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168 lilBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

frontale du sus-maxillaire. Celte ligne creuse, à laquelle M. J. Weber a 
donné le nom de sutura nolha et de sutura lonriludinalis imperfecta, vsl 
toujours, quelle que soit sa disposition, reconnaissable en dedans quand elle 
ne l'est pas en dehors. Elle est parfois effacée dans une courte étendue 
de sa longueur, soit en haut, soit en bas, mais plus généralement en bas. 

La constance de cette suture et l'apparition anormale d'un osselet de la 
gouttière lacrymale donne, à priori, à penser que l'apophyse ilnontante du 
maxillaire supérieur est composée d'abord de deux portions : une portion an- 
térieure eu nasale et une portion postérieure ou lacrymale, ayant chacune 
un noyau d'ossification particulier. « Cette suture, dit M. J. Weber, indique la 
division primitive de l'apophyse maxillaire en une portion nasale et une por- 
tion orbitaire, et est cause de la présence anormale chez l'homme d'un se- 
cond os lacrymal. » Mais il n'est pas fait mention par Boyer, Cruveilhier, 
Sappev, Rambaud et Renault, Meckel, Calori, Romiti, Lachi, Quain, 
Leidy, etc., de ce développement de l'apophyse montante du maxillaire su- 
périeur par deux points d'ossification. LuscuKAdit formellement que l'osselet 
de la gouttière lacrymale a pour origine un noyau osseux supplémentaire. 
M. Macalister observe, de son côté, que si l'apophyse nasale du maxillaire 
supérieur de l'homme dérive de deux centres d'ossification, la fusion de ces 
deux centres doit être bien précoce, car elle est complète dès le commence- 
ment de la sixième semaine (chez des fœtus de 32 millimètres). M. Gorgone 
seul affirme avoir constaté l'indépendance de ces deux centres chez des em- 
bryons humains ' ! Si l'osselet de la gouttière lacrymale est dû — et tout 
semble bien l'indiquer — au défaut de réunion du point postérieur d'ossifica- 
tion au point d'ossification antérieur de l'apophyse montante du maxillaire 
supérieur humain, il faut avouer que l'apparition de ces deux points a lieu de 
très bonne heure et que leur coalescence est excessivement rapide, car pom- 
ma part je les ai vainement cherchés. Quoi qu'il en soit, on ne peut e.\pliqu"r 
que par un trouble embryogénique ce vice de conformation qui ne corres- 
pond à aucune disposition normale des autres vertébrés. 

Osselet du canal nasal. — C'est Béclard qui a appelé le premier l'al- 
tenlion des analomistes sur cet osselet. En exposant, en 1819, le résultat de 
ses recherches sur l'ostéose, Béclard a noté qu'en plus de ses points d'ossi- 
fication constants, « de ses germes constants», pour employer les expressions 
mêmes de l'auteur, le maxillaire supérieur avait quelquefois « un germe lacry- 
mal supplémentaire », d'où procédait un petit os qui entrait dans la consti- 
tution de la partie supérieure du canal nasal. Sur beaucoup de crânes d'en- 
fanls de 5, 6 ou 7 ans, il a vu cet osselet entièrement indépendant et, sur des 



1. GoRcoNB, Corso completo d'anat. dcscritl. colle différence nell'elh, sessi, raz:,e 
Cil anomulie, t. 1, l'alermo, 1834. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



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crânes de sujets plus âgés, soudé, en partie ou en tolalilé, au maxillaire su- 
péj'ieur*. 

En 1828, trois ans après la mort de Béclard, il a été retrouvé par Rous- 
seau', (|ui l'a appelé « os lacrymal externe ou petit unguis », parce qu'il l'a 
regardé comme une division de l'unguis, et aussi « osselet surnuméraire de 
MM. Béclard et J. Cloquet », parce que J. Cloquet n'aurait pas été étranger 
à là découverte de Béclard. Bousseau l'a décrit en ces termes : 

c( L'os lacrymal externe ou petit unguis est situé sur la partie inférieure et 
externe du grand unguis. Il le recouvre en grande partie par la surface de 




FiG. 17. — Petit unguis. (D'après Roussf.ad.) 
1. Osselet situé en dehors du petit unguis. — 2. Os unguis, grand lacrymal. — 3. Nouvel os do la face 
ou petit unguis, on lacrymal externe. — 3 bit. Nouvel os de la face, détaché pour voir la manière 
dont U est contourné. On aperçoit en bas sa face externe; en haut, sa face interne, criblée de petits 
trous. 

son bord inférieur et se projette sur la partie la plus déclive de sa crôte ver- 
ticale. 

« Il a ordinairement la forme d'un quadrilatère allongé, bien plus large à 
l'une de ses extrémités contournée et mince et comme papyracée, criblée 
d'une multitude de petits pores dans la plus grande partie de son étendue. 



1. Béci.ard, Mémoire snr Tostéose. (Nouv. journ. de méd., chirur. et pharm., t. IV, 
p. 332, Paris, 1819.) 

2. E. Rousseau, Annales des sciences naturelles, t. XVII, p. 8fi, pi. V. Paris. 1829. 



HIBLIOOUAPIIIE ÀNÂTOMiaUE 

Revue des travaux en langue française 



ANATOMIE - HISTOLOGIE - EMBRYOLOGIE - ANTHROPOLOGIE 




Tome VIII 1900 

BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQIJE 

Revue des travaux en langue française 



ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE 



Publié sous la direction de M. A. NICOLAS 



PROFESSEUR A LA F A C U U T É D E 1V1 É D E C I N C DE NANCY 




BERGER-LEVRAULT ET C'^ LIBRAIRES-EDITEURS 

PARIS (6«) I NANCY 

5, RUE DES BEAUX-ARTS j RUE DES liLAGIS, 18 

10OO 



Tome VIII 1" fascicule. 1900 



BIBLIOGIUPHIE ANATOMIQUE 

REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE 
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE 



BIBLIOGRAPHIE 



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1"" fasc, p. i-xxiv, avec I portrait. 

3 — Haeckel (E.). — État actuel de nos connaissances sur l'origine de l'homme. 

Mémoire présenté au 4* Congrès international de zoologie à Cambridge, 
1898. — Traduit sur la 7* édition allemande par L. Laloy. Gr. in-8. 1899. 
Paris, Schleicher frères. 2 fr. 

4 — Hertwig (0.). — Traité d'embryologie ou histoire du développement de 

rilomme et des Vertébrés. — ?• édition française par Gh. Jdmn. Un vol. 
gr. in-8, avec 415 fig. et 2 pi. en couleurs. 1900, l'aris, Schleicher frères. 
Prix : broché, 18 fr. ; cartonné, 20 fr. 

5 — His (W.). — A la mémoire de Xavier Bichat. — Volume jubilaire du cin- 

quanlcnaire de la Société de biologie de Paris, p. 11-13. 

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1900. n" 2 (1" semestre), p. 33-40. 
Monpillard. — Voir n" 8. 

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— In-8 de 89 p., avec 50" pi. en couleurs. 1900, Paris, G. Carré et Naud. 
Relié, 24 fr. 

9 — Rabaud (E.). — Anatomie élémentaire du corps humain. 1 planches co- 

loriées à feuillets découpés et superposés. — 2* édition. In-4,avec60fig. 
dans le texte. 1900, Paris, Schleicher frères. 5 fr, 
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musculaires de la région antérieure de lavant-bras : le long abducteur 
du petit doigt chez l'homme. — Lobe aberrant de la glande hépatique 
chez l'homme. — Quelques inexactitudes de la terminologie vertébrale : 
Coccyx, dernières vertèbres dorsales et vertèbres lombaires. — Spina 
biflda antérieur et postérieur. — Journal de l'anatomie et de la physio- 
logie. 1899, n» 6. p. 077-706, avec 2 pi. et ô fig. dans le texte. 

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expérimentale à la connaissance de la coagulation du sang. — Archives 
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«IRLIOGRAPIIIE. 19 

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Bulletins et Mémoires de la Société anatomique de Paris. Juin 1899, 
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pathologie générale. 1900, n" 1, p. 95-100. 
Loisel. — Voir n°» 52 et 53. 
Loyez (!«'"■ M.). — Voir n° 54. 

291 — Pasteau (0.). — Les ganglions lymphatiques juxta-vésicaux. — /!'• ses- 

sion de l'Association française d'urologie, l'rocès-rerbaux. Paris, 1900, 
p.- 382-387. avec 1 fig. 

292 — Pettit (A.). —Modifications structurales des glandes surrénales développées 

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Pugnat. — Voir n" 62. 

Rambaud. — Voir n" liC. 

Regaud. — Voir n»' 65 et 16i. 

Rocher. — Voir n" 117. 

Sacquépée. — Voir n" 118. 

Sénat. — Voir n° 166. 

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Théohari. — Voir n"' 169 et 170. 
Tourneux. — Voir n" 120. 
Verson. — Voir n° 73. 

XI. - ANTHROPOLOGIE ANATOMIQUE 

294 — Bloch (A.). — Discussion sur la platycnémie. — Bulletins de la Société 

d'anthropologie de Paris. 1899, fasc. 4, p. 417-440. 

295 — Blin et Simon. — Sur un campylogramme crânien. — Comptes rendus de 

l'Académie des .sciences. 1899, t. G.XXIX, n° 26, p. 1288-1289, avec 1 fig. 

296 — Capitan. — Présentation d'un géant. — Bulletins de la Société d'anthropo- 

logie de Paris. 1899, fasc. 4, p. 381-384, et fac. 5, p. 385-386. 

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119 p. 1900, Paris. 

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bridais. — Miscellanées biologiques dédiées au professeur Giard. Paris, 1899. 
p. 230-249, avec 5 pi. et 8 fig. dans le texte. 

299 — Godin (P.). — Sur les asymétries normales des organes binaires chez 

l'homme. — Comptes rendus de l'Académie des sciences. 1900, t. CXXX, 
n° 8, p. 530-531. 

300 — Laborde, Manouvrier, Papillault et Gellé. — Étude psycho-physlologiqiie, 

médico-légale et analomique sur Vacher. — Bulletins de la Société d'an- 
thropologie de Paris. 1S99, fasc. 5, p. 453-195, avec 5 fig. 



22 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

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chives italiennes de biologie. 1899, t. XXXII, fasc. 2, p. 220-243. 

302 — Papillault (G.). — Mode de croissance chez un géant. — Bnllelins de la So- 

ciélë d' anthropologie de Paris. 1899, fasc. 4, p. 426-447, avec 4 fig. 

303 — Salmon (Ph.). — L'anthropologie au congrès de Boulogne-sur-Mer (28" ses- 

sion de l'Association française pour l'avancement des sciences). — Revue 
de l'École d'anthropologie de Paris. 1899, n" 12, p. 379-415. 
Simon. — Voir n" 295. 

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tions squelettiques de l'homme dans les différentes races. — Bulletins de 
la Société d'anthropologie de Paris. 1899, fasc. 4, p. 328-381. 



XII. — VARIA 

(MONOGRAPBIKS. — TB.VViiUX HBKPRRMA.NT DGB REHSEIOMKUKHT8 BIOLOOIQDBS. DBSCBSDAIlCr.) 

305 — Anfrie (E.). — Coloration anomale de quelques Vertébrés observés dans la 

région de Lisieux (Calvados). — Bulletin de la Société des amis des 
sciences naturelles de Rouen. 1899, p. 37-43. 

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t. Vil, n» 3, p. 321-342. (Voir B. A., t. VU, n° 596.) 

307 — Caullery (M.) et Mesnil (F.). — Sur une nouvelle espèce de Z;a/a«ogr/ossM5 

{IL Kœhle7'i) habitant les côtes de la Manche. — Comptes rendus de la 
Société de biologie.- iWO, n° 11, p. 25G-259. 

308 — Cerfontaine (P.). — Contribution à l'étude des Octocotylidés : V. Les 

Oncliocotijlinui. — Archives de biologie. 1899, t. XVI, p. 315-478, pi. XVIII 
à XXI. 

309 — Féré (Ch.). — La température de la poule. — Journal de l'anatomie et de 

la physiologie. 1899, n" 6, p. 808-816, avec 9 tracés. 

310 — Giard (A.). — Sur l'adaptation brusque de l'épinoche (Gasterosteus tracku- 

rus Cuv. et Val.) aux eaux alternativement douces et marines. — 
. Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n" 3, p. 46-48. 

311 — Gruvel (A.). — Note sur la morphologie des formations cuticulaires des 

Cirrhipèdes pédoncules. — Procès- verbaux des séances de la Société des 
sciences physiques et nalurelles de Bordeaux. 1898-1899, p. 118-124. 

312 — Id. — Note sur la morphologie des pièces du lest chez les Cirrhipèdes 

scssiles (Balanides). — Procès- verbaux des séances de la Société des 
sciences physiques ci naturelles de Bordeaux. 1898-1899, p. 140-147. 

313 — Hecht (E.). — Notes biologiques et histologiques sur la larve d'un diptère 

{Microdoninutabilis L.). — Archives de zoologie expérimentale et géné- 
rale. 1899, 3« série, t. VU, fasc. 3, p. 363-382, avec 1 pi. 

314 ^— Letacq (A. L.). —Sur quelques Vertébrés albins observés dans le départe- 

ment de l'Orne. — Bulletin de la Société des amis des sciences naturelles 
de Rouen. 18:)9, p. 15-16. 



BIBLIOGRAPHIE. 23 

315 — Malaquin (A.). — Contribution à la morphologie générale des AnnéliJes; 
les appendices sctigères céphaliqoes des ïomoptérides. — Archives de 
zoologie expéri mentale et tjrncrule. Moles et revue. 1899, 3" série, t. VII, 
p. II-V. 

318 — Marchoux (E.). — Piroplasina canis (Lav.) chez les chiens du Sénégal. 

— Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n° 4, p. 97-98, 
avec fig. 

317 — Mégnin (P.). — Un ténia du pigeon ramier [Paloynbus torquatiis). — Vo- 

lume jubilaire du cinquantenaire de la Société de biologie de Paris, p. 279- 
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318 — Ménegaux (A.). — Sur la grasserie du Ver à soie. — Bulletin scientifique de la 

France et de la Belgique. 1899, t. XXXIl, p. 201-219, 2 flg. dans le texte. 

319 — Id. — Sur un curieux parasite du Ver à soie [Ugîmyia sericariie Ron- 

dani). — Bulletin scientifique de la France et de la Belgique. 1899, t. XXXII, 
p. 333-340, pi. IV. 
Mesnil. — Voir n" 307. 

320 — Pégot (G.). — Sur un cas d'infection parasitaire chez la Grenouille rousse 

et ses conséquences biologiques. — Comptes rendus de la Société de 
biologie. Paris, 1900, n" 7, p. 162-164. 

321 — Railliet (A.). — Trématodes hépatiques des Oiseaux. — Comptes rendus de 

la Société de biologie. Paris, 1900, n° 10, p. 239-242. 

322 — Saurai (L.-G.). — Contributions à l'élude des Hyménoptères entoniophages. 

— Annales des sciences naturelles. Zoologie. 1899, t. X, n*" 1-3, p. 1-159, 
avec 5 pi. (V. B. A., t. VII, n" 60i.) 

323 — Vaillant (L.). — Mode de locomotion singulier du Spkœrium corneum 

Linn. Mollusque lamellibranche. — Volume jubilaire du cinquantenaire 
de la Société de biologie de Paris, p, 59-62, avec 2 fig. 

324 — Van Kempen (Ch.). — Sur une série de Mammifères et d'Oiseaux présen- 

tant des variétés de coloration, des cas d'hybridité et des anomalies 
(5* série). — Bulletin de la Société zoologique de France. 1899, u°' 9-10, 
p. 213-219. 



TRAVAUX ORIGINAUX 



ÉVOLUTION TÉRATOLOGIQUE DES CELLULES SÉMINALES 

LES SPERIWATIDES A NOYAUX MULTIPLES, CHEZ LES MAMMIFÈRES 
Par Cl. REGAUD 

CHEF DBS TSAVAUX HISTOLOQIQUBS A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE LTOK 



On sait depuis loniilcm[ts qu'un grand nombre de follicules de de Graaf 
de l'ovaire n'arrivent jamais au terme normal de leur évolution, qui est la 
mise en liberté d'ovules parfaitement aptes à se développer après la féconda- 
tion. Les divers processus par lesquels ces follicules abortifs dégénèrent et 
disparaissent ont élé souvent étudiés. Or, il se passe dans le testicule des 
phénomènes comparables à ceux auxquels je viens de faire allusion, mais, 
par contre, presque inconnus. 

Dans une note récente ', j'ai signalé la chute massive de l'épithélium sémi- 
nal dans la lumière de certains tubes séminifères, et l'involution régressive 
de ces tubes débutant vraisemblablement par leur extrémité fermée. J'ai 
aussi fait connaître l'évolution abortive isolée des cellules séminales et sur- 
tout des spermalides. Ces deux phénomènes, que j'ai décrits chez le Rat, se 
rencontrent probablement chez tous les Mammifères, au cours de la sperma- 
togénèse physiologique. Dans la présente note, je me propose de décrire un 
autre mode d'évolution tératologique des cellules séminales: la formation 
de cellules à noyaux multiples. Mes premières observations sur ce sujet 
datent de près d'un an, mais dans ces derniers mois j'ai eu l'occasion de 
rencontrer des exemples nombreux et remarquables de ce curieux phéno- 
mène. Comme on le verra, plusieurs problèmes importants relatifs à la genèse, 
à la structure fine al à l'évolution de ces « tératocytes » restent encore à ébi- 
cider. La publication tout à fait récente de l'intéressant travail de Ivar 
Broman' m'a néanmoins engagé à faire connaître, quelque incomplètes 
qu'elles soient, mes "premières recherches. 

J'ai observé des cellules séminales à noyaux multiples, et notamment des 
spermatides, dans un grand nombre de testicules appartenant à des animaux 



1. Ci.. Regald, 1899-5, Notes sur la spermatogénèse des Mammifères: Note I, Les 
« bouchons cellulaires », etc.; Note II, Les « cellules séminales abortives » etc. {Biblio- 
(/laphie analomiqiie, t. Vil, fasc. 2, p. 9G-102.) 

2. IvAR Uroman, Ueber Riesenspermatiden bei Domhinator igneus. [Anat. Anzciger, Bd 
XYII. Il» 1. p. 20-30, 1900.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 25 

sains, d'espèce variée. Chez le Rat el le Cobaye, je n'en ai vu que rarement. 
Dans quatre cas, ces cellules étaient en abondance extraordinaire. Voici ces 
(lualrc cas : 

l^Un Chien adulte (Chien ap), absolument sain, dont les testicules ont été 
fixés l'un deux heures, l'autre dix-sept heures après le coït ; 

2' Un Chien adulte (Chien XXXIX), convalescent d'intoxication diphtérique 
expérimentale; un testicule était atteint d'atrophie de cause ancienne incon- 
nue, et l'autre (dont il est seulement question ici) était à peu près normal; 

2° Un Verrat adulte et sain (Verrat I), dont les testicules ont été fixés après 
trois coïts dans les vins;t-quatre heures; 

4" Un Hérisson adulte et sain (Hérisson 11), tué le 25 novembre, avant le 
commencement du sommeil hivernal, et dont la spermatogénèse était déjà 
fort ralentie. 

Plutôt que de généraliser à tort et de confondre en une description com- 
mune des observations assez disparates, je préfère étudier séparément ces 
quatre cas. 

Chien a p. — Dans les deux testicules de ce Chien il n'existait aucune for- 
mation pathologique. 

Cependant, l'épilhélium séminal est loin de présenter dans tous les tubes 
son aspect habituel. Dans les deux testicules, il y a un grand nombre de tubes 
où la quantité des cellules dites de la lignée séminale (spermatogonies, sper- 
matocyles, spermatides) est diminuée, et d'autres dans lesquels ces cellules 
font presque complètement défaut. H ne faut pas en conclure que la sperma- 
togénèse est ralentie ou abolie: son intensité ne doit pas se mesurer seule- 
ment par le nombre des cellules séminales existantes, mais aussi par l'activité 
de leur néoformation dans la zone génératrice. Or, la zone génératrice, loin 
d'être au repos, montre en beaucoup d'endroits une activité considérable 
dans la multiplication amitotique des noyaux de Sertoli et dans la différen- 
ciation des spermatogonies. Les spermatocytes plus ou moins clairsemés dans 
le protoplasma syncytial présentent d'ailleurs un nombre considérable de 
karyokinèses, surtout dans celui des deux testicules qui a été enlevé dix-sôpl 
heures après le coït. 

On peut caractériser brièvement ces tubes pauvres en cellules séminales 
ou même totalement dépourvus de ces cellules, en les appelant tubes oligo- 
spermatiques et aspermatiques. Quant aux tubes dont l'épilhélium séminal 
est non seulement vide de cellules de la lignée séminale, comme dans le cas 
précédent, mais stérile, on peut les appeler tubes oligospermalogènes et 
aspermatogènes. La plupart des tubes séminifères du chien dont je m'occupe 
étaient oligo- ou aspermatiques, tandis que dans beaucoup d'autres circons- 
tances normales ou pathologiques, ainsi que dans les segments terminaux des 
tubes séminifères, l'épithélium est oligo- ou aspermatogène. 

Dans les tubes séminifères oligo- ou aspermatiques du chien a jB, la mem- 



26 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

brane propre esl tapissée par le syncytium sertolien, contenant ou ne conte- 
nant pas dans son protoplasma des cellules de la lignée séminale -isolées ou 
groupées en petit nombre. Contre la membrane propre se trouvent les noyaux 
du syncytium, ou noyaux de Sertoli, avec un nombre variable de spermato- 
gonies différenciées. Au-dessus de cette zone génératrice règne un proto- 
plasma indivis, à structure magnifiquement filamenteuse et alvéolaire. Les 
filaments pendent en faisceaux onduleux ou rectilignes dans la lumière du 
tube, lumière très irrégulière, qui n'est souvent qu'un alvéole plus grand ou 
qui résulte de la confluence d'alvéoles creusés dans le protoplasma syncy- 
tial. 

Sur de tels tubes séminifères, on peut faire la vérification la plus évidente, 
je dirais presque la plus éclatante, des idées que j'ai émises et des faits que 
j'ai publiés depuis un an sur la constitution de l'épithélium séminal, sur la 
structure des a cellules de Sertoli » et sur leur rôle dans la spermato- 
génèse'. 

Chez le Chien dont je m'occupe, il y a en outre un grand nombre de tubes 
séminifères qui présentent la disposition normale et classique de l'épithélium 
séminal. On y voit notamment la formation connue sous le nom de « sperma- 
toblaste » ou mieux de spermatopliore. Cette formation fait défaut dans les 
tubes oligospermutiques; elle est contingente, et due principalement, comme 
j'ai eu déjà l'occasion de le dire, à la poussée simultanée de générations 
cellulaires d'âge différent, évoluant côte à côte d'une façon alternante. 

En immense majorité, les cellules séminales sont normales. Mais il y en a 
un grand nombre — un plus grand nombre que d'ordinaire — qui ont une 
évolution abortive et subissent les processus dégénératifs étudiés par 
P. Boum* chez le Cobaye dans des conditions nettement pathologiques. A cet 



1 . La conception de la spermatogénèse à laquelle j'ai fait allusion dans les lignes qui 
précèdent diffère considérablement de la manière de voir classique. J'en rappelle briève- 
ment les points essentiels : les éléments connus sous le nom de « cellules de Sertoli » 
sont fusionnés en un syncytium à structure fibrillaire et alvéolaire dans lequel les autres 
éléments séminaux sont toujours plongés depuis leur naissance jusqu'à la fin de leur 
évolution. Les spermatogonies, d'où proviennent, par karyokinèses et métamorphoses, les 
spermatocytes et les spermatides, proviennent elles-mêmes des noyaux et du syncytium 
sertolien, par amitose des noyaux, individualisation d'une masse protoplasmique et évolu- 
tion de la cellule ainsi formée. 

Pour plus de détails, je renvoie à mes communications de l'année dernière : 
Cl. Uecaud, I89'J-1. Les glandes génitales, dans le Traité d'histologie pratique de 
J. Renaut, t. Il, 2" fasc, Paris, Rueff, 1891). 

Id., 1899-2. C. R. de l'Assoc. des Anatomistes , 1" session, Paris, p. 21-31., 

1d., 1899-3. Bibliogr. anat., Yll, 1, p. 39-52. 

Id., 1899-4. Verhandl. der Anat. Gesellsch., Xlll» Yersamml., Tûbingen, p. 42-57. 

2. P. Boi'iN. Phénomènes cytologiques anormaux dans l'histogenèse et l'atrophie expé- 
rimentale du tube séminifèrc. {Thèse de Nancy et Archives d'Anat. microscopique, t. I, 
1897.) 



travaux' originaux. 27 

égard, je ferai remarquer qu'il ne faut pas nécessairement conclure, de la pré- 
sence de ces éléments aborlifs, à l'existence d'un processus pathologique : 
outre que je les ai rencontrés, en plus ou moins grande abondance, dans 
tous les testicules normaux — et ils sont nombreux — que j'ai examinés 
depuis deux ans, j'ai trouvé qu'il y en a beaucoup chez les animaux maintenus 
en continence forcée pendant longtemps loin des femelles, ainsi que chez les 
animaux hibernants (Hérisson, Marmotte) au début du repos testiculaire 
hivernal'. 

Dans les testicules de ce Chien, on rencontre quelques spermatocytes à 
deux noyaux, qui proviennent évidemment de spermatogonies ayant subi la 
karyokinèse sans division du corps cellulaire. Mais de telles cellules sont 
assez rares. On comprend aisément que, si l'absence de division du cytoplasme 
persiste lors des deux mitoses successives du spermatocyle à deux noyaux, 
il puisse en résulter des spermatides à plusieurs noyaux. Je crois en effet 
que certaines spermatides géantes mullinucléées ont cette origine. 

Les spermatides à plusieurs noyaux sont beaucoup plus nombreuses. On 
en rencontre à divers stades de leur métamorphose en spermatozoïdes, avec 
une fréquence relative très inégale. 

Les plus fréquentes sont au stade jeune, avec des noyaux sphériques non 
encore modifiés. Beaucoup d'autres montrent un début de inélamorphose du 
corps juxtanucléaire (sphère), aux dépens duquel se forme une « vésicule ar- 
choplasmique » très développée. Il ne m'a pas encore été possible de suivre 
les phases suivantes de leur évolution. Mais j'en ai trouvé plusieurs dans les- 
quelles les noyaux étaient devenus des têtes de spermatozoïdes. 

11 résulte de cela que plusieurs générations de spermatides, nées à des mo- 
nienls différents, ont été exposées à l'influence téralogène. Cette influence 
n'a donc pas été instantanée et passagère, mais au contraire persistante. Elle 
durait encore aux moments où les testicules ont été fixés, puisque nous allons 
voir s'effectuer des mitoses anormales d'où naîtront des tératospermatides. 

Les spermatides à noyaux multiples et les mitoses anormales se rencontrent 
non seulement dans les tubes oligo-ouaspermatiques, mais encore et surtout 
dans les tubes dont l'épithélium séminal a l'aspect ordinaire. Cette constatation 
est à retenir. Tantôt ces cellules ont une situation normale dans le syncytium 
et rien n'est changé dans leurs rapports ordinaires avec les cellules sémi- 
nales voisines, tantôt et le plus souvent, il m'a semblé qu'elles ont une situa- 
lion particulièrement superficielle par rapport à l'épithélium. Fréquemment 
elles sont dans la lumière des tubes, complètement détachées de l'épithélium, 
bien que leur évolution en spermatozoïdes soit bien loin d'être achevée. Cela 



1. Cl. Regaud, 1900-2. Dégénérescence des cellules séminales chez les Mammifères, en 
Pabsence de tout état pathologique (Comptes tendus de la Société de biologie). Séance 
du 17 mars. 



28 



FiIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



est aussi 1res imporlaiU : on coi^'oit aisément que la perle prématurée de 
leurs connexions avec le syncytiuni nourricier puisse être une cause d'évolu- 
tion anormale ou de dégénérescence pour ces cellules. 

Les spermatides à noyaux multiples peuvent être classées en deux caté- 
gories : celles qui ne montrent aucun stigmate de dégénérescence et celles qui 
sont en train de dégénérer. La dégénérescence paraît pouvoir débuter i\ un 





Fia. 1. — .Spermatide à noyaux multiples, 
im'galité frappante des noyaux. 



FiG. 2. — Spermatide à noyaux multiples. Les 
noyaux, ainsi qu'en témoigne la disposition 
de leur chromatine, sortent de mitose. 



a 




Fia. 4. — Spermatide à noyaux multiples 
inégaux, en voie de pycnose. 



Fio. 3. — Spermatide à deux noyaux en voie 
de reconstruction à la fin d'une mitose, 
.absence de division du cytoplasme. 

FiG. 1-4. — Chien a?. Testicule enlevé 17 heures après le coït. Fixation par le bichromate acétique, 

19.37 
coloration à l'hématéine et l'éosine. Grpssissement du dessin —— (1) • 

moment quelconque de leur métamorphose en spermatides, mais avec une 
fréquence incomparablement plus grande pendant ou immédiatement après 
Tune des mitoses spermatocytaires. 



(I) Tous les dessins out été faits au moyen de l'appareil Zeiss-Abbe, d'un objectif Zeiss 

apochroniatique —^ et d'un oculaire compensateur 12. 
1 ,40 



TRAVAUX ORIGINAUX. 29 

Voici les principaux types de téralospermatides que j'iti observés chez ce 
Chien : 

a) Spermatides à deux noyaux normaux et égaux. Ce type est le plus fré- 
((ueut. L'oriiçine de la malformation ne fait pour moi aucun doute. Jamais 
je n'ai rien observé qui puisse faire penser ici à un processus amitotique sur 
un noyau de spermatide uninucléée. Je pense que la cause est toujours un 
défaut de division du corps cellulaire sur un -spermatocyte de deuxième ordre, 
à la fin de la dernière karyokinèse. J'ai d'ailleurs pris sur le fait ce processus 
et j'en ai dessiné un exemple parmi plusieurs (f»g. 3). Cependant, un certain 
aspect de ces spermatides hinucléées rappelle à première vue un processus 
amitotique. Souvent, en effet, on voit les deux noyaux aplatis en face l'un de 
l'autre ou même nettement excavés (fig. 10, hérisson). Je me suis convaincu 
que cet aspect lient à un début de développement de la « vésicule archoplas- 
mique >, entre les deux noyaux contigus; ce qui le démontre, c'est la défor- 
mation typique des noyaux des spermatides normales voisines de la térato.s- 
permatide. D'ailleurs, on rencontre beaucoup de spermatides'à deux noyaux 
contigus, quoique parfaitement sphériques ; ces dernières sont à un- stade 
moins avancé que celles à noyaux aplatis ou excavés. Je n'ai malheureuse- 
ment pas encore pu suivre plus loin la métamorphose des spermatides à deux 
noyaux. 

h) Les spermatides à trois noyaux normaux 
ctégaux ne sont pas beaucoup plus rares que 

les précédentes. Elles présentent parfois la " ^ 

même déformation du noyau. Leur origine est lu^ 

manifestement liée à l'existence de mitoses «S.^tlltl 

tripolaires régulières sur les spermatocytes de • ^Çî*^ 

deuxième ordre (fig. 5). De telles mitoses sont. \ ^\ 

fréquentes. 

c) Quehpies spermatides renfermant quatre 
ou cinq noyaux normaux et égaux (fig. 2). '7Ù;:.:^.t:T^::::Z 
résultent certainement aussi de mitoses à i«-' bichromate acétique, coioratiou 

. • .1 1. • 1 -1 , ■ par rhématèiuc et l'éoaine. 

quatre OU cmq noies. J ai observe deux OU trois _, ,. 

. '■ ' Mitose tripolaire. 

mitoses tétrapolaires à peu près régulières. 

rf) Mais il paraît difficile d'attribuer à des mitoses pluripolaires régulières 
de spermatocytes de deuxième ordre les spermatides assez fré((uenles qui ont 
de huit à quinze noyaux et plus, noyaux d'aspect normal et égaux. Il paraît lo- 
gique, étant donnée la constatation de spermatocytes de premier ordre à deux 
noyaux, de penser à la possibilité de deux mitoses bipolaires ou pluripolaires 
successives, sans division du corps cellulaire. Peut-être môme peut-il se faire, 
un mélange de mitoses bi- et pluripolaires une seule fois ou deux fois de suite : 
il en résulterait, dans ce dernier cas, des spermatides à noyaux nombreux, 



30 BIOLIOGRAPIIIE ANATOMIQUE. 

très légèrement inégaux. E'Teclivement, on voit parfois dans les spermatides 
à noyaux nombreux quelques noyaux un peu plus gros ou plus petits que la 
moyenne'. Il s'agit toujours, jusqu'à présent, de noyaux qui ressemblent en 
tous points à ceux des spermatides normales. Ces noyaux, lorsqu'ils sont 
nombreux, sont toujours groupes en amas compact, ou disposés en couronne. 
Je ne sais rien, pour le moment, sur la constitution du ou des corps juxta- 
nucléaires de ces tératospermatides, ni sur les détails de leurs métamor- 
phoses ultérieures. Beaucoup de ces cellules ne montrent aucun stigmate de 
dégénérescence. 

Les types précédents peuvent en somme être rapportés à l'absence de 
division du corps cellulaire, après des divisions spermatocytaires bi- ou 
multipolaires régulières. Il n'en est pas de même des types suivants. 

e) Dans un certain nombre de spermatides à noyaux multiples, les noyaux 
sont de taille très inégale. Le cas le plus simple est celui d'une spermatide à 
deux noyaux, l'un plus gros, l'autre plus petit que la moyenne normale. La 
même particularité peut se présenter dans des spermatides à trois, quatre, 
etc., noyaux. Tantôt l'inégalité de taille des noyaux, tout en étant manifeste, 
n'est pas très considérable; tantôt, au contraire, elle est extrèmsiment mar- 
quée. Il en est ainsi dans la tératospermatide représentée par la figure i. 
Les noyaux de taille inégale peuvent présenter une structure normale, mais 
c'est exceptionnel. Le plus souvent, de telles cellules sont atteintes de dégé- 
nérescence ; les noyaux sont pycnotiques, c'est-à-dire que leur chromatinc 
est condensée en une sphère, pleine ou creuse, fortement colorable par 
l'hématoxyline et d'autres couleurs; le protoplasma est vitreux, lui aussi 
fortement colorable par l'éosine, le vert lumière, etc. Dans ces cellules, les 
noyaux sont représentés par des boules parfaitement sphériques, de taille 
inégale (fig. 4). 

L'examen attentif de mes préparations, en me faisant découvrir un grand 
nombre de spermatides multinucléées pycnotiques, très variées quant à la 
taille et au nombre des noyaux, m'a permis de saisir pour ainsi dire sur le fait 
la naissance de ces tératocytes. Le phénomène initial est la production de 
mitoses spermalocyl aires, bipolaires ou multipolaires irrégulières. 

Dans les testicules de ce Chien, le nombre des mitoses spermatocytaires 
est très considérable, probablement même anormalement exagéré. La plu- 
part de ces mitoses sont bipolaires et tout à fait régulières. Mais un assez 
grand nombre d'autres montrent du refard, de Vinégalité dans la répartition 
des chromosomes et enfin, souvent, de la dispersion des chromosomes hors 
des limites du fuseau. Le simple retard, l'absence de simultanéité dans la 
migration polaire des chromosomes n'est pas un phénomène anormal ; après 



1. L'inégalité des noyaux, même dans ce cas, peut aussi résulter de la répartition iné- 
gale de la cliromatiue, au cours de mitoses irrégulières (voir plus loin). 



TRAVAUX ORIGINAUX. 31 

Lenhossék' et d'autres auteurs, je l'ai rencontré bien souvent sur les sper- 
matocytes du Rat, et je ne crois pas qu'il en résulte, chez cet animal, des 
spermatides tératologiques. Mais chez le Chien dont il est question ici, ce 
désaccord est vraiment frappant; il n'est pas rare de voir certains chromo- 
somes arrivés aux pôles, alors que la majorité n'a pas encore quitté l'équateur 
du fuseau ; ou bien un ou deux sont restés à l'équateur, tandis que les noyaux- 
fdssont déjà envoie de reconstitution. Plusieurs fois, j'ai vu la répartition des 
chromosomes entre les deux pôles se faire inégalement, l'un étant favorisé 
au détriment de l'autre. Enfin, très souvent, on voit des chromosomes aber- 
rants, en dehors du fuseau, parfois reliés à l'un des pôles par des filaments 
spéciaux, parfois aussi semblant complètement isolés. Dans certaines figures 
milosiques, la désorientation est telle que l'on ne reconnaît plus aucune dis- 
position normale. 

Ces cellules en mitose irrégulière sont 
parfois saisies par la dégénérescence en 
plein processus de division. J'en représente 
ici un exemple remarquable (fig. 6) : dans ^ 
une grosse cellule, à proloplasma vitreux, 
creusé de vacuoles et fortement coloré par 
l'éosine, on voit une vingtaine de petits glo- W 

bules colorés en violet opaque par l'héma- 
léine, tous égaux. Je crois que ces globules 
sont des chromosomes pycnoliques qui ont fio. g. — Même préparatiou que pour la 

dégénéré isolément au cours d'une mitose. figure 5. Grossissement du dessin — . 

Quelques-uns d'entre eux sont encore or- Spermatocyte dégénérant après la ka- 

domiéS en une plaque équatoriale ; d'autres ryokinèse. Les chromosomes sont rcpré- 

j. . r\ 11 1 1 • sentes par des boules égale», régulières, 

sont disperses. Dans cette cellule abortivej intensément colorée^ dont quelques- 
un gros corps, coloré en rouge violacé, me V"*'* *°"* """"'•' disposées m plaque 

" ' ^ ' équatoriale. Le cytoplasme est vitreux 

paraît représenter le corps juxtanucléaire et vacuouirc. 11 y a un gros corps sphé- 
du spermatocyte. J'ai observé plusieurs té- f^/a/r s^Lr™ "" '"'^""'"'^ 
ratocytes analogues, dans lesquels les glo- 
bules chromatiques sont très inégaux : ce que j'attribue à la fusion partielle 
de chromosomes, avant le début de la dégénérescence. 

Bref, je pense que, lors des mitoses spermalocytaires, bipolaires ou multi- 
polaires, il se produit parfois une dislocation du fuseau et des chromosomes 
qu'il supporte. Tantôt, la cellule est saisie par la dégénérescence et alors 
nous est conservée avec la disposition des chromosomes telle qu'elle était au 
dernier moment ; tantôt elle continue à évoluer et devient une téralosperma- 
lide à noyaux très inégaux. , 




1 . M. V. Lenhossék. Untersuchungen ùber Spermatogenese. (Arch. f. rnOir. Anat. M 
Ll, 1898, pi. XllI, fig. 11.) 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 





Chez ce Chien, je h'jm pas pu suivre le développement ultérieur de ces 
léralocyles. J'ignore encore ce que deviennent le corps juxlanucléairc et les 
cenlrosomes; je ne sais rien du développement possihle des filaments axiles. 
Cependant, il est certain que de telles cellules continuent à évoluer. J'ai ren- 
contré, dans la lumière de tubes séminifères, de gros éléments dans lesquels, 

à côté de noyaux ayant conservé leur aspect 
ordinaire, il y a des tètes de spermatozoïdes 
bien reconnaissablos, les unes rudimentaires, 
N^y I' '^ ^ '^^ autres bien conformées (tig. 7). Certains 

TN"CS"<r^(<gS| afcb. noyaux des spermatides multinucléées possè- 
dent donc, à l'exclusion de certains autres, la 
potentialité évolutive spécifique. J'espère que 
de prochaines recherches, faites avec la mé- 
thode de coloration à l'hématoxyline ferrique, 
m«; permettront de suivre de plus près l'évo- 
lution de ces curieux éléments. 

Quelle est la cause de la profonde perturba- 
tion apportée dans la spermatogénèse chez ce 
Chien? Sans pouvoir encore rien affirmer, je 
pense que le coït n'y est pas étranger. On sait 
que, chez le Chien, le coït est extrêmement 
long; il dure une heure, parfois deux heures 
et plus, quand les animaux ne sont pas déran- 
gés, ce qui. était le cas ici. 
J'émets l'hypothèse que ce coït prolongé « exprime » l'épithélium séminal, 
des éléments séminaux qu'il contient. Ceux qui sont mûrs sont rapidement 
expulsés, peut-être même éjaculés; un certain nombre d'autres achèvent de 
mûrir, rejoignent les précédents ou les remplacent. En tout cas, les rela- 
tions entre les cellules séminales (spermatocytes et spermatides) et le syncy- 
tium nourricier sont probablement compromises sur bien des points el il 
peut en résulter une fréquence anormale de tératocytes de tout ordre. 

J'ai réalisé, avec un élève du laboratoire d'histologie, M. Slnat, un cer- 
tain nombre d'expériences sur des Lapins, sans obtenir, dans les testicules 
de ces animaux prélevés un temps déterminé après le coït, des phénomènes 
comparables à ceux que j'ai observés chez le Chien. Mais les conditions sont 
très différentes chez ces deux espèces. J'espère que de nouvelles expériences 
sur le (]hien transformeront en certitude l'hypothèse que j'ai formulée plus 
haut. J'aurai d'ailleurs l'occasion de reparler de l'influence du coït, à propos 
du Porc 1 (v. plus loin). v 



Via. 7. — Même préparation que pour 
la figure 5. 

Spermatozoïde monstrueux trouvé 
près de l'abouchement d'un tute sé- 
niinifèrc dans le rete teatis. Cette 
cellule contient deux noyaux non 
transformés et 18 têtes de sperma- 
tozoïdes, rudimentaires, vues les 
unes de profil, les antres de face ou 
obliquement. 



Chien XXXIX. — Ce chien adulte et d'aspect absolument sain a été sou- 
mis à une intoxication diphtérique, dans le but de déterminer des lésions du 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



3S 



myocarde. Il lut tué, encore malade, environ trois semaines après l'into-vi- 
cation. Le testicule droit était petit, mou au toucher et fibreux à la coupe. 
L'autre paraissait normal. 

Je ne parlerai pas du petit testicule qui est très intéressant à plusieurs 
autres points de vue, mais pas à celui dont je m'occupe actuellement. 

L'examen histologique a montré que le testicule gauche, qui paraissait 
normal, ne l'est pas en réalité. Un grand nombre de lubes sont tapissés, il 




/ • 



Fio. 8. 



• Testicule du Hérisson II. Spermatide géante contenant 35 noyaux. Les contours des noyaux 
ont été de.s.siné8 à la chambre claire. 



est vrai, par l'épithélium séminal habituel; mais beaucoup sont complètement 
aspermatogènes ou bien oligosperinatogènes. Enfin, en de nombreux points, 
les tubes sont tout a fait rudimenlaires ou même ont disparu: leur place est 
occupée par des nodules compacts de cellules interstitielles richement déve- 
loppées, nodules très vasculaires et ressemblant étrangement à du tissu glan- 
dulaire à sécrétion interne. 

Je m'empresse d'ajouter que je n'attribue pas à l'intoxication diphtérique 
le moindre rôle dans l'édification de Qes lésions iesticulaires. Ce sont là des 
lésions anciennes, dues probablement à un processus innammaloire passé à 
l'état chronique ou bien ayant laissé des cicatrices. Ce processus a frappé 
principalement le testicule droit. 

Dans les tubes séminifères du testicule gauche, on rencontre un grand 



BlULIOOK. ANAT., T. VIII, rASC. 1. 



34- DIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

nombre de cellules séminales à noyaux mwlliples. Les spermalocyles ren- 
fermant de 2 à 7 noyaux sont abondants. Les mitoses spermatocylaires assez 
rares, infiniment moins abondantes que cbez le Chien « p, se terminent sou- 
vent par pycnose des éléments chromatiques. J'ai rencontré des spermato- 
cyles de deuxième ordre à plusieurs noyaux. Les spermatides polynucléées 
sont très nombreuses. Mieux que chez le Chien ap, on peut suivre leur 
évolution. On voit ainsi qu'il peut se développer une vésicule archoplasmique 
commune, autour de la(|uelle les noyaux sont rangés en couronne. D'autres 
fois, il y a plusieurs vésicules archoplasmiques. Souvent, les noya ix sont 
munis d'une « manchette caudale » traversée par un filament axile qui sort 
ensuite de la cellule. Enfin, j'ai vu plusieurs exemples de ces tératosperma- 
tides dont les noyaux avaient subi la métamorphose en têtes de spermato- 
zoïdes: l'une de ces cellules contenait, outre plusieurs noyaux non transfor- 
més, plus de 30 têtes de spermatozoïdes ! La signification des noyaux non 
transformés, coexistant dans la même cellule avec des têtes de spermato- 
zoïdes, m'échappe absolument. 

Je n'insiste pas davantage sur ce Chien. Les tératocytes qu'il m'a montrés 
sont susceptibles d'être expliqués de la même façon que pour le Chien a p. 
Quant à la cause tératogène, elle est obscure, en raison de la complexité des 
influences pathologiques auxquelles le testicule a été soumis ; il n'est pas 
possible de faire la part qui revient à l'intoxication diphtérique et de ce qui 
est dû à la lésion chronique antérieure. 

Verrat I. — Cet animal était un adulte jeune, tué à l'abattoir, après avoir 
couvert trois femelles en vingt-quatre heures. 

Certaines parties du testicule sont tout à fait» normales. D'autres, dans le 
même organe , sont extraordinairement bouleversées. Le tissu conjonclif 
inlertubulaire occupé, comme on* le sait, en majeure partie chez cet animal 
par des cellules interstitielles d'aspect épithélioïde, est infiltré de leucocytes 
polynucléaires. Les vaisseaux capillaires sont gorgés de sang et en beaucoup 
d'endroits, il y a des hémorragies interstitielles; l'épithélium séminal est 
partout disloqué et on y trouve une quantité prodigieuse de tératocytes à 
noyaux multiples. 

Ces tératocytes présentent la plus grande variété : spermatocytes à toutes 
les phases, contenant de 2 à iO noyaux et plus, les uns pycnotiques, les 
autres de structure normale ; les uns à noyaux égaux, d'autres à noyaux très 
inégaux, géants et nains ; mitoses absolument désordonnées, dont beaucoup 
dégénèrent par chromosomes isolés ou par groupe de chromosomes; sperma- 
tides contenant un nombre quelconque de noyaux, dégénérées ou non, à toutes 
les phases de leur métamorphose. Nulle part, dans les régions ainsi troublées, 
on ne retrouve l'ordonnance normale de l'épithélium séminal. 

Je ne ferai pas ici la description détaillée des divers types de tératocytes 



TRAVAUX ORIGINAUX. J35 

que j'ai rencontrés dans ce testicule. Ce qui est le plus frappant, ce sont les 
spermatocytes renfermant à la fois des noyaux géants et des noyaux nains : 
tératocylôs dus évidemment à la répartition inégale des chromosomes, lors 
des mitoses bi- ou pluripolaires des spermatogonies. 

Faut-il, ici encore, incriminer le coït, comme cause des perturbations ren- 
contrées dans le testicule? On est tenté de le faire, mais il est préférable de 
rester réservé en attendant de nouveaux documents. Je ferai remarquer ce- 
pendant que la congestion intense du tissu conjonclif et son infiltration par 
de nombreux leucocytes sont des phénomènes aigus, récents, peut-être impu- 
tables au coït répété et en tout cas parfaitement capables d'avoir causé le 
bouleversement de l'épilhélium séminal. 

Hérisson II. — Ce Hérisson, adulte et sain, a été tué le 25 novembre, 
avant l'hibernalion. 

Les testicules ne présentent aucune lésion, mais la spermalogénèse y est 





KiG. 10. — Sperinatiile à deux noyaux accolés 

; " ' et séparés par une fente d'aspect amito- 

tique. Cet aspect tient au développement 

Fio. 9. - Spennatide à deux noyaux jeunes, 'l'""»» « vésicnle archoplasmique . commune 

non encore modifiés et un peu inégaux. ""^ ''"ux noyaux. Les spermatides voi.sincs 

à an seul noyau avaient la même forme. 

Fia. 9 et 10. — Testicule du Hérisson II. Fixation par le mélange de HouiN. Coloration par l'béma- 

téine et l'éosine. 

notablement ralentie. Toutefois, on n'y voit qu'un petit nombre de tubes oli- 
gospermatiques et pas de tubes tout à fait aspermatogônes. Seulement, il y a 
très peu de mitoses; çà et là des vides se font dans l'épithélium séminal, 
dégarnissant le syncytium sertolien. Enfin, phénomène très remarquable, il 
se forme dans la couche génératrice un très grand nombre de spermatogonies 
oviformes (ovules mflles). Je ne fais que signaler ici ce dernier fait sur lequel 
je compte revenir en détail prochainement. 

Le nombre des cellules séminales abortives est plus considérable que d'or- 
dinaire. Les cellules à noyaux multiples sont en nombre qiodéré, comme 
chez le Chien a p. Je n'en donnerai pas la description détaillée pour ne pas 
faire d'inutiles repétitions. Parmi les spermatides multinucléées, le plus 
grand nombre ne sont nullement dégénérées. Les pycnoses sont très rares. 
Certaines spermatides sont vraiment gigantesques. J'en ai vu qui contenaient 
30 à 40 noyaux. 



30 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

J'ai pu suivre assez bien, sur des coupes fixées par le mélange picro-for- 
mol-acétique de Boum et colorées à l'iiémaloxyline ferrique, les métamor- 
phoses successives des centrosomes, la croissance du filament axile et les 
transformations du noyau. J'ai vu des spermatozoïdes jumeaux possédant 
deux tètes, deux queues et unis par une masse proloplasmique commune 
englobant les têtes, mais je n'ai pas encore pu trouver de tels éléments en 
assez grand nombre pour suivre pas à pas leurs dernières métamorphoses. 





FiO. 11. — Testicule du Hérisson II. Même 
préparation que pour la figure 8. Grossisse- 
1371 
1 



ment du de.ssin ' 



Spermatide à noyaux multiples (sur 15 
noyaux, 11 seulement ont été dessinés). 



FlO. 12. — Testicule du lléii son II. Même 
préparation que pour la figure 8. 

Spermatozoïde monstrueux, analogue 
à celui de la figure 7. 



Chez ce Hérisson, j'ai rencontré quelques mitoses pluripolaires irrégu- 
lières. 

Le mécanisme de la formation des spermatides à noyaux multiples me paraît 
le même que celui exposé à propos du Chien a p. 

Quant à la cause tératogène, elle dépend probablement du ralentis.sement 
de la spermatogénèse précédant le repos testiculaire hibernal. J'ai examiné, 
pour essayer de m'en assurer, plusieurs testicules appartenant à d'autres 
Hérissons; mais je n'ai pas retrouvé cette période de ralentissement probable- 
ment très brève; ces testicules étaient déjà au repos. Je n'ai pas davantage 
encore pu tomber, chez la Marmotte, sur la phase préhibernale. Ce n'est 
donc que sous tputes réserves que j'émets l'idée d'une relation entre le com- 
mencement du repos hivernal et la production des tératocytes séminaux. 



11 est probable ({ue les cellules séminales à noyaux multiples ont été obser- 
vées depuis longtemps. On sait que les premiers histologistes qui ont étudié 
la spermatogénèse des Mammifères (Henle, Kolliker, La Valette Saint- 



TRAVAUX ORIGINAUX. 37 

George", etc.) adinetlaienl l'existence de certaines cellules à noyaux mul- 
tiples, spermatocytes ou spermato gemmes, qu'ils considéraient comme une 
phase normale précédant l'individualisation des cellules séminales définitives. 
Ebner (1888)* a montré que ces spermatocytes sont des produits artificiels 
résultant de l'accolement et du fusionnnement de cellules en réalité isolées, 
sous l'influence des réactifs dits physiologiques (sérum artificiel, humeur 
aqueuse, etc.) dont on se servait pour dissocier le parenchyme testiculaire 
frais. Peut-être les spermatocytes avaient-ils, sinon toujours, du moins dans 
un certain nombre de cas, une existence réelle. 

Dans les testicules pathologiques, les cellules séminales à noyaux multiples 
sont sans doute très fréquentes, et il est probable qu'elles ont déjà été signa- 
lées çà et IJ» dans les descriptions isolées des lésions lesliculaires. Je n'ai pas 
encore eu le temps de m'en assurer. 

On trouve, dans le travail de Moore(1894)', que les spermatides du Chien 
sont souvent polynucléées. L'auteur admet que, normalement, les sperma- 
tides de cet animal se divisent par amitose. Après avoir moi-même étudié la 
spermatogénèse du Chien, je me suis assuré que les spermatides naissent bien, 
comme chez le Rat, le Cobaye, etc., par une double :nitose des spermato- 
cytes. Comme chez tous les Mammifères jusqu'ici étudiés, entre ces deux 
mitoses il y a une phase de repos qui correspond à la forme cellulaire que 
Lenhossék (1898) appelle ce//M/erf'EBNER. En résumé : première mitose (grosse 
mitose) sur un spermatocyte de premier ordre, donnant naissance à deux 
spermatocytes de deuxième ordre, — chaque spermatocyte de deuxième 
ordre se constitue à l'état de repos complet {cellule ^'Erner), — chaque cel- 
lule d'EBNER, par une deuxième mitose spermatocytaire (petite mitose), donne 
naissance à quatre spermatides qui ne se divisent plus, ni par mitose, ni par 
amitose, mais se transforment chacune en spermatozoïdes. Certes, les divers 
Mammifères diffèrent entre eux par de nombreux détails cytologiques inté- 



1 . La Valette Saint George [Die Spermatogcnesc bei den Sûugethieren und dem 
Menschen, Programme, Bonn, 1898,25 pp. 1 pi.) admet encore Texistence, dans l'épithé- 
lium séminal de Phomme, de spermaiogemmes, ou cellules séminales à noyaux multiples 
(/oc. cit. p. 19). « De telles formations sont très rares •, dit-il. Il s'agit vraisemblable- 
ment de lérato-spermalides à noyaux multiples. 

2 Ebner (V. vos). Zur Spermatogénèse bei den Sâugethieren. (Arch. f. mikr. Anat. 
M XXXI, 1888; voy. p. 249-250.) 

3. HooRE (J. E. S.). Some points in Ihe Spermatogenesis of mammalia. (Jnlernat. 
Journ. of anat. XI, 1894.) « In dogs, (he spermatids at a period obviously corresponding 
to the one whicli l hâve just described (chez le Rat), schow numcrous groups of three, 
four, or even five nuclei, in the same irregular raass of cytoplasm. Thèse multi-nucleate 
masses are by no means uncommon throughout mammailan and other spermatogeneses. 
In dogs there is not the slightest doubt that they résuit from repeated a kinelic division 
of the nucleus. I hâve represenled stages of this process in figures 30, 31 ; theoretically, 
it seenis to hâve a great deal of iraporlance... » (P. 151-152 ) 



38 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

ressant les dernières comme les premières phases du processus spermalo- 
génétique, mais le plan général ne varie pas. Je pense donc que les sperma- 
tides mullinucléées de Moore sont des lératocytes. Quant à ce que Moore 
croit être un processus amitotique, j'ai dit plus haut que c'est une apparence 
due au développement de la « vésicule archoplasmique » entre deux noyaux 
conligus. 

Récemment, Sappin Trouffy (1899)' a repris, pour la spermatogénèse 
de l'Homme, l'idée émise par Moore pour le Chien. Il est utile de remar- 
quer que la pièce unique qui a servi à l'auteur à établir ce qu'il croit être un 
processus normal est un testicule tuberculeux. D'après Sappin-Trouffy, les 
cellules séminales se divisent d'abord par division indirecte, puis par division 
directe ou fragmentation. La fragmentation aboutit à la formation de cellules 
à quatre noyaux; ce serait un processus de réduction chromatique. Sans 
avoir vu les préparations sur lesquelles la description de ce processus est 
fondée, on ne saurait savoir avec certitude si l'auteur a vu réellement des 
spermatides se fragmenter par amitose, ou bien s'il s'est trouvé en présence 
de téralospermatides. En tous cas, la prétention de l'auteur d'ériger en loi 
normale pour l'Homme les faits bizarres qu'il décrit sommairement d'après 
un cas pathologique, se passe de commentaires. On s'aperçoit d'ailleurs, à la 
lecture de la note et du mémoire de Sappin-Trouffy, qu'il n'est bien familier 
ni avec la cytologie en général, ni avec la spermatogénèse en particulier. 

Il y a quelques semaines, Ivar Broman {toc. cit.) a fait connaître la pré- 
sence de spermatides géantes mullinucléées dans les ampoules lesticulaires 
de Bombinalor igneus, particulièrement en août et en septembre. Les noyaux 
sont généralement nombreux ; ils sont tantôt égaux, tantôt inégaux. Les 
figures 1-3 que donne l'auteur sont tout à fait comparables à ce que j'ai moi- 
môme observé chez les Mammifères. La structure des noyaux concorde géné- 
ralement avec ce qu'on voit dans les spermatides normales du même animal. 
L'auteur s'attache particulièrement à décrire la sphère (idiosome de Meves', 
corps juxtanucléaire), les centrosomes et les rapports que ces deux forma- 
lions ont avec les noyaux. Dans les téralospermatides de Bombinalor, la 
sphère est unique, placée au centre de l'espace occupé par les noyaux; tantôt 
elle est nettement limitée, tantôt elle envoie des prolongements dans le pro- 



1. Sappin-Troi'ffy, Division du noyau dans la spermatogénèse chez Thomme. (C.R. de 
t'Acad. des sciences de Paris, séance du 17 juillet 1899, p. 171-174, et Thèse de doc- 
toral en médecine, Paris 1899, De la spermatogénèse dans un testicule tuberculeux chez 
Thomme. 

2. Meves (Ueber eine Métamorphose der Attractionssphâre ia den Spermalogonien von 
Salamandra maculosa. Arch. /. mikr. Anat. Bd XXXXIV, p. 119-184, pi. YII-Xl) a étudie 
plusieurs processus tératologiques dégénératifs intéressant les spermatogouies : les sperma- 
togonies à noyaux multiples (p. 170-174, fig. 61-G3) et les spermatogonies à noyaux 
dégénérés (p. 167-170, lig. G6-74) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 30 

loplasma. Les cenlrosomes sont généralement disposés par paires, à la péri- 
phérie de la sphère ou dans son intérieur. Les noyaux présentent souvent 
des prolongements dirigés vers la sphère et en rapport avec elle : je n'ai rien 
vu de semblable jusqu'à présent chez les mammifères. 

Les spermatocytes, d'oii proviennent les spermatides multinucléées sont 
des Qellules énormes à noyaux très gros ; ces spermatocytes géants se divi- 
sent par mitoses pluripolaires. Ivar Broman décrit avec soin ces mitoses et 
il signale les irrégularités dans la répartition des chromosomes. Il pense 
que les chromosomes isolés peuvent devenir de petits noyaux. 

Des spermatides multinucléées du Bomhinalor, les unes dégénèrent, d'au- 
tres subissent les métamorphoses habituelles des sperm itides. Dans quelques 
cas, il peut en résulter des spermies géantes et téralologiques. 

Je citerai, en terminant, une note tout à fait récente de Bouin et Garnier' 
dans laquelle ces auteurs signalent sommairement la présence de nombreux 
« kystes spermatiques » dans les tubes séminifères de llats chroniquement 
into.\iqués par l'alcool. 



Dans l'ovaire, on a observé très fréquemment des ovules à noyaux mul- 
tiples, chez le fœtus, le nouveau-né et l'adulte. Jusqu'à ces derniers temps, 
on les a généralement considérés comme des monstruosités. 

Récemment, Stôckel * a observé des signes de multiplication amitotique 
des noyaux ovulaires chez une femme adulte et une fille nouveau-née ; dans 
ces deux cas, les follicules de De Graaf multiovulaires et les ovules multi- 
nucléaires étaient abondants. Pour Stôckel, l'amitose fait partie du processus 
normal du développement des cellules sexuelles femelles ; les ovules à deux 
ou plusieurs noyaux, les follicules à deux ou plusieurs ovules et les groupes 
de follicules tellement rapprochés qu'ils semblent isogéniques, sont la consé- 
quence de celte multiplication amitotique s'effectuant même chez l'adulte. 
Preussen ' avait d'ailleurs déjà décrit la nuiltiplicalion amitotique des ovules 
chez les Hémiptères. 

H. Rabl% tout en reconnaissant l'exactitude matérielle des faits décrits 
par Stôckel, critique l'interprétation qu'il leur donne. Il refuse d'admettre 
que les follicules multiovulaires et les ovules multinucléés sont le résultat de 



1. P. Bouin et C. Garnier, Altérations du tube séminifère au cours de ralcoolisme ex- 
périmental chez le rat blanc. (C. R. de la Soc. de Biologie, 13 janvier 1900.) 

2. Stôckel, Uebcr Theilungsvorgônge in Piimordialeiem bel einer Erwachsenen. ^rcA. f. 
inikr. Anaf. M LUI, H. 3. 

3. Prelsskn, L'eber die aniitotische Kerntheilung in den Ovarien der Hemipteren. Zeitschr. 
f. wiss. Zool. Bd LiX. 

4. Rabl (H.), Mehrkernige Eizellen und mehreiige Follikel. Arch. /. mikr. Anat. Bd LIV, 
H. 4. 1899. 



40 BinLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

la division amitotique ; il attribue soit à une illusion d'optique, soit à une 
technique défectueuse les signes d'amitose nucléaire vus par Stôckel. Il pré- 
fère expliquer ces faits par le fusionnement d'ovules distincts en un ovule 
unique multinucléé, puis peut-être môme des noyaux distincts de cet ovule 
en un noyau unique. Cette dernière hypothèse, déjà soutenue par quelques 
auteurs, notamment par Eismond ', me paraît étrange ; d'ailleurs Rabl /l'ap- 
porte pas d'arguments pour sa défense. 

Pour ma part, je n'ai pas encore fait de recherches personnelles pour véri- 
fier la manière de voir de Stôckel relativement à la multiplication par ami- 
tose dés noyaux ovulaires, mais je ne serais nullement surpris que les obser- 
vations et l'interprétation de cet auteur soient exactes. Je suis en effet 
absolument convaincu que le renouvellement des spermatogonies, dans l'épi- 
Ihélium séminal, se fait par division directe des noyaux de Sertoli ; je prévois 
donc à priori la découverte de la multiplication amitotique des ovules à une 
certaine période de leur histoire généalogique. D'autre part, je considère 
comme invraisemblable l'opinion, soutenue notamment par Nagel % que les 
ovules cessent de se multiplier après la naissance ; je crois, comme Pala- 
DiNO, à la régénération continue du parenchyme ovarique chez les Mammi- 
fères adultes. 

A quelle formation, dans l'épitliélium séminal, correspondent donc les 
ovules mullinucléés? Quelques-uns d'entre eux, ceux qu'on observe, très 
rarement d'ailleurs, dans les follicules adultes, sont probablement les équi- 
valents des tératocytes séminaux que j'ai décrits dans les pages précédentes. 
Mais la plupart, ceux qu'on observe en si grand nombre .dans les follicules 
embryonnaires, correspondent peut-être aux cellules de Sertoli fusionnées en 
un syncytium, et produisant les spermatogonies paramitose. Une observation 
de Stôckel et de H. Rabl vient à l'appui de celte hypothèse. Fréquemment, 
dit Rabl (p. 430), l'individuaUsation des corps cellulaires dans un ovule à 
noyaux multiples, n'a pas lieu simultanément autour de chaque noyau; on 
voit d'abord une seule cellule s'individualiser par un contour propre au sein 
de la masse indivise. La cellule est globuleuse, tandis que le reste de la 
masse multinucléée est falciforme. Dans les ovules à trois noyaux, cette indi- 
vidualisation non simultanée paraît même être la règle. — Ce processus res- 
semble singulièrement à l'individualisation du corps cellulaire des spermato- 
gonies au sein du syncytium sertolien(C. Regaud, 1899-4). 

Je terminerai par la réflexion suivante : il y a certainement une comparaison 
h faire entre la généalogie des cellules sexuelles mâle et femelle ; mais, 
quelque désirable et hautement intéressante que soit cette comparaison, l'in- 



1. Eismond, Sur l'état plurinucléaire des cellules en général et des cellules- œufs en 
particulier. Blbliogr. anat. T. VI. 

2. Nagel, Das menschliche Ei. Arch. f. mikr. Anat. M XXXI. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 41 

sufiisance de nos connaissances actuelles ne permet pas de l'établir avec 
certitude. 

Voici le résumé des principaux faits qui se dégagent du présent travail : 
I. — Dans les testicules de Mammifères, même tout à fait normaux, il y a 
toujours un plus ou moins grand nombre de cellules séminales abortives qui 
dégénèrent, d'une façon ou d'une autre, au cours de leur évolution. Ce phéno- 
mène doit être rapproché de Yévolution ahorlive des follicules de De Graaf 
de l'ovaire. 

il. — Moins fréquemment, quoique souvent encore, il se produit des cel- 
lules séminales tératologiques, ou tératocytes séminaux, à plusieurs noyaux. 
Ces cellules sont des spermatocytes de premier ou de deuxième ordre, ou 
des spermatides. 

III. — Ces cellules à noyaux multiples se forment à la suite d'anomalies 
dans les mitoses des spermatogonies et des spermatocytes. Ces anomalies 
sont de deux genres: 1° les anomalies dans la répartition des chromosomes, 
les mitoses pluripolaires et les mitoses irrégulières; Î2'' l'absence de division 
du cytoplasme. Les premières déterminent l'inégalité des noyaux. 

IV. — Parmi ces tératocytes, les uns dégénèrent à un stade quelconque, 
après la mitose anormale originelle, les autres évoluent d'une façon compa- 
rable et parallèle à celle des cellules normales de môme espèce. En particu- 
lier, certaines tératospermalides deviennent des spermatozoïdes monstrueux. 

V. — La cause tératogène immédiate est peut-être une perturbation dans 
les rapports nourriciers entre les cellules séminales et le syncytium sertolien. 

VL — Les causes premières de cette perturbation sont multiples et com- 
plexes; parmi elles, on peut citer: des conditions pathologiques générales 
communes à tout l'organisme ou spéciales au testicule, le coït effectué dans 
certaines conditions (?), le relentissement préhibernal (chez les animaux hi- 
bernants), etc. 

VIL — Les phénomènes de division directe ou de fragmentation nucléaire, 
décrits par plusieurs auteurs dans les spermatides de divers Mammifères, 
n'ont probablement pas une existence réelle, dans tous les cas, et ne répon- 
dent pas à un processus normal. 

Lyon, le 11 février 1900. 



ADDENDUM 

Depuis la rédaction de cet article, j'ai eu l'occasion d'examiner les testi- 
cules d'un supplicié et d'étudier à nouveau des préparations provenant d'un 
autre supplicié, que je n'avais pas revues depuis plusieurs mois. Ces deux 



-ilâ BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

hommes avaient l'un et l'autre un testicule atrophié par suite d'orchite bien 
norrhagique ancienne ; l'autre testicule n'avait que des lésions minimes (cas 
ancien, V***) ou paraissait sain (cas récent, G***). Je sais de source certaine 
que ces deux hommes, surtout G***, se livraient, en prison et encore peu de 
temps avant leur exécution, à une masturbation excessive. Dans l'un et l'autre 
cas, la spermatogénèse présente de nombreuses anomalies, entre autres la 
production de spermalides à noyaux multiples. De l'étude de ces deux testi- 
cules est ressortie pour moi la confirmation, en ce qui concerne l'homme, 
de l'opinion que j'ai exprimée au sujet des recherches de Moore et de Sap- 
pin-Trouffy. (Voir aussi : G. Regaud, Soc. de biologie, séances des 24 et 
30 mars 1900.) 

J'ai été appelé récemment à examiner du sperme éjaculé d'Un neurasthé- 
nique. J'y ai trouvé plusieurs spermatozoïdes monstrueux, ayant deux têtes 
et une queue et parfaitement vivants. 

(Travail du Laboratoire d'histologie de la Faculté de médecine de Lyon.) 



DOGUiMENTS RECUEILLIS 

' A LA 

SALLE DE DISSECTION DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE 

DE NANCY 

(SEMESTRE D'HIVER 1899-1900) 

Par le D' ANCEL 

CHRF DE liABORATOIRB D ' A N A T O MI B HORMALE 



Nous avons réuni ces documents en songeant surtout à leur utilisation au 
point de vue anthropologique. Fixer la fréquence du plus grand nombre pos- 
sible des dispositions anatomiques anormales chez les individus habitant une 
même région : tel est notre but. Son utilité est trop évidente et les arguments 
qui ont servi à la démontrer trop connus pour que nous nous permettions 
d'insister. Jamais en France cependant nous n'avons vu de tentatives en ce 
sens. A Strasbourg, Schwalbe et Pfitzner ', aux travaux si connus desquels 
nous ren oyons le lecteur, donnaient les résultats auxquels ils étaient arrivés 
en poursuivant le même but. En Angleterre, peu auparavant, des éludes du 
même genre avaient été entreprises. Les résultats auxquels sont arrivés ces 
différents auteurs montrent très nettement tout le bénéfice qu'il y a à retirer 
pour l'anthropologie des statistiques sur les anomalies, mais ils font aussi 
parfaitement comprendre que le travail doit être de longue haleine. Notre 
but étant de fixer les variations anatomiques chez les individus nés en Lor- 
raine, il est bien certain que pour l'atteindre il faut des observations très 
nombreuses, les ressources du laboratoire d'anatomie ne nous permettant 
d'en réunir en un semestre qu'une assez faible quantité, ce n'est qu'après 
un bon nombre d'années qu'il sera possible d'arriver à des résultats inté- 
ressants. Là est la raison qui nous oblige à ne considérer nos résultats que 
comme des documents et nous interdit d'en tirer actuellement aucune 
conclusion. 

Nous avons donné à chaque étudiant une feuille sur laquelle étaient ins- 
crites quelques anomalies tant musculaires que nerveuses, osseuses qu'arté- 
rielles, lui demandant de signaler celles qu'il rencontrerait au cours de la dis- 



1. Yarietaten statistik und Authropologie. (Analomischer Anzeiger, Jahrg. IV, n*> 23, 
p. 705 [1889] et Jahrg. VI, n" 20 et 21, p. 573 [1891].) 



4-4 DIIJLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

section. Profilant de l'expérience de Schwalbe et Pfitzner, nous n'avons 
posé que des questions simples et peu nombreuses. Ces listes d'anomalies 
sont assez semblables à celles qu'ils ont publiées, nous n'y avons introduit 
que quelques changements. 

Bien que guidé vers un but anthropologique, nous avons cependant songé 
à utiliser aussi nos observations au point de vue anatomique. Nous avons 
pour cette raison établi plusieurs statistiques. La première, générale, porte 
sur 61 cadavres. La secojide enregistre les résultats obtenus au point de vue 
sexuel (41 hommes, 20 femmes). La troisième étudie les individus nés en 
Lorraine (29), les autres ont été laissées de côté à cause de leur provenance 
très variée. Nous avons ajouté une quatrième statistique portant sur les 
aliénés ; l'asile de Maréville nous a envoyé pendant ce semestre 26 sujets 
(13 hommes et 13 femmes); étant donné ce chiffre assez élevé par compa- 
raison avec le nombre total de sujets mis à notre disposition, nous avons cru 
possible d'utiliser nos matériaux de cette façon toute spéciale. Les cadavres 
qui arrivent à la salle de dissection étant assez souvent autopsiés, nous n'avons 
eu à notre disposition que 32 sujets entiers. Ce nombre est celui de nos 
recherches concernant le thorax et l'abdomen. 

Nous avons trouvé, à l'accomplissement de ces recherches, un double avan- 
tage, le premier intéressant le point de vue anatomique et anthropologique, 
le second celui de l'enseignement. L'étudiant auquel sont posées des ques- 
tions précises est obligé de disséquer avec plus de soins et d'attention. Il 
finit par s'intéresser plus qu'auparavant aux anomalies de toute nature que 
l'on rencontre toujours sur un cadavre, son intelligence est en éveil, il 
cherche. 

Pourtant les résultats n'ont pas été aussi satisfaisants que nous l'espérions. 
Les renseignements sur l'âge, le lieu de naissance, le domicile du mort ne 
nous sont parvenus régulièrement qu'au bout d'un certain temps. Différentes 
circonstances, et en particulier l'inexactitude de certains renseignements, nous 
ont obligé à remettre à l'année suivante l'étude de différents points essentiels 
qui manquent à notre liste. Ce sont surtout les diamètres principaux du crâne, 
l'indice scapulaire, le lieu de division de l'aorte, le nombre des côtes, celui 
des vertèbres, le développement plus ou moins grand de l'artère sacrée 
moyenne, l'absence du petit psoas et la bifidité de l'utérus. 

Nous avons, durant ce semestre, recueilli beaucoup d'autres dispositions 
anatomiques anormales. Parmi ces anomalies, la plupart, quoique trop rares 
pour prendre fang, dès maintenant, dans une statistique aussi générale que 
la nôtre, ne méritent même pas d'être citées. Telles entre autres la pédieuse 
naissant de la péronière, les multiples anomalies de l'arcade palmaire, la divi- 
sion du nerf sous-orbitaire en deux branches, etc.... Nous ne rapporterons 
que les moins connues. Nos recherches bibliographiques, un peu superfi- 
cielles, d'ailleurs, nous laissent croire que plusieurs sont inédites. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



/*5 



Nous reproduisons les questions posées aux étudiants et, comme réponse, 
le pour-cent obtenu. 



Tête. 

Division de la carotide primitive : 

o) A angle aigu 

b) En candélabre 

Naissance de Tartère laryngée supérieure : 

a) De la carotide primitive 

b) De la carotide externe 

c) De la thyroïdienne supérieure . . . 

Tronc. 

Muscle pyramidal manque 

Muscle sternal présent 

Diverticule de Meckel présent 

Position du caecum : 

a) Haute 

b) Moyenne 

c) Basse . % 

Multiplicité des artères rénales 

Hiatus de Winslow imperméable 

Absence des faisceaux sternaux du dia- 
phragme 

Membre supérieur. 

Annulaire plus long que Pindex 

Index plus long que l'annulaire 

Muscle biceps brachial à trois chefs venant : 

a) Du coraco-brachial 

b) Du grand pectoral 

c) De Thumérus 

Muscle petit rond : 

a) Incomplètement séparé 

b) Manque 

Muscle petit palmaire : 

a) Normal, mais faible 

b) Tendineux, puis charnu 

c) Absent 

Artère rachiale. Naissance prématurée. . ;• 
Artère cubitale. Naissance prématurée. . . 
Nerf niusculo-putané : 

a) Ne perfore pas le coraco-brachial . 

b) Absent 

Apophyse sus-épitrochléenne 



5" -3 

■g a 



SQ 



i« 



p. 100. 

83,9 
16,4 

7,7 
34,9 
57,3 



22,7 
ô 

3,85 

22,5 

52,5 

15 

23,3 

30,83 

*,2 



95,1 
4,8 

31,2 

16,1 
2,4 

12,2 

40,6 
1,1 

35,2 
11,3 
12,2 

8,81 
8,81 



11,1 

2,* 



p. 100. 

75 
25 




41,6 
58,3 



27,3 



7,1 
72,7 
18,2 
10 
30 





94,4 
5,4 

35,1 

21,6 


13,5 

41,4 


31,5 
7,8 
18,4 
11,7 
11,7 

7,8 







p. 100. 

76,9 
23,7 

15,3 
15,3 

69,2 



26,1 
.0 
7,69 



75 


16,6 
41,6 

8,4 



90,2 

9,7 

23,2 

11,6 

4,6 

6,9 

40,7 
2,3 

22,7 

22,7 

11,3 

7,6 

7,6 

13,6 


4,8 



p. 100. 

90,9 
9,9 


54,4 
45,4 



18,2 
10 


20 
50 
30 
30 
20 



100 


39,2 
21,7 


17,3 

40,5 


47,8 


13,1 
10 
10 

8,6 







p. 100. 

88,8 
10,1 

11,1 
55,5 
33,3 



18,7 
6,6 
6,6 

20 

66,6 

13,3 

21,4 

28,b 



88,4 
11,5 
19,2 
15,4 



3,8 

47,9 


30,7 

11,5 

7,7 

4,5 

4,5 

16 





46 



BIRLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



Membre inférieur. 

Premier orleil plus long que le second. . . 

Deuxième orteil plus long que le premier. . 

Muscle pyramidal traversé par le nerf scia- 
tique externe 

Muscle carré crural absent '. 

Muscle plantaire grêle absent 

Muscle péronier antérieur absent ..... 

Quatrième tendon du court fléchisseur des 
orteils : 

a) Fort 

b) Faible 

c) Absent 

Artère obturatrice venue de : 

a) I/hypogastrique 

b) L'épigastrique 

c) L'iliaque externe 

Artère poplitée divisée au-dessus du muscle 

poplité . . ■ 

Nerf sciatique divisé au-dessus du milieu de 

la cuisse 

Nerf saphène externe ne fournit pas les trois 

derniers collatéraux du pied 



p. 100. 



91,9 



30,4 

8,2 

5,9 

15;9 



19,1 
46,6 
34,7 

89,5 
4,5 
.5,7 



53,25 
42,8. 



p. 100. 

91,7 
8,4 

20,6 

■ 5,7 

7,8 
17,6 



26,4 
41,2 
.32,3 

100 





60 

47,4 



p. 100. 

95,8 
4,2 

20,8 
2,1 
8,3 

13,4 



58,7 
19,5 

93,1 


6,9 



.5 ^ 
50 
42,4 



p. ICO. 

88 
12 

40 
14,3 
3,5 

18,5 



15,5 
34,6 
50 

86,3 
9,1 
4,5 



56.5 



43,8 



p. 100. 

84,4 
15,6 

33,3 
3 

9,1 
18,7 



12,9 
51,6 
35, b 

83,3 
8^3 
8,3 



48 



40 



La comparaison de nos résultais avec ceux publiés par Schwalbe et Pfitzner 
nous montre qu'en règle générale nos pour-cent sont plus élevés que les leurs, 
fait probablement dû en grande partie, ainsi que ces auteurs le démontrent, 
au petit nombre de nos observations, ta. divergence est surtout grande quand 
il s'agit de l'absence de muscles. L'absence du- quatrième tendon du court 
fléchisseur des orteils, constatée par ces auteurs dans une proportion de 19,1 
p. 100, a été reconnue par nous 34,7 fois sur 100 cas et 35,4 chez les aliénés. 

Parmi les exemples les plus frappants, citons aussi l'absence fréquente du 
muscle pyramidal (13,5 Schwalbe, 22,73 statistique générale, 27,2 Lorrains). 
Seul le muscle petit rond manquait moins souvent dans nos observations que 
dans les leurs. 

Deux faits ayant trait aux anomalies' artérielles nous paraissent dignes d'at- 
tirer l'attention : rareté de la naissance de l'obturatrice sur l'épigastrique 
(4,5 p. 100) et fréquence relative de la laryngée supérieure branche de la 
carotide externe (34 p. 100). 

Le nombre des sujets lorrains étant égal daiïs les deux sexes, le pour-cent 



TRAVAUX ORIGINAUX. 47 

basé sur vingt-six observations est directement comparable à celui de' la sta- 
tistique générale et à ceux de Schwalbe et Pfitzner. 

Les traits les plus saillants sont la fréquence relative.de la division de la 
carotide primitive en candélabre (25 p. 100 Lorrains, 16,4 statistique géné- 
rale, 19,1 Schwalbe), de la naissance de la laryngée supérieure de la caro- 
tide externe (41,6 Lorrains, 30 Strasbourg) et la rareté de l'obluralrice 
branche de l'épigaslrique ou de l'iliaque externe (pas un cas sur 26). 

Les différences sexuelles apparaissent très nettement en quelques endroits 
de nos statistiques. Les muscles sternaux que nous avons rencontrés apparte- 
naient à des femmes. Le pyramidal, le petit palmaire, le carré crural, le 
péronier antérieur et surtout le quatrième tendon du court fléchisseur (50 
p. 100 au lieu de 19,56 chez l'homme) manquaient plus fréquemment chez 
la femme que chez l'homme. Inversement, c'est chez ce dernier que nous 
avons le plus souvent constaté le défaut de muscle petit rond et de muscle 
plantaire grêle. La forme en candélabre de la division de la carotide primitive 
et la naissance de l'artère laryngée supérieure de la carotide externe parais- 
sent surtout appartenir à la femme. 11 en est de même de la position basse 
du caecum. 

La proportion des différentes anomalies que nous avons recherchées chez 
les aliénés est un peu différente de celle que nous avons donnée dans la sta- 
tistique générale. Pourtant, les écarts sont trop faibles pour retenir longtemps 
l'attention, sauf peut-être à propos de la longueur comparée de l'index et de 
l'annulaire, et du premier et du second orteil. C'est en eflel surtout chez eux 
que nous voyons l'index plus grand que l'annulaire et le second orteil plus 
grand que le premier. 

Nous n'avons rencontré dans nos recherches chez les individus nés en Lor- 
raine ni muscle sternal ni diverticule de Meckel, par contre le muscle péro- 
nier antérieur (17,6 Lorrains, 6,3 Strasbourg) et surtout le pyramidal du 
bassin (27,3 Lorrains, 13,5 Strasbourg) manquent dans de forles proportions. 
Avec la fréquence de la division prématurée du nerf sciatique, telles sont les 
notions qui paraissent se dégager pour le moment. 

Nous allons maintenant rapporter quelques-unes des anomalies les plus 
intéressantes que nous avons rencontrées. 

Anomalie de l'aorte. — La portion ascendante de l'aorte, après sa sortie 
du ventricule gauche, se dirige légèrement à droite, appliquée d'un côté contre 
le poumon droit et de l'autre contre l'artère pulmonaire à sa naissance, puis 
contre les derniers anneaux de la trachée. 

La crosse embrasse la bronche droite, elle est en rapport à droite avec le 
poumon, à gauche avec la trachée, puis l'œsophage. Arrivé sur un plan pos- 
térieur à ce dernier organe, le calibre de l'artère est brusquement doublé. 

Dans la partie descendante, le calibre de l'artère diminue pour redevenir 



48 



BinLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



quelques centimètres au-dessous de la dilatation semblable à celui de la por- 
tion ascendante. L'artère se dirige à droite et marque une profonde empreinte 
dans le poumon droit ; elle n'atteint pas la ligne médiane avant d'arriver au 
diaphragme. 

Des deux premières portions se détachent trois gros troncs artériels. Le 
premier, à l'union de la portiojii ascendante et de la crosse sur la face anté- 
rieure de l'artère, se divise, un centimètre après sa naissance, en deux bran- 




ches, l'une verticalement ascendante, l'autre coupant obliquement et en avant 
la trachée pour atteindre le côté gauche de cet organe. Le deuxième, un peu 
en arrière du précédent et le plus volumineux des trois, monte verticalement. 
Le dernier, situé à gauche sur la partie la plus antérieure de la dilatation, 
est lui aussi vertical. Au même "point naît le canal artériel oblitéré. Il croise 
la face latérale gauche de la trachée dans sa partie inférieure et contribue 
à former un quadrilatère artériel embrassant la partie inférieure de la tra- 
chée et l'œsophage qui se trouvent ainsi en rapport en avant avec la division 
de l'artère pulmonaire, en arrière avec la portion dilatée, à droite avec 
l'aorte ascendante et la crosse, à gauche avec le canal déférent. Le nerf 
récurrent droit contournait l'aorte, le gauche le canal artériel. 

Le premier tronc représente probablement l'origine commune des deux 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



49 



carolides primitives, droite et gauche, le second la sous-clavière droite, le 
troisième la sous-clavière gauche. Nous sommes obligés de rester dans le 
doute, la tête et les bras du cadavre ayant été coupés avant l'ouverture du 
thorax. 

Dans son mémoire, Krausr* rapporte des cas très semblables. Riche* cite 
un cas analogue, (lelui que nous rapportons ne paraît dilTérer des pr'icédents 
que par la fusion des deux carotides primitives en un seul tronc, ajoutant une 
nouvelle malformation de la précédente. Nous n'insisterons pas sur les expli- 
cations qui sont admises et donnons un dessin fait d'après nature (fig. 1). 

Anomalie du muscle soléaire (faisceau surnuméraire). — Sur la 
face, antérieure de l'aponévrose du soléaire, près de l'insertion de ce muscle 
sur la tête du péroné, nai.ssent des fibres musculaires qui, coupant la face 
postérieure de la jambe en diagonale, 
viennent s'insérer sur le calcanéum, en 
dehors du tendon d'Achille. Le muscle 
plantaire grêle était présent. Cette ano- 
malie a déjà été signalée à différentes re- 
prises par Beswick Perrin ', Testut % 
Le Double'. 



Anomalies des lombricaujc de la 
main. — 1° Nous avons constaté chez un 
homme l'absence complète, du côté gauche, 
des troisième et quatrième lombricaux, 
les autres étaient normaux ainsi que du 
côté droit. L'absence simultanée de ces 
deux muscles n'est pas signalée; toutefois, 
les auteurs qui étudient ces anomalies ne 
considèrent pas comme très rare l'absence 
de l'un ou de l'autre de ces muscles. 

2° La seconde observation a été faite 
aussi sur un homme. Le premier lombrical 
droit possède ses insertions normales, 
mais il existe un faisceau surnuméraire 

créant une disposition spéciale que nous n'avons trouvée décrite par aucun 
auteur. De l'épitrochlée se détache un faisceau musculaire presque complè- 




Fio. 2. 



1. Uandbuch des Gefasslehre des Menschen de Henle. 1876, p. 225. 

2. Bulletin de la Société analomique de Paris, t. LXXll. Année 1897, p. 221. 

3. Médical Times and Gazette, décembre 1872. 

4. Les anomalies musculaires chez l'homme. 1884, p. 656. 

5. Variations du système musculaire de l'homme. 1897, t. il, p. 311. 

UIBLIOQB. AHAT., T. VIII, FASC. 1. 4 



50 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

temenl confondu avec les fibres du fléchisseur superficiel; quelques cen- 
timètres plus bas, ce faisceau se jette sur un tendon assez grêle qui descend 
le long de l'avant-bras, en dedans du tendon du fléchisseur sublime. Arrivé 
au-dessous du ligament annulaire du carpe, ce tendon laisse échapper deux 




faisceaux musculaires dont l'un s'attache sur le tendon du fléchisseur super- 
ficiel destiné à l'index et l'autre sur le tendon de l'extenseur un peu au-des- 
sous du premier lombincal. Vood et Le Double ' ont signalé deux anomalies 
qui se rapprochent beaucoup de celle que nous avons rencontrée. Ils décri- 
vent, partant de l'apophyse coracoïde avec les fibres, du fléchisseur profond, 



1. Le Double, loc. cit., t. I, p. 183. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 51 

une bandelelle musculaire qui, dans la main, se divisait en deux faisceaux 
dont l'un se jetait sur le tendon du fléchisseur superficiel allant à l'index et 
l'autre sur le premier lombricai. 

Chez notre sujet, outre l'indépendance complète entre la bandelette externe 
et le premier lombricai, nous retiendrons surtout l'insertion supérieure con- 
fondue avec le fléchisseur superficiel et non le profond, fait important au 
point de vue de l'interprétation. Nous donnons deux figures faites d'après 
nature (fig. 2 et 3). - 

Articulation de l'omoplate avec la troisième côte. — N'ayant constaté 
celle anomalie qu'assez tardivement, nous n'avons pu nous rendre un compte 
très exact de sa constitution. L'angle supéro-interne du scapulum présentait 
sur la face antérieure une tiibérosité de l'='",5 de haut, conique, à sommet 
tronqué. Celle apophyse était encroûtée de cartilage et appliquée sur la face 
postérieure de la troisième côte ; les fibres du grand dentelé manquaient à ce 
niveau. Deux bourses séreuses volumineuses étaient interposées entre les 
deux os. 

Anomalie du muscle petit palmaire. — A 2 centimètres environ au- 
de.ssns du ligament annulaire du carpe, le tendon du petit palmaire laisse 
échapper un faisceau musculaire qui, se dirigeant de dehors en dedans, s'ap- 
plique contre le court abducteur du petit doigt, avec lequel il entremêle à 
peine quelques-unes de ses fibres les plus postérieures, puis, devenant tendi- 
neux, il va s'insérer sur la peau qui recouvre la partie moyenne et interne de 
la première phalange du petit doigt. Il a 12 centimètres de long et 5 milli- 
mètres de large à sa partie supérieure (largeur maxima). 

Nous considérons celte anomalie comme une variété de Vaccessorhis ad 
flexorem carpi radialem de GANTZEn-. Nous ferons cependant remarquer qu'il 
en dilîère très nettement par l'individualisation complète du muscle et ses 
insertions inférieures cutanées. 

