(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Bibliothèque de l'École des chartes"

l'-*"' 



■;?V®'j^.T-':-'f-*rî- 







>* 
^ 






"v 



r 



»^ . î^ Jj ^'^.-J^x A Y Jfcï!#-4V*^H^;^^^- 



r\ 






\,^[ 






^-'\\^ 















1 -TS P,^: J-U li, M*:V^"'>'^ij it - 










^#^^.|^M.±:^ 



-■\ 






■'^^^sm -ti 



BIBLIOTHEQUE 

DE I/ÉCOLK 



DES CHARTES. 



PARIS. -*- TÏPOGRAPHIK DE PIRMIN «IDOT FRÈRES, RIE JACOB. 56. 



BIBLIOTHÈQUE 



DE L'ECOLE 



DES CHARTES. 

REVUE D'ÉRUDITION 

CONSACRÉE SPÉCIALEMEIST A l'ÉTUDE DU MOYEN AGE- 



TOME QUATRIEME. 

troisij;me série. 




PARIS, 

J. B. DUMOULIN, 

r.IBRAIHE DELA SOCIÉTÉ DE L' ECOLE IMPKHIALE DES CHARTES 
QUAI DKS AOGCSTinS, l3. 

M DCCC LUI. 



D 



1)5 



FRAGMENTS 



DUN TABLEAI 



DE L'ANCIENNE FRANCE MUNICIPALE 

LE LYONNAIS, LA BRESSE ET LE DAUPHINï:. , .] 



Lyon est la ville de France où le fait de la durée non inter- 
rompue du droit municipal romain se montre le plus clairement, 
et où la tradition de sa persistance à travers les siècles du moyen 
âge paraît le plus fortement empreinte dans les mœurs, les actes 
publics et les documents de toute espèce. Investie à son origine 
des privilèges dont l'ensemble se désignait par le nom de droit 
italique, celte grande cité les a conservés avec une pieuse et cou- 
rageuse obstination; à toutes les époques de son existence, elle 
en a voulu le maintien, et, chose digue de remarque, elle n'a 
jamais demandé rien de plus ". La franchise la plus complète 
pour les personnes et pour les biens, l'exemption de tout impôt 
direct en dehors des charges municipales, le droit de former un 
corps qui se taxe lui-même et administre ses deniers communs 
par des mandataires élus, qui veille à sa propre sûreté au moyen 
d'une milice urbaine, qui exerce la police des rues et la surveil- 
lance des métiers, mais sans aucune juridiction criminelle ou ci- 
vile ; telles sont les libertés que la bourgeoisie de Lyon appelait 
ses coutumes héréditaires, et qu'elle défendit énergiquement 
contre le pouvoir temporel des archevêques, sans empiéter sur 
la souveraineté seigneuriale, sans se laisser entraîner par l'exem- 
ple des villes qui, sous l'influence du grand mouvement de la 
révolution communale, avaient assuré leur liberté civile perdes 

1. Ce tableau fera partie <le la prérace du tome II du Recueil des momtment s iné- 
dits de l'histoire du tiers état. 

î. Voyez, sur les cités des provinces ■ ni avaient part au jus italicum, c'est-à-dire 
au droit qui, selon la règle, ne devait appartenir qu'a l'Italie, VHis/oire du droit ro 
main, parSavigny (traduction française, tom. I"", p. 49) ; VEssai sur l'histoire du 
droit français au moyen âge, par M. Charles Ciraiid, tom. I'^ p. 9'i et suiv., ri les 
Recherches sur le droit de propriété, par le nifme, t. l", p. 299 et suiv. 
l\. (Troisième série.) I 



«'araulies |)oliliques, et conquis, soit la totalité, soit une part 
du droit de juridiction * . Après une lutte violente qui dura plus 
d'un siècle entre la bourgeoisie et l'Église de Lyon, quand vint 
la pacification définitive, la charte qui scella cette paix ne sti- 
pula rien autre chose que le respect et le perpétuel maintien 
d'usages qu'on disait remonter bien au delà de toute mémoire 
d'homme '. Les termes de celte charte, donnée en 1320 par 
l'archevêque Pierre de Savoie, sont curieux et méritent d'être 
cités : 

« Considérant qu'il est écrit dans la vieille loi des philosophes 
« que les Lyonnais sont de ceux qui, en Gaule, jouissent du 
« droit italique, nous désirons par affection de cœur maintenir 
-. amiablement notre illustre ville de Lyon et ses citoyens dans 
« leurs libertés, usages et coutumes, et leur témoigner de plus 
« en plus faveur et grâces, à l'honneur de Dieu, pour le bien de 
« la paix et la tranquillité de l'Église, de la ville et de tout le 
« pays ^ ... 

« Voici les libertés, immunités, coutumes, franchises et usages 
« longtemps approuvés de la ville et des citoyens de Lyon "*... 

« Que les citoyens de Lyon puissent se réunir en assemblée et 
« élire des conseillers ou consuls pour l'expédition des affaires de 
« la ville, faire des syndics ou procureurs ^, et avoir un coffre 

1. Une transaction de l'année 1208, entre les citoyens de Lyon et l'archevêque, 
porte ce qui suit : Juraverunt cives nullam conspirationem vel juramentum com- 
munitatis vel consulatus ullo unquam tempore se facturas, formule remarquable 
en ce qu'elle a trait aux deux formes constitutionnelles de la révolution du douzième 
siècle, celle du nord et celle du midi, la commune et le consulat. 

2. On peut objecter l'apparition du titre de Consuls durant cette guerre civile; mais 
tout semble prouver qu'à Lyon le régime révolutionnaire du consulat ne fut embrassé 
que par désespoir, et non par une passion réelle pour les droits politiques inhérents à 
ce régime. La ville insurgée le prit comme l'expression la plus énergique de la ré- 
volte, et elle le quitta dès qu'elle eut obtenu des garanties suffisantes pour sa consti- 
tution immémoriale. Alors, du régime consulaire, il ne resta plus qu'un nom , et la 
chose elle-même disparut sans laisser de regrets. 

3. Considérantes etiam in lege philosophorum veteri scriptum quod Lugdunenses 
Gain juris italici sunt.... (Charte de l'archevêque Pierre de Savoie, Histoire de Lyon, 
par le P. Ménestrier, Preuves , p. 94.) 

4. Hse sunt libertates, immuuitates, consuetudines, franchisiae , et usus diutius ap- 
probati civitatis et civium Lugduni.... (Id., ibid., p. 95.) 

5. Voici la formule de procuration usitée dans ce cas : « Nos cives et populus civi- 
« tatis Lugduni, more solito congregati , facimus et constituimus atque creamus no- 
« stros syndicos, procuratores et actores.... » (Hist. de Lyon , par le P. Ménestrier, 
Preuves, p. 100.) 



« commun pour la conservation de leurs lettres, privilèges et au- 
'< très objets d'utilité publique. 

« Item, lesdits citoyens de Lyon peuvent s'imposer des tailles 
« pour les nécessités de la ville... 

« Item, lesdits citoyens peuvent se contraindre mutuellement 
" à des prises d'armes, chaque l'ois qu'il en sera besoin... 

« Item, les citoyens ont la garde des portes et des clefs de la 
' ville depuis le temps de sa fondation, et ils l'auront '. 

> Item, les citoyens ne peuvent être taillés ni imposés, et ja- 
« mais ils n'ont été imposés par le seigneur ^... » 

Ces droits, violés et contestés au treizième siècle, ne triom- 
phèrent qu'à l'aide d'un grand secours, celui des rois de France 
qui s'en firent les protecteurs et les gardiens, et ce fut paria vo- 
lonté libre de ses habitants que Lyon devint partie du royaume ^ 
La souveraineté de l'archevêque resserrée dans ses anciennes li- 
mites, et sa juridiction soumise en appel à celle du roi, tel est 
dans l'histoire municipale de Lyon le dernier terme et le résul- 
tat d'une lutte qui eut l'aspect et la violence des soulèvements 
les plus révolutionnaires '*. C'est durant cette lutte que le gou- 
vernement traditionnel des intérêts municipaux, le conseil de la 
Cinquantaine, ombre de la curie des temps romains, se concen- 
tra, pour être plus actif, dans un petit conseil de douze per- 
sonnes, qui, après la pacification, subsista seul, et dont les mem- 
bres, par une sorte d'éclectisme entre le midi et le nord 
reçurent, outre le nom de conseillers, celui de consuls ou d'éche- 
vins indifféremment ^. Mais ce consulat, sans justice haute, 

1 . Cu&todiam portarum et clavium civitatis habent cives a tempore creationis civi- 
Jatis et liabebunt. (Hist. de Lyon, par le P. Ménestiier, Preuves, p. 95.) 

2. Civ(« non possiiiit talliari, vel collectari , nec unqiiam riierimt collectali pcr «lo- 
ininum. (Ibid.) — Le revenu seigneurial de l'archevôque consistait dans les péages, 
les droits de mutation , les frais de justice cl les amendes. 

.3. Nos, suppiicationibus civium Lugduni civitatis de regno nostro existenlis favo- 
rabiliter aiinncnles, eosdeni cives et eorum singulos sub nostra speciali gardia et pro- 
tcctione suscipimus.... (Cbarte de Philippe le Bel, de l'année 1292; Histoire de Lyon, 
par le P. Ménestrier, Preuves, p. 99) 

4. Voyez, avec V Histoire de Lyon, du P. Ménestrier, les deux publications intitu- 
lée»: De la Commune lyonnaise, par M. Auguste Bernard, et V Hôtel de ville de 
Lyon, par M. Jule» Morin. 

6. Dans tout«'8 les chartes confirmatives de celle «le 1320 , et notamment dans la 
charte de Pierre de Villars, donnée en 1.347, la mmiicipalité de I,yon est désignée par 
ce seul mot : les Conseillera, consiliarii. La série des actes publics, depuis le quator- 
zième siècle, préMMtte le» titres suivants : consuls, recteurs et gouverneurs de l'u- 

I. 



moyenne ou basse, n'était point comparable à celui des cités de 
la Provence et du Languedoc. La juridiction demeurait tout en- 
tière à l'archevêque; la ville n'en prétendit jamais rien, seule- 
ment elle voulait que le droit de justice restât un dans les mains 
du prélat, sans aucun partage avec son chapitre. Sur ce point, 
l'esprit public des habitants de Lyon, fidèle à l'esprit du droit 
romain, se montra énergiquement hostile aux usages du morcel- 
lement féodal * . 

A cette constitution dérivée par évolutions successives de ce 
qu'il y avait de plus antique dans le régime municipal, et où rien 
de vraiment nouveau ne s'était introduit, si ce n'est l'attribution 
du droit électoral aux corps d'arts et métiers, succéda vers la 
lin du seizième siècle une constitution étrangère, celle de Paris, 
imposée par lettres patentes de Henri IV ^. Le collège de douze 
conseillers, égaux en pouvoir et présidés par l'un d'entre eux, 
fut aboli ; à sa place, il y eut un prévôt des marchands et quatre 
échevins, auxquels resta donné par habitude le titre collectif de 
consuls ^. Quant à la milice urbaine que formaient, sous le nom 
de pennonagCy des compagnies appartenant chacune à l'un des 
quartiers de la ville, et ayant chacune son étendard qui était ce- 
lui du quartier, elle dura jusqu'à la révolution de 1789. De là, 
en remontant de siècle en siècle par les souvenirs, on aurait pu 
suivre sou existence non interrompue jusqu'aux temps de la mu- 
nicipalité gallo-romaine. 

La ville de Lyon fut en quelque sorte le miroir du droit muni- 
cipal pour tous les pays situés entre la Bourgogne, l'Auvergne 
et le Dauphiné. Cette grande communauté jouissant de tous les 
droits civils et bornée dans ses droits politiques à celui de s'ad- 
ministrer elle-même sans aucune juridiction, devint le modèle 
qu'aspirèrent à imiter, selon la mesure de leur importance, la 
plupart des villes et jusqu'aux bourgs du Lyonnais, du Forez et 
de la Bresse. Leurs chartes de franchises obtenues, soit par con- 
cession gratuite, soit à prix d'argent, aux treizième et quator- 

niversité de Lyon ; conseillers pour gouverner la police et faits communs de la 
ville, et conseillers échevins. 

1. Item , juridictio temporalis Lugduui omnino dicta pertinebit semper et in omni 
tempore ad archiepiscopum Lugdnni , et capituliim millam juridictionem habebit. 
(Charte de Pierre de Savoie, Hist. de Lyon, Preuves, p. 95.) 

2. Données au mois de décembre 1594. 

3. En 1764, douze conseillers municipaux furent adjoints aux quatre échevins et 
au prévôt des marchands; à Paris, il y en avait vingt-quatre. 



zième siècles, sont remarquables par la netteté et la libéralité des 
garanties qu'elles contiennent pour les personnes et pour les 
biens. Le nombre de quatre, les fonctions annuelles et l'élection 
directe par le corps entier des bourgeois sont de règle générale 
pour les magistrats municipaux, qui se désignent par tous les 
litres successivement ou simultanément usités à Lyon : Syndics, 
Procureurs, Conseillers, Consuls, Échevius ' . Une autre particu- 
larité, due au voisinage de la grande ville où se formaient, par 
la pratique légale, de nombreux jurisconsultes, est le souffle de 
droit romain qui respire, qu'on me passe l'expression, dans les 
chartes de franchises et de coutumes, surtout dans celles de la 
Bresse. Plusieurs de ces dernières portent que, s'il survient 
quelque cas non prévu dans la charte, il sera décidé par l'usage 
des villes libres voisines, ou, si les bourgeois l'aiment mieux, 
par le droit écrit. Entre les nombreuses chartes d'affranchisse- 
ment des bourgs de la Bresse, on trouve une sorte de filiation 
qui remonte jusqu'à deux ou trois modèles reproduits de proche 
en proche, soit sans aucune variante, soit avec des additions 
plus ou moins considérables ^. La rédaction de ces actes dres- 
sés pour de simples villages est très-supérieure à ce que 
présentent d'analogue les pays voisins du côté du nord, et 
les formules du droit romain s'y rencontrent avec une fré- 
quence et une exactitude qu'on ne voit au même degré que dans 
les chartes et les coutumes écrites de la Provence et du Dau- 
phiné'. 

Vienne, la métropole de celte dernière province, l'antique cilé 
rivale de Lyon, présente un second exemple de la môme destinée 
municipale. On y voit la constitution gallo-romaine, où la basse 
justice appartient aux magistrats de la ville, et la haute justice 
aux officiers impériaux, se transformer, sous l'influence du pri- 

1. A Monlbrison, le corps municipal était formé tic six personnes. Bourg eu Bresse 
eut primitivement denx syndics, deux procureurs et douze conseillers de ville. Kn 
1447, une assemblée générale des habitants décida que chaque année on élirait vingt- 
quatre bourgeois chargés de donner une liste de candidats pour douze places de vxm- 
seillcrs, deux de syndics et «piatre d'auditeurs d(;s comptes ; aîs vingt-(jualre notables 
devaient, en outre, sur l'appel des syndics, être adjoints au conseil dans les occasioiw 
importantes. 

1. Voy. les Recherches historiques sur le déparlement de l'Ain, par M. de U 
Teissonnière, t. H, p. 228 et suiv. 

3. Voy. le tom. U de VSssai sur l'histoire du droit Jrançai» au moyen âge, par 
M. Cil. Giraiid. 



6 

vilége de souveraineté urbaine obtenu par les archevêques, et 
s'arrêter là, sans laisser plus tard aucune prise au mouvement 
démocratique du douzième siècle. A Vienne, comme à Lyon, la 
charte de franchises qui marqua définitivement les bornes du 
pouvoir temporel de l'archevêque ne fut point un acte de conces- 
sion, mais la reconnaissance formelle de libertés immémoriales ; 
seulement, cette reconnaissance eut lieu, non à la suite de longs 
troubles, mais avant toute guerre civile ' . Dans le règlement des 
droits respectifs de l'archevêque et de la communauté des ci- 
toyens, il y eut à Vienne, pour ces derniers, quelque chose de 
moins et quelque chose de plus qu'à Lyon : il y eut de moins la 
garde des clefs de la ville, et de plus, avec la franchise d'impôts 
directs, l'exemption d'impôts indirects ^. La ville de Vienne pou- 
vait, comme celle de Lyon, s'imposer elle-même en toute liberté; 
mais, étant comme celle-ci sans juridiction, elle n'avait aucun 
moyen de contrainte à l'égard de ses contribuables, et il fallait 
que l'archevêque lui prêtât dans cette occasion le concours de 
ses officiers et des agents de sa justice ^. Enfin , l'autorité muni- 
cipale à Vienne se composait de huit magistrats élus annuelle 
ment par le corps entier des citoyens ; leur titre officiel était 
Syndics et Procureurs; mais ils prenaient facultativement celui 
de Consuls, devenu, au quatorzième siècle, dans le midi de la 
France, l'appellation générique des magistratures urbaines, 
comme le titre d'Échevin dans le nord. 

La ville de Valence fut l'une des plus agitées, et des plus sté- 
rilement agitées, par le souffle de la révolution municipale du 
douzième siècle. Dès le milieu de ce siècle, on voit se former en- 
tre ses habitants des associations jurées contre le pouvoir tem- 
porel de l'évêque, associations qui, à deux reprises, furent dis- 



1. Sous l'archevêque Jean de Bournin, entre les années 1221 et 1266. 

2. In primis, quod quicumque habens Vienne domum non solvat leydam vendendo 
val emendo. — Item, habitatores Viennenses non solvant pedagium. (Confirmation 
des privilèges de la ville de Vienne, Ordonnances des rois de France, t. VII, p. 430.) 

3. Item, quod cives et habitatores Vienne predicti, si facere voluerint collectam 
ad opus ville et pro necessariis ejusdem, hoc facere possint et valeant, et dictus do- 
minus archiepiscopus consentire debeat, et ibi illos qui solvere noluerint compellere 
teneatur. (Ibid., p. 434.) — Et, collecta imposita, ad requisitionem dictoruni civium, 
dorainus archiepiscopus administrabit duos badellos pro dicta collecta levanda et 
executioni demandanda. (Coutumes, franchises et privilèges de la ville de Lyon, His- 
toire de Lyon, par le P. Ménestrier, Preuves, p. 95). 



soutes et prohibées pur décret des empereurs d'Allemagne ' . En 
dépit de cette intervention menaçante , une révolte des citoyens 
contre le gouvernement autocratique de leur évêque eut lieu dans 
les premières années du treizième siècle ■ . Apaisée par un com- 
promis, elle fut, après moins de vingt ans, suivie d'une insur- 
rection plus violente, qui contraignit l'évêque ^ à sortir de la 
ville, et donna naissance à une curieuse forme de gouvernement 
révolutionnaire. Deux magistrats furent créés, un Recteur^ in- 
vesti de tous les pouvoirs, sauf la juridiction, et un Juge, stric- 
tement borné à la compétence judiciaire; ils avaient pour asses- 
seurs des conseillers élus, et à leurs ordres un crieur public. Un 
vaste bâtiment servait aux assemblées des magistrats municipaux 
et du peuple ; on l'appelait maison de la Confrérie, du nom que 
portait l'association jurée entre les citoyens, qui tous avaient 
droit de suffrage \ Ce régime dura peu, et, pendant que l'évêque 
sorti de la ville rassemblait des troupes pour l'assiéger, des per- 
sonnes puissantes s'interposèrent; le jugement de la querelle fut 
remis à un arbitrage, qui décida que la maison de la Confrérie 
serait rasée, qu'aucune assemblée municipale n'aurait lieu sans 
l'autorisation de l'évêque, et que les citoyens lui payeraient une 
amende de six mille marcs d'argent '^ . 

Ce traité de paix fut conclu en 1229, et alors les habitants de 
Valence se retrouvèrent sous l'autocratie épiscopale tempérée par 
leurs franchises traditionnelles. Au quatorzième siècle, ils obtin- 
rent pour celles-ci une rédaction écrite et des promesses de main- 
tien, mais sans garanties politiques, et presque sans organisation 

1. cives commuiiilatis nullum faciant juramentiim, nec aliquam jurent socielatem, 
Kine arbitrio et coiiseimii episcopi, et si feceriiit, componenl pru pcna centum libras 
aiiri, tnedietatem iraperiali fisco, mcdietaterao|)isco[)0. (Cliaile de l'empereur Frédé- 
ric 1", de l'année 1178 ; Essais historiques sur la ville de Valence, par M. Ollivier, 
p. 242.) — Proiiibemus ne aliqua occasione civibiis Valentinis licitiim sit inter se ali- 
quam communem jiirare socieUiteni , vcl aiitpiandu contra nliquem vel aliquos ordi- 
uare conspiralioneni, nùsi id specialiter de arbitrio et consensii ipsiiis episcopi. (Cliarte 
de l'empereur Pbili|)pe II, de l'année I20i ; ibid., p. 2'»3.) 

?.. Sous l'épiscopatd'Humberldc Miribel, qui commence à l'année 1199. 

3. Guillaume de Savoie, dont l'épiscopat commença en 1226. 

4. Histoire, générale du Dauphiné, par Cliorier, tom. 11, pag. l07. — Dans une 
cliarte, donnée en 121';, à la ville de Sistcron, par le comte de Forcalquier, on 

trouve : Consulatum confirma vobis et ratum facio in perpetuum Item con- 

fratriam vestram lonjirmo. (Voyez V Histoire de Sistcron , par M. «le Laplane, ap- 
pendice.) 

b. Histoire (jéneralc du IHiuphmé, 1. H, p. lOK. 



municipale ' . Ces franchises, purement civiles, étaient les mêmes 
que celles de Vienne : c'était, avec la liberté des personnes et des 
biens, l'exemption non-seulement de tout impôt direct, mais en- 
core de toute taxe indirecte ^. Pourtant Valence continua de 
penser que de pareils droits ne lui suffisaient pas , ou qu'ils 
étaient précaires pour elle sans un pouvoir municipal capable 
de les défendre. Elle n'eut de repos qu'après avoir, grâce à la 
protection du roi de France devenu dauphin du Viennois, obtenu 
quelque ombre de ce pouvoir; exemple qui montre de la manière 
la plus frappante quelle part on doit faire au désir de liberté po- 
litique dans les révolutions des villes du moyen âge. Ce fut en 
l'année 1425 ' que les citoyens de Valence acquirent, à cet égard, 
des droits fort modérés qu'ils ne perdirent plus. Il leur fut per- 
mis de rebâtir leur maison commune, et de s'assembler jusqu'au 
nombre de quatre-vingts personnes, sans la permission de l'é- 
vèque et la présence de ses officiers '' . La garde des clefs de la 
ville fut déclarée leur appartenir lorsque l'évèque n'y résidait 
pas. Celui-ci, à son avènement, et tous ses officiers à leur entrée 
en charge, durent jurer sur les saints Évangiles, de garder et faire 
garder les franchises, libertés, usages et coutumes de la cité, du 
bourg et des faubourgs ^. Enfin, le corps municipal, peu nom- 
breux et sans aucune juridiction, se composa de syndics et con- 
seillers communément appelés consuls , d'un secrétaire et d'un 



1. Voy. les Essais historiques stir la ville de Valence, par M. Ollivier, pag. 62 
et suiv. 

2. Item plus ultra, hec consuetudo est in civitate Valencie, burgo et suburbiis 
ejusdem , et usus longevus a tanto terapore observatus quod in contrarium memoria 
hominiim non existit, qnod nullus burgensium, civium, incolarum et habitantium 
ejusdem , tenetur ad solucionem alicujus layde, emendo , vendendo, neque alicujus 
vectigalis sive pedagii , in civitate Valencie. — Item , qnod nulla taillia, angarum , 
proangarum, seu aliud trlbiitum vel subsidinm, quandocumqne eis imponi potest ne- 
que débet vel alia quevis collecta seu exactio. (Confirmation des privilèges de Va- 
lence, Ordonnances des rois de France, t. XIX, p. 193.) 

3. Par une transaction avec l'évèque Jean de Poitiers. 

4. Item, quod, quocienscumque de negociis communibus ejusdem civilatis est trac- 
tundum, congregari et convenire possint licite in domo commun! ejusdem civitatis 
vel alibi, de burgensibus, civibus et babitatoribus ejusdem, usque ad numerum qua- 
ter viginti , etiam si pluribus vicibus et fréquenter ac diverse persone eorumdem in 
diversis coiigregacionibus hujusmodi successive conveniant, et ibidem de eisdem ne- 
gociis libère tractare et disponere prout eis videtur^opportunum. {Ordonnances des 
rois de France, t. XIX, p. 194.) 

o. ibid., p. 193. 



9 

mandeur^ officier chargé de faire les commandements de service 
pour la garde urbaine, et d'avertir les magistrats du jour où ils 
auraient à tenir conseil ^ . 

C'est dans la série des chartes municipales de Die que se pré- 
sentent avec le plus d'abondance les notions capables de fixer 
l'étendue des libertés immémoriales qui, pour les villes du midi 
de la France, dérivaient d'une double tradition, celle de la muni- 
cipalité gallo-romaine et celle de la municipalité gallo-franke 
des temps de la seconde race^. Aenjuger par les chartes de Lyon, 
de Vienne et de Valence, ce régime municipal semble réduit aux 
seuls droits d'administrer et de garder la ville, sans aucun droit 
de juridiction contentieuse ni volontaire; mais, ou il n'y a là 
qu'une apparence produite par la rareté des documents, ou la 
règle n'est pas générale. A Die, ancien municipe et seigneurie 
épiseopale, un droit immémorial de juridiction est reconnu à 
la ville, non-seulement pour le cas de non-payement des contri- 
butions municipales et le refus ou la négligence de service dans 
la garde urbaine, mais encore pour tout crime ou délit commis 
par un citoyen de garde pendant ses heures de service, sauf l'ho- 
micide et l'adultère ^ Les preuves authentiques de ce fait sont 

». Syndicos et consiliarios, secretarios, et inandatores nominare. (^Ordonnances 
des rois de France, t. XIX, p. 194.) 

2. Voyez, sur le privilège à'immunUé, c'est-à-dire de souveraineté urbaine accor- 
dée par les rois et les empereurs franks aux évêques, les Considérations sur Vhis- 
toire de France, chap. V, p. 201 et 208 de la quatrième édition. 

3. Si vero coiitingat quod aliquis seu aliqui civium Diensium, tam de majoribus 
quam de miiiuhbus, nollet seu noilent solvere, aut occasionem aliquam inveiiiret seu 
invenirent quod non persolveret seu non persolverent pecuniam taxatam seu leva- 
tam, vel talliam , aut taxationem quecumque facta seu taxata fuerit, possunt et de- 
bent sine injuria aliqua , absque licencia alicujiis domini,.... alterum concivem suum 
seu concives suos, tam meliores quam minores, quam etiam médiocres, auctoritate 
propria pignorare, et pignus seu vadium vendere, aiienare, aut pignori obligare, usque- 
quo ()ersolverit seu persolverint. 

Et similiter si aliquis seu aliqui civium Diensium non Toluerit seu noluerint esse 
vigil Rive serctiia, vigiles sive .serchie, arcubius sive arcubii, gacliia seu gacbie, vel non 
vult seu nolunt facere, possunt et debentdicti cives... quemlibet auctoritate propria 
pignorare, et peuam quam voiuerint cisdem ponere, et pro peua pignus suum ponere 
et retinere vel vendere aut pignori obligare , usquequo satisfecerit et persolverit , vel 
satisfecerint et persolverint perfectc. 

Si autem aliquis vigil seu serchia, aut aliqui vigiles seu sercliie, vigilando aut cnndo 
per civitatem, custodiendo vel serchiando civitatem, aut aliquis gacbia, aut arcubius, 
seu aliqui gacbie vel arcubii faciendo gacliiam, vel aliquis civis Diensis predicta fa- 
riendo seu cxero^ndo, vel aliqui de predictis aliquid forcfecerint, seu in ali(|uo dcli- 
querinf, seu dclictum ali<pjod, seu lorelactum fecerint, non |h)IcsI nec débet piopter 



10 

précieuses, parce qu'on peut en induire le fait lui-même pour 
d'autres villes des provinces méridionales où il est impossible 
de l'établir, soit faute de documents originaux, soit parce que 
l'avènement de la constitution consulaire, avec sa pleine juridic- 
tion ou tout au moins avec sa justice moyenne et basse, jette des 
doutes sur l'antiquité des droits partiels qu'elle absorbait en les 
agrandissant, et induit à penser que tous les degrés de la juri- 
diction municipale datent du même temps et proviennent de la 
même origine. Il est curieux de suivre dans les nombreux statuts 
fondamentaux de la ville de Die, comme dans l'histoire munici- 
pale de Lyon, la destinée d'une constitution traditionnelle qui se 
maintient quoique violemment pressée, dans un sens par l'ambi- 
tion ou les ombrages du pouvoir seigneurial, et dans l'autre par 
la passion d'autonomie que propageait de ville en ville, aux dou- 
zième et treizième siècles, l'exemple des révolutions faites pour 
l'établissement du consulat. 

Une circonstance singulière, c'est que dans la première charte 
d'aveu et de confirmation des franchises immémoriales de Die, 
charte donnée en 1218, et qui fut un compromis entre les ci- 
toyens et leur évêque après une querelle dont il ne reste aucun 
détail historique, le titre de consul se rencontre joint à ceux de 
syndics et de procureurs * . Est-ce un signe de tolérance pour 
une formule qui, d'abord introduite avec les changements révo- 
lutionnaires qu'elle exprimait au douzième siècle, avait, par l'a- 
bandon de ses réformes constitutionnelles, perdu toute significa- 
tion offensive pour le pouvoir ? ou bien cette promiscuité du 
nouveau titre et des anciens noms de magistrature municipale, 
qu'on remarque dans les villes du Lyonnais et du Dauphinc 

hoc per nos vel per nostram ciiriam piiniri in aliqno, nec etiam condemnari, nec ali- 
quid inqiiirere, nec aliqnam inqiiisilionem facere contra eum possumns nec debemiis, 
sed in jnrisdictione sni |)refecli sive mandatons seu mandatorum siiorum débet esse, 
nisi liomicidinm seu adulterium feceiit, in qno casn secundum consuetu(iinem nostro 
curie pnnietur. (Charte donnée par l'évêque Didier en 1218; copie faite dans les ar- 
chives du département de laDrôme, pour le Recueil des monuments inédits de l'histoire 
du tiers état.) 

1. Confitemur etiam et in veritate recognoscimus, nos predictus Desiderius episco- 
pus, nomine nostro et successorum nostrorum, de volunlate predicti capitnii, quod 
cives Dienses vel saltem major pars civium Diensium, usi sunt et consueti fuerunt, per 
magnum tempus ita quod non extat memoria, eligere, facere, creare, constituere, seu 
ordinare et per se ipsos confirmare, consules, syndicos, vel adores, seu procuralorcs, 
quandocumque eis placet vel placuerit, et quandocunique eis necesse est vel fueril. 
(Charte de révèque Didier, art. lo). 



[I 

passé le milieu du treizième siècle, existait-elle à Die avant 1218'? 
Quoi qu'il en soit, la discorde apaisée alors entre l'évèque et les 
citoyens se renouvela plus violente vers l'année 1245; il en ré- 
sulta un soulèvement dont le but était peut-être de transporter 
au corps de ville une partie de la juridiction temporelle de l'é- 
vèque. Un nouveau compromis par arbitrage termina la guerre 
civile en prononçant la rémission de tout méfait commis durant 
les troubles, et en replaçant les choses dans l'état où elles se 
trouvaient auparavant ^. A la suite de celte paix, en 1240, une 
rédaction générale des libertés et privilèges de la ville de Die 
fut dressée d'un commun accord pour servir de loi à la ville. 
Suivant les dispositions de ce code compilé sur les anciennes 
chartes et sur les coutumes non écrites, l'autorité municipale 
resta bornée à ses attributions traditionnelles, la police des rues, 
la voirie, la garde et les fortifications de la ville. Mais un droit 
sinon nouveau, du moins énoncé pour la première fois dans toute 
sa plénitude, lui fut reconnu, celui de modifier le présent statut, 
et d'en faire d'autres, non -seulement relatifs à l'administration 
urbaine, mais encore à la procédure et à la constitution de la 
cour temporelle de l'évèque^. Ainsi le corps de ville, presque 
entièrement dépourvu de juridiction, jouissait du pouvoir légis- 
latif concurremment avec la cour seigneuriale, fait qui, malgré 
sa bizarrerie, n'est pas sans analogues dans les municipalités du 
moyen ûge. On ne peut dire si les troubles qui survinrent posté- 

J. La première supposition semble confirmée par un article de la même charte qui 
reconnaît aux habitants de Die le droit de bâtir non-seulement des l'ours et des mou- 
lins, mais encore des tours sur leurs propriétés : Et eMarn quilibet habitat in dicta 
civitate et suburbiis ejusdem potest et débet turres, fuma et molendina facere, 
seu edificare et reparare.... quotiescumque eiplacuerit et quandocumque et pla- 
cueritydum in suo faciat seu edificet. (Ibid., art. 7.) — L'usage de bâtir dans les 
▼ille« des maisons flanquées de tours était venu d'Italie avec la constitution consulaire. 

2. Item, raandaverunt quod de omnibus malefactis que facta sunt a tempore cepte 
guerre sit pax et finis inter iitramque partcm et valilores et adjutores eornm .(Paix 
conclue par sentence ariiilrale entre l'évôipie liumberl IV et les citoyens de Die, 1245, 
art. 20 ; copie laite dans les archives du département de la Drôme.) 

3. Item, statucrunt quod ipsi syndici seu actores, vel procuratorcs, vel quicumque 
syndici, consules vel actores, vel procuratorcs electi fuerint in Diensi civitate in fu- 
tiinim , possint et debeant .statnta nova facere et ordinare, corrigere et emendare ista 
statutapresentia pro lihito voinntalis, tam super factis et onlmalionibus curie Diensis 
quam Miper factis et ordinationihns Diensis civitatis, quandocumque eis phxnierit fa» 
ciendum, retiniierunt «ibi plennriam polMstalem.fStatuta civitatis Dionsis, art. 20; ar- 
rhives de la Dr<)uie.) 



12 

rieurement résultèrent des conflits d'autorité produits par cette 
distribution de pouvoirs; mais, avant la fin du treizième siècle, 
une nouvelle guerre civile éclata et fut suivie d'un nouvel accord, 
d'amnistie pour les violences commises par les citoyens, et d'en- 
gagements plus solennels de la part de l'évèque pour le maintien 
des privilèges municipaux '. 

Si l'établissement effectif du consulat est un fait obscur et 
douteux pour la ville de Die, il est certain que celle de Gap, 
placée anciennement sous le même droit municipal que Die, Va- 
lence et Vienne ^, fut, dans le premier quart du treizième siècle, 
gagnée par le grand mouvement révolutionnaire qui s'était alors 
étendu à toutes les villes de la Provence. Profitant, pour s'insur- 
ger contre son évèque, des embarras que suscitait à celui-ci la 
querelle de Frédéric II avec le saint-siége et le ressentiment de 
cet empereur contre une grande partie du clergé, elle inaugura 
dans ses murs la nouvelle réforme constitutionnelle, c'est-à-dire 
que les magistrats élus sous le titre de consuls furent investis de 
l'universalité des pouvoirs politiques, du droit d'impôt direct et 
indirect, du commandement militaire absolu, de la possession 
d'un territoire municipal formé ou agrandi aux dépens des pro- 
priétés de l'évèque, enfin, de la juridiction pleine et entière dans 
la ville et sur les terres de sa banlieue ^. Par suite de cette cons- 

1 . Item , omues offensas factas per cives el clericos lempore guerre fade per pre- 
decessorem nostrnm , vel ante guerram vel post, exceplis liomicidiis commissis, nec- 
non et damna infra civitatem Diensem prediclam vel in territorio nostro ejiisdem per 
predictos nostros cives et clericos, predicto predecessori noslro et terre episcopatuum 
nostrorum iliatos et iliate. (Charte de i'évêqiie Guillaume de Roiissillon, 1298, art. 9; 
copie faite dans les archives du département de la Drôme. — Ibid., art. 7, 8 et 15.) 

2. Un diplôme de l'empereur Frédéric Barberousse, daté de l'an 1180, confirma le 
don fait autrefois par les empereurs , aux évêques de Gap, des régales et du domaine 
supérieur de la ville. (Voy. YHist. du Dauphiné, par Valbonnais, t. I, p. 251.) 

3. Les droits du consulat de Gap se trouvent éiuimérés dans nn acte qui accompa- 
gna son abolition, et par lequel ces droits, enlevés à la ville, furent partagés entre 
l'évèque et le comte de Gapençois, fils du dauphin Humbert I" : 

« Imprimis super consolalu praedicto et ejus jurisdictione ordinamus, quod dictis 
« consolatus et jus civaeri, bladorum, leguminum et aliorum, prout et de quibus 
« soliti snnt prœstari , libragium herbœ, ac salinagium , quod olim dicebatur esse de 
<f juribus consolatus pra;dicti et percipiebatur ac tenebatur a consulibus, dum ipse 
« consulatus per consules regebatur, necnon et medietas territorii Monlis Alquerii, 
« jurium et pertinentiarum ejusdem , cum mero et mixto imperio, jurisdictione om- 
« nimoda, pertineant et pertinere debeant ad praefatum dominum comitem, el ejus in 
« perpetuum successores... — Claves vero portarum civitatis Vapinci , quarum cuslo- 
« dia sub cerla forma olim erat consulu m praedictorum , omnino pertineant el perti- 



13 

lilution, œuvre de la volonté populaire, qui remplaça l'ancien 
régime traditionnel, les droits immémoriaux du corps de ville 
vinrent s'absorber dans les nouvelles prérogatives qu'il reçut par 
usurpation sur l'autorité seigneuriale. Toute intervention de l'é 
vèque dans le gouvernement municipal devint nulle de droit 
comme de f lit, et cela put paraître un bien; mais, en revanche, 
les titres de la ville à sa vieille part de franchises et de privilèges 
se trouvèrent périmés de la même manière, et ce fut un mal qu'on 
eut à regretter dans la suite. Lorsque, après la défaite et la ruine 
du gouvernement consulaire, on voulut se rabattre sur l'ancien 
droit et le réclamer comme tel, on ne le retrouva plus; il avait 
péri dans le même naufrage que l'institution révolutionnaire qui 
était venue l'agrandir en le recouvrant. La partie victorieuse ne 
voulait pas le reconnaître, aimant mieux que tout restât sans 
règle, et se ménageant ainsi de meilleures chances pour le cas 
d'une transaction ultérieure. 

Les premiers temps du consulat de Gap furent prospères, et 
l'autorité absolue qu'il exerçait dans la ville fut sanctionnée, en 
1240, par une charte de l'empereur Frédéric II, qui lui confirma 
ses libertés, sa juridiction et ses terres ' . Cette sanction souve- 
raine du régime qu'une révolution avait créé était pour les ha- 
bitants de Gap le prix de la promesse qu'ils firent de rendre par 

'. nere debeant ad dictiim domintim episcopam et successores ejnsdeni...— Prœconisa- 
n tiones vero quaelibet fiant soliim in civitate prœdicta nomine ipsius domini episcopi 
■t et successorum suorum, et de caelei o in solidum perlineant ad eosdem. — Costellus 
« eliam qui siiniliter pertinere olim ad dictos consules dicebatur, sit ipsius episcopi et 

« ad ipsum solum perlineat et pertinere debeat in futurum Mandatarii quoque in 

« civitate pn-edicta, qui olim a dictis consulibns ponebantur, per euiidera dominum 
«. episcopum solummodo eligantur de caetero et ponantur... . — Banna vero civitalis et 
« tcrritori» Vapinci ad eosdem dominum episcopum et comitem simiiiter pertineant, et 
<< inter ipsos communiter dividantur, et bannerii sive custodes ab ipsis vel eorum lo- 
« cum tenente communiter deputentur... —Super cognitione quidem ac delinitione 
' reatium qua-stionum , quas moveri contingcret de caetero super domibus et posses- 
■' sionibus qua; in dicta civitate Vapinci vel ejus territorio tencntur sub dominio seii 
« seignioria domini comitis supradicti , ordinamus, pra;cipimiis et mandamus in po- 
« sterum cbscrvari , quod jurisdictio , cognitio , ac dcflinilio quaeslionum hujusmodi , 
■• et hlSB, ac quid(|uid emolumenti ex eisdem quaestionibus, vel ipsarum occasione 
■ provcnprit, ad praifatos dominos episcopum et comitem del)eant communiter perti- 
" nere. « (Sentence arbitrale rendue en l'année 1.100; Valbonnais, Histoire du Dau- 
phiné. Preuves, tom. I«^ pag. 54 et s:>.) 

I. Ce sont les teiinr^s du diplôme impérial, aujourd'bui |>erdu, mais dont il reste un 
extrait dans le cartulaire de l'hôtel de ville de Gap, intitulé Livre rouge. (Voy. \'His(. 
fin Dauphin^, par Valbonnain, t. I", p. 2,'il.) 



14 

eux-mêmes à l'empire tous les devoirs d hommage et de service; 
leur cité se trouvait ainsi érigée eu ville libre immédiate selon le 
droit germanique. Mais, moins de dix ans après, cette indépen- 
dance, n'étant plus appuyée de la tutelle du pouvoir impérial, 
devint peu sûre et difficile à conserver \ L'évêque, dépossédé 
par la ville de sa seigneurie temporelle, négociait au dehors et 
cherchait un secours capable de l'aider au rétablissement de son 
pouvoir. En l'année 1257, il conclut avec le dauphin, comte de 
Vienne et d'Albon, un traité d'alliance offensive et défensive, 
dans lequel les deux contractants se partagèrent d'avance tous 
les droits du consulat et le domaine supérieur de la ville ^. Ce 
traité, dont l'exécution resta suspendue, on ne sait pourquoi, 
durant la vie du dauphin Guigues XÏI, pesait comme une me- 
nace perpétuelle sur la tète des citoyens. Pour s'en délivrer et 
prévenir le renouvellement d'une entente pareille entre les héri- 
tiers de Guigues XII et l'évêque, ils prirent une résolution qui, 
dans sa bizarrerie ayentureuse, ne manquait pas d'habileté. Ce 
fut de renoncer d'eux-mêmes à tous les droits du régime consu- 
laire, et de les transporter par donation authentique à la veuve 
du dauphin, comme tutrice de ses enfants mineurs. Ils comptaient, 
non sans fondement, que cette aliénation ne serait pas prise à 
la lettre ; qu'elle n'aurait d'effet que pour les droits utiles et le 
ressort supérieur, en laissant subsister la magistrature des con- 
suls et les garanties essentielles de la liberté municipale. L'acte 
de cette donation fut dressé le 11 décembre 1271, dans une as- 
semblée générale des habitants de Gap ^. Elle eut tous les effets 
qu'ils s'en étaient promis ; rien ne fut changé, si ce n'est que la 

t. La querelle de la papauté et de l'empire , avec tous ses effets politiques, avait 
cessé en 1247, par la mort de Conrad IV, fils et successeur de Frédéric II, 

2. Voy. l'Histoire générale du Dauphiné, par Chorier, t. II, p. 136 et suiv. 

3. Notum sit omnibus prœsentibus et futuris, quod dominus Hugo Macea, miles, et 
Jacobus Martis, consules universitatis hominum de Vapinco, et ipsa universitas ibidem 
prseseiis, ad parlamentum per sonum campanœ more solitoadinfra scripta specialiter 
praedicti homines et consules convocati... Praedicti quidem consules nomine suo et 
imiversitalis praedictœ, et ipsa universitas ibidem praesens, et motu proprio et sponfa- 
nea voluntate , et ex certa scieutia donaverunt donationc simplici et irrevocabili do- 
mino Âlamando de Condriaco et Johanni de Goncelino judici comitatus viennae et Ai- 
bonis prœsentibus et recipientibus nomine dictae comitissœ , pro dictis liberis suis et 
ipsorum liberorum nomine, et ipsis liberis, consulatum civitatis Vapinci, cum omnibus 
juribus et ratiouibus et pertinenliis ad ipsum consulatum spectantibus, sive illa jura 
consistant in bannis, justiliis, censibus, civaeyriis seu in quibuslibet aliis rébus et bo- 
nis. {Histoire du Dmiphiné, par Valbonnais, Preuves, t. II, p. 92.) 



15 

ville passa iioniinalement sous la seigneurerie des héritiers du 
comte de Vienne. L'évèque Eudes II, trompé dans ses projets 
politiques, se mit en quête d'un autre secours , et en attendant 
l'effet de cette nouvelle négociation, il s'accommoda aux circons- 
tances, et reconnut tous les pouvoirs du consulat, sous cette con- 
dition que le nombre des consuls, qui était de quatre, serait porté 
à cinq, et que chaque année l'un d'entre eux serait élu parmi 
les membres du chapitre de la cathédrale V 

C'était au comte de Provence et de Forcalquier, ancien suze- 
rain de la ville de Gap sous la souveraineté de l'empire, que l'é- 
vèque Eudes avait eu recours, promettant de lui faire hommage 
de sa seigneurie temporelle, s'il l'aidait à la rétablir. Le sénéchal 
de Provence, au nom du comte Charles d'Anjou qui venait de 
passer en Italie, accepta l'offre de l'évèque, et promit de lui 
prêter secours contre les citoyens rebelles à son autorité -. Ce 
pacte de vasselage d'une part et de protection de l'autre dormit 
jusqu'à l'année 1281, où une querelle plus violente que jamais, 
entre la ville de Gap et son évèque, détermina ce dernier, mis 
en prison par les citoyens, à réclamer du comte de Provence, 
devenu roi des Deux-Siciles, une assistance prompte et effective. 
Pour l'intéresser plus vivement à sa cause, l'évèque fit avec lui 
le même traité de partage qu'il avait fait en 1257 avec le dau- 
phin comte de Vienne. Le prince de Salerne, fils du roi des Deux- 
Siciles, parti de Provence avec des troupes, marcha sur Gap et 
s'en rendit maître par capitulation en 1282. La seigneurie qui 
était sa conquête fut, suivant le traité antérieur, partagée entre 
l'évèque et lui, révolution qui, cette fois, entraînait de force 
l'abaissement politique du pouvoir municipal , et devait le ré- 

1. Traité de paix conclu le li» janvier 1274 , entre l'évèque Eudes U et la ville ; ar- 
chives de l'hôtel de ville de Gap, original en parchemin dans le cofTre coté a, et copie 
'lanslesaccotén. 

2. Notiim Kit prx'senlibns et fiilnris, quod venerabilis pater dominiis Oddo episcopus 
Vapincensis requisivit nobiiem virum Giiillelmum de la Gonessa, senescalliini reginm 
III coniitatibiis Provinciœ et Forcalquerii , quod cuin terra ecclesiae Vapincensis sit in 
oomitalu Forcalquerii, quod deheret eum et ecciesiam Vapincensena juvare et deffen- 
«lere contra homines Vapinci.^qni contra ipsum et ecciesiam memoratamrebellaverunt, 
iiolentesei ut consueverant obedire; et aliqui ex eis donaverunt et concesserunt de 
laclo, cun» de jure non possent, nol)ili domina; Bcatrici comitissae Viennae et Albonis, 
rt filiiH eju», consulatum Vapincensero, qui consulalus ab ipso episcopo et ecclesia tc- 
iifbatur... (Charte du 19 décembre 1271, Uisl. du Dauphiné , par Valbonnais, I. U , 
F'reuvf», p. 93.) 



duire aux plus strictes limites de l'administration urbaine V 
Mais, après le départ du prince, le traité de partage devint une 
lettre morte pour l'évêque de Gap, qui s'empara de la totalité 
des droits jadis inhérents à son pouvoir seigneurial. Une longue 
querelle s'éleva à ce sujet entre lui et le comte de Provence, que- 
relle où l'autorité papale intervint sans pouvoir la terminer, et 
qui se compliquait d'un différend non moins grave avec la famille 
des comtes de Vienne. En effet, cette famille ne renonçait pas 
aux droits que lui avait créés la donation des citoyens de Gap, 
et prétendait qu'à défaut de la ville elle-même, personne autre 
qu'un de ses membres ne pouvait posséder la juridiction et les 
revenus du consulat. Il paraît que de ce côté le péril devint plus 
pressant que du côté de la Provence, car à la fin du treizième 
siècle l'évêque Geoffroi de Lansel céda , et, sous la médiation 
d'arbitres, conclut avec Jean, comte de Gapençois, fils du dau- 
phin Humbert F% un nouveau traité de partage du domaine su- 
périeur de la ville. Tous les droits de péage et de marché, perçus 
autrefois par les consuls, la juridiction à tous ses degrés sur une 
partie de la banlieue, et, au dedans des murs, une moitié de la 
juridiction civile, furent donnés au comte ; l'évêque eut pour lui 
la haute justice criminelle, le droit d'ordonnance et de proclama- 
tion, la garde des clefs et toute la police de la ville -. Dans cet acte 
qui mettait fin aux derniers restes subsistants du régime consu- 
laire, une indemnité fut stipulée pour le chapitre de l'église ca- 
thédrale, en compensation des avantages qu'il avait retirés de 
l'élection d'un de ses membres, comme consul, à chaque renou- 
vellement du consulat^. 

1 . Traité de capitulation entre la ville de Gap et le prince de Salerne, Archives de 
l'hôtel de ville de Gap, Livre Rouge, p. 175. 

2. Dudum inter venerabilem patrem dominum Gauffredum , Dei gralia episcopum, 
fX capitulum Vapinci ac universitatem iiominum de Vapinco ex parte una , et egre- 
giuni virum doniiuum Joannem magnifici viri Hiimbcrti dalphini Vienneiisis, comitis 
Albonis, dominique de Turre primogenitum, Vapincesii comitem ex altéra ; super con- 
solatu civitatis Vapincensis et ejus jurisdictione, necnon et super medietate territorii, 
Montis Alquerii olim ad consolatum ipsum, sicut dicitur, pertinente... suscitalis quaes- 
tionibus variis et diversis... (Sentence arbitrale rendue le 5 septembre 1300, Hist. de 
DoMpAin^, par Valbonnais, toni. 1, Preuves, p. 53.) — Voy. plus haut p. 12, note 3. 

3. Ad hœc, cum de capitulo ecclesiae Vapincensis semper unus canonicus eligeretur 
hi consulem annis singulis ab antiquo, ne ipsum capitulum, quod absque sua culpa ex 
ipsius consulatus depiessione suum perdit honorera, commodo privetur omnino, man- 
damus , ut in hujusmodi recompensationem honoris , prsedictus dominus episcopus 
triginta solidos turonenses in annuis redditibus , et prsefatus dominus cornes totidem 



17 

Toute seigneurie partagée tendait, par le cours naturel des 
choses, à se concentrer dans les mains de celui des deux sei- 
gneurs qui était présent et à devenir purement nominale pour 
l'autre, quelle que fût sa puissance ailleurs. Ce changement eut 
lieu en moins d'un demi siècle pour le domaine supérieur de 
Gap, et la ville se retrouva, comme anciennement, sous une seule 
domination effective, celle de son évéque. Mais le droit munici- 
pal des anciens temps n était plus là pour servir de limite à l'au- 
torité seigneuriale; la ville y avait renoncé d'elle-même en se 
donnant le régime consulaire, et maintenant qu'elle réclamait le 
bénéfice du régime traditionnel, on le lui refusait obstinément. 
Ce fut le sujet de nouveaux troubles; mais avant que la guerre 
éclatât entre les citoyens et l'évèque, des médiateurs intervin- 
rent et donnèrent gain de cause à la revendication des franchises 
immémoriales. En 1378, l'évêque Jacques Artaud se vit contraint 
d'accepter, bon gré mal gré, un jugement d'arbitres qui l'obli- 
gea de faire mettre par écrit les anciennes coutumes de la ville, 
et d'en promettre l'observation, à titre de loi, pour lui et pour 
ses successeurs * . L'acte qui fut dressé solennellement, devint la 
grande charte de la ville de Gap ; mais, à la différence des sta- 
tuts cités plus haut de Vienne, de Valence et de Die, cette 

eidem capitulo in siifficienliljiiset idoneis possessionibus sive feudis assignent. (Sen- 
tence arliilrale rendue le 5 septembre 1300, Hisl. de Dauphiné, par Yalbonnais, 1. 1, 
Preuves, p. 54) 

1. Parmi ces arbitres, choisis au nombre de quatre, il y eut trois ecclésiastiques et 
im jurisconsulte : Videlicet in reverendum patrem in Christo fratrem Borelli, in- 
quUsitorem, ac venerabiles viras dominos Stephanum de Gimonte, eanonicum Va- 
pincensem , Petrum Torchati, capellanum domini nostri pape, eanonicum 
Sistaricensem, officialem Vapincensem, et nobileni Jacobum de Sancto Gerniano, 
jurisperitum... (Transaction du 7 mai 1378 , entre l'évoque Jacques Artaud de Mon- 
tauban et la ville de Gap; archives de l'hôtel de ville, original sur parchemin, et copie 
au Livre ronge.) — Inter alia sententialiter ordinaverunt, pronuiitiaverunt et arbitrati 
fuerunt quoddiclus dominus episcopiis ante omnia super libt'rtalibus,immnnitatibns, 
privilegiis, exemptionibus, fraochesiis atque consuetudinibus quantum cum Deo sibi 
esset possibile recognosceret bonam fidem .. Quas quidem liberlafes, exemptiones, 
immunitates atque franchesias si(; exacto mullo tenipore recollectas, examinatas et 
discussas et in scriptis redactas dictus dominus episcopus ibidem obtidit dicens, asse- 
reos suo niedio juramenlo secuudum Deum et conscienciam suam, fideliter et integra- 
liter cas et ea recollexisse «t examinasse et in scriptis nunc pcr eum oblatis redigi 
feciste... Volentes et decemenles, snb pena centuni marcharum in œmpronnsso et 
Kcnteutia compromissi contt-nta, <piod inter partes predii;las 1 1 eorum (piosriimque in 
perpctuum successores de «etcro vim, robur, auctorilah-m efficacissimam habeanl, et 
deiuccpA habeant vim et noinen stalnli inlransgressihilis. (Ibid.) 

IV. (Troitit^me xerip ) 2 



18 

charte eut moins le caractère du» aveu pur et simple du droit 
ancien, que celui d'une transaction entre parties. Antérieurement 
au douzième siècle, le droit municipal de Gap était, sans au- 
cun doute, identique à celui des cités voisines; mais, dans la ré- 
daction de 1378, on le trouve dissemblable et inférieur sur deux 
points fondamentaux : les élections faites par la ville doivent 
être confirmées par le juge épiscopal, et le commandement de 
service pour la garde urbaine appartient aux officiers de l'é- 
vêque ' . Eu tout le reste, la charte de Gap est à peu près con- 
forme aux statuts dont il s'agit. Quant aux titres des magistrats 
municipaux, cette charte ne donne que ceux de Procureurs, 
Syndics et Conseillers ; le titre de Consul semble omis à dessein, 
comme entaché par son origine, et exprimant des droits et des 
pouvoirs qui ne sont plus; mais il se conserva dans l'usage, et 
reparut même au quinzième siècle, dans la teneur des actes offi- 
ciels. 

A Embrun comme à Gap, le régime consulaire s'établit dans 
toute sa plénitude au commencement du treizième siècle. Les ci- 
toyens, pour défendre cette révolution, soutinrent, contre leurs 
deux seigneurs, le dauphin et l'archevêque, des guerres malheu- 
reuses dont ils n'achetèrent la fin que par l'abandon de toutes 
leurs libertés récemment acquises ^. Le consulat d'Embrun, pa- 
reil, à ce qu'il semble, au consulat de Gap, en prérogatives cons- 
titutionnelles, eut une moins longue durée; il fut aboli en 1257, 
et depuis cette époque, on ne voit plus à sa place qu'un corps 
de ville sans juridiction, et soumis dans tous ses actes au contrôle 
des officiers seigneuriaux. Si le titre de Consuls se montre en- 
core, ce n'est qu'une formule sans valeur, consacrée par les re- 
grets populaires. Du reste, comme on l'a déjà vu, la vanité mu- 

1. Qiiod (licti cives possunt et consueverunt se in uniim , tempore et locis idoneis 
congregare, et ibidem facere, creare et constituere procuratoies et sindicos proeorum 
negociis oxercendis..., necnoii operarios pro fortiiieatioiie civitatis, conslliarios et pro- 
sequutores suariim liberlatum , consilia facere et taillas facere , et indicere pro suis 
negociis utiliter procurandis et exercendis... dum tamen in confirmatione sindicorum 
interveniat judicis decretiim. (Transaction du 7 mai 1378, entre l'évèqne Jacques Ar- 
taud de Montauban et la ville de Gap, art. 31 et 32.) — Item, quandoquidem cives vel 
incolœ dictaî civitalis per conrearium vel quoscumque domini mandantur pro facien- 
dis excubiis quae vulgariter nuncupantur serciia, et non veniunt seu deficiimt, quod 
non possit ab ipsis exigi nisi una parperboUa loco pêne. (Ibid., art. 12.) 

2. Voj. VUist. générale du Dauphiné, par Cliorier, t. M, p. U4, 115, 116, (37 et 
138. 



19 

nicipale suffisait pour introduire ce titre dans des villes où le 
consulat proprement dit n'exista pas même un seul jour *. On le 
trouve ainsi à Grenoble, quon peut nommer la moins libre des 
vieilles cités du Dauphiné, qui, placée de bonne heure sous la 
double seigneurie du dauphin et de son évêque, fut mieux con- 
tenue ou plus résignée que les autres villes et se contenta, pour 
unique statut, de la reconnaissance de ses immunités tradition- 
nelles, sans garanties données à une forme précise d'organisation 
municipale ^. 

J'ai traité avec plus de développement ce qui regarde les villes 
du Lyonnais et du Dauphiné, parce que leur histoire peut éclairer 
celle des anciennes villes, non-seulement du midi, mais encore 
du centre et du nord de la France. Leurs statuts et leurs chartes 
de privilèges sont les «eules preuves authentiques, les seuls mo- 
numents qui nous restent d'un droit municipal antérieur à la 
grande rénovation du douzième siècle. Pour d'autres villes, on en- 
trevoit bien la persistance, depuis les temps romains, de l'admi- 
nistration urbaine, soit que ces villes, en se régénérant à l'époque 
des douzième et treizième siècles, aient adopté le régime du con- 
sulat ou celui de la commune jurée, soit qu'elles aient échappé 
alors à toute réforme constitutionnelle; mais c'est un fait qui 
n'a rien de précis et ne se prouve que par induction. On aper- 
çoit la trace d'un gouvernement immémorial, mais il est 
impossible de découvrir ni la mesure des pouvoirs de ce gou- 
vernement, ni la mesure des droits civils ou politiques dés ci- 
toyens. En un mot, ce qui est évident pour Lyon, Vienne, 
Valence et Die, est d'une obscurité plus ou moins complète pour 
Marseille, Arles, Nimes, Toulouse, Limoges, Tours, Angers, 



1. Les bourgs <le la Provence et du Langnedoc tenaient à honneur d'être autorisés 
légalement à changer le nom de leurs Syndics en celui de Consuls ; des demandes à cet 
effet eurent lieu*jus(|-.rau dix-huitième siècle. 

2. Quod omnes liomines nunc et in posterum in civitate Gratianopoli habitantes, 
vel in suburhiis ejusdcm civitatis, videlicet in hurgo ultra pontem sito in parochia 
Sancti Laurentii , plena gaudeant libertate, quantum ad tallias , exactiones et com- 

plaintas , salvis nohis et retentis hannis et justitiis nostris et censibus (Libertate» 

concessae civibus Gratiunopolitanis [ler episcopum et Guigonem dalpbinum, dominos 
eju«dem civitatis, 12'»'4. Hixt. de. Dauphiné, par Valhonnais, 1. 1 , Preuves, p. 22). — 
La seule mention «le la municipalité de (;renoble qui s« trouve dans cette charte est 
celle-ci : Ba vero qtue conccssimus rectorlbus et universitnii ejusdem civilatia, 
sicuf continetur in littcrii quas eix trndidimus nostrorum sigillorum àgillatis, 
in sua permaneanf firmifnte. (Ihid., p. 23.) 

2. 



'20 

Cliarlres, Paris, Reims, Amiens, Beauvais et toutes les cités de 
iTuMiie origine. Je ne \eux pas dire qu'on puisse appliquer ici 
l'induction d'une manière absolue, et conclure, par exemple, que 
la franchise d'impôts envers le seigneur, dont jouissaient la ville 
de Lyon et presque toutes celles du Dauphiné, ait été commune 
aux municipes des autres parties de la Gaule ; mais, quant à la li- 
berté des personnes et des biens, on peut affirmer, à moins de 
preuve du contraire, qu'elle était, nvant la révolution municipale 
du douzième siècle, le droit des cités métropolitaines ou épisco- 
pales de la France. Cette révolution, qui leur donna d'une part 
le consulat, et. de l'autre la commune jurée, les prit, sous le rap- 
port des droits civils, au même point où, un quart de siècle au- 
paravant, In réforme consulaire née en Italie avait pris les cités 
de la Toscane, de la Lombardie et du Piémont * . 

L'établissement de magistrats nommés Consuls et investis de 
l'universalité des pouvoirs publics mit fin, dans les villes ita- 
liennes, à la seigneurie exercée par les évéques à titre de feuda- 
taires impériaux ^. Tel était le caractère simple et un de cette 
révolution, lorsqu'elle déborda sur la Gaule. En se propageant de 
ce côte des Alpes, elle eut des conséquences nouvelles et diverses, 
parce que l'état des villes où son action se fit sentir n'était point 
le même qu'en Italie, et qu'il variait d'une contrée à l'autre. La 
féodalité régnant alors sur le territoire gaulois dans toute sa force 
et avec tout son développement, les anciens municipes se trou- 
vaient soumis à différentes sortes de seigneurie, les uns à celle de 
leur évêque, d'autres à celle de familles plus ou moins puis- 
santes, d'autres enfin à une domination partagée entre deux ou 
même trois seigneurs. De là vint que, transportée dans la Gaule 
méridionale, la révolution consulaire fut aux prises, non pas 
simplement, comme dans les cités italiennes, avec le pouvoir 
temporel de l'évèque, mais tantôt avec ce pouvoir, et tantôt avec 
des seigneurs laïques ; il y eut des cas où l'évèque, loin de lui ré- 
sister, la favorisa de sa connivence ou de son appui. En second 

t. Voy. le recueil publié par le comte César Balbo, et intitulé : Opuscoli per ser- 
vire alla storia délie citià e dei communï d'Ilalia; Turin, t838. 

2. Voyez, dans le recueil du connte César Balbo, le remarquable mémoire composé 
par lui, sous le litre A'Appuntiper la storia délie città italianefino alV istituzione 
de' communi e de' consoli, pag. 82 et suiv. — H ne s'agit ici que des premiers temps 
du consulat italien, je n'ai pas à m'occuper de ses luttes postérieures avec la noblesse 
militaire. 



lieu, dans les provinces du nord, où la population urbaine avait 
moins généralement conservé sa liberté des temps romains, la 
renaissance municipale, s'opérant, non plus sous la forme ita- 
lienne du consulat, mais sous la forme indigène des communes 
jurées, eut un double caractère : celui de fondation de libertés 
politiques pour des hommes déjà civilement libres, et celui d'af- 
franchissement pour des hommes à demi serfs ou en plein ser- 
vage. Ainsi, la révolution communale, l'un des résultats de l'é- 
branlement produit par la lutte de la papauté contre l'empire, 
fut toute politique en Italie; en France, elle fut à la fois poli- 
tique et civile, ou, pour parler plus exactement, politique par 
son principe et par le mouvement d'opinion qui la propageait, 
elle eut de soudaines conséquences dans l'ordre purement civil. 
Voilà ce qui ressort des faits eux-mêmes, et ce que ne peut 
ébranler aucune objection tirée de la nature de tel ou tel senti- 
ment qu'ils impliquent, et qu'on refuse d'admettre, [)arce qu'on 
le juge trop ancien ou trop moderne pour les hommes du dou- 
zième siècle ' . 

I. A. ceux qui soutienneut (|ue ridée d'indépendance et de dévouement civique est 
un pur anachronisme dans l'histoire des couiniiines françaises, je demande à quelle 
catégorie de sentiments et d'idées ils rapporteront ces forniides du droit municipal de 
Saint-Quentin : « Eux jurèrent ensement chescun quemunèayde à son juré et quemnn 
« conseil et quemune detenanche et quemune deffeuse. — Ensement nous avons esta- 
« bli que quiconque en notre quemune entrera et ayde du syen nous donra, soit |»our 
« cause de fuite ou de paour des anemis ou de antre forfait , mais qu'il ne soit acous- 
« tumé à mauvestiés, en le quemune entrer porra, cuv la porte est ouverte à tous; et 
« se son seigneur à tort ses choses aura détenu , et ne le voudra détenir à droit , nous 
« en exécuterons justice. — Et se il estoit ainsi que le seigneur de le quemune eusl 
« dedens le honrc ou dedens la ville aucune forteresciie, et voulist mettre wardes de- 
« dens, il y metlroit wardes qui seroient de le quennine par la volenté et par l'otroy 
« du maire et des eskevins, car autres pour 'a destruction des bourgois nieltre ne 
« porroit. — Les bourgois de Saint-Quantin ne doivent nulle ayde en nulle uianière à 
« leur seigneur, ne ne se assemblent pour faire li taille, mais, se aucun li veult donner 
•• de son gré, comme requis du seigneur, selon son plaisir il li donra. » (Note des 
Jistablissemens de la commune de Saint-Quentin , rédigée dans cette ville pour 
servir à la commune d'Kn ; archives de la mairie d'Eu, Livre rmige.) 

AUGUSTIN THIERRY, 

<lo l'Inslitiil 



COMPTE 

DIS DÉPENSES OE 

LA CHEVALERIE D ALPHONSE 

GOMTE DE POITIERS. 

(Juin 1241). 



Le 24 juin 1241, jour de la Saint-Jean, le roi saint Louis tenait 
cour plénière à Sauraur, en Anjou, et traitait, avec une magnificence 
qu'on ne s'attendrait pas à trouver au treizième siècle, une nombreuse 
et brillante noblesse accourue de toutes les parties de la France pour 
voir conférer la chevalerie à Alphonse, comte de Poitiers, frère du roi, 
et à vingt-huit autres seigneurs appartenant aux plus illustres familles 
du royaume. La chevalerie était encore à cette époque une chose sé- 
rieuse ; ce n'était pas cette institution militaire et galante à la fois que 
nous font connaître les. fabliaux et les romans, et qui fut le caractère 
distinctif des derniers temps du moyen âge. Née de la féodalité, la che- 
valerie se modifia avec la féodalité. Dès le quatorzième siècle elle perdit 
ses privilèges ou fut obligée de les partager avec les bourgeois : ce ne 
fut plus désormais qu'un nom rappelant des souvenirs de gloire et 
d'honneur et qui inspira souvent de nobles actions, mais à la faveur 
duquel se commirent aussi toutes sortes d'extravagances. Au treizième 
siècle, au contraire, le titre de chevalier avait une importance réelle; 
pour l'acquérir, il ne suffisait pas de donner de grands coups d'épée, 
il n'était pas nécessaire non plus de passer par le grade d'écuyer. On 
recevait les éperons dorés, insignes de la chevalerie, dès l'âge de 
vingt et un ans, pourvu qu'on réunît la fortune et la naissance : quant 
aux cadets de famille et aux petits gentilshommes, ils restaient toute 
leur vie écuyers, ou valets, ou damoiseaux, selon qu'ils habitaient le 
nord, l'ouest ou bien le midi de la France. 

Il était d'usage de déployer une grande pompe dans les cérémonies 
où étaient créés de nouveaux chevaliers : on regardait d'autant moins 
à la dépense en pareille occasion, que dans un grand nombre de pro- 
vinces les vassaux payaient, quand le fils aîné de leur seigneur était 



23 

armé chevalier, un impôt extraordinaire conDU sous le nom d'aide de 
chevalerie. Saint Louis n'eut pas, quand il conféra la chevalerie au 
comte de Poitiers, la ressource de cet impôt; car Alphonse n'étaitque le 
troisième des fils vivants de Louis VIII. D'ailleurs le roi eiit-il eu le 
droit de lever cette aide, il ne l'eût probablement pas fait; car son 
administration se fit remarquer par la modicité des impôts et la ma- 
nière équitable dont on les percevait. Mais, si saint Louis ne pressurait 
pas ses sujets, il n'en savait pas moins soutenir sa dignité royale dans 
ces cours plénières où il ressuscita ces grandes assemblées qu'on 
n'avait guère vues depuis les Carlovingiens. Rien de plus splendide 
que la cour qu'il tint à Saumur et qui fut, au dire d'un témoin , la 
plus brillante qui eût encore été remarquée. On s'en fera facilement 
une idée quand on saura qu'il s'y trouva plus de trois raille chevaliers 
avec leur suite, tous vêtus de drap d'or et de soie, et une foule de pré- 
lats, d'abbés et de religieux. 

Toutefois, si iutéressante que fût la cérémonie, elle n'eût pas suffi 
pour attirer un si grand nombre de personnes. Derrière les fêtes se 
cachait la politique : on était impatient de savoir si le roi, que sa jeu- 
nesse avait jusqu'alors empêché de prendre une part active au gou-' 
vernement de l'Etat, serait capable de porter la couronne de Philippe- 
Auguste et de consacrer, au besoin par les armes, les conquêtes de 
son aïeul. En effet, la guerre était imminente, non plus avec des vas- 
saux rebelles, mais avec l'Angleterre; en voici la raison : 

Saint Louis, après avoir armé son frère chevalier, devait lui donner 
l'investiture du comté de Poitiers, que Louis VIII lui avait légué. Cette 
province, confisquée par Philippe-Auguste sur Jean sans Terre, avait 
été administrée pendant la minorité d'Alphonse par des agents du roi 
de France, et il était à craindre que le roi d'Angleterre, qui conservait 
des prétentions sur le Poitou, et qui même en avait disposé récemment 
en faveur de son frère Richard, ne laissât pas le jeune comte prendre 
paisiblement possession de ses domaines, d'autant plus que Henri lU 
avait en Poitou de nombreux partisans, à la tête desquels se trouvait 
le comte de la Marche. 

Saint Louis vit le danger et sut le prévenir : il convoqua à Saumur 
les seigneurs qui lui étaient dévoués, et se prépara une armée avec 
laquelle il pût secourir son frère, s'il venait à être attaqué. Ces pré- 
cautions ne furent pas inutiles; la guerre éclata peu de temps après. 

Mais revenons à l'assemblée de Saumur. Joinville nous en a laissé 
une description : il y avait assisté et fut admirablement placé pour bien 
voir, car il servit a table son sfîi'^nciir Thibaud, conUc do Cihami'ngiVB 



24 

et roi de Navarre. C'était là une des prérogatives de la eharge de séné- 
chal, qui était héréditaire dans la maison de Joinvilie; prérogative non 
moins avantageuse qu'honorable : car elle donnait au sénéchal le droit 
de prendre la vaisselle qui garnissait la table du comte. Mais il faut 
lire cette description dans les éditions faites d'après le manuscrit acquis 
au siècle dernier par la Bibliothèque du'roi,qui remonte à l'année 1308. 
Les éditions antérieures à la découverte de ce manuscrit, notamment 
celle de Du Gange, ne donnent qu'un récit tronqué de cette fête, et 
contiennent même plusieurs inexactitudes. Par, exemple, elles ont induit 
en erreur Lenain de Tillemont , qui, dans son Histoire de saint Louis, 
suppose plusieurs jours d'intervalle entre la chevalerie d'Alphonse et 
la cour plénière, quand, de fait, le roi tint sa cour le jour même où 
Alphonse fut armé chevalier. 

Si Joinvilie et quelques autres chroniqueurs contemporains nous 
donnent une haute idée de la magnificence dont fut entourée la cheva- 
lerie du comte Alphonse, il est un autre document qui nous permet de 
mieux l'apprécier : je veux parler du compte de la dépense faite par le 
roi en cette occasion. C'est ce compte, encore inédit et dont je n'ai 
trouvé la mention dans aucun historien, que je publie d'après l'ori- 
ginal conservé à la Bibliothèque Nationale parmi les rouleaux de Baluze. 
Cette pièce est un des plus anciens comptes de dépense des rois de 
France qui ait été signalé : il est d'autant plus précieux pour nous, 
que la plupart des documents de ce genre ont péri dans l'incendie qui 
consuma au dix-huitième siècle une partie du Palais de justice. Parmi 
ceux qui nous sont parvenus, je dois signaler ici le compte de la che- 
valerie de Robert d'Artois en 1237, et celui de la chevalerie de Phi- 
lippe le Hardi en 1267. 

Je vais maintenant indiquer rapidement les différentes parties dont 
se compose notre compte. 

Il s'ouvre par une liste des serviteurs du roi, qui reçurent des robes : 
par robes on doit entendre un habillement complet. Ces vêtements 
que l'on distribuait aux gens de service à des époques fixes, et quand 
il arrivait quelque événement heureux , étaient ordinairement aux 
armes du maître : c'est ainsi que les sergents d'Alphonse portaient à 
Saumur, suivant l'expression de Joinvilie, les armes du comte battues 
sur cendal, ce qui ne veut pas dire, comme le suppose Bodin, auteur 
d'une histoire assez estimée de Saumur, qu'ils avaient des masses de 
bois desandal sur lesquelles étaient figurées en or les armes d'Alphonse, 
mais bien qu'ils portaient des surcots de cendal, ou taffetas, sur lesquels 
étaient appliquées les armes du comte de Poitiers. 



25 

Il est intéressant de rapprocher la liste des gens de la maison du roi 
que donne notre compte d'une ordonnance de saint Louis, sur l'orga- 
nisation de i'hôter(1261), et d'un état de la maison de Philippe le Bel, 
que l'on trouve dans l'édition de Joinville, publiée par Du Cange. De la 
comparaison de ces documents entre eux, il ressort que la maison du 
roi était plus nombreuse sous saint Louis que sous son petit-fils. Ce 
fait peut surprendre tout d'abord : car on sait, d'une part, que saint Louis 
vivait avec une grande simplicité, et, de l'autre, que le luxe fit de 
grands progrès sous Philippe le Bel ; maison se l'expliquera sans peine, 
si on se rappelle que les finances étaient prospères sous saint Louis, 
malgré les croisades, où ce grand prince consuma une partie de ses 
ressources, et qu'elles le furent beaucoup moins sous Philippe le Bel, 
qui chercha sans doute dans de petites économies un remède à une 
situation financière déplorable. 

L'article qui suit est intitulé : Vadia novorum militum. Ce titre 
comprend une somme d'argent et des effets d'équipement que le roi 
donna aux chevaliers qu'il arma de sa main. 

Viennent ensuite des dépenses diverses, telles que frais de transport, 
louage de chevaux, charroi des deniers destinés à solder des dépenses 
de fête. Nous y signalerons une somme de 58 livres (environ 6,500 fr.). 
qui fut distribuée à des ménétriers. A la chevalerie de Robert d'Artois, 
en 1237, les ménétriers reçurent 220 livres 12 sous (environ 24,700 fr.). 
Un passage de la Chronique d'Albéric de Trois-Fontaines, qui paraît 
avoir assisté à cette dernière fête, nous donne une idée des tours avec 
lesquels ces bateleurs charmèrent la royale assemblée : l'un d'eux 
se promenait à cheval sur une corde tendue en l'air ; d'autres mon- 
taient des taureaux couverts d'écarlate, qui se heurtaient toutes les 
fois qu'un service était apporté sur la table du roi. 

Les six articles intitulés : pain, vin, cuisine, cire, avoine^ chambre, 
se trouvent dans tous les comptes de dépense journalière de nos rois 
au treizième siècle. Les panetiers ne se bornaient pas à fournir le pain, 
ils achetaient aussi le sel, le vinaigre, les nappes et autres linges de 
table. Les échansons avaient soin du vin; l'un d'eux, à ce que nous 
apprend notre compte, était chargé d'acheter le vin. Mais le nombre 
prodigieux des convives du roi à Saumur exigea des approvisionne- 
ments extraordinaires, dont une partie fut faite par le bailli d'Anjou 
Geoffroi Paien. Ce chevalier acheta du vin de Saint-Pourçain , du 
Blanc en Berri , et de Saumur. Ce dernier ne dut pas seulement à la 
facilité que l'on avait de se le procurer l'honneur de figurer au festin 
royal ; c'était un vin fort estimé au moyen Age, et qui, dans les temps 



20 

modernes, à conservé quelque léputatioii, sous le nom de vin des 
Coteaux. 

Les valets de chambre préparèrent le logis royal, la tour, c'est-à- 
dire le château, et les halles. Joinville dit que le festin se Ht dans les 
halles bâties par Henri II, roi d'Angleterre. Bodin a conclu, de ce 
passage, que ce roi, pour donner une nouvelle vie au commerce de 
Sauraur, avait fait construire dans cette ville un vaste marché; mais 
il n'a pu trouver trace de ce marché dans aucun document; on ignore 
même l'endroit où il était situé, et cela n'a rien qui doive surprendre, 
car il n'exista probablement jamais. Joinville dit que Henri H fit faire 
des halles pour donner des fêtes i,et non pour tenir un marchés. Le mot 
de halle avait autrefois en français, comme il a encore dans la langue 
anglaise , une signification moins restreinte que celle que nous lui 
donnons. Les halles de Saumur, au dh'e de Joinville, avaient la forme 
d'un cloître de couvent; mais nulle abbaye n'eut jamais de cloître aussi 
vaste. Les tablesdu festin furent dressées sous les galeries et dans le préau. 

H n'y a rien à dire sur la vaisselle d'argent qui fut achetée pour 
l'usage du comte de Poitiers. 

Le reste du compte est consacré à l'énumération d'étoffes destinées à 
faire des vêtements pour le roi et pour les princes ou bien à être 
données. Les nouveaux chevaliers reçurent deux habillements com- 
plets : l'un de riches étoffes de couleurs différentes, l'autre d'écarlate. 
Ce dernier était celui qu'ils portèrent quand ils furent armés chevaliers. 
Le roi donna en outre à chacun d'eux une courte-pointe et un cou- 
vertoir. Le couvertoir était une couverture d'écarlate qu'on mettait 
sur le lit du nouveau chevalier le jour de .sa chevalerie. 

Les étoffes mentionnées dans notre compte sont le samit ou satin, 
le cendal ou taffetas, le drap d'or, le camelot, le baudequin, la pour- 
pre d'Espagne et de Gênes. Il est parlé d'une pourpre double : ce n'était 
pas la pourpre deux fois teinte {bis murice tincta des anciens), mais 



1. Le texte suivant se rapporte également à des lialles élevées pour donner des 
t'êtes. Il est tiré d'nn ménnoire adressé par les bouigeois de Reims à Philippe le Bel 
sur les frais de son sacre : « Ancore croient il que les liales qui furent donées à l'eu- 
vre de l'iglise et vendues coustèrent à faire ix*^ livres ou plus si comme il croient ; » 
varin, Arch. admin. de Reims, t. I, p. 1024. 

2. Nous ne prétendons pas pour cela que Henri II ne se soit pas occupé du com- 
merce de Saumur. Nous savons qu'eu l'année 1159 il y établit une foire; Chron. 
S. Florentii, dans le Recueil des historiens, t. Xlï, p. 490. A ce sujet , il faut voir 
une charte de ce roi , datée de Chinon, qui est transcrite aux archives de Maine-et- 
Loire, dans le Livre d'argent de S. Florent, f. 53, «l dans le fAvre rouge, f. 24. 



une étoffe ayant uhc largeur double de celle des draps de pourpre 
ordiaaire. 

Les fourrures qui garnissaient soit les vêtements, soit les couver- 
toirs étaient d'hermine, de martre, de gros et menu vair, de genette 
et d'écureuil. 

Les nouveaux chevaliers, pour qui la largesse royale semblait iné- 
puisable, furent gratifiés chacun d'un cheval de bataille et d'un palefroi. 
Le cheval du comte de Poitiers coûta 85 livres, environ 9,550 francs. 
Le compte est terminé par la nomenclature des différentes pièces de l'é- 
quipement militaire et par un article consacré à la chaussure d'Alphonse. 

La somme totale est de 8,768 livres 20 deniers. 

Rien n'indique si ce sont des livres tournois ou des livres parisis : 
mais, comme dans l'intérieur du compte, les tournois ont été plusieurs 
fois convertis en parisis, monnaie dont ou se servait ordinairement 
dans les comptes des rois de France au treizième siècle, il est à croire 
que le total de notre compte doit être évalué en parisis. Pour convertir 
cette somme en monnaie actuelle, il suffit de savoir que l'on taillait 
58 sous tournois dans le marc d'argent, et comme les parisis étaient 
d'un cinquième plus forts que les tournois, il n'en fallait que 46 | pour 
faire un marc ; or la valeur du marc d'argent à |f de fin est de 52 f. 1 2 e.; 
par conséquent un sou parisis valait l f. 1237, la livre parisis 22 f. 474, 
et le denier o f. 093. Sur ce pied, 8,768 livres 20 deniers vaudront 
197,053 f. 892. Mais l'argent ayant, au treizième siècle, environ cinq 
fois plus de pouvoir qu'aujourd'hui, il faut multiplier 197,052 f. 862 
par 5, et nous aurons 985,269 f. 46 cent, pour représenter la somme 
dépensée en deux jours par saint Louis. 

EA QUE DISTRIBI3TA FUERUNT IN MILICIA COMITIS PICTAVEJNSIS. 

§ i . Primo in robis datis famille. 

Très valleti de porta, pro robis lx s. 

IIIP valleti domini Alfonsi, qui sunt ad canes, pro eodem un L 
RcDOudus Muscosus, pro eodem xxx s. 
Baldoinus Collons, pro eodem xl s. 

Quadrigarius de bouz » et Houchet qui portât ciphos, Martinus 
qui portât polos ^, pro eodem xxx 8. 

i. Le» bouz ('taient des vases destinés à transporter ou à conserver «ie l'eau, aussi 
bien que le vin. 

7. Cipfius, c'était le iianap, la (oiipi dans laquelle on bnvait; et polus, lo pot 
dans lequel on servait le vin. 



28 

Quinque garciones domiiii Karoli , pro eodeiii l s. 
Garsilles et Hubouz, pro eodem xx s. 
Guillelmus Pollardus, pro eodem x s. 
Motet qui est ad dorainum All'onsuni xxx s. 
Duo gartiones de carro et nepos Sarracen., xl s. 
Aalicia de Pissiaco x 1. 
Familia elemosine ' ix 1. 
Perrinus de caméra regine xxx s. 
Quadrigarius de hernesio et sua familia xl s. 
Quatuor hastatores ^ de coquina domine regine iiii 1. 
Quinque hastatores coquine domini régis es. * 

Undecim hastatores militura xi 1. 
Sex salsarii ^ vi I. 
Sexdecim pagii coquine viii 1. 

Très \alleti salsarii "' et Clemencons et duo hastatores lx s. 
Baraz et Rogras ^ de coquina xx s. 
Quadrigarius et pullelarius coquine c s. 
llle qui facit pastillos coquine " et piscionarius et sufflatores 
coquine vir I. 

Galterus qui ducit canes domini régis x s. 

Très pagii qui suutcirca equos stabule domine regine xxx s. 

Renaudus salsarius domine regine xl s. 

Crispinus de scantionaria xl [s]. 

Anquetinus de paneteria xl s. 

Bobinus de carro xx s. 

Sarracenus de carro xl s. 

Chetiviaus de scantionaria x s. 

Chevaliers de stabula xxx s. 

Rogerus de porta xl s. 

Buto domini Alfonsi et suus pagius et Dinisotus l s. 

VHP" summelerii cum clericis in scantionaria viii 1. 

Quinque boutarii ' et vu barillarii in scantionaria vi 1. 

1. Ms. elemos avec un signe d'abréviation. 

2. Rôtisseurs, ou, comme on disait, asteurs : ce nom de asteur s'est conservé dans 
les cuisines des rois de France jusqu'au dix-huitième siècle. 

3. Les saussiers achetaient les différents ingrédients qui entraient dans les sauces. 

4. Ms. salsar avec une abréviation. 

5. Peut-ôtre Rogerus. 

n. C'était le pastoier. Il faisait les pâtés gras et maigres et les flans. 
7. Les bouliers avaient soin des bouz. 



29 

Gales qui émit vinuni et Garinus qui facit pagas iiii 1. 
Valleti qui faciunt caméras lx s , 
Decem et novem summiilarii ', xxxviii I. x s. 
Laurencia famula Rosele lavendarie x s. 
Quatuor maïuis x s. 
Duo portarii lx s. 
Johannes de Ermeno villa lx s. 
Très pagii de stabula régis xxx s. 
Pagius de stabula domini Karoli x s. 
Quatuor pagii de stabula summclariorum régis xl s. 
Johannes barbarius qui tundit equos domini régis xx s. 
Pollanus X s. 

Quatuor valleti de fabrica scutiferorum ^ mi 1. 
Chantegrele xx s. 
Oblearius ' xx s. 

Summularius capellanorum * xxx s. 

Chatons, Perriaus de Lorriaco , Perrinus qui est in caméra do- 
ujini Karoli lx s. 
Octo coci XL 1. 

Quatuordecim adjutores xLn 1. 
Très summularii panetarie ^ vi 1. 

Sex portechapes lx s., et pro Johanne filioBalduiniCollon xl s. 
Summa xiiu" 1. ex s., et pro Roberlo de Jardino ** xl s. 

§ 2. Vadia novorum militum. 

Vicecomes Meleduni et f rater suus % pro vadiis et hernegio 
im milicia sua xv l. 

Hugo de Antogniaco, pro eodem xxxii 1. 
Guillelmus le Gouz c s. 
Guido de Voile es. 
Milo de Nealfe e s. 

1. Les sommelliers conduisaient les sommiers ou chevaux de charge qui portaicnl 
les bagages. 

2. La forge de l'écurie. 

3. L'oublier; il faisait les pâtisseries nommées oublies. 

4. Peut-être capellani. 

5. M», panetar avec une al-révation. 
fi. M». Jardin avec une abréviation. 

T. Adam III, viromto de Molnn, el (;uillaumo de Moliin. 



30 

Guillelmus de Tornella c s. 

Guillelmus de Ardenna * c s. 

Arnulphus li Bougres c s. 

Duo fratres de Corbolio x 1. 

Johannes de Bouterviller c s. 

Crispinus f rater magistri de hospitale c s. 

Guillelmus de Nemosio c s. 

Robertus de Chamilleio es. 

Girardus de Castellerio c s. 

Johannes de Bliencourt, pro sua miiicia xl L, et pro vadiis c s. 

Petrus de Sancto Galeriaco, pro vadiis et hernesio c s. 

Robertus de Bellomonte, pro eodem c s. 

Adam de Monte Gonberti, pro sua miiicia et vadiis xlv 1. 

Radulphus Burgundio, pro eodem xlv 1. 

Renaudus Tristandi , pro vadiis et hernesio c s. 

Ponz de Largue ^, pro vadiis et hernesio xxxii 1. 

Secardus de Muroveteri ^, pro eodem xxiiii 1. 

Comes Drocensis, pro eodem xlviu 1. 

Odo de Rosario *, pro eodem c s. 

Jamet de Castro Gonteri, pro eodem x 1. 

Comes Petragoricensis , pro eodem xxxii 1. 

§ 3. Pro quadrigis que adduxerunt robas ad festum milicie 
per Richardum de caméra et coffros domini comitis Pictavensis 
et pro tribus valletis qui custodiebant quadrigas xii 1. xii d. 

Pro corboliis emptis pro pane elemosine xvi s. 

Pro ministerellis pagatis per Hardoinum de Malliaco xlviii 1., 
et per Petrum clericum x 1. 

Pro expensa domini Ferrici Paste qui ivit apud Salmurum 
pro supervidendo apparamenta x 1. viii s. 

Quidam homo qui perdidit suum supertunicale ^ subtus regi- 
nam ad festum xx s. 

Johannes de Ermenovilla , pro factione robarura pro festo et 
vectura et expensa vi 1. ix s. 

Pro viginti targis emptis apud Pictavim ix 1. xii s. 

1. Ou Ardennis. 

2. Pons d'Olargue, seigneur languedocien. 

3. Ce nom est un peu altéré : c'est Sicard de Viliemur, en Languedoc. 

4. Ms. Rosar avec une abréviation. 
.5. Le surcot, iiabit de dessus. 



SI 

Pro veclura deuariorum per PhilippumCorraudum apud Tuio- 
nim pro duabus viis, et pro nna alla apud Chiaonem, et pro Heu- 
rico Salvo qui pro denariis que[r]endis fuit illuc similiter mis- 
sus, et pro dolio ad denarios repouendos lxii s. 

Item pro vectura deuariorum aFrancia adductorum, perHer- 
neis, pro xxv diebus, per diem pro v equis v s., vi 1. v s. 

Pro quadriga paranda et custodienda lxi s. 

Pro quinque quadrigis ad paAilliones portandos per Roberluni 
Grossum, pro xvii equis de xxxii diebus, et pro duobus custo- 
dibus de eodem termino, per diem ii s., xxx 1. viii s. 

Pro expensa Roberti Grossi qui bec custodiebat xlii s. 

Pro affectura quadrigarum xxxiiii s. 

Pro pavillionibus de ultra mare parandis xlhii s. 

Pro libris capelle comitis vestiendis xiiii s. 

Pro vassallamento coquine comitis Pictaviensis empto Lau- 
diaci * per Adam cocura - xvii 1. vu s. vi d. 

Pro quadriga coquine ipsius comitis per dictum Adam cocum 
XV 1. vs. VIII d. 

Summularii panetarii % pro cremento sue panetarie c s. 

§ 4. Pauis pro vigilia festi milicie et pro die apud Salmurum 
xi"x 1. 

Panis datus elemosiue lxiiii I. vin s. 

Gagia xlviii s. 

Panetarii xvi s. 

Frumentuni u s. 

Vectura panis et Stepbanus Buesche vin 1. ix s. 

Episcopus Silvanecteusis x s. 

Sal, sinapium, acetum vi I. xii d. 

Casei un 1. xs. 

Panis régis, ii" pro rege, et n™ pro elemosina, xxii 1. 

Pro saccis ad farinam régis, pro cureis * et coffris ad panem 
portandum x I. x s. 

Pro vii" VIII mappls operatis vu" viii I. 

Pro vit" xmi toaUiis ^ \xi 1. xv ». 

1. La foire du Landil, à Saint-Denis. 

2. Adam, maître queux du roi. 

3. Ms. panel avec une abrévation. 

4. CuirécR, sacs de cuir. 

j. TouailleH. Va; mol a un sctis frcH-r'-Jondii • il >;i<»iiiri»' toute sorte de ling»'. Ici il 



32 

Pro vi'^ peciis telarum ad chevaucia facienda ix"" 1. 

Pro Lx tam saccis quam capis ad pariem portandum viii 1. x s. 

Pro sarpillariis, cordis et lignariis * et expensa famille vu 1. iis. 

Pro iiii'"" tabulis de Aurelianis lx s. 

Pro veclura istius tocius xviii 1. et viii s. 

Summa : vii*^. xxxvi 1. ix s. 

§ 5, Vinum emptum per scantiones similiter pro duobus die- 
bus festi milicie iin"" xii l. un s. 

Gagia xxxix s. 

Scantiones xxvi 1. 

Vectura c s. xii d. 

Adjutores xl s. 

Vinura pro coquina lxiiii s. 

Pro expensa xv 1. 

Summa per scantiones vu" 1. cviii s. par. 

Pro XX doliis vini de Oblanc ^ emptis per dominum Gaufridum 
Pagani ^ ix" 1. tur. 

Pro alio vino per eumdem, videlicet vinum Salmurense, im*" 1. 
Li s. tur. 

Pro doliis implendis cvii s. mr d. tur. 

Custodia cellarii xl s. tur. 

Pro vino Sancti Porciani xix 1. xii d. tur. 

Summa per dominum Gaufridum Pagani : xiiii" viii 1. xix s. 
un d. t., valent xi"" xi 1. m s. vi d. par. 

Summa tocius vini : m*", lxxvi 1. xi s. vi d. ; et pro bouz et 
boucellis et barillis vu 1. v s. 

§ 6. Coquina de duobus diebus festi milicie iiii*' i. 

faut entendre, par touaille, les nappes qu'on mettait directement sur la table, sous 
les nappes ouvrées, ces dernières étant brodées et déchiquetées. 

1. Ms. lignar avec une abréviation. 

2. Le Blanc, en Berri. 

3. Ici , et plus loin , le ms. porte Pagan avec un signe d'abréviation. Le 30 avril 
1240, nous trouvons à Saumur « Gaufridus Pagani, ballivus domini régis in Andega- 
via et Cenomania. « Mss. de D. Rousseau, t. VII, n° 2876. Nous avons encore vu une 
charte de « Gaufridus Pagani , miles, baillivus domini régis tune temporis in Ande- 
gavia « , datée de Baugé, le 3 avril 1242 (n s.), dans le Carlul. du prieuré de Mon- 
nais (Arch. de Maine-et-Loire), p. 170. — Ce Geoffroi Paien eut des démêlés avec le 
chapitre du Mans, qui l'excommunia, vers 1240 ; Chart. S. Pétri de Cullura (Bibl. 
Nat., fonds de Gaignières, n° 199), p. 283 et 315. 



33 

Pro vectura et alia expeusa per Adam coqum lxx 1. xvii d. 
Pro L bobus per Gaufridum Pagani lxxvii 1. iiii s. 
Pro vii"x ulnis de chanevaciis et xxvi toalliis rx 1. xvii s. 
Pro saccis, pistallis, morterenolis * et scutellis x 1. xiii s. 
Pro duobus bouz ad aquam portandam xl s. 
Pro vasis parandis xvi 1. vni s. 
Pro episcopo Silvanectensi xx s. 
Pro depertito anserum c s. 
Summa : v"^. im". xii 1. m s. v d. 

§ 7. Cera de ii diebus milicie xxxix 1. 

Fructus cv s. 

Vectura et ex pensa vi 1. x s. 

Pro toalliis xxx s. 

Summa : lu 1. v s. 

§ 8. Avena de ii diebus milicie lx 1. xvii s. vu d. 

Gagia ciui s. 

Summa pro scutiferis : lxvi l. xix d. 

§ 9. Caméra de ii diebus milicie xxiiii 1. 

§ 10. Gagia de ii diebus milicie pro hospicio xl 1. 

§11. Summa pro foUeia ^ fada apud Salmurumet pro palicio 
facto et halis ' parcandis et domibus régis reparandis et turri 
similiter et pro cellario facto in halis v*^. vi 1. xn d. tur. valent 
mi*^. iiii 1. XVII s. III d. par. 

§ 12. Dona. 

Guichardus de Bellojoco c 1. tur., teste decanb Turonensi. 
Gaufridus de Bancone c 1., teste decano Turonensi. 

S 13. Summa argenti ponderantis scutellarum domini comitis 
Pictavensis : vi". vi marchas argenti, videlicet : 
Pro magua scutella sue elemosine xxvu marchas ; pro factione 

1 De« pilons el fies mortiers. 

7. Fetiiliée, estrade ornée de branchages- 

"i, Voy. l'avertissement, plus haut, p. 26. 

IV. {Troisième série.) S 



34 
et decheio l s., et deauratara xv s. ; summa pro magna scutella : 

XLVIII 1. V s. 

Et pro XVII scutellis ponderantibus xxxix marchas et anum 
fierconnum * marche ^, xlviii s.; summa : iiii'"'. xiiii 1. iiii s. 

Et pro XXVIII aliis scutellis de lx marchis, xxv stellingis ^ mi- 
nus marche; et pro factione et decheio xlviii s.; summa : vu" 1. 
xxv s. 

Et pro duobus sculellariis "* lxx s. 

Summa pro scutellis : iii''. vu 1. ira s. 

Et pro duabus justis argenti in scantionaria ipsius comitis 
ponderantibus xx marchas, vi uncias et x stellingos marche, pro 
argento et decheio xliiii s. vi d. ; summa per Tiboudum de 
Gravia : xlvii 1. ix s., et pro factione cii s. 

Et pro quodam poto argenti ad couvercle pondérante iiii mar- 
chas et dimidiam viii stellingis minus ^, et pro decheio xviii stel- 
lingos; summa : x 1. v s., et pro factione xxii s. 

Et pro quodam aliopoto sine couvercle pondérante m marchas, 
XXX stellingis minus, summa : vu 1., ii s. minus. 

Summa pro potis scantionarie : lxx 1. xvi s. 

§ 14. Pro quodam magno pavellione ad comedendum et una 
caméra jacenda et una garderoba facta per Richardum de caméra 
Lxiii 1. IX s. V d., et pro suis vadiis de xxxv diebus cv s. 

§ 15. £a que Adam de Mellento fecit haberi. 

Pro duobus camelotis de Tripe et pro uno cendato ^ que comes 
Pictavensis dédit domino Eustachio de Novilla vi 1. xii s. 

Pro duobus drappis de serico, uno ad aurum et alio sine auro, 

XXVI 1. 

Pro VI samiciis, ira vermeus, uno viridi et alio violato, Lxxira 1. 
Pro duobus baudequins albis xiiii 1. 

1. Fer ton, fier con. Ce mot, qui se trouve assez rarement, signifie le quart d'un 
marc. 

2. Nous croyons qu'il faut ajouter ici : et pro factione et decheio. 

3. Esterlin, vingtième partie de l'once. 

4. Ms. scutellar avec une abréviation. Dans un compte de 1239 , nous voyons en 
toutes lettres pro scutellario scutellarum regine.—ll s'agit d'étuis pour les écuelles. 

5. Sur le rouleau original, le mot mimis est exprimé par le signe (9) qni repré- 
sente ordinairement ciim ou us. 

fi. Cendal, talleta-s. 



3& 

Pro roba régis forranda * de samicio violato xxvi s. 

Pro duabus purpuris de Januis vi 1. 

Pro una purpura dupla vu 1. 

Pro roba de cameloto quam dominus rex dédit domino Sté- 
phane de Sacrocesare forranda de cendato xxii 1. 

Pro una penna ^ de minuto vario ad robam domini Gaufridi 
de Rancone vu 1. 

Pro roba comitis Pictavensis de samitio capto in coffris do- 
mini régis forrenda ^ de cendato xxvi s. ; et pro roba ejusdem 
de duobus drappis Inisanz captis in coffris forrenda xxvi s. 

Et pro roba unius purpure de Hyspania, quam domina regina 
dédit eidem forrenda de cendato xxvi s. 

Pro supertunicali ejusdem drappi luisant, quem Adam Forre 
vendidit, xiii 1. 

Pro roba de cendato nigro et pro cendato ad robam forrendam 
mil. 

Pro uno tapecio ad ponendum coram lecto comitis Pictavensis 
Lx s. 

Pro duobus parvis tapeciis xlv s. 

Pro uno drappo rotato '' ad offerendum c s. 

Et pro tribus drappis rotatis ad offerendum, qui erant in cof- 
fris domini régis, et pro una culcitra picta ' xi 1. x s. 

Et pro una alia culcitra picta viii I. x s. 

Pro materatio vi 1. 

Pro XII uluis tele ad faciendas camisias de Carnoto xxv s. 

Pro duobus quarrellis de corio ls. 

Pro uiicoffrorum " et duobus scriniis viii 1. x s. 

Pro duobus bacinis argenti, ponderantibus quinque marchas 
et XXXII stellingos, xii 1. ix s. 

Pro uno drappo ad altare et pro frontale iiii 1. x s., et pro 
roba lingia et pro duobus auquetonnis ' c et xvi s. 

1 . On ne disait pas doubler une robe, mais bien : fourrer une robe, même quand 
la doublure était en étoffe. 

2. Panne; on appelait ainsi toute pièce de Tourrurc. 
8. Ainsi dans le ms. 

4. Drap roué , c. à <1. du drap sur lequel étaient représentées des circonrérences. 

5. Courte-pointe, couverture de lit piquée. 

fi. Ainsi porte le ms. Lisez : Pro un paribus co/froruni. Nous trouvons dans im 
compte original de 1239 : Pro tribus paribus cof/rorum et pro quatuor escriniisf 
— »'t dans un compte de 19.46 : De quatuor paribus co/rorum et uno cofinello. 

7. Ijp hoqweion était im vêtement qu'on portait sous l« haubert. 

3. 



36 

Pro una duodena toalliarum xxxvi s. 

Pro iiii'"' corsetis de cendato xl s. 

Pro robis forratis de cendato vu 1. v s. 

Pro diiobus paribus scaquariorum et duobus paribus scaco- 
rum ebiirneorum pro duobus paribus tabulariorum et pro duo- 
bus paribus tabularum de Madica vi 1. 

Pro frangiis pro tela ad toalliam altaris xii s. 

Pro factione robarum ix 1. xyii s. 

Pro duabus cufcitris pictis que fuerunt post tergum domini 
régis apud Salmurum ad prandium vu 1. 

Pro sameeio caligarum comitis Pictavensis c s. 

Pro drappo qui fuit oblatus ad ecclesiani Nostre ' Parisiensis 
xviii 1. 

Pro duobus drappis aureis oblatis quando comes ivit apud 
Rupellam xii 1. 

Summa : m*' xiiii 1. ii s. 

§ 16. Robe novorum militum. 

Jamezt pro roba de samicio xii l.j pro cendato xxii 1.; pro sua 
culcitra picta viii 1. x s. 

Johannes de Drocis, pro roba de saraecio vermeil capto lu cof- 
fris domini régis forranda xxvi s.; et pro roba de serico ad opus 
ipsius XIII l.j pro cendato xxvi s,; et pro sua culcitra picta vu l. 
x s. 

Comes Petragoricensis, pro roba de sameeio capto in coffris 
forranda, pro cendato xxv s. 

Johannes de Ruppe, pro roba de sameeio capto in coffris, pro 
cendato xxvi s. 

Pro culcitra picta Huguelino de Maçons viii 1. 

Pro culcitra picta Johannis de Ruppe vi 1. 

Adam de Meleduno, pro roba de sameeio qui fuit domine re- 
gine, pro cendato xxvi s., et pro sua culcitra picta vi l. 

Guillelmus de Nemosio, pro roba de serico mil.; pro cendato 
XXVI s.; pro sua culcitra picta vu L 

Robertus de Bello Monte, pro roba de serico iiii L; pro cen- 
dato XXVI s.; pro sua culcitra picta lxxv s. 

Milo de Gorbolio, pro roba de serico iiii L; pro cendato ^xvi s.; 
pro culcitra picta lxxv s. 

l. Sans doute il (aul suppléer Domine. 



37 
Guillelmus de Meleduiio, pro roba deserico mil. ; pro ceiidalo 

XXVI s. 

Duo milites de Albigesio * , pro robis de serico viii 1.; pro cen- 
datis xLii s. 

Summa : vi" xii 1. xv s. 

§ 17. Robe date milUibm. 

Petrus Tristandi habuit unum drappum aureum et uiiam pen- 
nulam de miuuto vario, \ii 1. 

Gaufridus de Capelia unum samecium vermeil et unam pen- 
nulam erminarum vin 1. 

Renandus deTriecot unum samecium vermeil et unam pennu- 
lam erminarum viii 1., et unum camelotum ad supertunicale, et 
pro cendato xxii s. 

Ursio de Berciaco unum pannum aureum et unam pennulam 
de minuto vario, vu 1. 

Guido de FoUoel, pro roba de serico vi 1, x s.; et pro cendato 

XXVI 8. 

Johannes de Campania ', pro roba de serico vi 1. x s.; et pro 
cendato xxvi s. 

Adam de Soesiaco, pro roba de serico un 1.; pro cendato 
XXVI s. 

Fulco de Compendio, pro roba de serico mil. x s.; et pro 
cendato xxvi s. 

Almaricus de Meudone , pro roba de serico iiii 1.; et pro 
cendato xxvis. 

Ferricus Paste unum drappum de Januis ad aurum, captuni 
in coffris, et unam pennulam de minuto vario vu 1. 

Petrus de Viriaco unum drappum aureum et unam pennulam 
variam, vu 1. 

Gazo de Pissiaco unum drappum aureum et unam pennulam 
variam, vu 1. 

Philippus de Nemosio unum drappum aureum qui crat in cof- 
fris ; pro pcnnula vu 1. 

Johannes Marescallus unum drappum aureum captum in cof- 
fris; pro pennula vu I. 



1. Pons d'Olargue et Sicard de Villeniur. 

2. Ms. Campan avec une ahrévialioii. 



:î8 

Adam juvenis de Beilomonte , unum panum aureum captura 
in coffris; pro pennula vu 1. 

Adam de Beilomonte, pater, unum samecium vermeil et unam 
pennulam de minuto vario, viii 1. 

Hericus falconarius, pro roba de serico iiii I.; et procendato 
XXI s. 

Symon de Boterviller, pro roba de serico im 1.; et pro cendato 

XXI s. 

Johannes Janous, pro cendato sue robe serice xxiis. 

Galterus de Nantolio, pro cendato sue robe serice xxii s. 

Petrus de Roceio dimidium samecium vermellium ' ; pro pen- 
nula varia viii 1. 

Adam de Milliaco, dimidium samecium vermeil; pro pennula 
de minuto vario viii 1. 

Pro cendato robe domini Pétri Capelle ^ xxi s. 

Petrus cambellanus pro roba de serico un 1.; pro cendato 

XXII s. 

Pro una purpura de Hyspania pro juveni regina ad supertu- 
nicale et domicellas et ad comitissas similiter xxx 1. 
Pro uno cendato xxii s. 

Pro uno cendato viridi ad comitem Bolonie xxi s. 
Summa : viii^'^ix 1. xiiii s. 

§ 18. Pro tribus cendatis de pecia et dimidia, emptum ' in 
milicia per Johannem de Ermeno villa, et pro iiii*"^ stritis et pro 
iiii'^'' parvis, et pro cameloto et dimidio xviii 1. 

Et pro viginti duodenis lequiorum et pro octo peciis stachio- 
rum ad aurem et pro duobus paribus sine auro lx s. 

Pro unciis de serico et pro una libra fîli et pro duabi^s ulnis 
et dimidia telarum xix s. 

Summa : xxii 1. xiii d. minus. 

§ 19. Robe comitis Pictavensis. 

Viride, persium et camelinum ad capas ; escallata vermeilUa 
ad coopertorium, summa : xxxii 1. m s. 

1. Le ms. porte vermel avec un signe d'abréviation traversant la haste de la lettre 
(inale. Nous voyons en toutes lettres, sur un compte de 1237 : Pro savietio vermellio. 

2. Ms. Gapell avec un signe d'abréviation. 
3- Ainsi porte le ms. 



39 

Pelleteria : ermine, sebilinum, minutum varium, gro«isum et 
ermine ad coopertoria, summa : vu" vi 1. vi s. 
Surama pro corpore comilis : vni^'^ xviii 1. ix s. 

S 20. Pelleteria pro corpore régis. 

Minutum varium, ermine, sebelinum, summa : xxi I. xiii s. 

S 21. Robe date. 

Bruneta ad Johannem de Lorriaco ; viride ad guetam comitum 
et ad Isabellem sororem ejus ; bruneta pro magistro Roberto et 
pro Hamelino ; xxxvni ulne, tam viride quam persium et radia- 
tum, ad sedes faciendas ; escallata adGerardum de Esparbec et ad 
dominum Guimardum de Lyain * ; summa : xxxix 1. un s. 

Pelleteria : minutum varium etgrossum pro duabus sororibus ; 
minutum varium ad dominum Johannem et pro mantelio magi- 
stri Boberti; et minutum scurellum ad supertunicale; et minu- 
tum varium ad ducem de Merant et ad comitissam Carnotensem 
et ad dominum Karolum, et pro Gerardo de Esparbec et Gui- 
mardo de Ljon ; summa : lxx 1. ii s. 

9amma pro robis datis : cix i. vi s. 

§ 22. Robe novorum militum. 

Escallata pro xxix militibus, roba lxxvi s., summa : ex l.iiu s.; 
et pro X coopertoriis de escallata, coopertorium lxih s., summa : 

XXXI 1, 

Pelleteria : 

Pro duabus pennulis ^ erminarum Johannisde Drocis xxi 1. 

Pro coopertorio de grosso vario ad eundem ix 1. x s. 

Pro XII pennulis de erminis et sebellino pro xii militibus no- 
vis, vui 1. X s. pro pennula, summa : en 1. 

Pro IX coopertoriis varii pro eisdem militibus, pennula coo- 
pertorii viii I. x s., summa : lxxvi 1. x s. 

Pro XXIX pennulis varii et pro xxix oris de genetis pro xxix 
militibus, pennula mi 1. v s., summa : vi"" I- lxv s. 



t. QuelqiicK ligues |ilii8 bas, il e»! a|>|>eié Guimaidus dr Lyou. 
7. Pennula, une petite panne, peiit-<^>lre une demi-panne de lourrure. 



40 

Summa pennularum : iiiiclxxiii 1. xix s. 

Summa de omnibus istis robis : vii<= iiii^^ 1. Lxvn s. 

§ 23. Equi novorum militum in milicia. 

Cornes Pictavensis, pro equo iiii'^^ x 1. ; pro duobus palefri- 
dis * xxxvi 1. 

Cornes Drocensis, pro equo lx L; pro palefrido xvm 1. 

Kobertus de Bellomonte, pro equo l l.; pro palefrido xv 1. 

Renaudus Tristandi xlv 1. pro equo ; et pro palefrido xyi 1. 

Hugo de Anlogniaco, pro equo lx L; pro palefrido xvi l. 

Johannes de Ruppe, pro equo lv l.j pro palefrido xyi 1. 

Guillelmus de Tornella, pro equo xxx 1.; pro palefrido x s. ^. 

Johannes de Bouterviller, equum de equis Symonis Parvi; pro 
palefrido xiiii 1. 

Guillelmus de Ardenna, pro equo xxx L; pro palefrido xn 1. 

Adam de Meleduno, equum domini Fulconis de Compendio ; 
pro palefrido xvi 1. 

Guillelmus, frater ejus, pro equo xlv L; pro palefrido xvi 1. 

Cornes Petragoricensis, pro equo lx 1.; pro palefrido xv 1. 

Milo de Nealfla, equum de equis Symonis Parvi ; pro palefrido 
XII 1. 

Guillelmus le Bouc, equum de equis Symonis Parvi ; pro pa- 
lefrido xii 1. 

Arnulfus li Bougres, pro [equo]' xxxv L; pro palefrido 
xim 1. 

Robertus de Chamilliaco, pro equo xxxvii 1.; pro palefrido 
xiiii 1. 

Crispinus de Hospitali, equum de equis Symonis Parvi ; et 
pro palefrido xiiii 1. 

Johannes de Corbolio, pro equoxLl.; pro palefrido xvi 1. 

Milo, frater ejus, equm de equis Rupelle ; pro palefrido 
xiii 1. 

Girardus de Castellario, equum de equis Symonis Parvi j pro 
palefrido xiiii 1. 

Guillelmus de Nemosio, equum de stabula domini régis ; pro 
palefrido xvi 1. 

1. Les palefrois étaient les chevaux que les ciievaliers montaient en temps de paix. 

2. Lisez : x libras. 

3. Ce mot manque sur le rôle original. 



Petrus de Waleriaco ' , equum de equis Syraonis Parvi ; et pro 
palefrido xiii 1. 

Ponz de Largue, pro equo xl 1.; pro palefrido xvi 1. 

Secardus de Muro Veteri, equum de equis Symonis Parvi; pro 
palefrido xv 1. 

Jameztde Castro Gonteri, pro equo l L; pro palefrido xviii 1. 

Filiaster Jaquelini de Malliaco, equum de equis de Ruppella ; 
pro palefrido xmi 1. 

Vincentius de Templo, equum de equis Ruppelle; pro pale- 
frido XVIII 1. 

Guiotus de Voille, equum de equis Symonis Parvi ; pro pale- 
frido xl. 

Summa equorum novorum militum : xi*^ lv 1., et pro frenis 
equorum xix 1. xvi s. 

Summa omnium equorum cum expensis xvii^ lv 1. m s. 

§ 24. Hernesia comitis Pictavensis. 

Pro vn sellis, pro cureiis, longiis et duobus armucellis ^ xiiii 1. 
u s. 

Pro XV summis x 1. x s. 

Pro frenis, cingulis et capistris lxx s. 

Pro tribus loranis et petallis deauratis x 1. 

Pro duobus sculis ex s. 

Pro duabus spatis xx s. 

Pro duabus espalleriis ' et duobus corsetis l s. 

Pro laqueis xlv s. 

Pro duabus paribus strumelierarum * et uno bacino ^ xl s. 

Pro iiii**'" baneriis, duabus tunicis ad îirmandum '', duabus pa- 
ribus cooperturarum et v paribus bracellorum xx 1. x s. 



1. Lisez : deSancfo Waleriaco. Voy. plus haut, § 2. 

2. Il faut peut-être lire aumucellis. L'aumucelle était une pièce de harnais pour 
les chevaux. 

3. Des épaulières ; ce n'était pas une pièce d'armure. Plus bas on en voit qui sont 
en tafTetas bleu (de cendato indo). 

4. Des trumélières ; armures de métal défendant les jambes. 

5. Le bassinet, ou pot, calotte de fer. 

n. Tunique qu'on mettait par- dessus la cotte de mailles. La cotte d'armes était en 
étoffe et |M)rtait des arnioirieh. 



42 

Pro coopertura ' domini Karoli, duabus paribus tunicarum et 
tribus paribus bracellorum viii 1. xs. 

Summa : mi" xi 1. xii s. 

Pro duobus gambesonnis - comitis Pictavensis ix 1. un d. mi- 
nus. 

Pro un cendatis ad bannerias es. 

Pro duobus hyaurais deauratis iiii l. 

Pro uno bacinno x 1. 

Pro borra de serico xxv s. 

Pro espalleriis de cendato indo xii s. 

Pro tela inda xii s. 

Pro trumelerils x s. 

Pro aliis minulis bernesiis xxvm 1. xviii s. m d. 

Summa : l 1. vu s., et pro quadrigatu qui hoc totum duxit 

XXXIII 1. VII. 

Summa tocius pro equis et aliis heruesiis : xix<^ xxix 1. xviii s. 

§ 25. Caïciamenta comitis Pictavensis. 

Pro XVI paribus estivallorum ^ per Jobannem de Lorriaco 
cxii s. 
Pro quodam coissino de pluma x s. 
Pro 1111^** paribus housiarum * lxxv s. 
Pro duabus duodenis sotularium xl s. 
Summa : xi 1. xvii s. 

§ 26. Pro militibus stipendiariis qui fuerunt citati pro ve- 
niendo ad miliciam et pro trecentis servientibus peditibus et pro 
equis redditis. 

Summa totalis viii" vii'^ lxviii 1. xx d. 

1 . Ms. coopertur avec une abréviation. 

2. Gambesons, vêtements rembourrés et piqués qu'on portait sous la cotte de mail- 
les pour amortir les coups. 

3. Estivaux, souliers légers. 

4. Houseaux , sorte de bottes. 

Edgard BOUTARïC. 



ORDONNANCES 

INÉDITES 

DE PHILIPPE LE BEL 

ET DE 

PHILIPPE LE LONG, 

SUR LA POLICE DE LA PÊCHE FLUVIALE. 



Les deux ordonnances dont nous allons donner le texte, ont échappé 
aux recherches des savants qui se sont occupés de rassembler les mo- 
numents de notre ancienne législation ; c'est à ce titre qu'elles nous ont 
paru mériter d'être publiées. L'une d'elles est le premier règlement 
connu promulgué par les rois de la troisième race sur la pêche flu- 
viale. Je n'en veux d'autre preuve que la date de cette pièce, qui est de 
l'année 1289, le recueil du Louvre ne contenant que des pièces du 
quatorzième siècle, à l'exception d'un fragment de 1291. L'autre ordon- 
nance que nous imprimons, sans remonter à une époque aussi reculée, 
puisqu'elle est de Philippe le Long (6 juillet 1317), comble la lacune 
qui existe dans le même recueil entre l'ordonnance de 1291 et celle de 
1326 1. Comme l'ordonnance de 1291 n'a été publiée qu'en partie, nous 
nous proposons d'en donner ci -après le texte complet. 

La première pièce que nous offrons à nos lecteurs est datée du lundi 
après Pâques de l'année 1289. — Nous l'avons trouvée dans unms. de 
la bibliothèque Sainte- Geneviève, jadis coté H. 23 f. et qui porte au- 
jourd'hui le n" 1133 à l'encre rouge. Ce ms., de format in-fol., sur 
vélin , est d'une écriture du commencement du quatorzième siècle, du 
moins pour la partie d'où nous tirons notre pièce, car plusieurs pages 
blanches ont été successivement remplies par des transcriptions posté- 
rieures. Une note placée sur le premier feuillet de ce ms. constate 
qu'il a été tiré de la bibliothèque de l'abbaye Sainte-Geneviève, où il 
était classé sous le n" 41, et déposé au chartrier de la maison en 1753. 

1. Dans le Recueil des ordonnances, t. I, p. 794i, cette ordonnauco est daU'i* du 
16 juin. Le uiK. di- la Bibl. Nat, ()iie nous indi(|iicr<Mis plus loin , porte le 28 juillet. 



Il ne porte pas de titre, mais nous croyons qu'on pourrait assez bien le 
désigner : Cartulaire de la justice de Sainte-Geneviève^. C'est, en 
effet, le relevé de tous les exploits faits par les sergents de l'abbaye 
dans les terres qui en dépendaient. Voici à quelle occasion notre 
pièce se trouve transcrite dans ce cartulaire 2. Des pêcheurs s'étaient 
servis defilets et de nasses trop épais, contrairement aux dispositions des 
édits royaux. Les engins prohibés furent saisis par les sergents du Châ- 
telet et portés au siège de cette juridiction. Mais l'abbaye, jalouse de 
ses privilèges, réclama le droit de faire justice du délit commis sur ses 
terres, et les engins furent brûlés à la Croix Hémon, en présence des ser- 
gents du roi. A la suite du procès-verbal de cette exécution, les gens 
de l'abbaye transcrivirent Tordonnance que nous imprimons ^. Le 
texte du manuscrit est loin d'être correct , il présente de nom- 
breuses fautes échappées au copiste. Malgré ces incorrections, nous 
l'offrons à nos lecteurs sans y rien changer; seulement nous relevons 
les fautes de transcription, nous suppléons les mots omis, et nous joi- 
gnons au texte quelques notes explicatives. 

Nous avons dit que cette ordonnance est la plus ancienne connue sur 
la pêche fluviale ; nous ajoutons qu'elle est encore le point de départ et 
le type de tout ce qui pendant plusieurs siècles a été édicté par nos rois 
sur cette matière, et que la jurisprudence et les usages à cet égard se 
sont maintenus sans aucun changement. En effet, les successeurs de 
Philippe IV ne se bornent pas à reproduire les principales dispositions 
de ce règlement constitutif, ils en renouvellent toutes les prescriptions, et 
ils copient jusqu'à l'exposé des motifs. Voici le sommaire de l'ordon- 
nance de 1289 : dans le préambule, Philippe le Bel se plaint du dépeu- 
plement des rivières, par suite de l'astuce des pêcheurs et de l'invention 
de nouveaux engins, de la cupidité qui empêche les poissons d'arriver à 
leur développement, de la dépréciation qui en résulte, puisqu'ils ne peu- 
vent servir à l'alimentation, et aussi, par la même cause, de la cherté 
qui tourne au détriment des pauvres et des riches. Pour remédier à ces 
inconvénients, il prend les mesures suivantes : 1° Injonction aux agents 
du roi de rechercher nuit et jour et de saisir partout où ils les trouve- 
raient les filets prohibés dont la liste est jointe à l'édifi; de les brûler 

1. Carpentier, qui a compulsé ce ras., le cite toujours sous le titre de Consuetu- 
dines Sanctee Genovefœ. 

2. Folio XXXV r" et y". 

3. Elle n'est connue que par les citations qu'en fait Carpentier, aux mots babellus, 
bas, bertavellus, fara, pressorium, quidelus, saurarium et tacha. 

4. Il est rédigé eu latin, comme la plupart des ordonnances de cette époque; seule- 



45 

en présence des pêcheurs et des habitants du pays assemblés, aussi bien 
que tous autres engins semblables ou plus dommageables que pour- 
raient inventer les pécheurs, et de punir d'une amende convenable i 
ceux qui les feraient ou qui s'en serviraient; pour quelques engins, la 
défense s'étend à toute l'année; pour le guideau, elle ne s'applique 
qu'aux mois d'avril et de mai ; la fare restait tolérée pendant ces deux 
mois; — 2" ordre de distribuer aux pauvres les poissons péchés en 
contravention; — 3» interdiction absolue, à cause du frai, de la pèche 
des gardons pendant les deux mois réservés ; — 4*^ obligation pour les 
pêcheurs de faire tous leurs filets au moule royal, en sorte que les 
mailles aient au moins le diamètre d'un gros tournois 2, et autorisation 
d'employer des filets à plus larges mailles pour la pêche des gros pois- 
sons ; — 5° défense de prendre des poissons dont la valeur soit moindre 
d'un denier pour la paire de barbeaux et de carpes, de deux deniers 
pour chaque brochet, et d'un denier pour quatre anguilles 3. 

L'ordonnance se termine par la recommandation aux agents du roi 
de faire observer exactement toutes ces dispositions dans l'étendue de 
leurs juridictions respectives. Ce règlement primitif de la pêche flu- 
viale est accompagné, dans le Cartulaire de la justice de Sainte-Gene- 
viève, d'un mandement par lequel Philippe le Bel en prescrit la pro- 
mulgation à ses baillis et à ses autres officiers de justice; il les charge 
d'en assurer l'exécution d'une manière régulière, et veut que le tiers de 
l'amende infligée au pécheur, pris en contravention soit immédiate- 
ment attribué à celui qui aura dénoncé le délit. 

meut on remarquera que la nomenclature des engins défendus est en français, proba- 
blement à cause de la difficulté de traduire ces termes techniques en latin, et encore 
de la nécessité de se faire mieux comprendre. C'est ainsi qu'en 1307, une ordonnance 
du roi sur les métiers de la ville de Paris est publiée en langue vulgaire pour en ren- 
dre, est-il dit, l'intelligence plus facile et l'observation plus exacte (Arch. Nat., K 948, 
n. 22). 

1. Cette amende était probablement fixée au taux ordinaire, qui était de soixante 
sous. Voy. ci-après, p. 46 , et Ordonnances, t. VU, p. 779 , et t. VIII , p. 535. En 
admettant qu'irs'agisse ici de sous parisis, celte somme représenterait 64 fr. 63 c. de 
noire monnaie, somme qui, multipliée par 6 , plus-value du pouvoir de l'argent au 
treizième siècle, d'après M. Leber, donnerait environ 387 fr. 78 c. 

2. Environ 26 millimètres. 

.3. Le denier tournois valait environ 7 centimes ; de sorte que le prix des poissons 
iwiit être évalué de la manière suivante : 

Valeur absolue. Valeur relative. 

I.e barbeau et la carpe 0,0350 0,210 

Le broclict 0,1400 0,840 

L'anguille 0,0I75 0,t05 



4G 

Immédiatement après cette ordonnance, se place celle dn mois d'août 
l291,dontLaurJèrea donné un fragment sous la date de 1292 i, tout en 
liésitant à l'attribuer à Philippe le Bel. On conçoit que le titre de roi de 
France et de Navarre, dont les chartes de Philippe le Bel ne fournissent 
pas d'exemple 2 et qui se trouve constamment dans les lettres de Philippe 
le Long 3, ait jeté des doutes dans l'esprit de l'éditeur. Mais les mots 
et de Navarre peuvent être considérés comme une interpolation du co- 
piste et en présence du nouveau texte découvert par nous dans un ms. 
du quinzième siècle *, nous n'avons pas cru devoir contester la date de 
1291. Cette seconde ordonnance offre à peu de chose près les mêmes 
dispositions que celle de 1289. Le taux de l'amende y est fixé à 60 
sous parisis, dont le sergent est autorisé à percevoir le tiers. 

Nous avons maintenant à parler de l'ordonnance inédite du 6 juil- 
let 1317 5, On y remarquera que Philippe le Long rappelle les princi- 
pales dispositions de l'édit promulgué par son père en 1289. La nomen- 
clature des engins défendus n'y est guère plus étendue que dans le 
règlement fait par ce dernier, et les mêmes prohibitions y sont renou- 
velées pour les mois de mars, d'avril et de mai. Il maintient toutes les 
précautions édictées par son père pour la conservation de la pêche, et 
veut que désormais on suive ses instructions à cet égard. Pour en assu- 
rer l'exécution d'une manière exacte, il charge Mil lonet deBraisur 
Seine de les faire observer, avec pouvoir de détruire les engins défen- 
dus et de condamner les délinquants à une amende de soixante sous, 
somme sur laquelle il l'autorise à prélever un tiers pour ses peines et 
soins. De plus , comme l'exécution des mesures prescrites par Phi- 

1. Ordonn., 1. 1, p. 541, d'après Fontanon, t. II, liv. II, p. 251 (édit. de 1611). 
Fontanon attribue cette pièce à l'année 1291. C'est aussi l'opinion de Blanchard 
{Compil. chronologique, 1. 1, p. 28), qui rapporte l'ordonnance d'après Fontanon et 
d'après Chopin {De domanio, 1. 1, tit. 15, n. 8, p. 194, édit. de 1605). 

2. Quoiqu'il eût épousé Jeanne de Navarre dès l'année 1284 , il ne prit jamais le 
titre de roi de Navarre; il est vrai que Jeanne conserva l'adnQinistration de ses États 
jusqu'à sa naort, arrivée en 1305.' — Nous avons exanainé aux Arch. Nat. les formules 
initiales d'un grand nombre de pièces émanées de Philippe IV, et surtout de celles 
des années 1291 et 1292 ; nous n'avons trouvé nulle part la formule roi de France 
et de Navarre. 

3. Il devint roi de Navarre par un traité conclu le 27 mars 1318; mais, dès le 
commencement de son règne , et avant ce traité , il s'intitula roi de France et de 
Navarre, comme bail de l'héritière de ce royaume. Voy. Nouv. tr. de dipl., t. VI, 
p. 44, et M. de Wailly, Éléments de paléogr., 1. 1, p. 353. 

4. Ms. latin n. 1597 B de la Bibl. Nat., f. ex. 

5. Nous en empruntons le texte au ms. latin n" 1597 B de la Bibl. Nat., f. ex y° 
et suiv. 



47 

lippe IV rencontrait une vive opposition de la part des seigneurs qui, 
soit par négligence, soit de propos délibéré et pour résister à l'autorité 
royale, n'en exigeaient pas l'observation dans leurs terres, Philippe le 
Long veut que les seigneurs obéissent à son délégué, et lui prêtent 
main-forte toutes les fois qu'il sera nécessaire. Cette partie de notre or- 
donnance est remarquable au point de vue historique, puisqu'elle nous 
fait assister, en quelque sorte, aux premières entreprises de la puissance 
royale sur la féodalité, obligée de céder, malgré les embarras qu'elle 
suscitait sans cesse à la monarchie. On a droit de s'étonner de cette 
insubordination des seigneurs, quand on songe que nos rois, en empê- 
chant le dépeuplement des rivières, agissaient dans le sens de l'intérêt 
général bien entendu. 

Enfin, vient l'ordonnance de Charles IV ^ datée de Chambri près 
Meaux^, le 26 juin 1326. Cette ordonnance n'est guère que la tra- 
duction en français de l'ordonnance de Philippe IV, dont elle reproduit 
tous les articles en les développant. Malgré cette ressemblance dans les 
détails, il ne faudrait pas la regarder comme un simple vidimus qui offre 
toujours la reproduction intégrale et fidèle de la pièce vidimée, sans y 
rien ajouter ni retrancher. Au contraire, chaque disposition, quoique 
calquée sur celle de l'ordonnance de 1289, y est suivie d'un exposé de 
motifs propre à en faire apprécier l'esprit et en donner l'intelligence. 

A partir de cette époque, il ne faut plus chercher d'ordonnance gé- 
nérale sur la police des rivières. Ce que l'on peut trouver à cet égard se 
rencontre dans ces longs règlements promulgués aux quatorzième et 
quinzième siècles sur les eaux et forêts 3, et ce qu'ils renferment relati- 
vement à la pêche est la reproduction exacte, à peu de différence près, 
de l'ordonnance de 1320, qui est elle-même la traduction française, 
sous le nom d'un autre roi, de celle de 1289. En comparant ensemble 

1. Elle est publiée dans le Recueil des ordonn., t. I, p 792. Le ms. 1597 B (fonds 
latin) de la Bibi. Nat. fournit un texte beaucoup plus correct de celle ordonnance. 

2. Cbambri (Seine-et-Marne) à une lieue au nord de Meaux. Le texte imprimé 
porte : à Chambelly près Meaux ; on lit dans le ms. : à Chambly lès Meaulx.— 
Le 2ô juin, le roi était à Saint-Patiius (canton de Dammartin ). Il est donc probable 
que la date du 28 juillet fournie par le m», est fautive, et que celle de l'imprimé est la 
véritable. 

.1. Ces règlements, la plupart du temps, ne nous apprennent rien de nouveau sur 
la pèche fluviale, et se réfèrent aux anciennes ordonnances, dont ils prescrivent 
l'exacte observation ; à l'appui de ce jugement , nous pouvons citer les règlements 
dn 20 mai 134fi (Brnnai) , dans le ms. de la Bibl. ^at. n" 1597 B, fol. cxviii;de 
jnillet 1376 (Melun-sur-Seine), Ordonnance, tom. VI, p. 23C; du 1" mars 1388 
(Vernon), Ord., t. Vil, p. 779; de septembre l^i02 (Paris), Orrf., t. VIII, p. 536, et 
enlin wlic rfr mani 1515 (Lyon). 



48 

les règlements pour les eaux et forêts de Charles VI à Vernon le 
1*^*" mars 1388 et à Paris en 1402, et de François V^ h Lyon en mars 
1515, on reconnaîtra que ces édits, en ce qui touche la pêche fluviale, 
présentent absolument les mêmes dispositions. Ainsi, nous avons pu 
dire que la jurisprudence et les usages en cette matière sont demeurés 
les mêmes pendant plusieurs siècles, et que les ordonnances, en chan- 
geant le protocole et les formules, reproduisaient les dispositions des 
édits précédents. 

I. 

ORDONNANCE DU 22 AVRIL 1289. 

L'an de grâce m. ce. iiij" et ix furent pris filez et nasses qui 
estoient trop espez et deffendu de par le roi et furent mené et 
porté en Chastelet, par Jehanot dit de Paris et S^'mon d'Arraz 
serjanz de Chastelet. Nous requeismes les diz engins pour jous- 
ticier, et les eusmes, et furent raporté de Chastelet, et les ardi- 
mes à la Croiz Hémon * en nostre terre, en la présence dudit 
Jehanot de Paris et de Symon d'Arraz establiz pour tel chose 
fère de par le roi. Présenz Guillaume le serjant, Guérin et Symon 
et Jehanot serjanz. Et trauscrisismes les lettres des diz serjanz 
establiz de par le roi à ces engins cerchier et ardoir en la ma- 
nière qui s'ensuit : 

Philippus Del gratia francorum rex, universis senescallis, 
baillivis, prepositis ac aliis justiciariis regni nostri ad quos pré- 
sentes littere pervenerint, salutem. Mandamus vobis et vestrum 
cuilibet quatinus ordinationem et prohibitionem, qua certa in- 
génia ripariarum * fecimus, prout in littera nostra patenti, quam 
vobis exhibebit lator presencium, super hoc confecta videbitis 
contineri, in assisiis et placitis vestris preconizari publiée facia- 
tis, et etiam quod quicunque incusabit seu revelabit illos qui 
dicta ingénia prohibita faciunt aut ea tenent vel utuntur ex eis, 

1. « La place Maubert, qui est un des lieux (les) plus considérables de cette sei- 
.< gneurie (de Sainte-Geneviève) s'appeloit, dans les siècles passez, la Croix Hémon, 
« à cause de la croix qui est devant les Carmes , laquelle portoit ce nom. » Hist. de 
Sainte- Geneviève et de son église royale et apostolique à Paris, divisée en sept 

livres , par le père Dumolinet, 1687 (ms. H. 21 f. de la Bibi. Sainte-Geneviève), 

p. 748 — Géraud {Paris sous Philippe le Bel, pag. 334, 335 et 627) place la Croix 
Hémon au bout méridional de la rue de Bièvre. 

2. H faut supposer ici l'omission d'un mot tel que capi ou prohiberi. 



49 

terciam partem emende per vos inde levande percipiel et habe- 
bit, de qua tercia ptrte precipimus per vos satisfieri incusatori , 
levata emenda predicta. Actum apud Gornaium ' , die jovis post 
resurrectionem Domini anno ejusdem m" ce" octogesimo ix". 

Item alla littera. 

Philippus Dei gratia Francorum rex , universis senescallis , 
baillivis , prepositis et aliis justiciariis regni nostri ad quos pré- 
sentes littere pervenerint, salutem. Cum omnia et singula flu- 
mina necnon et riparie magne et parve regni nostri per mali- 
ciam piscatorum seu excogitata ingénia sint hodie absque fruetu, 
ac per eos impediantur pisces crescere usque ad statum debitum, 
nec sint alicujus valloris quando ab eis capiuntur, nec etiam 
prosint humano usuiad vescendum, immo pocius obsint, et inde 
accidit quod sinl multo plus selito ^ cariores, quod cedit in da- 
pnum non modicum tara divitum quam pauperum regni nostri ^, 
mandamus vobis omnibus et singulis quatinus omnia ingénia 
quorum nomina inferius sunt expressa caute capiatis ubicunque 
ea inveneritis et capta publiée comburatis, convocatis piscatori- 
bus diclorum locorum et aliis hominibus ad videndum justiciam 
seu vindictam, quatinus piscatores talia ingénia de cetero facere 
non présumant, et si consimilia ingénia repereretis vel alla eque 
vel magis dampnosa , excogitata vel excogitanda per astuciam 
piscatorum, ea capi per vos similiter precipimus et comburi , et 
operarios eorumdem et eis utentes compelli ad solvendum nobis 
et dominis locorum in quorum juridicionibus capiantur compe- 
tentem emendam, et quod pisces hujus [modi] sic capti pauperibus 
erogentur, eteadem ingénia queri volumus etinvestigarinoctibus 
et diebus, et quia dictorum ingeniorum * pluribussint ignota 
ea vobis miltimus hic subscripta , que talia sunt : le bas ^^^ 

1. c'est de <;uumai-en-nrai qu'il s'agit ici, puisque, comme nous le verrons ci- 
après, le roi se trouvait cette année et {«eu avant la fête de P&ques, en Normandie. 

2. Corr. solito. 

3. Comparez ce préambule avec celui de l'ordoniiance du 26 juin 1326, et avec le 
commencement des articles 47, 72 et 89 des ordonnances du 1" mars 1388, de 
septembre l'i02, et de mars 1515. Voy. Ord., t. I, p. 792; t. VII, p. 778; t. VIFI , 
p. 535; et Foiilanon, t. M, liv. W, p. 251, éd. de 1611. 

4. Nous croyons qu'il faut ajouter ici le mot nomina. 

5. C'eftt à tort que Ins éditeurs du Recueil des ord. (t. VHI, p. 535) ont joint par 
un trait-d'union les mots bas et roboir : ce sont deux engins parraitemcnt distincts, 
ainsi que le prouve notre texte. 

\\. (Troisième série.) 4 



50 

la seime espesse % la truble espesse, la truble à bois ^, saure% 
rebours ^ le rnarchepié '^^ le puissouer ^, la kerroiche % n.isse pe- 
lée, nassoD espès, la tache *, de quibus piscari imperpeluum prohi- 
bemus ; sunt tamen duo alla ingénia que sic vocantur : la fare " 

1 . Peut-être la seime espesse est-elle la sanne au mole d'un parisis, interdite par 
le règlement du bailli de Sens; le diamètre du denier parisis était de 22 millimètres 
environ. 

2. On connaît encore aujourd'hui cet instrument sous le nom de truble ou tru- 
hleau; mais nous ne voyons pas quelle différence pouvait exister entre la truble 
espesse et la truble à bois, dont le nom figure aussi dans les Registres des met. et 
mardi, (édit. Depping, pag. 262). Il y avait probablement la même distinction à faire 
qu'entre la truble à fil et la truble à bois, mentionnées dans l'ordonnance de".! 326. 

3. Faut-il joindre ce mot au précédent , ainsi que l'indique le mianuscrit qui place 
un signe de ponctuation entre chaque nom de filet, et qui n'en met aucun entre truble 
à bois et saure ? Comme saure est aussi un adjectif, il nous.semble difficile de se pro- 
noncer sur ce point. L'ordonnance du 26 juin 1326 place bien le mot seurs parmi les 
engins interdits ; mais ici encore la question reste indécise, puisf]ue seurs peut qua- 
lifier le mot précédent. Nous remarquerons cependant que Du Gange, v° saurarium, 
fait du mot saure un instrument de pêche qui serait, suivant lui, l'équivalent de 
saurarium. C'est peut-être savre qu'il faut lire, espèce de filet semblable au hou- 
leux, grande truble dont la monture est tranchée carrément. 

4. Rebouer, rembouer, robouoir, rabace et roborin, telles sont les variantes 
qu'offrent pour ce mot les ordonnances; il s'agit probablement ici de ravoirs, filets 
qu'on tend en travers dans les ravins et dans les courants d'eau. 

5. On le trouve écrit de différentes manières : marchepied, marche pié en deux 
mots, et même marchepier. Le règlement du bailli de Sens interdit l'usage du rnar- 
chepié à l'archet de Pâques à la Pentecôte.' Un passage de l'instruction, jointe à 
l'ordonnance de 1326, nous porte à croire que c'est une variété de la truble. 

6. Les ordonnances désignent cet instrument sous les noms àepuisier,puisouir, 
poinsouer, pluserois ou plusieurs; il est permis, dans le règlement du bailli de 
Sens, de la Saint-Remi à Pâques. Peut-être est-ce quelque chose de semblable à l'en- 
gin que de nos jours on appelle épuisette. 

7. Les ordonnances mentioiment cet instrument avec les variantes suivantes : 
bouer esche, bouresche, bourrache, bourrhoue et bourroiche. Le règlement du 
bailli de Sens en interdit absolument l'usage. Ce filet, que l'on trouve décrit dans les 
dictionnaires actuels de la pêche, y est nommé bourache, bouragne, bourague, 
bouraque. C'est une espèce de nasse d'osier, assez semblable pour la forme aux 
souricières de fil d'archal. Ceci s'accorde assez bieu avec la définition qu'en donne 
le règlement du bailli de Sens déjà cité : li courgnon des clices que l'en dit bour- 
roiche. 

8. Tache est bien la leçon que fournit notre manuscrit, quoique Carpentier élève 
des doutes à cet égard, et se demande si cachexie serait pas une leçon préférable ; 
c'est aussi tache que porte l'ordonnance de 1317 (voy. ci-après pag. 54). — On sait 
que la cache ou chasse est un filet que l'on tend sur des piquets en forme de palis, à 
l'embouchure des parcs. 

9. Nous ne voyons pas que les ordonnances postérieures fassent mention de cet 
instrument, excepté celle du 6 juillet 1317. 



et le quidel * quibiis piscari permittimus per totum annum , 
exceptis duobus mensibus mayo et apprili , quibus prohi- 
beraiis du quidel nec de la fare a principio aprilis usque ad 
finein may, et in istis daobus mensibus capi gardones ^ vel etiam 
piscari de cetero prohibemus. Omnia autem alla ingénia pisca- 
toria qui de filo sunt volumus quod fiant ad modulum nostrum , 
videlicet ad amplitudinem unius turonis grossi quelibet me- 
della ' ; poterunt tamen fieri lacciora propter grosses pisces ca- 
piendos; nec poterunt babelli * capi neccarpelli ^ nisi duo va- 
leant i denarium, nec lucelli'' nisi quilibet valeatij denarios, nec 
anguille nisi quatuor valeant i denarium ad minus'. Et bec 
omnia districte precipimus observari , mandantes vobis nichilo- 
rainusquatînus Johanni de Paris, dicto le plungeur *, presencium 
iatori, una cum aliquo misso ex parte ballivi illius loci in cujus 
ballivia *, quem Johannem servientem nostrum ad boc per pré- 
sentes litteras constituimus , quamdiu nobis placuerit, super biis 
cretatis '" et etiam pareatis, et ipsum salvo et securi per ballivias 
et potestates vestras conducant et faciant ' ' conduci ad salva- 
mentum ipsius, cum plures racione istius officii inimicos acqui- 

1. Un passage des Mémoriaux de la chambre des comptes, cité par Du Cange, 
v° Quidehus, ne permet pas de douter qu'il s'agisse ici du guidean, engin encore en 
usage de nos jours. 

