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Full text of "Bibliotheque orientale : ou dictionnaire universel contenant tout ce qui fait connoître les peuples de l'Orient .."



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BIBLIOTHEQUE 

ORIENTALE, 

o u 
DICTIONNAIRE UNIVERSEL 

CONTENANT 

Tout ce qui fait connoître les Peuples de l'Orient. 

LEURS HISTOIRES et TRADITIONS tant FABULEUSES q.ue VÉRITABLES. 

LEURS RELIGIONS et LEURS SECTES. 

LEURS GOUVERNEMENS , POLITIQUE, LOIX, MOEURS, COUTUMES, 
£T LES REVOLUTIONS de LEURS EMPIRES. 

LES ARTS EX LES SCIENCES, 

La Théologie , Médecine , Mythologie , Magie , Physique , Morale, 

Mathematiqites , Histoire Naturelle, Chronologie, Géographie, 

Observations Astronomiqites, Grammaire et Réthorique. 

LES VIES DE LEURS SAINTS, 

Philofophes, Dodieurs, Poëtes, Hiftoriens, Capitaines, & de tous ceux qui fe 
font rendus illuftres par leur Vertu, leur Sçavoir ou leurs Aftions. 

DES JUGEMENS CRITIQUES et des EXTRAITS de LEURS LIVRES, 

Écrits en Arabe, Perfan ou Turc fur toutes fortes de Matières 

& de Profeffions. 

PAR 

AF D'HERBELOX- 
TOME SECOND. 

F M. 



A L A H A T Ey 

Avx DEPEINS DE J. NEAULME & N. van DAALEN, Libraires. 
MDCCLXXVIL 



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BIBLIOTHEQUE 

ORIENTALE. 



F A D H A I L. 

#^C§)^ÉA D HA I L, les Vertus. C'eft le plurier de Fadhilah qui fignifîe 

"^ "^ vertu, fur ce qu'il eft dit dans î'Alcoran au chapitre Nahal, 

Qii.e Dieu a étendu les mers fur la tirre , çj' a àomié rinvention 

_-, _^ .--^. _ aux hommes de bdiir des vaiffeanx pour les traverfer , afin au' ils le 

%i^C^# remercient. J ^ J ^ 

•L'Auteur du Kabchf Afrdr dit qu'il y a deux fens renfermez dans ces paro- 
1er, Le premier qui eft littéral cil, qu'eifeclivcraent il y a des mers fur la 
terre, & des vaifleaux fur les mers, & que Dieu prétend que les hommes 
lui rendent des aftions de grâces , pour leur avoir procuré les grands avanta- 
ges qu'ils tirent d'un élément fi 'fier, & li dangereux, par le moyen de la 
navigation & de la pefche . v . ' 

Mais il y a un fens myftiqye" dans ce ipafTagc qui cil beaucoup plus relevé, 
à Içavoir qu'il y a dans l'horahiq plufieurs mers, qui font celle des foins, 
& des occupations de la vie , ce;lle aes affligions & des peines , celle de la 
convoitife & des paflions , celle de l'ignorance & de l'oubli , & enfin celle de 
la diiïipation fur la multiplicité & variété des objets , & Dieu a préparé 
auflî à l'horame des vailfeaux pour voguer fur ces mers qui font fort orageufcs. 

Ces vaifleaux font les cinq vertus dans lefquellcs confifte toute la vie 
fpirituelle, à fçavoir, Taouvakklil, Ridha, Candat , Dhekr ^ & Taiihid. 

Celuy qui monte fur le vailleau de la première qui efl la confiance en la 
Providence , -traverfc heureufement la mer des foins de la vie prefente , & 
le met en repos. 

Celuy qui s'embarque fuF le vailTcau de la féconde, qui ell la conformité 
à la volonté de Dieu , fe fauve de la mer des afflictions , au rivage de la joye. 

Celuy qui prend place dans le vaifll-au de l'abnégation & du retranchement 
qui ell la troifième vertu , pafl^e la mer de la convoitife , & demeure en 
fureté fur les bords, dans l'exercice d'une vie aullere, & pénitente. 

Celuy qui fe fcrt du vaifieau de la prière , quatrième vertu, quitte bien- 
TOME II. A tôt 



a F A D H A I L. F A D H E L. 

tôt la mer tencbreure de l'ignorance, & arrive eg peu de tems à Ta terre 

des luniicrcs. 

Enfin ccluy qui s'embarque dans h contemplation de l'unité de Dieu, qui .. 
eft la cinquième , après avoir vogué long-tems fur l'océan de la multiplicité 
des êtres , arrive au port de cette union , qui raircmblant tous les objets 
differcns, n'en fait plus qu'un. 

En effet la vérité eft que l'anité ne fe trouve proprement que dans ce 
qui eft neccffairc & éternel, & que l'alfemblage , ou compofition de pluficurs 
chofcs , ne fe rencontre que dans ce qui eft contingent & palfager. 

De-là vient que C2ux qui fe regardent eux-mêm2s, & qui vivent encore à 
eux-mêmes , font toujours dans le danger de fe perdre par la multiplicité des 
objets: au lieu que ceux qui fe font entièrement dépoiiillez d'eux-mêmes, fe 
trouvent dans l'unité qui eft un état d'affeurance. Paffez la plume , & effacez 
hardiment tout ce qui eft couché fur le compte de vôtre être , & de vôtre 
propre fonds: Marchez courageufement , & prenez le chemin royal de l'ab- 
négation & de l'aneantiffem.ent : car à force de battre ce chemin dans lequel 
on ne voit encore rien , on arrive enfin à cette retraite facrée où on ne 
voit plus que Dieu feul. Voyez fur cecy Kafchefi dans fon Commentaire Per^ 

fien, page 488. 

Il y a dans l'Anvar Sohaili une defcription très-belle de la vertu , où il dit 
qu'il eft vray que la vertu fe trouve entre deux extremitez vicieufes: mais 
qu'entre les degrez de vertu qui font dans ce milieu, il y a autant de diffé- 
rence , qu'il en paroît entre le Soleil , & l'étoile appcllée Soha , qui eft la 
plus obfcure de la conftellation de la grande Ourfe. 

La fentence la plus approuvée par les Phiiofophes Moraux, que rien d'ex- 
ceffif n'eft bon, eft ainfi exprimée par les Arabes, Khair al euir aoufathha. Le 
meilleur d'une chofe eft fon milieu, c'eft-à-dire ,Ja médiocrité. 

Les Orientaux difent auffi commmiément que l'homme vertueux n'eft étran- 
ger en aucun pays ; que la vertu eft femblable au mufc , lequel quoyque 
caché, ne laiffc pas de fe faire fentir , & au Soleil dont les rayons ne re- 
çoivent point d'atteinte , ni de l'obfcurité dss nuages , ni de la fange d'un 
bourbier. 

FADHAÎL Mefr, les excellences, & les prerogati\^s de l'Egypte, Titre 
d'un livre compofé par Ebn Amrou Alkendi, que Soiouthi cite dans h pré- 
face de fon hilloire d'Egypte. 

FADHAIL Schahar Ramadhan , les prérogatives du mois de Ramadhan, 
Ouvrage compofé par Abou fbrour Sadiki , où il eft traité d'abord du jeûne 
qui s'obferve par les Mufulmans pendant ce mois , après quoy l'on trouve 
quarante Hadith, c'cft-à-dire, Hiftoires ou Traditions qui concernent le même 
fujet. Ce livre eft dans la Bibhotheque du Roy, n'. 669. 

FADHEL Ben lahia, étoit de la famille des Barmecidcs, & devint puif- 

faht auprès du Khalife Haroun Al Rafchid, auffi-bien que lahia fon pcre , & 

tous fcs autres frères. Entre plufieurs caufes de la difgrace de cette famille, 

il eft conftant qu'une des principales fut que Fadhel ayant obligé lahia de la 

Maifon de Halfan, fils d'Ali , qui avoit été acclamé Khalife dans le pays de 

Giorgian & de Dilem, de venir à la Cour du Khalife, & di fe foûmcttrc à 
^ ' luij 



F A D H E L. j 

Kji : Haroun reçut d'abord fort bien lahia ; mais confidorasit qu'il c'toit fou 
compétiteur au Khalifat , & que la prétention à cette dignité fubfiftoit tou- 
jours dans la Maifon d'Ali contre le droit des Abbafîidcs, il rcfolut de le 
ifaire mourir , & donna le foin de cette exécution à fon favori Giafar , frère 
de FadheL 

Jahia ayant appris la refolution du Khalife , dit un jour à Giafar: Crains 
Dieu, & ne fois pas du nombre de ceux qui auront au jour du jugement le 
Prophète pour ennemi, à caufe qu'ils auront trempé leurs mains dans le fang 
innocent de fes dcfccndans; car tu fçais fort bien que je n'ay rien fîiit qui 
mérite la mort, & que je fuis venu ici fur la parole du Khalife, & fur celle 
de Fadhel ton frère. 

Giafar fut touché de ces paroles , & bien loin de faire mourir Jahia , il lui 
Et toutes fortes de careiTes. L'on dit que Haroun averti de tout ce qui fe 
paflbit , en conçut un fi grand dépit , qu'il dit ces paroles : Dieu puijfe niotcr 
La vie, fi je ne te prive de la tienne. 

Giafar ayant été mis à mort par Tordre du Khalife , Fadhel & Ces autres 
frères furent enfermez dans une étroite prifon où ils finirent miferablement 
leurs jours, auffi-bien qu'Iahia Ben Khalcd leur père, duquel il faut voir le titre. 

Ben Schohnah a remarqué que Fadhel étoit frerc de lait de Haroun Al 
Rafchid; car Khaizuràn mcre de ce Khalife lui a\'oit donné la mammelle. 

L'Auteur du Nighiariftiin rapporte que Fadhel étoit également fupcrbe & 
libéral. Un de fes amis les plus familiers lui demandant un jour la caufe de 
cette fierté, dont il accompagnoit toujours fa magnificence, il lui répondit: 
J'ay pris ces deux qualitcz d'Amarah Bpn Hamzah , lequel les pofTedoit toutes 
deux en un haut degré, je les admirai, & comme elles firent une forte im- 
preffion fur mon efprit , je l'ay imité , & l'habitude a produit en moy l'efFet 
d'une féconde nature. 

Une des principales aéhions d'Amarah , pourfuivit Fadhel , & qui m'cil le 
plus demeurée dans l'efprit, efl celle-cy: Mon père lahia ayant dans le pre- 
mier état de fa fortune , un gouvernement , le Vizir qui n'étoit pas de les amis , 
voulut qu'il envoyât au trelbr Royal les deniers de fa Province , avant qu'ils 
eufil'nt pu être recueillis: mon père ayant fait un eflx)rt, & cherché dans U 
bourfe de tous fes amis, ne put jamais faire la fomme que l'on lui deman- 
doit , à beaucoup près. 

Dans cette extrémité où il s'agifToit de fa fortune , il fongea qu'il n'y avoit 
qu'Amarah qui pût le fecourir; quoyque ni luy, ni moy, nous ne fuflions 
pas trop avant dans fes bonnes grâces. Cependant la neceflité obligea mon 
père de m'envoyer lui rcprefenter le befoin d'argent dans lequel il fe trouvoit 
dans une occafion fi preffante. Je me tranfportai donc chez Amarah que je 
trouvai affis fur une eflrade élevée, & appuyé fur quatre couflins: je le fa- 
luay d'embas fans qu'il ouvrît la bouche pour me dire un feul mot , & bien 
loin de me faire aucune civilité, il. tourna le vifage vers la muraille, & k 
peine me regarda-t-il. 

Je lui fis cependant les complimens de mon père , & lui reprcfentai de fa 
part ce qu'il m'avoit ordonné. Il me laiifa debout fort long - tcms fans ré- 
ponfe, puis me dit feulement: Je verrai. Après cette réponlè je me retirai 
fans efperance de rien obtenir , & je n'ofai pas même retourner fi-tôt chez 
mon père, n'ayant qu'une mauvaife réponfe k lui porter. Cependant ayant 

A i quelque 



4 ' F A D H E L, 

quelque tems après pris le chemin du logis , & trouvé des mulets chargez 
à la porte , je fus fort furpris d'apprendre que c'étoit l'argent qu'Amarah 
avoit envoyé. 

Pour finir l'hiflroire , mon père ayant reçu peu après l'argent de la Pro- 
vince, le fit porter chez Amarah, & m'envoya pour lui fau-e de grands re- 
m-rciemens de fa part; mais luy ayant appris ce que c'étoit, il me dit comme 
en colère :^Suis -je le banquier de vôtre pereV Emportez-moi cet argent hors 
de chez moy, & Dieu vous condùife. 

Mondir Ben Mogheirah raconte qu'étant tombé dans une très-grande mrfere , 
il quitta Damas fon pays , & vint à Bagdet avec {es enfans , du tems que 
Fadhcl le Barmccide ét'oit en faveur auprès du Khalife Haroun. Lorfqu'il' 
fut arrivé fur la grande place du marché, il mit fes enfans à la porte de la 
grande Mofquée, & fut chercher fortune. Il vit d'abord beaucoup de gens 
de qualité qui paroiflbient s'afiembler pour aller à quoique feftin : comme la: 
faim le prciToit, il prit la refolution de les fuivre , & entra avec eux dans 
un Palais magnifique , où d'abord la porte ayant été ouverte y on les fit pafiTer 
tous jufques dans la fiillc, du fellin. 

Chacun, dit-il lui-m.ême, s'étant mis à table, je pris auffî ma place, & ayant" 
demande à celui qui étoit aflis auprès de moy, le nom du maître du logis,, 
il me dit que c'étoit Fadhel. Quoy qu'à ces paroles je me fifi^e connoître 
pour étranger , on ne laifla pas d^ me fouffrir avec les autres , & de me. 
prefenter une affîctte d'or comme l'on faifoit à tous les conviez, & après le 
repas deux fachcts de parfums, lefquels on cmportoit chez foy avec l'affiette. 

Enfin la compagnie fe feparant, je prenois le chemin de la porte, lorfqu'un- 
valet de la maifon m^arrêta: alors je crus que l'on me vouloit faire rendre 
ce que j'emportois ; mais il me fut dit feulement que Fadhel me vouloit parler. 
Je me prefentai donc devant lui, & il me dit d'abord qu'il m'avoit reconnu 
pour étranger parmi les autres , & que fa curiofité _ l'avoit porté à apprendre 
de moy quelle avanture m'avoit conduit en fa maifon. Je lui fis donc urr 
détail de tout ce qui m'etoit arrivé : mais lui non content de ce récit , voulut 
s'enquérir de toute ma vie palTée ; & Thiftoire de mes mifercs le toucha 
fi fort, qu'il me pria dé demeurer le reftc de la journée en converfition. 
avec lui. 

Comm^o la nuit s'approchoit , je lui demandai congé d'aller apprendre des 
nouvelles de mes enfans ; il me demanda où je les avois laifTez , & lui ayant 
dit qu'ils étoient à la porte de la Mofquée : Hé bien, dit-il, il n'y a rien à 
craindre pour eux , ils font en la garde de Dieu , & appellant incontinent 
un de fcs domeftiques auquel il dit un mot à l'oreille , il continua fon dif- 
cours , & voulut que je demeurafle chez lui jufqu'au lendemain , qu'il me don- 
na un homme pour me conduire à In, Mofquée:. mais cet homme, au lieu de 
prendre ce chemin-là, me mena dans une belle maifon fort proprement meu- 
blée, où je trouvai mes enfans qui me dirent y avoir été conduits dès le 
jour précèdent. Nighiariftan 

Un Poëte célèbre nommé Mohammed Demefchki raconte qu'étant un jour 
en converfation chez Fadhel dans le tems que l'on lui recitoit plufieurs vers 
qui avoient été faits fur la naifilmce de fon fils , & tous ces Ouvrages ne lui 
plaifu..it pas, il me demanda fi je ne compoferois pas bijn quelque chofe fur 

i© 



F A D H E L7 5 

Te même fiijet. Je le fis pou" lui obcïr, & ma compofition lui plut de telle 
forte, qu'il me fit donner dix mil ccus pour recompcnfe. 

Sa diigrace étant arrivée dans la fuite des tems, je me trouvai un jour dans 
ie bain, où le maître me donna un garçon affez bien-fiut- pour me iervir: je 
ne fçaj' par quelle fantaifie alors les vers que j'avois faits fur la nailfance du 
fils de Fadhel , me vinrent en Tefprit , & je les chantois, lorfque tout d'uo 
coup le garçon qui me fervoit, tomba de fon haut, puis s'étant relevé , me 
quitta aalîi-tôt. 

Je me trouvai- fort furpris de cette avanture, & étant forti du bain, je me 
plai^qnis au maître de ce qu'il m'avoit donné pour me fcrvir , un homme qui 
tomboit du haut mal. Le maître me jura qu'il ne. s'en étoit jamais appcrçu , 
& fit venir ce garçon en ma prefence , lequel me demanda d'abord qui étoit 
l'Auteur des vers que j'avois recités. Je luy répondis qu'ils étoient de moy. 
Pour qui les avez vous compofés , me rcpliqua-t-il: & moy lui ayant répondu » 
pour le fils de Fadhel, il me demanda fi je fçavois où il étoit alors ce fils de 
Fauhel ? Non , lui d'-"-je ; & auffi-tôt il me déclara que c'étoit lui-même qui 
me parloit, & que m'ayant ouy reciter mes vers, l'état de fa fortune paflee 
lui étant venu dans l'efprit , & la trifteflTe lui ayant faifi le cœur , il étoit 
tombé accablé de douleur. 

Après que j'eus entendu des chofes fi furprcnantes , touché de compaflion 
pour le fils d'une perfonne à laquelle j'avois l'obligation entière de ma for- 
tune, je lui dis: Vous voyez que je fuis déjà vieil, je n'ay point d'héritiers, 
venez avec moy devant le Cadhi ; car je veux dès maintenant vous pafler 
une donation de tout mon bien après ma mort. Ce jeune homme me répon- 
dit la larme à l'œil: A Dieu ne plaife que je reprenne ce que mon pcre vous 
a donné, & quelque inflancc que je lui fis, d'agréer de ma part quek]ue rc- 
connoiffiuice des biens que j'avois reçus de fa Maifon , il ne fut jamais en 
mon pouvoir de lui faire accepter la moindre chofc. 

. FADHEL Ben Rabia, Vizir du Khalife Amin , fur lequel il avoit tout 
pouvoir. Pendant le règne de ce Prince il avoit fort mécontenté Mamon 
ion frère qui lui fucceda dans le Khahfat ; cela fut caufe qu'après la mort de 
Ibn maître, il fut obligé de fe cacher dans Bagdet; quand Mamon y fit fon 
entrée, parce qu'on le cherchoit pour le faire mourir. Schahck fut chargé 
de cette exécution : mais il falloit le trouver. Schahek cependant fit tant de 
diligences , qu'il l'eut entre fes mains , & le conduifit devant le Khahfe jMamon 
qui lui pardonna. Ce Prince étant depuis entré en converfation avec luy, 
voulut fçavoir comment il s'étoit fi bien caché, & de quelle manicre il avoit- 
été découvert. 

Fadhel commençant le récit de fon hiftoire, lui dit: M'étant laflc un jour 
de demeurer en un même lieu, je rcfolus d'en c'aanger, & ayant pris un far- 
deau fur mes épaules, afin que l'on me prît pour un porte -faix, je rencon- 
tray fur mon chemin deux hommes l'un à pied, & l'autre à cheval , le piéton 
m'ayant reconnu, en avertit le Cavalier. Àufïï-tôt que je me vis découvert, 
fans perdre tems je pris le fardeau dont je m'étois chargé , & le jettai fi à 
propos à la tête du cheval de ce Cavalier, qu'il en prit l'épouvante, & jetta 
fon homme par terre. Je pris en même tems la fuite de toute ma force, & 
rencontrant une vieille femme fur le pas de fa portp , je la priay de me 
cacher chez ellc> 

A3 I^ 



La V 
pas beaucoup 



F A D H E L. 

vieille m'accorda cette grâce , & me mit dans foii grenier qui n'ëtoit 
aucoup élevé, oïi à peine mï'tois-jc caché, quand un moment après , 
ce môme Ctu-alier qui m'avoic fuit prendre la faite , lui demanda de mes 
nouvelles. Je mourois de peur entendant ce difcoufs , & un eternucmcnt 
qui me prit alors alloit achever de me perd.-e , û la vieille n eut pris fom 
de moi: car le Cavalier entendant ce bruit, lui demanda qui ctoit en haut? 
Elle lui répondit froidement que c'étoit fou neveu, nouvellement arrive d un 
voyage , dans lequel il avoit été détrouilé par des voleurs , & qui n oloit 

paroîtrc à caufe de fa nudité. i , • » r •. 

Le Cavalier lui dit, en lui prefentant fon manteau, portez-le lui, & faites- 
le defccndre , afin que je le voye. La vieille ne perdit point pour cela con- 
tenance, & lui répliqua au(îi-tôt: Il meurt de faim, prenez de grâce cet an- 
neau, & allez au marché lui achepter quelque chofe, afin qu'il puilfe manger, 
& \'0us entretenir. Le Cavalier prenant la bague , s'en va au marché , & 
dans cet entre-tcms la vieille monte en haut , & me demande fi j'étois celui 
que l'on cherchoit , & lui ayant avoué que j'étois celuj-là même , elle me 
confeilla de prendre le tems de me fouver. 

Te Ibrtis de mon grenier tout étourdi , & . fort troublé , ne fçachant où 
i'allois, jufqu'à ce qu'étant arrivé à laj porte d'une grande maifon, je m'affis 
"à la porte pour y prendre quelque repos; mais je fus bien-tôt reveillé par 
le bruit des chev\aux , & un moment après je vis arriver Schahek , celuy-là 
jullemcnt qui a\'oit ordre de me chercher de la part du Khalife , & c'étoit 
"fa maifon dans laquelle je me trouvois fans y penfer. 

Auni-côt que Schahek eût jette les yeux fur moy, faifi d'un grand étonne- 
mcnt, m'aborda avec ce Diftique Perfien: Je cherche par tout un ami ou décou- 
yert, ou caché , en quelque lieu des deux mondes qu'il fe trouve. Et me dit: Q Fadhel, 
que faites-vous icy? Je lui répondis que je venois implorer fa proteélion , & 
me mettre fous fa fauvcgarde. 

Schahek entendant ces paroles, me fit beaucoup decivilitez, me mena dans 
fon appartement, où il m'interrogea fur tous mes accidens pafTez , & me fit 
préparer à manger. Quand l'on fut preil de fe mettre à table , je lui dis: 
Avec quelle efpcrance , A Schahek, puis-je manger avec vous? Il me répon- 
dit : Avec toute la confiance que Fadhel doit prendre en la gencrofité de 
Schahek : en effet il me tint trois jours chez lui , pendant lefqucls je reçus 
de lui mille honêtctez. Après ce tcms-là, il me dit en me congédiant: Il eft 
«n vôtre choix d'aller oi!i il vous plaira fans aucune crainte. 

Je fortis donc de fa maifon , pour me retirer chez un Marchand qui m'avoit 
beaucoup d'obligations , à caufe des fervices que je lui avois rendus pendant 

Suc j'étois en fortune : il m'accueillit fort bien en apparence , mais il alla 
onner au!Îî-tôt avis à la Cour que j'étois chez luy , où Schahek étant venu 
de vôtre part, Seigneur, il m'a conduit en vôtre prefencc. Almamon ayant 
ouy cette hiftuirc envoya une fomme confiderable d'argent à la vieille & après 
avoir fuit une grande réprimande au Marchand, le bannit hors de la ville. 
Alirkhond. 

FADHEL Pen Sahal, Vizir & premier Minifcrc du Khalife Almamon fep- 
tième des Abb-ifTidci;, qui lui avoit donné le titre & le furnom de Dliùlrialfa- 
Etdin , c'cll-à-dù-e , de policlfeur des deux commandcmcns, à caufe qu'il lui 

uvoit 



F A D H E L. 2 

avoit conféré dans une feule charge toute l'autorité attachée à l'épée , & à 
la robe. 

Ce fut lui qui confeilla à fon iVîaître de choifir un fucceffeur dans la JMaù 
fon d'Ali, à caufe que ceux de cette race levoient la tète de tous côtcz, fe 
faifoient fuivre par les peuples , & que l'on ne pouvoit mieux les appaifer 
qu'en mettant le Khaliftt dans leur Maifon,- & leur ôtant ainfi l'unique fujec 
de leur révolte. Ce confcil qui fut fuivi par Mamon coûta la vie à fon au- 
teur: car les Abbaflîdes ne pouvant fouffrir cette tranflation duKhalifat, de 
leur Maifon, dans une autre, entreprirent de le faire aflalîiner. 

Fadhel qui étoit grand Ailrologue avoit appris par fon horofcope qu'un cer- 
tain jour lui ctoit fatal, & qu'il dcvoit mourir entre le feu & l'eau; il avoit 
pris toutJS fes précautions pour éviter ce funefte fort, & il étoit chez lui dans 
le bain, lorfque quatre perfonnes apportées entrèrent chez lui, & le tuèrent 
dans le même lieu , ce qui vérifia û prédiction Aflrologique. Ce funefte acci- 
dent lui arriva l'an de l'Hegire 202 , & l'Imam Riza qu'il avoit fait élire fuc- 
ceffeur du Khalife, mourut l'année fuivante. Khondemir. 

Ce Vizir avoit donné au Khalife Almamon plufîcurs témoignages non feule- 
ment de fa fidélité, mais encore de fon habileté dans la fcience Aitronomiquc, 
& dans la Geomance; & le Khalife raconta lui-même l'hiftoire fuivante à ion 
Médecin , nommé Gabriel Bachtilbuah , Chrétien de Religion , qui la rapporte. 

Lorfque j'étois encore, dit le Khahfe , dans le pays de KhorafTan, je me 
trouvai obligé d'envoyer Tliaher pour combattre Ma Ben Ali, 'Général d'armée 
de mon frère Amin qui polFcdoit alors le Khalifat, je vuidai entièrement mes 
coffres pour payer mon armée. Les troupes qui étoient reftées auprès de mov , 
me prefTerent auffi de leur côté pour le payement de leur folde ; mais comme 
je me trouvois épuifé d'argent, & dans l'impoflibilité de les fatisfaire, elles fe 
mutinèrent & xinrent afïïeger mon Palais dans la ville de Merou , oii je fai- 
fûis pour lors mon fejour. 

Fadhel mon Vizir qui étoit grand Aflrologue , me voyant dans cette per- 
perplexité , me dit qu'il étoit d'avis que je montafîe au plus haut de mon Pa- 
lais, & que je miffe la tête à un balcon qui regardoit la campagne: Je lui 
demandai fi cela appaiferoit la mutinerie de mes troupes, & fi faifant ce qu'il 
me difoit, j'aurois de quoy les payer. Il me répliqua: Je croy que fi vous 
y montez, vous n'en defcendrez point qu'avec la qualité de Khalife. 

j[e pris ce qu'il me difoit pour une raillerie, & néanmoins pour lui com- 
plaire, je ne laiirù pas d'y monter: cependant mes foldats devcnoient toujours 
plus féditieux , & je roulus plufieurs fois defcendre pour tâcher en me mêlant 
parmi eux , de les appaifer par mes paroles ; mais Fadhel s'y oppofoit toujours , 
& obfervoit pendant ce tems-là avec fes inftrumens fort cxaéleraent tous les 
points & tous les momens du cours des aftres. 

Enfin l'infolence de mes troupes croiffant de plui; en plus , arriva jufqu'à 
menacer qu'ils mcttroient le feu au Palais, fi on ne les contentoit ; & j'étoii; 
refolu de defcendre, lorfque Fadhel m'aifùra avec ferment qu'il >ne fe paileroit 
pas plus d'une heure avant que je fuffe déclaré Khalife. Sur cette alfurancc 
je demeuray encore une heure dans ce même lieu, & à peine fut-elle écou- 
lée , que Fadhel me demanda , fi je ne voyois point dans la campagne un 
homme qui couroit à toute bride. 

Je fis alors regarder par un de mes efclaves , qui me dit feulement voir quel- 
que 



g F A D II E L. F A D H E L I. 

que cliofe de' noir que Ton ne pom^oit pas aflez diflinguer, à caufe de l'éloi- 
gncmcnt ; mais peu après il s'apperçut que c'étoit effectivement un Courrier 
cui vcnoit en grande, diliscnc.e, jnonté fur un de ces animaux que les Arabes 
appellent Giammazcli (c'eii un Dromadaire). Cette nouvelle ne fut pas plutôt 
fçuë, qu'une partie .des foldats mutinez partit pour aller au-devant du Courrier, 
& pour apprendre ce qu'il, portoit.- 

Ce Courrier étoit celui que Thaher avoit dépêché pour me faire fçavoir 
la viftoire complète qu'il venoit de remporter fur le Général du Khalife Amin 
mon frère, & cette nouveUe changea tellement la face de mes affaires, que 
la mutinerie de mes foldats fc tournant tout d'un coup en rejoiiiffances , ils 
me proclamèrent aufli-tôt Khalife, Toute la Province .du Khoraffan fuivit leui* 
exemple, & réfuta entièrement fon obeïlîance à mon frère. Ainfi la prédic- 
tion de Fadhel fe trouva vérifiée de point en point par cet événement mer- 
veilleux, Tar'ikh al Abbas. 

- Le Khalife Almamon ayant appris la mort de Fadhel , que quelques-uns 
cependant difent lui avoir été donnée par fes ordres, fit dire ' à *fli mère, quj 
s'il y avoit quelque choie parmi les papiei-s de fon fils qui regardât fa per- 
fonne , ou fes affaires , elle le lui envoyât. Cette Dame ayant trouvé une 
layette fermée, & cachcttée par deffus, la porta à Mamon, qui la fit ouvrir 
incontinent: mais on n'y trouva autre chofe qu'un papier de foy^, fur lequel 
étoient écrits ces mots : Voici ce que Fadhel a jugé par l'infpeâtion des aflires 
lui devoir arriver. Il vivra quarante-huit ans, puis fera tué entre le feu c^i 
l'eau. En effet il arriva, comme nous avons déjà vu, qu'en l'an 202, qu'il 
crai^noit le plus , il entra dans le bain, en la ville de Serkés , pour éviter 
la (fireclion fatale de ce jour auquel tous les hommes font trompez; car ft 
c'cfi; le deft:in , ou l'arreft du ciel, il n'arrivera jamais d'autre manière qua 
de celle qui eft prefcrite : mais les affaffms qui le cherchoient , le furprirenC 
dans le même lieu où il croyoit trouver fa fureté entre le feu & l'eau du 
bain. Chacun pour lors plaignit fon malheur , & admira fa fcience. Nighiarijian. 

Nous avons un livre d'Allrologic Judiciaire compofé par le Vizir fadhel Ben 
Sahal, auquel il a donné le titre d'Ekhtiarat, c'efl:-à-dire , des Eleftions & des 
jugemens qui fe forment fur l'horofcopc. 

L'on peut voir dans le titre de Thaher l'horofcopc que Fadhel dreffa pour ce 
grand Capitaine, & CQ qu'il prédit fur la durée de la dynafiiic des Thahericns, 

FADHEL Ren Ibrahim, furnommé Al Moaferi, étoit Imam & Khathib, 
c'efl;-à-dire , Chef fpiritucl & Prédicateur de la Mofquée de Grenade en Efpagnc. 
Ployez le titre de Moaferi. 

FADHEL Ben Zacaria. C'efi: Mohammed Al Cazuini, Auteur des vies des 
hommes illufi:res en pieté, f^oyez Cazuini. 

FADHEL Esfaraini. Voyez Aboulabbas. 

FADHEL Schah Hoffain, Auteur d'uu commentaire fur le Livre intitulé 
Jdab al Samarcandi. Voyez ce titre. 

' FADHELI, Poëtc Perficn , lequel étant fort Mo. de vifa^e , donna lieu 
à Souzeni, duquel il cenfuroit les vers, de lui faire une réponfe ingenieufcî 
& piquante Voyez Sowzcm. -pAnwr 



F A D H L. — FAIS. p 

FADHL Al Khoddâm, Livre comporé à la louange des Efclaves Eunuques, 
par Aboulabbas Ahmed Al Tanoukhi Al Cothri. 

FADHL ALLA H, furnom-né Bafchtmi, pcre d'x\bdalrazzâk , premier Prin- 
ce, & Fondateur de la Dyna^lie des Sarbedariens. 

FAEL Iffuf Rabban, nom d'un grand Philofophe, & Médecin qui vivoit 
du tems de Giamfchid , Roy de la première dynaftie de Perfe , qui eft le pre- 
mier Eicander, lurnommé Dhulcarnein des Arabes. 

FAGFOUR, Titre & furnom dos Roys de la Chine, que les Hiftoriens 
de Perfe difent avoir été donné" par Feridoun , Roj^ de la première dynaftie de 
Perfe, à fon fils nommé Tour, lorfqu'il lui abandonna le gouvernement des 
pays du Turkeftan & de la Chine. 

C'eft de ce nom que les Porcelaines de la Chine , font appellées Fagfouri 
dans tout le Levant, & fouvent par corruption Farfouri. 

FAGIOULI, fils de Toumenah Khan, frère de CoublaKhan, & de Kil- 
khan. Empereurs des anciens Mogols. Il fut auflî oncle de Bortan Bahadur ou 
Behadir , duquel il commanda les armées , & laiifa un fils nommé Jardumgi 
Perlas qui lui fucceda dans la même charge. 

Bortan Bahadur fut Tayeul dj Genhizkhan , & d'Iardumji eft iffuë la Tribu 
des Mogols nommée de fon nom. Perlas, de laquelle étoit Tamcrian. l^oyiz 
Coubla Khan , âf Toumenah Khan. 

FAHAD. H:ifedli Ben Fahad, Autcui- d'un Livre intitulé Dorrar al fmniah 
u giauvahcr al hahiah , qui eft un traité des loix du Mahometifme compofé 
l'an 855 de l'Hegire. Il eft dans la Bibliothèque du Roy n°, 671. 

FAHFAH, Nom d'un des fleuves que les Mufulmans mettent dans leur 

Paradis. 

FAHOVATU Alnaderat, les chofes curieufcs & rares. Ouvrage du célè- 
bre Dofteur Afmâi , cité par l'Auteur des Rakaik alholal. 

F AID, Nom d'un lieu en la Province d'Arabie, que l'on nomme Neged 
& Hegiâz. On pafle par ce lieu-là, quand on va de Coufah à la Mecque. 

FAIEZ Benafrillah , fils de Dhafer, Khalife d'Egypte , qui fucceda à fon 
père à l'âge de cinq ans, l'an de l'Hegire 549, de J, C. 1154. Le Vizir le 
porta fur fes épaules, & le plaça fur le trône.' 

FAIK Fi logat al hadith , Livre de Zamakhfchari fur les traditions Mu- 
fulmanes. 

FAIOUM. Voyez Fioum, ville d'Egypte. 

FAIS ou F AI A S. Ebn Fais Al Mocadeffi eft Auteur du Livre intitulé 
Anfâb Al Mohadethin. Les Généalogies des Auteurs des Traditions. 

Tome IL B FAISSAL, 



f^r 



îo F A I s s A L. FAKHR. 

F A ISS AL) Livre de Généalogies, compofé par Abou^magd Ifmaël Ben 
Hebatallah Al Moairali. Il ell foùvent cité dans les Anlab ou Généalogies 
d'Abulfeda. 

FAKARL Voyez le titre d'Abou Dher. 

F AK EH AT Al Kholafa u Mofakehat al dhorafa, Titre .d'un Livre d'Apo- 
logues , & de fables , divifé en dix chapitres , & compolé par Ahmed Ben Arab- 
fchah. Ileil dans la Bibliothèque du Roy n . 1221. 

FAKEHI, Surnom de Tagcddin Omar Ben Ali, mort l'an 731 de l'He- 
gire , qui a compofé un Ouvrage de grammaire Arabique intitulé Kjcharat 

fil iialiou. 

FAKHERL Voyez le titre d'Abcar al afcâr. 

FAKHOR ou Nakhor, Nom du père de fainte-Anne, mcre de la fainte 
Vierge Marie: nous l'appelions ordinairement faint-Joachim. 

FAKHR Al daoubt , ou Fakhr eddoulat , S Itan de la race on dynaflie 
des Bouides , étoit le troifièmj fils de Rokneddoulat , fils de Bouiah. Il fut 
chaiTé de fes Etats de Rei , à. de Hamadan par fes deux aînez nomm^^z Muiad 
eddou'at, & Adiiad-edJouIat , & fut obligé de fe retirer auprès de v^abous, fils 
de Vafchmeghir Roy du Tabarellan, & du Giorginn, Provinces qui compren- 
nent rancienne Hyrcanic : imis il ne s'y trouva pas en fureté , car Muiad- 
eddoulat entrant dans le Giorgian avec une puifiante armée, ces deux Princes 
avec toutes leurs forces jointes enfcmble , ne pouvant fe mettre en état de 
lui refifter , furent contraints de s'enfiiir à Nifchabour, ville du KhorafTan, 
où Timurtafche, qui. gouvernoit cette Province au nom de Nouh, Sultan, de 
la dynaitie des Sam?nides, leur donna un azyle afieuré. 

Fakhr-eddoulat étoit encore à Nifchabour, lors qu'il apprit la mort de fon 
frère Mouiad: mais cette mort ne Fauroit jamais fait rentrer dans fes Etats, 
fi Sahjb Kafi, dit communcmcnt Ebn Ebad, qui avoit été Vizir de Mouiad, 
ne l'eut fait rappelîer. Ce Vizir, fort célèbre dans l'hiftoire pour fon grand 
mérite , ayant alf^mblé 1^ confeil auffi-tôt après la mort de fon maître , il y 
fut propofé quel des Princes de la Maifon des Bouias il étoit plus à propos 
d'appeller à la fucceilion de la Coui-onne de Mouiad, & qui paroifibit être le 
plus digne de la porter. 

Le Vizir dont l'autorité étoit grande, fut d'avis qu'il falloit jetter les yeux 
fur Fakhr-eddouht , Prince eftimé pour lors le plus capable de ^ toute cette 
famille; & fon i':ntiment ayant été approuvé de tous, l'on dépêcha auflî-tôt 
an Courrier, peur lui en porter la nouvelle. Fakhredoulat ne l'eut pas plutôt 
reçue, qu'il fe tranfporta en diligence à Ifpahan , où il prit poffeiTion du Ro- 
yaume de Perle. Il confirma d abord Sahcb, fils d'Ebâd , dans la charge qu'il 
avoit poilcdée avec tant de; re::aitation fous le règne précédent, & en l'an 377, 
de J. C. 987, il lenA^oya en Thabarcfi:an pour y régler les afi^ires de ce nou-. 
velEtat: S^h-b y en trouva de fort épincufes ; car il fallut chafier plufieurs 
petits Seigneurs des châteaux qu'ils avoient accupez en ces quartiers-là. 

Dans cette niême année , Fakhr -eddou'at entreprit de chalTer de^Bagdet le 
Sa.tan B.dia-edûoulat qui y coxiiniandoit, fous le nom du Klialife Taîlillah. Ba- 

ha- 



F A K H R. II 

ha-eddoulat, qui écojt fils d'Adhad-edJoulat, & par confcquent neveu de Fakhr- 
cddoulat , n'eut pas plutôt apjAs que fon oncle venoit à main armic contra 
luy, qu'il prit la réfbiution dj J'aîler recevoir: les deux armées le ti-ouveicnt 
campées dins la province d Aliovdz, qui appartient à la Chr.ldée , où il arriva 
qu'une nuit le Tigre débordiint infcnfiblement , gagna jufqu'iia carap de Fakhr- 
eddoulat. Les foldats épouvantez par cet accident , crurent que leurs ennemis 
avoient, par quelque llratagcrne, fait remontrer la rivière jufqu'à leur ca.np pour 
les furprendre , & fans f.àre d'autre relicxion , prirent honteusement la fûiie, 
& abandonnèrent leur Prince. Ce milheur lit manquer à Fakhr-ed.ioulat fon ea- 
treprife , & l'obligea de faire ia retraite dii côté des villes de Rei \Sc de tia- 
madan. • . 

L'an 3S5 de l'Hegire , le Vizir Saheb Ben Ebud tomba malade de fa derniè- 
re maladie , le Sultan Tallu viliter en perfonne , & voulut recevoir de la bou- 
che les derniers avis, qu'il lai donna avant fa mort. Ce iage Miniilre dit à !bn 
Prince : Seigneur, vous voyez quel bon ordre j'ay rnis. Dieu mercy, dans vô- 
tre Etat ; la juflice y ell re'iJue exaflement , & vos finances font bien réglées: 
fi vous voulez remporter toute la goire de CL-tte conduite , il fiut que vous faf- 
fiez obferver le même ordre après ma mort; car fi vous le négligez, & que lo 
defordre s'y glifi^e, j'en auray moy feul toute la gloire, & vos^'pcuples ne man- 
queront pas de dire , que l'on me doic tout ce qui s'ell fait de bon pendant 
mon miniftère. 

Ces paroles firent d'abord quelque impreffion fur l'efprit de ce Prince : mais 
peu de teras après la mort de Sahcb , il fe lalifa tellement gouverner par fes 
domefliiques & par tes f.-;voris , que tout l'Etat changea bicn-.'k de face ; l'in- 
iufl:ice & la violence prirent le dofllk;, & les finances fe diïïpperent bien -tôt ; 
en forte que les peuples ne manquèrent pas de regretter le Vizir , & de louer 
de plus en plus fa prudence. 

L'an 387 , Fakhr-eddou'.at étant dans le château de Tabarek , fut faifi d'un 
très-grand mal d'eilomacqui lui furvint, après avoir m.mgé du bœuf rôti & du 
raifin ave: excez. L'indigefhion lui caufa une fièvre violeuLe , qui l'emporta en 
peu de jours, après un règne d'environ quatorze ans, pendant lequel il amif- 
fa, dit-on, de grands trélbrs pour fon fuccefl;eur. khondemir. l^oyez Saheb Ben 
Ebad. 

Le Nighiarifi:an rapporte, qu'après la mort de Saheb Ben Ebâd, Seidat, fem- 
me de Fakhr-eddoulat, prit un ^i grand empire fur l'efprit du Sultan fon mari, 
qu'elle s'empara de tous fes tréibrs , & en difpofa abfolument , ou plutôt elle 
n'en difpofoit point du tout; car fon avarice étoit extrême , & arriva jufqu'au 
point de refufer les chofes néceiTaires pour enfevelir le Sultan, qu'il fallut em- 
prunter du Refteur de la Mofquée de Tabarek, où ce Prince étoit décédé. 

Cependant on dit, qu'il avoit laifl'é dans fa garde -robe trois mil paires d'ha- 
bits, faits pour fa perfonne, & plus de quatre-vingt-dix millions d'argent mon 
noyé dans fes coffres, c'efi; ce qui fait dire à FAuteur du Nighiarifl;an contre 
les avares: Riches du monde, infl:ruifez-vous, par cet exemple, on ne peut 
vous le dire afiTez. 

Ce Prince a donné un des plus grands exemples de gcnerofité & de récon- 
noifiTance que l'on life dans rhifi:oire ; car au rapport du Tergimeh Al Jemini , 
ayant été bien reçu dans fa difgrace par HuiTâm-eddoulat Tafche ou Timurta- 
fche, Gouverneur du KhoraflTan, comme nous avons vu cy-defilis, celuy-ci ne 

B 2 put 



i£ F A K H R. ' FAKIR. 

put jamais être porté à le livrer à fes frères , quelque offre qu'ils lui fiffent 
pour l'avoir entre leurs mains , & le défraia entièrement jufqu à ce qu'il fut 
rentré dans fes Etats. 

Il arriva , par fucceffîon de tems , que Tafche ayant été difgracié par fon maî- 
tre Nouh , Sultan de la dynaftie des Samanides , eut recours à Fakhr-cddoulat, 
qui pour lors réfidoit à Aflcrabad, ville capitale du Giorgian. Ce Prince le re- 
çut à ion tour, fi magnifiquement , qu'il lui céda fon Palais & même la ville , 
qu'il quitta pour aller demeurer à Rci. Il lui affigna de plus tout le revenu 
de cette province pour fon entretien, lui fit de très-riches préfens , & entr'au- 
tres, un de cent chevaux de main, dont les harnois étoient d'or. 

Saheb Ben Ebâd, fon Vizir, fut étonné de cette largeffe , qui fcmbloit paf- 
fer les juftes bornes de la réconnoilfance ; mais ce Prince lui raconta fi parti- 
culièrement & fi pathétiquement tous les bons traitt-mens qu'il avoit reçus de 
ïafche pendant fon exil, qu'il lui fit avoiier , que fa réconnoifllance étoit enco- 
re beaucoup au-delfous des bienfaits de fon ancien hôte. 

Tafche au milieu de tous les avantages que fon ami lui avoit procurés dans 
le plus fort de fa dilgrace, & fe trouvant en un état lequel furpalfoit de beau- 
coup celui de fo prcinlère fortune, mourut d'un accident de pefle , laquel- 
le ravagea en ce tems -là le Giorgian, & défola entièrement la ville d'Afte- 
rabad. 

L'on trouve dans un Poète Perfien la defcription de cette pefte en ces termes. 

L(i pejîe femblable à un feu vengeur., ruina tout -h- coup cette belle ville, dont le 

terroir rcfpire une odeur qui pajfe celle des plus excellents parfums. 
Il ne reftà de tous fes habit ans ni jeune , ni vieillard : 
Ce fut un foudre qui tombant fur une forêt , y confuma le bois vsrd avec le fec, 

FAKHR Al Eflûm , la gloire du Mufulmanifme , titre d'honneur qui a été 
donné au Schcikh, ou Dofteur Bezdaovi. Foyez ce titre. 

FAKHREDDIN, Fils de Schamfeddin, troifième Prince de la dynaflie des 
Molouk Kurt.- l^oycz le titre de cette dynafldc. 

FAKHREDDIN, Titre & furnom d'Aboul fadhl Mohammed Ben Omar 
Al Razi , fameux Théologien parmi les Alufulmans. i^oyez Razi. 

FAKIH Al OHouli, Titre d'honneur, qui fignifie le Jurifconfulte Fondamen- 
tal, donné à Ebn Athir. F oyez fon titre. 

FAKIR, les Perfins & les Turcs appellent Dervifche , un Pauvre en géne^ 
rai, tant celûy qui l'efl par néceffité, que celui qui l'eft par éledion & par pro- 
fefiion : Les Arabes ont le mot de Fakir , qui fignifie la même chofe ; c'efl 
pourquoy il y a des pays dans le MufuliTianifmc, où les Religieux font nommez 
Derviches, & d'autres où on les nomme Fakirs, comme l'on fait particulière- 
ment dans les Etats du Mogol. 

Voici des vers Turcs à la louange de la pauvreté en général. 

Souffre patiemment ia pauvrdé , ô mon ame , fi tu prétends obtenir de Dieu une 

récompenfe fans fin, 

DemeU' 



. F xi K I R. 13 

Demeure încejfamment à la porte un bon plaifir de Dku , âf tu verras qu'à la fin 

on t'ouvrira celle de fts plus riches t réfors. 
Fourqmy déplores-tu cj miprifss-tu fi fort ta condition^ laquelle eji, fi tu le fçais 

connuùre, plus élevée que le ciel même. 
Puifque la Providence t'a dsjliné de toute éternité le bien dont tu dois jouïr en ce 

monde, ^ l'a tellement fixé que tu ne peux jamais y rien ajoiUer, 
Quitte tous hs foins inutiles (f indignes que tu pj-ens pour en acquérir. Voyez 

le titre de la Providence dans Cadr & Tacdir. 

Dans l'Alcoran , au chapitre Ràad ou du Tonncre , on trouve ces paroles : 
Salam dlaikom hsmi fabartom. Bien vous foit de ce que vous avez foujfeit patiem- 
mmt. vos vnux. C'eil le falut que les Anges donnent à ceux qui entrent en 
Paradis. L'Auteur du Coût AI coloub dit fur ce paOage: La qualité que Dieu 
aime le plus dans fes créatures, elt la pauvreté : & j\Lihomet, félon une tradi- 
tion, dit un jour à Belâl : Faites de telle manière que vous arriviez pauvre , 
& non riche auprès de Dieu; car les pauvres tiennent les premières places dans 
Ê Miifon. 

Belal étoit efclave de Mahomet & devint fon Muezin , c'eft-à-dire , celui qiri 
avertit & qui convoque les Mullilmans aux tems marquez pour la prière publi- 
que, & il avoit acquis beaucoup de crédit auprès de fon maître. 

Pour ce qui regarde la pauvreté l'eligieufe, de laquelle les Mufalmans font 
beaucoup d'état, elle demande, félon eux, une grande pcrfeflion. 11 n'y a qu'à 
lire le chapitre fécond du Guliftan de Saàdi , où vous trouverez qu'il ne faut 
pas ôter la pauvreté aux Religieux , parce que fans elle ils ne font plus Reli- 
gieux, que leurs biens font les biens de tous les pauvres généralement, que les 
Religieux ne prennent point d'argent , & que ceux qui en reçoivent ne font pas 
Religieux: far quoy il y a une hiftoire agréable de celui qui n'avoit point trou- 
vé de Religieux pour leur en dillribuer. 

Lamai fait le conte fuivant , dans lequel il a inféré des maximes fort fevè- 
res pour les Religieux. Un Derviclie qui avoit perdu un œil , & qui avoit la 
cervelle un peu démontée, deraeuroit jour & nuit dans une grotte, où il fouf- 
froit beaucoup à caufe de fa nudité; il s'adreffa un jour à Dieu & lui dit : O 
Créateur des hommes , je n'ay point honte d'être borgne , & je ne me plains 
point de ce qu'il vous a plu me faire tel: mais je fouÎFre beaucoup à caufe du 
froid , & j'ay abfolument befoin d'un habit : je fçais bien qu'il ne m'appartient 
pas de vous faire cette infiance ; mais enfin , où eft vôtre libéralité , & qu'eft 
devenue cette profufion de grâces que vous répandez fur tous les hommes , fi 
.vous m'ababdonnez au befoin? 

Il n'eut pas plutôt dit ces paroles , qu'un de fes camarades qui étoit caché , 
lui fit entendre ces mots : Si vous avez trop froid dans vôtre grotte , fortez-en , 
& rechauffez vous à mon Soleil. Le Derviche crut, que cette voix venoit du 
ciel & repartit auffi-tôt: (^uoy donc. Seigneur, n'avez -vous point d'autre ha- 
bit à me donner que le Soleil ? En vérité , là libéralité n'ell pas trop grande. 
La même voix répliqua auffi-côt : Borgne infolent , attends encore huit jours, 
& tu auras un habit qui ne te coûtera rien. 

En effet, au bout de la femaine, le Derviche vit un vieillard qui lui prcfen- 
ta une Khircah ou.robe de Derviche, fî vieille, fi ufée & fi rapetailée, que lorf- 

B 3 qu'il 



14 F A KIR. 

qu'il l'eut bien confidérée , il s'écria : Seigneur , qui gouvernez toutes les cho- 
fes de ce monde, eft-cc là tout l'ouvrage que vous avez pu ûiire en luiit jours ? 
Vous ne vous êtes pas ennuyé de la garder, & vous ne l'avez pas laille fortir 
de vos mains, tant qu'il y a eu un feul lambeau entier. Il ajouta encore plu- 
fieurs autres dilcpui-s dignes d'un extravagant , fur lefquels l'Auteur de cette 
hiftoire fait les réflexions fuivantes. 

C'eft icy l'hiftoire d'un fol : mais fi vous la confidérez avec attention , vous 
trouverez que c'eft la peinture naïfve de l'état des hommes : car fi vous en- 
tendez parler les gens du monde , pour un qui rend grâces à Dieu , il y en a 
mil qui lui font des reproches. L'un le plaint de la pauvreté, qui comme une 
fièvre lente le mine & le confume : L'autre dit , qu'il a tant de charges à ad- 
minillrcr, & tant de biens à gouverner, que l'occupation continuelle où il eft, 
l'empêche encièrement de penfer à Dieu & de vacquer à fon falut. 

La grotte de nôtre Derviche efl; l'image du monde , l'homme eft celuy qui 
l'habite , ou plûcôt c'eft fon anie qui demeure dans le corps , dépouillée , nue 
& plaintive : mais la robe de Derviche toute ufée & déchirée , que l'on lui 
préfente , eft plus précicufe que tous les plus riches brocards d'or & de foye : 
car quel eft le propre habit de l'homme, finon la robe de la piété & de l'hu- 
milité. 

Prenez donc ce vêtement d'honneur , qui vous eft préfenté de la part de 
Dieu , comme a fait Lamai , & n'ayez jamais honte de porter les livrées de la 
pauvreté. 

J'entends par la pauvreté Religieufe , dit ce même Auteur , la privation de 
toutes chofes , & cet abandon glorieux , dont Dieu favorife les plus parfaits : 
le corps mal vêtu, les mains vuides d'argent, & le ventre affamé : voilà l'état 
de ceux que Dieu honore particulièrement do fon amitié. 

Les riches ne trouvent point de chemin ouvert, ni de route afTùrée qui con- 
duife au Palais du Très-Haut. Il faut être dépouillé de biens , & anéanti d'ef- 
prit , pour parvenir à celui qui eft lui feul , (Se qui poifede lui feul toutes 
chofes. 

Combien de gens, dit-il encore, font venus à cette Cour, croyans y être bien 
reçus en qualité d'amis & m'me de favoris, lefquels cependant en ont été chaf- 
fez & bannis comme des milerables? Et combien de miférables s'en font-ils ap- 
prochez avec humilité, qui y ont trouvé de la faveur & reçu des carefies. Con- 
ficîere donc , mon amc , que ce monde n'eft qu'une école d'apprentillage & 
d'exemple, & que le dénouement de la pièce, qui fe joue fur cette fcène, fur- 
prendra & étonnera bien des gens. 

Un de ces Religieux , véritablement pauvres , étant interrogé par un grand 
Prince, s'il ne penfoit jamais à lui dans les néceffitez, il lui répondit: J'y pen- 
fe quelquefois ; mais c'eft lors que j'oublie de penfer à Dieu. 

L'on peut ajouter icy le mot de Dhoualnoun , célèbre pour la fpiritualité 
dans l'Orient. La crainte de la pauvreté eft une marque de la colère de Dieu 
fur celui qui en eft faili. Et cet autre : Le vray pauvre ne poffede rien, & 
n'eft poffedé de rien , ce qui fait connoître que la pauvreté volontaire rend un 
homme maître du monde. 

L'exemple de Saladin eft admirable ; car ce grand Prince aimoit la pauvreté 
au milieu des richeifcs & de l'abondance de toutes chofes , comme vous pou- 
vez voir dans fon titre : il ne pouvoit pas garder chez lui plus d'un habit, ni 

plus 



FALAHAT. — FALASTHIN. 15 

plus d'un cheval dans fon écurie. Foyez l'exemple de la pauvreté volontaire 
des premiers Khalifes. 

Doulet abadi a fait un traité , qui a pour titre /Isbàb al fdhr u al ghina , des 
caules -le la pauvreté & des richelFes , où il difcoure problematiquemont fur cet- 
te matiè.e. 

FALAHAT, l'Agriculture: Falahat Nabatheat, l'Agriculture des Nibatheens, 
Ouvrage d'Ebn Aovàm Al Cothai. Ebn Vahafchiah a aufli travaillé fur le mê- 
me fujet. Les Turcs difent , que cet Art eft le vray foufÎTe rouge, c'ell-à- 
dii'e, la Pierre Philofophale. 

FALANBEKI, furnom de Khalil Al Roumi, qui a écrit fur le livre inti- 
tulé Efchardt u Al Nadhair. 

FALAOUAN Al Hamaoui, furnom d'Aliah Ben Athiah, qui a compofé un 
commentaire fur le Poëme intitulé Taïah de Safadi. 

FALASTHIN & Falefthin; les Mufulmans appellent ainfi la Paleftine, qu'ils 
qualifient aulîî comme nous du nom de Terre -funte. Ils difent, que les deux 
villes capitales de ce pays-là font Elia & Ariha , c'efl - à - dire , Jerufalem & Jé- 
richo; qu'il y avoit dans cette province mille Bourgades y qui avoient chacune 
de très -beaux jardins; que cinq hommes pouvoient à peine porter une feule 
grape de leurs raifins , & que cinq perfonnes pouvoient demeurer dans l'ccorce 
d'une feule grenade de ce pays-là. 

Les Géants qu'ils nomment Giabbaran ou Giababcrah , qui étoient de race 
Amalecite , occupoient cette terre : les plus petits d'entr'eux étoient hauts de 
neuf coudées. Ôg , qu'ils appellent Aoug , fils d'Anak , les furpallbit tous en 
grandeur, & a prolongé fa vie jufqu'à 1 âge de trois mille ans. Il dcfcendoit 
lui & fon peuple de la poflérité d'Ad : c'eft pourquoy ces Géants font auflî ap- 
peliez Adiân ou Adites. 

Moyfe ayant reçu ordre de Dieu de faire entrer les enfans d'Ifraël dans cet- 
te terre , il envoya douze hommes choifis des douze tribus , Icf-iuels , après 
avoir reconnu le pays , en rapportèrent la vérité à Moyiè & à A.^ron ; mais 
ils convinrent enfemble de n'en rien dire au peuple , de crainte de l'ciFrayer, 
& de lui faire prendre la réfolution de retourner en Egypte. Mais de ces dou- 
ze hommes , il_ y en eut dix , qui ne purent garder le fecret , & qui racon- 
tèrent naïvement tout ce qu'ils avoient vu. 

Ce rapport excita une très-grande fédition; le peuple fe foùleva contre fes con- 
dufteurs : mais Jofué &Caleb, qui étoient les dcuK autres Plnvoyez, qui avoient 
gardé le fecret , s'employèrent à les appaifer , & leur reprcfentercnt que ces 
Géans ne dévoient point caufer de la terreur à des gens qui étoient ailûrcz de 
la proteftion de Dieu , pui{l|u'il leiu* avoit promis de les mettre en policllicn 
de cette terre dont il leur avoit fait le don. 

Une partie de cette hiftoire efl comprife dans le chapitre de l'AIcoran , inti- 
tulé Maidat ou de la Tabk^ mais en paroles conciles & obfcures, que les Inter- 
prètes développent & expliquent, comme el e cft icy couchée. 

Le pays d'Ardcn, c'efc-à-dire, du Jourdain, eil fouvcnt employé dans les li- 
vres Orientaux pour exprimer la Terre -fainte. 'l'ira Jurdiuis dans l'Ecricu.xv 
y efl effectivement comprife : mais elle a éué diltinguée de la Judée, auili-bicn 

que- 



i6 TALOUDHI. FARABEKI. 

que la Palefline , fi nous entendons feulement par ce mot le pays qui comprend 
les cinq fatrapies des Philiftins. 

Ahmed Al Fafli dit , que tous les anciens Rois de la Palefline portoient le 
titre de Gialout , qui eft le Goliath de l'Ecriture fainte : de même que ceux 
d'Egypte, celui.de Pharaenah , ou Pharaons; & ceux de Perfe AkaÛerah ou 
Khoiroës. 

L'hiltoire de la Palefline efl écrite fort au long dans le livre intitulé : Uns 
al Khalil. Voyez ce titre. 

Falaflhi , un Philiflin ou Chananeen ^ c'efl-à-dire , un des anciens habitans de 
la Terre-lainte ou Palefline. Les Arabes écrivent, que ce peuple fut chalfé de 
fon pays & relégué en Afrique , premièrement par Jofué , puis par David , après 
la défaite de Goliath. Il faut entendre , par la première tranfmigi-ation , celle 
des Chananeens, &, par la féconde, celle des Philiftins. 

FALOUDHI, furnom de Ptolomée l'Aflronome , tiré de fon pays: car ce 
mot efl le même que Felujîota, c'efl-à-dire, natif de Damiette. 

FAMIAH; les Syriens & les Arabes appellent ainfi la ville que les Grecs & 
les Latins nomment Apamcea. C'efl Apamée , ville de la féconde Syrie , fituée 
fur le fleuve Orontes, qui efl maintenant ruinée. 

FANARI, furnom de Schamfeddin Mohammed Ben Hamzah, mort l'an 834 
de THegire , qui efl Auteur d'un fupplément fur les Eflhelâat Al Sofiah. C'efl 
un ouvrage qui traite des Uz & coutumes des Sofis. i^oyez le titre de Sofi. 

FA NO UN, Ville Royale du tems fabuleux, que les Arabes appellent Ante- 
Adamite : C'étoit le fiége des anciens Solimans ou Salomons , qui rcgnoicnt fur 
une efpèce de créatures , différente de celle àQs hommes, f^oy^z le titre de So- 
liman. 

FARAB, Fariab & Fargiab. C'efl une ville du pays de de -là le fleuve Gi- 
hon , fur les contins du Turqueflan à l'Occident : elle a une journée entière de 
longueur & autant de largeur, & fes habitans font Mufulmans de la Scfte Scha- 
feienne. Gieuhari, Auteur du Sihat aîlogat, qui efl un Ditlionnaire Arabe très- 
ample, en étoit natif, auffi-bien qu'Alfarabius, &c. 

Cette ville efl plus Septentrionale que Schalthe, & fli rivière, que l'on nom- 
me de Farûb, efl une àes, deux qui palfc'nt à Schafche. 

Farâb femble être plutôt un pa3's entier qu'une ville : car il y a des bois & 
de fort grandes terres labourables dans fon enceinte. On l'appelle aujourd'huy 
Otnir, & on la compte entre les villes du Turqueflan, qui font au de -là de 
Schache & plus proches de Balafgoun. 

Le mot de Fargiab , qui efl en iifage dans ces pays-là , fignifie une terre ar- 
roufée p^tr les eaux des rivières & des canaux, au contraire de Dim, qui, dans 
la même langue , fignifie celle qui n'cfl arroufée que des eaux du ciel. AL 
Bergendi. 

Ebn Haucal donne à la ville de Farâb ou Otrâr 98 degrez de longitude , & 
Birouni ne lui en donne que 88 : mais tous les Géographes conviennent à lui 
en donner 44 de latitude. 

FARABEKI, Auteur d'un livre fort eflimé , qui a pour titre Bahagiat al 
gialesy la récréation de ceux qui converfent cnfemblc. 

FARABER, 



FARABER, FARABI. 17 

FARABER, petite ville, fituée fort près du fleuve Gihon. Il y a un gué 
où l'on traverlè ce fleuve pour venir de la Tranfoxane en Khorafl'an ; & quoy 
qu'elle foit des dépendances de la ville de Bokharah, Abulfeda l'a inférée daas 
la table du Khuarezm. Sa longitude varie , félon, les Auteurs , de 87 à 89 de- 
grez: mais fa latitude eft fixée unanimement à 38 degrez. 

FARABI & Fariabi, furnom d'Abou Nafl!ar Mohammed Tarkhani , que les 
Arabes appellent ordinairement par excellence Al Fariabi , le Farabien , & nous 
autres Al Farabius , parce qu'il étoit natif de la ville nommée Farab , qui eft 
la môme qu'Otrar. 

Ce Dofteur étoit réputé le Phénix dé fon fiécle , le Coriphée des Philofo- 
phes de fon tems, & furnomraé Maailem Tfani, le fécond Maître, duquel en- 
fin Avicenne confeA^e avoir puifé toute fa fcience. 

L'an de l'Hegire 343 qu'il mourut, il avoit fait le pèlerinage de la Mecque, 
& paffa à fon retour par la Syrie, où regnoit alors Scifcddoulat, Sultan de la 
Maifon de Hamadan , fous le Khalifat de Mouthi , vingt -troifiènie Khalife des 
Abbaflîdes. Il vint d'abord à la Cour de ce Prince, chez lequel il y avoit tou- 
jours un grand concours de gens de lettres , & il fe trouva préfent & inconnu 
à une célèbre difpute qui fe faifoit devant luy. 

Fariabi étant entré dans cette afl'emblée , il fe tint debout , jufqu'à ce que 
Seifeddoulat lui fit figne de s'afl"eoir : Alors il lui demanda , où il lui plaiibit 
qu'il prît fa place. Le Prince lui répondit : Là où vous vous trouverez le plus 
commodément. Fariabi, fans faire autre cérémonie , alla s'alfeoir fur un coing 
du Sofa ou Eftrade, où étoit affis le Sultan. Ce Prince furpris de la hardieife 
de cet étranger, dit, en fa langue maternelle, à un de fes Officiers: Puifque ce 
Turc eft fi indifcret , allez lui faire une repriraende , &. faites lui en même 
tems quitter la place qu'il a prife. 

Fariabi ayant entendu ce commandement , dit au Sultan : Tout beau , Seigneur, 
celuy qui commande fi légèrement eft fujet à fe repentir. Le Prince furpris 
d'entendre ces paroles, lui dit: Entendez- vous ma langue? Fariabi lui repartit: 
Je l'entends & plufieurs autres , & entrant tout d'un tems en difpute avec les 
Dofteurs alfemblez, il leur impofa bien-tôt filence; il les reduifit à l'écouter & 
à apprendre de lui beaucoup de chofes qu'ils ne fçavoient point. 

La difpute étant finie, Seifeddoulat rendit beaucoup d'honneur à Fariabi, & 
Je retint auprès de lui pendant que les Muficiens , qu'il avoit fait venir , chan- 
tèrent : Fariabi fe mêla avec eux & les accompagnant avec un luth qu'il prit en 
main , il fe fit admirer du Prince , qui lui demanda s'il n'avoit point quelque 
pièce de fa compofition. 

Il tira fur le champ de fa poche une pièce , avec toutes fes parties , qu'il 
diftribua aux Muficiens & continuant à foûtenir leurs voix de fon luth , il mit 
toute l'afi'emblée en fi belle humeur , qu'ils fe mirent tous à rire ^à gorge dé- 
ployée; après quoy faifant chanter une autre de fes pièces, il les fit tous pleu- 
rer; & en dernier lieu changeant de regiftre, il endormit agréablement tous les 
afliftans. 

Seifeddoulat fut fi charmé de la mufique & de la doftrine de Fariabi , qu'il 
l'eût voulu toujours avoir en fa compagnie : mais ce grand Philofophe , qui 
étoit entièrement détaché des chofes du monde, voulut quitter cette Cour, & 
fe mit en chemin pour retourner en fon pays. ' Il prit la route de Syrie, dans 

Tome II. C laquel- 



i8 FARACLITHA. 

laquelle ayant trouvé des voleurs qui Tattaquerent , comme il fçavoit très -bien 
fe fervir de l'arc , il fe mit en défenfe ; mais une flèche des aflaflins l'ayant 
bleffé, il tomba roide mort. 

On rapporte encore de ce grand homme , qu'étant un jour en compagnie 
avec Saheb Ben Ebâd , il prit le luth des mains d'un des Muficiens ; & ayant 
joïié de ces trois manières dont nous avons parlé, lorfque la troifième eut en- 
dormi les alTiflans, il écrivit fur le manche du luth, dont il s'étoit lèrvi , ces 
paroles : Fariab eft venu âf l^s chagrins Jont dijfipez. Saheb ayant lu un jour , 
par hazard, ces paroles , fut tout le refte de fa vie dans un grand dépJaifir de 
ne l'avoir pas connu : car il s'étoit retiré fans rien dire , & fans fe faire con- 
noître. 

Alfarabius eft qualifié, par Ebn Khalccân , Acbar Filaflefah . al mofîemin , le 
plus grand Philofophe des Mufulmans, & Azhed alnas fi dunia , le plus détaché 
du monde parmi les hommes. Abulfeda foufcrit à ce fentiment , & cependant 
plufieurs Dofteurs Mufulmans , du nombre defquels eft Fakhreddin Razi , l'ont 
accufé d'impiété, & Gazali le range, avec Avicenne fon difciple, parmi les Phi- 
lofophes qui ont cru l'éternité du monde , quoy qu'ils admilfent un premier mo- 
teur, ce qui paffe chez ks Mahometans pour un pur Athéifme. 

L'on attribue ordinairement à Alfarabius la tradu6lion des Analytiques d'Ari- 
ftote, fous le nom d'Anolouthica. 

11 y a un autre Fariabi , qui mourut l'an 619 de l'Hegire , qui eft Auteur 
d'un livre intitulé JJJoulah allameâh. Son propre nom étoit Emadeddin Maha- 
moud. 

Il y a auffi des Auteurs qui marquent la mort d' Alfarabius l'an 339 de l'He- 
gire, & mettent dans celle de 350, celle d'Ishak Ben Ibrahim, Auteur du livre 
intitulé /idad al Cateb, qui eft auflî fur nommé Fariabi. 

Ahmed Ben Mohammed , qui a compofé le livre intitulé Idhah al Honafa , 
ou l'hiftoire des Doftem-s Hanefites, tirée de la Chronique de Ben Aiàs, porte 
aufli le même furnom de Fariabi. 

FARACLITHA, le Paraclet. Les Mufulmans diftînguent entre Rouh al- 
cods, qui fignifie le faint-Efprit ^ le Paraclet. 

lis difent , que le faint-Efprit fe peut entendre de Jesus-Ghrist, lequel 
eft devenu tel par un foufle de Dieu, de même que la terre devint Adam par 
le même foufle : mais qu'il faut entendre ordinairement par ce mot , l'Ange Ga- 
briel , le dépofitaire & le Miniftre de tous les myftères divins révélez aux hom- 
mes, lequel eft encore appelle Rouh Amin, l'Efprit fidèle. 

Pour ce qui regarde le nom de Faraclitha, que les Arabes ont pris des Sy- 
riens, & ceux-cy du Grec Paraclet os ou Paraclitos , le fentiment commun des 
Mufulmans modernes eft qu'il faut l'entendre de Mahomet , qu'ils difent avec 
beaucoup d'impudence & d'ignorance, avoir été promis par Jesus-Christ à 
fes difciples , pour leur expliquer le véritable fens de l'Evangile , en quoy ils 
font d'une opinion fort oppofée à celle des anciens Mufulmans , qui n'ont ja- 
mais penfé à une telle fiflion , de laquelle ils n'ont aucune preuve dans l'Al- 
coran. 

Ben Catcb ou Hagi Khalfa écrit , fur le titre de Gefr u Giamê , que perfon- 
ne ne pourra jamais connoître le fens des myftères couchez dans ce livre , où 
eft comprife la fuite de tous les grands éveneincns , qui doivent fucceder les uns 

aux- 



FARAD HL — FAR A H. ip 

aux autres , jufqu'à la confommation des fiécles , à la feule exception du Me- 
hedi ou douzième Imam , auquel cette connollFance eft refervée , & que c'eft 
lui duquel Je sus-Christ parle dans fon Evangile en ces termes (forgez à 
plaifir. ) Nous autres Prophètes , envoyez de Dieu , nous vous apportons les 
livres que nous avons reçus de lui : mais pour ce qui concerne leur explication , 
ce fera le Faraclitha qui vous l'apportera après moy. 

Voici donc un nouveau Paraclet , à fçavoir le Mehedi , que les Schiites ou 
Hérétiques Perfiens ont inventé , à l'imitation de Manés , lequel avoit ufurpé 
ce titre dans la Perfe, long-teras avant le Mahomctifme. 

Les Mahometans cependant, qui ont eu quelque connoifTance plus particuliè- 
re du Ciiriftianifme par la communication des Syriens & des Grecs, difent, que 
le faint-Efprit efl appelle Mehaia, Vivifiant, & Menahemia Confolateur, qui eft 
la véritable fignification du mot Faraclitha, quoique quelques-uns d'entr'eux ayent 
voulu que ce dernier mot foit formé du mot Grec Perklytos, & qu'il faut pro- 
noncer Fericlita, pour fignifier lUufbre & Récommandable , & le faire ainfi qua- 
drer avec le mot Arabe Mohammed, qui fignifie la même chofe. 

FARADHI Al Scheliereftani , furnom d'Abou Abdallah Mohammed Ben AI 
Fadhl, Auteur du livre intitulé urbain âfcharidt. Voyez le titre ri'Ocberi. 

FARAGE , Fils de Barcok , fécond Roy d'Egypte de la race des Mamlucs 
Circaffiens. Il fut le troifième Prince de cette dynaitie, & commença à régner 
l'an 802 de l'Hegire, de J. C. 1399. 

Une fédition s'étant émue au Caire l'an 808 , il crut que l'on en vouloit à 
fa perfonne, & prit la réfolution de fe cacher; puis s'cnnuyant de demeurer dans 
fa retraite, il parut de nouveau & dépolfeda Abdclaziz fon frère, qui avoit été 
mis à fa place & régna encore près de fept ans. 

Les troupes de Tamerlan , qui avoient conquis une grande partie de la Syrie , 
l'ayant défait en plufieurs rencontres , il fut obligé de s'accommoder avec ce 
conquérant, & d'abandonner les intérêts d'Ahmed Ben Avis llekhani & de Ca- 
ra Jofef le ïurcoman. Il fut enfin tué par les ficns dans la ville de Damas 
qu'il pofiedoit , & jette fur un fumier l'an de l'Hegire 815, de J. C. 1412. 
Raoudhat almenadhir. 

FARAGE Bdad al fcheddat , Confolation des affîgez , livre compofé par 
Abou A!i Hafiàn Al Tanoukhi , qui fe trouve dûns la Bibliothèque du, Roy, 
n'^, 1228. 

FAR A H. Ebn Farah & Ebn Alfarah Al Afchbili. C'ell le furnom d'Ahmed 
Ben Mohammed Aboulabbas Schehabeddin , natif de Seville en Efpagne , qui mou- 
rut l'an 699 de l'Hegire. Il efl Auteur d'une Caffidah & d'une Mandhoumah 
fil hadith, c'efl-à-dire , d'un Poëme Arabique fur les Traditions, La première a 
été commentée par Schamfeddin Ben Giumâah & par Cafl;em Ben Cothluboga , 
& la féconde par lahia Al Farakhi ou Carafi. Ces deux ouvrages font dans la 
Bibliothèque du Roy, n^. 11 27 & 1148. 

^ Nous avons deux autres ouvrages de cet Auteur , dont le premier efl intitu- 
lé Ëbthâl altaovil fil ojfoiil , de l'inutilité qui fe rencontre dans l'explication des 
points fondamentaux du Mufulmanifme. Le fécond efl une explication des Ar- 
bain Mokhraràt, c'efl-à-dire, des quarante Traditions choifies. 

C 2 FARAKI, 



20 



F A R A K I. — — F A R A N G E. 



FARAKI, Surnom de celuy qui el- natif ou onginaire de la ville de Mia- 
ùrekin en Mefopotamie. Abou Nafr Mohammed Ben Afàad porte ce furnom. 
llclt Auteur du Livre qui a pour titre ylfbdb al nozoïil, les caufes ou fujets 
qui ont fait defcendre du ciel , comme parlent les Mahometans , chaque verfet 
de TAlcoran en particulier. Noirs avons aulïï de luy Efcbarat fil coran qui traite 
à peu près de la même matière, l^oyez plus bas Fareki. 

FARAMORZ, fils de Ruflam, l'Hercule des Perfans. Il étoit né après 
Seherâb fon frère aîné, lequel avoit été tué malheurcufement par fon propre 
père, qui ne le connoilToit pas. 6'a mère étoit fille d'un Roy des Indes, & avoit 
apporté à Ruftam une très-riche dot , de forte que Faramorz fon unique héri- 
tier devoit devenir un jour très-puiffant : c'eft ce qui donna de la jaloufîe à 
Bahaman, fils d'Asfendiar, Roy de Perfe, lequel d'ailleurs haïflbit Ruilam , & ce 
qui le porta à le faire alfaffiner. 

Il y a un Auteur cité fous le nom de Mohammed Ben Faramorz qui elt 
qualifié Schehid, c'eft-à-dire , Martyr. 

FAR AN, Nom d'une montagne des Madianites en Arabie qui fut réduite 
en poudre , à la vûë de la Majefté de Dieu, f^oyez les titres de Moufl'a cf de 
Colzoum. 

FARANGE, & Afrange , les Francs, les François, les Européens, & les 
Latins en général. Ben Schonah raconte en l'année 591 de l'Hegire , de 
T. C. 1097 , que les Francs prirent de force Antioche après un fiege de fept 
mois, quils défirent les Mufulmans qui vcnoient au fecours de la ville, & qu'ils 
les pourfuivirent jufqu'à Mâarah où ils en tuèrent plus de cent mil, qu'enfuite 
ils fe rendirent maîtres d'Emcfle, & allèrent affieger Hierufalem. 

Ce fiet^e dura plus de fix femaines ; mais enfin les Francs la prirent l'an 492 , 
& y firent un butin ineftimable. Il y eut dans cette prife plus de foixante & 
dix mil Mufulmans tuez, quoy qu'ils fe fufient retirez dans le Temple, & dans 
les E-^lifes demandant quartier. Ceci arriva fous le règne de Moftedaher, vingt- 
huitième Khalife de la Maifon des Abbaffides à Bagdet^ & fous celuy de Moftaali, 
fixième Khalife des Fathimites en Eg>'pte. 

L'an 495 les Francs affiegerent Tripoli, & prirent plufieurs places des Muful- 
mans, pendant que ceux-ci, dit le même Auteur, étoient acharnez à fe faire la 
guerre les uns aux autres , ce qui fit enfin tomber Tripoli entre leurs mains 
l'an 503 de l'Hegire. 

Le pays des Afrange ou des Francs , félon tous les Géographes Orientaux , s'étend 
du côté du Septentrion, depuis le déti'oit de Conftantinople qui comprend le 
Bofphore de Thrace & l'Hellefpont, jufqu'à l'Océan Occidental, que nous appel- 
Ions Atlantique. 

Cependant ils ne comptent point le pays de Roum qui comprend la Grèce , 
non plus que la Natolie, parmi les Provinces occupées par les Francs; ils mar- 
quent toutefois dans leurs Chroniques que les Francs fe rendirent maîtres de 
Conftantinople l'an 600 de l'Hegire , ce qui n'aiTiva néanmoins que l'an 1224 

n'y eut l'an 618 de l'Hegire, & de J. C. 1222, une paix folemnelle & géné- 
rale faite entre les enfans de Saladin & les Francs, après que ceux-ci eurent 
perdu Damicttc. Les Mufulmans prétendent que les Francs furent les infrafteurs 

- de 



PARAS. F A R E D H. 21 

de cette paix. Il eft vray que les Papes de ces tems-là ne fe foucioient pas 
beaucoup des traitez que les Chrétiens failbient avec les Infidèles, & ne laifîbient 
pas de continuer la publication de leurs croi fades en Europe ; c'eft ce qui fit 
perdre enfin aux Francs tout ce qu'ils 'avoient conquis fiar les Mufiilmans. 

Il y a plufieurs Auteurs Mahometans qui ont écrit l'hilloire delà Terre fainte, 
& lefquels ont aufïï décrit par occafion les guerres que les Francs y ont faites. 
Les uns ont deguifé ou altéré la plupart des faits qui nous regardent, & les 
autres plus fînceres ont fait des déclamations fort pathétiques fur la divifion des 
Mufulraans qui fut caufe des pertes qu'ils foufTrirent. 

F ARAS, Un Cheval. Le Maître d'Ecurie, & Médecin des chevaux du Sul- 
tan Kelaoun, Roy d'Egypte, nous a laiffé un Ouvrage curieux intitulé KameL al 
Sanatcin, dans lequel il enfeigne les deux arts de dreifer, & de guérir les thevaux. 

Il parle de dix races de chevaux, à chacune dcfquellcs il donne l'épithete 
qui lui convient. Il dii que des trois races qui fe trouvent en Arabie, ceux 
de la Province de Hegiâz font les plus nobles, ceux de Neged les plus furs, 
& ceux de l'Iemen les plus durs au trav^iil, & les plus patiens. 

Il paffe enfuite dans la Syrie, & prétend que ceux de Damas ont le plus beau 
poil , & ceux de Mefopotamie , la plus belle taille , & qu'ils font les mieux tournez. 

En Afrique les chevaux d'Egypte font les plus légers , ceux de Barcah les plus 
rudes , & les plus difficiles à dompter , ceux de Barbarie les plus propres à 
faire race. 

Les Tartares font les plus courageux , & ceux d'Europe , les plus lourds , & 
les plus lâches. 

Il y a dans la Bibliothèque du Roy n'. 94^, un livre de manège en Arabe 
avec les figures; mais il eft fans nom d'Auteur, & fans commencement. Abou 
Obeidah IVIàmar a fait un Livre exprès des noms qui appartiennent aux chevaux 
fous le titre d'Efma al khail. 

Le Khalife Hefchdm l'Oramiadc nourri/Foit quatre mil chevaux dans fes écu- 
ries; Malekfchah le Selgiucide en entrctcnoit quarante mil pour fa garde, & pour 
fa vénerie, & le Khalife Motaflem l'AbbaffiJe qui ne fe fervoic que, de chevaux 
Pies, tigréz, ou truitéz, en entrctcnoit 130 mil. 

Il n'y a point de chevaux dans le pays des Zenges , qui eft le Zanguebar; 
mais ils fe fervent de bœufs , qu'ils dreflent , & qu'ils montent même dans les 
combats. 

FARAT. Ebn Al Farat NaOereddin , eft l'Auteur d'une hiftoire d'Egypte 
de laquelle Ebn Haggiar s'eft beaucoup fervi pour compofer la fienne.. 

FARAZI, Surnom de Borhaneddin Ibrahim, duquel nous avons une hiftoire 
de Damas fort complète, fous le titre d'Eéiam befaahail al fchàrn. Cet Auteur 
ne parle pas feulement dans fon Ouvrage de la ville de Damas ; mais il s'étend 
auffi fur les autres lieux de la Syrie , dont il avoit une plus particulière con- 
noifTance. 

FA RED H. Abou Hafs Scharfeddin Omar Ben Al Afaâd, Ben Al Morfched,- 
Ben Ahmed Al Afâadi, eft plus connu fous le nom d'Ebn Faredh. Il étoit ori- 
ginaire de Hamah en Syrie; mais il naquit au Caire l'an 577 de l'Hegire, & y 
mourut l'an 632. C'eft un des plus illuftres Poètes Arabes que les Mufulmans 

C 1 ayent 



22 F A R E K I. FARGANAH. 

ayent eu. On a recueilli un Divan de fes poëfies, lequel a été commenté par 
plufieurs Auteurs auflî bien quefon Poëme intitulé Taiah qu'il compofa en fa- 
veur des Sofis, ou Religieux Mufulmans. l^oyez dans la Bibliothèque du Roy les 
w". 859 & 1153. On dit que la famille de cet Auteur defcendoit de Halimah 
Sâadiah, nourrice de Mahomet. 

FAREKI, Natif ou originaire de la ville de Miafarckin en Mefopotamie. 
Tel étoit ce fameux Prédicateur ou Homiliafle des Mufulmans, connu ordinaire- 
ment fous le nom d'Ebn Nobatah. Ebn Afaâ.1, & Ebn Azrak étoient auflî du 
même paj-s. Voyez plus haut Faraki. 

F ARES ou Fars. Ebn Fares eft le même qu'AbouI HolTain Ahmed Al La- 
gaoui, ou le Grammairien qui mourut l'an de l'Hegire 395. Il eft l'Auteur 
du Livre intitulé Efma al Nabi, des noms du Prophète, c'elt- à-dire , des difFe- 
rens noms que les Mufulmans donnent à Mahomet leur faux Prophète. 

Il a auflî compofé un traité fur les difFerens fentimens des Grammairiens Ara- 
bes , auquel il a donné le nom d'Ekhtelaf al Nahàt. 

Nous avons auflî de lui le Mogimel allogat qui elt un Di6lionnaire Arabe 
aflTez ample & correct. 

FARESCOURI, Surnom du Dofteur Mohammed Ben Mohammed Al Ha- 
nefi , Imam de la Mofquée nommée La Gauride , au grand Caire , qui vivoit 
Tan 964 de l'Hegire. Il efb Auteur du Livre intitulé Jlba^wt fi mdrtfat al Jma' 
nat , Eclairciffement fur la matière des dépôts félon le Droit civil des Mufulmans. 

FAR ES SI, Surnom d'Aboul Faovares Ibrahim, Auteur d'un Livre Perfien 
intitulé Bojîaji al madrefat, le Jardin de la fcience. 

FARGANAH, Nom d'une des contrées de la Tranfoxane , dont la ville 
capitale porte le même nom. Le nom d'Andoghiân & d'Andugian lui eft auflî 
commun, quoyque ce foit proprement une de fes dépendances, auflî bien que 
les villes de Coba & de Nelîa. ' 

Ce pays s'étend le long du fleuve Sihon ou Jaxartes, quoy qu'il ne foit qu'à 
92 degrez de longitude, & à 42 degrcz 20 minutes de latitude Septentrionale, 
félon les Tables d'Abulfeda dans le cinquième Climat , quoyqu'AIfragan le place 
dans la fin du quatrième. 

Quelques-uns ont cru que la ville d'AIihficat ou Akhfiket eft la même que 
Farganah; Ulug Beg luy donne Tépithete de Cafbat Farganah , & la met à 42d. 
25m. de latitude. Voyez fur secy les notes de Golius fur Alfragan. 

Al Bergendi qui place cette ville dans le cinquième climat, écrt qu'elle eft 
voifine de celle de Schafche (quoy qu'elle en foit cependant éloignée de cinq 
journées de caravanne) & que la ville de Coba , d'où font fortis plufieurs grands 
perfonnages, eft de fes dépendances; cependant quelques-uns veulent qu'elle appar- 
tienne à celle de Schafche. 

On trouve dans les montagnes de Farganah des Turquoifes , & du charbon 
de pierre dont les cendres font de très-grand ufage; il y a auflî des mines d'or, 
d'argent, de cuivre, de fer & de plomb, & des fources de Naphte. 

Quelques Géographes mettent auflî les villes de Khovakend, de Khogiend, & 
de Marghinan dans le pays de Farganah , & fixent en cet endroit les limites 
du Mufulmanifme. 

FARGANL 



F A R G A N I. F A R O U C. 23 

r FARGANI. Ahmed ou Mohammed Ebn Cothair Al Fargani, eft le nom 
d'un célèbre Aftronome que nous connoiflbns fous le nom d'Alfragan , auquel 
Aboulfarage donne pour contemporains Habafch , Al HalFeb Al Merouzi , & Ebn 
Naoubakhc, avec lefquels il travailla aux obfcrvations Aftronomiques fous le Kha- 
lifat d'Al Mamon environ l'an 1S4 de l'Hcgire, ou 800 de J. C. l^oyez Golius 

fur Alfragân. 

Il y a un autre Auteur nommé Abufàid Mohammed Ben Alfargani qui mou- 
rut l'an 700 de l'Hegire , duquel nous avons un commentaire fur la Taiiah 
d'Ebn Faredh. 

FARGIAB, Terre arroufec par des canaux tirez des rivières. Voyez Fardb. 

FARIAB & Fariabi Voyez cy-dejfus Fardb. 

FARIRI, Auteur d'un de ces Ouvrages que les Arabes appellent Amali, 
c'eft-à-dire , Cahiers diftez par un Profefleur à fes Ecoliers. 

FA RM A. Abou Navds dans la defcription d'un voyage de Syrie en Egypte, 
qu'il entreprit pour viilter Abdal Hamid , Auteur du Divan intitulé KJioza , qui 
ell fort eftimé, dit qu'il palfa par les villes de Gaza de Hafchcm, qui eft Gaza 
en Syrie , & par Farma de Hagiar. 

Ben Khalccan dans la vie d'Ibrahim Algazi , dit que la ville de Farma étoit 
la capitale d'Egypte , & le fiegc Royal des Pharaons qui y regnoient au tems 
d'Abraham; que Hagiar mère d'Ifmaël en étoit native, ou de quelque Bourgade 
d'alentour, & que cette mère des Arabes ell reconnue par ces peuples pour 
être originaire, de leur pays. Cette ville fut tellement ruinée dans la fuite des 
tems, qu'il n'y refloit qu'une colline aflez élevée que l'on voyoit à main gau- 
che, lorfqu'en venant du Caire en Syrie, on palfoit par le milieu des fablons 
du Coflir. 

Cette ville ayant été rétablie par les Fathimites, fut pillée & brûlée par Bar- 
douil qui eft Baudouin Roy de jerufalcm. Voyez Gaza , àf ce qu'en dit le même 
Abou Naovâs. 

FAROUC, Epithete, ou Titre d'honneur qui fut donné par Mahomet à 
Omar. Un Mufulman opiniâtre ayant procez aVec un Juif, l'affaire fut portée 
au tribunal de Mahomet qui la décida en faveur du Juif. 

Le Mufulman ne fe tenant pas bien condamné , dit au Juif qu'il appelloit de 
cette fentence, & qu'il prétendoit que fon procez fût revu par Omar qui n'étoit 
pour lors que particuUcr. Etant donc convenus tous deux fur ce point , ils 
allèrent trouver Omar, lequel après s'être informé de toutes les procédures de 
l'affaire, & ayant appris que le Mufulman avoit refufé d'acquiefcer à la fentence 
de Mahomet, leur dit: Attendez-moy à la porte jufqu'à mon retour, & paroif- 
fant peu après devant eux le fabre à la main, il en déchargea un li grand coup 
fur le Mufulman , qu'il lui abbattit la tête à fes pieds , & dit tout haut : Voilà 
ce que méritent tous ceux qui n'acquiefcent pas au jugement que le Cadhi a 
prononcé. 

Mahomet ayant fçu cette aftion , l'approuva , & donna en même tems à Omar 
lé furnom de Farouc qui fignifie celuy qui fcpare, voulant faire entendre qu'O- 
mar fçavoit auflî-bien diftinguer le vray d'avec le faux, & le jufte d'avec Fin-- 
jufte, qu'il avoit fçu feparer la tête du corps de cet opiniâtre. 

FARRAKH.:. 



î4 FARRAKH. FARS. 

FARRAKH, Nom d'un perfonnage, qui paffe en Perfe pour le modèle 
achevé de la juflice, & de la magnanimité, auflî-bien que Feridoun. AlTadi Poëte 
Perfien dit : Feridoun & Farrakh n'étoient pas des Anges ; leurs, corps n'étoient 
pas compofez ni d'ambre , ni de mufc: c'elt la jullice & la libéralité qui leur 
ont acquis cette grande réputation qui les fait refpefter dans l'hifloire. Prati- 
quez ces deux vertus, & vous deviendrez un Farrakh, & un Feridoun. 

FARS, les Arabes difcnt que Fars étoit fils d'Azaz ou d'Arphaxad fils de 
Sem , fils de Noc, Quelques-uns le font néanmoins defcendre de Japhet , . & 
tous conviennent qu'il a donné fon nom à la Perfe, que l'on appelle le pays 
de Fars, & d'Agem en gênerai. 

Cependant les Perfans prétendent tirer leur origine de Kaiumarath qui eft 
parmi eux, ce qu'ell Adam parmi nous, & difent qu'ils ont toujours eu des 
Roys de leur nation , dont la fucceUîon n'a été interrompue que pendant un 
efpace de tems qui n'elt pas confiderable. 

Les Pilemites, les Curdes, & même les Turcs Orientaux, félon quelques Au- 
teurs, defcendent des Perfans. Les Dilemites habitent le long des rivages de 
la mer Cafpienne, que les Orientaux nomment la mer de Thailefan, laquelle 
porte auflî le nom de Dilem à caufe du voilinage de cette nation. 

Pour les Curdes qui font répandus vers Scheherezur dans l'Affyrie, à laquelle 
ils ont donné le nom de Curdiltan , plufieurs veulent qu'ils foient Arabes d'ori- 
gine, & qu'étant venus établir leurs demeures dans les marais des Nabatheens, 
aux emboucheures de l'Euphrate, & du Tigre, on les a appeliez Arabes Agem, 
c'ell-à-dire , Arabes Barbares, nom qui cil demeuré depuis aux Perfans. 

Les Turcs fe font retirez au delà du Gihon, c'eft-à-dire , du fleuve Amou ou 
Oxus , dans le pays qui a été appelle à caufe d'eux le Turkeffcan. 

Mais pour revenir aux Perfans , c'eft une nation dont la Monarchie & h Re- 
ligion font fort anciennes ; car ils reconnoilîent pour fondateur de l'une & de 
l'autre , leur premier Père & leur premier Roy ; c'eft pourquoy ils appellent 
leur Religion Kaiumarathienne. 

Les principes de leur Religion font qu'il y a un Dieu éternel qu'ils appellent 
en leur langue Jezdân, & Oromazde qui eft le vray Dieu, appelle parles Ara- 
bes Allah, auteur de tout bien; & un autre créé des ténèbres, auquel ils don- 
nent le nom d'Ahermcm , qui eft proprement l'Eblis ou le Diable des Arabes, 
principe de tout mal. 

Ils ont en très-grande vénération la lumière, & ont une extrême horreur des 
ténèbres, ce qui les porte jufqu'à la fuperftition d'adorer le feu. 

Cette Religion n'a pas fait grand bruit jufc]u'à Zerdacht ou Zeradafcht (c'eft 
Zoroaflre) qui voulut paiïer pour Prophète parmi eux, & leur enfeigna que le 
Créateur de toutes chofes qui ne connoît rien de femblable à luy , a produit 
la lumière & les ténèbres ; & que du mélange de ces deux chofes , le bien & le 
mal, la génération, &: la corruption; & enfin la compofîtion de toutes les par- 
tics du monde s'eft faite , & llibfîftera toujours , jufqu'à ce que la lumière fe 
retirant à part d'un côté, & les ténèbres de l'autre, cauferont fa deftruftion. 

^ Cette doctrine de Zoroaflre eft celle des Parfis appeliez auffi Mogdn , & Ma- 
gious, ou Mages, comme aulîi Ghebres , lefquels fe tournent toujours vers le 
Boleil levant, quand ils prient- 
Ben Schohnah, Auteur fort eftimé, parle ainfi des Perfans dans fon Raoudhat 

alme- 



F A s. 25 

almenadhir, & leur attribue l'inflitution d une réjoûifîànce que les A'-abc* a]5pel- 
lent la fête des Mages; mais il n'en fait point la d.ic! iption , comm- il fuk de 
celle qu'ils appellent Rokoub al Kaoufage , célébrée au commencement du prin- 
.t«ms en la manière fuivante. Un homme fans barbe & fans dencs, monté fur 
un afne, tient d'une main un corbeau qui bat des ailes, & qui l'éventé, &. de 
l'autre une baguette; cet homme court ainfi par toute la ville, & frappe tous 
ceux qu'il rencontre fur fon chemin, c'eft luy, difent-iîs, qui chaife l'hyver. 

Cette fête ell affez femblable à quelques mafcarades qui fe font parmi les 
Chrétiens, dans la même faifon. Les jours que les Arabes appellent al agiouz 
de la vieille , y ont auffi du rapport , & il femble que Ségar la vecchia . "^fcier 
la vieille, qui fe dit en Italie au milieu du carefme, ait pris de-là fon origine. 

La fête appellée Sedéh ouSedouk, dans laquelle les Perflms allument de grands 
feux pendant la nuit, autour defquels ils font des feftins & desdmfes, eil des 
plus folemnelles parmi eux; les Arabes l'appellent Leilatal voiicoud, l^oyez les 
titres de Neurouz , de Mihirgian , de Tirghian , ^'Abrizghiàn , &;c. 

Le mot de Fars pris plus fpecialement , eft la Perfe proprement dite. Cette 
Province eil bornée à l'Orient par celle de Kerman, à l'Occident par le Khu- 
ziftan, au Midy par le Golphe Perfique, & au Septentrion, par un grand defert 
qui la fepare du Khoraflan. 

Elle a 160 parafantes d'étendue le long de la mer Oceane , ce qui revient 
à 300 lieues Françoifes. Jezd cil la ville la plus Orientale de cette Province, 
& celle de Hamadan en efl la plus Occidentale , Gireft ou Sireft la plus Méri- 
dionale, & Rei la plus Septentrionale. 

Le grand defert dont on a parlé , s'appelle Naubendighian , & il appartient en 
partie au Khoralfan par où il fe joint au pays de Fars, vers les villes de Co- 
rnus, de Com, de Cafchian, & de Rei, & en partie au Segellan & au Kerman. 
Toute cette grande Province eft divifée en deux parties , celle qui efl plus 
unie s'appelle Nerm, qui fignifie douce & traitable, celle qui ell plus raboteufe, 
fe nomme KouhelTar, ou GebâI. 

Voyez ces titres éf cpux ii'Ellekhar, de Schiraz , ^'Esfahan , de Cazuin , & de 
Tauris, qui font les principales villes de Perfe. 

Il y a dans la Perfe auprès de Hendekan un puits qui exhale continuellement 
une groffe fumée, dont la vapeur efl fi maligne, que perfonne n'ofe en appro- 
cher, & les oyfeaux qui palfent par delfus , y tombent morts infailliblement, 
comme au lac d'Averne dans le Royaume de Naples. Meffahet al ardh. 

FAS & Fes, Ville de la Province que les Arabes appellent Magreb al Acfa, 
le dernier Occident. Elle efl fituée à 18 dcgrez de longitude, & à 32 & 3 mi- 
nutes de latitude Septentrionale félon les Tables Arabiques , & cenfée être des 
dépendances de la ville de Tangiah qui efl Tanger. 

Le Géographe Perfien écrit dans fon troifième climat que la ville de Fes ou 
Fez efl divifée en deux parties, qu'elle a douze portes, & une rivière qui coule 
le long de fes murailles, laquelle fait moudre foixante moulins. 

On y voit trois grandes Mofquées principales accompagnées de Collèges & 
d'Hôpitaux, & plufieurs belles rues garnies de boutiques remplies de toutes for- 
tes de marchandifes , qui la rendent la plus belle & la plus agréable vDle du 
Xttonde, félon ce même Auteur. 

Elle a été long-tems le fiege des Princes & Sultans de la Mauritanie; mais 

ToMB IL D elle 



j^ FASCHOUSCH. F A T H. 

elle efl aujourd'huy fiijette au Roy de Maroc. Il faut voir fur ce fujet l'hiftoire 
intitulée Carthas, compolce par Ebn Zorâ l'an 72.6 de l'Hegire. 

L'on appelle ordinairement en Turquie Pas, ou Faffi ce que nous nommons 
ordinairement un bonnet de Fez, qui eft de couleur rouge, & d'une laine fort 
fine, fabriquée dans la ville de Fez. 

11 eft forti de cette ville un grand nombre de fçavans qui prennent tous, le 
furnom de Faffi; l'on en peut voir quelques-uns plus bas. 

FASCHOUSCH fi ahkam Cara coufch, les fimplicitez de Caracoufch. Ce 
perfonnage étoit Vizir du Caire en Egypte fous le règne de Saladin. Soiouthi 
compofa l'an de l'Hegire 899 , cet Ouvrage qui eft plein de rencontres agréa- 
bles & divertifiantes. On le trouve dans la Bibliothèque du Roy, n^. 1322. 

FASSA, Ville de Perfe, que les Naturels du pays appellent Rafla & Befla; 
ceux qui y ont pris nailîance ou leur origine, font furnommez Faflaovi. 

F AS SI, Surnom de Fakieddin Mohammed Ebn Ahmed Ali Al Hoflàini,. 
natif de Fez , & habitant de la ville de la Mecque où il fut Cadhi. Il a com- 
pofé une hiftoire fort ample de la Mecque en plufieurs volumes, qui ont chacun 
d'eux un titre particulier. Ces titres font Tohfat alkerâm^ ScJ/afa al garam, Acd 
al timnin, Ogialat alkera, ^c. Cet Auteur mourut l'an de l'Hegire 833. 

Faffi , eft auffi le furnom de Schehabeddin Al Mocri , Auteur du Ketab Al 
Giamman. Voyez ce titre ^ ^ celui dEhn Catthân. 

FASSIH, Livre qui enfeigne l'élcgance de la langue Arabique, compafé par 
Aboul Abbas Ahmed Ben lahia Al Scheibani. 

F ATAO VA, Décidons des points de Droit, faites par les Muftis ou Cadhis. 
Il y en a un recueil fait par le Cadhi Zakaria , dans la Bibliothèque du Roy 
n^. 706, qui porte auffi le titre d'Eêiâm u Ehtemdm. Un Fetua ou Fetfa à 
Conftantinople eft une de ces decifions du. Mufti; ce nom tire fon origine du 
mot Arabe Fata, qui fignifie décider en matière de droit. 

FAT H Al Mouffih, C'eft un Saint des Mufulmans, dont Jafeî a écrit la vie 
dans la 78 fcdion de fon Ouvrage. 

FAT H Al abouâb u Hakikat al addb , Titre du fixième volume que Seidi 
Gcmali a écrit tant en profe qu'en vers fur les prérogatives de Mahomet. Cet 
Ouvrage eft écrit en langue Perfienne. 

FATH Al Coffi fi fath al Codfi; Hiftoire de la conquête que fît Saladin delà. 
ville de Jerufalem l'an de l'Hegire 583, de J. C. 11 87, écrite par Mohammed 
Eb.i Ahmed furnommé Emâd Àl Catcb Al Esfahani, lequel a été comparé pour 
réloouence à Colf, les Arabes ayant parmi eux la coutume de dire d'un excel- 
lent Orateur : Il eft plus éloquent que Coll. Ce livre eft daiis la Bibliothèque 
du Roy. 

FATH Al Schâm , Hiftoire de la conquête que les Mufulmans ont faite en 
divers teras de la ville de Damas & de la Syrie , écrite par Abou Abdallah Ben, 
Omar Al Vakodi. Il eft dans la Bibliothèque du Roy. 

FATH 



F A T H. FATHEMIAH. 27 

FATH AI ongioud u Scharh al gioud, Eloge divifé en 24 chapitres, & ter- 
miné par un Poëme Acroftiche fur Mahmoud Pafcha Gouverneur d'Egypte. Il 
cfl dans la BibUotheque du Roy. 

FATH Al raouf al cadér, &c. Commentaire fait fur le Livre intitulé Emad 
al red/ia, qui n'eft qu'un autre commentaire fur les Adâb al cadha, livre dans 
lequel on trouve les règles qu'un Cadhi doit fuivre dans fes jugemens félon les 
principes des Schafeiens. Il ell dans la Bibliothèque du Roy n -. 605. 

FATH Al Rahmàn be Cafchf ma iolbas fil Coran , Explication des paflages 
les plus difficiles , & les plus enveloppez de l'Alcoran , compo;ee par Zakaria 
Ben Mohammed Al Anfari qui a emprunte de Fakhreddin Al Razi ce qu'il a mis 
de meilleur dan? fon hvre. Il eft dans la Bibliothèque du Roy, n". 583. 

FATHAVAT ou Fothovdt Mekkiah , les conquêtes de la Mecque, C'eft 
une hiftoire de toutes les guerres qui fe font faites en divers tems au fujet de 
cette ville. Foyez Bedr, (Sec. 

FATHEAT Al ôloura , les ouvertures, ou les clefs des fcienccs , Livre 
d'Abou Hamed Al Gazali, divifé en fept chapitres. Il ell dans la Bibliothèque 
du Roy n'. 902. 

FAT HEM AH & Fathimah , fille de Mahomet, & d'Aifchah , naquit à la 
Mecque, cinq ans avant que fon père voulût palfer pour Prophète, & mourut 
fix mois après lui dans la ville de Medine, âgée feulement de 28 ans. Elle fut 
mariée à Ali, coufin germain de Mahomet, & fut mère de Haflan & de Houffain. 
Les Mufulmans la font paifer pour une femme fort vertueufe. 

FATHEMAH, Reine ou Princeffe des Arabes en Syrie, laquelle ayant 
appris par fes livres qu'il devoit naître d'Abdallah Coraifchite un très-grand Pro- 
phète , le fit rechercher pour l'cpoufer ; mais la deftince de mettre au monde 
Mahomet , étoit refervée à une autre. 

FATHEMIAH. Doulat al Fathemiah: La dynafi:ie des Fathimites, c'eft- 
à-dire, des Princes qui prétendoient defcendre en ligne direde d'Ah, & de Fa- 
thima fille de Mahomet , fon époufe. 

Cette dynallie commença en Afrique l'an de l'Hegire 295, de J. C. 908, par 
Abou Mohammed Obeidallah, lequel fe fit fuivre comme un Prophète, chcdTa 
les Aglebites de la Province proprement dite Afrique , «Si peu après les Edriflites 
de la Barbarie, Numidie, «Se Mauritanie où ils regnoient. 

Ce premier fondateur de la puifl^mce des Fathimites qui conquirent enfuite 
l'Egypte , «Se s'y établirent en qualité de Khalifes , prenort le titre de Mehedi 
qui fignifie le Direfteur des Fidèles, quoique ce titre foit refervé au douzième 
& dernier Imam qui ne doit paroître qu'à la fin du monde. 

Plufieurs ont conteflé à ces Princes l'origine qu'ils prétendoient tirer d'Ali «Se 
de Fathima : quelques-uns ont écrit que ce premier Fondateur de la dynailie 
s'appelloit Sâid Ben Alimed fils d'Abdalla Al Kadâh , & que ce furnom de Kadah 
lui avoit été donné , à caufe qu'il avoit les yeux fort enfoncez dans la tête ; 
c'eft ce que rapporte Ben Schonah. Dahebi dit qu'il n'y a que les ignorans qui 
les appellent Fathimites, car bien loin de defcendre d'Ali «Se Fathima , l'on avoit 

D 2 de 



ag F A T H E M I A H. 

de bonnes preuves que le grand père d'Obeidallah étoit Mage ou Juif de Reli- 
t^ion, & Serrurier de fon métier, exerçant fon art dans Salamiah, ville des dépen- 
dances d'Emefle en Syrie. Cette origine d'Obeidallah eft confirmée par Aboul 
Vahab Al Bafri, & par Aboubecre Al Balani. 

Soiouthi dans la préface du Tarikh al Kholafa ou Hiftoire des Khalifes qu'il 
nous a laiflee , dit qu Aziz fils de Moêz le Fathimite , Khalife d'Egj^pte , ayant 
écrit à celuy d'Efpagne qui étoit Ommiade de race , & fe mocquant du titre 
de Khalife qu'il prenoit, vu fon origine, celui-ci lui récrivit: Vous vous moc- 
quez de moy , parce que vous me connoifl^ez ; fi je vous connoiflbis auffi , je 
pourrois vous répondre. L'on dit qu'Aziz fe fcntit piqué jufqu'au vif par ces 
quatre mots qui font Arafcâna hegi ou-tana laou arafnak Agibnak. 

Thabatheba ayant demandé un jour à Moêz de quelle branche des Alides il 
étoit, ce Khalife tira fon épée du fourreau , «& lui dit ces deux mots : Hadha 
nesbi : voici ma généalogie : puis jcttant l'or à pleines mains à iés foldats , il 
ajouta: Hadha ghîji , voici ma race. 

Cader billah Khalife de la race des Abbaffides à Ragdet, voyant que les Fa- 
thimites ufurpoient le titre fi vénérable parmi les Mufulmans , de Khalife , fit 
faire un manifelle contre eux dans lequel il prétcndoit prouver qu'ils n'apparte- 
iioient en aucune manière à la Maifon d'Ali; mais qu'ils étoient Kharegiens ou 
Se6laires de la faftion d'Ebn Diiîlm. 

Cette dynaftie des Fathimites efl auffî fouvent nommée par les Auteurs Al 
Khilafat al âloidat , le Khalifat des Alides ou Aliades , c'eft-à-dire , des dcfcen- 
dans d'Ali, & contient la fucceffion de quatorze Princes ou Khalifes fuivant cet 
ordre : Obeidallah ou Mahadi. Caiem. Manfor. Moêz. Aziz. Hakom. Dhaher. 
MoHanfer. Moftaâli. Amer. Hafedh. Dhafer. Faiez & Adhed. 

Il eft bon de remarquer que l'on doit ajouter à tous ces noms LediJiillah , qui 
fignifie dans la foy ou dans la Religion de Dieu, comme à ceux des Khalifes 
Abbaffides, les mots de Billah, Lillah, ou Bemr illah, qui fignifîent en Dieu, à 
Dieu, & par le commandement de Dieu, ce qui a allez de rapport à nôtre, Par 
la grâce de Dieu. 

La durée de cette dynaftie depuis que Mahadi fe fit connoître à Segelmafia 
en l'année 296 de l'Hegire , jufqu'à la mort d'Adhed qui arriva l'an 567 efl: de 
172 années Arabiques de lunaires. 

Il efb vray, félon le témoignage de plufieurs Auteu'rs, qu'en 569 de l'Hegire» 
deux ans après la mort d'Adhed, les Egyptiens voulurent rétablir le Khalifat dans 
Ja Maifon des Alides, & avoient déjà jette les yeux fur Amarah fils d'Ah leme- 
ni: mais ce fut fans fuccez; car le Khalife de Bagdet y fut reconnu, ce qui 
dura juf]u'en l'an 656^ que les Tartares abolirent entièrement le Khalifat, ce 
qui n'empêcha pas cependant que la Maifon des Abbaffides n'ait encore pofiedé 
en Egypte i au moins en apparence, cette dignité fous les Sultans Mamlucs, 
jufqu'à la conquête que Sultan Selim, premier du nom, fit de ce Royaume. 

Pour fçavoir les caufes de la décadence , & enfin de la chute entière de cette 
dynafl:iG,%7 faut voir les titres d'Mh^à, &' de Snladin. Je me contcnteray d'in- 
férer icy l'hiftoire d'un fongc que fit Adhed, félon qu'elle eft rapportée par 
Ben Schohnah. 

Adhed dernier Khalife de la dynafi:ie des Fathimites, un peu avant qu'il fut 
dépofiTedé , vit Cii fonge un Scorpion forti de la JNIofquée qui le vint piquer. 

Ceux 



FATHIRAH. FEHEREST. 29 

Ceux qui lui expliquèrent fon fonge , lui dirent , qu'il pouvoit fignifier qu'un 
homme de cette Mofquée lui ôteroit fa dignité, ou entreprendrait ilir fa vie. 

Le Khalife far cela fit venir en fa prélènce l'Intendant de la Mofquée , & 
voulut fçavoir de lui qui y demeuroit; l'Intendant lui dit, que c'étoit un vieil- 
lard qui faifoit profeffion de la vie Religieufe des Sofis , nommé Nagemeddin 
Al Gioufchani. Cet homme ayant été mené devant le Khalife, lui avoiia, qu'il 
étoit venu -là exprès pour fa dépofition. Adhed confidérant cet homme, le 
trouva fi foible & fi miférablc , qu'il ne le crut pas capable d'une telle entre- 
prife : c'efl pourquoy il lui donna l'aumône, & le congédia en lui difant: Priez 
Dieu pour moi. 

Il arriva cependant quelque tems après que Saladin voulant fe rendre le maî- 
tre abfolu de l'Egj-ptc , prit la réfolution de fupprimer le Khalifat des Alides, 
& de faire reconnoître celui des Abbaffides. Il fit pour cet efi^et une aflïmblée 
géiierale des principaux Chefs & Docteurs de la loy, où cette afi'aire importan- 
te dcvoit être décidée. Le vieillard , dont nous avons parlé , ne manqua pas 
de s'y trouver , & il parla fi fortement contre les vices & les erreurs des Ali- 
des, qu'ils furent déclarez infidèles par ce Synode, & leur Khalifat aboli. 

Quoy que l'on compte quatorze Princes dans cette famille, il n'y en a pour- 
tant qu'onze qui ayent régné en Egypte ; car les trois premiers établirent le 
fiége de leur Khalifat à SegelmelFe , à Cairoan , & à Mahadie dans l'Afrique , 
& ce fut le quatrième, nommé Moêz, qui le transfera en Egypte dans la vil-- 
le du Caire, qu'il avoit fait bâtir, où il a fubfifté pendant le cours de 208 an- 
nées Arabiques. 

Ce fut l'an 362 de l'Hegire , de J. C. 972 , que Moêz ledinillah entra en 
Egypte, & que l'on celfa d'y reconnoître le Khalife de Bagdet, qui étoit pour 
lors Mothi lillah ; mais fes prédecciïeurs , outre l'Afrique qu'ils pofTédoient , 
avoient conquis la Sardaigne &. la Sicile, dès l'an 920 de Nôtre Seigneur, qui 
réppnd au 308 de l'Hegire. 

FATHIRAH. L'Oblation ou Sacrifice de la Méfie, que les Mufulmans 
mettent au nombre des cinq points capitaux de la foy des Chrétiens, mot Ara- 
be , qui fignifie proprement la fête de Pàque , à caufe du pain azime qui y eft 
confacré. 

FAT H I R I , furnom de Mahmoud Al Cafchi , Auteur d'un commentaire fur 
le Poëme d'Ebn Faredh, intitulé Taiiah , qui mourut l'an 785 de l'Hegire. 

FAZARI, furnom d'Abou Ishak , que les Mufulmans révèrent pour faint ; 
Jafëi a écrit fa vie dans la fection 150 de fon hifloire. 

FA Z I N I , furnom d'un Mohammed Ben Mohammed , difciple de Gaiathed- 
din Manfour. Il a travaillé fur les Elemens d'Euclide , & a intitulé fon ouvra- 
ge Tahadhib al OJfoul. 

FEGANI & Figani, les Perfans le prononcent Figoni. C'efl le nom d'un 
Poëte , qui a compofé en Perfien un Iskender Nameh , c'efl-à-dire , une hiflou-e 
d'Alexandre le Grand en vers. Cet ouvrage a été traduit en vers Turcs. 

FEHEREST & Fihirifl:. Feherefl: Ebn Nedira , Catalogue de livres Arabes 
recueilli par Ebn Nedim.' 

D 3 FEHIM, 



30 F E H I M. F E L E K. 

FEHIM, furnom de Tageddin Ali Ben Mohammed Al MoufTali, Auteur d'un 
livre intitulé Athàr al rabe4t, 

FEK & Fekehat, l'étude & la fcience de la Loy, la JuriCprudence ; Fakih , 
un Dofteur de la loy , ou , fi vous voulez , un Jurifconfulte. C'eft d'où vient 
le mot Efpagnol Alfaqui. 

Il faut remarquer, que l'Alcoran étoit chez les Mahometans le feul livre de 
leur loi; il renferme, par conféquent, tout leur Droit civil & canonique, pour 
parler félon nous, & comme il comprend aufîi toutes les véritez qu'ils doivent 
croire , il s'enfuit qu'un Dofteur en cette loy , ell auiïï Do6leur en Théologie 
à leur mode, & que les deux profelîions^ de Théologie & de Droit, font chez 
eux inféparables. 

Cette loy, fur laquelle eft fondée toute la Théologie & toute la Jurifpruden- 
ce des Mufulmans , eft donc comprife dans l'Alcoran , de même que celle des 
Juifs l'eft dans les cinq livres de Moyfe; c'eft pourquoy ils appellent par excel- 
lence l'étude qu'ils en font, Ders, c'eft-à-dire , méditation, mot qu'ils ont em- 
prunté de l'Hébreu Derafch, qui fignifie recherche & éclairciffement de la loy, 
d'où fe forme celuy de Darlchan , qui eft chez les Juifs un Prédicateur & un 
Interprète de la loy. 

On trouve dans le livre intitulé Uns Jlmoncathein , une fentence ou tradition 
de Mahomet en ces termes : La chofe la plus excellente de la Religion eft la 
fcience de la loy , & la chofe la plus excellente de la loy eft l'obfervance des 
commandemens de la loy, Dieu ne pouvant être plus honoré que par l'étude 
& par l'accomplilTement de fa loy. Il ajoute enfuite , qu'un homme bien verfé 
dans la loy, eft plus fort contre le Démon que mil perfonnes dévotes & pieu- 
fes ; & il en rend cette raifon , qui eft que chaque chofe étant appuyée fur fon 
fondement , & l'étude de la loy étant le fondement & la colonne de la Reli- 
gion, celui qui s'y applique, demeure toujours ferme & inébranlable. 

Moavie fut autrefois qualifié du titre de Calil alhadith, c'eft-à-dire, d'homme 
qui s'attachoit peu aux traditions prétendues de Mahomet & de Çqs premiers 
compagnons; & il difoit fouvent : Appliquez-vous, Mufulmans, à bien étudier 
la loy, parce que j'ay ouy dire au JProphete , que Dieu rend celui qu'il aime, 
fçavant dans fa loi. 

Il eft aifé de voir, que tous ces fentimens font pris des Pfeaumes de David, 
& particulièrement du cent-dix- huitième. 

FEKEHAT Allogat, l'intelligence de la langue Arabique , Ouvrage qui con- 
tient les mots les plus propres & les plus recherchez de la langue Arabique , 
rangez fous divers titres , à la manière d'un Onomafticon , tel qu'eft celui de 
Pollux en Grec, & le Janiia Ungiiarum en Latin. Il eft, in folio, dans la Bi- 
bliothèque du Cabinet du Grand-Duc. C'eft Thaalebi qui en eft l'Auteur. 

FEKHERL Voyez k titre d'Afchgi Zadeh. 

FELE K, le Ciel. Ce mot Arabe, auffi-bien que le Perfien Kerdoun, fe prend 
ordinairement chez les Poètes Orientaux , pour le deftin & pour la fortune , à 
caufe de fes révolutions continuelles. Dunia & Deher, Gehan & Rouzghiar, qui 
fignifient en Arabe & en Pcrfien le monde , le fiècle & le tems , fe prennent 

aulS 



F E L E K I. g, 

auflî dans le même fens. Von -peut voir ces titres , pour fçavoir ce que difent 
les Orientaux fur la viciffitude des chofes humaines. j.o||| 

FELEKI, furnom d'un Poëte Perfien, natif de la province de Schirvan ou 
Medie des anciens, dont le nom propre eft Aboul Nazâm Mohammed, On le 
qualifie ordinairement du titre de Schems al Schoâra , Soleil des Poètes , & de 
Melikal fodhala , Roy des fçavans ; & l'on préfère fa poëfie à celle de Khaka- 
ni , & à celle de Zehir. 

Le Sultan Sâid Ulugh Begh Mirza dit, qu'après les Poëmes d'Envari , il n'y 
a point de poëfie qui ait plus de force que la fienne , & Hamdallah Moftaoufi 
croit qu'il a été le maître de Khakani ; mais l'Auteur du Tezkereh Afchoara 
réfute cette opinion , par le témoignage du Scheikh Azéri dans fon poëme , in- 
titulé Giavahir al afrdr, où il aiTùre , que Feleki & Khacani ont été tous deux 
difciples d'Aboulôla, le plus illuftre des Poètes Arabes. 

La ville où. ce Poëte prit naifîance eft Schumakhi, ou, comme nous l'appel- 
ions , Schamachie , proche le rivage de la mer Cafpienne , dans la province de 
Schirvan, dont le Prince qu'il a entrepris pai-ticulièreracnt de loiier, étoit pour 
lors Manugeher Schah, auprès duquel il avoit grand crédit. 

L'on donne le furnom de Feleki à nôtre Poëte , à caufe , dit - on , du com- 
merce qu'il eut au fujet de fes amours , dans la maifon d'un Ailrologue , qui 
lui fit naître le defir d'apprendre l'Allrologie , que les Arabes appellent Elm al 
felek, la fcience du ciel. 11 fit de ïi grands progrcz dans cette fcience , qu'il 
compofa même un traité intitulé Jhcdm Nogioum , des jugemens Aflrologiques 3 
ouvrage fort eftimé par les gens de cette profelîion. 

L'on dit, que fes amours le portèrent à un fi grand excez de mélancholie , 
qu'il refolut de rompre tout commerce avec les hommes , & de fe retirer dans 
le coin d'une maifon écartée , qui étoit à l'extrémité de la rue où loo-eoit fa 
maîtrefl^e. Il y compofa d'abord ce quatrain qu'il lui envoya , où il s^'adrefle 
au vent qui paffoit devant fa porte , avant que d'arriver au logis de fa Dame, 
& il lui dit : 

La rançon âf le prix de ma vie fera ta récompenfe, Jî dajis le moment que tu pas- 
feras devant le logis di ma maitrcjfe, tu lui dis ces paroles: 

J'ay vu en pajjant au coin de cette rué un amant éperdu , qui prejfé de l'extrême 
d'fir de vous voir eft fur le point de rendre Came. 

Un jour ayant appris que la perfonne qu'il aimoit, étoit dans fon voifina-^e, 
& qu'elle lui donnoit part de fon arrivée, il effuya fes larmes; & paflant tout 
d'un coup à une extrême joye , il chanta ces vers : 

Le plaifir que fai fenti entendant feulement le bruit de vos pas: 

O vous, qui afafinez fur les grands chemins le bon fens de tous vos amants, 

Faffionné que je fuis^ de voir l'unique objet de tous mes fouhaits , après mil mo-^ 

mens lattgufftants d'une foib.'e efpérance. 
Ce plaifir, dis-je, a laijfé enfin échapper mon cœur fur les prunelles de mes yeux, 

âf a fait courir toute mon ame à la porte de mon oreille. 

Lorfqu'il eut le bonheur de la voir, il s'écria : Ne croyez pas que je puiffe 

jamais - 



32 FELEKI. FERAIDH. 

jamais avoir de la patience à vôtre égard , ou que je puifTe demeurer un mo- 
ment éloigné de vous : Mais , que dis-je , & que fais-je , fi je n'ay pas de pa- 
tience? puis que la fortune des vrais amants efl de foufFrir toujours. 
Il fallut pourtant enfin fe féparer, & la Dame en partant chanta ces vers. 

Jufqv'à ce que -vous foyez entier eme^it perdu , quelque playe que vous fajje l'amour , 
vous lie demanderez jamais au Médecin qu'il vous guérijfe. 

Ne craignez donc, ni mal, ni perte dans la voye de l'amour ; car fi vous ne cejfez 
entièrement d'être, vous ne ferez jamais un parfait amant. 

Quoy que Feleki fe fût rendu excellent dans les Mathématiques , il les quitta 
cependant , pour fe donner entièrement à la Poëfie. Il nous a laiiTé plufieurs 
de fes ouvrages, dans lefquels on compte plus de quatorze mil vers, qui l'ont 
rendu illuflre dans toute la Perfe. Il mourut l'an de l'Hegire 577, & fut en- 
terré dans la ville royale 5chamachie. Cet abrégé de fa vie eft mis en guife 
de préface, à la tête de fes ouvrages, en langue Perfienne. 

FELEKI, furnom d'Aboulfadhl , qui a travaillé fur les Efma. Voyez ce titre. 

FELVARIS Ai. C'eft ainfi que les Turcs appellent le mois de Février du 
Calendrier Julien; ils difent, qu'il correfpond au mois, nommé dans le Calen- 
drier Syrien 5 Schubat, & le comptent pour le dernier mois de l'hyver. Ils fe 
fervent beaucoup dans leiu-s Ephémerides , auffi - bien que les autres Orientaux , 
du Calendrier Julien. 

FENEK ou Fenk; les Aftronomes du Cathai & del'Igur, au rapport d'U- 

' \\i^h Begh , divifent le jour civil de 24 heures en douze parties égales , qu'ils 

appellent Tchagh, & chaque Tchagh en huit parties qu'ils nomment Keh: Mais 

par une autre divifion plus particulière, ils partagent nos vingt -quatre heures 

en dix mil parties, dont chacune eft nommée Fenk. 

Ces mêmes Aftronomes ne mefurent pas cet efpace de 24 heures d'un midy 
à l'autre, comme font tous les autres Mathématiciens de l'Orient & de l'Occi- 
dent ; mais d'un minuit à l'autre, ce qui leur eft particulier. 

FERAIDH, les commandemens & les obligations de la Religion Mufulma- 
ne. Seragiah , Auteur célèbre , en a fait un livre fort eftimé des gens de fa 
fefte, qui fe trouve dans la Bibliothèque du Roy, n°. 714. 

Cet Auteur , avant que d'entrer en matière , difcoure de toutes les qualitez 
qui tombent fur les différentes chofes ,qui font commandées ou défendues par 
la loi. Cette diftinftion eft curieufe. 

Il dit premièrement , que tout ce gui eft clairement déclaré dans la parole 
de Dieu, laquelle félon lui eft l'Alcoran, s'appelle Fardh , & que quiconque ne 
le reçoit pas, eft infidèle. 

Vagcb s'appelle tout ce qui eft clair par la raifon: celui qui ne l'obferve pas 
eft un ignorant & un miférable, mais il n'eft pas infidèle. 

Sunnah ou Tradition. Il y a du mérite à l'obferver, & celui qui ne l'obfer- 
ve pas eft digne de réprimende, mais non pas de punition. 

Moftehcb eft ce qui mérite d'ôti-e obfcrvé ; & ce qui ne l'étant pas , n'obli- 
ge ni à punition, ni .à repréhenfion. 

Mobah 



F E R A O U N. 35 

Mobah efl tout ce qui peut être obfervé , ou obrais également & fans dif- 
tinftion. 

Macrouh eft une chofe pour laquelle on ne loiie point celuy qui s'en abllient, 
& on ne blâme point celui qui en ufe. 

Harâm efl ce qui mérite repréhenfion & punition, en un mot, ce qui efl dé- 
fendu expreiïëment par la loy ; & le contraire de Halal , qui fignifie tout ce qui 
efl permis par la même loy. 

Adab tombe fur tout ce que le Prophète, c'efl-à-dire , Mahomet, a pratiqué 
une ou deux fois. 

FERAOUN & Firaoun; les Mufulmans appellent Feraoun celui que les Hé- 
breux nomment Perô , & nous autres Pharaon , & ils difcnt , que ce mot efl un 
titre que prenoient les anciens Roys d'Egypte , de même que les fucceffeurs 
d'Alexandre ont pris celui de Ptolomée. Ainfi le nom de Refera ou Khofroes 
étoit commun à tous les Roys de Perfe de la quatrième dynaflie , que l'on nom- 
me auflî des Saffanides, celui de Cailfar auv F2mpereurs Grecs & Romains, ce- 
lui de Khacàn aux Tartares , de Fagfour aux Chinois, & de Tobâ aux Roys 
de riemen ou Arabie Hcureufe. 

Le Pharaon , qui regnoit en Egypte lorfque Jacob y vint avec fcs enfans , 
s'appelloit félon les Arabes Rian , celui qui lui fucceda Malfàab, & celui auquel 
Moyfe s'adreffa Cabous ou Valid. 

Le premier éleva Jofcph à ce point de grandeur que les faintes Ecritures 
marquent, le fécond continua à bien traiter les Juifs, en conOdcration des grands 
fervices que Jofeph avoit rendus à fon père : mais le troilième ayant oublié Jo- 
feph , s'oublia fi fort lui-même, que de vouloir palfer pour une divinité , di- 
fant à fes peuples /ina liakom , je fuis vôtre fouverain Maître, c'efl-à-dire, 
vôtre Dieu. 

Il maltraita fort les Ifraëlites, à caufe qu'ils réfufoient de le reconnoître pour 
tel , & il leur dit : Jofeph étoit un efclave , acheté à prix d'argent par un de 
mes prédecelfeurs , & par conféquent vous êtes tous mes efclaves ; & fur ce 
fondement, il les reduifit en fervituJe jufqu'au tcms que Moyfe les délivra de 
fcs mains. 

C'efl ainfi que parlent les Interprètes de l'Alcoran fur le chapitre Aaraf. 

Le Tarikh Âfontekheb veut , que les Pharaons appeliez par les Arabes Faraê- 
nah , foient de la race d'Ad , Père de la Tribu des Adites , & que Valid ou 
Velid, qui fut fubmergé dans la mer rouge, vcquit du tems de Manugeher , 
Roy de Perfe de la première dynaflie. 

Les Alides , qui ne pouvoient foulfrir que le Khalifat fût hors de leur Mai- 
fon, appelaient les Ommiades Faraenah Béni Ommiah, les Pharaons de la Mai- 
fon d'Ommie , & les Arabes appellent auffi généralement du nom de Pharaon 
toutes les tribus ou familles des impies & des infidèles. 

Dans le chapitre de l'Alcoran, intitulé Nazéat ^ l'on trouve, que Pharaon vint 
jufqu'à cet excez d'orgueil & d'impiété, qu'il prononça ces paroles: Je fuis yo- 
tre -fouverain Seimeur , Éf le plus grand de tous vos Dieux: mais Dieu punit fa té- 
mérité en ce monde-cy ^ en l'autre. D fut en effet fubmergé dans les eaux de la 
mer rouge, & fut condanné au feu éternel de l'enfer, difent les Interprètes, 

Cafchiri dit, dans fon Livre intitulé Lathaif ^ que le Démon ayant entendu 
ces paroles de Pharaon, fc plaignit de ce que pour avoir feulement tente Adam 

ÏOME IL E du 



54 F E R A O U N. 

du dsfir d'une fcience égale à celle de Dieu , il fe trouvoit en un état fi m'- 
lerable, & que Tharaon , qui avoit voulu palTer pour Dieu même, n'étoit paa 
plus puni que lui. 

Quelques-uns veulent, que ces deux peines auxquelles Pharaon a été condam- 
né, regardent les deux paroles impies qu il profera, la première qui ell rappor-- 
tée cy^delTus , & la féconda qui fe trouve couchée ailleurs. Je ne crois pas quil 
y ait pour vous d'autre Dku que moi: Et plufieurs avancent, que cet impie de- 
meura pendant Tefpace de quarante ans dans ce fentiment. 

Le Scheik Ah-eddou'at rapporte, qu'étant allé vifiter HoufTain, fils de Man- 
for, furnommé Hallage, il le trouva ravi en extafe, ce qu'ayant vu, il lui vint 
dans l'efprit cette peniée: Pourquoy Pharaon pour avoir dit, Je fuis vôtre Dieu^ 
eft-il condamné aux fiâmes éternelles ; & que Houlfain qui dit : Je fuis Dieu , 
eft-il élevé au plus haut degré de la contemplation , & jouit-il en ce monde des 
délices du paradis? 

Dans le tcms que je faifois cette réflexion , dit le Scheik , une voix fe fit en- 
tendre , en ces termes : Pharaon difant ces paroles , ne regardoit que lui-même , 
& m'avoit entièrement oublié , & HoufTain en les proférant ne penfe qu'à moy, 
& s'eft oublié lui-même. Pharaon blafphemoit & m'abandonnoit, HoufTain s'u- 
nit à moi & m'adore. Ce , je fuis ^ dans la perfonne de Pharaon , étoit une 
malédiftion pour luy : ce , je fuis , dans celle de HoufTain , efl un efTet de ma 
miféricorde. Enfin, ce Tyran étoit l'ennemi déclaré de la fouveraine Vérité, 
& celui-cy en ell un amant paflionné , & ti'anfporté. Voyez Le titre de cet Houf- 

L'hifloire de Pharaon e(t rapportée par lambeaux en plufieurs endroits de TAl- 
coran. Dans le chapitre de Jonas , Mahomet fait dire à Dieu les paroles fui- 
vantes : Nous avons fait pafer la mer aux enfans d'Ifraël , Pharaon les pourfuivit 
avec fon armée pour les perdre, jufqiià ce qu'il fe noyai lorfqu'il fe vit à l'extré- 
mité de fa vie, il dit: Je croy qu'il ny a point d'autre Dieu que celui des Ifraëli' 
tes, ce(î en lui qu'ils croyenî , & je protejîe, que je fuis aujfi du nombre des Fidè- 
les, On lui dit alors : Vous avez été rebelle jufqu'icy , 6? n'avez employé votre vie 
qu'à offenfr Dieu , vous augmenterez maintenant le nombre de ceux qui font perdus 
fans refource. Dieu lui dit encore : Je retirerai aujourd'hui vôtre corps mort du 
milieu 'des eaux , afin qu'il ferve de figne èP de monument de vôtre rébellion , ^ de 
ma puiffance à ceux qui viendront après vous. 

Les "Interprètes Mufulmans ont chargé, félon leur coutume, cette hifloire de 
plufieurs contes fabuleux ; il ne fera pas inutile d'en rapporter quelques - uns. 
Ils difent premièrement , qu'il faut voir dans le chapitre Schoara de quelle ma- 
nière Moyfe fendit les eaux de la mer rouge, pour ouvrir le palîage aux Ifraë- 
lites, après quoy voici comme Pharaon y entra. 

Gabriel , l'Ange conducteur de ce peuple , monté fur une hacquenée , étant 
demeuré le dernier de tous fur le bord de la mer du côté d'Egypte , Pharaon 
y arriva, & voyant la mer entr'ouverte, qui lui frayoit un chemin, il ne vou- 
loit point y entrer ; mais fon cheval attiré par l'odeur de la hacquenée de Ga- 
briël , l'emporta , & fit que toutes les troupes qui fuivoient leur Prince , fe 
trouvèrent fans y penfer au milieu de la mer , laquelle en fe refermant ,. les. 
engloutit tous. 

L'Auteur des Medarek dît , que Pharaon fe voyant dans cette extrémité , fît 
une déclaration & profefîion de foi en trois manières difl'érentes, lorfqu'il n'é- 

toit 



F È R A O U N. 3j 

toit plus tems , & qu'une feule de ces trois formules lui auroit auti-efois fuffi : 
c'efl pourquoy Gabriel lui dit : Vous n'êtes plus en état de choifir , vous en 
avez perdu l'occafion. 

Le même Auteur & celui de Tebiiân écrivent , que ce même Ange s'étoit 
prefenté autrefois devant Pharaon, fous une figure empruntée, & lui avoit pro- 
poie un cas à décider en cette manière: Un maître avoit un efclave qu'il avoit 
élevé & diftingué de tous fcs compagnons , par une infinité de faveurs dont il 
l'avoit comblé. Cet efclave oubliant fa condition & les grâces qu'il avoit reçues 
de fon maître, devint fi méconnoiffant , qu'au lieu de demeurer dans l'obcilTan- 
ce , il entreprit de faire le maître , & palfa dans une rébellion ouverte contre 
fon Seigneur. 

Pharaon n'eut pas plutôt ouy ce récit, qu'il fîgna de fa propre main la condam- 
nation de l'efclave, & déclara qu'il méritoit d'être jette & noyé dans la mer. 
L'Ange , qui avoit gardé cette fentence de Pharaon par écrit , ne manqua pas 
de la lui préfenter , lorfqu'il fut fur le point d'être enfcveli dans les eaux de 
la mer , & lui dit pour dernier adieu ces pai'oles : Vous vous êtes condam- 
né vous-même, & vous ne fouffrez que ce que vous avez mérité de vôtre pro- 
pre aveu. 

Les Ifraëlites, après avoir pafle la mer , ne furent pas encore délivrez de 
toute forte de crainte; car ne fçachans pas que Pharaon fut péri dans les eaux, 
ils appréhendèrent qu'il ne fill préparer des vaiffeaux pour la palier, & ne les 
pourfuivît jufques dans le defert : c'ell pourquoy, difent les Mufulmans en con- 
tinuant leurs fables : Dieu fit venir au-delTus de l'eau à la vue de leur camp , 
le corps de Pharaon qui fut reconnu à la cuirafl'e de fer qu'il portoit , & ce 
miracle de faire flotter un corps chargé de fer les alfurant de plus en plus de 
la proteffion de Dieu, leur ôta toute forte d'inquiétude. 

Les Egyptiens , qui ne voyoient point revenir leur Roy , difoient , qu'il 
étoit allé dans quelque Ifle de la mer , pour y chafl'er aux oyfeaux ou pour y 
pêcher; mais Dieu fit encore un autre miracle, car les vagues de la mer pouf- 
fèrent le corps de Pharaon fur un des rivages les plus élevez de cette mer du 
côté de l'Egypte, afin qu'il fût vu de tous fes fujets , & que l'on ne doutât 
point de fa mort. 

Ce fut-là ce figne dont il ell parlé dans ce verfet, & un exemple à fes fuc- 
ceifeurs & à tous les plus grands Roys de la terre , afin que celui qui eft par 
nature un efclave, foûmis à la domination du fouverain Maître, comme tous les 
autres hommes, ne dife pas comme Pharaon: Je fuis vôtre fouverain Seigneur ^ 
Maître^ titre qui n'appartient qu'à Dieu feul. 

Un Poëte Perfien dit fur ce fujet : Quelle ignorance n'efl-ce pas à un hom- 
me qui ell efclave du fommeil, du boire & du manger, de fe vanter d'être in- 
dépendant & abfolu; & que celui qui eft fi foible à l'égard de foi-même , falTe 
tant de bruit du pouvoir qu'il a fur les autres? 

Dans le livre intitulé Lathaif, Lamai rapporte , que Pharaon tenoit fouvent 
çonfeil avec le Démon & qu'il lui avoit fait plufieurs inftances , afin qu'il le 
lift paifer auprès de fes fujets pour une Divinité. Le Démon lui répondoit • 
toujours, qu'il n'étoit pas encore tems , & qu'il ne manqueroit pas de le fatis- 
faire en tems & lieu. Sur ceci l'Auteur s'écrie : Quelle folie n'eft-ce pas à 
un homme de vouloir paifer pour Dieu , pendant que fouvent la faim & la 
maladie le preffent : Tu te veux élever , malheureux , au - defllis de la condi- 

E 2 tion 



3^ F E R A O U N. 

tion des autres hommes , & tu as befoin de fubvenir à tes nécefîîtez , com- 
me eux. 

Un jour enfin le Dé.non le vint trouver & lui dit : Le tems efl venu de f.ù- 
re publier vôtre Divinité. Piiaraon lui demand.i alors .* Pourquoy avez-vous at- 
tendu prcciilment jufqucà ce tems-cy pour accomplir vôtre promefle. Le Dé- 
mon lui répliqua : C'ell que vous vous êtes 11 mal comporté , & avez fi mal 
gouverné vos Etats juiqu'à ce tems -ci, qu'aucun de vos llijets ne vous peut 
plus foulFrir, de forte que déformais ils fe révolteront tous contre vous, à moins 
que vous ne palliez dans leurs efprits pour un Dieu : car lorfqu ils auront cet- 
te croyance, tout ce que vous ferez, & tout ce que vous direz pour extrava- 
gant qu'il puilic être, fera regardé & écouté avec refpeft. 

La moralité de cette fable ell , qu'il n'y a que les infenfez qui puilTent con- 
cevoir des penfées fi vaines , ce qui fait conclure à Lamaï fon conte par cet- 
te réflexion inftruftive. Quand un homme de peu de valeur feroit élevé juf- 
ques fur le trône, il ne paifera jamais pour un grand Roy. L'homme dénué de 
mérite ne trouve point d'élévation dans la grandeur même. Vous voyez fou- 
vent une vapeur s'élever de terre julqu'au ciel & former une nuée éclatante ; 
mais elle a beau monter, elle n'arrivera jamais jufqu'au Soleil, ni même jufqu'au 
plus bas des planètes. En effet , toutes ces Lunes que l'on employé aux orne- 
mens des bàtimens & des habits pourroient- elles jamais attirer l'admiration des 
hommes Lien fenfcz, comme fait l'Aftre véritable de la nuit. 

Les Magiciens de Pharaon , fuivant le fentiment des Mufulmans , s'étant con- 
vertis à la vue des véritables miracles de Moyfe, par lefquels leurs preftiges & 
leurs impoilures furent entièrement difîipées , ce Prince ii-rité les foupçonna être 
d'intelligence avec JVIoyfe, & les condamna tous à la mort. 

Ces Profclytes , bien loin d'être épouvantez par la crainte des fupplices , s'af. 
fermirent de plus en plus dans la foi du vrai Dieu, & témoignèrent une très- 
grande joye de mourir pour fon amour ; c'eft ce qui leur lit dire à Pharaon : 
Non feulement nous ne craignons pas la mort ; mais nous la fouhaitons plus 
ardemment qu'une perfonne alt>jrée ne dcfire l'eau la plus fraîche. Nôtre mort 
ne fera qu'un retour ;i Dieu, & qui ell celui qui ne doive pas foupirer après 
ce retour ? 

Gelaleddin Mohammed Al Balkhi chante fur ce fujet : Nos âmes font enfer- 
mées dans des vafes d'argille , qui ne font que terre & eau. Quand elles font 
une fois dépêtrées de cette boue, avec combien de joye vont -elles fautant & 
bondiffmt dans les airs de la Divinité. Elles paroiffent comme autant de lunes 
dans leur plein, auxquelles il ne manque plus rien de leur éclat. Auflî-tôt que 
le voile dont elles étoient enveloppées efl levé , combien d'ouvertures ne trou- 
vent elles pas pour aller voir & poffeder leur Bien -aimé. C'efl alors qu'elles 
font retentir tout l'empyrée de leurs cantiques , & qu'elles redifent inceffam- 
ment ces paroles : Piût à Dieu, que tous les hommes fçuffent & connuffjnt. 

Les Chrétiens Orientaux, félon le témoignage d'Ebn Batrik, donnent le nom 
d'Amious , au Pharaon de Moyfe qui fut fubmergé. Il y a au/îi des Mufulmans 
qui le nomment Sendn Ben Uluân. Le nom d'Amious femble avoir quelque rap- 
port à celui d'Amafis, ancien Roy d'Egypte, fort connu des Grecs. 

Il y a dans la Bibliothèque du Roy, n^. 1121, un livre, intitulé Ketâb fi imîn 
Fdrao'tn, oli il efl: traité de la profeffion de foi , <Sc.de la pénitence trop tardi- 
ve de ce Prince. 



FERARIGE. F E R I D O U N. 3^ 

n y avoit autrefois , félon le Géographe Perfien , un lieu proche la ville da 
Colzum, qui portoit le nom de Kiofchk Feraoun, c'eil-à-dire , le Balcon ou le 
Portique de Pharaon. Foyez le tare de Moulfa ou Moyfe. 

FERARIGE. Màmal al ferarige, l'art de faire éclore des pouflins dans un 
four, qui n'cft en ufage qu'en Egypte. Foycz le tare ûlê Giavaher Bohour. 

FER CAD, Auteur eflimé , également pour fa doftrine & pour ft piété, 
par les IMululmans. On cite de lui cette fentence : Faites état que ce monde- 
cy n'cft qu'une nourrice étrangère & empruntée , & que l'autre vie eft vôtre 
\''.ritable mère , & coniiderez que le Faon , qui tette une autre biche que fa 
mère, ne commence pas plutôt à fe fentir & à fauter, qu'il abandonne fa nour- 
rice pour courir vers la mère. 

FERDOUSI , furnom de Haiîlui Ben Scharf ou Scharfschah , auquel on a don^ 
ne le titre de Danifchmcnd Agcm , le Sçavant de Perle. C'eft le plus célèbre 
Poëte que la Perfe nous ait donné , dont le Poëme intitulé ^chahnameh , c'eft- 
à-dire, l'hiftoire ou les Annales des Roys de Perfe, eft le plus fameux de tout 
l'Orient. 

Ferdoufi le compofa en foixante mil vers , dont chacun cflr proprement un de 
nos Diftiques, à la requifition du Sultan Mahmoud, fils de Scbccteghin, qui ne 
l'ayant recompenfé que de foixante mille drachmes d'argent , ce Poëte irrité en 
eut tant de dépit, qu'il quitta la Cour du Sultan, & fie des vers contre lui. Il 
mourut à Thous , fa patrie, l'an de i'Hcgire 411. On l'appelle ordinairement 
Ferdoufi Thoufi. 

On parlera ailleurs plus au long des avanturcs de ce Poëte. Foyez cependant 
le titre de Schahnameh. 

FERIDOUN & Afridoun, feptième Roy de Perfe de la première race ou 
dynaftie , étoit fils d'Apiten ou Alkian , Prince qui defcendoit de la lignée de 
Giarafchid. 11 défit en bataille rangée Zohak, ufurpateur de la couronne de Per- 
fe, il le fit prifonnier & le tint fous bonne garde dans une grotte dé la mon- 
tagne de Damavend. Le jour qu'il gagna cette fameufe bataille, & qui délivra 
la Perfe de la tyrannie de Zohak , fut appelle par les Perfans iVIihirgian , & 
tombe juftement au point de l'Equinoxe d'Automne , qui porte ce nom dans 
le Calendrier Perfien. 

Gomme le principal Auteur de cette viftoirc fut Gaou ou Gao, fimple For- 
geron, lequel ayant attaché fon tablier au bout d'une perche affembla , & ex- 
cita le peuple contre le Tyran Zohak , Feridoun pour conferver la mémoire 
de cette aftion fi hardie & fi hcurcufe , fit enrichir le tablier de Gao , qui 
avoit fervi d'étcndart le jour de la bataille, de pierres prctieufcs, que tous les 
Roys fes fucccifcurs ont augmentées, jiifqu'à ce que fa valeur eft montée à un 
prix ineftimable. Les Arabes le prirent fur les Perfans à la bataille de Cade- 
fie, qu'ils gagnèrent fous le Khalifat d Omar, & l'ayant partagé cntr'eux , cha-- 
cun fe trouva recompenfé d'un trè'-'-riche butin. 

Quand Keridoun fe fentit avancé en âge, il refolut de partager les Keats en- 
tre trois cnfans qu'il avoit. Il donna à l'aîné , nommé Salm"^ la partie Occi- 
dentale de fes Etats , qui s'étendoient jufqu'on Afrique. Le léconJ , nommé 
Thour, eut pour partage la partie Orient le jufqu'au Gihon. Et le troiCème, 

E 3, nom- 



p F E R I D O U N. 

nommé Irage, fut pourvu des Provinces qui en occupoient le milieu , avec la 
prérogative du trône Royal , & la pofleffion des trefors que fon père avoit 

Feridoun , après avoir ainfi difpofd de fes Etats, choifit un lieu de retraite, 
pour y vacquer uniquement au fervice de Dieu: mais le^ repos de fa folitude 
fut bien-tôt troublé par fes propres enfans , dont les deux aînez piquez de jaloufie 
contre leur cadet , qu'ils difoient avoir été avantagé par leur père à leur pré- 
judice , lui firent une cruelle guerre. Cette guerre ne finit que par la mort 
d'Ira<ïe qui fut vaincu & tué par fes frères : mais ceux-ci non contens de fa 
mort^ envoyèrent par une impieté deteftable , fa tête à leur propre pcre Feri- 
doun^ lequel outré de cet attentat, maria la fille d'Irage à un Prince de fa fa- 
mille, & c'eft de luy que Manugeher naquit, lequel étant arrivé à l'âge de por- 
ter les armes, vangea la mort de fon gr4nd-pcre par celle deSalm & de Thour 
fes grands oncles. 

C'efl; ainfi que l'Auteur du Lebtarik raconte l'hilloire de Feridoun , laquelle efl 
rapportée par l'Auteur du Tarikh Cozideh avec quelques circonllances différen- 
tes. Cet Auteur dit que Feridoun étoit petit-fils de Giamfchid, & qu'il por- 
toit le furnom de Ferrakh , qui fignifie généreux & libéral ; il le fait palfer 
pour Mufulman, c'efi;-à-dire , pour un très-religieux obfervateur de la loy du 
vray Dieu. 

11 ajoute qu'il partagea fes enfans en grand Seigneur; car il donna à Salm fon 
fils aîné le pays nommé Magreb, c'efl:-à-dire, toutes les Provinces de l'Occident 
conquifes ou à conquérir, avec le titre de KailFar. A fon fécond fils nommé 
Tour, la Turquie Orientale qui comprend les pays des Turcs, Tartares, & Mo- 
gols, & toute la vafi;e étendue du pays de Catha Ôc de Tchin , c'efi;-à-dire, le 
Cathai & la Chine, avec le titre de Fagfour. 

Le Cadet qu'il aimoit plus tendrement demeura maître de la Perfe, des deux 
Iraques, de la Syrie, de l'Arabie & du Khoraflàn, avec leurs dépendances , & 
prit le titre de Schah : Celui-ci fe nommoit Irage ,^ & l'on croit que le grand 
Empire de Perfe qui comprenoit les Provinces lailfées en partage à Irage, prit 
de lui le nom d'Iran, de même que les Provinces qui étoient à l'Orient & au Sep- 
tentrion de la Perfe, prirent le nom de Tourln à caufe de Tour qui en étoit 
le maître. 

Feridoun, félon le même Auteur, fit ce partage après avoir régné 500 ans, 
& fut le premier qui dompta des Elcphans, & qui inventa la Theriaque. 

Khondemir qui s'étend un peu plus que les Hifl:oriens précédents , dit que 
Feridoun étoit fils d'Atkian, & non d'Apiten; mais il y a peu de différence dans 
les chara6leres Perfiens , de l'un à l'autre de ces deux noms , & qu'après que 
Gao eut par fa valeur , délivré la Perfe de la tyrannie de Zohak , & mis ce 
Prince fur le thrône , il fe fervit du commandement général des armes qu'il 
avoit entre les mains , pour affujettir tous les peuples voifîns de la Perfe à l'o- 
boïffance de Feridoun; car ces peuples avoient fecoûé le joug des Perfans fous 
le règne de Zohak. 

Après cette expédition il pouffa fes conquêtes bien avant dans l'Occident, où 
il fubjugua pendant l'efpace de vingt années, tous les peuples qui ne reconnoif- 
foient pas la majefté & la puiffance du Monarque de Perfe , lequel faifoit fon 
fejour pour lors dans l'Adherbigian, qui eft la Medie. Gao portoit dans toutes 
fes expéditions l'étendart dont il fe fervit , lorfqu'il fit fa première entreprife 

contre 



F E R I D O U N. 39, 

contre le Tyran Zohak , & cet étendart n'étoit autre qu'une peau dont il fe 
ceignoit pour travailler à la forge qui étoit fon métier ordinaire; car il l'atta- 
cha au bout d'une lance en forme de guidon, & la faifoit toujours porter à la 
tête de fon armée. 

L'on dit que les foldats regardant feulement ce guidon, fe promettoient tou- 
jours une victoire complète, & infaillible fur leurs ennemis, & il devint fi fa- 
meux, que les Perfans l'ont toujours confervé depuis, tant que leur Empire a 
duré, c'eft-à-dire , jufqu'au ÎMahometifme. 