Anomalie du muscle moyen fessier. — Outre ses insertions normales, 
ce muscle s'insère en bas sur une arc/ide fibreuse partant de la partie moyenne 
du grand ligament sacro-sciatique et abouti.ssant au tendon du moyen fessier, 
à 1 centimètre environ au-dessus du bord supérieur du grand trochanter. Les 
fibres uTisculaires qui se rendent sur cette arcade partent toutes d'une sur- 
face osseuse située sur la face postérieure de l'os iliaque au-dessous de l'é- 
pine iliaque postéro-supérieure. Elles divergent de là pour se terminer sur 
l'arcade ; les plus internes décrivent une courbe à concavité interne limitant 
avtc l'os un trou par lequel passent les vaisseaux et nerfs fessiers supérieurs. 
Ces fitt-es anormales forment donc une sorte de toit musculaire qui cache la 
grande écliancrure sciatique et tous les organes qui en sortent. Une section 



52 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



des faisceaux surnuméraires et de l'arcade montre des libres profondes insé- 
rées, d'une part, sur la partie supérieure du grand ligament sacro-sciatique 
et, de l'autre, sur le bord postérieur de l'os iliaque à la partie supérieure de 
la grande échancrure sciatique. 




Fio. 4. 



Le moyen fessier et le pyramidal sont complètement indépendants, ce der- 
nier traversé par le sciatique poplité externe. 

Nous n'avons vu signaler nulle part cette anomalie, et nous en donnons un 
dessin d'après nature (fig. 4). , 



EXPULSION D'OVULES PRIMORDIAUX 

• CHEZ LES TÊTARDS DE GRENOUILLE ROUSSE 

Par M. BOUIN 

PBiPAB4TKUR A I.A FAODLTÉ DES SCIBKCIiS DE HANCY 



Lorsqu'on étudie des séries de coupes intéressant les glandes génitales de 
têtards à différents états de développement, et si ces stades sont suffîsamment 
rapprochés, on remarque un fait très curieux. 

Examinons la coupe d'un têtard mesurant 20 millimètres ' et sacrifié le 
8 mai. Les glandes génitales se présentent sous forme de deux ébauches 
situées symétriquement de chaque côté du mésentère; ces ébauches sont 
pour ainsi dire insérées sur les parois de la veine cave inférieure. 




Pg'^-: 



Via. 1. — Têtard tle grenouille rousse de 20 millimètres. Formol picrique.Ht'malun. jzz 475. rct, veine 
cave inférieure ; ovp, OTules primordiaux ; pg, petites cellules germinatives. 

L'ébauche de la glande génitale (fig. 1) est constituée de deux sortes d'élé- 
ments bien distincts. Les uns, les plus volumineux, sont arrondis, possèdent 
un protoplasme clair et un gros noyau ; ce sont les grandes cellules germi- 
natives ou ovules primordiaux. Les autres éléments, beaucoup plus petits, 
à noyaux plus fortement colorables, sont les petites cellules germinatives, 
encore appelées cellules épithéliales. Nous avons compté le nombre des 
ovules primordiaux que contenaient les glandes génitales du têtard examiné, 
et nous avons trouvé, pour les glandes droite et gauche, les nombres res- 
pectifs de 55 et 60. 

Ces ovules primordiaux se multiplient rapidement par mitose, et déjà chez 



1 . Les mesures sont prises de l'extrémité antérieure de la tête à l'extrémité de la queue. 



04 



«IBLIOGRAPHE ANATOMIQUE. 



des têtards de 24 millimètres, provenant de la même ponte que l'individu 
précédemment étudié, et sacrifiés le 13 mai, nous avons pu compter de 150 
à 190 ovules primordiaux. Ici (fig. 2), on peut voir que grandes et petites 
cellules germinatives constituent un épithélium germinatif en continuation 
directe avec l'épithélium péritonéal. A l'intérieur de la cavité bordée par cet 




ovp 

FiG. 2. — Têtard de grenouUle rousse de 24 millimètres. Formol acide chromique, acide acétique. 
Coloration de Flemming. y = 475. vci, veine cave inférieure ; M, mé.sentère ; CW, corps de Wolff; 
me.i, mésenchyme ; m, tissu conjonctif embryonnaire ; ovp, ovules primordiaux ; pg, petites cel 
Iules germinatives. 



épithélium germinatif se trouvent des éléments conjonctifs, destinés à former 
le stroma de la glande. Nous reviendrons ultérieurement sur l'origine el la 
destinée de ces éléments. 

L'étude de ces coupes nous montre que le nombre des ovules primordiaux 
augmente rapidement; outre un nombre assez considérable de mitoses, 
beaucoup de grandes cellules germinatives portent des indices très nets d'une 
division prochaine. Il semble donc, d'après ce qui vient d'être dit, que, dans 
les glandes beaucoup plus âgées, plus avancées dans leur évolution, on devrait 
trouver un nombre beaucoup plus considérable encore d'ovules primordiaux. 

Eh bien, il n'en est rien. Examinons, par exemple, les coupes intéressant 
les glandes génitales d'un têtard de 33 millimètres environ. A la partie anté- 
rieure, nous remarquons les corps adipeux qui ne contiennent pas encore de 
graisse, mais qui ont déjà acquis une importance considérable, leur volume 
semble même supérieur à celui des glandes génitales proprement dites, dont 
ils sont séparés par un rétrécissement très marqué'. 



1. M. BoDiN, Origine des corps adipeux chez Rana iemporaria L. (Bibliographie 
aiialomique, 1899, fasc. Cl 



TRAVAUX ORIGINAUX. 55 

Le dénoml)rement des ovules primordiaux nous donne des chiffres bien 
différents de ceux auxquels nous pouvions nous atteindre d'après ce qui pré- 
cède, 37 et 46, et encore parmi ceux-ci nous avons dû compter un certain 
nombre de cellules qui par leurs dimensions ressemblaient bien plus à des 
cellules épithéliules ou petites cellules germinatives légèrement augmentées 
de volume, cellules peut-être en voie de se transformer directement en 
grandes cellules germinatives. 

D'où provient cette si considérable diminution dans le nombre des ovules 
primordiaux? On ne peut évidemment admettre ici une simple variation in- 
dividuelle. Le fait paraît constant, puisque les glandes étudiées aux mêmes 
stades de leur développemcTit se présentent sous des aspects tout à fait com- 
parables. 

11 ne faudrait pas nous prendre au pied de la lettré, lorsque nous avons 
dit que les aspects de glandes prises sur différents têtards, arrivés au même 
stade de leur développement, sont sensiblement analogues ; il y a au con- 
traire des variations individuelles assez considérables, mais cependant insuf- 
fisantes pour expliijuer à elles seules les écarts que nous avons schéma- 
tisés par le rapprochement de nos coupes se rapportant , la première à 
un têtard de 24 millimètres, la seconde à un têtard de 33 millimètres. 11 
nous faut donc chercher ailleurs une explication, et le plus sûr moyen d'y 
arriver était bien certainement d'étudier des coupes portant sur un matériel 
soigneusement sérié et dont les stades, aussi rappiochésque possible, étaient 
compris entre les deux extrêmes que nous avons, dès l'abord, mis en évi- 
dence. 

Pour arriver à ce but, nous avons pratiqué des séries de coupes sur des 
têtards mesurant 26, 28, 29, 30 et 31 millimètres. 

Parmi les têtards mesurant 21) millimètres, un certain nombre nous ont 
montré. un aspect analogue à celui que nous avons vu chez le têtard de 
24 millimètres, dont nous avons purlé au début de cette note; seulement, 
les ovules primordiaux y sont plus nombreux encore, 200 h 250, beaucoup- 
même sont en voie de multiplication ; leur nombre semble donc devoir en- 
core augmenter. A côté d'ovules primordiaux Isolés, relégués à la périphérie 
de la glande, on trouve des amas, des nids d'ovules primordiaux, dont les 
différents éléments sont séparés les uns des autres par des cloisons très 
nettes. 

D'autres têtards présentent un aspect légèrement différent, les ovules pri- 
mordiaux sont ici encore très nombreux, mais il est impossible de trouver 
dans les préparations des nids d'ovules primordiaux cèmme ceux que nous 
avons rencontrés dans le premier cas. Un examen plus approfondi nous a 
permis de trouver des difféiences plus notables encore. Parmi les ovules pri- 
mordiaux, un certain nombre montrent des modifications importantes. Tantôt 
le noyau est hypertrophié, difficilement colorable, les nucléoles euVmêmes 



56 BIIiLlOGRAPUlE ANATOMIQUE. 

prennent mal la coloration; souvent bilobés, et il n'est pas rare d'en ren- 
contrer chez lesquels on voit des phénomènes de clivage du noyau. 

Certains ovules primordiaux possèdent plusieurs noyaux, quelquefois seu- 
lement deux, mais nous en avons rencontré qui en possédaient davantage, 
huit par exemple. Les différentes figures que nous avons eues sous les yeux, 
nous permettent de penser que ces noyaux dérivent du noyau primitivement 
unique, le plus fréquemment par clivage, mais aussi quelquefois par bour- 
geonnement de ce noyau. Enfin, quoi qu'il en soit, les noyaux des ovules 
primordiaux ne se multiplient jamais par division mitosique, dans les condi- 
tions que nous venons de tracer. Il semble donc, et de la façon la plus évi- 
dente, que l'on se trouve en présence de phénomènes dégénératifs. Nous 
avons dit que nous avions rencontré jusqu'à huit noyaux à l'intérieur du 
même ovule primordial. Ce cas est peut-être le plus rare ou du moins celui 
que nous avons le plus rarement rencontré ; mais, ce qui est très curieux, 
c'est que par leur groupement, ils rappellent les noyaux muriformes vus par 
Knappe' dans l'organe de Bidder du Crapaud, et ceux vus par Eismond* dans 
un ovaire anormal de Rana esculenta . 

Les têtards de 28 millimètres ne nous ont rien montré de plus que ceux 
de 26 à 27. 

Un têtard de 29 millimètres était exactement au même stade que ceux de 
27 et 28 millimètres, tandis qu'un autre têtard, provenant du même élevage, 
ayant même taille et sacrifié le même jour, nous a montré un aspect analogue 
à celui que nous avons vu chez notre têtard de 33 millimètres, c'est-à-dire 
que 'déjà dans ce cas les glandes génitales ne contenaient plus que très peu 
d'ovules primordiaux; la numération ne nous a permis de relever la présence 
dans les deux glandes que de 26 et 33 ovules primordiaux. 

Un autre têtard de 29 millimètres nous a montré des faits en tous points 
analogues à ceux que nous allons décrire et que nous avons en particulier pu 
observer avec la plus grande netteté chez un têtard de 30 millimètres. 
, Nous donnons (fig'. 3) le dessin d'une coupe d'une des glandes génitales 
d'un têtard de 30 millimètres. On y remarque seulement trois ovules primor- 
diaux dont un possède trois noyaux, mais à côté de ces ovules primordiaux, 
à aspect quelque peu pathologique, se trouvent des espaces clairs f,f,, ft,fi, 
qui, par leur dimension et leur manière d'être, semblent être des ovules pri- 
mordiaux privés de leur contenu, des carapaces d'ovules primordiaux, si l'on 
peut s'exprimer ainsi. L'épilhélium germinatif entoure ces espaces vides 
exactement comme il entoure les ovules primordiaux normaux, leur formant 



1. Knappe, Das Biddersche organ. {Morphol. Jahrb., t. XI, taf 28-29. 1886, p. 489.) 

2. Eismond, Sur Tétat pliirinucléaire des cellules en général et des cellules-œufs en par- 
ticulier (Esquisse cytologique). [Bibliographie anatomique, t. VI. 1898, pp. 30C-322, 
4 fig.] • 



TRAVAUX onroiNAux. 57 

ainsi un véritable follicule. En d'autres termes, il semble bien, à première 
vue, que nous soyons en présence de follicules vides. L'examen approfondi 
des différentes coupes de cette série n'a fait que nous confirmer dans celle 
manière de voir. 

Mais si nous sommes ici en présence de follicules vidés de leur contenu, 
comment a pu se faire cette disparition ? Par quel processus les grandes 
cellules germinatives qui y étaient contenues ont-elles disparu ? Y a-t-il eu 
dégénérescence des éléments, puis résorption? Ou bien est-ce à une élimi- 



"mes 



ovp' 

f. •--> 



'f 

Fio. 3. — Têtard de 30 millimètres. Formol picrique. Carmalan. g z= 475. me», éléments mésen- 
chymateux; ovp, ovule primordial; ovp\ oyule primordial à trois noyaux; /, /|, /j, /s, follicules 
vides; m, tissu coujonctif; ép, épithélium germinatif ; d, ovule primordial, probablement petite 
cellule germinative en transformation. 



nation par simple expulsion mécanique que l'on doit attribuer celte dispa- 
rition ? 

Bien qu'il nous ait été donné de rencontrer plusieurs fois dos ovules pri- 
mordiaux en voie de dégénérescence chromatolytique, nous ne croyons pas 
que ce processus soit le seul a incriminer. Nous pouvons même dire qu'il ne 
se rencontre que tout à fait exceptionnellement. C'est surtout à une expul- 
sion mécanique, en tous points identique à celle des œufs chez la Grenouille 
adulte, qu'il faut attribuer cette réduction numérique considérable des ovules 
primordiaux dans la glande génitale des jeunes têtards. 

La figure 4 nous montre un ovuie primordial très volumineux faisant hernie 
vers l'extérieur; les éléments épithéliaux (petites cellules germinatives) qui, 
h l'état normal, .sont distribués d'une façon assez égale tout autour de l'ovule 



58 niBLIOGRAPHlE ANATOMIQUE. 

primordial, sont ici relégués vers la partie basale, partie tournée vers l'inté- 
rieur de la glande. 

Il est bien certain que nous nous trouvons ici en face d'un des premiers 
stades de l'expulsion d'un ovule, ovule qui, d'ailleurs, présente des signes 
manifestes de nécrobiose. Son noyau est hypertrophié et a perdu en grande 
partie son afTmité pour les matières colorantes, le nucléole lui-même n'a 





Fia. 4. — Têtard de 30 millimètres. Formol Fia. 5. — Têtard de 30 millimètres. Formol 

picrique. Carmalun. y =: 175. Ovule primer- picrique. Carmalun. g :=. 475. Ovule pri- 

dial faisant fortement hernie vers l'exté- mordial fai-sani fortement hernie vers l'ex- 

rieur. térieur et montrant six noyaux. 



qu'une coloration très pâle. La figure 5 nous montre aussi un ovule primor- 
dial sur le point d'être expulsé. Ici, le nombre de noyaux est assez élevé, six 
sur la coupe représentée, mais en examinant les coupes antérieures et les 
coupes suivantes, on peut en compter huit. 

Nous n'avons jamais pu assister à l'expulsion d'un ovule primordial, ce 
qui, d'ailleurs, ne peut nous surprendre, car, si du moins elle se fait comme 
celle de l'œuf adulte, elle ne doit avoir qu'une durée très courte. Le folli- 
cule est fortement distendu, et bien certainement, lors de sa rupture, le 
contenu du follicule est violemment expulsé au dehors. Nous assistons donc 
ici, chez les jeunes têtards, à une véritable ponte d'ovules primordiaux. 

Le phénomène est-il général ? Nous ne pouvons l'affirmer. Nous sommes 
seulement en mesure de dire que la majorité des têtards que nous avons 
examinés, têtards mesurant de 29 à 31 millimètres, nous montraient des 
follicules vides analogues à ceux de la figure 2. 

D'autre part, si le phénomène était absolument général, nous ne pourrions 
nous expliquer l'aspect de la glande génitale d'un têtard de 20 millimètres 
qui nous montrait des nids cellulaires et qu'il était facile de reconnaître- 
coinme glande femelle. Nous croyons bien peu probable que la ponte ait 
déjà eu lieu chez ce têtard. Il nous semble bien plus probable qu'elle n'ait 
été que peu importanle ou même nulle. 

Celte observation nous a suggéré l'idée que peut-être la ponte ou plutôt 
l'expulsion d'ovules primordiaux pourrait bien être en rapport avec la diffé- 
renciation du sexe chez les têtards de grenouille, et appartenir en propre 
aux futurs mâles. Nous ne donnons encore cette idée que comme une pure 
hypothèse, le sexe des têtards est par trop délicat à déterminer à ce stade 
pour qu'il nous soit possible de trancher cette question. Ce n'est que par un 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



59 



examen minutieux d'objets soigneusement sériés de têtards pris jour par jour 
que nous pourrons arriver à un résultat, et nous espérons alors pouvoir 
trouver un ensemble de faits nous permettant de distinguer excessivement 
tôt le sexe de l'animal examiné. 

L'obscurité qui règne actuellement encore autour de l'histogenèse des 
éléments sexuels provient probablement de ce que beaucoup d'auteurs, uni- 
quement soucieux de sérier des figures et ayant négligé de faire une étude 
soignée, leur permettant de distinguer le sexe aussitôt que possible, ont fait 
un véritable imbroglio, mêlant dans une même série et des éléments mâles 
et des éléments femelles. 



..mes 








FiG. 6. — Têtard de grenouille rousse de 33 millimètres. Gilson. Héraaluu. g — 3t0. vei, veine 
cave Inférieure ; M, mésentère ; ovp, ovule primordial ; a, cordon sexuel. 

Ainsi donc, nous observons, au cours du développement de la glande gé- 
nitale chez les têtards de Rana temporaria et pendant une courte période de 
leur évolution, une élimination d'ovules primordiaux, une véritable ponte. 
Cette élimination serait, croyons-nous, beaucoup plus importante chez les 
futurs mâles que sur les individus destinés à donner des Grenouilles femelles. 
Tous les ovules primordiaux sont-ils de la sorte expulsés ? Nous ne saurions 
répondre à cette question; en tout cas, jamais nous n'avons rencontré de 
glandes dépourvues totalement d'ovules primordiaux. 

Nous nous rései*vons pour une étude ultérieure l'interprétation des faits 
que nous venons de signaler. 



le Directeur, D' 4. NICOLAS. 



Tome VIII 2' fascicule. 1900 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE 

REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE 
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE 



TRAVAUX ORIGINAUX 



ANOMALIES OSSEUSES 

Sw la présence d'une côte cervicale articulée avec la première 
côte formée elle-même de la fusion des deux premières côtes 
ihoraciques. 

Par G. GÉRARD 

CHEF DBS TKA.VAUX ANATOMIttUBS A 1,'UNIVERSITÉ DK LILLE 



I. 

Sur un sujet féminin de 60 ans, servant aux exercices de médecine opéra- 
toire, des élèves, répétant la litçature de la sous-clavière en dehors des sca- 
lenes, furent arrêtés sur la première côte par une tubérosité osseuse qu'ils 
prirent pour un tubercule de Lisfranc. Appelé à donner mon avis, je rejetai 
immédiatement leur idée pour la raison que l'apophyse anormale était située 
en dehors de l'artère et non à l'insertion du scalène antérieur. 

Le sujet m'ayant paru digne d'étude, je le disséquai avec soin et j'apporte 
ici le résultat de mes observations. 

DISSECTION DU CRKUX SUS-CL.VVICUL.\IRK DROIT. 

Muscles. — Sterno-mastoïdien, trapèze, sous-clavier normaux. 

Omo-hyaidien. — Normal au cou ; l'insertion scapulaire est épanouie en 
éventail, très épaisse, confondue en dedans avec le faisceau supérieur du 
grand dentelé. 

Grand dentelé. — Kaisceau supérieur énorme, large de deux doigts, bien 
autonomisé, allant de la face externe de la 1'" côte à l'angle supéro-interne et 
à la face interne de romoj)late sur un espace de 3 à 4 centimètres carrés, 

Scalène antérieur. — Inséré en bas sur le bord .supérieur de la 1" côte, à 

BIBLIOGR. ABAT., T. VIII, FA8C. 2. 5 



62 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

1 centimètre de l'extrémité antérieure, par un faisceau aplati ; pas de tuber- 
cule de Lisfranc et expansion au cul-de-sac pleural. 
Scalène postérieur. — Décomposable en i ciiefs : 

a) Faisceau superficiel grêle comme un lombrical, allant du bord supérieur 
de la 4* côte au tubercule antérieur de l'apophyse transverse de la 4' cervi- 
cale, tendineux à ses deux extrémités; 

b) Faisceau moyen. Insertions inférieures partant de la partie postérieure 
de l'apophyse costale et de la face externe de la 1" côte. ]n.serlions supé- 
rieures aux tubercules antérieurs des premières cervicales, en dedans de 
l'angulaire ; uni au faisceau superficiel derrière l'apophyse ; 

c) Faisceau profond postérieur. En bas : bord supérieur de la 3* côte et 
face externe des intercostaux; en haut, insertion commune avec b; 

d) Faisceau supplémentaire profond, (hi bord supérieur de la 2* côte à 
l'apophyse transverse de C* (tubercule antérieur). 

Vaisseaux sous-claviers. — Après dissection de la toile inter-omo-hyoï- 
dienne et de l'aponévrose clavi-peclorale, je puis examiner le paquet vasculo- 
nerveux rétroclaviculaire ; au premier abord, l'artère et la veine sous-clavières 
paraissent intimement accolées ; il n'en est rien cependant et on a vu déjà 
qu'elles étaient séparées par le scalène antérieur placé de champ entre les 
deux vaisseaux. 

La veine sous-clavière n'a rien d'anormal ; appliquée sur le cul-de-sac 
pleural qu'elle contourne, elle passe au-devant du phrénique et de la mam- 
maire interne, aborde le bord supérieur de la première côte sternale à son 
extrémité antérieure et devient extra-thoracique. 

Le tronc brachio-céphalique artériel dépasse le bord supérieur du ster- 
num de 15 millimètres environ et là se bifurque ; Vartère sous-clavière 
monte en haut et en arrière, émet derrière le scalène la plupart de ses 
branches et se dévie presque à angle droit pour s'engager, étranglée, pour 
ainsi dire, entre le scalène antérieur et l'apophyse costale. Elle présente à 
ce niveau un rétrécissement manifeste à la mensuration (diamèlre derrière 
le scalène: 11 millimètres; au-dessus de la l*^* côte : 6 millimètres; der- 
rière la clavicule : 9 niillimètres). 

De ses branches, il faut signaler la thyroïdienne inférieure, la vertébrale et 
l'intercoslale supérieure : elles naissent au voisinage l'une de l'autre derrière 
le scalène. La vertébrale, très externe, longe la carotide primitive, se dirige 
en haut et en dehors vers l'extrémité postérieure de la côte cervicale qu'elle 
contourne et atteint le trou intertransversaire de la 6' vertèbre cervicale. 

L'artère intercostale supérieure naît en arrière et un peu en dehors de la 
vertébrale. Après un trajet très court — 1 centimètre environ — elle se di- 
vise en deux branches d'égale importance : l'inférieure, qui représente l'artère 
normale, aborde le col de la l" côte thoracique et donne la 1'" intercostale 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



63 



dorsale et la spinale ; la supérieure passe au-devanl de l'arliculalion verté- 
brale de la première côte, monte un peu en de!iors pour «rlisser au-dessous 
de la côte cervicale où je n'ai pu la suivre. J'insiste sur ce rameau qui me 
semble représenter une artère segmentaire, cervico-intercostale. 

Les autres branches de la sous-clavière ne présentaient rien de particulier. 




Fio. 1. 

Cul-de-nac pleural. — Dépassait le bord supérieur du thorax d'environ 
15 liiillimèlres en avant ; de l'appareil suspenseur, je n'ai pu voir sur le su- 
jet, très gras, que ipielqiies expansions scaléniques antérieures. 

Plexus brachial. — Il était formé, comme de coutume, par l'union des 
•i dernières branches cervicales antérieures et du i" nerf dorsal. Les nerfs 5 
et 6 sortaient normalement, mais la présence d'une côte cervicale changeait 
les rapports des dernières branches. Le '• nerf cervical naissait au-dessus 
de la côte supplémentaire et glissait dans la gouttière de sa face supérieure. 
Le tronc inférieur du plexus était constitué par la réunion en Y du S*" cervi- 
cal et du 1" dorsal. La 8" branche cervicale sortait du trou de conjugaison, 
au-dessous de la côte cervicale, se dirigeait en avant, en bas et en dedans, puis 



64 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

glissail sur le bord interne de la côle en décrivant une courbe, enfin gagnait 
la face interne de l'apophyse costale. 

Le 1" nerf dorsal naissait au-dessous de la 1" côte, dont il contournait le 
col, glissait entre la côte et la plèvre et se dirigeait en haut, en avant et en 
dedans pour rejoindre le 8" nerf cervical. Derrière l'apophyse costale, le tronc 
formé par C°' -i- D"' sortait du thorax en décrivant une courbe de court rayon, 
à concavité inférieure et allait s'unir à C"', puis à C"" et C"* pour constituer 
le plexus brachial. 




ffr^trarS'^ 



FiG. 2. 



L'apophyse costale avait ainsi rejeté en avant et en dedans toute la partie 
inférieure du plexus et l'avait mis en rapport immédiat avec la vertébrale, 
l'intercostale supérieure et son rameau supplémentaire. 



CREUX sus -CLAVICUL AIRE GAUCHE. 



La disposition est sensiblement analogue à celle du côté droit. L'artère 
sous-clavière passe également dans la rigole musculo-apophysaire, séparée de 
la veine par un scalène antérieur plus développé qu'à droite, s'insérant sur 
le bord supérieur de la première côte par un tendon pyramidal. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



65 



Le plexus brachial se comporte comme à droite : 

Des muscles, l'omo-hyoïtlien et le grand dentelé sont normaux. Le scalène 
postérieur s'insère: en bas, sur la partie postérieure de l'apophyse, le bord 
supérieur et la face externe de la 1" côte, le bord supérieur de la 2* et la 
face supérieure de la côte cervicale gauche ; en haut, aux tubercules anté- 
rieurs des apopiiyses transverses des 6 premières cervicales. Le scalène 
moyen va du sommet de l'apophyse costale aux 4*, 5" et 6* cervicales ; on 
trouve, comme à droite, un faisceau profond, allant du bord supérieur de la 
1" côte derrière l'apophyse aux tubercules de C« et C'. 

IL 

Toutes les parties molles étant enlevées, je passe à l'étude du thorax os- 
seux \ 

Sa circonférence supérieure est très oblique en bas et en avant ; limitée 
en avant par la base du sternum et les articulations sterno-claviculaires, en 




Fio. s. 



arrière par la 7* vertèbre cervicale ; latéralement : à sa partie postérieure par 
deux côtes cervicales, à sa partie moyenne par les apophyses costales, en 
avant par le bord supérieur de la première côte et d'un premier cartilage 



I . I) a été préparé et conservé au musée anatomique de Lille. 



66 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

costal rudimenlaire. Il nous faut examiner séparément chacune de ces par- 
ties. 

Sternum. — Il est très asymétrique et les encoches des cartilages sont 
réparties anormalement. 

Le manubrium, qui nous intéresse surtout, est encore distinct, séparé du 
corps par un cartilage en dos d'âne qui a une hauteur moyenne de 3 milli- 
mètres. Son axe (x, x, fig. 4) passe non pas par le milieu du hord supérieur, 
mais à 4 millimètres de l'articulation claviculaire droite. 

Sa face antérieure est très convexe et déprimée seulement vers les seconds 
cartilages costaux ; cette disposition m'a semblé due à du rachitisme ancien 
dont j'ai retrouvé ailleurs des stigmates. Cette face peut être déci'ite comme 
un hexagone irrégulier, divisible en deux parties inégales par une ligne réu- 
nissant les extrémités sternales des premiers cartilages costaux. La partie 
inférieure de l'he.xagone présente : un bord inférieur uni au corps de l'os par 
le cartilage de conjugaison ; deux bords latéraux, inféro-externes, creusés de 
3 encoches inégales : une supérieure — 5 millimètres à droite — pour le 
1" cartilage costal; une moyenne pour le 4" espace intercostal; une infé- 
rieure, très étendue, dentelée, mesurant 30 millimètres à droite et 37 à 
gauche pour le 2® cartilage. Ces bords inféro-externes sont inclinés très obli- 
quement en bas, en avant et en dedans. La partie supérieure de l'hexagone 
comprend : le bord supérieur du manubriiim, large de 48 millimètres, les 
deux bords latéraux supéro-externes pour l'articulation de la clavicule. 

Articulations sterno-claviculaires. — La surface articulaire droite pour la 
clavicule est une large encoche en croissant externe, garnie d'un cartilage de 
conjugaison. A droite comme à gauche, la capsule et les ligaments extrinsè- 
ques sont extrêmement développés et très résistants. Le ligament antérieur, 
en particulier, s'étend en éventail de la facette inférieure de la clavicule à 
la face antérieure du manubrium en dedans ; à tout le bord supérieur du 
4*' cartilage costal rudimentaire, en dessous (fibres profondes) ; en bas et en 
dehors au 4" el 2* cartilages costaux en passant au-devant du 4" espace in- 
tercostal (d'ailleurs rudimentaire) qu'il comble. 

La !'• côte thoracique. — On vient de voir qu'elle est unie au manu- 
brium par deux cartilages. Je la considère comme la pièce osseuse princi- 
pale autour de laquelle se sont amassées les diverses anomalies, tant 
secondaires que primitives. 

Elle n'est pas horizontale comme la première côte normale, mais bien dans 
le plan général du thorax ; cela tient à ce que le corps, prismatique dans son 
tiers postérieur, s'aplatit daiis ses deux tiers antérieurs ; la courbure d'enrou- 
lement, très accentuée derrière l'apophyse, fait tourner la face externe de 
près de 90' en dehors ; de ce fait, celte face, horizontale en arrière, devient 
près jue verticale en dehors et en avant. — La face interne est à peine con- 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



67 



cive el n'a pas de gouttière. — Le bord supérieur présente, à 25 niillimètres 
en avant de la tuhérosité, l'apophyse bilatérale qui a d'abord fixé mon atten- 
tion ; il se continue obliquement en avant vers le sternum sans présenter ni 
encoche ni tubercule. — Le bord inférieur, convexe, donne insertion aux 
premiers muscles intercostaux (interne et externe). — L'extrémité posté- 
rieure, normale, présente une tète arliculée avec la 1" vertèbre dorsale, un 
col bien net, une tubérosité appliquée sur la face antérieure de l'apophyse 
transverse. Sa face supérieure limite, avec l'apophyse transverse de C, la 
côte cervicale et l'apophyse costale, un espace cervico-intercoslal comblé à 



ctftr e^tvicvtA 




l'état frais par un petit muscle costo-intercosto-transversaire. — L'extrémité 
antérieure, oblique en avant et en bas, est reliée au manubrium par deux 
cartilages, le supérieur rudimentaire, rinférieur complet. 



Les apophyses costales. — Du côté droit, l'apophyse costale se présente 
sous la forme d'une tubérosité osseuse qui rappelle la coracoide. C'est un tu- 
bercule aplati, proéminent sur le bord supérieur du thorax, dont il dépasse la 
surface extérieure en avant : on peut lui considérer : une face externe, une 
face interne, un bord antérieur, un bord postérieur, une baseel un sommet. 

La face externe, convexe, présente trois courbures successives, dont l'in- 
férieure continue la face externe de la côte, la moyenne est dans le plan ver- 
tical, la supérieure est dirigée en haut, en dehors et en arrière. Elle est 
recouverte par le tronc inférieur du plexus brachial. — La face interne, 
concave, est en rapport avec le cul-de-sac pleural. — Le bord antérieur 



68 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

forme avec le bord supérieur de la côle une courbure à concavité antérieure 
dans laquelle se logeait l'artère sous-clavière rétrécie. — Le bord postérieur 
se continue insensiblement avec le col de la côte ; il donnait insertion à des 
fibres du faisceau moyen du scalène postérieur. — La base s'étale en éven- 
tail sur la côte. — Le sommet, dirigé en arrière, présente une petite sur- 
face ovalaire, articulée avec l'extrémité antérieure de la côte cervicale. 

Du côté gauche, les particularités de l'apophyse sont : une base élargie et 
un sommet irrégulièrement bituberculeux. 



Mensurations. 



Hauteur 

( à la base. . 
Largeur { 

° f au sommet . 

Epaisseur 



APOPBTSG 


droite. 

mun- 

inètres. 


gauche. 

miUi- 
mètres. 


22 


18 


11 


U 


8 


u 


7 


() 



Les côtes supplémentaires cervicales (tig. 2, 3, i et 5), assez courtes, 
vont de la 7* vertèbre cervicale à l'apophyse costale de la 1" côte thoracique. 
D'une manière générale, elles limitent, on le sait, l'orifice supérieur du thorax, 
qui, vu d'en haut, est assez régulièrement ovalaire à grand axe transversal. 

On peut, comme à toute côte, décrire un corps et deux extrémités. 

Le corps, très réduit, surtout à droite (20 millimètres de long; à gauche 
27 millimèti'es de la tubérosité à l'apophyse costale), est aplati horizontale- 
ment ; il présente : une face supérieure excavée en gouttière pour le 7® nerf 
cervical ; une face inférieure concave en arrière (8" nerf cervical), convexe en 
avant. 

L'extrémité antérieure; élargie en massue, à droite, elle s'articule avec 
l'apophyse costale suivant une ligne dirigée en bas, en arrière et en dehors ; 
à gauche, elle est triangulaire à base antérieure, irrégulièrement bitubercu- 
leuse, articulée avec les surfaces correspondantes de l'apophyse costale gauche 
suivant une ligne oblique en haut, en avant et en dedans. 

U extrémité postérieure est dilférenle à droite et à gauche; à gauche, elle 
rappelle tout à fait la côte thoracique avec sa tête arrondie, sa tubérosité de 
1 centimètre de largeur présentant en arrière une surface ovale encroûtée de 
cartilage, son col rétréci (4 millimètres) bien autonomisé, séparé de la face 
antérieure de l'apophyse transverse par un trou comblé à l'état frais par de 
la graisse et par un ligament transverso-costal très net. A droite, la tubéro- 
sité, le col, la tête figurent une seule masse pyramidale dont le sommet 
aplati s'applique au-devant du corps de C, dont tout le bord postérieur est 
soudé à l'apophyse Iransverse de cette vertèbre. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 69 

CÔTE 

droite. gauche. 

milli- milli- 

mètres, mètres. 

[.ongueur du bord antérieur 38 38 

Dislance de l'ap. Iransv. à l'ap. costale. 20 27 

„ . , ( en avant 8,5 12 

Mensurations , { , i ■ i .• f 

Largeur < a la partie moyenne. ... o / 

I à la tubérosilé 13 11,5 

Largeur du col — 4 

Articulai ions des côtes cervicales (fig. 5). Toutes les surfaces articulaires 
sont encroûtées de cartilage. 

^f j- N Hi|i| ilTMt ^ ^^"^^^ -/» it-^r. J* 

\ ^^^ 

-^ / / M^M 

/ / r 

Fig. 5. 

^ rfroîïg .• en arrière, amphiarllirose unissant toute l'extrémité postérieure 
Il la face antérieure de l'apophyse transverse de C. En avant, pelile capsule 
articulaire unissant deu.x surfaces ovales. Mouvements très limités. 

A gauche : en arrière, diartliro-amphiarthroses (costo-vertéhrale et coslo- 
transversaire) ; en avant, articulation en selle avec capsule. 




111. 

Pour interpréter les diverses anomalies (pie j'ai signalées au fur et à me- 
sure qu'elles se présentaient sous le scalpel, il faut maintenant étudier le 
reste du thora.\ et la colonne vertébrale. 

Les côtes thoraciques présentent une première anomalie de nombre ; à 
droite comme à gaucîie, on ne trouve que 11 côtes : côtes vraies et 5 Ilot- 
tantes. D'autre part, la numération des vraies vertèbres montre qu'il en man- 
que également une. 



70 niBLlOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Plusieurs questions se posent immédiatement : 

i° Quelle est celle des vertèbres qui est absente? 

2° Manque-t-il réellement une côte thoracique? La 1" côte est-elle simple- 
ment surmontée d'une exostose ostéogénique ? Ou bien, peut-on la considé- 
rer comme formée par la fusion des deux premières côtes? 

3° Que représentent les côtes cervicales ? 

Examinons d'abord la colonne vertébrale. 

Les vertèbres cervicales sont en nombre normal; les iS premières ont tous 
leurs caractères et la vertébrale pénètre dans le 0^ trou interlransversaire. 
On peut alTirmer que la 7' existe également : le corps est large et aplati 
transversalement ; les apophyses articulaires supérieures sont aux bases des 
apophyses Iransverses ; l'apophyse épineuse est longue, saillante, horizontale, 
unituberculeuse. Les particularités qu'elle présente sont sous la dépendance 
des côtes cervicales qui s'articulent sur une petite facette supéro-latérale de 
la face antérieure du corps, et qui s'adaptent au-devant des apophyses Irans- 
verses, en effet très volumineuses, et inégalement longues (la gauche est plus 
développée). Le corps n'a pas de facette articulaire pour la !'• côte thoracique. 

Les vertèbres lombaires sont au nombre de 5, bien caractérisées ; le sa- 
crum, le coccyx sont normaux. 

La réduc'ion vertébrale a donc porté sur la colonne dorsale. 

Or, les 5 fausses côtes existent et on retrouve tous les caractères des 10% 11" 
et 12* dorsales. La recherche se limite donc aux 7 premières vertèbres dorsales. 

En nous rappelant que les vertèbres le plus souvent transposées sont les 
vertèbres de transition, il faut revenir à l'étude des deux premières côtes et 
de leurs cartilages ; car toutes les questions se correspondent et la solution 
de l'une entraînera celle des autres. 

La première côte thoracique, on l'a vu, n'est pas horizontale, mais presque 
verticale ; elle est unie au sternum par deux cartilages costaux. Cette dispo- 
sition me fait estimer d'abord qu'elle résulte de la (union des deux premières 
côtes steriiales. Et en effet, par des mensurations comparatives avec une pre- 
mière côte normale, on trouve des différences considérables. 





MOrBKKE8 KOBMAIiES. 


COTB TBOUCIUI)» DK lOTRI SUIT. 


Irc côte. 


2e côte. 


3e côte. 


1 
droite. 


gauche. 


2 
droite. 


gauche . 


Épaisseur au niveau du col. 
Epaisseur de la tubérosité . 
Longueur générale .... 

Largeur en avant .... 

Hauteur du cartilage . . . 

1 


6 
8 

13 
12 
17 

13 


6 
12 

20 
13 

» 

13 


w 
1) 

26 
» 

» 

12 


12 
l'J 
17 
28 
31 
C 4 
C» 12 


9 

13 
18 
21 
20 

5 

14 

1 


» 

8 

22 
14 

» 

C 11 


» 

9 

22 
15 

» 

12 



TRAVAUX ORIGINAUX. 71 

« 

Ces chiiïres comparatifs sonl des plus intéressants ; on voit ainsi que la 
1'* côte thoracique est deux fois plus large qu'une première côte normale et 
que sa hauteur correspond à peu près à celle des côtes 1 et 2 réunies ; de 
même, sa longueur rappelle plus celle de la 2" côte que celle de la 4'*;,de 
plus, la présence de deux cartilages costaux h son extrémité antérieure est 
de la plus haute importance. Le premier cartilage costal qui continue le bord 
supérieur de la côte est rudimentaire ; à droite il mesure 15 X 4; à gauche 
13 X A. Le second cartilage s'insère à la partie tout à fait inférieure du ma- 
nubrium, contre le cartilage qui unit la poignée au corps du sternum ; il est 
à peine situé un peu plus haut que normalement. 

Ces différentes considérations m'autorisent à admettre que la i" côle tho- 
racique est le résultat de la fusion des deux premières côtes encore repré- 
sentées en avant par leurs cartilages ; que la côte suivante est non pas la 2", 
mais la 3' ; qu'il n'y a pas, bien qu'on ne trouve que 11 côtes, absence, mais 
anomalie apparente par défaut avec compensation. 

Ce premier point étant établi, il est maintenant possible de dire quelle 
vertèbre e:t absente. 

L'examen de la première vertèbre dorsale n'est pas fait pour nous rensei- 
gner ; son corps s'articule avec la 1'* côle et avec 1/4 de la 3* ; les apophyses 
articulaires supérieures sont directement tournées en arrière ; par comparai- 
son, on trouve seulement une anomalie légère de l'apophyse épineuse qui est 
plus courbe que de coutume, très inclinée en bas et à jieine aplatie à son 
sommet. Les apophyses épineuses des deux vertèbres suivantes sont de même 
très obliques. 

F'our expliquer l'ab.sence d'une vertèbre, malgré le manque de caractères 
précis, on peut, à mon avis, admettre (pie la première dorsale fait défaut ; je 
pense plutôt à la première qu'à la seconde, à cause du mince développement 
ilu 1*' cartilage costal. On peut ainsi établir le schéma suivant : 




Il y aurait ici anomalie par défaut sans compensation. 



72 BIRLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Los apophyses costales peuvent être envisagées comme des exosloses ostéo- 
géiiiques formées aux dépens d'un point d'ossification supplémentaire déve- 
loppé sur la \'^ côte. 

Les côtes supplémentaires représentent la 7^ côte cervicale, dont les cas, 
on le sait, ne sont pas très rares, et qui se forme accidentellement aux dé- 
pens du point costal de l'apophyse transverse. 

En résumé, on trouve réunies de nombreuses anomalies qu'on peut diviser 
de la façon suivante : 

A) Anomalies primitives : 

a) Présence d'une côte rudimenlaire cervicale par exagération réversive du 
tubercule antérieur de l'apophyse Iransverse de C. 

b) Réduction apparente du nombre des côtes ; coalescence des côtes 1 et 
2, représentées en avant par deux cartilages costaux. 

c) Existence d'un tubercule costal unissant la côte cervicale à la côte tho- 
racique. 

d) Réduction réelle du nombre des vertèbres : absence probable de la pre- 
mière dorsale, vertèbre de transition. 

B) Anomalies secondaires directes : 

a) Réduction morphologique du 1" cartilage costal el du premier espace 
intercostal. 

b) Remaniement des côtes, en particulier de la 2" thoracique (la 3* dans la 
série). 

c) Anomalies musculaires ayant intéressé : 

Le grand dentelé dont le faisceau supérieur énorme s'explique par la fusion 
des côtes thoraciques 1 et 2 ; 

Le scalène antérieur qui s'insère sur la côte directement el non sur \m 
tubercule de Lisfranc ; 

Le scalène postérieur ; l'existence de ses divers faisceaux, normaux et 
anormaux, vient à l'appui de l'idée qui fait de la masse des scalènes une série 
de muscles intercostaux modifiés. 

d) Présence d'un muscle costo-intercosto-transversaire, qui permet de 
comprendre l'espace postérieur entre la côte cervicale et la 1'* côte comme 
un espace intercostal rudimentaire. 

e) Anomalie vasculaire fonctionnelle ; présence d'une branche supplémen- 
tiire de l'intercostale supérieure, consécutive à la présence de la côte cervi- 
cale. 

C) Anomalie indirecte à distance : Des deux côtés, bifurcation préma- 
turée de riiumérale. 



TRAVAUX ORIGINAUX, 73 

* Pour conclure, j'admets, en définitive : 

\° Que la réduction du nombre des vraies vertèbres est due à l'absence de 
la première dorsale ; 

2° Que les apophyses costales représentent des exostoses ostéogéniques ; 

3° Que la 1'* côle Ihoracique n'est pas simplenient surmontée de cette 
exoslose, mais qu'elle résulte do la fusion des deux premières côtes ; 

4° Que les côtes cervicales sont produites par la reproduction accidentelle 
d'une disposition réversive et par l'exagération osléogénique du point costal 
d'ossification de la V apophyse transverse cervicale. 

J'ai tenu à rapporter celte observation dans ses détails. 

Si, en effet, il est relativement fréquent de découvrir une côte supplémen- 
taire cervicale, les cas sont très rares (5 ou dans la littérature médicale, 
d'après mes recherches) qui ont pu être observés directement sur le sujet 
revêtu de ses parties molles. 

La coïncidence d'autres anomalies diverses au voisinage de la côle cervi- 
cale était faite pour augmenter encore l'intérêt de cette étude descriptive. 



LA SPERMATOGENESE CHEZ LE TAUREAU 

Par H. SCHŒNFELD 

CAXO. HED. 

(Travail du Laboratoire d'tiislologie de l'Université de Gand.) 



COMMUiNICATION PRELIMINAIRE 



Le testicule du taureau est un excellent matériel pour étudier les stades 
jeunes des cellules génitales, et cela à un double point de vue : la glande 
fonctionne continuellement et donne à toutes les époques de l'année tous les 
stades de transformation des diverses espèces de cellules. De plus, les sper- 
matogonies y sont plus volumineuses que chez le rat, ce qui en facilite beau- 
coup l'étude. 

Le matériel a été recueilli à l'abattoir, aussi fiais que possible, et fixé, im- 
médiatement après l'abatage, dans différents fixateurs. 

Les fixateurs qui me donnèrent les images les plus favoi'ables furent : la 
liqueur chromico-osmique de Flemming et le mélange sublimé-alcool-acide 
acétique préconisé par vON Lenhossék'. 

Les colorations employées furent la inéthode d'Heidenliain* et la safranine, 
vert lumière. 

Les pièces ont été enrobées en partie dans la pai'affine et en partie dans la 
celloidine. Ces dernières nous donnèrent les images les plus nettes et les 
mieux colorées. 

Dans cette note préliminaire, j'ai dû renoncer à faire rhistoi'iquc de la 
question : il ne peut être traité convenablement et complètomeiit que dans 
un travail définitif. Je ne citerai que les auteurs dont je dois absolument 
donner les noms, pour la clarté et la compréhension de l'exposé. 

Malgré le«; travaux assez nombreux publiés sur la spcrmatogénèse chez les 
Mammifères, il reste beaucoup de problèmes à résoudre dans ce chapitre 
important de la biologie. 



1. Von Lenhossék, Arch. fiir mikr. Anal., Rd LI, p. 215. 

2. M. Heidknhain, Feslchrijt /. Kûlliher. 1892, p. 118. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 75 

Je ne ferai allusion qu'à la genèse des spermalogonies, à l'origine des cel- 
lules de Sertoli, aux jeunes stades des spermatocyles, aux divisions des sper- 
malocyles, ainsi qu'à beaucoup de détails concernant les transformations 
subies par les sperniatides se métamorphosant en spermatozoïdes. Autant de 
questions du plus haut intérêt qui demandent à être élucidées. 

Dans celle note préliminaire, je m'occuperai uniquement de la spermalo- 
génèse chez le taureau, bien que d'autres testicules aient été examinés. Je 
passerai plus rapidement sur les stades bien décrits par les obsenaleurs 
récents qui se sont occupés de la spermatogénèse chez les Mammifères, et 
chez d'autres Vertébrés'. 

Dans le testicule du taureau on trouve donc, à toute époque de l'année, 
tous les stades de formation de la cellule mâle. Comme chez le rat on ob- 
serve, dans les canalicules, les stades de la spermatogénèse se succédant le 
long d'un caiialicule à l'instar d'une onde. 

Inutile de s'étendre sur ce point, il a été complètement traité par von 
Lknhossék et surtout par von Ebnek. 

L'épilhélium séminal est formé de dilîérentes générations de cellules, dis- 
posées en étages. Ces générations se remplacent successivement au fur el à 
mesure que la plus ancienne, arrivée à la forme de spermatozoïde parfait, 
s'élimine dans la lumière des canalicules. 

Il faut admettre que ce remplacement par des générations nouvelles est 
continu et (|ue, pendant qu'une génération se développe, la suivante se déve- 
loppe également vite : ainsi, un stade donné do la spermatide correspond 
toujours, dans n'importe quel canalicule, à un stade déterminé des spermato- 
cyles. Cette considération nous fut d'un grand secours au début, pour déter- 
miner la phase de développement, l'âge approximatif d'un spermatocyle par 
exemple, les transformations de la spermatide étant simples et faciles à 
reconnaître. 

Tout ceci est vrai pour les canalicules en pleine activité. H y a, en effet, 
des canalicules semblables à ceux décrits chez le cobaye par Regaod, où les 
cellules génitales deviennent rares, le canalicule ne contenant presque plus 
que des cellules de Sertoli *. 



1. Je fais surtout allusion aux ouvrages counus de Meves (Salamandre, Cobaye et Homme) 
vos Lenhossék (Rat), etc. 

Daus l'ouvrage de iMkves paru dans Arch. f. mikr. Anat., Bd LIV, p. 329, on trouve 
un excellent exposé bibliographique de rbistogéuose du spcruiutozoïde. 

2. Cl. Rkgaid, Bibliogr. anat., aunée 1899, fasc. 1 : Compta rendus de l'Assoc. des 
anat., 1899, 1" session. 



76 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

La cellule de Sertoli (fig. 3 à droite). 

Ces éléments ressemblent, chez le taureau, à ceux décrits chez le rat, le 
cobaye, l'homme. Cependant, je ne puis admettre que ces cellules forment 
entre elles un vaste syncytium, ainsi que le veulent Uegaud, et d'autres cilés 
par lui '. Précisément, dans les canalicules contenant surtout des cellules de 
Sertoli et peu de cellules génitales, on observe, entre chaque cellule de Ser- 
toli, une délimitation nette et certaine. 

De plus, on n'observe pas ici de figures pouvant s'interpréter comme divi- 
sion directe de la cellule de Sertoli. Le noyau est, il est vrai, incisé, lobule, 
mais cette image ne peut en imposer comme figure de division. 

Les cellules de Sertoli présentent, du côté de la lumière du canajicule, 
c'est-à-dire à la base du prolongement caractéristique, une sphère attractive 
distincte, surtout dans les préparations fixées au sublimé. Cette sphère con- 
tient deux corpuscules centraux. L'axe réunissant ces derniers est oblique 
par rapport à la surface du noyau. La couche médullaire (Van Beneden) de 
la sphère attractive est claire et hyaline (voir, p. 97, fig. 3, sph.at.). Le noyau 
contient un nucléole central, plasmalique. 

On rencontre pourtant des cellules de Sertoli à noyau non ridé, non lobule, 
qui paraissent être plus jeunes. Ces cellules sont assez rares. Leur noyau 
ressemble beaucoup, quant à la forme et à la structure intime, à celui des 
cellules que nous décrirons plus loin sous le nom de cellules indifférentes 

(fig- 3). 

On peut admettre, tout naturellement, que la cellule de Sertoli dérive par 
métamorphose de la cellule indifférente, 

Regaud ' fait remarquer, d'ailleurs, qu'il y a entre la cellule de Sertoli et 
la spermatogonie une série de stades intermédiaires. Il en conclut, sans 
preuves suffisantes, à notre avis, que la spermatogonie dérive de la cellule de 
Sertoli. 

Faisons remarquer, d'abord, que ce que Regaud décrit comme spermato- 
gonie « à noyau poussiéreux » correspond à l'élément que nous appelons 
« cellule indifférente ». 

Ceci étant dit, il nous semble qu'il est plus logique d'admettre que la cel- 
lule de Sertoli, élément différencié, doive son origine à une cellule indiffé- 
rente, élément jeune à caractères embryonnaires. 

Le travail de de Bruyne ' traitant de la structure du testicule chez l'hydro- 
phile, prouve assez nettement qu'il peut en être ainsi. 



1. Cl. Regaud, Bibliogr. anal., aunée 1899, fasc. 1, p. \. 

2. Cl. Recalu, Comptes rendus de VAssoc. des anat., 1S99, 1" session, p. 20, Ul. 

3. De Bulyne, La cellule folliculaire du testicule d'hydiopliilus piceus. {Comptes rendus 
du Congrès de l'Anal. Gesellsch. à Gand, 1897, p. 115.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 77 

Là aussi, la cellule correspondant physiologi(]uement et anatomiquement à 
la cellule de Sertoli dérive d'un élément indifférent qui, d'autre part, donne 
la spermatogonie : il en est de même chez les Mammifères, comme j'essaie- 
rai de le démontrer. 

Je tiens à déclarer que c'est avant d'avoir lu le travail de de Bruyne que 
j'étais arrivé à mes conclusions, et qu'il ne m'a guidé en rien dans mes re- 
cherches. 

La cellule génitale. 

On a l'habitude de diviser la spermatogénèse en trois grandes étapes : 

La période de multiplication ; 

La période d'accroissement; 

La période de maturation. 

La limite entre les deux dernières périodes étant assez vague, la période 
d'accroissement n'étant au fond qu'un stade de préparation au.x deux divi- 
sions de la période de maturation, a été placée à divers stades des spermato- 
cytes par les dilVérents auteurs qui se sont occupés de la question '. 

Je la placerai au début de la première division de la période de maturation, 
au moment où les corpuscules centraux s'écartent l'un de l'autre pour aller 
se rendre aux pôles de la figure de mitose. 



PKRIODE DE MULTIPLICATION 

dette période du développement se passe exclusivement contre la membrane 
propre. Pour en connaître toutes les phases, il faut une idée nette de ce que 
présente le fond de l'épithélium séminal. 

Je commencerai par l'image la plus simple, la plus facile à interpréter : 
c'est celle que l'on trouve après la dernière mitose des spermatogonies. 

(Contre la membrane propre on voit : 

1 . Des spermatocytes de premier ordre, résultat de la division mitosique 
des spermatogonies : ils sont alignés les uns à côté des autres, cubiques sur 
la coupe opti(juc par pression réciproque (fig. 3). 

Je les décrirai sommairement plus loin. 

2. Ceux-ci sont interrompus par place par une cellule de Sertoli munie de 
son prolongement gagnant la lumière du canalicule (fig. 3, c.«.). 

3. Les jeunes spermatocytes ne tapissent pas partout la membrana propria : 
ils en sont séparés parfois par des cellules spéciales, à protoplasme abondant 



1. Meves, ^rc/*. /. mikr. Anal., Bd XLVIII, p. 37, 8g, 44. 
Von Lenhossék, toc. cit., p. 249. 

BIBI.IOSR. ANAT., T. VIII, FASO. 2. 



78 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

laidement élalé sur la membrane propre : le cytoplasme en est granuleux et 
uniformément condensé (fig. 3). 

La rangée des jeunes spermatocytes ne s'interrompt pas au niveau de ces 
éléments : elle glisse sur eux. 

Le noyau de ces grandes cellules est ellipsoïde, à grand axe parallèle à la 
membrane propre. 

II est assez faiblement chromatique à ce moment. La chromaline est dis- 
posée en fins granules s'irradiant autour d'un volumineux nucléole central 
(noyaux poussiéreux de Regaud). Ce nucléole n'est ni franchement nucléinien 
ni franchement plasmalique comme celui des cellules de Sertoli. Il se pré- 
sente parfois sous forme de nucléole plasmatique contenant deux ou trois 
granules cliromatiques, nucléiniens, la safranine colorant la nucléine, alors 
que la linine prend le vert-lumière. 

Dans le cytoplasma on retrouve une sphère attractive bien évidente, avec 
deux corpuscules centraux, le plus souvent dirigés selon une ligne oblique 
par rapport à la surface du noyau. Elle siège parfois dans le voisinage de la 
surface nucléaire dirigée du côté de la lumière du canalicule, disposition que 
nous retrouvons dans les cellules de Sertoli. 

J'appellerai ces éléments «t cellules indifférentes ». Je les considère comme 
pouvant donner, d'un côté, par métamorphose, la cellule de Sertoli, d'un 
autre côté, par division indirecte répétée et quelques modifications de volume 
et de structure, la spermatogonie. 

Ces cellules constituent d'ailleurs un type parfait de cellule embi7onnaire. 
Ce sont de véritables schémas de cellules. 

En résumé, il existe donc à la périphérie du canalicule séminifère à cette 
époque : 

1 . La rangée de jeunes spermatocytes nouvellement formés ; 

2. Les cellules de Sertoli ; 

3. Les cellules indifférentes. 

On ne trouve pas d'autres éléments. Ils sont nettement caractérisés et se 
différencient facilement les uns des autres. 

Comme je le décrirai plus loin, tous les jeunes spermatocytes se transfor- 
ment bientôt. Les spermatogonies de remplacement ne peuvent donc prove- 
nir que : 

1. Ou bien des jeunes spermatocytes transformés retournant à l'état de 
spermatogonies. Cette hypothèse me paraît insoutenable : les spermatogonies 
nouvelles n'apparaissent qu'à un stade de transformation des spermatocytes 
tellement avancé, qu'on ne peut admettre le retour à l'état de spermatogonie 
sans stades intermédiaires : ces stades intermédiaires font totalement défaut ; 

2. Ou bien des cellules de Sertoli : c'est l'hypothèse émise par Regaud. 
J'ai exposé plus haut le motif pour lequel elle me semble erronée : la cellule 



TRAVAUX ORIGINAUX. 79 

de Sertuli est un élément différencié ayant un rôle de nutrition à remplir, et 
présentant des divisions directes très rares : j'en ai vu fort peu, et encore 
me semblent-elles douteuses ; 

3. Ou bien des cellules de la membrane propre : celte hypothèse m'a souri 
un certain temps. On trouve en effet, dans certains canalicules, à la base de 
l'épithélium séminal, des cellules aplaties à protoplasme foncé granuleux, à 
noyau très elliptique et aplati, possédant un, parfois deux nucléoles cen- 
traux, (les cellules semblent surgir de la membrane' propre sur laquelle elles 
s'étalent, et se montrent peu de temps avant l'apparition des nouvelles sper- 
malogonies; elles existent encore à côté des spermatogonies bien constituées. 

Cependant, l'absence de stades intermédiaires entre la cellule de la mem- 
brane propre et les cellules aplaties, ainsi qu'une explication j)lus rationnelle 
(|ue je donnerai plus loin de l'origine de ces éléments, me forcent d'abandon- 
ner cette hypothèse ; 

4. Elles proviennent des cellules indifférentes : c'est ce que je tâcherai de 
démontrer. 

On a vu qu'après la dernière mitose des spermatogonies mères, on trouve 
il la périphérie du canalicule séminifère une rangée continue de spermalo- 
cytes très jeunes, issus de celte division (fig. 3). 

La structure de ces jeunes spermalocyles est caractéristique, et il est im- 
possible de les confondre avec n'importe quel autre élément. 

Ce sont des cellules carrées sur la coupe optique, par pression réciproque. 
Leur protoplasme est clair, à sliiiclure fibrillaire, et renferme une sphère 
attractive analogue à celle décrite par Van der Stricht ' chez la salamandre, 
contenant deux corpuscules centraux entourés d'une zone claire bien délimi- 
tée, entourée à son tour d'une masse proloplasmique foncée, compacte et 
finement granuleuse. Celle-ci a la l'orme de lunule accolée au noyau, à pro- 
longements s'irradiant vers la membrane de la cellule. Il s'agit ici de la pre- 
mière ébauche de l'idiosome (fig. 3). 

Le noyau a un squelette de linine réticulé sur lequel sont fixés deux à qua- 
tre imcléoles chromatiques reliés entre eux et avec la membrane nucléaire, 
par des filaments de linine souvent doubles, chargés de granules chromati- 
ques. A la surface du noyau les granules sont plus volumineux, sous forme 
de croulelles, et réunis entre eux par des filaments achromatiques (noyaux 
croutelleux de Regaud). Sur la coupe opti(iue, cette disposition en impose 
pour une membrane chromatique interrompue. 

k un stade un peu plus avancé, toutes ces cellules subissent des transfor- 
mations nettes que je décrirai plus loin à propos de la période d'accroissement. 



t. 0. Van deb Stricht. Contribution à l'étude de la forme, de la structure et de la divi- 
sion du noyau. {Arch. de biologie, t. XIV, 1895, p. 257.) 



80 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Pendant celle transformation, et assez tôt, on peut observer, dans les cel- 
lules indifférentes, des transformations indiquant une préparation à la mitose : 
le nucléole devient fortement chromatique ; les fines granulations, disposées 
de façon radiaire autour du nucléole, se gonflent et se fusionnent entre elles 
pour former des granules qui, rangés les uns après les autres, engendrent 
un spirem. Celui-ci se fragmente en un certain nombre de chromosomes, 
nombre difficile à déterminer. 

Les chromosomes ont la forme d'anses, caractéristiques de la division lio- 
mœolypique. On peut, dans quelques cas favorables, voir les deux corpuscules 
centraux écartés l'un de l'autre, réunis par un fuseau central, et recouvrant 
le spirem. 

Au stade de la plaque nucléaire, les cenlrosomes sont très rapprochés de 
la plaque (fig. 21). Les cônes principaux sont très petits et aplatis par rap- 
port à la plaque, qui est très massive et remplit presque toute la largeur de 
la cellule. Au stade des étoiles-filles, le corpuscule Intermédiaire de Fleiu- 
ming est très net. Les noyaux rentrent au repos. Ils présentent le même 
type que le noyau mère. Ils sont pourtant moins volumineux et plus chroma- 
tiques. On observe deux ou quatre de ces éléments réunis les uns aux autres. 

Plus tard, ces cellules s'aplatissent contre la membrane propre et s'éta- 
lent largement. Le protoplasme se condense. 11 est plus foncé que dans la 
figure précédente. 

La structure générale de cet élément esl en tout point semblable à celle de 
la figure précédente, de la « cellule indifférente » (fig. 2). 

Ces cellules engendreront plus tard de nouvelles figures mitosiques. 

Ces éléments aplatis présentent des stades de transition vers la cellule 
spermatogonie : certains se relèvent, le noyau s'arrondit de nouveau, mais 
présente non plus un nucléole central, mais deux, trois nucléoles. 

Le protoplasme s'étale de moins en moins sur la membrane propre. Fina- 
lement, on obtient l'image d'une spermatogonie : cellule dont le volume tient 
le milieu entie le jeune spermatocyte et la « cellule indifférente » ; l'aspecl 
du noyau et du protoplasme étant également intermédiaire entre ces deux 
éléments (fig. 1). 

On observe parfois des cellules difficiles à classer, c'est-à-dire à rapporter 
au type des cellules indifférentes ou au type des cellules spermatogonies, 
alors que la spermatogonie et la cellule indifférente sont deux éléments bien 
nettement caractérisés et définis. 

Quelque temps après leur formation, ces spermatogonies se divisent par 
mitose (fig. 20). Ces mitoses sont très nombreuses et sont du même type 
que la mitose des cellules indifférentes. Elles s'en distinguent par leur vo- 
lume plus petit, leur nombre plus élevé; elles en sont comme une réduction. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 81 

Le protoplasme ne coulieiil pas autant de granulations safraninophiles que 
celui des cellules indifférentes en mitose et est plus clair. Les chromosomes 
sont plus tassés, moins distincts les uns des autres. On les compte très 
dilTicilement (fig. 20). 

Je pense qu'il y en a plus de seize et moins que vingt-cinq, probablement 
vingt-quatre. 

Ici également le corpuscule intermédiaire de Flemming est d'une grande 
netteté. 

Après les mitoses, on observe des figures très analogues à celles observées 
par Meves dans le testicule de salamandre après la division de ses « petites 
spermatogonies ». 

Les cellules-filles, alignées les unes à côté des autres, sont réunies par une 
traînée de fibrilles dans la direction des corpuscules centraux. Entre deux 
cellules contiguës, cette traînée tibrillaire est épaissie : cet épaississemenl 
correspond au corpuscule intermédiaire ' (tig. 3). 



PERIODE D ACCROISSEMENT 

La rangée de jeunes spermatocytes que j'ai décrite peu après sa naissance 
subit bientôt des modifications : c'est la période d'accroissement qui com- 
mence, période qui n'est qu'une longue préparation à la double mitose de la 
période de maturation. 

Le premier phénomène caractéristique est la répartition excentrique de la 
chromaline dans le noyau : la chromatine s'accumule dans une moitié nu- 
cléaire ; le suc nucléaire est refoulé dans l'autre moitié, voisine de la sphère 
attractive. Les trois ou quatre nucléoles se fusionnent alors en un ou deux 
nucléoles plus volumineux, le reste du noyau con.servant sa structure (fig. 3, 
à droite). 

Bientôt après, pendant que le noyau augmente graduellement en volume, 
l'on voit se détacher des nucléoles des fragments de chromatine qui sem- 
blent aller grossir les granules de chromatine voisins, qui émigrent ensuite 
vers la périphérie du noyau (fig. A). 

Arrivé à la périphérie, chaijue granule se divise en quatre (fig. 4). Celte 
division semble se faire au fur et îi mesure que chaque granule arrive sous la 
membrane nucléaire. Les filaments de linine disparaissent partiellement. Il 
en reste deux ou trois, reliant par place un granule de chromatine à la masse 
plus compacte persistant à l'un des pôles. 

Nous nous trouvons donc bientôt en présence de granules chromatiques 
nettement quadrijumeaux (fig. Ti), granules sphériques et tangents par leur 



1. Meves. Airh. /. mikr. Anat., Bd XLVIII, pi. III, fig. 33-34. 



82 UmLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

surface interne. On obtient ainsi des figures quadrilatères à lumière centrale. 
Les granules quadrijumeaux semblent aligné? à la file l'un de l'autre. 

Les figures obtenues ressemblent énormément à celles décrites par Brauer' 
chez l'ascaride du cheval, également chez les spermatocytes. Cependant, 
l'évolution ultérieure des petits groupes quadrijumeaux semble ici être 
différente. 

Le processus ressemble encore plus à celui décrit par M. Sab.\schnikoff * 
chez l'ascaride : en opposition avec la segmentation d'un filament unique 
deux fois de suite selon la longueur, décrite par A. Rrauer, il observe une 
résolution du filament en granules chromati;|ues. Ceux-ci se groupent par 
quatre. Ces groupes de quatre se réunissent alors en un filament quadriju- 
meau qui, se segmentant par le milieu, donne les deux «t Vierergruppe », 
groupes quaternes, homologues des anneaux dans la division de maturation. 

Il nous semble qu'ici il s'agit plutôt d'une division en quatre que d'un 
groupement de plusieurs granules en groupes de quatre. 

Cette division de chaque granule en quatre semble être effeclivement une 
préparation à la mitose répétée qui se fera à la période de maturation. 

A un stade ultérieur, il existe dans le noyau un spirem unique (fig. 8), 
constitué par un boyau nucléinien renfermant des granules chromatiques. Sur 
ime coupe transversale du filament, les granules sont divisés en deux et for- 
ment donc une double rangée de grains chromatiques. 

La disposition excentrique de la chromatine' existe encore toujours ici et 
s'accentuera davantage dans les stades subséquents. 

Ces noyaux sont très fragiles ; ils possèdent une membrane très délicate. 
Dans les tubules déchirés, ils se rompent avec une grande facilité : le spirem 
sa déroule alors dans le sens du courant comme le fil d'un éfheveau. 

On obtient de celte façon des images très caractéristiques et très instruc- 
tives (fig. 13). 

Entre les deux stades précités se placent les phases où se constitue le spi- 
rem. Ces figures sont assez difficiles à interpréter; on ne les analyse bien 
que dans la partie du noyau à chromatine rare : 

Chaque groupe quadrijumeau se met en rapport avec deux filaments qui se 
réunissent au niveau des quatre granulations (fig. 6). Ces filaments sont 
d'abord fins, achromatiques, et semblent tendus entre le groupe quadriju- 



1. A. Brader, Arch. f. mikr. Anal., Bd XLII, p. 153. 

2. M. Sabaschnikoff, Beitrâge zui- Kenntniss der throniatinreducfion in der Oogenese 
von Ascaris uieiîalocephala bivalens. (BuUe'ia de lu Soc/élë impériale des uutiim.'isles, 
MoscoH, 1897. n" 1. p. 8?, pi. I.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 83 

meau et un autre point de la masse chromatique du noyau. La chromatine de 
chaque granule d'un groupement quaterne se répand dans le fdament, qui 
devient chromatif|ue, plus souple, plus arrondi, et semble plus flexible, alors 
que le groupe quaterne devient de plus en plus petit, et finalement disparait. 
Ce phénomène se passe à des moments dilTérents pour chaque groupe 
quadrijumeau. Il arrive que un ou deux groupements restent en retard alors 
que tous les autres se sont transformés en spirem. 

Ce spirem est d'abord très serré et fortement chromatique (fig. 7). Il est 
disposé en calotte d'un côté du noyau. Dans la partie non chromatique du 
noyau font hernie quelques anses du spirem. Ces anses pénètrent plus ou 
moins loin. Certaines sont en rapport avec un groupe quaterne. 

On ne reconnaît la nature du spirem que dans les noyaux déchirés méca- 
niquement par la rupture d'un canalicule. 

La texture du spirem devient de moins en moins serrée. La disposition est 
encore excentrique dans le noyau. On y distingue déjà un a corpuscule intra- 
nucléaire », décrit par von Lenhossék ' (fig. 8). 

A ce moment, la luimle compacte et foncée contenant les corpuscules 
centraux se transforme en un organe ellipsoïde, homogène (fig. 8), coloré en 
vert par le vert-lumière, et renfermant les corpuscules centraux. Je n'ai pu 
encore déterminer quelle partie de la sphère donnait lieu à l'idiosome. Des 
recherches ultérieures seront faites dans ce sens. 

Bientôt, la chromatine devient de moins en moins excentrique, pour rem- 
plir finalement tout le noyau. Dès ce moment apparaissent dans le noyau les 
anneaux, dont je n'ai pu poursuivre tous les stades de formation (fig. 9). 

Ces aimeaux vont se disposer périphériquement, comme on l'a décrit sou- 
vent. Arrivés à la périphérie du noyau, ils s'épaississent sans pourtant .se 
raccourcir. Ils semblent alors parfois s'ouvrir à l'une de leurs extrémités. 
Dès lors, les noyaux sont prêts à la mito.se. 

Pendant ce temps, le protoplasme a également changé d'aspect : il y appa- 
raît à côté de l'idiosome un corpuscule arrondi, chromatique : c'est le corps 
cliromatoide (fig. 8). Le cytoplasme a maintenant une structure filaire très 
nette. Tout autour du noyau semblent être localisées une grande quantité de 
fibrilles disposées en faisceaux et analogues, selon toute apparence, au kino- 
plasma de dilférents auteurs. 



1. Von LENHosisÉK, loc. cit., p. 251 à 254. 



84 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

PÉRIODE DE MATURATION 

Pendant que les anneaux se disposent à la périphérie du noyau, on retrouve 
facilement, dans les préparations convenablement colorées, les diplocentres 
à l'intérieur de l'idiosome. Les anneaux bientôt se raccourcissent en s'épais- 
sissant et engendrent une figure caractéristique de la première mitose de 
maturation '. 

A ce moment, on ne distingue plus lés diplocentres dans l'idiosome : ils 
se sont écartés l'un de l'autre. On les retrouve parfois à la périphérie de 
l'idiosome, réunis par un petit fuseau clair assez réfringent. 

Plus tard, on ne les voit plus que difficilement : il faut que la cellule ^oit 
coupée juste parallèlement à la direction du fuseau. Les asters ne se déve- 
loppent pas encore à ce moment. On les voit apparaître quand les corpu.s- 
cules centraux sont arrivés à deux points diamétralement opposés du noyau. 
Ce déplacement des corpuscules centraux s'effectue assez rapidement. Les 
filaments de l'aster sont délicats. On les voit très bien sur les vues polaires, 
s'étalant en panache en suivant les méridiens du noyau. 

Au moment oîi les corpuscules centraux ont atteint la périphérie du noyau, 
la membrane nucléaire se dissout brusquement. Les anneaux, devenus libres, 
s'étalent en ligne droite, et se di.sposent en deux groupes convergeant vers 
les corpuscules centraux (fig. 10). 

Dans ce changement de forme, qui se fait très rapidement, ils se rompent 
souvent à leur extrémité distale. 

La vue polaire donne alors l'aspect d'anses rayonnant autour d'un point 
central occupé par le corpuscule central. Autour du corpuscule s'étalent les 
filaments de l'aster. 

On assiste alors rapidement au raccourcissement des anneaux, qui ne se 
fait pas simultanément pour tous les anneaux. 

Le fuseau central est encore visible à ce stade, à la surface nucléaire 
(fig. 40, /".c). 

Pendant que les anneaux se raccourcissent, les corpuscules centraux se 
rapprochent à nouveau l'un de l'autre (fig. 11). Ce mouvement semble avoir 
pour effet de ramener les anneaux condensés et transformés en globules 
compacts de chromatine, vers le plan équatorial du noyau. 

A cette phase, on observe encore dans la cellule le corps chromatoïde : il 
semble attiré vers la plaque nucléaire en voie de formation. 

L'idiosome se reconnaît également. Il occupe une position intermédiaire 
entre les corpuscules centraux et est en rapport avec certains filaments des 



1. Cf. Von Lenhossek, loc. cit., p. 257. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 85 

asters. Ses limites sont pourtant moins nettes : son aspect est maintenant plus 
ou moins lobule '. 

Les filaments des cônes principaux deviennent visibles au moment où les 
corpuscules centraux occupent la position la plus rapprochée de la plaque équa- 
toriale. Dès ce moment, les corpuscules centraux s'écartent à nouveau l'un 
de l'autre, pendant que les globules chromatiques correspondant aux anneaux 
se disposent très rc-gulièrement au niveau du plan équatorial de la cellule. 

Ces globules chromatiijues montrent une dépression centrale correspon- 
dant à l'ouverture de l'anneau dont ils dérivent. 

La vue de profil donne une plaque très condensée, où peu de détails sont 
visibles. La plaque est très régulière. Le fuseau central est devenu invisible 
(fig. 12). 

La vue polaire est plus intéressante. On y voit un amas de granules disposés 
à première vue irrégulièrement les uns à côté des autres, de fai^on à former 
une plaque compacte sans ouverture centrale et à contour circulaire (fig. 14). 

L'observation attentive montre que les granules sont disposés deux par 
deux : ils représentent la coupe optique d'un anneau condensé ayant con- 
servé sa lumière centrale. Cette lumière centrale est invisible sur une vue de 
profil, à cause de l'accumulation des anneaux. 

J'ai essayé de compter ces granules. Le nombre 24 revenait le plus sou- 
vent dans mes calculs : j'en conclus à la j)résence de douze anneaux chroma- 
tiques. Les comptes faits lors de la disparition de la membrane nucléaire, 
alors que les anneaux, droits et convergeant vers les centrosomes, se distin- 
guent tacilement, m'ont confirmé dans ce résultat. 

k ce stade a disparu l'idiosomo, ainsi (pic le corpuscule chromatoïde. 

Les fibres des cônes principaux sont relativement épaisses. On en compte 
de sept à huit sur la vue éfjualoriale. Les fibres des asters, infiniment plus 
délicates, parlent des cenlro.somes en jet de fontaine et vont s'attacher tan- 
gonliellement à la périphérie de la cellule, j)robabl(Mnent à la menibrane cel- 
lulaire, (jcrtaines fibres, incontestablement, dépassent l'équateur et s'entre- 
croi.sent avec les fibres venant du cenirosome opposé (fig. 12). 

.\ux premiers stades de la métacinè.se, on voit réapparaître l'anneau par 
élirement de la forme condensée. On observe, au niveau de l'équateur, des 
renflements caractéristiques identiques par exemple à ceux observés dans la 
première mitose de maturation de l'ovule de Tby.sanozoon et dans une foule 
d'autres cas* (fig. 15). 



1. Cf. les figures de Meves, Arch. /. mikr. Anat.^ Bd LXVIII, fig. 57, pi. III, surtout 
VON LENHOS.SÉK, loc. Cit., fig. Il et 13, pi. XIII. 

?. 0. Van ueb STiiiciir, La formation des deux globules polaires et l'apparition des sper- 
mocentres dans Toeuf de Thysanozoon Brocchi. (Arch. de biologie, t. XV, 1897.) 



86 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Il semble que, ici aussi, la première mitose corresponde à une division 
longitudinale des chromosomes. 

L'écartement des étoiles-filles correspond ù un raccourcissement des fibres 
des cônes principaux. Les chromosomes se rapproclient fortement des cen- 
trosomes, de sorte que ces derniers devienneiit très difiicilement visibles. 

Entre les étoiles-filles existent des filaments achromatiques disposés en 
tourbillon. Lors de l'étranglement de la cellule, ils se réunissent en fais- 
ceau. On ne remarque pourtant pas, à ce stade, de corpuscule intermédiaire 
de Flemming, bien que, antérieurement, les fibres aient été parsemées de 
granules chromatiques très petits. 

Les cellules issues de celte première mitose sont les spermatocytes de 
second ordre ou cellules de von Ebner'. 

Les spermatocytes de second ordre (fig. 16 à 18 incl.). 

Leur noyau est d'abord très chromatique et peu volumineux. Il est telle- 
ment compact à ce stade qu'il est impossible d'en analyser la structure 
intime. 

Peu à peu il augmente de volume, et il apparaît un réticulum de linine à 
mailles assez régulières. Sur ces trabécules sont fixés des grumeaux de cliro- 
maline plus ou moins volumineux. 

En même temps que s'accomplit ce travail, le corps chromatoïde acces- 
soire réapparaît dans le protoplasme, d'abord tout près du noyau, dont il 
semble provenir. L'idiosome se montre en même temps, renfermant les deux 
corpuscules centraux. Il a légèrement diminué de volume. 

Le corps chromatoïde semble s'éliminer à ce stade, après avoir occupé un 
siège périphérique dans la cellule. Dans certaines cellules il est invisible, 
notamment dans celles se préparant à la mitose. 

Il existe encore dans le protoplasme, à charpente filaire, des fibrilles assez 
nombreuses autour du noyau, probablement provenant du kinoplasma que 
j'ai signalé dans les spermatocytes de premier ordre (fig. 16). 

Ici aussi, quand débute la mitose, les corpuscules centraux s'écartent l'un 
de l'autre et puis deviennent fort difiicilement visibles, pour les mêmes rai- 
sons que celles exposées précédemment à propos de la mitose des sperma- 
tocytes de premier ordre. 

La membrane nucléaire disparaît d'abord à un côté du noyau, celui auquel 
est appliqué l'idiosome. La chromaliiie semble se retirer au pôle opposé du 
noyau et s'y concentre en globules volumineux. Jamais je n'ai pu observer la 



1. Von EBNrn, Arch. f. mikr. Anal , M XXXI, p. 2fiO, 



TRAVAUX ORIGINAUX. 87 

forme d'anneaux périphériques que von Ebner ' décrit chez le rat, ni chez 
le taureau, ni même chez le rat. 

Le réticulum de linine devient de plus en plus lûche et finit par disparaître, 
ainsi que le reste de la membrane nucléaire. On observe alors facilement le 
fuseau central tendu entre les deux corpuscules centraux, auquel s'applique, 
unilatéralement d'abord, l'amas de chromatine dt\jà groupé en segments 
chromatiques (fig. 16). 

Sous l'influence, probablenient, des rayons des asters, déjà <léveloppés à 
ce moment, ils se groupent autour du fu.seau central, d'abord en demi-cercle, 
puis en fer à cheval, enfin sous forme d'un anneau (fig. 17-19), engendrant 
de cette manière au niveau de l'équaleur une plaque nucléaire très régu- 
lière. 

L'étoile-mère est formée par douze segments chromatiques, ainsi qu'on 
peut le voir sur une vue polaire. Ils ont une forme de courts bâtonnets épais, 
à grand axe dirigé dans le plan équalorial. Ils sont serrés les uns à côté des 
autres autour d'une ouverture centrale par où passe le iuseau central; de 
telle sorte qu'ils forment une espèce de couronne, lobulée à la périphérie, 
chaque petit lobule correspondant à un segment chromatique. On compte le 
plus souvent douze lobules. La plaque est moins large d'un tiers à peu près 
(jue celle de la première mitose (fig. 19). 

On le voit, cette image est caractéristique pour la seconde figure de matu- 
ration. 

Il y a encore d'autres dilTéreuces manjuées avec la première figure de 
maturation, outre la disposition de la plaque nucléaire et la forme des chro- 
mosomes-: les cônes principaux i-ont plus allongés, moins étalés en largeur 
(fig. 18), les fibres qui les constituent sont plus fines; de plus, les corpus- 
Ciiles centraux se trouvent toujours relégués complètement à la périphérie 
de la cellule, presque sous la !nembrane cellulaire. Les asters sont par le 
fait même moins nets, quoique ici encore on observe des fibres s'entrecroi- 
sanl au niveau de l'équateur. 

A ce stade l'idiosome a déjà disparu. 

A la métacinèse, les chiomosomes s'étranglent chacun en leur milieu, 
chaque moitié voyageant vers la cellule-fille future. On n'observe point de 
corpuscule intermédiaire. 

La structure du noyau-lille est d'abord régulièrement réticulée, à peu près 
identique à celle des cellules de von Ebner, dont on les distingue pourtant 
par le volume moindre et l'absence de corps accessoire chromatoide. 

Mais bientôt elle se modifie : la chromatine se résout en très fins granules 
et s'accumule, d'autre part, en un nucléole assez volumineux, irrégulier, et 



1. Von Kbneb. cf. fipr. 11. Si'zungsberichte der Kais. Akad. der Wis.%. in Wicti, 

B<l CVIII, .\l.i. 111 .No.euihor US'J',). 



Ç» BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

' rattaché par des filaments de linine à la membrane nucléaire. En même 
temps, le noyau gonfle et pâlit par augmentation du suc nucléaire. 

Pendant ces métamorphoses apparaît dans le cytoplasme l'idiosome, de 
petit volume, mais facilement reconnaissable par sa morphologie et ses réac- 
tions. 

On n'y rencontre plus les corpuscules centraux. Ils siègent le plus souvent 
dans son voisinage, du côté de la périphérie de la cellule. 

La cellule-fille résultant de la seconde mitose constitue la spermatide. 
Nous sommes convaincus qu'il n'y a, en fait de mitoses de spermatocytes, 
que les deux types précités, et qu'il ne s'en accomplit que deux. Le fait a été 
démontré presque mathématiquement par von Ebner ' pour le rat. 11 pour- 
rait l'être de même pour le taureau : le volume respectif des spermatides, 
cellules de von Ebner et spermatocytes de premier ordre, le nombre respec- 
tif de mitoses des deux types, tout indique qu'il ne se produit que deux divi- 
sions de spermatocytes : d'un spermatocyte de premier ordre résultent quatre 
spermatides. 

LA SPERMATIDE. SON ÉVOLUTION VERS LA FORME SPERMATOZOÏDE 

I. — Le capuchon céphalique. 

La spermatide du taureau se distingue de celle de la salamandre et de celle 
du rat surtout par l'absence du corpuscule chromaloide. 

Les premiers stades, la formation du capuchon céphalique, l'ébauche du 
fdament axile concordent absolument avec ceux trouvés par von Lenfiossék 
chez le rat. Je n'insisterai donc pas dans cette communication préliminaire. 

Une partie de l'idiosome reste adhérente à la vacuole aplatie qui donnera 
le capuchon céphalique. Celte partie a également la propriété de se vacuoli- 
ser, lormant deux, parfois trois petits capuchons surmontant le capuchon 
principal. 11 se forme ainsi un appendice plus ou moins pointu qui plus tard 
est fixé dans le prolongement de la cellule de Sertoli correspondante (phéno- 
mène de la copulation, formation du spermatophore). Cet appendice dégénère 
et tombe dans la suite. 

Très tôt se forme l'acrosome, sous forme d'abord d'un corpuscule aplati 
appliqué sur la membrane nucléaire, et probablement issu de cette mem- 
brane. Je n'ai pu observer sa formation dans la vacuole formée dans l'idio- 
some, ainsi que le décrit von Lenhossék. Il se métamorphose ensuite en un 
granule sous forme de lancette, fixé perpendiculairement sur le noyau. Ce 
granule n'existe plus dans le spermatozoïde. Le capuchon céphalique s'étend 
environ sur la moitié de la surface nucléaire. 



1. Von Ehner, 1899, loc. cit., p. 139 et suiv., p. Wl iiid. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 89 

Le noyau devient de plus en plus périphérique pendnnl (jue les corpuscules 
centraux avec le filament axile se dirigent vers la partie postérieure du noyau. 



II. — Formation de la « manchette hyaline ». 

A ce moment, le noyau est complètement périphérique. En même temps 
s'ébauche une nouvelle formation : la manchette hyaline. 

Elle semble, chez le taureau, se former manifestement aux dépens de la 
membrane nucléaire. 

La membrane du noyau se soulève légèrement tout autour de la partie 
distale du noyau, de façon à former bourrelet (fig. S-i, e.m.). Ce bourrelet 
grandit, et la membrane nucléaire, faisant hernie d-tiis le cytoplasma, se 
replie sur elle-même à l'instar du tablier mésentérique, par exemple. Entre 
l'attache des deux feuillets du repli, il reste une partie du noyau dont la 
membrane s'est détachée : cette partie, d'abord peu importante, augmente 
en largeur par la suite, et subit très facilement l'action plasmolysante ou 
turgescente des réactifs. Sous l'influence, par exemple, du sublimé-alcool- 
acide acétique (von Lenhossék) et des liqueurs osmiques, elle se rétracte. La 
solution fi.xative ordinaire au sublimé la dilate considérablement. 

La coupe optique de la manchette bien développée indique assez manifes- 
tement un double contour. Ceci est très visible sur des coupes transversales. 
Dans une figure telle que la figure 26 b {i.m.) la rend, on voit fort bien l'in- 
sertion des deux feuillets de la manchette sur le noyau, et entre les deux 
feuillets un liipiide clair, hyalin et homogène, plus ou moins abondant d'après 
les réactifs. 

Jamais je n'ai pu observer une formation de la manchette telle que l'indi- 
que Meves dans son travail si intéressant sur l'histogenèse du spermatozoïde 
de cobaye. 

Dès (jue la manchette hyaline s'est formée, le noyau s'aplatit de plus en 
plus et subit en même temps une incurvation normalement à .sa surface plane, 
ce ([ui lui donne la forme d'une palette d'hélice. Le capuchon céphalique suit 
cet aplatissement. 

La structure du noyau devient plus homogène, d'abord finement granu- 
leu.se, puis complètement homogène. 

Un voit, sur des coupes transversales, que la chromaline est surtout ré- 
pandue à la surface du noyau, sous la membrane. 

III. — Les corpuscules centraux. 

Les derniers stades de transformation de la spermalide ont été surtout 
étudiés sur des préparations lixées par la liqueur de von Lenhossék, et colo- 
rées par rhématoxyline de Heidenhain. 



90 BIHLIOGRAI'HIE ANATOMIQUE. 

Au déhul, on retrouve les corpuscules centraux d'ordinaire près de i'idio- 
some ou près de l'ébauche du capuchon céphalique. 

Cependant, jamais je ne les ai observés à l'intérieur de l'idiosome'. 

L'un des corpuscules est plus petit que l'autre. Du plus petit part le fila- 
ment axile. Celui-ci, très ténu, ne se voit pas toujours avec la même facilité. 

Les diplocentres se dirigent alors vers le côlé du noyau diamétralement 
opposé au capuchon céphalique et vont s'attacher au noyau. Le corpuscule 
proximal pénètre dans le noyau. Plus tard, on le retrouve à l'extérieur du 
noyau; cependant, il s'est formé entre temps un élément nouveau: le cor- 
puscule bâtonnoide décrit déjà par Meves -. Cet élément se compose d'un 
disque intra-nucléaire, appliqué contre la membrane du noyau; du bord de 
ce disque part un petit bâtonnet chromatique formant avec le petit disque un 
angle d'environ 45° (fig. :25 à 27 incl., c.b.). 

(]et élément me semble résulter d'une partie du corpuscule central qui a 
pénétré à l'intérieur du noyau. 

Cette interprétation est parfaitement d'accord avec l'observation de ce qui 
se passe chez la salamandre par Meves '. Chez la salamandre, le corpuscule 
proximal pénètre également en partie dans le noyau et y devient volumineux. 
De cet élément part le filament qui borde la membrane ondulante de la queue 
du spermatozoïde. 

Or, nous verrons qu'ici aussi le corpuscule bâtonnoide doime naissance h 
un filament que nous pouvons identifier avec la formation précitée de la sala- 
mandre. 

Meves a décrit le premier ce corpuscule. Nous l'avions déjà vu et étudié 
dans nos préparations quand parut le travail auquel nous faisons allusion. 
Meves, pourtant, n'a pas vu le rôle de ce corpuscule dans l'évolution de la 
spermatide. 

Pendant ce temps, le corpuscule distal se transforme en un petit disque, 
plein d'abord, se creusant ensuite et prenant la forme d'anneau. Le filament 
axile traverse cet anneau et se fixe au corpuscule central proximal, ou plutôt 
à la moitié de ce corpuscule, l'autre moitié ayant donné naissance au corps 
bâtonnoide, d'après mon interprétation. 

De ce dernier élément part un fin filament qui, se recourbant en demi- 
cercle, se fixe au filament axile (fig. !25, f.sp.). 

Le point de fixation est caractérisé par un fin microsome, probablement dû 
à la nodosité résultant de la fusion des deux filaments. 



