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BIBLIOTHÈQUE 

DE L'ÉCOLE 



DES CHARTES 



TOME DEUXIÈME. 

SIXIÈME SÉRIE. 



du:, 



Paris. - Imprimerie Ad. R. Laine et J, Havard, rue .les Saints-Pères, 



BIBLIOTHÈQUE 



DE L'ECOLE 
tu 



DES CHARTES, 

REVUE D'ÉRUDITION 

CONSACREE SPÉCIALEMENT A L ETUDE DU MOYEN AGE. 



VINGT-SEPTIEME ANNEE. 



TOME DEUXIÈME. 

SIXIÈME SÉKIE. 



3h«& 



PARIS, 

LIBRAIRIE A. FRANCK, 

67, RUE DE RICHELIEU, (3 7. 



M DCCC LXVI. 






D 
/Il 



NOTICE 

SUR OU 

JEU DE CARTES INÉDIT 

DU TEMPS DE LOUIS XII. 



Beaucoup de savants et même de simples curieux , depuis 
Bullet et le P. Menestrier jusqu'à MM. Leber, Merlin et Boiteau, 
se sont occupés de l'histoire des cartes à jouer. La France , 
l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre, nous ont donné de nombreuses 
dissertations sur leur origine et leurs transformations. Néan- 
moins c'est une histoire encore à faire. Où, quand ont-elles été 
inventées, à quelle époque les a-t-ou introduites en France? 
Ce sont des questions jusqu'ici peu éclaircies et auxquelles nous 
ne toucherons en aucune manière. Décrire un jeu de cartes 
ancien et inédit, en expliquer les différents types, les mettre en 
regard de ceux déjà connus , tel sera le modeste but de cette 
notice. 

Dans ses Études historiques sur les cartes à jouer *, M. Leber 
a beaucoup vanté les découvertes inattendues que l'on peut 
faire dans les vieilles reliures : « Ces anciens cartons, dit-il, 
trop peu consultés, contiennent de vrais trésors, et il y a tel 
bouquin des premières années du seizième siècle, qu'on payerait 
vingt fois la valeur du livre, si au premier regard, au lieu d'en 
interroger le titre, l'œil pouvait pénétrer jusqu'au cœur de la 
couverture. » Ce que disait là M. Leber, il le savait par expé- 
rience, car certaines pièces uniques de sa collection n'avaient 
pas d'autre origine. C'est aussi celle de nos cartes. Elles nous 

1. Mémoires et dissertations sur les antiquités [nationales et étrangères, 
publiés parla Société des antiquaires de France. Paris, 1842. Nouv. série, t. VI. 
II. (Sixième série.) 1 



ont été fournies par la reliure d'un in-4° du seizième siècle qui, 
rongée par les vers et l'humidité et privée de l'ouvrage qu'elle 
avait servi à recouvrir, gisait dans un corridor de l'hôtel de ville 
d'Autun. L'ayant ramassée par un heureux hasard, ce ne fut 
pas sans étonnement que je découvris au milieu des nombreuses 
feuilles de papier de toute espèce qui formaient le carton, une 
épreuve d'une planche gravée et coloriée, qui me parut curieuse 
au premier abord, mais dont je ne pus comprendre tout l'intérêt 
qu'après qu'elle eût été entièrement dégagée de ce qui l'entourait. 
Cette planche mesure eu hauteur 0,4 I e et 0,284 m en largeur. 
Elle présente 16 figures ou cartes, dont quelques-unes malheu- 
reusement ont été gravement endommagées , surtout dans la 
partie qui servait à renforcer le dos du livre. J'ai pu m' assurer 
que la collection de la Bibliothèque impériale ne possédait rien 
de semblable et que ce jeu était tout à fait inédit. J'ai été con- 
firmé dans cette idée par un savant et très-obligeant amateur, 
M. Merlin, dont les travaux sur cette matière sont bien connus. 

La planche, avons-nous dit, renferme 16 figures. Ces figures 
sont rangées quatre par quatre, et chaque ligne présente alter- 
nativement, et de gauche à droite : 

Pique, trèfle, cœur, carreau ou trèfle, pique, carreau, cœur. 

Lahauteurde chaque carte est de 0,095 m , sa largeur de 0,066". 
Elles sont gravées en bois, et l'encre est bien de ce roux de bistre 
dont parle M. Leber ' , et qui caractérise l'impression des cartes 
françaises, tandis que celle des gravures italiennes est d'un gris 
azuré. L'enluminure a été faite à la brosse et procède par teintes 
plates. Les couleurs employées sont : le vermillon, le pourpre 
ou violet, l'indigo 2 , le bleu clair. Les insignes pique et trèfle sont 
bien noirs et non violet foncé, comme dans certains jeux de la 
Bibliothèque impériale. 

Cette feuille ou épreuve n'est qu'une maculature. Procédait- 
on au lissage au moment de découper seulement, ou ne lissait-on 
point ? C'est chose fort incertaine ; dans tous les cas il n'y en 
a nulle trace sur notre feuille. 

Les huit personnages des deux premières lignes sont à pied 
et debout. Pour faciliter la comparaison des types entre eux 
et simplifier leur description, nous les désignerons par des 

i. Étude sur les cartes à jouer, p. 256-384. 
2. Cette teinte se rapproche du vert foncé. 



lettres indiquant leur position sur la planche, que représentera 
le tableau ci-dessous : 



A 


B 


G 


D 


E 


F 


G 


H 


I 


K 


L 


M 


N 





P 


Q 1 



Fig. A. Pique 2 , personnage debout, les jambes écarte'es, la 
tête tournée à gauche, et s'appuyant de ce côté sur une grande 
épée à deux mains. De la main droite, il soutient un écu échancré 
d'argent semé d'hermines, et dont la pointe repose à terre. Son 
vêtement consiste en une cotte d'armes sans manches à raies 
rouges, bleues et blanches (le papier blanc dans l'origine a 
été jauni par la colle employée pour la reliure), brodée sur la 
poitrine d'un porc-épic couronné , et recouvrant en partie un 
haubergeon à mailles fort larges ou plutôt formé d'écaillés de 
métal. Les coudes sont protégés par des coudières d'étoffe violette, 
les jambes par des grévières en métal et les pieds par des souliers 
en fer articulé. 11 a de longs cheveux plats , une toque rouge 
à aigrette, et à sa ceinture un large coutelas. Son nom, écrit à 
gauche en belle gothique, est pontUS. Ce nom, que nous n'avons 
rencontré dans aucun jeu , est celui du héros d'un roman qui a 
eu plusieurs éditions à Lyon et à Paris, vers 1480, 1500, 1520 
et 1550 % et qui est intitulé : Le très vaillant roy Ponthus, filz 



1. A, Pontus. — B, Artus. — C, Paris. — D, Rolant. — E, ? — F, Jelne. — Cr, 
Maugis. — H, ?— I, Allart. — K, Richart. — L, Déomèdes. —M, ?_ N, DucNaime. 
— O, Hogier. — P, Médée. — Q, Sanson. 

2. V. PI. I. 

3. Brunet. Manuel du libraire. 

4. 



du roy de Galice, et la belle Sidoine ou Sidonie , fille du roy de 
Bretaigne. Cette figure est vraisemblablement imitée du Varlet 
d'Espêe des tarots îrauçais et italiens, dont on retrouve le type 
dans un tarot français de l'an 1600 environ, conservé au cabinet 
des estampes de la Bibliothèque impériale, et reproduit par 
M. Boiteau dans son ouvrage intitulé : les Cartes à jouer et la 
Cartomancie '. 

Fig. B. Trèfle 2 . Ce personnage est campé plus fièrement que 
le premier; appuyé de la main gauche sur une longue flèche, 
dont le fer est piqué en terre, il déroule de la droite un phy- 
lactère, sur lequel on lit ûr.tttS. Son costume, presque sem- 
blable à celui du précédent, se compose d'un haubergeon recou- 
vert d'un gipon bouillonné à raies jaunes et rouges , dont les 
manches, très-courtes et de couleur pourpre, se terminent par 
une sorte de manchette en étoffe découpée blanche et bleu pâle, 
laissant voir l'armure en métal du bras et de l'avant-bras, et la 
coudière formée d'une petite rondelle armée d'une pointe aiguë. 
Les jambes sont protégées par des boîtes en métal, comme dans 
la fig. A. La tète est couverte d'une espèce de toque rouge à 
bords bleuâtres et retroussés. Au côté pend non pas une épée ni 
un coutelas, mais une simple miséricorde. Cet Artus est le fa- 
meux roi de la Grande-Bretagne , le fondateur de l'ordre des 
chevaliers de la Table ronde, le héros de tant de romans. On 
retrouve, au seizième siècle, dans un jeu de J. Goyrand, un roi 
de trèfle portant le nom à' Artus. 

Fig. C. Cœur. Pour cette fois, ce n'est pas un héros de roman 
que nous voyons bandant un arc, c'est pdris* le beau Paris, fils 
de Priam et d'Hécube. Sa flèche semble dirigée vers le talon du 
vaillant Achille. Son costume, d'une originalité plus piquante 
que celui des deux premiers, se compose d'une cotte d'armes 
à larges bandes rouges et violettes, et dont les basques arrondies 
et brodées laissent voir le haubergeon. il a des genouillères en 
métal et des chausses mi-parties bleu clair et rouge à revers 
bleu foncé. L'armure des bras est complète, les coudières sem- 
blables à celles des précédents. La toque est rouge et à aigrette. 
Le baudrier soutient à gauche un coutelas large et recourbé. 
L'on ne doit pas s'étonner de voir figurer ici Paris, car c'est de 

1. Paris, Hachette ; 1854, p. 13. 

2. V. PI. I. 



son frère Hector et du fils de ce dernier, Francion, que pendant 
les onzième, douzième, treizième, quatorzième, quinzième et sei- 
zième siècles on faisait descendre nos rois, et comme le disait 
Jean Le Maire de Belges en son Epislre du roy très chrestien 
Loys douziesme à Hector de Troye chef des neuf preux : 

Si sommes nous tous d'un sang et substance 
Tretous extraits de la maison troyenne 
Jadis fondée en la secte payenne ' . 

Hector a dû être aussi un personnage de cartes du quinzième 
siècle, car dans un jeu du temps de Louis XIII 3 , où tous les 
nom s sont écrits en lettres romaines, l'écriture gothique a été 
conservée pour celui-là seul , ce qui a pu induire en erreur et 
faire considérer ce nom comme celui du fabricant. Nous le 
retrouvons encore écrit en cursive dans un jeu un peu postérieur, 
mais là comme dans le précédent, toujours Ector de Trois. 6'est 
donc à tort que le P. Daniel 3 a cru reconnaître dans notre valet 
de carreau Hector de Galard, capitaine de la grande garde de 
Louis XI. 

Fig. D. Carreau, rfllant. Contrairement aux autres , ce per- 
sonnage est placé sur un parquet rayé en zigzag d'indigo , de 
blanc et de vermillon. Son vêtement ne diffère de celui des pré- 
cédents, qu'en ce qu'il ne laisse pas voir le haubergeon et qu'il 
est accompagné d'une petite veste de dessus flottante, d'étoffe 
violette doublée de bleu foncé. La toque est rouge et sans ai- 
grette. A droite, à son ceinturon, pend sa bonne épée Durandal. 
De la main droite, le fier paladin soutient un écu échancré violet 
à la tranche rouge, dont la pointe repose à terre et dont la bou- 
cle est d'une grandeur exagérée ; de la gauche, il s'appuie sur 
une hallebarde. Ses bras, ses jambes, sont garnis d'armures en 
métal. Dans plusieurs jeux anciens, on rencontre un personnage 
nommé Roland. L'un des quatre valets publiés par M. Chatto, 
dans son ouvrage intitulé : Facts and spéculations of the origin 
and history of playing cards\ et qui sont à peu près de la 

1 . Recherches histor. sur les cartes à jouer, par Bullet, dans la Collection 
des meilleures dissertations pour servir à l'Histoire de France, par M. Leber, 
t. X, p. 293. 

2. Collection de la Bibliothèque impériale. î 

3. Leber. Collect. des meill. dissert., etc., t. X, p. 249. 

4. London, in-8. 



même époque que notre jeu, s'appelle Roland ; c'est celui de car- 
reau. Rolon est le nom du valet de trèfle dans le jeu dit de 
Charles VU. Un jeu fait à Madrid eu 1648 ', et dont le dessin, 
quoique très-mauvais, semble procéder un peu de celui de nos 
cartes, quant au costume et à la coiffure , nous fait connaître 
un roi de Denier tenant une pique, dans lequel nous serions por- 
tés à voir une dégénérescence de notre Rolant. 

Fig. E. Trèfle. Cette figure, gravement endommagée en haut 
et en bas, ne nous offre plus que sa partie médiale. Néanmoins 
nous pouvons la rétablir entièrement grâce à la figure B, dont 
elle est la reproduction, à cela près qu'elle est tournée du côté 
opposé, c'est-à dire qu'elle tient la flèche de la main droite, et 
de la gauche le phylactère sur lequel le. nom a totalement dis- 
paru. L'épée pendait à gauche. 

Fig. F. Pique. Personnage portant une cotte d'armes sem- 
blable à celle de Paris, avec cette seule différence que les bas- 
ques sont rayées en diagonale de blanc et de rouge. Le hauber- 
geon est pourvu de manches larges couvrant le coude et la 
moitié de l'avant-bras. Le coutelas qui pend à droite est large 
et recourbé. De la main droite, il tient un heaume à grille, et de 
la gauche un bourrelet rouge. Son nom est \dtlC. C'est Ganelon, 
le traître Ganelon. 

Fig. G. Carreau. Personnage vêtu exactement comme Pon- 
tus , avec cette seule différence qu'il tient l'écu d'hermines de 
la main gauche et s'appuie de la droite sur sa grande épée. 11 se 
nomme maudis. C'est le fils de Beuves d'Aigremont et le cousin 
des Quatre fils Aymon. 

Fig. H. Cœur. Ce personnage , dont il ne reste que la partie 
supérieure, le bas ayant été rongé par l'humidité , se distingue 
des précédents en ce qu'il a la tête nue. Sa cotte d'armes est mi- 
partie rouge et violette, et la jupe, rayée de blanc et de rouge, 
est bordée de bleu. 11 tient de la main droite quelque chose qui 
ressemble à l'extrémité d'un phylactère. C'en devait être un, car 
il n'y a de nom ni d'un côté ni de l'autre. La main gauche, 
élevée à la hauteur de la tète, tient une toque. L'épée pend de 
ce côté. 

Nous avons décrit ce qui dans notre jeu peut s'appeler les 
gens de pied ; passons maintenant à la cavalerie , car les deux 

1. Collect. delaBiblioth. impér. 



dernières lignes ne nous offrent que des personnages à cheval, 
si l'on en excepte toutefois l'avant-dernière figure, une dame 
de carreau, la seule du reste que l'on remarque dans ce jeu, et 
qui ne nous présente pas brodé sur son vêtement l'emblème du 
porc-épic couronné, dont nous aurons à parler plus loin. 

Fig. I. [Pique] '. Cette figure, quoique excessivement fruste, 
pourra être décrite exactement, grâce aux figures L, 0, Q, avec 
lesquelles elle a une parfaite analogie. Le cavalier, monté sur un 
cheval cabré , d'une robe d'un gris bleuâtre, à harnais rouges et 
bleus, à bride en étoffe découpée et galonnée, est vêtu d'une 
cotte d'armes rouge à basques brodées en blanc , fendue 
par côté et recouvrant le haubergeon. L'armure des bras , 
cuisses et jambes est complète; rien n'y manque, ni les gan- 
telets de fer, ni les souliers articulés à éperons. Les coudières 
sont peintes en rouge. C'est aussi la couleur de la toque, sur la- 
quelle ondoie un plumail varié. La main droite tient la bride, 
la gauche un bâton de commandement. Ce costume est en tout 
point celui des maréchaux de France du temps de Charles VIII 
et de Louis XII, tel que nous l'a conservé Gaignières 2 dans le 
portrait de Pierre de Rohan, seigneur de Gié et maréchal de 
France. La seule différence qu'on y remarque , c'est qu'ici le 
casque est remplacé par la toque à plumail que portaient déjà 
les seigneurs de la cour de Charles VIII 3 . On lit à la gauche de 
ce personnage le nom, un peu effacé, d'ûllûrL, qui était, comme 
on le sait, l'un des Quatre fils Aymon. Il n'est pas ici le seul de 
la famille, nous avons déjà nommé son cousin Mavgis. 

Fig. K. Trèfle. La figure qui suit va nous montrer son frère 
rictyart, 

Richard, le plus fière des Quatre fils Aymons 4 , 

dont le nom est déchiré en partie, car on n'en voit distincte- 
ment que les deux premières et la dernière lettres. Il n'est point 
vêtu comme le précédent. Son costume est plus compliqué. A son 
pourpoint rouge est attaché un jupon de mailles, sur lequel on re- 

1. Nous indiquons entre crochets les couleurs qui ont disparu de l'original, mais 
que l'ordre observé dans la disposition des figures nous a permis de rétablir sûrement. 

2. Bibl. imp. Département des Estampes, Costumes, vol. VII, fol. 101. 

3. Gaignières, ibid. 

4. Roman des Quatre fils Aymon, prologue. — Histoire littéraire de la France, 
XVIII, 724. 



marque les pièces d'armure nommées faudes et tasseltes. L'armure 
des bras et des jambes est complète. La toque est la même que celle 
du précédent. De la main droite il tient un petit écu, sur lequel 
on ne distingue aucun emblème ; de la gauche, une longue épée, 
dont la pointe est dirigée en avant, comme pour frapper. Son 
cheval est cabré, comme le premier; et il a, de plus, un grand 
caparaçon blanc à large bordure bleue, et sur les flancs duquel 
s'épanouissent de larges flammes bleues et rouges, partant du 
dos. Cette ligure et la précédente étant les types sur lesquels sont 
copiés les cinq cavaliers qui suivent, nous nous dispenserons de 
les décrire minutieusement, nous contentant d'indiquer les dif- 
férences les plus sensibles. 

Fig. L. [Cœur]. Reproduction de la fig. I, à cette différence 
près, que le cavalier n'est plus tourné à droite, mais à gauche. 
Le nom, dont on ne distingue que les deux premières et les trois 
dernières lettres, est, sans aucun doute, ÎJ<?omK>f0, Diomède, fils 
de Tydée, et roi d'Étolie, qui blessa Mars et Vénus au siège de 
Troie. 

Fig. M. [Carreau]. Reproduction de la fig. K, mais cette fois, 
cavalier tourné à gauche. Le nom a complètement disparu. 

Fig. N. Trèfle. Semblable à la fig. L, et tournée du même 
côté, c'est-à-dire à droite , avec cette seule différence que les 
lasseties sont peintes couleur pourpre, et que le jupon de mailles 
est recouvert en certains endroits de petites pièces d'étoffes car- 
rées et de couleur bleue. Ce personnage est le tfnc naimc, le com- 
pagnon de Charlemagne. 

Fig. 0. Pique. Semblable à la fig. I. Personnage nommé 
Ijuûjcr. C'est Hogier le Danois. Ce nom, qui est aussi celui du 
valet dépique des cartes publiées par M. Chatto', s'est conservé 
jusqu'à nous dans certains jeux, notamment dans un jeu du 
temps de Henri II 2 . Un valet de pique du temps de Louis XIII 3 , 
portant le nom de Roger, est peut-être aussi le même person- 
nage. Hogier sert à designer le valet de cœur dans un jeu du 
temps de l'Empire 4 ; mais, de notre temps, le valet de pique a repris 
son nom, et, comme dans le jeu de M. Chatto, il est accompagné 

1. Ouvrage cité. 

2. Biblioph. Jacob, Curiosités de VHist. des Arts, Paris, Delahaye, 1858, p. 56. 

3. Collect. de la Biblioth. impér. 

4. Ibid. 



d'un chien. Ce nom est peut-être le seul qui, se rencontrant dans 
les cartes françaises de la première époque, ait continué et con- 
tinue aujourd'hui à désigner le même personnage; encore a-t-on 
vu que ce n'était point sans interruption. 

Fig. P. Carreau*. La dame représentée sur cette carte est 
la seule du jeu. Elle est debout, vêtue d'une grand'robe mi- 
partie rouge et violette , bordée de bleu et brochée de fleurs et 
de ramages bleus et jaunes. Un retroussis retenu parla ceinture 
d'orfèvrerie nous montre qu'elle est fourrée d'hermines et laisse 
apercevoir une robe de dessous blanche à raies rouges. La 
grand'robe a d'amples et larges manches bordées de blanc, 
l'une violette, l'autre bleue. La main droite tient un sceptre à 
fleurons fièrement appuyé sur la hanche ; la gauche, une fleur à 
larges pétales tombants. Cette fleur n'a aucune signification 
symbolique. A cette époque, il était d'usage de représenter les 
femmes, et quelquefois les hommes, avec des fleurs à la main. 
Gaignières 2 nous a conservé de nombreux portraits offrant cette 
particularité. Tels sont, par exemple , celui de Marie de Berry, 
femme de Jean I er , duc de Bourbon, et celui de Charles d'Or- 
léans, comte d'Angoulême 8 , père de François I er , mort en 1496. 
Ce dernier tient un oeillet de la main droite. La coiffure est la 
même que celle d'Anne de Bretagne dans la médaille frappée à 
Lyon en 1499 à l'occasion de son mariage avec le roi Louis XII 4 , 
c'est-à-dire le béguin à tuyaux , recouvert d'une pièce d'étoffe, 
à laquelle est attaché un voile retenu par une couronne fleurde- 
lisée. J'ai indiqué ce rapprochement dans le costume, sans vou- 
loir pour cela en inférer qu'il faille dans cette figure reconnaître 
la reine Anne. D'ailleurs elle a nom iwfuie, et rien de ce qui 
est raconté de la grande magicienne ne peut s'appliquer à cette 
princesse. 

Fig. Q. Cœur 5 . Semblable à la fig. I. Le nom de ce person- 
nage est SûllôOn. Ce serait se tromper étrangement que de voir 
ici le Samson de la Bible. On pourrait, il est vrai, s'y croire 
autorisé en le rapprochant de Judith, de Rachel et de David, 

1. v. PI. II. 

2. Biblioth. impériale, département des Estampes. Costumes du temps de Charles 
VII, t. VI. 

3. Id., t. VII. 

4. Hefner, Costumesdu moyen âge chrétien, 2 e divis. Quatorz. et quinzième siècle. 

5. V. Pi. II. 



10 

qui ont été et sont encore des personnages de nos cartes ; mais 
nous préférons y reconnaître le duc Sansun de la Chanson de 
Roland, le compagnon du fier paladin qui périt à Roncevaux, 
et ne pas le séparer de Rolant, du duc Naime, à'Hogier et de 
Jelne. 

