délaminalion de ce rudiment en deux parties symé-
triques paraissent leur avoir éciiappé totalement.
2° Histogenèse. — Sur une coupe transversale d'un têtard de Rana tem-
poraria très jeune (10 millimètres environ), on dislingue dans l'ébauche gé-
nitale primordiale deux sortes de cellules : de gros éléments bourrés de pla-
(|uettes vilellines — les cellules sexuelles primordiales ; — et des éléments
plus petits, constitués par un corps cellulaire à peine distinct et un noyau
allongé : les cellules épithéliales ou petites cellules germinatives.
Ces cellules sexuelles primordiales sont les éléments souches de toute la
lignée ovogénélique. Aussi est-ce sur leur histoire que nous allons porter
toute notre attention en examinant successivement : 1° leur origine ; 2' leur
évolution.
a) Origine. — Il ne nous a pas été donné de saisir sur le fait les premiers
stades de la formation de l'ébauche génitale. Elle était déjà constituée dès la pé-
riode la plus reculée sur laquelle ont porté nos recherches. Nous nous sommes
posé la question au sujet de savoir si les cellules du sac vitellin n'avaient pas
émigré par le pédicule vitellin pour venir se localiser au niveau de la sphère
génitale. Nous n'avons pu résoudre ce problème et n'avons admis cette émi-
gration que comme un lait vraisemblable.
A partir du moment où l'ébauche sexuelle est constituée jusqu'au moment
de son dédoublement longitudinal, le nombre des cellules sexuelles primor-
diales ne cesse de s'accroître dans de notables proportions. Elles ne s'accrois-
sent ni par division cinétique, ni par division acinétique; il nous a été
impossible d'observer aucune trace de ces processus de multiplication ; c'est
par la transformation des cellules somatiques qui se trouvent au niveau du
territoire génital que se réali.se l'augmemtation progressive du nombre des cel-
lules sexuelles primordiales.
En effet, les cellules de la séreuse péritonéale qui se trouvent soit au niveau
du point où le mésentère aborde l'extrémité antérieure de l'ébauche génitale,
soit au niveau des faces latérales de cette ébauche, soit au-devant des veines
cardinales et des canaux de Wolff, se remplissent peu à peu de plaquettes vi-
tellines et se transforment en éléments tout à fait semblables aux cellules
sexuelles primordiales constituées antérieurement. D'autre part, les cellules
mésenchymateuses, surtout celles qui sont situées entre l'aorte et les deux
veines cardinales, subissent un processus analogue. Leurs prolongements dis-
paraissent, leur corps cellulaire s'arrondit progressivement et leur cytoplasme
se remplit peu à peu d'éléments vitellins. Par consécjuent, pendant toute la
durée de l'ébauche sexuelle primordiale, les cellules péritonéales et les cel-
lules mésenchymateuses se transforment activement en nouvelles cellules
sexuelles primordiales.
100 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
h)ÉvoluHon. — Nous venons de voir que, dès leur différenciation, les cellules
sexuelles primordiales se remplissent d'un grand nombre de plaquettes vilel-
lines. La quantité de matériel de réserve ainsi emmagasiné par ces éléments
augmente de plus en plus, et cela pendant une période assez longue de leur
évolution. Dans ces conditions, ils peuvent atteindre des dimensions relative-
ment considérables ; ils arrivent à mesurer jusqu'à 35 à 40 (x de diamètre. A
partir de ce moment, les plaquettes vitellines commencent à disparaître peu
à peu ; le cytoplasme, au contraire, s'accroît d'une manière progressive.
Lorsque les glandes sexuelles primitives sont constituées, les cellules sexuelles
primordiales ne renferment plus on presque plus de plaquettes vitellines ; en
même temps leur forme se régularise, elles diminuent considérablement de
volume, leur noyau perd sa disposition anguleuse et lobée et prend un as|)ect
arrondi. A partir de ce stade, nous les désignerons sous le nom d'ovules pri-
mordiaux.
D'après ces descriptions et en envisageant dans son ensemble l'histoire de
la cellule sexuelle primordiale depuis sa formation jusqu'à sa transformation
en ovule primordial, on voit qu'il est possible de distinguer dans son évolution
deux périodes successives :
i° Une période d'emmagasinement du matériel vitellin ; ce phénomène se
réali-se pendant toute la durée de l'ébauche génitale impaire et médiane et
paraît présenter son maximum d'intensité peu de temps avant le dédouble-
ment de cette ébauche;
2° Une période d'utilisation de ce matériel ((ui se transforme en cytoplasme
ovulaire ; elle commence au moment du dédoublement de l'ébauche génitale
et se termine après la formation des glandes sexuelles primitives. A ce mo-
ment, la cellule sexuelle primordiale s'est transformée en ovule primordial.
De ces observations sur l'histogenèse de l'ébauche génitale, nous retien-
drons surtout ce fait, que les éléments qui sont susceptibles de donner nais-
sance aux cellules sexuelles ne sont pas nécessairement des éléments
spécifiquement dilTérenciés. Nous avons vu en effet que peut-être les cellules
vitellines, et certainement les cellules mésenchymateuses et péritonéales du
territoire génital, peuvent se transformer en cellules sexuelles primordiales.
A ce sujet, nous confirmons les observations de Smiegelow* et A. Prenant*
chez les Vertébrés supérieurs. Ces auteurs ont constaté que les cordons mé-
dullaires, constitués de petites cellules germinatives et d'ovules primordiaux,
se différencient sur place aux dépens des éléments mésenchymateux du
stroma, tandis que l'épi thélium germinatif est le résultat de la transformation
1. Smiegelow, Studier over testis og épididymis udviiilingshislorie. {Arch. f. mikr.
Anat. u. Physiologie. Anat. Abt. 1882. et Kjobenhavn, 1882.)
2. A. Prenant, Contribution à Thistogénèse du tube séminifère. {Internat, Monatschrifl
j. Anat. u. PhysioL, Bd YI, p. 1-40, 1 pi., 1889.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 107
de l'épilhéliiim péritonéal préwolffien. Par conséquent, d'après eux, les ovules
primordiaux sont soit d'origine péritonéale, soit d'origine mésenchymateuse,
suivant qu'ils appartiennent ou à l'épithélium germinatif, ou aux cordons mé-
dullaires. Il semble donc, d'après toutes ces observations concordantes, que
des cellules somatiques non spécifiques sont susceptibles de se différencier
en éléments reproducteurs, à la seule condition de se trouver au niveau du
territoire embryonnaire où se réalisera l'ontogenèse de la glande sexuelle.
Nous désirons attirer également l'attention sur l'évolution de la cellule
sexuelle primordiale, depuis sa différenciation jusqu'à sa transformation en
ovule primordial. Nous avons vu rapidement, à ce sujet, que l'élément sexuel
absorbe, pendant une première période de son évolution, une quantité consi-
dérable de matériel vitellin, puis digère ce matériel et le transforme en cyto-
plasme.
Au cours de cette évolution, l'élément sexuel ne présente jamais de signe
d'activité cinétique ou acinétique ; les néoformations cellulaires que l'on ob-
serve dans l'ébauche génitale se réalisent aux dépens de la transformation
d'éléments jusque-là indifférents en nouvelles cellules germinatives. C'est
seulement après la fin de ce métabolisme actif que les cellules sexuelles,
transformées en ovules primordiaux, commencent à se multiplier par caryoci-
nèse. Une phase d'activité chimique, glandulaire en quelque sorte, précède
et détermine la phase d'activité cinétique. Cette première phase, tout à fait
méconnue dans le développement de la glande génitale, possède, d'après
nous, une haute signification biologique. Il s'agit là d'une période homologue
à celle qui a été découverte par Van Beneden et Neyt', 0. Hertwig*, chez
Ascaris megalocephala, et interprétée par eux comme une période d'accroisse-
ment, préparatoire et nécessaire aux divisions réductionnelles qui vont suivre.
Des recherches ultérieures ont montré que cette interprétation a une valeur
tout à fait générale.
D'après nous, au début de l'ontogenèse de la glande sexuelle chez les Am-
phibiens, il existe également une phase d'accroissement, d'élaboration chi-
mique, qui précède la période du travail mécanique de la caryocinèse ; elle
dure autant que l'ébauche génitale primordiale. Nous la désignerons sous le
nom de période préparatoire aux divisions équationnelles des ovules primor-
diaux.
CONCLUSIONS
1°. Le premier rudiment sexuel, chez Rana temporaria, apparaît au niveau
du tiers postérieur de l'embryon, sous la forme d'une masse cellulaire im-
1. E. Van Beneden et Neyt, Nouvelles recherches sur la fécondation et la division mi-
tosique chez TAscaride mégalocéphale. (Bull, de l'Acad. roy. de Belgique, 1887.)
2. 0. Heutwic, Vergleich der El- und Samenbildung bei Nematoden. (Arch. /. mikr.
Anat., Bd XXXVII, 1891.)
108 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
paire et médiane, triangulaire sur coupe, dont la pointe se continue avec la
racine du mésentère et dont la base s'appuie sur l'espace préaorlique et sur
la face antérieure des deux veines c-AV^\n9[e&.Ç.'e&\.V ébauche génilale primor-
diale.
2°. A la suite d'une sorte de délamination longitudinale, cette ébauche im-
paire se divise en deux calottes hémisphériques, situées symétriquement à
droite et à gauche du mésentère ; elles se pédiculisent de plus en plus et se
transforment en deux appendices piriformes qui sont les glandes sexuelles
primitives.
3". L'ébauche génitale primordiale est constituée par de petites cellules
germinatives et par de grandes cellules bourrées de plaquettes vitellines. Ce
sont les cellules sexuelles primordiales.
Au point de vue de la genèse de ces derniers éléments, nous sommes
arrivé aux conclusions suivantes :
a) Il nous a été impossible de saisir les tout premiers stades de leur his-
togenèse. Nous avons admis comme possible leur origine aux dépens des
cellules vitellines du sac vitellin;
b) Pendant le développement de l'ébauche génitale primordiale, le nombre
des cellules sexuelles primordiales ne cesse de s'accroître par la transforma-
tion des cellules mésenchymateuses qui se trouvent dans leur voisinage,
surtout dans l'espace intercardinal.
c) Les cellules péritonéales, qui sont en rapport immédiat avec la zone
génitale, se différencient également en cellules sexuelles primordiales par
absorption de plaquettes vitellines.
4°. Dans l'évolution des cellules sexuelles primordiales nous avons dis-
tingué :
a) Une période d'accumulation du matériel vitellin ;
b) Une période d'assimilation du même matériel.
Quand les plaquettes vitellines ont disparu, les cellules sexuelles primor-
diales ont pris de nouveaux caractères ; nous les avons désignées à partir de ce
moment sous le nom ^'ovules primordiaux.
5°. Ces deux périodes, dans leur ensemble, constituent une phase d'ab-
sorption et d'élaboration du matériel deutoplasmique ; nous l'avons homolo-
guée à la phase d'accroissement des cellules sexuelles qui précède les divisions
réductionnelles. C'est pourquoi nous l'avons appelée />er/orfe/)r^/)ara/o»r aux
divisions équationnelles des œufs primordiaux.
ti". La genèse des cellules sexuelles primordiales aux dépens d'éléments
péritonéaux, mésenchymateux et peut-être vitellins, infirme l'opinion des au-
teurs qui considèrent leurs cellules souches comme des éléments spécifiques.
Le Directeur, D* À. NICOLAS.
Tome VIII 3" fascicule. 1900
BIBLIOGUAPHIE ANATOMIQUE
REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE
TRAVAUX ORIGINAUX
ESSAI SUR LA MORPHOGÉNIE
ET LES VARIATIOiNS
DU LACRYMAL ET DES OSSELETS PÉRI-LACRYMAUX
DE L'HOMME
Par le D^ LEDOUBLE
PROFESSEUR D'AKATOMIB A. L'ÉCOLE OS MÉDBCINK UE TOURS
A met CoUahoi-atenr» et Amù,
MM. 1r» professeurs :
BiAxciii, de l'Université de Siena;
L.BBonc<^, de l'Université de Gand ;
Macalistkr, de l'Université de Cambridge.
I. Absence. — Absence totale. — L'absence totale de l'os auquel sa
situation a valu le nom de lacrymal (lacryma, larme) et sa minceur et sa
forme celui d'unguis {unguis, ongle), a été notée pour la première fois, en
117:2, pas Metzger', puis en 1818 par Sômmerring * et ultérieurement et
successivement par Meckel *, Is. Geoffroy- Saint - Hilaire ^ Portal,
Bertin, Laurent', Gorgone', Gruber', les professeurs Krause", Maca-
LiSTER', BiANCHi'", Thomson", iManouvrier '* et par moi.
1. Metzgeb, Curationum chirurgicarum quai ad fistulam tacrymalem pertinent
historia critica. Monasterii, 1772.
2. SôMMERBiNO, De corporis humant fabricâ, 1818.
3. I.-F. Meckei., Manuel d'anal, {/en. descrip., 1. 1. Paris, 1825, et Traité gén. d'anat.
cnmp., Paris, 1829.
•1. Is. Geoffroy -Saint-Hilairk. Sur un crâne du Musée anatomique du Jardin Royal.
{Histoire gén. et partie, des anomalies de Vorganisme, chez l'homme et les animaux,
t. I, p. 715. Paris, 1832.)
5. Portai., Bertin, Laurent. Bullet. de la Soc. anal, de Paris, 2' série, Paris, 1834.
6. Gorgone, Corso completo d'anal, descritt. colle dijferenze nell'età, sessi, razze
ed anomalie, t. I. Palermo, 1834.
7 à 12. Voir page suivante.
BIBLIOOR. JLMAT., T. VIU, FASC. 3. S
110 DIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
M. Krause dit qu'elle s'observe sur 8 p. 100 des crânes, mais ce qu'il ne
dit pas c'est le nombre des crânes qu'il a examinés pour établir cette pro-
portion. A mon avis, M. Krause a eu affaire à une série de pièces exception-
nelles. M. Macalister n'a constaté, en effet, ce défaut complet de présence
de l'unguis que 2 fois sur 300 orbites et que 8 fois sur les crânes du Musée
Hunter et de plusieurs autres collections importantes. 11 n'a été rencontré
également par M. Bianchi que 5 fois sur les 350 crânes du Musée national
italien d'anthropologie réunis par le professeur Mantegazza. Sur 100 crânes
(57 d'hommes et 43 de femmes), soit sur 200 orbites où j'ai cherché le lacry-
mal, je ne l'ai vu entièrement manquer que chez une femme dont aucune
des sutures céphaliques n'était synostosée.
Ce vice de conformation a été noté dans toutes les racfes. Les 10 sujets sur
lesquels il a été trouvé par M. Macalister comprennent 2 nègres, 3 blancs
et 5 Hindous. Les deux cas signalés par M. A. Thomson ont été observés par
lui, le premier sur un Australien de la Nouvelle-Galles du Sud, le second sur
un indigène des îles Andaman.
En tenant compte de tous les cas bien décrits jusqu'ici, on a le droit de
conclure que l'unguis manque plus souvent des deux côtés que d'un côté et
que, lorsqu'il manque seulement d'un côté, l'unguis du côté opposé est moins
développé que d'ordinaire. •
Voici une description succincte de chacun des cinq cas d'absence totale du
lacrymal relatés par M. Bianchi.
i" cas. — Crâne assez petit 'ei légèrement asymétrique par suite de la
saillie plus marquée de la bosse pariétale droite ; sutures non synostosées.
Deux os wormiens dans la suture lambdoïde et un dans le ptérion du côté
droit; suture incisive très prononcée-
Diamètre antéro-postérieur maximum, 175 millimètres. Diamètre antéro-
postérieur minimum, 172. Diamètre transverse, 129. Diamètre vertical, 122.
Indice céphalique, 73,71. Courbe frontale, 123. Courbe pariétale, 117.
7. W. Grober, Seltene Beobachtungen aus dem Gebiete der menschlichen Ânatomie.
(Muller's Archiv, 1848.)
8. W. Krause, Ànatoviische Varieldten, Hannover, 1880.
9. A. Macalister, Notes on the varieties and morphology of fhe human lachi7mal bone
and its accessory ossules. (Proceeding of the Royal Society, London, n° 232, p. 229.
London, 1884.)
10. S. Bianchi, Sulle varicta delfosso unguis et sulle ossa accessorie délia ossa lacri-
male et de! canal nasale neiruomo. (Estratlo délia Gazelta degli ospitali, n"" 93, 94,
95, 96, 97 et 1892, p. 17, Milano, 1886.)
11. À. Thomson, The orbito-maxillary trontal suture in man, in the Apes, with notes
on the varieties of the human lachrymal bone. {Journal of anatomy and physiology,
p» 349, avril 1890.)
12. Manoi'vbier, Mémoire sUr les variations normales et les anomalies des os nasaux
dans l'espèce humaine. {Bulletins de la Société d' anthropologie de Paris , p. 731, 1893.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 111
Courbe occipitale, HA. Ligne naso-basilaire, 91. Ligne bizygomalique, 118.
Hauteur de la face, 80. Indice facial, 68,64. Ligne biorbitaire e.xterne, 100.
Indice orbitaire, 89,47.
A gauche, l'unguis a ses rapports normaux, est bien constitué, mais est un
peu plus petit que d'ordinaire. A droite, il fait totalement défaut et l'apo-
physe montante du maxillaire supérieur élargie s'articule avec le bord anté-
rieur de l'os planum dont la hauteur est diminuée par suite de l'abaissement
du frontal et l'élévation de la portion orbitaire du maxillaire supérieur, ré-
sultant d'un développement plus marqué de ces deux parties. La crèle lacry-
male postérieure est indiquée par un froncement qui occupe, en deliors, l'ex-
trémité supérieure de l'apophyse nasale du sus-maxillaire'. Celte apophyse
borde complètement le pourtour de l'orifice supérieur du canal nasal et forme,
avec l'apophyse unguéale du cornet inférieur, toute la paroi de ce canal.
i* cas. — Crâne bien conformé d'adulte, mais dont la bosse pariétale gau-
che est un peu plus proéminente que la bosse pariétale droite. Sutures non
ankylosées. Plusieurs os wormiens dans la suture lambdoïde et un os woiv
mien dans le ptérion du côté droit. Suture incisive visible. Suture orbilo-
lacrymale.
Diamètre antéro-postérieur maximum, 176 millimètres. Diamètre antéro-
postérieur minimum, 168. Diamètre transverse minimum, 145. Diamètre
vertical, 130. Indice céphalique, 82,44. Indice vertical, 77,38. Courbe fron-
tale, 120. Courbe pariétale, 114. Courbe occipitale, 128. Ligne naso-basilaire,
37. Ligne bizygomatique, 121. Hauteur de la face, 87. Indice facial, 66,41.
Ligne biorbitaire externe, 103. Indice orbitaire, 100,00.
Le lacrymal n'existe pas, ni à droite, ni à gauche. Il est remplacé, de cha-
que côté, par l'apophyse montante du maxillaire supérieur articulée avec un
prolongement descendant du frontal situé en avant de l'os planum.
La gouttière lacrymale, ainsi que l'entrée du canal nasal, sont entièrement
fermées par le sus-maxillaire. Quant à la paroi du canal nasal, elle est cons-
tituée à la fois par le maxillaire supérieur et l'apophyse unguéale quadrilatère
du canal inférieur très développée, principalement à droite, où elle mesure
8 millimètres de hauteur et 3 millimètres de largeur. La partie postérieure
de l'orifice supérieur du- canal nasal gauche est occupée par un osselet trian-
gulaire surnuméraire.
3' cas. — Crâne de jeune homme. Bosses pariétales et frontales très accu-
sées. Petit os wormien dans la suture lambdoïde. Sutures non soudées. Per-
sistance de la suture sphéno-basilaire ; traces des sutures incisive et
métopique, et suture orbito-lacrymale.
I. Chez plusieurs animaux qui n'ont pas de gouttière lacrymale, les Canidés entre
aotres, ou trouve, du côté ventral du trou lacrymal qui donne accès dans la portion osseuse
du canal nasal, une crête sagittale (crête lacrymale, prolongement de la crête orbitaire).
112 BIDLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Diamètre antéro-postérieur maximum, 170. Diamètre anléro-postérieur
minimum, 459. Diamètre transverse maximum, 129. Diamètre vertical ou
basilo-bregmatique. 127. Indice céphalique, 75,88. Indice vertical, 79,74.
Courbe frontale, 132. Courbe pariétale, 129. Courbe occipitale, 105, Ligne
naso-basilaire, 88. Ligne bizygonialique, 108. Hauteur de la face, G8. Indice
facial, 57,02. Ligne biorbitaire externe 93 1|2. Indice orbitaire, 8i,85.
L'unguis gauche manque complètement. Le sus-maxillaire s'est substitué à
sa portion lacrymale tout entière et à la presque totalité de sa portion orbi-
taire. Sauf un prolongement très étroit du bord antérieur de l'os planum lon-
geant le frontal juscju'à la crête lacrymale postérieure indiquée par un relief
extérieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur, la partie antéro-
interne de l'orbite est constituée, en effet, par ce dernier os. Comme dans
les cas précédents, la gouttière lacrymale et le cercle osseux bordant l'ouver-
ture supérieure du canal nasal sont formées uniquement parle sus-maxillaire
et le canal nasal, par le sus-maxillaire et l'apophyse lacrymale développée
outre mesure du cornet inférieur.
A droite, la paroi antéro-interne de l'orbite est si abîmée qu'il est impos-
sible de se rendre compte de la disposition des parties.
4' cas. — Tête asymétrique déjeune homme, en raison de la courbe plus
accentuée de la bosse pariétale gauche. Sutures dont les engrenages sont en-
core libres. Petit os wormien dans la suture lambdoïde. Large trou mastoï-
dien gauche. Persistance de la suture sphéno-basilaire et vestiges des sutures
incisive et métopique.
Diamètre antéro-postérieur maximum, 162 millimètres. Diamètre antéro-
postérieur minimum, 150. Diamètre transverse maximum, 136. Diamètre
basilo-bregmatique, 122. Indice céphalique, 83,95. Indice vertical, 81,33.
Courbe frontale, 118. Courbe pariétale, 125. Courbe occipitale, 103. Ligne
naso-basilaire, 94. Ligne bizygomatique, 99. Hauteur faciale, 64 lj2. Indice
facial, 64,64. Indice orbitaire, 93,9.
A gauche, l'apophyse montante du maxillaire supérieur est unie au bord
antérieur de l'os planum. Une crête divise extérieurement les deux tiers in-
férieurs de cette apophyse en deux portions : une antérieure, épaisse, qui
répond h. la gouttière lacrymale ; une postérieure, papyracée, qui entre dans
la constitution de la paroi antérieure et interne de l'orbite. L'orifice supé-
rieur du canal nasal est entièrement bordé par le maxillaire supérieur. Le
canal nasal n'offre rien de particulier.
A droite, la conformation est la même, sauf qu'entre la portion orbitaire
et la portion nasale du maxillaire supérieur, derrière la partie terminale pré-
sente de la crête lacrymale postérieure, existe une petite lacune quadrangu-
laire, et que le bord externe de l'orifice supérieur du canal nasal présente
une échancrure convertie, dans une courte étendue, en un demi-cylindre
creux par une cloison osseuse dépendant du maxillaire supérieur.
TRAVAUX ORIGINAUX. 113
,? cas. — Crâne d'aliéné, dépourvu de calotte et de maxillaire inférieur.
Ligne bizygomatique, 137. Hauteur faciale, 83. Indice facial, 60,58. Indice
orhitaire, 90.
A droite, la gouttière lacrymale est entièrement formée par l'apophyse na-
sale du maxillaire supérieur, dont le bord postérieur est séparé, dans la plus
grande partie de sa hauteur, du bord antérieur de la lame papyracée de
l'ethmoide par l'apophyse orbitaire interne du frontal descendant très bas.
L'entrée circulaire du canal nasal est bordée par le maxillaire supérieur et
ce canal constitué par cet os et l'apophyse unguéale du cornet inférieur.
A gauche, la gouttière lacrymale est constituée également en totalité par
l'apophyse montante du sus-maxillaire, mais il est impossible de dire si l'un-
guis manque entièrement ou partiellement, la partie de la paroi antéro-interne
de l'orbite correspondant à la portion postérieure ou orbitaire de l'os susdit
étant fracturée. Un osselet accessoire semi-lunaire dont l'extrémité posté-
rieure est articulée avec l'apophyse nasale du maxillaire supérieur et l'extré-
mité antérieure avec la partie interne du bord inférieur de l'orbite, limite, en
arrière et en dehors, l'orifice supérieur du canal nasal. Cet osselet se pro-
longe dans le canal nasal, dont il complète la paroi en s'unissanl à l'apophyse
unguéale du cornet inférieur et au maxillaire supérieur.
Le sujet examiné par M. Manouvrier — en plus de l'absence totale des
deux unguis d'où résultait, à droite et à gauche, a. un développement impar-
fait de la gouttière lacrymale et du canal nasal simplement creusés dans l'os
maxillaire » — présentait un nombre extraordinaire de malformations du
crâne et de la face : un allongement des apophyses orbitaires « jusqu'au mi-
lieu de la hauteur des orbites pourtant exceptionnellement hautes » ; une
suppléance par les frontaux des os nasaux disparus, un épaississement des
pariétaux au niveau des bosses pariétales, d'où résultait l'aspect natiforme
décrit par Parrot et considéré généralement comme un caractère résultant
de la syphilis infantile, etc., etc.
Un Anglais a offert à M. Macalister la disposition suivante :
A droite, la gouttière lacrymale était entièrement formée par l'apophyse
nasale du maxillaire supérieur prolongée en arrière, au delà de la crête la-
crymale postérieure (également maxillaire) — sous forme d'une bande lon-
gitudinale articulée par une suture avec un prolongement ascendant du plan-
cher de l'orbite qui rejoignait le frontal, en avant de l'os planum.
A gauche, l'apophyse montante du sus-maxillaire était en rapport, en
arrière, avec le bord antérieur de l'os planum, excepté en bas, où existait un
pertuis minuscule, fermé probablement, pendant la vie, par un osselet.
Dans les cas d'absence totale de l'unguis relatés par Metzger, SOmmer-
niNG, Is. Geoffroy Saim-Hilaire, Portal, Bertin, Laurent, cet os était
remplacé par la portion orbitaire et l'apophyse nasale du sus-maxillaire.
Dans les cas signalés par Meckel, Gruber et Gorgone, il était suppléé en-
114. BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
tièrement par la lame papyracée de l'ethmoïde * prolongée jusqu'au bord
postérieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur.
Dans quelques cas indiqués par MM. les professeurs Krause et Macalister,
il était suppléé entièrement à la fois par Tos planu^n et le maxillaire supé-
rieur. Il en était de même dans le cas qui m'est personnel.
Cas personnel. — Crâne féminin symétrique et dont aucune suture n'est
synostosée. Os wormien dans l'aslérion droit. Deux trous mastoïdiens de
grandeur inégale dans le temporal gauche. Suture incisive très nette.
Diamètre antéro-postérieur maximum, 173,9. Diamètre transverse, 134,8.
Diamètre vertical de Broca ou hasilo-bregmatique, 12i,6. Indice céphalique,
77,60. Indice vertical, 70,17. Courbe médiane frontale cérébrale, 105,9.
Courbe pariétale, 121. Courbe occipitale sous-iniaque, 68,2. Largeur bizygo-
matique, 122. Longueur de la face, 80,2. Indice facial, 65,73. Indice orbi-
taire, 89,7.
La malformation est bilatérale et identique à droite et à gauche. L'unguis
absent est remplacé par l'apophyse montante du maxillaire supérieur unie,
au niveau de la crête lacrymale postérieure bien développée, avec le bord
antérieur de la lame papyracée de l'ethmoïde réduite de hauteur. La gout-
tière lacrymale est formée par l'apophyse nasale seule du sus-maxillaire, el
la crête lacrymale postérieure par la jonction du bord postérieur de l'apophyse
nasale susdite et du bord antérieur de l'os planum. L'orifice supérieur du canal
nasal est entièrement maxillaire et le canal nasal est maxillaire et turbinai.
Sur le crâne d'Andaman étudié par M. Thomson, l'unguis absent était rem-
placé par l'apophyse frontale du maxillaire supérieur unie à un prolongement
ascendant du plancher de l'orbite et à un prolongement descendant du frontal
qui se rejoignaient en avant du bord antérieur de l'os planum pour former une
articulation orbito-maxillo-frontale. Dans l'autre cas d'absence totale (?) de
l'unguis signalé par M. Thomson, cet os était remplacé par la portion lacry-
male de l'apophyse montante du sus-maxillaire et un os quadrangulaire placé
en avant de la lame papyracée de l'ethmoïde.
Sur le crâne d'un Anglais examiné par M. Macalister, la gouttière lacry-
male était constituée, de chaque côté, en avant par l'apophyse nasale du
maxillaire supérieur, en arrière par l'apophyse orbitaire interne du coronal
et la lame papyracée de l'etiimoïde, en bas par une membrane cellulo-fibreuse
comblant une étroite ouverture.
Conclusions : L'unguis qui fait complètement défaut peut être remplacé :
1° Soit par l'apophyse montante et la portion orbitaire du maxillaire supé-
rieur ;
1. Cette lame papyracée était, de chaque côté, partagée, chez le sujet de GhL'ber, en
deux parties inégales par une suture verticale. Chez le sujet de Laurent chacun des os
m«laires était divisé par une suture oblique.
TRAVAUX ORIGINAUX. 115
2° Soit par l'os planum ;
3° Soit par le maxillaire supérieur et l'os planum ;
4' Soit par le maxillaire supérieur, une portion de l'os planum, l'apophyse
orbitaire externe du frontal descendant plus ou moins bas en avant de l'os
planum ;
5° Soit par le maxillaire supérieur et l'apophyse orbitaire interne du frontal
descendant jusqu'à l'extrémité inférieure du bord antérieur de l'os planum.