Après que Gao eut fini fes exploits , il retourna à Ispahan fa patrie dont 
Feridoun le fit Seigneur abfolu , auffi bien que de toute l'iraque Perfienne dont 
cette ville étoit la capitale, en forme néanmoins d'appanage reverfible à fa cou- 
ronne. Gao y commanda l'efpace de dix ans , à la fin defquels il pafla' en l'autre 
vie, fort regretté de fon Prince, & de tous les Perfans dont il avoit rétabli la 
réputation, & l'Empire. 

feridoun, pour immortalifer la mémoire d'un û grand homme, fe fit appor- 
ter fon guidon que l'on appelloit Dirfeic Gaviani, fétendart de Gao, & le fit 
broder de perles, & de pierres prctieufes pour le conferver dans fon trefor. 
Les Rois de Perfe fes fuccefleurs l'enrichirent tous à l'envi l'un de l'autre , 
& ne le firent jamais porter à la guerre , que lorfqu'ils marchoient en perfonne, 
& il leur fut toujours le fignal d'une viftoire certaine, jufqu'au tems d'Omar, 
fécond Khalife des Mufulmans , fous lequel il fut pris , 6c l'armée des Perfans 
entièrement défaite au combat de Cadefie, terme fatal de leur Monarchie. 

Feridoun aj-ant déjà régné cinquante ans , époufa la fille du Tyran Zohak fon 
predeceiTeur, de laquelle il eut deux enfans qui furent nommez Tour, & Salm. 
Ces deux Princes eurent tous les traits du vifage , & tous les mouvcmens de 
l'ame femblables à ceux de Zohak leur aycul maternel , ce qui fit que Feridoun 
n'ayant que peu d'affeétion pour eux, fe remaria à Irân-Dokht fille d'un Seir 
gneur Perfien, de laquelle il eut un troifième fils, qu'il nomma Irage. 

Ce Prince mérita par les dons natiueîs qu'il polîedoit, & par les vertus qu'il 
acquit, le droit d'aînelFe fur fes frères; car il leur fut en effet préféré par Feri- 
doun, lorfque de fon vivant, & fans quitter fa couronne, il leur partagea fes 
Etats, à condition néanmoins qu'ils le reconnoîtroient toujours pour leur fouve- 
rain Seigneur. 

Nous avons déjà vu plus haut le partage qui échut à un chacun d'eux ; les deux 
aînez n'en furent pas contcns , & rcfolurent entr'eux de faire la guerre à leur 
père pour l'obliger à un nouveau partage dans Icqujl Irage, auquel ils portoient 
une extrême envie, ne fut pas avantagé à leur préjudice. 

Ils avoient déjà fait la jonétion de leurs armées, & marchoient vers l'Adher- 
bigian quand Irage demanda au Roy fon père la permidion d'aller trouvei- fes 
frères dans l'efperance qu'il avoit de les appaifer , & de leur faire changer de 
refolution; mais ces frères dénaturez, au lieu de bien recevoir celui qui venoit à 
eux pour leur donner toute forte de fatisfaftion , le mafilicrerent impitoyablement 
au(îî-tôt qu'il fe fut mis entre leurs mains , & par un excez d'impiété barbare , 
envoyèrent fa tête à Feridoun leur père. 

Ce Prince pénétré de douleur à la vue d'un fpeftacle fi affreux, après avoir 
pris le deuil avec toiit;i fa Cc>ur, ne fongea plus qu'à la vangeance d'un fi cruel 
affront. Il fut cependant obligé de paffer plufieurs années fans en témoigner au- 
cun rellentiment, jufqu à ce que Manugeher, fils d'irage & d'Afridmah, ou félon 

quel- 



40 F E S H. 

quelques Auteurs, neveu feulement de Feridoun, & non pas fon petit-fils, eut 
atteint l'âge de porter les armes ; car aufli-tôt qu'il eut allez de force , pour les 
manier , il fe mit à la tête d'une grolfe armée , & alla combattre fes oncles 
qu il délit & tua dans la bataille qu'il leur livra. 

Manugeher, après avoir tiré une vangeance fi complète de la mort de fon père, 
retourna vidorieux & triomphant auprès de fon ayeul. Feridoun le reçut avec 
mille carefTes, & le déclara aulTi-tôt fon fucceffeur , & enfin lui mit le Tage, 
c'eft-à-dirc , la Couronne fur la tête, fe contentant d'avoir régné cinq cent ans, 

L'Auteur du Lebtarikh cite un beau mot de Feridoun: Rouzglndr nameh ker~ 
àâr fchuniajl: lier angia Kerdâr niku baied kumafcht: La vie de l'homme eft un 
papier journal: Il ne faut écrire fur ce papier que de bonnes aftions. 

Sâdi rapporte auffi que ce Prince avoit ùit graver fur le frontifpice d'une de 
fes galeries, ces vers. 

Souvi m-toy, qui que tu fois, que le monde manque à un chacun: 
Donne ton cœur au Créateur du monde, il ne te manquera jamais. 
Ne fajfure point fur la puifance , ni fur les richejfes d' ici-bas : 
Car le ficcle m a nourri 6? élevé beaucoup de fanblables à toy quil a enfin fait périr. 
Quand un homme de bien efî fur le point de pafj'er en l'autre vis, que lui importe 
de mourir fur un trône ^ ou fur le pavé. 

Ben Schohnah veut que Feridoun ou Afridoun foit l'ancien Dhoulcarnain du- 
quel il eft parlé dans l'Alcoran , & que plulieurs Mufulmans mettent au rang 
des Prophètes, k'oyez le titre ^'Efcander. 

Giami parle dans fon Bahariftan de Feridoun , comme d'un Prince qui avoit un 
grand fond de clémence, & qui étoit doiié d une profonde fagelfe ; entre les 
traits d'une rare prudence que les Hiftoriens racontent de lui , ils difent qu'a- 
vant fa mort il laifla écrit comme par teftamcnt à fes enfans , cet avis impor- 
tant. Faites état que tous les jours de vôtre règne font autant de feuillets du 
livre de vôtre vie. Prenez donc garde de ne rien écrire dans ce livre , qui ne 
foit digne d'être tranfmis à la pofterité. C'eft à peu près la même fentcnce qui 
a été rapportée cy-delTus , laquelle un Poète Perlien explique en ces termes : 
L'étendue du ciel qui par fon mouvement mefure le tems de nôtre vie , eft 
comme une grande feuille de papier , où toutes les allions des hommes font 
écrites. Heureux celui qui n'y couche- que celles qui font dignes de loiiange, 
& de mémoire. 

FESH, & avec la tcrminaifon du nominatif abfolu , Feshon , la Paque àes 
Juifs & des Chrétiens. Ce mot vient aufli-bien que celui de Pafcha , du Pefakh 
des Hébreux. 

Les Chrétiens de l'Orient, & particulièrement les Syriens , foûtiennent que la 
Pâqijt dans laquelle N. S. Jésus -Christ mourut, fe célébra le treizième du 
mois Adar, le Samedi qui commençoit dès le foir du Vendredy précédent, & 
que N. S. la prévint d'un jour, & la célébra le Vendredy qui commençoit dès 
le foir du Jeudi précédent, à caufe qu'il devoit mourir le Vendredi. 

Calvilius met la même Paque aufli le Samedi, quatrième jour d'Avril , l'an 33 
de l'iEre vulgaire, & la 35 de l'âge de Jésus- Christ , qui tombe dans l'an- 
née 344 d'Alexandre. 

Il 



FETHAL. FIL. 41 

Il - paroîc que les Orientaux pofent quatre fêtes de Pîlque qui fe font pafTées 
pendant la prédication de Jesus-Christ, ce que plufieurs de nos Auteurs 
admectent. 

FETHAL; les Arabes ne font point d'accord fur la fignification de ce mot 
qui fe trouve dans l'Alcoran. Les uns veulent que ce foit le tems qui s'eft palfé 
entre la création du monde , & celle de l'homme , pendant lequel les pien-es 
étoient encore molles, & les autres foûtiennent qu'il fignille cet efpace de tems 
qui s'écoulera depuis que la génération des honynes fera ceflee , jufqu'au jour 
du Jugement dernier. 

F 1 1 U M & Faiioum , Ville de la Thebaïde inférieure , ou de la haute Egyp- 
te, ficuée fur le Nil dont elle eft entourée avec fon terroir qui efl fort bas, 
& qui ne fe défend de l'inondation que par des levées fort épailles & fort hau- 
tes. Elle efl éloignée du Caire en remontant le Nil d'environ lix journées, & 
demeura inconnue aux Arabes pendant plus d'un an , après qu'ils eurent con- 
quis l'Egypte. 

Les Auteurs Arabes attribuent au Patriarche Jofeph la fondation , ou la reftau- 
ration de cette ville , à caufe des grands Ouvrages qui s'y voyent , & qui ne 
peuvent avoir été faits, ou tracez que par d'excellens Géomètres. Il y a ce- 
pendant apparence que c'efl: l'Heracleopolis Supérieure des Anciens, qu; porte 
aulïï le nom de Htrculis magna urbs , pour la diftinguer d'une autre ville du 
même nom, qui efl: à une des emboucheures du Nil, que l'on appelloit autre- 
fois Oftium Heracleoticum. 

Saadias Gaon Juif qui a traduit le Pentateuque Hébreu en Arabe, eft furnom- 
mé Al Faiioumi , parce qu'il étoit natif de cette ville. 

FI Kl AH, nom de la femme de Jefus fils de Sirah, que les Orientaux difent 
avoir été Vizir ou Miniftre d'Etat de Salomon. C'eft celui de qui nous avons 
le Livre de l'Ecriture fainte intitulé V Ecckfiajlique. La vie de fa fainte femme a 
été écrite en Arabe , & fe trouve dans la Bibliothèque du Roy n°. 792. 

FIL & Pil, le premier de ces mots eft Arabe , & le fécond eft de l'ancien. 
Perfien; ils fignifient tous deux un Elefant que les Arabes difent n'avoir été 
connu dans leur pays que depuis qu'Abrahah, Roy de l'Iemcn & de Habafche, 
c'eft-à-dire, de l'Arabie Heureufe, & des Abiffins , en eut fait palfer de l'Etîno- 
pie en Arabie pour aflieger la Mecque, 

Caous fil dendân. Caous aux dents d'Eléphants eft un des anciens Héros de 
la Perfe. Piltcn qui fignifie Corps d'Elefant eft l'épithete que les Anciens' Ro- 
mans de Perle donnent à leurs plus vaillants guerriers. 

Pilpai, Pied d"Elcfant , eft le nom du Vizir de Dabfchelim, ancien Roy des 
Indes qui compofa le fameux livre de Calilah & Damnah. 

Ce fut Mahmoud fils de Sebecleghin , Sultan des Gaznevides , qui impofa le 
premier à l'Empereur des Indes qu'il avoit fubjugué , un tribut d'Elephans , 
dont il fe fervit dans fes armées qui faifoient la terreur de la Perfe, & de tout 
le refte de TAfie. II en montoit un blanc .qu'il eftimoit être un gage certain 
de la vicloirc. 

Khondemir rapporte dans la vie du Sultan Mahmoud, qu'en l'année de l'He- 
gire4Q5, ce Sultan qui faifoit la guerre aux Indes ayant appris qu'il y avoit 

Tome IL F xine 



4î F r L A M E N G H. ■ F I L S A F A T. 

une; PiOvi;ics entre les mains d'un Prince Idil itre d.ins laquelle il fe trouvoit 
une race d'Elephans que Ton appelloit Mufuiiiians, c ell-à-dire, fidèles, cet avis 
lui fit entreprendre la conquête de ce pays-h\, d'où il rapporta de très-grandes 
richelies. Ces Elephahs faiibicnt des elpeces de génuflexions, & de proltrations 
qui firent ci'oire alFez fottement aux Mahometans qui les voyoient pratiquer des 
chofes femblubles à celles qu'ils faifoient dans leurs prières , t^ue ces animaux 
étoient de leur religion. Pline , & quelques autres Auteurs ont écrit que les 
Elefans étoient capables de religion , & qu'ils adoroient le Soleil levant ; m^is 
c'eft une fable. • 

Les Indiens ont une tradition encore plus ridicule: car ils croient que la terre 
eft foLitenue par huit Elefans. Il y a cependant apparence que cette tradition 
eft plutôt chez eux une fable tirée de leur mythologie, qu'ils allegorifent de 
même que les Mufiilmans font celle du Taureau , qu'ils difent tenir fur fes 
deux cornes. 

Nous avons déjà vu que Feridoun a été le premier qui a dompté les Elephans, 
& qui les a rendus domeftiques. Nous avons dans les hilloires de l'Orient deux, 
fameux combats d'hommes avec ces furieux animaux, celui de Baharam Gour,. 
«Sf celuy de Bakhtiar. Foyez ces deux titres. 

FILAMENGH, & Flanbeki. Les Turcs appellent ainfi les Flamands fous 
le nom defquels les IToUandois font compris. L'on trouve auffi dans lem-s livres 
Balandrah Vilaieti pour fignifier la Flandre.. 

FI LIE. Abulfarage remarque dans l'an 587 de l'Hegire qui eft de J. C. 1191, 
que Filib, c'eil Philippe Augufte, qu'il appelle Malek Alfranfi Roy de France, 
& qu'il qualifie des plus illufi;res en noblelle, entre les Roys Francs ou Latins, 
fut le premier de tous les Princes Croifez qui apporta un renfort confiderabla 
aux Chrétiens, lefquels affiegeoient depuis deux ans la forte place de S. Jean 
d'Acre ou Ptolemaïde. Il fut caufe que cette ville importante fut obligée de 
capituler , après avoir rendu inutiles tous les effbrts que Saladin fit pour la 
fecourir. 

Le même nom de Filib efb aufiî donné par les Orientaux h l'Empereur Phi- 
lippe, qu'ils difent avoir été Chrétien , du nombre de ceux qui n'entroient point, 
dans l'Eglife, & qui étoient feulement Catéchumènes. Plufieurs de nos Auteurs 
ont jugé que cet Empereur étoit fort indigne de porter ce nom. 

Il faut remarquer ici que Philippe Roy de Macédoine n'eft jamais nommé par 
les Orientaux Filib; mais toujours Filikous , & qu'Alexandre le Grand fon.fils 
ou véritable, ou putatif , eft toujours furnommé Ebn Fihkous, fils de Philippe 
de Macédoine. 

FI LIE A H, la ville de Philippopolis en Macédoine, d'où les Turcs ont tiré 
le nom de cette Province , qu'ils appellent Filibali Vilaieti , le pays de Phi- 
lippopolis. 

FI LIS TIN. Foyez Falafti^.^ 

FIL S AF AT, mot corrompu du Grec, qui fignifie en Arabe la Philofophie , 

cependant les Arabes l'appellent plus communément en leur langue Hekmat, 

mot qui fignifie proprement la Sageffe, 

L Au- 



F I L s F. F I R F I R. 43 

L'Auteur du Lebtarikh dit dans la vie d'Alexandre le Grand qu'Ariflote, maître 
de ce Prince, porta la Philofophie du pays d'Iran, c'eft-à-dire , de la Perle, ea 
celui de Roum qui eft la Grèce. 

L'on peut voir dans les titres d'Elahioun, & de Deherioun les feftes différen- 
tes de Philofophos que les Arabes connoiffcnt. 

Les Indiens les divifent en iix fe61:es , dont les Dofteurs qu'ils appellent Pendets, 
ont une efpece d'Univerfité à Banarfi, ville fituée fur le Gange. La fixième de 
ces fe6les efl l'Epicurienne. 

FILSOF, ce mot ell corrompu du Grec , &: fignifie en général un Philo- 
fophe ; mais en particulier il fc prend pour un Auteur particulier auquel on 
attribue le Livre intitulé OJoul u Dhoiiabat , les Principes & leurs dépendances. 
Foyez le jugement qu'il porta d'Abou Temam dans le titre particulier de ce 
pcrlbnnage. 

Khondemir dit fur le fujet des Philofophes qu'il appelle Falafafât, plurier de 
Filfof, que des deux feéles de Philofophes qui rcconnoifTent Thaïes, & Anaxa- 
gore pour leurs Auteurs, celle de Tiialcs qui admet l'eau pour principe de tous 
les corps naturels, efl la plus, conforme aux fentimens des Juifs, & des Muful- 
mans, & que celle d'Anaxagore qui pofe le feu pour premier principe, a plus 
de rapport à la Religion des Zoroaftriens qui font les anciens Mages de Perle. 

FINHAS, Phinees fils d'Eleazar, fils d'Aaron. Les Orientaux difent qu'il 
gouverna les Juifs pendant vingt-cinq années , après la mort de Jofué , & que 
les Juifs ont une tradition , félon laquelle ils veulent que ce grand Prêtre de la 
Synagogue foit le même que le Prophète Kheder ou Êlie , lequel vécut plufiturs 
fiecles après , ce qui ne pouvoit être arrivé que par la metempfychofe , que 
plufieurs des anciens Juifs femblent avoir admife fous le nom de Ghilgoul, & de 
laquelle il y a même quelques vertiges dans le nouveau Teftament. 

FIRASSAT, la Phyfionomie. Les Orientaux prétendent que Philemon qu'ils 
font vivre du tems d'Hippocrate , à été l'inventeur de cet art. 

Nous en avons un traité d'Anfari Al Sofi qui ell dans la Bibliothèque du 
Roy n°. 930. 

Le livre intitulé AJfds al riajjiit fi élm al firajjat^ traite aulîi fort amplement 
de cette fcience; de même que celui qui porte le titre de Bahagiat al enjiat, où 
il efl aufîî traité de la Chiromantie. 

Outre cette Phyfionomie qui eft naturelle, il y en a une autre que les Mu- 
fulmans appellent ceielle; mais c'efl un don de Dieu que nous appelions le Difcer- 
nement des Efprits. 

FIRFIR, la Pourpre. Ebn Batrik rapporte que fous le règne de Hiram, Roy 
de Tyr, contemporain de Salomon, le chien d'un Berger ayant mangé un limaçon 
de mer que les Arabes appellent Halzounah , c'efl celui que les Latins nom- 
ment Murex, fon mufeau en fut teint de telle forte, qu'ayant été frotté avec 
de la laine, elle en prit la couleur, & fut portée au Roy qui fit faire la pêche 
de cette forte de coquiUage , & en tira la pourpre , dont on lui attribue fin- 
vention. 

Les Arabes la nomment auflî Birfir , & donnent pareillement ce nom à une 

F 2 efpece 



44 FIRISCHTEH. F I R U Z. 

efpece de violette dont la couleur efl fort vive , & bcaucou«p plas éclatante 
que la nôtre. 

FIRISCHTEH, c'eft le nom d'un Ange, en langue Perfienne ; car Fi- 
rifchten dont ce mot eft le participe, fignifîe en cette langue envoyer, aufîi bien 
que le. mot Grec, duquel celui d'Ange efl dérivé. Les Hébreux l'appellent Me- 
Idk de la racine Ldk , laquelle ne fe trouve point dans la langue Hébraïque , 
mais qui s'eft coniervée dans l'Ethiopienne, & lignifie auflî envoyer. Les Ara- 
bes ont tiré leur mot de Malek ou Melik qui fignitie auflî chez eux un Ange, 
du Melâk des Hébreux. 

Ebn Firirchteh ou Ebiî Melik ell le furnom d\m Auteur nommé Abdellathif, 
qui a fait un commentaii-e fur le Menar ou Fanal du célèbre Dofteur Naflafi^ 
y'oyez le titre de Menar. 

FIROUZ & Pirouz, mot Perfien qui fignifîe premièrement le troifième jour 
des cinq que les Grecs, & après eux les Latins, ont appelle Epagomena , qui 
s'ajoutent à la fin de l'année folaire, compofée de 360 jours, telle qu'étoit l'an- 
née des Egyptiens, (S: des anciens Perfans félon h Calendrier Jezdegirdique , &. 
félon le Gelaleen. 

Les Perfans appellent ces cinq jours qu'ils ajoutent à la fin da douzième 
mois de leur année, Penge Duzdidé, ôc les Arabes les nomment Mofiieraca, 
comme qui diroit, les jours dérobez, & difent qu'il faut necefi^airement les ajou- 
ter, fi l'on veut avoir le cours entier du Soleil depuis le premier degré du Bé- 
lier jufqu'au dernier degré des Poiflxjns, en quoy ils fe trompent groflierement, 
parce qu'il y a de furplus cinq heures, & 49 minutes. 

Secondement ce mot fignifîe bonheur &vi6loire; & c'efl dans cette fignifica- 
tion qu'il entre dans la compofition de plufieurs noms de lieux & de villes. 
^oyez les titres de Firouzabab, Firouz Schabour, Firouz Cobad, Firouz ghoueh, 
Firouzan, ôic. 

Firouz & Firouzeh ou Pirouzeh fignifîe auflî en Perfien une Turquoife, & c'efl 
de ce mot que les Arabes ont dérivé celui de Firoufage , qui fignifîe chez eux 
la même pierfe, dont la mine eft dans les montagnes de Farganah félon le rap-i 
port d'Ebn Haucal, & dans celles de Gaur. 

FIROUZ Ben Belafche , cinquième Roy de Perfe de la D3'naflie des Afch- 
caniens. 11 fucceda à Belafche fou perc, & acquit la réputation de Prince très- 
vaillant. 

La Chronique Giaferienne rapporte que Firouz pourfuivant un cerf à la chafTe, 
fe trouva proche d'une caverne où étant entré, & où ayant lu une infcription 
gravée fur la pierre qui portoit que Feridoun avoit caché en ce lieu un de 
fes trefors , il y fît fouiller , & en tira une fomme très - confiderable d'or & 
d'argent , qu'il fit diftribuer toute entière à fes foldat?. 

Le même Hiilorien dit que fous le règne de Belafche père de Firouz, plufieurs 
Juifs qui n'obfervoient pas la loy deMoyfe, furent changez en fingcs, & mou- 
rurent tous au bout de fept jours. 

Cette même fable efl rapportée par des Hiflioriens Arabes, qui attribuent cette 
metamorphofe des Juifs au violement du jour du Sabath, dont ils furent punis, 
en cette vie-cy & en l'autre. 

Firouz régna dix -neuf ans , & eut pour fiaccefll^ur un de fes frères nommé 

. Narfi 



F I R O U Z. 45- 

Narfi ou Narfes , lequel après quatorze ans de i-egne , laifla fa couronne à 
Firouz Ben Firouz ion neveu. Celui-ci la polFeda dix-fepi; ans, & la perdit 
avec la vie par une confpiration qui fut faite contre lui. Les conjurez mi- 
rent fon iils Belafche , fécond du nom , fur le trône de la Perfe , & celui-ci 
s'y maintint jufqu'à fa mort qui arriva la douzième année de fon regue. 

FIROUZ Ben Jezdegerd Ben Bàharam Gour , feizième Roy de Perfe de 
la d\Tialtie des SaiPanidcs, étoit fils d'iezdegerd, & petit-fils de Baharam Gour. 
11 fucceda à fon frère Hormouz, lequel n'étant que fon cadet, lui avoit été 
cependant préféré, par la difpofition d'iezdegerd leur perc. 

Hormouz pouvoit être avec raifon préféré à fon aîné , puifqu'il portoit le 
furnom de Firzaneh, c'efl-à-dire , de Sage, félon le rapport de l'Auteur du 
livre intitulé Mefatih aklown, les clefs des fciences. 

Cependant Firouz ayant imploré le fecours de Kliofchnaovaz , Roy des Haia'' 
thclites , contre fon frère Hormouz, le dépoffcda de fes Etats, & le fit pri- 
fonnier avant que la première année de fon règne fût expirée. 

Ce Prince y après avoir ôté la vie à fon frerc , changea auffi-tôt toute la face 
du gouvernement , & fit régner impunément l'injurtice , exigeant fans neceffité 
des fommcs immcnfes de fcs fujets : mais le ciel le punit de ces excez par 
une fécherclfe fi exti'aordinaire , qu'il ne refta prcfque point d'eau dans les 
grands fleuves du Gihon & du Tigre, en forte que la famine qui s'enfuivif, 
mit tous les peuples hors d'état de lui payer leur tribut ordinaire. 

Cette famine dura près de fept ans, au bout defquels la colère de Dieu 
étant appaifée, les pluyes firent en peu de tems rcv^erdir la terre, & rame- 
nèrent l'abondance qui en avoit été bannie: mais Firouz au lieu de profiter 
du châtiment qu'il avoit fouftert, & de la grâce qu'il recevoit, reprit fon pre- 
mier train de vie, & après avoir appauvri Ces fujets, entreprit de dépouiller 
fes voifins. 

Firouz avoit d'extrêmes obligations à Khofchnaovaz-, comme nous avons vu 
cy-delfus ;. cependant il prit la refolution de l'attaquer avec toutes fes forces. 
Ce Prince ne fe trouvoit pas pour lors en état de refifter à l'armée de Fi- 
rouz, s'il ne fe fût fervi d'un flratagéme que lui fuggera un de fes Officiers. 

Cet Officier qui avoit une main couppée lui propofa que s'il vouloit l'en- 
voyer lui feul au devantde Firouz, il fe faifoit fort de l'arrêter, & de le mettre 
lui & fon armée entière entre fes mains. La propofition ayant été acceptée, 
rOfficier alla fe pofter en un détroit de montagne où il fçavoit que Firouz 
devoit pafler. Ce Prince l'ayant apperçu, le fit venir devant lui, & finter- 
TOgea fur le fujet qui l'arrôtoit en ce lieu-là. 

L'Officier lui répondit que c'étoit le defefpoir de fe voir réduit en un fi 
miferable état par Khofchnaovaz qui lui avoit fait couper la main, & fouffrir 
plufieurs autres traitemens indignes , pour avoh: eu le courage de lui reprefen- 
ter les injurtices qu'il faifoit foufirir à Ces fujets , & le danger auquel il s'en- 
gageoit en voulant foûtenir contre le Roy de Perfe, une guerre fi préjudicia^ 
ble à fiîs Etats. 

Le Roy touché de ce récit, accorda fa proteftion- à l'Officier, & lui de^ 
manda l'état de l'armée de fon ennemi : Celui-ci ayant déjà gagné créance dans 
l'elprit du Rov, lui dit que s'il vouloit venir à bout aifémcnt de Khofchnaovaz, 

F 3 il 



4^ F I R O U Z. 

il n'avoit qu'à prendre une route qu'il lui montreroit dans la campagne du 
défert, parce qu'en la fuivant , au lieu de celle de la monta'^ne qui étoit la 
plus longue , il tomberoit par derrière fur fon ennemi & l'envelopperoit in- 
failliblement. 

Firouz ayant fuivi malheureufement le confeil de cet efpion , tomba jufle- 
ment dans le piège qu'il lui avoit tendu ; car fon armée périt prefque toute 
entière de faim & de foif , & il fut obligé , avec peu de gens qui le fuivi- 
rent, de demander quartier à fon ennemi. 

Khofchnaovâz le lui accorda, à condition qu'il s'engageroit par un ferment 
folemnel, de ne plus entrer dans fcs Etats à main armée. Firouz ne fit au- 
cune difficulté de prêter ce ferment ; mais auffi-tôt qu'il fut rentré dans fon 
Royaume, fans y avoir aucun égard, il ne fongea qu'à fe vanger de l'affront 
qu'il avoit reçu , & lailîant le gouvernement de fes Etats à Saoukh , Frincc , 
iflu de la race de Manugeher , il marcha incontinent avec une puilTante ar- 
mée contre Khofchnaovâz. 

Ce Prince extrêmement indigné de la perfidie de Firouz, lui drcffa un fécond 
piège, qui lui fut beaucoup plus funcfte que le premier ; car ayant fait creufer 
un folié très-profond , & l'ayant fait cnfuite couvrir de paille , il vint camper 
entre ce fofl'é & l'armée de Firouz. 

Au(îî-tôt que les deux armées furent en préfence , Kofchnaovaz commanda 
aux fiens de faire leur retraite , par un chemin fur qu'il avoit fait lailfer au tra- 
vers du folle; l'armée des Perfans voyant fuir les ennemis, les pourfuivit avec 
chaleur, & voulant les envelopper de tous cotez, prit à droit & à gauche, & 
s'engagea avec tant de précipitation dans cette fondrière, que Firouz lui-mê- 
me, avec fes principaux Officiers, y demeura, &y perdit la vie. 

Les Haiathelites eurent, après cet événement, bon marché des Perfans; car 
fe fervant du grand avantage que le llratagême leur avoit procuré , ils tournè- 
rent vifage à l'ennemi, & achevèrent de défaire ce qui refloit de leurs troupes 
au de-là du fofiTé. 

Saoukh n'eut pas plutôt reçu la nouvelle de cette déroute , qu'il entreprit de 
la reparer : il fit fes derniers efforts , pour mettre fur pied une nouvelle ar- 
mée : mais enfin voyant que Kofchnaovaz , nonobllant les avantages qu'il avoit 
remportés, lui offroit la paix à des conditions honorables, car il lui rendoit fans 
rançon tous les prifonniers qu'il avoit faits dans la dernière bataille , & tous les 
équipages du Roy qu'il avoit enlevés : il accepta fes olfres , à. la guerre finit 
entre ces deux Etats. 

Firouz, auquel l'Hillorien donne en cet endroit le furnom de Mardaneh, ré- 
gna trente ans ou environ , & laiffa pour fucceiTeur Belafch , qui ell le troifiè- 
me du nom entre les Roys de Perfe. Il eut auffi un autre fils, nommé Cobad, 
lequel fucceda à Belafch fon frère , & fut père du grand Noufchirvan , le plus 
célèbre de tous les Roys de Perfe. Khondemir. 

Ebn Batrik lui donne vingt-fept ans de règne , & dit , qu'il bâtit deux villes 
de fon nom dans le pays de Cafgar en Turquellan , dont l'une porte le nom 
de Douriz Firouz , & l'autre de Ram Firouz ; & qu'il eut de grands démêlez 
avec Khafchnaovar , ( c'ell Khofchnaovâz ) Roy des Haiathelites , dans le payj 
de Ralkhe en Khoraffan. 

Aboulfarage écrit que Firouz , fils d'Iezdegcrd , regnoit au commencement de 
J'Empire de Léon Premier , fucceifear de Martian , qui eft l'an 879 d'Alexan- 
dre, 



FIROUZ. FÏROUZABAD. 4;^ 

drc , ce qui ne s'accorde pas avec nos Chronologides , félon lefqueîs , la pre- 
mière année de Léon le Thrace commença dans l'année 769 d'Alexandre , & 
de J. C. 457. 

FIROUZ, nom d'un Efclave Pcrfien, qui tua Omar, troifième Khalife. Vo- 
yez le titre d'Omar. 

^ FIROUZ A BAD, lieu & demeure de la félicité. C'efl le nom d'une ville 
de la Perfe proprement dite, lituée proche celle de Schiaiz, qui eft aujourd'hui 
la capitale de cette province , comme étoit autrefois Eltekhdr , que les Grecs 
ont appellée Pcrfepolis. 

Cette ville a donné la nailTance à plufieurs granJs pcrfonnages, dont Ibrahim 
fils d' Ali , fils de Jofeph , eit des principaux ; c'ell pourquoy il porte le furnom 
de Senirazi & de Firouzabadi. 

Abju faid Samâni dans fon livre intitulé Anfâb, ou les Généalogies, dit que 
Firouzabab efl la même ville que Ton appelle plus communément Khouz , qui 
donne fon nom à une petite province, nommée le Khouzifl:an , qui efl l'ancien- 
ne Sufianc. Ce pays fait partie de la Province de Perfe , prife dans une plus 
grande étendue. 

Ibrahim, dont nous avons fait mention ci-delTus, étoit un grand Dofteur dans 
la loy Mufulmanc, lequel, après avoir étudié dans la ville de Schiraz, fe tranf- 
porta à Bagdet , où Nezàm Al molk , premier 'Vizir de Malek fchah , homme 
fort illuftre , lui donna la direftion du fameux Collège qu'il avoit fait bâtir à 
fes dépens, & qui portoit, à caufe de fon fondateur, le nom de MedralTat Al 
Nezamiat. 

Ce Doftcur avoit étudié à Schiraz fous un autre celèbfe Dofteur , nomme 
Al Beidhaovi, & palTa de-là à Baffbra, où il écouta les leçons du Dofteur, nom- 
mé Al Gioudi , après quoy il vint à Bagdet , qui étoit la ville Impériale , & le 
fiége des Khalifes , où il prit encore des leçons du fçavant Jurifconfulte Aboul 
Thib Al Thabari. 

Après avoir profité fous ces habiles maîtres, il fit profeffion de la fefte Scha, 
fêienne. Il refufa d'abord l'employ que Nezâm al molk lui voulut donner dans 
fon Collège ; & ce fut en etfet Abou Nalfer Ebn Al Sabbagh , qui en eut Li 
première dire6lion, pendant laquelle il compofa le livre , qu'il intitula Schamel y ■ 
mais enfin Ibrahim ayant accepté cette charge, il s'en acquitta très - dignement 
jufqu'à fa mort, qui arriva l'an de l'Hegire 476, en la 82 année de fon âge. 

Tous fes difciples portèrent un grand deûii de fa mort , &, Nezàm al molk 
voulut que fon ' ollege fût fermé une année entière , pour mieux marquer la 
douleur qu'il refièntoit de la perte d'un fi grand homme. Ebn Sabbagh , qui 
avoit été fon prédécelfeur , fut auflî fon fuccelTeur. B n Khalecan 

Ce Docteur , qui portoit auifi le prénom d'Abou Ishak , efi: l'Auteur d'un li- - 
vre fort efl:imé parmi les Mahometans , dont le titre efi; /Il I anbih , l'Avertif- 
fement en général , où il traite des principaux rites & obfervances de la loy 
Mufulmane. Abulfadhl Ahmed y a fint un commentaire , intitulé Hcharh al 
Tanhih.- 

Maffdeddin Abou Thahcr Mohammed Ben Jacob , efi: auffi furnommé Al Fi- 
rouzabadi & Al Schirazi. Il efi: l'Auteur d'un Diéli mnuire très-ample de la lan- 
gue Arabique , qu'il compila en 60 volumes , & lui donna le titre de Lavé : 

mais -^ 



4S F I R U Z A G E. F Ô D H A I L. 

mais étant lui-même épouvanté de la grolTeur énorme de fon ouvrage , il en 
retrancha toutes les autoritez, & le reduifit en deux feuls volumes fous le nom 
de Camous. t^oyez ce titre. 

Ce même Auteur a compofé auffi Ahafian al lathaif , qui efl: un recueil de 
facéties & de plaifanteries , & un autre ouvrage nommé AJfadd bel JJfdad dla 
dzregiat al egtchd'd^ le moyen d'acquérir la félicité autant qu'il fe peut faire, le- 
quel il dédia à Ifmaël Al Afchraf , Roy de flemen. Magdeddin mourut l'an de 
l'Hegire 817, & compofa fon Diftionnaire après celui de Giaouhari , dont la 
grofleur n'étoit que la foixantième partie du fien. 

FIROUZAGE. yoy2Z plus haut Firouz &' Firouzeh , qui fignifie une Tur- 
quoife. 

FIROUZCOUH, Ville de la province de Tabarellan ou Mazanderan, qui 
a pris fon nom d'une montagne affez proche , où il y a une mine de Turquoi- 
fes. ^oyez plus haut Firouzeh. Il y a' préfentement un Palais des Roys de Per- 
fe, aufli-'^bien qu'à Ferhabad & à Afchref, qu'Abbas, premier du nom, y fit bâ- 
tir, pour y aller goûter les délices que fournit la Mer Cafpicnne. 

Quelques Auteurs font auffi Firouzcouh , capitale de la province de Gaiir. 
Voyez le titre de Mahmoud., fils ,de Gaiatheddin. 

FIRZEND Aâz, nom d'un Poëte Pcrfien , qui porte auffi celui de Safied- 
din. Il étoit fort fpirituel & dévot, & a écrit pkifieurs chofes fur la prière & 
fur la contemplation , qui font citées par les Auteurs ; mais on ne trouve au- 
cun de fes ouvrages entier. 

FITHAGORES, Pythagore. Le Tarik Montekheb le furnomme Hakim, 
c'efl-à-dire , le Sage ou le Philofophe , & dit qu'il étoit de nation Jounani , 
c'eft-à-dire , des anciens Grecs , qu'il vivoit fous le règne de Giamfchid , cin- 
quième Roy de Perfe de la race des Pifchdadiens , du tems du Patriarche Noé, 
& que l'on lui doit l'invention de la mulique , & de pkifieurs fortes d'inftru- 
mcns muficaux. 

Le Lebtarikh auffi-bien que Khondemir difent plus probablement, qu'il vivoit 
fous le règne de Cai-Khofrou, troifième Roy de Perfe de la race des Caianides, 
& qu'il avoit été difciple de Locman, contemporain de David. 

Ben Cafchem écrit /que ce Philofophe étoit natif de la ville de^Tyr en Phe- 
nicie; qu'il voyagea long-tems en Grèce & en Egypte, & compoia 280 livres; 
que fes envieux le voulurent faire mourir, & qu'il fe fauva avec 40 de fes dif- 
ciples dans un temple, où il fe fortifia de telle forte, qu'on ne put jamais le 
forcer pendant quarante jours ; mais qu'enfin fes ennemis y mirent le feu & le 
firent périr. Il ajoute, que ce Philofophe jeûnoit & prioic beaucoup, que l'ofl 
ne l'avoit jamais vu rire , ni pleurer , & qiie fa devife étoit Khair la iedoum , 
fchcrr la iedoum, ni le bien , ni le mal n'ont pas une longue durée. Il parok 
que ce Philofophe a tiré plufieurs de fes maximes de Zoroaftre. 

Abulfarage fait vivre Pythagore fous Darius, fils de Hifi;afpe, & dit qu'il po- 
foit les nombres pour premiers principes de toutes chofes. 

FODHAIL, furnom d'Abou Ali Ben Aiadh Ben Mafibûd Al Temimi Al 
Khoraffani, qui étoit natif des environs de la ville de Merou en l^dioraifan. Sa 

première 



FODHOULI. FOMM. 4^ 

première profeflîoti fut d'être voleur de grands chemins. On dit do lui , qu'a- 
yant entrepris pendant la nuit d'efcalader une maifon pour y joiar d\in^ per- 
Ibnne qu'il aimoit, oc y ayant entendu lire un verlèt de l'Alcoraii , ii fut tou- 
ché de Dieu & fe convertit. 

Ce perfonnàge n'eft pas leulement eftiraé des Mufulmans pour fa doctrine ; 
mais il paife encore chez eux pour un de leurs plus grands Saints , & Ton ti-uu- 
ve fa vie écrite dans Thiftoire d'Iafei, feclion trente-deuxième. 

Il vivoit fous le Khalifat de Hv^roun Al Rafchid , & l'on rapporte , que ce 
Khalife lui ayant demandé un jour s'il connoilfoit quelqu'un qui fîc prof.'^ou 
d'un plus grand détachement que le fien, il lui répondit: C'efl: vous-même, Sei- 
gneur, que je croy être encore beaucoup plus détaché que raoy; car pour moy 
je n'ay quitté que les choies de ce monde qui Ibnt fort mépriiables , & il me 
paroît, que vous avez abandonné entièrement celles de l'autre vie, qui font d'un 
prix ineftimable. 

Il avoit accoutumé de dire au fujet de la Cour des Princes , que le pire d'en- 
tre les gens de robe & de lettres, eft cJui qui fréquente les Gr?nds , <Sc que 
le meilleur d'entre les Grands, eil celui qui fréquente ceux -ci. Que la meil- 
leure marque qu'un fidèle pulifc avoir d'être chéri de Dieu , ell de fc voir 
chargé d'afflictions, & que celui qui en efl abandonné , vit ordinairement dans 
les plaifirs & dans la joyc. 

On dit auffi de lui, qu'on ne l'avoit jamais vu rire, finon à la mort d'un fils 
qu'il aimoit beaucoup, ce qui fit dire à Mobarek, lorfqu'il eut appris la mort 
de Fodhail, que la trilleirc avoit quitte le monde. 

Sur ce que les Arabes difent, !c monde efl un cadavre, & ceux qui le dé- 
firent & qui s'y arrêtent, font des chiens. Zamahfchari dans fon Rabi al abrar, 
le Printems des jufles, cite cette fentence de Fodhail: Quand l'on m'offriroit 
le monde entier avec toutes fes pom.ies , & toutes fes richcifes pour le pofîe- 
der & pour en joiiir juftement , je le refuferois dans la vûë de la vie éter- 
nelle; & je me garderois do fes impuretez, comme fait celui qui pafie par-def- 
fus une charogne , & qui relevé avec grand foin fa robe , de peur qu'elle ne 
contracte quelque fouilleure. 

Fodhail dilbit encore : Je fers Dieu par amour ; car je ne puis pas m'empê- 
cher de le fervir; & étant interrogé quel étoit celui qu'il eftiraoit être le plus 
trompé en matière de Religion, il répondit: Celui qui ne iert pas Dieu au-def- 
fus de toute crainte & de toute efpérance. Quelqu'un lui dit enfuite: Et vous, 
comment le fervcz-vous "? Il luy fît cette réponfe : De l'amour d'un ami ; car 
c'efl l'amour de bien-veiilance qu'il me porte , qui m'a conduit à fon fervice , 
& qui m'y retient. 

FODHOULI, furnom de Mohammed Ben Soliman Al Bagdadi , qui eft 
l'Auteur d'un poëme Perfien , intitulé A7tis alcalb , l'Ami du cœur , & d'un au- 
tre ouvrage en Turc , qui porte le nom de Benk u Badeh , fur le Behgh & fur 
le vin, Foyez le titre de Benk. 

FOMM Al Salah, nom d'une ville de la province d'Erak ou Chaldée, fituée 
fur les bords du Tigre entre Vafeth & Coufah ; c'efl en ce lieu-là que cet hom- 
me fi puifl[ant, nommé Hafian Ben Sohal , faifoit fa demeure, l^oyez le titre de 
ce perfonnàge. 

Tome IL G FONCE 



5» 



F N G E. FORFOURIOS. 



FONGE & Fongiah , Peuples qui habitent entre la Nubie & IVEthiopie , 
des deux cotez du Nil. On appelle ordinairement leur pays Bagiah & Beggiat: 
ils ne font connus que par les courfes & les larcins qu'ils font fur leurs voi- 
fins ; car ils manquent prefque de toutes chofes chez eux. Le Bâcha ou Bey 
de Girge, dans la haute Egypte, eft obligé de leur donner la chaiTe pour met- 
tre ks frontières à couvert de leurs brigandages. 

F O NO UN Al adab, les Maximes de la Morale. C'efl un ouvrage de Nou- 
vciri. Foyez le titre de cet jliitair. 

FORAT, l'Euphrate. Ce fleuve de l'Afie, qui eft fi célèbre, & dans l'E- 
criture faintc & dans ks Auteurs profmes , eft divifé , par les Arabes , en 
grand & en petit. 

Le grand Euphrate eft celui qui prenant fa fource dans les monts Gordiens,' 
fe décharge dans le Tigre près d'Anbar & de Felougiah: le petit, dont le ca- 
nal eft fouvent plus gros que celuy du grand , prend fon cours vers la Chal- 
dée , paftè par Coufih & va fe 'décharger aufïï de fes eaux dans le Tigre , 
(après en avoir laiffé néanmoins une grande partie dans les marais des Naba- 
theens) entre Vaffeth & Naharvan, en un lieu nommé aujourd'huy Carna , par- 
ce qu'il eft la corne, c'eft-à-dire, le Confiant de ces deux fleuves. 

De ce petit Euphrate l'on palfe dans le grand , par un canal que Trajan fit 
creufer : c'eft la FoJJa Regia ou le Bafilius Fluvins des Grecs & des Romains , 
que les Syriens ont appelle \'aharmalca , par où l'Empereur Severe palfa pour 
aller allîéger la ville de Ctefiphon fur le Tigre. 

Les Hiftoricns de Pcrfe difent que Manugeher , un des Roys de leur premiè- 
re dynaftie , fut celui qui fit travailler le premier à partager les deux fleuves du 
Ti^re & de l'Euphrate en plulieurs branches, pour empêcher leurs inondations. 
Les Roys de Perfe , fes fuccefll-urs & les Khalifes mêmes , y ont fait auflî tra- 
vailler à plufieurs reprifes , fans que tous les grands ouvrages qu'ils y ont fait 
faire , ayent pu empêcher que les teiToirs de Coufah, de Vafl!eth, & de plu- 
fieurs autres villes de la Chaldée , ne foient inondez tous les ans à peu - près 
comme l'Egypte. Voyez les titras de Nahar al meiik , de Naharvan èf de Nil 

Faidh. 

Ce fleuve eft fouvent appelle par les Arabes, aufîi-bien que par les Hébreux, 
Nahar ou Neher , c'eft-à-dire , le Fleuve par excellence ; de même que les Per- 
fans appellent h Gihon ou Oxus , Rond , qui lignifie la même chofe que Na- 
har. Voy^z ks titres de Rou.l 'îf de Maovaralnahàr. 

L'Euphrate eft fouvent auffi appelle par les Arabes Nahar Coufah , le fleuve 
de Coufa. 

FORAT; nous avons une hiftoire d'Egypte , qui porte le nom de Tarikh 
Ben Forât. Ce Ben Forât eft le même que Nalfereddin Mohammed Ben Ab- 
dulrahim Al Mefri, qui mourut l'an 807 de THegire. 

FORFOURIOS Al Souri, Porphyre le Tyrien , Philofophe Platonicien, 
difciple de Longin , de Plotiii & d'Ameiius , qui vivoit fous les Empereurs Ca- 
rus, Carinu;;, Numerianus & Diocletien. Il compofa fon Ilagogé , que les Ara- 
bes appellent Al Medkhal , &, Idagogi du mot Grec , pour Icrvir de préambule 



ou 



F os SOUL. FOSSOUS. 5r 

ou préface aux œuvres d'Ariilôte, à la réquifition de Chryfaurius fon ami, qui 
avoit peine à entendre ce Phiiofophe. 

Abulfarage met au nombre des ouvrages de Porphyre, un livre des fylloTif- 
mes Topiques, deux livres à Libinius , une réponfe à Pamm^.chius , Jli àcL u al 
micoul i de Tintelleft & de Tinteliigible, & une hiiloire des Ph'Iofophes. 

Le même Auteur dit, que ces deux derniers ouvrages le trouvenc traduits en 
Syriaque , & ne fait aucune mention des quinze livres qu'il a écri:s contre la 
Religion Chrétienne , que l'Empereur Thcodofe fit brûler. On ne trouve en 
Arabe que fon LTagogi, dont on peut voir le titre. 

FOSSOUL Bocrath , Aphorifines de Hippocrate. Ils ont été traduits en 
Arabe par Honain Ben Ishâk, avec le commentaire de Galion. Ils font dans la 
Bibliothèque du Roy, n"*. 866. 

Il y a dans la même Bibliothèque , n\ 947 & 918, les Aphorilmes de Hip- 
pocrate , divifcz en fept livres , commentez par Abulca'Jem Abdalrahman .'?en 
Ali, Ben Abifadik , natif de la ville de Nifchabc;K en Kiioi.'.Tan , qui a com- 
polé pkifieurs autres ouvrages de médecine, lefquels fe crouvi.' ut dans la Biblio- 
thèque du Grand- Duc, n". 130. 

FOSSOUL Al Ahcam fi ofToul, les Préceptes du Mufulmanifme , divifez par 
aiticles, & appuyez fur les points fondamentaux de la Riagion. Ce livre eft 
fans nom d'Auteur. 

FOSSOUL Al Mehemât fi mâtefat al Aimât, &c. les vies des douze Imams. 
Ouvrage d'Ali Ben Mo'iavamed Ebn Al Sabbâgh , qui fc trouve dans la Biblio- 
thèque du Roy, n°. 847. 

FOSSOUL Al mehemat fi maovarith al ommât , Livre qui traite des fiic- 
ceffions qui viennent du côté maternel , compofé par Aboulabbas Schehabcdnin 
Ahmed iîen Haiem , & commente par Schamfeddin Mohammed , furnommé 
Sebth Al Mardini. Il efi: dans la Bibliothèque du Roy, n . 711, 

FOSSOUL Fi hagiar al mokarrem , Livre qui traite de la Pierre Philofo- 
phale , compofé par Athai Afchar. Il efl: dans la Bibliodicque du Roy, n°. 967. 

FOSSOU^ Al fofibul u ôcoud al ôcoul , les Elégances de la langue Arabi- 
que, recueillies par le Cadhi Al Saîd, c'eft-à-dire, le Bienheureux Cadhi , nom- 
mé Aboulcaflem Hebatallah Ben Al Agel Al Rafchid. Il cft dans la Bibliothè- 
que du Roy, n . 1133. 

FOSSOUS Al Hekdm, Livre de Théologie Myftique , félon les principes 
du Mufulmanifme. On dit , pour accréditer davantage cet ouvrage , qu'il fut , 
ou difté, ou infpiré, ou envoyé par le faux Prophète à Ebn Al Arabi , Doc- 
teur de Damas, l'an 627 de l'Hegire. 

Ce livre contient 27 Hekâm ou Inft:ruiR:ions , chacune defquelles efi: attribuée, 
à' un des anciens Patriarches ou Prophètes, à la referve de la dernière, qui efi: 
de Mahomet , & s'intitule Hekmat Ferdiat Mohammediat. Les Dofteurs Muful- 
mans font fort partagez fur le mérite de cet ouvrage ; car les uns le louent, 
& les autres le rejettent abfolument , comme étant plein de fuperflitions & de 
mcnfonges. Il eft dans la Bibliothèque du Roy, n'. 625. 

G a FOSTHATH5 



5i FOSTHATH. F O U R E K. 

FOSTHATH, Ville bâtie par Amrou Ben As, auprès de l'ancienne Baby- 
lonc d'Egypte, au même lieu où ce Capitaine avoit fait drefTer fa tente, lorf- 
qu'il en forma le fiége. Foflhath en Arabe fignifie Tente & Pavillon. 

C'eft la ville qui s'appelle aujourd'huy le vieil Caire, fur quoy il faut voir 
les titres de Mefr, de Caherah èc de Bablioun. 

FOTIA Seldh al âmcl le entidhàr al agel , la Néceffité des bonnes - œuvres 
dans l'attente du terme fatal, c'efl-à-dire , de la mort. C'ell: un ouvrage fpiri- 
tuel, compofé pour les Solis ou Religieux, par le Dofteur Fakhreddin Al He- 
rali. Il elt dans la Bibliothèque du Roy, n". 616. 

F O T O U H Medinat Bahanah u maoulad IlTa , &c. Les diverfes conquêtes 
qui ont été faites de la ville de Bahana, depuis le tems du Patriarche Jofeph, 
jufqu'à celuy de Mahomet & de fes compagnons , qui font les quatre premiers 
Khalifes. 

C'eft une hilloire fabuleufe , dans laquelle font décrites les merveilles d'une 
ville d'Egypte , qui n'a jamais fubfifté que dans l'imagination d'un Auteur in- 
connu, qui nous a débité fes révenss. 11 y efb parlé de la naiiîance dlffa, & 
de tous les Princes qui y ont régné fucjelfivement devant & après cette naif- 
fance. Ce livre elt dans la Bibliothèque du Roy, n. 835. 

FOTOUH Mefr u akhbarha u acalimha , les conquêtes qui ont été faites 
de l'Egypte en divers tems, avec une defcription hiltorique & géographique du 
pays. Ouvrage compofé par Abdalrahman Ben Abdallah Ben Abdalhokm Al 
Coraifchi , fur les relations d' AbulcaiFem Ben Khalaf Al Vakedi. Il elt dans la 
Bibliothèque du Roy, n. 834. 

FOTOUH Mefr Tharaboîos Afrikiahv Erâk , les conquêtes faites par les Mu- 
fulmans de l'Egypte , de la Tripolitaine , de l'Afrique proprement dite , & de 
riraque Arabique. Livre qui a pour Auteur Aboul Rabid Soliman Ebn Salem 
Al Kolai, & qui fe trouve dans la Bibliothèque du Roy. 

FOTOUH AT Al fcham , les Conquêtes de Damas & de la Syrie, faites 
fous le Khalifat d'Omar, Livre compofé par Jofef Ben Abdallah Al Meheli Al 
Vakedi. Il <-it dans la Bibliothèque Royale. 

11 y a un autre ouvrage, qui porte le même titre , & qui contient les con- 
quêtes qui ont . été faites de la Syrie , par plufieurs Princes en divers tems. 
Ce n'eft qu'un abrégé fait par Abou Ifmael Mohammed Ben Abdallah Al Azdi 
Al Bafri. 

FOULI Al Schumifchathi , Paul de Samofate, Evêque d'Antioche Herefiar= 
que , & chef de la Secle des Fouliciens ou Paulianiltes. Foyez Boulos. 

FOUREK. Abubecr Mohammed Ben Haflan Ben Fourek , appelle ordinai- 
rement Ebn Fourek , étoit Doftcur de la fefte Schafeienne & Afcliârienne , 
Grand Mctaphyficien & Séholaflique : c'eft pourquoy on lui donne le titre de 
Motckellem. Il avoit pris naiiî-mce à Ifpahan : mais il quitta fon pays natal , 
pour s'établir dans la- ville de Nifchabour en KhoriilTan , où il mourut l'an de 



rilcgire 406. 



FOURT, 



F O U R I. FRANK. ^5 

FOURI) nom d'un Interprète Arabe d'Ariftote, duquel nous avons un com- 
mentaire fur le livre que ce Philofophe a intitulé D2 Interpreîatione^ & que les 
Arabes nomment d'un nom qui eft corrompu. 

FOURON; les Arabes appellent ainfi le Philofophe Pyrrhon , chef de la feéle 
des Sceptiques. Il femble qu'Abulfarage le confonde avec Epicure ; car il dit, 
que les difciples de Pyrrhon furent appeliez Ashdb alledhat, les feftateurs de la 
volupté, & qu'ils ne croyoient pas que l'ame fubfiftàc fans le corps. 

Il efl vray, que ces dcu\' Pliilofophes vivoient dans le même fiécle , le pre- 
mier fous Ptolomée , fils de Lagus Roy d'Egypte , & le fécond fous Ptolomée 
Philadclphe, fon fuccefleur; mais ce qu'Abulfarage dit de Pythagore & de Tha- 
ïes , qu'ils ont été difciples de Pyrrhon , eft entièrement iiifoûtenable , puifque 
ces deux Philofophes l'ont précédé d'environ 300 ans. 

FOUROUMENTIOUS, c'efl le premier Evêque des Abi/îîns , que l'E- 
glife des Cophtes en Egypte croit avoir été envoyé le premier par Saint-Atha- 
nafe, en Ethiopie, pour prêcher la foy de Jésus -Christ à ces peuples. 
Foyez le titre de Salamah. 

FOUSCHANGE, Ville de la province de KhorafTan , affiegée & prife' 
par Gaiatheddin , troifième Sultan de la dynaftie des Gaurides. 

Aboulhaffan Foufchangi , homme célèbre pour fa doélrinc & pour fa piété , 
en étoit natif. Nous avons de lui cette maxime de fpiritualité : L'homme vé- 
ritablement dévot ne doit point aimer Dieu , Ezberai garez ia cv z , ni pour 
aucune fin particulière , ni en vue de la récompenfe , ce qu'un Poète Perfîen 
a paraphrafé en ces termes: Un amant qui fe plaint de la féparation de fon 
ami , & qui veut demeurer toujours dans un état d'union & de joûilfance , 
ne mérite pas aflurément le nom d'amant , puifqu'il defire quelque autre cho- ' 
fe que la volonté de fon bien-aimé. 

FRANK & Frenk, un Franc, c'cfl-à-dire , un François, & par extenfion 
ou par une plus ample fignification , un Européen , ou plutôt un Latin, à 
caufe que la nation Françoife s'ell fait connoître & diftingucr entre toutes 
les autres, qui ont porté les armes dans l'Orient, au tems des Croifades. 

Frankpani , le Seigneur Franc ou Latin. C'efl le nom d'un Gentilhomme 
Romain , qui vint au fervice des Roys de Hongrie pendant les premières guer- 
res que ces Princes avoient avec les Turcs, il s'établit en Croatie , & fut 
le chef de la Maifon des Frangipani ; de cette Maifon étoit iflTu Jean , fils de 
Bernardin , lequel , après la mort de Mathias Corvin , Roy de Hongrie , fe 
révolta contre LadiOas & contre le Duc Jean , i3a{lard de Mathias. Ce Duc, ' 
qui étoit Ban de Croatie , affiégea Frangipani dans la ville de Brevia , & le 
preffa fi fort , qu'il le reduifit à fe jetter entre les bras des Turcs , & ce 
fut, par cette occafion, que Bajazeth fécond- fe rendit maître de la Croatie, 
l'an 899 de l'Hegire, de J. C. 1493. 

(^uoy que le mot Pani , qui fignifie Seigneur , foit Efclavon , les Turcs ne 
laillenc pas de s'en fervir, quand ils parlent des gens & des pays de la lan- 
gue Efclavone. Il y a une branche de ces Frangipani encore aujourd'huy 
dans Rome , & c'efl d'eux que la manière de parfumer les gants à la Fran- 
gipane , a pris fon origine, l^oyiz Farange âf Afrange. 

G 3 FRANKIS 



54 ' FRA NKIS. FURSÎ. 

FRANKIS & Franghiz, Nom de la fille d'Afrafiab, Roy du Turqueftan, 
mariée à Siavefch, fils de Caicaus, Roy de Perfe de la féconde dynallie. Vo- 
yez les titres de Siavefch , de Caicaus i^ de Caikhofrou. 

FULFUL, le Poivre. Les Arabes appellent Belâd al fulful , le pays du 
poivre, ce que nous appelions la côte de Malabar aux Indes Orientales. Vo- 
yez le titre de Kaoulem. 

FULIKHRIAH, c'eft l'Impératrice Pulchcria , fœur de Théodofe. Les 
Jacobites , comme Aboulfarage & autres , difent qu'elle étoit Religieufe , & 
qu'elle ne laifla pas de fe marier à Martian , avec lequel elle étoit foupçon- 
née d'avoir eu auparavant quelque commerce fccret. Ils difent encore , que 
quelques Evêques hypocrites approuvèrent ce mariage. Il ne faut point dou- 
ter , que ces Evêques ne fuflent ceux-là même qui avoient tenu , ou qui tin- 
rent le Concile .de Chalcedoine qui condamna les Jacobites, & que cette con- 
damnation fit, que ces Hérétiques décrièrent l'Empereur & l'Impératrice fous 
l'autorité defqueis ce Concile avoit été tcnu. 

FUROUDEH, fils de Siavefch, fils de Caicaus, Roy de Perfe de la fé- 
conde dynaftie. Siavefch avoit eu ce fils de la fille de Piran Veifleh , avant qu'il 
époufât Frankis, fille d'Afrafiab. Voyez le titre de Caikhofrou. 

FURSI, furnom de Mohammed Een Abi Zakaria , qui efl l'Auteut du li- 
vre intitulé Dorar u gorar. Les Perles & les Pierres prétieufes. Voyez le ti- 
tre de Dorar. 



GADHA. GADHAMIS. 

^■i;0*^-|iADHA & Gadhat, efpèce d'arbre affcz femblable au Tamarix , le- 
^ f^% quel croît dans les fables des défcrts. Les Chameaux font fort friands 
^4 ^ i? de fes fciiilles , qui leur donnent néanmoins des tranchées. Le bois 
^ ^^'^'ip de ces arbres eft fort propre à faire du charbon , qui conferve long- 
tems le feu ; c'efl: pourquoy on le cranfporte dans les villes où il ell de grand 
débit. 

Les loups fe retirent ordinairement parmi ces arbres , ce qui a donné lieu 
à la façon de parler des Arabes, qui difent à leurs chameaux , pour les em- 
pêcher d'en manger les feuilles, Dhib Gadlian, le loup efl auprès du Gadha. 

GADHAMIS , le Géographe Perfien m.et cette ville d'Afrique dans fon 
troifième climat, & dit, qu'elle a été biitie par une colonie de peuples de la 
Barbarie , qui s'y font établis dans les derniers tems. Cette ville ell fort mar- 
chande & peuplée de Mahometans , qui n'ont point cependant d'autre eau que 
celle qu'ils tirent de leurs puits. 

GADHANFER, 



GADHANFER. GAIATHEDDIN. ^5 

GADHANFER, nom pronre d'i.'\l Malck Al Modhaffer , dix - huitième 
Sultan des Mamlucs Turcs en Egypte. Il étoit fils de Mulek Al NalTer , fils 
de Calaoun , & fut le fi\"ièm3 de huit frères qui fe fijccedcrent les uns aux 
autres dans le Roj'aunie d'Egypte. Celiù-cy fuccedi immédiatement à Malek 
Al Kamel , & ne régna qu'un an & trois mois , au bout defquels les Mam- 
lucs mirent en fa place fon frère Al Malek Ai Naiîer , l'an de l'Hegire 748, 
de J. C. 1347. 

GADHANFER, nom d'un Poète Perfien, furnommé Al Camar Al Sçhaêr, 
Auteur d'une Milliadc ou Poème en mille vers Pcrfiens, intitulé Pir ve Givan, 
c'efi:-à-dire , le vieillard & le jeune homme , dans lequel les avantages de la 
vîeillefle & de la jeunefie font balancez. 

GADI Kioi ou Cadhi Kioi, en Turc, c'cll le \allage du Cadhi. Ce nom 
a été donné à un lieu où l'on voit les ruines de l'ancienne ville de Chalce- 
doine , que l'Oracle appella autrefois la ville des Aveugles. Ce lieu n'eft pas 
beaucoup éloigné de la ville d'Ifcodar ou Scutarct , qui cft bâtie en Afie, 
vis-à-vis de Conftantinople , & c'eft ce qui a donné lieu de croire , que Scu- 
tarct elt la même que l'ancienne ville de Chalcedoine. 

GADI AT. Ahel Gadiat , Auteur de Géomance , qui eft mis au nombre 
de ceux qui ont écrit fur cette fcience fuperfcitieufe , dans le livre intitulé 
■Alagmoû al lieml. 

Gx\IALIGH , nom d'un p:.ys de la Turquie Orientale , qui avoit un Prince 
particulier, tributaire de Gengliizkhan , auffi-bien que ceux d'Almaligh & de 
i3ifchbaligh , qui font aulïï des contrées particulières du Turqueflan. 

GAI AT Al Ahcâm , Livre des préceptes de la-loy Mufulmane , compofé 
par Mohibcddin Almiad Al Tbabari AI Mekki. 

G AI AT Al maâreb fil menaih u al Khabaia u al methaleb. Livre qui en- 
feigne les lieux où font cachez les tréfors de l'Egypte , & le moyen de les 
trouver par les prières qu'il faut réciter , & par les fufFumigations & autres 
cérémonies fuperflitieufes , qu'il faut pratiquer pour parvenir à l'ouverture 
des talifmans qui les renferment. Ce livre eft dans la Bibliothèque du Roy, 
n . 1031. 

GAIATHEDDIN Caikhofrou, fils d'Alaeddin ou Aladin , Sultan de la 
dynailie des Selgiucides, qui rcgnoicnt dans le pays de Roum , c'eft -à- dire, 
dans la Natolie & pays circonvoifins. 

L'an de l'Hegire 640 , de J. C. 1 242 , ce Prince ' entreprit malheureufement 
de faire la guerre aux Mogols ou Tartares, qui n'étant pas éloignez de fes 
frontières , ne lailToient pas néanmoins de vivre en paix avec lui , comme 
ils avoient fait avec Aladin fon père. Il leva pour ce fujet une très-grof- 
•fe armée, compofée de Grecs, de Francs , de Géorgiens, d'Arméniens & d'A- 
rabes. 

• Il marcha jufqu'auprès d'Arzengian, ville d'Arménie; mais à peine fuc-il en 
préfencc des ennemis , que tous les Mufulmans & tous les Chrétiens de fon 
iU"méc tournèrent en arrière, ce qui l'obhgea lui-même à prendre la fuite, 

& 



56 G A I AT H E D D î N. 

& à prendre fes femmes & fes enfans qu'il avoit laifTës à Cefarée de Cappa- 
doce, pour les mettre en fureté dans Ancyre, ville de Galatie. 

Les Mogols furpris de cette fuite , appréhendant que le Sultan ne leur eût 
drelTé quelque embûche, ne le pourfuivirent pas auflî vivement qu'ils eulTent 
pu faire; ils ne lailfercnt pas cependant de prendre les villes de Si vas ou S e- 
bafte & de Cefarée , après quoj' ils fe retirèrent chez eux , & forcèrent en paf- 
fant la ville d'Arzengian. 

Gaiatheddin connut enfin à fes dépens , que fes forces étoient trop inéga- 
les, pour les mefurer avec celles des Mogols; il envoya des Ambalfadeurs à 
Oftai Caan , leur Empereur , & obtint de lui la paix , à condition de lui pa- 
yer annuellement un gros tribut de chevaux, de munitions & d'étoffes. 

Ce fut dans cette même année qu'Abulfarage marque être la 1554 d'Alexan- 
dre, ou de l'Ere commune des Seleucides , que mourut à Bagdet le Khalife 
Abbaflîde Moftanfer billah , père de MoflaalTcm , qui fut le dernier de tous 
les Khalifes légitimes du Muîulmanifme. 

Le même Auteur remarque , que Gaiatheddin avoit époufé la fille du Roy 
de Géorgie , de laquelle il étoit fi amoureux , qu'il fit mettre fon image fin- 
la monnoye. L'on trouve auflî des médailles de ce Prince dans lefquelles il 
y a pour revers un lion avec le foleil au-delfus de fa tête : car fes Afi;rolo- 
gues lui avoient dit , que s'il y faiCoit graver les figures qui repréfentoient 
fon horofcope, il viendroit à bout de tous fes defi^eins. 

Ce Sultan mourut l'an 642 de l'Hegire, & laifia trois enfans mâles , à fça- 
voir Ezzeddin , Rokneddin & Alaeddin , dont il déclara l'ainé pour fon fuc- 
cefieur, fous la tutele de Cortai, qui étoit un homme très-efl;imé pour fa pro- 
fité. Khondemir. 

GAIATHEDDIN, troifième Sultan de la race ou dj^naflie des Gauri- 
des, étoit neveu de Gihaufouz, & coufin- germain de Seifeddin fon prédecef- 
feur. Il fut qualifié du titre oc furnom d'Aboulfetah , qui fignifie le vifto- 
rieux & le conquérant, à caufc de fes grands exploits. 

Il vangea d'abord la mort de fon prédccefieur, en faifant mourir Abouîab- 
bas Gauri, qui l'avoit tué , & diflipa par cette exécution toute la faftion des 
rebelles, qui s'étoient foûlevez dans le pays de Gaur & qui réfufoient de lui 
payer le tribut ordinaire. 

il aflbcia enfuite à l'Empire Ton frère Schehabeddin , qui fut fon fuccefi'eur, 
après avoir été fon compagnon inféparable dans toutes fes entreprifes militai- 
res. Après avoir foûmis les peuples de Gaur , il fe rendit maître des pays 
de Raver & de KermelTir, qui féparent la province de Gaur de l'Indoftan , 
& qui, félon quelques-uns, font une partie de celle-cy. 

L'an de l'Hegire 571 , de J. C. 1175 , il reprit fur les Selgiucides la ville 
de Badghis , & peu après celle de Herat ., qui étoit pour -lors la capitule du 
Khorafîan. En SJS 3 i^ força la ville de Foufchange dans la même provin- 
ce, & en 577, il marcha avec Ces troupes jufqu'aux portes de Schadbagh, af- 
fez près de Nifchabour, où Alifchah , fils de Takafch Khan , Roy de Khova- 
rezme, s'étoit jette pour la défendre avec plufieiirs Princes de fa famille. 

Gaiatheddin étant campé fous une des tours de cette ville , & confidérant 
l'efpice de la courtine qui s'étendoit d'une tour à l'autre, dit auxficns, qu'il 
Juy fembloit que l'on pourroit battre en ruine avec àes machines le mur qui 

étoit 



G A I A T H E D D I N. 59 

étoit entre ces deux tours , & il n'eut pas plutôt achevé ces paroles , que tou- 
te cette étendue de muraille, laquelle apparemment étoit très - mauvaife , tom- 
ba d'elle-même; ce qui fut remarqué comme un effet du bonheur extraordinai- 
re de ce Sultan: car, par la chute de ce mur, il fe rendit maître de la ville, 
& fit prifonniers tous les Princes qui s'y ctoicnt enfermez. 

L'année fuivante, le même Sultan aflîégea & prit d'affaut la ville de Merou 
<lans le même pays , & ayant ainfi achevé par la prife de cette importante p'a- 
ce , la conquête de tout le KhoralFan , il fe retira en la ville dj Gaznah , où 
plein de gloire "& de bonheur il finit fes jours, l'an de l'Hegirc 599, de J. C. 
1202, âgé de 63 ans, après 43 de règne. 

Ce Sultan avoit bnti la grande & fameufe Mofquée de la ville de Herat , & 
il voulut y être enterré ; & parce qu'il faifoit profefïïon de la fc5te Schafêien- 
ne , qui eil une des quatre feélcs Orthodoxes du Mahometifme , il en avoit 
attaché la préfecture ou Intendance à un Dofteur ou. Imam de cette fefte , fans 
qu'aucun autre qui fît profcffion d'une fefte différente, y pût prétendre. Kkon- 
demir , Mirkhojid & l\Jutcur du Nighiariftan. 

L'Auteur du Leblarikh dit , que ce Sultan , après avoir donné à fon frère Sche- 
hab-eddin qu'il avoit allbcié au gouvernement de fes Etats , la ville Royale de 
Herat, capitale du KhoralTan, pour fa demeure, chojfit pour fa rcfidence ordi- 
naire , celle de Gaznah ou Chaznin , capitale du Zablcftan , -qui étoit autrefois 
le fîége royal des Sultans, nommez les Gaznevides, 

Ce même Auteur ne lui donne que quarante ans de règne, & dit qu'il mou- 
rut l'an de l'Hegire 598. 

Pour ce qui regarde la fuperbe Mofquée qu'il fit bâtir dans la ville de He- 
rat, il remarque que le Sultan Ali-fchir , de la Maifon & poflérité de Tamer- 
lan, la fit reparer l'an de l'Hegire 904, qui eft le 1498 de J. C, par laquel- 
le Epoque on connoît évidemment , que cet Auteur du Lebtarikh eft aflTez - 
moderne. 

L'Auteur du Nighiariftan rapporte une aftion fort géncreufe de ce Sultan. 
Il dit que fon oncle Fakhreddin , qui avoit le gouvernement de Bamiân , s'é- 
tant révolté contre luy , s'étoit fecretement lié avec les Gouverneurs de Balkhe 
& de Herat, villes principales de la grande province duKhorafilm, & tous en- 
femble dévoient faire une grande irruption dans le pays de Gaur: mais il arri- 
va , que le Gouverneur de Balkhe n'ayant pas bien pris fes mcfures , fut trop 
diligent à fe mettre en campagne , de forte qu'il le trouva feul fur les confins 
de Gaur, Gaiatheddin & fon frère ayant appris ce mouvement , & fait mar- 
cher promptement leurs troupes de ce côté-là, eurent bon marché de ce Gou- 
verneur ; car il fut d'abord enveloppé , & conduit prifonnier devant les Prin- 
ces , qui lui firent en même tems couper la tête , qu'ils envoyèrent à leur oncle. 

Ce Prince commençoit déjà à fe repentir de fon entreprife téméraire ; mais 
il n étoit plus tems : car l'armée des Princes £qs nev^eux avançoit toujours , & 
il fe trouva au milieu de leurs troupes, avant qu'il pût fe fau'ver par la fuite. 

Un Poëte décrivant cette action , dit : Si le pays de Gaur eft fi grand qu'il 
femble n'avoir point de bornes , l'armée des Sultans étoit fi grofiTe qu'elle pa- 
roifix)it être innombrable. 

Gaiatheddin voyant fon oncle dans une fi grande perplexité , pouflli droit à 
lui; & defcendant de cheval, alla lui embraffer la cuifi:e & baifer l'étrier, après 
quoy, il le conduifit dans fon camp , le logea dans fa propre tente , & le fit 

TûME n. H afleoir 



,5§ GAIATHEDDIN. • G AID H A B. 

aflTeoir fur fon trône , demeurant debout en fa préfence comme un de fes 
Officiers. 

Fakhred:lin fe voyant traité ainfi par fon neveu , & croyant que ce n'étoit 
qu'une mocquerie picquante , & un mépris couvert d'une faulTe apparence d'hon- 
neur que l'on lui faifoit, ne put s'empêcher d'en témoigner du chagrin, & fe 
lailîli échapper même quelques paroles affez rudes: mais Gaiatheddin ne s'en of- 
fenfa point , & continua toujours d'ufer envers lui de termes fort honnêtes, 
& obligeants pour le confoler de fon infortune ; & enfin , après lui avoir fait 
plufieurs préfens confidérables , il le renvoya en pleine liberté à fon gouverne- 
ment de Bamiàn qu'il lui lailfa. 

Cette aélion héroïque fut fort applaudie de tout le monde , & le même 
Poëte qui a été déjà cité, dit fur ce fujet: Celui-là enlevé infailliblement avec 
fon mail , la boule de la bonne fortune , qui fçait gagner les hommes par la 
générofité de fon amc; & nous voyons par expérience que le bonheur fuit or- 
dinairement celui qui a la réputation d'être honnête-homme. 

Cette allégorie eft prife du jeu de mail à cheval , qui eft un exercice ordi- 
naire des gens de qualité en Perfe. 

GAIATHEDDIN, fils de Schamfeddin, efl le-^uatrième Prince de la dy- 

naflie des Malek Kurt. Foyez ce titre. 

GAIATHEDDIN dit Pir Ali, fils de Moêzzeddin, eft le huitième Prin- 
ce de la môme dynaftie. Foyez anffi Abou Saîd Ben Algiaptu , où vous ver- 
rez , que Gaiatheddin, fe joignit au Scheik HouITain pour chaifer Baiifur du 
Khorafian. 

GAIATHEDDIN Mohammed Ebn Rafchid , Vizir d'Abufaid , fils d'Al- 
giaptou & d'Arbah Khan. 11 étoit homme de lettres, f^oyez les titres de ces 
deux Princes. 

G A I AT H E D D I N Ebn Hemdmeddin. C'eit Khondemir l'Hiflorien qui efl 
fi fouvent cité dans cet ouvrage. 

. GAIATHEDDIN, fils de HouITain, Sultan de Herat, que Tamerlan épar- 
gna pendant la vie du Sultan fon père ; mais qui fut dépouillé par le même 
Tamerlan, après fa mort.- 

GAIDHAB & Aidhdb, Ville fituée fur les bords de la mer rouge ou Gol. 
phe Arabique, que quelques-uns mettent au nombre des villes d'Egypte, & que 
d'autres rangent p-ârmi celles dVEthiopie. Elle a un port alfez fréquenté , oii 
s'embarquent le plus fouvent les Caravanes des Pèlerins qui vont par mer d'E- 
gypte à la Mecque. Eile n'efl éloignée de Souaquen en Ethiopie que de fept 
journées ; c'cfc pourquoy ceux qui pafiTent auffi d'Egypte dans la province d'Ie- 
men en Arabie, pour y faire leur commerce, vont par mer de cette ville en 
rifle de Dehelck , qui n'effc qu'à trente milles de la terre ferme de l'Icmen. ■ 
Jbdelmoal dans le fécond Climat. 

Il ne faut pas confondre cette ville avec celle de Coflir , qui efl l'ancienne 
Bérénice , qui a pareillement un poi t fur la mer rouge , où l'on s'embarque 
pour paffcr de la Thebaïde ix de fes principales villes,, qui font Afna & Afo- 

van. 



G A I D H A R. G A I U K. y^ 

ran, fituées-fur le'lSfil, dans le CD'ndnenc de l'Arabie, pour prendre ■ eTïn.îite là; 
route de Medine ou de la Mecque. 

GAIDHAR, fils d'Aaron, premier Grand Pohtife des Hébreux. 11 faut li- 
re plutôt Aidhàr; car c'eil en Hébreu Eleazar. 

G AIL AN, les Arabes appellent ainfi ce que nous nommons un Satyre. Ils 
difent cependant , que c'eft auffi une elpèce de D Jmon des forêts qui tue les 
hommes & les bêtes. 

Ce mot ell devenu auffi le nom propre de quelques perfonnages qui ont paf- 
fé pour être farouches & cruels , & les Arabes appellent auffi Om gaiian , la 
mère des Satyres ou des Démons Forcftiers, l'arbre qui porte Je nom de Spi- 
na jEgyptia, que nous connoiffons mieux Ibus celui d'yicacia & de Cagie. 

GAIM. Ali Ben Al Gaim AI Mocdeffi , eft l'Auteur du livre intitulé Bog- 
hiat al Mortad , dans lequel il traite des lentimens que les Renégats ont quand 
ils abandonnent, & après qu'ils ont abandonné, leur Religion. Cet Auteur mou- 
rut l'an 1036 de l'Hcgire. 

GAIUK Khan, troifième Roy du Turkeflan. Il ctoit fils de Dib Eakovi 
Khan, & defcendoit en droite ligne de Turk, fils de Jafeth ou Japhet, fils de 
Noë , félon Mirkhond dans la généalogie de Genghizkhan. Ce Prince étoit fort 
libéral & aimoit la bonne chère ; mais d'ailleurs , fa violence & lès )njufi:ices 
firent regretter la perte que l'on avoit faite de fon prédécefîcur. Il lailfa un fils, ■ 
nommé Alinge Khan, qui lui fucceda dans les Etats du Turquefiian. 

GAIUK Khan , fils d'Oétai Caan & petit-fils de Genghizkhan , commença â"' 
régner l'an 639 de l'Hegire, & de J. C. 1241, fous la tutcle de fa mère nom- 
mée Tourakinah Khatoun , laquelle mourut l'an de l'Hegire 643. Cette Prin- 
cefie femble avoir été Chrétienne 5 car Mirkhond écrit, que les Chrétiens avoient 
beaucoup de crédit à la Cour de Gaiuk khan. 

Après la mort de Tourakinah, il fe tint une afl'emblée générale, que les Mo- 
gols appellent Curiltai, dans laquelle l'Empire fouverain des Mogols fut donné 
ou confirmé à Gaiuk Khan , qui n'en jouit qu'un an entier ; car il mourut en 
644 de l'Hegire, dans l'année du cycle des Alogols nommée It II, c'efi:-à-dire , 
l'année du chien. Khondemir. 

Ce Prince eut pour fuccelfeur Mangu Caan fon coufin-germain , fils de Tulî- 
khan , fils de Genghizkhan , qui ne fut pourtant déclaré Empereur des Mogols 
Genghizkhaniens que fix ans après la mort de Gaiuk , ou plutôt après celle de 
Tourakinah, en 648 de l'Hegire, qui efl; l'année du cycle des Mogols nommée 
Dongouz II, l'année du Pourceau. 

Abulfarage , qui met la mort de ce Prince en l'année 647 de l'Hegire , dans 
un lieu du Turkefl:an à cinq journées de Bifch Baligh , dit , qu'il avoit deux 
frères , dont l'un portoit le nom de Kuban & l'autre de Siramoun , & qu'il 
leur diftribua , & aux autres Novain ou Princes de fon fang, toutes les provin- 
ces de TAfie» 

Ogulganmifch , veuve de Gaiuk , gouverna par intérim , fuivant les ordres de 
Batou fils de Giougi, fils aîné de Genghizkhan, les Etats que pofi^ëdoit fon ma- 
ry, jufqu'au prochain Kuriltai, qui étoit la Diète générale des Mogols, laquelle 

H 2 s'étant 



5o G A L A T H. G A N A H. 

s'étant tenue l'an 650 de THegire, Batou déclara lui-même Mangu pour fuccef- 
feur de Gaiuk. 

G AL AT H Al dhoàfa meh al fokaha , les erreurs des Jurifconfultes Muful- 
mans, Livre d'Abou Mohammed Abdallah Ben Berri Al Mocdeflî. 11 eft dans- 
la Bibhotheque du Roy, n°. 1099. 

GALEB. Hemâm Ben Giâfar, Ben Galeb Al Mocri, eft l'Auteur de l'hif- 
toire qui porte le titre de Tarikh Ben Galeb. 

GALIKIA. Gallicia , c'eft la Valachie nommée autrement Ulak & Iflak ; 
car l'on trouve dans les anciens titres des Roys de Hongrie, qu'ils fe difoient, 
auffi Roys de la Gallicie ou Valachie j & de la Moldavie. 

GALIPOLI ou Galiboli, Calliopolis, ville de Grèce fituée fur rHellefpont, 
que les Turcs appellent Galiboli Denghizi, la mer de Galipoli , & les Italiens, 
Il mar di San Georgio. Cette ville eft le fiége du Bâcha de la mer, qui s'ap- 
pelle en Turc Capoudan Bâcha. 

. G A LOVA H, Ville de Nubie, fituée fur le Nil au-defibus de celle de Dan- 
galahi d'où elle eft éloignée de cinq journées ; mais il y en a dix pour arriver - 
de Gàlouah à Ildk dans le déicrt , en tirant vers l'Occident. 

GAMBIA, fleuve des Nègres, qui fe décharge dans l'Océan Atlantique pro- 
che du Cap verd. l^oyrz Ulil. 

G AMD AN, nom d'une colline, où le Palais des Tobais, Rois de l'Iemen, 
&; le plus fameux Ternple du pays font bâtis dans la ville de Sanâa. 

Ce temple , que l'on prétend avoir été bùti par émulation de celui de la Mec- 
que, eft fouvent appelle du même nom de Gamdân & d'Amddn. 

■ G A M M A Z, Foyez Manfor Ben Gammaz. 

GAMRI & Gomri, farnom de Mohammed, qui eft Auteur d'un livre inti- 
tulé Ahcdm al mlfuj des Préceptes de la loy Mufulmane, qui obligent les femmes. 

Les Juifs difcnt , que les femmes ne font point obligées à fobfervation des 
préceptes affirmatifs de Ja loy, mais feulement aux négatifs. 

G AN A II, Ville capitale du pays des Soudan, c'eft-à-dire, des Nègres, fituée 
entre le premier climat & la ligne équinoéliale , fur une rivière femblable au 
Nil d'Eg3^ptc , qui la fepare en deux parties prefqu'égales : la partie Septentrio- 
nale eft habitée par des Mahometans : mais la partie Méridionale n'eft peuplée 
que de Caf-cs & d'Infidèles. Il y a aux environs de cette ville plufieurs mines 
d'or, eftimé plus pur & plus fin que celuy qui fe rencontre dans les autres mi- 
nes; niais celuy d.>s rivières le furpafili encore en bonté. 

Abdclmoal & E jriffi , Géographes Orientaux , la placent entre les villes du 
premier Cliiuat, & difcnt, qu'il y a auprès de Ganah un lac d'eau douce, & 
un château très-fort fur le bord du fleuve, qui fut bâti, l'an 510 dp l'Hegire^ 
par un Prince- de la Maifon de Salch, fils d'Abdallah, lequel, quoy qu'il fût de 
la race d'Ali & de ILuTiin , ne laifibit pas pourtant de reconnoître le Khalife 
de. la Maiibn des Abbalîides qui. reûdoit daas JBagdct, 

Entre 



GANARAH. G A O. 6i 

Entre le pays de Ganah, & la Barbarie qui eft fur la côte d'Afrique, il n'y 
a qu'un fort grand defert nommé Sahara ou Sahra, au bout duquel vous trou- 
vez la ville de Gougah , après un mois & demi de clicmin. 

Cette ville qui eft la plus opulente de toutes celles de la Nigritie, efl: placée 
par Abou Rihan Al Birouni au dc-là de la ligne équinoftiale. Le Géographe 
Perfien appelle la ville de Gougah, du nom de Cougou , & ce pouvoit être 
celle que nous appelions Congo. 

GANARAH, Ville forte & peuplée, fituée fur le Nil des Nègres, qui 
eil des dépendances de Ganah, & qui obéît à fon Roy. 

GANGIATU, que l'on trouve aufïï nommé Caiflu, & Caicatu, étoit fils 
d'Abaka Khan , & fucceda à Argoun Khan dans l'Empire des Mogols de la 
race de Genghizkhan. Jl ne régna que quatre ans au bout dcfqucls il fut 
tué par Baidu Khan fon fuccelfeur l'an 694 de l'Hegire, de J. C. 1294. Foyez 
Baidu Khan. 

KJiondemir remarque que le véritable nom do ce Prince étoit Aicatu , ou 
Gaicatu qui fignific en langue Mogolicnne , mervcilleufcment beau , & écla- 
tant. Der âgieb Ahddr. 

Il ajoute que Gangiatu nonobflant fes débauches, fut le plus libéral de tous 
les defcendans de Holagu , & qu'il fit fi bien adminiftrcr la juftice à fes fujets, 
que fous Ion règne , l'on ne fit mourir aucun innocent. 

Baki Bok, ou Bafchi Bog, fut GeneraJilîIm^ des armées de ce Prince fous le 
titre d'Emir al Omara, & Khovageh Sadreddin Khaled Zengiani fut fon pre- 
mier Vizir. 

Plufieurs Seigneurs de fa Cour, dont il avoit enlevé les filles pour les rnet- 
tre dans fon Serrail, conjurèrent contre luy: il en fit prifonniers quelqu'uns; 
mais les autres envoj^erent fecretement folliciter Baidu Ogul fils de Targai , & 
petit-fils de Holagu, lequel étoit pour lors Gouverneur de Bagdet , de faire 
diligence, s'il vouloit fe rendre maître de l'Empire. Baidu ayant ramafl^é le 
plus de troupes qu'il put, s'avança vers Mogàn où Gangiatu l'attendoit avec 
fon armée; mais ce Prince ayant été trahi, & abandonné par fes Généraux', 
il fe fauva dans une grotte où ceux qu'il avoit emprifonnés , & qui avoient 
été délivrez par les conjurez , le mallacrercnt, 

GANIMI, Surnom de Schehabeddin Mohammed ou Ahmed Al Anfari, Au-- 
teur d'un Ouvrage intitulé Erfchdd al Ekhudn dla al fark bdn al cadm bel dhat 
u al cadm belzamdn , Inftruétion donnée aux Auteurs nommez Ekhuan alfafa, 
fur la différence qu'il y^ a entre la priorité de nature, & la priorité de tems. 

Il efl auflî l'Auteur de Bahagiat , qui cil un commentaire fur le livre qui a- 
pour titre Amliat al borhân fildcaid, Demonilration évidente de tous les articles 
de la foy des Mufulmans. 

GAO, nom d'un célèbre Forgeron natif de la ville d'Ifpahan, Il fe fit' 
chef d'un gros party de conjurez qui fe fouleverent contre le Tyran Zohak, 
& marcha à leur tête , élevant au bout d'une pique fon tablier de cuir , en 
gUife d'étendart. 

Il fe trouva en peu de tems maître d'une grande armée laquelle il fit marcher 
auffi-tôt , & défit en bataille rangée le Tyran ; après quoy il donna la Couronne 
de Perfe , dont il étoit le maître , à "Feridoun , ifilj de la race des anciens Roys. ■ 

H 3 Feri-' 



^, G A R. G A S â A N. 

Feridou'n doftna enfuite à Gao pour recompenfe de fes fervices la Ville d'Ifpa- 
han avec fon territoire , & voulut que fon tablier qui avoit fervi de fignal 
aux conjurez, fut de-là en avant l'étendart Royal, & pour ainfi dire, TOri^ 
flamme de la Couronne de Perfe , qui a toujours porté le nom de Dirfcfcti 
Gaviani, c'eft-à-dire, l'Etendart de Gao. 

Ce Forgeron mérita par fes grandes avions de valeur & de generofité , que 
l'Empire de Perfe paflat dans fa famille; cai- Cobad, père de Khofrocs, furnom- 
mé Noufchirvan , Roy de la quatrième dynaflic (^ : Pcrfè , defcendoit de lui en 
ligne direftc. f^oyez les titres de Zohak, de Feridoun, à? de Dirfefch. 

GAR Mohammed, Grotte de Mahomet. Foysz la Mecque, 

GARHAVAH, le Sepulchre d'Eve, ^'ij'?;^ Havah. 

GARNATHAH, Grenade en Efpagne, une des premières villes que les 
Arabes y prirent après celle de Cordoue, letu* capitale. Elle fut auffi la. der- 
nière que les Efpagnols recouvrèrent: & fon hiftpire eft aflez connue par nos 
hiitoires modernes. . 

Ahmed Ben Caflem Al Andaîoufi écrit qu'en l'an 1008 de IHegire, de 
J. C. 1599, l'on trouva proche de Grenade dans un lieu nommé Khandak al- 
gennar, feize lames de cuivre «Se de plomb de la grandeur ^de la main, qud 
l'on prétendu it avoir été enterrées par Saint Cœcilius , Archevêque de Grenade, 
où la prédication de la foy Chrétienne étoit décrite en langue Arabique, mêlée 
"de plufieurs contes fabuleux. Ces lames furent portées à B.ome , & ont été 
condamnées à Rome depuis peu d'années, ^oyez dans la Bibliothèque du Roy 

71 . 104.^. 

Ben Schohnah écrit qu'en l'an 482 de l'Hegire, de J. C. 1089, JofepJi fils 
de Taffetin ou Baf kehin , commença à régner dans la ville de Grenade , & que 
la dynaltie des Sanahegiàt finit dans ce même tems , depuis lequel la ville & la 
province de Grenade ont pris le titre de Royaume. 

Cet Etat a été le dernier de toute l'Efpagne , où les Arabes que nous appel- 
Ions ordinairement les Mores , ont régné ; & c'efl; auffi de-là , que les Mores 
chalTez d'Efpagne qui fe font réfugiez en Barbarie, font appeliez encore aujour- 
d'huy Grenadins, & Tagarins. 

Ce fut fous le règne de Caiem , vingt-feptième Khalife des Abbaffides , & de 
Mofi:anfer , cinquième Khalife d'Egypte de la race des Fathimites , que le Royau- 
me de Grenade fut établi. • 

Il y a une hifl:oire fort ample du Royaume de Grenade , qui a pour Auteur 
Mohammed Ben Abdallah furnommé Al Khathib Al Corthobi. Ce livr^ a pour 
titi:e ihathah fi tarikh Garnathah. 

Nous avons un abrégé de medicine intitulé Igiaz filt heb compofé par Jofef 
. Ben Al Garnathi qui mourut l'an 753 de l'Hegire, & un Jlhcdm Alcorân qui 
a pour Auteur Abd al monaêm Ben Mohammed Ben Ars Al Garnathi qui 
mourut l'an 770 de l'Hegire. 

GASSAN, nom d'une ancienne ville de Syrie dont le terroir étoit abon- 
dant en fontaines & en ruilTeaux , où les Arabes furnommez dans la fuite Gaf- 
fanides, établirent une colonie. Foyez plus bas. 

Galfani ell le furnom d'Aboulfadhl Abd al monaêm Ben Omar Ben Haiiàn, 

lequel 



G A s s A NI A H. G A U R. ^3 

fequel étant tié dans la Gallice en Efpagne, porte auffi les noms d'Andaloufi , 
& d'Aï Gialiani. Il tiroit fon origine de ces Arabes GaiTanides dont on vient 
de parler , & il nous a laiflc un Divan compofé de dix Ouvrages , dont le 
premier efl en vers Acroftiques, & Figurez, fur les louanges de Saladin. Ce 
livre fe trouve dans la Bibliothèque du Roy n°. 1072. 

Al Gaflani AI Azraki efl un autre Auteur qui a compofé une billoire fort 
ample de la Mecque, dont Alfarani a fait un abbregé. 

GASSANIAH, les GaiTanides. Les Arabes ont eu une dynallie de Roys 
qui ont porté ce nom plus de 400 ans avant la nailfance de IMahomet. lis 
étoient de la famille d'Azad, & de la pollerité de Kaheldn fils de Saba , fils 
d'Iafchhub, fils d'Iàrab, fils de Cahtan, qui eil Jodan fils du Patriarche Eber 
ou Heber. 

Ils quittèrent l'Arabie après l'inondation, ou le déluge d'Irem , & vinrent 
en Syrie auprès d'un lieu abondant en eau nommé Galfan , où ayant trouvé 
d'autres Arabes nommez Dhagâemah qui s'y étoient déjà établis , ils les en 
chaflerent. 

Le premier de leurs Roys portoit le nom de Giafnah fils d'Amrou, fils de 
Thaâlebah qui tiroit fon origine d'un Roy de Hirah , furnommé Maziah , à 
caufe qu'il déchiroit tous les jours l'habit qu'il portoit , pour le donner à quel- 
qu'un. Le dernier de ces Roys fut Giabalah fils d'Aihem , lequel fe fit Muful- 
man du tems d'Omar , fécond Khalife après Mahomet , & enfuite Chrétien , mais 
par dépit. Foyez fon titre particulier. 

La plupart des Rois de Gaffàn portoient le nom de Hâreth , d'où vient 
celui d'Arctas que les Grecs & les Latins ont formé. Ces Roys Arabes ont 
été fouvent déclarez par les Empereurs, Chefs de leurs armes en Syrie. 11 y 
en avoit un qui coramandoit dans Damas du tems de faint-Paul , comme il 
paroît par la féconde Epîcre de cet Apôtre aux Corinthiens. 

GAUR & GOUR; ce mot qui fignifîe proprement une Plaine, & un pays 
plus bas que les autres, fe donne à pluficurs Provinces de l'Afie. 

Celle de Tahamah en Arabie porte fouvent ce nom, à caufe qu'elle eil plus 
baflTe que toutes les autres contrées de ce grand pays. Il y en a pourtant qui 
veulent que Gaur foit entre l'Iemen & Tahamah. 

En Syrie le pays , que les anciens nommoient l'Auranitide , où Hyrcan le Grand 
Pontife des Juifs fut fait prilbnnicr, & où Antipatcr père d'Herode fut tué, 
eil nommé Gaur par les Hifloriens Arabes. Ce pourroit être la Phœnicie , ou 
la Cœlefyrie; car ce mot fignifie la Syrie Creufe. 

Mais la plus grande de toutes les Provinces qui portent ce nom , efl celle 
qui s'étend entre le Khoraffan du côté de la ville de Herat , & le pays de 
Gaznah. Cette Province de Gaur n'cft fcparée des Indes que par le paj-s de 
Raver , & elle cft fort célèbre par la montagne des Turquoifes que les Per- 
fans appellent Firouz goueh , où il y a une fortereffe qui porte le même 
nom, & que l'on tient être la meilleure de toute l'Afie. Foyez le titre fuivans 
de Gauri, âf ceux de Gaznah, âf de Zableflan. 

Ce fut dans les montagnes de Gaur que la pofterité de Zohak le Tyran de 
Pevfe fc réfugia, & y établit une principauté. Sam Ebn Souri, Chef & Fonda- 
teur de la dynallie des Gaurides, prétendoit tirer fon origine de cette race. 

GAURANI, 



54 G A U R A N I. G A U R I A N. 

G AURA NI, Surnom de l'Imâm Abulcaflem Al Merouzi, qui ell le mêmft 
qu'Abdal rahman Ebn Mohammed, Grand Doéleur de la Seéle Schafêienne qui 
mourut l'an de l'Hegire 461. Il nous a laifle deux Ouvrages de Jurifpruden- 
ce Mufulmane , dont l'un eft intitulé j^fràr al fekeh , &: l'autre Abanat fi 
fekeh fchafêi. 

G A URL Foyez le titre qui fuit j de Gauriân. 

GAURIAN, les Gaurides, qui font appeliez ordinairement par les Hiflo- 
riens Selathin Gaur, les Sultans de la dynaftie des Gaurides. Ils commencèrent 
à régner l'an de l'Hegire 545, de J. C. 1150, & finirent l'an 609 , de forte 
que cette dynaftie n'a dure que 64 ans, fous cinq Roys ou Sultans. 
' Le premier a été Alaleddin HafTan fils d'Huffain, fils de Sam Souri, & il 
fut furnommé Gihanfouz , qui fignifie en Perfien , celui qui a mis le monde en 
feu. Ce Prince a régné fix ans. 

Le fécond eft Seifcddia Mohammed , fils de Ala eddin Gihanfouz , qui a 
régné fept ans. 

Le troifième Gaiath-eddin Aboulfetah , fils de Sam fils de Huflain , dont le 
règne a été de quarante ans. 

Le quatrième , Sçhehab-eddin Aboulmozaffer , fils de Sam fils de Huflliin , 
frère de Gaiath-eddin fon prédécelfcur , qui a régné feul quatre ans. 

Le cinquième nommé Mahmoud , fils de Gaiatheddin Aboulfetah troifième 
Sultan de cette dynaflie, régna fept ans. Khondemir. Lehtarikh. Nighiariflàn. 

Cette dynafi.ie qui s'éleva fur les ruines de celle des Gaznevides, pafiTa en- 
fuite dans celle des Khovarezmiens. Il faut voir le titre de Sam Souri, ^ ceux 
de ces cinq Sultans pour apprendre l'origine , le progrez , âf la décadence de cette 
dynaftie. 

Après que le grand Empire de la famille de Sam Souri que l'on nomme la 
dynafiiie des Gaurides , fut fini en la perfonne de Mahmoud , fils de Gaiath- 
eddin, cinquième & dernier Sultan de. cette race, l'an de l'Hegire 609 , de 
J. C. 1212 , une branche de cette maifon s'établit dansBamian, ville & Pro- 
vince particulière du Khorailan , au de-là de la ville de Dalkhe , en tirant vers 
Kabul, Province Septentrionale des Indes , comme aufîî dans le Tokhareltan 
qui efb la partie la plus Orientale de la Province de KhoralTan. 

Le premier .de cette féconde branche des Gaurides fut le Sultan Fakreddin , 
oncle de Gaiath-eddin Aboulfetah, troifième Sultan de la première dynaftie. 
Voyez ce qui lui arriva avec fon neveu dans le titre de Gaiath-eddin fils de Sdm. 

Le fécond fut fon fils Schamf-cddin , lequel ajouta aux Etats de fon perc, 
une pa^rtîe du Badakhfchian ou Balakfchian , pays d'où viennent lee rubis ba- 
luys, & la Province de Tchagauiàn. 

Le troiiième fut Baha-eddin, fils de Schamf-eddin , renommé pour fajuftice, 
fa doftrine , & pour l'aifeclion qu'il portoit aux gens de lettres ; car c'eft à ce 
Prince que l'Imâm Fakhreddin Razi dédia un de fcs Ouvrages. 

Le quatrième fut Gelal-eddin, auquel on donne fept années de règne, les 
Hiftoriens ne remarquant pas les années de fes prédécelfeurs : mais ce fut fous 
ce Prince ou après fa mort que l'Etat de Bamiân & de Tokhareftan paffa. entre 
les mains des Sultans de Khovarezmc, qui avoient déjà dépouillé la première 
branche de la Maifon des Gaurides dès l'année 609 de l'Hegire, comme nous 
venons de voir. Kliondemir. 

L'on 



G A U T H A H. — G A Z A L. 



^S 



L'on pourroit compter pour une troifième dynaflie des Gaurides , la fuite de plu- 
Ticurs Efclaves & Affranchis Turcs ciev'ez par les Su 'tans de cette Maifon & 
fur tout par Scliehab-cddin qui en fut le quatrième Sultan , lefquels régnèrent 
a^ès fa mort dans le Kerraan ou la Caramanie Perfique, dans le Souran, dans 
le Multan, & dans Delli, Royaumes des Indes. Voy^z les titres de Schehab-eddin , 
6f de Golamân Selathin Gaur. 

GAUTHAH. Gauthat Demefchk , h. plaine de Damas. C'efl un pays fi 
délicieux-, qu'il pafTe pour un des quatre lieux qui font vantez pour être les 
Paradis, ou les Jardins les plus beaux de toute la terre habitable. Les trois 
autres font Obollah en Chaldée où il y a une rivière du même nom, Scheb 
Baovân en Perfe, & la Sogdiane que les Orientaux appellent aujourd'huy So"-d 
Samarcand, la plaine ou la valide de Samarcand. ° . 

GAZ, dixième fils de Japhet fils de Noé , qui établit fa demeure fur le fleuve 
nommé Bulgar, après que fes autres frères fe furent emparez des meilleurs pays 
de la fucceffion de leur père. Il fit la guerre à fon frère aîné nommé Turk, 
pendant pluficurs années. 

La race de Usures , ou Turcomans appellée aujourd'huy Gazieh & Gazan , & 
qui efl la plus vile , & la plus méprifée de toutes , tire fon origine de Gaz. 
On lui donne aufli le nom de Tchefchmgaz , lequel l'on prononce auflî Tam^^azi 
& ces deux noms fignilient Horgnes. I^oyez Mirkhond dans la Généalogie de 
Gcnghiz-Khan , & le titre de Turcomans. 

Gaz eut deux enfans dont l'un nommé Bulâr & Bulgâr demeura dans le pays 
que fon père avoit choifl pour fa demeure au de-là du Volga , d'où les Bulga- 
res qui vinrent depuis s'établir dans la Mœfie, font defcendus. 

Le fécond nommé Berthas ou Perthas, fut le chef d'une nation Turque ou 
Turcomane qui vint s'établir dans l'Afie. Ils ravagèrent la grande Province 
du KhorafTan l'an 426 de l'Hegire , de J. C. 1034, mais ils furent défaits par 
Mahmoud le Gazncvidc qui les chafTa hors de fes Etats. 

L'an 435 de l'Hegire, de J. C. 1043, les Gazes Turcomans entrèrent dans 
la Mefopotamie , & fe rendirent maîtres de la ville de Mofui : mais le Khahfe 
Caiem Bemrillah reprit fur eux cette importante ville , & les obligea de fe 
retirer dans l'Adherbigian, c'eft-à-dire , dans les montagnes de la Medie. 

Gaz efl auiîi le furnom de Alohibeddin Seid Huflain Al Bagaovr, mort l'an 536 
éi l'Hegire, qui nous a laiifé un livre fous le titre d'Erfclidd. 

GAZAL, nom d'un animal que les Grecs & les Latins ont appelle Dorcas. 
Nous avons retenu le nom Arabe; car nous l'appelions Gazelle. Scherif AI 
Edrifîi dit dans le premier climat de fa Géographie, qu'il y a beaucoup de ces 
animaux dans le pays des Nègres. Les Maronites ont expliqué dans la Géogra- 
phie Nubienne le mot de Gazai par le mot de Cerfs qui ne Ce trouvent point 
dans toute I Afrique; mais Virgile avant eux étoit tombé dans la même fiiute. 

Ce mot fignifie auflî des vers amoureux , qui ne doivent pas excéder le nom- 
bvQ dé dix-fept ou dix-huit Beits que nous appellerions Difliquss ; mais dont 
chacun n'efl qu'un vers Arabique. Lorfqu'ils palTent ce nombre , le poëme 
s'appelle Caffidah qui répond à nôtre Elégie. Le Gazai ne peut être aufli moin- 
dre que de fept Beits , ou tout au moins de cinq ; car quand il n'y a que 
J T0M6 IL I quatre 



(56 GAZALAN. GAZA L I. 

quatre Beits, c'eft un Rabedt ou quatrain. Les deux premiers Beits d'un Gazai 
s'appellent Methld, & les deux derniers Mecthâ. 

GAZALAN; on appelle ainfi les deux- Gazelles d'or dont un Roy de Perif: 
fit preibnt au temple de la iMecque. Elles furent long-tems cachées au fond du 
puits nommé Zenizem , d'où ayant été tirées, Aboulchcb, ennemi déclaré de- 
Mahomet, les vendit à des Marchands, & en convertit le prix à fon ufage.. 

Ce même mot fignifie en langue Perfienne ceux d'entre les Poètes qui fe 
font appliquez à la compofition de vers lafcifs & amoureux, que les Arabes 
appellent Gazai. 

GAZ ALI, furnom d'Abou Hamed Mohammed Zein eddin Al Thoufi. Ce 
Dofteur qui cil; des plus célèbres entre les Mufulmans, porte les titres magni- 
fiques d'Imam alâlem , le fçavant Imam , ou l'Imam du monde , Amcl al ôlamah , 
celui qui mettoit en pratique ce qu'il enfeignoit, Al Varâ Al Zahed, qui crai- 
gnoit le plus d'offcnfer Dieu, & qui s'abftenoit entièrement des plaifirs de la 
vie, Scheikh al tharicat, le Dofteur de la vie fpirituelle , Hoggiat al Iflàm, le, 
plus grand témoin du Murulmanifme. _ ^t . , n 

il naquit à Thous, ville du Khoraflan , 1 an 450 de 1 Hegire. Nezam almulk 
l'avoit fait Profeffjur de fon Collège nommé Al Nezamiat , qu'il avoit fondé 
dans la ville de Bagdct fous le règne de Melikfchah : mais Gazali quitta cette 
profeffion pour embralfer la vie retirée l'an 488 de l'Hegire ; & après avoir 
fait le pelerinafTc de la Mecque , il retourna en fon pays , où il mourut 1 an 
de l'Hegire 504 félon Ben Schonah , & 505 félon les autres. 

'Le plus fiimeux Ouvrage de ce Docteur cft celuy qu'il intitula Mm ôloum 
eâdin les différentes clafles des fciences qui concernent la Religion. Ce hvre 
fat abbregé par Ahmed Ben Mouffa Al Arbeli fous le titre de Rouh al Mia^ 
c'en:-à-dire^ FEiprit du livre intitulé Mia. ; ^ . 

• Il V a un volume dans la Bibliothèque du Roy, qui contient cinq opufcules 
de Gazali dont le premier eft intitulé Mâar'f al âkliah , des connoilHuices in- 
telleftuellcs. Le fécond Moncad men al dlialal, ce qui nous délivre de l'erreur. 
L*- troiiièm'e ^l Madhnoim , âf c. ce qui doit être caché aux indignes. Le qua- 
trième Mefchrat alanovdr, le lieu où la lumière eft cachée. Le cinquième Nha- 
rese al Salekim, les Elévations d'efprit des perfonncs pieufes vers Dieu. _ 

Ce Dodeur étant interrogé de quelle méthode il s'étoit fervi pour arrivera 
ce haut point le fcience qu'il avoit acquife , répondit qu'il n'avoit jamais eu 
honte de demander ce qu'il ne fçavoit pas . . . .. ■^ r /r 

Il V a des livres fort fuperflitieux & dangereux qui font attribuez faulFe- 
m-nt à'ce Doèleur. L'un clt le Khaîem, ou Anneau Magique qui eft dans la 
Bibliothèque du Roy n^. loio. Le fécond eft Hall al rcmoiiz fi mcfaiih al 
conouz, explication de trois Alphabets renverfez pour la découverte des trefors. 
Ce ii^^re fe trouve aufli dans la même Bibliothèque n^. 1030. 

Nous avons encore dans la Bibliothèque du Roy n^ 902, le Livre de Fa. 
tehat al ôloum, la clef des fciences, qui eft un commentaire du Ahia al ôloura 

Le' livre intitulé Jnîs fil ovahdat , l'Ami ou le Compagnon de la folitude eft 
attribué à un Abou Ilamcd Al Gazali, qui mourut l'an 705 ^de l'Hegire. Il y a 
peut-être erreur dans cette datte, & cet Ouvrage pourroit ctre du même Gazali 
dont, nous parlons. 



G A Z A N. ç^ 

Il n'en eft pas de même du Gazali qui portoit Je nom d'Alf Ben CofTaibah 
& qui mourut l'an 878, de l'Hegire, duquel nous avons le Livre intitulé Eftel 
hathdth al m;rah:m, des moyens qui fervent à attirer fur nous les milericordes 
de Dieu. 

;r Le Tarikh Montekheb, livre Turc, cite dans l'hifloire de Caiumarath un livre 
du premier Gazali intitulé Nafthat al moloûk, Confeils donnez aux Roys & aux 
Princes. 

L'Emir Mofthafa Al fchâer a traduit en Turc un opufcule fpirituel de Gazali, 
dont le titre n'eft autre que le commencement du livre, Eiuka al yded, c'eft-à- 
dire, Mon fils. 

GAZ AN Khan. C'cft Mahmud, fils d'Argiin Khan, qui fiicceda à Baidu dans 
les Etats que les (uccefTeurs de Genghizkhan polFedoient en Perle , Tan de l'He- 
gire 694, de J. C. 1294, Baidu ayant été tué par l'Emir Nevriiz dans la ville 
de Nakfchivan en Arménie. p 

Ce Prince ayant appris dès le commencement de fon règne que quelques-uns 
de fes parens avoient pafTé le Gihon pour lui venir difputer la couronne , envoya 
l'Emir Nevrdz en Khorailan avec une puillante armée pour s'oppofer à leurs 
defleins. Ce Général s'acquitta fort bien de fa commillion ; car- il obligea ces 
Princes à retourner fur leurs pas, & laifler Gazan leur parent joiiir en paix d'un 
Royaume qu'il gouvernoit avec beaucoup de fageffe & d'équité. 

En effet il tenoit fouvent en perfonne fa Cour de juflice où tous fes fujets 
étoient reçus à porter leurs plaintes contre les plus grands Seigneurs , & les 
premiers Officiers de fa Maifon, & il leur donnoit à tous une fatisfaétion propor- 
tionnée aux torts qu'ils avoient Ibuff'erts. 

L'Emir Nevrûz qui 'avoit rendu à fon maître de fi bons fervices dans le Kho- 
raflTan, y fut envoyé derechef en qualité de Gouverneur: mais il n'y fut pas 
plutôt arrivé, que pluficurs Seigneurs du pays qui briguoicnt ce Gouvernement, 
& qui lui portoient envie, le rendirent fufpefl à la Cour, & envoyèrent à Sad- 
reddir^, Khaled , Prefident du Divan , une lettre de Nevrûz , qu'ils prétendoient 
avoir interceptée , par laquelle il paroifibit s'entendre avec le Roy d'Egypte pour 
faire la guerre d'un commun accord à Gazan. 

Le Sultan n'eut pas été plutôt informé de ce complot , que fans examiner 
plus avant la chofe, il fit alfembler fes troupes, l'an 696 de l'Hegire, & les fit 
marcher vers le Khorafllm, & Cutluc fchah qui en eut la conduite, reçut l'ordre 
de ne point retourner à la Cour, qu'il n'eût puni Ncvriiz de fa rébellion. 

Gazan étoit pendant ce tems-là dans la ville de Hamâdan où il faifoit fon 
fejour ordinaire, quoy qu'il eût été couronné dans Tauris ville capitale de fon 
Empire, à caufe que les affaires qu'il avoit en Syrie avec le Roy d'Egj^pte, 
l'obligeoient à ne pas perdre de vue cette Province. Cutlucfchah ne fut pas 
plutôt entré dans le Khoraffan , qu'il contraignit l'Emir Nevrûz d'abandonner 
fon gouvernement, & de fe réfugier auprès de Fakhreddin Malek Kurt qui étoit 
-fon gendre & fa créature : mais ce Prince infidèle oubliant fes obligations , & tous 
ks devoirs de falliance & de l'hofpitalité , le chargea de fers , & le mit entre 
les mains de Cutlucfchah qui le fit aulîî-tôt mourir, & envoya fa tête à Gazan. 

L'an 697 de l'Hegire Gazdn donna le gouvernement du Khoraffan au Sultan 
A?giaptu fon frère, qui fut depuis furnommé Mohammed Khodabendé, Ce Prince 

1 2 eut 



a G A Z A R I A H. 

eut beaucoup de* démêlez avec Malek Kurt, à caufc du voiTinage de leurs Etats; 
mais cnlin Taccord fut fait eiitr'eux par les foins du Mofti Schihabiddin Giami. 

L'an 699, Gazan rît faire le procez à fon Vizir Sadreddin R_ng.iani auquel on 
donnoit le furnom de Sadr Gehan , fur la mauvaife adminiftraLioii des Finances; 
mais en effet pour le. dépouiller des grands biens qu'il pofledoit. Ce Miniftre 
ayant été exécuté', fa charge fut partagée entre Raichid eddin Thabib , & Kliuagé 
Sahededdin. 

Dans la même année 699 , Gazan entra dans la Syrie , & donna bataille à 
Naiier fils de Calaoun, Roy d'Egypte, auprès de la ville d'Emeffe. Naflcr y fut 
vaincu , & ne put fe fauver qu'avec fept Cavaliers feulement. Cutluk (chah 
Général de l'armée des Mogols prit à compofition la ville de Damas, & tout 
le refte de la Syrie fut fubjugué: mais peu de tems après que Gazan eut repalTé 
l'Euphrate pour retourner à Hamadan, les Syriens égorgèrent tous les Mogols 
qui y étoient demeurez en garnifon. 

L'ari*7o2 de l'Hegire Gazan repafTa en Syrie, & vint à Alep où ayant pafle 
quelque tems à fe divertir, il lailîa à Cutlukfchah, & à fes autres Capitaines la 
conduite de fes armées , & le foin de recouvrer le refte de la Syrie : Mais NalTer 
qui avoit appris le retour de Gazan en Syrie étoit venu l'attendre auprès de 
Damas avec une puilfante armée. Ce fut dans cette même année que Gazan 
établit Caicobad fils de Feramorz, dernier Sultan des Selgiucides de la djmaftie, 
appcllée de Roum ou de Natolie. 

Gazàn cependant avoit repafi^î l'Eupbrate ; & fes Capitaines trompez par les 
cfpions, ne fçachant pas la venue de NalTer, s'approchèrent de Damas qu'ils 
croyoient furprendre, lorfque tout à coup leur avantgarde ayant découvert l'ar- 
mée de NalTer , elle fut obligée d'engager la bataille. Le combat fut long & 
cruel ; l'Emir Giuban y fit des choies furprenantes , & qui approchoient de ces 
faits' d'armes de Roftam & d'Asfendiâr, anciens Héros de laPerfe: mais il ne fut 
pas bien fécondé par les Officiers Mogols qui tournèrent le dos à l'ennemi , & 
lui laiiTerent une pleine , viéloire. 

L'an 703, Cutlukfchah ajT'ant été ainfi vaincu, repalTa avec fes Mogols, dont 
il avoit perdu dix mil , de la Syrie en Perle. Il rejoignit Gazan auprès de 
Cazuin, où le Sultan qui s'y étoit arrêté, recompenfa les fervices &. h valeur 
de l'Emir Giuban, fit châtier, fijivant la difcipline des Mogols, avec le corraJi 
qui eil une efpece de fouet, tous ceux qui n'avoient pas fait leur devoir, & 
peu de tems après s'étant allité, il mourut fort regretté de. tous fesfujets, dans 
un lieu nommé Scham Gazan, le Damas de Gazan. Klmidcmir. 

Gazan s'étant fait M.ihometan de la manière que Doulet Schah raconte dans 
la vie du Poëte Auhedi, prit le nom de Sultan Mahmoud. 11 fit bâtir des villes 
aufquelles il donna le nom du Caire , . de Damas , & d'Alep , & une fuperbs 
Mofquée à, Scham Gazan où il fut enterré. Mirkhond dit que c'eft le feul monu- 
ment dos Mogols qui reftoit de fon tems en Afie. 

Abulfeda Prince de Hamah , le plus fameux Géographe de l'Orient, fe trouva 
dani le camp de NalTer, à la bataille où les Mogols furent défaits. 

GAZ A RI AH; on appelle aujourd'hui de ce nom le lieu qui eft appelle 

dans l'Ecriture , Bethanie. 

Gazâri eft lé furnom d'Ibrahim Ben Habib, lequel s'eft fervi le premier de 

l'Afti-o- 



G A Z I. — »- G A Z N A V I, .€f 

fA'^roIabe que les Orientaux àiCent avôit été inventé par Ptolemée. Foyez 
AlVnarlàb. 

GAZI, Conquérant. Ce mot devient le titre, & le furnoin de plufieurs 
Frinces tant parmi les Arabes, que parmi les Turcs , qui ont fait la guerre aux 
ii^lidoles, & qui ont étendu les limites du Mufulmanirme. ^ 

Gazzi. " Un homme natif de la ville de Gaza enPaieftine, tel qu'étoit l'Imam 
Schaféi , RaJhi eddin Ben Mohammed , Auteur d une Argiouzat fil D'hât, & 
Scharfeddin Ben Abdalcader Ben Baracât qui a commenté le Livre intitulé Efclia- 
rat u al Nadkair. 

Gazi Al Amcri qui cft peut-être le même que Radhieddin Ben Mohammed, a 
fait un Livre intitulé tffah, des Elégances de la langue Arabique. On le trouve 
dans la Bib-liothequs du Roi n"*. 1127. Foyez Tahrir. 

GAZIEH, nom d'une nation du Turkeftan que l'on nomme auflî Gaz de la- 
quelle les Turcomans tirent leur origine. Foyez le titre de Sin. Ebn Alvardi 
dit qug cette nation habitoit entre les hozares, &; les Kaimaks ou Calmuques, 
comme nous les appelions , d'un côté ; & les Bulgares & Khezelgiens de l'autre. 
Tous ces peuples foiit au deiïlis de la mer Cafpicnne, & font paÎTez enfuite dans 
le Dilem entre les villes & les Provinces de Giorgiàn, & de Marâb. Voyez le 
titre de Gaz,. 

GAZNAH". Sabra al Gaznah , le defert de Gaznah dans la Tranfoxane, 
entre lequel , & la montagne d'Ofrouichnah , la ville de Zamin eil fîtuée. 

GAZNAH & Gaznin, Ville capitale de la Province de Zableftan à laquelle- 
Naflîreddin , & Ulugh Beg donnent .104 degi-ez & 20 minutes de longitude, 
33 degrez, & 35- minutes de latitude. Ces Auteurs la placent dans le troifième 
climat auflî-bien qu'Abdelmoal dans fa Géographie Perfienne, qui dit néanmoins 
que quelques-uns la mettent dans l'Indoftan , & qu'elle n'eft éloignée que de 
huit journées de la ville de Bamian, - 

Gaznah eft une ville, dit le même Auteur, qui n'a ni arbres, ni jardins, & 
qui n'eft rccommandable que pai- la" grande dynaftic des Princes qui s'y efl éta- 
blie. Le Sultan Mahmoud fils de Sebefteghin qui la fonda , prit le Hirnom de 
Gaznevi, & l'a lailfé à toute fi pollerité. Il ell pourtant vray que le même 
Mahmoud fut auflî furnommé Zabeli , à caufe que cette ville eft de la Province 
de Zableflan, d'où étoit Ibrtie fa raere, fille d'un Prince du pays.. 

Cette même ville devint auflî la capitale des Sultans de la dynaflie des Gauri- 
des qui dépoiiillercnt les Gazncvides de leurs Etats , & fut pillée & brûlée pac 
Gihanfouz. Foyez Haflan Ben Huifain. 

.GAZNAVI, & Gaznevi, Surnom de Mahmoud fifs de Sebefleghin. Foyet 
plus bas Gaznaviah. 

C'elt auflî le furnom de Haflan, Poëte Pôrfien, qui a excellé dans le Panégy- 
rique qu'il fit de Baharainfchah Sultan de la dynaflie des Gaznevides. 

Othman Ben Mohammed fut auflî furnommé (îa^nevi. Il efl Auteur d'un 
livre Pcrfien intitulé Abuâb al Sdadet fi mijjail al'faL-iva, les portes de la félicité 
fur les demandes que l'on fait à Dieu dans la priere.^ r 

1 3. gaznaviah; 



y^ G A Z N A V I A H, 

GAZNAVIAH en Arabe, & Gaznevian en Perfien, les Gaznevides. Ceft 
une dynaftie , ou race de Princes , de Roys , & de grands Monarques qui ont 
ret^né dans le Khorafîan, dans la Pcrfe, & dans les Indes: ils ont tiré leur nom 
de^la ville de Gaznah, fituée fur les confins du Khoralîàn,. du Zableftan, & de 
l'Inde de deçà le Gange, à caufe que ce fut dans cette ville que commença 
la grandeur de Sebeéleghin, père de Mahmoud, qui éleva cette Maifon au plus 
haut degré de la fouveraineté. 

Cette dynaftie comprend quatorze Princes qui ont régné cent cinquante & 
cinq ans dans la Perfe , & dans les Indes, depuis l'an de l'Hegire 384 ou 387, 
jufqu'en 539 ou 542, c'eft-à-dire , depuis l'an de J. C. 994 ou 997 , julqu'en 
l'an 1144 ou 1147. Lebtarikh, 

Ben Schonah dit qu'en l'an de l'Hegire 547, de J. C. 1152, la djmaftie des 
Gaznevides prit fin , & voicy commme il en parie dans fon Raoudhat al- 
menadhir. 

Cette Maifon ou Dynaftie a régné 213 ans dans la Perfe, & dans une partie 
des Indes. Le dernier de fes Princes fut Khofrou fchah, fait prifonnier avec 
fon fi-ls, par Gaiatheddin Mohammed Ben Sama , ou plûtoft Sam. Ce -Prince 
infortuné avoit fuccedé à fon père Baharâm fchah fils de MalTôud , fils d'Ibra- 
him , fils de Mahmoud , fils de Scbekteghin , fondateur de cette dynaftie. Tous 
ces Princes ont été fort eftimez , & louez pour leur bravoure , & pour leur 
oénérofité. Ce fut la dynaftie des Gaurides qui leur fucceda l'an de l'Hegire 547. 

Mirkhond, Khondemir, le Lebtarikh, & autres Hiftoriens Arabes &'Perfiens 
.conviennent tous qu il y a eu quatorze Princes de cette Dynaftie qui ont régné 
dans le KhorafTan , dans la Perfe & dans les Indes, félon l'ordre qui fuit, pefl-* 
dânt l'efpace de 155 ans. 

Magmoud fils de Sebefteghin a régné 31 ans. 

Malîoud premier du nom, fils de Mahmoud, treize ans. 

Mohammed fils de Mahmoud, & frère de MalIôud, cinq ans. 

Maudoud fils de Malîoud premier, fept ans. 

Mafloud fécond fils de Maudoud, un mois feulement. 

Ali fils de Mafloud premier, deux ans. 

Abdalrafchid fils du Sultan Mahmoud pre^iier Roy de cette dynaftie, un an. 

Ibrahim fils de MaffôuJ Second, & petit-fils de Mahmoud, quarante-deux ans. 

Mafloud, troifième du nom, fils d'Ibrahim, dix-huit ans. 

Schirzdd fils cfe Mafloud troifième, un an. 

Arflan-Schab fils de Maflioud troifième, & frère de Schirzdd, trois ans. 

Baharâm-fchah troifième fils de Maflôad troifième, & frère des deux préccdens 
Roys, trente-deux ans. 

Khofrou Schah fils de Baharâmfchah, depoiiillé de Çqs Etats par Huflain Gauri 
qui fonda la Dynaftie des Gaurides fur la ruine de celle des Gaznevides, fut le 
dernier. Ce Sultan régna peu de tems , garda la prifon dix ans , & mourut 
fan 550 de l'Hegire félon Khondemir, & félon le Lebtarik 560. Voyez Khof- 
rou-fchah. 

Pour faire le compte de 155 ans de la durée de cette dynaftie, îl faudroit fixer 
le commencement du règne de Mahmoud en 495 de l'Hegire , quoy qu'il ait 
régné quelques , années auparavant ; mais peut-être n'étoit-il pas abfolu , & il 
faudroit que Khofrou fchah eût perdu le .titre de Sultan avec fa liberté en Tan- 



née 



G A Z Z A. G E B A L. 7f 

née s^°i car il. ne mourut qu'en s6o, c'eft pourquoy Je calcul de Ben Schoh- 
nah qui donne 213 ans de du/étf à cette Monarchie, me paroît plus jufte. 

GAZZA & GAZZAT, Ville do la Paleiline bâtie fur la mer Méditerranée 
afifez proche d'Alcalon, par où l'on commence d'entrer en Syrie, quand on vient 
d'Egypte. 

Les Murulraans prétendent , que cette ville efl- un des deux gifles marquez 
dans l'Alcoran, quand il eft parlé de la demeure ou ftation d'hyver, & de cel- 
te d'été; car i|s difent, qu:: la première efl celle de l'iemen ouArabie Heureu- 
fe, & que la féconde ell celle de la Syrie, à caufe que les Arabes Coraifchites,- 
du nombre defquels étoit Mahomet, trafiquoient pendant l'été en Syrie, où ils 
joiiiiroient .de la fraîcîieur de l'air, & alloicnt l'hyver en lemen , où il n'eft 
pas poilîble d'entrer pendant l'été , à caufe de la chaleur qui y efl: exceffive. 

Abdalmalek, liJs de Hefchâm, dit fur ces paroles de l'Alcoran : La demeure 
d'été ell la ville de Gaza en Syrie, où Hafchera, grand-père deALnhomet, mou- 
rut, lorfqu'il y trafiquoit, & l'on y voit encore aujourd'huy fon fépulcre , fé- 
lon ce vers de Kliorzâi. 

Le fépulcre de Hafchem efl battu des vents, au milieu du cimetière de Gaza. 

Le nom de Gaza efl mis dins ce vers au plurier, comme qui dîroit, au mi- 
lieu des terres où la ville de Gaza efl fituée. •* 

La ville de Gaza efl fouvcnt appeliée pour ce fujet Gaza de Hafchem : quoy 
qu'il y ait lieu de douter ii Hafchem y efl enterré ; car les habitans n'en ont 
aucune tradition. 

Cependant Khorzài n'eft pas le feul qui le dife: Abou Naovas dans le poëme oii 
il décrit le voyage qu'il a fait de 6"yrie en Egypte , dit : J'ay fait un voyage 
long & pénible paffmt par Gaza de Hafchera & par Farma de Hagiar. yoycz 
le titre de Farma, ville d'Egypte où Affar efl enterrée. 

Ben Khalecan , dans la vie dlbrahinPSazi , Poëtc Arabe natif de Gaza, dit, 
qu'il mourut en Khoraflan l'an 524 de THegire, & qu'il dit ces paroles en mou- 
rant: J'efpére bien de la miféricordc de Dieu pour trois raifons , la première, 
parce que je fuis de la ville de Gaza, pays natal de flmam Schafêi; la féconde, 
parce que je fuis fort vieil, il étoit âgé de 93 ans; la troillème , parce que je 
meurs hors de mon pays, dans l'état de pèlerin & de voyageur, 

G AZZAL , Vendeur de fil ; VafTel Ben Atha a eu ce furnom, pris du mé- 
tier qu'il exerçoit. l^oyez fm titre. 

GEBAL & Gebel, Montagne. Balad ou Beled a! gebdl, le pays des mon- 
tagnes. C'efl ainfi que les Arabes appellent la partie la plus montueufe de la' 
Perfe, qui porte aufli le nom d'Irak Agemi , c'eft -à- dire, l'Iraque Perfienne. 
Fuyez Erâk. 

Le Gebal, que les Perfans appellent aulH en leur langue Koùheftan ou Gou- 
heftan, pa3-s de montagne, corrcfpond à une partie de la Medie, & de la Par- 
the des anciens. Ce pa3-s confine du. côté de l'Orient au défert de Naoubendi- 
giân, qui eft entre les provinces de Fars & de KhoralTan : du côté de l'Occi- 
dent à TAdherbigian : Elle a au Midy le Khuziftan & une partie de llraque 
Arabique, & au Septentrion une partie de l'Adherbigian, du Dilem & du Ma- - 
zanperan. 

Le- 



72 G E B A L. 

La ville de Hamadan efl fitiiée dans fon milieu , & les villes. d'Abergoueîi , 
de Deinour, da llei, de Cafcbaii & de Com Ifli appartiennent : mais cel e d'If- 
pahan en eft la capitale , & eft aujourd'huy le fiége Royal des Sultans de Per- 
le de la race d'Ifmaël Sofi. 

G E B A L Ahermen , Montagne fabuleufe dans le pays des Fées, roycz, 
Ahermen. 

GEBAL Camoron, la Montagne ou le Cap de Camorin ou Comorin. Ab- 
dalmoal dit dans fa Géographie Pernenne , que cette montagne ell entre le pays 
de Hend & celui de Tchin , c'efh-à-dire , entre les Indes & la Chine. 
■ 11 faut entendre par ce mot de Tchin, les provinces Chinoifes , dans lefquel- 
les , félon les Géographes Orientaux , tout ce qui' cfl au de-là du Golphe de 
Bengale eft compris , & tout ce qui efl au de-çà de ce Golphe & le Kcrman , 
c'efl-à-dire , la Caramanie Pcrfienne, félon les mêmes Auteurs , appartient aux 
Indes. 

GEBAL Al camar , les montagnes de la Lune en Ethiopie., qui ont plu- 
fieurs croupes & plufieurs branches, l^oyez Camar. 

• Une de ces croupes s'appelle Gebal al haical al moifaovar , la montagne du 
Temple ou de TEglife peinte , à caufe d'un Monaflère célèbre qui y eft bâti. 
Cette montagne s'étend du Levant au Couchant. 

~ Il y a auflî Gebal al dheheb , la Montagne de l'or , où il y a plufieurs mi- 
nes; mais la Montagne des f.'rpens, qui en eft fort proche & qui s'appelle Ge- 
bal alhiât, en rend l'accez difficile. La tradition peut-être fabuleufe du pays eft 
que ces ferpens font fi pleins de venin, qu'ils tuent les hommes par leur feule 
vue , & qu'il y a même des fcorpions noirs aufîi gros que des moineaux , qui 
tuent auffi-tôt qu'ils ont piqué. 

GEBAL Al Koflan & al Coifous , le Mont des Moines. C'eft le Mont 
Athos , que les Turcs appellent aufîi Kefchifch Daghi & Ainoros , qui fignitie 
Monte fanào, comme \qs Italiens le nomment, ^oyez le titre ^'Ainofos. 

GEBAL Al Lobnan, le Mont Liban, dans lequel on trouva, fous le Kha- 
îifat d'Omar premier , le tombeau de Sennacherib. l'^oycz le titre de Senna- 
fcheriva. 

GEBAL Eiia, Montagne d'Elie. P''oycz le titre de Zerîb Bar Elia. Les Orien- 
taux croyent qu'Elie vit dans cette montagne. 

GEBAL Al gioud , la Montagne de Gioud. Les Orientaux appellent ^infi 
les Monts Gordiens en Arménie, &. une autre Montagne jdu Zableftàn dans le 
pays -de Gaur. ' i^oyez Schchabeddin. 

GEBAL Al mandeb. C'cft la montagne ou le cap d'Arabie, qui s'avance à 
l'entrée de la mer rouge, & qui fait avec la côte d'Ethiopie le détroit qui por- 
te le nom de Bab al mandeb, & que nous appelions vulgairement le détroit de 
Bobelmandel. l^oyez ce titre. 

GEBAL 



G E B A L. G E B R A I L. 73 

<ÎEBAL Al nathroun, la montagne du Nitre , autrement dite par les Chré- 
tiens d'Egypte Ovadi Habib & Hobaib. C'ell ce que nos Auteurs appellent le 
Défert de Nitrie en Egj'pte. l^oyez le livre intitulé Arbdin Khabar , qui con- 
tient les vies de quarante Pères du défert, dans la Bibliothèque du Roj' , n'. 797. 

GEBAL Ollaki, Voyez le titre rf'OUaki , c'ell une montagne du paj-s des 
Nègres, où l'on trouve beaucoup d'or. 

GEBAL Sous, la Montagne de Sous. C'ell le Mont Atlas, auquel les Ara- 
bes ont donné ce nom , à caufe de la ville de Sous Al Acfa , qui ell fituée 
fur l'Océan Atlantique au pied de ce mont. Foyez le titre de Sous Al Acfa. 

GEBAL Tharek ou Gezirat Tharek. Le Mont ou l'IOe de Tharek. C'ell 
Gibraltar, nom qui a été corrompu du mot Arabe. Voyez le titre de Tharek, 
qui fit-là fa première defcente. Abdalinoumen y fît bâtir une ville qu'il nom- 
ma Gebal al feth, c'ell-à-dire , la Montagne de la Viftoire ou de la Conquête; 
mais le hom de Tharek lui ell demeuré. Les Turcs appellent le détroit de 
Gibraltar Sebtah Bogazi , & les Arabes Bab al Zocàk. Foyez le titre de Sebtah , 
qui eil la ville de Ceuta en Afrique. 

GEBAL Thour,Ja Montagne de Tor ou le Mont Sinai, que les Turcs ap- 
pellent Thour Daghi. Ce même nom s'applique aux montagnes qui font aux 
environs de Mouflal ou Moful; c'ell le Mont Taurus des anciens. 

GEBER. Voyez Giaber. 

GEBR, c'ell de ce mot joint avec l'article que nous avons fait Algèbre, 
qui ell Arabe tout pur , & qui fignifîe proprement la reduélion des nombres 
rompus, à un nombre entier. 

Cependant les Arabes ne fe fervent jamais de ce mot feul pour fignifier ce 
que nous entendons par l'Algèbre : mais ils y joignent toiâjours celuy de Moca- 
belah , qui fignifie oppofition & coraparaifon. Ainfi Algebr u almocahelah , que 
les Arabes rangent dans les règles d'Elm al heflab , c'cil-à-dire, de l'Arithméti- 
que, ell proprement chez eux ce que nous appelions l'Algèbre. 

11 ne faut donc pas croire , que cette fcierice tire fon nom du Philofophe & 
Mathématicien nommé Gebsr , que les Arabes appellent Giaber , duquel il fera 
parlé : ni moins encore confondre le mot de Gebr avec celui de Gefr , que l'on 
trouvera ici un peu plus bas. 

Argiouzah fil gebr u al mocabelah, Poëme compofé d'Hemifliques lùr l'Algè- 
bre, par Ebn Jaffin ou Jafmin. 

Bedî fil gebr u al mocabelah. Les merveilles de l'Algèbre , livre compofé par 
Fakhreddin Al âdhir. 

Ellecfa fil gebr u al mocabelah, le dernier terme où l'on peut arriver, & le 
plus gran-î effort de l'efprit humain fur l'Algèbre. Ouvrage d'Ebn Al Hareth 
Al Khovarezmi. 

Oflbul Al gebr u al mocabelah , les fondemens & les principes de l'Algèbre 5 
par Anbari. Voyez aujfi le titre d'Elm Heffàb. 

GEBRAIL & Gebrain, &; Ghebrail, l'Archange Gabriel, furnommé parles- 
Mahometans Rouh al Amin j l'Efprit fidèle , & que quelques-uns d'entr'eux cro- 
ToME IL K yent 



74 G E B R A I L. 

yent être le même que le Rouh alcods , qui eft le faint-Efprit , dont il éft par- 
lé dans TAlcoran : ils croyent cependant comme nous , que cet Ange annonça 
à la fainte- Vierge qu'elle devoit enfanter Jesus-Christ. Les Perfans ap- 
pellent par métaphore Gabriel , Thaous bàgh beliifcht , le Paon du Ciel ou du 
Paradis. 



Dans le fécond chapitre de l'Alcoran , nous lifons ces paroles : Qidconque ejî 
ennemi de Gabriel, fera confondu. Hiiûain Vaôz dit flir ce verfet: Gabriel cil le 




car' 

- _-,-- -. . 'étoit 

lervi de Michel & non pas de Gabriel, nous l'aurions tous fuivi. C'eft donc 
Gabriel, pourfuit cet Auteur, qui a apporté à Mahomet les révélations céleftes 
ainfi qu'il les a publiées, & ce fut lui qui le conduifit, lorfque monté fur l'Ai 
Borak, il fit ce voyage nofturne au ciel, que l'on nomme Mérag , fur lequel 
on a fait des livres entiers. 

Au relie , Gabriel ell l'ami des Mufulmans , parce qu'il a fervi le Meffîe , 
qu'ils révèrent , & l'ennemi des Juifs , qui ont rejette ce même Meflîe , à leur 
confufion. 

Mikail & Gebrail font de ce genre d'efprits célcfhes , que les Mufulmans ap- 
pellent Mocarreboun, c'cll-à-dire , qui approchent de plus près le trône de Dieu. 

II ell rapporté dans le chapitre Houd du même Alcoran , que Dieu voulut 
punir le peuple de Themud ou les Themudites, ancienne tribu des Arabes d'en- 
tre celles qui font éteintes , pour avoir refufé de prêter l'oreille aux prédica- 
tions du Prophète Saleh qu'il leur avoit envoyé. 

Ce Prophète leur ayant donc annoncé , de la part de Dieu , qu'ils dévoient 
tous périr dans trois jours , les Themudites appréhendant l'effet de fes mena- 
ces, travaillèrent pendant ces trois jours à creufer des folTes ou des caves dans 
leurs maifons , pour s'y mettre à couvert de l'orage .qu'ils craignoient , & ils 
n'en fortirent point que le quatrième jour , auquel ils crurent que le tems de 
leur punition étoit paifc, voyant le foleil fe lever & les éclairer à fon ordinai- 
re. S'étant donc encouragez les uns les autres , ils quittèrent leurs maifons & 
vinrent au-dehors de leurs habitations. 

Dans ce même tems , l'Ange Gabriel leur apparut dans fa véritable forme , & 
voici comme lAuteur du Zd ! al Meffir l'a décrite exadement. Cet Ange avoit 
fes pieds pofez fur terre & fa tête élevée jufqu'au ciel ; il étendoit fes aîles de- 
puis rOrient julqu'à fOccident ; fes pieds étoient de couleur d'aurore & fes aî- 
les vertes : fes dents étoient blanches & luifantes , fon front poli , fes yeux bril- 
lants, fes joues enflammées, & les cheveux de fa tête rouges comme le corail, 
dcfquels il couvrit tout l'horizon. 

Les Themudites épouvantez par la vûë d'un objet fi terrible , fe retirèrent 
fort vîte dans leurs maifons, & allèrent fe cacher dans les foifes qu'ils avoient 
crcufées ; Gabriel cria pour lors d'une voix épouvantable : Mourez tous ; car 
vous êtes maudits de Dieu , qui vous a condamnez. Ce cry de Gabriel fut h 
fort , qu'il caula en même tems un tremblement de terre , lequel ayant renver- 
fé toutes les maifons du pays , les Themudites deraeiu-erent tous enfevelis lous 
leurs ruines. 

GEBRAIL, 



G E B R A I L. G E F R. 75 

GEBRAIL, Nom du 95 Patriarche d'Alexandrie, auquel Claudious, Empe- 
reur des Abiffins , envoj^a la «vie de 7'akalhaimanouth , Père & Fondateur des 
Moines d'Ethiopie. Cette vie fe trouve écrite en Arahe, dans la Bibliothèque 
du Roy, n^. 7915. 

GEBRAIL Ben Gergis Al Bakhtifouâ, nom d'un excellent Médecin Chré- 
tien , natif de Syrie , qui vivoit fous le Khalifat de Haroun Rafchid. Voyez 
Bakhtifovâ & Manglie. Aboulfarage raconte piufieurs de fes cures. 

GEBRAIL Al Cahhâl, Gabriel l'OcuIifle. Ce Médecin étoit auffi Chrétien , 
& cependant il étoit entré fort avant dans les bonnes grâces du Khalife Al Ma- 
moun ; mais il perdit entièrement la faveur de ce Prince , pour avoir dit un 
jour à quelques Seigneurs de fa Cour qu'il dormoit. 

GEDAL; c'ell ce que les Mufulmans appellent autrement Gehâd fi Sebil 
Allah, la guerre dans la voye de Dieu, c'eft-à-dire, contre les Infidèles. Voyez 
le titre de Harb, où vous verrez les différentes guerres qu'il faut faire aux uns 
& aux autres de ces Infidèles, félon la loy Mahometane. 

GEDHAMI, furnom d'Ahmed Ren Daoud , originaire d'une des anciennes 
familles ou tribus des Arabes , appellée Giadhâm. Ce perfonnage ell Auteur 
d'un Commentaire fur le livre intitulé Adab al, cateb. Voyez ce titre. 

GEDI, un Chevreau, Le ligne du Capricorne porte ce nom chez les Ara- 
bes ; mais le même mot fignifie aufli chez eux une étoile Septentrionale , & fe 
prend même pour le Pôle, ou pour l'étoile polaire. 

Le Capricorne étoit le ligne afcendant ou Horofcope dans le thème ou figure 
génethliaque de Tamerlan, Un Arabe étant interrogé par un Aftrologue quel 
étoit fon horofcope, répondit. Tais, c'eft-à-dire, le Bouc, & l'Aftrologue -lui 
ayant dit , qu'il n'y avoit point de telle conftellation dans le ciel , l'Arabe ré- 
pliqua : L'on m'a dit autrefois que j'étois né fous le chevreau; mais ayant vieil- 
li depuis ce teras-là, je croy que le chevreau fera maintenant devenu bouc. 

GEDOVAL ; ce mot qui fignifie proprement un ruilTeau ou un canal, fe 
prend métaphoriquement pour une table Aftronomique & pour une Ephemeride. 

Gedoval fidhl al dair, Table de la longueur des jours & des nuits , calculée 
à la hauteur dafc33 dcgrez, 30 minutes, qui ell celle de la ville de Damas, par 
Khalili. Ce livre eft dans la Bibhothequc du Roy, n°, 888. 

Toutes les Ephemerides , que nous appelions vulgairement Almanachs , écri- 
tes en Arab^, en Pcrficn & en Turc , portent le nom de Gedoval. Il y en a 
pîufieurs dans les Bibliothèques du Roy, du Grand-Duc & ailleurs. 

GEFR u Giamè, nom d'une Membrane ow parchemin, fait de la peau non 
d'un chevreau, (ce que Gefr fignifie proprement en Arabe) mais de celle d'un 
chameau , fur laquelle Ali & Giâfar Sadek écrivirent en caraftères myftiques la 
deftinée du Mufulmanifme . & les grands évenemens qui dévoient arriver dans 
le monde, jufqu'à la confommation des fiécles. 

Cette membrane eft divifée en deux Bab ou chapitres, dont le premier, qui 
porte le nom de Grand, fuit l'ordre de l'alphabet Arabique , appelle Teheggi, 

K 2 qui 



76 G E G H I L. G E H A N. 

qui contient vingt -huit lettres, & le fécond appelle -le Petit, fuit l'ordre de 
22 lettres Arabiques , rangées félon l'Alphabet -Hébraïque & Chaldaïque ; c'eft 
ce que les Arabes appellent Abged : mais l'explication de tous ces myftères eft 
refervce au Mchedi qui doit venir à la fin du monde, félonies rêveries des Ma- 
hometans. 

Il y a cependant dans la Bibliothèque du Roy, n°. 1017, une interprétation 
de cette membrane , attribuée à l'Imam Giafar Al Sadek & le livi'e intitule 
Erkha alfotour, en fait mention. 

L'on peut voir aufïï à la fin de la patente , que le Khalife Al Mamon don- 
na à Ali Al Ridha, lorfqu'il le déclara fon fucccffeur, quelque chofe qui regar- 
de la Gefre. 

GEGHIL ou Tchighil, nom d'une Bourgade du Turqueftan , fituée proche 
de la ville de Tharâz , laquelle s'efl rendue feulement célèbre par la naiflance 
d'Abou Mohammed Abdalrahman Ben lahia, qui porte le titre d'Al Kliathib AI 
Samarcandi , c'eft- à -dire , ïe Prédicateur, ou plutôt le Faifeur de prônes de la 
ville de Samarcande. 

GEHAN & Gihan, en Perfien fignifîe le monde. Ce mot entre, dans la 
compofition de plufieurs noms, tels que font les fuivans. 

GEHAN Pehelevani , nom d'une Charge, que les anciens Roys de Perfe 
avaient accoutumé de donner aux plus vaillants hommes de leurs Etats. Elle 
répond à l'Emir al Omara des Khalifes, & à. celle de Connétable parmi nous. 

Caicobad, Fondateur de la dynaftie des Caianides, donna cette chargea Rof- 
tam, qui étoit le plus renommé perfonnage en valeur & en puilTunce de toute 
la Perfe, & qui palfe encore aujourd'huy dans l'Orient pour le modèle des plus 
vaillans guerriers. 

GEHAN-Schah, frère d'Emir Eskander & fîls de Cara Jofeph le Turco- 
man , fut le troifième Prince de la race du Mouton Noir. Il fucceda à fon 
frère, prit le Gurgeftan, c'eft-à-dire, la Géorgie, & fe rendit maître d'une gran- 
de partie de la Perfe & du Kerman , aulîî-tôt après la morf de Mahmoud , fils 
de Baifangor le Timuride, qui arriva l'an 856 de l'Hegire, de J. C. 1452. 

Il fit en S61 la guerre en KhoraiTan , à Mirza Ibrahim , fils d'Alaeddoulat qu'il 
défit , puis à Aboufaid , autre Prince des defcendans de Timur ou Tamerlan , 
avec lequel il s'accorda néanmoins, pour coui'ir à Tauris , où Uti de fes enfans 
s'étant révolté 5 il le rangea à fon devoir , & le mit enfuite dans une étroite 
prifon. 

Pir Budak, qui étoit un autre de fes enfans, s'étant auffi cantonné dans Bag- 
det, il l'afliégea pendant un an, & s'accorda enfin avec lui environ l'an 869. 

La guerre que Gehanfchah fit à Ufuncafi'an, qui n'étoit alors que Gouverneur 
de Diarbek, commença en 872,' mais elle ne lui fut pas hem-eufe ; car celui- 
cy étant à la tête de cinq mil chevaux feulement, le furprit, lorfqu'il n'en avoit 
que mil avec lefquels il rejoignoit fon armée. Il fallut cependant fe battre, &, 
il fut tué lui & fon fils aîné. Le fécond de fes enfans, demeuré prifonnier du 
vainaucur, fut privé de la vue, & le ti-oifième, nommé Halfan Ali, lui fucceda. 
Mirkhond, 

GEHANGHIR, 



-GEHANGHIR. GEHEL. 77 

GEHANGHIR, le Conquérant du monde. Nom que Tamerlan donna à 
fon fils aîné , fur lequel il fondoit de grandes efpérances ; mais il mourut du 
vivant de fon père , & laifili de Khanzadah fa femme un fils nommé Moham- 
med , lequel Tamerlan defi:inoit pour être l'unique héritier de fon grand Em- 
pire; mais la mort le lui ravit aulîi fix mois avant fiin décès, l'an 806 de l'Ue- 
gire, de J. C. 1403. 

GEHANGHIR, fils d'Ali Bcgh & neveu de Hamzah Begh. Il fucceda à 
fon oncle dans les Etats de la dynafi:ie des Turcomans du Mouton blanc. Il 
mourut l'an de l'Hegire 872, de J. C. 1467, prefque entièrement dépouillé par 
fon frère Haffan , que nos Hifloriens appellent Ufuncallan. Foycz k titre de 
HalTan al Thaouil. Ce Prince fut le cinquième Prince Turcoman de la race des 
Ac Coinlu, ou du Mouton Blanc. 

GEHANGPIIR, fils d'Acbar & petit-fils de Homaioun, Empereur des Mo- 
gols ou Tartarcs de la race de Tamerlan, qui régna dans les Indes. 

Ce Prince fit peu d'état du Mahometifme qu'il profelfoit néanmoins , non plus 
qu'Acbar fon père. Il permit aux- Chrétiens de bâtir des Eglifes, & de faire une 
épreuve de feu entre fes Moulas ou Dodeurs , & un Jéfuite, qui fut furnommé 
depuis le Père Atefch ou le Père Feu , fur le fujet des deux Religions Chré- 
tienne & Mahometane. II eft vraj', que la compaffion l'empêcha d'en permet- 
tre Texécution. 

Nourgehan fa femme le gouvernoit prefqu'abfolument. Le nom xle cette Prin- 
ceiïe fignifie la lumière du monde , de même que le nom de Nourmahal , au- 
tre Princeife Mogolienne , fignifie la lumière de la Cour. Gehangh'ir fut père 
de Schah gehân , nom qui fignifie Roy du monde , on le nomme auffi Sultan 
Coroun. 

Ce fut Gehanghir qui fit faire le chemin Royal de 150 lieues d'Agra à La- 
hor, avec un plan d'arbres des deux cotez. 

GEHEL, l'Ignorance. Je remarquerai dans ce titre quelques traits des Au- 
teurs Arabes, Perfans & Turcs, pour faire connoîtrc quel état ils font de la 
fcience, & quel mépris ils ont pour les ignorans. 

Tofi:eri difoit, que l'ignorance efi: la fource de tous les péchez qui fe commet- 
tent contre Dieli , & qu'il y a cependant encore un mal plus dangereux , qui 
eft l'ignorance de fon ignorance. ^Igehel belgehel. 

Un autre Arabe a dit , que l'ignorance eft une méchante monture , qui fait 
fans celfe bronclier celui qui eft delfus , & qui rend ridicule & méprifable ce- 
lui qui la conduit. /ilgelieL mathiiat man racabha zall 11 man Sahabha dhali. 

N'admirez point, dit un Poëtc Arabe, la braverie & la pi'iffc d'un ignorant; 
car c'eft un mort couvert de fes ornemens funèbres. Et un Perfien dit, que le 
portier d'un tel homme peut fort bien répondre à celui qui demande fon mai» 
tre : Il n'y a perfonne au logis. 

Fodhail a dit autrefois : Vous cherchez dans ce monde deux chofes que vous 
n'y trouvez point. La première eft un homme fçavant qui foit pieux ; mais 
auflî-tôt que vous avez rencontré de la piété , vous y trouvez de l'ignorance. 
La féconde chofe que vous cherchez dans le monde , eft un ami fmcère & 
conftant; & puis que vous ne trouvez point celui-cy non plus que l'autre, ne 
vaut-il pas beaucoup mieux vivre dans la retraite. 