Telle est, aussi exacte que possible, la description de ce jeu 
intéressant. Avant de parler du caractère et de la valeur des per- 
sonnages, avant de les comparer à d'autres ayant semblable 
origine, il convient de fixer la date approximative de sa fabri- 
cation. Cela nous sera facile, grâce aux emblèmes qu'il présente. 
Nous avons dit en commençant que tous les personnages, à 
pied comme à cheval, à l'exception d'un seul, la dame de car- 
reau, portaient, brodé sur la cotte d'armes à l'endroit de la poi- 
trine, un porc-épic couronné. Chacun sait que ce « petit gentil 
animal, » comme dit Paradin en ses Devises héroïques ', avait été 
choisi pour emblème par Louis XII alors même qu'il n'était 
que comte de Blois et duc d'Orléans. Nous avons aussi parlé de 
deux écus d'argent semé dliermines, qui accompagent les fig. A 
et G, Pontus et Maugis. On n'ignore pas que ce sont là les ar- 
moiries d'Anne de Bretagne, seconde femme de Louis XII. Le 
nom du premier personnage est aussi une date; le roman de 
Ponthus etSydoine était fort en vogue à la fin du quinzième siècle 
et au commencement du seizième. Il eut deux éditions à Lyon 
en 1480 et 1500, et deux à Paris, en 1520 et 1550. Il est regret- 
table que l'état du papier, imbibé de colle et moisi en plusieurs 
endroits, ne nous ait pas permis d'observer les vergeures, les 
pontuseaux, et surtout le filigrane qui eût pu aider à préciser 
davantage la date. Quoi qu'il en soit, on peut rapporter la fabri- 
cation de ces cartes aux années comprises entre le 8 janvier 1 499, 
date du mariage de Louis XII, et le 9 janvier 1514, jour où 
mourut la reine Anne. 

Ce jeu est essentiellement français ; son exécution xylogra- 
phique, les attributs que nous avons décrits, les noms des per- 
sonnages, leurs costumes, leur style, leurs couleurs, trèfle, pique, 
cœur et carreau, tout le prouve. Malheureusement le nom du 
cartier n'est pas indiqué, ou a disparu. 

Si l'on nous demandait maintenant à quelle sorte de jeu ser- 
vaient les cartes, nous serions fort embarrassés de le préciser. 

1. Paris, J. Millot, 1614, p. 26. 



Était-ce avec des cartes semblables que le roi Louis XII jouait au 
flux dans son camp en présence de ses soldats, ainsi que le rap- 
porte Humb. Thomas 1 ? Nous ne savons. Ce que l'on peut tou- 
tefois assurer, c'est que ce ne sont pas des tarots. Elles ne per- 
sonnifient pas d'idées, comme la Justice, la roue de la For- 
tune, etc...., mais portent au contraire des noms de héros. 
Cependant il est évident que certains personnages ont été ins- 
pirés d'anciens tarots français, types de ceux faits à Paris vers 
l'an 1500 environ, et conservés à la Bibliothèque impériale *. 
Notre Pontus a la même attitude que le Varlet d'Espée; Mlart 
ressemble au chevalier de Baston. 

Quels sont les rois, les valets, les chevaliers, car ces derniers 
figuraient dans les jeux espagnols en remplacement des dames? 
C'est encore une question à laquelle nous n'avons pu trouver 
de solution. Le second personnage, Ârtus^ nous avait paru d'a- 
bord être un roi, le roi de trèfle ; mais, dans ce cas, nous aurions 
deux rois de trèfle, car la fig. E est exactement semblable à la 
fig. A. Hogier pouvait représenter le roi de pique, comme cela se 
voit dans plusieurs jeux anciens; mais que faire d'Allart, qui 
est aussi un pique et dont le costume et l'attitude ne diffèrent 
pas de ceux du premier ? D'autre part, il n'y a qu'une dame, celle 
de carreau; qui la remplacera dans les autres couleurs? Sera-ce 
les personnages aux chevaux caparaçonnés? Ils ne sont que trois, 

et parmi eux il y a un carreau On peut donc croire que tous 

les personnages qui entraient dans la composition d'un jeu ne se 
trouvaient pas sur une seule forme et que la série qu'offre notre 
planche est incomplète. 

Les Pères Daniel, Menestrier, l'abbé Bullet, ont cru reconnaître 
dans les personnages des cartes les célébrités de l'époque à la- 
quelle ils les rapportaient, et, par des dissertations à perte de 
vue, ont cherché à prouver qu'^ rgine était Marie d'Anjou, femme 
de Charles Vil; Rachel, Agnès Sorel; Pallas, Jeanne d'Arc; ou, 
mieux encore, que Judith ou Judic, venant de deux mots soi- 
disant celtiques, Jud (reine) et Dxjc (deux fois), représentait Anne 
de Bretagne deux fois reine de France. Encore ces savants par- 
taient-ils d'un principe faux en supposant que les noms des car- 

1. Vita Freder. Palatini. Francfort, 1624, in-4, p. 24. 

2. M. Boiteau en a reproduit quelques-uns dans son ouvrage intitulé : les Cartes 
à jouer et la cartomancie. Paris, Hachette, 1854, p. 8 et suiv. 



12 

tes de leur temps étaient les mêmes qu'à l'origine. 11 nous eût 
été facile de placer des noms de l'époque de Louis XII sous cha- 
cun de nos personnages, de voir, par exemple, dans Médée, 
Anne de Bretagne, ce qui eût été peu flatteur pour cette reine, 
et de lui donner pour époux soit Rolant, Maugis ou tel autre 
carreau ; mais nous ne l'avons pas fait, et, à vrai dire, il ne faut 
pas prêter tant d'esprit aux cartiers qui pendant longtemps fu- 
rent guidés dans la fabrication de leurs produits moins par l'en- 
vie des allusions politiques que parleur simple fantaisie. 

Pour peu que l'on jette les yeux sur la collection de cartes de 
la Bibliothèque impériale, on ne sera pas longtemps sans se con- 
vaincre de ce qu'ont dit MM. Merlin et Chatto, c'est que les 
noms des cartes, le nombre, les caractères et les types des per- 
sonnages ont été pendant longtemps variés à l'infini par les car- 
tiers. Ce n'est guère qu'au milieu du seizième siècle, dans les 
cartes de Volay et de Goyrand, que nous trouvons le type qui 
depuis a généralement subsisté, et qui était basé probablement 
sur les cartes qu'on croyait les plus anciennes. 

Nous allons maintenant passer en revue trois jeux qui, par 
leur style ou leur date, se rapprochent du nôtre. Ce sont : 1° ce- 
lui publié par M. Chatto dans son ouvrage déjà cité ' ; 2° celui 
qui est conservé à la Bibliothèque impériale, t. III de la collec- 
tion, et dont un exemplaire se trouvait dans la collection de 
M. d'Henneville 2 ; 3° le jeu dit de Charles VII, découvert par 
M. Hennin et aussi conservé à la Bibliothèque impériale. 

Celui qu'a publié M. Chatto fut trouvé en décembre 1841 chez 
un bouquiniste dans la reliure d'un volume des sermons de saint 
Vincent Ferrier dont le titre et le dernier feuillet manquaient, 
mais qui fut jugé, d'après son exécution, avoir été imprimé en 
France dans les dernières années du quinzième siècle. M. Chatto 
serait disposé à croire ces cartes de fabrique anglaise pour plu- 
sieurs raisons : la première, c'est que le livre d'où elles ont été 
tirées avait appartenu à la bibliothèque cathédrale de Peterbo- 
rough; mais ce n'est nullement un motif. A cette époque, les li- 
vres se vendaient ordinairement reliés ; le livre étant français, 
les cartes doivent être françaises ; d'ailleurs les couleurs et les 
noms sont français. La seconde raison, je traduis exactement, 

1. P. 214. Ce jeu est conservé auBritish Muséum. 

2. Biblioph. Jacob, Curiosités de l'hist. des arts, p. 36. 



parce que « les traits, l'expression du visage et les proportions 
du corps caractérisent des Anglais plutôt que des Français *. » 
Il faut avouer que voilà un argument assez puéril. Certainement, 
dans ces cartes, le dessin des formes naturelles n'a pas encore 
fait place au dessin de convention, mais il n'est point tellement 
correct et caractéristique qu'on puisse y reconnaître les allures 
anglaises à l'exclusion de celles d'un autre peuple; d'ailleurs, il 
n'y a pas eu de fabrique de cartes en Angleterre avant le dix- 
septième siècle ; c'est un fait acquis et une raison péremptoire à 
opposer à M. Chatto. Les cartes reproduites sont quatre valets 
qui se distinguent par un accoutrement particulier. Ils sont en 
costume de chasse, pourpoints à grandes manches laissant voir 
le justaucorps, hauts de chausses mi-partis, bottes molles à re- 
vers, ceinturon auquel est suspendu un couteau de chasse, grands 
cheveux, chaperons à plumes ; cors, épieux, chiens, rien n'y 
manque, l'attirail de vénerie est complet. Les noms des person- 
nages sont : Lancelot pour le valet de trèfle, Hogier pour celui de 
pique, Roland pour celui de carreau. Le valet de cœur se distin- 
gue un peu des autres. Il tient de la main gauche un écu por- 
tant : d'argent à une rose de gueules ligêe d'argent, feuillée de si- 
nople et couronnée d'or. Son nom, au lieu d'être inscrit sur le 
côté, est placé en bas sous les pieds du personnage. On lit : 
Dûlcrj) fou Dûkrj) C . Ma première idée avait été d'y voir le nom du 
fabricant, Valéry f(fecH). Ce qui semblait m'y autoriser, c'était sa 
position même, différente de celle des autres noms. Dans une lettre 
adressée à Thomas Wright, esq., citée en partie par M. Chatto 2 , 
M. Paulin Paris pencherait à croire que ce nom, au lieu d'être 
celui du fabricant, qu'une ordonnance de 1613 força de mettre 
au valet de trèfle, serait celui d'Erart de Valéry, compagnon de 
Charles d'Anjou, roi de Sicile, auquel ses contemporains attri- 
buèrent le gain de la bataille de Tagliacozza. M. Chatto adopte 
l'explication de M. Paulin Paris, sans admettre toutefois, comme 
le veut ce dernier, que ces cartes soient de fabrique italienne. 
C'est aussi notre avis. Si, persistant à voir dans Valéry f le nom 
du fabricant, on opposait à l'attribution proposée par M. Paulin 
Paris la place insolite occupée par le nom dans la carte, nous 

1. « The features, expression, and bodily proportions of the valets are ratlier cha- 
racteristic o fEnglishmenthan Frenchmen. » (Ouv. cité, p. 219.) 

2. P. 218. 



14 

pourrions citer un personnage d'un jeu du temps de Louis XIII 1 , 
sous les pieds duquel on lit: Ector de Trois, et, chose curieuse, 
ce nom seul est écrit en gothique, tandis que tous les autres le 
sont en majuscules romaines, ce qui indique la copie ser\ile et 
inintelligente d'un jeu ancien. 

Le nom de Valéry, considéré dans ces cartes comme s'appli- 
quant au personnage et non au fabricant, a fait penser à 
M. Chatto que l'on pourrait bien lire Erarde le nom du valet de 
pique des cartes dites de Charles VII, et non Ctarde, comme l'a 
voulu H. Duchesne 2 . Mais ce savant n'a pas vu les originaux et 
n'a avancé cette opinion que d'après des fac-similé. Il nous est 
impossible de partager son sentiment. On ne peut, sur l'original, 
lire aulre chose que Etorde, peut-être Etarde, mais jamais 
Erarde. 

Le type des cartes de M. Chatto est essentiellement français et 
se rapproche beaucoup de celui de notre jeu. Les costumes seu- 
lement y sont plus compliqués, les couleurs plus variées. On y 
trouve le rouge, le brun, le noir, le violet, le bleu foncé, le vert 
clair et le jaune pâle. Les ombres sont peu nombreuses dans la 
gravure, et indiquées seulement par de simples traits sans ha- 
chures. Le caractère particulier qu'on y remarque vient de l'at- 
tirail de chasse dont sont pourvus les personnages. Il est bien 
regrettable que les quatre valets seuls nous soient connus. 

Le second jeu dont j'ai parlé est celui conservé à la Bibliothè- 
que impériale au tome III des Caries à jouer. Les personnages en 
sont : 

Valet, roi, dame de cœur ; roi, dame et valet de croissant ; roi, 
dame et valet de trèfle; dame et roi de pique. Le valet de crois- 
sant tient de sa main droite un phylactère sur lequel on lit en 
lettres gothiques très- régulières : F. Clerc, nom qui est très- 
certainement celui du fabricant. Du reste, aucun des personnages 
n'a de qualification. Les couleurs employées pour la peinture des 
costumes sont : le rouge, le violet, le vert et le jaune. Les piques 
et les trèfles sont plutôt violets que noirs et imprimés après coup, 
car ils empiètent parfois sur le personnage. On reconnaît dans 
ces cartes le même style que dans les nôtres ; le dessin en est 



1. Collect. delà Bibl. imp. 

2. Description des estampes exposées dans la galerie de la Biblioth. impér 
Pans, Raçon, 1855, n° 2, p. 3. 



peut-être même plus net et plus élégant. Ce qui en fait L'origina- 
lité, c'est d'abord le croissant, remplaçant le carreau, que nous 
attribuerons non à une influence sarrasine, comme le veut M. le 
bibliophile Jacob ', mais simplement à une de ces fantaisies si 
communes aux cartiers de cette époque ; ensuite le costume des 
rois et dames de cœur, qui consiste eu peaux de bêtes prenant 
les formes du corps et les couvrant des pieds à la tète. L'un 
porte un bâton noueux, l'autre une torche, en souvenir des rois 
et dames de bâton des tarots. M. le bibliophile Jacob ' n'hésite 
pas à voir dans ces figures, ainsi que dans celles d'un jeu sem- 
blable de la collection de M. d'Henneville, un souvenir du terri- 
ble ballet des ardents qui eut lieu le 29 janvier 1392 en l'hôtel 
de la reine Blanche, à Paris, et dans lequel plusieurs seigneurs 
costumés avec des peaux de bêtes engluées de poix périrent de la 
mort la plus affreuse. J'ai peine à croire, pour ma part, qu'on 
ait imaginé de faire servir à de frivoles délassements des souve- 
nirs aussi pénibles. Du reste, Froissart et Juvénal des Ursins, 
qui ont relaté cet épisode, ne parlent que d'hommes déguisés et 
point de femmes, auxquelles pourrait faire allusion la dame de 
cœur tenant une torche. Je ne puis non plus accepter l'époque 
qu'il leur attribue en les faisant contemporaines des cartes dites 
de Charles VII. Elles sont, je crois, les plus anciennes de celles 
qui nous sont connues, mais encore ne faut-il pas les comparer 
aux cartes dites de Charles VII, dont le style est on ne peut plus 
différent, et qui, comme j'essayerai de le démontrer plus loin, 
ne sont pas aussi anciennes qu'on l'a voulu croire. Les person- 
nages de ce jeu ne sont pas des gens de cour, et ce valet de cœur 
qui ouvre la marche avec une torche, en souvenir du valet de bâ- 
ton, n'a pas les allures prétentieuses des valets des autres jeux. 
Les rois et les reines n'ont de royal que la couronne, et tous ont 
un caractère, un costume et une tournure des plus vulgaires. 
Ce jeu, ainsi que les deux que j'ai décrits précédemment, sem- 
blent appartenir à la même époque ou à peu près. Le dessin, le 
style, sont les mêmes, et, si l'on devait les classer, voici quel se- 
rait l'ordre chronologique que nous adopterions : en premier 
lieu, celui delà Bibliothèque, le dernier dont nous ayons parlé, 
et auquel nous assignerions sans hésiter le dernier quart du quin- 

1. Curiosités de l'Histoire des arts, p. 37. 

2. Ouvr. cité, p. 38. 



zième siècle; en second lieu, le nôtre ; enfin, celui de M. Chatto, 
qui serait peut-être de quelques années plus récent, comme sem- 
blent l'indiquer le plus grand nombre de couleurs employées et 
l'abâtardissement des lettres. 

Dans ces trois jeux, la nature a été copiée et rendue souvent 
d'une manière assez habile, et la plus grande fantaisie a présidé 
au choix des personnages, de leur nombre, de leur caractère, de 
leurs noms, de la couleur de leurs vêtements, et même quelque- 
fois de la forme des signes qui servent à les distinguer. En effet, 
le jeu de la Bibliothèque nous offre des croissants à la place des 
carreaux, et des trèfles à quatre feuilles égales, ce qui ne se voit 
nulle part ailleurs. La convention dans la forme n'a pas encore 
paru. Les cartes sont loin d'être aussi communes qu'elles le de- 
viendront au siècle suivant. Ce sont encore des estampes, bientôt 
ce ne seront plus que de vulgaires images de commerce calquées 
les unes sur les autres sans intelligence comme sans goût. 

La Bibliothèque impériale possède un jeu composé de dix 
cartes, auquel elle a fait les honneurs d'un cadre à part, et de 
l'exposition dans la grande salle des estampes. Ce jeu, trouvé à 
Lyon par M. Hennin, a été décrit par M. Duchesue ' . 

Il se compose de dix figures, ainsi placées sur deux rangs : 
Valet, roi, dame de trèfle; roi, dame de carreau. — Valet, roi, 
dame de pique , dame , roi de cœur. Le valet de trèfle a nom 
Rolan. Il porte comme le nôtre une hache d'armes. C'est avec 
raison qu'on a substitué la lecture sant sosi à celle faut sou, 
proposée par M. Duchesne comme légende du roi de trèfle. 
Nous verrions dans l'objet que tient la dame de trèfle un souve- 
nir du denier que porte la royne de denier dans les tarots fran- 
çais et italiens. La dame de carreau est revêtue de cet élégant 
vêtement nommé garde-corps, et dont la ceinture descend en 
pointe par devant ; elle n'a pas de nom , mais porte la devise : 
En toy te fie. Elle ne tient pas de la main droite « une espèce de 
hochet en orfèvrerie, » comme l'a dit M. Boiteau 2 , mais bien une 
fleur, une fleur dégénérée dont nous aurons à parler plus loin. 
La dame de pique a la main gauche sur la hanche et tient une 
fleur de la droite. L'inscription qui l'accompagne semble avoir 
été mal lue par M. Duchesne, qui l'a transcrite ainsi : Te aute 

1. Ouvr. cité. 

2. Ouvr. cité, p. 66. 



17 

dict, ce qui n'a pas de sens. On l'a lue depuis Lèaulé due ou doit; 
mais il vaut mieux, croyons-nous, y voir, avec M. Vallet de Viri- 
ville, Lèauté dort, qui serait le pendant de tromperie et de la foy 
et perdu. Quant au nom du valet de pique, que M. Duchesne a 
lu élarde et où on a vu d'autre part étorde et élarde, il n'existe 
pas entier, la carte a été rognée, et il faut le compléter ainsi 
selon M. Vallet de Viriville : Etor de [Troye], et ne pas le rap- 
procher, comme le veut M. Chatto, du nom d'Erard de Valéry. 
Ces cartes ont été attribuées par MM. Duchesne et Leber, et après 
eux par M. Boiteau, à l'époque de Charles VII. On les a repro- 
duites par la gravure et chromolithographie dans plusieurs 
ouvrages , et notamment dans le Moyen Age et la Renaissance, 
sous ce titre : Cartes du jeu de piquet inventé en France sous le 
roi Charles VIL Et sur quoi s'est-on basé pour leur assigner 
une date aussi précise que le deuxième quart du quinzième 
siècle? Sur ce que la couleur de l'encre d'impression est 
bistrée, et sur ce que les costumes sont ceux du règne de Char- 
les VI [. Nous allons essayer de montrer que ces cartes ne sont 
pas d'une époque aussi reculée, et nous nous appuierons tout 
d'abord sur le témoignage de deux savants qui se sont occupés 
spécialement de l'étude des cartes, l'un en Angleterre, l'autre en 
Frauce : ce sont MM. Chatto et Merlin. 

Le premier s'exprime ainsi dans l'ouvrage que nous avons eu 
déjà l'occasion de citer plus d'une fois : « A quelque époque que 
puisse appartenir le costume des cartes Coursube (celles dites 
de Charles VII), celui des quatre valets peut être justement con- 
sidéré comme aussi ancien, et encore, en examinant l'habillement 
des derniers et le style de leur exécution, je ne les croirais pas 
d'une date plus reculée que 1480 '. » 

Voici maintenant l'opinion de M. Merlin : « Quant aux cartes 
dites de Charles VII, l'opinion qu'elles sont du temps de ce 
prince n'est fondée que sur le costume. Or un costume peut bien 
prouver qu'un monument n'est pas antérieur à l'époque où a paru 
ce costume, mais il ne peut démontrer également que ce monu- 
ment en soit contemporain, puisqu'il peut avoir été imité plus 

1. « To whatever period the costume of the Coursube cards may belong, 
that of the four knaves may be fairly presumed to be of as early a perio i ; but yet 
looking at the costume of the latter, and the style of their exécution, I should not 
take them to be ofanearlier datethan 1480. » (Ouvr. cité, p. 214.) 

II. {Sixième série.); 2 



18 

tard. Ce n'est donc qu'une simple présomption. • Puis il ajoute 
en note : « La perfection nous inspire des doutes sérieux sur la 
date qu'on leur attribue, et les cartes dont M. Chatto, à la 
page 214 de son ouvrage, a reproduit quatre valets sur l'un 
desquels il y a le mot Valéry, pourraient bien être antérieures 
aux cartes attribuées au règne de Charles VII ',. » — MM. Chatto 
et Merlin, tout en n'admettant pas que ces cartes soient de l'épo- 
que de Charles "VII, ont reconnu que les personnages portaient 
le costume de ce temps. M. Vallet de Viriville, dans une note 
qu'il a bien voulu nous adresser et qui est insérée à la fin de cet 
article, y voit au contraire les modes des règnes de Charles VIII 
et de Louis XII ; c'est aussi notre sentiment. Néanmoins il est 
une chose qui frappe tout d'abord, si l'on met en regard ce der- 
nier jeu et les trois que nous avons décrits , c'est la différence 
de style, non point à proprement parler la « perfection,» comme 
l'a dit M. Merlin, mais plutôt la dégénérescence des formes, indi- 
quant non l'invention, mais la copie et une copie déjà intelligente. 
La nature n'y est pas représentée fidèlement comme dans les 
trois autres jeux; le dessin de convention apparaît, on le recon- 
naît partout, dans les habits, les sceptres, les couronnes, les 
cheveux. Les fleurs ont tellement dégénéré, que M. Boiteau les 
prend pour des « hochets en orfèvrerie 2 . » Les lettres mêmes des 
noms des personnages ne sont plus nettes et de bonne forme. 
Elles sont grêles, irrégulières, parfois méconnaissables, et ne 
permettent pas de lire le nom qu'elles servent à composer. On 
n'apporte déjà plus le même soin à la fabrication des cartes, l'art 
n'y est plus que pour peu de chose, le commerce pour beaucoup. 
Si donc j'osais assigner une date à ce jeu, je dirais qu'il est 
moins ancien que les trois premiers, et je le reporterais aux der- 
nières années du règne de Louis XII. 