1. Comme le veut C. NiEssmo, Arch. f. inikr. Anat., BU XLVIII, p. 120 et suiv. 

2. JIeves, Arch. f. mikr. Anat., Bd LIV, p. 3i6, et fig. Ifi, page 363 et suiv. avec 
figures dans le texte. 

3. Meve!:, Arch. f. mikr. Anat., Bd L, p. 123. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 91 

A ce iDonient déjà, on observe sur le filament axile, à mi-hauteur à peu 
près de son Irajet inlra-cellulaire, une dilatation en vésicule, remplie d'une 
substance claire et homogène. 

Meves a également décrit cet élément chez le cobaye, le rat et riiomme. 

Peu après, le mince filament parti du corps bâtonnoïde s'accroît et croise 
plusieurs fois le filament axile. Chaque point de croisement correspond à un 
microsome. On le poursuit même on dehors de la cellule, le long de la partie 
libre du filament axile. 

Tous ces détails ne s'observent que sur des préparations fixées au sublimé 
ou aux liqueurs osmiques, bien colorées à l'hématoxyline de Heidenhain. 

Le nombre des spires, aux stades jeunes, est de 3 à 4 à l'intérieur du pro- 
toplasme. 

Le filament axile a un trajet rectiligne ou à peu près. 

Le filament spiral entoure aussi la petite vésicule placée sur le trajet du 
filament axile. 

L'anneau formé par le corpuscule central distal se rompt à un moment 
donné et prend la forme d'une crosse, le bâton de la crosse étant dirii,é 
parallèlement au filament axile, la crosse étant du cOlé du noyau. 

Pendant que s'accomplissent ces modifications du côté des corpuscules 
centraux, la forme du noyau s'est changée. Il s'est aplati en palette, en même 
temps la manchette hyaline est arrivée à son complet développement et s'est 
allongée considérablement. 

III. — La dégénérescence et la disparition de la manchette hyaline. 

Peu après que la manchette hyaline a atteint son complet développement, 
on la voit dégénérer. Elle commence par se détacher du noyau. 

Cette disparition entraîne l'effacement de la partie rétrécie du noyau, qui 
correspond à l'insertion de la manchette. 

Bientôt apparaissent les stigmates certains de dégénérescence : des boules 
d'abord fortement colorables par les réactifs, puis graisseuses, colorées en 
noir par l'acide osmique, occupent la place de la manchette et troublent 
parfois assez fortement l'observation des faits. 

Certaines cellules se présentent pourtant favorablement, surtout dans les 
pièces fixées au sublimé-alcool-acide acétique. 

La crosse se divise en deux. La i)artie distale, la plus volumineuse, s'en- 
roule plus ou moins autour du filament axile, et émigré peu à peu le long de 
ce filament*. Cette migration se fait assez rapidement et s'observe souvent 



1. Chez Thouime, d'après Meves, fanueau en entier émigré vers la périphérie du cyto- 
plasme. {Arch. /. mikr. Anat.^ LIY.) 



92 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

en différents stades, dans un certain nombre de cellules voisines. Le morceau 
migrateur s'arrête à la limite du protoplasme. 

Entre la partie restée en place et la partie émigrée, on voit un tractus 
d'une substance faiblement délimitée du cytoplasme, et entourant le filament 
axile comme d'un cylindre. 

Le filament spiral se voit très difficilement à ce stade, et entoure ce 
cylindre. Dès ce moment, le cytoplasme dégénère et disparaît peu à peu. 

Le résultat de cette chute du protoplasme est une rangée de détritus, 
boules de graisse et de matières fortement colorables, qu'on observe entre 
les cellules des rangées supérieures de l'épithélium séminal. 

Aussitôt que le cytoplasme a di.sparu, nous avons devant nous l'image d'un 
spermatozoïde. 

IV. — Le spermatozoïde. 

i. La tête : elle est constituée par le noyau, transformé en palette bomo- 
gène tordue légèrement en bélice. 

On distingue le capuchon céphalique, qui s'étend jusqu'au quart inférieur 
de la tète, engendrant une région nucléaire plus foncée recouverte du ca- 
puchon, et une partie nucléaire plus claire, se trouvant à nu. 

2. La pièce intercalaire : elle est formée par les corpuscules (centraux 
transformés. La partie du corpuscule proximal n'ayant pas donné le corpus- 
cule bâtonnoide est resiée un granule arrondi : c'est le bouton terminal {End- 
knôpfchen). Le corps bâtonnoide a disparu, sauf la partie intra-nucléaire, qui 
persiste sous forme d'une bordure plus chromatique délimitant la tête infé- 
rieurement, et percée d'une ouverture : le hile de Jensen '. 

Le corpuscule dislal, qui s'est également divisé en deux parties, fournit : 

a) L'extrémité proximale de la pièce intercalaire, facilement colorable par 
les réactifs; 

b) Un granule tingible situé à la partie distale de la pièce intercalaire (la 
Schlmscheibe du spermatozoïde complet). 

La pièce intercalaire, placée entre ces deux éléments, est constituée par 
un long cylindre traversé en son axe par le filament axile. .Ce cylindre a la 
réaction du cytoplasme. Il est entouré par un fin tractus spiral granuleux, 
visible dans les stades jeunes et dérivé manifeste du fin filament spiral dé- 
crit dans les spermatides. Cet élément a été ob.servé depuis longtemps chez 
divers spermatozoïdes'. 



1. Jensen, Arch. /. viikr. Anal., BdXXX. 

2. Cf. Von Brlnn, Arch. /. mikr. Anat.^ Bd XII, 
Meves, Arch. f. mikr. Anal., Bd LIV, p. 359. 

Bend.\, Mitth. ûb. die Histogenèse des Sâugethiersporm. (Verhandlungen der physiol. 
Gesellsch., Berlin, 1897.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 93 

Autour (lu corpuscule central proximal comme centre s'est développée une 
sphère hyaline netlement délimitée, colorable dans sa moitié proximale et 
dans sa membrane seulement, par l'hématoxyline ferrique. 

Cette sphère réunit la tête à la pièce intercalaire. 

Comme elle se développe autour du corpuscule proximal comme centre, 
je ne suis pas loin de la considérer comme homologue d'un cenlrosome plus 
ou moins hypertrophié. 

Lorsque le spermatozoïde est éliminé dans le canaliculc, on ne voit plus le 
filament spirale : il .s'est probablement allongé et a resserré ses spires autour 
de l'axe de la pièce intercalaire, comme l'admet d'ailleurs Meves pour le 
spermatozoïde du cobaye. 

3. La queue : elle est composée du fdament axile, autour duquel circule 
le filament spirale (Hauptsiuck), et d'une partie formée du filament axile à 
nu (Endstûck). 

Je tiens à remercier sincèrement M. C. Van Bambeke, professeur à l'Uni- 
versité de Gand, et surtout M. 0. Van deh SiniCHT, chargé de cours à la 
môme Université, pour avoir bien voulu me prêter le secours et l'appui, si 
souvent nécessaires, de leur profonde science et de leur expérience éprouvée. 



Conclusions. 

L — a) Il existe, dans les canalicules séminifères des cellules embryon- 
naires, indiiférenles, formant un fond de réserve, une sorte de « Keimplasma », 
plasma germinalif. 

Ces cellules, en se divisant, peuvent donner des cellules spermatogonies 
ou des cellules indifférentes. Ces spermatogonies se divisent à leur tour plu- 
sieurs fois de suite (le nombre de générations m'est inconnu), et donnent 
finalement naissance aux spermatocytes de premier ordre. Toutes ces géné- 
rations correspondent à la période de multiplication. 

b) Les cellules indifférentes peuvent, d'un autre côté, donner, par transfor- 
mation et adaptation à un rôle nourricier, des cellules de Sertoli. 

IL — Les jeunes spermatocytes se préparent immédiatement aux divisions 
de maturation. Cette longue préparation correspond à la période d'accrois- 
sement. 

Les spermatocytes ont un noyau d'abord granuleux. Ces granules, se divi- 
sant en quatre, donnent naissance à des groupements quadrijumeaux très 
petits. 

La chrornatine, divisée ainsi très régulièrement en (jualre, se répartit le 
long d'un filament unique. Celui-ci donne dans la suite naissance aux chro- 
mosomes en anneaux par un processus que je n'ai pu déchiffrer. 

BIBLIOOR. ÀHAT., T. VIII, TAiC. 2. 7 



94 DIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

III. — La période de maturation est caractérisée par la division active 
deux fois répétée des cellules spermatocytes. Quatre jeunes spermatides sont 
le produit de cette double division. Les chromosomes de la première divi- 
sion résultent d'une transformation des anneaux et sont au nombre de douze. 
Cette division a un caractère franchement hétéro-typique. Elle donne lieu 
aux cellules de von Ebner ou spermatocytes de deuxième ordre. Ces cellules 
n'ont pas le temps de revenir complètement à un stade de repos, et se pré- 
parent à nouveau à la mitose. Cette préparation à la mitose a été décrite ici 
pour la première fois chez un Mammifère. Le noyau ne passe pas par un 
stade de spirem unique. Ce stade semble d'ailleurs être sauté dans les 
noyaux-filles de la première division. Les chromosomes, bâtonnoïdes résul- 
tant de la fusion de granules de chromaline, se disposent en cercle autour du 
fuseau central. 

Cette division donne naissance à deux spermatides. 

En résumé, voici les différences capitales entre les deux divisions de sper- 
matocytes : 

a) Les figures de la première division sont plus grandes que celles de la 
seconde division ; 

é) Dans un canalicule où l'on trouve des mitoses, les mitoses des sperma- 
tocytes de second ordre sont deux fois aussi nombreuses sur un espace donné 
que les mitoses des spermatocytes de premier ordre ; 

c) Les prostades de la première division montrent la dérivation des chro- 
mosomes des anneaux chromatiques. Les chromosomes de la seconde divi- 
sion proviennent de la fusion de granules de chromaline ; 

d) La disposition de la plaque nucléaire est caractéristique pour chaque 
mitose (voir le texte et les figures 1:2, 14 et 18, 19) ; 

e) Les corpuscules centraux sont périphériques dans la seconde mitose, 
disposition que je n'ai pas observée chez les spermatocytes de premier ordre 
se divisant. 

L'arbre généalogique se résume donc en ceci : 

I cellule indiUérente -^^ peat évoluer en cellule de Sertoli. 

A 

Spermatogonie cellule indifférente. 

I 
2 spermatogonies. 

1 
4 spermatogonies. 

A 

1 X 8 spermatocytes de l^"" ordre. 

I 
2X8 spermatocytes de 1*' ordre. 

4X8 spermatides -a» spermatozoïdes. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 95 

IV. — La spermatide subit une série de transformalions avant d'être sper- 
inalozoide. Elle acquiert : 

a) Le capuchon céphalique provenant de ridiosome ; 

b) La manchette hyaline, provenant de la membrane nucléaire ; 

c) Le filament axile qui semble être d'origine cytoplasmatique. 

d) Celui-ci est entouré du filament spirale provenant de la partie du cor- 
puscule central proximal transformé en corpuscule bAtonnoïde. 

V. — On dislingue au spermatozoïde complet : 

1. Sa tête : formée du noyau et du capuchon céphalique. 

Elle est bordée inférieuremenl par une bordure chromatique percée du 
« bile î de Jensen et probablement issue d'une moitié du corpuscule central 
proximal. 

2. La pièce intercalaire : formée en grande partie par les corpuscules cen- 
traux. 

On distingue primitivement un corpuscule central proximal et un corpus- 
cule distal. 

a) Le corpuscule proximal pénètre dans le noyau, s'y dédouble ; la partie 
proximale donne l'élément « bâtonnoïde ». 

La partie distale fournit le bouton terminal (Endknopf). 

b) Le corpuscule central distal donne lieu à un anneau. Celui-ci se rompt. 
La partie proximale reste dans le voisinage du bouton terminal, l'autre partie 
émigré jusqu'à la limite du cytoplasma, et y donne lieu à la Schlusscheibe 
(disque terminal). 

Entre ces deux moitiés de l'anneau se trouve tendu le filament axile. Il est 
entouré d'un filament spiral très fin, développé à l'origine aux dépens de 
l'élément bûtonnoide. Celui-ci a disparu. 

La tête est réunie à la pièce intercalaire par la sphère claire, faiblement 
chromatique dans sa moitié proximale, formée autour du bouton terminal. 

3. La queue : on y distingue : 

a) La pièce principale : le filament axile, entouré du filament spirale; 

b) La pièce terminale : le filament axile à nu. 

Le filament axile traverse la pièce intercalaire et s'attache au bouton ter- 
minal. 



Figures 



96 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



EXPLICATION DJBS lUGURES. 



(Les figures sont dessinées avec un obj. Leitz achroin. 1/12. ap. 1.30. Oculaire 5. 
Long. tub. 17 millim.) 

Fia. 1. — Spermatogonie-type. Liq. Fiemming. Safraniue vert-lumière. 

FiG. 2. — Cellule indifférente aplatie. Llq. Fiemming. Safranine. 

FïG. 3. — liangée déjeunes speruiatocytes surplombant une cellule indifférente, à droite cellule de 

Sertoli. Flemming-Heidenhain. 
FiG. 4 à 9. — Différentes phases de la période d'accroissement. 
FlQ. 4-5. — Noyau granuleux. 
Fio. 6. — Constitution du spirem. 
FiG. 7. — Spirem serré. 
FiG. 8. — Spirem lâche. 

FiG. 9. — Anneaux. Dans le cytoplasme le corps accessoire chromatoïde et l'idiosonio avec les 
deux corpuscules centraux. Flemming-Heidenhain. 
FiG. 10 à 12 incl. et 14-15. — Mitose des spermatocytes de premier ordre. Fix. Liq. Fiemming. Colo- 
ration Heidenhain. 
FiG. 10. — Dissolution de la membrane nucléaire ; formation des asters. 
Fia. 11. — Formation de la plaque nucléaire. 
FlG. li. — Plaque nucléaire, vue latérale, 
FiG. 14. — Plaque nucléaire, vue polaire. 

FiG. 15. — Diaster. Réapparition de la forme en anneau des chromosomes. 
FiG. 13. — Spirem déroulé mécaniquement dans un canalicule rompu. Liq. Fiemming. Safranine 

vert-lumière. 
Fia. 16 à 18 incl. — Mitose des spermatocytes de deuxième ordre. 

FiG. 16. — Apparition du fuseau principal et des cellules de von Ebner. 
FiG. 17. — Formation de la plaque nucléaire. 
FiG. 18. — Vue latérale de la plaque nncléaire. 
FiG. 19. — Vue polaire de la plaque nucléaire. 
(Toutes ces figures sont dessinées d'après des pièces fixées au Fiemming et colorées à l'Heideuhaiu.) 
FiG. 20. — Mitose des spermatogonies. Fleuiming-safranine. Plaque nucléaire. 
FiG. 21. — Mitose des cellules indifférentes. Monaster. 
Fia. 23 à 29. — La spermatide. 
(Figures dessinées d'après dos pièces fixées au sublimé-alcool acide acétique et coloriées à l'Hei- 
denUaln.) 
FiG. 23. — Jeune spermatide. Ébauche du capuchon céphalique. Formation de l'acrosome. Di- 

plocentres avec le filament axile. 
Fia. 24. — Jeune spermatide. Le noyau devient périphérique. Fixation des corpuscules centraux 

au noyau. Apparition d'une vésicule sur le filament axile. Ébauche de la mauchetie hyaline. 
Fio. 25 à 26. — Métamorphoses des corpuscules centraux. (Voir le texte.) 

FiG. 27 à 29. — Division du corpuscule central distal. Disparititn de la manchette hyaline par 
dégénérescence. 
Fio. 30-Jl. — Vue de face et de profil d'un spermatozoïde presque développé. 

SIGNIFICATION DES ABRÉVIATIONS EMPLOYÉES DANS LES FIGURES. 



a. Acrosome. 
h. t. Bouton terminal, 
c. Col du spermatozoïde. 
c.b. Corpuscules bâtonni/ides. 
c. c. Corpuscules centraux, 
c. chr. Corps accessoire chroma- 
toïde. 
e. i. Corpuscule intranucléaire. 
c. s. Cellule de Sertoli. 



d. t. Disque terminal de la pièce 
intercalaire. 

e. VI. Ébauche de la manchette 
hyaline. 

/. c. Fuseau central. 
f.sp. Filament spiral. 
id. Idiosome. 

i.m. Insertion double de la 
manchette hyaline. 



p. i. l'ièce intercalaire du sper- 
matozoïde. 

q.p.p. Pièce principale de la 
queue. 

q.p.t. Pièce terminale do la 
queue. 

sph. al. Sphère .attractive. 

t. Tête du spermatozoïde. 

V. c. Vésicule située sur le trajet 
du filament axile. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



97 






mm 






X, ^ 



FiG. 2. 

-sph.at. 

c.s. 



•*r 






l'iG. 3. 



sph.at. Fi 







"ci. V •''•'■\/>;l-iy.. 



•d- Fia. 8. 



c. chr. 






'.?/'/' 



f{ 



f.c. 



FiO. 13. 






Kio. 14. 



l'iG. IC. 



Fio. 9. 



X', 






Fia. 10. 



^m%^ imm^ 



-t.c. 





FiG. If). 






'•* 



FiG. 17. 






Fia. 19. 




Fia. 21. 



98 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 







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Fia. 23. 



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a.' 



ViG. 24. 



c.b.' 



iv^^ .,Y) 1^. 




FlG. 25 



Fjo. 2fii. 



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<-'.;:>v '"^^S, / 



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Fid. 28. 



KiG. 29 



Fio. 27. 




q-p-p 



q.p.t. 



Fia. 31. 



Fia. 30. 



INNERVATION 
DE TOUS LES MDSCLES DE L'ÉMINENCE THÉNAR 

PAR LA BRANCHE PROFONDE OU CUBITAL 



PAR 



André CANNIEU 



PROFBSSBUB d'aNATOMIB 



Léon GENTES 



PBOSEOTBUK 



A IjA faculté DK MÉDSCINE DK BORDKA0X 



Au cours de nos dissections, dans nos recherches sur l'innervation de la 
main, nous avons observé une seule fois, sur une main droite, l'innervation 
de tous les muscles de l'éminence thénar par le cubital. 

Voici la description de cette anomalie qui doit être rare puisqu'un autre 
cas seulement en est rapporté dans la littérature scientifique. 

Comme en peut le voir dans la figure dessinée par notre ami M. le docteur 
Barbe, ancien prosecleur, la branche profonde du cubital ou nerf cubito- 
palmaire de Valentin, se sépare de la branche superficielle au niveau du 
bord supérieur de l'abducteur du petit doigt. Elle passe en dedans du pisi- 
forme qu'elle semble contourner, puis se dirige en dehors et en bas, en re- 
posant sur la face antérieure du muscle précité. Arrivée au niveau de son 
bord inférieur, elle se porte en dehors, de façon à former une sorte d'arcade. 
Dans le trajet que nous venons de décrire, cette branche envoie aux muscles 
de l'éminence hypothénar des petits rameaux qui les innervent et qui ne sont 
point représentés sur notre figure. 

L'arcade nerveuse envoie comme normalement des rameaux ascendants 
pour les ligaments des articulations du carpe, des filets perforants qui accom- 
pagnent les artères perforantes supérie ires, des rameaux qui se rendent aux 
interosseux palmaires et dorsaux; enfin, des filets pour le troisième et le 
quatrième lombrical. C'est surtout sur les dispositions de la portion termi- 
nale que nous devons insister. 

Arrivée au niveau de l'adducteur du pouce, l'arcade nerveuse donne un 
certain nombre de filets à ce muscle. Elle envoie d'abord à l'adducteur trans- 
verse un rameau assez long et assez grêle qui, après avoir pénétré dans les 
fibres inférieures de ce muscle, ne tarde pas à se partager en trois branches 
qui se subdivisent bientôt en ramuscules plus ténus. Quant aux rameaux 
destinés au faisceau oblique, ils sont au nombre de trois de volume à peu 
près égal et de longueur différente. 

L'arcade nerveuse parvenue au niveau du bord supérieur de l'adducteur 



100 BinLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

oblique, fournil un filel relativement volumineux au faisceau inférieur du 
court fléchisseur du pouce. A ce propos nous ferons remarquer que l'un de 
nous a été le premier en France à considérer l'innervation de ce faisceau par 
le cubital comme tellement fréquente qu'on peut la considérer comme nor- 
male : cette opinion a été soutenue à l'étranger par Swan, Flemming et Brooks. 
Nous insisterons en outre sur ce fait, bien mis en évidence par notre figure, 
que le rameau destiné au chef musculaire profond ne paraît pas être tribu- 
taire de ceux qui se rendent à l'adducteur du pouce. 




(1) Rameaux terminaux in- 
nervant le court abducteur 
du pouce. 

(2) Rameau de l'opposant. 

(3) Rameau du chef superficiel 
du court fléchisseur. 

(4)'Filet du chef profond du 
court fléchisseur. 

(5) Tronc du cubital. 

(6) Sa branche superficielle. 

(7) Sa branche profonde. 



Un peu plus haut, nous voyons se détacher, à la partie externe, un filel 
nerveux pour le chef superficiel du court fléchisseur. On sait que Spourgitis 
et nous-mêmes avons cité des cas oîi ce faisceau musculaire possédait une 
telle innervation. Mais, dans toutes ces observations, la branche profonde du 
cubital s'arrêtait au niveau de ce muscle. 

Au contraire, dans noire figure, on voit que cette branche profonde se 
continue vers le haut, passe au-dessous de l'opposant auquel elle envoie deux 
rameaux, se recourbe en dedans et vient finir dans le court abducteur du 
pouce par trois ramuscules terminaux. 

Ce cas remarquable d'innervation peut se rapprocher de celui déjà décrit 
par Brooks. 



ANOMALIES ARTERIELLES 



NOTE SUR UNE PÉDIEUSE FOURNIE PAR LA PERONIERE 
Par G. GÉRARD 

CHEF DKS TRAVAUX AHAT0UIQUE8 A LA FACULTÛ DE MÉDECINE DK LILT^B 



J'ai nolé les anomalies vasculaires que je rapporte sur la jambe gauche 
d'un homme adulte. 

D'une manière générale, la tibiale antérieure normale à son origine ne dé- 
passait pas la partie moyenne de la jambe ; la pérouière, volumineuse, en- 
voyait à travers le ligament interosseux un rameau qui passait sur le dos du 
pied et y formait la pédieuse. 

Voyons maintenant avec plus de détails ces artères anormales: 

La tibiale antérieure, très grêle, naissait de la poplitée au-dessous des ar- 
tères jumelles, à 4 centimètres au-dessus de la bifurcation du tronc libio- 
péronier ; elle passait dans la loge antérieure de la jambe, en traversant le 
ligament interosseux à sa partie tout à fait supérieure, donnait une branche 
récurrente tibiale antérieure, et s'épuisait en une fine artériole qui ne dépas- 
sait pas la moitié supérieure de la jambe ; à signaler : des brandies collaté- 
rales insignifiantes aux extenseurs des orteils et au jambier antérieur. 

La tibiale postérieure, grêle (3 millimètres de diamètre), occupait sa place 
normale ; derrière la malléole, elle se bifurquait en une plantaire interne, ré- 
duite à un calibre insignifiant, et une plantaire externe, de calibre normal. 

La péronière, volumineuse, avait, à son origine, 5 millimètres de diamètre. 
Elle descendait sous le fléchisseur propre du gros orteil, sur le jambier pos- 
térieur, en haut, sur le ligament interosseux, en bas. A quatre travers de doigt 
au-dessus de la malléole externe, elle se divisait en deux branches : la péro- 
nière postérieure et la péronière antérieure, qui se continuait avec la pédieuse. 

La péronière postérieure, d'un diamètre de l'""',5, devenait bientôt rétro- 
nialléolaire externe et s'épuisait à la face externe de l'articulation et du tendon 
d'Achille et sur le calcanéum. 

La péronière antérieure, d'un volume à peu près semblable à celui de la 
péronière, traversait le ligament interosseux, de haut en bas, et de dehors en 
dedans, un peu au-dessus de l'articulation péronéo-tibiale inférieure ; après 
avoir suivi pendant quelques centimètres la face interne du péroné, elle se 
dirigeait obliquement en bas et en dedans, au cou-de-pied, elle se trouvait à 



102 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

la liauleur des fibres péronières les plus inférieures de l'extenseur commun 
des orteils, se glissait sous ce muscle en croisant le nerf tibia! antérieur 
(qui avait un trajet normal) et reparaissait sur le dos du pied entre l'exten- 
seur propre et l'extenseur commun des orteils, suivant un trajet parallèle au 
nerf tibial antérieur qui était en dehors. 

La pédieuse représentait donc ici la branche terminale de l'artère péronière. 
Son volume était encore considérable : 4 millimètres de diamètre. Elle four- 
nissait quelques collatérales; une articulaire externe très développée, des 
branches musculaires au pédieux, la dorsale du tarse, l'arcade dorsale du 
tarse, et se terminait au premier espace par une première interosseuse dor- 
sale qui s'anastomosait avec l'arcade artérielle plantaire. 

En résumé : la tibiale antérieure était rudimentaire et ne donnait que quel- 
ques rameaux musculaires sans importance ; le diamètre de la tibiale posté- 
rieure était en raison inverse de celui de la péronière : la péronière était 
l'artère principale de la jambe ; prépondérante par ses branches et son vo- 
lume, elle suppléait à la partie inférieure de la jambe la tibiale antérieure et 
fournissait une artère pédieuse dont l'origine était simplement située un peu 
plus en dehors que de coutume, et, par son entrem-se, toutes les artères de 
1:1 face dorsale du pied. 

J'ai tenu à rapporter ces anomalies qui présentent toujours un certain 
intérêt. 



EBAUCHE GENITALE PRIMORDIALE 

CHEZ RANA TEMPORARIA (L.) 

Par M. BOUIN 

PKKPABATMUR DB ZOOLOQIK A LA FAOCLTÂ DBS SUIEVOia DE KAXCT 



NOTE PRELIMINAIRE 



Dans celle courte note, nous désirons faire connaître les résultats que nous 
avons obtenus en étudiant les premiers stades de l'évolution de la glande géni- 
tale chez liana tempo raria. Nos recherches ont porté sur de très jeunes 
têtards élevés en aquariums. Toutes les douze lieures, nous en avons fixé un 
certain nombre, provenant d'une môme ponte, par divers procédés techni- 
(|ues. Nous nous sommes attaché à sérier notre matériel avec le plus grand 
soin, pour suivre avec précision et certitude l'évolution de l'ébauche génitale 
dans toutes ses différenciations progressives. 

C'est surtout une vue d'ensemble de l'évolution morphologique et cytolo- 
gique de l'ébauche génitale primordiale que nous désirons présenter ici au 
lecteur. Aussi n'entrerons-nous pas dans le détail des coupes et des nom- 
breux aspects offerts par l'organe sexuel embryonnaire. Nous distinguerons 
tout de suite, dans nos observations : 

1° Celles qui ont trait à l'organogénèse de l'ébauche génitale ; 

2" Celles qui ont trait à son histogenèse. 

1» Organogénèse. — a) Sur une coupe de jeune têtard de 10 millimètres 
de longueur, observée à l'aide d'un faible grossissement, on aperçoit, au ni- 
veau du tiers postérieur du corps, un amas cellulaire volumineux, de forme 
triangulaire et qui paraît être compris entre les deux lames du pédicule mé- 
sentérique. La pointe de cet amas est tournée du côté de l'intestin ; sa base 
est en rapport avec l'espace situé au-devant de l'aorte, entre les deux veines 
cardinales. A droite et à gauche de ses bords latéraux se trouvent les deux 
canaux de Wolff. Cette masse cellulaire n'est autre chose que le premier ru- 
diment de la glande génitale. Elle est impaire et médiane, comme l'avait déjà 
entrevu Nû5sbaum ' ; nous la désignerons sous le nom de glande génitale pri- 
mordiale. 

b) Le stade précédent ne parait pas être de longue durée. Chez les têtards 



1. .NtissBAUM, Zur Diffcrenzierung des Geschlecbts im Ttiierreich. (Arch.f. milr. Anat., 
M XVllI, 1880.) 



104. BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

de 13 millimètres, l'ébauche génitale perd son aspect triangulaire ; elle 
s'aplatit de plus en plus, s'étale au-devant de la région préaortique et des 
deux veines cardinales jusqu'au bord interne des deux canaux de Wolff. 

Les cellules localisées au niveau de l'insertion du mésentère disparaissent 
progressivement, tandis que les régions de l'ébauche situées à droite et h 
gauche de cette insertion augmentent de plus en plus de volume. Elles pren- 
nent bientôt l'aspect de deux calottes hémisphériques qui font une saillie ap- 
préciable dans la cavité péritonéale, de chaque côté de la ligne médiane. Nous 
considérerons ces phases d'aplatissement dans le sens antéro-postérieur et de 
formation de deux renflements latéraux et symétriques comme des phases de 
transition qui précèdent et déterminent la formation des glandes génitales 
paires etdéfmitives. 

c) Chez les têtards un peu plus avancés dans leur développement (13 et 
14 millimètres), les deux calottes hémisphériques proéminent de pins en 
plus dans la cavité péritonéale. Tout d'abord reliées à la paroi abdominale 
postérieure par une large base d'insertion, elles se pédicnlisenl de plus en 
plus et deviennent nettement piriformes. Elles possèdent une tête fortement 
renflée et un pédicule qui se continue avec le feuillet péritonéal ; ce pédi- 
cule est en rapport avec la face antérieure de la veine cave inférieure, en un 
point situé entre la racine mésentérique et le bord interne du canal de WoKî. 
A partir de ce stade, nous désignerons ces ébauches paires sous le nom de 
glandes sextielles primitives. 

Par conséquent, à l'encontre de ce que l'on a observé dans toute la série 
des Vertébrés, l'ébauche génitale, chez Rana temporaria, est primitivement 
hupaire et médiane. Ce n'est qu'ultérieurement qu'elle se clive, pour ainsi 
dire, dans le sens longitudinal et donne naissance à deux ébauches latérales 
et .symétriques. Ce fait n'a été observé de façon précise par aucun des auteurs 
qui se sont occupés du développement de la glande sexuelle chez les Batra- 
ciens et, d'une manière plus générale, des Vertébrés inférieurs. Gœttk ', 
Braun*, Semper^, Hoffmann^ décrivent, comme premier rudiment sexuel, 
deux replis péritonéaux qui se forment au fond du cœlome, à droite et à 
gauche du mésentère. Il est évident que ces replis longitudinaux, qu'ils ont 
considérés comme les ébauches primordiales des deux glandes sexuelles, ré- 



1. A. Gœtte, Die Entwickelvngsgeschichle der Unke {Bombinalor igneus). Leipzig. 
1875. 

2. M. Bbaln, Das Urogenitalsystem der einheimischen Reptilien. (Arbeiten aus d. Zool. 
Zool. InslUut in Wûrzbiirg. 1877.) 

3. Sempeu, Das Urogenitalsystem der Plagioslomen. Wùrzburg. 187-5. 

4. C. K. Hoffmann, Die Entwickeliingsgeschiclite der Urogenitalorgane bei den Anamnia. 
(ZcHsch.f. wiss. Zool. 1.S8G. Bd XtJV, p. 570, Taf. 33-35.) 

lu., Élude sur le développement de l'appareil urngéuilal des Oiseaux. (Verhandl. der 
konnikl. Akad. v. Wetensch. Amsterdam. 1893. Deel. 1, n" A.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 105 

pondent à nos glandes sexuelles primitives. Le rudiment génital impair et 
médian et les stades de délaminalion de ce rudiment en deux parties symé- 
triques paraissent leur avoir éciiappé totalement. 

2° Histogenèse. — Sur une coupe transversale d'un têtard de Rana tem- 
poraria très jeune (10 millimètres environ), on dislingue dans l'ébauche gé- 
nitale primordiale deux sortes de cellules : de gros éléments bourrés de pla- 
(|uettes vilellines — les cellules sexuelles primordiales ; — et des éléments 
plus petits, constitués par un corps cellulaire à peine distinct et un noyau 
allongé : les cellules épithéliales ou petites cellules germinatives. 

Ces cellules sexuelles primordiales sont les éléments souches de toute la 
lignée ovogénélique. Aussi est-ce sur leur histoire que nous allons porter 
toute notre attention en examinant successivement : 1° leur origine ; 2' leur 
évolution. 

a) Origine. — Il ne nous a pas été donné de saisir sur le fait les premiers 
stades de la formation de l'ébauche génitale. Elle était déjà constituée dès la pé- 
riode la plus reculée sur laquelle ont porté nos recherches. Nous nous sommes 
posé la question au sujet de savoir si les cellules du sac vitellin n'avaient pas 
émigré par le pédicule vitellin pour venir se localiser au niveau de la sphère 
génitale. Nous n'avons pu résoudre ce problème et n'avons admis cette émi- 
gration que comme un lait vraisemblable. 

A partir du moment où l'ébauche sexuelle est constituée jusqu'au moment 
de son dédoublement longitudinal, le nombre des cellules sexuelles primor- 
diales ne cesse de s'accroître dans de notables proportions. Elles ne s'accrois- 
sent ni par division cinétique, ni par division acinétique; il nous a été 
impossible d'observer aucune trace de ces processus de multiplication ; c'est 
par la transformation des cellules somatiques qui se trouvent au niveau du 
territoire génital que se réali.se l'augmemtation progressive du nombre des cel- 
lules sexuelles primordiales. 

En effet, les cellules de la séreuse péritonéale qui se trouvent soit au niveau 
du point où le mésentère aborde l'extrémité antérieure de l'ébauche génitale, 
soit au niveau des faces latérales de cette ébauche, soit au-devant des veines 
cardinales et des canaux de Wolff, se remplissent peu à peu de plaquettes vi- 
tellines et se transforment en éléments tout à fait semblables aux cellules 
sexuelles primordiales constituées antérieurement. D'autre part, les cellules 
mésenchymateuses, surtout celles qui sont situées entre l'aorte et les deux 
veines cardinales, subissent un processus analogue. Leurs prolongements dis- 
paraissent, leur corps cellulaire s'arrondit progressivement et leur cytoplasme 
se remplit peu à peu d'éléments vitellins. Par consécjuent, pendant toute la 
durée de l'ébauche sexuelle primordiale, les cellules péritonéales et les cel- 
lules mésenchymateuses se transforment activement en nouvelles cellules 
sexuelles primordiales. 



100 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

h)ÉvoluHon. — Nous venons de voir que, dès leur différenciation, les cellules 
sexuelles primordiales se remplissent d'un grand nombre de plaquettes vilel- 
lines. La quantité de matériel de réserve ainsi emmagasiné par ces éléments 
augmente de plus en plus, et cela pendant une période assez longue de leur 
évolution. Dans ces conditions, ils peuvent atteindre des dimensions relative- 
ment considérables ; ils arrivent à mesurer jusqu'à 35 à 40 (x de diamètre. A 
partir de ce moment, les plaquettes vitellines commencent à disparaître peu 
à peu ; le cytoplasme, au contraire, s'accroît d'une manière progressive. 
Lorsque les glandes sexuelles primitives sont constituées, les cellules sexuelles 
primordiales ne renferment plus on presque plus de plaquettes vitellines ; en 
même temps leur forme se régularise, elles diminuent considérablement de 
volume, leur noyau perd sa disposition anguleuse et lobée et prend un as|)ect 
arrondi. A partir de ce stade, nous les désignerons sous le nom d'ovules pri- 
mordiaux. 

D'après ces descriptions et en envisageant dans son ensemble l'histoire de 
la cellule sexuelle primordiale depuis sa formation jusqu'à sa transformation 
en ovule primordial, on voit qu'il est possible de distinguer dans son évolution 
deux périodes successives : 

i° Une période d'emmagasinement du matériel vitellin ; ce phénomène se 
réali-se pendant toute la durée de l'ébauche génitale impaire et médiane et 
paraît présenter son maximum d'intensité peu de temps avant le dédouble- 
ment de cette ébauche; 

2° Une période d'utilisation de ce matériel ((ui se transforme en cytoplasme 
ovulaire ; elle commence au moment du dédoublement de l'ébauche génitale 
et se termine après la formation des glandes sexuelles primitives. A ce mo- 
ment, la cellule sexuelle primordiale s'est transformée en ovule primordial. 

De ces observations sur l'histogenèse de l'ébauche génitale, nous retien- 
drons surtout ce fait, que les éléments qui sont susceptibles de donner nais- 
sance aux cellules sexuelles ne sont pas nécessairement des éléments 
spécifiquement dilTérenciés. Nous avons vu en effet que peut-être les cellules 
vitellines, et certainement les cellules mésenchymateuses et péritonéales du 
territoire génital, peuvent se transformer en cellules sexuelles primordiales. 
A ce sujet, nous confirmons les observations de Smiegelow* et A. Prenant* 
chez les Vertébrés supérieurs. Ces auteurs ont constaté que les cordons mé- 
dullaires, constitués de petites cellules germinatives et d'ovules primordiaux, 
se différencient sur place aux dépens des éléments mésenchymateux du 
stroma, tandis que l'épi thélium germinatif est le résultat de la transformation 



1. Smiegelow, Studier over testis og épididymis udviiilingshislorie. {Arch. f. mikr. 
Anat. u. Physiologie. Anat. Abt. 1882. et Kjobenhavn, 1882.) 

2. A. Prenant, Contribution à Thistogénèse du tube séminifère. {Internat, Monatschrifl 
j. Anat. u. PhysioL, Bd YI, p. 1-40, 1 pi., 1889.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 107 

de l'épilhéliiim péritonéal préwolffien. Par conséquent, d'après eux, les ovules 
primordiaux sont soit d'origine péritonéale, soit d'origine mésenchymateuse, 
suivant qu'ils appartiennent ou à l'épithélium germinatif, ou aux cordons mé- 
dullaires. Il semble donc, d'après toutes ces observations concordantes, que 
des cellules somatiques non spécifiques sont susceptibles de se différencier 
en éléments reproducteurs, à la seule condition de se trouver au niveau du 
territoire embryonnaire où se réalisera l'ontogenèse de la glande sexuelle. 

Nous désirons attirer également l'attention sur l'évolution de la cellule 
sexuelle primordiale, depuis sa différenciation jusqu'à sa transformation en 
ovule primordial. Nous avons vu rapidement, à ce sujet, que l'élément sexuel 
absorbe, pendant une première période de son évolution, une quantité consi- 
dérable de matériel vitellin, puis digère ce matériel et le transforme en cyto- 
plasme. 

Au cours de cette évolution, l'élément sexuel ne présente jamais de signe 
d'activité cinétique ou acinétique ; les néoformations cellulaires que l'on ob- 
serve dans l'ébauche génitale se réalisent aux dépens de la transformation 
d'éléments jusque-là indifférents en nouvelles cellules germinatives. C'est 
seulement après la fin de ce métabolisme actif que les cellules sexuelles, 
transformées en ovules primordiaux, commencent à se multiplier par caryoci- 
nèse. Une phase d'activité chimique, glandulaire en quelque sorte, précède 
et détermine la phase d'activité cinétique. Cette première phase, tout à fait 
méconnue dans le développement de la glande génitale, possède, d'après 
nous, une haute signification biologique. Il s'agit là d'une période homologue 
à celle qui a été découverte par Van Beneden et Neyt', 0. Hertwig*, chez 
Ascaris megalocephala, et interprétée par eux comme une période d'accroisse- 
ment, préparatoire et nécessaire aux divisions réductionnelles qui vont suivre. 
Des recherches ultérieures ont montré que cette interprétation a une valeur 
tout à fait générale. 

D'après nous, au début de l'ontogenèse de la glande sexuelle chez les Am- 
phibiens, il existe également une phase d'accroissement, d'élaboration chi- 
mique, qui précède la période du travail mécanique de la caryocinèse ; elle 
dure autant que l'ébauche génitale primordiale. Nous la désignerons sous le 
nom de période préparatoire aux divisions équationnelles des ovules primor- 
diaux. 

CONCLUSIONS 

1°. Le premier rudiment sexuel, chez Rana temporaria, apparaît au niveau 
du tiers postérieur de l'embryon, sous la forme d'une masse cellulaire im- 



1. E. Van Beneden et Neyt, Nouvelles recherches sur la fécondation et la division mi- 
tosique chez TAscaride mégalocéphale. (Bull, de l'Acad. roy. de Belgique, 1887.) 

2. 0. Heutwic, Vergleich der El- und Samenbildung bei Nematoden. (Arch. /. mikr. 
Anat., Bd XXXVII, 1891.) 



108 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

paire et médiane, triangulaire sur coupe, dont la pointe se continue avec la 
racine du mésentère et dont la base s'appuie sur l'espace préaorlique et sur 
la face antérieure des deux veines c-AV^\n9[e&.Ç.'e&\.V ébauche génilale primor- 
diale. 

2°. A la suite d'une sorte de délamination longitudinale, cette ébauche im- 
paire se divise en deux calottes hémisphériques, situées symétriquement à 
droite et à gauche du mésentère ; elles se pédiculisent de plus en plus et se 
transforment en deux appendices piriformes qui sont les glandes sexuelles 
primitives. 

3". L'ébauche génitale primordiale est constituée par de petites cellules 
germinatives et par de grandes cellules bourrées de plaquettes vitellines. Ce 
sont les cellules sexuelles primordiales. 

Au point de vue de la genèse de ces derniers éléments, nous sommes 
arrivé aux conclusions suivantes : 

a) Il nous a été impossible de saisir les tout premiers stades de leur his- 
togenèse. Nous avons admis comme possible leur origine aux dépens des 
cellules vitellines du sac vitellin; 

b) Pendant le développement de l'ébauche génitale primordiale, le nombre 
des cellules sexuelles primordiales ne cesse de s'accroître par la transforma- 
tion des cellules mésenchymateuses qui se trouvent dans leur voisinage, 
surtout dans l'espace intercardinal. 

c) Les cellules péritonéales, qui sont en rapport immédiat avec la zone 
génitale, se différencient également en cellules sexuelles primordiales par 
absorption de plaquettes vitellines. 

4°. Dans l'évolution des cellules sexuelles primordiales nous avons dis- 
tingué : 

a) Une période d'accumulation du matériel vitellin ; 

b) Une période d'assimilation du même matériel. 

Quand les plaquettes vitellines ont disparu, les cellules sexuelles primor- 
diales ont pris de nouveaux caractères ; nous les avons désignées à partir de ce 
moment sous le nom ^'ovules primordiaux. 

5°. Ces deux périodes, dans leur ensemble, constituent une phase d'ab- 
sorption et d'élaboration du matériel deutoplasmique ; nous l'avons homolo- 
guée à la phase d'accroissement des cellules sexuelles qui précède les divisions 
réductionnelles. C'est pourquoi nous l'avons appelée />er/orfe/)r^/)ara/o»r aux 
divisions équationnelles des œufs primordiaux. 

ti". La genèse des cellules sexuelles primordiales aux dépens d'éléments 
péritonéaux, mésenchymateux et peut-être vitellins, infirme l'opinion des au- 
teurs qui considèrent leurs cellules souches comme des éléments spécifiques. 



Le Directeur, D* À. NICOLAS. 



Tome VIII 3" fascicule. 1900 



BIBLIOGUAPHIE ANATOMIQUE 

REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE 
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE 



TRAVAUX ORIGINAUX 

ESSAI SUR LA MORPHOGÉNIE 

ET LES VARIATIOiNS 

DU LACRYMAL ET DES OSSELETS PÉRI-LACRYMAUX 

DE L'HOMME 

Par le D^ LEDOUBLE 

PROFESSEUR D'AKATOMIB A. L'ÉCOLE OS MÉDBCINK UE TOURS 



A met CoUahoi-atenr» et Amù, 
MM. 1r» professeurs : 
BiAxciii, de l'Université de Siena; 
L.BBonc<^, de l'Université de Gand ; 
Macalistkr, de l'Université de Cambridge. 

I. Absence. — Absence totale. — L'absence totale de l'os auquel sa 
situation a valu le nom de lacrymal (lacryma, larme) et sa minceur et sa 
forme celui d'unguis {unguis, ongle), a été notée pour la première fois, en 
117:2, pas Metzger', puis en 1818 par Sômmerring * et ultérieurement et 
successivement par Meckel *, Is. Geoffroy- Saint - Hilaire ^ Portal, 
Bertin, Laurent', Gorgone', Gruber', les professeurs Krause", Maca- 
LiSTER', BiANCHi'", Thomson", iManouvrier '* et par moi. 



1. Metzgeb, Curationum chirurgicarum quai ad fistulam tacrymalem pertinent 
historia critica. Monasterii, 1772. 

2. SôMMERBiNO, De corporis humant fabricâ, 1818. 

3. I.-F. Meckei., Manuel d'anal, {/en. descrip., 1. 1. Paris, 1825, et Traité gén. d'anat. 
cnmp., Paris, 1829. 

•1. Is. Geoffroy -Saint-Hilairk. Sur un crâne du Musée anatomique du Jardin Royal. 
{Histoire gén. et partie, des anomalies de Vorganisme, chez l'homme et les animaux, 
t. I, p. 715. Paris, 1832.) 

5. Portai., Bertin, Laurent. Bullet. de la Soc. anal, de Paris, 2' série, Paris, 1834. 

6. Gorgone, Corso completo d'anal, descritt. colle dijferenze nell'età, sessi, razze 
ed anomalie, t. I. Palermo, 1834. 

7 à 12. Voir page suivante. 

BIBLIOOR. JLMAT., T. VIU, FASC. 3. S 



110 DIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

M. Krause dit qu'elle s'observe sur 8 p. 100 des crânes, mais ce qu'il ne 
dit pas c'est le nombre des crânes qu'il a examinés pour établir cette pro- 
portion. A mon avis, M. Krause a eu affaire à une série de pièces exception- 
nelles. M. Macalister n'a constaté, en effet, ce défaut complet de présence 
de l'unguis que 2 fois sur 300 orbites et que 8 fois sur les crânes du Musée 
Hunter et de plusieurs autres collections importantes. 11 n'a été rencontré 
également par M. Bianchi que 5 fois sur les 350 crânes du Musée national 
italien d'anthropologie réunis par le professeur Mantegazza. Sur 100 crânes 
(57 d'hommes et 43 de femmes), soit sur 200 orbites où j'ai cherché le lacry- 
mal, je ne l'ai vu entièrement manquer que chez une femme dont aucune 
des sutures céphaliques n'était synostosée. 

Ce vice de conformation a été noté dans toutes les racfes. Les 10 sujets sur 
lesquels il a été trouvé par M. Macalister comprennent 2 nègres, 3 blancs 
et 5 Hindous. Les deux cas signalés par M. A. Thomson ont été observés par 
lui, le premier sur un Australien de la Nouvelle-Galles du Sud, le second sur 
un indigène des îles Andaman. 

En tenant compte de tous les cas bien décrits jusqu'ici, on a le droit de 
conclure que l'unguis manque plus souvent des deux côtés que d'un côté et 
que, lorsqu'il manque seulement d'un côté, l'unguis du côté opposé est moins 
développé que d'ordinaire. • 

Voici une description succincte de chacun des cinq cas d'absence totale du 
lacrymal relatés par M. Bianchi. 

i" cas. — Crâne assez petit 'ei légèrement asymétrique par suite de la 
saillie plus marquée de la bosse pariétale droite ; sutures non synostosées. 

Deux os wormiens dans la suture lambdoïde et un dans le ptérion du côté 
droit; suture incisive très prononcée- 
Diamètre antéro-postérieur maximum, 175 millimètres. Diamètre antéro- 
postérieur minimum, 172. Diamètre transverse, 129. Diamètre vertical, 122. 
Indice céphalique, 73,71. Courbe frontale, 123. Courbe pariétale, 117. 



7. W. Grober, Seltene Beobachtungen aus dem Gebiete der menschlichen Ânatomie. 
(Muller's Archiv, 1848.) 

8. W. Krause, Ànatoviische Varieldten, Hannover, 1880. 

9. A. Macalister, Notes on the varieties and morphology of fhe human lachi7mal bone 
and its accessory ossules. (Proceeding of the Royal Society, London, n° 232, p. 229. 
London, 1884.) 

10. S. Bianchi, Sulle varicta delfosso unguis et sulle ossa accessorie délia ossa lacri- 
male et de! canal nasale neiruomo. (Estratlo délia Gazelta degli ospitali, n"" 93, 94, 
95, 96, 97 et 1892, p. 17, Milano, 1886.) 

11. À. Thomson, The orbito-maxillary trontal suture in man, in the Apes, with notes 
on the varieties of the human lachrymal bone. {Journal of anatomy and physiology, 
p» 349, avril 1890.) 

12. Manoi'vbier, Mémoire sUr les variations normales et les anomalies des os nasaux 
dans l'espèce humaine. {Bulletins de la Société d' anthropologie de Paris , p. 731, 1893.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 111 

Courbe occipitale, HA. Ligne naso-basilaire, 91. Ligne bizygomalique, 118. 
Hauteur de la face, 80. Indice facial, 68,64. Ligne biorbitaire e.xterne, 100. 
Indice orbitaire, 89,47. 

A gauche, l'unguis a ses rapports normaux, est bien constitué, mais est un 
peu plus petit que d'ordinaire. A droite, il fait totalement défaut et l'apo- 
physe montante du maxillaire supérieur élargie s'articule avec le bord anté- 
rieur de l'os planum dont la hauteur est diminuée par suite de l'abaissement 
du frontal et l'élévation de la portion orbitaire du maxillaire supérieur, ré- 
sultant d'un développement plus marqué de ces deux parties. La crèle lacry- 
male postérieure est indiquée par un froncement qui occupe, en deliors, l'ex- 
trémité supérieure de l'apophyse nasale du sus-maxillaire'. Celte apophyse 
borde complètement le pourtour de l'orifice supérieur du canal nasal et forme, 
avec l'apophyse unguéale du cornet inférieur, toute la paroi de ce canal. 

i* cas. — Crâne bien conformé d'adulte, mais dont la bosse pariétale gau- 
che est un peu plus proéminente que la bosse pariétale droite. Sutures non 
ankylosées. Plusieurs os wormiens dans la suture lambdoïde et un os woiv 
mien dans le ptérion du côté droit. Suture incisive visible. Suture orbilo- 
lacrymale. 

Diamètre antéro-postérieur maximum, 176 millimètres. Diamètre antéro- 
postérieur minimum, 168. Diamètre transverse minimum, 145. Diamètre 
vertical, 130. Indice céphalique, 82,44. Indice vertical, 77,38. Courbe fron- 
tale, 120. Courbe pariétale, 114. Courbe occipitale, 128. Ligne naso-basilaire, 
37. Ligne bizygomatique, 121. Hauteur de la face, 87. Indice facial, 66,41. 
Ligne biorbitaire externe, 103. Indice orbitaire, 100,00. 

Le lacrymal n'existe pas, ni à droite, ni à gauche. Il est remplacé, de cha- 
que côté, par l'apophyse montante du maxillaire supérieur articulée avec un 
prolongement descendant du frontal situé en avant de l'os planum. 

La gouttière lacrymale, ainsi que l'entrée du canal nasal, sont entièrement 
fermées par le sus-maxillaire. Quant à la paroi du canal nasal, elle est cons- 
tituée à la fois par le maxillaire supérieur et l'apophyse unguéale quadrilatère 
du canal inférieur très développée, principalement à droite, où elle mesure 
8 millimètres de hauteur et 3 millimètres de largeur. La partie postérieure 
de l'orifice supérieur du- canal nasal gauche est occupée par un osselet trian- 
gulaire surnuméraire. 

3' cas. — Crâne de jeune homme. Bosses pariétales et frontales très accu- 
sées. Petit os wormien dans la suture lambdoïde. Sutures non soudées. Per- 
sistance de la suture sphéno-basilaire ; traces des sutures incisive et 
métopique, et suture orbito-lacrymale. 



I. Chez plusieurs animaux qui n'ont pas de gouttière lacrymale, les Canidés entre 
aotres, ou trouve, du côté ventral du trou lacrymal qui donne accès dans la portion osseuse 
du canal nasal, une crête sagittale (crête lacrymale, prolongement de la crête orbitaire). 



112 BIDLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Diamètre antéro-postérieur maximum, 170. Diamètre anléro-postérieur 
minimum, 459. Diamètre transverse maximum, 129. Diamètre vertical ou 
basilo-bregmatique. 127. Indice céphalique, 75,88. Indice vertical, 79,74. 
Courbe frontale, 132. Courbe pariétale, 129. Courbe occipitale, 105, Ligne 
naso-basilaire, 88. Ligne bizygonialique, 108. Hauteur de la face, G8. Indice 
facial, 57,02. Ligne biorbitaire externe 93 1|2. Indice orbitaire, 8i,85. 

L'unguis gauche manque complètement. Le sus-maxillaire s'est substitué à 
sa portion lacrymale tout entière et à la presque totalité de sa portion orbi- 
taire. Sauf un prolongement très étroit du bord antérieur de l'os planum lon- 
geant le frontal juscju'à la crête lacrymale postérieure indiquée par un relief 
extérieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur, la partie antéro- 
interne de l'orbite est constituée, en effet, par ce dernier os. Comme dans 
les cas précédents, la gouttière lacrymale et le cercle osseux bordant l'ouver- 
ture supérieure du canal nasal sont formées uniquement parle sus-maxillaire 
et le canal nasal, par le sus-maxillaire et l'apophyse lacrymale développée 
outre mesure du cornet inférieur. 

A droite, la paroi antéro-interne de l'orbite est si abîmée qu'il est impos- 
sible de se rendre compte de la disposition des parties. 

4' cas. — Tête asymétrique déjeune homme, en raison de la courbe plus 
accentuée de la bosse pariétale gauche. Sutures dont les engrenages sont en- 
core libres. Petit os wormien dans la suture lambdoïde. Large trou mastoï- 
dien gauche. Persistance de la suture sphéno-basilaire et vestiges des sutures 
incisive et métopique. 

Diamètre antéro-postérieur maximum, 162 millimètres. Diamètre antéro- 
postérieur minimum, 150. Diamètre transverse maximum, 136. Diamètre 
basilo-bregmatique, 122. Indice céphalique, 83,95. Indice vertical, 81,33. 
Courbe frontale, 118. Courbe pariétale, 125. Courbe occipitale, 103. Ligne 
naso-basilaire, 94. Ligne bizygomatique, 99. Hauteur faciale, 64 lj2. Indice 
facial, 64,64. Indice orbitaire, 93,9. 

A gauche, l'apophyse montante du maxillaire supérieur est unie au bord 
antérieur de l'os planum. Une crête divise extérieurement les deux tiers in- 
férieurs de cette apophyse en deux portions : une antérieure, épaisse, qui 
répond h. la gouttière lacrymale ; une postérieure, papyracée, qui entre dans 
la constitution de la paroi antérieure et interne de l'orbite. L'orifice supé- 
rieur du canal nasal est entièrement bordé par le maxillaire supérieur. Le 
canal nasal n'offre rien de particulier. 

A droite, la conformation est la même, sauf qu'entre la portion orbitaire 
et la portion nasale du maxillaire supérieur, derrière la partie terminale pré- 
sente de la crête lacrymale postérieure, existe une petite lacune quadrangu- 
laire, et que le bord externe de l'orifice supérieur du canal nasal présente 
une échancrure convertie, dans une courte étendue, en un demi-cylindre 
creux par une cloison osseuse dépendant du maxillaire supérieur. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 113 

,? cas. — Crâne d'aliéné, dépourvu de calotte et de maxillaire inférieur. 
Ligne bizygomatique, 137. Hauteur faciale, 83. Indice facial, 60,58. Indice 
orhitaire, 90. 

A droite, la gouttière lacrymale est entièrement formée par l'apophyse na- 
sale du maxillaire supérieur, dont le bord postérieur est séparé, dans la plus 
grande partie de sa hauteur, du bord antérieur de la lame papyracée de 
l'ethmoide par l'apophyse orbitaire interne du frontal descendant très bas. 
L'entrée circulaire du canal nasal est bordée par le maxillaire supérieur et 
ce canal constitué par cet os et l'apophyse unguéale du cornet inférieur. 

A gauche, la gouttière lacrymale est constituée également en totalité par 
l'apophyse montante du sus-maxillaire, mais il est impossible de dire si l'un- 
guis manque entièrement ou partiellement, la partie de la paroi antéro-interne 
de l'orbite correspondant à la portion postérieure ou orbitaire de l'os susdit 
étant fracturée. Un osselet accessoire semi-lunaire dont l'extrémité posté- 
rieure est articulée avec l'apophyse nasale du maxillaire supérieur et l'extré- 
mité antérieure avec la partie interne du bord inférieur de l'orbite, limite, en 
arrière et en dehors, l'orifice supérieur du canal nasal. Cet osselet se pro- 
longe dans le canal nasal, dont il complète la paroi en s'unissanl à l'apophyse 
unguéale du cornet inférieur et au maxillaire supérieur. 

Le sujet examiné par M. Manouvrier — en plus de l'absence totale des 
deux unguis d'où résultait, à droite et à gauche, a. un développement impar- 
fait de la gouttière lacrymale et du canal nasal simplement creusés dans l'os 
maxillaire » — présentait un nombre extraordinaire de malformations du 
crâne et de la face : un allongement des apophyses orbitaires « jusqu'au mi- 
lieu de la hauteur des orbites pourtant exceptionnellement hautes » ; une 
suppléance par les frontaux des os nasaux disparus, un épaississement des 
pariétaux au niveau des bosses pariétales, d'où résultait l'aspect natiforme 
décrit par Parrot et considéré généralement comme un caractère résultant 
de la syphilis infantile, etc., etc. 

Un Anglais a offert à M. Macalister la disposition suivante : 

A droite, la gouttière lacrymale était entièrement formée par l'apophyse 
nasale du maxillaire supérieur prolongée en arrière, au delà de la crête la- 
crymale postérieure (également maxillaire) — sous forme d'une bande lon- 
gitudinale articulée par une suture avec un prolongement ascendant du plan- 
cher de l'orbite qui rejoignait le frontal, en avant de l'os planum. 

A gauche, l'apophyse montante du sus-maxillaire était en rapport, en 
arrière, avec le bord antérieur de l'os planum, excepté en bas, où existait un 
pertuis minuscule, fermé probablement, pendant la vie, par un osselet. 

Dans les cas d'absence totale de l'unguis relatés par Metzger, SOmmer- 
niNG, Is. Geoffroy Saim-Hilaire, Portal, Bertin, Laurent, cet os était 
remplacé par la portion orbitaire et l'apophyse nasale du sus-maxillaire. 

Dans les cas signalés par Meckel, Gruber et Gorgone, il était suppléé en- 



114. BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

tièrement par la lame papyracée de l'ethmoïde * prolongée jusqu'au bord 
postérieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur. 

Dans quelques cas indiqués par MM. les professeurs Krause et Macalister, 
il était suppléé entièrement à la fois par Tos planu^n et le maxillaire supé- 
rieur. Il en était de même dans le cas qui m'est personnel. 

Cas personnel. — Crâne féminin symétrique et dont aucune suture n'est 
synostosée. Os wormien dans l'aslérion droit. Deux trous mastoïdiens de 
grandeur inégale dans le temporal gauche. Suture incisive très nette. 

Diamètre antéro-postérieur maximum, 173,9. Diamètre transverse, 134,8. 
Diamètre vertical de Broca ou hasilo-bregmatique, 12i,6. Indice céphalique, 
77,60. Indice vertical, 70,17. Courbe médiane frontale cérébrale, 105,9. 
Courbe pariétale, 121. Courbe occipitale sous-iniaque, 68,2. Largeur bizygo- 
matique, 122. Longueur de la face, 80,2. Indice facial, 65,73. Indice orbi- 
taire, 89,7. 

La malformation est bilatérale et identique à droite et à gauche. L'unguis 
absent est remplacé par l'apophyse montante du maxillaire supérieur unie, 
au niveau de la crête lacrymale postérieure bien développée, avec le bord 
antérieur de la lame papyracée de l'ethmoïde réduite de hauteur. La gout- 
tière lacrymale est formée par l'apophyse nasale seule du sus-maxillaire, el 
la crête lacrymale postérieure par la jonction du bord postérieur de l'apophyse 
nasale susdite et du bord antérieur de l'os planum. L'orifice supérieur du canal 
nasal est entièrement maxillaire et le canal nasal est maxillaire et turbinai. 

Sur le crâne d'Andaman étudié par M. Thomson, l'unguis absent était rem- 
placé par l'apophyse frontale du maxillaire supérieur unie à un prolongement 
ascendant du plancher de l'orbite et à un prolongement descendant du frontal 
qui se rejoignaient en avant du bord antérieur de l'os planum pour former une 
articulation orbito-maxillo-frontale. Dans l'autre cas d'absence totale (?) de 
l'unguis signalé par M. Thomson, cet os était remplacé par la portion lacry- 
male de l'apophyse montante du sus-maxillaire et un os quadrangulaire placé 
en avant de la lame papyracée de l'ethmoïde. 

Sur le crâne d'un Anglais examiné par M. Macalister, la gouttière lacry- 
male était constituée, de chaque côté, en avant par l'apophyse nasale du 
maxillaire supérieur, en arrière par l'apophyse orbitaire interne du coronal 
et la lame papyracée de l'etiimoïde, en bas par une membrane cellulo-fibreuse 
comblant une étroite ouverture. 

Conclusions : L'unguis qui fait complètement défaut peut être remplacé : 
1° Soit par l'apophyse montante et la portion orbitaire du maxillaire supé- 
rieur ; 



1. Cette lame papyracée était, de chaque côté, partagée, chez le sujet de GhL'ber, en 
deux parties inégales par une suture verticale. Chez le sujet de Laurent chacun des os 
m«laires était divisé par une suture oblique. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 115 

2° Soit par l'os planum ; 

3° Soit par le maxillaire supérieur et l'os planum ; 

4' Soit par le maxillaire supérieur, une portion de l'os planum, l'apophyse 
orbitaire externe du frontal descendant plus ou moins bas en avant de l'os 
planum ; 

5° Soit par le maxillaire supérieur et l'apophyse orbitaire interne du frontal 
descendant jusqu'à l'extrémité inférieure du bord antérieur de l'os planum. 

De toutes ces dispositions, la plus commune est la première. 

Lorsque c'est le maxillaire supérieur qui a pris à la partie antérieure et 
interne de l'orbite la place occupée entièrement par l'unguis, cette partie et 
la fosse lacrymale sont si profondément modifiées que la malformation saute 
immédiatement aux yeux. Il en va tout autrement quand c'est la lame papy- 
racée de l'ethmoïde qui s'est substituée, dans la même région, à l'os unguis. 
Alors, il est parfois bien difficile, sinon impossible, de savoir si on est en face 
d'un prolongement anormal de cette lame en avant ou d'une synostose pré- 
maturée de cette lame et de l'unguis. La persistance de la plupart des autres 
sutures crâniennes fournit seule un argument en faveur de l'anomalie. 

IL Absence partielle. — Elle comprend: a) La réduction de l'une ou 
l'autre des deux portions de l'unguis depuis l'exiguïté minime jusqu'à la dis- 
parition complète ; p) la suppression partielle de l'une et l'autre des deux 
portions. 

a) Réduction de l'une ou l'autre des deux portions, depuis l'exiguïté mi- 
nime jusqu'à la disparition complète. — L'unguis humain se montre généra- 
lement sous la forme d'un os irrégulièrement quadrilatère, divisé par une 
saillie plus ou moins forte (crêle lacrymale postérieure) terminée par un cro- 
chet, en une moitié antérieure concave qui reçoit les voies lacrymales (por- 
tion lacrymale) et une moitié postérieure plane, qui forme la partie anté- 
rieure de la paroi interne de l'orbite (portion orbitaire). 

Quand la portion lacrymale tout entière fait défaut, la portion orbitaire 
s'unit, au niveau de la crête lacrymale postérieure, à la branche montante du 
maxillaire supérieur qui entre seule dans la composition de la paroi de la 
gouttière lacrymale. Cette variation a été trouvée par Duverney', les pro- 
fesseurs Macalister* (3 fois), Leboucq' et par moi sur un mulAtre de la 
Pointe-à-Pitre. M. Bianchi a vu la portion orbitaire normale et la gouttière 
lacrymale constituée dans son tiers inférieur par l'apophyse nasale du .sus- 
ma.xillaire et dans ses deux tiers supérieurs par la portion lacrymale ^ Un 



1. DuvKaNÊT in A. Portai,, Étém. d'anat. de l'homme, Paris, 1803, t. 1. p, 166. 

2. Macamsteh, loc. cil. supra, p. 230. 

3. Voy. plus loin : Varialions de Vhamule. 

4. Bianchi, loc. cit. suprà, p. 7. 



116 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

crâne italien de la collection de Henle a une gouttière lacrymale formée 
uniquement par l'apophyse frontale du maxillaire supérieur et un unguis 
réduit à sa portion orbitaire mesurant 4 millimètres de large et 8 milli- 
mètres de haut'. 

Un prolongement du bord antérieur de l'os planum à travers la portion 
orbitaire jusqu'à la crête lacrymale postérieure a été rencontré par M. Maca- 
LiSTER* sur le crâne d'un Américain du Sud. 

Je ne sache pas qu'on ait encore signalé, d'un seul-côté ou des deux côtés, 
la disparition totale de la portion orbitaire de l'unguis avec conservation de 
sa portion lacrymale. En voici un cas que j'ai trouvé sur un crâne de jeune 
garçon de 18 ans que M. Tramond m'a remis. 

Cas personnel. — Crâne d'adolescent symétrique dont les sutures crânien- 
nes sont très appréciables. Os interpariétal. Trou pariétal droit très grand. 
Ptérion en K. Suture incisive non ossifiée. 

Diamètre antéro-postérieur maximum, 180,2. Diamètre transverse, 143,1. 
Indice céphalique, 79,4. Diamètre vertical ou basilo-bregmatique, 131,3. In- 
dice vertical, 72,86. Courbe frontale, 17,7. Courbe pariétale, 124,9. Courbe 
occipitale sous-iniaque, 70,2. Largeur bizygomatique, 132,4. Longueur de la 
face, 86,5. Indice facial, 65,33. Indice orbitaire, 89,3. 

A gauche, l'unguis est normal. A droite, la lame papyracée de l'ethmoïde 
s'étend antérieurement jusqu'à la portion lacrymale postérieure feneslrée de 
l'unguis à laquelle elle est unie, au niveau de la crête lacrymale postérieure, 
par une suture harmonique. L'os planum et la portion persistante du lacry- 
mal, dont le bord postérieur épaissi tient lieu et occupe la place de la crête 
lacrymale postérieure, se rejoignent en formant un angle très ouvert. L'apo- 
physe unguéale du cornet inférieur est, ainsi que cela a été noté dans plu- 
sieurs cas d'absence totale de l'unguis, très développée. 

P) Suppression partielle de l'une et Vautre des deux portions. — Cette va- 
riation est appelée, à l'étranger, rudimentation de l'unguis, unguis rudimen- 
taire {unguis rudimentale, rudimentale unguis, etc.). M. Bianchi en a publié 
deux observations très curieuses que je crois devoir résumer': 

/" observation. — Crâne d'adulte. Trace de la suture métopique. Un os 
wormien dans la suture lambdoide. Sur la partie antérieure du trou occipital 
deux tubercules osseux terminés chacun par une facette. Suture incisive peu 
marquée. Deux apophyses paramastoides très saillantes. 

Diamètre antéro-postérieur maximum, 172 millimètres. Diamètre antéro- 
po.stérieur minimum, 170. Diamètre transverse maximum, 141. Diamètre 
vertical maximum, 128. Indice céphaHque, 81,97. Courbe frontale, 123. 



1. Henle, Handbuch der syst. Anat. des Menschen. Braunschweig. 

2. Macalisteu, eodein loco, p. 231. 

3. BuwcHi, loc. cit. suprà, p. 10. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 117 

Courbe pariétale, 124. Courbe occipitale, HO. Ligne naso-basilaire, 97. Li- 
gne bizygomatique, U9. Hauteur de la lace, 92. Indice facial, 77,31. Ligne 
biorbitaire externe, 97. Indice orbitaire, l(X),iO. 

Du côté droit, la lame papyracée de l'ethmoide est articulée en haut et en 
avant, dans une étendue de 8 millimètres, avec l'apophyse frontale du sus- 
maxillaire. Une petite crête située sur la face externe de cette apophyse la 
divise en deux parties : une antérieure ou lacrymale qui constitue la partie 
supérieure de la fossette lacrymale et une postérieure ou orbitaire qui con- 
court à la formation de l'orbite. Au-dessous des deux os ainsi unis supérieu- 
relnent, entre eux et le plancher de l'orbite, est logé l'unguis rudimentaire. 
Sa crête, qui fait suite à celle qui existe sur la face externe de l'apophyse 
montante du maxillaire supérieur, le partage en deux lames, dont rantérieure 
ou lacrymo-nasale, excessivement petite et très excavée, est quadrilatère, et 
la postérieure ou orbitaire, large, plus plate, a la forme d'un triangle isocèle 
dont la base en rapport avec le bord inférieur et interne de l'orbite mesure 
5 millimètres 1/2 et la perpendiculaire abaissée du sommet supérieur sur 
celte base, 8 millimètres. Le lacrymal, l'apophyse unguéale fort développée 
du cornet inférieur et le maxillaire supérieur contribuent à la formation du 
canal nasal. 

Du côté droit, la paroi interne de l'orbite est très délabrée ; mais l'élargis- 
.sement de l'extrémité terminale de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur 
et de celle de l'apophy-se unguéale du cornet inférieur, donne à croire que 
l'unguis de ce côté doit être contormé comme celui du côté opposé. La su- 
ture orbito-lacrymale (Calori) ' se termine dans la suture maxillo-lacrymale. 

Une autre suture s'étend à droite et à gauche, de l'orifice supérieur du ca- 
nal nasal au li'ou sous-orbitaire. 

2" observation. — Crâne d'adulte manquant de calotte et de maxillaire in- 
férieur. 

A droite, l'unguis est normal. A gauche, l'apophyse orbitaire interne très 
développée s'articule : en arrière, avec les deux tiers supérieurs du bord an- 
térieur de l'os planum au-devant duquel elle se prolonge; en bas, avec une 
étroite languette du plancher de l'orbite qui remonte le long du tiers inférieur 
de ce même bord ; en avant, avec l'apophyse nasale du maxillaire supérieur, 
qui constitue la partie supérieure de la gouttière lacrymale. L'unguis rudi- 
mentaire, mais très reconnaissable à sa crête externe, est intercalé entre 
l'apophyse montante du sus-maxillaire, l'apophyse orbitaire interne prolongée 
et l'expansion os.seuse étroite que le plancher de l'orbite envoie à la rencontre 
de celle-ci. Il a la forme d'un triangle isocèle à base inférieure et à sommet 
supérieur. L'ouverture supérieure du canal nasal et le canal nasal ont leur 



1. Calori, Sulle anomalie del canale 6t del nervo sottorbitale. [Rivisla clinica di ïto- 
lojiia, octobre 1874, p. ?90.) 



118 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 




structurti habituelle. Le rebord inférieur de l'orbite est creusé d'un sillon 
profond. 

Dans le catalogue de Zoja, il est fait mention d'un crâne dont la paroi in- 
terne de l'orbite était conformée de la même façon'. M. Leboucq m'a com- 
muniqué le dessin ci-contrg d'un 
crâne de l'Instilut anatomique de 
Gand, dont la portion antérieure 
de l'unguis est très réduite de 
largeur. M. Zuckerkandl a fait 
mention d'un cas de rudimen^a- 
tion de l'unguis accompagnée 
d'une hypertrophie des apophyses 
frontales des maxillaires supé- 
rieurs et d'une atrophie des os 
propres du nez*. Dans deux cas 
décrits, l'un par Grijber, l'autre 
par M. Macalister, l'unguis 
était divisé en deux portions 
d'inégale étendue : une portion 
postéro-supérieure et une por- 
tion antéro-inférieure, par un 
prolongement du bord antérieur de l'os planum qui rejoignait l'apophyse 
orbitaire interne du frontal. Sur deux crânes d'Australiens et sur un crâne 
d'Indien de l'Amérique du Nord, M. A. Thomson a vu l'unguis représenté, de 
chaque côté, par ses portions orbitaire et lacrymale très réduites de hauteur 
et séparées du frontal par une expansion du bord antérieur de la lame papy- 
racée de l'ethmoïde, qui allait s'unir au bord postérieur de l'apophyse mon- 
tante du maxillaire supérieur'. M. Leboucq m'a déclaré qu'il a observé une 
fois cette malformation* que j'ai également rencontrée à droite et à gauche chez 
une femme. 

Les encéphalocèles sortant du crâne par une ouverture comprise entré l'un- 
guis et le frontal sont du ressort de la tératologie. Parmi eux, je citerai ce- 
pendant celui signalé par W. Lyon : il avait le volume d'un pois et pré- 
sentait le grand caractère de la congénitalité, à savoir la duplicité'. 
Anatomie comparée. — «L'existence des os lacrymaux est subordonnée, 



FiG. 1. 

Radimentation de la portion lacrymale de l'anguis. 

A, portion lacrymale de l'unguis ; 

B, portion orbitaire de l'unguis. 



1. G. Zoja, Il Gabinetto d'anatotnia normale délia R. UniversUà di Pavia. Ser. 
3». Osteologia, Pavia, 1874. 

2. ZocKERKANDL, Anatomte normale et patfiologique des fosses nasales, trad. franc, 
de LicHTwiTz et Garnault, t. I, p. 45, Paris, 1895. 

3. A. Thomsom, loc. cit. suprà, p. 350. 

4. W. Lyon, Gazelle médicale, 1843. p. 122. 

5. Yoy. plus loin: Variations de Vhamule, ' 



TRAVAUX ORIGINAUX. 119 

dit Cruveilhier *, à celle des larmes ; on ne rencontre pas ces os chez les 
animaux qui, vivant dans l'eau, sont dépourvus des glandes et, par consé- 
quent, des voies lacrymales. » 

Cette assertion de Cruveilhier est trop absolue. Si l'unguis est rudimen- 
taire dans beaucoup d'espèces animales, le nombre de celles chez lesquelles 
il fait complètement défaut est assez restreint. Tel est le cas des Poissons 
cartilagineux et des Anoures. Il manque aussi en totalité, d'après Cuvier % 
au Pangolin (Munis hrevicaudaia) et au Phalagin {Manis longicaudata), où 
il est remplacé par une lame osseuse sans perforation qui appartient à l'elh' 
moide. Meckel ne partage pas toutefois cette manière de voir, à cause de la 
prédominance très générale de l'unguis sur l'ethmoide chez ces Edentés \ 

11 paraît être entièrement absent dans les Otaries ou Phoques à oreilles 
et les Cystophores. Meckel n'en a trouvé aucune trace sur G crânes de 
Phoque à croissant (Phoca Groenlandica), sur 3 de Phoque à capuchon 
(Phoca cristata)', sur autant de crânes de Phoque commun (Phoca vitulina), 
sur "2 de Phoca hispida et sur un de Phoca barbata, bien que les sutures de 
ces crAnes, provenant tous déjeunes sujets, ne fussent pas ossifiées. Chez ces 
Carnassiers aquatiques, il existe ordinairement, entre le sus-maxillaire, le 
coronal et le sphénoïde, un intervalle allongé que l'on pourrait considérer 
comme la place où devrait se trouver l'unguis. Cet intervalle qui manquait 
sur les six crânes de Phoque à croissant (Phoca Groenlandica) examinés par 
Meckel est, quand il existe, considérable chez le Phoque commun (Phoca 
vitulina), où il ne s'étend pas cependant jusqu'au bord antérieur de l'orbite. 
« Il peut, dit Meckel, se rencontrer conjointement avec le lacrymal, par 
exemple, chez les Chats. L'unguis des Phoques semble être remplacé par la 
portion supérieure et antérieure élargie du sus-maxillaire. Il est remarquable 
du reste," qu'en cela aussi, l'organisation de l'homme imite assez souvent la 
conformation de certains animaux: en effet, il n'est pas rare de voir chez lui 
le lacrymal rapetissé ou oblitéré, tandis que le sus-maxillaire est élargi*. » 

Selon Hyrtl, l'unguis manque également chez la plupart des Cétacés \ Pour 
les Morses, il est admis ou nié, suivant les auteurs. « Il n'y a pas, dit Hux- 
ley', de lacrymal distinct dans les Cétacés ». Cuvier', Carus" et après lui 
Camper' n'en font aucune mention cl^ez ces animaux. 

1. Criveilhieh, Traité d'anatomie descriptive, 2* édit., t. I, p. 174. Paris, 1843. 

2. CuviEii, Ossements fossiles, vol. I, p. 99, 100. 

3. Meckel, Traité général d'anatomie comparée, i. IV, 2* partie, p. 295. Paris, 1829. 

4. Meckel, loc. cil. suprà, t. IV, p. 297. 

5. Hyrtl, Ueber das Ossicuhmi canalis naso-lacrvmalis. (Sitzungsber . der Wien. Akad. 
1849, t. m, p. 222.) 

6. HixLEY, Éléments d'anatomie comparée des animaux vertébrés, traduct. fran- 
çaise de M"" BniNET, p. 408, l'aris, 187i. 

7. CiviER, Leçons, vol. II, p. 6j. 

8. Caris, Zootomie, p. 171. 

9. Camper, Cétacés. 



120 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Variations de structure (Unguis semi-membraneux, unguis fenestré). — 
Formé par une lame très mince de tissu compact, l'unguis est le plus fragile 
de tous les os ; sa ténuité et sa fragilité sont d'autant plus importantes à no- 
ter, qu'on agit parfois sur cet os daqs l'opération de la fistule lacrymale. 
De là des précautions pour éviter de le traverser dans l'opération de la fistule 
lacrymale par la méthode ordinaire ; de là, par une sorte de compensation, 
la possibilité d'ouvrir aux larmes, en le traversant, une voie artificielle dans 
les fosses nasales'. 

r4el état de minceur et de fragilité du lacrymal humain est quelquefois 
encore exagéré par suite de la présence d'un intervalle membraneux ou de 
nombreux perluis dans son tissu compact ou à son pourtour. Je vais relever 
les divers cas de ces deux malformations que je connais. 

a) Unguis semi-membraneux. — L'existence d'un intervalle membraneux 
entre le bord antérieur de Funguis et le bord postérieur de l'apophyse mon- 
tante du maxillaire supérieur ou entre le bord postérieur de l'unguis et le 
bord antérieur de l'os planum, ou à la fois entre le bord antérieur de l'un- 
guis et le bord postérieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur et 
entre le bord postérieur de l'unguis et le bord antérieur dé l'os planum, a 
été notée par les professeurs Grïjber, Bianchi, Macalister et moi. M. Ma- 
CALiSTEU a vu, à droite et à gauche, chez un nègre, le lacrymal formé par 
deux bandelettes osseuses coudées, dont la bandelette inférieure, plus large, 
correspondant aux trois quarts inférieurs de la partie postérieure de la paroi 
de la gouttière lacrymale et de la partie antérieure et interne de l'orbite, 
était séparée de la bandelette supérieure, rudimentaire, longeant la suture 
fronto-lacrymale, par une perte de substance comblée par une mince couche 
celluleuse. Sur trois unguis privés d'hamule, le môme anatomiste a constaté, 
au niveau de la crête lacrymale postérieure, la présence d'une fente verticale 
fermée également par une membrane cellulo-fibreuse *. Je rappelle qu'une 
membrane analogue a été rencontrée entre le maxillaire supérieur et la lame 
papyracée de l'ethmoïde chez divers sujets où le lacrymal faisait complète- 
ment ou partiellement défaut. 

Sur un crâne de la collection de l'Institut anatomique de l'université de 
Gand, l'os planum présente, à gauchft, une dépression très sensible et, à 
droite, une perte de substance dont le bord antérieur est constitué par la 
portion orbilaire de l'unguis très écbancré. Cette perte de substance étail- 



1. Cette pratique, décrite tout au long par Celse, Paul d'ÉciNE et Archigkne, qui 
l'ajoutaient à la destrucliou du sac, fut continuée par les Arabes et les Ârabistes. Tous 
ces chirurgiens pratiquaient l'opération de préférence à Taide du fer rouge. Abandonnée 
ensuite pendant longtemps, elle fut reprise par Wooliioisk, et c'était la méthode de trai- 
tement employée à peu près exclusivement à fepoque où parurent les travaux de J. L. I'etit 
et de .Mkjean. 

2. Macalisteii, eodem loco, pp. 230 et 231. 



TRAVAUX ORIGINAUX. H\ 

elle comblée sur le vivant par un osselet surnuméraire, ou par une mem- 
brane cartilagineuse, ou par une membrane conjonctive, ou par une mem- 
brane cartilagineuse et conjonctive? Il serait bien difficile de le dire *. 

b) Unguis fenestré. — L'unguis peut être constitué, surtout en avant, par 
des trabécules osseuses formant un reticulum dont les mailles irrégulières 
sont plus ou moins larges. Dans les vieux crânes où ce vice de conformation 
est plus fréquent les orifices do ce réseau sont béants, tandis que dans les 
crânes des enfants et des adolescents ils sont presque toujours obturés par 
un revêtement membraneux profond. 

Il ne faut pas confondre ces orifices avec ceux qui donnent passage à des 
vaisseaux et à des nerfs. Cbez :20 p. 100 des sujets une artériole venant de 
la nasale pénètre dans les cellules lacrymo-ethmoïdales supérieures par un' 
foramen taillé dans la suture maxillo-lacrymale antérieure, au-dessus de 
l'angle antérieur et supérieur ou froiito-ma.xillaire de Funguis (dacryon, de 
oâxpu, larme). Ainsi que d'autres anatomistes, j'ai vu ce trou traversé non 
seulement par l'artériole sus-indiquée , mais encore par un filet du nasal 
externe constituant, avec le nervulus spheno-elhmoïdalis de Luschka et le nasal 
interne, un troisième rameau elhmoïdal naissant de la brandie opbthalmique 
de WiLLis. Cbez 2 p. 100 des suj'ts, des petites branches de l'artère angulaire 
et de l'artère sous-orbitaire s'introduisent dans les fosses nasales par des 
foraminula disséminés dans la même suture, entre son extrémité supérieure 
et son extrémité inférieure. Signalons, enfin, pour mémoire, un perluis aussi 
minuscule mais plus rare encore, percé au-dessous ou au-dessus ou dans 
riiamule, et par lequel passe une des ramifications les plus ténues de l'ar- 
tère sous-orbitaire. Ce pertuis, dont l'existence dans la race caucasi.jue a été 
signalée par plusieurs anatomistes, a été trouvé chez un Hindou, chez trois 
Indiens de l'Amérique du Nord et chez deux Australiens, par M. Thomson. 

Anatomie CO.MPARÉE. — Commc les autres os de la face, l'unguis est un os 
de revêtement ou dermique*; il naît dans la membrane qui tapisse exté- 



1. Voy. plus loin. {Variations de Vhamule.) 

2. Parmi les os de la tête, il en est qui se développent dans le crâne cartilagineux pri- 
inordkl : os de la base du cràne. rochtTs et cornets. (La cloison médiane et les cartilages 
du nez sont des parties persistantes du choiidrocrâne.) D'autres se forment secondairement 
dans le tissu coujonctif environnant, comme aux dépens de la peau ou de la muqueuse 
buccale : ce sont les os de revêtement, c'est-à-dire ceux de la voûte du cnine et de la 
face. D'autres proviennent, enfin, des arcs viscéraux ou branchiaux. Le premier, arc vis- 
céral donne l'enclume, le marteau et le cartilage de Meckkl ; ce cartilage sert de soutien au 
maxillaire inférieur qui se développe autour de lui ; il disparaît ensuite par résorption, 
remplissant ainsi vis-à-vis de cet os un rôle comparable à celui de la nçtocorde, relative- 
ment à la colonne vertébrale. Le deuxième arc viscéral engendre les diverses branches de 
l'hyoïde : stylo-hyal, cérato-hyal, apo-hyal. Enfin la partie inférieure du troisième arc 
constitue le corps de l'hyoïde (basi-hyal) avec sa corne thyrmdieune (^y-ohyal). 

Ouant à l'étrier, les recherches les plus récentes paraissent établir que sa plaque basi- 



12î2 BIDLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

rieurement le cartilage ethmoïdal correspondant à la partie postérieure ou 
lacrymale du canal nasal et non dans ce cartilage. 

Chez les Poissons le contour inférieur de l'orbite est formé par des pièces 
osseuses dites sous-orbitaires au nombre de 6 à 7 dans les Silures, les 31a- 
laptères, etc.; de 4 dans les Carpes, les Brèmes, les Tanches, etc.; de 3 dans 
les Grondins et les Rougets, groupées sous le titre de Joues cuirassées ', mais 
qui font défaut dans les Anguilles, les Gymnotes, la Baudroie, etc. Les pro- 
fesseurs Parker et Macalister * con.sidèrent comme l'homologue de l'un- 
guis la pièce qui termine en avant et en dedans la chaîne sous-orbi taire du 
Saumon, un des Téléostéens (Poissons osseux) les plus dégradés. M. Lavocat 
n'admet pas cette manière de voir' qui paraît pourtant d'autant plus plau- 
sible que VAmia * possède cette pièce bien développée. L'o.sselet que Bur- 
MEi.sTBiR assimile au lacrymal chez le Labyrinthodonte est placé également 
dans la région antérieure et interne de l'orbite. Dans VArchegosaurus et le 
Trematosaurus, cet osselet étroit et allongé est situé an-dessous du préfron- 
tal et du nasal, au-dessus du sus-maxillaire. Dans le Capitosaurus, un point 
de son pourtour est en contact avec le nasal. 

Il est confondu avec le préfrontal chez les Urodèles, sauf chez deux genres 
de Lechriodontes du groupe des Salamandres, VEpiglossa et le Ranodon. Les 
Anoures, je l'ai dit, en sont dépourvus. Le cartilage ethmoïdal persistant des 
Chéloniens est recouvert en haut et latéralement par un large os de mem- 
brane qui représente vraisemblablement le nasal, le lacrymal et le préfrontal 
fusionnés. Le nasal des Hydroméduses est toutefois un os séparé. 

Les Ophidiens ont habituellement des préfrontaux très développés et de 
larges os de membrane situés en avant de l'orbite, sur les chambres nasales 
et cartilagineuses, et qui sont regardés comme les lacrymaux. La partie su- 
périeure et interne du sus-maxillaire des Serpents à sonnettes (Crotalus) 
s'articule avec une surface en forme de poulie, qui lui est fournie par l'un- 
guis^ de manière que le sus-maxillaire joue librement d'avant en arrière et 
en avant sur cet os. L'unguis de ces Reptiles possède encore une certaine 
quantité de mouvement sur le frontal. 

Les Opisthocomus (Oiseaux) offrent la particularité d'une soudure com- 
plète du nasal avec le lacrymal séparé du'frontal et qui se meut avec le bec*. 

laire se développe aux dépens de la capsule cartilagineuse du labyrinthe tandis qoe ses 
arcs, avec l'os lenticulaire qui les surmonte, se forment à l'extrémité supérieure da 
deuxième arc viscéral. 

1, Parce que la pièce sous-orbitaire postérieure, grande et large, s'étend jusqu'aux oper- 
cules et recouvre ainsi tout le côté de la tête. 

2. Parker, Morphologij of Ihe skull, fig. 21. — Macalister, loc. cit. suprà, p. 248. 
*3. Lavocat, Les Poissons actuels et fossiles, p. 12, Toulouse, 1897. 

4. Poisson éteint trouvé dans les couches oolithes. 

5. HixLET, ÉlSnents d'anatomie comparée, trad. franc, de M""" Brinet, pp. 247, 
250 et 294, Paris, 1875. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 12^ 

S'il fallait s'en rapporter à M. C. Bertrand, le lacrymal de Vaigle serait dû 
« à la réunion de deux germes osseux qui restent assez longtemps indépen- 
dants' ». Ces deux germes osseux me semblent plus que problématiques, à 
moins que M. Bertrand n'ait pris pour une portion du lacrymal un des os- 
selets lacrymaux accessoires qu'on rencontre chez les Oiseaux de proie. 

Les os de recouvrement de la face des Ruminants tendent fort longtemps 
à se souder entre eux et souvent même ne se soudent pas entre eux*. Celte 
particularité a été signalée en ces termes par Meckel ' : « Il existe, plus 
généralement, entre le coronal, le nasal, le lacrymal et le sus-maxillaire, un 
intervalle qui n'est fermé que par une membrane. La forme et l'étendue en 
varient considérablement. C'est chez les Chamois qu'il oiîre le plus d'éten- 
due ; les fissures mentionnées y sont fort allongées ; elles sont limitées, en 
dedans, par le nasal, en arrière par le coronal, en dehors par le lacrymal et 
le sus-maxillaire ; elles sont tout à fait ouvertes en avant. Le mouflon, plu- 
sieurs variétés de Moutons, surtout celles à plusieurs cornes, et les Antilopes, 
ont une conformation semblable ; seulement l'intervalle est plus court et 
n'est large qu'à sa partie postérieure. Chez les Cerfs, l'intervalle est plus 
court, beaucoup plus large, triangulaire ou quadrilatère. 