2. Cette proliibilion de la pêclie du gardon ne se retrouTe que dans l'instruction 
publiée à la suite de l'ordonnance de 1326. 

3. Les Registres des met. etmarch. (édit. Depping, pag. 262) contiennent une 
prescription analogue pour la dimension des mailles, qui resta longtemps ainsi déter- 
minée par les ordoimances postérieures. 

'i. Pour barbelli; ce sont des barbeaux ou barbillons. L'ord. de Philippe IV (1291), 
le mandement du bailli de Sens et les ordonnances subséquentes portent barbet. 

5. C'est ce qu'on appelle de l'alTin ; ces poissons sont dits carpeaux dans les ordon- 
nances postérieures. 

6. Des brocfiereux, aujourd'hui des brochelons, dits aussi, dans les ordonnances 
depuis J388, Itisel ou lussel, traduction française du mot lucellus. 

7. La grosseur des poissons que l'on peut prendre est fixée d'après le prix de vente, 
<jui est le mCme dans les ordonnances de Philippe IV et de Charles le Bel, mais qui 
est plus élevé dans les ordonnances à partir de 1388, aiasi que dans les tarifs des 
negist. des met. et march. 

8. Probablement le même que cite à plusieurs reprises le Livre de la taille de 
Paris pour l'an 1292, pag. 33, 44, 55, 79, lri5, 162 et 177. C'est peut-être lui aussi 
que le même doaiment, pag. bG, col. 1, mentionne avec le titre de « boutier le roy », 
et qui est taxé à 12 den. seulement. 

!). Il doit mauqut'r ici un ou plusieurs mois. 

in. Pour crrdatis. 

11. Corr. conducatis et fariatis. 

4. 



rat ; efficaciler intendant ' et adeo diligenter mandatum hujus- 
modi compleatis, quod predicta flumina adque riparie ad statum 
antiqum et solitum per vestram diligentiam reducantur, preci- 
plentes subditis vestris , tam clericis quam laicis , quod prohibi- 
tionem istam teneri faciant in terris suis et salvari ; qui si négli- 
gentes existerint, vos ob defecturaipsorum nomine nostro teneri 

faeiatis eandem. Actum apud Bellam ^ in crastino resur- 

rectionis Doniini, anno ejusdemm". ce", octogesimo nono. 

I[. 

ORDONNANCE DAOUT 129 h 

Ce sont les ordonnances des eaues et forestz faites par le roy 
Philipe-le-Bel, l'an m deux cens iù'f xj ou moiz d'aoust. 

Philipe par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, 
aux maistres de noz eaues et forestz ', salut et dilection. Sachez 
que par nostre grant conseil et par noz barons nous avoir faites 
certaines ordonnances sur les pescheurs , et sur la manière de 
pescherie en toutes rivières grandes et petites, en la manière qui 
s'ensuit : 

Premièrement , que l'en ne puisse peschier à engin de filley, 
de quoy la maelle ne soit du mouUe d'un gros tournois d'argent, 
fors la rays à ables " et le marchepié, et défendre le débat ^ en 
toutez rivières, et que l'en ne prengne brochel qui ne vaille deux 

1. Corr, iniendatis. 

2. Au mois de mars 1288, avant Pâques, le roi se trouva à la Feuillie-en-Lions et à 
Neufchâtel-en-Brai. Nous avons vu (p. 49) que le jeudi de Pâques il séjourna à Gour- 
nai. On peut donc supposer que notre ordonnance a été rendue apud Bellam osart' 
nam, à Bellosanne, abbaye voisine de Gournai, où les rois de France ont séjourné plus 
d'une fois. 

3. M. Pardessus (Ordonn., t. XXI, p. cxxix) pose en principe que la plus ancienne 
mention qui soit faite, dans les ordonnances de la troisième race, d'agents supérieur» 
chargés de la conservation des eaux et forêts, se trouve dans l'art. 14 de l'ord. du 
25 mars 1302. Sans contester cette assertion, nous remarquerons, avec le même sa- 
vant, que ces agents existaient certainement auparavant : on voit des maîtres des 
eaux et forêts figurer, dès l'année 1287, dans un procès contre les moines de Mortemer 
(Olim, t. II, p. 267, n. V). 

4. Le texte du Rec. des ord. (t. I, p. 541) porte la rois adible; la rays à ables 
est une meilleure leçon. Une charte citée par Du Cange (au mot saurarium) enumère 
des engins de pêche, parmi lesquels retia ad ableias. 

5. Le texte des Ordonn. porte bac, qui n'offre pas une idée plus claire que débat. 
Certaines pêches se font en battant l'eau ; le débat est peut-être l'action de battre 



53 

deniers, et la vendese ' et le chevereil s'ilz n'ont cinq pouces 
de long , et le barbel dont les deux ne vaillent sept deniers, les 
tenches dont les deux ne Yaillent sept deniers , le carpel 
dont les deux ne vaillent sept deniers, les anguiles dont les 
quatre ne vaillent sept deniers -. Nous défendons la blanche ', 
se elle n'a cinq pouces de long, et que l'en ne la puisse prendre 
'depuis demi mars jusques à my may *. Nous défendons la nasse 
amenée à nef % se elle n'a la maelle dessus dicte. Le marchepié 
sera mené de jour et non pas de nuit. Nous " que l'en n'ait mare 
à fosses, qui boutent à rivière '^, ne chanteplore *. Nous deffen- 
dons que marchans à poisson ne achètent ne retiennent * qui 
ne soit de l'ordonnance dessusdicte ; et s'ilz estoient reprins 
soubztreant ou vendant, ilz paieroient autant comme ceulz qui 
l'auroient peschié. Nous voulons que les poissons qui seront 
trouvez avec les défensables ^^, soient donnez pour Dieu. Nous 
voulons que les engins qui seront trouvez * ' non souffisans 
soient ars. Nous voulons que se aucuns pescheurs contraignent * ^ 
engins qui ne soient souffisans, qu'ilz soient ars, selon nostre or- 
donnance et les pescheurs justicez '^. Nous mandons à touz noz 
justiciers officiers et subgez que bien et diligenment ilz facent 
tenir nostre ordonnance, et qui fera encontre ou qui sera remiz 
reprins, et mal faisant, ou faisant lesengius defenduz , il paiera 
soixante solz parisiz, et y aurons les deux pars, et le sergent 
le tiers. Ce fu fait l'an mil if iiij^xj ou moiz d'aoust. 

l'eau en amont, a(in de chasser le poisson dans des nasses qu'on aurait posées en 
aval. 

1. C'est évidemment la vandoise, sorte de poisson d'eau douce qu'un nomme 
aussi dard. 

2. Corr. un denier. Les copistes ont souvent pris le mot vn pour le chiffre vu. 

3. La blanche rosse, dans les Ord.; c'est peut-être le poisson qui est connu des 
pécheurs sous le nom de blanchaille, ou le cyprin rose dit gardon. 

4. Ord. : avant demy avril, jusques à demy may. 

5. Ord. : la nasse à mener la nef; notre texte nous paraît préférable. 

6. Le mot de/fendons manque dans le ms. 

7. Ord, : boivent en rivière, leçon qui présente un sens tout différent. 

8. Ord.: chantepleure ; c'est une ouverture qu'on pratique dans les murs pour 
faciliter le pa8sa(;e des eaux. 

9. Le mot poisson a été oublié par le copiste. 

10. Ord. : poissons avec de/fenses. 

1 1 . Ord. : prins au lieu do trouvez. 

il. Ord. : controuvent ; celle leçon nous parait préférable à celle dn ms. 
13. Ici s'arréle le texte imprimé 



m. 

ORDOINNANCE DU JUILLET 1317. 

Ordonnances des eaues faictes par Philipe-le-Long Van mil trois 
cens dix-sept le vj" jour de juillet. 

Philipe par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à 
touz ceulz à qui ces présentes lettres vendront. Comme nostre 
chier père eust fait certaines ordonnances parmy le roialme de 
France, que considéracion , regart et grant délibéracion de son 
conseil pour la grant destruction de poissons des rivières cou- 
rans parmy le roiaume qui estoit faicte par les malicieux engins 
pourpensez qui couroient par les rivières dessusdictes pour 
prendre toute manière de poissons grans et petis en toutes les 
dictes rivières , si que les dicts engins assorboient si touz petis 
poissons flevoins * et autres, que se pourveance n'eust esté faicte, 
lesdictes rivières grandes et petites eussent esté du tout des- 
truites, fist provision et ordonnances, establissement et défenses 
par quoy solennel fait cry de par luy que nul de quelque condi- 
cion ou estât qu'il fust ne usast de telz engins esdictes rivières , 
c'est assavoir de bras de sainne, de rabez, de pissouay, de bor- 
reche, de marchepié, de nasse pellée, de rabasces, de truble à 
bois, de desmesurée espoisse, de nasse à croix à croix orirons, de 
tache, de nasses que l'en tient aux agoux^, et que l'en ne bastist 
aux ables *, et entre my mars et my may l'en ne puisse peschier 
defarenedequidel, aux arches ne en gers *. Et pour ces esta- 
blissemens mieulx garder et tenir, il fist commandement de par 
ledict roy en général à touz les subgez du royaume que touz telz 
engins et leurs terres ^ prinsent et feisseut prendre pour ardoir. 
Et pour ce que nous avons entendu que lesdiz establissemens et 
deffenses ne sont pas bien gardées , nous voulons et entendons 

1 . Poissons de rivière. 

2. Embouchure d'un canal ou d'un étang» 

3. Voici bien clairement prouvée l'application du procédé que nous avons décrit 
ci-dessus, p. 52, note 5, et que Du Cange rappelle v° Baluda 1. 

4. C'est sans doute le même mot que gords ou gors, espèce de pêcherie composée 
de deux cloisons, faite avec des pieux ou des filets , et qui convergent du côté vers 
lequel l'eau coule. 

5. Lisez en leurs terres. 



55 

les choses dessus dictes faire tenir et garder en la manière que 
nostre chier père l'avoit ordonné et plus fermement se nous po- 
vons, et avons establi par noz autres lettres Millonet de Bray-sur- 
Saine à prendre touz telz engins deffenduz et pour les faire ar- 
doir et les amendes lever en la manière qu'il est plus à plain 
contenu èsdictes ordonnances sur ce faictes, c'est assavoir de 
chascun qui feroit contre lesdictes ordonnances et inhibicions 
Ix sous parisis de monnoie courant , au lieu de quoy la tierce 
partie nous lui avons octroie par noz autrez lettres pour sou 
travail. Et encore aprez toutes ces choses , nous avons entendu 
que, non contrestant les establissemens et ordonnances dessus 
dictes, plusieurs ont et maintiennent telz engins et en usent es 
dictes rivières, par la faulte et négligence des seigneurs de qui 
ilz meuvent, et quant ledict sergent a prins lesdicts engins, si 
ne les veullent pas lesdicts seigneurs faire ardoir ne justicier 
selon la forme et establissemens dessus diz, ne leurs subgez con- 
traindre si hastivement comme il appartient. Par quoy nous vous 
mandons et commandons si estroictement comme nous povons 
que audict Millonet et à ceulz qu'il establira es lieux et es chastel- 
lenies où il verra qu'il sera plus proulitablement à faire selon les 
ordonnances dessus dictes et selon la teneur de noz lettres sur ce 
faictes quant au cas dessusdict, et de ce que à lui appartient, vous 
obéissez et faictes tant à la prinse que au justicement des engins 
comme d'en lever les peines et les amendes qui pour ce sont et 
seront encourues, et se ainsi estoit que vous ou aucuns de vous 
en fussiez négligens ou défaillans, nous commettons et comman- 
dons audict Millonet que il, en vostre négligence ou deffaulte, 
face par nostre main ou face faire de son auctorité ; donnons en 
mandement à touz ceulz à qui il appartient , puet ou doit appar- 
tenir que à lui en ce cas obéissent et facent obéir et lui donnent 
force, aide et conseil , touteffois que mestieren sera et qu'ilz en 
seront requiz. J)onné à Paris , le vj'" jour de juillet , l'an de grâce 
mil trois cens dix sept. 

é H. DUPLÈS-AGIER. 



NOTICE 

SIJB 

LES ATTACHES D'UN SCEAU 

DE RICHARD CŒUR DE LION. 



Les attaches dont je vais parler pendent au bas d'une charte 
que Richard Cœur de Lion accorda le 20 juin 1190 à Richard 
du Hommet et à Gille sa femme. Cette pièce, longtemps conser- 
vée dans les archives de l'abbaye d'Aunai * , se trouve aujour- 
d'hui dans la collection de M. Léchaudé d'Anisy ^, qui a bien 
voulu me la communiquer. Quoique ce document ait été publié 
par D. Martène ^, sans doute d'après un registre de Philippe- 
Auguste \ je crois indispensable d'en remettre le texte sous les 
yeux de mes lecteurs : 

Ricard us, Del gratia, rex Anglorum, dux Norraannorum, Aquita- 
norum, comes Andegavorum, archiepiscopis, episcopis, abbatibus, co- 
mitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus, senescallis, prepositis et 
omnibus mlDistris et fidelibus suis totius terre sue, salutem. Sciatis 
nos dédisse et reddidisse et presenti carta nostra confirmasse dileeto et 
familiari nostro Ricardo de Humetis, pro servicio et homagio suc, et 
Gile, uxori sue, et heredibus eorum Popevillam et Warrevillam cum 
pertinenciis suis omnibus, tenendas de nobis et heredibus nostris cum 
baronia sua, sicut jus et hereditatem suam ex parte predicte Gile, uxoris 
sue. Quare volumus et firmiter precipimus quod predictus Ricardus et 

1. Les seigneurs du Hommet étaient les principaux fondateurs de l'abbaye d'Au- 
nai. Dès le règne de Philippe de Valois, les religieux de ce monastère conservaient 
en original, dans leurs archives, plusieurs chartes accordées par les ducs de Nor- 
mandie à Richard et à Guillaume du Hommet. 

2. N" 12 des chartes de l'abbaye d'Aunai. 

3. Amplissima collectio, 1. 1, c. 990. 

4. Cette charte se trouve dans le ms. latin 8408, 2. 2, B (Colbert), au fol. 219 v"; 
elle est aussi dans le ms. 9852, 3 (Colbert). 



57 

predicta G., uxor sua, et heredes eorum habeant et teneaut de Dobis 
et heredibus nostris predictas villas cum omnibus pertinenciis suis bene 
et in pace, libère et quieto, intègre, plenarie et honorilice, in boseo et 
piano, in pratis et pasturis, in aquis et molendinis, in viis et semitis, in 
vivariis et stagnis, in mariscis et piscariis et in omnibus aliis locis et 
aliis rébus ad predicta maneria pertinentibus, cum serviciis et homagiis 
et releviis et cum omnibus libertatibus et liberis consuetudinibus suis 
et cum omni integritate sua. Testibus : Godefrido, Wintoniensi episcopo; 
Willelmo filio Radulfi, senescallo Normannie ; Pagano de Rochefort, 
senescallo Andegavie; Roberto de Harecurt; Philippe de Columberiis ; 
Gaufrido de Ceila ; Willelmo de Sancte Marie ecclesia, decano More- 
tonii. Data per manum Johannis de Alencon, Lexoviensis archidiaconi, 
vicecancellarii nostrl, [xx die] junii, apud Chinonem, anno primo regni 
nostri. 

Le sceau est brisé. Les attaches auxquelles il était suspendu se 
composent de deux cordons de soie, longs chacun d'environ 
50 centimètres. Le tissu en est très-épais, très-serré, et affecte la 
forme d'un petit boyau. Cette disposition a été obtenue sans 
suture, et semble supposer l'emploi d'un métier assez perfec- 
tionné. Au reste, dans les archives de Normandie et des provinces 
voisines , on rencontre assez fréquemment des exemples de ces 
tissus circulaires. 

Mais là n'est pas la seule difficulté qu'on ait dû vaincre pour 
fabriquer les attaches que je décris. L'une d'elles est d'un vert 
uni tournant maintenant au jaune ; l'autre, d un bleu tacheté de 
brun. Chacun de ces cordons est, dans une partie de sa lon- 
gueur, chargé d'ornements dont les formes sont dérivées de 
celles du losange ; l'autre bout est occupé par une devise fran- 
çaise. Les lettres, comme les ornements, se détachent en blanc. 
Au revers, les lettres et les ornements sont vert ou bleu tacheté 
de brun , tandis que le fond est blanc. Ces lettres et ces orne- 
ments n'ont donc pas été l'objet d'un second travail, d'une bro- 
derie ou d'un brochage; ils font partie même du tissu. Je 
n'essayerai pas de rechercher par quels procédés une œuvre 
aussi compliquée a pu s'exécuter au douzième siècle. Je me 
borne à constater que la précision, la netteté et l'élégance qui 
la caractérisent témoignent hautement de l'habileté de l'ou- 
vrier. 

L'emploi du français dans l'inscription empêche d'admcllrc 



58 

une origine orientale. C'est une preuve évidente que les cordons 
ont été fabriqués en France ou en Angleterre. 

On ne saurait d'ailleurs s'en étonner. Dans les romans fran- 
çais, nous voyons les dames du douzième et du treizième siècle 
occupées à des travaux de ce genre. Les trouvères mentionnent 
les lacs, les orfrois , les franges et les autres ouvrages en soie 
qu'elles aimaient à tisser de leurs propres mains '. Les religieuses 
partageaient même ces goûts un peu mondains, et l'archevêque 
de Rouen, Eude Rigaud, défendit ces travaux dans plusieurs 
monastères de Normandie ^. 

L'inscription ne présente aucune difficulté de lecture. Pas une 
lettre n'est douteuse. Elle porte : 

jo sui drcerie 

Ne me dunez mie 

kl nostre amur deseivre 

La mort pu 

La fin du quatrième vers manque. On peut la restituer de dif- 

1. J'emprunte les citations suivantes à M. Francisque Michel {Recherches sur le 
commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, t. I, p. 102 et 103) : 

.... Les dames oreot tissu 
Mainte pourpre et maint orfrois. (Roman de Perceval.) 
Puceles quatre vins ou cent 
Qui fesoicnt laz et fresiaus 

Et aumosnieres et joiaus. (Ibid.) 

Et tissent de totes manières 

Et las et braieus et lasnieres. ( Partonopeus de Blois.) 

Ele méisme par déduit 
Fist un fresel de soie cstruit 

De qu'en dut faire las à hiaumes. (Roman de l'EscoufJlc.) 
Bien sachiès que jou referoie 
Joiaus de fil d'or et de soie, 
K'il n'est fcme ki tant en sache 
D'orfrois, de çainture, d'ataciie. (Ibid.) 

La dame de Faiel fist un laqs de soye moult bel et bien fait ( Chronique du 

chastelain de Coud.) 

2. inhibuimus ne moniales darent elemosinarias, fresellas vel acuarias; Reg. vi- 
sit., p. 326. — Inhibuimus ne elemosinarias, fresellas, acuarias et similia facerent 
nec operarentur de serico nisi quod esset ad cultum divinura; ibid., p. 4oi. — In- 
hibuimus omnibus ne operarentur de serico nisi ea que ad ecclesiam pertineant; 
ibid., p. 451 — Inhibuimus ne elemosinarias, acuarias, fresellos et consirailia ope- 
rarentur; ibid., p. 45G. — Voy. encore p. 486, 624, etc. 



59 

férentes manières. La leçon suivante me paraît satisfaire aux 
conditions du sens, de la mesure, de la rime et de la langue : 

La mort puist ja receivre. 

De cette manière, la devise se traduirait ainsi : 

Je suis gage d'amour * ; 

Ne me donnez pas. 

Que celui qui sépare notre amour 

Puisse recevoir la mort ! 

Les cordons chargés d'une telle devise ne peuvent être que des 
lacs d'amour. Mais pourquoi ces lacs ont-ils servi à attacher le 
sceau de Richard Cœur de Lion? Le caractère de ce roi pourrait 
autoriser bien des conjectures. Combien d'imaginations n'en de- 
manderaient pas autant pour bâtir d'ingénieux romans? On me 
permettra de proposer une explication. Lors même qu'elle ne 
paraîtrait pas admissible, les détails dans lesquels j'entrerai 
serviraient à bien faire comprendre le sujet de la charte de 
Richard. 

Poupeville a désigné jusqu'au treizième siècle une paroisse du 
diocèse de Coutances, qui depuis a été généralement appelée 
Sainte -Marie du Mont '^. Aujourd'hui Poupeville n'est plus 
qu'un hameau de la commune de Sainte-Marie du Mont, canton 
de Sainte-Mère-Église. — Saint-Germain et Saint-Martin de Var- 
reville font partie de ce même canton. 

Les domaines de Poupeville et de Varreville paraissent avoir, 
au milieu du onzième siècle, appartenu à Robert fils d'Onfroi : 
ce fut à sa prière que le duc Guillaume, antérieurement à la con- 
quête de l'Angleterre, concéda à l'abbaye de Saint-Wandrille les 

1. Pour jiisUrier ma traduction du mot druerie, je citerai un passage de Parto- 
nopeiis de Blois (édit. Crapelet , tom. H, p. 42) où ce mot est pris dans le sens de 
prêtent d'amour -. 

Une en sai caste plut qu'ascs, 
Cui rien que Die n'csl en grés ; 
Je paroil bas, et ele haut; 
Se je sotpir, il ne l'en caut ; 
Se jo ii envoi drucric. 
Kl jure qu'cl n'en prendra mie. 

1. Cette paroisse est apix-lée PoupeviUa dans le Pouillédu diocèse de Cotilanr.es, 
rédigé en 1261 (pag. :>9 du ms. qui appartenait à M. l'abbé Piton on 1849). — L<; 
Fouillé rwligé an quatorzième 8i(;cle la ih'signe nous le nom <lc Hcata Maria <ir 
.Monte {Livre blanc du dioc. de Coutanccu , fol, i4). 



GO 

églises de Saiut-Germain et Saint-Martin de Varreville et Sainte- 
Marie de Poupeville * . Ce seigneur, mieux connu sous le nom de 
Robert de Rhuddlan, s'illustra par le courage qu'il déploya en 
Angleterre sous les règnes d'Edouard le Confesseur et de Guil- 
laume le Conquérant ; tué par les Gallois, il fut enterré à Sainte- 
Vereburge de Chester, d'où son frère Ernaud le rapporta à 
Saint-Évroul ^. 

A sa mort, les terres de Varreville et de Poupeville firent sans 
doute retour à la couronne. Roger, évêque de Salisburj, semble 
en avoir joui sous le règne de Henri F"" '^. 

Henri II les concéda à Richard de la Haie * . Après la mort de 
ce baron, arrivée en 1169 '^j la jouissance d'une partie de son 
héritage fut dévolue au roi, et nous voyons les revenus de Pou- 
peville et de Varreville figurer sur le compte de l'Échiquier en 
1180«. 

Richard de la Haie avait épousé Malhilde, fille de Guillaume 
de Vernon , qui lui survécut. De ce mariage naquit Gille de la 

1. Grand cartul. de S. Wandrille (aux Arch. de la Seine-Inférieure), f. 325 v" ; 
Chartul. S. Wandreg. (ms. lat. 5245 de la Bibl. Nat.), p. 172 et 173. 

2. Orderic Vital, liv, VIII, édit. de M. Le Prévost, t. 111, p. 280-289. 

3. Voy. une charte de Hugue, archevêque de Rouen , en 1142, conservée en ori- 
ginal aux Archives de la Manche, et que l'archiviste, M. Dubosc , a transcrite dans 
son Cartul. de V abbaye de Saint- Lô, p. 7 et 8. 

4. Stapleton, Magni rotuli Scaccarii Normannias, tom. I , p. cxlv. — La charte 
suivante, dont je dois la copie à M. de Gerville, suffirait pour prouver que Richard de 
la Haie fut seigneur de Poupeville et de Varreville : 

Sciant onanes qui sunt et qui futuri sunt quod ego Willelmus de Huraetis, consta- 
bularius Normannie, dimisi abbatie de Blancalanda décimas omnium releviorum que 
exeunt de maneriis meis Poupeville et Varreville quas injuste detinueram, et concessi 
quod abbatia habeat illas in perpetuum, bene et in pace, sine reclamatione mea vel 
heredum meonim. Concessi etiara quod abbatia possideat pacifiée omnes décimas de- 
nariorum meorum qui proveniunt de portagio bladi et de factura brasii mei de Varre- 
villa, que ad abbatiam eandem pertinebant cum predictis releviis ex dono Ricardi de 
Haya, avi mei , et ex concessione Ricardi de Humetis patris mei ; et insuper dimisi 
omnino calengium meum quod habebant super decimam Ix solidoruro quos abbatia 
de Cesarisburgo habet annuatim in manerio meo de Varrevilla. Et ut bec omnia per- 
petuam firmitatem habeant, presentem cartam sigillo domini Hugonis Constanciensis 
episcopi et sigilli mei feci testimonio confirmari. Actum anno gratie millesimo ducen- 
tesimo vigeslmo. 

5. Robert du Mont, dans le Recueil des historiens, t. XIII, p. 313. — Cf. l'obi- 
tuaire de l'abbaye de Silli, cité dans Neustria pia, p. 842, et l'épitaphe rapportée par 
Jean Columbi, Noctes Mancalandanœ, dans ses Opuscula varia, Lyon, 1668, 
in-fol. 

6. ÊdiL de Londres, t. I, p. 38. 



61 

Haie, femme de Richard du Hommet V J'ignore l'époque à la- 
quelle fut conclu ce mariage ; mais ce dut être au plus tard en 
1187 ^. Les domaines de Varreville et de Poupeville faisaient 
partie de la dot de Gille de la Haie. Mais les nouveaux mariés 
n'entrèrent pas immédiatement en possession de ces terres : elles 
ne leur furçnt rendues que le 20 juin 1 190. C'est à cette restitu- 
tion que se rapporte la charte dont j entretiens mes lecteurs. 
Dans cet acte, nous voyons Richard Cœur de Lion donner, rendre 
et confirmer à Richard du Hommet, et à Gille sa femme, et à 
leurs héritiers, Poupeville et Varreville avec toutes leurs dépen- 
dances, pour les tenir du roi avec leur haronnie, au droit de la- 
dite Gille. 

Ainsi , les terres de Varreville et de Poupeville faisaient bien 
partie de l'héritage que Gille de la Haie avait apporté en mariage 
à Richard du Hommet. Ce fait constaté, serait-il étonnant que 
ce seigneur, en obtenant une charte relative à la dot de sa 
femme, eût prié le roi d'y suspendre son sceau avec les lacs 
que, peu d'années auparavant, Gille, sa fiancée, lui avait donnés 
comme gage d'amour? Transformées en attaches de sceau, ces 
faveurs allaient être religieusement conservées pendant des siè- 
cles. Quel meilleur moyen d'assurer l'accomplissement de ce 
tendre vœu : Ne me dunez mie? 

Gille de la Haie ne tarda pas à mourir. Elle fut enterrée dans 
l'abbaye de Blanchelande \ A cette occasion, Mathilde de Ver- 
non, sa mère, fit une donation à cette église, du consentement 
de son gendre, Richard du Hommet"*. Après un court veuvage, 

1. Voyez plus loin, n. 4 , la charte de Mathilde [veuve de Richard] de la 
Haie, et la charte de Riciiard du Hommet. — Pour prouver cette filiation, je citerai 
encore un acte dont il existe une ancienne version française aux archives de la Manche 
{Liber de beneficns Exaquii, f. 76 y"; Liber de Avarvilla, part. IV, n. 73, f. 230). 
Par cette charte, « Willaume du Hommet, filz de Ricliart du Hommet et de Gille, fille 
deRichartdela Haye, » confirme à l'abbaye de Lossai « toutes les omosnes et toutes 
les dienies lesquelles mes ancesors Robert de la Haie et Richart son filz, mon ael, don- 
nèrent à ycelle abbaye. » 

2. Voy. la charte.relative aux salines de Saint-Germain sur Ai, que j*ai publiée dans 
mes Etudes sur la condition de la classe agricole en Normandie, p. 269. 

3. Stapleton, Magni rotuli, t. I, p. cxlv, 

4. Voici, d'après une copie que m'a communiquée M. de Gerville , le texte des 
chartes de Mathilde et de Richard : 

Omnibus Christi fidelibus ad quos prcsens scriplum pcrvenerit, e(;o Mathildis de 
Haya, sahitem. Nolum vobis sit quod ego donavi abbatic Sancti Nicolai de Itlanca- 
landa, in perpetuam et quietam elemosinam, pro anima mea et pro animabus anle- 



62 

celui-ci épousa Aliéner, veuve de Robert de la Haie '. Lui-même 
mourut vers 1200. Il avait eu de Gille, sa première femme, un 
fils nommé Guillaume, qui lui succéda et prit le titre de conné- 
table de Normandie à la mort de Guillaume, son grand-père *. 

Peut-être me suis-je trompé sur les circonstances qui ont fait 
prendre des lacs d'amour pour attache de sceau. Quoi qu'il en 
soit, j'ai cru devoir signaler une particularité dont les traités de 
diplomatique ne mentionnent pas d'exemple. Les cordons que 
j'ai décrits prouvent d'ailleurs combien il serait utile, pour 
l'histoire de la textrine du moyen âge, d'examiner avec soin les 
attaches de nos anciens sceaux. 



cessorum meorum, et pro anima Egidie carissime filie mee, ad ofricinm et in die sé- 
pulture illius, domino Ricaido de Humetis, marito iilius, concedente et mecum 
donante, centum solidos andegavensium in redditu, in quorum solidorum solutione 
et pagatione semel (simul ?) assedimus eidem abbatie quamdam partem terre et ne- 
moris juxta prenominate abbatie parcum versus Sanctura Michaelem et rivum Carbo- 
narie, sicut signorum et fossati déterminât apposilio. Testibus, etc. 

Omnibus Cbrisli fidelibus ad quos presens scriptum pervenerit, ego Ricardus de 
Humetis, dominus Haye, salutem. Notum sit vobis quod ego concessi et donavi in 
perpetuam et quietam elemosinam , pro anima mea et pro animabus antecessorum 
meorum, et i)ro anima Egidie uxoris mee, abbatie Saneti Nicolai de Blancalanda do- 
nationem quam fecerat ei Matildis de Haya , scilicet centum solidos andegavensium 
in redditu , in quorum solidorum solutione et pagatione simul (semel ?) assedimus 
eidem abbatie quamdam partem terre et nemoris juxta prenominate abbatie parcum 
versus Sanctum Michaelem et rivum Carbonarie, sicut signorum et fossali détermi- 
nai appositio. Testibus , etc. 

1 . Reverendo patri suo et domino H. Dei gratia Constantiensi episcopo, Alienor sua 
in Cbristo filia uxor Ricardi de Humetis, salutem, reverentiam et honorem. Vobis sup- 
piico sicuti patri et domino quatinus confirmare dignemini abbatie Montisburgi quic- 
quid juris babebam in ecclesia de Amondevilla, quod eidem abbatie contuli et carta 
mea confirmavi prosalute anime mee et anime Roberti de Haia, quondam mariti mei, 
qui in eadem habuit sepulturam. Mitto etiam vobis Wiilelmum de Lestre clericum 
meum ut super patronatu ad me pertinente predicte ecclesie eidem abbatie fidelitatem 
coram vobis jiiret proutsanius et melius videritis expedire. Valete. Cartul. del'abb. 
de Montebourg (au château de Plein -Marais), p. 113, 

2. Voy. les observations dont j'ai fait précéder Magni rotuli Scaccarii Norman- 
nix de a. D. {ut videtur) 1184 fragmentum (Cad., 1851), p. 29 et 30. 

LÉOPOLD DELISLE. 



LETTRES PATEN'I ES 



ACCOBDEES FAK 



GHAM.es VIII A JACQUES DE SASSENAGE, 

POUR AVOIR DÉFENDU ET CONSERVÉ LA VILLE DE SALUCES. 

(20 novembre 1489.) 



Tous nos histonens ne parlent guère, dans les premières années du 
règne de Charles VIII , que des révoltes intérieures qu'il eut à répri- 
mer et s'occupent à peine de ses relations avec l'extérieur , si ce n'est 
en ce qui a trait au mariage de ce prince avec Anne de Bretagne. Ce- 
pendant , il est une acquisition assez importante que fit Charles VIII 
pendant sa minorité, et qu'aucun de nos historiens n'a signalée : c'est 
la suzeraineté du marquisat de Saluées , à la suite de la guerre faite 
par le duc de Savoie au marquis de Saluées. Les historiens de Savoie, 
qui eux n'ont pas manqué de raconter cette querelle, en ont altéré les 
détails pour relever la gloire de Charles le Guerrier; mais il existe 
une charte de Charles VIII qui va nous servir à rétablir la vérité sur 
cette partie de notre histoire. Pour faire comprendre les faits , nous 
citerons en l'abrégeant le récit qu'en l'ont, à propos du règne de Char- 
les I" de Savoie, les auteurs de l'Art de vérifier les dates, qui sem- 
blent au reste n'avoir consulté que les historiens italiens. 

« L'an 1487, disent-ils, le duc Charles, après avoir réduit le comte 
« de Bresse, son oncle, qui voulait se rendre maitre en Piémont, tombe 
" sur le marquis de Saluées, qui l'avait attaqué, et lui enlève ses États 
« avec une rapidité surprenante. Dans sa détresse le marquis de Sa- 
•' luces, ayant été trouver le roi Charles VIII, lui demande comme 
" vassal sa protection pour son pays, qu'il qualifie de fief mouvant du 
" Dauphiné. Par la médiation du monarque, il obtient une trêve d'un 
" an , pendant laquelle des commissaires nommés par le roi et le duc 
•> s'assemblent à Pont-Beau-Voisin pour discuter la mouvance de Sa- 
« luces. >' — Le roi a une entrevue avec le duc de Savoie à Lyon ; 
mais rien ne se décide. — « La trêve accordée au marquis de Saluées 
" étant expirée, le duc Charles emporta la capitale; ce qui mortifia le 
- roi de France. » — Cependant il invita le duc à venir en France 
pour terminer cette querelle à l'amiable : — « le due vint à Tours, ou 
• l'on discuta longtemps cette affaire; mais elle était si obscure, qu'on 



64 

« remit à l'année suivante à la terminer ; » — et le duc Charles V^ étant 
mort le 13 mars 1489, le marquis de Saluées profita de la minorité de 
son fils Charles II pour rentrer dans ses États. 

Or jamais Charles I*"" n'entra dans Saluées; il ne put s'emparer de 
cette capitale, malgré plusieurs assauts consécutifs : c'est ce qu'atteste 
la charte qu'on va lire : 

Charles , par la grâce de Dieu, roy de France, dauphin de 
Viennois, comte de Valentinois et Dyois, à nos amez et féaux les 
gouverneur ou son lieutenant, gens tenants nostre cour de parle- 
ment et de nos comptes du Dauphiné , et au général ayant la 
charge et administration de nos finances tant ordinaires qu'ex- 
traordinaires en iceux pays de Dauphiné , salut et dilection. 
L'humble supplication de nostre amé et féal conseiller et cham- 
bellan Jacques seigneur de Sassenage avons receue, contenant 
que comme despuis aucun temps en ça ait esté meue question et 
débat entre nostre très honoré et très aymé cousin le duc de 
Savoye d'une part et nostre cher et féal cousin le marquis de 
Saluées d'autre, pour raison et occasion du fief, hommage et sou- 
veraineté du marquisat de Saluées, lequel nous et nostre dit cou- 
sin le marquis maintenons nous appartenir à cause de nostre dit 
Dauphiné, dont après s'en sont ensuivis guerres, divisions et hos- 
tilités, tellement que nostre cousin de Savoye avec grand nombre 
de gens d'armes entra dedans iceluy marquisat où il print et 
occupa plusieurs villes et chasteaux, et en outre vint assiéger la 
ville de Saluées, et entreprenoit de prendre et occuper tout ledit 
marquisat s'il eut pu en l'absence de nostre dit cousin le mar- 
quis, lequel estoit venu devers nous comme son seigneur féodal 
et souverain ; pour résister ausqnelles entreprises et aussy pour 
la conservation de nos droicts, ledit sieur de Sassenage suppliant, 
qui est parent et allié de nostre dit cousin le marquis, par nostre 
vouloir et commandement, accompagné de certain nombre de 
gens d'armes et de traict, de ses parents et amys et serviteurs 
tant à cheval que à pied, se alla mettre dedans ladite ville de 
Saluées, pour la garder à nous et à nostre dit cousin le marquis, 
et tellement s'y conduit que nostre dit cousiu de Savoye ne peut 
gagner sur luy ladite ville de Saluées, combien qu'il y eut donné 
plusieurs grands assauts , et grandement battu ladite ville d'ar- 
tillerie plus de deux mois continuels : et pour payer lesdits gens 
d'armes et de trait estans en garnison avec ledit sieur de Sas- 



65 

senage , lesquels il soidoyat de ses propres deniers , et aussy 
pour subvenir et ayder à nostre chère aymée et cousine la mar- 
quise de Saluées qui estoit au chastel de Ravel, laquelle avoit aussy 
gens d'armes pour la garder d'icelny, ledit sieur de Sassenage 
suppliant, après ce qu'il eut dépendu et déboursé l'argent comp- 
tant qu'il avoit, fut contraint de vendre ses ville et chasteau du 
Pont en Royans assis en nostre dit Dauphiné ; ce qu'il ne voulut 
faire sans premièrement communiquer avec vous, pour vous re- 
monstrer et dire les choses dessus dittes, afin que aucuns laods 
et vends n'en fussent payez qui eussent esté à sa charge pour le 
temps à venir, en racheptant ladite place et recouvrant d'iceluy 
qui l'auroit acheptée, ne pareillement quand il la rachepteroit, 
attendu que ce estoit pour la conservation de nos droicts seigneu- 
riaux et pour nos propres affaires. Après laquelle remonstrance, 
vous, par meure et grande deslibération de conseil, considéré ce 
que dict est, et que les deniers qu'il auroit de sa dite place se 
employeroient aux choses dessus dites, par vostre ordonnance, 
déclarâtes et auroit esté dit que ledit sieur de Sassenage^pourroit 
vendre et engager ladite ville et chasteau du Pont en Royans, et 
icelle rachepter et r'avoir sans qu'il fut tenu nous payer aucuns 
laodz et vends pour celle fois ; et sur ce luy en avez octroyé vos 
lettres patentes ; et despuis ledit de Sassenage a vendu et engagé 
ladite ville et chasteau du Pont en Royans à nos chers et bien 
amez Philibert et Jean d'Arces et Louis de Roras, escuyers, pour 
le prix et somme de trois mille escus d'or, avec faculté et puisr 
sance de pouvoir rachepter et recevoir ladite ville et chasteau 
ainsy vendus toutes et quantes fois que ledit sieur de Sassenage 
le voudroient ravoir en payant lesdits trois mil escus et les 
loyaux fraiz et coustements; et lesquels trois mil escus d'or 
furent baillez à nostre ditte cousine par ledit sieur de Sassenage 
en vostre présence, comme plus à plein on dit apparoir ces choses 
et autres ez lettres sur ce passées entre lesdites parties ; de laquelle 
ordonnance et déclaration par vous ainsy faicte, comme dict est, 
ledit sieur de Sassenage pour plus grande seureté en désire avoir 
de nous approbation et ratification, en nous humblement requé- 
rant qu'il nous plaise de nostre grâce ainsy le faire : pour ce est il 
que nous mémoratif et records comme ledit sieur de Sassenage 
par nostre vouloir et commandement se alla mettre dedans la 
ville de Saluées où il nous a faict les services dessus dits, ayant 
aussi considération ù plusieurs grands et agrt^ables services qu'il 
l\ . {Troisième série.) 5 



6C 

a faicts à nostre dit feu seigneur et père, que Dieu absolve, et à 
nous, tant au faict de nos gneres que autrement, nous pour ces 
causes et autres qui à ce nOus ont meu, voulans favorablement 
incliner à la requeste dudit sieur de Sassenage avons voulu et 
nous plaist que vostre ditte ordonnance et déclaration luy soient 
observées et entretenues ; et lesquelles de nostre certaine science, 
pleine puissance et authorité royalle, dalphinale, nous authori- 
sons, confirmons et approuvons, voulons et noua plait que ledit 
sieur de Sassenage et ses hoirs et successeurs en jouissent et 
-qu'elles leur soient de telle valeur et effect que si par nous elles 
aVdieut esté faites. Et de nostre plus ample grâce et en tant que 
besoin seroit, nous donnons de nouvel audit sieur de Sassenage 
lesdits laods et vends qui nous pourroient estre deubs àcause'de 
ladite véndition et engagement, et aussy les laods et vends, les- 
quels pour le temps à venir, quand il ou ses hoirs et succes- 
seurs rachepteroient ladite ville et chasteau du Pont en Tîoyans 
nous pourroient estre deubs. Si, nous mandons et commandons 
et à un chacun devons comme il appartiendra que de nos pré- 
sentes grâce, ratification, approbation, don et choses dites vous 
' faictes, souffriez et laissez ledit sieur de Sassenage et ses succes- 
seurs jouir et user pleinement et paisiblement, sans luy donner 
ne à sesdits successeurs aucun destourbier ou empêchement au 
contraire. Et rapportant cesdites présentes signées de nostre 
main ou vidimus d'icelles faict soubs scel royal ou dalphinal, 
et quittance ou reconnoissance sur ce suffisante seulement, nous 
voulons nostredit trésorier dudit pays de Dauphiné ou autre à 
qui ce pourra toucher en estre tenu quitte et deschargé en ses 
comptes partout 6ù il appartiendra sans difficulté ; car tel est 
nostre plaisir, nonobstant quelconques ordonnances, restric- 
tions, mandements ou deffenses à ce contraires. Donné au Pies- 
sis du Pai-c, le vingtiesme jour de novembre, l'an de grâce mil 
quatre cents quatre vingts neuf et de nostre règne le sepliesme. 
CHARLES. Par le roy dauphin, les sires du Bouchage et de Gri- 
mant et autres présents, .1. Robineau V 

Ces lettres patentes furent entérinées au parlement de Dauphiné , le 
30 mars 1490. 

1. Cette charte est extraite du ms. lat. n" 5456 de ia Bibl. Nat. (t. 1 18 et s.). Elle 
y est indiquée comme tirée des registres de la chambre des comptes et rour des fi- 
nances de Dauphiné. 

Lucien MERLET. 



LES CROCODILES 



L'HOTEL DE VILLE DE NIMES. 



Quand on visite l'hôtel de ville de Nîmes, ce qui frappe tout d'abord 
les regards, c'est la vue de quatre énormes crocodiles, conservés sui- 
vant le mode égyptien, et qui se tiennent cramponnés au plafond d'une 
des salles de l'édifice. L'étranger se demande ce que font là, à une 
place d'honneur , ces animaux amphibies, singulier ornement d'une 
maison commune , qui serait mieux placé dans un musée d'histoire 
naturelle. Mais l'étonnement cesse bientôt quand on apprend que le 
crocodile, ce dieu de la vieille Egypte, joue un rôle important dans 
les origines de l'antique cité de Nemausus, et forme l'un des symboles 
de sa fondation. Écoutons d'abord Wénard, le docte historien de la 
ville qu'on a si justement surnommée la Rome gauloise. 

— « Ce fut des soldats vétérans de l'armée que ce prince (César Au- 
guste) a voit amenée dans cette province (la Gaule Narbonnoise) pour 
la conduire dans la Grande-Bretagne , que la colonie de Nîmes fut 
fondée, et que celles qui étoient déjà fondées en ce pays furent ren- 
forcées et repeuplées. Il paroît même que ces vétérans furent particu- 
lièrement tirés, pour celle de Nîmes, des légions qui avoient servi dans 
la guerre d'Egypte ; comme en fait foi le type de la célèbre médaille que 
cette colonie fit frapper alors en l'honneur d'Auguste, et dont les figures 
symboliques caractérisent avec évidence cette importante conquête. 

« Les habitans de la colonie voulant remplir les devoirs de la re- 
connoissance, et donner des marques publiques et durables du ressen- 
timent qu'ils avoient de cette fondation, ne crurent pas pouvoir le faire 
avec plus d'éclat qu'en fesant frapper une médaille de moyen bronze. 

« Ils choisirent pour sujet de cette médaille l'événement qui se pré- 
sentoit alors le plus glorieux et le plusllatteur pour Auguste, c'est-à- 
dire, la célèbre victoire d'Actium, par laquelle ce prince étoit devenu 
maitre de l'Egypte et de rEmpIre, C'est ce qu'ils exprimèrent par un 
crocodile attaché avec une chaîne à un palmier , d'où pend une cou- 
ronne civique ou de chêne d'un côté, et une manière de bandelette ou 
de rubans de l'autre : symboles évidens de l'Egypte et de la conquête 
qu'Auguste en avoit faite. Ils y joignirent ces mots : COL. NEM., qui 
tiemirnt lieu de légende , et qui signifient colonia Ncmausensi , pour 

5. 



68 

inarquei- que c'étoit la nouvelle colonie de Nîmes , qui consacroit ce 
monument à son fondateur i. » (T. 1, p. 25.) 

Depuis cette époque mémorable, la médaille de la colonie romaine 
de Nîmes est devenue pour la vieille cité comme son principal titre de 
noblesse et d'antiquité. On la retrouve empreinte sous toutes les formes 
sur les monuments de toute sorte qu'elle renferme dans son sein. Or, 
comme le crocodile est l'objet le plus saillant de cette médaille, c'est 
lui surtout qu'on s'attache à représenter. Il figure dans les armoiries de 
la ville, et semble présider ainsi à chacun des actes de la commu- 
nauté. Si l'on oubliait que Nîmes est une ville chrétienne, on serait 
vraiment presque tenté de croire qu'à l'instar de la vieille Egypte, 
elle adore, elle aussi, cette antique divinité des roseaux du Nil ; mais 
non, elle voit dans ce symbole un souvenir de son ancienne noblesse, 
de sa splendeur originelle; il y a là comme une voix majestueuse qui 
dit de siècle en siècle à chaque citoyen : Tu es du sang du peuple-roi ! 

Ge dut donc être un jour de fête pour la citénîmoise, lorsqu'en 
1597 on apporta dans son sein pour la première fois un vrai crocodile 
venu des rivages du Nil. On lui assigna tout naturellement une place 
d'honneur. Écoutons ici encore l'historien Ménard : 

— « Je ne crois pas devoir passer ici sous silence que, cette année 
1597, les habitans de Nîmes eurent occasion de se procurer pour la 
première fois un crocodile, et qu'ils le placèrent à l'hôtel de ville; ce 
qui étoit d'autant plus heureux que cette espèce d'animal amphibie 
forme à la fois, et le type de la célèbre médaille frappée sous les Ro- 
mains par la colonie de cette ville, et la principale des figures qui oc- 
cupent le champ de ses armoiries. On s'en est depuis procuré d'autres. 
Ils sont tous aujourd'hui, au nombre de quatre, placés et suspendus 
avec des chaînes de fer aux poutres de la grande sale {sic) de l'hôtel^de 
ville. Le millésime et le consulat y sont marqués contre une plaque de 
fer-blanc qu'on a placée sur le ventre des crocodiles. « (T. V, p. 293.) 

Le millésime et les noms des consuls de Nîmes alors en charge, tel- 
les sont, en effet, les seules indications qu'on possède sur les trois pre- 
miers de ces crocodiles arrivés dans notre cité en 1597, en 1671 et 
en 1692. Mais le quatrième et le plus beau, par sa grosseur du moins, 
porte sur son ventre une inscription plus longue ; on y lit : 

« Ce crocodile a esté donné à la ville par sieur Abraham Poussielgue, 
niar', natif de cette ville, résidant à Malthe, et transporté par les spings de 
sieur Jean Auvellier, mar', bourgeois, assesseur de la seconde échelle. » 

1. L'autre côté de la médaille représente les lêtes d'Auguste et <l'Agrippa, les deux 
liéros de la fameuse journée d'Actium. 



69 

Occupé à clasiier et à inventoiier les archives de l'hôtel de ville de 
Nîmes, nous avons trouvé dans un registre la lettre originale cVenvoi 
du susdit animal. Cette lettre nous semble mériter d'être connue d'a- 
bord à cause des sentiments patriotiques qu'elle exprime, et ensuite 
comme pièce d'éclaircissement à Vhistoire des crocodiles de Nîmes. 
La voici donc textuellement, avec son orthographe parfois quelque 
peu étrange : 

" Messieurs ' , 
« Quoy que mon comerce mais reteneu depuis pleusieurs au- 
nées dans ce pais, leloignemant ni les longueurs du temps n'ont 
faict aucune brèche sur l'amour que jai pour la patrie, et je ne 
désespère pas daller un jour jouir du plaisir dy goûter un par- 
faict repos. Cepandant ayant este informe que vous aves cons- 
truit une nouvelle maison de ville, je veux avoir l'honneur de 
contribuer, autant que je puis a l'orner, par un monument, qui 
cellon que jespere ne vous desagreera pas, et pour cest esfet, je 
me suis advise de fere venier d'Egipte, un crocodille, des plus 
grand quond a peut trouver, j'ai este servi cellon que je le 
soiettes. Je prand, messieurs, la liberté de vous l'offrier comme 
une marque de mon attachement inviolable au bien de la pa- 
trie, et à vos personnes en particuliers. — Monsieur Jean Au- 
velliers, mon intime amy, aura la boute de vous le presanterde 
ma part, agréés le, messieurs, et faictes moy la grâce de le faire 
placer ou vous jugeres quil vous puisse servier d'ornement 
dans vostre nouvel esdifice, qui cellon quond ma assure est très 
beau et digne de vos applications infatigables au service du pu- 
blic qui est tousjours heureux soubz de magistrats qui ont au- 
tant de probité et de vigilance que vous en aves. Je vous soietle, 
messieurs, et pour vostre communauté, et pour vos personnes 
eu particuliers, toute sorte de prospérité, et je vous prie destre 
plainemant persuades que je rechercheray toutle ma vie avec em- 
preceinant les occasions de vous faire conoistre que je suis avec 
un profonds respect et un zèle inviolable, 

'« Messieurs, 
'< Vostre Ires humble et très obbeisant serviteur, 

" POLSSIELGUE. » 

1702 le 7V aoiist à MalUie. 

I . Au pird (Je la IcUrc on lit : Mess, les Eschcvim et Maire, JSismcs. 
Maximi i.k MOINT-ROIND. 



DU MUSEE DU LOUVRE. 



La révolution a passé aussi par le palais des arts. Celui qui 
n'a pas visité la galerie du Louvre depuis 1848 est, au premier 
aspect, frappé de surprise en la revoyant aujourd'hui. 11 ne sait 
plus où il est ; il ne retrouve ni ses anciennes connaissances ni ses 
anciennes impressions ; tous les objets sont changés de place ; les 
dieux, les montagnes et les mers ont été transportés. 11 se croi- 
rait en présence d'une création nouvelle, s'il ne s'apercevait que 
ce nouveau monde est formé des débris de l'ancien- En effet, il 
n'y a de détruit que l'ordonnance générale ; les détails subsis- 
tent, aucun n'a péri ; d'autres même apparaissent pour la pre- 
mière fois. Seulement, il chercherait en vain autour de lui la 
Seine et le Carrousel : les fenêtres ne sont plus, et le beau fleuve 
et la grande place ont été supprimés * ; la galerie est convertie 
en un luisant tunnel, éclairé d'en haut par de longs châssis. De 
quelque côté qu'il se tourne, il ne voit rien que des tableaux, et 
n'a pas la moindre place vide pour se reposeï* la vue. S'il s'en- 
gage sous cette voûte sans fin, il est ébloui ; ses yeux, tenus en 
action continuelle, papillotent et se troublent; bientôt la satiété 
et la fatigue le gagnent et le forcent à reculer. 

Il est vrai que le mal est ancien, et que la forme de l'édifice 
l'aggrave singulièrement. Quoi de plus ingrat, en effet, pour 
une exposition de tableaux, qu'une éternelle galerie, qui les pré- 
sente tous de biais aux yeux du spectateur, et qui l'oblige en 
s' avançant de tourner perpétuellement la tête sur l'épaule , ou 
d'effectuer sa marche par des pas de côté ? 

Mais la faute en remonte bien haut. Celui qui voulut unir le 
Louvre aux Tuileries eut les premiers torts; car ce fut, je crois, 
une idée malheureuse de marier ensemble deux palais qui n'é- 
taient pas faits l'un pour l'autre. Ensuite, celui qui imagina de 

(1) On a conservé les deux fenêtres qui sont en saillie sur le dehors, et qu'on 
n'aperçoit de l'intérieur qu'à très-peu de distance. 



71 

convertir la galerie en musée ne fut pus mieux, inspiré. Aujour- 
d'hui , il ne peut venir à l'esprit de personne de demander 1^ 
destruction de ce qui est. Pour mon compte, je rue réjouis, au 
contraire , non-seulement du prochain achèvement de ce paljiis 
gigantesque , formé du liOuvre et des Tuileries , auquel il ne 
manquera hientôt plus qu'un nom, mais encore de la construc- 
tion de nouveaux édifices, destinés à couvrir une partie considé- 
rable de cette immense place, dont la nudité ferait un désert et,, 
dont l'étendue écraserait les bâtiments qui la terminent. Dans 
l'état où nous la voyons, ce n'est plus véritablement une place, 
c'est un espace autour duquel ces somptueux bâtiments, qui 
n'auraient pas trop de huit à dix étages pour être en rapport 
avec le vide intermédiaire, ne ressemblent pas mal à des murs de 
clôture. Quoi qu'on fasse, ils paraîtront toujours, je le crains, 
d'une élévation insuffisante; cependant, si l'on creuse la place de 
manière à ramener l'écoulement des eaux du périmètre vers le 
centre et à renverser le segment sphérique qui la surmonte, 
c'est-à-dire à rendre concave ce qui est convexe, on pourra faci- 
lement gagner une profondeur centrale de cinq ou six mètres, et 
grandir d'autant, en perspective, les deux galeries latérales. 
Mais revenons à notre sujet, et rentrons au Musée. 

Autrefois les tableaux étaient classés par écoles, ce qui déjà 
ne me paraissait pas un classement très-heureux ; maintenant ils 
sont classés et par écoles et par ordre chronologique, ce qui me 
semble d'un effet détestable. Les hommes d'étude aiment les 
classifications , et tout le monde doit les aimer quand il s agit 
de science. Mais ici le cas est bien différent ; et si la classifica- 
tion a l'avantage de mettre sous les yeux toute l'histoire de la 
peinture en chaque pays, et dètre fort utile pour les travaux 
des érudits et même des artistes, elle est vicieuse par rapport à 
l'art, et le public n'en reçoit que du détriment. On ne doit pas 
en effet arranger un musée comme «ne bibliothèque ou comme 
un cabinet de géologie. Pour la très-grande majorité des per- 
sonnes qui fréquentent le Louvre , plaire et toucher, voilà la 
question principale à résoudre par ^administratio^; instruire 
n'est que l'accessoire : aussi ne peuvent-elles goûter un systèuie 
qui sacrifie entièrement l'art à 1^ science. 

La division par écoles, excellente pour la comparaison des 
[Kunlures nationales, nuit à la variété et aux contrastes. L ordre 
chronohigique, très propri* à mcltre en évidence rinllui'nce et 



72 

le développement des principes, ainsi que les périodes de pro- 
grès ou de décadence, a quelque chose de froid et de contraint. 
Il me semble donc qu'une collection de tableaux, pour être con- 
venablement ordonnée , devra satisfaire à deux conditions : la 
première, que chaque tableau, exposé à son jour, soit éclairé 
autant, mais non plus quil ne le demande; la seconde, qu'il 
soit en harmonie, pour la peinture et le sujet, avec les tableaux 
voisins, et même avec tout ce qui l'entoure. Ces deux règles, si 
elles étaient admises, seraient la condamnation de l'arrangement 
actuel . 

D'abord, la lumière, au lieu d'avoir été distribuée avec me- 
sure, a été versée à flots sans distinction, c'est-à-dire sans qu'on 
ait tenu compte ni de la nature du sujet ni de l'état du dessin et 
des couleurs. Or il y a pour chaque objet une clarté comme une 
distance à laquelle il veut être vu. Celle-ci est laissée au discer- 
nement du spectateur, qui s'approche ou s'éloigne à son gré. 
Celle-là ne dépend pas de lui : trop forte ou trop faible, il voit 
trop ou trop peu ; car, dans une exposition , il s'agit moins de 
faire voir que de faire paraître ; moins de découvrir les défauts 
que démettre en évidence les qualités; et puis, tel genre de 
beauté soutiendra l'éclat du soleil, tandis que tel autre ne devra 
se produire qu'à la lueur du demi-jour. Quoique la plupart 
des toiles gagnent en définitive à l'irruption de cette grande 
lumière, un bon nombre d'autres, j'ose le dire, et j'en citerai 
tout à l'heure un notable exemple, y perdent une partie de leur 
charme. 

En second lieu, ces toiles, qui sont forcées de se ranger l'une 
contre l'autre, suivant leur pays et leur âge, se trouvent-elles 
bien à leur place ? Qui voudrait affirmer que celle-ci ne ferait 
pas mieux auprès de celle-là? Où est d'ailleurs la variété, le 
contraste, l'harmonie? Évidemment, toutes les lois essentielles 
à l'art ont été violées sous l'empire de cette double constitution 
géographique et chronologique. Ce n'est pas seulement à l'aspect 
général, c'est encore et surtout à l'effet de chaque composition 
en particulier que l'exigence de la science cause le plus grand 
préjudice. Les tableaux voisins, n'étant pas en rapport entre 
eux, loin de se faire valoir l'un l'autre, se déprécient mutuelle- 
ment. L'imagination serait moins gênée, et l'impression plus vive 
et plus franche, s'ils étaient isolés. Ici, dans les tons comme 
dans les sujets, règne une fatigante uniformité ; là, au contraire, 



73 

ce n'est que contradiction et disparate. Ou vous n'êtes point 
affecté, ou vous êtes assailli à la fois par des sensations et des 
sentiments qui se heurtent et se nuisent. Nulle transition n'est 
ménagée; la monotonie ne cesse que pour faire place à des dis- 
cordances. Voilà pourquoi il est impossible de rester une heure 
à considérer les tableaux du Louvre , dans leur ensemble ou 
dans leur suite, sans être saisi de vertiges et sans tomber dans 
une sorte d'épuisement. 

Tl n'y a de remède à ce mal que dans un changement de sys- 
tème, c'est-à-dire dans la substitution d'un arrangement d'artiste 
à un arrangement de savant. 

Qu'il me soit permis de donner mon avis et de proposer ce 
qui me paraît le meilleur. On pourra blâmer ce que je propose, 
mais on ne devra pas me blâmer de l'avoir proposé. De mon 
côté, quoique j'aie foi à mon système, je prétends moins que 
personne avoir raison contre tous. 

Le Louvre étant devenu un double musée, savoir, un musée 
d'arts et un musée d'archéologie, les deux genres menacent au- 
jourd'hui d'empiéter l'un sur l'autre et de se confondre. Cepen- 
dant le beau ne souffre point d'alliage, et le public qui va pour 
le voir est déçu, lorsqu'avec le beau ou lui montre ce qui n'est 
qu'ancien. Il est temps, je crois, d'élever une barrière infran- 
chissable entre les deux collections ; autrement l'une et l'autre 
perdront leur caractère et manqueront leur but. Ainsi, ayez au 
Louvre deux départements distincts, et, pour que personne ne 
se méprenne, inscrivez sur la porte de l'un : Musée des arts, 
et sur celle de l'autre : Musée d'archéologie. Placez dans le 
premier tous les chefs-d'œuvre, tant anciens que modernes, et 
réservez pour le second les antiquités et les curiosités. D'un 
côté, on ira admirer la Vénus de Milo, la Diane chasseresse, la 
Vénus de Guide (en ayant soin de cacher le reste du buste), les 
œuvres de Jean Goujon, de Bouchardon, des Coysevox; et, au 
premier étage, les Raphaël, les Lesueur, les Gelée, les Murillo, 
les David ; d'un autre côté, on pourra étudier les monuments 
égyptiens, assyriens et môme mexicains, quoique ces derniers 
me semblent peu dignes encore des honneurs d'un palais *. 

^8 deux divisions établies, la première devrait être arrangée 



(i; Je ni: parle pas (lu MiiMic <l<; la marine , qui n'e^t (lu'uiic .siicciitMile de Saint* 
rliomah (l'AqHin, <-t ilniit la |il;ue 'iii Louvre ne |ieul Hw que |)ii)viN(Mrr 



74 

uniquement en vue du beau et suivaut lies règles du goût, et la 
seconde elassée dans l'ordre le plus avantageux pour létudie. 
L'administration possède chez elle les moyens d'exécuter ce grand 
travail : elle a d'une part les artistes, et de l'autre les savants les 
plus capables de la servir. Seul^ent , qu'elle ait soin de coa- 
tenir chacun dans son domaine, et de ne pas appliquer aux 
questions d'art les facultés qui doivent être réservées à la 
science. 

Une opération préalable et des plus importantes à faire, dans 
l'intérêt du Musée, serait de réduire le nombre des tableaux : il 
y en a beaucoup trop , et l'excès ajoute à la fatigue sans rien 
ajouter au plaisir. Il faudrait donc éliminer des salles tous ceux 
qui servent seulement à combler des lacunes, ou qui ne se recom- 
mandent que par des qualités secondaires, afin de n'exposer aux 
yeux du public que les productions les plus remarquables des 
peintres les plus célèbres. Le reste serait transporté dans un 
autre local, pour l'usage des savants , des artistes et des cu- 
rieux. 

Cette élimination , outre qu'elle profiterait à l'art en même 
temps qu'aux visiteurs, aurait encore l'avantage de permettre à 
l'administration de ménager entre les toiles un peu de vide, 
qui les détacherait les unes des autres beaucoup mieux que les 
cadres, et qui, en marquant un repos à la vue et à la pensée, 
préparerait la transition au sujet suivant. 

Les médiocrités étant écartées, il s'agit de procéder à l'arran- 
gement général. Pour cela, on devrait se figurer que toutes les 
toiles ont été peintes dans le même lieu, dans le même temps 
et par la même main ; puis on les disposerait toutes unique- 
ment pour le plus grand charme des yeux et de l'imagination. 
C'est, comme on voit, une affaire de goût, de tact et de senti- 
ment ; ce qui ne veut pas dire que la chose soit facile ; au con- 
traire, l'arbitraire ne fait qu'en augmenter la difficulté. Mais la 
tâche n'est pas au-dessus des artistes qui en seraient naturelle- 
ment chargés par leurs fonctions, et, si j'ose ici me citer, je m'en 
rapporterais entièrement à eux : d'abord parce qu'ils ont des 
titres incontestables à la confiance que je témoigne; ensuite, 
parce que le résultat auquel ils arriveraient, serait, quel qu'il 
fût, nécessairement supérieur à ce que nous voyons aujourd'hui. 
Certes , ils ne parviendraient pas du premier coup à la perfec- 
tion, et des réclamations plus ou moins justes s'élèveraient de 



75 

toutes parts; mais ils proûteraienl des buu.s conseils, et hientôt, 
j'en suis persuadé, l'approbation du public fermerait la bouche 
aux opposants. 

Si donc la variété que je réclame était partout, observée, où 
serait le mal? Assurément, je ne veux pas d'excès, et je n'en- 
tends nullement qu'elle s'introduise parmi les tableaux qui for- 
ment une suite. Par exemple, je ne séparerais ni les saints Bru- 
nos de Lesueur, ni les Maries de Médicis de Rubens, ni les ports 
de mer de Vernet ; mais j'aimerais la variété pour tous le* au- 
tres cas. Je désirerais même qu il fiît possible de la porter beau- 
coup plus loin , et de marier à la peinture les statues, les bustes 
et les vases. Tous ces objets s'accorderaient très-bien ensemble 
et se rehausseraient réciproquement. Malheureusement les salles 
n'ont peut-être pas assez de largeur pour comporter un pareil 
assemblage, surtout avec la foule qui s'y presse les jours publics. 

Quant à l'harmonie et aux contrastes, n'est-il pas manifeste 
qu'ils concourent et servent merveilleusement à l'effet , et que . 
s'ils sont à ménager pour les yeux , ils le sont encore plus pour 
la pensée. Par conséquent, s'il ne faut pas mettre deux descentes 
de croix l'une près de l'autre, on mettra encore moins le Christ 
à côté d'une bacchante; tandis qu'on pourra très-bien rappro- 
cher le Christ de telle marine de Vernet, et la Vierge de tel pay- 
sage du Lorrain. Je tiendrais même à observer l'harmonie jusque 
dans les cadres, et je laisserais aux vieux tableaux leurs vieux 
cadres et leurs vieilles dorures. On doit éviter, en effet, que 
l'éclat et la fraîcheur de l'or ne pâlissent et ne flétrissent une 
toile déjà terne ou effacée. Mais l'or bruni ou mat est nécessaire 
à toutes les bordures, et je ne saurais approuver les encadre- 
ments de Rousseau ; il faut les abandonner aux chefs-d'œuvre 
de son élève. 

Je ne me fais pas illusion, et je sens parfaitement que, quand 
bien môme j'aurais raison mille fois, on n ira pas, sur la demande 
du premier venu, bouleverser tout d'un coup le Musée. Je ne 
conçois donc pas la moindre espérance de voir accueillir le plan 
que je propose. Aussi, tout ce que je demanderais actuellement 
serait qu'on voulût bien en faire l'essai dans une salle, avec des 
tahleaux qui n'ont reçu qu'un classement provisoire. Cette expé- 
rience, qui ne troublerait en rien l'ordre établi, cl qui serait 
intéressiinle pour tout le monde, ne présenterait assurcment au- 
'•iin<' diflinillc m 1 iidminisiralion. Si l'on nrobjrcl.iit «pi'rllr esl 



déjà faite, et que le saiou carré, dans lequel ou n'a tenu compte 
ni des écoles ni des dates, satisfait depuis longtemps à mon dé- 
sir, je répondrais que non, attendu qu'on a voulu, en le com- 
posant, y réunir les principaux modèles de tous les genres de la 
peinture, et nullement y présenter un assortiment de tableaux 
qui fussent tellement en rapport entre eux, que chacun y parût, 
non-seulement avec tous ses avantages propres et absolus, mais 
en outre avec tous ceux qu'il pourrait tirer de son voisinage. 
Du moment qu'il n'y a pas eu conformité de pensées, l'on 
ne peut s'étonner qu'il y ait différence de résultats. 

Ce magnifique salon, pour en dire un mot avant de finir, est 
éclatant de lumière et resplendissant de richesse. C'est la réunion 
des gloires du pinceau ; les chefs-d'œuvre des chefs-d'œuvre sont 
là. Mais gagnent-ils tous également à être ainsi rassemblés? Ce 
jour et cette pompe conviennent-ils bien à chacun ? N'en pour- 
rait-on nommer qui sont écrasés plutôt que grandis par une si 
splendide exposition ? La Vierge au Clocher^ par exemple, parle- 
t-elle aux yeux et au cœur comme elle parlait jadis en cette 
place retirée et paisible, sous cette lumière douce, dans ce calme 
et ce silence du fond de la galerie, où les fidèles n'approchaient 
qu'avec recueillement? Soutient-elle bien toute sa prééminence 
au milieu de ces grandes toiles, à cet éclat solaire, à ce lieu d'ar- 
rivée et de presse ? Enfin le sentiment religieux n'a-t-il pas souf- 
fert et le charme n'est-il pas affaibli? Je vous en fais juges, mes- 
sieurs du Musée. Voyez la foule qui entre ou qui sort; elle se 
trouve , sans qu'elle s'en doute , aux pieds de la plus belle des 
vierges de Raphaël, et cependant, elle passe devant sans la re- 
garder. Bref, les toiles de grande dimension ou celles du coloris 
le plus vif et le plus frais sont, à mon avis, les seules capables 
de supporter l'épreuve du salon carré. 

Et puis, qu'on me permette encore cette question : Est-il bien 
expédient de montrer tout d'abord au public ce que le Musée 
possède de plus exquis , et de placer, pour ainsi dire, le sanc- 
tuaire à la porte du temple ? Après qu'on l'aura vu , devra-ton 
aller plus loin ? Je conçois un salon d'honneur à l'extrémité de la 
galerie ; mais sur le seuil ! en vérité, je crois que c'est un con- 
tre-sens. L'administration actuelle, qui n'en est pas l'auteur, ne 
doit pas mettre son amour- propre à le perpétuer. Espérons 
qu'un jour cette belle pièce, qui n'est en réalité qu'un vestibule, 
répondra mieux à sa destination. 



77 

Je suis donc médiocrement content de celte partie privilégiée 
du Louvre, et j'en regrette même l'ancienne décoration. Je re- 
grette particulièrement les tableaux de Lebrun , qui semblaient 
avoir été composés tout exprès pour en décorer les hauteurs. 
Outre qu'ils produisaient un grand effet par eux-mêmes , ils 
avaient encore cet avantage d'aider puissamment à l'effet de ceux 
au-dessus desquels ils étaient placés. Aujourd'hui, les toiles de ce 
grand compositeur, qui formaient une introduction majestueuse 
à la galerie, ont passé dans la salle des Gardes de Hpnri II, après 
avoir été reléguées longtemps dans une salle obscure , où elles 
paraissaient entièrement éteintes et sans valeur; mais elles ne 
sont guère mieux éclairées dans leur nouveau domicile. 11 vau- 
drait autant, à mon avis, les replier et les mettre en magasin. 

Mais s'il y a là, dans le grand salon, une toile qui prenne bien 
sa place , qui soutienne son rang sans peine , et se trouve à son 
aise au milieu de ces merveilles de la peinture, c'est la Vierge de 
Murillo. Quoique modeste dans sa grandeur, elle attire sur elle 
tous les regards par la vivacité de son expression, de sa fraîcheur, 
de son éclat. On dirait qu'elle sort des mains de son créateur 
pour élever avec ivresse vers les cieux le fruit déposé dans son 
sein. S'il est vrai que le peintre ait pu représenter sous les traits 
de sa fille la reine des anges, quel bonheur pour le père et quelle 
fortune pour le peintre ! A la vérité, cette perle dont la France 
vient de s'enrichir coûte, dit-on, un peu cher : c'est possible; 
mais un pays a toujours raison, je crois, d'acquérir des ouvrages 
de cette excellence, quand il est assez riche pour les payer argent 
comptant. 

Benjamin GUÉRARD , 

de l'Institut. 



78 

BIBLIOGRAPHIE. 

Histoire du pbieubé du Mont aux Malades tés Rouen; par 
l'abbé P. Langlois. Rouen, Fleury, 1851. — 1 vol. in-8° de xii et 458 p., 
avec 2 planches. 

Le prieuré du Mont aux Malades était une léproserie fondée au commen- 
cement du douzième siècle et desservie par des chanoines de l'ordre de Saint- 
Augustin. M. l'abbé Langlois a consigné dans son livre tous les souvenirs 
qui se rattachent à l'histoire de cette maison : il passe en revue les dona- 
tions des bienfaiteurs, les mœurs et la condition des religieux et des mala- 
des, la vie et les travaux des prieurs et des chanoines. Il décrit soigneuse- 
ment les bâtiments qui subsistent encore. — Les rapports de Thomas 
Becket avec Nicolas , prieur du Mont aux Malades , jettent un éclat inat- 
tendu sur les premières pages de l'histoire de cette église. M. Langlois 
s'est empressé de saisir cette bonne fortune, et a tiré de la correspondance 
du saint archevêque plusieurs chapitres qu'on lit avec un véritable intérêt. 
A l'occasion d'une église bâtie en 1174 au Mont aux Malades en l'honneur 
de saint Thomas de Cantorbéry, l'auteur a réuni des détails assez abon- 
dants sur les origines du culte rendu à ce saint en Angleterre ;, en France 
et en ItaUe. Je regrette qu'il n'ait pas connu la dédicace de l'église Saint- 
Thomas de Saint-Lô, qui fut célébrée le 28 juillet 1174, et dont l'acte est 
transcrit dans le Cartulaire de l'abbaye de Saint-Lô. — Les archives du 
Mont aux Malades ne fournissent guère de renseignements nouveaux pour 
l'histoire des lépreux, M. Langlois en a cependant tiré une curieuse statis- 
tique que je crois pouvoir reproduire ici, en avertissant que le Mont aux 
Malades, obligé de recevoir les lépreux de vingt et une paroisses de Rouen, 
donnait encore asile à différents étrangers. Il y avait dans cette maison 
dix-sept lépreux et quinze lépreuses en 1254 ; dix-neuf lépreux et quinze 
lépreuses en 1258 ; douze lépreux et dix-sept lépreuses en 1265 ; affluence 
de lépreux en 1415 et 1475 ; trois lépreux et plusieurs étrangers en 1524 ; 
sept en 1529; six en 1540 ; deux en 1543 et 1544 ; aucun en 1549 ; deux en 
1559; un en 1615. Le dernier cas de lèpre mentionné dans les archives du 
prieuré est de 1694. 

Des lithographies assez médiocres représentent les tombes de Mathilde, 
veuve de Laurent le Chambellan , morte en 1293, et de Laurent le Bas et 
de sa femme, morts l'un en 1400, l'autre en 1389. 

M. Langlois a publié en appendice une vingtaine de pièces justificatives, 
dont la plupart étaient inédites. On y remarque une charte de Geoffroi 
Plantagenet, trois de Henri II, une de Henri fils de Henri II, et plusieurs 
pièces de la correspondance de Thomas Becket. Les chartes sont tirées 
des Archives Nationales et des Archives de la Seine-Inférieure ; les lettres 
sont données d'après les mss. de la Bibliothèque Nationale et l'édition du 
docteur Giles. 



79 

Le soin le plus consciencieux a présidé à la composition de ce volume, 
et l'intérêt que M. Langlois sait donner à son récit, ne laisse pas au lecteur 
le temps d'observer un très-petit nombre d'inexactitudes, qui ne sont même 
pas toutes imputables à l'auteur. Il nous permettra de lui en signaler deux 
ou trois : capitalis justicia aurait dû se traduir<^ par sénéchal de Norman- 
die et non j-ar bailli de Rouen (p. 84). — Je serais bien surpris que la 
charte de Philippe-Auguste, analysée p. 90, fût datée du 7 novembre 1200 
à Montargis. — Au lieu de Roberto de Scuto (p. 401, lig. 3), il faut pro- 
bablement lire R. de Stutevilla. — La charte de Gilbert Foliot, évêque 
de Londres, telle qu'elle a été publiée par le docteur Giles (Patres eccl. 
angl., t. XLI, p. 50), et reproduite par M. Langlois (p. 423), contient 
une faute assez grave, qui a fait commettre un contre-sens à l'auteur de 
['Histoire du Mont aux Malades (p. 81) : le mot Ecclesiœ qu'on voit pres- 
queà la fin de cette charte est, à n'en pas douter, une mauvaise lecture du 
mot Cecilise , et le sens de la phrase est que la donation de l'église de 
Feenges a été l'objet de trois chartes : la première émanée de Cécile [Tal- 
bot], la deuxième de Tévêque de Londres, la troisième de l'archevêque de 
Cantorbéry. — Je m'étonne que l'original d'après lequel INI. Langlois a 
publié (p. 425) une lettre d'Alexandre III, soit dépourvu de date; d'après 
les usages constants de la chancellerie de ce pape, la lettre originale aurait 
dû [lorter la date du lieu et du jour du mois. 

L. D. 

Le Tbésor de Pau, archives du château d'Henri IF; par Gustave de 
Lagrèze. Pau, E. Vignancour, 1851. — 1 vol. in-8° de 364 p. et 12 plan- 
ches lithogr. 

L'auteur de ce livre s'est proposé de faire connaître au public les archi- 
ves du département des Basses-Pyrénées. En s'aidant des travaux de l'ar- 
chiviste , iVI. Perron, il passe en revue les fond.s composés d'actes anté- 
rieurs à 1789, et dresse linventaire des principales pièces contenues dans 
chacun de ces fonds. 

La partie la plus importante des archives des lîasses-Pyrénées se com- 
|)0.se du Trésor de Pau, c est-à-dire des archives des anciens souverainsde 
Béarn et de Navarre. A proprement parler, ces collections ne contiennent 
pas de documents antérieurs au treizième siècle ; mais à partir de cette 
époque elles fournissent de nombreux renseignements sur la généalogie et 
la succession des souverains de Béarn et de Navarre, sur leurs rapports 
avec les rois de France et d'Angleterre, et principalement sur l'administra- 
tion de leurs États. Tels sont des traités de paix , des contrats de mariage. 
des testaments , des ordonnances , des actes d'hommage et des chartes 
d'affièveriient, c'est-à-dire d'affranchissement ou d'abonnement. Parmi les 
richesses du Trésor de Pau, on peut distingui r les comptes des do- 
maines du roi de Navarre de 1422 à 1770 , une série des comptes de la mai- 
son du roi de Navarre de 1576 à 1589. de nombreux docunienl.s sur \n 



80 

États de JJéarn depuis ie quinzième siècle, et d'anciens textes des fors de 
Béarn et de différentes coutumes locales. 

Les archives ecclésiastiques ne sont pas, à beaucoup près , aussi cu- 
rieuses que les archives civiles. Cependant M. de Lagrèze signale, dans 
quelques fonds, des pièces du dixième siècle. 

Quoique les notices analytiques ne soient pas toujours rédigées avec le 
soin et l'exactitude que demande ce genre de travail , le .plus souvent elles 
suffisent pour donner une idée du contenu de la pièce , et en laissent en- 
trevoir l'importance. 

L'auteur a fait lithographier à la fin du volume les signatures de diffé- 
rents princes et personnages célèbres (du quinzième au dix-huitième siè- 
cle), les lettres ornées qui se voient en tête de deux chartes de Charles VII, 
et les sceaux de François , archevêque de Bordeaux en 1387, de Gaston 
Phœbus et de Henri IV. L. D, 

Notices, mémoires et documents publiés par la Société d'agricul- 
ture, d'archéologie et d'histoire naturelle du département de la Manche, 
l" volume, repartie. Saint-Lô, Élie fils, 1851 .— 1 vol. in-8" de 223 pages. 

Une simple énumération des principaux articles contenus dans ce vo- 
lume suffira pour faire apprécier le mérite des travaux de la Société du 
département de la Manche.— Notice sur l'église de Notre-Dame de Saint- 
Lô, par M. Dubosc : exacte et briève description du monument; explication 
des bas-reliefs et des vitraux ; détermination, à l'aide de documents écrits, 
de l'âge des différentes parties de l'édifice. — De la navigation de la Fire 
au moyen âge, par M. Parey ; ce mémoire, rédigé sur des pièces inédites, 
sera lu avec profit par ceux qui s'intéressent à l'histoire du commerce et 
surtout à l'histoire de la propriété des cours d'eau; l'auteur établit, con- 
trairement à une assertion de Davila , qu'une flotte n'a pas pu remonter 
en 1574 jusque sous les murs de Saint-Lô. — Extrait d'un dictionnaire 
du vieux langage ou patois des habitants des campagnes des arrondis- 
sements de Cherbourg^ Falognes et Saint-Lô, par feu M. Lamarche; l'au- 
teur n'avait pas les connaissances nécessaires pour étudier fructueusement 
les patois, mais il a recueilli plusieurs mots qui manquent dans les ouvra- 
ges publiés sur les patois de Normandie. — Notes pour servir à Phistoire 
du prieuré de la Perrine, par M. Dubosc : origine et nature de l'établis- 
sement, construction des édifices, état des biens du prieuré , catalogue des 
bienfaiteurs, liste des prieurs. Il serait à désirer qu'on possédât des notices 
aussi substantielles sur toutes les maisons religieuses que les auteurs du 
Gallia christiana ont laissées en dehors de leur cadre. — Recherches his- 
toriques sur la famille de Panthou , par M. Dubosc. Dans ce mémoire» 
composé d'après l'histoire d'Orderic Vital et de nombreuses chartes du 
douzième et du treizième siècle, on remarque la description d'une matrice 
de sceau en plomb trouvée à Coutances en 1841 . L. D. 



81 

Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts bt com- 
merce DU PuY. Tome XV. Le Puy, Gaudelet, 1851 . — i volume in-S" de 
866 p. 

Nous n'avons à signaler dans ce volume que les travaux de M. Ayraard, 
archiviste du département de la Haute-Loire. 

Nos lecteurs savent qu'en 1850 M. Mérimée découvrit, dans l'ancienne 
salle de la bibliothèque du chapitre du Puy , une peinture murale où sont 
figurées la Grammaire, la Logique, la Rhétorique et la Musique. Dans un 
rapport qu'il a rédigé sur cette découverte, M. Aymard, s'appuyant sur la 
chronique ms. d'Etienne de Médicis , attribue au chanoine Pierre Odin, 
mort en 1502 , l'honneur d'avoir fait exécuter ces fresques remarquables. 
Il a tiré de cette chronique d'intéressants détails sur l'entrée de Fran- 
çois I" dans la ville du Puy, le 18 juillet 1533 ; à cette occasion, les sujets 
peints sur les murs de la bibliothèque furent représentés par des personna- 
ges vivants. Le rapport se termine par une notice sur Vllniversité de 
Saint-Mayol, sorte de confrérie formée par la réunion des chanoines et des 
clercs de la cathédrale. 

M. Aymard a fait une œuvre utile en publiant (p. 600-778) un ancien in- 
ventaire des titres de la commune du Puy. Cet inventaire^ fort détaillé, a 
d'autant plus d'importance que les pièces qui y sont analysées ont péri par 
le feu en octobre 1653. Les titres ne remontent pas au delà du quatorzième 
siècle. Plusieurs fournissent de précieux renseignements sur les troubles 
qui ont agité le Velay pendant la guerre de cent ans, sur le voyage de 
Charles VII au Puy en décembre 1424 (p. 752), et sur les démêlés des 
bourgeois avec l'autorité ecclésiastique. — La Société du Puy rendra un 
véritable service aux savants en continuant à consacrer une partie de ses 
volumes à la publication de documents inédits. 

L. D. 

Recueil de l'Académie de législation de Toulouse. T. I" (1851- 
1852). Toulouse, Bonnal, 1852. — In-S" de 152 pages. 

L'histoire du droit semble devoir tenir une large place dans les travaux 
de l'Académie de législation qui vient de se former à Toulouse. 

Dans le volume que nous avons sous les yeux, nous trouvons (p. 66) l'a- 
nalyse d'un mémoire où M. Laferrière prétend établir que le droit des 
Pandectes, du Code et des Institutes de Justinien n'a été connu en France 
au plus tôt qu'à la fin du onzième siècle; que les premières traces delà 
connaissance de ce droit se rencontrent dans le Décret d'Ive de Chartres, 
dont la rédaction est antérieure à celle du recueil intitulé : Pelri excerptio- 
nes legum romanartim ; enfin, qu'Ive de Chartres fut initié par Lanfranc 
a la connaissance des lois justiniennes. Nous espérons que M. Laferrière 
ne tardera pas à donner en entier le travail dont il a fait d'avance counat- 
Ire Irs conclusions. 

Un document lire des Archives municipales de Limoux par M. Fons- 
IV. (Troigième 8<fri€.) ' 6 



82 

Lamothe(l) a fourni à notre confrère , i\I. Dcmante , le sujet d'un article 
intéressant. C'est un mémoire rédigé en 1288 ou 1289 pour justifier la con- 
duite des habitants de Limoux accusés de s'être réunis en armes le i" mai 
1288 pour exercer, malgré la défense du roi, un droit d'usage dans la forêt 
de Molct; ils avaient, disait-on, maltraité et mis en fuite les hommes de 
Jean de Voisins, propriétaire de cette forêt, puis avaient mutilé des arbres 
et enlevé du bois. M. Demante analyse le mémoire justificatif avec autant 
de science que de clarté. Ce document, qui donne une idée de l'emploi que 
les jurisconsultes du treizième siècle faisaient du droit romain et du droit 
canon dans les tribunaux du Midi , se trouve imprimé à la fin du volume. 
Le texte nous a paru bien établi. C'était une tâche difficile : MM. Fons-La- 
molhe et Demante l'ont remplie avec un rare bonheur. L. D. 

Le Monete dei possedimenti veneziani di Oltramare e di Terra- 
ferma, descritte ed illustrate daWncenzo hazan. Venise, 1851. — In-S", 
de VIII et 179 pages, avec 14 planches de monnaies. 

Les auteurs qui se sont jusqu'ici occupés de la numismatique vénitienne, 
ont compris dans leurs descriptions les notions, rares d'ailleurs, relatives 
aux monnaies des colonies que la république posséda dans le golfe Adriati- 
que, dans le nord de l'Italie et en Orient. Ce système, entre autres désavan- 
tages , a l'inconvénient d'assimiler souvent aux monnaies particulières de 
Venise des monnaies essentiellement différentes. M. Lazari a tenté de 
faire cesser cette confusion; il a retiré de la numismatique générale de la 
république de Venise tout ce qui concerne spécialement et séparément ses 
colonies; il a distingué avec soin ce qui appartient en propre à chacun de 
ces établissements , et a augmenté par ses recherches les monuments déjà 
connus. M. Lazari n'a pas la prétention d'avoir composé un traité complet 
de la numismatique extérieure de Venise; mais il peut espérer d'avoir dé- 
limité les classes essentielles du sujet et décrit les caractères distinctifs 
des monnaies de chacune de ses catégories. 

Son livre est ainsi divisé : — I. Albanie et Dalmatie : (A) monnaies géné- 
rales du pays; (B) monnaies particulières des villes de Sebenico, Zara, 
Trau, Spalato, Lésina, Cattaro, Scutari, Antivari, Dulcigno, Alessio. — 
IL Levant Vénitien: tournois, grosetti, ducats des galères, piastres, 
réaux , lions de Morosini, gazzettes et sous pour les îles et pour les flottes 
de la république ; gazzettes et sous pour la Morée, pour Corfou, Céphalonie 
et Zante; talaris. Hôtels des monnaies de Coron et de Modon. — IIL Candie. 
— IV. Chypre. — V. Terre ferme Vénitienne. On comprenait sous ce nom 
les provinces successivement annexées au territoire du Dogado dans la Lom- 

1. M. Fons-Lamothe a puisé dans ces mêmes archives d'iilile!; renseignements pour 
la composition de ses Nodceii Mstoriques sur la ville de Limoux Limoiix , 1838 , 
in-8°). 



83 

bardie et l'exarchat de Ravenne *. — Les villes dont s'occupe M. Lazari sont 
Trévise, Padoue, Vicence, Vérone, Brescia, Bergame, Ravenne et Rovigo. 



LiVES OF THE PRINCESSES OF England, /rom the Normaïi conqv£st, 
by Marj'-Anne Everett Green ; t. III et IV. London, Colbum, 1851 et 1852. 
— In-8o avec fig. 

Lorsque les deux premiers tomes de cet ouvrage ont paru, nous en avons 
entretenu nos lecteurs 2. Aujourd'hui, la persévérance et le travail assidu 
de l'auteur ont conduit l'œuvre au delà de la première moitié de son éten- 
due totale. Un volume ou deux serviront à le mener à terme. Nous devons 
donc lui consacrer une analyse moins abrégée que nous ne l'avons fait dans 
une première notice. 

Ces deux volumes nouveaux ne le cèdent point aux précédents pour les 
mérites qui le recommandent, ni pour l'intérêt qu'il offre au lecteur. Ils 
contiennent les biographies suivantes. 

Tome III. — Pages 1 à 59, Elisabeth, 8" fille d'Edouard I", née en 1282, 
morte en 1316. 

Pages 60 à 64, Éléonore, 9« fille du même prince; 1306-I3U. 

Pages 65 à 97, Éléonore, fille aînée d'Edouard II; 1318-1355. 

Pages 98 à 162, Jeanne, 2^^ fille d'Edouard II; 1321-1362, 

Pages 163 à 228, Isabelle, fille aînée d'Edouard III; 1332-1379. 

Pages 229 à 260, .leanne, 2* fille d'Edouard III ; 1333-1348. 

Pages 261 à 263, Blanche, 3* fille du même, née et morte en 1342. 

Papes 264 à 294, Marie, 4^ fille du même, née en 1344, morte en 1361 . 

Pages 295 à 301, Marguerite, 5« fille du même; 1346-1361. 

Pages 302 à 343, Blanche, fille aînée d'Henri IV; 1392-1409. 

Pages 344 à 394, Philippa, 2* fille d'Henri IV; 1393-1430. 

Pages 395 à 403, Marie, 2« fille d'Edouard IV; 1466-1482. 

Pages 404 à 436, Cécile, 3" fille d'Edouard IV; 1469-1507. 

Pages 437 à 438, Marguerite, 4'" fille d'Edouard IV; née et morte en 1472- 

Tome IV. — Pages 1 à 14, Anne, 5* fille d'Edouard IV; 1475-1510. 

Pages 15 à 43, Catherine, 6« fille d'Edouard IV; 1479-1527. 

Pages 44 à 48, Brigitte, 7* fille du même; 1480-1517. 

Pages 49 à 505, Marguerite Tudor, fille aînée d'Henri Vil; 1489-1541. 

Pages 506 à 508, Elisabeth, sœur de la précédente, née en 1492, morte 
a l'âge de trois ans. 

L'énumération qui précède dessine très-nettement le plan et le cadre res- 
treints dans lesquels se renferme l'ouvrage dont nous parlons. Si l'on veut 

1. On nous pormettra de citer ici incidemment la iniblication d'un intéressant rap- 
port Kiir ces pays, présenté par Santito le Jeune an sénat de Venise, en 1483, et pu- 
blW par M. Rawdon-Brown : Itinerario di Marin Snnnfn nella terra ferma Ve- 
Ttfzinnn neir anno l'i«3 (Padoue, 1847, in-V) 

• Triii^iAiiiP Mri<», t I, p. 'f'V. 



84 

bien accorder aux monarques mâles le premier rang, et le srcond aux reines 
d'Angleterre, sujet déjà traité par miss Strickland, mistriss Green, en écri- 
vant la vie des princesses de la Grande-Bretagne, s'est volontairement bor- 
née à une monographie du 3^ ordre. L'auteur a franchement accepté les 
conditions normales d'un sujet secondaire et borné, mais encore assez vaste 
et intéressant, dans un pays où rien de ce qui touche à l'histoire du pou- 
voir souverain ne paraît indifférent aux diverses classes de la société. Lui- 
même a tracé le caractère et les limites de son œuvre, en déclarant, avec 
autant de précision que de bon sens, qu'il s'est attaché à reproduire dt* 
simples biographies individuelles et non l'histoire générale des temps. Cette 
juste et modeste réserve ne fait que mettre plus vivement en lumière l'heu- 
reux parti que l'historien des princesses anglaises a su tirer de sa matière. 
Son livre, destiné à un public très-varié, offre d'abord aux personnes du 
monde des scènes agréables et colorées et leur fournit une lecture atta- 
chante. C'est là le côté qui s'éloigne le plus du sujet habituel de nos éludes 
et sur lequel nous devons le moins insister. Mais cet ouvrage peut être en- 
visagé sous un autre aspect qui se rapporte plus directement à nos attribu- 
tions. Dans la littérature anglaise, et la publication de mad. Green en est 
un exemple, la ligne de démarcation qui sépare les œuvres d'érudition des 
livres d'histoire usuels n'est point aussi tranchée que de ce côté-ci du dé- 
troit. Pourvue d'une véritable instruction littéraire, possédant les princi- 
pales langues vivantes de l'Europe, assez nourrie des lettres anciennes et 
de connaissances paléographiques pour pénétrer les différentes sources de 
l'histoire, madame Green , grâce à des avantages si rares parmi nous chez 
une personne de son sexe, est parvenue à combiner, avec les charmes natu- 
rels de récits historiques, des qualités d'un genre plus grave; et cela, dans 
des proportions et avec un succès que présentent peu communément les 
ouvrages français qui pourraient être pris ici pour termes de compa- 
raison. 

Le fond des notices qui composent cet ouvrage est généralement em- 
prunté soit aux grands recueils historiques, soit à des compilations estima- 
bles, soit aux historiens originaux ; tels que YJrt de vérifier les dates; les 
Fœdera deRymer ; Zurlauben^ Vie d'Enguerrand de Coucy, Harris Nicho- 
las, Privy purse expenses of Henri VII; Froissart; la chronique riméede 
Wyntown, etc., etc. L'auteur a en outre consulté personnellement, avec 
une activité et un zèle infatigables, les manuscrits des bibliothèques et des 
archives, tant publiques que privées, de l'Angleterre, de l'Ecosse, de la 
France, de l'Italie, de l'Allemagne, et s'est procuré même d'Espagne et de 
Danemark des documents précieux. On n'ignore pas en effet que les alliances 
étendues des dynasties anglaises au moyeu âge ont donné pour séjour ou 
pour théâtre, aux princesses issues du sang royal, les localités les plus 
éloignées entre elles du continent européen. Madame Green a laborieu- 
sement recueilli sur tous ces points une ample moisson de notions cu- 
rieuses et neuves. Les archives de la Grande-Bretagne, notamment le 



Register-House d'Edimbourg et le Queens remembrancer, si riches en- 
core de leurs rôles, de leurs patentes^ de leurs comptes de garde-robe 
ou de trésorerie, lui ont fourni, non-seulement une multitude de détails 
intimes et piquants sur les mœurs, les habitudes et les usages privés de ses 
personnages, mais des renseignements d'un ordre plus élevé et plus géné- 
ral. Ainsi, par exemple, c'est seulement dans l'ombre profonde de ces do- 
cuments qu'on trouve les dates exactes de naissance et de décès, si pré- 
cieuses à connaître , même pour des acteurs secondaires de la scène 
historique, et que les chroniques, les plus instructives d'ailleurs, ont omises 
ou ignorées le plus souvent. 

Nos compatriotes rechercheront naturellement de préférence, parmi 
les biographies, celles qui se rattachent par le lien le plus direct aux faits 
et aux événements de nos propres annales. Nous signalerons sous ce 
rapport trois morceaux que réunit le troisième volume. Ce sont les vies de 
Jeanne, fille d'Edouard II, qui vint trouver un asile à Château-Gaillard en 
1333, sous la protection de Philippe de Valois ; de Marie, femme de Jean V, 
duc de Bretagne (1361), et surtout d'Isabelle, fille d'Edouard III, qui fut 
successivement la fiancée de Bernard d'Albret et l'épouse d'Enguerrand 
de Coucy, l'un des personnages les plus célèbres et des héros les plus ca- 
ractérisés de notre histoire. 

Indépendamment de ces notions qui intéressent respectivement l'histo- 
rien des diverses régions européennes, l'archéologue, le paléographe, l'éru- 
dit, en un mot, puisera dans les recherches que présentent les Vies des 
princesses anglaises profit et instruction. En 1377, Stephen lladley reçut, 
par les ordres du nouveau roi Richard II, la somme de 22 liv. 4 s. 11 d., 
pour avoir modelé en cire, peint et habillé une effigie à Fimage d'E- 
douard m qui venait de mourir, et ce corps figuré fut exposé publiquement 
en cérémonie lors des obsèques de ce prince'. En 1502, un peintre 
nommé Minour se rendit d'Angleterre en Ecosse pour y peindre le por- 
trait de Marguerite Tudor et de sa nouvelle famille. Il fut employé pendant 
une année à la cour de Jacques IV et laissa pour traces de son passage 
divers ouvrages remarquables qui paraissent s'être conservés jusqu'à nos 
jours'. Les notices de madanie Green renferment un grand nombre de 
détails analogues, relatifs à l'archéologie des édifices funéraires, à l'ico- 
nographie, au costume, etc. Enfin les développements qui accompagnent 
les citations de sources sont assez étendus pour permettre de prendre une 
idée des principales archives visitées par l'auteur et même de la disposi- 
tion des matières dans certaines classes de documents qu'elle a plus spé- 
cialement explorés, tels que les registres des comptes et autres. Chaque 

1. Extrait du livre de la garde-robe de Ricliard 11, au dépôt du Queeu's rertu-m- 
htaucer; Lives, etc., t. 111, p. 217, note l. 

2. Tirée du Réguler Housc il'KdimlKJurj; , Treusurers' nccounts; Lives, e^;.^ 
t IV, l>. 6H. 



86 

volume se termine par quelques feuilles à'appendix, où se trouvent in 
extenso, à titre de pièces justificatives, un certain nombre de chartes et de 
fragments inédits. V. de V. 

The history of Nobmandv and of England, by sir Francis Pal- 
grave; vol. 1. London, John W. Parker and son, 1851. — 1 vol.in-8''de 
L et 756 pages. 

Le volume que nous annonçons s'ouvre par une longue introdnrtion 
dans laquelle sir Francis Palgrave , après avoir apprécié l'influence des 
institutions romaines sur les institutions du moyen âge, passe en revue les 
vicissitudes de la langue latine depuis l'antiquité jusqu'à la renaissance, 
jette un coup d'oeil sur les origines des langues néo-latines, puis expose le 
but et le plan de son ouvrage. Le premier livre, \i\t\tu\é La Normandie 
carlovingienne, occupe le reste du volume : c'est un résumé philosophique 
de l'histoire des Carlovingiens: la Normandie, ou, pour parler plus juste- 
ment, le pays qui devint plus tard la Normandie, n'y occupe donc qu'une 
place tout à fait secondaire. Les pages consacrées aux invasions normandes 
et à l'établissement de Rollon sont les seules qui répondent rigoureusement 
au titre de l'ouvrage. L'auteur a mis à profit les travaux publiés en France 
sur ces questions ; mais il a parfois confondu les temps et les lieux. C'est 
ainsi qu'à propos des institutions de Rollon, il parle des bailliages, qui 
n'apparaissent que deux siècles plus tard; il confond Berneval avec Bren- 
neval, attribue à Rollon le Fietix Palais de Rouen, qui ne fut fondé qu'au 
quinzième siècle, et accueille avec bien des égards les traditions répandues 
sur les origines de quelques familles anglo-normandes. Ces erreurs de 
détail sont d'ailleurs bien pardonnables chez un étranger. 

Sir F. Palgrave se préoccupe avant tout de la forme; il s'attache à bien 
disposer sa matière et à plaire au lecteur. C'est un talent dont il faut assu- 
rément lui savoir gré. Mais les savants ne trouveront peut-être pas sa mé- 
thode assez analytique; ils pourront lui reprocher de n'avoir pas cité ses 
autorités et de ne pas distinguer assez nettement les témoignages des his- 
toriens originaux, les hypothèses par lesquelles il les complète, et les con- 
séquences qu'il en déduit. 

On remarque dans l'Introduction des considérations ingénieuses et quel- 
ques aperçus originaux. L'auteur y a rassemblé (p. 70 et 719)^ sur la célé- 
brité et la diffusion de la langue française au moyen âge, des détails qu'on 
lit avec intérêt et profit, même après les travaux des philologues français. 
— Dans le dernier chapitre de l'Introduction, sir F. Palgrave s'enorgueillit, 
et à bon droit, de la richesse des archives publiques d'Angleterre. Cepen- 
dant il va un peu loin quand il prétend que ces archives se suivent assez 
régulièrement depuis la conquête normande; les faits suivants permettront 
d'en juger : antérieurement à Henri II, les Anglais n'ont que le Doniesday- 
book et le compte de 1131 ; les comptes de l'Échiquier remontent au règne 
de Henri II; les actes judiciaires sont conservés depuis Richard Cœur d( 



87 

Lion , et les rôles de la chancellerie depuis Jean sans Terre. Je n'aurais 
pas contesté l'antiquité que sir F. Francis Palgrave assigne aux archives 
anglaises, s'il n'avait pas cru en même temps devoir amoindrir l'impor- 
tance des nôtres. Suivant lui, à l'exception des Olim, nous n'aurions à peu 
près rien avant le quatorzième ou le quinzième siècle. Sans parler des 
archives publiques de différentes provinces, nous prendrons la liberté d<' 
rappeler au savant garde des archives d'Angleterre que notre Trésor des 
chartes renferme plusieurs milliers d'actes originaux du douzième et du 
treizième siècle ; que les registres de la chancellerie de nos rois présentent 
peu de lacunes à partir des premières années du quatorzième siècle ; que les 
registres de Philippe-Auguste et de saint Louis méritent d'être mentionnés 
à côté des rôles des chartes et des lettres patentes de Jean sans Terre et 
de Henri III, et que, si les incendies ont détruit une notable partie des 
archives de notre Chambre des comptes, nous avons, dans les collections 
manuscrites et imprimées, de longs extraits des Mémoriaux remontant au 
treizième siècle, et nous possédons des documents aussi nombreux qu'im- 
portants sur les finances de saint Louis et de ses successeurs; Brussel a 
même imprimé le compte des revenus de Philippe-Auguste en 1202. On 
doit, en présence de ces faits, s'étonner que sir F. Palgrave prétende que 
les Français n'ont jamais eu d'archives publiques avant saint Louis. 11 est 
malheureusement trop vrai que nos archives ne sont ni aussi anciennes ni 
aussi complètes que celles de nos voisins. Mais, pour rehausser la valeur 
des unes, est-il utile de déprécier les autres? 

L'enthousiasme avec lequel sir Francis Palgrave parle de la richesse de 
ses archives nous fait impatiemment attendre la publication des volumes 
où, à l'aide de ces mêmes\Trchives, il jettera sans doute une lumière toute 
nouvelle sur les annales de la Normandie et de l'Angleterre. C'est alors que 
nous pourrons constater les services que son livre aura rendus aux amis 
des sciences historiques. 

L. D. 

LIVRES NOUVEAUX. 

Juin— Août 1862. 

1. L'Athxneum français, journal universel de la littérature, de la 
science et des beaux-arts, paraissant tous les samedis. Paris, samedi 3 juil- 
let 1852. l" année, u" 1. Paris, rue Guénégaud, 8. 2 f. grand in-4*'. 

Pri» annuel, 25 fr.; pour les départements et l'étranger, la poste en sus — (l'iti- 
revue, dirigée par M. Vivien de Saint-Martin , parait tous k>8 samedis par livraison ,\v 
16 pages grand in-4", à troiii colonnes. Voici les divisions ordinaires de ciwiquo nu- 
méro : Revue critique des ouvragtis récents ; — Bulletin bibliographique ; — 
TliéAlres ; — Sociétés savantes ; — Ëtudcs biographiques, littéraires, arlisti(|iK<s et 
M-,ienUfiques; - Noies et faits divers ;— Nouvelles ;— Mélangas ; — Livres nouveaux 

2. Kinkilung zur allgemeiiien verRleichenden Géographie. — Introduc- 



88 

tion à la géographie générale comparée, etc., par Ch. Ritter, t. 1. Berlin , 
G. Reimer. vi et 246 p. gr. in-8° (4 fr.)- 

3. Essai sur l'histoire de la cosmographie et de la cartographie pendant 
le moyen âge, etc., par le vicomte de Santarem , t. III. Paris , Maulde. 
In-8»de45 f. 1/4. 

4. Voyage du cheikh Ibn-Batoutah à travers l'Afrique septentrionale et 
l'Egypte, au commencement du quatorzième siècle, tiré de l'original arabe, 
traduit et annoté par M. Cherbonneau. Paris, Arthus-Bertrand. In-S" de 
5 f. 3/4. 

Extr. des Nouv. Ann. des voyages, 1852. 

5. Voyage de Jacques Le Saige de Douai à Rome, Notre-Dame de Lo- 
rette, Venise, .Jérusalem et autres saints lieux, nouvelle édition, par H. R. 
Duthillœul. Paris, Dumoulin. In-4'' de 30 f. 1/2 (1851). 

Nous avons rendu compte de cet ouvrage dans le volume précédent, p. 492. 

6. Das Theatergebaùde zu Athen. — Les édifices scéniques à Athènes, 
par J. G. Rothmann. Torgau, Wienbrack. 20 p. gr. in-4o avec 3 lith. 
(l fr. 50 c.) 

7. Arkadien. — L'Arcadie , sa nature , son histoire, ses antiquités , par 
Ch. Th. Schwab. Stuttgart, Cotta. iv et 60 p. gr. in-8o (1 fr. 50 c). 

8. Histoire de la littérature romaine, par Alex. Pierron. Paris, Hachette. 
In-12 de28f. (4fr.) 

9. Rome ancienne et moderne depuis les temps les plus reculés jusqu'à 
la rentrée du pape Pie IX , par Mary Lafon , 1" et 2" livraisons. Paris , 
Fume. In-8" de 1 f. 1/2, plus 2 gr. 

L'ouvrage sera publié en 80 livraisons à 25 centimes. 

10. Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, par 
M. de Ring, t. I. Paris, Leleux. In-8ode23 f. 

Les 2 volumes avec carte, 15 francs. 

11. Dacien. — LaDacie, restes de l'antiquité classique, par J.F. Nei- 
gebaur. Kronstadt, Gott. xii et 312 p. gr. in'8° (1851) (8 fr.). 

Avec une carte. 

12. Du droit ecclésiastique dans ses sources, par le docteur Philipps, 
traduit par l'abbé Crouzet, suivi d'un essai de bibliographie du droit cano- 
nique. Paris, Lecoffre. ln-8° de 35 f. (6 fr.) 

13. Ueber den christlichen Bilderkreis. — Iconographie chrétienne. Dis- 
cours de Ferd. Piper , docteur et professeur en théologie à l'université 
de Berlin. Berlin, Wiegandt. 66 p. gr. in-S" avec une planche (2 fr.). 

14. Christendommens Indflydelse. — Influence du christianisme sur les 
relations sociales, depuis son origine jusqu'à Justinien , par P. E. Lind. 
Copenhague, Lind. vi et 180 p. gr, iji-S». 

15. Essai historique et critique sur l'étude et l'enseignement des lettres 



89 

profanes dans les premiers siècles de l'Église. Thèse pour le doctorat es 
lettres, par l'abbé H. J. Leblanc. Paris, Périsse. In-8° de 14 f. 1/2. 

16. Utrum B. Gregorius Magnus litteras humaniores et ingenuas artes 
odio persecutus est. Scripsit H. J. Leblanc , presbyter. Paris, Didot. In-8° 
de 6 f. 3/4. 

17. Une excursion gnostique en Italie, par M. Matter, ancien inspecteur 
général des bibliothèques publiques. Paris, Reinwald. In-8° de 2 f. 3/4, 
plus 12 iitb. 

Faisant suite à l'Histoire critique du giiosticisme, V édition, 1843. Les 3 volumes, 
plus l'Excursion : 24 fr. 

18. Opéra Walafridi Strabi. Paris, IVIigne. 2 vol. in-8° de 77 f. 1/2 (14 fr.). 
Forment les tomes 113, 114, du « Palrologiie cursus completus, ace. Migue. » 

19. Ahyto, Audradus, Aldricus, Léo IV, Beuedictus III, Angelomus, 
S. Evogius, S. Prudentius, llebbo , Hartmannus, Ermanricus, Erchamber- 
tus, Nithardus, Amulo, Haymo, S. Anscharius. Paris, IMigne. 4 vol. in^" 
de 150 f. 3/4 (28 fr.). 

Forment les tomes 115-118 du même Recueil. 

20. S. Paschasii Radberti Opéra omnia. Paris, Migne. In-8° de 58 f. 
(8 fr.) 

Forme le tome 120 du même Recueil. 

21. Ratramni, ^neae Parisiensis, S. Remigii, etc., Opéra omnia. Paris, 
Migne. In-8o de 36 f. 1/2 (7 fr.). 

Forme le tome i2l du même Recueil. 

22. Une couronne à Marie, ou traduction d'un manuscrit relatif à Notre- 
Dame-de-Beaune , conservé à la bibliothèque publique de cette ville, avec 
le texte original en regard (1290); 2« édition. Beaune, Batault-Morot. In-8'' 
de 4 f. (25 c.) 

23. Averroès et l'Averroisme, par E. Renan. Paris, Durand. In-8" de 
24 £. (6 fr.) 

24. Le triumvirat littéraire au seizième siècle : Justc-Lipse, Joseph 
Scaliger et Isaac Casaubon , par M. Ch. Nisard. Paris, Amyot. In-8o de 
29 f. 3/4 (7 fr. 50 c). 

25. Examen de la philosophie de Bacon, où l'on traite différentes ques- 
tions de philosophie rationnelle, ouvrage posthume du comte Jos. de Mais- 
tre. Lyon, Pelagaud. In-S" de 44 f. 1/2 (12 fr.). 

Œuvres posthumes du comte J. de Mai«tre, tom. 3, 4. 

26. Étude sur la vie et les ouvrages de Du Gange, par L. Feugère. Paris, 
Dupont. ln-8° de 6 f. 3^4 

27. Karl I^chmann. — Biographie, par M. Hertz. Berlin, Hertz, xii, 
•-•56 et xLiv p. gr. in-8<» (1851) (7 fr. 50c.). 

Laclimann , mort le 13 mars 1851 , a été «n des plus fameux critiques de l'Allc- 
ii)»pn«v Dou»*' d'un»' pénélratiori extraordinaire t'( prosqiit^ diviiialoire , il l'ii tour .» 



90 

tour appliquée aux auteurs de l'antiquité et aux poètes du moyen âge. Ses éditions 
de Properce, de Tibulle.dc Catulle, de Lucrèce, d'un côté, celles des Niebelungen, de 
Wolfram d'Esclienbacli, de Walter von der Vogelweide, de l'autre, sont classiques. 

28. Kulturhistorische Briefe. — Lettres sur l'histoire de la civilisation . 
Les arts plastiques considérés dans leur développement universel , par 
A. H. Springer, r« livraison. Prague, Ehrlich. 160 p. gr. in-8° (3 £r. 50 c). 

29. Nouvelles recherches sur la vie et les ouvrages d'Eustache Le Sueur, 
par L. Dussieux, avec un catalogue des dessins de Le Sueur, par A. de 
Montaiglon. Paris, Dumoulin. In-8° de 8 f. 

30. Histoire des marionnettes en Europe depuis l'antiquité jusqu'à nos 
jours, par Ch. Magnin , membre de l'Institut. Paris, Lévy. In-8° de 22 f . 
(6 fr.) 

31. Études philosophiques et morales sur l'histoire de la musique, etc., 
par J. B. Labat, organiste, 1. 1. Paris, Techener, In-8° de 25 f. 3/4. 

32. Histoire et traité de l'horlogerie ancienne et moderne, etc., par 
P. Dubois , horloger, p. 365 à 408 (fin de l'ouvrage). Paris , rue du Pont- 
de-Lodi, 5. In-4o de 5 f . 1/2, plus 4 pi. 

L'ouvrage entier, 30 fr. 

33. Recherches historiques sur les corporations des archers, des arbalé- 
triers et des arquebusiers, par Victor Fouque. Paris , Dumoulin. In-8'' de 
29 f. 

34. Recherches historiques sur les enseignes des maisons particuliè- 
res, etc., par E. de La Querière. Paris, Didron. In-8° de 8 f. 3/4, plus 1 pi. 

35. Essai sur le pavage des églises antérieurement au quinzième siècle, 
par L. Deschamps de Pas , ingénieur des ponts et chaussées , etc. Paris, 
Didron. In-4'' de 6 f. 1/2, plus 5 pi. color. 

36. Nouvelle encyclopédie théologique, publiée par M. l'abbé Migne. 
t. XVIIL— Dictionnaire des croisades. Paris, Migne. In-S» de 32 f. 3/4 (7 fr.). 

37. Histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de 
Lusignan, par M. L. de Mas-Latrie, sous-directeur des études à l'Ecole 
des chartes, d'après un mémoire couronné par l'Acad. des inscr. et belles- 
lettres. T. II. Imp. Nationale. Paris, Didot. — 38 f. gr. in-8o. 

Nous rendrons prochainement compte de cet ouvrage. 

38. Histoire générale des traités de paix, etc., par M. le comte de Garden, 
T. XIL Paris, Amyot. 27 f. 1/2 in-8°, plus la carte de l'Europe en 1809 
(7 fr. 50 c). 

Suite de la quatrième période (1791-1815). 

39. Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français. Hist. 
religieuse, politique et littéraire. Documents inédits et originaux. Juin et 
juillet, 1" année 1852. N"' 1 et 2. Paris, Cherbuliez. 4 f. in-8°. 

Prix annuel , 13 fr. 



91 

40. Roncevaux, poëme de Théroulde, traduit par F. Genin. Paris Pil- 
let. 5 f. 3/4 in-8°. 

Extrait de la Revue de Paris. — C'est une traduction nouvelle du poème ordi- 
nairement connu sous le nom de •< Chanson de Roland, » titre que lui avait donné 
le premier éditeur, M. Francisque Michel. 

41. Le rousier des dames, sive le Peleriu d'amours, nouvellement com- 
posé par messire Bertrand Desmarius de Masan. Paris , Jannet. — 3 4 f. 
in-32. 

Réimpression à 62 exemplaires, dont 4 sur vélin, chez Crapelet. 

42. L'éclaircissement de la langue française, par Jean Paisgrave; suivi 
de la grammaire de Giles du Guez. Publiés pour la première fois en France, 
par F. Génin. Imp. Nationale. Paris, Didot. — 153 f. 1/2 in-4» (24 fr.). 

Collection de documents inédits sur l'histoire de France. 

43. Corneille et son temps, étude littéraire par M. Guizot. Paris, Didier. 

— 31 f. 1/4 in-8° (5 fr.). 

C'est une nouvelle édition de la" Vie de Corneille» publiée en 1813. L'auteur a 
fait de nombreux changements à son travail. Le volume commence par un tableau de 
la poésie française avant Corneille, et se termine par une étude de madame Guizot sur 
Chapelin, Rotrou et Scarron. 

44. Mémoires touchant la vie et les écrits de M"" de Sévigné , par M. le 
baron Walckenaer. 5' partie. Paris, Didot. — 13 f. in-18 (3 fr.). 

Tome V et dernier. — Il est consacré à la période comprise entre 1673 et 1680. 

45. Mémoires de Daniel deCosnac, archevêque d'Aix, etc., publ. par le 
comte Jules de Cosnac. Paris, Renouard. — 2 vol. in-8° de 70 f. 1/4 (18 fr.). 

Tomes 70 et 71 des ouvrages publiés par la Société de l'histoire de France. — 
Daniel de Cosnac est mort en 1708. Ses mémoires , dont la Société a publié deux ver- 
sions différentes, sont utiles à consulter pour l'histoire du prince de Conti, du cardinal 
Mazarin, du duc d'Orléans frère de Louis XIV et de Henriette d'Angleterre. L'éditeur 
y a joint différentes pièces se rapportant à l'administratiou ecclésiaslique de Daniel 
de Cosnac. La correspondance publiée dans un des derniers numéros du Bulletin de la 
Société de l'histoire de France ( juillet 1852, p. 298 ) complète utilement les docu- 
ments recueillis par le comte Jules de Cosnac. 

46. Histoire de la Restauration, par A. de Lamartine. T. VL Paris, 
Pagnerre. — 27 f. in-8° (5 fr.). 

47. Chute de l'Empire. Histoire des deux restaurations, par Ach. de Vau- 
labelle. T. VL Paris, Perrotin. — 32 f. 3/4 in-8'' (5 fr.). 

48. Histoire des principales villes de France, par L. Favre. Niort, Robin. 

— 23 f. in-8% plus 12 lithogr. 

49. Les bourgeois célèbres de Paris, par M. Francis Lacombe. Paris, 
Amyot. — 2G f. iu-S" (5 fr.). 

Complément dt; l'lli.stoirc de la bour};eoi8ie de Paris- 

TiO. Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes do Paris , 
|nr A. Honniirdol. I" partie. Paris, Dim)oulit>. — • 15 f. 12 in-4'', plus 8 pi- 



92 

51. Histoire de l'église Sainte-Geneviève, patronne de Paris et de la 
France, par Ch. Ouin-Lacroix. Paris, Sagnier. — 10 f. in-S", plus 10 vi- 
gnettes. 

52. Les hommes illustres de l'Orléanais, par MM. 0. Brainne, J. Débar- 
bouiller, Ch. F. Lapierre, etc. T. I. Orléans, Gatineau. — 25 f. 1/4 in-S". 

Cet ouvrage, qui formera deux volumes, contient la biographie des grands hommes 
des départements du Loiret, d'Eure-et-Loir et de Loir-et-Clier. Ces biograpliies sont 
distribuées en pbisieurs groupes. Le toroe l" contient cinq séries : beaux-aris, poésie, 
littérature, sciences, église. 

53. Pèlerinage à Saint-Benoît-sur-Loire , ou Notions hist. et archéol. 
sur cette ancienne abbaye et son égUse monumentale; par l'abbé Rocher. 
Orléans, Gatineau. — 3 f. 1/2 in-i8, plus 4 liihogr. et un plan général de 
l'ancien monastère, de 1680 à 1750, par D. .Tandot, moine de Saint-Benoît. 

5'i bis. Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, parRou- 
gebief. In-8° de 8 f. 3/4. Paris, Stevenard. 

Ouvrage terminé : 20 fr. 

53 ter. Histoire de la ville de Gray , etc., par MM. Gatin et Besson. 
2" partie. In-8" de 16 f. 1/4 ; plus une carte, 1 portrait, 2 plans. Besançon , 
Breitenstein. 

Ouvrage terminé: 10 fr. 

54. Histoire politique et numismatique du comté de Réthel , par Vict. 
Gaillard. Bruges. — 27 p. avec gr., gr. in-8° (2 fr. 25 c). 

55. Études saint-quentinoises , par Ch. Gomart. T. J. Saint-Quentin , 
Moureau. — 21 f. in-8"' (1851). 

56. Histoire de Dunkerque, par V. Derode. Paris, Didron. — 31 f. 1/4 
gr. in-8o, plus un tableau, un plan et 20 planches (15 fr.). 

57. Notice hist. et archéol. sur Notre-Dame-de-la-Couture de Bernay, 
par A. Biais, curé de Brestot Évreux, Herissey. — 10 f. 1/2 in-8°, plus 

9 lithogr. 

58. Histoire de B. d'Argentré, législateur de la Bretagne, par M. D, L. 
Miorcec de Kerdanet. Brest, Lefournier. - 12 f. 1/2 in-8°. 

B. d'Argentré, léformateur de la coutume et de l'iiistoire de Bretagne, naquit en 
1519 et mourut en 1590. 

59. Recherches histor. sur les grandes épidémies qui ont régné à Nantes, 
depuis le 6^ jusqu'au 19*= siècle; par le D*^ Leborgne. Nantes, Guéraud. — 

10 f. 1/2 in-8''. 

60. Les Cénomans anciens et modernes. Histoire du département de la 
Sarthe, depuis les temps les plus reculés; par M. l'abbé Auguste Voisin. 
T. I. Au Mans, chez Julien Lanyer. — 36 f. 1/4 in-S" (6 fr.). 

Ce volume s'arrête à l'avènement de Philippe de Valois. 

61. Atelier de verriers à la Ferté-Bernard, à la fin du 15'= et au commen- 
cement du 16* siècle; par L. Charles. Mans, Gallienne. •— 2 f. 1/2 in-8". 



93 

62. Le trésor de Pau. Archives du château d'Henri IV, avec des fac-si- 
milé. Par G. Bascle de Lagrèze, procureur de la république à Pau. Paris , 
Didron aîné. — 22 f. 7/8 in-8o, plus 12 pi. (1851) (8 fr.). 

Voyez plus liant, p. 79 

63. Das Mitteialter. — Le moyen âge , ou Littérature allemande du 
moyen âge. Introductions, résumés, morceaux choisis. Par K. Goedeke. 
V livraison. Hanovre, Ehkermann. — 144 p. gr. jn-8° (1851) (2 fr. 75 c). 

L'ouvrage aura 6 ou 7 livraisons. 

64. Das Heldenbuch. — Le Livre des héros. Par K. Simrock. T. I : 
Gudrun. 2* édition. Stuttgart, Cotta. — 370 p. gr. in-8'' (1851) (6 fr.). 

65. Wieland der Schmidt. — Wieland le forgeron, poëme épique. Par 
Simrock. 3* édition. Stuttgart, Cotta. —IV et 204 p., avec une gr., in-l6 
(1851) (6 fr. 50 c). 

66. Der wâlsche Gast.— L'Hôte italien de Thomasin de Zirclaria. Publié 
pour la première fois par H. Rùckert. Quedlinbourg , Basse. — xn et 
612 p. gr. in-8° (12 fr.). 

Bibliothek der gesammten deutsclien Nalional-Lileratur, tom. XXX. 

67. Reineke Vos. — D'après l'édition de Lùbeck de 1498. Avec introduc- 
tion, notes et glossaire de Hoffmann de Fallersleben. 2' édition. Breslau, 
Grass. 1" partie. — 152 p. in-8° (1851) (4 fr.). 

68. La fln tragique des Nibelons , ou les Bourguignons à la cour d'At- 
tila , poëme traduit du thyois ou vieux allemand , et mis en lumière par 
J. L. Bourdillon. Paris, Cherbuliez. — 5 f. 3/4 petit in-8°. 

69. Der Dom zu Freising. — La cathédrale de Frisingue. Monographie 
archéologique. Landshut, Krùll. — x et 103 p. in-8'' (1851) (2 fr. 50 c). 

70. Ausziige aus den Baurechnungen der S. Victorskirche. — Extraits 
des comptes de bâtisse de St-Victor de Xanten ; par H. C Scholten. Ber- 
lin , Ernst. — XIX et 95 p. gr. in-8° (3 fr.). 

71. The queen's court manuscript.— Le manuscrit de la cour de la reine, 
avec d'autres anciennes poésies bohémiennes , traduites du slave en an- 
glais ; par A. H. Wratislaw. Londres. — 120 p. gr. in-12 (4 fr.). 

72. Essai sur le commerce de la Flandre au moyen âge, par V. Gaillard. 
Je étude : Mouvement commercial de Bruges. 3"= étude : Les foires. Gand 
et Bruges. — 34 et 32 p. gr. in-8« {2 fr.). 

73. Guillaume le Taciturne, prince d'Orange, 1533 à 1584; par Eugène 
Mahon. Paris, Amyot. — 8 f. 1/2 in-18, 

74. Caednions des Angelsachsen biblische Dichtungen. — Les poésies 
bibliques de l'Anglo-Saxon Caedmon ; publ. parK. W. Bouterweck. T. II. 
KIberfeld, Baedeker. — xxv et 393 p. gr. in-8" (1850) (10 fr. .'iO c.).j 

Kum Roirs |p litre : f;lo8«aire anglo-saxon. Les 7 voinmes, Ifi fr. 

:.*. Latin hviiins of the an^lo-saxon cluirch. — Hymnes latines de l'Église 



94 

anglo-saxonne, avec un glossaire anglo-saxon interlinéaire. D'après un 
nos. de Durham du 11" siècle. Publ. par Jos. Stevenson. Durham, gr. in-8° 
(25 fr.). 
Publié pour la « Snrtees Society. » 

76. Shakspeare et son temps , étude littéraire, par M. Guizot. Paris, 
Didier. — 28 f. 1/4 in-S" (5 fr.). 

77. Histoire d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande et des possessions anglaises, 
par J. A. Fleury. Paris , Haciiette. - 2 vol. in-12 de 50 f. , plus 13 cartes 
et plans (9 fr.)- 

78. Life of cardinal Wolsey. — Vie du cardinal Wolsey, par G. Caven- 
dish. Nouv. édition. Londres. — vi et 248 p. gr. in-4° (21 fr.). 

79. Thomas Morus , par G. Th. Rudhart (en allemand). Nouv. édition. 
Augsbourg, Kollmann. — xiv et 468 p., avec portr., in-8o (5 fr. 50 c). 

80. Dante's Leben und Werke. — Vie et œuvres du Dante , par Fr. X. 
Wegele, prof, à léna. léna, Mauke. — vi et 463 p. gr. in-S" (9 fr.). 

81. Dante's gÔttliche Comôdie. — La Comédie divine du Dante, consi- 
dérée dans le temps et l'espace; par J. K. Bàhr. Dresde , Kuntze. — 
VI et 234 p. gr. in-8°, avec pi. (6 fr. 50 c) 

82. Dante Alighieri. Œuvres philosophiques. Le Banquet. Première tra- 
duction française, par S. Rhéal. Paris, Moreau. — 14 f. 3/4 in-8°, plus un 
portrait du Dante (10 fr.). 

83. Notice sur Abou-Iousouf Hasdaï Ibn-Schaprout , médecin juif du 
10^ siècle, ministre de deux khalifes de Cordoue et promoteur de la lit- 
térature juive en Europe; par Ph. Luzzato. Paris, Dondey-Dupré. — 
4 f. 3/4 in-8'' (2 fr. 50 c). 

84. Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Xi menés , par 
Michel Baudier, gentilhomme de la maison du roi Louis XIII, etc. Annotée 
par Edm. Baudier. Paris, Pion. — 25 f. in-8° (novembre 1851). 

85. Le siècle des Youén, ou Tableau historique de la littérature chinoise 
depuis l'avènement des empereurs mongols jusqu'à la restauration des 
Ming; par M. Bazin, prof, de chinois à l'École des langues orientales. Imp. 
Nationale.— 32 f. 1/4 in-S" (1850). 

86. L'Algérie, par M. Dureau de la Malle, membre de l'Institut ; histoire 
des guerres des Romains, des Byzantins et des Vandales, etc. Paris, Didot. 
— 11 f. in.l8. 

87. Histoire du Canada, de son église et de ses missions, depuis la dé- 
couverte de l'Amérique, etc.; par M. l'abbé Brasseur deBourbourg. Plancy, 
Collin. — 2 vol. in-8° de 43 f. 1/4 (7 fr.). 



95 
CHRONIQUE. 

Juillet — Août 1852. 

Les comités historiques établis près le ministère de l'instruction publi- 
que ont été réorganisés par un arrêté ministériel, en date du 14 septembre, 
dont nous allons donner le texte : 

Le ministre de l'instruction publique et des cultes, 

Vu les arrêtés des 4 juillet 1834, 10 janvier 1835, 18 décembre 1837, 
30 août 1840 et 5 septembre 1848 , relatifs à la création et à l'organisation 
des comités historiques près le ministère de l'instruction publique pour les 
comités historiques ; 

Considérant qu'il importe que les diyers comités institués auprès du mi- 
nistère de l'instruction publique soient réorganisés de façon à ce qu'ils 
puissent, tout à la fois par des travaux distincts et par une discussion com- 
mune, contrôler utilement les documents qui intéressent la langue, l'histoire 
et les arts de la France; 

Arrête : 

Art. 1''. Les deux comités institués auprès du ministère de l'insu'uction 
publique et des cultes sous les noms de Comité des monuments écrits et 
Comité des arts et monuments sont réunis en un seul comité qui prendra 
le nom de Comité de la langue^ de Vhistoire et des arts de la France. 

Art. 2. Ce comité reste seul chargé de surveiller les publications exécu- 
tées sous les auspices du ministère de l'instruction publique, et de diriger 
les recherches des correspondants. 

Art. 3. Il se divise en trois sections, savoir : section de philologiCy sec- 
tion d'histoire, section d'archéologie. 

La section de philologie se compose de douze membres; 

La section d'histoire de quinze membres; 

La section d'archéologie de quinze membres. 

Art. 4. Le comité tient ses séances le premier lundi de chaque mois, les 
trois sections réunies , sous la présidence du ministre de l'instruction pu- 
blique, et, en son absence, d'un vice-président désigné par lui. 

Art. 5. Dans le courant du mois, chaque section se réunit sous la prési- 
dence d'un membre désigné par le ministre pour l'examen préparatoire des 
questions de sa compétence qui doivent être portées à la réunion générale 
du comité. 

Art. G. Il est attaché au comité un secrétaire désigné par le ministre. 

Art. 7. Le directeur général de l'administration des cultes et le chef du 
secrétariat du ministère de l'instruction publique font de droit parlie du 
comité. 

— Par im arrêté en dot»» du même jour le mini«;tre de l'instniction pu- 



96 

blique a ainsi arrêté la composition du Comité de la langue, de l'histoire et 
des arts de la France : 

1° Section de philologie. 

MM. Ampère, de l'Institut. 

Guessard, professeur auxiliaire à l'École des chartes. 

Guigniaut, de l'Institut. 

Jourdain , agrégé des facultés , chef de division au ministère de 

l'instruction publique. 
V. Le Clerc, de l'Institut. 
Magnin, de l'Institut. 
D. Nisard, de l'Institut. 
Paulin Paris, de l'Institut. 
Patin, de l'Institut. 
Ravaisson, de l'Institut. 
Sainte-Beuve, de l'Institut. 
De la Villemarqué. 

2" Section d'histoire. 

MM,^ Bellaguet, chef de bureau au ministère de l'instruction publique. 

Chéruel, maître de conférences à l'École normale. 

Jules Desnoyers, bibliothécaire du Muséum d'histoire naturelle. 

Guérard, de l'Institut. 

Huillard-Bréholles. 

De Monmerqué, de l'Institut. 

Naudet, de l'Institut. 

Le marquis de Pastoret, de l'Institut. 

Le général Pelet, ancien directeur du Dépôt de la guerre. 

Rabanis, chef de bureau au ministère de l'instruction publique. 

De Rozières, professeur auxiliaire à l'École des chartes. 

Taschereau, administrateur adjointe la Bibliothèque Nationale. 

Amédée Thierry, de l'Institut. 

N. de Wailly, de l'Institut. 
Membre honoraire : M. Augustin Thierry, de l'Institut. 

3° Section d'archéologie, 

MM. Barre, graveur. 

Comte Aug. de Bastard. 

Depaulis, graveur de médailles. 

De Guilhermy. 

Le comte de La Borde , de l'Institut. 

Le marquis de Lagrange, de l'Institut. 

Lassus, architecte. 

De la Saussaye, de l'Institut. 



97 

Albert Lenoir, architecte. 

Prosper Mérimée, de Tlnstitut. 

Romieu, directeur des beaux-arts. 

Denjoy, conseiller d'État. 

De IVieuwerkerke, directeur général des musées. 

De Saulcy, de l'Institut. 

Vincent, de l'Institut. 

— Par un autre arrêté, en date du même jour, ont été nommés : 

M. le marquis de Pastoret , vice-président du comité de la langue, de 
l'histoire et des arts de la France, et président de la section d'histoire ; 
M. Guigniaut, président de la section d'histoire; 
M. le marquis de Lagrange, président de la section d'archéologie; 
M. de La Villegille, secrétaire du comité. 

— Voici , d'après le milletin de la Société de l'histoire de France , les 
membres des anciens comités qui n'ont pas été admis dans le nouveau ou 
qui ont décliné cet honneur: 

Comité des monuments écrits : MM. Mignet, le comte Beugnot, Miche- 
let, Villermé, Ph. Lebas, Danton, Hauréau, Jal, Taillandier, Paul Lacroix, 
le baron de Barante, Génin, Look, Halévy et Granet 

Comité des arts: MM. Aug. Le Prévost, le duc d'Albert de Luynes, Dié- 
terle, de Gasparin, Héricart de Thury, Ferd. de Lasteyrie, comte de Mon- 
talembert, Ary Scheffer, Jeaiiron, Géiiin, Lock, Halévy et Granet. 

— Un décret, en date du 13 septembre 1852, porte qu'il sera publié, par 
les soins du ministre de l'instruction publique, un Becueil général des poé- 
sies populaires de la France , soit qu'elles aient été déjà imprimées , soit 
qu'elles existent en manuscrit dans les bibliothèques, soit enfin qu'elles nous 
aient été transmises par les souvenirs successifs des générations. — Le Re- 
cueil comprendra les chants religieux et guerriers, les chants de fête, les 
ballades , les récits historiques, les légendes , les contes , les satires. — Le 
comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France est chargé de re- 
cevoir les textes et la traduction de tous les morceaux qui seront adressés 
au ministre de l'instruction publique, de désigner ceux qui devront être ad- 
mis dans le Recueil des poésies populaires , de les mettre en ordre en les 
accompagnant de tous les commentaires propres à en constater la valeur 
aux différents points de vue de l'histoire du pays et de celle de la langue 
française et des idiomes locaux de la France. 

— A la date du 25 août, M. Taschereau, administrateur adjoint de la Bi- 
bliothèque INationale , a adressé à M. le ministre de l'instruction publique 
un rapport détaillé sur le catalogue du déparlement des imprimés. Après 
avoir exposé les modifications qu'il a apportées au plan précédemment suivi, 
M. Taschereau constate qu'au î) juin 1852 , le nombre des ouvrages pour 

IV. (Troisième xérie) 7 



98 

lesquels les cartes élaient laites s'élevait à 250660; il annonce qu'avec un 
crédit annuel de 48,000 francs , le catalogue pourra être achevé vers 1862. 
Les séries consacrées à la Médecine , à l'Histoire de France et à l'Histoire 
d'Angleterre, sont à peu près terminées. Les termes dans lesquels s'exprime 
M. Taschereau permettent d'espérer que l'administration mettra bientôt 
sous presse le catalogue de l'Histoire de France , « véritable bibliothèque 
historique de la France, quatre fois plus ample, quant aux imprimés, que 
celle du P. Leiong. » 

— Par décret en date du 30 octobre , M. Guérard a été nommé conser- 
vateur des manuscrits français et du moyen âge au département des ma- 
nuscrits de la Bibliothèque Nationale, en remplacement de M. Haureau, 
démissionnaire par refus de serment. 

Par l« même décret , M. Berger de Xivrey a été nommé conservateur 
adjoint au même département, en remplacement de M. Guérard. 

— Par arrêté ministériel en date du l*"' novembre , M. Léopold Delisle 
a été nommé employé au même département , en remplacement de 
M. Munk, qui quitte la Bibliothèque par raison de santé. 

— Par arrêté ministériel du 1^"^ septembre, M. Marty-Laveaux a été 
nommé employé au département des imprimés de la Bibliothèque Nationale. 

— Par décret en date du 30 octobre, M. Ravaisson a été nommé conser- 
vateur adjoint à la Bibliothèque de l'Arsenal, en rempiacen)ent de M. Berger 
de Xivrey. 

M. Ravaisson a été remplacé comme bibliothécaire à la même bibliothè- 
que par M. Miskewicz. 

— M. Edgard Boutaric vient d'être nommé archiviste aux Archives Na- 
tionales. 

— Par arrêté du 17 octobre, notre confrère M. Lucien Merlet a été 
nommé archiviste du département d'Eure-et-Loir. 

— Par les soins de notre confrère M. Marchegay, les archives du dépar- 
tement de Maine-et-Loire viennent de recouvrer différentes pièces qui 
avaient autrefois fait partie de ce riche dépôt. Parmi ces documents nous 
en citerons trois d'une remarquable importance : I» Histoire du prieuré de 
V Evière-lez-Jngers depuis Fintroducfion en iceluy des religieux de la con- 
grégation de Saint-Maur ; cahier en papier, de 44 pages in-4°. — 2° Car- 
tulaire du prieuré de Mont Caret (diocèse de Périgueux) , dépendant de 
l'abbaye de Saint-Florent; rôle en parchemin, écrit au quinzième siècle, 
contenant la copie de quarante-cinq chartes de la fin du onzième et du com- 
mencement du douzième siècle. — 3° Liber Guillelmi Majoris; volume en 
parchemin , iu-4°, de 148 feuillets. Ce précieux recueil contient le journal 



99 

de Guillaume le Maire, élu évêque d'Angers en 1291, et la copie de i)eau- 
coup d'actes relatifs à l'administration de ce prélat. D'Achery [Spicil. , 
tom. X) et l'éditeur des Statuts du diocèse d'Angers (1680, in-4°) ont fait de 
nombreux emprunts au Livre de Guillaume le Maire ; mais le ms. original 
contient encore des morceaux inédits d'un haut intérêt pour l'histoire ecclé- 
siastique du règne de Philippe le Bel. Telles sont les pièces relatives aux dé- 
mêlés de l'évêque avec le bailli du comte d'Anjou. On y remarque aussi 
plusieurs lettres de Clément V sur un projet de croisade (1 1 août 1308) et 
sur le procès des templiers. 

— Plusieurs journaux du mois dernier ont annoncé que M. Henri Lepage 
a découvert, dans les liasses de la primatiale de Nancy, trois diplômes ori- 
ginaux de Chariemagne,de Charles le Simple et de Louis d'Outre-mer, pour 
le prieuré de Salone. 

— Dans les derniers jours du mois de juillet, plusieurs manuscrits des- 
tinés à faire partie du Musée des rois de Franre ont été transférés de la 
Bibliothèque Nationale au Louvre. 

— Des journaux ont annoncé que l'administration des musées se propo- 
sait de faire placer au Louvre la célèbre Tapisserie de Bayeux. Cette nou- 
velle paraît entièrement dénuée de fondement. Il est des monuments 
qui doivent rester dans les lieux pour lesquels ils ont été faits. Transportée 
hors de Normandie, loin de la cathédrale de l'évêque Odon, la Tapisserie 
perdrait une notable partie de sa valeur historique. La ville de Bayeux mé- 
rite d'ailleurs de rester en possession d'un monument dont elle apprécie 
l'importance, et dont elle a assuré la conservation par la construction d'une 
galerie spécialement consacrée à l'exposition de la Tapisserie. 

— La bibliothèque de M. Richard,ancienconservateur des Archives mujii- 
cipales de Rouen, s'est vendue à Rouen, le mois de juin dernier. Nous avons 
remarqué .sur le catalogue de vente (n° 752) une copie moderne d'un car- 
lulaire de Fécamp. Ce recueil, principalement composé de bulles et de 
lettres de papes, a été acquis par la bibliothèque de Rouen. 

— M. le duc de Sabran-Pontevès et M. le comte de Sabran-Pontevès ont 
donné à la bibliothèque publique de Narbonne la collection manuscrite des 
procès-verbaux des séances des États du Languedoc. Ce précieux ouvrage, 
en 85 volumes in-f", somptueusement reliés, appartenait aux archevêques 
de Narbonne. Le premier volume renferme le résumé sonnnaire des séances 
des États, depuis l'an 1501 jusqu'en l'an 1670. 

— M. Léon Renier, qui a fait, de 1850 à 1851, en Algérie, un voyage ar- 
chéologique d'un si haut intérêt, conjointement avec M. le commandant 
Delamare, vient de repartir avec une nouvelle mission de M. le ministre 
de l'instruction publique. Nous ne saurions mieux faire que de re- 
produire l'article publié à ce sujet par M. Guigniaut dans le Moniteur du 



100 

20 août dernier. Voici dans quels termes cet honorable membre de l'Insti- 
tut , en faisant connaître l'itinéraire que doit suivre M. Renier, parle des 
résultats que l'on a lieu d'espérer de cette mission : 

« Dans son premier voyage, M. Léon Renier avait exploré successivement 
les ruines de Lambœsis, de Ferecunda, de Thamugas, de Diana, de Signs, 
dans la partie méridionale de Tancienne Numidie, et il en avait rapporté, 
ainsi que des abords du désert, près de seize cents inscriptions copiées ou es- 
tampées par lui, que des communications reçues tant de M. Delamare, son 
prédécesseur et son compagnon, que de plusieurs autres habiles officiers de 
notre armée d'Afrique, ont élevées à un total de plus de trois mille, dont 
deux mille sept cents au moins sont inédites. Ces monuments épigraphi- 
ques, joints aux monuments de l'art dessinés par M. Delamare dans les 
mêmes lieux, pourraient, dès à présent, former un ouvrage qui serait le 
complément naturel de V Archéologie de l'Algérie, due aux mêmes savants, 
et publiée sous les auspices de M. le ministre de la guerre. Réunies, ces 
deux publications jetteraient déjà un jour tout nouveau sur l'étendue de la 
domination romaine en Afrique, sur son organisation, son histoire, et sur 
la civilisation remarquable qu'elle avait su y créer, civilisation qui aida puis- 
samment à la propagation du christianisme. 