K3 L'Au- 



7S G E H E L. . 

L'Auteur du Raoud al abrar rapporte , que Mahomet a prédit que fon peu» 
pic ou fa religion périroit par deux chofes , par l'ignorance & par l'avarice. 
Beterk al êlm u gemd al mal. Nous voyons accomplir une partie de cette pré- 
diftion en nos jours. 

L'on trouve entre les fentences d'Ali, celle-ci. La da aâia meit algehel , il n'y 
a point de maladie plus difficile à guérir que l'ignorance invétérée. Les deux 
Poètes, l'un Perfien & l'autre Turc qui l'ont paraphraiee, difent, que la fcience 
ell le partage des heureux, & que la milere ell l'héritage des ignorans. 

Tout le mal des hommes, dit Hufîàin Vaêz , vient de leur ignorance volon- 
taire, qui les empêche de faire attention à ce qu'ils connoilTcnt, ni de réflexion 
fur ce qu'ils pratiquent, C'ell poiirquoy, nous difons, dit-il, dans l'Alcoran au 
chapitre intitulé Jonas: La plus grande partie des hommes eft dans figmrance. 

Les caufes de cette ignorance font expliquées par un Poëte Periieu dans les 
vers fui vans. 

Ce monde eft une grande foire , dam laquclh tout fe pajfe ordinairement , comme 

dans une fête de village^ oîi il n'y a pour tous inft rumens de mufique qu^u^ 
ne cornemufe. 
Toute r application de nos feus n'eft que pour les chofes les plus viles âr* les plus 

méprifables. 
Il n'y a que l'œil de la fcience Çff de rintelligence , qui puijfe percer les voiles qui 

nous cachent les chofes fpirituelles. 
Sans cet œil éclairé , nous ne pourrons jamais arriver jufqiCà la contemplation du 

Royaume céle/îe 6f éternel. 
Voifeau, qui eft tenu prifonnier dans une cage çf qui a perdu l'ufage de fes ailes ^ 

peut-il avoir quelque connoiftance des beautez de la campagne^ 

Lamai, Poëte Turc, dit dans Ces Lathaif : Si un ignorant reconnoît en foy- 
même une feule vertu, il croit en avoir cent, & s'il a d'ailleurs mille imper- 
feftions , il n'en apperçoit aucune. Lorlqu'il conlidere quelque excellent hom- 
me, s'il remarque en lui quelque défaut, il lui femble en voir mil. 

Le même Auteur racontant les plaintes que lui faifoit un ignorant , de ce 
qu'il avoit logé un homme de lettres chez lui, duquel il fe tenoic fatigué, s'é- 
crie dans la même langue : Les rochers témoignent par leurs échos d'être tou- 
.chez des airs d'une voix agréable. Les tulippes & les rofes fe déchirent au ga- 
zouillement des oifeaux. Les chameaux mêmes fe réjouiffent aux chanibns de 
leur chamelier. Il faut être plus dur qu'une pierre, & plus ravallé qu'une bê- 
te, pour demeurer infenfible à la poëfie & à la mufique. 

Quoy que les Orientaux faffent grand état de la fcience , ils difent cependant 
que les plus grands Doéleurs ne doivent point avoir honte de confelfer leur 
ignorance en beaucoup de chofes , & de dire fouvent , La ^dri , Je ne fçay 
pas cela; car Ali Ben lezid Ben Hormouz difoit , qu'un habile Docteur devoit 
îaifTer à fes difciples cette maxime pour héritage. 

Ali ayant fait une pareille réponfe à une quellion qui lui fut faite , un imper- 
tinent lui dit , qu'il donnoit une marque d'ignorance. Alors Ali lui répliqua : 
Ma réponfe marque que je fçai quelque chofe , & que j'en ignore quelqu'une ; 
or il n'y a que Dieu qui fçache tout & qui n'ignore rien. f 

Un 



G E H E N N E M. 7^ 

Un Dofleur ayant fait la même réponfe qu'Ali , un de fcs collègues lui re. 
procha, qu'étant le chef d'une école celèbx-e, il ne devoit pas avouer ainfi fon 
ignorance, & que cette façon de parler le lurprenoit fort. Ce Dodleur lui ré- 
pliqua : Il y auroit lieu de s'étonner beaucoup plus d'un homme qui parleroit 
fans fçav^oir , & qui citeroit & allégueroit fans autorité , comme font plufieurs 
Dofleurs. 

L'on rapporte d'Ebn MalTôud, qu'il avoit accoutume de dire, que le bouclier 
qui met à couvert un Dofteur eft de fçavoir dire ce mot, La Jdri, Je ne fçai 
pas; car lorfqu'il fe trompe en difant ces paroles, il vaut beaucoup mieux. Fo- 
yez le titre ^'Elm, qui fignifie la fcience. • 

GEHENNEM, les Arabes Mufulmans ont appris apparemment des Juifs & 
des Chrétiens ce mot , qui fignilie chez eux l'Eiifer , aulîi - bien que celui de 
Gehim. 

L'origine 'du mot Hébreu vient de Ghéhennom, nom qui fignifie la valfée de 
Hennon, où les Amorrheens faifoicnt brûler vifs leurs enfans qu'ils facrifioient 
à Molok. Cependant Gehennâm fignifie en Arabe un puits très-profond & Ge- 
him un homme dont le vifage ell laid & contrefait. 

Ben Gehennem , un fils de l'enfer , fe prend ordinairement chez les Muful- 
mans pour un reprouvé, & néanmoins c'eft auffi le furnom ou plutôt le fobri- 
quet de Noureddin Kahami, de la même manière que l'on a donné parmi nous 
à quelqu'un celui d'Ame damnée. 

Les Mufulmans donnent auflî généralement aux Reprouvez le nom de Ashab 
al nar, les compagnons du feu & plufieurs noms à l'Enfer, comme nous ver- 
rons plus bas. 11^ ont auffi une efpècc de mythologie , félon laquelle il y a 
des rivières & des arbres en enfer, auffi -bien que dans le Paradis. L'arbre 
qu'ils appellent Zacoum , dont les fruits font des têtes de Diables , eft le plus 
terrible de tous, 

Thabekh eft le nom de l'Ange qui préfidc de la part de Dieu à l'enfer. Ce 
mot fignifie proprement un Bourreau. 

Dans l'Alcoran au chapitre île la Pierre , il eft dit , que l'Enfer a fept por- 
tes, & que chaque porte a fon fupplice particulier. 

Quelques Interprètes difent, qu'il faut entendre par ces fept portes, fept éta- 
ges différens , dans lefquels fept dilférentes fortes de pécheurs feront punis. 

Le premier, qui s'appelle Gehennem, eft deftiné pour les Adorateurs du vrai 
Dieu, tels que font les Mufulmans, qui auront mérité parleurs crimes d'y tomber. 

Le fécond, appelle Ladha, eft pour les Chrétiens. 

Le troifième, nommé Hothama, eft pour les Juifs. 

Le quatrième, nommé Sàir, eft deftiné aux Sabiens. 

Le cinquième, appelle Sacar, eft pour les Mages ou Ghebres. 

Le fixième, nommé Gehim, pour les Payens & Idolâtres, appeliez Mufchre- 
can, qui admettent la pluralité des Dieux. 

Le feptième & le plus profond de l'abyfme , qui porte le nom de Haoviat , 
eft refervé aux hypocrites , c'eft-à-dire , à ceux qui font paroître au dehors qu'ils 
ont une religion, & qui n'en ont aucune dans le cœur, & ce dernier étage eft 
encore appelle Derk Asfal, c'eft-à-dire, le plus profond. 

L'Imam Manfor , dans fon livre intitulé Taovildt , diftribue d'une autre maniè- 
re ces différens étages. 

Il 



go. GEHENNE M. 

Il prétend d'abord , qu'il n'y en a point de particulier pour les Mufulmans , 
parce qu'ils n'y doivent avoir qu'une demeure paiTagère , & non pas éternelle 
comme les autres. Il relie donc feulement à y placer les autres. 

Le premier étage eft donc , félon cet Auteur , pour ceux qu'il appelle De- 
heriens , qui croyent l'éternité du monde , & n'admettent ni création , ni Créa- 
teur. 

Le fécond étage eft pour les Thanoviens ou Thenovites, qui admettent deuï 
principes comme les Zoroaftriens & les Manichéens , & pour les Arabes Idolâ- 
tres qui étoient du tems de Mahomet. 

Le troifième eft pour les Barahemâh , qui font les Bramens ou Brachmanes 
des Indes , qui rejettent les Prophètes & les livres facrez , <Sc qui ne croyent 
ni au vieil, ni au nouveau Teftament. 

Le quatrième eft pour les Juifs , qui ne reçoivent que Je vieil Teftament. 

Le cinquième eft pour les Chrétiens , qui reçoivent le vieil & le nouveau 

Teftament 

Le ftxième eft pour les Mages dePerfe, qui ont des livres, les uns attribuez 
à Abraham & les autres à Zoroaftre: ces gens font les mêmes que les Ghebres. 

Le fcptième eft du confentement de tous pour les hypocrites, qui font pro- 
feflîon d'une religion qu'ils ne croyent pas. C'eft de. ceux-ci qu'il eft parlé fi 
fouvent dans l'Alcoran : car Mahomet fe doutoit bien., que plufieurs feroient 
profeffion de fa Religion fans y ajouter foy ; c'eft pourquoy toute fa colère & 
toutes fes menaces font contre ces gens-là. 

L'Auteur du Bàhar el Hakaik dit plus fpirituellemcnt , que les fept portes de 
l'enfer font les fept péchez capitaux, qu'il nomme en cet ordre: La cupidité ou 
l'avarice. La gourmandife. La hayne. L'envie. La colère. La luxure & l'o-^ueil. 
Il conclut , que c'eft par ces fept portes que l'on entre dans lenfer de l'éloigne- 
ment & de la privation de Dieu. 

Dans le commentaire du livre intitulé Rcfchef, l'on trouve qu'il y a fept por- 
tes à l'Enfer, à caufe des principaux membres <!e l'homme qui font les inftru- 
mens du péché, & par conféquent autant d'ouvertures & de defcentes aux En- 
fers. Ces fept principaux membres font les yeux , les oreilles , la langue , le 
ventre, les parties naturelles ;, les pieds & les mains: fur quoy un Poëte Perfien 
a dit : Vous avez les fept portes de l'enfer dans vôtre corps ; mais l'ame peut 
faire fept ferrures à ces fept portes. L;i clef de ces ferrures, qui eft vôtre franc 
arbitre, eft entre vos mains, fervez-vous en pour fermer ii bien ces portes , 
qu'elles ne s'ouvrent plus à vôtre perte. 

Dans le chapitre intitulé Aaraf, on lit que les damnez difent aux Bienheureux'. 
Répandez fur mus de cette eau ^ que vous avez en abondance pour étancher nôtre foifi 
faites-nous part de ce que Dieu vous a donné fi libéralement pour addoucir nos maux : 
mais les Bienheureux leur répondent: Dieu- a défendu âf interdit ces chofes aux im- 
pies qui ont fait un jeu de la Religion , &' qui fe font laijfez ahufer par les trom- 
peries de la vie du monde. 

. Il n'eft pas dilEcile de s'appercevoir, que ceci eft pris tout-entier de la para- 
bole du mauvais riche, qui eft couchée dans l'Evangile. 

Sur ce qu'il eft dit icy , que la -vie du fiécle préfent , ou du monde , trompe 
les hommes , un Interprète de ce paftage dit : Ce que nous croyons voir dans 
le monde , n'éft que le fantôme d'un fonge. Les maifons que nous habitons 
ne font que des logis de paftage , fituez fur la route qui nous mené au terme 

fatal 



G E H E N N E M. gr 

fatal de nôtre vie. Le monde enfin n'eft qu'un fond demiferes, & il faut être 
toujours en garde contre fcs fraudes & fes illulions. 

Les Epithetes du monde chez les Orientaux font Gadddr, Trompeur; Mak- 
kiar , Drefleur d'embûches ; Bazi Kion , Charletan ; Pirchzen , une vieille forciè- 
re, c'cffc ce que rapporte icy ce même Interprète. 

Le plus grand de tous les maux des damnez, difcnt les Mufulmans, eft la fé- 
paration de Dieu , qu'ils appellent Ferâk , en quoy leur doftrine eft conforme 
à celle des Chrétiens , qui appellent cette féparation la peine du dam. Leurs 
Interprètes veulent, que cette grande peine, Adhr.b al adhim, de laquelle il eil 
parlé dans l'Alcoran, fe doit entendre de cette privation de Dieu, &. que par 
les mots d'Adhâb al alim , qui fignifient la peine douloiireufe , d'- laquelle il 
eft fait fouvcnt mention dans le même livre, on doit entendre la peine du feu. 

La plus grande peine des damnez , dit Cafchiri , eil leur éloignement de la 
préfence de Dieu , & le voile épais qui les empêche àc jouir de cette lumière 
divine , qui fait la vifion beatifique. C'eft cette lumière que nos Théologiens 
appellent la lumière de la gloire. 

Le même Auteur, qui pâlie pour être un des plus éclairez & des plus aifec- 
tifs entre les Mufulmans, dit à Dieu: Vous nous menacez, S i neur, d'une fé- 
paration amère , qui nous privera pour jamais ô: vôtre pn'.'; -ce. Ah, Sei- 
gneur, faites de moy tout ce qu'il vous plaira, poàrvù que je ne fois jamais 
féparé de vous. Il n'y a aucun poifon plus amer, ni plus mortel que cette fé- 
paration; car que peut faire l'ame féparée de Dieu, nnon, dctrc dans une in- 
quiétude & dans une agitation continuelle qui la tourraence. Cent mille mjrts 
les plus cruelles ie peuvent fouffrir; car, après tout, elles n'ont rien de fi ter- 
rible que la privation de vôtre divine face. Tocs les malheurs du iîccle , tou- 
tes les maladies les plus aiguës & les plus fâchcufes jointes enfcmble , ne me 
font rien & me paroiifent incomparablement plus aiiecs à fupporter , que ceiRi 
éloignement. C'efl cet éloignement palfiger qui rend nos terres ilériles , qui 
tarit & qui infefte nos eaux, que fera-ce, s'il eil éternel? Sans lui le feu d'en- 
fer ne brûleroit point, & c'ell par lui qu'il devient fi ardent. En un mot, 
c'eil vôtre feule préfence qui nous foûtient & qui nous comble de toutes ibr- 
tes de biens, & vôtre abfence eil celle qui caufe tous nos maux. 

Plufieurs Mahometans font, par une extrême impiété, Dieu auteur du mal & 
du péché ; ils admettent par conféquent la réprobation pofitive , & enfeignent 
que Dieu a créé des hommes pour le feu , fondant cette doilrine fur plufieurs 
paflliges de l'Alcoran. 

Dans le chapitre Aaraf fur ces paroles : Les méchaits feront punis pour ce qtCils 
auront fait de mal., HulFain Al Heraovi dit, que ces méchans-là font ceux qui 
ont été créez pour le feu, de même que les predeilinez l'ont été pour la gloi- 
re; car il eil porté dans, la fuite du même chapitre : Ceux qui font créez pour 
le Paradis , ne manquent point d'être dirigez félon la vérité , éf font juftifiez par 
elle. 

Dans la fuite du texte , nous lifons ces autres paroles attribuées à Dieu : J'at- 
trapperai les médians oii ils ne penfent pas, ils auront pourtant du teins ; mais C em- 
bûche que je leur dreffe cft très- for te , c'efi-à-dire .^ inévitable. Voici la manière 
avec laquelle Dieu fe gouverne à l'égard des reprouvez , félon le fentiment de 
l'Imam Caichiri. Chaque fois que ces malheureux pèchent, Dieu augmente leurs 
l)iens , afin qu'Us augmentent leurs péchez. Cette tromperie donc que Dieu fait 
. Tome IL L aux 



82 GEHERNAZ. GÉLALEDDIN. ' 

aux reprouvez , confifle à leur faire du bien & à les rendre ingrats , jufqu'à 
ce que le tems de les punir foit venu ; & cette tromperie s'appelle encore em- 
bûche , parce que c'eft une conduite c;)chée qui paroît au dehors bonté ; mais 
qui n'ell efFeèlivement qu'un pur abandon. 

11 y a encore, un peu plus bas dans le même chapitre , un verfet plus im- - 
pie : Celui que Dieii met dans le mauvais chemin , na plus de guide qui le puijfe 
redrefTer-, car Dieu laijje les dévoyez dans kur erreur ^ ^ ils demeurent étourdis èf 
confus. 

Il y a pourtant quelques Auteurs qui donnent un bon fens à ces paroles, en 
les entendant de l'abandon que Dieu fait de certains Pécheurs, dont il punit les 
péchez par d'autres péchez , dcfquels il n'eft pas l'auteur & qui font les effets 
de la pure malice des pécheurs : mais cette explication efl celle des Motazales, 
qui font des feftaires & non pas celle des Mufulmans Orthodoxes , qui foûtien- 
nent la prédeftination abfolue & pofitive, à l'égard des Elus & des Reprouvez. 

Les plus modérez entre les Mufuhnans s'en tiennent à ce principe exprimé 
métaphoriquement par un Poëte Perfien. Si la grâce du fouverain Maître & : 
Conducteur ne vient à notre fecours , perfonne ne trouvera le bon chemin , ni 
n'arrivera au gîte. 

GEHERNAZ ou Tehehernaz , la dot de la beauté. Nom de la fœur de 
Caicaus , fécond Roy de Perfe de la dynallie des Caianides , qui fut mariée à. 
Rollàm. 

G EL AL Allah, la gloire de Dieu. Ce mot fe prend non feulement pour 
la gloire effentielle de Dieu inféparable de fa nature ; mais encore pour une 
manifefln.tion fenfible de la préfence de la Majefté Divine , telle qu'elle fe fai- 
«éfoit connoître entre les Chérubins de l'Arche & fur le Mont Sinai. Les Mu- 
fulmans difent , qu'un rayon de cette gloire réduifit en pouffière le mont Pha- 
ran en Arabie, & fondit en eau la première fubilance que Dieu créa pour for- 
mer le monde. 

GELALANI & Gelalein. Les deux Gelalcddin qui ont commenté l'Alco- 
ran , dont le premier eft furnommé Al Mahalii , & le fécond Al Soiouthi ou 
Afiouthi. / 'oyez plus bas le titre de ces deux perfonnages. 

GELALEDDIN & Gelaleddoulat , c'ell - à - dire , la gloire de la Religion, 
& kl gloire de l'Etat. Ce font des furnoms qui ont été donnez à plufieurs 
perfonniiges , & fur - tout à de grands Princes , defquels nous allons voir les 
titres. 

GELALEDDIN Gauri , Sultan de la féconde branche de la dynaflie des 
Gaurides, dont les Etats pafTérent, après fa mort, aux Khovarezmiens. 

GELALEDDIN Malekfchah ou Melikfchah. f^oyez l'hijîoire entière de ce 
Sultan des Selgiucides dans le titre de Malekfchah. 

GELALEDDIN Mahmoud. Fcyez le titre de Mahmoud. 

GELALEDDIN, fu nommé Mankberni & Khovarezme - Schah. C'efl le 
fils aîné du Sultan Mohammed Khovarczm - Schah > Sultan du Khovarezme, ou 

pour 



..GELALEDDÎN. g^ 

pour prononcer k la Perfienne Kharczme & Khorezme , lequel, anrès la mort 
.de fon père, fe retira dans la province de Gaznin ou Gaznah , vers les'lnl-s 
appanagc que le Sultan fon père lui avoit douné pendant 'à vis. Il tomba d'a- 
bord dans une embufcade que les Tartares lui avoient drellee ; mais il s'en tira 
avec une valeur incomparable, & arriva heureufement dans cette ville, où il fut 
joint par Scifeddia Aghrâk , qui étoit à h tète de quarante mil chevaux & 
par Icmin almulk, Prince de ilei;at, qui lui amraena auffi d'autres troupes fort 
coiifidérables. 

Gelaleddin ainfi arme , ne craignit point d'attaquer les Mogols , oui l'a voient 
toujours pourfuivi juiqu'à Gaznah , depuis la défaite de Mohammed fon père, 
■& dans fi\- ou fept combats qu'il leur livra , il demeura toujours le \'ainaueur • 
mais il arriva malheureufement pour lui , que la divilion fe mit entre les Olii- 
■ciers-Géncraux de fon armée, lemia al mulk aj^ant frappé de fon fouet Seifed- 
din, & celui-cy en ai'ant porté fa plainte à Gelaleddin , ce Sultan ne 'crut pas 
qu'il fut tems de lui en faire raifon , pendant qu'il avoit de fi grands ennemis 
fur les bras; de forte que Scifcddin irrité de ce refus de juftice, partit du camp 
du Sultan dès la même nuit avec fes troupes , & alla camper fur la m^ntao^ne 
de Sangràk. 

L'armée du Sultan étant ainfi afFoib!ie par la déiertion de ce Général , n'étoit 
•plus en état de faire tète aux Tartares , c'efl: ce qui lui fit prendre la réfolu- 
tion de pafler aux Indes; & il étoit déjà arrivé fur les bords du fleuve Sind ou 
Indus , oi!i il préparoit toutes chofcs pour le pafTcr , lorfqu'il vit les Mo^oIs à 
fa queue; car Genghizkhan , ayant appris la retraite du Sultan, partit de la -pro- 
vince de Thalecan, où il étoit avec le gros de fon armée, & vint par la route 
du Cabul avec une extrême diligence juf-^u à luy. 

Ce Mogol étendit fes troupes au-dclîus & au-deflbus du courant de l'Indus; 
& faifant de fon armée un arc, dont le fleuve étoit la corde, ainfi que dit un 
Hiftorien, il reir.'rra fi fort de tous cotez le Sultan, qu'il fembloit lui avoir ôté 
toute efpérance de pouvoir échapper. 

Le Sultan ayant apperçu. au point du jour, cette multitude innombrable de 
trounes, qui le tenoient alliegé de toutes parts , ne perdit point courage: mais 
raifeniblant au contrai.-e tout ce qu'il avoit de vigueur & de forces , il harce- 
la tellement fes ennemis de tous cotez & fit des aclions de valeur fi extraordi- 
naires , que Fon^ n'en avoit point vu d'exemples depuis le tems d'Asfendiar & 
de Rofl:am : de Ibrte , dit rHifl:orien , que l'on pourroit dire avec vérité , que 
fi ces deux grands Héros avoienf vécu du tems de ce Sultan , ils auroient fait 
gloire de s'enrôler ibus fes étendarts. 

Un Poëte Perfien , décrivant cette aftion , dit de lui : Quand fa lance étoit 
levée , les plus braves étoient obligez de baiiTer la leur , où fa maffe d'armes 
tomboit, il refl:oit une marque ineffaçable de la péfanteur de fon bras. Il bri- 
foit les cafques fur les têtes , comme un autre auroit caffé les chofes les plus 
fragiles , il mettoit en pièces les cottes de maille avec la même facilité qu'un 
autre auroit déchiré la toile qui les couvre. 

Cependant toute fa bravoure ne pouvoit pas l'empêcher de périr , puifqu'il 
avoit à combattre autant de foldats , qu'il y avoit, pour ainfi dire, de grains de 
fable fur le rivage de l'Indus ; & le combat n'auroit pas même duré fi long-tems , fi 
Genghizkhan , qui le vouloit avoir vif entre fes mains , n'eût défendu à fes foldats 
de tirer fur fa perfonne. Il voulut pourtant faire un dernier effort avec foixante- 

L 2 dix 



84 GELALEDDIN. 

dix chevaux feulement qui lui reftoient ; mais comme il étoit fur le point de fe 
jetter dans la mêlée, Agiafch-Melik , fon neveu, mit la main fur la bride de fon 
cheval, & l'arrêta en lui difant ces vers. 

Ne vous engagez jamais témérairement au milieu de ceux qui vous furpajfent fi 

fort en nombre-, 
Car on vous accujeroit de folie , de même . que l'on fait celuy qui frappe avec le 

poing le trenchant d'un rafoir. 

Le Sultan tourna bride à. ces paroles, & gagnant un lieu élevé, & de difficile 
accez, après avoir changé de cheval, & pris congé de fes cnfans, il le jetta à 
la nn^e dans l'Indus avec les plus braves de fes foldats , qui ne le voulurent 
point abandonner. Il traverfa hardiment ce grand fleuve à la vue de Genghiz- 
khan, & de toute fon armée, qui tira un nombre infini de flèches fur lui, fans 
qu'il pût être blefle. Les Tartares fe mettoient auffi en devoir de paflTer l'eau 
pour le fuivre: mais Genghizkhan les en empêcha. 

Lorfque le Sultan eut traverfé le grand courant de l'eau , il lui fallut aller 
encore alTez loin pour gagner le gué, les rives de ce fleuve étant prefque par 
tout fort élevées: miis il aborda enfin heureufement au gué de Caitoul, où 
ayant expofé fes habits, & les harnois de fon cheval au Soleil pour les faire 
fécher, il vit que les Tartares pilloient fon camp, & particulièrement ion Ha- 
ram qui eft le quartier des femmes, & que Genghizkhan mordoit fes doigts d«. 
dépit, de ce qu'une û belle proye lui étoit échappée. 

Ce Conquérant ne lailfa pas cependant d'admirer le grand courage du Sultan-; 
& fe tournant vers fés enfans, il leur dit ces paroles : Voilà un fils digne de 
fon père ! Heureux celuy qui a de tels enfans. Un Poëte dit de luy : On n'avoit 
point encore vu un homme d£ cette trempe dans le monde, & on n'avoit jamais 
ouy dire qu'il y en eût eu un femblable dans les fiecles paffez. Il étoit aulîi 
redoutable qu'un Lion dans ks campagnes , & il n'étoit pas moins terrible dans 
les eaux , qu'un crocodille. 

Cette uélion mémorable de Gelaleddin fe paflTa l'an de l'Hegire (?i8 , de 
J, C. 1221.. Il n'y eut que fcpt des fiens qui fe fauverent avec lui, tout le 
refle ou fe noya , ou fut tué à coups de flcclies par les Tartares dans ce fameiLX 
paOTage; cependant lui feul avec ces fept hommes ramafla peu à peu des trou- 
pes, & remit fur pied en deux ans de tems, une puilfante ai-mée , avec laquelle 
'il fubjugua, & conquit la plus grande partie des Indes; & après qu'il eut appris 
que Genghiz Kh^n avoit repalîe le Gihon avec fes Mogols , & pris la route de 
Tartarie,- il repalfi auili l'Indus, & rentra dans la Perfe l'an de l'Hegire 621, 
pa'- les Provinces Méridionales de Kige ou Kitfche, & de Alakran. 

Auffi- tôt qu'il fut de retour, en Perfe, tous les Seigneurs,. & Gouverneurs des 
Provuiccs de Fars, de l'Iraquc Perfique, & de l'Adherbigian ou Medie , vinrent 
le falucr , & lin" rendirent un nouvel hommage. Les peuples le reçurent avec 
des acclamations extraordinaires , & chantoient par tout ces vers. 

Nous voyons à la faveur de ce flambeau , pr.fage certain du bonhnir qui retourne 
fur nos terres f une nnuvdU lumière qui r:nd au monde ^ plongé dans ks ténèbres 
d'une profonde nuit , le premier éclat qiiil avoit perdu. 

Kemal eddia Ifmaël , excellent Poëte , pour célébrer fon retour , & pour témoi- 
gner 



GELALEDDIN. 



S5 



gner la joye publique, & la Tienne en particulier, compofa une très-belle Ode , 
dont voici quelques vers qui me paroiffent fort remarquables. 

Toute la terre a été rétablie en fon premkr état, tout a été rebâti dans les villes, 
es' cultivé dans les campagnes ^ aujfi-tôt que les pavillons du Sultan ont été 
dri'JJ'ez , 6f ont jette feult:ine7it leur ombre fur elles. 

C'-eJl ce grand Empereur Gelakddin Mangberni , la gloire & le fofctien de l'Etat, 
& de la Religion, qut Dieu a choifî pour gouverner l'Univers, parce quil a 
fait plus d'état des maximes de rAlcoran, que de celles de la Croix, 6f qu'il 
na pas permis que les cloches des Chrétiens retentiffent dans nos Mofqiiees. 

C'ejî fon bras qui a fortifié celui de la loy, ^exécuté ce que le décret Divin, avoit 
ordonné touchant la dfiruHtion des Barbares, ^ des Infiddes. 

On peut apprendre par ces vers que les Tartares étoient Chrétiens pour la 
plupart, & que Dieu s'étoit fervi d'eux comme d'un fléau, pour punir l'orgueil 
des Mahometans, & vanger les injures que la Religion Crêtienne avoit Ibulfertcs, 
comme il paroîtra par la fin mifcrable que fit le même Gelaleddin dont nous 
parlons. 

L'an de rtlegire 625, le Sultan délivré de la crainte des Tartares, entreprit 
la conquête du Gurgiftan ou Géorgie; le Roy de ce pays qui s'étoit préparé à 
foLitenir cette guerre, vint au devant de lui avec une armée beaucoup plus forte 
que la fienne. Gelaleddin pour la mieux reconnoître , monta fur une hauteur 
de laquelle il découvrOit le camp des ennemis, & s'apperçeut qu'il y avoit dans 
leur avant-garde des troupes de Khozariens, peuples de la grande campagne qui 
s'étend fur la rive Septentrionale de la mer Cafpienne, & que les Perfiens ap- 
pellent Defcht-Kiptchak: 

Ces gens qui autrefois fous le règne du Sultan Rîo'hammed s'étoient révoltez, 
& qui pour éviter le châtiment, avaient eu recours au Prince Gelaleddin fon 
fils pour obtenir le pardon de leur faute, n'avoicnt pas encore oublié ce bien- 
fait. Le Sultan voulant profiter de leur reconnoillànce dans cette conjonfture, 
leur envoya du pain & du fel pour les faire rellbuvenir du bon office "qu'il leur 
avoit rendu autre fois, & de l'alliance qu'il avoit contraftée avec eux. Ce tour 
d'adrelTe lui reiiflit fi bien, que les Khozariens ayant honte de fiiire la guerre 
à leur bienfaiteur, abandonnèrent les Géorgiens, & fe retirèrent chez eux. 

On peut remarquer en cet endroit que la cérémonie de prefenter du pain & 
du fel fe pratique dans l'Orient, pour marque d'amitié, d'alliance & d'hofpitalité. 
Les Arabes en ont encore une particulière , qui efi; de prefenter à boire à ceux 
qui ont quelque défiance d'eux, pour les alfurer de leur bonne foy. Foycz les 
titres de Harmozan . â? de Saladin. 

Après que ces gens furent partis , le Sultan envoya un exprès au camp des 
Géorgiens pour leur faire entendre qu'il ne vouloit point fe prévaloir de.la dé- 
feftion des Khozariens, & qu'il leur accordoit un jour de trêve, pour traiter 
d'accommodement. Dans ccc intervalle de tems les plu? biaves de l'un & de 
l'autre camp fe prefenterent à la tête des troupes, & fe firent des défis d'honneur. 

Le Sultan voulut prendre part à cette gloire militaire, & il fe déguifa de telle 
forte, que n'ayant pris que fhabit d'un fimple Cavalier, & paiRuit par un che- 
min détourné, il fe prefenta pai'mi les auti-es fans être connu. Aulîi-tôt qusGe- 

L 3 laleddin 



86 G E L A L E D D I N. 

lalcddin parut, un Géorgien bien monté vint à lui: mais le Sultan au premier 
coup de lance , le jetta auffi-tôt par terre , & en trois autres coups il en fit 
autant aux trois fils de celuy qu'il avoit defarçonné. 

Après ce combat, un homme, d'une taille démefurée, & d'une force incom- 
parable, qui auroit pu pafier pour un Géant, fe prefenta, & porta fans relâche 
de fi rudes coups au Sultan , que ce Prince les ayant tous foùtenus ou parez 
avec une force & une ^adrelle mcrvcilleufe , fon cheval , pour être trop vif ,: fut 
fur le point de tomber avec lui. 

Cet accident le fit refoudre à defcendre de cheval , & à attendre de pied fer- 
me fon ennemi, & il foûtint fi à propos ce dernier afifaut, qu'il prit fon tems 
de porter un coup de lance au milieu du front du Géorgien qui tomba mort 
auffi-tôt à fes pieds. 

A cette action les troupes des deux armées qui voyoient ce combat, élevèrent 
des cris d'admiration & de louange ; tous avouèrent que ce vaillant champion 
avoit un bras Pil-Aflmn , c'efl:-à-dire, capable de renverfer un Eléphant: mais 
le Sultan ne fe contenta pas des éloges que l'on donnoit à fa valeur, il voulut 
fe fervir utilement de l'étonnement qu il avoit jette parmi fes ennemis , & com- 
manda en môme tems aux fiens de les charger ; il remporta fur eux une viftoire 
fi pleine & fi entière, qu'elle le rendit maître de tout le pays. 

Le Sultan étant entré dans Teflis , ville capitale de la Géorgie , apprit que 
Borak, Gouverneur de la Province de Kcrman, qui avoit été autrefois un des 
Huiffiers de fa porte, accoutumé durant la guerre des Tartarcs, à vivre dans 
l'indépendance , n'obeilfoit pas poncluellement à fes ordres , il prit la relblution , 
avant que la defobeïifance palfàt à une rébellion ouverte, de partir promptement 
avec trois cent chevaux feulement, pour le prendre au dépourvu. Il fit cette 
expédition en dix-fept jours , & arriva dans le Kerman avant que Boràk eut avis 
de fon départ. 

Cette diligence extraordinaire du Sultan furprit Borak de telle forte qu'elle le 
mit hors d'état de défenfe, en forte qu'il fut reJuit à porter lui-même fa tête 
à fon maître, qui en fit fortir, dit nôtre Hiilorien, toutes les fumées d'orgueil, 
& de prefomption qui la reniplillbient. Kcmaleddin Ifmaël parlant de la diligen- 
ce prefque inconcevable que lit ce Pi-ince, lui dit: Quel autre que vous, entre 
tous les Roys du monde , a-t-il jamais fait repaître fes chevaux à Teflis pour 
les aller abbreuver aux eaux qui coulent dans la mer d'Oman, c'eft-à-dirc, aux 
Indes qui s'étendent le long de cette mer. 

Falloit-il que Borak , qui fçavoit que vôtre courage vous avoit déjà porté^ des 
Indes julqu'en Géorgie, vous fît retourner des Provinces du Septentrion jufqu'à 
celles du Midy pour le vaincre ? 

L'an de l'Hegire 624, les armées du Sultan & des Tartares fe rencontrèrent 
auprès d'Ifpahan , mais ce fut fans s'entrechoquer , comme fi elles eufient été 
d'accord; les Tartares fe retirèrent dans le Khoraflan , & Gaiatheddin, frère du 
Sultan, prenant la fuite fans fçavoir pourquoy, s'en alla du côté du Lariflan , 
abandonnant fon équipage, & le bagage de toute l'armée. Les habitans d'Ifpa- 
han voyant cette déroute coururent auffi-tôt pour piller: mais le Cadhi Rocnod- 
din Saedi les en empêcha, & les pria d'avoir un peu de patience, leur promet- 
tant que fi le Sultan ne paroilfoit pas dans un tems afiïz court qu'il leur mar- 
qua^ ils auroient la liberté de faire ce que bon leur fembleroit. Le Sultan ne 

m;ui- 



G- E L A L E D D I N. g^ 

manqua pas d'être de retour à^ point nommé ; car il fit une diligence incroya- 
ble pour arrivera Ifpahan, & fauva ainfi fcs bagages, Niglnarijian. 

L'an (527 de l'Hegire GJaleddin prit Khalat ou Akhlat, ville d'Arménie, ou 
de l'Adherbigian, par force: mais les Sultans d'Egypte, & de Roura, à fcavoir 
Malek Al Asehraf & AlaedJin Caicobad , ayant joint leurs troupes enfemble, 
attaquèrent le Sultan, lequel étant forti d'AkhIat avec quarante mil hommes, 
leur livra une bataille qu'il perdit. Les deux armées cependant étant reliées 
toutes d.nix dans leurs portes pendant um nuit, le combat fe renouvella le len- 
demain, dans Lquel le Sultan ayant perdu le relie de ion armée , fut obligé de 
s'enfuir à Khartabert, & de-là à Ifpahan. 

L'an 628, le Sultan ayant appris que Giarm.agun , General d'Oclai Caan qui 
avoit fuccedé depuis fan 624., à Genghizkhan fon père, ayant palfé' le Gihon 
avec une puilîante armée de Mogols , venoit en Perfe , envoya demander des 
fecours au Khalife, à iSIalek Al Afchraf, & à Caicobad: mais tous ces Princes 
les lui ayant, rcfufez , il palTa en Mefopotamie, où pendant qu'il s'adonnoit à 
toutes fortes de débauches , il fut furpris par les Mogols , & contraint de pren- 
dre la fuite, accompagné feulement de deux ou trois de fcs domelliques ; l'on 
dit que dans cette fuite il fut tué & dépouille par un Curde qui le trouva 
endormi. 

Quelques-uns cependant veulent qu'il fe cacha fous un habit de Dervifche , & 
qu'il ne fut plus vu depuis ce tems-là , finon que plufieurs années après vers 
l'an 652, un homme fut arrêté, & mis à la quellion comme efpion , lequel di- 
foit être le Sultan Gelaleddin que l'on a cru pendant long-tems n'être pas mort. 
C'elt dans la perfonne de ce Sultan que finir la djmallie des Khovarczmiens'. 
Khondîinir. 

Ben Schohnah dit dans fa Chronique que Gelaleddin Manfcberni étoit le fils aîné 
des enfans de Mohammed fils ds Tagofche ou Togufch; qu'il eut en partage le 
Royaume de Gaznah; mais que dans la fuite il fe rendit aufli puilTant que'' fon 
père , & en pofleda prefque tous les Etats ; qu'il fut défait en bataille rangée 
par Genghizkhan l'an de l'Hegire 628 , & qu'ayant été fait prifonnier par les 
Taf tares, il échappa de leurs mains, & fut tué par des voleurs du Curdellan; 
qu'après cette défaite de Gelaleddin , Genghiz-khan devint maître abfolu de la 
Perfe, & que lui & fes Tartares y exercèrent des cruatutez encore plus horri- 
bles que toutes celles qu'ils avoient faites jufqu'alors. 

Nous avons remarqué plus haut que Genghizkhan étoit mort l'an 624 , & que 
ce fut Giarmagun qui défit Gelaleddin , & qui fe rendit maître de la Perfe fous 
Oclai Caan fils de Genghizkhan, 

Le même Auteur remarque que ce Sultan étoit fi fier , que lorfqu'il ccrivoit 
aux Roys d'Egypte , de Syrie , & de l'Afie Mineure , dont les deux premiers 
étoient de la pollerité de Saladin, & le troifième de la race des Selgiucides , il 
ne fe foufcrivoit jamais ni frère, ni ferviteur, & qu'il ne prenoit le titre de fer- 
viteur, que lorfqu'il écrivoit au Khalife: mais pour les Princes de Moful , de 
la Mefopotamie, & autres femblables , il ne mettoit que fon fceau fur lequel il 
avoit fait graver ces paroles : La viàoire vient de Dieu feul. 

Il fe faifoit appeller le Roy du monde, c'eft en Arabe Malek al âlcm, & en 
Perfien Schah gehan , titre qui avoit déjà été pris, iclon quelques-uns, par 
fon père. 

Le Saheb al Tarikh , qui eft la correction du Calendrier Arabe & Perfien que 

l'OH 



88- GELALEDDIN. — G E L A L-E DD UL AT, 

l'on appelle aufïï Tarikh al Neiran, c'efl-à-dire , le calcul du cours du Soleil & 
de la Lune , lui eft attribuée. 

Ce Prince devint fi éperduement amoureux d'une de Tes efclaves, qu'il fit gar- 
der long-tems fon corps mort, auquel il faiibit lervir tous les jours à manger, 
& lui faifoit demander l'état de fa fanté , & fi elle étoit meilleure que le jour 
précèdent. 

On dit que ce Prince étoit fi jaloux , que lorfqu'il fut pourfuivi jufques fur 
les bords du fleuve Sind ou Indus, par la cavalerie des Tartares , les femmes 
qu'il avoit avec lui, lui ayant demandé qu'il les fill tuer , ou qu'il les fauvât 
des mains des Tartares , il commanda aufîi-tôt qu'on les noyât toutes , après 
quoy il pafTa avec peu de gens ce grand fleuve à la nage , au grand étonnement 
de fes eone.mis. 

Ce paitage fc fit dans le mois que 1-es Arabes appellent Regeb, & il devint fi 
digne de niempire , qu'il efl refté dans l'Orient une façon de parler vulgaire. 
Fivez jufqu^au mois de Regeb , âf vous verrez des chofes extraordinaires.. 

l\ y a un liviçe dans la Bibliothèque, du Roy n^. S45, intitulé Seirat Gelaleâ- 
âin Mankberni. C'efi; la vie de ce Sultan qui .y ell qualifié fils d'Aboulfeth 
Mohammed, fils de Tagafche, fils d'il Arflan,, fils d'Atfiz, fils de Mohammed 
Cothbeddin, fils de Noufchteghin. L'Auteur de cette hifl:oire eft Mohammed 
Ben Ahmed Al Monfchi Al Nallaovi, lequel dit entr'autres chofes que ce Sultan 
avoit donné quatorze batailles en onze ans. ^oyez Les titres de Mohammed, 
^'Atfiz , ^ de Khovarezm-Schab. 

GELALEDDIN Al Sekri. l^oyez le , titre de Mohammed Khovarezm-Schah , 
duquel il étoit le fils aîné. 

GELALEDDIN, nom du dernier Sultan de la féconde branche des Gau- 
rides, les Etats duquel pafiTerent entre les mains des Khovarezmiens. f'oyez le 
titre des Gaurides. 

GELALEDDIN Hafilm Ben Mohammed; c'efl le fixième Prince delà 
dynafl:ie des Ifmaëliens de l'Iran , c'efl:-cà-dire , de ceux qui régnèrent dans la 
Perfe. Voyez le titre d'Ifmaeliah Iran. 

GELALEDDIN Mohammed Ben Ahmed Al Mahalli ou Mehelli, Auteur 
d'un Commentaire fuccint de l'AIcoran , fait en forme de fcholies , que Gelalcd- 
din Afiouthi acheva l'an 871 de l'Hegire. 

Ces deux Auteurs font citez fous le nom de Gelalani , c'efl:-à-dire , les deux 
Gelaleddin. • 

GELALEDDIN Al Afiouthi ou Al Soiouthi, Auteur fort célèbre qui a 
compofé plufieurs ouvj-ages. Voyez Soiouthi. 

GELALEDDIN furnommé Sultan Al Arefin, le Maître des fpirituels; il 
naquit au tcms que Genghizkhan entra dans le Khorafllan. La Chronique Otho- 
mane en fait mention comme d'un Saint. 

GELAL-EDDOULAT, troifième fils de Baha-eddoulat , fils d'Adhad- 
.eddoulat, pctit-fiis de Buiah. L'on compte ce Prince pour le quatorzième Sultan 
.de la Maifon, & Dynaftie des Buidcs. 

- Il 



GELAL-EDDOULAT. G E M. 89 

n commanda dans Bagdet en qualité d'Emir al Omara, c'eft-à-dire, de Gcnera- 
liffime des armées du Khalife , après la mort de Mclchref-eddoulat , fon frère de- 
puis l'm 415 de l'Hegire, de J. C. 1025, jufqu'en l'an 435 de la même Kegirc , 
dans laquelle il mourut. 

Khondemir ne lui donne que feize ans & onze mois de règne; mais le Leb- 
tarikh, & le Nighiariftan lui en donnent 25. Il fe pafla de grands démllez entre 
ce Sultan, & les Selgiucides, dont la puilfance croilfoit de plus en plus dans 
l'Empire des Khalifes; & cette puiiTance vint à un tel point, qu'elle doana le 
dernier coup à la Maifon des Buides dans l'année 447 , fous le règne d'Aimalek 
Al Rahira, qui en fut le dernier Sultan. 

Ce Prince eut auffi des affaires avec fon neveu, fils de Sultan-eddoulat fon 
frère , lequel pourtant enfin s'appaifa , & fe contenta de l'efperance de fa 
fucceflîon. 

GELAL-EDDOULAT v eddin, furnora ou titre de Malekfchah, & de 
plufieurs autres Princes , Sultans , & même de beaucoup de Codeurs Muful- 
mans qui fe font rendus célèbres par le zèle qu'ils avoient pour leur Religion. 
Voyiz Gclâl. 

G EL ALI, nom de plufieurs Poètes Perfiens dont les furnoms font Jezdi, 
Ferahani , Azéri , Rourai. Voyez ces titres particuliers , voytz, aujft celuy de 
Souzeni. 

Gelali eft employé dans ces noms par abbregé , au lieu de Gelaleddin, de 
même que Raichidi au lieu de Rafchideddin. 

Ainfi l'on appelle Tarikh Gelali , le Calendrier Gclaleen , la Correftion du 
Calendrier Perfien , qui fut faite par l'ordre du Sultan Gelaleddin Malekfchah 
le Selgiucide , & enfuite par le Sultan Gelaleddin Mankberni le Khovarezmien. 

Il y a encore un Gelali, Auteur d'un Ouvrage intitulé Habib al feir ^ L'ami, 
ou le compagnon du voyage. 

G EL IL & Gelilah , Surnom d'Aboul Vali dont il efl fait mention dans 
Jemeni, Auteur d'un livre intitulé Ehtegiage Al Schaféi^ qui eft une explication 
de la doélrine du Dofteur Schafêi. 

GEM, c'eft ainfi que les Turcs appellent celuy que les Perfans appellent 
Giam & Giamfchid , qui eft un des anciens Roys de leur première dynaftie. 
Voyez les titres de Giam, 6f de Giamfchid. 

GEM Tchelebi , & Sultan Gem , étoit fils de Mahomet fécond , Sultan des 
Turcs , & frère puîné du Sultan Bajazeth fécond. 

Mahomet fécond étant mort l'an 885 de l'Hegire, de J. C. 14S0, après la 
prife d'Otrante , ville maritime du Royaume de Naples , Bajazeth qui étoit dans 
fon gouvernement d'Amafie, vint au(îî-tôt à Conftantinople , & prit pofl"e(îîon de 
l'Empire; mais il n'y avoit pas encore fait un long fejour, quand il apprit que 
Gem fon frère , fortifié des troupes de Caramanie , s'étoit emparé de la ville de 
Burfe en Natolie, où il prétendoit établir le fiege Royal de fes Etats. 

Bajazeth ne fçut-pas plutôt ce mouvement de Gem, qu'il rappella de la 
Pouille Ahmed furnommé Ghéduc, c'eft-à-dire, Breche-dent, Général des troupes 
qui étoient en Italie, pour combattre fon frère, avant qu'il fe fortifiât davan- 

ToME II. M tage. 



^é G E M. GEM-IEM. 

tage. Cette diligence lui lervit beaucoup; car Ahmed défit ce jeune Sultan ,- 
& l'obligea de fe retirer en Caramunie avec ie débris de fes troupes, Fan 886 

de FHegire. . , . . 

Ahmed fut foupçonnc de collufion avec Géra, pour ne lavoir pas pouriuivi 
aflez chaudement; ce qui obligea Bajazcth à partir de Conflantinople pour achever 
de ruiner les afRiires de fon frère. Il luy donna donc en perfonne une féconde 
bataille, qui l'obligea à une féconde fuite , & le contraignit de palier la mer 
pour demander du fecours au Sultan d'Egypte. 

Ce fut dans l'an 887 que Bajazeth remporta cette viftoire fîgnalée fur font 
frère, laquelle le délivra d'une fort grande inquiétude, & coûta la vie à Ah- 
med, que ce Sultan fit étrangler peu de tems après. 

Gem fit courir le bruit qu'il alloit faire le pèlerinage de la Mecque : mais en; 
effet il n'étoit parti que pour tirer des fecours d'Egypte, avec lefquels il vint 
encore pour la troifième fois tenter la fortune des armes avec fon frère : il fut 
cependant encore battu, & contraint de fe réfugier à Rhodes auprès du Grand 
Maître Pierre d'Aubulibn qui l'envoya à la commanderie de Bourgneuf en 

France. 

Bajazeth ayant appris que fon frère étoit entre les mains des Chevaliers de 
Rhodes, llipula une paix perpétuelle avec eux, & promit de leur payer tous 
les ans quarante mille écus d'or à condition qu'ils le gardalTent foigneufement,.. 
ce qu'il exécuta de très- bonne foy. 

Les mêmes Chevaliers mirent enfuice ce Prince entre les mains d'Inno- 
cent VIII qui le leur demanda; après la mort de ce Pape , Gem pafTa en celles 
d'Alexandre VI qui recevoit tous les ans de Bajazetli deux cent mil écus d'or 
pour le garder. 

Ce Pape obferva de fon côté fi fidellement fa parole que lorfqu'il fut obligé 
par force de le donner à Charles VIII qui alloit cà la conquête du royaume de 
Naples , l'on crut , dit l'Hillorien de la vie de Cœfar Borgia , qu'il fit donner 
à ce Prince un poifon lent dont il mourut à Terracine , à caufe que le Roy 
Très-Chrctien vouloit fe fervir de luy pour exciter de nouveaiLX troubles dans 
l'Empire Othoman. 

Thomas Cantacuzene dit que Gem n'avoit que 28 ans, lorfqu'il palTa à Rho- 
des, & qu'il avoit lailfé fa femme & fon fils en garde au Sultan d'Egypte; que 
ce fils fe ilmva aufïï depuis à Rhodes , où s'étant fait Chrétien , il prit femme 
& en eut deux fils & deux filles. 

Le même Auteur dit que Soliman ayant pris Rhodes, ce qui arriva l'an de 
rilegire 928, de j. C. 1522 , fit chercher ce fils de Gem qui vivoit encore, 
& que l'ayant trouvé avec fes enfans , il le fit mourir lui & fes deux garçons 
pour n'avoir pas voulu retourner à la Religion de leurs pères, & qu'il emmena 
avec lui les deux filles à Confi:antinople. Ainfi la Maifon Othomanne a donné 
trois martyrs à 1 Egliiè. 

GEM Vii, nom du dix-neuvième jour du Cycle fexagenaire des Cathaiens, 
& IgureenSo 

GEM-IEM, nom du trente - neuvième jour du Cycle fexagenaire dQs mê-- 
mes peuples, 

GEM,A. 



G E M A. — — G E M I L. 9i 

GEMA u Al-Beiân fi akhbar al magreb u Cairoân , Iliftoire fort ample de 
FAfrique , & de la Cyrenaïque , dont Azzeddin fils d'Abdelaziz eft l'Auteur. 

Foysz le titre de Molatfemiah de Novairi. 

GEMALEDDIN, c'eft un des noms ou titres de Mohammed Ben Abibckr 
Al Anfari, qui a abrégé le Giamê ou Hiiloire des plantes dEbn Bcithàr. 

GEMALEDDIN. Othmân Ben Omar duquel il eft parlé dans le livre in- 
titulé Makki , comme d'un homme fort doéle en plufieurs fortes de fciences. 

GEMALEDDIN, Auteur d'une hiftoire dédiée à Emirzad ou Mirza Isken- 
der , Prince de la pofterité de Tamerlan , dans laquelle il eft fort parlé des Tur- 
comans , & de leur origine. 

GEMALI, Surnom de Fadhl Ben AH, Autçur du livre intitulé Iddriat al fa. 
redh, où il enfeigne ce que doit fçavoir celui qui veut être intelligent dans les 
ftatuts obligatoires du Mufulmanifme. 

GEMALI, Surnom de Jofeph fils de Tangri Virdi. Foyez le titre de]oCcL 

GEMALI, Scidi Gemali , Auteur d'un livre Perfien intitulé Fath al ahonâb, 
qui eft rempli d'allégories & de moralitez fur la vie, & fur les aélions du faux 
Prophète ; il eft mêlé de profe , & de vers, yoyez aujjï Giamali. 

GEMEL & Polta, nom de deux frères Ragias ou Princes dans les Indes, 
lesquels après avoir foûtenu avec leur mère , un long fiege dans le château de 
Chitor que l'Empereur Akbar attaquoit , & étant réduits aux dernières extre- 
mitez, aimèrent mieux le faire tuer dans une fortie defefperée qu'ils firent, 
que de fe rendre prifonniers entre les mains du vainqueur. Ce Prince qui avoit 
l'ame grande, fut fi touché de cette belle action, qu'il leur fit ériger deux ftatues 
de marbre pofécs fur des Elephans à la porte du château de Delli, où la ville 
de Gehàn-abad a depuis été bâtie. 

GEML Ebn Gemî. Foyez Hcbatallah. ) 

GEMIL, & Schanbah. C'eft le nom d'un de ces couples d'Amants, dont 
les Orientaux célèbrent dans leurs hiftoires, & dans leurs poëfies, laconftance, 
& la fidélité. Les plus fameux font Jofeph & Zoleikhah. Alegenoun & Leilah , 
Khofrou & Schirin. Gemil & Schanbah defquels nous parlons icy, vivoient fous 
le règne d'Abdalmalek, Khalife de la race des Ommiades. 

Le Roman Perfien qui décrit leurs amours en vers, dit qu'ils étoient Arabe? 
de nation , & qu'Abdalmalek ayant ouy beaucoup parler d'eux , eut la curiofité 
de voir Schanbah, & que l'ayant trouvée noire & maigre, comme il étoit fort 
bon Poëte, il lui dit en vers: 

Ouds traîts de beauté Gemil a-t-il découvert en voiis^ qui Vaycnt pu porter à vous 
choijîr entre tant £' autres femmes , pour en faire le feul objet de fis amnurs ? 
car ordinairement nous appelions laide une pcrfonne qui a le vifage auffi maigre, 
Ôf l^ i^ifit oujji noir que vous. 

M a -Schanbah- 



^a G E N GENGHÏZKHAN. 

Schanbah dont l'efprit étoit fort vif, & qui excelloit auffi dans la Poëfie, fè 
fentant piquée de ce difcours, lui répondit fur le eliamp : 

Ouel mérite o?ît reconnu en vous les peuples de la terre, qui vous ont choijl entre' 

tous , pour co7nmander à tous ? 
Celuy-là feul efi digne de Veftime des hommes , qui a Famé belle , âf femblabk à"^ 

un diamant dont l'éclat n'e/î terni par aucune tache. 

Le Khalife furpris d'une repartie fî libre , & û fpirituelle , loua refprit de 
Schanbah, & l'ayant régalée de prefens çonfiderables , la renvoya à fon amant. 

GEN ou Tchen prononcé à la Perfienne, nom du cinquième Cycle ou Giag 
des Cathaiens, que les Turcs Orientaux appellent Loui, & les Arabes Temfah, 
c'efl-à-dire , un Crocodile.. 

GENADEL, Montagne qui cfl: aux confins de l'Egypte, & de la Nubie 
fur le Nil à douze journées au defTus d'Afovane, ou de Siene en Thebaïde. 
C'eft-là qu'efl la grande catarade du Nil, & où l'on tranfporte les marchandifes 
du fond des vaifleaux, fur le dos des chameaux pour les voiturer de Nubie en^ 
Egypte & de cette Province aux autres.. 

GENEK Vilaeti, les Turcs appellent ainfi la Cappadoce , & le Pontus qui 
en efl la partie la plus Septentrionale. La ville maritime de Tarabozan , que 
nous appelions Trebizonde, & celle d'Amafie où le Sangiak Bey, & quelquefois 
le Beghilerbey de la Natolie refide, font cenfées être de cette Province, félon 
la Notice de l'Empire Turc. 

GENGHIZKHANi c'eft ainfi que les Arabes prononcent ce nom: mais 
les Perfans & les Turcs le prononcent comme s'il étoit écrit en François , Tchin^ 
ghizkhan , ou en Italien Cinghizkhan. Nos Hiftoriens Latins l'appellent L'angius. 

Ce Surnom ou titre qui fignirie en langue Mogolienne Roy des Roys , fut 
donné par Tubi Tangri, Prophète du Turkeftan, à Timiugin, après qu'il eut 
vaincu Avenk ou Unghkhan , & fubjugué la plus grande partie des Princes 
Mogols, Tartares, & Cathaiens, ou Chinois. 

Tamugin que nous appellerons déformais Genghizkhan étoit Mogol de nation, 
& non pas Tartare; car il étoit fils d'iefukai Behadir félon Khondemir, ou dé 
Bifukai félon Kovand Schah ou Mirkhond , lequel defcendoit en ligne droite de 
Toumenah Khan , Roy des Mogols. 

Toumenah Khan , qui defcendoit de Bouzangiar, fils miraculeux de la Princeflo 
Alancavah , dont l'on peut voir le titre, eut deux enfans, Kilkhan trisayeul de 
Genghizkhan, & Fagiouli feptième ayeul de Tamerlan. 

Bouzangiar étoit ilfu de Kian, fi.ls d'Ilkhan lequel fut défait par Tour fils de 
Eeridoun Roy de Perfe , qui s'étant rendu maiftre d'une grande partie du Tur- 
keftan, & joint aux Tartares, extermina entièrement la nation des Mogols, à 
la rcferve de deux hommes, & de deux femmes feulement, 

Kiân qui étoit un des quatre . fe retira avec les trois autres dans la montagne 
nommée Erkcneh Koun où trouvant des pâturages excellens, if s'y habitua , & 
peupla par la fucceffion de plulieurs années qui voiu au deUà de mil, im grand. 

pays 



GENGHIZKHAN. P3 

pays qui avoit été jufqu'alors inconnu, de forte qu'il fut le père d'une nouvelle 
nation de Mogols qui porta le nom de Kiât. 

Puifque nous avons déjà remonté fi haut, nous dirons encore qu'Ilkhan, pè- 
re de Khian, étoit le feptièrae arrière-fils de Mogoul Khan, frère deTatarkhan, 
tous deux enfans dllinge Khan , defqucls les deux nations des Mogols & des Tar- 
tares font defccnduës. 

Mus pour arriver jufqu'au terme que l'on ne peut outrepafifer , j'ajoûteray 
fur le témoignage de Mirkhond & de Khondemir , qu'Ilinge khan étoit le qua- 
trième fils de Turk , fils de Japhet , fils de Noë , duquel le Turkeflan qui 
comprend , félon fon ancienne fignification , les pays que les Mogols , les Tar- 
tares, les Cathaiens, les Rulfcs, les Bulgares, les Grecs, les Alains, les Secla- 
bes ou Chalybes, & les Hyperboreens habitent, a tiré fon nom. 

Genghizkhan naquit à Diloun Joloun, Fan 549 de l'Hegire , de J. C. 1154, 
dans le Dongouz-il , c'eil-à-dire , en l'année du Cycle des Cathaiens , nommée 
le Pourceau , fous le figne de la balance , au tems que fon père Jefukai fit une 
grande irruption fur les Tartares. Mirkhond appelle le lieu de fa nailfance Di- 
loun Jaldak , & donne à fa mère le nom d'Oloun. Il perdit fon père à l'âge 
de treize ans, & fut obligé, par la révolte & par les divâfions des Mogols, à 
fe retirer auprès d'Avenk ou Ungh Khan, Prince Chrétien de la tribu de Ke- 
rit, qu'Aboulfarage appelle Malek lohanna, le Roy Jean. C'eil celui-là même 
que nos Hilloriens & voyageurs ont appelle le Prêtre Jean. 

Khondemir dit, auffi-bien que les autres Hiftoriens de la vie de Genghizkan , 
qu'il naquit tenant du fang caillé dans fes mains de la grolTeur d'un dé, & ci- 
te fur ce fujet deux vers Perfiens , qui portent que fi ce fang étoit un pro- 
gnofl;ique de celui de fes ennemis qu'il devoit répandre, c'étoit auffi Ghir lez^ 
dân, c'ell-à-dire , la marque de l'expiation des crimes des hommes que Dieu 
avoit mife entre fes mains, ce qui fe rapporte encore au figne de la balance 
que nous regardons comme un figne de juflice, quoyque les Orientaux le pren-- 
nent pour celui des vents & des tempêtes. 

Après que Genghizkhan eut demeuré pîufieurs années auprès d'Avenk Khan, 
& qu'il l'eût fervi très-utilement dans les guerres qu'il avoit avec fes voifins, 
il époufa fa fille nommée Oifungin ; . nonobllant quoy il fut fi fort perfecuté 
par fes envieux, qu'il fut obligé de quitter la Cour, pour mettre fa vie en 
fureté, &. enfuite , de faire la guerre àAvenkkhan, lequel conjointement avec 
fon fils Sehokoun le pourfuivoit à outrance. 

Genghizkhan les fiirprit tous deux à fon avantage avec quatre mil chevaux 
feulement; & après les avoir défaits entièrement, les contraignit de fe réfugiée 
auprès de Tabanek ou Tajanek , Roy des Tartares. Ce Prince ufant de trahi-- 
fon fit tuea- Avenk khan ; de forte que Sehokoun , fon fils , fut obligé de fuir 
promptcment jufqu'au pays de Cacfchgar , oi^i il ne trouva pas plus de fureté , • 
& y perdit aufiî la vie, ce qui arriva l'an 599 de l'Hegire. 

Depuis l'année fuivante, qui fut la 600 de l'Hegire jufqu'en la 602, que les ■ 
Mogols appellent Tannée du Léopard , il fubjugua toutes les tribus des Mogols ■ 
& des Tartares , & tint une aiîemblée générale de tous les grands Seigneurs 
de ces deux nations. Les Turcs appellent cette efpèce d'Etats -généraux Kuril- ■ 
tai, où le nom de Tamugin lui fut changé en celui de Genghizkhan, par Tu- ■ 
bî Tangri , & il y ordonna qu'une Conictte blanche feroit dorénavant l'éten- • 
dart général de fes trQupes ; après quoy marchant contre les Caracathaiens , il 

M 3, les-' 



94 G E N G H I Z K H A N. 

les défit fi pleinement, qu'Ilcan leur Roy réfolut de s'empoifonner lui-même, 
pour ne pas voir la défolation entière de fes Etats. 

Depuis ce tems-là jufau'en l'an 615 , il fubjugua tous les Princes du Caraca- 
thai qui réfufoient de lui -obéir. Il défit Kulchlek , grand ennemi des Muful- 
mans, lequel fut contraint de s'enfuir dans les montagnes couvertes de forêts 
d'un pays, qui en. a tiré fon nom de Caracathai, c'efc-à-dire en Turc, le Ca- 
thai noir. 

L'an 615 de l'Hegire, Genghizkhan entra dans la Tranfoxane, pour faire la 
guerre à Mohammed, furnommé Khouarezm-fchah. Le fujet de cette guerre fe 
peut voir dans le titre de ce Prince. Il envoya d'abord deux de fesenfans, nom- 
mez Giagatai ou Gioghtai & Oélai, pour ferrer de près les troupes de ce Sul- 
tan, & deux de fes Capitaines pour afîiéger les villes de Benaket ou Asbaniket 
& de Khogend. Il marcha cnfuite lui-môme en perfoime vers celle de Bokha- 
rah , où les principaux chefs de l'armée du Sultan Mohammed s'étoient enfer- 
mez pour la défendre. 

L'an 617, qui eft l'année du ferpent dans le Cycle des Mogo!s & des Ca- 
thaicns , Genghizkhan fe préfenta devant Bokharah , où, dès la première nuit, 
il enleva la Cavalerie des Khovarezmiens qui faifoient la ronde autoui* de la 
place ; cet accident obligea les habitans d'aller , dès le lendemain , demander 
quartier, & Genghizkhan le leur ayant accordé, fe contenta d abord de piller 
la ville : mais ayant appris qu'un grand nombre de foldats s'étoient cachez dans 
la ville , pour faire quelque furprife , après qu'il en eut forcé le château , il 
le fit démolir & commanda que Ton fit pafler au fil de lepée tous les habitans. 

Oktai , fils de Genghizkhan , avoit cependant affiégé la ville d'Otrâr , dont 
Gairkhan, principal auteur de cette guerre, étoit (Gouverneur, il la prit dans 
fefpace de cinq mois , au bout defqucls Gairkhan fut obh'gé de fe fauver dans 
le château, où il ne put tenir que fort peu de tems. Oktai le fit d'abord fon 
prifonnier ; mais il reçut bientôt après les ordres de fon père , pour le faire 
mourir; de forte que lui & tous les habitans d'Otrâr furent juftcment punis de 
la perfidie, dont iis avoient autrefois ufée envers les Mogols, comme il elt rap- 
porté dans l'hiltoire de Mohammed Khovarezm-fchah. 

Giougi Khan prit dans le même tems la ville de Giound , qu'il fît piller & 
rafer, Alâf khan cc!le de Khogiend , qu'il traita de même , & il ne refia des 
îiabitans de ces villes, que ceux qui purent fe fiuver par la fuite. Les Hifto- 
riens rapportent une aclion hardie & hcureufe de Timur Melik, Gouverneur de 
Khogiend , lequel fe fauva par eau à la vûë des Mogols , qui le pourfuivirent 
en le combattant pendant pluficurs jours fans pouvoir l'atteindre. 

AuOî-tôt que Gengizkhan eut achevé le fiége de Bokharah, il vint inveflir la 
ville de Samarcand. Les habitans fe trouvèrent partagez fur le party qu'ils avoient 
à prendre ; car les uns vouloient lui ouvrir Jeurs portes ; mais les autres étoient 
réfolus de garder la fidélité à leur Sultan & de fe défendre jufqu'à l'extrémité. 
Dans ces entrefaites , le Mufti de la ville , avec les principaux Imams & Doc- 
teurs de la loy Mufulmane , allèrent au camp des Mogols , pour obtenir une 
bonne compofition en faveur de leur ville : mais n'ayant pu obtenir bon quar- 
tier que pour leurs perfonncs & leurs biens , & pour celles de leurs proches , 
les Mogols étant entrez dans la ville, en firent fortir tous les habitans, & après 
l'avoir pillée, en affiégerent & prirent le château, où ils pallérent au fil de fé- 
née tous ceux qu'ils y trouvèrent , fans aucune exception. 

Ce 



G E N G H I Z K H A N. p^- 

Ce fut dans ce même tems-là que Genghizkhan étant informé du mauvais état 
de l'armée de Mohammed Khovarezmfchah , envoya deux de fes Généraux d'ar- 
mée, nommez Gebch Noviân & Souidai Behadir , avec trente mil chevaux en 
Khoraflàn , où ce Sultan étoic campé. Ces deux Capitaines le firent bientôt dé- 
loger, & ils le pourfuivirent fi chaudement , qu'il fut obligé d'abandonner cet- 
te province & de faire fa retraite dans l'Iraque : mais les iVIogols le fuivant à 
la pifle , pillant & malîacrant tout ce qu'ils rencontrpicnt fur leur route , tra- 
verferent ces deux provinces , celles de l'Adherbigian & du. Schirvan , & ga- 
gnant enfuite la ville de Derbehd , pafTerent au Nord de la mer Cafpienne , 
pour réjoindre le camp général de Genghizkhan, qui étoit dans la Tranfoxane. 

Genghizkhan , après avoir achevé la conquête de la Tranfoxane , envoya 
trois de i^es enfans , nommez Giougi , Giagathai & Oftai , pour fubjuguer la 
province de Khovarezme , qui s'étend des deux cotez de l'Oxus ou Gihon , 
fleuve qui traverie tout ce pays avant que de décharger fes eaux dans la mer 
Cafpienne. Ces Princes vinrent d'abord affiégcr la capitale qui porte le nom de 
Khovarezme, auffi-bien que la province, où Khamarteghin commandoit de la 
part du Sultan Mohammed. Ce fiége dura long-tcms fans avancer , à caufe de 
la divifioa , qui arriva entre les doux frères Giougi & Giagathai , au fujet du 
commandement. 

AuHî-tôt que Genghizkhan eut appris la mefintclligence de ces deux Princes, 
il envoya {"es ordres à Oclai pour commander en chef toute l'armée , & ac- 
commoder les différends de fes deux frères , lui préfcrivant en même tems de 
ne rien entreprendre fans leurs avis. La concorde fut ainfi en peu de tems 
rétablie dans cette armée , & le fiégc de la ville de Khovarezme fut bientôt fini. 

Les Mogols s'en étant rendus les maîtres, & réconnoiifants qu'elle étoit très- 
forte par la fituation , ,1a démolirent entièrement , en firent fortir tous les ha- 
bitans , & après avoir choifi cent mil des plus jeiznes des deux feses qu'ils ré- 
duifirent en fervitude, ils diflribuerent tout le relie aux foldats pour êti-e cgor- 
gez. L'on rapporte que chaque foldat , de plus de cent mil qu'ils étoient de- 
vant la place, en. eut vingt-quitre à tuer pour fa part. 

Pendant que l'armée des Princes défoloit la province de Khovarezme , le 
père failbit d'étranges ravages dans le Khoraflàn: car tirant du côté de Balkhe, 
la plus ancienne capitale de cette province , qui portoit le titre de Cubbat al 
Illam, c'efl-à-dire , la Métropole du Mufulmanifrae , il trouva la ville de Ter- 
raed fur fa route , qu'il prit & ruina en deux jours , exterminant jufqu'au der- 
nier de fes habitans ; & quoyque les habitans de Balkhe euffent envoyé au- 
devant de luy des députez pouj- lui jurer fidélité & fe rendre à fa mercy, ils 
ne purent obtenir de lui aucun quartier, & furent tous palfez au fil de l'épée. 

Tuli khan, autre fils de Genghizkhan, étant arrivé au. camp peu après cette- 
exécution, fon père lui donna au;]] -tôt l'ordre de s'avancer plus avant dans le 
pays & d'y faire le dégât, pendant qu'il feroit lui-même en perfoone le fiége 
de Thalecan , place forte qui avoit un très -bon château, Genghizkhan eue le 
loifir de fe morfondre devant cette place , qui rcfifta pendant lèpt mois entiers 
à. fa puiffance. Son armée étoit déjà beaucoup diminuée: mais le retour que 
Tuhkhan fit de fon expédition du Khoralfan , dont il avoit fubjugué les villes- 
principales, aj'ant fortifié fon c imp , il emporta enfin d'alîlwt Cjtte place, &- 
n'épargna aucun de tous ceux qu'il y trouva. 

Après la prife de Thalecdn, le bruit s'édaut répandu dans fon camp queGe-- 

laîcd-- 



96 G E N G H I Z K H A N, 

laleddin , fils de Mohammed Khovarezmfchah , avoit battu les Mogols , auprès 
d'un lieu nommé Barani , la colère le faifit de telle manière qu'il tourna auf- 
fi-tot vers les parties Occidentales de la Perfe , & fit une défolation fi cruelle 
& fi univerfeile par-tout où il pafiTa , qu'il n'y lailla aucun vcfl:ige qui pût mar- 
quer que ces lieux eufi'ent jamais été peuplés , ayant envoyé en même tems 
Balai Novian dans les Royaumes de Lahaver ou Lahor , & de Multan à l'O- 
Tient, pour y faire les mêmes ravages. 

Tulikhan alla peu de tems après afiiéger les trois autres villes capitales de la 
grande province de Khoraflan : car nous avons déjà parlé de Balkhe qui en eft 
la quatrième. Il commença par celle de Merou, fi.irnommée Schaighian , pour 
la difl;inguer d'un autre Merou de la même province , qui efi; fiirnommée Al 
Roud ; & il eut fort bon marché de cette grande ville , abandonnée par fon 
Gouverneur qui étoit fort hay du peuple , & qui craignit que l'on ne le mît 
entre les mains des Mogols. Aullî-tôt que Tulikhan y fut entré , il en fit ra- 
fer les murailles, & après avoir fait le choi:: des jeunes garçons & des jeunes 
filles, qu'il vouloit referver pour en faire des efclaves, il abandonna un million 
& trois cent mille perfonnes à la fureur du foldat. 

La ville de Nifchabour , autre capitale de la môme province , eut le même 
fort : & perdit un million & 747 mil de les habitans , ce qu'il faut entendre 
aufli-bien que des autres villes, de tout ce qui étoit compris dans fon territoi- 
re, qui étoit fort étendu & très-peuplé. 

Celle de Herat étoit la plus confidérable de ces trois capitales du Khoraflliii 
qui furent aflîégées par Tulikhan; car elle étoit défendue par Mohammed Gior- 
giani, Gouverneur de la province, qui avoit une armée très-confîdérable pour 
la défendre. En efi'et , pendant les fept premiers jours du fiége , le Gouver- 
neur fit de fi fréquentes & fi vigoureufes forties , que les Mogols virent bien 
qu'ils ne viendroient pas fi aifément à bout de cette entreprife , qu'ils avoient 
fait des précédentes : mais il arriva que ce Seigneur , qui étoit également fage 
& vaillant, fut malheurcuferaent tué d'un coup de flèche dans le combat. 

Après la mort du Gouverneur, les alîiégcz commencèrent à perdre courage, 
& on parloii' déjà de fe rendre , lorfque Tulikhan , qui en fut averti par les 
efpions, s'avança avec deux cent chevauv feulement vers une des portes de la 
ville , pour attirer à une conférence ceux des Bourgeois , qui étoient les plus 
portez à la paix. Là il déclara, que s'ils le rcndoient volontairement à lui qui 
étoit en état de les forcer, ils ne recevroient aucun dommage ni en leurs per- 
fonnes , ni en Icui^ biens , & qu'il le contenteroit de recevoir d'eux la moitié 
feulement du tribut qu'ils payoient au Sultan du Khovarezme. 

Après que Tulikhan eut donné fi parole & confirmé, par un ferment folem- 
nel, les conditions de la capitulation qu'il leur accordoit, les Bourgeois de He- 
rat lui ouvrirent auflî-tôt leurs portes, & lui firent une entrée magnifique. Tu- 
likhan obferva exa6lement le traité qu'il avoit fait avec eux, & ne Ibufirit pas 
que fes Mogols leur fifi^ent aucun outrage. Il fe contenta feulement de l'exé- 
cution des foldats de la garnifon, avec lefquels il n'avoit point capitulé, & leur 
ayant donné Malek Abubecre pour Gouverneur, & Manghtai pour Prévôt & 
Grand Jufiicier, il vint trouver fon père au fiége de la ville de Thalecdn, dont 
nous avons déjà parlé. 

Mais la ruine de cette puiiïante ville ayant été déjà refoluë dans le décret Di- 
vin , dit Khondemir , fa perte étoit inévitable. Il arriva en eifet que le bruit 

s' étant 



GENGHIZKHAN. p^ 

s'étatlt i-épandu , que les Mogols avoient été défaits par Gelaled^in , aiîprès de 
la ville de Gaznah, les habitans des villes du KhoralTan, où Tulikhan avoit laif- 
fé des Gouverneurs, fc foûleverent tous en même tems , & égon'^ereot tous les 
Mogols qui leur tombèrent entre les mains. Les habitans de Heràt le jettercnt 
fur .Malek Abubecrc & fur Manghtai, qu'ils maflacrerent avec tous leurs gens, 
& mirent à leur tête Mobarez-eddin Scbzvari pour les défendre. 

Genghizkhan ayant appris ces méchantes nouvelles, fit une rude reprimende 
à Tulikhan fon fils, de ce qu'aj^ant, par une fauffe clémence, donné la vie à fes 
ennemis, il leur avoit auffi lailfé les moyens de lui jouer un fi mau^-ais tour; 
pour reparer cette faute & pour fe vanger d'un fi grand affront , il en\-oya II- 
genkvai Novian avec quatre-vingt mil chevaux devant Hcrat, Cette vi'ie' foû- 
tint un fiége de fix mois entiers, pendant lequel fes habitans qui fe dél'c.idoient 
en defefpérez firent des efforts inconcevables : mais ayai:t été ennn forcez, ils 
furent, tous égorgez flinsmiléricorde, jufqu'au nombre d'un milhon & fix cent 
mil perfonnes, à plufieurs reprifcs. 

Emir Khovand ou Khavend Schah dit , que le Docleur Scherfeddin Khathib 
refta feul avec quinze autres perfonnes , qui s'étoient cachées dans des grottes 
où les Mogols qui foùilloient par-tout , ne les avoient point trouvées , &. qu'ils 
furent joints, quelque tems après, par vingt-quatre autres c.ui avoient aufli échap- 
pé à la fureur des ennemis par une efpèce de miracle. Ces quarante perfonnes 
demeurèrent pendant quinze ans dans Herat , avant qu'aucun autre fe joignît à 
eux pour y habiter, tant cette ville, qui po.toit le titre de Ferdous Nifchin ou 
Nifchin , qui fignifie le fymbole ou la demeure du Paradis , avoit été détruite. 
Cette défolation générale arriva l'an de l'Hegire 619, de J. C. 1222. 

Après que Genghizkha 1 eut terminé les guerres qu'il avoit entreprifes contre 
Mohammed Khuarezm fchah & fes enfans , comme nous avons vu cy-dcflùs en 
partie , & comme il en eft traité plus particulièrement dans les titres de Mo- 
hammed & de Gelaleddin Khuarezm fchah : ce Prince tint confeil avec fes en- 
fans & les plus grands de fa Cour, l'an 621 de l'Hegire, dans lequel il fut ar- 
rêté qu'il retourneroit dans fon Orde natal , nommée Ordou Baligh , où étoit 
proprement le fiége Royal de fon Empire. 

A peine y étoit-il arrivé qu'il apprit que Scheidercou , qui commandoit dans 
le pij's de Tangur & de Cafchin, s'éLoit révolté, &. qu'il s'avançoit vers lui 
avec une armée de cinq cent mil hommes. Genghizkhan alla au-devant de lui 
avec des forces à-peu-près égales. Il fe donna pour lors une des plus fanglan- 
tes batailles dont on ait jamais ouy parler ; car , félon la fupputation des Mo- 
gols, il fe trouva trois cent mil hommes des ennemis. morts fur la place, fans 
que l'on fçache le nombre de ceux que les Mogols perdirent. 

Cette perte cependant ne fut pas capable de réduire pour lors Scheidercou 
à fe foûmettre au vainqueur : mais ayant été depuis encore vaincu à diverfes 
reprifes, il demanda quartier & jura fidélité à Genghizkhan. Ce Prince vouloit 
en même tems faire encore la guerre à quelques-uns de fes voifins, mais il fut 
appaifé par les Ambalfadeurs & par les préfens , qu'ils lui envoyèrent pour ob- 
tenir de lui la paix. 

L'an 624 de l'Hegire, de J. C. 1226, Genghizkhan fe troirvant accablé d'in- 
firmitez , caufées par les grandes fatigues qu'il avoit fouffertes dans l'exercice 
continuel des armes jufqu'à l'âge de foixante & treize ans, réfolut de partager 
fes Etats entre fes enfans. Il en avoit eu quatre , à fcavoir , Giougi , Giaga- 

ToAiE IL N thai, 



9S G'E N G H I Z K H A N. 

thai , Oftai & Tuli : mais Giougi l'aîné étoit mort dans la campagne de Kip- 
«^iak, au-delTus de la mer Cafpienne où il commandoit, fix mois avant le décès 
de fon père , & avoit lailTé plufieurs enfans , dont Batou étoit l'aîné. 

Genghizkhan déclara pour fucccITeur dans fon Orde Impériale & dans tous les 
pays des Mogols , Cathaiens & autres , tirant v^ers l'Orient , 06lai , qui fut fur- 
nommé Caan, & qui eut pour fuccclîeur Gaiuk Khan fon fils. 

Giagathai eut pour fa part la Tranfoxane , que les Arabes nomment Maova- 
ralnahar, & que nous appelions encore aujourd'huy du nom de ce Prince , le 
Zagathai ou Pays des Uzbeks, & c'eft proprement le Turkeftan. Son père lui 
donna pour confeil & pour Général de fes armées Caragiâr Noviàn. 

Le Khoraffan , la Fcrfe & les Indes furent donnez à Thulikhan , qui en avoit 
conquis en perfonne une grande partie , & dont les enfans Manguca , Coblai 
& Holagu fe font rendus célèbres dans l'hiltoire. 

Batou, fils aîné de Giougi , fuccéda à fon père par l'ordre de Genghizkhan, 
& polfeda les pays d'Alan , de Rous & de Bulgâr , au - defllis de la mer Caf- 
pienne. C'cfi: ce petit- fils de Genghizkhan qui traverfant la RUffie, vint juf- 
qu'en Moravie , d'où il prit le chemin de la Hongrie , dans le defi'ein d'aller 
aflîéger Conflantinople : mais fes grands projets finirent avec fa vie l'an 656 de 

l'Hegire. 

Après cette diflribution de provinces , Genghizkhan mit entre les mains de 
Giagathai , la tranfaftion folemnelle que Kilkhan & Fagiouli , enfans de Tou- 
menah khan , avoient paffée enfemble , par laquelle les hoirs , defcendans de Fa- 




afte avoit été fcellé du Iceau de 1 oumenali Khm , & 11 etoit de conlequence 
pour les Genghizkhaniens qui dcfcendoient de Kilkhan; car il leur pouvoit fer- 
vir, comme il arriva, contre les Timuriens, c'eft-à-dire , la pollérité de Tamer- - 
lan qui tiroit fon origine de Fagiouli. 

La mort de Genghizkhan arriva le quatrième jour du mois Ramadhan , l'an . 
624 de l'Hegire , & dans le Dongouzil , c'efl;-à-dire , dans^ l'année du Pourceau 
félon les Igureens & les Cathaiens , année dans laquelle étoit tombée aufîî fa 
naiiwnce & fon élévation à la fouveraine dignité & autorité fur les nations des 
Turcs, des Taitares & des Mogols. Il fut enterré fecretement au pied d'un ar- 
bre, où l'on dit qu'étant un jour campé, il demanda à fes gens , s'il leur fem- 
bloit que ce lieu fût propre "à fa fépulture , & que fort peu de tems après fa 
mort , il crût à l'entour du même arbre une efpèce de buiflbn fi épais , qu'il ren- 
dit le lieu inacceffible. 

Tout ce que j'ai dit jufqu'ici de Genghizkhan efl tiré de Khondemir. Mir- 
khond , qui efl: le même que l'Emir Mohammed Kovand ou Khavend fchah , a . 
écrie la vie de ce grand Conquérant, le fléau du Mufulmanifme , fort au long. 
J'ay prêté le Manufcrit de cet Auteur, qui efl: fort rare & qui m'eft venu en- 
tre les mains , par la libéralité du Grand -Duc de Tofcane, à un de mes amis, 
qui s'en cil fervi pour nous donner la vie de ce Prince dans toute fon éten- 
due. C'eft un ouvrage qui doit paroître au premier jour. 

Abaifarage dit dans fa dynaftie dixième, qui efl celle des Mogols, que Gen- 
ghizivhan donna pendant fa vie à fes quatre enfans le^ gouvernement de l'Etat 
diftrib'ié en cette manière. Le premier, qu'il nomme Toufchi au liai de Giou- 
gi, eut l'intendance des chalfcs , qui étoit h première charge chez ks Mogols. 

♦ Le 



GENGHIZKHANIAH. GENGHÎZKHANIAN. 99 

Xe fécond, nommé Giagathai, eut celle de la juftice. Oftai, le troifiùmc, qui 
lui devoit fucceder, le gouvernement politique, & Tuli, le quatrième, le corn- 
mandement militaire. 

La poftcrité de Genghizkhan fut tellement refpec"tée par les Mogols & pnr 
les Tartarcs, qu'aucun d'cntr'eux no fa prendre depuis les titres de Khan & de 
Sultan qui lui étoient rcfervez; & Tamcrlan même fe fit un grand honn -u' de 
porter feulement celui de Kurklian, c'cfl-à-dire , de leur parent. Il donna mê- 
me, après la mort de HuiTain qu'il avoit défait, le titre' de Sultan à Soiour^ 
gatmifche , qui étoit de la même race , quoy qu'il fût entièrement dans fa dé- 
pendance. 

Touchant la grande irruption de Genghizkan , il eft bon de voir encore le 
titre de Thogrul, fils d'Arflan. 

GENGHIZKHANIAH. Taourat Genghiz-Kaniat , la loy de Genghiz- 
khan. C'ell un Octalogue qui contient tous les prcccpt js du Décalogue , ^à la 
referve de celui qui ordonne la célébration du Sabat.' Il efl certain , que la 
Religion des Mogols approchoit fort du Chriflianifme ; car Genghizkhan & fes 
fucceffeurs ont été toujours amis des Chiêtiens & ennemis des Mahometans , 
jufqu'à Nicoudar Oglan , qui fe fil Mufuhnan & prit le nom d'Ahmed. 

La femme de Genghizkhan étoit Chrétienne , & Tamerlan époufa la fille de 
Camaraldin, qui étoit de la Religion Genghizkhaniennc au/L" bien que lui. Plu- 
fieurs Empereurs Mogols ont célébré les fêtes de Pàqucj & de la Pentecôte 
avec les Chrétiens; & les Ambalfades que faint-Louis & les Roys Chrétiens d'Ar- 
ménie leur envoyoient , font foy qu'ils rclpeélpiv^nt fort les cérémonies de la 
Religion Chrétienne. 

Abulfarage rapporte que Genghizkhan , avant que de marcher contre fes en- 
nemis , monta fur le haut d'une colline , où il demeura trois jours & trois 
nuits la tcte nuë, & à jeun, implorant la miféricorde de Dieu & fon fecours: 
qu'enfuite de cette aftion de piété, il vnt en fonge un homme vêtu d'un habit 
femblable à celui que les Evêqucs portent en Orient , qui l'aflura d'une pleine 
viftoire. Il y a grande apparence , que cette hiiloire a été forgée fur la pro- 
meflli que lui fit Tubi Tangri , lorfqu'il lui changea fon nom de Tamugin en 
celui de Genghizkhan. 

GENGHIZKHANIAN, les Mogols defcendus de Genghizkhan. Ils ont 
régné dans tous les Etats que ce Conquérant lailfa à fes cnfans : mais il n'y a 
que la fucceffion de ceux qui ont régné dans l'Iran ou Perfe, prife dans fa plus 
ample fignification , qui foit bien marquée. 

Cette dynaftie , qui comprend quatorze Princes , commença l'an de l'Hegire 
599, de j. C. 1202 . & finit Pan 736 de l'Hegire , de J. C. 1335. Ce n'eft 
pas qu'après ce tems-là, c*ell-à-dire , depuis Arbakhan, il n'y ait eu encore des 
Princes de cette maifon; mais ils n'ont plus été confidérez par les Hiiloriens, 
comme des fucceûTeurs de ce grand Empire. Ces quatorze Princes ont régné 
137 ans. 

Le premier efl Genghizkhan, qui a régné 25 ans. 

Le fécond, Oktai Caan, fils de Genghizkhan, a régné treize ans, 

Gaiuk Khan, fils d'Oktai, un an. 

Mangu Caan, fils de Tuli, fils de Genghizkhan , neuf ans. 

N 2 Holagu 



100 G E N G H I Z K H A N I A N. G E NN. 

Holaîu Khan, fils de Tuli, neuf ans. , 

Abaca Khan, fils de Holagu, dix-fept ans. 

Ahmed Khan, dont le nom Mogolien étoit Nikudar Ojlan, fils de Holagu, 
deux ans & deux mois. 

Argun Khan, fils d'Abaca khan, fept ans. 

Gangiatu Khan ou Caikhtu Khan, tils d'Abaca Khan, trois ans & fept mois.. 

Baid'u Khan , fils de Targai , fils de Holagu , fept ou huit mois. 

Gazan Khan, fils d'Argun, huit ans, neuf mois. 

Mohammed, fils d'Argun, furnommé Khodabendé, & dont le nom Mogolien 
ell Algiaptu, douze ans & neuf mois. 

Abufaid Khan, fils de Mohammed Khodabendé, 19 ans. 

Aiba Khan, fi]s de S.nghigan , fils de Malec Timur , fils d'Artak Boga, fils 
de Tuli, fils de Genghizkan, régna cinq mois. 

■ Les Genghizkhaniens furent à la fin dépouillez par les Timurides , c'eft-à- 
dire, par Tamerlan & fes defcendans l'an 736 de l'Hegire , car ils les chaire'- 
rent du Turkeftan & de la Tranfoxane , & les obligèrent de fe retirer dans 
le paj^s des Uzbecs ou Jouzbeghs , fort avant dans le Nord. 

Ces Timurides régnèrent dans la Tranfoxane jufqu'en l'année 900 de l'He- 
gire, & de J. C. 1494, dans laquelle Schaibek Khan, fils dé Boudak , Sultan 
dés Uzbeks, qui fe difoit être de la race de Gengizkhan, chafl^a les Timurides 
du Turkeftan & du KhoraiTan, & les contraignit de s'cnfuïr aux Indes, où ils 
fondèrent la dynaftie des Princes ou Empereurs qui y régnent aujourd'huy , 
& que nous appelions les grands Mogols , à caufe qu'ils font de race Mogo-- 
lienne ou Tartare. l^oyez le titre de Schaibek. 

Marafchi ou Marakfchi a écrit l'hiftoire de Genghizkhan & des Mogols dans 
la troifième 'partie de fon hiftoire , qui fe trouve dans la Bibliothèque du 
Roy., l^oyez le titre de Marafchi. Nous avons encore fa. vie en vers Pcr- 
fiens. 



jENN ou Ginn, en Arabe, eft le même que Div en Perfien, & Deura eiï 
icn, c'ell-à-dire , un Génie ou Démon, qui a un corps fait de matière plus 
hilp'nne la nôtre, telle qu'efl celle de l'élément du feu. 



G 

Indic 

fubtile que la nôtre, telle qu' 

Ces Génies , félon la Mythologie des Orientaux , ont été créez & ont gou"- 
v-erné le monde avant Adam. P'oyez le titre de Giân. Cette efpèce de créatu- 
res félon la même doélrine fabuleufe , comprend les bons & les mauvais An- 
ges', & même les Géants qui ont fait la guerre aux hommes dans les premiers 
tems. Ils ont été depuis confinez dam un pays nommé à caufe d'eux Ginnif- 
tan,*c'e(t la Féerie ou le pays des Fées de nos anciens Romans, où il y a des- 
villes admirables, telles que Schadoukiàm, &c. 

Les Mages de Perfe donnant à chaque jour & à chaque mois de l'année un 
dp CCS Génies qui y préfident ; ils en affignent encore un particulier à chaque 
Ailre, aux montagnes, aux mines, aux eaux , aux arbres, &c. Il femble que 
les Mufulmans en attribuent au^Ti aux hommes. Foyez les titres rf'Amrou Beir 
Leith, de Mota(r3m, de Div, de Péri & auti-es. . 

Ben Schohnah raconte qu'en l'année 456 de l'Hegire , de J. C. 1063 , fous 

le r'^gne de Caiem, vingt-fixième Khalife de la race des Abbaffides , on fema 

dans Bagdet un bruit, qui fe répaudit enfuitç dans toute la province d'Iraque, 

° que 



G E NfN. G E N N A H. lox 

que quelques Turcs étant à la chaiïe , virent dans le défert une tente noire 
fous laquelle il y avoit beaucoup de gens de l'un & de l'autre fexe , qui fe 
battoient les joues, & poulToient de grands cris, comme il eft ordinaire de 
faire en Orient, quand quelqu'un eft mort. Parmi ces cris on entendoit ces 
paroles: Le grand Roy des Ginnts ejl mort, malheur à cz p(iyî\ & il fortit enfuite 
une grande troupe de femmes fuivies de beaucoup d'autre canaille qui allèrent 
à un cimetière voilin, continuant toujours de fe battre en ligne de deiiil, & 
de douleur. 

Le célèbre Hiflorien Ebn Athir rapporte que fe trouvant l'an 600 de l'Hè- 
gire, de J. C. 1203, à Moful fur le Tigre, il couroit dans tout ce pays-là une 
maladie épidemique qui s'attachoit à la gorge, & que l'on difoit qu'une femme 
de l'elpecc des Ginncs, ou des J<"ées, nommée Omm Ankoud, ayant perdu un fils, 
tous ceux qui ne la confoloient pas fur cette mort, étoient attaquez de ce mal: 
de forte que pour en être guéris , les hommes & les femmes s'allembloient , & 
fe battant les joues, crioient de toutes leurs forces r ^(?! Omm Ancoud Adâherina, 
Mat Ancoud ou ma Derina, O mère d'Ankoud excufez nous, Ancoud eft mort, 
& nous n'y fongions pas. 

La même chofe , félon le rapport de Ben Schonali , étoit déjà arrivée en Egypte 
fous le règne du Khalife Dhahele Fathimite: un mal de gorge régnant dans le 
pays, le remède étoit de faire une efpece de bouillie fort épailTe qui eft en 
ufage dans le paj-s, & de la jetter dans le Nil, en répétant plufieurs fois ces 
paroles : la Omm Halcom aadherina , mdt Halcom ou mad^rina. O mère de Hal- 
com excufez-nous; tLilcom eft mort, & nous n'y penfions pas. 

La première de ces hiftoires eft aflez femblable à ce que Suétone raconte que* 
du tems de Tybere on entendit crier dans les forêts : Le grand Pan eft mort.- 
Pour les deux autres il fuffit de dire que ce font des remèdes fuperftitieux pris 
de la fignitication de Ancoud & de Halcom, qui fignifient en Arabe la gorge oit 
cette forte de mal s'attachoit,- 

GENNAH, le Paradis. Les Mufulmans tiennent qu'il y a huit Paradis & 
fept Enfers, c'eft-à-dire, huit degrez de béatitude pour les Bienheureux, & fept 
degrez de peine pour les Damnez. Ils veulent donner à entendre par ce nom- 
bre inégal que la mifericorde de Dieu furpaife, pour ainfi dire, fa juftice. 

Un Poëte Turc expliquant le fentiment d'Ali qui difoit que, quand on lui 
ôteroit le voile qui lui cachoit les choies fpirituelles , il ne les croiroit pas avec 
moins de certitude, ni fermeté, parle ainfi ; Je connois fi certainement, & je 
croy fi fermement qu'il y a huit paradis pour les élus, & fept enfers pour les 
reprouvez, & cela par les yeux de mon ame ,' & par la lumière de la foy;: 
que quand on leveroit tout à coup le voile de ce corps qui me les cache, la 
certitude & l'alTurance que j'ay de ces chofcs-là, n'augmenteroit, ni ne diminue- 
roit en aucune manière à mon égard. 

Je mettrai icy quelques fentiméns des Mufulmans touchant le Paradis , pour 
faire mieux connoître l'idée qu'ils s'en forment. 

On lit dans le chapitre de l'Alcoran intitulé Taoïibaî , ou de la Pénitence, 
ces paroles : Dieic a acheté des fidelles leurs vies , éf ^eurs biens , leur donnant en • 
échange le Paradis. Vaffich dit que ce verfet fut écrit au fujet de la converfion 
de plufieurs infidèles, lefquels après avoir fait profeffion de la foy Mufulmanne,.. 

N 3 deman-- 



102 'G E N N A H. 

demandèrent à Mahomet à quoy ils étoient obligez envers Dieu, «Se envers lui, 
& qu'il leur répondit: A l'égard de Dieu vous n'êtes obligez à autre chôfe, finon 
à l'adorer & à le fervir lui feul aux dépens de vos biens, & de vos vies, & 
quant à moy, je vous demande feulement que vous m'aimiez autant que vous 
faites vos vies & vos biens. 

Ces Profelytes , après avoir ouy ce difcours , s'écrièrent tous d'une voix Ribh 
al bit la tekil u la nejlekil. Voici un marché fort avantageux , contre lequel 
nous ne reviendrons jamais. Ces mots qui ont paffé comme en proverbe parmi 
les Arabes , font expliquez en ces termes par un Interprète Perfien : Cette 
façon de parler, Dieu acheté les âmes ($ les biens des fidelks y eft métaphorique, 
& non pas propre; elle nous fait voir feulement combien il eft vray que Dieu 
donne fon paradis aux Fidelles qui employent leurs vies , & leurs biens à fon 
fervice. La preuve que ceci n'eft qu'une métaphore , eft que l'achapt & la 
vente n'ont lieu qu'où il y a différence de poiTelfeurs & de polTefîîons ; or eft-il 
qu'il n'y a aucune perfonne , ni aucune chofc dans le monde qui n'appartienne 
à Dieu; car l'efclave, & fon bien appartiennent à celui qui en eft le Maître. 

C'eft donc, pourfuit cet Auteur, comme fi Dieu difoit: il dépend de toy, ô 
homme, de me donner ta vie, & ton bien, & il dépend de moy de te donner 
le Paradis ; la vie eft un fond de péchez & de miferes , & tes biens font une 
fource d'orgueil & de rébellion : Vends , & aliène donc pour le fervice de Dieu 
deux chofes méprifables, pour acheter un bien aufîî defirable qu'eft le Paradis. 

Gelaleddin Al Balkhi paraphrafe ainfî ces paroles dans fon Methnevi. Jette 
une pierre pour recevoir un joyau, donne une poignée de terre, & reçois en 
échange de l'or. Enfin pour une chofe vile, & perilfable, reçois un bien ex- 
cellent & éternel. 

On lit dans le livre intitulé Kefchdf , & dans ^in al mâani l'hiftoire fuivante qui 
a un grand rapport à ce qui a été dit cy-deifus. Un Arabe du defert pafîant devant 
la porte de la Mofquée de Medine, entendit quelqu'un qui recitoit ces paroles: 
Dieu a acheté les âmes âf ies biens des Fidèles , âf leur a donné eji échange le para- 
dis. Il demanda auflî-tôt de qui étoient ces paroles, & on lui répondit qu'elles 
étoient de Dieu. L'Arabe voulut fçavoir cnfuite dans quel tems cet achapt & cette 
vente avoient été faites, & on lui répliqua que ce contrat avoit été palfé dans 
le commencement des tems, lorfque Dieu fit un pacl avec Adam, & avec toute 
fa pofterité , par ces paroles : Ne fuis-je pas vojîre Seigneur ^ ^ ne me rcconnoijjlz- 
vous pas pour tel , & le refte , comme l'on peut voir dais le titre d'Adam. 
L'Arabe qui fut éclairé de Dieu dans ce moment, lui dit r.u(îî-tôt ces paroles: Je 
trouve ce marché fort bon, fi vous ne le retraftez point. Seigneur , je n'ay 
garde de m'en dédire: car vous achetez de moy une ame chargée de péchez, 
& quelques biens pafi'agers , au prix d'une félicité éternelle. Bien loin de ne 
pas accepter ce marché , je vous abandonne dès maintenant & mes biens , & 
ma vie. 

Azizi dit fur ce fujet: Celui qui acheté un efclave dont il connoît les défauts, 
ne peut plus le rendre à celui duquel il l'a acheté, ni en redemander le prix, 
Ainfi il n'y a point lieu de craindre que Dieu qui nous a achetés, quoy qu'il 
connût nos imperfeélions & nos miferes , nous chafl^e , & nous renvoyé au 
Démon, nôtre premier maître, ce qui eft exprimé par un Poëte en ces termes: 
J'efpere , Seigneur', que je ne feray point rejette de vous comme un efclave 

plein 



G E N N A H. 103 

plein de défauts, puifque vous avez eu la bonté de m'acheter après les avoir 
connus parfaitement. 

L'Auteur des Nafehât dit auffi : Vous m'avez vu & connu , Seigneur , de 
toute éternité, & après m'avoir vu & connu avec tous mes défauts, vous n'a- 
vez pas laiflTé de m'acheter. Cette connoifTance efl toujours prefente en vous, 
& la honte que j'en ay me couvre d'une confufion perpétuelle. Ayez pitié. 
Seigneur, de celuy que vous avez une fois agréé & accepté. Voyez Hulîain 
Vaêz page 367. 

Il y a enfuite de ce texte du chapitre Taoubat , le verfet qui fuit : Rejouijfez- 
vous donc de cette vente que vous avez faite ^ (3' de ce prix avec lequel vous avez été 
achetez ; car c'ejl un grand bonheur pour vous. 

L'Auteur des Medarek rapporte que l'Imam Giafer Sadik difoit aux fidelles. 
Vôtre prix n'oft autre que le Paradis , gardez- vous bien de vous vendre pour 
une chofe de moindre valeur. 

Le Methncvi Manevi dit auflî très-élegamment en fa langue. L'homme eft fi 
miferable, qu'il ne fe conuoît point. Tantôt il s'élève trop, & tantôt il s'ab- 
baiire & s'avilit trop ; il fe donne fouvent pour un prix fi bas , qu'il fait pitié , 
femblable à un pauvre fol qui coud des haillons à un habit de brocard, ou qui • 
vend celui-cy pour avoir les autres. 

Quoyque les Mufulmans ne connoifîent pas clairement la rédemption des hom- 
mes, faite par Jesus-Christ, ils ne laifrent pas d'en avoir quelque lumière, 
comme il paroît par leurs expreflîons aflez femblables aux fentimens des Chré- 
tiens. C'ell: un effet de la force invincible de la vérité, dont la lumière percé' 
les ténèbres les plus épaifles de l'erreur. 

Au chapitre troifième de l'AIcoran intitulé de la famille d'Amran , on lit 
ces paroles. Le retour à Dieu eft le meilleur que Von puijfe faire. La verfion 
Perfienne dit: Il fait bon retourner à Dieu, puifqu'il n'y a aucun autre bien 
comparable à luy. 

Un autre Auteur Perfien paraphrafe ainfi ce verfet. Vôtre paflîon vous 
fait courir par les plaines & par les montagnes ; mais enfin après toutes ces 
courfes qui font autant d'égaremens , il faut revenir au gîte , & il n'y a point 
d'autre retour que vers luy. 

On lit enfuite dans le même texte. Ceux qui retournent à Dieu en le fer vaut, 
trouveront un paradis oit il y a des jardins fur le courant des rivières, oii ils vivront 
éternellement avec leurs femmes qui feront très-pures; mais outre ces délices, ils joui- 
ront du bon plaifir de Dieu qui les rendra contens. La paraphrafe Perfienne porte: 
mais outre ces délices , le bon plaifir de Dieu qui fe complaît en eux , & qui 
eft content d'eux , furpafi^e toutes chofes , & leur tient lieu de tout ; car Dieu 
étant content d'eux, il les rendra pleinement contens, & fatisfaits de lui, par 
luy-même. 

Il n'eft donc pas vray, ce que plufieurs Auteurs qui ont combattu le Mnhome- 
tifme, ont avancé que les Mufulmans ne reconnoifl^ent point d'autre béatitude dans 
le ciel, que la joûifiance des plaifirs des fens. Dans le même chapitre page 8(5, 
du texte Arabique nous trouvons encore ce verÇct. Ae penfez pas que ceux qui 
font tuez dans les batailles données pour la caufe de Ditu, fuient morts:, car ils vivait 
ViTitabkment auprès de leur Seigneur qui les pourvoit abondamment , çf les fait jouir 

avec 



104 G E N N A H. 

avec im extrême plaifir de tout ce qu'il a de plus grand, â? de plus excellent. Meii 
Fadhlihi. 

Huflain Vâez explique ainfi ce terme. La magnificence de Dieu confille en 
ce qu'il donne à fa créature la béatitude qui n'eft autre que fon bon plaifir, 
c'eft-à-dire , la complaifance qu'il a pour eux, après laquelle, & auprès dcla- 
quelle il n'y a point d'autre bien qui foit comparable, ni même concevable. 

L'Auteur du Tefsir Kebir dit que lorfque les âmes faintes font éclairées dans 
la béatitude des rayons de la lumière Divine, leurs fubflances font entièrement 
pénétrées de la fplendeur de ce qu'elles connoiffcnt, & c'eft le premier degré de 
la félicité qui ell exprimé par ce mot du verfet , Jorzecoun , ils font pourvus 
abondamment. Après cette pénétration intime de la fource des lumières éter- 
nelles , les âmes des bienheureux entrent dans un grand repos qui leur caufe 
une joye inexplicable qui fait le fécond degré de la béatitude exprimé par le 
mot Farehin, Remplies de joye. Ores cette joye confifte particulièrement en ce 
qu'ils ne fe voyent pas feulement arrivez auprès de l'objet qu'ils aiment ; mais 
qu'ils s'y trouvent intimement unis , f^oiijfoul betaman vejjàl ; car on ne peut 
pas concevoir un plus grand plaifir, ni de plus grande joye, que de contem- 
pler, & de goûter intimement la beauté de la face glorieulè du Seigneur, I\kdhr 
begemâl vegeh kerim , ce qui a fait dire à un Auteur myftique pour exprimer 
cet état: La fource du plaifir & de la joye efb où l'objet aimable fe rencontre. 
Pour moy je ne travaille à autre chofe qu'à me jetter à corps perdu dans 
cet abîme. 

A la fin du même chapitre d'Amran, page pi , du texte Arabique il efl dit 
de ceux qui font fidèles & obcïfîans à Dieu : Ils auront des jardins autour def- 
quels couleront des fleuves , àf Us y demeureront éternellement^ recevant continuelle- 
ment de nouveaux prefens de la part de Dieu. Les Interprètes difcnt que le mot 
Nûziil , qui eft icy cmiployé , fignifie tout ce que l'on prépare dans le logis pour 
bien recev^oir un hôte, & que comme la grandeur, l'excellence & la multitude 
des apprêts que l'on y fait , marquent l'eflime que l'on fait de la perfonne 
qui y efl reçue, le Paradis étant l'apprêt que l'on fait aux hôtes de la Cité 
de paix , on ne peut point leur faire de plus grand prefcnt que celui qui les 
comprend tous, qui cil: la vue de Dieu môme, famaschai anovar lika^ ce qui a 
fait dire à un Auteur fpirftuel & dévot : O vous qui me conviez à jouir des 
délices du Paradis, ce n'cll pas le Paradis que je cherche, mais feulement la 
fac de celuy qui fait le Paradis. 

Pour arriver à ce bonheur, voici ce qu'il faut faire , fuivant le verfet qui 
finit & termine le chapitre d'Amran. Jl vous qui êtes déjà ftdcles , il ne rcjîe 
plus, flnon de foitjfrir , de pcrfeverer, de vous attacher à Dieu, âf de marcher avec 
crainte devant lui ; car par ce clicmin vous parviendrez au bonheur du Paradis. 

Les Literpretes expliquent ainfi ces paroles : Souff'rez en combattant vos 
paffions , «Se les afiTijetiilant au fervice de Dieu. Perfeverez dans l'uoion de vos 
cœurs avec la volonté de Dieu, vous refignant h lui dans les affligions de la 
vie, & acquiefçant en toutes chofes aux ordres de fa Providence. Attachez, 
& liez vos efprits à cette feule penfée de vous unir à lui , les détachant de 
toutes les imaginations qui vous en peuvent feparer. Confervez foigneufement, 
& avec crainte , les grâces que Dieu vous fera , & gardez- vous de les perdre 
par la communication trop familière avec les hommes. 'Ceft ainfi que vous 
parviendrez à la félicité qui confille à être développez du voile des créatures, 

pour 



GENNAH. j^^ 



pour être anéantis en Dieu , & pour paffer de cet aneantiflement à un être 
permanent & inaltérable avec lui. 

Un Auteur a dit excellemment fur ce fujet : Si vous voulez fubfifler éter 
nellement heureux , aneantiffez-vous dans le tems; car la moindrt: chofe que 
produit cet aneantifTement, c'eft une éternité. 

Nous remarquerons icy que Mahomet, après avoir promis à fes Arabes des 
jardins de délices pleins de fources abondantes d'eau dans l'autre vie , il les alTure 
aufli dans le même chapitre, qu'ils auront des demeures, & des Palais maoni- 
fiques dans les jardins d'Eden , mot Hébreu qui eft le nom du paradis terrcftre 
dans la Genefe. ' 

Les Interprètes varient fur l'explication de ce mot; car les uns difent que 
c'efl le nom d'une ville du Paradis, au milieu de laquelle fe trouve la fontaine 
ou la rivière qu'ils appellent Tafnim, de laquelle tous les bienheureux font 
abbreuvez. 

Les autres veulent que ce mot ne fignifie autre chofe que le degré le plus 
haut de la félicité, & de la gloire que polledent les Bienheureux dans le ciel. 

L'Imam Thaâlebi dit qu'Eden efl le nom d'une de ces grandes rivières dont 
les rivages font bordez de jardins délicieux; car les plus rigoureux Mufu'mans, 
ou pour mieux dire , les plus fuperftitieux d'entre leurs Dofteurs , foùtiennenc 
qu'il faut entendre à la lettre toutes ces expreffions groffieres qui re<Tardent 
les délices du corps dans le Paradis, & confondent le Paradis terreftre, ^Paradi- 
fum yoluptatis, duquel il efl parlé dans l'Ecriture fainte, avec le Paradis de la 
gloire, taxant d'impiété ceux qui les allegorifent , & fpiritualifent à la manière 
des Chrétiens & des Juifs mêmes. 

Cependant après les promelfes de ces délices corporelles , le faux Prophète 
s'eft trouvé obligé d'ajouter ce que nous avons déjà vu dans le chapitre Taou- 
bat, qu'outre ces délices, il y a encore quelque chofe de plus grand dans le 
Paradis. U Rifuàn mm Allah acbar: Mais la complailance que Dieu a dans les 
Bienheureux, pafle toutes chofes. 

Les Interprètes difent que cette complaifance de Dieu eft le principe de 
tout le bonheur , & l'origine de toutes les faveurs. Ce qui fait dire à un 
d'entr'eux : L'un vous demandera. Seigneur, la joiiilfance du Paradis, & de 
fes délices , & un autre , la délivrance d'enfer & "de fes peines : Pour mov je 
ne' vous demande ni l'une, ni l'autre de ces chofes. Mon feul defir eft que 
vôtre volonté s'accomplilfe en moy. Quand vous ferez content de iTioy en ce 
monde-cy & fautre , j'ay tout ce que je fouhaite , & j'abandonne tout le refte 
■entre vos mains. 

Les Mahometans ont une de ces traditions qu'ils appellent authentiques , qui 
porte que Dieu demandera aax Bienheureux s'ils font contcns , & ils lui 
répondront, comment ne le ferions-nous pas, puifque vous nous avez fait des 
dons que vous n'avez point faits aux autres: & Dieu leur répliquera, Je veux 
vous en faire encore un plus grand , c'eft que dorefnavant je me complairai 
en vous, & que vous ne deviendrez jamais plus l'objet de ma colère. 

Dans le chapitre intitulé Jonas , le "faux Prophète , après avoir pai-lé des jar- 
dins délicieux, & des eaux abondantes du Paradis, voyant bien que cette béa- 
titude qu'il promettoit à fes fidelles ne fatisferoit pas les efprits les plus éclai- 
rez , il ajoute ces paroles, dans ces jardins de délices les Bienheureux difent 
fans cefle : Vous êtes Saint le Seigneur nôtre Dieu , & le bon accueil qu'ils 
Tome IL O , reeoi- 



io5 G E N N A H. 

reçoivent eft le Salam, ou falut qui fignifîe: La paix foit fur vous, & eiifîn 
la confommation de toutes leurs aftions efl de dire: Louange à Dieu Seigneur 
de toutes les créatures. ^Ihamdlellah rabb al dlemin. 

Les Interprètes de ce vcrfet difcnt: Lorfque les Fidèles entrent dans le Para- 
dis pénétrez qu'ils font de la lumière de gloire qui leur découvre la Majelté 
de Dieu , ils fe portent d'abord à loiier , & à magnifier fa grandeur , & fa 
puiflTance fouveraine. Alors les Anges leur fouhaitent la paix , Dieu la leur 
donne, & leur confère en même tems plufieurs grands prefens qui font divers 
de-^rez d'élévation, & d'excellence , les uns au delîus des autres. Les Bienheu- 
reux, après avoir reçus ces prefens de Dieu, le louent, & le beniffent, finiifant 
fans jamais finir, leurs aftions de grâces par le cantique des attributs glorieux 
du Seigneur, & la joye qu'ils refientent en louant & magnifiant ces divins attri- 
buts, elt fi grande, qu'elle furpaffe tous les autres plailirs du Paradis. 

C'efl; ce qui a fait dire à un Auteur Perfien: Le plaifîr & le goût qu'ont les 
Bienheureux comme autant d'amans paflîonnez , à prononcer les noms ou attri- 
buts glorieux de Dieu , leur efi: plus doux que la demeure éternelle dans le 
Paradis même ; car quoy que dans ce lieu de délices il y ait des plaifirs fans 
fin, ils comptent pour rien tout le reflie, en comparaifon de l'union qu'ils ont 
avec Dieu. 

Le Scheikh al âlem dit : Il y a un bien dans le Paradis auprès duquel tous 
les autres biens du Paradis même font defedueux, & peu confiderables. Ce 
bien efl: la vûë de Dieu , & il s'écrie enfuite. Le Paradis , Seigneur , n'efi; 
fouhaitable, que parce que l'on vous y voitj car fans l'éclat de vôtre beauté, 
il nous feroit ennuyeux. 

Cette vue que nous appelions la vifion beatifîque, efl: nommée dans le chapi- 
tre de Houd Agr acbar,' la grande recompenfe. Voyez Hudain Vaêz p. 403. 

Au même chapitre: Dieu appelle, âf invite à la Maifon de paix , âf met dans 
le bon chemin ceux qu'il lui plaît d'e?ître les bons, qu'il recompejtfe, S' enrichit de fes 
biens. Les Interprètes difent que cette maifon de paix efl: le Paradis defi:iné 
pour les Fidèles , où Dieu les convie , les excitant à la pratique des bonnes 
œuvres qui en donnent l'entrée. 

Le Paradis efl: appelle maifon de paix à caufe du falut & de la paix que Dieu 
& fcs Anges donnent à ceux qui y entrent , comme l'on a vu cy-deflîis ; ou 
bien à caufe du falut de paix, & de conjouifiance que les Bienheureux fe don- 
lient les uns aux autres , ou bien encore , à caufe que ce mot Salâm efl: un 
des noms ou attributs de Dieu qui efl: nôtre paix, & nôtre falut; de forte que 
c'efl; par excellence que le Paradis efl: appelle la demeure de Dieu , ou de 
la paix. 

L'Auteur des Foflbul ou Articles dit fur ce paflage que Dieu appelle les fidel- 
les d'une maifon , dont les larmes font Tentrée , la mifere le fejour , & la cor- 
ruption, la fin, à une autre maifon, dont l'entrée efl: un don très -précieux 
qui efl: celui de la predefl:ination , le milieu , oii la demeure efl: la joiiiffance 
de tout bien, & la confommation fans fin en efl: la claire vifion de l'eflence 
Divine , Men dâr aoualho beka aouftho dna akherho fena âla dar mabdaho âtha 
aoufthho ridha imntehaho lica. Cette voix de Dieu qui appelle les fidelles , efl: 
celle qui appelle les. captifs à la liberté; ces captifs engagez dans les liens du 
monde & de la vie, croyent n'être -là que pour mourir. Il efl: vray que les 
Roys de la terre tirent ordinairement les coupables de la prifon pour les en- 
voyer 



G E N N A T. lo^ 

voyer au gibet : mais vous , Seigneur , vous les tirez des balTes-foITes , & des 
cachots de ce monde , pour les placer dans vôtre Palais qui eft le Paradis. 

Le Schéikh al Iflam dit que Dieu appelle tous les hommes au Paradis, à la 
referve de ceux qui le rendent indignes d'une telle faveur; mais Afchûri étant 
interrogé, qui eft celui qui efl; appelle au Paradis, répondit: Celui que l'.imi 
veut, & pour qui il a de la predile6lion , ce qui fignifie les feuls predeftinez 
& clûs. 

On lit dans le chapitre NaiTa ces paroles. Nous placerons les fidelles dans ime 
ombre ftable , ^ permanent:. La plupart des Interprètes avoiient franchement 
que Mahomet a mis de l'ombre dans le Paradis, à caufe que les Arabes qui 
font beaucoup incommodez de la chaleur du Soleil, regardent l'ombre comiae 
la principale caufe du repos, & de la commodité de la vie : cependant ils fe 
font cette objeélion : Comment pourra-t-il y avoir de i'ombre, puifqu'il n'y 
aura ni Soleil, ni aucun autre Aftre qui la puiflb caufcr. 

Les plus fpirituels difent que par cette ombre continuelle, & non paffngere, 
il faut entendre la protedion favorable du Roy de gloire, qui couvrira perpé- 
tuellement les têtes des Bienheureux, & cette ombre ne paifera point; ce qui 
leur fait dire: Toutes les ombres, c'eft-à-dire, toutes les faveu/s de ce monde, 
à la fin fe diffipent: Fuyez à l'ombre de celui qui ne palfe jamais. 

Soiouthi a fait un livre exprès touchant l'ombre du Paradis , qu'il a intitulé 
Bozough al heldl , o\x il fait la defcription du trône de Dieu que les Arabes 
appellent Arfche. f^oyez ce titre. 

Le même Auteur en a auffi compofé un fur !a tradition vulgaire des Mahome- 
tans, laquelle a eu grand crédit parmi nous, à fçavoir que les femmes n'entre- 
ront point en Paradis. Ce livre a pour titre Ajbdb al kejja fi hal al nejfa. On 
attribue auffi à Giaouhari un Ouvrage fur le même fujet. 

On fonde cette tradition fabuleufc fur une plailar.terie que fit Mahomet à une 
vieille femme qui fe plaignoit à lui de fon fort fur le fujet du Paradis, car il 
lui dit que les vieilles n'y entreroient point, & fur ce qu'il la voyoit inconfo- 
lable, il la ralTura & la réjouit en même tems en lui difant que toutes les 
vieilles feroient rajeunies avant que d'y entrer. Lamdi dans fes Lathaif. 

Quoy qu'il en foit du Paradis des Mahometans , il efl; certain qu'il a été 
forme fur le plan de celui de Cerinthus. Cet ancien Hercfiarque qui vivoit 
dès le tems de l'Apôtre faint-Jcan , foûtenoit que l'on mangeroit , que l'on 
beuveroit, & que l'on exerceroit les fonctions du mariage dans le Paradis. II 
y a plufieurs auffi de nos contemplatifs qui ont crU que le corps ayant eu 
part aux foufFrances de cette vie, auroit fa part à la béatitude, & qu'au moins 
les fens de la vue, de l'ouye, & quelque autre joUiroient des plaifirs qui leur 
font propres. 

Le faux Paradis de Scheddd qui efl: nommé par les Arabes Irdm , efl: rejette 
par les Mufulmans , quoy qu'ils l'admettent en plufieurs chefs, l^oyez Sche- 
dâd, &" Iram. 

GENNAT Adn ou Eden, le Jardin d'Eden, ou le Paradis terrefl;re. Les 
Mufulmans qui joignent brutalement les délices de la terre avec celles du 
ciel, confondent ce Paradis avec celui de la gloire, auffi bien que celui d'Iram 
-quQ Schedâd avoit planté dans l'Arabie. 

O 2 Quoy 



io8 G E N N I. G E R B I. 

Quoy que la plupart des Mahometans, inftruits par le livre de la Genefe^ 
mettent ce Paradis dans la terre ferme de l'Afie , c'eft à fçav^oir vers Damas 
en Syrie , vers Obollah en Iraque ou Chaldée , ou en Perfe vers le defert de 
Naoubendigian en un lieu nommé Scheb Baovân , arroufé par le Nilàb : cepen- 
dant la plus ancienne & la plus générale tradition de l'Orient eft: que ce Jardin 
ou Paradis n'elt autre que l'ifle de Serandib que nous appelions aujourd'huy 
Zeilan ou Geilan, où l'on prétend qu'Adam fut enterre, après qu'il fut rentré 
en grâce auprès de Dieu, enOiite d'une pénitence de cent trente ans. Les Por- 
tuguais fuivant la tradition du pays ont nommé la montagne où eft la grotte , & 
le fepulcre d'Adam, iico de Adam. 

Les Orientaux comptent quatre Paradis dans FAfie , à fçavoir les trois dont 
nous venons de parler en Syrie , en Chaldée , & en Perfe & le quatrième à 
Samarcand. 

G E N N I. Aboulberekat Mobarek Othman Ben Genni , Auteur du livre in- - 
titulé Serr al Sandat^ le fecret de l'art. Ce n'eft qu'une Grammaire Arabique, 
qui fe trouve dans la Bibliothèque du Roy, n°. iioo. 

GENOU A H, la ville de Gennes. Genovizlar , c'eft ainfi que les Turcs 
appellent les Gennois , que l'on accufe à tort d'avoir fourni des vaiifeaux à 
Amurath fécond du nom, Su'tan des Turcs, quand il paffa d'Afie à Gallipoli en 
Europe, pour donner bataille à Ladiflas Roy de Hongrie; car lorfqu'il défit ce 
Prince dans les marais de Varna vers les cmboucheures du Danube fur le Pont 
Euxin , l'an de l'Hegire 848 ou 849, qui répond à l'année de J. C. 1444, l'ar- 
mée navale des Chrétiens étoit poftée à Gallipoli dans l'Hellefpont , & lui en. 
ferma le palFage.; de forte qu'il fut obligé de palfer au Bofphore de Tlirace. 
qui eft le canal de la mer Noire. 

Il eft vray que vingt ans environ auparavant, à fçavoir Tan 827 de l'Hegire, 
îe même Sultan pourfuivant le faux Muftafa qui fe difoit fils du Sultan Bajazeth 
premier, palTa d'Afie à Gallipoli fur des vaifi'eaux Marchands de Gennes : mais 
cela ne convient pas non plus au premier trajeél que les Turcs firent en Eu- 
rope fan de THegire 758, de J. C. 1356. Car alors Soliman , fils d'Orkhan, 
& petit-fils d'Othman, premier Sultan des Turcs, qui mourut du vivant de fon 
père , palîa de l'Afie en Europe fur des radeaux , & .enfuite fur des vailTeaux . 
qu'il fit enlever fur les côtes de la Grèce. 

GERA HE M, Montagne diftante environ trois mille de la ville de la Mec- 
que. Les Mufulmans difent que l'on voit dans cette montagne une grotte où 
Eve fe retiroit ; mais que le véritable lieu de fa fepulture eft à Gidda , ville 
frtuée fur la mer rouge qui fert de port à la Mecque.- 

GERBI & Gerbia. C'eft une ifle de la mer de Barbarie, que les Anciens 
ont appelle MeninXi, Meninga^ ^ Loii-phagorum Infiila. Les Italiens l'appellent- 
aujourdluiy le Gfrbé^ elle eft proche de la petite Syrte dans une égale diftance, 
de Tunis & de Tripoli. . 

Dragut fameux Pyrate , & Généraldes forces Maritimes de Soliman Sultan 
des Turcs, après s'ètrc rendu maître de Tripoli l'an de l'Hegire 957 , & avoir 
défait le Roy dç Cairoan , s'empara de cette ifle par une fupercherie qu'il fif 
au Scheikh Soliman , Priuce Arabe qui y commandoit. 

Les 



GERÇAS. GERMA. 109 

Les Maltois , fur lefquels Tripoli avoit été pris , obtinrent quelques années 
après , une flotte & des troupes de Philippe Second , Roy d'Efpagne , pour re- 
couvrer cette ville; mais l'entreprife ayant manqué, les Efpagnols commandez 
par le Duc de Médina Caïli le jettcrent fur l'ifle de Gerbe & la prirent, obli- 
geant le Schcikh, qui y commandoit, de leur payer tribut & de leur livrer le 
château , dont ils firent une place confidérable qu'ils nommèrent Philippalcal- 
far , où ils lailTerent garnifon. 

L'an 966 de l'Hegire, de J. C. 1558, Soliman envoya Pir Ali & Cara Mo- 
ftafa avec une puilFante flotte, qui battit le Duc de Médina & André Doria, 
lefquels, après avoir perdu dix -huit mil hommes, vingt -fept galères, & qua- 
torze vaiflTeaux, s'cnfuyrent à Malte, & lailTerent cette ifle au pouvoir de So- 
liman. 

GERÇAS & GERKES. rayez Kerkcs àf Tcherkes.' 

GERGIS, George & en particulier faint-Georgc, Martyr, fort connu dans 
rOrient & même par les Mahometans, qui le mettent au nombre des Prophè- 
tes & le confondent avec Elle ; car ils lui donnent le nom ou furnom de 
Khedherles & de Khizir Elia, qui efl: celuy du Prophète Elle. 

Gergis, Moyne célèbre du mont Liban dans le Monadère de faint-Simeon 
en Syrie, a compofé un ouvrage, intitulé Mohaverah Gedaliahy qui efl: une dif- 
pute ou conférence qu'il eut avec trois Mufulmans pour défendre le Chrifl:ia- 
nifm3 , dans laquelle il réfute, avec beaucoup de hberté & d'érudition, le Mu- 
fulmanifme. Foyez le titre ds Mohaverah al gedaliah. 

Gergis Ben Bakhtifova , Médecin Chrétien , natif de Giundifchabour , qui , 
après avoir fervi quelque tems le Khalife Almanfor & en avoir reçu beaucoup 
de bienfaits, aima mieux mourir auprès des fiens en confervant la Religion de 
fes pères , que d'accepter les grandes ofl^res que ce Prince lui fiifoit pour l'o- 
bliger il embraller le Mufulmanifme. Abulfarage rapporte aufli de lui un exem- 
ple infigne de chaflreté. 

Gergis Ben Amid. Cefl: l'Auteur du Tarikh Al Moflemin, c'efl-à-dire, d'un 
Abrégé de la Chronique Giafarienne, qu'Erpenius nous a donné fous le nom 
d'Hifl;oire Saracenique d'Ehiiacin, Cette Hiftoirc commence à Mahomet le faux 
Prophète, & finit l'an 512 de lllegire , de J. C. m 8, fous le Khalifat de 
Moftedhaher & au commencement de la dynaftie des Atabecs. 

GERID & Geridah, une branche de palmier dépouillée de fes feuilles. La 
Numidie efl: nommée par les Arabes Beled al gerid , & par nos Auteurs mo- 
dernes .le Biledulgcrid , à caufe qu'elle efl: abondante en palmiers qui fe dé- 
pouillent de leurs feuilles, à caufe de la fécherefl'e exceflive du pays. 

Le jeu des cannes, que les Turcs appellent Girid Oiui , fe fait avec de ces 
fortes de branches taillées en traits , que les Cavaliers fe lancent les uns aux 
autres dans l'Atmeidan , ou Place Royale de Confl:antinople & ailleurs , pour 
s'entretenir dans les exercices de la lance , de la pique & du javelot. 

Geridat al alfai- & Geridat al caflàr , font deux ouvrages compofez par Omad 
Al Cateb. f^oyez le titre de cet auteur. - 

GERMA & Germi, Ville Royale & capitale de l'Ethiopie, félon l'Auteur 
du MéflTaet alardh, fituée au-delfus du premier climat. 

O- 3 . Foyez 



iio G E T H A H. G E Z E R I. 

Voyez le titre de Habafchah , qui eft le pays des Abiflîns. 

GETHAH & Gethé. Les Gates ou Scythes Orientaux, qui habitent au de- 
là du mont Imaus & du fleuve Gihon , que les Anciens ont appelle Jaxartes. 

Tamerlan fit bâtir un château dans Alchbarah , ville des Getes , & fonda en- 
fuite la ville de Scharokhiah fur la rivière de Gihon , pour contenir ces peu- 
ples dans leurs limites. Ce fleuve leparoit les Getes & les Cathaiens d'avec la 
province de Tranfoxane , de môme que le Gihon féparoit celle-cy de la Perfe. 
Voyez les titres de Scharokhiah ^ de Gihon. 

GEZAIR, Plurier de Gezirah, qui fignifîe en Arabe Ifle & Prefqu'Ifle. 

Gezair alomam , c'efi; ainfi que les Arabes appellent ce que le Texte facré de 
la Genèfe nomme lié hagoim , les Ifles des nations , ce qui fignihe non feule- 
ment les Ifles, mais aufli les Prefqu'ifles de la Grèce, de l'Italie, de l'i;;pagne, 
des Gaules , &c. qui font à l'Occident , & au Septentrion de la terre lamtc. 
Voyez le titre de Gezirah. 

Gezair Al Khaledât, les Mes Fortunées. Ce font les Canaries & les Açores, 
où la plupart des Géographes Orientaux aufli-bien que les Grecs fixent le pre- 
mier Méridien. 

GEZAIR ou Keflliir. Alger. Ce nom Arabe ne vient pas de Gezirah com- 
me le précédent ; mais il a été corrompu du Latin Cœfarea ; . car la ville d Al- 
ger n'efl: autre que Julia Ccefarea, autrefois capitale de cette partie de la Mau- 
ritanie que les Romains appclloient Cccfarienfisy pour la difl:inguer de deux au- 
tres provinces du même nom , que Ton diilinguoit par les furnoms de Tmgi- 

tana & de Sitifenfis. i /- / ,, t. a i. ^ 

Cette ville efl; devenue par la fuite des tems le fiege d un Roy Arabe , le- 
quel s'étoit rendu puiflànt fur la côte que nous appelions aujourd'huy de Bar- 
barie. Khaireddin, fameux Pyrate, natif de Metehn, ou plutôt fon frère aîné, 
nommé Oroufch , s'en rendit maître fous Sehm , premier du nom , Sultan des 
Turcs, fous prétexte de fecourir le Roy de ce pays -là contre un voifin qui 
lui faifoit la guerre. Depuis ce tcms-là, le Sultan de Confl:antinople a toujours 
envoyé un Bâcha en Alger, qui y commande la milice, quoyque.le Divan ou 
Confeil de cette ville ait toujours confervé le pouvoir d'éhre une efpèce de 
Roy, qu'ils appellent Dai. • 

Ce même Pyrate fut fait par Soliman , fils de Sehm , Bâcha de la mer , re- 
prit la Morée fur les Vénitiens , & conquit le Pvoyaume de Tunis Tan de l'He- 
gire 940, de J. C. 1533. Les Italiens l'appelloient Barbarofla , & le fiége de 
Nice en Provence nous l'a fait connoître fous le nom de BarbcrouflTe. Voyez- 
le titre de Khaireddin. 

GEZAM, furnom de Mohammed Ebn Said, Auteur du livre intitulé Jbkar 
al *fkar, qui efl; proprement un commentaire fur les Poëfics de Cairoani Al 
Schaêi-. Cet Auteur mourut l'an 460 de l'PIegire. 

GEZAM Al Farfi. Voyez Ebn Nefis, dans le titre de Nefis. 

GEZERI, furnom de ceux qui font natifs d'une ville, nommée Gezirat 

Ben Omar , fituée fur le Tigre , au Septentrion de Ninive & de MouflTal ou 

Moful. 

Un 



GEZIRAH. GEZIRAT. i^ 

Un des plus illuftres entre les gens de lettres , qui font fortis de cette vil- 
le, ell celui qui eft plus connu fous le nom d'Ebn Athir Al Scheibani Mag- 
deddin , mort l'an 606 de THegire , duquel nous avons plufieurs ouvrages, /^'o- 
<yez Ebn Athir, dans le titre ^'Athir. 

Schamfeddin Mohammed Al Gezeri , Dofteur Schafeien , mort l'an de l'He- 
f ire 733 , ell Auteur d'un Tarikh ou Chronique & d'un livre fur la prière , 
intitulé Hefn al Iiaffin, la forterelfe inexpugnable, qui eft dans la Bibhotheque 
Royale, n°. 697, & de Mocaddemat Al Gczeriat, qui eft dans la même Bi- 
bliothèque, n\ 581, où il traite de la prononciation la plus corrcéie de l'Al- 
coran. 

Abulâz Ifmâil Al Gezeri, dont l'éloge ou le titre eft Ufiad al âlemat al aou. 
had, le Maître unique ou lingulicr des Sçavans, eft Auteur d'un traité fur les 
Hydrauliques. Foyez Meglis al Scharab , la Converfation du vin ou des Beu- 
veurs. Livre qui fe trouve dans la Bibliothèque du Roy, n°. 885. 

Emad ou Omâdeddin Caflem Ben Mohammed Al Gezeri , a traduit du Per- 
fien en Arabe le livre de Fakhreddin Razi , intitulé Ekhtiaràt , des Elevions 
Aftronomiqucs. 

GEZIRAH, Ifle & Prefqu'iOe en général: mais en particulier, Al Gezirah 
fe prend pour la Méfopotamie , province renfermée entre les deux fleuves le 
Tigre & l'Euphrate, que les Arabes divifent en quatre parties , auxquelles ils 
donnent le nom de Diâr ou Quartiers. 

Ces quatre quartiers font celui de Diar Bekr , appelle vulgairement Diarbek, 
qui donne fouvent fon nom à toute la Méfopotamie. Le fécond eft Diar Ra- 
biât, le troifième Diar Râcat, & le quatrième Diâr Mouflal. 

Les Villes capitales de ces quatre cantons font, du premier Amida, que les 
Turcs appellent Caraemit & Diarbek; du fécond, Nifibe; le troifième, qui por- 
te aufli le nom de Diar Modhar , a pour capitale Racah , que nos Hiftoriens 
appellent Arafta ; & le quatrième , la ville célèbre de Mouflld ou Moful. 

11 y a plufieurs autres villes confidérables dans ce grand pays , telles que 
font Roha ou Edelfe , Harran ou CarrhcC , Manbege , Rafalain , Mardin & Tek- 
rit , Gezirat Ben Omar , &c. Anbar y eft auffi comprife ; mais auffî - tôt que 
l'Euphrate a quitté cette ville , & qu'il a reçu les eaux des deux Zàb , que 
les Arabes appellent Zabani & Zabein, qui arroufent cette province, ce n'eft 
plus la Méfopotamie , mais l'Iraque Babylonienne ou Chaldée. 

Le Géographe Perfien remarque , que ces deux Zâb , étant joints enfemble , 
font un canal auffi gros que celui du Tigre, & c'eft proprement le lit de ces 
deux rivières qui fait la jonélion de l'Euphrate & du Tigre , ce que nos Car- 
tes Géographiques ne marquent pas affez. 

GEZIRAT Abdelaziz Ben Omar. C'eft la ville d'Ebn Omar, que l'on ap- 
pelle encore Gezirat Bani Omar , l'Ifle des Enfans d'Omar , à caufc qu'elle 
a été bâtie par les defcendans d'Omar , dans une Ifle du Tigre au - defliis de 
Moufl'al. Ebn Batrik dit, qu'elle eft fituée dans le quartier de la Méfopota- 
mie appelle Diâr Rabiat, que l'on nomme auffi la Terre de Thamanin, ou des 
Quatre-vingts , à caufe qu'il fortit un pareil nombre de perfonnes de l'arche 
de Noé, qui s'arrêta fur les montagnes de Gioud en ces quartiers-là. 

Nous avons déjà remarqué, qu'une perfonne native de cette ville porte le 

nom 



JJ2 GEZIRAT. 

■nom fimple de Gezeri ; car ceux qui font Méfopotamiens de naiflance , & qui 
tirent leur origine des autres villes de cette province, prennent le nom par- 
ticulier de leurs villes, comme Al Mouflali, Al Diarbekri , &c. 

Abou Aioub , natif de Racah , que l'on appelle autrement Maimoun Ben 
Maharan, eft furnommé Ahel al Gezirat & Alem al Raccat, le Mefopotamien 
& le Dofteur de Raccah, parce qu'il étoit natif de cette dernière ville. Voyez 
les titres particuliers de toutes les villes dont il efl fait ici mention. 

GEZIRAT Al Arab. L'Ifle ou la Prefqu'ifle des Arabes. L'Arabie n'eft 
qu'une Prefqu'ifle. Voyez le titre ^'Arab. 

GEZIRAT Béni Omar ou Ben Omar. Voyez cy-dejfus GQzmt Abdelaziz. 

GEZIRAT Beit Naharain, l'Iflc d'entre les deux fleuves. La Méfopota- 
mie. Ce mot efl: compofé de l'Arabe & du Syriaque. 

GEZIRAT Khefchk, l'Ifle fcclie ou plutôt l'Ifle Continent. La terre & 
fon continent eft appellée féche par les Orientaux, à l'imitation des Hébreux, qui 
la nomment Jabafchah, comme il paroît par ce pafllige de la Genèfe , £j; voca- 
vit aridam terram. Cette Ifle fcche, qui peut pafler pour continent, eft fituee, 
félon les Mufulmans, au de-là du mont Câf, & eft, pour ainfl dire, un mon- 
de feparé du nôtre, qu'ils appellent auTi Agiaib al makhloucat , les merveilles 
de la nature , félon les propres termes Turquefques du Tahmurath Nameh ou 

liiftoire de Tahamurath, ^ . „^^ » -, . „ . , 

' On ne peut point douter, que cette Ifle ne foit 1 Ifle Atlantique ou 1 Atlan- 
tide de Platon, au de-là du mont Atlas, qui eft appelle par les Orientaux Câf. 
On eft aufïï aflez perfuadé , que cette Ifle Atlantique eft l'Amérique que les 
Turcs appellent Jeni Dunia, c'eft-à-dire, le nouveau monde , auquel le titre 
d' Agiaib al makhloukàt , qui fignifie les merveilles des créatures ou de la na- 
'ture convient fort bien. Ainfl l'on voit, que ce nouveau monde na pas été 
entièrement inconnu aux anciens. Voyez tous ces titres particuliers dans cet Ou- 
vrage. 

GEZIRAT Hiiat, Tlfle des ferpens. C'eft une Ifle fabuleufe , dont fl eft 
fort parlé dans les Romans Perflens & Turcs. Voyez le titre de Ziiiezzamiin. 

GE-ZIRAT Mafthiki, l'Ifle de Maftic. Les Arabes appellent ainfl l'Ifle de 
'Chio que les Tares nomment en leur langue Sakiz Adaflî , qui fignifie la mê- 
me chofc , & les Grecs modernes Eftankio , nom dont les Turcs fe fervent auf- 
fi. On fçait allez que les arbres dont on tire la gomme, que nous appelions le 
Maftic, croifiTent dans cette ifle. 

GEZIRAT Sovâken, Ifle de la Mer Rouge, où eft fituéc la ville de Sua- 
qucn fur les côtes d'Ethiopie. C'eft proprement une Prefqu'ifle qui fut con- 
quife par les Turcs , fous le règne de Soliman. Il y a eu toujours depuis ce 
tcms - là un Bâcha qui y commande , & qui tire beaucoup d'or du pays des 
Abifllns. 

GEZIRAT Tharek, flfle de Gibraltar, qui donne le nom au fameux Dé- 
troit, que les Anciens ont appelle Fretum Gaditaniim , les Arabes Halk al bdb. 



G H E B R. IJ3 

& les Turcs Bah Bogazi, la Gorge de la porte, & SeJUah Bogazt, la Gorge de 
Ceuta, à caufe que ce Détroit eil comme la Porte de la mer Méditerranée 
& que la ville de Ceuta y elt fituée. Foyez Tharck. 

GHEBR , mot Perfien , qui fignifie particulièrement un Zoroaflricn , un 
Adorateur du feu,- & celui enfin qui fait profeffion de l'ancienne Religion des 
Perfes; c'eft pourquoy on lui donne auffi le nom de Parîî : mais en généra!, 
ce mot fe prend pour un Idolâtre & pour un Infidèle , qui ne reçoit ni Fan- 
cien, ni le nouveau Teltament, qui vit fans loi & fans difciplinc. 

Les Turcs ont formé de ce mot celui de Ghiaour , qu i's appliquent par in- 
jure, auffi -bien que ccluy de Kafer , à tous ceux qui ne font pas profeffion 
du Mufulmanifme. Les Auteurs du Nighiariftan & du Befter Lathaif racon- 
tent une hiftoirc facetieufe , qui fait bien connoître la fignification & rufafre 
de ce mot. 

Il fe trouva à la Mecque , fous le Khalifat de Montaiïcr , onzième Khalife 
des Abbaffides, un homme de la race des Coraifchites, qui faifoit dans fa mai- 
fon des feflins où les hommes & les femmes, les garçons & les filles, de toutes 
conditions, fe trouvoient. Ces gens-là, après le repas, pratiquoient tout ce qui 
fe fait dans les maifons des Ghebres , fe mêlant entr'eux fans aucune diftinc- 
tion d'âge ou de fexe. Le Juge en ayant été averti, chafili cet homme de la 
Mecque ; mais celui-cy ne s'en écarta pas beaucoup , & fe retira fur le mont 
Arafat, qui eft fort proche de la ville, & continua toujours d'y tenir fes mê- 
mes afîemblées. 

Le Gouverneur du pays ayant été enfin informé de la vie de cet homme, 
le fit venir en fa préfcnce & lui dit : Comment , ennemi de Dieu , ôles-tu 
dans le lieu facré de la Mecque & de fon territoire , exercer fi infolemmcnt 
toutes les impudicitez des Ghebres ? Le Coraifchite nia la chofe , les témoins 
fe préfenterent , il les reprocha & perfifta toujours dans la négative. Les té- 
moins fe voyant hors d'état de le convaincre par leurs dépofitions , dirent au 
Gouverneur, qu'il ne falloit point de meilleure preuve de ce fait, que défai- 
re venir les Moucres , qui font les loueurs de mazettes qui fe tiennent à la 
porte de la ville , & leur commander de lailfer aller leurs montures fans les 
conduire; car fi ces animaux vont droit à la maifon de l'accufé, qui efl fur le 
mont Arafat, l'on pourra juger infailliblement, qu'il y tient les aifemblées or- 
dinaires de Ghebres & de débauchez. 

L'expédient fut trouvé excellent , & les mazettes ne manquèrent pas d'aller 
droit chez lui. Le Gouverneur tenant alors l'accufé fuffifamment convaincu 
par cet indice , & par conféquent coupable , avoit déjà fait venir les fouets 
dont il devoit être châtié, lorfque cet homme lui dit: Il v^ous efl fort aifé de 
me faire punir , puifque je fuis entre vos mains , mais vous allez attirer un 
grand blâme fur toute la nation des Arabes ; car l'on dira déformais d'eux , 
que quand le témoignage des hommes leur manque , ils ont recours à celui 
des afnes. 

Ce tour d'efprit plut fi fort au Gouverneur, qu'il ne put s'empêcher d'en 
rire, & fit qu'il renvoya le Coraifchite chez lui fans châtiment. 

Ces Ghebres font les mêmes que les Magious, d'où vient nôtre mot de Ma- 
ge, que nous n'attribuons cependant qu'à leurs Philofophes & à leurs Docteurs. 
Leurs principaux Temples ou Pyréez étoicnt dans l'Adherbigian ; mais les Mu- 
^i_ToM^ IL P fui- 



114 - GHERSCHASB. GHIAUSCHID. 

ililmans les ont tous renveiTez. Ils en ont pourtant confervé fort loflg-tems 
tin , qui étoit fort célèbre dans la ville de Herat en Khoraflan , & cela au mi- 
lieu du Mufulmanifme. l^oyez les titres d Atefch gheda ou Atefch khaneh , âf 
é/'Atefch pereft. 

GHERSCHASB, Khondemir & l'Auteur du Tarikh Montekheb appellent 
ainfi le dernier Roy de Perfe de la dynaflie des Pifchdadiens. Le Lebtarikh 
appelle ce Prince Kifchtafb , fils de Zou : mais c'eft une faute ; car Gherfchasb 
étoit fils de Kifchtasb, oncle de Zab ou Zou, qui le fit héritier de ^qs Etats, 
parce qu'il n'avoit point de plus proche parent. On dit, que Gherfchasb étoit 
Bis d'une Juive de la tribu de Benjamin, fils de Jacob, & que Roftam , fur- 
nommé Daflan , étoit iflli de fa lignée. Gherfchasb régna vingt ou vingt-deux 
ans , & remit fes Etats entre les mains de Caicobad , premier Roy de la fé- 
conde dynafl;ie des Perles, royez Kifchtasb, fils de Zab ou de Zou. 

GHERSCHIAVESCH, frère d' Afrafiab, Roy du Turkeflan , qui fit fi long- 
tems la guerre aux Perfans. Ce Prince avoit une fille nomm.ée Saudabah , 
laquelle ayant été prife en guerre , fut mariée à Caicaus , Roy de Perfe. De 
ce mariage naquit Siavefch , lequel s'étant réfugié dans la fuite des tems , au- 
près d' Afrafiab dont il avoit époufé la fille , Gherfchiavefch piqué de jaloufie 
contre fon petit-neveu, qui fe rendoit par ce mariage tout - puiflant à la Cour 
de fon frère , le fit mourir : mais il fut puni de ce parricide par Caikhofru , 
fils de Siavefch , lequel , après l'avoir pouffé lui & Afrafiab dans les monta- 
gnes de l'Adherbigian , le fit prifonnier & lui fit perdre la vie. Foyez Sia- 
vefch â? Caikhofru. 

GHIAU, en Perfien fignifie un Bœuf. Ghiavanbar , le Bœuf de l'Ambre- 
gris. Les Perfans croyent, que l'Ambregris n'ell autre chofe que l'excrément 
du Bœuf Marin agité par les flots de la mer, & cuit par l'ardeur du Soleil. 
Les Orientaux appellent de même k Cerf du Bezoar , l'animal qui produit 
cette pierre, le Chevreuil du Mufc & le Chat de la civette, les animaux d'où 
l'on tire ces parfums. 

Saâdi compare dans fon Gulifi;an , l'homme riche & ignorant au Bœuf de 
l'Ambregris. 

GHIAUHER, en Perfien eft la même chofe que Giauher^en Arabe, & 
fignifie toutes fortes de pierreries , ce que nous appelions en nôtre langue des 
joyaux, & d'un nom ufité parmi les Marchands de pierreries, la Joye. Les Ita- 
liens difent Gioia & Gioie, & les Efpagnols Aliofar. Tous ces noms font ve- 
nus de l'Orient avec les pierreries. 

Ghiauher-Abad, la ville des pierreries. C'efl une ville fabuleufe que les Ro- 
mans Perfiens & Turcs difent être la capitale de la province de Schadoukiâm, 
qui efl; proprement le pays que les Italiens ont appelle La Caucagna. 

GHIAUSCHID, nom d'un ferpent ou dragon fort terrible qui infeftoit 
les confins de l'Traque & de la Perfe, & qui fut tué par Caikhofru , Roy de la 
féconde dynafl:ie de Perfe. Ce Prince, pour conferver la mémoire d'un exploit 
fi mémorable, fit bâtir un fuperbe Pyrée fur le lieu même où il avoit combats 

tu ce monftre, & le nomma Deir Ghiaufchid. 

GHILAN3 



G H I L A N. G H I R I T. n^ 

GHILAN, Province de l'Empire des Perfes , qui s'étend le long des riva- 
ges de la mer Cafpienne , depuis le 74 degré de longitude jufqu'au 76 inclufi- 
vement, & comprend, dans fa largeur du côté du Midy, les degrez 35 & 35 
de latitude. 

Cette province a donné fon nom à la mer Cafpienne , que les Arabes, Per- 
fans & Turcs appellent la mer de Ghilan. Les Ferfans l'appellent auffi Deriah 
Bacovieh , la mer de Bacovieh , à caufe de la ville appellée par nos Géogra- 
phes Bachu , qui eft fituée fur fes bords. On luy donne auffi le nom de Di- 
lem , de Giorgian , &c. qui font des provinces dont elle eft environnée. Les 
Turcs la nomment suffi Cozgoun Denghizi, la mer des corbeaux ou plutôt des 
cormorans, que les Latins appellent Corvi Marini, à caufe du grand nombre de 
ces oy féaux pêcheurs qui la couvrent. 

Les habitans de la province de Ghilan ont peu de bled & beaucoup de ris; 
c'eft pourquoy ils font leur pain ordinaire de celuy - cy , & le mangent avec 
d'excellent poiflbn , que la mer leur fournit en abondance. Il n'y a dans cet- 
te province que deux villes confidérables , celle de Rafcht ou Refchut qui eft 
fur la mer , & celle de Lakhfchan , que l'on appelle auffi Ghilan , fituée plus 
avant dans les terres. 

Quelques Géographes Orientaux comprennent dans le Ghilan la province de 
Mazanderan , qui eft à fon Orient , & qui confine avec le Tabareftan. Ces 
deux dernières provinces communiquent auffi leur nom à la mer Cafpienne , <Sc 
renferment dans leurs limites ce que les anciens ont appelle l'Hircanie. 

Un des plus grands Saints & des plus fpirituels du Mufulmanifrae , nommé 
Mohammed Abdalcader, eft furnommé Al Ghilani , à caufe qu'il étoit natif de 
cette province. On rapporte de lui qu'il difoit à Dieu dans fa prière : Sei- 
gneur, pardonnez -moy mes péchez, ou fi vous voulez me punir, faites -moy 
au moins reffufciter aveugle , afin que je n'aye pas la confufion de me voir par- 
mi tant de gens de bien, f^oyez les titres de Kilani 6f «i'Askili. 

GHILOVIEH, Foyez Dilemgoueh (f Diamgoueh. 

GHIOLGHEDISSI, furnom de Pir Mohammed Ben Moufla Al Burfao- 
vi , qui eft l'Auteur du livre intitulé Bedhdat al Cadhi , le Capital d'un Juge. 
Cet ouvrage eft dans la Bibliothèque du Roy, n. 707. 

GHIRDABAD, Ville ronde en Perfien. C'eft le nom d'une ville bâ- 
tie dans riraqoe Perfienne , par Tahamurath , Roy de la première dynaftie de 
Perfe. 

GHIRD GO'UEH, Montagne ronde en Perfien. C'eft Je nom particuliei* 
d'une montagne de Perfe , laquelle eft de figure ronde , fituée dans une plaine , 
qui la rend inacceffible de tous cotez. C'eft dans un château bâti fur cette 
montagne qu'Asfendiâr, fils de Kifchtasb, fut enfermé, & ce château auffi-bien 
que la montagne , font connus aujourd'huy fous le nom de Zer Kunbudân , 
mot qui fîgnifie en langue Perfienne les voûtes dorées. 