« Dans les Chèvres, il est plus petit que chez les Cerfs ; il correspond seu- 
lement à la région postérieure de ces os, parce que le sus-maxillaire et l'os 
nasal s'appliquent l'un contre l'autre dans la majeure partie de leur longueur. 
Cet intervalle est enfin beaucoup plus petit encore chez le chameau; le 
nasal ne concourt pas à sa formation. Il est, par conséquent, digne de re- 
marque que je l'aie trouvé, chez le lama, presque aussi étendu que chez les 
Cerfs. Il manque communément à d'autres, principalement aux Moutons et 
aux Bœufs, t 

Des Cynoïdes {chiens, loups, chacals, renards) où il n'entre que d'une 
façon peu appréciable dans la constitution du bord inférieur de l'orbite, l'un- 
guis diminue progressivwuent d'épaisseur et d'étendue chei les AUurekies 
(liefulgens, de F. Cuvier) et les Àretoïde». Dans les Pinnipèdes et plus spé- 
cialement dans les genres Calocéphales (Calocephalus vitulinus, Calocephalus 



1. C. Bkrtrand, Conformation osseuse de la (été chez l'homme et les Vertébrés, 
th. de doct. en méd., p. 241, Montpellier, 18C2. 

2. Les sus-nasaux et les incisifs des Bu/ninants tiennent si peu que, dans les prépa- 
rations de la tête, ils tombent souvent et sft perdent. Dans les mêmes animaux, ainsi que 
dans \e porc, le cfiien, le chat, etc., la jointure du malaire avec Tapophyse zygomatique 
n'est pas plus solide. 

On dirait que le travail de synostose de la tête se termine par la face chez les animaux, 
tandis qu'il se termine par le crâne chez l'homme. On peut bien trouver dans certaines 
espèces animales quelques sutures faciales qui se ferment avant d'autres sutures appar- 
tenant au crâne ; mais ce sont des exceptions qui ne sauraient infirmer la règle générale 
ci-dessus, qui d'ailleurs concorde avec d'autres faits non moins remarquables. 

3. Meckel, loc. cit. suprà, t. IV, p. 338. 



124 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

maculalus) et Halyehores il est excessivement mince, à peine ossifié, com- 
posé de petites écailles irrégulières, juxtaposées ou isolées, qui tombent et 
se cassent facilement. 

Je rappelle qu'il paraît faire totalement défaut dans les Otaries ou Phoques 
à larges oreilles, les Cystophores, la plupart des Cétacés (Hyrtl). 

M. Deniker qui a eu en sa possession un fœtus de gibbon de 1 à 8 mois, 
un fœtus de gorille de 5 à 6 mois et plusieurs .ieun^s gorilles dont les dents 
de lait n'étaient pas encore toutes tombées ou toutes sorties, a noté en ces 
termes, dans sa thèse de doctorat es sciences naturelles, le degré de déve- 
loppement de l'unguis chez les Anthropoïdes de cet âge : « L'os lacrymal du 
fœtus de gibbon est bien développé. Celui du fœtus de gorille est à peine 
indiqué par une plaque ovalaire ossifiée, longue de 2 millimètres, large de 
1 millimètre, et se trouvent à l'endroit qui deviendra plus tard le fond de la 
gouttière lacrymale. Ce point apparaît chez l'homme vers le quatrième mois 
de la vie intra-utérine. Dans le plus jeune crâne de gorille que j'ai examiné, 
le lacrymal était déjà complètement formé'. 7> 

Ce noyau d'ossification de l'unguis humain qui, selon Meckel, apparaît au 
cinquième mois de la vie intra-utérine *, et selon M. Deniker et le professeur 
Sappey * vers la fin du quatrième mois ; selon Rambaud et Renault au troi- 
sième mois*; selon Cruveillhier % vers le commencement du troisième 
mois, et selon Leidy, environ vers la fin du second mois% etc., apparaît 
régulièrement dans le courant de la huitième semaine. M. Macalister, qui 
Ta trouvé 10 fois chez 10 embryons de 8 semaines : 9 fois des deux côtés et 
une fois du côté gauche, l'a vu manquer chez tous les embryons plus jeunes 
et une fois seulement chez des embryons plus âgés, chez un embryon de 
9 semaines. Il n'y en a aucune trace sur trois fœtus de moins de 8 mois que 
m'a remis une sage-femme, M"" Bossard, alors qu'il est très net sur deux 
fœtus mesurant l'un A'"','^! , l'autre 5"",30, âgés approximativement, par 
conséquent, l'un de 8 semaines, l'autre de 9, et que j'ai étudiés avec le 
D"^ CouRBON, accoucheur de la Maternité de Tours. Se montrerait-il donc plus 
tôt dans l'espèce humaine que dans les espèces simiennes? 

Je n'oserais le prétendre. Il n'est pas dit que le fœtus de gorille de 
M. Deniker eût exactement 5 à 6 mois, il était peut-être un peu moins âgé ', 



1. Deniker. Becherches anatomiques el embryologiques sur les Singes Anthropoïdes, 
p. 72 et 53, Poitiers, 1886. 

2. I. F. Meckel, Manuel général d'aruUomie descriptive, Paris, 1829. 

3. Sappey, Traité d'anatomie descriptive, 2* édit., t. 1, p. 205, Paris, 18G7. 

4. Rambaud et Renali.t, Origine et développement des os. Avec atlas. Paris, 1864. 

5. CiiuvEiLHiER, toc. cH. suprù, p. 175, 

6. Leidy, An elemenlary Ireatise on tmman anat . , 2" édit., p. 126, Philadelphia, 1889. 

7. « Il devait, dit M. Deniker, élre âgé de 5 à 6 mois, ou du moins devait correspondre, 
par son degré de développement, au fœtus humain de cet âge. » Deniker. toc. cit. suprà, p. 6. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



125 



et on peut s'assurer sur le dessin que je reproduis que le point d'ossification 
primitif de l'unguis de cet Anthropomorphe est déjà prononcé, a la forme 
d'un îlot ovalaire à grand diamètre oblique de haut en bas et de dedans en 
dehors, sans connexions avec les os voisins, c'est-à-dire ressemble au point 
d'ossification primitif de l'unguis humain vers la fin du quatrième mois. Ce 
qui n'est pas douteux c'est que, chez l'homme comme chez le gorille, l'ossi- 
fication de l'os en cause commence dans le même endroit, dans la mem- 
brane de revêtement du cartilage ethmoidal correspondant à la partie posté- 
rieure ou lacrymale du sac lacrymal dont l'orifice est alors visible. 




FiG. 2. — Crâne d'un fœtus de grorille 

daâ à 6 mois. 

l, lacrymal. 

















3 




f- 




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/f^ 


P*: 




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A 


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e— 


a 








a- 


1 


Si 


_ 





Fio. 3. — Coupe transversale de la région la- 
crymale d'un fœtus humain de 12 semaine. 

(KàCAIiTSTBR). 

a, cloison cartilagineuse ; 
h et e, cartilage ethmoïdal; 

d, périoste ou membrane de revêtement ; 

e, coupe transversale de l'unguis; 

/, coupe transversale de l'apophyse nasale du 

maxillaire supérieur; 
g, coupe transversale des os du nez; 
l, lumière du sac lacrymal. 



A la fin du cinquième mois, chez le fœtus humain, la portion lacrymale, 
ordinairement percée de nombreux foramina, est entièrement ossifiée, sauf 
en bas, dans le voisinage du cartilage maxiilo-lurbinal, alors que la portion 
orbitaire est encore séparée de l'os planuni par un intervalle membraneux 
assez grand. L'ossification qui a eu pour point de départ le nodule os.seux 
dont j'ai indiqué le siège et la date d'apparition, a envahi progressivement le 
bord antérieur, la crête lacrymale postérieure, reconnaissable dès la douzièuie 
semaine,, le bout supérieur, le bout inférieur presque jusqu'au cartdage 
maxillo-turbinal et la partie antérieure de la face interne de l'orbite en sui- 
vant une ligne dont l'extrémité supérieure fixe correspond au sommet de 

BIBLIOOS. AHAT., T. YUI, FABC. 3. 9 



H6 BIBLIOGRARHIE ANATOMIQUE. 

la crête lacrymale postérieure et l'extrémité inférieure mobile à un point du 
bord interne du plancher de l'orbite, de plus en plus rapproché de l'os pla- 
num. L'unguis qui est primitivemenl triangulaire ne devient quadrangulairc 
que lorsque des granulations calcaires commencent à se déposer, de bas en 
haut, dans le tissu cartilagineux immédiatement en rapport avec le bord 
antérieur de l'os planum. A 7 mois, il a 6 millimètres de large et 3 milli- 
mètres de haut et .à peu près la forme qu'il a après la naissance. A 8 mois, 





FiG. i. — Région lacrymale 
d'an fœtas humain de 7 mois. 



Fio. 5. — Région lacrymale 
d'an fœtus humain de 8 mois. 



il a 6""", 5 de large et 4 millimètres de haut et ressemble à l'unguis de l'honnue 
fait ; toutes les sutures marginales ont acquis leur parfait développement 
sauf la suture lacrymo-ethmoidale dans les deux tiers supérieurs de laquelle 
le cartilage est encore visible. A 9 mois, il a 7""°, 5 de large et 5 milli- 
mètres de haut, et le cartilage primordial n'apparaît plus que sous l'aspect 
d'un petit triangle occupant l'angle postéro-supérieur de l'os, autrement dit 
l'angle de jonction de la suture lacrymo-ethmoïdale et de la suture fronlo- 
lacrymale. 

La partie faciale de l'hamule, quand elle existe, est généralement ossifiée 
au moment de la naissance et quelquefois même un mois avant. 

En somme, le frontal, le lacrymal, le maxillaire supérieur, etc., sont des 
os de membrane ou précédés d'une ébauche membraneuse, dont les limites 
et la structure résultent simplement du processus de l'ossification. Que ce 
processus soit troublé par quelque accident local, leur forme sera modifiée 
ainsi que leurs dimensions, leur direction et leur constitution organo-cal- 
caire. Que l'ossification de l'un de ces os soit retardée sur un point et qu'elle 
soil accélérée sur un point conligu de l'os voisin, le lieu de rencontre de ces 
deux os sera changé. Les cas de fénestration de l'unguis des jeunes crânes 
où les orifices sont comblés par une membrane profonde sont certainement 
aussi des cas d'arrêts de développement. Il en va tout autrement de la fé- 
nestration de l'unguis des vieillards. Chez ceux-ci les perforations sont 
béantes et dues à la résorption du tissu de l'os provoquée par la dilatation 
de celluJLes ethmoïdales. Quoi qu'il en soit, les variations unguéales humaines 



TRAVAUX ORIGINAUX. 1:27 

précilées constituant des dispositions habituelles chez divers animaux, vien- 
nent à l'appui de la loi lornnulée par Serres : « L'anatonnie comparée est 
l'état fixe et permanent de l'organogénie de l'homme. » 

Sutures anormales. — La division de l'unguis en deux par une suture 
verticale a été notée une fois par Hyrtl •, et la division de l'unguis en deux 
par une suture transversale a été observée deux t'ois par M. Thomson : sur 
un crâne gallo-romain et le crâne d'un insulaire des Carolines *. 

Variations de forme. — 11 est difficile, sinon impossible, de rencontrer 
deux iinguis qui aient exactement la même forme. Entre la forme ovalaire et 
la forme quadrilatère on trouve tous les intermédiaires. La forme ovalaire 
est toutefois plus rare que la forme quadrilatère. Les bords sont eux-mêmes 
très variables. Sur 1 000 unguis et 300 orbites le professeur Macalister a 
vérifié les changements de direction, de longueur, de rapports, etc., que 
peut subir chacun d'eux. 

Le bord supérieur est horizontal chez 31 p. 100 des sujets, dirigé oblique- 
ment de haut en bas et d'arrière en avant chez 21 p. 100, et dirigé oblique- 
ment de bas en haut jusqu'au sommet de la crête lacrymale postérieure et 
de haut en bas à partir de cette crête chez la plupart. Son extrémité posté- 
rieure est située au niveau du bord supérieur de l'os planum chez 48 p. 100 
des sujets, au-dessus de ce bord chez 39 p. 100, et au-dessous de ce bord 
chez 13 p. 100. Il est plus épais^en aval de la crête lacrymale et les dente- 
lures dont il est habituellement pourvu sont plus prononcées au sommet et 
en avant de celte crête. Chez 3 p. 100 des sujets il est fusionné avec l'os 
sus-jacent. Son extrémité antérieure est toujours placée au-dessous de la 
suture maxillo-frontale. 

Le bord inférieur est celui qui est le moins dentelé et le plus rarement 
synostosé (chez 25 p. 400 des sujets seulement). 11 est situé dans un plan 
plus externe que le précédent et comprend deux portions qui répondent à 
chacune des faces : une postérieure, qui s'unit au bord interne du plancher 
de l'orbite qu'il recouvre parfois, une antérieure, qui descend plus bas, pour 
concourir, en général, à la formation du canal nasal et qui a des contours 
différents suivant les dimensions de l'hamule. 

Le bord postérieur, dont les dentelures sont aussi irrégulières mais moins 
profondes que celles du bord supérieur, décrit une courbe à concavité posté- 
rieure chez 50 p. 100 des sujets et à concavité antérieure chez 2 p. 100; il 
est sinueux chez 36 p. 100 et rectiligne chez 12 p. 100. Il est quelquefois 
séparé de l'os planum en haut par un prolongement du frontal, ou en bas par 



1. Hyrtl, Islituzioni di anatomia deU'uomo, 3» ediz., trad. ital., Napoli, 1877. 

2. A. Thompson, loc. cit. suprà, p. 350. 



128 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

un prolongement du plancher de l'orbite, ou, simultanément en haut et en 
bas, par un prolongement du frontal et par un prolongement du plancher 
de l'orbite qui se rejoignent pour former une suture maxillo-frontale rélro- 
lacrymale ou qui restent distants l'un de l'autre et sur lesquels j'aurai à re- 
venir plus loin. 

Le bord antérieur, tantôt dentelé, tantôt lisse, est recliligne chez 2 p. 400 
des sujets ; il décrit une courbe irrégulière à concavité antérieure chez 1 p. 100 
et à concavité postérieure chez presque tous. Il se prolonge dans le canal 
nasal, au-dessous de l'hamule, chez 80 p. 100 et commence au niveau de la 
crête lacrymale postérieure chez 8 p. 100. Il est plus ou moins fusionné 
avec le bord postérieur de l'apophyse montante du sus-maxillaire chez 4 p. 100. 
Des quatre bords c'est donc celui qui est le plus fréquemment synostosé. 
Mais, alors même que la suture maxillo-lacrymale antérieure est fermée, le 
foramina qu'elle offre à sa partie supérieure et quelques-uns des foraminula 
sous-jacenis demeurent perméables chez un certain nombre de sujets. Une 
languette oSseuse, provenant du frontal, et sur laquelle j'aurai à parler 
bientôt plus longuement, s'interpose parfois entre ce bord et le bord posté- 
rieur de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur. 

L'angle postéro-supérieur est habituellement arrondi, ainsi que l'angle 
postéro-inférieur, mais situé en avant de ce dernier. Sur un des crânes 
examiné par M. Macalister il envoyait, en arrière, un prolongement me- 
surant 2 millimètres de long, entre le bord supérieur de l'os planum et le 
coronal. Chez 2 p. 100 des sujets l'angle çostéro -inférieur envoie entre le 
bord inférieur de l'os planum et le bord interne du plancher de l'orbite un 
prolongement aussi marqué et chez 14 p. 100 un prolongement moins mar- 
qué. Chez 20 p. 100 des sujets l'angle antéro- supérieur (dacryon) corres- 
pond à un foramen donnant passage à une artériole et à un filet nerveux. 
L'angle antéro-inférieur sera étudié en même temps que les variations de 
l'hamule. 

Les bords supérieur et postérieur forment chacun une synarthrose en s'u- 
nissant à l'os qui les touche. L'articulation de la partie postérieure du bord 
inférieur avec le plancher de l'orbite est une articulation harmonique. Celle 
du bord antérieur avec le bord de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur, 
tantôt une synarthrose, tantôt une harmonique, tantôt — et c'est le plus 
souvent — une schindylèse imparfaite. Dans ce dernier cas, en effet, le bord 
antérieur de l'unguis est divisé en deux lames excessivement minces dont 
l'externe recouvre, seulement en bas, la lèvre externe du bord postérieur de 
l'apophyse montante du sus-maxillaire et dont l'interne est recouverte seule- 
ment en haut par la lèvre interne du même bord; — est divisé, autrement 
dit, en deux lames dont aucune n'embrasse l'os adjacent dans toute sa lon- 
gueur. 
Anatomie comparée. -^ L'unguis du chimpanzé et de Vorang, qui a 



TRAVAUX ORIGINAUX. 129 

beaucoup d'analogie avec l'unguis humain, est soumis aux mêmes variations 
de configuration que lui. En raison de l'allongement et du peu d'ouverture 
de son angle antérieur et supérieur, cet os est presque triangulaire chez le 
gorille. « Il est assez grand, légèrement concave et remarquable par sa forme 
trapézoïdale dans le Troglodytes Aubryî. * » On n'ignore pas que, pendant 
la vie intra-utérine, le lacrymal de l'homme est tour à tour et successive- 
ment ovalaire, triangulaire, quadrilatère. 

Les bords unguéaux ont des dissemblances aussi marquées dans une même 
espèce animale que dans l'espèce humaine. Tandis que MM. W. Ellenber- 
GER et H. Baum assurent que le bord zygomatique du lacrymal du chien est 
dentelé, M. Deniker affirme qu'il a vu ce bord « uni sans dentelures, sur le 
crâne d'un chien terrier » *. J'ai pu moi-môme vérifier sur un certain nombre 
de crânes de Singes (Anthropoïdes et Cynocéphales), de Carnassiers (Canis 
domesticus, Canis molossus, Canis danieus, Canis lupus), de Ruminants 
(Ovis Europœa, Dos taurus) et de Rongeurs {Sciunis vulgaris, Lepustimidus, 
Lepus cuniculus), etc., l'instabilité relative, non seulement de la forme de 
l'unguis, mais encore de ses bords chez des Mammifères appartenant à un 
môme ordre zoologique. 

Variations d'étendife. — « Les os lacrymaux, remarque Cruveilhier ', 
sont des plus variables sous le rapport de leurs dimensions, quelquefois ils 
concourent à peine à former la gouttière lacrymale, d'autres fois ils la for- 
ment presque entièrement. » 

« Le lacrymal est variable principalement dans ses proportions >, observe 
d'autre part Leidy *. 

Les exemples de suppression partielle ou totale de l'une ou l'autre des 
deux portions de l'unguis et de suppression partielle de ses deux portions 
que j'ai relatés précédemment corroborent déjà ces propositions. Elles sont 
corroborées aussi par les cas dans lesquels l'os très augmenté d'étendue se 
prolonge jusqu'au malaire, ou forme non seulement presque entièrement ou 
entièrement la paroi de la gouttière lacrymale, mais quelquefois même i\ 
peu près tout le pourtour de l'orifice supérieur du canal nasal en rejoignant 
l'hamule facial. 

Sur un crâne d'aliéné M. Bianchi a vu la portion lacrymale du maxillaire 
supérieur s'étendre assez loin en avant pour constituer toute la gouttière 
lacrymale, la crête lacrymale antérieure et un peu de l'apophyse nasale du 
maxillaire supérieur situé en avant de cette crête et cela — je reproduis 



1. Alix et Gratiolet, Nouvelles archives du Muséum, t. II, p. 69, Paris. 18C6. 

2. W. Ei.LKNBEBCER et H. Bal'm, Anatoinie descriptive et topographique du chien, 
trad. franc, de Denikek, \^^ partie, p. 45, Paris, 1S92. 

3. CllLVElLHlER, toc. CH . SUptà. p. 174, CD DOtC. 

4. Lkidy, toc. cil. suprà, p. 120. 



130 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE, 

textuellement le texte de M. Bianchi ' — « sans qu'aucune trace existât qui 
pût faire penser à une fusion d'une partie de celte apophyse nasale du maxil- 
laire supérieur avec l'iuiguis ou à un os accessoire de la fosse lacrymale : 
— Nessuna traccia esiste che possa far pensare ad una fusione di una parte 
dell'apofisi nasale del mascellar superiore coll'unguis, o ad osso acccssorio 
dolla fossa lacrimale. » Le professeur d'anatomie de l'Université de Sienne 
a trouvé sur un autre crâne un prolongement émanant du tiers inférieur du 
bord antérieur du lacrymal qui se portait assez loin en avant pour arriver 
presque au contact de l'hamule bordant le pourtour inférieur et interne de 
l'orbite. La même anomalie a été observée et décrite par Verheyen. Je lui 
cède la parole : a Vidi in aliquibus calvariis os unguis inferius valde incur- 
valum atque ita complecti fere totum orificium ductus de quo suprà ; et 
inde contigit quod aliqui dixerunt os unguis esse perforatum : quam locu- 
tionem alii ferunt oegerrime, cum tamen sit quaîtio de solo nomine*. » 

Le lacrymal n'a pas la même étendue dans toutes les races, et dans la race 
blanche il n'a pas les mêmes dimensions chez l'homme et chez la femme. 
Mesuré depuis le sommet de la crête lacrymale postérieure jusqu'à la base 
de l'hamule (quand il existe) — non compris l'hamule, par conséquent — il 
a, dans la race caucasique, chez l'homme une hauteur moyenne de 16°"", 5 
et chez la femme de 15°"°, 5. M. Macalister ne l'a jamais vu avoir, à l'étal 
de parfait développement, plus de lO^^jS et moins de 8 millimètres de hau- 
teur. Pour ma part, il ne m'a été donné qu'une fois, en Touraine, de ren- 
contrer sur des adultes un unguis de plus de 20°"", 1 (chez un homme ; à 
droite et à gauche) et de moins de Q^^jS de hauteur (chez une femme ; à 
droite et à gauche). 

La largeur, mesurée de l'angle postéro-inférieur jusqu'à la crête lacrymale 
antérieure, peut osciller entre 4 et 14 millimètres. Elle est en moyenne de 
9"'°',5. 

L'index lacrymal, qu'on obtient en multipliant par 100 le chiffre de la lar- 
geur et en divisant le produit "par le chiffre de la hauteur | — - — j est re- 
présenté en moyenne par le chiffre 60. Il varie entre les chiffres 42 et 65. Il 
est un peu plus élevé chez la femme que chez l'homme. 

Des quatre bords, c'est l'antérieur qui est toujours le plus long, le supé- 
rieur le plus court et celui aussi dont l'étendue varie le plus. De 70 mensu- 
rations prises par M. Macalister il appert qu'il a 11 millimètres au maxi- 
mum, 2 millimètres au minimum et 7°"", 75 en moyenne ^ 

Dans le tableau ci-joint, emprunté à M. le D' Regnault, on trouvera une 



1. Bianchi, loc. cit. suprà, p. 6. 

2. Ph. Verheyen, Anatomiœ corporis humani liber I, Coloniae, 1712. 

3. Macalister, Proceeding of the Royal Society, n° 232, p. 23C, 1884, 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



181 



étude comparative de' la hauteur du lacrymal et de la hauteur de la suture 
lacrynio-ethmoïdale ' dans les différentes races : 



KOMS. 


ô 

u 

e 

o 
7i 


LA.CBYIlA.Ii. 


SOTDKB 
làcktho-etbiioIdàle. 


DU 

8 g 

2 g 

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J^FÉREHOB. 


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1 


à 

3 

S 

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S 


a 

9 

a 

1 


a 

a 
s 


Chinois (Muséum) . . 


18 


17 


18 


15,5 


10,9 


13,5 


7 


6,1 


10 


3,5 


Annamites (Soc. d'An- 
thropologie de Paris) 


9 


16,5 


19 


14 


9,7 


12,5 


8 


6,8 


10 


3,S 


Malais et Javanais 
(Muséum) .... 


23 


16,4 


20 


14 


9,4 


15 


4,5 


7 


12 


4 


Venezuela (ancien Ma- 
~ riano)[Soe. d'attthrop.] 


21 


15,4 


19 


13 


8,6 


14,5 


3 


6,8 


11 


3 


Botocudos (Sot.d'aath.). 


4 


16 


18 


14,5 


10,8 


11,5 


9,5 


5,2 


6,5 


4,5 


Basques Zaraus (Soc. 
d'anthrop.). . . . 


12 


15,7 


18,5 


14 


10,9 


14 


8,5 


4,8 


8 


2 


Auvergnats ( St-Nec- 
taire) [Soc. d'anthrop.]. 


14 


16,8 


21 


13,5 


10,3 


14 


6 


6,5 


U 


3 


Magyars (Soc. d'anthrop.) 


17 


17,3 


20 


14 


11,1 


;3 


7,5 


6,2 


10 


2 


Roumains 


16 


16,3 


19,5 


9,5 


10,4 


14,5 


3,5 


5,87 


10,5 


3 


.Nègres Mozambiques 
(Soc. d'anthrop.). . 


15 


14,5 


19,5 


12 


10,4 


17 


6 


4,03 


9 


2 


Nègres div. (Muséum). 


18 


15,6 


17,5 


12 


11,3 


13,5 


7 


4,3 


7,5 





-Nègresdiv. (Soe. d'anlh). 


25 


15,4 


18,5 


12 


10,2 


14 


3 


5,18 


12,5 


2 


Hottentots Namaquas 
(Muséum) .... 


9 


13 


14 


12 


9,4 


11,5 


6 


3,6 


8 


1,5 


Australiens (Muséum). 


24 


15,8 


18,5 


10,5 


7,4 


10 


1,10 


8,* 


15 


5,5 


.Néo-Calédoniens (Soc. 
d'anthropologie). . 


17 


14,5 


21,5 


1 

12 


5,8 


10 


3 


8,6 


11,5 


5 


N. Hébridais (École 
d'anthropologie). . 


14 


15,1 


19 


13 


5,2 


8,5 


4,10 


9,8 


17,1 


7 


Marquises (Sot. d'anlh.). 


13 


16,6 


20,5 


13,0 


9,3 


14 


6,5 


7,5 


11,5 


4 


Taïti (Muséum) . . , 


10 


15,3 


17,5 


9,5 


7,5 


10 


4 


7,8 


11,5 


4,5 


Microcéphales ( Soc. 
1 d'anthrop.). , . . 


8 


14 


17 


11,5 


9,7 


11 


4 


4,3 


6,5 


2 



Toutes ces mensurations ont été prises sur rorbite droite sauf une men- 
suration de la suture lacrymo-ethmoidale d'un Australien qui a dû être prise 
à gauche, la suture lacrymo-etlimoïdale du côté opposé faisant défaut. 



1. F. Regnaolt, Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 1894, p. 418. 



182 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Des chilfres inscrits dans le tableau ci-dessus, M. ReCtNAult a conclu que : 
1° L'unguis est plus petit chez les nègres (14,5, 15,6 et IS,-!) que chez 
les blancs (15,7, 16,8, 17,3, 16,3) ; 

2" Les sutures lacrymo-ethinoïdales ont leur maximunn de longueur dans la 
race blanche (Basques, Auvergnats, Magyars, Roumains); 

3° Les sutures lacrymo-ethmoidales sont moins longues dans la race jaune 
(Chinois, Annamites, Malais) ; 

4° Les sutures lacrymo-ethmoïdales atteignent leur minimum chez les Aus- 
traliens et les Papous (Néo-Calédoniens et Hébridais), 

Quant aux Botocudos et aux Hottentots, il faut attendre d'en avoir examiné 
un plus grand nombre avant de pouvoir se prononcer sur la longueur moyenne 
des sutures en question. 

La première proposition a été formulée dix ans avant M. Félix Regnault 
par M. Macalister*. Elle me paraît absolument exacte. Depuis vingt ans 
que je professe l'anatomie à Tours, j'ai eu l'occasion de disséquer cinq nègres 
d'origine différente et une Angolaise et les mensurations de l'unguis que j'ai 
prises sur les six crânes de ces nègres et de cette négresse, et celles que j'ai 
prises sur cent crânes tourangeaux concordent sous ce rapport avec celles 
qui ont été prises par MM. A. Macalister et F. Regnault. Chez mes cinq 
nègres et mon Angolaise la hauteur moyenne de l'unguis était de 15'°'",5. 

MM. Ottolenghi et Piccozo ont complété ces données en prenant la hau- 
teur de la suture lacrymo-ethmoïdale sur une série de crânes de délinquants 
et de déments. 

Dans une communication faite le 1*' mars 1895 à l'Académie royale de 
médecine de Turin, le professeur Ottolenghi, en se basant sur l'examen de 
soixante-huit crânes de criminels de la collection du docteur Lombroso, 
a déclaré que la suture elhmoido-unguéale est moins longue chez 29 p. 100 des 
mminels et que la brièveté de cette suture, quand l'unguis n'est pas atrophié, 
constitue un stigmate anatomique ayan^ un caractère de dégénération. 

Vingt-sept jours plus tard, M. Ottolenghi* a donné communication à l'Aca- 
fiémie royale des sciences médicales de Sienne d'une note d'un de ses élèves, 
M. Picozzo : Sulla sutura etmoido-lacrimale nei degenerati. Dans cette note 
il est fait mention que M. Picozzo a mesuré la hauteur de la suture ethmoïdo- 
lacrymale sur cinquante crânes de fous et cinquante crânes de non déments 
et que cette suture est plus courte chez les aliénés (chez 27.7 p. 100) que 
chez les individus sains d'esprit (chez 17.2 p. 100). 



1. Voici en quels termes: a The lachrytnal bone is also generally smaller in ne- 
(jrocs than in Ihe other races. L'os lacrymal est généralement aussi plus petit chez les 
ut'gres que dans les autres races. » Macalister, loc. cit. suprà, p. 243. 

■?. Ottolenghi. Processi vcrhali délia R. Academia dei Fisiocrilici di Siena. Seduta 
del ?7 marzo 1895. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 133 

Le musée de l'école de médecine de Tours possède dix crânes de délin- 
quants dont deux assassins (Ardouin et Decouas). La hauteur moyenne de 
leurs sutures lacrymo-ethmoidales ne diffère pas sensiblement de celle notée 
chez les blancs dont le casier judiciaire est vierge : 40.2 au lieu de 10.3 notés 
chez les Auvergnats, 10.4 chez les Roumains, etc. Celle des sutures lacrymo- 
ethmoïdales des deux assassins exécutés à Tours mérite seule de retenir 
l'attention. 

Haatenr 
Noms. de la sntore laorymo-etbmoïdale 

— droite. gauche. 

Decouas 8,1 9,2 

Ardouin 9,3 10 

Le nombre des délinquants sur lesquels j'ai opéré est trop restreint pour 
que je tire la moindre conclusion de ces derniers chiffres. 

Anatomie COMPARÉE. — Qucllcs quc soient les variations de l'unguis 
humain, elles ne seront jamais aussi nombreuses que les diversités de struc- 
ture, d'étendue, de forme, de direction et de rapports qu'offre l'unguis dans 
les espèces animales et même chez des animaux de la même espèce. 

Le lacrymal, reconnaissable au trou qui le distingue dans la plupart des 
Vertébrés, est triangulaire, aplati, volumineux chez les Crocodiles et les Lé- 
zards et enclavé entre l'ethmoïde, le malaire et le sus-maxillaire ; il contri- 
bue à former le rebord antéro-interne de la cavité orbitaire. 

Allongé verticalement en forme de tige ou de lame arquée à concavité 
postérieure, il marque, dans les Oiseaux, le contour antérieur de l'orbite. 
L'extrémité supérieure, élargie ou prolongée en pointe, se fixe dans une 
échancrure fronto-nasale. L'extrémité inférieure descend sur la tige jugale 
directement ou par une lame fibreuse qui s'élargit et sépare l'orbite de la 
cavité nasale. 

Moins fort chez les Palmipèdes et les Gallinacés que dans Vautruche, 
Valbatros et surtout les Perroquets où il prend une grande dimension et en- 
voie une apophyse en arrière au-dessous de l'orbite, qui peut s'articuler 
avec une apophyse post-orbitale du frontal et circonscrire ainsi la cavité 
orbitaire, le lacrymal est faible dans les Pies, les Huppes, les Martinets. 

La partie faciale, très développée et dans laquelle est entièrement creusée 
chez tous les Ruminants la partie supérieure du canal nasal, est rudimen- 
taire chez le dromadaire ainsi que chez les Rongeurs, le chien, le chacal, 
le loup, le renard, etc. « Les dimensions réduites que l'os présente dans les 
Carnassiers justifient, disent MM. Arloing et Chauveau ', le nom d'unguis 



1. A. Chai VEAU et S. Ahloing, Traité d'anatomie comparée des animaux dômes 
tiques, 4" édit., p. 76, Paris, 1890. 




134 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

qui lui a été donné en anlhropotomie. » Sur une tête de lion déposée au 
Muséum de Marseille, l'unguis a une portion faciale presque inappréciable en 
dedans du trou lacrymal et complètement inappréciable en dehors de ce trou. 

Il est imperlbré chez les Oiseaux, percé de deux trous (un supérieur et 
un inférieur) chez les Suidés, le lama (Lama peruviana), le cerf (Cerviis 
elaphus), Y antilope {Antilope cervicapra) [Baraldi] ' et d'un seul trou chez 
la moue, le patas, etc. Dans l'espèce humaine, les Anthropoïdes, les Semno- 
pithèques, les Nàsigues, etc., il ne forme qu'une portion de la. gouttière 
lacrymale. 

C'est seulement dans les Catarrhiniens (Cynomorphes, Anthropomorphes 
et Homme) que cette gouttière de faciale qu'elle était, devient franchement 
orbitaire. 

Les deux trous lacrymaux de l'unguis d'une femelle de tapir (Tapirus 
indiens de Cuvier) que détient le Muséum de Marseille, sont séparés l'un de 
l'autre par une saillie apophysaire assez forte. 

Chez les petits Ruminants la partie inférieure de la face externe de l'un- 
guis présente une dépression désignée sous le nom de fosse larmier e qui 
fait défaut ou n'existe qu'exceptionnellement chez les grands. 

Le plan antérieur ou facial du lacrymal des Cerfs et des Girafes offre 
un enfoncement extraordinaire, plus marqué chez les sujets mâles, pour 
recevoir des glandes sébacées. Le même plan est pourvu chez Vhippopotame, 
le rhinocéros, Vhyrax, et divers autres Ongulés A'xm tubercule proéminent 
sur lequel s'attache le muscle orbiculaire des paupières. Dans Vâne, ce tu- 
bercule d'insertion est situé dans la suture lacrymo-nasale, appartient à la 
fois au nasal et à l'unguis ; dans le dromadaire il est reporté en totalité sur 
le sus-maxillaire. Le même animal manque de l'énorme protubérance, dite 
protubérance lacrymale *, creusée dans le plan orbitaire de l'unguis du bœuf, 
du mouton, de la chèvre, etc., par le sinus maxillaire et dont les parois sont si 
minces que le moindre choc suffît pour en amener la rupture sur le squelette. 

Le lacrymal du murin {Vespertilio murinus) est une petite lame mince, 
plus allongée transversalement que d'avant en arrière et dont la partie la 
plus interne est recouverte par le nasal. «Dans ses deux tiers internes % la 
face supérieure de l'os lacrymal est, dit M. Maisonneuve, légèrement con- 
vexe et s'applique exactement dans presque toute son étendue contre la face 
profonde de la branche montante du maxillaire supérieur et du nasal. Son 
tiers externe est concave, au contraire, et constitue une demi-gouttière qui, 



1. G. Baraldi, Âlcuae osservazioni suirorigiue del cranio umano e dcgli altri mamoii- 
feri, overro craniogenesi dei Mamaiiferi. [Mem. Accad. med. chir., Torino, 1892.) 

2. GiRAni», qui nomme cella "éminence protubérance orbitaire. Ta décrite à tort comme 
appartenant au maxillaire supérieur. 

:{. P. Maisonneuve, Traité de l'ostéologie et de la myologie du Vespertilio murinus, 
p. 34, Paris, 1878. 



TRAVAUX ORIGINAUX. * 135 

réunie à celle que l'on voit à lar partie postérieure de la branche montante à sa 
réunion avec le corps de l'os, forme la partie supérieure du canal nasal, lequel, 
dans le reste de son étendue, est entièrement formé parle maxillaire. La face 
inférieure de l'os lacrymal est concave et convexe en sens inverse de la supé- 
rieure : elle contribue à former la voûte des fosses nasales. Son bord posté- 
rieur s'articule avec le frontal. » 

Chez le Troglodytes Aiibryî « la lame latérale de l'ethmoide contribue à 
former la paroi interne de l'orbite sous l'apparence d'une pièce osseuse qua- 
drilatère, légèrement concave, qui s'étend bien moins en avant que chez 
l'homme, parce qu'elle cède une grande place à l'os unguis». 

Dans le très intéressant mémoire sur le lacrymal publié en 1884 par le 
professeur Macalister on lit que le gorille a une courte suture ethnio- 
unguéale. Sur un gorille dont chaque unguis était peu développé, M. Bianchi 
a trouvé : à gauche, une suture orbito-maxillo-frontale d'une largeur d'un 
centimètre et, à droite, une suture lacryino-ethmoidale excessivement courte'. 
« Chez le fœtus de gorille de 5 à 6 mois l'os planum, dit M. Deniker, ne se 
développe pas autant que chez l'homme ; l'espace qui lui est réservé entre la 
lame du frontal formant la \oûte et la partie du maxillaire supérieur formant 
le plancher de l'orbite, est à peine large de 2 millimètres*. Chez le jeune 
gorille, la lame papyracée n'a pas plus de 6 millimètres dans sa partie pos- 
térieure la plus lai^e. Le faible développement de l'os planum contribue à 
donner à la cavité orbitaire du gorille sa forme particulière si différente de. 
celle que l'on rencontre chez l'homme. » 

Un dernier mot pour clore ce chapitre : Peut-on invoquer comme des ar- 
guments contre les principes de la conformité organique les variations si 
grandes et si nombreuses de structure, de forme, d'étendue, de direction et 
de rapj)orts de l'unguis? Évidemment non, puisqu'on peut suivre pas à pas 
les transformations que cet os subit dans des animaux de classe, d'ordre et 
de genre différents. 

Variations de direction et de courbure. — L'unguis situé à la partie 
antérieure et interne de l'orbite est dirigé obliquement de haut en bas, d'ar- 
rière en avant et de dedans en dehors, et décrit une courbe dont les deux 
tiers supérieurs de la concavité regardent en avant et le tiers inférieur un 
peu en dehors. Cette obliquité et celte courbure n'ont rien de fixe. Elles dé- 
pendent de la forme et de la grandeur des orbites, de la largeur de l'espace 
interorbitaire, du plus ou moins d'inclinaison du frontal en arrière, etc. 



1. Bianchi, Processi verbali delta R. Accademia di Fisiocritici di Siena, 30 Aprile, 
1895. 

2. Chez le fœtus tinmain do 5 mois, cet espace est de 4 millimètres. Denikbu. toc. cil. 
suprà, |). 4.S. 



136 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



Pour s'en rendre compte, il faut mesurer saccessivemeirt sur une série de 
crânes : 

1° La distance qui sépare l'angle postéro-supérieur (le point où l'on touche 
à la fois le lacrymal, l'os planum et le frontal) du lacrymal d'un côté de 
l'angle homologue du même os du côté opposé (espace interlacrymal posté- 
rieur et supérieur); 

2° La distance qui sépare l'anigle postéro-inférieur (le point où l'on touche 
à la fois le lacrymal, l'os planum et le plancher de l'orbite) de chacun des 
deux lacrymaux (espace interlacrymal postérieur et inférieur) ; 

3° La longueur de la ligne qui, parlant de la base de chaque hamule, réunit 
transversalement l'une à l'autre les deux crêtes lacrymales postérieures (es- 
pace interlacrymal antérieur et inférieur). 

Le degré d'inclinaison et de courbure est donné par deux index : l'index 
interlacrymal antérieur et l'index interlacrymal postérieur. Le dernier 
s'obtient en multipliant par 100 le chiffre indiquant la largeur de l'espace 
interlacrymal postérieur et supérieur et divisant le tout par le chiffre cor- 
respondant à l'étendue de l'espace interlacrymal postérieur et inférieur 

e.interl.p. ets.XlOO \ ,. . , , ,,,,,. .^, , . ^. 
I 'te — )• Il renseigne sur le degré d obhquite des deux tiers 

supérieurs de l'os. 

L'index interlacrymal antérieur se trouve, en multipliant par 100 le chiffre 

. fourni par la mensuration de l'espace interlacrymal postérieur et inférieur et 

en divisant le tout par le chiffre faisant connaître l'étendue de l'espace inter- 

e. interl. p. eti. X 100\ ,, , 

* Il témoigne a la 



lacrymal antérieur et inférieur (- 



e. interl. a. et i. 
fois du degré d'obliquité et de courbure du tiers inférieur de l'os. 

En procédant de la sorte, M. Macalister est arrivé à établir le tableau 
suivant : 



BACE. 


MOTKNHE DBS MBHBUBATIOB8. 


Espace ' 

inter- 

lacrymal 

postérieur 

et 
supérieur. 


Bspace 

inter- 

laciymal 

postérieur 

et 
inférieur. 


Espace 
inter- 
lacrymal 
antérieur 

et 
inférieur. 


Index 
interlacry- 
mal 
postérieur. 


Index 
interlacry- 
mal 
antérieur. 


3 Chinois 

16 Nègres du Sud-Ouest 
de TAfrique .... 

8 Australiens 

50 Européens 

25 Péruviens. . . . . . 


millimètrps. 

25,3 

27,7 
25,3 
24,8 
24 


millimètres. 

27,6 

31,6 
29,3 
28,8 
29,8 


millimètres. 

31,6 

34,2 
32,4 
32,8 
34 


88 

86 
86 . 
80 


80 

81 
78 

75,6 
70 



TRAVAUX ORIGINAUX. 137 

En jetant un coup d'œil sur ce tableau , on voit que l'obliquité et la cour- 
bure de l'unguis varient suivant les races. C'est chez les nègres du sud-ouest 
de l'Afrique qu'il est le plus vertical et c'est chez les Péruviens, dont le crâne 
est si contourné, qu'il est le plus oblique. 

Ce tableau montre aussi que l'espace interlacrymal postérieur et supérieur 
mesure, en moyenne, abstraction faite de la race, 25""", 2; l'espace interla- 
crymal postérieur et inférieur, 30 millimètres ; l'espace interlacrymal anté- 
rieur et inférieur, 33""",4, et que l'index interlacrymal postérieur est repré- 
senté, en moyenne, abstraction faite également de la race, par le nombre 8i 
et l'index interlacrymal antérieur par le nombre 75. 

Anatomie COMPARÉE. — La direction des orbites des Mammifères varie sin- 
gulièrement. La latérahté est portée à l'extrême chez les Cétacés, les Rongeurs, 
etc. Elle diminue dans les Carnivores, plus encore dans les Lémuriens. Chez 
les Anthropoïdes les deux axes sont dirigés assez en avant pour permettre la 
vision binoculaire. Dans certains singes, l'atrophie de l'ethmoide réduit encore 
l'angle formé par les deux axes orbitaires. 11 est remarquable que l'animal 
dont les deux yeux sont le plus rapprochés est un Lémurien {Lemur tarsius) 
[Cuvier]. 

Les orbites du gorille s'ouvrent directement en avant 4)ar un cadre le plus 
souvent régulièrement carré. Rarement leurs bords font des angles assez 
obtus pour donner une figure qui se rapproche davantage de celle d'un cer- 
cle. Les orbites de Vorang, tantôt plus arrondis, tantôt plus carrés, ne sont 
séparés que par une cloison mince. Ceux du chimpanzé sont, le plus sou- 
vent, arrondis, limités par une ligne plus nettement circulaire. Ceux du 
Gibbon sont ronds. 

Je n'insiste pas. Il est évident que, même dans les espèces simiennes les 
plus élevées, l'unguis ne peut pas avoir la même obliquité ni la même cour- 
bure et qu'il doit tendre à se renverser d'autant plus en arrière que l'angle 
facial diminue, que les os de la face s'allongent et que celle-ci prend l'aspect 
d'un museau de plus en plus bestial". 

Il convient d'ajouter que le lacrymal humain n'a pas, du reste, pendant la 
vie embryonnaire, l'obliquité qu'il a après la naissance. Jusqu'à la fin du 
huitième mois de la vie intra-utérine il est plus incliné en arrière, formant 
avec un plan horizontal un angle de 60 à 70°. Après la naissance, il devient 
rapidement plus vertical, en même temps que se dessine, de haut en bas, sa 



1. « La longueur et la direction du canal lacrymal, a écrit mon regretté maître le pro- 
fesseur Thomas (Éléments d'ostéologie descriptive et comparée de t'homme et des 
animaux dotncstiques, p. 201, Paris, 18Go), doivent pré.seutcr de grandes différences et 
doivent être en rapport avec railongcuieut des os de la face. Ainsi sur le chien et sur le 
mouton, le canal lacrymal est très long et très ublique d'arrière en avant ; sur Thomme 
il est très court et vertical. » 



188 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

courbe à concavité aiiléro-externe. Le degré d'obliquité du lacrymal humain 
au moment de la naissance peut être apprécié au moyen d'un ind'x interla- 
crymal qu'on obtient en multipliant par 400 le ciiilTre que donne la mensura- 
tion de l'intervalle compris entre le point le plus enfoncé dan§ l'orbite du 
bord supérieur du lacrymal d'un côté et le point similaire du bord supérieur 
du lacrymal du côté opposé et en divisant le tout par le chilTre fourni par la 
mensuration de la dislance séparant, l'une de l'autre, les extrémités pro- 
fondes des bords inférieurs des deux mêmes os. Sur des crânes de neuf 
mois cet index interlacrymal est représenté, en moyenne, par le nombre 72. 

Variations de rapports. — Sans parler de l'absence, de l'état rudimen- 
taire, de l'exagération ou de la séparation de l'hamule qui entraîne des chan- 
gements de rapports du bord inférieur de l'unguis sur lesquels je m'étendrai 
longuement à bref délai, cet os peut avoir, en avant et en arrière, des rap- 
ports différents de ceux qu'il a habituellement. 

Le frontal peut envoyer un prolongement entre l'os planum et le lacrymal 
ou entre l'apophyse nasale du maxillaire supérieur et le lacrymal. Sur le 
crâne d'un Hindou figurant dans la collection phrénologique de Broussais, 
devenue la propriété du docteur Hullin, j'ai vu, mais seulement à droite, 
une dentelure de l'os du front, longue de 3 millimètres, occuper, en haut et 
en arrière, la place de la partie supérieure de la suture lacrymo-elhmoïdale et 
une dentelure du même os, moitié plus courte que la précédente, se substi- 
tuer, en haut et en avant, à la partie supérieure de l'articulation du bord 
antérieur du lacrymal avec le bord postérieur de l'apophyse montante du 
sus-maxillaire. 

Le prolongement poslunguéal du coronal ne dépasse guère 5 millimètres 
de largeur et le préunguéal du même os, 4""°,5. Le premier est beaucoup 
plus commun que le second : on le rencontre chez 34 p. 100 des sujets de 
race caucasique et assez prononcé chez 1 p. 100. 

Une expansion apophysaire analogue du maxillaire supérieur peut s'inter- 
caler, en bas et en arrière, entre l'os planum et le lacrymal. Cette expansion 
apophysaire (ju'on trouve chez 14 p. 100 des blancs est bien développée 
chez 3 p. 100. 

Le prolongement postlacrymal du frontal et le prolongement postlacrymal 
du maxillaire supérieur coexistent parfois. On le,s voit même se rejoindre 
pour constituer une suture fronto-maxillaire horizontale ou oblique plus ou 
moins étendue. La suture fronto-maxillaire dont j'ai noté la présence chez 
3 hommes (3 fois des deux côtés) et chez 2 femmes (1 fois des deux côtés 
et 1 fois à droite) a été observée par M. le docteur Félix Regnault sur un 
Australien et un Néo-Hébridais, par M. Turner sur deux Boschimans, par 
M. Thomson sur un Patagon, un Maori, un naturel des îles Salomon, etc. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 139 

Anatomie COMPARÉE. — « Si on examine, dit M. Regnault', la paroi in- 
terne de l'orbite chez YHomme, on voit que l'os lacrymal, par son bord pos- 
térieur, prend contact avec l'os planum de l'ethmoide (fig. III), séparant ainsi 
le frontal du maxillaire supérieur. 





in 

Fio. I. — Snture fronto-maxillaire de l'angle interne de l'orbite chez le eMmpanzé. 
Fio. II. — Snture fronto-maxillaire de l'angle interne de Torbite chez l'homme. 
Fio. ni. — Snture lacrymo-ethmoïdale chez l'homme. 

F, 01 frontal ; L, os lacrymal ; M, maxillaire supérieur ; P, os plannm. 

« Chez le gorille et le chimpanzé, la disposition est ordinairement diffé- 
rente. Ici (fig. I) c'est le maxillaire supérieur M qui est en contact avec le 
frontal F séparant le lacrymal L de l'os planum P. 

< Cette disposition varie, d'ailleurs, suivant l'espèce de singe à laquelle 
on a affaire. Voici le relevé des crânes examinés soit au Muséum, soit à la 
Société d'anthropologie : 

Suture Sature 

maxillo-frontale. lacrymo-ethmoïdale. 

Gorilles ..... 6 4 1 

Chimpanzés. ... 7 6 1 

Orangs 3 » 3 

Gibbons {siatnangs 

et hy lobâtes). . . 8 » 8 

« Le petit nombre de sujets que j'ai pu examiner, poursuit M. F. Re- 
gnault, dépend de ce que les soudures s'effectuent rapidement chez ces 
Singes; beaucoup de crânes n'ont plus trace de suture. 

« Parmi les gorilles, un crâne possédait une suture maxillo-frontale de 
l'orbite droite et une suture lacrynio-ethmoidale à l'orbite gauche. 

« La suture maxillo-frontale, quand elle existe, présente une longueur va- 
riant d'un point aucpiel se joignent les quatre os à une longueur de 15 milli- 
mètres. 

€ Les Singes non anthropomorphes ont un type de suture analogue à celui 
de Vorang, du gibbon ou de Vhomme. 

« 19 Semnopithèques, 9 Macaques, 5 Hurleurs possédaient tous une suture 
lacrymo-ethmoïdale. » 



1. Félix Regnault, loc. cil. suprà, p. 413. 



140 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



M. Macalister a indiqué, parmi les Anthropoïdes, le gorille comme ayant 
une courte sulure lacrymo-ethmoïdale et, parmi les Singes non anthropomor- 
phes dont le maxillaire s'unit au frontal pour former en arrière de l'unguis 
peu prononcé une suture maxillo-frontale : les Callitriches et les Nyctipi- 
thèques*. 

En parlant de cette suture qu'il a observée sur des anthropoïdes du MuTsée 
anatomique de l'Université d'Edimbourg, le professeur Turner s'est exprimé 
ainsi : « Dans le cr§ne humain elle constitue une réversion, car chez le Go- 
rille et chez divers chimpanzés, l'os planum est triangulaire et le frontal et 
le maxillaire supérieur articulés l'un avec l'autre, entre cet os et le lacrymal 
dans la paroi interne de l'orbite*. j> 

L'os planum des gorilles et des chimpanzés n'est pas toujours triangu- 
laire ni la suture maxillo-frontale constamment présente dans les Anthropoïdes. 
11 n'est même pas prouvé que cette suture soit plus commune parmi eux que 
parmi nous. Parmi eux elle se rencontre surtout chez les gorilles et les 
chimpanzés. Elle fait généralement défaut chez les Singes inférieurs, sauf 
chez les Callitriches et les Nyetipithèques. 

Sur 24 crânes d'Anthropoïdes, dont 7 de gorilles, 10 de chimpanzés et 
7 d'orangs, M. Thomson s'est assuré que cette suture qu'il appelle orbito- 
maxillo-frontale est exceptionnelle chez ces animaux. 

« Les recherches que j'ai faites sur les crânes de gorilles et de chimpan- 
zés de la collection d'Oxford ne concordent pas, dit-il, avec celles faites par 
le professeur William Turner sur les crânes de gorilles et de chimpanzés 
du Musée anatomique de l'Université d'Edimbourg. Les deux tableaux ci- 
joints en font foi : 

Gorilles, 7 spécimens. 



Avec une suture 


Avec une suture 


Avec une suture 


ethmo-Iacrymale. 


ethmo-lacrymale douteuse. 


orbito-maxillo-frontale. 


3 


3 


1 


Cette suture bilatérale me- 
sure 5 millimètres de 
long chez le premier. 




Cette suture bilatérale me- 
sure 3""",5 de long. 


Cette suture bilatérale me- 
sure 7 millimètres de 
long chez le second. 






Cette suture bilatérale me- 
sure 6""", 5 chez le troi- 






sième. 







1. Macalister, loc. cit. suprà, p. 247. 

2 Ti'ttNER, Human crania. « Challenger » Reports, Zoology, vol. X, p' XXIX, p. 12 

pi. I, fig. 4. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 
Chimpanzés, 7 spécimcas. 



141 



Atpc une suture 
ethmo-lacrymale. 


Avec une suture 
ethmo-lacrymale douteuse. 


Avec une suture 
orbito-maxillo-frontale. 


2 

Cette suture bilatérale me- 
sure 3 millimètres de 
loug chez l'un. 

Cette suture bilatérale me- 
sure 6 millimèires de 
long chez l'autre. 


2 


3 

Cette suture bilatérale me- 
sure 2 millimètres de 
long chez le premier. 

Cette suture bilatérale est 
représentée par uq pont 
chez le second. 

Cette suture bilatérale me- 
sure 1 millimètre de 
long chez le troisième. 



« Cliez deux autres spécimens de chimpanzés, l'os planum est divisé en deux 
portions par une suture verticale ; chez un d'eux la portion antérieure me- 
sure 2 millimètres de hauteur et 7 millimètres de largeur. 

« Chez un autre spécimen, le mode de conformation des deux orbites n'est 
pas identique : il y a d'un côté une suture elhmo-lacrymale et de l'autre une 
suture orbito-maxillo-frontale 

« Les gorilles et les chimpanzés, dont les sutures ^Ihmo-lacrymales sont 
données comme douteuses, sont ceux dont les os de la paroi interne de l'or- 
bite sont si complètement ankylosés qu'il est impossible d'avoir une opinion 
précise sur leur mode d'arrangement primordial. 

t La suture ethmo-lacrymale existe sur chacun des 7 crânes d'orangs où 
elle est représentée tantôt par un point, tantôt par une ligne mesurant jus- 
qu'à 3 millimètres de long (dans trois cas). » 

Les recherches du professeur Bi.\nchi sur 44- crânes d'anthropoïdes et une 
centaine de crânes d'autres Primates l'ont conduit à formuler les mêmes 
conclusions. Chez tous les Anthropoïdes étudiés par M. Bianchi, pour ne par- 
ler que d'eux, la suture ethmoido-unguéale était présente, sauf chez deux : 
chez un chimpanzé du Musée Doria, de Gènes, où le maxillaire supérieur 
rejoignait le frontal entre le lacrymal et la lame papyracée de l'ethmoïde et 
chez un jeune gorille du Mu.sée zoologique de Pise, où l'unguis droit, très 
étroit, était uni à l'os planUm par une suture ethmoïdo-lacrymale et l'unguis 
gauche, plus rudimentaire encore, articulé avec la lame papyracée au moyen 
d'une suture orbito-maxillo-frontale'. 



1. BiANCHi, Sulla sutura ethmoido-lacrymale c su un osso suprannumerario délia 
parele interna deliorbila. Siena, 18'J5 ; et La presenza detta sutura orbilo-maxillo- 
fronlale (Thomson) non e condizione normale nel cranio dcgti Anlfiropoidi, p. 4, 
Siena, 1895. 



BIUI.IOOK. ANAT., T. VIII, FA80. 3. 



10 



142 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Ce que je ne puis admettre, avec MM. Thompson et Bianchi, c'est que la 
suture orbito-maxillo-frontale ne soit pas une malformation reversive parce 
qu'elle ne constitue pas une disposition normale dans les espèces simiennes 
et surtout dans les Anthropoïdes. 

Sans doute il est permis de croire avec M. Macalister que son apparition 
dans les Callitriches et les Nyctipithèques est due à la conformation spéciale 
et à la résorption du septum interorbitaire. 

Sans doute, comme le veut M. Bianchi, la longueur de la suture lacrynio- 
ethmoidale est subordonnée, aussi bien chez l'homme que chez les animaux, 
à trois causes : 

1" A l'étendue et à la forme de l'unguis ; 

2° A la grandeur de l'os planum et à la configuration de son bord anté- 
rieur ; 

3' A la présence d'un prolongement apophysaire descendant du frontal 
vers le sus-maxillaire ou d'un prolongement apophysaire ascendant du sus- 
maxillaire vers le frontal ou à la présence simultanée d'un prolongement 
apophysaire descendant du frontal et d'un prolongement apophysaire ascen- 
dant du sus-maxillaire, entre la lame papyracée de l'elhmoïde et le lacrymal. 

Sans doute, on peut invoquer chacune ou plusieurs de ces causes ; on peut 
même en invoquer encore d'autres. Mais ces. causes, on en conviendra, né 
sont que secondaires. Sous quelle influence se produisent la réduction de la 
surface de la portion orbitaire de l'unguis, la prolongation du frontal en ar- 
rière de cet os, l'ascension du plancher de l'orbite en dedans, etc., d'où ré- 
sulte un raccourcissement de la suture lacrymo-ethmoidale ou l'apparition 
d'une suture orbito-maxillo-frontale? Vraisemblablement sous l'influence de 
ce quid ignotum qu'on est convenu d'appeler l'atavisme. 

Pour moi, la suture orbito-maxillo-frontale a un caractère reversif, mais 
ce n'est pas un caractère pithécoide puisqu'elle ne se rencontre habituelle- 
ment ni chez les Singes bipèdes ni chez les Singes quadrupèdes, c'est un 
caractère qui nous reporte au delà des Primates. Chez l'homme et chez les 
Singes la paroi interne des fosses orbitaires est constituée en grande partie 
par l'ethmoide. Mais chez la plupart des Mammifères cet os ne s'y montre 
pas et un prolongement du frontal va s'articuler directement avec le bord 
interne et supérieur du sus-maxillaire qui s'élève beaucoup. Il n'est pas pos- 
sible de ne pas voir dans les prolongements anormaux du coronal et du 
maxillaire supérieur de l'homme l'un vers l'autre une tendance à la repro- 
duction de ce qui existe normalement dans les ordres inférieurs à celui des 
Primates. 

J'en suis d'autant plus convaincu que ce n'est pas seulement en avant de 
l'os planum humain, très réduit de largeur, mais encore en arrière de cet os 
(}^u'on trouve de telles expansions apophysaires insolites. 

Les professeurs Gruber et Bianchi ont rencontré et j'ai rencontré moi- 



TRAVAUX ORIGINAUX. 14^ 

même, enlre le sphénoïde et le bord postérieur de la lame papyracée de 
l'ethmoïde de l'homme un prolongement du frontal qui allait s'unir par une 
suture dentelée (articulation orhito-fronlo-palatine) à l'apophyse orbitaire 
démesurément accrue du palatin (voy. plus loin osselets péri-lacrymaux : 
osselet ethmo-lacrymal). En voyant ce dernier vice de conformation, quel 
anthropo-zoologiste pourrait se défendre de songer à ce qui existe nor- 
malement chez divers animaux : le chien, le mouton, etc., où le palatin 
enlre pour une si grande part dans la constitution de la paroi interne de l'or- 
bite ? 

Les palatins du chien présentent bien toutes les parties constituantes de 
ceux de l'homme, mais ils en diffèrent d'une manière très remarquable par 
leur forme et leurs connexions. Chez l'homme, l'étendue verticale l'emporte 
sensiblement sur l'antéro-postérieure ; chez le chien, au contraire, l'étendue 
verticale n'est pas la moitié de l'antéro-postérieure. Chez l'homme, le palatin 
s'arrête à l'angle postérieur de la face sous-orbilaire du sus-mcyxillaire ; 
chez le chien, il se porte si en avant dans l'orbite qu'il s'articule avec tout le 
bord interne de la face sous-orbitaire du sus-maxillaire et même avec le la- 
crymal. 

Le bord supérieur du palatin du mouton est divisé en deux apophyses qui 
sont séparées, comme chez l'homme, par une échancrure qui forme la plus 
grande partie du trou sphéno-palatin. Mais cette échancrure a des dimensions 
plus grandes que chez l'homme. L'apophyse antérieure ou orbitaire est une 
lame mince et plate, un peu déjetée en dehors, qui s'articule à la partie an- 
térieure de l'orbite avec le frontal, le lacrymal et le cornet sphénoidal. Ces 
articulations ont très peu d'étendue. La face interne est appliquée sur l'eth- 
moïde dont elle complète quelques cellules ; et l'externe forme une petite 
partie de la paroi interne de l'orbite. L'apophyse postérieure ou sphénoïdale, 
légèrement inclinée en dedans, est aussi une lame mince et plate qui s'arti- 
cule avec le cornet sphénoidal et touche le vomer. L'échancrure qui sépare 
ces deux apophyses est convertie en trou par le cornet sphénoïdal ; on a dit 
à tort par l'ethmoïde. Ce trou est donc bien nommé sphéno-palatin, comme 
chez l'homme. 

Mais dira-t-on à propos des anomalies de la paroi interne de l'orbite énu- 
mérées ci-dessus, une partie plus ou moins importante de la lame papyracée 
. de l'ethmoïde persiste ? Qu'importe ! Ce sont des anomalies moins typiques, 
voilà tout ; l'f^sprit n'en est que plus satisfait ; elles nous font toucher du 
doigt des états intermédiaires entre des états à jamais perdus pour l'espèce 
humaine et la disposition aujourd'hui acquise. En anatomie anormale, ces 
transitions se rencontrent plus fréquemment que les formes types dans tout 
leur développement ; toutefois, alors même que l'anomalie reversive n'est 
pas observée dans tout son éclat, la présence d'une des formes de passage 
présente suflisamment d'intérêt pour qu'on doive la consigner en détail. 



144 Bir.LIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Variations de la crête lacrymale postérieure — Cette crête peut : 
a) faire défaut ; b) exister mais être dépourvue d'hamule ; c) être présente et 
terminée par un liamule plus ou moins développé. 

a) Quand la crête lacrymale postérieure est absente, la portion lacrymale et 
la portion orhitairc de l'unguis, situées dans le môme plan, se continuent 
sans ligne de démarcation. L'os, ordinairement criblé de petits orifices 
comme poreux, n'entre pas dans la composition du canal nasal, finit, en bas, 
au niveau de la valvule semi-lunaire incomplète que Béraud ' a décrite et 
figurée à la partie inférieure du sac lacrymal et que Sappey regarde comme 
un simple pli de la muqueuse. On peut donner le nom d'ungnis plat à l'os 
ainsi conformé. 

b) La crête lacrymale postérieure dépourvue d'bamule peut être continue 
ou discontinue. Sur 36 crânes examinés par M. Macalister, elle s'étendait 
du haut en bas de l'os sur 10 ; elle était remplacée par une saillie convexe 
occupant le tiers supérieur de l'os sur 12 et la moitié inférieure sur 9, et 
élait ina])préciable, à son point de départ, sur 5. Sur 3 de ceux où elle exis- 
tait depuis son origine jusqu'à sa terminaison, elle offrait à l'union de son 
tiers supérieur avec son tiers moyen une épine sur laquelle s'attachaient les 
fibres supérieures ascendantes du muscle lacrymal postérieur de Henke *. 

Ici, comme dans les cas suivants, l'angle résultant de la jonction de la 
portion lacrymale et de la portion orbilaire est plus ou moins ouvert, quel- 
quefois même transformé en une courbe dont la convexité regarde en dehors. 
L'os, parfois fenestré, concourt à la formation du canal nasal, mais présente 
souvent, ainsi que les autres os du crâne, des sutures anormales. Ses bords 
sont assez communément soudés à ceux des os voisins ou sont -très irrégu- 
liers, quand ils sont libres. On peut l'appeler unguis caréné on unguis en dos 
d'dne. • 

c) On nomme unguis caréné et acuminé et unguis caréné et hamulé, 
l'unguis dont la crête est terminée par un crochet inférieur plus ou moins pro- 
noncé (hamule). L'étude de la crête lacrymale postérieure comprise de la 
sorte rentre dans celle des variations de l'hamule qui suit. 

Variations de l'hamule — A l'état normal, la portion lacrymale et la 
portion orbilaire se réunissent en formant un angle presque droit dont la 
crête, de plus en plus aiguë en descendant, se termine, en bas, par une sorte 
de crorhet qui se porte en dehors (crochet lacrymal, hamule lacrymal, ha- 
mule, apophyse hamulaire), rejoint le bord postérieur de l'échancrure lacry- 
male du sus-maxillaire et complète ainsi l'orifice supérieur du canal nasal. A 
l'état anormal, l'hamule peut manquer ainsi que la crête lacrymale poslé- 



1. BÉHAUD, Archive^ d'ophthalmologie, 1855, t. IV, p. 129 

2. Hi;nkr, Archiv. fur Ophthalmologie , IV, 270. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 145 

Heure ou manquer sans que cette crête soit absente ou, au contraire, acqué- 
rir un grand développement. Parfois même l'hamule est entièrement détaché 
du reste de l'unguis, constituant un osselet périlacrymal accessoire. 

Le canal qui succède à la gouttière lacrymale est, dans l'espèce humaine, 
composé dans ses trois quarts externes par la gouttière lacrymale creusée 
sur la face nasale du maxillaire supérieur et dans son quart interne par l'un- 
guis ; l'apophyse unguéale du cornet inférieur achève sa partie inférieure. 
Comment se comporte exactement l'hamule bordant ce canal ? Sa portion 
externe continuant la portion externe de l'unguis s'articule, comme elle, avec 
la paroi inférieure du plancher de l'orbite, sa portion interne faisant suite à 
la portion interne du même os, envoie dans le canal nasal deux prolonge- 
ments dont l'un, appelé apophyse lacrymale, atteint le bord supérieur et ex- 
terne du « processus hamatus minor » (Macalister) et le bord antérieur de 
l'apophyse uncitbrme de l'ethmoide et dont l'autre, nommé apophyse turbi- 
nale, arrive au contact de l'apophyse unguéale du cornet inférieur. 

L'apophyse lacrymale située dans un plan plus externe que l'apophyse 
lurbinale est une lamelle concave limitée inférieurement par un bord arrondi 
et, dans quelques cas, très pointu; sa longueur, qui ne dépasse guère 6 milli- 
mètres, est, en moyenne, de 3 millimètres. 

L'apophyse turhinale est plus longue que la précédente vers laquelle el'e 
converge. Elle est triangulaire chez 70 p. 100 des sujets et articulée avec 
l'apophyse unguéale du cornet inférieur chez GG p. 100. Le mode d'articula- 
tion de ces deux apophyses n'est pas toujours le môme ; le plus souvent la 
face interne de la première recouvre une petite partie de la face externe de 
la seconde. 

L'intervalle existant entre ces deux apophyses est comblé par le maxillaire 
supérieur et, dans les cas de résorption du tissu osseux par la muqueuse qui 
tapisse l'entrée de l'antre d'Highmore. 

L'extrémité libre de l'hamule a pour limite la partie terminale interne de 
la suture sous-orbitaire transverse d'Halbertsma de laquelle part quelquefois 
une suture verticale qui se prolonge en avant et de haut en bas jusiju'à l'ori- 
fice e.\teme du canal sous-orbitaire ou jusqu'à celui du canal sous-orbitaire 
accessoire anormal '. 

Tel est le lacrymal normal, celui qui est décrit dans les traités clas^siques 



1. Le caual soiis-orbitairc s'ouvre anormalement sur la face externe du maxillaire supé- 
rieur par plusieurs orifices. Gribek en a signalé jusqu'à cinq. .MM. l'oiiiiEii et Fuiteai; ont 
étudié ce détail qui a bien son importance en chirurgie, sur 217 crânes de TKcole pra- 
tique et de rÉcole d'Anthropologie, ils ont constaté sur la face externe du maxillaire, 
y fois deux orifices de chaque côté; 2G fois deux orifices d'un seul coté (15 à gauche, 
11 à droite) Sur deux crânes ils ont observé trois orifices d'un côté et deux orifices de 
l'autre. Enfin un sus-maxillaire possédait trois orifices du côté gauche et quatre du côté 
droit. (Poirier, Traité d'anatomie humaine, t. I, p. 486, Paris, sans date.) 



146 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

d'anatomie humaine. C'est Vunguis caréné et acuminé des anatomistes an- 
glais. 

J'arrive à l'unguis caréné et hamulé des mêmes analomistes. 

Il y a déjà un certain nombre d'années Virchow a appelé Tattention sur 
certains caractères anatomiques crâniens (sur le contact du frontal et du 
temporal et la disposition des os nasaux, etc.) que l'on peut regarder comme 
des réminiscences animales. 

M. Cari Gegenbaur a noté un nouveau caractère analogue sur le crAne 
humain : le développement facial de l'os laci*ymal notamment dans sa partie 
inférieure (hamule). 

J'ai dit, quelques lignes plus haut, que sur nomhre de crânes l'hamule est 
peu prononcé et ne touche pas le bord inférieur de l'orbite ; sur quelques- 
uns il est, au contraire, très fort et fait partie du bord inférieur de l'orbite, 
allant de pair avec le développement du lacrymal en largeur. Sur 120 crânes 
M. Gegenbaur en a rencontré 5 qui étaient conformés de la sorte. Sur 
200 autres crânes il en a trouvé 2 dont l'hamule, encore plus marqué, entrait 
dans la constitution de la partie inférieure de la crête lacrymale antérieure, 
était intercalé, en bas, entre le bord antérieur de l'unguis et le bord posté- 
rieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur. 

Le professeur Gegenbaur a omis d'indiquer d'où provenaient les crânes 
qu'il a examinés à ce sujet et la race de chacun des individus dont la portion 
faciale était si visible. 

MM. Macalister et Bianchi ont été plus précis. L'hamule, au dire de 
M. ÎIacalister, contribue à la formation du bord intérieur de l'orbite chez 
1/22 des crânes de diverses provenances et chez 1/60 des crânes européens. 
Il y contribue chez 1/63 des crânes tourangeaux. M. Bianchi a noté l'extrême 
développement de l'hamule et de la crête lacrymale postérieure sur les crânes 
péruviens et asiatiques du Musée d'anthropologie d'Italie. 

En fait Ynnguis caréné et hamulé est Vunguis caréné et acuminé qui a at- 
teint le bord inférieur de l'orbite. Et, comme on trouve entre les deux tous 
les intermédiaires, il n'y a lieu de les considérer, à mon avis, que comme 
des variétés en plus ou en moins d'un mêtne mode de conformation. 

Très exceptionnellement l'hamule faisant partie- intégrante du bord infé- 
rieur nie l'orbite remonte le long de la paroi externe du sac lacrymal qu'il 
recouvre, en bas, à la manière d'une arche. 

Schwegel ' et les professeurs Macalister (3 cas), Bianchi et Leboucq ont 
signalé la possibilité de la présence d'une aiguille osseuse, au-dessus de l'ha- 
mule, vers le tiers inférieur de la crête lacrymale postérieure. 

En face de cette aiguille, dirigée en avant et en dehors, on trouve parfois 
une aiguille de même nature, dirigée en arrière et en dehors et venant de 



1. Schwegel, Henle u. Pfeufer's Zeitschrift, III, Reilie V, 1856, p. 866. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 147 

la crêle lacrymale antérieure. Sur la crête d'une démente M. Bianchi a vu 
ces deux aiguilles se rejoindre pour former sur la paroi externe du sac un 
arc osseux, correspondant à l'étranglement qu'y détermine le tendon réfléchi 
du muscle de Duverney'. J'ai observé cette anomalie (des deux côtés chez 
un homme) ainsi que les précédentes (à droite et à gauche chez un homme, 
et à droite seulement chez une femme). Le professeur Bianchi dit avoir ren- 
contré assez fréquemment une jetée osseuse entre les extrémités inférieures 
des deux crêtes lacrymales divisant l'entrée du canal nasal comme cela existe 
normalement chez Vours marin (ours blanc, ursus maritimus)*. 

Si on croit ces aiguilles osseuses si rares, c'est parce qu'elles sont excessi- 
vement fragiles et difficiles, par suite, à conserver pendant la longue durée 
de la macération des crânes. Je n'en veux pour preuve que la lettre que m'a 
adressée, le 5 juin 1899, mon émlnent collègue, M. le professeur Leboucq, 
auquel j'avais demandé, quelques jours auparavant, de me fournir quelques 
renseignements sur les malformations du lacrymal qu'il avait pu voir sur les 
nombreux crânes du musée de l'Institut anatomique de l'Université de Gand : 
« J'ai parcouru la série des crânes de ma collection au point de vue de l'un- 
guis, m'a répondu M. Leboucq. La très grande majorité sont des crânes du 
sexe masculin et la plupart des crânes de prisonniers qui ont été conservés 
au point de vue phrénologique (il y a une cinquantaine d'années). Malheureu- 
sement là région qui vous intéresse étant la plus fragile de la loge cérébrale, 
il s'ensuit qu'il y a une bonne centaine de crânes qui ont la paroi interne de 
l'orbite abîmée et qui ne peuvent servir, 

" « Parmi ceux qui peuvent servir j'ai commencé par mettre à part ceux 
chez lesquels l'unguis me paraît normal comme forme, dimensions, con- 
nexions, etc. J'en trouve 99. 

«.( Il y en a ensuite 31 dont l'hamule et très développé et 1 dont la portion 
orbitaire a le double de ses dimensions normales. 



1 . J'ai appelé précédemment rattention sur le tubercule osseux qu'offre pour rinsertion 
(lu muscle orbiculaire des paupières Tunguis de V hippopotame, du rhinocéros, de Vhyrax, 
de Vàae, etc. 

2. S. Bianchi, loc. cil. suprà, p. 8. Dans la quatrième observation d'absence totale du 
lacrymal de M. Bi.vnchi que j'ai rapportée, il est également fait mention de la duplicité du 
canal nasal à son origine. Cette disposition, ainsi que la division complète ou partielle du 
sac lacrymal de l'homme par une cloison membraneuse, fait involontairement songer à la 
duplicité du canal nasal des Suidés à son commencement. Elle s'explique, au surplus, par 
le mode de développement de ce canal qui ne parait pas différer sensiblement dans les 
espèces humaines et les espèces animales (Rats, Porcs, etc.). La gouttière oculo-na.<iale 
ne se ferme pas, en eflet, comme l'a pensé Coste, par la jonclion de ses bords, mais par 
la projection dans son intérieur d'une colonnette de cellules épithéliales que recouvre bientôt 
le mésoblaste. Une lumière apparaît dans celte colonnette avant que les parties voisines 
coiiiuiencent k s'ossifier. C'est la premièiv trace du canal nasal. Il est double quand un 
feuillet vertical du mésoblaste vient segmenter la colonnette de cellules épithéliales (voy. à 
la Bibliographie, : développement du canal nasal). 



148 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

« Je trouve 30 ungiiis de beaucoup inférieurs comme dimensions à la 
moyenne et parmi ceux-ci deux qui sont séparés du frontal, l'un, des deux 
côtés, par un prolongement du bord antérieur de l'ethmoïde, l'autre, d'un 
côté seulement, par un osselet supplémentaire. 

« Sur S'I crânes la portion lacrymale de l'os en question est très petite ou 
absente. Dans 56 cas la branche montante du maxillaire supérieur présente 
une épine qui se porte en arrière vers la partie terminale de la crête lacry- 
male postérieure qu'elle atteint dans 12 cas. 

« Enfin, je signalerai un unguis échancré par une fontanelle dans l'os pla- 
num ', à droite seulement ; à gauche, il y a une dépression sur l'ethmoïde, 
mais pas de trou. » 

Anatomie comparée. — Le lacrymal des Sauropsidés est, on le sait, pres- 
que entièrement situé à la surface de la face. Il est également un os orbitaire 
et facial dans les Mammifères inférieurs. 

Sa partie faciale est très prononcée dans beaucoup de Marsupiaux. Cette 
partie et la partie orbitaire ont un développement égal parmi les Édentés, 
sauf parmi les Paresseux ou Tardigrades, en raison sans doute du peu de 
longueur du museau. La lame du lacrymal des Ongulés, pliée à angle droit, 
présente deux plans, l'un postérieur, profond ou orbitaire, l'autre antérieur, 
superficiel ou facial prolongé assez loin en avant — sauf chez les Chameaux 
— et délimités par l'arête courbe, formant le contour antérieur de l'orbite. 
Ce plan antérieur et superficiel est surtout très étendu chez les Cerfs et les 
Girafes où il offre, on le sait, un enfoncement plus marqué chez les sujets 
mâles, pour recevoir des glandes sébacées. J'ai dit que le même plan est rudi- 
mentaire chez les Carnassiers. Au nombre des Rongeurs « il en est quelques- 
uns, les Lièvres, par exemple, dont la portion faciale du lacrymal forme, en 
dehors, comme chez les Oiseaux, en haut du bord antérieur de l'orbite, une 
forte saillie triangulaire et transversale, située au-dessus de la branche mon- 
tante du sus-maxillaire. » (Meckel.) 

D'après K(estlin et Stannius le' lacrymal des Singes ressemblerait à celui 
de l'homme. Les professeurs Huxley, Gegenbaur, Macalister, Bianchi, 
etc., ont démontré qu'il n'en est pas ainsi, qu'il y a des différences notables, 
non seulement entre les divers genres de Singes, mais encore entre les Anr- 
thropoïdes et l'homme. 

La situation faciale s'est tellement maintenue que le canal nasal des Pro- 
simiens, comme celui des Suidés, des Insectivores, de plusieurs Chauves- 
souris, etc. *, ne commence même pas dans l'orbile. Sur le Propithecus 



1 . Cette perte de substance était-elle comblée pendant la vie par un osselet, une lame 
conjonctive ou cartilagineuse ou par une lame conjonctive et cartilagineuse ? Chi lo sa' 

?. Hixi.RY, qui a divisé les Primales en trois familles : les Lémuriens, les Simiades 
el li's Aathropoides, a écrit : « Chez les Lémuriens, Touverture supérieure du tron lacry- 
ui il se trouve sur la face, en deliors des marges antérieures de l'orbite. » 



TRAVAUX ORIGINAUX. 149 

Edwardsi et YAye-aye madecasse (Myspithecus madagaacariensis) du Muséum 
(le Hordeaux, il en est ainsi. La fosse lacrymale qui est orbilaire dans les Ca- 
larrhinienS (Semnopithèques, Innuus, Cercopithèques, Cercocèbes, Cynocé- 
phales) est encore extra-orbitaire dans les genres Atèles et Mycètes. J'ai noté 
nettement la situation extra-orbitaire de la fosse lacrymale sur VAtèle à front 
blanc (Ateles marginatus) et VAtèle melanocheir (Aleles melanochir) et le 
ffurleurroux {Stentor reniculus). L'hamule de l'unguis perforé du Coaïla 
(Ateles paniscus) est long et large et recouvre une partie du canal sous-orbi- 
taire. Celui des Singes à télé de chien est un peu plus petit. Vorang et le 
chimpanzé sont, parmi les Anthropoïdes, ceux dont la conformation du la- 
crymal se rapproche le plus de celle de l'homme, et le gibbon, celui dont la 
conformation du môme os s'en éloigne le plus. Chez Vorang, l'hamule est 
disposé de telle sorte que l'un de ses bords regarde en dehors et l'autre en 
dedans, et l'une de ses faces en haut et l'autre en bas. 

Sur le crâne d'un Malais de la collection du professeur Macalister, cette 
apophyse ne le cédait en rien comme volume et comme longueur à l'apophyse 
homologue de l'unguis normal des Singes catarrhiniens. 

En se basant sur ces données précises d'anatomie comparée, M. Gegenbaur 
a conclu avec raison que le développement facial {faciale Ausdehnung) du 
lacrymal humain constitue une variation reversive qui doit être attribuée à 
l'atavisme, 

OSSELETS PÉRI -LACRYMAUX 

On trouve parfois au pourtour de l'unguis normal ou anormal un ou plu- 
sieurs des osselets suivants : 

L'osselet ethmo-lacrymal supérieur ; 

L'osselet ethmo-lacrymal inférieur ; 

L'osselet ethmo-lacrymal ; 

L'osselet de la gouttière lacrymale ; 

L'osselet du canal nasal ; 

L'osselet de l'hamule ; 

L'osselet sous-orbitaire. 

Les trois premiers sont des osselets post ou rétro-lacrymaux, le troisième 
est un osselet pré ou anté-lacrymal, les trois derniers des osselets sous-lacry- 
maux. 

Oselet ethmo-lacrymal supérieur. — M. Macalister a donné ce nom' 
à un osselet qui occupe parfois la partie la plus élevée de la suture ethmoïdo- 
lacrymale, en arrière de l'unguis, entre le bord postérieur de cet os, le bord 
antérieur de la lame papyracée de l'ethmoïde et le bord interne de la fosse 
orbilaire du IVonlal. Sur 1,037 crânes de la collection anatomique de l'Uni- 



I. «Macai.isteii, loc. cit. suprà, p. 239. 



150 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



versité d'Oxford, dont la plupart ont, il est vrai, les orbites mutilés, 
M. Thompson ne l'a rencontré que quatre fois, dont une fois sur un crâne 
d'Hindou, une fois sur un crâne trouvé dans un ancien camp romain. 
M. BiANCHi l'a trouvé sept fois et moi cinq fois (trois fois chez l'homme : deux 
fois à droite et une foi? à gauche et deux fois chez la femme et toujours à 
gauche). J'ai noté plus haut que le maxillaire supérieur envoyait anormale- 
ment entre le bout antérieur de la lame papyracée de l'ethmoïde et le bord 
postérieur de l'unguis un prolongement plus ou moins large et plus ou moins 
long, articulé ou non, avec un prolongement descendant analogue du frontal. 





Fia. 7. 

e, lame papyracée de l'ethmoïde ; 

l, lacrymal ; 

m, maxillaire supérieur; 

/, frontal ; 

a, osselet ethmo-lacrymal supérieur surmon- 
tant un prolongement ascendant anor- 
mal du plancher de Torblte entre l'o.s 
planura et l'unguis. 
Fio. 6. 

E, lame papyracée de l'ethmoïde ; 

Tj, lacrymal; 

a, osselet ethmo-lacrymal supérieur. 

M. le professeur Macalister a vu ce prolongement apophysaire du sus-maxil- 
laire surmonté d'un osselet. J'ai observé une malformation identique chez 
une Angolaise (à gauche seulement). 

Un autre osselet ethmo lacrymal supérieur non moins curieux est celui que 
M. Leboucq m'a dit avoir rencontré, mais d'un seul côté seulement, sur un 
crâne de la collection de l'Institut anatomique de l'Université de Garni. Cet 
osselet, qui coïncide avec une disparition complète de la portion lacrymale et 
une rédiiclion du tiers de la hauteur de la portion orbilaire de l'unguis, a la 
forme d'un polygone à cinq côtés dont le bord supérieur, très dentelé, décrit 
une courbe à convexité supérieure articulée avecle frontal, et dont les autres 
bords rectilignes et lisses sont articulés le bord antérieur avec l'apophyse 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



151 



nasale du maxillaire supérieur, prolongée jusqu'à la portion orbilaire de 
j'unguis, le bord inférieur avec Tunguis et les deux bords postérieurs avec la 
lame papyracée de l'ethmoide qu'ils échancrent en se réunissaivl pour former 
un angle à sommet postérieur. 

Osselet ethmo-lacrymal inférieur. — M. Macalister a appelé ainsi • 
im osselet, situé également en arrière de l'unguis, mais dans la partie la plus 
inférieure de la suture lacrymo-ethmoïdale, entre le bord postérieur de l'un- 
guis, le bord antérieur de l'os planuni et le bord interne du plancher de l'or- 



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f FiG. 8. 

«, lame papyracée de l'ethmoïde ; 
l, lacrymal; 

m, maxillaire supérieur; 
/, frontal ; 
a, osselet ethmo-lacrymal inférieur. 



Fio. 9. 
«, lame papyracée de l'ethmoïde; • 
l, lacrymal ; 

la, maxillaire supérieur; 
/, frontal ; 

o, osselet ethmo-lacrymal supérieur; 
o' osselet ethmo lacrymal inférieur. 



bite. Il est, de même que le précédent, plus ou moins grand et ordinairement 
triangulaire. Sur les 1,037 crânes qu'il a examinés, M. Thompson n'a noté 
qu'une fois sa présence sur un crâne chinois. M. Bianchi l'a rencontré trois 
fois et moi une fois, et à droite seulement, sur le crâne d'un incendiaire, âgé 
de vingt-sept ans. Je ne sache'pas qu'on ait encore signalé chez le même in- 
dividu l'existence d'un osselet lacrymal supérieur d'un côté et d'un osselet 
lacrymal inférieur du côté opposé. La coexistence de ces deux osselets sur le 
même crâne et du même côté doit être également très rare, car je n'en con- 
nais que deux cas, un qui a été signalé par M. Macalister et dans lequel il 
y avait, du même côté, en plus d'im osselet ethmo-larcrymal supérieur et 
d'un osselet ethmo-lacrymal inférieur, un osselet du canal nasal et un osselet 
de la gouttière lacrymale. Le second cas m'est personnel. Il a été observé à 
droite seulement chez un homme dont l'hamule se prolongeait jusqu'au bord 
inférieur de l'orbite (voy. le dessin ci-dessus). 



1. Macalister, eodem loco. 



152 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Osselet ethmo-lacrymal. — On lit dans le Traité d'anatomie humaine de 
M. P. Poirier : « Parfois l'os planuni humain est divisé par une suture ver- 
ticale en deux parties dont l'antérieure, plus petite, représente l'os lacrymal 
postérieur que l'on trouve chez quelques Mammifères (Henle) '. » 

On trouve la même indication avec des variantes inexactes, dans les Traités 
d'anat mie humaine des professeurs Testut*, Debierre', Romiti % etc., et 
dans V Anthropologie générale de M. Morselli'. 

W. Krause a nommé, en elfet, os lachrymale posterius une pièce osseuse 
ayant généralement la forme d'un rectangle et séparant comp!ètement le bord 
antérieur de l'os planum du bord px)stérieur de l'unguis '. Mais, contrai- 
rement à ce que disent MM. Testut, Debierre, Romiti, Morselli, etc., 
et conformément à ce que dit M. Poirier, ce n'est pas W. Kr.\use qui a 
comparé l'os lacrymal postérieur de l'homme à l'os lacrymal postérieur de 
quelques Mammifères, c'est Henle '. 

Les osselets ethmo-lacrymaux supérieur et inférieur {ossiculum ethmo-la-- 
chrymale superius et ossiculum ethmo- lachrymale inferius du professeur 
Macalister) et l'osselet lacrymal postérieur de W. Krause méritent-ils bien 
le nom sous lequel chacun d'entre eux a été et est encore décrit? 

Pour ne pas déroger aux usages reçus, j'ai fait suivre l'étude de l'unguis de 
celles de ces trois osselets et je n'ai pas changé le nom sous lequel chacun 
d'entre eux est généralement connu, bien qu'aucun d'entre eux ne semble 
êtr.e un osselet lacrymal, ni un osselet ethmo-lacrymal, mais un osselet eth- 
moïdal. Tout le donne à croire : l'intégrité du frontal, de l'unguis et du maxil- 
laire supérieur', la division fréquente de l'os planum par une suture verti- 
cale ou oblique, la forme d'un rectangle à grand diamètre vertical de l'os 
lacrymal postérieur et la forme triangulaire des osselets ethmoïdo-lacrymaux 
postérieur et supérieur et postérieur et inférieur, l'anatomie comparée et 
l'embryologie. 



1. P. Poirier, Traité d'anatomie humaine, t. I, 2" édit., p. 402, Paris, 189G. 

2. L. Testut, Traité d'anatomie humaine, t. I, p. 109, Paris. 

3. C. Debierre, Traité élémentaire d'anatomie de l'homme. 1. 1, p. 77^ Paris, 1890. 

4. G. Romiti, Trattato dell' Anatomia delPuorno, t. I, p. 2G7, Milano, 1896. 

5. E. Morselli, Anthropologia générale. Lezioni sult'uomo secondo la teoria dell' 
evoluzione, p. 630, 1896. 

6. W. Krai'SE, Anatomische Varieldten; Hannover, 1880, p. 68. Dans la troisième 
édition (Hannover, 1879) du Manuel d''analomie humaine de G.-F. Krause, revue par 
W. Krai'se, la division ei) deux de Pos planum est passée sous silence. 