L'examen attentif delà collection de la Bibliothèque impériale 
nousa suggéré certaines remarques sur la filiation des types, qui 
ne seront peut-être pas déplacées ici, à savoir que nos cartes 
françaises, notre jeu national a calqué ses personnages sur ceux 
des anciens tarots. Il est facile de reconnaître que dès le milieu 
du seizième siècle, du temps des cartiers Goyrand et Volay, on 

1. Les cartes à jouer t par M. Merlin. Revue universelle des arts, mai 1857, 
p. 108 et 109. 

2. p. 66. Ouvr. cité. 



19 

copie plus qu'on n'invente, et on copie le plus souvent sans intel- 
ligence, prenant indifféremment des personnages dans chaque 
espèce de jeu. Certains noms sont encore écrits en lettres gothi- 
ques, quand tous les autres le sont en majuscules romaines. Les 
attributs et les symboles ne sont plus compris. Parfois on a donné 
la vie à des objets d'ornementation. Ce petit animal, qu'une 
dame de pique d'un jeu de J. Volay ', porte sur la main droite 
ramenée devant la poitrine, ne serait-il pas le porc-épic de notre 
jeu de Louis XII, ou la salamandre d'un jeu du temps de Fran- 
çois I er , qu'on aurait détachés de la broderie et vivifiés sans 
savoir pourquoi? ou veut-on y voir un souvenir de ces portraits 
de grandes dames tenant leur chien favori? Le même animal se 
rencontre du reste encore chez la dame de pique Bersabée, d'un 
jeu de J. Goyrand 2 . Quant au type de Médée, il se retrouve au 
dix-septième siècle dans une dame de carreau, Racheiz, tournée 
il est vrai en sens inverse. Il est impossible d'y méconnaître sa 
taille cambrée, sa robe à retroussis, sa fleur d'un dessin plus 
héraldique que naturel, enfin, sa main posée comme pour tenir 
le sceptre qu'on a jugé à propos de lui retrancher. Si à ces obser- 
vations nous joignons celles que nous ont fournies nos cartes, 
ainsi que celles de M. Chatto, nous serons conduits à dire que, 
pendant la première période de l'apparition des cartes en France, 
il n'a pas dû y avoir un modèle unique, un type généralement 
adopté. La fantaisie présidait au choix des personnages, de leurs 
costumes, de leurs couleurs, de leurs noms 4 . Chaque cartier 
agissait en cela comme bon lui semblait. Mais néanmoins, il m'a 
paru que dans ces différents jeux l'on pouvait reconnaître une 
certaine unité de pensée, et distinguer en classes les plus anciens 
qui nous soient parvenus. Nous devons reconnaître au nôtre un 
caractère tout militaire; le costume et l'armement des valets de 
M. Chatlo.se rapportent entièrement, nous l'avons dit, à l'exercice 
delà chasse; les personnages des cartes de la Bibliothèque nous 
paraissent, à l'exception du roi et de la reine de croissant, qui, 
par une anomalie jusqu'ici inexpliquée, sont vêtus de peaux de 
bêtes, appartenir à la classe bourgeoise ; le jeu dit de Charles VII 

1. Collect. de la Biblioth. impér. 

2. Collect. de la Biblioth. impér. 

3. Bibl. impér. Collect. de cartes, t. III e . {Marque des cartes, T.) 

4. Ces idées ont déjà été émises par MM. Merlin et Chatto. Nous n'avons fait que 
les suivre. 

% 



20 

nous montrerait, au contraire, des costumes de cour. Voilà, 
certes, des conditions bien caractérisées, mais qui n'ont pas dû 
exister très-longtemps dans leur intégrité. Au seizième siècle, et 
après avoir été souvent copiés et dénaturés, ces divers jeux se 
sont fondus ensemble en un seul qui ne s'est modifié qu'insensi- 
blement dans la suite. (Il est bien entendu qu'ici j'excepte les 
jeux de fantaisie comme il en a paru et il en paraît encore.) Les 
uns ont prêté leurs costumes, les autres leurs attributs ou leurs 
armes; tous se sont réunis, et cette fusion générale nous paraît 
très-sensible dans ce jeu de J. Goyrand • où les valets sont dési- 
gnés par leurs diverses qualités : valet de noblesse (pique), valet 
de pied (trèfle), valet de chasse (carreau), et valet de cour (cœur). 
Nous pouvons encore, dans les jeux que nous avous entre les mains, 
reconnaître les traces évidentes de cette multiple origine, et ré- 
tablir par la pensée et d'après la nature des attributs le type 
des cartes primitives. 

1. Curiosités de l'Hist. dés arts, p. 57. 

HAROLD DE FONTENAY. 



M. Vallet de Viriville a bien voulu joindre aux bons conseils et 
aux nombreux renseignements qu'il nous a donnés, une note inté- 
ressante qui servira d'appendice à notre article. Qu'il nous soit 
permis de lui en exprimer ici nos sincères remercîments. 

H. DE F. 



Note sur une feuille de jeu de cartes, n° 2, encadrée, du 
cabinet des Estampes. (Réserve.) 

Ce jeu, dit du temps de Charles VIT, ne peut appartenir qu'au 
règne de Charles VIII ou de Louis XII. Les longs cheveux, les 
faces imberbes, les chausses mi-parties à brayettes, les cre- 
vées, etc., sont autant de traits limitatifs et caractéristiques. 

Voici maintenant la composition de cette planche, avec les lé- 
gendes, telles qu'elles me paraissent devoir être établies : 



21 

Valet de trèfle : XOian. 

Roi de trèfle : sant-SOCt. 

Dame de trèfle : tromperie. 

Eoi de carreau : roursube. 

Dame de carreau : en tOg te fie. 

[Valet de carreau : Manque]. 

Valet de pique : dot îre [troue]. 

Dame de pique : leauté oort. 

Roi de pique : apolltn. 

Dame de cœur : la frrg rôt per&ur. 

Roi de cœur : [La légende est coupée]. 

[Valet de cœur : Manque]. 

Pour se rendre compte de ces légendes, il faut les rétablir par 
groupes défigures similaires. Ainsi, Rois : Sans-Souci, Coursube, 
Apollin. Le 1 er est semblable au Mois de mai ou à Mai « roi cou- 
« ronne portant », représenté une fleur à la main, dans les calen- 
driers du moyen âge. Corsuble est un géant et chef sarrasin des 
romans de chevalerie du cycle carlovingien ou carolingien. Apol- 
lin est le beau dieu païen. — Dames : Tromperie, En toi te fie, 
Loyauté dort, La bonne foi est perdue. Ici le quatrain est com- 
plet. Ce ne sont plus des personnages, mais des devises dont l'a- 
nalogie, je dirai presque l'unité, est frappante. C'est un conseil 
perpétuel de méfiance donné au joueur. Roland etHector de Troie 
se correspondent parfaitement. Ce sont même les personnages les 
plus orthodoxes par rapport à la doctrine qui a triomphé dans le 
jeu de cartes. 

Ce fragment est un spécimen curieux des écarts de fantaisie 
que le jeu de cartes a subis, dans sa composition, par rapport au 
programme du type principal. 

Il est en outre le plus élégant et l'un des plus anciens parmi les 
cartes françaises de piquet, que l'on connaisse * . 

1. Voyez plus loin, p. 104, une note relative à un fragment de jeu de cartes aussi 
remarquable par son élégance que par son ancienneté. 



ELECTION DES DÉPUTÉS 

AUX 

ÉTATSGlNÉRAUX RÉUNIS A TOURS 

EN 1468 ET EN 1484, 



d'après des documents inédits 



TIRÉS DES ARCHIVES DE RAYONNE, SENLIS, LYON, ORLÉANS ET TOURS. 



Les histoires des états généraux publiées jusqu'à ce jour ne 
nous fournissent que des renseignements très-iusuffisants sur 
l'élection des députés : lacune regrettable que l'excellent travail 
de M. Boutaric a fait disparaître pour les états convoqués au 
commencement du quatorzième siècle 1 . 

Les recherches auxquelles nous nous sommes livré nous-même 
concernent les assemblées de 1468 et de 1484. Ce n'est pas l'his- 
toire de ces célèbres réunions d'états que nous avons entreprise : 
nous avons voulu seulement donner un aperçu de la manière 
dont les députés furent choisis par les électeurs. 

Les trois ordres se réunirent-ils pour les élections, ou bien 
les élections du clergé, de la noblesse et du tiers se firent -elles 
séparément ? En quel nombre les électeurs se rassemblèrent-ils 
pour le vote ? Les campagnes envoyèrent-elles des représentants 
à ces comices ? 

Telles sont les questions dont nous aurions désiré pouvoir 

1. Les premiers états généraux, dans la Bibliothèque de V École des Chartes, 
5* série, tome I. 



23 

présenter la solution. Questions sociales et qui touchent, si 
j'ose ainsi parler, à la moelle de l'histoire ! 

Les documents qu'il nous a été possible d'interroger, ne suf- 
fisent pas, à la vérité, pour éclairer complètement ces divers 
points historiques ; car ils nous laissent notamment ignorer ce 
que furent les élections de la noblesse en 1468; mais ils répon- 
dent à une certaine partie du programme que nous venons d'in- 
diquer et nous ont semblé, pour cette raison, dignes d'être mis 
au jour. L'idée première de cette étude nous a été inspirée par les 
documents précieux que renferment les archives de Tours. L'exa- 
men de ces pièces nous fit penser que d'autres archives munici- 
pales pourraient être également consultées avec fruit : cette sup- 
position n'était pas sans fondement. M. Dulaurens, archiviste de 
la ville de Bayonne, M. Gauthier, archiviste du département du 
Rhône et de la ville de Lyon, M. Rolle, archiviste adjoint de 
la ville de Lyon, M. [Cultru, secrétaire-archiviste de la ville de 
Senlis, M. du Muraud, archiviste de la ville d'Orléans, ont ré- 
pondu à notre appel avec un empressement dont nous ne sau- 
rions trop les remercier, et nous ont fourni le plus grand nom- 
bre des documents qui sont la base de ce travail. 



I. — états de 1468. — Lettres de convocation adressées h la 
fois au clergé et aux bourgeois. Rôle du clergé et de la bour- 
geoisie dans les élections de Tours, de Lyon et d'Orléans. Élec- 
tions de Senlis. 

Lorsque Louis XI convoqua les états de 1468, sa position était 
pleine de périls. Les puissants ducs de Bretagne et de Bour- 
gogne, indignés de la mauvaise foi du roi, qui, après avoir cons- 
titué la Normandie en apanage au duc de Berry, son frère, ve- 
nait de la lui enlever les armes à la main, étaient prêts à réunir 
encore leurs forces contre lui; et tout faisait prévoir qu'à l'expi- 
ration de la trêve finissant au 1 er mai 1468, la guerre allait de 
nouveau éclater, guerre où le roi, et avec lui l'œuvre de recons- 
titution du royaume laborieusement poursuivie par la race de 
Hugues Capet, courraient les plus sérieux, les plus graves dan- 
gers. 

Louis, espérant peut-être intimider ses ennemis, et compre- 
nant d'ailleurs qu'inviter la nation à épouser sa querelle, ce 
serait doubler ses forces, l'appela tout entière à son conseil. 



'24 

Les lettres de convocation adressées aux « gens d'église, bour- 
geois, manans et habitans » des principales villes de France, 
sont rédigées en ce grand style qui sied si bien à l'héritier d'une 
suite de rois dont la fortuue, heureuse ou malheureuse, est, 
depuis des siècles, intimement unie à celle de la nation. 

Louis était trop habile pour ne pas parler en roi dans une 
circonstance où ce noble langage servait si bien sa politique. 

Voici le texte des lettres closes qui furent expédiées de sa 
chancellerie : nous le transcrivons d'après une copie contempo- 
raine des lettres elles-mêmes, et conservée dans les archives de 
la ville de Lyon : 

« De par le roy , 
« Chiers et bien amez, vous savez les troubles et divisions qui puis 
aucun temps en ça ont eu cours et encoures ont en nostre royaume, 
à la grant foulle et charge de nostre pouvre peuple et de nos bons et 
loyaulx subjectz et à nostre très grant deplaisance, et dont jà en 
sont, advenuz plusieurs gransmaulx et inconveniens ; et est à doubter 
que plus largement en aviengne si briefvement n'y est pourveu. Et 
pour ce que les matières sont grandes et de grant importance et 
qu'il est besoing que par bon advis et conseil il y soit pourveu, ce 
que de tout nostre cuer desirons pour nous acquicter envers Dieu 
et envers la couronne, l'honneur et les droicts de laquelle, comme 
savez, sommes tenu à garder ainsi que l'avons juré et promis; et 
pour le bien et sollagement de nos bons et loyaulx subjectz, par 
grant et meure déliberacion de conseil, avons conclud et délibéré 
d'assembler les seigneurs de nostre sang et les pairs de France et 
les trois estatz du royaume pour avoir leur bon advis et conseil sur 
ce. Pourquoy voulons et vous mandons bien expressément que des 
plus notables gens de la ville de Lyon et que vous conguoissiez amer 
le bien de nous, de la couronne et du royaume, vous envoyez par 
devers nous jusques au nombre de quatre personnes, un d'esglise 
et trois laïz, garnis de pouvoir souffisant pour oïr ce que leur sera 
dit et remonstré de nostre part touchant les causes dessus dites, y 
besoigner, vacquer, entendre et conclure comme les autres desdits 
trois Estatz, en la ville de Tours, au premier jour du moys d'Avril 
prouchain venant, lesquelz jour et lieu avons ordonné pour ladite 
assemblée. Et eussiuns bien voulu le terme de ladite assemblée avoir 
esté plus loing, afin que mieulx et plus à l'aise ceulx que vous en- 
voyerez à ladite journée puissent estre venuz ; mais pour ce que les 



25 

trêves en abstinences de guerre qui sont entre nous et aucuns des 
seigneurs et leurs alliez qui se sont esmeuz et eslevez à rencontre de 
nous ne durent que jusqu'au premier jour de May prouchain venant 
et qu'il est besoing que la conclusion qui devra estre prinse èsdits 
trois Estatz soit faicte avant la fin de ladite abstinence de guerre, il 
n'a esté possible de meclre le terme à plus loing jour. Aussi, nous 
attendons que, non obstant ladite assemblée, ceulx que avons or- 
donné et mandé pour nous venir servir, se ainsi estoit que les sei- 
gneurs qui se sont esmeuz et eslevez contre nous et leurs alliez ne 
voulsissent entendre et eulx mectre à raison, se tiennent tousjours 
prestz et y viennent comme l'avons ordonné, se besoing en avons et 
que le leur fassons savoir; car nous avons tousjours esté et sommes 
contens d'entendre à raison et nous mectre en tout devoir quant 
lesdits seigneurs vouldront faire le semblable de leur part, et aussi 
quant ilz ne le vouldront faire, nous sommes délibérez et concluz 
de garder l'auctorité de la majesté royale, l'honneur et les droiz de la 
couronne, ainsi que l'avons juré et promis, et pourveoir au bien et 
utilité de nostre royaume, par bon advis et conseil, en fasson et 
manière que, à l'aide de Dieu, noz bons et loyaulx subjectz pour- 
ront vivre et demourer soubz nous en bonne paix et tranquillité. 
Donné au(x) Montilz lès Tours, le xxvi e de Février MCGGCLXV1I. 
Ainsi signé : Loys. — Dorchière '. 

« Et desquelles lettres la superscripcion est telle : A nos chiers et 
bien amez les gens d'église, bourgeois, manans et habitans de nostre 
ville et cité de Lyon 2 . » 

Ainsi le roi demaudait quatre députés à la ville de Lyon, « un 
d'esglise et trois laiz. » Un nombre différent de représentants fut 
indiqué à d'autres villes; nous savons notamment que le roi 
mandait aux gens d'église et bourgeois de Tours d'envoyer aux 
états « ung d'esglise et deux laïz 3 . » 

Les lettres étaient adressées à la fois aux gens d'église et aux 
bourgeois; le procès-verbal de l'élection des députés touran- 
geaux , dans lequel on n'a pas, comme à Lyon, intercalé une 
copie complète des lettres royales, fait mention de cette même 
« superscripcion. » Il est probable que cette formule fut uuifor- 

1. Dans les Ordonnances des Bois de France, tome XVII, pp. 7 et 74, je trouve 
le nom de ce même personnage écrit Dorchère- 

2. Actes consulaires de la ville de Lyon. BB. 15. 

3. Registre de délibérations de la commune de Tours, 5 mars 1467. 



26 

mément adoptée pour toutes les expéditions delà circulaire royale. 

On interpréta différemment suivant les lieux la volonté du 
roi, qui paraissait plutôt indiquée qu'exprimée : s'adresser à la 
fois aux ecclésiastiques et aux bourgeois, n'était-ce pas provo- 
quer, partout où la chose serait possible, une élection en com- 
mun, et chercher par là à diminuer le rôle et l'importance des 
députés du clergé? 

A Tours, les choses se passèrent suivant l'esprit des lettres de 
convocation : l'harmonie régnait alors entre les membres du 
clergé et de la bourgeoisie, et ils ne paraissent avoir éprouvé 
aucune répugnance à se réunir pour l'élection. Cette assemblée 
eut lieu le 6 mars 1467 (vieux style) : on y fit choix de « M e Mar- 
tin de Chabot, maistre escolle et chanoine de Saint-Martin 
pour l'omme de l'église », et de « Jehan Ruzé et M c François 
Bernard pour les deux laiz*. » 

A Lyon, le clergé et la commune vivaient dans un état d'hosti- 
lité presque permanent; une fusion des deux ordres à l'occasion 
des élections était chose impossible. Les conseillers de ville, 
sans s'arrêter à cette difficulté, s'avisèrent de nommer eux-mêmes 
le député du clergé ; bien plus, ils ne choisirent pas un ecclésias- 
tique pour représenter l'Église, mais un officier du roi. Les 
trois députés désignés par le consulat furent : 

« Pour l'état du clergé, messire Jehan Grant, docteur en loys » 
(lieutenant du bailli de Màcon 2 ); «pour Testât des bourgoys, 
« noble Jehan de Villenove, et pour lestât des marchans, Miche- 
« let du Lart, citoyens de ladite ville 3 . » 

Il y a, croyons-nous, peu d'exemples d'un pareil abus de lan- 
gage. Les mandants sont neuf conseillers de ville, neuf laïques : 
le mandataire est lui-même un autre laïque, et on l'intitule dé- 
puté « pour V estât du clergé. » Un pareil représentant ne pou- 
vait pas suffire aux églises de Lyon; aussi voyons-nous le clergé 
de cette ville envoyer, de son côté, aux états « Monsieur le doyen » 
(du chapitre de Lyon) et « Monsieur le corrier » (le courrier de la 
cour séculière de l'archevêque 4 ). Ce qui porta à cinq le nombre 

1. Registre des délibérations de la commune de Tours, 6 mars 1467. 

2. Jehan Grant ou Grand avait été conseiller de ville pendant les années 1452, 53, 
56, 58, 60 et 61. Nous devons ce renseignement à M. Rolle, archiviste-adjoint de la 
ville de Lyon. 

3. Actes consulaires delà ville de Lyon. B. B. 15, lundi, 14 mars 1467. 

4. Ibid. 29 avril 1468. 



27 

des représentants nommés par la commune et le clergé de Lyon. 

Dans d'autres villes les ecclésiastiques procédèrent séparément 
à la nomination de leurs députés. Les choses se passèrent ainsi à Or- 
léans ; mais les représentants du clergé et de la bourgeoisie de cette 
ville furent indemnisés des dépenses du voyage sur une même 
bourse, celle de la ville. Le receveur des deniers communs 
paraît même les réunir sous la dénomination de « commis et 
depputez de par la ville *■ . » 

A Senlis, les bourgeois choisirent, « pour aller à Tours, au 
« mandement du roy, deux personnes idoines et suffisantes, ho- 
« norables hommes et sages, M e Hugues Boileaux , licencié en 
* lois, lieutenant-général de M. le bailli de Senlis, et Adam 
« Barthélémy, procureur du roi audit bailliage 2 . » 

Je ne trouve dans les procès-verbaux d'élection aucune trace 
d'une réunion des deux ordres du clergé et du tiers. 

II. — suite des états de 1 468. — Nombre des électeurs. Suffrage 
direct à Tours et à Senlis. Caractère aristocratique de Vèlec- 
tion dans la ville de Lyon. Doutes en ce qui concerne les 
élections de la noblesse. 

Nous pensons que les règles suivies pour l'élection des députés 
furent celles qui étaient naturellement indiquées par la consti- 
tution et les usages de chaque commune. 

A Tours, la constitution communale était très-large, j'oserais 
dire, en me servant d'une expression moderne, très-libérale et 
presque démocratique. Toutes les fois qu'une affaire importante 
devait être résolue, on convoquait une assemblée générale. Tous 
les habitants avaient droit de prendre part à cette réunion : en 
fait, les notables seuls se présentaient pour l'ordinaire, j 

On convoqua pour les élections de 1468 une assemblée géné- 
rale à laquelle assistèrent environ soixante bourgeois. Ajoutez à 
ces soixante bourgeois les représentants de l'archevêque, du 
chapitre de l'église cathédrale, du chapitre de Saint-Martin, de 

1. Compte de forteresse de 1467 à 1469. Je trouve dans les registres de la ville 
de Tours un (ait analogue en 1426. Des états provinciaux se réunirent à Saumur en 
mai 1426; le clergé et la bourgeoisie de Tours désignèrent séparément leurs députés. 
La ville paya cependant les frais du voyage des représentants de l'Église. (Reg. des 
délibér. 3, p. 89, élection des députés de la bourgeoisie, et p. 156, articles de dé- 
penses confondus avec les délibérations.) 

2. Registre 4 e des délibérations de la commune de Senlis. 13 mars 1467. 



28 

l'abbé et du couvent de Saint-Julien, et vous aurez la composi- 
tion de l'assemble'e qui nomma les députés du clergé et de la 
bourgeoisie de Tours aux états de 1468. 