GHIRIT Adaffi, en Turc fîgnifie Tlfle de Crète ou de Candie, & la mer 
^i l'environne porte le nom de Ghirit Denghizi. Il ne faut pas entendre par 

P î ce 



11^ G I A A D. G I A B B A R. 

ce nom FArchipel ; car les Turcs le nomment en leur langue Adalar Denghi- 
zi, la mer des Illes. 

GIAAD Ben Dàrham. C'ell le nom d'un des principaux Docteurs de la 
Sefte des Motaz;iles , qui vivoit du tems de Marvan , furnommé Hemar , der- 
nier Khalife de la MaiCon des Ommiades , mort l'an de l'Hegire 132 , de J. 

C. 749. 

Ce Kiialife fut fon difciple & fît profeflîon de fa feéle ; c'eft pourquoy mê- 
me il en porta le furnom & fut appelle Giaadi , c'efl - à-dire , le Giaadien ou 
difciple de Giâad. l^oyez Khondemir dans la vie de Marvan. Ce Khalife en 
fuivant l'opinion de Giàad , croyoit , comme tous les Motazales , que l'Alco- 
ran , nonobstant qu'il fût la parole de Dieu , étoit pourtant du nombre des créa- 
tures. 

GIABAH, Ifle de la mer des Indes, voifme de celle de Calah & qui obéît 
au môme Roy. Elle cil fîtuée dans le premier Climat, l^oyez Edriflî dans la 
neiivihne partie de ce même Climat. 

GIABALAH Ben Alaihcm , c'eil le nom d'un Roy des Arabes qui vint 
trouver le Khalife Omar, pour fe foûmettre à lui & pour embralfer le Muful- 
manifme. Il fut reçu avec tous les honneurs dûs à fa qualité, & Omar le prit 
en fa compagnie pour faire cnfemble le pèlerinage de la Mecque. 

Giabalah fe trouvant un jour à une cérémonie , il arriva qu'un homme 
de baffe condition le prit par la manche & le fit fortir de fa place. Giabalah 
fe fentant offenfé , lui donna auflî-tôt un foufflet ; ce qu'Omar ayant apperçu, 
il dit à Giabalah , qui étoit fort ému: Appaifez-vous , autrement je commande- 
ray à cet homme de vous rendre le foufflet que vous lui avez donné. Sur 
quoy Giabalah dit à Omar: Quelle juftice y auroit-il dans cette aftion, puifque 
je fuis Roy & que cet homme n'eft qu'un miférable. 

Omar lui repartit": La Religion Mufulmane , que vous profeffez tous deux, 
vous ayant afîemblez & unis enfemble , il n'y a plus de différence icy entre 
l'un & "l'autre, ni entre le Prince & le fujet. Les paroles Arabiques font, Enn 
Al EJIdm giamâcoma u faovi bein al malek u al foiicah filhagge. 

Giabalah fut fi outré de ces paroles qu'il partit la nuit même de la Cour du 
Khalife , & paflant par la Syrie avec 500 chevaux , il vint jufqu'à Conltanti- 
nople , où il fe fit Chrétien avec tous les fiens. Ben Schonah. 

GIABALI, furnom d'Abou Ali Mohammed Ben Abdalvahab, qui a été le 
maître du célèbre Dofteur Aboul Haflan Al Afchâri , lequel profita fi bien des 
leçons de Giabali, qu'il devint depuis chef de la fefte des Afchariens, & un des 
quatre Imams du Mufulmanifme. Foyez le titre de Nahadh. 

GIAHARIOUN, Sefte de Théologiens parmi les Mufulmans , qui ôtent 
toute forte de liberté à l'homme , & veulent que Dieu crée & produife toutes 
les aftions bonnes & mauvaifcs de l'homme néceffairement. Les Afchariens 
font une branche de cette fefte ; mais ils y admettent quelque tempérament. 

GTABBAR, Géant. Son plurier eit Giabbaroun, Giabbarin & Giababerah, 
les Géants. Voilà comme les Arabes les appellent, «& les Hébreux Ghibborau 
fingulicr & Ghibborim au plurier. Les 



G I A B E R. ijy. 

Les Perfans les appellent Div & Divan, d'un nom qui convient auflî aux Ef- 
prits & aux Démons, quoj'que dans la langue Pehelevicnne , qui eft l'ancien 
Perfien , on les appelldt Cai , qui eft le Prénom des Roys de Perfe de la fé- 
conde dynafhie , qui porte , pour cette raifon , le nom de Caianiens ou Caia- 
nides. 

Ad & Scheddd, Roys de Syrie & d'Arabie, étoient d'une fi prodigieufe gran- 
deur , qu'il falloit employer les plus hauts arbres des forets pour drefler leurs 
pavillons, comme il efi: porté dans le chapitre de l'Alcoran, intitulé De l'Aurore. 

L'on peut voir ce qui a été dit des Géans de la Paieftine, dans les titres de 
Falaftin, d'Aouge, d'Amalek, & de Schcith ou Seth. Il parut, fous le règne 
de Noufchirvan Cofroés , une Géante haute de fept coudées. Sacfagan avoit 
quatre têtes, félon le Tahamurath-Naméh. l^oyez auj]i le titre de Tekovin. 

Le fentiment des Chrétiens d'Orient, touchant l'origine des Géants dont il eft 
parlé dans les premiers chapitres de la Genèfe , eft qu'Adam aj^ant fait connoî- 
tre aux enfans de Seth les délices dont il joiiillbit dans le Paradis tcrrcftre , 
fit naître, dans le cœur de quelques-uns d'entr'eux, le defir d'y entrer. A cet 
effet, ils ie retirèrent de la compagnie des autres, & choilirent la montagne de 
Hcrmon en Paieftine pour leur demeure , où ils vi voient chaftcment & dans la 
crainte de Dieu, 

Ces gens ainfi retirez du commerce des autres, furent appeliez les cnfins de 
Dieu, & donnèrent, par leur exemple, l'idée & le modèle de l'état Monafti- 
que, qui a été depuis embraiîe avec tant de ferv^eur dans l'Orient: mais enfin, 
ces Solitaires perdant l'efpérance de rentrer en polfeilion du Paradis , qu'ils 
confidéroient comme l'héritage d'Adam , vinrent trouver les Cainites leurs pa- 
rens & ennuyez du célibat , prirent leurs filles en mariage & engendrèrent les 
Géants, 

Foyez encore les titres de Tahamurath Diubend , de Div, de Péri, de Ginn âf 
plufuiirs autres dans la fuite de cet ouvrage, où, il eft parlé des Géants. 

GIABER, c'cft un nom qui eft commun à plufieurs Dodeurs du Muful- 
manifme. 

Le plus ancien de tous eft Abou Abdallah Giaber Ben Abdallah Al Anfari , 
qui a été un des premiers compagnons & difciples de Mahomet. Il étoit natif 
de Medine, comme fon furnom d'Anlari le témoigne. Ce fut luy qui deman- 
da à iSlahomet quelle étoit la première de toutes les créatures , & il apprit de 
luy que c'étoit ce qui s'appelle Noiir ou Dorr ou Giauker, c'eft-à-dire, lumiè- 
re ou fubftance prétieufe , qui fe fondit d'abord en eau , & qui fut partagée 
en matière & en forme; que de la première furent faits tous les corps & tous 
les efprits de la féconde. 

Le fécond eft celui que nous appelions Geber, & qui pafle pour un des plus 
célèbres Philofophes des Arabes, Il portoit le nom d'Abou Moulîa Giaber Ben 
Haiian Al Sofi, dont nous avons le livre, intitulé Ketdb Giaber , & un grand 
nombre d'ouvrages fur la pierre Philofophale, Nos Chymiftes qui n'ont jamais 
lu ces livres, en font cependant un fort grand bruit dans leurs ouvrages. On 
lui attribue jufqu'à 500 volumes fur cette matière. 11 vivoit au milieu du troi- 
fième fiécle de l'Hegire. 

Cet Auteur , qui peut avoir été le père de Mohammed Al Rattani , AI Har- 
rani , & le fils de Senân , étoit originaire de Harran en Méfopotamie & Sabien 

P 3 de 



ri8 G I A B E R I. G I A F A R. 

de Religion. Ces Sabiens, originaires de Harran , \ille natale d'Abraham, pré- 
tendoient avoir hérité de la doélrine de ce Patriarche , avant qu'il paffât l'Eu- 
phrate pour venir dans la terre de Chanaan , & croyoient faulTement faire pro- 
feffion de la plus ancienne Religion du monde. 

Il y a un autre Giabcr, furnommé Schamfeddin , qui étoit Andaloufi , c'eft- 
à-dire, Arabe d'Efpagne,, & qui portoit auffi le furnom d'Al Maleki, dont il y 
a plufieurs ouvrages en vers fui' l'art Poétique & fur la grammaire, qui fe trou- 
vent dans la Bibliothèque du Roy, n". 1056. 

GlABERI, furnom d'Ibrahim Ben Omar, qui mourut Tan 732 de l'Hegire, 
& qui a abrégé le livre de Vahedi, intitulé yisbàb al Nozoul. 

GIABRINI, furnom d'Ali Ben Mohammed, Auteur d'un fupplément fait 
à l'hiltoire d'Alcp, compofée par Ebn Khathib. 

GIACMAK, nom propre d'Al Malek Al Dhaher , qui avoit été efclave de 
Malek Al Dhaher Barcok. Il fucccda à Malek Al Aziz depoffedé par les Mam- 
lucs, & fut le dixième Roy d'Egypte de la dynaftie des Circaflîens. Son règne 
fut de quatorze ans ; car il avoit été élu à l'â'^e de 66 ans , & s'abdiqua un 
peu avant fa mort, qui arriva dans le 80 de fon âge, en faveur de fon fils 
Malek Al Manfor , l'an de l'Hegire 857, de J. C. 1453 , année dans laquel- 
le la ville de Conftantinoplc fut prife par Mahomet Second, Sultan des Turcs. 
L'Ifle de Chypre qui avoit été prife par Barfebai , prédécefleur de Giacmak , 
ctoit encore au pouvoir des Mamlucs. 

GIACOU & Giaco, nom d'un Tartare qui étoit des premiers & ûqs plus 
vaillans Capitaines de Tamerlan. Ce nom eil le diminutif de Jacob; car les 
Tartares & les Turcs Orientaux avoicnt des noms Juifs parmi eux, comme ceux 
d'Ifrail , de Mikail , de Johanna , de Jacob & d'autres , qu'ils avoient pris des 
Juifs retirez chez eux, depuis la déportation que Salmanaiîar fit des dix Tribus 
du Royaume de Samarie. 

GIAFAR Al Barmeki, fils d'Iahia & pctit-fik de Khaled, fucceda à la char- 
ge de Vizir du Khalife Haroun Rafchid , que fon père lahia avoit pofTedée. 
Khaled, fon grand -père , ayant eu la même charge auprès d'AbouI Abbas Saf- 
fah , premier Khalife de la race des Abbalîîdes , & le premier de tous les Kha- 
lifes qui prit un Vizir, les Khalifes Ommiades n'en ayant point eu, & leiu* Se-' 
crétaire faiiant cette charge. 

Ce Vizir étant monté jufqu'au plus haut degré de faveur & d'autorité au- 
près de fon maître, eut le crédit de faire donner à Fadhel, fon frère, la même 
charge de Vizir, quoy qu'il l'eût exercée lui-même avec tant de capacité, qu'il 
fit en une feule nuit, en préfence du Khalife, mille expéditions, dans lefquel- 
les on ne trouv^a rien qui ne fût fort exa6l & très-legal: auflî avoit -il été in- 
ftruit par Abou Jofeph, le plus grand Jurifconfulte de fon tems. 

Giafar s'étant ainfi déchargé des foins du Vizirat, fe contenta de jouir paifi- 
blement des bonnes grâces de fon Maître , dont il avoit l'entière confiance. 
L'on dit, que Giafar ayant trouvé un jour ce Prince plongé dans une profon- 
de trifl:efie , à caufe qu'un Aftrologue Juif lui avoit prédit qu'il mourroit dans 
l'année courante , il fit venir le Juif & lui demanda , combien d'années il ero- 

Yoit 



GIAFAR. ij^ 

yoît vîVre félon fa fupputation Aflrologique : le Juif luy répondit, que fon ho- 
rofcope lui promettoit une longue vie. Cette réponfe fit , que Giafar coni^il- 
la au Klialife de faire mourir cet Allrologue , pour le convaincre de faiiireté 
dans fes prédirions , & la chofe ayant été exécutée , le Klialife fut entièrement 
délivré de fa mélancolie & de fa crainte. 

Ce Favori avoit un û grand crédit fur l'efprit de fon maître , que fe trou- 
vant un jour en converfation avec un de fes amis, Abdalmalek Hafchemi, qui 
étoit proche parent du Khalife , mais peu avancé dans fes bonnes grâces , le 
vint trouver, ëc lui dit d'un ton plaintif, que Haroun ne le regardoit plus de 
fi bon-œil ; qu'il étoit chargé d'une debte de quatre mil écus d'or , payable à 
des créanciers qui le prelfoient fort, & que fon fils, qui étoit déjà grand & qui 
avoit du mérite , ne faifoit rien à la Cour. Giafar l'ayant entendu , lui dit : 
Je vous afflire, que le Khalife vous regardera déformais de bon -œil, qu'il pa- 
yera vos debtcs , qu'il donnera fa fille en mariage à vôtre fils , &. qu'elle luy 
apportera pour dot le gouvernement d'Egypte, 

Ishac de Moful , qui étoit préfent lorfque Giafu- tint ce difcours , crut que 
la chaleur du vin qu'il avoit bu avec le Khalife le faifoit parler de la forte , & 
qu'il ne s'en fouviendroit plus le lendemain : mais il fut bien furpris , lorfque 
Haroun déclara .publiquement à Abdalmalek, qu'il lui accordoit tout ce que Gia- 
far lui avoit promis de fa part,' le jour précédent, Nighiariftan. 

Khondemir écrit, qu'une des principales caufes de la difgrace de Giafar, fut 
qu'FIaroun Rafchid aimant d'un côté fort tendrement fa fœur Abbaffah , & aj'ant 
de l'autre une fort grande attache pour fon favory, avec lequel il paffoit ordi- 
nairement plufieurs heures de converfation libre & agréable , le tems qu'il y 
employoit , le privoit du plaifir de voir fa fœur , qui étoit retirée dans l'ap- 
partement fecret des femmes , où les hommes , hors du Klialife , n'avoient au- 
cun accez. 

Pour fatisfaire ces deux pallions également violentes , il prit la réfolntion de 
marier fa fœur à fon favory : car , par ce moyen , il pouvoit en même tems 
joiiir de la préfence de l'un & de l'autre , fans aucun fcrupule ni difficulté. Il 
ell vrai , que ce fut avec une condition fort onereufe aux deux époux , qui 
étoit de ne point coucher enfemble, ni d'avoir même aucune fréquentation l'un 
avec l'autre, que celle qu'ils auroient en fa préfence. 

Cependant la fœur du Khalife ne put pas foûtenir long-tems la converfation 
de Giafar, qui étoit jeune & bienfait, qu'elle n'en devint amoureufe , & Gia- 
far, de fon côté, oubliant tout ce qu'il avoit promis à fon maître , fatisfit aux 
dcfirs de la Princefle , laquelle étant devenue grolfe , accoucha Çi fecretement, 
que le Khalife n'en auroit jamais rien fçu , fi une de fes efclaves ne l'eût trahie. 

On envoya nourrir l'enfant à la Mecque, où le Khalife Haroun étant en pè- 
lerinage, voulut en apprendre des nouvelles ; mais il ne lui fut pas poffible , 
car auffi-tôt , après fon arrivée , on le tranfporta dans la province d'Iemcn ou 
Arabie Hcureufe. 

Haroun étant donc pleinement informé de toutes chofes , réfolut de perdre 
Giafar, avec toute fa famille qui étoit nombreufe, & pour exécuter cedefl^ein, 
il ne fut pas plutôt de retour de la Mecque à Bagdet , qu'il quitta cette ville 
pour aller à Anbar , où étant arrivé avec Giafar, il commanda fecretement à 
un de ks plus confidens d'aller à Bagdet , & de faire emprifonner les Harraccides 
qui y étoient , à fcavoii- lahia . père de Giafar , & fes trois autres enfans. 

Cet 



120 G I A F A R. 

Cet ordre ayant été exécuté fans que Giafar , auquel HarôUll faifoit plus de 
carefles qu'à l'ordinaire, en eût appris aucune nouvelle, enfin, le premier jour 
du mois de Sefer Tan de l'Hegire 187, Haroun commanda à un de fes Offi- 
ciers, nommé Jaffer, de lui apporter la tête de Giafar. L'officier étant entré 
brufquemcnt chez Giafar, lui notifia l'ordre du Khalife. Giafar, fans faire pa- 
roîcre aucune émotion ,, dit à l'Officier : Il fe peut faire que Haroun vous ait 
donné cet ordre étant encore échauffé du vin ; retournez fur vos pas , & di- 
tes-luy que vous avez exécuté fon ordre: s'il s'en repent je ferai encore en vie; 
linon , ma tête eft toujours prête. 

Jaffer n'étant pas content de cet expédient , Giafar alla avec lui jufqu'à l'en- 
trée de l'appartement du Khalife, & dit à l'officier: Entrez & dites-lui que vous 
lui apportez ma tête que vous avez laifi^ee dehors ; Jafier fit ce que Giafar lui 
avoit propofé : mais auffi-tôt que le Khalife Teût entendu , il lui dit : Appor- 
tez-la vite devant moy: A ces paroles, l'Officier fortit & coupa la tête de Gia- 
far, qu'il vint jetter incontinent aux pieds du Khalife. 

Cette exécution ne fut pas plutôt faite que le Khalife dit à Jafi^er : Appel- 
lez-moy tels & tels. Jafi^er ayant obéï , & ces gens-là étant entrez avec Jafler 
dans la chambre, Haroun leur dit auffi-tôt: Couppez-moy la tête de cet hom- 
me : car je ne puis fouffrir le meurtrier de Giafar en ma préfence. 

Giafar n'étoit âgé que de 38 ans , & avoit pofledé la faveur de fon maître 
pendant dix-fept. Le Khalife fit attacher fa tête fur le pont de Bagdet, où elle 
demeura expofée jufqu'à ce que Haroun fe mit en chemin pour l'expédition du 
Khorafi!an ; car alors il commanda que l'on Tôtàt pour la brûler. Khondcmir , 
qui raconte cette hiitoirc , prend pour garand l'Emir Khovand fchah , Auteur 
du Raoudhat affafa, qui n'eft autre que Mirkhond. 

Le même Khondemir rapporte dans la vie de Haroun Rafchid , que dans les 
comptes de fa maifon on trouva toutes les fommes d'or & d'argent , comme 
^uffi les étoffer , pierreries & parfums donnez à Giafar, & que le prix de tou- 
tes ces chofes mifes enfemble montoit jufqu'à trente millions de drachmes d'ar- 
gent pour une feule année , & que dans le régi (Ire de la dernière année , on 
trouva écrit endépenfe, quatre écus d'or en naphte & en étoupes, pour brûler 
le corps de Giafar. 

Le Nighiariftan , après avoir fait auffi cette remarque , cite ce dillique Per- 
ficn: L'hifloire que la viciffitude des tems écrit fur le livre de ma vie, elt mar- 
quée un jour par les faveurs de la fortune , & un autre par fes revers. L'al- 
Jufion des deux mots de Rouzi & de Zouri elt fort élégante dans le Perfien : 
'^nra rouzi nevijj'ed inra zoiiri. 

On rapporte de Giafar Barmeki , qu'un homme lui ayant préfenté une fille 
cfclave qu'il vouloit vendre, il la trouva fi fort à fon gré, qu'il lui en donna 
quarante mil écus , ,& les lui paya par avance. La fille toute éplorée dit à 
celui qui la vendoit : Ne vous fouvenez-vous point de la promefle que vous 
m'avez fouvent faite de ne me point vendre V Giafar , dont la générofité étoit 
incomparable , n'eut pas plutôt entendu les plaintes de cette fille , qu'il dit au 
vendeur : Atteftez feulement que cette fille eil libre & que vous l'avez épou- 
Tée , & je vous laiffe l'argent que je vous ay donné. Rahi alahrar. 

Le même Auteur, citant celui qui a écrit l'hifloire des Barmecides, dit, que 
.Giafar, un peu avant fa mort voulant aller chez le Khalife, confulta les éphç- 
merides pour obferver un teras favorable à fes defleins. Il étoit pour lors dans 

fa 



G I A F A R. 121 

fa maifon fituée fur le bord du Tigre , où un homme qui ne le voj-oit point, 
.paflant en batteau, recitoit ces vers en Arabe. 

Il fe gouverne par les étoiles, 6? il m fonge pas que Dieu ejl le maître des étoi- 
les, ^ que fa volonté s^ accomplit toiijours infailliblement. 

Giafar n'eut pas plutôt entendu ces paroles , qu'il jetta fes épliemerides & fon 
.Allrolabe par terre, monta à cheval pour aller au Palais , & y trouva peu de 
tems après , la mort. Voyez les titres de Barmekian , «i'Iahia Ben Khaled âf de 
Fadhel. 

GIAFAR , furnommé Sadek ou Sadik , c'eû-à-dire , le Jufte, étoit fils aîné 
de Mohammed Baker , & d'Omm fervah , fille de Mohammed , fils d'Abubecre , 
premier Khalife. 11 eft reconnu pour le fixième Imâm, & d'une telle autorité 
parmi les Mufulmans pour fa doctrine, qu'ils tiennent pour une tradition authen- 
tique ce qu'il avoit accoutumé de leur dire : Interrogez - moy fouvent pendant 
que je fuis avec vous ; car il ne viendra perfonne après moy qui vous puilfe 
inilruire comme moy. 

Il prit nailfance à Medine l'an 83 de l'Hegire , & mourut dans la même ville 
où il fut enterré près de fon père fous le Khalifat d'Abugiafar Almanfor de la 
race des Abbaffides, l'an 148 de la même Hégire, & de J. C. 754, âgé 
de 65 ans. 

On lui donne fept enfans mâles, & trois filles. 

Les deux premiers furent Ifmaël, & Moulfa. L'aîné qu'il avoit déclaré fon 
fucceileur dans l'Imamat , mourut avant lui ; c'ell pourquoy il transfera la fuc- 
ceiTion à l'Imamat, en la perfonne de MouOa fon fécond fils: mais nonobilant 
cette déclaration , il s'éleva une faftion de gens qui prétendirent qu'Ifmaël ayant 
été reçu pour ainfi dire, en furvivance de la dignité d'Imam , les defcendans 
dévoient jouir de la même prérogative , laquelle ils foûtenoient n'avoir pu paffer 
en la perfonne de fon frère, qui faifoit une ligne collatérale. 

Cette faftion a eu des partifans qui ont excité fouvent des troubles dans la 
Religion, & dans l'Etat des Mufulmans, jufqu'à ce que dégénérant en rébellion 
ouverte, & en impieté raanifcfte , il s'en forma une dynaftie ou Principauté 
fous le nom d'Ifmaëliens, dont Halfan Sabah fut li^l^datelir en Afie. 

Les Khalifes Fathemites d'Egypte font regardez auflî par les Mufulmans Ortho- 
doxes, comme defcendans de la branche de Ifmaël; c'eft pourquoy ils les qua- 
lifient fouvent du nom d'Ifmaëliens d'Afrique. On parlera de ces deux dyna- 
fties dans leur rang. 

On lit dans l'hiftoire intitulée Moroî^ge al dheheb, les Prairies dorées, qu'Abou 
Moflcm ayant pris la refolution de dépolfeder les Ommiades , qu'il prétendoic 
avoir ufurpé le Khalifat , follicita par fes lettres Giafar Sadik de l'accepter ; mais 
cet Imam qui craignit peut-être que l'on ne lui tendît un piège , rejetta cette 
propofition, & brûla même les dépêches qu'il avoit reçues fur ce fujet. 

Ses Seftateurs ne laiiferent pas néanmoins de prendre ce prétexte pour {c 
révolter contre les Khalifes Motadhed, & Moélafi , fous le nom de Carmathes, 
comme nous verrons dans les titres de ces Khalifes. 

Le même Giafar Sadik eft furnommé dans les livres fabuleux des Mahome- 
tans Seidi Batthâl, c'eft-à-dire, le Preux, à caufe de pluficurs combats imagi- 

ToME II. Q naircs 



122 G I A F A R. G I A F A R I A H. 

naircs qu'il a donnés dans des pays inconnus , menant la vie de Chevalier errant. 
Nous avons encore le récit de toutes les proueircs dans un fort gros Roman 
qui fc trouve en langue Turquefque. 

Cet Imâra n'elt pas moins confideré cependant pour fa doftrine. II ell réputé 
l'Auteur de la petite Gefre., comme Ali l'ell de la grande, yoyez les titres 
d'Ali &' de Gcfr. On lui attribue auflî un livre de forts , ou Ketab Corrdat 
qui le trouve dans la Bibliothèque du Roy, n^. 1007. 

Le Rabi al abrâr rapporte que Giafar étant interrogé , s'il n'y avoit point eu 
d'autre Adam en ce monde avant celui dont parle Moyfe , répondit, qu'il y en 
avoit eu trois , & qu'il y en auroit encore dix-fept , dans autant de grandes 
révolutions d'années; & comme on lui demanda fi Dieu créeroit d'autres hom- 
mes après la fin de ce monde -cy , il répondit: Voulez -vous que le Royaume 
de Dieu demeure vuide, & fa puifUmce oyfive? Dieu ell Créateur dans toute 

l'on éternité. 

L'Auteur du livre , intitulé Medarek , rapporte au fujet d'un verfet de l'Alco- 
ran dans le chap. de la Pénitence où il ell dit que Dieu a acheté des hommes 
leurs biens àf leurs âmes au prix du Paradis, cette fentence de Giafar Sadik: 
vous qui êtes fidèles , puifque le prix de vôtre achapt eji le Paradis , gardez-vous 
bien de vous vendre pour quelque autre chofe. 

Giafar Sadik en qualité de Dofteur, avoit reçu fes traditions de "Mohammed 
Baker fon père, & d'Atha, un des compagnons de Mahomet; il les tranfmit à 
Thouri , à Ben Ainah , à Abou Hanifah , & à Malek , dont les deux derniers 
font chefs de deux feftes réputées Orthodoxes par les Mufulmans. 

Abou Hanifah difoit qu'il n'avoit point connu de plus fçavant Jurifconfulte 
que Giafar Sadik , ôc que toutes les fois qu'il paroiflbit devant lui , il étoit faifi 
d'une plus grande crainte , & frappé d'un plus grand refped , que lorfqu'il fe 
prefentoit devant le Khalife Almanfor. 

GIAFAR Ben Soliman, ell le nom d'un de ceux que les Mufulmans révè- 
rent comme Saints , dont Jafei a écrit la vie dans la feélion feizième de fon 
Hifloire. 

GIAFARI. Tarik Giafari , la Chronique Giafarienne. C'ell une hifloire 
compofée par l'Imam Abugiafar Al Thabari , dont Georges, furnommé Ebn 
Amid , & vulgairement Elmacin , nous a donné l'abbregé depuis Mahomet jufqu'à 
fon tems , fous le nom de Tarikh Al Moflemin. C'ell en un mot l'HiUoire 
Sarracenique qu'Erpenius nous a donnée. 

GIAFARI, l'or Giafarien, Monnoye d'or que le Khalife Abugiafar Al- 
manfor fit battre à plus haut titre que celle qui couroit. Voyez le titre de So- 
liman fils d'Abdalmalek. 

GIAFARI AH, Ville que le Khalife Motavakel l'Abbaffide fit bâtir dans 
riraque Arabique pour y faire fon fcjour, en y transférant le iiege de l'Em- 
pire des Mufulmans qui étoit pour lors à Samarah. Il la nomma Giafarie, parce 
que Giafar ou Giàfer étoit fon nom propre; & Motavakel âl allah, qui fignifie 
celuy qui fe confie en Dieu, étoit fon nom de Khalife. MontalFer, fon fils, & 
fon fuccelfeurj ayant abandonné cette ville, elle fe ruina en fort peu de tems. 

GIAFEREK 



G I A F E R E K. G 1 A G A T H A I. 123 

GIAFEREK AI Mocri , eft le même que Giàfer Ben Ahmed Al Baiheki 
qui mourut J'an 544 de l'Hegire, Nous avons de Juy Je Livre intitulé Tair 
al meffader, la Couronne des fontaines. C'eft un recueil de tous les infinilifs 
de la langue Arabique traduits en langue Perfienne, 

GIAGANIAN, Province de l'Afic vers le fleuve Indus, dont Sjhamfeddin 
Gauri étoit Sultan. Les Arabes en addoucilTcnt la prononciation, & rappel- 
lent Saganiân. 

GIAGANNAT, Idole des Indiens qui a donné fon nom à une ville fituée 
fur le Golphe de Bengale, oti il y a un aufli grand concours d'indiens, que 
de Mahometans à la Mecque. Une des principales cérémonies qui fe praci:]ucnt 
dans fon Temple ou Pagode , eft de lui donner pour époufes les plus belles 
filles du paj's que l'on enferme avec lui, & qui ne manquent gueres d'en for tir 
grolTes, par l'induftne de ceux qui ont le foin du culte abominable de cet idole. 

GIAGATHAI Khan, fécond fils de Genghizkhan; il eut pour partage dans 
la fucceffion de fon père les Pi-ovinces de Turân, c'eft-à-dire , la Tranfoxane , 
& le Turkeftan, 

Il établit le fiege de fon Empire en la ville de Bifchbalig, & gouverna fes 
Etats avec beaucoup de fagelTe & de modération, vivant en bonne intelligence 
avec Oktai, fon frère puîné, qui avoit fuccedé à leur père dans les Etats d'Iran, 
c'eft-à-dire , de de-çà le Gihon. Il ne faifoit rien iàns l'avis de Caragiar Nuiân , 
que Genghizkhan lui avoit donné en mourant pour chef de Ces confeils, & de 
fes armées. Ce Seigneur étoit pour lors un des plus puillans entre les Mogols , 
& a été le cinquième ayeul de Tamerlan. 

Pendant le règne de Giagathai , un nommé Mahmoud que l'on furnommoit 
Tarabi, à caufe qu'il étoit originaire de Tarab , bourgade fituée à fix lieues de la 
ville de Bokharah , fe foûleva contre les Mogols fan 630 de l'Hegire , de 
J, C. 123a. C'étoit un Impofleur qui avoit déjà par fes prelliges & faux mira- 
cles tellement gagné l'efprit de ces peuples , qu'il fe trouva bien-tôt à la tête 
d'une groffè armée avec laquelle il fe rendit maître de la ville de Bokharah. 

Les Commandans de Giagathai ayant aflemblé leurs troupes pour combattre 
ce rebelle, il fe prefenta à eux pour leur livrer bataille: les Mogols étant en 
prefence de leurs ennemis , & fe trouvant cnvelojîpez d'une pouflîere fort 
épaiOe, ne purent jamais fe refoudre à les attaquer. Une feule flèche décochée 
de leur armée par hazard, alla cependant tuer Mahmoud au milieu de fon camp; 
mais un tourbillon de pouflîere qui couvroit les deux armées , iit qu'aucun 
n'eut connoilfance de l'effet qu'avoit produit ce coup fatal. 

Les Tartares qui s'étoient trouvez tout d'un coup fans courage , & invcflis 
de tous cotez par une pouflîere fi extraordinaire , ne manquèrent pas d'attri- 
buer cet accident aux enchantemens de l'impoflieur Mahmoud , & la fuperflii- 
tîon s'emparant entièrement de leurefprit, fépouvante faifit bien-tôt leur coeur, 
& leur fit prendre une honteufe fuite fans qu'aucun ennemi les pourfuivît. 

Cette terreur panique qui mit les Tartares en déroute, haulfa le courage des 
rebelles, de forte que s'étant mis à leurs trou Iles , ils en tuèrent plus de di.; 
raille, mais étant retournez en leur camp, ils furent bien furpris de n'y point 
Irouver leur General. Ceux qui étoient de fa cabale , firent aufli-tôt courir le 

Q 2 bruit, 



r24 G I A G H. 

bruit, qu'il s'étoit rendu invifible pour quelque tenîg, & ces pauiTôs abufez- fans 
s'étonner autrement, ni le débander, établirent Mohammed, & Ali, frères de 
Mahmoud, pour fcs Lieutenans pendant fon abfcjice. 

Caragiar cependant qui gouvernoit les Etats de Giagathai , prit la refolution 
d'éteindre cet incendie qui gagnoit peu à peu les meilleures villes du pays. Il 
employa pour cet effet les principales forces de l'Empire, & entreprit d'exter- 
miner encieremcnt ces rebelles. La ville de Bokharah qui les favorifoît , fut 
châtiée comme elle le meritoit ; car après avoir vu faccager fon terroir , & 
répandre le fang d'un grand nombre de fes habitans , elle fut enfin obligée de 
députer vers Giagathai pour obtenir le pardon de fa rébellion. Elle l'obtint de 
la clémence de ce Prince, & fe trouva délivrée en même tems, & des violen- 
ces qu'elle fiuffroit des Tarabiens, car on appelloit ainfi cette nouvelle faftion, 
& de la fureur des Tartares qui fe vangeoient d'eux impitoj'ablement. 

Giagathai Khan mourut l'an de FHegire 638, de J, C, 1240, qui convient 
avec celui que les Mogols appellent Od , c'cft-à-dire , le Bœuf dans le Cycle 
d'années qui leur eft particulier. Il n'eut pas pour fuccefleur un feul ; car tous 
fes enfans & fes plus proches parens partagèrent entr'eux les provinces de fon 
Empire, & ceux qui eurent la meilleure épée, en emportèrent la meilleure part. 

Manuca fon fils aîné qui mourut avant lui , laiila trois enfans ' nommez Baif- 
fiir, Cara Holagu, & Naligu qui fe fuccederent l'un à l'autre, Barak-Khan, fils 
de Bailfur, fut un des plus confiderables Princes de cette famille , régna après 
eux, & fit des conquêtes jufques dans la Chine, Khondemir. 

Abulfarage met entre les Etats de Giagathai les Provinces d'Aigur ou'd'Igur, 
d'Almalig, & de Khovarezmc. Il femble aullî que Khondemir lui donne les 
premiers Etats que Genghizkhan poffeda dans le pays des Mogols : cependant 
Emir Khouand ichah , & le même Khondemir écrivent qu'Oktai Caan eut pour 
partage les Etats patrimoniaux de ce Monarque, & qu'il fut reconnu de tous 
fes frères pour le chef de la maifon de Genghizkhan , &; de tout fEmpire des 
Mogols. 

C'eft de Giagathai , que le pays d'au de-là du Gihon, ou Oxus a été nommé 
le Zagathai, 

G I A G H & Tcliagh. Les Cathaiens , & les Turcs Orientaux ont un Cycle 
de douze ans qu'ils appellent de ce nom , & chaque année de ce Cycle porte 
1j nom d'un animal. La -première porte le nom de la fouris: La féconde du 
bœuf: La troifièmc du lynx ou léopard: La quatrième du lièvre : La cinquième 
du crocodile: La fixième du fcrpent : La feptième du cheval: La huitième du 
mouton: La neuvième du finge: La dixième de la poulie: L'onzième du chien: 
La douzième du pourceau. 

Ils divifent auflî les vingt-quatre heures du jour en douze parties qu'ils appel- 
lent encore Giagh , dont chacune efl de deux heures , & ils leur donnent les 
noms des mêmes animaux. Ils divifent de plus chacun de ces douze Giagh, dont 
la journée cil compofée, en huit parties qu'ils appellent Keh ; de forte que leur 
journée contient quatre -vingt feize Keh. 

GIAGH Schabath ; ce mot eft compofé du Tartare , & du Syriaque. Il 
fignific chez les Mogols icAdouzième mois de leur année. Il paroît par ce mot 
& par plufieurs autres , que les Chaldeens ou Syriens ont porté leur langue 
avec la rjligion Chrétienne bien avant dans la Tartaiùe: ce qui eft arrivé pro- 
bable- 



G I A G H M I N. -; G I A H E D H. t2'5 

Bablemcnt, lorfque les Nefloriens ayajit établi plufieurs Eglifes, & même des 
Patriarchales dans Bagdet , & dans MozaI , ont auffi envoyé des Miflionnaires 
aux Indes, en Tartarie, & même dans la Chine, pour y prêcher la foy. 

GIAGHMIN, Ville de la Province de Khovarezme, de laquelle étoit natif 
Mahmoud Ben Omar , furnommé à caufe de fa naiflance Al Giaghmini. Ce 
perfonnage nous a donne en langue Perfienne un traité de la Sphère intitulé 
Molakhcff fil IJidt, qui a été traduit & commenté par Cadhi Zadeh Al Roum.i. 
On trouve cet ouvrage dans la Bibliothèque du Roy n°. 724 & 799. 

GIAGRAFIAiï& Giarafiah. La Géographie. Mot que les Arabes ont 
corrompu du Grec. Cependant les liv^res que les Arabes, Pcrfans & Turcs ont 
compofés fur cette fcience , ne portent gueres ce titre. 

L'Ouvrage Géographique d'Ebn Eifaker efl intitulé Efchraf dla mârefat al 
athrdf. 

Al Balkhi a nommé le fien Takovim d beldd , & Abulfeda, Takovhn alboldan. 

Al Birouni a intitulé le fien Canoiin, & Scherif Al (£dri(îî a donnné le nom 
de Nozehat al Mofchtàk à celui dont l'abrégé nous eit connu fous le nom de 
Géographie Nubienne. " ■ 

Nous avons le Ahfan al tecajjîm fi, mârefdt ai akdlim de Mucdcjfi , & plufieurs 
autres dont il efl; fiiit mention dans cet ouvrage fous divers titres. 

Les Anciens Perfans ont eu une Carte Géographique de Manés l'Herefiarque, 
laquelle portoit le nom de Sourat rohoû meskoim, c'eft-à-dire , la Figure , ou la 
difpofition des quatre quartiers de la terre habitable. L'Auteur du Lebtarikh 
en fait mention dans la vie de Schabour Al Aktâf qui ell Sapor aux épaules , 
Roy de Perfe de la quatrième dynaftie. 

Les Mufulmans ont une Géographie fabuleufe tii'ée de l'AIcoran, laquelle efl: 
fuivie par leiu-s anciens Dofteurs qui fe font attachez plus fcrupuleufement à la 
doftrine groffiere de leur faux Prophète. 

Roger, fécond Roy de Sicile, avoit un globe terreflre qui pefoit huit cent 
marcs d'argent. L'on dit que ce fut pour faire la defcription de ce globe, 
qu'Edriffi , dont les ancêtres s'étoient réfugiez d'Afrique en Sicile , compofa 
le traité de Géographie dont nous avons l'abrégé , & duquel il a été parlé 
ci-deiTus, 

GIAHANI ou Giaheni, Surnom de Màbad Ben Khaled, Chef de la fefte 
des Cadariens , qui eft une fubdivifion de celle des Motazales. f'oyez le titre 
de Mâbad. 

GlAHEDH, Celui qui a les yeux gros, ou à fleur de tête. C'efl: le fur- 
nom ou fobriquet d'un fameux Dofteur Mufulman., dont le nom étoit Abou 
Othman Amoud ou Amrou Ben Mahboub , natif de la ville de Baflbrah, d'où 
il pafla à Bagdet. 

Il fut difciple d'Abou Ishak Al Nadhâm, & chef de la fefte des Motazales; 
fon éloquence le faifoit admirer de tous , aufli avoit-il puifé dans les Auteurs 
Grecs , & fort étudié leur Philofophie. Il a lailTé plufieurs Ouvrages de Meta- 
phyfique que les Arabes appellent Elm al Kelam , la Science des paroles , ou 
des termes 

Les Schîites ou Seftaires d'Ali qui font amis des Motazales, lui donnoient dfc 

Q 3 groflis 



i^$ G I A L A I R- - — G I A L I N O U S. 

grolTes fommes d'argent, pour l'obliger d'écrire en leur faveur ; auflî compofa-t- 
il un livre dans lequel il ramafîa mille traditions ou récits qui étoient tous à l'a- 
vantage d'Ali. 

Ben Caircm rapporte un fentiment qu'il dit avoir été général parmi les Mu- 
fulmans, à fçavoir qu'il y a eu dans le Mufulmanifme, quatre hommes de lettres, 
qu'aucun autre n'a ni devancé , ni atteint. Abou Hanifah dans la Jurifprudence , 
Khalil dans la Grammaire, Giahedh dans la compofition, & Abou Temam dans 

la Poëfie. . 

Ce Docteur mourut à Bagdet l'an de l'Hegire 255, fous le Khalifat de Môtaz 
l'Abbaffide. Sa réputation fut telle que les Motazales , ou au 'moins une feéle 
d'entr'eux, portent le nom de Giahedhiah. 

GIALAIR, nom d'une tribu des Mogols qui fit mourir la Reine Menoul on 
avec huit de Ces enfans. f^oyez le titre de Caidou Khan. 

GIALALECAH. C'eft ainfi que les Arabes d'Efpagne appellent la Galice. 
Ceux qui font originaires de cette Province font appeliez Gialiani, comme Ab- 
dalmoLimen Ben Omar Al Andaloufi, Auteur du livre intitulé ^dab Al Soiouk , 
& d'un autre qui porte les noms de Divan Saghir, & de Mâafcheràt. Ce der- 
nier ouvrage ell dans la Bibliothèque du Roy n". 11 80. 

Cet Auteur mourut en Efpagne Tan 602 de FHegire. f^oyez fur le fujet de la 
Gallice la defcription du pays de Roum , tirée d'Ebn Alvardi, dam le titre de Roum if 
le titre de Galikiah , qui n'eji pas la Gallice d'Efpagîie , mais la Valachie. 

GIALDANIOUN en Arabe, & Gialdaniân en Perfien. Les Chaldeens, 
appeliez encore Cafchdaniân du mot Hébreu Cafchdira. 

GIALIANI. Voyez plus haut Giz\d.\ecz\i, . 

GIALIB, furnom de Mofleheddin Mofthafa Ben Khaireddin, qui eft Auteur 
d'un Commentaire fur le livre intitulé Efcharàt u al nadhair. Ce commentaire 
porte le nom particulier de Tanovir al azhar u al dhamair. 

GIALINOUS. Galicn. Mohammed Ben Caflem dit qu'il étoit Rhodien 
d'origine, qu'il naquit 60 ans après la mort de Jesus-Christ, 66$ après 
celle de Socrate, & qu'il mourut à l'âge de 87 ans. 

Il étoit fils , félon le même Auteur , d'un grand Géomètre , & a été le der- 
nier des Médecins du premier rang. Son père lui avoit laiffé de très -grands 
biens; de forte qu'il exerçoit gratuitement la Médecine, & ne prenoit aucune 
rétribution des Ecoliers qu'il inftruifoit. On dit même qu'il fournilîbit non feu- 
lement des remèdes , mais encore la nourriture à fes malades , ce qui fc doit 
entendre àes pauvres. 

Quant à fa perfonne, il mangeoit peu, jeûnoit fouvent, & aimoit fort la pro- 
preté. Il a compofé près de 400 traitez differens fur la médecine, lefquels ont 
été prefque tous traduits en Syriaque, en Hébreu, & en Arabe, & commentez 
par divers Interprètes. 

Honain Ben Ishak a traduit en Arabe la plupart de fes ouvrages. Nous 
avons dans la Biblothcque du Roy les Foffoul ou Aphorifmes, Menafé al addha^ 
de Tufagc des parties du corps. Fil ménage, du Tempérament, Tadbir al Sehnt , 

des 



G I A L K U N E H. G I A M. 127 

^es moyens de ^conferver Ja fiinté , Efiacfat , des Elemens , & plufieurs autres 
opufcules du même Auteur, traduits en Arabe par le même Auteur, dans les 
n^ 866 & 950. Et il s'en trouve aufli plufieurs dans la Bibliothèque du Cabi- 
net du grand Duc de Tofcane. 

Ebn Batrik dit qu'il étoit premier Médecin de l'Empereur Commode ; mais 
il eft certain airifi qu'il a lervi Antonin , & Marc Aurele. Abulfarage q'ui dit 
conformément au rapport des Auteurs Grecs, qu'il étoit natif de Pergame, cite 
un paflage de fes écrits , par lequel il paroît avoir eu des fentimens fort favo- 
rables aux Chrétiens. 

On lit dans les écrits des Mufulmans des éloges magnifiques de Galicn, & par- 
ticulièrement dans la préface du commentaire fur le Menafê alaâdha , qui eft 
dans la Bibliothèque du Roy n^. 866. Ce commentaire a pour Auteur Ben 
Abi Sadik, & on le trouve feparément dans la même Bibliothèque n"". 949. 

GIALKOUNEH, ce mot eft corrompu par les Arabes du mot Tchalghiou- 
neh qui fignifie en Perfien les quatre couleurs. C'eft le furnom de Mâbad 
Cadhi, dont il faut voir le titre. 

GIALOULAH, lieu de la Province de Khoraflan, où les Perfans furent 
défaits par les Arabes pour la féconde fois après la bataille de Cadefie fous le 
Khalifat d'Omar premier. Ce fut dans cette féconde journée fatale à la Mo- 
narchie de Perfe qu'Iezdegerd , leur dernier Roy , fut tué, Foyez le titre de 
Nihavend. 

GIALOUS, Ifle de la mer des Indes, dont les habitans font nègres, mar- 
chent nuds , & s'entremangent les uns les autres. Elle eft éloignée de deux 
journées de navigation de celle qui porte le nom d'Albinoman, Ces deux illes 
font au Midy de celle de Rami , laquelle félon Edriffi, a 700 lieuës de long, 
& n'eft pas beaucoup éloignée de celle de Serandib , que nous croyons être 
Zeilan , ou Sumatra ; û cette dernière eft Serandib , l'ifle de Rami fera Bornéo. 

GIALOUT, c'eft ainfi que les Arabes appellent celui qui eft nommé Go- 
liath dans le dix-feptième chapitre du premier livre des Roys, Et ils appellent 
Gialoutialï la dynaftie des Roys des Philiftins, qui rcgnoient en Paleftine, lorf- 
que les Hébreux y entrèrent. 

Ahmed Al Faffi dit dans fon livre intitulé Ketab Al Giamman, que ces Roys 
étoient connus fous le nom ou titre de Gialout , de même que les Roys d'E- 
gypte portoient tous en ce tems-là celuy de Pharaon , & que David défit le 
Gialout de fon fiecle , qui n'eft autre que Goliath , & extermina entièrement 
les Philiftins, dont les reftes fe réfugièrent en Afrique; & enfin que c'eft d'eux, 
que les Berber, peuples de la côte de Barbarie, font defcendus. 

GIAM, en Perfien fignifie une couppe ou verre à boire, & un Miroir. 
Les Orientaux qui fabriquent cette efpece de vafes ou uftcnciles , de toutes 
fortes de métaux auffi-bien que de verre ou de cryftal, & en plufieurs figures 
ditferentes, mais qui approchent toutes de la Spherique , donnent aulfi ce nom 
à un Globe celefte. Ils difent queJ'ancien Roy Giamfchid , qui eft le Salomon 
des Perfes, & Alexandre le Grand, fivoicnt de ces couppes, globes, ou miroirs, 

par. 



123 G I A M. G I A M A S B. 

par le moyen defquels ils connoifToient toutes les chofes naturelles , 6c quel- 
quefois même les furnaturelles. 

La couppc qui fervoit à Jofeph le Patriarche pour deviner , & celle de Neftor 
dans Homère où toute la nature étoit rcprefentée fymboliquement , ont pu 
fournir aux Orientaux le fujet de cette fiftion. Un Poëte Turc dit : Lorfquc 
j'aurai été éclairé des lumières du ciel, Giam Kiti olur giani: Fehem ider nilchê 
raz penhani^ mon ame deviendra le miroir du monde, dans lequel je découvri- 
ray les fecrets les plus cachez. 

GIAM Kiti Noma , Miroir qui reprefente le monde. C'eft le titre d'un 
livre Perfien traduit en Arabe fous le nom de MecaJJed alhehmt. Ce font des 
thcfcs de Philofophie tirées d'un ouvrage plus ample qui a pour titre Tohfat al 
Solthan , Prefent fait au Sultan. 

Ibrahim Al Hacalani Al Marouni, que nous connoifTons fous le nom d'Abra- 
ham Ecchellenfis , nous a donné cet abrégé traduit en Latin, mais l'édition du 
texte Arabe eft fort défeftucufe. 

GIAMAHERI, furnom d'Ahmed Al Hegiage Jofeph Ben Mohammed, 
mort l'an 158 de l'Hcgire. Foyez Hegiage. 

GIAMAHI, furnom de Mohammed Ben Salara , Auteur des vies des Poè- 
tes, fous le titre de Tabacat al fchoâra. 

GIAM AL ou GIEMAL, la Beauté. Gemal abâd, la belle ville, furnom 
que l'on donne en Orient à la ville de Cazuin, appellée vulgairement Casbin, 
qui a été autrefois la capitale de Perfe. C'eft ainfi que la ville de Florence a 
été qualifiée en Europe, Fiorcnza la Bella. 

Holagu , Empereur des Mogols ou Tartares , ayant envoyé à Casbin trois cent 
prifonniers qu'il y fit mourir , donna lieu au proverbe Perfien : On l'a envoyé 
à Gemal abad, c'efl-à-dire , à Casbin, pour fignifier on l'a fait mourir. Il a été 
remarqué dans le titre de Gcnnat que le mot de Gemalabad, qui fignifie la belle 
demeure, fignifie aufiî en Perfien le Paradis. 

GIAM ALI, furnom d'Ali Ben Mohammed Al Roumi qui mourut l'an 931 
de l'Hegire. Il éfl l'Auteur du livre intitulé Âdab Al Aotiffm^ c'efi:-à-dire , les 
Loix & les Coutumes qui regardent les Légataires, félon la Jurifprudence des 
Mahometans. 

GIAM AS B & Giamaft. C'efi; le nom d'un Philofophe Perfien de la fefte 
de Zoroaftre, qui efi; Auteur d'un livre Perfien traduit en Arabe, & intitulé. 
Livre du Philofophe Giamasb^ cojîtenanî les jiigemens fur les grandes conjonàions des 
planètes^ is' fur les évejiemens qiCelks produifent. Lali efl l'Auteur de cette tra- 
du6lion Arabe qui a été faite ou écrite l'an d'Alexandre 1592, de J. C. 1180. 

La Préface de ce livre porte, qu'après le tems de Zoroaftre, régna Kifchtasb, 
fils de Lohorasb , Prince très - puilîant , qui ne pofi'edoit pas feulement le pays 
d'Iran, mais encore celuy de Touran , & celui de Habafche, c'eft-à-dire, la 
Perfe, le Turkeftan & l'Ethiopie.; que fous fon règne fleuriflbit dans la ville de 
Ealkhc, fur les confins du Khorafi'an , un Philofophe confommé dans toutes fortes 
de fciences nommé Giamasb, Auteur de cet ouvrage, dans lequel font décrites 

toutes 



G I A M C O U D. ■ G I A M E. i^v, 

toutes les grandes conjon6èions des Planètes , tant celles qui l'avoient précédé 
que celles qui dévoient arriver après lui dans la fuite des fiécles , & où la fon- 
dation de toutes les Religions & l'origine des grandes Monarchies font mar- 
quées. Cet Auteur appelle toujours Zoroaflre, Nôtre Prophète. 

II y a des Hifloriens qui veulent que Giamasb, furnommé Al Hakim, c'eft-à- 
dire , le Sage ou le Philofophe , ait été frère de Kifchtasb , cinquième Roy de 
Perfe de la race des Pifchdadiens. 

GIAMCOUD &Giamcout, Ville fituée fous la ligne Equinoftiale vers 
l'Orient. Abdelmoal , Géographe Perfien , dit , qu'elle eft à l'extrémité du pays 
habité: ce qui fe doit entendre de nôtre hemifphère & des climats fituez dans 
la latitude Septentrionale; ou bien de toute la terre, félon le fentiment des an- 
ciens Géographes Grecs , qui ne croyoient pas qu'il y eût des peuples , ni au- 
cun lieu habité au de-là la ligne Equinoftiale. 

Il faut avouer qu'il y a peu de Géographes Orientaux qui en aycnt fçu plus 
que les Grecs; car ceux qui parlent du nouveau monde, qu'ils appellent Agiaib 
al makhlovcât , les merveilles des créatures , ce n'efl qu'avec beaucoup d'ob- 
fcurité, & de la même manière que Platon a parlé de l'Ifle Atlantide, que l'on 
croit avec affez d'apparence être l'Amérique. 

GIAME & Giamî. Ce mot fe prend en Arabe pour deux chofes fort diffé- 
rentes , pour un temple & pour un livre ; cependant l'un & l'autre tire fon 
origine de Giemâ, qui lignifie alfembler, ce qui fe fait dans un temple, auflî- 
bien que dans un livre. 

Giamê Al Acfa fignifie le Temple de Jerufalem , à caufe que l'on y vient 
& que l'on s'y aflemble des lieux les plus éloignez, 

Giamê Béni Ommiah , le Temple des Ommiades , c'ell le temple de Damas, 
dédié à Zacarie & à faint Jean Baptifte par les Chrétiens , & profané par les 
Mahometans, qui en ont fait une célèbre JSIofquée , augmentée & enrichie par 
les Khalifes de la race des Ommiades. 

Saddi dit, qu'il avoit fait fes prières dans cette Eglife fur le tombeau d lahia 
le Prophète; c'efl ainfi que les Mufulmans appellent faint Jean Baptifte. 

Giamê eft proprement le temple principal d'une ville , dans lequel on s'as- 
femble pour faire la prière folemnelle, & pour entendre la prédication. Les 
Mufulmans donnent cependant plutôt le nom de Mefged, qui fignifie lieu d'a- 
doration, aux Temples de Jerufalem & de la M«cque, que celuy de Giamê. 

G-IAME Al Mofredât, Colleftion ou Recueil des médicamêns fimples. C'cil 
le titre du grand ouvrage d'Ebn Beithâr fur les plantes, ^oyez Beithâr. 

Cet ouvrage eft en quatre volumes , & fe trouve fouvent cité fous le nom 
de Ketab al mofredât, livre des Simples. 

GIAME Al Kebir, la grande Collcftion, c'eft un Recueil de traditions Mu- 
fulmanes authentiques , c'e'ft pourquoy on lui donne aulîi le nom de Giamê Al 
Sahih, le Recueil fincère. L'Auteur de cet ouvrage eft Abou Ilfa Mohammed 
Ben Ilfa, furnommé Al Tcrmedi, mort l'an 279 de l'Hcgire. 

L'on dit que ce Dofteur, après avoir compofé fon livre, l'envoya aux Doc- 
teurs de l'Arabie , de l'Iraque & du Khoraffan , pour avoir leur approbation 
avant que de le publier , & que tous l'approuvèrent avec cet éloge : Quicon- 

ToME IL R que 



130 G I A M E A L S A G H I R. . G I A M E. . 

que aura ce livre chez foy , peut faire état qu'il a chez foy le Prophète qui 
lui parle. 

Ifmâil Al Bokhari a fait un ouvrage , qui traite le même fujet & qui porte 
aulli le même nom. 

Il y a plufieurs autres Giamê Kebir ou Colleftions générales fur différens fu- 
jets. Il y en a plufieurs fur les loix Mufulmanes, fur la Philofophie , fur l'A- 
itronomie & fur f Hifloire. Voyez le livre intitulé Kafchf al dhonoun dans la 
lettre Gim. 

GIAME AL SAGHIR, la petite Colleclion. Alfoiouthi en a fait une 
fur les traditions par ordre alphabétique, & Scheibani une autre fur les Foroû, 
ou points de droit & cas de confcience. 

GIAME Al Hckaidt u Lamé al revaiàt , Recueil hilloriquc , compofé en 
Perfien par Gemaleddin Mohammed Al Aouki , & traduit en Turc par Ebn 
Mohammed Ben Arabfchah, Précepteur du Sultan Morad Khan, vers fan 840 
de l'Hegire , qui eft de J. C. 1436. Le Sultan Mohammed , fécond du nom , 
fils de Morad , le fit traduire de nouveau par Negiati Al Schaêr , qui mourut 
l'an 914, & Bajazet , fécond fils de Mahomet , en fit faire une nouvelle ver- 
fion Turquefque par Saleh Ben Gelai , mort fan 973. 

GIAME Al Rafchidi , Pvccueil de plufieurs ouvrages, compofez par le fça- 
vant Rafchideddin Fadhlallah, Vizir d'Algiaptu , Empereur des Mogols de la ra- 
ce de Genghizkhan. Ceft un très-grand & fort gros volume , qui efi: dans la 
Bibliothèque du Roy, n°. i. Voyez le titre de Magmoû Rafchidiah. Ce recueil 
traite d'une infinité de matières différentes , & fut légué par l'Auteur au Collè- 
ge de la ville de Tauris avec une fondation confîdérable. 

GIAME Al Taovarikh ou Al Tevarikh. C'efl: une hifi:oire de la famille & 
de la race de Genghizkhan , depuis Japhet , fils de Noé , jufqu'à Algiaptu , com- 
pofée en Perfien par le même Vizir Rafchideddin , dont nous venons de voir 
un autre ouvrage. 

L'Auteur dit, qu'il commença fon ouvrage jufiiement au tems de la mort de 
Gazan Khan, Empereur des Mogols, l'an 714 de l'Hegire, qui efi: de J. C. 
i'>i4, & que fon fils nommé Mahmoud Khodabendeh , qui lui fucceda ,, voulut 
qu'il continuât fon ouvrage & «^uil lui donnât fon propre nom , en y ajou- 
tant tout ce qui i:onccrnoit les provinces & les Etats , non feulement des Mo- 
ools & des Turcs Orientaux, mais encore des Cathaiens, des Chinois, compris 
fous les noms de Tchin & Marfchin, de Cafchmir, des Indes, des Juifs, des 
Melahcdah, c'eft-à-dire , des principautez que quelques impies, & gens fans 
Reli'ïion ont établies, & des Afrange , c'efl:-à-dire, des Francs ou Européens. 

Si cet ouvrage, que je n'ay point vu, étoit exaft pour les'chofes de l'O- 
rient & du Septentrion , l'on pardonneroit aifément à fon Auteur les fautes 
qu'il aura fans doute commifes en parlant de l'Europe. 

GIAME Al Dakaik fi Kafchf Al Hakaik, c'efl un cours de Philofophie, qui 
a été compofé par Mohammed Al Giouini , Vizir des Sultans Mamkics d'E- 
gypte. Il cft dans la Bibliothèque du Roy, n*^. 907. 

GIAMI, 



G I A M I. G I A M M A A T. 




niers 

peu 

fan. Il vivoit fous le règne du Sultan Hu/Tain Baicara , Prince "ïifu de Ta' rice 

de Tamerlan, qui regnoit en Khoraiîaii dont la ville de lierat étoit pour lors 

la capitale. 

Ce Poëte , qui étoit regardé d'ailleurs comme un Dotrcur célèbre de la loy 
Kkifulmane , étoit connu & carefTé de tous les Princes ci- fon Cécle. Il dédia 
même un de fes ouvrages, intitulé Erfchad, Inflrudion, d Mohammed Khan AI 
Fatheh , c'eft-à-dire , à Mahomet Second , Sultan des Othomans , fiirnommé le 
Conquérant. 

Les principaux ouvrages de Giami font un Divan en vers , dont le flyle eft 
du genre fublime, & contient toute la Théologie myftiqu^ des Mufulmans"; & 
le Bahariftân ou Printemps , mèé de Profe & de vers , divifé en huit Raoud- 
hat ou Parterres , & dédié au Sultan HulFain Baicara. Il publia auffi le docte 
commentaire d'Ebn Hageb fur la Cafiah , qui ell une Gramr^iaire Arabique. Cet 
ouvrage d'Ebn Hageb ell dans la Bibliothèque du Roj' , n''. 1082 & 1083. 

Nous avons encore de cet Auteur le Roman de Jofepli & de Zoîeikhah en 
vers Perfiens, & plufieurs bons mots, rapportez dans le Defcer Lathaif de La- 
mai. Giami mourut l'an de l'Hcgire 888, ou, félon quelques Auteurs, l'an 891, 
qui efl: le i486 de J. C. 

On rapporte de Giami , que le Poëte nommé Deilieki lui raconta un jour 
toutes fes proueffes , en matière de combats d'cfprit , qu'il avoit foûtenus con- 
tre d'autres Poètes î^s concurrens, & diiant d'un ton fort animé: J'ai répondu 
ainfi à Khofrou, & d'une telle manière à Kemal. J'ai rendu Zehir muet & Sel- 
man tout confus. Giami yoj^ant cet homme fort échauffé , lui répondit froide- 
ment : Vous avez fort bien répondu" aujourd'hui ; mais avez -vous fongé à ce 
que vous devez répondre demain. L'aujourd'huy & le demain, chez les Orien- 
taux, fignifient la vie préfente & la vie future, comme il a déjà été remarqué 
cy-deffus. 

'Un homme d'Ifpahan, qui vantoit extrêmement toutes les chofies de fon pays, 
& méprifoit les autres , ayant dit à Giami , qu'il y avoit à Ifpahan des melons 
d'une grolfeur fi extraordinaire, qu'un homme y étant aflîs, ne touchoit pas la 
terre avec fes pieds, il lui répliqua auffi - tôt : Nous n'avons pas véritablement 
dans la ville de Herat de fi gros melons ; mais en échange , il y a des navets 
qui font auffi long que des gaules. 

Un autre de Samarcand louant beaucoup une forte de raifin de fon pays, ap- 
pelle Rifch Baba , Baxbe de Père , Giami lui demanda , fi cette efpèce furpaf- 
foit,en délicatefl'e, celle que l'on nomme dans le Khorafiân Khaieh golamân, 
Bourfes de Mores. Le Samarcandois lui ayant répondu que non: Giami lui dit 
auffi-tôt: Il efi: donc clair, que les Bourfes de nos efclaves valent mieux que les 
Barbes de vos Pères. 

Voyez dans le titre d'ÏQzià ou de Mezid, une autre repartie fort ingénicufc du 
même GiamL , 

GI AMMAAT.Azzeddin ou Ezzeddin Mohammed Ben Abibecr Ben Giammâat 
Al Kenani, qui mourut l'an 819 de l'Hegire , eft l'Auteur du livre intitulé Of- 
foui fi fanâaî Al Douais. Voyez le titre de Keaart. 

R 2 Le 



132 G I A M s C H I 0. 

Le mot de Giammaât ou Giammeât fignifîe proprement l'afTemblée des Mufiil- 
mans, c'eft-à-dire , pour parler abufivement, l'Eglife de? Fidèles. 

Les Mahometans citent fur le fujet de leur alFemblée Religieufe deux maxi- 
mes , prononcées par deux des plus anciens & des plus autorifez Dofteurs du 
Mufulmanilme. 

La première eft d'Ebn Maflbûd , qui dilbit , Laljfa al gîamdât bekethrat alnas , 
raffemblée Religieufe ne confilte pas dans la multitude des perfonnes. Man kan 
vidalio alhak fahou algiamdât u en kan çvahedhoj celui qui a la vérité de fon cô- 
té, eft l'Eglife, encore bien qu'il foit feul. 

La féconde eft de Sofîàn Thouri, dont le fens eft prefque le même. Jl gia- 
viddî al dlem u laou âla ras algiabal. - L'homme fçavant & éclairé eft l'alfem- 
blée, encore qu'il foit fur la çrouppe d'une montagne. 

Ces fentimens font fort favorables aux Seftaires ; c'cft pourquoy il ne faut 
pas s'étonner s'il y en a tant parmi les Mahometans. yoyez cependant fur la fin 
du titre rf'Ali , ce que ce Khalife difoit , ou ce que les Sonnites lui font dife par 
rapport à czux de fa Secte. 

GIAMSCHID, quatrième Roy de la race ou dynaftie des Pifchdadiens , 
qui eft la première des Roys de Perfe , étoit frère ou neveu de Tahamurath 
fon prédéceftcur. Son nom propre étoit Giam ou Gem, <^ on y ajouta celuy 
de Schid, qui, dans la langue des anciens Perfans, fignifie le -Soleil , à caufe de 
la grande beauté & majefté de fon vifage , qui éblouiffoit les yeux de tous ceux 
qui le regardoient fixement, ou bien, félon quelques Auteurs, à caufe de l'é- 
clat de fes grandes aélions. 

Un des plus illuftrcs monumens de fon règne , eft la ville d'Eftekhàr , dont 
Tahamurath avoit déjà jette les fondemens. Cette ville eft celle qui fut con- 
nue depuis par les Grecs fous le nom de Perfepolis , dont les ruines portent 
aujourd'huy celuy de Gihil menâr ou Tchilminâr, c'eft-à-dire, les quarante co- 
lonnes. Giamfchid donna à cette ville une enceinte prodigieufe , que Ton dit 
avoir été de douze parafanges, qui font 24 lieues Françoifes , parce qu'il y en- 
ferma non feufement un grand nombre de Palais «Se de maifons de plaifance ; 
mais encore plulieurs grands parcs & terres labourables. 

Cette grande ville étant achevée, il y fit fon entrée & y établit le fiége de 
fon Empire , ce qui étant arrivé au même moment que le Soleil entroit dans 
le figne du bélier, ce jour nommé par les Perfans Neuruz, c'eft-à-dire, le nou- 
veau jour, parce qu'il eft le premier du printems, fut fixé pour le commence- 
ment de f année Perfienne, qui eft purement foîaire. 

L'Auteur du Giamê al tavarikh rapporte , qu'en fouillant les fondemens de 
la ville d'Eftekhàr , l'on trouva un vafe de Turquoife qui contenoit quatre li- 
vres ou deux pintes de liqueur. Ce vafe fi précieux fut nommé par excellen- 
ce Giamfchid, qui fignifîe en Perfîen le vafe du Soleil, & quelques-uns ont cru 
que ce Prince en a tiré fon nom. Mais quoy qu'il en puifie être , il eft cer- 
tain , que les Poètes Perfiens parlent fouvent du vafe ou de la couppe de Giam , 
qui eft le même que Giamfchid , & l'allégorifent en mille manières différentes, 
le faifant tantôt le fymboîe de la nature & du monde, comme les Grecs ont 
fait celui de Neftor, tantôt celuy du vin pour autorifer leurs débauches , quel- 
quefois celuy de la divination & des augures , & enfin de la cbyraie & de la 

pierre 



G I A M s C H r D. ,33 

pierre philofophale ; car les Chymiflcs ne manquent jamais de la trouver par- 
tout où ils croj'cnt y avoir quelque myftère caché. 

Ce Prince , après avoir fournis à fon empire fept grandes provinces de la 




tel & de mériter les honneurs divins. Pour fe les attirer , il fit faire plufieurs 
ftatuës de différentes matières , qu'il envoya dans les provinces de fon .Empire , 
& contraignit les peuples de les adorer fous fon nom. 

Le Dieu tout-puilfant & feul adorable, voulant abbatre l'orgueil de ce Prin- 
ce, luy fufcita auflî-tôt un terrible ennemi dans fa propre famille, qui fut Sche- 
dâd, fils d'Ad, Roy d'Arabie fon neveu; car ce Prince ambitieux prenant pour 
prétexte l'impiété "de Giamfchid fon oncle , envoya une puilfante armée contre 
lui fous la conduite de Zohak , fils d'Okian. Ce Capitaine n'eut pas grand' pei- 
ne à combattre Giamfchid : car il le prit au dépourvu , & défit aifément des 
troupes qu'une longue paix avoit amollies, & fait oublier entièrement le métier 
de la guerre : c'ell ce qui obligea ce Prince à prendre la fuite & d'abandonner 
fes Etats à l'ufurpateur. 

Giamfchid ainfi dépouillé , entreprit pendant fon exil de faire , félon le rap- 
port de quelques Hiiloriens , tout le tour de la terre habitable, ce qui a fait 
croire à quelqu'un d'entr'etLX, que ce Prince eft le même que l'ancien Dhulcar- 
nein , duquel il effc parlé dans l'Aicoran , & qu'il faut diftingucr d'Alexandre le 
Grand, auquel on. a- donné le même nom, à caufe de fes grandes conquêtes. 
Khondemir. Voyez les titres de Dhulcarnein 6? (fEfcander. 

Le Tarikh Monteklieb dit , que ce Prince fut renommé pour fa fagefie ,. & 
qu'il rangea tous fes fujets en trois claifes. La première fut celle des gens de 
guerre. La féconde comprenoit ceux qui cultivoient la terre ; &; il reduifit fous 
la troifième ceux qui exerçoient les arts libéraux ou méchaniques , qui furent 
pour la plupart inventez de fon tems. 

La mufique des voix & des inilrumens, & l'aftronoraie doivent leurs commen- 
cemens à Pythagore & à Thaïes , que l'on dit avoir été contemporains de ce 
Prince , & "le même Auteur ajoute , qu'il fit bâtir des greniers publics pour y 
amalfer & conferver des grains , qui ne dévoient fervir à la nourriture de fes 
fujets , que dans les années de difette & de famine , & qu'ayant obfervé que 
la boiflbn du vin avoit rendu la fanté à une de fes femmes qui étoit malade , 
il en rendit l'ufage public. 

Après fa mort , la Reine Feramak , fa femme , fauva Feridoun fon fils des 
mains de Zohak, & le tint caché pendant plufieurs années , jufqu'à ce qu'étant 
plus avancé en âge, il pût, comme il fit enfuite par le fecours de Gao , déli- 
vrer la Perfe des mains de ce Tyran. 

L"" Auteur du Lcbtarikh rapporte , que Giamfchid donna à lli nouvelle ville 
d'Ellekhâr douze parafànges de longueur fur dix de largeur , qu'il fonda aufïï 
celles de Thous en Kiiorafl;àn , & de Hamadan dans l'Iraque Perfienne , & que 
c'efl à lui que l'on doit attribuer la conltruftion du pont de pierre fur le Ti- 
gre, dont la ftrufture étoit. merveilleufe. L'on dit, qu'Alexandre le Grand aj-anC 
confideré ce pont , l'admira , & qu'après avoir dit que c'étoit le plus grand ou- 
vrage des anciens Roj's de Perfe, il commanda qu'il fût démoli. 

Cependant cecy ne fe rapporte pas à ce que Saâdi dit dans fon Guliftan , 

R 3 qu A- 



154. G I A M S C H I D. 

qu'AleXâllcîre avoit acquis une gloire incomparablement plus grande que tous fes 
prédécefTeurs , en ce qu'il n'avoit pas permis que l'on ruinât aucun de leurs 
ouvrages. 

Si cela eft , le tems n'a pas. épargné ce qu'Alexandre avoit cru devoir con- 
fcrver- car enfin ce pont ayant été renverfé, Ardlchir Babeghan ou Artaxerxe, 
fondateur de la quatrième dynaftie de Perfe, connue fous le nom des Safanides 
ou des Kofroes , entreprit de le rebâtir ; mais n'ayant pu y reuflîr , il fe con- 
tenta d'en faire un de bateaux liez enfemble par des chaînes de fer , qui a 
fubfiflé fort long -tems. On met encore, fous le règne de ce Prince, l'in- 
vention de la chaux & du plâtre , celle des bains & des étuves publiques , des 
tentes & des pavillons , & même celle de pêcher des perles dans le fonds de 
la mer. 

Le Neuruz qu'il inftitua, comme nous avons vu, le premier jour du prin- 
tems , ayant reculé dans Tannée Iblaire faute de Bilfextile , fut remis fous le 
Khalifat du Moftadhi du quinzième degré des poiifans ;, où il fe trouvoit , au 
premier degré du Bélier ; & Ulug beg remarque , que de fon tems le Neuruz 
commun & populaire étoit toujours au premier jour du mois de Feruardin j 
mais que le propre & véritable ne tomboit qu'au fixième jour du même mois. 

L'Auteur du livre , intitulé Himaiiin Nameh , dit , que ce Monarque atten- 
tif à confidérer les ouvrages de la nature & du Créateur, apprit des' abeilles, 
à établir des gardes de fa porte & de fa perfonne , des rondes , & des fenti- 
nelles , des huiflîers de fa chambre , & enfin un trône de majeflé & un tribu- 
nal de jullice. 

Saâdi veut auflî, que ce Prince ait non feulement divifé les hommes en plu- 
fieurs états & profeffions , mais qu'il les ait encore diftingués par des habits & 
par des coëff'ures différentes. On lui attribue' auffi, d'avoir introduit l'ufage de 
porter des anneaux au doigt , pour cachetter les lettres & autres acles , nécef- 
faires dans le commerce de h vie & pour l'entretien de la fociété. 

Il donna à la main gauche la préférence qu'elle a toujours maintenue jufqu'à 
préfent dans l'Orient , & comme l'on s'en étonnoit , il donna , pour raifon de 
fon ordonnance , qu'il fuffifoit à la main droite , d'avoir l'avantage d'être la 
droite, & qu'il falloit honorer la gauche pour faire quelque forte de compen- 
fation. 

Le Tarikh Cozidéh donne à Giamfchid , Anougihân , frère de Tahamurath , 
troifième Roy de la race des Pifchdadiens, pour père, & faifant allufion à fon 
nom, dit, que lorfqu'il monta fur le trône de fon oncle , l'on pût dire, que le 
Soleil plus éclatant qu'à l'ordinaire s'étoit levé fur l'horizon de la Perfe , tant 
il l'orna par fes vertus & l'embellit par fes ouvrages. 

Prefque tous les Hilloriens donnent fept cent ans de règne à ce Monarque, 
après lefquels il fut dépouillé de fes Etats , & en emploj-a cent autres à voya- 
ger. Quelques - uns cependant écrivent , qu'il fut fait prifonnicr par Zohak & 
fendu ou coupé en deux, par l'ordre de ce Tyran. 

Khondemir donne à Giamfchid pour minières deux grands pcrfonnages, l'un 
Juif & l'autre Grec. Le premier fe nommoit Fael Ifllif Rabban , & le fécond 
Fithagorcs , qui efi; Pythagore , dont Teixera a fait les deux noms de Fitha & 
de Gores. Il dit aufîî, qu'il faifoit fon féjour ordinaire dans la province de Se- 
?eflan, qui éll une des plus méridionales de la Perfe. 
^ GIAN 



GIAN. 13^ 

GIAN & Giân Ben Giân. C'ell le nom d'un Monarque de cette efpèce de 
créatures que les Arabes appellent Gian ou Ginn , les Perfans Giannian & Gin- 
nian, les Turcs Ginniler , & Ginler. Le Tarikh Thabari dit, qu'il étoit Mo- 
narque des Perl ou Féez , qui ont gouverné le monde pendant deux mil ans, 
après lefquels Eblis fut envoj'é de Dieu pour les chafTcr , & confiner dans une 
des parties du monde les plus reculées, à caufe de leur rébellion. 

L'hiftoire de Tahmurath en Turc fait fouvent mention de cette efpèce de 
créatures , laquelle a été enfin exterminée par de fréquentes guerres , & dans 
l'Epitaphe de Kaiumarath , premier Roy de Perfe & Empereur de tout l'O- 
rient, il efl fait mention de Giân Bon Giân en cette' manière: Qu'efl: devenu 
le peuple de Gian, fils de Gian: Regarde ce que le tems en a fait. 

Les expéditions militaires & les ouvrages fuperbes de ce grand Monarque font 
couchez dans le Tahmuras Nameh,-& les Pyramides d'Egypte, félon la tradition 
des Orientaux , font des monumens de fà grande puiifunce. ^oycz les titres de 
Ahrâm 6? de Éhram, cf ceux de Div âf de Péri. 

Le Bouclier de Giân Ben Giân effc auflî fameux parmi les Orientaux , que 
celuy d'Achille parmi les Grecs. Il a été dans les mains de trois Salomons con- 
fécutifs qui s'en font fervi à exécuter des exploits merveilleux", mais fabuleux. 
Il tomba enfuitc dans celles de Kaiumarath , qui le laifia par fucceffion à fon 
fils Siamek, & celui-cy à Tahmurath, furnommé Divbend, c'cft-à-dire, le vain- 
queur des Géants; car c'efl ainfi qu'en parle le Kaiumarath Naméh. 

Ce bouclier étoit fort myfterieux; car outre fa compofition , dans laquelle le 
nombre de fept fe rencontre , foit à l'égard des peaux qui le couvroicnt , ou 
des cercles qui l'environnoient , il avoit été fabriqué par art Talifmanique ou 
Aftronomique : enforte qu'il détruifoit tous les charmes , & tous les enchante- 
mens que les Démons ou les Géans pouvoient faire par l'art Goetique ou Ma- 
gique. 

Ces Salomons , dont il eft icy parlé , font des Monarques univerfels de toute 
la terre habitable , & même des Ginnes , comme l'on peut voir dans le titre de 
Soliman. 

Bénou ou Béni al Giân , font les Efprits ou les Génies , qui ne font ni An- 
ges , ni Diables, c'eft-à-dire, les Intelligences feparées avant que quelques-unes 
d'entr'ellcs eulfent prevariqué , & pendant qu'elles étoicnt , comme difent les 
Théologiens, dans la voie , in Jîatu via , c'eft-à-dire , en état de pouvoir mé- 
riter ou démériter. 

Plufieurs de nos Docteurs ont cru , que cet état n'a duré qu'un moment ou 
un inllant, comme ils parlent, après leur création: mais les Orientaux ne font 
pas de cette opinion ; car ils croyent que cet état a duré fort long-tems avant 
la création d'Adam, & que pendant ce tems -là ils ont rempli & gouverné le 
monde , qu'ils fe font fouvent révoltez & ont été fouvent châtiez , jufqu'à ce 
que Dieu ne les pouvant plus fouifrir, refolut de créer l'homme & de l'établir 
fon vicaire fur terre. 

Ils difent auflî, qu'une partie de ces créatures refufant de s'affujettir à Adam, 
furent reprouvées avec leur chef, nommé Eblis, que nous appelions Lucifer. 
L'Alcoran parlant de ces efprits dit , que Dieu les avoit créez avant Adam , de 
la matière d'un feu ardent & bouillonnant , & qu'ils ne voulurent pas fe foû- 
mettre à l'homme créé ou formé de la terre. 

U 



136 G I A N. -^— G I A N B I T A H. 

Il y a un livre Arabe , intitulé Jkàm al mergiân fi ahcam al gian. Pièces de 
corail amafTées, fur ce qui regarde les Ginnes ou Génies. 

GIAN, furnom de Mohammed Ben Hafîan , Précepteur d'Amurath , fils de 
Selim , Sultan des Turcs Ochmanidcs , Auteur du livre intitulé Bahagiat al afrar, 
les plus beaux fccrets; c'elt un livre curieux, plein d'exemples rares & de pré- 
ceptes moraux. 

GIANABI, Soliman Ben HafTan , furnommé Aboufaîd Al Gianabi , eft un 
fameux Kharegite ou Rebelle , lequel ayant- ramafTé plufieurs gens fans aveu , 
dans les provinces d'Iemamah & de Baharain en Arabie , vint dans l'Iraque Ba- 
bylonienne & s'empara des villes de BalTora & de Coufa. 

Après cette conquête, il eut la hardieffe de fe préfenter devant Bagdet & de 
faire infulte au Khalife Moftader, qui y regnoit pour lors l'an 313 de l'Hegire, 
puis fe retirant peu-à-peu, il fit combler de fable tous les puits qui avoient été 
creufez fur le chemin de la Mecque pour la commodité des pèlerins. 

L'an 317 de la môme Hégire , il vint à la Mecque au tems que les Pèlerins 
y étoient affemblez, en tua un grand nombre, pilla la ville pendant fept jours, 
emplit le puits de Zemzem, qui eft fi fort efi:imé par les Mufulmnns, de cada- 
vres & enleva la pierre noire , qui étoit la pièce la plus vénérable du temple 
de la Mecque; en forte que le pèlerinage de ce temple, qui eft le fixième arti- 
cle capital de la Religion Mufulmane, fut fupprimé. 

Gianabi efl auflî le furnom d'Abou Mohammed Mofthafa Ben Seid Haflan Al 
HolTeini , Hiflorien célèbre , qui a conduit fon ouvrage depuis la création du 
monde jufqu'en l'an 997 de l'Hegire, qui elt le 1588 de J. C, fous le règne d'Amu- 
rath, troifième fils de Selim , fécond Sultan des Turcs. Cette Hifioire efl inti- 
tulée Bakar alzakhâr u êlm al tebâr, & contient, en deux gros volumes, 82 fec- 
tions, dont chacune comprend une dynaft:ie particulière. Elle a été abrégée & 
traduite de l'Arabe en Turc. Cet Auteur mourut l'an 999 de l'Hegire, de J. 
C. 1590. 

L'Auteur du Kafchf al dhonoun écrit , que quelques-uns donnent à ce livre 
le titre d' Elm al Zakher^ Icience llirabondantc ; mais que fon véritable nom eft 
Bahar al Zakhâr, qui fignifie une mer pleine & enflée j & ajoute que c'eft l'hif- 
toire la plus ample que les Mufulmans aycnt. 

GIAN BAL AT H, nom propre d'Al Malck Al Afchraf Caictbai , vingtième 
Roy de la dynaflie des Mamlucs. Circafli-ns , lequel ayant été mis à la place 
d'Al Malek Al Dhaher Canfou , dèpofé l'an 905 dé l'Hegire , fut auflî dcpo- 
fé luy-mcme, l'an 906, qui efi: le 1500 de J. C. , après un peu plus de fix 
mois de règne. 

GIANBITAH, nom d'une ville, qui pafle pour être la plus grande de tout 
le pays de Habafchah , qui efi: l'Ethiopie , quoy qu'elle foit bâtie en quelque 
façon au milieu d\m défert. Elle eil fort peuplée & a plufieurs villages fituez 
fur une rivière, qui prend fa fource au de-là de l'Equateur & qui le rend dans 
le Nil , en coulant vers le couchant d'Eilé , auprès d'une ifie & d'une ville qui 
font toutes deux nommées lalak. Il y a des Géographes , dit Edrifli dans la 
cinquième partie de fon premier climat, qui prennent le fleuve qui pafle à Gian- 
bitah pour le Nil 5 mais ils fe trompent. 

GIANL 



G I A N I. G I A R M A G I N. 137 

GIANI. II y a trois Auteurs qui portent ce nom. Le premier cfl Abou 
AbJallah Mohammed Ebn Malck Attlui, natif de Damas, Auccu.- di Tashil al 
faouaid. yoyez ce titre. 
. Le fécond eft Baflbr Giani. Foyez fou titre. 

Le troifiè:ne eft Manfor Ben Omir A! A lih , natif d'ffpahan , & mort Tan 
416 de l'Hegire, qui eft Autour d'Aful u taifarufaa , c'cft-à-cii.-c , des verbes 
Arabes & de leurs conjugaifons. 

GIANKOVA, Ville de la Chine, diftante de celle de Khancu , de huit 
journées de chemin, félon Edriifi, dans la neuvième partie de fon premier climat. 

GIAR ALLAH, furnom de Mahmoud Ben Omar Al Zamakhfchari , qui 
mourut l'an 538 de l'îlegire. Ce furnom, qui fignifie Voifin de Dieu , lui iat 
donne, à caufe qui! palla la plus grande partie de fa vie à la Mecque au.>. es 
du Temple que les Mufulmans appellent Beit Allah, la Maifon de Dieu, il 
étoit natif de la ville de Zamakhfcaar en KhoralTtn. Foy^z ce titre. Il eft Au- 
teur du livre intitulé ^J]as al beldgat , les fondemens de l'Eloquence. 

GIARAFIAH, les Arabes ont ainfi nommé la Géographie de Ptolemce, 
qu'ils ont traduite en leur langue. Foyez -le titre d: Bathalmious. Ebn Alvar- 
di cite fouvent cet ouvrage de Ptolemée . 'dans fon livre inlituié Kcricat al 
âgiaib, le Joyau des choies les plus curicufes. l'oy:z aujji le titre de Giagratiah. 

GIARBADKHANI, furnom de Najibeddin, Auteur Perfien, qui a com- 
pofé le Roman de Befchir ve Hend. . Ce font les amouis 6l les avantures de 
Befchir & de HenJ ou Hindah , qui font un de ces. couples d'Amants fameux 
dans l'Orient. 

GIARBURDI, furnom de Fakhreddin Ahmed Ben Haftan, qui eft Auteur 
d'un commentaire fur -le Tasrif d'Ebn Hageb. Ce livre eft dans la Bibliothèque 
Royale, n<^. 1087. 

GIARHI, furnom d'un Dofteur Mufulman ce!èbre pour fa piété, nommé 
ordinairement Aboulfaâddt, qui eft l'Auteur du Daovat Fatehah, Traité fur l'ex- 
cellence du premier chapitre de l'Alcoran, nommé Al Fatehah» 

GIARIR. Ebn Giarir, eft un des noms du fameux Hiftorien Abou Giàfar 
Al Thabari, Foyez le titre de Thabari. Les Perfans le nomment fouvent au/H 
en leur langue Pefter Giarir , le Fils de Giarir. 

Il y a un Giarir ou Giorair , qui eft aufîi fameux pour fa beauté parmi les 
Arabes, que Jofeph l'a été parmi les Hébreux. 

GIARMAGIN & Giurmakin, Père & Chef de la race des Sahiout chez les 
Mogols. Foyez le titre de Baifancor. 

Les Giarraacides ou Giurmacides ont fait autrefois des incurfions dans la 
Perfe & dans la Méfopotamie , plufieurs fiécles avant le Mahometifme. Les 
hiftoires Orientales portent , que l'Empereur Carinus fut défait & tué par ces 
peuples, qui s'étoient en ces tems-là rendus maîtres de Mouflal ou Ninive. 

Tome II. S GIARMANI, 



130 G I A R M A N I. G I A S S A S. 

GIARMANI, furnom de Mohammed Ben Ali, Auteur du livre intitulé M 
Efchdrdt u Al Tafchhehat, des Métaphores & des fimilitudes, c'eft-à-dire, en gê- 
nerai, un livre de Rhétorique, qui traite des Tropes ou Figures. Nous avons 
aufli de luy un Scharh ou Commentaire fur les Arbain ou 40 Traditions. Cet 
Auteur mourut Fan de l'Hegire 729. 

GIAROUMIAH, Grammaire Arabique, qui tire fon nom de fon Auteur, 
nommé Abou Abdallah Mohammed Ben Mohammed Ben Daoud Al Sanhagi , 
lequel eft plus connu fous le nom d'Ebn Giaram & de Giaroumi. Ce livre efl: 
dans la Bibliothèque du Roy, n". 1042, Manufcrit, & a été imprimé à Rome 
dans rimprimerie de Medicis , auffi-bien qu'une autre Grammaire appellée Ca- 
tiah. Cet Ebn Giaram eft auffi nommé Ben Agram. 

Il y a dans la Bibliothèque du Roy, ïf. 1085, un commentaire du Seid Ab- 
bas Azheri fur la même Grammaire. 

GIARRAH, furnom de Mohammed Ben Daoud, Auteur du livre intitulé 
Kctab Al l^ouzara^ le livre des Vizirs. 

GIARRAZ. Ahmed Ben Ibrahim Al Thabib Al Afriki , efl fouvent citd 
fous le nom d'Ebn Giarrâz. Il étoit Afriquain de nation & Médecin de pro- 
feOion. Nous avons de lui un traité des médicamens fimplcs , intitulé Etecàd 
fil ado'vidt al mofredat, & un autre des Médicamens compofez , intitulé Boghiat 
fil adoviat al morakkMt. Il mourut l'an 400 de t'Hegire. 

GIARVANI, furnom de Mohammed Ben Abdallah Ben Abd Manaêm Al 
Haffani Auteur du livre intitulé Kaoukab al mnfelirck fi ma iohtage al maouthek. 
Cet ouvrage enfeigne les conditions de toutes les efpèces de contrats licites par- 
mi les Mufulmans. 11 fe trouve dans la Bibliothèque Royale, n". 594. 

GIASCHNÏ, ce mot fignifie proprement en Perfien l'efTai & l'épreuve que 
l'on fait de la viande à de la boilTon , avant que d'en faire fon repas , & il 
fe prend métaphoriquement pour un échantillon de quelque chofe que ce foit. 
" Giafchni & Tchefchni ghir eft celui qui fait cet effai à la table des Princes. 
Les Turcs fe fervent de ce mot pour fignifier un des principaux Officiers du Sul- 
tan, qui eft proprement ce que nous appelions l'Echanfon. 

Giefchni ou Giefchen , fignifie autre chofe, comme l'on pourra voir plus bas. 

GIx\SMANIAH, Eglife de Jcrufalem , bâtie par Théodofe le Grand, fur 
le lieu où étoit le fepulcre de la iainte- Vierge, Mère de N. S. Elle fut brûlée 
par Khofrocs Parviz , Roy de Perfe , après qu'il eut pris Jerufalem fur l'Empe- 
reur Phocas , & n'a point été rebâtie , comme furent la plupart des autres qui 
avoient couru le même fort. 

GIASSAR, Céfar, c'eft-à-dire, l'Empereur des Romains. Giaffarlu en Turc 
fe prend pour celuy qui eft du parti de l'Empereur , lequel cependant n'eft ap- 
pelle ordinairement par les Turcs que Betche ou Vetche Crali, le Roy de Vien- 
ne ou d'Autriche. 

G TAS S AS, ce mot fi unifie proprement en Arabe le Plaftrier ou le Maf- 
fon: c'eft le furnom d'un fameux DoCleur de la loy parmi les Mululmans, dont 

le 



G I A s s E M G I A U II A R. 135 

le nom écoît Ahmed Ben Ali Al Razi , qui naquit l'an 305 de rHcgirc , & 

mourut le 370. 

Il fut fait Dofteur dans Bagdet par Aboul HaOîm Al Carkhi, & on le compte 
pour le dernier des chefs de la feftc Hanifienne qui foûtient rigoureulement 
le Cadha, c'eft-à-dire , le Dellin. NalTafi autre Dofteur célèbre fut fon difciple. 

Giaflas expliqua à Bagdet les livres intitulez MùkhtafJ'ar , ou les fommaires de 
Carkhi , & de Thagaovi , & compofa les Ahkâm Alcorân , & les Oifoul iil 
fekhi. f^oyez ces titres. 

GIASSEM, Bourgade fituée entre les villes de Damas en Sj^ie , & de 
Tiberiade en Paleftine; elle s'efl: rendue famcufe par la nailfance qu'elle a donnée 
à Abou Temâm, qui eft réputé par la plupart des Auteurs Orientaux pour le 
Prince des Poètes Arabes. 

GIATHLIC & Giathalic, Catholique. Nom de dignité parmi les Chrétiens 
d'Orient qui fignifie le Patriarche ou fouvent le premier Prélat après le Pa- 
triarche , qui eft comme fon Vicaire gênerai. Ce mot eft corrompu du Grec 
Catholicos. 

Les Orientaux fe fervent auiïï du nom Grec fans le corrompre. L'Eglifc 
Cathédrale des Chrétiens de Damas appellée Mart Miriam , de fainte Marie, 
étoit aulïï nommée Catholikiah: elle avoit coûté deux cent mil dinars d'or à 
bâtir, & à orner, & fut brûlée par les Mahometans fous le Khalifat de JMoéla- 
der l'an 312 de l'Hegire, de J. C. 924. 

GIAUBERI, furnom d'Abdalrahman Ben Abibekr Al Demefchki, Auteur 
du livre intitulé Kajclif al afrdr u hafk al ajtdr ,• la Découverte des Myfteres , 
qu'il dédia à Sultan Maffoûd le Gaznevide. 

GIAUHAR, nom d'un Efclave, Grec de nation, lequel ayant été affranchi 
par Manfor, Khalife de la dynaftie des Fathimites en Afrique, s'avança dans les 
charges militaires jufqu'à celle de General d'armée. Ce fut lui qui conquit l'E- 
gypte pour Moêz ledinillah, & qui fit bâtir la ville qu'il nomma Al Caherah, 
& que nous appelions vulgairement le grand Caire , l'an de l'Hegire 358 , de 
J. C.- 968. Cafour qui commandoit en Egypte comme tuteur des enfans d'Akh- 
fchid étoit mort cette même année. Moêz cependant ne vint de Cairoan en 
Egypte que l'an 362 , dans lequel la ville du Caire fut achevée. 

GIAUHAR, furnommé Gedali , premier chef des Molathemiens ou Mara- 
bouths , lequel après les avoir inftruits , & conduits , refufa d'être leur Prince 
fouverain , & voulut vivre en particulier. Cet homme n'aj'ant pas obfervé 
quelqu'une des loix qu'il avoit prefcrites fut condamné à la mort par un Juge 
qu'il avoit établi lui-même, & la fouffrit avec une fort grande rcfignation difant 
ces paroles: Il y a long-tems que je fouhaite de voir Dieu, & d'apprendre ce 
qui fe paffe chez lui. Idha Ahebb iikà allah hatta art ma andhou. C'eft Novairi 
qui rapporte ces paroles dans le chapitre des Molathemiali, 

GIAUHAR Thamin fi feirat al molouk u al Selathin. Hiftoire générale 
du Mahometifme jufqu'en l'an de l'Hegire 814 de J. C. 141 1. 
Il y en a une autre qui porte le même titre mai s qui ne traite que de 

S 2 . l'Egypte, 



140 G I A U H A R — ~ G I A U H A R I. 

l'Egypte, & qui arrive jufqu'au dernier Roy des Mamlucs nommé TomamBey, 
vaincu par Selim, père de Soliman Sultan des Turcs. 

Elle a pour Auteur un Ibrahim Ben Dacmac ou Docmac qui a vécu au moins 
jufqu'en l'an de l'Hegire 906 , qui efl de J. C. 1500. Le titre de ce livre 
lignifie la Pierre pretieufc. 

GIAUHAR Al Albâb u Boghiat al Thollab. Livre de Théologie myflique 
à l'ufage' des Sofîs , compofé par Mohammed Ben Al Vafa Al Schadeli. 

GIAUHAR Al Fard fi ma iokhlaf bihi al harr u al âbd , Livre fi.ir la dif- 
férence qu'il y a entre un homme libre ôc un efclave , compofé par Alemeddin 
Salch Ben Omar Al Balkini. 

GIAUHAR Al Ferid fi êlm al tauhid, traité de l'unité de Dieu par Kema- 
leddin Mohammed Ben Iffa Al Demiri, mort l'an de l'Hegire 808. 

GIAUHAR Al Ferid fi ômr al calîir u almedid, traité fur la brièveté, & 
fur la longueur de la vie par un Anonyme. 

GIAUHAR Al Maknoun, fil Cabail u al Bothoun , Livre très -ample de 
Gcnealoi^ies , contenant l'origine des fouches, & des familles. Ces fouches font 
les différentes tribus & races principales que les Efpagnols appellent Al Cabil- 
das , nom tiré de l'Arabe Al Cabilah dont le plurier eft Cabail. L'Auteur 
de ce recueil ell le Scherif Aboul berakàt HafTan Al Giavani, mort Tan 588 
de l'Hegire. 

GIAUHAR Al Monadham fi ziarat cabr al mokarram, traité du pèlerinage 
& de la vifite du tombeau de Mahomet , fait par Amad Ben Hagiar Al Hai- 
themi Al Mekki dans le tems qu'il faifoit ce pèlerinage l'an de l'Hegire 956. 

GIAUHARAT al fard fi monadherat nerkhes u al ûard, Difpute entre le 
Narciffe & la Rôle. Ouvrage fort fpirituel d'Ali Scherif Al Mardini. 

GIAUHARAT al ietimat fi akhbar al Mefr al cadimah , Livre des antî- 
quitez de Memphis, ou de l'ancienne Mefr, capitale d'Egj'pte. f-^oyez Giauhar 
Thamin. 

GIAUHARAT al thaminat fi fadhl Al Meccah u Al Medinah , traité fait 
en forme de Mecamat, c'efl-à-dire , de Difcours Académique fur les prérogati- 
ves des villes de la Mecque, & de Medine. 

GIAUHARAT Al Nairat, Livre de fpiritualité , compofé par Aboul HaiTan 
Al Coduri. 

GlAUHARI, & pour prononcer ce mot à la Turquefque , Gieuheri, un 
Jouaillier. C'elt le furnom d'Abou Nafr Ifmael Ben Hamad qui eft encore fur- 
nommé Al Farabi Al Turki, à caufe qu'il étoit natif de la ville de Farab ou 
Otrâr en Turqucftan. 

Quoy que Giauhari fût Turc de naiffancc , il fit de fi grands progrez dans la 
langue Arabique qu'il avoit étudiée en Mclbpotamie & en Egypte, que Ion lui 
donne le titre d'Imâm allogat , C'eft-à-dire , de Maître de langue. En effet il 

eu 



GIAUHAR ZADEH. G I A V A H E R. 141 

efl l'Auteur d'an Diftionnaire très-ample de la langue Arabique , qu'il intitula 
Sekah aliogat , la Pureté de la langue , & on l'appelle Ibuvent à caufe de cet 
ouvrage Saheb al Sehah, l'Auteur du Sehàh. 

Il y a deux éditions de cet ouvrage : La . première s'«ppelle en langue Per- 
fienne Sehah Dirineh , qui ell l'Ouvrage entier de Giauliari ; la féconde ell un 
abrégé qui a été fait par Mohammed Ben Abubecr Ben Al Caher alRazi, dont 
il y a uii exemplaire dans la Bibliothèque du Roy n°. 1088. 

Outre ces deux éditions de TOuvrage de Giauhari , il y en a une troifièrae 
qui porte le nom de Sehah gcdid u Kebir, c'eft-à-dire, le Grand, & le nouveau 
Sehah, dans lequel on a fait quelques additions au premier Ouvrage de cet Au- 
teur qui mourut félon Ben Callem à Nifchiabour , ville du Khoralfan , l'an 493 de 
l'Hegire; mais félon Ben Schonah l'an 393, & félon Abulfeda dans fon hiftoire 
l'an 398. ^oyez le titre de Camus. 

Il y a encore d'autres Auteurs qui ont porté le furnom de Giauhari, comme 
Giauhari Al Azdi , qui eft le môme que Vakedi. l^oyez ce titre. Un autre 
qui a écrit contre Afiouthi fur le fujet de la béatitude des femmes. Foyez Aibab 
al kefla. 

.11 y a auflî une traduftion d'Oclides , c'cfl-à-dire , d'Euclide qui a pour Auteur 
un Giauhari, fans parler de Schamfeddin Abdalnaâm , qui a fait un commentaire^ 
fur le Livre intitulé Erfchàd fit forôu /Il Schafei. 

GIAUHAR ZADEH, .furnom d'Aboubekr. Ben Mohammed, Auteur d'un-: 
commentaire fur le Livre intitulé ^dab ou Edeb al Cadhi , des qualitez d'un 
Juge félon les principes de l'Imam Abou hanifah. Cet Auteur morirut l'an de 
l'Hegire 483. 

GIAUZEHER, en Langue Perfienne fignifie ce que les Aftronomes Ara- 
bes appellent Acadtein , les deux nœuds , & encore Ras u Dheneb , la tête & la 
queue. C'efl; ce que nos Altronomes appellent Caput IS cauda Draconis , la tcte 
& la queue du Dragon, dans le globe ou Difque de la Lune, & dans le Cercle 
ou Ciel du même Aftre. 

GIAVAD & Giaovad, Libéral, Bienfaifant. C'efl le titre & le furnom 
de Hathem Thai qui palfe pour le modèle des hommes les plus généreux & 
libéraux parmi les Arabes. ' 

Ebn Giaovâd. Voyez le titre de Thai. Al Giaovad mis abfolument efl: im 
des noms ou attributs de Dieu.. 

GIAVAHER, Plurier de Giaiîliar , qui fignifie toutes fortes de joyaux 
tirez des mines, ou de la mer. Il y a pluficurs livres Orientaux qui portent 
ce titre, quoy qu'ils ne parlent point de pierreries, 

Ketab al giavaher eft un livre de Droit, tiré des plus doftes Jurifcon- 
fultes Mufulmans , compofé par Thaher Ben Salam , Ben Caffem Al - Kho\^- 
rezmi Al Anfari qui mourut l'an -jji de l'Hegire. Il efl dans la Bibliotlaeque 
du Roy n'. 629. 

GIAVAHER Al taffir , ell un Extrait des meilleurs commentaires de 
l'Alcoran. Voyez le titre de Locraan. 

S 3 GIAVAHER 



I4i G I A V A II E R. G I A V I N I. 

GIAVAHER al agdiah. Voyez le livre intitulé Morfched aux chapitres ii,. 
12, 13 &.14, qui font dans la Bibliothèque du Roy n-'. 942. 

GIAVAHER al ahgidr. Foyez Azhâr al afldr de Souflî. . 

GIAVAHER al bohour u vakâi al omour u agiaib al dohour , Hilloire 
abrégée d'Egypte faite par Ibrahim' Valfaf fchah , & continuée jufqu'à Selim 
Sultan des Turcs qui la conquit fur les Mamlucs. Cette hilloire contient les 
plus anciennes dynafties de l'Egypte. 

GIAVAHER Al Khams , Recueil de prières pour les Mufulmans les plus 
dévots : Il y en a de bonnes , & de fuperftitieufes. Ce livre qui efl divifé 
en cinq chapitres a été compofé par Aboul Moviad Mohammed Ben Khathi- 
reddin l'an gs^ de l'Hegire , & fe trouve dans la Bibliothèque du Roy n". 1029. 

GIAVAHKR Al Keldm, Livre de lettres miffives qui a pour Auteur Mo- 
hammed Ben Scharaf Al Zerâi. Il eft dans la Bibliothèque du Roy, n°. 1136. 

GIAVAHER Al Naki fi redd al Beihald , Livre des Loix Mufulmancs , 
compofé par Abdallah Ben Abibekr , pour fervir de réponfe au Hvre du Dofteur 
Baihaki. 

GIAVIDAN Khird, la SagcfTe de tous les tems. C'efl: un livre de Philo- 
fophie morale , compofé par Hufchenk ancien Roy de Perfe , lequel à été traduit 
plufieurs fois, & en plufieurs langues. 

Entre les autres verfions celle de HalTan , fils de Sohail , Vizir d'Almamon , 
feptième Khalife -de la race des Abbaflides, effc célèbre: il la fit en langue Ara- 
bique fur l'ancien texte Perfien ; & elle a depuis été mife en Turc , dans un 
flile très-élegant , par un Auteur qui l'a intitulée /Invdr Sohaili , c'eft-à-dire, 
les lumières de Sohail , en faifant allufion du nom de ce Vizir à l'étoile de 
Canopus, que les Arabes appellent Sohail. 

Une partie de ce livre a été traduite en François par David Said d'Ifpahan , & 
imprimé à Paris l'an 1644, fous le titre de livre des lumières, ou la conduite 
des Roys. Le Traduéleur dit dans fa préface que ce livre fut traduit du Per- 
fien en Arabe par Abulhalfan Abdalla, par ordre d'Abugiafar Almanfor, un des 
Khalifes Abbaffides, mais il fe trompe; car ce fut«tîalfan Vizir d'Almamon qui 
en fit la traduction; comme nous avons viï cy-delfiis. f^oyez Humaioun Naméh. 

GIAVINI, furnom d'Aboulmâali Abdalmalek, Doftcur Metaphyficien très- 
celebre qui porte le titre d'Imam al Haramein, c'eft-cà-dire, l'Intendant des deux 
temples de la Mecque & de Medine. Il vivoit fous le règne de Malekfchah le 
Sclgiucide, & a profeiïe la do6lrine de Schafèi à Nifchabour, où il eut le fi- 
mcux Gazali pour difciple. Il y a de lui un ouvrage intitulé Faracât fil ojfoid 
dans la Bibliothèque du Roy n°. S75- ^'et Ouvrage traite des fondcraens du 
-Mufulmanifmc. 

Il y a encore deux autres livres de lui. Al AJJalib fil khelafiat ^ de la diverfitc 
.& contrariété des opinions , & Erfchdd fil kelâm. Ces deux Ouvrages font de 
Metaphylique. On marque la mort de cet Auteur dans l'an 478 de l'Hegire. 

MohammedAl Giaiiini Atha al molk, Vizir des Sultans Mamluks d'Egypte, cft 
Auteur du livre intitulé Giamê al dakaik fi kajchf al hacaik, qui efl une Logique, 

& une 



G I A V I R D I, G I H A N. 14.3 

& une Phyfique très-bien écrites fuivant les principes d'Ariïlote. Ce Livre efl 
dans la Bibliothèque du Roy n*^. 907. 

Giavini Auteur du Gihan Kufchai. Foyez Alaeddin. 

GIAVIRDI, furnom de Fakhreddin Ahmed, Auteur" du livre intitulé Ba- 
hath al dlldm. Les Queflions des Doftes, ou Queflions curieufes. 11 mourut 
l'an 746 de l'Hegire. Cet ouvrage s'appelle aufli OiFail Giavirdi , & a été com- 
menté par Abou Mokarrem Ahm^d Ben HolTâm. 

GIAZLAH. Ben Giazlah, nom fous lequel efl le plus connu un célèbre 
Médecin appelle lahia Ben IJfa, dit Al Cateb, l'Ecrivain, & Thabib Al Bagdadi , 
le Me.lecin de Bagdet. Il étoit Chrétien de naiirance: mais enfeignant la Logi- 
que à Abou Ali Ben Al valid, chef de la feéèe des Motazales; il fut perverti 
par fon écolier. 

Ce Doélcur devenu ainfi Mufulman entre les mains de Mohammed Ben Ali 
Al Damagàni Cadhi al Codhât, ou Chancelier du K'ialife Mocladi, compofa une 
lettre, qu'il adrelfa à Elle, Prêtre Chrétien, pour juftifîer fon apoftafie , dans 
laquelle il prétend par un aveuglement déplorable , prouver que Mahomet a été 
prédit & annoncé dans le vieil, & dans le nouveau Teftament. 

On doit faire beaucoup plus d'état de deux de fes Ouvrages , dont l'un efl 
intitulé Al Menhage , ou Méthode pour guérir toutes les maladies , & l'autre 
porte le. titre de Tacovim al abddn, tables divifées en plufieurs cellules, où il 
traite des maladies & de leurs remèdes par ordre Alphabétique, pour le Kha- 
life Moftadi. 

Abulfeda dit dans la préface de fa Géographie , qu'il a emprunté la méthode 
de fes tables de Ben Giazlah , qu'il a appliquée à la defcription des pays & Pro- 
vinces, & l'a intitulée pour cette caufe Tacovim al boldan. Ben Giazlah mourut 
l'an de l'Hegire 493. 

GIESCHEN, & Giefchn, & quelquefois Giefchni, fignifie en gênerai chez 
les Perfes une fête: mais plus particulièrement celle qui fe célèbre chaque mois, 
le jour qui porte le nom du même mois. Par exemple Fervardin efl le nom 
d'un des mois du Calendrier Perfien, & efl encore celuy d'un des jours de cha- 
que mois , à fçavoir du dix-neuvième : c'efl pourquoy le jour nommé Fervardin 
efl fêté dans le mois qui porte le même nom de Fervardin. On peut dire la 
même chofe d'Ardbehefcht , & des autres. 

Il ne faut pas confondre ce mot Giefchni avec celui de Giafchni duquel il a 
été parlé plus haut. 

GIGHIL, ville fituée fur les confins du Turkeflan , du côté de la Perfe. 
Foyez Thardz. 

•' 
GIHAN, en Perfien le Monde, Votiez Gehân. 

GIHAN Danefch, en Perfien la fcience du monde. C'efl le titre d'un livre 
-de Cofmographie , qui n'ell que la traduftion Perfienne d'un livre Arabe intitulé 
Al Cafiat fi êlm al heiat. L'Auteur de cette verfion efl Mohammed Ebn MafToûd 
Al Maffbùdi. Cet ouvrage efl divifé en deux parties, dont la première, qui con- 
tient 23 chapitres, traite des cieux , & la féconde qui en contient quatorze, fait 
la defcription de la terre. 

GIHAN 



144 G I H A N. — G I H O N. 

GIHAN Khatoûn, la Dame du monde. Nom d'une Sultane qui mérita paf 
fon crprit de porter le titre de Ftridat zaman u fchaêrat d-:vràn. L'unique entre 
les femmes du monde qui a le mieux reuffi dans la Poëfie. 

Cette Princefle étant au bain, le Sultan fon mary lui jetta une petite boule 
de terre pour l'exciter à dire quelque chofe ; elle fans hefiter lui recita auffi- 
tôt ce diftique de Zehir, Poè'te Perfien : Le monde efl femblable à un vieil 
château demi ruiné , bâti fur le courant rapide d'un torrent qui en emporte in- 
ceffamment quelque pièce. C'eft en vain que vous penfez le reparer , & le 
rétablir avec une poignée de terre. La Sultane faifoit allufion à fon nom de 
Gihdn qui fignifîe le monde. Le diftique Perfien eft Gihân rabàth khardb ejt 
der ghezerghiah feil. Gumân meber ki bick mufcht ghil fcheued mimour. 

■ GIHAN Kufchai, la conquête du monde, ou traité des conquêtes qui fe 
ibnt faites par divers Princes qui ont régné. C'eft le titre d'une Hiftoire Orien- 
tale écrite en langue Perfienne par Alaeddin Athalmulc Al Giavini. 

GIHIL Menàr, ouTchiliil minâr , les quarante tours ou fanaux. Les Per- 
■^ans appellent ainfi ce qui refte des ruines de l'ancienne ville d'Iftckhâr ou 
Eftekhâr, que l'on croit être la même que Perfepolis, autrefois la capitale de 
TEmpire des Perfes. f^oyez le_ titre ^"Eftekhâr. 

GIHON, les Arabes ■ appellent ainfi ce grand fleuve de l'Afie, lequel pre- 
-nant fa fource dans la Province de Tokhareftan au pied du mont Imaus à l'O- 
rient, traverfe le Badakhfchian & pays de Balkhe vers, le Midy , fe décharge 
•d'une partie de fes eaux dans le lac de Khovarezme , couppe cette Provin:e 
■en deux , & fe décharge à l'Occident dans la mer Cafpienne. 

Il fepare par fon cours le pays d'Iran ou la Perfe d'avec le Touran ou Tur- 
keftan , & donne h tout ce grand pays qu'il laille au Septentrion le nom de 
Maovaralnahar , c'eft-à-dire , le pays de delà la rivière , ou la Province Tran- 
foxane; car ce fleuve eft le même que l'Oxus des anciens. 

Quoyque fon cours ordinaire foit du Levant au Couchant , il ne laifl'e pas 
cependant de fe courber quelquefois du côté du Septentrion & du Midy. Les 
villes deC-dt, & de Balkhe font fltuées fur ce fleuve du côté de l'Orient j Ter- 
med & Amol au Midy; Corcange ou Giorgianie, capitale du Khovarezme, &. le 
fameux château de Hezdr Esb vers le Couchant. 

La Province qui borde le Gihon au Midy eft le Khorafllm , & quoyque ce 
fleuve foit d'une extrême largeur , & d'une profondeur égale , & qu'il femble 
lui fervir d'un fofllî qui la couvre' & la défende contre les courfes des Septen- 
trionaux , il n'y a rien de plus ordinaire dans Thiftoire de Perfe que de voir 
des armées innombrables de Turcs & de Tartares qui le pafl:ent à la nage fur 
leurs chevaux , & qui viennent faccager, ruiner & brûler les plus belles villes 
de cette Province. 

Il eft vray qu'il y a trois principaux guez fur cette rivière qui font fameux 
dans l'hiftoire , à fçavoir Conduz , Haclan , & Carki. Le Sultan Babur de la 
race de Tamerlan pafla de Perfe , à Bokharah , & à Samarcande par les^ deux 
premiers, & retourna en Perfe par le dernier, i'^oyez le titre i^'Amou , ri'Abia- 
çiu, â? de Roudkhanéh qui font ks noms' Fer fiens de ce Jîeuve. 

. . GILAN, 



G I L A N. • G I R A I G E. 145 

■ GILAN, nom d'une Bourgade de l'Arabie Heureufe, ou de l'Iemen, fituée 
notre les villes de Sanàa & de Zebid : elle n'eft éloignée de cette dernière ville 
que de 36 milles. La Province du Ro3'aumc de Pcrfc appelléc ordinairement 
Ghilân qui eft fur la mer Cafpicnne , eft auffi nommée Gildn par les Arabes. . 

GILI, furnom de Cothbeddin Abdalkerim Ben Abi Saleh qui porte encore 
le furnom d'Al Soiï, parce qu'il a été un des chefs de l'ordre des Sofîs, dont 
on peut voir la fucceffion dans le titre de Konaovi: Il cR Auteur du livre in- 
titulé Enfdn Al Kamel , l'homme parfait, qui efl dans la Bibliothèque du Roy 
n**. 418, & d'un Poème intitulé Ainiah, dont toutes les rimes fe terminent en 
une lettre de l'alphabet, que les Arabes appellent Ain. Cet Ouvrage fe trouve 
auffi dans la Bibliothèque du Roy n^. 11 80. 

GIM, c'eft la lettre G de l'alphabet Arabique. Ali Ben Jofcph al Bafraovi 
a compofé un Poème qu'il a intitulé Monfargiab, dont toutes les rimes fe ter- 
minent en cette lettre: c'eft pourquoi on fappelle auffi Al Gim. Il ell dans 
la Bibliothèque du Roy n"". 1098. 

GIM, dans la langue des Cathaiens eft le nom de la neufvièmo partie du 
Cycle compofé de dix, lequel fe joignant avec un autre Cycle com.pofc de dou- 
ze, va jufqu'à foixante, qui eft le nombre d'autant de jours qui fe rencontrent 
fix fois dans leur année : de forte que Gim fchin eft le neufvième jour de ces 
foixante, Gim vou, le dix - neufvième, Cimgin, le vingt-ncufvième, (imjem, 
le trente-neufvième , Girageh, le quarante-ncufvième, Gim fou, le cinquante- 
neufvième. 

GIMI, ville Royale & capitale du royaume de Kalem qui fait une partie de 
l'Ethiopie d'aujourd'hui. Elle abonde en toutes fortes de fruits, comme pêches, 
abricots, grenades, &c. Son terroir produit auffi des cannes defucre, & la race 
de fes Roys qui fe font rendus célèbres par leur valeur & par leurs conquêtes, 
defcend de Scif Dhou Izen. /oyez ce titre, 

AbJelmoal, Géographe Perfien, dit dans le chapitre des villes fituées entre la 
ligne Equinoftiale , & le premier climat , qu'il y a plufieurs Provinces du grand 
Empire des Abiffins qui ont été autrefois des Royaumes feparez, comme Kalem, 
Barnagafche, & autres, f^oyez le titre de Habafchah. 

Il ne faut pas confondre le nom de cette ville avec celui de Germi, qui eft 
la ville capitale, & royale de toute l'Ethiopie, l^oyez aiijfi le titre' de Berbera. 

GINN, & Ginni, une Fée, un Démon. Voyez le titre de Gidn. 

GIOHNI, furnom de Mâabed Ben Khaled , Auteur de la fede des Cada- 
riens, que Hegiage fit mourir à Balfora. Voyez Barezi. 

GIORAIGE, ^om d'un enfant qui parla par miracle. Saheb Gioraige , nom 
d'un Abiffin homme de fainte vie , dont Eokhari raconte l'hiftoire fuivante dans 
fon Sahih. 

Les Mufulmans font mention dans leurs livres de trois enfans qu'ils difent 
avoir parlé dans le berceau. Le premier eft Ifta, ou Jésus Christ félon 
qu'il eft porté dans TAIcoran. Le fécond eft celui-ci dont nous allons, parler, 

Tome II. T nommé 



14? G I O R A I G E. 

nommé Gioraige, dont Thifloire eft rapportée au long dans le livre de Bokharl" 
intitulé Sahih al Bokhari , fuivant la tradition d'Abou Horeirah. 

Il y avoit un Abiffin parmi les Ifraëlites , lequel étoit fi fort addonné à la 
prière , qu'il ne Ibrtoit preique point de fon Oratoire ; fa mère l'appeilant un 
jour pour quelque affaire , il ne lui répondit point , pour ne pas interrompre 
îbn exercice ordinaire , de forte que fa mère fâchée lui lit une imprécation & 
fouhaita que quelque femme pût le débaucher. 

Il arriva peu de tems après qu'une prollituée fe prefenta à lui, lorfqu'il prioit, 
& le follicita puiffammcnt : mais l' Abiffin refilla courageufement à cette tentation , 
& renvoya cette impudique qui fut fort irritée de fon refus , & refolut de s'en 
venger. Pour cet effet elle s'abandonna à un Berger dont elle eut un fils nom- 
mé Gioraige qu'elle difoit être du fait de l'Abifîîn. Tout le peuple ému de ce 
fcandale, courut à FOratoire de cet homme, le renverfa , & le chargea d'inju- 
res, & de coups qu'il fouffrit fort patiemment. 

Après ce mauvais traitement, nôtre Solitaire s'étant mis à fon ordinaire en ;{ 
prière, recommanda à Dieu fon innocence, & le pria avec beaucoup de ferveur, 
qu'il lui plût la faire paroître devant tout ce peuple irrité contre lui. Dieu 
l'exauça , & lui infpira de demander publiquement à l'enfant que cette femme 
tenoit entre fes bras , quel étoit fon père ? L'Abifîîn le fit , & l'enfant qui n'a- - 
voit pas encore l'ufage de la parole , lui répondit d'un ton fort haut & intelli-' 
gible , que c'étoit un Berger , qu'il indiqua. Le peuple touché, alors d'un fi 
grand miracle , fit au Solitaire une réparation publique du tort qu'il lui avoit 
fait, & lui offrit de rebâtir fon hermitage beaucoup plus beau qu'il n'étoit: mais 
il leur déclara qu'il fe contentoit qu'on le rebâtit de terre comme il étoit au- 
paravant. Depuis ce tems-là l'Abifîîn fut nommé Saheb Gioraige, c'eft-à-dire , 
l'homme de Gioraige à caufe de cet accident. 

Le troifième enfant qui a parlé avant que d'avoir l'ufàge de la langue , dit 
le même Bokhari, étoit parmi les Ifraëlites. La mère qui le portoit entre fes 
bras voyant paffer un Cavalier de bonne mine , richement vêtu , & bien monté , 
dit au(fi-tôt: Plût h Dieu que mon enfant fût un jour femblable à ce Cavalier t: 
L'enfant entendant ces paroles, quitta aufïï-tôt la mammelle de fa mère, fe mi 
à regarder fixement ce Cavalier, & prononça enfuite ces paroles : Ne permet- 
tez pas. Seigneur, que je devienne jamais femblable à cet homme. 

Sa mère bien furprifc de l'entendre parler, vit paffer quelque tems après un 
criminel que l'on fuftigcoit, & elle dit aufli-tôt à Dieu: Ne permettez pas. Sei- 
gneur , qu'il en arrive autant à mon enfant : Mais l'enfant à ces paroles fe tourna 
tout à coup vers elle, & pria Dieu qu'il lui arrivât un accident pareil. Sa mère 
encore plus étonnée qu'auparavant , l'interrogea pourquoi il parloip ainfi , & il 
lui repartit : La raifon eft que le premier efl un méchant homme , & celui-ci 
un innocent, lequel au milieu des outrages qu'il fouffrc , dit inccfîamment: Je 
fuis content, Aihh hasbi, Dieu me llifEt, c'eft lui qui me tiendra compte de ce 
que j'endure, de forte que cet homme a acquis par fa patience, & par fa refi- 
gnation à la volonté de Dieu, un degré fort ém.inent de mérite, auquel je fou- 
haitcrois bien de pouvoir parvenir un jour. 'J hiraz Al-Mmicuufch. 

Ce^Saheb Gioraige dont il eft parlé cy-defTus étoit apparemment Chrétien, & 
peut-être ie mi-me que Thacalhaimanout , duquel les Ethiopiens ou Abifîîns ra- 
conteiu plufîcurs miracles allez femblables, dans la vie qu'ils en ont écrite en 

langue 



G I O R G I A K G I C^ R G I A N I. 147 

langue Ethiopienne par l'ordre de Claudious, leur Roy. Cette vie a été traduite 
en Arabe, & nous en. avons un exemplaire dans la Bibliothèque du Roy. 

GIORGIAN, & Giorgianiah. C'ell la ville capitale du pays de Kliovarezm- 
l'on la nomme encore Corcangc. Elle eft fîtuée vers les embouchures du fleuve 
Gihon, & à l'Occident de ce fleuve qui prend en cet endroit fon cours vers le 
Septentrion. On attribue il\ fondation à lezid Ben Mahaleb. 

Cette ville a donné fon nom à la mer Cafpienne; car les Arabes, & autres 
Orientaux l'appellent la mer de Giorgiân, auffi-bien que la mer de Gliilan , de 
Dilcm, & de Bacovieh. 

Elle donne auÏÏî fon nom h une petite contrée qui porte encore le nom de 
Kerkân. Les tables Arabiques mettent cette ville dans la Province de Kerkâa 
à 90 degrez de longitude , & à 36 de latitude. 

Le pays où elle eft fituée abonde en foye , & en faffran. Quelques Hiflo- 
riens divifent cette ville en grande & petite , & lui donnent fouvent le nom 
du pays dont elle eft la capitale, à fçavoir de Khovarezm. 

^oyez le titre de Sauli , ou Souli , dans lequel vous trouverez que lorfque les 
Mufulmans s'emparèrent du pays de Giorgiaa , lezid fils de Mahaleb dépouilla 
Savé & Firouz qui y regnoient , dont le premier étoit Chrétien , & le fécond 
Mage de Religion. Hamzah Ben Jofeph a écrit l'hiftoire de Giorgian , qu'il ne 
faut pas prendre pour la Géorgie , car les Orientaux appellent celle-ci Gurge 
& Gurgiftan- 

GIORGIANI, celui qui eft natif du pays de Giorgian. Un des plus 
célèbres Dofteurs du Mufulmanifme qui ait porté le furnom de Giorgiani, eft 
Alfeii Alfcherif Abou Haflan ou Hoflain Ali qui naquit l'an 740 de l'Hegire, 
mourut en 816, à Schiraz où il fut enterré. 

Il a été difciple de Mobarekfchah , & de Alaeddin Mohammed Ben Atthâr AI 
Bokhari, & il difoit parlant de celui-ci, qu'il n'avoit point connu Dieu avant 
qu'il le fréquentât. 

Il eft l'Auteur des Taârifât , qui contiennent une explication fort ample de 
tous les termes de Philofophie , & de Théologie. Ce livre fe trouve dans la 
BiWiotheque du Roy n". 637. 

Le même Auteur a fait une glofe fur l'Euclide de Naffireddin , & un com- 
mentaire fur les Adâb d'Aigi. 

n y a plufieurs autres Auteurs du même nom , comme Alfcherif Al Holfaini , 
fils du premier. 

Un Médecin célèbre qui vivoit fous Atfiz , Sultan des Khovarezmiens & qui a 
compofé Agradh al ïhaibât , &, Dhakhirat Khovarezmfchahiat en l'an 530 de 
l'Hegire. 

Un Mathématicien nommé Aboulvafa qui a commenté Euclide , & qui eft 
peut-être l'Auteur du Tabacât Nafferi. 

Un Grammairien nommé Aboubecr Ben Abdalcaher, Auteur des Aovamel, 
c'eft-à-dire , des particules de la langue Arabique , qui entrent en régime. Ce 
livre eft dans la Bibliothèque du Roy n^. 117. Il a compofé auflî un traité 
de Rhétorique fous le titre (ÏJfrdr albelagat. 

Mohammed Giorgiani, vaillant capitaine, & gonverneur de la ville de Herat 
pour le Sultan de Khovarezm , fut tué en défendant cette place contre Tuli- 
khân fils de Genghizkhan. 

T a GIORHAM, 



148 G I R H A M. G I U. 

GIORHAM, père d'une des plus anciennes tribus des Arabes. Les Gior- 
hamides avoient autrefois l'intendance du temple de la Mecque , & ils eurent 
à cette occafibn de grandes querelles avec les Ifmaëlites. 

Il y a auprès de la Mecque une montagne appellée Gebal Gerahem ou Gior- 
liam , la montagne des Giorhamides , où cette tribu fe retira pour le fortifier 
contre leurs ennemis. Voyez le titre de Zemzem. 

GIORM Mah & Giormrouz. C'eft le même mois & le même jour que les 
Perles appellent dans leur Calendrier Dimah & Dirouz. 

GIOSLIN & Giolfin, les Arabes appellent ainfi le Comte JofTelin, auquel 
ils donnent le titre de plus brave des Francs. Il eft alTez connu dans nos hil- 
toires des guerres de la Terre fainte. 

Il étoit Seigneur de Telbalcher & de plufieurs autres villes fur l'Euphrate au 
Septentrion de la ville d'Alep , qu'il tenoit à titre de Comté , & étoit vallal 
de Baudouin , Comte de Roha ou d'EdelTe. Il délivra cette ville du fiége que 
Maudoud, Prince de Moulîal ou Moful, y avoit mis, & offrit de grandes fom- 
mes d'argent à Baudouin pour acheter fon Comté , qui étoit fouvent ravagé par 
les Turcs ou Turcomans , qui le ravageoient tous les ans. Baudouin fut li fort 
irrité de cette offre qu'il priva Jolîelin de fes Etats , & le reduilit à l'état d'un 
particulier. 

Baudouin, Roy de Jerufalem , touché de l'infortune d'un fi brave Guerrier, 
luy donna le Comté de Tiberiade , afin qu'il le fécondât dans la guerre qu'il 
faifoit aux Tyriens, comme il fit. 

L'an 543 ou 544 de l'Hegire , Jolîelin battit l'armée de Noureddin, Sultan 
d'Alep , qui menaçoit la ville d'Antioche : mais ce Sultan eut bien fa revan- 
che; car il gagna quelques chefs de Turcomans lefquels lui drelferent une em- 
bufcade, l'enlevèrent , lorfqu'il étoit à la chaffe & le mirent entre les mains 
du Sultan, dans les prifons duquel il mourut. 

La prifon de JoiTelin tombe dans l'an 1149 de J. C. , un an après que Louis 
Septième & l'Empereur Conrard eurent , par la trahifon des Chrétiens' de la Pa- 
lefline, manqué la prife de Damas, & furent partis pour retourner en Europe , 
au tems que faint-Bernard prêchojt fa croifadc. 

GIOSTHAH , Ville fituée dans le pays de Mozambique, que les Arabes 
appellent Sefalat al dhahab , la Plaine ou la Campagne de l'or, proche la vil- 
le qui porte aujourd'huy le nom de Sofala. La ville de Gioflhah efl petite: 
mais elle efl au fond d'un golphe fort fpacieux , où il y a un fort bon mouil- 
lage pour les vailTeaux. 

G 10 T TA , Ville du Khouziftan ou de la Sufiane , d'où étoit natif Abou 
Ali , furnommé Al Giottai ou Al Giobbai , difciple d'Aboulhaifan Al Afchàri, 
Il paffe pour lAutcur de la fe»5te des Motazales. Voyez Gioubba. 

GIOU ou Tchiou , c'eft le fécond jour des douze qui font principalement 
remarquez par les Khataiens , pour être heureux ou malheureux. Il y en a 
quatre noirs ou malheureux , quatre jaunes ou heureux , du nombre dcfquels 
eft Giou, doux blancs qui font très - heureux , & deux rouge -bruns qui font 
très-malheureux. 

Le 



G I U. G I O U B I N. • 149 

Le même mot fignifie auffi le fécond Giagh ou Cycle d'années dans leur Ca- 
lendrier, 

Giou Schiou eft la quatorzième partie des 24 de leur année , dont chacune 
eft. de quinze jours & leur fert de femaine. 

GIOU Al Bacar , la ûiim du bœuf. Les Arabes appellent ainfi la maladie 
que les Grecs ont nommé Boulimiu dans la même fignification. Les Latins lui 
ont donné le nom de Faim canine. 

Les Hiftoriens Orientaux remarquent que Schah Schegià , Sultan des Modhaf-' 
feriens, défait par Tamerlan, étoit tellement tourmenté de cette maladie, qu'il 
ne pouvoit fe raiïafier, ni dans le voyage, ni dans le repos. 

GIOUBAIR & Giobair. Abou Abdallah Saîd Ben Giobair Ben Hefchâm 
Al Aiïadi , Docteur célèbre de Coufah , difciple d'Ebn Abbas & d'Ebn Omar, 
fut mis à mort l'an 95 de l'Hegire par Hegiage , qui ouit une voix qui lui 
fignifia qu'il fcuffriroit la mort pour chaque homme qu'il avoit fait mourir , & 
70 fois pour celui-cy. 

GIOU BAN. Emir Giouban , Général des armées d'Aboufaid , fils d'Algiap- 
tou, avoit été fon tuteur , & avoit gouverné, avec un pouvoir abfolu, l'Em- 
pire des Mogols Genghizkhaniens dans la Perfe. 

Le Sultan le fit mourir , à caufe du refus qu'il fit de lui donner fa fille en 
mariage. Foysz le titre rfAbufaid. Son fils nommé Timurtafch , Gouverneur 
du pays de Roum ou de Natolie , & fes dépendances, ayant appris la mort de 
fon père , fe réfugia auprès d'Aï Malek Al Naller , Sultan des Mamlucs en- 
Egypte. 

Haflàn Kugiuk, fils de Timurtafch, voyant, qu'après la mort d'Abufaîd Em.- 
pereur des Mogols, qui n'avoit point lailfé d'enfans, tous les Gouverneurs des 
provinces fe faifoient les maîtres abfolus & indépendans dans leurs gouverne- 
mens, & prenoient les titres de Sultans & de Princes, crut qu'il ne devoit pas 
luy feul vivre en particulier. 

Pour venir à bout de fes delTeins , il alla dans le pays de Roum ou Nato- 
lie, où fon père avoit beaucoup d'amis, & y ayant afl'emblé un nombre con- 
fidérable de troupes, il fe rendit maître de l'Adherbigian & de l'Iraque Perfien- 
ne , rendant inutiles tous les eff'orts d'Arbah Khan & de Haflan Buzruk , fur- 
nommé Ilekhani , qui étoient ilTus de la race royale des Mogols. 

Ce fut l'an 738 de l'Hegire, de J. C. 1337, deux ans après la mort d'A- 
boufaid , que Hafllin Kugiuk établit la dynaftie des Gioubaniân , & régna fept 
ans , pendant lefquels il eut toujours la guerre avec quelqu'un de fes voifins 
& lailfa ^Qs Etats à fon frère Malek al Afchraf , qui en régna treize. 

GIOUBBx\, Nom d'un lieu appartenant à la ville de Bafibra & au Khuzi- 
ftân , duquel étoic AI Giobai , difciple d'AbouIhaflan Al Afchâri. Foyez plus 
haut Giotta. 

GIOUBIN, furnom de Baharam, que quelques Hiftoriens mettent au nom- 
bre des Roys de Perfe de la dynaftie des SalTanides. Il n'étoit pas de la race 
rpyale, & cependant il fut reconnu pour Roy légitime, après qu'il fe fut ré- 
volté contre Hormouz , fils de Noufchirvan. Voyez le titre de ce Frince. 

X 3 On 



IS9, G I O U C A H. G I U N. 

On donna à ce Capitaine le fumom ou plutôt le fobriquet de Gioubin ou 
Tchoubin, qui fignifîe du bois fec, à caufe qu'il étoit long & maigre. 

GIOUCAH ou Tchocah AdaOî. Les Turcs appellent ainfi l'IAe de Cerigo 
dans l'Archipel, que les Grecs & les Latins ont connu fous le nom de Citliœra. 

GIOUD, la libéralité. L'Auteur de l'Humaioun Nameh dit., que c'eft le plus 
grand des attributs de Dieu , fi cela fe peut dire , à caufe que les bienfaits de 
Dieu le répandent généralement fur toutes les créatures & pénètrent intimement 
leur fubftance. Giond agiovad fefdt dhât vagib al vougioud. Surquoy il rapporte 
la tradition Prophétique qui fuit. 

La libéralité dans les hommes cft une branche de l'arbre de la félicité, dont 
ia racine eft dans le Paradis, où elle ell arroufée dos eaux du fleuve Couther, 
qui la font croître de jour en jour. 

Les Arabes difent , que tous les vaillans hommes ont été libéraux jufqu'à Ab- 
dallah , fils de Zobeir , lequel fut fort brave & fort avare. Cet Abdallah eft 
celuy qui a porté le nom de Khalife, pendant que les Ommiades regnoient & 
qui a interrompu leur dynaftie. 

Ahel gioud , Auteur de Reml ou de Géomantie , duquel il eft fait mention 
dans le Reml Magmoû. 

GIOUD, Giouda & Gioudi, nom de la Montagne où l'Arche de Noë s'ar- 
rêta dans le pays de Moufllil ou de Diâr Rabiâh en Méfopotamie , au pied de 
laquelle il y a encore un village nommé Thamanin & Corda. Ce font les monts 
Gordiens, que l'Ecriture fainte nomme Ararat. 

Les Turcs ont une tradition, que l'arche s'arrêta fur une montagne de l'Ar- 
ménie, qu'ils nomment Parmak Daghi , la Montagne du doigt , à caufe de fa 
figure, & que les reftes de l'arche s'y vOyent encore. 

Gioud eft aulîî une chaîne de montagnes qui s'étend le long des pays de Za- 
bleftan & de Gaiir. Foyez le titre de Schehabeddin. 

GIOUEH & Giouah, Ville du pays de Rerbera, qui eft la côte de Cafrerie 
ou le Zanguebar, plus méridionale de deux journées , que Carcounah , qui ap- 
partient au même pays, & fort proche de celle de Bathah en Ethiopie. 

GIOUF, les Arabes appellent ainfi la partie littorale ou Maritime de l'E- 
gypte, que le vulgaire appelle le Chouf. Schamfeddin Ahmed Ben Khalil, Cadhi 
de Damas, en 637 de l'Hegire , Auteur d'un Commentaire fur Erfchad fi êlm 
alkhelàf, eft furnommé Al Gioufi. 

GIOUGHI & Gioghi, un Dervifche Indien. Efpèce de Religieux Idolâtres, 
que les Arabes appellent Fakir. Ces gens-là vont tout nuds & pratiquent des 
aufteritez incroyables. Voyez le titre de Behergir. Tavernier en parle beaucoup 
dans la relation de ks voyages; il les appelle Giogues. 

GIOUL & Soûl, Ville du pays de Giorgian. Voyez Souli. 

G 10 UN Al Hafchifch , le Golfe des herbes. C'eft un golfe de la mer de 

l'Iemen ou Océan Arabique, qui eft dans le pays de Hadhramout: il eft fait en 

'forme de fac & on le tient fort dangereux. li y a dans la partie Orientale de 



GI'OV N. G I O U Z G I A N r, 15^ 

ce golfâ deux ifles , nommées Kharthan & Marthan , qui regardent la ville de 
HaflTek dans le continent de l'Arabie. 

G 1.0 UN Al Malek, le Golfe Royal. Ville de laThebaïde, fituée fur la mer 
rouge. 

GIOUr^D, Ville du Turkeflan, de laquelle font fortis plufieurs gens de lettres. 
Gioundifchâbourj ville du Khuziftan , bâtie par Schabour, fils d'Ardfchir Ba- 
begàn. 

GIOUND, Ville de l'Iemen ou Arabie Heureufe, dans laquelle il y a un 
Mefged Giamê, c'efl-à-dire, une Mofquée principale, bâtie par Moàz Ben Ge- 
bàl pour les Schiites ou Seftaires d'Ali, "qui y font en très-grand nombre. Cet- 
te ville efl: plus Septentrionale que Sanâa, capitale du pays, d'où elle eft éloi- 
gnée de près de 80 lieues. 

Al Gioundi ell le furnora d'Ahmed Al Caheri , qui a commenté le Meffal 
de ZamakfGhari. . 

GIOUNI, furnom dejofef Ben Ifmaîl, lequel porte auffi le furnora de Ben 
kebir, lequel compofa , l'an 711 de l'Hcgire , un livre de Médecine, intitulé 
Malaieffâ, où il efl: traité de la connoilfance & de l'ufage des Simples. Il elt 
dans la Bibliothèque du Roy, n°. 963. 

GIOUR, Ville du pays de Fars, c'efl-à-dire , de la Pcrfe proprement di- 
te, diftante de celle de Karzoun de feize parafanges. Elle efl fituée dans un 
terroir fort agréable , rempli de jardins & arroufé d'une grande abondance d'eaux. 
Ses folTez & fes murailles la rendent confidérable pour fa force. 

GIOURTASCH"; c'efl la même chofe que Gioudeh tafch & Senkideh. - 
Pierre myflerieufe des Turcs Orientaux, qu'ils croyent avoir reçue de leurs an- 
cêtres , de main en main , en remontant jufqu'à Japhet , fils de Noé , & ils 
prétendent, qu'elle a la vertu de leur procurer la pluye quand ils en ont befoin. 

GIOUSCHANI, furnom d'un Sofi, qui portoit auffi le nom de Nagmed- 
din, lequel depofi^eda les Fathimitcs du Khalifat d'Egypte. -Voyez le titre d'Ad- 
hed , dernier Khalife de cette race. 

GIOUZ Alamzah , Drogues mêlées. Titre d'un livre de l'Imam Cafchiri, 
qui n'efl autre qu'un abrégé du Sahi de Mondheri , où il efl traité de la Sun- 
nah, c'efl-à-dîre, félon le langage des Mufulmans , de tout ce qui n'efl que de 
tradition, & qui ne lailfe pas pourtant d'être d'obligation; mais non pas fi pré- •- 
eife que ce qui efl expreitément écrit dans leur loy. 

GIOUZ AN Demefchk , nom d'une des Contrées du pays de Damas ou de '- 

la Cœlefyrie. Voyez Sarkhad. . 

GIOUZGIANI, furnom d'Abou Ali, qui pafiè pour un des plus grands ■''■• 
fpirituels du Mufulmanifme. Dans le chapitre de l'Alcoran , intitulé Ibrahim , 
Mahomet fait dire à Dieu les paroles fuivantcs aux Ifraëlites : Vous fouvemz- 
vnus de ce que je vous ay dit fi fouvent , fi vous êtes reco7inoi[fans de mes grâces, 
fy en ajoiiteray encore d'autres, mais fi vous en êtes mécowwijfans , il vous airivera 

du 



I5i 7 -G I U Z î. G I O Z U L I. 

àe grands mduX: car vous ferez privez de mes grâces en ce monde, ^ vous ferez 
punis feverement en Vautre. 

Abou Ali Giouzgiani , au rapport de Selemi , paraphrafoit ainfi ces paroles : 
Si vous me remerciez de Ja grâce de vôtre vocation à la vraye Religion , je 
vous donneray la grâce d'une vive foy: fi vous me remerciez de celle -cy, j'y 
ajoûteray celle des biens temporels. Si vous êtes reconnoiflans d» cqs biens , 
je vous gratifierai des biens fpirituels, tels que font \qs dons de fcience & d'in- 
telligence. Si vous n'êtes pas ingrats de ces dons , vous ferez élevez jufqu'au 
degré d'union avec moy par amour : Si vous me remerciez de cette grâce fpé- 
ciale , vous arriverez à un degré fublime de contemplation , & enfin fi vous 
me rendez les grâces qui me font dues pour un fi grand bienfait, je vous com- 
blerai de la plus grande des faveurs que puiiTe recevoir un homme en ce mon- 
de , qui efl de vous admettre dans le cabinet de la familiarité la plus intime , 
& de vous communiquer ma préfence par une viie intelleftuelle. 

On peut recueillir de ces paroles , dit Selemi , que l'aftion de grâces efl l'é- 
chelle par où l'on monte de degré en degré jufqu'au plus haut fommet de la 
perfeélion , ce que le Methnevi confirme en difant : L'a6lion de grâces efb une 
augmentation de grâces à celuy qui fçait employer fon cœur & fa langue à la 
„bien faire : Elle chafie toutes les maladies de l'ame & guérit toutes les . playes 
"du cœur. Foyzz Huifain Vaêz, page 465 de fa Paraphrafe Perfienne. 

GIOUZI. Aboulfarage, Ben AH Ben Al Giouzi, père dé Schamfeddin Abul- 
"farage Al Giouzi, qui fut le maître de Saâdi, fameux Auteur & Poète Perfien. 
- . Ebn Al Giouzi mourut l'an $ç)Y de l'Hegire, & nous a laifié plufieurs ouvra- 
ges hifloriques, & entr'autres Tarikh al montadham , Chronique en vers. Aâmdr 
al âidn. Vies des hommes illuftres. Alerat al zamân^ le Miroir des tems. Akh- 
bdr al BeramscaJi , rhifi:oire des Barmecides. Tanovir al gabafch , Traité des Nè- 
gres & des Abiffins. Icadh al vefnat , le Réveil du fomnieil. Ryfchâd al morid^ 
Inllruftion pour celuy qui commence la vie fpirituelle, &c. 

GIOVALEKI, furnom d'Abou Manfor Mauhoub Ben Ahmed , mort l'an 
-465 de l'Hegire, qui a commenté le livre intitulé Jdab al ketab. 

GIOVANGAR, c'cfi: en langue Mogolienne ce qui efi: à la main gauche: 
de même que Berangar eft ce qui cil à la droite. Ces deux mots s'entendent 
particuHèremcnt de la droite & de la gauche d'un pays , & de Faîle droite & 
gauche d'une armée. 

Les vingt- quatre peuples dcfcendus des fix enfans d'Ogouzkhan , Empereur 

.-des anciens Mogols , partagèrent ainfi leur pays en Berangar & en Giovangar; 

& , depuis ce tems-Ki , les Mogols de h droite ne fe font plus alliez avec ceux 

de la gauche; ce qui a fait , dit Mirkhond , qu'ils ont confervé plus aifémcnt 

•leurs généalogies. 

GIOZOULI, furnom d'Abou Moufili Ben Iffa Ben Abdalâziz, Auteur d'un 
.;Commentaire fur Oflbul fil nahou, qui efl; une Grammaire Arabique d'Ebn Sar- 
,rage. Cet Auteur mourut l'an 677 de l'Hegire. 

Il y a un autre Giozouli, Auteur du Delail al lihairat, les marques excellen- 
,tes, qui efi; un Traité fur la bénediftion que les Mufulmans ajoutent toujours 
; au. nom .de leur faux Prophète , qui efl, Salallah àkibi u faldm , h bénediélion 

& 



G I R E F T. G I U M A A T. i^3 

& la paix de Dieu foit fur luy. Ce livra eft dans la Bibliothèque du Rov 
n^ 6s7- Cet Auteur fe nomme Abou Abdallah Mohammed Ben Soliman Bon 
Abibekr. 

GIREFT, Ville capitale de la province de Kcrman , dont le terroir eft 
fertile en palmiers , citroniers & orangers. Il s'y fait un grand commerce de 
toutes les marchandifes du Khoraffan & du Segeflan, & elle'n'eft éloignée d'Or- 
muz que de quatre journées. 

Les Tables Arabiques , qui la nomment Siràf & Sireft , lui donnent 88 de- 
vrez de longitude & 29 de latitude. Ce fut dans cette ville qu'Abou NafTer 
fils de Bakhtiar , fe réfugia. Foyez ce titre. " ' 

GIRGIR, Roy d'Afrique dans les plus anciens tems , tué par Afrikin, fils 
de Kis Hemiarite. Ce Kis étoit Arabe , de la famille de Hemiar , qui a é'tabli 
une dynaftie particulière de Roys en Arabie. Ptolemée appelle la nation par- 
ticulière de ces Arabes , les Homerites , & c'eft de cet Afrikin , que la province 
proprement dite d'Afrique, a tiré fon nom; car pour le grand pays entier, qui 
fait une des quatre parties de la terre, les Arabes la nomment Magreb , l'Oc- 
cident, quoy qu'effeélivement ce nom ne convienne proprement qu'à la Mau- 
ritanie & à une partie de la Numidie. 

GIUDDAH ou Giddah, Ville Maritime de l'Arabie Petrée , fituéc dans la 
contrée ou province appellée Hegiâz ou Negd , dans laquelle plufieurs placent 
les villes de la Mecque & de Medine. Elle eft bâtie fur le bord de la mer 
rouge à deux journées de la Mecque , dont elle eft , pour ainfi dire , le port. 

C'eft dans le port de cette ville que les Galères du Turc , qui hyvernent 
ordinairement à Suez dans le fonds du golphe Arabique , viennent aborder pour 
y décharger les provifions qui viennent d'Egypte & de Syrie , & y charo-er les 
marchandifes du pays , comme les cuirs ou maroquins préparez , les gommes , 
le café & les autres drogues de l'Arabie. 

Gidda eft auffi un entrepos des caravannes qui paffent par mer de Gaidhâb, 
ville d'Egypte, à la Mecque, & c'eft-là auffi que les Mahometans croyent qu'eft 
le fepulcre d'Eve. 

C'eft auffi à Gidda que fe tranfportent par mer les ma'-chandifes des Indes, 
que l'on décharge à Moka , port de la mer rouge qui eft plus méridional , & 
où les plus gros vailfeaux peuvent aborder. 

GTUGH, Cycle des Indiens, qui contient plufieurs Lek , dont chacun eft 
^e plulieurs milliers d'années. Les Philofophes Indiens difent , que le monde 
doit durer pendant le cours de quatre de ces cycles. 

Ils appellent le premier, Sate giugh ; le fécond , Trita giugh ; le troifième, 
Duaper Giugh; & le quatrième, Calé giugh. 

Les trois premiers, félon le rapport de ]\L Bernier, font déjà écoulez, & le 
quatrième, dans lequel nous forames, eft déjà beaucoup avancé. 

GIUMAAT. laûra al giumâ & al giumâat, le Jour d'aflembléc. C'eft le 
jour que les Mahometans ont confacré au culte de Dieu, qui eft le Vendre Jy 
de chaque femaine: les Arabes du paganifme le reveroient ayant une tradition. 

Tome IL V que 



154 G I U M A H A T. G I U N E I D. 

que les ouvrages de la création avoicnt été confommez ce jour-là , & ils l'ap. 
pelloient Jaum al âroubat. 

Les premiers Grecs , qui ont combattu le Mahometifme , fans le connoître ,. 
ont rapporté le refpeft , que les Alufulmans portent à ce jour , au culte de 
l'étoile de Venus. 

Les Mahometans attribuent à ce jour plufieurs prérogatives & excellences, 
comme l'on peut voir dans le titre /f lofchovâ Ben Noun. 

Ebn Batrik remarque, que Conllantin le Grand ordonna, par un Edit parti- 
culier , que le Vendredy de la femaine fainte & celuy de la femaine Pafchale 
Icroicnt fêtez & chômez. Le premier de ces deux Vendredis efl appelle par 
les Chrétiens d'Orient Giumâat al alàm , le Vendredy des douleurs , & le fé- 
cond , Giumâat al Kcbirat , le grand Vendredy. Foyez le titre de Leiflaliemin , 
qui eft . le bon Larron de la Croix. 

Il y a plufieurs cérémonies attachées au jour du Vendredy parmi les Mu- 
fulmans, car ils appellent ce jour Seid al aiam , le Seigneur des jours , & ils 
croyent, que le Jugement dernier fe fera dans ce jour. 

GIUMAHAT. Schamfeddin ou Azeddin Mohammed Ben Giumâhat , a 
commenté le Cafîîdah ou le Poëme d'Ebn Farah , &. compofé le livre intitulé 
Arhâin Motabainât. Foyez Arbâin. 

GIUMAZEH, efpèce de chameau à deux bofTes qui efl de grande fatigue, 
& dont les couriers fe fervent en Orient , pour porter en diligence leurs dé- 
pêches. Nous appelions cet animal un Dromadaire. Foyez Fadhel , fils de Sohal. 

GIUMGIUMAH. Un Crâne, une tête de mort. Il y a un livre Arabe 
intitulé J^eJJat algiimigitimah . C'eft un Dialogue entre Jesus-Christ nôtre 
Seigneur , & une tête de mort. Cette hiftoire eft prife d'une tradition des 
Chrétiens d'Orient, qui difent, que la Croix de nôtre Seigneur fut plantée juf- 
tement fur le crâne d'Adam, qui étoit enterré fur la montagne que les Orien- 
taux appellent, à caufe de cette tête, Cranion, & nous autres le Calvaire, qui 
fignifie la même chofe. Voyez les titres de Cranion &' ^'Acranion.. 

GIUjMMAN. Ketâb Al Giumman men mokhtaffar akhbar alzamân , Per- 
les recueillies de l'abrégé des hiftoires. C'eft une hiftoire générale , compo- 
fée par Schehâbeddin Ahmed Al Faflî , lequel s'arrête beaucoup fur les cho- 
fes concernantes la Barbarie , dans la fin de fon ouvrage. Cet Auteur étoit 
natif de la ville de Fez en Mauritanie , & fon livre eft dans la Bibliothèque 
du Roy, rf. 841. 

*GIUND, Ville du Turkeftan , au de -là de Bokharah & vers le fleuve de' 
Sihon ou l'Iaxartes des Anciens. Abulfeda lui donne 78 degrez , 45 minutes 
de longitude, &, félon quelques-uns, 43 degrez, 30 minutes de latitude Sep- 
tentrionale. C'eft de ce lieu-là , où Selgiuk s'établit d'abord , que les Selgiuci- 
dcs (ont venus , & d'où ils partirent pour entrer en Perfe. Foyez Giourd, 
ville de l'Arabie Heureufc. 

GIUNEID, c'eft le même peifonnage qu'Abul Caflem Al Caovarini, chef 
de Sofis. Voyez la fuccefîion de ces chefs dans le titre de Conaovi. Le Raoudh 
Alriahin , ou Parterre de plantes odoriférantes d'Iafêi dans la fcftion quatriè^ 

me. 