De toutes ces dispositions, la plus commune est la première.
Lorsque c'est le maxillaire supérieur qui a pris à la partie antérieure et
interne de l'orbite la place occupée entièrement par l'unguis, cette partie et
la fosse lacrymale sont si profondément modifiées que la malformation saute
immédiatement aux yeux. Il en va tout autrement quand c'est la lame papy-
racée de l'ethmoïde qui s'est substituée, dans la même région, à l'os unguis.
Alors, il est parfois bien difficile, sinon impossible, de savoir si on est en face
d'un prolongement anormal de cette lame en avant ou d'une synostose pré-
maturée de cette lame et de l'unguis. La persistance de la plupart des autres
sutures crâniennes fournit seule un argument en faveur de l'anomalie.
IL Absence partielle. — Elle comprend: a) La réduction de l'une ou
l'autre des deux portions de l'unguis depuis l'exiguïté minime jusqu'à la dis-
parition complète ; p) la suppression partielle de l'une et l'autre des deux
portions.
a) Réduction de l'une ou l'autre des deux portions, depuis l'exiguïté mi-
nime jusqu'à la disparition complète. — L'unguis humain se montre généra-
lement sous la forme d'un os irrégulièrement quadrilatère, divisé par une
saillie plus ou moins forte (crêle lacrymale postérieure) terminée par un cro-
chet, en une moitié antérieure concave qui reçoit les voies lacrymales (por-
tion lacrymale) et une moitié postérieure plane, qui forme la partie anté-
rieure de la paroi interne de l'orbite (portion orbitaire).
Quand la portion lacrymale tout entière fait défaut, la portion orbitaire
s'unit, au niveau de la crête lacrymale postérieure, à la branche montante du
maxillaire supérieur qui entre seule dans la composition de la paroi de la
gouttière lacrymale. Cette variation a été trouvée par Duverney', les pro-
fesseurs Macalister* (3 fois), Leboucq' et par moi sur un mulAtre de la
Pointe-à-Pitre. M. Bianchi a vu la portion orbitaire normale et la gouttière
lacrymale constituée dans son tiers inférieur par l'apophyse nasale du .sus-
ma.xillaire et dans ses deux tiers supérieurs par la portion lacrymale ^ Un
1. DuvKaNÊT in A. Portai,, Étém. d'anat. de l'homme, Paris, 1803, t. 1. p, 166.
2. Macamsteh, loc. cil. supra, p. 230.
3. Voy. plus loin : Varialions de Vhamule.
4. Bianchi, loc. cit. suprà, p. 7.
116 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
crâne italien de la collection de Henle a une gouttière lacrymale formée
uniquement par l'apophyse frontale du maxillaire supérieur et un unguis
réduit à sa portion orbitaire mesurant 4 millimètres de large et 8 milli-
mètres de haut'.
Un prolongement du bord antérieur de l'os planum à travers la portion
orbitaire jusqu'à la crête lacrymale postérieure a été rencontré par M. Maca-
LiSTER* sur le crâne d'un Américain du Sud.
Je ne sache pas qu'on ait encore signalé, d'un seul-côté ou des deux côtés,
la disparition totale de la portion orbitaire de l'unguis avec conservation de
sa portion lacrymale. En voici un cas que j'ai trouvé sur un crâne de jeune
garçon de 18 ans que M. Tramond m'a remis.
Cas personnel. — Crâne d'adolescent symétrique dont les sutures crânien-
nes sont très appréciables. Os interpariétal. Trou pariétal droit très grand.
Ptérion en K. Suture incisive non ossifiée.
Diamètre antéro-postérieur maximum, 180,2. Diamètre transverse, 143,1.
Indice céphalique, 79,4. Diamètre vertical ou basilo-bregmatique, 131,3. In-
dice vertical, 72,86. Courbe frontale, 17,7. Courbe pariétale, 124,9. Courbe
occipitale sous-iniaque, 70,2. Largeur bizygomatique, 132,4. Longueur de la
face, 86,5. Indice facial, 65,33. Indice orbitaire, 89,3.
A gauche, l'unguis est normal. A droite, la lame papyracée de l'ethmoïde
s'étend antérieurement jusqu'à la portion lacrymale postérieure feneslrée de
l'unguis à laquelle elle est unie, au niveau de la crête lacrymale postérieure,
par une suture harmonique. L'os planum et la portion persistante du lacry-
mal, dont le bord postérieur épaissi tient lieu et occupe la place de la crête
lacrymale postérieure, se rejoignent en formant un angle très ouvert. L'apo-
physe unguéale du cornet inférieur est, ainsi que cela a été noté dans plu-
sieurs cas d'absence totale de l'unguis, très développée.
P) Suppression partielle de l'une et Vautre des deux portions. — Cette va-
riation est appelée, à l'étranger, rudimentation de l'unguis, unguis rudimen-
taire {unguis rudimentale, rudimentale unguis, etc.). M. Bianchi en a publié
deux observations très curieuses que je crois devoir résumer':
/" observation. — Crâne d'adulte. Trace de la suture métopique. Un os
wormien dans la suture lambdoide. Sur la partie antérieure du trou occipital
deux tubercules osseux terminés chacun par une facette. Suture incisive peu
marquée. Deux apophyses paramastoides très saillantes.
Diamètre antéro-postérieur maximum, 172 millimètres. Diamètre antéro-
po.stérieur minimum, 170. Diamètre transverse maximum, 141. Diamètre
vertical maximum, 128. Indice céphaHque, 81,97. Courbe frontale, 123.
1. Henle, Handbuch der syst. Anat. des Menschen. Braunschweig.
2. Macalisteu, eodein loco, p. 231.
3. BuwcHi, loc. cit. suprà, p. 10.
TRAVAUX ORIGINAUX. 117
Courbe pariétale, 124. Courbe occipitale, HO. Ligne naso-basilaire, 97. Li-
gne bizygomatique, U9. Hauteur de la lace, 92. Indice facial, 77,31. Ligne
biorbitaire externe, 97. Indice orbitaire, l(X),iO.
Du côté droit, la lame papyracée de l'ethmoide est articulée en haut et en
avant, dans une étendue de 8 millimètres, avec l'apophyse frontale du sus-
maxillaire. Une petite crête située sur la face externe de cette apophyse la
divise en deux parties : une antérieure ou lacrymale qui constitue la partie
supérieure de la fossette lacrymale et une postérieure ou orbitaire qui con-
court à la formation de l'orbite. Au-dessous des deux os ainsi unis supérieu-
relnent, entre eux et le plancher de l'orbite, est logé l'unguis rudimentaire.
Sa crête, qui fait suite à celle qui existe sur la face externe de l'apophyse
montante du maxillaire supérieur, le partage en deux lames, dont rantérieure
ou lacrymo-nasale, excessivement petite et très excavée, est quadrilatère, et
la postérieure ou orbitaire, large, plus plate, a la forme d'un triangle isocèle
dont la base en rapport avec le bord inférieur et interne de l'orbite mesure
5 millimètres 1/2 et la perpendiculaire abaissée du sommet supérieur sur
celte base, 8 millimètres. Le lacrymal, l'apophyse unguéale fort développée
du cornet inférieur et le maxillaire supérieur contribuent à la formation du
canal nasal.
Du côté droit, la paroi interne de l'orbite est très délabrée ; mais l'élargis-
.sement de l'extrémité terminale de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur
et de celle de l'apophy-se unguéale du cornet inférieur, donne à croire que
l'unguis de ce côté doit être contormé comme celui du côté opposé. La su-
ture orbito-lacrymale (Calori) ' se termine dans la suture maxillo-lacrymale.
Une autre suture s'étend à droite et à gauche, de l'orifice supérieur du ca-
nal nasal au li'ou sous-orbitaire.
2" observation. — Crâne d'adulte manquant de calotte et de maxillaire in-
férieur.
A droite, l'unguis est normal. A gauche, l'apophyse orbitaire interne très
développée s'articule : en arrière, avec les deux tiers supérieurs du bord an-
térieur de l'os planum au-devant duquel elle se prolonge; en bas, avec une
étroite languette du plancher de l'orbite qui remonte le long du tiers inférieur
de ce même bord ; en avant, avec l'apophyse nasale du maxillaire supérieur,
qui constitue la partie supérieure de la gouttière lacrymale. L'unguis rudi-
mentaire, mais très reconnaissable à sa crête externe, est intercalé entre
l'apophyse montante du sus-maxillaire, l'apophyse orbitaire interne prolongée
et l'expansion os.seuse étroite que le plancher de l'orbite envoie à la rencontre
de celle-ci. Il a la forme d'un triangle isocèle à base inférieure et à sommet
supérieur. L'ouverture supérieure du canal nasal et le canal nasal ont leur
1. Calori, Sulle anomalie del canale 6t del nervo sottorbitale. [Rivisla clinica di ïto-
lojiia, octobre 1874, p. ?90.)
118
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
structurti habituelle. Le rebord inférieur de l'orbite est creusé d'un sillon
profond.
Dans le catalogue de Zoja, il est fait mention d'un crâne dont la paroi in-
terne de l'orbite était conformée de la même façon'. M. Leboucq m'a com-
muniqué le dessin ci-contrg d'un
crâne de l'Instilut anatomique de
Gand, dont la portion antérieure
de l'unguis est très réduite de
largeur. M. Zuckerkandl a fait
mention d'un cas de rudimen^a-
tion de l'unguis accompagnée
d'une hypertrophie des apophyses
frontales des maxillaires supé-
rieurs et d'une atrophie des os
propres du nez*. Dans deux cas
décrits, l'un par Grijber, l'autre
par M. Macalister, l'unguis
était divisé en deux portions
d'inégale étendue : une portion
postéro-supérieure et une por-
tion antéro-inférieure, par un
prolongement du bord antérieur de l'os planum qui rejoignait l'apophyse
orbitaire interne du frontal. Sur deux crânes d'Australiens et sur un crâne
d'Indien de l'Amérique du Nord, M. A. Thomson a vu l'unguis représenté, de
chaque côté, par ses portions orbitaire et lacrymale très réduites de hauteur
et séparées du frontal par une expansion du bord antérieur de la lame papy-
racée de l'ethmoïde, qui allait s'unir au bord postérieur de l'apophyse mon-
tante du maxillaire supérieur'. M. Leboucq m'a déclaré qu'il a observé une
fois cette malformation* que j'ai également rencontrée à droite et à gauche chez
une femme.
Les encéphalocèles sortant du crâne par une ouverture comprise entré l'un-
guis et le frontal sont du ressort de la tératologie. Parmi eux, je citerai ce-
pendant celui signalé par W. Lyon : il avait le volume d'un pois et pré-
sentait le grand caractère de la congénitalité, à savoir la duplicité'.
Anatomie comparée. — «L'existence des os lacrymaux est subordonnée,
FiG. 1.
Radimentation de la portion lacrymale de l'anguis.
A, portion lacrymale de l'unguis ;
B, portion orbitaire de l'unguis.
1. G. Zoja, Il Gabinetto d'anatotnia normale délia R. UniversUà di Pavia. Ser.
3». Osteologia, Pavia, 1874.
2. ZocKERKANDL, Anatomte normale et patfiologique des fosses nasales, trad. franc,
de LicHTwiTz et Garnault, t. I, p. 45, Paris, 1895.
3. A. Thomsom, loc. cit. suprà, p. 350.
4. W. Lyon, Gazelle médicale, 1843. p. 122.
5. Yoy. plus loin: Variations de Vhamule, '
TRAVAUX ORIGINAUX. 119
dit Cruveilhier *, à celle des larmes ; on ne rencontre pas ces os chez les
animaux qui, vivant dans l'eau, sont dépourvus des glandes et, par consé-
quent, des voies lacrymales. »
Cette assertion de Cruveilhier est trop absolue. Si l'unguis est rudimen-
taire dans beaucoup d'espèces animales, le nombre de celles chez lesquelles
il fait complètement défaut est assez restreint. Tel est le cas des Poissons
cartilagineux et des Anoures. Il manque aussi en totalité, d'après Cuvier %
au Pangolin (Munis hrevicaudaia) et au Phalagin {Manis longicaudata), où
il est remplacé par une lame osseuse sans perforation qui appartient à l'elh'
moide. Meckel ne partage pas toutefois cette manière de voir, à cause de la
prédominance très générale de l'unguis sur l'ethmoide chez ces Edentés \
11 paraît être entièrement absent dans les Otaries ou Phoques à oreilles
et les Cystophores. Meckel n'en a trouvé aucune trace sur G crânes de
Phoque à croissant (Phoca Groenlandica), sur 3 de Phoque à capuchon
(Phoca cristata)', sur autant de crânes de Phoque commun (Phoca vitulina),
sur "2 de Phoca hispida et sur un de Phoca barbata, bien que les sutures de
ces crAnes, provenant tous déjeunes sujets, ne fussent pas ossifiées. Chez ces
Carnassiers aquatiques, il existe ordinairement, entre le sus-maxillaire, le
coronal et le sphénoïde, un intervalle allongé que l'on pourrait considérer
comme la place où devrait se trouver l'unguis. Cet intervalle qui manquait
sur les six crânes de Phoque à croissant (Phoca Groenlandica) examinés par
Meckel est, quand il existe, considérable chez le Phoque commun (Phoca
vitulina), où il ne s'étend pas cependant jusqu'au bord antérieur de l'orbite.
« Il peut, dit Meckel, se rencontrer conjointement avec le lacrymal, par
exemple, chez les Chats. L'unguis des Phoques semble être remplacé par la
portion supérieure et antérieure élargie du sus-maxillaire. Il est remarquable
du reste," qu'en cela aussi, l'organisation de l'homme imite assez souvent la
conformation de certains animaux: en effet, il n'est pas rare de voir chez lui
le lacrymal rapetissé ou oblitéré, tandis que le sus-maxillaire est élargi*. »
Selon Hyrtl, l'unguis manque également chez la plupart des Cétacés \ Pour
les Morses, il est admis ou nié, suivant les auteurs. « Il n'y a pas, dit Hux-
ley', de lacrymal distinct dans les Cétacés ». Cuvier', Carus" et après lui
Camper' n'en font aucune mention cl^ez ces animaux.
1. Criveilhieh, Traité d'anatomie descriptive, 2* édit., t. I, p. 174. Paris, 1843.
2. CuviEii, Ossements fossiles, vol. I, p. 99, 100.
3. Meckel, Traité général d'anatomie comparée, i. IV, 2* partie, p. 295. Paris, 1829.
4. Meckel, loc. cil. suprà, t. IV, p. 297.
5. Hyrtl, Ueber das Ossicuhmi canalis naso-lacrvmalis. (Sitzungsber . der Wien. Akad.
1849, t. m, p. 222.)
6. HixLEY, Éléments d'anatomie comparée des animaux vertébrés, traduct. fran-
çaise de M"" BniNET, p. 408, l'aris, 187i.
7. CiviER, Leçons, vol. II, p. 6j.
8. Caris, Zootomie, p. 171.
9. Camper, Cétacés.
120 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Variations de structure (Unguis semi-membraneux, unguis fenestré). —
Formé par une lame très mince de tissu compact, l'unguis est le plus fragile
de tous les os ; sa ténuité et sa fragilité sont d'autant plus importantes à no-
ter, qu'on agit parfois sur cet os daqs l'opération de la fistule lacrymale.
De là des précautions pour éviter de le traverser dans l'opération de la fistule
lacrymale par la méthode ordinaire ; de là, par une sorte de compensation,
la possibilité d'ouvrir aux larmes, en le traversant, une voie artificielle dans
les fosses nasales'.
r4el état de minceur et de fragilité du lacrymal humain est quelquefois
encore exagéré par suite de la présence d'un intervalle membraneux ou de
nombreux perluis dans son tissu compact ou à son pourtour. Je vais relever
les divers cas de ces deux malformations que je connais.
a) Unguis semi-membraneux. — L'existence d'un intervalle membraneux
entre le bord antérieur de Funguis et le bord postérieur de l'apophyse mon-
tante du maxillaire supérieur ou entre le bord postérieur de l'unguis et le
bord antérieur de l'os planum, ou à la fois entre le bord antérieur de l'un-
guis et le bord postérieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur et
entre le bord postérieur de l'unguis et le bord antérieur dé l'os planum, a
été notée par les professeurs Grïjber, Bianchi, Macalister et moi. M. Ma-
CALiSTEU a vu, à droite et à gauche, chez un nègre, le lacrymal formé par
deux bandelettes osseuses coudées, dont la bandelette inférieure, plus large,
correspondant aux trois quarts inférieurs de la partie postérieure de la paroi
de la gouttière lacrymale et de la partie antérieure et interne de l'orbite,
était séparée de la bandelette supérieure, rudimentaire, longeant la suture
fronto-lacrymale, par une perte de substance comblée par une mince couche
celluleuse. Sur trois unguis privés d'hamule, le môme anatomiste a constaté,
au niveau de la crête lacrymale postérieure, la présence d'une fente verticale
fermée également par une membrane cellulo-fibreuse *. Je rappelle qu'une
membrane analogue a été rencontrée entre le maxillaire supérieur et la lame
papyracée de l'ethmoïde chez divers sujets où le lacrymal faisait complète-
ment ou partiellement défaut.
Sur un crâne de la collection de l'Institut anatomique de l'université de
Gand, l'os planum présente, à gauchft, une dépression très sensible et, à
droite, une perte de substance dont le bord antérieur est constitué par la
portion orbilaire de l'unguis très écbancré. Cette perte de substance étail-
1. Cette pratique, décrite tout au long par Celse, Paul d'ÉciNE et Archigkne, qui
l'ajoutaient à la destrucliou du sac, fut continuée par les Arabes et les Ârabistes. Tous
ces chirurgiens pratiquaient l'opération de préférence à Taide du fer rouge. Abandonnée
ensuite pendant longtemps, elle fut reprise par Wooliioisk, et c'était la méthode de trai-
tement employée à peu près exclusivement à fepoque où parurent les travaux de J. L. I'etit
et de .Mkjean.
2. Macalisteii, eodem loco, pp. 230 et 231.
TRAVAUX ORIGINAUX. H\
elle comblée sur le vivant par un osselet surnuméraire, ou par une mem-
brane cartilagineuse, ou par une membrane conjonctive, ou par une mem-
brane cartilagineuse et conjonctive? Il serait bien difficile de le dire *.
b) Unguis fenestré. — L'unguis peut être constitué, surtout en avant, par
des trabécules osseuses formant un reticulum dont les mailles irrégulières
sont plus ou moins larges. Dans les vieux crânes où ce vice de conformation
est plus fréquent les orifices do ce réseau sont béants, tandis que dans les
crânes des enfants et des adolescents ils sont presque toujours obturés par
un revêtement membraneux profond.
Il ne faut pas confondre ces orifices avec ceux qui donnent passage à des
vaisseaux et à des nerfs. Cbez :20 p. 100 des sujets une artériole venant de
la nasale pénètre dans les cellules lacrymo-ethmoïdales supérieures par un'
foramen taillé dans la suture maxillo-lacrymale antérieure, au-dessus de
l'angle antérieur et supérieur ou froiito-ma.xillaire de Funguis (dacryon, de
oâxpu, larme). Ainsi que d'autres anatomistes, j'ai vu ce trou traversé non
seulement par l'artériole sus-indiquée , mais encore par un filet du nasal
externe constituant, avec le nervulus spheno-elhmoïdalis de Luschka et le nasal
interne, un troisième rameau elhmoïdal naissant de la brandie opbthalmique
de WiLLis. Cbez 2 p. 100 des suj'ts, des petites branches de l'artère angulaire
et de l'artère sous-orbitaire s'introduisent dans les fosses nasales par des
foraminula disséminés dans la même suture, entre son extrémité supérieure
et son extrémité inférieure. Signalons, enfin, pour mémoire, un perluis aussi
minuscule mais plus rare encore, percé au-dessous ou au-dessus ou dans
riiamule, et par lequel passe une des ramifications les plus ténues de l'ar-
tère sous-orbitaire. Ce pertuis, dont l'existence dans la race caucasi.jue a été
signalée par plusieurs anatomistes, a été trouvé chez un Hindou, chez trois
Indiens de l'Amérique du Nord et chez deux Australiens, par M. Thomson.
Anatomie CO.MPARÉE. — Commc les autres os de la face, l'unguis est un os
de revêtement ou dermique*; il naît dans la membrane qui tapisse exté-
1. Voy. plus loin. {Variations de Vhamule.)
2. Parmi les os de la tête, il en est qui se développent dans le crâne cartilagineux pri-
inordkl : os de la base du cràne. rochtTs et cornets. (La cloison médiane et les cartilages
du nez sont des parties persistantes du choiidrocrâne.) D'autres se forment secondairement
dans le tissu coujonctif environnant, comme aux dépens de la peau ou de la muqueuse
buccale : ce sont les os de revêtement, c'est-à-dire ceux de la voûte du cnine et de la
face. D'autres proviennent, enfin, des arcs viscéraux ou branchiaux. Le premier, arc vis-
céral donne l'enclume, le marteau et le cartilage de Meckkl ; ce cartilage sert de soutien au
maxillaire inférieur qui se développe autour de lui ; il disparaît ensuite par résorption,
remplissant ainsi vis-à-vis de cet os un rôle comparable à celui de la nçtocorde, relative-
ment à la colonne vertébrale. Le deuxième arc viscéral engendre les diverses branches de
l'hyoïde : stylo-hyal, cérato-hyal, apo-hyal. Enfin la partie inférieure du troisième arc
constitue le corps de l'hyoïde (basi-hyal) avec sa corne thyrmdieune (^y-ohyal).
Ouant à l'étrier, les recherches les plus récentes paraissent établir que sa plaque basi-
12î2 BIDLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
rieurement le cartilage ethmoïdal correspondant à la partie postérieure ou
lacrymale du canal nasal et non dans ce cartilage.
Chez les Poissons le contour inférieur de l'orbite est formé par des pièces
osseuses dites sous-orbitaires au nombre de 6 à 7 dans les Silures, les 31a-
laptères, etc.; de 4 dans les Carpes, les Brèmes, les Tanches, etc.; de 3 dans
les Grondins et les Rougets, groupées sous le titre de Joues cuirassées ', mais
qui font défaut dans les Anguilles, les Gymnotes, la Baudroie, etc. Les pro-
fesseurs Parker et Macalister * con.sidèrent comme l'homologue de l'un-
guis la pièce qui termine en avant et en dedans la chaîne sous-orbi taire du
Saumon, un des Téléostéens (Poissons osseux) les plus dégradés. M. Lavocat
n'admet pas cette manière de voir' qui paraît pourtant d'autant plus plau-
sible que VAmia * possède cette pièce bien développée. L'o.sselet que Bur-
MEi.sTBiR assimile au lacrymal chez le Labyrinthodonte est placé également
dans la région antérieure et interne de l'orbite. Dans VArchegosaurus et le
Trematosaurus, cet osselet étroit et allongé est situé an-dessous du préfron-
tal et du nasal, au-dessus du sus-maxillaire. Dans le Capitosaurus, un point
de son pourtour est en contact avec le nasal.
Il est confondu avec le préfrontal chez les Urodèles, sauf chez deux genres
de Lechriodontes du groupe des Salamandres, VEpiglossa et le Ranodon. Les
Anoures, je l'ai dit, en sont dépourvus. Le cartilage ethmoïdal persistant des
Chéloniens est recouvert en haut et latéralement par un large os de mem-
brane qui représente vraisemblablement le nasal, le lacrymal et le préfrontal
fusionnés. Le nasal des Hydroméduses est toutefois un os séparé.
Les Ophidiens ont habituellement des préfrontaux très développés et de
larges os de membrane situés en avant de l'orbite, sur les chambres nasales
et cartilagineuses, et qui sont regardés comme les lacrymaux. La partie su-
périeure et interne du sus-maxillaire des Serpents à sonnettes (Crotalus)
s'articule avec une surface en forme de poulie, qui lui est fournie par l'un-
guis^ de manière que le sus-maxillaire joue librement d'avant en arrière et
en avant sur cet os. L'unguis de ces Reptiles possède encore une certaine
quantité de mouvement sur le frontal.
Les Opisthocomus (Oiseaux) offrent la particularité d'une soudure com-
plète du nasal avec le lacrymal séparé du'frontal et qui se meut avec le bec*.
laire se développe aux dépens de la capsule cartilagineuse du labyrinthe tandis qoe ses
arcs, avec l'os lenticulaire qui les surmonte, se forment à l'extrémité supérieure da
deuxième arc viscéral.
1, Parce que la pièce sous-orbitaire postérieure, grande et large, s'étend jusqu'aux oper-
cules et recouvre ainsi tout le côté de la tête.
2. Parker, Morphologij of Ihe skull, fig. 21. — Macalister, loc. cit. suprà, p. 248.
*3. Lavocat, Les Poissons actuels et fossiles, p. 12, Toulouse, 1897.
4. Poisson éteint trouvé dans les couches oolithes.
5. HixLET, ÉlSnents d'anatomie comparée, trad. franc, de M""" Brinet, pp. 247,
250 et 294, Paris, 1875.
TRAVAUX ORIGINAUX. 12^
S'il fallait s'en rapporter à M. C. Bertrand, le lacrymal de Vaigle serait dû
« à la réunion de deux germes osseux qui restent assez longtemps indépen-
dants' ». Ces deux germes osseux me semblent plus que problématiques, à
moins que M. Bertrand n'ait pris pour une portion du lacrymal un des os-
selets lacrymaux accessoires qu'on rencontre chez les Oiseaux de proie.
Les os de recouvrement de la face des Ruminants tendent fort longtemps
à se souder entre eux et souvent même ne se soudent pas entre eux*. Celte
particularité a été signalée en ces termes par Meckel ' : « Il existe, plus
généralement, entre le coronal, le nasal, le lacrymal et le sus-maxillaire, un
intervalle qui n'est fermé que par une membrane. La forme et l'étendue en
varient considérablement. C'est chez les Chamois qu'il oiîre le plus d'éten-
due ; les fissures mentionnées y sont fort allongées ; elles sont limitées, en
dedans, par le nasal, en arrière par le coronal, en dehors par le lacrymal et
le sus-maxillaire ; elles sont tout à fait ouvertes en avant. Le mouflon, plu-
sieurs variétés de Moutons, surtout celles à plusieurs cornes, et les Antilopes,
ont une conformation semblable ; seulement l'intervalle est plus court et
n'est large qu'à sa partie postérieure. Chez les Cerfs, l'intervalle est plus
court, beaucoup plus large, triangulaire ou quadrilatère.
« Dans les Chèvres, il est plus petit que chez les Cerfs ; il correspond seu-
lement à la région postérieure de ces os, parce que le sus-maxillaire et l'os
nasal s'appliquent l'un contre l'autre dans la majeure partie de leur longueur.
Cet intervalle est enfin beaucoup plus petit encore chez le chameau; le
nasal ne concourt pas à sa formation. Il est, par conséquent, digne de re-
marque que je l'aie trouvé, chez le lama, presque aussi étendu que chez les
Cerfs. Il manque communément à d'autres, principalement aux Moutons et
aux Bœufs, t
Des Cynoïdes {chiens, loups, chacals, renards) où il n'entre que d'une
façon peu appréciable dans la constitution du bord inférieur de l'orbite, l'un-
guis diminue progressivwuent d'épaisseur et d'étendue chei les AUurekies
(liefulgens, de F. Cuvier) et les Àretoïde». Dans les Pinnipèdes et plus spé-
cialement dans les genres Calocéphales (Calocephalus vitulinus, Calocephalus
1. C. Bkrtrand, Conformation osseuse de la (été chez l'homme et les Vertébrés,
th. de doct. en méd., p. 241, Montpellier, 18C2.
2. Les sus-nasaux et les incisifs des Bu/ninants tiennent si peu que, dans les prépa-
rations de la tête, ils tombent souvent et sft perdent. Dans les mêmes animaux, ainsi que
dans \e porc, le cfiien, le chat, etc., la jointure du malaire avec Tapophyse zygomatique
n'est pas plus solide.
On dirait que le travail de synostose de la tête se termine par la face chez les animaux,
tandis qu'il se termine par le crâne chez l'homme. On peut bien trouver dans certaines
espèces animales quelques sutures faciales qui se ferment avant d'autres sutures appar-
tenant au crâne ; mais ce sont des exceptions qui ne sauraient infirmer la règle générale
ci-dessus, qui d'ailleurs concorde avec d'autres faits non moins remarquables.
3. Meckel, loc. cit. suprà, t. IV, p. 338.
124 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
maculalus) et Halyehores il est excessivement mince, à peine ossifié, com-
posé de petites écailles irrégulières, juxtaposées ou isolées, qui tombent et
se cassent facilement.
Je rappelle qu'il paraît faire totalement défaut dans les Otaries ou Phoques
à larges oreilles, les Cystophores, la plupart des Cétacés (Hyrtl).