Si Ton n'avait sous les yeux le procès-verbal lui-même , on 
aurait peine à admettre que les choses aient pu se passer de cette 
manière. Les bourgeois, en effet, prennent part avec les quatre 
députés du clergé à l'élection de « l'omme d'église. » Quelle in- 
fluence ces quatre voix auraient-elles pu avoir si, en raison d'une 
division survenue entre les bourgeois et les ecclésiastiques, ou 
pour tout autre motif, on avait ouvert un scrutin analogue à 
celui de nos élections modernes ? 

Mais on ne s'est pas réuni en prévision d'une élection de cette 
nature; c'est d'un commun accord, après s'être concerté quel- 
que temps, que l'on désigne les députés ; le vote n'est pas ex- 
primé par bulletins, et le résultat de l'élection est proclamé sans 
qu'il soit procédé à aucun dépouillement de scrutin 1 . 

A Senlis, nous trouvons, comme à Tours, le suffrage direct : 
les habitants, convoqués « au son de la cloche et cri public, » 
se présentèrent au nombre de cent dix pour choisir les deux 
députés du tiers : nous ne savons rien sur les élections du clergé 
de cette ville. 

Les élections à Lyon sont empreintes d'un certain caractère 
aristocratique dont l'organisation du consulat de cette ville peut 
nous aider à pénétrer le secret 2 . 



i. Registre des délibérations de la commune de Tours, 6 mars 1467. 

2. L'extrait suivant donne une idée très-nette de l'organisation communale de la 
ville de Lyon. Nous le devons à l'obligeance de M. Rolle. C'est un passage de la 
« sentence donnée par les commissaires députés par le Roy, au profit et honneur de 
« MM. les conseillerset consulat delà ville deLyon, contre les artisans. (8 juillet 1521.) 

... « Or, de tout temps, il y a eu audit Lyon douze conseillers et deux terriers, les 
« quelz. sont deux personnages vivant de leurs revenus et terres, pour assister, avec 
« lesdits conseillers, qui n'ont que 20 livres la seconde année de leur service, et l'on 
« a accoustumé (chaque année) faire eslection de six des dits conseillers et des dits 
«■ deux terriers. Les 12 conseillers eslisent les maistres des mestiers, les quelz 
« maistres, avec les deux aultres (c'est-à-dire avec les terriers), eslisent les dits 
« conseillers. » (Archives de Lyon AA,151, supplément.) Nous devons ajouter ici que, 
dans l'opinion de M. Rolle, il n'y aurait aucune conséquence à tirer d'une réunion 
municipale. Ce serait là un fait assez fréquent qui n'accuserait aucune tendance à 
l'envahissement des pouvoirs communaux par les conseillers. Cette opinion de 
M. Rolle, sans nous faire abandonner le point de vue auquel nous nous sommes 
placé pour apprécier les élections de Lyon en 1468 et en 1484, ne nous laisse pas 
sans une certaine inquiétude à cet égard. Nous devions en prévenir le lecteur. 



29 

Une réunion préparatoire a lieu le 13 mars 1467; neuf 
conseillers de ville, le lieutenant du bailli, Jean Grant, Pierre 
Balarin, juge, deux docteurs en lois, vingt-et-un notables dénom- 
més au procès-verbal, et plusieurs autres notables et maîtres 
des métiers assistent à cette assemblée : les conseillers de ville 
y donnent connaissance des lettres du roi, invitent les notables 
à se consulter sur les meilleurs choix à faire, et enfin arrêtent 
qu'une seconde réunion aura lieu le lendemain à l'hôtel de 
ville, « avec un certain nombre desdits notables et autres qui 
sur ce seront mandez. » Il est dit que « ung chacun desdits as- 
semblez » baillera « par escript ou nommera de bouche au pro- 
« cureur de ladite ville les personnages » qui lui sembleront 
« estre propices et convenables pour envoyer esdits troys estaz. » 

Vingt-trois personnages seulement, y compris neuf conseillers, 
sont présents à cette seconde réunion : un désaccord complet se 
manifeste au sein des conseillers en ce qui concerne la nomi- 
nation d'un député du clergé; quatre d'entre eux donnent leurs 
voix à Jean Grant, cinq se prononcent pour Pierre Balarin. 
En présence de cette scission, on ne songe pas à consulter les 
notables et à remettre à leur influence la mission d'assurer une 
plus grande majorité à l'un des candidats,* mais on s'ajourne au 
lendemain pour conclure. Cette fois, les notables n'assistent plus 
à la réunion : les seuls conseillers de ville s'y présentent. Une 
discussion assez longue, dont nous ne connaissons pas les dé- 
tails, s'engage entre eux. Enfin, « après plusieurs advis, consi- 
« dérations et résolucions sur ce, finablement ont conclud et 
« arresté iceulx conseillers, absoluemeut, de envoyer et mander 
* à l'assemblée des troys estatz de ce royaume en la ville de 
« Tours, au premier d'Avril prouchain venant, ainsi que le Roy l'a 
•' mandé par ses lettres closes, c'est assavoir, pour Testât du 
« clergé, Messire Jehan Grant, docteur en loys ; pour Testât des 
« bourgoys, noble Jehan de Villenove, et pour Testât des mar- 
« chans, Michelet du Lart, citoyens de ladite ville, lesqueulx se 
« sont déclairez en prendre charge, aux gaiges et salaires, c'est 
« assavoir ledit Messire Jehan Grant, de deux escus par jour et 
« un chacun desdits de Villenove et du Lart, de xv solz lour- 
« nois par jour 1 . » 

Les deux faits les plus saillants, à mon avis, de cette élection 

1. Actes consulaires de la ville de Lyon. BB. 15. 



30 

sont l'exclusion complète des notables, qui ne figurent pas dans 
la réunion où le choix des députés fut arrêté, et la nomination 
d'un officier royal pour représenter l'Église aux états généraux 
(nous avons déjà signalé cette singularité). 

Que fit de son côté la noblesse? Reçut -elle une convocation 
spéciale du roi? Combien de représentants envoya-t-elle aux 
états ? 

La nomination de « noble Jehan de Villenove » ne répond pas à 
ces questions, car il est très-remarquable que ce « Jehan de Vil- 
lenove » est envoyé par Y estât des bourgoys. 

Ce qui est certain , c'est que les représentants de la no- 
blesse ne procèdent point des élections dont nous venons de 
rendre compte. Les lettres de convocation sont adressées aux 
« gens d'église, bourgeois, manans et habitans » des villes, mais 
non pas aux nobles. Cependant, dans le corps de la lettre, le roi 
annonce son intention de convoquer, avec les seigneurs du sang 
et les pairs de France, « les trois estatz du royaume, » et, par 
conséquent, les nobles, ainsi que les ecclésiastiques et les bour- 
geois. 

Sans doute, comme l'a dit Rœderer *, les laïques envoyés par 
les villes pouvaient être nobles ou bourgeois; mais cette distinc- 
tion n'a pas grande importance, car ces laïques nobles ne repré- 
sentent pas la noblesse. 

Celle-ci eut-elle des comices électoraux, ou bien, comme le 
veut Rœderer, le roi fit-il dans son sein les choix qui lui plai- 
saient? 

Les documents dont nous nous servons sont muets sur tous 
ces points, et ne nous permettraient de rien ajouter aux conjec- 
tures que tout le monde peut faire à l'aide des descriptions sou- 
vent citées de Leprevost, greffier des états 2 . 



1. Louis XII et François I er , t. I, ch. xin etxîv. 

2. Les États généraux et autres Assemblées nationales (Collection recueillie 
par Mayer), 18 toi. in-8, t. IX. Ordre observé en rassemblée des états généraux de 
France à Tours... l'an 1467) par Jean le Prévost, secrétaire du roi et greffier desdits 
États. 



III. — états de 1484. — Discours de Philippe de Poitiers. 
Lettres de convocation. Idée générale des élections en Touraine, 
en Picardie, dans le Cotentin, à Rouen, en Bourgogne, à Lyon. 
Dans un grand nombre de bailliages, les trois ordres se réunis- 
sent pour nommer les députés. 

Dans l'une des dernières séances des états réunis à Tours en 
1484, il s'éleva une discussion intéressante sur la question de 
l'indemnité due aux députés pour les frais du voyage de Tou- 
raine et d'un séjour prolongé dans la capitale de cette province. 

Un député du tiers état, avocat de Troyes, soutint que chacun 
des trois ordres devait subvenir à la dépense de ses représentants; 
qu'il ne fallait pas, en imposant le tiers état seul, contraindre les 
plus pauvres à faire aumône aux plus riches; qu'enfin la no- 
blesse et le clergé ne devaient pas traiter leurs intérêts particu- 
liers aux frais- du troisième ordre '. 

C'était demander une dérogation formelle au principe en vertu 
duquel le commun peuple devait seul supporter les impositions. 
Le conseil du roi partageait , il est vrai, l'opinion de ce dé- 
puté 2 ; mais il dut céder devant la résistance de la noblesse, 
dont un des représentants, Philippe de Poitiers (du bailliage de 
Troyes, comme son adversaire), se montra l'éloquent et véhé- 
ment interprète. « Il semble, s'écria cet orateur, à en juger par 
le discours que vous venez d'entendre, qu'ici les ecclésiastiques 
ne se soient occupés que d'affaires d'église, les nobles des affaires 
de la guerre, et mes adversaires seuls des affaires de la nation, 
sans le concours d'autrui... Peut-être croient-ils avoir gagné 
cette indemnité, s'imaginant être parmi nous les seuls et uniques 
représentants du tiers état, c'est-à-dire du peuple. Mais qu'ils 
regardent, je les en prie, qu'ils regardent et lisent d'un bout à 
l'autre le contenu de leur procuration : il leur prouvera que les 

1. Journal de Masselin, dans les Documents inédits, p. 497. 

C'est par erreur que, dans un rapport de M. Amédée Thierry à l'Acad. des 
sciences morales, cet avocat champenois a été confondu avec Jean de St-Delis 
(Mémoires de V Académie des sciences morales et politiques, t. V, 1847, pp. 838 
et 839). Jean de St-Delis était député d'Amiens et non pas de Troyes. M. Ra- 
thery en fait, lui aussi, un avocat de Troyes (p. 369). L'avocat qu'on a pris, par suite 
d'une erreur dont je ne me rends pas compte, pour Jean de Saint-Delis est « Jehan 
Hanequin l'aisné » ou maistre Guillaume Huyart (Masselin, App., p. 721). 

2. Masselin, p. 509. 



32 

ecclésiastiques et les nobles ne sont pas moins qu'eux les manda- 
taires du peuple. Il faut qu'ils en soient convaincus et qu'ils 
en conviennent malgré eux ; car tous les députés sont censés 
tenir leurs pouvoirs de tous les électeurs réunis des trois états, 
et chacun n'est pas réputé tenir les siens seulement de l'ordre 
auquel il appartient 1 . 

« Les lettres du roi n'imposent qu'une obligation, celle d'élire 
un député de chacun des trois ordres*. » 

Ainsi, d'après Philippe de Poitiers, chacun des députés repré- 
sente, non- seulement l'ordre auquel il appartient par sa nais- 
sance, mais même les deux autres ordres ; l'orateur ne craint pas 
de citer à l'appui de son assertion le texte des procurations 
dont chacun de ses collègues est porteur. 

Je ne m'occuperai pas ici de la question de savoir si le fait 
avancé par Philippe de Poitiers justifiait pleinement ses préten- 
tions, mais bien de ce fait lui-même; et je me demanderai quelle 
valeur il convient d'attribuer aux paroles que nous venons de 
citer, et s'il faut y voir seulement un argument imaginé pour le 
besoin de la cause. 

La meilleure manière de résoudre la question est de se repor- 
ter au texte des lettres de convocation et aux autres renseigne- 
ments inédits qui nous restent. 

Lorsque le jeune roi Charles VIII, ou plutôt son conseil, se 
décida à réunir les trois états du royaume, des lettres patentes, 
dont les archives de Bayonne nous ont conservé la copie, furent 
adressées aux baillis et aux sénéchaux du roi. Voici la teneur de 
ces lettres : 

1. Nous nous sommes servi pour cette citation, de la traduction de M. A. Bernier. 
Nous n'avons modifié cette traduction qu'en ce qui concerne la phrase qu'on vient 
de lire. Le texte de Masselin porte : Non singuli tantum a suis censentur habere 
poteslatem, M. Bernier traduit : Et chacun n'est pas réputé tenir ses pouvoirs 
seulement de l'ordre qui l'a nommé. Le latin ne s'explique pas, comme l'a fait le 
traducteur, sur le fait de la nomination : il ne dit pas que chaque ordre nomme 
séparément ses députés. On verra plus loin l'intérêt de cette remarque. 

2. Journal de Masselin, p. 501. 

Il est inutile de faire ressortir l'originalité de cet argument. Chaque député reçoit 
son mandat des trois ordres de la nation, dit l'orateur ; et il en tire cette consé- 
quence, tout à fait contraire à celle qui nous vient naturellement à l'esprit, que le 
tiers état seul doit payer. Il part de ce principe que les dépenses qui intéressent les 
trois ordres, l'ensemble de la nation, doivent être supportées par le commun peuple. 



33 

« Charles, par la grâce de Dieu roy de France, au senneschal des 
Lannes ou à son lieutenant, salut. Pour ce que depuis le trespas de 
feu nostre très cher seigneur et père, que Dieu absoille, et que som- 
mes provenuz à la coronne, nous avons retiré et fait venir devers 
nous les seigneurs de nostre sang et autres grans et notables perso - 
naiges de nostre royaume pour leur communiquer les affaires d'i- 
celluy, affin de pourveoir aux choses où il est expédient et nécessaire 
de donner provision pour le bien de nostre royaume, et qu'il nous 
a semblé (et) ausdits seigneurs de nostre sang et autres estans devers 
nous que, pour pourveoir plus seurement aux faiz et afaires de 
nostre dit royaume, il estoit et est bien convenable de assembler les 
trois estats d'icclluy ; nous, pour ces causes, escripvons présente- 
ment aux gens d'église, nobles, bourgeois et habitans de nostredite 
senneschaucye que, en toute diligence, ilz se assemblent pour eslire 
troys personnaiges notables; c'est assavoir ung d'église, ungnoble et 
ungde Testât commun, et les envoyent devers nous en la ville d'Ur- 
léans au premier jour de Janvier prouchain venant, ainsi qu'il est 
plus à plain contenu en nos lettres missives que vous envoyons. Et 
affin qu'ilz acomplissent le contenu en icelles, nous voulons et vous 
mandons que incontinant vous mandez et faictes venir lesdits gens 
d'église, nobles, bourgeois et habitans de nostredite seneschaucie et 
leur présentez de par nous nosdites lettres, affin qu'ilz pourvoient le 
contenu en icelles et qu'ilz envoient lesditz troys personnaiges, et 
non plus, bien instruizetadvertiz des remonstrances et autres choses 
que vous et eulx verrez estre nécessaires pour le bien de nous et de 
nostredit royaume et desdits pays, avec pouvoir souffisant par escript 
pour conclure, consentir et accorder tout ce que sera fait, ordonné 
et conclut à ladite assemblée; de ce faire vous donnons plain po- 
voir, auctorité, commission et mandement especial. Donné à Bloys, 
lexxnn me jour d'Octobre, l'an de grâce mil im c quatre vings et troys, 
et de nostre règne le premier. 

« Par le Roy nostre sire, monseigneur le duc de Borbon, cones- 
table de France, les comtes de Clarmonl, de Dunois, de Nerle « et 
de Comeinge, les évesques d'Alby, de Perigueux, de Constances et 
autres présens. 

« A. Bbinon. » 



1. Sic. Peut-être erreur de copiste pour de Marie. Voy. Vffistoire généalogique 
du père Anselme, t. VI, p. 382. (Henry de Marie.) 

II. (Sixième série.) 3 



34 

Les lettres du roi adressées directement aux électeurs et an- 
noncées dans celles que nous venons de transcrire sont datées 
également du 24 octobre 1483 1. Elles sont ainsi conçues : 

a De par le roy , 
« Nos amez et feaulx et chiers et bien amez, puis le trespas de 
feu nostre très chier seigneur et père, que Dieu absoille, et que som- 
mes parvenuz à la couronne, nous avons retiré et fait venir devers 
nous les seigneurs de nostre sang et lignage et autres grans et no- 
tables personnes de nostre royaume pour leur communiquer les 
affaires d'icellui affin de pourveoir aux choses où il est expédient 
et nécessaire de donner provision pour le bien de nostredit royaume. 
Et pour ce qu'il nous a semblé et ausdits seigneurs de nostre sang 
et autres estans devers nous que, pour pourveoir plus seurement 
aux faiz et affaires de nostredit royaume, il estoit bien convenable 
de assembler les troys estats d'icellui, nous, pour ces causes, vou- 
lons et vous mandons que, en toute diligence, vous vous assemblez 
et eslissez trois personnaiges notables de nostre senneschaussée des 
Lannes et non plus ; c'est assavoir ung d'église, ung noble et ung 
de Testât commun, et les envoyés devers nous en la ville d'Orléans 
au premier 2 jour de Janvier prochenementvenent, bien instruiz et ad- 
vertiz des remonstrances et autres choses que verrez estre néces- 
saires pour le bien de nous, de nostredit royaume et de ladite sen- 
neschaucée, avec povoir souffisant pour conclure , consentir et ac- 
corder tout ce que sera fait, ordonné et conclud à ladite assemblée. 
Et gardez qu'il n'y ait faulte. Donné àBloys, le xxiiip jour d'Octobre. 
Ainsi signé : Charles. — A. Brinon 3 . » 

Ce texte vient déjà confirmer la doctrine de Philippe de Poi- 
tiers ; car, le roi s'adressant à tous les électeurs jéunis (la chose 
est évidente, bien que nous n'ayons plus le texte de la suscrip- 
tion) leur mande de s'assembler et d'élire « troys personnaiges 

1. Cette date a déjà été indiquée par M. Henri de L'Épinois, dans ses Notes 
extraites des Archives de Compiègne. Elle avait été visée par le greffier de cette 
commune, dans les registres des délibérations. (Bibliothèque de l'École des char- 
tes, tome V, 5 e série, p. 136.) 

2. Un second avis, dont nous ne connaissons pas la teneur, modifia cette indica- 
tion du 1 er janvier ; car, d'après Masselin, Charles VIII «trium statuum conventionem 
ad nonas Januarii Turonis indixit celebrari anno Domini 1484 » (p. 2). 

3. Archives de Bayonne, BB. 4, p. 301, p. 303. 



notables » de la sénéchausse'e, « c'est assavoir ung d'église, ung 
« noble et ung de Testât commun. » 

Si nous interrogeons maintenant le procès-verbal de l'élection 
en Touraine et les renseignements que nous fournissent plusieurs 
archives communales, nous acquerrons bientôt la conviction 
que, dans beaucoup de bailliages, chacun des députés représen- 
tait vraiment les trois ordres, et que ce mandat commun, dont 
parle l'orateur champenois, n'avait rien de fictif, mais était la 
conséquence rigoureuse de l'élection. 

Nous voyons à Tours les électeurs nommer en commun les dé- 
putés des trois ordres. 

Les principaux couvents et les principales églises, non pas de 
la Touraine, mais de la ville de fours délèguent leurs représen- 
tants, qui se réunissent au chef-lieu du bailliage avec ceux des 
villes de Chinon, de Loches et d'Amboise, et deux ou trois sei- 
gneurs qui, seuls de toute la noblesse du pays, se sont rendus à 
cette assemblée. 

Une conversation plutôt qu'une discussion s'engage entre~ces 
électeurs; chacun donne son avis et fait connaître à ses collègues 
les noms de ceux qu'il voudrait voir désigner pour représenter 
le bailliage à l'assemblée des états. Après ces communications 
réciproques, on arrive à une entente à peu près générale; et 
alors, sans que le nombre de voix obtenu par chacun des noms 
proposés soit môme compté, on convient que M. l'abbé de Mar- 
moutier, le seigneur de Maillé et Jehan Briçonnet Patron « iront 
aux troys estats. » 

C'est de cette manière que les députés eux-mêmes, au témoi- 
gnage deMasselin, procédèrent à la nomination de l'abbé de Saint- 
Denis, comme président de l'assemblée des trois états : « Post 
« diversas sententias, dit l'annaliste, finaliter consensere omnes 
« dominum abbatem Sancti Dionisii... praesidentem fieri ' . » 

Telle me paraît avoir été la physionomie de l'élection en Tou- 
raine pour les états généraux de 1484, d'après le plumitif abrégé 
et même mutilé qui nous est resté. (Je n'ai pas parlé dans ce ré- 
sumé rapide d'une première élection qui fut considérée comme 
nulle, et dont je m'occuperai dans le chapitre suivant.) 

Le journal de Jean de Saint-Delis, publié par notre savant 
maître, M. Bourquelot, dans les Mémoires de la Société royale des 

1. Masselin, p. 72. 

3. 



antiquaires de France, nous fournit, en ce qui concerne les 
formes de l'élection à Amiens, un autre témoignage aussi précis 
que concluant. 

Le compte rendu de Jean de Saint-Delis à ses commettants 
débute ainsi 1 : 

« Maistre Jehan de Sainct-Delis, licencié es loix et bachelier en 
décret, avocat et conseiller au siège du bailliage d'Amiens, a le jour 
d'hui fait rapport à Messieurs, ou dict eschevinaige, du voyage par 
lui naguères faict devers le roy en sa ville de Tours, avec Monsieur 
le doyen de l'église Nostre-Dame d'Amiens, Monsieur Arthur Lon- 
gueval, chevalier, seigneur de Thenailles, bailli d'Amiens, esleux 
ensemble par les trois estais du bailliage d'Amiens, à aller devers 
icellui seigneur à l'assemblée des estats du royaulme de Franche, 
qui a esté tenue audict lieu de Tours, est assavoir, ledict Monsieur 
le doyen, esleu pour ceulx de l'église, ledict Monsieur le bailli pour 
les nobles, et ledict maistre Jehan pour ceulx du tiers estât du dict 
bailliage. » 

Enfin, on trouve dans le compte de Robert de Bailly, receveur 
delà ville d'Amiens, la mention d'une somme de 256 livres tour- 
nois, payée à M e Jean de Saint-Delis, et qui lui était due « à cause 
« de certain voyage par lui naguères fait devers le roy nostre 
« sire en la ville de Tours, là où il avoit esté commis et député 
>< par ceulx des trois estats du bailliage d'Amiens, à l'assemblée 
« faite au dict lieu de Tours par les trois estats du royaume de 
« France*. » 

Ces deux citations nous dispensent de tout commentaire. 