7. Hknle, Handbuch der Anatomie des Menscken, Knochenlehre, Braunscbweig, 187 1 , 
p. 129. 

Pour M. Dkbierbe, c'est la partie postérieure de la lame papyracée segmentée de Teth- 
moide, et non la partie antérieure, qu'il faut assimiler à Tos lacrymal postérieur des ani- 
maux. 

8. Kxceplé dans un cas signalé par M. Macalister où Tosselet ethmo-lacrymal inférieur 
parait être un morceau détaché du plancher de Torbite. (Macalister. toc. cil. suprà, p. 239.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



VoS 



On a signalé effectivement chez l'homme : 

1° La présence d'une suture verticale divisant la lame papyracée en deux 
portions : une antérieure et une postérieure (Henle, Krause, Macalister, 
Thompson, Hybtl, Ottolenghi, Bianchi, etc.). La portion antérieure (os la- 
chrymale posterius de Krause), généralement plus j-etlle que la postérieure, 
a toujours la forme d'un rectangle à grand diamètre vertical. Elle était seu- 
lement plus grande dans deux cas sur huit de cette malformation observés 
par M. Bianchi'. Sur le crâne d'un 
nègre de la Guadeloupe que je possède, 
la suture verticale touche presque à 
droite et à gauche au trou orbitaire 
interne antérieur ; 

2" L'existence de deux sutures ver- 
ticales partageant l'os planum en trois 
sections dont la postérieure était plus 
large que les deux autres réunies 
(Bianchi)'; 

3° La segmentation de la lame papy- 
racée de l'ethmoide en quatre,cinq,etc., 
poitions par des sutures verticales plus 
ou moins rapprochées les unes des 
autres (Meckel) \ Un de mes anciens 
élèves, M. Kuypers, possède un crâne 
de femme, morte à 32 ans d'une pleu- 
résie tuberculeuse, dont tout le crâne 
est normal, sauf l'os planum du côté 
droit, qui est formé par quatre rectan- 
gles osseux juxtaposés à grand diamètre 

vertical. Le rectangle osseux antérieur est moins large que le suivant, celui-ci 
que le troisième et le troisième que le quatrième ; 

4° La séparation d'un des angles de Tos planum p;»r une suture oblique. 
Le fragment osseux triangulaire ainsi séparé est relativement petit ; il s'ap- 
pelle en Angleterre ossiculum ethmo-lachrymale superius, qu ind il est cons- 
titué par l'angle antérieur et supérieur, et ossiculum ethmo-lachrymale inj'e- 
rius, quand il est formé par l'angle antérieur et inférieur. Lorsqu'on trouve 
entre l'unguis et l'ethmoïde un prolongement descendant du frontal articulé 
ou non avec un prolongement ascendant du plancher de l'orbite, M. Thompson 




Fio. 10. — Divi.siou inégale de la lame papy- 
racée de l'ethmoïde bumaiu par une .suture 
verticale : la portion située en arrière (E) est 
plu.s large que celle .située en avant de la 
suture. 

a, osselet othmo-lacrymal ; 

L, lacrymal ; 

e, ethnioïde. 



1. DiANCHi, Sulla divisione delPos planum deirethnioide uel cranio deiruomo e degli 
Anthropoidi et suU' incsisten/a delFosso lacrymale posteriorc in alcuni Mammifcri. {Atli 
délia R. AccaUemia dci Fisiocritici, Sér. lY, vol. III, 1895.) 

2. Bi.\NCHi, loc. cit. suprà, p. 4. 

3. Meckel, Traité général U'anatomie descriptive et pathologique, t. I, Paris, 1825. 



154 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

suppose qu'il a existé primitivement deux osselets ethmo-lacrymaux : uu su- 
périeur el antérieur et un inférieur et antérieur qui ont fini, au cours du 
développement, par se confondre avec le frontal, le second avec le plancher 
de l'orbite. Préférant les faits aux théories, je ne m'arrêterai pas à discuter 
celle hypothèse. 

Sur une idiote, morte à 24 ans, #t dont le crâne est déposé au musée 
Funaioli, M. Bianchi a noté les vices de conformation ci-après : 

A droite, le frontal envoie un prolongement descendant anguleux dont le 
sommet s'unit entre le corps du sphénoïde et l'os planum, au niveau de la 
moitié delà iiauteur de cet os, à l'extrémité d'un prolongement triangulaire 
ascendant, beaucoup plus large, du palatin pour former une articulation su- 
lurale orbilo-palato-frontale. 

A gauche, le prolongement apophysaire descendant du frontal et le prolon- 
gement apophysaire ascendant du palatin occupent la même position et ont 
aussi une grandeur inégale, mais sont quadrilatères et unis entre eux par 
une suture horizontale finement dentelée, large de 4 millimètres. Entre le 
frontal en haut, le maxillaire supérieur en bas, le palatin en arrière, et la 
lame papyracée de l'ethmoïde en avant, est inclus un osselet que M. Bian- 
chi considère comme l'angle postéro-inférieur détaché de celte lame. 

Cette manière de voir de M. Bianchi, ainsi qu'on peut en juger sur le 
dessin même de l'èminent anatomiste siennois, est discutable. L'osselet susdit 
n'est ni petit, ni isolé du reste de la lame papyracée par une suture oblique. 
Il me semble qu'il s'agit plutôt là d'une segmentation de l'os planum en deux 
portions par une suture verticale, dont l'extrémitié supérieure s'est fusion- 
née, au cours du développement, avec l'extrémité supérieure du bord posté- 
rieur de cet os. 

Quoi qu'il en soit, l'observation de M. Bianchi n'en est pas moins extrême- 
menl curieuse, car elle rappelle la part considérable que prend l'apophyse 
orbitaire du palatin dans la constitution de la paroi interne de l'orbite de 
certains animaux (chien, mouton, etc.). 

Elle confirme l'interprétation que j'ai fournie précédemment des prolon- 
gements ascendants du maxillaire supérieur, et descendant du frontal en 
avant de l'ethmoïde et de leur articulation suturale (suture orbito-maxillo- 
fronlale de Thompson). Elle concorde et donne plus de poids à une observa- 
lion du même genre recuedlie par Grûber, et une que je dois à l'obligeance 
de M. Lelot, ancien interne de l'asile des aliénés de Tours '. Je recopie la 
note que m'a remise à ce propos M. Lelot : 

« Crâne d'un homme de 62 ans, mort de paralysie générale progressive. 



1. « L'apophyse orbitaire du palatin est de volume variable : GrL'beb {in Heni.ej Ta vue 
remonter entre l'ethmoïde et le sphénoïde pour atteindre le frontal. » (P. Poibier, Traité 
d'anatomie h'umaine, 2" cdit., t. 1, p. 171. Paris.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 155 

« A gauche, l'orbile n'a rien d'anormal, A droite, l'apophyse orbitaire du 
palatin se prolonge en haut pour rejoindre, entre le sphénoïde et la lame pa-' 
pyracée de l'ethmoide dont la largeur est diminuée de plus de moitié, une 
expansion du coronal à laquelle elle s'unit au moyen d'une suture irrégulière, 
bien dentelée, parallèle au plancher de l'orbite. Celte suture correspond 
exactement à l'union des deux tiers inférieurs avec le tiers supérieur du 
bord postérieur de la lame papyracée, c'est-à-dire que l'apophyse orbitaire 
palatine anormale entre pour une plus grande pari dans la constitution de la 
paroi interne de l'orbite que l'expansion insolite du frontal. Chacun de ces 
deux prolongements a la forme d'un petit carré. » 

Les osselets rétro-lacrymaux se montrent-ils fréquemment chez l'homme? 
Hyrtl répond : assez souvent, et Krause : rarement. Sur les 1037 crânes de la 
collection anatomique de l'Université d'Oxford dont la plupart, ainsi que j'ai 
eu déjà l'occasion de le dire, ont les orbites abîmés, M. Thompson a trouvé 
4 osselets ethmo-lacrymaux, 4 osselets elluno-l'acrymaux supérieurs, dont deux 
très grands, ayant, par conséquent, indubitablement une origine ethmoidale 
et 6 osselets ethmo-lacrymaux inférieurs. 

Le professeur Ottolengiii a observé la segmentation de l'os planum en 
deux portions, par une suture verticale : 1 fois sur 100 crânes d'individus 
ayant possédé toute leur intelligence, 2 fois sur 13 crânes de crétins, 3 fois 
sur 72 crânes de délinquants et 1 fois sur 80 crânes d'aliénés. De cette 
statistique on doit toutefois déduire, au dire de M. Bianchi, un cas — un 
des trois cas signalés sur les 72 crânes de délinquants — où l'anomalie est 
douteuse'. 

En opérant seulement sur des crânes dont les os des orbites étaient bien 
conservés, M. Bianchi a noté : 

Trois fois la division de l'os planum par une suture verticale et 4 fois par 
une suture oblique, sur 120 cr;lnes d'hommes dont l'esprit avait été sain; 

Deux fois la division par une suture verticale, et 4 fois par une suture 
oblique sur 66 crânes de femmes ayant joui de la plénitude de leurs fa- 
cultés ; 

Trois fois la division par une suture verticale (2 fois sur des crânes d'idiots) 
et l'osselet ethmoidal postérieur — dont j'ai reproduit le dessin — sur 
58 crânes d'aliénés dont 10 crânes d'idiots ou d'imbéciles; 

Une fois la division par une suture verticale et deux osselets ethmo-lacry- 
maux antérieurs sur 44 crânes d'aliénés dont 10 crânes d'idiotes ou d'imbé- 
ciles. 

Avec ces données M. Bianchi a pu établir, dans un tableau synoptique, le 
pourcentage de ces anomalies. 



1. S. Ottole>ghi, Su iin osso soprannuincrario délia parçte interna delPorbita in cranii 
di degenerati. {Proc. Verbali délia fi. Ace. dei Fùiocritid di Siena, anuo I89j, N. 2.) 



156 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQLE. 



DIVISION 

de la 

lame papyracée 


HOBMAUX. 


ALIÉHKg. 


IDIOTS OU IMBKOILBB. 

Hommes. Femmes. 




Hommes. Femmes. 


Hommes. 


Femmes. 




Par une suture verticale . 
Par une suture oblique . 


2,5 
3,3 


3,03 
6,06 


2,58 



2,94 
5.88 


15,26 
5,26 









Le pourcentage de la divùsion de l'os planum par une suture verticale chez 
les délinquants est de 2,77 (2 cas sur 72 crânes de délinquants; slatisti(jue 
du professeur Ottolenghi) au lieu de 2,5, il ne s'écarte pas sensiblement, 
par conséquent, de celui des non-délinquants. Aucun des 10 crânes de crimi- 
nels du musée anatomique de l'Ecole de médecine de Tours n'a l'os planum 
fissuré. Il est donc prématuré de prétendre que la malformation dont il s'agit 
constitue pour les malfaiteurs une sorte d'état civil, de marque originelle ou 
spécifique. Il n'y a là encore qu'un sujet d'étude intéressant à poursuivre. 

Mais il appert nettement des mensurations prises par MM. Ottolenghi et 
DiANCHi que le partage en deux de la lame papyracée de l'ethmoïde par une 
suture est plus commune chez les femmes que chez le's hommes, et, dans 
l'un et l'autre sexe, chez les sujets dont l'intelligence est obscurcie que chez 
ceux dont l'intelligence est saine. 

Sur 57 crânes d'hommes normaux j'ai trouvé 1 fois une suture verticale 
s'étendant du haut en bas de l'os planum, alors que j'ai trouvé 2 fois cette 
suture sur 43 crânes de femmes normales. Une suture analogue existait sur 
un des 45 crânes d'aliénés, dont 4 d'idiots, et une suture analogue et un 
osselet ethmo-lacrymal supérieur existaient sur 2 des 41 crânes d'aliénées 
dont 7 d'idioles que j'ai pu me procurer. 

C'est la confirmation des conclusions de MM. Ottolenghi et Bianchi en 
ce qui touche le plus grand degré de fréquence de ce vice de contormalion 
chez les aliénés, et chez les femmes que chez les hommes. 

L'osselet ethmo-lacrymal est plus commun (jue l'osselet ethmo-lacrymal 
supérieur, celui-ci que l'osselet ethmo-lacrymal inférieur, et ce dernier que 
l'osselet ethmoïdal postéro-inférieur. 

Anatomie comparée. — Sur les 24 crânes d'Anthropoïdes du musée 
d'Oxford, dont 6 de gorilles, 7 (ïorangs et 10 de chimpanzés, qu'il a étudiés, 
M. A. Thompson n'a constaté que chez 2 chimpanzés la division de l'os pla- 
num par une suture verticale. Sur les 44 crânes (V Anthropoïdes, dont 5 de 
gorilles, 33 iïorangs et 6 de chimpanzés étudiés par M. Bianchi, celui-ci 
n'a noté la présence d'une suture verticale de la lame papyracée de l'eth- 
moïde que chez un chimpanzé^ et la présence de deux osselets elhmo-lacry- 
maux que chez deux orangs. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



157 



Au total, In segmentation de l'os planuin par une fente étendue du bord 
supérieur au bord inférieur a été observée jusqu'ici sur 3 crânes de chim- 
panzés sur 10, ce qui donne pour celte variation, dans ce genre de singes 
anthropomorphes, un pourcentage de 48,7, p. fOO, alors que dans l'espèce 





Fio. 11. — Division inégale de la lame papy- 
racée de l'ethinoïde d'un jeune chimpanzé par 
une suture verticale : la portion située en ar- 
rière (e) est pins largue que celle sitnée en avant 
de la suture. 

o, osselet 'ethmo-lacrj-raal ; 

L, lacrymal. 



FiG. 12. — Division de la lame papyracée 
de l'ethmoïde d'un orang par une suture 
oblique, 
e, ethnioïde ; 
L, lacrymal; 
a, osselet ethmo-lacrymal supérieur. 



humaine son pourcentage maximum est 15,20 (chez les idiots). Cette varia- 
lioii serait donc plus commune chez le chimpanzé ([ue chez l'homme. 

La variation qui consiste dans le partage de la lame papyracée de l'elli- 
moïde par une scissure oblique écornant un des angles antérieurs a pour 
poiircenlage maximum, dans l'espèce humaine G,00 (chez les femmes d'une 
inlelligence saine), pendant que celte variation a, au contraire, chez Vorang, 
pour pourcentage 5 (deux osselets ethmo-lacrymaux sur 40 crAnes iVorangs). 

Ces chiffres ne sont toutefois que des chiffres d'attente, car ils s'appuient 
sur l'examen d'un nombre restreint de chimpanzés et d'orangs. 

Si M. BiANCUi déclare que l'os planum était indemne de tout vice de con- 
formation sur chacun des 4 gibbons qu'il a eus en sa possession, M. Félix 
liEGNAULT affirme que, sur 8 gibbons (Hylobates et Siamangs) du Muséum et 
du Musée de l'Ecole d'anthropologie (|u'il a vus, 4 gibbons Siamangs « pos- 
sédaient un os surnuméraire (wormien ?) entre le lacrymal et l'os planum » '• 



F. Regnaclt. loc. cit. suprà, p. 414. 



RIBLIOOR. ANAT., T. VUI, FASO. 3. 



158 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Le crâne d'un gibbon des îles de la Sonde (Hylobales leuciscus?), que m'a 
confié M. de M..., lieutenant de vaisseau, a, du côté gauche, un osselet 
ethmo-lacrymal inférieur. 

Par contre, les deux unguis du crâne du jeune wouwou {Hylobales agilis) 
du muséum de Lyon ne m'ont présenté rien d'anormal. 

Parmi les iOO crânes de Primates, dont le professeur Bianchi a tenu à vé- 
rifier les rapports des parties dures de la paroi interne de l'orbite, un crâne 
de cercopithèque lui a présenté, à droite, un osselet ethmo-lacrymal inférieur. 

Chez nos voisins immédiats dans l'échelle zoologique il faut donc recon- 
naître que la division de l'os planum, par une suture verticale ou par une 
suture oblique, constitue, de même que chez nous, l'exception et non la règle. 

Si Henle a entendu par t os lacrymal postérieur de quelques Mammi- 
fères » la portion antérieure de l'os planum détachée du reste de l'ethmoïde, 
il s'est trompé, car cette portion n'est normalement autonome, à ma con- 
naissance du moins, chez aucun animal. Meckel, en parlant des connexions 
de l'ethmoïde dit, il est vrai, que « la portion interne de cet os est recou- 
verte par le lacrymal et le sus-maxillaire ou, plus rarement, par la lame la- 
térale (lame papyracée) qui est extrêmament analogue à l'unguis ' ». 

Mais c'est là une erreur que l'embryologie a condamnée à jamais. La lame 
papyracée est un os de cartilage, l'unguis un os de membrane, le premier 
procède du tissu cartilagineux, le second du tissu conjonctif. Dans tous les 
traités d'anatomie comparée que j'ai consultés, il n'est fait mention chez 
aucun Mammifère d'un second lacrymal développé dans la membrane lacry- 
male, en arrière du lacrymal normal. 11 ne peut pas être question, d'autre 
part, d'un point d'ossification de l'unguis demeuré indépendant, puisque cet 
os ne se développe que par un point d'ossification. 

Il est acquis, enfin : 

1° Que dans la généralité des Mammifères la même lame externe de l'é- 
chancrure ethmoïdale du frontal, au lieu de s'articuler avec le bord supé- 
rieur de l'os planum, glisse sur la face externe de la masse latérale de l'eth- 
moïde, la recouvre et remplace l'os planum qui n'existe pas ; 

IP Que dans la généralité des Mammifères, les lamelles des cellules ethmoï- 
dales se soudent à la face interne de la lame externe de l'échancrure ethmoï- 
dale; 

III" Qu'il résulte de cette disposition que dans la généralité des Mammifères, 

l'ethmoïde n'entre point dans la composition des parois de la cavité orbitaire; 

IV" Que l'os planum se forme, chez l'homme et les Primates, à la place 

de la portion orbitaire du coronal, laquelle s'est portée en haut et tournée 

horizontalement ; 



1. Meckel, Traité général d'anatomie comparée^ traduit de rallemand par Reisler et 
Sanson, t. III, 3« partie, p. 417, Paris, 1829. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



\b\) 



V° Que l'os planum de l'homme et «les Primates, plus ou moins grand, est 
rectangulaire et articulé en haut avec le frontal, en avant avec l'unguis, en 
arrière avec le sphénoïde, et au niveau de son angle postéro-inférieur ave c 
l'apophyse orbitaire du palatin '. 

Telle est la loi générale. On trouve toutefois accidentellement dans le ga- 
léopithèque, cet animal placé dans un temps parmi les Lémuriens et dans un 
autre parmi les Chauves-Souris, et (|ue les professeurs Huxley et Parker 
regardent comme un insectivore isolé, dans quelques Félins et même dans 
quelques Mammifères des autres groupes, un petit os, de forme discoïdale, 
uni, par une suture squammeuse ducoronal, au palatin et à l'unguis*. 





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Fia. 13. 



Crâne de chat. Fio. 14. — Crâne de léopard. 

L, lacrymal ; P, palatin ; F, frontal ; «, disque ethmoîdal. 



Ce petit dis(|ue osseux, dont l'existence a été signalée parmi les Prosimiens, 
chez le galéopilhèque, par Cuvier', Rronn * et Flower'; parmi les Carni- 
vores, chez le chat, par Cuvier et Straus-Durckheim % chez le léopard, 
le tigre et le chat de Java, par Cuvier; parmi les Pachydermes, chez Xcporc, 



1. Voy. R. OwKN^ Archétype and homologies of the Vertébrale Skelelon, London, 
1848, et On the Anatomy of Vertébrales, vol. II, London, 1866. 

MiLNE Edwards, Traité d'anatomie comparée, t. X, p. 32S, Paris, 1875. 

W. H. Flower, An Introduction to the Osteology of the Mammalia, London, 1876. 

H. Allen, On a reMsion of the Ethnioid bone in the Mammalia. {Bull, of llie Muséum 
of comparalice Zoology al Harvard Collège, vol. X, u° 3, Cambridge, 1882, p. 135 et 
suiv.) 

2. H.-G. Bronn, Ktassen und Ordnungen des Thier-Reichs, SUugelhiere : MammaUUy 
Leipzig, 1874. 

3. CoviER, Leçons d'anatomie comparée, Bruxelles, 1836, vol. I, p. 3lG, 326, 409. 

4. Bronn, loc. cit. suprà, p. 52. 

5. Flower, loc. cit. suprà, p. 139. 

6. Stracss-Dorckhei-m, Anatomie descriptive el comparative du chat, p. 386, Paris, 
1845. 



lOJ BIBLIOGRAPHIE AiNATOMIQUE. 

par Chauveau, Arloing ' et Charlet ', et parmi les Edentés, chez le tatou, 
par CiJViER, est-il l'os lacrymal postérieur de Henle ? 

Mais Brown dit qu'il n'apparaît « qu'individuellement » chez le galéopi- 
thèque; Cuvier, Straus-Durckheim, « qu'il se montre si souvent chez le 
chat qu'on pourrait presque déclarer qu'il y est constant » , et Cuvier, 
HiA>CHi% etc., « qu'il est rare chez les autres animaux » précités. 

De fait, il n'est pas question de cette pièce osseuse, même dans les traités 
d'anatomie comparée récents des professeurs Parker % Claus', Wieders- 
iiEiM* et BeaDregard. Elle est considérée, non seulement comme incons- 
tante, mais encore comme une portion de l'ethmoïde par les naturalistes, 
(|ui en ont fait mention chez les Mammifères inférieurs à l'ordre des Primates. 

Là où l'analomie comparée ne fournit que des renseignements négatifs ou 
insuflîsants remhryologie fournit souvent des renseignements précis. Tous 
les anatomistes et les zootomistes sont d'accord pour reconnaître que si l'un- 
guis n'a qu'un noyau d'ossification, chez tous les êtres vivants l'ethmoïde 
en a plusieurs. Serres a reconnu, d'autre part, que le développement de 
l'ethmoïde de l'homme est peu différent de celui des animaux. On sait, enfin, 
que la façon dont s'opère l'ossification des lames latérales de l'ethmoïde 
montre qu'une suture peut diviser la lame papyracée, et qu'un simple trouble 
dans cette ossification suffit pour causer cette anomahe (Sappey', Testut, 
Debierre). 

C'est pourquoi j'incline volontiers à croire, avec MM. Bianchi et Maca- 
LisTER, que la plupart des os dits ethmo-lacrymaux ont une origine ethmoï- 
dale. Je dis la pluparl. Sur toute l'étendue du crâne humain toute place 
laissée vacante par suite d'un retard, ou d'une insuffisance d'un os à atteindre 
ses limites normales est, en effet, ordinairement comblée soit par l'extension 
de l'ossification des os voisins, soit par la formation de noyaux d'ossifica- 
tion supplémentaires dans les points de la membrane crânienne laissée libre. 
11 en est de même de la face membraneuse. J'ai noté le remplacement de 
l'unguis absent, en totalité ou en partie, par des prolongements anormaux 
des os adjacents. Sans doute, les os wormiens de la face sont, chez les ani- 
maux, beaucoup plus fréquents que ceux des crânes, l'interpariétal mis à 

1. A. Chaiveau et S. Arloing. Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques, 
4" édit., Paris, 1890, p. 6t. 

2. Charlet, Dict. encyclopédique des sciences médicales, Art. Crâne, Analomie 
comparée, p. 504. 

3. S. Bianchi, Processi Verbali delta R. Accad. dei Fisiocri/ici, Siena, 1895, n" 2, 
pp. 31 et 32. 

4. W. K. Parker, Die Morphologie des ScMdels, Stuttgart, 1879. 

5. G. Clads, Éléments de zoologie, Paris, 1889, 

6. R. WiEDERSHEiM, Gruwlriss dcr vergleiclienden Anatomie der Wirbellhiere, leua, 
1893. 

7. Sappey, Traité d'anatomie descriptive, Paris, 1896, t. I, p, 164. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 161 

part, tandis que c'est l'inverse chez l'homme'. Mais il n'est pas moins vrai 
que, dans l'espèce humaine, c'est le bord postérieur du lacrymal qui s'ossi- 
fie le dernier en procédant de bas en haut, que l'osselet ethmo-lacrymal su- 
périeur est plus commun que l'osselet elhmo-lacrymal inférieur, que l'osselet 
ethmo-lacrymal supérieur peut exceptionnellement avoir la forme d'un 
triangle isocèle à sommet inlerieur ou d'un polygone, et l'osselet ethmo- 
lacrymal inférieur, celle d'un triangle isocèle à sommet supérieur et que l'un 
ou l'autre des deux angles postérieurs ou les deux angles postérieurs de 
l'unguis, et l'un ou l'autre des deux angles antérieurs ou les deux angles an- 
térieurs de l'os planuin peuvent être représentés parlois par des pans coupés 
et le bord antérieur de l'os planum être même échancré, que l'osselet ethmo- 
lacrymal supérieur polygonal peut être placé entre le frontal, le lacrymal, la 
lame papyracée de l'ethmoide ef un prolongement ascendant du plancher 
de l'orbite (cas de M. Macalister et cas personnel), ou entre le frontal, la 
lame papyracée de l'ethmoide et la portion orbitaire du lacrymal très ré- 
duite de hauteur et existant seule (cas de M. Leboucq). Et c'est assez pour 
que je ne rejette pas absolument la possibilité de l'apparition, dans quelques 
cas, de vrais os wormiens périlacrymaux ou de faux os wormiens périlacry- 
maux procédant du lacrymal. 

Osselet de la gouttière lacrymale. — En avant de la crête lacrymale 
antérieure on remarque un sillon vasculaire, ou une ligne sinueuse, qui cir- 
conscrit d'une façon plus ou moins nette une pièce osseuse. C'est cette pièce 
osseuse, complètement isolée du reste de l'apophyse montante du maxillaire 
supérieur, qui constitue d'ordinaire l'osselet de la gouttière lacrymale. C'est 
\(i NebenUirànenbein, Vos lacrymal accessoh'e, de Lusghka % l'osso accesso- 
rio délia fossa lacrimale de Taruffi ', Vossiculum maxillo- frontal, du pro- 
fe.'iseur Macalister. A ces dénominations diverses je préfère et je propose 
de substituer celle A'oiselet de la gouttière lacrymale. La dénomination de 
LuscHKA peut s'appliquer et a été appli(juée à tous les os péri-unguéaux 
anoi'maux ; celle du professeur Macalister semble donner à entendre que 
l'osselet en question dérive à la fois du frontal et du maxillaire supérieur, 
alors qu'il a pour origine le maxillaire supérieur seul. Celle du professeur 
Taruffi m'agréerait si nous n'appelions pas plus communément, en France, 
gouttière lacrymale que fosse lacrymale, la loge osseuse ouverte du sac lacrymal. 
C'est RoSENMÏJLLER qui me paraît avoir, le premier, en 1797, fait mention de 



1. CoRNEViN, toc. cit. suprà. 

2. LosciiKA, Das Nebenthrûnenbein des Menschen. (Mûller's Archiv., 1858, p. 304.) 

3. Tariffi, Délie anomalie delPosso nialare. [Afem. R. Accad. Bologna, série lY, t. 1, 
fasc. I.) 

4. Macalister, toc. cil. suprà, p. 240. 



102 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



ce vice de conformalion qu'il a observé deux fois ' : « Sunl pénis me quinque 
orbilae, in quibus ea pars ossis masciliaris superioris, quae facil ad confor- 
mandum canalem lacrymalem, singularis est particula ossis, quse in duabus 
harum orbitarum universa possit ab osse mascillari superiore separari cum 
quo per barmonias conjuncla est. » Cet osselet, qui a la forme d'un quadri- 
latère, peut exceptionnellement avoir la forme d'un triangle par suite de la 
présence, à sa partie inférieure, d'une apophyse unciforme qui s'unit au bord 











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no. 15. 

M, maxUlaire supérieui'; 

L, lacrymal; 

F, frontal; 

O, os du nez; 

a, osselet de la gouttière lacrymale. 



Fia, 16. 
m, maxillaire supérieur.; 
l, lacrymal ; 
/, frontal ; 
a, osselet de la gouttière lacrymale. 



antérieur de l'unguis. Ses bords sont sinueux mais rarement dentelés, d'où 
son indépendance relative. M. Macalister l'a cependant vu soudé au frontal 
et libre dans tout le reste de son pourtour. Il est en rapport, en haut, avec 
le frontal ; en arrière, avec l'unguis; en avant et en bas avec l'apophyse na- 
sale du maxillaire supérieur. Ses rapports et ses dimensions sont, d'ailleurs, 
variables. 

Il est constitué par deux portions dont la crête lacrymale antérieure marque 
la séparation : une portion lacrymale postéro-interne qui s'articule avec 
l'unguis pour constituer la gouttière lacrymale et une portion faciale ou 
antéro-externe qui s'unit à l'apophyse montante du sus-maxillaire et concourt, 



1. Rosen.mL'ixeu. Organorum lacryiiialium partiumque extemarum ocali humani descriptio 
anatomica. {Dissert, inaug., Lipsis, 17!I7, p. 14.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



163 



avec cette apophyse et l'os du nez, à la' formation de la charpente osseuse 
du nez. Selon Luschka, la portion faciale fait généralement défaut. Je suis 
d'un avis absolument opposé. L'osselet de la gouttière iacrymale a été trouvé 
7 fois sur bO crânes par Luschka, 6 fois sur 484 par Budge ', 3 fois sur iOO 
par Krause, 2 fois sur 34 par MM. Canestrini et Moschen ', 1 fois sur 40 
par M. le professeur Romiti ', 3 fois sur 7G0 par M. Legge \ 10 fois sur 425, 
dont 355 crânes de déments, par le professeur Bianchi*, 10 fois sur 1020 par 
le professeur Macalister*, et 4 fois par moi sur 100 (2 fois à droite et 1 fois à 
gauche sur 57 crânes d'hommes, et 1 fois à gauche sur 43 crânes de 
femmes). 
Réunissons tous ces chiffres : 



MM. Luschka 7 fois sur 60 crânes. 

BcDOE 6 — 184 — 

Krause 3 — 100 — 

Canestrini et Moschen. .2 — 34 — 

ROMm M')— 40 — 

Legge 3 — 760 — 

BiANCHi 10 — 425 — 

Macalister 10 — 1,020 — 

L'Adteur 4 — 100 — 

Total général .... 46 2,723 



PBOPORTIOH 

centésimale. 

11,6 
3,2 
3 

5,8 
2,5 
0,3 
2,3 
0,9 
4 



1,6 



SôMMERiNG et MM. Hyrtl, Legge, Bianchi, Macalister ont donc raison 
de tenir celte anomalie pouf très rare. 



1. BoDCE, Henle.u. PJeufer's Zeitschrift, III, série Vil, p. 278. 

2. Canestrini et Moschen, Anomalie del cranio trentino. {AlU délia Soc. veMeto-tren- 
tina di scienze nalur., vol. VU, f. I, 1880.) 

3. RoMiTi, Di allcune varietà ossee [Giorn. internaz. scienze med., N. S., anno II, 
1880.) 

4. F. Legge, Varietà délie ossa de! cranio e délia faccia. Estr. [BoUett. soc. med. 
chirur .'camerinese, N. 4). M. Lkgce dit que sur 760 crânes qu'il a examinés il a rencontré 
trois fois un « osso accessorio iielia doccia lacrimale articolantesi cul frontale in alto, 
coirapofisi montante del mascellare superiore in arauti, coirunguis in dietro, analoge. al 
piccolo unguis di Rousseau; un os accessoire de la gouttière lacrymale articulé avec le 
frontal en haut, avec Tapophyse montante du maxillaire supérieur en avant, avec Tunguis 
en arrière, analogue au petit unguis de Rousseau ». Il appert nettement de cette des- 
cription que M. Legge s'est mépris, qu'il s'agit bien là d'un osselet de la gouttière la- 
crymale et non d'un osselet du canal nasal. 

5. Bianchi, Sutle varietà dell'osso unguis et suite ossa accessorie délia f ossa lacri- 
male e del canal nasal nell'uomo, Siena, 1883, p. 28. 

6. Macai.isteb, toc. cil. siiprà, p. 241. 

7. L'osselet existait à droite et à gauche, mais était en rapport, à droite, avec un 
antre osselet surnuméraire « placé dans le bord de l'orbite ? » 



164 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Additionnons les mêmes chiffres en procédant par nationalité : 

Allemagne. proportion 

" centésimale. 

MM. LusCHKA 7 fois sur 60 crânes. 11, C 

BuDGE 6 — 184 — 3,2 

Krau.se 3 — 100 — 3 

Total général ...... 16 344 4,6 

Angleterre. proportion 

•' centésimale. 

M. Macalister 10 fois sur 1,020 crânes. 0,9 



IloMm. 
Legge ' 

BlANCHI 



. Italie. 


proportion 

centésimale. 


[ et MosGHEN. . 2 fois sur 34 crânes. 


5,8 


1 — 40 — 


2,5 


....... 3 — 760 — 


0,3 


10 — 425 — 


2,3 


général .... 16 1,259 


1,2 


France. 


proportion 
centésimale. 


4 fois sur 100 crânes. 


4 



L'Auteur 



La malformation en cause serait donc plus commune en Allemagne (4,6 
p. 100) qu'en France (4 p. 100), qu'en Italie (1,02 p. 100) et qu'en Angle- 
terre (0,09 p. 100). Mais il ne faut pas faire dire aux chiffres plus qu'ils ne 
peuvent dire : le nombre des crânes examinés par MM. Luschka, Budge et 
Krause, en Allemagne, et par moi en France est trop restreint pour qu'on 
puisse d'ores et déjà se prononcer catégoriquement sur le degré relatif de 
fréquence d'apparition dans les différents groupes ethniques de l'osselet de 
la gouttière lacrymale. Comme tous les osselets péri-ethmoïdaux accessoires, 
l'osselet dont il s'agit peut exister d'un seul côté ou des deux côtés, aussi 
bien chez l'homme que chez la femme et être accompagné ou non d'autres 
malformations crâniennes ou faciales. Est-il plus souvent bilatéral qu'unilaté- 
ral ? Dans 9 des 10 cas observés par M. Bianchi, il était bilatéral, mais dans 
5 des 7 cas observés par Luschka et dans tous mes cas, il était unilatéral. 
Faute de renseignements précis de la part des autres anatomistes, la der- 
nière question que je pose reste donc encore insoluble. 



1. Les cliiffres fournis par M. Legge sont eux-mêmes sujets à caution. Cet anatomiste 
déclare, en effet, que sur les 760 crânes dont il a vérifié le mode de conformation il eu 
éluit beaucoup dont la paroi interne de l'orbite était en mauvais état. 



travaux originaux. 165 

Observations d'osselets de la gouttièue- lacrymale publiées par 
M. Bianchi. — I. d'Ane d'un dément adulte dont le maxillaire iidérieur et 
la voûle crânienne font défaut ; sutures non synos|osées ; reliefs et impres- 
sions des attaches musculaires bien marqués. L'osselet du côté gauche est 
(juadrilatère, long de 6 millimètres, large de i millimètres et articulé en 
haut avec le frontal, en arrière avec l'unguis, en avant et en bas avec l'apo- 
physe montante du maxillaire supérieur. Celui du côté droit est représenté 
par une languette osseuse, intercalée entre l'unguis et l'apophyse nasale du 
sus-maxillaire et mesurant 7 millimètres de longueur et 1 millimètre 1/3 
de largeur. Cette languette est finement dentelée en haut, où elle est arti- 
culée avec le frontal. 

II. — Crâne d'un dément adulte,- dont la mandibule inférieure et la calolle 
crânienne manquent ; suture incisive ; crête occipitale interne, protubérance 
occipitale interne et gouttières latérales très prononcées. La production os- 
seuse anormale existe des deux côtés. Elle a la forme d'un triangle isocèle 
dont l'angle le plus aigu regarde en bas ; elle est articulée supérieurement 
avec le frontal et l'os du nez, dont la racine est très élargie, postérieurement 
avec l'unguis, antérieurement et inférieurement avec le maxillaire supérieur. 
A droite, elle a 8 millimètres de long et 4 millimètres de large ; à gauche, 
9 millimètres de long et 4 millimètres de large. La gouttière lacrymale est, à 
droite et à gauche, formée en totalité par l'unguis. 

in. — Crâne d'un dément adulte dont le sus-maxillaire et la voûte crânienne 
sont absents ; trace de la suture incisive. L'osselet de la fosse lacrymale, qui 
a la forme d'un quadrilatère, est bilatéral et articulé avec le frontal en haut ; 
l'apophyse nasale du maxillaire supérieur, en avant et en bas ; avec l'unguis, 
en arrière. Il mesure 7 millimèlres de longueur et 5 millimètres de largeur 
à gauche, et 4 millimèlres de longueur et 3 millimètres de largeur à droite. 

IV. — Crâne d'un dément adulte dont la mâchoire inférieure et la calotte 
crânienne font défaut ; légère trace de la suture incisive ; développement 
exagéré de la crête occipitale externe et de la protubérance occipitale e.\- 
terne ; gouttières latérales très profondes. L'osselet accessoire qu'on rencon- 
tre de cha(iue côté a la forme d'un (juadrilalère allongé articulé avec le fron- 
tal en haut, avec l'unguis en arrière, avec l'apophy-^e frontale du sus-maxillaire 
en bas et en avant. Il a (5 millimèlres de longueur et 2 millimètres 1/2 de 
largeui" à gauche et 8 millimètres de longueur et 4 millimètres de largeur à 
droite. Le bord antérieur de chaque osselet est séparé du bord postérieur de 
l'apophyse frontale du sus-maxillaire, avec lequel il est en rapport, par un 
sillon très net, décrivant une courbe à convexité antérieure, dont l'extrémité 
inférieure se termine au niveau du sommet de l'hamule. 

V. — Crâne d'un dément ; sutures non synoslosées ; crête et protubérance 
occipitales internes bien accusées ; gouttières latérales assez creuses. Il y a, 
de cha(|ue côté, un osselet surnuméraire, quadrilatère, qui s'unit supérieuie- 



166 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

ment au frontal, postérieurement à l'unguis, antérieurement et postérieure- 
ment au maxillaire supérieur, L'osselet surnuméraire gauche mesure 10 mil- 
limètres de longueur et 3 millimètres 1/2 de largeur; l'osselet surnuméraire 
droit, 12 millimètres 1/2 'de longueur et i millimètres de largeur. 

VI. — Crâne d'un dément adulte ; trace de la suture incisive ; bilaléralilé 
de l'osselet supplémentaire qui est triangulaire et articulé, en haut, avec le 
frontal, en bas et en avant avec l'apophyse moulante du maxillaire supérieur 
et, en arrière, avec l'unguis. Cette formation 'osseuse insolite mesure, à 
droite, 10 millimètres de longueur et 3 millimètres 1/2 de largeur; à gauche, 
12 millimètres de longueur et 5 millimètres de largeur. Son extrémité infé- 
rieure rejoint presque le sommet de l'hamule très développé correspondant. 

Vil. — Crâne de dément adulte. L'osselet de la fosse lacrymale est présent 
des deux côtés, quadrilatère, articulé, en haut, avec le coronal et le nasal, en 
avant et en bas avec l'apophyse frontale du sus-maxillaire, en arrière avec 
l'unguis. Il est en rapport, d'un côté comme de l'autre, dans une étendue de 
A millimètres, avec l'os du nez. Sa longueuf égale 11 millimètres à droite et 
17 millimètres à gauche ; sa largeur, 7 millimètres à droite et à gauche. 

VIII. — Crâne de jeune dément; protubérance et crôte occipitale internes 
très saillantes. Osselet accessoire bilatéral, quadrilatère, qui est en contact 
avec le frontal en haut, avec le sus-maxillaire en avant et en bas, et avec 
l'unguis en arrière. L'osselet droit a 12 millimètres de long et 5 millimètres 
de large ; l'osselet gauche, 9 millimètres de long et 4 millimètres de large. 
Chacun d'eux est séparé du maxillaire supérieur par un sillon percé de nom- 
breux foramina. 

IX. — Crâne de dément (?); trace de la suture métopique ; protubérance 
et crête occipitales internes très fortes. L'osselet de la fosse lacrymale est 
bilatéral, quadrilatère et articulé, à gauche, avec le frontal en haut, avec l'os 
du nez dans une étendue de 3 millimètres en haut et en avant, avec le sus- 
maxillaire en bas et en avant, avec l'unguis en arrière et, à droite, avec le 
frontal, le sus-maxillaire et l'unguis seulement. Il mesure, à droite, 11 milli- 
mètres de long et 6 millimètres de large et, à gauche, 12 millimètres de long 
et 7 millimètres de large. 11 est limité, en avant, par un sillon creusé de 
quelques trous. 

X. — Crâne d'un dément adulte. Suture métopique ; trace de la suture in- 
cisive ; canal basilaire. A droite, l'apophyse nasale du maxillaire supérieur 
offre .seulement quelques sillons peu profonds ; à gauche, entre le frontal et 
le nasal en haut, le bord postérieur de l'apophyse montante du maxillaire su- 
périeur en avant et l'unguis en arrière, est logé un osselet anormal long de 
20 millimètres, large de 6 millimètres, terminé inférieurement par une 
étroite languette qui s'interpose entre le bord inférieur de l'orbite et l'ha- 
mule. 

OcsF.nvATioNs PERSONNELLES. — I. Crâne d'homme dont les principales 



TRAVAUX ORIGINAUX. 167 

sutures crâniennes et faciales ne sont pas effacées ; saillie globuleuse sous- 
iniaque de l'occipital ; suture incisive persistante ; os wormien astérique 
gauche. A droite, délimité en avant par la suture imparfaite de M. J. Weber 
percée de quatre (oramina, existe un osselet de la gouttière lacrymale, qua- 
drilatère, à peine dentelé. Cet osselet, qui mesure ()°"",5 de long et 4""°, 3 de 
large, est articulé en haut avec le frontal, en avant et en bas avec l'apophyse 
montante du maxillaire supérieur, en arrière avec l'unguis, dont l'hamule 
jitleint presque le bord inférieur de l'orbite. 

II. — Crâne d'homme. Voûte crânienne légèrement surbaissée (platycé- 
plialie) ; sutures céphaliques non ankylosées, sauf la suture d'union des os du 
nez; suture incisive à peine appréciable, os épactal. Du côté droit, la por- 
tion lacrymale et une petite partie de la portion nasale de l'aphophyse mon- 
tante du maxillaire supérieur réunies constituent un osselet quadrilatère^ à 
bord sinueux, articulé au moyen de fines dentelures avec les os adjacents, 
c'est-à-dire antérieurement et inférieurement, avec le reste de la portion na- 
sale de l'apophyse montante du maxillaire supérieur, postérieurement avec 
l'unguis et, supérieurement, avec le frontal. Sa longueur, double de sa lar- 
geur, égale 8 millimètres. 

III. — Crâne d'homme. Bosse pariétale droite très prononcée ; deux ossa 
epipterica du même côté ; sutures crânio-céphaliques normales ; aucune trace 
de la suture incisive ; apophyses géni de la mâchoire inférieure effacées. A 
gauche, toute la portion de l'apophyse na.sale du sus-maxillaire comprise en- 
tre la sutura notha de M. J. Weber et le bord antérieur de l'unguis forme un 
osselet rectangulaire, long de 12 millimètres, large de 9 millimètres. Cet os- 
selet n'adhère que faiblement aux os voisins, excepté au niveau de son angle 
antérieur et supérieur qui est intimemejit soudé au coronal et à la partie la 
plus élevée de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur. L'hamule du môme 
côté est à peine marqué, alors qu'il constitue les trois quarts postérieurs du 
segment externe de l'orifice supérieur du canal nasal du côté opposé. 

IV. — Crâne de femme. Sutures non synostosées. Suture métopique et 
s'iture incisive visibles. Plérion retourné ; fossette pharyngienne profonde. 
L I racine de l'os du nez du côté gauche envoie en arrière une languette de 
f) millimètres de largeur qui isole complètement le sommet de l'apophyse 
n.ontante du maxillaire supérieur du coronal. Au-dessous de cette languette 
et articulé avec elle par de courtes et étroites dentelures, on trouve un osse- 
let irrégulièrement quadrilatère, mesurant 9 millimètres de longueur et 
.")"•, 5 de largeur. Cet osselet est limité, en avant, par la suture imparfaite de 
M. J. Weber et, en arrière, par l'unguis, dont la crête est presque effacée et 
l'hamule rudimentaire. 

Ce n'est que très exceptionnellement que le bord antérieur de l'osselet sur- 
nimiéraire en question ne correspond pas à la ligne creuse sinueuse, ponc- 
tua e ou non de trous vasculaires, que présente la face externe de l'apophyse 



168 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

frontale du sus-maxillaire. Celte ligne creuse, à laquelle M. J. Weber a 
donné le nom de sutura notha et de sutura lonriludinalis imperfecta, ^'st 
toujours, quelle que soit sa disposition, reconnaissable en dedans quand elle 
ne l'est pas en dehors. Elle est parfois effacée dans une courte étendue 
de sa longueur, soit en haut, soit en bas, mais plus généralement en bas. 

La constance de cette suture et l'apparition anormale d'un osselet de la 
gouttière lacrymale donne, à priori, à penser que l'apophyse montante du 
maxillaire supérieur est composée d'abord de deux portions : une portion an- 
térieure ou nasale et une portion postérieure ou lacnniale, ayant chacune 
un noyau d'ossification particulier. « Celte suture, dit M. J. Weber, indique la 
division primitive de l'apophyse maxillaire en une portion nasale et une por- 
tion orbitaire, et est cause de la présence anormale chez l'homme d'un se- 
cond os lacrymal. » Mais il n'est pas fait mention par Boyer, Cruveilhier, 
Sappev, Rambaud et Renault, Meckel, Calori, Romiti, Lachi, Quain, 
Leidy, etc., de ce développement de l'apophyse montante du maxillaire su- 
périeur par deux points d'ossification. Luscijka dit formellement que l'osselet 
de la gouttière lacrymale a pour origine un noyau osseux supplémentaire. 
M. Macalister observe, de son côté, que si l'apophyse nasale du maxillaire 
supérieur de l'homme dérive de deux centres d'ossification, la fusion de ces 
deux centres doit être bien précoce, car elle est complète dès le commence- 
ment de la sixième semaine (chez des fœtus de 3:2 millimètres). M. Gorgone 
seul affirme avoir constaté l'indépendance de ces deux centres chez des em- 
bryons humains ' ! Si l'osselet de la gouttière lacrymale est dû — et tout 
semble bien l'indiquer — au défaut de réunion du point postérieur d'ossifica- 
tion au point d'ossification antérieur de l'apophyse montante du maxillaire 
supérieur humain, il faut avouer que l'apparition de ces deux points a lieu de 
très bonne heure et que leur coalescence est excessivement rapide, car po.ir 
ma part je les ai vainement cherchés. Quoi qu'il en soit, on ne peut expliqu"r 
que par un trouble embryogénique ce vice de conformation qui ne corres- 
pond à aucune disposition normale des autres vertébrés. 

Osselet du canal nasal. — C'est Bécla.rd qui a appelé le premier l'at- 
tention des analomistes sur cet osselet. En exposant, en 1819, le résultat de 
ses recherches sur l'ostéose, Béclard a noté qu'en plus de ses points d'ossi- 
fication constants, « de ses germes constants», pour employer les expres.sions 
mêmes de l'auteur, le maxillaire supérieur avait quelquefois « un germe lacry- 
mal supplémentaire », d'où procédait un petit os qui entrait dans la consti- 
tution de la partie supérieure du canal nasal. Sur beaucoup de crânes d'en- 
fants de 5, 6 ou 7 ans, il a vu cet osselet entièrement indépendant et, sur des 



1. Gorgone, Corso compléta d'anat. descrilt. colle differenze nell'elà, sessi, razze 
Cil anomalie, t. I, l'alerino. 1834. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



\m 



crûnes de sujets plus âgés, soudé, en partie ou en totalité, au maxillaire su- 
périeur'. 

En 1828, trois ans après la mort de Béclard, il a été retrouvé par Rous- 
seau', (jui l'a appelé « os lacrymal externe ou petit unguis », parce qu'il l'a 
regardé comme une division de l'unguis, et aussi « osselet surnuméraire de 
MM. Béclard et J. Cloqtiet^y parce que J. Cloquet n'aurait pas été étranger 
à la découverte de Bkclard. Housseau l'a décrit en ces termes : 

« L'os lacrymal externe ou petit unguis est situé sur la partie inférieure et 
externe du grand unguis. Il le recouvre en grande partie par la surface de 




FiG. 17. — Petit nnguis. (D'après Rocbskau.) 
1. Osselet situé en dehors du petit unguis. — 2. Os unguis, grand lacrymal. — 3. Nouvel os de la face 
ou petit unguis, ou lacrymal externe. — 3 bis. Nouvel os de la face, di-taclié pour voir la manière 
dont il est coutourué. On aperçoit en bas sa face externe; en haut, sa face interne, criblée de petits 
trous. 



son bord inférieur et se projette sur la partie la plus déclive de sa crête ver- 
ticale. 

« Il a ordinairement la forme d'un quadrilatère allongé, bien plus large à 
l'une de ses extrémités contournée et mince et comme papyracée, criblée 
d'une multitude de petits pores dans la plus grande partie de son étendue. 



1. BÉCLARD, Mémoire snr fostéose. {Nouv. journ. de mcd., chirur. cl pharm., t. IV. 
p. 332, Paris, 1819.) 

2. E. Rousseau, Annales des sciences naturelles, t. XVII, p. 86, pi. Y. Paris, 1829. 



170 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

« On peut considérer à cet os quatre faces d'après sa forme contournée. 
Une sera externe ou orbilaire, visible à la partie inférieure et interne de l'or- 
bite, entre la base de l'os grand lacrymal, en avant du prolongement de 
sa crête verticale et en arrière de la lèvre externe de l'apopliyse nasale du 
maxillaire, en sorte que, concurremment avec ces os, il ferme le canal la- 
crymal. C'est à la partie la plus déclive de la crête de l'un et de la lèvre de 
l'autre que l'on voit cet os ayant le plus ordinairement une surface triangu- 
laire de 1 ou 2 millimètres. 

« La deuxième face ne se voit bien qu'à la partie interne et supérieure du 
canal nasal, qu'elle complète conjointement avec le grand laci^mal. 

« La troisième face sera appelée face sus-maxillaire, parce qu'elle s'appli(jue 
exactement sur la portion de l'os sus-maxillaire qui ferme l'entrée de l'orifice 
supérieur du canal nasal. 

« La quatrième face est recouverte par une partie de la surface plane du 
bord inférieur du grand lacrymal. 

« Il est inutile d'indiquer les bords de cet os, puisqu'il est comme enterré 
à la base de la face orbito-faciale de l'apophyse nasale ; mais il est cependant 
essentiel de dire que la limite de la première face est caractérisée par une 
crête qui la sépare de la seconde, ce qui tient à la façon dont cet qs est con- 
tourné pour faire suite à la crête verticale du grand unguis qui, ainsi qu'oi 
le sait, forme la ligne de démarcation de la gouttière lacrymale. 

«; Je ferai remarquer qu'il est important de ne pas confondre cet os avec 
l'osselet qu'on rencontre parfois sur le maxillaire supérieur et qui est placé 
plus en dehors de l'orifice supérieur du canal nasal. » 

Signalé de nouveau, en 1834, par le professeur Civinini de Pise*, en 
1843 par le professeur Hyrtl*, il a été, en 1850, l'objet d'une étude très 
complète de la part de W. GRiJBER qui lui a donné le nom d'ossiculum cana- 
lis naso-lacrymalis^. Depuis, il en a été encore et successivement fait men- 
tion par MM. Taruffi, Legge, Bianchi, Macalister*, etc. 

L'osselet du canal nasal est situé en dehors de l'hamule avec lequel il 
coexiste dans la majorité des cas, et au-dessous du bord inférieur de l'unguis 
qu'il sépare plus ou moins du maxillaire supérieur. ISur un crâne de la col- 



1. J. Civinini, Snl nuovo osso délia faccia o lacrymale esterno o piccolo unguis, del 
D' RoissEAU. {Tavola anatomica, osservazioni e parer i, ecc. Pistoja, 1834.) 

2. Hyrtl, Ueber das ossiculum canalis naso-lacrymalis. [Sitzungber . (1er Wien. Akcul., 
t. m, 1849.) 

3. W. GrL'ber, Monographie des Thrâneunasenkanalsknôchelchens. Ossiculum canalis 
naso-lacrymalis. Saint-Pétersbourg, Text. S* (russ.), Mit 5 Taf. fol. ISJO. Le professeur 
Gr|]beh pense que Tosselet décrit par Béclard n'est pas le môme que celui décrit par 
RoissEAu, mais la description de Béclard est trop vague pour qu'on puisse se prononcer for- 
mellement. 

4. Taruffi, Legge. Bianchi, Macalister, loc. cil. passiin. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



171 



Ifclion de M. Macauster, il sépare complètement ces deux os l'un de l'au- 
tre. Sur un autre crâne de la même collection, il coïncide avec une absence 
du lacrymal, qui est remplacé en totalité par le maxillaire supérieur. Quand 
la portion faciale de l'hamule fait défaut ou, pour parler plus exactement, 




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FiG. 18. 

(a) Emplseement de l'osselet do canal nasal coïn- 
cidant avec uu uuguis possiédant un hamule 
facial. 



Fio. 19. — Absence de l'os lacrymal qui 
est remplacé par l'extension en arrière 
de l'apupbyse nasale du maxillaire su- 
périeur {mx) et l'extension en haut de 

■ la portion interne du plancher de l'or- 
bite ("ix), articulés au moyen d'une fu- 
ture ixy), à la partie inférieure de la- 
quelle se trouve un osselet du canal 
nasal (o.c) et nne petite lacune. 

e, 08 planum de l'etbmolde ; 

/, frontal ; 

», tntura infra^orhitali* trantverêa. (D'a- 
près M. Macalistbb.) 

n'est pas ossifié, l'osselet en question compose la totalité ou une partie du 
segment externe de l'orifice supérieur du canal nasal dans lequel il se pro- 
longe en moyenne, de 1""°,5 à 2 millimètres. 

11 répond au commencement de la suture sous-orbitaire verticale et à la 
portion du maxillaire supérieur située en avant et au-dessus de la suture 
sous-orbitaire Iransverse ' lorsque ces sutures persistent après la naissance. 
Et quand il est présent, cela est à peu près la règle pour la suture sous-orbi- 
taire verticale. Ses connexions et sa lorme sont subordonnées à sa grandeur, 
que M. BiANCHi a vu égaler une fois celle de l'unguis. H peut avoir la- forme 
d'un croissant, d'un triangle, d'un carré ou d'un polygone irrégulier. Il com- 
prend trois parties :uiie partie concourant, en avant et en dedans, à la consti- 
tution du plancher de l'orbite ; une partie enfoncée dans le canal nasal et qui 
s'articule avec la précédente en formant un angle droit dont l'arête, tantôt 
est en rapport avec le bord externe de l'hamule ou l'osselet de l'hamule, tan- 
tôt borde une plus ou moins grande étendue ou toute l'étendue diu pourtour 



1. Voy. plus loin : « Osselet de l'hamule » et « Osselet soas-orbllaire *. 



172 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

externe de l'entrée du canal susdit, selon le développement de i'hamnle. La 
troisième partie, appelée, par Meckel, sus-maxillaire, complète, en haut, la pa- 
roi interne du canal nasal. Les anatomistesne sont pas d'accord sur le degré de 
fréquence d'apparition de l'osselet dont il s'agit. Le professeur GRtJBER dit 
qu'il existe chez la plupart des sujets ; Rousseau chez 5 ou 6 sur 10 ; Krause 
chez 20 p. 100 ; le professeur Blanchi chez 25 p. 1(X) ; le professeur Maca- 
L1STER chez 32 p. 100, mais que chez 55 p. 100 il est facilement reconnais- 
sable, bien que soudé aux os voisins. Sur 100 crânes, il m'a été donné de noter 
28 fois sa présence (22 fois des deux côtés, 4 fois du côté gauche, 1 fois du 
côté droit). 

Additionnons ces chiffres : 

Rousseau chez 5 sujets sur 10 

Krause \ — 20 — 100 

BlANCHI — 25 — 100 

Macalister — 32 — 100 

L'Auteur — 28 — 100 

Total général 110 410 

Soit chez 27,5 p. 100 des sujets. 

Pour W. GRtJBER', l'osselet du canal nasal et l'osselet sous-orbitaire ou des 
os wormiens analogues n'existant pas chez les Mammifères, ces deux osselets 
constituent « une modalité spéciale à l'homme ». Pour Civinini, l'osselet du 
canal nasal est un os wormien vrai, un os wormien suturai. Je ne saurais ad- 
mettre ni l'une ni l'autre de ces deux opinions. L'osselet du canal nasal n'est 
pas un os intersutural. Comme l'osselet de la gouttière lacrymale, il laisse in- 
tact l'unguis et échancre le maxillaire supérieur sur lequel il est h cheval. 
Les embryologistes ne sont pas d'accord, d'autre part, sur le nombre ni la 
disposition des points osseux qui concourent à la formation du maxillaire su- 
périeur. Cet osselet a pour origine, tout porte à le croire, un' des divers 
noyaux d'ossification du plancher de l'orbite qui ne s'est pas uni à ses voi- 
sins. M. Macalister affirme que ce noyau apparaît de très bonne heure et 
qu'il l'a vu avoir acquis son plein développement chez un fœtus liumain de 
8 mois' et chez 6 fœtus humains de 9 mois. 

Osselet de l'hamule. — C'est l'hamule plus ou moins prononcé séparé, 
en avant et en arrière de chacune des deux crêtes lacrymales par une suture 
ou une fente. 



1. W. GrCber, Ceber den Infraorbitairand bei Ausschliessundes Maxillare superius von 
seiner Bildung beim Menschen. (Mém. de l'Acad. Imp. de Saird-Pélersbourg, Vil S., 
t. XXIV, n° 3.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



17^ 



Je donne ici le fac-similé d'un osselet de l'hamule facial observé par uioi, 
des deux côtés, sur le crâne d'un homme de 35 ans qui a succombé à une 
pleurésie tuberculeuse. M. Leboucq 
a eu la gracieuseté de dessiner à 
mon intention l'orbite gauche d'un 
crâne sur lequel l'hamule également 
facial est séparé du reste de l'un- 
guis par une fente et par un trou. 
M. Leboucq a joint à son dessin que 
je reproduis la note suivante : « Il 
s'agit du crâne d'un enfant. Les 
dents sont remplacées .jusqu'à la 
première prémolaire inclusivement. 
La deuxième prémolaire n'est pas 
encore sortie et la molaire de la 
dentition de lait existe encore ; la 
première grosse molaire est sur le 
point de sortir. Les détails sont tel- 
lement précis que je me suis amusé 
à les dessiner. Vous voyez ainsi très nettement la coexistence de l'osselet et 
du trou. A remarquer aussi une épine sur la crête lacrymale antérieure. 




FlO. 20. 
M, maxillaire supérieur ; L, lacrymal ; 
a, usselet de l'hamule. 




Fia. 21. — M, maxillaire snpérienr; L, lacrymal; a, osselet de l'hamule; ?, trou vaxeulaire entre la 
base de l'uHselet de l'hamule «t le lacrymal (profil (gauche) ; Y, épine de la crête lacrymale anté- 
rieure. 



BIBLIOOB. AN'AT., T. VIXI, FASC. 3. 



12 



ilA BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

« A droite le même osselet se retrouve, mais est isolé de l'iinguis seule- 
ment par une fente et la crête lacrymale antérieure dépourvue d'épine. » 

Je n'ai pas besoin de rappeler que l'hamule facial est souvent percé, à sa 
base, d'un trou pour le passage d'une petite artériole. 

Selon MM. Macalister et Thomson, l'osselet de l'hamule se rencontrerait 
chez 1 1/2 p. 100 des sujets. J'admets la proportion de 2 p. 100 pour la Tou- 
raine. 

Le périoste, on le sait, est composé de deux couches : une externe ou su- 
perficielle et une interne ou profonde. L'os se développe aux dépens de la 
couche profonde, a pour germe, en d'autres termes, les noyaux et les cellules 
de cette couche. « Quand on enlève ces noyaux et ces cellules en raclant la 
face interne du périoste, celui-ci perd la faculté de donner naissance à un os 
nouveau. » (Ollier '.) 

Comment est disposé le périoste de la gouttière lacrymale ? Les recherches 
de Robin, de Cadiat, de M. Macalister, etc.*, nous l'apprennent. Arrivée au 
niveau de la crête lacrymale postérieure, la couche profonde ou osléogène se 
divise en deux lames, dont une passe en arrière du sac lacrymal et l'autre en 
dehors de ce sac avec la couche superficielle pour se réunir derechef au ni- 
veau de la crête lacrymale antérieure. La lame de la couche osléogène qui 
passe en arrière du sac lacrymal adhère intimement à l'os de la gouttière la- 
crymale, qu'elle revêt (la face antéro-exlerne de l'unguis et la face posléro- 
externe de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur), tandis qu'elle est unie 
au sac lacrymal par un réseau de fibres conjonctives lAches dans lequel rampe 
de petits vaisseaux. La lame de la couche ostéogène et la couche superficielle 
du périoste, qui passent en dehors du sac lacrymal, sont recouvertes par les 
muscles lacrymaux et perforés par les conduits lacrymaux à chacun desquels 
elles fournissent une gaine jusqu'à leur origine au point lacrymal. Au-des- 
sous du conduit lacrymal inférieur, la lame de la couche ostéogène en rap- 
port avec la face externe du sac lacrymal est renforcée par une bande fibreuse 
plus ou moins prononcée, étendue de la partie inférieure de la crête lacry- 
male postérieure à la partie inférieure de la crête lacrymale antérieure. C'est 
cette bande qui, ossifiée, devient l'iiamule. De sorte que, pour employer les 
expressions mêmes du professeur Macalister, « l'absence ou la présence de 
l'hamule est en réalité l'ossification ou la non-ossificalion d'une bande cons- 
tante quoique variable ; the présence or absence of the kamulus isthusinrea- 
lily the ossification or non ossification of a constant though variable bands). 
C'est la confirmation par l'embryologie de ce que j'ai avancé précédemment. 



1. Ollier, Recherches expérimentales sur la production artificielle des os au moyen de 
la transplantation du périoste. (Mémoires de la Société de Biologie, 1858, p. 146.) 

2. Ch. Robin et Cadiat, Journal de Canatomie et de la physiologie^ l$7o, p. 487; 
Macawsteh, loc. cit. suprà, p. 237. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 17 j 

en me basant sur la téraloloi;;ie et Tanatomie comparée, qu'il n'y a pas lieu, 
dans l'espèce humaine, de considérer Vunguis caréné et acuminé et Vunguis 
caréné et hamulé comme des modes de conformation essentiellement diffé- 
rents. 

Au point de vue de l'anatomie philosophique et des doctrines transformis- 
tes, un enseignement précieux découle aussi de la connaissance, à la face 
externe du sac lacrymal de l'homme, d'une portion de la couche profonde du 
périoste chargée de la sécrétion des cellules osseuses. Que pour une cause 
quelconque, les fonctions dévolues à cette couche soient activées, la gout- 
tière lacrymale se fermera insensiblement en dehors, en même temps que la 
portion faciale de l'unguis augmentera d'étendue. Quand la gouttière lacry- 
male aura disparu pour faire place à un canal, la conformation de cette por- 
tion de l'appareil lacrymal humain se rapprochera de celle de maints animaux. 
Que l'on ne croie pas que ce soit là une simple vue de l'esprit. L'étude des 
variations de l'hamule et celle des variations de la portion lacrymale de l'un- 
guis ne nous ont-elles pas montré le premier stade de cette conformation 
dans l'extension de l'hamule à la face et dans l'arc osseux qui, de Thamule 
facial, remonte le long de la partie inférieure de la paroi externe du sac la- 
crymal, et le second stade, dans le remplacement de la portion lacrymale de 
l'apophyse nasale du maxillaire supérieur par la portion lacrymale de l'un- 
guis prolongée, au delà de la crête lacrymale antérieure, jusqu'à l'hamule fa- 
cial (cas de Verheyen et du professeur Bianchi), par la délimitation par 
l'unguis seul de l'orifice supérieur du canal nasal, par les aiguilles osseuses 
articulées ou non entre elles, implantées sur les crêtes lacrymales antérieure 
et postérieure, par la division, par une lamelle osseuse, de l'entrée du canal 
nasal, etc. 

L'unguis n'ayant qu'un point d'ossification, ce sont les irradiations infé- 
rieures de ce noyau qui donnent naissance à l'hamule, mais quand l'hamule 
est séparé par un intervalle membraneux de la crête lacrymale antérieure, 
quand il y a, en un mot, un osselet de l'hamule, il est possible que cet osse- 
let ait un point d'ossification spécial. Voici ce que m'a écrit, le 20 avril 1899, 
M. le professeur Macalister dont les belles recherches sur l'embryogénie de 
l'unguis sont connues de tous : « Je pense que je suis absolument dans le vrai 
en allirmant qu'il n'y a aucune preuve d'un second centre normal d'ossifica- 
tion dans l'unguis humain. J'ai toujours vu l'ossification se propager en des- 
cendant de la portion orbitaire à l'hamule. Je ne serais cependant pas 
surpris que, dans certains cas individuels, il existât un second centre, par 
exemple quand la portion faciale de l'hamule est indépendante. Les osselets 
surnuméraires qu'on rencontre autour de l'unguis procèdent, sans doute, de 
noyaux d'ossification particuliers, mais il m'est défendu d'affirmer que ces 
novaux sont normaux et constants. » 



M(j BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Osselet sous-orbitaire. — Le professeur Gruber ' a donné le nom d'o«- 
siculum infra orbitale marginale à un osselet, plus ou moins long et large, 
^itué au niveau du bord inférieur de l'orbite, en avant de l'os malaire, au- 
quel il semble devoir plutôt être rattaché qu'au lacrymal. Il peut être articulé 
avec l'hamule facial, l'osselet de l'hamule ou l'osselet du canal nasal. Quand 
il est assez intimement soudé au jugal pour ne plus pouvoir en être distingué, 
l'os malaire se prolonge tout le long du bord inférieur de l'orbite jusqu'à 
l'unguis dont il est séparé par une suture appelée suture lacrymo-jugale. 

Anatomie comparée. — La suture lacrymo-jugale, qui est exceptionnelle 
chez l'homme, est normale chez la généralité des animaux. L'unguis très dé- 
veloppé des Didelphiens est uni h l'os malaire par une suture lacrymo-jugale, 
plus étendue chez les Didelphiens carnivores que chez les Didelphiens herbi- 
vores, mais n'excluant jamais le sus-maxillaire du frontal. 

Dans beaucoup d'Ongulés, la large portion faciale de l'unguis exclut super- 
ficiellement le maxillaire supérieur du frontal et s'articule avec le jugal. Tel 
est le cas chez le rhinocéros, Y hippopotame, et chez nombre d'espèces de 
Porcs, de Chevaux, de Bœufs, à'Oréas, de Tragélaphes et d'Artiodactyles. 
La suture maxillo-frontale se retrouve, toutefois, dans les Hyracoides, quel- 
ques Porcs, Chameaux, Hyœmoschus, etc. Le lacrymal de tous ces Mammi- 
fères tend à se souder au frontal et au jugal et non au maxillaire supérieur. 
Dans les Hyracoides, la facette articulaire pour la mandibule est formée en 
partie par le jugal qui s'étend en avant jusqu'à ce qu'il arrive en contact 
avec l'unguis. 

La portion faciale du lacrymal du m,outon est une lame quadrilatère, allon- 
gée d'arrière en avant et s'étendant depuis l'orbite jusqu'à l'union du tiers 
postérieur avec les deux tiers antérieurs de l'os nasal. Le bord supérieur s'ar- 
ticule avec le frontal et le nasal, l'inférieur avec le malaire, l'antérieur avec 
le sus-maxillaire ; le postérieur fait partie du contour de l'orbite et se con- 
tinue, à angle, avec une lame peu étendue qui concourt à former la cavité 
orbitaire. On voit à la partie moyenne de cçtte lame l'orifice orbitairc du 
canal nasal. La face externe de la portion que je décris est fortement dépri- 
mée et fait partie de la face proprement dite ; la face interne est appliquée en 
arrière sur l'ethmoide dont elle complète deux cellules ; en avant, elle con- 
court à former la paroi externe de la fosse nasale correspondante. Cette por- 
tion du lacrymal est parcourue, dans toute sa longueur, par le canal nasal qui 
fait un relief sensible à sa face interne. Quant à la portion orbitaire on voit 
dans la cavité orbitaire une échancrure profonde qui établit la ligne de dé- 
marcation entre cette portion du lacrymal et la précédente. Cette i)ortion 
orbitaire est une espèce de capuchon ou de grande vésicule (protubérance 
lacrymale des zootomistes modernes, protubérance orbitaire de Girard) à 



1. H. GrDbir, loc. cU. suprà. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 177 

parois très minces qui forme tout le plancher de l'orbile. Ce capuchon a la 
forme d'un cône dont le sommet, dirigé en dedans, présente deux petits 
mamelons, et dont la base, largement ouverte et dirigée en dehors et en bas, 
s'adapte à la partie postérieure du sinus maxillaire. Cette vésicule osseuse 
forme ainsi une grande partie de la cavité du sinus maxillaire. Par sa face 
externe, elle s'articule avec l'os jugal qui la recouvre complètement de ce 
côté ; et par sa face supérieure elle forme le plancher de l'orbite. En avant, 
elle se continue avec la portion faciale. L'échancrure qui sépare en partie 
l'une de l'autre la portion orbiiaire et la portion faciale correspond à l'orifice 
postérieur du conduit sous-orbilaire. La portion orbitaire, cette espèce de 
capuchon qui recouvre et complète la partie postérieure du sinus maxillaire, 
peut être désignée sous le nom de Cornet du sinus maxillaire. 

L'unguis des Edentés ressemble, à peu de chose près, à celui des Ongulés. 
« Chez les Cétacés, dit M. Lavocat, le lacrymal est peu développé, imperforé 
et soudé au jugal dans les Baleines, les Dauphins, etc. ; mais non soudé chez 
les Siréniens, tels que les Dugongs, les Lamentins, etc. * » 

L'articulation ou la non-articulation avec le malaire constitue la variation 
la plus commune du lacrymal des Rongeurs. Les Sciuromorpfies, les Myomor- 
phes et beaucoup de Lagomorphes, autrement dit d'Écureuils, de Rats et de 
Conies, si on emploie ces mots vulgaires dans le sens de genres*, ont une 
suture lacrynio-jugale. Elle manque dans divers Hystricomorphes {Porcs- 
épics) par suite du raccourcissement de l'os malaire \ 

V éléphant, dont la conformation se rapproche des Rongeurs, possède un 
lacrymal analogue à celui des Hystricomorphes. 

Sur le habiroussa du Muséum de Marseille, l'unguis largement facial est 
articulé avec le jugal. 

L'extrémité antérieure ou base, très étendue, du malaire du chien, s'arti- 
cule avec l'apophyse malaire du sus-maxillaire et suit le contour de l'orbite 
pour aller s'unir à l'unguis. Ce dernier os, enclavé comme un coin entre le 
frontal, en dedans, le jugal en dehors, le sus-maxillaire en avant, et le palatin 
en arrière, a la forme d'un entonnoir dont la base est dans l'orbite et présente 
il son centre l'orifice supérieur du canal nasal, et dont le sommet descend dans 
la fosse nasale oii il s'articule par son extrémité bifurquée avec l'apophyse la- 
crymale du cornet inférieur. 



1. Lavocat, Construction des arcs inférieurs de la tête dans la série des animaux ver- 
tébrés, p. 17, Toulouse, 1894. Les sirènes étaient autrefois unies aux baleines et aux 
marsouins comme Cétacés herbivores. Mais elles diffèrent par leur organisation des vrais 
Cétacés dans presque tous les détails, tandis qu'elles sont très intimement liées aux 
Ongulés. 

2. Voy. la classiûcation des Rongeurs de Brandt. 

3. Et non du raccourcissement de Tunguis dont la portion faciale si réduite qu'elle soit 
est, dans la généralité des Rongeurs, plus large que la portion orbitaire. 



178 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Il n'est pas question d'une suture lacrymo-jugale dans l'ostéologie du Ves- 
pertilio murinus du docteur Maisonneuve. 

Les Prosimiens ont une suture lacrymo-jugale bien marquée avec deux 
sutures lacrymo-maxiilaires, dont l'une est en avant et l'autre en arrière de 
l'os de la pommette. 

Le Cheromys a une longue suture prémaxillaire que M. Macalister a 
vainement cherché chez les autres Lémuriens. Parmi les singes Catarrhi- 
niens, le Macacus nemestrinus paraît être le seul qui possède une suture 
lacrymo-jugale. 

«C'est le lacrymal, dit Meckel", qui prend rang après le temporal, sous 
le rapport de la constance de son articulation avec le jngal. En effet, cet os 
s'articule uniquement avec le sus-maxillaire et le lacrymal chez les Four- 
miliers et les Paresseux. 

c( Il est contigu au sus-maxillaire, au temporal et au lacrymal à la fois, chez 
les Solipèdes, les Baleines, les Lamentins; parmi les Edentés, chez les Ta- 
lons, vraisemblablement aussi chez le Mégalherium ; parmi les Pachydermes, 
chez le cochon, le tapir et le rhinocéros ; parmi les Bongeurs, chez le cas- 
tor, Vhélamys et la marmote; parmi les Marsupiaux, chez les Sarigues, les 
Kangourous et les Phascolomes ; enfin parmi les Carnassiers, dans les genres 
chat, chien, hyène, ours, marte et loutre. » 

A peine ossifié, facial et mobile au bas de l'échelle des Vertébrés, le lacry- 
mal, quand les mâchoires ont pris un grand développement, s'est complète- 
ment ossifié et soudé à la base du crâne et aux os sous-jacents pour fournir 
un point d'appui solide au muscle massé ter, inséré de chaque côté, d'abord 
sur le sus-maxillaire et l'os malaire, puis sur l'os malaire et, enfin, sur l'ar- 
cade zygomatique'. Dans les Mammifères inférieurs, le masséter est, en 
effet, plus volumineux que le crotaphyte (chez beaucoup dWngvls le massé- 
ter est au crotaphyte comme 2 1/2 est à 1). L'arc osseux regardant en haut, 
dont l'unguis forme le large pilier interne soudé et appuyé solidement sur la 
base du crâne, ne change pas tant que l'appareil masticateur reste aussi puis- 
sant. A mesure que le prognathisme disparaît, que la capacité de la cavité 
crânienne s'accroît et que la saillie du front s'accentue par suite de l'aug- 
mentation des parties de la masse encéphalique qui sont le siège des plus 
hautes facultés de l'entendement, que la largeur de l'espace inlerorbilaire 
diminue par suite de la convergence des axes visuels, la portion faciale de 
l'unguis diminue en même temps que cet os se redresse. Chez l'homme et 
chez les Anthropoïdes où la pression exercée sur la mâchoire supérieure pen- 



1. J. F. Meckel, Traité général d'analomie comparée, trad. franc, de Riester et 
Â. Sanson. t. III, 2« partie, p. 306. Paris, 1829. 

2. Voy. mon Traité de.i variations du système musculaire de l'homme et de letir 
sif/aification au point de vue de l'anthropologie zoologique, t. I, p. 80. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 179 

dant la mastication est transmise au crâne à la fois par l'apophyse montanta 
du maxillaire supérieur, articulé avec l'apophyse orbilaire interne du frontal 
et par le jugal, articulé avec le maxillaire supérieur et l'apophyse orbitaire 
externe du frontal, le lacrymal n'a plus qu'une importance secondaire et 
n'entre plus que dans la composition de la cavité orbitaire. 

Le nodule osseux duquel naît par extension, dans l'espèce humaine, la face 
antérieure du maxillaire supérieur apparaît à la même époque que ceux qui 
donnent naissance à l'apophyse montante du même os. Il consiste d'abord 
dans de minces aiguilles osseuses allongées, déposées dans la membrane 
sous-orbitaire, au-dessous du nerf sous-orbitaire. Ces aiguilles se réunissent 
rapidement pour former une lame de tissu compact qui s'étend en avant et en 
arrière et finit par former un cercle complet autour du nerf sous-orbitaire. 
Vers la seizième semaine, le bord supérieur de cette lame arrive au contact 
du bord inférieur de l'orbite et s'unit à lui pour constituer la suture sous- 
orbitaire longitudinale ou transverse (Sutura infraorbitalis longitudinale du 
professeur Macalister). Cette suture s'étend de l'angle antérieur du malaire 
à la suture sous-orbitaire verticale (Sutura in fraorbitalis verticalie) résullanl 
de l'union, en avant, de la lame en question avec la base de l'apophyse nasale 
ossifiée. 

Ses deux extrémités offrent, toutefois, quelques variations. Dans certains 
cas, l'extrémité externe est située au-dessous de l'angle antérieur de l'os de 
la pommette et son extrémité antérieure au niveau de la suture lacrymo- 
maxillaire. M. Halbertsma a donné le nom de Sutura infraorbitalis trans- 
vrrsa à cette suture. Quand elle existe, il y a une étape de la vie fœtale de 
l'homme oii il y a une bande osseuse rattachant l'unguis à l'os jugal. 

BIBLIOGRAPHIE 

L'unguis de l'homme et celui des animaux ont inspiré de nombreux tra- 
vaux. Les principaux ont déjà été signalés en temps opportun au cours de 
cette monographie. 

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1893. R. WiEDEBSKEiM, Grundriss der vergleichenden Anatomie der WirbelthiereAeaSi. 

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Pour le développement du canal nasal, du sac lacrymal et des os de la 
région antérieure de l'orbite dans l'espèce humaine et les espèces animales, 
consulter : 

1881. KoELi.iKER, Embryologie, Paris. 

1882. BoHN et Légal, Morph. Jahrbuch. VIH, 1882, p. 353. 

1883. CoBNEViN, Bulletin de la Société d'Anthropologie de Lyon. 
1886. J. Deniker, Recherches sur les singes Anthropoïdes , Poiliers. 

1888. EvETZKY. Zur Entwickelung des Thr&neiinasengauges beim Menschen. {Archiv. j'ùr 

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1889. Disse, Die Ausbildung der Nasenhôhle nach der Geburt. [Arch. de Mis.) 

1891. HocusTETTER, Ucbcr die Bildung der inueren Nasengânge oder primitiven Choaneu. 
{Verh. der anatomischen Gesellschaft.) 

1891. Seydel, Ueber die Nasenhôhle der hôheren Sâugethiere und des Menschen. {Mor- 

phol. Jahrbuch.) 

1892. Zuckerkandl, ISormale und pathologische Anatomie der Nasenhohle, etc. Wien. 

222 p.; 2« édition avec 399 p. et 34 planches, 1803. 

1893. Keibel, Zur Entwickelung und verglelchenden Anatomie der Nase und des oberen 

Mundrandes (Oberlippe) bei Vertebraten. {Anat. Anzeiger, VIII, ) 
1896. KiLLUN, Zur Anatomie der Nase menschlichen Embryonen, II. {Arch. fur Laryn- 

gologie, Bd III et Bd iV, avec 6 planches.) 
1896. Seydel, Ueber die Nasenhohle. {Festschi-ift fur Gegenbaur, Bd II.) 
1896, Y. ToKôK, Ueber die Persistenz der embryonalen Âugennasenfurche. {Internat. Mo- 

natsschrift f. Anat und Phys., Bd XIII, avec une planche.) 
1896. V. Mihalkovics, Anatomie und Entw. der Nase und ihrer Nebenhôhlen. {Handbuch 

der Laryngologie und Rhinologie.) 

1896. V. Spek, Skelettlehre in Handbuch der Anatomie von Bardelehen, avec 102 fig. 

1897. M. F. X. Lesbre, Contribution à l'étude de l'ossification du squelette des Mam- 

mifères domestiques, principalement aux points de vue de sa marche et de 
sa chronologie, Lyon. 

1897. L. Roule, L'Embryologie comparée, Paris. 

1899. Rochon Duvigneaud, Remarques sur l'anatomie et la pathologie des voies la- 
crymales, Paris. 



Bemerkungen zu der Arbeit von CL REGAUD : € Évolution 
tératolofjique des cellules séminales. Les spermatides à noyaux 
multiples chez les Mammifères. » (Bibliographie anatoniique, 
T. Vin, fasc. i.) 

VON 

D'. Med. Alexander MAXIMOW 

St-Petersburg, %. Z. Berlin. 



In lelzter Zeil hat Regauu ' eine Reihe von Arbeiten ùber Spermalogenese 
verôffentlicht, in welchen er Anschauungen vertritl, die in vielen Hinsichten 
von den Angaben anderer Forschor abweicben, und in welcboii cr iiisbeson- 
dere den SERTOLi'scben Zelien eine grosse Bedeulung fur die forlwabrende 
Enlslehung von neueu Samenzellen an Sielle der sicb zu Sanienfaden aus- 
bildenden beiinisst. In dieseni Artikel werde ich aile dièse seine Arbeiten 
unberûcksichligt lassen ; die Angaben von Regaud sind weder von ilirn selbst 
hinlânglich bewiesen, noch von Anderen bis jetzl bestâtigt worden. Ich wiil 
nur bemerken, dass Regaud Unrecht hat, wenn er von eineni « SERTOLi'schen 
Syncylium » spricht und fur dièse Elemente distincte Zellgrenzen ganz in 
Abrede stellt. In zahlreichen Fâllen, besonders bei pathologischen Verhâlt- 
nissen, treten die SERTOLi'schen Zelien ganz deutlich als voUkonimen geson- 
derte zellige Elemente mit leichl bemerkbaren Zellgrenzen un<l manchmal 
sogar als ganz isolirte, einer activen Thâtigkeit fâhige Zelien hervor''. 

In seiner letzten Arbeit (« Evolution tératologique des cellules séminales, 
etc., » Bibliographie anatomique, t. VIII, fasc. 1, erschienen den 7. Mai 1900) 
behandelt abor Regaud einige Abweichungen vom normalen Verlaufe der 
Spermatogenese, die in dem Auftreten von besonderen teratologischen For- 
men von Samenzellen ihren Ausdruck fînden. Er beschreibt dabei Zellformen, 
die von mir' schon viel frfiher und viel ausfûhriicher bereils beschrieben 
worden sind. Meine diesbezûgliche Arbeit ist mehr als ein halbes Jahr vor 
der Fertigstellung des REGAUo'schen Manuscriptes (Februar 1900) erschie- 
nen, dennoch scheint aber der letztere dieselbe nicht zu kennen, wenigstens 



1. Cl. Recai», Bibliographie ana'omique, T. VU, fasc. 1 et 2. 

2. Vergl. meine weiter unteii citirte Arbeit, Taf. Xlil, Fig. 9, 10 und 11. 

3. Alexander Maximow, Die histologischen Vorgange bei der Heilung von Hodenverlel- 
zungen und die Regeneralionsftihigkeit des Hodeugewebes. [Ziegler's Beilrdge, Bd X.XVI, 
1899.) 



184 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

erwiihnt er derselben mit keinem einzigen Worte, wtihrend die yiel spâter 
v(M'ô(ïenllichle Arbeit von Ivar Broman* von Regaud berûcksichligt ist. 

Ich glaube, dass die Kenntnissnahme von meiner Arbeit fur Regaud nicht 
ganz unnûtz gewesen wâre, da er in diesem Falle vielleicht fur die Ent- 
stehung der merkwûrdigen teratologischen Spermalocyten- und Spermatiden- 
formen eine elwas andere Erklârung angeben wOrde. Nach Regauu's M6i- 
nung solien die vieikernigen patbologischen Zeilformen aussciiliesslich auf 
multipolare Spernialocytenmitosen ohne nacbfolgende Zellkôrperlhoilung zu- 
rûckzufûhren sein, und er beschreibt und bildet auch einige solche Milosen 
in den Spermatocyten der betreffenden Thiere ab. 

Ich babe selbst verschiedene Arten von anormalen Milosen in den Sperma- 
tocyten bescbrieben (/. c, S. 271, Taf. XIV, Fig. 34—37) und abgebildef. 
Sie kônnen aber nicht zur Erklârung der Entstehung der vieikernigen Rie- 
senspermatocyten und -spermatiden berangezogen werden. Erstens fehlen 
ganz und gar die nôtbigen Uebergangsformen, — die sicb zu normalen Sper- 
matidenkernen reconstruirenden Tochterkerne, vvelche, wie es scbeint, auch 
Regaud selbst nicht gesehen bat — wenigstens werden solche von'ihm nicht 
erwahnt. Die anormalen Spermatocytenmitosen degeneriren eben stets, ohne 
das Stadium der Reconstruction der Tochterkerne zu erreichen. Zweitens 
sind dièse anormalen Spermatocytenmitosen gewôhnlich, auch bei Yerhâlt- 
nissen, wie sie in meinen Versuchen gewesen sind, in einer verhaltnissmâs- 
sig so geringen Anzahl im Vergleich mit den vieikernigen Riesenspermatiden 
vorhanden, dass man die Entstehung der letzteren auf Kosten derselben, 
besonders innerhalb einer so kurzen Zeit, wie es in meinen Versuchen der 
Fall gewesen ist, nnmôglich erklâren kann. 

Der Vorgang, der Regaud verborgen geblieben ist, der aber die Haupt- 
ursache der Entstehung der Riesensamenzellen mit zahlreichen Kernen vor- 
stellt, — ist die Verschmelzung von einzelnen Zellen mit einander, vvelche 
von mir, sammt den dabei sich abspielenden merkwûrdigen Veranderungen 
an der Sphâre (die von Regaud kaum angedeutet werden) ausfûhrlich geschil- 
dert worden isl. Amitotische Vorgânge spielen dabei aber auch eine nicht zu 
unterschâtzende Rolle. 

Die ungleiche Grosse der einzelnen Kerne in den teratologischen Riesen- 
samenzellen ist nicht, wie es Regaud thut, durch die ungleichmassige Ver- 
Iheilung der Chromosomen bei den multipolaren Spermatocytenmitosen zu 
erklâren ; dièse Thalsache findet, wie ich es gezeigt habe, eine viel unge- 
zwungenere Erklârung durch die Beobachlung, dass sich einzelne Kerne in 
den einfachen oder zusammenfliessenden Samenzellen stark hypertrophiren 
kônnen; 



1. Ivar Broman, Ueber Riesenspermatidea bei Bombinator igDQUs. {Anatomischer An- 
zeiger, Bd XVII, 1900.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 185 

Wenn Regaud beiiauptet, dass sich aus den einzelneii Keraen der Riesen- 

spermaliden Sperinalosomenkôpfe eiitwickeln kOnneii, so ist das meiner Mei- 
iiung nacli ebenfalls unzulreffeiid. Regaud's Zeichnungeri 7 imd 1:2, die von 
ihm als « spermatozoïdes monstrueux » bezeichnet werden, slellen, wie ich 
glaube, etvvas ganz Ânderes vor und entsjirecben im Uebrigen durcbaus 
meinen Zeiclmungeii, /. c , Taf. XIII, Fig. 14 und 15>Es sind das nicht Rie- 
senspermatiden, in denen ein Tlieil der Kerne sich zu Spermalosomenkôpfen 
umgebildet bat, wahrend der andere unveriindert geblieben ist (ein Vorgang, 
den Regaud ùbrigens seibst fur unerklarlich bail), sondern vvabrscbeinlicli 
abgeiôste SERTOLi'scbe Zellen (oder vielleicbt aucb Pbagocyten bindegewebi- 
gen Ursprungs), die in ibren Zellleib zabireicbe degenerirende Spermatoso- 
menkôpfe auf dièse oder jene Weise aufgenommen haben. In solcben Zellen 
sind, wie es aucb auf den Zeicbnungen von Regaud zu seben ist, nirgends 
Uebergangsformen zwiscben den Spermatosomenkôpfen und den ibr ge- 
wôbnlicbes Ausseben bewabrenden Kernen zu finden. 

Das Conslatiren der merkwûrdigen teratologiscben Samenzellenformen 
bei Tbieren (namentlicb Hunden) unler anscbeinend ganz nonnalen Verbâlt- 
nissen ist aucb fur micb keine Neuigkeil (vergl. /. c, S. 309). 

Zum Scbluss kann icb nocb bervorbeben, dass Regaud, ganz ebenso wie 
icb es in meiner Arbeit ausgesprocben babe, die teratologiscben Samenzel- 
lenformen mit den an den Eiern in atresirenden Follikeln zu beobacbtenden 
Erscbeinungen vergleicbt. 

Berlin, d. 6 Juni 1900. 



DE 

L'ENTRE-CROISEMENT DES PYRAMIDES CHEZ LE RAT 

LEUR PASSAGE DANS LE FAISCEAU DE BUROACH 

PAR LES 



D' PONTIER 



DB L,IL.VK 



D' G. GÉRARD 

CHKr DBS TRAVAUX ASATOMIQUKS 
A LA FACULTÉ DB L1LLB 



NOTE PRÉLIMINAIRE 



I. 