« Maintenant, M. Léon Renier, suspendant ses premiers travaux pour les 
enrichir, se propose d'étendre à la partie orientale de la Numidie des an- 
ciens des explorations qui ont été si fécondes dans le sud et qui ne le seront 
pas moins sur ce nouveau terrain. Il compte visiter d'abord le pays entre 
Constantine et Tebessa. Là étaient situées Madaure, la patrie d'Apulée et 
la ville savante de la Numidie sous les empereurs; Tagaste, la patrie de 
saint Augustin ; Tipasa de Numidie, dont les ruines, si ce sont celles que 
les Arabes désignent sous le nom de Khamiça, sont les plus considérables 
de toute l'Algérie, après celles de Lambèse toutefois, qui fut, avant Cons- 
tantine, la véritable capitale de la province de Numidie. La ville moderne 
de Tebessa, l'ancienne Théveste, possède elle-même de magnifiques restes 
d'antiquités; son arc de triomphe tétrapyle et son petit temple, qu'à cause 
de sa ressemblance avec celui de Nîmes, nos officiers ont baptisé du nom 
de Maison-Carrée, sont peut-être les plus beaux monuments romains de 
l'Afrique. On ne connaît encore que deux inscriptions de Tebessa ; mais, en 
y séjournant quelque temps, M. Renier est assuré d'y faire une abondante 
récolte épigraphique. 

« Si les circonstances le permettent, M. Renier, après avoir exploré les 
ruines de Théveste et son territoire, pénétrera dans la régence de Tunis, et 
se dirigera sur Gafsa, l'ancienne Capsa^ en passant par Ksarin {Scillium) 
et Fariana, où se trouvent des restes considérables qui n'ont pas encore 
été examinés. De Gafsa il espère se rendre à Sbaïtia, l'ancienne Sufetula, 
et de là à Tunis, en passant par Kaïrouan, El-Djem, ou Thysdrus, et 
Soussa, Hadrumetum. Il reviendrait à Tebessa, en remontant le cours de 
la Medjerdah, et en visitant les nombreuses ruines romaines situées dans le 



101 

bassin de cette rivière, notamment celles d'f/iiçM^, de Tubiirbo, deChidib- 
besa, de Thignica, de Thibbure, de Thugga, de Sicca-Fenerea , etc., etc. 
Il y a peu de contrées au monde où les débris de l'antiquité se pressent en 
plus grand nombre, et M. Renier y doit recueillir une moisson d'inscrip- 
tions qui égalera au moins celle qu'il a faite dans son premier voyage. 

« De Tebessa il a le projet de revenir à Lambèse, en passant par Bagaï, 
l'ancienne Bagaia. La contrée située entre Lambèse et Sétif est remplie de 
ruines, parmi lesquelles celles de Diana ont seules été suffisamment explo- 
rées ; le savant archéologue compte étudier les autres à fond, en se rendant 
à Sétif. De l.i il se dirigera sur la province d'Alger, en passant par Auzia 
(Aumale), l'un des points de nos possessions où l'on a trouvé le plus de mo- 
numents épigraphiques,et il cofitinuera, en s'avnnçaut toujours vers l'ouest, 
l'exploration de la Mauritanie césarienne, jusqu'aux frontières du Maroc, 
qui limitent cette ancienne province aussi bien que l'Algérie. 

« On voit quel vaste théâtre s'ouvre encore devant les recherches de 
M. Léon Renier; mais, quelque grande, quelque difficile que soit la tâche 
nouvelle qui lui est imposée, elle ne sera, nous en avons la confiance , ni 
au-dessus de son courage ni au-dessus des ressources sur lesquelles il peut 
compter de la part du gouvernement, qui vient déjà de reconnaître son zèle 
et sa capacité en le nommant chevalier de la Légion d'honneur. Nos offi- 
ciers, qui ont déjà tant fait eux-mêmes pour la connaissance des antiquités 
de l'Algérie, lui donneront, de leur côté, comme dans son excursion précé- 
dente, aide, protection, concours. Ils voudront, en facilitant ses travaux, 
en lui communiquant les inscriptions qu'ils ont pu recueillir, s'associer à 
une œuvre d'érudition, qui est aussi une œuvre nationale, et y attacher 
leur nom. Des résultats de cette exploration, réunis à ceux de la première, 
doit sortir, en effet, une grande collection de documents épigraphiques et 
de monuments figurés, embrassant, dans le temps et dans l'espace, presque 
toute l'Afrique romaine, et qui, en ressuscitant les témoignages authenti- 
ques d'une des conquêtes les plus glorieuses du peuple-roi , contribuera à 
immortaliser la nôtre, dont elle ne sera pas elle-même un des titres les 
moins précieux ni les moins durables. » 

— On a découvert, il y a quelque temps, à Malain, village situé aux envi- 
rons de Dijon, des restes d'antiquités romaines qui ne sont pas sans inté- 
rêt. Ils consistent en fûts, et chapiteaux de colonnes, en débris de statues de 
grandeur naturelle et d'inscriptions malheureusement trop mutilés et trop 
incomplets pour qu'on en puisse tirer quelque chose de bien important; 
mais con)me en fait d'épigraphie antique tout est bon à recueillir, nous 
avons cru devoir faire connaître ce que nous avons vu sur les lieux. 
1 2 3 

C. SVLPIC KL IIIA V 

INVS. CA CRISCI OTVM 

SCINIM SVO 

LIVINLF IIM IS DIT 



102 

Ces trois fragments paraissent appartenir à la même inscription qui était 
vraisemblablement gravée sur un autel votif. 

4 
R TCIO 
T. BELL. 

Ce fragment appartient certainement à un monument différent du pré- 
cédent. 

6 

AVC 

TINVS 

IFL 

lie 

C'est le reste d'une inscription monumentale; les lettres ont au moins 
deux pouces de haut. 

6 

MARTL CI 

COLLVI. ET 

LITAVI 

Lettres d'un pouce de hauteur. 

Le débris de statue le plus important qui ait été trouvé est une tête de 
nymphe ou de jeune fille, d'une grande perfection, qui est certainement la 
copie d'un chef-d'œuvre de la Grèce, car elle est identique à un masque de 
marbre rapporté d'Athènes par M. Lenormant. 
Malain possède encore une autre inscription antique, la voici : 

7 

ET LITAVI EX VOTO 

SUSCEPTO 

V. S L. M 

Celle-ci est connue depuis longtemps, elle a été citée par Courtépée, mais 
d'une manière inexacte. Elle sert de soubassement à la croix du cimetière, 
ainsi que quelques débris de sarcophages gallo-romains; la croix, du reste, 
est assez moderne : elle a été élevée en 1637 par un nommé De Lamarche, 
qui a jugé à propos d'ajouter à la suite de l'inscription romaine ce qui suit : 

V. DE LA MARCHE 

A FAICT FAIRE CE 

CROIX. 1637. 

Telles sont les antiquités que nous avons pu examiner à Malain. Courté- 
pée s'étend longuement sur les richesses archéologiques que renferme ce 
lieu. Nous ne voulons pas le copier, mais nous engageons vivement le lec- 
teur à parcourir l'intéressant article qu'il a consacré à ce bourg, aujour- 
d'hui presque inconnu, et qui, cependant, aux époques gauloise et romaine, 



103 

devait être d'une grande importance. Au XP siècle, Malain se nommait 
Mediolaman, et Courtépée suppose, avec beaucoup de vraisemblance, que 
ce Mediolannm était situé dans la contrée du pays des Éduens occupée 
primitivement par leslnsubriens, fondateurs de Milan. Ainsi l'orgueilleuse 
cité italienne devrait son nom à l'humble village bourguignon! Quoi qu'il en 
soit, Malain est une localité intéressante pour l'archéologue. Un vieux 
château du XVe siècle, perché sur une haute colline, la domine d'une fa- 
çon très-pittoresque. Plus bas se trouve un petit manoir du XVP siècle, 
accolé à une grange dînieresse du XIIP ou du XIV. Viennent ensuite 
les maisons du bourg. Enfin, bien plus loin, dans la plaine, l'ancienne 
église qui date du XII' siècle; elle est complètement isolée. C'est près d'elle 
que se trouvait la ville romaine, et là aussi qu'ont été déterrés les débris 
antiques que nous venons de décrire. Cette église, maintenant abandonnée 
pour une toute neuve, dont nous ne parlerons pas, mérite quelque attention. 
Ses murailles ont été peintes à fresque au XVIe siècle. Une légère couche 
de badigeon qu'il serait très-facile d'enlever, nous dérobe peut-être d'inté- 
ressants tableaux. Ce doit être, sur la paroi nord, un jugement dernier, sur 
la paroi sud divers saints et saintes parmi lesquels se trouve la Magdeleine; 
ces dernières ffgures semblent plus modernes, au moins d'après ce que le 
plâtre laisse apercevoir. Malgré le badigeon, nous avons pu lire, sur la 
marche du nord, l'inscription suivante qui est composée de minuscules go- 
thiques : Jehan Allabt fait faire ceste hestoib l'an m.vc.xxx. 
PBiEZ dieu poub lui, Prions aussi les comités archéologiques qu'ils 
veuillent bien, à l'aide d'une subvention sans aucun doute très-minime, 
mettre en lumière IV/estoir de Jehan Allart. 

— La Revue archéologique annonce la découverte d'un autel romain dans 
la commune de Culoz (Ain). Il porte cette inscription : 

N. AVG 
DEO MAR 
TI. SEGOM 
ONI DVN 
ATI CASSI 
A SATUR 
MINA EX VOTO 
V. S. L. M. 

Cet autel doit être réédiflé sur le lieu même où il a été trouvé. 

— Cet automne, M. l'abbé Cochet a exploré avec un succès complet deux 
anciens cimetières, situes l'un à Fécamp. l'autre à Envermeu. 

Les quatre-vingt-dix-sept sépultures découvertes à Fécamp paraissent 
appartenir au deuxième et au troisième siècle de l'ère chrétienne. On y a 
recueilli , entre autres objets, deux cent boixante-scpt vases en terre et en 



I 



104 

verre, une fibule , deux miroirs^ un as d'Auguste frappé à Vienne en Dau- 
phiné avec le type de la proue de navire et les lettres C. I. V., et une mé- 
daille de Faustine la Jeune. 

M. Cochet conjecture que les sépultures qu'il vient de fouiller à Enver- 
meu remontent à l'époque mérovingienne. Il y a trouvé des haches, des fers 
de lance, des vases en ten-e et en verre, des couteaux, des ciseaux, une clef 
de fer, un collier de perles , des boucles d'oreilles en bronze , deux bagues 
de bronze ou d'argent, et quatre paires de fibules. Dans une couche de ter- 
rain supérieure aux sépultures , on a rencontré un denier de Charles le 
Chauve frappé à Noyon. M. l'abbé Cochet a publié dans V Athenœum fran- 
çais du 16 octobre un rapport sur ses fouilles d'Envermeu. 

— Il vient de se fonder à Paris, sous la présidence honoraire de M. Gui- 
zot, une Société de l'histoire du protestantisme français. Elle a pour but 
de rechercher et de faire connaître les documents relatifs aux églises pro- 
testantes de langue française, aux églises d'origine allemande devenues fran- 
çaises par annexion de territoires, et aux tentatives faites pour introduire la 
réforme en Italie et en Espagne. Cette Société publie tous les deux mois un 
Bulletin de la Société de P histoire du protestantisme français, dont la pre- 
mière livraison est datée de juin-juillet 1852. 

— La Société des antiquaires de Picardie met au concours pour l'année 
1854 la question suivante : Recherches sur les poètes picards depuis le 
douzième siècle jusqu'à la renaissance des lettres. La valeur du prix sera 
de 300 francs. — Nous avons annoncé dans le volume précédent (pag. 192) 
les sujets de prix proposés par cette Société pour l'année 1853. 

— Notre confrère M. l'abbé Faudet, curé de Saint-Étienne-du-Mont, 
vient d'être nommé curé de Saint-Roch. 

— Par décret en date du 18 octobre , notre confrère M. Le Glay a été, 
sur la proposition du ministre de l'intérieur, nommé chevalier de la Légion 
d'honneur. Ses titres sont ainsi énoncés dans le Moniteur du 5 novembre : 
« Successivement, depuis 1835, conseiller de préfecture de iaCôte-d'Or, 
a sous-préfet de Tournon, de Gex et de Muret ; ancien élève de l'École des 
« chartes^ et ancien conservateur adjoint des Archives de Flandre. » 

— Quand nous avons, dans notre dernier numéro (p. 570), rendu compte 
des Normanniœ nova Chronica, nous n'avions pas reçu la feuille d'Ad- 
denda et emendanda , publiée à Caen , sous la date du 15 août 1852. Ce 
supplément montre avec quels scrupules M. Charma remplit ses devoirs 
d'éditeur : il y éclaircit par de nouvelles notes plusieurs passages des Chi'o- 
niques, et rectifie certaines leçons qu'il n'avait pu, au moment de l'impres- 
sion, vérifier sur le manuscrit original. 



DES APPELS 

EN COUR DE ROME 

JUSQU'AU CONCILE DE SARDIQUE, 

EN 347. 



L'appel est le recours qu'on forme par-devant le juge supé- 
rieur de la sentence rendue par le juge inférieur. 

C'est là un droit naturel laissé par toutes les législations aux 
accusés, comme un recours contre l'ignorance ou la malignité 
des juges. Mais si toutes les législations admettent l'appel, toutes 
aussi reconnaissent que ce droit ne saurait être illimité, et qu'a- 
près avoir franchi une succession de degrés de juridiction plus 
ou moins nombreux, il faut de toute nécessité en venir à un 
pouvoir judiciaire dont la sentence soit irréformable, à un pou- 
voir qui juge et ne soit pas jugé. Dans toute société, ce pouvoir 
appartient au souverain, qui lexerce en personne ou le délègue, 
à volonté. Ce haut privilège de juger suprêmement et sans appel 
en matière ecclésiastique a été contesté au pape, et là-dessus 
s'est élevée une des plus violentes discussions qui aient agité les 
hommes. Cette discussion , qui dure encore bien qu'affaiblie, a 
surtout été vive et passionnée au seizième et au dix-septième 
siècle, parce qu'alors venaient s'y mêler des intérêts politiques 
et temporels. Pour ne citer que les plus célèbres d entre les 
cham[)ion8, les prérogatives de la papauté, soutenues par les car- 
dinaux Baronius, Rellarmin, d'Aguirre, par Christianus Lu- 
pus, David, étaient vivement attaquées dans les écrits d'Edmond 
Richer, de Pierre de Marca, d'Elies Du pin, de Pascal Quesnel ; et 
à leur tète, comme leur chef, guidant et modérant leur ardeur, 
apparaît le grand liossuet, appuyé au trône de Louis XIV, et ac- 
compagné de son second dans cette lutte, du savant Eleury. 
Le problème à résoudre étant plutôt historique que d une ati- 

IV. {Troisii'mr st^rir ) ^ 



io(; 

tre nature, c'est à l'histoire que les ultramontains d'un côté, les 
gallicans et les réformés de l'autre , ont surtout emprunté leurs 
armes. Comme cette suprême juridiction si violemment contestée 
a été pendant de longs siècles exercée par les papes, les adver- 
saires de la cour de Rome ont voulu voir dans cet exercice une 
usurpation , et ont soutenu que les premiers temps de l'Église 
n'avaient rien connu de semblable. Les partisans de la supré- 
matie judiciaire du pape, à leur tour, se sont efforcés de démon- 
trer scrupuleusement que, dès les premiers temps de l'Église , 
cette suprématie a été exercée et appliquée avec autant de rigueur 
et d'étendue, et avec le même assentiment général, qu'elle le fut 
plus tard. C'était là commettre des deux côtés une grande erreur, 
et oublier que les sociétés se forment et grandissent successive- 
ment, et que si, après tout, elles ne font que développer le germe 
contenu en elles, encore ce développement ne saurait-il avoir lieu 
sans quelques changements et modifications de la forme exté- 
rieure. Selon nous, ce droit de juridiction sans appel, né avec la 
suprématie, a grandi avec elle, à mesure que le besoin d'unité s'est 
fait de plus en plus sentir dans la société chrétienne, et que les 
attaques de plus en plus multipliées ont nécessité une plus grande 
force de cohésion. Nous voyons dans les célèbres canons de Sar- 
dique linscription officielle de cette grande loi dans le code de 
fÉglise; mais nous ne saurions en voir l'origine dans ces mêmes 
canons; nous la trouvons bien avant 347 dans les événements 
mêmes qui se passent au sein du christianisme. C'est à recher- 
cher les origines historiques de la suprématie judiciaire des papes, 
et à montrer qu'elle s'était manifestée dans les faits bien avant 
d'être écrite dans la loi, que nous avons consacré ce travail. Nous 
ne nous contenterons donc pas d'examiner les actes d'appels , 
nous recueillerons avec soin tous les textes et tous les faits qui 
nous sembleront de nature à jeter quelque lumière sur ces ori- 
gines. 

Dans les premiers siècles, les appels sont rares et en quelque 
sorte peu précis ; mais il n'y a rien là qui doive surprendre. On 
conçoit parfaitement que l'Église , encore en proie au mouve- 
ment de conquête universelle qui s'était emparé d'elle tout d'a- 
bord, courbée d'ailleurs sous le fer des persécuteurs et souvent 
privée de communications libres et régulières, n'ait pu attester 
par un grand nombre d'actes extérieurs et palpables une disci- 
pline à peine formée. Toutefois, on ne saurait lire les monuments 



107 

écrits des premiers siècles du christianisme, sans reconuaitre , 
avec l'illustre auteur de la Civilisation en Europe, que, de toutes 
les parties du monde chrétien, on consulte l'évêque de Rome sur 
les questions importantes qui agitent les églises, même les plus 
éloignées de Rome. Déjà la sollicitude du pape s'étend tout au- 
tour de lui, et partout l'on ^ent sa présence et son influence. Et 
son action ne se borne pas seulement, comme on a voulu le sou- 
tenir avec de Marca, à ce qui plus tard fut le patriarcat d'Occi- 
dent, ni aux églises fondées par Rome. 

Dès la fin du premier siècle, les Corinthiens s'adressent au pape 
S. Clément pour le prier de calmer les dissensions qui s'étaient 
élevées parmi eux. Ce fait n'aurait rien que de très-ordinaire, si 
l'église de Corinthe avait été fondée par celle de Rorne : les exem- 
ples de recours à l'Église mère au milieu des embarras sont fré- 
quents dès l'aurore du christianisme , et s'expliquent tout natu- 
rellement par l'affection et la reconnaissance ; mais Rome n'avait 
point porté le christianisme à Corinthe. 

Nous avons la réponse du pape S. Clément ' . Elle est surtout 
paternelle, pleine de douceur et d'onction , et rien n'y annonce 
encore les foudres pontificales qu'on verra briller plus tard. Tou- 
tefois, l'acte des Corinthiens subsiste, et l'on ne peut s'empêcher 
d'y voir au moins une grande marque de déférence pour le siège 
de Rome. Rientôt cette église en recevra de plus nombreuses et 
de plus considérables dans la question de la Pàque. 

Les fidèles de l'Asie Mineure et d'une partie de l'Orient célé- 
braient cette fête le 1 4 de la lune , quelque jour de la semaine 
qu'il arrivât^. Les Occidentaux, au contraire, soutenaient qu'on 
ne devait solenniser la Pàque que le dimanche suivant , et pen- 
dant près de deux siècles chaque église suivit en paix sa cou- 
tume. 

Les évêques de Rome semblent avoir été les premiers à s'in- 
quiéter de cette diversité d'opinion; ils sont le centre de la 
discussion qui s'engage, et c'est à Rome , comme à la tête et au 
sommet de l'Église , que vient Poly carpe, disciple des apôtres , 
institué par eux évêque de Smyrne, dépositaire immédiat de 
leur doctrine, et jouissant à tous ces titres d'une immense con- 
sidération dans l'Église entière. Il ne put s'enleudre avec le paix; 



1. Coustant, EjHsl. Hom. Pont., col. 9 et 5 s. 

2. EiiMh., lib. V, cap. 23 et 24 

8. 



\ 



108 

Anicet, et retourna dans son église sans que la paix fût pour cela 
troublée; mais en 196, le pape Victor souleva de nouveau et plus 
\ivement la question demeurée indécise ; plusieurs conciles furent 
tenus à celte occasion dans la Palestine, la Mésopotamie, le Pont, 
la Gaule, rOsroène, l'Achaïe, aussi bien qu'à Rome ' . Il importe- 
rait beaucoup de savoir si ces conciles ont été réunis sur l'injonc- 
tion du pape ; par malheur rien ne le prouve, car les actes du con 
cile de Palestine, qui le disent positivement, sont apocry|)bes, 
comme le reconnaît Constant (col. 93). Toutefois, de l'ensemble des 
faitset des circonstances, on peut conclure avec Constant (col. 94), 
que le pape provoqua une sorte d'enquête. Ses efforts n'eurent pas 
un succès immédiat, et Polycrate, évéque d'Éphèse, qui présida 
le concile de ce nom, prélat éminent par ses mœurs et sa doc- 
trine , et considéré comme le chef des Asiatiques , écrivit au 
pape saint Victor une lettre ^ dans laquelle il parle en égal , 
déclare qu'il ne renoncera point aux coutumes de ses prédéces- 
seurs, qu'il est le huitième évêque de sa famille, que tous en ont 
agi ainsi, et que lui-même, depuis soixante-cinq ans qu'il est 
dans la religion chrétienne, n'a point suivi d'autre pratique. 
« Je ne me laisserai point effrayer par les terroristes, ajoute-t-il, 
parce que j'ai appris de mes ancêtres qu'il vaut mieux obéir à 
Dieu qu'aux hommes ^ » Le pape saint Victor fut si irrité de 
cette lettre , qu'il excommunia Polycrate ; mais il semble qu'il 
ne maintint pas son excommunication , et qu il la retira sur les 
représentations que lui firent les évêques des Gaules réunis a 
Lyon. Nous avons la lettre oii ils lui demandent de ne pas 
rompre l'unité et de ne pas retrancher de sa communion des 
églises qui gardent une ancienne tradition depuis longtemps pra- 
tiquée par elles ". Déjà auparavant, en 142, Marcion , prêtre dé- 
gradé par l'évêque de Sinope , était venu à Rome du fond de 
l'Asie, de bien au delà les bornes de ce qui fut plus tard le pa- 
triarcat d'Occident, essayer de se faire rétablir dans sa dignité. 
Dupin. Delaunoy, de Marca , s'efforcent à l'envi de prouver 
contre Belliirmin que ce ne fut point là un véritable appel ; que 
l'acte de iMarcion n'eut ni les caractères ni surtout les consé- 

1. Labbe, Concil., tom. I, col. 603 et s. 

2. Labbe, Concil., tom. 1, col, 613. 

3. Où 7tT:ûpo[iai inl xoï; -/.a^y.iilridxou.évoiç ' ot yàp È(jloO (jtEi'^ove; sîpi^xacr'. • TteiOapxeïv 
Seï 02(5 jjiàM,ov ^ àvOpwTtotc. 

4- F.HSeb. lib. v, cap. 24. 



109 

queuces duii appel. Assui émeut ils ont raison eu un sens, et ce 
ne fut point là un appel revêtu des formes légales qni plus tard 
en furent inséparables; mais ces formes n'ont été déterminées 
que longtemps après, et c'est faire un singulier paralogisme que 
de juger un acte en vertu de règles qui lui sont postérieures 
de quelques siècles ; c'est pourtant la façon la plus ordinaire 
dont raisonnent sur ces faits de la haute antiquité ecclésiastique 
les adversaires comme les partisaus des appels. Aussi les textes 
objet et matière de la discussion , tirés en tous sens par des es- 
prits très- vigoureux et très-subtils, ont-ils été comme mis en 
pièces, et ce n'est qu'avec une attention scrupuleuse et un soin 
presque pieux qu'il est possible à cette heure de les reconstituer 
et de les replacer dans leur véritable jour. Nous espérons toute- 
fois y parvenir, en laissant parler le plus possible les écrivains 
originaux, et abandonnant alors le lecteur non prévenu à la jus- 
tesse de ses propres appréciations. 

Écoutons donc sur l'affaire de Marcion saint Épiphane, le plus 
ancien des auteurs qui nous ont conservé ce fait. Après avoir 
raconté comment Marcion, de la ville de Sinope, datis le Pont, 
fut, pour avoir corrompu une vierge, chassé de l'église par son 
père, qui était évèque, il ajoute : « Marcion eut beau supplier et 
" demander pardon, il ne put rien obtenir de son père par ses 
« prières. Lorsqu'il vit qu'il ne parvenait à l'adoucir par aucun 
« moyen, ne pouvant supporter les railleries de ses compatriotes, 
» il sortit secrètement de la ville, et vint à lîome après la mort 
« de l'évèque Hygin, qui était le neuvième depuis les apôtres 
' Pierre et Paul. Aussitôt arrivé, il s'adressa aux anciens prêtres 
" qui restaierfl encore de ceux que les disciples des apôtres avaient 
« instruits, mais ce fut en vain '. » 

Marcion s'adresse au clergé , sans doute parce que le pape est 
mort ; mais c'est au clergé de Rome , et nous avons plusieurs 
lettres de .saint <^^yprien, écrites à ce même clergé pendant les in- 
tervalles qui s'écoulaient entre la mort d'un pape et l'élection de 
son successeur. Cette prééminence du siège de Rome , que nous 
voyons ici invoquée au milieu du second siècle par un Iwnimc 

l. 'Aitt6tôpa<r>iîv xfii Tiô/xo); ttIj; aJTT); xal àveiaiv et; Tr,v 'l'wjxiriv oùxtiv (lexà to teXe'j- 
Tf)a«i 'X^i'tw t6v ântuKonov 'Pw^i.-»); • ovro; 5é IvvaTo; r^v àTto IIÉTpou xal IlauXou twv 
'AnooTÔÀwv • xal rot; êtt TiptaSùraii; nefiouat, xal àno xiiv |xaOr,Tâ>v twv 'ATtooroXoiv 
ôp|ixi)|U'yot( av|i£â>o>v ^Tti rjv^ayOf.vai, xai oJ5eiîaÙT«f> ovYXExeioTixe. — Contra futreses^ 
VI, |> Mn <U- \'i'<\\\ <»»■ Valois 



110 

intéressé à la proclamer, puisqu'elle devenait son recours et son 
asile, sera, dès la fin du même siècle, affirmée par l'un des plus 
grands docteurs de l'Église naissante, dégagé de tout intérêt per- 
sonnel dans la question, et qui, dans un ouvrage de pure con- 
troverse contre les hérétiques de son temps, s'exprimera ainsi 
en parlant de Rome : « C'est à cette Église, à cause de sa puissante 
primauté, que toute église et tous les fidèles de l'univers doivent 
s'accorder * . » C'est là, croyons-nous, un témoignage irrécusable, 
et dont on s'est vainement efforcé d'atténuer l'importance. Les 
droits et les prérogatives de la suprématie n'y sont point , il est 
vrai, expressément énumérés ; on n'en fixe point l'étendue et 
les limites, mitisle fait de la suprématie est clairement énoncé, 
et ce seront 1( s circonstances et les besoins mêmes de la société 
chrétienne qui la développeront peu à peu et en régleront l'exer- 
cice. 

Ce développement , il nous est permis de le suivre avec plus 
de sûreté à partir du troisième siècle : les monuments devien- 
nent alors moins rares et plus explicites. Dès le commencement, 
le fougueux Tertullien s'écriera : « Voici un édit , et même un 
édit péremptoire parti du souverain pontife, de l'évêque des 
évêques^. » I.e ton irrité et même un peu sarcastique ajoute 
encore au poids du témoignage, et il fallait que ce titre de sou- 
verain pontife et d'évêque des évêques que Tertullien jette à 
son adversaire avec dépit fût déjà bien généralement usité. Ce 
même Tertullien, d'ailleurs, si voisin de la tradition apostolique, 
n'a-t-il pas écrit avant ses luttes avec Rome : « Le Seigneur a 
donné les clefs à Pierre, et par lui à l'Église ^ . » Or, dès ce temps-là, 
qui dit le siège de Pierre, dit l'évêché de Rome; ef quelque opi- 
nion qu'on ait sur le séjour du chef des apôtres à Rome, on ne 
peut douter que cette croyance ne fût alors répandue dans le 
monde chrétien. Déjà saint Irénée, énumérant les évêques qui se 
sont succédé sur le siège de Rome, lui donne les apôtres Pierre et 
Paul comme fondateurs. « L'Église de Rome, dit-il, la plus grande 

1. Ad liane enim Ecclesiam, propter pofiorera principalitatem, necesse est omnem 
cDnveiiire ecclesiam, hoc est, eas qui siint iindique fidèles — S. Irenaei Cont. hœres., 
Iib. III, c. 3. 

'2. Audio edictum et quidem peremptoriuna ; Poutifex scilicet maximus, episiopus 
f'piscopoinm dicit. — Tertnil., de Pudicitia, cap. I. 

3. Memeulo (laves Domiiuim Petro et piT eiiui lîcclesi.»; leliquissc— Idem, Scoip., 
rap. X. 



m 

et la plus aiicieunc, connue par touto lu terre et fondée par les 
glorieux apôtres Pierre et Paul ' , » 

La suite naturelle des années nous amène à examiner la con- 
duite, les écrits, et surtout les lettres de saint Cyprien, évoque 
de Carthage en 248. Ces écrits sont un des plus précieux monu- 
ments de l'antiquité chrétienne, et nulle part auparavant on ne 
trouve aussi bien que dans les nombreuses lettres écrites et re- 
çues par lui un tableau fidèle et animé des mœurs et des coutu- 
mes de l'Église naissante. Ce qui trappe tout d'abord dans ce 
recueil, c'est la fréquence des rapports établis déjà entre les dif- 
férentes sociétés chrétiennes, et surtout avec Rome; il ne se 
[wsse presque point de fait important dans l'Jîighse d'Afrique 
qu'aussitôt on n'en écrive à Rome. Les formules (|u'on verra 
plus tard ne paraissent pas encore, il est vrai, et les lettres 
de saint Cyprien sont, en général, sur le ton d'une cordiale 
quoique déjà respectueuse égalité. Ce ton change, lorsque dans 
son epître 55, irrité de ce que le pape saint Corneille a reçu 
l'appel de Fortunatet de ses compagnons, en 252, saint Cyprien 
s'élève contre cet appel et en conteste la validité, disant : « Il a 
été établi, et il est parfaitement juste et convenable, que chaque 
cause soit jugée là même où le crime a été commis. Chaque pas- 
teur a été chargé d'une portion du troupeau, qu'il dirige et gou- 
verne , et c'est au Seigneur qu'il doit rendre compte de sa con- 
duite '. » 

L'évèque de Carthage ira encore plus loin dans sa lutte avec 
le pape saint Étienue, touchant le baptême des hérétiques : il s'é- 
criera en plein concile : « Aucun de nous ne s'établit évêque des 
évêques, et ne réduit ses collègues à lui obéir par une terreur 
tyrannique; puisque tout évêque a une pleine liberté de sa vo- 
lonté et une entière puissance , et comme il ne peut être jugé 
par un autre, il ne le peut aussi juger ^. » 

Ces deux passages ont été souvent invoqués contre le pape , et 

I . Maximac et antiquissima; et omnibus cognitœ, a gloriosissiniis diiobus apostoli.s 
Pelro el Paiilo Roman fiiiKlatn- et constitutx' F-cclesia*. — S. Iienœi Contra hœres., 
lib. ni, c. 3. 

').. Nam ctiin statutiim sil oiiinil)iis iiobis, et a-quiiiii sit paritcr ac Jiistimi, ut tiniiis- 
l'.iijiii'que causa illic audjatur nbi est crimeu admissiiui, et 8in(;ulis pastoribus poitio 
greKis sit adscripta, «piaui rcgat uuusqiiisque et i;iil)«'rnet, rationem sui actus Douiino 
re«lditiiru». — Saiicti Cypriani opéra, éd. Bai , p. W\. 

^. Neqno «-uim qnisquaui iioslriim epis<;opuni episeopuiuni se coiiKlituil, aul l>- 
r»nnnu) lerntrr ad obsi-quendi ne» e>t.italem rullf^as .suos adi^it, quando lial)eal omnis 



Mi 

il est certain qu'ils ne sauraient être allégués en sa faveur; mais, 
après tout, qu'y peut-on voir autre chose qu'une protestation 
contre la pratique des appels à Rome , peu à peu s'établissant 
partout? D'ailleurs, qui acceptera-t-on pour témoin irréprocha- 
ble des croyances et des besoins de son siècle, du saint Cyprien 
que l'on vient d'entendre plaidant dans sa propre cause et em- 
porté par la chaleur de la discussion, ou du saint Cyprien qui, 
daus cette même épître 55, parlant de l'appel à Rome de For- 
tunat et de ses compagnons, s'écrie ' : « Ils osent naviguer vers 
la chaire de saint Pierre et vers cette Église priticipale d'où 
découle la dignité sacerdotale? » qui, dans sa lettre 67 au pape 
saint Etienne, à propos de l'hérésie de Marcien, évêque d'Arles, 
dit ^ : « Envoyez dans la Provence et au peuple d'Arles des 
lettres qui révoquent Marcien pour qu'un autre le remplace; » 
et qui , enfin , au commencement de son traité sur l'unité de 
l'Eglise, après avoir rapporté les paroles de Jésus -Christ à saint 
Pierre, s'exprime ainsi : « Il bâtit son Église sur lui seul, et lui 
confie ses brebis ; et quoique après sa résurrection il donne à 
tous ses apôtres une puissance égale, néanmoins, pour montrer 
l'unité, il a posé l'origine de cette unité en la faisant descendre 
d'un seul '. « 

Nous citons ce passage tel que l'ont donné Raluze et les édi- 
teurs d'Oxford ; dans Manuce et Pamélius, il est encore bien 
plus explicite en faveur de la papauté : mais la première version 
nous paraît suffisamment établir la croyance de saint Cyprien à 
la primauté de l'Église de Rome comme source de l'unité; et 
d'ailleurs cette première version est la seule que contiennent les 
deux plus anciens manuscrits de saint Cyprien, qui sont celui 
de Vérone et celui de la bibliothèque du chancelier Séguier ■*, tous 
deux du huitième siècle. Dans une de ses épîtres encore , dans 
la 7 r, adressée à saint Etienne, saint Cyprien reprochera au 

episcopiis potestatem agendi libère quœ sentit. Nam ut ipseaiiutii judicare non polest, 
sic nec ipse potesl ab altero judicari — Labb., Concil., t. I, col. 823. 

1. Navigare audent ad Pétri catliedram atque ad Ecclesiam piincipalem nnde di- 
giiitassacerdotalis orta est. — S. Cyprianiop., p. 86. 

2. Dirigantnr in Provinciam et ad plebeni Aielate consistentem a te litterœ, qiiibiis, 
absleiito Maiciano, aiius in locum ejus substituatiir. — Ibid., p. 116. 

3. Super illum iiiium œdificat ecclesiam suani et illi pascemias mandat oves suas, 
quanivis apostolis post resurreclionem snam parem poteslatem Iribuat. . . lamen , ut 
uiiilatem manifeslaiet, unitatiscjusdein origineai ab uno incipienlem sua auctoritate 
disposuit — Ibid., p. 195. 

4. Aiijourd'liiii dans le fonds Saint-Germain, à la Bibliojlicipie Unpériale. 



pape de dépasser les bornes de sa prérogative, mais il ne la niera 
point; il se contentera de dire que saint Pierre, choisi parle 
Seigneur lui-même pour être le fondement de son Église, ne 
s'éle\a pas avec hauteur contre saint Paol dans leur différend sur 
li« circoncision '. De même, saint Firmiiien , évêque de Césarée 
et ami de saint Cyprien, reconnaîtra qu'une dignité plus élevée 
réside en saint Etienne , comme successeur de saint Pierre, tout 
en le blâmant de ne pas s'en montrer digne ^ . 

Dix ans plus tard , en 262, lorsque le même père de l'Église 
s'élèvera, dans son épître 68, contre l'appel à Uome de Basilide, 
évèque d'Astorga et de Léon , et de Martial, évèque de Mérida, 
il ne fera que fournir une nouvelle preuve de l'antiquité des ap- 
pels, comme l'ont fort bien vu les Ballerini, dans leur édition de 
saint Léon (tome II, col. 931), et Baluze, dans sa note 27 sur 
cette épitre 68. « Basilide va à Rome, dira saint Cyprien, et il 
tromf)e notre collègue Etienne , placé au loin et ignorant ce qui 
s'est passé ^. » Basilide se serait-il rendu à Rome, serait-il allé 
si loin tromper Etienne et surprendre son appui , si cet appui 
n'eut dû être efficace, si le jugement du pape n'eût dû être 
d'un grand poids dans l'affaire, plus grand que celui de tout 
autre évèque? 

Les écrits de saint Athanase, que tout à l'heure nous allons 
voir lui-même recourir à Rome, nous fournissent encore un 
exemple d'une cause portée au siège de Pierre, lorsqu'il parle de 
l'affaire de saint Denis, évêque d'Alexandrie, qui, voulant com- 
battre la fausse doctrine de Sabellius, était tombé dans une erreur 
contraire*. «Plusieurs prêtres, dit saint Athanase, déférèrent 
Tévêqiie d'Alexandrie à l'évèque de Rome. » Boileau et Dupin 
nient que la cause ait été réellement jugée a Rome; nous ne 
sommes pas de leur avis, et nous pourrions encore citer des pa- 
roles de saint Athanase eu favejir du nôtre : mais cela importe 
peu au fond, et nous ne prétendons point que la juridiction de la 

1 . Sf.A nec Peirus, qiiem primum Dominus elegit, et super quein Tundavit ecclesiam 
suani, ciim seciiin Paiiltisde circiimcisionc disccptantl, vindicavit sibi aliqiiid inso- 
leuler aul arroganter. Sancii Cypriani o|)era, éd. Baliiz., p. I27. 

2. Steplianus, qui per siicceAsioïKwii catlicdrani Pétri liittcrc se; pracdicat, niillu ad- 
vcrdus liffiretico.'. /clo «-xcitatur. — Ibid., p. 148. 

3. Roinam pergens, Steplianimi, cullegain nohtriiiii, loii^i; |>ositum, et gestae rei 
veritatift igiiariiiii ferellit. — Ibid.., p. 119. 

4. 'A>.).à Tivwv atTia(ïa|Aivo)v Tiajxx \({i 'Eni(rx6ii(;> 'Pm|xïi; tov tijç 'AX^ovdpta; 'ËTtioxo- 
^îOv.—S Alliaii., deSijnod.; édil. de t(i7.7, t. I, p. 'JI8. 



1 1 'I 

cour de Rome fût alors rigoureusement établie, nous disons 
seulement qu'elle allait gagnant de plus en plus dans les esprits. 

Bientôt le christianisme, vainqueur enfin dans la lutte que de- 
puis trois siècles il livre au paganisme, va s'asseoir avec Constan- 
tin sur le trône, et, libre de toute entrave, dégagé de toute op- 
pression, il va achever les différentes parties de sa constitution 
et les mettre d'accord entre elles, se modelant en cela sur l'admi- 
rable organisation civile du monde romain. On va surtout la 
fixer et l'écrire, cette constitution, et nous verrons formulée, 
dans les lois de l'Église, cette prééminence du siège de Rome, 
dont tout à l'heure nous suivions les progrès dans les faits. 
Cette transformation, qui eut pour la papauté des résultats im- 
menses, fut l'œuvre du concile de Sardique, et la conséquence 
de l'appel de saint Athanase au pape Jules V\ 

Les ariens n'avaient point pardonné à l'illustre évêque d'Alexan- 
drie leur défaite dans le sein du concile de Nicée; profitant de 
l'empire qu'ils parvinrent à prendre sur l'esprit de Constantin 
vers la fin de sa vie, ils déposèrent dans un concile réuni à 
Tyr leur invincible adversaire et le firent exiler à Trêves. Il y 
demeura jusqu'à la mort de Constantin, protecteur de l'Église, 
mais protecteur tout-puissant et obéi. L'empereur mort et l'ordre 
d'exil révoqué par son successeur, saint Athanase fut rétabli dans 
Alexandrie; mais ses ennemis ne l'y laissèrent point en paix, et 
dans un nouveau concile tenu à Antioche ils le déposèrent pour 
la seconde fois. Le grand évêque, entouré de toutes parts d'ad- 
versaires implacables et déjà triomphants, tourne alors ses re- 
gards vers Rome, et c'est là que lui et les évèques demeurés 
fidèles à la foi de INicée envoient une députation. On croyait si 
bien de plus en plus qu'une supériorité de juridiction avait 
été attachée au siège de saint Pierre, que, de leur côté, les 
ariens s'étaient déjà adressés au tribunal du pape ' , et avaient 
déjà envoyé le prêtre Macaire et les diacres Martyrius et Hésy- 
chius pour lui porter leurs lettres et les informations faites 
contre saint Athanase. Ils se retirèrent, il est vrai, bientôt, ré- 
cusant ce même tribunal qu'ils venaient d'accepter, mais seule- 
ment quand ils virent leur cause perdue déjà et leur adversaire 
sur le point de triompher. Le pape Jules V\ dans un concile de 
cinquante évêques réunis à Rome, après avoir mûrement examiné 

J. Epiphan. hœres. 6".», n. 8, 



115 

la cause, le déclara innocent et le conlirma dans la communion 
de l'Église. Avec lui furent vengées les autres victimes de l'aria- 
nisme, Paul de Gonstantinople, Marcel d'Ancyre, Asclépas de 
Gaza, Lucius d'Andrinople, qui, eux aussi, dépouillés de leurs 
sièges, étaient venus de toutes les parties de l'Orient chercher à 
Rome un asile et un appui. Marcel d'Ancyre notamment se trou- 
vait depuis quinze mois dans cette ville, où il était venu se dé- 
fendre des accusations que les ariens y avaient envoyées contre 
lui. On peut lire dans Coustant la lettre qu'il écrivit à cette occa- 
sion au pape Jules P^ Elle commence ainsi : « A notre très-saint 
collègue Jules, salut en Jésus-Christ. — Puisque quelques-uns de 
ceux qui ont été condamnés pour des erreurs contre la foi, et 
que j ai convaincus au concile de Nicée, ont osé, en récriminant, 
écrire à Votre Sainteté comme si j'avais moi-même des senti- 
ments contraires à ceux de l'Église, j'ai cru nécessaire de venir 
à Rome et de vous prier de les mander, afin que je puisse les 
convaincre en leur présence que ce qu'ils ont écrit contre moi 
est faux *. » 

On n'avait point encore vu autour de la chaire de saint Pierre 
un tel concours d'opprimés, et jamais celui qui occupait celte 
chaire n'avait eu besoin de tant de courage et de résolution 
pour prendre en main la défense de ces opprimés. Jusqu'alors 
l'Église, persécutée, mais libre et maîtresse d'elle-même, n'avait 
eu à lutter que contre des dissensions intérieures. Mais les em- 
pereurs, devenus ses protecteurs, voulaient être ses chefs et ses 
maîtres, et les ariens, en politiques habiles plutôt qu'en véritables 
chrétiens, flattaient cette tendance des souverains de Gonstanti- 
nople, espérant sous eux gouverner l'Eglise. C'en était fait du 
christianisme et des principes civilisiiteurs qu'il avait introduits 
dans le monde, si ce honteux marché se fût consommé. Désor- 
mais lié et même subordonné à l'empire, il serait tout entier 
tombé avec lui sous les coups des barbares. Mais Jules F"" com- 
prit que le temps étiiit venu pour les papes d'étendre résolument 
leur action au delà des bornes où ils l'avaient presque toujours 
tenue renfermée jusque-là; par une hardiesse heureuse, et 
commandée par les circonstances mêmes, il plaça définitivement 
l'évêque de Rome au sommet de la hiérarchie judiciaire de 
l'Église chrétienne, et prépara ainsi les grandeurs futures de la 

». lipisi . ponl , col. ;j!>o. 



110 

papauté. Aussi voyez avec quelle hauteur, jusque-là inconnue, il 
parle aux évêques orientaux : « Tgnorez-vous donc , leur dit-il , 
que la coutume veut qu'on s'adresse d'abord à nous, et qu'on 
doit attendre notre décision ' ? » 

Mais écoutons raconter ce grand événement par les historiens 
les plus rapprochés et presque contemporains de l'époque où il 
s'est accompli. 

" Athanase, dit Socrate, arriva en Italie après de longues souf- 
frances. Dans le même temps, Paul, évêque de Constantinople, 
Asclépas de Gaza, Marcel d'Ancyre, Lucius d'Andrinople, arrivent 
dans la ville capitale. Lorsqu'ils eurent exposé leur cause à Jules, 
évêque de la ville de Rome, celui-ci, selon la prérogative de 
l'Église de Rome, les renvoya en Orient, munis de lettres, et les 
rétablit sur leurs sièges ^. » 

« Athannse, dit Sozomène, exilé d'Alexandrie, vint à Rome en 
même temps que Paul, évêque de Constantinople, et Marcel 
d'Ancyre. Le pontife romain, après avoir pris connaissance de la 
cause de chacun d'eux, les ayant tous trouvés d'accord avec la 
foi de Nicée, les admit à sa communion, et comme, par la dignité 
de son siège, il était chargé du soin de toutes les églises, il réta- 
blit chacun d'eux dans son diocèse. Il écrivit aussi aux évêques 
d'Orient, leur reprochant d'avoir mal jugé dans la cause de ces 
évêques ^. » 

Un témoignage encore plus décisif en faveur de la papauté 
est celui d'un ennemi du christianisme, d'Ammien Marcellin, 
disant que Constance désirait ardemment faire condamner Atha- 
nase par l'autorité que l'évêque de Rome avait au-dessus des 
autres évêques ^. 

Sans doute ces récils, quoique assez peu éloignés de l'époque 
de saint Athanase portent déjà l'empreinte des progrès rapides 



1 . An ignari estis liane esse consueludinem ut primum nobis scribatur, et iiinc, quod 
justum estdecernatur?— Cousiant, Epist. Bom. Pont., col. 386. 

2. 'O 8a ('loûXio:) àte TrpovôiAia t^ç èv 'Pw(J.yi ÈxitXriffia; èxoûaïi;, 7tap^7)(TiaarTtxot; ypdcfx- 
(laffiv wxupwcfev aOxok -/.cà inl TfjV 'AvaTÔXviv àirédreXÀE'. tov olxstov éxàaTw tôtiov àitooi- 
Soû;. — Hist. eccL, lib. II, cap. 15; tome n, p. 93, de l'édit. de Valois; Camb. 1720. 

3. Oîa Se tTÏ; nâvTwv xy)0£[jLov£a; aÙTtô 7tpoCTcXOÛ0Yi; Sià rriv à^t'av tôv 6p6vov , ixâcTTco 
Triv lôîav èxxXYiCTÎav ànéôwxs. — Hîst. eccL, lib. I, cap. 7; tome II, p. 102. 

4. Idem ilie (Constantius), Atlianasiosemperinfestus, licet sciiet impletum, tanien 
auctoritate quoqiie, qiia potiores aeteinœ urbis episcopi, firmaii desiderio nitebatur 
ardenti. — Amm. Marcell., lib XV, cap. 7; p. 92 de l'édit. de Valois. 



117 

que l'idée de la suprématie papale faisait chaque jour dans le 
tnoude; mais ces progrès furent surtout l'œuvre du concile de 
Sardique, qui lui-même ne fut qu'une continuation de l'affaire 
de saint Athanase. 

Ces prétentions du pouvoir séculier, que nous signalions 
tout à l'heure, arrêtaient les effets du concile de Rome, et 
Constance, empereur d'Orient, dans les États duquel se trou- 
vaient les sièges des évêques ahsous à Koine, s'opposait par com- 
plaisance pour l'arianisme à leur rétablissement. Tout ce que put 
obtenir, moitié par prières, moitié par menaces, Constant, sou 
frère, fut la réunion d'une seconde assemblée, plus générale que 
la première, où se trouveraient les évêques ariens. On choisit 
Sardique, \ille de llllyrie, située entre l'Orient et l'Occident. Les 
ariens reconnurent d'abord la validité du concile, comme ils 
avaient fait à Rome ; ils vinrent même en Illyrie ; mais lorsque, ar- 
rivés au nombre d'environ quatre-vingts, ils virent qu'il n'y avait 
pas là, comme à Tyr, et duc et comte avec des soldats pour les 
soutenir, ils se retirèrent, prétextant qu'ils ne pouvaient prendre 
part à une assemblée où se trouvait un excommunié tel qu'A- 
thanase. Mais la grande majorité *du concile refusa de le faire 
descendre au rang d accusé, et lui conserva sa place parmi 
les membres de rassemblée , montrant par là qu'à ses yeux 
le tribunal réuni à Rome avait qualité et pouvoir d'absoudre 
saint Athanase, et de lui rendre son rang d'évêque dans la chn-- 
tienté. Les ariens , prévoyant leur défaite, se retirèrent , et les 
évêques orthodoxes firent alors les décrets connus sous le nom 
de Canons de Sardique. Ces canons ne sont pas, comme ceux des 
autres conciles, rédigés en forme de lois; ce sont des proposi- 
tions faites en général par Osius, évêque de Cordoue, légat de 
Jules I", et le principal coopérateur du pape dans son œuvre 
organisatrice. Voici ceux de ces canons qui ont rapport à la 
question qui nous occupe : 

" III. Osius dit : Si un évoque, ayant été condamné, se tient si 
assuré de son bon droit, qu'il veuille être jugé de nouveau dans 
un concile; honorons, si vous le trouvez bon, la mémoire de saint 
Pierre. Que ceux (pii ont examiné la cause écrivent à Jules, évê- 
que de Rome; s'il juge à propos de renouveler le jugement, qu'on 
le renouvelle et qu'il donne des juges. S'il ne croit pas qu'il y ait 
lieu d'y revenir, on s'en tiendra à ce qu'il aura ordonné ' . 

I. QikmI Kl ali«]iiiH npbtcoporiinn jndiratus (uerit in .iliqiia causa, rt piitat se boiiai» 



118 

« IV. L'évêqueGaudence dit que, si le concile le trouve à propos, 
on ajoute à ce canon qu'il faut empêcher qu'un évêque déposé 
par le concile de la province, el qui demande que sa cause soit 
portée à Rome, ne soit dépouillé, et qu'on en ordonne un autre 
à sa place, avant que le pape ait prononcé sur la révision de la 
cause. » 

« VII. Osius dit : Quand un évêque, déposé par le concile de la 
province, aura appelé et eu recours à l'évêque de Rome, s'il juge 
à propos que l'affaire soit examinée de nouveau, il écrira aux 
évèquesde la province voisine, afin qu'ils en soient les juges; et, 
si l'évêque déposé persuade à l'évêque de Rome d'envoyer un 
prêtre d'auprès de sa personne, il le pourra faire et envoyer des 
commissaires pour juger de son autorité avec les évêques; mais 
s'il croit que les évêques suffisent pour terminer l'affaire, il fera 
ce que sa sagesse lui suggérera. » 

Ces décrets furent adressés au pape avec une lettre synodale 
où les pères du concile disent à Jules : « H semblera très-bon et 
très-convenable que de toutes les provinces les prêtres s'en ré- 
fèrent au sommet, c'est-à-dire au siège de saint Pierre * . » 

Tels furent les canons de Sardique que les Orientaux rejetèrent 
longtemps, que les Africains ne reconnurent qu'assez tard, mais 
qui, reçus tout d'abord en Occident comme complément de ceux 
de INicée, devaient si puissamment contribuer à généraliser et à 
régulariser l'exercice de cette suprématie judiciaire des papes que 
nous avons suivie dans son développement extérieur. Malgré tous 
nos soins, nous n'avons pu recueillir qu'un petit nombre de faits; 
mais le peu de monuments de ces siècles reculés qui sont venus 
jusqu'à nous ne permet guère d'établir une statistique exacte, et 
d'ailleurs, comme nous le disions en commençant, qui se rendra 
bien compte de l'état de la société chrétienne à son origine, verra 
que les appels devaient y être fort rares. 

catisam habere, utiteriina concilium renovetur; si vobis placet, sancti Petri apostoli 
memoriam honoremus, ut scribatur ab bis qui causam examinarunt Julio Romano 
episcopo : et si judicaverit renovandum esse judicium renovelur, et det judices. Si 
aulem probaverit talem causam esse iit «on re/ricentiir ea quae acta sunt , quae decre- 
verit conflrmata eruut. — Labbe, Concil. éd. Coleti , tome II, col. 674. Nous 
donnons le texte latin de Denys le Petit , la traduction faite par Zonare et Balsamon 
étant postérieure. 

1. Hoc optimum et valde congruentissimum judicabitur, si ad caput, id est ad Petri 
sedem, de singulis quibusque provinciis domini réfèrent sacerdotes. — Coustant, 
€0l. 395. 



119 

Lorsque les apôtres et leurs premiers successeurs parcouraient 
la terre et fondaient sur tous les points du monde romain des 
églises chrétiennes, ils donnaient et ils devaient donner à cha- 
cune de ces sociétés, destinées à vivre au milieu de la société 
païenne, leur ennemie mortelle, une organisation entière et com- 
plète; ils y établissaient un évêque auquel ils transmettaient leurs 
(muvoirs et confiaient le dépôt sacré de la tradition, le chargeant 
de mettre des évèques et des prêtres dans les différentes , villes 
de la contrée, comme fit saint Puul, lorsqu'il établit dans l'île de 
Crète Tite pasteur eu chef de tout le pays. De Pierre, ils leur 
enseignaient ce qu'enseigne l'Évangile: qu'il était le premier des 
apôtres et la pierre fondamentale sur laquelle l'Église devait être 
bâtie. 

Cette société ainsi établie grandissait au souffle des orages et 
des persécutions, répandant autour d'elle d'autres églises faites 
à son image. Les divisions y étaient rares, les divisions entre 
ecclésiastiques surtout. La sainteté des évèques était si grande, 
leur autorité morale, fruit même de cette sainteté, si puissante 
et si efficace, qu'ils terminaient sans peine les contestations. L'af- 
faire était-elle plus difficile, ou l'une des parties moins disposée 
à se soumettre à la sentence de l'évèque, celui-ci consultait les 
évèques voisins, dont l'autorité venait fortifier la sienne, et dont 
les lumières l'aidaient parfois à rectifier sa propre décision. Il 
devait arriver le plus souvent que le respect qu'inspiraient ces 
juges vénérés, et la pudeur de dévoiler aux yeux attentifs et mal- 
veillants des païens des dissensions intestines, fissent accepter 
leur jugement sans résistance. Que si cependant le condamné se 
croyait trop fortement lésé, son regard se tournait tout naturel- 
lement vers cette chitire de Pierre qu'on lui avait appris être au- 
dessus des autres, et il appelait à Rome, dès le deuxième siècle 
regardée comme le siège de Pierre, ainsi que nous l'apprend le 
texte de saint Irénée cité plus haut. On appelait donc à Rome : 
quand la chose pouvait se faire toutefois ; car, bien souvent, l'é- 
loignement des lieux, la sanglante tyrannie des persécutions s'y 
opposaient invinciblement. Alors le seul remède possible était 
dans un concile plus nombreux, dont le président naturel était 
l'évèque de l'église mère qui avait enfanté tous les évèchés de la 
contrée. Comme les apôtres avaient tout d'abord dirigé leurs ef- 
forts sur les grands centres de population, sur les villes capitales 
des |)ro\iiH(s romaines, s'en remettant à la société qu'ils y fou- 



120 

daient du soin de répandre le christianisme dans les autres villes 
de la province, ces églises mères se trouvent être les métropoles, 
leurs évêques les métropolitains, et la circonscription politique 
de l'empire est appliquée à la division territoriale de la chré- 
tienté. Cet ordre de choses de la magistrature religieuse, modelée 
pour ainsi dire sur la magistrature politique, régularisé avec l'ap- 
pui de Constantin, qui fit prendre à l'Église un rang élevé dans l'or- 
ganisation sociale, est toutefois antérieur au quatrième siècle ; on 
l'entrevoit dès les temps apostoliques, et saint Paul recommande 
à Tite d'établir des prêtres ou évêques x-axà TrdXtv ; ce qui prouve 
que la Trapotxi'a grecque a été le premier élément de l'administra- 
tion chrétienne. Cette adoption d'une circonscription territoriale, 
supposant une hiérarchie analogue, qui, plus tard, devait favori- 
ser l'établissement régulier des appels à Eome, y suppléait dans 
ces premiers temps, où les communications étaient lentes et dif- 
ficiles entre les différents évêques de la chrétienté, où surtout il 
leur était presque impossible de se réunir en gr.md nombre. L'au- 
torité judiciaire des métropolitains et des conciles provinciaux, 
s'exerçant d'une façon presque absolue, mais dans un cercle res- 
treint et limité, ne fut donc, à bien prendre, que le fruit naturel 
des circonstances, et la simple expression des besoins et des exi- 
gences de la société chrétienne à son origine. 

Aussi, les appels à Rome étaient-ils fort rares , surtout ceux 
qui ont pu laisser trace dans l'histoire. 

Les papes de ces premiers temps ne semblent pas d'ailleurs 
embrasser d'un coup d'oeil, du haut de leur chaire pontificale, le 
monde chrétien, s'inquiétant de tout ce qui est réservé à leur 
action, et n'épiant que l'occasion de l'accomplir : ils attendent 
e!i quelque sorte que les circonstances et le vœu de l'Église leur 
permettent de développer ce germe précieux de puissance et d'ac- 
tion suprême qu'ils portent en eux. Le soin de l'église particu- 
lière dont la sollicitude leur incombe plus spécialement suffit, 
dans ces temps de luttes incessantes, pour absorber leur activité, 
et à les voir agir au milieu de leur presbyterium, on dirait que 
l'évêque de Rome n'est rien plus et rien autre que les différents 
évêques de la chrétienté. — Oui ! comme le duc de France au 
onzième siècle n'était rien plus et rien autre que les ducs et 
comtes de son temps! L'un était le roi, l'autre était le pape, et 
dans tous les deux alors résidait une force latente, qui, se dévelop- 
pant au contact et sous l'impression des événements, devait finir 



121 

par tout absorber. Cette force, c'est la primauté ou la suprématie, 
conséquence naturelle de l'unité, et à mesure que les hérésies et 
les schismes iront se multipliant, le besoin de cohésion, de plus 
en plus impérieux et de plus en plus senti, fera chercher pro- 
gressivement, dans des cercles toujours plus vastes, des points 
de réunion et d'unité, et le cercle finira par embrasser le 
monde chrétien tout entier, avec Rome pour centre unique. Cette 
marche ascensionnelle de la suprématie, ou plutôt des moyens à 
l'aide desquels elle s'est exercée et manifestée, faisait dire à Joseph 
de Maistre lui-même, dans son livre Du Pape ' : « La suprématie 
« du souverain pontife n'a point été sans doute dans son origine ce 
n qu'elle fut quelques siècles après. » Paroles remarquables, qui 
sont la plus complète réfutation de celles où Bossuet, dans sa Dé- 
fense des libertés de l'Église gallicane ^, se montrant plus ultra- 
montain qu'un défenseur de Rome, s'élève avec une hauteur à 
peine excusable, même chez lui, contre le sentiment de l'auteur 
anonyme du livre intitulé : les Libertés de T Église gallicane, s'ex- 
primant ainsi : « Tout le monde ne c6nnut pas clairement d'a- 
'< bord en quoi consistait l'autorité du pontife romain, parce que, 
« dans les premiers siècles, les persécutions et les schismes qui 
" affligèrent l'Église mirent de grands obstacles à la communion 
« du chef et des membres, quoiqu'ils tussent unis par la foi et la 
■< la charité. » Ce sont là des paroles qu'on peut écrire sans honte, 
qaoi qu'en dise Bossuet. 

Mais de ce que la manifestation extérieure de cette suprématie 
et de la juridiction qui en découle a été successive, il ne faudrait 
pas conclure qu'elle a commencé seulement le jour où elle s'est 
montrée dans toute son étendue ; or, c'est là l'erreur de ceux 
qui voient dans le concile de Sardique l'origine des appels. 

Les appels, disent-ils, sont si bien une créntion du concile de 
Sardique, que le concile général de jNicée, tenu plus de vingt ans 
avant celui de Sardique, n'en dit pas un mot. 

11 est très-vrai que le concile de Nicée ne parle pas des appels, 
et ce silence n'a lieu d'étonner que ceux qui cherchent dans le 
concile de ^icée plus qu'on n'a voulu, qu'on n'a dû y mettre. 
Je ne suivrai donc pas certains critiques qui ont épuisé toutes les 
ressources de leur érudition et toutes les subtilités de leur es- 



1. Page 31 «leVéïiition Charpentier 
7. P. 29 de J'édit. de M. dp r^noude. 
IV. (Troisième série.) 



122 

prit pour montrer dans un canon de JNicée la consécration 
de ce droit des papes de juger en dernier ressort. L'importance 
qu'on a donnée à cette objection des adversaires des appels vient 
d'une erreur qui a, du reste, été commise des deux côtés. On a 
trop considéré ce premier concile général de Nicée comme ayant 
promulgué un ensemble de décrets embrassant l'organisation en- 
tière de l'Église. Dans les temps modernes, les constitutions se 
font ainsi dans une première grande assemblée ; mais ce n'est 
point de cette manière qu'est née celle de l'Église , et ce n'est 
sans doute pas là une des moindres causes de sa durée. Les ca- 
nons des conciles , surtout en ce qui regarde la discipline , ne 
sont, à proprement parler, qu'un recueil d'arrêts particuliers, 
rendus par ces grandes assemblées sur les questions de fait qui 
leur étaient soumises, questions alors controversées et qui avaient 
provoqué leur réunion. Ouvrez-les en effet, ces conciles, vous ne 
trouverez guère d'ordre dans les décisions, et presque toujours, 
l'affaire qu'on a décidée la première, celle qui alors sans doute 
paraissait la plus pressante, est loin de nous sembler la plus 
importante et la plus générale ; mais, sans doute, elle avait alors 
le plus d'actualité et avait suscité le plus de débats. 

Renonçons donc à voir dans les canons de Sardique l'origine 
des appels : voyons-y bien plutôt ces appels passant, des faits 
et d'une certaine coutume qui commençait alors à se répandre, 
dans le droit écrit, dans les canons. Ce passage, cette transforma- 
tion est surtout l'œuvre des grandes assemblées du quatrième 
siècle; les contemporains le reconnaissent formellement, et le 
pape Jules PS écrivant aux évoques qui avaient déposé saint 
Athanase, dit, en parlant d'un canon du concile de Nicée : « Il ne 
serait pas convenable de rejeter cette coutume, assurément fort 
ancienne, rappelée et écrite dans le grand concile ^ » Le droit de 
recourir au juge souverain, jusque-là peu précisé et même peu 
appliqué, est, en 347, solennellement proclamé. L'opposition 
que les Eusébiens ont montrée contre lui , l'importance dont il 
apparaît aux yeux des Pères pour maintenir au milieu des 
schismes et des hérésies l'unité indispensable de l'Église , le 
font en quelque sorte reconnaître et consacrer dans les canons 
que nous avons rapportés. 

1. Qnofl si liujnsmodi coiisiietiidinem, anliquam sane, in magiio synodo memoratarn 
descriplamquo apud vos valere noiitis, indecora fiierit ejiisniodi lecusatio. CoiiRlant, 
col. 335. 



123 

Celte défiance des influences locales, comme nous dirions au- 
jourd'hui, qui a bien évidemment inspiré ces canons, suffit, ce 
semble , pour détçuire l'opinion de ceux qui veulent ne voir 
dans le droit ici reconnu au pape qu'un simple droit de faire re- 
viser 1 affaire par les mêmes juges. Eh quoi ! en effet, ces juges 
vous sont suspects de partialité , et vous les chargez de revoir 
leur jugement ! Mais il devra être le même que la première fois. 

On insiste , et l'on dit : Le pape pourra adjoindre de nou- 
veaux juges aux anciens. Alors, de deux choses, l'une arrivera 
certaiuement : ou les juges adjoints seront trop peu nombreux 
pour changer l'arrêt de la majorité , et alors ils seront parfaite- 
ment inutiles et comme non avenus ; ou leur nombre suffira 
pour emporter une seconde décision, et ce sera réellement un 
nouveau tribunal qui aura jugé l'affaire. C'est donc bien vé- 
ritablement le pouvoir de faire juger à nouveau le procès des évo- 
ques, et non un simple droit de le faire revoir par les mê- 
mes juges , que le concile de Sardique a dû reconnaître et a 
en effet reconnu au souverain pontife; et dès lors les appels 
deviendront de plus en plus fréquents, non pas seulement parce 
qu'ils sont écrits dans les canons de Sardique, mais aussi par la 
raison même qui les a fait écrire dans ces canons, parce que, 
plus la société religieuse prend de développement, et plus le be- 
soin de cohésion et d'unité s'y fait sentir. Les Pères de Sardique 
comprirent que le triste spectacle donné au monde chrétien, 
dans l'affaire de saint Athanase , de contrées entières infectées 
de l'hérésie, et, avec l'appui du pouvoir séculier, déposant par 
leurs évèques les évêques orthodoxes demeurés invaincus dans 
la lutte, irait se renouvelant toujours davantage. Pour l'éviter, 
ils se décidèrent à suivre les tendances qui, de plus en plus, se 
manifestaient dans les jugements ecclésiastiques, non pas d'en- 
lever l'accusé à ses juges naturels, aux témoins de ses actes et de 
sa vie, mais d'étendre sur sa tête menacée la main protectrice et 
vengeresse au besoin d'un pouvoir éloigné, mais supérieur, qui, 
par son éloignement et sa supériorité même, fût à l'abri de toute 
crainte comme de toute séduction. 

Les principes proclamés par les canons de Sardique ne se- 
ront point d'abord acceptés universellement et sans restrictions. 
Les conciles provinciaux et les métropolitains auxquels l'état de 
l'Église avait permis de laisser l'exercice de cette prérogative de 

9. 



124 

la suprématie, et qui, jusque-là, ont jugé presque toujours sans 
appel, s'opposeront de toutes leurs forces à l'établissement du 
nouvel ordre de choses. Comme ils ont en leur faveur de nom- 
breux exemples d'affaires terminées dans le concile provincial, et 
même des décisions particulières écrites et antérieures au concile 
de Sardique, une lutte s'engage entre la papauté, appuyée sur 
les canons de Sardique et fortifiée par le mouvement général qui 
pousse la société chrétienne vers l'unité, et les métropolitains, 
défendant l'ancien ordre de choses, qui leur était plus favorable. 
Cette lutte durera jusqu'à l'apparition des fausses décrétales, qui, 
transportant dans les quatre premiers siècles de l'Église l'exercice 
et le développement de droits alors en germe , fournissent à la 
papauté des textes écrits antérieurs à ceux que peuvent lui op- 
poser ses adversaires, et viennent, pour ainsi dire, légaliser aux 
yeux des contemporains les droits du pape, légitimés depuis 
longtemps déjà par les circonstances. 

Alors la suprématie du pape atteint son apogée de puissance 
et d'action suprême, et la société chrétienne tout entière, reli- 
gieuse et civile, se tait devant le successeur de saint Pierre. Mais 
la première manifestation éclatante de cet immense pouvoir se 
trouve écrite dans les canons de Sardique. 

Ch. GBANDMAISON. 



SUR LES COMPTES 

DES 

DUCS DE BOURGOGNE, 

PUBLIÉS PAR M. DE LABORUE. 



(Deuxième aiticle.) 

M. de Laborde poursuit, avec ce soin et cette persévérance qui 
caractérisent l'érudit, l'importante publication qu'il a commencée 
sur les comptes des ducs de Bourgogne , et qui doit servir de 
preuves à son vaste travail sur les lettres, les arts et les sciences 
au quinzième siècle. Ce travail, qu'il a intitulé : les Ducs de Bour- 
gogne, et pour lequel les archives et les bibliothèques de la France, 
de la Belgique et de l'Angleterre ont été mises par lui à une si 
large contribution, doit se composer de six volumes, dont quatre 
de preuves. Trois de ces volumes de preuves ont déjà paru. 
Nous avons rendu compte du premier dans un précédent article '^ 
il nous reste à parler ici des deux suivants. 

Le tome II s'ouvre par un inventaire des joyaux et de l'argen- 
terie de Charles le Téméraire, tiré des archives de Lille. Comme 
ce document forme, au point de vue de l'orfèvrerie, un ensemble 
complet et spécial , nous nous y arrêterons avec quelque com- 
plaisance , et cela d'autant mieux que c'est un côté que nous 
avions négligé dans notre précédent examen. 

Quand on lit avec quelque suite les nombreux inventaires des 
mobiliers royaux ou princiers aux quatorzième et quinzième 
siècles , on a peine à s'expliquer l'accumulation de tant de ri- 
chesses. IjSl mention de tant d'or et de tant d'argent, une si pro- 
digieuse quantité de perles et de pierres précieuses, dépasse tout 
ce que l'imagination peut se représenter. Et qu'est-ce encore si 
ron songe au travail qu'ont coûté tant de merveilles? F^e luxe de 
l'orfèvrerie, en particulier, a été porté pendant tout le moyen àgo 

I a'"' M!rif, t. I", |>. -).Vl. 



12G 

à un point excessif. Cet art, autant qu'on en peut juger par la 
seule lecture des textes, semble avoir atteint, pendant les siècles 
dont on vient de parler , son plus haut degré de perfection. Je 
dis l'art et non pas le goût, qui, aux époques suivantes, a pu et 
a dû faire des progrès. Mais l'art de travailler les métaux pré- 
cieux me paraît avoir été, aux quatorzième et quinzième siècles, 
égal au moins à tout ce qui a pu se faire, soit avant, soit après. 
J'imagine qu'un Simon de Lille , un Guillaume Arrode , et tant 
d'autres, étaient des maîtres qui n'avaient rien à apprendre pour 
l'habileté de la main et le fini du travail. Au reste, s'il nous 
restait la millième partie des richesses que renfermaient les cham- 
bres aux joyaux des palais et les trésors des églises , nous sau- 
rions mieux à quoi nous en tenir. Puisqu'il n'en est rien mal- 
heureusement, et que pour les époques reculées il ne nous reste 
plus guère aujourd'hui que les textes , au moins interrogeons-les 
avec soin , à défaut des objets eux-mêmes , qui ont disparu en 
grande partie. 

L'inventaire de Charles le Téméraire comprend , d'une part , 
l'argenterie d'église avec les ornements d'autel et les vêtements 
sacerdotaux ; d'autre part, toute la vaisselle d'or et d'argent avec 
les joyaux et les étoffes précieuses à l'usage du duc. Dans un 
premier chapitre, intitulé Chapelle d'or et d'argent doré, on 
trouve , comme dans tous les documents analogues , une grande 
quantité de statuettes de la Vierge et des saints, lesquelles sont 
toujours désignées sous le nom âlmages. Ces images servaient le 
plus communément de reliquaires , et la mention des reliques 
qu'elles contenaient ne manque jamais dans les inventaires d'é- 
glises. Ici cette mention est assez rare , et sur une quarantaine de 
ces images, il n'y en a pas plus de trois ou quatre qui soient 
indiquées comme contenant des reliques, soit qu'il y ait là sim- 
ple omissioD, soit, ce qui est plus probable, qu'en effet elles n'en 
continssent pas. Après tout, il est bien permis de croire que les 
monarques et les grands , qui pour le matériel de leurs chapelles 
pouvaient rivaliser de richesse avec les églises , étaient dépassés 
quand il s'agissait des choses qui touchent à la sainteté. Quoi 
qu'il en soit, et pour en revenir à nos images, celles qui se trou- 
vent dans notre inventaire appartiennent en général aux saints les 
plus connus, comme saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangé- 
liste, les apôtres saint Pierre et saint Paul, etc. On y remarque 
deux statuettes ou images de saint Louis , ce qui n'a rien de 



127 

surpreaant, vu la quantité de représentatious de ce saint roi 
qui turent, faites au quatorzième siècle. 

Quant aux reliquaires proprement dits , et j'entends par là , 
soit les reliquaires à formes humaines, comme les bustes, les bras, 
les jambes, etc., soit les reliquaires à formes monumentales, tels 
que les tabernacles , sanctuaires , etc., on en trouve peu dans 
notre texte. En revanche , il abonde en objets désigjnés sous le 
nom de tableaux d'or , lesquels, dans certains cas, se rappro- 
chaient assez des reliquaires. Tous les in ventaiites entendent par 
tableaux de petits bas-reliefs d'or, d'argent, d'ivoire ou d'autres 
matières précieuses, lesquels étaient souvent émaillés et enrichis 
de perles et de pierreries. La plupart étaient composés de plu- 
sieurs pièces qui se repliaient les unes sur les autres ; par exem- 
ple, dans celui-ci : « Ung petit tableau d'or qui se euvre à une 
chainecte, esmaillié de la Resurrexcion et de la Magdeleine '. » 
Ou voit là une sorte de petit livre à deux feuillets d'or, sur l'un 
desquels était représentée, en émail, la Résurrection, et sur 1 autre 
la Madeleine , et qui se fermait par une petite chaîne faisant 
fermoir; end autres termes, c'est un diptyque. Plus loin : « Ung 
autre petit tableau d'or , esmaillié de l'Annouciation , et au 
dehors, des ymages de saint George et de sainte Katherine ^. » 
C'est un triptyque , dont l'Annonciation formait le fond , et le 
saint Georges et la sainte Gatheriue les deux volets. Voilà un ta- 
bleau à trois compartiments. D'autres en avaient jusqu'à cinq, et 
même au delà. Indépendamment de ces tableaux à feuillets ou 
volets, il y en avait d'autres qualifiés de ronds , et la difficulté 
est de savoir si cette épithète s'applique à une forme ronde ou à 
une forme sphérique. .le crois que le plus souveut, peut-être 
même toujours, il faut entendre par tableau rmid un tableau de 
forme sphérique, ou pour mieux dire une sorte de pomme ou de 
boule. C'est bien certainement le cas dans les exemples suivants : 
« — Ung tableau d'or , à façon de pomme , qui se met en 
deux pièces; eu l'une des pièces, Kotre-Dame , et en l'autre, 
S' Jehan ''. — Uu}, 
i 

I. Ml UU/ H. chaque article des comptes publiés pur M. de I^ihordo «iaiis lft> liui»> 
volume» de Kon ouvrage qui ont déjà paru, portant un numéro courant, et qui t>o 
Miit dan» ces trois volumes, il est plus commode de renvoyi-r à ce numéro qu'au vo- 
lume et à la page; et «•'♦•»! re qii«» je lais. 

•i. Art. 5ok:j. 

;i. Art. 2076. 



128 

pia '. — Une pomme d'or pendant à trois chainectes, et y a, 
au dehors , ung petit ymage de saint Pierre et saint Pol ^. « As- 
surément ce sont là des objets qui s'éloignent, encore plus que 
les premiers, de l'idée que nous nous faisons d'un tableau. Au 
reste, le moyen âge semble avoir eu une prédilection particulière 
pour ces petits tableaux ronds , pommes ou boîtes , car on les 
retrouve à tout moment dans les inventaires. 

Les croix qu'on trouve ici sont d'or, d'argent doré, de cristal 
et de cassidoine. /Toutes sont montées sur un pied. Ce sont, par 
conséquent, des croix d'autel , et non pas de celles qui servaient 
aux processions. L'une d'entre elles est dite croix de la Trinité , 
ce qui indique qu'elle avait sur son embranchement l'emblème 
de la Trinité, c'est-à-dire Dieu le Père assis, tenant son Fils sur 
ses genoux, avec la colombe emblématique du Saint-Esprit sor- 
tant de la bouche du Père pour se poser sur la tète du Fils : — 
« Une grande croix d'or, de la Trinité, qui est belle, garnye hault 
et bas de plusieurs perles, saphirs et balais ^. » En voici une 
qui servait à mettre l'hostie consacrée, et qui avait, par consé- 
quent, la destination de nos ostensoirs : — « Une croix de calsi- 
doine , garnye d'argent doré ; au milieu un cristal pour mettre 
Corpus Domini * . » 

Notre inventaire n'offre que fort peu de vases sacrés propre- 
ment dits ; c'est tout au plus si l'on y rencontre deux ou trois 
calices , et encore n'ont-ils rien de remarquable. Au reste , dans 
presque tous les inventaires, on est frappé de cette pénurie rela- 
tive quant à ce qui est des calices. Dans un inventaire du trésor 
de l'église Notre-Dame de Paris , de l'an 1438 , inventaire qui 
est des plus riches , on n'y trouve , en tout, que deux calices 
d'or et sept d'argent. 

Passons aux ornements d'autel et aux vêtements sacerdotaux, 
objets qui sont toujours compris, dans les anciens textes, sous la 
simple dénomination de chapelles : car il ne faut pas perdre de vue 
qu'au moyen âge le même mot avait souvent des acceptions très- 
diverses. Le mot chapelle est de ce nombre : non-seulement il dé- 
signait ce que nous entendons aujourd'hui par une chapelle, mais 
encore, dans d'autres cas, les étoffes qui servaient à parer un autel 

1. Art. 2073. 

2. Art. '2081. 

3. Art. 2050. 

4. Art. 20 i 9. 



129 

et les habits sacerdotaux. De là les expressions de chapelle de drap 
d'or, chapelle de veluiau ou velours, chapelle de camocas, de cen- 
dal, etc. Une de ces chapelles, tirée de l'inventaire de Notre-Dame, 
déjà cité, va nous apprendre ce qu'elles comprenaient le plus ordi- 
nairement : « Une très-belle chapelle, donnée par feu Ysabel, royne 
de France , de veloux moré , ouvrée et semée à arbres et roses 
de perles; c'est assavoir : chasuble, dalmatique et tunique, les 
orfrois semés dapostres et des armes de ladicte ro3'ne , faictes 
de brodeure, et trois chappes, estoUes et deux fanons, trois aubes 
et amits parés, deux paremens d'autel et une nappe, avec un 
estuy à corporaux. » Dans le même document, l'expression Uns 
vestemens désigne à peu près la même chose : « Item, uns veste- 
mens , baillez par Le Bègue de Villaines, de veloux violet , cha- 
suble, dalmatique et tunique, et Torfrois, d'or de Lucques, aux 
armes dudit seigneur ; deux estolles , trois fanons , trois aubes 
parées et trois amicts de veloux plus bruns. » Au fond, ces deux 
expressions étaient synonymes, comme le prouve le passage sui- 
vant : « Item, uns vestemens de drap vermeil, à hommes d'or et 
à cheval, et se nomme la chapelle de saint Thomas de Quan- 
torbie ; chasuble, dalmatique et tunique ' . » Enfin, par ce même 
mot de chapelle , on entendait encore , non plu* les vêtements 
sacerdotaux , mais les vases sacrés. Dans notre inventaire de 
Charles le Téméraire, on trouve une chapelle d'or, qui se compo- 
sait dun calice avec sa patène, de deux chandeliers, de deux 
bassins, d'une croix, de deux chaînettes, d'une clochette, d'un 
bénitier avec sou aspergés ou goupillon, d'une boîte à hosties et 
d'une porte- paix ^. Pour compléter l'énumération de ce mobilier 
des autels, il faudrait y ajouter les ciboires, les boites aux saintes 
huiles, les burettes, les encensoirs, et enfin les autels portatifs , 
tels par exemple que celui-ci : « Item, une pierre d'autel, enclose 
en ung tableau de bois rouge ^. « 

Après la chapelle de Charles le Téméraire, vient sa vaisselle 
d'or et d'argent. En général, ce qui est compris dans celte por- 
tion des inventaires, c'est une quantité presque innombrable et 
une infinie variété de vases de table et de vaisselle plate. C'est là 



1. Inventaire <lii (résor de l'église Nolre-Damc de Paris, de l'an liJs. (Archives 
«le l'Kmpire,) 
7. Art. 21«7. 
1. Art. 2166. 



130 

que parait une telle profusion de coupes et de hanaps, de verres 
et de gobelets , de nets et de fontaines , de plats et d'écuelles, 
d'aiguières et de bassins, qu'on en est comme étourdi ' . On a de 
la peine à s'expliquer une telle accumulation de ricbesses mé- 
talliques. Pour le faire, il faut d'abord se reporter à la puissance 
des possesseurs et à leur goût passionné pour un luxe tout ma- 
tériel. On doit le reconnaître, pour les rois et les grands sei- 
gneurs, ce devait être un besoin, pour ainsi dire de première 
nécessité, que ces superfluités qui nous paraissent inconcevables. 
Avec tant d'hommes nourris dans leur domesticité, tant d'autres 
admis à leurs fêtes et à leurs repas somptueux, il leur fallait né- 
cessairement posséder une argenterie immense. Et , d'un autre 
côté , combien de présents n'avaient-ils pas à faire en maintes 
occasions, présents qui consistaient le plus souvent en coupes 
ou hanaps, en aiguières et autres objets semblables ^ ? Qui peut 
douter que les riches dressoirs des ducs de Bourgogne, par 
exemple, n'aient pas eu maintes et maintes fois à se dégarnir au 
profit de mains féales ou avides? Et la guerre, et les rançons? 
Dans leurs besoins pressants d'argent, combien de fois ne voit-on 
pas nos grands feudataires, et nos rois eux-mêmes, engager leur 
vaisselle et leurs joyaux. Les exemples abondent, et, à défaut 
d'autres preuves, les comptes des ducs de Bourgogne seraient là 
pour en témoigner. Ces riches mobiliers étaient donc une jouis- 
sance dans la prospérité, et une ressource dans les temps mau- 
vais. D'ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que tout cet or et 
tout cet argent étaient alors concentrés eu très-peu de mains. 
Si les églises et les palais en regorgeaient, en revanche, les habi- 
tations privées en étaient, pour la plupart, dénuées. Aujourd'hui 
que la répartition de la richesse mobilière s'est faite, il n'en est 
plus de même, et l'on peut dire que ces Ilots d'or et d'argent, 



1, Et par exemple, dans cet inventaire de Ciiaries le Téméraire dont il est ici ques- 
tion, j'ai compté, rien que pour les tasses, jusqu'à quatre cent quatre-vingt-onze 
tasses, les unes en or, les autres en argent doré. Qu'on juge par ià du reste. 

2. En veut-on une preuve entre mille? Le i" mai de l'année 1389, il y eut uu 
grand may à Saint-Denis, où, parmi les assistants, cent quatre-vingt-dix-huit per- 
sonnes, dont soixante « damoiselles et bourgeoises de la ville de Paris » reçurent de 
riches présents. « Cy après s'ensuient les noms des princes, chevaliers, dames, es- 
cuiers et damoiselles qui ont esté à la feste du premier jour de may à S. Denis, qui 
ont eu robes à ladicte leste, et dons de joyaux, au déparlemonl d'icelle teste. >• 
(Arch. de l'Emp., K reg. 20, fol. I(i6.) 



131 

torrentiels au moyeu âge, se sont creusés depuis des lits multi- 
pliés et fécondants. 

Ce que nous appelons Vargenterie de table se composait au 
moyen âge, d'une part, des lases dans lesquels ou buvait , tels 
que les hanaps, les cailliers, les coupes, les gobelets, les tasses 
et les verres; de l'autre, des vases contenant les boissons, comme 
les pots, les justes, les hydres, les quartes, les pintes, les cho- 
pines, etc.; eu troisième lieu, de bassins, de plats et d'écuelles 
pour les mets; enfin, d'une multitude de nets ou salières, de ba- 
rils, de flacons, de fontaines et d'autres vases pour les sauces et 
les assaisonnements. Il est bien difficile, sinon impossible, de 
distinguer entre eux la plupart de ces objets; de dire, par 
exemple, en quoi un banap, un caillier ou une coupe, un gobelet, 
une tasse ou un verre différaient entre eux, soit pour la forme, 
soit pour l'usage. Quoi qu'il en soit, de tous les vases à boire, 
celui dont le nom revient le plus fréquemment dans les anciens 
comptes, c'est le hanap. C'était un vase en forme de calice, pres- 
que toujours monté sur un pied, et le plus souvent accompagné 
d'un couvercle ' . On en faisait de toutes sortes de matières, en or, 
en argent, en pierres translucides, telles que l'agate, le jaspe, 
l'albâtre et autres, mais surtout avec une substance nommée ma- 
dré, dont il n'est guère possible de préciser la composition. J'ob- 
serverai d'abord qu'on trouve, tant dans les auteurs que dans 
les anciens comptes, divers passages qui sembleraient prouver 
que le madré était une espèce de bois ou de racine ; d'un autre 
côté, d'autres passages semblent s'opposer formellement à cette 
explication. Examinons les uns et les autres. Du Cange, en par- 
lant du madré '^, cite un auteur suivant lequel les vases de cette 
matière auraient été d'érable. Et justement, Bernard de Palissy, 

1. Accompagné d'un couvercle. C'était un usage presque général, au moyen âge, 
de servir à table, devant les personnages d'importance, des vases et des plats con« 
verts, usage qui devait son origine à ces sinistres soupçons d'empoisonnements alors 
si répandus. De là ces fréquentes mentions, dans les comptes, de flacons et de barils 
fermant à clef. Comme ces tristes |)ré(autions ne se prenaient ^uère que pour de 
grands personnages, cela devint, dans la suite, ime affaire d'éti(|uette. J'en trouve la 
preuve dans un ouvrage curieux, publié en 18'i7, par M. Piclion, sous le titre de 
Ménagier de. Paris; il s'agit d'un grand repas : << Nota. Que Mons"" de Paris ot trois 
escuiers de ses gens pour lui servir, et fut servi seul cl à couvert. Kt Mons' le Pré- 
uo «cuier, et fut servi seul el non couverl. » {Le Ménagier de Paris, t. M, 



p. 108.) 

;'. Au mot muzrr. 



I :v2 

à propos de ce bois , se sert de l'expression madré. << Le bois 
d'érable, dit-il, est plus madré, figuré et damasquiné que nul 
autre bois, et pour ceste cause, les Flamands en font des tables 
merveilleusement belles ' . » Dans un autre endroit, en parlant 
d'un cabinet à construire, il dit : « Ce cabinet sera couvert d'un 
esmail blanc, maderé , moucheté et jaspé de diverses couleurs 
par-dessus ledit blanc"-. » Donc, au seizième siècle, l'expression 
de madré était synonyme de jaspé. On verra l'argument que 
nous en tirons plus loin. Le dictionnaire de Jean de Garlande , 
auteur qui vivait à la fin du treizième siècle, nous apprend qu'on 
taisait des coupes ou hanaps en plane, en buis, en érable et en 
tremble, et aussi de murrinis sive de murris^. A quoi le com- 
mentaire ajoute : « Murrinis dicuntur madré : quidam tamen 
dicunt quod murra, e, dicatur arbor. » En quoi, comme on le 
voit , il nous laisse dans la même indécision qu'avant. Ce qui 
pourrait jusqu'à un certain point la faire cesser, c'est le passage 
suivant d'un inventaire des meubles de Charles VI, où le madré 
paraît avoir pu se confondre avec le cyprès : « Un très- petit es- 
crinet de cyprès ou de madré, esmaillé, plain de reliques "•. » 
Quoi qu'on pense de ces diverses autorités , j'ai peine à croire 
que le mot madré ait jamais désigné un bois quelconque. Quand 
même on supposerait un bois précieux, comment s'imaginer que 
nos rois se soient plu , pendant plus de deux siècles , à boire 
dans des vases de bois '^ ? Or, aux quatorzième et quinzième siè- 
cles, l'emploi du madré est tellement habituel pour les hanaps, 

1. OEuvres de Bernard de Palissy (édit. de 1844, p. 28). 

2. Ibid., p. 62. 

3. Reparatores ciphorum clamant ciphos reparandos cum filo ereo et argot- 
teo. Ciphos autem reparant de murrinis sive de murris, et plants , brucis, de 
acere et trernulo. (Dict. de Jean de Garlande, dans le Paris sous Philippe le Bel de 
Géraud.) Puisque j'en suis amené à citer cet ouvrage, je dois signaler en passant une 
lacune considérable qui se trouve dans le travail si remarquable de notre bien regret- 
table ami. On sait que son livre contient la taille de Paris sous Philippe le Bel. Il 
avait trouvé à la Bibliothèque royale un manuscrit qui donnait cette taille pour l'an- 
née 1292, et c'est ce manuscrit qu'il a publié. Mais celte taille a duré huit ans; il n'a 
eu en sa possession que celle de la première année , et n'a malheureusement f)as 
connu un manuscrit des Archives qui contient les cinq dernières années. Combien 
n'est-il pas à regretter que feu Géraud n'ait pas eu connaissance de ce second ma- 
nuscrit, qui, comme on le comprend sans peine, eût servi à élargir le cadre de ses 
savantes recherches topographiqties et statistiques sur le Paris du treizième siècle. 

4. Arch. de l'Emp., K reg. 39, fol. 52 v". 

5. A la vérité, on trouve dans certains comptes la mention de vases de bois, telf 



133 

que tous les comptes de l'argenterie ont un chapitre spécial à 
cet égard, lequel est toujours intitulé : Madrés et cailliers. On 
disait un madré pour dire un hanap de madré. Par exemple , 
dans ce passage d'un des comptes d'Etienne de la Fontaine : 
a Pour la vendue de A7 madrés couverts d'autres XI, achetez de luy, 
dès le mois de septembre, VIII escus le hanap couvert l'un par 
l'autre\ » où Ton voit qu'un hanap, composé d'un vase de madré 
recouvert par un autre, coûtait 8 écus, ce qui est un prix considé- 
rable*. Les cailliers étaient moins cliers : au même chapitre on 
les voit cotés à 2 écus la pièce. Il ne faut pas oublier que ce 
sont là des hanaps de madré destinés aux tables royales. Il y en 
avait de plus modestes , comme dans ce passage que j'extrais 
d'une lettre de rémission : « Il vit quatre hanaps de caillier 
ou de petit madré, desquels l'en servoit en ladite taverne, ainsi 
que l'en fait es villages, qui puent ou po valent estre de valeur 
ou estimacion de quatre francs ou environ^. » Ainsi, on voit 
qu'il y avait du grand et du petit madré, c'est-à-dire du madré 
de qualité supérieure et d'autre de qualité inférieure; que ce 
dernier avait pour synonyme le mot de caillier, et que son usage 
était si répandu, qu'on le retrouve jusque dans une taverne de 
\illage. Quoi qu'il en soit, au reste, de la substance ou matière 
qu'on appelait madré, dans un assez grand nombre de comptes 
que j'ai eu l'occasion de consulter, je n'en ai trouvé que de trois 
couleurs: du madré blanc, du madré noir et du madré jaune. 
Par exemple : " A Robert de Susay, madeleuier '* , demourant à 
Paris, pour six hanaps couvers, de fin madré blanc, achetés de lui 
le 4'" jour d octobre, l'an 1390. G est assavoir les deux d'iceulx 
pour faire la couppe et le hanap couvert du Roy notre sire, pour 
boire vin nouvel en cesle saison d'yver^, etc. Par marché à lui 

que (les t^obeleUi de Ton (liélre, fagus) ; mais on {leut les regarder comme des objets 
<le curiosité, ainsi que les gib«'cières turques, les branches de corail, etc., qu'on y 
reucoDlre également. 

1. Arch. de l'Emp., K reg. 8, fol. lo. 

2. L'écu valait alors 20 sous parisis, ce qui pouvait mettre le iianap 's\ environ 
80 francs de notre monnaie. 

.'<. Arch. de l'Kmp., J reg. 124, pièce 64. 

1. I.e mudelinier ou inazelinier, r^lui qui vendait ou fabriquait des madrés. Dans 
un compte de i:iii2 (Arch. de l'Emp., K reg. 23, fol. IU2 v"j on trouve un hénapier qui 
racrx)mmode des Itanaps, et un mandelinier qui en vend. Une ordonnance de l'Hdtel 
de l'an 1261 meutionne un ollicier nomme mandrf.nier , lequel était chargé deH 
linnapH et des verres. 

.1. J'.ii eu l'orcasioii de liiin- remarquer ailleurs (dans les Cnmples dv Vargenle- 



l.Vj 

fait, 80 livres parisis. » — « Un hanap de madré jaune, » dans 
un inventaire des meubles de la reine Clémence de Hongrie , de 
l'an 1328. — Dans un compte de l'argenterie de l'an 1398: 
« Pour deux autels benois de madré noir, enchassillez en bort 
d'IUande * . » Tout cela, on en conviendra, ne s'applique guère 
à l'idée d'un bois; car, que serait ce bois, tantôt blanc, tantôt 
jaune, tantôt noir? Dans la dernière citation surtout, comment un 
autel portatif contenu dans un cadre, fait de celte espèce particu- 
lière de bois appelée bort d'IUande , eût-il été lui-même en bois 
noir? C'eût été contre toutes les règles de la liturgie ^. Aussi les 
autels portatifs dont il est fait mention dans les comptes ne 
sont-ils qu'en marbre, en jaspe, en porphyre, et jamais en 
d'autre matière que de la pierre. Une autre considération qui 
me fait penser que les hanaps de madré ne pouvaient guère être 
en bois, c'est qu'ils se cassaient très-souvent, et qu'alors on les 
raccommodait avec des fils d'or ou d'argent , et qu'on y appli- 
quait des plaques de ces mêmes métaux. 11 y en a maint exem- 
ple ; je n'en citerai qu'un seul : « Pour avoir appareillié et lié de 
fil d'or le couvescle du hanap de madré de madame la Royne, 
qui avoit esté despecié et fendu à cheoir, ouquel il a mis un petit 
membret d'argent doré ^ » 

Je trouve, dans un des comptes d'Etienne de la Fontaine, cet 
article : « Gile Feret, pour YI aunes d'estamine pour essuier et 
tenir nettement les dix madrés et cailliers '. » Cette étamine me 
semble plus propre à nettoyer des vases de matières dures et bril- 
lantes, comme le verre, les cristaux et les poteries, que non pas 
un bois. Mais si le madré n'est pas du bois, alors qu'est-ce que 
c'est? Je crois, comme je l'ai déjà dit ailleurs, qu'on a pu dési- 
gner sous ce nom diverses pierres translucides, jaspées, tigrées, 
madrées, celles du genre de l'agate, par exemple. Les vases de 
madré se rapprocheraient par là des vases murrhins de l'anti- 
quité. La coupe de saint Louis, qui était conservée dans le trésor 

rie) cette singularité, que le hanap paraît avoir été destiné plus spécialement à boire 
à table, tandis que le caillier servait à boire, la nuit, dans les chambres. 

1. Arch-deTEmp., K reg. 26, fol. 63. 

2. Un concile de Paris, de l'an 509, défend de construire les autels autrement qu'en 
pierre. 

3. Compt. de l'argenterie de l'an 1387, K reg. 18, fol. 67 v». 

4. Arch. de l'Emp., K reg. 8, fol. 112 v". J'ajoute qu'on les portait dans des étuis 
de cuir bouilli, précaution plus nécessaire pour des objets fragiles que pour d'antres. 



135 

de l'abbaye de Saint-Deuis, est portée sur les anciens inventaires 
comme étant de madré, et on l'a reconnue pour être une agate 
onyx. Je sais bien qu'on trouve dans les anciens comptes des vases 
de jaspe, de sardoine, de cassidoine, ou d'autres pierres pré- 
cieuses. Pourquoi alors ce nom de madré aurait-il tenu lieu de 
celui d'agate, lorsqu'on savait fort bien le nom d'autres pierres 
du même genre? L'objeclion est forte, et j'avoue que je ne suis 
pas en mesure de la résoudre. Tout ce que je puis affirmer, c'est 
que les hanaps de madré ne sont pas des hanaps de fust ou de 
bois; qu'il y en avait de précieux, et que ce sont ceux-là dont il 
est si souvent question dans les comptes de l'argenterie. Après 
tout, il n'est pas impossible que le moyen âge ait eu quelque se- 
cret pour composer artificiellement des pierres imitant soit l'a- 
gate, soit toute autre pierre précieuse du même genre. J ai trouvé 
dans une lettre de rémission un passage curieux qui semble s'a- 
dapter assez à ma conjecture. Le \oici ; il s'agit d'un pauvre 
homme blessé par la chute d'une pierre, comme il portait du 
madré à Limoges : « Il avoit esté fort blecié en sa teste d'une 
grande pierre, qui, des murs de ladicte ville de Lymoges estoit 
cheue sur sadicte teste; et y portoit^ comme l'on dit, du 
madré * . » 

Il est temps de revenir à nos ducs de Bourgogne. 

Dans la partie de l'inventaire de Charles le Téméraire, consa- 
crée aux vases à boire, je n'ai pas trouvé un seul caillier, et fort 
peu de hanaps. En voici un, qui était en jaspe et de fabrique vé- 
nitienne : « Ung hanap de jaspre, garny d'or, à œuvre de Venise, 
et a sur le pied quatre rubis, etc. *. » En revanche, nous y voyons 
une foule de tasses, de coupes et de gobelets, qui évidemment 
remplacent les premiers. On observera que les coupes et les tasses 
sont presque toujours en métal, et les gobelets en cristal; ce qui 
rapproche ces derniers de ces voirres, blancs, jaunes et verts, 
dont il est aussi souvent fait mention. 

Ix;s vases destinés à contenir les boissons sont, ici, compris 
presque tous sous le seul nom générique de pots. On y rencontre, 
à la vérité, quelques Maçons, mais rien de ce& justes, de ces quar- 
tes, de CCS hydres, si fré(juents dans d'autres comptes. Par 
contre, j'y trouve, et pour la première fois, une espèce de vase 



r. Arcli, ilcrFinp., .1 n'n. i«7, (»i<»cc 71?.. 
7 Art. ?.15i. 



13f> 

appelé grollCj dont l'usage paraît avoir été particulier à l'Alle- 
magne. Le passage suivant indique qu'on doit ranger les groUes 
avec les vases servant à laver, tels que les aiguières : « Item, 
une aiguière d'or , à manière de grolle d'Allemaigne, assize sur 
un pié à jour, etc. * . » 11 semblerait que l'un des caractères de 
la grolle ait été d'être surmontée dune couronne ^. 

Les viandes et les autres mets se servaient sur des plats, et 
peut-être aussi , en certains cas, dans des paeîes ou poêlons dont 
il y avait de bien des formes. On distinguait les plats en 
grands et en petits plats. Ces derniers, nommés plateïets, ser- 
vaient pour le fruit. Les convives mangeaient dans des écuelles, 
que l'on peut assimiler à nos assiettes. Seulement une écuelle 
servait pour deux convives ^ . 

Mais ce qui tenait incontestablement le premier rang parmi 
une argenterie de table, au moyen âge, c'étaient ces nefs ou sa- 
lières, si riches et si compliquées, que la description de telle d'en- 
tre elles remplit quelquefois, à elle seule, plus d'une page de texte. 
Et vraisemblablement, la plupart de ces pièces d'argenterie de- 
vaient être de véritables objets d'art, appelés à figurer sur les 
tables à peu près avec la même destination que nos surtouts 
modernes. Comme de toutes les formes qu'elles affectaient, la 
plus ordinaire était celle d'une nef ou d'un vaisseau, elles en ti- 
rèrent leur nom. Cependant on réservait le plus communément 
le nom de nefs à celles d'entre elles qui figuraient un vaisseau, se 
contentant d'appeler les autres simplement salières. Au fond, les 
deux termes peuvent être considérés comme synonymes. C'est 
ainsi qu'on lit dans l'inventaire des meubles de Charles V : « Une 
salière en manière de nef, garnye de pierrerie ; et aux deux boutz 
a deux daulphins et dedans deux singes qui tiennent deux avi- 
rons. Et autour de la salière a huit balais et huit saphirs, et vingt- 
huit perles; et au long du mast de la nef, qui est d'or, a quatre 
cordes de menues perles ; et y a deux balais et deux saphirs 
percés, et une grosse perle à moulinet pendant, à une chaîne d'or, 
au col d'un singe qui est sur le mast. Et au pié de ladicte salière 
a six balais et six saphirs et vingt-quatre perles ; pesant huit 

1. Alt. 2316. 

2. Voy. les articles 2290 à 2292. 

3. Pour tout ce qui concerne le service de la table, on peut consulter le curieux 
traité d'économie domestique du quatorzième siècle , publié par M. Pichon , sous le 
titre de Ménagier de Paris (1844, 2 vol. in-8°). 



137 

marcs, troys onces ' . » Voilà bien là une véritable nef, qui pour- 
tant porte le nom de salière. Dans l'inventaire des biens de la 
reine Clémence de Hongrie, déjà cité, les nefs sont désignées sous 
le nom de galles : « Une galie d'argent doré, à esmaus, etc. » En- 
fin, on en trouve aussi qui portent le nom de carraques : « La 
grant carraque d'argent, dorée et esmailliée, qui a esté portée à 
Amiens, ou voyage que le roy, nostre sire, a fait audit lieu pour 
le traitié de paix ^. » 

Cette nef a, comme on le voit, une sorte de caractère histori- 
que. Je trouve, dans le compte qui nous occupe, une nef qui 
peut passer pour un véritable trophée de notre duc Charles, n'é- 
tant encore que comte de Charolais : « Une autre nef d'argent 
doré, où il y a aux costés deux pennonceaux armoyez aux armes 
de France ; gaignié à Montlehery ^ . » Les salières proprement 
dites affectaient une grande variété de formes : cuvettes, ba- 
quets, etc. Souvent elles représentaient des personnages ou divers 
animaux, cerfs, perdrix, autruches, etc. Toujours est-il que la 
nef avait plus d'importance que la simple salière. Lorsque les 
villes faisaient aux rois ou aux princes de ces riches présents d'ar- 
genterie dont il est souvent parlé dans les chroniques, c'étaient 
presque toujours des nefs. L'inventaire de Charles V mentionne 
une nef d'or du poids de cent vingt-cinq marcs, donnée par la 
ville de Paris au roi Jean *. 

Une pièce d'orfèvrerie qui partageait avec la nef la prédilec- 
tion de nos aïeux, c'est le drageoir. Il contenait des dragées, des 
confitures, des conserves et cette sorte de petites pâtisseries ou 
plutôt de sucreries qu'on nommait des oublies ; de même que la 
nef contenait les condiments et les épices. Le drageoir posait sur 
un bassin; il avait un couvercle et était accompagné de petites 
pinces pour prendre les dragées. Parmi ceux dont il est question 
dans notre compte, j'en citerai un de fabrique portugaise : « Ung 
dragoir d'argent, à façon de Portingal, armoyé d'un cscu vert et 
ung oiseau au milieu; et est, le bachiii, doré par dedens, et fait 
a feulle» enlevées \ " Du reste, ici même richesse et même va- 



1. Bibl. Imp., ms. coté 8356, fol. 41 v". 

7. Arrh. de l'Eaip., Compff ft^" l'art-fntprif de i:m>2, K re^^. 2J, fol. 87 V. 
3. Art. M98. 
'i An fol. 43 V". 
> Art. 2418. 

IV. (Troisième série.) >0 



138 

riété que pour les nefs, soit daus la forme, soit dans la ma- 
tière. 

Une autre pièce de service, très-importante au moyen âge, et 
qui d'ailleurs se recommande par son usage pieux, c'est le pot à 
aumosne. C'était un vase d'or ou d'argent, de grande dimension, 
et qui servait à mettre les restes d'un repas, pour être distribués 
aux pauvres. J'en signalerai un, ici, qui est désigné sous un 
nom que je n'avais pas encore rencontré : « Une grande mande 
d'argent, à mettre l'aumosne, lyé de sercles d'argent doré, et le 
îiaige desdits chercles de fil d'argent blanc; et, à deux costez, 
deux troux pour la pourter * . » 

Je ne dois pas omettre dans mon énumération une espèce de 
nécessaire de table qu'on appelait un mesnage. 

« Premièrement : une manière de mesnage de vaisselle d'ar- 
gent, portatif, tout d'une façon, mis en ung estuy, garny des 
parties qui s'ensuivent : un grand bernigant, faisant aiguière, 
V[ hannaps dedans, lit doubles salières, chascune à VI quarrez 
et VI cuillières, toutes lesquelles parties neellées, et verrées par 
les bors , pesans ensemble XXIII™. VP". » On trouve, dans 
d'autres comptes, de ces sortes de ménages qui sont composés 
d'un plus grand nombre d'articles ^. 

Je passe sous silence une foule d'autres objets appartenant au 
service de la table , tels que les cuillers et les fourchettes, d'or 
ou d'argent, et enrichies de pierreries, les couteaux à manches 
précieux et à lames fines et travaillées avec art, etc., etc. De pa- 
reils détails m'entraîneraient trop loin, et d'ailleurs on les aura 
bien plus complets dans le volume lui-même. Un dernier mot 
seulement sur notre matière. 

On trouve dans les chapitres d'orfèvrerie une foule d'expres- 



1. Art. 2694..Ce nom de mande doit venir de la cérémonie du Mandé, qui se 
faisait le jeudi saint, et qui prenait son nom de ce que, à l'office de ce jour, l'an- 
tienne commençait par les mots : Mandatum est vobis. Au reste, on devait faire de 
ces sortes de mandes en bois, puisqu'on trouve, dans le volume même dont nous 
parlons, parmi d'autres artisans, des mandeliers, rapprochés des tonneliers. 

2. Par exemple dans l'inventaire de Charles VI, où, sous le titre de Parties des 
joyaulx du petit mesnage trouvez ou dressouer estant en la chambre du Roy, au 
Boys (de Vincennes), on trouve : Une nef d'argent, quatre bassins à laver, vingt- 
quatre grandes éciielles, autant de petites, deux saucières, deux grands plats d'ar- 
gent, une douzaine de moyens, sept q,ranàes foesselles d'arj^eiit et deux petites, un 
grant pot à aumosne, quatre pots d'argent , cinq chauderons d'argent , trois pots à 
sauce, une laicliefrite, des grils, des brociies, etc. 



139 

sions techniques, dont les unes, comme celles de goderonné^ gre- 
netéj boulonné, haché, élevé, martelé, néellé, se comprennent facile- 
ment, tandisqueles autres, comme 6ro5sonné, plumeté, véré, etc., 
sont plus difficiles à entendre. Je me bornerai, ici, à tâcher de 
rendre compte de cette dernière expression, et à définir ce que 
c'était que de l'argent véré. Dans l'inventaire qui nous occupe, 
toute pièce d'argenterie est dite, ou d'argent doré, ou bien, par 
opposition, d'argent blanc, ou enfin, d'argent véré. Prenons d'a- 
bord, dans notre texte, quelques exemples du dernier cas : « Ung 
grant pot d'argent, véré au pié et au couvercle, et au-dessus, ung 
esmail d'un arbre à ung oiselet dessus. — Ung vielz pot d'argent, 
véré au pié et au couvercle , et au-dessus une fleur de bourage 
(une fleur de bourrache, sans doute d'émail) '. Et ainsi d'une 
foule d autres. De même pour les tasses : « Six autres tasses d'ar- 
gent blanc, à souaiges, vérées aux borts et aux souages, et marte- 
lées aux fous. — Six tasses d'argent blanc, mal vérez aux borts, 
et martelées aux fonts -. » Même cas pour les bassins : « Item, 
deux bassins d'argent blancq, à laver, vérez auxbortz, et aux tons 
a une raye de soleil, dorée et grenetée à l'entour ^. » Dans tous 
ces exemples, que faut-il entendre par le véré de ces différentes 
pièces? Je trouve la réponse à cette question dans un petit livre 
curieux qui a paru à Rouen, en 1621 *. C'est dans un chapitre 
intitulé : Du fait de l'orfèvrerie. 

« Ouvrage et besongne vermeille-dorée, c'est-à-dire dorée par- 
tout : mais dorée vérée , c'est quand elle est dorée au bord, ou 
bien par cy par là : tantost laissant le fonds tout net, et dorant 
le parensus et la bosse, tantost ne touchant le relief et le rehaus- 
sement, mais dorant seulement le fonds, les ouvertures et le plat 



1. Art. 2471 et 2472. 

2. Art. 2542 et 2545. 

3. Art 2690. 

4. Voici son litre tout an long : Essai des merveilles de nature et des plus no- 
bles artifices, pièce Irès-néccssaire à tous ceux qui font profession d'éloquence, par 
René François, prédicateur du Roy (c'est le pseudonyme d'un jésuite nommé Etienne 
Binet); Rouen, 1621, in-4''. L& 12» édit., Paris, 1646, in-8°. C'est une espèce de pe- 
tite eDcyclopédie qui contient des choses curieuses , et dont le style est fort imagé. 
Le Grand d'Aussy s'en est servi et l'a cité dans sa Vie privée des Français. Il aurait 
pu lui faire des emprunts plus considérables: je citerai, entre autres, un chapitre 
sur les (leurs et un autre sur la broderie, où l'on trouve des expressions et des lour- 
iiure.H cliurmantes. 

10. 



140 

iiiisi, le véré désigne la dorure appliquée sur les bords d'une, 
pièce d'argenterie, ou bien celle qui est parsemée dans la pièce 
elle-même. Et, par exemple, dans cet article: « Une autre couppe 
blanche, verrée à la devise de rabots * . » On voit que de petils 
rabots d'or se détachaient sur le fond d'argent de la coupe. Le 
passage suivant d'un des comptes de l'argenterie d'Etienne de la 
Fontaine vient confirmer cette explication. Il s'agit d'un riche 
fruiteuil d'orfèvrerie exécuté pour le roi Jean par son orfèvre 
Jean le Braalier : — « Ttem, pour six onces d'or parti, pour en- 
voirrer les pièces d'orfavcrie duditfaudestueil, douze escuzd'or. >- 
Et plus loin : « P]t furent, toutes ces pièces, perciées à jour, et 
envoirrées d'or bruni. » En cherchant bien, il ne sera pas im- 
possible de retrouver ainsi la signification de certains termes 
techniques qui embarrassent dans les anciens comptes. Mais pour 
y arriver, il faut de toute nécessité pouvoir recourir à des textes 
nombreux et bien établis. Ceux que publie M. de Laborde seront 
pour cela d'un grand secours. 

Outre ces deux inventaires de Philippe le Bon et de Charles le 
Téméraire, le second volume de cette publication comprend, 
parmi beaucoup d'autres pièces intéressantes, un document qui 
me paraît des plus curieux : c'est un Compte des ouvrages et aussi 
des entremets et paintures faites à Bruges aux noces de monsei- 
gneur le duc Charles, en 1467, à l'occasion de son mariage avec 
Marguerite d'York, sœur d'Edouard IV. Il faut lire dans Olivier 
de la Marche, qui y a consacré tout un chapitre, la longue et 
amusante description de cette fête, qui dura dix jours. Ici, on 
pourra en étudier les préparatifs et les dépenses : car, indépen- 
damment de ce qui touche à l'ordonnance générale de la fête, et 
aux travaux considérables de maçonnerie et de charpente qu'elle 
nécessita, on y trouvera de curieux détails sur l'emploi et le prix 
des couleurs, vernis, colles, pinceaux, en un mot sur tout ce que 
le texte appelle les estoffes de paintures. On y lira également 
avec intérêt les noms d'une foule de peintres, d'imagiers et d'au- 
tres artistes ou artisans. C'est, dans son genre, une pièce d'un 
intérêt à la fois historique et technique, et qui, à ce dernier point 
de vue surtout, est digne d'attirer l'attention. 

Dans son troisième volume, M. de Laborde laisse de côté ces 

1. Art. 2:i9l. A la devise de rabots. Il s'agit des ducs de Bourgogne; et l'on se 
ra|)i)elle mie Jean sans Peur avait pris pour sa devise un rabot , après que le duc 
d'Orléans, son rival, eut adoptti pour la sienne un hâton noueux. 



141 

comptes des dijcs de Boingogne, dont il nous avait donné de si 
amples et de si riches extraits, pour s'occuper de ceux des ducs 
d'Orléans * . Ce n'est pas nous qui lui eu ferons un crime, et nous 
conviendrons bien volontiers avec lui de la sorte de parenté 
qu'on peut établir, en ce qui regarde le goût du luxe et des arts, 
entre Philippe le Bon par exemple, Louis d'Orléans et Jean, duc 
de Berri. INous contesterons d'autant moins à M. de Laborde son 
droit de puiser à des sources diverses, que nous avons gagné à 
ce changement un nouveau volume, qui contient une foule de 
choses curieuses. L'intention de M. de Laborde a été d'y recons- 
tituer les archives de l'ancienne chambre des comptes de Blois, 
sur la dispersion desquelles il fait entendre, dans son introduc- 
tion, les plaintes à la fois les plus fortes et les pins légitimes. 
Travail diflicile, et pour lequel il lui a fallu faire des recherches 
considérables. C'est ce qu'on est à même de reconnaître rien qu'à 
l'inspection des notes relatives à la provenance des niille pièces 
séparées qui composent ce volume, dans lequel elles sont ran- 
gées dans l'ordre chronologique, à partir de l'an IIUO jusqu'à 
1490. On y voit cités, à chaque page, les archives de Blois, celles 
de Paris, la Bibliothèque Impériale, celle du Louvre, le Britisli 
Muséum , diverses collections particulières, et enfin le catalogue 
de Joursanvault, que M. de Laborde a soumis à un patient et 
utile dépouillement. J'ai dit que ce troisième volume contenait 
bien des choses curieuses, et pour le prouver je n'ai , ce me 
semble , rien de mieux à faire que d'en extraire quelques 
articles, d'en tirer, pour ainsi dire, des Anecdola qu'on 
pourra, si l'on veut, étendre à son gré avec l'ouvrage lui- 
même. 

Je commence ces extraits par ce qui regarde les livres : a Jove 
principium. Je trouve, à la date du 3 septembre 1380, la quil 
lance d'un Etienne de Chaumont, docteur eu théologie, par la- 
quelle il reconnaît avoir reçu de Louis, duc d Orléans, 20 écuN 
d'or « pour cause de labourer en la translacion de la IJible, l;;- 
quelle (ist commencier le roy Jehan, que Dieu absoille '^. » Le 
labeur de cette traduction fut long; car, en 1397, dix-sept ans 
après, ou la retrouve en train, mais cette fois en d'autres mains. 

I. Déjà, tMi IS'i'i, M. Aimé Chanipollioii avait, pour sou ouvrage intitulé : Louis 
ri Charles d'Orléans, jtuibé abuoilaiiimciit ilans les coiii|tU's et iiivoitlaires q\ic pn^- 
mmI«; la Bibliullit-qiic Mnpériak'. 

7. Art ..372. 



142 

Ce sont deux frères prêcheurs, Jean-Nicolas et Guillaume Vi- 
vian, le premier, docteur, le second, simple bachelier eu théo- 
logie. La rémunération est la même: à chacun 20 écus d'or'. 
L'année suivante , le nombre des traducteurs s'est considérable- 
ment accru. On y travaille simultanément dans les monastères de 
Poissy, de Rouen et d'Orléans. « A maistre Jehan Nicolas, frère 
Guillaume Vivier (Vivian), frère Philippe de Chambli, demeu- 
riint à Poissy, maistre Symon Dulmont, messire Gille] Pasqnet, 
maistre Henri Chicot, maistre Jehan de Signevilla, messire Ni- 
cole Vales, demourant à Rouen, maistre Gieffroy de Pierrefons, 
demourant à Orliens , IX^" escus , lesquelx MS. le duc volt et 
ordonna à eulx estre bailliez, c'est assavoir à chascunXX escus, 
pour cause de leur peine et salère d'avoir translaté une partie 
de la grant Bible, laquelle ycellui seigneur fait translater de la- 
tin en françois*. » Pour s'assurer que c'est bien là la traduction 
commencée par ordre du roi Jean, il suffit de lire la quittance 
suivante : « Sachent tous que je, Henri Chicot, maistre es arts 
et bachelier fourme en théologie, confesse avoir eu et receu de 
IMS. le duc d'Orléens, la somme de vint escus d'or, pour labourer 
en la translacion et exposicion d'une Bible en françois, laquelle 
fist commencier le roy Jehan, que Dieu absoille. Fait ].e VHP jour 
de juillet, l'an mil CGC. Illl" et VHP. » Sous les années 1395 
et 1396, je trouve plusieurs articles de dépenses faites pour le 
parchemin et les enluminures d'un livre qui avait une grande 
vogue au moyen âge. Je veux parler du Miroir historial de 
Jean de Vignay *. Divers romans de chevalerie, quelques chro- 
niques, un assez bon nombre de classiques, voilà ce qu'on trouve 
dans la bibliothèque des ducs d'Orléans, qui , au reste, devait 
être assez bien fournie pour le temps, car on trouve qu'en 1397 
Louis d'Orléans fit relier, en une seule fois, soixante-deux vo- 
lumes, au prix de 2 s. 8 d. le volume*. » 

1. Art. 5783 et 5786. 

2. Art. 5828. 

3. Art. 5856. 

4. C'est la traduction d'une partie de la vaste compilation de Vincent de Beauvais, 
espèce d'encyclopédie du moyen Age, qui a été imprimée à Douai sous le titre de 
Bibliotheca mundi, et qui contient quatre parties : \e Spéculum doctrinale, h- 
Spéculum naturale, le Spéculum morale et le Spéculum historiale. Voy. 
l'ouvrage de M. Paulin Paris intitulé : les Manuscrits français de la Bibliothèque 
du roi, t. 1", p. 53. 

5. Art. 5794. 



113 

Des livres nous pouvons bien passer aux docteurs. Nous en 
avons vu plus haut occupés à des traductions. En voici qui re- 
çoivent des dons pour les aider à payer leur bienvenue de doc- 
torat. « De par le comte de Blois. Nostre receveur de Blois , 
nostreamé et féal conseiller, maistre Jehan Jacobert de Hornaing 
a entencion de estre docteur en lois assez briefment et faire la 
feste à Orléans; sy li avons donné et octroie, en aide de faire sa 
dicte feste et de prendre ledit estât de docteur, la somme de 
chincquante francs de Franche. — Le premier jour de janvier, 
lan mil CGC. LX VIT'. » Le comte de Blois dont il s'agit est 
Louis m, de la maison de Chàtillon, mort en 1372. Les ducs 
d'Orléans ne se montrèrent pas moins libéraux sur cet article 
que leurs prédécesseurs les anciens comtes de Blois ^. Dans un 
article de Gages et pensions, on lit : « A maistre Nicolas Gerbet, 
maistre es ars, bachelier en théologie, secrétaire de monseigneur 
le duc (Louis) et maistre d'escolle de messeignenrs Charles et 
Philippe, enfants de mondit seigneur, à C. liv. t. de pension 
chascunan*. > En 141.3, un Oudart de Fouilloy, maître d'école 
du comte d'Angoulème, avait une pension égale de cent livres 
tournois*. 11 n'est pas rare de trouver dans les comptes des men- 
tions de ces maîtres d'école des princes. J'en relèverai une qui 
est curieuse, parce qu'elle donne la liste des livres que ces maî- 
tres mettaient dans les mains de leurs élèves. C'est dans un 
compte de la reine Marie d'Anjou, de l'an 1455 : « A maistre 
Jehan Majoris , chantre de S. Martin de Tours , la soume de 
C. livres tournois, à lui ordonnée et fait paier comptant par 
ledit trésorier, pour les livres bien escripz en beau parchemin el 
richement enluminez, prins et achetez de lui, pour faire appren- 
dre en icculx mondit seigneur (Charles, duc de Berri, lils de 
Charles VII) csquelx monseigneur le Daulphinavoit appris à l es 
colle. Iceulx livres délivrez à maistre Bobcrt lilondel ', maistre 
d'escolle de rriondit seigneur Charles, ainsi qu'il s'ensuit : C'est 



1. Art. 6363. 

2. Voy. les art. 587C et 02fi.3 
.1. Art. fiOl7. 

». Arl. (-.231. 

j. Ce Robert Blonde! était un clerc iioriiiaiid, cliassé (k: son pays par l'iiivasion 
an^^laise, et qui a coiupo84i, outre autres ouvrages, une ciironique latine sur le re<:ou- 
vreuienl «le la Noruiamlie ru 1467, oii il y a des rlio.ses curieuses, et qui e.st i-crili' 
avec une jirande vëhémenct' patriotique on l'cul v.m sur cette clironiquc un urtiri' 



144 

assavoir, ung A. B. G., ungs Sept pseaulmes , ung Donast, 
ungs AcciDENs, ung Catow et ung Doctriival. Pour ce C. livres 
tournois'. » 

Parmi les peintres mentionnés dans notre volume, j'ai rencon- 
tré souvent le nom deColart de Laoïi, peintre et valet de cham- 
bre du roi Charles VL Comme le plus ordinairement les articles 
où il s'agit de peinture ne s'appliquent qu'à des travaux tout à 
fait inférieurs, tels, par exemple, que la peinture d'un fauteuil, 
ou encore celle d'écussons ou de bannières pour des joutes , je 
relèverai ici l'une des mentions de ce Colart de Laon, où il s'agit 
de véritables peintures exécutées par lui dans la chapelle des 
ducs d'Orléans aux Célestins de Paris : « Acte par lequel Colart 
de Laon, peintre et valet de chambre du Boy, reconnoit avoir 
fait marché avec le chancelier du duc d'Orléans pour peindre un 
tableau de bois qui fait ciel et dossier sur l'autel de la chapelle 
que le duc a fait construire à côté de l'église des Célestins de 
Paris, sçavoir : sur ledit dossier ung Crucifiment, Nostre Dame 
et Saint Jehan, l'un de fin azur, l'autre de fin pourpre; et au 
ciel, une Trinité, et le champ d'or. Le tout le plus richement 
et notablement que faire se pourra pour la somme de cent 
frans d'or, sur laquelle il a reçu en avance celle de 40 frans, de 
Jean Gillon, payeur des œuvres de ladite chappelle, le 29 may 
1396^ « 

En vérité, ces pauvres peintres étaient quelquefois réduits à 
se charger de singuliers travaux. En 1398, un marchand de vo- 
lailles de Grépy en Valois fut condamné, pour je ne sais quel mé- 
fait, à être pilorié avec une mitre sur la tète et des poussins 
pendus au cou, puis enfin à avoir l'oreille coupée. Un peintre 
fut chargé de peindre cette mitre. Au moins ce ne fut pas notre 
Colart de Laon. « A Colin Isembart, peintre, qui fit ladite mitre 
sur laquelle il y avoit plusieurs poussins peints et autre vo- 
laille, et aussi grant foison d'escripture; laquelle fut mise sur 
la tète dudit Guchon (notre malencontreux marchand), 3 s. p. 
— Pour 3 poussins achetez par ledit prévost par l'ordonnance 
dudit monseigneur le bailly , lesquels furent pendus au col 

(1(! Bréqiiigny, dans les Notices des manuscrits de la Bibliothèque du roi, t. vi. 
M. Valletde Virivillo a font récemment pnblié nn intéressant travail m\ Robert Blon- 
de!, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 2" série, t. IX. 

1. Arcli. deTEmi)., K reg. 55, fol. 119 v". 

2. Art. 5708. 



145 

dudil Guchou quand il fut mis à l'échelle, 3 sols parisis*. 

A propos de supplices , on peut remarquer eu passant celui 
d'un cochon qui fut jeté dans la Seine par l'exécuteur des hau- 
tes œuvres pour avoir étranglé un enfant^. Courtepée, dans son 
Histoire du duché de Bourgogne, rapporte plusieurs exemples de 
ces bizarres procédures. 

Au reste, on trouve de tout dans les comptes. Ici, par exemple, 
de la médecine. Et une assez singulière : Des perles prêtées à 
un malade^; ce qui s'explique, au reste, par les vertus qu'on 
attribuait à diverses pierres précieuses. Ailleurs, c'est la men- 
tion de la syphilis, en 149G *. Ailleurs, de la vétérinaire : « Une 
livre d'oint pour oindre les jambes don cheval qui avoit esté 
cuit de feu. — Pour l'argent et la façon de plusieurs fers d'ar- 
gent à cuire chevaux. — Pour ung fer d'argent, par lui fait, 
pour donner le feu aux faucons de madicte dame^. » C'est la du- 
chesse d'Orléans , Marie de Clèves. En 1455, elle fait habiller 
ses chiens : « Pour la façon et estoffes de cinq jaques pour cinq 
des lévriers de madame la duchesse 6. » Dieu me préserve de dire 
du mal de la noble dame; mais voici un article qui semble té- 
moigner d'une curiosité bien étrange : « Au dit trésorier la somme 
de 25 sols t. par lui baillez, de l'ordonnance d'icelle dame, à ung 
pouvre homme de la paroisse de Fresne, en Sauloigne, pour ce 
qu'il avoit amené ung sien enffant de l'aage de trois ans, au 
mandement de la dicte dame à Blois , lequel enffant on disoit 
avoir en lui superfluicté de nature, plus que en ung autre de dix 
ans; pour ce, cy XXV s.'. » Hàtons-nous dédire que maint autre 
article du même compte dépose de sa bonté et de sa bienfaisance. 
Voici un autre détail par trop intime : « Pour une chaière per- 
ciée, pour le retrait de monseigneur d'Orléans, pour servir quand 
il est devers madame**. » Assurément, le comptable le plus scru- 
puleux pouvait s'arrêter là à temps. Mais le moyen à^e est un 
enfant; il en a les grâces et aussi les inconvénients. En fait de 



1. Art. 5880. 

2. Voy. l'art. 7334- 
:i. Arl. 6960. 

.'é. Arl. 7227. 

.j. Art. 5379, 55'ii,(;731. 

fi. Art «750. 

7. Art. 7082.' 

H. Art. 5037. 



I4fi 

singularités, je citerai une robe brodée de musique : « Pour prix 
de 900 perles destinées à orner une robe ; sur les manches est 
escript de broderie, tout au long, le dit de la chanson : Madame, 
je suis plusjoyeulXy et notté tout au long sur chascune desdites deux 
manches. — 568 perles pour servir à former les nottes de ladite 
chanson, où il a 142 nottes, c'est assavoir pour chacune notte 
4 perles en quarré ^ » Un maître Pierre , du pays d'Arragon , 
faiseur de grimaces'^. Un nègre, joueur d'échets : « A mondit 
seigneur le duc (Charles d'Orléans) pour jouer aux eschets contre 
Jouvenal, nègre du pays de Lombardie, le X" jour du mois de 
may, mil CCCG LVII, 27 s. 6 d. ^ » etc. 

Je relèverai dans ce troisième volume quelques petits faits qui 
peuvent servir à la biographie des ducs d'Orléans. En 1390, 
Louis d'Orléans achète d'un marchand génois, au prix considé- 
rable de 3,000 francs d'or, un chapel d'or enrichi de perles et 
de pierreries, pour en faire présent à la duchesse sa femme, la 
belle Valeiitine de Milan * . En 1 393, nous le voyons faire des libé- 
ralités à celui de tous nos chroniqueurs qui a incontestablement 
écrit avec le plus d'art et à l'un des plus aimables poètes du qua- 
torzième siècle : Jean Eroissart et Eustache Deschamps : « A tous 
ceux qui ces présentes verront ou orront, Maihieu, garde lieute- 
nant du bailli d'Abbeville, salut. Savoir faisons que par devant 
nous est aujour d'ui venus en sa personne, sire Jehan Froissart, 
prestre et canoine de Chimay, si comme il dist; et a recongnut 
avoir eu et reçeu de monseigneur le duc d'Orléans la somme de 
vint frans d'or, pour cause d'un livre appelé : le Dit royal, que 
mondit seigneur a acaté et eu dudit prestre. En tesmoing de ce, 
nous avons scellé ces lettres de nostre séel, qui furent faictes et 
données le VIP jour de juing, l'an mil CGC IIH" et XIIF. « 
Quant à Eustache Deschamps , il se trouve mentionné quatre 
fois, dont une seule comme poète. Dans une quittance il se 
nomme « Eustace Deschamps, dit Morel, escuier, conseillier et 
maistre d'ostel de monseigneur le duc d'Orléans^, » Dans un 
autre endroit on trouve : « Le livre des balades Eustace Morel ^ " 

1. Alt. 6241. 

2. Art. 5665. 

3. Art. 6977. 

4. Art. 5486. 

5. Art. 5557. 

6. Art. 5864. 

7. Art. 6320. Voy. encore les art. 5598 et 5632. 



147 

ce qui désigne le même personnage. En mai 1396, le même Louis 
d'Orléans perd 3,000 livres tournois au jeu de paume \ Ce qui 
ne l'empêche pas, quelques mois plus tard, de commander à son 
orfèvre une magnifique nef d'or, qu'il paye 2,828 1. 4 s. 1 d. '. 
Elle avait la forme d'un porc-épic, qui, comme on le sait, était 
sa devise. En novembre 1396, il visita ces fameuses fabriques de 
tapisseries d'Arras, la gloire industrielle du moyen âge*. En 
1427, nous voyons son successeur, Charles, duc d'Orléans, qui 
était encore prisonnier en Angleterre, donner, de Cantorbéry, 
Tordre de vendre ses chambres et tapisseries et ses livres*. De 
retour en France, dans une visite qu'il fait à la Sainte-Chapelle 
de Bourges, on lui montre les riches ornements qu'on y conser- 
vait, et il donne 27 s. aux clercs pour leur peine '. En 1457, il 
fait au frère de la Pucelle un don qui paraît bien minime : 27 sols 
6 deniers •*. Mais ce qui a plus d'importance, ce sont les travaux 
commandés par les ducs d'Orléans pour diverses églises, telles 
que celle des Célestins , celle de Saint-Paul et celle de Saint- 
Eustache, et pour leurs hôtels des Tournelles et de Bohême, ce 
dernier connu plus tard sous le nom à'Hôtel de Soissons. On 
trouve, dans les articles relatifs à ces divers monuments, des dé- 
tails qui servent à renseigner sur leur topographie. 

Je m'arrête ici ; mes.extraits pouvant, à la rigueur, suffire pour 
donner une idée des choses curieuses que renferme cette publi- 
cation. Qu'on en juge, au reste, par ce seul aperçu : Les trois 
volumes parus ne renferment pas moins de 7434 articles, et, 
sur ce nombre, il n'en est peut-être pas un seul qui ne renferme 
quelque chose d'intéressant, suivant les divers points de vue 
auxquels on peut se placer. C'est donc un véritable service que 
M. de Laborde a rendu à la science, que la publication de ces 
comptes des quatorzième et quinzième siècles. Ils formeront la 
base solide sur laquelle il doit élever le vaste édifice qu'il a 
conçu, et que nul mieux que lui, soit par sa position, soit par 
ses traTaax antérieurs, n'était appelé à entreprendre. 

1. Art. 5706. 

2. Art. 6766. 

3. Art. 5750. 

4. Art. 6320. 

5. Art 6674. 

6. Art. 669». 

nOUET-DARCQ 



CORRECTIONS 

ET ADDITIONS 

A LA CORRESPONDANCE IMPIilMÉE 

DE MADAME DE SÉVIGNÉ 

D'aI'UÈS LKS MANUSCUITS AUTOGRAPHES DE BCSSY-ltABCTIN. 



Les premières lettres de madame de Sévigné qui furent données au 
public parurent en 1696, l'année même de sa mort, dans les Mémoires 
de son cousin, le comte de Bussy-Rabutin, à qui elles étaient adressées. 
D'autres encore, et en grand nombre, furent plus tard éditées avec la 
Correspondance de ce dernier et les Suppléments à ses Mémoires. 

Ces lettres, si souvent réimprimées, n'ont point été, dès l'origine, pu- 
bliées d'après les originaux qui semblent avoir été détruits de bonne 
heure. Bussy, pendant les loisirs forcés de sa longue disgrâce, poussé 
sans doute par cette vanité qui fut le mobile de toutes les actions de sa 
vie, chercha à préserver de l'oubli la correspondance que, dans son 
exil, il avait entretenue avec les personnages les plus marquants de son 
époque. Il en fit lui-même et en fit faire plusieurs copies que les pre- 
miers éditeurs eurent à leur disposition. Mais ceux-ci s'en servirent 
avec tant de négligence, que, de la partie de cette correspondance où 
madame de Sévigné joue le principal rôle, on n'a guère possédé qu'un 
texte tronqué et défiguré jusqu'au moment où M. Monmerqué donna, 
des lettres de l'illustre marquise, une édition qui a fait oublier toutes 
les autres!. 

Le savant académicien a eu entre les mains, pour son travail, trois 
manuscrits distincts, savoir : 

1° Deux volumes in-folio, écrits entièrement de la main de Bussy, et 
contenant une partie des lettres qu'il avait reçues de madame de Sé- 
vigné et des réponses qu'il lui avait adressées. — Ces volumes, reliés 
aux armes de la maison de Langheac, et dédiés à la fille de Bussy, la 
marquise de Coligny, appartenaient au marquis de la Guiehe. 

t. Lettres de madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis ; Paris, J818- 
1820, 11 vol. in-8°. 



149 

2" Un volume in-l", écrit également par Bussy, et intitulé : Suite 
des Mémoires du comte de Bussij-Rahutin. Il renferme la copie des 
lettres adressées au comte et de ses réponses, depuis le l**' janvier 1677 
jusqu'à la lin du mois d'avril 1679. 

3" Un manuscrit en trois volumes petit in-folio, intitulé : Mémoires 
du comte de Bussy-Rabutin. Le dernier volume finit avec l'année 
I6«',9. — Ce manuscrit n'est point de la main de Bussy; c'est une copie 
du temps. 

Ces matériaux étaient fort insuffisants; car le commerce épistolaire 
de madame de Sévigné et de sou cousin commença dès 1646, et ne finit 
qu'avec l'année 1692, c'est-à-dire peu de mois avant la mort de Bussy. 
H est donc bien à regretter que M. Monmerqué, qui en a été réduit le 
plus souvent à reproduire les éditions incomplètes données au siècle 
dernier, n'ait pas eu connaissance d'autres manuscrits fort importants 
dont nous allons parler. 

[.'éditeur anonyme du Supplément aux Mémoires de Bussy annon- 
çait dans sa préface avoir fait usage du manuscrit original de ces Mé- 
moires, composés de dix volumes in-4'^. Ce recueil est dispersé aujour- 
d'hui ; mais j'en ai retrouvé les trois derniers volumes à la Bibliothèque 
Impériale, où ils occupent les numéros \ll du Supplément fran- 
çais. Ils sont de la main de Bussy, et comprennent la copie des lettres 
écrites ou reçues par lui depuis le mois de janvier 1677 jusqu'à la fin 
de décembre 1686. 

De plus, M. Walckenaer a découvert à la Bibliothèque de l'Institut 
et a cité souvent, dans la cinquième partie de ses commentaires sur ma- 
dame de Sévigné ', une autre copie faite aussi par Bussy, et contenant la 
suite de sa correspondance depuis le 6 janvier 1673 jusqu'au 7 octobre 
1676. Ce manuscrit, comme ceux de la Bibliothèque Impériale, est in- 
titulé : Suite des Mémoires du comte de Bussy-Rabutin ; mais il en 
diffère par la reliure et par la grandeur du format. Il ne paraît pas 
avoir appartenu à la même collection, mais bien à celle dont faisait 
partie le manuscrit n" 2, dont s'est servi M. Monmerqué, et dont nous 
avons parlé plus haut. 

Voilà donc douze années de la correspondance de Bussy et de ma- 
dame de Sévigné sur lesquelles il est possible de continuer le travail 
que M. Monmer(}ué a jadis si heureusement commencé. Je vais essayer 
de le faire aussi brièvement que possible. 

1. Mémoires ttyuchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chanlal, mar- 
quise de sérigné ; Paris, Diilot, I8'i2-I8r.5, 5 vol. in-l». 



150 

Je dois dire d'abord que ces manuscrits, beaucoup plus complets à 
certains égards, ne contiennent pas cependant des lettres et des passages 
qui figurent dans l'édition de M. Monmerqué. Gela tient probablement 
à ce que Bussy, qui a transcrit au moins trois fois de sa main sa volu- 
mineuse correspondance, a dû souvent, par lassitude et par ennui, 
sauter des pages, tantôt dans une copie, tantôt dans une autre, de ma- 
nière à abréger un peu la tâche qu'il s'était imposée. Mais si quel- 
ques-unes de ces additions ou de ces lacunes, comme on voudra les 
appeler, proviennent évidemment de lui, on ne saurait lui attribuer 
d'autres différences que j'ai constatées entre l'imprimé et les manus- 
crits de l'Institut et de la Bibliothèque Impériale , différences qui sont 
certainement le fait des anciens éditeurs. Telles sont, par exem- 
ple, les suppressions dont le motif est facile à deviner, les erreurs dans 
la date des lettres, les corrections grammaticales ou soi-disant telles, 
et les falsifications qui ont pour résultat de faire dire aux auteurs pré- 
cisément le contraire de ce qu'ils avaient écrit. Sur 150 lettres environ 
échangées par Bussy et madame de Coligny, sa fille, avec madame de 
Sévigné, madame de Grignan et Corbinelli, et qui sont transcrites dans 
ces quatre volumes, il y en a à peine cinq ou six dont le texte soit con- 
forme à l'imprimé ; et la leçon du manuscrit est toujours préférable à 
celle que M. Monmerqué a été obligé d'adopter. Je vais en donner 
plusieurs exemples, en commençant par les lettres de madame de Sé- 
vigné à son cousin. 

« Parmi tant de bonnes choses, j'avois un petit regret de ne vous 
avoir pas demandé à voir quelque chose de vos mémoires. » Lisez : 
« Un petit serpent me dévoroit : c'est le repentir de n'avoir pas vu quel- 
que chose de vos mémoires. » — Madame de Coligny sait bien des 
choses dont elle n'affecte pas de se parer, lisez : dont elle ne fait pas la 
savante. — Votre fils . lises : votre garçon. — Gomme disent les sol- 
dats, lisez : les goujats. — Vous trouverez Gorbinelli peu réglé, lisez : 
peu dévot. — Les Hollandais se sont déchargés de cette négociation, 
lisez : se sont chargés. — Le cardinal de Retz est bien plus régulier 
qu'en Lorraine , lisez : bien plus solitaire i. 

« Vous jugez témérairement : vous dites que je ne vous ai point écrit 
sur le mariage de ma nièce de Rabutin , lisez : vous me jugez témé- 
rairement; vous dites en l'air que je n'ai pas voulu hasarder ma ré- 
ponse. Et bon, bon, voilà justement comme il faut juger 2. » 

« Gette charge de guidon (celle du marquis de Sévigné) vaut près de 

1. Voy. les lettres des 13 octobre, 18 mai, 30 juillet 1677, etc. 

2. Lettre du 23 décembre 1682. 



151 

quatre mille livres de rente, à cause d'une pension que nous y avons 
it tachée. » On se demande comment madame de Sévlgné aurait pu 
attacher une pension à une charge militaire. La réponse est dans le 
manuscrit, où on lit : « A cause d'une pension de mille écus que le roi 
a eu la bonté d'y attacher i. » 

n Je prends une part singulière à tout ce qui touche madame de Co- 
ligny et son cher père par conséquent, mais à la pareille. (Puis à la 
ligne) : Plaignez-moi, etc. » Il faut lire : « Je prends une part singu- 
lière, etc Mais à la pareille, plaignez-moi, etc. 2. » 

» Vous me parlez si raisonnablement de la mort de M. de Turenne, 
([u'il faut avoir un cœur de héros, lisez : le cœur et Vesprit bien 
faits 3. » 

Dans la lettre qu'elle écrit à son cousin, le 20 juin 1678, les éditeurs 
ont fait dire à madame de Sévigné : « Je voudrois bien que, pour 
achever de gagner tous les cœurs, le roi fit revenir les exilés. » On lit 
dans le manuscrit : « Je voudrois bien que, pour achever sa gloire, il 
voulût que tous les exilés en fussent les témoins. H me semble que cette 
pensée pourroit finir un madrigal. » 

Le 27 juin, Bussy lui répond par ces lignes omises dans l'im- 
primé ; « Vous souhaiteriez (dites-vous, madame) que, pour achever 
sa gloire , le roi voulût que tous les exilés en fussent les témoins. 
Cela ne veut pas dire qu'il nous rappelât; car nous serons témoins 
(le sa gloire, quand même nous serions au bout du monde, comme 
a la cour. Ainsi il nous faut chercher une pensée plus juste pour la 
On d'un madrigal. « 

D'autres suppressions tiennent certainement à ce que les éditeurs n'ont 
pas compris le sens des mots qu'ils retranchaient. Ainsi dans la lettre 
(le madame de Grignan à Bussy, en date du 22 juillet 1676, après ces 
mots : « Je vous recommande la rate de ma mère,» on a supprimé 
cette phrase : ■« Vous êtes pour ses vapeurs le meilleur pendillon du 
monde. « Les éditeurs ignoraient probablement ce que le dictionnaire 
de Trévoux aurait pu leur apprendre , que le pendillon est un terme 
d'horlogerie, et désigne « la verge rivée à la tige de l'échappement 
pour communiquer le mouvement au pendule et le maintenir en 
vibration. » 

Les lettres de Bussy à sa cousine n'ont pas été moins maltraitées, 
(.'t on y trouve force changements pareils à ceux-ci : 

1. Lettre du 9 octobre 167i. 
2 Lettre (lu 26 aoAt 1C79. 
3. Lettre ilii 57 aoflt 1075. 



152 

« Si vous étiez roi, lisez : si vous étiez le roi. — L'on me compte 
avec plaisir en province, lisez : on m'écoute. — Joachim Coligny, 
lisez : feu Coligny. — Angoisses, lisez : agonies. — Sur la frontière 
du comté et de la Brosse, lisez : du Comté i et de la Bresse, etc. » 

Le 14 octobre 1678, Bussy écrit (suivant l'imprimé) : « Je n'aurois 
jamais cru que, si madame de Grignan avoit à être damnée, c'eût été 
pour la religion. Je la cvoyois plus proche à (T autres. » Cette dernière 
phrase est incompréhensible. Aussi on lit dans le manuscrit : ■< Je la 
croyois plus propre à d'autres péchés, » ce qui est très-clair. 