GIUNEID. GIUNEIN. 155, 

me, contient la vie de Giuneid, qui eft réputé un des plus grands Saints du 
Mufulmanifme, Son maître dans la fpirituaiité fut Abougiafar Al Haddâd & 
Hallage fon difciple. Il mourut l'an 297 de l'Hegire. ' 

On rapporte de luy cette fentcnce remarquable , Kimat al enfân becrdr him- 
metihi, le prix & Ia% valeur d'un homme fe mefure à ce qu'il ellime. S'il cfti- 
me le monde, la kimat laho, il n'eft pas eftimable; car le monde ne l'cft pas: 
s'il eftime les chofes de l'autre vie , fakimatho al genmh , le ciel jqù. fon prix : 
mais s'il eflime Dieu par-defllis toutes chofes , fa lanihaiat laho , fon prix eft inl 
eftimable. Voyez les titres ^/'Iman ou de la foy, ^ de Seri Sacathi. 

GIUNEID, Père de Scheikh Haidar, duquel defcendent les Roys de Per- 
fe d'aujourd'huy , étoit fils de Scheikh Ibrahim , fils de Khovageh A\ï , fils de 
Schadreddin , fils de Safîeddin , appelle autrement Scheikh Sefi , qui prctendoit 
defcendre d'Ali. 

Scheikh Giuneid deraeuroit â Ardebil , où il avoit beaucoup d'adhérants qui 
étoient de la feéïe d'Ali. Il donna ainfi beaucoup de jaloufie à Gihanfchah , 
fils de Cara Jofef, Sultan des Turcomans de la dynailie du Mouton Noir, 
entre les mains duquel la ville d'Ardebil étoit pour lors. 

Giuneid fut donc enfin obligé de la quitter & de fe réfugier auprès de Haf- 
fan le Long, ou Ufuncâflàn, Sultan des Turcomans du Mouton Blanc, qui re- 
gnoit en Mefopotamie. Ce Prince le reçut fi bien, qu'il luy donna même en 
mariage fa propre fille , de laquelle ce Scheikh eut un fils nommé depuis Scheikh 
Haidar. 

Il fervit fort utilement Ufuncafi^an pendant plûïïeurs années , & principale- 
ment contre les Géorgiens , fur lefqucls il faifoit de fréquentes courfes , fous 
prétexte de Religion, dont il fçavoit , à l'imitation de fes ancêtres, fort bien 
mafquer toutes fes afHons. Il s'avança même jufqu'à Trebifonde , & s'em- 
para de cette forte ville, où il laiflà dans la fuite du tems fon fils Haidar pour 
y commander. 

Après que Giuneid fe fut enrichi du butin qu'il avoit fait fur les Géor- 
giens & fur les Arméniens, il vint s'étaWir dans la province de Schirvân: mais 
fes grandes richefi'es , & le nombre de fes partifans & feclaires , qui le forti- 
fioient de tous cotez, jetterent tant de défiance dans l'efprit des gens du pays, 
qu'il fe fit une conjuration fecrete contre lui , dans laquelle il périt avec une 
grande partie des fiens. 

GIUNEIN, lieu d'Arabie , qui s'cft rendu fameux par la bataille que Ma- 
homet y donna la même année qu'i} prit ài Mecque , qui fut la huitième de 
l'Hegire. 

Ce lieu, que quelques-uns appellent Honain , eft une vallée , où les Haova- 
izeniens & les Thakifiens s'aficmblerent , après la prife de la Mecque , fous la 
conduite de Mâlek Ben Aûf. Mahomet, qui avoit douze mil hommes, les at- 
taqua, (^cs gens plièrent d'abord; mais ils ne laifl!erent pas de remporter la vic- 
toire & de faire un très-grand butin, qui les encouragea fi fort, qu'ils allèrent 
de-là attaquer la ville de Thaief dans l'Iemen. 

Les Mufulmans furent cependant obligez d'abandonner cette entreprife & re- 




V 2 GILWEK 



i5<5 G I U N E K. — — G R A R. 

GIUNEK & Giunek Ven. C'eft le fécond cycle fexagenaire des Cathaiens , 
qui en compofent un de i8o ans, de trois de ceux-cy. Le premier s'appelle 
Schanek yen , le fécond ell Giunek ven , & le troifième Kha ven. Voyez le 
titre de Van ou Ven. 

GIUNLU, la quatorzième portion des ^4 qui compofent l'année des Cat> 
haiens & Turcs Orientaux. 

GIUZURAT & Guzrat. C'cll le Royaume de Guzerate aux Indes Orien- 
tales. Voyez le titre de Hend. 

GIZI, furnom de Mohammed Ben Rabî, Auteur du livre intitulé Tarikh al 
fahabah fi mefr. Hilloire des compagnons ou contemporains de Mahomet , qui 
ont vécu en Egj'pte. 

GOBAI Camar ou Gioun al camar , le Golfe de la Lune , Ville Maritime 
du pays de Hadhramout en lemen ou Arabie Heureufe, fituée entre Scharmah 
& Merbathj villes de la même province.. 

GO G & Magog. Voyez les titres d'Aouge, ^'lagiouge ^ de Magiouge. 

GOLAM Thaleb, îe jeune homme defireux , furnom d'Abou Omar Ben 
Abdalouahed , Auteur du livre intitulé Efma Al fchoâra , les noms des Poëtcs 
Orientaux. 

GOLAM Zobal , Fcnfant de Saturne. Nom d'un Aftronome célèbre, qui 
vivoit du tcms d'Adiiad eddoulat, Sultan de la dynaftie des Buides. Abuîfara- 
ge cite de lay un fentimcnt fort jufte qu'il faifoit de l'Aflrologie ; car il di- 
foit, que c'étoit une fcience fort incertaine, puifqu'il y avoit de certaines con- 
ftitutions & figures du cici, qui ne découvroient rien que de faux, à ceux qui 
pénétroient le plus avant dans les fecrets de cette fcience; & d'autres , qui dé- 
couvroient des véritez, même aux plus ignorans, 

GOMRI, furnom de Mohammed Ben Omar, mort fan 849, Auteur de 
l'ouvrage intit ulé Entijjar letharik alakhbâr , qui ell une méthode pour appren- 
dre l'hilloire. 

GORABA; pluder de Garib, qui fignifie en Arabe, ce qui efl étranger, 
rare & inufité. Lefîân al goraba , 1» langue des étrangers. C'ell- une langue 
différente de l'Arabiqile, de laquelle on fe fert néanmoins en Arabie; mais l'u- 
llige en cft rare, & elle paffe pour inufitée. Voyez le Divan de Safi Al Holli, 
page 258. U cfi dans la Bibliothèque du Roy, n". 1168. 

GORAR Al Belagat, ce qu'il y a de plus brillant dans l'éloquence. C'eft 
le titre d'un. Florilège ou Recueil de bons mots, fait par Thâalebi , qui lui 
a donné encore le nom d'Eêgiàz fil igiaz. Il fe trouve dans la Bibliothèque: 
du Roy, n''. 1058., 

GORAR Al KhafTais , &c. Livre de morale , qui traite dcs> vertus & des 
vices en fcize diapitres , compote par Abou Abdallah Mohammed Ben Ibra- 
him 



GOUGOU; GULSCHEN. 1,-7 

hira Ben lahia Al Katebi Al Vathovath. Il efl: dans la Bibliothèque du Roy, 
n°. 1143. 

GOUGOU ou Cougou, Ville capitale des Soudan, c'eil-à-dire , des Nègres 
qui habitent au de-h'i la ligne Ecjuinotlialc , dans laquelle le plus grand Roy de 
toute cette nation fait fa rcfidence ordinaire. Les peuples qui Fhabitent font 
tous infidèles, c'efl-à-dire , qu'ils ne font pas Mufulmans. 

Quelques Géographes la placent entre l'Equateur & le premier Climat Sep- 
tentrional, f^oyez le Géographe Fcrlien dans le premier chapitre de fon ouvra- 
ge, où il traite des lieux qui font entre l'Equateur & le premier Climat. 

Il femble, que cette ville foit celle que nous appelions aujourd'huy Congo, 
dont les habitans font Nègres & Idolâtres. Les Portugais y ont envoyé & en- 
voyent encore fbuvent des Miffionnaires , par le moyen defquels la Religion 
Chrétienne y a fait déjà de fort grands progrcz. 

Edriffi dit, que cette ville ell diftante de vingt journées d'une autre appel- 
lée Cougha , qui efl plus Méridionale , & que c'eil-Ià que fe trouve le bois, 
appelle par les Arabes Aoud alhiat , Bois de ferpent , appelle par les Portugais • 
Paie de Cobra , lequel , félon quelques-uns , attire à foy les ferpens & leur ôte 
leur venin ; mais , félon les autres , il a la propriété de les chalTer. Ce bois 
efl allez femblable à celuy que les Arabes appellent Aker Carha , qui efl. le 
Pyrethre. 

GRAN, nom d'une ville de Hongrie, que nous appelions ordinairement 
Strigonie, Les Turcs la nomment auflî Eftrigoniah du mot Italien. L'on dit, 
que ce mot efl corrompu à' IJlrigranhan , à caufe que cette ville eft fituée au 
conflans d'une rivière nommée Gran , & de l'Ifter ou Danube. 

GRIGORIOUS Abulfarage, Médecin & Hiflorien Chrétien, eflimé par 
les Mufulmans même. Pokok l'a fait connoître en Europe", par la ti-adu6lion 
Latine qu'il s faite de fon abrégé des Dynaflies. Foyez Abulfarage. 

GUD ARZ, un des plus grands Capitaines de la Perfe , qui conquit la Ju- 
dée, & prit Jerufalem fous le règne de Lohorasb, Roy de la première dynallie 
de Perfe , & foûtint plufieurs guerres contre Afrafiab , Roy du Turqueflan , 
fous les premiers ^Roys de la féconde dynaftie. Il fut père de Guiu , qui fe 
rendit auffi célèbre par fa valeur dans les règnes fuivans. 

GUL ENDAM, MaîtrelTe de Baharam. Katebi, Poëte Perfien , a écrit 
un Roman , intitulé Baharam ve Gui Enddm. Bahaj-am fignilîe en langue Per- 
fienne Mars, & Gui Enddm, Corps de rofe, Epithete de Venus: de forte que 
ce Roman peut s'appeiler les Amours de Mars & de Venus , ou de deux per-" 
fonnes qui portoient ce nom. 

GU LIS TAN, Jardin ou Parterre de rofes. C'efl' le nom d'un ouvrage 
fort eflimé dans tout l'Orient, compote en langue Pcrfienne, & mêlé de pro- 
fe & de vers , par le fameux Sàadi Schirazi Molleheddin , l'an 6s6 de l'Hc- 
gire. Gentius l'a traduit en Latin & lui a donné le nom de Rofarium Politicum. 

GULSCHEN Raz , le Rofier ou le Jardin des fccrets. Livre Perfien en 
vers fia- la Métaphvfique , & fur la Théologie mvftique des Soils ; il con- 

V ^ ' tient 



158 G U N D E H. • G U R G E. 

tient des demandes & des réponfes en forme de Catechifme. Son Auteuf efl 

inconnu. 

Le Scheikh Mohammed Al Tabrizi Al Hateri a compofé un ouvrage pour 
le réfuter, qu'il a intitulé Jzhdr Gulfchen, les Fleurs du Jardin. 

'GUNDEH & Gundah, nom d'un raonflre marin , qui ne fe voit que dans 
les mers d'Iemcn & de Herkend. 

GUNDOGDI, l'Aurore ou le Jour naiffant, nom du fils de Soliman Schah , 
• Ayeul d'Othman, duquel nous venons de parler, & frère de Sancour Teghin. 

GUNPUZ & Gunduzin, fils d'Ôrthogrul & frère d'Othman, Fondateur de 
la dynaftie des Othmanides , qui font les Sultans de Conftantinople. Ce mot 
fignifie en Turc le Jour. 

G U RE H & Tchefchm Guréh , nom ancien des Turcomans , lorfqu'ils paf- 
ferent avec les Sclgiucides du Turkeflan en Perfe. Foyez les titres de Gaz 6? 
de Turk. 

GURGE ,& Kurge. Les Géorgiens, Gurgillan, la Géorgie. Les Géorgiens, 
peuples qui habitent les environs du Mont Caucafe au couchant de la mer 
Cafpienne , ont toujours été Chrétiens , quoy qu'environnez de tous cotez par 
les Mufulmans. 

Du tems des Samanides, Abou Nafler, Roy de Géorgie , qui avoit été fub- 
jugué par le Sultan Nouh, fils de Manfor, avoit remis fes Etats entre les mains 
de Schah Schar, fon fils, & vivoit en particulier à la Cour de ce Prince. 

Mahmoud, fils de Sebecteghin, Sultan des Gaznevides, fit la guerre à Schah 
Schâr. Altun Tafch , Général des armées de ce Sultan , le défit & l'envoya 
prifonnier à Mahmoud. Mahmoud lui rendit la liberté & le rétablit dans fes 
Etats, à condition qu'il y vivroit en bon & fidèle vaflal. 

Schah Schar s'étant révolté contre le Sultan , fut défait & pris prifonnier 
une féconde fois , & envoyé au Sultan Mahmoud , qui le fit fouetter comme 
.\xn efclave échappé, & l'enferma dans un château où il finit fa vie. 

Ainfi finit la dynaftie des Schars, au rapport de Khondemir^ qui dit, que ce 
nom de Schar étoit commun à tous les Roys de Géorgie, comme celuy de Cce- 
far , dont celuy de Schâr pourroit être corrompe , de môme que le tzar des 
Mofcovitcs, l'étoit aux Empereurs Romains. 

Cependant il s'éleva bien - tôt après une autre dynaftie de Roys dans le Gur- 
giftan, qui foûtinrent une longue guerre contre les Sclgiucides, fuccclfcurs des 
Gaznevides. Alp Arflan le Selgiucide remporta de grands avantages fur les 
Géorgiens : car il en dompta une grande partie qu'il reduifit en efclavage , les 
obligeant de porter un fer à cheval pendu à Foreille , pour marque de leur 
fervitude. 

Malek Schah , Sultan de la même race , continua à faire des progrez dans 
la Géorgie , où il prit le fort château de Miriam Nifchin. Foyez le titre de 
Malek fcliah. 

■Les Khovarezmiens, qui fucccderent aux Sclgiucides, firent aufE la guerre à 
ces peuples, fans pouvoir les alfujettir entièrement. Gelaleddin Mank-Bcrni fit 

de 



GUROVAN. GUZARATE. 159 

de grands exploits en ce pays-Jà, comme l'on peut voir dans fon titre -^ mais toutes 
les viéloires qu'il remporta , n'empêcherpnt pas que les Mogols ou Tartares , 
qui poflederent enfuite les Etats des Khovarezmicns , n'ayent été obligez d'ê- 
tre toujours en armes contre des peuples fi féroces & fi indomptables. Foyez 
le titre ^i'Abufâid Ben .Algiaptu. 

Aboulfarage veut , que les Gurges ou Géorgiens foient les mêmes que les 
Khozares ; mais ce font deux Jiations bien différentes. Les Khozares habitent 
au Septentrion de la mer Cafpienne , & confinent avec les Turcs Orientaux ou 
Tartares. Les Tables Arabiques marquent pour capitale de leur pays la ville 
de Balangiar, qui eft à 85 degrez , 20 minutes de longitude, & à 46 degrez, 
30 minutes de latitude: & les villes de Schamcur & deTellis, dont cette der- 
nière pafi"e pour la ville Royale des Géorgiens , font fituées à 83 degrez de 
longitude, & k 44 degrez de latitude Septentrionale. 

GUROVAN, Montagne la plus ftérilé de toute l'Arabie ; elle eft dans la 
province nommée Hegiâz, auprès de la ville de Thaief. 

GURSCHAH ou Gaurfchah. Nom du quatrième fils de Mohammed Kho- 
varezm fchah. Il faut voir le titre du père. 

GUSCHIR & peut-être Gaufchir, Ville capitale de la province de Kerman 
en Perfe, bâtie par Ardfchir Babegân , Roy de Pcrfe, fondateur de la dynaftie 
des Salfanides. 

GUZARATE. Voyez le titre de Hend, ou Hind âf Sind. 

HABAB. HABASCH. 



*^'2^*ABAB, furnom d'Aboufaîd , Chef & Prophète des Carmathes. Voyez 
è Jj\ Aboufaîd. 

*^w^* HABASCH, fils de Coufch ou Chus, fils de Kenaan ou Chanaan, 
fils de Ham ou de Cham, fils de Nouli ou Noé. C'eft de lui que les Arabes 
ont pris le nom des Abi/îins ou Ethiopiens ; car Habafch étant pris colledive- 
ment, fignifie chez eux fEthiopic. 

• Habafch & Habafchi fignifie un Abilîîn ou Ethiopien , le plurier de ce nom 
eft Hoboufch & Hobfchân, les Ethiopiens, que les Perfans appellent Siah Hin- 
dou, les Indiens Noirs. 

Les Grammairiens Arabes veulent que le mot de Habafchah , qui fignifie auffi 
l'Ethiopie, vienne de celuy de Hoboufchah , dont le plurier eft Ohoboufch & 
Ahabifch , qui fignifie un peuple mêlé de différentes nations originaires de di- 
vers pays , qui vivent unis cnfemble , & que c'eft la véritable étymologie de 
Habafch, nom qui comprend les Abiffins, les Nubiens & les fonges. 

Abdal- 



j5o h a B a s C h. 

Abdalmaâl marque pour confins de l'Ethiopie, du côté du midy, le Zangue- 
bar, ou la Cafreric: à l'Orient la mei? rouge: au Septentrion, le defert qui eft 
entre la Mer rouge, la Nubie, & la haute Thebaïde: & à l'Occident celui de 
Bagiah ou Beggiah. 

Les Arabes appellent encore les Ethiopiens du nom -que les Hébreux leur 
donnent, qui eft Coufchim, à caufe de Coufch ou Chus, père de Habafch, que 
les Hébreux ne connoifTent point: car félon la Genefe Cham eut pour enfans 
Chus, Mefraim, Phut, & Chanaan, & par confequent Chus étoit frère, & non 
pas fils de Chanaan. La ville capitale & Royale de ce pays s'appelle Germi, 
félon Abdal-mâal, Nafîir-eddin , & Ulug-Begh; ces deux derniers lui donnent 6s 
dcgrez de longitude , & 9 degrez , & 30 minutes de latitude Septentrionale, 
entre la ligne Equinocliale, & le premier Climat qui ne commence félon les 
Arabes qu'au douzième degré. 

Abdalmaâl dit que c'cft une fort grande ville. Edrifîî dit que la capitale de 
l'Ethiopie fe nomme Gionbitah: aujourd'huy c'eft Axumah. 

Sehertah & Hadiah font des villes du même pays , fituées au de-là du premier 
Climat, auffi-bien que Marcath, ou Marcathah. 

Macdafchou eft entre le pays de Zengc, & celuy de Habafchah, fcs habitans 
font Mufulmans , & un grand fleuve qui déborde en Eftc comme le Nil , pafte 
le long de fes murailles, dont l'enceinte eft fort grande. 

Zi'â & Zailegh eft aulîî une des villes d'Ethiopie, où les chaleurs font 11 
excefïïves , qu'il n'y croît aucune forte de fruit : il y a cependant beaucoup 
de Mahometans qui s'y font habituez , & qui font un très-bon accueil aux Mar- 
chands Mufulmans qui y trafiquent. 

Scherif Al Edriffi met aufîî au nombre des villes 8'Ethiopie celles d'Akent, 
de Bakthi , & de Mancounah, & il y a d'autres Géographes qui veulent que 
Gaidhab, ville & port de la mer rou?e du côté de la Thebaïde, d'où l'on paffe 
à Gidda en Arabie, foit du même pays aufli-bien que HUe & la ville de Soua- 
ken dans la même mer. 

Ce fleuve dont il eft parlé cy-deffus, eft fort grand, & fe jette dans le Ni-1 
proche la ville d'Ialak. C'eft fur {es bords que les villes de Gionbitah, de Ma- 
rakthah, & de Nagiagah font fituées. 

Une partie de l'Arabie , & particulièrement celle que nous appelions Heu- 
reufe, a autrefois été comprife fous le nom d'Ethiopie, à caufe que les Abif- 
lins qui l'avoicnt conquife , la pofiederent long-tems, comme l'on pait voir dans 
les titres <^'Ibrahim al Afchram, (^ de Mafrouk. Mirkhond appelle la côce ma- 
ritime de riemen qui eft au de-là, & au de-ça du Détroit de Bab aimandhab, 
où les Ethiopiens ont régné, du nom de Habafchah. 

Dhou Izen Roy de Flcmen les en chaffa avec le fccours des Perfes. Qi-'^l- 
ques-uns veulent que ce fut fon fils Saif , & d'autres , Maadi C?.rb fils de Saif : 
mais quoy qu'il en foit, les Perfes \qs, chalfercnt enfin fous le règne de Nou-* 
fchirvan qui y envoya des Gouverneurs, jufqu'à ce que Mahom.et, & les Kha- 
lifes fes fucceifeurs fe rendirent les maÎLi-es de toute l'Arabie, l^oyez le Livre 
intitulé Bogliiat /il mojîafid. 

Les Ethiopiens veulent que Salamah , Evcque , qui leur fut envoyé par faint 
Athanafe , fut le premier qui les baptifa ; car jufqu'alors ils n'avoient que la 
circoncifion qui leur fut enfeignée par Sadok, grand Prêtre des Juifs, qui leur 
«nvoya fon fils pour les inftruire au Judaïfmc du tems de Salomon. Voyez la 

vie 



HABIB. ^5j 

vie de Tâcalh aimanouth qui eft dans Ja Bibliothèque du Roy n". y<^6. Fbyez 
aujjî le titre de Fourumentius. 

Ebn Amid rapporte que fous le Khalifat de Motaflem le huitième des Abbaf- 
fides, il y avoit en Ethiopie un MetropoHtain , car c'eft ainfi que les Abiflîns 
appellent celuy de leurs Evoques qui a la fuperiorifé fur les autres; il portoit 
le nom de Jacob, & vivoit en réputation de fainteté parmi eux. 

La Reyne du pays qui n'étoit pas fatisfaite de fa conduite, le chalTa de fon 
fiege pendant l'abfence du Roy fon mary qui avoit pour lors guerre avec fes 
voifins. Le Métropolitain fe réfugia en Alexandrie auprès de fon Patriarche, 
& l'on dit qu'après fa retraite il arriva de grands malheurs dans le pays que 
l'on attribuoit à la perfecution que fouffroit un fi faint Prélat. 

Le Roy d'Ethiopie étant de retour de fon expédition, envoya une ambafTade 
au Patriarche d'Alexandrie pour lui demander pardon de l'expulfion qui avoit 
été faite du Métropolitain fans fa participation, & le pria fort humblement de le 
luy renvoyer. Le Patriarche eut égard aux prières du Roy & Jacob fut reçu 
des peuples avec une joye univerfelle. 

Le même Auteur dit que les Abiflîns peuvent, quand ils veulent, empêcher 
le débordement du Nil, & que l'an 482 de l'Hegire , de J. C. 1088 , fous le 
Khahfat de Mollanfer en Egypte, le Nil ne croiifant point, mcnaçoit l'Egypte 
d'une grande famine. Le Khalife pour prévenir ce malheur , obligea le Pa- 
triarche d'Alexandrie nommé Michel , d'aller en ambaifide de fa part , auprès 
du Roy d'Ethiopie pour obtenir de luy que l'on levât les éclufes qui empê- 
choient le Nil de grofïïr. 

Le Roy d'Ethiopie ayant appris la venue du Patriarche , fortin au devant de 
luy avec toute fa Cour , & le reçut avec des demonftrations d'un très-grand 
refpeft , lui accorda fa demande , & le renvoya fort fatisfait des honneurs qu'on 
iuy avoit faits. 

HABIB. Ali Ben Mohammed qui defcendoit d'Ali du côté de Houflain, 
& touchoit ainfi de fort près aux Imams, prit le furnora de Habib, qui fignitic 
iAmy, parce qu'il vouloit être chéri de tous fes feélateurs. Il fc rendit miiître 
de la ville de Baffora, & de fes environs fous le Khalifat de Motammed , y 
régna pendant quatorze ans , & eut le loifir de bâtir la ville de Mokhtârah qui 
n'en étoit pas éloignée. 

Il fortifia fi bien ce pofte, que MouafFek, frère du Khalife ]Motammcd, qui 
luy faifoit la guerre, fut obligé de faire conflruire une autre ville pour l'af- 
fieger, à laquelle il donna fon nom. Cette ville fut donc nommée Mouaffikiah, 
& fervit à ferrer de fi près Ali , qu'il fut enfin contraint d'abandonner fa \'ille 
de Mokhtarah, que MoualFek prit, & faccagea. 

Ali fut peu de tems après pris luy-même, & Mouafi'ek l'ayant f;iit mourir, 
fit porter fa tête au bout d'une lance par tous les lieux de la Province & en- 
fuite à Bagdet , où elle fut attachée à la porte du pont. Cecy arriva l'an %yo 
de l'Hegire, de J. C. 883. 

Cet Ali fe difoit fauficment être de la race du premier qui étoit gendre de 
Mahomet, & prenoit le furnom de Habib, le Bien aimé, titre qui n'appartient 
proprement , félon les fentimens des Mufulmans , qu'à leur faux Prophète. 

Ce fourbe avoit attiré par une faufile apparence de pieté , beaucoup de ca- 
naille à fa dévotion, qui étoit foûtenue par le nom, & par l'autorité d'Ali: 

Tome IL X nia^ 



ï6t H A B I B. — — HABULBAN., 

mais la vérité efl: qu'il droit fon origine de la famille d'Abdal Caîs, & que la 
plupart de fes feclateurs étoient Zenges , c'efl-à-dire , de ces gens ramalTez que 
nous appelions Eohemiens. 

HABIB. Abou Jofef Jacob Ben Ibrahim Al Coufi, ell ordinairement cité 
fous le nom d'Ebn Habib. 11 eft Auteur d'une hiftoire qui porte le titre de 
'l'arikh Ebn Habib. 

Bedreddin Abou Mohammed HalTan Ben Omar Ben Habib a compofé deux 
ouvrages, dont l'un eft intitulé, NaJJlm al Saba, le Soufle du vent Oriental; 
& l'autre Schodour u Zeher al zohour , Florilège. Ils font dans la Bibliothèque 
du Roy n^. 1173. Foyez aujfi le titre de Mazeni. . 

HABIB Allah. Nadhmeddin Ben Habib-allah a commente en langue Per- 
fienne un traité de l'Aftrolabe, que Naflir-eddin Thouflî a écrit en la même 
langue fous le titre de Bait bdb fil ajlharlàb. 

HABIB Al Seir, l'Amy du voyage. Ceft ce que nous appelions dans l'u- 
fage du vulgaire un I^eni meciim. 

Il y a un livre de Gelali qui porte ce nom. l^oyez le titre de Mahizer , Poif- 
fon d'or, & un autre de Khondemir, que plufieurs veulent être le même que 
Khelaftat al akhbar , & qu'il ne faut pas confondre avec le Haoui al Sojar, 
qui eft un recueil de plufieurs vies de Princes, & autres perfonnes illuftres. 

HABIB Ben Aous , c'eft le mêm.e qu'Abou Temâm qui pafte pour le Co- 
ryphée des Poètes Arabes. 

HABIB, avec une afpiration fimple, fignifîe en Arabe le Defert de Nitrie, 
qui eft divifée en deux parties , dont la plus montueufe s'appelle Gebal al 
nathroun, la montagne du nitre, & la plus baffe, ou Ovadi Habib , la Vallée 
de Habib, où eft la ville de Scheté ou Scetis des Anciens, 

Cette vallée , & la montagne qui la couvre, ont été autrefois remplies de 
Monafteres , & de Solitaires , dont vous pouvez voir les vies écrites fous le 
titre à'Arbain Khabar , les quarante hiftoires, dans la Bibliothèque du Roy n°. •j'^j. 

Il n'y a prefque que la Mareotide entre ce defert, & la ville d'Alexandrie. 
Voyez le titre de GcMl al nathroun. 

H A B I L. Abel fils d'Adam. Voyez fon hiftoire dans le titre de Cabil qui eft 
Cain fon frère. Les Syriens montrent encore aujourd'huy le lieu où Abel fut 
tué par Cain auprès de Damas. Voyez Demefchk. 

HABRAN, petite ville de l'Iemen ou Arabie Heureufe , fituée dans une 
plaine arroufée de plufieurs ruiffeaux, qui la rendent très-fertile, & abondante 
en diverfes fortes de fruits. Elle eft habitée par des Arabes de différentes 
tribus, venus des' villes de Sanâa & de Sâada. Habràn eft à 48 railles de 
cette dernière, & à trois journées de la première, félon Edriffi, dans la fLxième 
partie du premier Climat. 

HABULBAN. Voyez B-<xn.. 



•r 'K A D D A D. H A D H E R. 163 

HADDAD, un Serrurier. Ebn Haddâd, le fils' du Serrurier, furnom d'A- 
bou Mohammed Haflan Ben Ahmed , mort l'an 345 de l'Hegire , Auteur 
d'Adab al Cadhi , des qualitez d'un Cadhi ou Juge ," félon les principes des 
Schafeiens. 

HADDADI, furnom d'Abdalraouf Al Mânaovi , Auteur du liv^re intitulé 
Ergâm Aiilia al fcheitan , des viétoires remportées par les Saints fur les Dé- 
mons , & de Caovakeb al dorriah fi inemkeb al Sofiah , les louanges des Religieux , 
& de la vie religieufe. 

HADHAIK Al Sihr, Art Poétique compofé par Rafchidi , Poëte Perfien. 

HADHARI & Hadheri, furnom d'Azzeddin, Auteur d'un Commentaire fur 
le Sahih de Bokhari, qui fe trouve dans la Bibliothèque du Roy n^ 720. 

C'ell auflî le furnom de fchamfeddin Moham.mcd , Auteur du {Livre intitulé 
Ojfoid al carat y ou al cordt , traité fur la manière de lire l'Alcoran, ou fur les 
Sorts, compofé vers l'an 830 de l'Hegire. 

H AD HE R Nadher, ou Hadhir Nadhir , Prefent , & Voyant. C'efl un des 
attributs de Dieu qui exprime fon immenfité; Khabir & Baffîr, ConnoilTant, & 
Pénétrant de fa vue , fignifîe la même chofe ; ce font des termes répétez fans 
ceffe par le plus impie des hommes dans fon Alcoran. 

Au chapitre intitulé Bacrah , ou de la vache rouffe de Moyfe , on lit ces 
paroles : Û Allah berna tamelima Khahiron. Dieu fçait tout ce que vous faites , (fjfc. 
Huffain Vaêz les paraphrafe ainfi. Vous qui faites profeifion de pieté, ne vous 
affligez jamais de quoy que ce foit: car Dieu connoît vos bonnes œuvres, & il 
les recompenfera. Et vous pécheurs, puifque vous fçavez que Dieu connoît 
vos mauvaifes aftions, faites -en pénitence, pour éviter le châtiment. 

Le Mcthnevi dit fur ce même texte : Celuy qui croit que Dieu le voit dans 
chaque moment de fa vie doit pefer attentivement toutes les paroles, & régler 
exaétement toutes fes aélions. 

Au chapitre Nefla, ou des femmes, dans le même Alcoran , l'on trouve ce 
verfet. En Allah kan alaikom rakiban. Dieu a toujours l'œil fur vous. Un Au- 
teur Pcrfien expliquant ce- palîlxge, dit fort élégamment: Celuy qui croit fer- 
mement que Dieu cft Hadher Nadher der hemeh giai, ce qui lignifie en Per- 
fien , prefent en tout lieu , doit fçavoir qu'il n'y a ni porte , ni muraille , ni 
'huiffier , qui le puilfe garantir de fa vue , & que mille, & mille voiles, ou 
portières , les unes fur les autres , ne peuvent pas luy donner alTcz d'allurance 
,pour l'offenfer. 

Au chapitre intitulé Alak , qui eft le g6 , du même livre , il cft dit , alam 
iakm beann allah iara. L'homme ne fçait-il pas que Dieu le regarde ? Selemi dit fur 
ce paflage les paroles fuivantcs. Ce verfet comprend une promeffe , & une 
menace; car il s'adreffe à l'homme de bien, & luy dit: Travaille à fervir Dieu, 
puifqu'il ell prefent pour te recompenfer. Il dit à l'impie: Convertis - toy ; 
car Dieu voit ton infolence , & il la punira : Il dit à l'hypocrite , Purifie tes 
intentions; puifque tu fçais que Dieu pénètre le fond de ton cœur : & enfin 
il exhorte l'homme dévot à fe preferver des moindres fautes-, puifque Dieu 
réclaire de tous cotez. 

C'efl dans la confideration de ce dernier point qu'un Dcrvifche picuroit 

X 2 toû- 



i64 HADHIR. — HADHRAMOUT.. 

toujours, & ne fe pouvoit confoler ; car lorfque l'on l'afluroit que Dieu lui 
avoit pardonné fes pephez, il répondoit : Je veux bien que cela foit ainfi:; 
mais comment voulez- vous que je fupporte la honte de paroître devant luy en 
état de pécheur. 

Saadi dit qu'il n'y a rien de plus intime à un chacun que la prefence de 
Dieu , & qu'il n'y a rien cependant qui lui foit moins connu. 

Cette prefence, dit Cafchiri, fait qu'il n'y a point de jour d'hier, ny de de- 
main, pour un vray ferviteur de Dieu. F^oyez. le titre J'Adam , dans lequel 
vous trouverez le pafle que Dieu fit avec luy , &: avec fa pofterité., en quoy 
confille le plus grand fecret de la vie fpirituelle, félon ce même Auteur, qui 
ajoute que la prefence de Dieu raflemble, & réduit toutes chofes à l'unité, 
ne permettant pas que l'ame foit. diftraite par la multiplicité des. objets, f^oyez 
fur cecy le titre de Kobair. 

Giuneid dit . que l'attention à cette prefence intime de Dieu ,, eft l'exercice 
particulier des hommes fpirituels en ce monde , & que c'ell elle qui fera la 
félicité des bienheureux dans le ciel. 

Comme Dieu eit prefent en tout lieu , il" importe peu de choifir l'un plutôt 
que l'autre pour l'adorer. C'eft ainfi que parlent les Mufulmans les moins 
groflîers , & ce fut la raifon que Mahomet rendit de fon inconftance, lorf- 
qu'il fubllitua le temple de la Mecque à celuy de Jerufalem , pom- être le 
Keblah , ou point de converfion , félon la manière de parler Ai-abique , c'eft-à- 
dire, l'objet local du culte des Mufulmans. Foyez le titre de Keblah. 

Les Schiites ou Seftaires d'AH , tirent de cette imimenfité de Dieu., une 
confequence qui favorife leur opinion; car ils difent que cet attribut dans Dieu 
fait qu il fe manifeftc, & apparoît dans des individus particuliers, d'où ils con- 
cluent tem.erairement que fi Ali n'ell pas Dieu, au mo;ns en approche-t-il fort..- 

HADHIR.. Voyez le titre précèdent Hadlier, 

HADHIRI, furnom de Sdad Ben AH Al Varrak , mort l'an 568, Auteur 
d'un traité, de Logogriphes , & d'Enigmes fous le titre de Aâgiâz fil ahàgi u 
al algdz. 

H A D H R A. Voyez Gezirat al hadhra ,, ou l'Ifle verte qui elt dans- la mer 
des Indes, appellée Verte. 

HADHRAMOUT, c'efl le nom d'une ville , & d'un pays particulier, 
compris dans la grande Pro,vince de l'iemen , ou Arabie Heureufe , que les An- 
ciens ont connu fous le nom d'Hadramythena. Ce nom efl tiré de celuy d'une 
tribu defcenduc de la famille, de Hatfarmout,, ou Hatfarmavet, troifième fils 
de jocliin fils de Heber, dont les enfans ont peuplé l'Arabie. 

Abdalmoal , Géographe Perficn , mret la ville de Hadhramout dans- la Province 
d'Iemcn, & dit qu'elle n'eft éloignée de la mer d'Oman, qui efl: l'Océan Arabi- 
que , que de quatre journées. Il écrit aufîî qu'il y a dans le pays de Hadhra- 
mout une montagne nommée Schibam, cultivée & couverte de plufieurs bel- 
lés bourgades, d'où l'on tire les plus belles onyces, & agathes de tout l'Orient. 

La ville de Saba qui a été autrefois le fiege des Tobais ou Roys de l'Ie- 
mon, appartient au pays de Hadhramouth. La ville qui porte le nom de Ca- 

bar 



H A D R A VI. - H A D I. i5- 

bar-Houd à caufe du fepulcre de Houd, ou de Heber le Patriarche, que les 
Arabes y révèrent, en eft aulïï. Les campagnes fablonneufes , que les Arabes 
appellent Ahcâf où l'on trouve de l'Aloës en abondance , font dans cette Pro- 
vince. Cette efpece d'Aloës porte le nom de Sabr alhadhri , pour le dillinguer 
de celuy que l'on appelle Soccotori qui le furpafle en bonté. Les Adites ap- 
peliez dans TAlcoran le peuple de Houd, ont autrefois habité ce pays. Foyez 
le titre rf'Ad. 

Hadhri & Hadhrami, natif, ou originaire de Hadhramout. Tels étoient Ebn 
Asfour, & Ebn Jardoun. 

Abou Abdallah Mohammed Ben Omar Al Hadhrami efl: l'Auteur de Fath al 
aefâl udharb al amthâl, qui eft un ouvrage de grammaire Arabique, en forme 
de commentaire fur le poème intitulé Lamiab ou Lamiat d'Ebn MakkAL Na- 
hooviy que l'on trouve dans la Bibliothèque du Roy n'. 1098. 

Il y a audi un Abdalmalek , fils d'Abdallah , petit-fils du précèdent, Auteur 
qui porte auffi le furnora de Hadhrami. 

HADHRAOVI, furnom de HaflTan Ben Abdalrahman Ben Adhra. • 

HADI, Quatrième Khalife de la Maifon des Abbalîîdes, étoit fils de Ma- 
hàdi qui en fut le troifième, & frère de Haroun qui luy fucceda. Il ne régna 
qu'un an, &. 82 jours, & voulut ôter à Haroun fon frère la fucceffion qui luy 
étoit fubfiituéc, pour la donner à Giafar fon fils qui n'avoit pas encore atteint 
rage de puberté ; mais lahia fils de Khaled Al Barmeki , perfonnage de grande 
réputation pour fa prudence, & qui polfedoit la charge de Vizir, l'en dilfuada, 
en luy reprefentant que les Mufulmans vouloient un Khahfe qui leur fit la 
prière, & le fermon, qui les pût conduire au pèlerinage de la Mecque, & qui ■ 
marchât à leui* tête , lorfqu'il faudroit combattre. 

Le Khalife feignit d'approuver ce difcours; mais il fit appeller fecretement 
Harthamah , homme de confiance , auquel il commanda de tuer Haroun fon 
frère, & lahia fon Vizir. Il le tenoit caché pour cet efi^et dans fon Palais, 
lorfqu'environ l'heure de minuit, Harthamah entendit la voix de Khaizurân, mcre 
du Khalife , qui l'appelloit par fon nom , & qui lui fit voir Hadi mort fur fon 
lit; ce Prince venoit d'expirer fubitcraent par une toux qui lui prit, après avoir 
bû un verre d'eau. 

Harthamah reçut ordre en même tems de cette Princefle d'aller avertir Ha» 
roun, lequel ayant vu fon frère mort, fe fit en môme tems proclamer Khalife 
l'an 170 de l'Hegire. Khondmnr. 

Houfiain fils d'Ali , fils de Haflan , fe révolta contre le Khalife Hadi l'an de - 
l'Hegire X69, de J. C. 785. 11 fe fit proclamer Khalife dans la ville de Mcdine, • 
qui s'étoit déclarée ouvertement pour lui : & vint de là à la M?cque , où il 
fit tuer tous les pèlerins reconnus pour être du fang des Abbaifides. 

Cette révolte coûta cependant bien cher aux Alidcs ifius du fang d'Ali- ; le ' 
Khalife Hadi ayant défait Houfiain, fit coupper la tête à la plus grande partie 
de fes gens, & de fa famille , & callà toutes les pcnfions , &. appointeraens 
dont ils jouifix)ient par un privilège particulier. 

HoulTain avoit la réputation d'un homme vaillant, & très-liberal : car on dit 
que le Khalife luy ayant donné un jour quarante mil écus d'or , il diftribua 
entièrement cette forame entre les habitans de Bagdet , & de Coufa , & fe 

X 3 retira ■■- 



1.66 -■■ H A D I. 

retifa chez luy à Medine avec une feule robe fourrée fous laquelle il n'avoit 
point de chemife. 

L'on dit aufli de cet Houflain, qu'avant fa déclaration, il fit proclamer que 
tous les Efclaves qui quitteroient leurs maîtres , pour prendre party avec luy , 
feroient mis en liberté. Un grand nombre de ces efclaves vint à luy de tou- 
tes parts , & groffit en peu de tems fon armée ; mais lorfqu'il croyoit vaincre 
fon ennemy par le nombre de fes gens , il fut vaincu honteufement par une 
poignée de troupes réglées & difciplinées , que le Khalife envoya contre lui, 
& tous ces efclaves fugitifs furent rangez à coups de fouet, & rendus à leurs 
premiers maîtres. 

Le Khalife Hadi, comme nous avons vu, avoit voulu fe défaire de fon frère 
qui luy étoit fufpeft , d'autant plus que Khaizuran , leur mère , avoit témoigné 
en pkifieurs rencontres avoir plus d'inclination pour le cadet que pour l'aîné: 
mais cette mère jaloufe de fon autorité , prévint l'exécution des ordres du Kha- 
life, & luy donna d'un poifon fi fubtil, qu'il en mourut fubitement en touf- 
fant , & en éternuant. Afladi Poëte Pcrfien fit un diftique fur cet accident, 
où il dit que le fang de deux frères efi; le même , puifqu'il eft formé d'un 
même lait, & que celuy qui le répand eft l'homicide de la mère auffi-bicn que 
de fon • frère. 

Comme ce Khalife donna par fa mort la vie à beaucoup de perfonnes, il 
fournit auflî au Poëte Senai le fujet de ce quatrain. 

Oiioyque la plupart des hommes tienne un mauvais chemin , âf que la moindre 
partie d'entre eux prenne celuy du falut , il faut que tu vives deforte que tu 
te puijjes fauver en mourant , ^ non de telle manière que les autres trouvent 
leur falut en ta mort. 

Pour mieux connoître le grand nombre de gens aufquels Hadi donna la vie 
par fa mort , je rapporteray icy ce que Harthamah , qui étoit chargé d'une fi 
terrible exécution, en a raconté Iny-raême, fuivant le témoignage de TAutcur 
du Nighiariftân. 

Harthamah racontant un jour fon hiftoire à un de fes amis , luy dit : Le 
Khalife Hadi m'ayant fait venir un jour en fa prefence , me dit cqs paroles: 
Tu vois que ce traître lahia, fils de Khalcd , mon premier Miniftre, que j'ay fait 
emprifonner, eft mon ennemy déclaré, qu'il ne ceife par fes difcours de m'ôter 
peu à peu l'afteélion des peuples , & qu'il s'employe de toutes fes forces à ]es 
gagner en faveur de mon frerc Haroun. C'eft ce qui m'oblige à te commander 
d'aller de ce pas dans la prifon pour luy faire couper le col; dc-là tu te tranfl 
porteras auffi-tôt chez mon frère Haroun pour luy faire le même traitement. 
Après que cette double exécution fera faite, il faudra que tu falfes palfer par 
le fil de l'épée tous ccilx de la Maifon d'Ali qui fe trouveront dans les pri- 
fons; tu te mettras cnfuite à la tête de mes troupes, pour aller en diligence 
furprendre la ville de Coufah, où, après en avoir fait fortir tous les Abbaffi- 
des, tu feras mettre le feu, en forte qu'elle foit entièrement réduite en cendres. 

Après que j'eus reçu tous ces ordres du Khalife, je me jettay h fes pieds; 
ge luy reprcfcntay l'importance de cette alftirc, & je m'excufay lùr la foiblcfie 
de mes forces, qui ne me pcrmcttoit pas de pouvoir exécuter de fi grandes 
^hofcs. Le Khalife irrité de mes excufes, après m'avoir menacé de la mort, 

fi 



H A D I. H A D I T H. j^j 

lî je n'executois ponftuellement fes ordres , me quitta briifquement , & entra 
dans les appartemens fecrets de fon Palais, d'où un moment après la nouvelle 
vint qu'il étoit mort fubitement en touilant. 

Hadi fit la guerre en Giorgian, & en Mazandcran pendant la vie du Khalife 
Mahadi ion père, & il fe trouvoit dans ces Provinces, lorfque fon père mou- 
rut à Bagdet. Ce fut auffi dans le teras qu'il n'étoit encore que Khalife defigné, 
qu'il reçut l'ordre de fon père, de rechercher les Zendik ou Sadduceens pour 
les punir. 

Ces Sadduceens étoient les Manichéens, lefquels au rapport de Ben Caflem, 
enfeignoient d'abord à fe preferver des péchez, à travailler pour l'autre vie, 
fans rechercher les biens de celle-cy, & défendoient même l'ufage de la viande: 
mais dans la fuite c'étoient des gens qui introduifoient le culte des deux prin- 
cipes, à fçavoir, de la lumière, & des ténèbres, & qui permettoient le ma- 
riage entre les plus proches parens , & même dans les premiers degrez de con- 
fanguinité. - 

Hadi s'acquita fort bien de l'ordre que fon père luy avoit donné ; car il fit 
drefler mil potences tout à la fois dans la ville de Bagdet, & fit pendre tous 
les Manichéens qu'il put trouver après une recherche très-exafte. 

Marvan Ben Abou Hafedh , Poëte Arabe le plus illuflre de fon tems , ayant 
prefenté un de fes ouvrages au Klialife Hadi, ce Prince qui étoit bon connoifl^eur 
(car il nous reile encore de fes poëfies qui en font foy,) trouva le poëme 
de Marvan fort beau, & luy dit: Choififiez pour recompenfe de vôtre travail, 
de toucher comptant trente mil drachmes d'argent, ou d'en avoir cent mil, 
après que vous aurez palfé par toutes les longueurs, formalitez & remifcs des 
finances. Le Poëte luy repartit agréablement : Trente mil comptant , & cent 
mil avec le tems. Cette repartie fut fort bien reçue de Hadi qui étoit Hberal; 
car il luy fit payer comptant la fomme entière de 130 mil drachmes. 

HADI, ce mot qui fignifie Direfteur, & Condufteur , auffi-bien que celuy 
de Mahadi, efl devenu le furnom ou le titre de plufieurs perfonnages aufquels 
cette quahté convenoit par le droit ou légitime , ou ufurpé de leur ' charge. 

HADI-, fiirnom de Mohammed Ben Ali Al Saoudi, Auteur du livre intitulé 
BulbuL Al /kddh, qui traite des forts qui fe font avec des flèches. 

HADI Zadeh , furnom de Barzerimi , Auteur à'Erkian al Khamis , les cinq 
Colonnes , traité des cinq prières que les Mufulmans font chaque jour. 

HADI Al nogioum, le Condufteur des étoiles. Nom de cette étoile fixe 
que les Arabes nomment autrement Al Debaran , & nos Aflronomes , l'Oeil 
du Taureau, qui eft fort lumineufe. 

HADI A H, ville d'Ethiopie qui efl: fituée entre l'Equateur, & le premier 
climat, félon le Géographe Perfien. 

HADITH, Hifloire, Narration, un Ouy-dire, Ahadith al rafl^oul , Tradi- 
tion des chofes que le faux Prophète a dites, & qui ont été communiquées 
bouche à bouche, des uns aux autres. 

11 y a fix Auteurs principaux de ces traditions , à fçavoir, Ommdmoummin y 

la 



i58 HADITH. H A FED H. 

la Mère des fidelles qui eu Aifchah, fille d' Aboubecre , & femme de Mahomet 
qui a furvécu plufieurs années à fon mar}'' ; ^bou Horairah , Ami particulier de 
Mahomet; Ebn Âbbas^ fon coufm germain; Ebn Omar '^ Giaber Ben Abdallah ^ 
& /ins Ebn Malek. 

Ces Traditions doivent être apprifes par cœur: Celuy qui en fçait beaucoup 
eft appelle par les Mufulmans Hafcdh, le Confervateur, ou le Reteneur. Un 
Arabe du defert étant interrogé comment il en pouvoit tant fçavoir? c'eft, 
répondit-il, que je fuis femblable au fable du defert qui boit toutes les goûtes 
de pluye qui tombent, fans en perdre une feule. 

Il eft pourtant permis à celuy qui n'a pas la mémoire heureufe , de les 
écrire; car il y a une de ces traditions qui porte kidou al êlm belketabat. Liez 
avec récriture ce que vous avez appris : & un Mufulman fe plaignant de ce 
qu'il ne les pouvoit pas conferver dans fa mémoire , Mahomet lui dit EJlaàn 
biemineka , Aidez-vous de vôtre main. 

Zohari eft le premier qui a fait un Recueil de ces, traditions. Bokhari pré- 
tend qu'il s'en eft publié jufqu'au nombre de fix cent mil tant vrayes que fauf- 
fes. Khuarezmi en a ramalfé jufqu'à $i66. Abdallah furnommé Al Hafedh en 
fçavoit un fort grand nombre , & difoit que l'eau du puits de la Mecque , nom- 
mé Zemzem , qu'il avoit bûe à longs traits, luy avoit fortifié la mémoire. 

Bokhari, Termedi, NelTai , Abou Daoud, Meflcm, Daremi, Maoutha, Da- 
rafthani, BenMagiah, Baihaki , Soiouthi, & Sebti font les principaux Auteurs 
qui ont compilé de ces Hadiths, que l'on reconnoît être pour la plupart tirées 
du Talmud , d'oui l'on peut juger qu'il y a eu beaucoup de Juifs qui ont em- 
brafle le Mahometifme. 

11 y a plufieurs Ouvrages fur les traditions , dans la Bibliothèque du Roy. 
Voyez les n°. 6i8, 671, 11 27, & le titre de Naffekh ou Manfoukh, où l'on 
voit qu'il y en a beaucoup de rejettées, & de profcrites. Le Sultan Noured- 
din Zenghi, grand zélateur de la loy Mufulmane, comme l'on peut voir dans fon 
titre , a été le premier qui a fondé un Collège pour les enfeigner. Voyez 
aujfi le titre d'Arhim àf Arbâinât. 

HAFEDH ou Haféz, dont le nom propre étoit Mohammed Schamftddin, 
Poëte Perfien des plus célèbres , naquit à Schiraz fous le règne des ModhafFe- 
riens , & vivoit encore au tems que Tanierlan défit Schah Manfor Sultan de 
cette dynaftie. Il mourut fan de l'iiegire 797, & fut enterré dans un Oratoire 
de Schiraz dans le tems juftemcnt que le Sultan Babor ou Babur fe rendit maî- 
tre de cette ville. Mohammed Mimai, Précepteur du Sultan Babor, fit depuis 
bâtir une chapelle, & un monument fur le lieu oii ce Poëte avoit été inhumé. 

Les Poëfies de Hafedh ont été ramaffées après fa mort par Seid Caffcm 
Anovàr, dans un volume qui porte le nom de Divan Khovageh Hafedh Schi- 
razi. Elles font beaucoup eftimées, particulièrement à caufe du ftyle fublime, 
& des myfteres que les Mufulmans prétendent y être enfermez, jufques-là que 
l'on a donné à ce Poëte le titre & l'éloge de Lelfan gaib qui lignifie la lan- 
gue myllericufe. 

Ahmed Feridoun a expliqué en langue Turquefque ces mj'ftcres, & a fait 
une allégorie perpétuelle des termes de vin & d'amour qui s'y rencontrent 
aux tranfports dune ame dévote attachée à la conduite dun Diretlcur fpiri- 

tucl. 



Il A F E n H. ^Q^ 

tiiel & éclairé, qui la mené par des voyes bien élevées jufqu'aii fomtnct de la. 
perfeftion. 

Hafedh fut fort carefTé par le Sultan Ahmed Ilekhani , qui luy fit de grandes 
offres pour l'engager à fon fervice ; mais il aima mieux vivre* retiré parmi fes 
amis , & fréquentant feulement les gens de piété , âxns l'état de pauvreté qu'il 
avoit embralfé, que de joiiir des délices d'une Cour non moins dangereufe que 
floriffante. 

Tamerlan voulut aufïï le voir & l'entretenir; & l'on rapporte, que ce Prii)ce 
luy aj^ant reproché qu'il avoit fait peu d'état dans fes vers , des villes de Sa- 
marcande & de Bokhara, fon pays natal, il le fatisfit fi à propos par fa répon- 
îe, qu'il en- reçut des grâces , au lieu du châtiment que fes ennemis vouloient 
lui attirer. 

Il y a eu encore un autre Poëte Perfien du même nom , qui vivoit fous le 
règne du Sultan Schahrokh, fils de Tamerlan ; on le furnomme Halvai, c'eft-k- 
dire, le Confiturier, pour le diftinguer du premier.» 

Hafedh Schirazi fut foupçonné, pendant fa vie, de n'être pas trop bon Mu- 
fulman: En effet, quelque fens caché & myilerieux , que Ton puiiTe donner à 
fes vers , il y paroit une grande indifférence pour le Mufulmanifme , & l'on 
pourroit même croire qu'il parle de Jesus-Christ , à la manière des Chré- 
tiens, en plufieurs endroits de fes ouvrages. 

Il y a encore un autre Hafedh , furnomme Agem Roumi , & un qui porte le 
nom d'Ali Ebn Mohammed Al Farfi , defquels il eil parlé ailleurs. Hafedh 
Ben Kethir eft un Hiftoricn d'Egypte , qui finit fon ouvrage ■ où Ebn Nag- 
giâr commence le fien, à fçavoir, fan 773 de l'Hegire , qui eft de J. C. 1371. 

Hafedheddin eft un des noms de Nalfafi . Auteur du livre intitulé Meiidr, 
le Phare ou le Flambeau, ouvrage fort eftimé parmi les Mufulmans. 

HAFEDH Ledinillah , huitième Khalife des Fathemites en Egypte, étoit 
fils .de Moftanfer billah , qui avoit été le cinquième , & fucceda à Amer ben 
akamillah , fon parent , tué par un aflaflîn l'an 524 de l'Hegire , & de J. C. 
II 29. 

Ce Khalife choifit pour fon Vizir Ahmed Ben Fadhel , que l'on qualifioit fils 
de fEmir al giaoufche, c'eft-à-dire félon nôtre façon de parler, du Connétable. 
La juftice & les autres v^ertus de ce Miniftre lui attirèrent la haine des mé- 
dians, de forte qu'il perdit bientôt la vie, par la main d'un alfafïïn, auffi-bien 
que fon fucceffeur, qui vouloit marcher fur fes traces. 

Hafedh irrité par ces accidens funeftes , mit à la place du dernier Vizir, Haf- 
fan , fils du premier , homme cruel & avare , lequel d'abord fit voler la tête à 
quarante des premiers Seigneurs de f Etat. Le Khalife indigné d'une fi fan- 
glante exécution , pratiqua des gens qui lui promirent de fe défaire du Vizir : 
mais celui-cy ayant eu avis du complot fait contre luy, prévint fes ennemis & 
leur fit fouffrir le traitement qu'ils lui préparoient. 

Cette féconde exécution allarma tellement tous les Grands de la Cour, qu'ils 
menacèrent le Khalife de le dépofer , s'il ne pourvoyoit à leur fureté par la 
punition du Vizir. Ces menaces obligèrent enfin Hafedh de faire donner du 
poifon à Haflan, par un de fes Médecins qui étoit Juif. 

Ce fut environ ce tems-Ià que HalTan Sabah , qui fe difoit de la même race 

ÏOME II. Y que 



I70 H A F E D H. — H A F T A H. 

que les Fathemites , c'eft-à-dire , Ifmaëlien , fonda la dynalb'e qui fut appellée 
depuis les Ifmaëliens de Perfe. 

Hafedh le Khalife mourut à Tâge de quatre - vingt ans , dont il en avoit ré- 
gné vingt , & laîfla le Khalifat à fon fils nommé Dhafer billah , l'an de l'He-- 
giie 544, de J. C. 1149. 

HAFEDH Ben Gàiatheddin, fixième Prince de la dynallie qui porte le nom 
de Malek Kart ou Kurt. ^oyez ce titre. 

HAFEDHAH, Idole des Adites, c'elt-à-dire , des peuples d'une Tribu des 
Arabes , qui habitoient dans le pays de Hadhramoutli en lemen ou Arabie Heu- 
rcufe, & qui furent exterminez du tems du Propliete Houd , c'eil - à - dire , du: 
Patriarche Heber. yoyez ce titre. ^ 

Cette Idole étoit principalement invoquée pour obtenir un bon fuccez dans 
les voyages. • 

HAFESSAH, fille d'Omar le Khalife & femme de Mahomet, qui furvê- 
quit à fon mary. Aboubecre , fuccefieur de Mahomet , mit entre fes mains 
comme en dépôt l'original de l'Alcoran , & non entre celles d'Aifchah , autre 
femme de Mahomet, parce qu'elle étoit fa propre fille. 

H A FI, ce mot fignifie en Arabe un homme qui va nuds pieds, fans aucu- 
ne forte de chaufiure. 11 y a eu plufieurs Mufulmans auxquels on a donné ce 
furnom. Voyez Bafchar Al Hafî. 

Zeineddin Mohammed, Auteur des Aourad Alzeiniah, c'efl:-à-dire , d'un livre 
de prières , divifées en plufieurs parties , ou offices particuliers , que les plus 
dévots entre les Mufulmans récitent à certaines heures du jour , outre les priè- 
res ordinaires préfcrit js par la loy. Cet Auteur faifoit profeflîon d'une vie fort 
aufi:èrc & marchoit nuds pieds: c'efi: pourquoy on le furnomma Al Hafi. Mar- 
cher les jambes nues avec quelque chauffure aux pieds ne pafie pas pour une 
aufi:erité parmi les Mahometans. 

HAFS. Abou liafs Al Bokhari , Mufti de la ville de Bokhara , Dofteur 
Mufulman fort rigide. Lorfque Mohammed Ben Ifmail Al Bokhari , autre Doc- 
teur fort célèbre, vint à Bokhara, Abou Hafs déclara, qu'il ne le réconnoif- 
foit point pour être des fiens , parce qu'il étoit trop indulgent, & qu'il faifoit 
profeflîon d'une morale moins fevère. Mais ce Dofteur ayant poufle fa rigueur 
jufqu'à décider que la boiiTon du lait de vache & de brebis étoit défendue , 
félon les principes du Mufulmanifme , il fut chafle de la ville par les habitans , 
& Ben Ifmail mis en fa place. 

Cet Abou Hafs cil furnommé Al Kebir , c'efl:-à-dîre , le Grand ou l'Ancien, 
pour le diflinguer de fon fils Ben Abi Hafs, qui fut furnommé Al Saghir, le 
Petit ou le Jeime, Docteur non moins illufl:re que fon père. 

HAFTAH, c'eil: en Turc une femaine. Ce mot vient du Perfien Heft, qui 
fignifie Sept, & approche fort du' Grec Epta, avec un efprifafpre, qui répond 
à la lettre h des Latins. Cependant Ulug Beg remarque dans fon livre intitu- 
lé Tavarikh , les Epoques , que les Perfans n'ont point de femaine , & qu'ils 
donneût un nom particulier à chaque jour du mois.. 



H A G E B. 

Il faut entendre cecy des anciens Perfans: car depuis qu'ils font devenus Mar 
îiometans , ils fc fervent de Ja façon de compter les joui-s de la femainc com- 
me les Arabes. 

Ils appellent donc le Samedy Schanbah ou Schenbeh , du mot Hcbreu Schabat. 

Le Dimanche , lek fchenbeh , comme qui diroit à l'imitation des Juifs J^rima 
Sabathi. 

Le. Lundy, Dou Schenbeh, Sxunda SahatJn. 

Le Mardy, Sib Schenbeh, Tcrlia Sabathi. 

Tchar Schenbeh, ell le Mercredy , ou Qiiarta Sabathi. 

Le Jeudy, Penge Schenbeh, Ouinta Sabathi. 

Le Vendredy, Adhineh, c'ell-à-dire , la Fête , parce qu? ce jour tient lieu 
du Dimanche aux Mufulmans. 

Les Turcs comptent un peu différemment leur 'femaine ; car ils appellent le 
Dimanche, Bazar guni, le jour du marché, & le Lundy, Bazar erteffi, le len- 
demain du marché. 

Le Mardy, Saligun, c'efl-à-dire , Jour vacant & libre. 

Le Mercredy & le Jeudy, ont Ijs mômes noms qu'en Perfien. 

Le Vendredy, efl appelle Giumâ guni , le Jour de l'aflemblée , dans lequel 
ils vacquent plus particulièrement au fervice de Dieu, l^oyez le titre de Giumâ 
^ Giumâat. 

Le Samedy porte le nom de Sebt guni , le jour du Sabath & de Giumâ cr- 
teffi, c'^-à-dire, le lendemain de Falfemblée. 

Les Arabes comptent les jours de la femaine à la façon des Hébreux , par 
premier, fécond, troifième , &c. en commençant par le Dimanche, à la re- 
ferve du Vendredy, qu'ils nomment Jaoum al ginmà ou giumâat, ou giamê , 
c'eft - à - dire , Jour de faifemblée Religieufe, ou, pour parler abufivement, Ec-, 
cléfiallique. 

Le Samedy, chez eux, eft Jaoum al fabt, c'eft-à-dire , le jour du Sabath ou 
du repos : mais la femaine eft appellée Usboû , dont le plurier eft Alfabî , le 
Septénaire. 

La femaine des Cathaiens, & des Igureens ou Turcs Orientaux , efl: de foixan- 
te jours , félon Ulug Beg : mais on doit plutôt appeller ce cycle de foixante 
jours , leurs mois ; car ils en ont un autre de quinze jours , qui approche beau- 
coup plus de nôtre femaine. 

H A G E B & Haggiâb , Huiiïîer & Portier. Le Maître de la portière , c'efl:- 
à-dire, d'un voile ou pièce d'étoffe , qui fe m?t devant les portes des Princes 
& Seigneurs , & c'eft en Levant la qualité de celuj' que les Italiens appellent 
// Maeftro délia camcra, & les François , le premier Gentilhomme de la Cham- 
bre ou le grand Chambelan, 

C'étoit une grande charge auprès des Khalifes de Bagdet & d'Egypte , aufli- 
bien que chez nous; mais elle crut beaucoup en autorité dans l'Efpagne, parce 
que ceux qui la polfédoient, étoiént les Vizirs & premiers Minières des^Prin- 
ces Arabes qui y rcgnoient : c'efl; pourquoy ceux qui interprètent ce mot par 
celuy de Huiiîier tout Amplement , ne nous donnent pas l'idée que l'on doit 
avoir de cette dignité , non plus qu'en rendant Cateb par celuy d'Ecrivain , 
puifqu'il faut entendre par ce titre un Secrétaire d'Etat. 

Barak, dit Al Hageb , étoit Grand Chambellan d'un Sultan du Turkeftan ; il 

Y 2 devint 



179. H A G E L A H. H A G G E. 

devint lui-même Sultan du Kerman & fondateur de la dynaflie des Caraca- 
ttiaiens. ^oyez fm titre. 

Ebn Hagcb , le fils de Chambellan. C'eft le furnom d'Abou Amrou Othmaii 
Ben Omar dit auffi Takhtazani , lequel a compofé plufieurs ouvrages fur la 
grammaire Arabique , & qui mourut l'an 672 de l'Hegire. Il y a dans la Bi- 
bliothèque du Roy, aux n'^. 573, 1060, 1082 & 1087, d'autres Auteurs, qui 
portent le même norn & qui ont écrit fur l'Elm al Kelam, c'eft-à-dire , fur la 
Métaphyfique ou Scholailique. 

HAGELAH. Aboulabbas Ben lahia Al Hagelah , furnommé Al Telmefla- 
ni , c eil-à-dire , nfftif de Tremilfen en Mauritanie , ell Auteur du Siicurdan & 
du Divan al Sahabah , où il traite de l'amour & des Amants. Foyez dans la Bi- 
bliothèque du Roy, n°. 1174. il dédia Ion livre au Sultan Naffer l'an 757 & 
mourut en 770. 

HAGGE, le Pèlerinage de la Mecque. Haggi, un Pèlerin qui a fait ce vo- 
yage. 

Après que Mahomet a parlé des excellences du Temple de la Mecque dans 
le chapitre d'Amran , voicy comme il établit la loi de ce pèlerinage. Dieu a- 
ordonné le pèlerinage du Temple de la Mecque à quiconque fera en état de faire ce 

voyage, 

'Les trois plus célèbres Do6leurs de laloy Mufulmane , dont les %ptimens 
partagent tous les autres Docteurs Mufulmans , expliquent différemment les con- 
ditions qui rendent ce pèlerinage obligatoire. 

Schafei dit , qu'il fuffit d'avoir des provifions nécelllùres & une monture , 
pour y être obligé. 

Malek veut, que ces conditions foient la fanté du corps & des facultez fuf- 
fifantes, pour fe pourvoir des chofes nécelfaires à ce voyage. 

Abou Hanifah croit, que le pouvoir , requis dans ce chapitre, s'étend non- 
feulement aux provifions nèceŒiires pour le voyage , mais qu'il comprend aulîî' 
la fanté du corps, la commodité d'une voiture & même la fureté du chemin, 
fans laquelle on n'y efl: point obligé ; c'efl;. cette décifion que la plupart des 
Mufulmans & particulièrement les Turcs ont reçue. 

Dans le chapitre intitulé Bacrat , Mahomet ordonne , que ceux qui font ce 
pèlerinage portent leur provifion pour n'être pas à charge aux autres, & il dit 
ces paroles : Faites vos provifions»\ mais la. meilkure de toutes Les provifions , c\Jl 
la piété [y fahftinence. * 

Houlfain Vaêz dit fur ce verfet : la meilleure provifion que l'on puifife fai- 
re , eft de s'abft;enir pour n'être pas importun aux autres , en leur demandant. 
C'eft, dit- il , le fens littéral de ce pafi:age : mais le moral & le myftique eft y. 
qu'il faut faire fa provifion pour le voyage de l'autre vie , fignifîé par le pèle- 
rinage de la Mecque. Or la meilleure provifion que nous puiflions faire pour 
ce voilage eft l'abftinence. * 

Calchiri dit, que l'abftinence du commun des fidèles eft l'éloignement du pé- 
ché : mais que l'abftinence des parfaits confifte à ^ fe retirer fous le voile de_ la 
contsmpU\tion, qui nous couvre tous les objets & ne nous fait voir que Dieu 
feul. Il eft vray, que nous ne pouvons pas faire ce voyage fans provifion :. 
mais cette provifion n'eft autra qu'un ardent defir , fans lequel nous ne pou- 
vons 



H A G G E. rj^ 

vons pas avancer un feul pas dans la piété : Surquoi Selemi dit , que la pro- 
vifion de ceux qui marchent dans la voye de Dieu , confifle dans la componc- 
tion du cœur, qui fe manifefle par la pâleur du vifage & par les foupirs de la 
poitrine. Heureux celuy qui entreprend un tel voyage. 

Les Khalifes fatisfaifi3ient autrefois eux-mêmes à l'obligation du pèlerinage. 
Abugiafar Almanfor , fécond Khalife des Abbaflîdes , mourut dans ce pèlerina- 
ge. Mahadi, fon iils & fon fucce/Teur , le fit en l'année i6o de l'Hegire 
avec tant de fomptuofité, qu'au rapport de Khondemir, il fît charger cinq cent 
chameaux de neige & de glace feulement , & plufieurs mil de provifions pour 
les pèlerins. 

Après que Mahadi eut fatisfait à tous les devoirs du pèlerinage , que les Ara- 
bes appellent en leur langue Menailck alhagge, on lui vint dire, que les plan- 
chers des maifons où étoit fa garderobe étoient fr chargez, qu'il y avoit danger 
qu'ils ne tombafTent fous le poids, cet avis lui donna occafion d'ordonner, que 
l'on diftribuàt tout ce qu'il y avoit dans fes magazins aux'pauvres , dont cha- 
cun eut deux vefles de brocard pour fa part. 

Abougiafiir Almanfor ayant donné la charge de Chef & de conducteur de la 
Caravanne des pèlerins , appelle par les" Arabes Emirhagge , à fon frère , au- 
préjudice d'Abou Mofiem , qui la luy avoit demandée , ce puiifant Seigneur , 
qui étoit Gouverneur de la province de Khorafîan , en fut fi fort piqué, qu'il 
fe cantonna dans fon gouvernement, & obligea enfuite Almanfor, qui lui avoit 
les dernières obligations, de le faire mourir. 

Haron Rafchid , cinquième" Klialife de la Maifon des Abbaflîdes , fut le der- 
nier de tous les Khalifes qui fît le pèlerinage de la Mecque. 11 y alla pour la- 
dernière fois l'an i86 de l'Hegire, accompagné de fes deux enfans Amin & 
Mamoun, qui lui fuccederent tous deux l'un après l'autre. 

Etant arrivé ^Medine, il fît trois préfens aux habitans , le premier en fon" 
nom , & les deux autres au nom de fes deux enfans ; & lorfqu'il fut arrivé à 
la Mecque , il fît la môme choie , enforte que l'argent qu'il diftribua dans ce 
voyage, montoit à la fomme de quinze cent mille dinars d'or. 

Dans ce même voyage, il fît attacher à la porte du Temple de la Mecque, 
que les Arabes appellent Caâbah , c'eft-à-dire , la Maifon quarrée , l'Afte ou 
Déclaration du partage qu'il avoit faic de tous fes Etats entre fes trois enfans 
Amin, Mamoun & Motaliem, avec fubflitution de l'un à l'autre. Voyez le ti- 
tre de Haron. 

L'on dit de ce Khalife , qu'il attribuoit à fes pèlerinages toutes les viftoires 
qu'il avoit remportées fur fes ennemis : car il avoit fait huit fois ce voyage , 
& avoit gagné huit batailles. Il en fît même un à pied, dans lequel il rencon- 
tra Ibrahim Ben Adhem , qui employoit douze années • entières à faire le fien. 
L'on dit auflî , que Haraoun fît graver fur fon cafque ces deux mots , Haggion 
Azzon^ qui. lignifient , celui qui fait le pèlerinage de la Mecque devient fort 
& puiffant. 

Toutes les fois que ce Khalife faifoit le pèlerinage de la Mecque , il fe fai- 
foit accompagner par cent Dofleurs de la loy, qu'il défrayoif ; & lorfqu'il ne 
pouvoit pas s'en acquitter en perfonne, il en habilloit trois cent qu'il envoyoit 
à fes dépens pour tenir fa place. 

Après que les Khahfes fe furent difpenfcz de ce devoir, les divers Sultans, 
qui s'élevèrent dans le Mufulmanifrae , ne -laiffoient pas de s'en acquitter. Ma^ 

Y 3 lek- 



1^4 H A G G E. 

lekfchah, Sultan des Selgiucides, fit ce pèlerinage avec une dépenfe incroyable, 
& abolit le tribut que les pèlerins ctoient obligez de payer , comme fon peut 
voir dans fon titre. Bajazeth fécond Sultan des Othmanides , le fit auflî , & ce 
fut , dans ce voyage , qu'il apprit la mort de Mahomet , fon père , auquel il 

fucceda. 

Les Arabes prétendent, que ce pèlerinage étoit en vogue dans l'Arabie avant 
le Mufulmanifme , & même dès le tems d'Abraham, & d'ifmaël fon fils, qu'ils 
fuppofent avoir été les fondateurs du Temple de la Mecque. Quoi qu'il en 
foit , Mahomet en a fait un des fix points capitaux de fa Religion , qui eit 
d'une obligation plus précife , que la circoncifion qui n'eft que de tradition. 

Cependant, l'an 319 de THegire , de J. C, 931 , fous le Khalifat de Moéla- 
der , ce pèlerinage cefTa par la crainte des Carmathes , qui en une feule fois 
tuèrent plus de vingt mil pèlerins. Ces rebelles prirent enfuite & pillèrent la 
Mecque , prophanerent ce qu'il y avoit de plus faint pour les Mufulmans , & 
les obligèrent de prendre le chemin de l'Euphrate , c'eft - à - dire , de fubflituer 
Jerufalem en la place de la Mecque , ce qui fe pratiqua pendant le règne du 
Khalife Radhi , comme autrefois Abdalmalek , Khalife des Ommiades , l'avoit 
établi.. 

Le fameux Hallage, duquel il fera parlé dans un titre particulier , fut mis à 
mort, par fentence des Dofteurs de la loy, pour avoir particulièrement enfei- 
gné une pratique de dévotion & des cérémonies , qu'il difoit pouvoir fuppléer 
au pèlerinage de la Mecque. 

Nonobflant la dévotion prétendue des Mufulmans dans ce pèlerinage , Saâdi 
ayoiie, que les pèlerins y commettent fouvent de grands excez , & il rappor- 
te qu'un jour ceux qui étoient à pied avec lui , eurent une très -grande que- 
relle entr'eux , & fe battirent rudement à coups de poings & de pierres , ce 
qui fit dire ingénieufement à un de ceux qui étoit monté fur fon chameau, ces 
paroles : C'eji merveille , que les pions du jtu des échecs deviennent des pièces prin^ 
cipales , quand elles ont traverfé heureufement tout le champ du damier , S' que les 
piétons de la Mecque ne deviennent pas meilleurs , après avoir m Juré la plaine entiè- 
re du défert. 

L'Auteur du Nighiarifian rapporte , qu\ui pèlerin , homme de fort mauvaife 
inine & grand fcèlerat, prenant en main l'anneau de la porte du Temple de la 
Mecque, s'en frottoit le vifage & prioit Dieu de le préferver du feu infernal. 
Celui qui étoit proche de lui entendant fa prière , lui dit : Je m'étonne , que 
vous foyez dans cette crainte, ne fçavez-vous pas le proverbe, qui dit que, le 
feu d'enfer ne peut jamais brûler un beau vifage. Ce proverbe efi;- tiré des vers 
Perfiens du Poëte Hafez, lequel entend par un beau vifage un homme de bien: 
comme, au contraire, un vifage noir ou laid, chez les Perfans , .s'entend tou- 
jours d'un méchant homme. 

On peut remarquer ici, que le premier pas que les Mufulmans ont accoutu- 
mé de faire , lorfqu'ils fe veulent convertir, ou faire pénitence à leur mode, 
de leurs ^ péchez palfez , efi: de prendre l'habit de pèlerin , ou de Dervifche , 
& de faire le pèlerinage de la Mecque, l^oyez fur ce point le titre de Souzeni. 

Le dernier mois de l'année Arabique eft appelle Dhoulheggiat , à caufe que 
c'efl; dans cette, lune que les Pèlerins doivent être rendus à la Mecque, pour 
y faire leurs cérémonies & leurs dévotions. Foyez les titres de Dhoullieggiat àf 
de Caâbah, qui eft le Temple de la Mecque. 
• Les 



H A G G I A B. — H A G I A R. ïj,^ 

Les pèlerinages de Jerufalem , de Hebron , du fepulcre d'Ali & de fes en- 
fans, aufli-bien que de celui de Mahomet à Medine , font tous pratiquez par 
les Mufulmans : Il eft vrai pourtant ; que celui d'Ali fut défendu par le Kha- 
life Motaovazel, & qu'il n'y a gueres que les Schiîtes qui le fréquentent. 

Foyez fur tous ces pèlerinages les livres à'Adhkar al hagge u alùmrah, fait par 
Cothb al Mekki , d'Efchardt ela marefat al ziaràt , par Ebn Al Saih , de Baéth 
al nofous, par Carari , & dCUns al Khalil. Ces deux ouvrages traitent particu- 
lièrement ' de ceux de Jerufalem & de Hebron. Foyez aujjî les titres de Cods. 

HAGGIAB. Foyez le titre d'Omar Ben Abdalaziz/ 

HAGGIAH, Aboubecre Ben Haggiah, dit Al Hamaovi, à caufe qu'il étoit 
natif de la ville de Hamah 'en .Syrie , eft Auteur d'un commentaire, intitulé 
Tacdim Abubecr, fur le poërae d'Al Barezi , nommé Bediah , qui eft dans la Bi- 
bliothèque du Roy. n°. 1056. Cet Auteur mourut l'an de l'Hegire 837. 

H AGI; on a déjà dit, dans le titre de Hagge , que ce mot fignifie un Pè- 
lerin de la Mecque. Cette qualité entre dans les noms de plulieurs perfon- 
nages. 

Hagi Baba , eft le nom fous lequel Abdalkerim Othman Al Tharfoufîî eft le 
plus connu. C'eft un Auteur qui a commenté les Covaêd al âaràb , qui eft un 
livre de grammaire Arabique d'Ebn Hefchâm. Cet ouvrage fe trouve dans la 
Bibliothèque du Roy, n'. 1104. 

Hagi Caovani , homme célèbre dans» la Perfe , que le Poëte Hafedh a beau- 
coup loué, & propofé pour un modèle parfait de génerofité & de libéralité. 

Hagi Cogelah , nom fous lequel Tageddin Cazerouni eft le plus connu. II 
eft Auteur d'un livre Perfien, intitulé Bahar alfddd, la mer de la félicité. C'eft. 
un ouvrage de Morale. 

HAGIAR, écrit par un he , qui eft une afpiration douce, & non par un 
ha , qui eft une afpiration forte , comme dans les mots précédens , eft le nom 
d'Agar, mère d'Ifmaël. 

Les Turcs l'appellent dans leur langue Hagiar Anai , Agar la mère par excel- 
lence , à caufe d'Ifmaël fon fils. Les Mufulmans ne croyent point qu'elle fût 
concubine d'Abraham , & prétendent au contraire qu'elle fut fa femme légiti- 
me , & qu'elle luy donna Ifmaël , lequel comme aîné eut un grand avantage 
fur Ifaac , obtenant pour fon partage TArabic , qui furpalfe de beaucoup en 
étendue & en richeff'e , la terre de Chanaan qui demeura à fon cadet. 

Ils difent auffi , qu'Agar mourut à la Mecque & qu'elle fut enterrée dans 
l'enceinte extérieure du Temple de la Càabah ou Maifon quarrée; cette encein- 
te ou muraille eft appellèe par les Arabes Hathim. Foyez le titre de Farma,. 
ville d'Egypte, qui lui avoit donné la naiflance. 

HAGIAR Alaftbvad, Pierre noire en général, mais en particulier une pier- 
re de cette couleur attachée à un des piliers du Portique du Temple de la 
Mecque. 

Abdallah, fils de Zobair, la fit tranfporter de ce lieu dans le Sanftuaire ; mais 
Hegiage fen fit ôter & remettre dans fa première place. 
-^ Les Carmathes , après avoir pillé la Mecque fous le Khalifat de Modiader, 

en- 



i^e H A G I A R. • H A G R. 

enlevèrent cette pierre, qu'ils difoient, avec aflez de vraifemblance , être un an- 
cien Idole : on voulut leur donner cinq mil dinars d'or pour la racheter : mais 
ils les réfuferent, & la retinrent pendant 22 ans, à fçavoir , depuis l'an 317 
de l'Hegirc jufqu'en 339, qu'ils la rapportèrent à Coufah , fous le Khalifat de 

Mothî. 

Les Khalifes firent enchaffcr un morceau de cette pierre duHs le feuil de la 
■porte de leur Palais à Bagdet , ce qui obligeoit tous ceux qui y entroient , de 
le baifer, & ils s'attiroient par-là une grande vénération. En effet, un Muful- 
man ne croiroit pas avoir fatisfait aux devoirs du pèlerinage de la Mecque , 
s'il n'avoit baifé cent & cent fois cette pierre , à laquelle ils attribuent des 
qualitez merveilleufes , comme de nager fur l'eau, d'engrailfer un chamean mai- 
gre qui la porte, d'avoir quelquefois une pcfanteui? que plufieurs bœufs ou che- 
vaux ne peuvent ébranler, & plufieurs autres chofes fabuleufes. 

Khondemir rapporte dans la vie de Mahomet, que cette pierre a été révérée 
dès les premiers tems dans le temple de la Mecque ; car il dit , fuivant les an- 
ciens mémoires des Arabes , que les Giorhamides , qui avoient la garde de ce 
Temple , furent contraints d'en céder la poffeflîon aux Banou Beker , c'efl: - à- 
dire , aux enfans de Beker , qui étoient de la pofl;érité d'Ifmaël , fils d'Abra- 
.Jiam, qui s'étoient rendus maîtres de la ville par la force de leurs armes. 

Amrou Ben Hareth , chef des Giorhamides , craignant la profanation de ce 
temple , détacha la pierre noire du lieu où elle étoit placée , & la jetta dans 
le puits de Zemzem , dont il ferma fi bien l'ouverture , qu'elle ne fut connue 
par aucun de leurs ennemis. , 

Les chofes demeurèrent long-tems en cet état, jufqu'a ce qu'Abdalmothleb, 
ayeul de Mahomet, ayant appris par révélation tout ce qui s'étoit palîe , fit 
tirer du puits cette pierre & la remjt au même lieu d'où elle avoit été tirée. 
Voilà les vains amufemens dont les Muiùlmans entretiennent leur dévotion. 

Il ne faut pas confondre le nom de Hagiar al fovad , qui fignifie auffi pierre 
noire, qui efl: proprement le charbon de terre ou de pierre, avec la pierre noi- 
re myfl;érieufe dont nous venons de parler , & que l'on appelle toujours Ha- 
giar al aflx)vad. 

HAGIAR. Ebn Ilagidr, efl le nom de plufieurs Auteurs Arabes, dont l'un 
elt furnommé Al Alcalani , parce qu'il étoit natif de la ville d'Afcalon en Sy- 
rie , un autre Ai Bagdadi & un troifième Al Mekki , originaires des villes de 
Bagdet & de la Mecque. 

Le premier fe nomraoit Al Hafcdh Schehabeddin AboulfadhI Ahmed', & mou- 
rut l'an 852 de l'Hegire. Il a travaillé beaucoup fur l'hilloire d'Egypte : fon 
principal ouvrage hiftorique a pour titre Enha al gomri fi ebnalômri. Les vies 
des Cadhis du Caire, intitulées Refê al efr ânXodhdt Mefr , font auffi de luy. 

Les deux autres Ebn Hagiar étoient plus anciens , & n'ont travaillé que fur 
des matières qui regardent le Mufulmanifme. 

H A G R & Hagiar. Ce mot fignifie en Arabe une pierre , & efl; devenu le 
nom d'une ville de l'Arabie, fituée dans la province de Higiaz; elle efl: àcs 
;dépendances de lemamah, dont elle n'efi: éloignée que de vingt -quatre heures 
de chemin. 

C'efi: dans cette vWh que l'on voit les fepulcres des Sclioâda ou Maityrs , 

qua- 



haï. 1^7 

qualité donnée à ceux qui furent tuez en combattant contre le faux Prophète 
Mufeilemah , lequel prétendit faire dans l'Ieraen ce que Mahomet avoit fait 
dans l'Higiaz. 

Il publia en effet une nouvelle loy, & il eut pendant un tems beaucoup de 
fëftateurs; de forte qu'Abôubecre , fiicceffeur de Mahomet, craignit que ce nou- 
veau Prophète ne l'emportât fur le fien , & ne caufàt la ruine du Mufulmanif- 
me : mais enfin, Mufeilemah fut défait & tué auprès de cette ville, qui eil ap- 
paremment celle que Ptolemée & Strabon appellent Fetra deferti, & ks Hébreux 
Arac. Foyez Abdelmoal dans le fécond climat , & Nafîireddin qui lui donne 
83 degrez de longitude, & 25 degrez, 15 minutes de latitude Septentrionale, 

La ville dlemamah ell éloignée de Baffora de 16 journées, & à 82 degrez» 
30 minutes de longitude, & 23 degrez de latitude. 

Cette ville a donné fon nom à un paj's qui efl, félon Khondemir & tous les 
Géographes Orientaux , entre la Syrie & l'Arabie , & c'efl ce que nous appel- 
ions aujourd'huy l'Arabie Petrée, où le peuple de Saleh , c'ell-à-dire, les The- 
mudites habitoient autrefois; on voit encore, difent les Mufulmans, en ce pays- 
là les roches & les cavernes , où ils fe retirèrent pour fe garentir des maux dont 
le Prophète Saleh les menaçoit , & l'on y remarque aufïï les terribles effets de' 
la colère de Dieu. Foyez les titres de Saleh âf de Themoud. 

La ville de Hagiar devint , à caufe de fa fituation avantageufc , la place qui 
fervit de retraite & de capitale aux Carmathes , d'où ces rebelles infcftcrent 
long-tems les Etats des Khalifes de Bagdet , & moleflercnt à un tel point les 
pèlerins de la Mecque, que ce pèlerinage ceffa pendant plufieurs années, com- 
me l'on peut voir dans le titre de Hagge. Abufaid y bâtit un palais ou châ- 
teau, nommé Hagiarah , que fon fils Abou Thaher fortifia extrêmement. 

Depuis ce tems - là , Hagiar paflà pour une place prefque imprenable. Les 
Sultans de Syrie & -d'Egypte l'ont poffedée long-tems. Les Francs la prirent 
à leur tour, & changèrent le nom de Crak qu'elle portoit alors , tiré de celuy 
d'Arak , que les Juifs lui donnoient , en celui de Montréal. Plufieurs de nos 
Hifl:oriens l'appellent Crak de Montréal , c'efl; du mot Crak que quelques Au- 
teurs, qui ont voulu faire les habiles, ont formé le nom de Cyriacopolis , qu'ils 
lui donnent. 

On peut encore remarquer , que cette ville n'cfi: point Rahbat MoaUtis , ou 
Rabba des Moabites , car ces peuples habitoient au de -là du Jourdain, & un 
peu au-deffus de la mer morte. Il efl; vray toutefois que la dignité de Métro- 
pole fut transférée de Rabbat à Montréal, qui a dépendu autrefois du Patriar- 
che d'Alexandrie & enfuite de celuy de Jerufalem. 

Il y a une autre ville , nommée Hagr & Hagiar , plus avant dans l'Arabie , 
qui appartient à la province de Baharain. Ses dattes, qui font excellentes, don- 
nent lieu au proverbe Arabe , Porter des dattes à Hagiar , pour exprimer une 
peine inutile. 

HAI Ben Jakdhân , Hifioire fabuleufe d'un homme né de la terre, nourri 
par une chèvre, qui s'élève parmi les bêtes, & qui parvient par fes reflexions 
jufqu'aux plus hautes connoiffances de la Philofophie. 

Cette hifl:oire fe trouve écrite en Hébreu, en Arabe & en Perfien. Mardo- 
khai Ben Eliezer Comtino, Rabbin de Confl:antinople , & Ifaac Arama la citent 
comme l'ouvrage d'un autre Rabbin, nommé Moyfe de Narbonne. 

Tome IL^ Z Po- 



fyi H A I A N. H A I A T. 

Pokokius nous Ta donnée en Arabe avec la verfion Latine , comme l'ouvra- 
ge d'Abougiafar Ben Tofail , fous le nom de Fhilofophus Autodidaàus. 

Fadhlallah Ben Rouzgihàn Al Haigi , natif d'Ifpahan, l'a mife en langue Per- 
fienne , fous le nom de Bedî al zamân , la merveille du tems , & l'a dédiée au 
Sultan Jacob Al Baianduri. 

H AI AN. Abou Haiân & Ebn Haian & Al Haiani ; ce font les noms de 
plufieurs Auteurs, dont le plus ancien eft Auteur du Tarikb Ebn Haian ^ qui eft 
une hiftoire des Traditionnaires Mufulmans; il mourut l'an 354 de l'Hegire. Il 
porte auffi le furnom de Sabthi. 

Abou Haian Al Taouhidi, ainfi fùrnommé, à caufe que fon père vendoit des 
Taouhid , efpcce de dattes excellentes , vivoit Tan 400 de IHegire. Il porte la 
qualité de Zahed , qui fignifîe un homme retiré du monde , & qui mené une 
vie dure &; auftère. On a de luy plufieurs ouvrages de Religion & de dévo- 
tion , fort bien écrits ; car il excelloit dans la compofition foit en profe , foit 
en vers. Les titres de fes livres font , Amtàd u al mova najfdt, Dakhair u al 
Bajfair. Sadik u al Sadacdt. 

Ebn Haian Al Andaloufi Athireddin Al Haiani, étoit Efpagnol, & a compo- 
fé le Bahar al mohith fi taffir , qui efl un commentaire fort étendu fur l'Alco- 
ran, auquel il donne le nom d'Océan. Il le commença l'an de l'Hegire 710, 
âgé de 5Y ans, & mourut l'an 745. Nous avons auffi de luy Tohfatal adib le 
ma fil Coran mm al garib , des cliofes les plus rares & les plus curieufes de l'Al- 
coran. Cet ouvrage eft dans la Bibliothèque du Roy, n". 585. 

H AI AT, la vie. Au chapitre Anaâm , ou des créatures, dans l'AIcoran , 
J^iahomet fait dire à Dieu : Je feray revivre celui qui eft mort. 

Les Interprètes difent, que ce verfet fut publié au fujet de deux Arabes ido- 
lâtres, dont l'un étoit Abou gehel & l'autre Omar, qui fut depuis Khalife. Ma- 
homet les ayant vus enfemble, pria Dieu qu'il lui plût faire la grâce à un des 
deux de l'appeller au Mufalminifme. Sa prière fut exaucée , & Omar fut ce- 
]uy fur lequel tomba cette grâce ; car de mort qu'il étoit , il fut vivifié par 
la foy , & Abou gehel demeura mort , c'eft - à - dire , dans les ténèbres de l'inii- 
délité. 

Les plus fpirituels qui allégorifent ce pafTage, difent , que la mort de l'hom- 
me eft fa concupifcence, & que fa vie confifte dans l'amour de Dieu : ou qu'il 
faut entendre dans ce pafïlige par la mort, l'ignorance & l'infidélité, & par la 
vie, la connoiffance & la foy. 

Le Kafchef al afràr dit, que la vie de la connoifTance eft bien différente de 
la vie animale. Les hommes , ajoûte-t-il , vivent pour l'ordinaire à la manière 
des autres animaux, d'une vie animale & fenfitive: mais les fpirituels vivent de 
la vie de la connoilfance. La différence de ces deux vies eft , que la premiè- 
• re finit fuivant ce qui eft écrit : Toute ame fera féparée du corps par la morù. il 
y a mot à mot , Omnis anima giiftabit mortem. Et la féconde ne finit point , 
félon cette autre maxime indubitable : Le fidèle vil: dans l'une cf dans raiitre de- 
mnire, c'eft -à -dire, en ce monde ^ en l'autre. Ce qui a fait dire à un Poëte 
Perfien : Celui-là ne meurt jamais , Seigneur , qui n'a de la vie que pour vous. 
Heureux donc mille fois celuy que vous animez de vôtre efprit. 

Scl:ah Kermmi, homme docle & pieux, difoit , qu'il y a trois marques de 

cette 



HAIATHELAH. H AID A.R. 179 

cette vie de Dieu dans l'homme , Ez Khalkazîat bahak hlmlvat daovdm dhikir Se 
réparer du monde, fe retirer auprès de Dieu & perfdverer dans la prière de 
bouche ou de cœur. Voicy la paraphrafe de ces paroles en vers Perfiens. 

N'ouvrez point la porte de la connrfation à tous venant. 

Mais tournez-vous vers Dieu en toutes fortes de rencontres. 

Ne cejfez jamais de pouffer des foupirs ^ des defirs ardens vers lui, 6* ne vous 

la(fez point de publier de bouche fes grandeurs âf fes bienfaits. 
Cejl ainfi que vous pojjëderez la véritable vie en ce monde-cy (f en l'autre. 

n y a une tradition Mufulraane , qui porte que cinq chofes prolongent la 
vie, Berral valedin, honorer fes père & mère, f^ajlat al raham ., entrettnir l'a- 
mitié avec fes proches. Aatha alfadacah , donner l'aumône. Gehâd fi fibil allait , 
faire la guerre aux infidèles pour la gloire de Dieu. Daovdm fil voudkou , être 
exaft à fe purifier par l'ablution ordonnée par la loy. 

Les Mufulmans auflî-bien que les Chrétiens Orientaux donnent à la troifième 
perfonne adorable de la Trinité, pour propriété eflentiellc Haiat , c'cfl-à-dire, 
la vie. Il efl vray, que les premiers ne croyent pas que cette propriété con- 
flitue une perfonne, qu'ils appellent Aknoun; mais que c'efl feulement un des 
attributs de la Divinité , que les Chrétiens appellent Perfonne. Les Syriens 
donnent le nom de Mehaia , ou de Vivifiant au faint-Efprit , ce qui efl con- 
forme au Symbole de Nicée , qui porte exprefliement ces paroles : Jit in Spiri- 
tum fanStum Dominum 6f vivificantem. 

Haiat al haivân, la Vie des animaux. C'efl l'hifloire des animaux que Dc- 
miri a écrite, plutôt eji Doéleur delà loy, qu'en Naturalifle ou Phyficien. II 
y a deux éditions de cet ouvrage. La première , qui efl entière , s'appelle le 
Grand Demiri. La féconde porte le nom de petite , à caufe que l'on y a re- 
tranché les contes fabuleux & les fonges qui font dans la première. Voyez les 
titres de Demiri âf de Haivan. 

H AI AT HELA H, peuples que les Anciens ont appelle Indofcytha. Il y a 
apparence que ces peuples habitent le Tonbut, Tobut ou Thebet, .pays qui s'é- 
tend vers le Nord, entre les Indes & la Chine. Le pays de Barantola, que nos 
voyageurs mettent en ces quartiers-là , pourroit bien avoir tiré fon nom de Be- 
lad Haiathelah, Pays des Haiathelites. 

Les Haiathelites ont eu autrefois un Roy fameux, nommé Khafchnaovar , qui 
défit Firouz , fils d'Iezdegerd , Roy de Pcrfe , & qui fat cnfuite défait &; tué 
par Noufchirvan, quoy qu'il eût rétabli Cobad, fon père. Ces peuples faifoienC 
leur capitale de la ville de Balkhe; mais ils furent pour lors entièrement chaf- 
fez de Perfe. 

HAIDAR, c'efl un des noms Arabes du lion, & un des furnoms ou titres 
d'Ali , lequel eft aufîi appelle Alfad Allah , le Lion de Dieu : c'efl pourquoy ce 
nom de Haidar fe trouve dans plufieurs perfonncs de la famille d'Ali. 

Le plus célèbre de tous ces perfonnages eft le Scheikh Haidar , fils de Gio- 
neid ou Giuneid, arrière-petit-fils de Scheikh Scfi ou Seficddin, lequel prétendoit 
de defcendre d'Ali, par la branche de Houlfain fon fécond fils, qui efl celle des 
Imams, félon les Perfans. 

Z 2 La 



i8o H A I D H A R I. -— - H A I M E N I. 

L La more de Scheik Haidar étoit fille d'UfuncafTan ou HafTan Begh Al Baiaîi^ 
duri , premier Sultan de la dynaflie des Turcomans nommez Baianduriens ou 
du Mouton Blanc. Ce Sultan donna des troupes à Haidar, pour faire la guerre 
à Ferokhzad , Roy de Sehirvan, qui avoit défait & tué Gionaid dans une batail- 
le : mais en voulant vanger la mort de fon père , il perdit la vie & fut caufe 
de l'cxtinftion prefque entière de fa famille qui étoit fort nombreufe. 

Cependant Ifmaël, un de f.s enfans, fe fauva avec fon frère Jâr Ali; & c'eft 
cet Ifmaël, furnommé Sofi , qui fonda depuis la dynaflie qui règne aujourd'huy 
cil Perfe, dont la famille s'appelle Sofiat & Haidariat ,. c'eft-à-dire , Sofienne & 
HaiJarienne., 

Les Perfans d'aujourd'huy dîfent y que Haidar fut le premier qui inventa une 
nouvelle coëfFure de couleur rouge, qui a douze plis autour d'un bonnet & qu'il 
la fît porter à tous les ficns ; c'eft ce que l'on appelle en Perfe le Tage ou la 
Couronne Haidarienne, & c'efl à caufe de cette même coëfFure que les Perfàns 
font nommez Kezelbafche, Têtes rouges.. r > 

11 y a eu trois Princes de la famille des Sarbedariens , à fçavoir , le feptieme, 
le huitième & le neuvième, qui ont porté le nom de Haidar. f^oyez le titre de 
cette famille. . . 

HAIDHARÎ, furnom de Cbthbeddin Mohammed, dit Al Schâmi & Al De- 
mefchki , h caufe qu'il étoit natif de la ville de Damas. 11 efl Auteur du li- 
vre intitulé Boghiat al imttaki, ce que doit defirer & chercher celuy qui craint 
Dieu , & d'un autre qui porte le titre de Efterddh refê al êterâdh , de l'obliga- 
tion qu'il y a de faire celler les contradiftions & les difpuces. Cet Auteur 
mourut l'an 894 de l'Hegire. 

HAIGL Foyez le titre de Rouzgehan. 

HAIM u Khaif men laoumat allaim , titre d'un livre qui traite des avanta- 
ges de la folitude, & qui exhorte vivement à l'embralTer. Il a été compofé 
par Nagmeddin AI Kebri, & il fe trouve dans h Bibliothèque du Roy, n°. 617. 
Son titre Arabe figniHe , Celuy qui craint le blâme , car il combat contre les 
refpeéls humains, & contre le, Qu'en dira-t-onV. 

HAIM. Aboulabbas Ahmed Ben Haim , dit Al Salemi & Al Manfouri , à- 
caufe qu'il étoit natif de la ville de Manfourah en Egypte, naquit l'an 798 de 
l'Hegire & vint l'an 82.5 au Caire. Le Divan ou Recueil de Ïqs poëfies eft 
fort eflimé, & fe trouve dans la Bibliothèque du Roy, n^. 1170. 
" Il étoit cependant bon Jurifconfulte & avoit étudié le Tenbih, fous le Doc- 
teur Ilfa Acfahesbi ; c'eft pourquoy nous avons de lui un ouvrage de Droit fur 
les fucceffions qui viennent du côté maternel , intitulé FoJJ'oul al mehemmàt fi 
rmovareth al ommdt, qui a été. commenté par Mardini. On le trouve auffi dans 
la Bibliothèque du Roy, n'^. 711. • • 1. ^ 

Nous avons auflî un commentaire de cet Auteur fiir un poëme , mtitule Jr- 
.giouzah fil gebr u mocabelah , compofé de vers libres fur l'Algèbre. 

HAIMENI Al Mekki, furnom de Schehabeddin Ahmed Ben Hagidr , Au- 
teur d'un Arbâin ou de quarante traditions , Belâdl u al ddel , fur la- Juftice & 

fur le Juflc. . 

HAIOUKI, 



( H A I U K I. i. H A I V A N. i8i 

HAIOUKI, furnom de Nagmeddin AI Mekki. Foyez ce titre. 

haïr, nom d'un canal qui a été fait autour du fepulcre de Houflkîn fils 
d'Ali , & qui donne auffi Ton nom à ce monument. Foyez le titre du Khalife 
Motaovakel. 

Delalat al hairin. Le Condufteur ou le Guide des dévoyez, titre d'un livre 
fort eftimé, que Rabi Moyfe, fils de Maiemoun, compofa en Arabe, & qui a 
été traduit en Hébreu, par Jofeph Ben Tibbon, fous le nom de More Nevo- 
kim. U a été depuis traduit de l'Hébreu en Latin , par Buxtorf , & intitulé 
DoCtor perplexorum. 

H AIT HEM Ben Gemiï, nom d'Abou (ahal Al Bagdadi , qui a pafTé pour 
un des plus fidèles traditionnaires du Mufulmanifme , & qui efl mort l'an 104 
de l'Hegire. 

Ebn Haithem eft Auteur du livre intitulé Idhah al heidn u noiir al imdn , l'é- 
clairciflement de la raifon & la lumière de la foy , c'eft-à-dire , Démonftration 
naturelle jointe aux principes de la religion & dé h foy. Cet Auteur mourut 
Tan $5'^ d^ l'Hegire. 

Abou Ali Ebn. Haithem Al Bafri étoit un Géomètre excellejit , natif de Baf- 
fora , lequel fe faifoit fort de rendre l'Egypte fertile en quelque état que fe 
trouvât le Nil, foit qu'il crût ou qu'il baiiîît. Le Khalife Hakem Bemrillah 
le fit venir de Bafibra au Caire , le reçut avec honneur , lui fit beaucoup de 
carefles , & lui fournit tout ce qui lui étoit nécefiaire pour cette entreprife : 
mais cet habile Géomètre s'appercevant de l'impofîîbilité qu'il y avoit dans l'exé- 
cution de fon projet, contrefit le fol pour fe mettre à couvert de la colère du 
Khalife, & mourut au Caire l'an 430 de l'Hegire.. 

HAITHEM. Foyez Hathem. 

HAITHEMAH. Ebn Haithemah Ben Zohr Al Nefiai Al Bagdadi, qui 
mourut l'an 923 de l'Hegire , efl; Auteur d'un Tarikh ou Hiftoire générale qui 
porte fon nom. 

HAITHEML Ebn Hagiar, Auteur d'une Géographie des pays du Muful- 
manifme , porte ce furnom. Son ouvrage efl: intitulé JL Eeldm be caovathè al 
EJldm. 

HAITHON ou liai ton, Roy Chrétien d'Arménie. Foyez Hatem. 

H AI VAN, Animal & Animaux. I^tdb al haivân, l'Hiftoire des animaux, 
eompofée par Giahedh. Foyez rhiftoire d'Aboulfabi dans la Bibliothèque du 
Roy, n«. 798. 

Haiat al haivan , les vies des animaux , c'efl: l'hiftoire des animaux de Demi- 
ri. Foyez les titres de Haiat £ff di: Demiri. 

Menafê al haivan , des utilitez des animaux dans la médecine. Nous avons 
deux ouvrages qui portent ce titre; l'un d'Ebn Heithar, le plus célèbre Auteur 
de la Botanique chez les Orientaux. L'autre efl: d'Abdallah ben Gcbrail Ben 
Bakhtifovâ, Médecin Chrétien du Khalife Haroun Ralchid; celuy-ci fe trouve 
avec les figures dans la Bibliothèque du Roy, n°, 939. 

Z 1 HAKAIK. 



i8z HAKAIK. HAKEM. - 

HAKAIK ou Hacaic, les Veritez Içs plus importantes; c*efl: le pluriet de 
Hakikat. Il y a plufieurs ouvrages qui portent ce nom. Celuy de Selemi eft 
le plus célèbre, car il traite des allégories de l'AIcoran , où cet Auteur femble 
avoir voulu fpiritualifer ce que les plus groflîers d'entre les Mufulmans ont 
pris à la lettre. 

Hakaik Al Mandhoumat, Ouvrage compofé en vers par Abou Hafedh Omar 
Ben Mohammed , fur les loix , & Iqs obfervances du Mufulmanifme. 

H A K E M Bemrillah , troifième Khalife de la race des Fathemites , ëtoit fils 
d' Aziz , fils de Moêz , qui furent les deux premiers Khalifes de cette dynaflie. 

Il commença à régner à l'âge d'onze ans fous la tutele d'Arghevan que fon 
pcre lui avoit donne pour Gouverneur, l'an de l'Hegire 386, de J. C. 996. Il 
s'éleva fous fon règne un rebelle qui fe difoit defcendre de Hefchâm, fils d'Ab- 
dalmalek , fils de JVIarvân , tous trois Khalifes de la race des Ommiades : mais 
après plufieurs combats livrez de part & d'autre , ce miferable fut défait & pris 
prifonnier. Hakem le fit mettre pieds & poingts liez fur un chameau avec un 
finge derrière luy qui lui frappant inceflamment le derrière de la tête avec une 
pierre, le fit mourir. 

Ce Khalife devint fol , & impie en même tems ; car il ordonna que toutes les 
nuits les maifons , & les boutiques du Caire fuffent ouvertes , & éclairées , que les 
•femmes ne fortifient jamais de leur logis fous quelque prétexte que ce fut, défen- 
dant aux ouvriers de faire aucune chaufilire à leur ufage , & voulant que l'on 
leur prefentât ce qui leur étoit necefiTairc avec des culieres, ou pallettes à man- 
-che long, pendant que leurs portes ctoient entr'ouvertes, & qu'elles fe tenoient 
derrière, fans fe faire voir. 

Il voulut paifcr pour Dieu , & fit écrire un catalogue de feize mil perfonnes 
qui le reconoifibient pour tel. Un impofi:eur nommé Darâr qui fe fit chef d'une 
fefle que l'on nomma Darariah, favorifoit l'extravagance de Hakem, lequel ne 
manquoit pas tous les matins avant le jour d'aller fur le mont Mocattam , où il 
difoit avoir. des entretiens avec Dieu femblables à ceux de Moyfe. 

L'on crut en ce tems-là que Hakem, qui avoit publié une malediélion con- 
tre les premiers Khalifes compagnons de Mahomet , avoit defi^ein d'abolir le 
Mahometifme, & de s'ériger en nouveau Legiflateur: mais fa fœur, & le chef 
de fes troupes foupçonncz d'avoir des intelligences fecretes enfemble pour tra- 
verfer fes projets , luy ayant donné quelque prétexte pour les faire mourir, 
refolurent de le prévenir, & le firent aififfiner pendant qu'il étoit prefque feul 
fur la montagne de Mocattam fan 411 de l'Hegire. 

Après la mort de Hakem qui avoit régné 25 ans, fa fœur fe rendit maîtrefle 
des afi'aires , & fit proclamer Khalife fon neveu , fils de Hakem fous le nom de 
Dhaher Ledinillah. 

Entre les folies de Hakem , celle de faire brûler la moitié de la ville du 
Caire, & de faire piller l'autre par Cqs foldats, mérite le premier rang. Il obli-^ 
gea les Juifs & les Chrétiens de porter des marques fur leurs habits qui les diflin- 
guaOTent des Mufulmans; il en contraignit plufieurs de renoncer à leur Religion, 
puis leur permit enfuite d'en faire une profeflîon ouverte ; il fit démolir 
i'Eglife de la Refurreftion , ou du Calvaire dans Jerufalem, puis la fit rebâtir. 

Après avoir fait excommunier , & maudire les Khalifes qui avoicnt précédé 
Ali , comme des ufurpateurs , il révoqua fon Edit , & néanmoins il interdit le 

pelc- 



H A K E M. jgj 

pèlerinage de la Mecque, fupprima le jeûne du Ramadhan , & la folemnité des 
cinq priei-es journalières, & inftitua la vifite du temple de Thaalab dans l'Iemen 
ou Arabie Heureufe, félon les principes de Hamzah Ben Ahmed , fucceiTeur dé 
Darar, duquel on a déjà parlé. 

Cet Hamzah qui fe qualifioit Al Hadi, c'eft-.Vdire, le Conduéleur, ou le Di- 
refteur, permettoit le mariage ontre les frères & les fœurs, les pères, & leurs 
filles, les mères & leurs enfans, fupprima la folemnité du Vendredy de chaque 
femaine , & la célébration des deux Fêtes appellées la Grande & la Petite. Ce- 
pendant nonobllant ces excez, il fut toujours protégé par le Khalife Hakem 
ce qui fit que la fefte des Darariens fe multiplia en Egypte , & fe répandit dans 
toute la côte maritime de la Syrie. 

HAKEM Ben Hefchâm, troifièrae Khalife de la race des Ommiades en Efpa- 
gne , étoit fils de Hefchâm , & petit-fils d'Abdalrahman , Fondateur de la dynaftie 
des Ommiades dans le pays d'Andalous, c'eft-à-dire, en Efpagne. 

Il commença fon règne après la mort de Hefchâm fon père, arrivée Tan de 
lUegire i8o, de J. C. 796, pendant que Haroun Rafchid étoit reconnu pour 
le vray & légitime Khalife des Mufulmans à Bagdet, & il le finit l'an 206, après 
avoir défait fes oncles paternels qui lui difputoient la couronne. 

Ce Prince avoit pour fa garde ordinaire cinq mil renégats , dont deux mil 
étoient Eunuques. II fut furnommé l'Heureux, & acquit la réputation de fage, 
& de x'^illant. Il fe vangea des habitans de ïolede qui s'étoient révoltez, par 
un ftratageme fort fanglant, car AbJalrahman fon fils s'étant fait beaucoup prier 
d'entrer dans leur ville, & ayant invité les plus qualifiez à un feflin , il les fit 
tous égorger à mefure qu'ils fe prefentoient pour entrer dans la falle du banquet. 

Ceux de Cordoue ne profitèrent point de cet exemple de feverité: car ils fe 
foûleverent aulîi quelque tems après ; mais Hakem arrivant à l'impourvû dans 
leur ville avec Abalkerim , Capitaine General de fes troupes , après avoir fait paf- 
fer par le fil de l'épée une grande partie des rebelles, en fît pendre plus de trois 
cens à la porte du pont. 

Les Chrêciens reprirent cependant la ville de Barcelonne fous le règne de ce 
Khalife, qui fe preparoit à leur faire une rude guerre, lorfqu'il mourut après 
vingt-fept ans de règne , laiffint fa couronne à Abdalrahmm , fecojid Khalife de 
ce "nom en Efpagne , qui étoit l'aîné de dix-neuf garçons & de vingt-une filles. 

HAKEM, fécond du nom Khalife d'Efpagne, étoit fils d'Abdalrahman troi-- 
fième. Il fucceda à fon pore l'an 350 de l'Hcgire, de J. C. 961. Oa lui donna 
le furnom de Moftaker billah qui fignifie Bien établi de Dieu : en efi'et il gou- ■ 
verna fes Etats dans une grande tranquillité; car fon règne qui fut de feize ans, 
ne fut troublé par aucune guerre ni civile, ny étrangère. 

Hefchâm fon fils qui lui fucceda l'an 366 de l'Hegire, ne régna pas fi paifi-- 
blement. 

HAKEM Bemrillah , fécond Khalife de la race des Abbaffides en Egypte,, 
appelle, &. reconnu par 1:; Su'tan Al Malck Al Dhaher Bibars, qui voulut réta-- 
blir le Khahfat dans cette Maifon, 

Ce Khalife avoit eu pour predecefl!eur AI Moflanfer billah , lequel ne jouit ' 
de cette dignité qu'environ fn mois; car il fut tué par les Tartares, lors qu'il 

alloit^ 



i84 H A K E M. 

alloit -à Bagdèt avec des troupes du Sultan Bibars pour rentrer en poflefîion dû 
trône de fes ancêtres. 

Hakem fut proclamé Khalife l'an 660, de l'Hegire, de J. C. I25i, & jouit 
de cette dignité plus de quarante ans, car il mourut l'an 701 , fous Malek Al 
Nafler, fils de Kelaoun, & eut pour fuccelTeur fon fils Moflacfi billah. 

Le Sultan Kelaoun Roy des Mamlucs en Egypte , fait mention du Khalife 
Hakem , dans la réponfe qu'il fit à la lettre d'Ahmed Nicùdar Oglân , Empereur 
des Mogois, & le qualifie le fouverain Imam ou Pontife de la loy Mufulmane. 

HAKEM Ben Flafchem, c'eft le nom d'un fameux Impoileur qui parut fous 
le règne de Mahadi , troificme Khalife des Abbaflîdcs , dont l'Auteur du Lebta- 
rikh raconte ainfi l'hilloire. 

Il parut dans la ville de Nekhfcheb en Khoraflan un nommé Hakem, fils de 
Hafchem furnommé Sazendéh mah, le Faifeur de Lune, qui avoit été Secrétai- 
re, ou Greffier dans la Chancellerie d'Abou Moflem, Gouverneur du KhorafTan 
fous Almanfor père de Mahadi: cet homme fe fit foldat, devint Capitaine, & en 
fuite chef de party. Il reçut dans les combats qu'il donna un coup de flèche 
qui lui fit perdre un œil, ce qui l'obligea pour cacher cette difformité, de por- 
ter un voile, ou un mafquc que l'on nomme en Arabe Burcâ, ce qui luy fit 
donner le furnom de Burcâi. 

Cet impoileur , quoy qu'il fût d'ailleurs fort malfait de fa perfonne , v^ouîut 
cependant par une témérité incroyable palfer pour Dieu , & eut plufieurs fefta- 
teurs qu'il abufa , & qui luy fervirent à fe rendre maître de quelques places 
fortes dans le Mavaralnahar autour des villes de Nekhfcheb, & de Ivafche ; de 
forte que s'étant rendu déjà puiffant, & fa faction croilfant de jour en jour, le 
Khalife Mahadi fut obligé d'envoyer unj armée pour en arrêter les progrez , & 
pour châtier c<3t Irapoflieur qui écoit déjà fuivi de plufieurs milliers de gens dé- 
vouez. L'armée du Khalife l'aiîîcgea dans la plus forte de fes places, où après 
une longue défenie fe voyant réduit à l'extrémité, il prit le party de fe faire 
mourir luy & tous les fiens, par une invention fort nouvelle. 

Pour venir à bout de fon deifcin, il donna du poifon dans le vin à tous fes 
gens , & fe jetta liiy-mcme enfuite dans une cuve pleine de drogues brûlantes & 
confumantes , afin qu'il ne refilât rien de tous les membres de fon corps, & que 
ceux qui reflioient de fa fecfc^, puTent croire qui! étoit monté au ciel , ce qui 
ne manqua pas d'arriver. Les Hiftonens ne s'accordent pas fur Je tems de cet 
événement; car les u:is le marquent dans l'année 162 & les autres dans la 163 
de l'Hegire. 

Khondemir qui donne à cet Impofleur le furnom de Mocannâ, auflî-bien que 
Ben Schohnah, rapporte cette hiitoire avec d'autres circonfiiances. 

Il dit que fon nom propre étoit Hakem Ben Atha, qu'il étoit petit détaille, 
& de fort mauvaife mine, & que pour cacher la difformité de fon vifage, il 
portoit toujours un mafque d'or, ce qui donna lieu de le furnommer Mocannâ 
qui fignific en Arabe couvert d'un voile, oumafqué: mais fes difciples affuroient 
qu'il fe couvrdit le vifiige pour ne pas éblouir ceux qui l'approchoient , par 
l'éclat de fon vifage comme Moyfe. 

Sa do>?Lrine étoit que Dieu avoit pris une forme & figure humaine depuis 
qu'il eut commandé aux Anges d'adorer Adam, le premier des hommes. Qu'a- 
près la mort d'Adam, Dieu étoit apparu fous la figure de plufieurs Prophètes, 

& au- 



H A K E M. rS- 

^- autres grands hommes qu'il avoic choifis , jufqu'à ce qu'il prît celle d'Abu 
Modem Prince du KhoraiTan, lequel profelToit l'erreur dé la Tenafllikhiah ou 
Metempfychole ; & qu'après la mort de ce Prince, la Di\'initc ctoit paifi'e, & 
defcendue en fa perfonne. Mais, dit Khondcmir, Dieu eft bien élevé au delTus 
de tout ce que peuvent dire les impies , ladla Allah âmma iacoul aldhaiemoun^ 
qui font les paroles de l'Alcoran. 

Cet impie parut d'abord dans la ville de Merou en KhoralTan , d'où il paiïa 
dans la Province Tranfoxane, aux environs de la ville de Kafche; & fe llùilt 
d'une fortereffj qui étoit prefque inacceiïïble. Là il fut fuivi d'un très-grand 
iwmbre de gens abufez qui fe faifoient appeller en Pcrfien Sifid giameghidn, 
c'eft-à-dire , les vêtus de blanc , aufquels plufieurs Chrétiens , & Idolâtres fe 
joignirent. Comme il étoit très-expert dans l'art de la Jonglerie , que les Arabes 
appellent Schaoudhat, il amufa pendant deux mois le peuple de la ville de Nekh- 
fcheb en faifant fortir toutes les nuits du fonds d'un puits un corps lumineux 
femblable à la Lune qui portoit fa lumière jufqu'à la diflance de plufieurs milles. 

Mahadi le Khalife ayant appris la révolte de Hakera envoya Abufàid avec une 
armée confiderable pour fexterminer. Il fallut donc l'affieger dans fa place, & 
il y tint aifez long-tems : mais voyant enfin la necefîîté oili il étoit réduit de 
périr , ou de fe rendre , il refolut d'empoifonner tous les fiens. Une de fes con- 
cubines qui découvrit fon deffein , fe cacha dans un coin du château pour éviter 
ce danger, & vit que Hakcm après la mort de tous fes gens, prit leurs corps, 
& les brûla, ce qu'ayant fait, il fe jetta lui-même dans une cuve pleine d'eau 
forte qu'il avoit préparée , où l'on ne trouva de tout fon corps que les cheveux 
qui demeurèrent au deffus de l'eau. 

La femme qui étoit demeurée feule en vie dans la place , après avoir veu toute 
cette tragédie» cria du haut de la muraille aux affiegeans que fi on vouloit luy 
faire bon quartier, elle leur livreroit la place. Abufaid, General de l'armée du 
Khalife , lui promit non feulement la vie , mais encore qu'il luy donneroit tous 
les biens qui étoient dans le château, fi elle l'en rendoit maître. 

Cet accord ayant été fait , la femme ouvrit la porte aux affiegeans , lefquels 
bien étonnez de ne trouver perfonne hors elle, dans la place, apprirent, par 
fon moyen tout ce qui s'étoit paffé , & les fe6tateurs de l'irapofteur, appeliez, 
comme nous avons déjà dit , les Vêtus de blanc , ne manquèrent pas de publier 
auffi-tôt que leur maître étoit monté au ciel pour un tems , & qu'il retourne- 
roit bien-tôt fur terre. 

Ben Schonah fur l'année 163 de l'Hegire, dit que Mocannd Ben Atha étoit 
KhorafiTanien de nailfance, qu'il trompa par la magie, & par fes impofl:ures beau- 
coup de gens aufquels il montroit une efpece |de Lune qu'il faifoit lever la nuit, 
quand il vouloit : qu'il voulut pafl'er pour Dieu , ce qu'il exprime en Arabe par 
les paroles de Daâ alru houbiat , & qu'il avoit fait bâtir un château très - fort 
qu'il nomma Senâm Waral nahar , c'efl -à-dire , la Bolle ou le Tertre <de la 
Tranfoxane. 

Abou Giafar Al Thabari écrit que Hakem appelle par fes difciples Ben Ha- 
fchem Al Burcâi , difoit que la Divinité s'étoit premièrement manifeflée dans 
la perfonne d'Adam, & que pour cette raifon Dieu avoit obligé les Anges de 
l'adorer; qu'Eblis qui eft Lucifer, avoit été chaflTé du Paradis, & reprouvé de 
D»eu , pour ne luy avoir pas voulu rendre cet hommage , comme les autres 
Anges avoient fait ; que depuis Adam , cette même Divinité étoit defcendue , 

ïomeIL a a &s'é- 



i86 H A K I M. H A K K. 

& s'étoit repofée ftir plufieurs Prophètes, Roys, & Sages, fuccefîîvement jufqu'à 
Abou Moflera, Prince de Khorailan, duquel elle avoit palFé en fa perfonne. 

Le même Auteur dit que Hakem fçavoit les plus beaux fecrets de la Magie. 
Il y a grande apparence ^auflî qu'il étoit inflruit du Judaïfme, & même il peut 
avoir été Juif: car cette Divinité qui répofoit fur les Prophètes, n'eil autre 
que le faint Efprit que les Douleurs Juifs appellent Sekinaii d'un mot qui figni- 
lie Repos; & ce palfage de l'un à l'autre Prophète qui eft une efpece de me- 
tempfychofe, eft fort approchant des fentimens que les Juifs avoient au tems 
même de Jesus-Christ. 

Il faut remarquer ici touchant les habits blancs des difciplcs de Hakem, que 
la couleur des habits, des coëfFures, & des étendarts des Khalifes Abbaflldes 
étant la noire, ce chef de Rebelles ne pouvoit pas en choilir une qui iuy-fût 
plus oppofée. Al Mamoun voulut changer le noir en verd en faveur de la 
pofterité dAli, à laquelle il avoit deflein, difoit-il, de rendre le Khalifat; mais 
il fut obligé de reprendre le noir pour éviter la révolte de fes fujets. 

Il y eut depuis dans l'Afie une diftinélion de Blancs & de Noirs parmi les 
Turcomans , dans le môme tems que les Blanchi & Neri firent naître deux gran- 
des faélions en Italie, y'oyez les titres d'Ac Coinlu, âf de Cara Coinlu. 

HAKIM; et mot qui fignifîe Sage, Philofophe, & Médecin, efl donné par 
excellence à Locman parmy les Arabes, & à Pythagore parmy les Grecs. On 
donne auffi à Nafis Ben Aovadh le titre de Hakim Ai Kermani , le Sage du pays 
de Kerman , ou plutôt le Médecin. Il a compofé un livre intitulé y^sbâb u Cla- 
mât, des caufes, & des prognoflics des maladies, qu'il dédia à Ulug Beg, Sultan 
de la Tranfoxane qui regnoit à Samarcand l'an 817 de FHegire. 

Ce mot pris éminemment devient un des attributs de Dieu. Abdalhakim, le 
Serviteur du Sage, efl: un furnom qui efl auflî eniifage, qu'Abdalcader, & Ab- 
dalrahmàn qui fignifient Serviteur du PuiiTant & du Mifericordieux. 

Il y a un célèbre Do6leur Mufulman nommé Abou Abdallah Ben Abdalha- 
kim mort l'an 214 de l'Hegire, lequel étudiant fous Malek, un des quatre Imams 
ou Chefs de la loy Mahometane , entendit un jour fonner Midy , & fe leva 
auffi-tôt pour faire fa prière. Malek lui ■ dit alors : Ce que vous avez quitté ell 
plus excellent que ce que vous allez faire, fi vôtre intention efl pure & droite. . 

HAKK, la Vérité, la Juflice, le bon Droit. C'efl aufïï le nom de Dieu. 

Nous lifons dans le chapitre de l'Alcoran intitulé Jonas, ces paroles: lahakk 
j^ILih al hakkn bekclematihi-, u laou karah al mogr,moun. Dieu maintient la vérité 
& le bon droit par fa parole en dépit des méchans. 

Le Mcthnevi Mànevi paraphrafe en vers Perfiens très-élegants ce pafTage. 

Dieu n'abandonne jamais fis amis enticremetit à Penvie ^ à la malice de leurs 
ennemis , car enfin la vérité fe fait conmître. 

ha Lune jette fa lumière^ &' le chien abboye: mais fabboi du chien ne fait jamais- 
de tort à la lumière de la Lune. 

On jette les balieures d'une maifon dans Veau courante d'un fleuve , â? ces ordu- 
res nagent fur la furface de l'eau , fans qu'elles puijjhit ni l'arrêter 3 ni la 
troubler. '■ 

Le 



H A L A B. jg 

Le Prophète fend la Lune en deux au milieu de la nuit y (^ fe mocrue de toutes 
les impojîures d'Abouleheb qui décrie fes miracles. 

Le MeJJîe d'un côte' rejfufcite le Lazare, 6f de Vautre vous voyez des Juifs ron- 
gez d'envie (f de dépit qui font des grimaces, qui fe mordent les doigts , ^ 
qui s'arrachent la barbe. Hulîain Vaez dans fa paraphrafe Pcrfiennc. 

Lorfque le mot de Hakk fe prend pour un nom de Dieu, l'on y ajoute ordi- 
nairement celui de taâla ; Haktaàla lignifie donc la Vérité fupreme, & le fouve- 
rain Seigneur du monde. 

HALAB, ou Haleb. Alep, ville de Syrie, qui eft l'ancienne Berrhsa, & 
--non Hierapolis, comme plulieurs ralfurent. Elle fut conquife fur les Grecs par 
les premiers Khalifes : elle pafla des mains des Khalifes de Bagdet , en cell:s 
des Sultans de la race de Hamadan. Seifcddoulat, le plus puiflànL de cette Mai. 
fon, la perdit avec tous fes trefors qui furent pillez par .les Grecs l'an 3-1 de 
l'Hegire , de J. C. 962 , mais fon château que l'on nommoit Khaibar , & qui 
étoit très-fort, s'étant bien défendu, les Grecs furent obligez de labandonner. 

Cette ville tomba enfuite fous la puiffance des Scigifcidcs, puis des Atabeks , 
des Khalifes d'Egypte, & fucceflivement des Aioubites. ou lobites, c'ell-à-dire , 
de Saladin , & des Sultans de fli Mailbn : elle pafïa de ceux - cy aux Mamiucs , 
fur lefquels le Sultan des Othomans Selim, premier du nom, la prit un peu avant 
la conquête de l'Egypte. 

Il eft vray cependant que dans des entretems , Alep a été pofTedée par les 
Kelabites ou Mardafchites , par les Genghizkhaniens ou Mogo!s, &c par ïamer- 
lan & fes Tartares: mais les prenù^is n'y demeurèrent que fort peu de tems, 
& les derniers ne l'ont fait proprement que piller lc ruiner. 

Omar Ben Abdalâziz furnommé Ebn Al A ;im , dit Al Halabi , à caufe qu'il 
étoit natif d'Alep , a écrit l'hiftoire de Ton pays en dix volumes fous le titre 
de Boghiat al Lhakb fi tarikh al Haleb , qui fignitie la Crème du lait, à caufe que 
le mot de Halab fignifie en Arabe du luit , que cet Auteur prétendoit avoir 
écrémé. 

Il y a plufieurs Auteui-s qui font fortis de cette ville, & qui ont par confe- 
quent porté le titre d'Al Halabi.- Un des plus célèbres eft Ibrahim Ç>cn Mo- 
hammed qui porte la qualité de Mohaddeth Al Halabi, le Traditionnaire d'Alep, 
des paroles duquel Al Cordi a tiré l'ouvrage qu'il a publié fous le nom Acd ai 
gali, que l'on trouve dans la Bibliothèque du Roy n\ 720. 

Ce même Ibrahim eft l'Auteur du livre intitulé Moltaki al abhdr, le rencontre 
ou le confîans des mers, qui eft dans la même Bibliothèque n°. 609. 

rayez aujfi fur le mot de Halabi, les titres de Dhalieri, &' i'Ebn Hanbali. 

Les Hiftoriens d'Alep prétendent que cette ville eft aulïï ancienne que la dy- 
naftie des Caianides de Perfe; car ils écrivent que Kifchtasb, fils deLohorasb, 
cinquième Roy des Caianides, reçut dans cette ville le Tage, ou la couronne 
royale, que le Roy fon père lui envoya. 

La ville de Kennaflerin en Syrie a été long-tems la capitale des Sultans 
d'Alep, & elle pofledoit encore cette prérogative dans le tems que Ben Scho- 
nah vivoit. 

Holagou prit Alep l'an 658 de l'Hegire, & il y tua plus de monde qu'à Bag- 
det, qu'il avoit prife deux ans auparavant, Tamerlan la faccagea , & la ruina 

A a a l'an 



i88 ' H A L A V A R D. — - HALLAGE. 

l'an 805 de la même Hégire , qui eft le 1402 de J. C. f^oyzz les titrer de 
Hamadan, de Nafler , de Saladin, de Holagû, ^ de Timur. 

HALAOVARD, c!eft un des noms de la ville de Khotol. Voyez Khot= 
lan, âf Vahafch. 

HALIMI. Voyez le titre de Luthfallah. 

HALK Alovad, la gorge du fleuve. C'eft ce que lès Italiens ont appelle 
la Goletta, & nous autres la Goulette. 

Charles - Quint prit cette place qui efl la porte de la ville de Tunis, fous 
prétexte de rétablir Moula HalFan, que nos Hifloriens appellent MulealTcm , dans 
ÏQS Etats, l'an 943 de l'Hegire, de J. C. 1537. Voyez le titre de Tunis. 

Les Efpagnols tinrent la Goulette jufqu'en 980 de l'Hegire, 1573 de J. G. 
■pendant lequel tems les Tunifins prenoicnt des Roys tantôt de leurs mains, & 
tantôt de celles des Turcs : mais Dom Jean d'Autriche enflé du fuccez glorieux 
de la bataille de Lcpante , aj^ant voulu s'afliirer du Royaume entier de Tunis, 
& commencé de bâtir une nouvelle place entre Tunis & la Goulette fur" le 
lac qui elt entre deux , où il mit trois mil Italiens fous le commandement de 
Serbellon , & trois mil Efpagnols fous celuy de Salazar , Selim fécond Sultan 
des Turcs en prit jaloufie , & envoya Sinan Balfa avec une flotte de cent 
foixante galères , & plulieurs vaifl^eaux de guerre , qui reprit tout ce que les 
Efpagnols avoient dans ce Royaume l'an 981 de l'Hegire, de J. C. 1574. 

Les Efpagnols perdirent cinq cent pièces de canon , & des munitions à pro- 
portion. Carrera Gouverneur de la Goulette fut fait efclave , & Serbellon Gou- 
verneur de la nouvelle forterefl'e, fort maltraité. C^te expédition ell décrite 
dans le livre intitulé Bark Al Jcmani, fur la fin. 

HALL al ramouz fi mefatih al Conouz , Livre fuperfiitieux d'Abou hamed 
al Gazali, qui enfeigne les moyens de découvrir \qs trefors- cachez. Il efl: dans 
la Bibliothèque du Roy n°. 1030. , 

HALL al romouz u Fekk al aklam u al thclfemar men: gemî almofchkelàt, 
Livre non moins fuperflitieux que le précèdent, dont l'Auteur prétend enfeigner 
^les moyens de déchifrer toutes fortes d'Alphabets renverfez, ou autres, & d'ou- 
'vrir, ou expliquer tous les Talifmans les, plus difficiles. . On trouve aulïï cet 
Ouvrage dans la Bibliothèque du Roy n''. 1005, . 

HALLAGE, ce mot fignifie proprement en Arabe celuy qui prépare le 
cotton avant que l'on le mette en œuvre. C'efl: le furnom d'un fameux Doc- 
teur, homme fort extraordinaire; car l'on dit quil faifoit paroître aux yeux des 
hommes des fruits d'hyver en été, & des fruits d'été en hyver; qu'en étendant 
fes mains en l'air, il en faifoit tomber des drachmes d'argent dont l'infcription 
étoit Col Allah ahed. Dis quil ny a qiCun feul Dieu , & il appelloit cette mon. 
noyé des Draclimes de la Toute-puifl'ance , Derahém al Codrat. 

On ajoute qu'il difoit aux gens ce qui fe paflbit de plus fecret dans leurs 
maifons ; & dcvinoit tout ce qu'ils avoient dans la penfée. Ces merveilles lui 
attirèrent un grand nombre de difciples, & firent que les Doftcurs de la loy fe 
trouvèrent fort partagez dans leurs feiitimens fur fon fujet. Plulieui's d'entr'eux 

crurent 



HALLAGE. ,jg^ 

crurent qu'il étoit plus qu'homme, & les autres le traitèrent d'iiripofteur & 
Ben Schohnah dit que les Mululmans étoient divifez entr'eux à fon égard, com- 
me le font, les Chrétiens à l'égard du Meffie. 

Hallage jeûnoit Ibuvent pendant plufieurs jours, & lorfqu'il rompoit fon jeû- 
ne, ce n'étoit qu'avec trois bouchées de pain, & un peu d'eau. Etant venu 
du KhoralTan dans l'Iraque Babylonienne, il palia de-là à la Mecque, & vint à 
fon retour s'établir à Bagdet, où fon nom faifant un très-grand bruit, le Vizir 
Alimed demanda permiffion au Khalife Mo6lader l'année 309 de l'Hegù-e , de le 
garder chez lui: 

Le Vizir, après avoir obfervé Hallage pendant quélqiie tems, prit la refolution 
de le faire périr. Il alTembla pour cet effet un grand nombre de Doéleurs de 
la loy pour luy faire fon procez fur ce qu'il avoit écrit dans un de les Ouvra- 
ges touchant le pèlerinage de la Mecque ; il avoit avancé que celui qui ne pou- 
voit pas faire ce pèlerinage ordonné par la loy , devoit feparer un lieu dans fa 
maifon, le tenir fort propre, & n'y donner l'entrée à perfonne, afin qu'il y 
pût pratiquer toutes les cérémonies , & faire toutes les prières qu'on a coutume 
de faire à la Mecque ; & qu'après qu'il fe feroit acquité de ce devoir , il falloit 
qu'il affemblàt trente orphelins, aufquels il donneroit à manger dans ce même 
lieu feparé de fa maifon , les habilleroit , & leur feroit une aumône de fept 
drachmes d'argent , par tête , & qu'en accomplilfant toutes ces chofes , il acquer- 
roit autant de mérite que s'il avoit fait le pèlerinage de la Mecque. 

L'affemblée des Docteurs de la loy s'étant tenue , on y rapporta la propolî- 
tion de Hallage. Le Cadhi Abou Omar en aj^ant ouy la lefture , demanda à 
Hallage d'où il l'avoit tirée : Hallage répondit qu'il l'avoit tirée du livre intitulé 
Keîab al Ikhlâs , le livre du falut, compofé par un Doéleur irréprochable nom- 
mé Halfan Bakhteri. Le Cadhi lui répliqua : vous êtes digne de mort , car nous 
avons entendu la leélure de ce livre à la Mecque, & nous n'y avons rien trou- 
vé de ce que vous avancez. ■ 

Le Vizir après avoir entendu ces paroles , dit au Cadhi: Donnez vôtre avis 
par écrit, afin que nous fçachions fi vous trouvez cet homme digne de mort, 
ou non. Le Cadhi fit quelque difficulté d'abord de déclarer fon fentiment: mais 
peu de tems après il prononça qu'il étoit permis de le faire mourir , & fon 
fentiment fut fuivi de tous les autres Docteurs de l'affemblée qui foufcrivirent 
la fentence du Cadhi. 

Hallage fe voyant condamné, leur dit: Mon fmg ne devroit pas être répan- 
du par vos mains; car ma'foy cil celle des vrays Mufulmans , & ma fefte eft 
Orthodoxe, puifque je fuis la tradition de nos pères. Il y a plufieurs de mes 
livres qui attellent cette vérité, & Dieu vangera ma mort. 

Le Vizir après avoir recueilli les avis des Docleurs , les envoj^a au Khalife, 
lequel donna la permiffion de le faire mourir. Tel fut fon fupplice : Il reçut 
mil coups d'efcourgées , après quoy on lui coupa les mains , puis les pieds ,' ik 
enfuite la tête ; fon corps fut brûlé , & fa tête expofée dans la place du mar- 
ché de Bagdet. C'ell tout ce que l'on trouve de Hallage dans le Raoudhat de 
Ben Schohnah. 

Emir Khovand fchah, & Khondemir fon abrcviateur écrivent , que l'on a par- 
lé de cet homme diverfement : car quelques - uns l'ont fait paiîer pour un im- 
pofleur & d'autres pour Chrétien. Ce qu'il a dit dans quelques vers , rappor- 
tez dans Ihilloire d'Abugiafiir Tabari, feroit croire affez qu'il réconnoilToit Tln- 

A a 3 car- 



i9« HALLAGE. 

carnation du Verbe e'ternel: car il parle afTez claireniÊnt de l'union de la Divi- 
nité à l'Humanité. II dit fouvent dans fes vers: Moy àf vous, parlant à Dieu: 
mais ce peut être une expreflion de la Théologie myflique , par laquelle on en- 
tend l'union intime de la Divinité au cœur de l'homme détaché de l'amour des 
chofes de la terre & tranfporté hors de foy. 

Le Scheikh Ala eddoulat vifitant un jour Hallage, le trouva ravi en extafe, 
ce qui luy donna lieu de faire cette réflexion , que Pharaon a été condamné 
aux flammes éternelles , pour avoir voulu faire croire à fes peuples idolâtres 
qu'il étoit Dieu, & que Hallage qui difoit hautement parmi les Fidèles: ^e fuis 
Dieu, Jna alhakk , a été élevé par la gi;ace toute - puifl'ante de Dieu môme, 
jufqu'au plus haut degré, de la contemplation. La raifon de cette difl:'érence de 
traitement efl: expliquée dans le titre de Feraoun. f^oyez-le dans l'article i'Alaed- 
doulat. 

Dans le chapitre de l'Alcoran, intitulé Hamzat, il eft parlé du feu que Dieu 
allume dans nos cœurs, appelle Nar allah al moukedat , le feu allumé & brûlant 
de Dieu; furqiioy l'Auteur du Kafchf alafrar dit, que ce feu qui s'inflnue dans 
nos cœurs eft allumé par la contemplation qui excite dans nous l'admiration des 
grandeurs de Dieu, & c'eft de luy que Manfor, furnommé Hallage, dit: Il y 
a foixante-dix ans que ce feu Divin s'eft allumé dans mes entrailles & il les a 
tellement embrafées , qu'elles en auroient été entièrement confumées , fi une 
étincelle fortie du foyer, Am alhakk. Je fuis la fouveraine Vérité, ne fût tom- 
bée fur ce qui étoit déjà tout brûlé & ne lui eût donné une nouvelle vie : 
mais il n'y a que celuy qui eft embraie du môme feu , qui puifîe dire quelle 
eft ma brûlure. Sur quoy cet homme merveilleux s'écrioit : Ardeur de ta- 
mour Divin , venez à mon feccurs , afin que vous âf moy , nous nous plaignions fans 
ceffe. Car celuy -là feul qui brûle, ^peut dire Uétat 'd'un cœur confumé par le mê- 
me feu. 

Les vers que Hallage a compofez , & qui l'ont pu faire pafl'er pour Chré- 
tien, font les fuivans. 

Mon efprit eft tellement confondu avec le vôtre , qu'il femble que ce fait le vin ^ 

Veau mêlez enfemble , qid 7ie font que la même boijjon. 
Quoi que f entreprenne êf en quelque état que je me trouve , je ne trouve que vous 

^ moy. 
Loué foit à jamais celui qui nous u manlfefté fon humanité , en nous cachant fa 

Divinité qui pénètre toutes chef es i jufques-là qu'il a voulu paroître parmi 

mus, buvant âf mangeant comme les autres hommes. 
Cefî ce qui fait que fa créature le regarde, mais obliquement, comme fait la prU' 

nelle d'un œil celle de l'autre. 

Mais les vers qu'il prononça, lorfque l'on le menoit au fupplice , font enco- 
re plus clairs, pour exprimer les fentimens d'un véritable Martyr de Je s us- 
Christ. 

Celui qui me convie à fon banquet , ne me fait point de têrt , en me faifant boin 
le calice qu'il a bu lui-même. 
'Il me traite comme celui qui convié^ traite fon convive. 

Al 



H A L L A L, H A RI. jpr 

Al Dhahabi , Dofleur confidérable parmi les Miiruîm;ins , & qui n'étoit pas 
des amis de ce contemplatif, rapporte, que Hallage ayant dit un jour à Abube- 
kre, fils de Sâad : Croyez en moy & je vous donneray une plante d'Usfurat, 
qui eft une efpèce de Cnicus ou Safran bâtard , dont la graine fera de cuivre 
& fe changera en autant de grains d'or , Aboubekre lui répondit : Croyez en 
moy & je vous envoyerai un Eicfant couché fur le dos , dont les pieds iront 
jufqu'au ciel ; & lorfque je voudrai le faire difparoître , je le cacherai dans 
\«os yeux. 

Cette réponfe rendit Hallage confus &: interdit , parce qj.i'clle lui fit connoî- 
tre que ce Dofteur ne prenoit toutes les merveilles qu il opéroit , que pour 
des prefl:iges. 

Tageddin Ali Ben Ahmed Al Bagdadi , qui mourut Tan 674 de THegire , a 
fait la vie d'Abou Moghith HoulTain Ben Manfor Al Hallage, duquel nous par- 
lons, fous le titre d'Aklibâr Hallage. Gazali & Ebn Kalecân fe font aulfi fort 
étendus fur. les faits de ce perfonnage. 

HALL AL; ce mot fignifie proprement en Arabe tout ce qu'il efl permis 
de faire ou de manger félon la loy Mahometane , & efi: le contraire de Harâm, 
qui fignifie tout ce qui efl: défendu. Les réponfes , que les Muftis font aux 
cas & aux qucftions qui leur font propofées, & qui paficnt pour des décifions, 
roulent ordinairement fur ces deux mots : car ils ne mettent ordinairement que 
l'un ou l'autre dans leurs Fetuas ou Refcrits, Hallal ou Hardm , il efl: permis, 
ou il efl: défendu. 

Hallâl efl: auffi un nom propre: car nous trouvons un Auteur, nommé Aboii 
Mohammed Hallal, qui a fait une hifloire des fourds ou fourdauts , qu'il a in- 
titulé Akhbdr al tlwcala. 

HAM Ben Nouh, Cham, fils de Noé.. L'Auteur du Tarikh Thabari rappor- 
te, que Noé donna fa malédiction à Cham & à Chanaan, fon fils, à caufe qu'ils 
ne couvrirent pas fa nudité , ce qui efl aflTez conforme au texte de l'Ecriture 
fainte. Il ajoute, que par cette malédiftion la pofl:6rité de Cham fut non feu- 
lement afTervie & rendue fujette à fes frères: mais encore que la couleur de fa 
chair fut changée & devint noire. 

Noé cependant voyant un changement fi prompt , dit le même Auteur, fut 
attendri , & pria Dieu, qu'il luy plût donner à fes frères de l'amour & de la 
confidération pour luy; & cette prière de Noé fut certainement exaucée: car, 
fi nous voyons encore aujourd'huy l'effet de la malédiftion de ce Patriarche, 
la poflérité de Cham étant efclave par toute la terre, nous y remarquons auffi 
celuy de fa prière, puifque cette forte d'efclaves noirs efl: chérie & recherchée 
en tous lieux. 

Cette hifloire a fourni une preuve de la prcdefl:inatisn abfolue à un Auteur 
Arabe, qui a été traduit en Turc par l'Auteur du Thirdz Almankouch. 

Il dit, qu'il y a dans toutes les créatures en général & dans chacune en par- 
ticulier , une volonté déterminée de Dieu fur elles. Qu'il efl: impoflîble qu'au- 
CHne de ces créatures puifllî produire aucune aftion que celle qu'il v^eut , & que 
c'efl; la volonté de Dieu, qui les produit. Que les hommes qui ne font qu'une 
efpèce parmi toutes les autres créatures , ne peuvent s'occuper à autre chofe 
qu'à ce pour quoy ils ont été créez. Que nous ne pouvons pas nous emplo- 
yer 



192 H A M A D A N. 

yer à quelque chofe, ni en ufer comme il nous plaît. Et enfin , tout ce que 
nous difons en nous-mêmes , ou que nous propofons de faire , n'efl pas pour 
nous, puifque nous ne pouvons jamais le faire reuffir , s'il n'efl conforme au 
décret éternel de Dieu. 

Ceft icy le véritable fentiment de tous les Mufulmans qui fe croyent Ortho- 
doxes, c'eft-à-dire , féparez de toutes les fefles erronnées , & quoyque ce prin- 
cipe femble ruiner abfolument la liberté de l'homme , ils ne laiflent pas néan- 
moins de la croire ou plutôt de la fuppofer , puifque félon leur doftrine , fans 
la liberté , il n'y auroit point d'Emr , ni de Nehi : c'efl-à-dire , que fi l'homme 
n'étoit pas libre, il "n'y auroit point lieu de luy faire aucun commandement., 
ni aucune défenfe. Voyez les titres de Nouh, de Kenaan, cj' de Caous ou Cous 
iil dendàn, qui eft Chus, fils de Chanaan. 

HAMADAN , Ville qui eft la plus Occidentale de la proiânce de Fars, 
ou Perfe proprement dite, diftante d'Ifpahan de 150' licuè's Françoifes ou en- 
viron , félon quelques Géographes : mais félon les plus célèbres , comme Naffi- 
rcddin, Ebn Haucal & Abulfeda, elle appartient au Gebàl ou ancien pays des 
Parthes, dont Ifpahan eft aujourd'huy la capitale. 

Les Tables Arabiques lui donnent de longitude 83 degrez , & 35 degrez, 
10 minutes de latitude. Quelques autres la placent au 36 degré, 8 ou 32 mi- 
nutes de latitude. La fituation de cette ville eft très-agréable , & la monta- 
gne nommée Alvend, qui en eft proche, luy donne une fraîcheur fi tempérée^ 
que les Roys de Perfe en faifoient autrefois leur féjour d'été. 

Les Perfans veulent que Giamfchid, qui étoit de la première dynaftie de leurs 
Roys, en ait été le fondateur : Les Selgiucides en ont fait autrefois la capita- 
le de leurs Etats , particulièrement fous Mohammed , fils de Mahmoud. Elle 
auroit été defolée par Tamcrlan , fi elle ne fe fût rachetée par deux fois en fort 
peu de tems. 

On remarque , que cette ville a été autrefois le centre d'un grand commer- 
ce, & fes habitans étçient fi riches, que lorfque Mardavige la prit d'afi!aut, on 
chargea deux mulets des calleçons de foye de ceux qui y furent tuez par les 
Dilemites. C'cft auffi dans Hamadan que fe fait le meilleur Surmeh ou colly- 
re d'antimoine préparé pour les yeux. 

Hamadan eft encore le nom d'un pays, & tribu des Arabes de la poftérité de 
Cahthan ou Joflhan dans l'Iemen , d'où defcend la famille de Hamadan , dont 
nous allons parler, Voyez aujji Hamadani. 

HAMADAN Ben Hamdoun , nom d'un Seigneur Arabe de la tribu des 
Thâlebites , qui eut trois enfans , dont le fécond , nommé Abdallah Abulhegia , 
en eut deux nommez Naffer eddoulat & Seifeddoulat, qui fe rendirent maîtres 
d'une grande partie de la Méfopotamie & de la Syrie. 

La Maifon de Hamadan , qui commença fous Motâdhed , étoit fort puifi'antc 
fous Moktafi & Moclader : car ces trois Khalifes de la race des Abbaffides ne 
purent empêcher que cette maifon ne fe rendît fouverainô dans Moful', dans 
Mardin, dans Alep, à Kcnnafferin & en plufieurs autres lieux des dépendance? 
du Khalifat. 

L'Auteur du Nighiariftan rapporte , qu'en l'année 320 ou environ- de THegi- 
re, Munas, Eunuque très-puiflant auprès du Khalife Moftadcr , s'étant retiré 

mécontent 



H A M A D A N I. t^^ 

mécontent de la Cour, pour éviter Jes embûches de fcs ennemis, marcha avec 
des troupes vers Mofiil, où les trois Princes, fils de Hamadan, commandoionf 
il croyoit trouver la fûrcté chez eux , comme chez des amis , qui lui avoicnt 
d'extrêmes obligations : mais les Hamadanites , bien loin d'affiftcr INIunas , pri- 
rent le party du Vizir fon ennemi , & fe mirent en campagne pour le chaffer 
de delTus leurs terres. 

Daoud, cadet des Princes de cette Maifon, ne pouvant approuver Tadlion de 
fes frères, refufa de les fuivrc; & ceu\-cy lui en ayant demandé la iai/)n , il 
leur dit, qu'ayant toujours vécu fous la proteélion de Munas, il appréhendoit 
de recevoir quelque coup de flèche s!il raarchoit contre lui: car, ajoûtoit-il, 
fi j'étois blefle à mort, j'aurois un extrême regret de mourir, chargé du repro- 
che & de l'infamie, que porte avec foy l'ingratitude. 

Ses frères ne fe payant point de cette railbn, l'obligèrent abfblument de ve- 
nir avec eux. Ils marchèrent tous trois à la tête de trente mil hommes con- 
tre Munas, qui n'avoit qu'une poignée de gens: mais ce petit nombre combat- 
tit fi heureufement , que Daoud y fut tué cffeétivement du coup de flèche qu'il 
appréhendoit, & les troupes de Hamadan défaites & mift's en fuite. 

Munas chafl!a pour lors les Hamadanites de Moufllil ou Moful: mais après fa 
mort, qui arriva bientôt après, fous le Khalifat de Caher billah, les Princes de 
cette Maifon NaflTer eddoulat & Seifeddoulat , enfans d'Abdallah Aboul hcgia , 
crurent en dignité & en puiflance, fous le Khalifat de Radhi & fcs fucccflTeurs, 
jufqu'à un tel point , qu'il y a eu peu de Sultans qui aient égalé leur magnifi- 
cence, f^oyez les titres de ces Princes. 

L'on dit, que h ville & château de Plouflainiah , bâtie dans la partie de la 
Méfopotamie, appellée Diâr Rabîah , par Plouflain , fils aîné de Hamadan , fut 
la place qui donna le plus de jaloufie aux Khalifes contre les Princes de cette 
Maifon. Les Khalifes démolirent ce château, mais la race de Hamadan fubfiîla 
malgré eux. 

La Maifon de Hamadan defcendoit de Hareth le Thaalebite. L'on dit de ces 
Princes, que leurs vifages étoient formez Idfabahat , pour la beauté; leurs lan- 
gues, klfajjahat , pour l'éloquence; & leurs mains , lelfaimhnt , pour la libérali- 
té. Il y a eu .parmi eux d'excellens Poètes, dont le plus illufl;re fut Seifeddou- 
lat. L'on peut voir des échantillons de leurs ouvrages dans la première partie 
du livre intitulé Jeiimat al dJur. . . 