L'un de nous, poursuivant des recherches sur l'olive bulbaire chez l'homme 
et les mammifères, a trouvé chez le rat une disposition très particulière des 
faisceaux pyramidaux, qui se dirigeaient de ta pyramide antérieure à travers 
le bulbe, s'entre-croisaient sur le raphé médian ei passaient dans le faisceau de 
Burdach de l'autre côté en décapitant à la fois les cornes antérieures et pos- 
térieures. 

Ce trajet si spécial des faisceaux moteurs nous parut d'abord très para- 
doxal et en opposition avec tous les faits admis ; en effet, d'après la notion 
classique acceptée universellement, le faisceau moteur encéphalo-méduUaire, 
dit pyramidal, naît de la région rolandique de l'écorce, descend à travers le 
centre ovale, s'engage dans la capsule interne entre la couche optique et le 
noyau lenticulaire, passe dans le pied du pédoncule cérébral, la protubérance 
et la moelle allongée, où il constkue la partie superficielle des pyramides 
antérieures. 

Au niveau du collet du bulbe, une partie du faisceau pyramidal descend 
dans le cordon antérieur pour former le pyramidal antérieur — faisceau de 
Tûrck; — la partie la plus considérable s'infléchit vers la ligne médiane, ren- 
contre son homologue du côté opposé avec lequel elle s'entre-croise en natte, 
et une fois arrivée dans la moitié opposée du bulbe, descend dans la moelle en 
se plaçant dans la partie la plus postérieure du cordon latéral — faisceau 
pyramidal croisé ou latéral. 

Comment donc accepter le passage de ces faisceaux pyramidaux dans les 
cordons postérieurs après leur entre-croisement ? 

W. Bechterew a démontré (Neurol. Centralblatt, n" 24, 1890) que le 
Ir jet des voies pyramidales n'est pas le même chez tous les animaux. Pour 



TRAVAUX ORIGINAUX. 187 

lui, chez h lapin, il n'y aurait pas de voie pyramidale antérieure; pour Marchi 
et Algéri (chien et chat), pour Koelliker et von Lenhossek, le faisceau pyra- 
midal croisé occuperait le cordon latéral comme dans l'espèce humaine 
(lapin). 

Certaines observations permettent d'accepter les rapports des faisceaux 
moteurs, en totalité ou en partie, avec les cordons postérieurs. 

Koelliker, dans un travail sur l'entre-croisement des pyramides chez les 
marsupiaux et les monotrèmes {Cinquantenaire de la Soc. de biologie, 1899, 
p. 040), a montré très nettement cette relation particulière. Chez Phascolarc- 
tns cinereus, « une partie » des pyramides se continue avec le faisceau de 
Burdach. De même chez Phalangista vulpina, « les fibres pyramidales sont 
toutes croisées et Ton ne trouve aucune trace d'un faisceau pyramidal direct 
situé dans le cordon antérieur de la moelle. Quant aux fibres croisées, leur 
entre-croisement se fait en masse sous un angle très aigu. En suivant les fibres 
croisées, on les voit traverser la partie dorsale des cordons antérieurs, puis 
elles prennent leur chemin par la partie médiane de la substance grise des 
deux côtés du canal central et de la substance grise qui l'environne, pour se 
perdre dans le cordon de Burdach.. . » Chez Ornithorynchus, dans la substance 
grise du bulbe, « la corne antérieure est limitée du côté dorsal par un fais- 
ceau de fibres qui se continue, d'un côté, avec les faisceaux croisés des pyra- 
mides et qui provient, de l'autre, en partie du cordon de Burdach. Ce faisceau 
contient aussi un nombre de cellules de grosseur moyenne qui se continuent 
avec les cellules du cordon de Burdach. » Malgré ses observations, Kolliker 
ne se croit pas autorisé « à nier que certaines fibres des pyramides ne se 
continuent pas avec les cordons latéraux, malgré qu'il m'a été impossible, 
dit-il, d'arriver à une pareille conviction ». 

Chez le rat, que nous ayons surtout en vue, les descriptions sont contra- 
dictoires en ce qui concerne tant la situation que l'entre-croiSement des pyra- 
mides. 

D'après Stieda (Zeitschr. fiir wiss. Zool., vol. XIX, 1869, p. 69), chez la 
souris, les fibres pyramidales se continueraient avec les cordons postérieurs 
de la moelle épinière. 

D'après Spitzka {Journal of comparative médecine and surgery, 1886, et 
Ncurol. Centralblatt, 1886, n° 12), il existerait les mêmes connexions chez 
les cobayes et les rats; mais, d'après Koelliker, «toutes ses observations 
n'étaient pas très précises, puisqu'elles se basaient uniquement sur la moelle 
ifanimaux adultes ». Mais v. Lenhossek {Anat. Anzeiger, IV, 1889, p. 208), 
qui a suivi le développement des pyramides chez de jeunes animaux, a pu 
préciser (chez la souris et le cobaye) la position des faisceaux pyramidaux 
croisés dans les cordons postérieurs. 

D'après Bechterew, encore {lac. cit.), les faisceaux pyramidaux du cobaye 
et du rat seraient exclusivement situés dans la partie antérieure du cordon 



188 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

postérieur (1890). D'après Zacharzewsky {Th. de Kharkoff, 1891, analysée 
dans le Journal de Vanatomie, 1892, p. 332), voilà ce qu'on observerait : 
chez les rats et les souris, les faisceaux pyramidaux sont disposés dans les 
cordons latéraux et postérieurs. Les faisceaux pyramidaux contenus dans les 
cordons latéraux apparaissent sous forme de minces faisceaux nerveux dis- 
posés en groupes distincts. Avant de former les pyramides de la moelle 
allongée, ils subissent tous un entre-croisement total, mais à des hauteurs 
différentes. Les faisceaux inférieurs s'entre-croisent directement avec ceux 
du côté opposé ; les supérieurs s'unissent d'abord aux faisceaux postérieurs 
et après cette réunion passent par le point d'entre-croisement. 

Les opinions que nous avons rapportées montrent : 

1° Que la question de l'entre-croisement et de la situation des faisceaux 
pyramidaux chez le rat n'est pas résolue ; 

2° Qu'il est possible déjà d'admettre leur passage dans les cordons pos- 
térieurs. 

IL 

Voyons maintenant les faits que nous avons observés chez le rat en suivant 
de bas en haut des coupes en série du bulbe : 

1" A la partie supérieure de la 
moelle, au-dessous du collet du 
bulbe, les cordons antérieurs et pos- 
térieurs sont normaux, bien déve- 
loppés ; les cordons latéraux sont 
réduits au Gowers et au cérébelleux 
direct par le développement latéral 
et l'élargissement de la substance 
grise (fig. A) ; 

2* Un peu plus haut, vers le collet 

du bulbe (tig. B, I), la substance 

grise est encore bien distincte ; le 

cordon antérieur est intact ; le cordon latéral présente nettement les fibres 

du Gowers et du cérébelleux direct ; le cordon postérieur est divisé en un 

faisceau de Burdach très développé et en un faisceau de Goll ; 

3° Un peu plus haut, à peu près au niveau où commence la décussation 
des voies motrices, on voit des fibres partir nettement du faisceau de Bur- 
dach (fig. B, II), se diriger en avant et en dedans, s'enlre-croiser avec des 
fibres du côté opposé au-devant du canal central, en coupant non seulement 
les cornes postérieures, mais aussi les cornes antérieures, et se rendre à la 
partie antérieure (apparition des pyramides) ; ces fibres sont divisibles en 
deux groupes principaux ; 
4' Dans des coupes passant de plus en plus haut (III, IV, V, VI), on 



,C.A- 



Cb.Jl. 




y.cd. 



.CA 




~:^-r.3. 




C.À 



Co.T 



Co A 



Co.r 



r.-R. 



VI 





Fio. B. 



C. A. Cordon antérieur. 
C. L. Cordon latéral. 
Co. A. Corne antérieure. 
Co. P. Corne postérieure. 
F. arc. Fibres arciformes. 



F.B. Faisceau de Bnr- 
dach. 

F. éd. F. cérébelleux di- 
rect. 

F. a. F. de G<.11. 

F. Ooio. V. de Otomen. 



N.tO. K. pneumogastri- 
que. 

Ng.ep. Xoyau gris de la 
corne postérieure. 

01. /. Olive inférieure. 

Py.a. Pyramide. 



Sg. l. Substance grite la- 
térale. 

K' 4' ventricule. 

X. Kntre-croisement des 
faisceaux. 

XII. G-rand hypoglosse. 



lyO BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

retrouve la même disposition ; V et VI sonl des figures de démonstration 
très nettes. Elles montrent avec évidence le passive ininterrompu du contin- 
gent du cordon de Burdacli dans la pyramide ; 

5° Dans la figure VII, nous arrivons au niveau de l'olive inférieure ; le pas- 
sage des faisceaux continue. Dans la figm-e VIII, on voit les extrémités du 
faisceau embrasser h^cordon de Burdach. La figure IX montre la fin tle la 
décussalion. 

IX 





tt.lo 



Fio. B. (Suite). 

Remarque importante : le cordon de Burdach diminue de volume à me- 
sure qu'on s'élève et que la pyramide s'accroît. 

6° Dans la figure X, enfin, nous sommes en plein bulbe : olives, fibres arci- 
formes, hypoglosse, vague, noyaux gris des cordons postérieurs. 

Il importe de savoir si le cordon de Burdach contient à la fois des voies 
motrices et des voies sensitives. 

On ne manquera pas de nous objecter que nos observations ne peuvent 
pas être précises, puisqu'elles se fondent uniquement sur l'étude de moelles 
d'animaux adultes. 

A notre avis, cependant, la question peut être résolue par les dégénéres- 
cences qui nous montreront : 1° si les voies motrices passent, comme nous 
le pensons, dans le cordon postérieur ; 2° si elles y existent seules ou mêlées 
à des fibres sensitives ; 3° s'il e.xiste un faisceau pyramidal direct. 

Nous entreprenons une série de recherches analomiques et analomo- 
pathologiques qui nous permettront sans doute de confirmer les faits que 
nous avançons dans cette note. 

Lille, le 20 juin 1900. 



Le Directeur, D' A. NICOLAS. 



ASSOCIATION DES ANATOMISTES 



Le Bureau de l'Association des Anatomistes rappelle que 
celle-ci a fusionné avec la Section d'histologie et d'embryologie 
du Congrès international de médecine qui s'ouvre à Paris le 
2 août; il fait un pressant appel à tous les membres de l'Asso- 
ciation. 

Les titres de communications et de démonstrations doivent 
être envoyés à M. le Professeur Réitérer, 15, rue de l'École-de- 
Médecine, à Paris. 11 serait utile que les demandes d'instruments 
nécessaires aux démonstrations lui soient adressées le plus tôt 
possible. 

Quant à la séance particulière que l'Association doit consacrer 
au règlement de ses affaires, elle aura lieu le 1" août à 5 heures 
du soir à l'Amphithéâtre Cruveilhier (Faculté de médecine, 
15, rue de l'École-de-médecine). 

A. Nicolas. 



Tome VIII 4* fascicule. 1900 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE 

REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE 
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE 



BIBLIOGRAPHIE 



t. — OUVRAGES ET ARTICLES DIDACTIQUES 

325 — Aubert (E.). — Histoire naturelle des êtres vivants. T. I, 3« édition: Cours 

d'anatoniie et physiologie animales et végétales, 564 p. — T. II, i ; 
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787 p. avec 110 fig. — T. II, 2 ; 2» édition : Classification, 830 p. avec 
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Un vol. in-8 de 1020 p. avec 427 fig. dans le texte. 1900. Paris, Masson 
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gique, SouLiÉ; Voies biliaires, Charpy; structure, Soulié ; Pancréas, 
Charpy; Histologie, Laguesse; Uate, Picou; Histologie, Laglesse; Péri- 
toine, Fredet (Morphogénèse et Morphologie); Branca (Histologie). — 
1900, Paris, Masson et G". 

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Le Névraxe. (Louvain), 1900, vol. I, n"> 2, p. 139-150. 

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vain), 1900, vol. I, n" 3, p. 279-288. 

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n» 1, p. 79-114 avec 2 pi. 

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(Louvain), 1900, vol. I, n" 2, p. 117-127. 

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n» 12, p. 284-28G. 

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rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n° 13, p. 315-317. 

442 — Id. — Le cylindre-axe, pemlant la dégénération des nerfs sectionnés. — 

Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n° 22, p. 577-580. 

443 — Id. — Sur la régénération des nerfs écrasés en un point. — Comptes ren- 

dus de la Société de biologie. Paris, 1900, n" 22, p. 580-582. 

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Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, u° 19, p. 508-510. 

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n" 2, p. 61-73, avec 5 flg. 

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1900, n"' 1-2, p. 60-89, avec G pi. 

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1900, t. VIH, n' 3, p. 109-182, avec 21 fig. 

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de doctorat en médecine. Paris, 1900. ' 

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(Thouments et I.KL'RS ubkivâs.) 

458 — Cannieu (A.) et Gentes (L.) — Innervation de tous les muscles de rémi- 

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analomique. 1900, t. VIII, n" 2, p. 99-100, avec I fig. 



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463 — Id. — Note sur les plis de flexion de la paume de la main. — Comptes 

rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n° 13, p. 309-311. 

464 — Id. — Note sur les plis d'opposition de la paume de la main. — Comptes 

rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n' 15, p. 370-372. 

465 — Id. — Note sur les empreintes de la paume de la main et de la plante du 
3 pied. — Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n° 24, 

p. 641-643, avec 1 fig. 
Franca. — Voir n° 406. 
Génies. — Voir n" 458. 
Gérard. — Voir n° 476. 

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Martinotti. — Voir n° 419. 
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471 — Id. — Les voies descendantes des tubercules quadrijumeaux supérieurs. 

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472 — Id. — Le faisceau de v. Monakow. Faisceau raésencéphalo-spinal latéral. 

— Le Névraxe. (Louvain), 1900, vol. I, n", 2 p, 153-170 avec 23 fig. 



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n" 2, p. 173-197, avec 20 fig. 

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vol. 1, n° 3, p. 249-2G9. 
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Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n' 21, p. 547-549, 
avec fig. 
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— Journal de V anatomie et de la physiologie. 1900, n" 3, p. 323-357, 
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— Bibliographie anatomique. 1900, t. YHI, n"> 2, p. 101-102. 

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rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, ii" 25, p. 679-681. 
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(DKRTS, ApPARBIL. RE8FIKATOIRK, COBPS TIIYRoIdR ET THTMUS.) 

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rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n" 25, p. 700-701. 
Cunéo et Delamare. — Voir n"" 487 et 488. ^'^ 

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de la Société de biologie. Paris, 1900, n° 19, p. 513-516. 
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(MOMOOR&PHIBS. — TRiLTAUX BBHFBRU&HT OKS RBH8EIOXRURNT8 BIOLOQIQUBS. DbSCBBDABCB.) 
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— Comptes rendus de la Société de biologie. — Paris, 1900, n" 23, p. 603- 
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524 — Ribaucourt (Ed. de). — Sur quelques détails de Tanatomie comparée des 

• Lombricides. — Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, 
n» 12, p. 299-300. 
625 -^ Trouessart (E.). — Faux parasitisme d'une espèce deSarcoptide délriticole 
{Histiogaster spermaticus n. sp.) (}ans un kyste du testicule chez 
l'homme. — Comptes rendus de la Société de biologie. Paris, 1900, n' 27, 
p. 742-744. 



TRAVAUX ORIGINAUX 



SUR LES RAPPORTS DES MUSCLES DE L'EPAULE 

AVEC L'ARTICULATION SCAPULO-HUMÉRALE 

Par le D' G. GÉRARD 

CHEF DBS TBATACX -ANATOMKtnBS A LA FACULTÉ DB UÉDBOINB DB LILLI 



L'articulation de l'épaule est des mieux connues, et un travail quelconque 
sur cette partie de l'anatomie descriptive peut sembler superflu. Cependant, 
les recherches que j'ai poursuivies, depuis 1894, sur plus de 200 pièces 
m'ont montré qu'il était possible d'insister sur quelques points, et c'est ce 
qui me fait publier cet article. 

La description des articulations, telle qu'elle est comprise dans les traités 
classiques, a le mérite de suivre un plan, toujours le même ; il est utile, au 
point de vue didactique, de considérer successivement les surfaces articu- 
laires, les revêtements cartilagineux, la capsule et ses faisceaux de renforce- 
ment, la synoviale. Cette méthode, bonne pour ceux qui sont familiarisés 
avec la dissection, a l'inconvénient de dérouter les débutants, qui, théori- 
quement, considèrent l'arlhrologie comme inabordable et, pratiquement, se 
demandent comment on peut arriver sur une capsule aux ligaments compli- 
qués, qui ne savent pas qu'en somme, le plus souvent, la préparation d'une 
articulation quelconque se réduit à une dissection de muscles bien poursuivis 
jusqu'à leurs insertions. 

Les critiques que j'entends journellement formuler par les étudiants de 
Lille m'ont fait voir qu'il était utile d'insister plus qu'on ne le fait généralement 
sur les rapports des muscles qui entourent une articulation ; j'ai choisi la 
scapulo-humérale qui, par ses plans superposés, m'a semblé propre à une 
vue d'ensemble ; elle se prête à une description en quelque sorte schéma- 
tique par l'agencement de ses diverses parties, la rareté de ses anomalies, 
la disposition typique de sa capsule et ses connexions avec le manchon mus- 
culaire des trochanters, la netteté de ses ligaments intrinsèques. L'immigra- 
tion des tendons du biceps et du sous-scapulaire dans l'articulation, mais en 
dehors de la synoviale, offre un intérêt de plus. 

Je l'ai étudiée de diverses façons : j'ai particulièrement apprécié Putilité 
des coupes ; pratiquées suivant les différents axes » sagittal, frontal, hori- 



208 BIBLIOGRAPHIE AN ATOMIQUE. 

zontal, oblique, — elles seules peuvent bien montrer l'importance des 
muscles périarticulaires, leur intervention immédiate dans les mouvements, 
leurs connexions intimes avec la capsule. Les figures, que j'ai faites le plus 
exactement possible, compléteront les démonstrations. 

Procédant de dehors en dedans, j'examinerai .successivement : 

I) Les muscles de protection et Tarc-boutant acromio-claviculaire ; 

II) La couronne musculaire périarticulaire des trochanters ; 

III) Le tendon du long biceps et le bourrelet glénoïdien; 

IV) Les surfaces articulaires et les franges synoviales. 

Ces points sont inégalement développés ; il est inutile de rappeler ce qu'on 
trouve partout, et j'essaierai d'être assez éclectique pour insister particu- 
lièrement sur les muscles. On ne s'étonnera pas de l'importance que j'attri- 
bue au bourrelet glénoïdien; je considère en effet cette formation comme 
étant sous la dépendance du long biceps et je m'attache à le démontrer. 

I. La sangle externe de protection. — L'articulation scapulo-humérale 
est bien protégée partout: en haut, en dehors, en avant, en arrière. Une 
première ceinture la garantit, constituée en haut par l'union de l'acromion et 
de la clavicule, en haut et en avant par la coracoïde, en arrière, en dehors et 
en avant, par des muscles. 
; Une seconde ceinture la maintient, encerclant la capsule de tous les côtés. 

Dans la couche externe de protection, il faut examiner successivement 
chacun des éléments qui la constituent; ils ont tous leur importance. 

Quand le bras est pendant le long du corps, la voûte acromio-claviculaire 
surplombe, garantissant comme d'un auvent toute la partie postéro-supérieure 
de l'articulation; elle est encore protégée en haut et en arrière par le bord 
externe de l'acromion, en avant et en dedans par la bandelette acromio- 
claviculaire. 

De cette voûte osseuse part le large éventail musculaire constitué unique- 
ment par le deltoïde, qui est le véritable muscle de garantie de l'énarthro.se. 

On a voulu quelquefois considérer au deltoïde trois portions distinctes : 
antérieure ou claviculaire, moyenne ou acromiale, postérieure ou scapulaire. 
Bien qu'à mon avis, il soit anatomiquement difficile d'individualiser ces trois 
portions, cette division peut avoir sa raison d'être, si l'on considère les diverses 
coupes de l'articulation : sagittale, frontale et horizontale. 

C'est le deltoïde qui, à lui seul, constitue le manchon musculaire externe; 
la direction de ses fibres, divergentes à partir de l'empreinte humérale, 
montre combien sont importants son épanouissement et la ligne étendue de 
ses insertions qui couvre la couronne musculaire des trochanters, aussi bien 
en arrière qu'en avant. 

• Ce rôle de couverture est au maximum dans les mouvements de rotation 
externe ou interne. 'Mais ici il faut faire intervenir le grand pectoral qui, par 



TRAVAUX ORIGINAUX. 209 

ses faisceaux claviculaires, complète le deltoïde ; l'aponévrose, qui le réunit à 
* lui, rend leur action synergique ; une coupe sagittale montre immédiatement 
leur intervention réciproque. 

Poirier admet très bien le rôle du deltoïde, « qui, par sa tonicité, contri- 
bue à maintenir le contact entre les surfaces articulaires de l'articulation de 
l'épaule ». Ce muscle agit de différentes façons: 1" verticalement de bas en 
haut, en diminuant le tiraillement du membre supérieur; si, sur le cadavre, 
en effet, on coupe transversalement le deltoïde, il suffît d'exercer une faible 
traction sur le membre supérieur pour que la tête quitte la cavité glénoïde ; 
2" obliquement en haut et en avant ; cette action est complétée par le grand 
pectoral ; 3° obliquement en haut et en arrière. 

Dans 1^ sangle de protection, il faut encore considérer le second plan 
musculaire, « celui du petit pectoral et du coraco-brachial uni au chef interne 
du biceps » (Farabeuf). Le coraco-biceps n'a qu'une importance secondaire; 
il contribue au maintien de la tête en avant et en dedans; mais son inlluence 
est minime, la fréquence des luxations en avant le prouve. . ^^. 

En somme, en dehors, l'arliculalion est protégée par une courbe ostéo- 
musculaire constituée de la façon suivante : 

1° Par l'auvent acromio-claviculaire qui dépasse l'extrémité supérieure de 
l'humérus de 3"°, 5 à 4"" ,5 (4 centimètres au sommet de Facromion, d'après 
Carpentier) et garantit surtout l'articulation en haut et en arrière (voir les 
coupes) et d'autant plus que les mouvements du bras et de l'épaule en de- 
hors sont plus étendus; 

2° Par le deltoïde, muscle principal qui contribue indirectement au main- 
lien de la tête dans la glène ; 

3° Accessoirement: par le grand pectoral, qui n'agit que par son chef supé- 
rieur ; par le groupe coraco-biceps. 

La longue portion du biceps qu'on peut rattacher à la sangle musculaire 
externe, et dont j'indiquerai plus loin les insertions en détail, maintient éga- 
lement la tête contre l'omoplate; sur une coupe oblique ou mieux sur une 
articulation simplement disséquée, on voit que le lendoji intra-articulaire 
s'engage au-de.ssus de la tète, puis dans la coulisse bicipitale comme une 
corde dans la gorge d'une poulie ; son action tonique est antagoniste à la fois 
de celle du deltoïde et du .sus-épineux, et limite tout déplacement en haut. 
L'action du coraco-brachial et du court biceps est différente, suivant que l'in- 
sertion fixe de leurs fibres se trouve en haut ou en bas. 

Je n'insiste pas sur la coracoïde et le ligament acromio-coracoïdien qui 
n'ont qu'un rôle passif. 

Avant d'examiner la couronne musculaire des trochanters, je tiens à dire 
un mot des aponévroses de l'aisselle. J'ai eu Poccasion, dans de nombreuses 
dissections, de les poursuivre attentivement, et je donne ici une opinion per- 
sonnelle sur ce sujet toujours en discussion. 

BIBMOaR. AKAT., T. VIII, FABO. 4. ]4 



210 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Il faut considérer séparément: l'aponévrose du deltoïde, les aponévroses 
des muscles du manchon articulaire, l'enveloppe du paquet vasculo-ner- 
veux. 

1" Les points qui sont bien établis et acceptés sont les suivants : 

a) Uaponévrose du deltoïde enveloppe complètement le muscle; en dehors, 
elle envoie des prolongements entre ses faisceaux; en-dessous, elle est mince 
et présente une bourse deltoïdienne toujours très développée. Elle se con- 
tinue sur tous iCS muscles voisins : en avant, sur le grand pectoral ; en arrière, 
sur le sous-épineux; en haut, sur le petit pectoral; en dedans, elle adhère 
intimement à une partie du ligament acromio-coracoidien et on peut la suivre 
également sur les ligaments conoïde et trapézoïde. 

b) Uaponévrose du sus-épineux, insérée au bord supérieur de l'épine sous 
le trapèze, au bord supérieur de l'omoplate, au bord postérieur du ligament 
acromio-coracoïdien, au niveau duquel elle se dédouble en partie pour for- 
mer une loge bien nette, séparée du ligament par de la graisse, rattachée à 
Facromion et à la coracoïde, constituant ainsi un tunnel fibreux net, bien 
que l'aponévrose soit très amincie à ce niveau. On peut admettre qu'au bord 
antéro-externe du ligament acromio-coracoidien elle se continue avec celle 
du sous-épineux ; c'est par son entremise qu'au niveau du grand trochanter 
le sus et le sous-épineux semblent ne faire qu'un. 

c) L'aponévrose du sous-épineux, sous laquelle le muscle s'attache comme 
le précédent, s'insère au bord spinal et au bord inférieur de l'épine, sous le 
deltoïde. Elle se poursuit en s'amincissant sur le petit rond et fusionne les 
deux muscles, souvent d'une manière indivisible. 

2" Les connexions des aponévroses du grand, du petit pectoral et du 
grand dorsal, la constitution de l'enveloppe du paquet vasculo-nerveux sont 
plus discutées : 

Voici comment on peut comprendre ces feuillets. Les gaines d'enveloppe 
du grand et du petit pectoral forment des loges complètes; celle du dernier 
muscle continue l'aponévrose cervicale moyenne par l'entremise du sous- 
clavier (ap. cervico-clavi-coraco-pectorale). L'aponévrose brachiale interne 
n'est ferme et épaisse qu'à partir du bord inférieur du grand pectoral, et la 
gaine de l'humérale et du médian est une de ses dépendances. Vers l'aisselle, 
elle est limitée par des fibres en arc à concavité inférieure, qu'on peut rap- 
procher du repli falciforme, arc brachial de Langer, admis par Poirier (Myo- 
logie, p. 161). Cet arc va du grand pectoral à la gaine des vaisseaux, puis au 
groupe grand dorsal, grand rond, et plus en arrière encore, à la longue portion 
du triceps (voir la coupe frontale); il s'amincit un peu au-dessus du bord 
inférieur du grand pectoral; et bien qu'on puisse poursuivre l'aponévrose 
des muscles jusqu'au sommet de l'aisselle, bien que, d'après Poirier, il n'exis- 
terait pas et ne pourrait exister d'aponévrose de la base, je pense que la 
toile fibreuse, réduite, il est vrai, qui unit le grand pectoral au grand dorsal 



TRAVAUX ORIGINAUX. 211 

représente ce feuillet de la base. J'estime en effet que du bord inférieur du 
grand pectoral se détache un fascia qui va jusqu'au grand dorsal et forme le 
plancher de la pyramide axillaire; en bas et en dedans, il se jette sur les 
aponévroses du biceps et du triceps, dont on peut le détacher sous la forme 
d'une lame très mince qui recouvre également le paquet vasculo-nervewx ; 
c'est une sorte de fascia superficialis qui double la peau de la base de l'ais- 
selle, qui se continue directement en avant sur le grand pectoral, en arrière 
sur le grand dorsal, en haut sur le paquet vasculo-nerveux, et dont les rela- 
tions avec les diverses aponévroses voisines en dedans, avec la peau en 
dehors, contribuent à former la concavité de la base de l'aisselle. 

Le feuillet postérieur du grand pectoral se continue en haut sur le coraco- 
biceps et se jette sur la gaine vasculo-nerveuse. 

Il est certain qu'il est des plus difficile d'interpréter les aponévroses de 
l'aisselle; cela tient au nombre des artères, veines et nerfs qui les traversent 
en des points multiples; il y aurait peut-être lieu de chercher une identifica- 
tion avec les feuillets du triangle de Scarpa, et de découvrir dans l'aisselle 
une aponévrose semblable au fascia cribriformis de la cuisse. .,,,, 

II. Le manchon musculaire des trochanters. — Représenté par les 
quatre muscles : sus-épineux, sous-épineux*, petit rond en arrière, sous- 
scapulaire en avant, il figure sur une coupe frontale un fer à cheval ouvert 
en bas, dont les branches — antérieure et postérieure — sont également 
développées. En avant, « la hauteur du sous-scapulaire au niveau de l'articu- 
lation est en général de 5 centimètres; il recouvre par conséquent tout son 
côlé interne, de même que le sous-épineux et le petit rond dans le mouve- 
ment inverse recouvrent tout son côté externe ». (Sappey, II, 289.) En arrière, 
« le petit rond, réuni au sous-épineux, offre, au niveau de la tête humérale, 
une hauteur de 5 centimètres, égale à celle du sous-scapulaire ». 

.Te reviens ici sur la ceinture de protection propre à ces muscles et qui 
est constituée: pour le sous-scapulaire, par la coracoïde et le coraco-biceps; 
pour le sus-épineux , par le ligament acromio-coracoïdien ; pour le sous- 
épineux, par l'acromion. 

Ces muscles sont en contact intime dès qu'ils arrivent à l'humérus. Au 
niveau du pédicule de l'acromion, le sus-épineux s'accole au sous-épineux ; 
le sous-épineux est de même accolé au petit rond; celte fusion se fait par 
une aponévrose commune qui va se confondre, au delà du trochanter, avec le 
périoste de la face externe de l'humérus. Par leur face interne, ils vont faire 
corps avec la capsule, très mince en haut, un peu plus épaisse en arrière, où 
l'adhérence du petit rond est d'ailleurs moins considérable. 

Malgré leur union intime sur le manchon capsulaire, on peut considérer 
séparément : 

1* Le sous-scapulaire qui maintient la tête en avant ; 



212 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



2° Le vSus-épineux qui la maintient en haut et qui a pour antagoniste la 
longue portion du biceps ; 

3° Le groupe sous-épineux-petit rond, qui la maintient en arrière. 

Leur insertion immédiate sur la capsule, leur participation dans les mou- 
vements de rotation et d'abduction de la tête en font des dépendances directes 

Xrt. iiCr- cIav- 




FiG. 1. — Le sus-épineux sous la voûte ; la longue portion du biceps. 

Coupe sagittale de l'épaule droite (portion antérieure) passant à peu prés par le milieu de la cavité 
glénoïde et montrant : 1. Le tendon du sus-épineux, séparé de l'aoromion par la bourse sous-acro- 
miale. — 2. (Divisée par une expansion en sous-acromialc (2) et sous-deltoïdienuc, 2'). — 3. Longue 
portion du biceps vu en coupe en 3'. — 4. Son expansion en avant sur le ligament sus-gléno-sus- 
huméral, en bas #ur la longue portion du triceps. — 5. Bourse du sous-scapulairc. — 6. Espace ar- 
tificiel. 

de la capsule qu'ils renforcent très solidement, de véritables ligaments actifs. 
Ils constituent la collerette profonde périarticulaire et leur disposition est en 
rapport avec les mouvements les plus importants, non seulement de l'épaule, 
mais du bras. Ces mouvements, on le sait, sont des plus étendus et sont 
possibles grâce à la laxité de la capsule ; et le rôle de cette ceinture muscu- 
laire active est surtout de les limiter; il y a, en effet, antagonisme parfait 
entre le sous-scapulaire et le groupe postérieur de même hauteur: le sous- 
scapulaire est à son maximum d'allongement quand la grosse tubérosité 
vient s'arc-bouter contre le bord postérieur de la glène (rotation externe); 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



213 



le sous-épineux et le petit rond sont de même distendus lorsque, enroulés 
sur la tète dans le mouvement de rotation interne, la petite tubérosité vient 
buter sur le bord antérieur de la cavité glénoide. 

Le sus-épineux limite l'adduction dans une certaine mesure; mais il semble 
que c'est lui qui a surtout pour fonction de maintenir la tête en contact par- 
lait contre la glène. 

La coupe frontale de l'articulation passant par la partie moyenne de la tête 
montre bien la succession des divers plans de l'articulation. Du centre à la 
périphérie, on trouve : 

1° La tête de l'humérus, limitée de toutes parts par le sillon intra-arliculaire, 
avec, à la partie supérieure, la coupe du tendon du long biceps ; 




Fia. i. — Coupe frontale schuinatique montrant le» divers plans superposés autour de la ttite bumé- 
raie et Murtout le manchon des trochauturs (|ul renforce la capsule (scapnlo-humérale gauche, seg- 
nient externe). 



1, Této de l'humérus. (Les flèches limitent le 
fer à cheval du nianchoa des trochanterg.) 

8. Cavité articulaire. 
3. Ijong biceps. 

4 et 8. Capsule articulaire. 
6. Coracoïde. 

6. Ligament acromio-coracoldion. 

7. Bourse sous-deltoldienne. 

9. Sus-épineux. 



10. Sous-épinenx. 

11. Petit rond. 

18. Sous-scapulaire. 

l.H. Groupe coraco-biceps. 

U. 14. Deltoïde. 

15. fîrand pectoral. 

16. Clavicule. 

17. Articulation cléido-acromiale. 

18. Acroraion. 



214 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

2° La capsule articulaire, lâche et peu résistante en haut, lâche mais solide 
en bas, renforcée en avant par le tendon intra-articulaire du sous-scapulaire; 

3° Le manchon musculaire des trochanters, libre à la partie inférieure (fer 
à cheval interne) ; 

A" La couche ostéo-fibro-musculaire de protection (fer à cheval externe), 
également libre en bas. Les muscles de cette couche superficielle ont une 
direction à peu près perpendiculaire à celle des muscles de la couche pro- 
fonde. 

III. Bourrelet glénoïdien et longue portion du biceps. — t Le bour- 
relet glénoïdien, dit Cruveilhier, semble être le résultat de la bifurcation 
du tendon de la longue portion du biceps; mais il se compose en grande 
partie de fibres conjonctives propres... ; on trouve aussi çà et là des fibres 
qui croisent perpendiculairement les fibres circulaires... » 

D'après mes recherches, il me semble absolument logique de décrire le 
bourrelet glénoïdien en même temps que le long biceps. Leurs connexions 
sont intimes, et il est impossible de les séparer par la dissection. 

Bien que les variations individuelles soient nombreuses, je propose le 
schéma général suivant : 

L'articulation étant ouverte par une coupe sagittale, on voit, non pas la 
forme elliptique de la glénoïde, mais bien une cavité hémisphérique dont le 
fond, formé par le cartilage d'encroûtement, se continue de toutes parts avec 
le bourrelet, et dont les parois sont limitées : en haut, par la longue portion 
du biceps ; en avant, par le tendon intra-articulaire du sous-scapulaire; en bas, 
par le bourrelet et le long triceps; en arrière, par le bourrelet et le sillon 
bicipito-glénoïdien. 

Je ne reviens pas sur le sous-scapulaire dont la disposition est bien connue; 
je rappelle simplement ses rapports avec le ligament sus-gléno-pré-huméral. 

Le tendon du long biceps doit nous arrêter plus longtemps. De son inser- 
tion supérieure, en effet, part un faisceau d'expansions, en grande partie 
glénoïdiennes^ qu'on peut décrire séparément : 

1" L'insertion principale du long biceps se fait à la partie supérieure de la 
glëne, entre son bord et l'insertion supérieure de la capsule, sur le tubercule 
supra-glénoïdal de Henle, de développement très variable. Sur une coupe 
verlico-lransversale, elle apparaît sous la forme d'un triangle dont la base, 
sus-glénoidienne, présente en dehors une légère encoche continuant le rebord 
de la glène, dont le bord supérieur, le plus long, est recouvert par la capsule 
contre le col glénoïdien, puis par la synoviale — portion articulaire, — dont 
le bord inférieur contribue à former la partie supérieure de la cavité hémi- 
sphérique. 

Sur une coupe frontale, passant par la partie moyenne de la tête, l'inser- 
tion est figurée par un plein cintre à concavité inférieure, continue en avant 



TRAVAUX ORIGINAUX. 215 

et en arrière avec le bourrelet glénoïdien. Sur une coupe horizontale, elle 
apparaît sous la forme d'un ovoïde très allongé, continu avec la capsule. 

De l'insertion centrale, très solide, partent des expansions vers la cora- 
coïde, en avant et en arrière des insertions glénoïdiennes. 



•^. 




i(" 



Via. 3. — Schéma. La collerette périglénoïdiennc et le long biceps. Insertions et conneziona de la 

longue portion du biceps. 
CIronpe A. — Fibres antérieures comprenant des expansions sur le ligament sus-gléno-sus-huméral 

(1) — «nr le ligament .sus-gléno-pré-huniéral (très importantes) [2] — sur la partie antérieure du 

bourrelet glénoïdien : constantes (3), inconstantes (3'). 
ftroupe P. — Fibres postérieures comprenant des expansions k la partie postérieure et inférieure do 

bourrelet (4) — à la rugosité sous-glénoïdienne pour la longue portion du triceps (5). 
(Épaule gauche d'adulte ouverte en avant.) 

2° L'expansion vers la coracolde ; elle est dirigée en haut, en avant et un 
peu en dehors. Malgaigne avait déjà vu son importance, puisqu'il enseignait 
« que le biceps ne s'in.sérait pas directement au sommet de la glénoïde, mais 
à une tubérosité très prononcée qui termine le bord externe de l'apophyse 
coracoïde ». (Carpentier.) 



216 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Les trousseaux antérieur et postérieur s'insèrent sur le bourrelet glénoï- 
dien, se confondent avec lui, le forment presque entièrement. 
3° Le trousseau antérieur comprend : 

a) Des fibres pour le ligament sus-gléno-sus-huméral ; 

b) Des fibres, très importantes, bien visibles, pour le ligament sus-gléno- 
pré-huméral, confondues à leur extrémité avec le sous-scapulaire (portion 
articulaire) ; 

c) Des fibres qui suivent la partie antéro-supérieure du bourrelet glé- 
noïdien ; 

c) Des fibres inconstantes qui continuent les précédentes en avant et 
en bas. « 

Ces expansions antérieures ne sont pas toujours très nettes, sauf les 
moyennes {b, ligament moyen) qui sont bien visibles et indiquées par un 
trait plus épais sur le schéma. 

4° Le trousseau postérieur, épais, suit la partie postérieure du bourrelet. 
On peut y distinguer : 

a) Des fibres qui 'vont jusqu'à la partie inférieure de la glène ; 

b) Des fibres qui suivent tout le bourrelet jusqu'à l'iiisertion du long triceps. 

En résumé, le long biceps, à son insertion, figure un tendon, placé à cali- 
fourchon sur la glène (expansions inférieures), couché à plat ventre sur la 
tète de l'humérus (longue portion proprement dite) entouré de toutes parts 
par la synoviale qui le revêt et lui évite le contact immédiat de la tête hu- 
mérale. 

Les expansions antéro-inférieures varient peu; Poirier {Anat.,\,fi']i) 
avait signalé la part que prend le bourrelet glénoidien dans la formation des 
ligaments sus-gléno-sus-huméral et sus-gléno-pré-huméral. 

Les expansions supérieures sont à peu près constantes aussi ; je dois dire 
n'avoir jamais trouvé les fibres tendineuses, dont parle Carpentier (p. 23), 
qui partiraient de Tinserlion coracoïdienne du petit pectoral, passeraient sur 
la face convexe de cette apophyse et viendraient en arrière renforcer le 
bourrelet glénoidien. 

La disposition du trousseau postéro-inférieur est beaucoup plus variable ; 
on peut la ramener à quatre formes principales : 

1° Le bourrelet glénoidien est adhérent à toute la glène et se continue di- 
rectement en arrière avec la capsule ; 

2° 11 est séparé du cartilage d'encroûtement par un sillon qui se voit sur- 
tout bien dans une coupe horizontale passant par la partie moyenne de la ca- 
vité glénoïde; 

3° Le sillon gléno-glénoidien s'exagère au point que le bourrelet s'insère 
presque exclusivement sur la capsule; 

4° L'abondance des fibres bicipitales postérieures peut être telle, que le 
bourrelet est séparé de la capsule en arrière par un sillon qui peut arriver 



TRAVAUX ORIGINAUX. 217 

dans certains cas jusqu'au tubercyle ^ous^lénoidien. C'esl ce que j'appellerai 
le sillon bicipito-glénoïdien, constant vers le tiers supéro-poslérieur du bour- 
relet, mais pouvant arriver, comme dans le schéma, jusqu'au-devant du corps 
charnu du petit rond. 

Le bourrelet glénoïdien, dans une vue d'ensemble, présente donc : 

1° Une portion coracoidienne, périarticulaire d'après âssakv, formée par 
des fibres provenant du long biceps ; 

:2'' Une portion supérieure, constituée en grande partie par le long biceps 
proprement dit, limitée en arrière par le sillon bicipito-glénoïdien ; 

3° Une portion antérieure, limitée en avant par le foramen ovale de Weit- 
BRECHT, renforcée par les expansions bicipitales antérieures qui vont aux 
ligaments supérieur et moyen ; 

4° Une portion postérieure, formée presque exclusivement des expansions 
postérieures du long biceps ; 

5° Une portion inférieure axillaire, limitée en bas par le croissant infra- 
glénoïdien, renforcée par les fibres ultimes du long biceps postérieur; 

6° Des fibres perpendiculaires aux précédentes qui le renforcent dans toute 
son étendue. 

Mon opinion est qu'il faut accepter entièrement cette idée, déjà en partie 
soutenue par Morris {Anatomy of the joints) et rappelée très timidement par 
les classiques, que le tendon du biceps — longue portion — envoie des expan- 
sions en avant et en arrière de la glène jusqu'au long triceps, et qu'il forme 
la majeure partie du bourrelet glénoïdien. 

IV. Les surfaces articulaires. — On a beaucoup insisté, et avec raison, 
sur la dillerence (|ui existe entre le volume de la tète de l'humérus et la ca- 
vité glénoide. 

La tête humérale est environ trois fois plus volumineuse que la glène ; 
bien qu'on admette encore généralement que la couche de cartilage qui la 
revêt est plus épaisse au centre qu'à la périphérie, je pense qu'il est préfé- 
rable de dire que, ici plus que dans n'importe quelle articulation, son épais- 
seur est en rapport avec le degré de pression; le cartilage d'encroûtement 
est surtout développé en haut, en arrière et en dedans; il fornie un revête- 
ment presque continu dans les parties qui sont constamment en contact avec 
la glène, et va en s'amincissant régulièrement vers les trochanters. 

La cavité glénoide est des plus intéressantes à examiner : placée à la partie 
externe de l'angle externe et articulaire de l'omoplate, qu'il vaudrait mieux 
appeler apophyse glénoide (Carpentier), elle a été surtout bien étudiée par 
AssAKY. Je pense qu'il est possible d'admettre avec lui, aussi bien quand 
l'humérus se déplace (|ue lorsque l'articulation se trouve au repos, une « zone 
de contact parfait », large d'environ 1 centimètre, au point où les pressions 
sont les plus fortes et les frottements plus prononcés. 



'ZlG BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

J'admets également très bien la division en portion coracoïdienne et por- 
tion axillaire. Le rôle différent de ces deux portions est évident. 

L'apophyse coracoide et la portion coracoïdienne ont une part dans le rôle 
de protection que j'ai attribué surtout à la couche ostéo-musculaire externe. 
Chez les animaux inférieurs, les solipèdes en particulier, les apophyses de 
l'omoplate sont petites ; les tubérosités de l'humérus, par contre, sont volu- 
mineuses et empiètent sur la jointure (Bertaux). Chez l'homme, l'acromion 
et la coracoide sont larges, bien développés, mais éloignés de l'articulation ; 
je rappelle encore ici l'importance de l'auvent ostéo-fibreux de la couche 
externe de protection. 

La portion axillaire a la véritable fonction de support; appliquée sur le 
bord axillaire de l'os, dont l'architecture solide s'explique par « les pressions 
transmises par l'humérus à la cavité glénoïde et au bord axillaire > (Poirier), 
el'e est constituée par un tissu compact, contrefort osseux capable de sup- 
porter la traction continue exercée par le poids du membre supérieur, et re- 
couverte d'ailleurs d'un cartilage plus épais qu'à la portion supérieure. La 
largeur plus grande de la cavité glénoïde à la partie inférieure me semble 
une conséquence directe des pressions de la tête en cet endroit, et sa forme 
ovalaire à grand axe vertical est en relation avec les mouvements d'élévation 
du bras. 

La présence du bourrelet glénoïdien, l'épaisseur de son croissant inférieur 
d'ime part, les muscles du manchon musculaire péricapsulaire d'autre part, 
compensent largement la disproportion qui existe entre la tête et la glène et 
assurent le contact absolu des surfaces en présence ; sur une coupe frontale, 
on voit que du côté de l'omoplate la cavité articulaire s'adapte exactement 
sur la moitié interne au moins de la partie humérale. Il faut d'ailleurs insister 
sur la direction des muscles qui n'est pas absolument horizontale ; à partir 
des fosses sus et sous-épineuses, comme de la fosse sous-scapulaire, les fibres 
musculaires vont en convergeant vers les trochanters pour embrasser exacte- 
ment la tête. 

On voit que toutes les parties molles de l'articulation scapulo-humérale, la 
rapsule lûche et souple dans toute son étendue, le bourrelet glénoïdien, et 
surtout les muscles du manchon des trochanters sont disposés eii vue de 
l'étendue, de la facilité et de la complexité des mouvements. 

Les franges synoviales. — D'après la description classique, la synoviale 
s'avance jusqu'à la face externe du bourrelet glénoïdien. 

Les franges synoviales sont très inégalement développées ; elles m'ont gé- 
néralement semblé en rapport avec le volume des muscles périarticulaires. 

Je ne parlerai pas des prolongements inconstants de l'échancrure glénoï- 
dienne et de la bourse du sous-scapulaire, non plus que des replis soulevés 
par des brides fibreuses soulevées du côté de l'humérus. 

Je signale simplement certaines dispositions que j'ai observées : les franges 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



219 



peuvent s'interposer entre la tête et la glène et constituer un véritable mé- 
nisque ; s'insinuer au-dessous de l'insertion du long biceps ; s'invaginer dans 
le sillon bicipito-glénoidien (voir plus haut), puis repasser en franges plus 
ou moins nettes au-dessus du bourrelet; former à la partie supérieure de la 
cavité glénoïde un repli sinueux tendu de là capsule au tendon du biceps. 

Leur disposition n'a généralement rien de régulier, et il est fréquent de 
voir au-dessus du bourrelet glénoïdien des replis irréguliers qui peuvent le 
recouvrir dans toute son étendue. 



LiioBNDB COMMUNE AUX FiouEES 4, 5, 6 BT 7. (Pagcs gaivanteg.) 



1. Têto de l'humérus. 


17. 


Articulation cléido-acl-omiale 


2. Cavité articulaire. 


18. 


Acroinion. 


3. Long biceps. 


19. 


Cavité glénoïde. 


4. Cavité articulaire. 


20. 


Omo-hyoïdien. 


5. Ap. coracolde. 


21. 


Articulation axillaire. 


6. Ligament acromio-coracoïdien. 


22. 


Plexus brachial. 


7. Bourse souB-deltoIdienne. 


23. 


Angulaire. 


9. Sus-épineux. 


24. 


Petit pectoral. 


10. Sous-épineux. 


25. 


Sous-clavier. 


11. Petit rond. 


26. 


Long triceps. 


13. SottS-scapulaire. 


27. 


Grand rond. 


12'. Fosse sous-scapnlaire. 


28. 


Grand dorsal. 


13. Groupe coraco-biceps. 


29. 


Trapèze . 


14. Deltoïde. 


30. 


N. circonflexe. 


15. Grand pectoral. 


31. 


M. grand dentelé. 


16. Clavicule. 







220 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 




TRAVAUX ORIGINAUX. 



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BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 







TRAVAUX ORIGINAUX, 



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A PROPOS DES CELLULES SÉMINALES TÉRATOLOGIQUES 



PAR 

Cl. REGAUD 



La note de Maximow* parue dans le dernier fascicule de la Bibliogra- 
phie anatomique contient : 1° une réclamation de priorité ; 2" la contestation 
de quelques-uns des faits et des interprétations avancés par moi*. 

Maximow^ a décrit en effet avant moi les cellules séminales à noyaux 
multiples. Il les a observées dans des conditions pathologiques nettement 
différentes des conditions physiologiques oii je les ai trouvées après lui. II les 
a produites expérimentalement chez divers animaux, en blessant le testicule, 
généralement en le piquant avec une aiguille rougie au feu. La blessure 
détermine, autour d'une zone centrale nécrosée, une deuxième zone où les 
cellules séminales subissent une nécrobiose lente. Les cellules à noyaux 
multiples se rencontrent dans cette deuxième zone, ainsi que dans une troi- 
sième qui étabUt la transition avec le tissu sain. La description que donne 
Maximow de ces tératocytes^ est, à certains égards, plus complète que la 
mienne. L'auteur a travaUlé sur un matériel abondant; ses descriptions parais- 
sent exactes et ont trait non seulement aux cellules à noyaux multiples, mais 
à l'ensemble des lésions produites; son mémoire est accompagné de re- 
cherches bibliographiques étendues et d'excellents dessins. Je regrette donc 
vivement de ne pas avoir eu connaissance de cet important travail quand j'ai 
rédigé mon propre article. 

Le travail de Maximow a paru environ six ou huit mois avant le moment 
où j'ai envoyé le mien. Peut-être pourrai-je dire, à ma décharge, que les 
histologistes n'ont pas souvent l'occasion de feuilleter les Ziegler's Beitràge, 
et que les revues bibliographiques d'anatomie normale (par exemple celle de 
V Anatomischer Anzeiger) ne tiennent pas suffisamment compte de cet impor- 
tant recueil. En matière de spermatogénèse, la littérature anatomique est 
si riche, que nul ne peut se flatter de ne pas commettre d'oubli involontaire. 
En voici un exemple. Les cellules séminales à noyaux multiples ont été plus 



1. Maximow (Alex.), Bemerkungen zu der Arbeit von Cl. Regadu : « Évolution tératolo- 
gique des cellules séminales, etc. » [Dibliogr. anal., t. VIII, fasc. 3, 1900). 

2. Regaud (Cl.), Évolution téralologigue des cellules séminales. Les spermatides à noyaux 
multiples chez les Mammifères. (Bibliogr. anal,, t. Vlll, fasc. 1, 1900). 

3. AI. Maximow, Die histologische Vorgange bel ^r Heiluugvon Hodenverletzungen und 
die Hegenerationsfâhigkcit des Hodengewebes. {Ziegler's Beitràge zur palh. Anal, und 
zur allgem. Pathologie, Bd XXYI, 1899, p. 230-319, pi. XIII et XIV.) 



TRAVAUX ORIGIiNAUX. 225 

OU moins bien décrites par des auteurs que nous n'avons cités ni Maximow 
ni moi : von Ebner(1871) et Sertoli (1877). Von Ebner' (p. 29) nie d'abord 
coniplètemeiil l'existence des cystes à noyaux multiples dans lesquels Kôlliker 
(et d'autres auteurs après lui) faisaient naître les spermatozoïdes. Mais, par' 
contre, il a fréquemment rencontré, chez la souris, dans des tubes à sper- 
matogénèse partielle (tubes à fécondité diminuée, ou tubes stériles), des 
cellules à noyaux multiples. Il pense que ces éléments n'ont rien à voir avec 
le développement normal des spermatozoïdes, et il les considère comme des 
productions accidentelles. Sertoli ' décrit (p. 40 et suiv. du tir. à part) et 
figure (pi. IV, fig. 9) des spermalides à noyaux multiples, qu'il appelle néma- 
toblastes composés. Fait important, il décrit (p. 52) et figure (fig. 16) des 
stades de développement de ces nématoblastes composés en spermatozoïdes 
monstrueux. Il est absolument certain que les cellules à noyaux multiples 
vues par ces deux auteurs ne résultent pas de l'agglomération de cellules 
uninucléées sous l'influence des réactifs; ce sont bien des lératocytes. Peut- 
être en est-il aussi de même de certains des cystes de Kôlliker et de 
La Valette Saint-George. En relisant avec soin les nombreux travaux, 
relatifs à la spermatogénèse, j'aurai probablement l'occasion de réparer des 
oublis du même genre. D'ailleurs, dans mon travail (p. 37), je me garde bien 
de m'attribuer la découverte des cellules séminales à noyaux multiples. 

Si je regrette de n'avoir pas connu plus tôt le mémoire de Maximow, ce 
n'est nullement parce que je me serais rallié à la manière de voir de cet 
auteur, comme il semble le croire, relativement à l'origine, à l'évolution et à 
la signification des tératocytes. Bien au contraire. 

Au sujet de l'origine des cellules à noyaux multiples, Maximow admet 
qu'elles résultent le plus souvent de la fusion de cellules uninucléées, et 
quelquefois de la division amitotique d'un noyau unique. Au contraire, sans 
nier la pos.«;ibilité de la division amitotique des noyaux de spermatides dans 
certains cas pathologiques, je ne l'ai pas observée, et je ne pense pas que ce 
facteur intervienne' dans les cas dont il s'agit ici. Quant à l'hypothèse du 
fusionnement, elle ne s'est présentée à mon esprit que pour être immédiate- 
ment repoussée, faute de la moindre apparence de preuves. Maximow lui- 
même n'en donne aucune. D'accord avec Ivar Brom.\n, dont le premier 
travail' est aussi postérieur à celui de Maximow, je crois maintenant encore 
que les formes si variées des téralocyles à noyaux multiples doivent être 



1. Y. vos Ebner, tlntersuchungen ùber deu Bau der Samenkanâlchen und die Entwic- 
kchmg der Spermatozoïden bei den Saugethieren und beim Menschen. (Uollett's Unter- 
suchungen aus dem InstUut f. Phys. und Histologie, in Graz, H. 2, 1871./ 

3. E. Sertoli, Sulia struttura dei canalicoll seminiferi dei testicoli, etc. [Archivio per 
le Scienze mediche, II, 1877). 

3. Ivar Broman, Ueber lUesenspermatiden bei Bombinator igneus {Anal. Anzeiger, 
XVII, n" I, 1900.) 

BIBUOSB. AMAT., T. VIII, FA80. i. 15 



î% BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

exclusivement rapportées à des anomalies dans les karyokinèses des sperma- 
togonies et des spermalocytes (absence de division du cytoplasme après une 
ou plusieurs karyokinèses bi- ou multipolaires). Maximow fait erreur lorsqu'il 
prétend que je n'ai pas vu ni dessiné de stades de transition entre les karyo- 
kinèses anormales et les cellules à noyaux multiples. J'en ai au contraire vu 
plusieurs et j'en ai dessiné deux. Ma figure 2 représente une spermatide à 
5 noyaux tout récemment reconstruits, et ma figure 3 une spermatide à deux 
noyaux en voie de reconstruction. Maximow lui-même en a fidèlement dessiné 
des exemples encore plus typiques que les miens (fig. 42 et 43 de la pi. XIV). 
11 est vrai que les mitoses anormales sont beaucoup moins fréquentes que les 
cellules à noyaux multiples ; mais cela lient, comme je l'ai fait observer, à ce 
que la cause tératogène a une action transitoire et à ce que les mitoses sont 
vite terminées, tandis que les spermatides, même monstrueuses, vivent très 
longtemps. 

Maximow croit expliquer l'inégalité fréquente, et parfois frappante, des 
noyaux des spermatides multinucléées, en disant que les noyaux trop gros 
sont hyperchromatiques et en faisant provenir les noyaux trop petits de la 
fragmentation des plus gros. Cette explication ne concorde pas avec les faits, 
et d'ailleurs elle ne fait pas comprendre comment les gros noyaux sont 
devenus hyperchromatiques. Broman et moi-même nous pensons que l'iné- 
galité des noyaux résulte de la répartition inégale des chromosomes au cours 
de mitoses anormales. 

Maximow n'admet pas que les cellules à noyaux multiples puissent vivre 
et évoluer; il les croit vouées fatalement à la dégénérescence. Les sperma- 
tides à noyaux multiples en voie de métamorphose, qu'il a rencontrées et 
même figurées (fig. 62), résulteraient du fusionnement tardif de spermatides à 
un noyau qui auraient commencé leur évolution. Je crois au contraire que 
les tératospermatides peuvent évoluer en spermatozoïdes monstrueux. Un 
tout récent travail d'IvAR Broman ' me parait trancher cette question au désa- 
vantage de Maximow. 

Il est évident que la signification des cellules séminales à noyaux multiples 
sera bien différente suivant que leur véritable origine sera rapportée au fu- 
sionnement de cellules uninucléées préexistantes ou à des anomalies dans les 
karyokinèses. Dans le premier cas, ces éléments n'ont qu'un intérêt presque 
insignifiant; dans le second, ils constituent vraiment des monstres cellu- 
laires, des tératocytes, et leur étude est de la plus grande importance. Dans 
le but d'élucider cette (jueslion, j'ai entrepris des recherches expérimentales 
dont je publierai prochainement les résultats. 



1. IvAn Bboman, Ueber die Histogenèse der Rieseuspermien bei Bombinator igneus. 
{Verhandl. der Anat. Gesellschajt in Pavia, 1900, p. 157-164.) 



VARIABILITE 

DES 

RAPPORTS DE L'APPENDICE AVEC LE CŒCUM 

Par le Docteur MARIAU 

MéOBOIH-VAJOR DB l'ARM^, ANOIEH CHEF DES TRAVAUX ANATOMIQUEI 



L'appendice occupe, par rapport au cœcum, des siluations fort variables; 
c'est là un fait de notion courante et de vérification facile. Mais, jusqu'ici, 
on n'a pas cherché à en déterminer l'importance et l'intérêt pratique, et cette 
étude mérite d'être tentée. A ne se placer que sur le terrain chirurgical, 
n'est-on pas en droit de se demander si les diverses positions de l'appendice • 
ont ou n'ont pas de rapport avec les conditions déterminantes, le siège, la 
forme clinique des abcès appendiculaires ? Voyons donc ce qui est déjà connu 
sur ce point d'anatomie, et ce qu'il peut rester à connaître. 

Laffougue a relevé soigneusement sur 200 sujets d'amphithéâtre les posi- 
tions de l'appendice, constatées à l'ouverture du cadavre, et est arrivé à 
établir les chiflres suivants*. 

L'appendice est, par rapport au cœcum : 

Descendant 41,5 fois pour 100. 

Latéral interne ... 26 — 

Latéral externe ... 17 — 

Ascendant 13 — seulement. 

D'après cette statistique cadavérique, la seule établie jusqu'ici, nous con- 
naissons les rapports de l'appendice mort. Cela nous éclaire-t-il suffisamment 
sur les rapports de l'appendice vivant? A priori, ce n'est pas sûr; rien ne 
nous porte à penser que l'appendice de chaque sujet occupe à tous les mo- 
ments de l'existence la position où on le trouve à l'autopsie. VA, pour ce qui 
concerne l'appendicite, il nous semblerait, avant tout examen, un peu hasar- 
deux de dire: Étant donné que sur le cadavre l'appendice est descendant 
41 fois p. 100, ascendant 13 fois p. iOO, etc., le siège des abcès appendi- 
culaires, sur le vivant, doit être : au-dessous du cœcum, 41 fois p. 100, au- 



1 . Il n'est question dans celte élude que des positions de l'appendice par rapport au 
cœcuvi, et non des situations en quelque sorte ectopiques qu'il peut occuper dans l'abdo- 
men quand le cœcum lui-môme n'est pas à sa place normale (cœcum dans le cul-de-sac de 
Douglas, par exemple). Sur ce dernier point, d'ailleurs fort intéressant pour l'anatomiste 
et le chirurgien, la lumière est aujourd'hui faite. 

2. Travail du laboratoire d'anatomie de la Faculté de médecine de Lyon, consigné dans 
le Traité d'Anatomie tiumaine du professeur Testut. 



228 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



dessus, 13 fois p. 400, etc. Les faits sont là, d'ailleurs, pour démentir toute 
induction de ce genre. Dans les quatre cinquièmes des cas, ou presque, 
l'appendice malade est trouvé en position ascendante, derrière le cœcum. 
La position rétrocœcale, si rare, d'après la statistique, chez le sujet normal 
(13 fols p. 100), est d'une énorme fréquence (60 à 70 fois p. 100) chez le 
malade. Il faudrait donc conclure que cette position rétrocœcale constitue 




une prédisposition à l'appendicite ? De fait, une telle conclusion n'irait pas 
sans quelques arguments plausibles : l'appendice, pourrait-on dire, coudé à 
sa base, ce qui gène la libre communication de sa cavité avec celle du cœcum, 
pris entre le cœcum et la couche musculo-aponévrotique de la fosse iliaque 
interne dont il subit les frottements, n'est-il pas plus exposé à s'enflammer 
que dans toute autre position ? Nous admettrons pourtant une autre explica- 
tion, plus rationnelle à notre avis, et en tout cas vérifiée par l'expérience. 
L'appendice ne s'enflamme pas parce qu'il est derrière le cœcum ; il se place 
derrière le cœcum parce qu'il est enflammé. C'est dire qu'il existe pendant 
la vie des conditions susceptibles de faire varier la position de l'appendice 
chez un même sujet. Quelles sont ces conditions, dans quel sens agissent- 
elles, c'est ce que nous chercherons à éclaircir. 

Prenons un cœcum dont l'appendice soit libre et flottant, muni d'un méso 
lâche. On sait comment est disposé ce méso et la figure 1 nous permet de le 
décrire en deux lignes. Le méso représente une lame de faucille reliant l'ex- 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



229 



trémilé libre de l'appendice à l'angle iléo-cœcal ; le bord libre de ce méso — 
le trancliant de la l'aucille — est parcouru par les deux vaisseaux appendicu- 
laires, artère et veine, accolés l'un à l'autre. Remarquons que ces vaisseaux 
forment ensemble comme une cordelette tendue de l'extrémité libre de l'ap- 
pendice à la terminaison de la mésentérique supérieure, cordelette presque 
inextensible et imposant au bord libre du méso une longueur quasi invariable. 





FiQ. 3. 



Insufflons maintenant ce cœcum : l'appendice se gonfle, entre en érection 
en quelque sorte, et tire sur son méso qui se tend. L'afllux de l'air conti- 
nuant dilate, allonge encore l'appendice et agit dans le sens des flèches 
divergentes a, a', a" (fig. 2). L'appendice fixé à son extrémité libre, tiré en 
haut par \» tension de la cordelette vasculaire, s'incurve de plus en plus, et 
soudain, comme pour se dérober à cette traction graduellement croissante, 
il se tord sur lai-môme; sa pointe exécute le mouvement indiqué par la flèche 
b et remonte suivant une direction spirale. De ce fait la cordelette est relil- 
chée; mais un nouvel effort d'insulflalion la fait se tendre à nouveau el 
exagère le mouvement d'ascension de l'appendice. D'autre part, et simulla- 
némont, le cieeum lui aussi s'incurve; et cela parce que l'insufllation le dilate 
inégalement et agit surtout suivant la flèche c (fig. 3) : l'insertion de l'appen- 
dice, déjà légèrement interne, est de ce fait reportée en dedans et en haut. 



230 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Bref, quand l'insufflation a suffisamment distendu tout l'appareil cœco-appen- 
diculaire, l'appendice tout entier est remonté; il a pris la position ascen- 
dante, rétrocœcale, indiquée par le pointillé de la figure 3. 

Si l'insufflation cesse, est-il besoin de l'ajouter, l'appendice redevient fiasque 
et retombe. Chaque nouvelle expérience reproduit le tableau ci-dessus décrit. 
Les appendices longs, à méso lâche, demandent une forte insufflation pour 
devenir ascendants. Les appendices à méso court, déjà pelotonnés au voisi- 
nage de l'ampoule crecale, remontent dès que la distension commence. 

Quelle conclusion tirer de cette expérience? C'est que, suivant l'état de 
distension ou de flaccidité de l'appendice, la position de cet organe est essen- 
tiellement variable chez un même sujet. Aussi les statistiques cadavériques, 
pour exactes qu'elles soient, ne nous donnent pas, en ce qui concerne le 
vivant, d'indications pratiquement utiles. L'appendice est le plus mobile de 
tous nos organes. On le trouve à l'autopsie dans la position toute fortuite où 
la mort l'a laissé; cette position eût pu être différente à un autre moment. 
Reconnaissons toutefois que la brièveté extrême de certains mésos appendi- 
culaires impose à quelques appendices une position sensiblement invariable ; 
mais c'est rare. 

Maintenant, pourquoi l'appendice malade esl-il presque constamment 
trouvé derrière le cœcum, en position ascendante? Notre expérience nous 
l'explique de façon très satisfaisante : Au début de l'appendicite, le méléo- 
risme est constant. Admettons que ce météorisme soit léger, que l'appendice 
n'en éprouve qu'une simple tendance à remonter. Alors intervient une nou- 
velle cause plus efficace encore, V inflammation, qui gonfle l'appendice, 
l'allonge, le double ou le triple de volume. Météorisme et inflammation, 
chacun pour une part variable, voilà les causes qui font remonter l'appendice 
(supposé libre d'adhérences antérieures) et l'abcès se former derrière le 
cœcum. Que ces deux conditions manquent, comme dans ces perforations 
brusques de l'appendice qu'aucune inflammation ne précède, et le foyer 
occupera un siège quelconque, fortuitement déterminé par sa position du 
moment. Les données de la clinique nous semblent concorder en tous points 
avec les inductions que l'expérience nous suggère. 

Conclusions. — 1° Les statistiques relatives aux positions de l'appendice 
siir le cadavre ne sont pas applicables au vivant; 

2° L'appendice, organe essentiellement mobile, peut occuper sur un même 
sujet, suivant les circonstances, toutes les positions possibles ; 

3° L'expérience, corroborée par les données de la clinique, démontre que 
la réplétion gazeuse ou la vacuité de l'appendice sont les principales causes 
de ces changements de situation. A ces causes s'ajoutent, en cas de maladie, 
les changements de volume dus à l'inflammation. 



CONTRIBUTION 

A LA 

CLASSIFICATION EMBRYOLOGIQUE DES OEUFS 

Par le Docteur-Professeur A.-C.-F. ETERNOD 

POTBH DB LA FACULTÉ UB UÉDEOINE DS OBSÈVB (SCISSe) 



Communication faite au XIW^ Cowjrès international de médecine, à Paris, le 3 août 1900. 



La structure intime des œufs a donné lieu, dans ces dernières années, à 
bien des travaux, qu'il serait oiseux et trop long de rappeler tous ici en détail. 

L'hypothèse qui veut que les modes de segmentation soient intimement 
liés à ces qualités de structure a pris corps dans la science depuis les tenta- 
tives mémorables de E. Hœckel et de Balfour, et de leurs nombreux conti- 
nuateurs, qui ont essayé de classer les ovules d'après la quantité et surtout 
d'après la position du deutoplasme. Pour ces savants, chaque mode de divi- 
sion ovulaire découle directement de ces propriétés. 

La théorie hœckelienne de la segmentation est avant tout mécanique et, 
par conséquent, simpliste : l'éminent professeur d'Iéna pense que le proto- 
plasme ovulaire se fractionne avec plus ou moins de lenteur, suivant que la 
surcharge vitelline lui oppose une résistance mécanique plus ou moins 
grande. Il classe les œufs et les distribue dans le règne animal de la façon 
suivante (nous traduisons textuellement) : 

Tableau synoptique des principales particularités de la segmentation ovulaire 
et de la gastrulation des animaux (d'après E. Hoeckel'). 

a) La plupart des Zoophytes. 
I. Segmentation 

PRIMORDIALE. 

j (Ovula archiblastaj. 

Arcfiigastrule. 



Segmentation 

TOTALE. 

(Ovula holoblasta). 

Gastrulf primaire. 
{Hologastrule.) 



II. Segmentation 

inégale. 

(Ovula amphiblastal. 

Atnphigas truie. 



b) Beaucoup de Vers inférieurs. 

c) Quelques Mollusques inférieurs. 
(l) La plupart des Ecliinodermes. 
e) Qutilques Arthropodes inférieurs. 
./) Les Acraniens (Amphioxus). 

a) Beaucoup de Zoophytes. 

b) La plupart des Vers. 

c) La plupart des Mollusques. 

d) Quelques Echinodernies. 

e) Arthropodes inférieurs (aus.si bien 

Crustacés que Tracliéates). 
/) Cyclostoraes, Ganoïdes , Amphi- 
biens, Placentaires. 



1, Ernst HœcKEi., Bioloçische Sludien. Zweites Heft. lena, 1877, p. 65. 



232 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 



II. 

Segmentation 

partielle. 

(Ovula meroblasta). 

Gastrule secondaire. 
(Mérogasti-ule. ) 



III. Segmentation 

Dlf^COÏDALE. 

(Ovula discoblasta). 
Discogaslrule . 



lY. Segmentation 

SUPERFICIELLE. 

(Ovula discoblasta). 
Périgastrule. 



'■ a) La plupart des Céphalopodes, 
e) Plusieurs Arthropodes (aussi bien 

Crustacés que Trachéates) . 
/) Sélaciens, Téléostéens, Reptiles, 

Oiseaux, Monotrèmes et Di- 

delpheg {?). 

b) Quelques Vers supérieurs (?). 
e) La plupart des Arthropodes (aussi 
bien Crustacés que Trachéates). 



Selon E. Hœckel, les deux premiers modes de segmentation se retrouve- 
■ jaient dans toute la série, tandis que les deux derniers modes ne seraient 
représentés que chez certains organismes supérieurs. Il y a là certainement 
une intention évidente de faire sentir une gradation ascendante. Seulement, 
combien imparfaite, attendu que nous voyons figurer dans la même division 
des Zoophytes à côté des Acraniens, des Poissons et des Placentaires ! Une 
semblable promiscuité a lieu de nous paraître bien curieuse et bien peu 
explicable. Elle serait même inexcusable, si nous ne savions que Hœckel, le 
premier, a fait une tentative géniale, en essayant de semblables généralisa- 
tions, pour ainsi dire inconnues avant lui. 

Des idées tout à fait analogues ont assurément guidé Francis M. Balfour 
dans la classification qu'il a proposée et que nous répétons textuellement : 

Classification des œufs (d'après Balfour *) 

ŒUFS. segmentation. 

Alécithes | régulière. 

Télolécithes \V^fl- 

h) partielle. 

o) régulière (avec les segments unis en 

une masse vitelline centrale). 

b) inégale. 

c) superficielle. 

Balfour ne s'est d'ailleurs pas préoccupé outre mesure des rapports que 
doit avoir sa classification avec celle de la série animale. Dans son commen- 
taire, l'auteur .s'empresse d'ajouter à d'autres considérations que « la simili- 
tude ou la dissemblance dans la segmentation n'est pas un indice sûr des 
aflinités ï) ; affirmation qui est pour le moins douteuse. 

Plus récemment, M. Boule a admis l'existence de deux séries parallèles 
d'ovules « dont l'une, dit-il, va des œufs alécithes aux œufs télolécithes, et 



Centrolécithes . 



1. Francis M. Balfour, Traité d'embryologie et d'organogénie comparées : Trad. 
franr. par H.-A. Robin. Paris, 1883, vol. 1, p. 109. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 

dont l'autre s'étend de la segmentation totale et égale à la segmentation par- 
tielle dos œufs munis d'une cicatricule ». 
Voici d'ailleurs le détail de sa classification ' : 

Classification des modes de segmentation (d'après L. Roule). 

Segmentation [ Égale {Œufs alécilhes) | Morules et 

TOTALE. 1. , , ,^ ,( Sans fusion centrale (Œm/ï i Tardive, f Plandles ALÉ- 
,^ , .. . Inégale (Œufs) ..... , ' « a \ 

{Œîifs holo- I ,-,i,\{ panlectthes vrais) . . . \ Précoce. ; crraïQUES. 

blasliques .) \ '( A fusion centrale (Œu/j cc»<ro/ec«/je4) \ 

Segmentation i -_ , • . • i /^r .* , . ...i, a i ; Pl-^nules 

i CEufs sans cicatricule (Œufs êenlrolecilhes des In-) 

partielle. ( . , 1 LKGITHIQUES. 

i^ f . ' sectes) V 

.. ■ ^ V \ Œufs à cicatricules ; 

blasliques) . I 

Pour ce qui concerne les Vertébrés, les Trochozoaires et les Hydrozoaires, 
M. Roule fait remarquer qu'ils « possèdent la série entière, allant de l'œuf 
alécithe à l'œuf télolécithe ». ,, 

Sans vouloir discuter ici la question si controversée de l'isotropisme et de 
l'anisotropisme de l'œuf, nous osons affirmer qu'en tout cas la structure 
intime, l'orientation des éléments deutoplasmiques dans les œufs, ainsi que 
les modes de segmentation qui en découlent, sont plus difficiles à comprendre 
que ne le voudraient a priori Hœckel et Balfour. 

Nous sommes d'avis qu'il faut tenir compte non seulement de le quantité 
et de la distribution des vitellus plastique et nutritif, mais encore et bien 
plus du sort ultérieur de l'ovule dans ses manifestations évolutives post-gas- 
trulaires. 

Il est certain, dans l'étal actuel de nos connaissances, que l'absence ou la 
présence d'une quantité plus ou moins grande de vitellus deuloplasmique 
n'est nullement décisive des modes de division ultérieure de l'œuf; car, à 
chaque instant, nous trouvons côte à côte et chez des représentants de grou- 
pes zoologiques très rapprochés, des œufs riches ou pauvres en surcharges 
vilellines : tel est le cas, entre autres, pour les divers groupes des Tuniciers, 
(les Batraciens anoures et urodèles, ainsi que des Mammifères, pour ne citer 
qu'un ou deux exemples. 

' Il faut donc admettre que les conditions qui font varier d'une façon si 
notable le méroblastisine ovulaire sont plutôt d'ordre accessoire et, par consé- 
quent, ne sont pas à elles seules déterminantes du mode de segmentation. 

En analysant minutieusement les curieuses fluctuations du méroblastisme, 
nous sommes arrivé, lentement et non sans peine, à la conviction qu'il obéit 



l. D' Louis Roui.K, L'embryologie générale. Paris, 1893, p. 113 

15 • 



:>3i 



ESSAI DE CLÂSSIFICATIOI^ 



A. — HYPOTHÉTIQUES (Alécithiques). 



/. Holoblasliques : II. Pseudo-holoblastiques 



Œufs 



TVPES d'ceufs. 



OtuU. . 



ÀNALÉCITHES. 

Anablasta. 



Oligolécithes. 
Oligoblasta. 



Paslécithes. 
Pnnablasta. 



Plasma plastique.} ^^^^l^^^^ 



Parties 
DE l'ceuf 

AVANT 
LA 
SEGMENTATION. I Noyau 



Plasma nutritif . ( Absent. 

I Central. 

I Axe et pôles de ^^^ apparents. 
\ segmentation . ) "^ 



Exemples authentiques. . 



Protomyxa 




Présent. 
Abondant. 

Présent. 

Mais très peli abondant et 
diffus. 

Jamais rigoureusement cen- 
tral. 

Peu apparents. 



Toxopncustes 




Présent. 
± abondant 




I. Protozoaires. 

II. Mésozoaires. 



Ontogénétiques 



Relations 



VPhylogénétiques, 



Agastruléens (œuf confondu 
avec individu). 



]ES ŒUFS DANS LA SÉRIE. 



'2s:> 



B. — RÉELS (Paralécithiques) 



///. Deuloblasliques : 



a) .Méroblastiques. 



ClO.NTROLKCITHES. 

Ceiitroblasta. 



TÉLOLÉCJTHliS. 

Tt'loblasta. 



b) Déméroblaslisés, 

MÉTALÉCITHKS. 

.Méroblasta. 



Périphérique surtout. 

Présent. 

Périnucléaire, rt abondant. 

± ceutral. 

rt apparents. 



Pœneus 




Présent. 
Périnucléaire surtout. 

Présent. 

Très excentrique et très abon- 
dant. 

Heporté à Pextrême pôle plas- 
tique. 

Très apparents. 



Poissons osseux, Sauropsidiens, 
Mammifères inférieurs : 




Présent. 
Abondant. 

Traces restantes. 
Très réduit. 



Revenu an centre. 
Redevenus peu apparents. 



Mammifères supérieurs. 
Homme : 




III. Métazoaires. 



icule ouibiticak 



B. Avec vésicule ombilicale 



contenant du vitellus 
proprement dit. 



tation ufénne. 



ne contenant pas de vitellus 
proprement dit. 

A gestation utérine. 



Ciastruléens (œuf distinct d'Individu) 



236 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

à des règles parfaitement fixes qui ont leur valeur, et que, une fois celles-ci 
élucidées, on peut ranger les types d'oeufs en séries parfaitement régulières, 
allant du simple au composé, en dépit des fluctuations que peuvent subir 
leurs surcharges nutritives. 

A notre avis et dans l'état actuel de nos connaissances, pour faire vraiment 
une bonne classification morphologique et fonctionnelle des ovules, il y a lieu, 
en tout cas, de tenir compte des données suivantes : 

1° De la position du noyau ; 

2° De la direction de l'axe et de l'orientation des pôles plastique et nutritif; 

3° De la quantité relative du deutoplasme ; 

4° De l'orientation de celui-ci par rapport au noyau et à l'axe ovulaires ; 

5° Du mode de segmentation et, notamment, du lieu exact de passage du 
plan équatorial de segmentation ; 

6° Du genre de gastrulation ; 

7° Des phénomènes d'évolution post-gastrulaires. 

C'est en partant de toutes -ces données réunies que, depuis un certain 
nombre d'années, nous avons réussi à établir un tableau synoptique, que nous 
donnons à nos élèves dans notre cours et que nous avons illustré de quelques 
diagrammes sommaires. (Voir pages 234 et 235.) 

La lecture attentive de ce tableau nous fera voir que l'œuf rigoureusement 
holoblastique, en tant qu'oeuf, ne peut pas exister et n'a pas pu exister 
anciennement. La division absolument égale (holoblastique absolue) ne peut 
conduire qu'à une subdivision cellulaire engendrant des éléments toujours 
égaux et parfaitement semblables à eux-mêmes, qui n'auront, par conséquent, 
rien d'autre à faire qu'à se nourrir et à grandir pour être en tout équivalents 
à la cellule productrice. Or, c'est précisément là le propre des organismes 
protobiotes (protophytes, protozoaires), toujours monocellulaires. 

Pour engendrer des métazoaires, c'est-à-dire des organismes vraiment 
pluricellulaires, il faut une certaine dose de polarisation et de différentiation 
cellulaires ; et c'est cette raison qui nous fait admettre comme type le plus 
simple, comme type en quelque sorte primordial d'ovules proprement dits, 
un groupe d'œufs pseudo-holoblastiques ou oligolécilhes. Hœckel et, à sa 
suite, la plupart des embryologistes modernes, ont, selon nous, commis la 
faute d'assimiler ce genre d'ovules à des éléments franchement holoblasti- 
ques, soit dépourvus de tout vitellus nutritif. De fait, il n'en est rien : ils 
sont aussi, quoique souvent très faiblement, toujours deutoplasmiques, et 
leurs parties constituantes sont polarisées. Sans cela, ils ne donneraient pas, 
par segmentation, des éléments distincts plastiques (blastomères ectodermi- 
ques primordiaux) et vitellins (blastomères enlodermiques primordiaux), dont 
les descendants viennent ultérieurement engendrer respectivement dans la 
gastrule les feuillets externe et interne primordiaux. 

Pour faciliter et rendre en quelque sorte indépendants les premiers stades 



TRAVAUX ORIGINAUX. 237 

du développement, raccentuation du méroblastisme est dévenue très rapide- 
ment une nécessité, mais avant tout d'ordre nutritif ; car, concurremment 
avec elle, des polarisations plus nettes sont intervenues, soit au début, soit 
pendant toute la durée de la segmentation, et ont déterminé des spécialisa- 
tions cellulaires plus précises, qui ont eu, à leur tour, pour conséquence 
d'afïîrmer des groupes cellulaires à fonctions physiologiques distinctes'. 

Plus un jeune organisme en voie de développement aura de réserves nutri- 
tives (méroblasliques, deutoplasmiques), et mieux les premiers débuts de 
son évolution seront assurés. Il est certain que les réserves vitellimes confè- 
rent une vraie indépendance vis-à-vis des milieux ambiants, une sorte d'af- 
franchissement dans le combat pour la vie, aux organismes qui en sont por- 
teurs. Sans elles, ils seraient condamnés à pourvoir, au jour le jour et au fur 
à mesure, à leur nourriture en même temps qu'à leur développement, ce 
qui est assurément une grande cause d'infériorité. C'est certainement par 
ces mécanismes (surcharge vitelline, d'une part, polarisations protoplasmi- 
ques, d'autre part) qu'ont pris naissance, successivement et dans une grada- 
tion ascendante, les œufs panlécilhes, centrolécithes et enfin télolécithes. 

Mais, à notre avis, ce n'est pas là le dernier terme de la série. D'autres 
circonstances nutritives sont intervenues. 

Des polarisations spécifiantes toujours plus exactes et plus variées se sont 
produites, c'est sûr ; mais, en même temps, par contre, les réserves vitel- 
lines ont été soumises à des fluctuations, non seulement ascendantes, mais 
très fréquemment aussi descendantes, et cela dans tous les cas où la nutri- 
tion ovulaire a été facilitée par d'autres moyens que le méroblastisme pro- 
prement dit. 

Parmi ces moyens, il convient de citer en toute première ligne : 

i" Les adjonctions périovulaires, telles que le manteau gélatineux protec- 
teur de l'amphioxus et des batraciens, que les larves doivent consommer et 
détruire avant d'être tout à fait libérées ; telles, également, que l'albumen 
des sauropsidiens, qui est employé finalement à pourvoir à l'accroissement 
du jeune individu, jusqu'au moment où ce dernier est devenu habile à cher- 
cher sa vie d'une manière indépendante (œufs ectolécithes de Henneguy) ; 

2" La nutrition intra-utérine, très parfaite à tous égards, que procure une 
gestation plus ou moins complète ; 

3° Les soins maternels et paternels'', si touchants parfois, dont beaucoup 
d'organismes entourent leur progéniture, en la défendant contre leurs enne- 
mis naturels, en lui préparant des pAlées spéciales, ou autrement ; 



1 . Nous avons développé ailleurs, d'une façon circonstanciée, notre théorie de la polari- 
sation, ou du cantonnement polaire spécifiant. Voir à ce sujet noire travail intitulé : 
l^s Sources de la vie. Genève 1898, p. 32 et suivantes. 



238 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

4° \j' allaitement, acte pour le moins aussi décisif pour les inammirères 
que la gestation utérine. 

Certainement que, sans ces circonstances nutritives adjuvantes très impor- 
tantes, jamais le méroblastisme, à lui seul, n'eût été capable d'armer effica- 
cement pour le combat vital les organismes supérieurs en voie de développe- 
ment.; et, sans elles, nous doutons fort qu'eussent pu prendre naissance les 
groupes d'êtres qui couronnent la série animale, tels que les Mollusques, les 
(Irustacés, les Tuniciers supérieurs, les Ichthyopsidés, les Sauropsidés, les 
Batraciens, les Mammifères et, enfin, l'Homme lui-même. 

De la sorte seulement, les organismes de la série supérieure ont pu s'é- 
tager les uns au-dessus des autres, en formes toujours plus parfaites, plus 
différentiées, plus élevées. Ce n'est pas seulement au méroblastisme ovulaire, 
mais bien plutôt aux différentiations physiologiques, rendues possibles par 
une nutrition plus parfaite, qu'ils le doivent. 

Bien mieux encore ! Le méroblastisme a cessé d'être indispensable et a dû 
forcément passer au second plan le jour où de nouvelles sources plus com- 
plètes de nutrition ont fait leur apparition. 

Nous voilà donc conduits à admettre des séries organiques supérieures, 
découlant d'autres moyens de nutrition (nutrition adjuvante) que le deutb- 
blastisme et qui ont comme point de départ un groupe (Tœufs déméroblas- 
tisés, progressifs pour les polarisations, mais régressifs pour ce qui concerne 
le méroblastisme, et dont, néanmoins, la segmentation et les formes évo- 
lutives qui en dérivent sont frappamment les mêmes que celles de leurs 
ancêtres : les œufs franchement deutoplasmiques. 

En ne tenant compte, dans leurs classifications, que des premiers stades de 
division, Hœckel et consorts ont commis l'erreur capitale d'asseoir de sem- 
blables ovules à côté des œufs que nous avons appelés pseudo-holoblastiques; 
et, de plus, par surcroît de malheur, ces naturalistes les ont souvent con- 
fondus avec les ovules franchement holoblastiques, dont l'existence, en tant 
que vrais œufs, avons-nous dit, doit être révoquée en doute. 

Si, maintenant, bien pénétrés des principes que nous venons d'étabHr, 
nous abordons la question de la classification des œufs, nous voyons qu'il 
devient très facile de les aligner en séries qui correspondent à celles des ani- 
maux eux-mêmes. Nous aurons, pour faire suite aux protozoaires (œufs holo- 
blastiques vrais de notre tableau), d'abord des œufs pseudo-holoblasliques 
(oligolécithes), n'ayant qu'une quantité insignifiante de vitellus nutritif; puis 
viendront ensuite, dans une série à méroblastisme ascendant, les œufs fran- 
chement detitoblastiques , passant successivement pas les types panlécithe, 
centrolécithe et télolécilhe ; enfin, il y aura la série des œufs déméroblastisés 
(métalécithes) , qui s'affirmeront toujours plus nettement, à mesure que 
prendront naissance les moyens adjuvants de nutrition embryonnaire plus 
adéquats. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 230 

Par contre, ces mêmes séries, qui fluctuent au point de vue du deutoplas- 
niisme, se trouveront être régulièrement progressives en ce qui concerne les 
polarisations et les dill'érenliations toujours plus parfaites ; et c'est précisé- 
ment l'observation de ceci qui donne à notre classification un cachet spécial. 

Nous aurons ainsi les gradations organiques ascensionnelles suivantes : 

i* Eléments holoblastiques (individus confondus avec œufs), ne pouvant 
produire que des protozoaires, toujours semblables à eux-mêmes; 

2* Œufs oligolécilhes à noyau très voisin du centre, mais pas rigoureuse- 
ment central cependant, et à vitellus nutritif diffus et intimement mélangé 
avec le vitellus plastique ; 

3° Œufs panlécifhes, à noyau à peu près central et à vitellus plus ou moins 
abondant et distribué régulièrement dans toutes les régions du proloplasma ; 

4° Œufs centroléciihes, à noyau assez central et entouré d'une zone deuto- 
plasmique distincte ; 

5° Œufs télolécithes, avec noyau très excentrique et, dans les cas extrêmes, 
reporté au pôle plastique, avec protoplasme et deutoplasme bien distincts,^ 
cantonnés chacun respectivement à un des pôles de l'ovule ; donc, avec raé- 
roblaslisme poussé à l'extrême ; 

6° Œufs métalécithes, dans lesquels, le vitellus nutritif ayant presque com- 
plètement disparu, la polarisation deutoplasmique est redevenue peu appa- 
rente, en même temps que le noyau tendait à regagner le centre de l'ovule. 

Ceci posé, nous verrons que ces divers œufs se groupent très naturelle- 
ment et sans difficulté suivant les grandes divisions du règne animal, prenant 
leurs points de départ dans des formes gastrulaires de plus en plus modifiées, 
de plus en plus déviées et de plus en plus dissymétriques : 

I. Protozo.\iues Sans gaàtrales. (Œufs analécithes.) 

II. Mesozoaires { «,. X , : (Otufs oligolécitties.) 

\i Oligogastrules. S ' 

A. Sans vésicule ombi- | Pangastrules. (Œufs panlécitbes.) 

licale ( Centrogastrules. (Œufs centroléciihes.) 

|B. Avec vésicule ombi- l Télogastrules. (Œufs télolécithes.) 

licale I Métagastrules. (Œufs métalécithes.) 

Quand on étudie les premiers stades de segmentation des ovules oligoléci- 
lhes et métalécithes, ils ont apparemment une grande ressemblance. Mais ce 
n'est, en effet, qu'une apparence, car, à la segmentation, leur sort ultérieur 
et tout différent : les premiers aboutissent à une gaslrule en cloche régulière 
et d'un type plus ou moins palingénétique ; les seconds donnent lieu à une 
planule indirecte, à ce (pie nous appelons une métagastrule. Les derniers — 
abstraction faite de la réserve vitelline qui a disparu — ont gardé tous les 
caractères des œufs télolécithes, mais avec cette différence fondamentale que 
leur sac vitellin ne renferme que du liquide au lieu de vitellus nutritif et que 



lit. MÉTAZO.MRES. 