Les assertions de Philippe de Poitiers sont, il est vrai, tout à 
fait générales, et le texte des lettres du roi vient singulièrement 
ajouter à la valeur de ce témoignage. Cependant il n'en résulte 
pas, croyons-nous, que, dans tous les bailliages sans exception, 
les électeurs des trois ordres se soient réunis pour la nomination 
des députés. On sait, en effet, combien au moyen âge les usages 
varient suivant les pays. 

Nous sommes même porté à supposer, d'après une lettre du 
roi, conservée dans le fonds Salmon, à la bibliothèque de Tours, 

1. Mémoires de la Société des antiquaires de France, tome XVI, p. 496. 

2. Ibid., p. 508. 



37 

que ce système électoral ne fut pas suivi dans le bailliage du Co- 
tentin. Cette lettre, du 8 mars 1481, taxe à 390 livres tournois 
l'indemnité due à « M e Jehan Pellevey, docteur en chacun droit, 
« vicaire de Coustances, esleu et envoyé » par les gens d'église 
de ce bailliage. 

A Rouen, les gens d'église se réunirent à l'hôtel de ville pour 
choisir leur représentant : il est donc naturel de supposer que le 
tiers état et le clergé nommèrent en commun leurs députés ; 
nous ne voudrions pas toutefois l'affirmer. Ce que nous savons 
sur les élections de la ville de Rouen nous est fourni par une très- 
intéressante notice sur Masselin, publiée par M. Charles de Beau- 
repaire , dans les Mémoires de la Société des antiquaires de 
Normandie. 

L'auteur ne donne aucun détail sur les formes de l'élection, 
dont il n'avait pas à s'occuper dans un article biographique; il 
nous apprend seulement que les chanoines de l'église métropoli- 
taine n'acceptèrent pas sans quelque difficulté la proposition qui 
leur était faite de se réunir à l'hôtel de ville pour l'élection d'un 
député du clergé ' . 

Enfin, nous possédons, en ce qui concerne la Bourgogne, une 
pièce curieuse que je me reprocherais de passer sous silence: 

Charles VIII écrivait, le 13 novembre 1483, aux électeurs de 
Bourgogne pour leur recommander « tant affectueusement que 
« faire pouvons, » dit la lettre, la nomination de l'abbé de Citeaux 
et du seigneur de la Roche (Philippe Pot, grand sénéchal de 
Bourgogne) « lesquelz, » je citerai encore ici textuellement, « nous 
« sont fort agréables pour la grande discrétion, sens et conduicte 
« qui sont en leurs personnes. » 

A qui le roi adressait-il cette lettre, concernant l'élection d'un 
abbé et d'un gentilhomme? 

« A ses arnez et féaulx les gens des trois estats de son duché 
« de Bourgogne 2 . » 

Ainsi, Charles VIII, ou plutôt le conseil qui lui dictait cette 
lettre, fidèle à la pensée de l'ordonnance de convocation, enten- 
dait que la bourgeoisie, que le commun peuple, participât à l'é- 

1. « Quamvis dictum fuerit ibidem quod ille qui pro statu ecclesiastico mittendus 
« erat eo in loco eligi non deberet, » portent les registres capitulaires. Voy. Mé- 
moires de la Société des Antiquaires de Normandie, 19 vol. de la collection, 1852, 
p. 275, note 1. 

2. Appendice au Journal de Masselin, pp. 739 et 741, note 1. 



38 

lection de deux candidats appartenant l'un à l'ordre du clergé, 
l'autre à celui de la noblesse. 

Il est donc très-vraisemblable (le fait m'a paru assez intéres- 
sant pour être signalé) que ce célèbre Philippe Pot, grand séné- 
chal de Bourgogne, qui joua, aux états généraux de 1484, un 
rôle si important et dont le nom ne manque jamais d'être pro- 
noncé a propos de ces états, fut élu député par les représentants 
réunis des trois ordres. Il faut en dire autant de cet abbé de 
Citeaux, que Masselin qualiûe de fameux théologien, insignis 
theologus * . Tous deux furent recommandés par le roi à titre de 
candidats « agréables. » 

Nous ne possédons pas le procès-verbal des élections pour le 
bailliage de Lyon ; mais nous savons par les délibérations du 
consulat de cette ville que, le 30 novembre 1483, les conseillers 
et quelques notables comparurent à l'assemblée des « troys es- 
tatz des bailliage et séneschaussée de Lion, » et que, dans cette 
assemblée, on fit choix de Jean Palmier pour représenter la ville 
de Lyon aux états généraux 2 . 

Il est donc certain que le clergé, la noblesse et le tiers état du 
bailliage se réunirent pour l'élection , et tout nous autorise à 
penser que le mandat de chaque député lui fut donné par les 
électeurs des trois ordres. 

Enfin, il paraît résulter de lettres adressées par le comte de 
Cominges et par le lieutenant du sénéchal des Lannes au maire et 
aux eschevins de Bayonne, que les trois ordres de la sénéchaussée 
des Lannes s'assemblèrent à Dax. Une copie de ces pièces, con- 
temporaine des originaux, est conservée dans les Archives de 
Bayonne 3 . 

Au résumé, sur des points du territoire très-éloignés les uns 
des autres, en Tou raine, en Bourgogne, en Picardie, dans les 
villes de Lyon et de Troyes *, dans la sénéchaussée des Lannes, 
nous avons pu constater le fait de l'élection en commun. 

i. Journal de Masselin, p. 10. Cet abbé est Jean de Cirey. Il administra l'abbaye 
de Citeaux, de 1476 à 1503. (Gallia Chrisliana, t. IV, col. 1005 et 1006.) 

2. Actes consulaires de la ville de Lyon , vol. BB. 17. Le nom de Jehan Palmier a 
été défiguré par l'éditeur de Masselin qui l'appelle Jehan Patimier (p. 23). Une autre 
liste donne Parmier. (Appendice à Masselin, p. 735.) 

3. Archives de Bayonne, BB. 4, p. 300. 

4. Je cite ici la ville de Troyes ; car, on se le rappelle, Philippe de Poitiers, qui in- 
voqua, à l'appui d'une thèse très-peu favorable au tiers état, le fait de la nomination 



39 

Pour compléter ce tableau, il faudrait interroger toutes les ar- 
chives communales de France, dont un certain nombre pourrait 
fournir de précieux renseignements et dont quelques-unes conser- 
vent peut-être (comme celles de Tours) les procès-verbaux même 
de l'élection. Il faudrait aussi consulter les procurations des dé- 
putés, et les trésors de tout genre accumulés au palais Soubise, in- 
vestigations auxquelles nous regrettons vivement de n'avoir pas eu 
le loisir de nous livrer, mais dont le résultat viendrait, croyons- 
nous, récompenser le labeur de celui qui pourrait les entreprendre. 

IV. suite des états de 1484. — Détails sur les élections de 
Lyon et de Senlis. Délégués inférieurs envoyés avec les députés 
en titre. 

Après cet exposé général, il convient, ce me semble, d'entrer 
dans ces détails que l'histoire, en pareille matière, ne doit pas 
toujours négliger, et que nous avons été heureux de pouvoir re- 
cueillir. 

Le 28 novembre 1483, les conseillers de la ville de Lyon réu- 
nissaient les principaux « citoyens » (le mot est du temps) pour 
leur annoncer la convocation des états et les inviter à s'occuper 
de la rédaction des doléances; ils présentaient néanmoins « au- 
cuns advis, desja couchés par escript »,et en donnaient lec- 
ture aux notables. Ceux-ci déclarèrent que les « advis » 
rédigés à l'avance par les conseillers « estoient bons, utiles et 
proufitables pour lesdits ville et pays », et ajoutèrent qu'ils «■ s'ad- 
viseroieut » des « autres choses » qu'il pourrait être bon d'insé- 
rer dans cette « somme des advis », « puis le diroient au procu- 
reur général de la ville pour le tout mectre par escript. » 

L'élection des députés du tiers eut lieu le 30 novembre 1483, 
dans l'église cathédrale et primatiale de Saint-Jean. Nous savons 
seulement que les conseillers de ville et quelques notables assis- 

par les trois ordres réunis, était député du bailliage de Troyes. J'ajoute que, d'après 
Lalourcé et Duval, qui s'expriment en termes généraux et ne distinguent pas les 
temps, l'élection des députés par les trois ordres réunis aurait été d'usage en Lan- 
guedoc. (Forme générale et particulière de la convocation et de la tenue des assem- 
blées nationales ou états généraux de France, justifiée par pièces authentiques.) 

Je n'ai pu consulter par moi-même les recueils de Mayer, de Lalourcé et Duval, ni 
les travaux de Rœderer et de Thibaudeau. Je dois des extraits de ces divers ouvrages 
à mes obligeants confrères MM. de St-Mauris et Paul Meyer et à MM. Alphonse Nou- 
rissonet A. Brachet. 



40 

tèrent à cette réunion. Mais nous possédons plus de détails sur 
la nomination de deux délégués que les Lyonnais adjoignirent à 
leur député Jean Palmier, pour faciliter sa tâche et l'aider, au 
besoin, de leur expérience. 

Ce choix donna lieu à certaines difficultés, malgré les précau- 
tions qui paraissent avoir été prises par le consulat, pour s'assu- 
rer la présence de notables suffisamment dociles. 

Le 7 décembre 1483, les conseillers désignèrent un de ces dé- 
légués, Antoine Dupont *, procureur général de la ville, et déci- 
dèrent qu'ils s'occuperaient ultérieurement de l'élection d'un 
second délégué, élection qui serait communiquée à quatre nota- 
bles de la rive gauche de la Saône, et à quatre habitants de la rive 
droite. En même temps, ils désignèrent par leurs noms les huit 
notables de leur choix, parmi lesquels un certain Guillaume Ba- 
ronnat. Le 19 décembre 1483, les notables, dont le nombre se 
trouvait réduit à six, furent convoqués avec les conseillers en 
l'hostel commun de la ville ; on les avisa de l'élection qui avait 
été faite de Barthélémy de Villars, pour accompagner le député 
Jean Palmier avec Antoine Dupont, le procureur de la ville. 

Cinq des notables déclarèrent « que lesdits conseillers avoient 
« bien advisé et bien esleu, et que leur dite élection avoit esté et 
« estoit bonne et bien faicte et à icelle s'accordoient. » Mais Guil- 
laume Baronnat, attendu que la ville était « endebtée de 
« grans sommes de deniers » fut d'avis qu'il ne fallait pas faire 
la dépense du voyage de deux délégués supplémentaires, mais se 
contenter d'envoyer le député officiel. Dans le cas où on ne se 
rallierait pas à son opinion, Baronnat demandait la convocation 
d'un plus grand nombre de notables. 

On ne s'arrêta pas à cette protestation, et l'on décida que Vil- 
lars et Dupont seraient envoyés aux états avec le député Jean 
Palmier ; mais comme Villars devait faire, dans tous les cas, ce 
voyage pour son propre compte, il fut convenu qu'on lui parle- 
rait, et qu'on tâcherait de « le faire contenter de quelque gracieuse 
« somme, en ayant regart à ce qu'il y va pour autre chose. » 

Voilà une économie dont la commune de Lyon fut probable- 
ment redevable à Guillaume Baronnat, qui, ne pouvant faire 



1. Le rôle de ces délégués devait se confondre souvent avec celui des autres repré- 
sentants. Masselin fait figurer Antoine Dupont dans la liste des députés du Lyonnais 
(p. 24, éd. de Bernier). Une autre liste imprimée par Bemier contient aussi ce nom. 



41 

adopter son opinion, s'avisa sans doute de proposer cette réduc- 
tion de dépense. 

Le lendemain, les conseillers firent venir leur collègue Barthé- 
lémy de Villars, et convinrent qu'on lui remettrait pour le voyage 
40 livres tournois. Villars fit observer qu'après la tenue des 
états, il prolongerait peut-être pendant longtemps son séjour en 
Touraine, pour les affaires de la ville, etqu' « en ce », il « pour- 
« roit avoir perte etdommaige. » Mais on lui répondit qu'à son 
retour on augmenterait la somme allouée, s'il y avait lieu, et 
qu'on aurait à sa réclamation « tel regart que raison vouldroit. » 

Villars, faute de mieux, dut donc se contenter de ces quarante 
livres : ce qui était déjà très « gracieux » pour un voyage qu'il 
était décidé à entreprendre dans son intérêt privé. Nous ignorons 
quelle somme fut allouée à ses compagnons de route ' . 

Le bailliage de Senlis n'envoya aux états généraux qu'un seul 
député, Guillaume le Fuzelier, licencié en lois; et il est assez dif- 
ficile de dire si ce personnage fut choisi par les trois ordres de 
la nation, ou seulement par les bourgeois des villes. 

Le 29 novembre 1483, les habitants de Senlis se réunissent à 
l'hôtel de ville, et donnent pouvoir à dix d'entre eux « de com- 
paroir à l'assemblée des trois états de bailliage et de élire un 
homme de l'état commun pour aller auxdits trois états, ordon- 
nés être tenus à Orléans, avec lesdits gens d'église et nobles, 
faire les remontrances. » 

Le procès-verbal de cette assemblée « des trois états du bail- 
liage » ne nous est pas parvenu. Mais le 29 janvier et le 21 mars 
1484, le registre des délibérations de Senlis fait mention du man- 
dat donné à Guillaume le Fuzelier « par les villes 2 et pays du bail- 
liage pour le tiers et commun état dudit pays », — « par les villes 
du bailliage dudit Senlis, assemblées en grand nombre en cette ville 
de Senlis. » 



1. Actes consulaires de la ville de Lyon, vol. BB. 17. Les listes imprimées par Ber- 
nier ne donnent point le nom de Barthélémy de Villars ; on y trouve, comme nous 
l'avons dit, celui d'Antoine Dupont. Lors des états de 1468, on avait déjà songé à 
envoyer Jean Palmier aux États de Tours. (Actes consulaires de la ville de Lyon, 
14 mars 1467.) 

2. M. Henri de l'Épinois a donné les noms des trois électeurs que nomma la ville 
de Compiègne, et qui durent se réunir aux autres électeurs du bailliage (Notes 
extraites des Archives communales de Compiègne. Bibl. de VÉc. des ch., t. V, 
série 5, p. 136.) 



42 

Enfin, une lettre datée de Tours, du 15 mars 1484, et adressée 
aux bourgeois de Senlis, Beauvais, Compiègne et Clermont, par 
Marigny, bailli de Senlis, commence ainsi : 

« Très-chers et spéciaux amés , 
« Je me recommande à vous. Maistre Guillaume le Fuzellier, que 
vous avez envoyé pour les trois états du bailliage de Senlis, s'en re- 
tourne par delà ; et aussi (eusse) bien voulu que Messieurs les gens 
d'Eglise et nobles se y fussent trouvés comme lui pour l'honneur et 
profit dudit bailliage. » 

Si, comme le porte cette lettre, Guillaume le Fuzelier a été en- 
voyé par les trois états du bailliage, pourquoi Marigny déplore- 
t-il l'absence des représentants du clergé et de la noblesse, et 
surtout pourquoi les délibérations du 29 janvier et du 21 mars 
parlent-elles de Guillaume le Fuzelier ' , comme mandataire de 
la bourgeoisie et non des deux autres ordres ? 

11 paraîtra peut-être naturel de supposer que le clergé et la 
noblesse du bailliage de Senlis ne prirent aucune part à l'élection 
des députés aux états généraux, élection qui, cependant, dans 
l'intention du roi, aurait dû être le fait des trois ordres réunis. 

Guillaume le Fuzelier n'entreprit pas seul le voyage de Tours ; 
nous apprenons qu'il s'adjoignit Jean Sanguin, « l'un des gou- 
verneurs » de Senlis, pour « aller avec lui aux trois états ; » et, 
le 29 janvier 1483, c'est-à-dire quinze jours après la première 
réunion de l'assemblée des députés, nous retrouvons à Senlis ce 
Jean Sanguin, rendant compte aux habitants des négociations 
entamées avec le roi, au sujet du grenier à sel de cette ville. 

Que se passa-t-il dans les autres bailliages? Les députés en- 
voyés par eux aux états généraux étaient-ils accompagnés d'un 
ou plusieurs délégués qui les aidaient dans leurs travaux et par 
l'entremise desquels ils pouvaient, au besoin, en référer à -leurs 
commettants? Nous l'ignorons; mais il n'y aurait rien dans cette 
supposition que de très-vraisemblable. 

1. Le Journal de Masselin portele Fuzier au lieu de le Fuzelier (p. 18). M. Bernier 
a déjà corrigé cette erreur de nom (p. 729, note 1). 



43 



V. suite des états de 1484. — Détails sur les élections de 
Tours. Revue des délibérations de Vhôtel de ville de Tours, 
postérieures aux procès-verbaux d'élection, et dans lesquelles 
il est fait mention de la convocation des états. 

A Tours, la première assemble'e électorale a lieu le 9 no- 
vembre 1483. Le corps de ville, comprenant les représentants de 
l'archevêque et du chapitre de la cathédrale, plusieurs échevins, 
pairs et conseillers, se réunit à la maison commune, en présence 
du juge de Touraine et de l'avocat du roi*, sous la présidence du 
nouveau maire, Martin d'Argouges, et de René Sizeau, élu. Le 
chapitre de Saint-Martin, dont les députés faisaient partie de la 
commune, n'a pas envoyé de mandataire ; et je ne compte en tout 
que treize membres présents, non compris les deux officiers du 
roi. Chiffre bien restreint, car, sans parler des représentants des 
églises, le corps de ville se composait de vingt-quatre échevins 
et de soixante-seize pairs et conseillers laiz 2 ! 

1. On trouve dans les lettres d'établissement du mairat, par Louis XI, le passage 
suivant : 

« Et pour la singulière confiance qu'avons esdits maire et eschevins, bourgois, 
« manans et habitans de la dite ville, leur avons octroyé et octroyons que, toutes et 
« quanteffoiz que besoing sera, par l'ordonnance desditz maire et eschevins, ilz se 
« puissent assembler, sans ce qu'ilz soyent tenuz appeller ou convoquer à leur dite 
« assemblée aucun de noz officiers audit lieu, si bon leur semble. » (Ordonnance de 
Louis XI, en date du mois de février 1461, à Saint-Jean d'Angely, citée dans un acte 
de transaction du 8 janvier 1464, entre les habitants laiz et les gens d'église de la 
ville de Tours. Archives de la ville de Tours. Rouleau de parchemin , voy. aussi : 
Ordonnances des rois de France, t. XV, p. 332 et suiv.) 

En fait, un officier du roi assistait ordinairement aux assemblées du corps-de-ville; 
quelquefois, cependant, le roi n'était pas représenté à ces réunions. (Voyez, par 
exemple, la séance du 2 décembre 1465. Registre des délibérations de 1462 à 1473.) 

Cet article de l'ordonnance de Louis XI ne figure pas parmi ceux qui furent entérinés 
par la cour des comptes, dans son arrêt du 28 mai 1464. (Archives de la ville. Série 
AA. liasse 1.) Un autre arrêt de la même cour, du 2 août 1484, rendu sur l'ordon- 
nance par laquelle Chai les VIII confirma, en septembre 1483, les privilèges accordés 
par son père à la commune de Tours, visa ce paragraphe de l'ordonnance de Louis 
XI , mais en restreignit la portée. Il ne reconnut qu'au maire, aux échevins et aux pairs 
de ville le droit de se réunir en l'absence des officiers du roi, et dit qu'une plus 
grande assemblée ne pourrait avoir lieu qu'en présence du bailli de Touraine ou de son 
lieutenant. (Arrêt transcrit dans une pièce de procédure signifiée au maire et aux 
échevins, demandeurs, par François Paris, conseiller du roi, prévost et juge ordi- 
naire de Tours, delfendeur. Archives de la Mairie de Tours.) 

2. 76 et non 75 comme on a coutume de le dire. (Voyez entre autres Phist. ms. 



44 

L'assemblée s'occupe des affaires ordinaires de la commune, 
entre autres d'une question de voirie pendante entre la ville et 
le couvent des Cordeliers, au sujet de la rue de ce nom, de 
diverses réparations à faire exécuter; enfin de la nomination 
des électeurs chargés de choisir les députés aux états géné- 
raux. 

C'est, on le voit, une élection à deux, et même à trois degrés, 
car les électeurs sont nommés, non par le peuple, mais par le 
corps municipal 4 , qui procède lui-même, en droit, d'un suffrage 
universel et direct, auquel peuvent prendre part tous les habi- 
tants de Tours. (En fait, le maire et les échevins sont ordinaire- 
ment désignés par un nombre assez peu considérable d'élec- 
teurs 2 .) 

Voici les noms qui sont proclamés à la fin de cette séance : 
« Sire Jean Briçonnet l'aisné, Monsieur le Juge, Françoys Ber- 
nard, J. Saintier, Macé Hubaille, J. Lopin, J. Ruzé auquel on 
pourra demander son opinion, J. Galocheau, Loys de la Mezière, » 
et un dernier personnage dont le nom est illisible. 

Ce choix ainsi arrêté, l'assemblée, avant de se séparer, décida 
qu'on notifierait au chapitre de Saint-Martin la délibération qui 
venait d'être prise, et qu'on l'engagerait à faire choix d'un cer- 



cle Chalmel, p. 42. Le Droit municipal au moyen âge, par F. Béchard, t. II, p. 364.) 
Les 76 premiers pairs furent nommés le 8 octobre 1462. Leurs noms nous sont res- 
tés. (Registre des délibérations de 1462 à 1473.) 

1. C'est le petit nombre des membres présents qui m'induit à penser que cette 
réunion du 9 novembre 1483 est une assemblée particulière du corps de ville et non 
une assemblée générale des babitants. Cependant les assemblées générales aux- 
quelles tous les bourgeois ont été convoqués sont quelquefois fort peu nombreuses. 
Il n'y a donc là qu'une conjecture qui paraîtra, je l'espère, très-vraisemblable, mais 
rien de plus. Il faudrait, pour arriver à une certitude absolue, connaître les noms des 
échevins en novembre 1483 , mais il est impossible de dresser cette liste à cause des 
lacunes dans les délibérations, lesquelles nous font défaut depuis le 6 mars 1473 
(anc. style) jusqu'au 9 novembre 1483. 

2. L'ordonnance déjà citée de Louis XI porte : 

« Et premièrement, avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons, que lesdits 
« bourgois, manans et habitans laiz de notre dite ville et cité de Tours, puissent 
« eslire par chacun an l'un d'eulx en maire avecques vingt-quatre eschevins, con- 
« seilliers perpetuelz à vie. » 

Le premier maire de Tours, Jean Briçonnet, fut élu le 8 octobre 1462, par tous... 
les bourgeois, marchands, manants et habitants assemblés, dit le procès-verbal. 

Les électeurs sont beaucoup moins nombreux les années suivantes. (Voir le regis- 
tre des délibérations de 1462 à 1473.) 