M. Deniker qui a eu en sa possession un fœtus de gibbon de 1 à 8 mois,
un fœtus de gorille de 5 à 6 mois et plusieurs .ieun^s gorilles dont les dents
de lait n'étaient pas encore toutes tombées ou toutes sorties, a noté en ces
termes, dans sa thèse de doctorat es sciences naturelles, le degré de déve-
loppement de l'unguis chez les Anthropoïdes de cet âge : « L'os lacrymal du
fœtus de gibbon est bien développé. Celui du fœtus de gorille est à peine
indiqué par une plaque ovalaire ossifiée, longue de 2 millimètres, large de
1 millimètre, et se trouvent à l'endroit qui deviendra plus tard le fond de la
gouttière lacrymale. Ce point apparaît chez l'homme vers le quatrième mois
de la vie intra-utérine. Dans le plus jeune crâne de gorille que j'ai examiné,
le lacrymal était déjà complètement formé'. 7>
Ce noyau d'ossification de l'unguis humain qui, selon Meckel, apparaît au
cinquième mois de la vie intra-utérine *, et selon M. Deniker et le professeur
Sappey * vers la fin du quatrième mois ; selon Rambaud et Renault au troi-
sième mois*; selon Cruveillhier % vers le commencement du troisième
mois, et selon Leidy, environ vers la fin du second mois% etc., apparaît
régulièrement dans le courant de la huitième semaine. M. Macalister, qui
Ta trouvé 10 fois chez 10 embryons de 8 semaines : 9 fois des deux côtés et
une fois du côté gauche, l'a vu manquer chez tous les embryons plus jeunes
et une fois seulement chez des embryons plus âgés, chez un embryon de
9 semaines. Il n'y en a aucune trace sur trois fœtus de moins de 8 mois que
m'a remis une sage-femme, M"" Bossard, alors qu'il est très net sur deux
fœtus mesurant l'un A'"','^! , l'autre 5"",30, âgés approximativement, par
conséquent, l'un de 8 semaines, l'autre de 9, et que j'ai étudiés avec le
D"^ CouRBON, accoucheur de la Maternité de Tours. Se montrerait-il donc plus
tôt dans l'espèce humaine que dans les espèces simiennes?
Je n'oserais le prétendre. Il n'est pas dit que le fœtus de gorille de
M. Deniker eût exactement 5 à 6 mois, il était peut-être un peu moins âgé ',
1. Deniker. Becherches anatomiques el embryologiques sur les Singes Anthropoïdes,
p. 72 et 53, Poitiers, 1886.
2. I. F. Meckel, Manuel général d'aruUomie descriptive, Paris, 1829.
3. Sappey, Traité d'anatomie descriptive, 2* édit., t. 1, p. 205, Paris, 18G7.
4. Rambaud et Renali.t, Origine et développement des os. Avec atlas. Paris, 1864.
5. CiiuvEiLHiER, toc. cH. suprù, p. 175,
6. Leidy, An elemenlary Ireatise on tmman anat . , 2" édit., p. 126, Philadelphia, 1889.
7. « Il devait, dit M. Deniker, élre âgé de 5 à 6 mois, ou du moins devait correspondre,
par son degré de développement, au fœtus humain de cet âge. » Deniker. toc. cit. suprà, p. 6.
TRAVAUX ORIGINAUX.
125
et on peut s'assurer sur le dessin que je reproduis que le point d'ossification
primitif de l'unguis de cet Anthropomorphe est déjà prononcé, a la forme
d'un îlot ovalaire à grand diamètre oblique de haut en bas et de dedans en
dehors, sans connexions avec les os voisins, c'est-à-dire ressemble au point
d'ossification primitif de l'unguis humain vers la fin du quatrième mois. Ce
qui n'est pas douteux c'est que, chez l'homme comme chez le gorille, l'ossi-
fication de l'os en cause commence dans le même endroit, dans la mem-
brane de revêtement du cartilage ethmoidal correspondant à la partie posté-
rieure ou lacrymale du sac lacrymal dont l'orifice est alors visible.
FiG. 2. — Crâne d'un fœtus de grorille
daâ à 6 mois.
l, lacrymal.
3
f-
i
/f^
P*:
K-
A
m
'r\
e—
a
a-
1
Si
_
Fio. 3. — Coupe transversale de la région la-
crymale d'un fœtus humain de 12 semaine.
(KàCAIiTSTBR).
a, cloison cartilagineuse ;
h et e, cartilage ethmoïdal;
d, périoste ou membrane de revêtement ;
e, coupe transversale de l'unguis;
/, coupe transversale de l'apophyse nasale du
maxillaire supérieur;
g, coupe transversale des os du nez;
l, lumière du sac lacrymal.
A la fin du cinquième mois, chez le fœtus humain, la portion lacrymale,
ordinairement percée de nombreux foramina, est entièrement ossifiée, sauf
en bas, dans le voisinage du cartilage maxiilo-lurbinal, alors que la portion
orbitaire est encore séparée de l'os planuni par un intervalle membraneux
assez grand. L'ossification qui a eu pour point de départ le nodule os.seux
dont j'ai indiqué le siège et la date d'apparition, a envahi progressivement le
bord antérieur, la crête lacrymale postérieure, reconnaissable dès la douzièuie
semaine,, le bout supérieur, le bout inférieur presque jusqu'au cartdage
maxillo-turbinal et la partie antérieure de la face interne de l'orbite en sui-
vant une ligne dont l'extrémité supérieure fixe correspond au sommet de
BIBLIOOS. AHAT., T. YUI, FABC. 3. 9
H6 BIBLIOGRARHIE ANATOMIQUE.
la crête lacrymale postérieure et l'extrémité inférieure mobile à un point du
bord interne du plancher de l'orbite, de plus en plus rapproché de l'os pla-
num. L'unguis qui est primitivemenl triangulaire ne devient quadrangulairc
que lorsque des granulations calcaires commencent à se déposer, de bas en
haut, dans le tissu cartilagineux immédiatement en rapport avec le bord
antérieur de l'os planum. A 7 mois, il a 6 millimètres de large et 3 milli-
mètres de haut et .à peu près la forme qu'il a après la naissance. A 8 mois,
FiG. i. — Région lacrymale
d'an fœtas humain de 7 mois.
Fio. 5. — Région lacrymale
d'an fœtus humain de 8 mois.
il a 6""", 5 de large et 4 millimètres de haut et ressemble à l'unguis de l'honnue
fait ; toutes les sutures marginales ont acquis leur parfait développement
sauf la suture lacrymo-ethmoidale dans les deux tiers supérieurs de laquelle
le cartilage est encore visible. A 9 mois, il a 7""°, 5 de large et 5 milli-
mètres de haut, et le cartilage primordial n'apparaît plus que sous l'aspect
d'un petit triangle occupant l'angle postéro-supérieur de l'os, autrement dit
l'angle de jonction de la suture lacrymo-ethmoïdale et de la suture fronlo-
lacrymale.
La partie faciale de l'hamule, quand elle existe, est généralement ossifiée
au moment de la naissance et quelquefois même un mois avant.
En somme, le frontal, le lacrymal, le maxillaire supérieur, etc., sont des
os de membrane ou précédés d'une ébauche membraneuse, dont les limites
et la structure résultent simplement du processus de l'ossification. Que ce
processus soit troublé par quelque accident local, leur forme sera modifiée
ainsi que leurs dimensions, leur direction et leur constitution organo-cal-
caire. Que l'ossification de l'un de ces os soit retardée sur un point et qu'elle
soil accélérée sur un point conligu de l'os voisin, le lieu de rencontre de ces
deux os sera changé. Les cas de fénestration de l'unguis des jeunes crânes
où les orifices sont comblés par une membrane profonde sont certainement
aussi des cas d'arrêts de développement. Il en va tout autrement de la fé-
nestration de l'unguis des vieillards. Chez ceux-ci les perforations sont
béantes et dues à la résorption du tissu de l'os provoquée par la dilatation
de celluJLes ethmoïdales. Quoi qu'il en soit, les variations unguéales humaines
TRAVAUX ORIGINAUX. 1:27
précilées constituant des dispositions habituelles chez divers animaux, vien-
nent à l'appui de la loi lornnulée par Serres : « L'anatonnie comparée est
l'état fixe et permanent de l'organogénie de l'homme. »
Sutures anormales. — La division de l'unguis en deux par une suture
verticale a été notée une fois par Hyrtl •, et la division de l'unguis en deux
par une suture transversale a été observée deux t'ois par M. Thomson : sur
un crâne gallo-romain et le crâne d'un insulaire des Carolines *.
Variations de forme. — 11 est difficile, sinon impossible, de rencontrer
deux iinguis qui aient exactement la même forme. Entre la forme ovalaire et
la forme quadrilatère on trouve tous les intermédiaires. La forme ovalaire
est toutefois plus rare que la forme quadrilatère. Les bords sont eux-mêmes
très variables. Sur 1 000 unguis et 300 orbites le professeur Macalister a
vérifié les changements de direction, de longueur, de rapports, etc., que
peut subir chacun d'eux.
Le bord supérieur est horizontal chez 31 p. 100 des sujets, dirigé oblique-
ment de haut en bas et d'arrière en avant chez 21 p. 100, et dirigé oblique-
ment de bas en haut jusqu'au sommet de la crête lacrymale postérieure et
de haut en bas à partir de cette crête chez la plupart. Son extrémité posté-
rieure est située au niveau du bord supérieur de l'os planum chez 48 p. 100
des sujets, au-dessus de ce bord chez 39 p. 100, et au-dessous de ce bord
chez 13 p. 100. Il est plus épais^en aval de la crête lacrymale et les dente-
lures dont il est habituellement pourvu sont plus prononcées au sommet et
en avant de celte crête. Chez 3 p. 100 des sujets il est fusionné avec l'os
sus-jacent. Son extrémité antérieure est toujours placée au-dessous de la
suture maxillo-frontale.
Le bord inférieur est celui qui est le moins dentelé et le plus rarement
synostosé (chez 25 p. 400 des sujets seulement). 11 est situé dans un plan
plus externe que le précédent et comprend deux portions qui répondent à
chacune des faces : une postérieure, qui s'unit au bord interne du plancher
de l'orbite qu'il recouvre parfois, une antérieure, qui descend plus bas, pour
concourir, en général, à la formation du canal nasal et qui a des contours
différents suivant les dimensions de l'hamule.
Le bord postérieur, dont les dentelures sont aussi irrégulières mais moins
profondes que celles du bord supérieur, décrit une courbe à concavité posté-
rieure chez 50 p. 100 des sujets et à concavité antérieure chez 2 p. 100; il
est sinueux chez 36 p. 100 et rectiligne chez 12 p. 100. Il est quelquefois
séparé de l'os planum en haut par un prolongement du frontal, ou en bas par
1. Hyrtl, Islituzioni di anatomia deU'uomo, 3» ediz., trad. ital., Napoli, 1877.
2. A. Thompson, loc. cit. suprà, p. 350.
128 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
un prolongement du plancher de l'orbite, ou, simultanément en haut et en
bas, par un prolongement du frontal et par un prolongement du plancher
de l'orbite qui se rejoignent pour former une suture maxillo-frontale rélro-
lacrymale ou qui restent distants l'un de l'autre et sur lesquels j'aurai à re-
venir plus loin.
Le bord antérieur, tantôt dentelé, tantôt lisse, est recliligne chez 2 p. 400
des sujets ; il décrit une courbe irrégulière à concavité antérieure chez 1 p. 100
et à concavité postérieure chez presque tous. Il se prolonge dans le canal
nasal, au-dessous de l'hamule, chez 80 p. 100 et commence au niveau de la
crête lacrymale postérieure chez 8 p. 100. Il est plus ou moins fusionné
avec le bord postérieur de l'apophyse montante du sus-maxillaire chez 4 p. 100.
Des quatre bords c'est donc celui qui est le plus fréquemment synostosé.
Mais, alors même que la suture maxillo-lacrymale antérieure est fermée, le
foramina qu'elle offre à sa partie supérieure et quelques-uns des foraminula
sous-jacenis demeurent perméables chez un certain nombre de sujets. Une
languette oSseuse, provenant du frontal, et sur laquelle j'aurai à parler
bientôt plus longuement, s'interpose parfois entre ce bord et le bord posté-
rieur de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur.
L'angle postéro-supérieur est habituellement arrondi, ainsi que l'angle
postéro-inférieur, mais situé en avant de ce dernier. Sur un des crânes
examiné par M. Macalister il envoyait, en arrière, un prolongement me-
surant 2 millimètres de long, entre le bord supérieur de l'os planum et le
coronal. Chez 2 p. 100 des sujets l'angle çostéro -inférieur envoie entre le
bord inférieur de l'os planum et le bord interne du plancher de l'orbite un
prolongement aussi marqué et chez 14 p. 100 un prolongement moins mar-
qué. Chez 20 p. 100 des sujets l'angle antéro- supérieur (dacryon) corres-
pond à un foramen donnant passage à une artériole et à un filet nerveux.
L'angle antéro-inférieur sera étudié en même temps que les variations de
l'hamule.
Les bords supérieur et postérieur forment chacun une synarthrose en s'u-
nissant à l'os qui les touche. L'articulation de la partie postérieure du bord
inférieur avec le plancher de l'orbite est une articulation harmonique. Celle
du bord antérieur avec le bord de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur,
tantôt une synarthrose, tantôt une harmonique, tantôt — et c'est le plus
souvent — une schindylèse imparfaite. Dans ce dernier cas, en effet, le bord
antérieur de l'unguis est divisé en deux lames excessivement minces dont
l'externe recouvre, seulement en bas, la lèvre externe du bord postérieur de
l'apophyse montante du sus-maxillaire et dont l'interne est recouverte seule-
ment en haut par la lèvre interne du même bord; — est divisé, autrement
dit, en deux lames dont aucune n'embrasse l'os adjacent dans toute sa lon-
gueur.
Anatomie comparée. -^ L'unguis du chimpanzé et de Vorang, qui a
TRAVAUX ORIGINAUX. 129
beaucoup d'analogie avec l'unguis humain, est soumis aux mêmes variations
de configuration que lui. En raison de l'allongement et du peu d'ouverture
de son angle antérieur et supérieur, cet os est presque triangulaire chez le
gorille. « Il est assez grand, légèrement concave et remarquable par sa forme
trapézoïdale dans le Troglodytes Aubryî. * » On n'ignore pas que, pendant
la vie intra-utérine, le lacrymal de l'homme est tour à tour et successive-
ment ovalaire, triangulaire, quadrilatère.
Les bords unguéaux ont des dissemblances aussi marquées dans une même
espèce animale que dans l'espèce humaine. Tandis que MM. W. Ellenber-
GER et H. Baum assurent que le bord zygomatique du lacrymal du chien est
dentelé, M. Deniker affirme qu'il a vu ce bord « uni sans dentelures, sur le
crâne d'un chien terrier » *. J'ai pu moi-môme vérifier sur un certain nombre
de crânes de Singes (Anthropoïdes et Cynocéphales), de Carnassiers (Canis
domesticus, Canis molossus, Canis danieus, Canis lupus), de Ruminants
(Ovis Europœa, Dos taurus) et de Rongeurs {Sciunis vulgaris, Lepustimidus,
Lepus cuniculus), etc., l'instabilité relative, non seulement de la forme de
l'unguis, mais encore de ses bords chez des Mammifères appartenant à un
môme ordre zoologique.
Variations d'étendife. — « Les os lacrymaux, remarque Cruveilhier ',
sont des plus variables sous le rapport de leurs dimensions, quelquefois ils
concourent à peine à former la gouttière lacrymale, d'autres fois ils la for-
ment presque entièrement. »
« Le lacrymal est variable principalement dans ses proportions >, observe
d'autre part Leidy *.
Les exemples de suppression partielle ou totale de l'une ou l'autre des
deux portions de l'unguis et de suppression partielle de ses deux portions
que j'ai relatés précédemment corroborent déjà ces propositions. Elles sont
corroborées aussi par les cas dans lesquels l'os très augmenté d'étendue se
prolonge jusqu'au malaire, ou forme non seulement presque entièrement ou
entièrement la paroi de la gouttière lacrymale, mais quelquefois même i\
peu près tout le pourtour de l'orifice supérieur du canal nasal en rejoignant
l'hamule facial.
Sur un crâne d'aliéné M. Bianchi a vu la portion lacrymale du maxillaire
supérieur s'étendre assez loin en avant pour constituer toute la gouttière
lacrymale, la crête lacrymale antérieure et un peu de l'apophyse nasale du
maxillaire supérieur situé en avant de cette crête et cela — je reproduis
1. Alix et Gratiolet, Nouvelles archives du Muséum, t. II, p. 69, Paris. 18C6.
2. W. Ei.LKNBEBCER et H. Bal'm, Anatoinie descriptive et topographique du chien,
trad. franc, de Denikek, \^^ partie, p. 45, Paris, 1S92.
3. CllLVElLHlER, toc. CH . SUptà. p. 174, CD DOtC.
4. Lkidy, toc. cil. suprà, p. 120.
130 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE,
textuellement le texte de M. Bianchi ' — « sans qu'aucune trace existât qui
pût faire penser à une fusion d'une partie de celte apophyse nasale du maxil-
laire supérieur avec l'iuiguis ou à un os accessoire de la fosse lacrymale :
— Nessuna traccia esiste che possa far pensare ad una fusione di una parte
dell'apofisi nasale del mascellar superiore coll'unguis, o ad osso acccssorio
dolla fossa lacrimale. » Le professeur d'anatomie de l'Université de Sienne
a trouvé sur un autre crâne un prolongement émanant du tiers inférieur du
bord antérieur du lacrymal qui se portait assez loin en avant pour arriver
presque au contact de l'hamule bordant le pourtour inférieur et interne de
l'orbite. La même anomalie a été observée et décrite par Verheyen. Je lui
cède la parole : a Vidi in aliquibus calvariis os unguis inferius valde incur-
valum atque ita complecti fere totum orificium ductus de quo suprà ; et
inde contigit quod aliqui dixerunt os unguis esse perforatum : quam locu-
tionem alii ferunt oegerrime, cum tamen sit quaîtio de solo nomine*. »
Le lacrymal n'a pas la même étendue dans toutes les races, et dans la race
blanche il n'a pas les mêmes dimensions chez l'homme et chez la femme.
Mesuré depuis le sommet de la crête lacrymale postérieure jusqu'à la base
de l'hamule (quand il existe) — non compris l'hamule, par conséquent — il
a, dans la race caucasique, chez l'homme une hauteur moyenne de 16°"", 5
et chez la femme de 15°"°, 5. M. Macalister ne l'a jamais vu avoir, à l'étal
de parfait développement, plus de lO^^jS et moins de 8 millimètres de hau-
teur. Pour ma part, il ne m'a été donné qu'une fois, en Touraine, de ren-
contrer sur des adultes un unguis de plus de 20°"", 1 (chez un homme ; à
droite et à gauche) et de moins de Q^^jS de hauteur (chez une femme ; à
droite et à gauche).
La largeur, mesurée de l'angle postéro-inférieur jusqu'à la crête lacrymale
antérieure, peut osciller entre 4 et 14 millimètres. Elle est en moyenne de
9"'°',5.
L'index lacrymal, qu'on obtient en multipliant par 100 le chiffre de la lar-
geur et en divisant le produit "par le chiffre de la hauteur | — - — j est re-
présenté en moyenne par le chiffre 60. Il varie entre les chiffres 42 et 65. Il
est un peu plus élevé chez la femme que chez l'homme.
Des quatre bords, c'est l'antérieur qui est toujours le plus long, le supé-
rieur le plus court et celui aussi dont l'étendue varie le plus. De 70 mensu-
rations prises par M. Macalister il appert qu'il a 11 millimètres au maxi-
mum, 2 millimètres au minimum et 7°"", 75 en moyenne ^
Dans le tableau ci-joint, emprunté à M. le D' Regnault, on trouvera une
1. Bianchi, loc. cit. suprà, p. 6.
2. Ph. Verheyen, Anatomiœ corporis humani liber I, Coloniae, 1712.
3. Macalister, Proceeding of the Royal Society, n° 232, p. 23C, 1884,
TRAVAUX ORIGINAUX.
181
étude comparative de' la hauteur du lacrymal et de la hauteur de la suture
lacrynio-ethmoïdale ' dans les différentes races :
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1
a
a
s
Chinois (Muséum) . .
18
17
18
15,5
10,9
13,5
7
6,1
10
3,5
Annamites (Soc. d'An-
thropologie de Paris)
9
16,5
19
14
9,7
12,5
8
6,8
10
3,S
Malais et Javanais
(Muséum) ....
23
16,4
20
14
9,4
15
4,5
7
12
4
Venezuela (ancien Ma-
~ riano)[Soe. d'attthrop.]
21
15,4
19
13
8,6
14,5
3
6,8
11
3
Botocudos (Sot.d'aath.).
4
16
18
14,5
10,8
11,5
9,5
5,2
6,5
4,5
Basques Zaraus (Soc.
d'anthrop.). . . .
12
15,7
18,5
14
10,9
14
8,5
4,8
8
2
Auvergnats ( St-Nec-
taire) [Soc. d'anthrop.].
14
16,8
21
13,5
10,3
14
6
6,5
U
3
Magyars (Soc. d'anthrop.)
17
17,3
20
14
11,1
;3
7,5
6,2
10
2
Roumains
16
16,3
19,5
9,5
10,4
14,5
3,5
5,87
10,5
3
.Nègres Mozambiques
(Soc. d'anthrop.). .
15
14,5
19,5
12
10,4
17
6
4,03
9
2
Nègres div. (Muséum).
18
15,6
17,5
12
11,3
13,5
7
4,3
7,5
-Nègresdiv. (Soe. d'anlh).
25
15,4
18,5
12
10,2
14
3
5,18
12,5
2
Hottentots Namaquas
(Muséum) ....
9
13
14
12
9,4
11,5
6
3,6
8
1,5
Australiens (Muséum).
24
15,8
18,5
10,5
7,4
10
1,10
8,*
15
5,5
.Néo-Calédoniens (Soc.
d'anthropologie). .
17
14,5
21,5
1
12
5,8
10
3
8,6
11,5
5
N. Hébridais (École
d'anthropologie). .
14
15,1
19
13
5,2
8,5
4,10
9,8
17,1
7
Marquises (Sot. d'anlh.).
13
16,6
20,5
13,0
9,3
14
6,5
7,5
11,5
4
Taïti (Muséum) . . ,
10
15,3
17,5
9,5
7,5
10
4
7,8
11,5
4,5
Microcéphales ( Soc.
1 d'anthrop.). , . .
8
14
17
11,5
9,7
11
4
4,3
6,5
2
Toutes ces mensurations ont été prises sur rorbite droite sauf une men-
suration de la suture lacrymo-ethmoidale d'un Australien qui a dû être prise
à gauche, la suture lacrymo-etlimoïdale du côté opposé faisant défaut.
1. F. Regnaolt, Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 1894, p. 418.
182 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Des chilfres inscrits dans le tableau ci-dessus, M. ReCtNAult a conclu que :
1° L'unguis est plus petit chez les nègres (14,5, 15,6 et IS,-!) que chez
les blancs (15,7, 16,8, 17,3, 16,3) ;
2" Les sutures lacrymo-ethinoïdales ont leur maximunn de longueur dans la
race blanche (Basques, Auvergnats, Magyars, Roumains);
3° Les sutures lacrymo-ethmoidales sont moins longues dans la race jaune
(Chinois, Annamites, Malais) ;
4° Les sutures lacrymo-ethmoïdales atteignent leur minimum chez les Aus-
traliens et les Papous (Néo-Calédoniens et Hébridais),
Quant aux Botocudos et aux Hottentots, il faut attendre d'en avoir examiné
un plus grand nombre avant de pouvoir se prononcer sur la longueur moyenne
des sutures en question.
La première proposition a été formulée dix ans avant M. Félix Regnault
par M. Macalister*. Elle me paraît absolument exacte. Depuis vingt ans
que je professe l'anatomie à Tours, j'ai eu l'occasion de disséquer cinq nègres
d'origine différente et une Angolaise et les mensurations de l'unguis que j'ai
prises sur les six crânes de ces nègres et de cette négresse, et celles que j'ai
prises sur cent crânes tourangeaux concordent sous ce rapport avec celles
qui ont été prises par MM. A. Macalister et F. Regnault. Chez mes cinq
nègres et mon Angolaise la hauteur moyenne de l'unguis était de 15'°'",5.
MM. Ottolenghi et Piccozo ont complété ces données en prenant la hau-
teur de la suture lacrymo-ethmoïdale sur une série de crânes de délinquants
et de déments.
Dans une communication faite le 1*' mars 1895 à l'Académie royale de
médecine de Turin, le professeur Ottolenghi, en se basant sur l'examen de
soixante-huit crânes de criminels de la collection du docteur Lombroso,
a déclaré que la suture elhmoido-unguéale est moins longue chez 29 p. 100 des
mminels et que la brièveté de cette suture, quand l'unguis n'est pas atrophié,
constitue un stigmate anatomique ayan^ un caractère de dégénération.
Vingt-sept jours plus tard, M. Ottolenghi* a donné communication à l'Aca-
fiémie royale des sciences médicales de Sienne d'une note d'un de ses élèves,
M. Picozzo : Sulla sutura etmoido-lacrimale nei degenerati. Dans cette note
il est fait mention que M. Picozzo a mesuré la hauteur de la suture ethmoïdo-
lacrymale sur cinquante crânes de fous et cinquante crânes de non déments
et que cette suture est plus courte chez les aliénés (chez 27.7 p. 100) que
chez les individus sains d'esprit (chez 17.2 p. 100).
1. Voici en quels termes: a The lachrytnal bone is also generally smaller in ne-
(jrocs than in Ihe other races. L'os lacrymal est généralement aussi plus petit chez les
ut'gres que dans les autres races. » Macalister, loc. cit. suprà, p. 243.
■?. Ottolenghi. Processi vcrhali délia R. Academia dei Fisiocrilici di Siena. Seduta
del ?7 marzo 1895.
TRAVAUX ORIGINAUX. 133
Le musée de l'école de médecine de Tours possède dix crânes de délin-
quants dont deux assassins (Ardouin et Decouas). La hauteur moyenne de
leurs sutures lacrymo-ethmoidales ne diffère pas sensiblement de celle notée
chez les blancs dont le casier judiciaire est vierge : 40.2 au lieu de 10.3 notés
chez les Auvergnats, 10.4 chez les Roumains, etc. Celle des sutures lacrymo-
ethmoïdales des deux assassins exécutés à Tours mérite seule de retenir
l'attention.
Haatenr
Noms. de la sntore laorymo-etbmoïdale
— droite. gauche.
Decouas 8,1 9,2
Ardouin 9,3 10
Le nombre des délinquants sur lesquels j'ai opéré est trop restreint pour
que je tire la moindre conclusion de ces derniers chiffres.
Anatomie COMPARÉE. — Qucllcs quc soient les variations de l'unguis
humain, elles ne seront jamais aussi nombreuses que les diversités de struc-
ture, d'étendue, de forme, de direction et de rapports qu'offre l'unguis dans
les espèces animales et même chez des animaux de la même espèce.
Le lacrymal, reconnaissable au trou qui le distingue dans la plupart des
Vertébrés, est triangulaire, aplati, volumineux chez les Crocodiles et les Lé-
zards et enclavé entre l'ethmoïde, le malaire et le sus-maxillaire ; il contri-
bue à former le rebord antéro-interne de la cavité orbitaire.
Allongé verticalement en forme de tige ou de lame arquée à concavité
postérieure, il marque, dans les Oiseaux, le contour antérieur de l'orbite.
L'extrémité supérieure, élargie ou prolongée en pointe, se fixe dans une
échancrure fronto-nasale. L'extrémité inférieure descend sur la tige jugale
directement ou par une lame fibreuse qui s'élargit et sépare l'orbite de la
cavité nasale.
Moins fort chez les Palmipèdes et les Gallinacés que dans Vautruche,
Valbatros et surtout les Perroquets où il prend une grande dimension et en-
voie une apophyse en arrière au-dessous de l'orbite, qui peut s'articuler
avec une apophyse post-orbitale du frontal et circonscrire ainsi la cavité
orbitaire, le lacrymal est faible dans les Pies, les Huppes, les Martinets.
La partie faciale, très développée et dans laquelle est entièrement creusée
chez tous les Ruminants la partie supérieure du canal nasal, est rudimen-
taire chez le dromadaire ainsi que chez les Rongeurs, le chien, le chacal,
le loup, le renard, etc. « Les dimensions réduites que l'os présente dans les
Carnassiers justifient, disent MM. Arloing et Chauveau ', le nom d'unguis
1. A. Chai VEAU et S. Ahloing, Traité d'anatomie comparée des animaux dômes
tiques, 4" édit., p. 76, Paris, 1890.
134 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
qui lui a été donné en anlhropotomie. » Sur une tête de lion déposée au
Muséum de Marseille, l'unguis a une portion faciale presque inappréciable en
dedans du trou lacrymal et complètement inappréciable en dehors de ce trou.
Il est imperlbré chez les Oiseaux, percé de deux trous (un supérieur et
un inférieur) chez les Suidés, le lama (Lama peruviana), le cerf (Cerviis
elaphus), Y antilope {Antilope cervicapra) [Baraldi] ' et d'un seul trou chez
la moue, le patas, etc. Dans l'espèce humaine, les Anthropoïdes, les Semno-
pithèques, les Nàsigues, etc., il ne forme qu'une portion de la. gouttière
lacrymale.
C'est seulement dans les Catarrhiniens (Cynomorphes, Anthropomorphes
et Homme) que cette gouttière de faciale qu'elle était, devient franchement
orbitaire.
Les deux trous lacrymaux de l'unguis d'une femelle de tapir (Tapirus
indiens de Cuvier) que détient le Muséum de Marseille, sont séparés l'un de
l'autre par une saillie apophysaire assez forte.
Chez les petits Ruminants la partie inférieure de la face externe de l'un-
guis présente une dépression désignée sous le nom de fosse larmier e qui
fait défaut ou n'existe qu'exceptionnellement chez les grands.