« Je serois fort trompé, écrit Bussy, si je ne suis grand-père au bout 
d'un an. La demoiselle (mademoiselle de Bussy) n'a point du tout 
l'air d'une hrehaigne. » D'après le manuscrit, il faut ajouter : ni le futur 
(ïun Langés. 

Les passages où madame de Sévigné, Bussy et sa fille parlaient à 
cœur ouvert sur divers personnages de leur famille, et entre autres 
sur les Toulongeon, ont été tantôt supprimés tantôt complètement 
modifiés. Ainsi l'on cherche en vain dans l'imprimé ces lignes qui font 
partie de la lettre écrite par madame de Sévigné, le 12 mars 1657 2, 
a mademoiselle de Bussy. 

« Comment vont les mariages dont on parle pour vous, ma chère 
nièce? L'arrière-ban vous auroit pu faire choisir la France si votre 
oncle de Toulongeon n'en étoit pas revenu. Mais il est bien gardé que 
Dieu garde. Vous n'avez plus à compter que sur les infirmités ordi- 
naires de la nature humaine. » 

Le 20 mars (lisez le 16), mademoiselle de Bussy répond : « Le ma- 
riage dont mon père vous parla pour moi l'année passée est présente- 
ment sur le tapis, et pourroit bien se faije. L'àrrière-ban ne m'a pas mise 
en état de choisir, non pas parce qu'est bien gardé que Dieu garde. 
S'il n'y avoit que Dieu qui s'en fût mêlé, peut-être auroit-on pu espé- 
rer; mais parce qu'est bien gardé qui se garde. Ainsi je n'ai plus d'au- 
tres ressources que la foiblesse du tempérament 3. » 

1. La Franclie-Comlé. 

2. Celte lettre est datée du 24 janvier, dans l'imprimé. 

3. Dans la lettre de Bussy où se trouve intercalé ce billet de sa fille, on a encore 
omis ces lignes, qui répondent à un passage d'une lettre précédente do madame de 
Sévigné : 

« Vous avez raison, ma chère cousine, de dire qu'il y a des choses vraies qu'il faut 
« cacher, parce qu'elles ne sont pas vraisemblables, comme, par exemple, s'il éloit 
« possible que madame de Grignan trouvât plus de plaisir à passer sa vie auprès de 
« son mari à la campagne, qu'à Paris en son absence. Je ne lui conseillerois pas de le 
« dire. >- 



153 

Suivant la lettre imprimée du 23 juillet 1678, Bussy écrit à sa cou- 
sine : « A propos de madame de Coligny, il vient d'arriver un grand 
accident à son grand oncle et à sa petite tante, ils ont versé.. . . Ce- 
pendant ils n'en auront, Dieu merci ^ que le mal. » Ce texte est la re- 
production de corrections et de ratures faites sur le manuscrit, où la 
phrase non modifiée offre un sens tout différent : « A propos d'elle, 
il lui vient d'arriver un grand malheur. Son grand oncle et sa petite 

ante ont versé Cependant ils n'en auront que le mal, et notre 

' euve n'en aura pas sitôt le bien. » 

« Nous allons dans huit ou dix jours, dit ailleurs Bussy, voir la 
bonne femme Toulongeon. Je crois que, comme elle ne vouloit pas 
passer devant vous à cause (assurément) que vous étiez une dame de 
la cour, maintenant que j'y suis retourné, elle ne voudra pas s'asseoir 
devant moi. Je remarque par là qu'on peut fort bien avoir l'âme basse 
et ne laisser pas d'avoir du courage, car la bonne femme n'en manque 
point ï. » 

Cette tante étant enfin morte en 1684, madame de Sévigné écrivit à 
son cousin de Toulongeon une lettre de condoléance, et n'en ayant 
point reçu de nouvelles, s'en plaignit à Bussy, auquel, dans sa réponse, 
les éditeurs ont prêté la phrase suivante : « Il n'est point possible qu'il 
ne vous ait point fait de réponse; il sait trop bien vivre pour y avoir 
manqué, et ce n'est que l'excès de la douleur de sa perte qui l'en a 
empêché. » Or le manuscrit dit précisément le contraire : Au moins ne 
serait-ce pas l'excès de la douleur de sa perte qui l'en aurait em- 
pêché 2. 

Ce ne sont pas les seuls passages où les éditeurs aient introduit dans 
leur texte un sentiment que l'on chercherait en vain dans les originaux. 
Ils ont fait dire par Bussy à madame de Sévigné, dans une lettre du 
19 octobre 167.'> : « Je crois que. . . je mourrois si vous étiez morte. 



1. Lettre du 10 (et non 15) octobre 1682. — Ce passage a été, dans l'imprimé, rem- 
placé par ces mots » •< Nous allons voir votre tante qui se porte à merveille, et 

qui a toujours un esprit qui ne se sent point des faiblesses de son corps. » 

2. Lettre du 4 août 1685. A la suite se trouvent encore, dans le manuscrit, quel- 
ques lignes supprimées et relatives aussi à madame do Toulongeon -. » Je vous de- 
mande fiardon, Mailame, si je vous assure que l'oraison funèbre de madame votre 
tiinte est fort mal faite, et qu'il y a bien d'autres impertinences que celles que vous 
<\c7. remarquée». Llle ne fut pas si mauvaise quand elle fut prononcée. L'aateurprit 
l'it'U de U peine à la gâter avant que de la mettre sous presse. » 

Dans un passage supprimé d'une lettre de madame de Sévigoé, en date du 14 mai 
1686, on lit : « J'ai reçu la réponse de mon cousin de Toulongeon. .Son épouse est 
très-aimable, et vous avez fait à Autun une fort jolie sw.iété. .. 

IV. (Tmisif-me xérie.) M 



1 54 

ne sachant avec qui rire finement. » La phrase du manuscrit est beau- 
coup moins tendre : « Je crois que je ne saurois avec qui rire finement^îj 
^i vous étiez morte. » 

On a aussi letranché fort soigneusement quelques plaisanteries que 
Bussy se permettait sur sa femme ; telles sont les suivantes : « Ma- 
« dame de Bussy se porte toujours fort bien, et si ce temps dure, elle ne 
« mourra pas étique. « -— « Quand madame de Bussy vit que je devais 
" revenir si promptement (de Bourgogne) , son poids ne s'arrangea pas 
" de cette diligence, etc. i.'> 

La lettre de Bussy à madame de Sévigné, eu date du 16 août 1674, 
a été tronquée par les éditeurs, qui se sont effarouchés de la gaieté un 
peu leste qui y régnait. En voici le texte d'après le manuscrit : 

« J'ai appris que vous aviez été fort malade, ma chère cousine ; cela 
m'a mis en peine, et j'ai appréhendé pour vous une rechute. J'ai con- 
sulté votre mal à un habile médecin de ce pays-ci. Il m'a dit que les 
femmes d'un bon tempérament comme vous, demeurées veuves de 
bonne heure, et qui s'étoient un peu contraintes , étoient sujettes à 
des vapeurs. Cela m'a remis de l'appréhension que j'avois d'un plus 
grand mal; car, enfin le remède étant entre vos mains, je ne pense 
pas que vous haïssiez assez la vie pour n'en pas user, ni que vous 
ayez plus de peine à prendre un galant que du vin émétique. Vous 
devriez suivre mon conseil , ma chère cousine, et d'autant plus qu'il 
ne vous sauroit paroître intéressé; car si vous aviez besoin de vous 
mettre dans les remèdes, étant à cent lieues de vous comme je suis, 
vraisemblablement ce ne seroit pas moi qui vous en servirois, etc. 2. » 

Les suppressions et les corrections ont aussi porté sur les passages 
concernant les affaires privées de Bussy, et particulièrement le procès 
scandaleux que madame de Coligny eut à soutenir contre son second 
mari, et où son père joua un assez triste rôle. Tous les manuscrits 
offrent ici des lacunes et des déchirures 3, et quand les feuillets n'ont 
pas été déchirés, on a en général si soigneusement raturé les paragra- 
phes des lettres où il en était question , qu'il est à peu près impossible 
de rétablir le véritable texte ^. 

1. Lettres du 18 septembre 1676, du 10 (iécembie 1683. Voy. encore la lettre de 
Bussy que nous publions plus loin, pag. 163. 

2. La réponse de madame de Sévigné est datée du 10, et non du 5 septembre. — Il 
y a dans l'imprimé quelques phrases dont le texte diffère de celui du manuscrit. 

3. Une de ces déchirures a empêché M. Monmerqué de donner complètement la 
lettre de Corbinelli à Bussy, en date du 5 octobre 1685. Elle est transcrite en entier 
au tome X de la copie conservée à la Bibliothèque Impériale. 

4. Voyez, entre autres, la lettre de Bussy en date du 14 novembre 1685, et celle 



155 

Kq revanche, les éditeurs ont souvent ajouté des phrases explicatives 
qui dénaturent complètement le sens. Bussy, le 27 octobre 1678, écrit 
a sa cousine, suivant l'imprimé : » 11 arriva là (à Sully ) une chose 
qu'on n'a peut-être jamais vue dans la maison d'un gentilhomme. Nous 
entrâmes dans la cour de Sully, qui est la plus belle cour de château 
de France, sept carrosses à six chevaux chacun, à la suite les uns des 
autres; cependant nous venions de quatre endroits différents^ cela 
t'ait voir combien nous sommes justes à nos rendez-vous. » Les mots 
en italiques manquent dans le manuscrit, où se trouve en revanche cette 
phrase : « Et nous étions cinq qui n'avions pas mené les nôtres i.» 

Les dates d'un très-grand nombre de lettres sont différentes dans 
i imprimé et le manuscrit, et sauf pour une ou deux où Bussy paraît 
sètre trompé 2, la leçon du manuscrit m'a toujours semblé la meil- 
leure. Je signalerai , entre autres, la confusion que les éditeurs ont 
commise en réunissant, sous la date du 23 décembre 1676, deux lettres 
de Bussy, dont la seconde est du 23 janvier 1677 3. 

Je m'arrête : car j'ai voulu seulement appeler l'attention sur ces 
manuscrits de la Bibliothèque de l'Institut et de la Bibliothèque Impé- 
riale. J'ai voulu surtout, en montrant combien étaient fautives les 
éditions données au siècle dernier, engager les futurs éditeurs des let- 
tres de madame de Sévigné à rechercher les volumes dispersés de la 
(.orrespondance d'un homme qui, de son vivant, avait la réputation 
d'être l'un des premiers épistolaires du dix-septième siècle. Je terminerai 
en rapportant le texte de quelques-unes des lettres et de quelques-uns 
les passages que j'ai trouvés dans ces manuscrits, et que l'on avait 
jusqu'ici négligé de publier. 



it; madame «le Sévigné <hi 31 décembre 1684. Dans cette dernière on peut lire ce pas- 
age : 

« Je crois que vous avez bien fait de demeurer cliez vous pendant que ma nièce de 
:oligny présentera sa requête civile; on doutera moins du fond de sou cœur quand 
; ne hcra point .soutenu de votre présence. • 
La lettre de Bussy du 7 (lisez du J2) avril 1675 se termine ainsi <ians l'imprimé : 
J'ai doimé à ma fille le bien de sa mère dès à présent, et je ne la fais pas renoncer 
.1 ses droits paternels. » — Le manuscrit porte : •> Je donne à ma iille les cinquante 
iiille écus que j'ai eus de sa mère, c'est-à-dire, je lui en paye sept mille livres d'in- 
; rftl, et je ne la fais pas renoncer ii ses droits paternels. » 

1 . Dans un passo^e de cette môme lettre relatif à la généalogie des Rabutin, il y a 
lies additions faites évidemment par l'éditeur. 

2. Voy. Wakkenaer, Mémoires sur madame de Sévigné, t. V, p. /|56. 

3. Cette seconde lettre, dans le manuscrit, comprend le dernier aliiu-a de la iellre 
imprimée : « J'attends réponse, etc. » 

11. 



1 56 

Les passages suivants de la lettre de Bussy a madame de Sévigné, 
en date du 9 janvier 1675, ont été ou altérés ou supprimés : 

« ... Je vous dirai que la promotion aux grands honneurs de la 
guerre que le roi a faite, m'ayant donné meilleure opinion de 
moi que je n'avois, et que m'étant persuadé que, sans ma mau- 
vaise conduite. Sa Majesté m'auroit fait la grâce de me mettre 
dans le rang que mes longs et considérables services dans de 
grandes charges me dévoient faire tenir , j'ai été honteux de la 
qualité de comte *... Et pour répondre maintenant à tout ce que 
vous me dites de tous ces messieurs qui ne se sont point trouvés 
déshonorés de porter le titre de comte, je vous dirai que les 
comtes de Saint-Aignan et duLude étoient bien las de l'être quand 
le roi leur lit la grâce de les faire ducs ; que le comte de Sault 
étoit encore jeune quand il fut duc par la mort de son père; que 
les comtes de Fiesques et deBrancas, s'ennuyant deTètre (comme 
je ne doutois pas qu'ils ne l'eussent fait) , ne pourroient s'en 
prendre qu'à eux-mêmes, parce qu'ils n'avoient rien fait pour 
être plus, et que M. de Grignan n'avoit pas encore assez rendu 
de services pour s'impatienter d'être comte. » 

Bussy à madame de Sévigné. — Paris, 20 octobre 1673. 

« Je viens demander au roi plus de temps qu'il ne m'en avoit 
accordé pour faire ici mes affaires. Je crois qu'il m'en accor- 
dera. Je suis d'accord avec vous, madame, que la fortune est bien 
folle, et j'ai pris mon parti sur ce que sa persécution durera 
toute ma vie. Les grands chagrins même en sont passés, et 
comme je vous ai déjà mandé, ma raison m'a rendu fort tran- 
quille. Faites comme moi, madame; il vous est bien plus aisé, 
car le sujet de vos peines est fort au-dessous du mien. » 

« Ayant appris, dit ailleurs Bussy, que madame Scarron ser- 
voitsur mon sujet la haine des La Rochefoucault, j'écrivis cette 
lettre à madame de Sévigné. » 

A Paris, ce 13 décembre 16"3. 

Vous pouvez vous souvenir, madame, de la conversation que 

1. Bussy avait écrit à sa cousine, qui s'en était formalisée, qu'il renonçait à porter 
1(> litre de comte. 



i:)7 

nous eûmes l autre jour. Elle fut presque toute sur les gens qui 
pou voient traverser mon retour, et quoique je pense que nous 
les ayons tous nommés, je ne crois pas que nous ayons parlé des 
voies dont ils se servent pour me nuire. Cependant j'en ai dé- 
couvert quelques-unes depuis que je ne vous ai vue, et l'on m'a 
assuré, entre autres, que madame Scarron en étoit une. Je ne l'ai 
piis cru au point de n'en pas douter un peu , car bien que je 
sache qu'elle est amie de personnes qui ne maiment pas, je sai.s 
qu'elle est encore plus amie de la raison, et il ne m'en paroît pas 
à persécuter, par complaisance seulement, un homme de qualité 
qui n'est pas sans mérite, accablé de disgrâces. Je sais bien que 
les gens d'honneur entrent et doivent entrer dans les ressenti- 
ments de leurs amis; mais quand ces ressentiments sont ou trop 
aigres ou poussés trop loin, il est (ce me semble) de la prudence 
•le ceux qui agissent de sang-froid de modérer la passion de 
leurs amis et de leur faire entendre raison. La politique con- 
seille ce que je vous dis, madame, et l'expérience apprend à ne 
pas croire que les choses soient toujours en même état. On l'a vu 
en moi; car enfin quand je sortis de la Bastille, ma liberté sur- 
prit tout le monde; le roi a commencé à me faire de petites 
grâces sur mon retour dans un temps où personne ne les atten- 
doit, et sa bonté et ma patience me feront tôt ou tard recevoir de 
plus grandes faveurs. Il n'en faut pas douter, madame, les dis- 
grâces ont leurs bornes comme les prospérités. Ne trouvez- vous 
donc pas qu'il est de la politique de ne pas outrer les haines et de 
ne pas désespérer les gens? Mais quand on se flatteroit assez pour 
croire que le roi ne se radouciroit jamais pour moi, où est l'hu- 
manité? où est le christianisme? Je connois assez les courtisans, 
madame, pour savoir que ces sentiments sont bien foibles en eux, 
et moi-même, avant mes malheurs, je ne les avois guère; mais je 
siis la générosité de madame Scarron, son honnêteté et sa vertu, 
t't je suis persuadé que la corruption de la cour ne la gâtera ja- 
mais. Si je ne croyois ceci, je ne vous le dirois pas, car je ne suis 
point flatteur, et même je ne vous supplierois pas, conmie je le 
fais, madame, de lui parler sur ce sujet. C'est l'estime que j'ai 
pour elle qui me fait souhaiter de lui être obligé et croire quelle 
n'y aura point de répugnance. Si elle craint l'amitié des malheu- 
reux, elle ne fera rien pour avoir lu mienne; mais si l'amitié de 
l'homme du monde le plus reconnoissant (et à qui il ne nian- 



158 

quoit que de la mauvaise fortune pour avoir assez de vertu) lui 
est considérable, elle voudra bien me faire plaisir * . 

Biissy à madame de Se vigne. — 20 août 1677. 

Après le premier alinéa donné dans l'édition de M. Monmerqué, 
devraient se trouver les lignes suivantes : 

« Je ne fais que recevoir votre lettre du trentième juillet, parce 
que, comme il y a loin d'ici à Cressia, et que je ne croyois pas y 
être si longtemps que j'y ai été, j'avois laissé ordre qu'on me 
jîardât les lettres qu'on recevroit pour moi. Pour vous rendre 
raison de ce que je ne vous fis point de réplique à votre réponse, 
c'est que je partis aussitôt que je l'eus reçue pour le voyage dont 
je viens de vous parler. » 

Le comte écrivit le lendemain à Corbinelli une lettre, dont les qua- 
torze premières lignes manquent dans l'imprimé. 

« Je ne fis point de réponse à votre première lettre, monsieur, 
parce que je la reçus dans le temps que je partis pour mon 
voyage de Comté, où j'ai demeuré jusqu'à présent; et, en arri- 
vant ici, j'ai trouvé la seconde; mais, avant que d'y répondre, je 
vous dirai que ma fille de Chaseu étant venue à ce voyage avec 
sa sœur de Coligny, est tombée malade, que je l'ai ramenée ici 
en litière, et que cela m'empêche d'aller trouver madame de Sé- 
vigné à Époisses, mais je la convie de venir passer par ici, qui 
est le plus court et le plus beau chemin pour Vichy ^. Que n'ê- 
tes-vous de la partie, nous aurions bien du plaisir; car si nous 
nous trouvons agréables à Paris, nous nous trouverions admira- 
bles en province, où l'on est moins dissipé. » 

1. Madame deSévigné répondit à cette lettre par un billet que M. Walckenaer a 
publié pour la première fois dans le tome V des Mémoires déjà cités. 

2. Le manuscrit contient en outre, sur ce voyage de madame de Sévigué, le pas- 
sage suivant : « Le 30 août, nous allâmes, Toulongeon, ma fille de Coligny et moi, 
au-devant de madame de Sévigné jusques à Lucenay, où, ayant dîné avec elle, nous 
vînmes coucher à Cliaseu. Elle y séjourna le lendemain 31'' août, et en repartit le 
premier de septembre. Nous allâmes dîner ce jour-là avec l'évêque d'Autun , tous 
ensemble, mais avant que de nous quitter nous écrivîmes à Corbinelli ; madame de 
Sévigné commença, et j'achevai ceci dans la même lettre. » — La lettre de Bussy a 
l'té imprimée; celle de sa cousine, qu'il n'a pas transcrite, est perdue. 



f59 
Bussy à madame de Sévigné. — Paris, le 7 mars 1677, 

Il faut que je m'en aille en Bourgogne, madame, pour avoir de 
vos nouvelles. Cfir ici le pouvoir que j'ai de vous voir quand je 
veux, fait que je ne vous écris point, et puis les affaires ou de 
petites incommodités m'empêchent de vous voir. Je n'ai aucun 
plaisir ici de vous; au moins, au pays, j'ai celui de vos lettres 
qui, d'ailleurs, parent si bien les endroits que vous savez. 

Bnssy à madame de Sévigné. — 27 novembre 1673. 

... N'appréhendez pas que je vous fasse d'affaires pour cela ' . 
Je ne cite jamais mes amis sur les pasquins; mais, comme vous 
savez que je vous rends toujours conte pour conte, quand vous 
m'en avez fait quelqu'un ; je vais vous donner aujourd'hui chan- 
son pour chanson. Il n'est pas que vous n'ayez ouï dire aussi 
dans les rues sur l'air d'un menuet : 

Sais-tu comme on parle en France 
De Créquy et de Luxembourg ? 
On en fait la différence 
Par Fribourg et Philipsbourg. 

« lin ami de M. de Luxembourg ^ n'a pu souffrir qu'on le 
mit au-dessous de M. de Créquy, et voici ce qu'il a répondu : 

Sais-tu comme on parle en France 
De Luxembourg et de Créquy? 
On en fait la différence 
Par Ouarden et Consarbry '. 

Dans la même lettre on a omis les lignes suivantes, qui terminent la 
page que Bussy y avait insérée pour madame de Grignan : 

1 . Il s'agissait de couplets cités par madame de Sévigné. 

2. C'était Bussy lui-même, ainsi qu'on le voit dans une lettre du marquis de Tri- 
chateau, qui lui écrit : 

Il seroit si difficile 
De tourner mieux ce couplet, 
One je nrois connue ^Ivangilc 
(^)uc cVst Hu»!iy qui l'a fuit. 

;t. (>>ii.sa.iit>iii<k. — Madame de Sévigné et Oorbinelli, dans leur lettre du 28 
décembre , lui adressent sur ce rouplet quelques inoU *le compliment omis par tes 
wiitcurs. 



1(50 

« Cela est plaisant, madame, que vous vous preniez a moi de 
ce que je suis en Bourgogne quand vous êtes à Paris. Est-ce ma 
faute? Non, assurément, et c'est être bien damné dès cette vie 
que de la passer en votre absence. — Deux personnes seules ne 
se peuvent pas mieux divertir que nous faisons ma fille et moi; 
mais nous nous divertirions mieux si nous étions avec d'autres 
gens raisonnables. ■> 

Bussy à madame de Sévigné. — Chaseu, 27 octobre 1679- 

J'ai reçu votre lettre du '24 de ce mois, madame, et j'en rece- 
vrai encore quelques-unes de Paris, avant que je parte d'ici. Car 
encore que j'aie reçu, il y a près de vingt-cinq jours, la permis- 
sion que j'ai demandée au roi, les affaires que j'ai ici m'y retien- 
dront jusques au commencement de décembre. J'en ai à Paris; 
mais quand je n'y en aurois point d'autres que celles de ma fille 
de Coligny, je ne laisserois pas d'y aller. Comment avez-vous pu 
croire que je demeurasse seul dans mes châteaux ? Pour moi, je 
vous plains extrêmement de ne pouvoir accompagner la belle 
Madelonne en Provence, et d'autant plus que vous l'avez laissée 
partir avec une méchante santé. 

Je comprends bien que vous êtes mieux à Livry qu'à Paris. 
Dans le commencement de ces séparations , les gens que vous 
voyez dans le monde veulent que vous soyez toujours gaie et di- 
vertissante, et n'entrent point dans les raisons de votre chagrin; 
nous l'adoucirons, ma chère cousine, en le partageant avec vous. 
Cependant ne vous y laissez point trop aller; car, outre que vous 
vous donneriez trop d'affaires, le chagrin est mortel à tout le 
monde, et surtout aux personnes qui (comme vous) ne sont pas 
nées pour être tristes. 

Adieu, ma chère cousine. Je vous assure que nous vous aimons 
tendrement votre nièce et moi. 

Bussy à madame de Sévigné. — Paris, 25 juin 1680. 

... La veuve heureuse (madame de Coligny) ne l'a pas été à 
son ordinaire dans son voyage d'Auvergne ; elle partira d'ici le 
10^ juillet, sans en avoir le jugement. Voyant les difficultés des 
audiences, elle a fait appointer son affaire, et l'on lui va don- 
ner un rapporteur au premier jour. Il y a bien des gens qui 
disent qu'elle est plus heureuse que si elle avoit été jugée, car 



161 

cela lui donne lieu de revenir à Paris cet hiver. Cependant , 
comme elle n'a pas besoin de prétexte pour ce voyage , elle eût 
bien voulu être hors d'intrigues. 

Madame de Sévigné à Bussy.— Aux Rocliers, 3 (et non 1") juillet 1680. 

Les sept premières lignes qui répondent h la lettre précédente de 
Bussy, manquent dans l'imprimé. Les voici : 

Il faut donc vous dire adieu, mon cher cousin, puisque vous 
partez le 10^ de ce mois. Ce seroit, comme vous dites, un plaisir 
à une dame qui auroit besoin d'un prétexte pour revenir à Paris 
que cette obligation de venir reprendre le lil de son procès. Mais 
le nom de veuve emporte avec lui celui de liberté, ainsi je m'af- 
flige avec elle de la longueur de cette chicane. 

Corbinelli à Bussy. — Paris, l" septembre 1680. 

... C'est un plaisir de pouvoir haïr ses juges autant que sa 
partie, et d'être indigné de voir que le ciel destine les premiers à 
un rang d'où leur incapacité et leur malice devroient les chasser. 

On a choisi M. deSillcry pour gouverneur de M. de Chartres. 
Il est impossible d'en être plus surpris que tout le monde l'a été. 
Je vous supplie de l'être aussi. 

Au reste je rencontrai l'autre jour mademoiselle d'Épevilles. 
Elle ne me reconnut pas. Je la saluai d'un air qui méritoitun peu 
de réminiscence, mais elle me prit pour un homme qui s'adres- 
soit à un autre. 

I>a réponse de Bussy à cette lettre est inédite. La voici ' : 

'- J'ai balancé si je vous écrirois, monsieur, dans l'incertitude 
si vous ne seriez point parti de Paris pour venir en ce pays-ci , 
où si les affaires ne vous y auroient pas retenu. Enfin j'ai mieux 
aimé faire une lettre de plus que de manquer à vous entretenir 
un moment à Paris, ne le pouvant pas sitôt ici. 

« l.a nouvelle de M. de Sillery m'a tellement surpris, que quoi- 
qu'elle me soit venue d'autres endroits que du vôtre, je ne la crois 
pas encore. Le moyen de confier à la conduite d'un homme 
comme celui-là la jeunesse d'un petit- fils de France. 

1. Klle <st datée de flliasm . Ir 'i «;q>tcml»re »<i80. 



ï(i-2 

« Le procédé de mademoiselle d'Épevilles avec vous ne m'a pas 
tant surpris. Je connois les manières des jeunes demoiselles. Il y 
a quelques années que j'en trouvai une qui... \ après m'avoir 
donné son corps et son cœur (à ce qu'elle disoit), demanda qui 
j'étois à un de mes amis avec qui j'étois allé chez elle. 

« Si votre accommodement se fait dans le temps que vous me 
mandez, et que vous partiez aussitôt après, vous me trouverez 
encore ici. Je le souhaite fort ; mais, en tout cas, si j'en étois parti, 
venez nous voir à Chaseu, madame de Coligny vous en prie aussi 
bien que moi. « 

Bussy à madame de Sévigné. — Chase», 17 mai 1686. 
Le passage suivant a été omis dans cette lettre : 

Puisque nos amusements vous plaisent, nous vous en ferons 
part, ma chère cousine, et pour commencer, je vous envoie une 
petite lettre que j'écrivis, il y a deux mois, à ma belle-sœur de 
Toulongeon, avec qui je badine toujours, sur un air de galan- 
terie. Je trouve que cela est toujours meilleur que l'air d'une 
simple amitié ; car, avec l'agrément qui se "rencontre dans le 
commerce des amis, il y a encore une politesse dans l'air galant 
qui fait plaisir aux gens qui ont de l'esprit. Yoilà ce qui m'est 
resté du temps passé. Ce qui étoit autrefois dans mon cœur n'est 
plus que dans mon esprit, et j'en suis de meilleure compagnie. 

Bussy à madame de Sévigné. — Chaseu, 19 décembre 1686. 

Qu'est ceci, madame? Je n'écris à personne que j'aime et que 
j'estime autant que vous. Cependant il y a sept mois que je ne 
vous ai écrit. Si je croyois aux charmes, je croirois être ensorcelé; 
en effet, vous aimer fort, et ne pouvoir, en sept mois, vous écrire, 
est une espèce de nouement d'aiguillette. Enfin voilà le charme 
rompu (si charme y a). Mais après avoir trouvé que j'ai tort, il 
me semble que vous n'avez pas raison , madame, d'être si long- 
temps sans vous en plaindre. Je voudrois bien faire quitte à 
quitte ; quoi que vous fassiez , entrons en matière. 

Je me suis occupé depuis que vous n'avez été ici , non pas à 
bâtir, car cela coûte trop, mais à des petits soins qui amélioris- 
sent {sic) ma terre de Chaseu. 

1. Il y a ici dans le manuscrit deux mots hiffés que je n'ai pu lire. 



\ 



103 

Dans les commerces de lettres que jentrelieus partout avec mes 
amis (hormis quand le diable s'en mêle), j'écrivis à mademoiselle 
de Rogny sur son mariage une petite lettre du caractère que j'ai 
vu que vous aimiez ; je vous l'envoie. 

Le 25 septembre, je m'en revins à Chaseu de Bussy, avec votre 
nièce de Coligny. Vous connoissez le mérite de cette situation, 
madame; tout ce que je vous dirai, c'est qu'il augmente tous 
les jours par les propretés dont je l'embellis. Nous avons pris 
deux saumons que j'ai eu du regret de manger sans vous, ne 
songeant pourtant point à vous écrire, et vous voyez bien encore 
que cela n'étoit point naturel. Nous nous sommes fort vus les 
Toulongeon, les Monjeu et nous. Tout cela sont des gens de ma- 
nière aisée, dont nous nous accommodons fort. Cependant il est 
arrivé à Monjeu, depuis six semaines, une petite dame de Paris, 
jolie de sa figure, vive, qui a de l'esprit, mais qui fait bien plus 
rire par la liberté qu'elle se donne de dire tout ce que vous au- 
tres prudes vous contentez de penser, que par les choses plai- 
santes d'elles-mêmes qu'elle dit. La première fois que je la vis, 
elle me pria de lui écrire, je le lui promis , et je vous envoie ma 
lettre et sa réponse. 

Voilà, madame, comment nous nous amusons. Je ne vonsdis 
pas que madame de Bussy est de retour de Paris depuis un mois; 
car ce divertissement-là n'est pas tout à fait de la force des 
autres '. 

Je vous veux dire deux mots de l'opération qu'on a faite au 
roi. Il falloit que le mal fût grand et pressant; car s'il avoit été 
seulement médiocre, tout ce qu'il y a d'habiles gens dans l'Eu- 
rope se scroit appliqué à le guérir par des cataplasmes et à lui 
sauver les douleurs et le péril d'une opération. Cependant cela 
va bien. Nous autres gens qui avons passé par les mains de Bes- 
sières, savons qu'il n'est pas seulement adroit, mais encore heu- 
reux. J'ai écrit au roi en cette rencontre. Je vous enverrai la 
lettre, si vous avez envie de la voir; et je finirai celle-ci en vous 
assurant que je vou.s uime aussi tendrement que si je vous écri- 
vois tous le» jours. 

I. Voy. plus IliiiI p. I.)4 

Ludovic LALANNE. 



THESES 



POBR LE DIPLOME 



D'ARCHIVISTE-PALÉOGRAPHE , 



SOUTENUES 



PAR LES ÉLÈVES SORTANTS DE L'ÉCOLE DES CHARTES. 



Le Conseil de perfectionnement de l'École des chartes s'est réuni le 
mardi 16 novembre, pour faire subir aux élèves sortants de troisième 
année la dernière épreuve à la suite de laquelle sont conférés les di- 
plômes d'archiviste-paléographe. Cet « acte public sur un thème im- 
primé », ainsi que l'appelle l'art. 17 de l'ordonnance organique du 31 dé- 
cembre 1846, n'était bien probablement, dans la pensée du rédacteur 
de l'ordonnance comme dans la lettre de l'article, qu'une argumenta- 
tion sur positions, empruntée au règlement d'autres concours. Ces 
nouvelles dispositions se sont trouvées un peu modifiées par la force 
des choses, dès la première année où l'on a dû les appliquer. Les 
élèves ne se sont pas contentés de ce thème imprimé, qui devait conte- 
nir un certain nombre de propositions controversables , sur lesquelles 
ils auraient eu à soutenir l'argumentation : ils ont présenté des mé- 
moires manuscrits, des dissertations très-étendues, qui donnent sans 
doute lieu à une discussion aussi instructive pour les élèves qu'inté- 
ressante pour l'auditoire, mais cependant laissent beaucoup moins d'im- 
portance à l'argumentation , à l'acte public. Cette interprétation très- 
large de l'ordonnance de 1846 a eu, du reste, d'excellents résultats; 
elle a amené, nous croyons le savoir, une réforme utile dans la der- 
nière épreuve du doctorat en droit; l'Académie des inscriptions a dai- 
gné déjà deux fois, depuis quatre ans, honorer de ses médailles les tra- 
vaux présentés au Conseil de perfectionnement, et nos lecteurs ont été 
à même d'apprécier le mérite et la portée scientifique de quelques-uns 
de ces mémoires. Nous croyons leur être agréable en donnant le thème 



165 



imprime, ou sommaire des travaux présentés cette année par les élèves 
sortants de l'École, dans l'ordre assigné à ces travaux ' 



1 



1. M. DE LA BoHDEHiE. — De Itt pûroisse rurale en Bretagne av 
neuvième siècle. — Du prince de paroisse [machtyern ou princeps 
plebis). 

I. — Chaque paroisse bretonne, au neuvième siècle, avait à sa tête 
un officier ou magistrat, que nous appelons prince de paroisse, et qui 
est souvent désigné dans les actes du temps sous le nom de princeps 
plebis i ou simplement princeps par abréviation, très-souvent encore 
sous les titres bretons de machtyern et de tyern. 

II. — Le prince de paroisse possédait dans sa paroisse l'autorité ju- 
diciaire ; il avait en même temps la juridiction volontaire et la juri- 
diction contentieuse ; sa juridiction s'étendait au criminel comme au 
civil, et embrassait, à peu d'exceptions près, toutes les causes. — 
Le prince de paroisse percevait les ionlieus levés dans sa paroisse. — 
Il avait droit d'exiger, au moins de certaines terres , des redevances 
ou des services , à lui dus en sa qualité de prince de paroisse. — 
En cette même qualité, il avait droit, dans certains cas, à la propriété 
même de certaines terres, soit par une sorte de droit d'échoite, soit à 
cause d'une dotation territoriale, attachée à sa dignité elle-même. — Les 
hommes de sa paroisse étaient tenus envers lui à la fidélité, et il était 
lui-même considéré comme leur seigneur primitif. 

III. — La dignité de prince de paroisse était héréditaire. 

IV. — Avant la conquête de la Bretagne par Charlemagne (en 786 
et 799), le prince de paroisse dépendait de celui des comtes souverains 
ou petits rois bretons dans les États duquel sa paroisse était située. — 
Sous la domination carolingienne (de 786-99 à 840), il y avait des 
princes de paroisse soumis à l'autorité du comte franc chargé du gou- 
vernement de la Bretagne, et d'autres qui relevaient immédiatement de 
l'empereur, à titre de vassi dominici. — Après l'affranchissement de 
la Bretagne (en 840-845), le prince de paroisse rentra sous la dépen- 



1 , L'an dernier, nous avons omis d'indiquer le sujet des thèses soutenues le 1 1 no- 
vembre 1851 par les élèves sortants de l'ftcole. Nous réparons aujourd'hui cet oubli. 

M. BouTAHic : Organisation judiciaire du Languedoc au treizième siècle, prin- 
cipalement dans les États d' Al fonsc, comte de Poitiers et de Toulouse {I2't[)- 
1271). 

M. Lfxaroh : Essai sur le commerce par eau et la corporation des marchands 
hanses de la ville de Paris au moyen âge. 

M. ciiARHONMET : Notkt historique sur la secte dite des Cornificieiw. 



IG6 

dance du comte souverain dans la principauté duquel se trouvait sa 
paroisse. 

V. — L'institution des machtyerns ou princes de paroisse était 
particulière aux Bretons, et elle était commune à toute la Bretagne. 

VI. — En Bretagne , au neuvième siècle, le mot plèbes ou plehs dé- 
signe, non une église baptismale et son district, mais simplement une 
paroisse, dans le sens actuel de ce mot. 

2. M. Port. — Essai sur le commerce maritime de Na.rbonne. 

Les Romains, en s'établissant à Narbonne, s'assurent d'une position 
importante et déjà fréquentée par les peuples de la Celtique. D'im- 
menses travaux y créent un port rival de Marseille et y dirigent le com- 
merce de la Méditerranée. L'arrivée des Goths, les invasions des 
Arabes troublent à peine, sans jamais les suspendre, les relations an- 
tiques, source inépuisable de richesse, et ont pour résultat d'établir des 
rapports nouveaux avec les conquérants de l'Espagne, maîtres des mar- 
chés d'Afrique. Le mouvement silencieux des pèlerinages, puis la 
grande entreprise des croisades, ouvrent les ports d'Asie. Sous l'in- 
fluence d'idées nouvelles, un fait remarquable se produit : en même 
temps qu'une association d'intérêts réunit pour le commerce intérieur 
les principales villes du midi de la France, une vaste confédération 
rapproche un moment les cités maritimes du Languedoc, de la Pro- 
vence et de l'Italie (1224). A Narbonne même, les citoyens forment une 
société de secours contre les sinistres commerciaux, résultats des mar- 
ques et des contre-marques qu'un droit des gens nouveau, peu à peu 
accepté sur tout le littoral de la Méditerranée, travaille à faire abolir 
partout. A partir du douzième siècle, on trouve des consuls établis à 
l'étranger, choisis presque toujours, non parmi les Narbonnais, mais 
parmi les citoyens de la ville même où ils résidaient, sortes de spécu- 
lateurs prélevant un droit fixe sur les marchandises en échange d'avan- 
tages matériels fournis aux citoyens qu'ils représentaient. A cette 
époque, Narbonne est le dépôt général et le principal chemin pour 
l'exportation et l'importation du Languedoc (l 150-1290). Les institu- 
tions intérieures de commerce sont peu connues. Ni consuls de mer 
comme à Montpellier, ni consuls ni régents des marchands comme à 
Marseille. Le droit romain et des usages consacrés par les trois cours 
réunies de l'archevêque, du vicomte et des consuls, établissaient la ju- 
risprudence. Les métiers organisés en corporations, sous des chefs élus, 
suffisaient à tous les besoins du commerce. La principale industrie de 
Narbonne était la draperie et la teinture des draps, qui trouvaient dans 



107 

le pays raême toutes les matières premières. Jusqu'à la fin du quator- 
zième siècle, Narbonne vendait et exportait des esclaves. L'histoire 
particulière de son commerce à l'étranger montre les marchands nar- 
bonnais favorisés partout de privilèges spéciaux , traitant à titre d'é- 
galité avec Gênes et Pise au temps même de leur grandeur; recherchés 
en Sicile, à Constantinople, sur les marchés d'Asie; attirés à Rhodes 
par politique, par intérêt en Egypte, où le nom de Narbonne protège 
encore au quinzième siècle les pèlerins et les marchands d'Europe. 
A ses portes même, l'Aragon et la Catalogne offrent à son industrie 
des débouchés toujours fréquentés et toujours féconds. — Les causes de 
la décadence de Narbonne sont multiples et diverses comme celles de 
sa fortune. Outre les désastres communs à toutes les cités libres du 
raidi de la France, des circonstances particulières accélèrent sa chute : 
i°les monopoles et les prétentions exorbitantes d'Aigues-Mortes, con- 
testées sans cesse, sans cesse soutenues par des violences qui entravent 
toutes les relations; 2" l'accroissement immense de Montpellier, centre 
depuis longtemps du commerce intérieur, qui réduit bientôt Narbonne 
à n'être plus qu'un de ses comptoirs ; 3" l'expulsion des juifs (1306), 
admis a Narbonne aux libertés communes, n'en profitant que pour se 
livrer au commerce et à l'industrie, source pour eux de richesses, sou- 
vent utiles à la cité; leur départ livre les habitants aux extorsions des 
officiers royaux ; 4° les guerres incessantes des villes d'Italie et de Cata- 
logne, qui couvrent la mer de larrons et de pillards, favorisés par la 
politique secrète ou déclarée de Gènes. A toutes ces causes de ruine, 
désastreuses par leur réunion et par la misère des temps, des circons- 
tances fatales viennent s'ajouter qui les rendent invincibles. —L'Aude, 
qui, depuis les Romains jusqu'au quatorzième siècle, amenait dans un 
vaste grau et presque jusqu'aux murs de la ville les barques et les plus 
gros vaisseaux, rompant ses digues, laisse son lit à sec, et ruine ainsi 
d'un seul coup et le commerce et l'industrie. La ville devient inhabi- 
table. Les angoisses de guerres sans fin, de disettes, les impôts sans 
cesse croissants, une peste terrible, des misères de toute sorte, chassent 
des émigrations continuelles vers Montpellier ou vers Marseille, vers 
l'Italie ou vers l'Aragon. Un dernier espoir attache au sol une partie de 
la population : l'espoir, longtemps llatté, toujours déçu, de jeter à Leu- 
cate les fondements d'une nouvelle vie et de destinées nouvelles. I.a 
décadence de Narbonne est complète au commencement du quinzième 
si«*cle. 



168 



3. M. Passy. — De l'orgaîiisation du travail public dans les 
Gaules avant et après la chute de l'empire romain. 

I. Du travail public avant la chute de Vempire romain. 

l" Service de l" État, — 1" L'empereur; S** le préfet du prétoire, 
administration et finances ; 3" le questeur du palais 5 4° le maître des 
offices, charges du palais, police, fabriques d'armes, postes publiques; 
5" le comte des largesses. Finances. Mines, carrières, salines. Manufac- 
tures impériales. Ateliers de monnaie, commerce; 6° le comte du do- 
maine privé; i^^le comte et les tribuns du cortège sacré ; 8° le maître 
de la cavalerie et de l'infanterie. — Conclusion. 

2° Service des villes. — Sénat et curie. Charges des curiaux : 
1° nommer aux magistratures municipales et les remplir ; duumvir, 
œdilis, curator; 2° administrer les affaires de la ville; 3" exercer la 
police ; 4° établir des foires et marchés ; .5" approvisionner les villes : 
boulangers, navicularii, suarii; 6° diriger les travaux publics : den- 
drophores, centonarii, fabri; 7° insinuer les actes dans les registres mu- 
nicipaux; 8** donner des jeux et des spectacles; 9" offrir l'or coro- 
naire; 10° choisir les médecins et les professeurs; 11° fournir des 
gardiens aux greniers publics , des intendants aux relais , des chefs 
d'exploitation aux mines; 12*^ héberger les militaires et les magistrats 
voyageant pour le service de l'État; 13° nommer aux députations près 
du prince et en faire partie; 14° satisfaire aux tributs extraordinaires; 
15" transporter l'annone; 16" percevoir les impôts sous leur responsa- 
bilité. Condition des curiaux. 

3° Service des corporations. — 1° Histoire des corporations; 2° des 
différentes formes d'association ; 3'' de l'organisation intérieure des as- 
sociations; comment elles se recrutaient; formalités pour y entrer; 
comment elles étaient administrées ; 4° des rapports de l'État avec les 
associations. — Résumé. 

II. Du travail public après la chute de l'empire romain. 

1" Service de l'État. — 1° Le roi; 2° la noblesse; 3° offices du pa- 
lais : les cancellarii, les referendarii, le cubicularius, les domesti- 
ques, le senescalcus, le buticularivs, le cornes stabuli^ le marescalcus, 
les nutritores reyis, le major domus ; 4° administration : le duc, le 
comte, le vicarius, le centenarius. 



169 

La législation sur les fabriques d'armes , les manufactures impé- 
riales, les mines et salines, les ateliers de monnaie, les postes publiques, 
est détruite. De l'influence de la chute de l'empire sur le caractère et la 
cx)ndition de ces institutions. 

2" Service des villes. — Revue des charges qui pesaient sur les 
curiaux : ces charges ont passé des curiaux au comte, à l'évèque, aux 
hommes libres. La curie romaine n'existe plus. La curie mérovingienne 
est toujours un bureau de notaires et de juges de paix ; elle n'est 
presque jamais un conseil municipal. Le comte et l'évèque adminis- 
trent la ville. 

3» Service des corporations. — Comme la curie, les corporations 
ont péri. Causes de leur ruine. Corporations de l'État : collège de com- 
merçants, collèges d'ouvriers. Pourquoi les corporations du douzième 
siècle n'ont pu exister avant le douzième siècle, et comment elles n'ont 
aucun rapport de filiation avec les corporations romaines. Substitution 
du travail privé au travail public ruiné. Aperçu sur l'organisation du 
travail privé. — Conclusion. 

4. M. AuGER. — Essai sur le régime des biens, ou rapports pécu- 
niaires entre les époux, en Gaule, jusqu'en 985. 

Droit gallo-romain. — La persistance des usages celtiques en Gaule, 
sous la domination romaine, ne peut être admise, du moins en ce qui 
concerne notre sujet. Les textes que nous fournit le droit romain sur la 
nécessité de la dot pour la validité du mariage offrent des solutions di- 
verses. Quant à la formule lii-lv de l'Appendice de Marculfe. elle 
s'applique au droit romain. Les textes canoniques n'exigent pas la 
constitution de dot à peine de nullité. On trouve des exemples de Mor- 
gengabe constitués par des Gallo-Romains. Les formules vu et viu 
du livre H de Marculfe se rattachent au droit romain. 

Droit gcnnaniquf.. — 1° La constitution de dot n'est point néces- 
saire pour la validité du mariage germanique. — 2° Le Morgengabe 
ne consiste pas invariablement en un simple droit d'usufruit. Son im- 
portance devient de plus en plus grande. — Il porte généralement sur 
une portion aliquote des biens du donateur. — Les Germains repous- 
sent presque entièrement les principes romains sur les donations entre 
mari et femme, — 3" Le droit au tiers des acquêts [loi des Uipuaires) 
n'est qu'un droit de survie. — Le droit de succession en faveur de la 
femme, que l'on trouve dans la loi des Bourguignons, a une origine 
toute germanique. — Le mari franc n'est point héritier même de l'ap- 
port mobilier de la femme. — La veuve lombarde qui se remarie n'a 
IV. {Troisième iérie.) 15 



170 

droit qu'à la moitié de la dot fixée par la loi. — 4" On trouve le germe 
de la communauté dans les institutions et les usages germaniques ; 
mais, même au dixième siècle, il est impossible de trouver l'existence 
d'une communauté d'acquêts , mais par le fait on arrivait en partie à 
obtenir les mêmes résultats. 

5. M. Mabille. — Essai sur l'histoire géographique et topogra- 
phiqîie de l'ancienne Touraine avant le onzième siècle. 

Origine des Turonii. — Dans le principe, ils ne formaient qu'un 
seul peuple avec les Andecavi et les Cenomanni. — Ils en furent dé- 
membrés avant la conquête de César. 

Période celtique. — Les Turones n'avaient point d'oppidum. — 
Ils ne pouvaient avoir de vicus sur l'emplacement actuel de la ville 
de Tours. — Ils habitaient les vallées de la Choisille et de la Vienne. 

Période romaine. — Les limites du pagits gaulois ne peuvent être 
déterminées que par la théorie et par des raisons d'analogie. — La 
Touraine a fait partie : 1° de la Lyonnaise; 2" de la deuxième Lyon- 
naise (284-301); 3° de la troisième Lyonnaise (sous Valentinien et Gra- 

tien) La troisième Lyonnaise avait un président. — Elle se trouvait 

sous la protection d'un prsefectus letorum Batavorum et gentilium et 
d'un prœfectus letorum Francorum. — Les quatre Lyonnaises rele- 
vaient d'un même prœfectus thesaurorum. — La Touraine, comprise 
dans la troisième Lyonnaise , faisait partie du Tractus armoricanus et 
nervicanus. — Jusqu'à la fin du quatrième siècle, la Touraine ne cons- 
titua point une province ecclésiastique particulière , mais elle relevait 
de la métropole de Rouen. Depuis l'an 55 avant Jésus-Christ jusqu'en 
435, la Touraine fut constamment soumise aux Romains; mais il est 
probable qu'à cette époque elle se rendit indépendante. — En 473, elle 
passa sous la domination des Visigoths. 

Topographie. — A défaut de textes, les lieux habités par les Ro- 
mains peuvent être retrouvés au moyen de découvertes archéologiques. 
Cxsarodunum est de fondation romaine. — L'histoire des commence- 
ments de cette ville offre deux périodes tranchées. (Pendant la pre- 
mière, ce n'était qu'une ville de plaisance, entourée de villœ. — Pen- 
dant la deuxième, la ville de plaisance et de luxe disparaît pour faire 
place à la ville militaire, au castrum turonense. — Quatre voies ro- 
maines traversaient le sol de l'ancienne Touraine. Indépendamment de 
ces grandes voies militaires, il en existait d'autres d'une importance se- 
condaire qui établissaient des communications, soit entre les différents 
points du territoire, soit entre Cxsarodunmn d'une part, Limonum et 



171 

le VeiuS'Putavum de l'autre. — La plupart de ces routes peuvent être 
assez exactement déterminées. 

Période mérovingienne. — On est encore obligé, à cette époque, de 
recourir à la théorie pour déterminer l'étendue du pagus turonicus; 
cependant les textes fournissent plusieurs renseignements importants 
qui viennent confirmer les déductions de la théorie. — Grégoire de Tours 
ne donne point la qualification de pagus à la Touraine ; il l'appelle tou- 
jours lerritorium ou terminum , et réserve cette expression de pagus 
pour des subdivisions du territorium iuronicum. — D'après cet histo- 
rien, il paraîtrait : 1° que le territorium iuronicum était partagé en 
deux pagi par la Loire; 2° que la Touraine entière était divisée en un 
assez grand nombre de pagi. — Nous possédons les noms de quelques- 
uns d'entre eux , et on peut en déterminer la position. — Le christia- 
nisme fut, dit-on, introduit en Touraine par Etgatien vers le milieu du 
troisième siècle. — il est plus exact de dire que son véritable établisse- 
ment date de saint Martin (371-400J. — La province ecclésiastique 
de Tours a pour étendue la circonscription de la troisième Lyonnaise. 

— Les limites du diocèse de Tours ne peuvent être déterminées à cette 
époque que par la théorie. — Tout tend à prouver qu'il avait la même 
étendue que le pagus. — Les textes des sixième, septième et huitième 
siècles nous fournissent les vocables d'un certain nombre d'églises de 
Touraine. — La plupart de ces vocables ont persisté jusqu'à nos jours. 

— Plusieurs moi^ptères (neuf) existaient à cette époque en Touraine. 

— Beaucoup d'entre eux ont disparu. — La Touraine formait un comi- 
taius, et, réunie au Poitou, elle constituait un ducatus. En 507, la 
Touraine ne sortit de la domination des Visigoths que pour passer sous 
le pouvoir de Clovis. — Cette province subit de nombreux change- 
ments de domination jusqu'à sa réunion au royaume de Charlemagne, 
en 768. 

Topographie. — Les textes de la période mérovingienne nous four- 
nissent les noms de plus de cinquante lieux situés en Touraine. — 
Presque tous ces lieux peuvent être déterminés assez exactement. — 
Plusieurs d'entre eux portent la dénomination de castella. — On en 
tire la conséquence qu'ils étaient de fondation romaine. 

Période carlovingienne . — Les limites du pagus turonicus sont 
fixées par les textes. — Jusqu'ici, on peut citer vingt et une vigue- 
ries. — Klles sont d'étendue très-variée. — La plupart appartiennent à 
la Touraine méridionale. — Le diocèse de Tours comprenait trois ar- 
chidiaconés, cinq archiprôtrés, vingt-trois doyennés. 

Topographie. — Plus de cent soixante noms de lieu nous sont 

12. 



172 

fournis poui les neuvième et dixiènoe siècles par les chartes et les 
diplômes. — La plupart désignent des lieux encore existant aujour- 
d'hui. 

6. M. PÉCANTiN. — Notice sur le Roman de la Rose. 

I. Œuvre de deux auteurs, le Roman de la Rose a gardé l'empreinte 
de cette double paternité. Guillaume de Lorris, élève des troubadours 
et d'Ovide, dépeint, sous des traits allégoriques, les divers sentiments de 
l'amour. Jean de Meung, plus érudit, plus Français d'ailleurs que son 
devancier, se fait de la poursuite de la Rose le cadre commode d'une 
encyclopédie. 

II. La langue du Roman de la Rose est latine par ses radicaux, — 
provençale encore par quelques désinences, par sa grammaire surtout, 
française enfin par sa syntaxe et ses allures. 

La grammaire du treizième siècle a emprunté au provençal : son ar- 
ticle unique et invariable, H ou le, la, les; — l'application presque 
constante aux substantifs et aux adjectifs de la règle de Vs; — les es- 
pèces et les formes si variées de ses pronoms ; — les cinq modes (indi- 
catif, impératif, optatif, conjonctif et infinitif) selon lesquels se répar- 
tissent les temps dans la conjugaison du verbe; — enfin, presque tous 
ses adverbes et ses prépositions. — Le Roman de la Rose est en vers 
octosyllabiques à rimes léonines. L'on ne sait pas précisément d'où et 
quand est venue à cette sorte de rime la qualificatioiyie léonine ; mais 
il est probable que la rime elle-même n'est rien autre chose que l'affec- 
tation passée en règle, à l'époque de la décadence, des omoioteleutes de 
la phrase périodique latine. 

m. Les ressources historiques à tirer de notre roman sont nulles ou 
à peu près. En fait d'événements, Guillaume de Lorris ne paraît guère 
sensible qu'à ceux de son petit monde mythologique; quant à Jean de 
Meung, s'il aborde quelque point d'histoire, c'est à titre de satirique et 
de pamphlétaire plutôt que d'historien. 

IV. Pour ce qui est de l'archéologie, le sujet fort léger du Roman de 
la Rose amène des détails nombreux sur les frivolités de la mode et 
les diverses pièces dont se composait, à l'époque, l'habillement des 
femmes, sur les jeux, les instruments de musique, etc. On n'y trouve 
de vraiment important que la description typique d'un château fort au 
treiziènie siècle. 

V. De l'antiquité latine , Guillaume de Lorris n'a connu qu'Ovide, 
et d'Ovide n'a imité que le premier livre de VArt d'aimer. Jean de 
Meung nomme, cite et paraît avoir connu un plus grand nombre d'au- 



173 

leurs ; mais son érudition ne brille ni par le bon goût ni par l'exac- 
titude. 



7. M. Chazaud. — Étude sur les verbes français. 

I. Verbes réguliers. — Les quatre conjugaisons françaises peuvent 
et doivent se réduire à une seule, ayant pour désinences perpétuelles 
au singulier une consonne et au pluriel une syllabe. Ces désinences res 
tent les mêmes à tous les temps. Le présent indicatif se forme en 
les ajoutant immédiatement au radical; les autres temps simples, en in- 
sérant entre le radical et la désinence perpétuelle une voyelle ou diph- 
thongue caractéristique. Les terminaisons de chaque temps ainsi formé , 
ont varié avant de se fixer. Formes dans l'ancienne langue et dans la 
langue actuelle du présent indicatif. Suppression de 1'* à la première 
personne du singulier , et du < à la troisième dans les verbes en er 
et les autres. Imparfait indicatif en eve, ove, oue et ais. Parfait indi- 
catif en ai, is, us, uis, et sans voyelle formative. Imparfaits du sub- 
jonctif en sse, avec les mêmes voyelles forraatives que le parfait indi- 
catif. Présent subjonctif en e, ce, se, ge. Suppression de Vi aux 
première et deuxième personnes plurielles de ce temps. Formation du 
futur et du conditionnel. Infinitif. Souvent deux et même trois formes 
différentes issues du même infinitif latin et restant dans la langue ac- 
tuelle. 

II. Verbes irréguliers. — Les véritables irrégularités des verbes tien 
nent à ce qu'ils ont conservé à la fois plusieurs des formes dérivées du 
latin à l'origine de la langue. Elles consistent en altération : 1** des 
voyelles ou diphthongues ; 2° des consonnes du radical. Altération d'à 
en ai, d\ai en a, d'oi en oy, et e, d'ol, al en ou, au, d'ow en eu, ui. 
Suppression des consonnes radicales : \° l, d, m, t, au singulier du 
présent indicatif; 2" /, v, Iv, s, ss , à l'infinitif et au présent indi- 
catif, reparaissant au pluriel du présent indicatif et aux deux nombres 
des autres temps. 

m. Verbes défeciifs. — Les uns par nature et réguliers, les autres 
parce qu'ils sont tombés en désuétude et généralement irréguliers. Le 
milieu du dix-septième siècle est, pour ceux de la seconde espèce, l'é- 
poque d'une disparition plus ou moins complète aujourd'hui. Les au- 
teurs des siècles précédents offrent le moyen de les reconstituer en 
entier, sauf un seul : je vais (vado). 



174 

8. M. Baudouin. — Traduction du poème d'Adalhéron, évêque de 
Laon. 

A la lin du dixième siècle, le mouvement féodal entraîne l'Église, 
d'où il procède. Puissance temporelle du pape et des évêques 5 l'autorité 
spirituelle perd de son caractère et s'amoindrit; elle cherche des com- 
pensations ; elle détermine son action, formule ses droits. Succès : lutte 
du pape contre les évêques, des évêques contre les abbés ; ceux-ci de- 
viennent les auxiliaires du saint-siége. Tendance des deux théocraties 
rivales : elles veulent ressaisir l'empire que la féodalité leur a fait 
perdre en se greffant, en quelque sorte, Tune sur le roi de France, et 
l'autre sur l'empereur. Leur politique : elles réclament la liberté des 
élections ecclésiastiques, favorisent le maintien des castes, propagent 
cette doctrine, que Dieu a établi les prêtres au-dessus des rois. État de 
la question au commencement du onzième siècle. Les papes sont venus 
à bout de leur dessein. Ils dominent l'empereur, par l'empereur le roi 
de France, par le roi de France les évêques gallicans. Ceux-ci, ne pou- 
vant plus lutter de front contre le saint-siége, tentent d'amener une rup- 
ture entre Robert et Henri IL But qu'ils se proposent : arracher le roi à 
l'influence du pape, le soumettre à leurs seules inspirations, en faire 
le propre ouvrier de leur souveraineté temporelle et de leur indépen- 
dance. C'est ce qui ressort du poëme d'Adalbéron, composé vers l'an 
1017. 

9. M. Dupont. — Recherches sur le Châtelet de Paris. 

I. Du prévôt de Paris et de sa juridiction. — La juridiction du 
Châtelet de Paris comprenait Paris et son ressort. Elle était à la fois 
judiciaire, administrative et militaire. — Le magistrat qui en était le 
chef se nommait prévôt (prsepositus)^ et dépendait du roi seul, dont il 
était le représentant à ce tribunal. Comme premier juge ordinaire de la 
capitale du royaume, le prévôt de Paris avait le droit d'assister aux 
états généraux et aux lits de justice. Il avait, à Paris et dans les villes 
du ressort, les mêmes fonctions que les baillis et les sénéchaux dans 
les provinces; il était, comme eux, le chef de la noblesse, qu'il com- 
mandait au ban et à l'arrière-ban. — Les plus anciennes mentions de 
prévôts de Paris se rencontrent sous les premiers rois capétiens; ces 
magistrats paraissent remplacer à cette époque les vicomtes de la se- 
conde race, — La prévôté de Paris , confiée , vers la fin du douzième 
siècle , à des hommes d'un rang élevé. — Sous la minorité de saint 
Louis, donnée à ferme et adjugée au plus offrant. — Désordres engen- 
drés au Châtelet par cet état de choses. — Réforme; accomplie par saint 



175 

Louis. — Attributions permanentes attachées a la prévôté de Paris : 
1° le droit de connaître du privilège des bourgeois pour arrêter leurs 
débiteurs forains; 2° la conservation des privilèges de l'Université; 
3" le droit de suivre, dans toute l'étendue du royaume, les procès com- 
mencés au Chàtelet , et même déjuger toute contestation relative aux 
actes scellés du sceau de ce tribunal ; 4" la conservation des privilèges 
de toutes les corporations des métiers de la ville de Paris et du ressort. 

— Le prévôt de Paris exerçait une juridiction civile, criminelle et vo- 
lontaire. Il connaissait de tout ce qui était relatif à la police de la ville. 

— L'histoire de la prévôté de Paris peut être divisée en deux époques : 
la première, pendant laquelle le prévôt remplit par lui-même les de- 
voirs de son office ; la deuxième, qui commence à la fin du quinzième 
siècle et s'arrête à la révolution française. Durant cette période , 
les lieutenants civils , les lieutenants criminels et les lieutenants de 
police remplacent le prévôt de Paris, dont la charge devient un sim- 
ple titre honorifique. — Liste chronologique des prévôts de Paris , 
de 1047 a 1792. — Recueil de chartes passées devant les prévôts de 
Paris. 

IL Du ressort de la prévôté de Paris. — Commentaire sur les mois 
Ville ^ Prévôté et Vicomte de Paris. — La juridiction du prévôt de 
Paris s'étendait sur un rayon d'environ dix lieues ; le territoire compris 
dans cette circonscription était divisé en Ville, Prévôté, Vicomte de 
Paris. La Prévôté renfermait les villages de la banlieue de Paris ; la 
Vicomte s'étendait de la banlieue de Paris a la limite extrême du res- 
sort du Chàtelet. Cependant les mots Prévôté et Vicomte de Paris furent 
employés indistinctement l'un pour l'autre. — Importance attribuée dès 
le quatorzième siècle aux examinateurs et aux sergents du Chàtelet. — 
Différentes classes de sergents : les sergents de la douzaine, spéciale- 
ment attachés à la personne du prévôt; les sergents à verge, qui exer- 
çaient leur office dans Paris et dans la banlieue ; les sergents a cheval, 
qui étaient envoyés dans toute l'étendue de la vicomte et même au 
delà. — Liste des villages de la banlieue ou prévôté de Paris. — Liste 
des villes de la vicomte de Paris. 

III. Sceaux inédits de la prévôté de Paris. — La prévôté de 
Paris a eu un sceau particulier dès le milieu du treizième siècle; ce 
sceau portait une fleur de lis dont la forme a varié a différentes épo- 
ques. — A partir de la fin du treizième siècle, la fleur de lis fut accos- 
tée, a dextre, d'un écu parti aux armes de Navarre, ou de France et 
de Champagne; à senestn;, d'un petit château atours crénelées. — 
Coiiiii-sfc^iMx. Frcqiu'iifs <'mf)lois (hi sceau du Chàtelet, vn l'ab- 



176 

sence du sceau royal. — Onze types différents de sceaux du Châtelet, 
de 1238 à 1624. 

IV. Notice des Archives du Châtelet de Paris. Chambres et offi- 
ciers de ce tribunal. 

V. Commentaire sur les anciens bâtiments du Châtelet. — Anti- 
quité des bâtiments du Châtelet. — Le poëme d'Abbon sur le siège de 
Paris par les Normands prouve l'existence de deux tours placées à la 
tête des deux ponts qui donnaient accès dans l'ile -, sur l'emplacement 
de ces deux tours furent élevés les deux châtelets. — Le tribunal du 
Châtelet fut supprimé par l'Assemblée nationale dans sa séance du 
6 septembre 1790. — Le Petit-Châtelet fut abattu en 1 782, et le Grand- 
Châteleten 1802. 



10. M. CocHERis. — Essai sur la grande chancellerie au quator- 
zième siècle. 

I. Les documents relatifs à la grande chancellerie qui nous ont été 
conservés ne sont ni assez nombreux ni assez complets pour donner 
une idée exacte de ce qu'était l'organisation de cette administration 
avant le quatorzième siècle. On sait seulement qu'elle se composait 
d'un chancelier, ou garde des sceaux, et de notaires. A l'époque où les 
grands corps de l'État se constituent et s'immobilisent, c'est-à-dire au 
commencement du quatorzième siècle, l'administration de la chancel- 
lerie se ressent de cette révolution qui avait donné aux affaires une 
impulsion et un accroissement prodigieux. Le chancelier, occupé con- 
curremment à la chancellerie, au parlement et au grand conseil , se 
décharge peu à peu d'une partie de ses fonctions, remplies dès lors par 
des officiers de nouvelle création. Enfin, comme dans toute administra- 
tion qui vieillit, les rouages se compliquent, les offices se multiplient. 
L'ordonnance de 1320 et le règlement de 1390 sont les documents 
qui, comme points extrêmes, sont les plus propres à éclaircir le déve- 
loppement successif de l'organisation de la chancellerie au quatorzième 
siècle. Le travail des officiers de la grande chancellerie consistait à 
écrire les lettres, à les transcrire sur des registres, à les sceller, puis à 
les livrer. Les notaires ne pouvaient écrire une lettre que par le com- 
mandement de certaines personnes, telles que le roi, la reine, le chan- 
celier, le connétable, etc., ou des membres du grand conseil de la cour 
des comptes et du parlement, agissant au nom de l'une de ces admi- 
nistrations. Les registres de la chancellerie contiennent des formules, 
dont quelques-unes, encore inédites , font connaître les différentes 



177 

manières usitées pour le commandement des lettres. Les lettres récrites 
pour vice de forme, ou pour tout autre motif, conservaient leurs dates 
primitives. La transcription sur les registres en parchemin , qu'on 
appelle maintenant Registres de la chancellerie, n'était pas toujours 
immédiate. L'acte écrit et relu, on le scellait. La cire du sceau dé- 
pendait du contenu de l'acte. Les cires employées en chancellerie 
étaient verte, blanche, jaune et rouge. Les notaires tenaient des regis- 
tres spéciaux pour les actes scellés en cire verte. Parmi les registres de 
la chancellerie, il s'en trouve également pour les actes scellés en cire 
blanche. Un tarif réglait la valeur de ces différents sceaux. Néanmoins, 
il y avait de nombreuses exceptions. Plusieurs savants ont soutenu que 
le sceau suivait toujours le roi quand celui-ci était en voyage. Cette 
coutume n'était pas absolue, et les registres de la chancellerie donnent 
à chaque moment des preuves évidentes du contraire. 



SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DE L'ACADÉMIE 

DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. 

(12 novembre 1852.) 



L'Académie a passé cette année par de grandes épreuves , dont la 
moindre conséquence a été le dérangement de ses habitudes. De là cette 
séance tardive , qui a changé en vendanges la moisson des lauréats. 
Personne, du reste, n'a rien perdu pour attendre; au contraire, tout le 
monde y a gagné d'assister aux débuts du nouveau secrétaire perpétuel, 
qui, grâce à ce répit, avait eu le loisir de tailler sa plume. On s'en est 
aperçu à la finesse et au délié de ses traits , et l'auditoire l'en a récom- 
pensé par des applaudissements dont il semblait avoir fait provision 
pour^ui, en économisant un peu sur la part qu'il accorde habituelle- 
ment au rapporteur de la commission des antiquités nationales. Ce 
n'est pas qu'à mon sens M. Lenormant eût justifié cette parcimonie du 
public; sauf en un point, qui est le point de départ, il m'a paru s'ac- 
quitter avec sa facilité ordinaire d'une tâche qui devient plus difficile 
d'année en année , on doit le reconnaître. Mais peut-être l'assemblée 
a-t-elle cru pouvoir le traiter en ami, sans trop de cérémonie. Peut-être 
aussi des personnes rigides auront jugé que le docte rapporteur n'avait 
point fait assez de frais pour la solennité. M. Lenormant n'est pourtant 
pas, et bien s'en faut , de ces savants qui pensent sacrifier aux Grâces 
lorsqu'il leur arrive parfois de se laver les mains; à telles enseignes 
qu'un jour aucuns de ses confrères l'ont taxé de coquetterie; mais il 
s'est peut-être présenté cette fois en toilette un peu simple (de style, 
s'entend) , qu'on aura prise à tort pour négligé, pour déshabillé. 

Tout au contraire, le discours de M. Naudet, d'une tenue irrépro- 
chable, rasé de près, si j'ose ainsi parler, et même avec un œil de 
poudre, a enlevé les suffrages du public, toujours charmé qu'on prenne 
quelque peine pour lui plaire. On sait qu'à l'Académie des inscriptions 
l'usage n'est guère d'interrompre l'orateur pour l'applaudir ; c'est seu- 
lement à la fin de chaque lecture que les mains sont mises en mouve- 
ment par une reconnaissance dont la cause n'est pas toujours la même. 



179 

M. Naudet a eu le bonheur assez rare de voir l'assistance introduire 
dans son discours plusieurs de ces flatteuses parenthèses qu'on remplit 
d'ordinaire par les mots : sensation, mmivement, applaudissements. 

Le nouveau secrétaire perpétuel a loué M. Walckenaer comme 
M. Walckenaer méritait de l'être, c'est-à-dire d'une manière tempérée, 
genre d'éloge qu'on ne pratique point assez, dans les académies sur- 
tout, et que le savant défunt, pour son compte, ne paraissait nullement 
goûter. Nous voilà ramenés par M. Naudet à une distance plus raison- 
nable de l'apothéose. Grand progrès pour le fond à joindre au progrès 
de forme que tout le monde a pu remarquer dans cette séance. II faut 
nous en féliciter et en féliciter l'Académie. 

L'illustre compagnie a droit au même témoignage de gratitude pour 
la direction si heureuse qu'elle imprime aux travaux de l'École fran- 
çaise d'Athènes. Le résultat de ces travaux , durant l'année qui s'est 
écoulée depuis la dernière séance académique, a été exposé et apprécié 
par le savant M. Guigniaut dans un rapport d'une grande importance, 
et capable d'intéresser ceux-là même que leurs études ne font point vi- 
vre dans un commerce journalier avec l'antiquité. Par malheur, ce rap- 
port est arrivé un peu tard, à la fin d'une séance déjà longue, presque 
avec la nuit, en un mot, dans des circonstances où Démosthènes lui-même 
n'aurait point retenu les Athéniens. Aussi la lecture de M. Guigniaut 
n'a-t-elle pas eu autant d'auditeurs qu'elle en méritait; et c'est tant pis 
pour les déserteurs, qui ont manqué là une belle occasion de s'instruire, 
el d'applaudir au succès de cette jeune école , dont la création fait tant 
d'honneur à M. de Salvandy et la tutelle à M. Guigniaut. 

Si M. Lenormant avait eu le temps de lire sa ISote relative à Vexé- 
rution d'un puits artésien en Egypte sous la dix-huitième dynastie ^ 
il aurait sans doute effacé par cette lecture, dont l'annonce seule pi- 
quait la curiosité, l'impression fâcheuse qu'a dû laisser dans l'esprit de 
plusieurs auditeurs le début assez étrange de son rapport sur le con- 
cours des antiquités de la France. 

Sauf ce déhut.-le rapport de M. Lenormant ne m'a pas paru moins 
intéressant cette année que les années précédentes. On en pourra juger 
par les passages ou le savant rapporteur apprécie ceux des ouvrages 
envoyés au concours que la commission a jugés dignes d'une médaille. 

« On doit rattacher à l'antiquité classique, dit M. Lenormant, le beau tra- 
vail manuscrit de M. Edmond Lk Blant, sur les Inscriptions chrétiennes 
dp la (taule , auquel votre commission vous propose de d(^cerner la pre- 
mirre médaille de ce concours. 



180 

« C'est une chose curieuse que d'étudier la manière différente dont tel ou 
tel érudit envisage l'exécution d'un sujet analogue. Je parlais tout à l'heure 
du Manuel (Vépigraphie suivi du Recueil des inscriptions du Limousin, par 
M. l'abbé Texier. Quel but l'auteur s'est-il proposé? Si c'est un traité d'é- 
pigraphie qu'il a voulu faire, son livre est trop court, même pour un 
manuel ; si au contraire le second titrç est le vrai titre de l'ouvrage , quelle 
scrupuleuse attention un cadre aussi restreint n'exigerait-il pas! Le mérite 
souverain des travaux d'épigraphie , c'est l'exactitude , c'est-à-dire le con- 
traire de la précipitation. 

«M. Le Blant, nous devons le dire, procède d'une autre manière : le sujet 
qu'il a choisi n'est ni si vaste que la première annonce, ni si restreint que 
le second titre de M. l'abbé Texier; il n'a pensé qu'à la France, et dans la 
France elle-même, ou plutôt dans la Gaule , contre l'étendue primitive de 
laquelle il n'y a ni révolutions ni traités qui puissent prévaloir , il a choisi 
les siècles où le christianisme est venu marquer sa première empreinte. 
L'archéologie des origines chrétiennes ne se borne pas aux catacombes ; 
l'organisation de l'empire romain a , dès les premiers moments , prêté sa 
force centralisante à la propagation de la bonne nouvelle. L'Évangile eut 
son retentissement immédiat sur nos rives; le fantôme de roi qui se trou- 
vait encore assez puissant, sous la conquête romaine, pour contribuer à la 
condamnation du Christ, l'Hérode de la Passion, vécut exilé dans les murs 
de Vienne, et d'ailleurs la mêmemer baignait les rives de la Gaule et celles 
de la Palestine. M. Le Blant a joint à son travail manuscrit une carte de la 
Gaule, qui fait embrasser d'un coup d'oeil le sujet qu'il a traite. On y suit 
le cours des deux grands fleuves, le Rhône d'abord, et ensuite le Rhin. Sur 
cette carte sont marqués tous les lieux où l'on a trouvé, soit des inscriptions 
chrétiennes, soit des sarcophages des premiers siècles : c'est l'itinéraire des 
missions. Rome y revit et s'y répand avec sa physionomie nouvelle. Entrez 
dans les vastes souterrains de Saint-Victor, à Marseille; étudiez les tom- 
beaux, qui, pour me servir d'une expression de Dante que j'ai peine à ap- 
proprier à notre langue, bigarraient la plaine funèbre de la ville d'Arles <; 
visitez les musées de Trêves et de Cologne, et vous verrez avec quelle pré- 
cision, quelle fidélité les textes et les sculptures viennent se joindre à la 
masse de témoignages primitifs que la Rome catholique ne cesse de tirer de 
ses entrailles. Bientôt cependant ces traits encore purs vont s'altérer sous 
la conquête barbare, et l'on reconnaîtra la vérité du cri qu'à la fin du 
sixième siècle jetait le père de notre histoire : Fx diebus nostris, quia siu- 
dium Utterarum periit a nobis! « Malheur à notre temps, qui a laissé périr 
l'étude des lettres ! « Mais du moins, si le visage de Rome est mutilé, il est 
encore reconnaissable, et c'est avec un intérêt singulier qu'on suit les pro- 
grès de cette maladie du langage, d'où sortira plus tard un idiome national. 

i, Fauno i scpolcri liillo '1 loco rario. 

In/., IX, Il5. 



181 

« Tant de révolutions, tant de ruines se sont succédé depuis les siècles 
mérovingiens, qu'il n'y a plus qu'a glaner après les destructions accomplies 
par le temps et les hommes. M. Le Blant n'a pas reculé devant une tâche 
aussi difficile, aussi ingrate; il a copié, estampé, flguré lui-même tout ce 
qui existait encore en original; il a demandé aux livres ce qui avait laissé 
une trace avant de périr. Ce n'est pas seuledient un dessinateur scrupuleux, 
c'est aussi un commentateur nourri à la meilleure école, plein de sève et de 
jugement. Évidemment il aspire à se joindre à cette illustre pléiade des 
épigrajihistes qui ont brillé, principalement en Italie, depuis cent ans, les 
Maffei, les Marini, les Noris, sans parler de ceux qui vivent encore ; et nous 
n'hésitons pas à dire que, s'il continue comme il a commencé, son ambition 
sera satisfaite. 

.< Au mérite de bien choisir son sujet et de le traiter d'une manière victo- 
rieuse, M. Le Blant joint celui d'avoir su le limiter. Il vient un moment où 
l'antiquité finit et où les temps modernes commencent leur cours, sans 
qu'on puisse rigoureusement Dxer la frontière de ces deux périodes. Cepen- 
dant il est vrai de remarquer que le nouvel empire fut ce qui fit perdre da- 
vantage au monde occidental sa physionomie romaine. La décadence pré- 
cédente avait été si profonde, qu'on ne put travailler à rétablir, sans être 
conduit malgré soi à bâtir sur nouveaux frais. D'ailleurs il n'appartenait 
pas à Ciiarlemagne d'empêcher que le monde ne devînt, sous sa vigoureuse 
impulsion, plus germanique que romain; et c'est pourquoi le domaine de 
l'épigraphie chrétienne, dans ses rapports avec l'antiquité classique, se clôt 
naturellement, comme l'a fait l'auteur que vous couronnez, à l'avènement 
du nouvel empire. 

« Sans doute, si les barbares n'avaient pas mis dans la balance le poids de 
leur épée, la crise par laquelle la société romaine avait passé, après s'être 
pénétrée des prédications du christianisme , n'aurait pas tardé d'aboutir à 
une admirable renaissance. Et comme les grands esprits de la loi nouvelle 
n'auraient pas eu à secouer, de même que nos pères, le fardeau d'une tra- 
dition d'ignorance, cette renai.>sance des lettres à l'abri de la croix aurait été 
à la fois plus conséquente et plus complète que celle qui donne aujourd'hui 
naissance à des jugements si peu fondés. Mais il entre dans les secrets de la 
Providence de refondre perpétuellement la société et de ne construire 
qu'avec des ruines. Les patientes recherches de M. Le Blant nous fournis- 
sent une image frappante de cette Église désolée, assise sur un monde crou- 
lant, qu'elle demandait à la croix de défendre après l'avoir conquis, et qui 
n'acceptait les royautés barbares que comme une compensation bien dure 
pour la perte de la grandeur romaine. » 

C'est M. liellaguet qui a obtenu la deuxième médaille pour sa publi- 
cation de la Chronique du Religieux de Saint -Denis. Voici en quels 
termes M. Lenormant a caractérisé le. travail de l'cditeur et l'ouvrage 
qui en est l'objet : 



182 

« Il me reste à vous parler d'un ouvrage qui , par son étendue , mérite u 
place à part dans l'examen du concours : c'est la Chronique latine du règne 
de Charles VI^ œuvre d'un moine de Saint-Denis, dont il existait une pa- 
raphrase française par Le Laboureur, mais qu'on n'avait pas imprimée en 
latin avant M. L. Bellagubt ; celui-ci en a donné de plus une version 
française, de concert avec M. Magin, aujourd'hui recteur de l'académie de 
Seine-et-Oise. Un petit nombre de notes et une table analytique des ma- 
tières complètent cette publication , qui ne remplit pas moins de six des 
grands volumes de la Collection des documents historiques publiée par le 
gouvernement français. Votre commission a jugé digne de récompense ce 
service rendu à notre histoire, et c'est pourquoi vous voyez M. Bellaguet le 
second sur la liste de nos médailles. 

« L'importance de la Chronique du moine de Saint-Denis était depuis long- 
temps connue; on savait que l'auteur, officiellement chargé, comme c'était 
l'usage de l'ancienne monarchie, de recueillir les faits contemporains, à 
mesure qu'ils se produisaient, avait accompli sa tâche d'une manière probe, 
éclairée et loyale, dans une époque de calamités et d'humiliations qui ren- 
dait l'impartialité bien difficile. Les traducteurs du moine de Saint-Denis, 
et l'habile historien auquel on doit l'introduction de ce travail, M. de Ba- 
rante, tout en signalant la valeur du livre comme document de l'époque, et 
sans mettre en doute le caractère honorable de l'auteur, semblent deman- 
der grâce pour son style et pour les formes monotones de son récit; mais 
on pourrait trouver ce jugement un peu sévère. Sans doute il y a toujours, 
au point de vue du langage et de la littérature, un désavantage attaché aux 
textes conçus dans une langue morte, qu'on n'employait plus que d'une 
manière barbare , tandis que les écrits les plus médiocres , où se trouvent 
les premiers développements des idiomes nouveaux, ont un attrait de naï- 
veté qui amuse et qui séduit. Mais cette préférence inévitable ne doit pas 
rendre injuste pour ceux qui ont suivi l'ancienne route, et, dans le cas pré- 
sent, la forme de chronique, qui était imposée à l'auteur par le devoir de sou 
emploi et l'usage du temps, n'empêchera pas le lecteur intelligent de sentir 
la force de jugement dont ce digne religieux était doué. Jean Villani n'est 
aussi qu'un chroniqueur, et pourtant l'Italie lui a fait, dans sa littérature , 
une place très-houorable. Nous ne contestons pas ce jugement ; mais notre 
religieux nous semble avoir sur le chroniqueur florentin l'avantage de l'idée 
française sur la pensée étroite qui régnait dans les républiques italiennes les 
plus vantées. Ce n'est pas en effet dans les temps de gloire , c'est au milieu 
des désastres et des hontes, qu'on apprécie la persistance de cet esprit , 
qui a triomphé de tant d'obstacles, surtout de ceux que suscitera toujours 
l'entraînement du caractère national. 

« Le chroniqueur entre en matière dans un moment triste qui en fait 
pressentir de plus tristes encore, et, pendant les quarante-trois ans du règne 
de Charles l'Insensé, il voit s'abattre et se détruire cette monarchie qui, à 
peine restaurée parle sage gouvernement de Charles V, soutenait depuis 



183 

plus (l'un demi-siècle une lutte inégale contre la prépondérance de l'Angle- 
terre. Dix ans même avant le fatal traité de Troyes, la situation était dé- 
sespérée; les caractères n'offraient plus aucun ressort, l'idée de l'indépen- 
dance française passait peu a peu dans le domaine des souvenirs ou des 
romans^ et la capitale du royaume, l'université, le parlement, une partie de 
l'Église, après s'être engoués pour la faction bourguignonne, finissaient par 
renier le sang royal. Le nombre abandonnait la cause de la patrie, et la mi- 
norité seule protestait dans le silence; mais la minorité avait pour elle la 
raison et l'avenir. Dédaignant ces vanités de l'engouement et de la crainte, 
tandis que les partisans du monarque anglais insultaient à la fosse de Char- 
les VI, en criant Noël à l'avènement des léopards, comme si le Seigneur 
fût descendu du ciel \ le moine de Saint-Denis récapitulait, avec une indi- 
gnation contenue, les injures, les oppressions, les mau.\ énormes de la do- 
mination étrangère, et sa pensée se tournait vers le véritable héritier de la 
couronne de France -, dont la fortune ne fut si abaissée que pour mieux 
faire éclater les desseins de Dieu sur notre pays » 

C'est M. DE CoDssEMAKEK, clont le nom n'est pas inconnu de nos 
lecteurs, qui a obtenu la troisième médaille. 

« M. DE CoussEMAKEB, dit M. Lenormant, nous donne VHistoire de 
l'Harmonie au moyen âge, c'est-à-dire qu'il révèle l'origine et les progrès 
du système musical, qui vint d'abord se poser à côté de la mélopée empruntée 
par le christianisme aux anciens, et qui plus tard, après quelques siècles 
d'hésitation , marchant de progrès en progrès et de découvertes en décou- 
vertes, a fini par supplanter son devancier, dont il ne restait guère que des 
vestiges méconnus et défigurés pour la plupart, dans la tradition du chant 
ecclésiastique. Car il est aujourd'hui prouvé que l'antiquité classique n'a 
pas connu l'harmonie des modernes; ce qu'une critique ingénieuse a su re- 
trouver, et d'où sort la preuve manifeste de l'emploi simultané de sons di- 
vers chez les Grecs, ne révèle rien d'identique au système actuel , et d'ail- 
leurs ne se rapporte qu'à l'accompagnement. La mélodie régnait donc à peu 
près seule dans le chant , avec la simplicité , et sans doule aussi avec la 
puissance d'un contour tracé sur la surface d'un vase grec. L'harmonie, qui 
! (ini par s'ériger en science et par prouver sa relation légitime avec les 
loisde l'acoustique, fut d'abord la fille du hasard. 11 n'est pas douteux que 
le clavier adapté dès l'origine à l'orgue hydraulique n'ait donne l'idée des 
effets produits par d'heureuses dissonances, et que l'imagination, une fois 
lancée dans ce domaine inconnu , n'y ait cherché pne satisfaction vague , 

1 . « Qiio complet*), proclamituin fuit supra foveam per lllos qui Anglicis lavebant : 
Vivat rex Henriciis, rex Francie et Aiiglie; ol iiiibi caiitalKiiit Noël, ac si Doiniiius 
il»! celo «l€»c<^ndi8«et. » (T. VI, p. 496.) 

2. : VrriiR coroiie Francie hères et MicceMor legitimus. ■• Ibid. 



184 

enivrante, rêveuse, qu'eût réprouvée sans cloute le goût exact et susceptible 
des musiciens de l'antiquité. 

« On serait tenté de croire que, pour passer d'un système qui ne demande 
ses effets qu'à la mélodie, avec une aversion évidente pour les consonnances 
que nous jugeons aujourd'hui les plus naturelles, à un autre système qui a 
fini par asservir et réduire en règle des dissonances déchirantes et farou- 
ches, les sens ont d'abord été ménagés, et que les hardiesses ne sont arri- 
vées qu'à mesure que les oreilles s'habituaient à la contrariété musicale. 
Mais M. de Coussemaker prouve que les effets par lesquels on se laissa 
d'abord séduire étaient de ceux que l'art réprouve aujourd'hui comme durs 
et discordants, et qu'il en était de ces premiers amalgames comme des té- 
mérités anormales de l'orgue, où l'exécutant s'empare des sens et de l'ima- 
gination par une confusion gigantesque de tous les sons dans un seul. 
L'harmonie, qui règne aujourd'hui sans partage , est donc essentiellement 
une ennemie de la musique primitive, et l'on ne doit pas s'étonner qu'un 
représentant des doctrines de l'Église grecque, laquelle a exagéré l'indigence 
de l'ancien système sans en conserver les beautés, ait pu écrire dans le siècle 
où nous vivons : « Léchant à plusieurs parties exige des auditeurs habitués 
« à y trouver du plaisir. Pour nous , qui n'en ressentons pas la moindre 
« jouissance, un plus long discours sur ce sujet serait en pure perte, et ne • 
« saurait en aucune manière être agréable à nos auditeurs '. » Mais , en 
brisant un sceptre, l'harmonie moderne a su s'en créer un autre; le génie 
plus sombre, plus varié, plus pathétique des temps nouveaux lui a donné 
des chefs-d'œuvre. A défaut du dessin, qui a dû perdre, elle a gngné l'équi- 
valent de la perspective, du clair-obscur et de la couleur ; le rhythme est 
dans ses mains une ressource magique, et le rhythme, comme l'entendent 
les modernes , ne devient indispensable qu'au moment où se forme le tissu 
harmonique, et lorsqu'une première note se détache pour commencer un 
dessin différent de la mélodie principale : c'est l'origine de ce que le moyen 
âge a appelé le déchant , discantus , c'est-à-dire le double chant , le chant 
contraire. De là jusqu'aux combinaisons de la fugue qui forment la limite 
extrême des témérités du système moderne, la pente est inévitable et la 
route assurée. Jusqu'ici personne n'avait su , comme M. de Coussemaker, 
marquer l'origine dudéchantet en déduire clairementlesdéveloppements du 
système harmonique; c'est là le mérite capital de son livre, et ce qui a dé- 
cidé votre commission à demander pour lui l'une des médailles du concours, 
sans prétendre d'ailleurs garantir la rigoureuse exactitude des {nombreux 
fac-similé qui accompagnent l'ouvrage, et surtout de la transcription, en no- 
tation moderne, des morceaux donnés dans les manuscrits avec les anciens 
signes : entreprises chaftceuses , et sur le mérite desquelles les hommes 
spéciaux ne pourraient eux-mêmes se prononcer qu'après une longue étude. » 

1. Chrysanthe, archevêque de Dyrrachium , dans son Grand Traité de musique 
(Trieste, 1832), p. 221. 



185 

Voici encore un passage du rapport de M. Lenormant, qui fera con- 
naître à nos lecteurs le jugement de la Commission des antiquités na- 
tionales sur un ouvrage publié, au moins en partie, dans ce recueil par 
notre confrère M. Jules Marion, sous le titre de : Notes d'un voyage 
archéologique dans le sud-ouest de la France. 

« On trouvera le naturel du bon antiquaire dans les notes rédigées par 
M. Jules MA.BION, à la suite d'un voyage archéologique dans le sud-ouesl de 
la France. L'auteur s'est avant tout attaché à bien voir et à décrire exacte- 
ment ce qu'il a vu. On s'aperçoit qu'il s'est pénétré de l'extrême difficulté 
(|u'on éprouve à rendre sensibles par la parole des objets que le dessin a le 
privilège d'expliquer immédiatement. Mais le dessin lui-même a besoin de 
commentaires, et, malgré le perfectionnement miraculeux des procédés de 
reproduction, la plume est souvent la seule ressource qu'on ait à sa dispo- 
sition pour se faire comprendre. Afin de surmonter ces obstacles, M. Marion 
iivait des modèles à suivre, et il a su s'approprier heureusement leur clarté 
et leur élégance : les termes dont il se sert sont ceux dont les bons écrivains 
ont fait usage, et l'on n'est point, en le lisant, repoussé ou rebuté par ces 
mots hétéroclites, qui finiraient par s'établir, si l'on cessait un seul instant 
de protester contre l'emploi qu'on en fait communément. M. Marion pro- 
teste lui-même par l'exemple contraire, et c'est peut-être le meillçur moyen 
de réussir. » 

L'Académie a accordé un rappel de médaille à M. de Boissieii, pour 
la 5' livraison des Inscriptions antiques de Lyon, in-4'>. 
Des mentions très- honorables ont été accordées : 

1" A M. P. Tarbé , pour ses Recherches sur thistoire du langage et des 
patois de la Champagne. 2 vol. in-S"; 

2" A M. DE LA QuÉBiÈHE , pour SCS Rccherchcs historiques sur les en- 
seignes des maisons particulières, suivies de quelques inscriptions murales 
prises en divers lieux, broch. in-8°-, 

3» A M. Hebsan, pour son mémoire manuscrit intitulé : Histoire de la 
rommune de Boury {Oise) ; 

4" AuR. P. Lambillotte, pour son ouvrage intitulé : Ântiphonaire de 
saint Grégoire, Jac-simile du manuscrit de Saint-G ail , 1 vol. 10-4°; 

H" A M. CI. Rossignol, pour son ouvrage intitulé : Des libertés de la 
Bourgogne, d'après les jetons de ses états, 1 vol. in-8» ; 

fi" A M. QuANTiN , pour ses deux ouvrages intitulés : 1° Inventaire gé- 
néral des archives hutoriques de F Yonne, I" partie, 1 vol. in-4''; 2» Coup 
d'fpil sur les monuments archéologiques du département de C Yonne ^ 
broch. in-8"; 

III. (froMi^mrVnr ) 18 



180 

7° A M. Jacq.-Ch. Brunet, pour ses Recherches bibliographiques et 
critiques sur les éditions originales des cinq livres du roman satirique de 
Rabelais , 1 vol. in-S"; 

8" A M. l'abbé Roux, pour ses Recherches sur le Forum Segusianorum 
et l'origine gallo-romaine de la ville de Feurs, gr. in-S"; 

9o A ftl. A. Fauché-Pjrunelle , pour son mémoire manuscrit intitulé : 
Examen des anciennes institutions du Briançonnais, et plus spécialement 
des institutions autonomes ou populaires, etc. 

Rappel de mention très-honorable : 

A M. BouTHORS, pour son ouvrage intitulé : Coutumes locales du bail- 
liage (t Amiens, rédigées en 1507, tome II, in-4''. 

Des mentions honorables ont été accordées : 

1° A M. Lepage, pour six ouvrages intitulés : V insigne église collégiale 
Saint-Georges de Nancy, 1 vol. in-8" ; 2° Histoire de la relique de saint 
Sigisbert, déposée en l'église cathédrale de Nancy , broch. in-S"; 3° la 
Chapelle de Bon-Secours ou des Bourguignons, broch. in-8° ; 4" les Char- 
treuses de Sainte- Anne et de Bosserville, broch. in-8° ; 5° Pierre Gringoire, 
extrait d'études sur le théâtre en Lorraine, broch. in-8° ; 6» le Palais 
ducal de Nancy, 1 vol. in-8"; 

2" A M. J. Marion , pour son ouvrage intitulé : Notes d'un voyage ar- 
chéologique dans le sud-ouest de la France^ br. in-8°; 

3° A M. Ph. GuiGNARD , pour son ouvrage intitulé : Mémoires fournis 
aux peintres chargés d'exécuter les cartons d'une tapisserie destinée à la 
collégiale Saint-Urbain de Troyes , représentant les légendes de Saint- 
Urbain et de Sainte- Cécile, br. in-8°; 

4° A. M. BizEUL, pour son mémoire manuscrit intitulé : Dissertation 
sur Aleth et les Curiosolites ; 

5° A M. Eug. Grésy , pour sa Notice sur trois crosses historiées du 
douzième siècle, accompagnées d'études iconographiques sur la vie du 
Christ et la description du tombeau de saint Gauthier, br. in-8"; 

6° A M. Mac-Carthy , pour ses deux mémoires manuscrits intitulés : 
Géographie comparée et archéologie de la subdivision de Tlemsen; 2° Re- 
cherches sur le développement et Vorganisation du christianisme en 
Afrique à l'époque rou.aine, I" partie (avec cartes) ; 

7° A M. l'abbé Richard, pour son Histoire des diocèses de Besançon et 
de Saint-Claude , 2 vol. in-8"; 

8" A MM. les abbés Gatin et Besson , pour leur Histoire de la ville de 
Gray et de ses monuments, 1 vol. in-S"; 

9" A M. Sauvage , pour ses Recherches historiques sur f arrondisse- 
ment de Mortain , broch. in-8o ; 



187 

10" A M. Van der Chus, pour son ouvrage intitulé : De munten der 
voormalige hertogdommen Braband en Limburg, etc., c'est-à-dire : Mon- 
naies des ci-devant duchés de Brabant et de Limbourg, depuis les temps 
'fs plus anciens jusqu'à la pacification de Gand , 1 vol. in-4°; 

\r A M. DE FoNTENAY , pour son ouvrage intitulé : Nouvelle étude de 
.itotis, 1 vol. in-8"; 

12° A M. MiGNARD^ pour son Histoire des différents cultes, supersti- 
fions et pratiques mystérieuses d'une contrée bourguignonne, broch. in-4°, 
t pour la Monographie du coffret de M. le duc de Blacas, in-4^ 



Dans le concours pour le prix Gobert, c'est notre confrère M. Léopold 
i)ELisLE qui est resté maître, cette année encore, du champ de ba- 
taille, succès qui n'a pas lieu de surprendre de la part d'un aussi rude 
mteur. 
L'Académie a accordé le second prix à M. Gebmain , professeur 
(l histoire à la faculté des lettres de Montpellier, auteur de V Histoire de 
■'/ commune de Montpellier, depuis ses origines jusqu'à son incorpo- 
ilion définitive à la monarchie française, etc., 3 vol. in-8°. 
Le prix de numismatique, fondé par M. Allier de Hauteroche, n'a 

■ as été décerné cette année, non plus que le prix ordinaire de l'Aca- 
.'i-mie. 

Voici les sujets proposés pour les concours de 1853 et 1854 : 

I/Académie avait proposé , pour sujet du prix ordinaire à décerner en 
i s.'j2, la question suivante : 

Comment et par qui se sont exécutés en France, sous le régime féodal. 
Il puis le commencement de la troisième race jusqu'à la mort de jChar- 

s y, les grands travaux, tels que routes, ponts, digues, canaux, rem- 

■ i/irts, édifices civils et religieux? 

Il n'a été déposé au secrétariat aucun mémoire pour ce concours. L'im- 
portance et l'intérci de la question déterminent l'Académie à le proroger 
jusqu'à Tannée 1853. 

Klle rappelle qu'en 1851 elle a remis au concours, pour décerner le prix 
I II 1853, cette question : 

(Juelles notions nouvelles ont apportées dans C histoire de la sculpture 
rhcz les Grecs, depuis les temps les plus anciens jusqu'aux successeurs 
'i'/lexandrc, les monuments de tous genres , d^une date certaine ou ap- 
préciable, principalement ceux qui, depuis le commencement de ce siècle, 
itvt été placés dans les musées de l'Europe? 

Klle rappelle encore que le sujet proposé en I85t, pour un prix a décer- 
ru r (le nirriK- cil 1H.')3. PSt le siiivnnt : 

13. 



(88 

Restituer, d'après les sources, la géographie ancienne de VJnde, depuis 
li's temps primitifs jusqu'à l'époque de Vinvasion musulmane. 

Elle substitue à la question des monarchies grecques de l'Orient, retirée 
momentanément du concours, la suivante, sur laquelle les concurrents de- 
vront avoir présenté leur travail avant le mois d'avril 1854 : 

Étudier l'état politique, la religion, les arts, les institutions de toute 
natxire dans les satrapies de VJsie Mineure sous les Perses et depuis , 
particulièrement dans les satrapies déjà héréditaires ou qui le devinrent 
après la conquête d Alexandre , c'est-à-dire le Pont, la Cappadoce, la 
Lycie et la Carie. 

Elle propose pour le prix annuel ordinaire, qu'elle décernera en 1854, le 
sujet suivant : 

Examiner toutes les inscriptions latines qui, jusqu'à lajindu cinquième 
siècle de notre ère, portent des signes d'accentuation; comparer le ré- 
sultat de ces recherches épigraphiques avec les règles concernant l'ac- 
centuation de la langue latine., règles données par Quintilien , par Pris- 
rien et d'autres grammairiens ; consulter les travaux des philologues 
modej'nes sur le même sujet; enfin essayer d'établir une théorie complète 
de l'emploi de l'accent tonique dans la langue des Romains. 

Chacun de ces prix sera une médaille d'or de la valeur de deux mille 
francs. 

Après l'annonce des prix décernés et des sujets de prix proposés , 
M. de Wailly, qui présidait la séance, a proclamé les noms de MM. Bon- 
TARic, Lecabon et Chahbonnet, auxquels ont été accordés, le 15 mars 
1852, des hre.\e\s d'archwistes-paléogt-aphes. 



K. G 



IS!) 



BIBLIOGRAPHIE. 



Analyse des documenls historiqiies conservés dans les archives du 
département de la Sarthe, par M. Bilard, archiviste du département de la 
Sarthe. 

Les derniers volumes de VJnnuaire de la Sarthe (années 1850, 1S51, 
1852 n 1853) contiennent une série d'articles sur lesquels il convient d'ap- 
peler l'attention de nos lecteurs. C'est un inventaire détaillé de tous les do- 
cuments antérieurs à l'année 1301 qui sont conservés dans les archives du 
département de la Sarthe. Le nombre de ces documents n'est malheureuse- 
ment pas bien considérable; à peine s*élève-t-il à sept cents. Les pièces les 
plus anciennes remontent au onzième siècle. 

M. Bilard a rédigé ses notices analytiques avec une scrupuleuse atten- 
tion : aucune clause de quelque valeur n'y est passée sous silence; la forme 
latine des notDS de lieux et d'hommes est ordinairement donnée à côté de 
la forme moderne ; les passages les plus remarquables et ceux dont le sens 
présente quelque difficulté sont transcrits textuellement ; les dates sont 
rapportées telles qu'on les trouve énoncées dans les chartes; peut- être eût- 
il été bon d'y joindre la traduction en style moderne, et de mentionner exac- 
tement les lieux d'où les actes sont datés. 

Malgré tout le soin qui a présidé à la composition de cet inventaire, il 
s'y est glissé quelques inexactitudes. Ainsi, les pièces 41, 42 et 43 me 
semblent appartenir à Alexandre III, et non à Alexandre IV. Au n" 143, je 
crois qu'il faut lire Nivernensi au lieu de Stiverniensi. Aux n"* 166 et 
188, Silurius est une mauvaise lecture du mot Silvester, Au n" 231, le ma- 
nuscrit porte vraisemblablement Concilium de Trecis, au lieu de Conci- 
lium de Treveris, et au n" 241 , obedientie prioris , au lieu de obediente 
prioris. Au n" 518, pastorale regium doit être remplacé par pastorale 
regimen. Le n" 540 ne saurait être émané de l'archidiacre de l'official ; c'est 
un acte de l'archidiacre, ollicial de l'évéque du Mans. La charte de Henri IL 
indiquée sous le no 575, est mal à propos datée du mois de mars 1202 : ce 
prince est mort en 1189, et la lettre dont il s'agit paraît remonter aux pre- 
miers temps de son règne. La charte n" 639 doit sans doute être rapportée 
à l'année 1297, et non à 1197. 

On nous fait espérer que le conseil général de la Sarthe va faire publier, 
en un volume in-S", l'inventaire rédigé par M. Bilard. On ne saurait trop 
applaudir à cette entreprise: ce sera la meilleure récompense du zèle et du 
•lévouemcnt de M. Bilard; ce sera aussi un exemple que nous voudrions 
voir suivi sur tous les points de la France, La publication des inventaires 
des archives départementales, en Miêu)e temps qu'elle abrégerait et facilite- 
i.iit les recherches des savants, garantirait la conservation des dotfimcnts 
'|uc renferment CCS dépôts. I.. IV 



190 

Quelques Pagi de la pbemièbe Belgique, diaprés les diplômes 
de Vabhaye deGorze, par M. Henri d'Arbois de Jubainville. iVanci, 1852. 

L'abbaye de Gorze, fondée par le célèbre Chrodegang, évoque de Metz, a 
été au moyen âge riche et célèbre. Il ne reste plus des bâtiments que quel- 
ques pans de murailles en ruines; mais il est peu d'abbayes qui, du hui- 
tième au dixième siècle, aient fourni aux historiens autant de chartes; il 
suffit pour s'en assurer d'ouvrir l'Histoire des évêques de Metz, par Meu- 
risse ; l'Histoire de Lorraine, de D. Calmet; l'Histoire de Metz, par les Bé- 
nédictins. Quelques diplômes du huitième et du neuvième siècle restaient 
encore inédits dans un cartulaire du quinzième siècle appartenant à la bi- 
bliothèque du grand séminaire de Nanci. M. d'Arbois a public ces diplômes 
à la fin de l'opuscule que nous annonçons aujourd'hui. Ce sont des dona- 
tions de 776, 792, 796, 824, 885 et 1055. A l'aide de ce même cartulaire, 
M. d'Arbois de Jubainville a entrepris de donner une liste, par ordre de 
cités et de pagi, des localités situées dans la province de Trêves, où l'abbaye 
de Gorze eut des propriétés avant la disparition des anciennes divisions 
territoriales de la Gaule. A la suite de chaque ^ms, terminus ou villa, se 
trouve la date de la charte qui le mentionne; vient ensuite, autant que 
possible, le nom français de village ou de hameau qui, au quinzième siècle. 
a pris et occupe encore de nos jours la place de la dénomination ancienne. 
L'auteur a ainsi relevé le nom de cent dix localités appartenant à treize 
pagi. Ce petit travail est fait avec soin et exactitude, et la pensée qui l'a 
inspiré est excellente. Les cartulaires présentent, en effet, les indications 
géographiques les plus précises et les plus inattaquables, et leur étude atten- 
tive doit être la base de toute recherche consciencieuse sur les anciennes 
circonscriptions de la France. Ad. T. 

Recherches sub les grands jours de Troyes , par M. Boutiot , 
membre de la Société d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres de 
l'Aube. Brochure de 44 pages in-8°, Troyes, 1852. 

De bonnes monographies sur les anciennes juridictions françaises ne 
sauraient manquer de jeter une vive lumière sur l'histoire de notre droit 
public et privé. Tandis que les principaux parlements de France ont déjà 
trouvé leurs historiens, on s'est moins occupé des juridictions extraordi- 
naires, dont l'influence, quoique restreinte aux limites d'une province, n'a 
pas été moins puissante. Poitiers, Clermont-Ferrand, Riom, Angers, Mou- 
lins, Tours , Lyon , le Puy, ont été le siège de grands jours; mais la plus 
ancienne et la plus illustre de ces cours paraît avoir été celle des grands 
jours de Troyes, sur laquelle M. Boutiot publie aujourd'hui d'intéressantes 
recherches. 

Fondée vers la fin du treizième siècle par les comtes de Champagne , 
pour servir de contre-poids à la juridiction toute féodale de la cour des 
baron^ composée d'un petit nombre de maîtres nommés directement par le 
souverain, la cour des grands jours se trouva tout d'abord en possession 



191 

dune très-grande autorité, vit comparaître à sa barre les plus puissants 
seigneurs de la province, et rendit des arrêts de règlement dans les matières 
les plus importantes. Contrairement à l'opinion émise par M. Deugnot , 
iM. Boutiot pense que les décisions des grands jours avaient la même auto- 
rité que les décisions du parlement de Paris, les grands jours n'étant, à pro- 
prement parler, qu'une émanation du parlement. 

Un compte rendu en 1285, par le receveur de Champagne, nous apprend 
la composition de la cour des grands jours à celte époque. On y trouve le 
sénéchal de Champagne , Jehan de .Toinville; Gauthier de Chambli , archi- 
diacre ; l'abbé de IMoustier, Jean de Wassoigne, Florent de Roye, Jehan 
Barac, Gile de Brion, Renier Accore, et le procureur du roi, M" Pierre de 
Biaumont. On voit par là qu'il est faux de dire, comme l'ont fait beaucoup 
d'auteurs, entre autres Pithou et Grosley, que les grands jours étaient te- 
nus par les sept comtes pairs relevant du comté de Champagne , à savoir , 
ceux de Joigny, Braine, Rethel, Graiidpré, Rouci, Brienne et Bar-sur-Seine. 

En 1302 et 1303, le roi Philippe le Bel chercha à donner plus de régula- 
rité à l'institution des grands jours, et ordonna qu'ils seraient tenus deux 
lois l'an par des commissaires députés du parlement de Paris, prélats et 
barons, nommés par lui, ou, à son défaut, parles présidents de chambre. 
Malgré cette ordonnance, les grands jours ne lurent tenus désormais qu'à 
d'assez longs intervalles. Les seuls dont il soit resté des traces sont ceux de 
1333, 1367, 1374, 1376, 1391, 1395, 1402, 1409, 1521, 1535 et 1583. 

La session de 1583, qui fut la dernière des grands jours, nous est ;iussila 
mieux connue. La cour se composa d'un président au parlement , un maî- 
tre des requêtes de l'hôtel du roi, quatorze conseillers au parlement , parmi 
lesquels deux conseillers clercs, un avocat du roi et un substitut du procu- 
reur général , avec le cortège ordinaire de greffiers, notaires et huissiers. 
Plusieurs avocats de Paris accompagnaient aussi la cour, entre autres , 
Loisel, Mornac et Pasquier.Le ressort de la cour comprit les pays de Cham- 
pagne, Brie, Picardie, les bailliages d'Auxerre, Sens et anciens ressorts, 
Saint-Pierre le Moustier, Maçonnais, Donziois , Morvan, Réthelois, Bour- 
bonnais, Calais et Pays reconquis. Elle se sépara au bout d'un an, après avoir 
rendu bonne justice civile et criminelle, et ramené un peu d'ordre dans 
la province. ' 

Il n'y eut plus, au dix-septième siècle, que trois assemblées de grands 
jours à Clermont en 1665, à Moulins et au Puy en 1666. « Il fut donc de la 
puissante institution des grands jours, dit M. Boutiot, ce qu'il est de toutes 
les choses qui n'ont plus leur raison d'être. Elle fut abandonnée , non pas 
(îomme une arme vermoulue, mais connne un instrument dont l'usage est 
devenu inutile avec le temps. Elle finit enfin, parce que, chargée au nom du 
roi de sévir contre les excès de la noblesse féodale, celle-ci n'existant plus, 
elle n'avait plus de justiciables. La surveillan<:e qu'elle avait sur les officiers 
de justice se reporta naturellement au sein des parlements, dont les fonc- 
tions, devenues plus certaines, avaient un poiiv()ir mieux assur<' W. \) 



192 

Étude sur la vie et les ouvrages de du Canye, par M. Léon Feugère. 
— Paul Dupont, 1852; in-8» de 104 pages. 

Après l'hommage rendu par la ville d'Amiens à du Cange, M. Feugère a 
cru le moment venu pour la critique de soumettre à une nouvelle et conscien- 
cieuse appréciation les travaux de l'illustre auteur du Glossarium médise 
et infimse tatinitatis. Il a écrit dans ce but une série d'articles qu'il réunit 
aujourd'hui. Une notice exacte et intéressante nous donne une idée vraie 
de cette existence laborieuse des savants d'autrefois ; vie modeste, silen- 
cieuse, pleine de recueillement et d'étude. Du Cange abandonne de bonne 
heure la profession du barreau, qui l'eût conduit sans doute à un siège de 
magistrat, mais oii son ardent désir d'apprendre ne trouvait pas à se satis- 
faire. Dès lors, dans le secret du foyer domestique, tout entier aux affec- 
tions de famille et au « cuite des muses, » il laisse s'écouler sans bruit de 
nombreuses aunées inconnues, n)ais fécondes. Quand parut YHistoire de 
Constantinople sous les empereurs français^ son premier ouvrage, du 
Cange avait quarante-cinq ans. Peu à peu. ni pressés ni hâtifs, mais à leur 
jour, à leur heure, se succèdent ces travaux qui devaient faire de son nom 
une des gloires du grand siècle. L'âge semble redoubler encore l'ardeur 
de ce vénérable vieillard, «aussi gai et aussi tranquille que s'il ne faisait 
que se divertir >, » 

M. Feugère analyse au passage chacun de ces ouvrages , dont il fait 
avec habileté ressortir les différents mérites. Peu de phrases, et partout les 
traces d'une étude curieuse et amie, d'une critique ingénieuse, mais par- 
fois trop réservée ou trop timide. Y aurait-il trop d'audace à nier que du 
Cange donne toujours ce qu'on peut désirer? Son admirable Glossaire, loin 
de « déterminer, quoi qu'en dise M. Feugère, avec une précision rigoureuse 
la signiflcation des mots, « laisse souvent sans réponse au milieu de docu- 
ments contradictoires. On pouvait reconnaître ces imperfections du livre 
sans porter atteinte à la gloire de du Cange, qui a fait bien plus encore qu'on 
n'eût pu l'attendre d'un seul homme et d'une vie tout entière consacrée à 
cette œuvre unique. 

Un examen raisonné des manuscrits de du Cange, d'après le Journal des 
Savants (décembre 1749), le Mémoire de d'Aubigny, et aussi, nous a-t-il 
semblé, d'après les textes eux-mêmes, complète cette notice, écrite avec 
soin, et dont l'auteur paraît avoir eu pour but surtout d'être utile, au risque 
parfois d'être minutieux, C. P. 

Recherches suk les fonctions pbovidentielles des dates et 

DES NOMS DANS LES ANNALES DE TOUS LES PEUPLES. PariS, Dumouliu, 

1852. 294 pages in-8°. 4 fr. 
Ce livre, qui a pour épigraphe les paroles de la Sapience : « Omnia in 

1. Correspondance inédite de Mabillon et de iMonifaucon avec l'Italie, publiée pai 
M. Valéry, 18'(6, 1. II, p. r^3, citée par M. Feugère 



193 

inensura et numéro el pondère disposuisti. » est destiné par l'auleur a dr- 
voiler l'infinité des merveilles qu'il a plu à rétenielle sagesse de cacher 
dans la chronologie. Là où le commun des mortels ne voyait jusqu'ici que 
des noms et des dates , se sont révélées à lui sept lois harmoniques d'une 
exactitude irréprochable, qui dominent le passé, régnent dans le présent 
et gouverneront l'avenir. Nous n'en citerons que la dernière, que l'auteur 
déclare, nous devons en prévenir nos lecteurs à l'avance, à la portée des 
intelligences les plus ordinaires; la voici dans toute sa rigueur mathéma- 
tique : « Quel que soit le chiffre des rois d'un État ou d'une dynastie, ce 
chiffre est toujours dégagé, ou tel qu'il est , suivant sa valeur simple , ou 
suivant cette même valeur multipliée par 2, 3, 4, etc., en additionnant 
autant d'années originelles et même finales qu'il y a, soit dans le premier, 
soit même dans le dernier nom, de signes alphabétiques. » En groupant en- 
suite en faisceaux harmoniques les faits donnés par les sept lois particu- 
lières, on ouvre à l'histoire des voies d'investigation toutes nouvelles et un 
horizon presque sans limites. On trouve par exemple , grâce au chiffre fa- 
tidique de 539 ans, que le règne de Louis XVI n'est que le calque fidèle 
du règne de saint Louis. Comment en effet ne pas admettre, aujourd'hui 
qu'on a la clef des temps, que les pastoureaux de 1250, qui menaçaient de 
renverser la société chrétienne du moyen âge, ne sont qu'un avec les pas- 
toureaux du tiers qui en 1789 renversèrent la vieille monarchie française? 
On trouvera encore, par une série de combinaisons non moins obscures 
que compliquées, mais d'une précision incontestable, qu'il n'y aura en tout 
que 278 papes ; et comme déjà 263 pontifes se sont succédé dans la chaire 
de saint Pierre, il faut sans doute en conclure que Pie IX n'aura plus que 
quinze successeurs, après le dernier desquels commencera le règne de 
Dieu. A. H. 

LIVRES NOUVEAUX. 

Août — Octobre 1852. 

88. iNouveaux Analectes, ou Documents inédits pour servir à l'histoire 
des faits, des mœurs et de la littérature, recueillis et annotés par M. le 
Glay, correspondant de l'Institut. Paris, Techener. — In-S" de 14 f. 1/2, 
plus 5 pi. et un fac-similé. 

Suite h l'aiivrage intitulé : Analecte» historiques, ou Documents pour servir à l'his- 
toire des faits, des mœurs et de la littérature. Lille, Danel, 1839 —Les Noureaux Aiia 
lectes sont extraits des Mémoires de la Société des sciences, rfe l'agriculture et des arts, 
de Lille, et du Bulletin de la commission iiistoriqiie du Nord. 

89. Ilandschriften-Katalog der Konigl. Universitatsbibliolhek zu Kr- 
langen. Catalogue des manuscrits de la bibl. de l'université d'F.rlangen, 
par le l)' Irmischer. Kriangen, Heyder. — Clr. in-S" de xviii et 472 p., avei 
2 pi. de fac-similc (14 fr.). 



194 

90. Catalogus codicum mss. qui incollegiis aulisque oxouiensibus hodie 
adservantur. Ed. Coxe. II partes. Oxonii, Parker. — Gr. 10-4° de xliv et 
1319 p. (54 f.) 

91. Catalogus codicum manuscr. orientalium qui in Museo britannico 
asservantur. P. llcod. arabicos complectens (continuatio). Lond. — In-fol., 
p 159-352 (14 fr.). 

Le Supplément cooteiiant les Prolegomena et Indices est sous presse. 

92. Catalogue des manuscrits et xylographes orientaux de la bibliothèque 
impériale publique de Saint-Pétersbourg. Saint-Pétersbourg. — In-4' de 
XLIV et 719 p. (40 fr.) 

93. Ueber den Urspning der Sprache. — Sur l'origine de la langue hu- 
maine, par J. Grimm. Berlin, Dùmmler. — Gr. in-8° de 56 p. (2 fr.) 

94. History of Egypt. -- Histoire d'Egypte, depuis les temps les plus 
anciens jusqu'à la conquête arabe en 640, par Sharpe. 3' édition. Lond. 

— Gr. in-8''de47f. (16 fr.) 

95. Briefe aus ^gypten. — Lettres d'Egypte, d'Ethiopie et du Sinaï. 
écrites pendant les années 1842-1845, par Rioh. Lepsius. Berlin, Hertz. 

— Gr. in-8o de xii et 456 p., avec cartes et planches (11 fr.). 

96. Geschichte des Volkes Israël. — Histoire du peuple d'Israël jusqu'.'i 
Jésus-Christ, par Ewald. 3*' vol., dernière partie. Gôttingue, Dieterich. — 
Gr. in-8° de xiii et 570 p. (Compl. 39 fr.) 

97. Leben des Cicero. — Vie de Cicéron, par Brùckner. T. I : Vie civile 
et privée. Gôttingue, Vandenhoeck. — Gr. in-8° de xvi et 855 p. (16 fr.) 

98. Mémoire sur l'ancienne lieue gauloise; par M. T. Pistollet de Saint- 
Ferjeux. Imp. de Dejussieu, à Chalon-sur-Saône; à Langres, chez Dejus- 
sieu ; à Paris, chez Dumoulin. — In-8° de 2 f. 

99. Essai sur l'histoire des institutions du nord de la France. Ère cel- 
tique , par M. Tailliar, conseiller à la cour d'appel de Douai. Imp. d'Adam 
d'Aubers, à Douai. — In-8'' de 17 f. 1/2, plus un tableau. 

Tiré à 70 exemplaires. L'Introduction et le Glossaire celto-belge sont inédits. Le sur- 
plus est extrait des Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts de Douai, 
20 série, tom. I, 1849-1851. 

100. Lieu de la bataille entre Labiénus et les Parisiens (du); par M. J. 
Quicherat, professeur à l'École impériale des chartes, etc. Imp. deLahure, 
à Paris. — In-8° de 3 f. 1/2, plus une pi. 

Extrait du xxr volume des Mémoires de la Société des antiquaires de France. 

101. Die Epochen der Kirchlichen Geschitschreibung. — Époques de 
l'historiographie ecclésiastique, par Baur. Tubingtie, Fues. — Gr. in-S" de 
XII et 269 p. (5 fr.) 

102. Patrologiœ cursus completus, sive Bibliotheca universalis , etc. 
Séries secunda, accurante J. P. Migne. Patrologiae tomus CXIX. Florus dia- 
conus. Lupus Ferrariensis, Rodulfus Bituricensis, Walterius Aurelianensis, 



195 

Rotliadus 11 Suessioiiensis, Nicolaus Papa 1. Paris, barrière d'Enfer, aux 
Ateliers catholiques. — Gr. in-8° de 38 f. J/2 (7 fr.)- 

103. Patrologiae cursus completus, sive Bibliotheca universalis, etc. 
Séries secunda , accurante J. P. Migue. Patrologiae tomus CXXIIl. Ado, 
Usuardus. Usuardi tomus priinus. — In-8" de 31 f. — T. CXXIV. TJsuar- 
diis, Carolus Calvus, Hincmarus, Isaacus, Odo, Adrevaldus, Usuardi tomus 
secundus, cœtcrorum tomus unicus. Paris, aux Ateliers catholiques. — 
Gr. in-S^de 4l f. 3/4(l4fr.). 

104. Nouvelle Encyclopédie théologique, ou Nouvelle série de diction- 
naires sur toutes les parties de la science religieuse, etc.; publiée par 
M. l'abbé iMigue. T. XXXIll. Dictioimaire de.s conversions. Paris, aux 
Ateliers catholiques, barrière d'Enfer. — Gr. in-S" de 51 f. (8 fr.) 

105. démentis XIV, pont, max., Episiolœetbrevia selectiora ac nonnulia 
alia acta pontificatum ejus illustrnntia, quae ex secretioribus tabulariis Vati- 
canis deprompsit et nunc primum edidit Augustiims Theiner. Paris, chez 
F. Didot. — In-8° de 25 f. 3/4. 

3* volume de Pièces justificatives de l'histoire du pontiticat de Clément XIV, d'après 
des documents inédits des archives secrètes du Vatican, etc. Traduit par Tabbé P. <le 
Geslin, missionnaire apostolique. 

106. Sixtus V. — Sixte V et son temps, par J. Lorentz. Mayence, Kirch- 
heim. —^1-8" de xvi et 406 p. (5 fr.) 

107. Hi.storical Sketches. — Esquisses historiques, illustrant quelques 
événements importants entre les années 1400 et 1546, par Hambdeii Gur- 
ney. Lond. — Gr. in-l2 de 557 p. (8 fr.) 

108. Histoire chrétienne des orchidiocèses et diocèses de France, de 
Belgique, de Savoie et des bords du Rhin. Gallia christiana en français ; 
par M. l'abbé.'Clavel, de Saint-Geniez, curé de la paroisse de Villemanocbe, 
etc. Prospectus. Paris, chez Bouret et compagnie. — Gr. in-8o de 8 f. 

L'ouvrage sera publié en 120 livraisons, qui formeront 12 volumes grand in-S". 

109. Théodore de Bèze, représenté d'après des sources manuscrites et 
autres (en allemand), par Baum. Appendice au t. II. Leipzig, Weidmanii. 
— Gr. in-S" de v et 21 1 p. (Les deux premiers volumes, 25 fr.) 

110. Demoiselle (la) qui voulait voler. Pans, imp. de Guyol. — In- 12 
d'une demi-feuille. 

Tiré à 26 exemplaires. Ne se vend pas. 

En vers. Signé : F. V. Ce conte est imité du fabliau intitulé : Le. Clerc, ou la De- 
nioixelle f/ui vaulait voler, inséré t. IV, p. 271 elsuiv., <les Fabliaux et cont«'8des 
(loëtcs français des XI* , Xlf , Xlll* , XIV» et XV siècles , tirés des meilleurs auteurs , 
|>ul)iié.s par Barbazan. Noiiv.édit., augm. par Méon. Paris, Warée, 1808,4 vol. in-8". 

ill. Le Pourtraict de l'icouophile parisien, painct au vif, par A. Bon- 
iiardot. Pari.s, Dumoulin. — Petit iii-18 de 5 f. 2/îl. 

Tiré a 200 exemplaires. Esquisse qui forme le pendant de celle inlilulee : Le M» 
muer du hihltnphilc pamieti 



112. Études sur la littérature française à l'époque de Richelieu et de 
IMazarin, par Ch. L. Livet. 1. Bois-Robert. Paris, Techener. — I11-8" 
de 3 f. 

113. Réflexions sur la miséricorde de Dieu. Ouvrage de Madame de l;i 
Vallière, corrigé par Bossuet; publié pour la première fois, d'après l'exem- 
plaire annoté de la Bibliothèque du Louvre, par M. Damas-Hinard. Pari-, 
Eug. Belin. — In-32 de 3 f. 

Lfi livre annoté, qui existe à la bil)lioflièqiie du Louvre, est intitulé : « Réllexions 
sur la miséricorde de Dieu, par une dame pénitente. 5« édition, augmentée. Paris, An- 
toine Dezallier, 1688. » La l'« édition des Réllexions est de 1680. Avis du nouvel édi- 
teur, M. Dainas-Hinard, bibliothécaire au Louvie. 

114. Notice sur la vie et les écrits de Laurent Angliviel de la Beaumelle, 
par Michel Nicolas. Paris, Cherbuliez, Ledoyen. — In-S" de 2f. 3/4 (1 fr.). 

Tirée à 40 exemplaires, I-aurent Angliviel, généralement connu sous le nom de Ja 
Beaumelle, néà Valieraugue, le 28 janvier 1726, est mort à Paris, le 17 novembre 1773 

115. Histoire de Sainte-Barbe (collège, institution. 1430-1853). 1" li- 
vraison. Paris, madame Bouchard-Huzard. — In-folio d'une feuille. 

L'ouvrage se composera de 24 livraisons. Piix de chaque livraison : 40 centimes. 

116. Livret de l'École des chartes, publié par la Société de l'École des 
chartes. Paris, Dumoulin, Durand. —In-1 2 de 3 f. 5/6 (75 cent.). 

Avec notice historique sur l'École des chartes. 

117. Histoire de France jusqu'au seizième siècle; par J. Michelet. Nou- 
velle édition. Paris, Hachette. — Six volumes in-S", ensemble de 192 f. 1/2 
(30 fr.). 

118. Trois siècles de l'histoire de France. Monarchie et politique des 
deux branches de la maison de Bourbon. 1548-1848. Par M. Capefigue. 
Paris, Amyot. — Deux volumes in-8'', ensemble de 47 f. 1/2 (10 fr.). 

119. Un scrutin au quatorzième siècle. Notice et document ; par M. Félix 
Bourquelot. Paris, imp. de Lahure. — In-8° de 3 f . 

Extrait du XXV volume Hes Mémoires de la Société des antiquaires de France. 

120. The life of Marie de Medicis. — Vie de Marie de Médicis, reine de 
France, par miss Pardoe. Lond.— 2 vol. in-8' de62f. 1/2 (28 fr). 

121. Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV entre 
le cabinet du roi, les secrétaires d'État, le chancelier de France et les inten- 
dants et gouverneurs des provinces, les présidents, procureurs et avocats 
généraux des parlements et autres cours de justice, les gouverneurs de la 
Bastille, les évêques, les corps municipaux, etc. Recueillis et mis en ordre 
par G. P. Depping. T. HL Affaires de finances, commerce, industrie. Paris, 
F. Didot. - In-4<' de I23f. (12 fr.) 

Collection de documents inédits sur l'histoire de France, publiés par les soins du 
ministre de l'instruction publique. 2' série. Histoire politique. 

122. Histoire de l'abbaye royale de Saintc-Colombe-lcz-Sens , précédée 



197 

(le la vie (le sainte Colombe, vierge et lUiirtyre du pays sénonais; par 
M. l'abbé Brullée. Sens, chez Duehemin. — In-8" de 22 f 1/2. 
Se vend pour la construction d'une chapelle sur le tombeau de sainte Colombe. 

123. Description historique du château royal de Melun, figuré sur uti 
sceau du quinzième siècle; par M. Eugène Grésy. Paris, imp. deBoucquin. 
— In-S" d'une f. 1/2. 

Extrait d» n. d'août 1852 du Recueil de la Société de sphragistique. 

124. Quelques pagi de la première Belgique, d'après les diplômes de 
l'abbaye de Gorze; par M. Henri d'Arbois de Jubainville. Nanci, imp. de 
I.epage. — In-S" d'une f. 1/4. 

125. Journal de doni Gérard Robert, religieux de l'abbaye de Saint-Waast 
d'Arras. Contenant plusieurs faits arrivés de son temps, principalement en 
la ville d'Arras, et en particulier dans ladite abbaye. Arras, imp. de ma- 
dame veuve Degeorge. — In-S" de 15 f., plus un plan. 

La Clironique de Gérard Robert, naort en 1512, s'arrête au traité de Senlis, 18 mai 
1493. Pièce.s inédites, en prose et en vers , concernant l'histoire d'Artois et antres ou- 
vrages inédits, publies par l'Académie d'Arras, n. 1. 

126. Histoire des évêques de Boulogne; par M. l'abbé E. Van Drivai, 
aumônier de l'hospice de Boulogne-sur-!Mer, etc. Boulogne-sur.Mer, imp. 
de Berger. — ln-8° de 19 f. 

127. Mémoire sur les archives des églises et maisons religieuses du Cam- 
bresis; par M. le Glay, correspondant de l'Institut, conservateur des ar- 
chives du TNord, etc. Lille, imp. de Danel. - In-8" de 5 f. 3 4, plus une pi. 
et un fac-similé. 

Ce Mémoire n'est pas une nouvelle édition , mais bien une refonte complète, avec 
additions considérables, de l'article consacré aux Archives cambrésiennes dans le tra- 
vail de l'auteur, intitulé Histoire et description des archives générales du départe- 
ment du Nord, lu-4''; Paris, F. Didot, 1843. 



CHRONIQUK. 

Novembre — Décembre 1852. 

Les cours de I Kcole des i;liartes ont commencé le mardi 23 novembre 
le nombre des inscriptions dépasse le chiffre des années précédentes. 
Voici le nouveau tableau des jours et heures des cours : 

I li heures, MM. du f.ssakd, première année; 

M irdi 1 — GuÉBAiU) , première année; 

'2 — 1/2 Lacabane, troisième année. 

111 — QuiCHERAT, deuxième année; 

Midi 1/2 Vallkt DE ViKiviLi.K. deuxième année 

2 — 1/2 De (\ozfF.nE, troisième année. 



Jeudi , 
Vendredi 



198 

Midi MM. GuESSABD, première année ; 

2 heures 1 /2 Guérard , troisième année. 

Midi QciCHERAT, troisième année; 

2 — 1/2 De RoziÈRE , troisième année. 
I 11 — De Mas-Latrie , deuxième année , 

Samedi, j Midi 1/2 Vallet de Viriville, deuxième année; 

(2 — 1/2 Lacabane, prem ère année. 

— A la suite de la dernière épreuve à laquelle sont soumis les élèves 
sortants de l'École des chartes, le conseil de perfectionnement a déclaré 
dignes de recevoir le diplôme d'archivisle-paléographe, dans l'ordre sui- 
vant : MM. de la Borderie, Passy , Auger, Mabille, Pécantin, Port, Bau- 
douin, Chazaud, Dupont et Cocheris. 

— Notre confrère, M. Deloye , archiviste du département d'Indre-et- 
Loire, vient d'être nommé conservateur du musée Calvet à Avignon : il est 
remplacé par M. Ch. Grandmaison, employé auxiliaire au département des 
manuscrits de la Bibliothèque Impériale , secrétaire de la société de l'École 
des chartes. 

— M. Baudouin , archiviste-paléographe , est nommé archiviste de la 
Haute-Marne. 

— Le Moniteur du 13 novembre a publié la liste des membres non ré- 
sidants et des correspondants du Comité de la langue, de l'histoire et des 
arts de la France. Plusieurs de nos confrères sont portés sur cette liste : 
ce sont MM. de Pétigny, Barthélémy, Deloye, Guigniard et Merlet, le pre- 
mier comme membre résidant, les autres comme correspondants. 

— Une médaille d'or, de la valeur de 200 fr., avait été offerte, en 1851, 
à l'Académie des sciences , arts et belles-lettres de Caen , par un de ses 
membres , pour l'auteur de la meilleure notice biographique et littéraire 
sur les deux Porée. 

Dans sa séance du 24 décembre 1852 , l'Académie a décerné le prix à 
notre confrère M. Alleaume, arrière-petit-neveu du P. et de l'abbé Porée. 

— MM. les ministres de l'instruction publique et de l'intérieur viennent 
d'accorder à M. de Stadier, archiviste aux Archives de l'Empire, toutes les 
facilités nécessaires pour terminer l'ouvrage qu'il prépare depuis plusieurs 
années sur l'origine de la représentation nationale en France. L'importance 
de ce travail avait été signalée par le Comité historique, qui en a voté la 
pubUcation aux frais de l'État. On n'avait eu jusqu'ici, sur l'origine de nos 
assemblées représentatives, sur nos premiers états généraux, que des ren- 
seignements vagues et incomplets. Les précieux documents inédits (au 
nombre de près de 1200), trouvés par M. de Stadier aux Archives de l'Em- 



f99 

pire, viemiciit éclairer el fixer désormais la question. Ils donneut la com- 
|)osition et l'histoire complète des trois premières assemblées de députés 
réunies en France : 1" en 1302, pour organiser la résistance aux prétentions 
du pape Boniface VIII ; 2° en 1308, pour décréter la mise en accusation de 
l'ordre des Templiers ; 3° en 1317 , pour délibérer sur la possibilité d'une 
dernière croisade. — De l'ensemble des documents résulte l'ensemble du 
système. Principe de l'institution des états générau.\, formes de convoca- 
tions, d'élections , de tenues des assemblées, noms des députés, leur ca- 
ractère selon les ordres, division politique de la France, mécanisme de l'ad- 
ministration, état du clergé, de la noblesse, des communes, rapports entre 
les rois et les assemblées : toutes ces questions vont se trouver résolues 
pour l'époque si curieuse du règne de Philippe le Bel et de ses fils, date de 
la véritable organisation du pouvoir central en France. Une telle histoire, 
qui n'est autre que celle du suffrage universel en usage alors dans les 
élections , comme le prouvent les actes, acquiert un puissant intérêt 
d'actualité dans un temps où ce mode de suffrage est devenu la base de 
notre système politique. {Moniteur universel du 27 novembre 1852.) 

— L'Académie des inscriptions et belles-lettres a procédé, dans la séance 
du 10 décembre, à l'élection d'un membre en remplacement de M. Walcke- 
naer. IVI. Brunet de Presles a obtenu la majorité des suffrages. 

— Le Comité de la langue^ de thistoire et des arts de la France a tenu, 
lundi 8 novembre, sa première séance, sous la présidence de M. le Ministre 
(If l'instruction publique. 

— Le congrès scientifique de France, dont le but principal est de donner 
aux sociétés savantes de province l'unité d'action qui leur manque, a ou- 
vert sa dix-neuvième session à Toulouse le G septembre, et l'a close le 15; 
k'uxcent cinquante membres s'étaient fait inscrire. Le congrès se réunira 
Il 1853 à Arras. 

— L'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen décernera, 
en 1855, un prix de 800 fr. à l'auteur du meilleur mémoire sur le sujet in- 
diqué ci-après : 

« Essai philologique et littéraire sur le dialecte normand au moyen âge ; 
exposer ses formes principales et ses variations; son rôle dans la consti- 
tution définitive des langues anglaise et française; rechercher, dans les 
patois actuels des diverses parties de la Normandie , ce qui subsiste de 
ctlte ancienne langue, en dehors de l'anglais et du français modernes. » 

— La Société de statistique des Deux-Sèvres a mis au concours, pour 
l'année 1854, l'histoire de la ville de Melle (Metallum). Le prix sera une 
médaille de la valeur de 300 francs. 



200 

— L'importance des anciens cartulaires est de jour en jour mieux ap- 
préciée. A côté de la collection publiée par le gouvernement, viennent se 
grouper d'intéressantes publications exécutées , soit par des sociétés de 
province, soit par des amateurs éclairés. Nous pouvons annoncer aujour- 
d'hui deux nouvelles entreprises de ce genre. 

M. Peigné-Delacourt, propriétaire de l'ancienne abbaye d'Ourscamp 
(diocèse de Beau vais), met sous presse le cartulaire de cette abbaye, dont 
il a soigneusement préparé l'édition d'après l'original rédigé vers l'année 
1300, et conservé aux archives de l'Oise. Ce recueil ne contiendra pas de 
pièces antérieures au douzième siècle, mais il offrira un intérêt particulier : 
ce sera probablement le premier cartulaire d'une abbaye cistercienne publié 
en France, et les cartulaires des monastères de cet ordre se distinguent des 
autres par des caractères assez remarquables. 

De son côté, l'Académie de Mâcon ouvre une souscription pour le 
Cartulaire de Saint-Vincent, dont elle a décidé l'impression d'après une 
copie récemment découverte aux archives de Saône-et-Loire ^. Cet appel ne 
peut manquer d'être entendu de ceux qui s'adonnent aux études histori- 
ques , et nous ne tarderons sans doute pas à posséder une édition d'un car- 
tulaire qui ne contient pas moins de 633 pièces , dont la date est comprise 
entre le huitième et le treizième siècle. — Le Cartulaire de Saint- Fincent 
formera un volume in-4", dont le prix est fixé à 10 francs pour les sous- 
cripteurs. 

— M. le colonel Uhrich vient de trouver, aux environs de Saverne et de 
Phalsbourg, des inscriptions tumulaires dont il a donné \e. fac-similé dans 
les Mémoires de l'Académie de Metz. Deux de ces inscriptions gallo-ro- 
maines sont écrites en caractères qui semblent différer des divers al- 
phabets grecs et latins, et devront à ce titre attirer l'attention des savants. 
Nous donnons, d'après la Revue archéologique^ deux des inscriptions qu'on 
a pu déchiffrer. 

D. M. 

LATIOCAIV 

LINICINIVS... 
KT....CINIVS 
MVS.... FILI 
S.P....C 

2. 
lOVIO .M. 
LM. LIBER. VIII 

1, Il paraît qu'avant cette découverte l'Académie de Mâcon regardait le cartulaire 
a*' Saint-Vincent rommfi perdu. Il en existe cppemlant une copip à la BJblio(hèf|iip 
Impériale parmi Ips manuscrits de Bonhier. 



EXPLICATION 



DU 



CAPITULAIRE DE VILLIS. 



Ce capitulaire a été l'objet d'un grand nombre de commentai- 
res. En me proposant de l'expliquer de nouveau, j'entreprends 
une tâche que les travaux de mes devanciers ont rendue à la vé- 
rité plus facile, mais qui toutefois, au moins je l'espère, 
pourra ne pas paraître entièrement superflue. 

Ce document si célèbre n'est pourtant pas un capitulaire pro- 
prement dit, à moins qu'on ne veuille appliquer ce nom à toute 
espèce d'écrit divisé en petits chapitres, capitula. Mais tel n'est 
point le sens qu'on lui donne communément. Nous entendons, 
en effet, par capitulaires des ordonnances d'intérêt public, rédi- 
gées et promulguées d'ordinaire dans les assemblées nationales. 
Or, ce qu'on appelle le capitulaire de Vilîis ne présente pas ces 
caractères : d'abord il concerne non les propriétés en général, 
mais seulement les terres des domaines du roi; ensuite il n'a pas 
été rédigé avec le concours des grands du royaume ni dans une 
assemblée de la nation. Ce n'est donc pas une ordonnance, c'est 
un règlement presque exclusivement domestique. Enfin, la 
preuve qu'il n'est pas un capitulaire, c'est que l'abbé de Saint- 
Wandrille, Ansegise, qui a recueilli les capitulaires de Charle- 
magne et ceux de Louis le Débonnaire jusqu'à la fin de l'année 
820, ni môme son très-peu digne continuateur, le diacre Benoit, 
de l'église de Mayence, n'ont reproduit aucun passage du capi- 
tulaire de Villis dans leurs recueils. 