24-0 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

le plancher du canal notochordal • (archentéron) disparaît très vile et à peu 
près complètement, les mérocytes du lécithophore ayant perdu, précisément 
par la disparition du vitellus, leur point d'appui et leur aliment naturels. 

En comparant notre classification avec celles de Hœckel, de Balfour el 
de Roule, on s'apercevra qu'il est possible d'établir, tant bien que mal, un 
parallélisme de la plupart des types segmentaires, sauf toutefois pour les 
œufs analécithes et métalécithes, tels qu'il faut les comprendre d'après nos 
déductions : 

Comparaison des classifications des œufs : 



E. HOECKEL : 


BALFOUR : 


UODLE : 


ETER.\OD : 




SEGMEN- 




SMHEHTÀTION. 






8I6MINTATI0N. 




TATION. 




— 






— 












Analécithes. . . 


Totale. 
Égale. 












Ova holoblaêta. . 


Totale. 
Ë^ale. 


AUeitheê .... 


Régnllère. 


Aléeithe» 


OLiaOIiiOITBBS. . 


Totale. 


Ova amphiblatta. 


Totale. 
Inégale. 


( 


Régulière. 
Inégale. 


PanUcithe» vraie . 


[presque 
\ égale. 
Panlkcithbs . . . / 


Ova ptriblatta. . 


Partielle. 

Égale. 


CentroUcithes . X 


Superficielle. 


Centroléeithet . . . 

Centrolécithes des 
insectes 


Partielle. 
Ckntrolbcithks . 

+ égale. 


Ova amphiblatta. 


Partielle. 
Inégale. 


Télolécithes . . . 


Inégale. 
PartieUe. 


) 

fTéloUeithe* . . . 


Partielle. 

TéLOLÉCITBES . . 

Très inégale. 

Redevenue 
totale. 

MéTALKCITHES . .< ! 














Restée très > 
inégale. 

i 



M. le professeur Félix Henneguy * a donné une classification très remar- 
quable à tous égards des œufs, faite surtout au point de vue cytologique et 

1. Voyez à ce sujet nos travaux intitulés : « 11 y a un canal nolochordal dans Tembryon 
humain. » Anut. Anzeiger, 1899, vol. XVI, p. 131 à 143; et « Homologie du canal noto- ' 
chordal de rHonime et de Tarchentéron ». Communication orale faite à la Société helvét. 
des sciences naturelles. 2 août 1899. {Arch. des sciences phys. et nal. Bibliothèque uni- 
verselle, nov. 1899, vol. VIII, p. 504 à 506.) Ce dernier mémoire renferme un tableau 
synoptique des divers types d'oeufs très semblable, quoique moins détaillé, à celui que nous 
donnons dans le présent travail. 

2. F. Hennecuv, Leçons sur la cellule, morphologie el reproduction, 1896, p. 121 
Yoy. également : Essai sur la classiflcation des œufs des animaux au point de vue embryo- 
génique. {Bull, de la Soc. phil., 1892.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 241 

erabryogénique, et que nous ne voulons pas manquer de signaler ici. L'émi- 
neiil savant distingue six espèces d'ovules : 

a) Alécilhes, sans vitellus nutritif; 

b) Homolécithes , avec très peu de matériaux nutritifs, mélangés au proto- 
plasma ; 

c) Bradylécithes, avec deutoplasme intimement mélangé au protoplasme et 
ne s'en séparant que par segmentation ; 

d) Myxolécithes, à protoplasme et deutoplasme abondant et réparti inéga- 
lement ; 

e) Amictoléciihes, h protoplasme et deutoplasme nettement distincts ; 

f) Edolécithes, avec vitellus nutritif surajouté extérieurement à l'œuf. 
Cette classification n'est pas sans avoir certaines analogies avec la nôtre, 

quoiqu'elle ne lui soit pas entièrement superposable. Notre façon de com- 
prendre les ovules analécithes et métalécithes dillere notablement de celle 
concernant les œufs alécithes et ectolécithes de M. Henneguy. 

Résumons : 

Somme toute, dam notre idée, il n'y a pas d'œufs franchement dépourvus 
de tout vitellus nutritif; tous les vrais œufs sont donc, du plus au moins, 
méroblastiques. Tous sont plus ou moins polarisés ; tous sont naturellement 
plus ou moins différentiés, puisqu'ils portent en eux des caractères spécifiques. 

Bien d'autres arguments pourraient être invoqués en faveur de notre con- 
ception. Nous pensons, cependant, que ce que nous en avons dit peut suffire 
et nous ne doutons pas que, en suivant toujours plus méthodiquement celte 
façon d'envisager les problèmes de la segmentation, l'on n'en relire un jour 
un grand bénéfice, surtout en ce qui concerne la mise au clair des vraies 
relations phylogénétiques des êtres animés. 

Notre tentative de classification n'est évidemment qu'un chaînon. Souhai- 
tons que rapidement elle soit remplacée par une meilleure, serrant encore 
de plus près les faits et réalisant, par conséquent, un progrès scientifique 
réjouissant. 



MODIFICATIONS 

DE LA 

MUQUEUSE GASTRIQUE 

AU VOISINAGE DU NOUVEAU PYLORE 
DANS LA GÂSTUO-ENTÉRO-ANASTOMOSE EXPÉRIMENTALE 

Par M. A. OADE 

rRKPABA.'rEUR ADJOINT D'hTSTOLiOOIE A LA FAODI.TIS DK MÉDeCIHK DK I.TO» 
IKTKRHE DBS HÔPITAUX 



(Travail du laboratoire d'histologie de la Faculté de médecine de Lyon.) 



Au cours des recherches d'histologie normale et expérimentale, que nous 
poursuivons depuis plusieurs mois sur la structure de la muqueuse 'gastrique 
chez les mammifères, nous avons été amené à étudier les modifications que 
la création d'une, anastomose gastro-intestinale imprime à la muqueuse de la 
région du grand cul-de-sac. Cette étude nous a paru intéressante à plusieurs 
titres. 

A priori on pouvait et devait prévoir que le fait de créer un orifice de 
communication gaslro-intestinale et en quelque sorte un nouveau pylore dans 
une région glandulaire, si hautement différenciée en vue de la fonction sécré- 
toire digestive, devait apporter à la structure de celte région des modifications 
profondes; l'organe devait s'adapter au nouveau mode de fonctionnement qui 
lui était imposé, et à la longue la muqueuse précédant l'orifice néo-pylorique 
devait revêtir le type de la muqueuse pylorique elle-même. Nous apportions 
ainsi une importante confirmation à la loi générale de l'adaptation de l'organe 
à la fonction ; cette loi, on le sait, domine la différenciation de la muqueuse 
gastrique en plusieurs régions glandulaires distinctes, de même que le mode 
d'alimentation domine la différenciation du type glandulaire dans la série 
animale, suivant le principe général sur lequel notre maître, M. le professeur 
Renaut, a particulièrement insisté dans son Traité d'histologie. 

Mais ces modifications imprimées aux glandes gastriques de la région du 
fond devaient avoir un autre intérêt. C'était, en les ramenant probablement à 
un type différent et en tout cas en créant au sein de leurs éléments cellulaires 
des changements notables, d'apporter peut-être quelques nouveaux arguments 
pour la solution d'une question toujours controversée, la question des rap- 
ports génétiques qui existent entre les divers types cellulaires des glandes 



TRAVAUX ORIGINAUX. 21-3 

gastriques de la région du fond, et entre les éléments de ces glandes et ceux 
des autres régions ghindulaires de l'estomac. On sait que ce sujet a soulevé 
des discussions nombreuses et suscité d'importants travaux. Qu'il nous suffise 
de rappeler par exemple (jue beaucoup d'auteurs (Heidenhain,Ellenberger, 
Stôhr, Cattaneo, Sachs, Montané, etc.) ont admis la nature spécifique 
des deux grandes espèces de cellules des glandes du fond, alors que d'autres 
en ont fait une seule et .«nême espèce, les cellules bordantes provenant des 
principales (Toldt, Pillikt..., etc.), ou au contraire celles-cî dérivant des 
précédentes (Glinsky, Trinkler, Bikfalvi..., etc.), ou enfin ces deux cellu- 
les constituant seulement deux attitudes fonctionnelles d'un même élément. 

C'est ainsi encore que quehjues histologistes (Ebstein en première ligne) 
ont rapproché les cellules principales et les cellules des glandes pyloriques, 
tandis que la majorité des auteurs repoussent cette assimilation (Langley et 
Sewall, Sertoli et Negrini, Heidenhain, Toldt, Nussbaum, Stôhr..., 
etc.). 

L'étude de la muqueuse de l'orifice de communication gastro-enlérique 
pouvait donc être fertile en résultats intéressants. Aussi avons-nous été 
étonné de ne trouver aucun travail sur cette question spéciale. Quelques au- 
teurs (SiEGEL, Soupaiilt, Bourbon) Ont porté leurs recherches sur la struc- 
ture des orifices de gastro-entéro-anaslomose, mais seulement au point de 
vue de l'état de la tunique musculaire et de l'existence ou de la non-existence 
d'un néo-sphincter. Nulle part nous n'avons rencontré une étude des épithé- 
liums gastriques et de la muqueuse en général au voisinage de la bouche de 
nouvelle formation. 

Celte pénurie de travaux peut s'expliquer par ce fait qu'il est impossible 
d'utiliser pour des recherches histologiques fines, portant sur des épithéliums 
et sur les épithéliums du tube gastro-entérique en particulier, les pièces né- 
cropsiques humaines, dans les conditions actuelles d'autopsie. 11 faut donc 
s'adresser à l'animal et c'est ce que nous avons fait. 

Expérimentation. — Nous avons choisi, comme sujets d'expérimenta- 
tion, le chien et le chat, parce que leur estomac présente une structure assez 
analogue à celle de l'homme et aussi parce que le calibre de leur tractus 
gastro-intestinal est suffisant pour permettre sans trop de difficulté les mani- 
pulations opératoires nécessaires. Ces animaux supportent bien les interven- 
tions portant sur le tube digestif et sur l'estomac en particulier, ainsi que 
l'ont montré de nombreux travaux expérimentaux institués dans un but phy- 
siologique ou chirurgical : gastro-entérostomies, isolement d'une portion de 
l'estomac (Heidenhain, Khigine, Kresteff), extirpation totale ou presque 
totale de l'organe (Czerny, Carvallo et Pachon, Monari), exclusion gastri- 
que complète (Frémont, Frouin). 

Nous avons pratiqué chez un chien une simple anastomose entre la région 



244 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

dii grand cul-de-sac de l'estomac et une des premières anses du jéjunum. 
Chez un chat nous avons fait la même opération, précédée d'une section totale 
de l'estomac par sa partie moyenne, pour exclure de la circulation alimen- 
taire la moitié pylorique de l'organe et obliger ainsi tous les aliments à passer 
par le nouvel orifice. Ce dernier animal fut sacrifié en pleine digestion, alors 
que chez le premier l'estomac était vide. Nous gardions ainsi la faculté de 
faire, dans nos recherches microscopiques ultérieures, la part des modifica- 
tions simplement fonctionnelles. 
Voici d'ailleurs l'observation de nos deux animaux : 

Chikn adulte, bien portant. Est opéré le SI juillet 1899. Nous pratiquons, sous 
anesthésie au chloroforme et après un nettoyage soigneux de la paroi, une laparo- 
tomie médiane sus-ombilicale. L'estomac est vide (l'animal était à jeun depuis la 
veille). Une boutonnière assez large est pratiquée sur la grande courbure, loin du 
pylore et réunie à une boutonnière semblable, faite sur une des premières anses du 
jéjunum, par un double surjet muco-muqueui et sèro-séreux au fil de soie. 

Les suites opératoires sont simples. L'alimentation d'abord peu abondante et pure- 
ment liquide est reprise progressivement. L'animal, qui avait un peu maigri, recouvre 
son embonpoint primitif. 

Le 9 février 1900 nous nous décidons à le tuer : depuis deux jours il paraissait 
triste et son appétit avait diminué. 

L'autopsie est pratiquée immédiatement : l'estomac contient seulement un peu de 
mucus et de la bile. L'anastomose gastro-jéjunale située sur la grande courbure, en 
pleine région du grand cul-de-sac, tient très solidement et parait fonctionner. 

Chat gris et blanc, bien portant (poids : 2''s,739). Est opéré le 7 octobre 1899, 
avec les mêmes précautions que le chien précédent et sous anesthésie chlorofor- 
mique. Nous sectionnons l'estomac perpendiculairement à son grand axe vers sa 
partie moyenne, et sur chaque lambeau nous faisons un double surjet occlusif, 
muco-muqueux et séro-séreux. Nous anastomosons ensuite la face antérieure de la 
poche cardiaque avec une des premières anses jéjunales. 

A la suite de cette intervention, nous ne notons aucun incident. L'alimentation 
solide n'est reprise que dix jours après et est très bien supportée. 

Le 30 avril 1900, l'animal est sacrifié, en pleine santé (pesant 2''«,925) et cinq 
heures environ après un copieux repas de viande. 

L'abdomen est immédiatement ouvert, et, après avoir déchiré quelques adhérences 
épiploïques, nous enlevons en bloc la masse constituée par la portion non isolée de 
l'estomac, sa portion isolée, le duodénum et une anse jéjunale. La portion cardiaque 
de la chambre gastrique est pleine de viande en voie de digestion. Elle communique 
aisément avec le duodéno-jéjunum par un orifice assez large ; tout autour de cet 
orifice et dans une étendue de quelques centimètres, la muqueuse stomacale tranche 
par son aspect plus lisse et sa moindre coloration sur la muqueuse voisine, rappe- 
lant ainsi l'aspect du pylore normal. 

Technique. — Chez nos deux animaux nous avons recueilli, de suite 
après la mort, divers fragments de volume et de siège différents, comprenant 



TRAVAUX ORIGINAUX. 245 

toute l'épaisseur de la paroi ou seulement celle de la muqueuse, soit au ni- 
veau mOme de la bouche gastro-intestinale soit dans une zone annulaire voi- 
sine de celle-ci. Nous avons employé à peu près exclusivement comme li- 
quide fixateur le formol-picro-acé tique suivant la formule de Bouin, ce mode 
de fixation nous ayant déjà donné pour les épithéliums gastriques d'excellents 
résultais. Les pièces, après un séjour variant suivant leur volume, entre 
6 heures et !24 heures, étaient plongées pendant 24 heures dans de l'alcool 
à 60°, puis à 80° et enfin à 93°. Quelques fragments ont été fixés aussi par le 
mélange de Lenhossék (sublimé, acide acétique, alcool). 

Nous avons pratiqué, après inclusion à la paralTine, des coupes fines et 
perpendiculaires à la surface de la mu(}ueuse, à l'aide du microtome de 
Minot. 

Nous avons eu recours à un certain nombre de colorations difl'érenles, 
hématéine-éosine, hématéine-safranine, carmin aluné, hématéine et fuchsine 
acide, brun de Bismarck, mucicarmin de P. Mayer, thionine phéniquée, bleu 
de toluidine..., etc. Nous ne voulons pas insister ici sur les particularités du 
mode d'emploi et les résultats divers obtenus à l'aide de ces différents réac- 
tifs ; il y a là à ce sujet quelques points intéressants sur lesquels nous pour- 
rons revenir au cours de ce travail. 

Étude histologique. — L'étude histologique soigneuse nous a pennis de 
relever dans la structure de la muqueuse du néo-pylore de nos deux animaux 
des modifications profondes. Ces modifications, bien que plus marquées chez 
celui dont l'anastomose constituait la seule voie d'évacuation gastrique, sont 
à peu près semblables et de même sens. Nous les réunirons donc dans une 
même description. 

Nous étudierons d'abord la structure de la muqueuse gastrique au niveau 
même de l'orifice gastro-intestinal, c'est-à-dire dans la zone où le remanie- 
ment imposé par le nouveau mode de fonctionnement a atteint son plus haut 
degré de développement. Nous suivrons ensuite sur une région un peu plus 
éloignée du nouveau pylore les modifications progressives qui marquent les 
étapes de ce remaniement. 

A) — DESCRIPTION D'ENSEMBLE DU NÉO-PYLORE 

Sur une coupe passant exactement au niveau de l'anastomose gastro-intes- 
tinale et dirigée perpendiculairement à la surface, on peut voir aisément avec 
un faible grossissement l'union des deux muqueuses intestinale et gastrique. 
Sur le versant intestinal apparaissent des villosités d'aspect normal, recou- 
vertes de nombreuses cellules calici formes et entre lesquelles s'enfoncent 
des tubes de Lieberkûhn particulièrement fiches eux aussi en éléments cali- 
ci formes. 

BIHLIOaB. AKAT., T. VIII, PA8C. 4. t6 



446 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Au niveau Jîiême de l'anastomose il y a nolamment plusieurs tubes très 
profonds et presque entièrement revêtus de ces cellules caliciformes. 

La muqueuse gastrique, qui seule nous intéresse ici, est très irrégulière, 
creusée de cryptes profonds, entre lesquels s'élèvent des plis villeux rectili- 
gnes ou eflîlés ou diversement renflés. Les infundibula présentent plus ou 
moins profondément des élargissements parfois très considérables, qui peu- 
vent revêtir l'apparence de kystes plus ou moins volumineux. Ils se conti- 
nuent avec des tubes glandulaires tortueux, dont la surface de section est en 
général arrondie et dont la lumière est très nette. Ces tubes ont un calibre 
très irrégulier. Chez le chat ils ne sont pas immédiatement adjacents an plan 
de réunion gastro-entérique ; il y a là comme un amincissement de la mu- 
queuse qui semble s'être raccordée obliquement et seulement par ses plans 
superficiels avec la muqueuse intestinale. 

Dans le tissu connectif qui constitue la charpente des plis villeux de même 
qu'entre les infundibula, entre les tubes glandulaires et au-dessous de ceux- 
ci, il existe une abondante infiltration leucocytique. 

La couche connective .sous-glandulaire est séparée, on le sait, à l'état nor- 
mal de la muscularis mucosx par une couche décrite en 1875 par Zeissl 
chez le chat et désignée sous le nom de stratum compactum. Celte couche, 
nous la retrouvons très nettement sur nos préparations, du moins sur celles 
de la bouche gastro-intestinale du chat et nous la voyons s'arrêter nettement 
un peu avant la jonction intestinale. Nous n'avons pu au contraire la noter 
sur les préparations du néo-pylore du chien, bien que Kultschitzky ait pré- 
tendu l'avoir trouvée chez cet animal. 

Au-dessous de la muscularis mucosx qui n'offre pas de modifications ap- 
préciables, la sous-muqueuse apparaît traversée de vaisseaux plus ou moins 
volumineux. Certains d'entre eux nous offrent (chez le chat) une particularité 
intéressante, sur laquelle nous reviendrons. 

B) — ÉTUDE DES DIVERS ÉLÉMENTS DE CETTE MUQUEUSE. 

Entonnoirs glandulaires. — Les entonnoirs glandulaires sont de grandes 
dimensions, encore plus profonds que ceux de la région pylorique normale. 
Ils sont larges et sinueux, parfois coupés en travers et alors arrondis ou ova- 
laires. Ils sont recouverts de l'épithélium caliciforme normal du revêtement 
général de la muqueuse gastrique, avec ses cellules allongées présentant un 
gros noyau bien coloré et ovalaire, occupant .sa moitié inférieure, et un cyto- 
plasme divisible en deux régions: périphérique, claire, et basale, plus chroma- 
tique. 

Dans ces infundibula et surtout dans leur fond nous remarquons un assez 
grand nombre de noyaux en voie de divi.sion indirecte, tandis que dans l'épi- 
thélium de surface les mitoses sont absentes. C'est là d'ailleurs un fait nor* 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



247 






'tt 



a._J 



/ 




Fio. I. — Kstomac do chiun. Coupe comprenant 
toute l'opaisseur do la muqueuse de la ri-gion 
du Coud au voisinage immédiat de l'orifice gastro- 
intestinal. Fixation par le mélange de Konin. 
Coloration par l'hémalun et l'éosine en solution 
alcoolique. (Ocol. I. Obj. 00 Verick.) 

a, infandibulum ; 

b, glandu coiuplôtoment ronianiôe ; 

c, clargisserai-nt infnndibulaire pseudokyxtique ; 

d, glandes moins complètement remaniées ; 

e, amas de leucocytes. 



Fio. III. — Estomac de chat : coupe au voisinage 
d«' la bouche gaxtro-iutostinalc. C'ul-dc-sac glan- 
dulaire de la région du fond en voie de remanie- 
mout. Fixation par le mélange de Bouin. Colo- 
ration par l'hémalun et l'éosine. (Ocul. 3. ObJ. à 
immersion homogène 1/12 Lcitz, tube tiré à 160 
millimètres.) 

a, cellule bordante faiblement granuleuse ; 

h, ci-llulo principale profondément modifiée ; 

e, cellule principale pins chromatique, à résean 

trabccnlaire plus épais ; 
d, ccUnle principale peu modiflée ; 
', ergastopla-smo. 














Fio. II. — Estomac de chien : portion de la conpe précédente an niveau 
des glandes les plus modifiées. Fixation par le mélange de Bouin. 
Coloration par l'hématéinu alunéo et l'éosine. (Ocul. 3. Obj. 7 Naehet.) 

a, lumière glandulaire très élargie ; — h, tissu conjouctif interglandu- 
laire ; c, leucocytes migrateurs. 




Fto. III. 



248 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

innl dans la muqueuse gastrique et sur lequel ont insisté de nombreux auteurs 
et en particulier G. Bizzozero dans une série de publications. 

Ces entonnoirs t^landuiaires subissent parfois des élargissements considé- 
rables et qui, coupés en travers, peuvent revêtir un aspect plus ou moins 
kystique. Ces pseudo-kystes ont un diamètre variable mais en général une 
forme arrondie. On les voit de préférence dans la partie la-plus profonde des 
infundibula et seulement au voisinage du néo-pylore. Ils sont revêtus d'une 
rangée de cellules épithéliales cubiques, basses, à protoplasma clair. Ces cel- 
lules possèdent un gros noyau bien colorable, ordinairement arrondi. On peut 
y noter des figures de division indirecte. Parfois ces cellules sont plus apla- 
ties, ont un noyau allongé et couché. Une formation de larges renflemenls 
pseudo-kystiques analogue à celle que nous venons de décrire a été observée 
par Griffini et Vassale : ces auteurs, étudiant le processus de régénération 
de la muqueuse gastrique, ont vu, particulièrement dans les bords de la perte 
de substance qu'ils avaient effectuée, des dilatations qu'ils ont considérées 
comme des kystes par rétention formés aux dépens de glandes à conduit 
e^wréteur oblitéré. 

Glandes. — Les glandes sont très modifiées. Elles sont devenues sinueu- 
ses, à trajet irrégulier, à lumière large, parfois irrégulière aussi mais assez 
souvent arrondie. * 

Leur paroi est revêtue d'une rangée de cellules toutes semblables entre 
elles et dont la structure est la suivante : 

Ce sont des éléments cylindriques ou cubiques. Leur noyau est fortement 
refoulé dans la portion basale de la cellule, aplati, le plus souvent excavé en 
cupule. Ce noyau est peu chromatique, sa membrane nucléaire est mince, il 
contient seulement quelcjues rares et fines granulations chromatiques. Nous 
n'avons pas rencontré là de figures de division mitotique. 

Le cytoplasme de ces éléments a une structure nettement alvéolaire ; il est 
constitué par des travées très fines formant des mailles larges. On n'y trouve 
point de granulations. Il est de même impossible de déceler la moindre trace 
d'une différenciation ergastoplasmique, malgré l'emploi des réactifs colorants 
tels que hématéine, safranine, brun de Bismarck, bleu de toluidine, etc., 
qui la mettent si nettement en évidence. 

Ces cellules que nous venons de décrire sont en somme très analogues, 
morphologiquement du moins, aux cellules des glandes pyloriques telles qu'on 
les observe chez le chat ou le chien. Possèdent-elles aussi les mêmes réac- 
tions colorantes ? 

Dans ce but nous avons essayé comparativement et dans les mêmes condi- 
tions de fixation un certain nombre de réactifs colorants du mucus ou mieux 
des mucus. 

Quand on fait agir .sur une coupe de muqueuse pylorique une solution de 



TRAVAUX ORIGINAUX. 249 

Ihionine, par exemple la solution de thîonine phéniquée, on voit les cellules 
i^laiidulaires prendre une coloration rouge sale très nette. C'est là un type de 
ce que l'on désigne sous le nom de coloration métachromatique, la teinte 
présentée par ces éléments différant nettement de la teinte générale que 
prennent les tissus voisins. Les cellules de surface et des cryptes ne prennent 
pas nettement cette réaction. Avec le bleu de toluidine (en solution aqueuse) 
on observe la même métachromasie qu'avec la thionine et, comme avec la 
Ihionine, la réaction est temporaire et résiste mal en particulier au passage 
dans les alcools successifs. 

Sur les coupes de la bouche gastro-intestinale la thionine phéniquée déter- 
mine une coloration rose légère des éléments qui tapissent les glandes rema- 
niées, cette réaction est nette mais moins mar(|uée que sur le pylore normal 
et surtout beaucoup plus transitoire. Elle disparaît rapidement, et c'est par 
un examen immédiat que nous avons pu nous en rendre compte. 

Cette constatation est néanmoins intéressante et accentue la parenté des 
cellules pyloriques et des éléments qui tapissent nos glandes néopyloriques. 
Mais nous ne voudrions pas exagérer cette parenté. Et, en elfet, avec le bleu 
de toluidine nous n'avons pu provoquer aucune réaction semblable. 

Signalons en passant que, sur les préparations obtenues avec ces deux 
<;olorants, nous avons remarqué à la surface des plis et surtout dans le fond 
de ces longs infundibula, que nous avons décrits plus haut, une couche de 
mucus épaisse, teinte en rouge. Néanmoins, les cellules calici formes sur les- 
quelles reposent celle-ci ne présentent pas cette réaction. 

Avec le mucicarmin de P. Mayer, que nous avons employé exactement sui- 
vant les indications si précises de l'auteur, nous pouvons observer une colo- 
ration rouge énergique d'un certain nombre des éléments caliciformes du ver- 
sant intestinal de notre préparation, et sur le versant gastrique il y a aussi une 
coloration rouge, mais plus claire, de l'épaisse couche de mucus qui tapisse 
les cryptes ; les cellules de surface ont un protoplasma présentant seulement 
une teinte rose très pâle. Vers leur pôle libre cette coloration devient pour- 
tant plus vive, mais en somme la réaction y est très faible et n'est pas à 
comparer avec celle des éléments caliciformes de la muqueuse intestinale. 
Quant aux cellules des glandes remaniées elles n'offrent aucune coloration 
spécifique. Il est vrai qu'il en est de môme pour les cellules des glandes 
pyloriques, et cela bien entendu dans les mêmes conditions de fixation. 

Avec le brun de Bismarck (en solution aqueuse faible) nous obtenons les 
colorations suivantes : coloration jaune d'or du calice d'un grand nombre des 
cellules caliciformes intestinales, coloration jaune d'or du mucus de surface 
et des cellules de revêtement gastrique , les cellules des glandes restent gri- 
sâtres comme d'ailleurs les cellules glandulaires du pylore. 

Nous ne parlerons pas des colorations obtenues avec le muchematéine de 
Mayer ainsi qu'avec l'induline. Ces réactifs qui, entre les mains de Bensley, 



250 nintlOGRAPHlE anatomique. 

avaient fourni une coloration élective des cellules principales du col des 
glandes du fond ainsi que des cellules des glandes pyloriques ne nous ont 
jamais donné de semblables résultats, peut-être à cause de nos conditions 
différentes de fixation. 

De tout ceci, il ressort d'abord que les glandes remaniées d'une bouche 
gastro-intestinale possèdent, de par leurs réactions colorantes, une certaine 
parenté avec les cellules glandulaires pyloriques, mais ne sauraient leur être 
identifiées. 

En second lieu, au niveau de ce néo-pylore la couche du mucus de surface 
paraît nettement augmenter d'épaisseur. Mais, ce qui frappe avant tout c'est 
la diversité des réactions obtenues avec un même colorant sur les divers 
éléments à fonction mucipare. C'est là un point sur lequel nous ne pouvons 
insister ici, mais que nous tenions cependant à faire remarquer chemin fai- 
sant. HoYER, Bonnet, Warburg, Mayer, Crémer, Schmidt, Renslev, etc., 
avaient déjà observé cette variabilité du chimisme des divers mucus ou mu- 
cigènes, particulièrement le long du tube gastro-intestinal. Notre maître, 
M. le professeur Renaut, a attiré depuis longtemps l'attention sur cette plu- 
ralité des mucus, et, dans son Traité d'histologie pratique, parlant des cel- 
lules glandulaires mucipares en général, il disait que, « bien que sécrétés 
par des cellules de constitution en apparence identique, les divers mucigènes 
et les mucus qu'ils concourent à former ne s'équivalent pas dans les diverses 
glandes ou surfaces muqueuses d'un même organisme ». 

Le tissu conjonctif. Infiltration leucocytique. — Le tissu conjonctit 
qui pénètre dans les plis de surface, de même que celui qui s'étend entre les 
éléments glandulaires, n'offre aucune particularité notable, sauf qu'il est par- 
couru par une quantité considérable de leucocytes, qui peuvent môme cons- 
tituer par places, surtout dans le néo-pylore du chat, une véritable infdtration 
lymphoide. Celle-ci s'observe particulièrement dans la partie la plus profonde 
de la région glandulaire et au-dessous de celle-ci, où existent de véritables 
points lymphatiques. 

Griffini et Vassale, dans leur mémoire déjà cité sur la reproduction de la 
muqueuse stomacale, observent et signalent aussi le fait de l'infdtration leu- 
cocytique du tissu connectif séparant les glandes néoformées. 

11 s'agit là probablement d'un processus en rapport, primitivement du 
moins, avec un certain degré de réaction inflammatoire, et ultérieurement 
déterminé par la nécessité de subvenir pour une part importante au considé- 
rable travail de remaniement qui s'opère dans cette région. Et cette opinion 
s'appuie sur une constatation intéressante : au sein de certains points lym- 
phatiques constitués par des leucocytes presque tous mononucléaires, à noyau 
volumineux et fortement coloré, on peut voir des îlots de cellules nettement 
épithéliales, serrées les unes contre les autres et qui paraissent en voie de 



TRAVAUX ORIGINAUX. 251 

disparition. Leur protoplasma est clair, parcouru par de fines trabécules, et 
leur noyau ordinairement médian et arrondi est pâle, souvent presque réduit 
à sa membrane d'enveloppe. Certaines cellules sont même ouvertes et per- 
dent la netteté de leur contour. 

Nous avons pu observer, il est vrai, sur d'autres préparations et particu- 
lièrement sur des préparations de muqueuse gastrique normale de chat, un 
fait assez analogue : on sait que dans la muqueuse stomacale du chat les fol- 
licules lymphatiques sont abondants et volumineux, surtout dans la région 
pylorique ; ils peuvent même atteindre la moitié de l'épaisseur de cette mu- 
queuse, et à ce niveau les glandes perdent la moitié de leur longueur, suivant 
la remarque de Z. Dobrowolski, qui a bien étudié et figuré les follicules de la 
muqueuse stomacale du chat. Or, nous avons pu constater nous-mêmes sur un 
point de ce genre (il s'agissait de la région pylorique) que la moitié profonde 
de glandes, ainsi écourtées, était incluse au sein du follicule sous-jacent. 

L'inclusion d'une portion de glande dans l'épaisseur d'un follicule lymplia- 
lique est donc un fait qu'on peut observer à l'état normal; néanmoins, nous 
persistons à penser qu'une constatation analogue jointe à l'abondance de 
l'infiltration leucocytique dans l'épaisseur de la muqueuse néo-pvlorique, 
plaide en faveur du rôle probablement important joué par les éléments lym- 
phatiques dans le processus de remaniement de la région, où certaines por- 
tions de glandes et en tout cas certains de leurs éléments sont appelés à 
disparaître. 

Quelles que soient d'ailleurs les raisons d'être de cette migration leucocy- 
taire anormale, elle constitue un nouveau point de rapprochement de ce néo- 
pylore et du pylore vrai, puisqu'on sait, et cela depuis les recherches si 
précises de M. Garel, combien celui-ci est riche à l'état normal en follicules, 
points et cellules lymphatiques. Les éléments migrateurs y cheminent nom- 
breux et ce mouvement est indépendant du fonctionnement des glandes, 
suivant la remarque de M. Renaut. On les voit souvent pénétrer dans l'épais- 
seur du revêlement épithélial de la surface, des cryptes et plus rarement des 
glandes. Il en est de même sur nos préparations de bouche gastro-intestinale, 
et c'est là encore une modification subie par cette portion de la muqueuse du 
grand cul-de-sac où l'on sait que les cellules du « groupe aberrant » aiment 
moins à cheminer. 

11 est un dernier fait que nous voulons signaler en passant, c'est que dans 
le tissu conjonctif mutjueux et sous-muqueux de la région qui nous intéresse, 
nous avons pu mettre en évidence, comme d'ailleurs sur des préparations de 
muqueuse gastrique normale pylorique ou non, des éléments cellulaires qui, 
par la coloration métachromatique de leur protoplasma sous l'influence de la 
Ihionine ou du bleu de toluidine, attiraient immédiatement notre attention. 
Ces cellules sont de forme variable, arrondies, ovales, parfois aplaties et 
allongées, et pouvant alors émettre quelques petits prolongements. Elles 



252 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

sont très nombreuses entre les glandes et surtout entre les cryptes. Elles 
ne paraissent pas présenter de prédilection périvasculaire. Leur noyau est 
violet, volumineux, ordinairement un peu allongé. Tantôt, et cela surtout 
dans les cellules arrondies et sans prolongements, leur protoplasma paraît 
-contenir des grains colorés en rouge sale. Tantôt, au contraire, cette même 
coloration est dilfuse, ou bien le cytoplasme est figuré par des Irabécules 
irrégulières, d'où partent quelques fins prolongements. En tout cas, la teinte 
métachromatique de ce proloplasma est assez tenace et résiste beaucoup 
mieux aux manipulations ultérieures et en particulier au passage dans les 
alcools que la teinte un peu semblable des cellules glandulaires de la région. 
Stintzing, en 1889, avait déjà décrit et figuré des éléments analogues, qui 
furent retrouvés par Hoyer, puis par Kultschitzky. Ces auteurs les ont con- 
sidérés comme des leucocytes à granulations Y ou Mastzellen. Il est certain 
qu'en dehors du fait de leur coloration si particulière, beaucoup des cellules 
que' nous venons de décrire ressemblent à ces éléments, mais nous ne pou- 
vons dire qu'il en soit ainsi pour toutes. C'est là une question qui demande- 
pait des recherches plus approfondies ; nous pensons qu'il s'agit là, en tout 
cas, d'éléments appartenant au groupe désigné par M. Renaut sous le nom 
de cellules lymphoïdes, c'est-à-dire de cellules qui se fixent un certain temps 
dans le tissu conjonclif au lieu de le traverser rapidement. 

Or, ces éléments ne nous ont semblé présenter, ni dans leur localisation 
ni dans leurs caractères, de modifications dans la région néo-pylorique. Peut- 
être seulement sont-ils plus abondants. Ils ne nous ont point paru [^rendre 
part au mouvement de migration aberrante. Ils se comportaient là comme 
normalement. Stintzing, en effet, les a vus dans des cas pathologiques tra- 
verser la tunique propre, pénétrer entre deux cellules glandulaires et arriver 
jusqu'à la lumière de la glande, tandis qu'à l'état physiologique cette migra- 
tion est au contraire très rare. 

Stratum compactum. — Nous avons déjà signalé plus haut que nous 
avions retrouvé, au-dessous du tissu connectif sous-glandulaire, la couche spé- 
ciale qui fut décrite en 1875 par Zeissl chez le chat et retrouvée ultérieure- 
ment. par Kultschitzky chez le chien, Trinkler chez le brochet, Gllnsky 
chez certains poissons et chez le renard. Nous l'avons retrouvée sur nos 
préparations provenant de la muqueuse du chat, mais non point sur celles 
du chien malgré Kultschitzky. Sur nos coupes, au voisinage de la gastro- 
entéro-anastomose on la voit suivre son trajet normal, se dessinant nettement, 
colorée très faiblement et diffusément, en violet très pâle dans les prépara- 
tions à l'hématéine-éosine, en rose dans les préparations à la safranine, etc., 
et o.Trant bien les caractères qu'OpPEL lui assignait dans son Lehrbuch. 
Elle ne paraît pas homogène, mais au contraire striée dans le sens de la 
hauteur : elle se compose en elîet de faisceaux dont la direction est radiaire 



TRAVAUX ORIGINAUX. 253 

par rapport à la lumière stomacale. Sur les préparations traitées par l'orcéine, 
on observe au-dessous de ce stralum compactum une couche de fibres élas- 
tiques abondantes qui, après un trajet parallèle plus ou moins long, se 
relèvent, le traversent isolément et vont enfin se perdre dans le connectit 
sous- et inter-glandulaire. Cette couche de Zeissl est séparée en outre de la 
muscularis mucosœ par une rangée d'éléments cellulaires nettement distincts 
des fibres musculaires lisses et sur lesquels Oppel a attiré l'attention. 

Quoi qu'il en soit, cette couche garde dans les coupes du néo-pylore du 
chat son trajet et ses caractères normaux jusqu'au bout de sa course, et 
s'arrête nettement au niveau du point oii s'opère la jonction gastro-intestinale. 

Artères de la sous-muqueuse. — Dans le tissu conjonctifsous-muqueux 
cheminent des vaisseaux nombreux et en particulier des artères volumineuses. 
Quelque.s-unes de celles-ci nous ont offert sur certaines préparations prove- 
nant du chat une particularité très intéressante. 

Cette particularité, nous ne l'avons rencontrée jusqu'ici que sur deux ou 
trois vaisseaux artériels de volume important : on voit dans la lumière du 
vaisseau, qui prend une forme en croissant, une saillie polypoide de la paroi 
parfois reliée à celle-ci par un pédicule très étroit, d'autres fois au con- 
traire faisant largement corps avec elle. Sur certains vaisseaux ou sur 
certains points d'un même vaisseau la saillie est à peine ébauchée, constituant 
un simple feston, puis ce feston devient le polype qui remplit une grande 
partie de la lumière vasculaire. Celui-ci est constitué par des fibres muscu- 
laires lisses dont la plupart ont une direction longitudinale parallèle à l'axe 
du vaisseau. En outre, on y trouve quelques fibres élastiques, sur les prépa- 
rations colorées à l'orcéine. Sur ces mêmes préparations on voit nettement 
la limitante élastique pénétrer dans cet épaississement de la tunique interne 
et suivre tout autour de lui, vers la lumière vasculaire, son trajet festonné. 

Nous n'avons vu celte formation que sur certaines préparations de la 
muqueuse du chat au voisinage du néo-pylore, néanmoins il semble bien 
improbable qu'il s'agisse là seulement d'une formation pathologique, liée aux 
modifications circulatoires créées par le traumatisme opératoire antérieur. 
Kn tout cas, nous ne l'avons point observée au pourtour du néo-pylore du 
chien. Et, d'autre part, quelques auteurs ont vu et décrit des épaississements 
analogues de la luni(|ue interne des artères de certains organes : Sthawi.nski 
dans les artères ombilicales, Paladino dans les artères de la substance mé- 
dullaire de l'ovaire. Récemment von Ebner a attiré l'attention sur des pro- 
ductions en forme de valvules dans les artères du corps caverneux et du 
bulbe uréthral, dont la description se rapproche assez de celle que nous 
avons donnée plus haut. 

Von Ebner considère ces formations comme des appareils de régulation 
circulatoire. Il est donc possible que certaines artères de la muqueuse gas- 



254 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

trique en soient pourvues, du moins chez quelques animaux. C'est là en tout 
cas un fait intéressant qui appelle de nouvelles recherches, nous tenions 
simplement à le signaler au cours dé ce travail. 

C) ÉTUDE DE LA ZONE DE TRANSITION 

11 nous reste à étudier la zone de transition, qui va nous ramener progres- 
sivement au type normal de la muqueuse de la région du fond. Notre néo- 
pylore se fait remarquer surtout, d'un côté par la profondeur insolite des 
infundibula, et de l'autre par le remaniement des glandes d'où les éléments 
différenciés ont complètement disparu et se trouvent remplacés par un type 
unique de cellules claires à noyau basai, rappelant les éléments des glandes 
pyloriques. Comment s'opèrent ces transformations? C'est ce que nous allons 
essayer maintenant de déterminer. 

4** Approfondissement des infundibula. — La profondeur et le calibre 
anormal des infundibula au voisinage de la bouche gastro-intestinale s'obser- 
vent dans une zone assez large autour de celle-ci, et les glandes sous-jacentes 
sont déjà revenues en partie au type normal que les plis de la surface, quoi- 
que moins profonds qu'au pourtour même de l'orifice, ont encore gardé leur 
type pylorique. 

Ces larges infundibula sont d'abord revêtus, avons-nous dit, dans leur 
moitié supérieure d'un épithélium analogue à l'épithélium de surface, puis 
plus profondément ces cellules deviennent moins hautes, le noyau devient 
médian, le protoplasma uniformément clair. A mesure que nous nous éloi- 
gnons de l'orifice de communication gastro-entérique, nous voyons les dimen- 
sions de l'entonnoir glandulaire devenir moins considérables, sa lumière est 
moins large et moins régulière, et cela dans sa moitié inférieure. A ce ni- 
veau le revêtement épithélial présente lui aussi quelques changements, les 
cellules sont moins hautes, leur portion périphérique colorée en violet très 
pâle par l'hématéine est plus étroite, et entre ces éléments on rencontre quel- 
ques cellules bordantes reconnaissables à leur forme arrondie, à leur noyau 
médian moins chromatique et à la présence dans leur intérieur de quelques 
fines granulations colorables en rose par l'éosine. 

On a là l'impression qu'il s'agit de la portion supérieure ou col de l'an- 
cienne glande, dont la lumière s'est considérablement élargie tandis que son 
revêtement épithélial subissait une transformation importante : ses cellules 
principales (cellules principales du col de Bensley) qui, normalement, diffè- 
rent si notablement des cellules principales du fond de la glande et qui pos- 
séderaient la fonction mucipare prennent nettement le type muqueu.x et de- 
viennent analogues au.v cellules qui normalement tapissent le fond des 
infundibula, tandis que les cellules de revêtement, qui sont si abondantes 
dans cette région, tendent à disparaître. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 255 

L'approfondissemenl des infundibuk primitifs se fait donc en partie, 
croyons-nous, par le fait de l'élargissement et de la transformation de la 
partie supérieure des anciennes glandes. Et ce qui corrobore celte opinion, 
c'est le raccourcissement des glandes qui s'ouvrent dans le fond de ces en- 
tonnoirs. La multiplication des éléments, qui tapissent les cryptes, ne joue 
donc pas le seul rôle dans le processus qui aboutit à ce type pylorique des 
inïundibula, que nous venons de décrire. 

2° Modifications des glandes. — Nous n'avons pas à décrire ici la struc- 
ture des glandes du fond chez le chien ou le chat. Nous rappellerons seule- 
ment que chez ces deux animaux, comme d'ailleurs chez la plupart des mam- 
mifères, ces éléments qui constituent des tubes de calibre assez régulier, 
s'ouvrant en nombre variable dans le fond de cryptes courts, sont subdivisi- 
bles en deux portions principales : une portion supérieure, revêtue de cel- 
lules bordantes nombreuses et de cellules d'aspect muqueux (cellules princi- 
pales du col-de Benslev), une portion profonde constituant environ les deux 
tiers de la hauteur de l'élément et caractérisée par une moindre abondance 
de cellules de revêtement et par la présence de cellules principales séro- 
zymogènes (cellules principales du fond, de Bensley). 

Nous allons toir comment s'effectue le retour des glandes néo-pyloriques 
à ce type glandulaire normal. 

Lorsqu'on s'éloigne de l'orifice gastro-intestinal, on est frappé tout d'î'ljord 
par ce fait que la couche glandulaire devient divisible en deux étages : l'un 
supérieur où la lumière des tubes est plus large, l'autre inférieur où cette 
lumière tend à devenir plus irrégulière et plus étroite. Dans la portion supé- 
rieure, les tubes sont revêtus de cellules claires, traversées seulement par 
quelques fines travées avec un noyau basai. Entre ces éléments très analogues 
à ceux que nous avons décrits dans les glandes complètement transformées, 
s'intercalent quelques cellules bordantes avec leurs caractères de transi- 
tion. Dans la portion inférieure, les tubes plus étroits et plus irréguliers sont 
pourvus d'un revêtement épithélial constitué par des éléments dont le proto- 
plasma est finement granuleux, le noyau moins basai et plus chromatique^ 
et entre ces éléments on peut encore trouver des cellules de revêtement. 

Donc entre ces deux portions glanilulaires, une différence s'observe super- 
posable à la différence observée normalement entre la région des cellules 
principales du fond et celle des cellules principales du col; mais ici la région 
des cellules principales du col est devenue plus étendue. 

C'est ce que l'on note avec une netteté toute particulière sur les prépara- 
tions colorées avec les réactifs tels que thionine, bleu de toluidine, brun de 
Bismarck qui mettent si bien en évidence les cellules principales du fond des 
glandes. 

Si nous continuons à nous éloigner du néo-pylore, nous constatons que les 



256 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

glandes tendent à devenir moins irrégulières et moins sinueuses, tandis que 
leur lumière devient moins large. Ces modifications qui nous ramènent vers 
le type morphologique de la glande de la région du fond s'accentuent progres- 
sivement, et parallèlement à elles nous notons des changements importants 
dans la structure des éléments cellulaires. 

Si nous étudions par exemple une glande prise dans cette région de transi- 
tion nous constatons d'abord, comme dans une glande«normale, sa division 
en dêu.v étages : l'étage des cellules principales du col, et au-dessous de lui 
celui des cellules principales du fond ou du corps. Le premier a déjà presque 
pris son aspect habituel, mais il est plus étendu et ses cellules bordantes y 
sont plus pâles et moins granuleuses. Le second offre encore un état bien 
différent de l'état normal, surtout à un examen un peu soigneux : les cellules 
de revêtement y sont moins riches, en granulations et les cellules principales 
y offrent une série d'aspects divers : cellules claires finement trabéculées à 
noyau basai, excavé et peu chromatique — cellules plus sombres, à travées 
plus épaisses, et à noyau moins refoulé, plus arrondi, plus coloré, avec une 
membrane plus épaisse et un nucléole plus volumineux. Dans certaines de 
ces cellules les granulations bien mises en évidence par la fuchsine acide ou 
la thionine ou le bleu de toluidine, etc., deviennent abondantes, et nous 
voyons apparaître vers leur base une ébauche de diflérenciation ergastoplas- 
mique, sous forme ordinairement d'un croissant sous-nucléaire fortement 
coloré par les réactifs appropriés (hématéine, safranine, brun de Bismarck, 
etc.). Puis cette zone ergastoplasmique devient plus haute et plus nette. C'est 
ainsi que nous arrivons progressivement au type glandulaire normal de la ré- 
gion du fond. 

• 
CONCLUSIONS ET DÉDUCTIONS. 

Nous pouvons résumer en somme de la façon suivante les modifications su- 
bies par la muqueuse gastrique de la région du grand cul-de-sac au voisinage 
de la gastro-entéro-anastomose. Ces conclusions, nous les avons déjà présen- 
tées et dans des termes à peu près semblables à la Société de biologie en 
juillet dernier. 

1° Les entonnoirs glandulaires deviennent profonds, larges et sinueux, au- 
tant et même plus que ceux des glandes pyloriques normales ; 

2° Les glandes sont très modifiées ; elles sont devenues sinueuses, à trajet 
irrégulier ; leur lanière est large avec des renflements moniliformes .sur leur 
trajet. Au niveau du nouveau pylore elles ne contiennent plus qu'une seule 
espèce de cellules. Ce sont des cellules cylindriques ou cubiques, claires, 
dont le noyau chiffonné et peu coloré occupe la région basale. La région su- 
pranucléaire du protoplasma a une structure alvéolaire. Il n'y a pas d'ergas- 
toplasme. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 257 

A mesure qu'on s'éloigne du néo-pylore, on passe par transitions graduelles 
des glandes très modifiées que nous venons de décrire aux glandes ordinaires 
du fond. Ce remaniement du type glandulaire s'effectue par la disparition des 
cellules de revêtement et la transformation des cellules principales du fond 
qui perdent leur structure d'éléments différenciés séro-zymogènes pour deve- 
nir analogues à des éléments mucipares ; 

3° Le tissu conjonctif interglandulaire présente une infiltration leucocytaire 
marquée. Les leucocytes semblent jouer un rôle important dans les pliéno- 
mènes de régression glandulaire. 

Ces conclusions sont intéressantes à plusieurs points de vue tant généraux 
que particuliers : 

a) L'observation des modifications présentées par la muqueuse de la région 
du fond au voisinage d'une anastomose gastro-intestinale constitue un exem- 
ple remarquable de flexion morpjiologique, d'adaptation d'un organe ou d'une 
portion d'organe à de nouvelles conditions de fonctionnement. 

En effet on ne peut pas ne pas être frappé des traits de ressemblance qui 
rapprochent notre néo-pylore du pylore normal : cryptes larges et profonds, 
glandes irrégulières, à lumière large et contenant un seul type de cellules 
d'aspect mucipare, richesse anormale en leucocytes migrateurs. 

Il est certain que ces modifications eussent été encore beaucoup plus pro- 
fondes si la survie de nos animaux eût été plus longue. La transformation de 
la bouche gastro-intestinale en un véritable pylore serait alors encore plus 
complète et surtout plus étendue. 

Mais telle que nous l'avons observée, cette transformation est néanmoins 
suflisamment marquée pour pouvoir être nettement affirmée. 

b) Le mode grâce auquel celle-ci s'est effectuée offre quelques points par- 
ticuliers très intéressants. 

Tout d'abord un fait se dégage, c'est que dans les nouvelles conditions où 
se trouve cette portion de la muqueuse du fond, les glandes perdent leurs 
cellules de revêtement. 

A celte disparition des cellules de revêtement dans un néo-pylore, on doit 
opposer leur apparition au sein des tubes glandulaires d'un pylore obstrué, 
comme cela a été observé par notre maître, M. Renaut. La présence de cel- 
lules bordantes à l'état normal dans les glandes pyloriques, d'abord fortement 
discutée, est actuellement admise en général, du moins dans cette zone inter- 
médiaire, décrite d'abord par Ebstein chez le chien, et où entre les glandes 
du fond de plus en plus pauvres en cellules bordantes se trouvent des tubes 
pyloriques au sein desquels elles peuvent se rencontrer. Mais ces cellules 
delomorplies sont peu nombreuses et isolées et ne dépassent guère la zone 
annulaire étroite qui sépare du pylore la mu(jueusedigestive proprement dite. 
Or, sur des préparations d'un pylore enlevé sur le vivant, M. Renaut a vu, au 



258 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

voisinage de la tumeur qui obstruait l'orifice, des cellules de revêtement 
nombreuses au sein des glandes pyloriques en byperfonctiou ou modifiées lé- 
gèrement par l'état catarrbal. Nous avons eu aussi récemment l'occasion 
d'examiner un fragment de muqueuse gastrique enlevée au cours d'une gas- 
tro-entérostomie pour néoplasme du pylore, pratiquée à l'Hôtel-Dieu par 
le docteur L. Tixier. Sur les préparations de ce fragment nous avons été 
frappé particulièrement du nombre de cellules bordantes que contenaient les 
tubes glandulaires. Nous avons pu en compter jusqu'à quatre ou cinq sur la 
coupe d'un seul tube. Ces éléments étaient situés sur le rang des cellules py- 
loriques, cubiques comme elles, mais parfois un peu en retrait et alors de 
forme pyramidale. Les caractères de leur noyau médian et de leur proto- 
plasma" finement granuleux et coloré en rose par l'éosine ne laissaient aucun 
doute sur leur nature. Donc quand le canal pylorique est obstrué patliologi- 
(fuement et a perdu, au moins en grande partie, le rôle qu'il doit jouer dans 
l'évacuation de la chambre gastrique, on voit apparaître dans sa muqueuse 
des cellules bordantes en nombre anormal. Tout au contraire celles-ci dispa- 
raissent des glandes de la région du fond au pourtour d'un orifice d'évacua- 
tion gastrique, artificiellement placé à ce niveau. 

Il semble donc que les cellules de revêtement constituent les éléments les 
plus différenciés des tubes glandulaires de la région du fond. Ce sont les der- 
nières à apparaître au cours du développement, ainsi que l'ont montré la plu- 
part des recherches embryologiques et encore récemment les observations de 
ToRTORA, pour qui ces cellules commencent bien à apparaître à partir du 
cinquième mois de la vie intra-utérine mais n'achèvent leur différenciation 
qu'au moment de la naissance et dans les jours qui suivent celle-ci. Ces cel- 
lules bordantes sont encore les dernières à réapparaître lors de la régénéra- 
tion de la muqueuse gastrique, ainsi ({ue l'ont montré les expériences inté- 
ressantes de Griffini et Vassale, qui n'ont retrouvé qu'au bout de 30 jours 
quelques rares éléments delomorphes au sein des glandes en voie de régéné- 
ration. 

Et de même que les cellules de revêtement sont les dernières à apparaître 
ou à réapparaître, ce sont aussi les premières à disparaître. 

C'est ce que nous avons noté au pourtour du néo-pylore. C'est aussi ce que 
KuPFFER prétendait avoir observé dans certains états pathologiques et en par- 
ticulier dans les maladies aiguës fébriles. Il est vrai que Stôhr a mis en 
doute la validité de cette conclusion, et que Sachs n'a pu la confirmer par 
ses propres recherches. 

La disparition des cellules bordantes au niveau et au pourtour de la gas- 
tro-entérostomie n'est point le seul fait sur lequel nous voulons insister. La 
transformation progressive des cellules principales constitue, elle aussi, un 
processus intéressant : ces éléments perdent leurs granulations caractéristi- 
ques en même temps que cette différenciation basale, décrite par Benslev, 



TRAVAUX ORIGINAUX. 250 

ZiMMERMANN, Theohari, ctc, à laquelle Ch. Garnier a donné le nom gé- 
néral d'ergasioplasme. On sait qu'actuellement on tend à faire jouer à cette 
din'érenciation cyloplasmique un rôle important dans le processus de sécré- 
tion. La disparition parallèle des granulations et de l'ergastoplasme ou prézy- 
Mogène de Macallum et Bensley, telle que nous l'avons constatée, tendrait 
donc elle aussi à confirmer ces conclusions. 

Mais les cellules principales du fond des glandes ainsi dépourvues de leur 
ergastoplasme et de leurs granulations prennent rapidement l'aspect des cel- 
lules principales du col des glandes du fond, qui, d'après les recherches de 
Bensley, sont probablement des cellules mucipares et de même nature que 
les cellules des glandes pyloriques (chez le chat et le chien en particulier). 
Puis ces deux espèces de cellules principales deveimes semblables preiment 
de plus en plus le type pylorique, et ainsi s'établit une transition qui nous 
conduit de la cellule principale du fond à la cellule pylorique en passant par 
la cellule principale du col. 

Telles sont les déductions les plus intéressantes que nous ont paru compor- 
ter nos recherches sur les modilications subies par la muqueuse gastrique de 
la région du fond du voisinage au nouveau pylore dans la gastro-entéro-anas- 
tomose expérimentale. 

ODEX BIBLIOGRAPHIQUE' 



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t. Nons ne citons qno les onvrages on travaux qui nons ont pins Rpécialement servi ponr la rédae- 
ti>)n de ce mémoire. 



260 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

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ORIGINE DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES 
DE LA GLANDE MAMMAIRE 



Relation entre la richesse des radicules lymphatiques et la facilité 
plus ou moins grande du drainage de la lymphe dans le tissu 
conjonclif 

Par CL REGAUD 

(Travail du laboratoire d'histologie de la Faculté de médecine de Lyon.) 



Kn 1894, j'ai fait connaître le résultat de mes rechei'ches sur les origines 
des vaisseaux lyiTiphatiques de la mamelle'. Ma description a porté essentiel- 
lement sur le dispositif que j'ai observé chez la chatte. Chez cet animal, les 
canaux et les espaces lymphatiques revêtus d'endotliélium* ne pénètrent pas 
dans le lobule glandulaire ou n'y pénètrent qu'exceptionnellement ; ils sont 
au contraire richement développés dans le tissu conjonclif périlobulaire, Je 
n'ai rien à changer actuellement à ma description ancienne, et j'y renvoie le 
lecteur pour de plus amples détails. L'élude des vaisseaux lymphatiques de 
la mamelle de la vache m'avait conduit à la même conclusion générale, déjà 
formulée pour la chatte. Fort de ces deux exemples, je me crus alors auto- 
risé à généraliser : « La structure de la glande mammaire ne varie guère, 
chez les différents mammifères, et, dans une question d'anatomie générale 
comme celle que nous traitons, on est parfaitement autorisé à conclure de 

cas particuliers à une disposition générale » Or, j'ai reconnu depuis que 

le principe que j'énonçais dans la phrase précédente est absolument faux, du 



1. Cl. Regaud, Sur les origines des vaisseaux lyaiphatiques de la mamelle. {Comptes 
rendus de la Société de Biologie, séance du 16 juin 189^.) 

Id., Étude histologique sur les vaisseaux lymphatiques de la glande mammaire. (Journal 
de l'Anatomie et de ta Physiologie, 1894, n" G, p. 716-730, pi. XXI.) 

2. Actuellement, et depuis de nombreuses années, on ne doit entendre par canaux, 
vai.sseaux, espaces lymphatiques, que les cavités entièrement tapissées par reudolhélium 
lymphatique. Cet endothclium est une membrane continue, une membrane dialysante vi- 
vante, qui sépare les cavités lymphatiques des espaces coujonctifs. Les vaisi^eanx lympha- 
tiques se ramifient au sein du tissu conjonclif comme des tubes de drainage en terre po- 
reuse, au sein d'un terrain plus ou moins compact. 

Si je rappelle ici cette notion tout à fait certaine, et classique chez nous, c'est qu'un 
grand nombre d'auteurs étrangers, même très récents, la méconnaissent, et confondent 
toujours un espace du tissu conjonclif avec un espace lymphatique. 

BIBLIOaS. AWAT., T. Vnl, FA»0, 4. 17 



262 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

moins en ce qui concerne la richesse plus ou moins grande des vaisseaux 
lymphatiques initiaux dans le même organe, chez des espèces différentes. 

La variabilité du dispositif lymphatique d'un organe considéré à des états 
différents chez des individus de la même espèce, ou étudié comparativement 
chez des espèces différentes, me fui révélée par des recherches entreprises 
sur les vaisseaux lymphatiques des tumeurs, et surtout par l'étude des vais- 
seaux lymphatiques du testicule. 

Dans les tumeurs, nous avons vu, Barjon et moi ', que le remaniement du 
tissu conjonctif autour des amas cellulaires néoplasiques est accompagné de 
la disparition graduelle des vaisseaux lymphatiques. 

Dans le testicule normal*, je reconnus que le dispositif lymphatique est 
très variable, suivant les espèces de mammifères. « On peut, à cet égard, 
distinguer trois types principaux : 1" type (ex. le lapin), réseau lymphatique 
péritesticulaire, ne pénétrant pas, ou pénétrant exceptionnellement dans 
l'intérieur de l'organe ; — 2^ type (ex. le chien), réseaux lymphatiques péri- 
testiculaire et périlobulaire ; les seuls lymphatiques contenus dans l'intérieur 
de l'organe ne dépassent généralement pas le corps d'Highmore et les cloisons 
interlobulaires ; — 3^ type (ex. le bélier), réseaux lymphatiques péritesticu- 
laire, périlobulaire et péritubulaire ; les lymphatiques forment un réseau plus 
ou moins riche dans les lobules, autour des tubes. — Les variations du dis- 
positif lymphatique dans le testicule des divers mammifères dépendent sur- 
tout de la structure du tissu conjonctif lâche intertubulaire. x Je pensai dès 
lors qu'il n'y avait pas lieu de généraliser, comme je l'avais fait, la descrip- 
tion que j'avais donnée des vaisseaux lymphatiques de la mamelle, d'iprès la 
chatte et la vache. 

Avant d'exposer mes nouveaux résultats, je dois rendre compte des tra- 
vaux parus depuis mon mémoire de 1894, où j'ai donné en détail l'historique 
de cette question. 

A ma connaissance, il n'a été question des vaisseaux lymphatiques de la 
glande mammaire, depuis 1894, que dans les deux publications de Chauvin' 
(1897) et de Sticker^ (1899)> 

Contrairement à ce que pourraient faire supposer le titre de sa thèse et le 
nombre de pages (50) qu'elle comprend. Chauvin n'a consacré qu'un peu 



1. C. Recadd et F. Barjon, Anatomie pathologique du système lymphatique {ré- 
seaux, canaux, ganglions) dans la sphère des néoplasmes malins. Paris, Masson, 1897. 

2. C. Recaid, Les vaisseaux lymphatiques du testicule, etc. {Thèse de Lyon, 1897.) 

3. Chacvin (F.-V.), Recherches sur l'origine des vaisseaux lymphatiques dans la glande 
mammaire, et de quelques déductions pathologiques. {Thèse de Bordeaux, 1897.) 

4. Sticker (A.),Zur Histologie der Milchdriise. 2. Die Lymphbahnen der thâtigen Milch- 
drùse der Kuh. {Arch. far mihr. Anat., Bd LIY, p. 9-11, fig. 15, pi. Il, 1899.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. 2G3 

moins de deux pages à exposer ses résultats personnels au sujet des origines 
des vaisseaux lymphatiques de la mamelle. L'auteur se résume ainsi : t Nous 
croyons pouvoir dire que, dans la glande mammaire (de la femme), le système 
lymphatique présente, à son origine, un réseau entièrement clos de lacunes 
périacineuses ; que, tout autour du lobule, il existe un second réseau lacunaire 
périlobulaire, en communication avec des lacunes interlobulaires aboutissant 
aux vaisseaux interlobulaires qui se jettent enfin dans les troncs lymphatiques 
interlobaires. » J'ajoute que la lecture des deux pages que l'auteur résume 
ainsi ne permet pas d'éclaircir ce que la phrase précédente a d'énigmatique. 
Il en résulte en tout cas que Chauvin fait naître les lymphatiques par un ré- 
seau périacineux intralobulaire. L'auteur base son opinion exclusivement sur 
l'étude de mamelles de femme enlevées chirurgicalement pour des tumeurs. 
Il rapporte quatre observations : Obs. I, fille de 30 ans, fibrome diffus des 
deux seins ; — obs. II, fille de 39 ans, fibrome du sein; — obs. III, /emme 
de 62 ans, squirrhe du sein; — obs. IV, femme de 48 ans, épithélioma intra- 
canaliculaire du sein. Dans ces quatre cas, les mamelles étaient patholo- 
giques ; en outre, dans les deux premiers, elles n'avaient jamais fonctionné, 
et dans les deux derniers elles étaient séniles. L'auteur dit, il est vrai, qu'il 
a examiné d'autres préparations appartenant à M. Goyne, sur lesquelles il ne 
donne pas de renseignements. Les pièces auraient été injectées avec le li- 
quide picro-osmio-argentique de Re>*aut ; mais les dessins que donne l'au- 
teur, mauvais dessins d'ailleurs, ne montrent pas trace de vaisseaux imprégnés 
d'argent. Dans ces conditions, tout le monde sera d'avis qu'il n'y a pas lieu 
de prendre au sérieux le travail de Chauvin. 

Le sous-titre du travail de Sticker promet, lui aussi, beaucoup plus que 
l'auteur ne donne. Il n'y a pas d'historique. L'auteur n'a fait aucune injec- 
tion ; les lymphatiques se reconnaissent, dft-il, sur les coupes, aux noyaux 
des cellules endolhéliales qui limitent leur cavité. Pour Sticker, les voies 
lymphatiques commencent, chez la vache, dans le stroma conjonctif qui sé- 
pare les uns des autres les lobules de second ordre. Les vaisseaux lym- 
phatiques sont entourés d'un réseau de capillaires sanguins. 

En comparaison avec la description que j'ai donnée antérieurement du dis- 
positif des vaisseaux lymphatiques dans la mamelle de la chatte et de la 
vache, je vais- maintenant décrire ce dispositif dans la mamelle du cobaye. 

J'ai injecté avec le liquide picro-osmio-argentique (formule B, — voir mon 
travail antérieur) plusieurs glandes mammaires de femelles pleines, de fe- 
melles en lactation et <le femelles après le sevrage. Dans tous les cas, on est 
frappé de la facilité avec lacjuelle le liquide injecté dissèque les lobules, en 
les séparant les uns des autres par de grosses boules d'œdème, et de la diffi- 
culté qu'on a à le faire pénétrer entre les acini qui composent les lobules. 



264 nTRLIOGRAPIIIE ANATOMIQUE. 

Chez la femelle en lactation, il est picesque impossible de remplir les espaces 
interacineux; chez la .femelle dont les mamelles ne fonctionnent plus depuis 
quelques jours, on y arrive au contraire plus facilement. Cette diiîérence me 
paraît tenir à ce que la texture du tissu conjonctif interacineux varie suivant 
l'état de la glande. Pendant la lactation, les acini sont serrés les mis contre 
les autres, et maintenus par un réseau très riche de capillaires sanguins, 
qui font obstacle à leur séparation par le liquide injecté ; en outre, le tissu 
conjonctif interacineux est rudimentaire, ou du moins est pauvre en fais- 
ceaux connectifs. L'injection se répand autour des lobules, fuse de proche 
en proche entre eux, mais ne pénètre dans leur intérieur que si la pointe de 
l'aiguille y est elle-même entrée. Lorsque la glande a cessé de fonctionner, 
les acini subissent une régression rapide, le tissu conjonctif inlerlobulaire 
devient plus dense, le réseau capillaire se réduit; bientôt les acini d'un même 
lobule «ont dissociés par du tissu conjonctif lâche fibrillaire : dans ces condi- 
tions, l'injection trouve des chemins interlobulaires moins faciles, et pénètre 
mieux entre les acini. 

Dans les deux cas, on trouve, sur les coupes, quelques lobules complète- 
ment injectés, parce que le liquide y a pénétré soit par la voie sanguine, soit 
par les galactophores. Il est alors facile de se rendre compte que les lympha- 
tiques, s'il en existait dans le lobule, n'auraient pas échappé à l'imprégna- 
tion. 

Pas plus que chez la chatte et la vache, il n'y a, chez le 'cobaye, de lym- 
phatiques inlralobulaires. Mais, tandis que chez les deux premières espèces les 
voies lymphatiques périlobulaires sont richement développées, chez la der- 
nière elles sont rudimentaires. Chez la chatte, il existe entre les lobules d'im- 
menses sacs lymphatiques anfractueux, cloisonnés, et des canaux collecteurs 
de calibre plus régulier. Chez le cobaye, les sacs font totalement défaut; on 
ne rencontre que des canaux collecteurs grêles, qui cheminent dans les inter- 
stices principaux interlobulaires ou même interlobaires. La plupart des lo- 
bules de la glande ne sont en contact avec aucun canal lymphatique. 

Je ne saurais dire avec précision s'il. y a une modification des voies lym- 
phatiques, au fur et à mesure que la formation glandulaire se réduit, jusqu'à 
l'état de repos de l'organe. 

En somme, il existe donc dans la glande mammaire, suivant les espèces, 
des différences dans la richesse des voies lymphatiques, différences tout à 
fait comparables à celles que j'ai trouvées pour le testicule. 

Quelques recherches faites sur les glandes salivaires m'ont donné les mêmes 
résultats. Je crois donc que ces variations spécifiques sont communes à beau- 
coup d'organes. On doit les rapporter à une loi générale qui peut être for- 
mulée ainsi : la richesse des radicules lymphatiques par lesquelles s'effectue 
le drainage du tissu conjonctif d'tm même organe considéré chez des espèces 
différentes, est étroitement subordonnée à la facilité plus ou moins grande 



TRAVAUX ORIGINAUX. 265 

que le tissu conjonctif apporte, par sa texture propre, au drainage de la 
lymphe. Lorsque le tissu conjonctif lâche a une texture peu serrée, qu'il 
forme de larges mailles, déterminées par des faisceaux connectifs grêles et 
peu îibondants, les canaux lymphatiques sont peu développés, parce ([u'il suf- 
fit d'un petit nombre d'entre eux pour drainer une grande étendue de tissu' 
Lorsque le tissu conjonctif est serré, forme des mailles étroites, grâce à une 
trame connective très développée, les canaux lymphatiques sont, au contraire, 
richement arborisés pour assurer le drainage d'un tissu peu perméable. 

La comparaison qiie je rappelais en note au début de cet article, entre le 
tissu conjonctif avec ses canaux lymphatiques d'une part, et un terrain ma- 
récageux avec ses drains d'autre part, fait comprendre clairement la loi pré- 
cédente. 

Quant à l'inégalité de développement de la trame connective suivant les 
espèces, il est certain qu'elle est due aux variations de la fonction principale 
de cette trame : fonction mécanique liée à la nécessité de soutenir plus ou 
moins solidement les parties élémentaires des tissus et des organes. 



ASSOCIATION DES ANATOMISTES 



Procès-verbal de la Séance du 1*"^ août 1900. 

L'Association des Analomistes ayant fusionné cette année avec le XIII'" 
Congrès international de médecine, ne devait se réunir que pour le règlement 
des affaires courantes. Cette réunion a eu lieu à Paris le 1" août, à 5 heures 
du soir, dans l'amphithéâtre Cruveilhier de la Faculté de médecine. 

Étaient présents : MM. Ancel, Barrier, Blanchard (R.), Branca, Devy(G.), 
Garnier, Henneguy, His, Jolly, Laguesse, Malassez, Martin (H.), Nicolas, 
Réitérer, Romiti, Sala (Luigi), Van Bambeke, Van Gehuchten, Van dIr 
Stricht, Vicier, VValdeyer, Weber. 

M. Henneguy, vice-président, ouvre la séance en l'absence de M. Mathias 
DuvAL qui, retenu loin de Paris par l'état de sa santé, l'a prié de prendre la 
présidence à sa place. 

M. Henneguy fait part des perles qu'a subies la Société en la personne de 
MM. Balbiani, Dareste, Bouchard, Beauregard et Carnoy, ce dernier ins- 
crit comme adhérent depuis notre première réunion (1899), et se fait l'inter- 
prète de l'Association en exprimant tous les regrets qu'ont provoqués parmi 
nous ces deuils. 

Si nous avons à déplorer la disparition de ces éminents collègues, nous avons 
en revanche la satisfaction d'enregistrer de nombreuses candidatures. Ce sont 
celles de : 

MM. Benoit (Ovide), préparateur à la Faculté de médecine de Paris. 
. Bertelli (Dante), professeur à l'Université de Padova. 
BovERo (A.), assistant à l'Université de Torino. 
Cavalié, préparateur à la Faculté de médecine de Paris. 
Debeyre, préparateur à la Faculté de médecine de Lille. 
Denys, professeur à la Faculté de iiiédecine de Louvain. 
Eternod, professeur à la Faculté de médecine de Genève. 
FiELD (H. H.), directeur de l'Institut bibliographique à Zurich. 
Froriep, professeur à l'Université de Tiibingen. 
GiACOMiNi (Ercole), professeur à l'Université de Perugia. 
Golgi (C), professeur à l'Université de Pavia. 
His (W.), professeur à l'Université de Leipzig. 



ASSOCIATION DES ANATOMISTES. 267 

MM. JoLLY, préparateur au Collège de France, Paris. 

JouvENEL, chef des travaux d'histologie à la Faculté de médecine, Lille. 

Launois, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. 

Martinotti (G.), professeur à l'Université de Bologna. 

MoNTi (M'" Rina), assistante à l'Université de Pavia. 

MoYNiER DE ViLLEPOix, professcur à l'Ecole de médecine d'Amiens, 

Pardi (F.), assistant à l'Université de Pisa, 

Pelaez (P. L.), professeur à l'Université de Granada. 

Pensa (G.), assistant à l'Université de Pavia. 

PiTZORNO (M.), assistant à l'Université de Sassari. 

PuGNAT (A.), docteur en médecine, Genève. 

PupiN, docteur en médecine, Paris. 

RuFFiNi (A.), libero-docente à l'Université de Siéna. 

Sala (L.), professeur à l'Université de Ferrara. 

Sterzi (G.), assistant à l'Université de Pisa. 

Strasskr (H.), professeur à l'Université de Berne. 

Tenchini (L), professeur à l'Université de Parma. o, 

Tribondeau, prosecleur à l'École de médecine navale, Rocliefort. 

UsoLOTTi, assistant à l'Université de Parma. 

Valenti (G.), professeur à l'Université de Bologna. 

Vigier, préparateur à la Faculté de médecine de Paris. 

Waldeyer (W.), professeur à l'Université de Berlin. 

L'Assemblée, sur la proposition de son Président, ratifie h l'unanimité l'ins- 
cription de ces nouveaux membres. 

M. Henneguy remercie alors MM. les professeurs Waldeyer et His, pré- 
sents à la réunion, de l'honneur qu'ils ont fait à notre jeune Société en 
demandant à en faire partie et les prie, aux applaudissements de l'Assemblée, 
d'accepter la présidence d'honneur de cette courte séance. 

M. Réitérer, trésorier, lit ensuite son rapport sur l'état des finances de 
la Société. Un certain nombre de membres n'ayant pas encore versé leur 
cotisation pour 1899, le montant des recettes s'élève seulement à 585 fr. 
Celui des dépenses atteint 177 fr. 55 c. Il reste donc en caisse au 1" août 
1900 une somme de 407 fr. 45 c. 

L'Assemblée approuve les comptes qui lui sont soumis. 

Il s'agit maintenant de désigner le lieu et la date de la prochaine session 
et de nommer le Bureau pour 1900-1901. Le Bureau actuel a pensé qu'il y 
avait lieu, puisque deux fois déjà on s'est réuni à Paris, de choisir un centre 
provincial. Celui qui semble tout indiqué est Lyon. 

Cette proposition est adoptée à l'unanimité et après une courte discussion 
il est décidé que la session de 1901 aura lieu, à Lyon les /", 2 et 3 avril, 
c'est-à-dire pendant les premiers jours de la semaine qui précède P.lques. 



268 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

A l'unanimilé également, M. Renaut est nommé président ; MM. Testut, 
Arloing et Ledouble, vice-présidents. 

L'Assemblée examine enfin deux questions : 

Il n'y aura pas cette année de Comptes-rendus autres qu'un court procès- 
verbal, puisque les communications doivent' figurer dans les publications du 
Congrès international. De ce côté il n'y a donc aucune dépense à engager. 
De plus la plupart des membres ont déjà payé 25 fr. pour leur participation 
au Congrès. Dans ces conditions le Bureau a pensé qu'il serait équitable de 
ne pas leur réclamer de cotisation pour 1900, la réserve étant largement 
suffisante pour faire face aux menues dépenses à prévoir. L'Assemblée se 
range à cet avis et décide qu'à titre exceptionnel aucune cotisation ne sera 
perçue pour l'année 1900. Il est clair que les membres qui en 1899 ont payé 
deux aimées se trouvent ainsi avoir versé leur cotisation pour 1901. 

En second lieu, M. Laguesse, secrétaire, propose au nom du Bureau une 
légère modification à l'article 9 des statuts. D'après cet article : «^ Toute per- 
sonne désirant son admission doit se faire inscrire auprès des secrétaires. 
Pour devenir définitives, les admissions sont ratifiées par un vote de l'Assem- 
blée. » M. Laguesse fait ressortir les inconvénients de cette condition qui 
met les candidats (parfois aussi les secrétaires) dans une situation fausse et 
parfaitement désagréable. Ne vaudrait-il pas mieux laisser au Bureau la res- 
ponsabilité de l'admission des nouveaux membres ? L'Assemblée reconnaît la 
légitimité des observations de M. Laguesse et admet ([ue dorénavant les 
admissions seront ratifiées par le Bureau. 

L'ordre du jour étant épuisé, M. le président Henneguv donne rendez-vous 
à tous à la Section d'histologie et d'embryologie qui commence ses travaux le 
lendemain et lève la séance. 

Le Secrétaire, 

A. NICOLAS. 



Le Directeur, D' A. NICOLAS. 



Tome VIII 



5* et 6' fascicules. 



1900 



BII]LIOGIUPHIE ANATOMKIUE 

REVUE DES TRAVAUX EN LANGUE FRANÇAISE 
ANATOMIE — HISTOLOGIE — EMBRYOLOGIE — ANTHROPOLOGIE 



BIBLIOGRAPHIE 



I. — OUVRAGES ET ARTICLES DIDACTIQUES 




526 



Bichat (Xavier). ^- Anatomie générale appliquée à la physiolof^ie et à la 
niédceiiie. l'« partie. — ln-8, Paris, 1900, Steinhcil. (La première édition a 
paru en 1801.> — Prix: 3 fr. 50 c. 

527 — Herrera (A.-L.). — L'origine des individus. Mécanisme de l'hérédité. — 

Mcmorias y revista de la Socicdad cienlifica « Antonio Atzate ». Mexico, 
1900, n"^ 3-i, p. 129-144. 

528 — Hertwig (0.)- — Traité d'embryologie ou Histoire du dévehippement de 

l'Homme et des Vertébrés. — 2* édition française, par Ch. Julin. Un vol. 
gr. iu-8 do xx-738 p. avec 415 fig. et 2 pi., 1900, Paris, Schleicher frères. 
Proche 19 fr. ; relié 20 fr. 

529 — Launois (P.-E.). — Manuel d'analoniie nii(;roscopii|uc et d'histologie. — 

2" édition. Un vol. in-l8 diamant, carlonué toile avec 2ril fig. dans le texte. 
1900, Paris, Masson et C". Prix : 8 fr. 

530 — Le Dantec (F.). — L'hérédité, clef des phénomènes biologiijues. 1' partie: 

lunité individuelle. 2" partie : l'unité cellulaire. — Revue générale des 
sciences pures et appliquées, 1900, n" 11, p. 731-741, et n° 12, p. 798-806, 
avec 1 lig. 
Prenant (A.). — L'enseignement rationnel de l'histologie. Histologie des 
organes et de la personne. — Revue générale des' sciences pures et 
appliquées. 1900, n" 9, p. 638-640. 
• Roule (L.). — Hevue annuelle de zoologie. — Revue générale des sciences 
pures et appliquées. 1900, n" 8, p. 598-609. 
Turner (W.). — Les progrès do la biologie. Discours prononcé devant 
lAssocialion britannique pour lavancoment des sciences au Congrès de 
Bradford (septembre 1900). — Revue scientifique. 1900, 2" semeslre, 
n" 14, p. 417-432. 

UiBLIOGB. ANAT., T. VIII, PA8C. 5-4>. |X 



531 — 

532 
533 



270 BlDLiOGRAPHIÈ ANATOMIQUE. 

II. — MÉTHODES TECHNIQUES 

534 — Bensaude et Herscher. — Quelques précautions à prendre dans l'emploi de 

la solution triacide d'EhrIich. — Bulletins et mémoires de la Société 

anatomiqtie de Paris. Juin 1900, p. 578-57'J. 
De Gothard. — Voir n« 539. 
Fouilland. — Voir n" 538. 

535 — Gascard (À.). ^— Application de la radiographie stéréoscopique à létude de 

Tanatomie. — Reçue médicale de Normandie. Rouen, 1900, p. 117-12?, 
avec 1 pi, et 2 lig. 
Herscher. — Voir W 534. 

536 — Letulle (M.). — Orientation des coupes du tractus gastro-intestinal. — 

Bulletins et mémoires de la Société anatomiqtie de Paris. 1900, p. 243. 

537 — Pellanda (Ch.). — Nouvelles masses pour injections vasctilaires. — Bulle- 

tins et mémoires de la Société anatomiqve de Paris. Mars 1900, p. 260- 
264. 

538 — Regaud (CI.) et Fouilland (R.). — Bain de paraffine à chauffage électrique. 

— Journal de l'anatomie et de la physiologie. Paris, 1900, n" 5, p. 574-579, 
avec 3 fig. 

Riche. — Voir n° 716. 

539 — Riche (A.) et de Gothard lE.). — Conservation des pièces anatomiques avec 

leurs couleurs. — Bulletins et mémoires de la Société anatomir/ue de 
Paris. Mars 1900, p. 245-248. 
540 — Verneau. — In nouveau céplialomètre. — L'Anthropologie. Paris, 1900, 
n" 2-3, p. 231-230, avec 4 fig. 

III. — EMBRYOGÉNIE. — ORGANOGÉNIE. — HISTOGÉNIE 

(ÉI^BMENTS SEXUELS.) 

541 — Audion et Nattan-Larrier. — Examen histologique du placenta dans un cas 

de grossesse interstitielle. — Bulletins et mémoires de la Société analo- 
mique de Paris. Janvier 1900, p. 34-39, avec 2 fig. 

542 — Bataillon (E.). — La segmentation parthénogénétique expérimentale chez 

les Amphibiens et les Poissons. — Comptes rendus de l'Académie des 
^5CJ(?«ces. 1900, t. CXXXI, n" 2, p. 115-118. 

543 — Id. — Blastolomie spontanée et larves jumelles chez P€^rom^30» Planeri. 

— Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1900, t. CXXX, n" 18, 
p. 1201-1202. 

544 — Id. — Recherches expérimentales sur l'évolution de la lamproie (P. Pla- 

neri). — Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1900, t. GXXX, 
n" 21, p. 1413-1415. 

545 — Id. — Pression osmotique de l'œnt et polyembryonie expérimentale. — 

Comptes rendus de l'Académie des sciences. 1900, t. GXXX, n" 22, p. 1480- 
1482. 

546 — Id. — Le blastoderme et le parablaste chez les Poissons osseux. — .4550- 

cialion française pour l'avancement des sciences. Compte rendu de la 
28" session. Boulogne-sur-Mer, 1899. — Paris, 1900, p. 529'533. 



BIBLIOGRAPHIE. "27 1 

547 — Bataillon (E.). — Sur le développement de la pigmentation chez des métis 

de Poissons osseux. — Associalion française pour t'aoancemenl des 
sciences. Compte rendu de la 28' session. Boulogne-sur-Mer, 1S99. — Paris, 
l'JÛO, p. 533-037. : . 

548 — Chauveau (C.j, — De l'intestin céphalique et de ses dépendances, princi- 

palement au point de vue du pharynx. — Annales des maladies de 
l'oreille, du larynx, etc. Paris 1900, p. 509-558. 
Damas (D.). — Voir n" 550. 

549 — De Selys Longchamps (Marc). — Développement du cœur, du péricarde et 

des épicardes chez C'iona intesthialis. — Bulletin de l'Académie royale 
de Belgique. Classe des sciences. 1900, n° 5, p. 432-441, avec 6 flg. 

550 — De Selys Longchamps et Damas (D.). — Recherches sur le développement 

post-embryonnaire et {"organisation de Molgula ampulloides P. J. \an 
Beneden. — Bulletin de l'Académie royale de Belgique. Classe des sciences. 
1900, n" 6, p. 442-449. 

551 — Éternod (F.). — Contribution à la classification embryologique des œufs. 

— Bibliographie analomique. 1900, t. YllI, fasc. 4, p. 231-211, avec un 
tableau. 

552 — Giard (A.). — A propos de la parthénogenèse artificielle des œufs dÉchi- 

nodermes. — Comptes remlus de la Société de biologie. Pai-is, 1900, n" 28, 
p. 761-764. 

553 — Guignard (L.). — Nouvelles recherches sur la double fécondation chez les 

végétaux angiospermes. — Comptes rendus de l' .içadémie des sciences. 
1900, t. CXXXI, n" 4, p. 153-160. 

554 — Loisel (G.). — Précocité et périodicité sexuelles chez l'homme. — Comptes 

rendus de l'Académie des sciences. Paris, 1900, t. XXXI, n" 18, p. 725. 

555 — Martin (H.). — Sur le développement de l'appareil venimeux de la Fipera 

aspis. Évolution du canal venimeux. — Association française pour l'acan- 
cenient des sciences. Compte rendu de la 2S' session. Boulogne-sur-Mer, 
1899. — Paris, 1900, p. 522-527, avec 1 pi. 
Nattan-Larrier. — Voir n" 541. 

556 — Ostroumofif. — Note sur le dimorphisme sexuel chez le genre ^-Zs/ar/e Sow. 

— Zoologischer Anzeiger. 1900, n» 624, p. 499-500. 

557 — Regaud (Cl.). — A propos des cellules séminales téralologiques. — fHblio- 

graphie analomique. 1900, t. VllI, fasc. 4, p. 224-226. 

558 — Retterer (Ed.). — Évolution du cartilage transitoire. — Journal de l'ana- 

tomie et de la physiologie. Paris, 1900, n° 5, p. 467-565, avec 3 pi. et 5 tig. 
dans le texte. 

559 — Roule (L.). — Ktude sur le développement embryonnaire des Phoronidicns. 

— Annales des sciences naturelles. Zoologie. 1900, u° I, p. 51-SO, et u"* 2 
à 0, p. 81-249, avec 15 pi. 

560 — Id. — Remarques sur un travail récent de M. Masterman concernant le 

développement embryonnaire des Phoronidiens. — Zoologischer Anzei- 
ger. 1900, n" 621, p. 425-427. 

561 — Saint-Remy (G.). — Sur le développement embryonnaire des Cestodes. — 

Comptes rendus de l'Académie. des sciences. 1900, t. CXXX, u° 14, p. 930-932. 



272 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

562 — Stanculeanu (G.). — Recherches sur le développement des voies lacry- 

males chez l'homme et chez les animaux. — Archives d'ophtalmologie. 
Paris, 1900, n" 3. p. 141-153, avec 10 tig. (Voir Bibl. anal. 1900, u° 69.) 

563 — Vayssiére (A.). — iNote sur un nouveau cas de condensation embryogénique 

observé chez le Pelta coronata, type de Tectibranche. — Zoologischer 
Anzeiger. l'.)00, n" 615, p. 286-288. 

564 — Viguier (C). — L'hermaphroditismc et la parthénogenèse chez les Échino- 

dermes. — Comptes rendus de l'Académie des sciences. 1900, t. CXX.KI, 
n" 1 , p. 63-66. 

565 — Id. — La théorie de la fertilisation chimique des œufs. — Comptes rendus 

de l'Académie des sciences. 1900, t. CXXXI, n" 2, p. 118-121. 

iV. — TÉRATOLOGIE 

Allard. — Voir n" 593. 
566— Apert (E.). — Duplicité de la luette; bec-de lièvre bilatéral de la lèvre 
supérieure, avec intégrité de la gencive et de la voùle du palais, et 
malformations dentaires. — Bulletins et mémoires de la Société anato- 
mique de Paris. Mars 1900, p. 231-233, avec 1 lig. 

567 — Audebert. — Sillons congénitaux et amputations congénitales. — Écho 

médical. Toulouse, 1900, p. 235-237. 

568 — Audion (P.). — Épispadias féminin. — Bulletins et mémoires de la Société 

analomique de Paris. Janvier 1900, p. 29-31, avec 2 fig. 
Bensaude. — ^oir n" G 10. 

569 — Bernheim (S.|. — Les ectopies cardiaques. — Association française pour 

l'avancement des sciences. Compte rendu de la 28' session. Boulogac-sur- 
Mer, 1899. — Paris, 1900, p. 663-672. 

570 _ Billard et Cavalié, — Sur le dédoublement de la cage thoracique chez un 

jeune chat. — Journal de l'anatomie et de la physiologie, Paris, 1900, 
u» 5, p. 56G-567. 
Bonnet. — Voir n° 672. 

571 — Brunet (D.). — Idiotie épileptique. Inégalité de poids des hémisphères 

cérébraux. Malformation des lobes occipitaux dans lesquels les sinus 
latéraux se sont creusé des sillons profonds. — Archives de neurologie. 
Paris, 1900, n" 07, p. 215-216. 

572 — Carré (F.). — Rétrécissement congénital de l'artère pulmonaire et Infan- 

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TRAVAUX ORIGINAUX 



LA GLANDE INFRA-ORBITAIRE 



ET 



LA BOULE GRAISSEUSE DE BIGHAT 

Par le D^ LAFITE- DUPONT 

MCKNCIÉ ES SCIENCR8 21 ATCRKL.l,KS 
OUGF UK8 TRAVAUX D'aMATOMIB A LA FACULTÉ UB MËIIECIHE DR BORDEAUX. 