Le plan antérieur ou facial du lacrymal des Cerfs et des Girafes offre
un enfoncement extraordinaire, plus marqué chez les sujets mâles, pour
recevoir des glandes sébacées. Le même plan est pourvu chez Vhippopotame,
le rhinocéros, Vhyrax, et divers autres Ongulés A'xm tubercule proéminent
sur lequel s'attache le muscle orbiculaire des paupières. Dans Vâne, ce tu-
bercule d'insertion est situé dans la suture lacrymo-nasale, appartient à la
fois au nasal et à l'unguis ; dans le dromadaire il est reporté en totalité sur
le sus-maxillaire. Le même animal manque de l'énorme protubérance, dite
protubérance lacrymale *, creusée dans le plan orbitaire de l'unguis du bœuf,
du mouton, de la chèvre, etc., par le sinus maxillaire et dont les parois sont si
minces que le moindre choc suffît pour en amener la rupture sur le squelette.
Le lacrymal du murin {Vespertilio murinus) est une petite lame mince,
plus allongée transversalement que d'avant en arrière et dont la partie la
plus interne est recouverte par le nasal. «Dans ses deux tiers internes % la
face supérieure de l'os lacrymal est, dit M. Maisonneuve, légèrement con-
vexe et s'applique exactement dans presque toute son étendue contre la face
profonde de la branche montante du maxillaire supérieur et du nasal. Son
tiers externe est concave, au contraire, et constitue une demi-gouttière qui,
1. G. Baraldi, Âlcuae osservazioni suirorigiue del cranio umano e dcgli altri mamoii-
feri, overro craniogenesi dei Mamaiiferi. [Mem. Accad. med. chir., Torino, 1892.)
2. GiRAni», qui nomme cella "éminence protubérance orbitaire. Ta décrite à tort comme
appartenant au maxillaire supérieur.
:{. P. Maisonneuve, Traité de l'ostéologie et de la myologie du Vespertilio murinus,
p. 34, Paris, 1878.
TRAVAUX ORIGINAUX. * 135
réunie à celle que l'on voit à lar partie postérieure de la branche montante à sa
réunion avec le corps de l'os, forme la partie supérieure du canal nasal, lequel,
dans le reste de son étendue, est entièrement formé parle maxillaire. La face
inférieure de l'os lacrymal est concave et convexe en sens inverse de la supé-
rieure : elle contribue à former la voûte des fosses nasales. Son bord posté-
rieur s'articule avec le frontal. »
Chez le Troglodytes Aiibryî « la lame latérale de l'ethmoide contribue à
former la paroi interne de l'orbite sous l'apparence d'une pièce osseuse qua-
drilatère, légèrement concave, qui s'étend bien moins en avant que chez
l'homme, parce qu'elle cède une grande place à l'os unguis».
Dans le très intéressant mémoire sur le lacrymal publié en 1884 par le
professeur Macalister on lit que le gorille a une courte suture ethnio-
unguéale. Sur un gorille dont chaque unguis était peu développé, M. Bianchi
a trouvé : à gauche, une suture orbito-maxillo-frontale d'une largeur d'un
centimètre et, à droite, une suture lacryino-ethmoidale excessivement courte'.
« Chez le fœtus de gorille de 5 à 6 mois l'os planum, dit M. Deniker, ne se
développe pas autant que chez l'homme ; l'espace qui lui est réservé entre la
lame du frontal formant la \oûte et la partie du maxillaire supérieur formant
le plancher de l'orbite, est à peine large de 2 millimètres*. Chez le jeune
gorille, la lame papyracée n'a pas plus de 6 millimètres dans sa partie pos-
térieure la plus lai^e. Le faible développement de l'os planum contribue à
donner à la cavité orbitaire du gorille sa forme particulière si différente de.
celle que l'on rencontre chez l'homme. »
Un dernier mot pour clore ce chapitre : Peut-on invoquer comme des ar-
guments contre les principes de la conformité organique les variations si
grandes et si nombreuses de structure, de forme, d'étendue, de direction et
de rapj)orts de l'unguis? Évidemment non, puisqu'on peut suivre pas à pas
les transformations que cet os subit dans des animaux de classe, d'ordre et
de genre différents.
Variations de direction et de courbure. — L'unguis situé à la partie
antérieure et interne de l'orbite est dirigé obliquement de haut en bas, d'ar-
rière en avant et de dedans en dehors, et décrit une courbe dont les deux
tiers supérieurs de la concavité regardent en avant et le tiers inférieur un
peu en dehors. Cette obliquité et celte courbure n'ont rien de fixe. Elles dé-
pendent de la forme et de la grandeur des orbites, de la largeur de l'espace
interorbitaire, du plus ou moins d'inclinaison du frontal en arrière, etc.
1. Bianchi, Processi verbali delta R. Accademia di Fisiocritici di Siena, 30 Aprile,
1895.
2. Chez le fœtus tinmain do 5 mois, cet espace est de 4 millimètres. Denikbu. toc. cil.
suprà, |). 4.S.
136
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Pour s'en rendre compte, il faut mesurer saccessivemeirt sur une série de
crânes :
1° La distance qui sépare l'angle postéro-supérieur (le point où l'on touche
à la fois le lacrymal, l'os planum et le frontal) du lacrymal d'un côté de
l'angle homologue du même os du côté opposé (espace interlacrymal posté-
rieur et supérieur);
2° La distance qui sépare l'anigle postéro-inférieur (le point où l'on touche
à la fois le lacrymal, l'os planum et le plancher de l'orbite) de chacun des
deux lacrymaux (espace interlacrymal postérieur et inférieur) ;
3° La longueur de la ligne qui, parlant de la base de chaque hamule, réunit
transversalement l'une à l'autre les deux crêtes lacrymales postérieures (es-
pace interlacrymal antérieur et inférieur).
Le degré d'inclinaison et de courbure est donné par deux index : l'index
interlacrymal antérieur et l'index interlacrymal postérieur. Le dernier
s'obtient en multipliant par 100 le chiffre indiquant la largeur de l'espace
interlacrymal postérieur et supérieur et divisant le tout par le chiffre cor-
respondant à l'étendue de l'espace interlacrymal postérieur et inférieur
e.interl.p. ets.XlOO \ ,. . , , ,,,,,. .^, , . ^.
I 'te — )• Il renseigne sur le degré d obhquite des deux tiers
supérieurs de l'os.
L'index interlacrymal antérieur se trouve, en multipliant par 100 le chiffre
. fourni par la mensuration de l'espace interlacrymal postérieur et inférieur et
en divisant le tout par le chiffre faisant connaître l'étendue de l'espace inter-
e. interl. p. eti. X 100\ ,, ,
* Il témoigne a la
lacrymal antérieur et inférieur (-
e. interl. a. et i.
fois du degré d'obliquité et de courbure du tiers inférieur de l'os.
En procédant de la sorte, M. Macalister est arrivé à établir le tableau
suivant :
BACE.
MOTKNHE DBS MBHBUBATIOB8.
Espace '
inter-
lacrymal
postérieur
et
supérieur.
Bspace
inter-
laciymal
postérieur
et
inférieur.
Espace
inter-
lacrymal
antérieur
et
inférieur.
Index
interlacry-
mal
postérieur.
Index
interlacry-
mal
antérieur.
3 Chinois
16 Nègres du Sud-Ouest
de TAfrique ....
8 Australiens
50 Européens
25 Péruviens. . . . . .
millimètrps.
25,3
27,7
25,3
24,8
24
millimètres.
27,6
31,6
29,3
28,8
29,8
millimètres.
31,6
34,2
32,4
32,8
34
88
86
86 .
80
80
81
78
75,6
70
TRAVAUX ORIGINAUX. 137
En jetant un coup d'œil sur ce tableau , on voit que l'obliquité et la cour-
bure de l'unguis varient suivant les races. C'est chez les nègres du sud-ouest
de l'Afrique qu'il est le plus vertical et c'est chez les Péruviens, dont le crâne
est si contourné, qu'il est le plus oblique.
Ce tableau montre aussi que l'espace interlacrymal postérieur et supérieur
mesure, en moyenne, abstraction faite de la race, 25""", 2; l'espace interla-
crymal postérieur et inférieur, 30 millimètres ; l'espace interlacrymal anté-
rieur et inférieur, 33""",4, et que l'index interlacrymal postérieur est repré-
senté, en moyenne, abstraction faite également de la race, par le nombre 8i
et l'index interlacrymal antérieur par le nombre 75.
Anatomie COMPARÉE. — La direction des orbites des Mammifères varie sin-
gulièrement. La latérahté est portée à l'extrême chez les Cétacés, les Rongeurs,
etc. Elle diminue dans les Carnivores, plus encore dans les Lémuriens. Chez
les Anthropoïdes les deux axes sont dirigés assez en avant pour permettre la
vision binoculaire. Dans certains singes, l'atrophie de l'ethmoide réduit encore
l'angle formé par les deux axes orbitaires. 11 est remarquable que l'animal
dont les deux yeux sont le plus rapprochés est un Lémurien {Lemur tarsius)
[Cuvier].
Les orbites du gorille s'ouvrent directement en avant 4)ar un cadre le plus
souvent régulièrement carré. Rarement leurs bords font des angles assez
obtus pour donner une figure qui se rapproche davantage de celle d'un cer-
cle. Les orbites de Vorang, tantôt plus arrondis, tantôt plus carrés, ne sont
séparés que par une cloison mince. Ceux du chimpanzé sont, le plus sou-
vent, arrondis, limités par une ligne plus nettement circulaire. Ceux du
Gibbon sont ronds.
Je n'insiste pas. Il est évident que, même dans les espèces simiennes les
plus élevées, l'unguis ne peut pas avoir la même obliquité ni la même cour-
bure et qu'il doit tendre à se renverser d'autant plus en arrière que l'angle
facial diminue, que les os de la face s'allongent et que celle-ci prend l'aspect
d'un museau de plus en plus bestial".
Il convient d'ajouter que le lacrymal humain n'a pas, du reste, pendant la
vie embryonnaire, l'obliquité qu'il a après la naissance. Jusqu'à la fin du
huitième mois de la vie intra-utérine il est plus incliné en arrière, formant
avec un plan horizontal un angle de 60 à 70°. Après la naissance, il devient
rapidement plus vertical, en même temps que se dessine, de haut en bas, sa
1. « La longueur et la direction du canal lacrymal, a écrit mon regretté maître le pro-
fesseur Thomas (Éléments d'ostéologie descriptive et comparée de t'homme et des
animaux dotncstiques, p. 201, Paris, 18Go), doivent pré.seutcr de grandes différences et
doivent être en rapport avec railongcuieut des os de la face. Ainsi sur le chien et sur le
mouton, le canal lacrymal est très long et très ublique d'arrière en avant ; sur Thomme
il est très court et vertical. »
188 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
courbe à concavité aiiléro-externe. Le degré d'obliquité du lacrymal humain
au moment de la naissance peut être apprécié au moyen d'un ind'x interla-
crymal qu'on obtient en multipliant par 400 le ciiilTre que donne la mensura-
tion de l'intervalle compris entre le point le plus enfoncé dan§ l'orbite du
bord supérieur du lacrymal d'un côté et le point similaire du bord supérieur
du lacrymal du côté opposé et en divisant le tout par le chilTre fourni par la
mensuration de la dislance séparant, l'une de l'autre, les extrémités pro-
fondes des bords inférieurs des deux mêmes os. Sur des crânes de neuf
mois cet index interlacrymal est représenté, en moyenne, par le nombre 72.
Variations de rapports. — Sans parler de l'absence, de l'état rudimen-
taire, de l'exagération ou de la séparation de l'hamule qui entraîne des chan-
gements de rapports du bord inférieur de l'unguis sur lesquels je m'étendrai
longuement à bref délai, cet os peut avoir, en avant et en arrière, des rap-
ports différents de ceux qu'il a habituellement.
Le frontal peut envoyer un prolongement entre l'os planum et le lacrymal
ou entre l'apophyse nasale du maxillaire supérieur et le lacrymal. Sur le
crâne d'un Hindou figurant dans la collection phrénologique de Broussais,
devenue la propriété du docteur Hullin, j'ai vu, mais seulement à droite,
une dentelure de l'os du front, longue de 3 millimètres, occuper, en haut et
en arrière, la place de la partie supérieure de la suture lacrymo-elhmoïdale et
une dentelure du même os, moitié plus courte que la précédente, se substi-
tuer, en haut et en avant, à la partie supérieure de l'articulation du bord
antérieur du lacrymal avec le bord postérieur de l'apophyse montante du
sus-maxillaire.
Le prolongement poslunguéal du coronal ne dépasse guère 5 millimètres
de largeur et le préunguéal du même os, 4""°,5. Le premier est beaucoup
plus commun que le second : on le rencontre chez 34 p. 100 des sujets de
race caucasique et assez prononcé chez 1 p. 100.
Une expansion apophysaire analogue du maxillaire supérieur peut s'inter-
caler, en bas et en arrière, entre l'os planum et le lacrymal. Cette expansion
apophysaire (ju'on trouve chez 14 p. 100 des blancs est bien développée
chez 3 p. 100.
Le prolongement postlacrymal du frontal et le prolongement postlacrymal
du maxillaire supérieur coexistent parfois. On le,s voit même se rejoindre
pour constituer une suture fronto-maxillaire horizontale ou oblique plus ou
moins étendue. La suture fronto-maxillaire dont j'ai noté la présence chez
3 hommes (3 fois des deux côtés) et chez 2 femmes (1 fois des deux côtés
et 1 fois à droite) a été observée par M. le docteur Félix Regnault sur un
Australien et un Néo-Hébridais, par M. Turner sur deux Boschimans, par
M. Thomson sur un Patagon, un Maori, un naturel des îles Salomon, etc.
TRAVAUX ORIGINAUX. 139
Anatomie COMPARÉE. — « Si on examine, dit M. Regnault', la paroi in-
terne de l'orbite chez YHomme, on voit que l'os lacrymal, par son bord pos-
térieur, prend contact avec l'os planum de l'ethmoide (fig. III), séparant ainsi
le frontal du maxillaire supérieur.
in
Fio. I. — Snture fronto-maxillaire de l'angle interne de l'orbite chez le eMmpanzé.
Fio. II. — Snture fronto-maxillaire de l'angle interne de Torbite chez l'homme.
Fio. ni. — Snture lacrymo-ethmoïdale chez l'homme.
F, 01 frontal ; L, os lacrymal ; M, maxillaire supérieur ; P, os plannm.
« Chez le gorille et le chimpanzé, la disposition est ordinairement diffé-
rente. Ici (fig. I) c'est le maxillaire supérieur M qui est en contact avec le
frontal F séparant le lacrymal L de l'os planum P.
< Cette disposition varie, d'ailleurs, suivant l'espèce de singe à laquelle
on a affaire. Voici le relevé des crânes examinés soit au Muséum, soit à la
Société d'anthropologie :
Suture Sature
maxillo-frontale. lacrymo-ethmoïdale.
Gorilles ..... 6 4 1
Chimpanzés. ... 7 6 1
Orangs 3 » 3
Gibbons {siatnangs
et hy lobâtes). . . 8 » 8
« Le petit nombre de sujets que j'ai pu examiner, poursuit M. F. Re-
gnault, dépend de ce que les soudures s'effectuent rapidement chez ces
Singes; beaucoup de crânes n'ont plus trace de suture.
« Parmi les gorilles, un crâne possédait une suture maxillo-frontale de
l'orbite droite et une suture lacrynio-ethmoidale à l'orbite gauche.
« La suture maxillo-frontale, quand elle existe, présente une longueur va-
riant d'un point aucpiel se joignent les quatre os à une longueur de 15 milli-
mètres.
€ Les Singes non anthropomorphes ont un type de suture analogue à celui
de Vorang, du gibbon ou de Vhomme.
« 19 Semnopithèques, 9 Macaques, 5 Hurleurs possédaient tous une suture
lacrymo-ethmoïdale. »
1. Félix Regnault, loc. cil. suprà, p. 413.
140
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
M. Macalister a indiqué, parmi les Anthropoïdes, le gorille comme ayant
une courte sulure lacrymo-ethmoïdale et, parmi les Singes non anthropomor-
phes dont le maxillaire s'unit au frontal pour former en arrière de l'unguis
peu prononcé une suture maxillo-frontale : les Callitriches et les Nyctipi-
thèques*.
En parlant de cette suture qu'il a observée sur des anthropoïdes du MuTsée
anatomique de l'Université d'Edimbourg, le professeur Turner s'est exprimé
ainsi : « Dans le cr§ne humain elle constitue une réversion, car chez le Go-
rille et chez divers chimpanzés, l'os planum est triangulaire et le frontal et
le maxillaire supérieur articulés l'un avec l'autre, entre cet os et le lacrymal
dans la paroi interne de l'orbite*. j>
L'os planum des gorilles et des chimpanzés n'est pas toujours triangu-
laire ni la suture maxillo-frontale constamment présente dans les Anthropoïdes.
11 n'est même pas prouvé que cette suture soit plus commune parmi eux que
parmi nous. Parmi eux elle se rencontre surtout chez les gorilles et les
chimpanzés. Elle fait généralement défaut chez les Singes inférieurs, sauf
chez les Callitriches et les Nyetipithèques.
Sur 24 crânes d'Anthropoïdes, dont 7 de gorilles, 10 de chimpanzés et
7 d'orangs, M. Thomson s'est assuré que cette suture qu'il appelle orbito-
maxillo-frontale est exceptionnelle chez ces animaux.
« Les recherches que j'ai faites sur les crânes de gorilles et de chimpan-
zés de la collection d'Oxford ne concordent pas, dit-il, avec celles faites par
le professeur William Turner sur les crânes de gorilles et de chimpanzés
du Musée anatomique de l'Université d'Edimbourg. Les deux tableaux ci-
joints en font foi :
Gorilles, 7 spécimens.
Avec une suture
Avec une suture
Avec une suture
ethmo-Iacrymale.
ethmo-lacrymale douteuse.
orbito-maxillo-frontale.
3
3
1
Cette suture bilatérale me-
sure 5 millimètres de
long chez le premier.
Cette suture bilatérale me-
sure 3""",5 de long.
Cette suture bilatérale me-
sure 7 millimètres de
long chez le second.
Cette suture bilatérale me-
sure 6""", 5 chez le troi-
sième.
1. Macalister, loc. cit. suprà, p. 247.
2 Ti'ttNER, Human crania. « Challenger » Reports, Zoology, vol. X, p' XXIX, p. 12
pi. I, fig. 4.
TRAVAUX ORIGINAUX.
Chimpanzés, 7 spécimcas.
141
Atpc une suture
ethmo-lacrymale.
Avec une suture
ethmo-lacrymale douteuse.
Avec une suture
orbito-maxillo-frontale.
2
Cette suture bilatérale me-
sure 3 millimètres de
loug chez l'un.
Cette suture bilatérale me-
sure 6 millimèires de
long chez l'autre.
2
3
Cette suture bilatérale me-
sure 2 millimètres de
long chez le premier.
Cette suture bilatérale est
représentée par uq pont
chez le second.
Cette suture bilatérale me-
sure 1 millimètre de
long chez le troisième.
« Cliez deux autres spécimens de chimpanzés, l'os planum est divisé en deux
portions par une suture verticale ; chez un d'eux la portion antérieure me-
sure 2 millimètres de hauteur et 7 millimètres de largeur.
« Chez un autre spécimen, le mode de conformation des deux orbites n'est
pas identique : il y a d'un côté une suture elhmo-lacrymale et de l'autre une
suture orbito-maxillo-frontale
« Les gorilles et les chimpanzés, dont les sutures ^Ihmo-lacrymales sont
données comme douteuses, sont ceux dont les os de la paroi interne de l'or-
bite sont si complètement ankylosés qu'il est impossible d'avoir une opinion
précise sur leur mode d'arrangement primordial.
t La suture ethmo-lacrymale existe sur chacun des 7 crânes d'orangs où
elle est représentée tantôt par un point, tantôt par une ligne mesurant jus-
qu'à 3 millimètres de long (dans trois cas). »
Les recherches du professeur Bi.\nchi sur 44- crânes d'anthropoïdes et une
centaine de crânes d'autres Primates l'ont conduit à formuler les mêmes
conclusions. Chez tous les Anthropoïdes étudiés par M. Bianchi, pour ne par-
ler que d'eux, la suture ethmoido-unguéale était présente, sauf chez deux :
chez un chimpanzé du Musée Doria, de Gènes, où le maxillaire supérieur
rejoignait le frontal entre le lacrymal et la lame papyracée de l'ethmoïde et
chez un jeune gorille du Mu.sée zoologique de Pise, où l'unguis droit, très
étroit, était uni à l'os planUm par une suture ethmoïdo-lacrymale et l'unguis
gauche, plus rudimentaire encore, articulé avec la lame papyracée au moyen
d'une suture orbito-maxillo-frontale'.
1. BiANCHi, Sulla sutura ethmoido-lacrymale c su un osso suprannumerario délia
parele interna deliorbila. Siena, 18'J5 ; et La presenza detta sutura orbilo-maxillo-
fronlale (Thomson) non e condizione normale nel cranio dcgti Anlfiropoidi, p. 4,
Siena, 1895.
BIUI.IOOK. ANAT., T. VIII, FA80. 3.
10
142 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Ce que je ne puis admettre, avec MM. Thompson et Bianchi, c'est que la
suture orbito-maxillo-frontale ne soit pas une malformation reversive parce
qu'elle ne constitue pas une disposition normale dans les espèces simiennes
et surtout dans les Anthropoïdes.
Sans doute il est permis de croire avec M. Macalister que son apparition
dans les Callitriches et les Nyctipithèques est due à la conformation spéciale
et à la résorption du septum interorbitaire.
Sans doute, comme le veut M. Bianchi, la longueur de la suture lacrynio-
ethmoidale est subordonnée, aussi bien chez l'homme que chez les animaux,
à trois causes :
1" A l'étendue et à la forme de l'unguis ;
2° A la grandeur de l'os planum et à la configuration de son bord anté-
rieur ;
3' A la présence d'un prolongement apophysaire descendant du frontal
vers le sus-maxillaire ou d'un prolongement apophysaire ascendant du sus-
maxillaire vers le frontal ou à la présence simultanée d'un prolongement
apophysaire descendant du frontal et d'un prolongement apophysaire ascen-
dant du sus-maxillaire, entre la lame papyracée de l'elhmoïde et le lacrymal.
Sans doute, on peut invoquer chacune ou plusieurs de ces causes ; on peut
même en invoquer encore d'autres. Mais ces. causes, on en conviendra, né
sont que secondaires. Sous quelle influence se produisent la réduction de la
surface de la portion orbitaire de l'unguis, la prolongation du frontal en ar-
rière de cet os, l'ascension du plancher de l'orbite en dedans, etc., d'où ré-
sulte un raccourcissement de la suture lacrymo-ethmoidale ou l'apparition
d'une suture orbito-maxillo-frontale? Vraisemblablement sous l'influence de
ce quid ignotum qu'on est convenu d'appeler l'atavisme.
Pour moi, la suture orbito-maxillo-frontale a un caractère reversif, mais
ce n'est pas un caractère pithécoide puisqu'elle ne se rencontre habituelle-
ment ni chez les Singes bipèdes ni chez les Singes quadrupèdes, c'est un
caractère qui nous reporte au delà des Primates. Chez l'homme et chez les
Singes la paroi interne des fosses orbitaires est constituée en grande partie
par l'ethmoide. Mais chez la plupart des Mammifères cet os ne s'y montre
pas et un prolongement du frontal va s'articuler directement avec le bord
interne et supérieur du sus-maxillaire qui s'élève beaucoup. Il n'est pas pos-
sible de ne pas voir dans les prolongements anormaux du coronal et du
maxillaire supérieur de l'homme l'un vers l'autre une tendance à la repro-
duction de ce qui existe normalement dans les ordres inférieurs à celui des
Primates.
J'en suis d'autant plus convaincu que ce n'est pas seulement en avant de
l'os planum humain, très réduit de largeur, mais encore en arrière de cet os
(}^u'on trouve de telles expansions apophysaires insolites.
Les professeurs Gruber et Bianchi ont rencontré et j'ai rencontré moi-
TRAVAUX ORIGINAUX. 14^
même, enlre le sphénoïde et le bord postérieur de la lame papyracée de
l'ethmoïde de l'homme un prolongement du frontal qui allait s'unir par une
suture dentelée (articulation orhito-fronlo-palatine) à l'apophyse orbitaire
démesurément accrue du palatin (voy. plus loin osselets péri-lacrymaux :
osselet ethmo-lacrymal). En voyant ce dernier vice de conformation, quel
anthropo-zoologiste pourrait se défendre de songer à ce qui existe nor-
malement chez divers animaux : le chien, le mouton, etc., où le palatin
enlre pour une si grande part dans la constitution de la paroi interne de l'or-
bite ?
Les palatins du chien présentent bien toutes les parties constituantes de
ceux de l'homme, mais ils en diffèrent d'une manière très remarquable par
leur forme et leurs connexions. Chez l'homme, l'étendue verticale l'emporte
sensiblement sur l'antéro-postérieure ; chez le chien, au contraire, l'étendue
verticale n'est pas la moitié de l'antéro-postérieure. Chez l'homme, le palatin
s'arrête à l'angle postérieur de la face sous-orbilaire du sus-mcyxillaire ;
chez le chien, il se porte si en avant dans l'orbite qu'il s'articule avec tout le
bord interne de la face sous-orbitaire du sus-maxillaire et même avec le la-
crymal.
Le bord supérieur du palatin du mouton est divisé en deux apophyses qui
sont séparées, comme chez l'homme, par une échancrure qui forme la plus
grande partie du trou sphéno-palatin. Mais cette échancrure a des dimensions
plus grandes que chez l'homme. L'apophyse antérieure ou orbitaire est une
lame mince et plate, un peu déjetée en dehors, qui s'articule à la partie an-
térieure de l'orbite avec le frontal, le lacrymal et le cornet sphénoidal. Ces
articulations ont très peu d'étendue. La face interne est appliquée sur l'eth-
moïde dont elle complète quelques cellules ; et l'externe forme une petite
partie de la paroi interne de l'orbite. L'apophyse postérieure ou sphénoïdale,
légèrement inclinée en dedans, est aussi une lame mince et plate qui s'arti-
cule avec le cornet sphénoidal et touche le vomer. L'échancrure qui sépare
ces deux apophyses est convertie en trou par le cornet sphénoïdal ; on a dit
à tort par l'ethmoïde. Ce trou est donc bien nommé sphéno-palatin, comme
chez l'homme.
Mais dira-t-on à propos des anomalies de la paroi interne de l'orbite énu-
mérées ci-dessus, une partie plus ou moins importante de la lame papyracée
. de l'ethmoïde persiste ? Qu'importe ! Ce sont des anomalies moins typiques,
voilà tout ; l'f^sprit n'en est que plus satisfait ; elles nous font toucher du
doigt des états intermédiaires entre des états à jamais perdus pour l'espèce
humaine et la disposition aujourd'hui acquise. En anatomie anormale, ces
transitions se rencontrent plus fréquemment que les formes types dans tout
leur développement ; toutefois, alors même que l'anomalie reversive n'est
pas observée dans tout son éclat, la présence d'une des formes de passage
présente suflisamment d'intérêt pour qu'on doive la consigner en détail.
144 Bir.LIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Variations de la crête lacrymale postérieure — Cette crête peut :
a) faire défaut ; b) exister mais être dépourvue d'hamule ; c) être présente et
terminée par un liamule plus ou moins développé.
a) Quand la crête lacrymale postérieure est absente, la portion lacrymale et
la portion orhitairc de l'unguis, situées dans le môme plan, se continuent
sans ligne de démarcation. L'os, ordinairement criblé de petits orifices
comme poreux, n'entre pas dans la composition du canal nasal, finit, en bas,
au niveau de la valvule semi-lunaire incomplète que Béraud ' a décrite et
figurée à la partie inférieure du sac lacrymal et que Sappey regarde comme
un simple pli de la muqueuse. On peut donner le nom d'ungnis plat à l'os
ainsi conformé.
b) La crête lacrymale postérieure dépourvue d'bamule peut être continue
ou discontinue. Sur 36 crânes examinés par M. Macalister, elle s'étendait
du haut en bas de l'os sur 10 ; elle était remplacée par une saillie convexe
occupant le tiers supérieur de l'os sur 12 et la moitié inférieure sur 9, et
élait ina])préciable, à son point de départ, sur 5. Sur 3 de ceux où elle exis-
tait depuis son origine jusqu'à sa terminaison, elle offrait à l'union de son
tiers supérieur avec son tiers moyen une épine sur laquelle s'attachaient les
fibres supérieures ascendantes du muscle lacrymal postérieur de Henke *.
Ici, comme dans les cas suivants, l'angle résultant de la jonction de la
portion lacrymale et de la portion orbilaire est plus ou moins ouvert, quel-
quefois même transformé en une courbe dont la convexité regarde en dehors.
L'os, parfois fenestré, concourt à la formation du canal nasal, mais présente
souvent, ainsi que les autres os du crâne, des sutures anormales. Ses bords
sont assez communément soudés à ceux des os voisins ou sont -très irrégu-
liers, quand ils sont libres. On peut l'appeler unguis caréné on unguis en dos
d'dne. •
c) On nomme unguis caréné et acuminé et unguis caréné et hamulé,
l'unguis dont la crête est terminée par un crochet inférieur plus ou moins pro-
noncé (hamule). L'étude de la crête lacrymale postérieure comprise de la
sorte rentre dans celle des variations de l'hamule qui suit.
Variations de l'hamule — A l'état normal, la portion lacrymale et la
portion orbilaire se réunissent en formant un angle presque droit dont la
crête, de plus en plus aiguë en descendant, se termine, en bas, par une sorte
de crorhet qui se porte en dehors (crochet lacrymal, hamule lacrymal, ha-
mule, apophyse hamulaire), rejoint le bord postérieur de l'échancrure lacry-
male du sus-maxillaire et complète ainsi l'orifice supérieur du canal nasal. A
l'état anormal, l'hamule peut manquer ainsi que la crête lacrymale poslé-
1. BÉHAUD, Archive^ d'ophthalmologie, 1855, t. IV, p. 129
2. Hi;nkr, Archiv. fur Ophthalmologie , IV, 270.
TRAVAUX ORIGINAUX. 145
Heure ou manquer sans que cette crête soit absente ou, au contraire, acqué-
rir un grand développement. Parfois même l'hamule est entièrement détaché
du reste de l'unguis, constituant un osselet périlacrymal accessoire.