HAMADANI, furnom d'Abdalgiabbâr , Doftcur célèbre de la fec^e des 
Motazales. Ce Dofteur fe trouvant un jour, dans une aflemblée de gens de let- 
tres , où il furvint un des plus illufl:res d'entre les Doéleurs Sunnites ou Or- 
thodoxes, nommé A"bou Ishak Al Asfardni , aufli-tôt qu'il l'eut vu entrer dans 
la falle de la conférence , prononça d'un ton de voix fort élev'é ces paroles : 
Louange fait donnée à celui qui ejt féparé ^ éloigné de tout mal par fa fainteié , 
piiétendant établir par ces paroles le fentiment de ceux de fa feéle , qui nient 
que Dieu foit l'auteur, le créateur & le principe du mal, contre l'opinion com- 
mune des Mufulmans , qui tiennent que Dieu veut le bien & le mal , &■ qu'il 
■cil le créateur & l'auteur de l'un & de l'autre : ce qui étant fuppofé , on ne 
pourroit pas dire , que Dieu fût féparé , par fa pureté & par fa fainteté , de 
tout mal. 
Asfarani entendant les paroles de Hainadani , repartit aulfi-tôt : Louange foit 
ÏOME IL B b don- 



194 H A M A D A N I. H A M A H: 

âonnée à celuy qui ne permet pas qiCaucime chofe Je paffe dans fon Royaume fans 
fon ordre. Il vouloit faire entendre par ces paroles, que ceux qui croyent que 
Dieu n'efl pas l'auteur du bien & du mal, accufent Dieu de foiblefle & lui im- 
putent un défaut de puifTance. 

L'opinion des Motazales eft communément reprouvée par les Mahometans, 
qui prétendent qu'elle favorile l'erreur des deux principes , que les Mages & 
les Manichéens enfeignent. 

HAMADANI, furnom d'un Dofteur Arabe , nommé Abulfadhl Ahmed, 
lequel a mérité par fon éloquence le titre de Bedî al Zamân , c'eft-à-dire , le 
miracle de fon fiécle. Il eft Auteur d'un livre intitulé Mecamât ou Lieux com- 
muns. C'eft un recueil de plufieurs pièces d'éloquence, que les Italiens appel- 
leroient Difiorfi /jcademici , & nous autres Déclamations , à l'imitation duquel 
Hàriri a compofé les fiens. 

Nous avons aufli plufieurs ouvrages de Poëfie du même Auteur , entre lef- 
quels on trouve ce quatrain qu'il fit contre fa propre ville. 

Hamadan £jl mon pays , 6? je dirai à fa louange qu'elle furpajje en laideur toutes 

les -autres villes du monde ^ 
Oiie fes enfans ont autant de vices que fes vieillards , ^ que fes vieillards ont au> 

tant de jugement ^ de fagefe que fes enfans. 

Voyez la Bibliothèque du Roy, n°. 1132. 

On dit que ce Dofteur mourut, empoifonné dans la ville de Herat en Kho- 
rallan, l'an de i'Hegiw; 398. Quelques-uns ont écrit, qu'il tomba en léthar- 
gie & qu'ayant été enterré trop - tôt , il s'éveilla & cria : il fut découvert & 
trouvé tenant fa barbe à la main ; mais l'horreur du fepulcre le lit mourir. 
Ben Khalekan dans fa vie. 

Ali Ben Ahmed Al Hamadani a compofé un traité de Géomantie , intitulé 
Magmou Reml , & un livre d'Ekhtiarât , ou des £le6lions fur l'Allrologie Judi- 
ciaire. 

Aboul Haffiin Mohammed Ben Abdalmalek Al Hamadani , qui mourut l'an 
521 de l'Hegire, cil Auteur d'une hiftoire des Vizirs d'Egypte, intitulée Akhbâr 
al Fûuzara, & d'une autre, dont le- titre eft Omvàn al fjar. 

HAMADOUN & Hamdoun. C'eft le nom d'un Arabe, petit- fiis de Ha- 
reth le Thaalebite , qui s'étoit rendu puiffant en Méfopotamie. Il fut père de 
Hamadan, dont les enfans établirent une dynaftie ou famille de Princes qui ré- 
gnèrent en Méfopotamie & en Syrie. Voyez plus haut Hamadan ^ le titre de 
Seifeddoulat. 

Ebn Hamadoun ou Hamdoun eft Auteur d'un recueil ou Florilège , qu'il a 
intitulé Tedhkerah , ou Mémorial , dans lequel il a ramafle des choies curieifTes 
fur diverfes matières. 

HAMAH, Ville de Syrie, que l'on croit être très-ancienne , puifque, fé- 
lon quelques Hiftoriens, elle eft la même dont il eft parlé dans le 21 chapitre 
de Jofac fous le nom do Hamoth. Elle tomba dans le partage que les enfans 
de Saladin firent des Etats de leur père, à Mohammed fils d'Omar» fils de Scha- 

hen> 



HAMALOUK. H A M D A L L A H. 195 

henfchah, fils d'Aioub ou de Job; elle fut prife par Holagu fur Al Malek Al 
Nalfer, l'an 657 de l'Hegire , de J. C. 1258. 

Le ville de Hamah fut renverfée par un horrible tremblement de terre , qui 
étoit arrivé dès l'an 552 de l'Hegire, de J. C. 1157, avec les villes d'Antio- 
che, d'EmefTe, d'Apamée, de Laodicée, de Tripoli & de plufieurs autres : mais 
elle s'étoit rétablie & ne fut point ruinée comme plufieurs villes de la Syrie , 
par les Mogols ou Tartares. 

Al Malek Al Saleh Omad eddin Aboulfcda Ifmaîl, fils d'Al Malek Al Nafler, 
y régna depuis l'an 743 de l'Hegire jufqu'en 746 , qui eft le 1345 de J. C. 
Ce Prince eft celuy qui nous eft connu fous le nom d'Abulfeda, Auteur d'u- 
ne hiftoire & d'une Géographie, l^oycz fon titre, 

Abulfeda donne à la ville de Hamah 60 degrez , 45 minutes de longitude, 
& 34 degrez, 45 minutes de latitude Septentrionale. Les Tables Arabiques de 
Naffir-eddin lui donnent 34 degrez , 40 minutes , & celles d'Ulug Begh feule- 
ment 34 degrez de latitude. 

Le Nighiariftan rapporte , qu'un Maître d'école étant forti de Hamah pen- 
xlant que le grand tremblement de l'an 552 arriva, tous fes écoliers furent écra- 
fez fous les ruines du logis , & que le même étant retourné dans la ville , il 
ne vit perfonne qui vint s'informer de l'état d'aucun d'eux. 

HAMALOUK, nom d'un fameux voleur de grands chemins, Arabe de 
nation & de la race de Khafagiah , lequel tcnoit , avec un grand nombre de 
brigans , les paffages qui font entre la ville d'Iezd en Khoraflan , & celle de 
Schiraz en Pcrfe , aflîegcz. Il fallut une armée pour le défaire & Mohammed 
Ben Modhaffer , qui fut père de Schah Schegiâ , Roy de Perfe , fut obligé de 
marcher contre lui & le fit enfin périr. 

H AMAN & Pigen , deux fameux Héros de la Perfe. Foyez leur combat 
dans le titre de Tagafche ou Togufche. 

HAMANI, nom d'un Auteur qui a traduit Euclide du Grec ou de l'Arabe 
en Perfien. 

H A M A O V I , natif de la ville de Hamah. Le Cadhi Schehabeddin Ben 
Abildem , Hiftorien , eft furnommé Al Haraaovi , & cité fouvent par Aboul- 
feda. 

Jacout Ben Abdallah porte le furnom de Hamaovi , & de Bagdadi. Foyez 
fon titre. 

Al Barezi, Ebn Haggiah & Hebat allah portent auffi le furnora de Hamaovi, 
& nous avons un Hiftorien des Ommiades, appelle abfolument Al Hamaovi. 

HAMASSAH, Ouvrage de grande réputation parmi ceux qui ont cultivé 
la Poëfie Arabique. Abou Temara Al Thai l'a compofé , ou plutôt recueilli 
des anciens Poètes Arabes qui ont excellé chacun dans leur genre. Mohammed 
Ben Houifain Al Mai-zouki y a fait' un commentaire , fans lequel il feroit fort 
difficile de l'entendre. 

Hamaffi. Foyez Noukal ou Nokel. 

HAMDALLAH, Dieu foit loué. C'eft auÛî un nom propre chez les Ara- 
bes, comme Deo gratias parmi les Latins. Hamdallali Moftaovafî, ou par abre- 

Bb 2 # 



196 H A M D O U N. — H A M M A D. ' 

gé MelloLifi Al Cazuini , eft Auteur du Tarikh Cozidéh ou Chronique choifia . 
l'oyez ce titre. 

H A M D O U N. J^oyez Hamadoun. 

HAMDOVIAH, Mohammed Ben Ragia Ben Hamdoviah-j efl Auteur d'un 
Tarikh ou Hiltoire. 

HAMID. Abdalhamid lahia, Ecrivain célèbre, qui a reformé les caraftères 
Arabiques, fous le règne des Khalifes Ommiades. Cependant ces mêmes carac- 
tères n'ont été réduits à la forme qu'ils ont préfentement que fous les Khalifes 
Abbaffides, par Ebn Baovâb & par Ebn Moclah. Foyez ces titres. 

Abougiafar Al Manfor , qui n'avoit point encore vu ces caraftères en l'état 
où ils ont été depuis, difoit , que les Ommiades avoient eu l'avantage au-def- 
fus des Abbaffides en trois chofes, en Capitaines, en Ecrivains & en Crieurs. 

Ce Khalife croyoit, que les Abbaffides n'avoient point, eu jufqu'alors un Ca^ 
pitaine femblable à Hegiage , ni un Ecrivain qui égalât Ebn Hamid , non plus 
qu'un Crieur qui valût Baalbcki. Pour fçavoir ce que c'eft qu'un Cricur chez 
les Mahometans , voyez le titre de Movedhin 6? celui de Belal. 

Cet habile Ecrivain mourut fan 132 de l'Hegire, &.on dit à fon fujet : Ba. 
àat al ketabah be Abdalhamid u khotamat l'Ebji al âinid^ l'Ecriture Arabique a com- 
mencé par Abdalhamid & a été perfectionnée par Ebnalâmid. 

Nous avons un ouvrage de Géométrie , qui eft un commentaire fur l'Eucli- 
de, compofé par Ebn Hamid. 

HAMIDEDDIN, Dofteur célèbre, furnommé Dharir, c'eft-à-dh-e, l'A- 
veutrle. Il avoit été difciple de Korderi, & devint maître de Naflafi, le jeune. 

H.AMIDI, on cite le Mefnad Al Hamidi , fur quoy il faut voir le titre 
à'Ethaf al hebrat. Le livre intitulé /Jfchrut , a été auffi compofé par un Auteur 
qui porte le nom de Hamidi, 

HAMMAD, Abou Ifmaîl Hammad Ben Soliman, étoit affranchi d'Ibrahim 
Al Afchâri Al Couli , qui portoit le titre d'Al Fakih , c'eft -à- dire , de Jurif- 
confulte. 

Il étudia la loy Mufulmane fous Ans Ben Malek, & reçut les traditions d'I- 
brahim al Nakhai, qui les tenoit d'Alcamah, & celuy-ci d'Ebn Mâfîbud. Il de- 
vint maître du célèbre Abou Hanifah, chef de la première fefte des quatre qui 
palTent pour Orthodoxes entre les Mufulmans. On dit, qu'il donna pour règle 
à fon difciple de n'apprendre jamais plus de trois queftions par jour. 

On loue extrêmement la libéralité de ce Dofteur, car il nourrilfoit tous les 
jours du mois de Ramadhàn ,. pendant lequel les Mufulmans jeûnent, cinquante 
pauvres qu'il habilloit de neuf le jour du Bairam ou Fethr, qui eft comme leur 
Pâque, & leur donnoit cent drachmes d'argent par tête. 

L'on rapporte auffi qu'un fameux Dofteur , nommé Ben Ziàd , l'étant venu 
voir pendant qu'il diftribuoit ^es aumônes , & s'étant rangé parmi les pauvres, 
Hammâd l'interrogea combien il lui demandoit. Ben Ziàd lui répondit , pour 
l'étonner, mil drachmes: mais H:)mmad lui répliqua: J'ai déjà ordonné que l'on 
vous en donnât cinq mil & je np revoqueray point mes ordres. Sur cecy, 

Bên 



H A M Z A H. jp^ 

BenZiâd lui fît le remerciraent , que les pauvres ont accoutumé de faire Ge- 
zjîk allah khairan, Dieu vous le rende. ', 

Hammàd mourut l'an 120 de l'Iiegire , & il ne faut pas le confondre avec 
Abulcaflem Haramdd Ben Maifferat Al Scheibani , qui mourut l'ar» 165. Cclui- 
cy fut furnommé AI Raoviat, c'ell-à-dire , le Reciceur ou Conteur d'hiltoires. 
Le Khalife Valid Ben lezid l'Ommiade lui ayant demandé pourquoy on lui avoit 
donné ce furnom , il luy répondit : C'eft que je vous reciteray, Ij vous me le 
commandez, cent poèmes des anciens Arabes & autant des modernes, fur cha- 
que lettre de l'Alphabet. Le Khalife voulut faire cette épreuve , & après en 
avoir ouy plulîeurs , mit un homme à fa place pour entendre reciter le relie, 
ce qui ayant été ponftuellement exécuté par Hammàd , il reçut un prefent de 
cent mil drai^mes d'argent des mains de Valid. 

Hammàd Abou Ifmail Ben Zeid efl furnommé Al Bafri , parce qu'il étoit na- 
tif de la ville de Bafrah ou Balîbra. Quoi qu'il fut aveugle , il ne lailîa pas 
néanmoins de profiter dans les fciences du Mululmanifme fous les Dofteurs Tha- 
bet Al Benani , Aioub & Amrou Ben Dinar , & devint le maître d'Al Moba- 
rek. Il mourut l'an 177 de l'Hegire. 

Hammàd Al Dabbas , Chef de Sofis. Foyez fa fucccflîon dans les titres de 
Konovi, 

HAMZAH, fils d'Abdalmothîeb , & petit -fils de Hafchem , & par confé- 
quent oncle de Mahomet, le faux Prophète. On l'appelle encore Abou Ommàr. 

Quoy que Hamzah fût frère d'Abdallah , père de Mahomet , il étoit cepen- 
dant frère de lait de fon neveu : l'on dit , qu'il fe fit Mufulman dans la fécon- 
de année de la million prétendue de Mahomet ; & que fon neveu l'ayant re- 
connu pour homme de courage & de valeur, lui donna le titre ou furnom d'Af^ 
fad Allah, qui fignifie le Lion de Dieu, & lui mit en main le premier étendart 
qu'il fit faire, & que l'on appelh Raiat al eflâm, l'Etendart de la foy, la pre- 
mière année de l'Hegire. 

II fut tué l'année d'après , qui fut la féconde de l'Hegire , à la bataille de 
Bedr que Mahomet donna aux Coraifchites: ceux-cy furent défaits, & il n'y eut 
que quatorze Mufulmans de tuez, du nombre defquels Hamzah, oncle de" Ma- 
homet , fe trouva. 

HAMZAH Ben Jofef Al Schemi , Auteur d'une hifloire du Giorgiàn. Fo- 
yez le titre de Souli. L'Auteur du Lebtarikh cite dans la vie de Schabour Dhou- 
laktàf un Hiltorien , qui porte le nom de Hamzah Al Esfahani , qui pourroit 
être le même que le précèdent, 

HAMZAH Al Caramani, Auteur d'un Commentaire fur les Anovàr al tanzil 
de Beidhaovi, mourut l'an 871 de l'Hegire. Fuyez le titre de Zaharaovi. 

HAMZAFI Begh, fils de Cara Ilugh Othman, ell le troifième Prince de U 
dynaftie des Turcomans , appellée du Mouton IBlanc ou des Baianduriens. Il 
régna , après la mort de fon père , en Méfopotamie & en Cappadoce près de 
quarante ans, & mourut l'an 848 de l'Hegire, de J. C. 1444. 

Il eut pour fuccelTeur fon neveu Gihanghir, fils d'Ali Begh, & celuj'-ci laif^ 
fa fes Etats à fon propre frère nommé Haifan , furnommé Uzun , c'eiî-à-dire , 
le Long, l'an de l'Hegire 872. Cet Haifan eft le fameux Ufuncafl'm. 

Bb 3 HANBAL, 



rpS H A N B A L. H A N B A L A H. 

HANBAL , Ahmed Ebn Hanbal , furnommé Al Schibani Al Merouzi, un 
des chefs des quatre Seéles reconnues pour Orthodoxes dans le Mufulmanifme, 
naquit à Bagdet l'an 164 de l'Hegire & y mourut l'an 241. 

Il fut regardé comme un Doflcur infigne dans la loy, dans les traditions & 
dans la fpii-itualité. Les voyages qu'il fit à Coufa, à Baffora , à la Mecque, à 
Medine, dans l'Iemen & dans la Syrie, le firent beaucoup connoître, & fa ver- 
tu le fit refpefler par-tout. 

Le Khalife Môtafl'em cependant le confidéra fi peu , qu'il le fit emprifonner 
& fuiliger , pour avoir refufé _de dire que TAlcoran n'étoit pas créé. Cette 
folie de croire que l'Alcoran n'étoit pas créé, fit grand bruit parmi les Muful- 
mans en ce tems-là , comme l'on peut voir dans le titre de l'Alcoran. Mota- 
vakkel, fils de MôtafTem , qui fucceda à Vathek fon frère aîné , fit mettre en 
liberté Ebn Hanbal , & le renvoya chez luy chargé de préfens , au lieu de 
chaînes. 

Ce Dofteur fut toujours depuis ce tems-là fort confideré, jufques-là qu'Abu- 
giafar Al Thabari fut fufpeft d'hérefie , pour ne l'avoir pas mis au nombre des 
Docteurs canoniques, & avoir écrit qu'il n'étoit point fcriptural, mais feulement 
traditionnaire. Il avoit reçu fes traditions de Schaféi , &: il les fit paffcr de luy 
à Bokhari & à Meflem. 

Ayant été un jour rapporté à Ebn Hanbal qu'il y avoit une troupe de gens 
qui ne faifoit autre chofe que chanter & danfer , il dit à ceux qui s'en éton- 
noient : Ce font des amoureux ; dites leur feulement , au lieu de les reprimen- 
der, qu'ils fe rejoiiilFent une heure avec le Seigneur. Dâouhom iafrahou ma AU 
lah fàâtan. 

L'on dit , que ce Dofleur mourut avec une fi grande réputation de fainte- 
té , qu'il y eut un concours de 800 mil hommes & de 60 mil femmes à Çqs 
funérailles, & que le jour qu'il fut enterré, 20 mil perfonnes de diverfes Re- 
ligions embrafTerent le Mufulmanifme. 

HANBALAH, les Hanbalites. Ceux qui faifoient profeflîon de la fede 
çl'Ebn Hanbal. Cette fede fit grand bruit dans Bagdet, fous le Khalife Mocla- 
der, l'an 317 de l'Hegire. Merouzi, chef de la fefte , avoit avancé que Dieu 
devoit placer Mahomet fur fon trône, fondé fur un pafiage de lAlcoran , qui 
porte: Ton Sdgneur te donnera blcn-td: une place tres-confiderabk. Ajfa m iabdùéka 
rabhoka mecanian mahmoudan. 

Les Mufiilmans des autres feclcs regardoient l'explication des Hanbalites com- 
me une impieté, telle qu'elle eft & en avoient horreur: Ils foûtenoient ,* que 
cette place confidérable étoit le poile & la qualité de Médiateur, qu'ils difoient 
par une autre rêverie non moins condamnable, appartenir à leur faux Prophè- 
te. Cette querelle paffa de l'école dans les afl^emblées publiques , & on vint 
des paroles aux armes avec une telle fureur qu'il en coûta la vie à plufieurs 
milliers de perfonnes , fans que le Khalife y pût apporter aucun remède. 

L'an 323 de l'Hegire , les Hanbalites devinrent fi infolens qu'ils marchèrent 
en armes dans la ville de Bagdet, pillant & faccageant les boutiques, fous pré- 
texte que l'on y bcuvoit du vin & que l'on y chantoit. Le Khalife Radhi^ 
fils de iMoftader , fit publier/une déclaration contre eux , dans laquelle il Iti, 
accufe de donner un corps à Dieu & par conféquent de le faire matériel , ce 

que 



H A N B A L I. H A N I F I A H. j^ 

que les Arabes appellent Tagiefllim, & en même tems les menace des dernières 
rigueurs, s'ils troubloient davantage le repos des Mufulmans. 

HANBALI, un qui fait profeffion de la fede d'Ebn Hanbal. 

Ibrahim Ben Jofcf, natif d'Alep, eft furnommé AI Halabi & Ebn A!-FIanba- 
li : il a compofé un livre de politique , intitulé Adab al JjaJJat & Mejfabih arbdb 
al riaffat. Il mourut l'an 950 de l'Hegire. 

Il y a encore une hiiloire , nommée Tarikh Ebn Hanbali , qui porte le titre 
particulier de Dorar al Habib. 

Uns algelil , ouHiftoire de Jerufalem, a pour Auteur Abdalrahmaji Al-Han- 
bali. 

HANDASSAH, la Géométrie. Ce mot Arabe a été formé du Pcrfien 
Andâz & Endâz, qui fignifie Mefure. 

Samarcandi eft Auteur d'un livre de cette fciencc , qu'il a intitulé Jfchcdl al 
tdjfis fil hendajjah. . 

Abou Ali , lurnommé Al Mohandes , le Géomètre , a excellé dans cette fcien- ■ 
ce : Il vivoit l'an 530 de l'Hegire , fous le Khalifat de Hafedh bedinillah , en 
Egypte, & de Rafched, fils de Moftarfched, à Bagdet. Ce Géomètre étoit fça- 
vant dans les lettres humaines & faifoit de bons vers. 

Les Orientaux donnent prefquc toujours à la Géométrie le nom d'Aclides ou 
Oclides , c'eft-à-dire , d'Euclide , à caufe que cet Auteur en a donné les éle- 
mens. Voyez ce titre. 

HANDHALAH. Dagfal, ancien Poëte Arabe, eft fouvent nommé fim- 
plement Ben Handhalali. . 

HANI, furnom de Mohammed Ben Ali, mort l'an 733 de l'Hegire, qui eft 
Auteur d'un poëme, intitulé Argiouzdt fil âraidh ^ fur l'art Poétique. 

Ebn Hani, Poëte Arabe né en Efpagne. Il lotie extrêmement Moez le Fa- 
thimite, premier Khalife d'Egypte, dans quelques-uns de fes ouvrages & le blâ- 
me enfuite dans d'autres. 

H A NI FA H. Mohammed Ben Hanifah étoit fils d'Ali & de Hanifah, fa fé- 
conde femme , & on l'appelle toujours fils de Hanifah , pour le diftinguer de 
Haiïan & de Iloulfain, qui étoient fils d'Ali, & de Fathimah, fille de Mahomet. 

Mohammed Ben Hanifah refufa plufieurs fois le Khalifat, que les ennemis des 
Khalifes Ommiades lui ofFroient. Foyez fort titre propre, 

Abou Hanifah, le père de Hanifah. Nom d'un des principaux chefs de fec- 
tes approuvées par les Mufulmans. Voyez fon propre titre. 

HANI FI A H, la Sefte & la Doftrine d'Abou Hanifah. Les Turcs qui la 
-fuivent, donnent ce nom à la foy Orthodoxe des Mufulmans. 

Cette fefte , auffi-bien que celles de Schafêi , d'Ebn Hanbal & de Malek , a 
eu des chefs fuccefléurs de. fon premier Maître & Fondateur. On remarque, 
qu'Ahmed Ben Ali Al Giafi^âs Al Razi, maître de Nallafi , a été le dernier de 
ces chefs reconnus par les Hanifites. 

Abdallah Bathalmious a écrit un livre fur les divifions ou fentimens diuércns 
des Hanifites. 

HANTHAMAH, 



200 H A N T H A M A H. H A îl B. 

HANTHAMAH, ville du pays de Sefalah fituée fur la m@r. Ce pays de 
Sefalah eft le pays de Zanguebar, & la côte de Cafrerie. f^oyez Sefalat al dha- 
hab. La ville, que nous connoiflbns aujoiird'huy fous le nom de Sofala, eft en 
ces quartiers-là, proche de Mozambique. 

-HARACTOUS. Giauberi cite Heraclite le Philofophe, qui a pofé les ato- 
mes pour premiers principes de toutes chofes, fous ce nom. Les Grecs & les 
Latins attribuent cette opinion à Democrite. 

HARAM, chofe défendue par la loy , c'eft le contraire de Halâl. Foyez 
ce litre. 

C'eft aufïï une chofe facrée , dont l'entrée n'eft pas permife à toutes fortes 
de gens: un Sanftuaire comme celuy de la Mecque, félon la faufte perfuafion 
des Mahometans , & le Temple de Medine où eft le fepulcr^ du faux Pro- 
phète , portent ce nom. Ils appellent ces deux lieux Harâmani , & au génitif 
Harâmain, qui eft le Duel du fmgulier Harâm. Foyez le titre ^'Imam al Ha- 
ramain. 

L'appartement des femmes chez les Orientaux s'appelle aufîî Haram , & le 
quartier où elles logent dans les voyages , & dans les campcmens , porte le 
même nom. Lorfque le Haràm marche, il eft fort dangereux à ceux qui ne 
font pas de fervice, de fe prefenter fur fa route. 

HARAR, nom d'un peuple que nous appellerions comme Erpenius & au- 
tres, les Harariens; mais il faut lire Khozar en mettant un point fur la pre- 
mière lettre , & un autre fur la féconde. Il y a cependant Ben Harrar Al 
Afriki , Auteur de l'hiftoire de Mahedi d'Afrique , fils dAbdallah , & des 
Jathimites. 

HARB, la guerre en gênerai: car celle qui fe fait contre les infidèles, s'ap- 
pelle Gehâd. Foyez ce titre. 

Les Arabes de la Gentil ité ne pouvoient faire la guerre qu'en certains mois 
de l'année, c'eft pourquoy ils les tranfpofoient fouvent, & les intercaloient pour 
éluder la défenfe qui les empêchoit de fe battre. Mahomet pour remédier à cet 
abus, défendit abfolument l'intercalation , que les Arabes appellent Nelîa. Foyez 
ce titre. 

Divan al harb, leConfeil de guerre, ou Cour de juftice établie pour juger 
•les Officiers de l'armée qui n'obfervoient pas la difcipline militaire. Lohorafb, 
Roy de Perfe de la première dynaftie, fut le premier qui l'ainftitué, & cette 
-inftitution fut fuivie par les Sultans , & par les Khalifes qui ont régné dans 
la Perfe. 

Les Hiftoricns Orientaux remarquent qu'en l'an 678 de l'Hegire qui eft de 
J. C. 1279, la guerre étoit générale dans tout l'Orient, & particulièrement 
celle que l'on appelle domeftique & civile: Les Tartares, les Arabes, les Dha- 
Jiarites ou fucccfteurs de Malek Al Dhaher en Egypte, & les francs en Syrie, 
fe détruifant les uns les autres. 

Darb al harb, la Porte de la guerre, C'eft le nom d'une des portes de la 
ville de Bagdet , par laquelle les troupes fortoient, quand les Khalifes faifoient 
quelque expédition militaire: on ne l'ouvroit que dans cette occafion, de même 
que celle du Temple de Janus chez les Romains. 

Alât 



H A R E B A H. H A R I R. aor. 

. A'ât al harb. Il y a un livre Arabe qui porte ce nom , &, qui traite de 
Part militaire. Cet Auteur dit qu'un Capitaine fage vaut mieux que mil vaillans 
ibldats; car chacun de ceux-cy ne pourra tuer que quinze ou vingt au plus de 
fes ennemis : mais celuy-là peut faire périr par fa bonne conduite une armic 
entière, fût -elle de cent mil hommes & plus. 

Ebn al harb, nom d'un Auteur appelle autrement Ahmed Al Nifchabouri, 
mort l'an 230 de l'Hegire, duquel nous avons un Argiouzat fur l'Arithmétique, 
& un commentaire fur les Arbâia 

HAREBAH, fumom d'Abou JâU Mohammed, dit encore Al Bagdadi Al 
Abaflî, Auteur du livre intitulé ^l Sadéh u Al Bagkem, de celui qui parle trop 
haut, & de celui qui parle trop bas. Cet ouvrage efl dans la Bibliothèque du 
Roy, n\ 1226. 

Ce traité efl fait au fujet des Arabes qui étoient taxez de parler trop haut, 
& trop fièrement. Mahomet leur a reproché ce défaut, & lésa exhortés à par- 
ler d'un ton moins élevé , & plus humble. Ces deux mots Sadeh & Baghera 
marquent les deux excez que l'on peut commettre en élevant, ou en abbaiflant 
trop fa voix. 

HARETH, Amrou Ebn Hareth, & Hareth Ben Ararou. Khondemir donne 
ces deux noms au même Poëte Arabe qui eft un des fept Auteurs des Moalla- 
cât. l^oyez ce titre. 

HARETH Ben Câb. Voyez fon teftament, & les préceptes qu'il donne à 
{iis enfans, dans la Bibliothèque du Roy n°. 924. Foyez auji Haougial. 

HARETH Ebn Keldat, Médecin Arabe qui vivoit du tems de Mahomet. 
Son régime étoit de manger le matin, d'ufer avec difcretion du mariage, & de 
marcher vêtu légèrement. On dit qu'il entendait par ce dernier avis , de ne fc 
point charger de dcbtes, & non pas d'habits. K exerça long-tcms la médecine 
en Perfe, & y amalTa de grandes richeffes; il revint dc-là en Arabie, & l'on 
doute s'il embralTa le Mahometifme ou non ; mais quoy qu'il en fût , il étoit 
des amis de Mahomet qui lui en voy oit fou vent des pratiques. 

HARETH, dit Aboul Hafs, natif de la Province de KhoralTan, a travaillé 
en Arabe fur Éuclidc. 

AboulhalTan Ebn Hareth , natif de Khovarezm , a compofé un traité d' Algèbre- 
intitulé Eftekfa fil gebr u mocabelah. l^oyez le titre de Gebr. 

HARIADENUS, c'eft ainfi que Paul Jove & autres Hiiloriens Latins 
appellent Khaireddin furnommé BarbarolTa , fameux Pyrate. Foyez fon propre titre. 

HARIFISCH Schoâib , Auteur du livre intitulé Raoudh Alfaiky les Jardins 
élevez & fufpendus , tels qu'étoient ceux de Semiramis dans Babylone. L'Au- 
teur a donné ce titre à fon ouvrage, parce qu'il y traite de la morale, & de 
la fpiritualité la plus relevée, & la plus raffinée du Mufulmanifme. 

HARIR, Bourgade de la Province de Fars, ou Perfe proprement dite, dans 
laquelle un célèbre Auteur qui en a tiré fon nom, faifoit fa demeure ordinaire. 
Voyez plus bas Hariri. 

Tome IL Ce HARIR,* 



toi H A R I R. H A R K E L. 

HARIR, ce mot fignifie en Arabe dj la Soye ; les Perfans , & les 'Turc* 
^ppellcat ordinairement Berfchcm , & Ibrifchim. 

Les Perfans chez lefquels la foye abonde, & particulièrement dans les ?râ^'-- 
vinces de Dilcm, de Giorgian, de Thabareftan , & de Mazanderan , fans parler 
des autres, attribuent pour l'ordinaire l'invention de la foye àGiamfchid, un.de 
leurs plus anciens Monarques. 

Cependant ceux qui écrivent plus exaflement, & plus fincerement, confeflerfé' 
que l'invention de la foye leur ell venue des Chinois, de même qu'elle nous 
a été communiquée par les Grecs. On doute qu'elle fût connue dans les pre- 
miers tems du Mufulmanifme , c'eft ce qui a partagé les fcnthnens des Doreurs 
Mahometans touchant l'ufage des étoffes de foye dans les habits. 

L'on remarquera feulement icy que la foye étant regardée par les Muful- 
mans comme une chofe impure, à caufe que ce n'ell: autre chofe que la bave 
d'un infefte , il a été décidé d'un plein confentement de tous leurs Doéleurs 
qu'un homme vêtu d'une «toife toute de foye, ce qui s'appelle en Latin tiré 
du Grec Holofericum, ne peut pas vacquer à la prière journalière qui elt com- 
mandée par la loy. 

C'eft ce qui leur fait dire que le Safi harir, qui eft proprement Yholoferktm, 
eft Haram , c'eft-à-dire , défcn.iu félon la loy , ce qui n'empêche pas que les. 
moins fcrupuleux n'en portent. 

Les R-rfans diftinguent la foj^e en Kenar ou Ardaffe, qui eft la plus groffiere 
dont on fait les franges, & les cordons; & en Lagian ou Legi , comme nos 
Marchands l'appellent, laquelle fert à la fabrique des étoffes. 

HARIRI, furnom d'Abou Mohammed Al CafTem Ben Mohammed. Ce fur= 
nom lui fut donné à caufe qu'il demeuroit dans une Bourgade de Perfe nommée 
Harir ; car d'ailleurs il avoit pris naifl'ance dans Baffora , d'où il eft encore fur- 
nommé Al Bafri. Ift 

Il compofa un ouvrage fous le titre de Mecamdt , à l'inftance d'Abou Schir- 
van Khaled, Vifir du Sultan Mahmoud de la race des Selgiucides , lequel eft 
eftimé un chef d'œuvre d'éloquence Arabique. Il contient cinquante difcours, 
ou efpeces de déclamations fur differens fujets de morale, «Se chacun de ces dif- 
cours porte le nom du lieu où il a été recité. 

Cet Auteur naquit l'an de l'Hegire 446 & mourut l'an 515 fous le règne de 
Moftarfched vingt-neufvième Khalife de la race des Abbaffides. 

Okberi Al Bagdadi a fait une explication àQS mots difficiles qui fe rencon- 
trent tant dans la profe , que dans les vers de cet ouvrage , qui eft dans la 
Bibliothèque du Roy n. 11 20, & plufieurs autres Auteurs y ont fait dejuftes 
commentaires , entre lefquels celuy d'Al Motharezi Al Schirazi eft le plus 
eftimé. f^oyez le titre de Mecamât, Ce mot fignifie proprement en Arabe ce 
que les Rhetoriciens appellent Lieux communs. 

Il y a un Ahmed Ben Abou Sâid furnommé Al Hariri , qui a travaillé fur 
les Sphœriques de Menelaus. Jafêi a fait la vie d'Abu Mohammed Al Hariri 
dans l'article 148 de fon hiftoire.. 

HARKEL, l'Empereur Heraclius. Les Chrétiens Orientaux, comme Ebiî 
Amid , & Ebn Batrik , écrivent que Heraclius étoit Melkite , c'eft-à-dire , Ortho- 
«loxe, & qu'il rétabUt des Evoques Catholiques dans les fieges que les Jacobites, 

ou 



H A R M A N r. H A R U N. 203 

ou Eutychiens, avoient envahis: mais que fur la fin de fa vie, il devint Miro 
nite, c'eft-à-dire , comme Eba Batrik l'explique, Monothelite. 

Le même Auteur ajoute que les habitans de la ville de FIcms qui cH: 
EmefTe , ne le voulurent pas recevoir dans leur ville , à caufe qu'il étoit Ma- 
rouni; ce qui l'obligea à paOer de cette ville au JNIonaftere de Maroun où il 
fit de fort grands prefens. 

Les Maronites d'aujourd'huy qui font Catholiques Romains , ne conviennent 
pas de ce fait, car ils foûtiennent fermement que la Religion 'Meikite ou Ca- 
tholique s'eft toujours confervée parmi eux dans le Mont Liban, & que l'Abbé 
Maroun à qui ils donnent le titre de Saint, étoit fort Orthodoxe. 

Les Chrétiens d'Orient attribuent beaucoup de chofes à cet Empereur , qui 
..ne 5'accordent pas avec ce qu'en qnt écrit nos Hiftoriens Grecs & Latins. 

H ARM A NI, les Ara"bes appellent ainfi les deux plus grandes Pyramides 
d'Egypte, yoysz le titre rf'Ehrâm, ou de Herem. 

HARMOZAN, nom d'un Seigneur Perfien qui étoit Gouverneur de la 
Province d'Ahovâz, & de Schoufter pour lezdegerd Roy de Perle. Il fe trouva 
^Tiegé dans l'un de fes châteaux par les Arabes du tems d'Omar, fécond Kha- 
life des Mufulmans, l'an de l'Hegire 17 & fut obligé, faute de fecours, de fe 
Tendre à eux à bonne compofition. 

Le chef des Arabes l'ayant envoyé à Omar qui faifoit fa refidence dans la 
ville de Medine, qui étoit pour lors le fiege de l'Empire des Mufulmans, on le 
conduifit d'abord à la grande^ Mofquée , où le Kliahfe dormoit à la porte parmi 
les pauvres qui avoient accoutumé de s'y aflembler. 

Harmozan ne pouvant pas démêler le Khalife dans cette troupe , demanda 
auffi-tôt à fon conduéleur où étoit Omar , & Omar s'étant reveillé au bruit que 
l'on fit, alla auffi-tôt fe placer fur fon trône , pour le recevoir avec honneur, 
& après avoir loué Dieu de ce qu'il envoyoit des gens de fon mérite , & de fa 
qualité pour embralfer le Mufulmanifme, il commanda qu'on luy ôtat fes habits, 
^ que l'on lui en donnât de neufs. 

Le Khalife l'ayant enfuite entretenu de plufieurs chofes, Harmozan demanda 
à boire , la coutume étant parmi les Orientaux que , lorfque deux perfonnes ont 
'bû enfemble , ou que quelqu'un a bû en prefence d'un autre , ils fe tiennent 
réciproquement dans une entière fureté l'un de l'autre , comme étant devenus 
hôtes, amis, & poui* ainfi dire, commenfaux. 

Omar ayant interrogé Hai'mozan poiu"quoy il deraandoit à boire, il lui ré- 
pondit que c'étoit pour s'alfurer de fa vie. Vpus êtes en toute feureté , lui 
répliqua Omar, & vous n'avez que faire de boire pour vous délivrer de cette 
crainte: Harmozan après la parole qu'Omar lui eut donnée, s'abftint de boire, 
fit profefiîon du Mufuhnanifme , & devint un bon Néophyte au rapport de Ben 
Schohnah. 

Le même Auteur rapporte au fujet de la boiflbn , que Saladin ayant fait quel- 
rques Chrétiens prifonniers, leur fit apporter à boire pour les allurer de leur vie, 
& qu'un d'eux auquel il ne vouloit pas pardonner, voulant boire, il l'en empêcha, 
& lui couppa lui-même la tête à la prefence des autres. 

HARO UN Al Rafchid, frère de Hadi, & fils de Mahadi, fut le cinquième 
Khalife de la Maifon des Abbuffides. Il commença à régner l'an 170 Je l'He- 

C c 2 gire, 



,04 H A R O Ù N. 

gire, aiiflî-tôt après la mort de fon frère , en vertu de la fubflitution que ioir 
père avoit faite. C'eit ccliiy que nos Hiftoriens appellent Aaron Roy des Ssr- 
razins, ou de Pcrfe, qui fît des prefcns à Charlemagne. L'on peut remarquer 
une adion toute fcmblablc de ces deux grands Princes, en ce qu'ils partagèrent 
tous deux leur fucceflion à trois de leurs enfans. 

Hai-oun donna à Mamon fon fécond fils tout l'Orient de l'Etat des Khalifes, 
à fçavoir , la Perfe , le Kerman , les Indes , le Khoraffan , le Tabareftan , le 
Zabul , & le Cabul , avec le Mavaralnahai- ou pays de de-là le .fleuve Gihôn 



ou Oxus. 




l'Afrique jufqu' 

Motaffan fon troifième fils, qui avoit été comme oublié, n'eut que l'Arménie, 
la Natolie, la Géorgie, la Circaffie, & tout ce que les Khalifes polTedoient aii 
deflus, & aux environs du Pont Euxin. Khondemir. Lebtarikh. 

La dignité de Khalife palfa de l'aîné au fécond, & du fécond au troifième; 
car ces trois frères fuccedcrent l'un à l'autre. 

Haroun ordonna qu'après fa mort, Amin lui fuccederoit à la dignité de Kha- 
life, & qu'il feroit fon fejour dans Bagdet , ville Capitale , & Impériale du Mu- 
fulmanifme; que Mamon feroit fa refidence dans Merou ville Royale du Kho- 
raifan, & qu'il fuccederoit à fon frère au Khalifat, & à tous i^^s Etats après 
fa mort, à l'exclufion de fes neveux. 

Après avoir fait ce partage , il fit jurer fes enfans & tous les Grands de FEiu- 
pire, qu'ils acccpCoient cette difpofition & qu'ils ne s'en départiroient jamais; 
& pour la rendre plus authentique, il en fit attacher les lettres patentes dans 
le Sanftuaire même de la Mecque, après les avoir fait promulguer fm* le feuil 
prétendu facré de la Caabah, ou Maifon quarrée. 

Lorfqu'on attacha- cette déclaration du Khalife dans le Temple de la Mecque, 
elle tomba des mains de celuy qui la. tenoit , & fut emportée par le vent; 
cet accident fit juger à la plupart de ceux qui étoient prefens à cette aftion^, 
que la concorde de ces frères ne feroit pas de longue durée, & que ce qui 
venoit d'arriver ne pouvoit être qu'un très-mauvais augure. 

Ce Prince , comme il a été déjà remarqué cy-defllis , avoit été comme afixDcié 
au Khalifat avec fon frère aîné Hadi, par le tellament de Mahadi leur père; 
car c'cft ainfi que les Arabes parlent; cependant Hadi qui n'étoit pas content 
dé cette aifociation, avoit cherché avant fa mort tous les moyens de faire paf- 
fer cette dignité à fon fils nommé Giafar. 

Après fa mort, Giafar ne manqua pas de partifans qui voulurent faire valoir 
fon droit: mais la fadion des amis de Haroun étant la plus forte, il fallut que 
le neveu cédât- à l'oncle, ce qu'il fit de lui-même, & de fort bonne grâce. 

L'on dit que Haroun pendant fa vie privée , fe trouva un jour fi accablé 
des traverfes que fon frère lui faifoit fouffrir, qu'il voiia de faire à pied le 
pèlerinage de la Mecque, s'il en pouvoit être délivré. Lorfqu'il fut parvenu 
au Kiialifat , plufieurs de fes courtifans lui remontrèrent , qu'il n'étoit point 
obligé de fatisfiiire à ce vœu: mais les Doéleurs de la loy qu'il confulta, ayant 
répondu tous unanimement, qu'ils l'y croyoient obligé, il partit l'an 179 de 
l'Hegire , de Bagdet à pied , & continua ainfi fon voyage jufqu'à la Mecque. . 

L'on dit qu'il trouva dans toute fa route les chemins couverts de tapis , & 

de 



flAROUN. • 235 

de diverfes étoffes de prix; & l'on a remarqué auîîî qu'il fut le dernier des Khs- 
îifes qui entreprit de faire le pèlerinage de la Mecque. Thabari. 

flaroun fat lurnomméAl Rifchid, le Droiturier, ou le Jufte: & l'on dit que 
lorfqu'il reçut la nouvelle de Li mort de Hadi fon frère, & par confequent de 
fon exaltation au Khalifat, il vacquoit à la lefture de l'Alcoran, & qu'aulfi-tôt 
après, il apprit que MamoJi fon fils' étoit ne/ Ce rencontre fit que les Arabes 
ont depuis ce tems-Ià appelle ce jour qui fut le feizièma du mois Rabiâ al aoval, 
de fannéa cent & foixante dixième de FHogire, le jour des Hafchemites, parce 
qu'il avoit donné la -mort à l'un d'eux, & la vie à l'autre. 

Les AbbalTîdes font appeliez Hafchemites, à caufe que leur fimille étoit une 
branche de la tige, & de la Mailbn de Hafchem, de laquelle Mahomet defccn- 
doit auflî. 

Cette avanture de la mort de Hadi , & de la naifTance de Mamon arrivée au 
même jour, fait dire à l'Auteur du Nighiariftan que !e monde ell femblable à la 
toile qu'un Peintre a tracée & couverte entièrement de quelque delfein; car 
l'ouvrier n'y peut rien ajouter , s'il n'en efface quelque chofe. Jekitclmn reved 
diker aied bcgiai. Ainli dans ce monde l'un s'en va, 6c l'autre prend auffi-tàt 
fa place. 

Mahadi ayant laiffé à Haroun pour arrhes de la fuccefîion à laquelle il l'avoit 
appelle après fon frère , un très-beau rubi qu'il portoit au doigt , fenvie prit 
au Khalife fon frère de le retirer de fes mains. Haroun étoit proche de la 
rivière du Tigre , lorfqu'un Eunuque vint de fa part la lui demander. Cette 
demande le mit en une fi grande colère qu'après avoir reproché à fon frère-, 
qu'il étoit très^injufte de lui vouloir ravir ce qui lui étoit feul rcité de confide- 
rablc parmi les meubles de la fucceilion de Mahadi leur père, pendant qu'il poffe- 
doit lui feul de fi grands Etats , & de fi riches trefors , il ôta ce rubi de fon 
doigt, & le jetta dans le courant du Tigre. 

La mort de fon frère étant arrivée cinq mois après , Haroun dans le tems 
•qu'il prit po(fefîîon du Khalifat y fe fouvint de fon rubi , & commanda à des 
plongeons de l'aller chercher au lieu où il l'avoit jette. La pefche en fut li 
heureulé , que la première chofe que les plongeons trouvèrent ibus leurs mains , 
fut fa bague, ce qui fut regardé comme le prefiige du bonheur dont il devoit 
jouir pendant fon règne. Mirkhond. 

Ben Schohnah rapporte une circonftance particulière fur ce fait ; il dit qire 
ce Prince paffant fur le même pont, & étant au même endroit d'où i! avoic 
jette fon rubi dans l'eau, tira de fon doigt une bague de plomb qu'il jetta dans 
la rivière , & qu'en même tems les plongeons ayant été commandez pour la 
chercher, rapportèrent au lieu de l'anneau de plomb , celuy où étoit ce rubi 
d'une ineftimable valeur, 11 dit auffi que cet accidefit fut pris alors pour un 
prognoftique alfeuré du bonheur, & de la durée de fon règne. 

Ben Schohnah rapporte cette hiftoire l'an 560 de l'Hegire , au fujet du rubi 
que Saladin avoit perdu, & qui fut auffi heureufement retrouvé. 

L'hiftoire de l'anneau de Polycrate trouvé dans le ventre d'un poifTon qui 
lui fut fervi à table, a beaucoup de rapport à celle-cy, finon que ce bonheur 
de Polycrate fut regardé comme le prefage d'un très-grand malheur, tel que fut 
celuy qui lui arriva d'être attaché à une croiï. 4^ 

Haroun déclara fan de l'Hegire 175, de J. C. 791, fon wPfeîné Mohammed 
furnommé Amin pour fon fuccclfeur, & l'année 182, il lui donna pour colle- 

C c 3 guc , 



%o6 % H A R O U N. 

-gue , & fuccelTeur defigné fon fécond fils nommé Mamoun on Almamon , com- 
me il a déjà été die: on ajoutera feulement ici que cette déclaration d'un fuc- 
ceiTeur eft appellée en Arabe Velaiat Ahed. 

L'an de l'Hegire 193, qui eft celuy de la mort de Haroun, félon Khonde- 
mir, cet Hiftorien raconte que l'année précédente Haroun étant à Raccah en 
Mefopotamie, avoit vu en fonge une main fur fa tête qui tenoit une poignée 
de terre rouge; qu'en même tems il avoit entendu la voix d'une perfonne qui 
profera diftinélement ces paroles: Voici la terre qui doit fervir de fepulture k 
Haroun, & qu'ayant demandé fur cela quel devoit être le lieu de fa fepulture, 
la même voix avoit répondu, Thous. 

Haroun fe trouvant à fon réveil effrajx" par ce fonge, entra dans une pro- 
fonde melancholie : fon Médecin ordinaire nommé Gabriel, fils de Bakhtifoû, 
Chrétien de Religion , qui le voyoit tous les matins , s'en étant apperçu , lui 
demanda quelle pouvoit être la caufe d'une fi profonde triftefi!e, le Khalife lui 
raconta tout ce qu'il avoit vu en fonge. Le Médecin lui dit que les fonges 
n'étoient que des fantômes produits par les fumées que les humeurs de nôtre 
corps envoyent au cerveau, qu'il n'y avoit aucun fujet de s'en affliger, & que 
le voyage qu'il alloit faire en Khoraffan pour appaifer la rébellion que Rafiê, 
fils de Leits, y avoit fufcitée , avoit donné lieu à cette imagination. Qu'au rcfte 
il n'y avoit point de meilleur remède pour diiîiper fon chagrin que de chercher 
à fe bien divertir. 

Le Khalife fuivit le confeil de fon Médecin. Pour cet effet il ordonna un 
régal magnifique qu il fit durer pendant plufieurs jours , & fit pafi^er ainfi fa 
melancholie. Cette fétu étant finie, il fe mit en chemin à la tête de fon ar- 
mée, & il étoit déjà arrivé dans la Province de Giorgian, lorfqu'une maladie âfféz 
légère d'abord commença à l'attaquer. 

Le pays de Giorgian n'étoit pas alors entièrement calme ; fa maladie qui con- 
tinuoit, l'obligea de prendre la route du Khoraffan pour y être plus en repos; 
il ne fut pas plûtoft arrivé dans Ja ville de Thous , que fon mal croiifint de 
jour en jour, il .fit appellcr fon Médecin; & lui dit: Te fouviens-tu , Gabriel, 
de ce que je te dis à Raccah? Nous voicy enfin à Thous, qui efi; le lieu où 
je dois être enterré: envoyé un de mes Eunuques me chercher une poignée de 
terre des environs de la ville. L'Eunuque nommé Mefrour, qui étoit de fes plus 
confidens, en alla prendre, & la lui prefenta rouge comme elle étoit, avec le 
bras à demi nud, ce que Haroun n'eut pas plûtoft apperçu, qu'il s'écria: En 
vérité voici la terre, & voici le bras que j'ay vu en fonge. Le trouble faifit 
auffi-tôt fon efprit, & fa maladie augmentant de plus en plus , il mourut trois 
jours après ce fpeélacle affreux , & fut enterré dans le lieu où le fepulcre de 
l'Imam Riza a été bâti depuis, que l'on appelle aujourd'huy Mefchliad. 

On dit un jour à Haroun , qu'il y avoit à Bagdet un fol qui fe difoit être 
Dieu. Ce Khalife voulut le voir: & l'entendre, pour éprouver fi c'étoit vérita- 
blement un fol ou un impofteur. 11 lui dit: On me prefenta ces jours paffez 
un homme qui faifoit le fol, & qui vouloit paffer pour un Prophète envoyé de 
Dieu ; Je le fis mettre en prifon , on lui fit fon procez , il fut condamné , & 
on lui couppa le col. 

Le fol apprès avoir entendu ces paroles , lui dit : Vous avez fait en cette 
occafion ce que devoit faire un de mes fidèles ferviteurs; cette aélion m'eft fort 
agréable ; car je n'avois point accordé le don de Prophétie à ce miferable , & 

il 



H A R O U N. 



ioj 



îl n'avoit reçu aucun ordre , nf miffion de ma part, L'Auteur' des Lathaif , 
qui raconte cccy , dit feJon les principes du Mufuli-nanifmo , que celui qui efl: 
véritablement égaré & privé de l'uiage" de la raifon , ne dit ordinairement que 
ce qui eil vray; car c'ell Dieu qui parle en lui. Au contraire celui qui fe dit 
Prophète ou Envoyé de Dieu, ne Tétant pas, eil un impolleur & ne peut dïi-e 
que des menfonges. La folie d'un homme qui dit, Je fuis iJU'u, confiile dans 
cette parole , Moy , dcHit Tinfenfé ne comprend ni les bornes , ni l'étendue. 

La plupart des Mahometans croit, que les fols font agitez de refprit de Dieu, 
&, ils les révèrent ordinairement comme des Saints extaficz & tranfportez de 
ramour divin. Nous dilbns auffi communément, que la vérité efl dans la bou- 
che des fols & des enfans. 

Ce Khalife étant en Egypte , dont il s'étoit rendu le maître , dit un jour h 
fes courtifiins : Le Roy de ce pays-cy fe vantoit autrefois d'être Dieu , je veux 
en haine de cet orgueil en donner le gouvernement au plus chetif de mes ef- 
claves. Il choifit pour cet effet Hozaib, qui étoit Ethiopien de nation & d'un 
efprit fort grolîier. Ce Roy, qui ie vantoit d'être Dieu, eft Pharaon, duquel 
il efl; rapporté dans l'Alcoran au chapitre intitulé Nazeat , qu'il difoit à fes peu- 
ples ces paroles : Je fuis le plus grand é? le plus puijfant de tous vos Dieux. Et 
cellcs-cy : Je fuis vofîre fuverain Diai ^ Ma' (Ire. 

On rapporte au fujet du peu d'efpiit de Hozaib , que les Egyptiens fe plai- 
gnans à luy de ce que le Nil avoit emporté par fon débordement tout le cot- 
ton qu'ils avoient femé fur fes rivages , il leur dit pour toute confolation : 
Pourquoy n'y femiez-vous pas de la laine V Croyant que la laine fe fcmoit de 
même que le cotton. On pourroit pourtant dire, ce me femble, à la déchar- 
ge de ce Gouverneur, que ce fut un trait d'efprit , par lequel il vouloit leur 
faire entendre , qu'au lieu de femer du cotton fi près du Nil , ils y dévoient 
faire paître leiu's moutons que le Nil n'auroit pas emportés , & qui leur auroient 
fourni de la laine. Sâadi cependant cite la réponfe de Hozaib pour une marque 
de fa fl;upidité, 

L'Auteur du Nighiariflan dit , en parlant du Khalife Haroun Rafchid , que 
l'Empereur des Grecs luy ayant fait prefent de pluûeurs épées excellentes , ce 
Khalife les couppa toutes par le milieu, comme il auroit fait des raves, avec 
fon Samfaraah, en prefence de rAmbafladcur qui lui avoit apporté ce prefent. 
Ce Samfamah étoit une épée, qui lui étoit venue entre les mains des dépouil- 
les d'Ebn Dakikdn , un des derniers Roys de l'Ieraen de la famille des Hemia- 
rites: mais l'on dit, qu'elle avoit appartenu autrefois à un vaillant Arabe, nom- 
mé Amrou Ebn Maadi Carb , fous le nom duquel elle efl: plus connue, 

Algianabi & Ahmed Ben Jofef en font mention dans l'hiftoire des Hemiari- 
tes. On dit , qu'il ne parut pas la moindre brèche à la lam.e de cette épée , 
après l'épreuve que Haroun en eut faite: ce qui prouve la force de fon bras, 
auffi-bien que la bonté de l'épée ; car Amrou l'ayant autrefois envoyée à un 
Prince, qui fe plaignit qu'elle ne faifoit pas l'effet qu'il en attendoit, ce brave 
homme lui fit dire, qu'il ne lui avoit pas envoyé fon bras avec fon épée. 

Cet Empereur Grec , duquel il efl: fait mention dans cette hifl:oire , efl Ni- 
cephore , lequel refufant d'envoyer à Haroun le tribut que l'Impératrice Irène 
avoit accordé de luy payer, lui fit fçavoir, par ce prefent d'épées , qu'il étoit 
plus difpofé à luy faire la guerre, qu'à lui donner de l'argent, Haroun cepen- 
dant 



2o8 H A R U N. 

dant n'attendit pas que Nicephore la lui déclarât , il vola comme un aigle 
jufques aux portes de Conftantinople & prit la ville d'Heraclée. 

Je ne m'arrête pas beaucoup fur les expéditions militaires de ce Prince , par- 
ce qu'elles font décrites, dans l'hifloire Saracenique, dans Abulfarage & dans Eu- 
tychius , qui font entre les mains d'un chacun : mais je tâche de ramalîer ce 
que j'ay trouvé de luy dans des Auteurs moins connus. 

Ce Khalife aimoit fort les gens de lettres & cultivoit lui-même les fciences : 
Il fe faifoit expliquer le livTC fameux , intitulé Maoutha , par Malek même qui 
en efl l'Auteur ; & comme il vouloit faire fermer la chambi-e où cette expli- 
cation fe faifoit , afin qu'il n'y eût que lui & fcs enfans qui l'entendiflent , ce 
Dofteur lui dit hardiment, que la fciencc ne profitoit point aux Grands , à 
moins qu'elle ne fût communiquée aux petits. _ 

Pour mieux connoître l'état que Haroun faifoit des fciences, il faut voir l'hi- 
ïloire de Xaovadud Khatoun & de Haroun dans fon titre particulier, aufîi-bien 
que divers ouvrages des anciens auteurs qu'il a fait traduire en Arabe , dont le 
détail fe peut voir en plufieurs titres de cette Bibliothèque , qu'il feroit inutile 
& ennuyeux de repeter ici. 

Je remarquerai icy cependant les principaux titres, où l'on trouvera des cho- 
fes confidérables qui regardent ce Khalife, l^oyez donc ceux d'Abou Jofcf, d'AC 
mai, de Manghé, Médecin Indien, de IMobarek , d'Abou Naovas , d'Ebn Ad- 
hem, des Beramekah ou Barmecides, de Mofuli, de Bahaloul, de Sibouieh , de 
Zohak , de Keflài , de Sammâk , de Zebeidah , d'Ibrahim , fils de Mahadi , de 
Giafar & de Fadhel ben lahia, d'Iahia, -fils de Khaled, de Hagge, de Hadi, de 
Mahadi , &c. 

Ben CalTem remarque , que le fort château de Saffaf dans la Natolie , appel- 
le aujourd'huy Belegek par les Turcs , fut pris fur les Grecs par Haroun , qui 
obligea l'Empereur Nicephore de luy payer tribut ; mais que les Grecs le re- 
prirent fur les Arabes & le conferverent jufqu'au tems d"Othman , fils d'Orto- 
grul, fondateur de la dynaflie des Othmanides. 

Entre les paroles remarquables de ce Khalife , on ne peut pas omettre ce 
qu'il dit , félon Sâadi , à Amin , fon fils , qui lui demandoit la punition d'un 
homme qui avoit mal parlé de Zebeidah fa mère ; car après avoir confulté ^qs 
officiers de juftice fur la peine que cet homme meritoit, il confeilla à fon fils 
de lui pardonner , & lui dit , qu'il feroit en cela l'aélion , & le devoir d'un 
grand Prince ; mais que s'il ne pou\'oit pas abfokmient reprimer fon defir de 
vangeance , ni fe vaincre foj^-même dans une fi belle occafion , il pouvoit di- 
re autant de mal de la mère -de cet homme, que cet homme en avoit dit de 
la fienne. 

L'Auteur du Rabî alabrar raconte , que Haroun marchant à la tête de fon 
armée , une femme vint fe plaindre à luy de ce que fes fo'dats avoient pillé 
fa maifon. Il lui répondit fur le champ : Ne fçavez- vous pas ce qui eft écrit 
dans 1 Alcoran, Ennalmolouk edha da khalou kcriat affadoiiha : Lorfque les Princes 
paffenc en armes par un lieu , ils le détruifent. La femme lui répliqua aufîî- 
tôt: J'ai lu auffi dans le même livre ces psroles : t^ Telka boiouthom Khaoviat 
hpna dhakmou. Mais les Maifons de ces Princes fer 07it àéfoUes^ a caiife des injujîi. 
ces qu'ils ont ccmnvfes. Cette repartie hardie & fçavante d'une femme fat fi bien 
reçue par ce Khalife , qu'il donna audi-tôt l'ordre de reparer tout le dommage 
.qu'elle avoit foujSiert. 

U 



HAROUN. - — HARRAN. " 209 

Il avoit pris pour fon maître en Droit ie célèbre Dodeur Afinâi , lequel 
voulant fouvent examiner les chofes à Ja rigueur de la loy, lui auroit fait fai- 
re fouvent de mauvais pas, s'il ne fe fût tenu fort fur Ces gardes: cefl pour- 
quoy il lui difoit fouvent : Enta ââlem menna u naJm dâkel meiimk. Fous êtes 
plus fçavajît que moy ; mais j'ay plus d'efprit i^ de prudence que vous. Voyez le 
titre ^Afmâi. 

La ville de Tauris , fi fameufe dans la Perfe , fut bâtie fous le règne de Ha- 
roun Rafchid, par Zebeidah fa femme, mère du Khalife Amin , qui lui fucceda 
l'an 192 ou 193 de l'Hegire. Foyez Tabriz. 

HAROUN Ben Ahmed, furnommé Al Menaggera , l'Aftrologue , eft l'Au- 
teur d'une hiftoire des plus célèbres Poètes Arabes , qu'il a intitulée Barê fi 
fchoâra. Il m.ourut l'an 288 de l'Hegire. 

HoulTain Ben Haroun Giâfar, eft Auteur de quelques écrits ou diflées fur la 
loy, que les Arabes appellent Âmali. 

HAROUN, c'eft le nom d'Aaron, frère de Moyfe ; il s'écrit comme ce- 
luy du Khalife dont l'on vient de parler: mais quand on fait mention de quel- 
que Auteur Chrétien, comme d'Aaron, Prêtre d'Alexandrie, Médecin, il s'é- 
crit Ahroun ou Ahron. 

HARO UNI, Château de l'Iraque Babylonienne, que \ Khalife Haroun , 
dit Al Vathek fils de Motaflem , fit bâtir pour y faire fa demeure , après avoir 
quitté celuy de Sermenrai, que fon père avoit fait fortifier. • 

HAROUSCHIR, nom d'un Capitaine - général des armées de Houfchenk, 
troifième Roy de la première dynaftie des Perfes, qui pénétra jufqu'au pays des 
Ichthyophages. Voyez le titre de Mahifer. C'eft une tradition fabuleufe. 

HARRAN, Ville de Mefopotamie, que les Latins ont appelle Carrhœ, îoxt 
fameufe par la défaite de Crafllis & des armées Romaines. 

Les Tables de NaffiredJin & d'Ulug Begh luy donnent 73 degrez de longitu- 
de, & 36 degrez, 40 minutes de latitude Septentrionale. 

Harrani , un homme natif de cette ville & même du pays où elle eft fituée , 
qui eft appelle en particulier Diàr Modhar , du nom d'une tribu d'Arabes qui 
s-'y eft habituée. 

Thabeth Ben Corrah, qui nous eft connu fous le nom de Thebir, eft fur- 
nommé Al Sabi Al Harrani, Sabien de Harran. Voyez fon titre particulier. 

Giaber Ben Sinan porte le même furnom. Voyez aujjl fon titre. C'eft Geber. 

Mohammed Ben Giaber Ren Sinan , outre le furnom de Harrani , porte auffi 
celuy de Battani, c'eft Albategnius. Voyez Battani. 

Les Sabiens, defqucls il fera parlé dans le titre de Sabi, portent tous le fur- 
nom de Harrani, à caufe que la ville de Harran étoit, pour ainfi dire, la Mé- 
tropole de leur Religion : & comme ils prétendent , que le Patriarche Abraham 
foit leur premier Legiflateur , ils ne font point de difficulté de l'appeller Ibra- 
him Al Sabi AI Harrani. 

Nous avons encore un Auteur nommé Takieddin Ben Teimiah , furrfbmmé Al 
Harrani , qui a compofé un livre intitulé Mefjilat fil Renais , oîi il traite des 

Tome n. D d Eglifes 



2IÔ 



HASCHAISCHI. HASCHEMIOUN. 



Ef^lifes des Chrétiens , des Synagogues des Juifs , des Temples des Mages , & 
traite la quellion ii les Mufulmans les doivent démolir ou non. 

HASCHAISCHI, un Botanique, un Herborifte, Surnom de Takîeddin, 
qui s'efl rendu célèbre par la confeftion de la theriaque , vers Tan 670 de 
THegirc. 

Hafchafch a auffi la même fignification. Ebn Beithar, fameux Botanique, eft 
furnommé Al Hafchafch. 

H ASC HEM, nom d'une des plus anciennes Tribus des Arabes, que l'on 
met au nombre de celles dont il ne reite que le nom. 

C'ell aufli le nom du fils d'Abdalmenâf, qui fut père d'Abdalmothleb, père 
d'Abdallah & aycul de Mahomet le faux Prophète. Les Mufulmans prétendent 
que le fepulcre de Hafchcm , bifayeul de Mahomet , cfl dans la ville de Gaza 
en Palefline. Foyez le titre de Gaza. 

Il faut remarquer ici que cet Hafchem, qui eft bifayeul de Mahomet, Teft 
encore d'AH, qui étoit fils d'Abuthalcb , fils d'Abdalmothleb, fils de Hafchem, 
duquel dcfcendent auOî les Khalifes Abbaffîdes, qui fe qualifioient , à x:aufe de 
cette origine, Hafchemites. 

Aboul Abbas Saffah , premier Khalife de la race d'Abbas , qui étoit fils de 
Mohammed, iîls d'Ali, fils d'Abdallah , dont nous venons de parler, fît bâtir 
l'an 134 de l'Hcgire , auprès d'Anbar, une ville qu'il nomma Hafchemiah , où 
il transfera le fiége du Khalifat qu'il avoit tenu jufqu'alors à Cpufa & à An- 
bar. Ce KhaHfe lui donna ce nom pour perpétuer la mémoire de fa famille, 
qui touchoit de fi près à ceJle de Mahomet , & ce fut dans cette même ville 
qu'il mourut l'an 136 de la môme Hégire. 

Abou giafar Al Manfor , fon frère & fon fuccelFeur , demeura aufli dans la 
ville de Hafchemiah, jufqu'en l'an 145, qu'il prit la réfolution de bâtir la vil- 
le de Bagdet. 

HASCHEMIOUN, les Hafchemites. Ceux de la race de Hafchem ont 
eu toujours la réputation d'être généreux & libéraux. L'Auteur du Nighiari- 
flan écrit que Vaked , qui vivoit fous le Khalifat d'Almamon &; qui mourut 
l'an de l'Hegire 207, avoit deux amis, dont l'un étoit Hafchemite , c'eft-à-di- 
re , de la famille de Hafchem & ainfi proche parent des Abbaflîdes ; que ces 
trois amis étoient liez fi étroitement l'un avec l'autre , qu'ils ne paroiïToient 
avoir qu'une feule ame. C'étoient, dit-il, de ces amis, qui font bons dans tous 
les tems, car dans la profperité l'on joiiit agréablement de leur compagnie , & 
l'on en tire du fecours & de la confolation dans l'advcrfité : ils font honneur 
à la Religion & afiaifonnent en même tems tous les plaifirs de la vie. 

Dans le tems que Vaked étoit dans fa plus baffe fortune , comme il ra- 
conte lui-même , la fête du Beiram approchant, fa femme lui dit: Je ne mur- 
mure point contre la Providence de ce qu'elle nous a réduit à un état fi miféra- 
blc , & je fupporte patiemment toutes nos difgraces : mais yoicy la fête qui 
approche , & je vous avoiie que j'auray beaucoup de peine à voir mes enfans 
avec des Jiabits déchirez , tandis que ceux de nos plus proches parens feront 
bien vêtus & parez; il faudroit trouver quelque expédient qui nous mît à cou- 
vert de cette honte., 

Vaked, 



H A s C H I A H, HASSAN. arr 

Vaked , après avoir cherché long-tems dans fon efprit de quoy remédier à 
l'inconvénient que fa femme appréhendoit , ne trouva rien de meilleur que d'é- 
crire deux mots à fon ami le Hafchemite. Ces deux mots furent ; Je fuis en 
néceffité àf la féie approche. 

Aufïï-tôt que ce généreux ami eût reçu fa lettre , il envoya pour rcponfe 
une bourfe cachetée de fon cachet, femblable à celles dans lefquelles on envo- 
yé les lettres, laquelle étoit pleine d'or, Vaked furpris de ce préfent, fe ren- 
dit auffi-tôt chez fon ami , pour apprendre de luy s'il n'y avoit point d'équi- 
voque; mais l'ami, auflî-tôt qu'il l'eût apperçu, fit appeller leur troifième ami, 
& leur dit à tous deux : Voicy tout l'argent que j'ai chez moy prefentement, 
trouvez bon que nous le partagions entre nous pour fubvenir à nos befoins 
communs. 

HASCHIAH, Frange, Bordure. Ceû. auflî par métaphore, la marge d'un 
livre, & ce que l'on écrit deffus pour éclaircir, ou pour réfuter le texte dun 
Auteur. 

Hafchiat al Kefchaf , les Notes marginales ou Scholics fur un Commentaire 
fort ample de l'Alcoran , intitulé Kefchâf. 

HASCHISCH, Herbe. P'oyez plus haut h titre de Hafchaifchi. Hafchifchah. 
Voyez Benk. 

Gioun al hafchifch , le Golfe des Herbes. Voyez Gioun ^ Mirbath. Ce Golfe 
eft dans l'Iemen ou Arabie Hcureufe. 

HASNA, Ville du pays d'Iagiouge, fituéc proche la muraille ou le rempart 
qui a été fait pour arrêter les courfes des Hyperboreens , qui font les Scythes 
les plus Septentrionaux. Ce pays , nommé par les Orientaux Jagiouge & Ma- ' 
giouge , eft celuy d'où doivent fortir Gog & Magog , defquels il efl fait men- 
tion dans l'Apocalypfe, au chapitre 20. Foyez le titre (i'iagiouge. 

HASNOUN, Médecin Chrétien , natif de la ville de Roha ou Edefle , qui 
fe rendit célèbre dans la Syrie & dans la Méfopotamie , fous le Khalifat de Mo- 
ftanfer billah. Il mourut & fut enterré dans l'Eglife des Jacobites d'Alep l'an 
6%s de riiegire. 

HASSAB, Calculateur. Arithméticien. Voyez HefTab. 
Halfab & Haffjb, nom d'une ville qui eft fur le chemin de Gaour ou Gour, 
à la ville de Herat en Khoraffan. 

HASSAF, furnom d'Ahmed Ben Amrou , Auteur du livre intitulé Jhcdm 
al ovak fi, des loix & des Ordonnances qui regardent les fondations & les legs 
pieux, que les Mufulmans font aux Mofquées & aux Hôpitaux. 

HASSALBAN, les Turcs appellent ainfi le Benjoin, gomme odoriférante. 
Ce mot a été dérivé ou corrompu de celuy de Ban. Voyez ce titre. 

HASSAN, fils aîné d'Ali & petit-fils de Mahomet, par fa mère , ne fut, 
après la mort de fon père, reconnu Khalife que dans l'Arabie & dans l'Iraque 
Babylonienne ou Chaldce. Moavie, qui poliedoit la Syrie & l'Egypte, futpro- 



212 ■ H A S S A N. 

clami Khalife avant mcme qu'Ali eàt été tué, & il refufa de reconnoître fîas- 
fan, parce qu'il l'accufoit d'avoir été complice de la mort d'Othman, 

HafTan avoit plutôt hérité de la piété de fon père que de fa valeur ; car il 
étoit d'une humeur fort pacifique, & très-attaché à la pratique & aux exercices de 
la Religion Mufulmanne: de forte que ne fe jugeant pas allez fort pour refifler à 
Moavie, ayant d'ailleurs une très-grande horreur de l'cifufion du fang des fidè- 
les, & fe voyant maltraité & prefque abandonné par les Iraquiens , il s'accom- 
moda avec Moavie & renonça en fa faveur au Khalifat. 

Après cette abdication, il refolut de mener une vie privée dans la ville de 
.Medine, oi^i il mourut l'an 49 de l'Hegire, empoifonné, comme l'on croit, par 
fa femme, que Moavie avoit fubornée. 

On ne donne au Khalifat de Hafilm que fix mois de durée : cependant les 
Perfans prétendent , qu'il a été l'Imam ou le Chef de la Religion & de l'Em- 
pire des Mufulmans jufqu'à fa mort, & qu'il laifla à Houlfain, fon frère, la fuc- 
ceflîon dans cette même dignité , de forte que , félon le fentiment des Perfans 
ôc de tous les Schiites ou Sénateurs d'Ali , ces deux frères ont été avec leur 
père les trais premiers Imams ou Chefs du Mufulmanifme. Khondemir. Foyez 
le titre ^i'Imam. 

Quoyquc Hafi'an fe fût abdiqué , il ne laifibit pas de joiiir de fort grands 
bi^ns ; car Moavie lui avoit alîigné par an une penfion , qui montoit prefque à 
la fomme de deux millions. Il employoit la plus grande partie de cet argent 
en. aumônes , & étoit fi peu attaché aux biens de la terre , qu'il fe defappro- 
pria deux fuis de tout fon bien pendant le cours de fa vie , & qu'il le parta- 
gea , à moitié avec les pauvres, trois autres fois. 

Ans , fils de Malek , rapporte , qu'une femme luy ayant prefenté une botte 
d'herbes fines, il luy demanda fi elle étoit libre : la femme lui ayant répondu 
qu'elle étoit efclave ; mais que le préfent qu'elle lui faifoit étoit rare & exquis : 
HafiTan lui donna la liberté, &' dit à ceux qui étoient préfens : Nous avons re- 
çu cette infi;ru6lion de Dieu même, qu'il faut rendre à ceux qui nous font des 
préfens , quelque chofe de meilleur que ce qu'ils nous donnent. Il vouloit di- 
re, que cette inflruclion de morale étoit couchée dans l'Alcoran, que les Mu- 
fulmans, aveuglez qu'ils font, regardent comme la parole de Dieu. 

L'Auteur du Rabi al abrar rapporte un exemple rare de la modération de ce 
Khalife. Un efclave ayant verfé fur lui un plat tout bouillant pendant qu'il 
étoit à table, fe jetta aufli-tôt à fes genoux & lui dit ces paroles de l'Alcoran: 
l^e Paradis ejl pour ceux qui repriment leur colère. Haflan luy répondit : Je ne 
fuis point en colère. L'efclave pourfuivit : Et pour ceux qui pardonnent les fau- 
tes. Je vous pardonne les vôtres , lui dit HafiTan. L'efclave achev^a de dire le 
refte du verfet, qui porte que Dieu aime fur-tout ceux qui font du bien à ceux 
qui les ont offenfez; & HafiTan conclut aulîi: Puifque cela eil ainfî, je vous don- 
ne la liberté (Se 400 drachmes d'argent. 

Hafedh Abru dit au fujet de la mort de Hafl!an , que le« conventions qu'il 
avoit faites avec Moavie, portoient que Moavie ne déclareroit aucun fucceifeur 
pendant la vie de Hafllin, (Se qu'il en remettroit l'éledion entre les mains d'un 
certain nombre de perfonnes que Hafilm devoit nommer , comme avoit fait 
autrefois Omar : mais que Moavie voulant laifl^er le Khalifat à lezid , fon fils , 
crut qu'il ne pouvoit pas venir à bout de fon defl^ein tant que Hafllm feroit 
en vie. 

Son 



HASSAN. jj-j 

Son amtooii le fit donc refondre d'ôter la vie à Haflna : il fuborna poiu- 
ce effet Giaadah, fa femme, pat- de grands préiens, & par la promeQe qu'il lui 
fit de la marier à lezid. Cette méchante femme aj-ant été ainfi corrompue , 
frotta fon mari avec un linge empoifonné que Moavie lui avoit envoyé , & 
fut ainfi caufe de fa mort. 

Moavie ayant appris la mort de HafTan , envoj'a cinq cent mil drachmes d'ar- 
gent à Giaadah , pour récompenfe de fon crime : mai% il fe garda bien de don- 
ner une telle femme à fon fils, 

Haflan avoit eu vingt enfans , quinze mâles & cinq filles. Il y a parmi les 
Schiites ou feftateurs d'Ali , des gens qui tirent la ligne ou defcendance des 
Imams,. d'Abdallah un de fes enfans qui eut un lahia pour fils, duquel il a été 
déjà parlé ailleurs , & que l'on trouvera aullî plus bas dans fon propre titre : 
mais les Perfans veulent , que la fucccffion des Imams foit paflee de Halian à 
HoulTain, fon cadet, duquel on parlera auflî dans fon propre titre. 

Un autre des petits-fils de Haifan , nommé Hufiain fils d'Ali , fe révolta fous 
le Khalifat de Hadi , & prétendit que cette dignité lui appartcnoit. 

Hadan s'abdiqua juftement 30 ans après la mort de Mahomet, félon le mê- 
me Auteur, & ce fut alors que l'on entendit le fens des paroles , que le faux 
Prophète avoit autrefois prononcées : Le Khalifat durera après moi trente ans. 

Il mourut à 1 âge de 47 ans , au mois de Sefer , la 50 année de l'Hegire. 
Aifchah , veuve de Mahomet , & les partifims d'Othman empêchèrent qu'il fût 
enterré auprès de Mahomet ; c'efl pourquoy il fut mis dans le fepulcre de Fa- 
themah fa mère. 

• Les Mufulmans citent cette fentence de Hafllin : Qu'il ne faut jamais efiljyer 
l'eau des larmes que la dévotion fait couler , ni celle qui demeure llir le corps 
après Fablution légale , parce que cette eau rend éclatante la face des fidèles, 
lorfqu'ils fe prefentent devant Dieu. 

Après la mort de Hafilin , Moavie n'ayant plus de concurrent , joiiit paifi- 
blement du Khalifat , qu'il fit pafier de cette forte de la Maifon de Mahomet , 
de laquelle Ali étoit, comme fon coufin-germain, du côté paternel, & de plus, 
fon gendre, en celle d'Ommiah , de laquelle Moavie étoit ifi'u , & fut ainfi le 
premier des Khalifes Ommiades, 

Hafllin & Houflliin , fon frère , tous deux enfans d'Ali & de Fathime , fille 
de Mahomet, font reputez enfans véritables de Mahomet. Voyez-en la raifon 
ati titre de Miriam dans fa généalogie. 

. HASSA^N Al Askeri , onzième Imam, fils aîné d'Ali Askeri , qui fut le 
dixième, naquit à Medine l'an 232 de l'Hegire, & fut conduit. avec fon père 
& fes frères en la ville d'Afker. Il mourut & fut enterré dans la même vil- 
le, auprès de fon père, l'an 260 de l'Hegire, & de J. C. 873, âgé feulement 
de 28 ans. 

Cet Imam ne laifi^a qu'un feul fils nommé Mohammed , & fumommé Maha- 
di ou le Mehedi , le douzième & le dernier des' Imams , qui ne doit paroîcre 
qu'à la fin du monde. On loue beaucoup cet Haifan pour fa valeur & pour 
fa hberalité, vertus qui le rendirent fufpeft au Khalife Môtamed, fils de Mo- 
taovakel , quinzième Khalife de la race des Abbaffides , & lui firent avancer fes 
jours, comme l'on croit, par le poifon. 

Les titres de cet Imam font celui de Zaki , qui lui eft commun avec fon 

D d 3 père. 



214 HASSAN. 

père , celui de Khales , qui fignifie Sauveur , & de Serage , qui veut dire le 
Flambeau. Le premier marque la pureté & l'innocence de ("es mœurs. Le fé- 
cond lui fut donné dans l'efpérance qu'il délivreroit les Mufulmans de l'oppref- 
fion des Abbaflîdes; & le troifième, parce qu'il les éclairoit par la lumière de 
fa foy & de fa doélrine. 

HASSAN Ali, fils d^ Gehanfchah , fucceda à fon père, & fut le quatriè- 
me & le dernier Sultan de la race Turcomane du Mouton noir, que les Turcs 
appellent Caracoinlu. 

Après que Gehanfchah fon père eut été furpris & mis à mort , par Uzun 
Haflan ou Ufuncaffan, comme nos Hilloriens l'appellent, l'an de l'Hegire 872, 
de J. C. 1467, il fit une levée de près de deux cent mil hommes pour vanger 
la mort de fon père, qui lui avoit lailTé de grands trefors. 

Ce Prince mal avifé fut fi prodigue de fon argent, qu'il paj'a une année de 
folde par avance à toute fon armée pour l'attacher davantage à les intérêts : 
niais Abufaid, Sultan de la race de Tamerlan qui regnoit dans le Khoralfan, ne 
l'eut pas plutôt attaqué , qu'une grande partie de ces troupes mercenaires l'a- 
bandonna & prit le party de fon ennemi. 

Une aufli grande perfidie de fes gens l'obligea de prendre la fuite devant 
Abufaid, & il fc feroit fauve avec le débris de fon armée , s'il ne fût tombé 
entre les mains d'Uzun Haflan , lequel le fit périr de même qu'il avoit déjà 
fait fon père, & deux de fes frères l'an de l'Hegire 873. Ainfi finit la dynaf. 
tie du Mouton Noir , qui avoit régné dans la Mefopotamie , Medie & partie 
de la Perfe environ cinquante ans , & tous fes Etats pafferent à celle du Mou- 
ton Blanc , de laquelle Ufuncafllin a été , pour ainfî dire , le fondateur. 

HASSAN Al Bakhteri, Doéleur infigne de la loy, duquel Hallage préten- 
doit avoir tiré ce qu'il avoit avancé touchant la compenfation du pèlerinage de 
la Mecque, f^oyez le titre de Hallage. 

Il y a encore un célèbre Poète Arabe , nommé Ben Bakhteri , qui a été le 
concurrent d'Abou Temâm. l^oyez Bakhteri. 

HASSAN Al Bafri , efl leraême qu' Abufaid Ben Jefflr , fils d'un AfTran- 
chi , nommé Aioula Zeid Ben Tabeth & d\me efclave d'Omm Salmah , femme 
de Mahomet, laquelle lui donnoit fouvent la mammelle , lorfquc fa mère étoit 
occupée au fervicc de fa maîtrelfe , ce qui relevé extrêmement la réputation 
de ce Dofteur , qui d'ailleurs devint fort dode & très -dévot dans la religion 
Mufulmane , en forte qu'il paffe pour le premier Scholafbique des Mahometans. 

On le furnomme Al Bafi-i, parce que fon père étoit efclave à Maiflan, Bour- 
gade des dépendances de Bafrah ou Bafîbra , &; qu'il tenoit école dans cette vil- 
îe , où les Khaovareges ou Seftaires venoient fouvent difputer contre lui. Valfel 
Ben Atha, fon difciple, s'éloignant de fes fentimens, & le pouffant à bout, fit 
bande à part & devint le chef de la fefte des Motazales. l^oyez le titre du Val- 
fel Ben Atha. 

HaiTan Al Bafri avoit vu le Khalife Othman & Ebn Abbas ; c'ef}: pourquoy 
il cite dans fes ouvrages ce qu'il avoit appris d'eux par tradition. Il mourut fan 
iio de l'Hegire, & nous a laiffé un ouvrage intitulé Hadith Sclierif, où il a 
ramalTé les traditions qu'il fçavoit fur chaque Feridhat ou Précepte obligatoire 

de 



HASSAN. jj^ 

de la loy Mufiilmane. Ce livre qui contient 54 de ces Feridhat ou préceptes 
fe trouve djns la Bibliothèque du Roy, n'. 618. ■ f f i 

HASSAN Buzruk, HafTan le Grand : HalTan Kugiuk , Haflan le Petit, font 
les noms de deux perfonnages , dont le premier ell le clicf & le fondateur de 
kl dynaftie des lleklianiens. f^oyez ce titre &' celui d'Avis ou Veis. 

Le fécond eft le premier de la race & de la petite dynaftie des Gioubaniens. 
Foyez le titre de Gioubdniân. 

HASSAN Damegdni, furnommc Pehelévan, c'eft-à-dire, le Preux ou le He- 
ros, eft Tonzième Prince de la dynaftie des Sarbedariens , qui s'éleva du tems 
de Tamcrlan dans le Khoraifan. l^oyez le titre de Sarbedar ou Sarbcdal. 

HASSAN, dit Gelaleddin , fixième Prince de la race de Halfan Sabah , ou 
de la race & dynaftie des Ifiiieiëliens de flrân , c'eft-à-dire, des IfmaëJiens qui 
ont régné en Perfe. On les nomme ainft pour les diftinguer des Ifraaëliens d'A- 
frique , qui font les Fathimites. 

HASSAN, fils de Houffain, furnommé Aiaeddin Gehanfouz, étoit petit -fils 
de Sdm Al Gauri ; fon père Houlîain avoit laiffé plufieurs enfans , dcfqucis il 
étoit l'aîné , & il les furpalToit tous en efprit & en courage , aufli - bien qu'en 
âge. On lui donna le furnom de Gehanfouz, qui fignifie le Brûleur ou l'In- 
cendiaire du monde , à caufe de ce qu'il fit à Gaznah , comme nous verrons 
dans la fuite. 

Il ne fe contenta pas de pofl'eder le pays de Gour ou Gaour en titre de gou- 
vernement , comme avoit fait fon père , fous fautorité des Sultans Gaznevides ; 
car il voulut fe prévaloir de la foiblcffe de fes maîtres & de la décadence de 
leurs aff'aires, que les Sclgiucides reduifoient tous les jours en plus mauvais état , 
en fe faifant dcclai-er Prince & Maître abfolu dans toute l'étendue de fon gou- 
vernement 

Mais fon ambition croiflànt de jour en jour avec fa puifl'ance, ne trouva point 
d^iutres bornes que dans une entière indépendance. Pour cet effet , après avoir 
envahi la province de Zabicftan, il attaqua la rillc de Gaznah fa capitale , où 
étoit le trône Royal des Sultans Gaznevides. 

Bsherâm Schah, petit-fils d'Ibrahim , duquel Hafilm & Houffain fon père te- 
noient l'origine & le progi-ez de leur fortune , y rcgnoit alors , mais foiblc- 
mcnt. Haffan eut bien la hardieffe de lui faire la guerre , & après l'avoir vain- 
cu 5 de le chafl'er de fes Etap , qu'il donna à gouverner à Souri , fon frère. 

Beherâm-Schah , qui s'étoit réfugié dans l'Indoftan , prit cependant le tems 
de l'abfence de Haffan , qui avoit quitté le paj^s de Gaznah , où il avoit laiffé 
Souri, fon frèj*e, avec peu de troupes, pour rentrer dans fes Etats 5 & il con- 
duifft fon entreprife avec tant d'adreifo & de bonheur , qu'il fe rendit maître 
de la ville de Gaznah & y furprit Souri-, auquel il fit foulî'rir une mort cruelle 
& jgnominicufe. 

Haffan n'en eut pas plutôt appris la nouvelle , qu'il retourna en diligence vers 
Gaznah pour y vanger la mort de fon frère, & l'on dit qu'en marchant, il fit 
& prononçai» ce diftique en langue Perfienne, car il étoit fort bonPoëte, com- 
me nous verrons encore plus bas.. 

SU 



2i6 H A s s A N. 

Si je ne renverfe pas de fond en comble la ville de Ghaznîn , dites que je m fuis 
pas Haffan , fils de Houjfain. 

En effet , il la prit , la pilla & la brûla pendant fept jours entiers , avec un 
très-grand nombre de bourgades & de villages de fes dépendances. 

Ce fut cette terrible exécution qui lui fit donner le furnom de Gehan-fouz, 
ou de Brûleur de monde, duquel il a été déjà parlé. 

L'an 544 de l'Hegire, de J. C. 1149, Haffan ayant entrepris de faire la guer- 
re à Sangiar , Sultan des Selgiucides , il fut fait prifonnier ; mais ce Sultan gé- 
néreux le renvoya dans fes Etats fans rançon , à caufe de fa belle humeur, & 
il y mourut paifiblement l'an de l'Hegire 551. 

Nous rapporterons icy quelques traits de la belle humeur de ce Prince & quel- 
ques échantillons de fa poëfie. ■ Après qu'il eut été défait par le Sultan Sangiar, 
le plus brave & le plus généreux Prince de la Maifon des Selgiucides , qui le 
pouvoit faire mourir, fe contenta de le retenir prifonnier à fa Cour. Haffan 
trop heureux d'avoir fauve fa tête , chercha de témoigner fa reconnoiffance à 
Sangiar par toutes fortes de foûmifîîons, & en lui faifant affiduement fa cour. 

Il fe jetta un jour par terre, baifant les pas que le cheval du Sultan avoit 
marquez, & luy recita ce quatrain Perfien qu'il avoit compofé. 

■ La marque que le pied de vôtre cheval a la{[[ée fur la poujfiere , me fert mainte- 
nant de couronne. 
Vanneau que je porte pour marque de mon efclayage ejl devenu mon plus bel orne- 
ment. 
Tant que f aurai le bonheur de haifer la poujfiere de vos pieds , je croiray que la 
fortune me favorife de fes plus tendres careffas , çj' de fes plus chers bai- 
fers. 

Cette flatterie fut fi bien reçue du Sultan, gi'and amateur des louanges & de 
la gloire, qu'il voulut, depuis ce tcms-!à , avoir Haffan auprès de luy. Ce fut 
dans la converfation familière avec le Sultan , que Haffan fçut fi bien gagner 
fes bonnes grâces , qu'il obtint enfin de luy la liberté , & peu après un entier 
rétabliffement dans fes Etats. 

On rapporte encore un autre trait de flatterie, fort fpirituel, du même Haf- 
fan, qui efl que Sangiar s'étant apperçu qu'il avoit le poil fort long contre la 
coutume du pays , où on le porte fort court , lui en demanda la raifon , Haf- 
fan lui répondit agréablement en ces termes: Lorfque ma tête étoit à moy, mil 
de mes efclaves y prenoient garde & en avoient foin : maintenant que le Sultan 
en eft le maître comme de celle de fon cfclave, mes efclaves font devenus mes 
maîtres, & font ce qui leur plaît. 

Cette ïéponfe fi humble & fi accorte-, v^alut à Haffan une boëte de pierreries 
de très-grand prix, que Sangiar lui fit donner, en le renvoyant chez luy où il 
mourut, comme Ton a déjà dit, l'an de l'Hegire 551 , laiffant fa couronne à 
Mohammed, furnommé Seifeddin, fon fils, & par ce moyen la dynaflie des Gau- 
rides , qui portèrent le titre de Sultans , fut entièrement établie. • Khondemir, 
Lebtarikh. JSighiuriJlan. 

HASSAN, 



H A:S s A Ni 217 

HASSAN, fils de Sahal ou de Sohail, comme quelques-uns l'appellent, fut 
Gouverneur de l'Iraque Babj^lonienne ou de la Chaldée , pour le Khalife Al 
Mamon. Il étoit frère de Fadliel Ben Sohal , Vizir &; favory de ce Khalife, 
qui époula la fille de Haffan, nommée Touran-Doîdit. 

Le Tarikh Al Abbas , ou Thifloire des Abbaffidcs , raconte fort au long la 
magnificence de ces noces & la dépenfe que' Haiïàn y fit ; car ce Seigneur don- 
na des bourles ou nombrils de mufc, des œufs d'ambre gris, & des efclaves de 
Y-un & de l'autre fexc, à tous les Grands de la Cour. 

Lorfque le Khalife alla prendre Ton époufe pour la conduire au Palais Impé- 
rial, Hafian fit couvrir le chemin par où il palla de nattes d'or & d'argent. Ce 
Prince la trouva aflîfe fur un trône, la tête chargée de mil perles, dont chacur 
ne étoit de la grofleur d'un œuf de pigeon , ou d'une grolTe noilette. Le Kha- 
life voulut, que cette riche coëfFure lui fut alîignée pour fon douaire. 

On ajoute, que toute la Cour & toutes les troupes de la garde du Khalife 
furent défrayez par Halfan , pendant tout le tems qu'il féjourna à Fommalfa- 
leh, qui étoit le lieu où fon beau- père deraeuroic , & que tous les Poctos de 
ce tems-là , qui firent à l'envi l'un de l'autre des Epithalames , reçurent de très- 
gros prefens de Hafian. 

L'on attribue ordinairement à cet Hafian Ben Sahal ou Sohail , que l'on dit 
avoir été Vizir d'Al Mamon , la traduction du livre Perfien intitulé Ciavidân 
Khird, en Arabe, k'oycz es titre cf cduy J'Anovâr Sohaili. 

HASSAN Gaznaovi ou Gaznevi , Poëte Perfien , natif de la ville de Gaz- 
iiah, fleuriiroit fous le règne du Sultan Baharamfchah. Foyez ce titre. 

HASSAN Al Giauri, furnommé Al Rafadhi, c'efi;-à-dire , l'Hérétique, étoit 
Prince de la Ville de Sebzuàr en Khoraifan du tems de Tamerlan. Il efl: fort 
parlé de lui dans le livre intitulé Agiaib al Macdour , fi akhhâr Timur. 

HASSAN Ilekhani Nuiân, furnommé Buzruk le Grand, étoit fils de Scheikh 
Huiriin Kurkan & touchoit de près à la race Genghizkhanienne. Il époufa la 
fille de l'Emir Giouban & la répudia par force, pour la donner au Sultan Abu- 
faid , fils d'Algiaptu. 

Cette condcicendance le fit entrer bien avant dans la faveur de fon makre ; 
mais il la perdit bientôt. Il efl vrai , qu'il rentra en grâce quelque tems apVès , 
& obtint le gouvernement du pays de Roum , c'efl-à-dire , de la Natolie , où il 
avança fi bien fes afTaires, qu'après la mort d'Abufaid, il devint Seigneur abfo- 
lu de plufieurs Etats & fonda la dynallie des Ilekhaniens. Foyez le titre if' Avis 
ou Veis. 

HASSAN Sabâh, Chef de la dynaflie des Ifmaëliens de Perfe , qui ont ré- 
gné à RouJbar & dans tout le pays de Kouheflan, qui efl: l'Iraque Perfienne ou 
l'ancien pays des Parthes. Il fe rendit maître du fort château d'Almout l'an 483 
de l'Hegire, de J. C. 1090 , & finit fon règne avec fa vie l'an 518 de l'He- 
gire, de J. C. 1124. Kaia Buzruk lui fucceda. Nous verrons ailleurs la vie 
de cet Hafian , qui étoit un grand impoflieur & qui devint le chef des afiliflins , 
dont il eft parlé dans nos hiftoires de la Terre-fainte, fous le nom du Vieillard 
de la montagne: car c'efi: ainfi que les Hilloriens Latins ont traduit Scheikh al 

ToMB II. E e Gie- 



2i8 HASSAK. HATE M. 

Giebâl, qui fignifie en Arabe le Seigneur de l'Iraquc Perfienne, ou de la partie 
la plus élevée & montueufe de la Perfc, 

Halîlm Ben Mohammed , furnommé Dhccrat al eflâm , fut le quatrième Prin- 
ce de cette même dynaitic des Ifmaëliens. 

HASSAN, furnommé en Arabe Al Thaouil & en Turc Uzun, c'cfl-à-dire ^ 
le Long ou le Grand. Nos Hiftoriens l'appellent Ufuncaflan. 

II paiîe pour le premier des Princes de la dynaflie des Turcomans Baiandu- 
riens , autrement appeliez de la race du Mouton Blanc , que les Grecs moder- 
nes appellent Jfproprobatada , quoy qu'il n'en foit à proprement parler que le 
fixième. 

Il fucceda à fon frère Gehanghir, l'an 872 de l'Hegire , de J. C. 1467, après 
avoir défait Gchanfchah, Sultan de la race du Mouton Noir, auquel il enleva 
tous les Etats que lui éc fes predecefTeurs avoient conquis dans la Mefopota- 
mie, dans la Chaldée & dans la Perfe. Il défit aufïï Abulaid, Sultan de la race 
de Tamerlan, qui polîcdoit le Khoraflan & la Tranfoxane : mais ayant voulu 
attaquer Mahomet, fécond du nom, Sultan des Turcs, dans la Natolie, il y per- 
dit une bataille fameufe dans l'hifloire Othomane, l'an 878 de l'Hegire, & ds J. 
C. 1473, auprès d'Arzcngian en Natolie. Ufuncaflan fe retira, après cette per- 
te à Tauris en Perfe & y mourut l'an 882 , après onze ans de règne. Il eut 
pour fuccclfeur Khalil fon fils , lequel fut tué fix mois après , combattant con-- 
tre fon frère Jacoub Bcgh , lequel ayant ainfi recueilly la fuccelîîon entière des 
Etats de Haffan, fon père, en jouit pendant treize ans ou environ. 

HASSEK, petite ville de l'Icmen , fituée fur la mer d'Oman, vis-à-vis 
l'ifle de Zocotora. L'ancien peuple des Adites habitoit aux environs de cette 
ville, qui n'eft éloignée que de deux milles d'une autre bourgade, nommée Ca- 
bar Houd, le Sépulcre de Houd ou de Heber le Patriarche. 

HATE M. Abou Adi Hatem Ben Abdallah Ben Saâd Al Thai, appelle ordi- 
nairement Hatem Thai, efl trop illuftre pariiii les Arabes pour n'en pas parler. 

Ce perfonnagc , qui d'ailleurs étoit vaillant & fçav^ant , s'eft tellement rendu 
célèbre par fa libéralité , qu'il a fait , pour ainfi dire , perdre le nom h cette 
vertu; car lorfquc l'on veut loiier un homme de fa libéralité , on le qualifie tou- 
jours du nom de Hatem Thai. 

Il vivoit. avant le Mahometifme & ne fut point Mufulman; mais Adi, fon fils, 
le devint l'an 7 de l'Hegire , & on le met au nombre des Sahabah , c'efl-à- 
dire, des Compagnons ou Contemporains de Mahomet. Cet Adi mourut à Cou- 
fah Tan 68 de l'Hegire , âgé de 120 ans , & portoit le titre de Giovàd Ben 
Giaouâd , le Libéral , fils du libéral par excellence. 

Le furnom de Thai , que Hatem porte , lui cifc donné , parce qu'il étoit iflii 
de la tribu ou famille de Thai, qui a donné fon nom à une contrée particulière 
de l'Arabie. On voit encore fon fepulcre ,. qui y cit vifité & révéré , dans une 
Bourgade qui porte le nom .d'Aovarcdh. 

Les exemples de la libéralité de Hatem font fi connus , par les ouvrages de 
Sâadi & d'autres Auteurs, qui font maintenant entre les mains de tout le mon- 
de, qu'il m'a paru inutile de les rapporter icy. Le plus fameux eft celui qu'il 
donna à un Ambafilideur de l'Empereur Grec, envoyé exprès pour lui demander 
en don uia cheval de très-grand prix, de la paît de fou maître ; car ce généreux 

Arabe , 



H AT E M. —- H AU CAL. irp 

Arabe , avant 'que d'apprendre le fujet de fa légation , & n'ayant rien alors 
dans fa maifon de quoy le régaler à caufe du mauvais tems qui lui ôtoit le 
commerce de la campagne , avoit fait tuer fon clieval poui- faire un fcfti'n à 
fon hôte. 

L'on dit auflî qu'il faifoit tuer foiivent jufqu'à 40 chameaux pour traiter fes 
voifnis, & les pauvres Arabes du dclcrt. 

HATEM, furnommé Al AfTûmm, c'eft-à-dire, le Sourd, portoit le prénom 
d'Abou Abdalraliraan. Il étoit natif de la ville de Balkhe où i! mourut 
l'an 237 de l'Hcgirc , avec la réputation d'un des plus infignes Docteurs du 
Khoralliin. 

Il menoit une vie fort auftere , & détachée des bruits du monde : de forte 
qu'étant un jour interrogé d'où il tiroit fa fubfiftance , il répondit que Dieu 
avoit de grands trelbrs au ciel, & fur terre; mais que ceux qui ne font pas 
fiables dans les principes de la foy , - n'y font point d'attention, & que Di-u 
n'en fait part qu'à ceux qui ont une parfaite conllance en lui : laJio fil iaovakkel 
fcbân dgib. 

L'on dit que le furnom de fourd lui fut donné à caufe qu'il feignit de n'a- 
voir pas entendu quelque bruit qui écoit échappé à fa femme pendant qu'elle 
lui parloit, & lui lit repeter plus haut ce qu'elle difoit; on ajoute que depuis 
ce tems-là, Talfamam, c'eft-à-dire, qu'il contrefit toujours le fourd. 

Hatem étoit ami particulier de Schakik AI Balkhi , autre Dofteur illuftre dans 
la loy Mufulmane; il embraifa fa méthode, laquelle fut fuivie depuis par plu- 
fleurs autres. 

HATEM, appelle autrement Tacfur, Roy Chrétien d'Arménie fort connu 
par nos Hiftoriens fous le nom de Haiton. Ce Prince fe rendit tributaire de 
Mongaca , ou Mangu Caan , Empereur des Mogols ou Tartares , de la race de 
Genghizkhan, l'an 650 de ITIcgire , de J. C. 1252 , deux ans après la prifon 
de S. Louis , & la perte de Damiette, 

Nos Hiftoriens écrivent que ce Prince exhorta Mangu Caan, & tous les fîens 
■d'cmbraffer la Religion Chrétienne , & de fe joindre aux Francs pour extermi- 
ner les Mahometans , & qu'il obtint un grand fccours de Tartares pour leur 
^ faire la guerre. 

Les Orientaux rapportent que Haiton palTant déguifé avec fon Ambafladeur 
fur les terres du Sultan d'Iconie , & ayant été reconnu par un homme du 
Sultan , cet Ambafladeur prit la liberté de donner un foufflet à fon maître, 
pour faire croire au Sultan, qu'il n'étoit que fon domeftique. 

H AU CAL, Ebn Haucal , Auteur d'un livre intitulé Giagrafiah fi mârefat 
alboldân. C'eft une Géographie fort prolixe. Abulfeda qui le cite fouvent , fe 
plaint de ce qu'il n'a pas defigné aflcz clairement les- noms propres des lieux, 
faute de s'être fervi des voyelles qui fervent à en fixer la prononciation. Cet 
Auteur eft auffi fort defeélueux en ce qu'il ne marque ni les lonf^itudes , ai 
les latitudes des lieux dont il, parle, défaut qui lui eft commun avec la plupart 
des Géographes de l'Orient qui ont lailfé ce foin aux Aftronoraes. 

Ee2 • HAUDH 



2^ H A U D iï. ' H A V A H. 

HAUDH ou Haoudh Al hidt, la Pifcine, ou la Fontaine de la vie. Livre 
comjofé en Indien, abbregé & traduit en Arabe par Samarcandi. Cet ou^rrge 
n'ell proprement qu'une Philofophie corrompue, appuyée iur les principes de ta 
Magie & de la Chymie , & remplie d'oblcrvations & d'expériences fuperlliticufes. 
11 eil dans la Bibliothèque du Roy n». 927. 

HAUGIAL, le Guide des chemins. Livre qui porte auiïï le titre de 5o/ar 
it akhbar al hocama^Aes Vies des Philofophes. On y trouve celles d'Ariflote ,' 
d'Alexandre, de Locrtian , de Salomon , de Jefu Ben Si:akh , de Secundus, de 
Harcth Ben Câb, avec plufieurs fentences. On trouve ce livre dans la Biblio- 
thèque du Roy n°. 924. 

HAVAH, Eve, femme d'Adam, que les Hébreux nomment Khavah: ces deux 
noms ont la même fignification; car l'un & l'autre font dérivez d'une racine qui 
fignitie la vie. Les Mufulmans, & les plus anciens Orientaux prétendent que le 
premier fils , qu'Eve mit au monde , porta le nom d'Abd al hareth qui fignifie 
k la lettre ferviteur ou fils d'un Jardinier, ou d'un Laboureur, à caufe qu'A- 
dam fut le premier qui cultiva la terre fuivant ce qui efl porté dans laGenefe,_ 
que Dieu mit Adam dans le jardin appelle Paradis terrellre, pour l'habiter, & 
pour le cultiver. 

Les Mahometans féconds en narrations fabuleufes donnent une autre raifon 
de ce nom, qui eft rapportée par HulTain Vaez dans fa paraphrafe fur le cha- 
pitre Aâraf. Ils difent qu'Eve fe trouva gi-oife d'Adam neuf mois après avoir 
demandé lignée à Dieu par ces paroles couchées dans le chapitre qui vient 
d'être cité. Si vous nous donnez , Seigneur , un fils qui foit homme de bien , ^ 
Jcniblable à nous ^ nous vous en rendrons ajfurément des grâces très -particulières. 

Sur cette nouvelle le Diable déguifé accoîla Eve , & lui demanda ce qu^elIe 
avoit dans le ventre, & lui dit enfuite: C'elt peut-être quelque animal, encore 
ne fçait-on s'il efl domeftique ou farouche. Eve lui avoua franchement qu'elle 
ne fçavoit point ce que c'étoit. Le Diable lui dit enfuite : Sçavez-vous par 
où doit fortir ce que vous portez, fera-ce par la bouche, par le nez, ou pai* 
l'oreille; ou bien ne vous faudra-t-il point ouvrir le ventre pour l'en arracher? 
Eve ayant été épouvantée par ces dernières paroles , vint auffi - tôt trouver 
Adam, & lui raconta ce qu'elle avoit appris, & Adam lui-même tomba dans 
quelque embarras fur un événement qui lui paroilfoit fort douteux. 

Le Diable voyant Adam triile s'apparut à lui fous une autre figure , «S: lui 
dît, pour le confoler: Ne foyez point en peine ' touchant l'accouchement d'Eve 
vôtre femme; cai- je fcai le grand nom de Dieu avec lequel j'obtiens tout ce 
que je lui demande, & je. l'invoqueray, afin qu'Eve enfante un fils digne de 
vous, & qui. vous foit femblable: Je vous alîlire de plus qu'elle l'enfantera aifé- 
ment, & fans violence; mais il faut que vous. me promettiez, avant toutes choies 
dé lui donner le nom de Abd al harcth. 

Le Diable recherchoit a\'cc tant d'empreflcmcnt, qu'Eve donnât ce nom à fon 
fils, afin qu'elle l'engaTCat par-la à fon fervice; car cet Ange Apoftat qui s'ap- 
pelle auiourd'huy par Tes Arabes Éblis , fc. nonimoit autrefois , lorfqu'il étoit 
cneorc dans le ciel , Hareth;' de forte qu'il vouloit que le premier lils d'Adam 
& d'Eve l\it qualifié Serviteur de HaretJî &. non pas Abdallah, nom qui fignifie 
Serviteur de Dieu, & qu'Adam avoit dcftiné de lui donner. 

Cv'tte lèconde . fruu Je rcuHit, félon le Centimcnt des Mufulinans, au Démon, 



H A V A R I O U N. H A Z C A N I. san 

àuffî-bien que la première dont il s'étbit fervi dans le Jardin ; c'cfl pourquoy 
il eft dit dans le même chapitre , qu'auflî-tôt que Dieu eut donné un fils h 
Adam &à Eve, ces deux infortunez Gidla laho Scharcdn, c'eft-à-dirc , donnèrent 
un compagjion à Dieu; non pas qu'ils tomballent dans l'idolâtrie, ce que fi-^nifie 
cette façon de parler ; mais parce qu'ils donnèrent à leurs enfans des noms qui 
faifoient entendre qu'ils av^oient d'autres Maîtres , & d'autres Seigneurs que Dieu. 

Mahomet taxe en cet endroit: l'ufage des anciens Arabes qui donnoient à leurs 
enfans les noms d'Abdalfchams, Serviteur du Soleil &c. qui eft une efpece d'ido- 
lâtrie à l'égard des Mufulraans. 

Les Mufulmans révèrent encore aujourd'huy une grotte de la montagne de 
Gerahem à trois mil pas de la Mecque , qu'ils appellent G:îr Havah , la Grotte 
d'Eve, où Mahomet fe rctiroit fouvent, & en faifoit félon ce qu'ils difent, fon 
oratoire. 

La Montagne d'Arafat à dix milles de la Mecque, qui eft une des ftations du 
pèlerinage , a tiré fon nom du rencontre , & de la reconnoilfance d'Adam & 
d'Eve, qui fe fit fur fon fommet. 

On a pu voir dans le titre de Giuddah ou Giddah, port de la mer rouge le 
plus proche de la Mecque , que les Mufulmans croyent y voir encore le fepul- 
cre d'Eve. 

L'on verra daiTS le titre de Noé que les eaux du Déluge commencèrent à 
fourdre, & à fortir du four où Eve avoit cuit autrefois fon pain; car ce four, 
félon les rêveries des mêmes Mufulmans , s'étoit confervé jufqu'alors & avoit 
pafie de main en main d'un Patriarche à l'auti-e. 

yoyez le titre <i'Adara dans lequel on trouvera qu'Eve n'enfantoit jamais que 
des jumeaux. 

HAVARIOUN, les Arabes appellent ainfi les Apôtres de Jesus-Chrts.t. 
Ce mot fignine proprement des Blanchilfeurs , ou des Foulons, dits dans la mêmie 
langue Caffarouu. 

Quelques Auteurs Mufulmans ont cru que ce nom étoit tire de leur profef- 

■ fîon : mais les plus fenfez prétendent qu'ils ont été ainfi appeliez à caufe que les 

anciens Chrétiens les reprefentoient dans leurs peintures, vêtus de blanc, & que 

leur tradition portoit, qu'ils apparoiflbient aux Fidèles en cette forme, l^oyez 

le titre de Maidat. 

Les Apôtres S. Pierre & S. Jean font les plus connus des Mufulmans; ils 
font peu mention des autres , fi ce n'eft de faint-Mathieu qu'ils comptent parmi 
les Evangeliftes. Foyez le titre d'Engil ou Ingil. 

Les Arabes donnent encore aux Apôtres le nom d'Ashab Ifia, c'eft-à-dire,. 
de compagnons , ou de difciples de J. C. mais jamais ccluy de Rafiîbulon, ou 
Moi-feloun qui fignifîe proprement des Apôtres, & des Envoyez. lis refervent 
celuy de Rafibul à leur faux Prophète, & celui de Morfel aux Patriarches, & 
aux Prophètes de l'ancien Teftament. 

HAZCANI ou Harcani AbouIhafiTan , Dofteur célèbre auquel on donne les 
titres de Scheikh Al Pvabbani , Salek Al Samadani, Aref Al Hakkani, Dofteur 
du premier rang, marchant par les voyes du Seigneur, & pénétrant les veritez 
les plus cachées. 

Il étoit le chef d'une focieté de Sofis ou Religieux Mufulmans , & il leur 

E c 1 difoit 



414 H A Z E M. H E B A T. 

difoit fouvent qu'un Sofi eft Gaitmakhlauk , c'efl-à-dire , qu'il n'efl pas du nom- 
bre des chofes créées , pour leur faire entendre qu'ils dévoient être tellement 
unis au Créateur qu'il ne devoit refter rien en eux de la créature. Voyez le 
livre al dfchek Mal mâfchouk , Lettre de l'Amant à fon bien-aimé , dans la Biblio- 
thèque du Roy n'*. 721. 

HAZEM, Aboulhazem Salmah Ben Dinar, efl furnommé Al Adrage , le 
Boiteux. Il eft du nombre de ces Do6leurs que les Mufulmans appellent Ta- 
baôun, c'elt-à-dire, qui ont fijivi les Sahabah ou contemporains de Mahomet 
& ont été leurs difciples: celuy-cy eut pour maître Sahal Ben Saâd , un des 
compagnons du faux Prophète, & mourut Tan 133 de l'Hegirc, fous le règne 
d'Aboulabbas SafFah premier Khalife des Abbaflîdes. 

L'on donne à ce Doéleur le titre de Câff, qui fignifie un homme fçavarit 
dans l'hiftoire, & l'on rapporte de luy, que Soliman, fils d'Abdalmalek Khalife 
de la race des Ommiades, lui ayant demandé comment l'on fe pouvoit fauver, il 
lui répondit : En ne prenant rien qu'avec juftice , & ne mettant rien qu'en fa 
véritable place. Le Khalife lui ayant répliqué : Qui peut faire cela ? Ce Doc- 
.teur lui repartit: Celui qui cherche le Paradis, & qui veut éviter l'Enfer. 

Abou Hazem Abdalhamid qui mourut Tan 292 de l'Hegire, étoit Cadhi, & 
compofa le livre intitulé Adab al Cadhi ^ des Devoirs d'un Cadhi ou Juge félon 
Abou Hanifah. 

Ebn Hazem Al Anfari natif de Carthagene en Efpagne , & habitant de la 
ville de Tunis, eft l'Auteur du livre intitulé Menhage al bolaga u Sarrage al odaba, 
la Méthode des Orateurs, & le Flambeau des Humanilles. 

HEBAT Allah, don de dieu, ou Dieu donné, A Deo datus , nom propre 
de trois Médecins illuftres , tous trois de religion différente qui ont vécu enfem- 
ble vers l'an 550 de l'Hegire fous le règne du Khalife Moftafî. 

Le premier furnommé Ebn Saêd , & Ebn Talmid étoit Chrétien, & paffoit 
pour le plus dofre perlbnnage de fon tems, poffedant la faveur des pins grands 
Princes qui le comblèrent d'honneurs & de richeifes , nonobflant fa Religion. 
Quelques-uns le font Prêtre, & d'autres, Religieux. 

Sa doctrine & fa vertu excelloient à un tel degré, dit Ben Schohnah, que 
les Mahometans demeuroicnt étonnez de ce qu'il n'avoit point embraiTé la Re- 
ligion Muililmane: mais, dit le même Auteur , Dieu éclaire par fa grâce celui 
qu'il lui plaît, & abandonne par fa juflice au milieu des ténèbres de l'erreur 
celui qu'il lui plaît. 

Ce grand homme mourut fous le règne de Moflançed , trente-deuxième Kha- 
life des Abbaflîdes, l'an de l'Hegire 560 âgé près de cent ans. 11 avoit pour 
ami un autre excellent Médecin Juif qui portoit le même nom que lui , & 
qui étoit furnommé Ebn Mclkan, duquel nous allons parler. 

Hebat allah eut trois enfans dont l'un nommé Ebn Maflîh fut Catholique, 
c'cft-à-dire , polfedint la première dignité Ecclefiallique après le Patriarche ; un 
autre nommé Abulkhair fut Archidiacre , & le troifième nommé Abulhalfan 
Saêd Al Hadhiri fut Médecin du Khalife Naffer l'Abbaflide, & acquit beaucoup 
-de réputation dans fon art, dont l'Archidiacre fon frère faifoit aufîi profeflîon. 

Aboulfarage rapporte des vers Arabes de Hebat allah qui font voir que ce 
Docteur étoit aufli fort habile dans les belles lettres. 

HEBAT 



H E B A T. H E B L. ^23 

H EBAT Allah Ben MelMn , qualifié Aouhad alzaman , lu Phœnix- de fon 
ficelé, étoit un très-dofte Médecin Juif, contemporain, & ami de liebat allah, 
fils de Saêd, qu'il n'imita pas dans la fermeté pour fa Religion; car il raban- 
donna par intérêt, & fe fit Mahometan. 

II faifoit des cures fi admirables , qu'il fut furnommé par les Mahomet-ins 
mêmes Aboul Berekiât , le Père des benediélions. Hebat allah le Chrétien ne 
put fouflfrir patiemment cette désertion de fon ami, & lui en fit des reproches 
fanglans par des vers rapportez dans Abulfarage, où il dit entre autres chofes, 
qu'il imite fes anciens pères qui erroient dans le defert, & qui n'en fortoient 
que pour s'égarer , & s'éloigner de plus en plus de leur route. 

Il y a un livre qui porte le nom d'Acrabadin , c'eft-à-dire , d'Antidotes , ou 
Medicamens compofez , qui a pour Auteur un de ces deux grands hommes: 
mais Ben Schonah n'a pas pu déterminer auquel des deux il doit être attribué. 

Le troifièmc Médecin illuftre de ce nom eft Hebat allah Ben HoufTain Ben 
Ali , fijrnommé à caufe de fon pays Al Esfahani , lequel a été au/ïï extrêmement 
loué par fes contemporains. Il mourut d'apoplexie, & on le crut trop tôt mort- 
car le lieu où il étoit en dépôt ayant été ouvert pour le tranfpoiter ailleurs' 
on le trouva affis & mort fur un des degrez de la cave où il avoic été mis! 
Celui-ci étoit Mahometan. 

HEBATHAH, ville des Indes dans la Province appellée Sind qui eft aux 
environs du fleuve Indus vers fon embouchure. Elle étoit des plus confldera- 
bles du pays, lorfque le Sultan Mahmoud le Gaznevide la prit. Le Multan que 
quelques uns comprennent dans la Perfe, & quelques autres dans l'Indoftan, en 
efl; fort proche. 

HEBBAT Alcalb, la Graine du cœur. L'amour propre, & la concupifcen- 
ce qui nous porte au péché. C'efl: auflî le péché d'origine que les Mahome- 
tans reconnoiffent être venu d'Adam , nôti-e premier père , & ils difent qu'il cil 
le principe de tous les autres péchez. 

Mahomet fe vantoit d'en avoir été délivré par l'Ange Gabriel , qui lui arracha 
du cœur cette femence noire, & que par ce moyen il étoit devenu impeccable. 

Cette même graine eft encore appellée la noirceur du cœur , fouadalcalb , 
& hebbat al faouda , la graine noire , mot qui convient auffi à la graine du 
Melanîhium, que nous appelions Nigella. 

Le mot de Saouda fignifie auffi la bile noire ou mélancolie, & l'amour e.x- 
ceffif qui la caufe. 

H E B L Al metin rah umid u bim fi ahkâm al din , titre moitié Arabe , & 
moitié Perfien d'un livre compofé par Baha eddin Mohammed fur l'efperance & 
la crainte que les jugemens de Dieu doivent caufer dans les âmes des Fidèles. 

Hebl Al varid, la veine jugulaire. Il efl: dit dans l'Alcoran que Dieu efl plus 
proche de fa créature que cette veine fie lui eft. v nahn acrab elaihi men hebl al varid, 
fur quoy Saâdi dit que c'eft une chofe digne d'étonnement que Dieu foit fi 
proche , & fi intime à l'homme , &. que l'homme cependant foit fi éloigné 
de Dieu.. 

HEBRON,, 



in H E B R O N. H E B A I A H. 

HEBRON, ville de Paleftine qui porte ordinairement le nom de Khalil, 
à caufe qu'Abraham furnommé AI Khalil, c'eft-à-dire , l'Ami intime de Dieu,% 
y eft enterré , & que fon fepulcre y eft honoré , & vifité par les Mufulmans. 
C'eft ce qui fait que Al Khalil fe prend auffi pour un des quatre pèlerinages 
que les Mufulmans font. Le premier qui eft celui de la Mecque eft d'obliga- 
tion, & les trois autres qui font de Medine, de Jerufalem, & de Hebron, ne 
font que de dévotion. 

Il y a pluficurs livres qui traitent de ces quatre pèlerinages en gênerai, & 
en particulier. Celuy qui eft intitulé Mothir al garam fi ziarat al Khalil , 
^ Uns al khalil traitent de celuy de Hebron. ^oyez les titres d'Abraham, 
âf de Khalil. 

HEDAD , le Deuil, & les habits de Deuil Le premier Deuil que les 
Orientaux Chrétiens, Juifs, ou Mahometans célèbrent, eft celuy d'Abel; car ils 
prétendent qu'Adam le porta ou pratiqua en fe feparant d'Eve fa femme, pen- 
dant Fefpace de 120 ans pour pleurer fa mort. 

Les Perfans difent que le premier deuil qui ait été porté dans l'Orient, fut 
celuy de Siavefch , lequel ayant été tué dans le Turkeftan , Kaicaous Roy de 
Perfe de la féconde dynaftie , fon père , en fit publier un qui fut gênerai dans 
tous fes Etats , & célébré par le changement d'habits. La couleur b!euë fut 
alors choifie pour marquer le deuil ; mais elle a été changée depuis en noir par 
les Mahometans depuis la mort de Houflain fils d'Ali, comme nous allons voir. 

Le deuil de Houlfain, que l'on appelle encore Jaoum Houlîain, le jour de 
HoulTain qui tombe au dixième du mois Moharram, eft célébré tous les ans en 
Perfe avec une fort grande folcmnité par les fedlaires ou partifans d'Ali: ce 
jour eft nommé particulièrement Afchour, & Afchoura par les Arabes. 

Les Abbaflides parcns proches d'Ali prirent le noir pour leur livrée , lorf- 
qii'ils s'élevèrent contre les Ommiadcs, prétendant vanger le fang de HoulFain, 
que les Ommiades avoient répandu : mais cependant les defcendans d'Ali & de 
Houffain en droite ligne ont toûjoui-s porté le verd, & le portent encore au- 
jourd'huy , prétendans que leur race fubfifte toujours avec les droits d'Imam 
& de chef temporel & fpirituel de tout le Mufulmanifmc. Foyez le titre de 
Mamoun, auquel le changement de noir tu verd penfa coûter la perte de fes 
Etats & même celle de fa vie. Foy-z aujji celuy de Houflain. 

Le deuil des Orientaux tant Chrétiens, que Juifs & Mahometans eft afiez 
femblable à celuy des Anciens; car ils ne fe contentent pas de changer d'ha- 
bits, & de les déchirer: mais ils s'arrachent les cheveux, fe battent les joues, 
& font des hurlemens épouventables. 

HEDAIAH, Manuduftion & Inftruflion. Il y a plufieurs livres Arabes 
qui portent ce titre. 

Hadaiah fil foroû , livre de la loy Mufulmane compofé par Borhaneddin Al 
Mirghinani , qui mourut l'an 591 de l'Hegire. Il eft dans la Bibliothèque du 
Roy n'^. 634. Il y a un Commentaire fur cet ouvrage intitulé Dorrar gorrar., 

Hedaiat al hckm;it, cours de Philofophie, compofé par Ebn Athir Ebn Omar 
Abheri, & commenté par Mofthafa Ben Jofef furnommé Khovagéh Zadéh. 

Hedaiah u Enaiah , Livre de Théologie Scholaftique des Mufulm.ans digéré 
par queftions. Foyez le titre ^'Akmal, ou Kemaleddin, qui en eft l'Auteur. 

HEDIAH, 



H E D I A H. H E G I A G E. ^z- 

^HEDIAH, vnie du pays des Habafch , qui eft l'Ethiopie , ou Abiflîni^ 
Foyez le titre de Habafch ou Habafchah. 

H EFT Khan, ou Heft Khovan , en Perfien les fept Tables, nom de la 
ville capitale du Turkeflan , ou Argiasb , fils d'Afrafiab , Roy de ce pays-là 
tcnoit fa Cour du tems de Kifchtasb Roy de Perfe. * 

L'on auroit pu palTer^ par cette ville pour aller à Rovin Diz ou Château 
d'airain, le plus fort Château de tout le pays, comme étant le plus court che- 
min, fi les neiges, les précipices, & les bêtes farouches ne l'eulfent rendu im- 
pratiquable. l^oyez le titre de Kifchtasb. 

HEFT Peigher, en Perfien, les fept fontaines. C'efl le nom d'un Roman 
Perficn , compofé en vers par le célèbre Poëte nommé Nadhâmi , ou pour pro- 
noncer à la Perfienne, Nazomi. 

Nous avons encore en langue Perfienne le Heft Peigher de Hatefi , & en 
langue Turque celuy de Lamâi. 

HEFT AKHTER. Heft Iclim , Heft Aurenk , font livres Perfiens. Hcft 
Khovân , Heft Dallan , & Heft Meglis font livres Turcs , defquels il fera 
parlé ailleurs. 

HEGIAGE Ben Jofef AI Thakefi , un des plus vaillans, & des plus élo- 
quens Capitaines qu'ayent eus les Arabes au tems des Khah'fes. " Il fut fait Gou- 
verneur de l'Arabie, & de l'Iraq ue Arabique par AbJalmalec, cinquième Khalife 
des Ommiades, après qu'il eut défait Abdallah Ben Zobair qui avoit pris le titre 
de Khalife. 

Un jour qu'il fe promenoit à la campagne , il fit rencontre d'un Arabe du 
dcfert qui ne le connoifix)it point, à lui demanda quel homme étoit cet Hegiaa-e 
duquel on parloit tant. L'Arabe lui répondit que c'étoit un méchant homme. 
Hegiage lui dit alors : Ne me connois-tu point ? L'Arabe luy aj^ant répondu \ 
Non. He bien, lui dit Hegiage, fçaches que c'efl Hegiage même à qui tu parles. 

L'Arabe , après l'avoir entendu parler de cette forte , fans témoigner aucun 
étonnement, lui dit: Et vous, fçavez-vous qui je fuis? Non, lui répliqua He- 
giage. Je fuis, lui dit l'Arabe, de la Maifon de Zobair, dont tous les defcen- 
dans deviennent fols trois jours de l'année , & cette journée-cy efi: l'une des 
trois. Hegiage ne put s'empêcher de rire, & d'admirer une défaite auflî inge- 
nieufe que celle-cy : de forte qu'encore qu'il fut extrêmement fevere, & qu'il 
pafllit même pour cruel, car l'on dit qu'il avoit fait mourir cent & vingt mil 
perfonnes, & que lors qu'il mourut, il y en avoit cinquante mil dans fcs priions, 
cependant il fit grâce à cet Arabe, dont il efi:ima l'efprit & le courage. 

Voicy une autre renconti-e dans laquelle Hegiage fit bien connoître quel il 
étoit. Ayant fait plufieurs Officiers prifonnicrs dans la bataille qu'il gagna en 
Arabie fur Abdalrahman qui s'étoit révolté contre le Khalife Abdalmalek, il prit 
la refolution de les faire tous paflTer par le fil de l'épée. Un de ces prifonnicrs 
qu'on alloit exécuter, s'écria, qu'il avoit une jufl:ice à demander à Hegiage. 

Hegiage bien furpris de ce difcours , demanda à cet homme ce qu'il préten- 
doit de lui? C'efl , dit le prifonnier, qu'Abdalrahman nôtre General s'étant em- 
porté un jour de paroles contre vous , je lui dis qu'il avoit tort. Sur cecy 
Hegiage demanda au prifonnier, s'il avoit quelque témoin de fon action, Ouv, 

Tome IL Ff lui 



î26 H E G I A G E. 

lui répondit le prifonnier , & montra un de fes camarades defliné à la mort 
auflî-bien que luy, qui y avoit été preient. Hegiage ayant appris la vérité du 
fait , dit au témoin : Et toy, pourquoi n'en fis-tu pas autant que ton camarade ? 
Cet homme intrépide lui répondit fièrement: Je ne l'ai pas fait, parce que vous 
étiez mon ennemi. Hegiage leur donna h vie à tous deux , à l'un pour recon- 
- noître l'obligation qu'il lui avoit, & à l'autre parce qu'il avoit avoiié fi fran- 
chement, & avec tant de courage la vérité. 

Quelques-uns s'étant plaints des violences que Hegiage exerçoit contre fes 
fujets , & lui ayant mis devant les yeux la crainte de Dieu , il monta auffi-tôt 
fur la tribune pour haranguer le peuple , & fans s'être préparé , leur fit avec 
fon éloquence ordinaire ce difcours. Dieu m'a donné maintenant la puifTance 
fur vous , & fi je l'exerce avec quelque feverité , ne croj^z pas qu'après ma 
mort vous en ayez meilleur marché. De la manière que vous vivez , vous 
ferez toujours maltraitez; en* Dieu a beaucoup de ferviteurs, & quand je feray 
mort, il vous envoyera un autre qui exécutera fes ordres contre vous peut- 
être encore avec plus ie rigueur. Voulez-vous que le Prince foit doux & mo-; 
deré, exercez entre vous la jufi:ice, & obeïfl^ez à fes ordres. Faites état que vos 
déportemens font le principe, & la caufe du bon ou du mauvais traitement que 
vous recevez de lui. Le Prince peut être comparé jufl:ement à la glace d'un 
miroir; tout ce que vous voyez dans cette glace n'ell qu'un renv^oy des objets 
que vous lui prefentez. 

Cecy efl: rapporté dans le Baharifl:an de Giami , où nous trouvons encore 
î'hillôire qui fuit. Hegiage étant à la chaife, s'égara de fes gens, & fe trouva 
feul fort altéré en un lieu écarté où un Arabe faifoit paître fes chameaux. 
Auffi-tôt qu'il parut, les chameaux s'effarouchèrent, ce qui obligea l'Arabe atten- 
tif à autre chofe de lever la tête tout en colère, & de dire: Qui efl cet hom- 
me avec fes beaux habits qui vient dans le defert effaroucher mes clwmeaux? 
La malediftion de Dieu puilié tomber fur lui. 

Hegiage fans s'arrêter à ces paroles , s'approcha de l'Arabe, & le falûa fort 
civilement, en lui fouhaitant la paix: mais celuy-cy au lieu de lui rendre le fa- 
lut, lui repartit brurqucment qu'il ne luy fouhaitoit ni la paix, ni aucune bene- 
diftion de Dieu. Hegiage ne fit pas femblant de l'entendre, & lui demanda fort 
humblement de l'eau à boire. L'Arabe lui dit: Hé bien, fi vous voulez boire, 
prenez la peine de vous bailler, & d'en puifer vous-même; car je ne fuis ni 
vôtre camarade, ni vôtre ferviteur. Hegiage obéît à l'Arabe; & après avoir bû, 
^ lui fit cette demande. Qui croyez-vous être le plus grand & le plus excellent 
de tous les hommes ? C'eil le Prophète envoyé de Dieu , en deufliez-vous cre- 
ver de dépit, lui répliqua TArabe, & que di tes- vous d'Ali , ajouta Hegiage? On 
ne peut aifez exprimer de bouclie fon excellence , repartit l'Arabe. Hegiage 
continuant fon difcours, lui demanda ce qu'il penfoit d'Abdalmalek, fils de Mer- 
van, c'étoit le Khalife qui regnoit alors, duquel Hegiage étoit Lieutenant Ge- 
■■ neraî , & Gouverneur prefque abfolu dans l'Iraque Arabique. L'Arabe ne répon- 
dit rien d'abord; mais étant preffé, il fe lailTa échapper qu'il le tenoit pour un 
mauvais Prince. Et pourquoi, répliqua Hegiage? C'eft parce qu'il nous a en- 
voyé pour Gouverneur le plus méchant homme qui foit fous le ciel. 

Hegiage connoilîant que TArabe parloit de lui, ne lui difoit plus rien, lorf- 
qu'il arriva qu'un uyfeau volant deifus leurs têtes, fit un certain cry, que TA- 
rabe n'eut pas plutôt entendu, qu'il regarda fixement Hegiage, & lui demanda 

qui 



H E G I A G E. „7 




être le chef. L'Arabe n'eut pas plûtoft fini ce difcours, que les gens de He- 
giage arrivèrent, & reçurent ordre de lui, d'emmener l'Arabe avec eux. 

Le lendemain Hegiage le lit appeller , le fit affeoir à fa table, & lui com- 
manda de manger. L'Arabe avant que de commencer à manger, fit fa bene- 
diétion ordinaire, & dit : Dieu veuille que la fin du repas fait auffi heureufe que 
rentrée. 

Pendant le repas Hegiage lui demanda s'il fe fouvenoit des difcours qu'ils 
avoient tenus enfemble le jour précèdent. L'Arabe lui répondit aufîî-tôt: 
Dieu vous faffe profperer en toutes chofes ; mais quant au fecret d'hier, gar- 
dez-vous bien de le divulguer aujourd'huy. Je le veux bien, dit Hegiage, 
mais il faut que vous choifilfez l'un de ces deux partis, ou de me reconnoitre 
pour vôtre maître, & alors je vous retiendrai à mon fervice , qu bien d'être 
envoie à Abdalmalek, auquel je ferai fçavoir tout ce que vous avez dit de luy. 
L,'Arabe 'ayant ouy la propofition de Hegiage , lui repartit auilî-tôt : Il y a un 
troifième parti que vous pourriez prendre, & qui me paroît beaucoup meilleur. 
Hé quel efl-il , infifla Hegiage. Ce feroit , lui dit l'Arabe, de me renvoyer 
chez nloy, & que nous ne nous vidions jamais plus ni l'un ni fautre. Hegiage 
tout farouche qu'il étoit, prit plaifir aux paroles pleines d'efprit de cet homme, 
lui fit donner dix mille drachmes d'argent , & le renvoya chez lui comme il 
le fouhaitoit. 

Il fera bon de remarquer fur le fujet de cet oyfeau qui fe fît entendre à l'A- 
rabe , qu'il y a parmi les peuples de l'Arabie "des gens qui prétendent fçavoir 
le langage des oyfeaux. Ils difent que cette fcience leur eft connue depuis le 
tems de Salomon, & de la Reine de Saba, lefqucls avoient un oyfeau, nommé 
Hudhud , qui efl la Houppe , pour melfager de leurs amours. 

Kumeil fils de Ziâd étoit un homme de bel efprit , qui vivoit du tems de 
Hegiage , duquel il n'approuvoit pas la conduite. Hegiage le fit venir un jour 
devant luy , & lui reprocha que dans un tel jardin , & devant telles & telles 
perfonnes qu'il lui nomma, il avoit fait plufieurs imprécations contre lui , en 
difant : Que le Seigneur noirciife fa face , c'eft-à-dire , qu'il foit chargé de 
honte, & de confufion-, qu'il ait le col coupé, & que fon fang foit répandu. 

Kuméil qui avoit l'efprit fort prefent , lui répondit au(ïï-tofl : Il efl vray que 
j'ay dit ces paroles dans un tel jardin; mais j'étois fous une treille, & je regar- 
dois des grappes de raifin qui n'étoient pas encore meures , & je fouhaitois 
qu'elles devinlfcnt bien-tôt noires, afin qu'on les couppât , & qu'on eo fift du 
vin. Cette explication ingenieufe plut fi fort à Hegiage , qu'il renvoya Kuméil 
chez luy & le rétablit dans fes bonnes grâces. Lamdi. 

Le Rabî al abrar rapporte que Hegiage difoit fouvent pour excufer la rigueur 
dont il ufoit envers les peuples qui lui étoient foùmis , que le gouvernement 
fevere , &: même violent d'un Prince , efl préférable au gouvernement foible & 
trop indulgent ; parce que celuy - là ne fait tort qu'à quelques particuliers , & 
celuy-cy bleffe & ofFcnfe tout le peuple en gênerai. Giaur kliair men dluiaf 
leenna dhâk iokhaff u hadlia iadmm. 

11 difoit auffi que robéifTancc due aux Princes efl plus abfolue , & plus ne- 
ceflaire que celle que l'on doit à Dieu, félon l'Alcoranj car il ell dit de cellc-cy: 

F f 2 Okijjez 



22S H E G I A G E. 

Obéïfjez h Dieu autant qus vous pouvez , Faettakou allah ma ajîathâtom , dans \e£- 
quelles paroles il y a une condition ou exception ; mais de celle qui regarde 
les Princes , il eit dit : Ecoutez 6? obéïjjez , fans aucune exception , de forte 
que, difoit-il, fi je commande à quelqu'un de palier par -là, & qu'il refufe 
de le faire , il eft coupable de defobéïlfance , & par coniequent digne de mort. 

Quelqu'un, après lavoir entendu parler ainfi , lui dit: Vous êtes donc un en- 
vieux &. un ambitieux , puiique vous prétendez avoir une plus grande autori- 
té que les autres. Sur quoy il répliqua: Celuy-là eft encore plus envieux, & 
plus ambitieux que moy, qui dit à Dieu: Donnez-moy , Seigneur ^ un état duquel 
ptrfonne ne pui(]e jouir après moy. 

f^oyez fur cecy ce qu'il dit à Ebn Corrah , & ce que les Grands dirent de 
luy à Abougiafar Almanfor, Khalife Abbaffide, dans les titres de Corrah & de 

Manfor. , , ,. ^ . / ., , , . 

Le Do6leur Schâbi blâmant Hegiâge de fa feverité , il reçut de lui une pie- 
ce d'or de b.on aloy, avec ordre de l'aller porter chez les Changeurs. Ce Doc- 
teur y alla ; * les Changeurs lui dirent , que c'étoit une monnoye de Hegiage , 
dont faloy n'étoit pas bon. Il retourna donc dire à Hegiage ce qui lui étoit 
arrivé. He^^iâ'^e lui dit: Allez en un tel quartier de la ville , & prefentez-Ia à 
un tel* pour' la^ changer. Schâbi y alla , & cet homme prit la pièce pour bon- 
ne telle qu'elle étoit , <Sc la changea. Schâbi fort furpris demanda au Chan- 
geur fi Hegiage ne luy avoit jamais fait d'injuftice : Non , luy répondit - il , 
tant s'en faut, depuis qu'il gouverne ce pays-cy, il empêche qu'aucun ne m'en 

faffe. 

Cependant Sâdl rapporte , que Hegiage s'étant recommandé aux prières d'un 
Rf^lif^ieux Mufulman , ccluy-cy pria auffi-tôt Dieu qu'il luy plût de le faire 
mom-ir promptemcnt , parce, difoit-il, qu'il ne pouvoit rien arriver de plus 
avantageux ny pour lui, ny pour les peuples. , ^ ^ , ., 

Mirkhond' écrit, que Hegidge fe trouvant allite de fa dernière maladie, con- 
fulta fon Aftrologue pour fçavoir de luy s'il ne trouvoit point dans fes Ephc- 
merides que quelque grand Capitaine dût bien-tôt finir fes jours. L'Aflrologue 
lui répondit qu'un grand Seigneur, nommé Kolaib , étoit menacé fuivant fes 
obfervations de mourir bien-tôt. Hegiage lui répliqua: Voilà juftement le nom 
que ma mère me donnoit , lorfque i'étois encore enfant. Ce mot figniiie en 

Arabe un petit chien. ,.,,-,,•, i r , • ,• 

L'i\fl:rolome auffi imprudent à parler, qu il etoit habile dans Ion art, lui dit 
là-deffus fort brufquement. C'eft donc vous qui devez mourir, vous n'avez au- 
cun lieu d'en douter. Hegidge offenfé de ce difcours , dit auffi-tôt à l'Aftrolo- 
gue : Puiique je dois mourir, & que vous êtes fi habile dans vos prediftions,, 
je veux vous envoyer devant moy en l'autre monde, afin^que je puilfe me fer- 
vir de vous, & donna ordre en même tems qu'on le dépêchât. 

Le m°me Auteur met la mort de Hegiage l'an de l'Hegire 95 , dans le 54 
de fon âge , & dit de luy qu'il naquit fermé par en bas ; de forte qu'il fallut 
l'ouvrir avec des inftrumens de chirurgie. ^ 

Dans le livre intitulé Aovail, l'Auteur écrit, que Hegiage etoit h magnifique 
dans fes feftins , qu'il y avoit quelquefois jufqu'à mille tables dreflees , & qu'il 
faifoit de fi gros prefens à Ces amis , qu'il leur donnoit juiqu'à un million de 
ô'ateres ou réaux d'argent en une feule fois. 

L'on peut voir dans, le titre de la Mecque, que Hegiage ayant aflîegé AbdaJ- 
^ " , lah; 



^ H E G I A G E. H E G I A Z. 2^9 

lah , fils de Zobair , faux Khalife , dans la ville de la Mecque , il en brûla le 
temple qu'Abdallah avoit augmenté , & le tit rebâtir tel qu'il étoit auparavant 
l^oyez le fonge qu'il eut fur cette aftion. l^oyez aujfi Vafleth , nom d'une ville 
qu'il bâtit fur le Tigre, entre Coufah & Bafrah. 

Aboulfarage remarque, que Hegiage tomba malade pour avoir trop mangé de 
boue. Cette boue eii la terre figillée, Terra Lemnia , que les Arabes appellent 
Thin , & Thin makhthoum , Liitim & Lutinn Sigillatum. L'ufage de cette terre 
le fit tomber en phtifie dont il mourut. 

Abou Obeidah Màmar Ben Al Mothani a écrit la vie de Hegiage , fous le 
titre ^Akbâr Hegiage. Cet Auteur étoit natif de Bagdct , & mourut l'an 209 
de l'Hegire. 

Hegiage laiffa un fils "qui fe fit une Principauté , compofée de fept petites vif- 
les ou bourgades, dans le Gebâl ou Iraque Perfienne. L'on dit, que ces villes 
s'étant ruinées peu-à-pcu , les habitans fe retirèrent en un feul endroit , où ils 
en bâtirent une qui fut compofée des fept autres ; cette ville s'appelle aujour- 
d'huy Com. l^oyez ce titre. 

HEGIAGE. Abou Omar Ebn Hegiage , eft un des premiers Auteurs Ara- 
bes qui ait écrit de l'Agriculture, yoyez Le titre de Falahah. 

HEGIAGE Ben Arthat, furnommé Al Coufi, qui porte le titre d'Al Fakih 
Al Haffadh, c'eft-à-dire , le Jurifconfulte, doué d'une excellente mémoire, avoit 
été difçiple de Thouri. 

HEGIAGE Jofef , furnommé auflî Al Cou fi , natif de la ville de Coufah, 
efl l'Autem- de deux tradu6lions Arabiques d'Euclide. 11 intitula la première 
Harouni , & la féconde Mamouni , du nom des deux Khalifes Haroun & Ma- 
moun, pour lefquels il les avoit faites. 

HEGIARAT Bardiiil , lieu où Baudouin, Roy de Jerufalem, mourut, fitué 
entre les villes d'Arifch & de Farma en Egypte ; fes entrailles y furent enter- 
rées & fon corps porté à Jcrulalem. l^'oyez le titre de liardùil. 

Hcgiarat Soud , Pierre noire. C'eft du charbon de pierre dont il y a des mi- 
nos abondantes dans les montagnes de Farganah. 

HEGIAZ ou Higiaz, nom d'une province de l'Arabie, que nous appelions 
Pierreufe , où font fituces les villes de la Mecque , de Medine , de Thaif & 
d'Ieraamah , laquelle a eu fes Roj's particuliers, aufli anciens que ceux de l'Ie- 
men , qui efl l'Arabie Heureufe. 

Giorham, fon premier Roy, efl; réputé frère de Jàrab, duquel l'Arabie a ti-- 
ré fon nom, & celuy-cy étoit fils de Cahtan ou Joftan, oujeftan, fils de He- 
ber, & frère cadet "de Phaleg , duquel il eft fait mention au chapitre dixième 
de la Genefe. 

Ce fut avec la pofl:erité de Giorham que s'allia Ifmaël , iorfqu'il vint en Ara- 
bie; de forte que les defccndans de ces deux Patriarches Heber, père d'Ioftan , 
& Ifmaël , fils d'Abraham , compoferent une feule nation , de laquelle tous les 
Arabes d'aujourd'huy font ifllis. 

Dans la première partie de l'hifloire générale de Ben Schohnah , qui efl: com- 
me la préface de fon Raoudhat almenadhir , on peut voir une lifte des races 

E f a iUiif- 



ajo HEGIRATAN. H E G R A H. 

illuftres qui font defcendues de cette foiiche primitive des Arabes. Cet Auteur 
remarque , qu'Ifmaël eut douze enfans mâles , dont Kedar , qui étoit l'aîné , fut 
reconnu par fes frères & par leur poflerité pour Roy de la province de He- 
giaz, dont nous parlons, & pour gardien & adminifh-ateur perpétuel du temple 
de la Mecque , qu'Ifmaël avoit bâti avec Abraham , fon père. 

Outre les villes defquelles on a déjà parlé , celles d'Ianboù , de Giddah , de 
Khaibar, de Bathen mor & de Corah, Ibnt encore comprifes dans l'Hegidz. Il 
efl pourtant vray, que quelques-unes font fituées dans la partie de l'Arabie , que 
nous appelions Deferte. 

Perdeh Higiaz eft chez les Perfes un air de mufique , qui leur eft venu de 
cette contrée particulière de l'Arabie. 

H E G I R ATA N , les deux Fuites. Ebn MaîToûd , un des premiers difciples 
& compagnons de Mahomet , porte la qualité de Hager al hegiratan , pour s'être 
"trouvé dans les deux fuites , de même qu'il avoit prié fi kebiatan , c'eft-à-dire , 
aux deux Keblés. 

Pour entendre ce que fignifie cette qualité , il faut remarquer que Mahomet 
étoit âgé de 54 ans , lorfqu'ii fe fauva à Medine , & qu'il avoit commencé à 
prêcher fa fauife doftrine dès l'an quarantième de fon âge : de forte que dans 
cet efpace de quatorze ans , il avoit efluyé beaucoup de contradiftions & de 
traverfes de la part des Coraifchites Ces concitoyens, qui le regardoient comme 
un Novateur & un Perturbateur du repos public. 

Plufieurs de fes difciples qui ne pouvoicnt fouffrir d'être regardez par leurs 
compatriotes, comme les feftateurs d'un impolleur , luy demandèrent la permif- 
fion d'abandonner leur ville , pour n'être pas obligez de renoncer à leur Reli- 
gion. Mahomet la leur accorda , à condition qu'ils fe retireroient en Ethiopie 
auprès du Negiafchi , c'eft-à-dire, de l'Empereur des Abiffins, avec lequel il en- 
tretenoit correfpondance. 

C'elt cette retraite qui efl appellée la première Hcgire ; mais ces réfugiez ne 
pouvoient pas bien trouver leur compte avec un Prince qui faifoit profeffion de 
la Rehgion Chrétienne, quoyque corrompue par l'Eutychianifme , que Diofco- 
re , Patriarche d'Alexandrie & par confequent d'Ethiopie , y avoit introduit ; 
c'eft pourquoy, lorlque Mahomet fe retira à Medine, ils allèrent le joindre & 
augmentèrent ainfi beaucoup le nombre des Mufulmans. 

Quant aux deux Kheblés , où Ebn Malloûd pria , voyez le titre de Keblah. 

HEGRAH ou Hegirah, l'Hegire, ou la fuite de Mahomet. C'efl le tems 
auquel Mahomet, le faux Prophète , fe retira de la Mecque avec fes nouveaux 
profeîytes , pour éviter la perfecution des Coraifchites , qui étoient alors les plus 
puillâns dans la ville , & qui ne pouvoient fouffrir, que Mahomet abolit l'Ido- 
lâtrie pour y établir fa nouvelle Religion. 

Cette fuite, qui ne fut pas la première, comme nous verrons plus bas, a été 
néanmoins la plus confiderable , & arriva la quatorzième année depuis que Ma- 
homet fe fut déclaré Prophète & Envoyé de Dieu, publiant l'Alcoran & prê- 
chant le Mufulmanifme , que nous appelions de fon nom la Religion Mahome- 
tane. Elle fe fit en plein midy, félon quelques-uns, & en compagnie de peu 
de perfannes : mais elle fut fuivie de plufieurs qui ne fe crurent pas en fureté 
dans la Mecque. 

Î^Iaho- 



H î: G il A H. jjj 

M^homçt fe retira à Jathreb ; car^c'eft ainO que la ville de Medine s'appel- 
loit avant que le faux Prophète y eût établi fa demeure , & y arriva le dou- 
zième jour du mois de Rabi al aoual , qui eft le troiOème de l'année des Ara- 
bes qui efl purement Lunaire , & par confequent de 354 jours. Il eft vray 
cependant que les Mahomctans commencent l'Hegire dès le mois de Moharram 
précèdent, qui correfpond au 16 de Juillet de l'année de Jesus-Christ 622, 
ce qu'il faut remarquer pour fixer l'époque des années de l'Hegire , que l'on 
peut appeller VJEvq Mahometane, & cela conformément aux fentimens de nos 
plus habiles Chronologiftes, 

Les Orientaux ne" s'accordent pas avec nous touchant ce calcul. Entre les 
Maliometans , Amaffi prétend que l'Hegire ou la fuite de Mahomet fe fit 
l'an 630 depuis la naidance de Jesus-Christ, 2347 ans depuis la mort de 
Moyfe , & Ben Cafiem la met l'an du monde 5800 , ce qui fe doit entendre 
félon la fupputation des Grecs ; car, félon celle des Latins, elle doit être mar- 
quée l'an 4571. 

Entre les Chrétiens, Saîd Ebn Batrik met le commencement de l'Hegire l'an 
614 de J. C. , 33S de Diocleticn , 933 d'Alexandre & 61 14 depuis la création 
du monde; mais fon calcul, lailTant à part les ans du monde qu'il compte félon 
les Grecs, n'efl: pas jufte: car, félon la fupputation des années de Diocletien , 
la première année de l'Hegire concourt avec la fix cent vingt - deuxième de J. 
C, ce qui efl vray, & non pas avec l'an 614, comme il le dit: & félon celle 
des années d'Alexandre, qui commencent 309 ou 310 avant J. C. , la première 
année de l'Hegire tombcroit fur l'année 623 ou 624. 

Khondemir écrit que ce fut Omar, fécond Khalife, qui ordonna que l'on fup- 
puteroit les années depuis la fuite de Mahomet , dont il y en avoit déjà dix- 
îept d'écoulées depuis cette ordonnance. Les Mahometans établirent cette épo- 
que à l'imitation des Chrétiens , lefquels comptoient alors leurs années depuis 
la perfecution que Diocletien avoit commencée l'an de J. C. 284, & la nom- 
moient l'^Ere des Martyrs : Ainfi les Mufulmans voulurent fignaler leur yEre 
ou la fupputation de leurs années par la plus mémorable perfecution qu'ils cuf- 
fent foufferte. 

Voyons maintenant com'ment cette fuite de Mahomet & de fes feiStateurs 
s'exécuta , & les faux miracles foûtenus de traditions fabuleufes , dont les Muful- 
mans ont embelli cette hiftoire. 

Houdain Vaêz, qui dit avoir emprunté ce récit des plus anciens Dofteurs du 
Mufulmanifme & des plus habiles Interprètes de l'Alcoran , allure que Mahomet 
ayant pris la refolution de quitter la ville de la Mecque pour fe réfugier à Me- 
dine , fortit un foir, qui fut la première nuit de la lune, ou du mois appelle 
par les Arabes Rabi al aoval , de la maifon d'Aboubecre , fon beau-père , & ac- 
compagné de luy feul , pour pafier la nuit dans une grotte de la montagne 
nommée Thour , dillante d'une heure de chemin de la ville de la Mecque , du 
côté de riemen ou Arabie Heureufe. 