On ne connaît plus aujourd'hui qu'un seul ms. ancien qui 
contienne le texte de ce précieux document. Il appartenait à la 
bibliothèque de Helmstadt; il est présentement conservé dans 
celle de Wolfenbuttel (duché de lirunsvvick). Quoiqu'il paraisse 
remonter au commencement du neuvième siècle , il n'est pas 
<'\(mpt de fautes nombreuses et graves. Le capilulaire a f-lé pu- 
ll!. (Troisième si>rie.) ' i 



202 

i)lié, pour la première fois, en 1G47 , parHermanu Conring ou 
Conriiîgius, d'après le manuscrit d'Helmstadt, à la suite des let- 
tres de Léon III. Le même savant en donna une deuxième édi- 
tion en 1655. Baluze le réimprima dans sa collection des Capitu- 
laires, et J. Georges Eckhart dans son Commentarii de rébus 
Francise orientalis; celui-ci un peu moins incorrectement, parce 
qu'il revit le texte sur le manuscrit même dont s'était servi Con- 
ringius. Ensuite Pierre Georgisch l'inséra dans son Corpus juris 
germanici antiqui ; Daniel Gotfried Schreber, dans son Traité des 
biens et revenus de la chambre' ; et dom Bouquet, dans le 
tome V de son recueil. Bruns le publia de nouveau, avec des 
améliorations considérables que lui procura la révision du ma- 
nuscrit^. Enfin M. Pertz en a donné une dernière édition, après 
l'avoir encore collationné avec le manuscrit de Wolfenbuttel ^ . 
D'autres savants, tels que Tresenreuter, Ress, Kinderling \ Anton, 
en ont fait le sujet de publications ou de dissertations particu- 
lières, sans parler de beaucoup d'autres auteurs, tels que l'avo- 
cat Bouquet, l'historiographe Moreau, et même plusieurs écri- 
vains de notre temps, qui se sont aussi occupés de ce document. 
L'année dans laquelle il fut rédigé est incertaine. Baluze, avec 
Gonringius, reporte cette rédaction avant le 4 juin de l'an 800; 
M. Pertz, avec Eckhart, la recule à l'année 812, par les raisons 
suivantes. D'abord , il est constant que Charlemagne ordonna 
en 812 à ses missi de faire la description de ses domaines, 
comme le prouve une disposition du capitulaire d'Aix-la-Chapelle, 
de cette année, ainsi conçue : Ut non solum bénéficia episcopo- 
rum, abbatum, abbatissarum, atque comitum sive vassallorum 
nostrorum, sed etiam nostri fisci describantur, ut scire possemus 
quantum etiam de nostra (ou plutôt de nostro, comme dans 
Ansegise, III, 82 ; Pertz, LL. I, 309) in uniuscujusque legatione 
habeamus ^. Il est donc permis de croire que le formulaire que 
nous avons de la description des fisci regales, date de la même 
année 812, et qu'il a été rédigé en conséquence de la prescrip- 
tion du capitulaire d'Aix-la-Chapelle ®. Or, ce formulaire se 

1. Abhandlung von Camviergûtern und Einkunften; Leipzig, 1754. 

2. Dans son Beytràge zu den deutschen Rechten des Mittelalters, 

3. Mon. Germ.yLL. I, 181-187. 

4. À la suite de Bruus, p. 3ô9-42l. 

à. Capitul. Aquense, «. 812, c. 7, dans Pertz, LL.i, 174. 

6. Le Breviarium rerum fiscalium Caroli M. ne fut pas inséic par Baluze dans 



203 

trouvant transcrit immédiatement avant le capitulaire de Villis, 
dans l'unique manuscrit qui nous a conservé le texte de ces deux 
documents, on a pu supposer que la rédaction du capitulaire de 
Fillis avait suivi de près celle du formulaire, et par conséquent 
celle du capitulaire d'Aix, et l'on s'est déjà cru induit ainsi à 
lui assigner la même date, c'est-à-dire l'année 812. On s'est con- 
firmé dans cette opinion lorsque, en examinant certaines dispo- 
sitions du capitulaire publié l'année suivante, on a pu y voir 
comme des reflets du capitulaire de Fïllis ' . Enfin, et c'est là la 
véritable raison, on a trouvé dans le titre même de ce dernier, 
ainsi conçu : Capitulare deviîîisvel curtis imperialibus, la preuve 
manifeste que le document était postérieur à la restauration de 
l'empire d'Occident, c'est-à-dire au 25 décembre 800, jour où le 
pape Léon III mit une couronne d'or sur la tête de Charlemagne, 
en le proclamant empereur. Telles sont les raisons alléguées par 
les partisans de la date la moins ancienne. Mais il est douteux 
qu'elles doivent prévaloir sur la raison, unique à la vérité, que 
Conringius et Baluze ont présentée à l'appui de l'opinion contraire. 
Ces savants, en effet, ayant remarqué que Charlemagne, dans 
plusieurs paragraphes du capitulaire même de Villis ^, s'asso- 
ciait la reine pour l'administration de ses biens, en ont conclu 
naturellement qu'il y avait une reine sur le trône au moment de 
la rédaction de ce capitulaire, et que, par conséquent, cette ré- 
daction, qui pouvait être beaucoup plus ancienne, était nécessai- 
rement antérieure au 4 juin de l'an 800, date de la mort de la 
dernière femme de Charlemagne. 

Cet argument me paraît décisif, même contre le mot imperia- 
ïibua de l'intitulé du capitulaire; car on aura peu de peine à 
croire que le copiste, qui écrivait sous l'empire ' , aura, dans un 
titre, parlé le langage de son temps, tandis qu'on s'expliquerait 
difficilement comment Charlemagne se serait déchargé d'une 

son édition des Capitniaires , parce (|iie le savant Conringius. à qui il s'était adressé 
pour en avoir une copie d'après le ms. de Helnistadt, aujourd'hui de Wolfenbuttel, ne 
put parvenir à triompher des dimciiltés de lecture que présentait le texte. Voy. 
F.ckhart, Comm., t. II, p. 902, note a. Mais ce document ayant été publié en 1729 
par Fxkharl, D. Bouquet aurait dH le comprendre dans .sa collection. 

1. Voy. Capilul. Aquisgraneuse , a. 81.3, c. 10, 18 et 19, dans Pertï, LL. I, 
18S et 18». 

2. C. 16, 27, 47, 58, dans Peilx, p. I82-1R5. 

.1. I.e ms. ert du commencement du neuvième siècle, au juRcinrnt de M. I»crlx, 
p. 17à. 

N. 



204 

partie do l'administration de ses terres snr une personne qui 
n'aurait pas existé. En conséquence, je conserverai la date de 
Baluze, et j'estimerai le capitulaire de Villis écrit avant le 4 juin 
de l'an 800. 

Je passe à l'examen du texte, composé de soixante-dix articles * . 

Incipit Capitulare de villis et curtis imperialibus. 

1 . Volumus ut viïlse nostrx, quas ad opus nostrum serviendi 
institutas habemiis, sub integrilate partibus nostris deserviant, et 
non aliis hominibus. 

La villa, sous les Mérovingiens, est une terre, en général, y 
compris les personnes qui l'habitaient. Sous les Carlovingiens, 
c'est très-souvent un village et déjà même une paroisse. Charle- 
magne distingue deux espèces de tnlZa royales : 1*' celles qui sont 
affectées à l'entretien de sa maison, et dont il a formé, si je puis 
parler ainsi, sa liste civile; 2° celles dont les revenus sont 
appliqués à d'autres services qu'au sien, ou qu'il a concédées 
en bénéfice à des églises, à des abbayes, à ses comtes, à ses vas- 
saux, etc II ne veut pas que les terres réservées pour son usage 
servent à celui d'autrui. C'est une défense adressée à ses in- 
tendants. 

2. Ut familia nostra bene conservata sit, et a nemine in pau- 
pertate missa. 

Familia nostra s'entend ici de tous les hommes de condition 
libre ou servile qui avaient pour maître Charlemagne, y compris 
même les ecclésiastiques (§ 6). Celui-ci veille à leur conserva- 
tion, et défend qu'aucun d'eux ne soil réduit à la misère par 
personne. Ses capitulaires témoignent d'ailleurs de l'intérêt qu'il 
portait aux pauvres, et des efforts qu'il fit pour détruire ce que 
nous appelons le paupérisme, et réprimer le vagabondage et la 
mendicité. En cette année de disette, dit-il en décembre 805, 
que chacun aide les siens autant qu'il peut, et qu'il ne vende pas 
son blé trop cher : Et in prsesenti anno de [amis inopia, ut suos 
quisque adjuvet prout potest^ et suam annonam non nimis care 
vendat^. Et au mois de mars de l'année suivante : Consideravi 

1. Quelques mots du texte ayant été corrigés |)ar le copiste au temps de la rédac- 
tion ou peu a^jrès, nous avons, à l'exemple de M. Pertz, reproduit en note la première 
leçon. 

2. Capitul. Tfieodonis Villx, communia, a. 805, c. 4; Pertz, p. 132 et t33. 



205 

mus itaque^ ut prœsente annOj quia per plurima loca (amis valida 
esse videtur, ut omnes episcopi, abbates, abbatissœ, obtimaleSy 
comités seu domestici, et cuncli fidèles qui bénéficia regalia, tam 
de rébus Ecclesix quamque et de reîiquis habere videtur, unusquis- 
que de suo beneficio sua familia nutricare [aciat, et de sua pro- 
priœtale propria familia nutriat '. En 809, la Gaule ayant encore 
été afUigée par la famine, Charlemague ordonna de nouveau à 
tous ses sujets de venir au secours de leurs hommes, tant des 
libres que des serfs : Unusquisque prœsenti anno, sive liberum 
sive servum suum de famis inopia adjutorium prxbeat 2. De 
même, en 813 : Ut unusquisque propter inopiam famis suos fa- 
miliares et ad se pertinentes gubernare sludeant ^. Quant au va- 
gabondage et à la mendicité, il s'y opposa, non-seulement en 
prescrivant à chacun de nourrir ses pauvres, mais encore en dé- 
fendant de les laisser mendier, et même de rien donner aux vaga- 
bonds et mendiants à moins qu'ils ne le gagnassent par le travail 
de leurs mains : De mendicis qui perpatrias discurrunt, volumus 
ut unusquisque fidelium nostrorum suum pauperem de beneficio 
aut de propria familia nutriat, et non permittat aliubi ire mendi- 
cando. Et ubi taies inventi fuerint, nisi manibus taborent, nullm 
eis quicquam retribuere prxsumat *. 

J'ai rappelé ces diverses prescriptions, d'abord parce qu'elles 
sont en rapport avec celles que nous venons de lire dans le capi- 
tulaire de Villis; ensuite, parce qu'elles montrent que, si la li- 
berté manquait au pauvre, l'assistance de son maître lui était 
assurée par la législation. Depuis, si la liberté est devenue le 
patrimoine de tous les hommes, le devoir de les nourrir ne fut 
plus imposé qu'à la charité. 

3. Ut non prœsumant judices nostram familiam in eorum ser- 
vitium '' ponere, non corvadas, non materia cedere, nec aliiid opus 
sibi facere cogant; et neque ulla dona ab ipsis accipiant, nonca- 
hallum, non bovem, non vaccam, non porcum, non berbicem, non 
porcellum, non agnellum, non aliam causam, nisi bulicutas et 
ortum, poma, pullos et ova. 

Cet article contient une double défense faite à des oflicic rs du 

I. Capilul. allerum ad Niumagam, a. 80G, c 8 ; ib. p. t4â. 
1. Capilul. Aquixtjrnn., a. 809, «•• 24 ; ib. \>. IJO. 

3. Capilul. allerum Af/uisgran., a. 813, cil; ib. p. 181». 

4. Capilul. primum ad Niumagam, a. 806, c. «J; ib. p. 144. 
i). Srrvivium, 1" Imin. 



206 

roi nommés judices : celle d'exiger, pour leur profit particulier, 
des travaux et des services des gens placés sous leurs ordres, et 
celle de recevoir d'eux aucun présent , à l'exception de choses 
de peu de valeur. 

Le mot judices se représentant fréquemment dans les articles 
qui suivent, j'en réserverai l'explication. 

Les corvées, corvadse, sont, comme nous l'avons démontré 
ailleurs * , des labours faits, par commandement, aux différentes 
saisons de l'année, soit à la charrue, soit à la main. Ce n'est 
que dans les temps modernes qu'on a donné une signification 
beaucoup plus étendue à ce mot , en l'appliquant à toute espèce 
de travail ou de peine gratuits. 

Materia^ ou plutôt materiam cxdere, c'est couper du bois , 
c'est-à-dire faire la coupe des bois. Causa est pour res , chose. 
Buticulse paraît signifier ici des bouteilles ou de la boisson. 
Ortum , comme on le voit clairement par un passage cité dans 
Du Gange, doit s'entendre des légumes et des autres produits des 
jardins. 

Une disposition pareille à celle que contient cet article se re- 
trouve dans la lettre écrite par Charlemagne à Pépin son fils , 
roi d'Italie. L'empereur y fait défense à ses officiers de tous or- 
dres de prendre des logements et des chevaux sur les terres et 
chez les hommes des églises, des monastères et des hospices; de 
faire travailler ces hommes à leurs terres et à leurs maisons ; 
d'exiger d'eux de la viande et du vin , et de les opprimer en au- 
cune manière : Pervertit ad aures clementise nostrœ , écrit Char- 
lemagne, quod aliqui duces et eorum juniores , gastaîdii, vicarii, 
centenarli seu reliquiministeriales, falconarii, venatores et cseteri, 
per singula territoria habitantes aut discurrentes, mansionaticos 
et parvaredos accipiant , non solum super Uberos homines , sed 
etiam in ecclesias Dei, monasteria videîicet virorum ac puellarum^ 
et senedochia , atque per diversas plèbes , et super reliquos ser- 
vientes ecclesise, et insuper homines atque servientes ecdesiarum 
Dei, in eorum opéra, id est , in vineis et campis seu pratis, nec- 
non et in eorum sedificiis illos faciant operare, et carnaticos et vi- 
num contra omnem justitiam ab eis exactari non cessant ; et mul- 
tas oppressiones patiuntur ipsse ecclesim Dei vel servientes earum. 

1. Irm. I, 6^4 



207 

Ideoque , carissime fili , etc. Suit l'ordre de réprimer tous ces 
abus ' . 

4, 5» famiUa nostra partibus nostris aliquam fecerit fraudem 
de lalrocinio aut alto neglecto, illud in caput conponat; de reli- 
quo vero pro lege recipiat disciplinam vapuïando; nisi tantumpro 
homicidio et incendio, unde frauda exire potest. Ad reîiquos au- 
iem homiiies justitiam eorum, quaîem habuerint, reddere stih- 
deant^ sicut lex est. Pro frauda * vero nostra, ut diximus, fa~ 
milia vapuletur. Franci autem qui in fiscis aut vilUs nostris ' 
commanent, quicquid commiserint^ secundum legem eorum emen- 
dare studeant ; et quod pro frauda dederint , ad opus nostrum 
veniat , id est in peculio aut in alio prœtio. 

Cet article est un des plus difficiles à expliquer de tout le ca- 
pitulaire. Je crois y reconnaître deux dispositions principales. La 
première se rapporte aux actes commis par les gens du roi à 
son préjudice d'abord, puis au préjudice d'autres personnes, 
reliqui homines; la seconde concerne les actes commis par leë 
hommes libres qui habitent sur ses terres. Mon illustre et véné- 
rable confrère M. Pardessus entend par reliqui homines les lites 
ou les affranchis ■* ; mais je doute que cette interprétation , à 
laquelle sont contraires Tresenreuter et Anton, l'eût entièrement 
satisfait s'il était entré dans l'explication du passage. Les hommes 
libres habitant sur les terres du domaine sont d'ailleurs expres- 
sément nommés dans un eapitulaire de Worms de 829 '. 

11 y a dans le texte un mol important qui paraît avoir été altéré 
par le copiste : c'est frauda , écrit deux fois sous cette forme et 
une fois sous celle de fauda. On ne le trouve employé dans aucun 
autre document, et les éditeurs et commentateurs que j'ai con- 
sultés l'ont remplacé ou interprété par le mot /e/da, à l'exception 
de M. Perlz, qui, dans une note, le fait synonyme de freda *, et 
de Kinderling, qui en fait la |)remière fois frosta, terre en friche, 
et la seconde fois fraude, fraude, mais sans plus de fondement 



1. Epist. a 807, vcl circUer, dans Perli, p. 150; Baliiïe, I, 461 ; Bouq., V, 
ti29c. 

2. Fauda, daus le ins. 

3. Noslrts a été ajouté au-desiius de la ligne. 

4. Loi salique, p. 590. 

j. De lilMîris iioiniiiilMis qui proprium non lialH'nt, Red iii leira domiiiica residwit. 
f'apiluta pro lege habendn, r. fi, dans PfHz, p. 3.'i4 
«. I f. fiedd, /redum, p. «81. 



208 

d'un côté que de l'autre. Si l'on donnait la préférence à feida , 
ou faida, qui signifie guerre privée, les mots nisi tantum pro 
homicidio et incendia, unde faida exire potest, se traduiraient 
ainsi : « A la réserve de l'homicide et de l'incendie , d'où peut 
naître une guerre. » Mais entre qui cette guerre? Entre le roi 
et ses gens, familia ? celd n'est pas admissible. Entre ses gens 
et des étrangers ? cette interprétation est peu satisfaisante , at- 
tendu qu'elle renverserait l'économie de l'article ; car il ne s'agit 
actuellement que des fautes des gens du roi envers lui , et c'est 
dans la phrase suivante seulement qu'il sera question du tort fait 
par les gens du roi à des étrangers. Enfin , dans la disposition 
qui concerne les hommes libres , les mots quod pro frauda de- 
derint, supposeraient encore le cas, très-difficile à concevoir, où 
le roi serait en guerre avec eux. La leçon faida présente donc de 
très-graves difficultés, qui doivent, à mon avis, la faire rejeter. 
Au contraire , si nous interprétons frauda par freda , qui est 
presque aussi souvent en usage que le neutre fredum , pour dé- 
signer l'amende ou la part qui revient au roi ou aux magistrats 
dans les jugements, il en résultera un sens qui se justifie de 
soi-même. En effet, il est naturel que le roi, après s'être con- 
tenté de prononcer le fouet pour les cas moins graves, se réserve 
d'ajouter à cette peine celle du fredum pour des crimes, tels que 
le meurtre et l'incendie. Le verbe exire, dans la phrase wwde 
frauda exire potest , est d'ailleurs très-souvent employé dans le 
sens de sortir pour payer, ou plutôt pour être payé \ A la se- 
conde ligne de l'article , le mot caput veut dire le capital , le 
principal, la matière du délit, le prix de l'objet détruit , endom- 
magé ou volé. C'est la signification qu'il a dans la loi salique ^, 
où toutefois il est ordinairement remplacé par le mot capitale '. 
Plus bas , l'expression franci qui in fiscis aut villis nostris corn- 
manent, désigne les hommes libres qui font leur habitation dans 
les domaines ou les établissements ruraux du roi. C'est en effet 
dans le sens d'homme libre et de femme libre que sont ordinai- 

1. Farinarium, unde exiit in censum de annona modios 15 et denarios 3 et auca 
pasta 1. Irm., t. Il, p. 5, § 40. Voy. aussi ib., p. 151, 165, 179, etc. 

2. Voy. L. saL, XXVII, 4; LXI, 1 ; LXV, 1; premier texte, dans Pard,, p. 15, 
33 et .14. 

3. Voy. surtout le texte de la Lex emendata, aux articles des titres 2 à 13, etc. 



209 

rement pris les mots francus et franca des capituluirës ' . Quaut 
à peculium, il est mis pour pecus - , bétail. 

Le roi ordonne donc, par cet article, que ses hommes lui fas- 
sent une réparation complète des vols et des autres torts qu'ils 
commettront envers lui, et, de plus, qu'ils reçoivent le châtiment 
du fouet, à la réserve toutefois des cas d'homicide et d'incendie , 
pour lesquels ils peuvent encourir l'amende. Mais s'ils causent 
du dommage à d'autres hommes, ses officiers auront soin qu'il 
en soit fait justice aux parties lésées suivant leur droit; et les 
amendes qui pourraient lui en revenir seront remplacées , comme 
lia dit, par la flagellation. Quant aux hommes libres, habitant 
ses fiscs ou ses terres, ils doivent réparer, selon leurs lois, le mal 
qu'ils auront commis, et les amendes qu'ils auront encourues 
seront payées au roi en bétail ou en autre valeur. Les sommes 
d'argent fixées pour les compositions pouvaient être remplacées, 
en effet, par des objets d'égal prix ^. 

5. Quando judices nostri labores nostros facere dehent, semi- 
nare, aut arare, messes coîligere, fenum secare, aut vindeamiarey 
unusquisque in tempore laboris, ad unumquemque îocum , prœvi- 
deat ac instituere faciat, quomodo factum sit, ut bene saîva ^ sint. 
Si intra patriam non fuerit , et in quale loco judex venire non 
potuerit, missum bonum de familia nostra, aut aîium hominem 
bene creditum , causas noslras providendi^ dirigat, qualiter ad 
profeclum veniant; et judex diligenter prsevideat, ut fidelem ho- 
minem transmittat ad hanc causam providendam. 

Cet article fait connaître en partie les attributions des judices, 
que nous tâcherons plus tard de définir. 

6. Voïumus ut judices nostri decimam ex omni conîaboratu 
pleniter douent ad ecclesias qux sunt in nostris fiscis, et ad alte- 
rius ecclesiam nostra décima data non fiât , nisi ubi antiquilus 
imtitutum fuit. Et non alii cïerici habeant ipsas " ecclesias , nisi 
nostri aut de familia aut de capella nostra. 

1. Voy., à ces mots, les passages indiqués dans les tables des capitulaires de 
Baluze. 

2. Voir Peculium, dans Da Gange. 

3. Voy. Capitul. Aquisgr., a. 817, capitula legibus addenda, c. 8, dans Pertz, 
p. 2J1. Voy. aussi Capitul. Saxonic., a, 797, cil; ib. p. 7C. Peculium reparaU 
au § 24, avec la môme signification. 

i. Salve, 1" leçon. 

•. J'rovidendu, vleçou. 

<> K( rit audi-sbus de la liniic. 



210 

L'obligation de payer la dime à l'église, après avoir été uu 
précepte ecclésiastique , confirmé par plusieurs conciles et même 
par l'autorité royale ' , devint une loi civile par les capitulaires 
des années 779 et 794^. Charlemagne, s'y étant soumis lui- 
même, prescrit à ses officiers de payer ce tribut sur tous les 
produits de ses domaines sans exception. La signification du mot 
conlaboratus est expliquée par les articles 34, 44 et 62 , où sont 
décrites les différentes espèces de ces produits , et par les para- 
graphes 18, 20, 21 et 22 du Breviarium^. Nous ferons aussi 
observer que les ecclésiastiques, clerici, étaient compris dans la 
familia. Charles le Chauve, dans son accusation contre Wénilon, 
archevêque de Sens, dit que ce prélat, lorsqu'il n'était encore 
que simple ecclésiastique, libre, c'est-à-dire sans aucun lien avec 
une église, s'étant recommandé à lui, était entré à son service 
dans sa chapelle, et lui avait prêté serment de fidélité *. 

7. Ut unusquisque judex suum servitium pleniter perficiat, si- 
cut ei fuerit denuntiatum. Et si nécessitas evenerit quod plus ser- 
vire debeat , tune conpiitare faciat , si servitium debeat multipli- 
care vel noctes. 

Comme les services étaient exactement réglés , ainsi que la 
suite le fera voir , le roi veut que , dans le cas où ils devraient 
dépasser la mesure ordinaire , ses officiers fassent faire l'évaloar- 
tion du surcroît de travail, et régler s'ils devront y pourvoir , 
soit par un supplément d'hommes , soit par un supplément de 
journées. Le mot noctes est employé dans le sens de dies, selon 
la manière de compter des peuples germains. 

8. Ut judices nostri vineas recipiant nostras , quse de eorum 
sunt ministerio, et bene eas faciant , et Ipsum vinum in bona mit- 
tctnt vascula, et diligenter prsevidere faciant, quod nullo modo 
naufragatum sit. Aliud vero vinum ^ peculiare conparando emere 
faciant , unde villas dominicas condirigere possint. Et quando- 
quidem plus de ipso vino conparatum fuerit, quod ad villas nostras 



1 . Voy. la lettre encyclique du roi Pépin, de l'an 765, dans Pertz, p. 32. 

2. Capitul. a. 119, c. 7, Pertz, p. 36. Capitul. Francofurt., a. 794, c. 25, 
Pertz, p. 73. 

3. Dans Irm. H, 301-303; dans Pertz, p, 178-180. 

4. Weniloni, tune clerico meo, in capella mea mihi servieuti, qui, more liberi cle- 
rici, se mihi commendaverat, et fidelitatem sacramento promiserat. Capitul. apud 
Saponarios, a. 859, c. i ; dans Pertz, p. 462 ; Bal. II, 133. 

5. Alto vero vino, i^' leçon. 



211 

condirigendum mittendi opus sit , nobis innotescat , ut nos com- 
înendemus qualiter nostra fuerit exinde voluntas. Cippaticos 
enim de vineis nostris ad opus nostrum mittere faciant. Censa de 
villis nostris qui vitium debent, in cellaria nostra * mittat. 

Les officiers devaient avoir soin ou répondre, reàpere, des vignes 
qui étaient de leur ressort ou dans leur district, ministerium , 
et veiller à ce qu'il n'y eût pas de vin répandu, perdu, naufra- 
gatum ; c'est le sens que le verbe naufragare reçoit dans une 
foule de documents ^. Les mots vinum peculiare signifieraient du 
vin commun, suivant Tresenreuter et Anton ; mais j'aime mieux 
les entendre du vin qui n'était pas récolté dans les vignes du 
roi , et que ses officiers dont les districts renfermaient peu de 
vignobles, achetaient pour faire ou pour compléter sa provi- 
sion ; ce vin serait opposé au vinum dominicum. La suite de la 
phrase semble confirmer cette interprétation. Le gérondif con- 
parando ^ , qui n'est expliqué par aucun traducteur ou commenta- 
teur, se lie à la première partie de la phrase, et non à l'infinitif 
emere. Unde villas dominicas condirigere possint , est traduit 
comme s'il y avait ad villas nostras , et tous les éditeurs anté- 
rieurs à liruns ont en effet intercalé ad dans le texte. Mais je 
pense que cette préposition n'est pas nécessaire , et que , si on 
la suppléait ici , il en résulterait de l'obscurité pour la phrase 
suivante, où elle est employée. Villas dominicas condirigere si- 
gnifierait donc, à mon avis, faire l'approvisionnement des mai- 
sons roy elles; et, ensuite, plus qnod [pour quam] ad villas no- 
stras condirigendum mittendi opus sit, voudrait dire : plus qu'il 
n'en faut mettre (du vin) pour V approvisionnement^ la dépense, 
le service, la bonne tenue de nos maisons. Ici le verbe con- 
dirigere serait nécessairement alors un verbe actif, auquel se 
rapporterait la préposition ad, comme s'il y avait ad villas no- 
stras condirigendas. Autrement le mot condirigendum , que les 
traducteurs et les commentateurs ont, il est vrai, laissé de côté, 
serait inutile devant le gérondif mittendi. On trouve d'ailleurs 
plusieurs passages dans lesquels le verbe condirigere, et surtout 
I adjectif condireclus ou condrictus, sont employés dans le sens 
(jue je préfère. Je rends aussi mittere par mettre , conformément 

I. Cellarionostro, l" le«;oii. 
'>. Voy. ce mot «ians Du Cange. 

.{. Ou trouve, liaiM Du Caage, l'expressu)!! vo» cumparabiln, rmiilovcc sons foiuie 
:• menace, pour dire : Vous me te payerez. 



212 

à la signification de ce verl)e dans la première phrase ; et je 
pense même qu'il n'en a pas d'autre dans tout l'article. Ainsi 
mittere cippaticos signifierait plutôt, s'il était possible , faire des 
provins, que envoyer des marcoUes de vigne. En effet, outre qu'il 
n'est pas dit où ces marcottes doivent être envoyées, on ne voit 
pas bien la raison de les adresser à Charlemagne, qui n'avait 
pas de résidence fixe, et qui ne fit d'Aix-la-Chapelle sa demeure 
habituelle que dans les dernières années de son règne. Mais j'a- 
voue que je ne suis pas satisfait de la manière dont les commen- 
tateurs ont interprété le mot cippaticos , et que je ne puis con- 
sentir à le traduire par des provins ou des marcottes. D'abord 
cette interprétation , purement conjecturale, ne peut se justifier 
par aucun texte, attendu qu'on n'en connaît aucun autre où le 
mot cippaticos ait été employé. Ensuite la conjonction enim , à 
moins qu'on ne lui donne le sens d'aw^em, indique évidemment 
une liaison et non une opposition avec la phrase précédente. En- 
fin, la suite des idées ne permet pas de placer, après une prescrip- 
tion qui concerne le vin, une disposition relative à la culture de 
la vigne, pour revenir ensuite au vin dans la phrase qui suit im- 
médiatement ; car il y est dit que le vin provenant du cens levé 
dans les terres du roi doit être mis dans ses celliers. Qui vinum 
debent est , sans aucun doute, pour eorum qui , etc. D'après tous 
ces motifs, il m'est impossible d'adopter l'explication reçue pour 
cette partie de l'article, et je pense qu'il s'agit ici de l'ordre 
donné par le roi de destiner pour sa table le vin de ses vignes , 
cippatici devant signifier le produit des ceps, des cépages. 

9. Volumus ut unusquisque judex in suo ministerio mensuram 
modiorum, sextariorum, et situlas per sexlaria octo, et corbo- 
rum, eo tenore habeant , sicut et in palatio habemus. 

La mesure appelée situla est la même que la sida. Elle est 
égalée ici à huit setiers, et, dans une charte de 889, à la trentième 
partie d'une carrada * . Quant au modius, au sextarius et au cor- 
bus, bien que j'eusse à revenir sur l'évaluation que j'ai faite au- 
trefois de ces mesures , ce n'est pas ici le lieu de recommencer 
mes calculs, et je me contenterai d'y renvoyer ^, en annonçant la 
nécessité et mon intention de les modifier. 

10. Ut majores nostri et forestarii, poledrarii, cellerarii, de- 

1. Voy. Irm. 1, 189. 

2. Irm., t. 1, §§ 87 et 88, el Éclaire. L. 



•213 

ani, telonarii vel ceteri ministeriaks rega faciant , et sogales 
Ument de mansis eorum. Pro mamwpera vero eorum ministeria 
eue prsevideant. Et qualiscumque major habuerit beneficium , 
iium vicarium mittere faciat^ qualiter et manuopera et ceterum 
rrvitium pro eo adimplere debeal. 

r>es majores, les decani et les cellerarii sont appelés plus bas 
(§ 58) les aides, juniores^ des judices. Ils appartenaient à la 
classe si nombreuse et si variée des ministeriaîes , qui sont ici , 
de même qu'au § 41 , des hommes de condition plus ou moins 
servile , c'est-à-dire des colons , des lides ou des serfs , mais qui 
plus bas, aux §§ 16 et 47, figurent parmi les principaux officiers 
du palais ou du roi. Les offices ou métiers , ministeria , des mi- 
nistériels de l'ordre inférieur , étaient de toutes sortes , comme 
nous le verrons an § 45 ; ceux dont il s'agit dans notre article 
avaient rapport à l'économie rurale , et embrassaient la conduite 
des travaux des champs et l'acquittement des redevances et des 
services imposés aux tenanciers. Au milieu des désordres qui sui- 
virent la décadence du pouvoir royal, ces ministériels furent 
particulièrement chargés de s'opposer à la destruction des villa 
royales , et d'empêcher que les colons ne vendissent les terres de 
leurs manscs, pour n'en garder que les habitations '. Ils avaient 
eux-mêmes des tenures , pour lesquelles ils supportaient ordi- 
nairement les charges communes ; mais ils jouissaient de certains 
droits ou émoluments , prélevés par eux sur leurs recettes et 
proportionnés à l'importance de leurs offices. Parmi eux , le 
maire, major, occupait le premier rang. Il n'avait généralement, 
comme le doyen et le cellerier, qu'une seule terre, villa, dans son 
ressort ; et même, si la terre était d'une grande étendue, on la 
partageait entre plusieurs maires et plusieurs doyens. Charle- 
rnagne défend en effet (§ 26) d'attribuer aux maires plus de 
territoire qu'ils n'en pouvaient visiter et administrer en un jour. 
Il ne veut pas non plus qu'ils soient pris entre les plus riches de 
ses tenanciers. Leurs devoirs sont tracés dans un capitulaire de 
l'an 813 ^. Mais je ne reviendrai pas ici sur les détails que j'ai 
tournis ailleurs au sujet de la plupart des ministeriaîes désignés 
flans l'article qui nous occupe ^ Quant aux polcdrarii et aux 



1. Car. C. Edicl. l'isL, a. 864, c. 30; dans Perlz, p. 495 et 496. 

2. Capilul. Aquisfjr., c. 19; dans Bal., r, ;>10; PerU, p. 189. 

,1. Voy. Irvi., t. I, § •220-23'», et Variai, de S. l'ère, prolég., § 54. 



214 

telonarii , les premiers , qui repnraitront au § 50 , étaient atta- 
chés au service des écuries ou des haras , et les seconds étaient 
chargés de percevoir les droits d'octroi , de marché et de péage. 

Le nornde rega {ea dans les anciennes éditions) est donné aux 
labours, appelés rigaa dans le Polyptyque d'Irminon, et expliqués 
dans les Prolégomènes. C'étaient, en un mot, les labours parti- 
culiers d'une quantité de terre à mesure fixe , différents des la- 
bours par corvées, qui se faisaient en commun et selon que l'exi- 
geait la culture des terres domaniales ' . Les sagaies sont des porcs, 
en allemand 5owe, et non une mesure agraire, comme l'ont entendu 
Tresenreuter et Anton. Enfin, on ne devra pas s'étonner que les 
maires, qui n'étaient pas des hommes libres , pussent avoir des 
bénéfices, attendu qu'il en était concédé aux colons et aux serfs 
du roi ou de l'église ^. 

11. Ut nullus judex mansionaticos ad suum opus , nec ad suos 
canes, super hominesnostros atque inforestes nullatenus prendant. 

Il y a un mot dans cet article qui me paraît en rendre le sens 
obscur : c'est for estes, qu'on ne peut traduire autrement que par 
bois, forêts. Alors il serait défendu aux juges de prendre, pour 
eux ou pour leurs chiens, des logements chez les hommes et dans 
les forêts du roi ^. Mais cette interprétation satisfait-elle entiè- 
rement l'esprit? Car on se demande quel avantage pouvaient 
avoir les juges à se loger ainsi dans les forêts royales, et quel 
préjudice le roi en pouvait éprouver. On conçoit bien le motif de 
cette protection assurée aux personnes ; mais on n'aperçoit guère 
la raison qui la faisait étendre aux forêts. Il serait, au reste, bien 
dur, pour des juges qui n'avaient pas le droit de s'établir chez les 
particuliers, de ne pouvoir se loger au moins dans les champs ou 
dans les bois. J'avoue qu'il est possible, à la rigueur, d'admettre 
la leçon reçue; mais il me semble que, s'il était permis de la 
changer et de lire foreuses à la place de forestes , le sens général 
en deviendrait plus logique et plus clair. Le terme de forensis 
signifie d'ailleurs, comme celui d'extraneus, un homme qui ha- 



1. Voy. Irm., 1. 1, § 345-350. 

2. Capitul. Langob.,a. 786, c. 7, dans Per»z,p. 51. Voy. aussi Irm., p. 241, n. 1, 
et 242, n. 10. 

3. Tresenreuter commente, mais n'explique pas. Dans Anton, mansionaticos est 
rendu, par Hufenbesizer, comme s'il y avait dans le texte viansuarios, sans que le 
passage en devienne plus intelligible. 



'215 

hite une lerre dont le maitre n'est pas le sien '. Il serait opposé 
ici à homo noster, qui désigne un homme du roi. 

i'2. Vt nuîlus jtidex obsidem noslrum in villa nostraœmmen- 
dare facial. 

La brièveté de cet article n'en rend pas l'explication plus fa- 
cile. Les deux mots embarrassants sont obsidem et commendare. 
Le premier peut signifier à la fois un otage et une caution, comme 
dans la bonne latinité. Toutefois , je ne trouve pas d'auteur du 
moyen âge , avant le onzième siècle , qui l'ait employé dans le 
dernier sens. Le terme de fidejussor est celui dont ils se servent 
habituellement, jusqu'à cette époque, pour désigner une caution, 
un répondant, prses, sponsor. Puis les noms d'obses et de plegius 
viennent en usage. Je suis donc porté à traduire par otage Vob- 
sidem de notre texte. C'est d'ailleurs l'acception propre de ce mot 
dans tous les temps , et les écrivains du siècle de Charlemagne 
en fournissent particulièrement une foule d'exemples ^. Ce prince, 
qui fit continuellement la guerre et des traités jusque vers les 
dernières années de son règne, reçut un grand nombre d'otages. 
Or, nous savons que, dès la première race, ils étaient distribués 
en plusieurs endroits et confiés à la garde de différentes person- 
nes. Ainsi , au rapport de Grégoire de Tours, les rois Thierri et 
Childebert, qui avaient fait alliance entre eux et s'étaient donné 
mutuellement des otages, s étant brouillés de nouveau (en 533), 
les otages furent réduits en servitude par leurs gardiens : Multi 
tune filii senalorum in hac obsidione dati sunt [ pour obsides dati 
sunt] ; sed , orto iterum inter reges scandalo , ad servitium pvJbli- 
cum sunt addicti;et quicumque eos ad custodiendum acccpit^ ser- 
vos sibi ex his fecit * . 

Mais Charlemagne lui-même, dans l'acte célèbre par lequel il 
partagea son empire entre ses trois fils, Charles, Pépin et Louis, 
auxquels il donna le titre de rois, s'exprime ainsi en parlant des 
otages : - Quant aux otages, dit-il, qui ont été donnés pour sû- 
retés, et que nous avons envoyés en garde dans divers lieux , 
nous voulons que le roi dans les États duquel ils sont, ne leur 



1. voy. trm., 1,427. 

2. Voy. Einh., Annal, a\ix annéea 755, 756,760,761,772,775,776, 770, 781, 
7R5, 786, 787, 789, 794, 795, etc. 

3. Grejç. Tiir., UI, 15. C'est ici qii« se trouve rapporte l'épisode d'Attal, neveu de 
Grégoire, évèqtiede I^iigres, el l'un des otages remis par (:hildcf)€rf. 



216 

permette pas de revenir dans leur patrie, sans la volonté du roi , 
son frère, dans les États duquel ils ont été pris ; mais que, plutôt, 
à l'avenir, lorsqu'il s'agira de prendre des otages, le frère prête 
une aide mutuelle à son frère, aussitôt qu'il en sera légitimement 
sollicité par lui. Nous ordonnons la même chose à l'égard de 
ceux qui, par leurs actes coupables, ont été ou seront envoyés en 
exil. » De obsidibus autem qui propter credentias dati sunt, et a 
nobis perdiversa loca ad custodiendum destinati sunt, volumusut 
iîle rex in cujus regno sunt, absque voluntate fratris sui, de cujus 
regno sublati sunt, in pair iam eos redire non permittat; sed po- 
tius, in futurum, in suscipiendis obsidibus alter alteri mutuum 
ferat auxilium, si frater fratrem hoc facere rationabiliter postu- 
laverit. Idem jubemus et de his qui, pro suis facinoribus, in exi- 
lium missi vel mittendi sunt * . Cette disposition fut reproduite 
mot pour mot, par Louis le Débonnaire, dans la charte qu'il 
rédigea, d'après celle de son père, pour le partage de l'em- 
pire ^. 

Il n'est guère possible, toutefois, de voir ici, dans ces obsides, 
des otages de guerre, donnés par un roi à un autre roi ; car il 
n'y eut pas, et il ne pouvait y avoir, sous un gouvernement aussi 
fort que celui de Charlemagne , des guerres civiles entre ses fils, 
comme celles qui désolèrent le règne de son indigne successeur. 
Il s'agit donc, très-vraisemblablement, d'otages politiques, pris 
par l'empereur dans un des royaumes francs , et emmenés 
dans un autre, soit pour gage de l'exécution de certaines con- 
ventions , soit par mesure de sûreté publique. Toujours est-il 
qu'il résulte, du texte cité en dernier lieu et du précédent passage 
de Grégoire de Tours, que les otages en général étaient distri- 
bués en différents endroits et confiés à la garde ou d'officiers 
royaux, ou peut-être aussi , à celle de simples particuliers. Il 
ne faut donc pas s'étonner de trouver des obsides dans les terres 
du roi. 

Maintenant que devons-nous entendre par cette défense de 
les faire commendare, suivant l'expression même employée dans 
le texte? 

Du Cange, en rendant Vobsidem de cet article par hospitem, 
hôte, ne pouvait éclairer les commentateurs. Tresenreuter balance 

1. Charta Car. M. de divisione imperii, a. 806, c. 13, dansPerlz, p. 142. 

2. Ibid.,\>. 358, c. 9. 



217 

entre deux interprétations. Suivant la première, le roi défendrait 
ici à ses juges de prendre parmi les hommes de ses terres ceux 
qu'il doit donner en otage. Suivant la seconde, au contraire, il 
enjoindrait à ses juges d'empêcher les otages qu'il a reçus de se 
mettre en vasselage '. Aucune de ces explications ne me paraît 
satisfaisante, quoique la dernière s'éloigne beaucoup moins, à 
mon avis, du sens véritable. Anton , qui s'est laissé influencer 
par Du Gange, a traduit ainsi : Dasz kein Beamter unserm Gaste 
in unserm Landgute etwas auflrage-^ en français : « Qu'aucun 
officier ne charge de rien notre hôte dans notre terre. » Je n'ai 
plus besoin de réfuter la signification dliospes attribuée à obses, 
qui n'est appuyée d'aucune preuve. Il n'y a plus de difficulté 
que dans le verbe commendare. Or ce verbe, outre le sens ordi- 
naire de déposer, confier, recommander, qu'il a eu dans tous les 
temps, s'est adjoint très-souvent, dans le moyen âge, le pronom 
personnel se, pour signifier se mettre en vasselage; et c'est ainsi, 
nous venons de le dire, qu'il a été entendu par Tresenreuter. 
Mais ce commentateur, lui donnant à l'actif la valeur qu'il avait 
à l'état de verbe réfléchi, a supposé qu'on disait également 
commendare aliquem, pour mettre ou recevoir quelqu'un en vasse- 
lage. A la vérité, s'il n'est pas impossible de trouver commen- 
dare employé activement de cette manière ', on reconnaîtra tou- 
tefois que les exemples en sont rares. Et d'ailleurs, pour adopter 
cette seconde explication de Tresenreuter, il faudrait nécessaire- 
ment s'écarter beaucoup du texte, puisque les mots, ut nullus 
judex obsidem nostrum commendare faciat, se traduiraient ainsi : 
« Qu'aucun juge ne permette à notre otage de se recomman- 
der. • Ce qui n'est pas, évidemment, le sens naturel du latin. 

Mais quel besoin d'aller chercher si loin la valeur d'une ex- 
pression qui nous est fournie trois fois par le document même 
dont nous faisons l'analyse? Je ne parle pas du subjonctif com- 
mendemus, employé évidemment avec le sens de ?nandemus ou 
de jubeamus, dans l'article 8 que nous avons examiné. 

Premièrement, a l'article 2.'i, nous lisons : Vaccas commenda- 
tas per sercos noslros. Or, ici, commendatas doit se rendre par 
fournies, prêtées, remises, comme on le verra en son lieu. Secon- 

1 . Igitiir fortassft jiidices obsidos, rp^i <littos, a commrndatiune .'ircere julieiitur. 
(Tresenr.) 

7.. Vcneruiit mipradicti .idversarii ejus ; et snperavit ods domiiiii!) Jm[N>r<it(ir , rt 
rlimiMt «"OS atqiK! rdmincndavit. (Tlic;i 37.) 

IV. (Trnisi^mr série i 15 



218 

dément, dans ce passajîc de l'article 58 : Quando catelli nostri 
judicihiis commendati fuerint, de suo eos nutriat (pour nutriaiU}, 
le verbe commendare signifie, sans aucun doute , recommander, 
confier, remettre, et ne peut avoir aucun rapport avec le vasse- 
lage. 

Troisièmement, le même article, immédiatement après la 
phrase que nous venons de rapporter, continue ainsi : Aut ju- 
nioribus suis, id est majoribus et decanis i^el cellerariis , ipsos 
[catellos] commendare faciat (toujours pour faciant). 

Ici l'inlinitif commmdare , qui conserve nécessairement sa si- 
gnification précédente, est, de plus , accompagné du subjonctif 
faciat, absolument comme dans l'article 12 qui nous occupe. 
Or, si dans l'article 58 nous rendons ces mots commendare fa- 
ciat, par qu'il {le juge) fasse confier, remettre, garder, et l'on ne 
peut les rendre autrement, on devra les traduire de même dans 
l'article 12. Alors cet article sera ainsi conçu : « Qu'aucun inten- 
dant ne fasse garder ta personne notre otage placé dans notre 
terre. » C'est donc une défense a l'intendant de confier à autrui 
la garde de l'otage dont il reste lui-même personnellement chargé. 
Les motifs d'une telle défense sont d'ailleurs si faciles à concevoir, 
qu'ils n'ont besoin d'aucune explication; tandis que, si l'on dé- 
tournait les mots obses et commendare de leur acception natu- 
relle , pour arriver à une autre traduction , on n'obtiendrait pas, 
je crois, un sens aussi satisfaisant. 

Enfin, on peut ajouter qu'après avoir défendu à ses officiers, 
par l'article 1 1, de prendre des logements chez ses hommes ou 
chez des hommes étrangers, le roi ne fait ici que rester fidèle à 
cet article, en voulant que son otage, qui doit être logé par son 
intendant, ne soit à la charge de personne. 

13. Utequos emissarios, id est waraniones, bene prsevideant, et 
nullatenus eos in uno loco diu stare permittant, ne forte pro hoc 
pereat. Et si aliquis talis est, quod bonus non sit, aut vetera- 
nus sit, si vero mortuus fuerit, nobis nuntiare faciant tempore 
congruo, antequam lempus veniat , ut inter jumenta mitti de- 
beant. 

Le mot tudesque waraniones a donc , d'après notre texte, la 
même signification que le latin emissarii ou admissarii, en fran- 
çais étalons. 

Au lieu de ne forte pro hoc pereat, les anciennes éditions, y 
compris celles de Baluze et de Bouquet, ont : Ne forte pro hoc 



519 

pereant. C'est Bruns qui a rétabli la vraie leçon du ins. Néan- 
moins, Anton persévère h rejeter le singulier, qu'il signale pour 
une des nombreuses fautes du langage du temps, et traduit avec 
le pluriel : Damit sic nicht dadurch zu schanden gehen; c'est-à- 
dire, en reprenant les mots qui précèdent, que les étalons ne 
doivent pas rester longtemps à la même place, < de peur qu'il ne 
leur en arrive malheur. » Mais, comme il ne serait pas facile de 
s'expliquer pourquoi on exposerait des étalons à périr, en les 
tenant daus le même lieu, qui leur offrirait d'ailleurs une uour- 
riture abondante, il faut que le commentateur ait donné un 
autre sens à ce passage, et qu'il y ait vu la défense de laisser 
trop longtemps le même étalon dans le même haras, pour le ser- 
vice des juments ' . A la vérité, une défense de cette nature n'au- 
rait pas besoin d'être justifiée, si elle était exprimée clairement 
dans l'article; mais il me semble que, à moins de faire violence 
au texte, il n est guère possible de l'en extraire. On peut obser- 
ver, en outre, que la rédaction de l'article paraît supposer qu'il ne 
s'agit pas d'étalons mis en service ; car nous voyons plus loin 
que le roi veut être informé de l'état de son haras, avant que le 
temps ne vienne de mettre les étalons avec les juments. 

En présence de ces difficultés, je préfère m'en tenir à la leçon 
originale pereat ; et, rapportant alors ce verbe au substantif loco, 
qui précède, je n'apercevrai dans ce passage que la défense de 
laisser longtemps les étalons dans le même lieu , c'est-à-dire dans 
le même pré. dans le même pâturage, de peur qu'ils ne viennent 
;i le gâter, à le détruire par un séjour trop prolongé. Kn effet, 
suivant Buffon, si l'on met alternativement des chevaux et des 
bœufs dans le même pâturage, le fond durera bien plus long- 
temps que s'il était continuellement mangé par les chevaux ; 
le bœuf répare le pâturage et le cheval l'amaigrit ^. 

14. Ut jumenta nostra bene custodiant, et poledros ad tempus 
segrefjent. Et si pultrellx ^ multiplicatse fuerint, separatœ fiant; 
et (jregemper se exinde adunare faciant . 

Les jumenta sont les juments, poledri les poulains, et puîtrcUas 
les pouliches. Lorsque celles-ci devenaient trop nombreuses, on 
les séparait du troupeau, pour en former un autre à part. Le trou- 

I. C'e-st, ail reste, l'explication donnée par Anlon hii-mênic, dans la suite de xon 
oiivra);e, Gescfiicfile (1er teutscfwn Landwirihscha/l, t. I, p. 422. 
?.. Hist. nn(.,an dn Cheval, t. XVI, p. 519; Paris, Verdière et iJiHrange. 
3. PuUrelle. od. 

16. 



220 

peau complet se composait de douze juments, comme on peut 
le conclure du texte des lois salique, ripuaire et allemande * . Il est 
appelé equaria dans Varron ^ et equaritia dans les auteurs de la 
basse latinité ^ . 

15. Ut poledros * nostros missa sancti Martini hiemale ad 
palatium omnimodis habeant. 

Avant Bruns, on lisait dans les éditions puledri nostri^ au no- 
minatif. On devait alors faire de hiemale le régime du verbe, et 
entendre que les poulains rentraient, à la Saint-Martin , dans les 
écuries du palais pour y passer l'hiver. Mais la nouvelle leçon 
force de rapporter hiemale à missa sancli Martini, et le verbe 
habeant à judices, sous-entendu. Le sens reste à peu près le 
même; toutefois, il n'est pas aussi bien déterminé. 

16. Volumiis ut quicquid nos aut regina unicuique judici 
ordinaverimus , aut ministeriales nostri sinescakus et butticu- 
lariuSy de verbo nostro aut reginse, ipsis judicibus ordinaverit ad 
eundem '^ placitum, sicut eis institutum fuerit, impletum habeant. 
Et quicumque per neglegentiam dimiserit ", a potu se abstineat 
postquam ei nuntiatum fuerit, usque dum in prxsentia nostra 
aut reginx veniat, et a nobis licentiam quserat absolvendi. Et si 
judex in exercitu, aut in wacta , seu in ambasiato , vel aliubi 
fuerit, et junioribus ejus aliquid ordinatum fuerit, et non conple- 
verint ', tune ipsi pédestres ad palatium veniant, et a potu vel 
carne se abstineant, intérim, quod rationes deducant, propter quod 
hoc dimiserunt; et tune recipiant sententiam, aut in dorso, aut 
quomodo * nobis vel reginse placuerit. 

Le roi s'associait la reine, non-seulement pour l'administration 
de ses domaines , comme le prouvent cet article et plusieurs 
autres qui viendront après, mais encore pour le gouvernement 
de ses États, ainsi que le témoignent les auteurs contemporains. 
L'archevêque Agobard dit que Louis le Débonnaire, après la mort 
de sa première femme , eut besoin d'en prendre une autre pour 

1. L. Sal. emend. XLI. L. Bip. XVUI, 1. L. Alam. XXTX, 4. 

2. R. R. II, proœm. 6. 

3. Voy. Du Cange. 

4. Puledros, l" leçon. 

5. Sans doute pour eorumdem. 

6. Pour omiserit^ non fecerit. 

7. On lit dans le ms. : conplacnerint. 

8. Quomo. Cod. 



221 

l'aider dans l'administration et le gouvernement du palais et du 
royaume : Qux ei possit esse adjutrix in regimine et gubema- 
tione palalii et regni ' . Hincmar, ou plutôt l'abbé Adalard, dont 
il reproduit l'écrit, nous apprend que le soin du palais et la ré- 
ception des présents annuels regardaient la reine, qui se faisait 
assister du camérier, et qui, dans certains cas, devait en conférer 
avec le roi. Mais elle n"a\ait à s'occuper ni de la table ni des 
écuries : 

De honestate palatii seu specialiter ornamento regali, necnon 
de donis annuis militum, absque cibo et polu, vel equis, ad regi- 
nam prœcipue, et sub ipsa ad camerarium perlinebat.... De donis 
vero diversarum legationum ad camerarium respiciebat, nisi 
forte , jubente rege, taie aliquid esset, quod reginse ad tractan- 
dum cum ipso congrueret ^. 

Le sénécbal dont il est 'ici question appartenait à la classe des 
grands officiers du palais, et n'a rien de commun avec le se- 
niscakus de la loi des Allemands, qui était un serf investi, 
dans la maison de son maître , d'une espèce d'autorité sur les 
autres serfs qui l'habitaient ^ Marculf nomme les sénéchaux 
entre les domeslici et les cubicularii, parmi les juges de la cour 
du roi *. Ils sont mentionnés avant les référendaires dans un 
diplôme, fort mutilé, de Clotaire III, de l'an 658 ^ ; tandis que 
d'autres diplômes les placent après tous les autres juges, mais 
avant le comte du palais, toujours désigné le dernier *. ils ne 
figurent jamais en plus grand nombre que deux dans les docu- 
ments de la première race. 

Sous la deuxième race, il n'y avait plus qu'un sénéchal, et 
son pouvoir avait dû recevoir un grand accroissement par la 
suppression de l'office de maire du palais. Sous la troisième, il 
occupa la première dignité du royaume; car alors il fut le chef 
de l'armée, il rendit la justice, fut le principal officier de la 
maison du roi, et signa toujours le premier aux diplômes royaux. 

Adalard, dans Hincmar, nomme le sénéchal et le bouteiller 
immédiatement après le camérier et le comte du palais, parmi 

1. Apologia, c. 8, dans Agobard. Opéra, t. Il, p. 6i 

2. Hincm. Epist. de ordine palatii, c. 22 ; Bouq. IX, 266 

3. L. Alam. LXXIX, 3; dans Bal. , I, 79. 

4. I, 2:,. 

5. Bréq-, p. 224. 

6. Bréq., p. 227, 333 et 335. 



2n 

les grands officiers qui prenaient rang à la suite de l'apocrisiairél 
et du grand chancelier, et qui avaient l'administration du palait^ 
du roi : Post eos vero [i. e. apocrisiarium et summum cancella- 
rium] sacrum palatium per hos ministros disponebatur : per ca*^ 
merarium videlicet et comitem palatii, senescalcum , buticula- 
rium , comitem stabuli , mansionarium , venatores principales 
quatuor j fakonarium unum ' . Plus loin le même auteur attri- 
bue au sénéchal l'intendance du palais, excepté en ce qui con- 
cerne la boisson, placée dans les attributions du bouteiller, et 
en ce qui regarde la nourriture des chevaux, dont l'intendance 
était réservée au comte de l'étable. 

D'après le romantique et romanesque moine de Saint-Gall, le 
sénéchal , qu'il appelle magister mensse regix , n'était tout au 
plus précédé, à la cour de Charlemagne , que par les cubicu- 
larii ^. 

Tout ce qui concernait le service de la maison royale, parti- 
culièrement les provisions de bouche et la table du roi, était placé 
dans ses attributions. Elles répondaient, par conséquent, à celles 
de grand maître de l'hôtel dans les temps modernes. 

Nous voyons ici , dans notre article, le sénéchal et le bou- 
teiller commander, au nom du roi et de la reine, aux jwdices, et 
dans un des articles suivants (§ 47), aux veneurs et aux fau- 
conniers, apparemment pour les choses qui rentraient princi- 
palement dans leurs offices, c'est-à-dire qui avaient rapport aux 
provisions de bouche. 

Un poëte de la cour, Théodulf , évêque d'Orléans (mort en 
821), décrit ainsi, en 796, les fonctions du sénéchal, qui ne pa- 
raîtraient pas aujourd'hui d'un ordre très-élevé: « Que le vigilant 
Ménalque , dit-il , essuyant de sa main le haut de son front 
inondé de sueur, accoure de sa demeure qui regorge de fruits, 
et dans laquelle il rentrera à chaque instant pour donner, comme 
dans un synode, ses lois aux rangs des pâtissiers et des cuisiniers 
pressés autour de lui. Avec sa prudence qui préside à tout, qu'il 
apporte les viandes et les mets délicats devant le trône glorieux 
du roi. >' 

Paniflua solers veniat de sede Menalcas, 
Sudorem abstergens frontis ab arce manu; 

1. Hincin., Epist. de ord. pal-, c. 16 ; Bouq., IX, 264 c. 

2. 11,9 (Bonq.); H, 6 (Pertz). 



223 

Quam ssepe ingrediens, pistorum sive coquorum 

Vallatus cuneis, jus synodale gerit. 
Prudenter qui cuncta gerens, epulasque dapesque 

Régis honoratum déférât ante thronum *. 

Alénalque est un iiomde convention, comme les noms de David, 
d'Homère, de Flaccus, etc., donnés à Ghariemagne, à Angilhert, 
à Alcain, par notre auteur dans le même poëme, et par d'autres 
écrivains du neuvième siècle. 

An dire d'un historien qui florissait vers l'an 968, le fameux 
Gui. duc de Spolète, n'aurait manqué la couronne de France 
(déférée, en 888, au comte Eudes, lils de Robert le Fort), que 
par la faute de son sénéchal. « On rapporte à quelle occasion, 
dit Liutprand, les Francs ne voulurent pas de Gui pour roi. Ce 
prince, avant d'arriver à Metz, ville puissante du royaume de 
Lothaire, dépêcha sou dapifère pour préparer le festin royal. 
Comme l'évèque de Metz envoyait, suivant l'usage des Francs, 
une grande quantité de vivres pour le repas, « Si vous voulez me 
« donner un cheval , lui dit le dapifère, je ferai en sorte que le 
« roi Gui se contente du tiers de ces provisions. » Le prélat, en- 
tendant ces mots, dit : « 11 n'est pas convenable que nous fas- 
« sions régner sur nous un roi qui se contente d'un vil repas de 
« dix drachmes. » De là vint, coi^tinue l'historien, que les Francs 
abandonnèrent Gui et élurent Eudes ". » Je ne veux pas commen- 
ter cette anecdote ; je ferai seulement observer que le sénéchal y 
est appelé'daj^î/er, et que ces deux noms sont en effet synonymes ' 

Le séuéchal allait à la guerre, et avait sans doute un commau- 
demeut à l'armée. Le sénéchalEggihardus fut tué avec Koland au 

I. Tlieod., C'arin. lll, I. v. 181-180; daus Sirinoud, Opéra, t. Il, p. 1007, et dans 
Bouq., V, 420 a. 

7. Fertiir aiitem har ocrasione Francos Widonem rcgein sihi non aiisuinpsi&se. 
Nam, dum ad MPt^yisem v«'Mfiiriis esset nrbem, qure potentissinia in iP;;no Lotharii 
claret, pracmisit dapifenim sntim, qui alimenta illi more legio pra'pararel. Metensis 
vero episcopns, dum cibaria ei multa, SKCtuidum Francorum consiieliidinem, minis- 
traret, Imjusmodi a dapifero res|)on8a subcepit : « Si oqnum saltem inihi liederis , fa- 
" ciam ni tt-rdaobsoniiiMijiis parte sit r«x Widocontentus. » Qiiod episcopns audien» : 
« Non decet, inquit, talem super nos retçnare regem, qui decem dragmis vile sibi 
'. ol)Sonium préparai. » Sicque factum est, ut Widonem desererenl, Oddoncm auteni 
digèrent. (Liutprandi, Ticin. diac, Antapodosis,l, 16; Perlz, in,2h0; Bouq., VIM, 
131 a, b.) Au reàle, Gui de Spolète fut proclamé roi d'Italie en 8S9,et empereur d'Uc> 
cident <teux ans après. 

3. Wiiii-.hnuii dapifer, qui seiiescailug appellatur. (ChroH MorinUicense , lib. Il, 
p. a«î»; dans Hon<| , XII, 7.') h; itou/.ièmc siècli-) 



224 

passage de Roacevaux : In quo prcBlio, Eggihardus, regiœ mensi 
prsepositus, Anselmus cornes palatii, et Rotîandus, Britannic 
limitls prœfectus, cum aliis complurîbus interficiuntur ' . On re^l 
marquera que le sénéchal est nommé le premier. En 786, lorsque' 
Charlemagne voulut réduire les Bretons, qui refusaient de lui 
payer le tribut accoutumé, il envoya contre eux son sénéchal 
Audulfus, encore appelé i^egiss mensse prsepositus par Éginhard, 
dans son style pur et classique pour le temps ^; tandis qu'il est 
désigné sous le titre de sinescalcus par d'autres écrivains'. Dans 
Réginon il est qualifié prmceps cocorum'^, qualification qui con- 
vient en effet au sénéchal. 

Ermoldus Nigellus, qui écrivait son poëmeen 826, distingue le 
princeps coquorum du pr inceps pistorum. Celui-ci était le grand 
panetier, et celui-là le chef des cuisiniers , nommé longtemps 
après le grand -queux. L'un et l'autre office dépendaient vrai- 
semblablement de celui du sénéchal : 

Pistorum Petrus hinc princeps, hinc Gunzo coquorum 

Accélérant, mensas ordine more parant 

Hic Cererem solitus , hic carnea dona ministrat ^. 

Pour ne pas m'écarter davantage de mon sujet, je m'abstien- 
drai de suivre le sénéchal dans ses fonctions sous la troisième 
race, et même d'ouvrir le petit livre composé dans le douzième 
siècle par Hugo de Cleeriis, si plein de renseignements sur le 
sénescalat des comtes d'Anjou , bien qu'il soit entaché d'erreurs 
grossières et, il faut le dire, de beaucoup de mensonges^. 

Le bouteiller, dont il n'est peut-être pas fait mention , au 
moins sous le nom de buticularius, dans un document plus an- 
cien que notre Capitulaire, est, comme on l'a vu, nommé par 
Hincmar parmi les grands officiers du palais , entre le sénéchal 
et le comte de l'étable. Le même auteur fait entendre qu'il avait 
en particulier l'intendance des vins '. 

1. Einh. Vita C. M., 9. 

2. Annal, a. 786; dans Pertz, I, 169. 

3. Annal. Lauriss.; Pertz, 1, 168. Annal. Tiliani;ibid., 221. 

4. Pertz, I, 560. 

5. Carmen, I. IV, vers 4ô9, 460 et 463; dans Bouq., VI, 59 d, et dans Pertz, 
U, 510. 

De majoratu et senescalcia Francix, dans Bouq., XII, 492-495. 
7. Hincm., Epist. deord. pal, c. 23; Bouq., IX, 266. 



•225 

ïreseiireuter et Anton le confondent avec le pincerna ou 
scantio^ sans alléguer leurs autorités. A la vérité, saint Jérôme, 
qui fait du pincerna un esclave chez les Romains, dit que c'était 
au contraire chez les rois barbares un titre de la plus haute 
dignité, Ubi nos posuimus principem vinariorum,... quem ser- 
vum nos possumus^ more vulgi, vocare pincernam. Nec vile 
putetur officiiim, cum apud reges barbares usque hodie maximx 
dignitatis sif, régi poculum porreœisse * . Mais de ce que le pin- 
cerna présentait la coupe aux rois barbares, et que de grands 
honneurs étaient attachés à son titre, il ne s'ensuit pas qu'on 
doive l'assimiler au buticularius de Charlem;igne. L'autorité 
d'Hariulf, écrivain de la fin du onzième siècle, qui qualifie regius 
buticularius un officier appelé pincerna régis dans une charte 
de l'an 1063, que le même chroniqueur a insérée dans son texte, 
ne suffit pas non plus pour justifier cette assimilation^. Nous 
possédons, en effet, un assez grand nombre de documents qui 
prouvent qu'il y avait plusieurs pincerna ou échansons, tandis 
que je n'en connais pas un seul où il soit fait mention de plus 
d'un bouteiller. Ainsi, pour citer quelques exemples, le roi Si- 
gebert II [G.38-65G] avait à sa cour plusieurs pincerna, puisqu'il 
leur donna pour chef S. Bon, qui bientôt après fut nommé ré- 
férendaire : Cumque ab eo [i. e. Sigiberto Bonitus] obnixe dilige' 
retur, principem eum pincernarum esse prxcepit. Non multo post, 
annule ex manu régis accepte, referendarii officium adeptus '. 

De même, nous trouvons à la cour de Clotaire III, roi de 
Neustrie [de G56 à 670], plusieurs échansons, dont le chef était 
Herblond, qui devint abbé d'Aindre, dans le diocèse de Nantes. 
Le roi avait tant d'amitié pour lui, dit le biographe de ce saint, 
ut... dispensalorem suipetus principemque censtitueret pincerna- 
rum*. On remarquera que, dans ce passage, le prince des échan- 

1. Quœst. in Genesim, XL, 1. 

2. Chron. Centul. IV, 22, dans d'Achery, II, 344. Le même officier, qui se nom- 
mait Hugues, a le titre de pincerna dans un diplôme du roi Henri 1"°, de Tan 1057, 
Boiuj., XI, S'Ji rf, et dans Orderic Vital, I. III, p. 493 (Bouq., XI, 234 e); tandis qu'il 
porte le litre de buticularius dans plusieurs diplômes du même Henri I«% des années 
10â7 à 1060 (nouq., XI, 595 c, 599 b, 604 c, «00 c). Mais la différence des dates per- 
met de supposer qu'il a passé en 1057 d'un office h l'autre. 

3. Vita S. BoniU, episc. Arvern., n. 3, dans Bouq., III, 622 c (septième ou hui- 
tième siècle). 

4. Vita S. Uermenlandi, abb. Antrensis, n. 3; «iaus Bouq., III, 633 (/ (huilièmc 
•iècle). 



2-26 

sons esl celui qui verse à boire au roi; cela est exprimé par 
dispensatorempotus. Sous la seconde race, Éginhard nous apprend 
qu'au nombre des quatre ambassadeurs envoyés en 781 par 
Charlemagne et le pape Adrien F"" à Tassilon, duc des Bavarois, 
figurait Ébrard, maître des échansons, Eberhardus, magister 
pincernarum ' . De plus, le poëte Ermoldus Nigellus nous repré- 
sente le jeune Othon commandant aux échansons et servant les 
vins à la table de Louis le Débonnaire : 

]Nec minus Otho puer pincemis itnperat ardens, 
Praeparat et Bacchi munera lenta nieri '. 

Enfin, sous la troisième race, et dans le onzième siècle, pour 
ne pas descendre plus bas, deux personnages prennent Itin et 
l'autre le titre de pincerna, dans leur souscription à un diplôme 
de Henri F"", de l'an 1057 : Signum Hugonis, pincernss regum; 
et trois lignes après : Signum Falterii, pincernss régis ^ 

Nous conclurons de toutes ces citations que les rois avaient 
plusieurs échansons à leur service ; tandis que, je le répète, au- 
cun document ne nous autorise à croire qu'ils aient eu plus d'un 
bouteiller. Ce qui paraît déjà s'opposer à la confusion des deux 
offices. Mais nous pouvons citer en outre, à la vérité, sous la 
troisième race seulement, des diplômes dans lesquels, après la 
signature du buticularius, on lit celle d'un pincerna. Ainsi, un 
diplôme de Henri P"^, de l'an 1057, porte la souscription suivante : 
Signum Hugonis buticularii, et, deux lignes plus bas : Signum 
Gisleberti pincernse '^ . Un diplôme de Philippe F', de 1067, pour 
l'église de Saint-Martin-des-Champs, est souscrit par les princi- 
paux officiers de sa cour, parmi lesquels on remarque le bouteiller 
et deux échansons : Signum régis Philippi... Radulfus seniscal- 
eus. Walerannus camerarius. Baîdricus constabularius. Enge- 
nuîfus buticularius. Adam pincerna. Guido marescakus. Drogo 
pincerna. Engelranus, pxdagogus régis. Petrus cancellarius ^. 

1. Annal, a. 781, dans Pertz, I, t63. De inêine dans les Annales de Loisel et de 
Metz. 

2. Carmen, I. IV, v. 465 et 466, dans Bouq., VI, 60 c, et dans Pertz, 11, 510. 

3. Bouq., XI, 594 d. Hugues est qualifié pincerna regum, peut-être parce qu'il 
remplissait déjà l'office d'échanson sous le roi Robert, père et prédécesseur de Henri ; 
car Philippe, fils de Henri, n'ayant été associé au trône qu'en 1059, n'avait pas le 
titre de roi en 1057, et ne peut être désigné dans l'expression pincerna regum. 

4. Bouq., XI, 595 c. 

5. Gall. christ. VII, instr. 35. 



227 

Longtemps après, en 1317, au sacre de Philippe V, le bouteiiier 
était de même distingué de l'échanson; car il s'éleva alors une 
contestation entre le seigneur de SuUi, bouteiiier, et le seigneur 
de Soyecourt, échanson, sur la question de savoir auquel des deux 
appartiendrait la coupe dont le roi s'était servi au festin du cou- 
ronnement * . 

Enfin, si l'on parcourt le chapitre VIII de l'Histoire généalo- 
gique du P. Anselme, on y trouvera la liste des grands bouteil- 
1ers et celle des premiers ou grands échansons, au moins depuis 
1 162 jusqu'à 1483, lesquelles listes sont entièrement différentes. 
Au commencement du règne de Charles VIII, la charge de grand 
bouteiiier fut supprimée et réunie à celle de grand maître ; mais 
la charge de grand échanson subsista jusqu'à la révolution de 
1789. Il y avait quatre échansons sous Philippe III, sept sous 
Philippe V, et depuis le nombre s'en est élevé jusqu'à treize ^. 

Il est donc certain qu'à tous les temps de la monarchie, le 
bouteiiier doit être distingué des échansons et même du grand 
échanson, auquel il était bien supérieur en dignité. Sous la troi- 
sième race, il jouit du privilège de souscrire aux diplômes des 
rois, et fit partie des grands officiers de la couronne ; ce qui ne 
fut jamais dans les prérogatives du grand échanson. 

Il paraît même que, dans l'origine, l'office d'échanson était 
rempli par des esclaves, au moins ailleurs que chez le roi ^, et 
quelquefois par des femmes. D'après le récit d'un hagiographe, 
une jeune Saxonne, d'une famille illustre de Bretagne, ayant été 
vendue comme esclave, entra dans la maison d'Erchinoald, maire 
du palais de Neustrie (prédécesseur d'Ebroin) , où elle servit 
en qualité d'échanson. C'était la jeune Bathilde , qui devint en- 
suite reine de France par son mariage avec le roiClovis II. Quam 
instituil [Erchinoaldm], ul sibi in cubiculo pocula porrigeret, et, 
utpincerna honestissima, sœpius prœsens aslaret in ministerio 
ejus \ Mais dans le palais de Charlemagne, un nommé Eppinus, 
qualifié de simple échanson, pincerna^ paraît être un personnage 
considérable *. 



1. Anselme, Bist. génér., VHI, 597. 

2. Voy. ibid., |). 590 et 597. 

.1. L. Sal. Uerold., XI, 0. Greg, Tur., Il, 23; V, 47. 
4. Vilu S. lialthild., ii. 2, dans Boiiq., MI, 571 d. 

... ThtKMiiiir., Carvi., III, I, v. 187 et I88; daim Siriii., Il, 1067; iUMiqiiel, V 
•420 a. 



228 

C'est du tudesque scantio ' qu'est venu le nom d'échansou ; 
mais scantio, qui est déjà dans la loi salique ^, devient ensuite 
assez rare dans les documents de notre histoire. Il y est ordinai- 
rement remplacé par son synonyme pincerna. 11 reparaît dans 
une charte de 1162, souscrite par un Johannes scancio ^, qui 
est un échanson du roi , dans les registres de Philippe- Auguste et 
dans les tablettes de cire et autres comptes de saint Louis. 

Je dois dire aussi quelques mots des deux autres offices men- 
tionnés avec les premiers dans le même article. 

Les rois des Francs entretenaient un grand nombre de chas- 
seurs ou veneurs, venatores, pour satisfaire à leur amour de la 
chasse, à laquelle ils consacraient tout le temps qu'ils n'em- 
ployaient pas à la guerre. Hincmar en distingue quatre princi- 
paux, venatores principales quatuor, qu'il place parmi les grands 
officiers du palais. Un autre officier, qu'il leur adjoint, sous le 
titre de fauconnier, /aïconanMi', avait l'intendance particulière 
de la chasse au vol. Tous les cinq étaient placés sous l'autorité 
immédiate du grand chapelain et du grand chancelier *. Leurs 
attributions communes consistaient à pourvoir à tout ce qui 
était nécessaire au service du roi et de sa cour dans ses parties 
de chasse, à veiller à l'entretien des chiens et des oiseaux dressés 
à cet exercice , enfin à fournir toutes les provisions de gibier 
dont les maisons royales avaient besoin pour la table des per- 
sonnes qui les habitaient ou qui venaient y séjourner en passant. 
Dans les approvisionnements , ils devaient se précautionner éga- 
lement contre le superflu et contre la disette ; car, ajoute Ada- 
lard ', si rien ne devait manquer, rien ne devait être perdu. A 
cet effet, ils recevaient les ordres et les instructions du roi et de 
la reine, soit directement, soit par l'intermédiaire du sénéchal et 
du bouteiller, comme il sera dit dans la suite ® . L'auteur de la vie de 
Louis le Débonnaire appelle le fauconnier prsslatus capis, mot à 
mot préposé aux faucons ^. Le mot capus signifie en effet un 

1. En allemand, Schenk veut encore dire cabaretier, et schenken, verser à boire. 

2. Voy. la note 3 de la page précédente. 

3. Gallia christ., X, instr. 214. 

4. Hincm., de Ord. pal., c. 16 et 24, dans Bouq., IX, 265 a et 266 e. 

5. Au dernier endroit cité. 

6. Art. 47. 

7. Astron., c, 20 j dans Bouq., VI, 96 a. 



229 

faucon, comme le prouve ce passage d'un capitulaire : Ut epi- 
scopus... non cum canibusaut accipitribus veî capis, qiiosvulgus 
falcones vocat^ per se ipsum venationes exerceat * . 

Je reprends la suite de l'article 16. Les autres mots, tels que 
icacta, garde, et ambasiatum, mission, n'ont pas besoin de com- 
mentaires : ils s'entendent et se traduisent sans difficulté. Cepen- 
dant les passages où il est enjoiut aux judices et à leurs lieute- 
nants de s'abstenir de boisson, potus, et de chair, caro, jusqu'à 
ce qu'ils se soient rendus au palais pour se justifier, n'ont pas été 
entendus, je crois, par Tresenreuter ni par Anton. Le premier 
suppose qu'on leur défend de boire, pour qu'ils ne se présentent 
pas en état d'ivresse devant le roi. Le second dit que la défense 
porte seulement sur l'usage du vin, de la bière et de la viande, 
les autres boissons et aliments n'étant pas interdits. 3Iais ces ex- 
plications me paraissent trop subtiles. Et quels moyens concevoir 
d'ailleurs pour assurer l'exécution d'une pareille ordonnance? 
Cette manière de s'exprimer revient simplement, je pense, à 
dire qu'ils devront venir aussitôt qu'ils seront mandés, qu'ils 
partiront sans délai, sans perdre un instant , sans même pren- 
dre le temps de boire ou de manger. On voulait ainsi que la 
justification ou la punition fussent promptes, pour ne pas laisser 
à la faute le temps de se déguiser. On observera de plus que les 
inculpés ne devaient pas avoir beaucoup de chemin à faire pour 
se rendre au palais; d'abord parce qu'ils en recevaient directe- 
ment les ordres , et qu'on doit croire qu'il ne s'agit ici que des 
personnes de la résidence royale habitée actuellement par le 
roi; ensuite parce que le cas est prévu où ils seraient éloignés 
ou empêchés. Enfin on ne s'étonnera pas que les lieutenants ou 
remplaçants du juge soient menacés de la flagellation ou d'autres 
peines corporelles, attendu qu'ils ne jouissaient pas de la li- 
berté. Aucun châtiment de cette nature n'est, au contraire, pro- 
noncé contre les judices, qui tous appartenaient à la classe des 
hommes libres, comme nous le verrons plus tard. 

17. Quantascumque villas unusquisque in ministerio habueril^ 
tantos habeat deputatos homines, qui apes ad nostrum opus pras- 
videanl. 

Nous avoDs vu que les maires n'avaient généralement dans 

I. Ludov. imper, convent. Ticin. a 85o, r 4 ; dans PcrU, LL. I, 596. 



230 

leur ressort qu'une seule terre, un seul domaine, qui pouvait 
néanmoins comprendre plusieurs villages. Les judices, au con- 
traire, étendaient leur juridiction sur plusieurs terres , et par 
conséquent sur plusieurs mairies. 

Le miel, dont il sera encore question dans la suite ' , était d'uu 
grand usage au moyen âge. Au neuvième siècle, l'abbaye de 
Saint-Germain en récoltait, pour la seule mense conventuelle, 
près de huit hectolitres ^. Chez les Bavarois, les colons et les serfs 
des églises payaient la dîme de leurs ruches'. Dans un papyrus 
de Marini, une redevance totale de soixante-dix livres de miel 
est imposée à deux colons *. Le miel était en partie produit dans 
des ruchers, en partie recueilli dans les bois. Les employés à ce 
genre d'industrie, appelés apiarii par Pline, sont désignés dans 
les documents du moyen âge sous le nom de cidelarii. Zeidler 
est encore, en allemand, un gardien d'abeilles. On trouvera, 
dans le Polyptyque d'Irminon ^^ au sujet du miel, des détails 
qu'il est inutile de reproduire ici. 

18. Ut ad farinarias nostras pullos et aucas habeant juxla 
qiialitatem farinarii, vel quantum melius potuerint. 

Le mot farinaria, au féminin, ne se trouve peut-être pas ail- 
leurs, tandis que farinarius ou farinarium est souvent em- 
ployé pour signifier un moulin. La leçon farinarias nostras 
paraît d'autant plus fautive, que nous lisons bientôt après 
farinaril, et que ce mot ne peut guère être que le génitif du pre- 
mier substantif. On ne voit pas, en effet, que farinarius ait 
jamais été dit du meunier. Les oies, aucse, étaient souvent l'objet 
<l'une redevance imposée aux moulins. Quant aux poulets, ils 
constituaient, pour ainsi dire, le tribut obligé de toute espèce de 
tenure ^. 

19. Ad sevras nostras in villis capitaneis pullos habeant non 
minus C, et aucas non minus XXX. Ad mansioniles vero pullos 
habeant non minus L, aucas non minus quam XIL 

Scura sigEilie tantôt une grange ou un fénil, tantôt une écu- 
rie. Mais c'est probablement dans l'acception de fénil qu'il faut 

1. §44, 59 6162. 

2. Irm., I, 725. 

3. De apibus decimum vas {L. Baj., I, 14, 3). Vas est la ruche. 

4. Pap. dipL, p. 203. 

5. § 388. Voy. aussi Anton, f, 163; II, 365; HI, 530. 

6. Irm., 1, 706. 



231 

le prendre ici, de même qu'au §58, où il est encore employé; 
car, d'une part, une écurie est appelée stabulum au § 50, et, 
d'autre part, dans le Breviarium, des scurse sout mentionnées 
avec un spicarium, qui ne peut être qu'une grange \ Au reste, 
on pouvait déposer dans les écuries, aussi bien que dans les gran- 
ges et les fénils, le manger des poules et des oies, et le son ou la 
grosse farine, appelée dans les siècles suivants brennium, qui 
servait de priticipale nourriture aux chiens de chasse. Les villas 
capitanese étaient, dans les fiscs, les terres principales, desquelles 
dépendaient d'autres terres d'un ordre inférieur, appelées souvent 
mansioniles. Telle est, en effet, la signification de ce dernier mot 
dans le Breviarium. Toutes ces terres étaient domaniales, c'est-à- 
dire opposées aux terres tributaires ou censuelles ^. Seulement la 
villa capitanea renfermait un principal manoir ou mansus do- 
minicains complet, tandis que le mansionilis n'était qu'un petit 
manse formé de granges ou d'écuries, avec cour et jardin, et 
quelquefois au&si composé d'une habitation ^. L'explication de 
ce passage, dans Tresenreuter et dans Anton, m'a paru insuffi- 
sante. J'ajoute que pullos doit comprendre ici les poules au moins 
autant que les poulets, quoique le mot pullus, avec la signifi- 
cation de poule, n'ait pas été relevé par Du Gange. Ou ne com- 
pose pas, en effet, une basse-cour uniquement de poulets. 

20. Unusquisque judex fructa semper habundanter faciat 
omni anno ad curtem venire ; excepto visitationes eorum per vices 
très aut quattuor seu amplius dirigant. 

La rédaction de cet article est défectueuse dans les anciennes 
éditions, et peut-être même dans les nouvelles, qui toutefois re- 
produisent avec une exactitude minutieuse le texte du manuscrit. 
Le» commentateurs entendent par fructa toute espèce de fruits 
en général, fructus en latin, frûchte en allemand. Il me semble, 
au contraire, que ce mot signifie ici les produits des poules et 
des oies qui sont mentionnées dans l'article précédent, et dont 
celui-ci est le complément naturel. De plus, Anton rapporte le 
pronom eorxim a unusquisque judex, tandis que le sens, non 
moins que la grammaire, me force de le rapporter à fructa. 
Enfin, acceptant l'article tel qu'il est, je crois qu'il contient 

1. c. 19, dans Irm., Il, 301 et 302. 

2. Voir ce qu'on doit entendre [nt le domaine proprement dit, dans Jrm., prolég., 
<^ 240, 241 et 2ài. 

.«. voy. le Jireviarium, à l'endroit cité plu» haut. 



232 

l'ordre 1° de faire venir à la basse-cour de l'intendant les pro- 
duits des poules et des oies, en quantité suffisante, pour que la 
maison du roi en soit abondamment pourvue pendant toute l'an- 
née ; 2° de faire quatre ou cinq inspections, et plus, de ces pro- 
duits, pour empêcher, je le suppose, les soustractions. 

2 1 . Vivarios in curtes nostras unusquisque ^ judex uhi antea 
fuerunt habeat ; et si augeri potest, augeat; et uhi antea non fue- 
runty et modo esse possunt, noviter fiant. 

Le mot vivarius ou vivarium (car on disait l'un et l'autre dans 
le moyen âge) n'a pas une signification aussi étendue que chez 
les anciens. Il ne signifie plus qu'un réservoir à poissons, comme 
notre mot vivier, qui en dérive. En effet, à l'article 65 qui suit, 
on lit pisces de imwariis (pour vivariis) ; dans le capitulaire d'Aix- 
la-Chapelle, de 813, vivaria mm pisces {pour piscibus) ^, etc. 

22. Coronas de racemis, qui vineas habuerint, non minus très 
aut quattuor habeant. 

« Que ceux qui ont des vignes n'aient pas moins de trois ou 
quatre couronnes de raisins. » Telle est la traduction simple et 
exacte de cet article, qui a beaucoup exercé la sagacité des com- 
mentateurs, et qui n'a été compris, je le crois, par aucun d'eux. 
Tresenreuter cite à cette occasion la mention faite par Du Gange 
de la redevance d'une couronne de raisins, corona de racemis, 
dont Louis VIII exempta l'abbaye d'Homblières '. Mais il ne 
donne pas d'explication, et s'écarte de la bonne voie, en allant 
chercher l'usage antique d'orner le foyer de couronnes de fleurs 
en l'honneur du dieu Lare, et de se couronner et de couronner 
les victimes de lierre mêlé de pampres, dans les sacrifices à 
Bacchus. Anton suit l'opinion de Ress, qui a été adoptée dans la 
dernière édition des Capitol aires. Il entend par coronas de race- 
mis des cabarets ayant pour enseignes des couronnes. Il suppose, 
en outre, que c'étaient les juges, possesseurs de vignes, qui de- 
vaient tenir chacun trois ou quatre de ces cabarets au moins. 

Je ne saurais souscrire à cette interprétation, et voici pour- 
quoi. D'abord, on ne trouve pas d'exemple que corona de racemis 
ait jamais signifié un cabaret ; ensuite, il n'est pas possible que 
cette locution ait été employée dans ce sens par synecdoque. A 

1. Usquisque. Cod. 

2. C. 19, dans Pertz, p. 189; Bai., I, 510. 

3. Au mot Corona, dans Du Gange, qui renvoie à Héméré, Augiiata Viromanduo- 
rum, p. 52. 



233 

la vérité, on conçoit que les cabarets aient été désignés par le si- 
j,Mie extérieur qui servait à les taire rccoiiuaîlre; mais, comme il 
s'agit ici de couronnes de raisins, et que des couronnes de cette 
nature n'ont jamais pu servir d'enseigne permanente, il y a, je crois, 
impossibilité d'admettre une interprétation qui n'est pas moins 
réprouvée par le bon sens que par la langue. Il faut donc songer 
à autre chose qu'à des cabarets avec dcsjudices pourcabaretiers. 

Pour parvenir a l'intelligence de l'article, rappelons nous que 
les tenanciers étaient chargés de redevances et de services au 
profit des maîtres de leurs tenures, et que ces derniers, lorsqu'ils 
passaient ou séjournaient dans leurs terres, jouissaient, entre 
autres droits, de celui d'exiger de leurs hommes des vivres et 
d'autres objets servant à leur table et à leur logement. Ce droit, 
dont il est plus d'une fois question ici, est souvent mentionné 
dans les capitulaires, les diplômes et les formules, sous les noms 
de mansiones, mansionatici, paratœ, et, plus tard, sous ceux de 
gîtes et de droits de prise. Ainsi, le roi faisait prendre chez les 
habitants de ses terres, qui tenaient de lui leurs possessions, les 
fruits et les autres provisions dont il avait besoin pour lai ou 
pour ses envoyés. Il pouvait, par conséquent, demander des rai- 
sins, non-seulement dans la saison où ils mûrissent, mais encore 
pendant tout le temps qu'il était possible d'en conserver. Or, on 
les conservait, comme on fait encore aujourd'hui, dans les cam- 
pagnes surtout, en les attachant par le pédoncule à des perches 
ou à des cercles de tonneau suspendus au plancher. Ces cercles 
de raisins formaient des espèces de couronnes, semblables à 
celles qu'on suspendait dans les églises pour supporter des lam- 
pes ou des cierges, [.es coronx de racemis de notre texte ne sont 
pas, je crois, autre chose. De sorte que, en nous tenant au raot- 
à-mot, comme nous avons fait, et en traduisant ainsi l'article : 
« Que ceux qui ont des vignes [de nous] n'aient pas [chez eux 
et à notre disposition] moins de trois ou quatre couronnes do 
raisins, » nous présentons, il me semble, une interprétation en- 
tièrement satisfaisante. 

23. In uuaquwque villa noslra habeant judices vaccaritiasy 
porcarilias^ berincariticu, capraritias, hircaritias, quantum plus 
poluerint, et nuUalenus sine hoc esse debent. El insuper habeant 
vaccas illorum servitium perficiendum commendatas ' per servos 

I. Anton ; bcsorgle, soiKné»'». 

iV. [ Troisième série. ) 16 



234 

nostros; qiiaïiter pro servi tio ad dominicum opus viaccaritias vtl 
carrucas nullo modo minoratx sint. El habeant, quando servierint 
ad canes dandum, boves cloppos * non languidos, et vaccas sive 
caballos non scabiosos, aut alla peccora non languida. Et^ ut 
diximus, pro hoc vaccaritias vel carrucas ^ non minorent. 

Voilà encoi« un ariicle qui n'a pas été entendu des coui- 
nientateuis. l.e Breviarium de Charlemagne nous fait con- 
naître la conjposilion de ses troupeaux pour cinq de ses terres. 
En négligeant la dernière terre, pour laquelle plusieurs nom- 
bres ont élé omis, nous trouvons, en résumé, dans les quatre 
vacheries, 86 bœufs, lOO vaches avec leurs veaux qu'elles allai- 
tent, 43 veajix d'un an, 7 taureaux et 96 jeunes taureaux «m 
génisses; dans les quatre bergeries, 467 brebis avec leurs petits, 
472 agneaux d'un an et 210 moutons; dans les quatre étables à 
chèvres, 123 mères avec leurs petits, et 64 chevreaux d'un an ; 
dans les quatre étables à boucs, 31 boucs; dans les quatre éta- 
bles à porcs, 540 grands porcs, 320 petits et 5 verrats. On peut, 
à l'aide de ces nombres, se former une idée de la quantité de bé- 
tail nourrie dans les éiables des terres royales de notre (]a- 
pitulaire. 

Abordons maintenant les difficultés du texte, dont l'incorrec- 
tion est d ailleurs évidente. D'abord il faut suppléer ad après vac- 
cas^ dans la seconde |)hrase, et l'on doit lire, dans la troisième, 
vaccaritise vel carrucss au nominatif, au lieu de l'accusatif vacca- 
ritias vel carrucas. Ces changements, purement de forme, de- 
mandés par tous les commentateurs, ne me paraissent pas pou- 
voir être contest{'s. 11 y en a encore un autre qui n'a été indiqué 
par personne, et qui n'est pas moins nécessaire; mais comme il 
est beaucoup plus important, attendu qu'il doit donner la clef de 
tout le passage, j'ai besoin, avant de le proposer, de faire con- 
naître comment l'article a été interprété jusqu'à présent. 

La première phrase est si claire, qu'elle ne peut donner matière 
à aucune observation. La seconde, quoique le sens en soit peut- 
être un peu vague dans Ant'^n, ne présente pas non plus de diffi- 
culté sérieuse ; je ne m'y arrêterai pas davantage. La troisième est 
traduite en allemand de cette manière : Und dasz sie [c'est-à-dire 

1. D'accord avec Tresenreuter et Anton, le dernier éditeur met en note : Clavdos, 
t. e. nec claudos nec langtiidos. Mais la négation ne peut être admise, comme on va 
voir. 

2. Carruyas, T' leçon. 



235 

unsre Beamte] nicht, wenti sie zur Jagd Diensle gentellcn, lahvw 
odir kraulie Ochsen, schabige Kûhe oder Pferde oder ander kran- 
kes Vieh haben, damit sie nicht dadurch, wie schon gesagt, unsern 
Kuhstamm und Pflûge vermindern. C'esl-à-dire : <> Que nos 
ofliciers, quand ils règlent le service pour la chasse {quando ser- 
vierinl ad canes dandum), iraient, pas de bœufs boiteux ou ma- 
lades, ni de vaches ou de chevaux galeux, ni d'autres animaux 
atteints de quelque maladie, afin qu'ils n'affaiblissent pas par là, 
comme il a été dit, nos \acheries et nos charrues. » C'est ainsi 
que le savant Anton a interprété ce passage, dont peut-être per 
onne, avant lui, ne s'était hasardé à donner une explication, il 
up[)ose donc qu'il s'agit ici de la chasse, l'idée eu étant alors 
exprimée par les mots ad canes dandum. C'est une supposition 
toute gratuite, qu'il n'a pris la peine d'appuver d'aucun témoi- 
gnage, et qu'il me parait impossible de justifier. Je ne ferai pas 
plus, pour la combattre, que l'auteur n'a fait pour la défendre, et 
je crois qu'il est permis de la rejeter sans autre discussion, non- 
seulement parce qu'elle n'a rien de plausible en soi, mais, en 
outre, parce qu'il en résulte un sens qui n'a rien rie satisfaisant. 
Car je demande ce que les bœufs, les vaches et les alia pecora 
du texte peuvent avoir à faire à la chasse. Enfin, on observera 
fjue le traducteur, en cela prévenu par Tresenreuter, qui parait 
avoir fait autorité, prétend que la négation non doit être sup- 
pléée devant cloppos, afin que les bœufs écloppés soient exclus 
du service des chasses, comme les bœufs malades. 

Mais nous n'avons pas besoin de faire cette addition, ni de dé- 
tourner les mots ad canes dandum de leur acception ordinaire, 
pour obtenir un sens plus acceptable que le précédent, et même. 
SI je ne m'abuse, le véritable sens. A la vérité, nous aussi nous 
sommes forcé de toucher au texte; mais il nous suffit d'ajouter 
a un mot une seule lettre, dont l'oniissioii nous paraît évidente. 
Bref, uons lisons carnea au lieu de canes, et nous traduisons : 
« Nos intendants doivent, quand ils sont de .service pour la 
tourniture des viandes, avoir en réserve des bonifs boiteux, 
mai» sains, et des vaches et des chevaux non galeux, oud aulivs 
bestiaux non malades; et ils ne dégarniront pas pour cela, 
comme nous l'avons dit. les vacheries ou les cb.uTues. <> Ce pas- 
sage, ainsi interprété, se lie parfaitement a ce qui pn'cède, et le 
sens de tout l'article esta la fois simple et clair. On voit que l'ad- 
dition de won, loin d'être indispensable, ne ferait que gâter I • 



tcxlc ; car si le roi ne dcstiiu^ à la houchrrie que les bœufs oclop- 
\)és, iiiîiis sains d aillciii-s, l;i raison en rsl évidente : c'est (|u"il 
veut ménager le service des charrues. 

.rajodle, en terminant ce lojii» commentaire, que l'usaj^e de la 
viiin<le de cheval parait avoir été commun chez les l'rancs % el 
qu'ainsi, on ne doit pas être étonné de le trouver admis dans les 
terres du roi, sinon pour sa table, au moins pour la nourriture 
de ses serviteurs. 

24. Quicqnid ad discum noslrum dare débet, unusquisque judex 
in sua habeal '^ phbio, qualiter boiia el optima atque bene sludiose 
el nilide omnia mil conposita, quicquid dederint. El unusquisque 
Il habeal de annona paslos ^ per sinqulos dieu ad suum. serH- 
tium, ad mensam iwstram qnando servieril. Et reïiqua dispensa 
similiter in omnibus bona sil, lam, farina^ quam et pemlium. 

Le sens général de l'article n'est pas douteux, malgré la pré- 
sence de deux mots dont la signification semble un peu incer- 
taine. Le premier, pîebio, qui serait du genre féminin, si ie pro- 
nom sua, qui le précède, nélait pas une faute de copiste, 
reparait au § 42, où nous le trouvons écrit plebeio. 

D'après Tresenreuter, il serait là pour facultale, penu ou di- 
striclu. Anton traduit, in seinem lieschlusse, c'est-à-dire in sua 
poteslate, suivant M. Pert/, qui propose aussi vico, en renvo^-ant 
a Muratori \ Excepté vico et penu^ qu'il me paraît difficile 
d'admettre, les autres interprétations se ressemblent, et peu- 
veut à la rigueur convenir également. Du Gange explique d'a- 
bord pkbeium par facuUas, posse, pouvoir; mais il ne cite pas 
d autre texte, pour appuyer son explication, que celui mèmede 
notre article. Passant ensuite à d'autres sens, il entend plebeiumet 
les mots voisins, tels que pîebanalus^ plebania,plebatus, plebegiunij 
j)leberium et plèbes, d'une paroisse, d'une église paroissiale, d'un 
territoire, d'une place ou d'un lieu en général, et rapporte di- 
vers exemples dans lesquels ces termes se présentent effective- 
nient avec les acce[itions qu il leur attribue. Mais je ne vois pas 

1. In primis de volatilil)iis, id est, graculiset coniicnlis alqiie ciconiis, qna; om- 
iiiuo cavendœ suiit abesu chiisliaiioruin. Etiani et fibri [liibii?] et lepoiesct eqni sil- 
valici multo ainpiius vitandi. {Zacharise papœ Epistola ad Boni/acium, dans Ifs 
lettres de Bouiface, n. 142; Bibt. Pair., l. XVI, p. 115, col. 2; Paris, 1644.) 

2. Hahet c. Iiabeat cod. (Pertz.) 

3. Convivia duo, Perl/.. 

4. Mur., SS., VI, 327. 



237 

qnaucuuo ilclles puisse s'nppliqiu'r au passaji:e qui nous occupa' ; 
et jeu suis réduit à chercher, daus ce passage même, hi siguili- 
cation du mot plebium. Or, en l'examinant avec attention, il me 
semble (ju il impose une obligation bien plutôt qu'il ne coufère 
un pouvoir. Eu eflet, le roi charge ses inleudautsde la t'ourui- 
tnrede sa table (discus, en alleniand Tisch), et veut que tout soit 
d'excellente qualité. Ce n'est donc pas un droit, une faculté, des 
attributions qu'il leur donne ; c'est un devoir qji'il leur prescrit. 
D'oii il résulte que plebium ne doit pas se traduire \ri\r f'acultas, 
jioleslas, comme le veulent les conmien ta leurs, mais par munus, 
officium, partes, provincia. Il exprimerait même en soi l'idée 
d'obligation et de respou.sabililé, s'il était possible de lui assi- 
gner la même origine qu'à plegiare, pUvire, plegiutn, qui répon- 
dent aux mots latins fidejubere et fidcjussio. L'explication que je 
propose s'appliquerait également bien au plebeium du § 42. 

L'autre teime qui présente aussi quelque obscurité est pasloa 
de la seconde phrase. Treseureiiter l'entend des vivres que l'in- 
tendant doit recevoir lorsqu'il est de service. D'après Autou, pa- 
stus de anmma signifierait Brœdtung, Lebensmillel von Gelreide^ 
c'esl-a-dire nourriture de pain, vivres consistant en céréales. 
De plus, ces deux savants, suivant le texte des anciennes éditions, 
lisent unusquisque judex, au lieu de la leçon unusquisque II 
(duos), donuée par MM. Bruns et Pertz, et qui me paraît [)réte- 
lable, dabord p'arce que la répétition de /«dex, qui est dans la 
phrase précédente, serait superllue ; ensuite, parce qu'il est dif- 
ficile de croire qu'on se soit servi de deux i on d'un u pour expri- 
mer en abrégé ce substantif. Kiuderling (à la suite de Bruns, 
page 3G9) propose de lire pullos; mais il y a trop d'arbitraire 
daus le choix de cette leçon, pour que je doive la discuter. Au 
it-sle, cette différence de lecture ne peut iulluer en rien sur la 
siuuilication de pastus. D'après l'iuterprétatiou et les passages 
qu'on lit dans Du Gange, le mot pastus ne peut signifier que re- 
pas, vivres ou nourriture; c'est surtout pour signifier nu repas 
(pi'il est employé communément, et c'est aussi, je crois, le sens 
(pie nous devons lui con.server. Je ne traduirai donc pas, avec 
Anton : « Que chaque offlcier ait sa nourriture ou ses vivres en 
blé, etc. ; - mais je traduirai : » Que chacuh de nos inteudanis 
ail à sa disposition du blé pour deux repas par jour, lorsqu'il sera 
<'hargé du service de notre table. - Puis, revenant à la pensée ex- 
pnini-c dans la première phras»*, (Iharlemagnc ajonle : - \)v 



238 

même, que nos autres provisions soient également toutes de^ 
bonne qualité, tant la farine que les viandes. » 

Le singulier l'éminin diapensa, que j'ai rendu par provisions, 
devrait se traduire, d'après Antou, par Aufwand, dépense. Mais* 
je crois qu'une pareille interprétation rendrait le passage peu 
intelligible. Et. d'ailleurs, un capitulaire de l'an 817, qui con- 
V „îii, un règlement sur les vivres à fournir aux envoyés de l'em- 
jjereur, fixe le sens de dispensa, en eomprenant sous ce nom le 
?ain, la boisson, la viande, la volaille, les œufs et même le grain 
]^onr les chevaux. I/article mérite d'être rapporté. 

De dispensa missorum dominicorum. 

De dispensa missorum noslrorvm, qiialiter unicuique, juxta 
suam qualilatem., dandum vel acdpiendum sit, videlicet : epi- 
scopo panes quadraginta, friskingas Ires, de potu modii très, 
porcellus unus, pulli très, ova quindecim, annona ad cahallos 
modii quatuor. Abbati, comiti atque ministeriali nostro, unicui- 
que dentur cottidie panes triginta, friskingas duas, de potu modii 
duo, porcelïum unum, pulli très, ova quindecim, annona ad ca- 
ballos modii très. Vassallo nostro panes decem et septem, fri- 
skinga una, porcellus unus, de potu modius unus, pulli duo, ova 
decem, annona ad caballos modii duo * . 

La signification que je donne ici à dispensa me paraît donc la 
seule vraie. C'est encore celle du mot expensa que nous lirons a 
l'article 64. Quant au mot spensa du même article, il signifie 
dépense, pris dans le sens de consommation. 

Enfin, je ferai observer que la dernière disposition de l'arti- 
cle 24 est à peu près, en ce qui concerne le peculium, la répéti- 
tion de ce qui est prescrit, à l'égard des /)ecora, dans lavant-der- 
nière phrase de l'art. 23. On pourrait toutefois faire cette distinc- 
tion, savoir, qu'il s'agit, à l'article 23, du bétail mis en réserve 
pour être envoyé un jour à la boucherie; et, à l'arlicle 24, des 
atiimaux ou des viandes qui doivent servir imrr.édialeujeht à la 
consommation. 

1. Capitula Missorum, c. 29, dans Bal., l, Gl9; Periz, |>. 218. Voy. aussi 1<; 
2* capiliil. de Pavie, de 86f>, c 16; dans Peitz, p. 432; Bal., p. 356. C'est daiisMaiculf 
(I, II) qu'on trouve le plus de détails sur les vivres à fournir aux envoyés du roi; 
mais le mol dispensa n'est pas dans son texte. Il est remplacé par stipendia , dans 
une charte de Louis le Débonnaire (n. 38, Carpenlier, Alpliab. tironian., p. 67; Boii- 
quff, VI, 652 e). 



239 

25. De pastione aulem kal. seplvmb. indicare faciant, si fuerit 
an 7}on ' . 

[.a pnisson est l'iiction âv. faire f);iilre par les porcs, dans les 
forêts, le gland, la faine et les autres fruits à enveloppe coriace, 
fjlaudes, tombés naturellement des arbres. Les hommes d'une 
terre jouissaient du droit de paisson dans les hois qu'elle ren- 
fermait, en payant au maître une certaine redevance. Mais lors- 
que les fruits manquaient, la redevance, d'après l'édit de Clo 
taire II, n'était pas piyée : Et qnandoqiddfm paslio non fuerit, 
unde porci debeanl saginari, cellarinsis in pnblico non exigatur '-. 
l/iinnonce de la paisson, commi' il est dit dans notre article, 
• icvait se faire le 1" septembre; et l'ouverture avait lieu au 
mois d'octobre suivant , d'après le témoi<;nage du diacre 'Wan- 
dalbert*. 

26. Majores vero ampïius in minislerio non habeant, nisi 
quanlnm in una die circumire aut previdere poluerint. 

J'ai déjà eu l'occasion, à l'article 10, de parler de cette dispo 
silion, dont U-s motifs n'ont pas besoin d être expliqués, 

27. Casœ noslrse indesinenter foca et tcaclas habeant, ila ut 
salvêe ainl. Et quando missi vel legatio ad palatium veniunt vel 
redeuut, miUo modo in curtes dominicas mansionalicas prendant, 
nisi specialiter jiissio nostra aut régime fuerit. Et cornes de suo 
minislerio, vel homines iîli qui antiquitus consueti fuerunt missos 
aut hgationes soniare, ita et modo inantea; et de parveridis, et 
omnia eis necessaria, snlito * more soniure faciant, qualiter benc 
ft hnnori/îce ad palatium venire, vel redire possint. 

Casa s'entend de toute espèce d'Iiabitalion, de celle d'ini 
homme libre comme de celle d'un serf. 

Foca est employé dans le sens d'ignés, comme dans la loi 
des Allemands : Si quis super aliquem focum in nocte miserit, 
ut domum ejus incendat *. 

iVaclas est expliqué par un décret de ('lolaire, dans lequel 

1. Sive sil pasiio. i-iv»! nuii sil. {S(fi(. Corb.. II, 10, «lans Irni„ t. FI, p. 3/7.) 

2. ndict. Clothar. il, a. 614, c. 2:i; dans Periz. p. i!>. 

.». Hoc et menue [octobrij tues lurit indiicere tcinpii<i , 

Mjtiirn hilicrnani fraogant ut temporc glanJcii. 

(Carm, ,U iVen.%lb., <lan.s irAflifry, Syitil., II, fi») 
i So/o/o, I" leçon. 

. /- Alain. Cnrolina, LXXXI ; lians Bal , 1 , 7'.» Voy. aussi L Lnngoh. Holhar., 
1 i: <•! lis, .laii>(:atic , \,i). t-iT.j. 



240 

nous lisons : Ut qui ad vigilias, hoc est, ad toac/as, etc. '. F.e 
mot wactas, en allemand Wache, en français guet, signifie aussi 
bien le service fait par les hommes libres pour la défense des 
villes et des frontières contre les ennemis du dehors, que le ser- 
vice imposé aux serfs comme aux hommes libres pour la garde 
des maisons et des autres propriétés contre les malfaiteurs. 
C'est de ce dernier service qu'il s'agit ici et au § 16, de même 
que dans les polyptyques, et particulièrement dans le Polyptyque 
d'Irminon, auquel je renvoie pour les détails relatifs à cet objet. 

Le foi défend à ses envoyés, et aux personnages chargés d'une 
mission auprès de lui, de loger et de prendre des vivres, sans 
son ordre ou celui de la reine, dans les maisons royales. Les 
logements avec la table, appelés mansionatici à l'article 11, 
sont désignés ici sous le nom de mansionaticas ; mais c'est une 
faute; car ce substantif est toujours du masculin, excepté dans un 
petit nombre de documents où il prend le genre neutre. Les 
envoyés publics étaient logés et défrayés par les comtes ou par 
les gens auxquels l'obligation de les recevoir était imposée; les 
autres habitants, d'après un capitulaire de l'empereur Louis II, 
leur devaient seulement, aux lieux de passage, le couvert, le 
feu, l'eau et la paille : Neque indigenx per soUta loca teclum, 
focum, aquam etpaleam hospitibus denegare, aut sua carius quam 
vicinis audeant vendere'^. Une formule ancienne contient une 
disposition du même genre ^. Les capitulaires, les formules, les 
chartes, font connaître les diverses espèces de fournitures à faire 
aux envoyés publics *, dont litinéraire et les gîtes furent aussi 
réglés par Charlemagne et par son successeur. In iîlis vero locis, 
dit Louis le Débonnaire, ubi modo via et mansionatici a geni- 
tore nostro et a nobis per capilulare ordinali sunt, etc. ^. 

Les parveridi, plus correctement para\^eredi, sont les chevaux 
de conduite dont j'ai parlé au long dans le Polyptyque de Saint- 
Germain^. 

1 . Peitz, p. 1 1 . 

2. Conventus IF Ticin., a. 855, leges, c. 5, dans Pertz, p. 433; c. 4, dans Bal , II, 
358. Au lieu de sua, on lit, dans Baluze, aquam; ce qui est mie tante grossière. 

3. Mansionem ei et focum , panem et aqnam iargire dignemini. {Marc. App., 10; 
Bdl.,11,442.) 

4. Les documents principaux sont indiqués à la note 2 de la page 626. On peut y 
ajouter un diplôme de Chilpéric, dans Bal., II, 893 ; Boiiq. IV, 6î)'i ; Pardess., p. 309. 

5 Capitut.,a. 825., c. 17; Ba!., I, 638 , c. 19, Pertz, II, 245, 
6. Tona. I, § 424 ef suiv. 



241 

Soniare est un mot barbare qui veut dire curare, et d'où est 
verui Hotre verbe soigner. 

28. Volumus ut per annos singulos, intra quadragesima, do- 
ininica in palmis, quse Osanna dicilur, juxta ordinationem no- 
stram, argentum de noslro laboralu, postqvam cognoverimus de 
prsesenti anno quantum sit nostra laboratio, déferre ' studeant. 

Quelques termes d'une signification assez vague, comme labo- 
) a/M.s, laboratio j déferre, jettent un peu d'obscurité sur cet article^ 
<l<)nt la rédaction parait en outre embarrassée. Ici laboratus, do 
même que conlaboratus du § 6, désigne, je crois, toute espèce 
(le produits naturels ou industriels ; et laboratio, qui suit, ne me 
semble pas susceptible d'une autre signification; à moins qu'on 
n'entende par laboratus le résultat de la laboratio, comme ïac- 
tus est celui de Vactio. Mais cette distinction un peu sublile ne 
pourrait apporter aucun changement à la traduction. 

Le verbe déferre, qu'Anton a rendu par einsenden, envoyer, 
signifle plutôt ici déposer, verser. Quant au mot argentum, il est 
mis pour denarii, de même que dans la loi des Ripuaires-, et 
dans une foule de passages du Polyptyque de Saint-Germain '. 
lorsque Tresenreuter soupçonne que l'expression argentum de 
iwstro laboratu pourrait désigner de l'argeat provenant de l'ex- 
ploitation des mines, il se livre à une conjecture à laquelle il 
est impossible de s'arrêter. D'abord, le texte est bien loin d'être 
.lussi explicite; ensuite, comment concevoir qu'une disposition 
aussi particulière, qui devrait s'adresser à des officiers spéciaux, 
et qui s'appliquait nécessairement à fort peu de terres royales, 
ait été insérée dan^ un règlement général, rédigé pour tous le» 
intendants et pour tous les domaines du roi ? 

En résumé, le roi, par cet article, rappelle à ses officiers que, 
d'après son ordonnance antérieure, ils doivent, tous les ans, le 
dimanche des Rameaux, faire le versement de l'argent provenant 
(le fous les produits de ses terres, après qu'il aura reconnu et 
arrêté lui-même les comptes de l'année. On pourrait aussi, an 
lien de supposer une ordoiinauce antérieure, entendre par jMor/a 
ordinationem nostram une ordonnance rendue pour le cas actuel ; 
» l .ilors les officiers auraient en à faire leurs versements sui- 



) De/eienduui, I" lc«.f)r». 

1. XXXVI, 2 

t. rrni., I, 42, II, 3; tll, f.,p.\c. 



242 

vaut un ordre du roi, qui fixerait la somme et le lieu. Ce der- 
nier sens est peut-être un peu moins apparent que le premier ; 
mais il me paraît plus logique ; il a de plus lavantage de don- 
ner une valeur précise au verbe déferre. 

29. De cîamatoribus ex hominibus nostris unusquisqiie judex 
prœvideat, ut non sit eis necesse venire ad non proclamare, et dies 
quos servire débet, per neglegentiam non dimittat perdere. Et si 
habuerit servus noster forinsecus jualitias ad qiierendum ' , ma- 
(jister ejus cum omni intenlione decertet pro ejus justitia. Et si 
aliqiio loco minime eam accipere valuerit ^, tamen ipso servo 
nostro pro hoc fatigare non permittat, sed magister ejus per se- 
metipsum aut suum missum hoc nobis not.um facere studeat. 

Cet article a pour objet, d'abord, d'empêcher les hommes du 
roi de négliger leurs services pour venir sans nécessité porter 
leurs causes nu tribunal du palais ; ensuite, d'aider les serfs 
royaux dans la poursuite de leur droit, pour épargner leur temps 
et leur éviter des déplacements inutiles. 

Le mot cJamator signifie un plaideur en général, soit à titre 
de demandeur, soit à titre de défendeur. Charlemagne, impor- 
tuné par le bruit des plaideurs qui affluaient à sa cour, et crai- 
gnant qu'ils ne parvinssent à surprendre sa justice par des men- 
songes, prescrivit à ses commissaires et aux comtes d'envoyer 
îiprès eux des agents pour contrôler leurs témoignages^. 

L'expression honiines nostri est synonyme de familia nostra, 
et signifie, comme au § 11, tant les hommes libres que les serfs 
qui vivaient dans la dépendance particulière du roi. 

Au lieu du singulier débet, de la même phrase, qui est une 
faute évidente, corrigée dans toutes les anciennes éditions, et 
reconnue par le dernier traducteur, on doit nécessairement lire 
debent ; car ce verbe a pour sujet le pluriel /lommes, qui précède. 
Dans la seconde phrase, le mot justilias doit s'entendre, non- 

1. Corr. Adquirendum coi\. (Portz.) 

2. Valuerint, i" leçon. 

:t. De cîamatoribus qui iiiugniim iiripedimenttini faciunt in palalio ad aures dumini itii- 
pcraloris, ul miss! sive comités illoriiin missos transmittant contra illos qui nientiendo 
va.lmit, uleos convincaut. (Capitul., /, a. 810, c. i; Bal., l, 473;Perfz, p. 162.) L(! 
2* ca()itiilaire de l'année 805, c. 8, contient une disposition relative aux plaideurs, qui, 
ne voulant ni acquiescer an jugement des échevins, ni l'arguer de faux , qui nec ju- 
diimm scabinorum adquiescere nec blas/emare volimt, faisai»'nt appel au tribun d 
du palais (Bal., 1, 425; l'ertz , p. 133.) V«)y. aussi !c canon 1 1 du contilo d'Xiitioclic, 
de 341, dans Baluze, I, 217, et dans Periz, p. 50. 



'243 

stulement de la justice, iiiiiis encore de toute espèce de droit 
qu'un serf peut avoir à poursuivre, (le terme, employé surtout 
i.u f)luriel, répond, en grande partie, je crois, à celui (\e jiista, 
dont Columelle se sert fréquemn»ent en parlant des droits des 
esclaves '. Nous trouvons plus loin (§§ 52 et bC))jus(itiam avec l<^ 
sens de droit, justice, comme au § 4. Nous n'avons pas d'ailleurs 
a nous étonner de voir les serfs du roi exercer eux-mêmes de> 
poursuites pour leur propre compte devant les tribunaux on 
•lilleurs; car c'était un privilège dont ils jouissaient générale- 
ment. Servi aulem régis tel eccîesiarum, dit la loi des Ripuaires, 
non per adores, sed ipsi pro semetipsis in judicio respondeant 
cl sacramenta absque tangano conjurent^. 

Mais quelle était la condition du magister mentionné dans le» 
deux dernières phrases? Faut-il le classer parmi les hommes 
libres ou parmi les serfs? C'est un point qui n'a pas été éclairci, 
et sur lequel personne, que je sache, ne s'est prononcé, à Tex- 
eepliou deXresenreuter. D'après lui, les serfs formaient plusieurs 
divisions, ayant clnicuneà leur tète les plus habiles pour diriger 
les autres, et même aussi pour servir à chacun deux, en parti- 
culier, de conseils et de défenseurs. Prenant ensuite ses preuves 
dans l'antiquité, il cite, à l'appui de son opinion, les deux pas- 
sives suivants : Sic enim et magistri singtilorum officiorum [i. e. 
servilium], dit Columelle, sedulo munia sua exequenlur, etc. ; et 
plus loin : Tanloque curiosior inquisilio patrisfamilias débet 
rsse pro tàli génère servorum, ne aul in vestiariis aut in cseteris 
pr.xbilis iujuriose tractenlur, quanto et pluribus subjectif ut vil- 
liciSy ut operum magislris, ut ergaslulariis , magis obnoxii per- 
peliendis ivjuriis, et rursus sœvitia atque avaritia lœsi magis 
limendi sunl "". 11 pouvait citer encore ce passage du même au- 
teur : Magistros operibus oporlet prxponere sedulos ac frugalia- 
simos*. Varrou parle aussi des qualités que doivent avoir lis 
esc'aves runiux qui commandent aux autres ^ 11 n'y a doue 
p;is de doute que les esclaves, chez les Romains, ne fussent divi- 
N«'s par troupes ou escouades pour les travaux des cham[)s, ei 
<|uc les chefs de ces escou.ides, choisis parmi les esclaves eux 

I. Voy. à la mbU- «le Sclu'iiler, S.S. H. R., pour le tnoijusfa. 
7. L. Rtp , LVIII, 20. 

3. CoL.rfe A. «,, I, 8, n,«'l 1,8, J7. Voy aussi XI, 1, il. 

4. I, 9, I. 

:.. ne R.R.,l. 17. î cl b. 



mêmes, ne fussent appelés magistri. Mais est-il bien sûr que,' 
dans le moyen âge, les magistri servoriim aient continué d'être 
toujours des serfs? Tresenreuter l'a supposé, et Anton, qui se 
borne à les assimiler aux massarii, c'est-à-dire aux tenanciers 
ou fermiers, n'a rien éclairci, ou plutôt on peut dire qu'il s'est 
trompé; car cette assimilation n'a pas de fondement, comme il 
résultera de ce qui suit. 

Pour déterminer h\ condition de celle espèce d'officiers, il 
faut nécessairement recourir aux documents. Or, dans notre c;i- 
pitulaire, $ 57, il est parlé des serfs qui auraient quelque chose 
a communiquer au roi au sujet de leur maître : Si aliquis ex 
servis nostris super magistrum suum nobis de causa nostra ali- 
quid vellet dicere ; et, plus loin, il est fait mention des aides ou 
agents de ce maître, juniores illius. Ce qui donne à entendre 
que ce magister, qui pouvait être dénoncé directement au roi par 
les serfs, et, comme nous le verrons au même § 57, cité par ses 
juniores au tribunal du palais, devait être un officier de quelque 
importance. Ensuite, au § 61, nous lirons que les intendants, 
lorsqu ils amenaient leurs brais ou leur malt au palais, avaient 
ordre de se faire suivre de maîtres capables de fabriquer une 
bonne qualité de bière : Et simuî veniant magistri, qui cervi- 
siam bonam ibidem facere debeant. Ces magistri sont évidem- 
ment des brasseurs, ou des maîtres brasseurs, s'ils commandetil 
a des ouvriers de leur profession. Or, les fabiicants de bière 
sont placés, au § 45, parmi les artisans, généralement de condi- 
tion servile, entretenus par les judices dans leurs districts. De 
plus, nous voyons que la bière était fabriquée, dans le monas- 
tère de Corbie, par des brasseurs appartenant à la maison, brat- 
satores dominici ', et, dans les terres de Saint-Germain, par les 
tenanciers de cette abbaye, tous colons, lides ou serfs ^. Il se 
pourrait donc que ces magistri, ouvriers ou maîtres, de l'arti- 
cle 61, ne fussent pas des hommes libres. 

•le passe à d'autres textes. D'après un capitulaire de l'année 
817, les serfs, servi, des églises, des comtes et des vassaux de 
rem[)ereur, qui refusaient les deniers de bon aloi, devaient re- 
cevoir cinquante coups de verge pour châtiment; et leur maîlre 
ou leur avoué, de condition libre, s'ils ne les représentaient pas 



1. Sfnt. Corb , H, 15, »ians Inn , t. Il, i> 33i, 

2. [rm.,xm, 106; t. n, p. I4y. 



245 

au comte ou ai: comniissiiire impérial, quand ils eu étaient re- 
quis, encouraient le hau ou l'amende de soixante sous : Si »m- 
ijister eorum vel advocalus, qui libei\ eos vel comiti vel misso 
nostro jussus prœsenlare uoluerit, ete. *, Une disposition du 
même ^cnre, reproduite dans l'edil, de Pitres, de 864, contient 
les termes suivants : Si dominus vel magister quilibet aut advo- 
caius talium hominum ^. Telle est la leçon adoptée par M. Pertz. 
B.duze ^ a préféré à quilibel la variante qui liber esl, que donne 
un des meilleurs manuscrits, d'accord en ce point avec le texte 
du capitulaire de 817, que nous venons de citer. Ici, nous ne de- 
vons pas hésiter à considérer le maître comme un homme libre, 
lors mêuïe que l'expression qui liber est du capiiulaire de 817 
ne se rapporterait pas a magister comme à advocatus, et qu'elle 
devrait être remplacée par quilibet dans ledit de Pitres. C'est 
qu'en effet, s'il s'agissait d un serf, il serait puni non d'une 
amende, mais de la flagellation. Toutefois, la locution 7îiagister 
qui liber est semble impliquer la possibilité de celle-ci, magister 
qui liber non est; alors il en résulterait que \e magister servorum 
était tantôt un homme libre et tantôt un serf. 

Dans ce même édit de Pitres, lorsque Charles le Chauve, afin 
d'empêcher ses colons et ceux des églises de démemhrer leurs 
manses, en vendant les terres pour ne garder que l'habitation, 
sella, leur défend de rien vendre de leurs tenures sans l'autori- 
sation de leurs seigneurs ou de leurs maitres, sine licentia domi- 
norum vel magistrorum * ; il désigne nécessairement pai- ces 
magistri, as.sociés aux domini, des hommes libres chargés de 
veiller a la conservation des propriétés. A la vérité, comme il 
n'est fait mention ici que de magislri de colons, on pourrait ob- 
jecter que les maitres des serfs ne sont pas intéressés a cette 
défense, et qu'ils étaient d'une autre condition que les maître» 
des colon». iMais une pareille objection serait assez mal fondée, 
attendu qu'il est prouvé que les colons, sous les Francs, étaient 
dcchus de leur ancienne liberté, et rangés avec les serfs dans la 
classe dfs mancipia' ; que, par conséquefit, les maîtres des uns 

j. CnpituL, a. «i7, c. iH; dans Pi-itz, I, ?.I3. D;ilii/e a placé ce flociiment sous la 
d.ilp cil- SU», t. l.rol. ('.o'«. 

2. lidict. Pis/., c. i:i; <l;ins P«it/, I, 4'Jl. 
». ïl, 180. 

k. C. 20, <lan^ l'cri/, I, .'j.., ii,»! , II, is'.i 
:.. ^l»y /r»/i., (iroli'n., t. 1, § nti il Miiv. 



24G 

trétant pas libres, les iiiailrcs des autres ne IVtiiient pas dà-i 
vantage, outre qu'il est très-vraisemblable que, dans ledit do^ 
Pitres, les servi sont compris sous la dénomination des coloni. 
Il est fait mention, dans les anciens statuts deCorhie, du maître 
des troupeaux de ce monastère, magister gregum.. Il avait sous 
ses ordres dix troupeaux démoulons qui devaient la dîme, potir 
servir aux dépenses de la porte, c'est-à-dire à la réception des 
hôtes. Le portier de l'abbaye réglait, de concert avec lui, la ma- 
nière dont la dîme devait être acquittée ' . Or, comme le portier 
était moine, il est vraisemblable que le maître des troupeaux, 
dont l'autorité en cette partie balançait la sienne, était moine 
aussi, et par conséquent de condition libre. 

Après avoir rapporté les principaux textes qui touchent à la 
question, il ne me reste plus qu'à conclure. Or il me semble bien 
difficile de ne pas admettre deux espèces de magistri servorum, 
les uns libres, les autres serfs. Ceux-là résultent évidemment du 
capitulaire de l'année 817 et des chapitres 15 et 30 de l'édit de 
Pitres, et l'existence de ceux-ci est rendue très-probable par le 
§ 61 du capitulaire de Villis, et par l'expression conditionnelle 
qui liber est du capitulaire de 817 et du manuscrit dont s'e>t 
servi Baluze pour établir le texte de l'édit de Pitres, laquelle 
expression annonce un cas éventuel et non un état perma- 
nent. 

Quant aux maîtres des serfs mentionnés aux articles 29 et 57 
de notre capitulaire, comme ils étaient inférieurs et même subor- 
donnés aux intendants, judices, ainsi qu'il résulte de la lecture 
de ces articles, je serais porté à les compter au nombre des ju- 
niores ou adjoints dont il est question à l'article 16, et que nous 
retrouverons encore aux articles 58 et 63. On a vu que c'étaient 
des officiers généralement de condition plus ou moins servi.'e, 
investis des emplois de maire, doyen, cellérier et autres, tous 
d'ordre privé. Alors ces officiers auraient été, d'une part, des 
magistri par rapport aux serfs placés sous leur direction, et, 
d'autre part, des juniores par rapport nuxjudices ou intendants. 
Enfin, ces magistri avaient eux-mêmes des juniores^ comme le 
prouve l'article 57, si les juniores qui y sont mentionnés sont 
ceux du magister. Cela est d'ailleurs attesté par d'autres docu- 
ments, dans lesquels nous trouvons mentionnés des decanus ju- 

1. Stat. fort}., II, 10, daus Iim., t. II, [). 328 et 3'29. 



I 



247 

niorj des cellerarius Junior, etc. '. Ainsi, en résumé, nous dis- 
tinguons trois espèces d'ofliciers : !• les intendants, judices ; 
2" leurs adjoints ou aides, juniores, parmi lesquels étaient les 
magislri (non les domini) servorunt ; 3" les juniores de ces 
mayistri. 

D'après l'article que nous examinons, le magister des serfs 
devait veiller à leurs intérêts. C'était peut-être, sous un autre 
nom, dans l'ordre civil, le même officier que Vadvocatus dans 
l'ordre ecclésiastique; avec celte différence que les avoués pa- 
raissent dès l'ori^Mue, ou au moins de très-bonne heure, avoir 
été des hommes libres et avoir souvent joué un rôle important. 
Ce n'est pas qu'on ne puisse citer aussi des magislri parmi les 
grands personnages, tels que le magisler des cubicularii, celui 
des ostiarii, celui des pincernse^ etc., qui figurent dans les docu- 
ments delà seconde race; mais comme ils n'ont que bien peu 
de rapport avec les magislri des serfs, nous n'avons pas à nous 
en occuper. 

Maintenant que je suis sorti du § 29, je passe au suivant. 

I. Voy. Irm., IX, 58 eOlO; t. II, p. 85 et 105; Appeiid., V, 11, 5. p. 318 o« 319; 7, 
|). 322 Voy. aussi Du Cange, an mot Junior. 

Benjamin GCÉRARD 

((Je riiistitul). 

[La siiilc au numéro prochain.) 



SOLUriON 
DES PROBLÈMES 

PROPOSÉS PAR CHOSROÈS. 

TBAITÉ IMiDIT DE PBISCIKR LE PHILOSOPBB. 



Agathias raconte que, sous le règne de l'empereur Justinien , 
sept professeurs , qu'il appelle la fine fleur de la philosophie du 
temps *, lurent contraints de s'expatrier. Il donne les noms de 
ces martyrs de la pensée, qui étaient Damasciusde Syrie, Sim- 
pliciusde Gilicie, Eulamius de Phrygie, Priscien de Lydie, Isi- 
dore de Gaza, Hermias et Diogène de Phéuicie. « Ne trouvant 
pas de leur goût, dit-il, les dogmes religieux qui prévalaient 
alors chez les Romains, et s'imaginant, d'après ce qu'ils enten- 
daient répéter partout, qu'en Perse régnait cette union de l'au- 
torité et de la philosophie que Platon donne pour base au gouver- 
nement modèle, de sorte que dans leur idée tout devait aller à la 
perfection dans ce pays ; considérant d'ailleurs que leur opposition 
a l'ordre établi les exposait chez eux à des alarmes continuelles, 
ils partirent pour la Perse, avec le dessein d'y vivre désormais. 
Quel ne fut pas leur désenchantement, lorsqu'ils virent là des 
magistrats violents et prévaricateurs ; des efîondreurs de portes, 
des tireurs de manteaux, les petits opprimés par les grands, l'a- 
dultère dans toutes les maisons malgré la polygamie? Les entre- 
tiens qu'ils eurent avec le roi achevèrent de les convaincre de 
leur erreur. Ils trouvèrent en lui un homme qui faisait parade 
de philosophie, mais qui n'avait aucune notion des maîtres, qui 
ne s'entendait avec eux sur aucun point et qui pratiquait une 
foule d'habitudes contraires à la morale. Tout cela les chagrina 
fort et leur donna l'envie de s'en aller au plus vite. Chosroès , 

1. Tô ixpov dcwcov, xaTà Tr;v TtoiriOiv, twv v/ tw x«6' ^ip-doi XP°''V çi/.&ff09»icrâvTwv. 
//m7., lil). Il, e.iit. Palis., p. 69. 



•249 

qui les avait pris en affection , lit tout ce qu'il put pour les rete- 
nir ; mais plutôt que d'accepter ses offres magnifiques, ils aimè- 
rent mieux retourner dans leur pays, dussent-ils, en y remettant 
les pieds, périr de mille morts. Leur voyage cependant ne fut pas 
sans profit pour eux. La paix ayant été conclue à peu de temps 
de là entre les Perses et les Romains, une clause du traité, qui fut 
dicté par Chosroès, portait que les philosophes pourraient vivre 
en sûreté dans l'empire, sans avoir à professer d'autres opinions 
que celles qui convenaient à leur conscience. » 

Ce récit d'Agathias arrive comme preuve à l'appui d'une thèse 
qu'il soutient avec beaucoup de vivacité contre la réputation de 
savant qu'on avait faite à Chosroès : c'est de la polémique, et non 
pas de l'histoire ; par conséquent, il faut se défier du jour sous 
lequel il lui plaît de présenter les choses. 

D'abord , le propos qu'il attribue aux philosophes n'est pas 
admissible, Damascius le Syrien et tous ses compagnons, qui 
étaient des Asiatiques élevés au contact des Perses, ne pouvaient 
pas avoir la simplicité de croire que Chosroès avait réalisé dans 
ses États la république de Platon. Ils fuyaient la persécution, 
non pas le spectacle de la corruption humaine, et le bien qu'ils 
allaient chercher sur la terre étrangère était la liberté. Que si 
quelque espoir s'était allié dans leur esprit au besoin d'indépen- 
dance, c'était celui qu'ont toujours emporté avec eux les exilés 
des causes vaincues. Ils pouvaient croire qu'ils relèveraient dans 
la Perse l'école fermée par les décrets de Justinien, et que l'O- 
rient, recevant d'eux la doctrine delà Grèce, la rendrait un jour 
au monde ingrat qui l'avait proscrite. Il n'étiiit pas absurde à 
eux de se flatter d'une pareille perspective lorsqu'ils se rendaient 
sous la domination d'un roi qui honorait toutes les opinions, 
qui avait attiré à lui les Nestoriens frappés de la même proscrip- 
tion que les philosophes, qui souffrait que sa femme professât 
• ouvertement la religion chrétienne dans son palais '. Leur er- 
reur fut d'avoir jugé lu nation des Perses par son chef, et leur 
déception tint sans doute à ce que leur prosélytisme fut sans 
succès. Dans leur découragement, ils se prirent a regretter leur 
pays, au point de ne pouvoir être consolés |)ar les bons procé- 
dé» de Chosroès ; et comme ils avaient acquis la conviction que le 
feu sacré dont ils étaient les dépositaires devait mourir entre 

1. D'Herhdot, Bibliollièqiic orientait-, arf Snmchnwnn. 

IV. (Trnisi^me s/rie .) 17 



•250 

leurs mains, ils jugèrent qu'il valait mieux 1»^ rapporter sur le 
sol qui l'avait vu naître, grâce à l'avantage qu'ils obtinrent de 
l'y entretenir jusqu'à leurs derniers moments. 

Agathias n'est pas plus digne de loi, lorsqu'il dépeint le roi 
des Perses comme un personnage ridicule qui unissait à l'igno- 
rance d'un barbare la sotte prétention de vouloir passer pour 
un penseur. Chosroès Nouschirwan eut incontestablement l'es- 
prit très-élevé et très-cultivé. Il porta l'amour et la connais- 
sance des lettres à un point étonnant pour la nation à laquelle il 
appartenait, et on le sait, non pas seulement par les louanges 
que l'exagération des Orientaux lui a décernées , mais par des 
témoignages certains et par les débris imposants, quoique trans- 
formés, d'une vaste littérature que sa protection avait fait éclore. 
C'est lui qui fit écrire, d'après les traditions de son empire, la 
première histoire qu'aient eue les Perses; et il dicta lui-même 
{)Our l'instruction de son successeur un recueil de maximes que 
seraient heureux de pouvoir avouer des rois qui ne succèdent 
pas à Cyrus. Il suffit de dire, à la louange de ces deux ouvrages, 
que Ferdoucy a pris dans le premier la matière du Schah-Nameli * , 
et que Saady a rais en vers le second *, de sorte que les deux 
plus beaux génies de la Perse moderne tiennent du monarque 
sassanide une partie de leur inspiration. 

Nous lui devons bien aussi quelque reconnaissance, nous au- 
tres Français, à cause du livre de Pidpaï, si heureusement mis à 
contribution par La Fontaine, après que nos rimeurs du moyen âge 
eurent vécu dessus pendant deux grands siècles. Ce livre est une 
conquête de Nouschirwan. Il envoya exprès une ambassade pour 
le chercher au fond de l'Inde, et en fit faire une traduction en 
pehlvi ^ , qui fut le texte où les Arabes le prirent à leur tour 
pour le transmettre en leur langue aux nations de l'Occident. 

Mais c'est surtout le goiit de Nouschirwan pour Aristote et 
pour Platon qui l'avait mis en réputation parmi les Grecs du 
Bas-Empire. Agathias, qui lui dénie toute connaissance de ces 
grands philosophes, est obligé pourtant de convenir qu'il s'était 
fait traduire tous leurs ouvrages , même les plus transcendants. 
Pour concilier deux assertions si contradictoires, il se moque de 



1. Mohl, préface de la traduction du Schah-Nameh. 

2. Bibliotttèque orientale, I. c. 

3. Ibid., art. Homamtn-Nameh. 



251 

cts traducliojis qu'il ne connaissait pas, contestant qu'un jarguu 
aussi grossier et aussi pauvre que celui des Perses, ait pu rendre, 
même approximativement, le style de deux écrivains comme 
Aristote et Platon ' . 

Eu supposant que la langue pelilvie dont entend parler l'his- 
torien grec ait été ingrate à ce point (ce dont ne conviennent pas 
les philologues qui en ont étudié les restes) , il y a tout lieu de 
croire que l'argument tombe à faux, parce que ce n'est pas en pehlvi 
que les versions dont il s'agit avaient été faites. M. Ernest Henan 
signalait récemment aux orientalistes un manuscrit du British- 
Museum qui contient un abrégé de la logique d'Aristote, écrit 
par un Nestorien du nom de Paul le Perse, pour « l'heureux 
Khosrou, roi des rois, le meilleur des hommes; » et cette traduc- 
tion, qui ne s'adresse pas à un autie qu'à notre Chosroès, est en 
syriaque -. Très- vraisemblablement le syriaque, langue savante 
et très-travaillée, fut dans les autres occasions, comme dans celle- 
ci, l'intermédiaire dont usa INouscbirwan pour s'initier aux doc- 
trines philosophiques de la Grèce '. 

Pour achever la réfutation d'Agathias, je vais administrer la 
preuve que le commerce dos néoplatoniciens exilés avec Chos- 
roès fut plus suivi qu'il ne le donne à entendre, que le roi 
lit preuve d'assez d'intelligence pour avoir été pris au sérieux 
par ses hôtes, enfin qu'il était homme a saisir les choses les plus 
subtiles du raisonnement.Tout cela est démontré par un ouvrage 
de Priscien de Lydie, le même qui figure dans le récit que j ai 
rapporté au commencement. 

On n'a encore signalé de Priscien que des écrits perdus qu'a- 
vait réfutés Philoponus, et un commentaire attaché au livre de 
Théophraste sur les sensations * . L'ouvrage dont je veux parler 

1. Ilwî |iiv Yoùv oîôv te t)v tô àxf/aiçvè; àxelvo twv naÀaiùv ôvo|xàT(ov xat èXeuÔE- 
piov, xal wpô; yt, t^ -twv 7t(>aY|ioixa)v ^ûaei Ttpôaçopôv te xai éTiixacpôxaTov, àypîa Tivt 
yXwttç xot àjAoyffOTâTw àiioatoOy,vai ; Hist., I. \\ , cdit. Paris., p. fie. 

2. Journal aiiiatique du mois d'avril 1832. 

3. Sur riinporlanro du syriaque commp langue savante et sur les nomlireiix <Vri- 
vains qui l'ont eni|iloyé pour faire passer les idées helléniques dans l'Orient, dK|)iiis 
le cinquièroe siècle, voir le Irailé de M. Renan, De philosophia j>eripal€lica apiid 
Syros; Paris, 1852, in-S. Néanmoins je dois an nit^nio savant la connaissance d un 
dictionnaire biographique arabe du X* siècle (Kitdbel fifirlst, Ms JJihl. inip., suppj. 
arabe, n« HOO'J o<i il est dit qn'avaul l'islamisme, les Persans possédaient des traduc- 
lions en leur langue, c'est-à-dire en pclilvi, de divers ouvrages de logique et de médefinr. 

4. H.irics, Fahrtcii bihliofhccd <ji:rra, I Ul, p. Vi'!, M'* et 598. 

17. 



252 

est donc noii-Reulement inédit, mnis inconnu. Il existe traduit 
en latiu et incomplet dans le ms n" 1314 du fonds de Saint Ger- 
main à lu Bibliothèque impériale. Il est annoncé sous ce titre : 
Prisciani philosophi soïutiones eorum de quibus dubitavit Chosroes 
Persarum rex. C'est une série de dissertations succinctes que 
l'auteur donne comme autant de réponses à des questions de 
psychologie, de physiolop^ie, de physique générale et d'histoire 
naturelle, que le grand roi lui avait adressées. 

Le traité, dans l'état où il est , se compose de neuf chapitres 
(le neuvième interrompu dès le début) et d'une préface dans la- 
quelle Priscien fait connaître sa méthode et ses autorités. C'est 
l'occasion pour lui de nommer un grand nombre d'auteurs et 
d'ouvrages grecs dont quelques-uns manquent dans le réper- 
toire de Fabricius. Après cela, il entre en matière, énonçant cha- 
cune des questions proposées à mesure qu'il se prépare à les ré- 
soudre. 

Voici l'énoncé des neuf questions : 

l" Quelle est la nature de l'àme? L'ûme est-elle la même dans 
tous les êtres ? Est-ce la différence des âmes qui fait la diffé- 
rence des corps, ou, au contraire, la différence des corps qui 
fait celle des âmes ? 

2° Qu'est-ce que le sommeil? Est-il le produit de la même 
âme qui agit dans l'état de veille, ou celui d'une autre âme? Se 
rapporte-t-il au principe du chaud ou au principe du froid ? 

3° Qu'est-ce que la faculté de songer, et d'où vient-elle? Si 
elle est une perception de l'àme , est-elle procurée par les dieux 
ou par les esprits malfaisants ? 

4" Pourquoi dans tous les climats l'année subit-elle les quatre 
évolutions du printemps, de l'été, de l'automne et de l'hiver? 

5° Pourquoi tels médecins qui s'accordent sur la nature d'une 
maladie ne s'accordent ils pas sur le remède qu'il convient d'y 
appliquer, jusque-là que le remède déclaré nuisible par l'un sera 
appliqué avec succès par un autre? 

6° Pourquoi la mer Rouge monte-t-eile et descend elle tous les 
jours et toutes les nuits? 

7" Comment se fait-il que des corps graves se soutiennent 
dans l'air, et que le feu puisse avoir pour réceptacle l'humidito , 
comme cela a lieu dans les phénomènes atmosphériques .** 

8" Pourquoi les diverses espèces d'animaux et de végétaux , 
lorsqu'on les change de région , présentent- elles après un certain 



253 

Ijps de leiiips et un cei taio nombre (Je reproductions, des formes 
propres au pays où elles ont été tiansplantées; et ponrqnoi, si 
c'est la nature de l'air et du sol qui les modilie, tous les in- 
dividus des espèces qui ont été constamment soumises a ces in- 
fluences, n'ont-ils pas la même physionomie ? 

9° Pourquoi, lorsque tous les êtres animés sont pareillement 
composés de quatre éléments, n'y a-t-il que les reptiles qui por- 
tent en eux des venins mortels, et pourquoi tous les reptiles n'en 
ont-ils pas? 

Telles sont les questions de Chosroès. A coup sur , elles déno- 
tent un esprit habitué à réfléchir sur le fond des choses, et sont 
faites pour donner de la valeur au joli compliment que Paul le 
Perse a mis dans la dédicace de son abrégé d'Aristote : « En 
" vous offrant un présent philosophique, je ne fais que vous of- 
'< frir un fruit cueilli dans le paradis de vos domaines, de même 
•- que l'on offre à Dieu des victimes prises parmi les créatures de 
« Dieu '. » Quant aux. réponses de Prlscien , il ne m'appartient 
pas d'en juger la doctrine, ni de leur assigner la place qui leur 
convient parmi les autres productions de l'école néoplatoni- 
cienne. C'est une tâche dont auront à s'acquitter les maîtres qui 
ont créé de notre temps l'histoire de la philosophie. La grande 
habitude qu'ils ont de la matière ne sera pas de trop pour dé- 
brouiller un texte peu correct, et qu'il n'est possible de com- 
prendre qu'à la condition de se reporter en esprit à la phrase 
grecque, dont le latin est constamment un calque servile. 

Le manuscrit est du neuvième siècle , et exécuté certainement 
en France, peut-être dans le monastère de Corbie, auquel il 
appartenait avant de passer dans la bibliothèque de Saint-Ger- 
main des Prés. Je ne crois pas me tromper en attribuant égale- 
ment à la France et au neuvième siècle le travail de traduction. 
J.a raison que j'ai de le croire est que cette traduction étant né- 
cessairement l'œuvre d'un littérateur latin qui vivait entre le 
sixième et le neuvième siècle, pour toute celte période on ne 
trouve qu'un homme dans l'Occident qui ait uni la science du 
grec à l'intelligence de la philosophie néoplatonicienne : et cet 
homme est notre Jean Scot, que d'autres appellent Érigène. 
Aussi bien l'idée du même auteur se présente encore à l'esprit 
quand on voit les solutions de Priscien précédées dans le manus- 

I Journal iisiati<|iir, I c. 