Le canal qui succède à la gouttière lacrymale est, dans l'espèce humaine,
composé dans ses trois quarts externes par la gouttière lacrymale creusée
sur la face nasale du maxillaire supérieur et dans son quart interne par l'un-
guis ; l'apophyse unguéale du cornet inférieur achève sa partie inférieure.
Comment se comporte exactement l'hamule bordant ce canal ? Sa portion
externe continuant la portion externe de l'unguis s'articule, comme elle, avec
la paroi inférieure du plancher de l'orbite, sa portion interne faisant suite à
la portion interne du même os, envoie dans le canal nasal deux prolonge-
ments dont l'un, appelé apophyse lacrymale, atteint le bord supérieur et ex-
terne du « processus hamatus minor » (Macalister) et le bord antérieur de
l'apophyse uncitbrme de l'ethmoide et dont l'autre, nommé apophyse turbi-
nale, arrive au contact de l'apophyse unguéale du cornet inférieur.
L'apophyse lacrymale située dans un plan plus externe que l'apophyse
lurbinale est une lamelle concave limitée inférieurement par un bord arrondi
et, dans quelques cas, très pointu; sa longueur, qui ne dépasse guère 6 milli-
mètres, est, en moyenne, de 3 millimètres.
L'apophyse turhinale est plus longue que la précédente vers laquelle el'e
converge. Elle est triangulaire chez 70 p. 100 des sujets et articulée avec
l'apophyse unguéale du cornet inférieur chez GG p. 100. Le mode d'articula-
tion de ces deux apophyses n'est pas toujours le môme ; le plus souvent la
face interne de la première recouvre une petite partie de la face externe de
la seconde.
L'intervalle existant entre ces deux apophyses est comblé par le maxillaire
supérieur et, dans les cas de résorption du tissu osseux par la muqueuse qui
tapisse l'entrée de l'antre d'Highmore.
L'extrémité libre de l'hamule a pour limite la partie terminale interne de
la suture sous-orbitaire transverse d'Halbertsma de laquelle part quelquefois
une suture verticale qui se prolonge en avant et de haut en bas jusiju'à l'ori-
fice e.\teme du canal sous-orbitaire ou jusqu'à celui du canal sous-orbitaire
accessoire anormal '.
Tel est le lacrymal normal, celui qui est décrit dans les traités clas^siques
1. Le caual soiis-orbitairc s'ouvre anormalement sur la face externe du maxillaire supé-
rieur par plusieurs orifices. Gribek en a signalé jusqu'à cinq. .MM. l'oiiiiEii et Fuiteai; ont
étudié ce détail qui a bien son importance en chirurgie, sur 217 crânes de TKcole pra-
tique et de rÉcole d'Anthropologie, ils ont constaté sur la face externe du maxillaire,
y fois deux orifices de chaque côté; 2G fois deux orifices d'un seul coté (15 à gauche,
11 à droite) Sur deux crânes ils ont observé trois orifices d'un côté et deux orifices de
l'autre. Enfin un sus-maxillaire possédait trois orifices du côté gauche et quatre du côté
droit. (Poirier, Traité d'anatomie humaine, t. I, p. 486, Paris, sans date.)
146 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
d'anatomie humaine. C'est Vunguis caréné et acuminé des anatomistes an-
glais.
J'arrive à l'unguis caréné et hamulé des mêmes analomistes.
Il y a déjà un certain nombre d'années Virchow a appelé Tattention sur
certains caractères anatomiques crâniens (sur le contact du frontal et du
temporal et la disposition des os nasaux, etc.) que l'on peut regarder comme
des réminiscences animales.
M. Cari Gegenbaur a noté un nouveau caractère analogue sur le crAne
humain : le développement facial de l'os laci*ymal notamment dans sa partie
inférieure (hamule).
J'ai dit, quelques lignes plus haut, que sur nomhre de crânes l'hamule est
peu prononcé et ne touche pas le bord inférieur de l'orbite ; sur quelques-
uns il est, au contraire, très fort et fait partie du bord inférieur de l'orbite,
allant de pair avec le développement du lacrymal en largeur. Sur 120 crânes
M. Gegenbaur en a rencontré 5 qui étaient conformés de la sorte. Sur
200 autres crânes il en a trouvé 2 dont l'hamule, encore plus marqué, entrait
dans la constitution de la partie inférieure de la crête lacrymale antérieure,
était intercalé, en bas, entre le bord antérieur de l'unguis et le bord posté-
rieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur.
Le professeur Gegenbaur a omis d'indiquer d'où provenaient les crânes
qu'il a examinés à ce sujet et la race de chacun des individus dont la portion
faciale était si visible.
MM. Macalister et Bianchi ont été plus précis. L'hamule, au dire de
M. ÎIacalister, contribue à la formation du bord intérieur de l'orbite chez
1/22 des crânes de diverses provenances et chez 1/60 des crânes européens.
Il y contribue chez 1/63 des crânes tourangeaux. M. Bianchi a noté l'extrême
développement de l'hamule et de la crête lacrymale postérieure sur les crânes
péruviens et asiatiques du Musée d'anthropologie d'Italie.
En fait Ynnguis caréné et hamulé est Vunguis caréné et acuminé qui a at-
teint le bord inférieur de l'orbite. Et, comme on trouve entre les deux tous
les intermédiaires, il n'y a lieu de les considérer, à mon avis, que comme
des variétés en plus ou en moins d'un mêtne mode de conformation.
Très exceptionnellement l'hamule faisant partie- intégrante du bord infé-
rieur nie l'orbite remonte le long de la paroi externe du sac lacrymal qu'il
recouvre, en bas, à la manière d'une arche.
Schwegel ' et les professeurs Macalister (3 cas), Bianchi et Leboucq ont
signalé la possibilité de la présence d'une aiguille osseuse, au-dessus de l'ha-
mule, vers le tiers inférieur de la crête lacrymale postérieure.
En face de cette aiguille, dirigée en avant et en dehors, on trouve parfois
une aiguille de même nature, dirigée en arrière et en dehors et venant de
1. Schwegel, Henle u. Pfeufer's Zeitschrift, III, Reilie V, 1856, p. 866.
TRAVAUX ORIGINAUX. 147
la crêle lacrymale antérieure. Sur la crête d'une démente M. Bianchi a vu
ces deux aiguilles se rejoindre pour former sur la paroi externe du sac un
arc osseux, correspondant à l'étranglement qu'y détermine le tendon réfléchi
du muscle de Duverney'. J'ai observé cette anomalie (des deux côtés chez
un homme) ainsi que les précédentes (à droite et à gauche chez un homme,
et à droite seulement chez une femme). Le professeur Bianchi dit avoir ren-
contré assez fréquemment une jetée osseuse entre les extrémités inférieures
des deux crêtes lacrymales divisant l'entrée du canal nasal comme cela existe
normalement chez Vours marin (ours blanc, ursus maritimus)*.
Si on croit ces aiguilles osseuses si rares, c'est parce qu'elles sont excessi-
vement fragiles et difficiles, par suite, à conserver pendant la longue durée
de la macération des crânes. Je n'en veux pour preuve que la lettre que m'a
adressée, le 5 juin 1899, mon émlnent collègue, M. le professeur Leboucq,
auquel j'avais demandé, quelques jours auparavant, de me fournir quelques
renseignements sur les malformations du lacrymal qu'il avait pu voir sur les
nombreux crânes du musée de l'Institut anatomique de l'Université de Gand :
« J'ai parcouru la série des crânes de ma collection au point de vue de l'un-
guis, m'a répondu M. Leboucq. La très grande majorité sont des crânes du
sexe masculin et la plupart des crânes de prisonniers qui ont été conservés
au point de vue phrénologique (il y a une cinquantaine d'années). Malheureu-
sement là région qui vous intéresse étant la plus fragile de la loge cérébrale,
il s'ensuit qu'il y a une bonne centaine de crânes qui ont la paroi interne de
l'orbite abîmée et qui ne peuvent servir,
" « Parmi ceux qui peuvent servir j'ai commencé par mettre à part ceux
chez lesquels l'unguis me paraît normal comme forme, dimensions, con-
nexions, etc. J'en trouve 99.
«.( Il y en a ensuite 31 dont l'hamule et très développé et 1 dont la portion
orbitaire a le double de ses dimensions normales.
1 . J'ai appelé précédemment rattention sur le tubercule osseux qu'offre pour rinsertion
(lu muscle orbiculaire des paupières Tunguis de V hippopotame, du rhinocéros, de Vhyrax,
de Vàae, etc.
2. S. Bianchi, loc. cil. suprà, p. 8. Dans la quatrième observation d'absence totale du
lacrymal de M. Bi.vnchi que j'ai rapportée, il est également fait mention de la duplicité du
canal nasal à son origine. Cette disposition, ainsi que la division complète ou partielle du
sac lacrymal de l'homme par une cloison membraneuse, fait involontairement songer à la
duplicité du canal nasal des Suidés à son commencement. Elle s'explique, au surplus, par
le mode de développement de ce canal qui ne parait pas différer sensiblement dans les
espèces humaines et les espèces animales (Rats, Porcs, etc.). La gouttière oculo-na.<iale
ne se ferme pas, en eflet, comme l'a pensé Coste, par la jonclion de ses bords, mais par
la projection dans son intérieur d'une colonnette de cellules épithéliales que recouvre bientôt
le mésoblaste. Une lumière apparaît dans celte colonnette avant que les parties voisines
coiiiuiencent k s'ossifier. C'est la premièiv trace du canal nasal. Il est double quand un
feuillet vertical du mésoblaste vient segmenter la colonnette de cellules épithéliales (voy. à
la Bibliographie, : développement du canal nasal).
148 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
« Je trouve 30 ungiiis de beaucoup inférieurs comme dimensions à la
moyenne et parmi ceux-ci deux qui sont séparés du frontal, l'un, des deux
côtés, par un prolongement du bord antérieur de l'ethmoïde, l'autre, d'un
côté seulement, par un osselet supplémentaire.
« Sur S'I crânes la portion lacrymale de l'os en question est très petite ou
absente. Dans 56 cas la branche montante du maxillaire supérieur présente
une épine qui se porte en arrière vers la partie terminale de la crête lacry-
male postérieure qu'elle atteint dans 12 cas.
« Enfin, je signalerai un unguis échancré par une fontanelle dans l'os pla-
num ', à droite seulement ; à gauche, il y a une dépression sur l'ethmoïde,
mais pas de trou. »
Anatomie comparée. — Le lacrymal des Sauropsidés est, on le sait, pres-
que entièrement situé à la surface de la face. Il est également un os orbitaire
et facial dans les Mammifères inférieurs.
Sa partie faciale est très prononcée dans beaucoup de Marsupiaux. Cette
partie et la partie orbitaire ont un développement égal parmi les Édentés,
sauf parmi les Paresseux ou Tardigrades, en raison sans doute du peu de
longueur du museau. La lame du lacrymal des Ongulés, pliée à angle droit,
présente deux plans, l'un postérieur, profond ou orbitaire, l'autre antérieur,
superficiel ou facial prolongé assez loin en avant — sauf chez les Chameaux
— et délimités par l'arête courbe, formant le contour antérieur de l'orbite.
Ce plan antérieur et superficiel est surtout très étendu chez les Cerfs et les
Girafes où il offre, on le sait, un enfoncement plus marqué chez les sujets
mâles, pour recevoir des glandes sébacées. J'ai dit que le même plan est rudi-
mentaire chez les Carnassiers. Au nombre des Rongeurs « il en est quelques-
uns, les Lièvres, par exemple, dont la portion faciale du lacrymal forme, en
dehors, comme chez les Oiseaux, en haut du bord antérieur de l'orbite, une
forte saillie triangulaire et transversale, située au-dessus de la branche mon-
tante du sus-maxillaire. » (Meckel.)
D'après K(estlin et Stannius le' lacrymal des Singes ressemblerait à celui
de l'homme. Les professeurs Huxley, Gegenbaur, Macalister, Bianchi,
etc., ont démontré qu'il n'en est pas ainsi, qu'il y a des différences notables,
non seulement entre les divers genres de Singes, mais encore entre les Anr-
thropoïdes et l'homme.
La situation faciale s'est tellement maintenue que le canal nasal des Pro-
simiens, comme celui des Suidés, des Insectivores, de plusieurs Chauves-
souris, etc. *, ne commence même pas dans l'orbile. Sur le Propithecus
1 . Cette perte de substance était-elle comblée pendant la vie par un osselet, une lame
conjonctive ou cartilagineuse ou par une lame conjonctive et cartilagineuse ? Chi lo sa'
?. Hixi.RY, qui a divisé les Primales en trois familles : les Lémuriens, les Simiades
el li's Aathropoides, a écrit : « Chez les Lémuriens, Touverture supérieure du tron lacry-
ui il se trouve sur la face, en deliors des marges antérieures de l'orbite. »
TRAVAUX ORIGINAUX. 149
Edwardsi et YAye-aye madecasse (Myspithecus madagaacariensis) du Muséum
(le Hordeaux, il en est ainsi. La fosse lacrymale qui est orbilaire dans les Ca-
larrhinienS (Semnopithèques, Innuus, Cercopithèques, Cercocèbes, Cynocé-
phales) est encore extra-orbitaire dans les genres Atèles et Mycètes. J'ai noté
nettement la situation extra-orbitaire de la fosse lacrymale sur VAtèle à front
blanc (Ateles marginatus) et VAtèle melanocheir (Aleles melanochir) et le
ffurleurroux {Stentor reniculus). L'hamule de l'unguis perforé du Coaïla
(Ateles paniscus) est long et large et recouvre une partie du canal sous-orbi-
taire. Celui des Singes à télé de chien est un peu plus petit. Vorang et le
chimpanzé sont, parmi les Anthropoïdes, ceux dont la conformation du la-
crymal se rapproche le plus de celle de l'homme, et le gibbon, celui dont la
conformation du môme os s'en éloigne le plus. Chez Vorang, l'hamule est
disposé de telle sorte que l'un de ses bords regarde en dehors et l'autre en
dedans, et l'une de ses faces en haut et l'autre en bas.
Sur le crâne d'un Malais de la collection du professeur Macalister, cette
apophyse ne le cédait en rien comme volume et comme longueur à l'apophyse
homologue de l'unguis normal des Singes catarrhiniens.
En se basant sur ces données précises d'anatomie comparée, M. Gegenbaur
a conclu avec raison que le développement facial {faciale Ausdehnung) du
lacrymal humain constitue une variation reversive qui doit être attribuée à
l'atavisme,
OSSELETS PÉRI -LACRYMAUX
On trouve parfois au pourtour de l'unguis normal ou anormal un ou plu-
sieurs des osselets suivants :
L'osselet ethmo-lacrymal supérieur ;
L'osselet ethmo-lacrymal inférieur ;
L'osselet ethmo-lacrymal ;
L'osselet de la gouttière lacrymale ;
L'osselet du canal nasal ;
L'osselet de l'hamule ;
L'osselet sous-orbitaire.
Les trois premiers sont des osselets post ou rétro-lacrymaux, le troisième
est un osselet pré ou anté-lacrymal, les trois derniers des osselets sous-lacry-
maux.
Oselet ethmo-lacrymal supérieur. — M. Macalister a donné ce nom'
à un osselet qui occupe parfois la partie la plus élevée de la suture ethmoïdo-
lacrymale, en arrière de l'unguis, entre le bord postérieur de cet os, le bord
antérieur de la lame papyracée de l'ethmoïde et le bord interne de la fosse
orbilaire du IVonlal. Sur 1,037 crânes de la collection anatomique de l'Uni-
I. «Macai.isteii, loc. cit. suprà, p. 239.
150
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
versité d'Oxford, dont la plupart ont, il est vrai, les orbites mutilés,
M. Thompson ne l'a rencontré que quatre fois, dont une fois sur un crâne
d'Hindou, une fois sur un crâne trouvé dans un ancien camp romain.
M. BiANCHi l'a trouvé sept fois et moi cinq fois (trois fois chez l'homme : deux
fois à droite et une foi? à gauche et deux fois chez la femme et toujours à
gauche). J'ai noté plus haut que le maxillaire supérieur envoyait anormale-
ment entre le bout antérieur de la lame papyracée de l'ethmoïde et le bord
postérieur de l'unguis un prolongement plus ou moins large et plus ou moins
long, articulé ou non, avec un prolongement descendant analogue du frontal.
Fia. 7.
e, lame papyracée de l'ethmoïde ;
l, lacrymal ;
m, maxillaire supérieur;
/, frontal ;
a, osselet ethmo-lacrymal supérieur surmon-
tant un prolongement ascendant anor-
mal du plancher de Torblte entre l'o.s
planura et l'unguis.
Fio. 6.
E, lame papyracée de l'ethmoïde ;
Tj, lacrymal;
a, osselet ethmo-lacrymal supérieur.
M. le professeur Macalister a vu ce prolongement apophysaire du sus-maxil-
laire surmonté d'un osselet. J'ai observé une malformation identique chez
une Angolaise (à gauche seulement).
Un autre osselet ethmo lacrymal supérieur non moins curieux est celui que
M. Leboucq m'a dit avoir rencontré, mais d'un seul côté seulement, sur un
crâne de la collection de l'Institut anatomique de l'Université de Garni. Cet
osselet, qui coïncide avec une disparition complète de la portion lacrymale et
une rédiiclion du tiers de la hauteur de la portion orbilaire de l'unguis, a la
forme d'un polygone à cinq côtés dont le bord supérieur, très dentelé, décrit
une courbe à convexité supérieure articulée avecle frontal, et dont les autres
bords rectilignes et lisses sont articulés le bord antérieur avec l'apophyse
TRAVAUX ORIGINAUX.
151
nasale du maxillaire supérieur, prolongée jusqu'à la portion orbilaire de
j'unguis, le bord inférieur avec Tunguis et les deux bords postérieurs avec la
lame papyracée de l'ethmoide qu'ils échancrent en se réunissaivl pour former
un angle à sommet postérieur.
Osselet ethmo-lacrymal inférieur. — M. Macalister a appelé ainsi •
im osselet, situé également en arrière de l'unguis, mais dans la partie la plus
inférieure de la suture lacrymo-ethmoïdale, entre le bord postérieur de l'un-
guis, le bord antérieur de l'os planuni et le bord interne du plancher de l'or-
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f FiG. 8.
«, lame papyracée de l'ethmoïde ;
l, lacrymal;
m, maxillaire supérieur;
/, frontal ;
a, osselet ethmo-lacrymal inférieur.
Fio. 9.
«, lame papyracée de l'ethmoïde; •
l, lacrymal ;
la, maxillaire supérieur;
/, frontal ;
o, osselet ethmo-lacrymal supérieur;
o' osselet ethmo lacrymal inférieur.
bite. Il est, de même que le précédent, plus ou moins grand et ordinairement
triangulaire. Sur les 1,037 crânes qu'il a examinés, M. Thompson n'a noté
qu'une fois sa présence sur un crâne chinois. M. Bianchi l'a rencontré trois
fois et moi une fois, et à droite seulement, sur le crâne d'un incendiaire, âgé
de vingt-sept ans. Je ne sache'pas qu'on ait encore signalé chez le même in-
dividu l'existence d'un osselet lacrymal supérieur d'un côté et d'un osselet
lacrymal inférieur du côté opposé. La coexistence de ces deux osselets sur le
même crâne et du même côté doit être également très rare, car je n'en con-
nais que deux cas, un qui a été signalé par M. Macalister et dans lequel il
y avait, du même côté, en plus d'im osselet ethmo-larcrymal supérieur et
d'un osselet ethmo-lacrymal inférieur, un osselet du canal nasal et un osselet
de la gouttière lacrymale. Le second cas m'est personnel. Il a été observé à
droite seulement chez un homme dont l'hamule se prolongeait jusqu'au bord
inférieur de l'orbite (voy. le dessin ci-dessus).
1. Macalister, eodem loco.
152 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Osselet ethmo-lacrymal. — On lit dans le Traité d'anatomie humaine de
M. P. Poirier : « Parfois l'os planuni humain est divisé par une suture ver-
ticale en deux parties dont l'antérieure, plus petite, représente l'os lacrymal
postérieur que l'on trouve chez quelques Mammifères (Henle) '. »
On trouve la même indication avec des variantes inexactes, dans les Traités
d'anat mie humaine des professeurs Testut*, Debierre', Romiti % etc., et
dans V Anthropologie générale de M. Morselli'.
W. Krause a nommé, en elfet, os lachrymale posterius une pièce osseuse
ayant généralement la forme d'un rectangle et séparant comp!ètement le bord
antérieur de l'os planum du bord px)stérieur de l'unguis '. Mais, contrai-
rement à ce que disent MM. Testut, Debierre, Romiti, Morselli, etc.,
et conformément à ce que dit M. Poirier, ce n'est pas W. Kr.\use qui a
comparé l'os lacrymal postérieur de l'homme à l'os lacrymal postérieur de
quelques Mammifères, c'est Henle '.
Les osselets ethmo-lacrymaux supérieur et inférieur {ossiculum ethmo-la--
chrymale superius et ossiculum ethmo- lachrymale inferius du professeur
Macalister) et l'osselet lacrymal postérieur de W. Krause méritent-ils bien
le nom sous lequel chacun d'entre eux a été et est encore décrit?
Pour ne pas déroger aux usages reçus, j'ai fait suivre l'étude de l'unguis de
celles de ces trois osselets et je n'ai pas changé le nom sous lequel chacun
d'entre eux est généralement connu, bien qu'aucun d'entre eux ne semble
êtr.e un osselet lacrymal, ni un osselet ethmo-lacrymal, mais un osselet eth-
moïdal. Tout le donne à croire : l'intégrité du frontal, de l'unguis et du maxil-
laire supérieur', la division fréquente de l'os planum par une suture verti-
cale ou oblique, la forme d'un rectangle à grand diamètre vertical de l'os
lacrymal postérieur et la forme triangulaire des osselets ethmoïdo-lacrymaux
postérieur et supérieur et postérieur et inférieur, l'anatomie comparée et
l'embryologie.
1. P. Poirier, Traité d'anatomie humaine, t. I, 2" édit., p. 402, Paris, 189G.
2. L. Testut, Traité d'anatomie humaine, t. I, p. 109, Paris.
3. C. Debierre, Traité élémentaire d'anatomie de l'homme. 1. 1, p. 77^ Paris, 1890.
4. G. Romiti, Trattato dell' Anatomia delPuorno, t. I, p. 2G7, Milano, 1896.
5. E. Morselli, Anthropologia générale. Lezioni sult'uomo secondo la teoria dell'
evoluzione, p. 630, 1896.
6. W. Krai'SE, Anatomische Varieldten; Hannover, 1880, p. 68. Dans la troisième
édition (Hannover, 1879) du Manuel d''analomie humaine de G.-F. Krause, revue par
W. Krai'se, la division ei) deux de Pos planum est passée sous silence.
7. Hknle, Handbuch der Anatomie des Menscken, Knochenlehre, Braunscbweig, 187 1 ,
p. 129.
Pour M. Dkbierbe, c'est la partie postérieure de la lame papyracée segmentée de Teth-
moide, et non la partie antérieure, qu'il faut assimiler à Tos lacrymal postérieur des ani-
maux.
8. Kxceplé dans un cas signalé par M. Macalister où Tosselet ethmo-lacrymal inférieur
parait être un morceau détaché du plancher de Torbite. (Macalister. toc. cil. suprà, p. 239.)
TRAVAUX ORIGINAUX.
VoS
On a signalé effectivement chez l'homme :
1° La présence d'une suture verticale divisant la lame papyracée en deux
portions : une antérieure et une postérieure (Henle, Krause, Macalister,
Thompson, Hybtl, Ottolenghi, Bianchi, etc.). La portion antérieure (os la-
chrymale posterius de Krause), généralement plus j-etlle que la postérieure,
a toujours la forme d'un rectangle à grand diamètre vertical. Elle était seu-
lement plus grande dans deux cas sur huit de cette malformation observés
par M. Bianchi'. Sur le crâne d'un
nègre de la Guadeloupe que je possède,
la suture verticale touche presque à
droite et à gauche au trou orbitaire
interne antérieur ;
2" L'existence de deux sutures ver-
ticales partageant l'os planum en trois
sections dont la postérieure était plus
large que les deux autres réunies
(Bianchi)';
3° La segmentation de la lame papy-
racée de l'ethmoide en quatre,cinq,etc.,
poitions par des sutures verticales plus
ou moins rapprochées les unes des
autres (Meckel) \ Un de mes anciens
élèves, M. Kuypers, possède un crâne
de femme, morte à 32 ans d'une pleu-
résie tuberculeuse, dont tout le crâne
est normal, sauf l'os planum du côté
droit, qui est formé par quatre rectan-
gles osseux juxtaposés à grand diamètre
vertical. Le rectangle osseux antérieur est moins large que le suivant, celui-ci
que le troisième et le troisième que le quatrième ;
4° La séparation d'un des angles de Tos planum p;»r une suture oblique.
Le fragment osseux triangulaire ainsi séparé est relativement petit ; il s'ap-
pelle en Angleterre ossiculum ethmo-lachrymale superius, qu ind il est cons-
titué par l'angle antérieur et supérieur, et ossiculum ethmo-lachrymale inj'e-
rius, quand il est formé par l'angle antérieur et inférieur. Lorsqu'on trouve
entre l'unguis et l'ethmoïde un prolongement descendant du frontal articulé
ou non avec un prolongement ascendant du plancher de l'orbite, M. Thompson
Fio. 10. — Divi.siou inégale de la lame papy-
racée de l'ethmoïde bumaiu par une .suture
verticale : la portion située en arrière (E) est
plu.s large que celle .située en avant de la
suture.
a, osselet othmo-lacrymal ;
L, lacrymal ;
e, ethnioïde.
1. DiANCHi, Sulla divisione delPos planum deirethnioide uel cranio deiruomo e degli
Anthropoidi et suU' incsisten/a delFosso lacrymale posteriorc in alcuni Mammifcri. {Atli
délia R. AccaUemia dci Fisiocritici, Sér. lY, vol. III, 1895.)
2. Bi.\NCHi, loc. cit. suprà, p. 4.
3. Meckel, Traité général U'anatomie descriptive et pathologique, t. I, Paris, 1825.
154 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
suppose qu'il a existé primitivement deux osselets ethmo-lacrymaux : uu su-
périeur el antérieur et un inférieur et antérieur qui ont fini, au cours du
développement, par se confondre avec le frontal, le second avec le plancher
de l'orbite. Préférant les faits aux théories, je ne m'arrêterai pas à discuter
celle hypothèse.
Sur une idiote, morte à 24 ans, #t dont le crâne est déposé au musée
Funaioli, M. Bianchi a noté les vices de conformation ci-après :
A droite, le frontal envoie un prolongement descendant anguleux dont le
sommet s'unit entre le corps du sphénoïde et l'os planum, au niveau de la
moitié delà iiauteur de cet os, à l'extrémité d'un prolongement triangulaire
ascendant, beaucoup plus large, du palatin pour former une articulation su-
lurale orbilo-palato-frontale.
A gauche, le prolongement apophysaire descendant du frontal et le prolon-
gement apophysaire ascendant du palatin occupent la même position et ont
aussi une grandeur inégale, mais sont quadrilatères et unis entre eux par
une suture horizontale finement dentelée, large de 4 millimètres. Entre le
frontal en haut, le maxillaire supérieur en bas, le palatin en arrière, et la
lame papyracée de l'ethmoïde en avant, est inclus un osselet que M. Bian-
chi considère comme l'angle postéro-inférieur détaché de celte lame.
Cette manière de voir de M. Bianchi, ainsi qu'on peut en juger sur le
dessin même de l'èminent anatomiste siennois, est discutable. L'osselet susdit
n'est ni petit, ni isolé du reste de la lame papyracée par une suture oblique.
Il me semble qu'il s'agit plutôt là d'une segmentation de l'os planum en deux
portions par une suture verticale, dont l'extrémitié supérieure s'est fusion-
née, au cours du développement, avec l'extrémité supérieure du bord posté-
rieur de cet os.
Quoi qu'il en soit, l'observation de M. Bianchi n'en est pas moins extrême-
menl curieuse, car elle rappelle la part considérable que prend l'apophyse
orbitaire du palatin dans la constitution de la paroi interne de l'orbite de
certains animaux (chien, mouton, etc.).
Elle confirme l'interprétation que j'ai fournie précédemment des prolon-
gements ascendants du maxillaire supérieur, et descendant du frontal en
avant de l'ethmoïde et de leur articulation suturale (suture orbito-maxillo-
fronlale de Thompson). Elle concorde et donne plus de poids à une observa-
lion du même genre recuedlie par Grûber, et une que je dois à l'obligeance
de M. Lelot, ancien interne de l'asile des aliénés de Tours '. Je recopie la
note que m'a remise à ce propos M. Lelot :
« Crâne d'un homme de 62 ans, mort de paralysie générale progressive.