Aulîî-tôt que l'on eut appris dans la Mecque fa retraite, les Coraifchitcs, fes 
ennemis déclarez, fe mirent en campagne pour fe faifir de fa perfonne, & arri- 
vèrent jufqu'à l'entrée de la caverne où il s'étoit caché, dès le grand matin du 
jour fuivant. Le premier miracle qui fe fit, fut que cette même nuit, en ver- 
tu de la toute-puifiance de Dieu , un arbre d'Acacia ou de Gagie étoit crû à 
rentrée de la grotte , & une paire de pigeons ramiers y avoient déjà fait leur 

nid. 



232 H E G R A H. 

nid , ce qui reftoit d'ouverture à la caverne fe trouva de plus fermé d'une toi- 
le d'araignée. 

Toutes ces chofes étant des marques certaines qu'il n'y avoit perfonne dans 
ce trou, ôterent la penfée aux Coraifchites d'y fouiller. Aboubecre, duquel il 
eft dit dans un chapitre de l'Alcoran , intitulé Taouhat , qui étoit le fécond des 
deux qui fe trouvèrent dans la caverne , fut faifi d'une fort grande peur , 4orf- 
qu'il vit approcher leurs ennemis fi près du lieu où ils étoient , & dit à Ma- 
homet: Avec tout ce qui nous cache, fi ces gens-là baifToient leur tête, ils nous 
verroient infailHblement. Mahomet lui répondit d'un grand ^courage: Vous cro- 
yez que nous ne fommes ici que deux , mais il y en a un troifième , & c'efl 
Dieu qui eft au milieu de nous & qui nous protégera. 

Alors , félon ce qui eft porté dans le même chapitre , Anzal Allah fekinaîhê 
âlailii, Dieu fit defcendre fon faint-Efprit fur Aboubecre , qui le fortifia & le 
confola. Ferideddin Atthar explique ainfi ce verfet en vers Perfiens. 

Le premier Doàeur de la loy Mufulmane , qui a été le premier Miifiilman , le pre- 
mier compagnon de Mahomet , âf fon premier fuccejj'eur ou t^icaire , étoit 
le focond des deux dans la grotte avec lui. 

Ce fut fur lui que TEfprit de Dieu vint repofer , ^ alors toutes fes craintes ^ 
toutes fes peines s'évanoïiireiit en un moment. 

Ce mot de Sekinah, qui fignifie l'Efprit de Dieu ou le faint-Efprit , eft pris 
des Hébreux. Les Mufulmans difent qu'il eft ainfi appelle , parce qu'il confole 
& met en repos les âmes àts fidèles ; c'eft la fignification du mot Grec Para- 
clet, & Teskin en Arabe, d'où vient Sekinah, fignifie mettre en repos & con- 
foler. 

Mirkhond & Khondemir écrivent , que lorfque Mahomet eut donné la per- 
miflîon à fes compagnons de quitter la Mecque & de fe retirer à Medine , il 
demeura dans la ville accompagné feulement dAboubecre & d'Ali. Les Corai- 
fchites furpris & fâchez de cette dcfertion , tenant confeil dans la maifon pu- 
blique , fur ce qu'ils feroient de luy, le Démon ne manqua pas de fe trouver 
dans cette afi^emblée , fous la figure d'un vieillard habile & expérimenté , & y 
donna fon avis comme les autres. 

Quelqu'un ayant propofé dans ce confeil qu'il falloit l'enfermer dans une mai- 
fon dont on mureroit la porte , où l'on lui pafieroit feulement à manger & à 
boire par une fort petite ouverture , & que 1 on lui fcroit ainfi pafi!er le refte 
de fes jours, le Démon ne fut pas de cet avis; & il dit , que Mahomet ayant 
beaucoup de feftateurs cachez dans la ville, & la famille des Hafchemites , de 
laquelle il étoit, étant fort nombreufe, il fe formeroit aifément un party , qui 
ie délivreroit infailliblement de leurs mains , d'autant plus qu'il feroit fomenté 
par les Mcdinois, qui étoient déjà prefque tous Mufulmans. 

Un autre propofa qu'il le falloit bannir & le laifi^er en liberté d'aller où il 
voudroit: mais le Démon s'oppofa encore à cet avis, alléguant que par-tout où 
il iroit , il feduiroit beaucoup de gens par fes impoftures , & que fe mettant à 
la tête de ces gens-là, il feroit en état de leur faire la guerre. 

Abou gehel , un des plus grands ennemis de Mahomet , dit que pour luy il 
eftimoit que pour procéder fûrement en cette aff'aire, il falloit que chaque tri- 
bu 



H E K A M. HEKMAH. 233 

hn des habitans envoyât un fyndic ou député de fa part , pour compofer 
une cour de juftice , qui pût légitimement le condamner à la mort comme un 
impofteur; car ils fe délivrcroient par ce moyen d'une guerre civile & domef- 
tique, les H-ifcbemites ne pouvant pas faire eux feuls la guerre à toutes lus au- 
tres tribus , (Se fe trouvant par confequent obligez à recevoir ce que les loix 
des Arabes ordonnent pour la compenfation , & pour l'expiation du fang de leur 
parent. 

Le Démon approuva cet avis , & dit que c'étoit le feul bon party qu'il y 
avoit à prendre dans cette alTaire : mais l'Ange Gabriel ne manqua pas d'aver- 
tir Mahomet de tout ce qui fe paiïbit, de forte qu'avant que la refolution pri- 
fe pût être exécutée , il fe retira avec Aboubecre dans une grotte hors la vil- 
le, comme nous avons vu, & après qu'Ali fut arrivé , il le fit coucher dans 
le même lit avec lui ; Ali dont la valeur merveilleufe cfl fi fort vantée par 
tous les Mufulmans. 

Nous avons une hifloire de cette fuite de Mahomet , décrite fort amplement 
avec plufieurs autres circonllances de même nature, parMergiân, Auteur Ara- 
be & Mufulman, furnommé Al Corthobi, parce qu'il étoit natif de Cordoue en 
Andaloufic. Cette hilloire porte le titre de Bahagjat al no fous , la récréation 
des efprits. 

HEKAM AI Athaiiah, Recueil de fentences Théologiques, morales, fpirituel- 
les & myfl;iques , fait par Ebn Athar allah. Il efl dans la Bibliothèque du Roy, 
n". 672. 

HEKMAH, la Sagefil;. On lit dans l'Alcoran ces paroles, u lacaà atina 
Locman alhckmat. Nous avons donné la fagejfe à Locman. Les Interprètes infè- 
rent de ce pafiage , que Locman n'étoit pas Nabi, Prophète, mais feulement 
Hakim , Sage , & ils déilnilfent la fagefi^e , Al Kcmdl al âmeli ma al êim. Une 
vertu pratique jointe à la fcience. , 

Les Scholalliques Mufuhnans la décrivent plus amplement, en difant, que c'efl 
une connoiffimce de la vérité des chofes qu'elle contemple , & une habitude par- 
faite dans l'exercice & dans la pratique des allions excellentes. Voyez le titre 
de Locman. 

Le mot de Hekmah a encore une fignification plus étendue ; car il fignifie 
en Arabe la Philofophie avec toutes .fes parties, & lorfque les Mufulmans par- 
lent de la Trinité que nous adorons, ils ne font point de difficulté de dire, que 
la première Perfonne, qui efl: le Père, efl; l'efl^ence de Dieu ; la féconde , qui 
cfl: le Fils, cfl: la fagefle; & la troifième, ou le faint-Efprit , efl fa vie. 

Hekmat Al afchrâf & Aoufif al afchraf, la Sagefle ou la Philofophie des Grands; 
c'efl: un livre compofé par Naffireddin Al Thouffi , & commenté par Schirazi, 
fon difciple. 

Cazuini, difciple du même Thouffi, a compofé auffi le livre intitulé Hacmat 
al âin^ la Sagefle dans fa fource. 

Le livre de la Sagefle, que nous appelions de Salomon , efl: attribué par les 
Mufulmans à Locman. 

La Sagefl'e éternelle, Giavîdan Kird ^ efl: un livre d* morale, écrit en langue 
Perficnne & traduit de l'Indien. Voyez le titre de Giavidân. 

Les Mufulmans difent , que Dieu a deux trônes , comme l'on tpeut voir 

Tome 11. G g dans 



^34 H E L A L. H E L I A T. 

dans les titres d'Arfch & de Corfi , que le fécond , qui eft le Corfî , efl ceîuy 
de fa SagefTe & de fa Providence, qui gouverne le monde, & le premier ce- 
luy de fa Gloire. 

Nous avons déjà vu quelque part , que les Mahometans croyent que la plu- 
part des fols font Saints. Ils ajoutent de meilleur fens, que la véritable fageffc 
efl réputée folie par les gens du monde , & que cette même SagefTe confifîe 
dans la folie. Ces deux fentimens font tout-à-fait dignes du Chriftianiûne , & 
le dernier eu. de Saint-Paul tout pur. f^oyez Mir Divaneh. 

H EL AL, furnom d'Abou Mohammed Sofîân Ben Aiinah AI Koufi, Doéleur 
célèbre , dès l'âge de feize ans. Il fut difciple de Zohari & maître d'Aamafch , 
de Thouri & de Schafêi , les plus illuftres Dofteurs du Mufulmanifme : il leur 
difoit fouvent : Je ne fuis que le narrateur des traditions ; mais pour vous autres 
Dofteurs, vous en êtes les Maîtres : il vouloit dire, par un excez de modellie, 
qu'il ne faifoit que propofer, & qu'ils avoient l'autorité de décider. 

Ce Dofleur étoit fi abflinent , qu'il ne mangeoit , pour toute pitance, quc: 
deux petits pains d'orge par jour. Il étoit natif de la ville de Coufàh , où il 
mourut, l'an 207 de l'Hcgirc, âgé de plus de cent ans. 

HELAL Ben Ibrahim Ben Zahroun, Médecin fort expert de Tozun le Turc, 
qui gouvernoit le Khalifat fous Moftacfî l'Abbaffide , l'an 334 de l'Hegire. Il 
étoit Sabien & non Mahometan de religion. 

HELAL Ben Thabet Ben Senàn, Hîflorien & Sabien de Religion, auflî-bien 
que fon père Thabet, qui étoit un excellent Philofophe & Médecin, que nous 
connoilfons fous le nom de Thebit. Helal nous a donné un fupplement à l'hif- 
l;oire que fon père avoit écrite depuis l'an 290 jufqu'en 363 de l'Hegire. 

HELAL, dit Aboulganaim, Aftrologue, qui a fait un traité de l'Aflrologie 
Judiciaire, intitulé Ekhtiaràt. 

HELALI furnom d'Ebn Kerriat, le plus éloquent homme de fon tems. Il 
avoit une mémoire ii hcurcufe , qu'elle a palTé en proverbe ; car les Arabes 
difent y]hfadh men Eùn Kerriat , il farpaflTe en mémoire Ebn Kerriat. 

Hegiage le fit mourir. Foyez le titre de Kerriat. On cite de lui cette fen- 
te nce , Al àahd tcgiarrâ al gujjat u taovakkâ alfurfat, l'homme fage &. prudent, 
avalle fon chagrin & attend J'occafion. 

HELALI, Poëte Perfien Myflique, Auteur du livre intitulé Sefat al dfche. 
Un , des quaiitez des Amants , dans lequel il rapporte toutes les vertus à l'a-- 
mour que fes interprètes veulent être le Divin, 

HELANI (Si Hailani , & Hailanah. Hélène, mère de Conflantin. Elle étoit 
native d'Edeifc, ville appellée par les Orientaux Roha. f^oyez le titre de Keffat 
Hailanah. 

HELIAT Al abrdr u Schiar al akhiâr , Livre de Naovaovi , qui contient 
353 chapitres, où l'on trouve des prières pour toutes les aftions du jour & de 
la. nuit. Il a été abrégé par Soiouthi. l^oyez le titre ^'Adhcàr al adhcàr dans, 
la. Bibliothèque du. Roy, n°. 691. 

": HELIAT 



H E L I A T. H E M A M. ^3^ 

H ELI AT AI Aulia u Thabicâc al asfia , Livre de traditions Mufuîmancs 
compofé par Abou Nàim Ahmed AI Eifahani. Il eft dans la Bibliotiieque du 
Roy, n». 883. 

L'on a encore un livre hiftoriquc Ju même Auteur en neuf volumes , dont 
le précédent ne fait peut-être qu'une partie. 

HE LIAT Al Cornait & Holbat al comait, Livre fur les qualitez & les loûan- 
|es du vin, compofé par Scharafeddin Naovagi. Il efl dans la Bibliothèque du 
Roy, n°. 1063 & II 82. 

HELLAH, Ville de l'Iraque Babylonienne ou Arabique, qui eft la Chaldée, 
fituée fur le Tigre entre Bagdet & Coufah, dans le troifième climat. 

Elle a été embellie par SaifeJdoul-it Sadaca, qui y fit bâtir une très-belle Mol^ 
quée & un Hôpital. Ce Saifeddou'at étoit fils de Bahacddoulat Maulbr, & pe- 
tit - fils de Dobais , qui y avoit établi une petite Principauté qu'il gouverna sj 
ans, jufques en l'an 474 de l'Hegire, qu'il mourut fous le Khalifat de Moda- 
di, fils de Caiem beemrillah l'Abbaflido. 

Cette ville avoit un pont fur le Tigre, qui fervit à Ahmed Ben Avis pour 
fe fauver des mains de Taraerlan , qui avoit pris Bagdet & qui le faifoit pour- 
fuivre par fes Tartares. Foyez le titre J'Ahraed Ben Avis. 

HEMAM Tabrizi , Poëte Perfien, très-celèbre à Tauris dont il étoit natif> 
& contemporain Je Saàdi, natif de Schirdz. 11 mourut l'an de l'Hegire 713, au 
tems qu'Algiaptu , dit autrement Mo'namraed Ren Argoun , Empereur des Mogols 
Genghizkhaniens , tenoit fon fiége royal à Tauris, qui eft l'an 13 13 ou 13 14 
de J. C. 

Il étoit fi riche qu'ayant convié le Khovageh Haroun , fils de Schamfeddin , 
chef des confeils d'Algiaptu, à un banquet, il lui fit fervir quatre cent plats ou 
bafîins de porcelaine, & il chanta une très-belle chanfon , qu'il compofa fur le 
champ à la louange de ce Seigneur. 

Ce Poëte s'étant trouvé fortuitement dans un bain avec Saâdi , fans le con- 
noître , ils fe dirent d'abord quelques mots piquants l'un à l'autre ; puis étant 
fortis du bain & prenants leurs habits , Hemâm ayant fon fils à fa droite & Saâ- 
di, qu'il prcnoit pour un Dervifche du commun, à fa gauche, s'informa de fon 
pays , & apprit qu'il étoit de Schirâz , furquoy il lui demanda s'il ne fçavoit 
point quelques vers des plus nouveaux de Sàadi, & le Dervifche lui en recita 
deiL plus beaux. 

Hemâm lui demanda enfuite , fi on faifoit quelque état à Schirâz de ceax de 
Hemâm , & s'il en fçavoit quelques-uns : Le Dervifche lui recita auffi - tôt ce 
diftique , qui étoit de' la compofition de Hemâm. 

Entre celuy que j'aime (f moy il y a , Hemdm , un voile qui nous fépare ,• mait 
il ejl tems déformais que je le tire pour jouir pleinement de fa vàe. 

Saâdi n'eut pas plutôt achevé ce diftique , que Hemâm le reconnut & lui fit 
•mille carefies. 

L'Auteur du Defter Lathaif , qui rapporte cette hiftoire , dit que ce voile 
dont il eft parlé, eft le corps qui nous empêche de voir Dieu, & que ces vers 
fignifient, le tems de ma mort approche, t^oyez le titre de Saâdi. 

G g 2 HEMAM 



-23<S H E M A M. — — H E M I A R. 

H E M A M Kemâleddin Mohammed Ben Abdal vaheb , qualifié par Arabfchab 
un des plus illuftres Doéleurs du nombre des Sadât , c'efl-à-dire , de la race 
d'Ali. 11 vivoic du tems de Tamerlan & mourut l'an 86i de l'Hégire^. Nous 
avons de luy le livre intitulé Zdd al fakir , la provifion du pauvre ou du Re- 
ligieux , qui eft dans la Bibliothèque du Roy, n^. 602. Cet Auteur cfl appel- 
le aufli Hemàmeddin, 

HEMAM, dit Thabib Al Tàbrizi , le Médecin de Tauris. Il eft l'Auteur 
du livre qui porte le titre (XKrfchàd fi mârefat al adâd Introdu6lion à la fcien- 
ce des nombres. 

HEMÀR, un Afne domeftique ou fauvage. Ce mot fe prend chez les 
Orientaux en bonne & en mauvarle part ; car Mahomet d'un côté dit , que la 
voix de l'Afne eft la plus defagreable de toutes , & même que c'eft celle du 
Diable : cependant l'Afne du Mcflie , celuy de Balaam , & celuy d'Efdras ou 
Ozair , font fort eftimez par les Mahometans , & Bafchar Al Mariffi , Doftcur 
inllgne, a décidé, que la chair de l'afne étoit permife dans le Mufulmanifme. 

Mervan , dernier Khalife des Ommiades , fut furnommé Hemar , l'Afne , & 
l'Afne de Mefopotamie , à caufe de là force & de fa vigueur. Voyez fon titre. 

Les Oi'ientaux tiennent , que l'afne fauvage furpalfe tous les autres animaux 
en vîcelle. Baharâm, Roy de Perfe, fut furnommé Gour , mot qui lignifie en 
Perfien afne fauvage^ Voyez le titre de BaJiarâm. 

HEMIAR , un des enfans de Saba , fils de Cahtan ou Jo6lan , qui fut le 
chef de la plus grande & plus noble tribu des Arabes de flemen. Il a don- 
né fon nom aux peuples appeliez Hemiarites, qui font les tiomeritœ dont parle 
Ptolomée. 

Abdalmalek Ben Hcfeham a écrit un livre intitulé A^ifab Hcmîar u moloukha , 
les Généalogies des Hemiarites &; de leurs Roys. Haifan Ben Jacob Al leme- 
ni, qui mourut Fan 334, a compofé auffi un ouvrage fur le même fujct , au- 
quel il a donné le titre à' Eklil fil anfàb. Couronne des généalogies, &c. Voyez 
auiîi le livre intitulé Boghiat al moftafid. 

La langue & les cara6lères des Hemiarites font très-anciens; Al Bergendi re- 
marque , qu'il y avoit de fon tcms une infcription fur la porte de la ville de 
Samarcand, en ces caradères , que perfonne n'entendoit. Il y a un proverbe 
parmi ces peuples qui porte , que celuy qui vient demeurer parmi eux , doit 
apprendre leur langue; parce qu'elle eft fort différente de celle des autres ^^-a- 
bes.. Pokok nous a donné im catalogue des Roys de la dynaftie des Hemiarites. 

Seid Hcmiari , Auteur d'une fe6le particulière paj-mi les Schiites ou Partifans 
d'Ali , qui publioit que Mohammed fils de Hanifah, troifième fils d'Ali, n'étoit 
pas mort, & qu'il devoit reparer toutes chofes foit dans la Religion, foit. dans 
l'Etat. Voyez le titre de Mohammed Ben Hanifah, 

IJalfan Sabdh , qui a fondé la dynaftie des Ifmaëliens de Perfe , prétendoit 
être Hemiaii d'oritrine. :f ^i '-'^" 

Les .Arabes Hemiarites prétendent auflî avoir conquis l'Afrique , & y avoir 
établi' leur langue avant que les Mahometans s'en foient rendus les maîtres : 
leur prét-ention eft fort conteftée par les Phœniciens ; fi l'on avoit des livres 
3iîy2j anciens, l'on pourroit décider ce difiTcread.. 

H E MI G HE R.,, 



H E M I G H E R. - — H E N D. . 237 

HEMIGHER, furnom d'un Poëtc Perfien fort illii/lre , qualifié Magdcd- 
din. L'on dit , que l'Atabck Sal.gar (chah Jiiy ayant fait prcTent d'une de fcs 
veiles les plus prétieufes , mais qui étoit fort vieille , fur laquelle les paroles 
de la profeffion de foy des Mufulmans étoient brodées en or, on en lilbit feu- 
lement le commencement, qui porte: Il n'y a point de Dieu finon Dieu, Lae- 
lah ellalah. Quelques-uns étonnez de n'y voir point ce qui fuit toujours immé- 
diatement après : Mahomet eft l'Envoyé de Dieu, Mohammed raffoul allah ^ que 
les tarmes apparemment avoient rongé, Hcmigher leur dit agréablement, c'cft 
que cette velle a été faite avant le tems de Mahomet. 

HEM S, EmelTe, ville de Syrie, fituée à jo degrez , 45 minutes de longi- 
tude, & à 34 degrez de latitude Septentrionale. 

Les Orientaux veulent , qu'Hippocrate ait fait fon féjour ordinaire en cette 
ville, d'où il venoit fouvent à Damas; & les Chrétiens du pays difent aulTi que 
la tête de faint-Jcan Baptifte fut trouvée dans la même ville, fous le règne de 
Theodofe le _^cune, 

La ville de Hems a été célèbre au tems du Paganifme par le temple du So- 
leil , qui y étoit fcrvi par des cérémonies particulières fous le nom d'Elah ga- 
balah, duquel l'Empereur Romain, nommé Heliogabale, a tiré le fien. 

Elle fut prife par les Francs fur les Mufulmans , dans la même année que 
celle d'Antioche, à fçavoir, l'an de l'Hegire 491, de J. C. 1098. Saladin la 
j-eprit l'an 583 de l'Hegire, de J. C. 11 87. Les Tartares en dépoiiillerent les 
Mufulmans l'an ôsj de fllegire , de J. C. 1258. Elle palfi depuis entre les 
mains des Mamlucs , & de ceux-cy aux Turcs qui la poûedent encore au- 
jourd'huy. 

La ville d'EmelTe fut rcnverfée par un horrible tremblement de terre , avec 
celles de Hamah , de Tripoli , d'Apamée , de Laodicée , d'Antioche , '&c. l'an 
de l'Hegire 552, de J. C. 1157, pendant que les François ou Latins occupoient 
la Syrie. 

HEMTEN", en Perfien fignifie un compagnon inféparable. C'eft le titre 
ou furnom que Kaicaous, Roy de Pcrfe de la féconde dynaltie , donna à Ro- 
llam, après que ce Héros , le plus fameux de l'Orient, l'eût délivré des mains 
de Dhoulzagar, Roy de l'Iemen, qui avoit fait une grande irruption en Perfe. 

H END u Sen-1, & Hiiid ve Sind , c'efl ce que hous appelions d'un mot 
général les Indes Orientales , qui font partagées par les Orientaux en ces deux 
difFérens noms HenJ & Scnd. Le pays de Hend elt l'Orient de celuy deScnd, 
& a à fon Couchant le Golfe de Perfe, au Midy 1 Océan Indien , à l'Orient de 
fort grands dcferts qui le feparent de la Chine, & au Septentrion le pays des 
Azcic ou Tartares. 

Il paroît par cette pofition , que le Send eft feulement ce qui s'étend de - çà 
<!c de-là le long du fleuve Indus, particulièrement vei-s les emboucheures. l^c- 
■^iz le titre de Send. 

Tout le pays de Hend & de Send pris enfemble fe divife en trois parties. 
La première s'appelle Giuzurat , que nous appelions Guzerate ou Decan ; elle 
confine avec les pays de Gazncn , de Multan &. de Makhran , & ell la plus 
Occidentale. 

Ga 7 La 

a. ut 



138 H E N D. 

La féconde porte le nom de Manibdr, que nous appelions le Malabar ; elle 
eft à l'Orient & au Midy du Guzerate , & on l'appelle encore Belad al fulful , 
le pays du poivre , parce que c'eft-là où il vient en abondance : l'arbre qui le 
porte s'attache aux autres & les embrafle comme le lierre. 

La troifième partie & la plus Orientale s'appelle Mâbar ou Mêbar, mot qui 
fignifie en Arabe le trajet & le paiTage, à caufe que l'on palTe de cette partie 
des Indes à la Chine: elle eft toute entière au de-Ià du Golfe de Bengale, & a 
pour capitale la grande ville de Canacor ou Cancanor, C'eft-là que l'Empe- 
reur ou le plus grand Roy des Indes fait fon féjour, félon l'Auteur du Meffa- 
het al ârdh , qui eft une Géographie Perfienne. Le titre des Roys de ce pays- 
là eft Birdaoval , dit le même Auteur , qui vivoit avant que les fuccefleurs 
de Tamerlan fe fufTent rendus les maîtres de la plus grande partie des Indes. 

Ebn-Alvardi écrit dans la première partie de fa Géographie Arabique , que le 
pays de Hend s'étend depuis le Send & le Makran, jufqu'à la ville de Kanoge 
de l'Occident à l'Orient , qui eft un efpace d'environ trois mois de chemin 
par terre , & que depuis Kanoge , en tirant de l'Orient vers Ip Septentrion , 
on va jufqu'au Tonbut, ou ïcbet, en quatre mois de chemin, à journées de 
Caravane. 

Le même Géographe dit, que les Roys des Indes portent le nom de Raiàn, 
nous les appelions Ragias; mais que le plus puilfant, & comme l'Empereur de 
tous, s'appelle Belhar. Il marque entre les principales villes de ce pays-là Kan- 
baiat, c'eft Cambaya, Soumenât, Manfourat ou Mahourat, & Canoge ou Ken- 
nauge. 

Il écrit auflî que les ifles principales de la mer Indienne font Cameron, qui 
eft le Cap de Comorin, car les ifles & les prefqu'illes chez les Orientaux s'ap. 
pellent du même nom, Sila ou Sili , Giamcout, Serandib , qui eft Zeilan, La- 
meri, Kala ou Kalé , qui eft peut-être Calecut & Mcherage. 

Hend & Send , ou les Indes font feparées de la Chine , félon les Auteurs 
Orientaux, par le Cap de Comorin; car les Anciens donnoient le nom de Sin 
en Arabe, & de Tchin en Perfien, aux pays de Siam , de Pegu , de Tunquin 
& de la Conchinchine. l^oyez le titre de Sila ou Sili. 

Les Orientaux ont quelquefois compris l'Ethiopie fous le nom des Indes , & 
les Perfans appellent encore aujourd'huy un Ethiopien Siah Plindou ou Hindi, 
un Indien noir. Leurs hiftoires portent , que les Indiens demandèrent des Evê- 
ques à Simon le Syrien , Patriarche Jacobite d'Alexandrie. Il ne faut point dou- 
ter que ces Indiens ne ■ foient les Abiflîn? '• car nos hiftoires Grecques & Lati- 
nes portent, que faint-Frumentius, qui palfa en Ethiopie, fut envoyé par faint- 
Athanafe aux Indiens. 

Une partie des Indes fut rendue tributaire aux Arabes fous le règne de Va- 
lid, fixième Khalife de la race des Ommiades, comme Ton peut voir dans fon 
titre particulier; mais elles ne furent fubjuguées entièrement que par Mahmoud, 
fils de Sebekteghin , lequel y pénétra bien avant & au moins jufqu'au Gange, 
ce que n'avoit encore fait aucun Prince étranger depuis Alexandre le Grand. 
C'eft ce qui fait qu'Ebn Amid n'appelle jamais Mahmoud , Roy de Gaznah ou 
Sultan de Gaznin , mais toujours Roy des Indes. Khofrou Schah , dernier 
Sultan des Gaznevides , fonda le Royaume de Lahaver ou Lahor. Foyez les 
titres di Mahmoud 6f de Kofrou Schah. 

Les Orientaux appellent Bahar Al Hend , la mer des Indes , & lui donnent 

auflî 



H E N D A s s A H. H E R A M. »3> 

auflî le nom de Herkend. Scherif Al Edrifli écrit , que cette mer s'étend de- 
puis les côtes de la Chine , prife , comme nous avons vu cy-delTus , jufqu'à l'en- 
trée du Golphe Arabique ou Mer rouge. Les Anciens ont donné cette même 
étendue à ce qu'ils appelloient Mare Erythrœum , comme il paroît par le Péri- 
ple d'Arrien , & y ont compris auffi-bien que les Arabes les deux Golphes Ara- 
bique & Perfique. ' l^oyez les titres ds Macdifchou àf de Mahmoud. 

HENDASSAH. HandafTah. 

HENDECAN, Ville de la province de Perfe proprement dite, dans la- 
quelle il y a un puits qui exhale une vapeur peftilente. f^oyez le titra de Fars. 

HENDI & Hendovi, & Hindou, un Indien & ce qui vient des Indes, com- 
me Tchini eft ce qui vient de la Chine. 

Kankah Al Hendi. Foyez Kankah. 

Ahmed Daouletabadi, eil encore appelle Schehàbeddin Al Hendi, Foyez Dou- 
letabad. 

Scrage al Hendi efl Auteur du Hvre intitulé Scharb al Bedâi. 

Khircat al hendi, une.jUidienne, c'eft proprement une robe déchirée. 

Giaouz al hendi en Arabe , & Hidollan Cozi en Turc eft un Cocos , que les 
Latins appellent conformément à la fignification du mot Arabe & du mot Turc 
Nux Indica ; les Arabes & les Perfiens le nomment encore Nargil & Narege : mais 
ces deux mots font Perfiens d'origine.. 

KENDO VAN, Quartier de la ville de Ralkhe, Capitale du Khoraflan, du^ 
quel étoit natif un Doélcur Mufulman fort célèbre, furnommé Hendovani. Son; 
nom étoit Abougidfar Mohammed Ben Abdallah Ben Omar. 

Il étoit fi fçavant dans le Droit des Mufulmans , qu'il parvi^it à la dignité 
de Mufti , non feulement à Balkhe ; mais encore dans toute la province Tran- 
foxane , &• fut furnommé encore Abou Hanifah le Jeune. Il avoir reçu fes tra- 
ditions d'Aâmafche , de Ben Salamah & de Giouzgiani , & mourut l'an 362 de 
l'Hegire, dans la ville de Bokharah. L'on dit, que le jour de fa mort un grand 
nombre de Mages & de Juifs fe convertirent au Mufulmanifme , en vue de fa. 
grande pieté & abftinence.. 

HENDU & Hindou, un Indien. C'eft auflî le nom d'un Roy de Hirah en' 
Arabie, fils de Noomân, fon prédecefl'eur , qui prit foin de l'éducation de Ba- 
haram Gour, Roy de Perfe. F oyez le titre de Baharam. 

RENDU GHE. Khalil Hendughé étoit un des principaux Seigneurs de la- 
Cour de Babur ou Babor , Sultan de Perfe de la race de Tamerlan. Il fe ré- 
volta contre le Sultan à qui il livra bataille & y fut tué par Ali Behadir. ^o- 
yez. les titres de Babur âf de Khalil. 

HERAH, Herat & Heri , c'eft la ville que les Anciens ont connue fous le 
nom d'Aria, qui a donné le nom à toute la province qui en dépendoit, appel- 
lée , par Ptoloméc , Ariana , laquelle jointe à la Drangiane & à la Baélriane , 
fait la grande province que nous connoilTons aujourd'huy fous le nom de Kho- 
raflan. 

Herat a toujours été une de fes principales villes, & , comme les Perfans par- 
lent., = 



a4o H E R A H. 

lent , une de fes quatre Capitales. Son terroir ample & fpatîeux pafTe - pour 
une province particulière, que l'on nomme fouvent Heri, où plufieurs Sultans 
de la race de Tamerlan ont fait leur féjour ordinaire. 

Khondemir , qui étoit natif de cette ville , dont il a fait la defcriptîon à la 
fin de fon biliaire, rapporte que fous le règne d'Abdallah , .Prince de la dyna- 
ftie des Taherites, il y avoit auprès de Herat un Temple des Mages ou Adora- 
teurs du feu, qui étoit d'une ftrufture magnifique, pour la confervation duquel, 
ces Idolâtrc-s payoient tous les ans un fort gros tribut aux Mufulmans , & que 
fort proche de ce Temple on y voyoit une Mofquée des Mahometans qui étoit 
très-chetive. 

La magnificence de ce Temple ou Maifon du feu , comme les Perfans l'appel- 
lent, faifoit un très-grand concours de Mages ou de Ghebres , comme on les 
appelle , qui y abordoient en foule de toutes parts. Un jour l'Imam , qui fai- 
foit le fervice de la Mofquée , tranfporté de zèle pour fa religion , dit dans fon 
fermon, avec beaucoup de chaleur , qu'il ne falloic pas s'étonner fi la religion 
Mufulmane languilloit & s'affoibliflbit tous les jours dans la ville de Herat , 
puifque le temple des Idolâtres étoit fi proche de celuy des Fidèles , & qu'il ne 
fe trouvoit aucun Mufulman afTcz zélé ou affez appij^é qui ofàt entreprendre 
de le renverfer. 

Les Auditeurs animez de ce difcours , ne manquèrent pas de venir la nuit 
fuivante mettre le feu à ce temple , & il fur brtilé entièrement avec la Mof- 
quée voifme , qui fut , par cette occafion , rebâtie beaucoup plus belle qu'elle 
n'étoit. 

Les Ghebres ou Mages ne manquèrent pas de porter leurs plaintes à Abdal- 
lah, contre la violence des Mufulmans. Ce Prince commanda que l'on infor- 
mât du fait , & fit citer devant luy quatre mil habitans de la ville , pour ap- 
prendre par lefirs dépofitions comment la chofe s'étoit paiféc : mais il n'y eut 
pas un de ces quatre mil qui ne luy afiurât de n'avoir jamais vu aucun Tem- 
ple de Ghebres dans ce lieu , mais feulement la Mofquée qui lui étoit prefque 
contigue. Sur lin témoignage fi autcntique & fi folemnel, quoy que faux , lés 
Ghebres furent déboutez de leur demande , &; leur Temple ne fut jamais plus 
rebâti depuis ce tems-là. 

Si la Mofquée, de laquelle on vient de parler, étoit chetive, celle que Gaia- 
theddin. Sultan de la dynafi:ie des Gaourides, y fit bâtir long-tems après, paf- 
foit pour un des plus beaux ouvrages de tout l'Orient; cependant elle fut brû- 
lée par les Tartares de Genghizkhan. Vo')jizz fur cela le titre de Mohammed , 
Sultan de la dynafiiie des Khovarezmiens, où la défolation entière de cette gran- 
de \'ille efl: décrite. 

Herat fut encore prife depuis ce tems-là par Tamerlan , & les prognofi:ics àcs 
gran.ls malheurs auxquels cette ville devoit être fujette , félon fon horofcope, 
ne furent que trop vérifiez, l^oyez le litre de Babur. 

Les Hift:oriographes de Pcrfe écrivent tous unanimement cependant , que la 
ville de Herat eil une des villes auxquelles Alexandre donna fon nom en la bâ- 
tilfant , & il efi: difficile à croue , que l'on ait pu conferver la mémoire de la 
confiiellation fous laquelle il en fit jetter les fondemens. 

- livrât ell fituée , félon les Tables Arabiques , à 94 degrez , 20 minutes de 
longitude , & à 34 degrez , 30 minutes de latitude i^eptentrionale. On appelle 
IL'raovi, un homme natif de la ville de Herat. l^'oy^z plus bas. 

HERALI, 



H E R A L î. -— HERMES. 24-r 

HERALI, furnom de Fakhreddin Aboulhaflan Ali, dit encore Al Te?ibi 
Al Sofi. Il étoit Sofi, comme fon furnom le porte, c'eft-à-dire , faifant profef 
fion de la vie retirée & contemplative. Nous avons de luy un recueil de fcpt 
traitez de la fcience myllique dans la Bibliothèque du Roy. n°. 616. 

HERAO VI, natif ou originaire de la ville de Herat. Nagmeddin Omar Ben 
Al Imâm Al Fadhel, Al Kamel Al Hcraovi, eft Auteur d'un livre fur la Gram- 
maire Arabique intitulé Mokhlajfar ^ ou Abbregé, qui eft dans la Bibliothèque 
du Roy n°. 11 19. 

Mohammed Ben Ali Al Heraovi eft l'Auteur d'un petit traité fur tous les 
mots Arabes qui fignifient Epéc ou Poignard ; il s'intitule Efma al feif. Cet 
Auteur mourut l'an de l'Hegire 433. 

Abou Ifmâil Abdallah Al Heraovi eft Auteur d'un Ouvrage intitulé urbain,- 
ou les quarante Traditions. Foyez encore le titre de Pir Herât. 

Ebadi Abou Affem eft auffi furnommé Al Heraovi. 

HERKEND, nom d'une partie de la mer des Indes, qui porte encore le 
nom de mer d'Oman. C'cft plutôt la mer qui s'étend le long de la côte 
d'Oman en Arabie. 

HERMES, Mercure. Les Arabes & autres Orientaux ont retenu ce nom 
qui eft Grec; ils ne le donnent pas cependant à la planète que nous connoiflbns 
fous le nom de Mercure, mais feulement aux perfonnes, car le nom Arabe de 
planète eft Ethared. 

Le premier perfonnage qui , félon leUr tradition , a porté ce nom , eft Hermès 
premier du nom qui vivoit mil ans ou environ après Adam, au commencement 
da fécond millénaire folaire du monde, & celuy-cy n'eft autre qu'Edris ou Enoch, 
furnommé par les Chaldeens Our.iai ou Douvanai , c'eft-à-dire , le Grand Maître , 
titre qu'ils ne donnent qu'aux plus grands Piiilofophes , ou Sages qui ayent vécu. 

Le fécond a paru au commencement du troifième millénaire folaire , & eft 
appelle Hermès Thani, le fécond Mercure, & le fécond Ouriai ou Douvanai, 
c'eft-à-dire , Dofteur du monde , pour le diftinguer de Hermès Alaoval qui eft 
le premier. C'eft celuy qui eft encore furnommé par les Arabes A! Motha- 
leth al hecmat , trois fois grand en fcience , & en fagefte , & Trifmegifte par 
les Grecs, 

Enhn c'eft l'Orus des Egyptiens d'où le nom d'Ouriai ou d'Ouroio qui fignifie 
Maître & Doéleur en langue Chaldaïque & Syriaque . luy a été donné. Je laiflc 
pouitant à décider fi Ouroio vient d'Orus , ou fi Orus vient d'Ouroio ; car il 
n'eft pas aifé à juger quelle nation eft la plus ancienne des Chaldeens ou des 
Egyptiens. 

Ce fécond Mercure eft encore appelle par les Chaldeens, comme nous avons 
déjà dit, Douvanai, que le livre intitulé ' j^frar Herm:s, les fecrets de Hermès, 
explique, le libérateur des hommes, quoy qu'il ne fût ny Ange , ny Prophète, 
comme il parle: mais c'eft à caufe qu'il les avoit délivrez de l'erreur. 

Le môme livre qui eft attribué à Hermès , dit qu'il naquit dans la grande 
conjonftion du Soleil avec ■ Mercure , & c'eft à cette occafion qui! nous pro- 
pofe le Thème de la nativité du monde : mais il y a grande apparence que ce 
livre de Hermès , aufli-bien que les autres , a été fuppofc par les Arabes , de 

Tome IL H h même 



,^j^ HERMES. 

même que ceux que nous avons du même Auteur, l'ont été par les Grecs foug 
le nom de Trifmegifte. 

Tout ce que nous venons de dire de Hermès efl tiré du Kerâb alkeranàt ou. 
livre des grandes conjonftions des planètes : mais Abulfarage écrit dans fou 
abrégé des dynailics qu'il y a eu trois Hermès , dont le premier efl Edris ou 
Enoch , & le troifiènie cfb celuy que nous avons marqué pour le fécond à fça- 
yoir Trifmegifte. 

Le fécond , félon luy , efl: un Hermès Babylonien ou Chaldeen , qui vivoit 
quelques fiecles après le déluge, & demeuroit à Calovaz, ville de la ChalJée: c'eft 
à celuy-cy que les Philofophes Chaldeens rapportoient les principales connoiifan- 
ces qu'ils avoient des aflres , & ils ne faifoient point de difficulté de luy attri- 
buer le rétablilTement de Babel que Nembrod avoit fondé , & qui avoit été. 
rainée de fon tems. 

Les Sabicns , defquels il, fera parlé dans leur titre particulier , ont par une 
tradition fuperftitieufe, qu'Èdris ou Enoch avoit appris de Seth , fils d'Adam, 
l'Ailronomie , & le culte de la Religion qu'ils profelfent ; c'efl; pourquoy ils 
confervent fort curieufement la mémoire de ce premier Hermès dans le livre 
qu'ils attribuent faulTement à Adam. 

Le premier Hermès efl; appelle des Arabes , par excellence Hermès al Hera- 
meiBh , l'Hermès des Hermès , ou bien Hermès Al Akbar , le Grand Hermès. 
Giaouberi dans fon traité intitulé Reml megman , dit qu'il fut furnommé aufll 
Al Mothaleth, ou Trifmegifte, à caufe des trois noms qu'il porte d'Ahknokh. 
ou Enoch , d'Edris , & de Hermès, & à raifon de Ces trois qualitez de Roy, 
de Sage, ou Philofophe, & de Prophète. 

Les Orientaux prétendent que cet Hermès ou Edris a été la première caufe 
occafionnelle de l'idolâtrie ; parce qu'Afclepiades fon difciple luy ayant drefl^é une 
ftatue après fa mort, & demeurant afliiuement auprès d'elle, il fembloit l'ado- 
rer, ce qui fut imité fuperftitieufement par les autres. Foyez le titre ^'Edris. 

On trouve en Arabe un livre intitulé Jfrar Kdàm Hermès, les paroles fecre- 
tes de Hermès, qui eft le même ouvrage que nous attribuons à ÂlercUre Trif- ' 
megifte. Il traite des grandes conjonftions des planètes, & de leurs effets. 
Son titre porte qu'il a été compofé par Hermès, ou Mercure fécond du nom, 
que les Grecs ont appelle Trifmegifte , & les Chaldeens Dhouvanai. 

Le Tradufteur Arabe dit que ce mot Dhouvanai fignifie en Chaldeen Mok- 
hallés albafchar, c'eft-à-dire, le Sauveur des hommes, à caufe que ce Mercure 
à prefervé les hommes de plufleurs calamitez , foit en les avertiffant avant qu'el- 
les ai-rivaflTent , foit en leur procurant les moyens de s'en garentir. 

Ce furnom pourroit fort bien convenir au Patriarche Jofeph que les Egyp- 
tiens qualifièrent Pfonthom Phanees , ce qui fignilie dans leur langue Sauveur 
du monde: par où il paroît que ces peuples attendoient un Sauveur, & qu'ils 
donnoicnt par avance ce titre à ceux defquels ils recevoient de grands bienfaits, 
ignorant celuy qui devoit porter ce nom par excellence. 

Le livre intitulé Beiàn fi tholoii al fchêra al jemdniah , traité du lever de l'étoile 
appellée par les Grecs, & par les Latins i'mui', ou Syrius qui eft le Canis major 
de nos Aftronomes, eft attribué à Hermès al Haramelfah, au premier des Her- 
mès qui eft l'Edris des Arabes. Il eft dans la Bibliothèque du Roy n°. 1033. 

HERMES. 



HERMES. H E S C H A M. 44j 

HERMES. Saint Hermès ou Mercure Martyr, qui fouffrit fous la perfecu- 
tion de Dece dans la ville de Cefarée. Les Orientaux, & même les Mahome- 
tans luy portent un grand honneur; ceux-cy difent que ce faint Martyr tranf- 
porta un nommé Schahed , fils de Ragia , en une nuit de la Mecque en fon 
Egliîe- Foyez le titre de Schahed. 

Les Chrétiens rapportent beaucoup de faits fabuleux de ce Saint, & particu- 
lièrement touchant la dévotion que Chofroes Roy de Perfe luy portoit , & les 
prefens qu'il luy fit. La Chronique d'Alexandrie dit que faint Hermès tua Ju- 
lien l'Apoftat par l'ordre exprès de" Dieu, & cite une révélation de faint Bafile 
fur ce fujet. 

HERMES. Aflabî Hermès, doits de Hermès, ou de Mercure. Ce font des 
racines féches & blanches d'une plante Automnale nommée par les Grecs & par 
les Latins Colchicum. On les appelle vulgairement dans les boutiques Hermo- 
dattes. Ce Colchicum efl différent de ccluy qui porte le furnom de Kigrim^ 
&. d" Ephemerum , & que l'on met au nombre des plantes dangereufes. 

HERZEK, les Turcs appellent ainfi la Boffine qui fe divife en Royaume, 
& en Duché. Ce mot vient de l'Efclavon Herze gouina qui fignifîe proprement 
le Duché. Herzekogli efl le nom d'un Renégat qui étoit fils d'un Duc de 
Bolïïne qui devint gendre de Bajazet fécond Sultan des Turcs, & Beghilerbegh 
de Romanie. 

HESCHAM, fils d'Abdalrahman , a été le fécond Khalife de la race des 
Ommiades en Efpagne. Il fucceda à fon père l'an 172 de l'Hegire, de J. C. 788, 
pendant que Haroun Rafchid l'AbbafTide tenoit le Khalifat à Bagdet. 

Ce Khalife que Roderic de Tolède appelle par corruption Ifen , foûtint pen- 
dant quelque tcms la guerre que fes deux frères nommez Soliman & Abdallah 
luy firent ; il les chaiïa enfin d'Efpagne , & les obligea de s'enfuir en Afrique. 
Il fit l'an 175 de l'Hegire de grandes courfes en Gallice. 

L'an 177 de l'Hegire, il prit Gircjpe & Narbonne fur les Chrétiens; mais il 
ne garda pas long-tems la féconde d'où les François ou Gafcons le chalferent 
avant fa mort, qui arriva l'an 179 de l'Hegire, après qu'il eut été défait par 
Alphonfe, Roy de Gallice, & des Afturies. 

C'efl cet Hefchâm qui acheva la fuperbe Mofquée qu'Abdalrahman avoit com- 
mencée dans la ville de Cordoue; il y fit conftruire aulîî un fécond pont, & l'on 
dit qu'il fe fervif dans ces bàtimens des Chrétiens qu'il faifoit venir de la Gaule 
Narbonnoife pour y travailler. Il eut pour fuccefTeur Hakem , premier du nom , 
duquel on a déjà parlé. 

HESCHAM, fécond du nom, fils de Hakem, auflî fécond du nom , a été le 
dixième Khalife de la race des Ommiades en Efpagne. Il fucceda à fon père 
i'an 366 de l'Hegire, de J. C. 975, âgé de dix ans, & huit mois feulement. 

Il eut pour Gouverneur & Régent de fes Etats un Ebn Amer qui avoit la 
quahté de Hageb, ou de Grand Chambellan, & qui dans la fuite porta le titre 
d'Almanfor, à caufe des grandes viéloires qu'il remporta fur les Efpagnols, & 
fur les Arabes rebelles qui fe foûlevoient de tems en tems. 

Ce Prince , après trente-trois ans de règne qu'il avoit pafTés dans une entière 
dépendance de ceu.x qui prcnoient la qualité de Hageb dans fa Cour, tomba en- 

Hh î lin 



a^^ H E S C H I AM. 

fm entre les mains d'un Almahadi qui l'enferma dans un lieu fort fecret, &qu!- 
fit courir le bruit qu'il écoit mort , en faifant même enterrer un autre pour 
luy dans le tombeau de fes predecciieurs. 

Mais Almahadi, après avoir joïiy quelque tems de la puiirance fouveraine, ne 
put pas fe défendre d'une grolle fitîion d'Arabes qui s'éleva contre luy. Ceux- 
cy refolurent de rétablir Hefchâm fur le trône , qui ne manqua pas de fe défaire 
auflî-tùt d'Almahadi, & d'envoyer fa tête à Soliman fon neveu, lequel pendant 
fa prifon, av^oit pris le titre de Roy à la faveur des Arabes de la campagne. 

Hefchâm étant remonté fur fon trône , fit Al Ameri fon Hageb , ou premier 
Miniitre : mais les habitans de Tolède s'étant révoltez contre luy , & ayant pro- 
clamé Roy Obeidallah, fils d'Almahad, & ceux de Cordoue ayant auffi appelle' 
Soliman fon neveu , il fut obligé d'en defcendre uoe féconde fois , & de palfer 
en Afrique. Soliman alors fut reconnu^ pai* tous les Arabes d'Efpagne pour le. 
feul Roy & Khalife légitime. 

HESCHIAM Ben Abdalmalek, dixième Khalife de la race des Ommiades^ 
fucceda à fon frère lezid, & fut le quatrième fils d'Abdalmalek qui joiiit du 
Khalifat. Il remporta plufieurs viftoires fignalées fur le Roy du Turkefiian nom- 
mé , ou plutôt furnommé Khacan , lequel fut tué dans un combat par Aifad ,- 
fils d'Abdallah General de fes armées. Il défit aufli Zcid , petit-fils de Houlfain, 
fils d'Ali,- lequel avoit été proclamé Khalife dans la ville de Coufah. 

La durée de fon règne fut de dix-neuf ans, & huit ou neuf mois ; car une- 
efquinancie le fuffoqua'' l'an de l'Hegire 125, de J. C. 842. Khondcmir. 

Mohammed, ou Ahmed Ebn Sirin , l'Auteur des Oneirocritiques en Arabe, 
qu'Ebn Schohnah dit avoit été fils d'Abdaluns , fils de Malek , vivoit fous le- 
règne de ce Khalife. 

Cet Auteur a traduit Artcmidore , & a ajoute beaucoup de fes obfervations 
particulières à l'original. Voyez le titre de Taâbir. 

Hefchâm a pafie dans l'hilioire pour un Prince des plus avares. Khondemir 
dit qu'il gardoit luy-même les clefs de fes trefors , & generalemeut de tous ks 
coffres; de forte qu'on eut de la peine à prouver un linceul pour fenfevelir, 
parce que tout étoit enfermé fous la clef. II aimoit cependant extrêmement- 
les chevaux, & en nourriflx)it jufqu'à quatre mil dans fes écuries. Il étoit lou- 
che, mais d'une manière qui luy lieoit bien. Ben Schohnah appelle ce défaut^ 
Ahoval bein haoval , entre le louche & le bigle , nous dirions en François 

Louchet. • 

Ebn Amid parlant de fon avarice dit qu'il avoit fept cent coffres pleins de 
meubles, de linges & d'habits qui étoient tous fcclle.z de fon fceau, & que l'on 
ne trouva pas à fa mort de quoy l'enfevelir. 

Le même Auteur dit que Hefchâm ayant donné le commandement de fes ar- 
mées à deux de fes enfans, les envoya faire la guerre aux Romains, c'ell-à-dire , / 
aux Grecs , & que l'Empereur Conllantin , c'étoit le fils de Léon Ifaurique, 
furnommé Copronyme, étant venu au devant d'eux avoit été. enveloppé, dé- 
fait, & pris prifonnier, ce qui eft tout -à- fait contraire à ce que les Hiftoriens 
Grecs & Latins rapportent de cet ÏLmpereur. 

Hclcl-jâm eut pour fucceffeur Valid fon neveu, fils d'Iczid fon predecciîeur. 
qui l'avoit ainfi ordonné au préjudice des propres enfans de Hefchâm. 
"Sous le Khalifat de Hefchâm le pays qui comprend la côte Occidentale de la. 

mt-r 



H E s s A B. H- I R A H. 24^ 

mer Cafpienne, où cfl la ville de Derbend au pied du mont Caucafe, fut con- 
quis par les Arabes. Ce pays fait une partie du Schirvan , & eft appelle en 
particulier par les Arabes Serir aidheheb , le pays du trône d'or. l''oyzz ce titre. 
Le trait de ce Khalife ell mémorable touchant la pieté; car un de fes enfans 
ne s'étant pas trouvé à la Molquée faute de monture , il luy dit d'un ton fort 
fevere qu'il y devoit venir à pied , & luy défendit en môme tems de marcher 
autrement pendant un an. 

HESSAB, un Nombre, & la fcience des nombres, l'Arithmétique, & l'art 
fuperftiticux de deviner par les nombres. 

Il y a parmi les Arabes un livre fuppofc d'Ariftote , qui ell une lettre de 
ce Pnilofophe à Alexandre intitulé Heffdb al galeb u almagloitb^ pour connoitre 
par la fupputation des nombres qui doit être le victorieux & le vaincu dans un 
combat. Ce Manulcrit ell dans la Bibliothèque du Roy n^. 670. 

Samâni a compofé un ouvrage intitulé Adab fi ejlêmdl al Hafeb^ des qua'itcz 
d'un bon cômputifte. 

HelTabiât u Khathâin, "la Règle des fauiTes polltions, 

Elliab fil Helfâb, traité d'Arithmétique, loyez ce titre, ^ celui ^Ellecfa fil 
gebr u mocabelah qui efl un traité d'Algèbre, 

Le célèbre Docleur Hendovani, duquel on a parle cy-deiï'us, difoit qu'il avoit 
trouvé un Doflcur à Bokhare, cà fçavoir, Meidani, & un demy Docteur nom- 
mé Ben- Fadhl, qui étoit cependant fort efiimé ; mais Hendovani le qualifioit 
ainfi , parcequ'il ne fçayoit pas êlm al héifabiât , la fcience des nombres. Ce 
jugement de Hendovani fit que Ben Fadhel s'y appliqua,, & y devint trés-habile. 

l^^oyez aufi le titre dz Diophantous dont l'Ouvrage fur les nombres a été tra- 
duit en Arabe, fans parler de beaucoup d'autres, entre lefquels il s'en rencontre 
un grand nombre de fuperûitieux. 

H IRA H. Au tems que les Molouk Thaovaif qui font les fuccelTeurs d'Alex- 
andre le Grand , regnoient dans la Perfe , Malek fils de Faham de la tribu ou 
famille d'x\zed, & de la ppilerité do Cahelan, fils de Saba , Roy de llcmen , 
s'écablit dans l'Iraque ou Chaldée , & y bâtit la ville de Hirah à deux lieues de 
Coufah, où après avoir régné quelque tems, il eut pour fuccelfeur fon frère 
nommé Amrou. 

Giodhairaah fils de Mtilek fucceda à Amrou fon oncle", & il fut furnommé 
Al Abras , parce qu'il étoit lépreux. Ce Prince eut une fœur nommée Ra- 
cafch , qu'il maria étant yvre , à un Arabe nommé Adi, fils de Nalfer, do la. 
famille des Lakhmites, dans laquelle le Royaumo de Hirah pafFa dans la fdte' 
quoy que Giodhairaah le fiât repenti de ce mariage, & qu'il n'y confentit après', 
qu'avec peine. 

Il y a eu plufieurs Princes de cette famille des Lakhmites qui ont fuccedé 
les uns aux autres dans le Royaume de Hii-ah , entre lefquels Amrilcais , & 
Nooman font' célèbres. 

Tous ces Roys font appeliez par les /Vrabes AI Monadherah, c'cll-à-dire , les- 
Mondars ou Mondirs, à caufe que tous portèrent le nom de Mondar avce quel- 
que furnom particulier. '[Jn des derniers fut chalîe par Cobad Roy de Perfe à 
caufe qu'il refula dembraifcr la fefte de l'Impofleur Mazdak , de laquelle 'ce 
Prince faifoit profeffion.; mais il fut rétabli par Noufchirvan fils de Cobr.d , i^ . 

H h 3. eut. 



245 HIT. H î T H r. 

eut pour fuccefTeur Amrou fon fils, qui fut furnommé Modhareth al hegiarat, 
fous lequel naquit Mahomet. 

Amrou eut trois luccelfeurs dont le dernier fut dépouillé par Khaled fils de 
Valid, Capitaine gênerai de l'armée des Mufulmans. Tous ces derniers Roys de 
Hirah n'étoient proprement que des Lieutenans généraux, & Gouverneurs pour 
les Ro3's de Perfe qui avoient fubjugué leurs Etats , de la même manière que 
les Roys Arabes de Gaflan en Syrie, l'étoient des Empereurs Grecs, avant que 
la Syrie fût conquife par les Mufulmans. 

Ces fuccefieurs d' Amrou portèrent tous trois le nom de Noôman - Khofroes, 
Noufchirvan tua en bataille un des trois que l'on appelloit Aboul Cabous pour 
le diftinguer des autres. 

La ville de Hirah fut ruinée par Sàad Ben Abi Vacas l'an 17 de l'Hegire , 
fous le Khalifat d'Omar , & ne s'eft point relevée , ny rebâtie depuis ce tems-là. 

Les derniers Roys de Hirah aufli-bien que la plupart de leurs fujets étoient 
Chrétiens. Le JudaiTme avoit fait aufll de fort grands progrez dans tout ce 
pays-là, au tems de Mahomet. Novairi a écrit l'hifioirc de ces Roys. 

Le Palais ou Château connu des Arabes fous le nom de Khaovarnak , qui 
étoit l'ouvrage de Noôman, fils de Monder Roy de Hirah, avoit été bfiti dans 
cette ville, & non dans celle de Coufah,, comme quelques-uns l'ont écrit. 

Ishak père de Honain étoit natif de Hirah, du nombre de ces Chrétiens que 
l'on appelloit Ebad, c'ell-à-dire. Serviteurs de Dieu, parce qu'ils s'étoient reti- 
rez aux environs de cette ville pour avoir un exercice plus libre dé leur reli- 
gion, lohanna Ebn Mafoviah dit par reproche à Honain qui le fervoit, que la 
Médecine n'étoit pas faite pour les gens de fon pays. 

HIT, nom d'une ville de la Province nommée en Arabe Erac, qui eft l'Ira- 
que, ou Chaldée. Elle eft fituée fur un des bords de l'Euphrate, lequel en fe 
courbant regarde le Septentrion, & elle u'eft éloignée de la ville de Cadefie 
où fe donna ce grand combat qui décida de la fortune de Perfe, que de huit 
parafanges qui font feize de nos lieues communes. 

Cette ville a, félon les Géographes Orientaux, deux chofes remarquables. La 
première eft une fontaine ou fource de Naphthe que les Perfans appellent 
Tchechmeh Kir, Fontaine de poix. Les Turcs pour diftinguer la Naphthe de 
la poix , l'appellent Carah fakiz , du maftic noir. La féconde chofe que les 
Mahometans trouvent confîderable à E^it eft le fepulcre d'un Mufnlman dont 
la fainteté eft en grande réputation chez eux ; il s'appelloit Abdallah , fils de 
Mobarek. 

L'Auteur de la Géographie Pei-fienne dans fon troifième climat , dit que la 
Naphthe fort des fontaines de terre, comme l'Ambre gris fort de celles de la. 
mer. f^oyez aiijft Edriiîi dans la partie feptième du premier climat. Ces Auteurs 
difent que ce fut avec cette Naphte, ou efpece de Bitume, que l'on bâtit les 
tours, & les murailles de la ville de Babel ou Babylone. Oioun Hit, les fon- 
taines de Hit d'oij fortoit cette Naphthe , font célèbres parmy les Arabes , & 
parmy les Perfans. 

HITHI, nom ou plûtoft titre de l'Empereur, des Abilîins, comme autrefois 
Pharaon & Ptolomée étoit le nom ou titre gênerai des Roj^s d'Egypte: Cepen- 
dant il eft appelle dans l'Alcoran Negiafchi qui vient de l'Ethiopien Ncgioufcho 

qui 



H I V A T. H O B B. 24^ 

fjui fignifîe Roy. C'efl: de ce nom que s'cil formé ccluy de Negus que nous 
donnons à ce Prince. 

HIV A T. Voyez le. titres de Haiat qui fignifie la Vie. Hivat al haivan efl 
l'ouvrage de l'hiiloire des animaux , compofée par Demiri : Il y en a deux 
éditions, l'une nommée Cobra, la grande, & l'autre Sogra, la petite. 

HOBAIRAH, nom propre. Cafr Ebn Hobairah , Château ou Ville bâtie 
dans riraque Arabique par Abou lezid Ben Amrou Ben Hobairah. Voyez le 
titre de Cafr. Il efl dans le troifième climat, & non pas dans le quatrième, 
comme l'on a marque dans le titre de Cafr. 

Abou ModhafFer lahia , dit Ebn Hobairah , cil l'Auteur d'un livre intitulé 
Ejchràf âla medhaheb al afchrdf, qui efl un traité fur les quatre feftes reconnues , 
& reçues comme Orthodoxes par les Mufulmans. Il a auiîî abrégé le livre qui 
porte le nom (ïEkhteldf al êlatm, des diverfes opinions des Dofteurs Mahome- 
tans. Cet Auteur porte la qualité de Vizir. Il mourut fous le KhaUfat de 
Moftafi l'an 555 de l'Hegire. 

HOBAISCH Ben Aâillun , Neveu de Honain Betf Ishak, lequel conjointe- 
ment avec Honain a traduit beaucoup de livres Grecs & Syriens en Arabe. Il 
y en a même plufieurs de fa façon, qui font attribuez à Honain fon oncle. 

Il y a eu un Ebn Hobaifch Aboulfadhl qui a excellé dans la Médecine. Il 
étoit Médecin à Teflis , ville capitale de la Géorgie ; c'ell pourquoy on le nom- 
me ordinairement Al Thabib Al Taflilïï. 

Hobaifch efc le diminutif de Hobafch, qui fignifie un petit Abilîîn, & un Coq 
de Numidie que les Latins appellent Meleagris , & les François , Coq d'Inde. 
Voyez Hobafch. 

HOBAL, Idole des anciens Arabes entouré de 360 autres , plus petits qui 
reprefentoient les Divinitez qui pouvoient être invoquées comme prefidentes à 
chaque jour de l'année. Cet Idole fut renverfé par Mahomet après qu'il fe 
fut rendu maître de la Mecque. 

Ebn Hobal , Médecin célèbre de Bagdet, Auteur du livre intitulé MokJitdry 
c'ell-à-dire. Recueil de matières choifies fur la Médecine. Il mourut l'an 610 
de l'Hegire. On l'appelloit autrement AboulhalTan Ali Ebn Ahmed. 

HOBASCH, efl le même que Hobaifch. Aboulfadhl Ben Ibrahim Al Taflifïï ' 
efl auffi nommé Hobafch. Il a compofé le livre intitulé Beian al iiogioum qui 
efl une Théorie, ou Defcription des étoiles fixes & errantes. On a auffi de luy 
un livre de Morale fous le nom de Catwun al abad. 

H O B B & Hobbat Allah , l'Amour de Dieu. On lit au fécond chapitre de 
l'Alcoran ces paroles , Falladhin amanou afchodd hobban lelali. L'Amour pour Dieu 
de ceux qui croyent eji le plu; difficile. 

Houflain Vaêz rend la raifon de cette difficulté en difant que l'Infîdele voit, 
& aime ce qu'il voit ; mais le Fidèle aime ce qu'il ne voit pas : & de plus , 
c'ell que l'homme ne peut aimer Dieu , fi Dieu ne l'aime auparavant , fuivant 
ee qui efl dit dans un autre verfet Johebhom u iohebounho. Dieu les aime , if 
ils raimerout.. 

11 



^48 H D H A I L. H L A G U. 

Il dit enfuite métaphoriquement, que fi la femence du premier amourn'a été 
iettée , la plante du fécond ne germera point ; & un autre Dofteur myflique 
dit : C'efl un trait du regard de cet amy qui m'a frappé , avant que mon œil 
fe foit tourné vers luy: expreflion qui paroît être tirée du Cantique des Can- 
tiques. II faut voir fur le fujet de Famour de Dieu le titre Efchkallah. 

H O D H A I L. Voyez le titre de Zafr ou Zafar, 

HODOUD, les Définitions des chofes. Hadd ou Hodcud al dcl , Ouvrage 
dans lequel on trouve les définitions principales de tout ce qui regarde la reli- 
gion & la pieté. Il eft dans la Bibliothèque du Roy n^. 723. 

HO F F AD H. Plurier de Hafedh, l^oyez le titre Thabacdt al hoffadh, Hi- 
ftoire de ceux qui ont confervé & communiqué aux autres les traditions reçues 
de Mahomet: Dhahabi en eft l'Auteur. 

HOGGIAH &; Heggiah , Sentence decifive d'un procez , Preuve convain- 
quante & demonftrative. Mohammed Al Gazali, Docteur infigne parmi les Mu- 
fulmans, a été qualifié du 'titre de Hoggiat al eflàm qui fignifie la preuve & la 
décifion du Mufulmanifme, c'eft-à-dire, le Docteur le plus decifif. 

Ce mot efl auffi devenu un nom propre. Takieddin Abubecr Ali Al Ha- 
maovi eft aufll furnommé Ebn Hoggiah. Il eft Auteur d'un Ouvrage intitulé 
Bediah , Chofe nouvelle , que l'on nomme encore Tacdim Aboubecr , & d'un 
autre qui porte le nom de Thamardt al aourâk fil mohadlurdt , \qs fruits des 
feuilles fur les contentions litigieufes, & fur les difputes. Le premier de ces 
Ouvrages eft dans la Bibliothèque du Roy n^. 1078, & le fécond au n°. 1155, 
le mot de feuilles fe prend pour celuy de livre. 

Il y a encore dans la même Bibliothèque n\ 1135, un Enfcha du même Au- 
teur , qui eft un Formulaire fort ample de lettres patentes des Princes , & de 
mifïives des particuliers. 

HOGIENDI, furnom de Borhancddin Ibrahim, Ben Ahrae.l Al Medcni qui 
eft Auteur d'un Commentaire fur ïqs^ Arbàin ou Quarante Traditions. Il mou- 
rut l'an 851 de J'Hegire. 

HOLAGU, cinquième Empereur des Mogols, étoit fils de Tuli Khan, qua- 
trième fils de Genghizkhan , •& fucceda à fon frère Mongaca, ou Mangu Caan, 
Il fut furnommé Ilkhan, & c'eft de lui que defcend la branche ou dynaftie des 
Mogols nommée Ilekhanienne. 

Il partit de Cara moram en Turkeftan, où Mangu Caan faifoit fa refidence, 
& pafîa dans l'Occident, c'eft-^-dire , en Perfe l'an 651 de l'Hegire, de J. C. 1253, 
avec une armée que fon frère lui donna , compofée de l'élite de tous les au- 
tres camps des Mogols , dont on avoit tiré deux foldats par dixaine. Il con- 
quit avec ces troupes tout ce que nous appelions aujourd'huy laPerfe, la Syrie, 
la Chaldée, la Mefopotamie & une grande partie de la Natolie; car ce fut fous 
Mangu Caan, & n'étant eftcore que particulier, qu'il fit ces grandes conquêtes. 

Il les- commença par l'extermination de cette fefte deteftable des Ifmaëliens 
de l'Iran, aufqucls on ne donnoit point d'autre nom que celui de Molahedah, 
£'eft-à-dire, d'impies, & il dépouilla leur Prince, nommé Rocneddin Khuz fchah, 

de 



H O L A G U. 14^ 

de tous les châteaux qu'il polTedoit dans le Gebdl , ou la Montagne, qui cfl: 
riraque Perfienne , ancien pays des Paithcs, licus' foits & bien munis de toutes 
choies. Cecy arriva l'an 654 de l'Hegire ; car Holagii navoic puii'é le fieuve 
Gihon ou Ox'us qui fepare l.i Perfc du ïuikeftan , qu en Tan 653 , dans lequel 
il écrivit au Khalife qù'il^ui envoyât des troupes pour forcer ces rebelles 
dans leurs montagnes. 

Après la défaite des Ifmaëiiens, Holagu avoit dcflein de venir par la Natolie 
droit à Conllantinople; mais Naffired.lin AlThouffi, ce fameux Adronome, qui 
drelTa enfuite les tables Ilekhanicnncs fur les obfervations qui fe firent à Ma- 
ragah fous l'autorité du même Prince, l'en dilfuada , & lui confcilla de porter 
fes" armes contre le Khalife Moftlaliem duquel il ctoit mal fatisfait en fou 
particulier. 

L'an 6s S de l'Hegire , Holagu s'approcha de Bagdct , & écrivit au Khr.life 
pour lui reprocher le refus du fecours qu'il lui avoit demandé contre les Ifmaë- 
liens, ennemis déclarez de la religion Mufulmane, & par confequent du Khalife. 

Les principaux Officiers du Khalife ayant fait faire une réponfe très-injurieUiC 
à fes lettres, & l'ayant même menacé de la colère de Dieu, & de celle du Kha- 
life pour avoir ofé mettre le pied fur fes terres, Holagu qui connoiifoit fes for- 
ces, & celles du Khalife, ne fut pas moins indigné, qu'irrité de leur infolence, 
& commanda à fes Généraux de marcher des deux cotez du Tigre pour affieger 
le Khalife dans Bagdct. 

Il faut remarquer ici que cette année 6ss de l'Hegire qui répond à la 1257 
de J. C. cft marquée par les Orientaux pour celle dans laquelle Conftantinople 
fut recouvrée par les Grecs fur les Latins, quoyque plufieurs de nos Hiftoriens 
ne la mettent que ^inq ans après. 

Ahmed Ben Mohammed Ben Abdalgaffâr Al Cazuini rapporte dans fon Ni- 
ghiariftan , au fujet de la prifc de Bagdet , & de la fin miferable du Khalife 
Moftâaircm, qu'un an avant la prife de Bagdet par Holagu, c'cfl-à-dire, l'an 
65s de l'Hegire, il y avoit un Gouverneur dans la ville d'Idcoubah , ou d'A- 
coubah, qui n'efl: pas beaucoup éloignée de cette capitale, qui avoit accoutumé, 
félon l'ufage afll'Z ordinaire du Levant, de fe faire gratter les pieds pour s'en- 
dormir. 11 em^loyoit à cet ufage un de fes efclaves nommé Atoudeh Ben Am- 
rdn, lequel s'étant un jour endormy en faifant cet office, fon maître lui donna 
un coup de pied pour le reveiller. 

Ebn Amrân s'étant rcveilié, demanda pardon à fon maître , & lui dit qu'il 
avoit fongé en dormant que la Mailbn des Abbaffides étoit fur le point de 
tomber, & d'efchve qu'il étoit, il deviendroit maître de f£tat des Khalifes, & 
de la ville de Tagdet. 

Le Gouverneur fe mocqua du fonge de fon efclave; cependant Holagu étant 
venu l'année fuivante mettre le fiegc devant Bagdet, les Mogols, ouTartares, 
dont le nombre. croiffbit tous les jours, firent un tel dégât aux environs, que 
le pays fut en peu de tcms entièrement ruiné, en forte qu'à peine y pouvoit- 
on trouver {le l'herbe ; car pour l'orge & la paille , on n'en p<arloit plus. 

L'armée des Tartarcs qui ne confi'ltoit qu'en Cavalerie, n'ayant plus de quoy 
fubfifler , Holagu eût été obligé de lever le fiege , & de fe retirer avec honte , 
& perte, fans la trahifon dont nous allons parler. 

Ebn Arardn fe trouv^oit pour lors du nombre des aiïïegez dans Bagdct, & 
il n'eut pas plutôt appris l'état de l'armée des ennemis, que par un billet qu'il 

Tawfi IL I i écrivit 



^So H L A G U. 

écrivit & attacha au bout d'une flèche, qui ftit enfuite tirée dans le camp des 
ennemis, il fit fçavoir à Holagu que s'il vouloit demander au Khalife qu'il 4ui 
envoyât un nommé Ebn Amran qui lui avoit écrit ce billet , il trouveroit le 
moyen de faire fubfifter ailément toute fon armée un mois entier. 

Holagu fur cet avis ne manqua pas d'envoyer ^leniander cet homme au 
Khalife Moftâaffcm. Ce Prince qui fc trouvoit réduit à une telle extrémité, 
que fi on lui eût demandé fon propre fils , il l'auroit accordé , fit chercher ce 
Ben Amran avec tant de diligence qu'ayant été enfin trouvé, il le lui envoya 
auffi - tôt. 

Cet cfclave étant arrivé au camp des ennemis, fut conduit devant Holagu, 
& lui découvrit qu'il y avoit des puits dans la ville d'iàcoubah où Ton avoit 
ferré une prodigieufe quantité de grains. Cet avis qui étoit fidèle, fit que les 
Tartares affamez trouvèrent de quoy fubfifler & qu'ils emportèrent de force 
cette grande ville qui fut pillée & ruinée entièrement l'an 6^6 del'Hegire, de 
J. C. 1258. 

Holagu qui devoit la prife de Bagdet à la trahifon d'Ebn Amran , crut ne 
pouvoir mieux recompenfer cet efclave qu'en luy donnant le gouvernement de 
la même ville, & de fes dépendances: ainfi fe vérifia le fonge qu'Ebn Amran 
avoit fait Tannée précédente. Foyez la mort du Khalife , & l'extinélion du 
Khalifat dans le titre de Mofiiâaflem. 

La priié de Bagdet fut bien-tôt fuivie de celle de Mouffal ou Moful, & de 
toute la Mcfopotamie , car Bedreddin , qui en étoit Sultan , n'attendit pas que 
les Mogols fe prefentaffent devant fa place ; il alla rendre en perfonne fès 
hommages h Holagu, lequel peu de tcms après fit jetter des ponts fur l'Euphrate, 
& paffi en Syrie. 

Ce fut dans ce tems-là qui efl l'an 657 de l'Hegire , que Holagu fucceda 
dans l'Empire des Mogols à Mangu Caân fon frère, décédé dans l'Orde de 
Genghizkhan à Caramoram, ville du Turkeilan, & ce fut dans la même année- 
qu il prit aufli les villes de Damas & d'AIep qui furent toutes deux defolées. 

Après la conquête de la Syrie, Holagu voulut aller donner ordre aux affai- 
res de l'Orient dont la fucceffion lui étoit échue : pour cet effet il laiffa un 
des Généraux nommé Ketboga avec un gros corps de Tartares dans la Syrie; 
mais ce General eut à faire à un nouvel ennemi qu'il méprifa. Cet ennemi 
futCotouz, furnommé Al Malek Al Modhaffer Seifeddin, troiCème Sultan des 
Mamlucs Turcs d'Egypte , lequel en l'an 658 , donna bataille à Ketboga , le 
défit, lui ôta la vie, & fit fes enfans prifonniers; ce qui fit retourner la Syrie 
fous la domination des Mufulmans. 

Les Hiftoriens remarquent cette défaite des Tartares pour la première qu'ils 
euffent foufferte jufqu'alors ; mais cette perte fut bien-tôt reparée par le retoiu: 
de Holagu qui reconquit la Syrie dans l'année fuivante 659. 

Quelque' tems après cette féconde expédition de la Syrie, Holagu paffa dans- 
la Province d'Adherbigian pour y prendre quelque repos , & ce fut-là qu'il 
affembla les plus grands Aftronomes du Mufulmanifme , aufquels il donna de- 
gros appointemens, & leur fournit tous les infl;rumens neceffaires pour y faire 
de nouvelles obfervations. La ville de Maragah affez proche de celle de Tau-: 
ris fut choifie pour lar conftru6lion d'un Obfervatoire , & ce fut dans cette 
même ville que Holagu, Prince fage & intelligent, mourut entre les bras de ces 
grands hommes qu'il avoit comblés de bien-faits, l'an de l'Hegire 663 ou 664 y- 

■ fçIoQï 



H O L A G U. ^^j, 

fclon quelques Auteurs, ce qui fe rapporte à l'an de J. C. 12^4 ou \26s 
après fix ans de rcgnj abfolu, depuis la mort do ion frère. * 

Dughuz Khatoua , une des principales femmes de co Monarque , qui étoit 
Chrétienne , l'accompagna dans toutes fes expéditions militaires ; fa piUdcncu 
& fa fciencc la firent beaucoup confidcrcr par fon mary qui lui donnoit part 
dans fes confeils , & la mit par ce moyen en état de procurer plufieurs avan- 
tages aux Chrétiens: elle furvcquit peu de tcms à Holagu , & fut enterrée auarès 
de luy dans la même ville de Maragah en la Province d'Adherbigian. 

L'on dit que Holagu avoit demandé en mariage la fille de Michel Paleob^-u?, 
Empereur de Conftantinople qui avoit chalFé les Francs de cette ville, camn e ■ 
nous avons vu plus haut: l'Empereur Grec la luî envoya; mais cette nouvelle 
epoufe le trouva mort. 11 y a cependant plus d'apparence qu'il favoit deman- 
dée pour fon fils ; car en cfifet Abaka Ilkhdn qui fucceda immediaeeraent à fon 
père, l'époufa dans Tannée 664. 

Ben Schohna'i fait le dénombrement des Etats que Holagu laiffa en mourant 
à fon fils, & unique héritier Abaka, ou Abga Khan l'an 663 de l'Hegiro. 

La grande Province nommée Khoraffan dont la' capitale étoit pour lors la 
ville de Nifchabour. 

Le Cebdl ou l'iraque Perfienne, pays des Parthes, qui avoit ix)ur capitale la 
ville d'Ifpahan. 

L'iraque Arabique qui comprend l'Aflyrie, & la Chaldée, & que l'on nomme 
auffi firaque Babylonienne, dont Bagdet étoit la capitale. 

L'Adherbigian ou la Medie dont la capitale étoit pour lors la ville de Tabriz 
ou Tauris. 

La Perfe proprement dite , dont la capitale étoit alors la ville de Scliirâz, 
autrefois dite Cyropolis; car Eftekhar ou Perfepo^is étoit déjà ruinée. 

Le Khourellân ou Khouziftân qui ell l'ancienne Sufiane , dont la capitale 
étoit Tôlier ou Schuiler , autrefois dite Sufe de Perfe. 

Le Diarbekir qui comprend une partie de l'AflTvrie ou Curdillan , & la Me- 
fopotamie , dont la capitale étoit MoUiTiI ou Mjful , bâtie auprès de l'an- 
cienne Ninive. 

Le pavs de Roum ou des Grecs qui comprenait l'Arménie , la Géorgie, & 
i'ATie Mineure dont la capitale étoit Conia qui ell l'ancienne ville d'iconium 
en Cappadoce , où les Sultans Selgiucides avoient établi leur fiege Royal , & 
d'où les Turcs Ottomans ont tiré l'origine de leur première grandeur. 

Voilà ce que les Mogols, que nous connoifTons mieux fous le nom de Tar- 
tares , avoient conquis dans i'^lfie en fi peu de tems , fans compter ce qu'ils 
avoient déjà pri, dans les pays du Nord au defllis, & au de-là de la mer Ca- 
fpienne, en Mofcovie, en Pologne, en Moravie , & dans l'Orient le Tebet, 
& la Chine même dont ils étoient les maîtres. 

Le même Auteur a remarqué auffi que les Tartares ne furent défaits qu'une 
feule fois pendant qu'ils firent toutes ces grandes conquêtes, à fçavoir par Ko- 
touz furnommé Al Âlalek Al Modhaffer , troifième Sultan d'Egypte' de la dynafi:ie 
des Mamlucs Turcs ou Baherites ; car ce Sultan remporta une viftoire fignalée 
fur Ketboga, Lieutenant gênerai de Holagu en Syrie fan de l'Hegire 658, de 
J. C. 1259 5 durant le règne de Saint - Louis , comme nous avons déjà vu 
cy- deffiw. 

lia HOLBAT 



«52 H L B A T. — — H O M A I. 

HOLBAT Al Cornait," traité du vin, & de la débauche en 25 chapitresy 
dont la conclufion eft 'comme une retraélation de tout ce que l'auteur a dit , 
& une deteftation du vin comme d'une chofe défendue par la loy. Il eft 
dans la Bibliothèque du Roy n°. 11 82. l^oyez Le titre de Heliat. 

HOLVAN, & Hulvan , Ville de l'Iraque Babylonienne, c'eft-à-dire , de 
i'Aiîyrie. ou de la Chaldée, fituée à 34 degrez de latitude Septentrionale, où 
les Kh.ilifes venoient prendre le frais en été ; car elle eft dans les montagnes 
qui fe parent l'Iraque i3abylonienne de la Perfienne , dans laquelle cependant 
quelques Géographes la mettent. 

Cette ville eft à quatre ou cinq- journées de Bagdet en tirant vers le Septen- 
trion: on tient que Cobad, fils de Firouz Roy de Perle de la quatrième dyna- 
ftie, appellée des Khofroes ou des Saflanides, en a été le fondateur , & les Tar- 
tares ou Mogols de Genghizkhan les deftruéteurs. Le fepuicre de Hamzah y 
eft fréquenté, & vifité. 

Les Mufulmans croyent que le Prophète Elle qu'ils tiennent vivant , fait fa 
demeure dans une montagne proche de liolvan. l^oyez le titre de Zerib 
Bar Elia. 

Holvani eft le furnom d'Abdalâziz Ben Ahmed qui a commenté le livre d'Ia- 
coub Ben Ibrahim, intitulé yldab Al Cadhi^ des qualitez que doit avoir un bon 
Juge. Cet Auteur mourut l'an 450 de l'Hegire. 

Selman qui a compofé des Amali ou des Diélécs fur plufieurs matières difit». 
rentes, & qui mourut l'an 492 de l'Hegire, eft aufîî furnommé Holvani. 

HOMACA, plurier de Ahmac qui fignifie en Arabe un Fol, un Sot, un 
Ignorant, & ce que nous appelions en François un Innocent. 
"^Ketab al homaca u al mogafelin, traité des fols & des ftupides , Ouvrage 
d'Abulcaftem Ben Al Giouzi qui fc trouve dans la Bibliothèque du Roy n°. 862. 

no MAI & Humai, mot Perfien qui fignifie le plus noble oj^feau que les 
Orientaux connoilTcnt. Les Perfans l'appellent auffi Bad Khour , à caufe qu'il 
ne vit, & ne fe repaît, à ce qu'ils difent, que de l'air & du vent. 

Il pourroit fembler que ce fût l'oyfeau que nous appelions de Paradis, nom- 
mé par les Latins Majuicodiata ^ fi plufieurs Auteurs Arabes & Perfiens n'aftu- 
roient que le Humai eft une efpece d'aigle royale qui ne mange point les au^ 
très oyfeaux, & qui fe nourrit feulement des os qu'elle trouve. Saadi dit qu'il 
eft eftimé le plus excellent des oyfeaux, parce qu'il ne fait mal à aucun animal j 
& qu'il fe contente de manger les os qu'il trouve. 

Il ne f^ut pas pourtant confondre cet oyfeau avec celui que les Perfiens ap- 
pellent Uftukhan-khour, le mangeur d'os; car ce!uy-cy eft l'Offifraga des Latins 
que nous appelions l'Orfraye, qui déterre les corps, & mange leurs os dans les 
cimetières ; ce qui lui a fait donner aufli le nom à'Avis Bujîiiaria chez les 
Latins. 

' C'eft du nom de cette Aigle Royale ou Hunlai que.fe forme le mot de 
Humaioun qui fignifie en Perfien, Noble, Heureux, Excellent, & Augufte, à 
eaufe que l'ombre faite par cet oyfeau, -en volant fur la tête de quelqu'un, lui 
eft, félon la tradition des Orientaux , un prognoftique certain de fortune , & 
^c.graudew^ ce qui fait dire au mênio, ^âadi, que perfonne ne recherchera 

jamais- 



H O M A r. 

jamais l'ombre du Chathuant, quand bien même il n'y auroit point de Humai 
dans l'univers. 

HOMAI, & Khamani, furnommée au/ïï Tcheherzad, ell une Rcyne de Perfe 
qui tient le feptième rang dans la dynaftie des Kaianides. Elle étoit fille d'Ard- 
fchir Bahaman, fixième Roy de la même famille, & devint grolTe du fait de 
fon père qui la déclara en mourant fon héritière, julqu'à ce qu'elle accouchût 
d'un fils qui lui pût fuccedér. 

Elle en eut un en effet ; mais elle l'ex'pofa dans un coffre qu'elle mit avec plu- 
fieurs joyaux fur les bords du ficuve Gihon, au tems de fa crue. Les eaux em^ 
portèrent auflî-tôt dans leur courant ce coffre où étoit l'enfant, & le jetterent 
en un endroit où un Teinturier lavoit fes étoffes. 

Le Teinturier ayant ouvert le coffre, y trouva l'enfant, qu'il jugea être de 
grande nailfance par les pierreries de prix , que la Reyne y avoit mifcs , afin 
que celui qui le trouveroit eût de quoi faire nourrir fenfant. Il en prit donc 
un très-grand foin, & le nomma Darâb, à caufe de cette avanture. Foycz le 
titre de Durab. 

Lorfque cet enfant eut atteint l'âge de puberté, le Teinturier qui étoic fon 
père putatif, refolut de lui faire apprendre fon métier; mais Darâb avoic des 
inclinations bien plus nobles , & plus dignes de fa naifîance. Il voulut porter 
les armes , & prit l'occafion de la guerre que la Reine Homai faifoit aux Grecs 
pour s'énrôiler dans fes troupes. 

Il donna d'abord, quoique fort jeune, des preuves de fon courage; en forte 
qu'il fut dès -lors diftingué par les Commandans de l'armée, Lorfqu'i'l fut plus 
avancé en âge, il fit des actions d'une fi grande valeur, que le Général, qui 
remarquoit en luy des fignes d'une naiffance élevée au defllis de la condition 
d'un fimple foldat, crut en devoir donner part à la Reyne. 

Cette Pi-inceffe fit venir ce brave foldat en fa prefence , & jugea auGî- 
tofi: par fon grand air , & par fon âge qu'il pouvoit être cet enfant que 
l'ambition de régner lui avoit fait cxpofer. Pour s'en éclaircir entièrement, 
elle fit faire une cxn&s recherche de fon éducation. Le Teinturier fut appelle, 
& déclara l'avanture du coffre ; on reconnut encore quelques joyaux de ceux 
que la Reyne y avoit mis , & enfin fa naiffance fut fi pleinement vérifiée, 
qu'il fut reconnu pour véritable- fils d'Ardfchir. 

Homai fo mère qui avoit déjà régné 32 ans, luy mit elle-même la couronne 
de Perfe qui lui appartenoit, fur la. tête, & fe retira enfuite de la Cour, choi- 
fiffant un lieu écarté où elle palfa le reffe de fes jours dans une vie privée. 

Cette Reine mérita de régner par les grandes qualitez qu'elle pofledoit ; on 
lui attribue les plus beaux ouvrages qui fe voient aujourd'huy en Perfe , car 
l'on croit qu'elle fit bâtir le fuperbe Palais des 40 colomnes appelle Tchihil 




Homai fit bâtir aufîi la ville de Scmrem, ou Semiramis, au rapport du livre 
intitulé LeZ) altaovarikh. , ce qui fuit juger que cette Princeffe efl' la Semiramis 
des (îrecs. ' 

: Le Tarikh Cozideh ou Montckheb ne fait . aucune m.ention. de cette Reine 
dans la dynaftie des Càianidcs. 

I-i .1 HO M AID Air. 



^54 H O M A I D A H. H O M A I O U N. 

H OM AID AH. Abouthai lahia Ben Ho'maidali eft cité comme l'Auteur 
d'un Tariich ou Hiiloire. 

HOMAIDI, furnom de Mohammed Ben Abou Nafr qui a compofé une 
hiftoire , qui -commence à la naiffance du Mufulmanifme , & finit au Khalifat de 
Mollarfched l'AbbalIide: Elle eil intitulée JJolgat almojîâmel. 

HOMAIOUN, & Humaioun; ce mot fignifîe proprement en Perfien, Heu- 
reux, Royal, & Augufte. C'ell auffi le nom propre d'un Sultan fils de Babor 
ou Pabur , fils d'Omar Scheikh, fils d'Abufaidmcd , fils de Miranfchah, fils de 
Timur ou Tamerlan, félon Mirkhond, & Khondemir. ^ 

Nous mettons icy cette généalogie entière , parce qu elle eft importante pour 
fçavoir la véritable defcendance des Grands Mogols qui ont régné , & qui régnent 
encore dans les Indes , laquelle eft fort corrompue , & embrouillée dans la plu- 
part des relations de nos voyageurs. 

Babur fils d'Omarfcheikh qui ne régna point, fucceda à fon oncle Ahmed, 
fils d'Abufaid , dans les j)ays de la Tranfoxane , l'an 899 de l'Hegire , & 
J. C. 1493. 11 f^t chafte de fes Etats Tan 904 de la même Hégire par Schai- 
beg Khan qui prétendoit être fils d'Ahmed , & avoir été enlevé , & nourry 
parmi les Uzbeks. Babur fut obligé de s'enfuir avec ce qui lui refta de trou- 
pes fidèles au pays de Gaznah , & dc-là aux Indes où il régna jufqu'cn 937, 
& laifta pour fucceiTeurs deux fils nommez Homaioun, & Camoràn. 

Homaioun ayant fuccedé à Babur fon père l'an de J. C. 1530 , ne fut pas 
long-tems pailible dans i^QS Etats; car Schir khan fon Vizir s'écant lié d'intérêt 
avec Cimoran fon frère, firent enfemble un complot pour le dépouiller. Cette 
conjuration l'obligea de s'enfuir en Perfe auprès de Schah Thamas qui y regnoit 
•pour lors. 

Schah Thamas ufa d'une très-grande generofitc envers ce Prince , car il lui 
donna un puiflant fecours fous la conduite de Baharam Khan , par le moyen 
duquel il vint à bout de tous ^es ennemis , fut rétabli fur fon trône , & régna 
jufqu'en l'an 960 de l'Hegire, de J. C. 1552. 

Homaioun fut père de Gelalcddin Akbar , celuy-cy de Gehanghir père de 
Schahgehan , qui eut pour lils Aurenk Zcb ou Orangieb , qui règne en- 
core aujourd'huy dans les Indes , & que nous appelions ordinairement le 
Grand MogoL 

HOMAIOUN Nameh, ou Humaioun Nameh, le Livre Roj^al , ou Augufte. 
C'eft la traduftion Perfienne du livre intitulé Kalilah ve Damnah. 

Ce livre qui n'eft qu'un tifiu d'Apologues , & de fables tirées des proprietez 
des animaux , fut compofé par un Philofophe Indien nommé Bidpai pour un 
Roy des Indes qui portoit le nom de Dabfchelim. Il eft rempli de précepte» 
moraux, & politiques. 

Nourchirvan, Roy de Perfe, envoya fon Médecin nommé Buzrvieh exprès pour 
recouvrer ce livre qui étoit gardé foigncufement dans la Bibliothèque des Roys 
des Indes , & l'ayant entre les mains , il le fit traduire de l'Indien en langue 
Pehelcvicnnc qui eft l'ancien Perfien , & lui donna le nom de Humaioun 
Nameh. 

Abou^iâfar Almanfor , fécond Khalife àQi Abbaffides, le fit enfuite traduire de 

l'an- 



HO NAIN. " 25^ 

l'aticien Perfien en Arabe, par l'Imam Abulhaflan Abdallali Ben Mocannâ foiis 
le titre de KaliJah & Damnah. ' 

Quelque tems aprjs, le Sultan Nafler Ben Ahmed, de la dynaftie des Sama- 
•ides , le fit encore traduire de la langue Arabique en Perfien. plus moderne , 
par un Doftcur inconnu; & cette verfion fut mile aufli-tôt en vers, par le cé- 
lèbre Poète Perfien nommé Roudeki. 

Baharara fchah , fils de MaiFoûd , Sultan de la dynafiiie des Gaznovides , non 
content de cette verfion Perfienne, fit travailler Naliallah Aboulmàala, le plus 
éloquent homme de fi)n tems, fiir le texte Arabique de Mocanna, & c'efl: cet- 
te verfion Perfienne que nous avons aujourd'huy fous le titre de Kalilah ve 
Damnah. l^oycz le titre de CaUlah ou Kalilah, 

Ce livre a acquis une Çi grande ellime dans l'Orient, que dans la fin du neu- 
vième fiècle de THegirc , l'Emir Sohaili , Géneralillîme des armées de Houflain 
Ben Manfour , Ben Baicarah ou Baiera , Sultan de Khoraflan , qui étoit de la 
pofl:erité de Tamerlan , entreprit d'en faire faire une nouvelle verfion , par le 
Do6teur Hufiliin Vaèz , dit Al Kafchefi , laquelle furpalle toutes les autres en 
élégance & en clarté. 

Cette nouvelle verfion porte le nom à'^nvar Sohaili , les Splendeurs ou les 
Lumières de Canopus, à caufe qu'elle fut faite à l'inftance de l'Emir, qui por- 
toit le nom de cette confi:ellation , & a été traduite en langue Turquefque en 
profe & en vers. 

Gemali l'a mife en vers pour Bajazeth, fécond du nom, Sultan de la race des 
Ottomans. 

Il y a un autre Humaioun Nameh , qui efl: un formulaire de lettres dans la 
langue & dans le fi;yle des Perfans ; c'ell un Mohammed Ben Ali , connu fous 
le nom de Schehabeddin Al Monfchi , qui en ell l'Auteur, 

HO NAIN. Abouzeid Abdalrahman Honain Ben Ishak Ben Honain, Méde- 
cin Chrétien , célèbre dans fon art , m.ais encore plus illufl:re par la traduction 
qu'il a faite des livres Grecs en Syriaque & en Arabe. 

Il étoit fils d'un Ishak, & fut père d'un autre Ishak, que l'on qualifioit Ben 
Honain, & lui-même étoit petit-fils aufïï d'un Honain. Il étoit Ebadi ou Eba- 
dien, c'elt-à-dire , de ces Chrétiens, connus fous le titre de Serviteurs de Dieu, 
lefqucls s'étoient ramafi!cz de pluficurs endroits de la Syrie & de l'Arabie , & 
avoient choifi leur demeure dans l'Iraque Babylonienne ou Chaldéc aux envi- 
rons de Hirah & de Coufah. 

Il fut Médecin du Khalife Motavakkel , _& mourut fous le Khalifat de Mota- 
med l'an 160 ou 261 de l'Hegire, excommunié par le Patriarche pour une gran- 
de irrévérence qu'il avoit commife contre les images. 

■ Il avoit été difciple de Jtan , fils de Mafibviah , que nous appelions Mcfué , 
lequel parut lui envier fa doctrine , & il le fervit beaucoup -d'Ishak fon fils & 
de Hobaiz fon neveu dans les verfions qu'il entreprit. 

Nous avons de luy, dit Ben Schonah , l'Euclide & l'Almagefle de Ptolemée 
eh Arabe , que Thabet Ben Corrah , le Sabien , a revu & corrigé après luy. 

La plus grande partie des ouvrages d'Hipocrate & de Galien, qu» l'on a en 
Arabe, efl; fortie de l'école de Honain: car il avoit pluûeurs difciples qui fe fai- 
foient honneur de faire pafi^er leurs traductions fous fon nom. 
' Il y a dans la Bibliothèque du Roy plufieurs ouvrages du même Auteur , com- 

> • me 



.%S6 ' H O R M O U Z. 

me Kefalat al naik & Haouafchi mejfail al Iiakim Honaîn le Abifanek^ n*. 86<5. On 
attribue aufïï la traduflion des Analj'tiqucs d'Ariflote , & du Traité de l'inter- 
prétation à Honain & à fon iils. Les Arabes appellent le premier ouvrage Ano- 
louthka, & le fécond Bari Arminias , noms corrompus du Grec. • 

HORMOUZ, Ville que nous appelions aujourd'huy Ormuz, fituée fur le Gol- 
fe de Perfe. Le Géographe Pedien, dans le MelFahat al ardh au troifième cli- 
mat, parle en ces termes de la ville d'Ormuz. 

Cette ville cH très-ancienne & appartient à la province de Kerman , qui efl: 
la Caramanie Perfique , fituée au milieu d'une plaine très -fertile en palmiers 
d'Inde. Après que les Francs ou Européens l'eurent ruinée , les habitans paf- 
rent dans une ifle du Golphe Perfique , qui en étoit fort proche du côté de 
l'Occident, & y bâtirent une nouvelle ville, à laquelle ils donnèrent le même 
nom , & l'on ne voit plus préfcntement que le tour des murailles prefque tou- 
tes ruinées de l'ancien Ormuz. 

Teixcra dans fon hiftoire d'Ormuz dit, que ce furent les Turcs, c'efl-à-dire , 
les Selgiucides, qui par leurs pilleries obligèrent les habitans de fe retirer dans 
rifle de Gerun, où ils bâtirent la ville dite aujourd'huy Ormuz. 

Jean de Barros écrit que , lorfque les Portugais arrivèrent aux Indes , ils ne 
trouvèrent point d'autre Ormuz que celle qui étoit bâtie dans l'ifle , celle du 
Continent étant déjà ruinée , de forte qu'il feroit fort difficile de deviner qui 
font ces Francs ou Européens, lefquels, félon le Géographe Perfien, l'auroient 
pu démolir; de forte qu'il eft plus fur de s'en tenir aux annales de Touranfchah 
d'où Tcixera a tiré ce que nous en avons déjà rapporté. 

Le nom de cette ville s'écrit en Perfien , de môme que celui de quelques Rois 
de Perfe, connus par les Hîfi:oriens Grecs & Latins, fous celui de Plormizdas. 
Les Perfans attribuent à l'un d'eux la fondation de cette ville. Voyez Hormouz, 
fils de Schabour, & Hormouz, fiis de Narfi. 

Les Annales de Touran fchah atti-ibuent la fondation de cette ville à un ISIo- 
hammed, Prince de i'Iemen de la famille de Saba, fils de Joftan, fils de Hebcr, 
lequel ayant été défait par un autre Prince de (es voifins , traverfii le Golphe 
Perfique & s'habitua dans la province de Kerman , où il bâtit cette ville qui 
n'étoit pas éloignée de la m:r. Ce Prince fat furnommé Dithem kûb, à caufe 
de"s drachmes, monnoye d'argent, qu'il fit battre, & non pas Drame u , comme 
l'appelle Teixera. 

La nouvelle Ormuz a une fort haute montagne qui couppe fifle d'une mer 
à l'autre: la fortorefic, que les Portugais y ont bâtie, regarde le Nord, & fut 
prife par Schah Abbas , Roy de Perfe , fur les Portugais , qui n'y font point 
rentrez depuis. Tout le commerce de cette ville , dont le terroir n'efl; que fel 
& fouffre qui y rendent la chaleur infupportable , a été transféré par les Per- 
fans au Bendcr Abbaflî, qui efi: fur le même Golfe un peu plus vers le Nord. 

HORMOUZ, fils de Schabour & petit-fils d'Ardfchir Babegân , efi; celui que 
nos Hifioriciis appellent Hormizdas , fils de Sapor , troifième Roy de Perle de 
la race des Saifanides ou Khofrocs. 

C'étoit un Prince de très-bonne mine, robufte & de belle taille. Il s'addon- 
m à l'étude ; ' mais fa fcience lui nuifit : car elle le fit tomber dans \qs erreurs 

de 



HORMOUZ.- ^^ 

ée Manés, qui prétendoit avoir raffiné fur la dodrine de Zoroaftre, Légiflateur 
des Mages, en la mêlant avec celle des Chrétiens. -j 

Ce Prince fut tellement prévenu en faveur de cet impofteur , qu'il 6t bâtir 
exprès une place forte entre Bagdet & la Sufiane, pour lui fervir de retraite 
contre ceux qui le pourfuivoient juflement à caufe de fon impiété : ce château 
fut appelle Defkereh, nom qui ell demeuré depuis ce tems-ld à tous les châteaux 
en général. 

On tient auflî que ce Prince a été le fondateur de l'ancienne ville de Hor- 
mouz ou Ormuz, & qu'il lui donna fon nom: Elle étoit bâtie dans la terre fer- 
me, & on l'appelloit tJcheher Hormouz , la ville de Horraouz , pour la diflin- 
guer de Gezirat Hormouz, l'Ifle de Hormouz , où on a depuis bâti une villa " 
du même nom. l'^oyez encore Hormouz, fils de Narfi. 

Ce Prince i du confentement de tous les Hilloriens, n'a régné que- deux ans 
au plus; car quelques-uns ne lui donnent qu'un an & dix mois de règne, & 
marquent fa mort en la deuxième année de TEmpire de Maxirain. Baharam, 
fon fils, lui fucceda. 

L'Auteur du Bahariflan rapporte dans fon troifième chapitre , qu'un des Mi- 
niflres de Hormouz ayant acheté pour luy une partis de Diamants cent mil di- 
nars d'or, & ayant appris qu'il n'en vouloit point, lui écrivit qu'il trouvoit à 
les vendre au double du prix qu'ils avoient coûté; c'ell - à - dire , qu'il y avoit, 
comme parlent les Marchands , cent pour cent à gagner. Ce Prince fage & 
definterelfé lui fit réponfe en ces termes. Ni cent , ni mil' de profit ne me 
font rien: mais fi je me mêle de ftiire le négoce, qui eft-ce qui fera le métier 
de Roy ? Et que deviendrons les Marchands ? 

L'on lit dans le Rabi al abrar une de ces maximes, que l'on appelle Apoph- 
thegmes , qui lui. eft attribuée , à fçavoir , que les Princes font femblables au 
feu qui brûle ceux qui s'en approchent de trop près , & qui fert beaucoup à 
ceux qui s'en éloignent à une diftance convenable. Les termes Arabes font Man 
carebha Kather âlaihi dhararha u man baêdha entefà bihi. 

Ce Prince efl furnommé par quelques Hiftoriens Al Horri , & par quelques 
autres Al Giarri; mais ce dernier mot peut être corrompu par la tranfpofition 
des points : Le premier fignifie libre & libéral. Ce fut lui qui établit Nômân , 
fils de Mondar, furnommé Aboulcabous , dans le Royaume de Hirah en Chal- 
dée, lequel fut tué enfuite par Khofrou Parviz, félon le Rabi al abrar; mais il 
y a bien plus d'apparence que ce fut Hormouz , fils de Noufchirvan , & noa 
pas le fils de Schaboûr qui donna la couronne à Nôman. L'on parlera de cet 
Hormouz après Horraouz, fils de Narfi. Foyez Schaboûr fils d'Ardfchir. 

HORMOUZ, fils de Narfi. C'ell Hormizdas., fils de Narfes , comme l'ap- 
pellent les Grecs, 11 étoit petit-fils -de Baharam & fut le huitième Roy de Per- 
fe de la famille ou dynaftie des SalTanides. 

Ce Prince paflTe pour avoir été doué de toutes les vertus royales ; car il ai- 
moit extrêmement la juitice qui en eft la principale , & en donna des marque» 
éclatantes par l'établiflement qu'il fit le premier d'entre tous les Roys de cette 
dynaftie, d'une Cour de juftice créée exprelTement pour reparer les torts que les 
Grands faifoient aux plus petits. Il ne fe contenta pas d'avoir érigé ce tribu- 
nal contre les propres Officiers; mais il y venoit fouvcnt préfider lui-même, 
pour imprimer plus de terreur à ceux qui abufoient de leur autorité. 

Tome IL K k Hor- 



tst H R M O U Z. 

HoiTHOUZ regm refpace de neuf ans pendant lefquels il étendit beaucoup les 
limites de fon Empire. Il bâtit plufieiirs villes dans le Khuziftan, qui eft la \u- 
fiane, & le Tarikh Cozideh aufïï-bien que le Lebtarikli difent , qu'il eft peut- 
être aufii le fondateur de l'ancienne ville de Hormouz , fituée dans la provin- 
ce de Kerman , quoyque plufieurs attribuent la fondation de cette ville à Hor- 
rtouz, fils de Schabour , un de fes prédecelTeurs , qui a été le troilième Roy 
de la même dynallie des Salfanides. 

Ebn Batrik dit, qu'il régna fept ans & cinq mois fur la fin del'Empire de Gai- 
lien, c'efl-à-dire , dans fa quatorzième année., 

HORMOUZ, fils de Noufchirvîln. Les Perfans le nomment aufîî Hormozd,, 
d'où les Grecs ont fait Hormizdas. Il étoit fils de Khofroes , furnommé Nou- 
fchirvan, & fut le père de Khofroes, furnommé Parviz ou Aparviz. 

Ce Prince rendit afTez bonne juftice à ks peuples dans les premières années 
de fon règne ; mais il devint dans la fuite cruel , & particulièrement envers les 
Grands de° la Perfe , dont il fit mourir un fi grand nombre , que quelques Hif- 
toriens le font monter jufqu'à treize mille. 

Il prétendoit aufli fe poavoir pafler de gens de Jufl;ice , fous prétexte qu'il 
k vouloit rendre lui-même en perfonne à tous Ces fujets , ce qui fut la caufe 
des grands defordres, qui arrivèrent depuis dans fes Etats. Sa trop grande fé- 
verité aliéna tellement les efprits , & lés cœurs de tous les Seigneurs reftez en. 
vie , & enfuite de tous fes fujets , qu'une averfion fi générale de fon gouver- 
nement fit naître à fes voifins le deffein d'entreprendre fur fa couronne. 

Schabé Schiah , fon coufin-germain , fils du Khacân ou Empereur des Turcs 
Orientaux, duquel Noufchirvan, fon père, avoit époufé la fille, fut celui qui 
l'attaqua le premier. Ce Prince, après avoir palIé le Gihon, entra dans la Per-- 
fe avec uile armée de trois cent iflil hommes , ce qui obligea Hormouz , félon, 
le rapport de Khondcm.ir , de tenir un grand confeil de guerre pour délibérer 
' des moyens qu'il y avoit à prendre pour s'oppofer à de fi grandes forces. 
Pendant que le Roy tenoit fon confeil, un de fes Minifbres lui dit, que fon 
père, homme déjà fort avancé en âge, fçavoit quelque chofe affez importante, 
fur le fujet de cette guerre, dont il defiroit entretenir le Prince en particulier, 
ïi,e Roy commanda auffi - tôt qu'il fût appelle pour être entendu , &. voicy le, 
difcours que le vieillard lui tint. 

Lorfque Noufchirvan , père de vôtre Majefté , m'envoya de fa part vers le - 
Khacan des Turcs » pour luy demander une de fes- filles eh mariage , ce Prince 
fit venir devant moy toutes fes filles , afin que je fiffe le choix de celle que je . 
trouverois la mieux faite , & la plus fortablc pour le Roy mon maître. 

Une des Reines , femmes du Kliacan , qui efl: maintenant vôtre ayeule , ne ■ 
pouvant fe refoudre à.fc feparer de fa fille, qui eft aujourd'huy la Reine, vô- 
tre mère, ufa d'artifice, afin que je n'en fis pas le choix, & fit en forte qu'el-.. 
le parut devant moy, fans aucun auti-e ornement que celui de fa beauté natu-. 
relie , pendant que les filles des autres Reines fe préfenterent avec la pai-ure,. 
&avec tous les ajufl:emens qui convenoient à leur fexe & à leur rang. 

Je ne me lailfay point cependant furprendre , ni éblouir par l'éclat de tout ; 
cet appareil extérieur, & je m'arrêtai uniquement à celle qui me parut la plus 
belle, quoyque la plus négligée ; je la demandai au Roy fon père , & elle me 
fut accordée dans le même tems. H arriva donc, pour lors à mon égard ce que 

dit 



H O R M U Z. ijj^ 

dît un de nos Portes : Mon cœur s'eft tourné plufieurs fois à droit & à gau- 
che , mais enfin , il a laiffé toutes les autres bcautez à part pour s'attacher à 
vous feule. 

La Princefle m'ayant été confiée , le Roy fon père fit faire , fuivant l'ufa^e 
du pays , fon horofcope , par les plus habiles Aftrologues , pour apprendre d'eux 
quelle deftinée elle auroit en Perle. Ils s'accordèrent tous en ce point, qu'elle 
devoit mettre au monde un Prince qui furpalTeroit en grandeur & en puiflan- 
ce tous fes ancêtres ; que ce Prince fcroit un jour attaqué par un des Roys du 
Turqucftan, fur qui il remporteroit une viftoire fignalée, par la valeur d'un de 
fes Capitaines qui auroit la phyfionomic d'un chat fauva?e. 

Les Devins dirent de plus, que ce Capitaine feroit un homme de haute fta- 
ture, qui auroit le. front large, les cheveux épais, le vifage plein, le teint af- 
iez brun, les fourcils joints enfemble, la taille fort dégagée, & porteroit en un 
mot la phyfionomie de cet animal. 

Ce rapport , pourfuivit le vieillard , ayant été fait au Khacan , je pris congé 
de lui, & je conduifis la Princede en Perfe , & il n'eût pas plutôt achevé ces 
mots, chofe étrange, qu'il tomba roide mort aux pieds du Roy. Si ce Prince 
fut furpris de cet accident , il ne fut pas moins empreffé d'apprendre le nom 
de ce Capitaine qui devoit combattre & vaincre fes ennemis ; il fit chercher 
avec unp extrême diligence celui que l'on trouveroit avoir les fignes que les Afl:ro- 
logues & les Devins du Turkeftan avoient marquez , & comme , après une exac- 
te recherche, ils fe rencontrèrent tous dans la perfonne de Baharam , furnom- 
mé Tchoubin ou Khounin , félon quelques exemplaires , car ces deux mots s'é- 
crivent avec les mêmes caraftères marquez de difix^rens points , on ne douta 
point qu'il ne fût celuy que les Aflrologues & les Devins avoient prédit. 

Hormaz lui deflina donc le commandement de fon armée , & lui donna en 
même tems le pouvoir de choifir entre toutes fes troupes celles qu'il jugeroit 
les meilleures pour combattre les Turcs ; mais il demeura fort étonné ,"" lors- 
qu'il vit que Baharam ne choifit que douze mil hommes d'entre les plus braves 
de toute l'armée , avec lefquels il prétendoit d'en battre une que l'on faiibit 
monter jufqu'au nombre de trois cent mil. 

Ce grand Capitaine , qui étoit de la race des Princes de Rei , gouvernoit pour 
lors la province d'Adherbigian ou Medie. Il partit de ce pays-là, doù s'étant 
avancé vers le camp des Turcs , il ne fut pas plutôt en préfence , qu'il leur 
prefenta bataille. Il tua d'abord le Prince Schabé Schiah d'un coup de fieche 
de fa main, fit enfuite prifonnier fon fils, qui s'étoit jette le plus avant dans la 
mêlée pour vanger la mort de fon père, & il mit, par ce double fucccz fi 
avantageux & fi inopiné , les Turcs en un tel defordre , que n'ayant plus de 
Généraux à leur tête pour les faire agir , ils prirent la fuite & abandonnèrent 
leurs bagages aux Perfans, 

Baharam , après s'être rendu maître de leur camp & avoir fait un très-gros 
butin, envoya le Prince fon prifonnier à Hormouz, avec ce qu'il avoit trouvé 
de plus prctieux parmi les dépouilles des ennemis , & le Roy, fort content de 
fon aftion , lui donna les louanges 'qu'il avoit méritées , par une viftoire qui avoft 
fauve la Perfe des mains des Turcs : mais les envieux de la gloire du vainqueur 
qui étoient auprès du Roy , & entr'autres Jezddn Bakfche , fon premier Vizir , 
lui firent entendre , que Baharam ne lui avoit envoyé que la moindre partie du 
butin, & qu'il s'étgit refervé plufieurs pièces d'un prix incftimablc. 

K k a Ces 



,i.<5o H O R M O U Z. 

Ces mauvais offices firent un tel effet fur fefprit de ce Prince , qui étoit 
avare, qu'oubliant le grand . fervice que Baharam venoit de lui rendre, il perdit 
tout d'un coup l'eflimc qu'il avoit 11 jullcment conçue pour un fi grand Capi- 
taine ; de forte que pour le .deshonorer entièrement, en échange de fes pré- 
fens, il lui en envoya un, qui confiftoit en quenouilles, en fufeaux & en autres 
inftrumens, propres aux femmes pour filer. 

Baharam outré au dernier point de Tingratitude du Roy, & fe trouvant à la 
tête d'aufli braves foldats qu'étoient les fiens , crut qu'il étoit en état de fe 
.•venger de cet afi'ront ; il parut auffi-tôt au milieu de {es troupes paré de tout 
cet appareil féminin , que le Roy lui avoit envoyé , & leur donna part de tout 
ce qui s'étoit palfé entre le Roy & lui , leur faifant entendre qu'ils partageoient 
cet afl^ront avec lui. Ce fpeélacle 'accompagné des difcours, féditieux de Baha- 
ram, irrita tellement fes troupes, qui ne pouvoient fouffrir patiemment un trai- 
tement fi indigne fait à leur Général & à tout leur corps , que tous les Offi- 
ciers lui jurèrent avec de grands fermens qu'ils le fuivroient par -tout où fon 
relTcntiment le pourroit poulfcr., 

Baharam s'étant ainfi affui'é de la fidélité de fon armée, fe foùleva hautement 
contre le Roy , fit battre monnoye au coin de Khofrou Parviz , fon fils aîné , 
& la fit répandre en fort peu de tems par toute la Perfe. 
. Hormouz tourna auïli-tôt tout fon rclfentiment contre Khofrou fon fils , du- 
•quel les rebelles prenoient le nom pour lui faire la guerre , ce qui oBligea ce 
Prince à quitter la Cour, & à.fe réfugier en Adherbigian ou Medie, pour évi- 
ter la colère du Roy fon père. La guerre s'échauffant cependant entre ks deux 
partys , Hormuz fut défait par Baharam : mais fon malheur ne s'arrêta pas - là ; 
car lorfqu'il voulut fe fauver dans une de fes places , il fut faifi par une trou- 
pe de faftieux , qui l'ayant mis fous fûre garde , lui firent crever les yeux. 

Khozrou Parviz n'eut pas plutôt appris • la, difgrace de fon père , qu'il prit la 
qualité de Roy, & l'alla trouver, pour fe purger de tout ce qu'on lui pouvoit 
imputer fur ce qui s'étoit paifé. Plormouz lui dit, qu'il recevoit fes excufes, à 
condition qu'il fît châtier ceux qui l'avoient réduit en cet état : & fon fils le 
lui ayant promis, les troubles celferent. , & le règne de Khofrou Parviz com- 
mença , après douze ans du règne de fon père. 

Ce qui a été dit jufqu'icy de Hormouz, efi; tiré de Khondemir. Il faut voir 
le rcile des avantures de Baharam & de Khofrou Parviz ou Aparviz dans leurs 
titres particuliers. Aboulfarage, & pluficurs autres Hifi:oriens furnomment Baha- 
rdm, qui ufurpa dans la fuite la cour.onne de Perfe, Marzaban , mot qui figni-- 
fie Gouverneur & Lieutenant- Général de province &, d'armée. 

Noufchirvan avoit donné pour Gouverneur à Hormouz, fon fils, pendant fa 
jcunelfe, Buzurge mihir, homme doué de fort grands tàlcns. l^oycz dans fon ti- 
tre particulier , le tour que lui fit fon difciple , auquel ce fage Gouverneur rcr 
commandoit fur toutes chofes la vigilance & l'application aux aflaires. 

Hormouz fils de Noufchirvan, duquel nous parlons , fut furnommé Tagedâr j 
le Porte-couronne , à caufe de la coutume qu'il avoit de s'en fervir continuel- 
lement , ce que fes prédecefi'eurs ne pratiquoient pas; car ils ne la prenoient 
que lorfqu'ils rendoient juftice à leurs fujets: c'eft pourquoy il femble qu'il eût 
pris cette coutume , à caufe qu'il vouloit la rendre luy feul , ayant , pour cet 
effet, cailé tous les Officiers fubalternes qui l'adminiilroient fous fon autorité. 

Lion dit, que ce Priive étant interrogé pourquoy il ufoif d'une fi grandç_ 
.-;-) fcve-- 



H O R V A T. H O S R I. 



261 



féverité envers les Seigneurs de fa Cour, dont il tenoit un grand nombre dans 
les prifons, répondit qu'il le faifoit, à caufe qu'ils témoignoient de le craindre 
trop , & qu'n trouvoit bon de le défier toujours de ceux qui ne prenoient 
point de confiance en Uij\ (^oyez aujjl les titres d'Onnoz âf a'Orraozd. 

' HORVAT & Harvàt. Horvat Vilaicti. Les Turcs appellent ainfi en leur 
langue la Croatie qu'ils confondent fouvent avec la Bofline, quoy que celle-cy 
ait néanmoins fqn nom particulier de Herzek & de Herzegouina. 

Les Turcs appellent aulfi Drenzil Ban , le Prince*ou Gouverneur de la Croa- 
tie, à caufe de Drenzen , Comte de Cilley en Croatie, qui fut défait & pris 
prifonnier, par le Bâcha de la Bofline fous iiajazet Second, l'an de l'Hcgire 899, 
de J. C. 1493. 

Les Grecs mo.lernes, comme Cedrenus & autres , appellent les Croates Hor. 
vatœ & Chorvalce. 

H O S N al menakeb ^ &c. men al fairat al Dhaheriat. La Vie & le Règne 
du quatrième Sultan des Mamlucs, Turcomans d'Egypte, nommé Bibars , fur- 
nommé Al Malek Al Dhaher & Al Bondokdari , qui commença fon règne l'an 
658 de l'Hegire & le finit en 676, qui efl de J. C. le 1277. Ce livre a pour 
Auteur Schafage Ben Ali, & le trouve dans la Bibliothèque du Roy, n^. 818. 

HOSN AI mohadherat fi akhbar Mcfr u al Caherat, Hifloire du vieil & du 
nouveau Caire d'Egypte, recueillie des ouvrages 'de 28 différens Auteurs , par 
Gelaleddin Al Sôiouthi. Elle efl dans la Bibliothèque du Roy, n. 824. 

HOSNI ou Hcfni , fïirnom de Takieddin Aboubecre Al HofTaini-, natif dô 
Damas, qui mourut l'an 820 de l'Hegire. Nous avons de lui deux ouvrage? 
dans la Bibliothèque du Roy, n . 686. 

«-Le premier eft intitulé, àioiar al fakcât al moumenàt al khairdt y les Vies- des 
faintes iMufulmancs. 

Le fécond porte le titre de Scir al -fakk fi afm armejfalek, la vie que doit 
mener un homme qid s'applique à la dévotion. 

HOSRI, furnom de Sdad Ben, que l'on appelle auffi' fouvenf Al Ovarrdk, 
TEcrivain. 11 efl différent d'Ibrahim Ben Ali , duquel on parlera immédiate- 
ment après ccluy-ci , qui efl Auteur du livre intitulé Lpfdindt men al Mc^Oniât 
Âl liariridt, c'cfl-à-dire , explication & Prononciation des mots dilBciles du IK. 
vre de Hariri, intitulé Mecamàt. 

HOSRI, furnom d'Ibrahim Ben Ali- Ben Temim , qui efl plus connu fous 
le nom de Cairovpni, à caufe qu'il étoit natif de la ville de Cairoan ou de 
Cyrene en Afrique. Il étoit excellent Poëte , & nous avons de lui un Divan' 
en Arab-e qui porte fon nom. 

Il compofa aufiî en profc , dans Ja même langue , ' plufieurs ouvrages , dont 
les principaux font Zahcr al addb ou Schaher al albab , les Fleurs des bonnes 
mœurs & les lumières des cœurs. Ce livre , qui efl un traité de morale fort 
complet, eft divifé en trois parties. 

Il en fit un autre, qui efl compris dans un feul volume , intitulé Ketàb M 
W.3jf(nmfifirr al Imvdn'al imkmun^ le livre caché, touchant le fecrctde l'hiN 
' iv k 3. milité,. 



^51 H OS S AN. -H OU.. 

milité & de la douceur. Ce livre eft fort eftimé, & Ben Rarehik le cite fou- 
vent dans fon ouvrage, intitulé ^^ ^wzoMiflge. 

Ce Dofteur, félon quelques-uns, mourut dans la ville de Cairoan fa patrie 
l'an de l'Hegire 413, mais plufieurs ont écrit qu'il publia fon livre de Zaher al 
adàb feulement dans l'an 450 , ce qui favorife le fentiment de ceux qui alfu- 
rent qu'il ne mourut qu'en l'an 453. C'eft ainfi qu'en parle Ebn Baffâm dans 
fon livre intitulé M Dakhirat, ou Tréfor. 

Cet Ibrahim eft furnommé Hofri , à caufe qu'il faifoit ou vendoit ce que le§ 
Arabes appellent Alhofra, plurier de Haflir, qui fignifie une natte faite de jonc, 
de feuilles de palmier ou d'écorce de cannes, fuj laquelle l'on s'aflied, ou l'on 

fe couche. -r^ o " . /- 

Un autre Ibrahim , natif de Bagdad ou BagJet , Doreur tres-fçavant dans U 
loy & dans la morale des Mufulmans , fut furnommé Al Zagiâge , le Verrier, 
à caufe que lui ou fes ancêtres faifoicnt profeflion de polir <Sc ti-availler le ver- 
re. £en Khalecân. Foyez auflî Kairoan. 

H OS S AN. Ebn Bcithâr cite fouvent dans fon Mogni un Auteur qui A 
écrit en Médecine , nommé Ebn Hoflan ou HulTàn. 

HOSSAS, furnom d'Aboubecre Ahmed Ebn Ali , qui eft cité fouvent fous 
le nom de HolTas Al Razi , à caufe qu'il étoit natif de la ville de Rei. Il a 
compofé un ouvrage, intitulé Ahcâin yJlcoran. Foyez ce titre. Cet Auteur mou- 
rut l'an de l'Hegire 370. 

HOSSOUN Al gebâl al raovaffi , nom d'une place très -forte du pays ou 
Royaume de Lar, qui eft procha du Golfe Perfique. Elle porte encore le nom 
de Burugcrd , félon Arabfchah , qui appelle ce pays- là Belad al Lour , ou 
Laour. 

HOU & Hû; ce mot Arabe a plufieurs fignifîcations, lefquelles s'entendront 
beaucoup mieux, par le récit que Ton va faire, que par quelque explication 
littérale que l'on lui pût donner. Il y avoit parray les Turcs en Natolie un de 
ces Abdais ou Extafiez , duquel on a déjà dit un mot dans la lettre B, que 
l'on nommoit Baba Bazarlu , lequel fc tenoit ordinairement enfermé dans (à 
cellule, & ne fe fervoit point d'autre livre que de fa muraille, fur laquelle H 
avoit fait écrire un feul mot de deux lettres , qui en occupoit toute la furface 
par la grolfeur & par la grandeur de {gs cara6lères. 

Ce mot eft Hu , que l'on prononce Hou , lequel étant quelquefois le pro- 
nom de la troifième perfonne , & quelquefois le verbe fubftantif pour expri- 
iner ce fens : Il eji, de forte que ce mot devient auflî un des n^ms de Dieu, 
parce qu'il marque fon eflence limple & abfolue , & répond au nom que Dieij 
fe donne à luy-même ; Je fuis celuy qui fuis ou qui efi. 

Les Mufulmans , pour remarquer cecy en paflhnt , mettent ordinairement ce 
mot aij commencement de tous leurs ouvrages, & il fe trouve en tête de tous 
les Refcripts , Paflepoits , & Letti'cs Patentes des Princes & des Gouverneur? 
^lahometans. 




HOUD. ,^3 

de force en criant, fans Intermiffion, hou, hou^ hou, qu'à la fin ils s'étourdif- 
ibnt & tombent fouvent dans des fyncopes, qu'ils appellent extafes. 

Quelques gens d efpnt étant venus un jour vifiter Bazarlu, lui dirent en rail- 
fcnt: Ce grand Hou, qui eil écrit dans vôtre cellule, ne peut plus fe rappor- 
ter à aucun nom, ni à aucun verbe tant il eft grand : car il faut remarquer, 
que ce pronom eft fouvent relatif & s'attache à la fin des noms ou des verbes , 
ce qui lui donne le nom d'affive, & il faudroit, lui dirent -ils , que la parole 
où il feroit attaché, fût couchée dans un efpace demefuré , fi l'on vouloit y 
garder quelque proportion. 

Bazarlu, qui ne manquoit pas d'efprit, leur répondit, faifant allufion au nom 
de Dieu, que ce pronom fignifie : Mes amis , fçachez que ce mot ne fe rap- 
porte à aucun autre, & que tous les autres fe rapportent à luy , & il leur ex- 
pliqua fa penfée par ces vers en langue Turquefque. 

La grandeur du Palais répond à la puijfance de celuy qui rhabite ; de même que 
chaque nid eft proportionné à fon oyfeau. 

Ne penfez pas non plus que les hommes fe gouvernent ou foient emportez ,' comme 
l'on dit ordiiiaireme^ît , par le tems ; car c'efi le tems qui s'accommode aux 
hommes , qui difpofent de luy comme étant fait pour eux. 

HOUD; c'eft le nom que les Arabes donnent au Patriarche, que les Hé- 
breux appellent Heber ; car il a plu à Mahomet d'appelier ainfi ce Patriarche, 
parce que croyant, comme l'ont cru plufieurs de nos Auteurs, que le nom 
d'Hébreu étoit dérivé de celuy du Patriarche Heber, par la même raifon celuy 
de lahoud , qui fignifie Juif, devoit être formé de celuy de Houd , & qu'ainfi 
Houd & Heber étoient le même nom. 

Houd étoit fils de Saleh , fils d'Arphaxad , fils de Sem , fils de Noé. Dieu 
l'envoya prêcher aux peuples d'Ad & de Schedâd : mais il y fit peu de fruit, 
trouvant même fort peu de gens qui Técoutafient , & encore moins de ceuS 
qui ajoûtaflent foy à fes paroles. L'incrédulité de ces peuples irrita tellement 
le Seigneur, qu'il envoya un vent brûlant ,. nommé Rih âkim dans l'Alcoran, 
qui les fit prefque tous périr. 

Après cette punition , Houd fe retira , félon quelques Auteurs , avec un pe- 
tit nombre de fidèles à la Mecque, ou il établit fa demeure; mais, félon les 
autres , il pafia dans la province nommée Hatfarmavet ou Hadhramuth , où il 
finit fes jours. 

En effet, on voit encore fon fepulcre dans la province d'Iemen ou Arabie 
Heureufe , proche la ville de Mirbath ; il y a même une petite ville bâtie à 
Tentour, qui porte encore le nom de Cabar Houd , le fepulcre de Houd. Ce 
Patriarche vivoit du tems que Giam fchid regnoit en Perfe , félon le Tarikh 
Montekheb ou Cozideh. 

Ce que nous avons rapporté cy-deffus, n'eft qu'un abrégé qui eft couché dans 
là Chronique choifie , ou Tarikh Montekheb , que l'on vient de citer : mais 
l'on trouve l'hiftoire de Houd bien plus étendue dans Khondemir , & dans la 
paraphrafe de Houflain Vaêz , fur le chapitre de l'Alcoran qui porte fon nom. 

Ils difent donc , que le Patriarche ou Prophète Houd car c'eft ainfi qu'ils 
l'appellent, étoit fiiJs de Schalekli, fils d'Arphaxad, fils de Sem, fils de Noë, 

& 



2-64 HOU D. 

& qu'il naquît dans l'Arabie parmi le peuple nommé Ad, c'efl - à - dire , les A- 
dites qui defcendoient d'Ad fils de Aous ouHus, fils d'Aram, fils de Sem, 
fils de Noë. 

Dieu, fuivant la tradition Mufiilmane tirée du chapitre Aaraf, le deftina pour 
prêcher à ce peuple l'unité de fon eiFence, & pour le détourner du culte des 
idoles. Ces idoles étoient Sakiah qu'ils invoquoient pour avoir de la pluye: Ha-.- 
fedhah à qui ils recouroient pour être prefervez de mauvaifes rencontres pen- 
dant leurs voyages : . Razceah qu'ils croyoient leur fournir les chofes necelTaires 
à la vie; & Saîemah qu'ils imploroient pour le recouvrement de la faute, quand 
ils étoient malades. 

Ces Adites habitoient dans l'Arabie Heureufe en une contrée nommée Ahcaf ; 
mot qui fignifie en Arabe des collines de fable , dont tout le terroir qui s'étend 
depuis la province de Hadhramut jufqu'à celle d'Oman fur les bords du Golfe 
Perfique, ell entièrement couvert. Houd prêcha inutilement â cS peuple 
pendant plufieiirs années , jufqu'à ce que Dieu enfin le lalla de les attendre à 
pénitence. 

La première punition que Dieu leur envoya, fut une famine de trois ans 
confecutifs ,' pendant lefquels le ciel fut fermé pour eux. Cette famine jointe 
à beaucoup d'autres maux qu'elle cauia, emporta une granJe partie de ce peu- 
j)le qui étoit le plus fort, le plus riche, & le plus puifiant de toute l'Arabie, 

Les Adites fe voyant réduits à une telle extrémité , & ne recevant aucun 
fecours de leurs fauiîes Divinitez, refolurent de faire un pèlerinage en un lieu 
de la province de Hegiâz où eft fituée prefentement la Mecque. 11 s'élevoit 
pour lors en ce lieu une colline de fable rouge, autour de laquelle on voyoit 
toujours un grand concours de divers peuples: & toutes ces nations tant fidel- 
les qu'infidelles, croyoient obtenir de Dieu, en le vifitant avec dévotion, tout 
ce qu'ils lui demandoient concernant les befoins , & les neceflîtez de la vie. 

Les Adites ayant donc refolu d'entreprendre ce voyage religieux, choifirent 
fôixante-dix hommes, à la tête defqaels ils mirent Mortadh & Killes, deux 
plus confiderables perfonagcs du pays, pour s'acquiter au nom de tout le peu- 
ple de ce devoir, & obtenir du ciel par ce m.oyen, la pluye fans laquelle tout 
étoit perdu cliez eux. Ces gens étant partis, arrivèrent auprès de Moavie, qui 
regnoit pour lors dans la province de Hegiaz, & en furent très -bien reçus. 
Ils lui expoferent le fajet de leur voyage, & lui demandèrent la pcrmiffion d'al- 
ler faire leurs dévotions à la colline rouge , pour obtenir de la pluye. 

Morthad qui étoit le plus fage de cette troupe, & qui avoit été perfuadé 
par les prédications du Prophète Houd , remontroit fouvent à fcs compagnons, 
qu'il étoit inutille d'aller faire des prières en ce lieu là, fi auparavant on n'ad- 
heroit aux veritez que le Prophète Houd leur prêchoit, & fi l'on ne faifoit 
une ferieufe pénitence de leur péché d'incrédulité: car comment voulez -vous, 
leur difoit-il, que Dieu répande fur nous la pluye abondante de fa mifericor- 
de, ii nous refufons d'écouter la voix de ccluy qu'il a envoyé pour nous in- 
ûruii-c. 

Kil qui étoit des plus obfl;inez dans fon erreur, & par conféquent des plus 
•contraires au Prophète, entendant les difcours de fon collègue, pria aufîîtôt le 
Roy Moavie de retenir prifonnier Mortadh , pendant que lui & les fiens iroient 
faire leurs prières fur la colline. Moavie fe rendit à iès inllances, & retenant 

celui- 



HOUD. ^ . 25^ 

celui -cy prifonnier, permit aux autres de pourfuivre leur voyage, & d'accoin-' 
plir leur vœu. 

Kil demeuré feul chef de ces fourvoyez, étant arrivé avec les ficns fur le 
lieu , fit ainfi fa prière : Seigneur donnez au peuple d'yJd de la pluye telle qiiil voar 
plaira^ & il ne l'eut pas plutôt achevée, qu'il parut trois nuées au ciel, l'une 
blanche , l'autre rouge , & la troifième noire. En même tems on entendit re- 
tentir du ciel ces paroles : Choifis laquelle tu veux de ces trois. Kil choifit la 
Noire, qu'il croj'oit la plus chargée, & la plus abondante en eau dont ils 
avoient un extrême befoin, & après avoir fait ce choix, il quitta auffi-tôt cet 
endroit, pour prendre la route de fon pays, fe flattant du fuccez heureux qu'a- 
voit eu fon voyage. 

Auffi-tôt que Kil fut arrivé dans la vallée de Mogaith, une des contrées du 
pays des Adites, il donna part à fes compatriotes de la réponfe favorable qu'il 
avoit reçue, & de la nuée qui devoit arrouler bientôt toutes leurs terres: ces 
peuples infenfez fortirent tous de leurs habitations pour la recevoir; mais cette 
nué^ qui n'étoit groffe que de la vangeance Divine , ne produifit qu'un vent 
très-froid & très - violent que les Arabes appellent Sarfar, lequel foufflant pen- 
dant fept nuits, & fept jours entiers, extermina tous les Infidèles du pays, & 
ne lailfa en vie que le Prophète Houd avec ceux qui l'avoient écouté, & em- 
braffé la foy. 

C'eft ce que fignifient ces paroles qui terminent l'hifloire de Houd dans le 
chapitre qui porte fon nom. Nous avons délivré Houd (f tous les Jiens par 7iûtrt 
mifericorde , (f 7ious avons exterminé entièrement ceux qui ont méprifé nos ftgnes ^ 
^ qui font demeuré dans Vinfidelité. 

Houd ou Heher ^dit dans le chapitre de l'Alcoran qui porte fon nom, au 
peuple auquel il prêchoit la parole de Dieu, & qui le menaçoit du dt^nier 
fupplice, ces paroles couchées dans fon chapitre: J'ay mis toute ma confiance, 
en Dieu qui efi mon Seigneur (f le vôtre; car il n'y a aucune créature fur terre, 
qu'il ne tienne entre fis mains par la touffe des cheveux de fon front , pour les cok- 
duire par le droit chemin oîi il lui plaît. 

Les Interprètes de ce pafl"age difent que cette façon de parier , tenir quelqu'un 
par les cheveux du devant de fa tête , fignifie que l'on cil maître abfolu de fa 
perfonnc, en Ibrte qu'il ne puiffe rien faire que ce qu'il plaît i celuy qui le 
tient par cet endroit. 

L'Auteur du Bahar alhacaik dit que ce chemin droit efl celui qui conduit, 
& qui fe termine à Dieu exclufivement à tout autre "fuivant ce palîage où il 
eil dit : U enn ela rabbeka montehi : C'eft à Dieu feul que toutes chofes fe 
rapportenL 

Dans le livre intitulé Nacd al noffous ^ qui eft une compilation de pluficurs 
commentaires de l'Alcoran, dans le chap. qui traite de l'unité, des aftions , c'eft- 
à-dire, de quelle manière Dieu agit dans l'homme, & de quelle façon l'hom- 
me coopère avec Dieu dans la produftion de îes actions, l'on trouve félon le 
fcntiment des Docteurs Mufulmans qui paflTent pour les plus Orthodoxes, que 
le Souverain Etre élevé au deffus de Toutes chofes, à fçavoir Dieu, ell effec- 
tivement l'Auteur, & le principe de toutes les aftions des créatures, & même 
de toutes leurs coopérations; que c'efl lui -feul, lequel par l'ordre de fa provi- 
dence, & avec le concours ûss caufes fécondes qu'il a établi, attire chaque 
chofe à foy, félon la capacité & les difpofitions du fujet, & qu'en cccy confifte 

ÏOME IL • L 1 Tin- 



i(5d H O U S. H Ô U S S A I N: 

l'intelligence de ce verfet où le Prophète Houd dît que Dieu tient un chacun 
par les cheveux de fon front, & le porte infailhblement & dii eftement où il 
lui plait. Un Poëte myllique explique ce îentiment en un feul vers qui eft 
moitié Perfien & moitié Arabe. . 

Dieu a attiré premièrement celui qui a attiré ceux par qui vous êtes attiré vous- 
même , afin que tous aillent âf retournent à luy. 

Un autre a dit fur le même fujet: Puifque tous les chemins qui fe trouvent 
foit à droit, foit à gauche, tendent à lui, tu as beau faire, quelque chemin 
que tu prennes, tu iras vers luy, ou pour être recompenfé , fi tu as pris la droi- 
te, ou pour être puni fi tu as pris la gauche. Comme tout prend fon origine 
de lui, il faut aUfli que tout s'y termine. ^ 

: Il y.apluficurs palfagcs dans ce même chapitre intitule Houd touchant la pre-- 
dcftin'ation , & la réprobation pofitive , qui ont fait dire à l'impolleur qui 
l'a fabriqué , par une hypocrifie qui n'a point fa pareille , que le chapitre ^oud 
lai avoit fait venir les cheveux gris avant le tems , tant il en avoit été 

11 y a un Carah Giâfar Al Cafchiri qui eft fur- nommé Ebn Houd Al Nifcha- 
bouri. Ployez le titre di Carah Giâfar. 

HOUS & Hus, Efl le même qu'Aous & Aus, qui eft apparemment le Hus 
de l'Ecriture fainte , pays d'où le faint homme Job étoit natif. Foyez la Ge- . 
nealogie de Houd & l'origine du peuple d'Ad ou des Adites. 

HOUSSAIN, Second fils d'Ali , & frère de Haflan, lequel ayant refufé de 
reconnoître lezid fils de Maovie pour Khalife légitime, fut obligé de quitter 
la ville de Medine, & de fe retirer à la Mecque. Les habitans de Coufah , 
dont la plus grande partie avoit beaucoup d'inclination pour la famille d'Ali, 
iiyant appris la retraite de Houiîain, le convièrent de venir chez eux, après 
l'avoir proclamé, & reconnu unanimement pour Khalife légitime, & déclaré 

lêzid pour un ufurpateur. ,., j -^ u i r . /- v • 

lezid n'eut pas plutôt appris cette nouvelle, quil dépêcha un de les Capital- - 
nos nommé Obeidallah, avec des troupes pour aller au devant de lui. Ce Ca- - 
pitaine ayant rencontré Houflain dans la plaine de Kerbela qu il travcrloit pour 
venir k Coufah à gran.les journées avec foixante - douze perionnes feulement de 
fa famille, le tua lui & tous les liens, l'an 6i de l'PIegire. 

Cette mort de Houiîain que les Perfans appellent Schehadet, c'elt-à-dire, le 
Martyre par excellence, efl déplorée tous les ans parmi eux le dixième jour • 
du mois nommé Moharram, & a été la caufe de la haine implacable des Kha- . 
•lifcs Abbaflides, contre les Ommiadcs. Cecy n'étant qu un abrégé de Ihiftoire 
de Houlfain, nous en allons voir quelques autres particularitez des plus re.- 
ma^i'quables. • 

- Houffain fécond fils d'Ali, que les Perfens difent être le troifième Imam ou 
Pontife de la loy Mufulmane , naquit à Medine la quatrième année de 1 Hegire, 
n'ayant été que fix mois dans le ventre de fa mère Fathemah , fille de. Maho- 
met. Sa naiirance palTe chez les Perfans pour miraculeufe; car ils avancent 
hardiment qu'aucun cnflint .n'eft né dans ce terme avant lui, .a ta reierve d la- . 

• ill3 3 , 



MOUS s A IN. .j5. 

hia, qui eft faint-Jean Baptifte, Ils difent auffî que Ja mort violente qu'il de 
voit fouffrir pour la juftice de fon droit, & pour la Religion, mort que les 
Mufulmans qualifient du nom de Schedadat, qui fignifie témoignage, ou martv 
re, lui fut annoncée par Gabriel, lorfqu'il étoit encore dans le tems de fon en- 
fance, & que cette nouvelle lui donna dès ce tems -là un air morne & triftc 
qu'il conferva toute fa vie. , 

HoulTain étoit âgé de huit ans, lorfque Mahomet mourut, & de trentc-fept 
au tems qu'Ali fon père fut alîailîné. Le refle de ù. vie qui fut encore d'en- 
viron vingt ans, fe palTa allez paifiblement fous le Khalifat de Maovie : mais 
lezid fon fils , & fon fucceiîcur ayant commencé à régner l'an 60 de rHe<Tire 
cet impie qui s'étoit dé Jaré ouvertement l'enncmy de Mahomet , & de fa "mai- 
son, envoya fes ordres à Medine pour faire mourir HouIHnn & Abdallah fils 
de Zobair qui pouvoient lui dilputer le Khalifat. 

Ces ordres ne furent pas fi fecrets, qu'ils ne vinfient à la connoifiance de 
ces deux perfonnages; c'elt pourquoy, après avoir délibéré conjointement fur ce 
qu'il y avoit à faire , ils prirent la rciblution de fe réfugier à la Mecque , de 
fc déclarer tous deux ouvertement contre lezid, & de ne le regarder plus qu3 
■comme un Ufurpateur. 

Les habitans de la ville de Coufah ayant appris d'un côté la perfccution 
qu'Iezid faifoit à Houfiliin, & de l'autre, que les Medinois avoient proclamé 
Khalife Abdallah fils de Zobair, fu-ent fçavoir à Houlfain que s'il vouloit le 
tranfporter chez eux, il y feroit non feulement en fi'ireté de fa pcrfonne, mais 
qu'en confideration de l'efliime qu'ils avoient pour Ali fon père, & pour fa 
maifon, ils lui rendroient leurs hommages, & le" reconnoîtroient pour le feul 
légitime & véritable Khalife; Houflliin prit le party de les aller trouver. 

Il fortit pour cet effet fort fécretement de la Mecque, accompagné feulement 
de foixante - douze Cavaliers qui étoient tous fes enfans, ou proches parens , 
efcorté de quelques troupes d'infanterie Arabe , prenant le chemin du defert qui 
eft entre Coufah & la Mecque; mais il ne put û bien cacher fa marche, 
qu'Obeidallah uiî des Généraux des armées d'Iezid qui commandoit les troupes 
d'Arabie, n'en eiàt avis. Ce General lui coupa le chemin par la Chaldée, que l'on 
appelle aujourd'huy l'Iraque Arabique & Babylonienne, & le rencontra dans la 
campagne de Kerbela, où plufieurs troupes s'étant jointes à luy, HoulTain fe vit 
invefli tout d'un coup par dix mil chevaux. 

Il falloit dans une telle conjonfture , ou fe rendre ou périr en combattant. 
Houfl'ain chofit le dernier party , & 'ce fut en cette extrémité qu'après avoir 
combattu avec une bravoure incroj^able, & vendu bien chèrement fa vie à fes 
ennemis, il fut mis en pièces lui & les fiens le dixième jour du mois Moharram 
ebns la foixante - unième année de l'Hegire. 

Cette datte eft fi célèbre parmi les Perfans, qu'ils l'appellent encore au- 
jourd'huy, la journée de Houiîain, Jaum Houfiàin, & Rouz Iloufiain, jour ce- 
pendant que les autres Mufulmans appellent Afchour, & Afchoura. La mé- 
moire , & le Deuil de cette mort fon encore célébrez folemnellement tous les 
ans parmi eux , & c'eft cet anniverfaire de pleurs & de lamentations extrava- 
gantes qui entretient encore aujourd'huy l'averfion de cette nation, pour toi.< 
les Mufulmans qui ne font pas dans leurs fentimens, de même qu'elle caufa pour 
lors une haine implacable entre les Ommiades, & les Abbaffides , comme l'on 
peut voir en plufieurs endroits de cet ouvrage. 

Lia I;a 



26t HO us s AIN. 

La tête de HoufTaiii fut envoyée par Obeidallah à Iczid qui lui infulta, & ne- 
permit qu'avec peine qu'elle fut enterrée dans la ville de Damas. Elle fut 
mile d'abord en un lieu nommé Bab al faradis, la porte des Jardins, d'où ells 
fut tranfportée à Afcalon en Palefline, & de-là au Caire par les Khalifes Fathe- 
mites maîtres de la Syrie, & de l'Egypte, dans une Mofquée bâtie exprès fous- 
le nom de Mafchehad Houffiiin, c'eft-à-dire le fepulcre du Martyr Houfiain. 

Son corps fut inhumé dans la plaine de Kerbcla où Adhadeddoulat, premier 
Sultan de la race des Bouides, fit bâtir un fomptueux monument, qui efl encore 
îîujourd'huy vifité avec grande dévotion par les Perfans. Ce Sultan donna à 
fon édifice le nom de Kunbud Faiz qui fignifie en langue Perfienne, le Dôme 
ou la Voûte magnifique ; mais on l'appelle aujourd'hui communément en Arabe 
Mafchehad Houllain , le lieu du martyre de Houfiain, qui n'eft pas fort éloi- 
gné du Mafchehad Ali qui ell le Sépulcre de fon père Ali.^ 

La mort de Houlîain ne demeura pas long-tems fans être vangée: car peu 
après qu'elle fut arrivée', fous le règne même des Ommiades, il s'éleva plufieurs 
parcys qui demandèrent le fang de Houfi'ain; car c'efh ainfi que les Mufulmans 
parlent, quand on fe porte pour vangeur de la mort de quelqu'un, &Mokhtâr, 
un des chefs de ces faftieux , fe vanta d'avoir fait mourir lui-feul, près de 50 
mil des ennemis de la Maifon d'Ali. 

Les deux titres que l'on donne en Perfe ordinairement à Houfiiiin, font ce- 
luy de Schehid, le Martir, & celui de Seid , le Seigneur, & par le mot d'Al 
Seidani, qui fignifie, les deux Seigneurs, fans y rien ajouter, on entend tou- 
jours les deux fils aînez d'Ali qui font Uaiïkn & Houfi^ain. 

Ben Schonah rapporte entre les autres aftions de pieté que HouiTain prati- 
quoit , qu'il faifoit tous les jours en 24 heures mil adorations , ou proftrar 
tions devant Dieu, & qu'à l'âge de 55 ans il avoit fait vingt -cing fois le pè- 
lerinage de la Mecque qu'un bon Muiùlman n'eft obligé de faire qu'une fois 
en fa vie. 

Jezdi dans fon livre mtkulé Reffalat fi beian almeliabhat , qui^ eft un traité ds 
l'amour de Dieu, rapporte que fioulfain ayant demandé un jour à Ali fon père 
s'il l'aimoit, & Ali lui ayant répondu qu'il l'aimoit tendrement, Houffain lui de- 
manda derechef s'il aimok Dieu, & qu'Ali lui ayant aufii répondu affirmative- 
ment, Houfllu'n lui dit: Deux amours ne peuvent pas fe rencontrer dans un mê. 
me co2ur; ni Dieu na pas donné deux cœurs à l'homme. A ces paroles le 
cœur d'Ali s'attendrit, & l'on die même qu'il pleura. 

Houfiain touchédes larmes de fon père, reprit la parole, & lui dit, pour le 
confoler: Si vous aviez à choifir entre le péché d'infidélité envers Dieu, ou 
ma mort, que feriez vous? Je choifirois de vous donner plutôt la mort, que 
d'abandonner ma foy, repartit Ali; vous pouvez donc reconnoître par cette 
marque, lui répliqua Houfliun , que l'amour que vous avez pour moy n'eft 
qu'une tendreffe naturelle,, & que celuy que vous portez à Dieu, eft un vé- 
ritable amour. 

Houfiain Vaêz dans fa Paraphrafe Perfienne de l'Alcoran, attribue à Houfiain 
ce qui a déjà été dit de Hallan fon frère-, au fujet de l'efclave auquel il par- 
donna une faute punifiable. Il importe peu de Içavoir precifément lequel des 
deux frères a fait cette aftion qui eft fort belle dans les perfonnes même de la plus 
balfe qualité ; mais ce que dit le même Auteur touchant ces deux frères , quoy 
^yil femble être à l'honnem- do Jes us- Christ, eft tout - ù fait impertinenti 



H O U s s A I N. .^^ 

Il pofe pour principe que félon l'Ecriture fainte l'on peut fort bien tirer la 
généalogie de quelqu'un du côté de fa mère, puilque Jésus- Christ cft dit 
fils d'Abraham, quoy qu'il ne dcfcende de luy que par la bienhcureufc Marie 
ft raere; ce font les propres paroles de cet Auteur, & qu'ainfi l'on peut foû- 
tenir avec vérité que Hallan & Houffain font véritables fils de Mahomet , quoy 
qu'ils ne defcendent de lui que par Fathemah leur mère. Foyez le titre de Mi- 
riam, qui eft la fainte Vierge, où l'on peut voir les fcntiracns des Mufulmans, 
fur fon fujet. 

Avant que de finir cet article, j'y ajouterai que les Mouahedites, Princes qui 
ont régné en Afrique, & en Efpagne, qui font plus connus dans nos hiîloires 
fous le nom d'Almohades, prétendoicnt defcendre en ligne direclo & mafculine 
de Houflliin. 

HO US S AIN Ben Sam, Cefl" le nom du Fondateur de la dynallie des Gau- 
rides. Il faut voir les avantures de fon père dans le titi-e de Sdra, & pour par- 
ler de celles de Houilain fon fils, je fuivray ce que Khondemir en a écrit. 

Houffain s'étant fauve feul d'un naufrage avec un tigre, lequel quoyqu'affamé 
de trois jours, le quitta, & s'enfuit dans le bois aufîî - tôt qu'il fut à terre, 
gagna comme il pût une ville qui n'étoit pas éloignée du rivage de la 
mer. Se trouvant étrangei- & dénué de toutes fortes de commoditez en 
ce lieu, il fut obligé de coucher pendant la nuit fur le pas d'une 
boutique, où le Guet qui faifoit la ronde l'aj'ant trouvé, il fut pris pour 
un voleur de nuit, & mend en cette qualité dans les prifons de la ville. Il 
demeura en cet état fefpace de fept mois, au bout defqucls le Prince de ce 
pays -là étant tombé malade, & ayant fait par charité, fortir des prifons tous 
ceux qui s'y trouvoient enfermez, Houffain fut délivré avec les autres. 

Auflî-tôt qu'il eut recouvré fa liberté, il prit le chemin de Gaznah, fiege ro- 
yal des Sultans Gaznevides de fa Maifon de Sèbeéleghin , dont la Cour" étoit 
alors très - ilorifi;!uite ; mais il n'eut pas fait une journé-e de chemin^ qu'il tom- 
ba entre les mains d'une bande de voleurs de grand chemin , qui le voyant 
homme robufte, & de bonne mine, lui donnèrent auffi-tôt un cheval, &" des 
armes, & le firent marcher avec eux. 