254 

crit par le traité de Scot sur la Prédestination ' . Ainsi, la version 
de.Priscieu , comme celle du faux Denys De cœlesti hierarchia, 
serait due au philosophe extraordinaire qui fit briller dans le 
palais des fils de Charlemagne un génie que l'école d'Athènes, lors- 
qu'elle existait encore, n'aurait pas désavoué; peut-être même 
cette version fut-elle faite sur un ms. envoyé de Constantinopleen 
même temps que celui de la Hiérarchie céleste, puisqu'il est 
avéré que le texte de ce dernier ouvrage est un cadeau de l'em- 
pereur Michel à Louis le Débonnaire. Le livre de Priscien peut 
donc passer, jusqu'à un certain point, pour un monument de 
notre histoire littéraire, et c'est à ce titre que j'ai cru pouvoir 
en parler dans ce recueil. 

Pour appeler sur lui l'attention dont je crois qu'il est digne , 
il suffira d'en transcrire ici, comme spécimen, la préface et les 
têtes de chapitre qui présentent l'énoncé de chaque question et 
souvent la division du discours écrit en réponse. 

PRISCIANI PHILOSOPHl SOLUTIONES EORUM DE QDIBUS DUBITAVIT 
CHOSROES PERSARUM REX. 

Cum sint multse et variaein queestione propositiones, et unumquodque 
eapitulum différentes habeat interrogationum oecasiones, necessarium 
est, per singula séparantes, similiter quœstionibus apte adunare solu- 
tiones, et eisdem diligentes 2 ac validas approbationes, quantum possi- 
bile est, adliibere, veterum excerptas libris; brevi quidem et connexo 
sermone utentes, ita ut neque copia longa perturbet, neque quidprae- 
termittat, secundum nostram virlutem et hoc prsesenti usui décorum, 
disputari indigentium ; propter hoc etiam , corrigere quse scripta sunt 
volentibus, aut eorum quasi recte et bene habentem recipi conceptio- 
nem, facile fiat accipere ex qualibus hœc constituta sunt libris, recor- 
dari et ipsos ubi veteres cognovimus. Ex Platonieo enim Timœo, Phae- 

1. Voici, dans leur ordre consécutif, les matières que contient ce manuscrit : 
r Liber Vincentii Lirinensis contra haereticos, qui in fine notatur Explicit tractatus 
peregrini contra hereticos. — 2° Très epistolae paschaies Tlieopliili , Aiexandrini 
episcopi, ad totius A:gypli episcopos. — 3" Epistoia Epiphanii episcopi ad Hieronymum 
presbyterum. — 4° Epistoia sancti Hieronymi ad Tlieophilum episcopum. — 5° Homi- 
lia sancti Augustini de studio caritatis. — 6° Johannes Scotus de praedeslinatione. — 
6° Prisciani philosophi solutiones, etc — 7" Carmen quoddam prœnotatum : Inci- 
pit libelliilus sacerdoCalis qicetn Lios monocus heroico melro composuit. Lege in 
pace. 

2. Ms. delig entes. 



255 

doiieque et Phœdro ', et Politia, et aliis convenientibus disputationibus 
jissurapta atque confecta sunt, et actionibus Aristotelis de Physica et de 
Cœli generatione et corruptioue et MsTeojptov 2- similiter quoque et ex 
his quse sunt de Somno et Somniis, et ex his quœ quasi in dialogis 
scripta sunt de Phiiosophia et de Mundis. Theophrastus item plurimas 
occasiones serraone dignas prsestitit his quse quaîsita sunt ex rsaturali 
historia et Naturali auditu, et ex his quae dixit de Somno et Somniis 
Morsibusque simul nocivis, et de Ventis, et de Modis et moribus et 
liabitationibus 3. Hippocrates quoque ad hoc perveniensde Aère, locis, 
a(juis. Usi quoque sumus utilibus quœ sunt ex Strabonis Geographia, 
Lavini quoque, ex Gali scholis, exemplaiibus Platonicorum dogmatum ; 
adhuc etiam ex eommento Gemini Posidonii de Msxewpojv, et Ptolemœi^ 
Geographia de climatibus^, et si quid utile nobis ex Astronomiis appa- 
ruit; Martianique Periegesi , et MeTswpwv Arriani; Didy moque de 
Aristotele, et ipsius scriptore dogmatun), etDorothei Naturalium Ari- 
stotelis commente. ^Estimatus est autem etTheodotus nobis opportunas 
occasiones iargiri ex collectione Ammonii scholarum , etPorphyriusex 
Commixtis quœsiionibus, Jamblichusque de Anima scribens, et Alexan- 
<Jer et Themistius qui, ea quœ sunt AristoteUs, narrant. Piotinus quoque 
magnus, et Proclus in omnibus différentes ^ singulos libres componens, 
et maxime de tribus sermonibus per quos apud Platonem animœ in- 
moitale ostenditur. 

Prima igiturquaestiocomposita multiformiter, ubi hœc ait : 

De anima et niaxime Iximana '. 

l'rimuin quidem quœ est animœ nutura, et utrum in omnibus corpo- 
ribus una atque eadem est, an differt? et an iormœ corporum dilferen- 
tia omnisanimantis, ab animœ differentia sit, ansit animœ differentia ex 
corporis differentia? Si enim una, maxime humana, per simile genus, ah 
una persona informata fuisse videtur, attamen unusquis(}ue eorum ad al- 

I . Écrit Fxdoneque et Fxdro. 

1. Pxrit MET6K(dP(dN, et en glose dans la marge cœlestium speculationtbus. 

.{, On plutôt imnginibus, elxoviaixo)/, que If tiadiictetir aura hi ûixovta(xwv. 

i. M 8. l'iliolomei. 

.». M». Klimatibus. 

ft. M8. Deferenlm. 

7. Celle question est la seule qui ail un titie de matière. Pour la symétrie, j'en ai 
donn«^ à toules Ifs antres, en les niellant entre rroclirts, pour indiquer qu'il» 
nVxi'ilfnt pas dans le Mr 



256 

tci'um diffei'entiamquamdam' liabet, etnousimiliterad seipsas habent: 
oportet autem seire et animae ditïerentiam ex quali causa sit. Si enim 
corpus convertit animam ae per hoc unj^ïuaeque anima ab altéra differt, 
ecce videtur quia corpus dominatur animae. Si vero anima convertit 
corpus et formse differentia ab bac eadem causa sit , ecce manifestum 
quia anima dominatur corpori. At si propter mixturam utrumque con- 
vertitur, praîclarum quia mixtura utroque melior est, et restât videre 
quse sit mixtura et quomodo miscentur corpus et anima. 

His propositis, oportet primum quœrere de anima, an qusedam 
essentia et a se subsistens et non in altero esse sortita; et si hoc osten- 
sum fuerit, utrum incorporalis est simplexque, et incoraposita et ioso- 
lubilis, utunil'ormis. His necessario connectitur et immortalem eam et 
incorruptibilem , et perdi non posse , et segregatara esse corporibus ; 
aut contraria horum accipienda sunt in anima. Etc.. 

[De somno.] 

Secundum interrogatorum capitulorum de somno et ejus natura; et 
si secundum unam an secundum duplicem accidit animam; et utrum 
calidus an frigidus est somnus. Habet autem capitulum sic : Et hoc 
quoque, quld est somnus et qualls naturae?et quid dormlre, quidque 
vigilare? Quoniam enim, cum homines dormiunt, in ipsa soporatiouis 
hora, videtur in illo corpore anima per quasdam quidem partes actua- 
11s, et per quasdam sllens et inactualis : et inactualltatis quidem est non 
senlire quid, neque scire sive pedum et manuura actiones recipere; ao- 
tionis vero partes sunt inspiratio, et resplratio, et visiones, et sorania, 
et phantasmata videre, et digerere '^ et corpus quietum facere : in eadem 
quidem hora sic apparet quasi duplicem habere animam, eo quod, 
secundum quaedam quidem mortuo proxime sit, secundum vero quae- 
dam vivent! : et qoomodo sit ^ hoc possibile, dimediam quidem partem 
animse vivere, et vigilare _, et agere; dimediam vero raortalem et sopi- 
tam et inactualem ? Si autem animée hominum in corpore non simplices, 
sed duplices, quomodo possibile duas animas in uno corpore esse? Si 
enim possunt duse animae in uno corpore esse, tum ''» prœclarum quia 
una ab altéra segregata est et actione differunt : una quidem anima 
illa erit soplta et taxa et inactualis, altéra vero sempcr vigilans et 

1. Ms. deferentiam quandam. 

2. Ms. degerere. 

3. Ms. si sit. 

4. Ms. (am. 



.fiçens, iuspirans et respiraiis, etdigerens, et corpus quicscerc fucrcns 
Si vero non praeclarum quia altéra ab altéra differt et natura et actu. 
et si actuaie quidem unius aniœae in corpore inhabitationem ostendit, 
({uam alterius anima; aliquando quidem inactuale aliquando vero ac- 
tuaie, délibérant quis utrum, in tempore actuali , incorpore erit an 
extra, si quidem sicut actionis tempus osteudit in corpore habitatio- 
nera, sic tempus otii contrarium. 

Com bis etiam hoc deliberandum, quia somnus calidus est aut frigi- 
dus. Si enim calidus, ob quam causam sitim restringit et humidita- 
tem J auget? Si vero frigidus, quare cibos in digestura ducit , et corpus 
calificat, et sudores recipit? Et si somnus quidem unius cujusdam na- 
luraî est, quare duo queedam natura differentia a se, invicem facit? Sr 
vero duplicis naturte est, calida; et frigide, debberandum quse partes 
caliditatis et qua3 frrgiditatis. 

Et hoc autem oportet dicere quare, somno et natora corpus quasi 
solvente, actum quemdam validius facit; veluti enim fortiori stornacho 
facto, cibos abundantius ^ digerit. Hoc autem sic deliberandum quia si 
somnus omne corpus dissolvit, itaque et stomachum simul dissolvit et 
mollificat, aot non; et si quidem solvit, quare cibos abundantius dige- 
rit; si vero non solvit, quomodo totum corpus solvit, stomachum au- 
tem non. 

Oportet itaque nos et hic quae [a] veteribus sapientibus dicta sont 
yxpii et in multis, coogregare et diseernere, etc 

[De somniis.] 

Et hoc autem : Quid est visio et unde fit? et, si notitia anima: est, 
an dii an dœmones ostendunt ei. Si enim notitia animae est, quare in 
tempore velut ignorantiaî et insensibilitatis dum sit ipsa, circa ea qua; 
futura sunt fortior et potentior est, unde et prophetias quasdam dicunt 
quidam ; invigilando vero ipsa anima; notitia circa fatura eamdem fir- 
iDitatem non hâbet, neque prophetat? Et si visio anima; notitia est, 
<iuare per somnium notitia veluti auditus, et visus, et gustandi sensus 
est, si quidem somniatim accidit comedere qua;dam et veluti scntirc 
nos gustum visibilium ciborum; ea vero vigilantis us((ue ad oplnioncm 
>()lummodo, extra visionem vero nullum scnsum adliibct notitia? In 
liiiiic rnodum et de audilu. et vi^u est dicendum. 



1. Mh. timidiintem. 

2. Ms. hnhundnnhu% 



258 

Considérantes igitur quidem • Visio et unde, et quomodo sorania fluot, 
dieimus sic : 
Non est passio scnsus somniari, etc.. 

[De tempestatibus anni.] 

Et hoc autem deliberandum, quare, per unumquodque climatuna 2 
sint quatuor conversiones solaris anni : vernalis, et œstiva, et autu- 
innalis, et hiemalis; et his in una distinetione temporis factis, diei et 
noctis magnitudo et brevitas, et aeris perturbationes, et nimbus, et ca- 
liditas et frigiditas per unumquemque locum et ciima dlffert et varia- 
tur? Plures enim pluviaî per boreas partes in hieme fiunt, in australibus 
vero partibus in aestate. Est autem et in una regione aut loco cogno- 
seendum, ubi altitudinis quidem aut profunditatis, aut austri, aut aqui- 
lonis uullam habet differentiam, aeris vero perturbationes et imbres, in 
plus et minus, caliditate aut frigiditate differunt. 

Primum redarguere oportet de qusestione minus aeute scribentes ; ne- 
que enim quatuor anni motationes dixerit quis conversiones norainans, 
sed magis lioras vocant veteres sapientes, quamvis quidam in abusione 
conversiones vocent eas non proprie, etc.. 

[De medicatiooe.] 

Quintum capitulum habet sic : Et hoc, quare infirmitate aut passione 
ex frigiditate aut caliditate facta, qui patientera visitant medici con- 
sone ex frigiditate aut caliditate pronuntiant esse, in curando vero e* 
in medicaminum temperantia dissone habent, et alter alterius medi- 
carainis oblationem corrumpentem et contrariam arbitratur esse, alter 
vero opinionis suai auxilium afferens, curât patientera? Et si quidem 
medicamenta contraria sunt sibimet et non vesecant inflrmitatem , 
quare illorum auxilio laborans sanus efficitur? Si vero patienti medi- 
camenta causa sanitatis non sunt facta, sed per eventum, quae utilitas 
medicinse? Si autem medicamina causa sanitatis fuerint, quserendum 
quia medicamina et auxilium contraria fuerint sibimet, aut non. Si 
enim contraria erant, quare, auxilio contrario oblato, non contraria 
perfieiuntur, et hoc, quodam raedicaraine valde frigido existente et 
cum altcro minus frigido mixto, quse in frigiditate débet facere, mixtum 
raiuori frigido plus facit; si enim, quaudo serael substitit eodem pon- 

1. Coiiig. quid est. 

2 Ms. tinum quoque cltmadum. 



ilere vel etiam niensura, medicaminis aequali fiigiditate el poudeic 
Hoc ipsum autem et de calidis medicameotis rationem habet deli- 
Iterandi. 

Videtur autera nobis non multo dignum prœcepto; si enim confltemur 
omnes hujus medicinta artis régulas sane habere, et in ipsa rationum 
consonantiam immotabilem esse, aecipimus qiioque et medieinae disci- 
plinatum aequaliter habentem, etc. 

[De marinis aestibiis.] 

Et hoc quoque : Quare Rubrum mare per singulas noctes diesquc, 
rst quidem quando redundat, estque quando recessum expectat? et 
redundantia quidem lunaliter quantum differt in plus et minus? et 
neque in redundantia augetur, nequein minoratione privationem aqua 
rum dicunt fieri; neque iterum redundantia ventorum necessitate , 
neque recessus illorura silentio efficitur : et hoc quoque raanifestum 
quia, maximis fluminibus semper influentibus et refluxu non existente, 
nulla adjectio maris aquarura apparet ' . 

De accessu per Rubrum mare et recessu, et per exteriorem Oceanum 
talibus factis passionibus vel in aliis maris nostri partibus, multa qui- 
dem differenter dicta sunt a veteribus. Qui autem videntur ex omnibus 
collegisse talis passionis causas, stoicus est Possidonius Assyrius et ci 
consentientes, quorum et Arrianus approbat sententiam. Dicunt enim 
moveri exteriorem Oceanum ad lunœ ambitum, compati vero interius 
mare juxta Columnas Herculis, ei soiummodo 2 conjunctuni quasi por- 
tus pelago : compassioue efficitur et alios motus spéciales accipit. 
Déclarât quoque Oceani passionem , juxta Siciliam, frctum quater mo- 
tura ad lunam : oriente enim ipsa usque ad médium cœli terminum , 
fertur ab occasu in ortuin et dicitur xaTiciv; a terreiiieo enim pelago 
in Sicilicum defertur usque ad Taurominium xoTrpi'av 3. Luna vero a 
nu'dietate cœli descendente, revertitur terraino ipsum orientis in oc- 
casum fluens, el dicitur èçiojv; est autem infirmior primo; etenim illud 
cum multo fertur fluxu, ut consequensab Uerculeis Columnis, Occiini 

1. I>e8 citations nomhronsf>s <|iii 8<> trouvent dans la ré|>on.sc à cctlc question, m'ont 
(ifilcrminé .i en reproduire un fr;i«m«nt plus étendu. 

7. M«. Columnax ei Hercoli.s soiummodo. 

3. Dan» le im. KOlii'lAe. C'est une allusion, que senible n'avoir |>:m comprise le 
traducteur, à un |)as.sa;:o de Strahon, uù fX'X auteur dit qu'on retrouve sur la cale de 
Tiiurrim<^niuni l<» deltri» ries navires qui périssent dans le Koufire «le Cliarylnle : 'la 
v«y«Y'* TtafaovpiTïi Ttp^i; r.îôva ty^; TaupojAeviaç , 9\s xaXoûotv 4no toO ou|jntT«i|xo(To; 
TOÙTOw KoTioiav. Geogr., 1. VI. 



200 

Wim multa velocitate, proptér strictum viam legione irapriraente. 
Iterum vero luna ab occasu in contraiiura cœli subterraneam medie- 
tatem progrediente, elevatur accessus cationtis (xaxiovTo;); ab opposita 
«utem cœli medietate ad ortum abeunte , redit iterum termino l^io'jv 
factus. 

Hoc autem et circa exterius mare fit, motatum quater in toto am- 
bitu lunœ: et quidem , circa cœli raedietates et processiones, ejus ac- 
cessus; circa vero dimissiones et descensiones lunœ in horizontem *, 
recessus aceidit. Observata vero est eadem passio in sinibus, et per 
llubrum mare, meridiei 2 et aquilonis Hyrcanii maris, et adhuc apud 
Gadiros. 

Non solum vero circa lunœ cœiestes medietates generatio accessuum 
observata est , «ed etiam quia , circa plenilunia et coitus, validissirai 
fiunt in menstruo tempore; circa vero dimedietates, minimi. Movent 
«juoque et alla huraida impetum , non quidem ab eadem causa neque 
juxta compassionem astrorum. Chalcidicus enim sëpiTroc, id est aquœ- 
tluctus, septies in die impetum facit; Hellespontus quoque, propter 
multitudinem in Euxinum Pontum intrautium fluminum, aliquando 
aliter movelur. In Syracusis autem Siciliœ fons Arethusa ex quin- 
quennio, ut arbitrantur quidam, juxta olympiadum posilionem, move- 
tur. Fit quoque exterius etiam magni maris passio, ita ut accessus in 
multum Epiri et insularum egrediatur usque stadia septingenta, sicut 
scriptor ait Strabon, ab ipso Possidonio accipiens : in tantumut etiam 
in mari campis, in xxx stadia in profundum coopertis, ex redundantia 
jam ibi etiam insulœ recipiantur ; redeuntem vero relinquere cito loca 
sicca occupata intérim ab aqua et internavigata. 

Per singulos itaque dies duplices recessus et accessus, ut diximus, 
in ordine respondentes, fiunt- Accessus vero qui per singulos menses 
fiuut, multo eos, qui per singulos dies fiunt, supergrediuntur: in dimi 
diata autem luna, aqua minus intrat et similiter minus egreditur; 
coeunte autem ea soli et iterum plenilunio, tune in magnum mare 
exaltatur et eum velocitate multa apparet affluens, et in multum terrœ 
egreditur. Habet quoque ratio et in unoquoque anuo hoc ipsum signi- 
ficare ; sic circa utrasque quidem conversiones, minus aqua et tardiori 
fluxu intrat-, circa vero œquinoctiale, quid pati, sicut et circa pleni- 
lunia et coitus videtur factum. Neque quidem ad ipsum lunœ ortum 
continuo principium fit accessus, sed paululum luna ascendente; neque 



1. Ms. oiizonfem. 
7 Ms. meridei. 



2CI 

iterum eum eadem diligeiiti cœltsti medietate , acumen accessus, sed 
pauluium inclinante in aliam partem luna; et paulo post iterum redit, 
nsque dura sigillum oecasus luna superet. Deinde manet tantum tem- 
poris in ipsa statione, quantum luna contingat ad ipsum oceasum; et 
adhuc magis tantum, quantum mota sub terràm signum transcenderit 
horizontis. Idem quoque habitus sub terra sideris motus, et fluxus 
redundantiae et recessus, observatur juxta lunœ excellentiam ab uno 
signo horizontis; sed novilunio et plenilunio, in magnum acccssus 
fiunt, sed secundi a coitu vel plenilunio. 

In id ipsum in eis annualis lit ratio; sicque, quae sunt aceessus, in 
ordine proveniunt, ita ut etiam termines reditus aquœ ingrediatur, iii 
se ineipiens refluere et consequenter regrcdi in terram. In tantum vero 
aqua egreditur ut etiam magna flumina in aliam partem convertat. Et 
hoc aiunt Rhenum, a Celtis currentem fluvium, et alios iterum in 
Hiberia et Britanniis, sustinere. In Britannia enim fluvium qui dicitur 
Tamessa, in quatuor dies a mari repletum, ex redundanlra converti 
dicunt, ut et videatur a mari fluens redire in alias partes. 

Horum igitur causas requirens stoicus l'ossidonius , ut et perse 
ipsum explorator factus hujusmodi reciprocationis, discernit magis 
causam esse ejus lunam, et non solem. Solis quidem enim ignem sin- 
cerum esse et sumniœ virtutis; itaque vapores quantoscumque a terra 
et mari sublevat, eosdem mox ab igné demolitur; lunœ vero ignem 
non sincerum, sed infirmiorem esse et imbecillem, ac per hoc ferti- 
liorem quidem in ea, qua; sunt in terra (consnmere autem quœcumqui; 
infert non potest, sed solummodo elevare humida et fluctrflcare), sub- 
moventem quidem ca a caliditate, non autem minorantem, et infirnù- 
tate caloris, et majori humiditate, etc. 

Septimiun capituliim [de nnbibiis et fulmine] liabens sic : 

Et hoc quoque : Quarc grave in aère et ignis in humiditate subsislit 
et reccptionem liabet? Videfur enim in aère ignis cum humiditate, et 
Ciisus cujusdam gravis ex aère fit, et hoc ipsum ambiente in aère solida 
crassitudrne. Per aéra enim purum et vacuum solida crassitudine, esse • 
potest unuinquodque animal, inspirationem et respiratlonein habendo 
«t a loco in locuni transeundo; et omne quodcunique a terra in aéra 
projicilur, iterum in terram resolvitur; et non videtur (|uid in aère, 
quod potest grave ({uid aut crassiludinem sustinere : sxpc vero, et puro 

i siippl non. 



aei-e, nubs subito videtur, ex qua pluvia raulta descendit; et ij^nes de 
cœlo, aut fulmina, aut grave quod sœpe cadlt ad terram. Et in aère, 
intus nubibus et pluvia, ignis effulgurat, et lux videtur, et sonitus 
magni et terribiles, quasi quœdam gravia et fuma, eum raulta et super- 
eminenti virtute inter se invicem collisa, ex aère audiuntur; et in cir- 
cuitu quoque nubium, tanquam a quadam parva distantia, sol et purus 
aer, et neque connebulatio , sed neque spirituum motus sic est, ut 
possit cognosci quia nubes et pluviam non ex alio loco spirituum né- 
cessitas intulit, sed ex ipso aère velociter turbato apparuerunt, et ipse 
gravis eujusdam easus et crepitus ex ipso aère facti sunt, etc. 

[De immutatione formœ in transmigranllbus.] 

Et hoc quoque : Quare omne animal aut animantum i... aut aliud 
quoddam, sicuti germinum vel seminum, translate 2 a regione in re- 
gionem aut locos quosdam, nascentium ibi, post tempus et ex genera- 
tione digressionem 3, convertuntur veluti in plurimum in illam naturani 
seu formam illius terrœ in quam transducta sunt? Et sic * quidem illo- 
rum conversionis causa acr aut terra ibi regionis facta est, ob quam 
causam semper ibi habitantes aut ibi nascentia , etsi similia génère 
sint, differunt forma, et similitudine, et aliis quibusdam? Universaliter 
enim natura hominum, secundum clima et regionem habitans, mani- 
festa est qualis coloris et formse sit. Constat enim cognoscere homines , 
orientales partes habitantes, et anima et corporibus per occasum degen- 
tibus, magis similes, secundum animam, habitantibus orientem ; simi- 
literque de habitantibus alias partes deliberandum. 

In presentis capituli inquisitionem , il la prajponenda quae dicta sunt 
prius de immortalitate, et simplicitate, et incorporalitate animse, etc. 

Nonum capitulum [de veneno leptilium]. 

Et hoc autem autem : Quare, omui corpore animato ex quatuor dé- 
mentis composite, solummodo in reptilibus animalibus quaedara morti- 
fera venena inveniuntur; et in ipsis quoque, dum sint similia geneic, 
non habent? 

Haec de reptilium differentia generationisquaestlo, et hoc, cujus gra- 

1. Déchirure du vas. Supp]. genus. 

2. Corrig. translata. 

3. Ms. degressionem. 

4. Corrig. si. 



tia, creata sunt htee atl mortem aliorum et impedimentum. Nihil aliud 
(ortassis scrutandum praeter causas ex quibus volens hujus universitaf is 
constitutor aniraaiibus vadis terienis volatilibus et aquatilibus, adhuc 
etiam germinibuset herbis, et lapidibus, differenter compositis haben- 

tibus virt nera sensibilem ornavit locum caus 

nascentium sunt et unde horum quaedam quidem sibi 

Cœtera desunt. 

J. QllICHERAT. 



ESSAI 

SUR LES NEUMES 



L'histoire de la musique au moyen ftge a déjà donne lieu à de 
nombreux travaux, et cependant il n'est peut être pas une bran- 
che de rarchéologie qui soit moins connue. 11 faudrait pouvoir 
étudier les productions de cet art aux diverses époques, pour eu 
constater les dévelopf)ements et les progrès ; mais on est arrêté 
par une difficulté paléographique qui n'a pas encore été surmon- 
tée. En effet, la notation musicale antérieure au douzième siècle, 
connue sous le nom de neumes, est restée jusqu'ici à peu près illi- 
sible. L'étude de cette notation présente donc un grand intérêt 
pour l'histoire de l'art; elle peut avoir une autre application non 
moins importante : la réforme du chant ecclésiastique, larestau- 
rntion du chant grégorien. Cette restauration s'accomplirait sans 
beaucoup de difficulté, si l'on arrivait à lire avec certitude les 
pldsanciens manuscrits de l'antiphonaire de saint Grégoire. Peut- 
être même les mélodies grégoriennes nous seraient-elles rendues 
dans leur pureté primitive, si l'on pouvait donner une tra- 
duction exacte de la notation d'un précieux manusciit de l'ab- 
baye de Saint-Gall, qui, selon toute probabilité, est un des deux 
antiphonaires envoyés à Charlemagne par le pape Adrien '. 

Bien avant la découverte de l'autiphonaire de Saint-Gall , b s 
nombreux manuscrits qui renferment des notations musicales 
avaient attiré l'attention des savants. Michel Prétorius, qui vivait 
au commencement du dix-septième siècle, paraît être le premier 
qui se soit occupé des neumes. Il rattache cette notation aux si- 
gnes inventés par saint Jean Damascène pour noter la psalmodie, 

t. Ce manuscrit, signalé en 1827 au monde savant par M. Sonnleitner, a été publié 
tout récemment en fac-similé (>ar le P. Lambillotte. On peut lire nne intéressnnte 
«lisserlation sur l'autlieiiticité de cet antipi)onaire, dans l'un des articles que M. Vitet 
a consacrés à l'examen des Études sur les anciennes notations musicales de l'Eu- 
rope, par M. Th. Nisard {Journal f/e.v Savants, février 1852). 



•265 

et il donne seulement le fac-similé de quelques lignes d'un ma- 
nuscrit de Wolfenbiittel sans y joindre de traduction. 

Dom Jumilhac, dans son excellent traité sur le plain-chant, se 
contenta aussi de donner des exemples de neumes tirés de ma- 
nuscrits conservés dans les abbayes de Jumiéges et de Saint-De- 
nis. Ce fut un Allemand , J. A. Jussow, qui essaya le premier, 
mais sans succès, d'expliquer cette ancienne notation, dans une 
dissertation intitulée : de Cantoribus Ecclesix Veteris et Novi Te- 
stamenli. LeLexicon diplomaticum de J. L. Walther renferme une 
liste assez étendue de signes neumatiques accompagnés d'une tra- 
duction ; mais la nature de cet ouvrage, qui ne se compose que de 
fac-similé , n'a pas permis à l'auteur de donner d'explications 
sur la valeur et l'emploi de ces divers signes. On trouve encore, 
dans l'Histoire de la musique de Martini , des essais de traduc- 
tion de quelques fragments de notation neumatique ; ces frag- 
ments du reste appartiennent à l'époque où les neumes écrits sur 
des ligues ne présentent plus de difflculté sérieuse. 

Knfin, l'abbé Gerbert , qui a sauvé de l'oubli et publié un 
grand nombre de documents précieux pour l'histoire de la mu- 
sique, s'était livré à une étude approfondie des notations du 
moyen âge; mais son travail périt dans l'incendie de l'abbaye de 
Saint-Biaise, et l'auteur n'eut pas le courage de le recommencer. 

Depuis l'abbé Gerbert jusqu'au commencement de ce siècle , 
l'étude de la notation musicale du moyen âge resta dans l'oubli le 
plus profond. M. Félis, par ses nombreuses publications, est par- 
venu à appeler de nouveau l'attention du monde savant sur cette 
([uestion si curieuse et si importante pour l'histoire de l'art mu- 
sical. 11 a été suivi dans la voie nouvelle qu'il venait d'ouvrii 
par un certain nombre d'érudits , parmi lesquels on remarque 
MM. Kicsewetter, Pcrnc, Bottée de Toulmont, Danjou, Steph. 
Morelot. Enfin des travaux irès-imporlants sur les anciennes uo- 
lations musicales ont été publiés tout récemment par MM. Th. 
.Nisard, de Coussemaker et le P. Lambillotte. 

On ne saurait méconnaître le mérite de ces divers travaux, qui 
pour la plupart se recommandent par des recherches approfon- 
dies; on peut dire cependant que presque toutes les difficultés 
de la notation primitive du moyeu Age sont encore à résoudre. 
Nulle pari, eu effet, on ne trouve une explication complète et sa- 
tisfaisante des signes et des divers procédés employés dans celle 
uotalion. 

l\. {Troisième série.) 18 



t 



266 

Sans entrer dans des détails qui ne seraient pas à leur |)lace 
dans ce recueil, nous allons essayer à notre tour d'exposer le sys- 
tème général d'après lequel sont formés les neuraes, d'analyser 
les signes qu'ils renferment , et d'indiquer leur forme, leur va- 
leur et leur emploi , en nous efforçant de donner à la fois à nos 
explications la plus grande concision et la plus grande utilité 
pratique. Mais nous devons rappeler auparavant les moyens à 
l'aide desquels on peut retrouver le système de la notation neu- 
matique et les documents qui doivent servir de base h cette étude. 

Les nombreux traités de musique qui ont été publiés par Ger- 
bert ^ fournissent d'utiles renseignements sur les neumes; mais 
on ne trouve nulle part, dans ces anciens auteurs, une exposition 
didactique de cette notation. C'est dans les neumes eux-mêmes 
qu'il faut rechercher les procédés d'après lesquels ils sont for- 
més; c'est en analysant les signes neumatiques qu'on peut re- 
trouver les formes primitives de ces signes , leurs diverses com- 
binaisons, enfin tout le système d'après lequel sont notés les 
manuscrits liturgiques du huitième au douzième siècle. A part 
quelques modifications sans importance que présentent certains 
manuscrits, cette notation na point varié pendant ces quatre 
siècles. On peut donc mettre à profit les indications particulières 
que nous fournissent des manuscrits notés au dixième , au on- 
zième et au douzième siècle pour expliquer des neumes écrits au 
huitième. 

Parmi ces manuscrits, il en est quelques-uns qui ont une très- 
grande importance pour le but que nous nous proposons: ce sont 
les manuscrits dans lesquels se trouve, outre la notation neuma- 
tique, une notation alphabétique qui n'est autre chose que la 
traduction des neumes. Cette notation alphabétique, à laquelle 
saint Grégoire et Boëce ont attaché leur nom, étant parfaitement 
connue, on peut en tirer un très-grand parti pour retrouver la 
valeur des signes employés dans les neumes. 

Les manuscrits à double notation sont peu nombreux : nous 
en connaissons trois à la Bibliothèque Impériale (Suppl . lat., 1 1 20j 
ancien fonds lat., 7185 et 1928); mais le plus curieux et le plus 
important est l'antiphonaire qui a été découvert par M. Danjou à 
la bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier, et dont 

1. Scripfores ecdesiastici de nmsica sacrer. ,• Saint-Biaise, 1784, 3 vol. in-4''. 



207 

M. Tii. Msard a l'ait, par ordre du gouvernement, un calque con- 
servé à la Bibliothèque Impériale (Suppl. lat., n" 1307). 

Selon M. Danjou, cet anliphonaire serait une des deux copies 
apportées à Charlemagne par un des chantres que le pape Adrien 
avait envoyés en France. Mais cette assertion n'est , comme l'a 
très-bien démontré M. Th.^'isard, qu'une pure hypothèse. 

Il se trouve, en effet, en tète de l'antiphonaire, un traité in- 
titulé Utillimwn de musica breviarium, qui n'est autre chose 
qu'une lettre de Réginon, abbé de Prum, à Rathbode, archevê- 
que de Trêves, reproduite sous forme de traité, Réginon est mort 
en 9 1 5 ; ce traité qui précède l'antiphonaire, et, par suite, l'anti- 
phonaire lui-même, qui est de la même main, n'ont donc pu être 
écrits au plus tôt qu'un siècle après l'époque à laquelle Adrien 
envoya une copie de son antiphonaire à Charlemagne. 

Quoi qu'il en soit, cet antiphonaire est d'une très-grande uti- 
lité pour l'étude des neumes ; mais il s'en faut de beaucoup qu'il 
donne la solution de toutes les difficultés que présente cette no- 
tation. On serait d'ailleurs porté, après un examen attentif de 
ce manuscrit, à suspecter l'exactitude de la traduction alphabé- 
tique. On y voit, en effet, des signes parfaitement semblables tra- 
duits par des groupes de lettres qui n'ont entre eux aucune espèce 
d'analogie, des lignes entières de lettres biffées et remplacées par 
d'autres tout à fait différentes. On ne doit donc pas avoir une 
entière confiance en cette traduction, et on ne peut trouver dans 
l'antiphonaire de Montpellier un instrument de travail utile qu'à 
la condition de s'en servir avec une certaine réserve. 

A ces manuscrits à double notation, il faut joindre un antipho- 
naire du douzième siècle, conservé à la Bibliothèque Impériale 
sous le n" 1087 de l'anc. fonds latin. Ce manuscrit renferme une 
collection de proses qui portent, outre les nennics ordinaires, 
une notation neumatique qui est formée uniquement de points 
et de virgules et qui montre de la manière la plus évidente quelle 
est la nature et la composition des signes employés dans les neu- 
mes. Nous verrons plus loin tout le parti que l'on peut tirer 
de ce manuscrit, dont on n'a point jusqu'ici soupçonné l'impor- 
tunce. 

Il «xiste encore des documents très-intéressants pour l'étude 
des neumes Ce sont des tableaux didactiques qui font connaître 
la forme et le nom des divers signes dont se compose celle nota- 
tion. Le plu!< important de ces tableaux a été publié |)ar I abbé 

IK. 



268 

Gerbert , d'après un manuscrit de l'abbaye de Saint-Biaise 
M. Danjou en a découvert trois dans les bibliothèques du Mont- 
Ckissin, du Vatican et de Saint-Marc à Venise ^. Le premier, qi 
est du onzième siècle, offre cette particularité que les noms don- 
nés aux divers signes n'appartiennent à aucune langue '. Le se-*" 
cond, qui est extrait d'un manuscrit du treizième siècle, contient 
dix-sept neumes avec les diverses formes qu'ils peuvent rece- 
voir : c'est le tableau dont les signes offrent le plus d'analogie 
avec les neumes des plus anciens manuscrits , et notamment de 
l'Antiphonaire de Saint-Gall. Le tableau de la bibliothèque de 
Saint-Marc renferme le même nombre de neumes que le précé- 
dent. Bien qu'il soit du quinzième siècle, il présente un assez vif 
intérêt ; les signes neumatiques sont, en effet, comme les notes 
modernes, placés sur des lignes , et la disposition particulière 
donnée à ce tableau peut être d'une grande utilité pour analyser 
les neumes. 

Le P. Lambillotte, dans sa Clef du chant grégorien, a donné 
trois autres tableaux, dont le plus complet, extrait d'un manus- 
crit d'Ottembourg, contient cinquante-cinq signes. 

Ces tableaux, nous l'avons déjà dit, font connaître le nom et 
la forme des signes neumatiques ; mais on n'y trouve aucune in- 
dication sur leur valeur et leur emploi. Les manuscrits à double 
notation peuvent seuls nous fournir ces indications. L'étude que 
nous allons faire de la notation musicale antérieure au douzième 
siècle reposera donc uniquement sur ces documents, dont nous 
avons relevé et analysé tous les signes. 



Dans une première partie, nous essayerons d'exposer les pro- 
cédés à l'aide desquels on peut arriver à lire les neumes; dans 
une seconde, nous donnerons un tableau complet des signes de 
cette notation, avec l'analyse et la traduction. 



1. Gerbert, de Cantu et viusica sacra, vol. n, tab. x, n" 2. 

2. Ces tableaux sont reproduits en fac-similé dans l'Histoire de l'harmonie au 
moyen âge, de M. de Consseraaker (pi. XXXVII, n" 2, et pi. XXXVIII, n»- 4 et 5). 

3. Voici ces noms : Srrenimpha, Acuasta, Acupusta, Corpui , Celis, Aciipuvolt, 
Spil, Crodula, Acutra, Acutrapite, Gradata, Aiciista, Ampide, Ampiriph, Brevis, Per- 
cussionalis, Acuteprolon , Beancupuvolt, Bearpipro, Bece, Aiipropi, Ancnancavolt , 
Apesacua, Acupui, Anelpii, Anelurbe, Acuammipro, Anaciibepiii.s, Aciiampî, Acu- 
puim[uo, At( lui, Aciipanpio, Acutece. 



269 
PREiMlÈRE PARTIE. 

Toute notation a pour but essentiel d'indiquer combien de 
sons la voix doit émettre, et quel est leur degré d'élévation dans 
l'échelle musicale. Les notations perfectionnées expriment en- 
core la durée des sons ou le rhythme. Nous réservons pour un 
examen ultérieur cette question du rhythme dans les neumes, 
question évidemment secondaire. 

Nous rechercherons donc, eu premier lieu, comment les signes 
de la notation neumatique expriment le nombre de sons que la 
voix doit émettre ; en second lieu , comment ils expriment le 
mouvement des sons ou leur hauteur relative. 

I. 

En parcourant les manuscrits notés avec des neumes sans 
lignes, on reconnaît, au premier coup d'œil, que cette notation 
se compose de deux espèces de signes : les uns sont très-simples 
et ressemblent à nos points et à nos virgules ; les autres, au con- 
traire, sont composés de lignes diversement contournées, et ont 
une forme assez compliquée. 

V SIGNES SIMPLES. 

Les signes simples ne sont pas nombreux : on n'eu trouve que 
deux qui ont les formes suivantes : 

/ ^ 

Les tableaux de neumes donnés par quelques manuscrits nous 
en font connaître les noms : le premier est le signe appelé vir- 
ijula; les quatre autres sont les diverses formes du signe appelé 
punclum. Ces deux signes sont très-fréquemment employés , 
(juelquefois même exclusivement *. 

Le pwMcfum et la virgula sont donc les signes principaux, 
les éléments constitutifs de la notation neumatique. 

La simplicité de leur forme indique assez qu'ils ne représen- 

I. Voyez une collection de progcs, dans r<it)ti|>hoiiairr «iii doiizièinc »ièclf dont 
non» avous d(»j,i |Mrk' (B I, aiuirii fonds, lalin, n" 1087). 



270 

tent qu'un son, elles manuscrits à double notation, qui tradui- 
sent toujours chacun de ces signes par une seule lettre, ne peu- 
vent laisser aucun doute à cet égard. 

2** SIGNES COMPOSÉS. 

Les signes composés sont beaucoup plus nombreux. Pour re- 
trouver le nombre de sons qu'ils représentent, nous nous con- 
tenterons d'analyser ceux qui se rencontrent le plus fréquem- 
ment, et dont nous donnons la forme ci-dessous (lig. 1). Cette 
analyse suffira pour faire connaître la valeur de tous les neumes 
composés , car ils sont tous , ainsi qu'on le verra , formés des 
mêmes éléments : 

Fig... j ^ ji A J^ Al 

Fig 2. y /j Ji /^t JSf /i\ 

En décomposant les neumes de la figure 1, on reconnaît (fig. 2) 
que les signes dont sont formés ces neumes peuvent se réduire 
a quatre : un trait descendant de droite à gauche, un petit trait 
horizontal, un demi-cercle et un trait descendant de gauche à 
droite. 

/-. . \ 

Si l'on rapproche ces quatre signes des diverses formes de la 
virgulael du punctum que nous avons données plus haut, on 
voit que le premier n'est autre chose que la virgula, et les deux 
suivants deux des formes du punctum. La valeur du quatrième 
signe nous est donnée par l'antiphonaire n° 1087 (B. I., anc. 
fonds latin), qui renferme, comme nous l'avons déjà dit, une 
collection de proses accompagnées de deux notations, l'une en 
signes simples et en signes composés, l'autre seulement en signes 
simples, et nous fournit, par conséquent, un moyen facile d'ex- 
pliquer la formation des neumes composés. Nous donnons (fig. 3), 
d'après ce manuscrit, la traduction en signes simples de chacun 
des neumes de la première ligure : ainsi , le premier signe est 
rendu par un point et une virgule, le second par une virgule et 
un point, le troisième par une virgule entre deux points, etc. 



271 

Cette traduction confirme l'analyse que nous venons de faire, et 
indique de plus la valeur du trait descendant de gauche à droite 
qui se rencontre très-souvent dans les neumes. Ce signe est tou- 
jours traduit dans les groupes de la ligure 3 par un point. On 
doit donc en conclure que c'est une nouvelle forme du j)unc(Mm, 
ou un signe équivalant au punctutn. 

Les quatre signes dont sont formés les neumes composés ne 
sont donc autre chose que des points et des virgules. Or, nous 
savons que le point et la virgule ne représentent l'un et l'autre 
qu'un son ; il suffit donc de décomposer les signes neumatiques 
comme nous l'avons fait (fig. 2), et de compter combien ils ren- 
ferment de points et de virgules pour savoir combien de sons ils 
représentent. 

II. 

Quand on a analysé chaque signe et déterminé le nombre de 
sons qu'il représente, on a encore fait peu de chose. Il faut en- 
suite rechercher le mouvement des sons représentés, leur degré 
d'élévation dans l'échelle musicale. 

Nous examinerons donc comment ces degrés sont déterminés 
soit dans les signes simples, soit dans les signes composés. 



l" SIGNES SIMPLES. 

Dans la noUition alphabétique inventée par Boëce, les divers 
sons de la voix étaient représentés par les quinze premières let- 
tres de l'alphabet. Une lettre particulière étant affectée à chaque 
son, on savait, telle ou telle lettre étant donnée, quel son il fallait 
(mettre. 

Mais dans la notation neumatique, on était évidemment obligé, 
([uand on n'employait que les deux signes simples, le point et 
la virgule, de les placer à diverses hauteurs pour leur donner 
ainsi une valeur particulière résultant de leur position respec- 
tive. 

Ce fait résulte tellement de la force des choses, qu'il peut pa- 
raître superflu de le démontrer ; toutefois, pour faire mieux com- 
prendre ce système «le notation , nous donnons ci-dessous un 
fragment de [)rose noté de trois façons différentes : en neume» 
simples (fig. 2), en neumes sini[)lcs cl composés (fig. 1), et en 



272 

neumes sur lignes (iig. 3). Cette dernière notation, dont la lec^i 
ture n'offre aucune difficulté, nous servira à expliquer les deui 
autres *. 

FIGURE 1. 

-^■- /* -" «-• . ;; .;; 

Rutilai per orbem liodie dies in qua Christi lu-ci-da, 

FIGURE 2. 

■''■>■' ^ ■./.. n ./r 

Ru-ti-lat per or-bem ho-di-e di - es in qua Christi iu-cida. 



-^H- 



7 7 yr 



Ru-ti-latper or-bem ho - di - e di - es in qua Christi lu-cida, 
FIGURE 4. 

■ *■«■■■*■_■ _ ■■« Il 

■ ■ ■ ■ 

Ru-ti-lat per orbem lio-di - e di - es in qua Cbri-sti lu-ci-da, 

FIGURE 5. 



Ru-ti-Iat per orbem ho-di - e di - es in qua Ghri-sti lu-ci-da. 

Dans la notation de la figure 3, comme dans toute notalion sur 
lignes ou portée, c'est évidemment la hauteur respective des 
signes qui indique la hauteur respective des sons. Si l'on compare 
cette notation avec celle que représente la figure 2, on voit , en 
ne considérant que la position des signes et en faisant abstraction 
de la portée, qu'il y a entre ces deux notations une ressemblance 
parfaite. 

Ces exemples , que l'on pourrait multiplier, confirment donc 

1. Les deux premiers fragments sont extraits de l'antiphonaire n" 1087 (B. I., anc. 
fonds latin, fol. 103); le troisième, d'un ms. de Saiiit-Évroult (B. I-, snpp. lat., 1017, 
fol. 59 v"). 



ce principe iiicoiileslable, que dans les neiimes simples le mou- 
vement des sons est indique, comme dans la notation sur portée, 
par les diverses positions données aux signes ^ 

T SIGNES COMPOSÉS. 

C'est encore sur le même principe que reposent les neumes 
composés. Ces neumes, avons-nous dit, sont formés de points et 
de virgules ; mais ces points et ces virgules sont disposés de telle 
façon, qu'ils conservent, lorsqu'ils sont combinés ensemble, la 
hauteur respective qu'ils devraient avoir s'ils étaient isolés. Il 
suffit, pour s'en convaincre, de comparer les deux notations des 
proses de l'antiphonaire n" 1087. Les deux fragments (fig. 1 et 2) 
que nous en avons extraits peuvent donner une idée des procédés 
d'après lesquels on disposait les divers éléments dont sont formés 
les neumes composés pour leur faire exprimer le mouvement des 



Si l'on examine, en effet, les deux éléments dont est composé 
le neume placé au-dessus des deux premières syllabes du mot 
rutilât, on voit qu'il y a entre le petit trait horizontal et l'ex- 
trémité supérieure de la virgule qui lui est jointe le même inter- 
valle qu'entre le point et la virgule qui leur correspondent dans 
la notation de la figure 2. 

Dans le neume composé qui accompagne le mot orbcm, il y a 
aussi le même intervalle entre l'extrémité supérieure du premier 
signe (de la virgule), et l'extrémité inférieure du second (qui 
n'est qu'une des formes du point) , qu'entre la virgule et le 
point qui forme la notation du même mot dans la figure 2. 

La comparaison attentive de ces deux notations donne !a preuve 
la plus évidente que 1" les neumes composés, de même que les 
neumes simples, expriment les divers degrés d'élévation des sons 
par la hauteur respective des signes dont ils sont formés ; 2° que 
ces degrés sont indiqués par l'extrémité supérieure de la virgule, 
par l'extrémité inférieure du point, lorsqu'il a la forme d'un 
trait descendant de gauche à droite , enfin par la position même 
des trois autres signes, le point dans sa forme primitive, le 
demi-cercle et le petit trait horizontal. 

1. On trouve inùiiic. dans certains manuscrits de nenmi'S antérieurs au on/.iènn; 
siècle, une porK'ic qui n'a, il est vrai, qu'unf ou drux lifiiics, iMais <|iii suffit pour éla- 
l>lif rexniti(u<le (|<- nutrc tlH-otic 



274 



m. 



Le premier travail à faire pour transformer des neumes en 
notes modernes , doit donc être de transcrire la notation nea- 
matique en conservant soigneusement les signes à leur position 
respective , puis de Intcer des notes à l'extrémité supérieure 
des virgules, à l'extrémité inférieure des traits descendant de 
gauche à droite, et à la place même occupée par les trois autres 
signes. 

liln appliquant ce procédé à la notation du fragment de prose 
que nous venons d'analyser, et en négligeant ou supprimant le 
corps inutile des virgules et des traits inclinés de gauche à droite, 
on obtient (fig. 4) une notation qui se rapproche déjà beaucoup 
de la notation employée de nos jours en ce qu'elle représente 
chaque son par une note et les divers degrés d'élévation de ces 
sons par la hauteur respective donnée aux notes. 

Cette notation est incomparablement plus claire, plus saisis- 
sante que la notation neumatique, dont elle n'est cependant 
qu'une transformation ; mais elle ne donne pas de résultats satis- 
faisants. Pour remplir le but qu'on se propose, pour rendre cette 
notation lisible, il faut y ajouter deux éléments qui lui manquent : 
une portée et une clef (fig. 5). 

r Portée. 

On appelle portée une échelle composée de quatre ou cinq li- 
gnes sur lesquelles sont posées les notes. Ces lignes ne servant en 
réalité qu'à régulariser la notation, à laquelle elles donnent plus 
de précision, plus de netteté, on conçoit aisément qu'elles ne sont 
pas indispensables , et qu'on a pu s'en passer surtout à une 
époque où les chants ecclésiastiques étaient dans l'oreille et la 
mémoire de chacun. Mais pour le but que nous nous proposons, 
la portée est un auxiliaire que l'on ne doit pas négliger. Nous 
donnerons donc brièvement le moyen pratique de l'utiliser. 

Dans les plus anciennes notations à portée le nombre des li- 
gnes varie : il y en a tantôt une seule, tantôt deux , tantôt au- 
tant que de notes. Ce n'a été que postérieurement que l'on a 
réduit le nombre des lignes à quatre ou cinq, en plaçant des 



275 

notes dans les inlervalles. Quand on veut traduire des neumes 
en notation moderne , il ne peut pas y avoir de marche plus 
sûre à suivre que de leur faire subir toutes les transformations 
(jii'a subies, dans le cours des siècles, cette ancienne notation. 
.\ons croyons donc très -utile d'employer, pour un moment 
au moins, cette notation à lignes multiples, et de tracer sur 
la transcription exacte et rigoureuse que l'on aura notée, 
comme nous venons de le dire, autant de lignes que l'on trou- 
vera de notes à hauteur différente. Si le morceau a quelque 
étendue, il présentera tous les degrés de l'échelle musicale com- 
pris entre la note la plus grave et la plus aisuë ; dès lors il n'y 
aura aucune difficulté à tracer la portée. S'il y a quelques lacu- 
nes, il sera aisé de les remplir en ayant soin que toutes les lignes 
soient à des intervalles égaux dont le type sera le plus petit in- 
tervalle trouvé entre deux notes (l'intervalle de seconde qui se 
rencontrera nécessairement dans tout morceau). Quand on aura 
déterminé, par l'un des moyens que nous allons indiquer, la 
ligne qui doit porter la clef, on pourra ne plus tenir compte des 
lignes paires qui se trouveront au-dessus et au-dessous, et l'on 
aura alors une notation moderne. 

IVous supposons ici, comme nous devions le faire, un manus- 
«•rit parfaitement correct, et noté avec une précision mathéma- 
tique : mais il en est bien peu, s'il en est, qui soient exécutés 
avec tant de soin : on doit s'attendre à rencontrer beaucoup de 
négligences, beaucoup d inexactitudes, surtout quand le manus- 
crit est de la main d'un scribe ignorant qui copiait machinale- 
ment ce qu'il voyait, ou croyait voir , sans se rendre compte de 
la valeur de ces signes bizarres. Il y aura donc souvent un tra- 
vail de restitution à opérer, travail qui sera d'autant plus aise 
que l'on sera plus familiarisé avec le système musical qui régnait 
alors, et avec Je style général du chant ecclésiastique. Toutefois 
la comparaison de divers manuscrits donnera presque toujours» 
un moyeu sur de restituer le passage déliguré. 

2" Clef. 

Lic/f/est un signe placé au commencement de la portée sur 
une des lignes , pour indiquer le nom et l'intonation des note» 
([ui se trouvent sur celle ligne, et par suite le nom et l'intona- 
tion des autres notes. 



270 

Si tous les degrés de l'échelle musicale étaient égaux eulrc eux, 
lu clef serait très-peu utile. Il suffirait , en effet, de savoir qu'il 
faut, par exemple, monter d'un degré, descendre de trois, mon- • 
ter de deux, etc., etc., et la portée donnant à elle seule ces indi- ■ 
cations, ou aurait peu à se préoccuper du point de départ; mais 
des sept degrés de récliellc , deux ont une moins grande éléva- 
tion que les autres : de là il résulte qu'il faut nécessairement sa- 
voir au moins par quel degré commence le morceau que l'on 
doitexécuter si l'on ne veut pas s'exposer à monter de deux, trois 
degrés pleins quand il faut monter seulement d'un, de deux de- 
grés et d'un demi-degré. 

Quand on a transcrit les notes et établi la portée, comme nous 
l'avons indiqué, il est donc nécessaire de déterminer à quel de- 
gré de l'échelle musicale correspond la première noie du chant , 
ou, ce qui revient exactement au môme, telle ou telle noie de la 
transcription ; en d'autres termes, il faut poser la clef. 

La notation ueumatique elle-même fournit un moyen de dé- 
terminer la ligne qui doit porter celte clef. On trouve, en effet, 
dans cette notation un signe appelé pressus , composé tantôt 
de deux ou trois virgules, tantôt de deux ou trois points très- 
rapprochés les uns des autres , et toujours traduit dans les mss. 
à double notation par les lettres c et /c, /'et n. Les lettres c et k 
correspondent à la note tU^ les lettres /* et n à la note fa ; or, ce 
sont précisément ces deux notes dont le nom est indiqué parles 
deux clefs usitées dans le plain-chant, laclef d'wf et la clef de fa. 
Le pressus joue donc dans la notation neumatique un rôle ana- 
logue à celui que joue la clef dans la notation moderne, et il in- 
dique par cela même la place qu'elle doit occuper dans notre 
transcription '. 

Dans certains cas , on n'aura même pas besoin de recourir à 
ce moyen : on trouve quelquefois dans les manuscrits une ligne 
qui traverse toute la notation , et n'est autre que la ligne qui 
doit porter la clef et les notes fa ou ijt. Indépendamment même 
de cette indication, chacun des tons du plain-chant ayant un ca- 
ractère particulier, des formules qui le font aisément reconnaître 
à quiconque est familiarisé avec ce système musical , on pourra 
souvent, à la seule inspection du morceau transcrit sur portée, 



1. M. Tli. Nisard a déjà remarqué le rôle particulier du pressus dans les ncumes, 
mais la valeur que nous assignons à ce neumc diffère de celle (ju'il lui attribue. 



277 

en déterminer le ton et la clef. Enfin, on peut recourir, pour les 
chants ecclésiastiques, aux mss. d'une époque postérieure , et 
même aux anciennes éditions ; les uns et les auti es présentent 
de nombreuses altérations, mais le ton et la clef ont rarement 
changé. 

DEUXIÈME PARTIE. 

En analysant les neumes d'après les procédés exposés précé- 
demment, on peut aisément reconnaître les divers éléments dont 
ils se composent , et en déterminer la \aleur ; nous avons cru 
cependant qu'il ne serait pas inutile de donner un tableau de neu- 
mes aussi complet que possible, en y joignant , autant que les 
ressources de la typographie mnsicale nous l'ont permis, une 
traduction en notation liée, notation qui était employée au dou- 
zième et au treizième siècle, et qui a servi de transition entre les 
neumes et la notation moderne. Les signes dont se compose le 
tableau qui suit sont extraits de FAntipbonaire de Saint-Gall, de 
l'Antiphonaire de Montpellier et les manuscrits à double nofct- 
tion conservés à la Bibliothèque Impériale sous les n"' 7185 et 
1928 de l'ancien fonds latin, et 1120 du supplément latin, ma- 
nuscrits que nous avons dépouillés avec le plus grand soin. 

Ce tableau présente d'abord les signes simples, la virgule et 
le point, et les principaux groupes qui sont formés de ces deux 
signes ; puis les signes composés , classés d'après le nombre des 
sons qu'ils renferment; enfin, les signes employés pour indiquer 
l'intonation , et divers ornements mélodiques dont nous expli- 
querons plus loin la nature. 



TABLEAU DES INEUMES. 



//;/ 



w^\ 



/ / 



V J 



10, j 



12 



15 



16 



/t 



nr> 



=^= 



3t 



=S 



«/» 71 



^ E^ 



jî 



20 



25 



26 



27 



28 



29 



A 



A A' 



A/ 



A 



a 



crr 



IV. 



u// jv -yy 



j/ 



30 
31 
32 
33 
34 
35 
36 
37 
38 

39 

40 


y/ 




41 

42 

1 

1 

1 
1 

45 

46 

47 

48 


J 




50 
51 
52 
53 
54 
65 
56 
57 
68 
59 
60 
61 




., 


z^frr 


^A 


"f'-^-' 




P H 








VI. 




-ff~ 


=>•- 






^«_ 


liVit 


E^ 










vil. 

• • 1» 
••• m 

// // 

(ff m 






-fA- 


=i5^ 


{-»- 




— fcS — 


— ■-■ — 




-Vl 






■ ■ ■ 


-*ï= 


;-p^= 






^1*t 


B_| 


— fc ^^ 




-"•^s- 






■ 




-•-^*- 


^1 

1 


■.^y — 






VIII. 

j 
j 


s 


>9r 


n^- 










V. 

7'* 


- 


ce 








tr 

1 — 


^gg^— 


■ -TJ— 


=iJ= 


b 




■?^"i 


tr 


-|^Wr— 


49 /• 7 


-- V- 




J 




-— i~ 



280 



SIGNES SIMPLES. 



I. Les signes simples sont, comme on l'a vu, la virgula ou virga 
et le punctum. La virgula (fîg. 1) a la forme d'un trait légère- 
ment incliné de droite à gauche, quelquefois vertical. Dans cer- 
tains manuscrits, elle porte à son extrémité supérieure une petite 
tête qui est tournée tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite, 
et qui indique le degré précis d'élévation de la note qu'elle re- 
présente. 

Le punctum (fig. 2) a quatre formes diverses que nous avons 
analysées plus haut, p. 270. Le point, dans sa forme primitive, 
ne s'emploie qu'isolé ; le trait horizontal et le demi-cercle sont 
tantôt seuls, tantôt joints à d'autres signes; le trait descendant 
de gauche à droite n'est jamais employé seul. 

Pour indiquer avec des points une succession de sons ascen- 
dants, on les disposait en ligne montant de gauche à droite (fig. 
3) ; et, pour indiquer une succession de sons descendants, en 
ligne descendant de gauche à droite (fig. 4). 

On trouve quelquefois des groupes de points superposés et 
formant une ligne verticale (fig. 5). Ces points ainsi disposés ex- 
priment des sons descendants , et l'on doit commencer la lec- 
ture de ces groupes par le point le plus élevé. La virgule est 
souvent jointe à deux ou plusieurs points , soit au-dessus, pour 
représenter la note la plus élevée du groupe (fig. 6), soit au-des- 
sous, pour représenter la note la plus grave (fig. 7). Dans le 
neume de la figure 7, qui exprime deux sons unisonants et un son 
plus grave que les deux précédents , la virgule qui se trouve au- 
dessous des points doit être lue après le second. 

SIGNES COMPOSÉS. 

Les signes composés sont formés , comme nous l'avons expli- 
qué, de la réunion des virgules et des points. On peut donc classer 
ces neumes d'après le nombre de points ou de virgules qu'ils 
renferment, ou , ce qui revient au même, d'après le nombre des 
sons qu'ils expriment. 

II. Neumes de deux sons. Les neumes de deux sons les plus 
usités sont le podatus et le cUvus. 



281 

Lepodatus (fig. 8, 9 et 10) est composé d'un poiut et d'une 
\irgule, et représente deux sons liés ascendants. L'intervalle qui 
se trouve entre ces deux sons est indiqué par l'extension plus 
ou moins grande donnée à la virgule (fig. 9 et 10). 

Le clivus (fig. 1 1, 12 et 13) se compose d'une virgule et d'un 
point, sous la forme d'un trait descendant de gauche à droite ou 
d'un demi-cercle. H a la valeur de deux sons liés descendants, 
à un intervalle d'autant plus grand l'un de l'autre que le point 
est plus allongé (fig. 12 et 13); c'est, du reste, une observation 
générale qui s'applique à tous les neumes composés. 

On rencontre encore des neumes de deux sons formés de deux 
virgules placées l'une sur l'autre (fig. 14), d'une virgule et d'un 
point (fig. 15) et de deux points (fig. 16). Les premiers expri- 
ment deux sons ascendants , les deux derniers , deux sons des- 
cendants. 

in. Neumes de trois sons. Le neume de trois sons qui se ren- 
contre le plus fréquemment est le torculus (fig. 17, 18, 19 et 20). 
Il se compose de deux points entre lesquels est intercalée une 
virgule, et il représente deux sons ascendants et un son descen- 
dant. Nous donnons (fig. 18, 19 et 20) les formes les plus usi- 
tées de ce neume, formes qui ne diffèrent entre elles que par l'ex- 
tension plus ou moins grande donnée aux diverses parties dont 
il se compose. 

Pour exprimer trois sons dans l'ordre inverse , c'est-à-dire 
deux sons descendants et un son ascendant, on employait un 
neume composé de deux virgules liées aux deux extrémités d'un 
point (fig. 21 à 24). 

Les fig. 25 et 20 représentent deux neumes formés des mê- 
mes éléments que le torculus^ et ayant la môme valeur que ce si- 
gne. Le neume de la fig. 26 en diffère seulement en ce que le 
troisième signe , le point , est uni à la virgule par une courbe 
tracée de droite à gauche. 

On trouve encore un neume de trois sons formé d'un point et 
de deux virgules (fig. 27). Le premier son représenté par c« 
neume est plus grave que les deux autres, qui sont unisonanis. 

IV. Neumes de quatre sons. J.es neumes de quatre sons sont 
formés d'un neume de trois sons auquel on ajoute un quatrième 
signe, ou de deux neumes de deux sons joints l'un a l'autre. V.n 
IV. (Troistùmr scnr.) lU 



282 

ajoutant ainsi une virgule au lorcuîus, on a formé un neume (fi 
gur. 28 à 32) qui représente, comme le torculus, deux sons as 
cendants et un son descendant, et de plus un quatrième son as- 
cendant. 

La réunion de deux clivus (fig. 33 à 36) et de deux podatus 
(fig. 37 et 38) forme deux nouveaux neuraes qui ont une va- 
leur double des neuraes dont ils sont composés. 

V et VI. N eûmes de cinq et de six sons. Ces neumes sont assez 
rarement employés ; ceux que nous donnons (fig. 39 à 4 1 , et 42) 
sont les plus usités. Le premier (fig. 39) se compose d'un torcu- 
lus et d'un clivus et a la valeur de cinq sons; le second (fig. 42), 
d'un torculus joint au signe formé d'une virgule placée entre 
deux points (fig. 21). 

VU. Lepressus, dont nous avons indiqué précédemment le rôle 
dans les neumes, p. 275 , est formé tantôt de deux ou trois 
points (fig. 43 et 44) , tantôt de deux ou trois virgules (fig. 45 
et 46) ; on trouve même des pressus de quatre et cinq virgules. 
Bien que ce neume soit composé de plus d'un signe et soit tou- 
jours traduit par deux ou trois lettres, il est toujours placé sur 
une seule syllabe ; comme il serait impossible de faire entendre 
de suite sur une même syllabe plusieurs sons unisonants, il s'en- 
suit que le pressus ne devait exprimer qu'un son d'une durée 
deux ou trois fois plus longue que les sons exprimés par les vir- 
gules et les points isolés. 

VIII. La dernière division de notre tableau se compose des 
neumes qui servaient à indiquer les ornements mélodiques. Il y 
avait en effet, dans le chant grégorien, certains ornements des- 
tinés à donner aux mélodies plus de variété et plus d'expression : 
les chantres francs, au rapport du moine d'Angoulême et de Jean 
diacre, avaient une extrême difficulté à les exécuter, et les défigu- 
raient de la manière la plus barbare * . Ces ornements mélodi- 

1 . Omnes Franciae cantores didicerunt notam Romanam quam nunc vocant notam 
Franciscain; excepte qiiod Iremulas vel vinnulas, sive coUisibiles vel secabiles voces 
in cantu non poterant perfecte exprimere Franci naturali voce barbaries, frangentes 
in gutture voces potius quam exprimentes. (D. Bouquet, t. V, p. 185.) 

Hujus modulationis (cantus Gregoriani) dulcedinem , inter alias Europae gentes 
Germani seii Galli discere crebroque redisccre insignifer potiierunt : incorruptam 



283 

ques devaient être iDdiqués dans les neumes par des signes par- 
ticuliers. On Toit, en effet, dans les manuscrits à double notation 
qu'à la traduction alphabétique de certains neumes sont joints de 
petits signes destinés à indiquer qu'ils renferment des ornements. 

Ces neumes sont : Vepiphonus, le cephalicus ou tramea^ le si- 
nuosum ou flexa sinuosa, le franculus et le quilisma. 

Vepiphonus (fig. 47 et 48) exprime deux sons liés ascendants, 
et le cephalicus (fig. 49 et 50) deux sons liés descendants. Ces 
neumes sont devenus plus tard dans la notation carrée les signes 
appelés plique (plica) , qui correspondent à V appoggiature mo- 
derne, et renferment deux sons dont le second se fait moins sen- 
tir que le premier, et sert à le lier à la note suivante * . Il y a 
deux sortes de pliques : dans l'une , la plique ascendante, la se^ 
conde note est plus élevée que la première ; dans l'autre, au con- 
traire, la plique descendante, la seconde note est plus basse que 
la première ". La plique ascendante n'est donc que la transfor- 
mation de VepiphoTius , et la plique descendante celle du cepha- 
licus , et la manière dont on exécutait les pliques peut donner 
nne idée de la nature de l'ornement indiqué par Yepiphonus et 
le cephalicus. 

Le cephalicus avait quelquefois la valeur de trois sons descen- 
dants : on lui donnait alors une plus grande dimension comme 
on le voit dans les figures 51 et 52. 

Le sinuosum ou fleœa sinuosa (fig. 5.3 à 55) était formé d'un 
cgf)halicus précédé d'un point , qui exprimait un son plus grave 
que le premier son du cephalicus. Le sinuosum exprimait trois ou 
quatre sons suivant la dimension donnée au cephalicus. 

Le cephalicus était quelquefois joint au torculus. Ces deux si- 

vero lam levitat»; animi, quia nonniilla de proprio Gregorianis canlibiis misrneriinf, 
qiiam feritate qnoqiie naturali, servare minime |)otuenint. Alpina siqnidem corpora 
vociim snarum tonitniis altisone perstrepentia , snscepta! modulationis tliiicedinem 
proprie non résultant, quia bibuli gntturis barbara feritas, duin inllexionibus et re- 
percussionibns mitem nititur edere cantilenam, natnrali quodam fracoro quasi plau- 
stra per {;radns confuse snnantia, ri{iidas vocesjactat, sicquc audientium aninios, 
quos mulairc debueral, exasperando magis ac obstrepcndoconturbat. (Act. SS. mart., 
t. U, p. 149.) 

1. Plicare noiam est quantitatem temporlH protrahere in sursum vel in deor- 

ftum cum voce ficta, dissimiii a voce intègre prolala. (Gerbcrt. Script, t. Hl, p. 181.) 

2. Piir^i est nota divisionis ejusdem soni in gravein et acutum. ( Franco ap. Ger- 
bert. Script, t. III, p. 6.) 

Contioet duas notan, unam Miperiorcm c{ aliam inf^rinrem. (Jpan <le Mûri*, ;ipiid 
*;erb«!rt. Script, t. lll, p. 7An) 

lî». 



284 

gties, tout en conservant leur valeur particulière , lormaieut de 
nouveaux iieumes de cinq et six notes (fig. 56 et 57). 

Le franculus (%. 58) est toujours traduit, dans les manuscrits 
à double notation , par nn signe dont la forme est la même que 
celle de Vepiphonus. Il devait donc exprimer un ornement mélo- 
dique analogue à celui qu'indiquait ce neume. 

Le dernier neume dont nous ayons à nous occuper est le qui- 
lisma ascendant et descendant. Le quilisma ascendant (fig. 59) 
est formé de deux demi-cercles accolés lun à l'autre et n'est ja- 
mais employé seul. Il peut se joindre à tous les neumes qui com- 
mencent par un punclum ayant la forme d'un demi-cercle ainsi 
qu'on le voit dans la figure 60, où il est joint à un epiphonus. 
Le quilisma, ainsi qu'il résulte des explications données par plu- 
sieurs auteurs ' , indique que le premier son du neume qu'il pré- 
cède doit être exécuté avec un tremblement de la A'oix analogue 
au trille, mais beaucoup moins accentué. Le quilisma descendant 
(fig. 61) exprime le même ornement que le quilisma ascendant; 
mais il en diffère en ce qu'il est toujours isolé et a par lui-même 
la valeur de deux sons descendants. 



Le tableau de neumes que nous venons d'analyser, bien que 
déjà très-étendu , pourrait recevoir encore de nombreuses addi- 
tions. Nous avons fait observer que quelques-uns des signes em- 
ployés dans cette notation peuvent se joindre les uns aux autr^ : 
ces combinaisons ont donné naissance à un certain nombre de 
neumes, dont les principaux seulement figurent dans notre ta- 
bleau. Quelles que soient du reste la forme et la composition de 
ces neumes, on pourra toujours les décomposer d'après les pro- 
cédés que nous avons indiqués, et en retrouver facilement la 
valeur. 

1. Vox tremula est neuma quam gradatam vel quilisma dicimus. (Aribon ap. Ger- 
bert. Script, music. t. II, p. 215.) 

Unisonus non est aliqiia conjunctio \ocum , quia non habet arsim et lliesim nec 
per consequens intervallum vel distantiam; sed est vox tremula, sicut est sonus flatus 
tubae vel cornu et designatur in libris per neumam quae vocatur quilisma. (Engelbert 
apud Gerbert., t. II, p. 319.) « 

Jules TARDIF. 



285 

BIBLIOGRAPHIE. 

Recherches sur le tiers état au moyen âge dans les pays qui 
foi~ment aujourd'hui le département de V Yonne , par Max, Qiiantin , 
archiviste de l'Yonne, etc. Aiixerre, Perriquet, 1851— In-S» de iv et 
117 p. «. 

Dans une courte préface, M. Quentin expose en quelques mots le plan de 
son ouvrage et indique les sources où il a puisé pour le composer; il com- 
mence par indiquer (chap. I) les coutumes régissant les divers pays qui 
forment aujourd'hui le département de l'Yonne, et entre en matière, à pro- 
prement parler, par la description de l'état social des serfs depuis la fin du 
douzième siècle (chap. II). 

Après avoir parlé, dans le Ille chapitre, des affranchissements indivi- 
duels des serfs, il passe à l'offranchissement des communautés d'habitants 
(ch. IV). Les détails donnés à ce sujet sont fort nombreux, ainsi qu'on peut 
s'en convaincre en parcourant les 22 subdivisions de ce chapitre; nous en 
citerons quelques-unes : définition de la mainmorte, son étendue, bourde- 
lage; droit de suite, droit de remanentia ou remaisance, formariage ; 
caractères des chartes d'affranchissement, octrois, traités, transactions; 
affranchissement par le roi, le clergé, la noblesse; influence des ordon- 
nances de Louis le Hutin (1315) et de Henri II (1553) qui prescrivent l'af- 
franchissement; l'affranchissement motivé par des raisons religieuses; l'af- 
franchissement a-t-il lieu gratuitement ou à titre onéreux ? L'affranchissement 
est personnel; ceux qui ne veulent pas payer la censé ne jouissent pas de la 
liberté ; conditions moyennant lesquelles les nouveaux affranchis exercent 
leur liberté, etc.. Les détails sont nombreux, nous l'avons dit, trop 
nombreux peut-être. L'auteur pose des questions auxquelles il ne répond 
pas toujours, et de faits particuliers il tire des inductions générales. Cette 
remarque s'applique aussi bien à ce chapitre qu'aux chapitres V, VI et VII ; 
Des bourgeoisies; franches personnes mainnior tables ; des parcours, 
bourgeois de parcours. 

L'ordre chronologique, on le voit, n'est pas celui que suit M. Quantin. 
Il a déjà examiné rinfluence des ordonnances de Loui.s le Hutin et de 
Henri II, et n'a pas encore parlé des chartes de commune. Le chapitre VIII 
est consacré à cette matière « La révolution communale, dit I\l. Quantin, 
" n'agit guère dans les pays qui forment le département de l'Yonne, que 
• par une légère secousse dont l'effet se fit à peine sentir sur deux ou trois 
« points. Ce fut donc une exception dans l'histoire de t affranchissement 
« du tiers état et des serfs. Vézelay, Sens, Auxerre sont les trois villes qui 
•• ont reçu, à des degrés divers, l'empreinte de la commune... >• Dans le 

I. Cet ouvrage a obtenu tinc menlion lionorable df l'Académie <!<•» insniplious e4 
lK'll«-s-h'lli.-s, au roiirniirs ywn !.•>. ;(iili<|uil6» lialiolialfS, CCI 1850. 



280 

paragraphe III du même chapitre, intitulé : Essais de communes à Chablis 
et à Cravan, M. Quantin analyse une sentence arbitrale prononcée, en 
1219, entre le prévôt de Saint-Martin de Tours et les habitants de Chablis. 
Le texte de cette sentence , qui brisa l'association formée par les habitants 
pour s'organiser en commune, méritait d'être publié comme pièce justifi- 
cative. L'auteur voit encore une « tentative communale » dans la conduite 
des habitants de Cravan qui furent, eu 1267, condamnés à une amende 
honorable pour avoir fait, contre le chapitre d'Auxerre, leur seigneur, une 
conspiration et une coalition {conspirationem et coUigationemfecerunt). 
Mais dans ce document, conspiratio et colligatio doivent-ils être traduits 
par le mot commune^ Et ce mot, commune, doit-il être pris avec la signi- 
fication historique qu'on s'efforce de lui donner de nos jours ? Nous ne le 
pensons pas, et , jusqu'à preuve contraire , nous ne voyons dans cet épisode 
de l'histoire de Cravan qu'un mouvement insurrectionnel, mais nullement 
une tentative d'organisation communale, organisation comme celle dont 
jouissait, par exemple, la ville de Sens, et qu'une interprétation plus ou 
moins exacte des textes fait attribuer à beaucoup d'autres localités. 

Enfin, dans le dernier chapitre, M. Quantin passe en revue les villes du 
département de l'Yonne pourvues au moyen âge d'administrations munici- 
pales^ et termine son ouvrage par une liste de plus de cent chartes d'affran- 
chissement. Dans cette table se trouvent indiqués, dans cinq colonnes dif- 
férentes, le nom de la localité à laquelle la charte est accordée, la date de la 
charte, le seigneur dont elle émane et le dépôt où elle est conservée, soit 
en original, soit en copie. Il n'est pas besoin de dire combien un inven- 
taire analogue, fait pour nos 86 départements, serait utile, et de quel 
secours il serait pour l'histoire générale du tiers état en France. On pour- 
rait alors tirer de pareils matériaux des principes dont on est fondé à 
suspecter la généralité lorsqu'ils ne s'appuient que sur des faits particuliers 
et qu'ils ne résultent que de recherches locales. Une liste complète des 
chartes d'affranchissement n'indiquerait-elle pas par elle-même quel a été 
chez nous le promoteur le plus actif de l'affranchissement au moyen âge? 
On éclaircirait peut-être la question de savoir si c'est la royauté qui a 
provoqué ce mouvement, ou si elle n'a fait que le favoriser et le généraliser, 
et jusqu'à quel point la féodalité laïque ou religieuse s'y est prêtée. 

A la fin du volume, M. Quantin a publié une quinzaine de pièces justi- 
ficatives, inédites à l'exception de deux ou trois ; on y remarque la charte 
d'affranchissement des habitants de Joigny en 1300, et plusieurs actes rela- 
tifs à la donation, au partage des serfs et à la condition de cette classe 
d'individus. Ces pièces justificatives sont peu nombreuses. « Mais je n'ai pu, 
« on le conçoit, dit l'auteur, faire suivre le travail que je présente de la 
« copie de toutes les chartes qui m'ont servi. Je rapporte seulement les 
« plus saillantes. J'espère, si les circonstances le permettent, publier un 
« jour toute cette curieuse collection des preuves de l'histoire du tiers état 
« dans nos contrées. » Tous ceux qui liront l'ouvrage de M. Quantin 



287 

seraient heureux, comme nous, de voir ses espérances se réaliser, et ce 
n'est pas sans une certaine impatience qu'ils attendront la publication que 
nous promet M. l'archiviste du département de l'Yonne. L. B. E. 

Papiers d'État, pièces et documents inédits ou peu connus relatifs à 
l'histoire de l'Ecosse au seizième siècle, tirés des bibliothèques et des ar- 
chives de France, et publiés pour le Bannalyne-Club d'Edimbourg, par 
A. Tèulet. Paris, typographie Pion frères. — Deux volumes in-4o de Ixviii, 
742 et 956 pages, avec planches. 

Depuis plusieurs années, M. Teulet recherchait dans les archives et les 
bibliothèques de France les documents relatifs à l'histoire de l'Ecosse pen- 
dant le seizième siècle. Le Bannatyne-Club d'Edimbourg vient de faire pa- 
raître les pièces inédites ou peu connues que notre confrère a recueillies 
sur les règnes de Jacques V et de Marie Stuart. Cette publication forme 
deux volumes in-4<», imprimés avec un soin remarquable dans les ateliers 
de Pion, et ornés d'une dixaine de fac-siraile *. De son côté, M. Teulet n'a 
rien épargné pour rendre son livre d'un usage commode. L'ordre qu'il a 
suivi, la correction de ses textes, les notes qu'il y a jointes, et surtout les 
sommaires dont il a fait précéder chaque document, faciliteront singuliè- 
rement le travail du lecteur. 

Le recueil que nous annonçons est assuré de tenir une place distinguée 
parmi les collections diplomatiques que les historiens du seizième siècle 
ont à consulter. Malheureusement, ce livre , tiré à cent dix exemplaires, 
sera à peu près perdu pour nos compatriotes ; car c'est à peine s'il en res- 
tera six ou sept exemplaires en France. Cette regrettable circonstance nous 
décide à insérer ici une table sommaire des pièces éditées par M. Teulet. 

TOME I. 

I. Instructions données à Jean de Plains, ambassadeur du roi de France en Ëco.sse, 
1515. 

II. Lettres écrites au roi de France à l'occasion du meurtre de La Bastie, 1517. 

III. Bref de Léon X sur les privilèges des rois d'Ecosse, 5 mars 1518. 

IV. Mémoire de ce qui devra être fait pour l'Ecosse à l'entrevue des rois de France 
et d'Angleterre, 1520. 

V. Déclaration «lu roi d'Angleterre au sujet de l'Ecosse, 13 janvier 1521. 

VI. Lettres du duc d'Albany au roi de France, 5 février et 18 mars J522. 

VII. Mission de Van Rand auprès du duc de Holslein. — Lettre confideidiello 
du duc d'Albany à l'un des conseillers du roi de France, 17 avril 1522. Instructions 
données par le roi à Tliiederic Van Rand , 23 juin 1522. Lettres de créance données 
par le duc de Holslein à ses plénipotentiaires auprès de François T", 19 août 1522. 

1. Lettre de Turenne au duc d'Albany; lettre de Marguerite, reine d'Ecosse, au 
naCme'; mémoire de Jacques v, roi d'Kcosse; traité du 15 décembre 1543 ; lettre des 
étals d'Ecosw!, du 31 aoftt 1500; lettre de Marie de Lorraine, régente il'Écosse; let- 
tre de Knox ii Calvin ; signatures de Marie Sluart et de Riccio; lettre di; llotbwel; let- 
In- de Marie Stuart au duc de (;iiim«. 



288 

VIII. Instructions données à François Le Cliarion, ambassadeur du roi en Ecosse, 
13 aoflt 1522. Traité conclu à Rouen entre le roi de France et le duc d'Albany, 
26 août 1517. 

IX. Lettres du roi à M. de Langeac, son ambassadeur en Ecosse, et aux États d'E- 
cosse, 29 et 30 mai 1623. 

X. Procès-verbal de la réception du duc d'Albany au parlement, 30 juin 1523. 

XI. Instructions données à Patrice Wymes, envoyé en France par les états d'Ecosse, 
1525. 

XII. Déclaration de la reine régente de France au sujet de l'Ecosse, 1525. 

XIII. Déclaration de la même au sujet de la mission de Jean Cauntly, 1525. 

XIV. Instructions données à M. de Sagues, envoyé en Ecosse, juin 1525. 

XV. Affaires de la reine d'Ecosse. Lettres de Tnrenne au duc d'Albany, 27 avril 
et i"" mai 1527. Lettre de Duncan au même, 29 mars 1528. Lettre de la reine d'Ecosse 
au même, 23 mars 1528- 

XVI. Lettre du roi de France au cardinal d'Ancône, 18 mai 1527. 

XVII. Mémoire des observations que le chancelier devra présenter au roi sur les 
affaires d'Ecosse, 1527. 

3j;viII. Réclamations des marchands écossais contre l'augmentation des droits per- 
çus en France sur leurs marchandis&s, 1524. 

XIX. Lettre de Frédéric, roi de Danemark, à François l*"", 14 janvier 1528. 

XX. Lettre de François 1" au roi d'Ecosse, 23 juin 1533. 

XXI. Lettre du roi d'Ecosse à François P"-, 16 février 1534. 

XXII. Mémoire donné par Jacques V à J. Lander, envoyé près du pape, vers 1535. 
XXIH. Lettres patentes de François 1""^ .sur le mariage projeté entre Jacques V et 

Marie de Bourbon, 29 mars 1536. 

XXIV. Extrait des registres du parlement, au sujet de l'entrée de Jacques V à Paris, 
22 et 31 décembre 1536. Lettre de Duplesseys au chancelier, 2 avril 1537. 

XXV. Lettre de François I*»^ à Henri VIII, 10 octobre 1537. 

XXVI. Arrêt de la chambre des comptes au sujet de l'abandon du comté de Gien au 
roi d'Ecosse, avril 1538- 

XXVII. Projet de contrat de mariage entre le roi d'Ecosse et Marie de Lorraine, 1538. 

XXVIII. Traité d'alliance entre l'Ecosse et la France, 15 décembre 1543. 

XXIX. Relation de l'expédition des Anglais en Ecosse, 1547. 

XXX. Lettre de naturalité pour les archers de la garde écossaise , novembre 1547. 

XXXI. Lettres et rapports adressés par Jean de Saint-Mauris au prince d'Espagne , 
5 juillet — décembre 1548. 

A la section XXXI appartiennent plusieurs pièces publiées dans l'appendice du vo- 
lume et relatives à l'expédition de d'Essé en Ecosse. Ce sont des lettres adressées au 
duc d'Aumale par De la Chapelle, 22 mars et 25 juin 1548; par M. d'Oysel, 18 et 
24 juin , 6 juillet et 25 septembre 1548; par M. d'Andelot, 20 juin et 5 juillet 1548; 
par M. d'Essé, 6 et 20 juillet 1548 ; par M, de Ronaut, 26 septembre 1 549 ; par la reine 
régente d'Ecosse, 10 janvier 1550. Lettres de cette princesse au duc d'Aumale et au 
cardinal de Guise, 25 juin et 6 juillet 1548, 15 avril et 12 novembre 1549. Lettre de 
ia même au card. de Guise, 29 novembre 1549. Obligation de la même faite à Alexan- 
dre de Gordon, 14 avril 1548. Lettre datée de Musselburgh, 1*' septembre 1548. 

XXXII. Mandement de Henri II relatif à la levée d'une somme de 400,000 livres 
pour les dépenses nécessitées par la guerre d'Ecosse, 31 décembre 1549. 

XXXIII. Mission de M. de Lansac en Ecosse. Lettre de Henri II à M. de Chemault, 
son ambassadeu»- en Angleterre, 23 août 1550. Lettre du même au roi d'Angleterre > 



289 

23 août 1550. Mémoii-es pour M. de Laiisac. Lettre de M. d'Oysel an roi , 27 octobre 
1550. Lettres du roi à M. de Chemault , 26 novembre et 21 décembre 1550 et 23 jan- 
vier 1551. Remontrances faites an conseil d'Angleterre par MM. de Chemault et de 
Lansac, avec la réponse à ces remontrances, 14 février 1551. Noms des commissaires 
députés pour les déprédations des frontières d'An;;!eterre et d'Ecosse, 5 avril 1551. 
Réponse de la reine douairière d'Ecosse à M. de Chemault, 5 avril 1551. Lettre de M. de 
Lansac à M. de Chemault, 29 mai 1551. Lettre du roi à M. de Chemault, 6 juin 1551. 

XXXIV. Lettre de Henri II au roi d'Angleterre , 23 juillet 1550. Sauf-conduit de 
celui-ci pour le passage de la reine d'Ecosse en France, 3 août 1550. 

XXXV. Lettre de M. de l'Aubespine à M. de Chemault, 16 décembre 1550. Projet 
de traité entre Charles V et l'Ecosse. 

XXXVI. Rapport sur le projet que Robert Stuart avait formé d'empoi-sonner la jeune 
reine d'Ecosse, 14 mai 1551. 

XXXVII. Déclaration du parlement sur le gouvernement de l'Écos-se, 1552. 

XXXVIII. Ambassade de François de Noailles en Angleterre. Lettres adressées à 
cet ambassadeur par du Faultrey, 13 juillet 1556; par M. d'Oysel, 5 septembre 1556, 
22 janvier et 29 mars 1557; par la reine d'Ecosse, 25 novembre 1556 et 29 mars 1557. 
Lettre de M. d'Oysel au duc de Guise, 30 mars 1555 (Appendice). 

XXXIX. Mémoire donné à M. de Rubbay, venant d'Ecosse en France, 6 février 1558. 
XL. Extrait des registres de l'hôtel de ville de Paris relatif au mariage de la reine 

d'Ecosse avec le dauphin, 24 avril 1558. Lettres de grande naturalisation données par 
Henri II aux Écossais, juin 1558. Vérification de ces lettres par le parlement, 8 juil- 
let 1558. 

XLl. Ambassade de Gilles de Noailles en Angleterre. Lettres adressées à cet am- 
bassadeur par M. de Villeparisis, 14 et 31 juin, 2, 25 et 30 juillet 1559 ; par Henri II, 

21 juin 1559; par M. d'Oysel, 22 juillet, 7-14 septembre, 12 novembre 1559 et 9 jan- 
vier 1560; par la reine régente d'Ecosse, 7 et 16 août 1559, 12 et 28 janvier 1560; par 
M. de Ruhbay, 2 octobre 1559. Lettres de G. de Noailles à Henri H, l" juillet , 5 sep- 
tembre, 9 novembre et 16 décembre 1559, 2 et 4 janvier 1560; à la reine régente, 
9 août, l" et 29 septembre 1559; à M. d'Oysel , 6 -septembre et 12 octobre 1559; à 
l'évêque d'Amiens, 17 septembre 1559; au connétable, 28 septembre 1559; au cardi- 
nal de Lorraine, 30 septembre, 28 octobre et 2 novembre 1 559. Instructions données 
à du Fresnoy, envoyé en France par la reine régente, juillet 1559. Traité avec les pro- 
testants d'Ecosse, 24 juillet 1559. Lettre de la reine d'Angleterre à la reine régente, 
7 août 1559. Lettre du duc de Chatelleraut au roi, 25 janvier 1560. 

XLIl. Manifeste adressé par les lords de la congrégation aux princes de la chrétienté, 
1559. 

XLIII. Protestation adressée à la reine Elisabeth parM.deSeurre, ambassadeur du 
roi de France, au sujet des hostilités commises en Ecosse par les Anglais, 20 avril 
1560. Réponse de la reine à cette protestation. Mémoire pour servir de réplique à 
cette réponse (Appendice). 

XLIV. Lettres de M. de Chantonay, ambassadeur d'Espagne en France, à Philippe II, 

22 août 1559, et à l'évoque d'Arra.s, 4 mai 1560. Lettres de la duchesse de Parme à 
Philippe II, 7 et 21 décembre 15.59, 6 janvier <'t avril i:>60, et à M. de Glajon et à l'é- 
vêque de Quadra, 15 mai 1560. Négociations entre le duc d'Albe et l'évêque de Limo- 
>!(•«, amba.s-sadeur d»" France. I^îttre du duc d'Albe à l'évêque d'Arras, 20 mars 1560. 
I.ettres de Philippe II à M. de Glajon, mars 1560, et à la duchesse de Parme, mai 1560. 
Instructions iioimée» à M. de (;lajon. Lettre de François 11 k la duches.sc de Parme, 
29 mars 1560. I.ettres d*» M. de (Jajoii à Philippe H, 7 et 20 avril 1560; hMtrcs du 



290 

même tt de l'évoque de Quadra à la duchesse de Parme, 27 avril, 8 et 13 mai làôo. 
Lettre d'un agent français en Ecosse à Marie Stuart ou à Catherine de Médicis, 13 mai 
15G0. Lettre de Catherine de Médicis au duc d'Albe, 21 mai 1560. 

XLV-XLVIIL Je ne donne pas le détail des pièces contenues dans ces quatre sec- 
tions ; elles sont tirées du portefeuille de L'Aubespine et ont été publiées par M. Louis 
Paris dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France. M. Teulet a 
seulement puisé à d'autres sources les trois pièces suivantes : lettre de M. de Montluc, 
évêque de Valence, et de M. de Randan à la reine-mère, 9 juillet 1560. Pouvoirs don- 
nés par les états d'Ecosse au loAl de Saint-John , l7 aortt 1560, Lettre des états d'E- 
cosse au roi, 31 août 1560. 

XLIX. Lettre de Catherine de Médicis aux états d'Ecosse, 22 janvier 1561 . Instruc- 
tions données par Charles IX à l'abbé de l'Isle, envoyé en Ecosse, 23 janvier 1561. 

TOME H. 

L. Lettres de M. de Chantonnay au roi d'Espagne, 19 juin, 26 juillet et 31 août 1561. 
Lettre de Charles IX à l'évêque de Limoges, 20 juin 1561. Lettre de Knox à Calvin , 

24 octobre 1561. 

LI. Ambassade de Paul de Foix en Angleterre. Dépêches adressées par cet am- 
bassadeur à Catherine de Médicis ou à Charles IX, 29 mars, 21 et 28 mai, 6 et 13 juin, 
1" et 11 juillet 1562 ; janvier, 24 mars, 24 et 28 avril, 2, 10, 23 et 26 mai, 3, 4, 18 et 
28 juin, 12 et 22 août, 18 et 29 septembre, 11 et 16 octobre 1565; 12 février et 
20 mars 1566. Lettres de Castelnau à M. de Foix, 27 septembre 1565, et au roi, 6 oc- 
tobre 1565. Discours sur la mission de Castelnau en Ecosse, septembre 1565. — Titres 
conférés par Marie Stuart à Darnley. Articles proposés à Marie Stuart par l'ambassa- 
deur d'Elisabeth, avec la réponse de Marie Stuart, 8 août 1565. Proclamation de la 
reine et du roi d'Ecosse aux Écossais, 15 septembre 1565. Nouvelles apportées d'E- 
cosse au cardinal de Loriaine, mars 1566. 

LU. État des gages alloués aux dames et officiers de la maison de Marie Stuart, 
13 février 1567- 

LUI. i Ambassade de Du Croc en Ecosse. Dépêches deDu Croc à Catherine de Médicis 
ou à Charles IX, 17 octobre 1566; mai, 18 et 27 mai, 17, 28 et 30 juin 1567. Lettre des 
seigneurs du conseil privé d'Ecosse à Catherine de Médicis, 8 octobre 1566. Promesse 
de mariage entre Marie Stuart et Bothwell, 5 avril 1567. Lettre du comte de Bothwell 
au roi. 27 mai 1567. Récit des événements du 7 au 15 juin 1567 par le capitaine d'Inch- 
keith. Mémoire pour M. de Villeroy envoyé en Ecosse, 1567. 

LIV. Mission de M. de Lignerolles, envoyé en Ecosse. Instructions pour M. de Li- 
gnerolles, juillet 1567. Articles accordés entre le comte de Murray et les seigneurs 
d'Ecosse, 22 août. Serment du comte de Murray, 22 août. Lettre de la reine d'An- 
gleterre à Throckmorton, 29 août. Lettre de Throckmorton à lord Scrope, 31 août. 
Liste des seigneurs ayant assisté au couronnement de Jacques VI. 

LV (1). Ambassade de Bochetel de la Forest en Angleterre et mission de M. de 
Beaumonl en Ecosse (l 568). Dépêches de Bochetel à Charles IX ou à Catherine de Mé- 
dicis, 2 février, l'^^etg avril, 2, 10, 15 et 22 mai, 12, 19 et 24 juin, 11 juillet et 

25 août. Lettres de Catherine de Médicis à Bochetel, 3 février, mai et 21 mai. Lettre 
de Bochetel à M. de Fizes, 2 mai. Lettre de Charles IX à M. de Fleming, mars. Dépê- 

1. Plusieurs pièces de cette section se trouvent dans l'Appendice place à la fui du 
volume. 



•201 

: lies (le M. de Beaumoiit à Cutlieriiie de Médicis, 13 avril et 4 mai. Meiiioraiidiiiii d'un 
agent de Murray, 13 avril. Lettres du maréchal de Berwick à Throckraorton , 23 et 
26 avril, 9 mai. Lettre de Throckmorton àMelvil, 6 mai; au maréchal de Berwick, 
6 mai , et à Murray, lo mai. Note du secrétaire de Throckmorton. Nouvelles des évé- 
nements d'Ecosse, 16 mai. Lettre de Charles IX à Murray, mai. Mémoire adressé par 
Marie Stuart aux princes de la chrétienté , juin. Mémoire envoyé par la même au roi 
(le France, 26 juin. Lettre de lord Herries à Marie Stuart, 28 juin. 

LVI, Ambassade de La Mothe Fénelon en Angleterre. Lettre du comte de Both- 
well à Charles IX , 12 novembre 1568. Pourparler tenu à Glascow , le 13 mars 1569 , 
entre le régent et les mandataires du duc de Chatelleraut. Lettre du comte de Hunlly 
à la reine d'Ecosse, avril 1569. Lettre d'Elisabeth à Marie Stuart, 25 mai 1569. Instruc- 
tions données par Charles IX à M. de Poigny, envoyé en Angleterre, 19 juin 1570. Let- 
tre de M. de Poigny à la noblesse d'Ecosse , 1" août 1570. Avis de La Mothe Fénelon 
sur le parti que la reine d'Angleterre peut prendre à l'égard de Marie Stuart, septem- 
bre 1570. Lettre d'Rlisabeth à Marie Stuart, 17 septembre 1570. Projet d'accord pour 
le rétablissement de Marie Stuart sur le trône d'Ecosse, septembre 1570. Lettre de 
M. de Vérac à La Mothe Fénelon, 20 août et 7 septembre 1571. Lettre de La Mothe Fé? 
nelon à Marie Stuart, 5 septembre 1571. Lettre de l'évêque de Ross à Marie Stuart, 
8 novembre 1571. Articles proposés à Elisabeth par ledit évêque. Lettre de Sander au 
cardinal de Lorraine, 9 août 1572. Lettre du comte de Northu'mberland, Dacre et En- 
-lelield au cardinal de Lorraine, 20 octobre 1572. Mémoire sur les troubles d'Ecosse, 
1572. Traité conclu à Perth pour la pacification de l'Ecosse, 23 février 1573. Dépêche 
envoyée au roi de France par La Mothe Fénelon, 5 août 1573. Lettres de Henri III à la 
comtesse de Marr, 1" octobre 1574 ; à lord Erskine, i"' octobre 1574 ; au prince d'E- 
cosse, 5 octobre 1574 , et à Marie Stuart, 5 octobre 1574. 
LVII. Factnm contre la maison de Hamilton, 1574. 

' LVlll. Ambassade de Michel Castelnau de Maiivissière en Angleterre. Lettres 
de Casteinau à Henri III, 28 février, 8 avril, 31 mai 1576; 29 octobre et 25 novem- 
bre 1577 ; 14 et 27 août, 19 et 30 septembre, 12 et 15 novembre 1578 ; 14 mai, 26 et 
29 juillet, 29 octobre, 7 et 29 décembre 1579 ; 8 et 18 février, 2 mars, 22 avril, 27 mai, 
25 septembre, 3 et 20 octobre 1580; U janvier, 10 février, 10 mars , 9 et 24 avrH , 
20 juin 1581; 25 juin , 6 et 26 juillet, 13 septembre 1582; 16, 24 et 31 mai, 31 juillet 
et 5 décembre 158." ; 23 et 26 avril , 1 1 mai, 16 et 28 juillet, 3 septembre, 22 et 26 oc- 
tobre, 14, 20 et 25 novembre 1584. Lettres de Castelnau à Catherine de Médicis, 
20 novembre 1577; 28 février et 24 avril 1581; 13, 15, 18 et 28 septembre 1582; 

16 et 24 mai et 10 août 1583; 9 et 23 avril, 28 août et 18 octobre 1584. Lettre 
de Castelnau à Marie Stuart, 7 décembre 1579. Lettres de Henri III à Castelnau, 
12 janvier et 29 fe>rier 1580; 20 janvier et 11 septembre 1581; 8 septembre, 
29 octobre et novembre 1582; 11, 27 et 28 janvier, 5, 17 et 29 mai, 28 juin, 25 no- 
vembre et 17 décembre 1583; 15 février, mai et 9 mai 1584. Lettres de Catherine de 
Médicis à Castelnau, 5 et 18 septembre 1582; 1" et 12 décembre 1584. Lettre de Nau 
à Castelnau, 7 juillet 1579. Lettre deWalsingham h Castelnau, 14 septembre 1582. 
Lettres de Henri III au prince d'Ecosse, au comte de Morton, à la comtesse de Marr et 
à lord Krskine. mai 1578; à .Marie Stuart, septembre 1581 et 1*' décembre 1584; à 
Elisabeth , novembre 1582; à La Mothe Fénelon , 27 janvier 1583; au roi d'Ecosse, 
28 mai et 28 juin 1583, et 27 juin 1584 ; aux comtes d'Argyll et de (k)wrie, 28 mai 
158J;à la noblesse d'Fxosse, 27 juin 1584. Lettre de Catherine de Médicis.» Mario 
Stuart, septembre 1681. Lettre de Jacques VI à Marie Stuart, 10 juin 1582. Lettre de 
Marie Stuart M diic de Guine, avant le 2 «epteiiibre 1682. I.«ttre «le r>rchcv«que <ie 



292 

Glascow à M. de Gondi, 1583. Lettre du roi de Navarre au roi d'Écossc, JO mai 158;'). 
Lettres du P. Larue à Marie Stuai t, 18 mai et 28 août 1585. Lettres de M. de Sé;iur au 
roi d'Ecosse, aux comtes d'Aiigus, de Marr, etc., et aux frères Hamilton, 8 juillet 1585. 
Ordonnance de Henri III sur le douaire de Marie Stuart, 31 octobre 1576. instructions 
pour le sieur de Mondreville, .envoyé en Ecosse, mai 1578. Profession de foi du roi 
d'Ecosse, 20 janvier 1581. Commandement du roi d'Ecosse aux ministres de son 
royaume, 1 mars 1581. Déclaration (prétendue) des états d'Ecosse relative à la nul- 
lité de l'abdication de Marie Stuart , 15 juin 1581. Déclaration du duc de Lennox , 
22 septembre 1582. Lettres de rémission pour les comtes de Gowrie, Marr et Glen- 
cairn, 19 octobre 1582. Instructions pour le sieur de Meyneville, envoyé en Ecosse, 

28 janvier 1583. Négociations de La Motbe Fénelon avec la noblesse d'Ecosse, 22 et 
30 janvier 1583. Sommaire du traité négocié entre Marie Stuart et les députés d'Éli- 
sabetb, juin et juillet 1583. Instructions données à Castelnau, 17 décembre 1583. Né- 
gociations de Selon, ambassadeur du roi d'Ecosse auprès de la cour de France, 19 et 
26 avril 1584. Brevet d'une pension de 20,000 livres pour le roi d'Ecosse, 26 juin 158'i. 

LIX. Ambassade du baron d'Esneval en Ecosse. Instructions données à cet am- 
bassadeur, 7 octobre et 15 décembre 1585. Lettres de Henri III au roi d'Ecosse, 10 no- 
vembre et 15 décembre 1585. Six lettres du baron d'Esneval au roi d'Ecosse, 1585 
et 1586. Lettres de Henri III au baron d'Esneval , 30 janvier, 9 mars, 15 et 30 avril , 

29 et 30 juin. Lettre de Catberine de Médicis au baron d'Esneval, 9 mars 1586. Mé- 
moire remis au roi par le baron d'Esneval au retour de son ambassade d'Ecosse, sep- 
tembre 1586. 

LX. Ambassade de L'Aubespine-Chateauneuf en Angleterre. Discours de Cha- 
teauneuf sur l'état des affaires au moment de son ambassade, 1 586. Lettres de Henri III 
à Cliateauneuf, 16 février et 11 juillet 1586; 7 avril et mai 1587. Lettres de Cbatean- 
neuf au baron d'Esneval , 12 et 24 septembre et 20 octobre 1586. Lettre du même à 
Élisabetb, 18 octobre 1586. Lettre du même à Brulart, 21 novembre 1586 et 14 mars 
1587. Harangue de Bellièvre pour Marie Stuart, 28 novembre 1587. Réponse d'Elisa- 
beth aux ambassadeurs de France, novembre 1587. Lettres de Bellièvre à Brulart, 
13 décembre 1586 et 5 janvier 1587. Observations présentées à Elisabeth parles am- 
bassadeurs de France, janvier 1587. Mémoire des négociations de Bellièvre en faveui- 
de Marie Stuart, de novembre 1586 à janvier 1587. Relation des derniers moments de 
Marie Stuart, 8 février 1587. Mémoires sur les affaires du roi depuis le départ de Bel- 
lièvre jusqu'au 25 février 1587. Lettres et dépêches adressées à Henri III par Chateau- 
neuf, 27 février, mars, 13 et 21 mai et 26 août 1587. Lettres de Henri lit à Cliateau- 
neuf, 7 avril et mai 1587. Lettre de Henri III à Elisabeth, 13 avril t587. État des 
sommes dues par Henri III à la feue reine d'Ecosse, 1587. 

La table précédente laisse entrevoir la variété et l'intérêt des documents 
réunis par M. Teulet. L'importance en a été récemment constatée par un 
juge compétent, M. Mignet ', dont nous sommes heureux de pouvoir repro- 
duire les paroles : 

« Les documents contenus dans les deux énormes volumes de M. Teulet 
sont de diverse nature : ils consistent en traités, lettres privées, dépêches 
de rois, de reines, d'ambassadeurs; récits d'événements d'un haut intérêt 

i . Compte rendu des séances de l'académie des sciences morales et politiques. 



293 

liistorique, mciiioires sur des questions importantes, instructions diploma- 
tiques, négociations secrètes, etc. Ils embrassent les deux règnes de Jac- 
ques V et de Marie Stuart, et s'étendent de l'année 1515 à 1587. C'est l'épo- 
que la plus agitée et la plus décisive de l'histoire d'Ecosse. Durant ces 
soixante et douze années, des révolutions de tout genre se sont accomplies 
en ce petit royaume, qui, par un changement de ses croyances religieuses, 
des variations incessantes dans son gouvernement politique, une mobilité 
fréquente dans ses rapports extérieurs, a participé à la réformation et aux 
troubles du siècle, et a mêlé ses destinées à celles des plus puissants États 
de l'Europe. 

« Les volumes de M. Teulet, qui continuent et pour ainsi dire complè- 
tent tant de riches collections anciennement et récemment publiées sur ce 
temps et sur ce pays, en éclairent les événements d'une lumière pins abon- 
dante et plus vraie. Ils contribuent à mieux faire voir l'état intérieur de 
l'Ecosse, son organisation politique, sa transformation religieuse, les des- 
seins de ses rois, les ambitions turbulentes de sou ancienne aristocratie 
féodale, l'esprit de hardiesse et de désordre de son nouveau clergé démo- 
cratique. Ils montrent, sous un aspect à la fois plus animé et plus variable, 
la lutte dojà si ancienne de l'Ecosse et de l'Angleterre, qui, encore séparées 
pendant la première moitié du siècle par la différence des nationalités, se 
rapprochent pendant la seconde par la conformité des croyances, et ils pré- 
sentent, dans ses émouvantes vicissitudes et dans sa tragique fin, la rivalité 
inégale de la catholique Marie Stuart et de la protestante Elisabeth ; riva- 
lité qui commence en 1558, au moment même où Elisabeth monte sur le 
trône d'Angleterre, et où Marie Stuart prend à la cour de Henri II les ar- 
mes et le titre de ce royaume comme descendante légitime d'Henri VII et 
héritière religieuse de sa couronne, et qui se termine en 1587 sur le lugubre 
échafaud de l^otheringay. î^nfin, ils laissent apercevoir successivement dans 
son éclat, dans son déclin et à son terme la vieille alliance de la France et de 
l'Ecosse, qui datait du treizième siècle, et qui ne cessa qu'avec le catholi- 
cisme et l'indépendance de l'Ecosse, lorsque celle-ci se réunit à l'Angleterre 
par le territoire après s'en être rapprochée par la religion. » L. D. 

Histoire de .la. ville de Gray et de ses monuments, par les abbé^ 
Gatin et Besson. Besançon, Valluet jeune, 1851. — In-4''de xii et 452 p. 

MM. Gatin et Besson ont divisé leur Histoire de la ville de Gray en trois 
époques : féodaU; (951-1494), municipale (1494-17G0), commerciale (17G0- 
1850) ; la première comprend l'origine obscure et les commencements incer- 
tains de la ville au milieu du dixième siècle; quittant bientôt le champ des 
conjectures, ils entrent dans le domaine plus certain de l'histoire, et, à 
partir de 1 195, ils marchent à pas assurés. 

Lorsqu'après la mort du comte Othon IV (1303), la Franche-Comte passa 
momentanément sous le sceptre de Philippe le Long, la ville de Gray pro- 
Hta des nombreux bienfaits de la reine Jeanne, fille du dernier comte d 



294 

Bourgogne, et vit, par ses soins, une manufacture de draps fondée dans ses 
murs par une compagnie de tisserands et de drapiers de Paris (1308). On 
peut regarder cette fondation comme le commencement de l'industrie de 
Gray, et les franchises peu onéreuses que cette ville reçut de la reine quel- 
ques années après (5 décembre 1324) contribuaient aussi à la prospérité de 
la cité, lorsque les ravages des grandes compagnies, qui demeurèrent dans 
le pays jusqu'en 1366, arrêtèrent ses progrès et couvrirent la province de 
ruines et de dévastations. 

L'histoire de la ville de Gray, à cette époque, est celle de la plupart des 
places fortifiées du moyen âge; tour à tour victime de sa fidélité pour ses 
princes, ou complice de la trahison, agitée par les vicissitudes de la fortune 
ou le sort de la guerre, tantôt riche et florissante, tantôt disgraciée et ruinée 
par l'incendie ou les maladies contagieuses, défendue par son château et ses 
fortes murailles, elle était, au quatorzième siècle, supérieure à la plupart 
des villes de la Comté. Située près de la frontière de la province, elle fut 
cependant le centre du gouvernement ; et si la guerre l'expose aux dangers 
des luttes sanglantes, le commerce lui donne l'activité et la vie. Depuis le 
moyen âge, on pressent sa fortune et son importance futures; elle se déve- 
loppe au bruit des armes, mais pour recueillir enfin tous les fruits de la 
paix. Dès cette époque (quinzième siècle), la ville a des armoiries et une 
devise ; un ingénieux emblème y retrace ses malheurs passés et donne l'es- 
poir d'un meilleur avenir : Ex friplici cinere novus ignis, allusion aux 
incendies de 1324, 1447 et 1479. 

L'époque municipale commence par le rétablissement de la mairie qui 
aide au développement de la ville (1494); sous le gouvernement de Charles- 
Quint, elle voit augmenter la force de ses remparts (1551), et fleurir son 
commerce pendant les trente-cinq ans de paix des règnes des archiducs 
Albert et Isabelle. Ce fut vers ce temps (1640) que la ville de Gray fut 
édifiée par la pieuse mort du révérend Pierre Fourrier, curé de Mattaincourt, 
en Lorraine, général des chanoines réguliers de Saint-Augustin, que les évé- 
nements politiques avaient forcé de s'exiler et de chercher un refuge dans 
les murs de Gray, oià sa mémoire est restée en grande vénération. Les au- 
teurs lui ont consacré un si long chapitre de leur ouvrage, que nous ne 
pouvons le passer entièrement sous silence. Fondateur et réformateur 
d'ordres religieux, il sut ramener parmi ses chanoines le goût de l'étude et 
de la piété, tâche difficile dans des monastères déchus de leur première 
faveur. On lui attribuait, de son vivant, le don des miracles ; mais, dans sa 
modestie et son humilité, il refusait de croire au pouvoir merveilleux 
qu'il paraissait avoir de guérir les malades : « Sachez, écrivait-il à un de 
ses chanoines, que, depuis huit jours avant Noël dernier, j'ai été continuel- 
lement travaillé de douleurs qui m'ont forcé, bien à mon grand regret, de 
garder le lit : or, medice, cura te ipsiim; croyez que, si mes prières 
eussent eu quelque pouvoir, je m'en fusse servi infailliblement pour moi. » 

L'époque municipale se termine par le récit de la conquête de la Franche- 



295 

Comté par Louis XIV, conquête facile d'une province française depuis 
quatre siècles par les mœurs et le langage. Louis XIV prit Gray le 18 février 
1668 après une courageuse résistance. La ville suivit le sort de la province, 
et retourna à l'Espagne après le traité d'Aix-la-Chapelle (2 mai suivant) et 
fut reprise déGnitivementen 1674. La paix de Nimègue est la limite naturelle 
des histoires des villes de Franche-Comté ; leurs annales cessent alors d'être 
intéressantes; l'historien est réduit à signaler quelques changements dans 
les charges publiques devenues vénales, la création de nouveaux emplois, 
quelques démêlés entre les magistrats municipaux et les agents de l'auto- 
rité supérieure. Nos auteurs ont cru cependant devoir ajouter à leur œuvre 
une troisième et dernière partie, l'époque commerciale, qui s'étend depuis 
1760 jusqu'à nos Jours. Ces chapitres n'offrent, il est vrai, qu'un médiocre 
intérêt pour les lecteurs de notre recueil; mais la critique ne peut s'empêcher 
de reconnaître qu'ils ont accompli avec convenance cette partie difficile de 
leur tâche. 

L'ouvrage se termine par quelques biographies fort courtes des personnes 
les plus distinguées qui sont nées à Gray ; par des listes chronologiques des 
gouverneurs de la ville (1580-1675), des maires (1133-1848), des curés 
(1266-1849), des sous-préfets de l'arrondissement (1800-1849) et enfin 
par 23 pièces justificatives (1227-1674). 

On peut reprocher aux auteurs quelques inexactitudes et la rareté des 
dates, au point qu'on est souvent obligé de faire une véritable recherche 
pour trouver l'époque d'un événement qu'ils racontent et que, quelquefois, 
on ne la trouve nulle part. Peut-être se sont-ils montrés un peu trop cré- 
dules dans le récit de quelques miracles, trop longs dans la description des 
solennités religieuses ; mais ces chapit?es leur ont fourni des pages intéres- 
santes. La foi sincère des auteurs donne du charme à leurs simples récits; 
ils ont regardé leur caractère de prêtres comme une obligation d'être sévères 
pour les fautes de l'Église, et leur amour pour la vérité leur a donné le cou- 
rage de blâmer les actes qui le méritaient, et de nous retracer les faits, non 
tels que leur cœur aurait pu les désirer, mais tels qu'ils se sont passés. 
Leur style est ordinairement varié et correct et constamment clair. On 
peut dire que le désir trop modeste qui termine leur préface a été pleine- 
ment réalisé : « Essayons de remplir cette tâche, disent-ils, et, contents de 
nous instruire sans cherciier à plaire, soyons consciencieux dans nos re- 
ciierches, graves dans nos Jugements, simples dans notre style. » — Cou- 
ronné par l'Académie de Besançon, l'ouvrage de MM. Gatin et Besson a 
obtenu une mention honorable au dernier concours des antiquités natio- 
nales. E. G. 



296 

JoufiNAL HISTORIQUE DE PiEKBE Fayet sw les trouUes de la Ligucf 
publié d'après le manuscrit inédit et autographe, avec des éclaircisse- 
ments et des notes, par Victor Luzarche. Tours, irapr. de Ladevèze, 1852, 
in-I8. 

Le seizième siècle a été si fécond en événements, il a produit un tel 
nombre d'hommes remarquables à divers titres, il est resté sur plusieurs 
points si mystérieux, qu'on doit se réjouir de voir grossir la masse des 
renseignements qui le concernent. Les mémoires de Pierre Fayet, quoique 
d'un intérêt secondaire, s'ajoutent d'une manière quelquefois utile aux ou- 
vrages qui ont été publiés sur la même époque. Le premier fait raconté 
par l'auteur remonte à l'année 1566 ; mais ce n'est guère qu'à partir de 
1572 qu'il suit avec une certaine régularité la marche des événements ; il 
s'arrête en 1593, après l'ouverture des états de Paris , connus sous le nom 
d'états de la Ligue. 

Une curiosité toute particulière s'attache à la vie même de ceux qui nous 
ont laissé l'histoire de leur temps. Cette vie, dont ils entremêlent presque 
toujours les détails intimes au récit des faits extérieurs, explique et éclaire, 
pour ainsi dire, tout le reste. Elle donne le vrai point de vue auquel le nar- 
rateur s'est placé. J'aurais aimé que l'éditeur des Mémoires de Fayet, 
M. Luzarche, se fût appliqué plus qu'il ne l'a fait à reconstruire, soit à 
l'aide des renseignements fournis par l'auteur lui-même, soit à l'aide de 
recherches accomplies au dehors , la biographie de Pierre Fayet. Il nous 
apprend que ce chroniqueur était fils d'Antoine Fayet, sieur de Maugarny, 
conseiller du roi et trésorier extraordinaire des guerres, et de Jeanne le 
Bossu, et qu'il exerça la charge de greffier de la prévôté d'Étampes; mais il 
nous laisse ignorer d'où il a tiré ces particularités, qui ne sont point consi- 
gnées dans le Journal, et il néglige de nous dire que le prévôt d'Étampes a 
passé la plus grande partie de sa vie à Paris, et que ce sont principalement 
les annales parisiennes qu'il a racontées de visu. L'étude attentive du 
texte aurait pu fournir en outre un assez grand nombre de données sur la 
famille de Fayet et sur ses tendances politiques. On voit percer dans plu- 
sieurs endroits de son Journal, par exemple, à propos de la journée des Bar- 
ricades, des sympathies pour les hommes et pour les actes du parti de la 
Ligue. Mais, eu général , il paraît avoir assisté avec une certaine indiffé- 
rence aux crises qu'il décrit. Son sens est droit, son esprit modéré, et il 
blâme avec une louable impartialité les excès des prédicateurs qui pous- 
saient le peuple de Paris à l'effusion du sang. Du reste, la réserve est son 
caractère dominant , et l'assassinat de Henri III ne lui inspire que ce juge- 
ment : « Il rendit l'esprit au grand regret et despence de plusieurs qui s'es- 
« loient endestez pour le suivre, et au contentement de plusieurs autres qui 
«i estoient au service du roy de Navarre. » 

Je signalerai dans le Journal de Pierre Fayet quelques passages dignes 
d'attention. Sous l'année 1572, il raconte que iMaurevel lui a dit à lui- 
même, dans la ville de Saluées, avoir tiré sur l'amiral, du consentement du 



'207 

rcii Charles IX. Il ne porte qu'à un millier le nombre des victimes de la 
Saint-Barthélemv, et, quoique ce nombre paraisse au-dessous de la vérité, 
on doit néanmoins le faire entrer en ligne de compte avec les autres témoi- 
gnages du même genre. On trouve dans le livre de Fayet la date précise, 1578, 
où a commencé la mode des grandes fraises aux chemises, lesquelles, dit-il, 
estoient de 15 ou 16 lais, larges d'utig tiers d'aulne. Il fournit quelques 
rectifications de noms, dfs détails curieux sur la journée des Bnrricades, 
sur le procès de François Lebreton, avocat au parlement, pendu le 22 no- 
vembre 1586, sur l'exécution de .lean Trumel, secrétaire du roi (4 octobre 
1591), et généralement sur toute la période qui s'étend de 1586 à 1593. T.es 
indications qu'il donne sont courtes la plupart du temps; mais elles portent 
le caractère de la véracité. Je n'ai pas besoin de dire qu'il décrit l'état des 
.saisons, les comètes, les tremblements de terre, les maladies, etc.; pas un 
chroniqueur du seizième siècle n'y manque. 

M. Luzarche, bibliographe soigneux qui annonce une histoire des textes 
de nos historiens nationaux et une histoire du parlement de Tours, a enri- 
chi son édition de Pierre Fayet de notes nombreuses, de quelques docu- 
ments intéressants et d'une utile table de matières. Je regrette qu'il ait 
mêlé, à ses appréciations des hommes et des choses du seizième siècle, des 
réflexions politiques appropriées à l'époque actuelle. Cela est d'autant 
moins à propos, qu'il s'écrie dans une note : « L'histoire est le premier 
« des enseignements ; mais à qui profite-t-il ?» F. B. 

Portefeuille archéologique de la haute et basse Champagne, 
publié et dessiné par A.Gaussen, arec vn texte publié par MM. Lebrun 
d\/lbane; Cabbé Tridon; Çuanfin, archiviste du département de 
l'Yonne; llarmant, conservateur de la bibliothèque de Troijes; d'Jrbois 
de Jubainville, archiviste du département de l'Aube; l'abbé Paillard, etc. 
15ar-sur-Aube, typographie et lithographie de madame Jardeaux-Ray, 1852. 
V* livraison, grand in-4°. L'ouvrage se composera de 50 livraisons. 

M. Gaussen et ses collaborateurs ont voulu réunir dans un atlas tout ce 
(lui peut intéresser l'histoire de l'art dans leur province; la peinture sur 
verre, les émaux, les miniatures, les broderies, la sculpture sur bois et sur 
ivoire, la sculpture sur pierre, l'orfèvrerie et la bijouterie, la sigillographie, 
la ferronnerie et la serrurerie, l'art céramique, enfin les antiques trouvés 
en Champagne, doivent former autant de chapitres distincts du Portefeuille 
archéologique. La première livraison, que nous avons sous les yeux, contient 
deux grands dessins chromolithographies : l'un représente un tabernacle 
«Il bois de l'église de Bouilly (Aube), et l'autre une miniature d'un livre d« 
choeur du seizième siècle, conservé aux archives de l'Aube. Ces deux des- 
sins sont exécutés avec uu'^ perfection qui fait honneur ;i l'artiste et à l'im- 
primeur. Le texte qui accompagne la miniature est de M. d'Arbois de Jii- 
bainville, et nous semble un modèle de ces notices destinées aux gens du 
monde plus encore qu'aux savants, ou l'on doit elierrher pour le moins au- 
I V . t /•/ oisivmc wric.) '^ 



298 

tant à intéresser qu'a instruire. On ne peut donc qu'applaudir à cette publi- 
cation, et souliaiter qne M. Gaussen mené à bonne fin une œuvre qu'il a si 
bien commencée. Ad. T. 

LIVRES NOUVEAUX. 

Août— Octobre 1852. 
(Suite.) 

128. Notre-Dame de Cambrai, ou Notice sur l'image miraculeuse de 
Notre-Dame-de-Grâce. 3* édition, augmentée de documents inédits et pré- 
cédée d'un aperçu sur le culte de la sainte Vierge à Cambrai, depuis les 
premiers temps du christianisme jusqu'en 1452; par IM. l'abbé Capelle. 
Cambrai, imp. de Carion. — In-8° de 4 f. 1/2, plus une pi. 

129. Recherches historiques, archéologiques et biographiques sur les 
possessions des sires normands de Gournay, le Bray normand et le Brav 
picard, et sur toutes les communes de l'arrondissement de Neufchàtel. 
Par N. R. P. de la Mairie. Gournay-en-Bray, chez Letailleur Andrieux. — 
2 vol. in-S", ensemble de 45 f. 1/2. 

130. Dictionnaire du patois du pays de Bray; par l'abbé J. E. Decorde, 
curé de Bures, etc. Paris, chez Derache, Didron ; Rouen, chez Lebrument ; 
Neufchàtel, chez tous les libraires. — In-S» de 9 f. (3 fr.) 

La plupart des mois recueillis par M. Decorde ne sont qne des mots français plii.s 
on moins estropiés. Son livre renlernie cependant des mots et des locutions remar- 
quables qui manquent dans le savant Dictionnaire du patois normand pulilié par 
MM. du Méril. L'abbé Decorde a consacré une longue partie de son introduction aux 
dictons, proverbes, usages et croyances superstitieuses des habitants du pays de 
Bray. 

131. Notice sur l'ancien couvent de Notre-Dame des Couets, lue à la 
distribution des prix de l'institution de plein exercice de N. D. des Couets, 
le 10 août 1852; par MM. Fr. Evellin, Pr. de l'Estourbeillon et A. Hue, 
élèves de rhétorique. Nantes, imp. de Biarnès. — In-S" de 3 f. 

132. Mémoire concernant l'état du Poitou, dressé par Charles Colbert de 
Croissy, maître des requêtes, commissaire départi pour l'exécution des or- 
dres du roi en la généralité de Poitiers, en l'année 1666. Publié par Ch. Du- 
gast Matifeux. Fontenay (Vendée), imp. de Robuchon. — In-8" de 3 i. 1/2 

Fin de la première partie. 

133. Notice sur l'abbaye de Saint-Benoît du Quinçay; par M. Eugène 
Lecoiutre. Poitiers, imp. de Dupré. — Iri-8" de 2 f. 1/4. 

Extrait des Mémoires de la Société des antiquaires de l'Onest. 

134. Histoire de l'abbaye de Maillezais, depuis sa fondation jusqu'à not^ 
jours, suivie de pièces justificatives, la plupart inédites; par M. l'abbé Ea- 
curie, chanoine honoraire de la Rochelle, etc. Fontenay-le-Cointe, cluz 
Fillonj^aiiites, chez M'"" Rose Schefflcr. — In-8° de 38 f. (6fr.) 



•299 

13Ô. Notice historique sur la maison de Lusignan, sou illustration eu 
Occident et en Orient; par E. d'Eschavannes. Paris, chez Just Rouvre. — 
In-S" de 5 f. 

136. Biographie saintongeaise, ou Dictionnaire historique de tous les 
personnages qui se sont illustrés par leurs écrits ou leurs actions dans les 
anciennes provinces de Saintonge etd'Aunis, formant aujourd'hui le dépar- 
tement de la Charente-Inférieure, depuis les temps les plus reculés jusqu'à 
nos jours; par M. Pierre Damien Rainguet. Saintes, chez M. Mox (1851) 
— In-8o de 40 f. 1/4, plus 5 portraits. 

137. Quelques chartes et privilèges de Villefranche-de-Conflent, publiés 
par B. Alart. Lectoure, imp. de Devillechenoux. — In-8o de 2 f. 1/2. 

138. Biographie de Claude Brousson, pasteur de Nîmes, à l'époque des 
assemblées du Désert, de 1683 à 1698. Suivie de la liste de tous les pasteurs 
qui ont desservi l'église de Nîmes, depuis sa fondation en 1550. Par A. Bor- 
rel, pasteur. Nîmes, chez Garve. — In-12 de 2 f. 

139. Notices sur différentes localités du Gard; par Eugène Trenquier, 
paléographe. Nîmes, imp. de Ballivet. — In-8° de 2 f. 

140. Histoire hagiologique du diocèse de Gap; par M»' Jean-Irénée De- 
péry, évêque de Gap, etc. Gap, chez Delaplace. — In-8o de 38 f. 3/4. 

141. Lyon ; par C. L. Grandperret, archiviste de la ville, etc. Paris, chez 
Maison; Lyon, chez Brun. — In- 12 de 12 f. 1/6. 

Abrégé d'un travail plus étendu , préparé par l'auteur, sur l'iiistoire de cette ville, 
d'après les documents recueillis et conservés aux archives municipales de Lyon. — Lu 
volume ci-dessus annoncé s'arrête à la févolutiou de 1830. 

142. Notes sur une mosaïque récemment découverte sous le maître autel 
d'Ainay, et représentant le pape Paschal II, qui consacra cette église en 
"MCVI ; par M. Boue, curé d'Ainay. Lyon, imp. de Boitel. — In-8° d'une 1/2 f. 

143. Histoire de Chablis, contenant des documents inédits sur les an- 
nales du département de l'Yonne, depuis le onzième siècle jusqu'à nos jours, 
et d'intéressants épisodes de l'institution des communes et de la révolution 
française; par Jules Duband. Sens, chez Duchemin.— ln-12 de 12 f. 2/3. 

144. Inventaire général des archives historiques de l'Yonne. Résumé 
analytique des collections existant au dépôt de la préfecture de ce départe- 
ment, suivi d'un index des fonds d'archives des autres départements qui 
renferment des documents sur le département de l'Yonne; par Quantin, 
archiviste du département de l'Yonne, etc. 1'" partie. Auxerre, chez Perri- 
quet. — In-8" de 14 f. 3/4. 

Nous rendrons prochainement compte de cet ouvrage. 

146. Notice sur quelques établissements de l'ordre de Saint- Jean de Jé- 
rusalem, situés en Lorraine ; par Henri Lepage, archiviste du département 
de la Mcurthe. Naoci, imp. de Lepage. — In-H" de 4 f. 1/4. 

20. 



300 

14fi. Recherches sur quelques artistes lorrains. Claude Henriet, Israe! 
Ilenriet, Israël Silvestre et ses descendants; par M. E.Meaume. Nanci, chez 
drimblot et madame veuve Raybois. — In-S" de 4 f. 1/4, phjs un tableau. 

147. Jeanne d'Arc est-elle Lorraine? par Henri Lepage, archiviste du 
département de la Meurthe. Nanci, chez Griniblot et madame veuve Ray- 
bois. — In-S" de 3 f. 1/2. 

Extrait des Mémoires de l'Académie de Stanislas. 

148. Le château de la Malgrange. Notice historique et descriptive; par 
Louis Lallement. Nanci, imp. de Lepage. — In-8° de 3 f. 

149. Sébastien Schertiin de Burtenbach et ses Lettres adressées à la ville 
d'Augsbourg (en allemand). Publiées par Herberger. Augsbourg, .lenisch. 

— Gr. in-8° de vi, cxxvii et 248 p. 

1.50. Markgraf Albrecht Alcibiades von Brandenburg. — Le margrave 
Albert Alcibiade de Brandebourg-Culmbach ; par Voigt. Berlin, Decker. 

— 2 vol. gr. in-8° de 670 p. (16 Ir.) 

151 . Jean-Henri, comte de Frankenberg, cardinal-archevêque de Malines, 
primat de Belgique, et sa lutte pour la liberté de l'Église et pour les sémi- 
naires épiscopaux sous l'empereur Joseph H; par Augustin Theiner, prêtre 
de rOratoire, etc., préfet coadjuteur des archives secrètes du Vatican. Tra- 
duit par Paul deOeslin, missionnaire apostolique. Paris, F. Didot. — 
in-8°del7 f. 1/2. 

152. Geschichte der Bischofe zu Speier. — Histoire des évêques de Spire, 
par Remling. T. I, f" livraison. Mayence, Kirchheim. — Gr. in-8" de vm 
et 358 p. (5 fr.) 

152 bis. Urkundenbuch hiezu. — Diplômes à l'appui. Ibidem. — Gr. 
in-8° de vi et 722 p. (9 fr.) 

153. Regesta historiae Westphalicae. Accedit codex diplomaticus. Ed. Er- 
hard. T. lî. 1126-1200. Munster, Regensberg. — Gr. in-4°de 96 et 268 p. 
plus 3 pi. (14 fr.) 

1.54. Bydragen tôt de geschiedenis der Nederlandsche Diplomatie. — 
Pièces à l'appui de l'histoire de la diplomatie néerlandaise. Négociations 
avecla France et l'Espagne, 1668-1672. Par Van Dyk. Utrecht, Keminck. 

— Gr. in-8° (6 fr.). 

155. Englands Geschichtschreiber. — Historiens de l'Angleterre, depuis 
les temps les plus anciens jusqu'à nos jours; par Ebeling. Berlin, Herbig. 

— Gr. in-8° de xv et 198 p. (8 fr.) 

156. Lives of the queens of England. - Vies des reines d'Angleterre, 
par Agnès Strickland. Nouv. éd. T. V-VIII. Lond. — Gr. in-8° de 2300 p. 
(12 fr. le vol.) 

157. Life of the judge Jeffreys. — Vie du juge Jeffreys, pnr Hoobrych. 
Philadelphie, Lindsay. — Gr. iu-12 de 316 p. 



301 

15;S. The life of John, duke of Mariborough. — Histoire de Jean, duc de 
Mariborough. Par Alison. 2* éd. Lond. — 2 vol. gr. in-8" de 59 f. (35 fr.) 

159. Life and times of Francisco Sforza. — Vie et temps de François 
Sforce, duc de IMilaii. Par Urquhart. Lond. — Gr. in-8° de 48 f. 

160. Numismatique et inscriptions cypriotes; par H. de Liiynes, membre 
iionoraire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et de l'Académie 
des sciences de Berlin. Paris, imp. de Pion. — Gr. in-4*' de 7 f. 1/2, plus 
12 pi. 

161. Ibn-Adhari (de Maroc). Histoire de l'Afrique et de l'Espagne, inti- 
tulée Al-Bayauo'l Mogrib, et fragments de la chronique d'Arib (de Cor- 
doue). Le tout publié pour la première fois avec iutrod., notes et glossaire, 
par Dozy. Leyde, Brill. — 2 vol. gr. in-S» de 816 f. (35 fr.) 

162. Histoire des Beni-Zeiyan, rois de ïlemceu ; par l'iman Cidi Abou- 
Abd' Allah-Mohammel ibn abd'el Djelyl et Teiiessy. Ouvrage traduit de 
l'arabe par l'abbé J. J. L. Barges, chanoine honoraire de l'église de Paris. 
Paris, chez Benjamin Duprat. — In- 12 de 10 f, 3/4. 

163. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique 
septentrionale; jiar Ibn-Khaldoun. Traduite de l'arabe par i\l. le baron de 
Slane, interprète principal de l'armée d'Afrique. T. V . Alger, 1852, im(). 
du Gouvernement. — In-8° de 37 f. 1/2. 

Publié par ordre du miuistre de la guerre. 

Novembre — Décembre 1862. 

164. Chronologie universelle, suivie de la liste des grands États anciens 
et modernes, des dynasties puissantes et des princes souveraifis de premier 
ordre, avec les tableaux généalogiques des familles royales de France et des 
principales maisons régnantes d'Europe; par C.li. Dreyss. A Paris, chez Ha- 
••hette (1853). — ln-12 de 58 feuilles 1/3 (8fr.). 

165. Géographie du moyen âge, accompagnée d'atlas et de cartes dans 
thaque volume; par Joach. Leiewel. 4 vol. Breslau , Schletter; 807 pag. — 
(Ir. in-S", avec cartes et planches (24 fr.). 

Complet avec atlas, 50 fr. 

166. Description d'un astrolabe construit à Maroc en l'an 1208; par 
V. Sarrus, professeur de mathématiques. Impr. de madame veuve Berger- 
Levrault, à Strasbourg. — In-4" de 4 f. 1/2. 

Extrait des Mémoires de la $o«;i*;té d'histoire naturelle de .Strushour^. 

167. Notice sur la grande rarte manuscrite, faite à Arques, en 1550, par 
Pierre Desceliers, pour S. M. le roi de France Henri H; suivie d'une notice 
historique sur le planisphère du moine camaldule ira Mauro, e.xistunt dans 
la bibliothèque de Saint-.Maic.a Venise; par M.de Challaye, consul de France 
à Krzerouiii, etc. Im[(. de Dupré, à Poitiers. - In-8* d'une feuille 1 2. 

fcxtnil des liullcliii» «le ia Société des antiquaires de l'Ouest. 

188. Rome depuis sa fondation jiK-squ'à la i\m\p de l'empire; par Mary 



k 



:}02 

Lafon. A Paris, chez Fiirne. — In-S" de 25 f. , avec 1 [)Ianclie et G grav, 
(20 fr.) 

169. Études historiques sur les monnaies et le monnayage des Romains, 
par M. Berry, conseiller à la cour d'appel de Bourges, etc. A Paris, chez 
Dumoulin; à Bourges, chez Vermeil; à Orléans, chez Gatineau. — In-8° 
de 4 f. 1/2, avec 2 pi. 

170. Description des monnaies antiques au musée Thorvvaldsen ; par L. 
Mùller, inspecteur du musée. Copenhague, impr. des frères Bering (1851). 
— In-8" de 383 pag., avec 4 pi. 

171. Ferienschriften. — Écrits de vacances. Dissertations relatives à 
l'histoire de la langue germanique et de la langue celtique. Par H. Léo. T 
livr. Halle, Anton. — Gr. in-8o de 331 pag. (6 fr. 75 c). 

172. Cérémonies nuptiales de toutes les nations; par le sieur de Gaya. 
Impr. de Bloequel-Castiaux, à Lille; à Paris, chez Delarue. — In-18 de 
3 f. 5/9. 

Tiré à petit nombre. Réimprimé sur l'édition originale, publiée en 1680. 

173. Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du monde, 
depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; par A. Philippe. Impr. 
de Bailly, à Paris. A Paris, rue Guénégaud, 3 (1853). — In-8° de 29 feuilles 
(7 fr. 50 c). 

174. Le patriarche d'Alexandrie, loué par l'archevêque de Constantino- 
ple. An de notre ère 326-879. Fragment historique; par M. A. Villemain, de 
l'Académie française. Impr. de Brière, à Paris. — In-8° d'une feuille 1/2. 

Extrait de \Oi\Hevue contemporaine du 30 novembre. 

176. Saint Anselme de Cantorbéry. Tableau de la vie monastique et de 
la lutte du pouvoir spirituel au onzième siècle; par M. Ch.de Rémusat, de 
l'Académie française. A Paris, chez Didier, 1853. — 10-8° de 35 f. 3/4 
(7 fr. 50 c). 

177. Histoire de la papauté pendant le XIV* siècle, avec des notes et des 
pièces justificatives ; par l'abbé J. B. Christophe. A Paris, chez Maison. — 
Trois vol. in-8'' de 92 f. 3/4 (18 fr.). 

178. Histoire de saint Pie V; par le comte de Falloux. 2« édit. A Paris, 
chez Sagnier et Bray, 1851. — Deux vol. in-12 de 30 f. 

179. Histoire du pontilicat de Clément XIV, d'après des documents iné- 
dits des archives secrètes du Vatican ; par Augustin Theiner, prêtrede l'Ora- 
toire, etc.; trad. de l'allemand, par Paul de Geslin, missionnaire apostolique, 
t. I et II. A Paris, chez F. Didot. — Deux vol. in-8° de 70 f., avec portrait. 

180. De poesis lalinse rhythmis et rimis, prsecipue monachorum. Scrips. 
Ch. Th. Schuch, Donaueschingœ, Schmidt.— 92 pag. gr. in-8° (2 fr. 50 c). 

181. Légende d'Alexandre le Grand au XII« siècle, d'après les ma- 
nuscrits de la Bibliolhè([ue Nationale; par le comte de Villedcuil. Imp. de 
Gerdès, à Paris^ 18S3. — Ia-12 de 5 f. 1/2 (1 fr. 50 c ), 



182. Des Mor Ya(iiil) Gcdicht. — Poënie de INIor Yaqùb sur le roi croyant 
Aleksandnls et sur la porte qu'il éleva vers Ogûg et Mogûg. Étude relative 
à la tradition d'Alexandre en Orient. Berlin, Wiegandt, 1851. — 35 pag. 
gr. in-S^Cl fr. 25 c.). 

183. Des essais dramatiques, imités de l'antiquité au XIV* et au XV' 
siècle; par A. Chassang, professeur de rhétorique au lycée de Bourges. A 
Paris, chez Auguste Durand. — In-8''de 12 f. 3,'4. 

184. Tableau de la littérature du INord au moyen âge, en Allemagne, en 
Angleterre, en Scandinavie et en Siavonie; par F. G- Eichhoff, professeur 
.1 la Faculté des lettres de Lyon, etc. A Paris, chez Didier, 1853. — In-8" 
de 29 f. 1/4. (G fr. 50 c.) 

185. Die Reformation der Sternkunde. — La Révolution astronomique 
(lu XV'l* siècle, au point de vue de la civilisation allemande; par E. F. 
Apelt. lena, Mauke. — 456 pag. gr. in-8" avec 5 pi. (14fr.) 

Histoire de l'astrononiie aux temps de Nicolas de Cusa, Copernic, Keppler, etc., 
avec des rfocnments iiiédils. 

186. Études philosophiques et morales sur l'histoire de la musique, ou 
Recherches analytiques sur les éléments constitutifs de cet art à tontes les 
époques, sur la signification de ces transformations, avec la biographie et 
l'appréciation des auteurs qui ont concouru à ses progrès; par J. B. Labat, 
organiste à la cathédrale de Montauban. A Paris, chez Techener. — Iu-8" de 
31 f. (10 fr.) 

187. Veber einige angebliche Steinschneider. — De quelques prétendus 
lapidaires de l'antiquité. Supplément au 3* volume des OEuvres de Kœhler, 
par L. Stéphani. Tiré des Mémoires de l'Académie des sciences de St-Pé- 
tersbourg, Vl« série, sciences politiques, etc., t. VIIL St-Pétersbourg 
iLeipzig, Voss), 1851. — 64 pag. gr. in-4'' (3 fr. 25 c). 

188. Description de la table d'autel, en or fin, donru^e à la cathédrale 
<!e Bdie par l'empereur Henri II, en 1019. Lnpr. de Lahure, à Paris. — In- 
4" d'une f., avec lithogr. 

189. Appendice à l'ouvrage intitulé : Histoire de la vie et des ouvrages 
de Kaphad, par M. Quatremère de Quincy, le célèbre antiquaire: accom- 
pagné de ren.seigiiements sur divers artistes; par le baron Boucher-Des- 
iioyers. Impr. de F. Didot, à Paris. — In-4° de 7 f. plus 2 pi. 

190. Paganisme dans l'art chrétien; par Didron aîné. A Paris, chez 
Victor Didron. — In-4'' de 3 f. avec 2 pi. (2 fr. 75 c.) 

191. Tableau historique des (iaules, par M. de Pontaumont. Cherbourg, 
M. Rlouchel, 1852. — In-18 de254 pag. 

Cet opuscule a été rédigé d'ajirès « Galliarum In'sloriiR tabula , aiiclore T. L. de 
Pontaumont, régis consiliario pro sede Carentanl » (Paris, 1713); le texte latin de c 
dernier traité ki; trouve réiinpririié à la lin du € Tal>le:iu liistoii(|ii« de^ (;aulcs. » 

102. De l'importance des Iraditions hist()ri(iues dans les ujonuments na- 
ionaux; par Frantiii. Impr. de Tncaull, à Dijon. — In-8o d'une feuille. 



304* 

193. Histoire du droit fran(^.ais, par M. F. Laferrière. T. IV. Droit pu- 
blic ei droit privé du moyen âge. A Paris, chez Cotillon. — ln-8° de 
37 f. 1/2 (8 fr.). 

194. Tableau des preuves de l'antiquité du droit municipal en France; 
par V. de V***. A Lyon, chez Caiabard, Beaujent. — Iu-8° de 3 f, (l fr.) 