1. « L'apophyse orbitaire du palatin est de volume variable : GrL'beb {in Heni.ej Ta vue
remonter entre l'ethmoïde et le sphénoïde pour atteindre le frontal. » (P. Poibier, Traité
d'anatomie h'umaine, 2" cdit., t. 1, p. 171. Paris.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 155
« A gauche, l'orbile n'a rien d'anormal, A droite, l'apophyse orbitaire du
palatin se prolonge en haut pour rejoindre, entre le sphénoïde et la lame pa-'
pyracée de l'ethmoide dont la largeur est diminuée de plus de moitié, une
expansion du coronal à laquelle elle s'unit au moyen d'une suture irrégulière,
bien dentelée, parallèle au plancher de l'orbite. Celte suture correspond
exactement à l'union des deux tiers inférieurs avec le tiers supérieur du
bord postérieur de la lame papyracée, c'est-à-dire que l'apophyse orbitaire
palatine anormale entre pour une plus grande pari dans la constitution de la
paroi interne de l'orbite que l'expansion insolite du frontal. Chacun de ces
deux prolongements a la forme d'un petit carré. »
Les osselets rétro-lacrymaux se montrent-ils fréquemment chez l'homme?
Hyrtl répond : assez souvent, et Krause : rarement. Sur les 1037 crânes de la
collection anatomique de l'Université d'Oxford dont la plupart, ainsi que j'ai
eu déjà l'occasion de le dire, ont les orbites abîmés, M. Thompson a trouvé
4 osselets ethmo-lacrymaux, 4 osselets elluno-l'acrymaux supérieurs, dont deux
très grands, ayant, par conséquent, indubitablement une origine ethmoidale
et 6 osselets ethmo-lacrymaux inférieurs.
Le professeur Ottolengiii a observé la segmentation de l'os planum en
deux portions, par une suture verticale : 1 fois sur 100 crânes d'individus
ayant possédé toute leur intelligence, 2 fois sur 13 crânes de crétins, 3 fois
sur 72 crânes de délinquants et 1 fois sur 80 crânes d'aliénés. De cette
statistique on doit toutefois déduire, au dire de M. Bianchi, un cas — un
des trois cas signalés sur les 72 crânes de délinquants — où l'anomalie est
douteuse'.
En opérant seulement sur des crânes dont les os des orbites étaient bien
conservés, M. Bianchi a noté :
Trois fois la division de l'os planum par une suture verticale et 4 fois par
une suture oblique, sur 120 cr;lnes d'hommes dont l'esprit avait été sain;
Deux fois la division par une suture verticale, et 4 fois par une suture
oblique sur 66 crânes de femmes ayant joui de la plénitude de leurs fa-
cultés ;
Trois fois la division par une suture verticale (2 fois sur des crânes d'idiots)
et l'osselet ethmoidal postérieur — dont j'ai reproduit le dessin — sur
58 crânes d'aliénés dont 10 crânes d'idiots ou d'imbéciles;
Une fois la division par une suture verticale et deux osselets ethmo-lacry-
maux antérieurs sur 44 crânes d'aliénés dont 10 crânes d'idiotes ou d'imbé-
ciles.
Avec ces données M. Bianchi a pu établir, dans un tableau synoptique, le
pourcentage de ces anomalies.
1. S. Ottole>ghi, Su iin osso soprannuincrario délia parçte interna delPorbita in cranii
di degenerati. {Proc. Verbali délia fi. Ace. dei Fùiocritid di Siena, anuo I89j, N. 2.)
156
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQLE.
DIVISION
de la
lame papyracée
HOBMAUX.
ALIÉHKg.
IDIOTS OU IMBKOILBB.
Hommes. Femmes.
Hommes. Femmes.
Hommes.
Femmes.
Par une suture verticale .
Par une suture oblique .
2,5
3,3
3,03
6,06
2,58
2,94
5.88
15,26
5,26
Le pourcentage de la divùsion de l'os planum par une suture verticale chez
les délinquants est de 2,77 (2 cas sur 72 crânes de délinquants; slatisti(jue
du professeur Ottolenghi) au lieu de 2,5, il ne s'écarte pas sensiblement,
par conséquent, de celui des non-délinquants. Aucun des 10 crânes de crimi-
nels du musée anatomique de l'Ecole de médecine de Tours n'a l'os planum
fissuré. Il est donc prématuré de prétendre que la malformation dont il s'agit
constitue pour les malfaiteurs une sorte d'état civil, de marque originelle ou
spécifique. Il n'y a là encore qu'un sujet d'étude intéressant à poursuivre.
Mais il appert nettement des mensurations prises par MM. Ottolenghi et
DiANCHi que le partage en deux de la lame papyracée de l'ethmoïde par une
suture est plus commune chez les femmes que chez le's hommes, et, dans
l'un et l'autre sexe, chez les sujets dont l'intelligence est obscurcie que chez
ceux dont l'intelligence est saine.
Sur 57 crânes d'hommes normaux j'ai trouvé 1 fois une suture verticale
s'étendant du haut en bas de l'os planum, alors que j'ai trouvé 2 fois cette
suture sur 43 crânes de femmes normales. Une suture analogue existait sur
un des 45 crânes d'aliénés, dont 4 d'idiots, et une suture analogue et un
osselet ethmo-lacrymal supérieur existaient sur 2 des 41 crânes d'aliénées
dont 7 d'idioles que j'ai pu me procurer.
C'est la confirmation des conclusions de MM. Ottolenghi et Bianchi en
ce qui touche le plus grand degré de fréquence de ce vice de contormalion
chez les aliénés, et chez les femmes que chez les hommes.
L'osselet ethmo-lacrymal est plus commun (jue l'osselet ethmo-lacrymal
supérieur, celui-ci que l'osselet ethmo-lacrymal inférieur, et ce dernier que
l'osselet ethmoïdal postéro-inférieur.
Anatomie comparée. — Sur les 24 crânes d'Anthropoïdes du musée
d'Oxford, dont 6 de gorilles, 7 (ïorangs et 10 de chimpanzés, qu'il a étudiés,
M. A. Thompson n'a constaté que chez 2 chimpanzés la division de l'os pla-
num par une suture verticale. Sur les 44 crânes (V Anthropoïdes, dont 5 de
gorilles, 33 iïorangs et 6 de chimpanzés étudiés par M. Bianchi, celui-ci
n'a noté la présence d'une suture verticale de la lame papyracée de l'eth-
moïde que chez un chimpanzé^ et la présence de deux osselets elhmo-lacry-
maux que chez deux orangs.
TRAVAUX ORIGINAUX.
157
Au total, In segmentation de l'os planuin par une fente étendue du bord
supérieur au bord inférieur a été observée jusqu'ici sur 3 crânes de chim-
panzés sur 10, ce qui donne pour celte variation, dans ce genre de singes
anthropomorphes, un pourcentage de 48,7, p. fOO, alors que dans l'espèce
Fio. 11. — Division inégale de la lame papy-
racée de l'ethinoïde d'un jeune chimpanzé par
une suture verticale : la portion située en ar-
rière (e) est pins largue que celle sitnée en avant
de la suture.
o, osselet 'ethmo-lacrj-raal ;
L, lacrymal.
FiG. 12. — Division de la lame papyracée
de l'ethmoïde d'un orang par une suture
oblique,
e, ethnioïde ;
L, lacrymal;
a, osselet ethmo-lacrymal supérieur.
humaine son pourcentage maximum est 15,20 (chez les idiots). Cette varia-
lioii serait donc plus commune chez le chimpanzé ([ue chez l'homme.
La variation qui consiste dans le partage de la lame papyracée de l'elli-
moïde par une scissure oblique écornant un des angles antérieurs a pour
poiircenlage maximum, dans l'espèce humaine G,00 (chez les femmes d'une
inlelligence saine), pendant que celte variation a, au contraire, chez Vorang,
pour pourcentage 5 (deux osselets ethmo-lacrymaux sur 40 crAnes iVorangs).
Ces chiffres ne sont toutefois que des chiffres d'attente, car ils s'appuient
sur l'examen d'un nombre restreint de chimpanzés et d'orangs.
Si M. BiANCUi déclare que l'os planum était indemne de tout vice de con-
formation sur chacun des 4 gibbons qu'il a eus en sa possession, M. Félix
liEGNAULT affirme que, sur 8 gibbons (Hylobates et Siamangs) du Muséum et
du Musée de l'Ecole d'anthropologie (|u'il a vus, 4 gibbons Siamangs « pos-
sédaient un os surnuméraire (wormien ?) entre le lacrymal et l'os planum » '•
F. Regnaclt. loc. cit. suprà, p. 414.
RIBLIOOR. ANAT., T. VUI, FASO. 3.
158 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Le crâne d'un gibbon des îles de la Sonde (Hylobales leuciscus?), que m'a
confié M. de M..., lieutenant de vaisseau, a, du côté gauche, un osselet
ethmo-lacrymal inférieur.
Par contre, les deux unguis du crâne du jeune wouwou {Hylobales agilis)
du muséum de Lyon ne m'ont présenté rien d'anormal.
Parmi les iOO crânes de Primates, dont le professeur Bianchi a tenu à vé-
rifier les rapports des parties dures de la paroi interne de l'orbite, un crâne
de cercopithèque lui a présenté, à droite, un osselet ethmo-lacrymal inférieur.
Chez nos voisins immédiats dans l'échelle zoologique il faut donc recon-
naître que la division de l'os planum, par une suture verticale ou par une
suture oblique, constitue, de même que chez nous, l'exception et non la règle.
Si Henle a entendu par t os lacrymal postérieur de quelques Mammi-
fères » la portion antérieure de l'os planum détachée du reste de l'ethmoïde,
il s'est trompé, car cette portion n'est normalement autonome, à ma con-
naissance du moins, chez aucun animal. Meckel, en parlant des connexions
de l'ethmoïde dit, il est vrai, que « la portion interne de cet os est recou-
verte par le lacrymal et le sus-maxillaire ou, plus rarement, par la lame la-
térale (lame papyracée) qui est extrêmament analogue à l'unguis ' ».
Mais c'est là une erreur que l'embryologie a condamnée à jamais. La lame
papyracée est un os de cartilage, l'unguis un os de membrane, le premier
procède du tissu cartilagineux, le second du tissu conjonctif. Dans tous les
traités d'anatomie comparée que j'ai consultés, il n'est fait mention chez
aucun Mammifère d'un second lacrymal développé dans la membrane lacry-
male, en arrière du lacrymal normal. 11 ne peut pas être question, d'autre
part, d'un point d'ossification de l'unguis demeuré indépendant, puisque cet
os ne se développe que par un point d'ossification.
Il est acquis, enfin :
1° Que dans la généralité des Mammifères la même lame externe de l'é-
chancrure ethmoïdale du frontal, au lieu de s'articuler avec le bord supé-
rieur de l'os planum, glisse sur la face externe de la masse latérale de l'eth-
moïde, la recouvre et remplace l'os planum qui n'existe pas ;
IP Que dans la généralité des Mammifères, les lamelles des cellules ethmoï-
dales se soudent à la face interne de la lame externe de l'échancrure ethmoï-
dale;
III" Qu'il résulte de cette disposition que dans la généralité des Mammifères,
l'ethmoïde n'entre point dans la composition des parois de la cavité orbitaire;
IV" Que l'os planum se forme, chez l'homme et les Primates, à la place
de la portion orbitaire du coronal, laquelle s'est portée en haut et tournée
horizontalement ;
1. Meckel, Traité général d'anatomie comparée^ traduit de rallemand par Reisler et
Sanson, t. III, 3« partie, p. 417, Paris, 1829.
TRAVAUX ORIGINAUX.
\b\)
V° Que l'os planum de l'homme et «les Primates, plus ou moins grand, est
rectangulaire et articulé en haut avec le frontal, en avant avec l'unguis, en
arrière avec le sphénoïde, et au niveau de son angle postéro-inférieur ave c
l'apophyse orbitaire du palatin '.
Telle est la loi générale. On trouve toutefois accidentellement dans le ga-
léopithèque, cet animal placé dans un temps parmi les Lémuriens et dans un
autre parmi les Chauves-Souris, et (|ue les professeurs Huxley et Parker
regardent comme un insectivore isolé, dans quelques Félins et même dans
quelques Mammifères des autres groupes, un petit os, de forme discoïdale,
uni, par une suture squammeuse ducoronal, au palatin et à l'unguis*.
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Fia. 13.
Crâne de chat. Fio. 14. — Crâne de léopard.
L, lacrymal ; P, palatin ; F, frontal ; «, disque ethmoîdal.
Ce petit dis(|ue osseux, dont l'existence a été signalée parmi les Prosimiens,
chez le galéopilhèque, par Cuvier', Rronn * et Flower'; parmi les Carni-
vores, chez le chat, par Cuvier et Straus-Durckheim % chez le léopard,
le tigre et le chat de Java, par Cuvier; parmi les Pachydermes, chez Xcporc,
1. Voy. R. OwKN^ Archétype and homologies of the Vertébrale Skelelon, London,
1848, et On the Anatomy of Vertébrales, vol. II, London, 1866.
MiLNE Edwards, Traité d'anatomie comparée, t. X, p. 32S, Paris, 1875.
W. H. Flower, An Introduction to the Osteology of the Mammalia, London, 1876.
H. Allen, On a reMsion of the Ethnioid bone in the Mammalia. {Bull, of llie Muséum
of comparalice Zoology al Harvard Collège, vol. X, u° 3, Cambridge, 1882, p. 135 et
suiv.)
2. H.-G. Bronn, Ktassen und Ordnungen des Thier-Reichs, SUugelhiere : MammaUUy
Leipzig, 1874.
3. CoviER, Leçons d'anatomie comparée, Bruxelles, 1836, vol. I, p. 3lG, 326, 409.
4. Bronn, loc. cit. suprà, p. 52.
5. Flower, loc. cit. suprà, p. 139.
6. Stracss-Dorckhei-m, Anatomie descriptive el comparative du chat, p. 386, Paris,
1845.
lOJ BIBLIOGRAPHIE AiNATOMIQUE.
par Chauveau, Arloing ' et Charlet ', et parmi les Edentés, chez le tatou,
par CiJViER, est-il l'os lacrymal postérieur de Henle ?
Mais Brown dit qu'il n'apparaît « qu'individuellement » chez le galéopi-
thèque; Cuvier, Straus-Durckheim, « qu'il se montre si souvent chez le
chat qu'on pourrait presque déclarer qu'il y est constant » , et Cuvier,
HiA>CHi% etc., « qu'il est rare chez les autres animaux » précités.
De fait, il n'est pas question de cette pièce osseuse, même dans les traités
d'anatomie comparée récents des professeurs Parker % Claus', Wieders-
iiEiM* et BeaDregard. Elle est considérée, non seulement comme incons-
tante, mais encore comme une portion de l'ethmoïde par les naturalistes,
(|ui en ont fait mention chez les Mammifères inférieurs à l'ordre des Primates.
Là où l'analomie comparée ne fournit que des renseignements négatifs ou
insuflîsants remhryologie fournit souvent des renseignements précis. Tous
les anatomistes et les zootomistes sont d'accord pour reconnaître que si l'un-
guis n'a qu'un noyau d'ossification, chez tous les êtres vivants l'ethmoïde
en a plusieurs. Serres a reconnu, d'autre part, que le développement de
l'ethmoïde de l'homme est peu différent de celui des animaux. On sait, enfin,
que la façon dont s'opère l'ossification des lames latérales de l'ethmoïde
montre qu'une suture peut diviser la lame papyracée, et qu'un simple trouble
dans cette ossification suffit pour causer cette anomahe (Sappey', Testut,
Debierre).
C'est pourquoi j'incline volontiers à croire, avec MM. Bianchi et Maca-
LisTER, que la plupart des os dits ethmo-lacrymaux ont une origine ethmoï-
dale. Je dis la pluparl. Sur toute l'étendue du crâne humain toute place
laissée vacante par suite d'un retard, ou d'une insuffisance d'un os à atteindre
ses limites normales est, en effet, ordinairement comblée soit par l'extension
de l'ossification des os voisins, soit par la formation de noyaux d'ossifica-
tion supplémentaires dans les points de la membrane crânienne laissée libre.
11 en est de même de la face membraneuse. J'ai noté le remplacement de
l'unguis absent, en totalité ou en partie, par des prolongements anormaux
des os adjacents. Sans doute, les os wormiens de la face sont, chez les ani-
maux, beaucoup plus fréquents que ceux des crânes, l'interpariétal mis à
1. A. Chaiveau et S. Arloing. Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques,
4" édit., Paris, 1890, p. 6t.
2. Charlet, Dict. encyclopédique des sciences médicales, Art. Crâne, Analomie
comparée, p. 504.
3. S. Bianchi, Processi Verbali delta R. Accad. dei Fisiocri/ici, Siena, 1895, n" 2,
pp. 31 et 32.
4. W. K. Parker, Die Morphologie des ScMdels, Stuttgart, 1879.
5. G. Clads, Éléments de zoologie, Paris, 1889,
6. R. WiEDERSHEiM, Gruwlriss dcr vergleiclienden Anatomie der Wirbellhiere, leua,
1893.
7. Sappey, Traité d'anatomie descriptive, Paris, 1896, t. I, p, 164.
TRAVAUX ORIGINAUX. 161
part, tandis que c'est l'inverse chez l'homme'. Mais il n'est pas moins vrai
que, dans l'espèce humaine, c'est le bord postérieur du lacrymal qui s'ossi-
fie le dernier en procédant de bas en haut, que l'osselet ethmo-lacrymal su-
périeur est plus commun que l'osselet elhmo-lacrymal inférieur, que l'osselet
ethmo-lacrymal supérieur peut exceptionnellement avoir la forme d'un
triangle isocèle à sommet inlerieur ou d'un polygone, et l'osselet ethmo-
lacrymal inférieur, celle d'un triangle isocèle à sommet supérieur et que l'un
ou l'autre des deux angles postérieurs ou les deux angles postérieurs de
l'unguis, et l'un ou l'autre des deux angles antérieurs ou les deux angles an-
térieurs de l'os planuin peuvent être représentés parlois par des pans coupés
et le bord antérieur de l'os planum être même échancré, que l'osselet ethmo-
lacrymal supérieur polygonal peut être placé entre le frontal, le lacrymal, la
lame papyracée de l'ethmoide ef un prolongement ascendant du plancher
de l'orbite (cas de M. Macalister et cas personnel), ou entre le frontal, la
lame papyracée de l'ethmoide et la portion orbitaire du lacrymal très ré-
duite de hauteur et existant seule (cas de M. Leboucq). Et c'est assez pour
que je ne rejette pas absolument la possibilité de l'apparition, dans quelques
cas, de vrais os wormiens périlacrymaux ou de faux os wormiens périlacry-
maux procédant du lacrymal.
Osselet de la gouttière lacrymale. — En avant de la crête lacrymale
antérieure on remarque un sillon vasculaire, ou une ligne sinueuse, qui cir-
conscrit d'une façon plus ou moins nette une pièce osseuse. C'est cette pièce
osseuse, complètement isolée du reste de l'apophyse montante du maxillaire
supérieur, qui constitue d'ordinaire l'osselet de la gouttière lacrymale. C'est
\(i NebenUirànenbein, Vos lacrymal accessoh'e, de Lusghka % l'osso accesso-
rio délia fossa lacrimale de Taruffi ', Vossiculum maxillo- frontal, du pro-
fe.'iseur Macalister. A ces dénominations diverses je préfère et je propose
de substituer celle A'oiselet de la gouttière lacrymale. La dénomination de
LuscHKA peut s'appliquer et a été appli(juée à tous les os péri-unguéaux
anoi'maux ; celle du professeur Macalister semble donner à entendre que
l'osselet en question dérive à la fois du frontal et du maxillaire supérieur,
alors qu'il a pour origine le maxillaire supérieur seul. Celle du professeur
Taruffi m'agréerait si nous n'appelions pas plus communément, en France,
gouttière lacrymale que fosse lacrymale, la loge osseuse ouverte du sac lacrymal.
C'est RoSENMÏJLLER qui me paraît avoir, le premier, en 1797, fait mention de
1. CoRNEViN, toc. cit. suprà.
2. LosciiKA, Das Nebenthrûnenbein des Menschen. (Mûller's Archiv., 1858, p. 304.)
3. Tariffi, Délie anomalie delPosso nialare. [Afem. R. Accad. Bologna, série lY, t. 1,
fasc. I.)
4. Macalister, toc. cil. suprà, p. 240.
102
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
ce vice de conformalion qu'il a observé deux fois ' : « Sunl pénis me quinque
orbilae, in quibus ea pars ossis masciliaris superioris, quae facil ad confor-
mandum canalem lacrymalem, singularis est particula ossis, quse in duabus
harum orbitarum universa possit ab osse mascillari superiore separari cum
quo per barmonias conjuncla est. » Cet osselet, qui a la forme d'un quadri-
latère, peut exceptionnellement avoir la forme d'un triangle par suite de la
présence, à sa partie inférieure, d'une apophyse unciforme qui s'unit au bord
/
/T/
r
^ 4 yM
m
X f<.^'/
"^/
,
no. 15.
M, maxUlaire supérieui';
L, lacrymal;
F, frontal;
O, os du nez;
a, osselet de la gouttière lacrymale.
Fia, 16.
m, maxillaire supérieur.;
l, lacrymal ;
/, frontal ;
a, osselet de la gouttière lacrymale.
antérieur de l'unguis. Ses bords sont sinueux mais rarement dentelés, d'où
son indépendance relative. M. Macalister l'a cependant vu soudé au frontal
et libre dans tout le reste de son pourtour. Il est en rapport, en haut, avec
le frontal ; en arrière, avec l'unguis; en avant et en bas avec l'apophyse na-
sale du maxillaire supérieur. Ses rapports et ses dimensions sont, d'ailleurs,
variables.
Il est constitué par deux portions dont la crête lacrymale antérieure marque
la séparation : une portion lacrymale postéro-interne qui s'articule avec
l'unguis pour constituer la gouttière lacrymale et une portion faciale ou
antéro-externe qui s'unit à l'apophyse montante du sus-maxillaire et concourt,
1. Rosen.mL'ixeu. Organorum lacryiiialium partiumque extemarum ocali humani descriptio
anatomica. {Dissert, inaug., Lipsis, 17!I7, p. 14.)
TRAVAUX ORIGINAUX.
163
avec cette apophyse et l'os du nez, à la' formation de la charpente osseuse
du nez. Selon Luschka, la portion faciale fait généralement défaut. Je suis
d'un avis absolument opposé. L'osselet de la gouttière iacrymale a été trouvé
7 fois sur bO crânes par Luschka, 6 fois sur 484 par Budge ', 3 fois sur iOO
par Krause, 2 fois sur 34 par MM. Canestrini et Moschen ', 1 fois sur 40
par M. le professeur Romiti ', 3 fois sur 7G0 par M. Legge \ 10 fois sur 425,
dont 355 crânes de déments, par le professeur Bianchi*, 10 fois sur 1020 par
le professeur Macalister*, et 4 fois par moi sur 100 (2 fois à droite et 1 fois à
gauche sur 57 crânes d'hommes, et 1 fois à gauche sur 43 crânes de
femmes).
Réunissons tous ces chiffres :
MM. Luschka 7 fois sur 60 crânes.
BcDOE 6 — 184 —
Krause 3 — 100 —
Canestrini et Moschen. .2 — 34 —
ROMm M')— 40 —
Legge 3 — 760 —
BiANCHi 10 — 425 —
Macalister 10 — 1,020 —
L'Adteur 4 — 100 —
Total général .... 46 2,723
PBOPORTIOH
centésimale.
11,6
3,2
3
5,8
2,5
0,3
2,3
0,9
4
1,6
SôMMERiNG et MM. Hyrtl, Legge, Bianchi, Macalister ont donc raison
de tenir celte anomalie pouf très rare.
1. BoDCE, Henle.u. PJeufer's Zeitschrift, III, série Vil, p. 278.
2. Canestrini et Moschen, Anomalie del cranio trentino. {AlU délia Soc. veMeto-tren-
tina di scienze nalur., vol. VU, f. I, 1880.)
3. RoMiTi, Di allcune varietà ossee [Giorn. internaz. scienze med., N. S., anno II,
1880.)
4. F. Legge, Varietà délie ossa de! cranio e délia faccia. Estr. [BoUett. soc. med.
chirur .'camerinese, N. 4). M. Lkgce dit que sur 760 crânes qu'il a examinés il a rencontré
trois fois un « osso accessorio iielia doccia lacrimale articolantesi cul frontale in alto,
coirapofisi montante del mascellare superiore in arauti, coirunguis in dietro, analoge. al
piccolo unguis di Rousseau; un os accessoire de la gouttière lacrymale articulé avec le
frontal en haut, avec Tapophyse montante du maxillaire supérieur en avant, avec Tunguis
en arrière, analogue au petit unguis de Rousseau ». Il appert nettement de cette des-
cription que M. Legge s'est mépris, qu'il s'agit bien là d'un osselet de la gouttière la-
crymale et non d'un osselet du canal nasal.
5. Bianchi, Sutle varietà dell'osso unguis et suite ossa accessorie délia f ossa lacri-
male e del canal nasal nell'uomo, Siena, 1883, p. 28.
6. Macai.isteb, toc. cil. siiprà, p. 241.
7. L'osselet existait à droite et à gauche, mais était en rapport, à droite, avec un
antre osselet surnuméraire « placé dans le bord de l'orbite ? »
164 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Additionnons les mêmes chiffres en procédant par nationalité :
Allemagne. proportion
" centésimale.
MM. LusCHKA 7 fois sur 60 crânes. 11, C
BuDGE 6 — 184 — 3,2
Krau.se 3 — 100 — 3
Total général ...... 16 344 4,6
Angleterre. proportion
•' centésimale.
M. Macalister 10 fois sur 1,020 crânes. 0,9
IloMm.
Legge '
BlANCHI
. Italie.
proportion
centésimale.
[ et MosGHEN. . 2 fois sur 34 crânes.
5,8
1 — 40 —
2,5
....... 3 — 760 —
0,3
10 — 425 —
2,3
général .... 16 1,259
1,2
France.
proportion
centésimale.
4 fois sur 100 crânes.
4
L'Auteur
La malformation en cause serait donc plus commune en Allemagne (4,6
p. 100) qu'en France (4 p. 100), qu'en Italie (1,02 p. 100) et qu'en Angle-
terre (0,09 p. 100). Mais il ne faut pas faire dire aux chiffres plus qu'ils ne
peuvent dire : le nombre des crânes examinés par MM. Luschka, Budge et
Krause, en Allemagne, et par moi en France est trop restreint pour qu'on
puisse d'ores et déjà se prononcer catégoriquement sur le degré relatif de
fréquence d'apparition dans les différents groupes ethniques de l'osselet de
la gouttière lacrymale. Comme tous les osselets péri-ethmoïdaux accessoires,
l'osselet dont il s'agit peut exister d'un seul côté ou des deux côtés, aussi
bien chez l'homme que chez la femme et être accompagné ou non d'autres
malformations crâniennes ou faciales. Est-il plus souvent bilatéral qu'unilaté-
ral ? Dans 9 des 10 cas observés par M. Bianchi, il était bilatéral, mais dans
5 des 7 cas observés par Luschka et dans tous mes cas, il était unilatéral.
Faute de renseignements précis de la part des autres anatomistes, la der-
nière question que je pose reste donc encore insoluble.
1. Les cliiffres fournis par M. Legge sont eux-mêmes sujets à caution. Cet anatomiste
déclare, en effet, que sur les 760 crânes dont il a vérifié le mode de conformation il eu
éluit beaucoup dont la paroi interne de l'orbite était en mauvais état.
travaux originaux. 165
Observations d'osselets de la gouttièue- lacrymale publiées par
M. Bianchi. — I. d'Ane d'un dément adulte dont le maxillaire iidérieur et
la voûle crânienne font défaut ; sutures non synos|osées ; reliefs et impres-
sions des attaches musculaires bien marqués. L'osselet du côté gauche est
(juadrilatère, long de 6 millimètres, large de i millimètres et articulé en
haut avec le frontal, en arrière avec l'unguis, en avant et en bas avec l'apo-
physe montante du maxillaire supérieur. Celui du côté droit est représenté
par une languette osseuse, intercalée entre l'unguis et l'apophyse nasale du
sus-maxillaire et mesurant 7 millimètres de longueur et 1 millimètre 1/3
de largeur. Cette languette est finement dentelée en haut, où elle est arti-
culée avec le frontal.
II. — Crâne d'un dément adulte,- dont la mandibule inférieure et la calolle
crânienne manquent ; suture incisive ; crête occipitale interne, protubérance
occipitale interne et gouttières latérales très prononcées. La production os-
seuse anormale existe des deux côtés. Elle a la forme d'un triangle isocèle
dont l'angle le plus aigu regarde en bas ; elle est articulée supérieurement
avec le frontal et l'os du nez, dont la racine est très élargie, postérieurement
avec l'unguis, antérieurement et inférieurement avec le maxillaire supérieur.
A droite, elle a 8 millimètres de long et 4 millimètres de large ; à gauche,
9 millimètres de long et 4 millimètres de large. La gouttière lacrymale est, à
droite et à gauche, formée en totalité par l'unguis.
in. — Crâne d'un dément adulte dont le sus-maxillaire et la voûte crânienne
sont absents ; trace de la suture incisive. L'osselet de la fosse lacrymale, qui
a la forme d'un quadrilatère, est bilatéral et articulé avec le frontal en haut ;
l'apophyse nasale du maxillaire supérieur, en avant et en bas ; avec l'unguis,
en arrière. Il mesure 7 millimèlres de longueur et 5 millimètres de largeur
à gauche, et 4 millimèlres de longueur et 3 millimètres de largeur à droite.