45 

tain nombre d'électeurs qui auraient à s'entendre avec ceux déjà 
nommés. On arrêta également que l'Église de Tours (c'est ainsi 
que l'on désigne constamment l'église métropolitaine) serait invi- 
tée à choisir ses représentants. 

En effet, peu de jours après, ceux qui avaient été désignés 
par le corps de ville, à l'exception pourtant de J. Galocheau, et 
peut-être d'un autre membre, se réunirent encore à la maison 
commune avec l'avocat du roi et quelques autres notables, parmi 
lesquels Etienne Ragueneau, ancien maire, et Etienne Lopin, 
chanoine de l'église Saint-Gatien, qui n'avait pas été nommé dans 
la séance précédente, mais avait sans doute été désigné, de- 
puis, par le chapitre. Quant à l'église Saint-Martin, nous ne 
voyons pas qu'elle ait envoyé de représentants. 

Cette secondeassemblée,chosedignederemarque, paraît, comme 
la première, une réunion ordinaire du corps de ville. On y traite 
des affaires de la commune, des mesures à prendre pour ob- 
tenir la délivrance des lettres de confirmation des privilèges de 
la ville \ de la rue des Cordeliers, et enfin des députés à envoyer 
aux états : on fait choix également des rédacteurs du cahier des 
doléances. 

Les députés nommés sont : « Jehan Faleyseau a , juge de Tou- 
raine, Jehan Godeau 3 et Jehan deCostance*, » c'est-à-dire trois 

1. Ces lettres de confirmation, ainsi que je l'ai dit, p. 43, note 1, sont datées 
du mois de septembre 1483; mais elles n'étaient pas délivrées en novembre de la 
même année. Cette affaire était retardée pir la demande d'un droit de sceau consi- 
dérable, auquel prétendait la chancellerie du roi. (L'ordonnance de Charles VIII est 
imprimée dans le Recueil des ordonnances, t. XIX, p. 144.) 

2. Licencié en lois. Maire de 1490 à 1491, au témoignage de Chalmel (Hist. ms. 
de la mairie de Tours, à la Bibliothèque de la Mairie, p. 85), dont je n'ai pu vérifier 
le dire, en raison des lacunes que présentent les registres des délibérations et des 
comptes. D'après l'article que Chalmel lui consacre, Jean Faleyseau n'aurait pas 
occupé le poste de lieutenant-général du bailli ou juge de Touraine, avant 1490. 
Les délibérations sur lesquelles ce travail est rédigé prouvent qu'il remplissait ces 
fonctions dès l'année 1483. On le retrouve avec le même titre les années suivantes. 
(Voy. registre des délibérations, séance du 16 août 1487 et passim.) 

3. Probablement celui que je trouve qualifié conseille?- en court laye dans un 
procès-verbal du 19 novembre 1471, où sont mentionnés plus de 600 manants et 
habitants qui viennent prêter serment à Louis XI, entre les mains du maire. Il fut 
receveur des deniers communs du 1 er novembre 1465, au 1 er novembre 1467. (Re- 
gistre des comptes, coté 38, p. 3 et 58) ; enfin maire de 1474 à 1475. (Chalmel, p. 81.) 

4. Probablement celui que je trouve qualifié pratician en court laye, dans le pro- 
cès-verbal du 19 novembre 1471, déjà cité. — Maire de 1479 à 1480 : il s'intitulait 
à celte époque conseiller en court laye. (Registre des comptes, coté 44, de 1479 



46 

bourgeois. Le clergé et la noblesse ne se trouvent pas repré- 
sentés. 

Ces députés pourront prendre avec eux « deux des suffisans 
des habitants, » chargés de participer aux travaux des représen- 
tants, de tenir la commune au fait des questions agitées dans le 
sein des états, et de transmettre aux députés les instructions 
qu'on pourrait avoir à leur faire parvenir pendant le cours des 
réunions de l'assemblée. 

Il règne une certaine incertitude sur les noms des rédacteurs 
du cahier des doléances. Cependant l'assemblée paraît avoir 
choisi, en définitive, le juge de Touraine, M es François Bernard 4 , 
J. Bernard 2 , J. Lopin 3 , J. Saintier 4 , J. Godeau 5 , tous juriscon- 
sultes, et un septième personnage, Macé Hubaille 6 , dont le nom 

à 1480, p. 2.) Un Jean de Coustances ou Decoustance figure parmi les bourgeois de 
Tours, dès le 8 mars 1462 et le 12 février 1469. Il faudrait donc, même en admettant 
l'origine noble qui est attribuée à cette famille par L'Hermite Souliers (Histoire gé- 
néalogique de la noblesse de Touraine, p. 504), reconnaître qu'elle s'était mêlée 
avec la bourgeoisie tourangelle. Ce qui me suffit pour considérer ici Jean de Cos- 
tance comme bourgeois. 

1. Maire de 1468 à 1469. Licencié en décrect. (Série CC. Mandat de François 
Bernard, maire de Tours, du 31 octobre 1469.) Avait déjà représenté les gens 
d'église et les bourgeois de Tours, aux États de 1468. (Voy. ci-dessus, p. 26.) 

2. Maire de 1465 à 1466. Licencié en lois. (Registre des comptes du receveur, 1465- 
1466, p. 2.) J. Bernard avait occupé la place de lieutenant général du bailli et juge 
de Touraine. Il remplissait ces fonctions lors de la création du Mairat, en 1462. Il 
figure en tête de la première liste des échevins (registre des délibérations de 1462 
à 1473, p. 1), et, depuis lors, on le trouve présent aux délibérations du corps-de-ville, 
tantôt en qualité d'officier du roi (même registre, p. 2), tantôt en qualité d'échevin, 
lorsque le roi est représenté par le bailli lui-même. (Même registre, p. 7.) Quand 
Jean Bernard fut nommé maire de Tours, il n'était plus juge de Touraine. (Re- 
gistre des délibérations de 1462 à 1473, 28 octobre 1465, et 1" décembre 1465.) Le 
lieutenant-général du bailli et juge de Touraine était alors Pierre Sohier. Voy. déli- 
bérations du 11 septembre 1465, du 1 er décembre 1465, du 31 juillet 1466 et passim. 
A l'époque qui nous occupe, Jean Bernard avait le titre d'advocat du roy. (nélibé- 
ration du 30 novembre 1483.) 

3. Probablement celui que je trouve qualifié conseiller en court laye dans le 
procès-verbal du 19 novembre 1471. Maire de 1475 à 1476; s'intitulant alors Li- 
cencié en loix. (Registre des comptes du receveur, coté 42, p. 2.) 

4. Probablement celui que je trouve qualifié pratician en court laye dans le 
procès-verbal déjà cité. Maire de 1472 à 1473, et s'intitulant alors licencié en loix. 
(Registre des comptes, coté 41, p. 2 r°.) 

5. Voyez note 3, p. 45. 

6. Macé Hubaille figure parmi les principaux bourgeois de Tours, le 25 octobre 
1478. (Registre des comptes, t. 43, p. 171 v°.) On retrouve assez souvent son 
nom dans le cours des années postérieures à 1483. 



47 
revient souvent dans les registres des délibérations, mais dont je 
ne connais pas la qualité ou la profession. 

Dans le cours de la séance, Louis de la Mezière avait été d'avis 
que les villes de Loches et de Chinon envoyassent chacune un 
député aux états, ou peut-être un électeur au chef-lieu du bail- 
liage, car le texte n'est pas très-clair en cet endroit. 

La plus grande incertitude avait régné dans l'assemblée en ce 
qui concerne le nombre des députés que devait nommer la ville 
de Tours : on avait de même hésité sur la qualité des députés à 
élire, et plusieurs membres, dont le sentiment n'avait pas pré- 
valu, avaient demandé qu'un représentant de chacun des trois 
ordres fût envoyé aux états. 

En réalité, Jean Faleyseau, Jean Godeau et Jean de Cos- 
tance dont je viens de raconter l'élection, ne représentèrent 
jamais la ïouraine aux états généraux. 

Il ne fut tenu aucun compte de ces deux premières opérations 
électorales, qui restèrent lettre morte, et j'aurai tout à l'heure 
à donner des détails sur les procès- verbaux de l'élection défi- 
nitive. Mais je crois que ce ne sera pas faire abus des conjectu- 
res que de chercher un moment l'explication de cette sorte de 
nullité dont furent évidemment frappées ces premières nomi- 
nations. Remarquons-le tout d'abord : la prescription la plus 
importante des lettres du roi n'était pas remplie, car c'étaient 
trois bourgeois qui avaient fixé le choix des électeurs. 

De plus, les villes d'Amboise, de Loches et de Chinon n'avaient 
pas été représentées. Cette remarque s'applique également au 
clergé, qui n'avait envoyé qu'un chanoine de Saint-Gatien; elle 
s'applique surtout à la noblesse, dont pas un membre ne se trou- 
vait à la réunion. 

Ce sont là certainement autant de chefs sur lesquels le roi 
ou son lieutenant appela l'attention des Tourangeaux, en leur 
enjoignant de procéder à de nouvelles élections plus régu- 
lières. 

Comment avait-on si mal observé les usages, si imparfaite- 
ment obtempéré aux « lettres royaux? » Je ne serais pas éloi- 
gné de voir dans ces premières élections, soit un indice des ré- 
pugnances du clergé, et surtout de la noblesse, pour un vote 
commun avec le troisième ordre, soit un souvenir de ce qui 
s'était passé à l'occasion des derniers états généraux convoqués 
en 1468 sous Louis XI . 



48 

A cette époque, le clergé et la bourgeoisie de Tours avaient 
déjà, comme nous l'avons vu, procédé en commun à la nomi- 
nation des députés sans que les villes d'Amboise, de Loches et 
de Chinon prissent aucune part à l'élection 1 . Il est vrai qu'à 
côté de ces analogies nous trouvons des différences importantes 
à signaler : ainsi, en 1484, l'élection est à trois degrés au lieu 
d'être directe, et les députés choisis ne sont plus, comme en 
1468, un ecclésiastique et deux laiz, mais bien trois laiz. 

Cette dernière irrégularité était, sans contredit, la plus impor- 
tante : aussi vovons-nous, quand on procéda, le 1 er décembre, à 
une élection définitive, le président rappeler à l'assemblée la te- 
neur des lettres du roi, « qui mande soy assembler pour eslire 
« et nommer troys personnes pour estre aux troys estatz ; c'est 
« assavoir une personne d'église, ung noble et une personne 
« pour le commun 2 . » 

Voici quels furent les éléments de cette seconde assemblée 
électorale : le maire Martin d'Argouges et René Sizeau, l'un des 
élus; le lieutenant-général du bailli et juge de Touraine; les 
bourgeois de Tours nommés par le corps de ville pour la cité, 
les représentants de Chinon, celui ou ceux de Loches, ceux 
d'Amboise, deux chanoines de l'église cathédrale, l'official de 
l'archevêque, les représentants de l'abbé et du couvent de Saint- 
Julien, et celui de Saint-Martin. Enfin, il faut ajouter à cette 
liste deux personnages, probablement les suivants : Guy Chastei- 
gnier, seigneur de la Roche-Posay, et Jeanne de Malestroit, vi- 
comtesse de la Bélière, veuve de Tanneguy du Chàtel, seigneur de 
Chàtillon-sur-Indre, laquelle jouissait du domaine de Chàtillon 
comme ayant la garde noble de ses trois filles, et comparut 
par procureur 3 . 

De la composition de cette assemblée il résulte, à mon avis, 

1. Registre des délibérations du corps-de-ville de Tours, à la date du 6 mars 1468. 

2. Ibid., 1 er décembre 1483. 

3. Je dois faire observer qu'en ce qui concerne le seigneur de la Roche-Posay et la 
seigneurie de Cbâtillon, je donne ici des indications précises qui manquent dans le 
manusciitdontje me suis servi. J'ai pu me tromper en essayant d'interpréter ainsi 
les expressions par trop laconiques du plumitif, qui porte seulement : seigneur de 
la Roche, seigneur de Chàtillon. J'ai supposé que ces désignations s'appliquaient 
à la Roche-Posay et à Chàtillon-sur- Indre. Quant aux noms des titulaires de ces sei- 
gneuries, ils m'ont été fournis par Chalmel (Histoire de Touraine, t. III, p. 69 et 
257) , et par une pièce ms. du fonds Salmon à la bibliothèque de Tours. (Registre 
357, pièce 88.) 



49 

que les paysans n'ont eu aucune part, en Touraine, à l'élection 
pour les états généraux de 1484 : il ne faudrait donc pas appli- 
quer à notre province une phrase trop générale d'Augustin 
Thierry à propos de cette assemblée : 

« L'élection pour les trois ordres s'était faite, dit-il, au chef- 
lieu de chaque bailliage, et les paysans eux-mêmes y avaient 
pris part 1 . » 

Les bourgs ou les campagnes n'ont pas de représentants au 
sein de l'assemblée qui va nommer les députés : les envoyés des 
quatre villes les plus importantes du bailliage, Tours, Loches, 
Amboise et Chinon, y figurent seuls. 

Le corps de ville 2 de Tours avait fait choix de ses représen- 
tants, pour cette assemblée générale, le 30 novembre 1483; et, 
d'après notre plumitif, il aurait désigné plusieurs bourgeois dont 
les noms, il est vrai, ne se retrouvent pas très- exactement 
parmi ceux des membres présents à la réunion qui eut lieu le 
lendemain. L'imperfection des notes qui nous sont restées doit 
être en bonne partie la cause de cette difficulté. 

Bien que les lettres du roi ne parlassent que de l'élection de 
trois députés, plusieurs électeurs voulaient en nommer davan- 
tage, et proposaient d'en choisir six ; d'autres rappelaient que le 
roi avait ordonné d'en élire trois, et non un plus grand nombre; 
ce fut ce dernier sentiment qui prévalut; les députés élus furent : 
pour l'Église, Guy Vigier, abbé de Marmoutier ; pour la noblesse, 
Hardouin, seigneur de Maillé, de Rochecorbon, de Rillé, vicomte 
de Tours, chevalier, conseiller et chambellan du roi 3 ; pour le 
commun, sire Briçonnet Patron *; 

On le voit, les usages étaient bien incertains, bien imparfai- 

1. Essai sur l'histoire du Tiers-État, ch. iv. 

2. Je dois faire ici les mêmes réserves qu'à la page 44, noie 1. 

3. Tels sont exactement les titres que prend Hardouin de Maillé, dans un acte du 
6 août 1480, signé de lui. (Archives de la ville, liasse 325, ancienne série.) 

Ce seigneur de Maillé (Hardouin IX) est celui qui vendit, en 1463, la seigneurie de 
Montils-les-Tours au roi Louis XI. Il avait épousé, en 1458, Antoinette daChauvigny. 
Il vivait encore en 1487. (Histoire généalogique de la maison royale de France, 
parle père Anselme, t. VU, p. 501. Le Cabinet historique, par M. Louis Paris. 
Décembre 1858, p. 278.) 

4. D'après le père Anselme, ce serait Jean Briçonnet l'aîné, qui aurait été envoyé 
comme député aux états généraux de 1484 (t. VI, p. 428). Cependant il est certain 
que celui que nos registres des délibérations appellent souvent Briçonnet Patron n'est 
autre que Jean Briçonnet le jeune, frère de Jean Briçonnet l'atné. (Comparez les 

II. (Sixième série.) 4 



50 

tement déterminés ; mais cette inexpérience , ces hésitations , 
n'ont rien qui doive surprendre si l'on se rappelle combien les 
convocations des états généraux étaient peu régulières sous l'an- 
cienne monarchie. 

On a dû remarquer que la noblesse n'était représentée, parmi 
les électeurs de Touraine, que par deux de ses membres, dont 
un seul comparut en personne. 

Ces envoyés de la noblesse firent connaître les noms de ceux 
auxquels ils désiraient confier les intérêts, je ne dis pas de leur 
ordre, mais des trois ordres du bailliage ; et leur rôle, dans cette 
assemblée, ne diffère en rien de celui des autres électeurs. 

Le procès-verbal ne nous a pas gardé les noms des candidats 
pour lesquels se prononça le mandataire de la seigneurie de Chà- 
tillon ; nous apprenons seulement par ce document qu'il voulait 
confier les intérêts de la province à six députés au lieu de trois. 
Jacques Delacourt, élu de Chinon, et le seigneur de la Roche 
opinaient, au contraire, pour trois députés, l'abbé de Marmou- 
tier, Maillé et J. Briçonnet Patron. Leur sentiment l'emporta. 
Macé Hubaille, un bourgeois, envoyait à l'assemblée trois re- 
présentants du tiers état : Briçonnet Patron, François Bernard, 
ou son fils, et J. Godeau ; un seul noble, « Maillé ou Cryssé » 
(Crissay), et deux ecclésiastiques qui ne sont pas nommés. 
M e Estienne Brecte, sire Jean Briçonnet l'aîné, avaient pro- 
posé la nomination d'un certain Monseigneur d'Anjou, qui est 
certainement Louis d'Anjou, bâtard du Maine, chevalier, sei- 
gneur et baron de Mezières en Brenne et autres lieux, conseiller 
et chambellan du roi en 1482 '. 



délibérations des 21 décembre 1472 et 22 juillet 1473.) C'est donc Jean Briçonnet le 
jeune qui fut élu député aux états de 1484. Briçonnet le jeune fut maire de Tours de 
1469 à 1470. (Voy. délibération du 15 octobre 1469.) D'après Cbalmel, il serait mort 
le 26 août 1477, mais celte date, suivant le père Anselme et Guy Bretonneau, auteur 
de l' Histoire généalogique de la maison des Briçonnels, s'applique à un fils de 
Jean Briçonnet l'aîné, et non à Jean Briçonnet le jeune. (Chalmel, Histoire ms. de 
la Mairie et des maires de Tours, à la bibliothèque de la Mairie, p. 80. Histoire gé- 
néalogique de la maison de France, t. VI, p. 428; Guy Bretonneau, p. 19 et 20.) 

Jean Briçonnet, le jeune, seigneur de Chanfreau, épousa Catherine de Beaune, 
fille de Jean de Beaune. (Le père Anselme, ibid.) 

1. Père Anselme, t. I, p. 235. 

C'est grâce à l'obligeance de M. X. de Busserolle, qui connaît si bien la généalogie 
des familles de Touraine, que nous avons pu déterminer quel était ce Monseigneur 
d'Anjou. 



51 

Mais il est inutile d'entrer dans ces développements : les opi- 
nions individuelles de chacun des électeurs perdent aujourd'hui 
beaucoup de leur intérêt. Le procès-verbal est, du reste, sous 
ce rapport, fort incomplet; et s'il nous a suffi pour exposer ce 
qui vient d'être dit sur l'organisation générale et le mode de 
procéder dans les élections, il ne nous fournirait plus touchant 
ces détails que des indications tronquées et assez obscures. 

La magnificence de l'hôtel de ville de Tours, et surtout de la 
salle des délibérations, nous vaut peut-être le privilège de pou- 
voir représenter le procès-verbal de l'élection aux états de 1484, 
procès-verbal informe, mais plein, dans son imperfection, de vé- 
rité et d'originalité. Si notre salle des délibérations eût été moins 
vaste et moins magnifiquement décorée ', une église, comme à 
Lyon, ou le palais de l'archevêque, eussent certainement ou- 
vert leurs portes aux représentants des trois ordres chargés de 
nommer les députés. Un autre greffier que celui de la commune 
eût consigné par écrit le résultat de leurs opérations, si tant est 
qu'on eût voulu en conserver le souvenir autrement que par la 
délivrance d'une procuration, d'un pouvoir remis entre les mains 
des députés, et le registre de nos délibérations ne porterait pas 
trace de ce procès-verbal d'élection qui a pour nous aujourd'hui 
une si grande valeur historique. 

Il nous resterait à étudier les délibérations du corps de ville 
des 11, 15, 24 et 31 janvier, 11 février, 3, tl et 17 mars 1483 
(ancien style), pour épuiser tout ce que les archives de Tours 
contiennent de relatif aux états de 1484 ; mais ces derniers textes 
me fourniront une matière moins abondante que ceux dont j'ai 
parlé plus haut. Rédaction du cahier des doléances du bailliage 
de Touraine 2 , contribution de la ville pour le don de joyeux 
avènement 3 , privilège d'exemption de la taille revendiqué avec 
succès par les bourgeois *, tels sont les divers points que j'y 
trouve assez sommairement mentionnés. 

Des détails sur les articles des doléances seraient assurément 
du plus haut intérêt; mais le cahier des doléances n'a pas été 



1. Voyez, sur la décoration de la salle deThôtel de ville de Tours, le registre des 
comptes du receveur, coté 43 (année 1479), pp. 183 r° etsuiv. 

2. Délibération du 11 janvier 1483. 

3. Délibération du 24 janvier 1483. 

4. Id. des 3 et 11 mars 1483, et Masselin, p. 627 et 629. 

4. 



52 

conservé dans nos archives. Nous possédons seulement le procès- 
verbal d'une séance du corps de ville, dans laquelle les représen- 
tants de la cité adoptent la rédaction de ces remontrances, telle 
qu'elle avait été provisoirement arrêtée par le juge de Touraine, 
M e François et Jean Bernard, J. Lopin, Macé Hubaille, J. Sain- 
tieret J. Godeau, chargés de ce travail, comme on l'a vu plus 
haut ' ; mais les échevins n'entrent dans aucun détail sur les 
divers objets qui faisaient la matière de ces doléances. 

Je remarque seulement que, suivant une opinion émise au 
sein de cette assemblée par l'abbé de Marmoutier, les remon- 
trances des trois ordres ne devaient pas être séparées : « Luy 
semble que touz les trois eslaz dévoient touz parler par ung. » 
Il voulait aussi qu'on insérât, touchant la justice de l'Église, 
un article où l'on réclamerait pour elle son ancienne liberté 2 . 

Le zèle de Guy Vigier pour de sages et utiles réformes est, du 
reste, très-connu. C'est lui qui, vers cette époque, rédigea un mé- 
moire analysé par dom Martène, historien de Marmoutier 3 , dans 
lequel il s'élevait contre l'abus si criant des commandes, et ap- 
pelait de tous ses vœux le retour aux prescriptions des saints con- 
ciles et des papes, notamment aux décrets du pape Benoît XII, 
touchant la réforme de l'ordre de Saint-Benoit. C'est lui enfin 
qui, en 1494, reçut d'Alexandre VI la mission de visiter, avec 
deux autres abbés, les monastères de France, et de travailler à la 
destruction de tous les abus qui s'y étaient introduits. 