194 bis. Origine et formation de la langue française, par A. de Chevai- 
let-, première partie. Paris, Imprimerie Impériale, 1853. Se trouve à la li- 
brairie de Dumoulin. — Un vol. iu-S» de xiv et M5 p. 

Il sera rendu compte de cet ouvrage, qui a reuiporlé le prix de linguistique fondé 
par le coriite de Voluey. 

195. Die Werke der Troubadours. — Les œuvres des troubadours, en 
langue provençale, publiées d'après les mss. delà Biblioth. Nation.; par F. 
Mahn. T. IV. Berlin, Duemmler, — 265 pag. in-8° (8 fr.). 

Les t. U et III paraîtront plus tard. 

196. Ueber ein Fragment. — Sur un fragment de Guillaume d'Orange; 
par C. Hofmann. Munich , Franz. — 63 pag. gr. in-4'', et 7 pag. d'additions 
(4 fr.). 

Mémoires de l'Acad. roy. de Bavière, l'« classe, t. VI, S'' partie. 

167. Amis et Amiles, et Jourdains de Blaivies. Deux poèmes français du 
cycle carlovingien; publiés pour la première fois, d'après le ms. de Paris, 
par C. Hofmann. Erlangen, Blaesing. — 262 pag. gr. iu-8° (10 fr. oOc.j. 

198. Huk de W^erbenwak , trouvère du Xlle siècle; par Max de Ring. 
Colmar, Decker. — 24 pag. gr. in-8°. 

Revue d'Alsace, février 1852. 

199. Les états généraux au XVe siècle; par M. Grasset. Imp. deBoehm, 
à Montpellier. — In-4" de 5 f. 

Extrait des Mémoires de l'Académie des sciences et lettres de Montpellier. Section 
des lettres. 

200. Causes secrètes de la chute de Charles le Téméraire; par M. Th. 
Foisset. Imp. de Tricauit, a Dijon. — In-8" d'une f. 1/4. 

201. Portraits des personnages les plus illustres du XVP siècle, repro- 
duits en fac-similé, sur les originaux de.->sinés aux crayons de couleur, par 
divers artistes contemporains. Recueil publié avec notices, par P. G. J. Niel. 
1"^*= série. 2" partie. 1'" et 2* livraisons. A Pans, chez Lenoir, quai AJala- 
quais, 5. — In-fol. de 2 f., plus 4 portraits. 

Ce recueil sera divisé en quatre parties composées chacune de 12 livraisons. Le 
prix de chaque livraison, formée de deux portraits et de deux notices, est fixé à 
10 francs. 

202. Des Spiuola de Gênes, et de la complainte, depuis les temps les plus 
reculés jusqu'à nos jours; suivis de : La complaincte de Genues sur la mort 
de dame Thomassinc Espinolle, t,',eneuoise, dame intendyo du roy, auecq's 
l'épitaphe et le regret (uis. du XVr siècle de la Bibl. delà Faculté de méde- 
cine de Montpellier), aocomiiagnés d'une notice sur l'historiographe royal 



305 

d 'ilutuli, (Je la juste appréciation des amours de Louis XII et de TliaiDas- 
^iue Espir.olle, d'un grand nombre de notes historiques, philologiques ou 
rritiques et de trois fac-similé; par H. Kùbnholtz. A Paris, chez Delion; à 
Montpellier, chez Savy. — In-4" de 55 f. (30 fr.) 
Tiré à 150 exempl. 

203. Papiers d'État du cardinal de Granvelle, d'après les mss. de la Bibl. 
de Besançon. Publiés sons la direction deM. Ch. Weiss. Tome IX. Imp. 
Nationale. A Paris, chez F. Didot. — In-4<' de 88 f. (12 fr.) 

Collection de dociinieiils inédits snr l'Iiistoire de France. 

204. Journal historique de Pierre Fayet sur les troubles de la Ligue, pu- 
blié d'après le manuscrit inédit et autographe, avec des éclaircissements et 
des notes , par Victor Luzarche, membre de la Société de l'histoire de France. 
Imp. de Ladevèze, à Tours. — In-12 de 12 f. 1/16. 

Voy. plus liant, p. 996. 

205. Esquisse historique sur Louise Bourgeois, dite Boursier, sage-femme 
de la reine Marie de INlédicis ; par le docteur Achille Chereau. Imp. de Mal- 
leste, à Paris. — In-8" de 2 f. 1/4, avec portrait. 

lAlrait de ['Union médicale. Année 1852. 

206. Histoire des luttes et rivalités politiques entre les puissances mari- 
times et 1.1 France durant la seconde moitié du XVIP siècle; par le baron 
Sirtema de Grovestins. Tomes I et II. A Paris, chez Amyot. — 2 vol. in- 
8", ensemble de 63 f. 1/2. 

L'ouvrage se composera de 6 vol. 

207. Histoire de la révolution française; par M. Louis Blanc. Tome IV. 
A Paris, chez Lunglois et Leclercq, Fume, Pagnerre, Perrotin. — In-S^de^ 
29 f. (5 fr., et 6 fr. avec grav.) 

208. Histoire de l'Égli-se de France, pendant la révolution; par M. l'abbé 
.lager. A Paris, chez F. Didot. — 3 vol. in-8", ensemble de 101 f. 1/4 
(18 fr.). 

209. Histoire de la Restauration; par A. de Lamartine. Tome VIII. A 
Paris, chez V. Lecou, Furne, Pagnerre. — ^1-8" de 26 f. 1/4 (5 fr.). 

Ouvrage teiuiiné. 

210. Politique de la Restauration en 1822 et 1823; par le comte de iMar- 
cellus. A Paris, chez Lecoffre, 1853. — In-S" de 23 f. 

211. Annuaire de l'Institut des provinces, 1853. — Paris, Derache et Du- 
moulin. — In-18 de 405 pag. 

P. 32 : Mémoire tie M. Quant in sur rex|>loilalion du fer dans !<• «lépartemenl d.- 
l'Yonne et les pays voisins, dans les lt;ui|»s anciens et au moyen Age. — P. 230 : Mé- 
moire de M. CUavin du Malan uiv les travaux agricoles exécutés [lar les moines, et 
prin('ipalement par ceux de I oriliede Citeaux. 

212. Mémoire ari'héolofiique et technologique sur les stalles de Teglist- 
paroissiale cl municipale des SauiU (lervaia et Prolais, en la ville de Paris, 
par Troche. Paris, chez Lcicux. — lu-S" de 3/4 de 1. 

KtrHJt lie la Revue nrchfohgiqur ' 



300 

213. Les moriuineiits de Seiiie-et-Manie. iDescriptioi) hislori(iue, arcliéo- 
logique, et reproduction des édifices religieux, militaires et civils du dé- 
partement. Histoire et description; par M. Amédée Aiifauvre. Dessins par 
M. Charles Fichot. Prospectus. Cliez tous les libraires du département de 
Seine-et-Marne. 

L'ouvrage complet sera composé île 36 livr. in-fol., composées chacune de o pages 
d'impressiou et de 3 grandes planciies litli. à deux teintes ou en couleur. Il paraîtra 
une livraison par mois. Prix de la livraison, 4 l'r. 

214. Procez verbal de la recherche de la noblesse de Champagne, fait par 
monsieur de Caumartin, avec les armes et biazons de chaque famille, aug- 
menté de la Division de la province de Champagne par généralités et élec- 
tions, d'après le dénombrement publié en 1735. A Chaaions, chez Jacques 
Seneuze, imprimeur ordinaire du roy, au Lion. M. DC LXXIU. Avec pri- 
vilège de Sa Majesté. Réimprimé à Vouziers, à la typographie de Flamant- 
Ansiaux, libraire, 18.^2. — In-12 de 7 f. 1/3 (6 fr.). 

M. de Caumartin n'est point l'auteur des Reclierclies sur la noblesse <ie la Cham- 
pagne. Ce travail fut seulement exécuté sous sa direction par d'Hozier. Deux éditions 
(le cet ouvrage ont été publiées, la i" en deux volumes in-folio niaximo, et la 2" en 
un vol. in-12. C'est celle-ci qui a été réimprimée à un petit nombre d'exemplaires. 
La Divi.sion de la province de Champagne, etc., a été publiée en 1735, 2 volumes in- 
4°, par un sieur Saugraiti. 

215. Recherches historiques sur Maubeuge et son canton et les commu- 
nes limitrophes, etc. ; par Z. Piérart. Édition ornée de plans, de vues, de 
vignettes, d'illustrations typographiques et de pièces justificatives, A Mau- 
beuge, chez Levecque et chez tous les libraires du département du Nord, 
1851. — In-4ode38f. 

216. Notice historique sur diverses localités du département du Pas-de- 
Calais; par A. Guilmeth. Imp. de Caron, à Amiens. — In-8° de 3 f. 

217. De quelques monnaies frappées à Lille sous la domination des 
comtes de Flandre. Notice par Edouard Vanhende. A Lille^ chez 'Vanackère. 
— In-S" d'une f. 1/4, plus 1 pi. 

218. Histoire de Mardick et de la Flandre maritime; par Raymond de 
Bertrand. A Paris, chez Victor Didron; à Lille, chez Vanackère; à Dun- 
kerque, chez l'auteur. — Gr. in-8° de 28 f. 3/4. 

219. Histoire des ducs de Normandie; par A. La Butte. Préface, par 
Henri Martin. Tome I". A Paris, chez Dauvin et Fontaine. — ln-8° de 
23 f. 

220. Annuaire du département de la Manche, 24" année, 1852. Saint-Lô, 
Élie. — In-8° de 784 pag. 

P. C30-712 : Revue monumentale et historique de l'arrond. de Coutances (1" par- 
tie), par M. Renault. — P. 712 : Corporations d'arts et métiers de la ville de Cou- 
tances, par M. Ad. Tardif. 

221. Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg. Cher- 
bourg, 1852. — In-8° de 428 pag. 



307 

Ce volume esl In 6' de la collection. Nous y reniarquous, p. il : Mémoire de 
Vauban sur les fortifications de Cherbourg (1686), publié par M, Menant; p. 153 : 
Charte de Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, texte et traduction par 
M. Conppey (c'est une longue charte-notice du XI" et dn XIF siècle, relative à la 
fondation de la collégiale de Cherbourg ; à part quelques fragments publiés dans le 
tome XI du Gallia christiana, cette pièce, importante à plus d'un titre, était restée 
inédile); p. 251 : Procédure du XV* siècle relative à la confiscation de biens saisit 
sur un Anglais, et à leur adjudication en faveur d'un capitaine de Cherbourg, 
publié par M. Aug. Le Jolis. 

222. Essai historique sur l'origine du blason de la ville de Cherbourg, 
par M. Victor le Sens. 2* édition. Imp. de Lecauf, à Cherbourg. — In-S" 
(le 2 feuilles. 

223. Mémoires de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen. 
Caen, Hardel, 1852. — ln-8° de 544 pag, 

p. 152 : Étude sur la vie et les ouvrages de Charles de Bourgueville, par M. de 
Gournay. — P. 223 : Malherbe : recherches sur. sa vie et critique de ses oeuvres, 
par M. de Gournay — P. 331 : Lettres inédites de Malherbe, mises en ordre par 
M. Mancel. 

224. Comptes de la châteilenie de Breuilpont; par l'abbé Lebeurier. 
Évreux, Hérissey. — In-S" de 33 pag. 

Le plus ancien des comptes analysés par notre confrère est de l'année 147G. La 
t/'rre de Breuilpont a appartenu à Diane de Poitiers, qui figure dans plusieurs de ces 
comptes. 

225. Notice historique snr l'église et le village des Moulineanx, arrondis- 
sement de Rouen ; par P. I\Iolet, aîné. Imp. de Levavasseur, à Elbeuf. — 
In-8» de 1/4 de f. 

220. Recherches archéologiques sur les œuvres des statuaires du moyen 
■'i<:o dans la ville du IMans, contenant la de.scription des porticfues de la ca- 
thédrale et de la Couture; par l'abbé A. Launay. Imp. de Galiienoe, au 
Mans. — In-8- de 6 f. 1/2. 

227. Un enterrement au XIP .«iècle. — In-S" de 3/4 de f. 

Sous ce titre, notre confrère, M. Marcliegay, a publié le texte et la traduction d'un 
fragment tire du Cartulaire du Ronccrai. 

228. Notice sur le château de Cabanes, près de Cariât en Auvergne; par 
M. de la Morinerie. Paris, Claye, 1852. — Broch. in-8" de 27 pag. 

Tirée à 00 exempl. 

229. Mémoires historiques et thronoloniques sur les séminaires établis 
dans la ville de Toulouse. Imp. de Douladuure, à Toulouse. — In-S" de 
4 f. 3/4. 

2.J0. Ui.stoire du comté de Foix, depuis les temps anciens jusqu'à nos 
jours, avec notes, Chartres , etc., par II. Castillon (d'Aspet). Tome 1". A 
Touloust, chez Cazaux; à Paris^chez Garnier frèr«s. — In-8° de 31 f. 

231. Mémoire sur les anciennes monnaies seigneuriales de Mclgueil cl 



308 

de Montpellier; par A. Germain, impriin. de Martel aiiié, à Montpellier. — 
111-4" de 19 f. 

t:\trait des Mémoires de la Société archéologique de Montpellier. 

23t bis. Sommaires historiques sur les anciennes archives ecclésiastiques 
(lu diocèse de Montpellier (clergé séculier); par Eugène Thomas. Imprim. 
(le Martel aîné, à Montpellier. In-4'' de 4 1". 1/2. 

232. Recherches archéologiques sur Saint-Romain-de-Leip et ses envi- 
rons; par l'abbé Garnodier. A Valence, chez Marc-Aurel. — In-8° de 
25 f, 3/4 avec 3 pi. (5 fr.) 

233. Simples récits historiques sur Espalion; par H. Affre. Imprim. de 
madame veuve Cestan, à Villefranche (1850). — In-8° de 24 f. 1/2. 

234. Coup d œil géologique et historique sur Aubenas, Vais, le Pont- 
la-Baume, Meyras, Neyrac, Thueyts et Montpezat, suivi d'un mémoire sur 
la nature et l'âge des volcans du Vivarais ; par J. B. Dalmas. Imp. de Marc- 
Aurel, à Valence. — In-8° de 4 f. 1/2. 

235. Histoire de Néris et des environs. A Montiuçon, chez Aupetit. — 
In-18de7f. 

236. Notice sur les murs d'enceinte de la ville de Bourges^ d'après les 
manuscrits du général vicomte de Barrai, ancien préfet du Cher; par 
M. Octave de Barrai. Imprim. de Jollet-Sonchois, à Bourges. — In-8°de 
2 f. plus 7 pi. 

237. Les trois Burchard , archevêques de Lyon, aux X* et XI" siècles; 
par M. Fr. de Gingins. Imp. de Vingtrinier, à Lyon. — In-S" de 2 f. 

238. Géographie historique, biographique et statistique du département 
du Jura ; par J. B. A. Chibret. A Dôle , chez Breune. — In-18 de 4 f. 2/3. 

239. Liste alpliabétique des personnages nés dans l'ancien duché d(î 
Lorraine , celui de Bar et le Verdunois, dont il existe des dessins, gravures 
et lithographies. Avec l'indication du format et le nom des artistes. Par 
Soliman Lieutaud. A Paris, chez l'auteur, rue des Marais-Saint-Germain ^ 
19 ; chez Rapilly, Sieurin. — In-8o de 8 f. 

240. Notice historique sur l'ordre de Saint-Hubert de Lorraine et du 
Barrois. Imp. de Lacour, à Paris. — Iu-4° de 1 /2 f. 

241. Archéologie. Numismatique. Notes pour servir a la statistique mo- 
numentale du département de la Moselle; par M. Georges Boulangé. Imp. 
de Lamort, à Metz. — In-8" de 1 f. 1 /2. 

Extrait des Mémoires de l'Académie nationale de Metz, années 1831-52. 

242. Souvenirs nuinismatiques du siège de 1552. Imp. de Lamort, à 
Metz. — In-8o de 1 f., plus 1 pi. 

Extrait des Mémoires de l'Académie nationale de Metz, années 1851-52. 

243. Coup d'oeil sur l'état de la Lorraine au commencement du XVir 
.siècle, d'aprèà l'itinéraire de Jodocus Sincérus ; par M. P. C. de D«iniast. 
A Nanci, chez Lepage. — lu 8" de I f. 1/4. 



309 

244. Notice historique de l'église Siiut-Sébastieii de Nanci; par M. La 
Flize. A Nanci, chez Vagner. — In-8° de 5 f., plus 1 pi. 

245. De Saxonici .speculi oriîîine, ex jiiris oommnnis libre Suevico spe- 
riilo perperam nominnri solito. Serips. AI. a Daniels.— Berol., Ensliu. 288 p. 
gr. in-S" (8 f.). 

246. RechtsdenkmalpausThùringen. — Monuments dii droit tliuringien. 
l'« livraison, publ. par Michelsen. lena, Fromniann. — 103 p. gr. in-S* 
(1 fr. 50 c.). 

247. Heinrich von Veldecke. — Publié par L. Ettmùller. Leipsig, Goe- 
schen. — 496 p. gr. 10-8° (4 fr.). 

Poèmes du moyen âge allemand, t. VIII. 

248. Heinzelein von Konstanz. Publié par F. Pfeiffer. Leipsig, Weigel. 
— 168 p.gr. in-8» (4fr.). 

249. Historié diplomatica Friderici secundi, .<;ive Constitutiones , etc., 
éd. J. L. A. Huillard-Bréliolles , auspiciis et suniptibus H. de Albertis de 
Luynes. Tomus IL Pars II. A Paris , chez Franck , rue Richelieu , 67. — 
In-4''de62f. 1/2 (16 fr.). 

250. Horaî belgicae. Studio atque opéra Iloffmanni Fallersiebensis. 
Pars VIII. Gott., Dieterich. — .52 p. gr. in-8" (1 fr. 50 c). 

Aussi sous le titre : Loverkens, poésies néerlandaises ancieimes. 

251. L'histoire d'Angleterre depuis ravénement de Jacques II; par 
T. B. Macauiey, traduite de l'anglais par le baron .Jules de Peyronnet. A 
Paris, chez Perrotin. — In-8"de 31 f. 3/4 (5 (r.). 

L'ouvrage aura 2 vol. 

252. Reclierches historiques et statistiques sur les peuples d'origine slave, 
magyare et roumaine; par IN. A. Kubalski ; 1" partie. A Paris, chez Dr- 
larue; à Tours, chez Sorin. — In-8° de 12 f. 1/2. 

353. Manuscript of the queen's court. — Le manuscrit de la cour de la 
reine. Collection de vrais chants bohèmes lyrico-épi(|ues. Traduits par 
A. H. Wratislaw. Publ. par V. Hanka. Prague, Hess. — 87 p. in-18. 
(2 fr. 25 c.) 

Voy. plus haut, pag. 93, n" 71. 

254. Épisode de l'histoire de Russie. Les faux Démétrius ; par IVosper 
IMcriuiée. A Paris, chez Michel Lévy frères. — In- 18 de 12 f. 2/3 (3 Ir.). 

255. Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos jours: 
par .Iules Zellei. A Paris. (!i</, li.uhetle (18.53). — ln-12 de 29 f. 1/0 
'4 fr. .50 c.). 

2.50. Geschichte des spanischen Ueclits. — Histoire du droit espagnol ; 
par H. de Brauchitsch. Herlm, librairie générale.— 211 p. gr. in-8o(4fr... 

257. Les deux don Quichotte. Ktude critique sur l'œuvre de Fernandés 
Avellaneda, faisautsuite à la l" partie du Don Quichotte de Cervantes; par 
A. Germond de I^vigne. A Paris, chez Didier. — In-8» de 4 f. 



3iO 

258. Voyage aux villes maudites : Sodome, Goinorrhe, Seboiiii , Adaina, 
Xoar , par Edouard Delessert. Suivi de notes scientifiques et d'une carte; 
par M. F. de Saulcy, A Paris, chez V. Lecou (1853). — In-12 de 9 f. I/G, 
avec «ne carte (3 fr. 50 c). 

258 bis. Voyage autour delà mer Morte et dans les terres bibliques, exécuté 
■de décembre 1850 à avril 1851 par F. de Saulcy, publié sous les auspices du 
ministère de l'instruction publique. Relation du voyage. Tome I. A Paris , 
chez Gide et Baudry. — Gr. in-S» de 25 f. 1/4. 

1^ relation du voyage se composera de 2 vol. in-8". 

259. Literaturgeschichte der Araber. — Histoire littéraire des Arabes 
depuis ses origines jusqu'au XII'= siècle de l'Hégire ; par Hanmier Purgstall. 
l"^* partie, t. III. Vienne, Gerold. — 988 p. in-4°. 

Les 3 premiers vol., 90 fr. 

260. Réfutation des différentes sectes des païens, de la religion des Per- 
ses, de la religion des sages de la Grèce, de la secte de Marcion ; par le doc. 
leur Eznig , auteur arménien du V« siècle. Traduit en français par 
M. Le Vaillant de Florival. A Paris, chez l'auteur, rue du Vieux-Colom- 
bier, 29; chez Boutarel, rue Jacob, 50 (1853). — ln-8° de 14 f. 1/4. 

261. Akademische Vorlesungen ueber indische Literaturgeschichte. — 
Cours académique sur l'histoire littéraire de l'Inde; par A. Weber. Berlin, 
Dùmmler. — - 291 p. gr. in-8". (10 fr.) 

262. Le Lotus de la bonne loi, traduit du sanscrit, accompagné d'un 
commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au bouddhisme; par M. E. 
Burnouf. Impr. Impériale. A Paris, chez Benjamin Duprat. -^ln-4° 
de 114 f. 

263. Description de l'Afrique par uu géographe arabe anonyme du 
VF siècle de l'hégire. Texte arabe publié pour la première fois par A. de 
Kremer. Vienne, BraumùUer. — 90 p. gr. in-8''. (6 fr. 50 c.j 

263 bis, Vortrag iiber dasselbe VVerk. —Compte rendu de cet ouvrage; 
par le même. Ibid. — 42 p. gr. in-8°. (1 fr.) 

264. Précis de l'histoire et du commerce de l'Afrique septentrionale de- 
puis les temps anciens jusqu'aux temps modernes; par M. Mauroy. 4^ éd. 
A Paris , chez Ledoyen. — Grand in-8° de 29 f. 3/4. (7 fr. 50 c.) 

265. Études archéologiques sur Gheima (ancienne Calama); par Eugène 
Grellois. Imp. de Lamort, à Metz. — In-8°de4 f. 1/4, plus il pi. 

Extrait des Mémoires de l'Académie nationale de Metz, années 1851-52. 



311 

CHRONlQUIi. 

Novembre — DiHi-mlne l8.v;. 

Dans ses dernières séances, la Société de l'École des cliarles a reçu au 
nombre de ses membres MM. Duplès-Agier, de la Borderie, Passy et Port. 

M, Mévii a été élu, le 3 février, secrétaire de la Société, en remplacement 
de IM. Grand maison, démissionnaire. 

— M. Pecantin , archiviste-paléographe , vient d'être nommé archivisti; 
du département de Lot-et-Garonne, 

— M. Rossignol a été élu membre de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres, en remplacement de M. Burnouf, le 28 janvier dernier. 

— La Société libre d'agriculture, sciences, .nrts et belles-lettres de l'Eure 
décernera, dans sa sé.ince publique de 18.54, une médailled'or de la valeur de 
400 fr. à l'auteur du meilleur mémoire sur l'origine, les développements, 
les luttes successives, l'extinction de la féodalité en Normandie et son in- 
lluence sur l'état matériel, intellectuel et moral de la société. — Ce travail 
devra s'appuyer sur des documents authentiques et contemporains des faits 
énoncés, comme lois, coutumes, ordonnances, chartes, diplômes, terriers, 
chroniques, poésies, écrits divers; et faire ressortir, autant que possible, 
toutes les particularités concernant des fiefs contenus dans les linntes ac 
tuelles du département de l'Eure. — Les mémoires devront être adressé.s, 
dans la forme ordinaire, au secrétaire perpétuel de la Société, à Évreux, 
avant le 1"^ juillet 18,>4. 

— L'ouverture du Musée des souverains au Louvre a eu lieu le 13 fé- 
vrier dernier. 

— P.ir décret, en date du 14 février, les Archives de IKnipirc ont été 
détachées du ministère de l'intérieur, pour passer dans les attributions du 
ministère d'État. 

— Les fouilles que la Société académique de Laon fait exécutera Nisy-le- 
(>»mte ont amené déj.i des découvertes intéressanti'S. On a trouvé à une 
assez grande profondeur un fragment considérable d'une peinture murale 
représentant plusieurs personnages exécutés avec beaucoup de hardiesse et 
de sivoir-faire ; la tète d'une statue de fenune d'un beau style, des monnaies. 
un fragment de vase avec inscription, des débris de vases, des meules à 
grains» etc., etc. 



,-il2 

— Voici l'état des principales piihiications de rAcadéniie des inscrip- 
lions, d'après le rapport lu par M. INaudet le 14 janvier dernier : 

Sont à peu près terminés : le t. XIX des Mémoires de l'Académie^ le 
<. XXII de V Histoire littéraire ; le t, XXI du Recueil des historiens ; W. 
l, TU de la première série des Mémoires des savants étinngers (sujets 
d'érudition). 

On imprime le t. Vil de la Table des chartes. 

Les éditeurs du Supplément au Recueil des ordonna^ices et des Histo- 
riens des croisades ont, par différentes considérations, suspendu ou ra- 
lenti l'impression de ces deux importantes collections. 

— Par décret en date du 1 1 janvier dernier, il a été institué au Collège de 
France une chaire de langue et littérature française du moyen âge. Cette 
chaire a été confiée à M. Paulin Paris, qui doit ouvrir son cours au com- 
mencement du mois de mars. 

— Dans un de nos derniers numéros ( voy. le volume précédent, p. 363), 
«lous avons signalé à nos lecteurs tin curieux exejnple d'è pointés, remon- 
tant au douzième siècle. Nous aurions pu ajouter que ce n'était pas un fait 
isolé. On conservait jadis dans les archives de l'égh'se d'Orléans deux pièces 
originales du douzième siècle, sur lesquelles dom Etienne Buisson remar- 
qua des i pointés. ( Voy. ISoiiveau Traité de diplomatique, t. III , p. 49G , 
not. ) 

— Le Moniteur an 3 mars donne des nouvelles du plus haut intérêt, au 
sujet des fouilles que M. Place- poursuit sur remplacement du palais assy- 
rien de Khorsabad. 

L'habile explorateur a trouvé un mur de 5 pieds de haut sur 1\ pieds de 
long, entièrement revêtu de briques peintes et émaillées, d'une belle con- 
servation, et représentant des hommes^ des animaux, des arbres. C'est le 
premier spécimen complet et resté en place, connu jusqu'à ce jour, de la 
peinture assyrienne. Il montre qml était IVmpIoi de ces briques émaillées 
rencontrées en si grand nombre (.ans les fouilles de Tsinive, mais surtout à 
Babylone. Il justifie l'exactitude des descriptions que Ctésias et Diodore 
avaient faites des résidences des rois d'Assyrie et de ces palais dont les 
murailles étaient revêtues de peintures émaillées représentant des sujets de 
chasse. 

A cette première découverte, M. Place en a joint une autre peut-être 
plus intéressante encore et qui doit jeter un jour tout nouveau sur l'art as- 
syrien. A l'une des extrémités de ce mur couvert de briques émaillées, il a 
rencontré la seule statue assyrienne connue jusqu'à ce jour.': 

Cette figure, admirablement conservée, et qui représente un personnage 
tenant une bouteille entre ses mains, a 4 jiieds 1/2 de hauteur. Elle est du 
même marhrc gypseux que les bas-reliefs déjà trouvés. 



EXPLICATION 

DU 

CAPITULAIRE DE FILLIS. 



(Suite'.) 



30. Volumus unde servire debent ad opus nostrum, ex omni 
conlaboratu eorum servitium segregare faciant ; et unde carra in 
hostem carigare ^ debent, simililer segregent, tamper domos quam 
et per pastores, et sciant quantum ad hoc mittunt. 

Tresenreuter veut que cet article ait pour objet de distinguer 
les différentes espèces de services dus à l'empereur, surtout ceux 
qui se font avec les animaux, tels que le service des champs, le 
service domestique, celui du palais et le service de guerre; at- 
tendu que les chevaux, par exemple, ne sont pas tous propres à 
tous les services. Or, pour qu'une espèce ne soit pas mêlée avec 
une autre, on attribue a chacune sa place et son pasteur. C'est 
là, si l'on y joint une note peu importante sur le mot carra, toute 
l'explication de Tresenreuter. 

Anton traduit à peu près de la manière suivante : • Qu'ils 
[sans doute les officiers] séparent, dans tout le travail des serfs, 
le service qu'ils font pour nous. De même lorsque les chars 
doivent être menés à la guerre, qu'ils en fassent la répartition 
par maisons et par conducteurs, et qu'ils sachent combien ils en 

1. Voy. pliiR haut, p. ^01. 

2. Caregate, V leç^n. 

IV. (TrpisidntP. sMr.) 21 



;i 1 4 

envoient. » A sa traduclioii, il ajoute cette note : « Comme le 
service était différent; que l'un faisait ceci et l'autre cela; que 
l'un avait beaucoup et l'autre peu de service à faire, rerapereur 
demande un état, dans lequel les services soient marqués séparé- 
ment. » Voici, maintenant, comment je propose de traduire ce 
passage : « Nous voulons, dit le roi, que nos intendants mettent 
en réserve, de chaque espèce de produit, ce qui est nécessaire 
pour notre usage, pendant leur service; que, de même, ils fassent 
mettre en réserve ce qui doit être chargé sur les voitures pour 
l'armée, en le prenant tant dans les maisons que chez les pas- 
teurs ; et qu'ils sachent la quantité de ces réserves (mot à mot : 
combien ils mettent pour cela). » Le sens est, comme on le voit, 
tout différent; je tâcherai de le justifier, après avoir précisé les 
causes du dissentiment. 

La difficulté principale consiste dans l'interprétation des mois 
conlaboratu, servitium, segregare, unde et carrigari. 

Les auteurs dont il est question, après avoir rendu, au 5 6, 
conlaboratus par produits, l'entendent maintenant du travail, 
Arbeit, dans Anton. Ensuite ils supposent que servitium signifie 
les différentes manières de servir, les différents services ou tra- 
vaux, comme s'il y avait opéra ou operse, et, rapportant eoriimèi 
servi ou plutôt à servus du paragraphe précédent, car le pluriel 
n'y est pas, ils entendent les services des serfs. Puis ils donnent 
à segregare le sens de distribuer, diviser ; de sorte que segregare 
servitium eorum, c'est diviser les serfs d'après leurs genres de 
service. Enfin, Anton, le seul qui ait voulu expliquer la dernière 
partie de l'article, traduit, unde carra in hostem carigare debent, 
comme s'il y avait, quando carra in hostem ducere debent, en 
faisant pasfores synonyme àe ductores, agitatores (Treibern), et 
en conservant au verbe mittiint la signification qu'il a dans la 
bonne latinité. Je dois ajouter que l'ensemble de l'article, dans la 
version d'Anton, manque de précision et de clarté, même aux 
yeux de ses compatriotes, et qu'il aurait aussi besoin, je crois, 
d'un commentaire. 

J'en viens maintenant à ma traduction. Ici comme précédem- 
ment, et comme au § 33 qui va suivre, j'entends par conlabo- 
ratus des produits. Le sens de ce terme, je l'ai déjà dit, est fixé 
par un grand nombre de passages, entre autres par les §§ 34 et 62, 
et par plusieurs passages du Breviarium, dans lesquels, sous le 
titre de conlaboratus, sont mentionnés des blés de toute espèce, 



:{15 

des légumes, du sel, du miel, du beurre, du lard, des quartiers 
de porc, des fromages et des sommes d'argeut * , etc. Or, on ne 
connaît aucune autre signification pour conlaboralus, et celle que 
je combats est purement arbitraire^ il me paraît donc impossible 
de ladmeltre. Tl en est de même au sujet de servitium, qui, dans 
notre capitulaire ", signifie le service d'une personne à l'égard 
d'une autre , jamais les divers genres de servitude. Le verbe 
segregare ne voulant pas dire autre chose dans le moyen âge que 
dans lautiquilé, j'ai dû le traduire par séparer, mettre à part ou 
en réserve, et non par distinguer ou répartir; car Anton, après 
l'avoir traduit par sondern, le traduit ensuite par eintheilen. 
Quant au mot unde, on ne le trouve nulle part employé au lieu 
de si, cum, quando (icenn); mais il conserve dans notre article le 
sens qu'il a souvent dans les meilleurs auteurs, c'est-à-dire le sens 
du relatif a quo, a quibus ^, De plus, je ferai observer que, dans 
la phrase, unde carra in hostem carigare debent similiter segre- 
gent, le régime diiectdu verbe segregare n'est pas carra, mais unde 
carra, c'est-à-dire cas res quibus carra carigare debent [judices]. 
Il est donc ordonné aux intendants de mettre à part les choses 
qu'ils doivent. faire charger sur des voitures pour l'armée, et non 
de mettre à part ou de répartir, suivant Anton, les voitures 
mêmes. On voit que j'attribue à carigare la signification de char- 
ger ;maiis] y suh autorisé par une foule de textes, dont Du Cange, 
qui toutefois en cite un nombre suffisant, n'a reproduit que la 
moindre partie. C'est même, je crois, l'acception la plus ancienne 
et la plus commune de ce verbe, qui, personne ne le nie, prend 
aussi celle de charrier. Au reste, je n'aurais pas une extrême ré- 
pugnance pour cette dernière, si l'on pouvait l'admcllre sans 
corriger le texte; d'autant que le sens de la phrase n'eu serait 
modifié en aucune manière. Il est de même sans importance de 
traduire, à la fin de l'article, mittere par mettre ou par envoyer; 
et, si je préfère l'un à l'autre, c'est uniquement pour conserver à 
ce verbe la valeur qu'il a ordinairement dans notre capitulaire*. 
Les mots tam per domos quam et per paslores ne semblent pas 

1. Perlz, I, 178-180, tJans Irm., Il, 301-303. 

2. Voy. $§ 3, 10, 23 et 9A. An § 7 , tervitium semble devoir s'eutendn: .It s | .i - 
^onn(:9 qui font le service. 

3. Voy. le» index de rfsar, Cicéroii, etc., au mol unde. 

V Voy. IprÇS ' . 8, 10, 30, 36, 49., 58, 64. CV.st seulement an\ §§ 47 <t fiS, ((n. 
iiiitfere parait avoir la siuniliratioti (Vrnruyri . 

-'I 



31G 

pouvoir être entendus autrement que d'un partage fait, tant dans 
les maisons que chez les pasteurs. Mais de quelles maisons veut-on 
parler, et quest-ce que les pasteurs peuvent avoir à faire ici? 
Faut-il supposer que les produits, conlaboratus, étaient les uns 
fabriqués, les autres déposés dans les bâtiments de la cour, cur- 
tis, ou au dehors, dans les lieux assignés aux pastores, c'est-à-dire 
aux colons ou aux serfs préposés aux différentes espèces de trou- 
peaux? J'avoue que cette explication ne satisfait pas l'esprit, et 
que le sens de la phrase eût été beaucoup mieux fixé, si, par 
exemple, à la place de domos et de pastores, il y avait eu dans le 
texte cellaria, caméras, of^cinas, spicaria, stabula ou autres 
termes équivalents. Et d'ailleurs cet emploi d'un nom de chose, 
domos, avec un nom de personne, pastores, les deux noms étant 
dépendants du même verbe et régis par la même préposition, 
paraît-il former une expression suffisamment régulière, suffi- 
samment correcte? Devant pastores ne devrait-on pas plutôt lire 
quelque chose comme dominos ou domesticos, qui, d'ailleurs, ne 
sont pas possibles ici? Ou bien vdomos ne semblerait-il pas ap- 
peler après soi, au lieu de pastores, !e mot pasturas ou un autre 
mot de cette espèce? Ce sont des objections auxquelles je ne suis 
pas en état de répondre, quoique, je le répète, je ne voie pas 
une autre manière de traduire ce passage. J'ajoute, en finissant, 
que mon interprétation générale de Tensemble de l'article serait 
au besoin confirmée par les trois articles qui suivent immédiate- 
ment ; attendu qu'ils se lient étroitement à celui qui précède, 
qu'ils sont le développement de la même pensée, et que Charle- 
magne, après avoir réglé la part de sa maison, soit lorsqu'il ha- 
bite ses terres, soit lorsqu'il est en campagne avec son armée, 
s'occupe de celle de ses gens et de ses ouvriers, puis de la se- 
mence nécessaire pour la culture de ses champs, et finit par de- 
mander le compte des provisions qui seront de reste. C'est, en 
effet, ce que nous allons voir. 

31. Ut hoc quod ad provendarios vel genitias ' dare debent , 
simili modo unoquoque anno separare faciant, et tempore opor- 
tuno pleniter douent, et nobis dicere sciant, qualiter inde faciunt, 
vel unde exit. 

Quoiqu'il ne présente pas de grandes difficultés dans sa pre- 
mière partie, cet article n'a pas été mieux compris que le précé- 

1. l. e. gyuc-ec/'u, Perlz. 



317 

dent. Mais les textes étaient mauvais et l'erreur inévitable. Au 
lieu de provendarios vel genitias , Tresenreuter avait sous les 
yeux la leçon d'Eckhart, parveredarios vel gentias. Bruns cor- 
rigea, proveridarios vel genitias ; mais la correction n'était pas 
complète; et le mot provendarios ne fut lu que par le dernier 
éditeur, qui unit à ses autres qualités éminentes un talent vrai- 
ment merveilleux pour tout déchiffrer Anton a traduit le pro- 
veridarios de Bruns par Vorspann (attelage), se laissant ainsi in- 
fluencer par le parveredarios d'Eckhart, sans toutefois s'en tenir 
à la signification de ce dernier mol ' . 

Charlemagne veut que ses intendants mettent de même en 
réserve tous les ans la part destinée aux prébendiers et aux gyné- 
cées; qu'ils la distribuent intégralement en temps opportun, et 
qu'ils sachent lui rendre compte de ce qu'ils en font et d'où ils 
la prennent. 

r.es provendarii sont les employés et ouvriers de tous genres 
qui reçoivent la provenda, dont il est parlé à l'article 50, c'est-à- 
dire les aliments et l'entretien ^. Genitia (pour gynœcea) est, aux 
§§ 43 et 49, le nom donné aux logements ou ateliers des femmes 
occupées à des travaux de leur sexe dans les maisons royjiles. 
Dans notre article, au lieu de genitias, qui paraît être une faute 
de copiste, on doit probablement lire soit genitia, comme aux 
autres paragraphes du capilulaire, soit genitiarias, employé pour 
désigner les femmes des gynécées. Cette dernière leçon s'accor- 
derait mieux avec provendarios qui précède. Ayant traité ailleurs 
des gyuécées et des femmes qui les occupaient^, je n'en dirai 
rien de [Jus ici. 

Les mots vel unde exit de la fin sont un peu obscurs. Anton les 
traduit par tcarum es mangelte, c'est-à-dire pourquoi cela a man- 
qué; ce qui me paraît tout juste assez clair pour qu'on puisse y 
reconnaître un contre-sens. Je crois qu'il n'est guère possible 
d'entendre ces mots autrement que je ne les ai rendus, et qu'on 
doit nécessairement les rapporter à scire, sans passer par l'inter- 
médiaire de qualiter; de manière que cela signifie que les inten- 
dants doivent savoir d'où ils ont pris ce qu'ils ont distribué. 

1. H signifie les conducteurs àe^ para veredi , ou chevaux <1p renfort. 

2. Il est quenlion de ces provendarii dans le Breviarium, et surtout dans les sla- 
tiitH de Corbie. Voir la tahie du deuxième volume de VIrminon, h ce mot. Ce sontleii 
inCmes i|ue Ick prxbe.ndarii du Pulypt. de Snint-Bertin. 

i V..V II m., prolég , SS 336-338. 



318 

32. Ut unusquisque jadex prxvideat, quomodo sementem bo- 
num et optimum semper de conparatu * vel aliunde habeat. 

Tout ce que j'ai à dire sur cet article, c'est qu'Anton a en- 
tendu sementem de conparatu d'une semence récoltée, tandis 
qu'il s'agit évidemment de semence achetée, comme il résulte de 
la signification que les mots comparatus et comparare ont cons- 
tamment dans les textes , et que ce dernier présente même au § 8 
qui précède. 

33. Post ista omnia segregata et seminata atque peracta, quic- 
quid reliquum fuerit exinde de ^ omni conlaboratu usque ad ver- 
bum nostrum salvetur, quatenus, secundum jussionem nostram, 
aut venundetur aut reservetur ^ . 

Comme ce texte n'offre pas non plus de difficulté, et qu'il n'a 
nul besoin de commentaires, je passe à l'article suivant. 

34. Omnino prsevidendum est cum omni diligentia, ut quic- 
quid manibus laboraverint^ aut fecerint, id est îardum, sicca- 
men"*, sulcia^jniusaltus^, vinum, acetum, moratum^, vinum 
coclum, garum *, sinape, formaticum, butirum, bracios, cervisas, 
medum, mel, ceram, farinam, omnia cum summo nitore sint 
fada vel parata. 

Un certain nombre de mots appartiennent à la basse latinité, 
mais il n'y a pas d'incertitude pour leur signification. Siccamen 
est de la viande fumée; sulcia, de la viande salée; niusaltus, de 
la chair de porc , de chèvre ou de bouc (§ 66) nouvellement sa- 
lée, c'est-à-dire, comme on l'appelle vulg-iirement du petit salé, 
quand il s'agit de porc; moralum, de la boisson faite avec des 
mûres sauvages. La recette pour la fabriquer est donnée dans 
un ms. du IX'' siècle, de la manière suivante : Morato quo modo 
facias : Jus morse campestris modia IIIl, mel modium I. Com- 
miscis, recondis in vas pigato ; et , si volueris, milles cenamo, 
gariofile, coslum et spicanardi tantum ". Le même ms. contient, 



1. Comparata, V leçon. 

2. Ajouté, Pertz. 

3. Re ajouté. Periz. 

4. Carnes fumo siccal*. Pertz. 

5. Germ. Sûlze, aut salcilia, Wurst. Id. 

6. Caro recens sale condita. Id. 

7. Vinum moris coiifectum. Id. 

8. Potionis genus fermentatum. Id. 

9. Bibl. Unp., suppl. lat., 1319, fol. 229 



319 

pour la confection de la boisson appelée garum, une recette 
ainsi décrite : Puces mundos partes duos, sal partem unam, ane- 
tum partem unam ; et agitas eum bene de die in diem; et de her- 
bas quas ibidem mittere debes siccis^ ad coquendum hœc sunt : 
anetum moîiipuîos dwos, menta manipulos quattuor; nepita, 
sclareia, origann, satiircia, ambrosia, serpullo, fenogreco, de 
unoquoque manipulos II ; et de herbis virides : cassia, salvia, 
savina, iva, ruta, abrotano, costo ortense radiées, livestici ra- 
diées, fenuculi radices, lauri folia, geniperi grana, de unoquoque 
fascicnïos duos; cilonia sextarios II, poma similiter, nuces gali- 
cas simiiiter, panes asatos II II, cipiro radiées pulvera sexta- 
rios II, ad unoquoque modio de pisces, nmsto dulce modios II, 
ad conjectandum postea III, et rnel sextarios II ; et coquis usque 
ad médium, et tolïis de foco, et mitlis in saco, et clararc fadas, 
et postea mitlis in vaso bene picatum, ut nullum suspirium ha- 
beat ' . Une autre recette pour le garum, beaucoup plus courte et 
surtout beaucoup plus claire, est donnée dans le même volume, 
mais elle est tirée d'Isidore. 

Formaticum est le nom du fromage et bracii celui du malt; 
cervisa ou cervisia est la bière ou cervoise, fabriquée avec le malt. 
I.a sicera, qui n'est pas nommée, quoiqtie les siceratores le soient 
au § 45, formait un genre comprenant tontes les boissons, à l'ex- 
ception du vin, qui pouvaient causer l'ivresse, suivant la défi- 
nition donnée par Isidore ■. Le medum, autrement meda, et plus 
ordinairement medo , doit s'entendre de l'bvdromel, der Meth, 
eu all*-mîuul. 

35. Volumus ut de berbicifrus crassis sorcia ^ fiât, sicut et de 
porcis; et insuper habeant boves saginalos in unaquœque villa 
non minus quam duos, aul ibidem ad sociandum * aut ad nos de- 
ducendum. 

« Nous voulons, dit le roi, qu'il soit lait de la graisse avec les 
brebis grasses, comme avec les porcs; et, de plus, que nos in 
tendants n'aient pas moins, dans chacune de nos terres, de deux 
bœufs gras, soit pour en faire de la graisse, là même, soit pour 
nous les envoyer. ■' Telle est l'interprétation que Ress a dounée 

1. Ihid. On peut voir , sur le ganim, DioscoritJe , H. M ; Pline , XXXI , 7, 43, ri 
sprenjçel, /lisl. rei herharUr, t. Il, p. k'M . 

2. Orig., XX, 3 

."» Socio, i"' Ipron Ad(>pK Ka^tinando parnla, «.crm. Scfimtcr. ivil/,, 
I Snnandum, I" l< (oii. 



320 



de cet article, et que Kinderling, Anton et Pertz ont adoptée. 
Tresenreuter, ne pouvant expliquer les mots soccia, graisse, et 
socciare, faire de la graisse, se demande : sed quid boves sagina- 
tos ad saginandum habeat? D'après l'explication de Ress, sagi- 
nare est l'action d'engraisser un animal , et socciare, l'action de 
faire de la graisse avec un animal engraissé; c'est-à-dire, par 
exemple, de faire du suif avec une brebis grasse , avec un bœuf 
gras , et de faire de l'axonge ou du saindoux avec un porc 
gras. 

36. Ut silvse vel forestes nostrse bene sint custoditss; et ubi locus 
fuerit ad stirpandum , stirpare faciant, et campos de siîva incre- 
scere non permutant ; et ubi ailvse debent esse , non eas permittant 
nimis capulare atque damnare ; et feramina nostra intra forestes 
bene custodiant ; similiter acceptores et spervarios ad nostrum 
profectum prxvideant; et censa nostra exinde diligenter exactent. 
Et judices, si eorum porcos ad saginandum in silvam nostram.mi- 
serint, vel majores nostri, aut homines eorum , ipsi primi illam 
decimam douent ad exemplum bonum proferendum, quaîiler in 
postmodum ceteri homines illorvm decimam pJeniter persol- 
vent ' . 

Il n'y a qae de courtes explications à donner sur cet article. 
Forestes répond ici à saltus, et signifie des terres sans culture, 
couvertes de halliers et de buissons. Stirpare est pour exsfirpare, 
défricher. Campos de silva increscere non permittant, veut dire : 
« qu'ils ne laissent pas les champs croître en bois , » ou pour 
parler plus correctement : « qu'ils ne laissent pas croître de bois 
dans les champs, » comme s'il y avait : silvam in campis cre- 
scere non permittant. Capulare a le sens de cœdere, couper; 
damnare, celui d'endommager; feramina, celui de ferœ venaticse, 
les bêtes sauvages qui sont l'objet de la chasse. Acceptor (autour) 
est employé pour accipiler, même dans l'antiquité 2. Spre- 
varius est un épervier. Les cens, censa, dont il s'agit, sont ceux 
que l'on payait pour le droit d'usage, Ugnaritia,etpom' le droit 
de paisson, jpasf/o, et non, comme Anton l'a cru, ui'.e taxe mise 
sur les éperviers et les faucons. La dîme, mentionnée dans la 
dernière phrase, répond à l'impôt appelé scriptura chez les Ro- 
mains, et n'est pas autre chose que le droit même de pfiisson, qui 



1. Persolvant, !"■ leçon. 
2.' Liiciliiis, dans (Jliarisius 






321 

consistait dans le dixième de tous les porcs mis dans les bois 
royaux, et qui était payé au roi. Clotairel", dans sa constitution 
publiée vers l'an 560, exempta de cette dîme les églises ' . Elle n'é- 
tait pas due, lorsque la paissou n'avait pas lieu, dans les années 
où le gland manquait, d'après l'édit de Clotaire II, de l'an 614 ou 
615^. Il est question, dans la loi des Visigoths, de la dîme des 
porcs payée aux propriétaires des bois où on les faisait paître ^. 
Tresenreuter, qui cite plusieurs textes anciens relatifs aux fo- 
restes et aux feramina du roi, ne parle pas de la décima de notre 
article. Anton se borne à dire que ce mot signifie le dixième. 

37. Ut campos et culluras nostras bene conponant, et prata 
nostra ad tempus custodiant. 

Campos est pour agros. Tresenreuter, qui ne dit rien de cam- 
pos, entend par culluras des cbamps cultivés, et Anton, des 
plantations, Pflanzungen. Dans le Polyptyque de Saint-Germain, 
les terres sont divisées en grandes pièces pour la culture, et le 
nom de cuîlura est donné à chacune de ces divisions '*. C'est , je 
crois , dans le môme sens que ce mot doit être pris ici. L'expres- 
sion bene conponant doit sans doute se traduire par quils tien- 
nent en bon état ; et celle de prata ad tempus custodiant, signifie 
qu'ils doivent défendre, c'est-à-dire faire clore les prés en temps 
opportun . La clôture des prés est particulièrement ordonnée dans 
la loi des Bavarois ^, dans le Polyptyque de Saint-Germain '^, et 
dans d'autres documents. INéanmoins, le verbe custodire est em- 
ployé dans le sens de garder ou d'entretenir, au § 41. 

38. Ut aucas pastas, et puUos pastos ad opus nostrum semper ^ 
quando servire debent aut ad nos transmittere , sufficienler ha- 
beant. 

Au lieu de auca pasta et de pullus paslus , ou plutôt pulla 
posta, on disait aussi, en un seul mot, aucipasta ' ou aupasta * , 
et pullipasta^, pulpasta '", ou simplement pasta ' ' , pour désigner 

1. C. 11, dans Bal., I, 8; Pert/,, I, 3. 

2. C. 73, dans Bal., I, U ; Pertz, 1, 15. 

3. Vin, 5, 1-4; Boiiq. IV, 414 d,e, et 415 a, b. Voy. aussi Neugart , Cod. dipl. 
Alemanniœ. t. I, n. 179 et 596 ; et Sxcul. Bened. VI, part. 1, p. 351. 

4. Voy. la tabifi du 2* vol., a» mot Cultura. 
h. I, 14, 2. 

6. XI, 2, pa;;. 1 19 ; XV, 2 et 3, p. !«:>. 

7. Chron. Fontan., c. 17, dau.s d'Acliery, II, 2S3; l'ertz, .S.S. Il, 29» cl 3oo. 
«. Dipl. CaroU C. a. 862, dans Bouq. VIII, 578 d. 

'.I. Chron. Fonlan.,l. c 

10. Dipl. Car. C. a. 862, /. c, et a. 872. Bouq., VIII , 640 b. 

11. Voy. dans trw., tom. Il, le mot Pastn à la table. 



322 






une oie grasse et une poule grasse. Pasta est pour altilM. Tl a 
déjà été question de pulli et d'aMC« aux §§ 18 et 19. 

39. Voliimus, ut pullos et ova quos servientes vel mansuarii 
reddunl per singulos annos, recipere debeant ; et quando non 
servierint, ipsos venundare faciant. 

On appelait mansuarii les colons, les lides et les serfs pos- 
sesseurs de manses. Ceux de l'abbaye de Saint-Germain lui 
payaient communément, chaque année, trois poulets et quinze 
œufs par manse * . Quant aux servientes, on en distingue un assez 
grand nombre d'espèces, qui avaient des emplois très-variés, se- 
lon les temps et les pays. Ceux dont il s'agit ici peuvent être 
comptés parmi les ministeriales de dernier ordre. Ils étaient la 
plupart, comme les mansuarii, de condition plus ou moins ser- 
vile; mais, au lieu de posséder, comme eux, des établissements 
ruraux isolés, perpétuels et héréditaires , ils étaient attacliés au 
service direct du manse seigneurial , mansus dominicatus, et re- 
cevaient, pour vivre, des portions de terre du domaine, à raison 
de leurs emplois. Ainsi les ministeriales des §§ 10 et 41, et f)ln- 
sieurs du § 47, les artifices des §§ 45 et 62, les juniores des §§ 16, 
57 et 63, les poledrarii, libres ou non, du § 50, les magistri 
des §§ 29, 57 et peut-être du § 61, plusieurs homines mention- 
nés au § 62, les maîtres des moulins du § 18, Vhortulanus du 
§ 70, et peut-être les hommes chargés, au § 17, du soin des 
abeilles, me semblent devoir appartenir à la classe des servientes 
ou sergents. Mais j'en exclus les majores, les decani et les celle- 
rarii du § 10, parce que ces officiers étaient généralement pris 
parmi les mansuarii, comme le prouve le Polyptyque d'Irminon ^. 
Toutefois il pouvait arriver que des servientes possédassent des 
manses ou des parties de manses indépendantes de leurs emplois, 
comme on le voit par un meunier du Polyptyque de Saint-Ger- 
main ^, qui aurait pu cesser d'avoir la conduite du moulin de 
l'abbaye, sans perdre pour cela le demi-manse ingénuile qu'il 
occupait. Seulement, en cessant d'être meunier, il aurait été sou- 
mis aux charges communes des autres mansuarii. 

40. Ut unusquisque judex per villas noslras singulares elle- 



1. Voy. Irm., prolég., § 376. 

2. Voy. la table du tom. W , à ces iiiniis. 

3. Irm., t. Il, p. 200, §6. 



323 

has \ pavanes, fasianos, enecas-, columbas, perdicesy turlures, 
pro dignitatis causa omnimodis semper habeant. 

Il n y a rien d'embarrassant dans cet article, à l'exception d'un 
seul mot, elîehas. Mais ce mot, malgré les efforts des savants, 
n'a pas encore reçu d'explication satisfaisante, et j'ose direquil 
ne peut èlre expliqué que par conjecture; car je suis persuadé 
que le texte, souvent incorrect d'ailleurs, est ici très-cor rompu, 
et l'on n'a pas le moindre espoir de découvrir un second manus- 
crit. Du Cange, perdant de vue le commencement de la phrase, 
et sans faire attention qu'il s'agit indubitablement d'oiseaux, 
propose de lire et lehas en deux mots, et d'entendre par lehas 
des laies ou femelles de sangliers. C'est une interprétation des 
plus malheureuses et vraiment inexplicable pour un homme d'une 
si grande sagacité. Bruns, qui sépare aussi le mot en deux, quoi- 
que, d'après son propre témoignage, il ne soit pas séparé dans 
le manuscrit, tvddmt lehas pav Lehne, fiefs, ce qui ne peul se sou- 
tenir. Les autres commentateurs, je parle de ceux que j'ai con- 
sultés, n'admettent p;is la séparation. Suivant Schiller, etleha 
serait composé à'edel, tiobiîis, et d'auca, anser, et signifierait un 
cygne, cygnus. Ress et Kinderling adoptent cette interprétation, 
quoique ce dernier n'ait pas de répugnance pour celle de Bruns. 
Anton, qui décompose le mot en edle et Hûner^ ou en edle et 
Hdhne, lui attribue la signification soit de poules nobles ou coqs 
nobles, soit d'oiseaux nobles, en général. Toutes ces explications 
me paraissent inadmissibles, moins encore par elles-mêmes que 
parla construction qu'elles forcent de donner au texte. Elles sup- 
posent eu effet que dans la phrase : Ut unusquisque judex per 
villas nostras singulares etlehas, pavones... habeant, l'adjectif 
singulares se rapporte à villas et qu'il doit être pris dans le sens 
de singulas. Or, cette double supposition ne me paraît pas vrai- 
semblable. D'abord le pluriel singuU est presque toujours rem- 
placé par le singulier unusquisque ; ainsi unusquisque judex est 
répété près de vingt fois, tandis que l'expression judices singuli 
ne se lit que dans un seul endroit^. De plus, on trouve trois fois 



1. ttlehas al) iiitH-pielilius pro cygiiis liabitiim, iiec taiiicn niagiit prubatiini rst, 
'|iiam Briinsii senteiilia lehas hic. dici pro benc/iciis, cujiis rei excmpliirn KaroU 
leiiiporp TruRtra i|iiH>ras. Anton edlne llùhnvr intrrpietatuK e^t l'cil/,. 

2. Anales. IVrI/. 
.1. ^ «« 



324 

unaquasque villa , et l'on ne voit nulle part singulse villie . Ensuite 
singulares n'est jamais employé pour singuîi, je ne dis pas seu- 
lement dans notre capitulaire, mais dans aucun autre document. 
Par ces motifs, je crois très-difficile de rapporter singulares à 
villas nostras qui précède, tandis que rien n'est plus naturel que 
de le rapporter à etlehas qui suit. Alors, du moment que cette re- 
lation est bien établie , tous les échafaudages des commentateurs, 
qui la détruisent, s'écroulent. 

Mais, attendu que je suis peu en état de débrouiller des éty- 
mologies germaniques, et que, en outre, je tiens la leçon etlehas 
pour très-suspecte, je n'aurai garde de discuter la valeur propre 
de ce mot, et je me bornerai, ce qui pourra passer encore pour 
une action assez téméraire, d'expliquer l'arlicle comme s'il y avait 
singulares alites au lieu de singulares etlehas. J'en fais donc un 
nom générique, et j'y suis aussi déterminé par la difficulté de 
trouver, pour mettre devant le paon, un oiseau plus digne que 
lui de la première place. 

41. Ut sedificia intra curtes nostras, vel sepes in circuitu bene 
sint custodilœ, et stabula vel coquinse, atque pistrina * , seu tor- 
cularia, studiose prseparatse fiant ; quatenus ibidem condigne mi- 
nisteriales nostri officia eorum bene nitide peragere possint. 

Les explications précédentes suffisant pour l'intelligence de cet 
article, je passe sans commentaire au suivant. 

42. Ut unaquseque villa intra cameram, lectaria, cukilas, 
plumatios^, batlinias ^ drappos, ad discum, bancales, vasa œrea, 
plumbea, ferrea, lignea, andedos, catenas, cramaculos, dolatu- 
ras'^, secures, id est cuniadas ^, terebros, id est taradros, scal- 
pros, vel omnia utensilia ibidem habeant, ita ut non sit necesse 
aliubi hoc quserere ^ aut commodare. Et ferramenta quod in 
hostem ducunt , in eorum habeant plebio , qiialiter bona sint ; et 
iterum quando revertuntur, in caméra m,ittantur ' . 

Le nom de caméra est donné ici à la chambre ou partie de la 
maison qui servait de magasin pour le mobilier; c'est ce que 

1. Pistrma, l« leçon. 

2. Plumatias, 1« leçon. 

3. Genn. Bettleinen. 

li. Dolatiirias, 1" leçon. Geim. Barle. Pertz. 

5. Gall. coignée; germ. SpUzhauen. Pertz. 

6. Quequere adjecto re cod. Pertz. 

7. Mittuntur, 1'" leçon. 



325 

nous iippellerions un gurde-meuble. Ress et, d'après lui, Kiu- 
derling et Anton traduisent îectaria par Betlstellen. S'ils enten- 
dent des bois de lit, je crois qu'ils se trompent ; car ces mots des 
formules : Lectarios condignos ad lectos, taîitas*; lectario ad 
lecto vestito^; ceux-ci du testament d'Ermentrude, de l'an 700 
environ : Lectaria ad lecto U7io ^; ce passage d'un chapitre ajouté 
à la loi salique : Leclo [pour leclum] cum lectaria omet *, et 
d'autres textes rapportés par Du Gange, sont contraires à cette 
interprétation. Il me paraît donc impossible que lectaria signifie 
des bois de lits. 

Selon Du Cange, sous le nom de îectarium on comprenait tous 
les objets dont un lit est composé. D'après notre article, lescul- 
cita^ les phimacius, les batiiiiiœ, étant nommés immédiatement 
après les Iectarium, en sont nécessairement ou le complément 
ou les parties constituantes, c'est-à-dire qu'il faut ou les ajouter 
au Iectarium pour avoir un lit complet, auquel cas le Iectarium 
ne serait qu'une partie du lit ; ou en faire des parties mêmes du 
Iectarium^ qui comprendrait alors touJe la literie, si je puis me 
servir de celte expression. Quoiqu'il ne soit pas facile de déter- 
miner avec précision la valeur des noms après le changement 
des usages et des choses, essayons toutefois d'arriver à la véri- 
table signification du mot Iectarium. 

Et d'abord, je trouve, dans le Breviarium de Charlemagne, 
un passage qui ne permet pas d'attribuer à ce mot une valeur 
trop collective, et qui est ainsi conçu : Vestimenla : culcitraml, 
plumacium I, hclarium I,Unteum /, coopertorium /, hancalemi: 
Ici le Iectarium ne comprend pas évidemment la culcita ni le 
plumacius, qui le précèdent, ni même le linteua ni le coo- 
pertorium, qui le suivent. Or, ces quatre objets, ou au moins les 
deux premiers, font sans aucun doute partie d'un lit. De même, 
lorsque nous lisons dans les statuts de Corbie que les moines 
recevaient, tous les trois ans au plus et tous les neuf ans au 
moins, un Iectarium, on ne peut supposer qu'il s'agisse d'une 
literie complète ^, ni même d'un composé de plusieurs objets 

1. Append. Marc, 37 ; Bal., il, i5.5. 

2. Form. Andfg., 1 ; Boiiq., IV, 564 à. 
3 Bri^q., p. 361 ; Pard., 11,256. 

/» Pertz, LL. II, 14; Pard., Dipl, 1,47, et Loi sal., p. 331. 
:». Voici le passage : lf,rc sunt qux clericis nos/rix cunonicis suprascriptis , qui 
pulxanti diruntur [re sont les novice» , appelée plus liant puisantes], dari debent : 



320 

servant à la garniture d'un lit. Nous devons donc regarder Je 
lectarium comme un objet simple. Maintenant, pour en déter- 
miner la destination particulière, je remarque, dans la vie de 
saint Benoît d'Aniane, le passage suivant: [Monachi] ut pigrum 
depelîerent frigus, lectaria [probablement pour lectariis] ulehan- 
tur, cum in vigiîiis divinis adsisterent * . Doii il résulte que le 
lectarium était un objet portatif au besoin, et qu'on pouvait s'en 
servir comme d'un vêtement pour se garantir du froid, puisque 
les moines d'Aniane s'en couvraient en hiver dans leur église, 
lorsqu'ils vaquaient à l'office des vigiles. Quant à dire quelles 
en étaient la matière et la forme, je pense qu'il ne différait pas 
de ce qu'on désignait aussi sous le nom de cottum ou cotlus, qui 
était une espèce de couette plus ou moins épaisse, ou de courte- 
pointe, comme je l'avais déjà défini ailleurs, et sur laquelle or- 
dinairement on se couchait. Mais je ne me suis que trop arrêté 
à cette question, qui n'a pas beaucoup d'importance, et que je 
n'ai traitée avec cette étendue que par la nécessité où j'étais de 
détruire une interprétation adoptée généralement. En définitive, 
le lectarium sera une courte-pointe et non un bois de lit. 

Culcita signifie un matelas ou un coussin; plumatius, un oreil- 
ler de plumes ; ballinim, des draps ou des toiles de lit, en alle- 
mand Bettleinen; drappi ad discum, des draps ou tapis de table; 
bancales, des tapis de banquettes " ; andedi, des chenets ; crama- 
culos, des crémaillères ; dolaturse, des doloires [instrument de ton- 
nelier à lame très-large, servant à doler] ; cuniadsR, des cognées 
[coins avec manche] ; lerebri pour terebrse, autrement taradri, 
des tarières ; scalpri, des coutelas, et ferramenta, des instruments 
de fer, et peut-être les armes dont il est question au § 64. J'ai 
parlé, au § 24, de ce qu'on devait entendre par plebeium. On 
trouvera, dans plusieurs paragraphes du Breviarium, l'inven- 

de vestimento , tunicas duas albas et lerliam de alto colore, et caligas II II, 
femoralia duo, etc. ; haec omnia anno. Cappam veto de sago et pellitiam , cot- 
tum * aut lectarium sive sagum in tertio anno accipiant. Ista omnia de illo 
vestimento debent accipere, quod fratres reddunt dum accipiunt novum; et ta- 
lia de his eligantur illis qualia inveniri possunt utiliora. Ainsi on faisait servir 
les vieilles hardes des moines à l'habillement des novices. 

1. Vita S. Bened., abb. Anian., n. 12, dans Sxc. bened. IV, part. 1, pag. 197 
(nenvième siècle). 

2. Anton, qni mnùtdifsctim à bancales, traduit par Tischbânke. 

' On se coiicliait sur le coilus. Vov Du Canine, an mol Cnlluni. 



327 

taire des outils dont les maisons rurales du roi étaient pour- 
vues * . 

43. Ad genitia nostra, sicut institutum est, opéra ad tempus 
dare faciant, id est linum, lanam, waisdo'^, vermiculo^, waren- 
tia \ peclinos, laninas% cardones, saponem, unclwn, vascula, 
vel reîiqua minulia qux ibidem necessaria simt. 

Les genitia ou gynsecea sont, comme il a été dit au § 31, les 
ateliers des femmes. On doit entendre, avec Anton, par opéra 
les objets nécessaires pour le travail, c'est-à-dire la matière et 
les instruments. Waisdum ou tvaisda est le nom de la guède 
ou du pastel, appelé glastum par Pline ; vermiculum^ celui d'une 
matière qui servait à teindre en vermeil ou écarlate, qui était 
produite par la piqûre d'un insecte sur le chêne vert et sur une 
plante des environs de Reims, et qui avait une assez grande va- 
leur, ainsi qu'il résulte principalement de plusieurs passages du 
Polyptyque de saint Rémi ". Anton s'est trompé en faisant de 
vermiculunij de la laine teinte en rouge, rolhgefàrbte WoHe. 
Warentia est la garance, rubia. Pectini (pour pectines), laninœ, 
ou plutôt laniniy sont les cnrdes; cardones pour cardui , les 
chardons à bonnetier. Par le pluriel neutre minutia, on doit 
entendre ici les menus objets nécessaires au travail des ateliers 
Le même mot est encore enlployé dans le paragraphe suivant. 
Les occupations des femmes dans les ateliers de leurs seigneurs 
sont indiquées, selon la remarque faite par Tresenreuter, dans 
le capitulaire de l'an 789, qui contient la désignation des ouvra- 
ges défendus le dimanche, llem feminœ opéra textriïia non fa- 
ciant, nec capulent vestilos, nec comuent [pour consuant], vel 
acupiciile faciant; nec lanam carpere, nec linum battare, nec in 
publico veslimenta lavare, nec berbiccs tundere habeant licitum ; 
ut omnimodis honor et requies diei dominicic servetur'' . 

44. De quadragesimale duse parles ad servitium nostrum ve- 

1. §§4, 18, 20, 21, 22, 23, dans Inn-, t. II, p. 298, 301 et 304; dans Péri/., IL. I, 
J77-180. Voyez aussi les statuts de Corbie, II, I, dans Irm., t. 11, [>. 315, et la 
lettre de Cliarleinagne à l'abbé Fuirnd . daris Boin| , V, f)3;{ d, et dans Perl/, fj,. I, 
14». 

2. Germ. Waid, Glaslntm, pert/. 

.;. (;«!rin. Scharlach. Anton, lana rubru. Pei Iz. 

I. <;erfi>. Krapp. I<l 

;». Laminas, l" leçon. 

c. Vny. ( (• (jiie je .lis du vermiculum dans ce polyplyjne, p. wix et sk. 

- r„,„i„i .rri.^niKt «// "lo.r , c 80, Pcrtz, I, 00. 



328 

niant per dnyulos annos, tant de ïeyuminihus quamque et de pù- 
cato, seuformatico, butirum, mel, sinape, aceto, milio, panicio ', 
herbulas siccas vel virides, radiées, napos, insuper et ceram -, vel 
saponem atque cetera minutia; et quod reliquum fuerit, nobis 
per brevem, sicut supra diximus, innolescant, et nullatenus hoc 
permutant % sicut usque nunc fecerunt ; quia per illas duas partes 
volumus cognoscere de illa tertia quse remansit. 

Le texte de ce paragraphe était fort défectueux dans les an- 
ciennes éditions. Il a été rectifié et complété par Bruns, qui n'a 
plus laissé à M. Pertz qu'un seul mol à rétablir, celui de ceram, 
au lieu de celeram. 

Par quadragesimale, nous devons entendre non les aliments 
prescrits pendant le carême, mais les aliments maigres en général. 
C'est du moins ce qui résulte d'un diplôme de l'année 863, par 
lequel Charles le Chauve confirme la fondation d'un hospice, 
faite dans le cloître de l'abbaye de Saint-Quentin, pour l'entre- 
tien de douze pauvres : Quibus quotidie in eorum alimentis pa- 
nis unicuique tribuatur unus ; cum quo tribus hebdomadm diebus 
caro, reliquis autem tribus [fort. 1. quatuor] quadragesimale au- 
geatur.... Tempore vero quadragesimse, in cœna Domini, duode- 
cim ibidem pauperes suscipiantur '* . On voit que, dans ce passage, 
quadragesimale est opposé à caro, et s'applique à tous les aliments 
maigres fournis trois ou plutôt quatre jours de chaque semaine 
pendant l'année. Piscato est pour piscatu, et signifie le produit 
de la pêche ou les poissons. Nous avons déjà vu, au § 34, forma- 
ticum employé pour caseus. Butirum et plusieurs autres noms 
qui suivent sont mis à l'accusatif, quoiqu'ils soient tous régis par 
la préposition de; mais cette faute est si commune, qu'elle mé- 
rite à peine d'être relevée. Milium est le panic-millet, panicum 
miïiaceum de Linné; et panicium, le panic cultivé, panicum 
italicum du même auteur. Sous le nom de radiées, on doit en- 
tendre à la fois les radis, les raves et les raiforts, dont il est 
encore question au § 70. Quant au napus, c'est le navet, bras- 
sica napus de Linné. 

La mention rappelée par les mots sicut supra diximus semble 



1. Panitio, l« leçon. Fenchelhirse , Anton. Pertz. 

2. Cetera, i" leçon. 

3. I. e. prselermUtant . Perlz. 

4. Bnnq., VI II, ô».} c 



329 

se rapporter beaucoup mieux au J^ 55, qui suit, qu'à aucun autre 
paragraphe qui précède. 

45. Ut umisquisque Judex in suo ministerio bonos hubeat ar- 
tifices, id est fabros ferrarios, et aurifices, vel argentarios, sutores, 
tornatores, carpentarios, scutarios, piscalores, aucipites. id est 
aucellatores , saponarios, siceratores, id est qui cervisam vel po- 
matium, sive piralium, vel aliud quodcumque liquamen ad biben- 
dum aptum fuerit, facere sciant ; pistores, qui similam ' ad 
opus nostrum faciant, retialoresy qui retia facere bene sciant, tam 
ad venandum quam ad piscandum, sive ad avcs capiendum, 
necnon et reliquos ministeriales quos ad numerandum longum 
est. 

Le mot ministerium est pris dans le sens de district, de même 
qu'aux §5 8, 9, 17, 26, 50, 53, 56; et celui de ministeriales, 
daus celui d'ouvriers et d'artisans de tous genres. Au reste, le 
texte de cet article, depuis qu'il a été rectifié par Bruns, ne pré- 
sente plus de difficulté. La signification de tous les mots en est 
claire, et n'a pas besoin d'explication. Plusieurs des ouvriers ou 
artisans ici nommés figurent dans la loi salique ^, dans celle des 
Allemands' et dans les additions qu'on y a faites \ dans le Bre- 
viarium^, dans les statuts d'Adalard, abbé de Corbie", etc.; 
quelques-uns reparaîtront au §62. On remarquera que, l'indus- 
trie n'ayant encore ni liberté ni développement, le roi et même 
tous les grands propriétaires étaient forcés d'entretenir sur leurs 
terres les divers artisans dont ils avaient besoin ; mais comme la 
plupart de ceux-ci n'avaient pas à travailler toute l'année de leur 
métier, ils se livraient aussi à la culture des champs ; ce qui re- 
lardait nécessairement les progrès de l'industrie. 

46. Ut lucos noslros, quos vulgusbrogilos vocal, bene custodire 
faciant, et nd tempus semper emendent, et nullatenus exspectent, 
ut necesse sit a novo reaedificare. Similiter faciant et de omni 
œdificio. 

1^ breuil, brogilus, était un parc dans lequel on enfermait des 

I. Fieui lie farine, chez les anciens; pain de fantaisio ou pâtisserie, dans le moyen 
âge. Semmel, en allemand, signiûe du pain blanc 
7. L.sal. Herold,Xl,6. 

3. L. Alum Carol., LXXIX. 7. 

4. Capitula addita, c. 44, daim Bal., 1, 90. 
j. (;. 20, daii.sl7rm., II, 302; Pfrtz, I, 179. 
r, I, I, dans I7rni.,u, 307. 

IV. (Troisième série.) 1»5 



330 

bêles fauves. Il était clos de haies ou de murs. Habet... broiluni 
muro petrino circurnsepturriy quem domnus Irmino construxit, 
dit le rédacteur du Polyptyque d'Irminon ' . C'est à tort, je crois, 
que les mots reœdificare et aedificium sont détournés de leur sens 
ordinaire par Anton, qui prétend qu'il s'agit ici, non de bâti- 
ments, non de parcs à reconstruire, mais de haies à réparer ou 
à refaire. Il me semble que, si Charlemagne eût voulu parler seu- 
lement de l'entretien des haies de ses parcs, il se fût exprimé au- 
trement, et que, dans aucun cas, il n'eiit dit : Similiter facianl 
et deomni œdificio^ pour exprimer, comme Anton le veut, qu'on 
devait pareillement avoir soin de toutes les haies, et les réparer en 
temps convenable. Selon moi, Charlemagne ordonne ici d'entre- 
tenir ses breuils, d y faire à temps les réparations dont ils ont 
besoin, soit aux murs qui les entourent, soit aux autres cons- 
tructions qui en dépendent, sans attendre qu'il devienne néces- 
saire de tout reconstruire à neuf. Puis il ajoute qu'il faut agir 
de même à l'égard de toute espèce de bâtiment. 

Par son capitulaire de l'année 820, Louis le Débonnaire défen- 
dit de forcer les hommes libres à travailler à ses breuils : Om- 
nibus notum sil, quia nolumus ut liber homo ad nostros brolios 
operari cogatur ^ . 

47. Ut venatores noslri, et falconarii, vel reliqui ministeria- 
les, qui nobis in palatio adsidue deserviunt, consilium in vil lis 
noslris ^ habeant, secundum quod nos aut regina per litteras no- 
stras jusserimus, quandoad aliquam utilitalem nostram eos mise- 
rimus aut siniscalcus, et buticularius de nostro verbo eis aliquid 
facere prsecpperint. 

L'expression consilium habeant eut la seule qui puisse causer 
ici de l'embarras. Tresenreuter, Bruns et Kiiiderling ne s'y sont 
pas arrêtés, et même, selon Kinderling, le paragraphe, qu'il 
n'explique pas, n'aurait rien d'obscur. Anton, qui traduit con 
silium habeant par sich berathen, se consulter, tenir conseil, ne 
fait que traduire en allemand l'obscurité qui règne dans le latin. 
Voici sa traduction : <- Que nos chasseurs, nos fauconniers et 
nos autres serviteurs, qui servent assidûment dans notre palais, 
tiennent conseil dana nos terres sur ce que nous ou la reine 
nous ordonnons par nos lettres, lorsque nous les envoyons pour 

1. T. n, p. 227, col. 1. 

2. C. 4, «ians Bal., 1, 622; Peilz, 1, 229. 
:>,. Villas riostrus, i" Wçm. 



331 

quelque réforme (wenn wir sie zu irgend einer Verbesserung 
absenden), etc. » Mais quel est le sens de cette prescriptiou, 
faite par le roi à ses officiers, de s'entendre pour l'exécution de 
ses ordres, quand il les envoie en mission dans ses terres? Et 
de plus, comment concevoir qu'une disposition de cette nature, 
qui trouverait beaucoup mieux sa place dans les instructions 
particulières des envoyés, soit devenue le fond d'un article de 
règlement général, surtout lorsque ce règlement parait avoir été 
rédigé, non pour les envoyés qu'elle concerne, mnis pour les in- 
tendants qui résidaient dans les terres royales? Si le bon sens 
doit dominer toutes les interprétations et tous les textes, il nie 
semble qu'il souffre ici quelque atteinte par cette manière d'ex- 
pliquer le paragraphe. Je ne crois pas, en effet, qu'il soit possi- 
ble de traduire ainsi sans manquer non seulement de clarté, 
mais encore de logique. Il faut donc chercher une autre traduc- 
tion. Or, je pense que les mots habeant consiiium doivent s'en- 
tendre ou de l'assistance que les envoyés avaient droit d'attendre 
des intendants, on, ce qui revient à peu près au même, des con- 
seils que l'intendant devait leur donner. Dans le premier cas, 
il faudrait supposer que consiiium habeant serait mis pour auxi- 
lium habeant, et dans le second, que le pronom veslrum serait 
omis ou sous-entendu. Comme il est naturel que le roi, lorsqu'il 
envoie des commissaires extraordinaires dans ses terres, pres- 
crive à ses intendants de les assister dans leur mission, le premier 
sens me satisfait davantage, et je m'y tiens. 

Si maintenant ou veut savoir quelle mission les chasseurs, 
les fauconniers et les autres officiers du palais pouvaient avoir 
dans les terres royales, un passage de la lettre d'Hincmar aux 
grands du royaume pourra nous en donner une idée. D'après 
ce document, qui n'est autre en grande partie que le célèbre 
traité d'Adalard sur l'ordre du palais, il y avait a la cour de 
Charlemagne quatre grands veneurs, venatores principales qua- 
tuor, et un fauconnier ou intendant général de la chasse au vol. 
Leurs attributions communes consistaient à subvenir à toutes les 
choses nécessaires au service du roi et de sa cour dans ses parties 
de cha.sse, à veiller à l'entretien des chiens et des oiseaux dressés 
a cet exercice, enfin a fournir toutes les provisions de gibier 
dont le palais et les maisons royales avaient besoin pour la nonr 
riture des personnes qui les habitaient ou qui venaient y faire 
un séjour momentané. Dans leurs fournitures, ils devaient se 

'22. 



332 

précautionner également contre le superflu et contre la disette , 
car si rien ne devait manquer, rien ne devait être perdu ' . On ne 
peut affirmer que les officiers de la vénerie et de la fauconnerie 
mentionnés par Hincmar soient les mêmes que ceux de notre 
capitulaire; mais ils avaient sous leurs ordres des veneurs, des 
fauconniers et d'autres agents, qui ne paraissent pas différer de 
ceux dont il est ici question. Ces derniers pouvaient donc avoir 
pour mission ordinaire d'inspecter le service des chasses dans les 
terres royales, et d'y assurer les approvisionnements de gibier 
nécessaires pour la table du palais. 

48. Vt torcularia in villis nostris bene sint prseparata. Et hoc 
prsevideant judices, ut vindemia nostra nullus pedibus prsemere 
prsesumat, sed omnia nilida et honcsta sint. 

Les raisons de propreté qui faisaient défendre de fouler la 
vendange avec les pieds ont été reconnues mal fondées depuis 
longtemps. Ce sont des hommes nus qui, dans beaucoup de 
p;iys, foulent le raisin dans la cuve. D'après notre article, il 
semble que la vendange était portée immédiatement de la vigne 
au pressoir. C'est encore la pratique actuelle en Bourgogne, mais 
seulement pour le vin blanc; car, pour le vin rouge, le pressu 
rage ne se fait qu'après la fermentation. 

49. Ut genilia nostra bene sint ordinala, id est de casis, pislis, 
teguriis, id est screonis ^ ; et sepes bonus in circuitu habeant, et 
portas firmas, quaîiter opéra noslra bene peragere valeant. 

Il a déjà été question des gynécées aux §§ 31 el 43. On voit 
ici qu'ils occupaient un quartier séparé, clos de haies, et qu'ils 
comprenaient des casa, des pislum, des tegurium ou screona. Le 
mot casa se dit aussi bien, au moyen âge, de l'habitation d'un 
seigneur que de celle d'un serf. Ici, il est employé pour dési- 
gner les habitations ou logements des femmes, appelés man- 
siones fœminarum dans un endroit du Breviarium de Charle- 
magne ^. 

Les casa de bois, au nombre de dix-sept, de huit et de deux, 
situées dans la cour, desquelles il est parlé en divers passages du 

1. eiiicm., Epist. ad procer., c. 24, dans Bouq., IX, 266 e. 

2. Cameiae subterraneu' , gall. escrenes et ecraignes m Canipania et Biiiguii<lia. 
Pertz. 

i. Voy. Vinn., t. Il, aux endroits inarqués dans Vtnde.r. Une casa regalis esX 
mentionnée dans le Breviarium, c. 21, dans VIrm , \). 303; Peitz, r, 179. 
k. C, 20 



333 

même document, étaient probablement, du moins quelques- 
unes, des dépendances des gynécées'. Sous le nom de pislum, 
pisilum, pisile, pisalis, on désignait une chambre à fourneau ou 
à poêle, comme le mot l'indique, et comme des textes assez nom- 
breux le prouvent ^. 

Le terme de tegurium, que Bruns, Kinderling et Anton ne 
veulent pas que l'on confonde avec celui de tugurium, en a 
pourtant, de leur aveu, la signification. Il est, d'après notre 
texte, synonyme de screona, d'où est venu escrène, écraigne , 
en Lorraine crâne. C'est une chambre, une grange, une cave, où 
les femmes se réunissent en hiver pour la veillée '. 

Les bâtiments des gynécées devaient être entourés de bonnes 
clôtures et fermés par des portes solides, afin que les femmes 
ne pussent être troublée^* dans leur travail. 

50. Ut unusqnisque judex prxmdeat, quanti poledri in uno 
stabulo stare debeant, et quanti poJedrarii cum ipsis essepossint. 
Et ipsi poledrarii qui liberi sunt, et in ipso ministerio bénéficia 
habuerint, de illorum vivant beneficiis. Similiter et fiscalini qui 
mansas habuerint, inde vivant \ Et qui hoc non habuerit, de do- 
minica accipiat provendam. 

Cet article, conime beaucoup d'autres, ne paraît pas être à sa 
place, qui, je crois, était marquée auprès des articles 14 et 15. 
Il y est dit : 1" que les intendants doivent régler le nombre des 
poulains de cha(iue écurie et celui des hommes qui doivent avoir 
soin d'eux ; 2° que ces hommes, lorsqu'ils sont libres et qu'ils 
possèdent des bénéfices dans le district, doivent vivre de leurs 
bénéfices; 3" que les fiscalins, c'est-à-dire les poledrarii qui 
possèdent des manses royaux, doivent pareillement vivre de 
leurs manses ; 4° que les poledrarii qui n'ont ni bénéfices ni 
manses doivent être nourris et entretenus aux frais du roi, c'esl- 
a-dire mis au nombre des provendarii, dont il est question au 
S3I. 

Les poledrarii étaient pris, comme l'on voit, soit parmi les 
hommes libres, soit parmi les serfs. S'ils appartenaient à la classe 
des libres, ils pouvaient posséder des bénéfices, c'est à-dire des 

1. Biev., V. 18, 20 et '.(l, .i..ri>i //m , 11,301-303; Ferlz, 1, 178 el 179. 

Vl Voy. Du Caiigtr, aux inoU Pusdlis et Gynseceuni- 

:>. V(iy. Un Caiige, au mol Screo- 

', /.wK-oMmilitri itst/itr vivant in mm fingni^ ora .Mij)i)l<rn tsi. Vi\\r 



334 

lenures qui n'étaient, pas serviles, et qui par conséquent ne 
les obligeaient pas aux œuvres des serfs. Cts bénéfices étaient 
des portions de terre ou des biens concédés en usufruit, et dont 
la possession restait attachée à leur emploi. Nous avons déjà 
vu, au§ 10, que des maires, quoiqu'ils fussent généralement 
de condition plus ou moins servile, pouvaient posséder des bé- 
néfices de cette espèce; mais c'est qu'alors ils étaient exemptés 
par leur office des services de corps imposés aux autres tenan- 
ciers tributaires ^ . 

Nous retrouverons, au § 52, les fiscalini, dont le nom com- 
prend tous les hommes appartenant au roi, qui étaient établis 
sur ses terres ou dans ses lises ^. 

Les manses, dont nous avons déjà parlé au § 10, et qui repa- 
raîtront encore aux §§ 62 et 67, étaient des espèces de fermes 
héréditaires, chargées non-seulement de redevances, mais encore 
de services. 

A la lin de l'article, de dominica parait avoir été nus par er- 
reur pour de dominico, qui se trouve ailleurs et particulièrement 
dans le Polyptyque de Saint-Remi de Reims ^ Dominicum est le 
domaine, c'est-à-dire ce qui est au seigneur, et ce qu'il n'a donné 
ni en bénéfice ni à cens ^ 

Provenda signifie la nourriture et lentretien ; il est synonyme 
deprœbenda. Mais, dans la suite, on a donné le nom de pnebenda, 
prébende, au revenu ou bénéfice ecclésiastique annexé d'ordi- 
naire à la dignité de chanoine. 

51. Prxvideal unusquisque judex, ut sementia nostra nulla- 
tenus pravi homines subtus terram vel aliubi abscondere possint, 
et propter hoc mrssis rarior fiât. Similiter et de aliis maleficm 
illos prsemdeant^ ne aliquando facere possint. 

Je pense que sementia signifie les semences, les graines, se- 
mina, pluiôt que les semailles ou les grains semés, semenlis, 
sata; car autrement les motsveZ aîiiibi me sembleraient bien dif- 
ficiles à expliquer. On s'imaginait apparemment qu'en cachant 



1. Les œuvres servih's no sont pas imnoséts à VnliVammis, niaiiv de Villemcux, 
dans Vlrm., p. 77, § 8; ni an maire, au collerier, au doyen, an meunier du fisc 
d'Ennans, ibid-, p. 199 et 200, §§ 3-6. 

"Z. Il est question i]efisci aux .^§ 4 cl (i 

3. Irmin., t. Il, p. 'J!89, § 3. Voy. ausM I>u Cango, au mol Domhiicum .». 

i, Voy. l'Inn.,\. 1, .^7'*- 



335 

un sac de semence sous la terre, sous des pierres ou autrement, 
on empêchait les graines de lever. Tresenreuter a cru qu'il s agis- 
sait ici de délits, de méfaits, et non de maléfices. Mais c'est une 
erreur qui n'a pas été commise par Anton. Les divers textes de 
la loi salique, et en pfirticulier le titre 21 de celui deCharlema- 
gne, prononcent des peines contre les maléfices * . 

52. Volumvs ut de fiscalis vel servis nostris^ sive de ingenuis 
qui per fiscos aut villas nostras commanent, diversis hominibus 
plenam et integram , qualem habuerint, reddere faciantjusti- 
tiam. 

Tresenreuter me paraît ne pas avoir bien compris le sens de 
cet article. Bruns ne s'y arrête pas, et Kinderling se contente de 
proposer de lire de fiscaJinis, au lieu de de fiscalis. Anton, con- 
servant la leçon, distingue les (iscali des fiscalini. Les fiscali sont 
à ses yeux les serfs du fisc, servi fisci. Quant aux fiscalini, il ne 
dit pas ce qu'ils étaient. Puis il traduit les mots suivants vel 
servis nostris, par und [unsrer] Knechte, c'est-à-dire par les serfs 
du roi, qu'il distingue alors des serfs du fisc ; et par conséquent il 
met ici une différence entre les biens du fisc et les biens du roi. 
Mais je n'ai pas besoin de discuter cette question pour fixer le 
sens de l'article, et je la laisse de côté. Enfin, Anton traduit in- 
gemiis par étrangers, Fremden, en appliquant nécessairemerjt ce 
nom aux hommes libres domiciliés dans les terres royales. 

Or, ces diverses interprétations, purement arbitraires, sont 
inadmissibles. D'abord, il est impossible d'attribuer une signifi- 
cation différente aux mots fiscalini et fiscali, supposé que celui- 
ci existe autrement que par une faute de copiste. Kn second lieu, 
les ingenui ne sont pas les hommes libres, qui sont appelés 
franci à l'article 4, comme nous l'avons vu; mais les ingenui ré- 
pondent en général aux colons, comme le prouve le Polyptyque 
de Saint-Remi de Reims. 

Un article d'un capitulaire de l'an 803 commence ainsi : Ut 
homines fiscalini sive coloni aut servi, in alienuni dominium com- 



1 . Do même la loi des Ripuairts (litre 83) ; l'édil de Tiiéoiloiic, roi des ostrogoUis 
(c. 108, dans C*nc. I, il); celui de son petit-lil» et successeur Atlialaric (c. 9, ib , 
|>. 17); lu capitulaire de l'an 789 ',c. 18, diuisHerlz, I, 517); le ca[iitulairede l'an 802 
(c. 40, dans Pertz, I, 100); le deuxième cji|titiilaire de l'an 805 (c. 25 dans Bal. I, 428); 
le capilul aire de Quierr.y, de 87? (r. 7, dans Pertz, 1 , 520). Vor 7 fus** la formule 10 
■Us exorcismr», <Ihm» liiil H, fifil. 



morantes, aie. '. Dans ce passa^^e, fiscalini est, je crois, un nom 
générique qui embrasse les colons et les serfs; mais, dans notre 
paragraphe, les fiscali, c est-à-diré les fiscalini, étant distingués 
des serfs, paraissent ne comprendre que les colons du roi, tandis 
que, sous le nom de ingenui qui suit, seraient désignés les colons 
qui, sans appartenir au roi, auraient leur demeure sur les terres 
royales. 

En résumé, Charlemagne, ne voulant pas que les liscalins, co- 
lons ou serfs, qui sont ses hommes, ni que les colons étrangers 
qui habitent ses terres, abusent de la puissance de leur maître ou 
de leur hôte, pour causer du préjudice à leurs voisins ou pour 
s'assurer à eux-mêmes l'impunité, ordonne à ses intendants de 
les forcer à faire aux parties lésées pleine et entière justice. 

J'ajoute qu'il s'agit ici, pour les intendants, de faire rendre 
justice à tous, non contre tous, mais seulement contre les gens 
de condition plus ou moins servile établis dans les terres du roi ; 
car les procès ou les poursuites contre les hommes libres res- 
taient de la compétence des comtes ou de leurs centeniers, et 
non de celle des intendants, qui étaient avant tout des officiers 
domestiques, quoique royaux. 

53. Ut unusquisque judex prsevideat^ quaUter homines noslri 
de eorum ministerio latrones vel malefici nulîo modo esse 
possint. 

Dans celte ordonnance ou recomm.mdation |)réveBtive, de eo- 
rum ministerio, suivant la remarque d'Anton, se rapporte à 
unusquisque judex, comme dans le paragraphe qui suit, et non 
h homines ; eorum est pour le possessif suus, de même qu'aux 
§§ 3, 10, 42, etc. 

54. Ut unusquisque judex prœvideat, quatenus familia nostra 
ad eorum opus bene laboret, et per mercata vacando non eut. 

C'est-à dire, que chaque intendant ait soin que nos hommes 
fassent bien le travail qu'ils lui doivent, et n'aillent pas })erdre 
leur temps ou vaguer par les marchés ou les foires. 

Ad opus eorum signifie donc, je crois, pour l'œuvre, pour le 
service, pour le compte, au piofit de l'intendant, el ne se rap- 
porte pas à la familia : c'est, en effet, dans un sens analogue 
qu'il est employé dans les §§ '.4,8, II, etc. Anton avait émis 
la même opinion. Vacando semble être mis pour vaqando ; aussi, 

1. Capitula addUa, c 15 ; dans Periz, 1,121. 



:i37 

Anton l'a-l-il traduit par le verbe herutnlaufen (courir çà et là). 
On remarquera ici l'emploi du gérondif h la place du supin, de 
même qu'au § 57, où nous lisons proclamando venire pour pro- 
clamatum venire. Mercata peut s'entendre des foires aussi bien 
que des marchés. Charlemagne défendit de les tenir le dimanche : 
De mercalis^ dit-il, ut in die dominico non agantur, sed in die- 
hus quitus homines ad opus dominorum suorum debent operari * . 
Dans Pertz, cet article est ainsi conçu : Ut mercatus die domi- 
nico in nuUo loco habeatur, nisi ubi antiquitus fuit et légitime 
esse debet^. Le même texte est aussi donné par Baluze, dans un 
autre capitulaire^, 

55. Volumus ut quicquid ad nostrum opus judices dederint, 
vel servierint, aut sequestraverint, in uno brève consenti faciant, 
et quicquid dispensaverint, in alio; et quod reliquum fuerit, no- 
bis per brevem innolescant . 

Ce paragraphe n'a pas besoin d'explication. Seulement je ferai 
observer que servire devient ici, de même que dans d'autres do- 
cuments, un verbe actif, signifiant livrer ou fournir pour un 
service, et que brevis est le mot le plus ordinairement employé 
pour désigner un inventaire, une liste, un état. 

56. Ut unusquisque judex in eorum ministerio frequentius 
audienlias teneat, et justitiam faciat, et prœvideat qualiter recte 
familiœ nostrx vivant. 

C'était, non pour les hommes libres, mais pour les colons, les 
lides et les serfs du roi, que les intendants devaient tenir des 
audiences fréquentes dans leur ressort. D'après un article du 
Polyptyque de Saint-Maur des Fossés, les gens soumis à la capi- 
tation de quatre deniers étaient tenus de venir à trois audiences, 
en apportant avec eux leurs petits présents, euiogiœ''. 

57. Si aJiquis ex servis nostris super magistrum suum nobis 
de causa nostra aliquid vellet dicere , vias ei ad nos veniendi non 
contradicat. Et si judex cognoverit quod juniores illius adversus 
etim ad palatium proclamando venire velint, tune ipse judex 
contra eos rationes deducendi ad palatium venire faciat, qualiter 

1. CapiltU. I a. 809, c 18 ; dans Bal., 1, 46f, 

2. Capitul. Aqui.syr. a. 801), c. 9; dans Pfitz, 1, 156. 

:<. Capitul. Ha. 809, c. 8; Bal., 1,471. Voy. aussi Capitul. I a. 81.3, c. 15; Bal,, 
I, .'i04; Ptrtz, I, 190 ; Capitul. a. 89.3, c. 7 ; Bal., I, 6.35; IVrtz (c. !>), I, 2'i't ; Hdtet. 
Pist n. 8fi'», r. 19; Bal , II, 182; PerU, I. W).. 

i. Pnhipt hnssni., c in:rt;ins l'/rm/;i , H, JSt'i. 



338 

eorum proclamatio in auribus nostris f'astidium non generet. Et 
sic volumus cognoscere, utrum ex necessitate an ex occansione 
veniant. 

D'après ce paragraphe, qui doit être rapproché du §29, lors- 
que les serfs ont quelque chose à dire sur leur maître au roi, 
dans l'intérêt de celui-ci, le maître ne doit pas gêner leur accès 
auprès du roi. Tel est, je crois, le sens de la première phrase, 
dans laquelle je considère, avec Anton, le substantif magister 
comme le sujet du verbe contradicat. Ce qui, en effet, paraît 
écarter l'intendant, ce sont les mots, et si judex cognoverit, qui 
commencent la seconde phrase, el qui annoncent un autre sujet. 

Dans cette seconde phrase, en conservant aux pronoms illius 
et eum leur valeur grammaticale, on devra entendre par eum le 
magister, et par juniores illius ses propres junior es, c'est-à-dire 
ses aides ou ses subordonnés ; et c'est aussi de cette manière que 
l'a entendu Anton. Il me paraît d'ailleurs évident que ceux-ci 
ne sont autres que les servi dont il vient d'être question, et qui 
sont en effet des juniores par rapport à leur magister. Mais si 
illius était mis pour le pluriel sui, etewm pour ipsum, genre de 
faute très-fréquent dans notre capitulaire ' , alors ce serait au 
substantif judeo; qu'on devrait les rapporter. Quoique la gram- 
maire, dont les règles sont d'ailleurs si souvent violées, s'oppose 
à cette interprétation, la pensée générale de l'article pourrait 
toutefois y sembler favorable. En effet, après avoir prévu le cas 
où les serfs auraient des communications ou des dénonciations à 
faire contre leur chef, ne serait-il pas naturel que le roi prévît 
celui oii les officiers inférieurs auraient, de leur côté, à en faire 
contre leur intendant? Au reste, je ne veux pas donner suite à 
cette observation, le plus sûr étant de s'en tenir au texte, lors- 
que l'incorrection, loin d'être évidente, peut seulement être 
soupçonnée. La même réserve n'est pas commandée à l'égard de 
ce passage qui suit : Tune ipse judex contra eos rationes dedu- 
cendi ad palatium venire faciat, qui se traduirait mot à mot 
ainsi : « Alors que le juge lui-même fasse venir contre eux les 
raisons de conduire au palais. » Or, on se le demande, que si- 
gnifie l'expression faire venir des raisons? Où s'agit-il de les faire 
venir, et dans quelle intention ? Enfin, sont-ce les raisons ou les 
aides, juniores, qui doivent être conduits ou envoyés au palais ? 

1 . Voy. les §Ç ;;, 10, r.\, ^O, 36, 42, 50, ij.'J, 63. 



339 

Évidemment, l'expression est ici équivoque, la rédaction confuse 
et le sens obscur ou incertain. Je suis donc persuadé que le texte 
est corrompu, et voici comment. 11 me semble d'abord que ra- 
tiones doit être ici le régime du \erhededucere, comme il est, aux 
§§ 16 et 66, celui du verbe deducant, et que par conséquent on 
ne peut le subordonner à venire faciat. Je pense, en outre, que 
ad palatium doit se construire, non avec deducendi, mais avec 
faciat venire. C'est pourquoi je n'hésiterai pas à toucher au texte, 
et je proposerai de lire dedncere veniendi, au lieu de dedu- 
cendi venire. La faute est facile à concevoir de la part d'un 

copiste, et la correction n'a, je crois, rien de trop téméraire. 
Avec ce simple changement, l'obscurité se dissipe, chaque mot 
recouvre sa valeur, et le texte, ainsi amendé, se construit de la 
manière suivante : 7'unc ipse judex faciat deducere contra eos 
rationes veniendi ad palatium . C'est-à-dire, que l'intendant fasse 
lui-même dc'duire ou exposer par écrit, après enqnètp, leurs mo- 
tifs de venir au palais. Ce qui me paraît offrir un sens parfaite- 
ment clair et de tous points satisfaisant. On conçoit en effet que 
Charlemagne, en voulant que le chemin de son palais fût tou- 
jours ouvert à ses hommes, ait pris ses précautions contre les 
abus, et qu'il ait en conséquence demandé, pour certains cas, à 
ses intendants des rapports sur les motifs qu'on pouvait avoir de 
s'adresser directement à lui. Cette prescription est d'ailleurs con- 
forme àcelle d'un capitulaire que nous avons citée dans une note 
relative au § 29, 

Le sens du mot occansio, pour occasio, à la fin de l'article, est 
déterminé par le sens même de la phrase. Ce mot ne peut guère 
avoir d'autre signification que celle de prétexte ou motif sans 
fondement. Aussi, Anton traduit-i! ex occansione pnr ausVor- 
wand. 

58. Quando calelli nosiri judicibus coinmendati fuerint [ad 
nulriendum^ ipse judex ' 1 de suo eos nutriat, aut junioribus suis, 
id est majoribus et decanis, vel cellerariis ipsos commendare fa- 
ciat, quatenus de illorum causa eos bene nutrire faciant ; nisi 
forte jussio nostra aut reginse fuerit, ut in villa nostra ex nostro 



I. Ï» mots ad nutrie.ndum , ipse judex, matuiiieiit dans Pertz, comme dang les 
aiirieiines éditionR. Mais Bruns les donne, on expliquant, dans nne note, pourquoi 
ilH ont M omis par les pr<'^édeiit« 6<tit«>iirs. Nous regrettons que M. Pertz n'ait donné 
aurunr i-xplicalioit de vfWe. omission. 



340 

eos nutriant. Et tune ipse judex hominem ad hoc opus mittat, 
qui ipsos bene nulriat; et segreget unde nulriantur, et non sit illi 
homini cotidie nécessitas ad scuras recurrere. 

Tresenreuter entend par catelli déjeunes chiens, et Anton des 
chiens en général, hunde. Gomme les chiens sont toujours ap- 
pelés canes dans les lois et dans les capitulaires ' , et qu'ils ont 
déjà été ainsi désignés dans notre capitulaire même, au § 1 1 (sans 
parler du § 23, où le mot canes me paraît devoir être remplacé 
par carnes), je préfère l'opinion du premier. Ici le mot scura 
doit signifier un fenil, ainsi que nous en avons déjà fait la re- 
marque, ou peut-être même un chenil, plutôt qu'une écurie. 

59. Unusquisque judex quando servierit, per singulos dies dare 
faciat de cera libras III, de sapone sextaria VIII; et super hoc 
ad festivitatem sancti Andrese, ubicumque cum familia nostra 
fuerimus, dare studeat de cera libras VI; similiter médian te quor 
dragesima. 

Charlemagne dépensait donc par jour trois livres de cire et 
huit setiers (de 25 à 30 litres) de savon, qui lui étaient fournis 
par l'intendant de service. De plus, le jour de la Saint-André 
(le 30 novembre), qui était une des grandes fêtes de l'Église *, 
et à la mi-carême, on ajoutait six livres de cire à la provision 
ordinaire, lorsque le roi était présent avec ses domestiques. D'a- 
près Anton, l'addition aurait été de trois livres seulement; mais 
je ne puis admettre son interprétation. On remarquera que le 
savon se mesurait au setier, et que, par conséquent, il devait 
être liquide. 

L'expression mediante quadrugesima signifie évidemment la 
mi-carême, de même que, dans Palladius, junio mediante signi- 
fie la mi-juin ^. 

60. Nequaquam de potentioribus hominibus majores fiant, sed 
de mediocribus qui fidèles sint. 

J'ai déjà eu loccasiou de parler (§ 10) de la disposition con- 
tenue dans cet article, par laquelle Charlemagne préfère, pour 
maires de ses terres, des hommes sûrs à des hommes puis- 
sants. 

61. Ut unusquisque judex quando servierit, suos bracios ad 



J. Voy. les labiés desCapitul. de. Baliize, au mot Canis. 

2. Ansegisi CapUuL, I, 158, et II, 33 (Bal., II, 35). 

3. Pallad., Afar^., I, 32 



341 

palatium ducere faciat ; et simul ventant rnagistrij qui cervisam * 
bonam ibidem facere debeant. 

li a été aussi question, dans notre commentaire sur le ^ 29, 
des magistrioii maîtres brasseurs mentionnés ici. Je n'ai rien de 
plus à en dire, et je ne répéterai pas non plus ce que j'ai dit ail- 
leurs des bracii, du brace ou bracium, que nous désignons au- 
jourd'hui sous le nom de malt. 

62. Ut unusquisque judex per singulos annos ex omni conla- 
boratione nostra, quant cum bubus quos bubulci nostri servant^ 
quid de mansis qui arare debent, quid de scgaîibuSy quid de cen^ 
sis, quid de fida facta vel freda, quid de feraminibus ^ in forestis 
noslris sine nostro permisso captis, quid de diversis conpositioni- 
bus; quid de molinis, quid de fores ti bus, quid de campis ', quid de 
pontibus vel navibus; quid de liberis hominibus et centenis qui 
partibus fisci nostri deserviunt'' ; quid de mercatis; quid de vi- 
neis-, quid de iîlis qui vinum soîvunt; quid de feno ; quid de li- 
gnariis, et facuîis; quid axilis ^^ , vel aliud materiamen ; quid de 
proterariis '^ ; quid de leguminibus ; quid de milio, et panigo; 
quid de lana, lino, vel canava; quid de frugibus arborum; quid 
de nucibus, majoribus vel minoribus; quid de insitis ex diversis 
arboribus ; quid de hortis ; quid de napibus ; quid de wiwariis '' ; 
quid de coriis; quid de peUibus; quid de cornibus; quid de nielle et 
cera; quid de uncto, et siu, velsapone; quid de morato, vinococto, 
medo. et aceto ; quid de cervisa; de vino novo et vetere ; de annona 
nova et vetere; quid de pullis et ovis, vel anseribus, id est aucas; 
quid de piscaioribus , de fabris, de scutariis, vel sutoribus ; quid 
de huticis*, et confinis, id est scriniis; quid de tornatoribus , vel 
sellariis; de ferrariis " et scrobis , id est fossis ferrariciis, vel aliis 
fossis '", plumbaridis ; quid de tributariis; quid de poledris, et 

1. Ce nom est plus souvent écrit cervisia, comme dans l>line. 

2. Nous av<nis dr^ja vu /eramina au § 36. 

:». I.c'^endiim es» • viiietur cambis V. supra, p. 178, I. /i9. Pertz. CVst un pas^^age 
'tu Bieviarium, aux deux tiers du § commençant par Invenimxisin Asnapio. 

i. Deserviunt est employé au § 47. 

j. Germ. Schindeln. Pertz. 

0. Vox olisciira ; Cangii conjectura pe^rariis ob sj;nlenliarum nexum admilti pos.se 
non videuir. Tresenreuler petariit a voce peta germ. forf legil ; haiid maie. P. 

7. Vuiuuarus,Co(i Cf. cap. 65 P. 

« CtMta mujor. P. 

't ollirina ft'rraiia I'. 

10. I>i>tiii(li<) liii jam dcleta t'>t P. 



342 

puUrellis', habuerint, omnia seposita dislincta et urdinala, ad 
nativitatem Domini nobis nolum faciant, ut scire valeamus, quid 
tel quantum de singulis rébus habeamus. 

IVous trouvons ici le détail des travaux et des produits com- 
pris, sous le nom de conJaboralus, aux §§ 6, 30 et 33. On peut 
diviser les produits en plusieurs branches, savoir : l'agriculture, 
l'horticulture et les bois; les moulins, rivières et étangs; les 
brasseries; les haras; les porcheries, la basse-cour, les abeilles; 
la laine, les peaux, les cornes et ia graisse des animaux ; le sa- 
von, les métiers, les mines; les droits payés par les hommes 
libres, les droits de justice, de marché, de paisson et de naviga- 
tion, les péages et les tributs. 

Les produits ne sont pas rangés suivant leur nature, et l'on 
en peut observer, dans le capitulaire, un assez grand nombre qui 
ne sont point rappelés dans notre paragraphe. Je citerai, pour 
exemples, la plus grande partie du bétail du § 23 ; la plupai t des 
provisions de bouche du § 34, et plusieurs du §44, telles que le 
fromage et le beurre; les oiseaux du § 40; les objets fabriqués 
dans les gynécées (§§31, 43, 49) et par diverses sortes d'arti- 
sans (§ 45); quelques meubles, outils et armes des §§ 42, 64 
et 68 ; etc. 

Quoique la plupart des mots du texte se traduisent sans diffi- 
culté, plusieurs expressions ont besoin d'être expliquées, et il y 
a quelques termes dont il me semble bien difficile de connaître 
la signification. 

Anton ne paraît pas avoir compris le sens de ce passage : ex 
omni conlaboratione noslra, quam cum bubus, quos bubulci nostri 
servant, quid de mansis qui arare debent , . . . habuerint, devant 
lequel on doit sans doute suppléer le mot quid, pour avoir le 
premier régime du verbe habuerint, rejeté vers la fin du para- 
graphe. Il l'entend du produit des bœufs et de celui des manses 
cultivés. Et d'abord je ne vois pas trop quel peut être ce produit 
des bœufs. Ensuite il suppose que les manses, dont il s'agit, sont 
ceux du domaine royal ; car des manses étrangers n'auraient, avec 
son interprétation, rien à faire ici. Enfin il traduit comme s'il y 
avait arari, et non arare, qui est aussi bien dans Bruns que dans 
Pertz. Il revient donc à la leçon des anciennes éditions, trompé 
sans doute par une noie de Bruns, qui, après avoir imprimé 

lînins a vomerxé pufreflis d's anciennes édilions. 



343 
arare dans sou texte, met en note : ms. arari. Mais, avec cette 
dernière leçon, la phrase deviendrait pour moi inintelligible; et 
d'ailleurs, si M. Pertz, après avoir collation né le manuscrit, et 
avoir eu le livre de Bruns sous les jeux, a imprimé arare, sans 
aucune observation, c'est que ce verbe était ainsi écrit. J'ajoute 
que, par le produit des bœufs et des manses, ou ne peut entendre 
des céréales, vu que les céréales ont une mention à part dans le 
texte, et qu'on ne doit pas supposer qu'on ait écrit deux fois la 
même chose dans le même paragraphe. 

Je m'écarterai donc encore ici du sens adopté par Anton, et 
j'entendrai ce passage des labourages des terres du domaine 
royal, faits d'un côté par les bœufs du roi, de l'autre par les 
manses tributaires assujettis à ce service. El, en effet, les labours 
dus au seigneur par ses tenanciers sont marqués, dans les poly- 
ptyques, avec le même soin que les redevances. 

Les censa pourraient embrasser les diverses espèces de cens, 
payés, ou en argent ou en nature, a quelque titre que ce soit; 
toutefois, j aime mieux n'appliquer ce nom, comme dans le§ 36, 
qu'aux cens payés pour le droit de paissou dans les bois du 
roi, non-seulement parce que la mention des censa vient immé- 
diatement après celle des porcs; mais encore parce que les au- 
tres cens peuvent facilement rentrer dans les articles qui sui- 
vent. 

L'expression de fida facta a été le sujet de plusieurs interpré- 
tations. Tresenreuter, au lieu de ^da, lit feda avec les anciens 
éditeurs, et fait ce mot synonyme de feida, qu'il confond avec 
le wirgeld et les autres compositions; ce qui n'a plus besoin au- 
jourd Imi d'être réfuté. Kinderling penche pour la leçon de fide 
fracla, mais n'éclaircit rien. Anton, qui lit de fide facta, traduit 
par von geschlossenen Vergîeichen , et explique, en note, qu'il s'a- 
git des droits payés pour un jugement rendu ou pour un accord 
conclu à la suite d'un différend. 

J adopte volontiers cette explication. A la vérité, au lieu de 
fide, qui est dans Bruns, on lit fida dans le manuscrit, suivant 
l'autorité de M. Pert/; mais si fide n'est pas la vraie leçon, on 
|)eut néanmoins l'admettre comme correction d'une faute assez 
ordinaire chez les mauvais copistes, et occasionnée ici par la ter- 
minaison du mot suivant, facta. 11 y a, en outre, un motif parti- 
culier a taire valoir en faveur de celte correction : c'est que fidex 
facta «si une expression ([ni je rencontre assez fréquemment 



daus les documents anciens, et, entre aulies, dans toutes les ré- 
dactions de lu loi salique. Chacun des nombreux textes de cette 
loi contient même un titre ayant pour rubrique ou les mots de 
fide facta, qui appartiennent aux plus anciennes réductions, ou 
ceux-ci , de eo qui fidem factam alteri reddere noluerit, que nous 
lisons dans la rédaction de Charlemagne '. Or les mots fidem 
/"acéfre signifient, en général, ainsi que le confirme M. Pardessus, 
contracter une obligation ^ ; et d'après le titre dont il s'agit, 
celui qui ne remplissait pas son engagement envers un créancier 
était contraint judiciairement de lui payer sa dette el de plus 
une indemnité dont le comte avait sa part. Ainsi les engagements 
violés ou éludés donnaient lieu à des indemnilés ou amendes, 
suivant la législation des Francs salieus ; et si l'engagement avait 
été pris entre des hommes du roi, ce qui est le seul cas à sup- 
poser dans notre capitulaire , il n'est pas douteux que la portion 
de l'indemnité due au juge ne profilât exclusivement au trésor 
royal ; attendu que les affaires de ces hommes n'étaient pas de 
la compéteu'ce du juge ordinaire, et qu'ils étaient eux-mêmes 
soumis à une j uridiction exceptionnelle et domestique , en rapport 
avec leur condition ordinairement seivile. Toujours est-il que la 
violation de la fides facta , sinon l'acte même de l'engagement, 
était une source de revenus pour le roi , et qu'il est naturel qu'il 
en soit tenu compte dans le paragraphe qui nous occupe. 

Le mot suivant, freda, est rendu par friede, la paix, dans la 
traduction d'Anton ; mais ce mot conserve ici sa signification or- 
dinaire, qui est celle d'amende, payée surtout dans les procès 
criminels, et distinguée de l'indemnité ou des dommages-inté- 
rêts. Les compositions diverses sont ensuite mentionnées sous le 
nom de composiliones. 

Au lieu de campis, M. Perlz propose de lire cambis, qui se 
trouve dans le Breviarium; mais, quelque ingénieuse que soit cette 
correction, je ne pense pas qu'on doive l'adopter, par la raison 
que la bière, cervisa, qui est le produit des cambse ou brasseries, 
est elle-même mentionnée ci-après. Je préfère donc la leçon du 
texte, campis, contre laquelle je ne vois rien d'un peu grave à 
objecter. Les revenus des champs ou terres cultivées figurent 
d'autant mieux dans le compte, que ceux des forêts et des vignes y 
sont indiqués; peut-être, d'ailleurs, qu'il s'agit ici du champart, 

!. Til,. y).. 

'1. Paid., Loi sol., |». ;;94, note 567. 



345 

aralkum. On ne peut non plus considérer comme un double 
emploi la mention du hlé nouveau et du blé ancien, qui viendra 
tout à l'heure, attendu que ce blé peut provenir, au moins en 
partie, de certaines redevances des tenanciers, et non pas uni- 
quement de la récolte des champs du domaine. 

Les droits payés pour le passage des ponts, pontaiica, ceux de 
navigation, ripatica, tehnea navalia, et les droits de marché, 
qui suivent, sont l'objet d'un règlement de lan 820, dont je 
rapporterai" la plus grande partie [(our servir d'éclaircissement à 
noire paragniphe. 

Ut nullus ieloneum exigat , dit Louis le Débonnaire, nisi in mer- 
catibusubi communia commercia emunturet venundantur; neque in 
pontibus, nisi ubi antiquitus telonea exigebantur ; neque in ripis 
aquarum, ubi tantum naves soient aliquibus noctibus manere; 
neque in silvis, neque in stratis, neque in campis, neque subter 
pontem transeuntibus, nec aîicubi, nisi tantum ubi aliquid emitur 
aut venditur qualibet causa ad communem iisum pertinens. Et 
ubi emptor cujuslibet utitur herba aut lignis aut aliis viUaticis 
commodis, cum eo cujus sunt quibus utitur, agat juxta lestima- 

lionemnsus, et quod justum est de tali re, illi persolvat Cx- 

terum, sicut superius dictum est, nisi in memoratis lacis nemo a 
quolibet exigat telonea. Et si quis fecerit contra hsec prxcepta 
nostra, sciât se esse damnandum LX summa solidorum * . 

Quid de liberis hominibus et centenis [eorum] qui partibus fisci 
nostri deserviunt. Tresenreuter propose de lire centenariis, au 
lieu de centenis, et entend par ces centenarii les hommes du fisc 
attachés à des centaines, définition que rien ne confirme. Bruns 
et Kinderling ne donnent aucune explication. Anton traduit 
ainsi : Was non freien und zcntbaren Leuten, etc., en rendant le 
mot centenis par un adjectif allemand à peu près inexplicable. 
Quoique le mot latin n'ait pas ici un sens très-clair, il me sem- 
ble qu'on en doit faire un substantif, et le pluriel du féminin 
cenlena, qui signifie soit un district, soit une agrégation appe- 
lée centaine. Alors centenis qui sera pour centenis eorum qui, de 
même que, au § 8, de villis nostris qui cinum debent, est pour 
de villis noslris eorum qui, etc. Il s'agirait donc de droits payés 
par les homtnes libres et par les centaines chargées de services 
ou de redevances au prolit du roi. Ce qui 8up|)08e ou que des 

I. Cnpitul. Aquisgr. a. 89.0, c. l ; dans Bal., I, 021; Perl/, I, 29.8 et 22». 
ly. {Troisième xfiric.j 23 



346 
caulous étaient assignés, dans les terres royales, aux hommes li- 
bres qui desservaient celles-ci, ou que ces hommes formaient 
entre eux des associations particulières, semblables aux centai- 
nes de Childebert II ' et de Clotaire II ^ , et comparables aux 
décanies ou dizaines formées par les colons et les serfs dans les 
deux plus grands fiscs de l'abbaye de Saint-Germain ^ 

Quid de vineis désigne la récolte des vignes seigneuriales; et 
quid de illis qui vinum solvunt, le vin dû par les tenanciers. 

Lignarium est un tas de bois à briller, un biîcher; facula, 
une torche faite avec des bois résineux ou avec de l'écorce de 
certains arbres '' ; axilus, axilis, axiculus, une planche ou vo- 
lige ^\ materiamen, du bois d'œuvre. 

Le mot suivant proterariis est assez embarrassant à expliquer. 
Comme les anciennes éditions portent pterariis^ Du Gange a 
pensé qu'on devait lire petrariis, par une simple permutation de 
lettres, et que ce mot signifiait des carrières. ïresenreuter, sans 
rejeter cette explication, songe au mot petaria, qui veut dire un 
lieu d'où l'on extrait un gazon noir appelé petie, en allemand 
Jor/, en français tourbe. Ce dernier sens, quoiqu'il soit approuvé 
par M. Pertz, soulève d'assez graves objections : premièrement 
on ne l'obtient qu'en touchant au texte; secondement les mots 
petse et petaria ne se trouvent pas employés avant le treizième 
siècle au plus tôt, ni ailleurs, que dans des documents écossais : 
or, peut-on s'en servir avec confiance pour expliquer un texte 
rédigé sous Charlemagne , et relatif à des pays voisins du Rhin? 
Anton s'en tient à proterariis, et le traduit ])f\r Aekern, des 
champs, après avoir déjà mentionné le produit des bœufs, c'est- 
à-dire des champs, et avoir traduit de sogalibus par von Akerzin- 
sen (des cens agraires), et de campis par von Feldern (des champs), 
sans songer qu'il aura tout à l'heure à enregistrer le produit des 
moissons. Voilà donc, d'après sa manière de traduire, un pro- 
duit qui entrerait cinq fois dans le compte demandé par notre 
paragraphe. Et cependant proterariis, qui doit être la bonne le- 
çon, attendu qu'elle est justifiée par d'autres documents anciens, 

1. Decretio, §§ il et 12; dans Bal., I, 19; Pertz, I, 10. 

2. Decretum, § 1 ; dans Bal., ibid.; Fertz, l, il. 

3. Voy. VIrm., prolég., § 24, et t. Il, p. 76, § 1 ; p. 78, § 9; p. 85, col. 2 ; p. 96, 
col. 1, etc.; p. 245, § 1 ; P- 253, col. 1, etc. 

4. Voy. VIrm., prol, § 394. 

5. Voy. ib,, § 393. 



347 

coucernant des possessions situées de même près du Rhin, dé- 
signe vraisemblablement une certaine espèce de terre. En effet, 
dans une charte de l'an 764, on lit : In ducato Alamannorum, 
in pago Brisagaviensis,... terris seuproterrariis, domibits, œdifi- 
ciis, mancipiis, vineis, silvis, casis, casalis^ campis, pratis, pa- 
scuis, etc. '. De plus, une notice de l'an 1060, sur la restaura- 
tion de l'abbaye d'Eschau, non loin de Strasbourg, contient le 
passage suivant : Tnsnlam [quse vocatur Hoscowià] ^ . . . cum domi- 
6ms, fedificiis, curtis, pomiferis, mancipiis^ vineis, silvis, campis, 
terris, proterrariis, farinariis, pascuis -. Il est évident que dans 
ces exemples, cités par Du Gange, proterrariis ne peut signifier 
que des terres d'une certaine espèce; et, comme il est distingué 
de terris, de campis et de pascuis, il me semble qu'il sert à dési- 
gner des terres incultes, et que les mots terris et proterrariis ré- 
pondent à cette expression, terris cullis et incuUis, qui se présente 
si souvent dans les chartes. On pourrait aussi conjecturer que 
proterarium a le même sens que le mot area ou arealis, qui entre 
fréquemment dans les énumérations de biens ; mais je ne m'ar- 
rêterai pas à cette conjecture, qui me paraît être plus hasardée, 
et, revenant à ma première explication, je conclurai en disant 
que le quid de proterariis de notre paragraphe peut s'entendre 
du produit des terres vaines, c'est-à-dire des droits de vaine pâ- 
ture ou autres semblables. 

Napibus est pour napis, navets. D'après Anton, les mots sm 
vet sapone ne désignent qu'une seule chose, le savon, comme s'il 
y avait siii, id est sapone, le terme de siu ou siv répondant à 
l'allemand Seife, savon. Mais je préfère l'explication de Bruns, 
qui donne à veî la valeur de et , ce qui est en effet sa valeur 
ordinaire, et qui entend par siv du suif, sevum. 

On a vu, au § .'i4, ce que c'était que le moralum et le medum. 
Lesscutarii, dont il a déjà été question au § 45, sont appelés escu- 
ciers dans la Taille de 1292 ^. C'étaient des fabricants déçus on 
boucliers, .scu/a. « Scutarii, dit Jean de GarUmôc, prosunt civilali- 
tnis tolius Galliœ, qui vendunt mililibus scula tecta tela, corio el 
oricalco, leonihus et foiiis liliorum depicla^' '. 

Au lieu de la leçon kuiiciSj adoptée par M. Pertz, on lit dans 

1 . Cliarla Chrodardi, dans Félib., Hist. dp. S. Denis, pr., p. î9, n. 42. 

2. Gnll. chr., t. V, instr., vm\. 473. 

3. (U'jM\t\, Parut soui Philippe le Ucl, p. Wl. 
',. fhid , p. 5S8, 

Î3. 



348 

les anciennes éditions, buticis, que Bruns a encore conservé, tout 
en avertissant qu'on peut aussi lire huticis. Hutica est une es- 
pèce d'armoire ou de buffet, que l'on désigne vulgairement sous 
le nom de huche, et qui sert, ou qui servait à faire ou à serrer 
le pain. Les huchiers ou fabricants de huches iiguretit dans les 
Ordonnances sur les métiers * , et dans la Taille de 1292 *. Confi- 
nus, pour cophinus, signifie un coffre, une boîte, un étui, et non 
plus une corbeille. La même signification est donnée par notre 
texte au mot scrinium. Les fabricants d'écrins ou d'étuis étaient 
appelés escriniers ^. Les sellarii sont les selliers. 

Dans la phrase suivante, le mot ferrariis, qui n'est pas expli- 
qué par Tresenreuter, ni traduit par Anton , est pour officinis 
ferrariis; c'est l'interprétaiion de Kinderling, adoptée aussi par 
M. Pertz. Scrobis (au lieu de scrobibus) est l'équivalent de fossis, 
comme le texte l'indique. Joint aux adjectifs /errancm et plum- 
hariciis, il désigne des mines de fer et des mines de plomb. 

Gharlemagne, après avoir ainsi enjoint à ses intendants de lui 
adresser chaque année, à Noël, un compte exact, clair et métho- 
dique de tous les produits de ses domaines, revient sur toutes 
les prescriptions qu'il leur a faites, et les avertit avec bonté de 
ne pas les trouver trop rigoureuses ; car il veut que tout ce qu'il 
requiert d'eux, ils le requièrent pareillement eux-mêmes, et sans 
dureté, ou sans injustice des officiers placés sous leurs ordres. 
C'est ce qui est exprimé dans le paragraphe suivant : 

63. De his omnibus supradictis, nequaquam judicibus nostris 
asperum videatur si hoc requirimus; quia volumus ut et ipsi si- 
mili modo junioribus eorum omnia absque ulla indignations re- 
quirere studeant ; et omnia quicquid homo in domo sua, vel in 
villis suis habere débet, judices nostri in villis nostris habere de- 
béant. 

Il semblerait, selon la remarque d'Anton, que le capitulaire se 
terminait ici primitivement, et que les articles suivants ont été 
ajoutés plus tard par le roi. 

64. Ut curra nostra qum in hostem pergunt, basternœ bene 
factse sint, et operculi bene sint , cum coriis cooperti; et ita 
sint consuti, ut^ si nécessitas evenerit, aquas ad natandum, cum 
ipsa expensa quse intus fuerit, transire flumina possint, ut ne- 

1. Depping, p. 373. 

2. Géraud, p. 517. 

3. Depping, p. 375 ; Géraud, p. 506. 



349 

quaquam aqua intus intrare valeat^ et bene salva causa noslra, 
sicut diximus, transire possil. Et hoc volurmis^ ut farina in uno- 
qiioque carro ad spensam nostram missa fiât, Jioc est duodecim 
modia de farina^ et in qiiibus vinnm ducunt , modia XII ad no- 
strum modium mittant; et ad unumquodque carrimi scutiim et 
lanceam, cucurum^ et arcum habeant. 

Les anciens éditeurs et les traducteurs ajoutent la conjonction 
et devant basternx; Bruns fait de même, en avertissant qu'elle 
manque dans le manuscrit. Mais il me semble que cette con- 
jonction, loin d'être nécessaire, est repoussée par le texte, qui 
ne suppose qu'une seule espèce de chars (carra pour carri) , 
savoir ceux qu'on désignait sous le nom de basternes, et qui ser- 
vaient au roi et à sa maison, dans ses guerres. Ils devaient être 
recouverts de cuirs, de manière qu'ils fussent en état de nager 
sur les eaux et de traverser les fleuves, sans dommage pour les 
provisions et les armes qu'ils portaient. Quoique la rédaction 
soit assez incorrecte, le sens général a peu d'obscurité ; mais il 
n'est pas facile de déterminer la forme de ces chars de guerre. 
La seule difficulté est dans les mots operculi cooperti cum coriis 
et comuti. Que devons-nous entendre, en effet, par ces opercules 
couverts ou recouverts de cuirs et cousus ensemble? D'abord 
s'agit-il uniquement de la couverture supérieure des chars? Évi- 
demment non; car à quoi aurait-il servi, pour faire passer l'eau 
à des chars, de les fermer et garnir de cuirs par en haut seule- 
ment? Certes, si une pareille précaution était nécessaire, c'était 
surtout pour les parties basses, destinées à plonger dans l'eau. 
Il fallait donc que les opercules fussent aussi placés sur les côtés 
et peut-être môme encore sur le fond des chars. Ce point me 
paraît difficile à contester, 

Ensuite, de quoi pouvaient-ils être faits? ce n'était pas de 
planches ni d'osier, par exemple; puisqu'on devait les coudre 
ensemble, c'était nécessairement de toile ou de drap, les seules 
matières, avec le cuir, dont on les doublait, qui fussent suscep- 
tibles d'être cousues. Par conséquent, les operculi auraient con- 
sisté, non dans des cerceaux, comme le veut Anton, mais dans 
des pièces de toile ou de drap, étendues sur le haut et sur les côtés 
descharn, à l'exception, toutefois, de la partie antérieure et su- 
périeure, qui devait rester libre pour le service et la conduite. 
Mais alors je dois faire observer que, les opercules étant dits 
recouverts de cuir, le cuir n'était sans doute considéré que 



350 

comrae l'accessoire, attendu qu'il aurait été évidemment la partie 
principale de la couverture, si les opercuU n'avaient été formés 
que d'uu simple tissu de fil ou de laine. H me semble donc diffi- 
cile de donner aux opercules si peu d'épaisseur et de solidité, et 
de ne pas croire qu'ils étaient composés vraisemblablement d'une 
espèce de fond rembourré et piqué, d'une telle consistance, que 
le cuir appliqué par-dessus pouvait être considéré comme une 
doublure. 

Ou conçoit, au reste, que des chars ainsi construits pouvaient 
passer les fleuves, à la manière d'un bac, au moyen d'une traille 
ou corde tendue d'une rive à l'autre. Il a déjà été question, au 
5 30, des chars de guerre, sur lesquels on pourra voir ce que 
nous en avons dit dans ïlrminon *. 

L'expression aquas ad natandnm ne peut s'expliquer gramma- 
ticalement; mais le sens en est parfaitement clair; c'est comme 
s'il y avait (nécessitas) aquas transnatandi ou tramnandi. 

On a vu, au § 24, qu'on devait entendre ici par expensa les pro- 
visions, et par spema la consommation. Anton traduit le premier 
par Gepâke (paquets, bagages), ce qui est un terme trop géné- 
ral; et le second par Spende, qui revient au sens que je propose. 

On observera que le mot causa doit se traduire par chose, 
comme aux §§ 5 et 58; que le verbe fiât est emplo3'é pour l'auxi- 
liaire sit, de même qu'au § 65 qui suit, et que cucurum signifie 
un carquois, iiharelra, en allemand Kôcher, xouxoupov chez les 
Grecs du Bas-Empire. 

1. I, 662 et C63. 

Benjamin GLÉRARD 

(lie l'institnt). 



ESSAI 

SUR 

L'ASILE RELIGIEUX 

DANS L'EMPIRE ROMAIN 

ET lA MONARCHIE KRANCAISK '. 



ASILE DANS L ANTIQUITE JUIVE ET PAÏENNE. 



But el causes du droit d'asile. Caractère tout purliculier de ce droit en Judée. 
Les six villes d'asile établies par Moïse ne protégeaient que l'homicide involontaire. 

Étendue remarquable du droit d'asile en Grèce. Sa popularité. Il se maintint 
après la conquête romaine, et sans doute jusqu'au triomphe du christianisme. 
Ses inconvénients et ses avantages. L'impunité n'était point une conséquence né- 
cessaire du recours à l'autel. Peine et expiation des violateurs de l'asile. Les 
temples n'acquéraient ce droit qu'en vertu d'une concession spéciale. L'asile de 
la Grèce a plus de rapport avec l'asile chrétien que n'en a l'asile des lois ju- 
daïques. 

Rome commence par un asile; mais cet asile primitif n'eut qu'un but politi- 
que. Les Romains ne semblent point avoir admis l'asile religieux. Aigles des 
armées, Flaminc Diale, Vestale. Asile de la statue impériale. Ses abus. 

On lit dans les poètes et les historiens de l'ancienne Grèce que, 
don asile, se sont formées quelques-unes de leurs républiques 

I. Asile, qu'il s(!rait plus lo};i(juȔ d'orthographier as y le , vient du mot grec 
â«ïvi).o<; (à privatif, <ru/âw, enlever, piller). — Nous avons employé celte expression 
de préférence à celles du franchise , d'immunité, (\ii'oui adoptée» notre droit civil 
••t le droit canonique, parce que le sens de la première est clair et précis, et que le 
sens de» autres est vague cl indéterminé. Le mot italien correspondant est asilo, 
frfinchifjia;\i- mol allemand, FrenstnU, t\enhunfj. 



352 

les plus llorissaiites. Au milieu de sociétés peu civilisées, un 
héros, Thésée ou Cadmus, rassemble, autour d'uu autel protégé 
par la vénération des peuples, d'autres bannis, d'autres émigrés, 
et presque tous venants. Comme il fallait nécessairement des hom- 
mes pour fonder la ville, on se gardait de rechercher les griefs de 
la vie passée, et de rejeter un secours dont les voisins auraient su 
profiter. Tel était le velus consilium condentium urbes, comme dit 
Tite-Live. Un asile fut le berceau d'Athènes, un autre fut celui 
de la ville éternelle. Faut-il s'étonner de cette politique et des 
effets produits par le respect des autels? Dfins des temps plus 
rapprochés de nous, ne voyons-nous pas des faits analogues se 
re()roduire, des villes se peupler par l'amnistie accordée à cer- 
taines fautes ' , comme par l'exemption de certaines charges, un 
nombre d'autres se développer au milieu des vastes immuni- 
tés des églises et des cloîtres, et la sainteté du lieu servir mieux 
qu'autrefois de sauvegarde au peuple ^ ? 

Utile pour la fondation des villes, l'asile (et c'est à ce second 
point de vue que nous l'envisageons) le fut davantage pour assu- 
rer la justice à l'intérieur de la société. En nous rappelant la 
constitution des nations antiques, dont une des institutions fonda- 
mentales fut l'esclavage avec la terreur pour base indispensable, les 

Les ouvrages à consulter sur cette matière sont les traitésde Rittershusiiis : ASïAIA, 
hoc est, de Jure asylorum tractatus locupletissimus, Argenlorati, 1624 ; — de Fra 
Paolo Sarpi : de Jure asylorum liber singularis; — de Zegerus van Espen : Dis- 
sertatio canonica de intercessione sive interveniione episcoporum. . . seuasylo 
templorum, Lovanii, 1721; — de Jo. Adam, de Asy lis gentilium dissert.; — de 
Joseph. Aloys. Assemanni : Commenfarius theologico-canonico-criticus de eccle- 
siis, earum reverentia et asylo , atque concordia sacerdotii et imperii, Romse, 
1766 ; — de Jos. Osiander (Gronov., Thés, antiq. grœc. , t. VI) ; — de Pinson : de 
Immunitatibus ecclesiarum ; — d'uu anonyme: Sopra Vasilo ecclesiastico , Flo- 
reutiae, 17. . . — La thèse de M. Henri Wallon , du Droit d'asile est, sans contre- 
dit, le travail le pins complet qui ait été composé sur ce sujet. — Je citerai aussi deux 
articles de M. Teulet (Revue de Paris, 1834). — Fabricius, dans sa Bibliographia 
antiquaria, indique plusieurs auteurs qui ont traité cette question, et que j'ai eu le 
regret de ne pouvoir tous me procurer. J'ai essayé principalement de mettre à profil 
les auteurs de droit canonique et civil , les actes des conciles , et différentes sources 
originales 

1. En 1467, Louis XI lit publier par ks carrefours de Paris une sorte d'asile pour 
repeupler la ville. « Il permettoità toutes personnes convaincues de crimes, hormis 
ceux de lèse-majesté, de s'établir à Paris comme dans un lieu de sûreté, ne désiiant 
d'eux autre chose, sinon qu'ils prendroient les armes pour lui, à l'occasion. » (V. 
sauvai, 1. 1, i». 504.) 

2. Voir Vico, Science nouv-, i. Il (de la Sagesse poétique, de TÉconomie politique). 



353 

faibles obslucles qu'elles opposaient à l'exercice de la veugeaiice 
individuelle, le peu de respect qu'elles garantissaient aux mal- 
heureux en général, nous comprendrons aisément comment on 
fut amené à proclamer l'inviolabilité des asiles, d'autant mieux 
que l'humanité a toujours ressenti et manifesté de quelque 
manière le besoin d'allier la clémence à la justice, et d'ho- 
norer d'une laçon toute spéciale les lieux consacrés à la Di- 
vinité. 

Telles furent les causes simples et naturelles de l'établissement 
des asiles. C est en chercher trop loin l'origine que d'en attribuer 
l'invention à tel ou tel homuie, à un certain Assyrophène, roi 
d'Egypte, ou à Ninus, roi de Babylone. Il faut rejeter pareille- 
ment, tout en se gardant de la confondre avec ces systèmes de 
pure imagination, qu'on s'étonne de voir adoptés par de graves 
personnages*, l'opinion de Génébrard et de Daniel Huet^,que 
les asiles païens sont dérivés des asiles établis par Dieu en Judée. 
Ce qui me paraît certain, c'est que l'asile chrétien, que je me 
propose d'étudier dans les lois des empereurs romains et les cou- 
tumes de la monarchie française, n'a que peu de ressemblance 
avec les asiles des Hébreux, et en a beaucoup plus avec les asiles 
des païens auxquels il a succédé, sans toutefois qu'on puisse af- 
firmer que ce soit par un rapport de filiation. 

Qu'étaient, en effet, les asiles des Hébreux ^ ! Quelques villes 
où les homicides involontaires devaient se retirer jusqu'à la mort 
du grand prêtre. Hors de là, il n'y avait pour eux aucune sûreté. 
Quoique innocents, ils étaient souillés {goé'l) aux yeux du légis- 
lateur, qui ne se sentait point assez de puissance pour les faire 
respecter des parents de la victime dans toute l'étendue de son 
État, et qui d'ailleurs ne voulait point les bannir dans la crainte 
qu'ils n'adorassent les faux dieux. Leur assurer la sécurité 
moyennant cette dure condition, voilà tout ce que Moïse avait 

t. Osiand. 

2. Demonstratio evangelica , prop. IV, c. il. 

3. Voir, sur les asiles des Hébreux : Exode, ch. 21 ; — Deuléron., cii. 4 et 19; 

— Nombres, cli. 33; — Josué, ch. 20 et 21 ; — les savants commentaires de dom 
calmet; — Drusius Fagius, etc.; — le Talmud, au titre de l'iagis; — Selden , de 
Jure naturali et geniium, lib. iV, c. 2, et de Synedriis , lib. 111 , c. 8 ; — Maimo- 
nide, de Homicidiis, cap. 5, de Plagis ; — Biixloif, de Vrim et Thummim; — 
Leidekker, de Republica Hebrxorum, p. 347;— Rittershusins, livre précité, cap. 4 ; 

— Fastoret, Moue considéré comme législateur et comme moraliste, p. ilO; — 
Moiitcs<|iii(Mi , /isprit des lois, liv. XXV, ch. 3 



354 

pu taire. Lui-même avait établi, dans la région des Amorrliéens, 
ces villes d'asile dont Josèphe ' et Pbilon rapportent le nombre 
à six *. Maimonide attribue, il est vrai, le même privilège aux 
quarante-huit villes lévitiques ^ ; mais cette opinion n'est point 
probable. Le temple n'était point un asile*. L'homme couvert 
du sang de son semblable n'y pouvait rester qu'en attendant que 
le juge eût prononcé s'il était digne ou non de la protection de 
la loi ; la décision était-elle favorable , il choisissait la ville 
qu'il voulait, et des juges l'y conduisaient. Pour l'homicide vo- 
lontaire, pour le vrai coupable, il n'y avait point d'abri. Dieu 
lui-même avait prononcé la peine, et prescrit de l'arracher de 
son autel (Ea?. XXI, 14) ^ 

En Grèce, l'asile eut une tout autre portée". Nulle part ail- 
leurs, en Orient, il ne prit un développement aussi marqué. 
Peut-être convient-il d'en attribuer la cause, avec M. H. Wal- 
lon, à la croyance à la fatalité si générale en ce pays. Athènes 
commença par l'asile de la Miséricorde^, Thèbes par celui de 
Cadmus, Éphèse par celui d'Apollon, où ce dieu lui-même, d'a- 
près les récits de la Fable, trouva un abri contre la colère de Ju- 
piter ** ; Épidaure était célèbre par celui d'Esculape, et Delphes 

1. Antiquit. judaic, lib. IV, c. 4; cf. lib. 111, c. 7. 

2. Trois étaient an delà du Jourdain, trois dans le pays de Chanaan. Les premières 
étaient Bosor, Ramotli, Gaulon ; les secondes, Cédés, Sichem et Cariatharbé. 

3. Maimonide, de Homicidiis, cap. 8. 

4. Démétrius Soter, roi de Syrie, dans le but de s'attaclier le grand prêtre Jona- 
thas, accorda le droit d'asile au temple de Jérusalem. 

5. Pendant le voyage dans le désert , l'homicide involontaire avait eu pour abri 
l'autel du tabernacle. Quand le pays de Chanaan fut conquis. Moïse réalisa la pro- 
messe qu'il avait faite dans l'Exode, ou plutôt que Dieu lui avait faite à lui-même : 
« Constituam tibi locum in quem fugere de^eat. » Le verset 15 des Nombres prouve 
que les villes de refuge n'étaient point destinées aux Juifs exclusivement. Elles étaient 
bien fournies d'eau, et l'on ne pouvait y fabriquer des armes. Des cliemins aisés à 
suivre y conduisaient; des pierres indiquaient la route au voyageur. — L'esclave, en 
Judée, n'avait point besoin d'asile ; son sort était suffisamment garanti par la légis- 
lation. 