IV. — Crâne d'un dément adulte dont la mâchoire inférieure et la calotte
crânienne font défaut ; légère trace de la suture incisive ; développement
exagéré de la crête occipitale externe et de la protubérance occipitale e.\-
terne ; gouttières latérales très profondes. L'osselet accessoire qu'on rencon-
tre de cha(iue côté a la forme d'un (juadrilalère allongé articulé avec le fron-
tal en haut, avec l'unguis en arrière, avec l'apophy-^e frontale du sus-maxillaire
en bas et en avant. Il a (5 millimèlres de longueur et 2 millimètres 1/2 de
largeui" à gauche et 8 millimètres de longueur et 4 millimètres de largeur à
droite. Le bord antérieur de chaque osselet est séparé du bord postérieur de
l'apophyse frontale du sus-maxillaire, avec lequel il est en rapport, par un
sillon très net, décrivant une courbe à convexité antérieure, dont l'extrémité
inférieure se termine au niveau du sommet de l'hamule.
V. — Crâne d'un dément ; sutures non synoslosées ; crête et protubérance
occipitales internes bien accusées ; gouttières latérales assez creuses. Il y a,
de cha(|ue côté, un osselet surnuméraire, quadrilatère, qui s'unit supérieuie-
166 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
ment au frontal, postérieurement à l'unguis, antérieurement et postérieure-
ment au maxillaire supérieur, L'osselet surnuméraire gauche mesure 10 mil-
limètres de longueur et 3 millimètres 1/2 de largeur; l'osselet surnuméraire
droit, 12 millimètres 1/2 'de longueur et i millimètres de largeur.
VI. — Crâne d'un dément adulte ; trace de la suture incisive ; bilaléralilé
de l'osselet supplémentaire qui est triangulaire et articulé, en haut, avec le
frontal, en bas et en avant avec l'apophyse moulante du maxillaire supérieur
et, en arrière, avec l'unguis. Cette formation 'osseuse insolite mesure, à
droite, 10 millimètres de longueur et 3 millimètres 1/2 de largeur; à gauche,
12 millimètres de longueur et 5 millimètres de largeur. Son extrémité infé-
rieure rejoint presque le sommet de l'hamule très développé correspondant.
Vil. — Crâne de dément adulte. L'osselet de la fosse lacrymale est présent
des deux côtés, quadrilatère, articulé, en haut, avec le coronal et le nasal, en
avant et en bas avec l'apophyse frontale du sus-maxillaire, en arrière avec
l'unguis. Il est en rapport, d'un côté comme de l'autre, dans une étendue de
A millimètres, avec l'os du nez. Sa longueuf égale 11 millimètres à droite et
17 millimètres à gauche ; sa largeur, 7 millimètres à droite et à gauche.
VIII. — Crâne de jeune dément; protubérance et crôte occipitale internes
très saillantes. Osselet accessoire bilatéral, quadrilatère, qui est en contact
avec le frontal en haut, avec le sus-maxillaire en avant et en bas, et avec
l'unguis en arrière. L'osselet droit a 12 millimètres de long et 5 millimètres
de large ; l'osselet gauche, 9 millimètres de long et 4 millimètres de large.
Chacun d'eux est séparé du maxillaire supérieur par un sillon percé de nom-
breux foramina.
IX. — Crâne de dément (?); trace de la suture métopique ; protubérance
et crête occipitales internes très fortes. L'osselet de la fosse lacrymale est
bilatéral, quadrilatère et articulé, à gauche, avec le frontal en haut, avec l'os
du nez dans une étendue de 3 millimètres en haut et en avant, avec le sus-
maxillaire en bas et en avant, avec l'unguis en arrière et, à droite, avec le
frontal, le sus-maxillaire et l'unguis seulement. Il mesure, à droite, 11 milli-
mètres de long et 6 millimètres de large et, à gauche, 12 millimètres de long
et 7 millimètres de large. 11 est limité, en avant, par un sillon creusé de
quelques trous.
X. — Crâne d'un dément adulte. Suture métopique ; trace de la suture in-
cisive ; canal basilaire. A droite, l'apophyse nasale du maxillaire supérieur
offre .seulement quelques sillons peu profonds ; à gauche, entre le frontal et
le nasal en haut, le bord postérieur de l'apophyse montante du maxillaire su-
périeur en avant et l'unguis en arrière, est logé un osselet anormal long de
20 millimètres, large de 6 millimètres, terminé inférieurement par une
étroite languette qui s'interpose entre le bord inférieur de l'orbite et l'ha-
mule.
OcsF.nvATioNs PERSONNELLES. — I. Crâne d'homme dont les principales
TRAVAUX ORIGINAUX. 167
sutures crâniennes et faciales ne sont pas effacées ; saillie globuleuse sous-
iniaque de l'occipital ; suture incisive persistante ; os wormien astérique
gauche. A droite, délimité en avant par la suture imparfaite de M. J. Weber
percée de quatre (oramina, existe un osselet de la gouttière lacrymale, qua-
drilatère, à peine dentelé. Cet osselet, qui mesure ()°"",5 de long et 4""°, 3 de
large, est articulé en haut avec le frontal, en avant et en bas avec l'apophyse
montante du maxillaire supérieur, en arrière avec l'unguis, dont l'hamule
jitleint presque le bord inférieur de l'orbite.
II. — Crâne d'homme. Voûte crânienne légèrement surbaissée (platycé-
plialie) ; sutures céphaliques non ankylosées, sauf la suture d'union des os du
nez; suture incisive à peine appréciable, os épactal. Du côté droit, la por-
tion lacrymale et une petite partie de la portion nasale de l'aphophyse mon-
tante du maxillaire supérieur réunies constituent un osselet quadrilatère^ à
bord sinueux, articulé au moyen de fines dentelures avec les os adjacents,
c'est-à-dire antérieurement et inférieurement, avec le reste de la portion na-
sale de l'apophyse montante du maxillaire supérieur, postérieurement avec
l'unguis et, supérieurement, avec le frontal. Sa longueur, double de sa lar-
geur, égale 8 millimètres.
III. — Crâne d'homme. Bosse pariétale droite très prononcée ; deux ossa
epipterica du même côté ; sutures crânio-céphaliques normales ; aucune trace
de la suture incisive ; apophyses géni de la mâchoire inférieure effacées. A
gauche, toute la portion de l'apophyse na.sale du sus-maxillaire comprise en-
tre la sutura notha de M. J. Weber et le bord antérieur de l'unguis forme un
osselet rectangulaire, long de 12 millimètres, large de 9 millimètres. Cet os-
selet n'adhère que faiblement aux os voisins, excepté au niveau de son angle
antérieur et supérieur qui est intimemejit soudé au coronal et à la partie la
plus élevée de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur. L'hamule du môme
côté est à peine marqué, alors qu'il constitue les trois quarts postérieurs du
segment externe de l'orifice supérieur du canal nasal du côté opposé.
IV. — Crâne de femme. Sutures non synostosées. Suture métopique et
s'iture incisive visibles. Plérion retourné ; fossette pharyngienne profonde.
L I racine de l'os du nez du côté gauche envoie en arrière une languette de
f) millimètres de largeur qui isole complètement le sommet de l'apophyse
n.ontante du maxillaire supérieur du coronal. Au-dessous de cette languette
et articulé avec elle par de courtes et étroites dentelures, on trouve un osse-
let irrégulièrement quadrilatère, mesurant 9 millimètres de longueur et
.")"•, 5 de largeur. Cet osselet est limité, en avant, par la suture imparfaite de
M. J. Weber et, en arrière, par l'unguis, dont la crête est presque effacée et
l'hamule rudimentaire.
Ce n'est que très exceptionnellement que le bord antérieur de l'osselet sur-
nimiéraire en question ne correspond pas à la ligne creuse sinueuse, ponc-
tua e ou non de trous vasculaires, que présente la face externe de l'apophyse
168 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
frontale du sus-maxillaire. Celte ligne creuse, à laquelle M. J. Weber a
donné le nom de sutura notha et de sutura lonriludinalis imperfecta, ^'st
toujours, quelle que soit sa disposition, reconnaissable en dedans quand elle
ne l'est pas en dehors. Elle est parfois effacée dans une courte étendue
de sa longueur, soit en haut, soit en bas, mais plus généralement en bas.
La constance de cette suture et l'apparition anormale d'un osselet de la
gouttière lacrymale donne, à priori, à penser que l'apophyse montante du
maxillaire supérieur est composée d'abord de deux portions : une portion an-
térieure ou nasale et une portion postérieure ou lacnniale, ayant chacune
un noyau d'ossification particulier. « Celte suture, dit M. J. Weber, indique la
division primitive de l'apophyse maxillaire en une portion nasale et une por-
tion orbitaire, et est cause de la présence anormale chez l'homme d'un se-
cond os lacrymal. » Mais il n'est pas fait mention par Boyer, Cruveilhier,
Sappev, Rambaud et Renault, Meckel, Calori, Romiti, Lachi, Quain,
Leidy, etc., de ce développement de l'apophyse montante du maxillaire su-
périeur par deux points d'ossification. Luscijka dit formellement que l'osselet
de la gouttière lacrymale a pour origine un noyau osseux supplémentaire.
M. Macalister observe, de son côté, que si l'apophyse nasale du maxillaire
supérieur de l'homme dérive de deux centres d'ossification, la fusion de ces
deux centres doit être bien précoce, car elle est complète dès le commence-
ment de la sixième semaine (chez des fœtus de 3:2 millimètres). M. Gorgone
seul affirme avoir constaté l'indépendance de ces deux centres chez des em-
bryons humains ' ! Si l'osselet de la gouttière lacrymale est dû — et tout
semble bien l'indiquer — au défaut de réunion du point postérieur d'ossifica-
tion au point d'ossification antérieur de l'apophyse montante du maxillaire
supérieur humain, il faut avouer que l'apparition de ces deux points a lieu de
très bonne heure et que leur coalescence est excessivement rapide, car po.ir
ma part je les ai vainement cherchés. Quoi qu'il en soit, on ne peut expliqu"r
que par un trouble embryogénique ce vice de conformation qui ne corres-
pond à aucune disposition normale des autres vertébrés.
Osselet du canal nasal. — C'est Bécla.rd qui a appelé le premier l'at-
tention des analomistes sur cet osselet. En exposant, en 1819, le résultat de
ses recherches sur l'ostéose, Béclard a noté qu'en plus de ses points d'ossi-
fication constants, « de ses germes constants», pour employer les expres.sions
mêmes de l'auteur, le maxillaire supérieur avait quelquefois « un germe lacry-
mal supplémentaire », d'où procédait un petit os qui entrait dans la consti-
tution de la partie supérieure du canal nasal. Sur beaucoup de crânes d'en-
fants de 5, 6 ou 7 ans, il a vu cet osselet entièrement indépendant et, sur des
1. Gorgone, Corso compléta d'anat. descrilt. colle differenze nell'elà, sessi, razze
Cil anomalie, t. I, l'alerino. 1834.
TRAVAUX ORIGINAUX.
\m
crûnes de sujets plus âgés, soudé, en partie ou en totalité, au maxillaire su-
périeur'.
En 1828, trois ans après la mort de Béclard, il a été retrouvé par Rous-
seau', (jui l'a appelé « os lacrymal externe ou petit unguis », parce qu'il l'a
regardé comme une division de l'unguis, et aussi « osselet surnuméraire de
MM. Béclard et J. Cloqtiet^y parce que J. Cloquet n'aurait pas été étranger
à la découverte de Bkclard. Housseau l'a décrit en ces termes :
« L'os lacrymal externe ou petit unguis est situé sur la partie inférieure et
externe du grand unguis. Il le recouvre en grande partie par la surface de
FiG. 17. — Petit nnguis. (D'après Rocbskau.)
1. Osselet situé en dehors du petit unguis. — 2. Os unguis, grand lacrymal. — 3. Nouvel os de la face
ou petit unguis, ou lacrymal externe. — 3 bis. Nouvel os de la face, di-taclié pour voir la manière
dont il est coutourué. On aperçoit en bas sa face externe; en haut, sa face interne, criblée de petits
trous.
son bord inférieur et se projette sur la partie la plus déclive de sa crête ver-
ticale.
« Il a ordinairement la forme d'un quadrilatère allongé, bien plus large à
l'une de ses extrémités contournée et mince et comme papyracée, criblée
d'une multitude de petits pores dans la plus grande partie de son étendue.
1. BÉCLARD, Mémoire snr fostéose. {Nouv. journ. de mcd., chirur. cl pharm., t. IV.
p. 332, Paris, 1819.)
2. E. Rousseau, Annales des sciences naturelles, t. XVII, p. 86, pi. Y. Paris, 1829.
170 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
« On peut considérer à cet os quatre faces d'après sa forme contournée.
Une sera externe ou orbilaire, visible à la partie inférieure et interne de l'or-
bite, entre la base de l'os grand lacrymal, en avant du prolongement de
sa crête verticale et en arrière de la lèvre externe de l'apopliyse nasale du
maxillaire, en sorte que, concurremment avec ces os, il ferme le canal la-
crymal. C'est à la partie la plus déclive de la crête de l'un et de la lèvre de
l'autre que l'on voit cet os ayant le plus ordinairement une surface triangu-
laire de 1 ou 2 millimètres.
« La deuxième face ne se voit bien qu'à la partie interne et supérieure du
canal nasal, qu'elle complète conjointement avec le grand laci^mal.
« La troisième face sera appelée face sus-maxillaire, parce qu'elle s'appli(jue
exactement sur la portion de l'os sus-maxillaire qui ferme l'entrée de l'orifice
supérieur du canal nasal.
« La quatrième face est recouverte par une partie de la surface plane du
bord inférieur du grand lacrymal.
« Il est inutile d'indiquer les bords de cet os, puisqu'il est comme enterré
à la base de la face orbito-faciale de l'apophyse nasale ; mais il est cependant
essentiel de dire que la limite de la première face est caractérisée par une
crête qui la sépare de la seconde, ce qui tient à la façon dont cet qs est con-
tourné pour faire suite à la crête verticale du grand unguis qui, ainsi qu'oi
le sait, forme la ligne de démarcation de la gouttière lacrymale.
«; Je ferai remarquer qu'il est important de ne pas confondre cet os avec
l'osselet qu'on rencontre parfois sur le maxillaire supérieur et qui est placé
plus en dehors de l'orifice supérieur du canal nasal. »
Signalé de nouveau, en 1834, par le professeur Civinini de Pise*, en
1843 par le professeur Hyrtl*, il a été, en 1850, l'objet d'une étude très
complète de la part de W. GRiJBER qui lui a donné le nom d'ossiculum cana-
lis naso-lacrymalis^. Depuis, il en a été encore et successivement fait men-
tion par MM. Taruffi, Legge, Bianchi, Macalister*, etc.
L'osselet du canal nasal est situé en dehors de l'hamule avec lequel il
coexiste dans la majorité des cas, et au-dessous du bord inférieur de l'unguis
qu'il sépare plus ou moins du maxillaire supérieur. ISur un crâne de la col-
1. J. Civinini, Snl nuovo osso délia faccia o lacrymale esterno o piccolo unguis, del
D' RoissEAU. {Tavola anatomica, osservazioni e parer i, ecc. Pistoja, 1834.)
2. Hyrtl, Ueber das ossiculum canalis naso-lacrymalis. [Sitzungber . (1er Wien. Akcul.,
t. m, 1849.)
3. W. GrL'ber, Monographie des Thrâneunasenkanalsknôchelchens. Ossiculum canalis
naso-lacrymalis. Saint-Pétersbourg, Text. S* (russ.), Mit 5 Taf. fol. ISJO. Le professeur
Gr|]beh pense que Tosselet décrit par Béclard n'est pas le môme que celui décrit par
RoissEAu, mais la description de Béclard est trop vague pour qu'on puisse se prononcer for-
mellement.
4. Taruffi, Legge. Bianchi, Macalister, loc. cil. passiin.
TRAVAUX ORIGINAUX.
171
Ifclion de M. Macauster, il sépare complètement ces deux os l'un de l'au-
tre. Sur un autre crâne de la même collection, il coïncide avec une absence
du lacrymal, qui est remplacé en totalité par le maxillaire supérieur. Quand
la portion faciale de l'hamule fait défaut ou, pour parler plus exactement,
■
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FiG. 18.
(a) Emplseement de l'osselet do canal nasal coïn-
cidant avec uu uuguis possiédant un hamule
facial.
Fio. 19. — Absence de l'os lacrymal qui
est remplacé par l'extension en arrière
de l'apupbyse nasale du maxillaire su-
périeur {mx) et l'extension en haut de
■ la portion interne du plancher de l'or-
bite ("ix), articulés au moyen d'une fu-
ture ixy), à la partie inférieure de la-
quelle se trouve un osselet du canal
nasal (o.c) et nne petite lacune.
e, 08 planum de l'etbmolde ;
/, frontal ;
», tntura infra^orhitali* trantverêa. (D'a-
près M. Macalistbb.)
n'est pas ossifié, l'osselet en question compose la totalité ou une partie du
segment externe de l'orifice supérieur du canal nasal dans lequel il se pro-
longe en moyenne, de 1""°,5 à 2 millimètres.
11 répond au commencement de la suture sous-orbitaire verticale et à la
portion du maxillaire supérieur située en avant et au-dessus de la suture
sous-orbitaire Iransverse ' lorsque ces sutures persistent après la naissance.
Et quand il est présent, cela est à peu près la règle pour la suture sous-orbi-
taire verticale. Ses connexions et sa lorme sont subordonnées à sa grandeur,
que M. BiANCHi a vu égaler une fois celle de l'unguis. H peut avoir la- forme
d'un croissant, d'un triangle, d'un carré ou d'un polygone irrégulier. Il com-
prend trois parties :uiie partie concourant, en avant et en dedans, à la consti-
tution du plancher de l'orbite ; une partie enfoncée dans le canal nasal et qui
s'articule avec la précédente en formant un angle droit dont l'arête, tantôt
est en rapport avec le bord externe de l'hamule ou l'osselet de l'hamule, tan-
tôt borde une plus ou moins grande étendue ou toute l'étendue diu pourtour
1. Voy. plus loin : « Osselet de l'hamule » et « Osselet soas-orbllaire *.
172 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
externe de l'entrée du canal susdit, selon le développement de i'hamnle. La
troisième partie, appelée, par Meckel, sus-maxillaire, complète, en haut, la pa-
roi interne du canal nasal. Les anatomistesne sont pas d'accord sur le degré de
fréquence d'apparition de l'osselet dont il s'agit. Le professeur GRtJBER dit
qu'il existe chez la plupart des sujets ; Rousseau chez 5 ou 6 sur 10 ; Krause
chez 20 p. 100 ; le professeur Blanchi chez 25 p. 1(X) ; le professeur Maca-
L1STER chez 32 p. 100, mais que chez 55 p. 100 il est facilement reconnais-
sable, bien que soudé aux os voisins. Sur 100 crânes, il m'a été donné de noter
28 fois sa présence (22 fois des deux côtés, 4 fois du côté gauche, 1 fois du
côté droit).
Additionnons ces chiffres :
Rousseau chez 5 sujets sur 10
Krause \ — 20 — 100
BlANCHI — 25 — 100
Macalister — 32 — 100
L'Auteur — 28 — 100
Total général 110 410
Soit chez 27,5 p. 100 des sujets.
Pour W. GRtJBER', l'osselet du canal nasal et l'osselet sous-orbitaire ou des
os wormiens analogues n'existant pas chez les Mammifères, ces deux osselets
constituent « une modalité spéciale à l'homme ». Pour Civinini, l'osselet du
canal nasal est un os wormien vrai, un os wormien suturai. Je ne saurais ad-
mettre ni l'une ni l'autre de ces deux opinions. L'osselet du canal nasal n'est
pas un os intersutural. Comme l'osselet de la gouttière lacrymale, il laisse in-
tact l'unguis et échancre le maxillaire supérieur sur lequel il est h cheval.
Les embryologistes ne sont pas d'accord, d'autre part, sur le nombre ni la
disposition des points osseux qui concourent à la formation du maxillaire su-
périeur. Cet osselet a pour origine, tout porte à le croire, un' des divers
noyaux d'ossification du plancher de l'orbite qui ne s'est pas uni à ses voi-
sins. M. Macalister affirme que ce noyau apparaît de très bonne heure et
qu'il l'a vu avoir acquis son plein développement chez un fœtus liumain de
8 mois' et chez 6 fœtus humains de 9 mois.
Osselet de l'hamule. — C'est l'hamule plus ou moins prononcé séparé,
en avant et en arrière de chacune des deux crêtes lacrymales par une suture
ou une fente.
1. W. GrCber, Ceber den Infraorbitairand bei Ausschliessundes Maxillare superius von
seiner Bildung beim Menschen. (Mém. de l'Acad. Imp. de Saird-Pélersbourg, Vil S.,
t. XXIV, n° 3.)
TRAVAUX ORIGINAUX.
17^
Je donne ici le fac-similé d'un osselet de l'hamule facial observé par uioi,
des deux côtés, sur le crâne d'un homme de 35 ans qui a succombé à une
pleurésie tuberculeuse. M. Leboucq
a eu la gracieuseté de dessiner à
mon intention l'orbite gauche d'un
crâne sur lequel l'hamule également
facial est séparé du reste de l'un-
guis par une fente et par un trou.
M. Leboucq a joint à son dessin que
je reproduis la note suivante : « Il
s'agit du crâne d'un enfant. Les
dents sont remplacées .jusqu'à la
première prémolaire inclusivement.
La deuxième prémolaire n'est pas
encore sortie et la molaire de la
dentition de lait existe encore ; la
première grosse molaire est sur le
point de sortir. Les détails sont tel-
lement précis que je me suis amusé
à les dessiner. Vous voyez ainsi très nettement la coexistence de l'osselet et
du trou. A remarquer aussi une épine sur la crête lacrymale antérieure.
FlO. 20.
M, maxillaire supérieur ; L, lacrymal ;
a, usselet de l'hamule.
Fia. 21. — M, maxillaire snpérienr; L, lacrymal; a, osselet de l'hamule; ?, trou vaxeulaire entre la
base de l'uHselet de l'hamule «t le lacrymal (profil (gauche) ; Y, épine de la crête lacrymale anté-
rieure.
BIBLIOOB. AN'AT., T. VIXI, FASC. 3.
12
ilA BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
« A droite le même osselet se retrouve, mais est isolé de l'iinguis seule-
ment par une fente et la crête lacrymale antérieure dépourvue d'épine. »
Je n'ai pas besoin de rappeler que l'hamule facial est souvent percé, à sa
base, d'un trou pour le passage d'une petite artériole.
Selon MM. Macalister et Thomson, l'osselet de l'hamule se rencontrerait
chez 1 1/2 p. 100 des sujets. J'admets la proportion de 2 p. 100 pour la Tou-
raine.
Le périoste, on le sait, est composé de deux couches : une externe ou su-
perficielle et une interne ou profonde. L'os se développe aux dépens de la
couche profonde, a pour germe, en d'autres termes, les noyaux et les cellules
de cette couche. « Quand on enlève ces noyaux et ces cellules en raclant la
face interne du périoste, celui-ci perd la faculté de donner naissance à un os
nouveau. » (Ollier '.)
Comment est disposé le périoste de la gouttière lacrymale ? Les recherches
de Robin, de Cadiat, de M. Macalister, etc.*, nous l'apprennent. Arrivée au
niveau de la crête lacrymale postérieure, la couche profonde ou osléogène se
divise en deux lames, dont une passe en arrière du sac lacrymal et l'autre en
dehors de ce sac avec la couche superficielle pour se réunir derechef au ni-
veau de la crête lacrymale antérieure. La lame de la couche osléogène qui
passe en arrière du sac lacrymal adhère intimement à l'os de la gouttière la-
crymale, qu'elle revêt (la face antéro-exlerne de l'unguis et la face posléro-
externe de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur), tandis qu'elle est unie
au sac lacrymal par un réseau de fibres conjonctives lAches dans lequel rampe
de petits vaisseaux. La lame de la couche ostéogène et la couche superficielle
du périoste, qui passent en dehors du sac lacrymal, sont recouvertes par les
muscles lacrymaux et perforés par les conduits lacrymaux à chacun desquels
elles fournissent une gaine jusqu'à leur origine au point lacrymal. Au-des-
sous du conduit lacrymal inférieur, la lame de la couche ostéogène en rap-
port avec la face externe du sac lacrymal est renforcée par une bande fibreuse
plus ou moins prononcée, étendue de la partie inférieure de la crête lacry-
male postérieure à la partie inférieure de la crête lacrymale antérieure. C'est
cette bande qui, ossifiée, devient l'iiamule. De sorte que, pour employer les
expressions mêmes du professeur Macalister, « l'absence ou la présence de
l'hamule est en réalité l'ossification ou la non-ossificalion d'une bande cons-
tante quoique variable ; the présence or absence of the kamulus isthusinrea-
lily the ossification or non ossification of a constant though variable bands).
C'est la confirmation par l'embryologie de ce que j'ai avancé précédemment.
1. Ollier, Recherches expérimentales sur la production artificielle des os au moyen de
la transplantation du périoste. (Mémoires de la Société de Biologie, 1858, p. 146.)
2. Ch. Robin et Cadiat, Journal de Canatomie et de la physiologie^ l$7o, p. 487;
Macawsteh, loc. cit. suprà, p. 237.
TRAVAUX ORIGINAUX. 17 j
en me basant sur la téraloloi;;ie et Tanatomie comparée, qu'il n'y a pas lieu,
dans l'espèce humaine, de considérer Vunguis caréné et acuminé et Vunguis
caréné et hamulé comme des modes de conformation essentiellement diffé-
rents.
Au point de vue de l'anatomie philosophique et des doctrines transformis-
tes, un enseignement précieux découle aussi de la connaissance, à la face
externe du sac lacrymal de l'homme, d'une portion de la couche profonde du
périoste chargée de la sécrétion des cellules osseuses. Que pour une cause
quelconque, les fonctions dévolues à cette couche soient activées, la gout-
tière lacrymale se fermera insensiblement en dehors, en même temps que la
portion faciale de l'unguis augmentera d'étendue. Quand la gouttière lacry-
male aura disparu pour faire place à un canal, la conformation de cette por-
tion de l'appareil lacrymal humain se rapprochera de celle de maints animaux.
Que l'on ne croie pas que ce soit là une simple vue de l'esprit. L'étude des
variations de l'hamule et celle des variations de la portion lacrymale de l'un-
guis ne nous ont-elles pas montré le premier stade de cette conformation
dans l'extension de l'hamule à la face et dans l'arc osseux qui, de Thamule
facial, remonte le long de la partie inférieure de la paroi externe du sac la-
crymal, et le second stade, dans le remplacement de la portion lacrymale de
l'apophyse nasale du maxillaire supérieur par la portion lacrymale de l'un-
guis prolongée, au delà de la crête lacrymale antérieure, jusqu'à l'hamule fa-
cial (cas de Verheyen et du professeur Bianchi), par la délimitation par
l'unguis seul de l'orifice supérieur du canal nasal, par les aiguilles osseuses
articulées ou non entre elles, implantées sur les crêtes lacrymales antérieure
et postérieure, par la division, par une lamelle osseuse, de l'entrée du canal
nasal, etc.
L'unguis n'ayant qu'un point d'ossification, ce sont les irradiations infé-
rieures de ce noyau qui donnent naissance à l'hamule, mais quand l'hamule
est séparé par un intervalle membraneux de la crête lacrymale antérieure,
quand il y a, en un mot, un osselet de l'hamule, il est possible que cet osse-
let ait un point d'ossification spécial. Voici ce que m'a écrit, le 20 avril 1899,
M. le professeur Macalister dont les belles recherches sur l'embryogénie de
l'unguis sont connues de tous : « Je pense que je suis absolument dans le vrai
en allirmant qu'il n'y a aucune preuve d'un second centre normal d'ossifica-
tion dans l'unguis humain. J'ai toujours vu l'ossification se propager en des-
cendant de la portion orbitaire à l'hamule. Je ne serais cependant pas
surpris que, dans certains cas individuels, il existât un second centre, par
exemple quand la portion faciale de l'hamule est indépendante. Les osselets
surnuméraires qu'on rencontre autour de l'unguis procèdent, sans doute, de
noyaux d'ossification particuliers, mais il m'est défendu d'affirmer que ces
novaux sont normaux et constants. »
M(j BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Osselet sous-orbitaire. — Le professeur Gruber ' a donné le nom d'o«-
siculum infra orbitale marginale à un osselet, plus ou moins long et large,
^itué au niveau du bord inférieur de l'orbite, en avant de l'os malaire, au-
quel il semble devoir plutôt être rattaché qu'au lacrymal. Il peut être articulé
avec l'hamule facial, l'osselet de l'hamule ou l'osselet du canal nasal. Quand
il est assez intimement soudé au jugal pour ne plus pouvoir en être distingué,
l'os malaire se prolonge tout le long du bord inférieur de l'orbite jusqu'à
l'unguis dont il est séparé par une suture appelée suture lacrymo-jugale.
Anatomie comparée. — La suture lacrymo-jugale, qui est exceptionnelle
chez l'homme, est normale chez la généralité des animaux. L'unguis très dé-
veloppé des Didelphiens est uni h l'os malaire par une suture lacrymo-jugale,
plus étendue chez les Didelphiens carnivores que chez les Didelphiens herbi-
vores, mais n'excluant jamais le sus-maxillaire du frontal.
Dans beaucoup d'Ongulés, la large portion faciale de l'unguis exclut super-
ficiellement le maxillaire supérieur du frontal et s'articule avec le jugal. Tel
est le cas chez le rhinocéros, Y hippopotame, et chez nombre d'espèces de
Porcs, de Chevaux, de Bœufs, à'Oréas, de Tragélaphes et d'Artiodactyles.
La suture maxillo-frontale se retrouve, toutefois, dans les Hyracoides, quel-
ques Porcs, Chameaux, Hyœmoschus, etc. Le lacrymal de tous ces Mammi-
fères tend à se souder au frontal et au jugal et non au maxillaire supérieur.