INTRODUCTION 

Chez certains Mammifères et particulièrement chez les Rongeurs, outre la 
glande de Harder ou glande de la troisième paupière appartenant nettement 
à l'orbite, on a signalé d'autres groupes glandulaires dont les uns sont situés 
directement au-dessous du globe oculaire; les autres plus bas, dans la fosse 
plérygomaxillaire. Or, chez les animaux où l'orbite est ouvert en arrière, les 
groupes glandulaires des deux régions susnommées arrivent à se rapp oclier 
et il n'être séparés que par une fine membrane conjonctive, seul représentant 
de la base osseuse de l'orbite. 

Aussi les diverses glandes des deux régions ont-elles été assez longlemps 
désignées sous le nom commun de glandes infra-orbitairesou sous-orhilaires. 
Enfin, la proximité de la glande de Harder rendait encore possible les confvi- 
sions. Krause est le premier (Anatomie des Kaninchens, 1868, p. 150) qui 
ait établi une distinction entre ces divers coniplexns glandidaires ciiez le 
Lapin. 

Lœvvrnthal (Anat. Anz. 1895, X Band, n°'3-4) distingue en outre chez le 
même animal deux paquets glandulaires : le premier situé dans la région pos- 
téro-inférienre de l'orbite; le second placé au-dessous du premier, en bas et 
en avant. 

11 existe une dilTérence de structure entre ces deux groupes de glandes, le 
premier étant séreux et le second nmqueux. Celui-ci est placé, d'après la 
description do cet auteur, « vers la profondeur du cavuni orhilaire... Il est 
pincé entre le buccinaleur, le temporal et le maxillaire supérieur. Il res- 
semble à un muscle et cache le trijumeau » {loc. cit.). 

BIRL.IOOK. ABAT., T. VUI, FASC. O. |9 



286 UIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Disons tout de suite que c'est cette dei'nière glande que nous avons étudiée 
plus loin. Nous sommes en concordance avec la description de cet auteur. 
Celle glande est pyramidale dans sa configuration générale et le sommet de 
la pyramide envoie, en elTet, vers le nerl" maxillaire inférieur, un prolonge- 
ment cachant celui-ci. 

Oppel {Lchrbuch (1er vergleichenden mikroskopichen Atialomie der Wirbel- 
tiere, Dritter Theil, 1900, p. 577) range sous le nom de glandes oibitaires 
un groupe de glandes diverses. Quelques-unes, dont l'abouchement n'est pas 
connu entièrement, appartiendraient à d'autres domaines que la cavité buccale. 

Il fait la distinction, signalée par Lœwenthal, chez le lapin, en groupes 
posléro-inférieur et inféro-antérieur, le premier formé d'acini séreux, le se- 
cond, muqueux. 

Quant à la structure de toutes ces glandes, elle est très variée. 

On sait que la glande de Harder est une glande graisseuse. Nous venons de 
voir que l'on trouve dans les différents groupes de l'infra-orbitaire des acini 
séreux et muqueux. Mais Lœwenthal (.4rcA. fiirmikr. Anat., 1900, Bd 50. III) 
vient de décrire, chez le rat blanc, dos lobules glandulaires à structure et à 
sécrétion spéciales, à proloplasma granuleux et à sécrétion en partie grais- 
seuse. Les acini de différente nature seraient du reste mélangés dans le 
même lobe glandulaire. Aussi désigne-t-il avec Bergman les glandes de la ré- 
gion qui nous occupe par le nom de « glandes à structure hétérogène », et ce 
dernier auteur pense qu'il s'agit de glandes en état de rétrogression. 

Dans ce derni3r travail, Lœwenthal décrit en détail les glandes iiifra-orbi- 
taires du rat blanc. Mais toutes les glandes qu'il a étudiées déboucheraient 
dans l'angle externe de l'orbite et non dans la cavité buccale. 

En jetant un coup d'œil d'ensemble sur les descriptions des auteurs s'élant 
occupés des glandes orbilaires, on peut se rendre compte qu'il existe un 
groupe de glandes à structure très complexe et très variable, puisque nous 
trouvons une glande graisseuse, la glande de Harder, des glandes mixies 
graisseuses (celles décrites par Lœwenthal chez le rat blanc), des glandes 
séreuses et des glandes muqueuses. Grâce à cette variété de structure, on en 
a fait un groupe spécial auquel Bergman a donné le nom de « glandes hétéro- 
gènes » et que l'on a tendance à considérer comme étant en état de régression 
philogénique. 

Mais si nous voulons aborder le poyit embryogénique, il faut considérer 
leurs abouchements divers. Encore peu connus pour quelques-unes, d'après 
Oppel, on peut dire qu'elles déversent leur produit soit près du globe orbi- 
taire, ou, du moins, au niveau de la fente orbitaire; soit dans la cavité buc- 
cale. Les premières seraient des dépendances des glandes salivaires et com- 
prendaient la glande de Harder ; les secondes se rangeraient dans le groupe 
des glanles salivaires. 

Les unes comme les autres prendraient naissance aux dépens de l'épithé- 



TRAVAUX ORIGINAUX. 287 

lium du champ branchial; les supérieures dans le sillon lacrymo-jiasal, et on 
pourrait trouver encore une analogie à celles-ci avec la glande des fosses 
nasales décrite par Ranvier; les inférieures auraient leur origine au niveau 
du premier arc. 

Elles ont donc une analogie dans leur origine, il est vrai assez éloignée, 
mais qui rendrait compte de l'analogie de structure démontrée par l'anatomie 
comparée. Car, si chez le même animal, on trouve des groupes de glandes 
de structures différentes, en étudiant d'autres animaux, on voit que la struc- 
ture de ces groupes diffère, et tel groupe muqueux chez un animal est séreux 
chez l'autre. 

On saisit aussi des stades de passage comblant les différences existant 
entre deux groupes. Chez le rat blanc, à côté de la glande de Harder grais- 
seuse, on trouve une glande, sur l'angle externe de l'orbite, qui sécrète 
des corpuscules graisseux en plus d'une sécrétiDU séreuse. On peut donc dire 
que toutes ces glandes ont une parenté de par leur origine et leur structure. 

La glande sur laquelle nous avons fait notre étude sur le lapin est celle 
qui correspond au groupe inféro-antérieur de TjŒWEntijal. Nous la désigne- 
rons cependant, pour la commodité de la description, sous le nom de glande 
infra-orbitaire, quoique nous fassions bien remarquer que ce n'est qu'une 
partie de la glande connue sous ce nom, la partie située en bas et en avant 
de l'autre partie, elle, se trouvant dans l'orbile et qui devrait se réserver le 
nom d'(( orbitaire ». 

La glande que nous allons étudier est située au-dessous de la paroi infé- 
rieure, ici fibreuse, de l'orbite. C'est la glande infra-orbilaire ; elle comble 
l'espace laissé libre entre le buccinateur, les ptérygoidiens, le bord antérieur 
du temporal, les branches montantes des maxillaires supérieur et inférieur. 
Elle occupe, en d'autres termes, une région comblée, chez l'honune, par du 
tissu adipeux désigné sous le nom de boule graisseuse de Bicliat. Mais, chez 
celui-ci, il existe aussi, dans cette région, une masse glandulaire de petite 
dimension, située sur le bord supérieur du buccinateur, formée de plusieurs 
lobes, dont les glandules çont des glandes salivaires molaires accessoires. 
Elles déhouchcnl au niveau des molaires, tout comme la glande sous-orbi- 
taire du lapin. Nous avons donc pensé que cette glande était le reste atrophié 
de la glande infra-orbitaire du lapin et que le tissu graisseux que nous 
trouvions, chez l'homme, à la place de celle-ci comblait le vide laissé par son 
atrophie. s 

Pour appuyer ces présomptions, nous avons étudié la glande chez le lapin 
et d'autres Rongeurs, chez des Ruminants, des Carnivores et enfin chez 
l'Homme, où nous avons fait une élude attentive chez l'embryon pour dé- 
couvrir des traces de la glande infra-orbilaire; chez l'adulte, pour refaire en 
détail l'étude des rapports de la boule de Bichat, étude (pie les auteurs ne 
donnent pas très détaillée. 



288 



BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 




DESCRIPTION 

Lapin. — Nous avons déjà donné des détails sur l'anatomie de cette 
glande dans l'introduction. C'est le groupe glandulaire antéro-inférieur de 
Lœwenthal dont nous nous occupons. La glande est pyramidale ; elle est 
située dans l'espace compris entre le masséter en dehors, le temporal en 
arrière, le maxillaire supérieur en avant; en haut, elle est adjacente au 
groupe supéro-postérieur de Lœwenthal, séparée 
de celui-ci par une mince cloison conjonctive, seul 
représentant de la base de l'orbite. Le sommet de 
la pyramide glandulaire s'enfonce profondément 
dans la fosse ptérygomaxillaire et recouvre le nerf 
maxillaire supérieur ; entre les faisceaux digilés de 
ce nerf se voient quelques lobules adipeux très pe- 
tits, au nombre de cinq ou six seulement. 

La glande remplit donc ici tout l'espace sans 
adjonction de graisse, à peine peut-on signaler quel- 
ques lobules entre les filets divergents du nerf 
maxillaire supérieur. Et cependant c'est ce tissu 
graisseux qui va augmenter de volume chez les animaux où la glande est 
moins développée pour venir combler l'espace qu'elle laisse libre. 
Voyons maintenant sa structure. 

Histologie. — Les lobules de la glande sont formés d'un nombre variable 
de cellules et l'aspect général de la coupe est celui d'une glande salivaire. La 
lumière des acini est étroite, sur bien des acini elle n'est pas visible; elle est 
délimitée par l'extrémité interne des ctllules, en général conique-mousse, 
s'avançant un peu dans l'acinus. Le tissu conjonctif périaciueux est peu 
abondant. 

Les cellules muqueuses sont serrées les unes contre les autres et semblent 
se pousser mutuellement. Prise isolément, la cellule a la forme d'un cône 
à base périphérique par rapport à l'acinus ; son sommet mousse contribue à 
former la paroi de l'acinus. Le protoplasma est coloré en rouge violacé par 
l'éosine et l'iiématoxyline ; il forme, à la base de la cellule, une masse plus 
ou moins considérable contenant le noyau. Tout le reste de la cellule est 
rempli par un réseau protoplasmi(|ue émané de la masse basale dont nous 
venons de parler. Les mailles de ce réseau sont variables comme direction et 
comme dimension. Eles sont orientées, en général, dans le .sens radiaire. 
Les filaments protoplasmiques formant ces mailles sont colorés de la même 
façon que la masse basale protoplasmique. Sur les parties périphériques de 
la cellule, et la délimitant par rapport aux cellules voisines, les travées de 
protoplasina sont fort épaisses, très bien colorées; mais leur direction est 



TRAVAUX ORIGINAUX. 289 

irrégulière, elles sont hranchues et donnent attache aux travées centrales. 
Les intervalles formés par ces mailles sont remplis de mucus et restent 
incolores ou très peu colorés. Dans certains points, la cellule conique a été 
coupée suivant un plan horizontal ; si Ton voit la partie ne contenant pas de 
noyau, elle est délimitée par des travées épaisses circonscrivant un espace où 
se trouvent de petites mailles. C'est cette figure que l'on voit dans la partie 
supérieure de l'acinus que nous avons représenté sur la figure. En somme, 
la cellule présente un protoplasma formant une charpente alvéolaire ; dans 
l'intérieur de ces alvéoles est contenue la substance muqueuse. 

Cette description est en conformité avec celles de LŒWENinAL, deOppEL; 
avec celles faites par Nicolas (Arch. phys. norm. et palh., 189£) et plus tard 
par Laguesse et Jouvenel (Bibliogr. anat., 1890.). Ces dernier auteurs ont 
décrit la glande sous-maxillaire de supplicié avec la même structure dans ses 
cellules muqueuses. Cependant, dans ces cellules muqueuses, on ne distin- 
guait pas une zone de protoplasma granuleux, entoura:it le noyau, ainsi que 
nous l'avons trouvée dans l'infra-orhitaire du lapin. Mais c'est là \m point de 
détail qui montre une activité cellulaire moins grande, une moindre sécré- 
tion de mucus. 

Cependant, il est bon d'attirer l'attention sur ce fait, car, en regardant la 
coupe à un faible grossisseinent, on voit l'acinus formé de parties claires au 
centre, et de parties foncées à la périphérie ; on serait donc tenté, après un 
examen superficiel, de croire à la présence d'une glande mixte, la zone cen- 
trale claire étant attribuée à des cellules muqueuses, la couche foncée péri- 
phérique étant prise pour des croissants de Gianuzzi avec leurs noyaux. 
L'examen attentif montre alors que les travées protoplasmiques sont en conti- 
nuité avec la masse de proloplasma, celui-ci ne s'est vacuole qu'en partie et 
cet aspect est semblable à celui de beaucoup de cellules végétales. 

Celle partie de la glande infra-orbitaire du lapin est donc exclusivement 
muipieuse. Elle est, par sa taille, une source considérable de mucus et c'est 
là une di.sposition dont on saisit l'importance physiologique chez un Ron- 
geur. 

L'alimentation dans ce groupe se fait souvent avec des substances très 
dures (bois, écorce, herbes sèches, graipes, etc.) et la division des particules 
solides est pous.sée très loin. Celte" énorme glande à mucus trouve ainsi sa 
signification physiologique. 

Écureuil. — Chez le lapin, la glande infra-orbitaire remplit entièrement 
la région ma.\illo-orbitaire qui est dépourvue de graisse. Chez l'écureuil, où 
le développement glandulaire est moins considérable, nous voyons apparaître 
la graisse. On trouve, chez cet animal, deux groupes de glandes : un premier 
groupe situé sur la face externe du buccinateur, il est peu important; un 
deuxième groupe au-dessus du bord supérieur et postérieur du buccinateur; 



200 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

celui-ci, plus développé que le précédent, ne remplit point tout l'espace qui 
le sépare du fond de l'orbite, et nous voyons cet espace comblé par de la 
graisse. Nous saisissons donc, chez deux animaux de même groupe, l'origine 
de la masse graisseuse que nous allons trouver chez les autres Mammifères. 
C'est en effet un « tissu de remplissage », ainsi le disent les auteurs, mais 
qui remplit un espace laissé libre par un organe en régression : la glande 
infra-orbilaire dont nous voyons le début d'atrophie chez l'écureuil, animal 
voisin d'im autre où l'organe existe comi)iètement développé. 

Mais, encore un fait digne de remarque, c'est que cette masse graisseuse 
est peu considérable, surtout dans son prolongement supérieur, grâce à 
l'énorme développement du masséter chez les Rongeurs. A. mesure que ce 
muscle va prendre des proportions moindres, nous verrons l'espace laissé 
libre entre lui, le maxillaire supérieur et l'orbite être plus considérable et 
nécessiter une plus grande quantité de tissu de remplissage, la boule deBichat 
augmente ainsi de volume par balancement, grâce à l'atrophie de la glande 
infra-orbilaire et du muscle masséter. Nous constatons ce fait en remontant 
la série des Mammifères. 

Mouton et bœuf. — Nous avons étudié la région qui nous occupe chez le 
bœuf et le mouton. 

Sur un embryon de mouton de 20 centimètres de long, il existe, dans 
la région sous-orbitaire, une masse quadrnngulaire dont chaque angle forme 
un prolongement plus ou moins considérable, mais différent de constitution. 
Le prolongement inférieur, dirigé en bas, possède déjà des lobes glandu- 
laires. Le prolongement postérieur, s'insinuanl vers les ptérygoïdiens, pos- 
sède des lobules graisseux. Quant aux deux autres prolongements, l'antérieur 
ou sous-orbitaire, le supérieur oif temporal, ils étaient encore à l'état mu- 
queux embryonnaire. 

Le tissu conjonctif embryonnaire remplit ici l'espace occupé chez le lapin 
par la glande soiis-orbitaire. Dans sa partie inférieure, la maSse muqueuse 
est envahie par les lobes de la glande qui se développe peu et le reste de la 
masse conjonctive subit la transformation graisseuse, le processus débutant 
par la partie postérieure, au niveau des ptérygoïdiens. Les glandes de la 
partie inférieure sont les glandes molaires qui se retrouvent chez le mouton 
adulte plus développées, mais n'ayant pas envahi la masse supérieure qui a 
subi la transformation graisseuse. Celte transformation se fait du reste tardi- 
vement et chez l'agneau, on trouve les acini glandulaires plongés dans le 
tissu muqueux. Il semble (jue le processus graisseux, avant d'envahir la partie 
de la mas.se muqueuse où se développera la glande, attende que celle-ci ait 
fini son expansion. 

Chez le mouton, les lobes de la glande sont séparés par le tissu grais- 
seux. 



TRAVAUX ORrClNAUX. 291 

Le veon et le bœuf qup nous avons examinés ne présentent rien de diffé- 
rent du mouton. 

Chien. — Le chien possède des glandes diverses au niveau du buccina- 
teur. On peut les diviser en deux groupes : le premier, situé sur le bord 
supérieur du buccinalour, forme une masse glandulaire de 3 centimètres de 
diamètre. Celte glande est surmontée par de la graisse, nous la considérons 
comme le reste de l'infra-orbitaire du lapin. Les autres glandules sont dissé- 
minées isolément sur le bord postérieur et inférieur du buccinateur, elles ne 
nous intéressent point. 

De cette étude faite chea différents Mammifères, il faut remarquer que les 
glandes molaires, si atrophiées chez l'homme, sont plus développées chez les 
animaux et que ce sont elles qui, chez le lapin, prennent un grand dévelop- 
pement et forment la glande infra-orbi taire. 

LA BOULE DE BICHAT CHEZ L'HOMME. 

Si l'on étudie les différents plans qui forment la région jugale, dans sa 
partie antérieure, on les voit formés par : 1" la peau doublée de son tissu 
cellulaire sous-cutané; 2" le risorius de Santorini ; 3" au-dessous, une couche 
de tissu cellulaire graisseux, dépendance de la boule de Bichat ; 4" l'orbicu- 
laire des lèvres et le buccinateur. De l'angle de la bouche, nous voyons partir, 
formant des angles dièdres, deux plans de muscles : le premier formé par 
le risorius; le second constitué par l'orbiculaire et le buccinateur. Au-dessus 
du ris irius, se trouve le tissu cellulaire sous-cutané ; au-dessous, le tissu 
graisseux dépendant de la boule de Bichat. 

Le risorius formant un plan irrégulier dans sa configuration et sa régula- 
rité, on tombe, souvent directement, du tissu cellulaire sous-cutané sur la 
boule de Bichat, ces deux couches graisseuses se confondant par suite de la 
disparition, à ce niveau, de l'aponévrose génienne de Blandin. 

Kn bas, le tissu graisseux de la boule de Bichat forme un prolongement 
important par les organes qu'il contient — artère, veine faciales, — par sa 
continuité avec le tissu cellulaire du cou, au-dessous du peaûcier. 

La giaisse, à ce niveau, forme une bande étroite circonscrite entre le bord 
antérieur du masséter, en arrière, et le bord postérieur du carré du menton 
en avant. En avant, la graisse se continue au-dessous de ce musole entre 
celui-ci et la face externe de la branche horizonlale du maxillaire inférieur. 

L'artère faciale se sert de cette graisse comme de subsiratiini : elK' y d>^cril 
des flexuosités nombreuses surtout chez le vieillard ; en rencontrant l'orbi- 
culaire des lèvres, elle donne des branches multiples qui pénètrent bientôt 
dans le muscle pour former l'anneau coronaire artériel des lèvres. 

La veine, placée en arrière et dans un plan un peu inlorne, suit le môme 
trajet, mais devient en haut plus profonde. 



292 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Il laiit donc retenir qu'en bas la boule de Bicbat se met en rapport avec 
un tissu cellulaire graisseux peu dense, situé sur la face externe du maxil- 
laire inférieur entre celui-ci et le muscle carré et, d'autre part, se continue 
avec le tissu cellulaire du cou. 

Ces considérations auraient pu avoir autrefois une importance en patho- 
logie lorsqu'on n'enrayait pas facilement les inflammations du tissu cellu- 
laire. 

Si l'on étudie attentivement cette soi-disant boule graisseuse, on voit 
qu'elle est formée de deux masses superposées et facilement distingual)les 
par une dissection attentive en deux plans : le premier, superficiel, corres- 
pond à la surface du buccinateur et s'insère très étroitement sur ce muscle 
par des travées fibreuses résistantes. La graisse contenue entre ces travées 
est dense ; les lobules sont étroits et la masse entière est consistante. 

C'est cette boule graisseuse que décrivait Blandin et dont on retrouve une 
description dans Richet. D'après ce premier auteur, elle est située entre 
deux aponévroses : celle qui double profondément le risorrus ; celle qui re- 
couvre la partie superficielle du masséler et du buccinateur. Cette dernière 
est une lame fibreuse très mince sur le masséter ; de là, elle s'avance en 
avant et en dedans pour rencontrer le buccinateur en sa partie moyenne et 
s'insérer solidement sur lui. 

Cette aponévrose donne attache au canal de Sténon dont elle est diflicile- 
menl isolable et c'est elle que l'élève enlève généralement par mégarde, ce 
qui lui fait sacrifier le canal de la parotide. 

Cette lame aponévrotique fournit des cloisons à sa partie antéro-externe, 
cloisons dans lesquelles existe celte graisse à un état assez résistant de façon 
à constituer une masse recouvrant le buccinateur à sa partie externe et dans 
laquelle chemine le canal de Sténon. A sa partie externe, cette graisse est en 
rapport avec la face interne du risorius doublée d'un plan aponévrotique qui, 
d'après Blandin, viendrait se souder à la partie antérieure avec le plan apo- 
névrotique du buccinateur. C'est ainsi que Blandin comprend le dédouble- 
ment de l'aponéviose: « L'aponévrose génienne, dit cet auteur (.4//. des régions, 
p. 117), est simple en avant, et formée de deux lames en arrière : l'une d'elles, 
appliijuée directement sur le buccinateur, est généralement considérée comme 
un épanouissement de la membrane extérieure du canal de Sténon et est bien 
distincte de l'aponévrose buccinato-pharyngienne; l'autre s'écarte du buccinateur 
et vient s'insérer sur le bord antérieur de la branche montante du maxillaire 
inférieur ï, et (page 121) : « L'aponévrose génienne, simple en avant, contient 
entre ses lames un peloton adipeux avec les vaisseaux et les nerfs buccaux, y» 

Celte aponévrose ainsi dédoublée forme une loge oii est située la graisse. 
C'est là un luxe auquel un simple amas adipeux ne saurait prétendre s'il ne 
prenait la place d'une glande digne d'être contenue entre deux plans aponé- 
vroiiques, glande sous-orbi taire qui possède, comme les autres glandes sali- 



TRAVAUX ORIGINAUX. 293 

vaires, une loge formée par le dédoublement d'une couche fibreuse. Ainsi le 
dédoublement de l'aponérose génienne de Blandin forme une loge, la loge 
sous-orbitaire, analogue à la loge parolidienne, à la loge sous-maxillaire; 
mais qui ne contient, chez l'homme, grâce à la régression de la glande, 
qu'un tissu de remplissage, la boule de Bichat. 

De celte boule, partent des prolongements divers qui se continuent avec le 
tissu graisseux de la face. On décrit toujours à la boule de Bichat un prolon- 
gement postérieur. En arrière et en haut de l'aponévrose buccinatrice, ou 
Sténo-buccinalrice pour indiquer son trajet qui est effectivement celui du 
canal de Sténon, on trouve en effet une boule de graisse. Mais on voit qu'elle 
diffère de celle située en avant de cette môme aponévrose par des caractères 
physiques évidents. Tandis que celle-ci est résistante et dense, celle-là est 
molle, presque lluide, sur les sujets frais et ne contient pas de travées fibreuses 
qui donnent à l'autre sa densité. La masse graisseuse que nous allons décrire 
reste isolée de la précédente par l'aponévrose Sténo-buccinatrice et le canal 
de Sténon. 

Cette masse graisseuse située entre l'aponévrose susnommée et la face 
postérieure du maxillaire supérieur en avant, le masséler et la branche 
montante du maxillaire inférieur en arrière, je la désignerai, vu ses rapports, 
sous le nom de masse graisseuse intermaxillaire. Elle s'élève à la partie 
supérieure et nous la voyons s'insinuer en avant et en arrière du temporal. 

DEVELOPPEMENT DE LA BOULE DE BICHAT CHEZ L'HOMME 

Au stade de 12 centimètres, le fœtus humain présente, au niveau de la 
région jngale, une masse piriforme, à' base inférieure, reposant sur le bord 
supérieur de la branche montante du maxillaire inférieur. Le développement 
relativement énorme de l'orbite rétrécit l'espace qui sépare sa base de la 
branche montante du maxillaire. La masse qui sera la boule de Bichat reste 
cantonnée à la partie postérieure du buccinateur et suit la concavité anté- 
rieure de la branche mojilante du maxillaire. La fosse temporale n'a pas tout 
son développement (toujours grâce à l'envahis-sement de l'orbite). Aussi, le 
muscle temporal la remplit entièrement ne permettant que l'insinuation sur 
son bord antérieur d'un mince filament : prolongement supérieur de la 
masse piriforme dont nous avons parlé. 

Quant à sa structure, elle est formée d'un tissu muqueux très serré dont 
les prolongements forment un feutrage dirigé dans le sens vertical. Les 
noyaux des cellules se colorent faiblement par l'hématoxyline. On rencontre, 
sur quebpies points, des amas de leucocytes à noyaux allongés en massue. 

Sur le fœtus de cinq mois, la masse s'est transformée en tissu adipeux, le 
tissu embryonnaire a totalement disparu. Les travées conjonctives séparant 
les lobes adipeux sont fort minces. Au centre des lobes, les vésicules sont 



294 DIBLFOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

petites ; elle sont pliis grandes à la péripliérie. D'ailleurs anatomiquement la 
masse totale de l'organe a beaucoup augmenté de volume. Sur le Aetus de 
cet âge, l'organe est formé d'un amas de lobes, allongé et ayant pénétré dans 
la fosse temporale où il s'en loge la moitié. Il se circonscrit et se dissèque 
très bien des organes voisins; à Treil nu, les lobes agrégés donnent à cet 
amas un aspect glandulaire. 

Les stades intermédiaires sont représentés par des organes au centre et 
vers la base desquels se voit la transformation adipeuse du tissu muqueux. 
Là, comme dans la peau à cet âge, se voient les corps limbiformes, très 
disséminés au centre du tissu muqueux et trancbant par leur blancheur sur 
la transparence de celui-ci. 

Le f(Ctus humain reste donc muet sur la signification que nous cherchons 
à donner à la boule de Bichat. 

Cet organe est un simple tissu de remplissage ; son développement l'iden- 
tifie au tissu analogue que Ton peut voir se développer à peu près parallèlement 
dans le triangle de Scarpa. 

Dans son développement ultérieur, la boule de Bichat a une influence sur 
la saillie de la joue aux dilférentsâges. Si nous considérons le tissu graisseux 
de la joue, nous distinguerons deux plans : un sous-cutané et un profond ; 
le premier, situé au-dessus du plan superficiel de l'aponévrose de Bla.ndin, 
le second au-dessous, ou, pour mieux dire, entre les deux plans de cette 
aponévrose dédoublée. 

Chez l'enfant, la joue est saillante pour deux raisons : Dans le tout jeune 
âge, c'est d'abord l'absence de dents qui rapproche les deux maxillaires et 
fait saillir la joue en ayant en lui donnant de la flacidilé. Cette circonstancs 
existe aussi chez le vieillard où l'amaigrissement ne produit pas un enfonce- 
ment proportionnel de la joue. La seconde raison est le développement très 
grand que prend la graisse sous-cutanée. 

Cette graisse sous-cutanée disparaît en grande partie chez l'adulte où la 
siillie de la joue doit être attribuée à la graisse profonde. Enfin, chez le 
vieillard, cette graisse disparaissant, la joue se creuse ou du moins devient 
pendante grâce aussi à la perte de ses dents qui permet le rapprochement 
des maxillaires. C'est ce qui produit la joue triangulaire sénile déterminée par 
les plis extérieurs de la peau. 

Nous voyons donc, dans le cours du développement ontogénique, la boule 
de Bichat être un tissu de remplissage, d'abord muqueux, puis graisseux et 
ayant une tendance à di.sparaîlre avec l'âge, comme le reste du tissu grais- 
seux de l'organisme. 

MORPHOLOGIE 

Chez le lapin, l'orbite s'ouvre à la partie inférieure et postérieure dans la 
fosse zygomatique. Une membrane obture à l'état frais cet orifice, c'est la 



TRAVAUX ORIGINAUX. 295 

membrane orjitaire, représentée chez l'homme par le périoste épais qui 
double l'os à ce niveau. 

Kn arrière de cette membrane se trouve située une glande qui s'étend dans 
la fosse temporale et descend en avant du bord antérieur du muscle tem- 
poral, se met en rapport avec la face externe du buccinateur et présente 
ainsi tous les rapports de la boule graisseuse que nous trouvons chez l'homme 
au mèmQ niveau :. c'est la glande inira-orbilaire, glande annexe des glandes 
salivaires, possédant un canal excréteur unique allant se jeter au niveau de 
la troisième molaire. 

On trouve, chez l'homme, des glandes salivaires molaires qui sont de petites 
glandules dont les canaux excréteurs débouchent au niveau des deuxième et 
troisième molaires. On doit considérer ces glandes molaires comme le 
vestige de lu glande sous-orbitaire du lapin, et cela à cause de leur situation 
ariatomique qui est semblable, sauf leur grand développement chez le Ron- 
geur ; et en considération surtout de la position de leur canal excréteur qui 
est identique ; et, pour une glande, l'endroit où débouche le canal excréteur 
est en général l'indice de son origine embryogénique. Deux glandes ayant une 
même situation de leur canal excréteur chez deux êtres différents doivent 
avoir une parenté philogénique. 

L'identité de structure est d'un moindre appui pour assimiler deux glandes 
salivaires, puisqu'on voit la sous-maxillaire différente par la présence ou l'ab- 
sence de croissants de Gianuzzi chez deux animaux voisins. 

Nous sommes donc autorisé à penser que la glande infra-orbitaire du lapin 
a son représentant, à l'état d'atrophie, dans les glandes molaires de l'homme 
et cela pour deux raisons : la situation des glandes, et le siège d'ouverture 
de leurs canaux excréteurs. Or, comme chez l'homme, eu égard à la moins 
grande nécessité physiologique de la salive, les glandes salivaires sont moins 
développées, la gliinde infra-orbitaire, ayant subi un arrêt de développement, 
il s'est développé derrière elle du tissu adipeux de remplissage qui est venu 
combler le vide laissé par la glande en état de régression philogénique. Telle 
est l'origine de la boule de Bichat. 

L'étude du développement nous a montré f|u'il se trouvait d'abord dans la 
région du tissu muqueux dans lequel les glandules se développaient. Lorsque 
les glandes avaient subi leur développement, le tissu muqueux se transformait 
en tissu graisseux. 

Ce retard relatif, dans la transformation du tissu muqueux entourant les 
glandes .salivaires, explique peut-être la tendance du tissu conjonctif de la 
glande parotide à former ces tumeurs myxomateuses dont certaines parties 
sont muqueuses. 

La présence de l'aponévrose génienne de Blandin, le fait de son dédou- 
blement en arrière, trouvent leur signification dans l'existence de la glande 
infra-orbitaire à laquelle ces plans fibreux forment une loge, analogue aux 



i296 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

loges des autres glandes salivaires (loges parotidienne, sous-inaxillaire), et 
qui peut recevoir, de par sa situation chez l'homme et son contenu chez les 
Rongeurs, le nom de loge sous-orbitaire. 

CONCLUSIONS. 

Chez l'homme, la boule graisseuse de Bichat est un tissu de remplissage 
comblant le vide laissé par la glande infra-orbi taire existant chez le lapin, en 
état de régression chez les Herbivores, les Ruminants et surtout dans l'es- 
pèce humaine où elle n'est représentée que par les glandules molaires. 

La boule de Bichat est contenue dans une loge, dédoublement de l'aponé- 
vrose génienne de Blandin, c'est la loge de la glande infra-orbilaire en état de 
régression philogénique. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Bichat, Anat. 

Blanoin, Anat. des régions, 1828. 
Carl Yoct et YiiNc, Anat. comp. 
RiCHET, Anat. topogr. 

Nicolas, Arch. phys. norm. et path., 1892. 
Lagcesse et JoDVENEL, Bibliogr. anat., 1899. 
Kracse, Anatomie des Kaninchens, 1868, p. 150. 
Lœwenthal, Anat. Anz., 189Ô, X Baud, n"' 3 et 4. 

Oppel, Lehrbuch der vergleichenden mikrosc. Anat. der Wirbelliere. Driltor Theil, 
1900. 
Lœwenthal, Arch. far mikr. Anat., 1900, Bd LVI. 



DES 

VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L'HOMME 

PAR 

M. le Docteur F. LEDOUBLE 



RAPPORT présenté au XIIl' Congrès internationai aie médecine. 



La Section d'aiiatomie du XIH' Congrès inlernalional de médecine a décidé 
qu'un rapport lui serait présenté sur la question des variations du système 
musculaire de l'homme; j'ai été désigné pour rédiger ce rapport et c'est lui 
que je viens lire devant vous aujourd'hui. 

Celte qiicstion des variations du système musculaire humain, de même 
que celle des variations osseuses, vasculaires, splanchniques et nerveuses 
humaines, doit son existence aux tendances qui se sont introduites, il y a 
environ trente-cinq ans, dans l'étude de l'anatomie de l'homme. Cette anato- 
mie, qui a été longtemps Vancilla chirurgiœ et medicinœ et dont l'étude avait 
pour but exclusif la connaissance d'un certain nombre de détails indispen- 
sables au praticien, celte anatomie s'est émancipée de cet état d'infériorité, 
a conquis de haute lutte ses lettres de noblesse et pris, enfin, une des pre- 
mières places parmi les sciences morphologiques. 

De tous les êtres vivants, l'homme est celui qui a été le plus souvent et le 
plus complètement disséqué. On sait donc depuis longtemps qu'il se rattache 
par son organisation aux Mammifères supérieurs et par ceux-ci aux autres 
Vertébrés, on sait quel est son mode de conformation et les aberrations de ce 
mode de conformation que l'on rencontre le plus communément. 

Ce que l'on discerne depuis peu, c'est que les aberrations de ce mode de 
conformation, regardées comme des jeux de la nature, lusi naturœ, fournis- 
sent, dans la plupart des cas, au contraire, des indications précieuses au 
point de vue de la signification des organes, en rappelant une disposition 
existant habituellement soil au cours du développement embryonnaire de 
l'individu, soit pendant l'évolution de l'espèce. 

Sans doute, la connaissance des variations du système musculaire de l'homme 
a appris au médecin : que la bronche gauche est suspendue par un muscle, 
qu'il en est de même du duodénum, que le mérycisme est dû vraisemblable- 
ment à la présence d'un faisceau contractile qui, du pilier médian du dia- 
phragme, se porte sur l'estomac, etc. ; et au chirurgien : que, dans la liga- 
ture des artères, il peut trouver au-devant de ces vaisseaux un plan inaccoutumé 



298 BinLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

de fibres rouges, que presque tous les muscles qui servent, en pareil cas, de 
points de repère, peuvent être déplacés ou faire défaut ; que les muscles mo- 
teurs de l'œil peuvent augmenter de nombre (muscle choanoide), se dédou- 
bler ou avoir des tendons surnuméraires, et l'opération du strabisme être 
rendue ainsi plus délicate ; que la section du sterno-cléido-mastoidien pour 
remédier au torticolis cin'onique peut n'avoir aucun effet par suite de l'exis- 
tence d'un cléido-occipital et que la section du tendon d'Achille pour remé- 
dier au pied-bot peut n'avoir également aucun effet par suite de l'existence 
d'un soléaire surnuméraire, etc. Mais elle a appris aussi à l'ethno'ogue et à 
Taiilbropologiste : 

1" Qu'en raison de leur diversité, de leur fréquence et de leur nombre, les 
variations des muscles de l'homme infirment la doctrine de la fixité du sys- 
tème musculaire dans l'espèce humaine ; 

2° Qu'en raison de leur apparition plus commune dans certains groupes 
ethniques elles doivent être consultées comme les autres caractères anato- 
mi(]ues sur lesquels on se fonde pour déterminer la nature et le classement 
des principales divisions de la famille humaine. 

En tenant compte des dissemblances de trajet, de forme, d'insertions et 
de structure des muscles du tronc et des membres et principalement des 
connexions plus ou moins intimes des muscles du visage entre eux, il est 
permis d'induire également que les agents actifs du mouvement diffèrent 
dans les diverses races. Ce qu'il est défendu d'admettre encore sans réserve, 
c'est qu'une variation musculaire quelconque soit plus commune dans les 
races noire, rouge ou jaune que dans la race blanche et chez les criminels et 
les déments d'une race quelconque que chez les individus normaux. On n'a 
pas constaté jusqu'ici d'anomalies musculaires propres à une race, mais il 
n'est pas douteux que dans une même race il est des sujets que les malfor- 
mations en question épargnent, tandis qu'il en est d'autres chez lesquels elles 
sont extrêmement fréquentes. 

On peut diviser les vices de conformation des muscles de l'homme en ano- 
malies réversives, en anomalies progressives et en anomalies monstruosités. 
On ne devrait pas, il faut le dire, se servir en zoologie du mot « anomalie » qui 
implique l'idée de la fixité de l'espèce et de la connaissance de toutes les lois, 
mais bien de l'un ou l'autre des deux mots variété, variation, et si j'ai em- 
ployé et emploierai encore le mot «anomalie», c'est uniquement pour me 
conformer à l'usage, pour éviter une répétition fastidieuse et parce que, pour 
moi, variation et anomalie sont des termes synonymes. 

Les variations réversives, théromorphiqvcs, ataviques ou d'héritage, sont 
celles qui reproduisent ou tendent à reproduire dans le corps de riioinme un 
mode de conformation du système musculaire des animaux et principalement 
dçs Mammifères supérieurs {Primates), — mode de conformation dont on 
peut suivre les modifications d'un ordre dans un autre. Dans le règne animal. 



TRAVAUX ORIGINAUX. ^90 

il y a différence d'échelon, différence sérlaire ; or, dans la comparaison des 
divers modes de conformation organique, on ne peut supprimer un échelon, 
on doit le suivre dans le rang où il se présente. Pour inteipréter une ano- 
malie musculaire humaine, quelle qu'elle soit, il importe donc non seulement 
de retrouver celte anomalie constituant une disposition habituelle dans un 
animal donné, mais encore de suivre celte disposition dans des organismes 
moins élevés et dans des organismes plus élevés que celui de cet animal. En 
d'autres termes, il faut essayer d'établir l'évolution de celte anomalie. Un 
certain nombre d'anomalies musculaires humaines apparaîtront alors comme 
une étape quelconque de la phylogénèse, « un sonve;iir hislogénétique d'états 
qui ne sont plus >, pour employer les expressions de mon éminent ami, 
M. le professeur Macalister, de l'Université de Cambridge. 

Les tliéromorphies musculaires humaines sont attribuées par la plupart 
des analomisles à ee quid ignotum qu'on appille l'atavisme et par quelques- 
uns à des arrêts de développement, de nature pathologique, qui rendent défi- 
nitifs certains stades de l'ontogenèse. Il est certain que la rudimenlation 
graduelle du peaucier, de l'adducteur Iransverse du pouce et de l'adducteur 
transverse du gros orteil, du sierno-cléido-hyoidien, la dissociation non moins 
graduelle des deux radiaix externes, de l'opposant et du court fléchisseur du 
petit orteil, l'apparition du diaphragme précardiaque avant le diaphragme 
poslcardiaque, la migration progressive du long péronier latéral, du premier 
cunéiforme vers le premier métatarsien, celle des interosseux dorsaux du 
pied de la face plantaire vers la face dorsale du pied et leur état bipenniforme 
primitif, etc., reproduisent successivement chez l'embryon humain tous les 
divers types du système musculaire des Vertébrés, depuis les plus infimes 
(Scinqiie, Uromatix spinipes, Plalydactylns) jusqu'aux Primates*. Mais 
qu'importe, au surplus? Dans un cas comme dans l'autre, sous l'influence de 
l'atavisme aussi bien que par suite d'un arrêt de développement pathologique 
déterminant la permanence de certains slades de l'ontogenèse, les variations 
du système musculaire de l'homme n'en sonl pas moins souvent des images 
fidèles de ce qui existe normalement chez maints animaux. Couime variations 
musculaires humaines réversives typiques, je noterai les muscles dorso-épi- 
Irochléen et épitrochléo-olécrànien qui persistent normalement, l'un sous 
forme d'aponévrose, l'autre sous forme de ligament, l'omo-trachélien, cons- 



I. L'outogénèsi' explique admirablement certaines anomalies musculaires humaines qui 
ne sont que des ébauches incomplètes de conformations animales. Tels sont ces faisceaux 
de l'angulaire de Tomoplatc qui se portent, après un trajet plus ou moins long, sur un os, 
un muscle ou une aponévrose du cou, etc. ; tels sont encore ces faisceaux provenant du 
grand dorsal et qui vont sin.sérer à la coulisse bicipitale, à l'aponévrose de raisselle, au 
tindon de la longue portion du biceps, etc. Les premières peuvent être regardées comme 
des portions en voie de disparition du système transverso-épiscapulaire des Reptiles, les 
seconds, de l'arc axillairc des Muftis, de l'hyène, etc. 



300- BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

tant chez les Anthropoïdes, le choanoïde qui est normal chez les Macaques, 
les quadrijumeaux du cou et du bras, l'arc axillaire qu'on retrouve chez 
nombre de Mammifères, etc. 

Les membres pelviens étant les homologues des membres thoraciques, il 
était à croire qu'on devait retrouver quelquefois dans les membres pelviens 
de l'homme des muscles qui ont disparu dans les membres thoraciques et 
réciproquement. L'apparition au membre supérieur des muscles court et long 
coraco-brachiaux, court radial antérieur et manieux correspondant au court 
et au long adducteurs de la cuisse, au pédieux et le développement au membre 
inférieur d'un poplité à deux chefs, d'un péronéo-tibial, d'un extenseur propre 
du ciiii|uième orteil, d'un extenseur propre du deuxième orteil, d'un abductor 
opponens, les analogues du rond pronateur, du carré pronateur, de l'extenseur 
propre du petit doigt, de l'extenseur propre de Tannulaire, du long abducteur 
du pouce, du court extenseur du pouce et du faisceau pr^ximal de l'adduc- 
teur transverse du pouce confirment celle induction. Autant et plus peul-ôlre 
que les autres, ces théromorphies musculaires méritent de retenir l'attention 
du philosophe et du penseur. 

Les variations progressives, dites aussi évolutives ou de perfectionnement, 
sont celles qui résultent de l'adaptation d'un muscle à de nouvelles fonctions. 
Cette adaptation a tantôt pour conséquence la disparition totale ou partielle 
des faisceaux de ce muscle, tantôt leur dissociation ou leur fusion plus pro- 
noncées. De là deux genres d'anomalies musculaires progressives : des ano- 
malies passivement progressives et des anomalies activement progressives. 
Les premières sont donc l'effet d'un regrès el c'est pourquoi l'emploi de l'ad- 
jectif ï'^^rem/" a des inconvénients en tératologie. On l'a appUqué jusqu'ici 
aussi bien à la reproduction accidentelle, chez l'homme, d'une disposition 
animale qu'à l'absence ou à l'atrophie d'un organe humain sous l'influence de 
l'évolution. Les variations musculaires réversives sont encore dénommées à 
tort régressives par beaucoup d'anatomistes. 

■ Parmi les anomalies musculaires passivement progressives, je citerai : la 
disparition ou l'état rudimentaire du peaucier cervico-facial, du long palmaire, 
du pyramidal de l'abdomen, du petit psoas, du plantaire grêle, des muscles 
du pavillon de l'oreille, de la portion proximale de l'adducteur transverse 
du gros orteil et de la portion distale de l'adducteur transverse du pouce, 
l'état semi-aponévrolique et la réduction des intercostaux internes et ex- 
ternes, de l'ischiococcygien, le ligament de Civinini, le ligament stylo-hyoï- 
dien, le ligament sacro-sciatique, les trousseaux fibreux que le biceps crural, 
le demi-tendineux, le demi-membraneux et le droit interne envoient sur la 
jambe, etc. 

Parmi les anomalies musculaires activement progressives, j'indiquerai : 
l'indépendance fonctionnelle du pouce, la segmentation des extenseurs des 
doigts en cinq faisceaux, la fusion des deux tendons du jambier antérieur, 



TRAVAUX ORIGINAUX. 801 

celle du corps charnu du court extenseur du gros orteil et de celui du pé- 
dieux, la disparition du quatrième péronier, etc. 

Partout et toujours éclate chez les êtres vivants une harmonie parfaite 
entre la forme d'un muscle et les conditions dynamiques de son travail. Par- 
tout et toujours chez les êtres vivants se révèle l'adaptation d'un muscle à sa 
fonction par rinduence de cette fonction même. Chez les Oiseaux, les Chauves- 
souris et les Mammifères fouisseurs, le muscle slerno-claviculaire a le même 
mode de conformation parce que, chez les uns co'mme chez les autres, il a les 
mêmes usages, il tire fortement en arrière, contre l'air qui résiste et léagit, 
le segment primaire des membres antérieurs, qui entre en jeu dans l'action 
de voler et de creuser. Chez les Oiseaux la fonction du vol s'e.xerce dans des 
conditions fort différentes pour les diverses espèces : aussi la disposition 
anatomique des muscles moteurs de l'aile, des muscles pectoraux, varie l-elle 
d'une espèce à l'autre. Tout le monde a pu rem.injuer (jue les Oiseaux qui 
ont de grandes surfaces d'ailes, comme Y aigle, la frégate, ne font que des 
battements d'une faible amplitude; cela tient à la grande résistance que l'aile 
à large surface rencontre sur l'air. Les Oiseaux, au contraire, qui n'ont cpie 
de très petites ailes, font des mouvements d'une grande étendue et compen- 
sent ainsi le peu de résistance que l'air leur fournit ; le guillemol et le pin- 
gouin appartiennent à ce deuxième groupe. Si l'on admet que, parmi les 
Oiseaux, les premiers doivent faire des mouvements énergiques mais peu 
étendus, tandis que les seconds doivent faire des mouvements de peu d'éner- 
gie, mais d'une grande amplitude, on conclura nécessairement que les pre- 
miers devront avoir des muscles pectoraux gros et courts, alors que chez les 
seconds ces muscles seront larges et grêles. C'est précisément ce qui a lieu; 
on peut s'en assurer à la simple inspection des dimensions du sternum chez 
ces diverses espèces, car cet os mesure en quelque sorte la longueur des 
muscles pectoraux qui logent dans ses fosses latérales. Or, les Oiseaux à 
larges ailes ont un sternum large et court, les autres un sternum long et 
eflilé. 

Quels sont les muscles les plus développés chez Vours, qui est un animal 
grimpeur? Ceux qui remplissent les gouttières vertébrales. Quels sont les 
muscles qui prédominent chez le kangourou, le lièvre? Les muscles du saut 
et principalement les psoas qui fléchissent le premier segment du membre 
postérieur dont les dimensions contrastent si étrangement avec celles du pre- 
mier segment du membre antérieur. Quels sont les muscles faciaux les plus 
volumineux du lion, du tigre. Mammifères carnassiers qui doivent attaquer 
une proie qui résiste et la mettre en morceaux ? Les muscles élévateurs de 
la mâchoire inférieure qui arrondissent le visage et lui donnent un aspect si 
caractéristique. Chez les Marsupiaux et les Monotrèmes le pyramidal de l'ab- 
domen qui comprime les glandes mammaires dans la poche où ces animaux 
logent leurs petits est plus long et plus large que le grand droit de l'abdomen 

BIBL.IOOB. ANAT., T. VIII, rASC. 5. 21) 



30:2 BIBLlOGRAl'HIE ANATOMIQUE. 

Les recherches de J. Guérin sur des hommes adulles alteinls d'une anky- 
lose du pied et celles de Cruveilhier sur des vieillards ont établi (]ue la 
suppression totale des fonctions des jumeaux de la jambe, du soléaire, des 
muscles des gouttières vertébrales et du diaphragme a pour conséquence 
leur dégénérescence graisseuse et la suppression incomplète de leurs fonc- 
tions, une transformation fibreuse partielle, un changement des rapports du 
tendon et du corps charnu. Borelli a fait voir, d'autre part, que « l'elTort 
dont un muscle est capabie'est proportionnel à la section transversale de ses 
fibres rouges, tandis que l'étendue de son mouvement est proportionnel à 
leur longueur », proposition qu'on formule aujourd'hui que la notion du tra- 
vail mécanique est mieux définie : 

Le travail qu'un muscle peut produire est en proportion du poids de ses 
fibres rouges, tandis que les deux facteurs de ce travail, l'effort et l'étendue, 
sont proportionnels l'un à la section et l'autre à la longueur desdites fibres. 
Avec ces données on comprend de suite pourquoi le nègre à l'état sauvage 
a les muscles du mollet moins gros que le blanc à l'état civilisé. C'est parce 
qu'ils agissent sur un bras de levier plus long. La longueur moyenne du cal- 
canéum du nègre à l'étal sauvage, mesurée du centre des mouvements de 
l'articulation du cou-de-pied à l'insertion du tendon d'Achille, est à cette 
même longueur mesurée fhez le blanc civilisé, comme 7 est à 5. L'étendue 
du mouvement circulaire que les gastrocnémiens impriment à cet os élant 
plus grande chez le premier, leurs fibres rouges se sont prolongées en bas 
aux dépens du tendon d'Achille. 

Une contre-expérience facile à faire est la justification de ce qui précède : 
de même que l'allongement du calcanéum est suivi de l'allongement de la 
partie contractile du triceps sural, le raccourcissement du même os est ac- 
com[)agné du raccourcissement de la partie contractile du même muscle. 
A la Station physiologique du parc des Princes, où il peut garder des animaux 
en liberté sans que leurs mouvements soient entravés par la réclusion, 
M. Mauey a réséqué le calcanéum de plusieurs chevreaux et de plusieurs 
lapins de manière à réduire de moitié environ le bras du levier des gastro- 
cnémiens. L'un de ces lapins, chez lequel l'opération a été suivie d'une gué- 
rison rapide, a été sacrifié au bout d'un an en même temps qu'un autre lapin 
normal. Or, tandis que chez le lapin normal, les faisceaux rouges et le tendon 
des gastrocnémiens avaient à peu près la même longueur, chez le lapin dont 
le calcanéum avait été réséqué, les faisceaux rouges n'avaient déjà plus guère 
que la moitié de la longueur du tendon. 

Des recherches analogues entreprises par MM. Roux et Joachimsthal les 
ont conduit à formuler les mômes conclusions. Ainsi est démontré par l'ob- 
servation et par l'expérimentation, c'est-à-dire d'une fai^'on irréfutable, que 
les gastrocnémiens sont chez le nègre à l'état sauvage et chez le blanc civi- 
lisé en harmonie parfaite avec les conditions de leur travail. Chez le nègre à 



TRAVAUX ORIGINAUX. 303 

l'état sauvage qui se couche ou reste accroupi dès qu'il ne marche plus et 
court plus volontiers qu'il ne marche, faisant ainsi le même chemin en moins 
de temps, chez lequel, par conséquent, les mouvements d'amplitude des 
jambes sont plus grands, mais durent peu, les gastrocnémiens sont plats, 
c'est-à-dire formés par des fibres contractiles longues et raréfiées ; le mollet 
paraît absent. Chez l'homme civilisé, au contraire, qui marche d'ordinaire à 
petits pas et lentement, demeure volontiers debout et use de ses gastrocné- 
miens soit pour supporter des fardeaux, soit pour s'arc-bouler dans l'effort 
pour pousser ou traîner quelque objet résistant, ils sont renflés, autrement 
dit constitués par des fibres contractiles courtes et multipliées; le mollet est 
plus ou moins saillant. 

Le biceps fémoral, bien reconnaissable chez la plupart des Mammifères y 
offre, dans ses attaches inférieures surtout, une extrême variabilité. Chez 
certains Quadrupèdes, il s'insère tout le long de la jambe, presque jusqu'au 
talon; chez ceux-ci la jambe ne s'étend jamais sur la cuisse. Chez les ani- 
maux qui jouissent de la faculté de sauter, l'atlache inférieure du biceps est 
déjà plus élevée. Elle l'est plus encore parmi \es Simiens (\m peuvent presque 
étendre la jambe sur la cuisse et se tenir debout. Enfin chez l'homme, le 
biceps, qui, dans les Quadrupèdes, est presque entièrement formé de fibres 
rouges, est devenu en partie tendineux et s'insère à la tète du péroné. 

Le muscle droit interne de la cuisse présente cette même variabilité dans 
SCS attaches et dans sa structure. Si on observe sa disposition chez l'homme 
on voit à la fois que l'attache de ce muscle à la jambe se fait très près du 
genou, que sa partie contractile est courte et que son tendon est assez long. 
Qu'on exauiine le même muscle sur un singe, on voit les fibres rouges gagner 
de la longueur aux dépens de celles du tendon qui se trouvent réduites à une 
brièveté extrême et l'allache inférieure beaucoup plus éloignée du genou. 
Cette variabilité du point d'attache est encore sensible dans le muscle demi- 
tendineux, qui emprunte son nom à la disposition qu'il présente chez l'homme 
où la moitié environ de la longueur de ce muscle est occupée par le tendon. 
Dans l'espèce humaine, en elVet, l'attache inférieure du demi-tendineux est 
très voisine de l'articulation du genou, mais chez les singes, où il se fixe plus 
bas, le muscle a presque entièrement perdu son tendon ; il l'a perdu tout à 
fait che'. la plupart des autres Mammifères, chez le eoaïta, par exenqile. 

A quoi tiennent ces différences? A la substitution de la station bipède à la 
station quadrupède qui a entraîné une diminution progressive de l'étendue 
des mouvements de l'attache mobile de chacun de ces muscles. 

Lorsque l'anatomie comparée nous montre une parfaite harmonie entre la 
forme des muscles dans les différentes espèces animales et les caractères de 
la fonction musculaire chez ces mêmes e.spèces, la conclusion la plus natu- 
relle ne scmble-t-elle pas être que l'organe a subi l'influence de la fonction. 

La loi (jui semble dans la série animale présider à l'évolution musculaire 



304 BIBLIOGRAPHIE ANATOMFQL'E. 

de l'avaiil-bras, consiste à diviser, à dissocier des masses priinilivement 
réunies pour arriver à en former de secondaires. Si l'on voit un muscle se 
dédoubler en deux corps distincts et ensuite chacun de ces corps se modifier, 
dans sa configuration et ses insertions pour acquérir une indépendance com- 
plète, il est évident que des mouvements plus déliés, plus variés, pourront 
être eiïectués par le Mammifère chez lequel une pareille transformation se 
sera opérée. 11 sera mieux armé dans la lutte pour la vie et, ce qui n'est 
d'abord qu'une anomalie pourra peut-être à ia longue devenir un organe fixe. 
Un fait (ligiie d'intérêt sous ce rapport est la dilTérenciation, devenue entière 
chez la généralité des hommes, du long fléchisseur du pouce d'avec le 
fléchisseur commun profond des doigts. Un travail analogue s'effectue 
insensiblftoient du côté des extenseurs des doigts'. Ce travail de morcel- 
lement tant de la masse des fléchisseurs que de la masse des extenseurs 
des doigls est l'inverse de celui qu'on remarque dans les membres Inférieurs 
humains. Là, toutes les masses charnues sont compactes, solides; tout y est 
dirigé vers un but unique, le soutien du poids du corps et de la marche. 
Aussi assiste-t-on à l'absorption des muscles l'un par l'autre. C'est le cas 
pour l'extenseur propre du gros orteil fusionné avec un abducteur qui appa- 
raît encore parfois à l'état isolé ; c'est encore le cas pour le groupe péronier, 
il s'est condensé en s'emparant d'un quatrième péronier qui se montre encore 
assez fréquemment. Il en est de même pour le court extenseur propre du 
gros orteil qui se joint à la masse générale du pédieux. 

On peut suivre pas à pas dans la série animale cette adaptation lente mais 
progressive des agents actifs du mouvement à de nouvelles fonctions. L'indé- 
pendance fonctionnelle du pouce qui fait de la main de l'homme un si mer- 
veilleux organe de tact et de préhension, n'existe pas chez les Cercopithèques 
où le fléchisseur commun profond des doigls fournit un tendon à chacun des 
cinq doigts de la main. Dans les Anthropoïdes le mode de conformation est 
très variable. Ainsi la présence d'un long fléchisseur propre du pouce plus ou 
moins indépendant semble être la règle chez le gibbon, comme l'absence de 
ce niuscle plus ou moins isolé paraît être la règle chez Vorang. Dans la plu- 
part (les gorilles et des chimpanzés il n'y a qu'un fléchisseur commun profond 
(les doigls divisé suivant l'axe vertical du membre en deux portions distinctes, 
une portion cubitale allant aux trois derniers doigts et une portion radiale 
allant à l'index, de laquelle se détache un tendon grêle pour le pouce. A 
l'extrémité inférieure de l'éciielle des Vertébrés, chez le crijptohr anche, par 
exemple, le fléchisseur comnmn superficiel et le fléchisseur commun profond 
des doigts ne font qu'un. 

Le peaucier qui se cantonne à la région cervico-faciale chez l'homme est 



1. Ceilains pianistes, pour donner plus de liberté au quatrième doigt, se font couper la 
bride fibreuse qui réunit le tendon de ce doigt à celui de Texlenscur du médius. 



TRAVAUX ORIGINAUX. 305 

d3jà plus étendu chez les Anthropoïdes et se prolonge sur toute la nuque, la 
partie supérieure du dos, de l'épaiiie et de la poitrine chez le Cynocéphale 
qui établit la Iransilion entre les Singes bipèdes et les Singes quadrupèdes. 
Dans les autres Mammifères et les Oiseaux, il double toute l'étendue de la 
peau et sert à faire trémousser les poils et les plumes et à les débarrasser de 
tout corps malpropre ou dangereux. Est-il besoin d'ajouler que chez ces der- 
niei*s animaux aucun des membres ne peut servir à cet usage? Les muscles 
de la face qui ne forment qu'un seul muscle qui est une dépendance du 
peaucier chez les Singes inférieurs sont intriqués et grossiers chez les An- 
thropoïdes et chez les individus appartenant aux races colorées et nettement 
divisés chez le blanc dont la mimiq'ie faciale est si expressive. 

Parmi les anomalies musculaires humaines, il en est enfin un certain 
nombre qu'on ne. peut, en raison de l'insuffisance actuelle de nos connais- 
sances, faire figurer, sans forcer la vérité, dans les deux classes d'anomalies 
susindiquées, ce sont les anomalies-monstruosités. Tels sont les mîiscles 
pharyngo-azygos, pubio-péritonéal, pubio -transversal, droit latéral de l'abdo- 
men, unci-pisiformien, préslernal, etc. Telles sont aussi ces masses muscu- 
laires striées étranges auxquelles M. Zenker a donné le nom de Rhabdo- 
myomala et q'i'on peut rencontrer dans le rein et les autres glandes de 
l'organisme et qni ont été spécialement étudiés par MM. HuBKRet BorsthOm. 
Mais de ce que l'explication de ces productions insolites nous écUappe encore, 
qu'elles nous semblent aujourd'hui de véritables aberrations de dévelop- 
pement, des monstruosités en un mot, il n'en résulte pas qu'il doive 
éternellement en être ainsi. Avec les progrès de Tanatomie comparée, de 
l'histologie, de l'embryogénie et de la tératologie expérimentale, ces variations 
iront certainement chaque jour en diminuant de nombre. 

Kst-il possible, ainsi qu'on l'a dit, de déduire de l'étude des variations mus- 
culaires humaines toute l'histoire de l'homme, son origine, sa généalogie et 
les parentés présentes ou passées qu'elle comporte? En aucune façon. 
D'abord parce que l'anatomie du système musculaire des Vertébrés est encore 
imparfaitement connue dans son ensemble, dans ses délails et dans ses 
variétés. Ensuite parce que l'homologation des muscles des animaux a été et 
est encore le sujet de dissidences très grandes entre les anatomistes les plus 
autorisés, dissidences qui s'expliquent dans les classifications par la distance 
des types comparés. Enfin parce qu'il n'existe pas encore une nomenclature 
anatomique qui réalise cette condition indispensable d'une bonne nomencla- 
ture : d'èlre applicable à la myologie humaine et à la myologie comparée. Ce 
qu'il est sagement permis de conclure de l'étude des variations musculaires 
humaines, c'est que les variations réversives rattachent l'homme aux animaux 
par d'étroits et nouveaux liens, alors que les variations progressives tendent à 
l'en éloigner de plus en plus. 

Quelles sont les régions du corps de l'homme qui offrent le plus de varia- 



300 BIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

lions musculaires? Wood, qui a disséqué un à un tous les muscles du cou, 
de la nuque el du tronc de 36 sujets (18 hommes et 18 femmes), a trouvé 
90 variations des muscles du tronc et 411 variations des muscles des mem- 
bres tlioraciques el 119 variations des muscles des membres abdominaux. 
Dans chacun des membres il a remarqué que les muscles des extrémités dis- 
taies avaient subi plus de changements que ceux des extrémités proximales. 
S'il en est ainsi des autres variations des artères, des nerfs, etc., des mem- 
bres — et il paraît bien en être ainsi — et s'il est donné d'ajouter à la 
statistique générale de mon bien regretté ami Wood, vérifiée et reconnue 
exacte et à celle que j'ai établie dans mon Traité des variations du système 
musculaire de l'homme et de leur signification au point de vue de l'Anthro- 
pologie wologique, la doctrine de l'évolution en recevra un nouvel appoint. 
Quelles sont, en effet, si cette doctrine est plus qu'une hypothèse, les régions 
du corps de l'homme qui doivent nécessairement offrir le plus de variations 
musculaires : 

a) Les membres. Pourquoi? Parce que les fonctions des muscles du tronc 
ont été moins modifiées que celles des muscles des membres dont le posté- 
rieur a été obligé de s'adapter à la station bipède et dont l'antérieur est devenu 
un organe de tact et de préhension. 

p) Les membres thoraciques. Pourquoi ? Parce que les fonctions des mus- 
cles des membres thoraciques ont été entièrement transformées, tandis que 
celles des membres pelviens ont été conservées bien que modifiées. Les 
membres thoraciques soutenus par le corps, au lieu de le soutenir, ne servent 
plus qu'au tact et à la préhension, alors que les membres pelviens servent 
toujours à la sustentation et à la locomotion. 

y) Les extrémités distales des membres. Pourquoi ? Parce que les muscles 
des extrémités distales des membres chargés plus spécialement que les 
muscles des extrémités proximales des nouvelles fonctions dévolues à ces 
membres ont subi plus de changements. 

Mais la statistique de Wood et la mienne ne peuvent malheureu.sement pas 
être acceptées sans réserve; elles s'appuient, l'une et l'autre, sur un nombre 
insuffisant de dissections et les muscles de la tête, des parois de l'abdomen, 
du périnée et le diaphragme n'y figurent pas. La Société Anatomique anglaise 
l'a si bien compris que, sur l'initiative de MM. Cunningham et Macalistkr, 
elle a décidé, en 1889, que dorénavant on rechercherait chaque année et 
simultanément dans chacun des 36 Instituts anatomiques du Royaume le degré 
de fréquence d'apparition de quelques anomalies désignées d'avance et que 
les documents résultant de cette enquête, remis à une commission nommée 
ad hoc, serviraient à dresser une statistique qui fût à l'abri de tout reproché. 
Quand on songe combien peu de sujets sont mis à la disposition des élèves 
sans avoir été autopsiés et combien il faut de temps pour disséquer un à un 



TRAVAUX ORIGINAUX. SOI 

tous les muscles d'un même sujet, celle manière de procéder paraît vrai- 
ment pratique. 

Quels sont les muscles qui disparaissent le plus communément de l'orga- 
nisme humain ? S'il est encore impossible d'alTirmer catégori((ueinent quelles 
sont les régions du corps de l'homme qui présentent le pi is de variations 
musculaires, il n'est pas douteux, et cela de l'avis des anatomisles de tous les 
pays et de tous les temps, que les muscles qui font le plus souvent 'défaut 
c!iez nous sont ceux qui nous sont foncièrement devenus inutiles. Le pyra- 
midal de l'abdomen qui, chez les Didelphiens, joue un rôle considérable 
relatif à la nutrition du fœtus enfermé dans la poche marsupiale, le petit 
psoas dont le volume dépasse celui du grand psoas chez les Animaux essen- 
tiellement sauteurs, le petit plaiitaire et le plantaire grêle qui chevAes chauves- 
souris et quelques Quadrupèdes constituent des fléchisseurs communs sous- 
cutanés des doigts superposés aux fléchisseurs communs superficiels, etc. 

C'en est assez. Il ressort amplement de cet exposé succinct de l'état actuel 
de nos connaissances sur la question des variations du système musculaire de 
l'homme que, pour que l'étude de cette question devienne de plus en plus 
fructueuse, il faut : 

I. — Poursuivre l'unification de la nomenclature des muscles humains et 
celle des muscles des animaux, entreprises par les (longrès internationaux de 
médecine humaine et de médecine vétérinaire tenus à Bâle en 1893, à Berne 
en 1895, à Moscou en 1898. 

II. — En attendant que cette réforme, longue et difficile à réaliser, soit 
menée à bonne fin, adopter de préférence dorénavant pour les muscles, 
comme pour les autres organes, les dénominations to;)ographiques qui s'ap- 
pliquent aussi bien à l'anthropotomie qu'à la zootomie. Au lieu d'antérieur, 
de postérieur, de supérieur, d'inférieur, d'interne, d'externe, dire : ventral, 
dorsal, crânial, caudal, proximal, distal et, jTOur les membres: radial, péro- 
néal, ulnai e, cubital. Signaler en même temps entre parenth('ses le mot latin 
adopté pour chaque muscle par la Basler yomenclatur. 

III. — Indiquer dans chaque Congri'S annuel nation d ou international 
d'anatomie humaine une ou plusieurs anomalies musculaires qui devront être 
recherchées simultanément dans toutes les salles de di.s.section des Écoles 
médicales d'un même pays ou de plusieurs pays. 

IV. — Transmettre au bout d'un an, à l'exemple des analomistes anijlais, 
les rés.dtats ainsi obtenus à une commi.sion nationale ou internationale 
nommée ad hoc, chargée de les centraliser el de les disciiler. 

V. — Continuer les recherches sur les différences de largeur, d'épaisseur, 
de structure, etc., des muscles normaux dans les races de couleur et dans 
la race caucasique. 

VI. — Décrire minutieu.semént toutes les aberrations musculaires humaines, 



ri08 DIBLIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

sans oublier les modificalions imprimées par elles aux vaisseaux, aux nerfs et 
siiilout aux os des régions dans lesquelles elles se montrent. 

Vil. — Disséquer spécialement dans toutes les races l'appareil locomoteur 
des criminels et des déments pour infirmer ou corroborer définitivement les 
doctrines lombrosiennes touchant le moins grand degré de fréquence des 
anomalies chez les normaux. 

VIII! — Multiplier les expériences physiologiques de MM. Roux, Marey et 
JoACHiMSTHAL, destinées à établir les modifications qu'impriment aux agents 
actifs du mouvement celles des leviers osseux sur lesquels ils se fixent. 

IX. — Établir par un assez grand nombre de dissections quel est, non seu- 
lement chez les Anthropoïdes, mais aussi chez la plupart des Mammifères 
supérieurs, le type normal du système musculaire et ses variations les plus 
ordinaires. 

X. — Fournir la preuve que les anomalies musculaires réversives et pro- 
gressives qui relient naturellement les ordres entre eux manquent ou soni si 
rares dans certains ordres qu'on est forcé de croire à une ou plusieurs solu- 
tions de continuité dans la ciiaîne des animaux vivants. 

XI. — Déterminer nettement l'homologie d'un nombre considérable de 
variations du système musculaire humain et de dispositions normales simi- 
laires du système musculaire animal. 

XII. — Reconnaître — l'hypothèse de la filiation directe de tous les êtres 
vivants étant démontrée inadmissible en principe — pour quels chiiïres figu- 
rent dans les variations musculaires humaines dont l'homologie a été déter- 
minéiî d'une façon précise, celles qui reproduisent une disposition simienne 
et celles qui reproduisent une disposition autre. 

XIII. — S'assurer positivement si, comme il paraît résulter des études de 
MM. Gegenuaur, His, Macalister, Ruge, etc., et des miennes, l'ontogenèse 
est pour les muscles de l'homme, de môme que pour la généralité, sinon la 
totalité de ses autres organes, un résumé rapide el succinct de la phylogénèse. 

XIV. — Constituer un ou plusieurs musées de myologie anthropologique 
dans lequel ou dans lesquels seront gardées, soit desséchées, soit dans les 
liquides conservateurs, soit à l'état de moulages coloriés ou de dessins, les 
variations les plus typiques et les plus communes des muscles de l'homme el 
les dispositions normales homologues certaines des autres Mammifères. 



UN CAS D'ANASTOMOSE 

ENTRE 

LKS VEINES SPLÉNIQUE ET RÉNALE GAUCHE 
Par le Docteur MARIAIT 

MKDKCIH-MAJOR DU I^'aRMÉB, ANOIEK OHGF DP.S TBAV^UX ANATOUIQUBS 



L'anomalie veineuse donl nous rapportons ici une observation est intéres- 
sante par sa rareté ; elle l'est aussi et plus encore par sa signilicalion et par 
les considérations générales qu'il convient de discuter pour arriver à l'établir. 

Il s'agit d'une anastomose directe jetée entre la veine splénique et la veine 
rénale gauche. Lejars a rapporté un cas sinon identique, au mcins très ana- 
logue. Son observation* concerne un homme adulte atteint de cirrhose atro- 
phique très avancée. En voici le .résumé : « Pas d'ascite, pas de tôle de Mé- 
duse, pas de dilatation des veines portes accessoires. La rate e^t gorgée de 
sang, doublée de volume. Pas de varices. Bourrelet hémorrlioi lai. 

« Le rein gauche étant découvert en rejetant le pancréas, 1 1 rate et le gros 
intestin à droite, on voit une grosse veine émerger du boni supérieur de la 
rénale gauche et remonter verticalement. A une di.st:mce de deux centi- 
mètres, le tronc se divise; une branche se porte en haut et en dehors, gagne 
la face concave du diaphragme et s'y anastomose avec les diaphrgmati'|ues 
inférieures. L'autre branche, beaucoup plus grosse, se dirige vers la face 
postérieure du pancréas, croise la veine spléni jue en rampant derrière elle 
et longe le bord supérieur de l'organe jusqu'au hile de la rate. Sinueuse et 
bosselée, communiquant en quelques points avec la splénique sous-jacente, 
l'anastomose réno-splénique, près de sa terminaison, se divise plusieurs fois 
et forme là un véritable plexus de grosses veines am^uUaires, ressemblant 
au varicncèle, qui plongent dans la rate. » 

Notre cas concerne une femme adulte : Au moment oii nous pratiquions 
une injection d'ailleurs grossière de la veine porte, la rénale gauche devint 
turgide et nous pûmes constater qu'elle se remplissait de matière à injection. 
D'où venait la communication ? La dissection nous fit découvrir une veine, 
analogue comme volume à l'une des médianes du coude, qui partait à angle 
droit du bord supérieur de la rénale gauche, remontait verticalement dans 
l'épaisseur de la graisse péri-rénale, sinueuse, de calibre uniforme, .sans 



I. Progrès médical, 23 juin 1888. 



310 DIULIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

affluent* visibles, s'engageait sous le pancréas et se terminait à angle droit 
dans la veine splénique. 

On le voit, l'analogie de ces deux observations est évidente. Elles ne dif- 
fèrent que par quelques points de détail. Au résumé, l'une et l'autre repré- 
sentent une anastomose veineuse réno-splénique directe. 

Que signifie une telle anomalie ? Est-elle, comme se le demande Lej.\rs, 
« le témoin de connexions embryonnaires plus étendues? » Nos connaissances 
actuelles sur le développement du système veineux ne sont pas en faveur de 
cette hypothèse. A aucun moment, on ne voit le système des veines rénales 
et le système des veines omphalo-mésenlériques, tous deux d'origine si diffé- 
rente, échanger des anastomoses. Est-ce le cas d'invoquer l'anomalie réver- 
sive? Pas davantage à notre avis. Un animal quelconque vînt-il à nous pré- 
senter une disposition analogue, que ce ne serait pas, en faveur de l'anomalie 
réversive, une preuve suffisante. Ce n'est pas, il s'en faut, que nous contes- 
tions la valeur de l'anomalie réversive en anatomie philosophique, mais il 
s'agit là d'une interprétation de portée trop haute pour qu'on ne soit pas en 
droit d'exiger d'elle des exemples qui entraînent la conviction; et précisé- 
ment ce serait en quelque sorte la desservir, affaiblir son autorité que de 
l'invoquer en faveur de faits contestables et- sans contrôle. 

L'explication qui nous paraît la bonne a pour elle d'être classique. Nous 
pensons qu'il s'agit, non pas de l'apparition d'un vaisseau nouveau, mais 
simplement de la dilatation de veinules préexistantes. Autrement dit, nous 
voyons là un cas spécial de ces circulations collatérales dont le système 
veineux abdominal nous offre de si fréquents exemples, et dont la « Tête de 
Méduse » est le type le plus connu et le plus caractérisé. 

L'établissement d'une circulation collatérale suppose l'existence de voies 
prêtes d'avance, de vaisseaux d'abord invisibles, qu'une dilatation fonction- 
nelle graduellement croissante finit par transformer en voies de dérivation 
plus ou moins importantes. Qu'avon.s-nous ici de semblable pour justifier 
notre hypothèse ? 

Du côté de la veine rénale, pas de difficulté. A cette veine aboutissent les 
nombreuses veinules dont le réseau anastomotique irrigue la capsule adi- 
peuse. On sait que ces veinules contractent des communications importantes 
avec les systèmes veineux voisins (veines coliques, lombaires pariétales, 
diaphragmatiques inférieures, azygos, etc. Tuffier et Lejars). Leur domaine 
n'a pas de limites précises et s'étend à coup sûr jusqu'aux nappes celluleuses 
situées derrière le pancréas. 

D'autre part, des injections de la veine splénique nous ont permis de mettre 
en évidence des veinules qui irriguaient le tissu cellulaire rétro-pancréatique. 
Ces veinules aboutissent aux veines du pancréas et par elles à la splénique. 

Dans deux cas même, une injection poussée par la veine rénale pénilra 
les veines de la capsule adipeuse, celles du tissu cellulaire rétro-pancréatique 



TRAVAUX ORIGINAUX. 



311 



et vint se heurter, dans les veines du cardia, avec une injection d'une autre 
couleur poussée par la veine porte '. Sciimikdel, Luschka, ont annoncé des 
faits analogues. Nous pouvons en conclure que la sp'.énique et ses affluents 
reçoivent une partie des veinules qui irriguent le tissu cellulaire rétro-péri- 
tonéal de la région lombaire. 

Dès lors rinterprélalion de notre anastomose réno-splénique devient simple 
et sa genèse esl facile à suivre sur le schéma suivant : 




Primitivement, les veinules de la capsule adipeuse, tributaires de la ré- 
nale, et les veinules du tissu cellulaire rétropancréatique, tributaires de la 
splénique, prennent çà et là quelques points de contact par leurs radicules 
extrêmes. Jusque-là tout est normal. Puis, sous l'influence d'une cause bien 
définie (cirrhose dans le cas de Lejars) ou mal déterminée (pas de cirrhose 
dans notre cas), la circulation se fait plus active aux confins des deux ré- 
seaux, soit dans un sens, soit dans un autre. Une maille grossit plus que les 
autres, se dilate, hypertrophie ses parois jusqu'à devenir une veine d'un vo- 
lume appréciable. La voie collatérale et, du même coup la prétendue anomalie 
sont constituées. 

Il est à peine besoin de dire que cette conception n'est pas imaginaire et 
que le tableau précédent reproduit la genèse classique des circulations vei- 
neuses collatérales. Qui ne sait que ces veines, non pas néoformées, mais 
simplement dilatées, peuvent atteindre des dimensions gigantesques, devenir 
plus grosses que la veine cave ? Ici il ne nous parait nullement difficile d'ad- 
mettre que notre veine réno-splénique ait pu provenir, par simple dilatation 
et hypertrophie, d'une veinule presque capillaire. Maintenant, que celte veine 
paraisse isolée, sans connexions visibles avec le réseau de la nappe graisseuse, 
ce n'est pas non plus une sérieuse difficulté : les autres veinules du réseau 
ont gardé leur ténuité respective, l'injection ne les a pas pénétrées, et elles 
restent invisibles, comme les vais.seaux de la conjonctive bulbaire, qu'on ne 
voit que lorsqu'ils sont injectés par l'inflammation. 



1. Recherches anatomiques sur la veine porte. Thèse de Lyon, 1893, Uoin, éditeur. 



UEBER DIE TERATOLOCtISCHEN SAMENZELLENEORMEN 

. VON 

Dr. med. ALEXANDER MAXIMOW 

St.-Petershuro, z. Z. Bermn. 



Auf die ini lelzten (Aten) Heft dieser Zeilschrift erschienene, die Frage 
ûber die palhologischen Samenzellenformen hetreffeiide Bemerkung voii 
Regaud') sehe ich mich genôlhigt mit einigen Zeilen zu antworten. 

Nacli der Meinung von Regaud, welcher die Riesenzelien mit Spermaliden- 
kernen auf anormale Spermalocytenmitosen ohne nachfolgende Cytoplasma- 
leilung zurûckfilhit, soll ich zu Gunsten meiner Anschauung ûber die Enl- 
steluuig derselben ziim Teil durcb Ainilose der Kerne, zum grosseren Teil 
aber durch einfaches Verschmelzen von normalen Spermatiden miteinander, 
keinen einzigen Beweis angofûlirl haben. 

Da mm lebende Zeilen imler fur die Forisetzung der Lebensprocesse gûnsli- 
gen Bedingungen nichl be bnchlot werdeii kônnen, ist man bei histologischen 
Unlersuchungen und besoiiders gerade bei Untersuchungen ûber Spermato- 
genese hauptsacblich auf die Vergleiclumg von einzeliieii fi^irlen Uebergangs- 
bildern hingewiesen. Auf Grund dieser Vergleicliung kann man auch nur 
Scblûsse ûber den mutbmaasslichen Verlauf des complicirlen Processes der 
Enlstehung von Spermatosomen zieben und eine Hypothèse, die sich auf die 
grôsste und vollstàndigste Reihe von richtig heurleilten Uebergangsformen 
stûtzt, muss auch fur die der Wahrheil vorhiufig ain Nàclisten stehende ei- 
achtet vverden. 

Mithin sind auch in unserer Slreitfrage die Beweise bloss im Vorhandensein 
einer mô^lichst vollkommenen und unaiifechtbaren Reihe von histologischen 
Uebergangsbildern zu suchen. 

Es isl fur mich nun nichl recht begreiflich, warum Regaud gerade seine 
Ansicht fur bessor bewiesen erklart, als diemeinige. Direct beobachlet bal er 
die Enlstehung von mehrkernigen Samenzellen aus vielpoligen Spermatocyten- 
mitosen nicht. Uebergangsbilder will er zwar mehrere Maie geseben haben 
und es soUen auch seine *) Figuren 2 und 3 solche vorstellen, — jeder un- 
parleiische Beobachter wird aber in den Kernen der beiden daselbst ab- 



1. IIeoauu, a propos des cellules séminales tératologiques. (Bihliogr. anat., t. MU, 
fasc. 4. 1900.) 

2. C, Recaud, Évolutioa tératologique des cellules séminales, elc. [Bibliogr. anat., 
t. VIll, fasc. 1. 1900.) 



TRAVAUX ORIGINAUX. '313 

j,'ebildeten Zellen niclit sich nach einer Mitose reconslruirendc (uiid nach 
Rkgal'd eventuell sogar noch weilerer Enlwicklung zu Samentïidenkôpfeii 
fâhige), sondern, iin Gegenleil, einfach degenerironde, zum Teil vacuolisirle, 
ziun Teil pycnotisclie Kerne erblickcn. Meine eigene ') Figuren 42 und 43 
{Taf. XJV), auf die sicii Regaud beruft, stellen auch iiiclil die von ilim ge- 
siichten Uehergaiigsbilder vor. Es sind tbalsacblich Spennatocyleii, die eine 
vielpolige Mitose eben durcbgemacbt haben. Es ist aber gar nicht daran zu 
deiiken, dass dièse degenerirenden, oder sogar schon loten Zellen, die ge- 
wôhnlicli im Lumen der Samencaniilchen frei liegen und meistenleils bald 
forlgescbwemmt werden, sodass man s'e im Nebenboden fnidet, noch weitere 
progressive Entvvicklungsstadien durchiaufen wenlen und dass sich die ver- 
kliunpten und zerl'allenden Clironiosomengruppen zu neuen Kernen recon- 
slruiren kônnen. Ohne jede Mûhe kann man solche Zellen — \vo sie vor- 
handen — im Zuslande des vollsliuidigen Zerfalles anlrelîen. Zellen von 
solchem Âussehcn sind aucb, wie ich nochnials naclidriicklich bervorheben 
will, in so verscbvvindend geringer Anzabl im Vergleich mit den vieikernigen 
Samenzelien zu findon, dass sie l'iir die Enlsteiiung der letzleren, selbstwenn 
man mit Regaud, — ohne hinbiiiglichen Grund — eine aulTallige Schnellig- 
keil im Verlaufe der Mitose annimmt, gar keine Bedeutung haben kônnen. 

Zu Gnnstcn meiner Anschauung von dem Verscbmelzen von Samenzelien 
habe icb in meiner Arbeit ziemlicb viel aus allen môglichen Uebergangs- 
formen beslehendes Beweismaterial angeluhrl; ich verweise auf meine Be- 
schreibiingen {S. ÎOS, '268, 27 î) und meine Abbildungen {Taf. XIV). Wenn 
man 24 Slunden nach Verletzung des Hodens in der Umgebung der Wunde 
aile Canalcben voll von Zellen siebt, die die verscbiedenste Grosse haben, 
aber aus allen, vorlàufig noch ganz unveranderten Bestandlheilen der nor- 
malen Samenzelien besteben, wahrend irgendwelche anormale Mi(osen oft 
vollkommenfehlen, oder sebr sparlich sind, wenn man die Entstehung dieser 
patho!ogiscben Zellformen so zu sagen vor Augen bat, kann von complicirten 
anonnalen karyokinetischen Processen mit ungleichmassiger Chromatin- 
verleihmg u. s. w. gar nicht die Rede sein. 

Warum Regaud meine Ansicbt ûber die Hypertrophie der Samenzellen- 
kerne und die Fragmentation derselben fur den Tiiatsachen nicht enlsprechend 
erkliirt, ist mir ganz unklar, ebenso wie der Umsland, dass er seine Hypo- 
thèse von der Entstehung solclier Kerne in Folge von ungleichmassiger Ver- 
teilung von Chrom itin bei den Spermalocytenmitosen lur viel einfarher und 
natùrlicber hait. Fiir die lelzte Ansicbt hat er aucb nicht den Schatten eines 
Beweises beigebrachl, wahrend hingegen die Hypertrophie und die Fragmen- 
tation der Samenzelîenkerne eine ganz gewOhnliche und in allen ihren Stadien 



1. A, Maximow, Die histologischen Vorgânge bei der Heilung von liodenverleUuugeii, etc. 
[Ziegler's BeUrdge, Bd X.Wl, 1899.) 



r314 BlBLlOGRATHiE ANATOMIQUE. 

leicht zu beobachlende Ersclieinung ist (vergl. meine Zeichnungen, Taf. XIV, 
Figg. 44, 45, 46, 58, 59, 60, 61). 

Aucîi ûberhaupt entstehen ja in der Nalur, wie ich glauben môcbte, grosse, 
byperlropliiscbe und hyperchromalische Keine wohl hiiufiger in Folge von 
Hypertrophie und Hyperchromalose von Kernen, als in Folge von ungleicher 
Verteilung von Chromatin bei anormalen Milosen. 

Zum Schluss môchte ich noch benuiriien, dass der Versuch Regaud's, eine 
Stûtze fur seine Ansichlen in Beobachtungen, die von Ivar Broman an den 
Samenelenienlen von Bombinator igneus gemacht worden sind, zu suchen, 
nicht sehr giûcklich genannt werden muss, da bekanntlich selbst bei sehr nahe 
verwandlen Tierspecies oft ganz bedeulende Unlerschiede in der Morphologie 
der Spermalogenese exisliren kônnen. 

Bis auf weitere an neueni Material ausgefûhrte Untersuchungen ist lûr 
mich die Frage hiermit erledigt. 

Berlin, Anat. biol. Institut, 5 .N'ovember 1900. 



TABLE DES MATIERES 



Bibliographie 1-193-269 

Ouvrages et articles didactiques 1-193-2G9 

Méthodes techniques 2-194-270 

Embryogénie, Organogénie, Histogénie. (Éléments sexuels.) 2-194-2Î0 

Tératologie 6-196-272 

Cellules et tissus 9-198-275 

Système locomoteur. (Squelette, Articulations, Muscles.) .- . . 12-201-277 

Système nerveux et organes des sens. (Téguments ot leurs dérivés.) .... 14-201-278 

Système vasculaire. (Sang et lymphe.) 17-203-279 

Tube digestif et organes annexes. Cœlome. (Dents, Appareil respiratoire, Corps 

thyroïde et Thymus.) 19-206-280 

Organes génito-urinaires. (Annexes.) 20-205-282 

Anthropologie anatomique 21-206-283 

Varia. (Monographies ; Travaux renfermant des renseignements biologiques ; 

Descendance.) 22-206-283 

Association des Anatomistes i9i 

— — Procès-verbal de la séance du 1=' août 1900). 266 



TRAVAUX ORIGINAUX 

AxcHL. — Documents recueillis à la salle de dissection de la Faculté de méde- 
cine de Nancy (semestre d'hiver 1899-1900) 43 

M. BouiK. — Expulsion d'ovules primordiaux chete les têtards de Grenouille rousso. 63 

M. Bonis. — Ébauche génitale primordiale hez Rana^ emporaria (L.) [Noie 
préliminaire] 103 

M. -A. Cad*. — Modifications do la muqueuse gastrique au voisinage du nouveau 
pylore dans la gastro-entoro-anadtomoso expérimentale 248 

André Cansiku et Léon Gbntes. — Innervation de tous les muscles do l'éminence 
thénar par la branche profonde du cubital 99 

A.-C.-F. Eternod. — Contribution à la classificalion embryologique des œufs. . . 291 

G. Grrabd. — r Anomalies osseuses. — Sur la présence d'une côte cervicale arti- 
culée avec la première côte formée elle-même de la fusion des deux premières 
côtes thoraciques 61 

G. Gérard. — Anomalies artérielles. — Note sur une pédicuso fournie par la 
péronicre lOl 

G. Gékako. — Sur lus rapports des muscles de l'épaule avec l'articuluiion scapulo- 
humérale 207 



48108 



316 BlULIOGRAPHIE ANATOMIQUE. 

Lafitte-Dupont. — La glande infra-orbitaire et ta boule graisseuse de Bicliat. . . 265 
F. Lkdocblb. — Essai sur la morphogénie et les variations du lacrymal et dos 

osselets péri-lacrymaux de l'homme 109 

F. Lkdoublk. — Des variations du système musculaire de l'homme. ...<.,.. 297 

Mabiau. — Variabilité des rapports de l'appendice avec le cœcum 227 

Mabiad. — Un cas d'anastomose entre les veines spléiiiqne et rénale gauche. . . 309 
A. M\xiMow. — Bemerkungen zu der Arbeit von Cl. Regadd : « Évolulion léra- 

tologique des cellules séminales. Les spermatides à noyaux multiples chez les 

Mammifères. » (Bibliographie anatomique, t, Vlll, fasc. l) 183 

A. Maximow. — Uober die leralologischen Samenzellenformen 312 

Postier et G. Géraud. — De i'entre-croisement des pyramides cliez le rai. Leur 

passage dans le faisceau de Burdach. (Note préliminaire.) I8G 

Cl. Rkg\ud. — Évolulion tértilologique des cellules séminales. Les spermalides 

à noyaux multiples chez les Mammifères 2i 

Cl. Regaud. — A propos des cellules séminales téralologiques 2i4: 

CL Rbgaud. — Origine des vaisseaux lymphatiques de la glande mammaire . . . 261 

H. ScHŒNFELD. — La spermalogcnèse chez le taureau (communicalion préliminaire). 74 



Le Directeur, D' A. NICOLAS. 



Nancy, imprimerie Berger-IjCvranlt et C». 



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