6. Voy. le jugement qu'en a porté Montesquieu, Esprit des lois, liv. XXV, c. m. 

7. L'autel de la Miséricorde fut élevé par les petits-fils d'Hercule; c'était l'autel 
de ce dieu inconnu qu'annonça saint Paul. ~ Sanouel Petit, dans ses co'rtimentaires 
sur les lois attiques, énumère les asiles d'Athènes- — Voy. Stace, Thébaïde , 
liv. xir. 

8. StraboH, liv. XIV, nous apprend que les limites de l'asile d'Éphèse ont varié : 
Alexandre donna un stade; Mithridate, l'étendue de la portée d'une flèche; Antoine 
le doubla; Auguste l'abolit. 



355 

avait un temple dout les Euméuides elles-mêmes, à la poursuite 
d'Oreste, n'avaient osé franchir le seuil ' . 

Beaucoup de villes jouissaient de ce privilège, et les lieux qui 
en étaient honorés étaient l'objet d'un tel respect, que Pausanias 
attribue la maladie de Sylla à ce qu'il avait fait arracher Aristion 
du temple de Minerve-, et les tremblements déterre qui détrui- 
sirent Sparte presque de fond en comble, à la violation de l'asile 
de INeptune àTénare'. Les meurtriers de Cylon et de ses com- 
pagnons, audacieux violateurs de l'asile, se couvrirent d'une 
ineffaçable ignominie (àXir/^piot), et la ville d'Athènes resta dés- 
honorée à ses propres yeux et aux veux des républiques voi- 
sines jusqu'au jour où Epiménide arriva de Crète pour la pu- 
rifier \ 

Ce droit était consacré par les deux puissances, par les oracles 
et par la législation. L'oracle avait dit : « Les suppliants sont 
saints et purs. » Les lois attiques répétaient : « Les suppliants 
sont sacrés^. « Quelques poètes **, frappés des abus auxquels il 
donnait lieu, ne l'avaient pas ménagé dans leurs œuvres. Mais ce 
qui prouve combien cette institution était enracinée dans les 
mœurs de la nation, c'est qu'elle se maintint longtemps après la 
conquête des Romaius. Les habiles conquérants eurent garde 
eu effet de s'aliéner l'esprit des vaincus, en blessant leur reli- 
gion sur un des points les plus superstitieusement observés, le 
respect des suppliants. Aussi voyons-nous Perpenna et ïsauricus 
étendre l'asile d'Hiérocésarée; Scipiou après la défaite d'An- 
tiochus, Sylla après sa victoire sur Mithridate, récompenser la 
lidélité des Jlagnésiens en déclarant inviolable celui de Diane Leu- 
cophryue. Grâce à la facilite des Romains, Its asiles se multi- 
plièrent au point qu'il fut nécessaire d'y apporter remède. «Ou 
se mettait, dit Tacite , a établir des asiles dans les villes grecques 
impunément et avec pleine licence ; les temples s'emplissaient 
de la lie des esclaves. Les débiteurs et les hommes chargés d'ac- 
cusations capitales y tronvaient un abri, et il n'y avait point de 
pouvoir assez, fort pour réprimer les séditions du peuple qui 

I. Vick-, hntiide, liv. IV. 
7. 1,20. 

.1. vn, 24. 

4. Plularquc, Vie de Solon. 

;>. Patisaniafi, VM, î.'i. -- Saimifl l'ciii, Lrges atitcx , ttt i 

6. VJM'MW-, Knri)>iilr. 



356 

protégeait les crimes des hommes comme le culte des dieux * . » 
Tibère ordonna doue que chaque ville qui prétendait droit à cette 
faveur serait tenue d'en justifier devant le sénat. Après une en- 
quête longue et difficile, le droit d'asile fut restreint et modifié, 
sur le rapport des consuls, par plusieurs sénatus-consultes , 
mais ne fut point complètement aboli, comme on l'a avancé par- 
fois sur le témoignage de Suétone 2. Tacite nous apprend, en 
effet, que les villes auxquelles le titre d'asile fut conservé durent 
placer dans leurs temples les plaques d'airain qui consacraient 
la mémoire de leurs droits, afin qu'il n'y eût plus lieu à usurper 
sous prétexte de religion''. Philon parle de l'assurance que re- 
couvrent les esclaves réfugiés à l'autel'' ; du temps de Plutarque, 
l'asile de Thésée était encore ouvert^. Pausanias nous montre, 
dans maint passage de ses œuvres, le droit d'asile comme encore 
existant; Gaïus mentionne l'asile du temple en même temps que 
celui de la statue impériale; enfin, sous Antonin, les plaintes 
qui avaient appelé l'attention de Tibère se renouvelèrent. Je ne 
tire point argument des titres de ville sacrée et asile (lEPA xai 
ASYAO^:) qui persistent sur un certain nombre de médailles, 
parce qu'il semble bien démontré qu'ils désignaient non point 
nu droit de refuge {perfugium), mais « une sauvegarde et une 
espèce de neutralité qui, du consentement des peuples, mettait 
les habitants d'une ville, d'un territoire, et leurs biens, à couvert 
de toute insulte, même en cas de guerre "^ . 

Pour expliquer la longue durée d'un pareil droit, c'est trop 
peu d'alléguer la superstition. Si les lois le consacrèrent, si le 
peuple s'opiniàtra à le défendre, s'il fut tellement populaire que 
les Romains crurent prudent de le tolérer, c'est qu'il n'était 
point, comme voudrait le faire croire l'abbé Barthélémy, aussi 
offensant pour les dieux qu utile pour les ministres '' ; c'est qu'il 

1. Annales, lib. lll, 60 et s. Cf. lib. IV, 14. 

2. Abolevit et jusmoremque asylorum. Sueton., Tiber, 37. 

3. Annales, lib. III, 62. 

4. Dans le traité : Que tout homme de bien est libre. 

5. Vie de Thésée. 

6. Beliey, Dissertation sur l'ère de la ville d'Abila, en Célésyrie; dans les 
Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XLIX (éd. iu-12), 
p. 122 et s. — Voir Dissertation du même savant, ibid., t. XLIV, p. 475. — Ezecbielis 
Spanhemii Dissertatio de prsestantia et usu numismatum , dissert. IX. — Vail- 
lant, Numism. grasca. —Marmor. Arundel.,U, p. 23. — ChisliuU, Antiqtdt. asiatic. 

7. Les jugements d'Osiander et de Montesquieu ne sont point plus favorables; mais 



357 

offrait de sérieux avantages, et avait un but véritablement social. 
Sans doute il protégea des scélérats indignes de pitié, il put ser- 
vir aux prêtres de moyen pour accaparer les esclaves d'autrui, 
il dut donner naissance parfois à des repaires de brigandage ou 
à des lieux de débauche ; mais aussi reconnaissons qu'il vint en 
aide à l'homme faible qui redoutait la vengeance de l'homme 
puissant qu'il avait offensé, au débiteur que le droit antique 
traitait avec une rigueur excessive, aux opprimés, aux esclaves, 
aux vaincus. Homère nous montre le chantre Phémius, effrayé 
du retour d'Ulysse, balançant dans son âme s'il irait se jeter en 
suppliant aux pieds du héros ou s'asseoir sur le bel autel du grand 
Jupiter ' . La supplication avec ses modes divers ^ et le recours à 
l'autel étaient, en effet, les deux seules ressources qui s'offris- 
sent pour adoucir la haine et obtenir le pardon ; et encore le re- 
cours à l'autel ne paraît-il souvent que comme un moyen pour 
arriver à supplier, à intercéder'. Au milieu des révolutions fré- 
quentes qui désolèrent les petits États de la Grèce, les hommes 
les plus puissants étaient exposés à avoir besoin de ce secours 
bien faible, il est vrai, contre deux forces aussi implacables que 
la fureur populaire et la raison d'État. Il n'y a qu'à voir Dé- 
mosthènes dans l'île de Calaurie, Hypéride et ses compagnons 
dans le temple d'Ajax, Théramèneau pied d'un autel pour éviter 
la colère de Critias, et plus tard le roi Persée dans l'île sacrée de 
Saniothrace'*. Les vaincus eurent plus souvent occasion de s'en 
applaudir. ■ Les ennemis, nous dit Plutarque, qui s'enfuient 
après une défaite, sont assurés de leur vie, s'ils peuvent embras- 
ser une statue des dieux ou se jeter dans un temple \ » Comme 
preuve de cette assertion, je ne veux citer qu'un fait : c'est que, 
à la prise de Zancle, les soldats victorieux respectèrent, malgré 



voy. le compte rendu de la dissertation de M. Simon sur les asiles, dans VHist. de 
l'Acad. des inscriptions, t. II, p. 52, éd. de la Haye. 

1. Odyss., c\i. XXII. 

2. V. Laurentii Polymathia , diss. XXVII , 47. On disait que Ihs dieux eux- 
mêmes avaient institué ces modes de supplication. Voy. le discours de Vétiirie à Co- 
riolan dans Denys d'Halicarnasse, liv. VIM. 

3. Dans Œdipe à Colone, Polynice se réfugie à un autel pour parlementer, de cet 
endroit sacré, avec son père. 

4. Tife-Live, I. XLV, 5; cf. XXXV, 51 . 

5. De la Superstition. 



358 

l'ordre de leur cbel' Anaxilas, tous ceux qui avaient imploré le 
secours de l'autel ' . 

Mais c'était principalement en faveur des esclaves que les asi- 
les avaient été établis. « La bête, disait Euripide, a la montagne 
pour abri; l'esclave a l'autel des dieux ^. » Aussi étaient-ce les 
réfugiés habituels. Il semble même que beaucoup d'asiles n'exis- 
taient que pour eux. Le temple des Paliques % par exemple, ser- 
vait à ceux qui fuyaient un maître impitoyable. Là expirait son 
pouvoir. Tant que les suppliants se tenaient dans l'enceinte sacrée, 
nul ne les en pouvait arracher violemment, et les prêtres ne de- 
vaient les rendre que lorsqu'un serment prêté entre leurs mains 
leur avait garanti la sécurité. A Athènes, le temple de Thésée ne 
leur assurait point l'impunité; mais, s'il résultait des informa- 
tions que le maître était coupable, on le forçait à recevoir le prix 
de l'esclave, et l'on émancipait ce dernier*. Le temple de Diane 
dont parle Achille Tatius n'était accessible qu'aux femmes es- 
claves qui se trouvaient en butte à la violence de leurs maîtres. 
Quand elles y étaient entrées, le magistrat leur rendait justice, ce 
à quoi toute personne n'avait point encore droit. N'avaient-elles 
reçu aucune injure, on les remettait aux mains de leurs maîtres, 
moyennant qu'il jurât d'oublier leur faute ; leurs plaintes, au 
contraire, étaient-elles fondées, on les retenait dans le temple 
pour servir au culte de la déesse^. 

En cas de violation d'asile, il y avait à craindre certaines 
peines civiles, comme l'exil à Athènes ", et en tous cas la colère 
du peuple, que l'on ne manquait point sans doute d'appeler au 
secours des prêtres méprisés "^ . Aussi évitait-on d'ordinaire les 



^. Paiisanias, IV, 23. Cf. ibid., m, i ; Qninte-Cnrce , IV, 4; Xénophon, Hist 
grecque,]. IV. 

2. Suppliantes. Cf. Plutarque, de la Superstition. — Plante, Rudens, act. III, 
se. 4. 

3. Diodore de Sicile, 1. XI. 

4. Lois attiques précitées. 

5. Ammrs de Leucippe et de Clitophon, liv. vu et vill. 

6. Lois attiques. 

7. Voy. les paroles de Trachalion, quand Labrax frappe la prêtresse qui défendait 
les droits de son temple; dans Plante, Rudens, act. III, se. 4 ; cf. Mostellaria, act. V, 
se. 1. Je me crois pernais de citer Plante dans ce précis de l'histoire du droit d'asil* 
en Grèce ; on sait combien les poètes latins se sont inspirés des mœnrs et de la poésit 
des Grecs. 



359 

violations franches et manifestes; on avait recours à la ruse. On 
laissait Pausanias dans le temple, et on en bouchait les issues, 
ou bien ou approchait le feu de Tautel ' . Mais de pareils faits 
voulaient une expiation solennelle. C'est ainsi qu'on éleva à Pau- 
sanias deux statues dans le temple de Minerve, qu'on avait violé 
en l'y laissant périr de faim. 

Habituellement on recourait à l'asile du temple en remplis- 
sant certaines conditions. De blancs habits, des bandelettes de 
laine, de verts rameaux, étaient d'usage, mais sans doute n'é- 
taient pas obligatoires. Les prêtres considéraient la défense des 
réfugiés comme un devoir de leur état. 

Une foule de lieux étaient honorés du droit d'asile. C'étaient 
les temples avec leurs immenses enceintes, des autels , des bois 
sacrés , des statues, des tombeaux de héros, tels que ceux de 
Thésée et d'Achille. Des lies, et peut-être même des contrées 
entières, se trouvaient honorées de cette faveur; il suffit de citer 
l'île de Calmire et les Thyrsagètes '^. 

11 paraît, telle est du moins l'opinion de Servius', de Potter *, 
de Samuel Petit, que les temples n'acquéraient ce droit qu'en 
vertu d'une consécration spéciale ^. 

On conçoit facilement que, la Grèce étant morcelée en plusieurs 
républiques indépendantes, cette institution dut se modifier se- 
lon les lieux, ce qui rend fort difficile une étude approfondie de 
cette matière. Il me suffît d'en avoir retracé les principaux traits 
pour mettre le lecteur en état de la comparer avec celle qui 
l'a suivie et remplacée. 

La justice à Rome semble avoir été plus rigoureuse qu'en 
Grèce ; la pumance, à tous ses degrés, y fut organisée d'une 
façon plus énergique et plus régulière. On conçoit donc qu'elle 
dut répugner à s'embarrasser des restrictions et des ménage- 



1. Voy. Rvdens, ad. III, se. :5. 

2. \le\ander al) Aiexamlro, Géniales diex, lib. 111. — Voy., gur l'asiK* des Agrip- 
IM^cn», Hérodote, liv. IV. 

.3. Ad y£neid. , vili. 

4. Archxologia (jr.rca. 

.*>. Chisliiill, dans ses Antiquités asiatiques, a publié des marbres sur Icsqucl.s on 
trouve les formules de la consécration du droit d'nsile accordé aux villes; niais je ne 
sa» si on connaît les Tormules de la consécration des temples. Voir la dissertation de 
l'aiibé nelley préciléo, dans le t. XIJV des Mém de l'Acnd. des insci: 



360 

ments que l'asile était destiné à lui apporter. Hornulus, il est 
vrai, ouvrit un lieu d'asile dans Vintermontium, à la descente de 
la colline où s'éleva plus tard le Capitole ' . Mais lorsque le but 
tout politique qu'il se proposait fut atteint, quand Rome fut suf- 
fisamment peuplée, un mur haut et épais en défendit l'entrée 
aux suppliants. Cependant, il demeura toujours l'objet de la vé- 
nération populaire, et les auteurs latins font fréquemment allu- 
sion à cette vieille tradition. En dehors de cette création primi- 
tive et passagère, les traces que nous rencontrons de l'asile sont 
rares et peu importantes, et l'on peut adopter avec chance de rai- 
son l'opinion de Paganinus Gaudentius '^, Cet auteur déclare 
que Rome ignora entièrement l'asile religieux, et que c'est pour 
ce motif qu'il n'est point question au Digeste d'hommes se ré- 
fugiant aux temples. Citons pourtant le droit dont jouissaient les 
aigles des armées ^, l'autel de la Comédie, le flamine Diale et la 
Vestale; citons aussi le bois-asile près Ostie dont parle Ovide*, 
la statue érigée par le sénat à Romulus et le temple élevé plus 
tard à Jules César, à l'abri desquels les esclaves trouvaient fran- 
chise. Du reste, ce dernier asile ne dura que le temps du trium- 
virat. Plutarque raconte que Cassius Brutus, pendant la guerre 
latine, se réfugia au temple de Pallas, et que sou père, comme 
la mère de Pausanias, en fit boucher les issues, et l'y laissa pé- 
rir de faim. Polybe ■' nous apprend que les Romains qui, pour 
éviter une condamnation capitale, se réfugiaient à Naples, à 
Prénestcj à Tibur, pouvaient y vivre sans être inquiétés. Il est 
question, au Digeste " , d'un asile où se réfugiaient les es- 
claves qui voulaient se vendre , sans pour cela être réputés fu- 
gitifs. Le domicile, enfin, n'était-il pas pour le citoyen un vé- 
ritable asile, une sorte de temple dédié aux Pénates, et mis sous 
leur protection'? Mais l'esclave n'avait point de domicile, et, 

1 . Voy. Andréas Cirino, de Urbe Roma, dans le Novm thésaurus antiquitatum 
Romanarum congestus ab Alb. Henrico de Sallengre , tom. II, p. 332 et sqq.; — 
Francise. Balduinus; — A. Guérard , Essai sur le droit privé des Romains; — 
Tite-Live ; — Plutarque, Romulus, IX; — Denys d'Halicarnasse, 1. U, 15. 

2. De Moribus seculi Justinianei. 

3. Sueton., in Tiberio ; Tacit., Ann., !ib. I, 39; Animien Marc, lib. XXV. 

4. Fast., lib. !. 

5. VI, 14. 

6. Dig., 1. XXI, lit. I, c. 17. 

7. Cicero, pro Domo, i, etpro Rege Dejotaro, 15; cf. Heineccius, Insiitudones, 
de Penatibus. 



301 

d'autre part , les dieux de Rome lui furent moins propices que 
ceux de la Grèce. Ce ne fut guère que sous l'empire, à cette épo- 
que où les progrès de la philosophie et surtout l'influence se- 
crète de la religion nouvelle concouraient, indépeudauiment de 
la volonté des empereurs, à la transformation des mœurs et 
des institutions, que les liens de la puissance se relâchèrent, et 
qu'un asile certain et efficace fut créé pour lui sous forme d'ins- 
titution civile. « De notre temps, dit Gains ', il n'est permis ni 
« aux citoyens romains ni à aucune autre personne vivant sous 
« l'empire du peuple romain de sévir outre mesure et sans cause 
« contre leurs esclaves. En effet, d'après la constitution du très- 
« sacré empereur Anlonin, celui qui sans cause tuerait son es- 
« clave, en serait responsable, comme celui qui tuerait l'esclave 
« d'autrui. La rigueur outrée des maîtres est réprimée parle 
<- même prince. Consulté par certains présidents de provinces 
-• au sujet des esclaves qui se réfugient aux temples des dieux 
« ou aux statues des princes, il leur prescrivit, au cas où la 
« cruauté des maîtres leur semblerait intolérable, de les con- 
" traindre à vendre leurs esclaves. » Le privilège ne se borna 
point à la statue; mais, par l'effet d'un despotisme honteux et 
d'une adulation sacrilège, il vint un temps où les plus vils scé- 
lérats, armés d'une figure de César, insultaient impunément ceux 
qu'ils voulaient. Les affranchis et les esclaves, flattés par le nou- 
veau pouvoir, se faisaient respecter, au moyen de cette égide, 
quand ils élevaient la voix ou la main contre leurs patrons et 
leurs maîtres. On vit Annia RufiUa accabler d'outrages en plein 
Forum le patricien Caïus Sestius, qui n'osait la faire poursuivre 
dans la crainte de léser la majesté de Tibère, dont cette femme lui 
opposait l'image. Cette image, ainsi que le disait Sestius au sé- 
nat, avait plus de puissance que le Capitole et le temple des 
dieux '. Si loin que soient allés les abus des temples grecs, il est 
peut-être permis de douter qu'ils aient surpassé ceux que cau- 
.sèrentles privilèges des statues et statuettes de l'empereur. Mais, 
si criants qu'ils fussent, ils manifestaient un notable progrès'. 



1 . Institutionum commentarius, I, § 53. 

2. Tacit,, Annal., I. \l\,'M;. 

3. « Servis ad statuatn licct conliigcrc cum in 8t'r\iim oiiinia liceanl. » Sénèqiie, 
de Clementia, I. I, c. 18. 



\\.{rromèmf xérie.) 34 



362 



H. — ASILK sous LES EMPEREURS CHRÉTIENS. 



Heureux changements apportés par l'Église dans la condition de la société ro- 
maine. Adoucissement de la pénalité. Le prêtre devient l'intercesseur des cou- 
pables, en même temps que le protecteur des pauvres, des esclaves et des 
malheureux. Amnisties en l'honneur des fêtes de l'Église. L'intercession est re- 
commandée au concile de Sardique ; elle est activement pratiquée par les évo- 
ques; extension abusive du droit d'intercéder. Objection de Macédonius. Ré- 
ponse de saint Augustin. Le droit d'asile n'existait point encore si ce n'est comme 
droit accessoire de l'intercession. Fausseté des actes de saint Sylvestre qui rap- 
portent à Constantin l'institution de l'asile religieux. Le droit d'asile paraît 
s'être établi par les faits ; aucune constitution ne l'établit ; plusieurs le restrei- 
gnent. Eutrope l'abolit ; la loi dont ce favori fut l'auteur ne lui survécut pas. A 
quelles personnes s'appliquait le droit d'asile? Étendue des lieux qui en jouis- 
saient. Caractères qui distinguent l'asile chrétien de l'asile de la Grèce. Grave er- 
reur des canonisles qui ont fait de l'asile un droit divin, et ont contesté au prince 
séculier le droit de le modifier. Sort de l'asile en Orient. 

La religion chrétienne hérita des temples païens et de leurs 
prérogatives. Les conditions sociales qui avaient nécessité la créa- 
tion de l'asile sous sa double forme, devaient faire de l'église 
comme du temple un contre-poids à la justice humaine, d'autant 
plus qu'il n'était point convenable que la véritable religion pa- 
rût moins clémente que la fausse, et qu'il eût semblé impie de 
laisser subsister le privilège des statues impériales, sans attribuer 
une puissance au moins égale à l'autel de Dieu. Cette puissance 
ne lui fut point refusée, et le clergé se vit immédiatement dépo- 
sitaire d'une influence considérable qu'on ne saurait regarder 
comme usurpée, parce qu'il n'y a point d'usurpation dans un 
fait que le consentement du prince et la volonté du peuple cons- 
pirent à produire, et qui a pour motif comme pour résultat le 
bien de l'humanité. Pour qui voudra se rendre compte de l'état 
de la société à cette époque, il sera bien constaté que la législa- 
tion pénale d'alors était ce qu'elle est demeurée trop longtemps, 
une législation mal entendue, en ce que l'intérêt de la répression 
n'était aucunement balancé par l'intérêt du prévenu, en ce que 
les peines étaient arbitraires et mal calculées, en ce qu'enfin on 



303 

n'y trouve pas même l'idée des peiues correctionnelles. Rappe- 
lons aussi l'esclavage et l'usure, sœur de l'esclavage, ou, pour 
mieux dire, sa véritable mère dans les anciens temps. La position 
des esclaves s'était sans doute notablement améliorée. Ou ne ci- 
tait plus de traits semblables à ceux de Védius , de Pollion et 
de Flaminius; le sénat ne rendait plus de ces jugements iniques 
qui envoyaient à la mort quatre cents esclaves, parce que le crime 
d'un seul n'avait point été dénoncé. Le débiteur n'était plus ni 
nexus ni adstrictus; mais le pouvoir que l'esclavage donnait au 
maître sur son esclave, que la dette donnait au créancier sur 
son débiteur, étaient encore exorbitants, et les magistrats aux 
mains de qui était remis un pouvoir trop peu limité ne valaient 
guère mieux que les lois, comme le prouve suffisamment la dé- 
fiance des empereurs à leur égard, défiance qui perce dans une 
foule de constitutions menaçantes destinées à les maintenir dans 
la justice par la terreur * . L'Église, on ne saurait le nier, con- 
tribua beaucoup à l'amélioration de cette situation. La charité 
qu'elle apporta dans le monde amena, aussitôt après son triom- 
phe, l'adoucissement de la pénalité, le soin du prisonnier, le 
respect du pauvre, la réhabilitation de l'esclave. Les saints doc- 
teurs proclamèrent des principes qui n'allaient à rien moins qu'à 
changer la législation criminelle presque de fond en comble. 
Leur but n'était pas d'abolir la peine de mort^, mais au moins de 
la rendre plus rare ; d'enlever au magistrat comme au bourreau 
toute idée de vengeance, pour ne plus laisser subsister que la 
seule idée de justice; de substituer aux peines cruelles des Ro- 
mains des peines vraiment correctionnelles; d'enlever au cri- 
minel le superflu qui l'engage au mal, en lui laissant le plus sou- 
vent possible la vie qui lui permet le repentir ; eu un mot, de 
détruire le péché tout en sauvant le pécheur. Ils eussent consi- 
déré comme indigne de leur mission de prêter la main aux san- 
'„'lantes exécutions que la nécessité impose aux sociétés : Ecclesia 
nbhorrel a sanguine. Soucieux par-dessus tout des vengeances 
éternelles, ils enlevaient à la justice humaine tous ceux qu'ils 
pouvaient, afin de les soumettre à des châtiments salutaires et 

t. V, Troplong , Contrainte par corps, disserl. prcilimiiiaire ; — Albert du Boys , 
Léfjlslalton criminelle des anciens;— i\\\ Méril, Journal des savants de Nor- 
mandie, f). 161. 

7. M. Hf'uri Wallon attribue à ri%Kli8<; rettf ititeiilioii , un [tcii tcm('Mairemrii( sans 

'loillc. 

24, 



364 

de les régénérer par la pénitence. Le prêtre dès lors fut consi- 
déré comme le protecteur des faibles et l'intercesseur des coupa- 
bles auprès des magistrats. La clémence eut sou représentant, 
comme la vindicte publique avait le sien ' . 

Les fêtes de Pâques devinrent dès lors l'occasion d'amnisties 
plus ou moins larges. « Personne, disait saint Grégoire deNysse, 
n'est si opprimé ni si affligé que, grâce à cette fête, il n'obtienne 
quelque adoucissement à son mal. En ce jour, les prisonniers 
sont délivrés, les débiteurs relâchés, les esclaves émancipés^. » 
L'idée de rehausser les solennités d'une grande fête par le j)ar- 
don était vieille comme le monde assurément ; mais jamais on ne 
lui avait encore fait une si large part '. En 380 '^, Théodose dé- 
fendit absolument, sauf un seul cas, d'appliquer la torture, soit 
pendant le carême, soit pendant les fêtes de Pâques. Saint Am- 
broise, comme condition de la réconciliation de l'empereur avec 
l'Église, exigea qu'une loi suspendît les exécutions capitales pen- 
dant trente jours. Nul ne pratiqua plus que lui l'intercession ; 
nul ne la recommanda plus chaudement^; mais ce qui prouve 
que ce grand homme ne faisait que se conformer à l'esprit de 
l'Eghse, c'est que, au concile de Sardique, tenu en 347**, nous 
entendons l'évêque Osius exposer aux Pères du concile que, comme 
il arrive trop souvent que des malheureux condamnés pour leurs 
fautes à la relégation, à la déportation ou à toute autre peine, 
venaient se réfugier à l'église, il croyait convenable de ne point 
leur refuser le secours qu'ils réclamaient, mais de s'employer à 
obtenir leur pardon, sans retard et sans hésitation. » A quoi 
tous les Pères du concile répondirent unanimement qu'il en de- 
vait être ainsi. A huit années de là, Ammien Marcellin' nous 
montre Sylvanus égorgé pendant qu'il se réfugiait à une église. 
Il n'était point encore question sans doute de l'asile, en tant que 
droit opposé à l'exercice de la juridiction séculière, mais simple- 



1. Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l'Église, 2* éd., p. I, !. u, c. 39. 
, 2. Oratio teriiade resurrect. Ch7-isti. 

3. Cod. Theod., 1. IX, t. 38 : de Indulgentiis criminum. 

4. Cod. Theod., 1. IX, t. 35 : de Qusestionibus. 

5. U en était de même de saint Augustin. V. Epist. CXllI, CXIV, CXV (pro Faven- 
tio), CLl, CLII, CLIII. 

6. Can. VII apud Graecos, VIII apud Dionysium Exiguum. Labbe, Conc, t. II, 
c. 634 et 646. 

7. Hist., I. XV. 



ment d'intercession. Quelques-uns se sont fondés sur les actes de 
saint Sylvestre pour soutenir que Constantin dota du droit d'a- 
sile tous les temples chrétiens. Malheureusement, cette préten- 
due constitution qu'Alcuin opposait à Charlemagne, et dont 
s'est appuyé Baronius (h l'an ,324) pour rapporter l'institution 
de l'asile religieux à cet empereur , est complètement dépour- 
vue d'authenticité, f.es paroles d Osius, l'ahsence de toute loi 
constitutive de l'asile dans les codes de Théodose et de Justinien, 
doivent faire présumer au contraire que cette institution s'est 
introduite par les faits avant d'être consacrée par le droit, ou 
plutôt qu'elle s'est perpétuée par le souvenir des antiques privi- 
lèges des temples païens*. Reconnaissons, en second lieu, que 
l'unique effet du recours à l'église était, dans les premiers temps, 
de sauver le réfugié de la brutale citation autorisée par le droit 
romain, et de lui procurer la sécurité jusqu'à l'intervention de 
l'évêque et jusqu'à la décision du magistrat '-. Mais à cette époque, 
où la religion nouvelle jouissait d'une popularité si grande et si 
méritée, cette intercession, remarquons-le bien, avait une grande 
importance; les évéques, en effet, pouvaient librement adresser 
leurs vœux et leurs prières aux magistrats et au prince, avec cer- 
titude d'en obtenir un favorable accueil. A force de se voir accor- 
der ce qu'ils demandaient, ils purent finir par croire qu'on ne 
leur accordait que ce qui leur était dû ; et ce qui semblait d'a- 
bord l'effet de la bonne volonté du prince et du magistrat ne 
parut plus dépendre que de la puissance de l'Eglise. Toutefois, 
ce changement ne fut ni général ni subit, et l'on est autorisé à 
croire que, là où il se produisit, il était nécessaire. 

Cependant, l'extension que prit le droit d'intercéder devint au 



1. Nulli unquani aucton (Jiibium fuit qiiiii itl piivile^iiiiii ecclesiaruin a teinpure 
Constantini esseoi-periî, licet nulhe leges Tlicodosio vetiisliores. Godefroy, in cod. 
Theod, I. IX. —Cf. Biiisham, Orig. eccles., I. VIII, c. U ; —Van Espen, Disserta- 
tio canonica de asylo templorum ; — Pclriis CJamb.icnrta, Comment, de Immuni- 
tate eccl.; — Assemanni. 

2. Eos q"jl ad ecclesiam confiiRcrint IrarJi non oportere, se»! loci reverenlia et 
intercessione defendi. Conc Araus., circa ann. ''i4l,4. — Inlercédant pour Faven- 
tius, arraclié de l'église d'Hippone, saint Augustin n'allègue paR le droit d'asile; mais 
il implore pour lui de Cresraniu* le bienfait de la loi de Théodose qui accordait au 
prévenu UmU: jour» avant lie comparaître en justice , pour mettre ordre à ses aN 
raires, sous une garde modérée. V. Epp. CXllI (ad Cresconium) et CXIV. Il y a loin 
du ton de '•c« lettres a c^-lui de la prétendue lettre de saint Augustin an comte Bonifact- 
(Mirnr qxinmndo], rap[iort('e d.in.i le Dicref dv (Irnlini. 



bout de peu de temps teilemeut énorme, qu ou vit des magistrats, 
pour se ménager la faculté de gracier certains coupables, se faire 
prier par des moines ou des prêtres , afin de paraître céder à la 
clémence ce que la faveur obtenait en réalité. Encore si les abus 
se fussent arrêtés là ! Mais des clercs et des moines ne craignirent 
point d'enlever aux mains des gardes des coupables qu'on con- 
duisait au supplice, sous prétexte de les soumettre à la pénitence 
ou d'appeler de leur sentence à l'empereur lui-même. Ils ou- 
bliaient ainsi cette vérité exprimée par saint Jérôme : « Qui ma- 
los percutit in eo quod mali, et habet vasa interfectionis ut occi- 
dat pessimos, minuter est Domini \ » Le mal alla à ce point que 
ïhéodose prononça (en 392) des peines sévères contre les pro- 
consuls, les comtes de l'Orient, les préfets augustales, qui lais- 
seraient enlever de cette manière les hommes condamnés au der- 
nier supplice, et qu'une loi (27 juillet 398) défendit formellement 
aux clercs et aux moines de les retenir après l'appel, et menaça 
même l'évêque qui ne s'opposerait pas à un si dangereux mé- 
fait^. Macédonius, alarmé de celte intercession qui énervait si 
profondément la justice, proposa ses objections à saint Au- 
gustin ^ . « Vous soutenez, lui écrivait-il , que c'est un devoir du sa- 
cerdoce d'intercéder pour les coupables, et que c'est vous offenser 
que de ne point vous octroyer ce que vous demandez , comme si 
c'était refuser une chose due à votre caractère. Je doute beaucoup 
qu'une pareille prétention ait son fondement dans la religion ; 
en effet, si le Seigneur s'oppose tellement au péché qu'il n'y ait 
point lieu à une seconde pénitence, comment pourrions-nous 
nous autoriser d« la religion pour demander la rémission de 
toute sorte de crimes? » Le saint prélat, dans une lettre où res- 
pirent toute la bonté et toute l'élévation de son âme, leva cette 
difficulté et tâcha de lui faire comprendre qu'il n'y avait point 
de contradiction dans la conduite de l'Église; qu'à la vérité le 
désir de conserver à la pénitence sa gravité aux yeux des peuples 
la forçait à repousser le relaps hors de son sein, mais qu'elle n'en 
professait pas moins la rémissibilité de tous les péchés et qu'elle se 
croyait obligée à aimer tous les pécheurs et à intercéder pour eux 
dès qu'ils donnaient lieu d'espérer qu'ils se corrigeraient. Cette. 



1. Décret., p. 2, c. XXIH, q. 5, c. 21). 

2. Cod. Theod., 1. IX, t. 40. 
a. s. AHa;ust.,e|). CLII. 



367 

charité sans bornes qu'elle ressentait pour le genre humaiu tout 
entier la poussait à désarmer la main du magistrat , afin que le 
criminel eût le temps du repentir, sans l'empêcher toutefois de 
reconnaître la légitimité des châtiments infligés par les tribu- 
naux * . Ainsi donc, les évêques intercédaient pour tous ; cette in- 
tercession n'avait d'autres limites que celles qu'il plaisait aux 
magistrats de lui imposer, et le droit d'asile, si nous pouvons 
déjà nous servir de cette expression, n'était rien autre chose 
qu'un droit accessoire de l'intercession, qui permettait au réfugié 
de rester en paix dans l'enceinte sacrée jusqu'à ce qu'il eût été 
statué sur la prière de 1 évêque. C'est ce qui nous explique pour- 
quoi les constitutions impériales n'excluent point de l'asile les 
hommes chargés de crimes énormes, comme elles les exceptent 
des indulgences pascales, ce qu'elles n'eussent point manqué de 
faire, si le recours à l'église avait eu pour résultat de soustraire, 
par sa vertu propre et irrévocablement, le criminel à la juri- 
diction laïque ^. 

Si les débiteurs du fisc furent exclus nommément par une 
constitution de ïhéodose, c'est que pour eux il n'y avait point 
lieu à appel, et que, d'après la législation, les affaires de cette 
nature ne devaient subir aucun retard. Celte prescription est en 
parfait rapport avec les lois qui régissaient le système fiscal des 
empereurs, si rigoureux et inexorable. Une exclusion pareille, 
mais dictée par un autre motif, porta sur les juifs. Il fut même 
défendu d'admettre dans le sein de la religion chrétienne les 
partisans de cette croyance qui demandaient à se convertir 
afin de trouver moyen d'échapper aux juges ou à leurs créan- 
ciers '. 

Toutefois, le droit d'asile, malgré son existence précaire, ten- 
dait de plus en plus à se fonder dans les mœurs, et nul ne pou- 
vait, sans impiété, enlever quelqu'un d'une église. En 396, un 
criminel nommé Cresconius, destiné aux bêtes et à faire, par 
son supplice, l'amusement du peuple et de l'empereur, fut assez 



1. Ep. CLUI; cf. epp. CXIII, CXIV,CXV,CM,CLI1. 

2. Le jurisconsulte Godefroy a parfaitemeut saisi ce caractère , et l'a exprimé de 
celte façon : « Mhil ad ecclesiam perfufçium (i at <|ii,un clericonim deprecalio se» in- 
tercessio. » Voy. Cod. Tliéod., t. III, p. 37:). 

3. Socralc, I. VU, c. 17, parle d'un juif <|iii se lit bapltser i)liisifiHrs fois , afin de 
receToir de la pilié de rjvglisece qui <5lait n<!ccssaire pour payer ses délies. Celle kc 
/Uil nJ'r.essairc pour prévenir de pareils abus 



368 

heureux que de pouvoir se réfugier dans l'église de Milan, Saint' 
Ambroise et son clergé l'entourèrent pour le défendre; malgré 
leurs prières et leurs avis, ils se le virent arracher par les soldats 
et les ariens , et n'eurent d'autre ressource que de pleurer de- 
vant l'autel sur ce mépris du temple de Dieu. Stilicon , qui en 
était l'auteur, ne tarda pas à se repentir; il fit demander pardon 
Q l'évèque, et Cresconius en fut quitte pour l'exil * . 

Deux années après, Eutrope, en haine de Timase, dont la 
femme Pentadie s'était réfugiée à l'église, fit publier une loi 
dont Godefroi a cru retrouver les dispositions éparses dans le 
code de Théodose '^. Malgré l'autorité de ce savant commenta- 
teur, je pense que la loi dont Eutrope fut l'instigateur ne se 
bornait pas aux quatre fragments de constitutions qu'il signale, 
puisque l'historien Sozomène nous apprend que cette loi ne lui 
survécut pas, mais fut abrogée dans son entier^. Il vaut mieux 
s'en rapporter au dire de cet historien et attribuer à cette loi un 
effet plus étendu et plus propre à justifier l'indignation de l'É- 
glise. Elle défendait, non-seulement d'une manière absolue et 
pour l'avenir de se réfugier à un autel, mais de plus elle pres- 
crivait d'en arracher sans pitié tous ceux qui s'y trouveraient au 
moment de la promulgation. Eutrope encourut peu après la dis- 
grâce de son maître, et fut le premier à transgresser cette loi ri- 
goureuse. Il se sauva tout éperdu dans la basilique de Constanti- 
nople et s'attacha en suppliant à la table de l'autel pendant que 
saint Jean Chrysostome, du haut de l'ambon, essayait d'apaiser, 
par son éloquence, la fureur de ses ennemis. Vers le même temps, 
Mascezil, vainqueur de Gildon, avait abusé de la victoire en vio- 
lant l'asile d'une église d'Afrique. La mort tragique de Mascezil 
sembla n'être qu'un châtiment de son crime ^, et les Pères du 
concile d'Afrique de l'année 399, qui s'en étaient émus, char- 
gèrent les évêques Vincent et Épigonius de se rendre auprès de 
l'empereur pour solliciter de sa part une loi qui défendît d'enlever 
des églises ceux qui s'y réfugieraient, de quelque accusation 
qu'ils fussent chargés ^. On croit que ce fut à leur demande que 

1. Paulini VUa S. AmbrosH . 

2. V. Cod. Tlieod., lib. IX, tit. 45. — 'fit. 16, <ie Pœnis; 57, de Appellat.; 33, de 
Episcopis ; 32, de Episcopis. 

3. L. VIII, c. 7. Cf. Socrate, 1. VI, c. 5. 

4. Paul Gros , Hist., 1. VII, c. 36. 

5. cliiistopli. JiisfeI,/?ji!>;io^^ecajMmcarJomc/f<î/em,Liitetiae Paris., 166), p. 154.. 



;m9 

la loi d'Eutrope fut rapportée. Ce qui est certain, c est que 
l'empereur Honorius prescrivit vers le même temps à Sapidien, 
vicaire d'Afrique, de faire respecter les privilèges des églises 
chrétiennes, prescription vague, et qui ne semble pas en parfait 
rapport avec la demande des évêques ' . 

Une loi rendue en 398, sous l'influence d'Eutiope , excluait 
de l'asile les simples débiteurs, en ce sens que, si les clercs ne les 
rendaient pas au créancier à la première sommation, les éco- 
nomes des églises étaient contraints à l'acquittement de leurs 
dettes. Les mauvais traitements qui attendaient d'ordinaire les 
débiteurs engageaient souvent les évêques à les libérer, soit aux 
dépens de l'Église, soit au moyen de quêtes faites parmi les 
fidèles. C'est ainsi que saint Augustin, qui avait accueilli Fas- 
cius, se vit obligé, pour lui éviter un châtiment corporel , de 
payer les dix-sept sous dont il était redevable. Celte loi de 398, 
conservée au code de Théodose ^, fut abrogée par Zenon, el pros- 
crite de nouveau par une constitution de l'empereur Léon , de 
l'année 466, qui délivra les économes des églises de toute res- 
ponsabilité "'. 

Quant aux esclaves, ils avaient recours alors aux églises de 
préférence aux statues des empereurs. Ce n'est point pourtant 
que ces statues ne conservassent encore leur caractère de chose 
sacrée, leur prestige et leur efficacité; ils pouvaient aussi s'ar- 
mer de ces statuettes portatives dont nous avons signalé l'abus. 
Mais les lois veillaient à ce qu'elles ne devinssent point entre 
leurs mains une arme agressive*, et punissaient le recours à la 
statue qui n'aur.iit eu pour motif que la haine du maître et le 
désir de le décrier aux yeux du public. La loi de Théodose , 
de l'année 386 ^, qui disposait que toute personne réfugiée à la 
statue ne pût s'en écarter ou en être arrachée avant un délai de 
dix jours , dut singulièrement restreindre cet asile. L'Eglise 
d'ailleurs avait sur lui un grand avantage. Au lieu d'une majesté 
muette, d'une place exposée en plein air, oii le malheureux ré- 
fugié re trouvait point toujours moyen de subvenir à ses be- 

1. Cti. Justel , etc.,' p. 430, Observatiooes et notae. — Cod. Tli., I. 34. De Episc. 
et Cler. 

2. Cod. Theod., I. IX, t. 45. 
.1. Cod. Justin , I. I, lit. 15. 

4. SenatusronAiilto cav«lnr no qtiis irnagiiiein impeiatuiis in invidiaiii .illi niis \u>\ 
tiir«t, «t (|iii contra fccflrit, in vincnla piiblica milUtur. Dig., I. XLVII , lil. m. I is 
• Cod. TlK'od., I. IX, lit. 4i. 



370 

soins, elle lui offrait, à côté de l'autel, un intercesseur dévoué, 
qui s'intéressait à sa délivrance et lui procurait un abri sûr et 
commode. Toutefois, l'esclave fugitif ne devait point s'attendre 
à y trouver du secours s'il avait tort ; qu'il se gardât aussi de 
résister les armes à la main ; son maître, en ce cas, était autorisé 
à opposer la force à la force , et , si dans le combat celui-là suc- 
combait, son maître n'était point poursuivi ; on considérait qu'il 
avait mérité son sort en voulant passer de Vétat servil à celui 
d'ennemi et d'homicide \ Comme chez les Grecs, on ne le resti- 
tuait à son propriétaire que lorsque la colère de celui-ci était 
calmée et qu'il avait juré de lui faire grâce, ou du moins de ne 
lui imposer qu'un châtiment convenable. Les clercs étaient tenus 
de dénoncer la fuite du malheureux un jour après son arrivée. 
Il arrivait fréquemment que le maître se vengeait du secours of- 
fert par les évêques, en pillant leurs propriétés, en enlevant 
leurs esclaves "", sans souci de la peine ecclésiastique réservée 
aux parjures et à ceux qui commettaient de pareils scandales. 
L'Église, malgré tous les inconvénients qui en résultaient pour 
elle, avait accepté la situation qui lui était faite par les consti- 
tutions impériales. Animée d'un esprit sagement conservateur, 
elle ne se fit point la complice des esclaves, tout en favorisant 
leur émancipation et en modérant de toutes ses forces le pouvoir 
auquel ils étaient assujettis. Généreuse autant que clémente, elle 
les nourrissait à ses dépens, ainsi que tous les pauvres, jusqu'à 
ce que la transaction eût réglé leur sort. 

Nous venons de nommer les pauvres. Eux aussi trouvaient à 
l'église, non-seulement nourriture et protection pour leurs per- 
sonnes , mais encore un asile où ils déposaient avec assurance le 
peu d'argent qu'ils possédaient. On sait avec quel zèle saint Am- 
broise défendait ces dépôts éminemment respectables contre 
l'empereur lui-même. Selon son avis, l'évèque de Pavie résista 
aux magistrats et aux officiers qui voulaient enlever celui d'une 
veuve, et répondit à la force en faisant lire, devant les violateurs 
de l'immunité ecclésiastique, l'histoire du châtiment d'Héliodore. 
L'exemple d'Eutrope est le plus éclatant que l'on puisse citer 
du secours que l'Église n'hésitait pas à accorder aux favoris et 
aux grands dans leurs disgrâces. On y peut joindre celui de Sti- 



1. Cod. Justin., 1. 1, tit, 12, de Mis qui ad ecclesiam confugiunt. 

2, Conc. Araus., a. 441 ; Conc. Aielat., a. 452. 



371 

licoQ, du tyran Constautiu et d'Avilus '. Notous quil arrivait 
parfois que, pour sauver plus sûrement les réfugiés, les clercs les 
faisaient entrer dans les ordres. C'est ainsi qu'au rapport d'O- 
lympiodore, le tyran Constantin se réfugia dans une église 
d'Arles, y fut ordonné prêtre, et obtint, par ce moyen , l'assu- 
rance qu on lui laisserait la vie -.Une constitution avait interdit 
aux évèques d'admettre au nombre des clercs les débiteurs réfu- 
giés. Plus tard, il passa en règle générale qu'un homme chargé 
de dettes ne pouvait entrer dans les ordres. 

L'Église, après avoir été l'asile de l'esclave, du débiteur , du 
pauvre , du coupable même , devint celui des peuples vaincus. 
Sozoraène rapporte qu'Alaric , après avoir pris Rome en 410, 
ordonna, par respect pour l'apôtre saint Pierre, que l'immense 
basilique construite sur son tombeau serait un lieu de sûreté 
pour les Romains ; et cela, nous dit-il, empêcha Rome de périr 
entièrement ; car ceux qui furent sauvés dans le temple formaient 
un nombre très-considérable, et purent par la suite rétablir la 
ville dans son premier état^. Rome avait commencé par un asile ; 
elle se sauva par un asile. C'est avec des acCents de triomphe 
que saint Augustin, exposant en la Cité de Dieu ^ la puissance 
du nom chrétien, compare l'asile de Troie à celui de Rome, et 
lire de cette comparaison un argument pour prouver l'influence 
bienfaisante que la religion avait exercée et devait exercer sur 
le monde. Les Goths allaient, du reste, donner un second exem- 
ple du respect qui était dû aux temples. Quand ïolila se fut 
emparé de Rome , le peu d habitants qui n'avaient point quitté 
la ville se réfugièrent dans le temple de l'apôtre saint Pierre. 
Le vainqueur, s'y étant rendu pour prier, y trouva Pelage, 
qui, intercédant pour son troupeau, lui dit en lui tendant 
l'Évangile : « Seigneur, pardonne à tes serviteurs. » Totila, tou- 
ché de cette parole, publia un édit pour que les Goths épargnas- 
sent tous les Romains '. Ces traits (et ce ne sont point les seuls) 
qui témoignent de la vénération des barbares pour les églises et 
pour les pontifes , sont d'autant plus louables, que parfois les 
mêmes secours ne leur servirent de rien à eux-mêmes ; il suffit 

1 . (;rég. de Tours, Jlist. eccl., I. II, c. 12. 

:>.. ijiMto, Eclofjx hixtor. Olytnp. de rébus liyzanl., p. C. 

.!. L l.\, c. •». 

i. I,. I, c. 4. 

. Miiralori, Anli(fUif. Hnl., t. I, |i. Jl!*. 



372 

de rappeler le massacre des soldats de Gainas , dans ll'église de 
Constantinople, sur l'ordre de l'empereur Arcadius ' . 

Indépendamment de l'excommunication et de la peine ecclé- 
siastique, des peines civiles étaient infligées au \iolateur de l'a- 
sile. Une loi d'Honorius et de Théodose , de l'année 414, avait 
déclaré coupable du crime de lèse-majesté quiconque .oserait vio- 
ler la sainteté du temple ^. Le même caractère de culpabilité était 
attaché à la violation de l'asile delà statue. Une autre loi, que 
l'on rapporte à Valentinien et à Théodose, condamne au fouet, à 
la déportation, à la perte des cheveux et de la barbe celui qui de 
son autorité privée aurait tiré un homme de l'église. 

Après avoir vu à quelles personnes s'appliquait le droit d'a- 
sile, et dans quelles conditions il s'exerçait , examinons à quels 
lieux il fut étendu. Avant Théodose le jeune, l'asile ne compre- 
nait que l'église même. Saint Jean Chrysostome disait àEutrope, 
dont le peuple demandait la mort : « Keste dans l'église et garde- 
toi d'en sortir. Si tu te tiens ici, le loup n'entrera pas. Si tu sors, 
la bête sauvage te dévorera : « Aussi se réfugia- t-il d'abord à 
ïaltarium « sùxTiipiov » et sous la table même de l'autei ^. Mais on 
ne tarda pas à sentir combien il était inconvenant que les réfu- 
giés mangeassent ou dormissent dans le sanctuaire et quel dan- 
ger il y avait à leur en permettre l'entrée. On avait vu des 
esclaves barbares se retirer l'épée au poing au pied de l'autel, y 
demeurer, malgré toutes les observations qu'on leur put faire, 
empêcher la célébration des mystères, massacrer un des clercs, 
et enfin s'égorger les uns les autres. L'empereur Théodose II, 
pour obvier à de tels inconvénients , publia une constitution en 
vertu de laquelle l'asile était étendu à la partie extérieure, au 
vaste pronaos des églises chrétiennes, qui comprenait des mai- 
sons, de petits jardins, des bassins et des portiques, et ressem- 
blait singulièrement à celui des anciens temples païens. Nul ne 
devait pénétrer avec des armes dans aucune partie de l'enclos 
sacré; prescription juste autant que sage, et que l'empereur se 
faisait un devoir de suivre le premier. Les réfugiés ne pouvaient 
plus manger ni dormir dans l'intérieur de l'église. Les clercs 
devaient les avertir du respect dû au saint lieu et de la peine ré- 
servée à celui qui porterait sur eux une main sacrilège. Ce n'é- 

1. Zozime, 1. V, c. 19. 

2. Cod. Justin., I. I, t. 15. 
5, Socrate, I. VI, c. 5. 



373 

tait qu'après avoir épuisé à leur égard toutes les mesures de 
persuasioD, qu'on introduisait la force publique dans l'église 
pour en arracher les récalcitrants. Encore n'était-ce qu'après en 
avoir donné avis à l'évèque et seulement sur l'ordre de l'empe- 
reur ou des magistrats. Une constitution d'Honorius et de Théo- 
dose * aurait même étendu l'asile à cinquante pas de la porte 
de la basilique, de peur que les réfugiés ne trouvassent dans 
l'église une prison aussi étroite que celle qu'ils avaient voulu 
éviter. Cette constitution , regardée comme apocryphe par les 
uns, comme authentique par de bons esprits, ne contient au 
moins rieu d'invraisemblable dans ses prescriptions. Malgré 
l'égalité de droit, l'église sembla toujours une retraite plus sûre 
que la partie extérieure, et la constitution de Léon nous prouve 
que, longtemps après, les réfugiés aimaient à se cacher dans les 
lieux secrets de l'édifice. On pourrait aussi conclure, d'une phrase 
d'Évagrius -, que les baptistères jouirent du même droit que les 
églises. Mais il est bien certain que cet asile ne dut être jamais 
qu'exceptionnel, les baptistères n'étant ouverts qu'à certaines 
époques de l'année. 

En finissant cette partie de notre travail, il nous semble in- 
dispensable de faire remarquer que l'asile des églises ne fut 
point réglé par les constitutions ecclésiastiques, mais par les 
constitutions impériales, et que, non-seulement les premiers évê- 
ques n'ont point vu dans ce fait une entreprise sur leurs droits, 
mais qu'ils n'ont fait que solliciter ou subir les modifications 
qui y furent apportées par les empereurs comme un droit propre 
et inhérent à l'autorité temporelle. Ce qui démontre clairement 
l'erreur des canonistes qui firent de lasile une institution divine 
ou qui contestèrent au prince laïque le pouvoir de la modifier 
selon les besoins du temps. Fra Paolo Sarpi et Van Espen n'ont 
point eu de peine à démontrer cette vérité, pas plus qu'à prouver 
le peu d'authenticité de certains actes insérés aux Décrétales, 
dont je n'ai point cru devoir me servir à cause de leur fausseté 
probable. 

On a dû voir, par tout ce qui précède , que l'asile des églises 
chrétiennes se distingue de celui des temples de la Grèce par 
deux caractères principaux : à savoir, l'unité de la loi, et l'exis- 



Appendix cod. Theod., XUI, dan» Sirmond, 0pp., éd. de 1690, l. Il, c. 730. 
I,. ir, c 8. 



374 

tence du privilège, indépendamment d'une concession spéciale. 
Il en est un troisième que je dois signaler : c'est la pénitence ca- 
nonique. Pour avoir obtenu leur grAce ou plutôt la commuta- 
tion de leur peine de l'empereur ou du magistrat, les criminels 
n'échappaient pas pour cela aux pénitences sévères que les évo- 
ques imposaient aux pécheurs ; pénitences si rigoureuses, qu'elles 
pouvaient tenir lieu des autres peines temporelles, et qu'il ne 
fallait souvent rien moins que la crainte de la mort ou de la tor- 
ture pour les faire accepter. 

Nous devons avertir que l'asile se maintiendra en Orient à 
peu près dans les conditions que nous venons de déterminer ; 
tandis qu'en Occident, dans ces pays envahis par la barbarie, il 
va prendre une face nouvelle et se mettre en rapport avec des 
besoins tout nouveaux. Ici non-seulement il se maintient, mais 
il se développe. Là , au contraire , il semble qu'en le fixant, 
le droit impérial tende à le restreindre. C'est ainsi qu'une pre- 
mière novelle de Justinien ' dispose que les lieux saints ne 
doivent point servir d'abri aux homicides, aux adultères et aux 
voleurs, exclusion que renouvelle à peu près la novelle de Ec- 
clesiis constituas in Africa. Le même prince fut plus libéral à 
l'égard de sa chère basilique de Sainte-Sophie ; par un privilège 
spécial, elle sauvait la vie à l'homicide qui s'y réfugiait. Cons- 
tantin Porphyrogénète voulut que le coupable ainsi délivré ac- 
complît rigoureusement les pénitences canoniques qui lui seraient 
prescrites, et fût prêt à subir, en outre, un exil perpétuel et la 
perte de ses biens, qui passaient en diverses proportions, selon 
les cas, aux parents de la victime et au monastère où il entrait, 
soit de force, soit de gré. Emmanuel Comnène ne modifia point le 
sort de l'homicide volontaire ; mais il exigea que tout homme cou- 
pable d'un meurtre, de propos délibéré, admis au bienfait de 
l'asile, serait condamné à la prison perpétuelle, et non plus à 
finir ses jours dans un cloître^, à moins toutefois qu'il n'en 
manifestât la volonté. En règle générale et sauf cette exception, 
les portes de l'église n'étaient point ouvertes pour les criminels. 
Aussi voyons-nous Emmanuel Comnène prévoir le cas où, pour 
y avoir un abri, le réfugié ferait à l'évèque un faux aveu; Jus- 

1. Nov., XVII, de Mandatis principum, c. 7. 

2. D'après la loi de Constantin Porphyrogénète, un homme coupable d'homicide, de 
propos délibéré, était rasé et fait moine. Godefroi, Corpus juris civilis (A.mst, 1663), 
t. n, p. 281, 282, 292 et 293. 



375 

tiuien avait déjà proclamé que l'asile était fait pour servir à 
ceux qui craignaient l'injustice, non à ceux qui la commettaient. 
Enfin, le recours à l'asile n'amenait point un changement de 
juridiction; les réfugiés n'échappaient point aux règles de la 
compétence ordinaire, et leurs adversaires n'étaient point à la 
discrétion de l'Église. A qui donc servait l'asile? Aux esclaves, 
aux débiteurs, aux innocents timides et poursuivis, qui s'y trou- 
vaient à l'abri de la vengeance, et pouvaient communiquer avec 
confiance leurs plaintes et leurs griefs aux évèques; ceux-ci 
étaient tenus d'en prendre note, ainsi que des noms de tous les 
réfugiés, et de transmettre ces indications aux magistrats pour 
les instruire et les éclairer *. 

1. Mathœi Monachi, sive Blastaris, Syntagma alphab., litlera L, c. 13. Voy. Ce- 
drenus, Sur Vasile du tombeau de la princesse Marie, Jille de l'empereur Théo- 
phile. 

Charles de BEAUREPATRE. 

{La suite à un prochain numéro.) 



NOTICE 



SIMON DE QUINGEY, 



CiPIIVITË DA!i$ DNe CiGË DE FER. 



Simon de Quingey * fut attaché dès son enfanca au comte de 
Charolais, Charles le Téméraire, depuis duc de Bourgogne, si 
connu par ses longues guerres avec Louis XL II le servait en 
qualité de page à la bataille de Montlhéry, livrée le 1 6 juillet 1 465, 
et contribua à lui sauver la vie, en lui donnant son cheval, lorsque 
le comte, blessé grièvement, eut le sien tué sous lui ^. Ce dévoue- 
ment valut à Simon de Quingey la confiance de son maître, et 
le fit employer dans plusieurs missions délicates où il fit preuve 
de zèle et d'intelligence. Au commencement du mois d'avril 1471, 
il fut chargé d'un message auprès de Louis XI , afin d'obtenir 
une suspension d'armes. La trêve fut en effet signée , le 4 avril 
1471, pour trois mois, et prolongée ensuite d'un an ^. C'est à 
l'occasion de cette trêve et des négociations qui en furent la 
suite, quand on voulut la transformer en une paix définitive, 
que Simon de Quingey écrivit à un écuyer d'écurie de Louis XI 
cette curieuse lettre où se trouvent insérées les notes marginales 
faites par le duc de Bourgogne sur le mémoire dont Louis XI 
avait chargé son messager \ 

L'année suivante, dans les premiers jours du mois de mai, un 
traité de paix fut en effet arrêté et juré par le duc de Bourgogne 

1. Nos documents lui donnent les noms de Symon de Quingé, Simon de Quingy, 
de Quigny, de Clingé. 

2. Mémoires de Philippe de Commynes, édités par mademoiselle Dupont, tom. I, 
pag. 43. 

3. Pli. de Commynes, t. I, p. 225-226. 

4. Pli. de Commynes; Preuves, t. III, p. 6. 



377 

et les ambassadeurs du roi de France. Charles recevait de Louis XI 
les villes d'Amiens et de Saint-Quentin, et promettait, en retour, 
de cesser toute alliance avec les princes mal intentionnés envers 
la couronne. Simon de Quinc:ey fut chargé d'aller faire jurer au 
roi une paix qui n'était pas plus franche d'un côté que de l'autre. 
Le roi sut Tamuser jusqu'à la mort du duc de Guyenne; puis 
lorsqu'il se vit débarrassé d'un ennemi puissant dont il redou- 
tait l'alliance avec le duc de Bourgogne, il refusa de signer le 
traité cousenti par ses ambassadeurs, et fit marcher aussitôt ses 
troupes sur la Guyenne pour s'en emparer. Le duc de Bourgo- 
gne, de son côté, avait destiné à Simon de Quingey Un message 
secret qui devait lui être remis après son départ de la cour de 
France, pour qu'il allât dire au duc de Bretagne que, nonobstant 
le traité qu'il avait consenti uniquement pour rentrer en pos- 
session de ses deux villes, il serait toujours le fidèle allié des 
ducs de Bretagne et de Guyenne'. 

Lorsque Charles le Téméraire mourut, en laissant sa fille, 
jeune encore, aux prises avec l'ennemi puissant et redoutable 
contre lequel il avait lutté toute sa vie, Simon de Quingey, de- 
venu gentilhomme de la chambre , fut l'un des plus chaleureux 
et des plus vaillants défenseurs de Marie de Bourgogne. En 1477, 
il se couvrit de gloire au siège de Dôle , honteusement levé par 
les armées françaises ; et Maximilien d'Autriche et Marie de 
Bourgogne sa femme l'en récompensèrent eu lui donnant, au 
mois d'août de la même année, la chàtellenie de Quiugey, dont 
il poitait le nom , mais où sa famille ne possédait qu'un simple 
fief. 

Fn 1478, au mois de juin, il s'enferma avec six cents Alle- 
mands dans la petite ville de Verdun-sur-Saône; mais, malgré 
sa courageuse défense, elle fut emportée d'assaut par l'armée 
royale placée sous les ordres de Charles d'Amboise, gouverneur 
de Bourgogne*-'. Quingey ne tarda pas à être fait prisonnier, et 
les armées du roi, délivrées de ce redoutable adversaire, eurent 
bientôt soumis toute la Bourgogne. 

A peine tombé entre les mains de Louis XI, Simon de Quingey 
fut soumis à une dure captivité. Il y a lieu de croire qu'il fut dès 
lors conduit à Tours, loin du théâtre de la guerre, et confié à 

I Ph fin Commyne», t. I, p. Î!74-M2. 
? Pli. de Commyne», t. Il, p. 197. 

IV. {Trtnxième série.) 25 



378 

lafïarde. d'Etienne le Loup, conseiller et maître d'hôtel du roi *, 
Du moins, trouve-t-on la preuve que, l'année suivante, il y 
était détenu sous la surveillance de ce fonctionnaire, et qu'on 
devait instruire le procès des prisonniers. Malgré toutes les pré- 
cautions prises, le chapelain d'Etienne le Loup, probablement 
gagné par Marie de Bourgogne , tenta de faire échapper Simon 
deQuingey, ainsi que d'autres prisonniers importants. Malheu- 
reusement pour eux, le complot fut découvert, et le chapelain 
fut conduit à Rouen pour y être jugé^. Cette tentative d'évasion 
parut sans doute à Louis XI un heureux prétexte pour intimider 
les rebelles de Bourgogne par un cbàtimeiit éclatant et cruel. 

A cet effet, Hans Ferdargent, maréchal ferrant, natif d'Alle- 
magne, confectionna, par son ordre, dans les années 1479 et 
1480, plusieurs cages de fer. La matière première fut achetée 
de Jean Daulin, marchand de Tours , qui en livra en une seule 
fois trois mille quatre cent cinquante-sept livres et demie'. 

Enfin, le 11 mars 1480, le roi, par un message spécial, confia 
à la garde de sa fidèle ville de Tours Simon de Quingey, comme 
lui tenant très à cœur; il recommandait qu'il fût surveillé avec 
grande vigilance, et toutefois qu'on eût pour lui tous les mé- 
nagements possibles. Le conseil de la ville s'assemble sous la 



1. « Pour trois fers fermés à locqnetz, à chacun une longue cliesne et une son- 
« nette au bout, poiu' enferrer des prisonniers que le maistre d'ostel Estienne avoit en 
« garde. » Ciinber et Danjou, Archives curieuses de l'histoire de France, tom. I, 
pag. 100. 

2. « XX escus d'or à un homme qui vint dire au roy que les prisoniers que Estienne 
« le Lou avoit en garde s'en vouioient fuir. » — «... Et aussy pour avoir envoyé 
« de Rouen à Tours devers Estienne le Lou pour le fait des procez de Simon de 
« Quigny et autres prisonniers que led. le Lou avoit en garde de par le roy et le 
« prestredud. le Lou qui les avoit voulu faire eschaper, que led. seigneur avoit en- 
« voyé aud. lieu de Rouen pour luy faire son procez. » Bibl. Impér., Ms. Gaignière, 
n" 772% pag. 698, 699; Extraits des comptes de Louis XI pour Vannée 1479. 

3. « A Hans Fer d'argent, mareschal, natif du pays d'Allemagne, pour partie d'une 
« cage de fer à mettre prisonniers, XL livres. >> — « A luy encor LX livres, pour la 
.1 mesme cause. » — « A Jehan Daulin, marchand ferron demeurant à Tours, pour 
« l'achapt de 3457 livres et demye de fer que ledit seigneur a faict prendre et 
« achepter de luy pour faire partie d'une cage de fer à mettre prisonniers. « Bibl. 
imp., Ms. Gaignière, n" 772% pag. 699 ; Extraits des comptes de Louis XI pour 
l'année 1479. 

« A Hance Fer d'argent, maréchal, pour une cage à mettre prisonniers. » — « A 
« Jelian Daulin, marchand. . ., pour une cage à mettre prisonniers. » Ms. Gaignière, 
n° 772', pag. 716 ; Extraits des comptes de Louis XI pour Vannée 1480. 



379 

présidence du maire, Jean de Coutances. Il y fut arrêté que Si 
mon de Quingey serait détenu dans la maison du maire , ren- 
fermé dans la cage de fer où il était déjà, qu'il y serait gardé par 
les clercs de la ville, et que les dépenses faites tant pour intro- 
duire et loger la cage de fer, que pour l'entretien du prisonnier 
et de ses gardiens, seraient supportées par la ville. En consé- 
quence, une députation composée de Jean de Coutances et de six 
des principaux de la ville, Jean Briconnet, Louis de la Mézière, 
Jean Saintier, Jean Gallocheau et Martin d'Argouges, se rendit au 
Plessis du Parc, pour rendre compte au roi de la décision de la 
ville. Louis XI donna sans doute son approbation; car Simon de 
Quingey fut installé le même jour dans la maison du maire. A son 
retour du Plessis, la députation fut régalée d'un dîner d'apparat, 
quoique maigre, servi aux frais de la ville. 

La cage avait été envoyée d'avance ; on fut obligé de faire 
des ouvertures de buit pieds de largeur, afin qu'elle pût entrer 
dans la maison. Il fallut abattre deux pans de mur, l'un à la 
porte extérieure de la maison , l'autre à celle de la tour basse et 
ronde, qui fut choisie par les officiers du roi pour servir de de- 
meure au prisonnier. 

La tour fut appropriée à sa destination, des remblais furent 
faits, des planchers élevés , et les clôtures du logis rétablies ' ; 
mais toute cette grosse dépense fut inutile. Les officiers du roi, 
qui d'abord avaient accepté la tour, ne l'eurent bientôt plus 
pour agréable, soit parce qu'elle leur parut malsaine, soit parce 
qu'elle ne leur présenta pas toutes les garanties désirables pour 
la garde du captif. Ln conséquence, on rompit de nouveau les 
murs de la tour et de la maison, pour en extraire la cage. Le sé- 
jour de Simon de Quingey n'avait pas été de trois jours entiers : 
entré le U mars, il en sortait le 13. Ce jour-là même, Jehan 
Charruau, menuisier de Tours, faisait, aux frais de la ville, 
un lit en bois pour le prisonnier : ce lit, destiné à recevoir une 
couette de plumes, était placé dans la cage. On transporta celle- 
ci dans un lieu sûr, en attendant qu'une autre chambre fût pré- 
parée dans la maison du maire. A cet effet, un grand apparte- 
ment est disposé au rez-de-chaussée : des verrous et des serrures 
sont ajoutés à toutes les portes, cent trente-trois livres de fer 
sont employée» à griller étroitement la fenêtre de la salle de 

I. Pmivps, n°' I, 11, m, IV, V, IX. 

25 



380 

(lotenlioii. Ta porto, agrandie pour laisser eiilrer ia cage, est 
létrécie aussitôt après son passage. Simon de Quingey était en 
effet ramené le 15 mars dans la maison dn maire, sous l'escorte 
de douze archers de la garde. Il est reçu par Jean de Coutances et 
plusieursdes notables de la ville. Unenouvelledélibérationalieu, 
dans laquelle est confirmée et maintenue la décision du 1 1 mars. 
Deux des clercs de la ville furent donc attachés à la garde et au 
service du prisonnier, avec ordre de le surveiller jour et nuit. Et 
comme il fallait que l'un des clercs s'absentât assez souvent pour 
faire les achats des vivres ou autres choses nécessaires, Jean Ny- 
cauJ leur fut adjoint un peu plus tard , pour faire les pro- 
visions , nettoyer la chambre et assister le prisonnier dans 
toutes ses nécessités'. Du reste, toutes les précautions furent 
prises pour conserver Simon de Quingey en bonne santé. Ainsi, 
pour que le détenu fût chaudement, et qu'il n'eût point à souf- 
frir de l'air qui circulait tout autour de la cage, on entretint 
du feu dans la chambre , et il fut acheté , par le commandement 
du roi , au compte de la ville , plus de douze aunes de bureau, 
afin d'en lapis'ser la cage de fer et la partie de la chambre où elle 
était placée -. 

Le 12 avril 1480, Louis XI quitta son château du Plessis pour 
aller au pays de Gàtinais ; mais, quoiqu'il fût absent , sa sollici- 
tude inquiète veillait sur la santé de son prisonnier. Quinze jours 
après son départ, Louis de laMézière, sou maître d'hôtel, se pré- 
sentait muni d'un ordre pour visiter le prisonnier, et constater 
s'il n'avait point quelque maladie, parce que très- fort se plaignait. 
L'ordre portait que Simon devait être déferré de la fillete qui lui 
retenait une jambe et le blessait. Laurent Volme, canonnier du roi, 
avait fait ces filletes, sortes de chaînes rivées ou à serrure, avec 
un boulet et une sonnette au bout : on leur avait donné le nom 
de filletes du roy, c'est-à-dire, suivant l'acception populaire de ce 
temps, coucheuses données par le roi, parce que le prisonnier ne 
les quittait pas plus la nuit que le jour. Laurent Volme conser- 
vait la clef de la fillette, de même que les Allemands Hans Ferdar- 
gent et ses associés étaient les gardiens de la clef de la cage de 
fer confectionnée par eux ^ . Telles étaient les précautions accu- 



1. Preuves, ii°' I, II, III, IV, V, Vl, VIlï, X, XI, XVUI et XIX. 

2. Preuves, n" XII. 

3. Preuves, n" XlII. 



381 

mulées par le soupçonneux monarque pour empêcher l'évasion 
de son prisonnier. Cependant les plaintes Je Simon de Quingey 
n'étaient point sans fondement ; car la ville de Tours paya à la 
veuve d'André Petitpas, eu son vivant maître apothicaire à Tours, 
la somme de 79 sous 2 deniers tournois pour divers médicaments 
donnés par elle au prisonnier, sur l'ordonnance de Robert du 
Lyon , médecin, et par commandement exprès du roi ' . 

Le 17 juin , les chausses et le pourpoint de Simon de Quinj^'ey, 
usés dans sa longue captivité, turent raccommodés aux frais de la 
ville -. 

Le l*"^ août, une mesure d'humanité qui dut paraître bien tar- 
dive au prisonnier, prescrivit d'arranger les barreaux de la cage 
de fer, afin qu'il pût désormais s'y tenir debout ^ 

Enfin, le 23 septembre de cette même année, arriva le plus 
curieux épisode de cette captivité. Louis de la Mézière, qui avait 
servi déjà plusieurs fois d'intermédiaire à Louis XI pour cette 
affaire, alla trouver le maire de la ville, et commanda verbale- 
ment, de la part du roi, de mener de suite au château du Pies- 
sis Simon de Quingey. Les Allemands sont de nouveau mandés, 
afin d'ôter les fers au prisonnier pour paraître devant le roi ; 
mais ou ne le retire pas de sa cage. 

De nouvelles ouvertures sont faites à la chambre et au mur de 
la maison du maircafiu de faire sortir la cage. Mais lorsqu'il fui 
question de la porter, les efforts réunis du maître charpentier, 
de ses six compagnons et des trois charretiers , s'épuisèrent en 
vain contre cette lourde masse. On fut obligé d'aller en toute 
hâte quérir des rouleaux au Plessis ; on la posa dessus à grand 
renfort de leviers , et elle fut ainsi transportée sur un chariot 
à forte membrure, traîné par quinze chevaux. Le prisonnier, 
accompagné d'une forte escorte , arriva bientôt au château 
royal *. 

Quel était le puissant motif qui avait pu décider Louis XI à se 
faire amener Simon de Quingey? Quoique nos documents se tai- 
sent à cet égard, il y a tout à présumer que c'était pour avoir un 
entretien aveclui. Le roi voulut-il, par des promesses réelles ou 



i. Preuve», n" XIV. 
7. Preuve», n" XV. 

.i. Preuve», n" XV l. 

4. Preuve», n • II, Vil, \ lll. X\ I! 



382 

trompeuses , attacher à son service uu personnage si recom- 
mandable par ses brillantes qualités et sa fidélité à ses anciens 
maîtres? Avait-il pour but de s'assurer par lui-même de l'état 
moral et physique de son prisonnier ? Enfin, n'était-ce point le 
fantôme séduisant de la liberté qu'il voulait faire briller aux yeux 
du captif, afin qu'il sentît plus amèrement la dure réalité de la 
prison ? Nos documents nous laissent dans l'ignorance la plus 
complète sur ce qui se passa au Plessis ; ils nous apprennent seu- 
lement que , le 25 septembre , Simon de Quingey fut ramené à 
Tours, dans la maison de Jean de Coutances. Le même chariot 
servit pour le retour, mais cette fois il se rompit sous le poids 
de la cage. 

Le maire de la ville , en faisant exécuter l'ordre du transfert 
du prisonnier au Plessis, s'était flatté d'être délivré de la sur- 
veillance qui lui était imposée, et qui faisait de lui un geôlier du 
roi : il s'était hâté de boucher les ouvertures de sa maison et 
d'y rétablir tout dans l'ordre accoutumé. Au bout de trois jours, 
il fallut rompre de nouveau les ouvertures pour recevoir une 
dernière fois la cage ^ . Le prisonnier fut rétabli dans sa cham- 
bre, et sa captivité continua, sans que nous trouvions aucun in- 
cident à signaler jusqu'au 16 janvier de l'année 1481. D resta 
donc en tout 339 jours sous la garde de Jean de Coutances * ; 
après quoi on le transféra dans l'hôtel de viHe '. Il dut y rester 
peu de temps , car les comptes de la ville de Tours, qui nous ont 
donné tous les détails qu'on vient de lire, se taisent désormais. 

Nous ignorons donc cà quelle époque Simon de Quingey fut 
rendu à la liberté , et nous perdons sa trace pendant de longues 
années. En 1487, il fut reçu chevalier de l'ordre de Saint-Georges 
de Bourgogne , en récompense de sa fidélité et de ses longs ser- 
vices. Enfin, l'on fixe sa mort à l'année 1523 ^. 

Quelques renseignements sur ces terribles cages qui servaient 
si cruellement les vengeances de Louis XI, ne seront pas hors de 
propos. 

Philippe de Commynes, qui en avait tasté huict moys, nous fait 



1. Preuves, n- II, IV, VU. 

2. Preuves, n*" II, XVIII. 
;i. Preuves, n° II. 

4- Pli- de Comuiyiies, t. III, j>. 550, noie 3. 



383 

<x>nnaître * qu'elles étaient tantôt en fer^, tantôt en bois, cou- 
vertes de plaques de fer par le dehors et par le dedans ^. Elles 
variaient de grandeur, suivant la manière dont on voulait tortu- 
rer le prisonnier : le plus souvent elles avaient sept ou huit pieds 
de hauteur et de largeur *; mais quelquefois, par un raffinement 
de cruauté, elles étaient trop petites pour le prisonnier. C'est ainsi 
qu'on dut équarrir les solives dont était faite la cage de Simon de 
Quingey, afin qu'il put se tenir debout. Celle qui était dans les 
prisons de Loches avait six pieds et demi en hauteur et en lar- 
geur, la mesure prise en dehors, de telle sorte qu'on ne pouvait 
s'y tenir debout ni couché. Si on s'en rapporte au dessin fait en 
1699, et conservé à la Bibliothèque Impériale (départ, des es- 
tampe», ir volume du département d'Iiidre-et-Loire, topogra- 
phie), elle n'avait que trois pieds au plus de profondeur. 

Ce curieux dessin a été mal reproduit dans le 31 agasin pittores- 
que (1841, tom. IX, pag. 372); mais, en ayant recours au dessin 
original exécuté pour Gaignière, on peut s'en rendre un compte 
suffisant. Elle était composée de seize grosses pièces de bois se 
coupant à angles droits avec seize autres solives sur la face la 
plus large ; à peu près au milieu de la cage, on avait laissé une 
ouverture de trois pouces environ de hauteur sur environ douze 
de longueur, pour faire passer la nourriture au prisonnier. La 
porte s'ouvrait en dehors, sur le côté le plus étroit de la cage. De 
plus, la cage était ordinairement suspendue en l'air, et adhérente 
à la muraille par un ou deux côtés : on montre encore à Loches, 
dans les vieilles prisons du château , à environ cinq pieds au- 
dessus du sol, les arrachements des attaches de fer qui la soute- 
naient à cette hauteur. Celle de Chinon , par un système parti- 
culier, tournait sur un pivot *. 

Louis XT avait fait faire une grande quantité de ces affreuses 
cellules : HansEerdargent, natif d'Allemagne, en fut le principal 
fabricant °. La première fut faite en février 1471 et servit à en- 

1. Liv. VI, di. il, l. II, pag. 264, 26 j de l'édit. de mademoiselle Uiiponl. 

2. Telle était certainement celle que Louis XI fit faire en 1479, et où furent eiu- 
ployées 3,4.=)7 livres et demie de fer. Voy. plus haut, p. 378, note 3- 

3. .Sauvai {Histoire de Paris, tom. III, pag. 428) a publié le compte de dépciusc 
d'une de ce» cages en l)ois. 

4. Pli. de Comniynes, t. II, p. 2A4. 

5. Preuves, n"XXII. 

e. Voy |>lus haut, p. 3, noie ;J7«. 



384 

fermer Je cardinal la Balue, qui en était, dit-on, l'inventeur ' . Eni^ 
1474, il y en avait une à l'hôtel des Tournelles à Paris ^. En 1476, 
on en construisit une troisième, dans la cour de la Bastille, 
pour Guillaume de Haraucourt, évêque de Verdun \ En 1479, 
Louis XI fait établir trois forges dans son château du Plessis-lès- 
Tours , pour y faire faire sous ses yeux une cage de fer *. Enfin, 
outre la cage de fer où fut renfermé à Tours Simon de Quingey, 
et qui pouvait bien être celle du Plessis, on a la preuve qu'il en 
existait deux à Loches, une à Chinou, une à Angers, et une au 
Mont Saint-Michel. Celle-ci eut une destinée assez curieuse : elle 
fut briilée sous les yeux du roi Louis-Philippe, alors qu'étant 
encore enfant, et accompagné de madame de Genlis, sa gouver- 
nante, il visita, vers 1777, cette ancienne abbaye, dès lors trans- 
formée en prison d'État^. Nous avons cru devoir reproduire, 
en en corrigeant toutefois l'orthographe, trois lettres non signées, 
mais d'une authenticité incontestable , écrites vers le commence- 
ment du dix-huitième siècle, à M. de Glairambault, généalogiste 
des ordres du roi, qui demandait quelques détails sur les cages 
de Loches •*. Enfin , la dernière période de leur existence nous a 
paru devoir être sauvée de l'oubli. 

Dans la séance du 21 août 1790, de la Société patriotique et 
littéraire de Loches, M . Jacob-Louis Dupont demande que a tous 
« les membres de cette Société patriotique prient la municipa- 
« lité de cette ville d'écrire au comité d'aliénation des biens na- 
«< tionaux , à l'effet d'obtenir une autorisation pour abattre et 
« mettre en pièces la prison connue sous le nom de Cage de fer, 
« renfermée dans une triple prison de l'une des tours de ce chà- 
« teau, pour en vendre le fer au profit des veuves et des orphe- 
« lins des vainqueurs de la Bastille, et pour brûler dans le feu 



1. Ph. de Commyiies, tom. III, p. 265. Cimber et Danjoii, Archives curieuses de 
l'histoire de France, t. I, p. 92. 

2. Sauvai, Histoire de Paris, t. III, p. 417. 

3. Ibid.,t.m, p. 428. 

4. Cimber et Danjou, ibid., 1. 1, p. 101. 

5. M. Lehériclier, Avranchin monumental et historique, t. II, p. 300, note 3, 
donne le nom de plusieurs prisonniers qui ont habité cette cage de fer. — La visite de 
Louis-Philippe et la destruction de la cage sont racontées par madame de Genlis, dans 
ses Mémoires. Son récit a été reproduit par l'abbé Desroches , Histoire du Mont 
Saint-Michel, t. Il, p. 324 et suiv. 

6. Preuves, n"» XX, XXI et XXU. 



385 

« de joie du 14 juillet 1791 le bois qui entre dans sa conslruc- 
• tion. » 

L'abbé Pottier proposa un amendement qui fut adopté à l'u- 
nanimité. Il rédigea, en conséquence, une pétition où il sollicitait 
l'autorisation de briser la cage de fer, d'en distribuer le bois à 
deux ou trois familles des plus pauvres de la ville, à l'exception 
de quatre morceaux qui seront réservés pour être consumés dans 
le feu de joie du 1 4 juillet 1 79 1 , et de verser dans la caisse du bu- 
reau de charité le produit de la vente du fer qui entre dans sa 
construction. 

La Société nomma MM. Pottier et Dupont pour présenter la 
pétition à la municipalité et demanda qu'un exemplaire du 
procès-verbal fut envoyé à la municipalité d'Angers, dont le châ- 
teau renfermait aussi une cage de fer ' . 

La municipalité de Loches fit droit à la demande de la Société 
patriotique, et grâce à la motion d'un prêtre charitable, les ins- 
truments de torture inventés par la cruauté de Louis XI servi- 
rent à procurer quelque bien-être aux pauvres d'une petite ville 
de France. 

PREUVES ^ 

I. 

A Guillaume Robin et Jehan Ferre, menuziers, la somme de qua- 
rente sept solz six deniers tournois qui deue leur estoit pour l'achapt 
de boys carré cy après déclairé et employé ainsi qui s'enssuit : 

C'est assavoir, audit Jehan Ferre pour xxi piecce de gros tredoulx, 
qui emploiez a\ oient esté à doubler et plancher le bas d'une tour ronde 
en la maison dudit maire, où avoit esté mise une cage de fer pour y 
mectre ung prisonnier nommé Symon de Quingé, laquelle cage a esté 
depuis ostée et lesd. tredoulx partie emploiez à faire des huys, foncé 
lad. cage, et en icelle fait ung petit chasiit où led, Symon de Quingé 
couche de présent, et le surplus desd. tredoulx emploiez à couvrir les 

1. Procès-verbal de la Sociétt'; patriotique et littéraire de Loches, séante au clifl- 
teaii, dii 21 août 1790; Tours, A. Vauqucr, 1790. 

2. Lc« document» I a XVIII sont tirés du Refjislre des comptes de l'hôtel de ville 
de Tours, pour mm an commençant te l*' novembre liSO; manuscrit ronservé aux 
• inhivf'N iniifiif j|»ii|»w <!.• la ville de Tours. 



386 

pouts leveys de lad. ville, comme à Saint Simple et à Nostre Dame de 
la Riche. Pour ce xxxvii* vi'' *• 

Et aud. Guillaume Robin, la somme de x^- '• pour cinq toyses de gros 
boys carré à ii* '■ la toyse, employé à faire une carrie de bois à l'entrée 
de lad. tour pour pendre l'uys de l'entrée d'icelle. Pour ce. . . . x^- * 

Lesquelles deux parties font et montent ensemble lad. somme de 
XLYii* VI'''-, que led. receveur a paiée aud. Guillaume Robin, par 
mandement desd. maire, esleuz et commis, sur ce donné le xxvi* jour 
de mars, l'an de ced. compte, cy rendue avecques la quictance dud. 
Guillaume Robin seullement. Pour ce cy xlvii^- vi"" '• 

(Chapitre) Achapt de boys. 



Il 



Item plus en la maison dud. maire, deux muiz et demy de chaux 
pour avoir massonné l'entrée et porté de l'allée de lad. maison, laquelle 
fut rompue, pour par icelle porte mectre et passer une cage de fer où 
devoit estre mis Symon de Quingé prisonnier du roy, laquelle cage fut 
mise en une tour de lad. maison, pour laquelle y mectre, fut rompu le 
mur d'icelle de l'espesseur de ti à vu piez,et quant lad. cage eut esté 
en lad. tour, par troys jours, fut retirée dehors en la rue, et faillit de 
rechief rompre la muraille de lad. porte qui avoit esté refaicte, et fut 
rompu le pan de mur de la maison dud. maire par bas, pour mectre 
lad. cage en une petite salle basse où fut mis led. seigneur de Quingé ; 
puis longtemps après comme de sept à huit moys, et que le mup par où 
avait esté mis lad. cage fut reffait, le roy manda que lad. cage lui fust 
menée au Plesseys, pour quoy led. mur fut rompu et incontinent refait, 
et deux jours après le roy renvoya lad. cage en la maison dtid. maire 
et fut remis led. prisonnier dedans, par quoy convint rompre de rechief 
led. mur jà reffait, où led. prisonnier a esté jusques au xvi* jour de 
janvier qu'il a esté mis hors, qui de présent est en l'ostel de lad. ville et 
reffait led. mur xlv**- 

(Chapitre) Achapt de chaux et cyemeni. 

lïl. 

A Jehan Petiteau, Mathelin Marchant et Fyacre Olivier, manneuvres, 
la somme de quatre livres deux deniers maille tournois, qui deue leur 
cstoit pour XXXV journées qu'ilz ont besongné pour lad. ville depuis le 



3^7 

Xi* jour de mars l'au de ce compte. C'est assavoir , elc 

Et X journées à servir Macé Chemin et autres maccons à leur porter des 
pierres et mortier, pendant le temps quMIz ont besongné en la maison 
dud. maire, pour rompre troys huisseries à mectre une cage de fer où 
estoit lors Symon de Quingé prisonnier du roy nostre sire, ainsi que 
commandé avoit esté audit maire. 

A Jehan Girard, Jehan Augier, Anthoine Hurtault, Mathurin Mar- 
chant, Macé Bidon et Jehan Symon manneuvres, la somme de cent dix 
solz cinq deniers tournois qui deue leur estoit pour cinquante troys 
journées qu'ilz ont besongné pour lad. ville depuis le vii^ jour de fé- 
vrier jusques à la vigille de Nostre Dame de mars ensuivant, l'an de 

ced. compte 

(pour avoir) curé, nectoyé et osté en la maison dud. maire d'une tour 
ou avoit esté mise une cage de fer et depuis ostée, et les immondicitez 
et chapplun mis en la rue; illec servy led. Chemin, et autres maccons 
en la corapaignie de Jehan Petiteau, Mathelin Marchant et Fyacre 
Olivier, à porter ausd. maccons du mortier et pierre pendant le temps 
qu'ilz ont abatu et rompu troys huisseries pour mectre lad. cage, et 
icelles remises de macconnerie en leur estât 

(Chapitre) Manneuvres. 

IV. 



A Macé Chemin, Moricet Dupont, Miobau Pire, Denis Chevallier et 
Guillaume Lancelot, tous maccons, la somme de six livres treze sola 
quatre deniers tournois, qui deue leur estoit pour xxx journées qu'ilz 
ont besongné pour lad. ville depuis le xii*^ jour de mars l'an de ced. 
compte, à desrompre et abatre deux huisseries, l'une à l'entrée de la 
maison dud. maire, et à l'entrée d'une tour, ou avoit esté rais par ap- 
poinctement d'aucuns des officiers du roy une cage de fer pour y mectre 
ung prisonnier nommé Symon de Quingé, laquelle tour n'a depuis esté 
agréable ausd. officiers qui avoient en garde led. de Quingé, et depuis 
a convenu oster lad. cage, et icelle mectre en une chambre basse où a 
esté lad. cage et de Quingé, dont pour ce faire a convenu faire une ou- 
verture et routure en la maison dud. maire et muraille par le devant, 
lesquelx maccons ont réparé lesd. huis.series et mure lesd. routures de 
muraille par déllberacion et conclusion des gens de lad. ville 

Aud. Macé Chemin, Philipon Fenicle, Estienne Claveau et Guillaume 
Pellerin, maccons, la somme de douze livres dix solz dix deniers tour- 
nois (jui deue leur estoit |)our i-v journées (ju'ilz ont besongné pour UkI 



388 

ville depuis le xv'^ jour de septembre l'an de ced. compte, c'est assa- 
voir 

Aussi pour avoir rompu le davant du pan de mur par bas de la maison 
dud. maire partroys foiz, que rompu que remacconné, pour oster etre- 
mectre la cage de fer où estoit lors prisonnier du roy Symon de Quingé, 
que pour avoir taillé ung cent de pierre de Veretz, deux lintiers et ung 
sueillet de pierre dure, led. lintier et sueillet pour faire une fennestre 
ou dedans du pan de mur dud. maire, ainsi qu'elle estoit par avant 
que lad. cage y eust esté mise, le tout pour reffaire led. pan et fen- 
nestre, ainsi qu'elle estoit par avant quant il conviendroit mectre hors 
led. de Quingé au plaisir du roy 

(Chapitre) Journées des maccons. 

V. 

Aud. Estienne Vigier, Jamet Bertin, Pierre Boyer et Mathelin Cor- 
tray, charpentiers, la somme de neuf livres tournois qui deue leur estoit 
pour XLv journées qu'ilz ont besongné pour lad. ville, depuis le pre- 
mier jour de karesme prenant jusques xxv'^ jour de mars ensuivant, 
l'an de ced. compte. C'est assavoir, pour avoir préparé en l'ostel dud. 
maire le lieu où fut mise une cage de fer en une tour qui estoit basse, 
où il convint mectre grosses trainnes de boys pour icelle haulser et le 
tout foncer d'ayes, où lad. cage fut mise et depuis ostée, où il a depuis 
convenu oster lesd. trainnes et ayes, fait une carrière de boys à l'entrée 
de lad. tour pour pendre ung huys, illec adjusté ung huys à fermer, 
aydé à mectre lad. cage au dedans de lad. tour, que à icelle mectre 
hors, et mectre en la basse chambre dud. maire, que en icelle cage 
fait et taillé des ayes pour faire une petite couecte; où led. Vigier a 
vacqué par huit jours, lesd, Boyer et Bertin chacun quatre jours. .... 

(Chapitre) Journées de charpentiers. 



VI. 



Item audit Jehan Coûtant pour avoir osté de la maison dudit maire 
huit tumbellerées de chapplun yssuz de la routure de certaine muraille 
pour mectre ladicte cage de fer m' iiii'* *• 

(Chapitre) Voictures tant par eaue que par terre. 



389 
VII. 



A Christofle Hay et Jehan Pourrault, charretiers à ehevaulx, dessus 
nommez, la somme de neuf livres unze solz ung denier tournois qui 
deue leur estoit pour les tours de charroy qu'ilz ont faiz pour ladicte 
ville, ou leurs voictures, depuis le xxiii*' jour de septembre, l'an de ce 
dit compte. C'est assavoir, ledit jour le roy nostre sire manda par sire 
Loys de La Mezière, maistre d'ostel dudit sire, que la cage de fer où 
estoit Symon de Quingé estant en la maison dudit maire, lui fust menée 
au Plesseys du Parc, ce que fut fait. Et pour ce que on doubtoit que le 
roy voulsist deppescher la ville desd. cage et Quingé prisonnier dudit 
sire; y fut fait grant dilligence, et pour ce faire y eut charpentiers et 
charretiers en grant nombre et mesment Jehan Pourrault, Christofle 
Hay et Jehan Coûtant, chacun à cinq ehevaulx et ung chariot. Depuis, 
le lundi ensuivant, le roy voulut qu'elle fut remise en la maison dudit 
maire, et fut renvoiée quérir. A chacun desdits jours y eut xv ehevaulx, 
lesquelx deux jours ont été assemblez ensemble et comptez pour ung 
jour à V* ' , pour cheval, tant pour paine desd. ehevaulx, que des per- 
sonnes desdits charretiers, qui sont lxxv* '; ouquel charroy faire fut 
rompu le chariot dudit Pourrault, et extimé le dommage dudit chariot 
XX' ' . Ainsi pour tout iiii'- xv'- 

(Chapitre) Voictures tant par eaue que par terre. 

VIII. 

Item (à Olivier Dehures, serrurier) pour la faccon de quatre fers pour 
enferrer gens , faiz en faccon d'aneaulx, qui ouvrent à riveure, et mis 
des mailles de chesne qui ont esté couppées et ressouldées aux fers, 
lesquelx ont esté faiz ; pour chacun fer xx*** . Pour ce. . vi» vni"* * 

Item à lui pour une clef h unes entraves, qui estoient en la maison 
dudit maire, qui furent portées chees Guion Moreau, pour enferrer ung 
homme, dont la clef fut perdue x*** 

Item pour avoir fait et mis deux gons, une grosse paumelle et deux 
grappes de fer ou ferme le courroil de la porte dud. maire, où estoit le 
prisonnier, pour faccon et piastre . v»- i^i^ 

Item pour avoir fait ou guischet de lad. porte de l'ostel dud. maire 
ime clef, ablllé les gardes, et fait une vertevelle an courroil et une 



390 

serreure à bosse, ung morillon pour fermer la serreure à ce qu'on ne 
peust ouvrir lad. porte ne guischet v'- x** * 

Item pour avoir répandu l'uys de dedans la tour de l'ostel dud. 
maire, et refferré, et fait une clef, lequel huys avoit esté abatu, et aussi 
ia muraille pour y mectre la cage de fer xx*^'- 

Item pour avoir fait une serreure à bosse et ung courroil à l'uys de la 
garde-robe, estant au bout de la salle où est la cage de fer, à ce que 
par led. huys on ne peust entrer en lad. salle, pour la garde dud. pri- 
sonnier m*- iTii^- '• 

Item pour avoir fait deux gons à l'uys qui est en l'allée par où l'on 
entre en lad. salle où estoit lors led. prisonnier, et une paumelle de fer 
de la ville. Pour faccou n^- vi** * 

Item pour une serreure truffière bonne et forte mis aud. huys, pour 
contreferraer l'uys de lad. salle. Pour ce ys. jd.t. 

Item pour vi"" xiii livres de fer pour les greilles de la croizée de 
lad. salle, qui respont sur la court de l'ostel dud. maire, pour la garde 
et seureté dud. prisonnier, au pris de ix^*- la livre, vall. la somme 
de iiii'' xix'' ix" ^• 

Item à luy pour la forgeure des marteaulx des raaccons qui ont 
rompu l'uys et la muraille de la maison dud. maire, pour mectre lad. 
cage de fer, où lors estoit Symon de Quingé prisonnier du roy m»- iv'^* 

Lesquelles parties dessusd. font et montent ensemble lad. somme 
de , que led. receveur a paiée aud. Olivier Debures, par mande- 
ment desd. maire, esleuz et commis sur ce donné le xm^ jour de may, 
l'an de ced. compte 

Item (à Olivier Debures, serrurier) le xi* jour de septembre ensuivant, 
pour troys gros crochetz, deux platames à boubeches, pour servir en 
la chambre dud. où estoit ia cage de fer et le prisonnier Symon de 
Quingé m* iiii** ' 

Item le xii^ jour dud. moys ensuivant, pour avoir mis une serreure 
truffuière à l'uys de l'alée devers la court de la maison dud. maire, 
pour fermer led. huys par dehors, affm que Ton n'entrast de prime face 
sur led. prisonnier v" *• 

Item pour une autre serreure à boce, mise à l'uys de davant par de- 
dans, et par darrière ung faulx courroil à la maison dud. maire, pour 
la garde et seureté dud. prisonnier ii" vi^'- 

Item le xv^ jour dud. moys (d'octobre) ensuivant, pour troys for- 
geures de marteaux, quant le mur de l'ostel dud. maire fut rompu, 
pour mectre la cage dehors et mener au Plesseys du Parc ix** ' 

(Chapitre) Ferronnerie. 



391 
IX. 



Item (led. xi® jour dud. moys de mars,, fut aussi conclud et délibéré 
que la caige de fer où devoit estre mis de par le roy Symon de Quingé 
seroit mise en l'ostel dud. maire, et que toutes les romptures et répa- 
racions qui seroient faietes à cause de ce, seroient aux despens de la 
ville, et aussi qu'il seroit gardé par les clercs de lad. ville ou autres 
gens féables, et que la despense de luy et desd. clercs seroit aux despens 
de lad. ville; pour laquelle cause lesd. maire, sires Jehan Briconnet, 
Loys de la Mezière, maistre Jehan Saintier, sire Jehan Gallocheau, 
Martin d'Argouges et autres allèrent parler au roy, au Plesseys. Et au 
retour d'iceulx fut fait ung disner aux dessnsd. chiees led. maire, où 

fut despendu en poysson d'eaue doulce, la somme de xl*- ' 

Jtem en saulmon xiii*- ix** 

Et en haren , huille d'olif, pouldre et succre à faire saulces et aussi 
en pain ix*- ii*"- 



X. 



Item le xm® jour dud. moys ensuivant, Estienne Vigier et deux au- 
tres charpentiers, avecques les cinq clercs de la ville furent chiees led. 
maire tout le jour pour oster les boys qui avoient esté mis en la tour 
où la caige de fer avoit esté troys jours, puis ostée et mise en une 
chambre basse pour aproprier icelle caige en lad. chambre basse; 
lesquelx clercs et charpentiers y disnèrent et despendirent sans le 
vin XV'- x** 

Item led. jour à Jehan Charruau menuisier, qui appropria des ayes 
en lad. caige, pour y mectre une petite coette de plume xx!!** 



XI. 



Item le xv^ jour dud. moys ensuivant, fut amené en la maison dud. 
maire iSyraon de Quingé prisonnier du roy, accompaigné de xii. ar- 
chiers de la garde, et fut receu en présence de plusieurs notables gens 
de lad. ville, et fut donne en pain et vin aux assistons in» *• 



392 
Xlf. 

Item le xx^ jour dud. moys ensuivant, pour ce que le roy avoit 
commandé que Symon de Quingé prisonnier fust tenu chaulderaent où 
il estoit, fut achapté xi aulnes ii tiers de bureau pour environner la 
caige pour le vent, et puis en fut achapté troys autres quartiers pour 
environner et couvrir le retraict de lad. caige, qui coustèrent au pris 
de XI"- viii'*- ' l'aulne, vallent vu'- un'' x**- obol. 

Item à ung cousturier qui divisa led. bureau en plusieurs piecces 
pour les approprier et pour ce pour cordes achaptces à ce faire et espin- 
gles II' II''- 

XIII. 

Item le xxvii*' jour dud. moys (d'avril) ensuivant, que le roy s'en 
estoit party de lad. ville xv jours d'avant pour aller ou pays de Gasti- 
noys, sire Loys de la Mezière, maistre d'ostel dud. sire, dist aud. 
maire que le roy luy avoit enchargé que Symon de Quingé, prisonnier 
en la caige de fer en l'ostel dud, maire, fust defferré par maistre Lau- 
rens qui avoit la clef de la fillete, et aussi que lad. caige fust ouverte 
par les Almens qui en avoient la clef, pour savoir si led. de Quingé 
estoit point blecié en la jambe où estoit lad. fiUete, et aussi s'il avoit 
nulle autre malladie, pour ce que très fort se plaignoit et que ce jour 
led. maistre d'ostel et autres dessus souppèrent en l'ostel dud. maire pour 
faire ce que dit est, ce que fut fait et y fust despendu. . . xvii* ix** '• 

XIV. 

A la veufve feu André Petit Pas, la somme de soixante dix neuf solz 
deux deniers tournois, qui deue lui estoit pour les parties de médicines 
et appoticairies par elle baillées par le commandement de maistre 
Robert du Lyon, médecin du seigneur de Quingé prisonnier du roy, 
estant lors en une caige de fer en l'ostel dud. maire, et par le comman- 
dement du roy uostred. sire, ainsi que le certiffia sir Loys de la Mezière 
son maistre d'ostel. Laquelle somme de lxxix' ii**- '• led. receveur a 
paiée à lad. veufve par mandement desd. maire, esleuz et commis sur 
ce donné le dernier jour d'octobre l'an de ced. compte, cy rendu , ou- 
quel sont lesd. parties déclarées tout au long , aveeques la quictance 
de lad. veufve. Pour ce cy lxxix' ii"- *• 



393 

XV. 



Item le sabmedi (xvii^ jour de juing) pour avoir habillé les chausses 
et le pourpoint de Symon de Quingé prisonnier en la cage de fer estant 
en l'ostel dud. maire; pour ce m" viii" 

XVI. 

Item le mardi premier jour dud. moys d'aoust à Jehan Charruau 
menuisier, pour avoir habillé les ayes de la caige où estoit Symon de 
Quingé, lesquelx estoient tellement qu'il ne se povoit dresser en lad. 
cage m*- viii" '• 

XVII. 

Item le samedi xxiii'^jour dud. moys (de septembre) ensuivant, 
sire Loys de la Mezière vint dire aud. maire , que le roy luy avoit dit 
que l'on luy menast la cage de fer où estoit le prisonnier de Quingé au 
Plesseys et que le prisonnier fust bien gardé en une chambre. Et pour 
ce à toute dilligence furent envolez quérir les Allemens pour defferer 
led. de Quingé où fust despendu pour leur donner à gouster la somme 
de m* 1111'' 

Item à Marquet Pageau et six compaignons charpentiers qui tirèrent 
lad. caige hors de la maison dud. maire par la muraille, qui soudaine- 
ment et promptement fut abatue, despendirent v* *• 

Item à ung charretier qui fut envoyé courant avecques une charrete 
au Plesseys quérir des roulieaux pour charroier lad. caige, sans lesquelx 
elle ne se povoit remuer ii" ix**- 

Item aux charretiers qui tant ahannèrent à icelle cage charger en 
leur chariot, pour leur despense, la somme de iii' •• 

XVIII. 

Item aussi le xv*^ jour de mars mcccclxxix fut par le roy nostre sire 
baillé aud. maire es présences de plusieurs messeigneurs de lad. ville 
ung prisonnier nommé Symon de Quingé lequel estoit enfermé en une 
cage de fer, laquelle cage et prisonnier furent mis en la maison dud. 
maire, et fut appoincté qu'il seroit nourry aux despens des deniers 
IV. (Troisième lérie.) 26 



394 

communs de lad. ville, et pour ce que le roy l'avoit à cueur, qu'il seroit 
bien gardé et bien pancé, et que à la garde y seroient deux des clercs 
de lad. ville jour et nuyt. Lequel de Quingé a esté en l'ostel dud. maire 
depuis led. xv'= jour de mars jusques au xvi*= jour de janvier ensui- 
vant, qui sont m'^ xxxix jours. Et pour ce que les clercs ne suffisoient 
pour la garde, car il falloit que l'un d'eulx fust aux diligences et que 
l'autre demourast seul avec luy, pour éviter toutes doubtes, fut ren- 
forcé de garde de Jehan Nycault qui faisoit les provisions pour led. 
prisonnier et pour les clercs, et- aussi nectoyoit la chambre et servoit 
led. prisonnier en autres neccessitez, et ainsi ont esté quatre personnes 
qui ont esté fournies de boire, manger, couscher, lever et chauffer, de 
chandelle de suif et autres choses neccessaires par le temps dessud. 
Pour laquelle despense depuis l'année de ced. compte et mesmement 
le vu*' jour de janvier miiii'^iih^'', en l'ostel de sire Loys de la 
Mezière, où estoient maistre Jehan Pellieu juge de Touraine, maistre 
Jehan Saintier, sires Jehan Ruzé, Loys de la Mezière, lors maire, fut 
dit et conclud que led. maire auroit pour chacun jour de lad. despense 
xv"' et led. de la Mezière qui l'avoit en sa maison auroit xx"*- par 
chacun jour. Ainsi est pour le temps qu'il a esté en l'ostel dud. 
maire ii*= liiii'v^ '■ 

Item aud. Nycault qui a servy led. prisonnier pour souUager les 
clercs de lad. ville par les mois de juing, juillet, aoust, septembre et 
octobre qui sont cinq moys, auquel Nycault par deliberacion de lad. 
ville fut ordonné xxv^'- par moys oultre ses despens. Pour ce, 
ey vi' V* ' 

(Chapitre) Despense tant par le commandement du roy en ses af- 
faires que pour les autres affaires de lad. ville. 



XIX. 

Jehan de Constance maire de la ville de Tours, les esleuz de ladicte 
ville et le commis pour les gens d'église, tous commis avecques ledit 
maire quant à la distribucion des deniers communs de ladicte ville 
seulement, à Victor Blondelet, receveur desdits deniers, salut. Comme 
en l'assemblée des gens de ladicte ville faicte en l'ostel d'icelle ce jour- 
duy xxiiij" jour d'octobre mil iiij<= iiij"'', en laquelle assemblée nous 
maire et esleuz estions, Jehan Travers licencié en loix lieutenant à 
Tours de monseigneur le bailli de Touraine des ressors et exempcions 
d'Anjou et du Maine, les advocat et procureur dudit seigneur oudit 



395 

bailliage, sire Loys de la Mezière maistre d'ostel dodit seigneur, sire 
Jehan Ruzé, Jehan Galocheau, maistre Guillaume Ruzé esleu des aides 
pour le roy nostre dit seigneur en l'élection de Tours, maistres 
Francoys Bernard, Jehan Saintier, Estienne Binet, licencié en loix, 
Guillaume Baudet, René Sireau, Pierre Carré, Jehan de Fougerays, 
Guillaume Poisson, Pierre Berthelot, Jehan Lempereur, Maeé Testu, 
Pierre Main, Guillaume de Mazozan, Jehan Testu, Jehan Charruau le 
jeune, ledit Blondelet, Pierre Varonneau , Jehan Berauldeau pelletier, 
Thomas le Masson, Guion des Bordes, Jehan Lebrun, Jehan Daulin, 
Jehan Trahé et Jehan le Moyne; Guion Chevrier, Perrinet Pasquier, 
Cendrin Cretoie, Macé Blanchet et Guillaume Malloiseau, clercs de 
ladicte ville, aient présenté une requeste attachée à ce présent mande- 
ment requerans leur estre donnée aucune somme des deniers communs 
de ladicte ville oultre leurs gaiges ordinaires et autre somme à eulx 
donnée autresfoiz et tauxée, pour leurs peines et sallaires d'avoir vacque 
depuis le xv'' jour de mars derrenier passé et ce jourd'uy à faire le guet 
et garde de Simon de Clingé estant de présent en la maison de nous 
maire dessus dit, prisonnier du roy nostre dit sire en une caige de fer, 
en oultre le prisonnier d'Arragon • ; à laquelle garde ung chacun d'eulx 
a vacqué tant jour que nuyt selon les jours par nous à eulx ordonnez 
et commandez ; à laquelle garde ilz ont perdu de leurs temps et à 
gaingner la vie d'eulx leurs femmes et enffans ; et laquelle garde avoit 
esté conclud par les habitans de ladicte ville estre faicte. Sur laquelle 
requeste les dessus nommez en ladicte assemblée, bien et deuement 
informez de ladicte garde et grans charges et peines qu'ilz ont eue à 
icelle faire, aussi aux ouvraiges de Meremostier ' que autrement en 
maintes manières pour les causes dessusdictes, et contenu en ladicte 
requeste, a esté conclud et délibéré par les dessus nommez estans en 
ladicte assemblée, que des deniers communs de ladicte ville sera baillé 
par ledit receveur ausdits Guion Chevrier, Macé Blanchet, Guillaume 
Malloyseau, Perrinet Pasquier et Cendrin Cretoie, clercs dessusdits , la 
somme de vingt cinq livres tournois, qui est à chacun cent solz tour- 
nois, qui tauxée leur a esté par manière de don oultre leurs gaiges or- 
dinaires et oultre la somme de vingt livres tournois qui autresfoiz et de 
ceste année leur a semblablement esté donnée, oultre leurs dits gaiges. 
Si vous mandons, receveur dessus dit, en ensuivant ladicte délibé- 



1. Sanclic (rAragon, dit Cotte-Driine. 

2, On avait fait, par ordre du roi, de grands travaux pour faire venir le cours delà 
Loire entre l'Ile de Marmoutier et le coteau. 

26. 



396 

raeion des dessus dits nommez que des deuieis de vostre recepte vous 
paiez, baillez et délivrez aux dessus nommez ladiete somme de xxv li- 
vres tournois; et par rapportant ces présentes et quictance sur ce 
dudit Guion Chevrier seulement» ladiete somme de xxv livres tournois 
sera alloée en vostre compte et rabatue de vostre recepte par ceulx 
qu'il appartiendra. Donné audit Tours, soubz noz seings manuelz, le 
xxiiij'' jour d'octobre l'an mi! cccc quatre vingt. 

(Signé) J. de Constance, Quetier, Martin d'Argourges, G. Farineau, 
Laillier. 

Noverint universi quod coram nobis officiale Turonensi personna- 
liter constitutus Guido Chevrier, tam [pro]se quam ejus consociis supra- 
seriptis, confessus fuithabuisse et receppisse a Victor Blondelet, predicto 
receptore, sommam viginti quinque librarum Turonensium, de qua fit 
mencio in litteris suprascriptis. Datum die et annosupradictis. 

(Signé) Laillier. 

(Au bas est escrit : ) Monsieur le receveur, les clercs ont eu sur ce 
du par ung bituet {sic; billet?) que autresfoiz vous ay envoie xij liv, x 
solz, ainsi ne leur reste que xij liv. x solz. 

(Pièce originale, tirée des archives âe, l'hôtel de ville de Tours, liasse 323.) 

XX. 

J'ay reçu hier, Monsieur, la lettre que vous m'avez [fait] l'honneur 
de m'escrire, et sur le champ j'envoyay à Loches un mémoire au seul 
homme que j'ay cru capable de m'informer de ce que vous desirez sca- 
voir au sujet de Philippe de Comines, et voici ce qu'il m'en est venu 
dire aujourd'huy. 

Il y a deux cages à Loches dans le donjon du chasteau, la-plus grande 
de 10 pieds en carré située dans une chambre fort sombre, l'autre de 9 
à 8 pieds en carré dans une chambre assez belle. Ces cages sont de bols 
par barreau, revêtues en dedans et en dehors de lames de fer qui revêtis- 
sent le bois d'un fer espais du petit doigt, et ces barreaux sont serrés l'un 
à l'autre à ne pouvoir y passer que la main ; seulement dans le milieu 
il y a place à passer un plat et au dessous des portes de quoy passer un 
bassin pour les autres besoins. On n'a aucune tradition à Loches qui 
marque que Philippe de Comines y ait esté. Pour Ludovic Sforse duc de 
Milan, il est mort en prison dans le chasteau en un souterrain à près de 
1050 {sic) pieds de terre rendant dans les fossés. Il y avait ingénieusement 
fait un cadran quoyque le soleil n'y pénétrât jamais, mais seulement par 



397 

la déclinaison de la lumière il connaissait l'heure à son cadran qui y est 
encore marqué ; son cœur est à Tégliseduchasteau-Toutce que l'on peut 
juger est que n'y ayant point de cage de fer ni au Plessis-lez-ïours, ni 
à Montbason, il faut puisque Coraines a esté en cage de fer que ce soit 
à Loches. Je m'informerai encore plus à loisir, et si je puis avoir quelque 
éclairsissement j'aurai avec plaisir l'honneur de vous en informer. On 
est à Loches doué de beaucoup d'ignorance tant pour les choses cu- 
rieuses de l'antiquité que pour les présentes. 

Et ce M."" qui m'est venu voir a son frère chanoine et procureur du 
chapitre ; il dit qu'ils ont des escrits très-anciens et qu'ils ne peuvent 
déchiffrer ; que de six [cent] vingt ans ils sont fondés du temps de Ro- 
bert, Si la curiosité vous prenait de venir les fureter, on vous les livre- 
rait et vous y trouveriez peut-être beaucoup de choses qui vous feraient 
plaisir et nous en aurions un véritable de vous voir, Monsieur. . . . 

Le lô juin. 
(Bibiiotlt. Uijpér., Mss de Clairambaiilt, Mélanges, carton 'i'i!), pag. 319-321.) 

XXI. 

Je me suis informe encore, Monsieur, depuis avoir eu l'honneur de 
vous écrire, de ce que l'on savait en ce pays des cages de fer. M.' de 
Barodin m'a dit qu'il y en avjjiit une à Chinon construite comme celle 
de Loches : Madame de La Fuye, mère de Madame la présidente de 
Rassaye , doit venir la semaine prochaine, elle est de Chinon et je la 
prierai de m'en envoyer tous les éclaircissements. J'écris aujourd'huy à 
Monsieur le grand archidiacre de Tours, un des savants et quasi le seul 
de CCS pays et qui soit recherche dans ce qui est de curieux, pour sa- 
voir s'il n'a rien a cet égard dans ses mémoiies. Enfin, Monsieur, je 
crois que vous êtes bien persuadé de mon zèle et de mon exactitude à 
vous marquer en cette bagatelle ma reconnaissance de tant d'obligations 
essentielles que je vous ai. Que ne puis-je de plus grandes choses? Le 
cardinal de La Balue a été dans une des cages de Loches, mais en me 
le disant, on m'a dit que l'histoire en parle, c'est ce qui m'a empêché 
de vous l'écrire. Je saurai tout ce que l'on en peut savoir 



IK liP ■>!• fjllillft 



398 

(La suscriptioQ est:) A Monsieur de Clérambault, généalogiste des 
ordres du roy, premier commis de Monseigneur de Ponciiartrain, place 
des Victoires, à Paris. 

{Ibid; pag. 323-325.) 

XXII. 

Je suis ici d'iiier au soir Madame de La Fuye qui est ici me fait 

espérer uue ample et curieuse description de la cage de Chinon, qui 
tourne, dit-elle, sur un pivot ; celui qui doit la faire fait une recherche 
de ceux qui y ont été enfermés. Dès que je l'aurai, je vous l'enverrai. 



A Loches, le 18 août. 



{Ibid., pag. 327.) 



André SALMON 



:t99 

BIBLIOGRAPHIE. 

Gedenkbuch des Melzer Bûrgers Philippe von Figneulles , etc. Mé- 
moires de Philippe de Figneulles^ bourgeois de Metz, depuis \il\ jus- 
qu'en 1522, publiés d'après le vianuscrit de l'auteur, par M. Henri Mi- 
chelant (tome XXIV des publications de la Société littéraire de Stuttgart). 
— Stuttgart, 1852. Un vol. in-8° compact de 444 pages. 

Le titre allemand de ce livre n'indique rien autre chose que la généreuse 
hospitalité qu'il a reçue de l'Allemagne. Il est écrit en français et devait 
voir le jour en France; mais, manquant de ces recommandations sans les- 
quelles le mérite des ouvrages, même séculaires, n'est pas reconnu dans 
notre pays, il est allé chercher une patrie au delà du Rhin. C'est la seconde 
fois que la Société littéraire de Stuttgart s'honore et nous fait la leçon eu 
accueillant de la sorte nos vieux auteurs , chassés de chez nous par nos dé- 
dains. 

Le mérite des aiémoires de Philippe de Vigneulles est de ne ressembler 
à rien de ce qui a été fait dans le même genre. Ils sont l'ouvrage d'un 
simple chaussetier de Metz,, qui se rendit littérateur sans autre préparation 
que de savoir lire et d'avoir beaucoup voyagé. Aucun des auteurs qui figu- 
rent dans le répertoire si varié de nos mémoires historiques, ne s'est trouvé 
dans cette condition. Celui que nous appelons mal à propos le Bourgeois 
de Paris, n'était pas un bourgeois, mais un universitaire, un clerc écumant 
le latin et dont les l)outades sentent si fort le collège, que- personne n'au- 
rait dil s'y tromper. 

INi la flatterie, ni la médisance, ni l'envie de se faire valoir n'ont dirigé 
la plume du bourgeois de Metz ; il le dit et le prouve par la nature comme 
par la tournure de ses récits. Homme curieux qu'il était, avide de s'ins- 
truire et d'instruire ses semblables, il n'a voulu rien de plus que consigner 
la mémoire de ce dont il avait éié acteur ou témoin. Par là son livre est à 
la fois une biographie et une chronique de son temps. Il l'a écrit comme 
on écrit un journal , sans recherche de composition ni de style, avec un 
laisser-aller, une rusticité même, qui finirent par ne plus satisfaire son 
propre goût. Il l'abandonna en 1520 dans la cinquantième année de sa vie, 
pour se mettre à écrire une histoire générale de Metz, oîi il n'introduisit 
plus que dans une mesure très-restreinte les choses qui le concernaient 
personnellement. 

La jeunesse de Philippe de Vigneulles présente de curieux incidents. Il 
eut pour mère une fille de la campagne, qui jusqu'au jour de ses noces n'a- 
vait f)oint, comme il le dit, porté de souliers à ses pieds. Son père était 
au.ssi un paysan, mais aisé et (jui était n)airc du village de Vigneulles dans 
la banlieue de M' tz. Il apprit à lire chez un cure, à écrire chez un notaire, 
a dessiner de luiniême. Il n'avait jias quinze ans que l'envie lui vint de 



400 

courir le monde, et comme il savait que ses parents ne se prêteraient pas 
à cette fantaisie , il partit à leur insu, avec deux francs d'économie qu'il 
avait gagnés à dire des psaumes dans les églises pour le compte des- péni- 
tents. Le voilà en route pour l'Italie, couchant et mangeant le plus sou- 
vent par aumône. A Genève il est obligé de se mettre au service d'un cha- 
noine pour amasser de quoi continuer sa route; puis il va à Rome, y fait 
connaissance avec un domestique de Ferdinand d'Aragon qui l'emmène à 
Naples. A Naples il sert tour à tour un homme d'armes, qui lui rend la vie 
dure, puis le maître de la musique du prince de Tarente, chez qui il apprend 
à confectionner les instruments à cordes et à jouer dessus. Aimé et choyé de 
ce maître , il pouvait espérer de faire fortune dans sa nouvelle condition : 
il aima n^ux se faire palefrenier d'ambassade pour retourner en France. 
Après bien des traverses il retrouve sa famille, apprend l'état de chaussetier, 
et songe à se marier pour s'établir. Mais une affreuse aventure vient pour 
longtemps retarder son bonheur. Couchant une nuit avec son père dans 
leur maison de Vigneulles, ils sont pris au lit par une bande de soudards 
qui les assomment et les emmènent prisonniers dans un château du Barrois. 

Là commence une suite de persécutions inouïes contre les deux captifs 
qu'on veut amener à payer une rançon impossible. On leur cache le nom 
du lieu où ils sont , on leur fait croire qu'ils sont sous la garde d'une per- 
sonne désintéressée au fait de leur séquestration , et qui ne les loge que 
pour obliger des amis. Tous les brigands qui les entourent prennent part 
a cette infâme comédie, les uns pour les épouvanter , les autres pour les 
consoler, tous pour mentir, et cela avec ces ressources d'allées et de venues, 
de trappes et de déguisements qui nous paraissent le comble de l'invrai- 
semblable dans les mélodrames où l'on se hasarde encore à les employer. 
Funestes époques que celles où la faiblesse est condamnée à se débattre 
ainsi contre les étreintes de la violence hypocrite! Les ourdisseurs du 
complot étaient deux chevaliers de la suite du duc de Lorraine, qui juraient 
par tous les serments ne savoir ce qu'on leur voulait dire, lorsque les soup- 
çons se portaient sur eux par suite des recherches faites de tous côtés sur 
le sort de leurs victimes. 

Délivré moyennant finance après plus d'un an de captivité, Philippe de 
Vigneulles n'éprouva plus qu'heur en sa vie, sauf les pertes d'enfants et 
les calamités publiques sur lesquelles il s'apitoyait de toute la tendresse de 
son cœur à cause du grand amour qu'il avait pour sa ville. Presque tous 
les ans il allait en voyage pour les affaires de son commerce. Il fréquentait 
les foires d'Allemagne, de Belgique et de France, ayant toujours son re- 
gistre sur lui pour noter les choses dignes de mémoire. La considération 
dont il jouissait à Metz le fit devenir chef de son quartier; il aurait pu 
monter davantage s'il avait eu plus d'ambition. On voulut en 1518 lui con- 
lier la gestion des deniers publics : il refusa, étant plus effrayé de la res- 
ponsabilité qui pesait sur cette charge , que séduit des bénéfices qu'on y 
pouvait réaliser. 



401 

La partie des Mémoires où l'auteur n'est point eu scène concerne prin- 
cipalenaent la ville de Metz. On y voit fonctionner le gouvernement de 
cette cité , qui fut l'une des républiques les mieux organisées du moyen 
âge; on assiste aux tribulations continuelles et aux sacrifices sans fin, qui 
étaient le prix d'une liberté menacée chaque jour par des voisins violents 
et faméliques, tantôt les nobles de la Lorraine, tantôt ceux du Palatinat. 
A travers ces événements de première importance , se déroule la petite 
chronique de la ville, tout ce que la rumeur publique apportait de propos 
dans la boutique du marchand , les accidents , les crimes , les romans do- 
mestiques dont la plupart sont des tableaux de mœurs. Pour notre histoire, 
Philippe de Vigneulles nous fournit plusieurs traits à ajouter an règne de 
Louis XII, et d'importants récits qui viennent compléter, d'une manière fâ- 
cheuse pour leur gloire , la biographie du duc de Suffolk et de Robert de 
la Marche, deux héros illustrés par nos guerres. 

INous avons parlé de la négligence du style de Vigneulles. Elle n'est pas 
telle qu'il ne s'élève dans certaines occasions. L'entrevue du père avec le 
fils au retour du voyage de Naples , la captivité presque tout entière , sont 
racontées avec un véritable pathétique. Une verve, une abondance de dé- 
tails qui rappellent la manière de Froissart, régnent dans le récit de pres- 
que toutes les prises d'armes de la cité ; il est visible que l'âme de l'auteur 
a parlé dans presque tous ces passages. INéanmoins son habitude plus cons- 
tante est de ramper , et d'autaut plus lourdement que son langage four- 
mille de locutions patoises et traînantes. C'est pourquoi il n'est pas à re- 
commander comme écrivain. Un recueil de contes qu'il composa à l'imita- 
tion des Cent Nouvelles, et dont la ville de Metz possède le manuscrit, 
servirait mieux , autant qu'il m'en souvient , à fonder sa réputation en ce 
genre. 

L'éditeur des Mémoires , M. Michelant, a eu à lutter contre toutes les 
dilficultés que présente une opération délicate dirigée à distance. Comme 
il tenait à donner une édition fidèle, il aurait eu besoin d'une surveillance 
de tous les moments, pour arriver à faire reproduire de point en point une 
orthographe qui n'est pas celle que présentent d'ordinaire nos anciens au- 
teurs. Aussi son texte n'est pas aussi correct qu'il l'eût désiré. Heureuse- 
ment il a pu revenir, au moyen des glossaires qui terminent le volume, sur 
les faiites échappées à la correction. Ces glossaires sont au nombre de deux. 
L'un est pour l'éclaircissement des mots lorrains ou de ceux du vieux fran- 
« .lis que l'orthographe messine rend méconnaissables ; l'autre donne les res- 
titutions et positions de tous les noms de lieux mentionnés par l'auteur. Il 
va avec cela une introduction en allemand où l'éditeur disserte avec luci- 
dité et sobriété, sur l'ancienne constitution de Metz, sur la vie de Philippe 
'le Vigneulles, et sur les divers écrits que nous a lai.s.sés cet auteur. 

Les publications de la Société de Stuttgart ne pénètrent en France qu'à 
lin si petit nombre d'exemplaires , que c'est à peine si on peut dire qu'elles 
existent pour nous. Il est donc à souhaiter que M. Michelant nous donne 



402 

une édition française des Mémoires, à laquelle il joindrait comme complé- 
ment toute la partie de l'histoire de Metz écrite par Philippe de Vigneulles 
depuis le moment où s'arrête la rédaction des Mémoires, 

J. Q. 

MÉMOIRE SUR LES NOTES TiRONiENNES , par Jules Tardif. Paris, Im- 
primerie Nationale, 1852. — In-4° de 67 p. (Extrait des Mémoires pré- 
sentés par divers savants à l'académie des inscriptions et belles-^ lettres, 
2« série, t. III.) 

Nos lecteurs ont entendu parler de la thèse importante que M. Jules 
Tardif soutint, il y a trois ans. au sortir de l'École des chartes ^ Ils se 
rappellent aussi le brillant éloge que M. Lenormant décerna à notre con- 
frère dans son rapport sur le concours des antiquités nationales de l'année 
1850 2. La publication du Mémoire sur les notes tironiennes permet au- 
jourd'hui de juger combien le succès de M. Tardif était mérité. Son ou- 
vrage, malgré son peu d'étendue, n'en doit pas moins être considéré comme 
l'un des plus remarquables travaux qui aient paru depuis longtemps sur la 
paléographie latine. — Nous essayerons de faire connaître en peu de mots 
les principaux points du système retrouvé par notre confrère. 

.4 près avoir brièvement rappelé l'origine des notes tironiennes, l'emploi 
qui en fut fait dans l'antiquité et au moyen âge, et les travaux dont elles 
ont été l'objet depuis le dix-septième siècle , l'auteur pose en principe que 
le système de ces notes consiste : 1° à employer un alphabet dont les carac- 
tères peuvent recevoir de nombreuses modifications , qui en facilitent la 
liaison et en étendent la signification ; 2" à représenter les radicaux et les 
terminaisons par deux notes distinctes; 3° à mettre en usage tous les pro- 
cédés, indépendants de la forme des caractères , qui peuvent contribuer à 
la rapidité de l'écriture. 

Le chapitre premier est consacré à la reconstitution de l'alphabet tiro- 
nien. M. Tardif commence par en donner les caractères primitifs; il mon- 
tre ensuite les variations que ces caractères subissent, soit par un change- 
mentde position, soit par une modification dans la direction ou la dimension 
d'une ou plusieurs de leurs parties , soit par le retranchement de certains 
traits, soit enfin par l'addition de différentes liaisons. On conçoit que ces 
quatre procédés ont dû considérablement multiplier les signes de l'alphabet 
tironien. M. Tardif en a reconnu environ deux cent quarante. Pour four- 
nir le moyen de trouver à quelle lettre répond \\n signe donné, l'auteur a 
imaginé un classement de ces signes basé sur la forme des traits qui les 
composent. Il ramène tous ces traits à dix espèces : 

1. Trait vertical ; 

2. trait horizontal ; 

(1) Biblioth. de l'École des chartes, 3' série, t. Il, p. 366. 

(2) Tbid., p. 539. 



403 

3. trait descendant de droite à gauche ; 

4. trait montant de gauche à droite ; 

5. trait descendant de gauche à droite ; 

6. trait formé par une circonférence ; 

7. trait formé par une section de circonférence dont l'ouverture est 
tournée à droite ; 

8. id.i dont l'ouverture est tournée à gauche ; 

9. id., dont l'ouverture est tournée en haut; 
10. ici., dont l'ouverture est tournée en bas. 

Ces dix traits, rangés dans un ordre convenu, permettent de classer ri- 
goureusement les signes de l'alphabet tironien. Pour arriver à ce but, il 
n'y a qu'à considérer la forme des différents traits dont chaque signe se 
compose. On opère alors sur les traits du signe , comme l'auteur d'un 
dictionnaire sur les lettres du mot. C'est de cette manière que M. Tardif a, 
d'après la forme du trait initial , partagé en dix séries les deux cent qua- 
rante signes de son alphabet. Les signes de chaque série ont été^ d'après 
la forme du second trait, répartis dans un plus ou moins grand nombre de 
sous-divisions. 

Ainsi, la première série renferme tous les signes commençant par un 
trait vertical. Les signes de cette série sont partagés en huit sous-divi- 
sions . 

r Signes formés par un simple trait vertical ; 

T signes formés par un trait vertical suivi d'un trait vertical parallèle 
au premier ; 

3" signes formés par un trait vertical suivi d'un trait horizontal ; 

4" signes formés par un trait vertical suivi d'un trait descendant de 
droite à gauche. 

Kic. — Ainsi des neuf autres séries. 

Les signes de l'alphabet tironien servent à exprimer tantôt des radicaux, 

nlôt des terminaisons ; mais M. Tardif donne des règles qui permettent 
reconnaître ces deux parties du mot. Il explique en outre la valeur de 

rtains signes conventionnels particulièrement affectés aux terminaisons. 

Un dernier chapitre a pour objet l'ensemble des procédés abréviatifs 
jui ont été mis en œuvre pour donner aux notes une plus grande rapidité. 
îes principaux consistent : 1° à permuter des lettres à son analogue; 2° à 

tcrvertir des lettres dans certains mots; 3° ;i supprimer la plupart des 

veiles et un certain nombre de consonnes. 

Le Mémoire se termine par des tableaux où l'auteur a traduit et classé 
«l'.iprés la méthode ci-dessus indiquée: d'abord, les principaux groupes de 
signes représentant les radicaux ; ensuite, les signes usités |)our les termi- 
naisons. 

A l'aide de ces tableaux on peut décomposer la plupart des notes tironien- 
nes, <l les traduire en caractères de l'alphabet ordinaire. Ce résultat ob- 
irii'i , de nonibreu<!es difficultés restent eitf(»rf .'i '^u^mr)||t('r î.»'^ plii"; 



404 

sérieuses viennent de la permutation , de l'interversion et surtout de la sup- 
pression des lettres. C'est là que pourront souvent échouer la patience et 
la perspicacité des plus habiles paléographes. Ainsi, à la vue d'un groupe 
de signes correspondant aux lettres ios, on peut longtemps hésiter avant de 
lire inimicos. — La collection connue sous le nom de Notœ Tironis ac Se- 
necx pourrait donner la clef de la plupart de ces abréviations; mais il 
faudrait en avoir une édition où les notes seraient classées d'après les diver- 
ses formes des signes. 

Nous regrettons que notre confrère n'ait pas, dans son Mémoire, appliqué 
la théorie qu'il a exposée avec une si remarquable lucidité. S'il eût publié 
et commenté un texte écrit en notes tironiennes , ses observations analyti- 
ques auraient mieux fait ressortir la rigueur et la simplicité du système. De 
plus, elles auraient facilité le travail des savants qui entreprendront le dé- 
chiffrement de notes tironiennes. L. D. 

Syllabus membranarum ad regise siclx archivum pertinentium. 
Vol. I, Neapoli, 1824. In-4° de xvi et 294 p. — Vol. II, parsl, 1832.In-4'> 
de VI et 238 p. — Vol. II, pars II, 1845. 10-4° de 227 et 23 p. 

Regii neapolitani archivi monumenta édita ac illustrata. Vol. I, 
pars I. Neapoli, 1845. In-4ode xlviii et 176 p., avec 2 planches de fac- 
similé. — Vol. I, pars II. 1847. In-4° de xxiv, 284 , vi et xxi p., avec une 
planche. — Vol. II. 1849. In-4° de 198 p. 

Fondée par le roi Ferdinand I*"", l'École des chartes de Naples a puis- 
samment contribué à mettre en ordre et à faire connaître les riches ar- 
chives du royaume des Deux-Siciles. On en peut juger par les deux ouvrages 
sur lesquels nous appelons aujourd'hui l'attention de nos lecteurs. 

Le plus récent, par la date de publication, contient le texte des anciens 
documents conservés dans les archives royales de Naples. Les trois demi- 
volumes que nous avons sous les yeux renferment les pièces antérieures à 
l'an 1000. Elles sont au nombre de 262 ; la première remonte à l'année 703 
ou 748. Il serait inutile de faire ressortir l'intérêt que présente une telle 
collection de chartes. Les éditeurs se sont efforcés de reproduire les origi- 
naux avec la plus rigoureuse exactitude. Ils ne se sont permis ni d'ajouter 
une ponctuation, ni de mettre des majuscules au commencement des noms 
propres. Nous nous étonnons qu'avec de pareils scrupules ils aient osé rem- 
plir les abréviations. Le système qu'ils ont suivi n'a-t-il pas les inconvé- 
nients du système anglais, sans en avoir les avantages ? 

La sicle des rois de Sicile peut assez bien se comparer à nos anciennes 
chambres des comptes. Les archives de cet office renferment environ 
2,000 pièces se rapportant aux règnes de Charles I" et de Charles II. A 
l'aide de ces pièces, soigneusement analysées dans les volumes du Syllabus 
imprimés en 1824, 1832 et 1845, nos compatriotes pourront étudier l'ad- 
ministration des princes de la maison d'Anjou Ils y puiseront d'utiles 
renseignements sur la généalogie des membres de cette famille , sur les 



406 

oyages de Charles T"" et de Charles II en France, et sur la dernière croi- 
sade de saint Louis. Les éditeurs ont inséré textuellement dans leurs notes 
un certain nombre de documents importants. Nous y avons remarqué des 
exemples du français employé dans l'Italie méridionale au treizième siècle, 
plusieurs devis remplis d'anciens termes de marine et d'architecture, et 
quelques pièces qui permettent de Oxer la valeur du tournois dans les États 
de Charles I" et de Charles II. 

On nous pardonnera de terminer ce compte rendu par un fragment de 
l'acte publié à la p. 162 du second volume. C'est un état de divers objets 
conservés, à Naples , dans les magasins de la couronne , au mois d'avril 
1295. On y remarquera plusieurs produits des fabriques françaises. 

De rainutis variis rapucia duo, quorum quodlibet est de tiris. Quatuor 
tubse de argento, in aliqua parte deaurataî duse , ponderis marcharum tre- 
decim. Cossini sex de pluma , cohoperti de cathasamito rubeo. De eodem 
cathasamito alnae très. Lasneria de seta pro nobis {le roi) viginti quatuor. 
Panni de auro et seta octo. De tela viridi cortina una. Nappse pro mensa 
duodecim. De seta nigra pro cappellis laquei duodecim , et eorumdem la- 
queorum pro mantellis duodense très. De minutis variis mantellus unus. 
Poti de argento in aliqua parte deaurati duo , ponderis librarum novem , 
unciarum sex. De cultellis, cum manicis de ebore et esmaltis, pro mensa 
nostra, par unum. De viridi cohopertoria parva duo. Sargise duae. De ter- 
zanellis peciae dusc. Navis una de argento deaurata , cum esmaltis et pede , 
ponderis marcharum decem et octo unciarum. Sex biffae de Provino. Robba 
una samitti rubei. Canna una samiti viridis de Romania. Petise duaî samiti 
rubei. Canna una et média panni ad aurum de Romania, cum campo 
ruheo. Petiac duœ panni ad aurum in seta (.Inseta?)duo. Desayade Camo, 
coloris blavi, petia una cannœ duœ et palmi quatuor. Panni de Aiosto 
petia; quinque. Panni tartarici petiae duae. ïerzanelli de Venetiis petiae un- 
decim. De cendato rubeo forti petia; duae et palmi sex. De cendato nigro 
petiae viginti una et cannac quatuor. De cendato viridi petiae duae et cannae 
très. De cendato yndo petiae viginti quinque. De cendato ialino peciae 
decem et média. De cendato albo petiae undecim. Cendati diversorum 
colorum petiae quatuor et palmus unus . Setae tortac diversorum colorum 

libra; sex. Setae de cendato 

albo et nigro, zabronatum de albo et nigro, pro lecto nostro, unum. 
Dossale de cendato albo et nigro, pro prsedicto lecto nostro, unum, 
( ultrac punctae diversorum colorum de cendato très, quarun» una est 
zabronata de albo et nigro, pro eodem lecto. De minutis variis cohoper- 
toria duo et médium. De minutis variis penna; quatuor et média. De griso 
cohopertoria duo. De variis nibeis forratura inedia. Viridis de Duaco alnac 
duaî et média. Viridis pro cohopertoriis alnœ sex. Viridis de Parisiis alnac 
quinque. Srailati rubei petia média. Panni rubei de Pari.^iis nlnan duœ. 
Panni floris de porsico aine una et média. Brunettae de Tpra petia média. 
Brunottir niera* |)ro ealliffis petia média. Panni placti nigri pro calligis 



406 

nostris, inissi de Parisiis per Petrum Maicelli^... petiae duse. Camellini 
nayni petia una. Virgati grossi pro sarpilleria petia una. De mappis pro 
inensa nostra brachia nonaginta unum et médium. Tobalea; ad manus tre- 
decim. Coiiolizeria octo. Telœ burgenzœ alnœ quatraginta novem. ïelœ de 
Berne (Remis?) alnœ centura sexaginta sex. Canapacii alnae' viginti sex. 
Linteaminum per médium tessuti parvi de seta tredecim, Lasneria de sela 
undecim. Laquei de seta centum duo. Tappeta de lana , zabronata de aibo 
et nigro, cum floribusde lilio albis et nigris, missa de Parisiis per dictum 
Petrum Marcellum,.... quatuor. Tappeta de lama diversorum colorum duo- 
decim, quorum quatuor sunt zabronata de aIbo et nigro pro prœdicto lecto 
nostro. Bracale cum bucculo de argent© unum. Cappelii de filtro sex. De 
cultellis pro tabula par unum. De guantis de cervo paria tria. Cifi de mac- 
zaro et quallera duo. Buctones de argento cum cutureria ligati cum uno 
filo.» 

L.D. 

Critique génébale et béfutation; M. Augustin Thierry, par 
M- Léon Aubineau. Paris, aux bureaux de la Bibliothèque nouvelle, rue 
de LuUi, 3; 1851. In-12 de 392 pages. 

Peu de renommées, dans les lettres sérieuses, se sont aussi rapidement 
élevées que celle de M. Augustin Thierry. Il fut un temps où tous les jeunes 
esprits qui s'appliquaient à l'étude de l'histoire s'enrôlaient comme d'en- 
thousiasme sous les bannières de c?tte nouvelle école historique (elle- 
même se nommait ainsi) qui traitait cavalièrement les bénédictins, débap- 
tisait Charlemague, et se faisait une gloire de' ne point reconnaître dans 
Clovis, qu'elle appelait Hlodowigh, le fondateur 'de la monarchie française. 
Ce temps n'est plus. Non que la renommée de M. Thierry se soit éva- 
nouie, à Dieu ne plaise! Par son style, d'ailleurs, par son habile entente 
de la composition littéraire et de la mise en scène, M. Thierry restera tou- 
jours, quoi qu'il arrive, un très-remarquable écrivain. Mais enfin, on est 
forcé de le reconnaître, à la période d'enthousiasme a succédé, pour la 
nouvelle école et pour ses doctrines, la période de discussion. Dès 1835, 
M. Guérard, notre illustre maître, l'avait ouverte, en démontrant contre 
M. Thierry, dans le Bulletin de la Société de V histoire de France, que la 
distinction des races et les antipathies nationales n'avaient eu à peu près 
aucune influence sur le démembrement de l'empire de Charlemagne en 843. 
Peu après, M. Varin, depuis doyen de la faculté des lettres de Rennes, 
imprima une thèse fort remarquable, où il prouvait de son côté, toujours 
contre M. Thierry, que la révolution qui substitua aux Carlovingiens les 
Capétiens n'avait non plus rien à démêler avec les querelles de race. On se 
rappelle aussi que, dans ce recueil même, les assertions de M. Thierry sur 
un point important de l'histoire des comnmnes ont été contredites très- 
sérieusement ; elles ont rencontré , je le sais , un défenseur fort habile, 
mais qui peut-être, cependant, n'a point encore réussi à convaincre tout le 



407 

monde. Le livre le plus important de M. Thierry et qui a le plus fait pour 
sa renommée, sa Conquête de F Angleterre, n'a point échappé non plus à 
la critique : M. de Bonnechose l'a attaqué sur plus d'un point dans son ré- 
cent ouvrage, couronné par l'Académie française ; et avant lui, un Anglais, 
trop peu connu en France, le juge le plus compétent, peut-être, qui fût en 
pareille matière, et à coup sûr l'un des hommes les plus instruits dans 
l'histoire anglo-normande du onzième au treizième siècle, l'éditeur si 
consciencieux et si sagace des Grands rôles de l'échiquier de Normandie, 
le savant Stapleton, avait porté sur l'ouvrage de M. Thierry un jugement 
qui, pour être bref, n'en est point plus favorable. 

Enfin, M. Léon Aubineau vient de diriger, contre l'ensemble des doc- 
trines de M. Augustin Thierry, un petit livre digne, à notre sens, d'une