Il y avoit fort peu de tems que Houflliin étoit enrôlé parmi ces brigands , 
lorfque les gardes du Sultan Ibrahim fils de Maffoùd qui regnoit dès l'an 450 
dé l'Hegire, tombèrent fur eux, & les conduifirent tous prifonniers à Gnz- 
nah où ils furent condamnez, à la mort. Houflliin étant conduit au lieu du fup'-- 
plice avec les autres, fit fa prière, & dit à Dieu: Seigneur vous jie faitts ja- 
mais d'ifijujiicej (y vous ne tombez jamais dans l'erreur, permettrez- vous qaim in'- 
nccent foij enveloppé dans le crime des coupables f- 

Les gens du Sultan entendant ces paroles, s'informe-rent de lui par quel ren- 
contre étant innocent, il s'étoit trouyé en fi mauvaife compagnie: Houlîain 
leur raconta le détail de toutes fes difgraces, & de celles de fa famille , de fon 
naufrage, de Ion premier emprifonnement dans une ville des Indes, & tnfiii 
de la compagnie de ces voleurs. Les Officiers de la juflice entendant le récit 
de fes avantures, en furent toucliez., & après l'avoir tiré des mains de l'excciN 
teur, le prefenterent au Sultan, qui voulut apprendre de fa bouche mêjne fhl- 
floire de fes infortimcs. 

Après que Houflain la lui eut cxpoféc, le Sultan qui étoit d'un naturel fort 
iiiimain, étant perfuadé de la vérité de fon récit, fut touché en même tems de 

Ll 3. fon. 



^7® H U S S A I N. 

fon innocence , &; ayant reconnu dans fa phifionomie quelques traits qui mar- 
quoient la grandeur de fon ame , voulut prendre le foin de fa fortune & le re- 
tint à fa Cour. 

Houffain profita fi bien des premières faveurs du Sultan, qu'il gagna en peu 
de tems fa confiance , & s'avança de degrez en degrez jufqu'aux premières 
char(Tes de l'Etat; de forte qu'Ibrahim étant mort après quarante-deux ans de 
règne l'an de l'Hegire 492, qui répond à l'an 1098 de J. C. Maffoûd troifième 
du nom, fils & fucceflx3ur d'Ibrahim , le fit Gouverneur gênerai de la grande 
Province de Gaour, ou Gaur dont il étoit originaire, &c où fes ancêtres avoient 
autrefois régné. Foyez les titres de Gaûr, 6? de Sâm. 

Houlfain , fils de Sam , eut un fils aîné qui porta le même nom , & fut fur- 
nommé Alaeddin Gehanfouz. P'oyez le titre de Gehanfouz. 

HOUSSAIN Ben Avis, ou Ben Vcis , étoit le fils aîné de Scheikh Avis, 
& portoit le titre de Kurkan, parce qu'il étoit parent proche des Sultans Mo- 
gols de la race de Genghizkhan , auffi-bien que celuy d'Iikhani , à caufe qu'il 
defcendoit de Holagu qui portoit le titre d'Ilkhan. 11 fut le troifième Prince, 
des Ilckhaniens. 

Il fe rendit maître de Bagdet, de l'Iraque Babylonienne ou Arabique, & de 
TAdherbigian ; mais il fut dépouillé de tous ces Etats, & mis à mort par Ah- 
med fon frère puîné l'an de l'Hegire 783, de J. C. 1381. f^oyez les titres d'Avis, 
de Veis, àf ^' Ahmed Ben Avis. 

Houlfain Kurkan II Khani fut pore de Scheikh Haflan , mary de Bagdad Kha- 
toun; il défit Baiifur & le chafi:^! enfuite de toute la Province de Khorafl'an 
fous le Sultan Abùfaid Ben Algiaptu. l^oyez le titre de ce Hultaru 

HOUSSAIN Solthân, Prince de la race de Genghizkhan qui regnoit dans une 
partie du Khoraflan , dont la ville de Balkhe efl: la capitale , & dans la Tran- 
foxane. L'on tient communément que Timur ou Tamcrian étoit à fon fer- 
vice, & qu'il fe révolta contre lui. Quoy qu'il en foit, il cft certain qu'il fut 
défait & tué par Tamerlan l'an de l'Hegire 771, de J. C. 1369, depuis lequel 
tems on compte le règne de ce Conquérant jufqu'en l'an 807 , qu'il mourut. 
Houlfain avoit été fait prifonnier à Balkhe où Tamerlan favoit affiegé. 

Tamerlan n'ofa pas après la mort de Houlfain prendre le titre de Khan, ni 
de Sultan ; mais il donna ce titre à Soiorgatmifche qui étoit aufTi de la race 
•Genghizkhanienne, quoy qu'il polfedat cependant toute l'autorité dans fes Etats. 

Quelques Auteurs fonc cet Houlfain Sultan de Herat, & lui donnent un fils 
nommé Gaiatheddin qu'ils difcnt avoir autrefois fauve Tamcrian du gibet lors 
qu'il fut pris dans fes Etats comme un voleur. 

HOUSSAIN Sofî, Sultan de Khovarezme, lequel ayant été long-tems épar- 
gné par Tamerlan, mourut enfin paifiblement dans fes Etats, & laifili fa cou- 
4-onne à fon fils Jofef Sofî ; mais celuy-cy fut affiegé & pris flans fa capitale 
par Tamerlan qui le fit mourir, & fe rendit par ce moyen maître de tout ce 
grand pays. 

Ces deux" Sultans ne faifoient pas profeffion de la Religion Orthodoxe des 
Mufulmans, «Si le titre de Sofi qu'ils portoient , marque qu'ils étoicnt Schiites 
Jk. Sénateurs d'Ali. 

HOUSSAm 



HOUSSAIN. HUSCHENK. a^, 

vHOUSSAIN Ben Manfour ou Manfor. C'efl le nom d'un perfonntgc qui 
i fait grand bruit dans le Mullilmanifme fur le llijet de iîi doètrine. H portoit 
le furnom de Hallage, l^oyez ce titre. 

HOUSSAIN Mirza, fils de Manfour ou d'Alraanfor, fils de Baikarah ,; fili 
d'Omar Scheikh, fécond fils de Timur, ou Tamerlan. Il fut furnommé Aboul- 
gazi à caufe de fes vittoires; car il détit & fit mourir ladighiâr fils de Moham- 
med Mirza , fils de Balifancoy , fils de Scharokh , quatrième fils de Tamerlan ion 
proche parent , qui s'étoit emparé du KhorafTan , & de la ville de Herat fa 
capitale en l'an 875 de l'Hegire, de J. C. 1470. 

il foûtint auiïï plufieurs guerres , & remporta des viftoires fignalées fur les 
Tartares Uzbecs qui faifoient de fréquentes courfes fur fcs terres , & avoient 
déjà chaiTé Babur de la Tranfoxaue. Ce Prince étoit ami de la vertu, & des 
fcicnces , & c'efl par luy que Khondcmir finit fon hifboire en l'an 904 ' de 
l'Hegire. Cependant il vêquit , & régna jufqu'en l'an 911, qui efl: l'an 1505 
de J. C. dans le KhorafTan, & lailfa plufieurs enfans dont l'aîné nommé Bedi 
al zaman fut dépouillé par les Uzbecs de la fuccelîion du Sultan Houflain fon 
père, & fut obligé de le réfugier auprès de Schalî Ifmael Sofi Roy de Perfc, 
qui lui aflîgna la ville de Tauris pour fa demeure. Ce Prince fit fon fejour en 
Perfe jufqu'en l'an 920, &. mourut trois ans après à Conftantinople. . 

HUSCHENK, & Houfchcngb, fils de Siamek, fils de Caiumarath , efl le 
fécond Prince de la prem.ierc dynaflie, ou de la plus ancienne race des Roys de 
Perfe , fi l'on ne compte pas le règne de Siamek , fils de Caiumarath , comme 
n'ayant régné que peu d'années pendant la retraite de fon père, & étant mort 
avant lui. 

Le nom de Hufchenk fignifié en langue Perfienne , Sage, & Prudent, aufïï- 
bien que celui de Firhcnk, que quelques-uns lui donnent, & l'on y ajouta, du 
contentement des peuples , le titre ou furnom de Pifchdàd , qui fignifié dans la 
même langue le Jufl:e, ou le Legiflatcur, parce qu'il fut l'auteur des plus an- 
ciennes loix de rOrient, fuivant lelquelles il gouverna fes fujets, & régla admi- 
rablement la police de fes Etats. Ce titre honorable pafia de lui à fes fuccef- 
feurs qui ne furent pas tous cependant fi bons Juflicicrs que lui, & on a tou- 
jours depuis, en fa confideration, qualifié cette première dynaflie fabulcufe des 
Roys de Perfe, ou plûtofl des plus anciens Roys de TAfie, & même du mon- 
de, du nom de Pifchdadiens, 

Tous les Hiiloriens de Perfe marquent un interrègne , entre Caiumarath & 
lui, qui a duré deux cent ans,- & donnent unanimement à ce Prince cinq cens 
ans de vie , quoique félon eux il n'en ait régné que quarante , ou cinquante 
feulement. Ils difent que ce fut fous fon règne que l'on commença à fouiller 
les mines, pour en tirer les métaux qui fervent à la fabrique des armes , & à 
celle des inllrumens necelTaîres à l'Agriculture. On lui attribue auffi l'inven- 
tion des canaux tirez des rivières pour arrofer les campagnes , dont l'ufage efl 
encore aujourd'huy fort fréquent en Perfe , à caufe de la féchereffe du pays. 
Il fut auiîi le premier qui fit dreffer & inflruire des chiens , & des léopards 
pour la chalîe , & qui introduifit l'ufage des fourures tirées des dépoiiillcs des 
animaux. 

Quelques Hifloriens le font auffi fondateur de la ville de Sous que l'on nom-- 
BJû aujourd'huy Tofler, Souder, & Schoullcr qui eft la même que Sufc , capitale ■ 

d'unc-o 



5,7^ H US CHENK. 

d'une ^es Provinces de la Perfe connue par les Grecs , & par les Latins fous 
le nom de Sufiane , «Se qui porte aujourd'huy le nom de Khuziftân. On dit 
même qu'il jetta les premiers fondemens des villes de Babel ou Babylone^, & 
d'Ifpahan* mais ces origines font fort incertaines d'autant plus que ces mêmes 
Hiftoriens font Hufchenk contemporain d'Edris ou d'Enoch qui a vécu avanC 

le dcluse. 

Il eft encore auflî peu vrai-femblable que ce Prince foit l'Auteur d'un livre 
intitulé Gidvidan Khird^ la Sagefle éternelle, ou d^ tous les tems, auquel on a 
donné auffi le nom de Teiliment de Hufchenk; mais l'ancienneté, & la répu- 
tation de ce Monarque ont fait emprunter fon nom pour donner plus d'auto- 
rité à cet Ouvrage, qui eft d'ailleurs fort eftimable , & lequel eft parvenu juC- 
qu à nous fous le titre de Humaioun Nameh. Voyez ce titre. 

Les expéditions militaires & chimériques de cet ancien Monarque font décri- 
tes fort au long dans un livre Perfien intitulé Hufchenk Nameh , ou Hiftoiro 
de Hufchenk, qui a été traduit en langue Turquefque: mais comme cet Ouvrage 
eft un pur Roman, je me contenteray de dire que ce Héros exploita tous fes 
hauts faits monté fur un animal à douze pieds qu'il eut beaucoup de peine à 
domotcr. Cet animal eft nommé Rakhfche, il fut trouvé dans l'iOe féche, ou 
nouveau Continent , où il fortit de l'accouplement d'un crocodile , & de la 
femelle d'un Hippopotame ; on dit auffi quMl ne fe noudlToit que de la chair 
des ferpens & des dragons. Il fallut que Hufchenk employât non feulement 
toutes fes forces; mais encore pluficurs ftratagemcs pour combattre ce monftre 
avant qu'il pût sq^ rendre le maître : auffi après l'avoir dompté , il ne rencontra 
point de géant li terrible, ni de monftre fi épouventable, qu'il ne terraffàt; il 
paffa même monté fur cet animal jufqu'au pays des Mahifer, peuples ainfi nom- 
mez, à caufe qu'ils ont la tête de pollfon , ce font peut-être ceux que nous 
appelions les Ichthyophages ; il fubjugua cette nation de figure horrible, fur la- 
quelle l'on peut voir les titres de Ramac, & de Mahifer. 

Enfin ce Monarque invincible , après avoir étendu fes conquêtes de tous 
pôtez jufqu'aux extrcmitez de la terre, & fait fleurir la juftice , & les arts dans 
fes Etats , fut tué , ou plutôt écrafé par un grand quartier de roche que les 
Geans fes ennemis mortels , qui occupoient les détroits des montagnes de Dama- 
vend, lancèrent fur lui. 

Il lailfa un fils nommé Martakend qui fut père d Anoughiân , que quelques 
Hiftoriens Arabes, pour accommoder fon nom à leur langue, appellent Boul- 

sehan & Abiilgehan, , , rr ^, , 

Ni l'un, ni l'autre de ces deux Princes ne fucceda à Hufchenk, au moins 
ne les trouve-t-on point dans la fuite de cette dynaftie , ils ne laiiferent pas 
.cependant de fe fignaîer dans les guerres des Geans , mais les enfans d'Anougihân , 
à fçavoir , Tahmurath furnommé Divbend , c'eft-à-dire , le vainqueur, & le 
Dcftrufteur des Geans, & Giamfchid fon fils tiennent le troifième , & le qua- 
trième rang dans cette dynaftie. 

11 eft cependant fort incertain, félon quelques Hiftoriens, fi Tahmurath étoit 
fils d'Anougihân, & petit-fils de Hufchenk, ou de Leilanfchah , fils d'un autre 
Tahmurath'^, fils de Siamek , fils de Caiumarath : mais cecy regarde plutôt le 
jifre de Tahmurath que celui de Hufchenk. 

JACOB. 



J A C O R. J A C U B. ■ 473^ 

JACOB. J A C O U B. 

#^^^ACOB, fils d'Ifaac. Les Arabes l'appellent en leur langue Jacoub 
^ T % Ben Ishak, & difent , félon le Tarilçh Montekhcb , qu'il cft nommé 
4 J # lû-aël en langue Syriaque, & qu'il eft le père de douze enfans mâles, 
•*%^p^* que l'on appelle ordinairement Asbath , c'eft-à-dire , les Tribus, à 
caufe qu'ils furent les pères, & les cheft des douze tribus du peuple Juif, & 
que de la race de ce Patriarche font fortis tous les Prophètes, à la rcferve de 
trois qui font Aioub ou Job, Schioaib, ou Jetliro, bcaupere deMoyfe, & Ma- 
homet ; car ces trois defccndoient d'ifmael , & étoient Arabes de nation. 

Ce même Auteur ajoute que non feulement la prophétie demeura parmi les 
enfans de Jacob , ou dlfrael , mais encore la Royauté , & qu'elle dura parmi 
eux jufqu'au tems dlahia, & d'IlTa, c'cil-à-dire , de faint.-Jean Baptifle, & de 
Jesus-Christ, après lefqucls les Romains, & les Perfcs ruinèrent leur pays. 

Jacob mourut en Egypte , félon le même Auteur : mais* Jofeph fon fils en- 
voya fon corps au pays de Chanaan poui- être inhumé auprès de celuy d'Ishak 
Ibn père, dans la caverne d'Abraham à Hebron. 

Les Mufulmans difent que la lumière de la foy pafTa d'Abraham à Ifaac fon 
fils d'une part, & à Ifnael fcîn autre fils , qu'ils nomment toujours le premier 
comrne l'aîné. Les Tribus des Juifs font defcendues d'Abraham par Ifaac fon 
jeune fîls, & celles des Arabes d'Abraham -euffi par Ifmaël fon fils aîné. 

Il eft beaucoup parlé de Jacob dans l'hiftoire de Jofeph, & de Zoleikha que 
nous verrons ailleurs. Je diray feulement icy que Jacob ayant été interrogé, 
comment il fe pouvoit faire qu'il eût fenti dans la terre de Chanaan l'odeur 
excellente de la chemife de fon fils Jofeph qui étoit en Egypte, & qu'il ne s'en 
fût point apperçu pendant qu'il étoit dans le puits où fes frères l'avoient mis, 
ce Patriarche répondit que la lumière de la prophétie étoit comme un éclair 
do-nt l'illuflration ne dure qu'un moment, & laille aufii-tôt le Prophète dans 
robfcurité. Quelquefois le Prophète perce jufques dans le ciel , & y voit des 
chofes merveille ulès , & fouvent dans un autre tems il ne voit pas ce qui eflà" 
fes pieds. 

JACOUB Ben Lnith, Jacob fils dé Leits, premier Prince & Foi-^dateur de 
h dj'naftie qui porte le nom de Solfarides, ou Suffaridbs , parce que Ion pcre 
nommé Leits étoit SofFàr, c'eft-à-dire. Ouvrier en cuivre, ou Chaudronnier, & 
lui-même avoit exerce cet art pendant quelque tems. 

Ce Jacob s'ennuyant dans fa boutique , prit les armes , & fe fit Bandoulier. 
Quoy qu'il menât une aulîi méchante vie , il ne laifToit pas de garder quelque 
honnêteté ; car il avoit accoutumé de lailTer toujours quelque chofe à ceux qu'il 
détrouiïbit, & ne les dépoiiijloit jamais entièrement. 

Etant entré une nuit dans le Palais de Darham, Prince de la Province de Sc- 
geftan, & y ayant déjà ramaflÀ; un affez gros butin qu'il emportoit , fon pied 
• Tome IL _ M m donna 



274- . J A C O U B. 

donna contre une pierre qui le fît bronciier. Jacob crut d'abord que c'etoit 
■quelque pierre precieufe , que l'obfcurité de la nuit lui cachoit ^ il la ramafla, 
& la porta auflî-tôt à fa bouche pour s'cclaircir de fon doute ; mais il n'en eut 
pas plutôt approché la langue, qu'il s'apperçut que s'étoit du fel, & fa religion, 
ou plûtofl fuperllition pour le fel , qui ell parmi les Orientaux le" fymbole & le 
gage de fhofpitalité, fut fi grande, qu'il abandonna entièrement fon butin, & 
fe retira chez luy fans rien emporter. 

Le lendemain on s'apperçut dans le Palais du danger qu'on avoit couru de 
perdre des chofes fort pretieufes, & on étoit en peine de connoître celuy qui 
avoit manqué un fi beau coup ; enfin après une exa6le recherche , on vint à 
fçavoir que c'étoit Jacob, lequel ayant raconté fincerement au Prince comment 
la chofe s'étoit pallée , il s'acquit une fi grande eftime auprès de lui , que Ton 
peut aflurer avec vérité que ce rcfpeft qu'il eut pour le fel , fut la caufe de 
fa fortune. 

Kn cftet Darham l'employa comme un homme de cœur & d'efprit en plu- 
fieurs entreprifes, & voyant que tout rcuffillbit entre fes mains, il l'éleva peu- 
à peu jufqu'aux premiers honneurs de la milice, de forte que Jacob fe trouva, 
au tems de la mort de ce Prince, Commandant en chef de toutes les troupes 
du Segefi:an. Il acquit tant de crédit parmi elles que manquant toutes à la 
fidélité qu'elles dévoient auS enfans de Darham , pour le fuivre , il fe rendit 
par leur moyen maître abfolu du Segeftan dont il dépouilla la pofterité de fon 
maître & de fon bienfaideur. 

Jacob étant déjà en polîeffion d'un grand Etat , attaqua peu après fes 
voifins, & prit fur eux les villes de Herat, & de Koufchange , avec une partie 
du Khoralîan. Il fe trouva ainfi en fort peu de téÎTis en état de faire la guerre 
au Khalife même, & pour cet effet il entra l'an de l'Hegire 255, de J. C. 8685 
dans la Perfe qu'il conquit prefque toute entière ^ & y fit prifonnier celuy qui 
commandoit de la part du Khalife dans Schiniz qui pour lors en étoit la capitale.. 

En Fan 257 de l'Hjgire, il conquit le rcfbe du Khoraffan , prit la ville de 
Balkhe fa capitale, fiege Royal des Sultans Thaheritcs, & paffa de-là en la Pro- 
vince de Thab-.ireftan qui ne lui refilla pas long-tems. 11 finit cette guerre par 
la victoire qu'il gagna l'an 259 fur Mohammed, fils de Thahcr qui regnoit dans 
toutes les Provinces qu'il venoit de fubjuguer, & l'ayant fait fon prifonnier, 
il termina en fa perfonne la puilîance , & la dynafl:e des Thaherites , qui fît 
place par ce moyen à celle des Soifarides fuccefieurs de Jacob. 

Lan 260, Jacob fils de Lcits fut déclaré rebelle par le Khalife Môtamed, 
ce qui l'obligea de marcher avec fon armée du côté de l'Iraquc Babylonienne, à 
d-lîoin de l'afiieger dans Bagdet. Le Khalife envoya au devant de lui fon frère 
MoafFck grand Capitaine , & qui gouvernoit toutes les affaires du Khalifat au 
nom de fon frerc. Moaffck fçut li bien prendre tous fes avantages foit pour 
îc campement, foit pour l'attaque, que Jacob tout habile qu'il étoit, fut con- 
traint de fe retirer avec perte d'une grande partie de fes troupes. 

L'r,n 265, Jacob ayant remis fur pied une puiliantc armée, marcha une- fécon- 
de fois vers Bagdet; murs ayant été furpris en chemin d'une cholique fort vio- 
lente, il mourut après avoir régné onze ans depuis fa première entrée dans la 
Perfe, d laiiic !a fucceiîîon de^ fes Etats à fon frère nommé Amrou Ben Laithy 
ou Am.-ou Leith. f^oyez ce titre, âf cdiiy des Samanides qui fucccdcrcnt aux 
Suff arides. 

Ce 



J A C O U B. -j^^- 

Ce Prince étoit maître de tous les chevaux de fon armée, & les nourriiToit 
de' fes propres greniers , ce qui rendoit fa cavalerie toujours bien montée, il 
choifit parmi toutes fes troupes deu\- mil Cavaliers qu'il divifa en deux bandes 
égales, & donna à ceux de la première des maJes d'armes d'or, dont chacune 
pefoit mil drachmes, ou mil écus d'or, & à ceux de la féconde des malic? Siv\ 
gent du même poids. Ces deux bandes ou biigadcs lui fervoient de garde or- 
dinaire, & dans les cérémonies extraordinaires chacun de- ces Cavaliers port'jit 
fa maffe d'armes fur l'épaule. 

Lorfqua ce Prince campoit , il montoit fur une eCpccc de théâtre élevé f.i 
delfus de tout fon camp, & découvroit ainii tout ce qui s'y paiibit ; d.- fortJ 
qu'il ne pouvoit s'élever aucune mutinerie parmi ks fold.its , à laquelle il ne 
fût en état de remédier aufTi-tôi, L'on dit aufîî qu'il n'avoit dans fa tente 
qu'un tapis, & une paire d'armes pour tout fon équipage, & qu'il ne pcnnjt- 
toit à aucun de fes ibldats, après une bataille gagnée, de piller fans un con.^é 
exprès. Il ne faifoit jamais part de fon fecret, ni de fes refolutiois à perfon- 
ne; c'efl pourquoy il ne tenoit jamais xonfcil de guerre avec les Omcicrs de 
fon armée. 

L'on rapporte au/îî de lui qu'un Prince étranger s'étonnant de ce qu'il .n'avoit 
dans fa tente qu'un feul tapis qui iuy fervoit de chaife , de table , & de lit avec 
une paire d'armes , il lui dit : Je me contente de cecj^ , afin que les Officiers 
qui fuivent toujours l'exemple de leur Général, aycnt honte d'en avoir davan- 
tage; car fi j'av^ois plus de coramoditez dans" ma tente, ils en voudroient tous 
avoir autant, & il n'y a rien qai cmbarraife plus une armée que la grofleur des 
équipages. 

Mohammed fils de Thaher lui ayant fait demander s'il avoit reçu des ordres 
dli Khalife pour entrer armé dans les Etats : il répondit fièrement à fon Envoyé 
en tirant l'épéc de fon fourreau: 'Voici la patente en vertu de laquelle je fais 
la guerre à vôtre maître, car je ne reçois des ordres de qui que ce fqjt. 

Il étoit cependant julle & modéré en beaucoup de chofes , & Abou Jofef 
Ben Sofian ayant été accufé devant lui d'avoir parlé d'Othman le troifième 
Khalife après Mahomet, comme d'un ufurpateur, Jacob étoit prêt de le faire 
punir , lorfque fon Vizir lui reprcfenta que ce Dofteur n'avoit parlé de ce 
Khalife qu'liifloriquement -, & fuivant le fentiment des Schiites , & non pas le 
fien. Sur cela ce Prince déciara qu'il ne vouloit pas entrer plus avant dans la 
connoilfance de cette affaire, & le renvoya abfous. 

JACOUB Ren Jofef, c'eft le petit-fils d'Abdalmoumen fondateur de la dy. 
nalbe des Almohadcs en Afrique. Jacoub ayant été défait l'an de l'Hegire 591, 
de J. C". II 94, par Alfonfe, neuvième Roy de Callille, palfa d'Afrique en Efpa- 
gne , dé6t les Caftillans , & le refle des Almoravides qui étoient fort diviiez 
entr'cux , & établit la dynaflje des Almohades qui dura jufqu'en l'an 672 de 
l'Hegire, qui efl le 1273 de J. C. Ce Jacob porte le titre d'Almanfor. 

JACOUB Begh, fécond fils de Haffan Begh , qui eft Ufuncaffan , fut le 
huitième Prm:e de la féconde dynaftie des Turcomans d'Afie , furnommée du 
Mouton blanc. II commença à régner l'an de l'Hegire 886, après la mort de 
Khalil fon frère auquel il faifoit la guerre, ce fut l'an de J. C. 1481. 

Ce Prince, qui avoit été fait par fon frère aîné Gouverneur du Diarbekr, 

M m 2 c'eft- 



%{6 J A C O U B; 

c'efl-à-dii-e , de la IMcfopotamie , fe révolta contre lui , & ayant pris pour com^ 
plice de lli rébellion un autre de fes frères nommé Macfoud, lui donna bataille, 
& le vainquit. Khalil fuyant après fa défaite, fut pourfuivi & tué par Mac- 
foud proche la ville de Tauris, après fix mois feulement de règne. 

Jacoub Beg fecourut 'à à propos Feroldizad Roy du Gurgillan ou Géorgie, 
attaqué par Haidar, père dlfmael Sofi, que ce Prince défit & tua fon ennemi, 
& prit fes deux enfans Ali Mirza, & Schah Ifmael prifonniers. Quelques Hifto- 
riens font Ferokhzad aufli Roy de Schirvàn. 

Ce Sultan inflruit par l'exemple d'Ufuncafîanfon père, qui avoit été défait 
par Mahomet fécond Sultan des Turcs , entretint toujours bonne intelligence 
avec Bajazeth fécond , fon iils & fon fuccelTcur. Il mourut à Carabagh dans, le 
voifinage de Tauris à l'âge de 28 ans, empgifonné, comme l'on crut, par les 
ficns, l'an de l'Hegire 896, de J. C. 1490. Il lailfa à Baifancor fon fils des 
Etats d'une fort grande étendue, lefquels palTerent peu de tems après entre les 
mains de ce Schah Ifmael qui avoit été Ton prifonnier. 

JACOUB Ben David, Jacob fils de David furnommé Mahamafb, C'étoit 
un homme d'efprit , & d'un entretien charmant , qui s'étoit rendu fi agréable 
au Khalife Mahadi fils d'Almanfor que ce Prince l'avoit admis dans tous î^ 
divertiffemens , vivant très-familieremcnt avec luy , & ayant peine à. fe paiTer de 
fa compagnie. 

Cette faveur, qui lui avoit attiré l'envie des 43rincipaux Seigneurs , & Miniflres 
de la Cour, donna lieu à plufieurs cabales qui fe firent pour renverfer fa for- 
tune , n'y ayant rien de plus vray que cette fentence : Le bois ne reçoit pas 
un plus grand dommage du feu qui lui ell attaché, que le cœur de l'ho'mme 
en fouffre de l'envie quand il en eft une fois faifi. 

Il arriva un jour que Jacob étant forti du Palais, pour fe retirer chez luy,, 
reçut du cheval qu'il vouloit monter un coup de pied qui lui cafi^i la cuifie. ' 
Le Khalife n'eut pas plutôt appris cet accident, qu'il courut à grande hâte, & 
même fans chaulfure , jufqu'au lieu où il étoit pour le confoler , & pour faire 
mettre en diligence le premier appareil à fon mal. Il le fit tranfporter enfuite 
avec grand foin dans fon propre brancart jufqu'à fon logis, & lui donna toutes 
les marques non feulement d'un bon maître, mais encore d'un parfait ami. 

Ses ennemis cependant trouvèrent pendant le cours de fa maladie qui fut lon- 
gue , plufieurs occafions de lui nuire , en lui rendant beaucoup de mauvais 
offices auprès du Khalife. La plus puilfante machine qu'ils employèrent pour 
le renverfer , fut de Taccufer d'être partifan fecret de la fefte des Schiites, 
ennemis capitaux des AbbafTides , qu'ils regardoient comme les ufurpateurs du 
Khalifat fur la famille d Ali. Khondemir dit que cette accufation lui faifoit 
beaucoup d'honneur, puifque l'amour & le refpecl que l'on a pour les eiîfans 
d,e la Mciifon du Prophète, 11e peut jamais être une herefie, & fi par impoflîble 
cela étoit , l'on pourroit appeller bien-heureux celui qui en feroit noté. Tel 
eft le fentimcnt des Perfans, bien oppofé à celui des Turcs, & des autres Mu- 
fulraans appeliez Sunnites, qui font, pour ainfi dii*e , les Orthodoxes dans le 
Mahometifnie, , 

Jacob étant enfin guéri , & retourné à la Cour , fut reçu à\\ Khalife avec 
beaucoup.de carcfles, & traité comme auparavant; cependant comme l'accufa- 
tjun portcç contre lui ayoit fait quelque imprefljon.fur. l'eCprit de Mahadi, ce 

Pfince 



J A C O U B. .^^^ 

Prince voulut s'éclaircir de la vcrité^du fciit. II lui commaïuki pour réprou- 
ver, qu'il eût à le délivrer de ia peine que lui faiioit un certain pcrfonnagc de 
k race d'Ali, qu'il ne pouvoit plus IbufFrir en vie; & pour l'obliger davanta- 
ge à lui rendre ce fervice, il lui lit prefent de cent mil drachmes d'arocnt & 
■]ui donna en mariage une très-belle fille qu'il tira de ton propre Serrai?. ' 

Jacob -reçut avec refpcft Je commandement du Khalife , & lui promit d'exé- 
cuter ponftuellenaent fes ordres, ce qui étoit. cependant bien éloigné de-fa pen- 
féo. Il fit cependant conduire dans ion, logis ce parent dAli qu'il traita fort 
bien, & il arriva qu'étant un jour en converfation avec luy, ce nouvel hôte 
qui le doutoit bien de l'ordre que Jacob .avoit reçu, du Khalife , lui dit: Don- 
ncz-moy la vie que vous pouvez m'ôtcr , & vous éviterez par ce moyen la 
confufion que vous recevriez fans doute au jour du jugement de la part d'Ali 
mon ayeul, li a'ous vcrfiez.mon lang qu'il regarde comme le ilcn propre. 

Ces "paroles touchèrent .fi fort le (jœur do Jacob, qui étoit déjà, très- difpofé 
en f;i faveur , q-a il lui dit :_ Voici, les cpnt mil drachmes que le Khalife m'a don- 
nées pour vous faire mourir, prenez -les & fauvez-vous au plutôt : car je fuis 
perfuadé de la. vérité de cet oracle , qui a été autrefois prononcé par Hakani 
cet excellent homme: Aimez toujours Ali & fa race, parce qu'elle excelle tel- 
lement au-defTus des autres , que le pire d'entr'eilx vaut mieux qu'un homme 
de bien du commun , & que celui des Ahdes , qui furpafTe les autres de catte 
famille en vertu, efl plus parfait qu'un Ange. Voilà jufqu'où les feiftaircs d'Ali 
poulîent leurs excez ; c'cft pourquoy il ne faut pas s'étonner fi les autres Mu- 
fulraans les détellent & les traitent, comme les plus grands ennemis du Maho- 
metifmc. 

Pour reprendre le frl de nôtre hifloire , il faut fçavoii- que cette fille don- 
née par le Khalife en mariage à Jacob , fçachant la' manière avec laquelle l'A- 
lide avoit été traité chez luy , ne manqua pas d'en donner avis ;i la Cour, La 
Khalife informé de l'évafion du prifonnier & du procédé de Jacob envers' lui 
ordonna à fes gens dc^ chercher l'Alidc , & de l'arrêter en quelque lieu qu'ils 
le pulTent trouver. L'ordre du Khalife fut exécuté promptement , car l'Alida 
fut trouvé & gardé foigneufemcnt dans le Palais. 

Un peu après, le Khalife fit appeller Jacob,' &; lui demanda ce qu'il avoit fait 
de fon hôte. 

Jacob lui répondit, qu'il avoit .exécuté fes ordres, & jura même, par la tê. 
te & par la vie du Khalife , qu'il J'avoit fait mourir ; alors le Khalife irrité 
au dernier point du faux ferment qu'il venoit de faire, voulant le couvrir en- 
tièrement de honte & le convaincre de fon parjure, fit paroître devant liù 
l'Alide. Jacob demeura confus à cette vue , & fut mené auiîî - tôt en prilbn , 
où, après avoir IbufFert beaucoup de mauvais traitemens., il finit miferablement 
fa vie. 

Nezâm al mulk rapporte cet exemple dans fon livre , intitulé Vafjaia , pour 
enfeigner aux favoris des Princes, combien il cft dangereux d'abufer de leur 
crédit , & de manquer au principal devoir d'un fujct , qui eil la fidélité.. 

JACOUB Gerkhi ou Tcherkhi , Dofteur célèbre , Auteur du livre intitulé 
Scharh al efma, qui efl une explication des noms ou attributs de Dieu. 

Ce Doéleur expliquant ces paroles remarquables du chapitre de l'Alcoran , 
intitulé Houd : Demandez pardon de vos prckez à Dku , puis changez de vie , vous 

M ra 3 unif- - 



27» J A C U B. 

unijfant à lui par la pratique des bonnes œuvres , foûtenues de la foy : car c'ejl un 
Seigneur qui fait miféricorde , qui aime Jes créatures &' qui en veut être aimé , dit , 
que le dernier mot de ce verfet, à fçavoir Voudoud , eft un attribut particu- 
lier de Dieu, lequel on ne peut expliquer que par les mots fuivants. 

Dieu eft ce fouverain être qui aime généralement toutes fes créatures & leur 
fait du bien , il eft en particulier Tami de tous les cœurs purs & fmcères qui 
l'aiment: mais, pourfuit cet Auteur, l'amour que les créatures ont pour Dieu, 
n'eft qu'une production & un effet de l'amour que le Créateur a pour elles; 
parce que fi nous confiderons la chofe telle qu'elle eft , nous ne pouvons at- 
tribuer ni le bien qui eft en nous, ni celui que nous faifons à autre, qu'à Dieu 
feul ; de forte qu'il eft vrai de dire , que Dieu n'aime proprement que foy- 
même en nous aimant. 

L'on peut voir ce qui a été dit de ce double amour , dans le titre d'Efch- 
kallah, fur le verfet, il les aime fc? ils laiinmt. 

Al Valad AI Aâz , Auteur myftique & dévot , qui paffe pour le plus fpiri- 
tuel des Mufulmans, dit fur ce fujet. 

Cejl Dieu qui communique quelque trait de fa beauté aux jfofeplis , çf qui fait 

part de quelque étincelle de fou amour aux Jacohs. 
Ceft lui enfin, fi nous y faifons attention , qui ejl dans le commerce de r amour, 

S' l'amant, 6f Is bien aimé tout enfemble. 

JACOUB Ben Sakit, Jacob fils de Sakit. Ce Docleur eft re:^ârdé par les 
IMufulmans pour un des plus grands hommes, en' matière de langue & en élo- 
quence que les Arabes ayent eus. Il vivoit fous le règne de Motavakel, dixiè- 
me Khalife des Abbaflides, & étoit fort attaché à la fefte d'Ali, que ce Khali- 
fe perfccutoit de tout fon pouvoir. 

L'an 244 de l'Hegire , -Motavakel l'ayant fait venir en fa préfence , lui de- 
manda , lefquels il aimoit le mieux des deux Princes fes enfans , nommez Mô- 
tîtz & Moviad , ou des deux enfans d'Ali , Haftan & Houflain. Ce Docleur lui 
ayant répondu fièrement: En vérité , Canbar l'affranchi d'Ali valoit mieux, fé- 
lon mon fentiment, que vous, ni vos enfans tous enfemble; le Khalife irrité 
de ce mépris, commanda auOi-tôt qu'on lui attachât la langue par derrière la 
^ête, ce qui ayant été exécuté lui ôta la vie. Ben Schohnah. 

JACOUB Ben Ishak Al Kendi, c'eft ce'ui qui nous eft connu fous le nom 
d'Alkindus , & qui paffe parmi nous pour un fameux Magicien : ma.s la vérité 
eft, qu'il étoit le plus grand Aftrologue de fon tems. Ilvivoit fous le Knali- 
fat d'Al Mamon , & comme il étoit Juif de naiffance & de Religion , il eut 
fouvent des différens avec les Doélours Mufulmans, qui attribuoicnt à la Ma- 
gie tout ce qu'il operoit de merveilleux. 

Un de ces Dofteurs lui dit un jour en préfence du Khalife : Quel eft donc 
-ce grand mérite qui vous élevé par-deffus les autres? Jacob lui répondit : C'eft 
que vous ne fçavez pas ce que je fçai , & que je fçai ce que vous ne fça- 
vez pas. 

Le Dofteur luy ayant répliqué là-dcffus : Venons -en à quelque expérience 
dans l'art où vous excellez le plus , qui eft la divination ; & voyons ce que 
vous fçavez faire. Alkindus accepta le défi , & chacun d'eux ayant fait un 

cer- 



J A C O U B. 279 

cercle autour de foj', le Dofteur Miifulman écrivit deux mots fur un papier 
fermé , qu'il prélenta au Khalife préfent à cette ditputc , aftn que Jacob devi- 
nât ce qui y étoit écrit. 

L'épreuve étoit dilBcile ; cependant Jacob prit Ces livres & fcs inftrumens de 
Mathématique, & après avoir rêvé quelque tems , dit hardiment au Docteur: 
Des deux mots que vous avez écrits iar le papier, le premier fij^mifie une plan- 
te, & le fécond un animal. 

Al Mamon ouvrit aulli-tôt le papier, & vit que le Docteur y avoit écrit Af- 
fa MoulTa, la Verge de Moyfe, ce qui ne lui donna pas moins d'étonnemcnt, 
que d'eftime pour Jacob. Celuj-cy tout fier du fuccez de la difpute , & voyant 
encore le Do6leur dans fon cercle, oii il n'operoit rien, dit., par plaifanterie au 
Khalife, que s'il le vouloit permettre, pour prouver encore davantage ce qu'il 
fçavoit faire , & ce qu'il meritoit au-deffus du Dofteur , il prendroit fa vefte 
doctorale & s'en feroit des chaulles. 

Cette raillerie s'étant divulguée dans la ville de Balkhe en KhorafTan , un 
Légifte, qui étoit difciple de ce Do6teur, en conçut une telle indignation con- 
tre Jacob Alkendi, qu'elle le porta jufqu'à partir de Balkhe, & à venir exprès 
à Bagdet, où étoit Jacob, pour le tuer; il le chargea pour cet effet d'un cou- 
teau , & vint un jour qu'il y avoit un grand monde chez Jacob , & l'aborda 
dans la pofture d'un écolier qui vouloit apprendre de lui l'Aflronomie. 

L'on dit, qi/aufli-tôt que Jacob l'eut vu & entendu , il lui dit d'un ton fer- 
me: Vous êtes entré ici dans l'intention de me tuer, mais quittez promptement 
cette refolution avec le couteau que vous portez , & je vous cnfeigneray l'Af- 
tronomie. Cet homme étonné au dernier point, jetta fon couteau par terre, 
& fe mit effectivement au nombre de fes écoliers , parmi lefquels il excella à 
un point qu'il fuffit de dire, que ce fut Abou Màafchar Al Balkhi , que nous 
appelions ordinairement du nom d'Albumafar. 

JACOUB Almanfour. Fcyez ]\Linfour, qui eft Almanfor. 

JACOUB Ben Ibrahim, eft le même qu'Abou Jofef, dit Al Imam Al Cou- 
fî & Al Càdhi Al Mogtahad Al Ilanefi. Il fut fait Cadhi al Codhat , Juge 
des Juges, ou Chancehcr de l'Empire des Khalifes par Hadi , & continué par 
Haroun Al Rafchid, tous deux de la race des Abbaffides. 

11 a porté le premier cette qualité , comme il a été auflî le premier, qui a 
donné un habit particulier aux Dofteurs de la loy Mufulmane , & qui a mis 
en vogue la doctrine d'Abou Hanifah , qui avoit été jufqu'alors négligée. 

Il eft Auteur du livré intitulé /idab ni Cadhi , des qualitez que doit avoir un 
Cadhi, félon les principes du môme Abou Hanifah, & mourut à l'âge de 115 
ans, l'an de l'Hegire 182. l^oyez le titre ^'Abou Jofef. On l'appelle auflî Ben 
Ibrahim Ben Habib. 

JACOUB Al Firouzabadi, c'eft l'Auteur du Camus, royez ce titre ^ celuy 
de Firouz-abadi. 

JACOUB Pacha Ben Khedher Begh , eft l'Auteur d'un commentaire fur 
l'ouvrage de Borhan eddin, intitulé Jl Fecaiah. ^oyez ce titre. 

JACOUB: 



28o jACOUB. JADIGHIAR. 

JACOUB Ben Saclan, Médecin Chrétien, furnommé Al Mocdeflî , à eau- 
fe qu'il écoit natif de Jerufalem ; il fervit long-tems les Aioubites , c'efl-à-dire , 
les Princes de la poflerité de Saladin, & mourut l'an 626 de l'Hegire. 

JACOUB Al Sarougi, nom d'un Ev^êque de la ville de Sarouge, qui a fait 
plufieurs difcours ou fermons. Il y en a un fur le LafF al jamin , qui eft le 
bon Larron , que l'on trouve dans la Bibliothèque du Roy. Foyez le titre 
de LaiT. 

JACOUB Al Bardai ou Al Baradêi , Difciple de Severe , Patriarche d'An- 
tioche , intrus par l'Empereur Anaftafe. Jacob alla prêcher l'herefie d'Euty- 
chcs & de' Severe dans la Mefopotamie & dans l'Arménie , & c'eft de luy que 
les Eutychiens prirent le nom de Jacobites, qu'ils portent encore aujourd'hui. 

Ce faux Miflionnaire fut furnommé Bardai , à caufe qu'il alloit vêtu d'une 
étoffe pareille à celle dont on fe fert pour mettre fous le bât des bêtes de voi- 
ture , que les Arabes appellent Barda , qui cft une èfpèce de feutre. Cependant 
il cfl plus probable qu'il avoit tiré ce furnom de la ville de Eardàa en Armé- 
nie, dont il étoit originaire ou natif. . • 

Les Chrétiens d'Arabie étoient Jacobites , fous les Roys appeliez Mondars , 
dont on a parlé dans le titre de Hirah , & leur divifion d'avec les Melchites 
ou Orthodoxes , qui fit bruit fous l'Empereur Juftinien & fes faccefleurs , dif- 
pofa , & prépara , pour ainfi dire , leurs efprits déjà corrompus , au Mahomctif- 
me qui éclata dans le fiécle fuivant. 

Les Jacobites polTederent \qs Eglifcs d'Egypte & de Syrie depuis que les Ara- 
bes fe furent rendus maîtres de ces provinces pendant l'efpace de près de cent 
ans, jufqu'à ce que le Khalife Hefchdm, tlls d'Abdalmalek , y rétablit les Mel- 
chites. Diofcore , Patriarche d'Alexandrie, avoit infeélé la plus grande partie de 
ces peuples de l'hérefie d'Eutyches , & avoit envoyé des Evêques hérétiques en 
Nubie & en Ethiopie. 

JACOUB Ofcof Naffibin , Saint- Jacques , Evêque de Nifibe , qui délivra, 
par fes prières, cette ville .du fiége que Schabour Ben Hormouz ,. Roy de Per- 
fe, y avoit mis du tems du Grand Conftantin. Saint- Ephrem , que les Arabes 
appellent Mar Afram du Afrim, ctoit fon difciple. 

JADIGHIAR Mirza, fils de Mirza Mohammed , fils de Baifankhor, fils de 
Scharokh, fils de Tamerlan. 

11 fit la guerre à Aboufaid, fils de Mohammed, fils de Miranfchah , troifième 
fils de Tamerlan , en fe joignant à Ilallan Bcgh , qui elt Ufuncafian , & après 
l'avoir tué, il .alla l'an 873 de l'Hegire afliéger la ville d'Afterabad : mais.il y 
trouva Houlîliin Mirza, Roy de Khoraffan, qui dcfcendoit d'Omar Scheich, fé- 
cond fils de Tamerlan, qui la fccourut & le défit. 

En 874, ladighiar fe réfugia à Tauris vers Ufuncaffan , qui le'fecourut pour 
la féconde fois , & lui donna des troupes avec lefquelles il défit Houffain , & 
l'obligea de s'enfuir du côté de Fariab ik de Bâlkhe : mais ce Prince étant de- 
venu par cette viéloire le maître du Khorafl-m , s'abandonna tellement k fes 
plaifirs, en négligeant entièrement i^QS, afl'aires, & ne prenant aucune précaution, 
.que Houfiain eut le loifir de prendre fon tems pour l'attaquer à l'impourvu; il 
,le fit avec mil chevaux feulement, le furprit au milieu de fes débauches, & lui 

'^^ ôta 



j A F E I. -^- I A G I U G E. 281 

ôta la vie l'an de l'Hegire 875. Ce Prince fut le dernier de la famille de Schah- 
rokh, fils de Tamerlan. Khundemir. 

JAFEI, furnom d'Abdallah Ben Afàad Al Jemeni , mort l'an 768 ou 7-0 
de l'Hegire; il cil qualifié Nezil al haramein , à caufe qu'il vint demeurer a 'la 
Mecque & à Medine. Il a compofé pluficurs ouvrages hiftoriques , dont le prin- 
cipal eft celui qui commence à la première année de l'Hegire & finit dans la 
750. Cette hiftoire eft intitulée Raoudh al riahin, & contient les vies de ceux 
que les Mufulmans eftiment laints. Il cfl auffî l'Auteur de Meràt al gianân , 
de Afiia al mecalTed fur la vie d'Abdalcader & d'Athrâf al taouarikh. 

JAFETH Ben Nouh, c'efl Japhct , fils du Patriarche Noé. Mirkhond & 
Khondemir écrivent , que Japhet étoit le fils aine de Noé , & qu'après que 
l'arche fe fût arrêtée fur la montagne de Gioudi en Arménie, fon père lui don- 
na en partage les pays qui étoient à l'Orient & au Septentrion de cette pro- 
X'ince. 

Avant que Japhet partit avec fa famille pour aller peupler ces contrées, Noé 
kii fit prefent d'une pierre , que les Turcs Orientaux appellent Giudé Tafch & 
Senk ledé, fur laquelle il avoit écrit le grand nom de Dieu , Efm Addlmn ou 
Âdzem , par la vertu duquel celui qui la pofl'edoit , pouvoit faire defcendre la 
pluye du ciel à fa difcretion. Voyez le titre de cette pierre fuperftitieufe , qui 
s'eft confervée long-tems parmi les Mogols. 

japhet efl furnomraé Aboulturk, c'eft-à-dire , Père de Turk, parce qu'il eut 
un fils de ce nom, qui eft reconnu pour le premier père des peuples compris 
fous le nom général de Turcs. 

Japhet eut onze enfans mâles, dont les noms font Gin ou Tchin & Sin, du- 
quel defcendent les Chinois ; Seklâb , duquel font ifllis les Efclavons ; Manfchu- 
ge, d'où viennent les Goths ou ^Scythes , appeliez lagiouge & iVIagiouge ; Go- 
mari , le Gomer de la Genefe ; Turk , dont l'on a déjà parié ; Khalage , race 
de Turcs; Khozar, duquel font defcendus les Khozaricns; Rous, Père des Ruf- 
fes ou.Mofcovites ; Soufian , Ghaz & Tarage, defquels font fortis les Turco- 
mans, 

Japhet maria fes enfans à leurs propres fœurs avant qu'ils parrifTent, afin que 
par ce moyen ils pufient fe multiph'er plus aiféraent; & en effet il arriva que 
les pays de l'Orient & de la plus grande partie du Septentrion , furent les pre- 
miers peuplez. Ce Patriarche eft mis par les Mufuhnans au nombre des Pro- 
phètes envoyez de Dieu. 

lAGIOUGE & Magiouge. Gog & Magog , dont la pofterité qui d^-fcend 
de Japhet, habite les pays les plus Septentrionaux de l'Afie. Ebn Alovardi, 
dans fon livre intitulé Khiridat al agiaib , parlant de ces {lays , dit : L'on trou- 
ve les peuples de Gog & Magog dans le plus haut du Septentrion , après avoir 
traverfé le ^ays des Kaimakiens & celui des Scclables. 

Les premiers 4e ces peuples font les Tartares , que nous appelions aujour- 
d'huy Calmuques. Les féconds font les Chalybes des anciens, que nous appel- 
ions Sclaves ou Efclavons. Ceux-cy demeuroient dans l'Afie: mais ils fortircnt 
de leur pays pour en venir peupler un autre plus proche de nous , auquel ils 
ont donné leur nom. 

Toj^iE n. N û Ces 



• 82 r A G I U G E. 

Ces peuples, dit le même Auteur, habitoient fur des montagnes très -hautes 
&, efcarpées , où aucune bête de voiture ne pouvoit aller; de forte qu'au rap- 
port d'Abou Ishak qui y fut envoyé par le Roy de ChorafTàn, toutes les den». 
rées & marchandifes dont Ton negotioit avec eux, fe portoient fur le dos des 
hommes, ou des chèvres, qui font fort grandes en ce pays-là. Il ajoute qu'il 
falloit employer dix-fept jours à monter, & à defcendre, avant que d'arriver 
iLifqu'à cette nation, & que l'on n'a pu trouver aucun d'entr'eux jufqu'à prefent 
qui ait voulu donner ia moindre connoiffance des chofes qui les regardent. II 
y a grande apparence que ces peuples font ceux que les Grecs ont appelle Hy- 

perboréens. 

L'Auteur du livre intitulé Nezahat al colouh cite un autre livre intitulé Katah 
al mejlakk val memalek , dans lequel il eft rapporté que Vathek , neuvième Khalife 
de la race des Abbaffides, ayant la curiofité de fçavoir au vray ce que c'étoit 
que le fameux rampart de lagiouge, & de Magiouge, ou de Gog & de Magog,, 
bâti autrefois par Alexandre le Grand, pour refferrer les nations barbares du 
Septentrion, & les empêcher par ce moyen de faire des irruptions dans le cœur 
de l'Afie , ce Khalife donna la commifTion à un nommé Salam fon Interprète , de 
chercher un ouvrage fi fort vanté dans les anciennes hiftoires , & de lui en faire 
un fidèle rapport. 

Salam partit avec un équipage de cinquante perfonnes pourvues de toutes 
les chofes necelfaires pour un tel voyage , de la ville nommée Sermenrai ou Sa- 
mara en Chaldée, oii Vathek faifoit fa demeure ordinaire l'an de l'Hegire 228 
qui eft de J. C, 842, & alla trouver d'abord le Roy d'Arménie dans fa ville 
capitale de Sis. 

Après avoir quitté l'Arménie, il prit la route du Schirvan ou Medie Septen- . 
trionale dans laquelle Filân fchah rcgnoit pour lors. Du Schirvan il pafla chez 
le Roy des Alan ou Alains, peuples qui ont confervé leur nom jufqu'à nous, & 
alla enfuite vifiter le Prince qui porte le titre de Maître du trône dor, qui 
commande dans la ville de Bâb al abouâb, c'eft -à-dire, aux portes Cafpiennes 
appellées autrement Derbend en Perfien , & Demir capi en Turc. 

Pendant qu'il fut à Derbend , le Prince "de ce pays-là, félon le ^rapport de Ca- 
zuini dans fon livre intitulé Jgiaib al makhloukhàt , alla à la pêche fur la mer 
Cafpienne, & mena avec lui Salam: on prit dans cette pêche un fort grand 
poilTon dans le ventre duquel on trouva un autre poiffon encore vivant, qui 
avoit la figure d'une fille toute nue jufqu'à la ceinture , & qui portoit jufqu'aux 
CTenoux une efpece de calle^ons faits d'une peau femblable à celle d'un homme ; 
elle tenoit fes mains fur fon vifage , fe tiroit les cheveux^, & poufibit de^ grands 
foupirs; mais elle ne. fut pas long-tems en vie. Le même Cazuini ajoute que 
le Tarikh Magrcb qui eft une hiiloire d'Afrique, confirmiC cette narration par. 
d'autres femblables qu'il rapporte fur le fujet des Sirènes. 

Le Roy du trône d'or nommé Tarkhân donna à Salam des «guides pour le 
conduire plus avant dans le Nord, où ayant marché 26 jours, il apva en un 
pays qui fcntoit fort mauvais. A dix journées de-là il trouva des villes, où 
l'on dit qu'étoit l'ancienne demeure des peuples Hyperboreens nommez lagiouge, 
& Magiouge ; mais elles n'étoient plus que des mazures fans habitans : après qu'il 
eut fait 27 journées, il arriva enfin à llaiha, lieu ainfi appelle parles Arabes, 
à caufe dé fon affiette qui cil très -forte, & prefque inacceflîble. 
On voyoit afiTez près de ce fort les reftes du rempart que nos voyageurs 

cher- 



I A H I A. 283 

cherchoient, & Salam s'y ëcant fait porter, & aydiit reconnu cet ouvrage mer- 
veilleux, il le trouva tel qu'il ctoit décrit dans les livres qu'il avoit apportés 
expreirement pour les vérifier, & n'ayant plus rien à faire après une fi curieufe 
découverte, il prit la refolution de retourner à Samara par un autre chemin 
que celui qu'il avoit déjà fait. Il tira vers l'Orient au -de/Fus de la mer Caf- 
pienne, & arriva après deux mois de chemin avec fa petite caravane, à fept 
parafanges qui font quatorze lîeuës Françoifes de Samarcande , d'où ayant pris 
la route du Khoraflan, il retourna auprès du Khalife fon maiïtre, n'ayant eraplo- 
yé en tout fon voyage -que deux ans, & quatre mois. 

lAHIA Ben Zacaria, Jean fils de Zacarie que les Arabes appellent aufïï à 
l'imitation des Syriens, Johanna & Mar Johanna. C'efl ainfi que les Muful- 
mans nomment faint-Jean Baptifte, d'un nom qui fignifie. Donnant l:i vie, à 
caufe, difent-ils , qu'il a fait vivre le nom, & la mémoire de Zacharic fon père; 
ou parce que la véritable religion, ou la foy au Meiîie ont reçu de lui une 
nouvelle vie. 

On lit dans le chapitre intitulé De la famille (TAmran, que Zacharie priant 
dans le Mehérab, ou Oratoire de Marie, dont il avoit pour lors le foin & la 
garde. Les Anges lui promirent de la part de Dieu un fils qui devait être nommé 
lahia , parce qu'il verifieroit , â? confirmcroit la parole ou le ^erbe , qu'il deviendrait 
chef &' Pontife de la Religion du Meffie, qu'il fe conferveroit pur ^ faint , & fe- 
roit enfin un d>'S plus grands Propintes fortis de la lignée des gens de bien. 

Houlfain Vaêz paraphrafe ce paifage dans les termes fuivans. Jean Baptifte 
vôtre fils publiera & autorifera la foy au JVIcflîe, Jefus fils de iVIarie, qui eft la 
parole de Dieu, ou le Verbe procédant de Dieu; car il fera le premier qui 
croira en lui. Il deviendra Chef & Pontife par fa fcience, par fauftericé de fà 
vie, & par la douceur de fes mœurs, qui font les trois qualitez requifes pour 
être Imam ou" Pontife de la loy de Dieu. 11 fe feparera de tout commerce 
avec les femmes, & s'abftiendra de tous les plaifirs des fens, & enfin il fera 
un Prophète iflli de gens de bien, tels qu'ont été Zacharie fon père, & Saleh 
fon aycul, enfeignant aux hommes les voyes de la jufticc & du falut. 

Il eft remarqué dans le Tarikh Motekheb que faint-Jean Baptifte ayant eu la 
tête tranchée par le commandement d'un Roy de Judée , le fang qui fortoit de 
fon corps ne put s'étancher, jufques à ce qu'il fut vangé par une très -grande 
defolation que Dieu envoya au peuple Juif, & qu'il fut le dernier Prophète 
de fa nation. 

Khondemir rapporte dans la vie de Mahomet que les Juifs qui habitoient l'He- 
giaze, province qui fait partie de l'Arabie, dans laquelle la ville de la Mecque 
eft fituée, confervoient parmi eux une tunique blanche de faint-Jean Baptifte 
qui étoit encore teinte de fon fang, dont il en diftilloit de teras en teras quel- 
que goutte, & qu'une ancienne tradition s'étoit confervée parmi eux, félon la- 
quelle ce fang devoit toujours couler jufqu'à la nailfance d'un homme nommé 
Abdallah , qui devoit être le père du dernier des Prophètes. 

Si cette fable n'a pas été inventée par les Arabes Mufulmans, il y a lieu de 
croire que quelques Juifs jApoftats l'ont produite , pour flatter Mahomet & les 
Tiens; car il eft très-certain que les Juifs ont été les premiers, & les principaux 
fauteurs du Mufulraanifme, comme l'on peut voir dans le titre de l'Alcoran. 

Le Géographe Perfien parlant de Damas , écrit que la tète de faint-Jean Bap- 

N n 2 tifte 



£g4 I A H î A. 

tifte fut mife dans un temi51e de cette ville que les Sabiens y bâtirent, à foîa 
honneur, & qu'elle y a été toujours fort révérée par les Chrétiens, & parles 
jMufulmans dans la fuite des tems. Foyez le titre de Damas, & remarquez que 
ces Sabiens font les Mendai lahia que nous appelions les Chrétiens de faint -Jean, 
dont plufieurs habitent encore aujourd'huy dans la ville & dans Je territoire de 

BaiTora. 

Saadi fait mention dans fon Guliflan du fepulcrc de S. Jean Baptifle qui étoit 
révéré dans le temple de Damas , & l'appelle Turbct lahia Peghembcr en lan- 
gue Perlienne; il y fàifoit fes prières, & rapporte celles d'un Roy des Arabes 
qui y étoit venu en pèlerinage. Le Khalife Abdalmalek voulut achepter cette 
Eglife de la main des Chrétiens, & il ne s'en empara par force qu'ajirès Te re- 
fus qu'ils firent de quarante mil dinars, ou piftolcs d'or qu'il leur avoit offertes. 

Ce Temple qui efl prefentement une Mofquée, étoit dédié h Zacharie père 
d'Iahia, & il n'a porté le nom de faint -Jean Baptifle que depuis que fa tête 
qui fut trouvée dans la ville de Uems fous l'Empire de Theodofe de Jeune, y 
eût été transférée. C'eft ce qui a trompé l'Auteur du Tarikh Cozideh, lequel 
voyant cette Eglife de Zacharie père de faint Jean Baptifte, a cru que la mort 
de ce faint Précurfeur fut vangée par Gudarz Roy d'Orient ou de Perfe , de la 
race des Molouk Thaovaif, par la ruine de Jerufalem, ce qui doit être rapporté 
à la mort de Zacharie , grand Pontife des Juifs , que Joas fit lapider dans le tem- 
ple , nonobflant les grands fervices qu'il avoit reçus de Jojada fon père. 

Cette mort de Zacharie fils de Jojada, ou de Barachia, félon faint Mathieu, 
a été tellement marquée dans les hvres faints par ces mots qu'il dit en mourant: 
Fideat Dominiis àf requirat, que les Mufulmans ont fait venir exprès Gudarz qui 
cfl Nabuchodonofor pour la vanger, & il ne s'en faut pas étonner, puifque 
Jesus-Christ même la reprocha encore aux Juifs de fon tems: on ne peut 
que blâmer leur ignorance de confondre ce Zacharie avec le père de faint Jean 
Baptifle ; mais leurs hifloires font pleines de ces anachronifmes. 

Les Mahometans citent plufieurs paroles de faint- Jean Baptifle, lefquelles fonC 
de Jésus- Christ même, telles que nous les trouvons couchées dans les Evan- 
geliflcs. Ils ont aufîî inventé des dialogues entre Jesus-Christ & faint Jean 
Baptifle. Il y en a un dans lequel Jesus-Christ efl reprefenté avec un air 
gai & agréable, & faint Jean Baptifle avec un vifage trifle & auftere. Saint 
Jean dit"" ces paroles remarquables à nôtre Seigneur: Il paroù bien, Seigneur, que 
vous jouijjez pleinement dès cette vie de la gloire, ^ du bonheur éternel, pendant que 
vôtre ftrviteur ejî encore dans la voye , 6? dans les exercices de la pénitence. 

Les Mufulmans donnent plufieurs titres à faint Jean Baptifle ; car outre celui 
de Nabi ou Prophète qui lui efl commun avec plufieurs autres, ils le furnom- 
ment particulièrement Aàlfem & Mâaflbum, mot qui fignifîé proprement prefer- 
vé, exempt, & affranchi de tout péché, ce qui a rapport non feulement à fin- 
nocence & à l'auflerité de fa vie , mais encore à fa fànclification dans le ven- 
tre de fa mère. Il efl bon de remarquer que les mêmes Mufulmans donnent 
encore ce titre à la fainte Vierge, fur quoy Foyez le titre ^e. Miriam. 

Les Chêtiens Orientaux célèbrent la fête de la Nativité de faint Jean Bap- 
tifle le 21 jour du mois appelle dans le Calendrier Syrien Hazinin qiu corrcf- 
p,ond à nôtre mois de Juin. Cette fête efl marquée dans les éphemerides des 
Mahometans fous le nom de Milâd lahia. 

L.^ fête que nous appelions la Décollation de faint Jean Baptifle, & qu'ils 

nom?- 



•I A H I A. 285 

nomment Méfiai lahia, eft mar(]uée dans le même Calendrier le 17 du mois Ab 
qui correfpond à nôtre mois d'Août. 

Les Difciples de faint Jean Baptifte qui furent appeliez dans les premiers tcms 
de l'Eglife, Hemerobaptiftes , & dont le nombre ell confiderable parmi les 
Juifs, ont fait depuis ce tems-ià une fectc, ou plutôt une Religion à part fous 
le nom de Mendai lahia. Voy^z ce titre. Ces gens- à que nos voyageurs ap- 
pellent Chôticns de faint Jean Baptiile, à caufe d'une efpece de baptême fort 
différent Ju nôtre, dont ils le fervent, ont été confondus avec les Sabicns qui font 
cependant une lefte bien différente; c'efl pourquoy il faut voir fur ce fujct 
le titre de Sabi. 

lAFÎIA Ben Abdallah. lahia fils d'Abdallah, & pctit-fi!s de Haffan fils d'Ali, 
efl celui duquel^ quelques - uns tirent la ligne droite des Imams, à caufe qu'il 
defcendoit de l'àiné des enfans d'Ali; mais les Perfans la tirent de la bran- 
che du cadet, à fçavoir de HouUàin, fécond fils d'Ali, parce quil fut pro- 
clamé Khalife dans Coufah, comme nous avons vu cy-dcifus. Voyez la fuite de 
ces Imams vrays ou faux , au titre d'Imam. 

Cet lahia dont il ell queftion parut au teras du Khalife Haroun Rafchid dans 
la province de Ghilan fur la mer Cafpienne, où il avoit déjà attiré beaucoup 
de gens à, fa fuite qui faifoient tous une profeffion ouverte de la fefte d'Ali. 
Pour couper la racine de cette nouve'le fadion, ce Khalife voulant ufer de dou- 
ceur, dépêcha vers lui un homme de confiance avec un paffeport fort ample 
fcellé des fceaux de tous les Cadhis, ou Juges principaux de l'Etat, & foufcrit 
des feings ou fignatures des principaux Seigneurs des deux Waifons de Hafchem 
& d'Abbas , qui étoierit tous fes parens , afin qu'il pût fe rendre en toute feureté 
auprès du Klialife- 

il ne falloit pas prendre moins de précaution dans une affaire aufïï délicate que 
celle -cy, pour prévenir les deffeins des faélieux, qui avortèrent en effet, auffi- 
tôt que cet Imam, lequel d'ailleurs n'avoit point d'ambition, fût entre les mains 
du Khalife. 

Cette hiftorre, qui efl rapportée dans la Chronique des Abbaffides, fait affez voir 
en quelle vénération étoient les Chefs de la Maifon d'Ah', & les grands pro- 
grez que fiifoit déjà cette fefte; mais la fuite fera encore beaucoup mieux con- 
noître de quelle importance étoit cette affaire pour le Khalife. 

lahia ayant reçu de telles affurances de la part de Haroun, ne fit aucune dif- 
ficulté de fe rendre à la Cour; mais il n'y fut pas plutôt arrivé que l'on lui 
dreffa un piège. Un certain Abdallah de la famille de Zobair, famille qui de 
tout tems s'étoit déclarée ennemie de celle d'Ali , accula lahia de s'être dit Pro- 
phète, & de l'avoir voulu attirer à fon parti, adùrelfant ces paroles au Khalife: 
Vous pouvez juger, Seigneur, s'il s'efl ouvert à fes amis , puis qu'il n'a point 
fait de difficulté de fe déclarer à fon ennemi même, tel qu'il fçait que je fuis, 
& combien il faut' qu'il ait déjà gagné de gens pour en venir jufqu'à ce point. 

Le Khalife qui étoit fort prudent, voulut pour s'cclaircir pleinement de la 
chofe, que l'on fifl venir devant lui l'accufiiteur, & l'accufé. Le premier per- 
fifta dans fon accufation , & le fécond, après avoir nié conllammcnt le fait, 
& fait fa prière avec les cérémonies ordinaires, pour fe préparer au ferment 
dont il fe devoit purger, s'approcha de fon adv^rfaire, mit les doigts de fa mair> 
droite entre, ceux de celle de ion accufateur, & prononça ces paroles : .Se/g/vcKr • 

N n a ' ^- 



a85 I A H I A. 

Êf Créateur tout-pufffant , Jl fay jamais convié cet homme à me fiiîvrê, ou à mi 
reconmijîre pour Frophete, faites par vôtre juftice Jouveraine que je perijfe miftrable^ 
ment\ mais fi cela n'ejl pas, punijfez mon accufateur de la même peine. 

Son adverfaire ayant été obligé de faire le même ferment, & étant mort le 
même jour, on ne douta point qu'il n'eût reçu la punition de fon parjure, de 
forte que le Khalife fit depuis ce tems-'lla de grands honneurs à lahia , qu'il re- 
connut pour un faint homme dont Dieu exaucoit les prières. 

I A H I A Ben Klialed Al Barmeki , Les Barmekides , ou Barmecides que les 
Arabes appellent Baramecah, & les'Perfans Barmekian, tiroient leur origine des 
anciens Roys de Perfe, félon Khondemir dans la vie du Khalife Haroun Al 

Rafchid. , , , . 

Cette famille qui n'a produit que des gens de grand mente, commença a pa- 
roître fur le théâtre du monde, en la perfonne d'Iahia fils de Khalcd, homme 
d'un mente extraordinaire, qui avoit reiini en foy toutes les vertus civiles & 
militaires, aufquelles il donnoit encore un nouvel éclat par fa magnificence, & 
par fa 'generofîté incomparable. 

Fadhel fon fils aîné fut un des plus grands Capitaines de fon tems , & fon 
fécond fils nommé Giafar, outre qu'il pofTedoit à un fouverain degré les vertus 
héréditaires de fa Maifon, palloit pour le plus éloquent & le plus poli Ecrivain 
de fon fiecle. Les deux derniers de fes enfans nommez Mohammed , & Moufla , 
ne degeneroient point d'une fi bonne race , & poifedoient les premiers employs 
dans l'adminifi:ration des aflTaires de l'Etat & de la guerre. 

Le Khalife Haroun Rafchid fe repofa entièrement pendant l'efpace de 17 ans, 
c'ell - à - dire , depuis l'an 170 de l'Hegire jufqu'en 187, de toutes chofes fur 
lahia, & fur fes quatre enfans, dont Giafar, qui étoit le fécond, pofledoit la fa- 
veur' & les bonnes grâces de fon maître à un tel point, qu'il n'y a point d'exem- 
ple d'aucun Prince qui en ait ufé avec tant de familiarité , & tant de bonté avec 
fon favory. FoyEZ le titre de Giafar ben lahia. 

Ben Schohnah rapporte que lorfqu'Iahia vit la fortune de fa maifon renverfée, 
fes enfans ou tuez ou emprifonnez , fa liberté perdue, & tous fes grands biens 
confifquez, il dit à fes amis: La puilfance & les richefles font des prêts que la 
fortune fait aux hommes: Nous devons nous contenter de ce dont nous avons 
jouy par le palfé, & nous confoler fur ce que nous laifibns pour l'avenir une 
grande infl:ru(5lion à ceux qui viendront après nous. 

Ce grand perfonnage avoit élevé fa Maifon à un tel point de grandeur, que 
lui & fes enfans dirpolbient abfolument de l'Empire ôqs, Khalifes; mais ils ufe- 
rent de cette autorité avec tant de fageffe, & de modération, & difpenferent 
leurs grandes richelfes avec tant de generofité & de magnificence, que leurdif- 
<Trace fut pleurée par tous les grands hommes de leur fiecle , & leurs vertus louées 
par tous ceux qui les avoient connus, l^oyez le titie des Barmecides. 

Le Rabî al Akhidr cite un quatrain Arabique fait à la loiiange d'Iahia dont 
le fens efl:.: J'ay demandé à la rofée ( fymbole de la libéralité ) fi elle étoit 
libre, elle me répondit. Non; car je fuis l'efclave d'Iahia fils de Khaled. Sur 
cette réponfe je lui dis: Je veux donc vous acheter de lui, & elle me répliqua: 
Cela n'eft: pas poffible; car il me pofiTede comme un héritage fubfi:itué de père 
.en fiis dans fa famille. 

'Zamakhfchari dans fon livre intitulé Rahî al ahrar nous donne le nom , «Se la 



I A H I A. 



287 



genealog:ie d'Iahia en cette manière: Abou Ali lahia Ben Khaled , Ben Barmek, 
Ben Kifchtasb, Ben Giamasb, & dit que Je Khalife Mahadi le donna pour Gou- 
verneur à fon fils Haroun , lequel étanf devenu Khalife après la mort de Ma- 
hadi, traita lahia comme il auroit fait fon propre pcre , lui confia fon fceau, 
& lui donna l'adminillration générale de toutes les affaires du Khalifat. 

Le même Auteur rapporte auffi qu'Iahia ayant été difgracic , & mis en prifon 
par Haroun, un de fes enfans qui étoit enveloppé dans le même defallre, lui 
dit un jour : Comment eft-il poffiblc qu'après avoir fervi Dieu & l'Etat de 
nôtre mieux, & fait du bien à tout le monde, nous foyons réduits à une telle 
mifere ? lahia lui fit cette réponfe ; Il fe peut faire que la voix de quelque 
affligé qui aura fouffert de nous quelque tort, ait été entendue de Dieu pen- 
dant que nous négligions de lui rendre juftice. 

lahia difoit fouvent à fes enfans: Soyez liberau^c de vos biens dans le temps 
de vôtre profperité , & ils ne diminueront point : Donnez aufli durant vôtre 
adverfité ; car fi vous vous abftencz alors de donner , il ne vous en reftera 
rien du tout. 

L'on trouv^a dans le fein d'Iahia après fa mort, un papier dans lequel il avoit 
écrit ces mots de fa propre main en Arabe : L'accufé palfe le premier, l'accu- 
fateur le fuivra de près , & ils paroîtront tous deux devant un Juge auprès 
duquel ni les écritures ni les procédures ne ferviront de rien. Ce papier ayant 
été porté au Khalife, il n'en put faire la leclure fans verfer des larmes. 

. lAHIA Ben Aktem. Cadhi des Cadhis ou Chancelier du Khalife Almaraon, 
fut celuy qui fit changer ce Prince, fur l'opinion qu'il avoit que le mariage à 
tems eftant licite , pouvoit efi:re eftabli. 

Cette forte de mariage s'appelle en Arabe Almetâah, & le Khalife étoit fur 
le point d'en publier la perraiffion, lorfque le Cadhi fe fervit d'un palTage de 
l'Alcoran pour fen dilTuader. Ce pafiage eft fort équivoque; car il ne défend 
pas abfolument cette efpcce de mariage , & dit feulement qu'il ne fimt pas fe 
contraindre les femmes dans leur Religion , & qu'il ne paroît pas que celui qui 
fe fert d'une femme feulement pour un tems , puide être appelle véritablement 
fon mari, ni qu'il ait une entière puilfance fur elle, comme fur une chofe qu'il 
poiïede pleinement ou légitimement. . 

Ce Cadhi fit & publia cependant une loy contre cette forte de mariages 
qu'il difoit être condamnez dans l'Alcoran: nonobflant quoy ils ne lailFent pas 
d'être fort en ufage parmi les Miifulmans. Les Chrétiens mêmes du Levant 
les pratiquent quelquefois, quoyque très-défendus par les loix de TEglife, & 
ils les appellent des mariages faits alla carta , c'eft-à-dire , par une promcfie 
écrite, & autorifée par le Cadhi, en vertu de laquelle l'homme s'oblige envers 
la femme qu'il prend , de la tenir pendant un tel tems , moyennant une telle 
forame d'argent Ib'pulée entre eux. 

Ce Cadhi mourut l'an de l'Hegire 242 , fous le Khalife Motavakel. 

lAHIA Ben Ali Al Monaggem , Homme de bonne compagnie qui s'étoit 
fort avancé dans les bonnes grâces du Khalife Moftafi, d'où vient que l'on le 
furnomme ordinairement Nedim Al Mo^lafi , à caufe que ce Prince Je faifoit 
fjuvent manger & boire avec lui. 

Nous 



288 I A H I A. 

Nous avons de lui une hiltoire des Poètes Arabes qui commence par Bafchar, 
& finit par Marvan : elle ell intitulée Baher fi akhbdr alfchoâra. Cet Auteur 
mourut Fan 300 de l'Hegire. 

lAHIA Ben Ali Ben Gezalah, Auteur d'un liv^e de Médecine dont les ma- 
tières font rangées par tables à l'inftar de celles des Ephemerides ; il s'intitule 
Tacovpn al abddn fi tadbir al enfàn. 

lAHIA Ben Adda, Chrétien Jacobite natif de la ville de Tacrit en Mefo- 
pbtamiè. II étoit Philofophe Peripateticien , & a traduit plufieurs ouvrages d'A- 
riftote, en langue Syriaque & Arabique. 

lAHIA Aboulmanfour , furnommé Al Mouflali , parce qu'il étoit natif de 
Moful en Mefopotamie-, ek l'Auteur du livre intitulé Agàni. C'ell: un Recueil 
de chanfons Arabiques difpofées par ordre Alphabétique. 

lAHIA Ben Iakhfchi Ben Ibrahim. C'efl l'Auteur d'un Scharh ou commen- 
taire fur le livre intitulé Scherâat al ejlàm ; ce Scharh eft dans la Bibliothèque 
du Roy n^. 590. 

lAHIA , furnommé Al Nahaovi, a traduit & expliqué en Arabe lejivre 
d'Ariftote, qu'il nomme Bari arminids , mot corrompu du Grec qui fignilie De 
Jnterpretatione. 

ÎAHIA Ben Abdalmatha. l^oytz Zaovaovî. 

lAHIA Ben Geifch. l^oyez Schaharvardi. 

•IAHIA Affendi. Voyez Mohieddin Al Thabarî. 

IAHIA Ben Abilmanfour , c'cil le nom d'un des plus grands Agronomes 
qui ayent vécu fous le Khalifat d'Almamoun. AbulmalTar en faifoit grand état, 
& le cite fouvent. 

IAHIA Ben Mohammed, huitième Khalife ou Empereur des Moahedites ou 
Al Mohades, comme les Efpagnols les appellent, qui a régné en Afrique, & 
en Efpagne , ce que les Arabes appellent Magreb u Andalous. Voyez le titre 
de Movahedin. 

IAHIA Ben Modhaffer, Ben Mobarez. C'cfb le nom du fixième Prince ou 
Sultan de la dynaltie des Modhaferiens ou Mozaffericns en Perfe. Cette 
dynaftie fut abolie fous les Sultans Schah fchegiâ , & Schah Manfour , par Ta* 
gierlan. Voyez Modhafferioun. 

ÎAHIA Ben Haidar Carati, feptième Prince de la petite dynaftie qui s'éta- 
blit dans le Khoralfan au tems des conquêtes de Tamerlan , fous le nom de 
Sarbedariens , & qui fut maintenue par ce même Conquérant. Voyez Sarbedarân. 

JAHIA Ben îfrail a écrit fur l'Ifagoge de Porphyre. 

Abou Jacob Ishak, Ben Soliman al Ifraili , furnommé al Thabib , le Médecin , 
eft auteur du Boftan alhekmat, Jardin Philofophique. 

Le 



I A H K E M. — - I A II O U D. 289 

Le furnam d'Ifraili ell fouvent donné aux Auteurs Juifs qui font eflimez par 
les Mufulmans. 

lAHKEM Ma câni, Turc de nation, lequel ayant été efclavc de Mardavige 
Sultan de Dilem, & depuis fon affranclii , & élevé par lui jufqu'aux premicrcs 
charges de la milice, tua fon maître , & s'empara de fes Etat?. 

Il ■s'approcha enfuite de Bagdet d'où il chafTa Raiek qui tenoit le Khalife 
Radhi fous fa puiffimce , & prit lui-même fa place fous le titre d'Emir al omara , 
c ell-à-dire , Commandant des Commandans , ou Prince des Princes. Il gouv'erna 
le Khalifat avec tant d'autorité qu'il faifoit faire la charge de V^izir par fon 
Secrétaire. 

■lAHOUD & lahoudi, un Juif que les Turcs appellent d'un terme de mé- 
pris Tchifout ou Tchufut. Foyez l'origine du mot lahoud dans le titre de Houd. 

Les Juifs ont été condamnez à une captivité perpétuelle , à caufe de leur 
rébellion contre Dieu, & pour n'avoir pas reçu, ni reconnu Jesus-Ciiiust 
pour Meflîe. C'eft le fentiment de tous les Mufulmans fondé fur l'AIcoran, 
dans lequel au chapitre Aàraf Mahomet dit , que Dieu a fait connoifire qu'il 
envoyer oit toujours jufquau jour du jugemint quelqu'un qui châtierait fcvcrancnt les 
^tiifs , â? qu'il les a difpcrjez parmi toutes les iiatiojis du monde. 

Les Interprètes de ce paflàge difent tous unanimement que les Juifs ont tou- 
jours été fujets depuis leur rébellion à être ou tuez, ou tenus efclavcs, ou au 
moins obligez à payer tribut. Nabuchodonofor , & après lui les Roys de Chal- 
dée , de Perfe , & les Romains les ont ainfi traitez ; & enfin les Mufulmans 
ont receu l'ordre de Dieu, apporté par Mahomet, de leur faire la guerre, & 
de les maltraiter jufqu'à ce qu'ils embralTent le Mufulmanifme , ou payent le 
tribut: ce qui doit durer, & fubfiflcr , ajoùtent-ils , jufqu'à la confornmation 
des fiecles. 

Quant à leur difpcrfion, les Mahomctans affurent qu'il n'y a point de pays, 
où il ne fe trouve quelque Juif. Le même texte fait dire "à Dieu les paroles 
fuivantes: Dans cet état de captivité nous ne laijjlrons pas de les éprouver , ou en 
leur faifant part de quelques biens temporels , ou en les affligea-nt de peines extraor. 
dinaires, car il y en aura parmi eux de bons (f de mauvais. L?sbons, lors qu'ils 
feront dans l'abondance des biens nous remercieront , & lorfqu'ils tomberont 
dans la mifere, ils prendront patience dans leurs maux: mais les méchans, lorf-^ 
qu'ils fe verront comblez de riche/les , diront : // faut que Dieu foii-pauvre, puis ' 
qu'il ne nous donne rien ; nous ne manquons cependant d'aucune chofe ; car nous ac' 
querrotis des biens par nôtre propre induftrie; âf lorfqu'ils fe verront preffez par la 
necepte, ils diront: La main de Dieu efl racourcie, elle efl attadtée à fon col: Une 
peut., ou ne veut pas nous faire du bien. 

La conclufion de ce verfet : Nous en ufo7is ainfi afin quils retournent à nous., 
car cette épreuve efi la pierre de touche qui fait connoifire le prix d'un chacun. C'cll 
de ce pafiage que le Methnevi a emprunté ce beau diflique : La volonté , & le 
bon plaifir de Dieu efl la pierre de touche qui nous éprouve , afin que celui 
qui n'ell pas de bon aJoy fafTe paroître au dehors la noirceur qu'il cache au 
dedans, comme fait une pièce faufîe, 

Mahomet ayant contrafté des obligations particulières avec les Juifs qui luy 
svoient fourni des mémoires pour fon Alcoran , ik qui vouloit les menagtV, 

ÏOME II, o o pouf 



apo 



I A H. U D. 



pour un tems, après avoir parlé de ceux qui ont violé la loy deMoyfe, dans 
le chapitre AMf, qui vient d'être cité, ajoute aufTi ce verfet: IL y a une race 
parmi le peuple de Moyfe qui montre aux autres la vent é^^ êf qui fe gouverne avec 
ji'Jlice ^ équité. 

Les Interprètes difent.fur ce paiïage , qu'après la mort de Moyfe & de Jofué'- 
fon luccelleur, il y eut lïne grande confafion parmi le' peuple Juif- ; car il-; 
tomba dans l'idolâtrie, & fe fouilla les mains du fang des Prophètes que Dieu 
fufcitoit de tems en tcms pour le ramener -à fon devoir. (.Cependant un nom- 
bre confiderable d'entr'eux obferv^oit exaftement la loy, n'adoroit que le véri- 
table Dieu de leurs pères, & faifoit continuellement des vœux & des prières à 
ce qu'il plût à la Divine bonté de les feparer des impies dont ils ne pouvoient 
plus fupporter la compagnie. 

Dieu 'exauça leurs prières, & par un miracle t)ién furprenant, leur ouvrit un 
grand chemin fort fpatieûx piar lequel , s'étant tous mis en voyage , ils arrivè- 
rent aifément jufqu'aux extremitez de l'Orient , au de-là de la Chine , où s'étant 
arrêtez, ils firent un établixTement , dont il relie encore jufqu'à prefcnt, quel- 
ques reftes félon le rapport de nos voyageurs. 

Quelques Interprètes ajoutent à cette fiftion une autre fable encore plus im- 
pertinente, à fçavoir que Mahomet dans ce voyage myflerieux, ou plûtofh ima- 
ginaire qu'il fit' en une nuit vers le ciel, vit en paHant ces gens-là, & que leur 
avant lu d'ix verfcts de fon Alcoran , il les convertit à la loy Mufulmane, & 
que, c'eft de ces Juifs-là qu'il efl parlé dans le chapitre Aâraf. 

C'eft une tradition allez univerfelJe dans tout l'Orient, & qui n'efl pas nou-- 
velle, comme il paroît parce que Ton vient de dire, qu'il y a des Juifs dans- 
la Chine, & fes, environs, & dans la partie la plus Orientale de la Tartarie., 
Les Européens croyent que ce font des defcendans des dix tribus qui furent 
tranfportces en Medie, au de-là du fleuve Gozan, par Salmanazar Roy d'AfTyrie. 

Il auroit pu arriver effectivement que ces. Juifs, ou une partie d'entr'cnx 
fût palTée de la Medie au deffus de la mer Cafpienne dans le pays de Khozar, 
& eût pénétré dc-!à jufques dans les endroits les plus reculez de la Tartarie , 
nui ne font pis fi éloignez de la mer Cafpienne, que l'on a cru jufqu'à prelènt. 
Les Mahometans , & fur tout les Alcoraniftcs qui font très-ignorans dans la. 
Geo'^raphie, ont cru qu'il falloit un chemin fait exprès par la toute -puiffance 
de Dieu , pour faire paffer les Juifs de la Palefline en la Chine. 

Les Mufulm-ms , entre les reproches qu'ils font aux Juifs, & entre les caufes 
crincipales de leur punition , mettent le violement du Sabbat , dont l'obferva- 
tion exafte leur avoit été fi étroitement commandée ; c'eft ce qui fait dire à 
Mihomet dans ce même chapitre Aâraf, quelques paroles qui ont fourni à fes 
Interprètes le fujet de l'hiftoire fuivante. 

Dan? une des villes maritimes de la Judée, on voj'oit paroître ordinairement 
beaucoup de polifons le jour du Sabbat, lefquels s'écartoient pendant les autres 
jours de la femaine; ce que Dieu avoit ainfi ordonné pour éprouver robeïifance 
de fon peuple. Une grande partie des habitans de la ville pour profiter de 
l'abondance de ces poiffons fans violer les droits du Sabbath , creuferent fur le 
bord de la mer pluficurs folTes, oi^i les eaux de la mer tomboient par le moyen 
de certains canaux qui les conduifoient avec une grande quantité de poillbns, 
le jour du Sabbat. Ces pDiifons ne pouvant plus retourner à la mer, à caufe 
qu^ils écoient arrêtez par des filets qu'ils trouvoicnt fur leur paflage , les Juifs 

les 



I A H O U D. 2pj 

les tiroient le lendemain de ces folTes , & prétendoient n'avoir point violé le 
fabbat par la pêche. 

Il s'en trouva plufieurs qui s'oppoferent à cette fraude que l'on faifoit à la- 
loy de Dieu: mais cette oppofition ne détourna point ceux qui en profitoient 
de la pratiquer, ils firent au contraire beaucoup pis ; car voyant que Dieu ne 
puniiToit pas leur action, ils fe portèrent jufqu'à violer ouvertement le fabbat, 
& à exercer ce jour-là publiquement la pêche. Ceux qui avoient defapprouvé 
la première aétion , furent û touchez de cette prévarication fcandaleufé, qu'ils 
ne voulurent plus depuis ce tems-là avoir aucune communication avec ceux qui 
en étoient les auteurs. 

Ils s'enfermèrent pour cet effet dans un quartier feparé des autres, d'où éctnt 
après quelque tems fortis, ils furent bien furpris de ne trouver perfonne dans 
le relie de la ville; car tous ces infrafteurs de la loy avoient été par la toute- 
puilfance de Dieu metamorphofez en linges lefquels s'approchants de leurs amis, 
les frotoient de leurs têtes en pleurant; cette transformation ne dura que trois 
joiirs, au bout defquels tous ces miferables perdirent la vie. C'efl ici une des 
plus ridicules metaraorphofes dont Mahomet ait réjoui fes difciples aux dépens 
des Juifs, dans fon Alcoran. 

Le Judaïfme , félon Algianabi & Aboulfeda fut introduit dans l'Arabie par 
Abou Kerb Alfàad, ^'l"- Roy de l'Iemen, ou Arabie Heureufe , fept cens ans 
avant Mahomet. Ce Prince ctoit de la famille de Hcmiar , duquel les Ara- 
bes fes fujets furent appeliez Hemiarites , ou comme les Grecs les nomment , 
Homerites. 

Dhou Naovas , 43'. Roy de la même race ou dynaftie fut fi zélé pour 
le Judaïfme , qu'il foifoit jetter dans des folles , ou fournaifes de feu ceux 
qui refufoient d'en faire profcflion. Il efi: fait mention de lui dans l'Alcoran 
fous le nom de Saheb al okhdoud , c'ell-à-dire , l'auteur , & l'inventeur des 
foffes ardentes. 

Al Gianabi dit qu'il fut le dernier des Roys Hemiarites , & que fa cruauté 
envers les Chrétiens qui refufoient de fe faire Juifs , obligea le Negiafchi, ou 
r Empereur d'Ethiopie qui étoit Chrétien , de lui faire la guerre , & de le 
dépouiller de fes Etats , lefquels demeurèrent entre les mains des Chrétiens 
durant l'efpace de 72 ans. L'on compte quatre de ces Ethiopiens qui ont 
régné dans l'Iemen, ou Arabie Heureufe, à fçavoir Jakfoum, Abrahah, Ariath 
& Mafrouk. Foyez les vies d'Arethas âf d'Elesbaan au 24 Oftobre dans Me- 
taphrafle. 

Lorf ]ue Mahomet parut , il y avoit beaucoup de Juifs en Arabie. Ils étoient 
fi puifiants , qu'ils y polfedoient plufieurs châteaux où ils commandoient en Prin- 
ces. Ben Schohnah remarque dans la vie de Mahomet qu'en l'année troifième 
de l'Hegire , Mahomet fit la guerre à plufieurs Princes Juifs de l'Arabie, & 
que les ayant fubjugez, ils les reduifit tous avec leurs fujets en efclavage. 

La quatrième année de la même Hégire, Mahomet donna un combat con- 
tre les Nadhireens ou Nazireens qui étoient Juifs; il en défit un grand nom- 
bre, & obligea les autres d'abandonner leur pa5's, & de fe retirer dans celuy 
de Khaibar. 

Mahomet eut encore depuis ce teras-là plufieurs afi'aires avec eux ; mais il 

O o 2 leur 



292 I A H O U D. 

leur donna enfin quartier, avec des lettres de fauvegarde , & de protection, tant 
à caufe qu'ils avoient été autrefois de fes amis , que pour les avoir comme 
ajtant de témoins de fii doilrine, ou plûtofl de fcs impollurcs. 

Ces Nazireens , dont il eil fait mention cy-deffus , pourroient bien être les 
Nazaréens qui ont paru dans les premiers fiècles de l'Eglife , & qui faiibient 
profeffion d'allier les obfervanccs Judaïques avec la doctrine de Jesus-Chrtst; 
car , comme nous avons vu cy-delîlis , il y avoit beaucoup de Chrétiens & de 
Juifs dans l'Arabie piufieurs fiécles avant Alahomet. 

Ben Cafchcm dit que Paréhzerd, qui fignifie en Perfien une pièce jaune, eft 
une étolFe que les Juifs font obligez de coudre fur leur épaule, pour fe faire 
connoître & diftinguer entre les autres nations du Levant -, cette mai-que eft 
nommée par les Arabes Ghiûr , nom gênerai qui convient à tous les fignes qui 
fervent de dillinftion; en forte que ce mot fignifie aufli la couleur particulière 
que les foldats portent , pour faire rcconnoître de quel party ils font , ainfi 
que parmi nous l'écharpe blanche, noire, rouge, &c.. en un mot, tout ce qui 
f-Tt de fignal aux perfonnes, pour faire connoître de quelle nation, religion ou 
party ils font. 

Les Chrétiens , par l'ordonnance des Khalifes , portoier t , & portent enco- 
re aujourd'huy dans l'Orient de larges ceintures de cuir , quoyque cette di^=- 
tinclion ait été abolie par quelques Trinces. Les Juifs étoient connus par la 
pièce jaune fur fépaule , oc par le chapeau jaune , rouge ou orangé en plu- 
ficurs endroits; mais aujourd'huy, dans les Etats du Turc à Conftantinople & 
ailleurs , ils font obligez de porter un chapeau de feutre fans bords , que les 
Turcs appellent par dérifion Haurouz , qui fignifie en leur langue un bafîîn de 
garderobe. 

Burkai fit porter à fes feiftatcurs des étoffes blanches , parce que les Abbafîîdcs 
en portoient de noires , & les Scherifs , qui fe difent être de la poflerité d'A- 
li ou par les malles nu par les femelles , ont confervé le vcrd dans leurs bon- 
•nets ou turbans , à l'exclufion de tous les autres Mufulmans : mais la marque 
la dIus hontcufe de toutes eft celle d'un fer à cheval , que Malekfchah le Sel- 
giucide, fit porter pendu à l'oreille, aux Géorgiens qui étoient Chrétiens. 

Les Ju fs du premier fiècle du Alihometifme , voyant les divifions furvenues 
entre les iMufulmans , au fujet de la religion & du gouvernement , demandè- 
rent à AH d'oLi venoit qu'à peine douze ou quinze ans s'étoient écoulez depuis 
la mort de leur Prophète, quils fe déchiroient les uns les autres par des guer- 
res civiles & domcftiques. 

Ali leur répondit fur le cliamp : D'où vient que vous Juifs , qui vous glori- 
fiez d'être le peuple de Dieu , aviez encore à peine vos pieds fecs du palTage 
de la mer rouge, lorfque voyant les idoles d'Abda & de Hinda, que les Lîolàr 
très adoroient , vous demandâtes à Moyfe qu'il vous fît des Dieux comme les 
autres peuples de la terre en avoient? 

Cette réponfe les rendit muets & confus ,. de même qu-e les Chrêdens le fu- 
rent, dit Lamâi, Auteur de ce Dialogue d'Ali avec les Juifs, lorfque ccux-cy 
reprochants aux Mufulmans quelques mauvais difcours , qui fe tenoient fur le 
fujet dAifchuh, femme de leur Prophète, on leur répondit, qu'il y avoit des 
gens parmi, euxa ce font quelques anciens hérétiques, qui n'avoient pas épargné 



I A I A H. I A I T Z A. 2P3 

lî pîu5 pure de toutes les créatures , car c'eft ainfi que cet Auteur Mahometan 
qualifie la Sainte- Vierge. 

Ces idolâtres qui adoroicnt Abda & Hinda font les Madianites , appeliez par 
les Arabes Caoum Midian , peuple qui habitoit la côte de la mer rouge , où 
les Ifraëlites abordèrent après leur paffige de la mer rouge. 

On lit dans l'Alotran , que ce qui eft relié de Juifs de la famille de Moyfe 
& d'Aaron fera porté par les Anges dans le ciel. On rapportera fur le fujct 
de ce verfet un trait agréable , que fit un homme d'efprit de la Cour du Sul- 
tan Abulaid. Ce Prince avoit pour Médecin ordinaire un Juif, très-habile dans 
fon art , & duquel il faifoit grand état. 11 arriva qu'ayant un jour befoin de 
kiy , il l'envoya quérir par fes pages qui le portèrent en chàife , à caule que 
les gouttes l'empéchoient de marcher. 

Dans le tems que le Juif arriva , iMozafFer le Poëtc , qui étoit cet homme 
d'efprit, fe trouvant en la compagnie du Sultan, & voj-ant paroître le Juif en 
Gct équipage, fe profterna auflî-tôt devant lui, & allégua pour raifon de fon ac- 
tion, qu'alîlirément ce ne pouvoit être qu'un de ces Ifraëlites porté par autan? 
d'Anges qu'il voyoit de pages , & prononça en même tems ce verfet de l'Al- 
coran : l^oicy ce qui ejl njté de la Maifon de Moyfe ^ de celle d'Aaron , que les 
Anges portent. Ce rcflc de Juifs porté par les Anges femblc fignifier ce qu'a 
dit faint-Paul, lorfque parlant d'eux, il cite la prophétie d'Ifaie, Rdiquiœ falvis 
fient, félon laquelle il paroît, qu'il y aura un relie de Juifs fauve. 

Les Alahometans mettent les Juifs dans un étage plus bas que les Chrétiens 
en enfer , & un Juif Apollat nommé Samuel Ben Ichuda , Efpagnol & Mogre- 
Bin, qui a écrit contre les Juifs, en rend la raifon , qui cil d'avoir corrompu 
le texte de plufieurs endroits de FEcriture. fainte. Ce Juif Mahometan vivoir 
dans l'an 570 de l'Hegire. 

lAIAH , Caflîdah ou Poëme , dont toutes les rimes font en I confonc ou 
voyelle , compofé par le célèbre Poëte Arabe nommé Ebn Faredh. Cet ou- 
vrage commenté par un inconnu , fc trouve dans la Bibliothèque royale , , 
n". 617. 

lAIN Kemoutehi , furnom d'Ezzeddoulat Saàd Ben Manfour , Auteur d'un 
commentaire flir les Efcharilt & Tenbihât d'Ebn Sina ou Avicenne. Le fur- 
nom de cet Auteur eil bizarre ; car il fignifie un homme qui meurt dans fon 
tems, c'cfl-à-dire, dans le terme, que Dieu a prefcrit. 

lAITZA, Ville capitale du Royaume de Boffine ou Bofnie. Les Turcs 
rappellent plus ordinairement Khaovatza , & nos Géographes laycza. 

Elle fut prife par Mahomet Second , Sultan des Turcs , l'an 869 de THegirc , 
de J. C. 1464, onze ans après la prife de Conflantinople. Mahomet fit périr 
Eflienne, fon dernier Roy, qui avoit dépoiiillé & chalfé fon propre père. 

Mathias , Roy de Hongrie , la reprit peu de tems après fur les Turcs : mais 
Bajazeth fécond s'en rendit derechef le maître, auffi-bien que de Herzegovina, 
qui étoit la capitale du Duché de faint-Sabas, que l'on peut appeller la Bofliue 
Supérieure. 

Nos Hilloriens , comme Bonfinius & autres , écrivent , que cette ville- fut 

O o 3. aliic^- 



2'^: I A L A M L A M. I A M A N. 

affie^ée une féconde fois en vain par Mahomet Second , lequel en leva , di- 
fent-ils, le fie"-e aufli-tôt que le Roy Mathias s'en approcha pour la fecourir. 

lALAMLAM, Lieu de l'Iemen qui eft l'Arabie Heureufe, oii les pèlerins 
du pays, qui vont à la Mecque, s'afTemblent & forment leur caravane, ce qui 
lui fait donner le nom de Micât ahel lemen, Entrepos des Jemanites. 

JALDA & JELDA, la Nuit ou la Fête de Noël chez les Orientaux, 
foit Chrétiens , foit Mahometans. Les Arabes appellent encore cette fête Al 
Milâd, la naifTance par excellence, & les Perfans Scheb laldai, que l'Auteur du 
Mircat allogat explique en Arabe Dcigiour , mot qui fignifie une nuit claire & 
lumineufe , à caufe de la defcente des Anges revêtus de lumière , qui fe fit fé- 
lon l'Evangile à la naidance de Je sus- Christ en Bethlehem. 

lALL Abou lali Ben Abdallah & Ben Harebat. I^oyez Khalil. 

lAM & lem. Les Cathaiens & les Turcs Orientaux appellent ainfi le troi- 
fième Tchagh. de leur cycle duodenaire , qui comprend les vingt - quatre heures 
du jour & de la nuit , & qui contient auffi douze années , à chacune defquel- 
les ils donnent un nom particulier. 

Ces douze parties du jour, & les douze années de ce cycle portent les noms 
de douze animaux. Jam , dont nous parlons , fignifie en langue Cathaienne, 
ce que les Turcs Orientaux & les Perfans appellent Pars , les Latins Fardas & 
nous autres un Léopard, i^oyez Giagh. 

lAMAMAH, Ville de la province qui porte le nom de Hegiaz ou Hegia- 
ze, où les villes de la Mecque & de Medine font fituées. Quelques Auteurs 
attribuent cette ville à la province de Hagr , qui eft proprement l'Arabie Pe- 
trée. Elle eft éloignée de Baffora de i8 journées en tirant vers l'Occident , 
& les Tables Arabiques lui donnent 82 degrez , 30 minutes de longitude , & 
2.3 degrez de latitude Septentrionale. Quelques Auteurs font auffi de Jamamah 
une petite province. 

lAMAN ou lemen. Province do l'Arabie, qui fait la troifième & Ja plus 
gran.le partie de ce vaftc pays: nous l'appelions l'Arabie Heureufe, à caufe des 
drogues précieufes qu'elle produit. 

Ben Schohnah dit, qu'après la divifion des langues Cahthan ou Jocthan, fils 
de Gaber ou ficher, fils de Saleh, vint en lemen, où il régna, &; que fon fils 
Jàrab, qui lui fucceda, parla le premier la langue Arabique, qui a tiré de lui 
fon nom. 

Le troifième Roy de l'Iemen fut Lifchab , fils de lârab , auquel fucceda aufîi 
fon fils nommé AÏîdalfchams , Prince fort vaillant , qui alfujetit à fon empire 
tous fes voifins , à caufe de quoi il fut furnommé Saba ; il bâtit la ville qui 
porte fon nom , & c'eft de lui que les Sabeens , qu'il ne faut pas confondre 
avec les Sabiens, font defcendus. 

Saba eut pour fuccelîeur fon fils Hemiar , qui a donné le nom aux Hemia- 
rites ou Homerites , defquels il a déjà été parlé plus haut. Entre les defcen- 
dans de celui-cy, Schedâd , fils d'Ad , qui a bâti des villes & des palais fabu- 
leux, s'eit rendu célèbre dans l'Orient. 

Afrikis ou Afrikin , un de ces Roys Hcmiarites de l'Iemen , paffa d'Arabie en 

Afri- 



I A M A N. 295. 

Afrique & la fubjugua, on dit qu'il lui a lailTé fon iiom. Il dtoit fils de D'hoiil- 
menar Abrahah, duquel dcfcendoit auffi Hadhàd, Père de la Reine Balkis, fem- 
me de Salomon , que les Arabes croyent être celle que rÊcriture iainte appel- 
le la Reine de Saba. 

Dhoulnâs ou Dhoulnaovas , qui jettoit ceux qui rcfufoient de Ce faire Juifs,, 
dans des fournaifes ardentes, & Dhoulgedan, fon iils , furent les derniers Roys 
des Hemiarites , qui , félon le calcul des Arabes , régnèrent 2020 ans dans 
riemen. 

Les Ethiopiens appeliez par les Chrétiens qui fouffroient une pcrfecution 
cruelle fous ces derniers Roys , les dépouillèrent & chaiferent de leurs Etats , 
dont s'étant rendus les maîtres , il y eut des Roj's de leur nation qui régnèrent 
dans riemen. 

Le premier fut Ariakh, fils d'Abrahah , furnommé AI Afchram & Saheb Al- 
fil, qui avoit en vain affiegé la Mecque, yoyez le titre ^'Abrahah. 

Le fécond fut Macfoum , fils d'Ariakh , & le troifième Mafrouk , fils auffi 
d'Abrahah & oncle de Macfoum ; ce fut fous le règne de Mafrouk que Seif , 
fils de Dhou Izen, Hemiarite de race, implora le fecours de Noufchirvan, Roy 
de Perfe, qui le rétablit dans le Royaume de fes ancêtres, fous la dépendance 
néanmoins de celui de Perfe. 

laddn fut le dernier de la pofi:eritc de Seif , & fe fit Mufulman du tems de 
Kl diomet : depuis ce tiîms - là les Arabes de i'Iemen & des autres provinces de 
l'Arabie font toujours demeurez fous l'obéïifance des Khalifes , ou de fiagdet , 
ou d'Egypte, tant que le Khalifat a duré. 

Les villes principales de cette province font, au rapport de la Géographie 
Pcrfienne, intitulée MeJJahzt al ardh, Sanàa , Sàada, Cabar Houd , c'ell-à-dire , 
le fepulcre du Prophète Houd, qui efb le Patriarche Heber, Mareb, Dhaffar, 
Aden, Giurfch, Mehegiem, Dhamar Giound, Gioubelat, Schiargiat, Sirrin, Ne- 
giran, Zabid ou ZiIiit,Maharah, Mirbath, qui eft fituée entre l'Equateur & le 
premier Climat , & d'où vient la plus grande quantité du meilleur encens , 
Hadharmouth , qui a donné le nom à THadramytene de Ptolomée, Schibâm, &c. 

La mer d'Iemen efl entre la mer rouge & celle d'Oman, celle -cy efl: plus 
proche du Golfe de Perfe. Plufieurs cependant confondent ces deux mers , & 
veulent que l'Oman, province de l'Arabie qui s'étend le long du Golfe de Per- 
fe, fafTe auffi une partie de celle d'Iemen. 

Selon ce dernier fentiment , les villes de Cathif , de Baharain , de Ahafia , 
appellée vulgairement Lahalfa, & de Mafcath appartiendroient à l'Ieraen. 

Les Arabes difcnt , que ce pays a une efpèce de cailles que l'on ne voit 
point ailleurs ; ils les appellent Salova, & croyent que celles que Dieu envoya 
aux Ifraëlitcs pour les nourrir dans le défert , furent poulfées par un vent du 
Midy de I'Iemen jufqu'à leur camp. Ils écrivent que ces cailles n'ont point 
d"os, & qu'elles fe mangent toutes entières. 

Plufieurs Auteurs ont écrit l'hiftoire de I'Iemen. Mohammed Ben Abdalha- 
mid a ramafi^'é quarante Hadith ou Traditions Prophétiques , comme les Muful- 
mans_ les appellent , à la louange de I'Iemen. Cet Auteur étoit Al Coraifchi AI 
Mefri, c'eft- à-dire, Coraifchite de race & Egyptien de nation. 

Mohammed Ben Ifmuil AI Jemeni eft Auteur d'un livre qui a pour titre Fi 
fadhl al Icmctiy de l'excellence de I'Iemen.. 

Ilofruin , 



29^ ï A N A N A H. J A N C O U. 

lîoflain, fon fils, qui étoit habitant , & Cadhi de la ville de Sanaha, a trai- 
te audî le même fujet. 

Dhia eddin Ebn al Megid en a donné aufli une hifloire très - ample , fous le 
titre de Bahagiat zaman ji akhbâr laman. 

Vagieddin Ben Rabî Al Jemeni a continué cette hifloire jufqu'en Tan 923 
de l'Hegire , fous le nom de Boghiat al mojlafid fi akhbâr Zebid. 

Cothbeddin al Mekki, qui eft mort Fan 988 de THegire, a le dernier de tous 
écrit cette hifloire, fous le nom de Bark aliamaiii fil feth al OtJmanii qui com- 
mence feulement au dixième fiècle de l'Hegire; elle cfl dédiée à Sinàn Pafcha, 
qui fit la conquête de ce pays-là fous Selim premier , Sultan des Othmanides. 
Ce dixième fiècle de l'Hegire commence l'an de J. C. 1495. 

Outre la ville de l'Iemcn , qui porte le nom du Patriarche Houd ou Heber, 
les Mufulmans prétendent encore que Seth, fils de Noé, y bâtit auffi une ville 
où il habita. Voyez le titre de Scheith. 

Dhoulzagar, ancien Roy de l'Jcmcn, fit autrefois la guerre à Caicacus , Roy 
de la féconde dynaflie de Perfc. l'^oycz Is titre de ce Prince. 

Les Aioubites, Princes de la poflerité de Saladin, ont poffedé l'Iemen long- 
tems , après que les Mamlucs fe furent rendus maîtres de l'Egypte , & les en 
eurent dépouillez. Cette grande province eut depuis ce temsJà pluficurs petits 
Princes, lefquels ne portent plus maintenant que le titre de Bâchas, quoy qu'ils 
foient pour la plupart perpétuels & abfolus , depuis que les Sultans de Con- 
llantinople, Selim Premier & fbn fils Soliman, l'ont conquife. 

lANANAH, Ville d'un pays d'Afrique, que les Arabes appellent VacQ- 
vak. f^oyez ce titre. 

lANARIS, les Turcs appellent ainfi nôtre mois de Janvier, lorfqu'ils fe 
fervent du Calendrier Julien, pour régler leurs Ephemerides. 

JANE OU, la Source d\mc fontaine, & le nom d'un château fitué dans 
une des provinces de l'Arabie, appellée Higiaz. Il n'efi; éloigné de la ville de 
Medine que de huit journées de caravanne , & c'efl une des flations ou cou- 
chées des pèlerins de la Mecque, qui s'y arrêtent toujours, à caufe de la four- 
,ce d'eau d'où elle a pris fon nom. 

Ce château n'efl éloigné de la mer rouge ou Golfe Arabique que d'une jour- 
née; cefi; pourquoyJes Afriquains, qui s'embarquent fur cette mer, viennent join- 
dre en ce lieu la Caravane des péJcrins qui viennent de Turquie à la Mecque. Les 
environs de ce lieu font moins fleriles que les autres qui fe rencontrent fur 
cette route; car on y trouve grande quantité de palmiers qui portent de très- 
excellentes dattes, & des terres labourables qui portent de fort bon bled. 

Janbôu cfl: auflî le titre d'un commentaire fur l'Alcoran , compofé par Mo- 
hammed Ebn Dhaffer, furnommé Al Mekki, parce qu'il étoit natif de la Mecque. 

Janboû al hekmat, la Source de la fligeffe , ouvrage moral, compofé par Af- 
fif Ben Barakhia. Ce nom fcnt fort le Juif , quoyque l'Auteur fe fafi'e hon- 
neur du nom Giaouberi. 

J AN COU & Jancous; les Turcs appellent ainfi celui que Chalcondyle & les 
autres Grecs nomment Jangous Choniates , lancous Vaivoda & lancous Banus. 
îC'efl Jean Hunniade , Prince de Tranfilvanie , père de Mathias Corvin , Roy 

de 



î A N I A H. J A R D. 297 

de Hongrie, qui fit révolter la Moldavie , & la Valachie contre Amurath Se- 
cond. 

Il défendit la ville de Belgrade contre ce Sultan, qu'il obligea d'en lever le 
fiege l'an de l'Hegire 843 , de J. C, 1439 , battit les Généraux de ce Sultan 
en 845 & 846 , & fut enfuite défait avec le Roy Ladiflas , à Varna , l'an 848 
qui répond à l'-an de J. C. 1444. 

Il le fut encore une féconde fois, l'an 853 de l'Hegire, de J. C. 1449, P^'" 
le même Sultan à Cofova, que nos Hilloriens appellent le Champ des Merles, 
entre la Rafcie ou Servie, & la Bulgarie: mais Mahomet Second, fils d' Amu- 
rath, ayant aflîegé Belgrade l'an 860, cinq ans après la mort de fon père, avec 
un appareil de guerre formidable tant fur terre que fur le Danube, Jean Hun- 
niade lui tua 40 mil hommes , lui enleva deux cent vaifleaux , & l'obligea de 
fuir avec une très-grande précipitation, tout blelTé qu'il étoit. 

Cette viftoire fignalée fut remportée par Jean Hunniade , foûtenu du zèle 
de Saint- Jean de Capiftran , le fixième jour d'Août de l'an 1456 , jour qui fut 
confacré, par Calixte troifième, à la mémoire de la Transfiguration de N. S., 
en aélion de grâces d'un fi grand avantage. 

Le Vaillant Jean Hunniade, qui n'étoit que Vice-roy de Hongrie, étant mort 
la même année, laifTa deux enfans, Ladiflas qui eut la tête tranchée à Bude, 
pour avoir tué le Comte de Cilley , & Mathias , lequel de prifonnier , qu'il étoit 
à Vienne , fut élu Roy de Hongrie après la mort de Ladiflas , Roy de Hongrie 
,& de Bohême l'an 1458. 

lANIAH, les Turcs appellent ainfi une ville de l'Albanie, que les nôtreg 
nomment ordinairement Joannina & lanina. 

JAOUSCHI, Noureddin Ali Ben Jaoufchi , qui mourut l'an 850 de l'He- 
gire , efl: l'Auteur du livre intitulé ^novar leâmel alabrar , les lumières , dont les 
juftes font ou doivent être éclairez dans leurs allions. 

JAR Ali, fils d'Efcander & petit-fils de Cara Mif , tous deux Princes Tur- 
coraans de la dynafl:ie du Mouton Noir. Ce Prince voyant la déroute de fon 
père , défait par Schahrokh fils de Tamerlan , fe réfugia auprès de Schirvan 
Schah; mais ce!u3'-ci le trahit & le mit entre les mains de Schahrokh, qui l'en- 
voya prifonnier en la ville dé Samarcand où il mourut. Foyez Baifancor, fils 
de Schahrokk 

JARALIG, ce mot en langue- Turquefque & Mogolienne fignifie des let- 
tres de fureté , de confédération & d'alliance , que les Mogols donnoient au.t 
Princes leurs amis qui vivoient fous leur prote6lion & dans leur dépendance. 

JARD ou Jared Ben Mahalail. Jared le Patriarche, fils de Malaleel , & 
père de Henoch. Les Mufulmans difent , que ce fut de fon temps que com- 
mença l'Idolâtrie, laquelle fe répandit fi univerfellement fur la terre qu'il ne fe 
trouva du tems de Noë que 80 perfonnes qui fuflent demeurées fidèles à Dieu ; 
car c'efl: un pareil nombre de gens qu'ils prétendent avoir été fauvez du délu- 
ge, contre la foy de l'Ecriture fainte qui n'en marque que huit. 

Les mêmes Mufulmans font plufieurs contes fabuleux au fujct du Patriarche 
Jai-ed. Ils difent qu'il gouvernoit le monde dont il étoit Monarque abfolu,par 

To)!iE IL P p la 



îpS J A R D U M G I. J A T I M. 

la vertu d'un anneau qu'il poitoit , lequel vint enfuite par fucceflîon entre lêS 
mains de Salomon, qui eut le même pouvoir que Jared fur les hommes & fur 
les démons. Jared, félon eux, après avoir combattu contre Sathan , le Prince 
des Démons , le fit fon prifonnier & le mena enchaîné , par-tout où il alloit , 
à fa fuite. 

' Cette fable peut avoir été inventée au fujet de l'Idolâtrie naiflante, à laquei-. 
le ce Patriarche s'opoofa dp toutes ihs forces., 

JARDUMGI Perlas, fils de Fagiouli & frère de Coubla Khan. B fut on- 
cle & General des armées de Rortan Behadir ; & c'efl de luy que la Tribu des 
i\Iogols, nommé Perlas, a tiré fon origine & fon nom. Le mot Jardumgi figni- 
fie encore aujourd'huy, en Turc moderne , un homme qui vient au fecours d'un 
autre, f^oyez le titre de Coubla Khan. 

JASMIN, Fleur que nous appelions du même nom en nôtre langue. C'efl 
audî le nom propre de plufieurs perfonnes , & particulièrement des efclaves 
noirs , auxquels on donne auflî fouvent les noms de Cafour & de Nerkes , qui 
font le Camphre & le Narcifi'e , à caufe de leur blancheur oppofée à la noirceur 
de ces efclaves. 

Ebn Jafmin , furnom d'Abou Mohammed Abdallah Ebn Hegiage , qui eil 
l'Auteur d'un Argiouzat ou Poëme fur Algebr u Mocabelah , c'elt-à-dire, ilir 
l'Algèbre. 

JASSA & JafTak, Loix des Mogols plus anciennes que Genghizkhan, quoy- 
que plufieurs Auteurs les appellent Taourat Genghizkhaniat , la Loy ou le Co- 
de de Genghizkhan. Il efl; vray, que ce Conquérant ajouta plufieurs Ordon- 
nances civiles & mifitaires à ces anciennes loix, que l'on peut appeller un Oc- 
talogue, parce qu'elles ne comprenoient que huit préceptes naturels & moraux, 
allez femblables au Dccalogue , dont on auroit ôté le précepte du Sabath &, 
celui de la convoitife. l^oyez le titre de Taourat Genghizkhaniat. 

Entre les ordonnances militaires des Mogols , celle de ne jamais fuïr avant 
que d'avoir combattu, quelque furprifc qu'il leur arrive, eft des plus confidéra- 
bles. yoyez le titre rf'Ilmingé. 

JATHREB, nom propre de la ville qui a été depuis appellée Medinat Al- 
nabi, la ville du Propliete, à caufe du fepulcre de Mahomet qui s'y voit. Ce 
faux Prophète y avoit fa réfidence pendant treize ou quatorze ans depuis fa fui- 
te de la Mecque. Nous l'appelions aujourd'huy Medine. 

JATIM & Jetim , un Orphelin. Les Mufulmans difent , que la peine de 
ceux qui ont mangé le bien des orphelins, cfi: marquée exprelTément dans le, 
chapitre de l'Alcoran, intitulé Nejfa^ ou des femmes, en ces termes: Ceux qui 
mangent le bien des crphiliiis injiijîement , inangcront un feu brûlant qui dévorera leurs 
entrailles. 

Abou Debrat dit, avoir appris de la bouche de Mahomet même, qu'au jour- 
du jugement Dieu fera fortir certaines gens hors de leurs fepulcres , lefquels 
jetteront du feu par la bouche, & qu'ayant interrogé qui étoient ces gens -là ,. 
il répondit: A'e fçavez vous pas ce que Dieu dit de ceux qià dépouillent injujlement 
les orphelins V- 

L'Au- 



J A T I M A T. I B E K. ^99 

L'Auteur du Taffir Kebir , ou le grand Commentaire , dit , que cet'te forte de 
gens deviendra tellement pleine de feu , que la flamme & la fumée leur fortira 
par la bouche , par le nez , par les oreilles & par les j^eux ; & que l'on con- 
noîtra , par cette marque , qui font ceux qui ont pillé les orphelins , & que 
c'efl en cette manière que fe doit entendre l'expreffion de manger le feu, qui 
ell couchée dans ce verfet. 

J ATI M AT Al dahar fi mehalTen al afllir , Recueil aflez ample des plus 
beaux vers , & Abrégé de la vie des principaux Poètes Arabes qui ont fleury 
dans l'Iraque, dans la Syrie, dans la Perfe & dans le Khorafllin , compofé par 
Abou Manfor Abdalmalek Al Thaâlebi. II commence par les Poètes de la Mai- 
fon fouveraine de Hamadan, entre lefquels Seifeddoulat a excellé. 

Il faut remarquer icy que le mot d'Iatimat, qui fignifie des orphelins, a auflî 
la fignification d'Uniques & d'Incomparables : c'eft ce qui a donné lieu à un 
Poëte , nommé Aboulfotouh Nafrallah , de faire une épigramme à la louange 
de cet ouvrage , dont le fens eft , que les Uniques & les Incomparables Au- 
teurs de ces vers , avoient lailTé après leur mort de très-beaux ouvrages , lef- 
quels cependant étoient abandonnez comme autant de pauvres orphelins , û Thâa- 
lebi ne les eût reçus & accueillis chez lui; & c'eft ce qui a fait donner à fon 
li\jre le nom d'Orphelins ou d'Incomparables. 

Le même Thâalebi , duquel on parlera encore dans fon titre particulier , a 
fait un fupplément à fon ouvrage , qu'il a intitulé Tetemmat Jetimat. Le Jeti- 
mat fe trouve dans la Bibliothèque Royale au n°. 1064. 

JATIMIAH, Aboubecr Abdalhalim Ben Jatimiah , qui a porté aufïï le ti- 
tre de Takieddin, étoit Hanbalite de fefle, & mourut l'an de l'Hegire j6i ou 
748 félon quelques-uns. Il eft TAuteur du livre intitulé Beidn al forcân hin 
Aulia al Scheitan u al Rahnan ; découverte de la différence qui eft entre les 
Saints ou les amis du Démon & ceux de Dieu, c'eft-à-dire, entre les vraj^s dé- 
vots & les hypocrites. 

Le même Auteur a aulîi répondu à un Evêque de Seidc en Syrie, qui avoit 
-écrit contre le Mahometifrae; cette réponfe a pour titre Beién al giaovdb al fa- 
M, la Saine Réponfe. 

IBA & Ihiba, c'eft le nom d'un célèbre Evêque de Roha ou Edefle eh Me- 
fopotamie, allez connu dans l'hiftoire Eccléfiaftique fous le nom d'ibas. Il écri- 
vit une lectre, laquelle jointe avec le livre de Théodore Al Mafïïffi , c'eft-à- 
dire , de Mopfuefte , & celuy de Theodorct , Evêque de Cyr , font les trois 
chapitres qui ont fait tant de bruit dans l'Eglife Orientale , & fur lefquels le 
cinquième Concile Géne:-al a été alfemblé. 

Cet Evêque fut dépolfedé & excommunié , pour avoir avancé avec une ex-- 
trême impudence qu'il n'envioit point à Jesus-Christ fa divinité, puis qu'en 
toute autre chofe il lui étoit femblable. Je n'ay point taxé Ibas d'impiété , 
mais feulement d'impudence ; car jl femble qu'il ait voulu dire , que Je s us- 
Christ étoit un véritable homme,' entièrement femblable aux autres hom- 
mes, quant à la nature humaine, ce qui eft très-Catholique. 

IBEK. Cothbeddin Ibek. Efclave de Schehabeddin , Sultan de la dynaftie 
^es Gaurides.ou Gourides , qui devint Roy de Deheli ou Dclli aux Indes. Il 

Pp 2 fut 



300 I B E K. IBRAHIM. 

fut d'abord Gouverneur de cette province , pendant fix ans , pour le Sultan ; 
mais ce Prince ne fut pas plutôt mort, qu'Ibek s'en rendit le maître abfolu & 
ajouta même à cet Etat plufieurs provinces de l'Indoflan. Il régna quatorze 
ans depuis la mort de Schehabeddin , & mérita que les conquêtes , qu'il fit aux 
Indes, fuilent décrites dans un volume particulier , qui porte le titre de Tagt 
al mather. Voj^ez le titre de BaJchtiar. 

IBEK. Azzeddin Ibek ou Ibeg, premier Sultan des Mamlucs Turcs ou Tur- 
comans qui ont régné en Egypte. Il avoit été grand Efchanfon de Malek Af 
Saleh, Sultan d'Egypte de la race des Jobites ou de Saladin. 

Ce Sultan étant mort & fon fils Turanfchah affaffiné , Schagreddor fa veuve 
époudi Ibek , & le fit élire Sultan par les Mamlucs en compagnie de Malek. 
Al Alchraf, enfant de fix ans, qui fut le dernier des Jobites qui régnèrent en 
Egypte. Ibek le défit bientôt de cet enfant & régna feul avec la Sultane fa 
femme: mais fon règne fut fort court; car la même Sultane qui l'avoit élevé 
fur le thrône , l'en fit précipiter par une mort violente , pour régner plus ab- 
Iblument, ayant en main la régence de fon fils, âgé feulement de quinze ans. 

Ibek fut tué l'an de l'Hegire 655 , après avoir régné fix ans & onze mois , 
& eut pour fucceflxîur fon fils , qui fut furnommé Al Malek Ai Manfor ; fon 
père portoit le furnom de Malek Al Moêzz. 

IBEK. Khalil Ben Ibek Al Safadi Salaheddin , mort l'an 749 de l'Hegire ,. 
eft Auteur d'un livre intitulé. Adah al Katé, al adib, des qualitez que doit avoir, 
un bon Secrétaire,. 

IBRAHIM & Ebrahim. Abraham. 

IBRAHIM Al Nabi & Ibrahim Khalil Allah, c'eft-à-dire, Abraham lePro-- 
phete ou l'Ami de Dieu, efi; le même qu'Abraham le Patriarche, qui eft recou- 
ru pour père par les Arabes , auffi-bicn que par les Juifs. On a parlé fuffifam- 
ment de luy dans le titre d'Abraham, & l'on. ne parlera icy fous celuy d'Ibra- 
him, que de ceux d'entre les Mufulmaus qui ont porté ce nom. 

IBRAHIM -Ben Valid. Ibrahim fils de Valid , treizième Khalife de la ra- 
ce des Ommiades , fucceda à fon frère lezid , troifième du nom , l'an de l'He- 
gire 125, de J. C. 743 : mais fon règne ne dura que deux mois & quelques 
fours; car Marvan, furnommé Hemàr , qui s'étoit déjà foûlevé du temps d'Ie- 
zid fon prédecefieur, fous prétexte de vanger la mort de Vàlid , vmt de Me- 
fopotamie, où il commandoit avec une grofiTe armée, à K-ennafferin, à deflein^ 
d'affiéger Ibrahim dans Damas, ville capitale du Khalifat. 

Ibrahim ne l'y attendit pas & vint au-devant de lui avec fix vmgt mil hom- 
mes de troupes ramafiees : mais elles furent fi aifément défaites par Marvan , 
que Valid fut obligé de fe renfermer dans fa- capitale , laquelle cependant ne- 
laiflà pas d'ouvrir fes portes au vainqueur. , ,. , , ^r, ,-r p ,- 

Marvan entra ainfi viftorieux dans Damas , dépofa Valid au Khalifat & le re- 
duifit à une vie privée, au commencement de l'an 127 de l'Hegire félon KJwn- 
àmir. Ben Schonah donne h cet Ibrahim le furnom d'Al Makhlu , quifignifie- 
le dépoié. L'Auteur du Lebtarik dit, qu'il fut tué trois mois après fa dépofi- 
tion, & le.TariHh Gi^ifari le fait vivre jufques en l'an 132 de l'Hegire. 

Ibrahim. 



I B R A H I M. 301 

IBRAHIM Imam; cet Ibrahim, qui porte le titre d'Imam ou de Chef de 
la Religion, auflî-bien que de l'Etat des Mufiilmans , n'cft pas du nombre des 
douze de la polterité d'Ali. Il ccoit fils de Mohammed , fils d'Ali , fils d'Ab- 
dallah, fils d'Abbas, & frère aîné des deux premiers Khalifes de la Maifon des 
Abbaffides-, mais il ne fut jamais reconnu lui-même ouvertement pour Khalife. 

Ce n'efl pas qu'Abou MoHem & Cahtabah ne fifient tous leurs efforts pour 
le faire proclamer tel dans toutes les Provinces Mufulmanes ; mais il ne fuÈ 
reconnu véritablement que dans la Province de Khoraifan. 

On ne donne donc à cet Ibrahim que le titre d'Imam , e'eft-à-dire , propre- 
ment, de Chef de la Maifon du faux Prophète Mahomet, & par confequent de 
Grand Pontife, & de Maître fouverain du Mufulmaniime.* 

Lorfque Marvân furnommcHimar, dernier Khalife de la race des Ommiades, 
entendit le bioiit que le nom de cet Imam faifoit dans les Provinces de fou 
Empire, il fe taifit de fa perfonne, & le fie mourir, dit Khondemir, en lui fai- 
fant mettre la tête dans un fac plein de chaux, l'an de l'Hegire 130. Ibrahim 
déclara avant fa mort que fon frerc Sefah lui devoit fucceder dans la dignité 
d'Imam. Cette déclaration eut fon plein & entier etFct, car ce frère, aidé des 
txoupes d'Abou Moflem , devint le premier Khalife de la race des Abbaffides j 
qui conferva cette dignité jufqu'en l'an 6;^6 de IHegira. 

IBRAHIM Ben Mafibûd , Ibrahim fils de MafibuJ , Huitième Sultan de la 
dynaflie, ou de la race des Gaznevides, & fi l'on compte Mohammed l'Aveu- 
gle , le neuvième. Il étoit petit-fils du Sultan Mahmoud, fils de Sebecleghin» 
fondateur de cette d^maftie , & fucceda à fon frère Ferokhzad, dit auffi Ben 
Maffôud. 

Ce Sultan continua la paix, que Ion frère avoit faite avec les Selgiucides , à 
condition qu'ils ne feroient point de courfes fur fes terres, & acquit la répu- 
tation d'un Prince très-juilc ,_ & très-pieux, nonobflant les guerres fréquentes. 
qu'il fit à fes voifins dans l'indoibn. Il y remporta de fi grands avantages,, 
qu'il mérita de porter les titres de ModhafFer & de Manfor, qui fignifient Vain- 
queur & Triomphant. Son règne fut de 42 ans : car il mourut l'an de l'He- 
gire 492, félon Khondemir. Cette année répond à la 1098 de J. C. 

Le Lebtariiih rapporte que fa pieté & fon zèle le portèrent à bâtir un grand- 
nombre de Mofquées , d'Ov-atoires & «d'riofpitaux. Sa coutume étoit de pafler 
toutes les nuits qu'il n'eraployoit pas à la prière , à faire la ronde par ia ville- 
de Gazna , où il faifoit diftribuer de grandes aumônes aux veufvcs , aux orphe- 
lins, & aux autres pcrfonncs neceffiteufes, ouvrant d'ailleurs fon apothiquairerie. 
à tous, les pauvres malades. Il jeûnoit trois mois de l'année , à fçavoir les ■ 
mois de Regieb , de Schâabân , & de Raraazan , quoy qu'il n'y ait que le jeûne. 
de ce dernier mois de Ramazan qui foit d'obligation chez les Mahometans. 

Ce Sultan qui vêquif& régna long-tems , eut trente -fîx enfans mâles qui 
acquirent tous de la réputation dans les armes , ou dans les fciences , & 40 filles- 
qui furent toutes mariées à des gens de bien, & k des Dodeurs de la loy; car 
Ibrahim refufa l'alliance des ancres Princes, lefquels cependant lui portoient un, 
fi grand refpeél, qu'ils le qualifioient Seid aL Salatliin, le Seigneur &. le. Maître. 
de tous les Sultans. 

Il fit bâtir pluficurs villes dans fes Etats, & dans les. Indes qu'il nomma Khair: 
abid, Imam abad, c'eft-à-dire Habitation de la bonté. Demeure de la foy, *.- 
■d'uutrcs femblables noms. Comme il écrivoit fort bien, il copioit tous les ans. 

P p 3 liU-i 



^^'T* 



^02 - IBRAHIM. 

un Alcoran de fa main , qu'il envoyoit à la Mecque avec de très-riches prefens, 
Ce Prince laiiTa pour fucceffeur Mallôud, troifième du nom, fon fils. 

IBRAHIM Abou Ishak Ben Mahadi. Ibrahim fils du Khalife Mahadi , & 
par confequent frère de Haron Rafchid , & oncle d'Amin & de Mamon qui 
ont été tous trois Khalifes. Il étoit très-fçavant dans la mufiquc, chantoit fort 
bien, & joiioit parfaitement des inflrumens; le teint de fon vifage eftoit fort 
brun , ce qu'il tenoit de fa mère Schakelah , Efclaves, noire du Serrail , que Ma- 
hadi fon père avoit époufée ; le ventre, qu'il avoit fort gros, lui fit donner le 
îbbriquet de Tin , qui fignifie en Arabe une figue Brugiotte , ce fruit étant 
noir, & fort ventru. ' 

Ce Prince d'ailleurs étoit fort honnête & très-liberal , & a pafTé pour le plus 
cloquent Orateur & pour le plus excellent Poëte de tous ceux de fa Maifon 
qui l'ont précédé. Il fut falué & proclamé Khalife dans Bagdet, peu après la 
mort d'Amin fon neveu , pendant que Mamon fon frère , & fon légitime fuc- 
cefîeur , étoit encore dans la Province de Khorallan. 

La caufe de cette révolution dans Bagdet fut que Mamon qui avoit été déjà 
reconnu pour Khalife, avoit déclaré pour fon fucceffeur au Khalifat, Ali fils 
de Moudii , furnommé Al Riza , qui étoit un des Imams & fuccefleurs en droite 
ligne & mafculine d'Ali , gendre & coufin germain de Mahomet. Ce choix 
irrita extrêmement tous ceux de la Maifon, & du fang d'Abbas, dans la Maifon 
duquel la dignité du Khalifat étoit entrée par préférence à ceux du fang, & 
de la pofterité d'Ali. 

Cependant Mamon étoit tellement perfuadé du droit que cet Imam avoit au 
Khalifat , qu'il refolut d'en priver ics propres enfans , & tous ceux de fa 
famille, qui étoit très-npmbrcufe , pour le remettre après fa mort dans celle 
d^Ali. Cette aftion ayant autant dépIû , qu'il eft aifé de juger , aux Abbaffides 
qui fe trouvoient dans Bagdet, ils s'aîîemblerent , & dépoferent d'un commun 
confentement le Khalife Mamon , après quoy ils prêtèrent le ferment de fidélité 
à Ibrahim fon oncle, qui fc trouvoit pour lors parmi eux, l'an de l'Hcgire 202 
& de J. C. 817. 

Mamon ayant appris ces nouvelles , partit inceffamment du Khorafllm , & 
s'approcha avec une puilîante armée qu'il avoit toute prête , de la ville de 
Bagdet. Ibrahim dont le party n'ctoit pa.^ affez fort pour contenir la ville dans" 
fon obéïffance, prit le party de dcfcendre du trône, de quitter les habits Royaux, 
& de fe cacher déguifé chez quelqu'un de fes amis , n'ayant joiiy que deux ans 
moins quelques jours, du Khalifat. 

Pendant qu'Ibrahim étoit caché, Daabul Al Khozai, Poëte célèbre de ce fie- 
cle, l'infulta par des vers fort piquants, pour flatter Al Mamon. Le fens de 
ces vere étoit , qu'après Ibrahim on auroit pour Khalife Mokharek , & après 
ccluy-cy, Zulzul, deux fameux Muficiens, & Joueurs d'inftrumens de ce temps-là, 
& qu'ainfi le Khalifat pafferoit par fuccelîion de violons en violons. 

Après qu'Ibrahim eût été caché quelque tems, Al Mamon fit faire tant de 
diligence, qu'il fut enfin découvert, & comme ce Khalife ne le faifoit chercher 
que pour avoir la gloire & le plaifir de lui pardonner, auflî-tôt qu'il le vit, il 
lui dit en plaifantant: Vous êtes donc le Khalife des Nègres, à quoy Ibrahim 
hiy ayant répondu : Je ne fuis que ce que vous m.'avez fait par vôtre grâce. 
Al Mamon voulant fe divertir avec fon oncle qu'il fçavoit avoir beaucoup' 

d'efprit, 



d^fprit, continua la raillerie, & l'appel la l'Efclave des enfans du Pavot Noir 
fur quoy il faut remarquer qu'Abd , Efclave en Arabe , fignifie aufli un Nègre ', 
& Balad al âbid , le pays des efclaves , n'cfl autre que le pays des Nègres • 
d'ailleurs le Pavot noir qui eft commun en Egypte , où l'on tire de fa tige 
l'opium qui eft aulïï noir que fes feuilles , marque allez cette Province qui crt 
limitrophe de l'Ethiopie. 

Ibrahim piqué de ces paroles, repartit ftir le chump au Khalife, par un qua- 
train Arabique dont le fens eft : Vous me comparez par mépris aux pavots 
noirs, dont vous confondez cependant la tige & îes feiiiiles: fi je parois efclave 
au dehors, j'ay un cœur libre au dedans; & fi la nature a donné de la noir- 
ceur à mon vifage, elle a donné de la blancheur & de l'éclat à mon ame. Le 
premier diftique de ce quatrain picquoit un peu le Khalife, qui étoit de la même 
tige qu'Ibrahim, fon oncle paternel : c'eft ce qui lui fit dire agréablement au 
même Ibrahim-. Je vous ay fait fortir de la raillerie , & tomber infenfiblement 
dans le fcrieux. Alors Ibrahim lui repartit par un autre quatrain fort refpec- 
tueux, dont le Khalife fon neveu demeura très-fatisfiit. 

Ebn Calanis Al Eskanderi a fait une épigramme fur une femme Nc^re qui 
aaerite d'être icy rapportée. '^ 

Une noire fe trouve fouvmt plus blanche que les autres par fes mœurs , êf un 
corps de couleur de mufc a quelquefois dans foy la pureté du Camphre. 

Ce teint brun rejfemhk alors à la prilhelle de l'œil que l'on croit être noire, âf 
qui n^ejl cependant que lumière. 

Le Camphre eft auflî blanc que le mufc eft noir ; il eft fort eftimé dans 
l'Orient pour fon odeur, & pour la vertu qu'il a de purifier le fang. 
. Môtaflem qui avoit fuccedé à Mamon fon frère au Khalifat , ayant un jour 
à fa droite Abbas fils de Mamon fon neveu, & à fa gauche Ibrahim, fon oncle 
qui manioit un anneau qu'il portoit au doigt , Abbas lui voyant faire cette 
adion, luy demanda quel étoit fanneau qu'il manioit. Ibrahim lui répondit:: 
C'eft un anneau que j'avo's mi^ en gage du tems de vôti-e père Mamon , & 
lequel je n'ay pu dégager que fous le règne de Motalfem. Abbas fe trouvant 
fort piqué de ce difcours qui taxoit Al Mamon fon père d'avarice, lui dit auffî-^ 
tôt , fi vous êtes fi ingrat envers mon père qui vous a donné la vie que vous 
méritiez de perdre , vous ne ferez pas plus reconnoiflant envers le Khalife 
d'aujourd'huy pour vous avoir donné dequoy dégager vôtre bague. 

Cette repartie qui ferma entièrement la bouche à Ibrahim, eft rapportée dans 
le Tarikh Thabari , où l'on trouve aufli que Mamon ayant Ibrahim entre fes 
mains, & confuJtant- fon Vizir Ahmed, fils de Khaled , fur ce qu'il en devoit 
faire, le Vizir lui dit: Si vous le faites mourir, vous aurez l'exemple de plu- 
fieurs Princes qui ont fait la môme chofe ; mais il vous lui pardonnez , vous 
vous diftinguerez par cette adion, de tous les autres. Les term.es Arabes font 
Eficataltaho jalka nadharan u en âfouta famakka na.ihiran. 

Ibrahim, félon Ben Khalecân, mourut dans la ville de Sermenrai , ou de Sa- 
mara l'an de i'Hegire 224. Ce que Khondemir rapporte des particularitcz de 
la vie cachée d'Ibrahim, eft trop remarquable pour cftre oublié. 

Cet Auteur écrit qu'Ibrahim aj-ant été proclamé Khalife dans Bagdet, auffî- 
tpt qu'il eut appris que Mamon fon neveu venoit à lui avec fon armée, 

n'ayant ~ 



304 IBRAHIM. 

n'aj'ant pas tiiïez de ■forces pour lui refifter , prit la refolution de quitter la 
couronne, & de fe cacher chez fes amis; mais le Khalife l'aj^ant fait chercher 
avec grande diligence, on le trouva entin déguifé en habit de femme, & on 
le conduifit.en cet état devant lui. Mamon l'ayant reçu fort humainement, 
& après l'avoir admis dans la converfation la plus famihere , le pria de lui 
raconter ce qu'il avoit vu & remarqué de plus fingulier dans le tems de fa 
retraite. 

Ibrahim lui dit : Etant forti un jour du logis où j'étois caché pour entrer 
dans un autre , & ayant pour cela choifi l'heure de Midy pour rencontrer 
moins de gens , je me trouvay devant une boutique fermée , fur la porte de 
laquelle je vis un homme dont le vifage étoit fort bazané & affez femblable 
au mien; je lui demanday d'abord s'il ne pouvoit pas me donner la commodité 
de me repoler un moment chez luy; il me répondit fort civilement que je ne 
pouvois pas lui faire plus d'honneur & plus de plaifir, & me conduifant en même 
tems au dedans du logis , il en fortit peu après , & ferma la porte fur moy 
par dehors. 

Je craignis pour lors que cet homm.e ne fût allé avertir les gardes du Kha- 
life qui me cherchoient : mais je fus bien lurpris , quand je le vis retour- 
ner chargé de vivres , & fuivi d'un autre homme qui portoit un lit & un 
tapis. D'abord qu'il fut rentré , il me dit : Je fuis Barbier de ma profefïïon , 
& ne doutant point que vous n'euffiez de la répugnance à vous fervir de cho- 
fes qui auroient déjà fervi aux autres, j.'ay été au marché acheter ces meubles, 
& je vous ay fait préparer à manger. 

J'admirai , continue Ibrahim , une fi grande honnêteté , & je ne fis point de 
diflîculté de me mettre à table avec lui. Pendant le repas, il me demanda fi 
je ne buvois point de vin; & moy lui ayant répondu que j'en beuvois, il en 
fit apporter du meilleur, avec lequel nous achevâmes nôtre repas fort joyeufe- 
' ment. Le repas étant fini , il me dit : Je vous demande la liberté de vous 
faire une prière; je la lui accorday, & il me témoigna qu'il defiroit que je lui 
fille l'honneur de vouloir chanter en fa prefence, qu'il fe fentoit véritablement 
très-indigne de cette faveur, mais aulli qu'il la recevroit comme une grâce très- 
particulière , & me prefentant auffi-tôt un luth , il me recita ce quatrain d'un 
Poëte Fer fie n. 

Nom fommes dégoûtez de toutes fortes d'infîrumens , Jl nous n'avons pas une voix 
femblable à la vôtre qui les accompagne. 

Je me trouvai fort embarraffé du difcours de cet homme , & lui ayant de- 
mandé, comment il fçavoit que je fçus quelque cho'fe dans la mufique , il me 
répondit en ces termes: Vous êtes trop connu pour pouvoir vous cacher; je 
fçais que vous êtes Ibrahim, oncle du Khalife, & que ce Prince a promis cent 
milles drachmes d'argent à celui qui lui découvriroit le lieu où vous êtes. Ces 
paroles me frappèrent fi fort, que fans hefiter je pris auffi-tôt le luth en main 
pour le fatisfaire., & lui accordai même une féconde prière qu'il me fit , de^ lui 
permettre de chanter quelques airs qu'ils fçavoit, les accompagnant moy-même 
.-avec le luth. Cet homme chanta pour lors de fi belles cbanfons, que j'en fus 
lotit eftonné, & lui demanday de qui il les avoit apprifes. Je fçeus alors qu'il 



k 



IBRAHIM. 3^^ 

les tenoit d'Ishak de Moful, excellent muficien chez qui il avoit demeuré 
long - tems, 

La nuit étant venue , je quittai mon hôte , & lui prefentai en partant une 
bourfe pleine de pièces d'or; mais il la rcfufa, & me dit ces paroles': Vôtre 
^ftion eft bien étrange, car après que j'aj'' fait de mon côté tout ce 'qui m'a 
été poffible pour vous bien recevoir, vous voulez maintenant me faire perdre 
l'honneur de mon hofpitalité ; Dieu me garde de recevoir vôtre argent , & il 
ajouta en me quittant, ce vers Perfien. 

Les penfées de l'homme qui s'ejî donné à Dieu , font bien différentes des penfées 
de celuy qui demeure attaché aux créatures. Tarikh Al-Àbbas. 

IBRAHIM Ben Agiab, c'efl le nom d'un Capitaine Arabe qui fut envoyé 
par le Khalife Haroun Rafchid pour Gouverneur de FEgypte & de l'Afrique, 
Tan 184 de l'Hegire, & de J. C. 800. 

La pofterité de ce Gouverneur s'établit dans l'Afrique, porta le nom d'Agla- 
biah ou d'Aglabites, & forma une dynaftie de Princes qui y régnèrent jufqu'en 
l'an de l'Hegire 296 auquel les Fathemites, devenus maîtres de tout le pays, 
les en chalTerent. 

IBRAHIM frère de Nafas ou Nefes Alzakiah. Ce Nefes Alzakiah dont le 
nom fignifie l'ame fainte ou l'ame pure & innocente , étoit lils de HafTan , le 
fécond Imam entre les douze qui portent ce titre par excellence, & par con- 
fequent petit-fils d'Ali, le père ou la fouche de tous les Imams. Son frère 
nommé Ibrahim , duquel nous parlons , fe foulcva contre les premiers KhaHfes 
Abbaflîdes, & fut tué en une bataille qu'il perdit, par Iffa Ben Moufla, neveu 
du Khalife Abougiafar Almanfor , fécond Khalife de la maifon d'Abbas. 

i B R A H I M Soltan , fils de Scharokh , & petit - fijs de Tamerlan ; on ne 
trouve rien de remarquable touchant ce Prince, finon fa naiflTance. 

IBRAHIM Mirza, fils d'Alaeddoulat Rokneddin, & petit-fils de Baifancor, 
fils aîné de Scharokh , quatrième fils de Tamerlan, Cet Ibrahim étoit petit- 
neveu du précèdent, & affifta le Sultan Alaeddoulat fon père dans les guerres 
qu'il eut avec le Sultan Babor qui le fit prifonnier. Ce Babor, qui étoit frère 
puîné d'Alaeddoulat, & par confequent oncle d'Ibrahim Mirza , fut défait cn- 
fuite par un des autres frères nommé Sultan Mohammed père d'Iadighiar, lequel 
délivra Ibrahim Mirza de la prifbn où il étoit enfermé. 

IBRAHIM Hakém Schiruan, Ibrahim Seigneur ou Gouverneur de Ja Pro- 
vince de Schiruan ou Medie. Il étoit des amys de Tamerlan , qui luy donna 
le fort Château d'Alnagia qu'il venoit de prendre, parce qu'il étoit à fa bien- 
feance & dans le voiiinage de fes Etats. 

IBRAHIM Al Schirazi , Ibrahim de Schiraz , natif de la Ville de Schiraz, 
Capitale de la Province de Fars, qui efl la Perfe proprement dite. On le fur- 
nomme auflî Al Firouzabadi, parce qu'il tiroit fon origine de celle de Firou- 
zabad , qui n'ell pas éloignée de Schiraz , & appartient à la même Province de 
Fars ou de Perfe. 

To M E II. Q q II 



3.o5 IBRAHIM. I B R A H I M I A H. 

Il paffe pour un des plus grands Jurifconfultes du Muru'manifnie. Il vivoit 
fort retiré du commerce du monde , s'adonnant particulièrement aux exercices 
de la pieté: on a de luy plufieurs Livres Arabes dont le principal eft celuy 
qu'il intitula Almohadhab où l'Hoiapie de bien , qui a. été coinmenté par Ibra- 
liim Almelri , Docteur de la Sede ^hafeienne. 

Nous avons encore de luy le ïanbih FiJfekh , Exhortation à l'étude de la 
Jurifprudence & le Lamé ou l'Echantillon, qui eft une explication des princi- 
paux articles, ou comme les Mufulmans les appellent, des fondemens de la Loy„ 

On le croit aulîî l'autheur d'un Ouvrage qui contient l'art de contredire, & 
de difputer dans les matières fcholaftiques ;, ce Livre eft intitulé Al Nakth fil 
Khelaf v almaôunat filgedel : c'eft proprement ce que nous appellerions la 
recherche de la vérité. Ben Khalecan. l^oyiz aujji le titre de Firouzabadi auffir 
bon Poëte, & Ben Klialecan cite plufieurs wqis de fa compofition. 

IBRAHIM Al Merouzi , Jurifconfulte très -célèbre parmi les Mufulmans^. 
duquel nous avons plufieurs beaux Ouvrages en langue Arabique, & entr'autres 
un commentaire fur le Mozni. Ce Dofteur faifoit fa demeure dans la Ville de 
Bagdet où il étoit confulté comme un oracle des Loix, & fa réputation fe ré- 
pandit à un tel point qu'une des portes de cette grande Ville,, auprès de la- 
quelle il avoit fa maifon, fut appellée de fon nom Darbe Al Merouzi, la porte 
de Merouzi qui eft dans le quatrième quartier de Bagdet. 

Ibrahim étoit de la Sefte Schafêienne , & quitta fur la fin de fa" vie le fejour 
de la Ville de Bagdet pour pafiTer au Caire en Egypte;, il mourut dans la même 
Villp l'an de l'Hegirc 340, & y fut enterré auprès de l'Imam Schafei. 

Le furnom de Merouzi fut donné à ce Dodeur parce qu'il étoit natif de la 
Ville de Merou, une des quatre Villes Capitales ou Royales de la grande Pro- 
vince du Khoraflan , & cette Ville eft ordinairement furnommée Schahgian, 
pour la diftinguer d'une autre Ville de la même Province que l'on nomme par 
diftinftion Mcroualroud. Ben Khalecan. 

IBRAHIM Ben Ibrahim Meheran , furnommé Esfaraini, à; caiifè qu'il étoit 
natif d'une petite ville du Khoralfan appellée Esfarain qui eft des dépendances 
de la ville Capitale & Royale nommée IMifchabour, également diftante de celle- 
cy & de Giorgian. C'étoit un Doftcur des plus célèbres de la Sefte Schafêienne 
duquel on dit que les plus fçavants perfonnages du KhoraflTan & de l'Iraque 
ont puifé leur doftrine. 

Il a compofé plufieurs. Ouvrages dont le principal eft un Livre de controverfe 
dans lequel il dcftend la Loy Mufulmanne contre les impies & les athées que 
les Arabes appellent Melahedin. Abdalgafer, auteur Perfien, fait fouvent men- 
tion de luy dans la Chronique de Niichabour, &; dit que le Collège de cette 
Ville où il enfeignoit, portoit fon nom. Il y mourut l'an de l'Hégire 418, & 
fut porté à Esfarain lieu de fa naillànce. 

L'on parlera ailleurs de plufieurs Auteurs & autres perfonnages qui ont 
porté le nom d'Ibrahim, & particulièrement dans leurs furnoms, , 

IBRAHIMIAH, Sefte d'Hérétiques qui s'éleva dans l'Eglife d'Antioche, 
Voytz le titre ri'Abnham» Cette forte d'Hérétiques pouvoit être celle des Sa- - 
biens 5 qui. rcconnoilî'oit. Abraham pour leur Legiilateur. Helal Ben Ibrahim Ben 

Zahroua 



I D E G O U. J E II O U D A. 



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Zahroun, fameux Médecin de Tozoun le Turc, & Ibrahim Ben Helal fon fils 
Aftronome célèbre fous Scharfeddoulat , Sultan de la dynaflie des Bouides , étoient 
Sabiens de Sefte , & natifs de Harran en Mefopotamie , d'où partit Abraham 
pour venir dans la terre de Chanaan. Plufieurs autres grands Philofophcs, Ma- 
thématiciens , & Poètes qui ont écrit en Arabe, étoient Sabiens. Foyez Thebet, 
Senan, Corrah, &c. 

Cependant il femble qu'outre cette Secle d'Abrahamites , ou Sabiens, il s'en 
foit élevée une autre parmy les Chrétiens qui a été alfez obfcure , & dont l'on 
ne voit point de Se6bateurs confiderables.