Je trouve, au sujet de cet abbé, dans le procès- verbal de la 
séance du 15 janvier, une particularité qui mérite d'être rappor- 
tée. Il informa tout à coup le corps de ville, par l'intermédiaire 
du pitancier de Marmoutier, qu'il cesserait d'assister aux réu- 
nions des états, et demanda à être remplacé. 

1. On paraît, en effet, avoir conservé comme rédacteurs du cahier des doléances 
les personnages qui avaient été désignés, le 19 novembre, en même temps que les 
députés dont la nomination fut considérée comme nulle. Cependant le procès- verbal 
de la séance du 30 novembre contient un paragraphe ainsi conçu : « Et pour 
« amender lesdits articles, Monsieur le Juge, U e Jehan Bernard, advocat du 
« roy, J. Saintier, François Bernard , M. Hubaille. » Il faudrait peut-être, en 
s'en tenant à ce dernier texte, dire que, dans cette seconde réunion, J. Lopin et 
J. Godeau furent exclus de la liste des rédacteurs des doléances. Mais ce point a 
peu d'importance. 

2. Reg. des délibérations. Séance du 11 janvier 1483. 

3. Histoire manuscrite de Marmoutier, par dom Martène, à la bibliothèque de 
Tours, t. I, p. 435 et 436. 



53 

Malheureusement, nous manquons des détails nécessaires pour 
rendre compte de cet incident. Il paraît s'être produit à l'occasion 
de la pragmatique sanction que l'abbé se refusait vraisemblable- 
ment à défendre, et dont les bourgeois désiraient le maintien. 
On le pria de continuer à remplir son mandat malgré cette di- 
vergence de vues, et l'on se reposa sur d'autres du soin de dé- 
fendre la pragmatique. 

Le 24 janvier, les échevins et les autres représentants de la cité 
paraissent très-disposés à faire des remontrances à l'archevêque 
Éliede Bourdeille ' qui aurait, en leur nom, prononcé des paroles 
et avancé des doctrines qu'ils désavouent. 

Comme le journal de Masselin nous apprend qu'il y avait eu la 
veille, 23 janvier, une assemblée générale des états, dans la- 
quelle on avait traité la question des abus et des réformes de 
l'Église, et que, d'autre part, nous savons quel était le dévoue- 
ment d'Élie de Bourdeille aux principes de l'Église romaine 2 , il 
est naturel de supposer que l'affaire de la pragmatique nuisit en 
cette circonstance à la bonne intelligence du pasteur et de son 
troupeau. Je rappellerai ici que l'archevêque de Tours assistait 
aux états , bien qu'il n'eût pas été nommé représentant du 
bailliage. Il occupait, en sa qualité de prince de l'Église, une des 
places les plus élevées parmi les grands seigneurs de France : il 
était, au premier rang, après le cardinal de Bourbon, archevê- 
que et comte de Lyon, et avait le pas même sur les princes du 
sang 3 . 

Tels sont les renseignements que nous fournissent, ou plutôt 
que nous laissent deviner les dernières délibérations du corps de 
ville, dans lesquelles il est fait mention de la convocation des 
états. Ces lignes, écrites à la hâte par le greffier, ne présentent 
pas toujours un sens très-satisfaisant, et ne retracent que d'une 



1. L'archevêque de Tours était alors Élie de Bourdeille, et non Robert de Lenon- 
court, comme le dit M. Bernier, p. 7J4, note 2. Ëlie de Bourdeille ne mourut qu'en 
juillet 1484. (Voy. Gall. Christ., t. IX, col. 146 et 237, et t. XIV, col. 131. Pro- 
cès-verbaux des séances du conseil de régence du roi Charles VIII, publiés par 
A. Bernier, 1836, |>. 61, — dans la Collection des documents inédits.) 

2. Voy. l'ouvrage intitulé : Defensorium concordatorum. Subtilis et preclaïus 
reverendi in Christo patris et Domini Helie quondam Turonensis Archiepiscopi 
tractatus, editus tempore Ludovici XI, régis Francie Christianissimi. — Absolutum est 
hocopus Parisiispro Johanne Parvo, librario, commoranti in vico Sancti Jacobi. 

3. Journal de Masselin, p. 714. 



54 

manière imparfaite les divers incidents auxquels nous venons de 
faire allusion. Mais ces témoignages sont relatifs aux députés du 
bailliage de Touraine : bien qu'ils soient fort incomplets, nous 
n'aurions pas voulu les passer entièrement sous silence. 

VI. résumé. — Examen des opinions de MM. Rœderer, Boullée, 
Henri Martin. Le suffrage direct dans plusieurs villes en 1468. 
Le suffrage à deux ou à trois degrés en 1484. — Hypothèses. 

Nous résumerons ici en quelques lignes les conclusions de ce 
travail. 

L'étude des documents que nous avons pu consulter nous a 
permis de reconnaître : 

1° Qu'en 1468, Louis XI expédia des lettres de convocation 
adressées à la fois au clergé et à la bourgeoisie ; que, dans cer- 
taines villes, ces deux ordres procédèrent néanmoins séparément 
aux élections; qu'ailleurs (c'est le cas de la ville de Tours et le 
seul que nous ayons pu constater), ils se réunirent pour nommer 
en commun leurs représentants. 

2° Qu'en 1484, les lettres de convocation furent adressées aux 
électeurs des trois ordres, et que, suivant la marche pour ainsi 
dire tracée par ces lettres, le clergé, la noblesse et l'état commun 
se réunirent dans beaucoup de bailliages pour les élections, et 
donnèrent à chaque député un mandat émanant des trois ordres 
de la nation. 

D'après M. Henri Martin, les trois ordres se seraient réunis 
pour l'élection de 1468, mais non pour celle de 1484 *. Nous 
avons été conduits à développer une thèse, qui se trouve être 
exactement opposée à celle de cet éminent écrivain. 

Avant M. Henri Martin, M. Eœderer, dans son livre intitulé 
Louis XII et François I er , avait déjà, sans l'appui d'aucun autre 
document, inféré des paroles de Philippe de Poitiers, rapportées 
par Masselin, que les trois ordres réunis participèrent à l'élection 
de 1484 2 . Timidement mentionnée par Boullée 3 , cette opinion 
paraît jouir d'un faible crédit dans les derniers ouvrages histori- 

1. Histoire de France, éd. de 1856, t. VII, p. 30, note 1, et pp. 170, note 3 
et 171. 

2. Louis XII et François I er , par P.-L. Rœderer, 1825, 1. 1, ch. xin. 

3. Histoire complète des États généraux, par M. A. Boullée, 1845, tome I, 
p. 132. 



55 

ques. Comme nous l'avons vu, M. Henri Martin ne l'a pas adoptée. 
M. Rathery, dans son Histoire des élats généraux, semble avoir 
évité de se prononcer : il n'aborde pas cette question, qu'il était 
peut-être téméraire de résoudre avec le seul texte du discours de 
Philippe de Poitiers. On pouvait, en effet, se demander si les as- 
sertions d'un orateur aussi passionné méritaient une entière con- 
fiance, et, par conséquent, rester indécis après la lecture de 
cette harangue, quelque clair et complet qu'en puisse être le sens. 

Mais les documents originaux viennent trancher la question en 
faveur de Rœderer. Le tort de cet auteur est d'avoir voulu appli- 
quer (il ne l'a fait, il est vrai, qu'avec une certaine hésitation) 
aux états de 1468 ce qui est vrai seulement pour ceux de 1484. 

Après avoir fait ressortir le trait principal qui distingue les 
élections de 1468 et celles de 1484, nous devons signaler une 
autre différence importante. 

En 1468, nous avons rencontré le suffrage direct à Tours et à 
Senlis (non pas cà Lyon), et nous l'aurions constaté probablement 
dans d'autres villes, si nous avions pu étendre nos recherches. 
— (Cette observation, au sujet du suffrage direct, s'applique aux 
bourgeois des villes et non pas au clergé, que nous ne voyous 
pas convoqué en masse pour les élections.) 

Lors des états de 1484, une modification fut presque inévita- 
blement apportée à ce système électoral. Nous ne trouvons à cette 
époque aucune trace d'élection directe dans les documents que nous 
avons pu consulter, et vraisemblablement, partout où les trois or- 
dres se réunirent, le suffrage direct fut remplacé par une élection 
à deux ou à trois degrés : à deux degrés, quand les électeurs furent 
désignés en assemblée générale; à trois degrés, quand ils le fu- 
rent dans une assemblée ordinaire du corps de ville 1 . 

Comment supposer, en effet, une assemblée électorale à laquelle 
on convoquerait, non plus les représentants des bourgeois, mais 
le tiers lui-même, le commun peuple tout entier d'une municipa- 
lité venant confusément se mêler dans les rangs du clergé et de 
la noblesse? 

Si pareille convocation fut adressée aux bourgeois d'une dés 
villes de France, c'est que de très-anciennes habitudes pouvaient 
autoriser h penser que les notables seuls se rendraient à la réu- 

1. Nous ne parlons encore ici que des électeurs de la bourgeoisie : nous ignorons 
comment furent désignés ceux des deux autres ordres. 



56 

nion. Du reste, nous n'avons point rencontré de ces convocations 
générales. Nous voyons partout les électeurs désignés à l'avance. 
(A Lyon, les conseillers et quelques notables se rendirent à l'as- 
semblée électorale, mais il est très-probable que ces notables furent 
désignés par le consulat.) 

D'autres questions viennent se poser à côté de celles que nous 
avons essayé de résoudre. 

Celle-ci se présente la première : 

Quelle part les habitants des campagnes prirent-ils dans les 
élections ? 

Il paraît certain que le commun peuple des campagnes ne joua 
aucun rôle dans les élections de 1468. Il y eut même des villes 
importantes qui n'envoyèrent pas de députés : nous possédons la 
liste de celles qui furent représentées. 

La question devient beaucoup plus difficile pour les états de 
1484, et il est probable qu'une solution formulée en termes gé- 
néraux et absolus serait par cela même erronée. 

On a vu que, dans notre opinion, les habitants des campagnes 
ne prirent, en Touraine, aucune part à l'élection. Nous devons, 
d'un autre côté, faire observer que les notables du « pays » lyon- 
nais s'occupèrent activement de faire parvenir jusqu'aux états 
« certaines mémoires faictes par ledit pays contre et au préjudice 
delà ville de Lyon * . » Si ces habitants du « pays » ne sont pas 
électeurs, ils ne restent du moins ni indifférents ni étrangers à 
un événement national aussi important que la convocation des 
états généraux. 

Les députés du bailliage d'Amiens avaient charge et pouvoir 
des villes d'Amiens, Montreuil, Doullens, St-Eiquier, Corbie et 
St- Valéry. Il n'est pas fait mention des campagnes 2 . 

Guillaume le Fuzelier, député du bailliage de Senlis, est cité 
tantôt comme le représentant des « villes et pays 3 » du bailliage, 
tantôt comme le représentant des villes seulement 4 . 

Si nous devons, à notre grand regret, laisser dans l'ombre cette 
question difficile, il nous faut aussi renoncer à mettre dans tout 

1. Actes consulaires de la ville de Lyon, vol. BB. 17. Délibération du 3 janvier 
1483 av. Pâques. 
2. [Journal de Jean de St-Delis, publié par M. Bourquelot, tirage à part, p. 7. 

3. Délibérations delà commune de Senlis. 29 janvier 1483 av. Pâques. 

4. Ibid. 21 mars 1483 av. Pâques. 

Ces villes sont Senlis, Beauvais, Compiègne et Clermont. 



57 

son jour la partie politique du sujet que nous avons abordé. 

Lorsque Louis XI chercha à réunir le clergé et le peuple dans 
les comices électoraux, il avait sans doute un but caché; et c'était 
là, peut-être, une de ces combinaisons politiques qu'un esprit 
aussi puissant et aussi astucieux excellait à créer. Il est naturel 
de penser que le clergé, corps bien plus indépendant que les 
municipalités, faisait ombrage au roi, et que celui-ci espérait di- 
minuer l'influence des gens d'Église, en les confondant dans les 
élections avec les membres du tiers. 

La supposition de Rœderer, suivant lequel les députés appar- 
tenant à la grande noblesse du royaume auraient été directe- 
ment désignés par le roi, viendrait à l'appui de notre hypothèse 
et la compléterait ; car nous verrions à la fois la noblesse privée 
de comices électoraux et la bourgeoisie invitée à exercer une in- 
fluence considérable dans la nomination des députés du clergé : 
c'est ainsi que Louis XI aurait cherché à préparer tous les élé- 
ments d'une assemblée docile. 

Quand plus tard le conseil du jeune Charles VIII, inspiré 
sans doute par l'habile lille de Louis XI, tenta plus encore et en- 
treprit une sorte de fusion des trois ordres dans une élection 
commune, quelle pensée présida à cette innovation hardie ? 

Quelques personnes seraient peut-être tentées de voir dans cet 
important fait historique le germe et l'origine de ces principes 
d'égalité qui devaient triompher 300 ans plus tard ; mais nous 
n'inclinons pas à prêter aux hommes des aspirations qui ne sont 
pas de leur siècle, et nous aimons mieux rappeler qu'après la mort 
de Louis XI, au-dessus des doléances des autres classes de la 
nation, s'élevait la voix redoutable de la noblesse. Commettre 
en partie l'élection des députés des deux premiers ordres à ces 
bourgeois qui, en définitive, avaient eu le moins à souffrir du 
dernier règne, n'était-ce pas atténuer cette réaction menaçante 
de la noblesse et, pour ainsi parler, en briser l'effort avant qu'il 
vînt se heurter contre le trône 1 ? 



1. On sait que les évêques de France n'assistaient pas tous aux états de 1484. 
Plusieurs d'entre eux protestèrent contre l'exclusion dont ils étaient l'objet et pré- 
tendirent avoir, en leur qualité d'évêques, le droit d'assister aux états. On leur 
répondit que ce droit n'était point attaché à leur titre et ne pouvait leur être conféré 
que par les électeurs. (Masselin, p. 394, 406 et 408). 

Pour bien apprécier les élections de 1468 et de 1483, il faudrait peut-êlre faire en- 
trer en ligne de compte l'affaire de la Pragmatique-Sanction. 



58 

Mais ce sont là de pures hypothèses , et nous avons hâte de 
quitter ce terrain mouvant des conjectures. Les pièces que nous 
avons pu consulter ne nous fournissent aucun élément direct 
d'appréciation: elles ne nous permettent pas d'aborder avec con- 
fiance ces hautes questions d'histoire, et nous devons les aban- 
donner aux érudits, qui, plus heureux que nous ne l'avons été 
nous-même, pourront s'entourer de tous les documents propres à 
éclairer leur jugement et donneront facilement dès-lors la raison 
et l'explication des faits que nous avons dû nous borner à cons- 
tater 1 . 

Paul VIOLLET. 



1. En considérant comme un fait exceptionnel la réunion, soit de la bourgeoisie et 
du clergé, soit des trois ordres pour l'élection, nous paraîtrons peut-être avoir trop 
facilement supposé établi l'usage contraire, c'est-à-dire l'usage d'un vote séparé pour 
les trois ordres. L'état actuel des connaissances historiques nous autorisait il à rai- 
sonner de la sorte? Nous avons suivi en ce point l'opinion commune des historiens. 
Il est vrai qu'ils ne donnent pas de preuves ; mais rien dans les archives de Tours 
ne nous a paru venir infirmer ce sentiment, qui est général. Dans tous les procès- 
verbaux que nous avons pu consulter autres que ceux de 1468 et de 1483, les bour- 
geois de Tours nomment leurs députés, sans l'intervention du clergé et de la noblesse. 
Nous voyons bien, il est vrai, une première fois sous Louis XI, les trois ordres se 
réunir. C'est le 9 août 1466. Cette assemblée avait été convoquée à l'instigation 
du roi : elle devait s'occuper de rédiger des remontrances sur les abusa réformer; 
mais ce projet de rédaction en commun n'eut pas de suite : la noblesse ne commu- 
niqua même pas ses cahiers aux bourgeois. (Voy. séances des 9 et 25 août 1466. 
Registre des délibérations de la ville de Tours.) 



DE L'INTERPRÉTATION 



DUNE LETTRE 



DE S. REMI A CLOVIS. 



Malgré les rapports fréquents et intimes que saint Rémi eut 
avec Clovis, il ne nous reste que deux lettres de ce prélat au roi 
des Francs. La première, dans l'ordre selon lequel on les donne 
généralement, est la lettre de condoléance qu'il lui adressa, 
quelque temps après son baptême, à l'occasion de la mort de sa 
sœur Alboflède, et dont Grégoire de Tours a reproduit, avec 
quelques différences, le commencement ' . La seconde est ainsi 
conçue : 

« Domino insigni et meritis magnifîco Chlodoveo régi, Remigius 
« episcopus. 

« Rumor ad nos magnus pervenit administrationem vos secun- 
« dum 2 rei bellicae suscepisse. Non est novum ut cœperis esse sicut 
« parentes tui semper fuerunt. Hoc in primis agendum, ut Domini 
« judicium a te non vacillet, ubi tui meriti, qui per industriam humi- 
« litatis tuse ad summum culminis pervenit : quia, quod vulgus dici- 
« tur, exfîneactushominisprobatur. Consiliariostibiadhiberedebes, 
« qui famam tuam possint ornare ; et beneficium tuum castum et 
« honestum esse débet, etsacerdotibustuishonorem debebis déferre, 
« et ad eorum consilia semper recurrere. Quod si tibi bene cum illis 
« convenerit, provincia tua melius potest constare. Cives tuos érige, 
« afflictos releva, viduas fove, orphanos nutri, si potius est quam eru- 
« dies, ut omnes te ament et timeant. Justitia ex ore vestro procédât ; 
« nibil sit sperandum de pauperibus vel peregrinis, ne magis dona 
« aut aliquid accipere velis. Prœtorium tuum omnibus pateat, ut 

i. Hist, eccl. Francorum, II, 31. 
2. Al. secundam. 



60 

« nullus exindetrislisabscedat. Paternas quascumque opes possides, 
« captivos exinde liberabis, et a jugo servitutis absolves. Si quis in 
« conspectu vestro venerit, peregrinum se esse non sentiat. Cum ju- 
« venibus joca, cum senibus tracta, si vis regnare, nobilisjudicari i .r> 

La plupart des historiens ont assigné à cette lettre la date de 
507, et ont vu dans sa teneur une ligne de conduite tracée par 
l'évèque de Reims à Clovis pour la guerre qui s'engageait contre 
les Visigoths. Parmi ceux de notre époque, je n'en citerai que 
deux, dont les paroles résument assez bien l'opinion générale- 
ment reçue à cet égard. M. Fauriel s'exprime ainsi : 

« Saint Rémi, qui, par suite de la bonne fortune qu'il avait 
eue de baptiser Clovis, était devenu son conseiller politique 
et le représentant auprès de lui de tout le clergé catholique, 
saint Rémi, qui prétendait assurer à ce clergé la direction aussi 
bien que les fruits d'une guerre contre l'arianisme, écrivait alors 
à Clovis une lettre dont quelques traits allaient assez naïve- 
ment au fond des choses : « Tu dois , lui disait le politique 
« évêque, te donner des conseillers qui puissent orner ta renom- 
« mée, etc. 2 . » 

« Le roi des Francs, disent MM. Guadet et Taranne, paraît 
avoir été dirigé, dans cette guerre, par saint Rémi, évêque 
de Reims. Cet évêque lui donne des instructions précises sur ce 
qu'il doit faire et sur ce qu'il doit éviter 3 . » 

Antérieurement, Dom Rouquet, Dom Ruinart et d'autres, comme 
on le verra tout à l'heure, ont attribué à ce document la même 
date et le même objet, sans toutefois en tirer une conséquence 
défavorable à saint Rémi. 

Cette interprétation presque unanime (car il ne se rencontre 
que trois voix dissonantes, dont je parlerai) paraît reposer sur 
deux fondements : les sources d'après lesquelles la lettre a été 
reproduite, et son texte lui-même, principalement sa première 
phrase. Chacun de ces points demande à être examiné successi- 
vement ; car il semble, à première vue, que les conseils donnés 
par saint Rémi concernent plutôt l'administration intérieure que 



1. Fréher, Corpus francicœ historiée, p. 184. 

2. Fauriel, Hist. de la Gaule méridionale, II, 55. 

3. Édition de Grégoire de Tours, publiée par la Société de l'Histoire de France, 
247. 



61 

la direction d'une guerre quelconque ' . Qu'on ne croie pas que je 
cherche ici à disculper un prélat d'une immixtion, qui serait 
singulière aujourd'hui, dans les affaires militaires. Dans un 
temps où 1 evêque était une puissance administrative réelle, le 
defensor de la cité ou de la province, et dans une position 
aussi influente que celle où se trouvait saint Rémi vis-à-vis du 
prince converti par lui, ce fait, s'il était réel, n'offrirait rien 
d'extraordinaire ni de blâmable. L'intérêt de la vérité histo- 
rique est donc le seul qui puisse être en jeu dans cette question. 

Les historiens modernes ont en général puisé la lettre de 
saint Rémi dans la collection des historiens de la Gaule par 
Dom Rouquet. Elle y figure, en effet, telle qu'on vient de la lire, 
mais avec ce titre en plus : 

« Epislola sancli Remigii ad Clodoveum ante bellum Gothi- 

GUM, QUA HORTATUREUMUTSACERDOTES CONSULAT. A». 507 2 . » 

Où Dom Rouquet a-t-il pris cette indication ? Il annonce qu'il 
a emprunté le texte à Duchesne. Celui-ci, pourtant, à l'endroit 
cité, ne donne pas d'autre explication ni d'autre titre que la sus- 
cription : Domino insigni, etc. 3 . Ce n'est donc pas là que le 
premier a pu trouver la base de son affirmation : ou il l'a tirée 
de son propre fonds, ou il a cru devoir se ranger à une opinion 
déjà répandue, sans en mentionner la source. 

Le volume de Dom Rouquet parut en 1741. Celui de Duchesne 
est de 1636. Dans l'intervalle, en effet, plusieurs auteurs avaient 
déjà voulu préciser ainsi le but et la date de la lettre de saint 
Rémi. Dom Ruinart est sans doute celui qu'aura suivi Dom Rou- 
quet; car c'est à lui qu'il emprunte également le texte de l'His- 
toire des Francs, de Grégoire de Tours, et c'est dans l'appendice 
même de son édition de Grégoire que Ruinart donne la lettre. Or 
à cette lettre Ruinart ne met aucun titre ; mais il s'appuie sur 
elle pour ajouter au chapitre de l'Histoire des Francs qui ra- 
conte la guerre des Visigoths une remarque, portant que l'évè- 
que de Reims, au moment où l'expédition se préparait, aver- 

1. c'est l'assertion que j'avais émise dans un précédent travail (De V autorité de 
Grégoire de Tours, p. 57), mais sans y pouvoir joindre, comme je le fais ici, les 
développements propres à l'appuyer. 