Dans les Hyracoides, la facette articulaire pour la mandibule est formée en
partie par le jugal qui s'étend en avant jusqu'à ce qu'il arrive en contact
avec l'unguis.
La portion faciale du lacrymal du m,outon est une lame quadrilatère, allon-
gée d'arrière en avant et s'étendant depuis l'orbite jusqu'à l'union du tiers
postérieur avec les deux tiers antérieurs de l'os nasal. Le bord supérieur s'ar-
ticule avec le frontal et le nasal, l'inférieur avec le malaire, l'antérieur avec
le sus-maxillaire ; le postérieur fait partie du contour de l'orbite et se con-
tinue, à angle, avec une lame peu étendue qui concourt à former la cavité
orbitaire. On voit à la partie moyenne de cçtte lame l'orifice orbitairc du
canal nasal. La face externe de la portion que je décris est fortement dépri-
mée et fait partie de la face proprement dite ; la face interne est appliquée en
arrière sur l'ethmoide dont elle complète deux cellules ; en avant, elle con-
court à former la paroi externe de la fosse nasale correspondante. Cette por-
tion du lacrymal est parcourue, dans toute sa longueur, par le canal nasal qui
fait un relief sensible à sa face interne. Quant à la portion orbitaire on voit
dans la cavité orbitaire une échancrure profonde qui établit la ligne de dé-
marcation entre cette portion du lacrymal et la précédente. Cette i)ortion
orbitaire est une espèce de capuchon ou de grande vésicule (protubérance
lacrymale des zootomistes modernes, protubérance orbitaire de Girard) à
1. H. GrDbir, loc. cU. suprà.
TRAVAUX ORIGINAUX. 177
parois très minces qui forme tout le plancher de l'orbile. Ce capuchon a la
forme d'un cône dont le sommet, dirigé en dedans, présente deux petits
mamelons, et dont la base, largement ouverte et dirigée en dehors et en bas,
s'adapte à la partie postérieure du sinus maxillaire. Cette vésicule osseuse
forme ainsi une grande partie de la cavité du sinus maxillaire. Par sa face
externe, elle s'articule avec l'os jugal qui la recouvre complètement de ce
côté ; et par sa face supérieure elle forme le plancher de l'orbite. En avant,
elle se continue avec la portion faciale. L'échancrure qui sépare en partie
l'une de l'autre la portion orbiiaire et la portion faciale correspond à l'orifice
postérieur du conduit sous-orbilaire. La portion orbitaire, cette espèce de
capuchon qui recouvre et complète la partie postérieure du sinus maxillaire,
peut être désignée sous le nom de Cornet du sinus maxillaire.
L'unguis des Edentés ressemble, à peu de chose près, à celui des Ongulés.
« Chez les Cétacés, dit M. Lavocat, le lacrymal est peu développé, imperforé
et soudé au jugal dans les Baleines, les Dauphins, etc. ; mais non soudé chez
les Siréniens, tels que les Dugongs, les Lamentins, etc. * »
L'articulation ou la non-articulation avec le malaire constitue la variation
la plus commune du lacrymal des Rongeurs. Les Sciuromorpfies, les Myomor-
phes et beaucoup de Lagomorphes, autrement dit d'Écureuils, de Rats et de
Conies, si on emploie ces mots vulgaires dans le sens de genres*, ont une
suture lacrynio-jugale. Elle manque dans divers Hystricomorphes {Porcs-
épics) par suite du raccourcissement de l'os malaire \
V éléphant, dont la conformation se rapproche des Rongeurs, possède un
lacrymal analogue à celui des Hystricomorphes.
Sur le habiroussa du Muséum de Marseille, l'unguis largement facial est
articulé avec le jugal.
L'extrémité antérieure ou base, très étendue, du malaire du chien, s'arti-
cule avec l'apophyse malaire du sus-maxillaire et suit le contour de l'orbite
pour aller s'unir à l'unguis. Ce dernier os, enclavé comme un coin entre le
frontal, en dedans, le jugal en dehors, le sus-maxillaire en avant, et le palatin
en arrière, a la forme d'un entonnoir dont la base est dans l'orbite et présente
il son centre l'orifice supérieur du canal nasal, et dont le sommet descend dans
la fosse nasale oii il s'articule par son extrémité bifurquée avec l'apophyse la-
crymale du cornet inférieur.
1. Lavocat, Construction des arcs inférieurs de la tête dans la série des animaux ver-
tébrés, p. 17, Toulouse, 1894. Les sirènes étaient autrefois unies aux baleines et aux
marsouins comme Cétacés herbivores. Mais elles diffèrent par leur organisation des vrais
Cétacés dans presque tous les détails, tandis qu'elles sont très intimement liées aux
Ongulés.
2. Voy. la classiûcation des Rongeurs de Brandt.
3. Et non du raccourcissement de Tunguis dont la portion faciale si réduite qu'elle soit
est, dans la généralité des Rongeurs, plus large que la portion orbitaire.
178 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
Il n'est pas question d'une suture lacrymo-jugale dans l'ostéologie du Ves-
pertilio murinus du docteur Maisonneuve.
Les Prosimiens ont une suture lacrymo-jugale bien marquée avec deux
sutures lacrymo-maxiilaires, dont l'une est en avant et l'autre en arrière de
l'os de la pommette.
Le Cheromys a une longue suture prémaxillaire que M. Macalister a
vainement cherché chez les autres Lémuriens. Parmi les singes Catarrhi-
niens, le Macacus nemestrinus paraît être le seul qui possède une suture
lacrymo-jugale.
«C'est le lacrymal, dit Meckel", qui prend rang après le temporal, sous
le rapport de la constance de son articulation avec le jngal. En effet, cet os
s'articule uniquement avec le sus-maxillaire et le lacrymal chez les Four-
miliers et les Paresseux.
c( Il est contigu au sus-maxillaire, au temporal et au lacrymal à la fois, chez
les Solipèdes, les Baleines, les Lamentins; parmi les Edentés, chez les Ta-
lons, vraisemblablement aussi chez le Mégalherium ; parmi les Pachydermes,
chez le cochon, le tapir et le rhinocéros ; parmi les Bongeurs, chez le cas-
tor, Vhélamys et la marmote; parmi les Marsupiaux, chez les Sarigues, les
Kangourous et les Phascolomes ; enfin parmi les Carnassiers, dans les genres
chat, chien, hyène, ours, marte et loutre. »
A peine ossifié, facial et mobile au bas de l'échelle des Vertébrés, le lacry-
mal, quand les mâchoires ont pris un grand développement, s'est complète-
ment ossifié et soudé à la base du crâne et aux os sous-jacents pour fournir
un point d'appui solide au muscle massé ter, inséré de chaque côté, d'abord
sur le sus-maxillaire et l'os malaire, puis sur l'os malaire et, enfin, sur l'ar-
cade zygomatique'. Dans les Mammifères inférieurs, le masséter est, en
effet, plus volumineux que le crotaphyte (chez beaucoup dWngvlés le massé-
ter est au crotaphyte comme 2 1/2 est à 1). L'arc osseux regardant en haut,
dont l'unguis forme le large pilier interne soudé et appuyé solidement sur la
base du crâne, ne change pas tant que l'appareil masticateur reste aussi puis-
sant. A mesure que le prognathisme disparaît, que la capacité de la cavité
crânienne s'accroît et que la saillie du front s'accentue par suite de l'aug-
mentation des parties de la masse encéphalique qui sont le siège des plus
hautes facultés de l'entendement, que la largeur de l'espace inlerorbilaire
diminue par suite de la convergence des axes visuels, la portion faciale de
l'unguis diminue en même temps que cet os se redresse. Chez l'homme et
chez les Anthropoïdes où la pression exercée sur la mâchoire supérieure pen-
1. J. F. Meckel, Traité général d'analomie comparée, trad. franc, de Riester et
Â. Sanson. t. III, 2« partie, p. 306. Paris, 1829.
2. Voy. mon Traité de.i variations du système musculaire de l'homme et de letir
sif/aification au point de vue de l'anthropologie zoologique, t. I, p. 80.
TRAVAUX ORIGINAUX. 179
dant la mastication est transmise au crâne à la fois par l'apophyse montanta
du maxillaire supérieur, articulé avec l'apophyse orbilaire interne du frontal
et par le jugal, articulé avec le maxillaire supérieur et l'apophyse orbitaire
externe du frontal, le lacrymal n'a plus qu'une importance secondaire et
n'entre plus que dans la composition de la cavité orbitaire.
Le nodule osseux duquel naît par extension, dans l'espèce humaine, la face
antérieure du maxillaire supérieur apparaît à la même époque que ceux qui
donnent naissance à l'apophyse montante du même os. Il consiste d'abord
dans de minces aiguilles osseuses allongées, déposées dans la membrane
sous-orbitaire, au-dessous du nerf sous-orbitaire. Ces aiguilles se réunissent
rapidement pour former une lame de tissu compact qui s'étend en avant et en
arrière et finit par former un cercle complet autour du nerf sous-orbitaire.
Vers la seizième semaine, le bord supérieur de cette lame arrive au contact
du bord inférieur de l'orbite et s'unit à lui pour constituer la suture sous-
orbitaire longitudinale ou transverse (Sutura infraorbitalis longitudinale du
professeur Macalister). Cette suture s'étend de l'angle antérieur du malaire
à la suture sous-orbitaire verticale (Sutura in fraorbitalis verticalie) résullanl
de l'union, en avant, de la lame en question avec la base de l'apophyse nasale
ossifiée.
Ses deux extrémités offrent, toutefois, quelques variations. Dans certains
cas, l'extrémité externe est située au-dessous de l'angle antérieur de l'os de
la pommette et son extrémité antérieure au niveau de la suture lacrymo-
maxillaire. M. Halbertsma a donné le nom de Sutura infraorbitalis trans-
vrrsa à cette suture. Quand elle existe, il y a une étape de la vie fœtale de
l'homme oii il y a une bande osseuse rattachant l'unguis à l'os jugal.
BIBLIOGRAPHIE
L'unguis de l'homme et celui des animaux ont inspiré de nombreux tra-
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consulter :
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Bemerkungen zu der Arbeit von CL REGAUD : € Évolution
tératolofjique des cellules séminales. Les spermatides à noyaux
multiples chez les Mammifères. » (Bibliographie anatoniique,
T. Vin, fasc. i.)
VON
D'. Med. Alexander MAXIMOW
St-Petersburg, %. Z. Berlin.
In lelzter Zeil hat Regauu ' eine Reihe von Arbeiten ùber Spermalogenese
verôffentlicht, in welchen er Anschauungen vertritl, die in vielen Hinsichten
von den Angaben anderer Forschor abweicben, und in welcboii cr iiisbeson-
dere den SERTOLi'scben Zelien eine grosse Bedeulung fur die forlwabrende
Enlslehung von neueu Samenzellen an Sielle der sicb zu Sanienfaden aus-
bildenden beiinisst. In dieseni Artikel werde ich aile dièse seine Arbeiten
unberûcksichligt lassen ; die Angaben von Regaud sind weder von ilirn selbst
hinlânglich bewiesen, noch von Anderen bis jetzl bestâtigt worden. Ich wiil
nur bemerken, dass Regaud Unrecht hat, wenn er von eineni « SERTOLi'schen
Syncylium » spricht und fur dièse Elemente distincte Zellgrenzen ganz in
Abrede stellt. In zahlreichen Fâllen, besonders bei pathologischen Verhâlt-
nissen, treten die SERTOLi'schen Zelien ganz deutlich als voUkonimen geson-
derte zellige Elemente mit leichl bemerkbaren Zellgrenzen un<l manchmal
sogar als ganz isolirte, einer activen Thâtigkeit fâhige Zelien hervor''.
In seiner letzten Arbeit (« Evolution tératologique des cellules séminales,
etc., » Bibliographie anatomique, t. VIII, fasc. 1, erschienen den 7. Mai 1900)
behandelt abor Regaud einige Abweichungen vom normalen Verlaufe der
Spermatogenese, die in dem Auftreten von besonderen teratologischen For-
men von Samenzellen ihren Ausdruck fînden. Er beschreibt dabei Zellformen,
die von mir' schon viel frfiher und viel ausfûhriicher bereils beschrieben
worden sind. Meine diesbezûgliche Arbeit ist mehr als ein halbes Jahr vor
der Fertigstellung des REGAUo'schen Manuscriptes (Februar 1900) erschie-
nen, dennoch scheint aber der letztere dieselbe nicht zu kennen, wenigstens
1. Cl. Recai», Bibliographie ana'omique, T. VU, fasc. 1 et 2.
2. Vergl. meine weiter unteii citirte Arbeit, Taf. Xlil, Fig. 9, 10 und 11.
3. Alexander Maximow, Die histologischen Vorgange bei der Heilung von Hodenverlel-
zungen und die Regeneralionsftihigkeit des Hodeugewebes. [Ziegler's Beilrdge, Bd X.XVI,
1899.)
184 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
erwiihnt er derselben mit keinem einzigen Worte, wtihrend die yiel spâter
v(M'ô(ïenllichle Arbeit von Ivar Broman* von Regaud berûcksichligt ist.
Ich glaube, dass die Kenntnissnahme von meiner Arbeit fur Regaud nicht
ganz unnûtz gewesen wâre, da er in diesem Falle vielleicht fur die Ent-
stehung der merkwûrdigen teratologischen Spermalocyten- und Spermatiden-
formen eine elwas andere Erklârung angeben wOrde. Nach Regauu's M6i-
nung solien die vieikernigen patbologischen Zeilformen aussciiliesslich auf
multipolare Spernialocytenmitosen ohne nacbfolgende Zellkôrperlhoilung zu-
rûckzufûhren sein, und er beschreibt und bildet auch einige solche Milosen
in den Spermatocyten der betreffenden Thiere ab.
Ich babe selbst verschiedene Arten von anormalen Milosen in den Sperma-
tocyten bescbrieben (/. c, S. 271, Taf. XIV, Fig. 34—37) und abgebildef.
Sie kônnen aber nicht zur Erklârung der Entstehung der vieikernigen Rie-
senspermatocyten und -spermatiden berangezogen werden. Erstens fehlen
ganz und gar die nôtbigen Uebergangsformen, — die sicb zu normalen Sper-
matidenkernen reconstruirenden Tochterkerne, vvelche, wie es scbeint, auch
Regaud selbst nicht gesehen bat — wenigstens werden solche von'ihm nicht
erwahnt. Die anormalen Spermatocytenmitosen degeneriren eben stets, ohne
das Stadium der Reconstruction der Tochterkerne zu erreichen. Zweitens
sind dièse anormalen Spermatocytenmitosen gewôhnlich, auch bei Yerhâlt-
nissen, wie sie in meinen Versuchen gewesen sind, in einer verhaltnissmâs-
sig so geringen Anzahl im Vergleich mit den vieikernigen Riesenspermatiden
vorhanden, dass man die Entstehung der letzteren auf Kosten derselben,
besonders innerhalb einer so kurzen Zeit, wie es in meinen Versuchen der
Fall gewesen ist, nnmôglich erklâren kann.
Der Vorgang, der Regaud verborgen geblieben ist, der aber die Haupt-
ursache der Entstehung der Riesensamenzellen mit zahlreichen Kernen vor-
stellt, — ist die Verschmelzung von einzelnen Zellen mit einander, vvelche
von mir, sammt den dabei sich abspielenden merkwûrdigen Veranderungen
an der Sphâre (die von Regaud kaum angedeutet werden) ausfûhrlich geschil-
dert worden isl. Amitotische Vorgânge spielen dabei aber auch eine nicht zu
unterschâtzende Rolle.
Die ungleiche Grosse der einzelnen Kerne in den teratologischen Riesen-
samenzellen ist nicht, wie es Regaud thut, durch die ungleichmassige Ver-
Iheilung der Chromosomen bei den multipolaren Spermatocytenmitosen zu
erklâren ; dièse Thalsache findet, wie ich es gezeigt habe, eine viel unge-
zwungenere Erklârung durch die Beobachlung, dass sich einzelne Kerne in
den einfachen oder zusammenfliessenden Samenzellen stark hypertrophiren
kônnen;
1. Ivar Broman, Ueber Riesenspermatidea bei Bombinator igDQUs. {Anatomischer An-
zeiger, Bd XVII, 1900.)
TRAVAUX ORIGINAUX. 185
Wenn Regaud beiiauptet, dass sich aus den einzelneii Keraen der Riesen-
spermaliden Sperinalosomenkôpfe eiitwickeln kOnneii, so ist das meiner Mei-
iiung nacli ebenfalls unzulreffeiid. Regaud's Zeichnungeri 7 imd 1:2, die von
ihm als « spermatozoïdes monstrueux » bezeichnet werden, slellen, wie ich
glaube, etvvas ganz Ânderes vor und entsjirecben im Uebrigen durcbaus
meinen Zeiclmungeii, /. c , Taf. XIII, Fig. 14 und 15>Es sind das nicht Rie-
senspermatiden, in denen ein Tlieil der Kerne sich zu Spermalosomenkôpfen
umgebildet bat, wahrend der andere unveriindert geblieben ist (ein Vorgang,
den Regaud ùbrigens seibst fur unerklarlich bail), sondern vvabrscbeinlicli
abgeiôste SERTOLi'scbe Zellen (oder vielleicbt aucb Pbagocyten bindegewebi-
gen Ursprungs), die in ibren Zellleib zabireicbe degenerirende Spermatoso-
menkôpfe auf dièse oder jene Weise aufgenommen haben. In solcben Zellen
sind, wie es aucb auf den Zeicbnungen von Regaud zu seben ist, nirgends
Uebergangsformen zwiscben den Spermatosomenkôpfen und den ibr ge-
wôbnlicbes Ausseben bewabrenden Kernen zu finden.
Das Conslatiren der merkwûrdigen teratologiscben Samenzellenformen
bei Tbieren (namentlicb Hunden) unler anscbeinend ganz nonnalen Verbâlt-
nissen ist aucb fur micb keine Neuigkeil (vergl. /. c, S. 309).
Zum Scbluss kann icb nocb bervorbeben, dass Regaud, ganz ebenso wie
icb es in meiner Arbeit ausgesprocben babe, die teratologiscben Samenzel-
lenformen mit den an den Eiern in atresirenden Follikeln zu beobacbtenden
Erscbeinungen vergleicbt.
Berlin, d. 6 Juni 1900.
DE
L'ENTRE-CROISEMENT DES PYRAMIDES CHEZ LE RAT
LEUR PASSAGE DANS LE FAISCEAU DE BUROACH
PAR LES
D' PONTIER
DB L,IL.VK
D' G. GÉRARD
CHKr DBS TRAVAUX ASATOMIQUKS
A LA FACULTÉ DB L1LLB
NOTE PRÉLIMINAIRE
I.
L'un de nous, poursuivant des recherches sur l'olive bulbaire chez l'homme
et les mammifères, a trouvé chez le rat une disposition très particulière des
faisceaux pyramidaux, qui se dirigeaient de ta pyramide antérieure à travers
le bulbe, s'entre-croisaient sur le raphé médian ei passaient dans le faisceau de
Burdach de l'autre côté en décapitant à la fois les cornes antérieures et pos-
térieures.
Ce trajet si spécial des faisceaux moteurs nous parut d'abord très para-
doxal et en opposition avec tous les faits admis ; en effet, d'après la notion
classique acceptée universellement, le faisceau moteur encéphalo-méduUaire,
dit pyramidal, naît de la région rolandique de l'écorce, descend à travers le
centre ovale, s'engage dans la capsule interne entre la couche optique et le
noyau lenticulaire, passe dans le pied du pédoncule cérébral, la protubérance
et la moelle allongée, où il constkue la partie superficielle des pyramides
antérieures.
Au niveau du collet du bulbe, une partie du faisceau pyramidal descend
dans le cordon antérieur pour former le pyramidal antérieur — faisceau de
Tûrck; — la partie la plus considérable s'infléchit vers la ligne médiane, ren-
contre son homologue du côté opposé avec lequel elle s'entre-croise en natte,
et une fois arrivée dans la moitié opposée du bulbe, descend dans la moelle en
se plaçant dans la partie la plus postérieure du cordon latéral — faisceau
pyramidal croisé ou latéral.
Comment donc accepter le passage de ces faisceaux pyramidaux dans les
cordons postérieurs après leur entre-croisement ?
W. Bechterew a démontré (Neurol. Centralblatt, n" 24, 1890) que le
Ir jet des voies pyramidales n'est pas le même chez tous les animaux. Pour
TRAVAUX ORIGINAUX. 187
lui, chez h lapin, il n'y aurait pas de voie pyramidale antérieure; pour Marchi
et Algéri (chien et chat), pour Koelliker et von Lenhossek, le faisceau pyra-
midal croisé occuperait le cordon latéral comme dans l'espèce humaine
(lapin).
Certaines observations permettent d'accepter les rapports des faisceaux
moteurs, en totalité ou en partie, avec les cordons postérieurs.
Koelliker, dans un travail sur l'entre-croisement des pyramides chez les
marsupiaux et les monotrèmes {Cinquantenaire de la Soc. de biologie, 1899,
p. 040), a montré très nettement cette relation particulière. Chez Phascolarc-
tns cinereus, « une partie » des pyramides se continue avec le faisceau de
Burdach. De même chez Phalangista vulpina, « les fibres pyramidales sont
toutes croisées et Ton ne trouve aucune trace d'un faisceau pyramidal direct
situé dans le cordon antérieur de la moelle. Quant aux fibres croisées, leur
entre-croisement se fait en masse sous un angle très aigu. En suivant les fibres
croisées, on les voit traverser la partie dorsale des cordons antérieurs, puis
elles prennent leur chemin par la partie médiane de la substance grise des
deux côtés du canal central et de la substance grise qui l'environne, pour se
perdre dans le cordon de Burdach.. . » Chez Ornithorynchus, dans la substance
grise du bulbe, « la corne antérieure est limitée du côté dorsal par un fais-
ceau de fibres qui se continue, d'un côté, avec les faisceaux croisés des pyra-
mides et qui provient, de l'autre, en partie du cordon de Burdach. Ce faisceau
contient aussi un nombre de cellules de grosseur moyenne qui se continuent
avec les cellules du cordon de Burdach. » Malgré ses observations, Kolliker
ne se croit pas autorisé « à nier que certaines fibres des pyramides ne se
continuent pas avec les cordons latéraux, malgré qu'il m'a été impossible,
dit-il, d'arriver à une pareille conviction ».
Chez le rat, que nous ayons surtout en vue, les descriptions sont contra-
dictoires en ce qui concerne tant la situation que l'entre-croiSement des pyra-
mides.
D'après Stieda (Zeitschr. fiir wiss. Zool., vol. XIX, 1869, p. 69), chez la
souris, les fibres pyramidales se continueraient avec les cordons postérieurs
de la moelle épinière.
D'après Spitzka {Journal of comparative médecine and surgery, 1886, et
Ncurol. Centralblatt, 1886, n° 12), il existerait les mêmes connexions chez
les cobayes et les rats; mais, d'après Koelliker, «toutes ses observations
n'étaient pas très précises, puisqu'elles se basaient uniquement sur la moelle
ifanimaux adultes ». Mais v. Lenhossek {Anat. Anzeiger, IV, 1889, p. 208),
qui a suivi le développement des pyramides chez de jeunes animaux, a pu
préciser (chez la souris et le cobaye) la position des faisceaux pyramidaux
croisés dans les cordons postérieurs.
D'après Bechterew, encore {lac. cit.), les faisceaux pyramidaux du cobaye
et du rat seraient exclusivement situés dans la partie antérieure du cordon
188 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
postérieur (1890). D'après Zacharzewsky {Th. de Kharkoff, 1891, analysée
dans le Journal de Vanatomie, 1892, p. 332), voilà ce qu'on observerait :
chez les rats et les souris, les faisceaux pyramidaux sont disposés dans les
cordons latéraux et postérieurs. Les faisceaux pyramidaux contenus dans les
cordons latéraux apparaissent sous forme de minces faisceaux nerveux dis-
posés en groupes distincts. Avant de former les pyramides de la moelle
allongée, ils subissent tous un entre-croisement total, mais à des hauteurs
différentes. Les faisceaux inférieurs s'entre-croisent directement avec ceux
du côté opposé ; les supérieurs s'unissent d'abord aux faisceaux postérieurs
et après cette réunion passent par le point d'entre-croisement.
Les opinions que nous avons rapportées montrent :
1° Que la question de l'entre-croisement et de la situation des faisceaux
pyramidaux chez le rat n'est pas résolue ;
2° Qu'il est possible déjà d'admettre leur passage dans les cordons pos-
térieurs.
IL
Voyons maintenant les faits que nous avons observés chez le rat en suivant
de bas en haut des coupes en série du bulbe :
1" A la partie supérieure de la
moelle, au-dessous du collet du
bulbe, les cordons antérieurs et pos-
térieurs sont normaux, bien déve-
loppés ; les cordons latéraux sont
réduits au Gowers et au cérébelleux
direct par le développement latéral
et l'élargissement de la substance
grise (fig. A) ;
2* Un peu plus haut, vers le collet
du bulbe (tig. B, I), la substance
grise est encore bien distincte ; le
cordon antérieur est intact ; le cordon latéral présente nettement les fibres
du Gowers et du cérébelleux direct ; le cordon postérieur est divisé en un
faisceau de Burdach très développé et en un faisceau de Goll ;
3° Un peu plus haut, à peu près au niveau où commence la décussation
des voies motrices, on voit des fibres partir nettement du faisceau de Bur-
dach (fig. B, II), se diriger en avant et en dedans, s'enlre-croiser avec des
fibres du côté opposé au-devant du canal central, en coupant non seulement
les cornes postérieures, mais aussi les cornes antérieures, et se rendre à la
partie antérieure (apparition des pyramides) ; ces fibres sont divisibles en
deux groupes principaux ;
4' Dans des coupes passant de plus en plus haut (III, IV, V, VI), on
,C.A-
Cb.Jl.
y.cd.
.CA
~:^-r.3.
C.À
Co.T
Co A
Co.r
r.-R.
VI
Fio. B.
C. A. Cordon antérieur.
C. L. Cordon latéral.
Co. A. Corne antérieure.
Co. P. Corne postérieure.
F. arc. Fibres arciformes.
F.B. Faisceau de Bnr-
dach.
F. éd. F. cérébelleux di-
rect.
F. a. F. de G<.11.
F. Ooio. V. de Otomen.
N.tO. K. pneumogastri-
que.
Ng.ep. Xoyau gris de la
corne postérieure.
01. /. Olive inférieure.
Py.a. Pyramide.
Sg. l. Substance grite la-
térale.
K' 4' ventricule.
X. Kntre-croisement des
faisceaux.
XII. G-rand hypoglosse.
lyO BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE.
retrouve la même disposition ; V et VI sonl des figures de démonstration
très nettes. Elles montrent avec évidence le passive ininterrompu du contin-
gent du cordon de Burdacli dans la pyramide ;
5° Dans la figure VII, nous arrivons au niveau de l'olive inférieure ; le pas-
sage des faisceaux continue. Dans la figm-e VIII, on voit les extrémités du
faisceau embrasser h^cordon de Burdach. La figure IX montre la fin tle la
décussalion.
IX
tt.lo
Fio. B. (Suite).
Remarque importante : le cordon de Burdach diminue de volume à me-
sure qu'on s'élève et que la pyramide s'accroît.
6° Dans la figure X, enfin, nous sommes en plein bulbe : olives, fibres arci-
formes, hypoglosse, vague, noyaux gris des cordons postérieurs.
Il importe de savoir si le cordon de Burdach contient à la fois des voies
motrices et des voies sensitives.
On ne manquera pas de nous objecter que nos observations ne peuvent
pas être précises, puisqu'elles se fondent uniquement sur l'étude de moelles
d'animaux adultes.
A notre avis, cependant, la question peut être résolue par les dégénéres-
cences qui nous montreront : 1° si les voies motrices passent, comme nous
le pensons, dans le cordon postérieur ; 2° si elles y existent seules ou mêlées
à des fibres sensitives ; 3° s'il e.xiste un faisceau pyramidal direct.
Nous entreprenons une série de recherches analomiques et analomo-
pathologiques qui nous permettront sans doute de confirmer les faits que
nous avançons dans cette note.
Lille, le 20 juin 1900.
Le Directeur, D' A. NICOLAS.
ASSOCIATION DES ANATOMISTES
Le Bureau de l'Association des Anatomistes rappelle que
celle-ci a fusionné avec la Section d'histologie et d'embryologie
du Congrès international de médecine qui s'ouvre à Paris le
2 août; il fait un pressant appel à tous les membres de l'Asso-
ciation.
Les titres de communications et de démonstrations doivent
être envoyés à M. le Professeur Réitérer, 15, rue de l'École-de-
Médecine, à Paris. 11 serait utile que les demandes d'instruments
nécessaires aux démonstrations lui soient adressées le plus tôt
possible.
Quant à la séance particulière que l'Association doit consacrer
au règlement de ses affaires, elle aura lieu le 1" août à 5 heures
du soir à l'Amphithéâtre Cruveilhier (Faculté de médecine,
15, rue de l'École-de-médecine).
A. Nicolas.
Tome VIII 4* fascicule. 1900
BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE
REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE
BIBLIOGRAPHIE
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d'anatoniie et physiologie animales et végétales, 564 p. — T. II, i ;
2" édition : Keproduclion chez les animaux; embryogénie des métazoaires,
787 p. avec 110 fig. — T. II, 2 ; 2» édition : Classification, 830 p. avec
946 fig. — 1899, Paris, André.
326 — Blanchard (R.). — Alphonse Milne-Edwârds (Nécrologie), — Bulletin de
fa Société zoologique de France. 1900, n" 3, p. 77-84, et n*" 4-5, p. 85-89,
avec 1 portrait.
Charpy. — Voir n° 332.
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