2. D. Bouquet, IV, 51. 

3. Historiée Francorum scriptores, I, 847. 



62 

tit Je roi d'épargner les biens de l'Église ' . 11 n'indique pas 
néanmoins s'il emprunte cette interprétation à un ouvrage 
antérieur. 

Avant son édition, qui est de 1699, la même date se retrouve 
dans les Sacrosancta Concilia, de Labbe et Cossart, publiés en 
1671 2 . Ces auteurs se réfèrent au P. Sirmond, qui, effective- 
ment, dans ses Concilia Gattise, insère la lettre avec le même 
titre queux : 

«< Remigii episcopi Remorum epistola secunda ad Clodoveum 
regem, hortatoria, cum rex ad bellum Gothicum se accin- 

GERET 3 . » 

Le P. Longueval, en traduisant la même pièce, cite pareille- 
ment Sirmond 4 . Mais celui-ci ne s'appuie plus sur aucune au- 
torité, et la filière s'arrête là. Sa publication est de l'année 1629 : 
voilà donc le plus ancien exemple de la date de 507 assignée à la 
lettre de saint Rémi. Auparavant, ce document n'était connu que 
par l'édition de Fréher, à qui Duchesne déclare l'avoir emprunté 5 . 
Marquard Fréher, qui était conseiller de Jean-Casimir, prince 
Palatin, avait eu à sa disposition un grand nombre de pièces 
inédites, entre autres un vieux manuscrit de la bibliothèque Pa- 
latine, dont il parle, et sur lequel il transcrivit un recueil de 
lettres intéressant l'histoire de France : c'est dans ce recueil, 
imprimé à Hanovre, en 1613, que se trouvent les deux lettres 
de saint Rémi à Clovis ; c'est alors qu'elles virent le jour pour 
la première fois fi . Les érudits acceptèrent de confiance les textes 
édités par Fréher : la disparition des manuscrits ne permet plus 
de contrôler aujourd'hui la fidélité de leur reproduction. Mais 
Fréher, et cela suffit dans la question présente, ne fait, comme 
Duchesne, aucune allusion à l'an 507 et à la guerre des Visi- 
goths : il donne la lettre de saint Rémi purement et simplement 
avec sa suscription, telle que je l'ai transcrite plus haut d'après 
son édition même. 



1. Greg. Tur. opéra, col. 95 et 1326. 

2. Sacr. concil., t. IV, col. 1402. 

3. Sirmond, Concilia Galliee, I, 175. 

4. Hist. de l'Église gallicane, éd. en 1730, II, 286. 

5. Fréher. Corpus francicx historiée, p. 184. Duchesne , Hist. Franc . scrip- 
tores, I, 847. 

6. « Epistolx Francicx... nunc primum editx a vetustissimo codice Naza- 
riano in Bibliotheca Palatina. » Fréher, ibid., 182. 



63 

Ainsi, à force de remonter aux sources, ou arrive à se con- 
vaincre que l'origine de l'opinion qui prête à saint Rémi des 
instructions précises pour la guerre des Visigoths n'a sa raison 
d'être dans aucun texte, si ce n'est dans une ligne de titre ajoutée 
après coup à ce document par des éditeurs secondaires et ter- 
tiaires, sans être légitimée par un seul mot du premier éditeur, 
seule autorité à peu près sûre en cette matière, puisque seul il a 
été en possession du manuscrit. Pour appuyer cette opinion, on 
citera Dom Bouquet, qui suit Dom Ruinart et cite Duchesne , 
quoique celui-ci n'en parle pas , ou bien, en remontant par une 
autre filière, on citera Labbe ou Longueval, qui citent Sirmond, 
qui ne cite personne. Mais Sirmond n'a pu puiser que dans 
Fréher, et Fréher est complètement muet sur le point en ques- 
tion. Sirmond doit donc en définitive, en raison de sa priorité, 
endosser la responsabilité d'une hypothèse que ses successeurs 
semblent avoir, sans réflexion et de confiance, adoptée pour une 
réalité. 

L'induction a suffi , dira-t-on , pour autoriser ces différents 
éditeurs à rattacher la lettre de saint Rémi à la conquête de la 
Gaule méridionale par Clovis. Ils l'ont fait précéder du titre 
qu'ils jugeaient le plus propre à indiquer son contenu, sans avoir 
la prétention de le rendre inhérent à la pièce. Soit; ils ont rai- 
sonné sur le texte lui-même, et les historiens plus modernes qui 
se sont modelés sur eux l'ont fait en toute connaissance de cause, 
après avoir examiné de leurs propres yeux le document. Étu- 
dions donc ce texte et l'interprétation qu'ils en ont donnée. 

La première phrase est la seule qui contienne une allusion po- 
sitive aux affaires de la guerre : « Rumor ad nos magnus per- 
vertit, ADMOISTRATIOWEM VOS SECUNDAM (OU SECUNDUM) ItEI BEL- 

licm suscepisse. » Ce qu'on traduit d'ordinaire ainsi : « Une 
grande nouvelle est parvenue jusqu'à moi; vous avez entrepris 
une seconde expédition militaire, » ou bien « vous avez pris les 
armes pour la seconde fois. » 

Mais d'abord, qu'y aurait-il eu d'extraordinaire à ce que Clovis 
entreprît une nouvelle guerre, lorsque les Francs n'étaient encore 
qu'une armée et leur roi qu'un chef de soldats ? Qu'y aurait-il 
eu là d'extraordinaire surtout pour l'évêque de Reims, qui était 
dans les conseils du prince et dans son intimité, et qui, de plus, 
avait été consulté spécialement par lui au sujet de l'expédition 



64 

méditée cpntre Alaric 1 ? Si Clovis lui avait fait part de son pro- 
jet, il ne pouvait en être informé par la renommée, ni en être 
surpris comme d'une grande nouvelle. 

Administra tio rei bellicœ a-t-il signifié quelquefois expédi- 
tion P Justin a dit administrât™ rerum pour conduite des affaires. 
Cicéron a dit administralio belli pour direction de la guerre, 
et administrator belli gerendi pour chargé de la conduite de la 
guerre. On ne rencontre, dans la bonne latinité comme dans la 
basse, aucun exemple de ce terme pris dans l'acception de cam- 
pagne militaire proprement dite 2 . 

Quant au mot secundam ou secundum, peut-il se traduire ici 
par deuxième et désigner la guerre des Visigoths, quand celle-ci 
était la quatrième ou cinquième qu'entreprenait le roi franc? 
3V avait-il pas fait précédemment la guerre contre les Romains, la 
guerre contre les Allemands, la guerre contre les Bourguignons, 
sans compter les guerres inconnues aujourd'hui contre les Thurin- 
giens et les Bretons ? De quelque événement que l'on fasse partir 
son règne, de son élévation sur le pavois à la mort de Chiidéric, 
ou de sa victoire sur Syagrius, ou même de son baptême, on ne 
peut compter son expédition contre Alaric pour la seconde. 

Mais la suite va peut-être nous éclairer : « Ce n'est pas chose 
« nouvelle que vous soyez ce que vos pères ont été. >< Qu'auraient 
été les pères de Clovis, dans la pensée de Tévêque? Belliqueux, 
avides de butin, suivant le sens où les historiens se sont eugagés. 
Saint Rémi aurait-il donc rappelé un souvenir si inopportun, 
adressé une comparaison aussi boiteuse au prince qui partait 
pour combattre les Visigoths ariens occupant la Gaule catho- 
lique? Qu'y avait-il de commun, à ses yeux, entre les précé- 
dents chefs des Francs, adversaires des Romains et des chrétiens, 
et leur descendant devenu le protecteur de ces derniers? Un 
mauvais compliment de ce genre serait fort étranger au langage 
tenu habituellement par le pontife à Clovis. 

Le reste de l'épître semble fait pour enlever à une telle inter- 
prétation la vraisemblance qu'elle pourrait conserver encore : 

« Ce que vous avez à faire dès ce moment, c'est de ne pas 
« vous écarter des vues du Seigneur, qui a récompensé votre hu- 
« milité en vous élevant au faite suprême 3 ; car, comme le dit le 

i. VitaS.Remigii. Boll., octob.,1, 154. 

2. V. Du Cange, aux mots Administratio, Administrator, etc. 

3. Je traduis seulement, comme on le fait d'habitude, le sens général de cette 



6b 

« vulgaire, les actions de l'homme se jugent par leurs résultats. 
« Vous devez vous entourer de conseillers capables de faire hon- 
« neur à votre renommée... houorer vos prêtres, pour que votre 
* gouvernement soit plus stable... secourir les veuves, nourrir les 
« orphelins, apprendre à tous à vous aimer et à vous craindre... 
« ne rien attendre des pauvres ni des étrangers, n'accepter aucun 
« don 1 , ouvrir à tout le monde votre prétoire, employer votre 
« patrimoine à délivrer des captifs... jouer avec la jeunesse, mais 
«. traiter les affaires avec les vieillards. » 

De tels avis conviennent-ils à un prince prêt à entrer en cam- 
pagne, et même déjà lancé (suscepisse adminislrationem) dans 
une entreprise pleine de hasards et de périls? Ou n'ont-ils pas 
rapport à l'exercice de la justice, au gouvernement intérieur du 
royaume? En un mot, sont-ce des instructions pour la guerre ou 
pour la paix? Lorsque Clovis consulta saint Rémi sur l'expédi- 
tion qu'il allait tenter contre les Visigoths, l'évèque, nous dit son 
biographe, lui promit la victoire 2 . La présente lettre non-seu- 
lement ne contient rien de semblable, mais ne fait aucune allu- 
sion aux éventualités d'une expédition militaire. On a voulu 
voir une réponse à cette lettre dans celle que le roi franc écrivit 
après sa conquête aux évèques de la Gaule, et qui est annexée aux 
actes du concile d'Orléans 3 . Ce dernier document, trop long 
pour être reproduit ici, mais qu'on peut lire dans mainte collec- 
tion, parle des ordres donnés par Clovis pour épargner les églises 
durant la campagne, de la générosité du vainqueur envers les 
prisonniers de guerre. Mais cette protection des établissements 
religieux, l'évèque de Reims la demande-t-il dans sa lettre? Sans 



phrase : car le texte renferme un non-sens provenant sans doute d'une mauvaise lec- 
ture de Fréher ou d'une altération du manuscrit. Les Bollandistes proposent de le 
restituer ainsi ; «^Ut Domini judicium a te non vacillet, et a tuo exercitu (au lieu de 
ubi lui meriti), qui per industriam humilitatis tuae ad summum culminis perve- 
rtit. » Acta sanctorum Octob., I, 91. 

1. Ce conseil rappelle celui que donnait à saint Louis le sire de Joinville, lui re- 
prochant en riant d'avoir écouté avec plus de faveur l'abbé de Cluny parce qu'il en 
avait reçu deux palefrois : « Deffendés à tout vostre conseil juré, quand vous venrez 
en France, que il ne preingnent de ceulz qui auront à besoigner par devant vous ; car 
soies certein, se il prennent, il en escouteront plus volentiers et plus diligentement 
ceulz qui leur donront. » Joinville, éd. Histor. de la France, XX, 288. 

2. Vilas. Remigii. Boll., Octob., I, 154. 

3. ,V. entre autres dom Ruinart (Greg. Tur. opéra, col. 95), Guadet et Taranne 
(édition de l'Histoire des Francs, I, 247), etc. 

II. {Sixième série.) 5 



66 

doute il en fit l'objet de ses recommandations au roi (c'est là 
peut-être ce que M. Fauriel appelle « s'assurer les fruits de la 
guerre ») : toutefois, il n'en dit rien ici. Il veut môme que Clovis 
ait recours à ses conseillers fraucs (seniores) aussi bien qu'aux 
prêtres; il plaide la cause du peuple autant que celle du clergé; 
par conséquent c'est à d'autres admonitions que répond le roi, 
qui, d'ailleurs, ne s'adresse pas à saint Rémi, mais à tout le corps 
épiscopal. Le conseil de s'occuper d'une manière générale de la 
délivrance des prisonniers au moyen des richesses paternelles, 
c'est-à-dire par voie de rachat, ne saurait constituer entre les 
deux lettres un rapport assez direct pour que la seconde doive 
être considérée, sur ce seul indice, comme une réponse à la pre- 
mière. Et lors même qu'on admettrait cette parenté étroite des 
deux documents, il s'ensuivrait uniquement que l'épître de Clovis 
aux évêques est postérieure à celle de saint Rémi : la date précise 
de cette dernière ne serait nullement démontrée par là, ni, à plus 
forte raison, sa connexité avec la guerre des Yisigoths. 

On vient de voir les difficultés qui s'opposent à l'interprétation 
la plus commune de la lettre de saint Rémi. Deux érudits de 
grand mérite, en ayant été frappés, ont cru devoir proposer et 
développer un sens tout différent. L'abbé Dubos en fit l'une des 
bases de son ingénieux système, consistant à nier la conquête 
violente de la Çaule par les Francs, et à attribuer l'agrandisse- 
ment du pouvoir de leur chef à des concessions bénévoles 
octroyées successivement par les empereurs d'Orient 1 . De nos 
jours, M. de Pétigny a repris en partie ses arguments, et expli- 
qué comme lui la pièce dont il s'agit*. Après avoir induit de ses 
propres raisonnements que Childéric, père de Clovis, avait été 
revêtu de la dignité de maître des milices romaines 3 , Dubos 
ajoute plus loin : 

« La même puissance qui avait conféré au père cette dignité 
la conféra ensuite au fils, et Clovis, qui ne fit point de difficulté 
d'accepter à quarante-deux ans le consulat auquel l'empereur 
Anastase le nomma pour lors, peut bien aussi avoir accepté, 

1. Dubos, Histoire critique de l'établissement de la monarchie française, 1742, 
I, 620 et suiv. 

2. De Pétigny, Études sur l'histoire, les lois et les institutions de Vépoque mé- 
rovingienne, 1844, II, 361 et suiv. 

3. Dubos, ibid., 610,611. 



67 

encore adolescent, le généralat que l'empereur Zenon ou les 
Romains des Gaules lui auront conféré. Quoi qu'il en soit, il est 
toujours certain que Clovis, quand il était encore dans sa pre- 
mière jeunesse, et par conséquent peu de temps après la mort 
de son père, lui succéda dans un emploi que ce père avait eu 
au service d'un autre prince, et qui donnait l'administration des 
affaires de la guerre 1 ... » 

Pour étayer cette hypothèse, Dubos cite le texte qu'on se 
serait le moins attendu à voir figurer là, l'épître de saint Rémi, 
dont il traduit ainsi le commencement : 

« Nous apprenons de la renommée que vous vous êtes chargé 
de l'administration des affaires de la guerre, et je ne suis pas 
surpris de vous voir être ce que vos pères ont été 2 . » 

On pourrait objecter immédiatement que, si Clovis s'est chargé 
lui-même de cette fonction (Dubos n'a pas pu éviter le mot 
suscepisse comme il évite le mot secundum), il n'y a pas été ap- 
pelé par un rescrit impérial , dont on ne retrouve d'ailleurs 
aucun vestige. Mais le savant historien heurte une barrière plus 
résistante dans le second membre de phrase : « Sicut parentes 
tui semper fuerunt, » dit la lettre. Faudrait-il faire remonter la 
dignité en question au-delà de Childéric, et en gratifier plusieurs 
générations des ancêtres de Clovis, qui ont à peine mis le pied 
dans la Gaule, et dont les noms ne sont pas même parvenus à la 
postérité? On peut ne pas pousser aussi loin la conséquence. 
« Peut-être, dit Dubos, que Mérovée avait exercé le même em- 
ploi 3 . » 11 s'arrête à Mérovée; mais l'assertion est déjà assez 
hardie. 

« 11 s'agit maintenant, traduit encore le même auteur, de ré- 
pondre aux vues de la Providence, qui récompense votre modéra- 
tion (lisez humilitatem) , en vous élevant à une dignité si èmi- 
nente (ad summum culminis)... Ne faites point d'exactions dans 
votre bénéfice militaire (beneftcium tuum honestum et castum)... 
Tant que vous vivrez en bonne intelligence avec les évêques, 
vous trouverez toute sorte de facilité dans l'exercice de votre 
emploi (provincia). Faites du bien à ceux qui sont de la même 
nation que vous (cives tuos), » etc. 

1. Dubos, ibid., p. 620, 621. 

2. Ibid., p. 622. 

3. Ibid., p. 623. 



68 

Ainsi l'amour de son système, la nécessité de concilier avec lui 
chaque parole de saint Rémi, va jusqu'à faire dénaturer à un 
écrivain érudit le sens des termes les plus clairs. Voilà le con- 
quérant barbare réduit à l'état d'employé de la cour de Con- 
stantinople. Il n'est plus possesseur que d'un bénéfice militaire, 
c'est-à-dire « d'une certaine étendue de terres que les empe- 
reurs donnaient aux soldats et officiers pour leur tenir lieu de 
solde et de récompense * . » La provincia, qui a signifié quelque- 
fois un gouvernement, devient une fonction. Les cives, enfin, 
comme le remarque judicieusement M. de Pétigny, se séparant 
ici de son devancier, sont pris à tort pour les compatriotes de 
Clovis. « Jamais un auteur latin n'a appliqué le nom de citoyen 
à un barbare. Il s'agit donc des citoyens romains domiciliés dans 
le territoire où Childéric avait commandé 2 . » 

11 serait superflu de faire remarquer en outre que tous les 
conseils de l'évèque de Reims à Clovis supposent un prince entiè- 
rement indépendant, et que, dans l'hypothèse contraire, il n'au- 
rait pas manqué de lui recommander le dévouement à l'empire, 
la fidélité aux devoirs de sa charge. Laissons donc l'abbé Dubos 
s'enfoncer à perte de vue dans la fausse route où il s'est engagé. 
Aussi bien, la dignité de maître des milices conférée par Zenon eût 
été pour Clovis moins précieuse qu'il ne se l'imagine, et le chef des 
Saliens s'en serait fort bien passé pour régner sur la Gaule : les 
milices gallo-romaines n'attendaient pas l'ordre de l'empereur 
d'Orient pour se joindre à ses guerriers et passer à son service, 
tout en conservant leur organisation 3 . Le consulat ou patriciat 
auquel l'aurait promu Anastase, et sur lequel on a tant disserté, 
était lui-même un titre honorifique, bon pour lui donner, non 
une augmentation de pouvoir, mais tout au plus un certain 
prestige sur les populations gallo-romaines, attachées encore aux 
usages impériaux : ce qui le prouve, c'est qu'après avoir été re- 
vêtu de ce titre, il ne fit aucun acte indiquant une autorité nou- 
velle. La concession d'une pareille distinction flattait tout autant 
l'amour-propre de l'empereur que celui de Clovis; car le pre- 
mier pouvait se persuader par là qu'il conservait en Gaule une 
sorte de suzeraineté. Au reste, Grégoire de Tours, après avoir 

1. Dubos, ibid. 

2. De Pétigny, op. cit., II, 364. 

3. V.Procope, I, 12; Boutaric, Institutions militaires de la France, p. 51. 



69 

parlé des lettres de nomination envoyées au roi des Francs, ne 
dit pas formellement, comme on l'a quelquefois compris, que ce 
prince porta depuis le titre et les insignes de consul, mais sim- 
plement qu'il fut réputé ou considéré comme consul ou auguste ' . 
Toutes ces dignités d'un régime déchu avaient déjà bien perdu 
de leur prix au début du sixième siècle. Les derniers débris de 
l'empire s'écroulaient vermoulus; la monarchie franque était 
née, et le roi ne relevait plus, en fait, d'aucun potentat étranger. 

M. de Pétigny n'est pas allé aussi loin que Dubos dans le dé- 
veloppement de sa théorie, ni dans ses commentaires sur la lettre 
de l'évêque de Reims. Il s'est contenté de placer ce document au 
commencement du règne de Clovis. Il y voit une sorte de félici- 
tation d'avènement, écrite par un personnage influent et lié au 
jeune prince. « C'est un père qui parle à son fils, un maître 
instruisant son élève 2 . » Il suit fidèlement, néanmoins, l'interpré- 
tation de Dubos : « On nous annonce que vous avez pris heureu- 
sement V administration des affaires militaires. Il n'est pas éton- 
nant que vous commenciez à être ce que vos pères ont toujours 
été, » etc. « Certes, ajoute-t-il, il est impossible d'indiquer plus 
clairement la dignité de maître des milices, et de mieux consta- 
ter sa transmission héréditaire 3 . » On pourrait cependant, sans 
être trop exigeant, demander une indication plus précise. 

A l'époque désignée par M. de Pétigny, Clovis était païen. 
Que signifie donc la recommandation d'honorer ses prêtres ? Il 
ne peut être question de prêtres des Francs : M. de Pétigny a 
montré lui-même qu'il n'en existait point. Aussi donne-t-il avec 
raison cette explication : « Il est évident que le pieux évêque 
n'aurait pas exhorté Clovis à honorer les prêtres païens et à 
suivre leurs conseils; il voulait donc parler du clergé chrétien, 
et à cette époque, comme dans le temps de la primitive Église, le 
mot sacerdos ne s'appliquait point aux simples prêtres : c'était un 
titre réservé aux évèques \ » Adoptons cette traduction, qui est 
juste. Voici ce qui va en résulter pour le système du savant auteur : 
au moment où il place cette lettre, c'est- a-dire à l'avènement de 

1. « Etabeadie tanquam consul aut augustus est vocitatus (Hist. Franc, II, 
38). » C'est Hincmar qui , le premier, a exagéré le sens, en repro luisant ainsi la 
phrase -. « Et ab ea die consul et augustus est appellatus. ■» (Vit. S. Remigii, ch. vu.) 

2. De Pétigny,»/). cit., II, 364. 

3. Ibid. 

4. Ibid. 



70 

Clovis, les Francs ne possédaient qu'un territoire assez restreint, 
situé au-delà de la Somme, et dont les limites sont à peu près 
fixées; or, dans ce territoire, comme dans toute la région du 
nord en dehors des provinces romaines, il n'y avait alors ni dio- 
cèses ni évèques. Les évèchés du pays furent créés ou rétablis, 
après la mort de Ragnacaire, Chararic et autres chefs païens, 
par saint Vast, par Antimundus et par d'autres disciples de 
saint Rémi 1 . M. de Pétigny en convient lui-même. Mais alors 
comment concilier ses différents raisonnements? Pour le faire, 
on serait réduit à supposer au roi franc une juridiction quel- 
conque sur le clergé d'une contrée qui ne lui appartenait pas 
encore, puisque les mots sacerdolibus luis sont formels, et qu'ils 
ne sauraient vouloir dire des prêtres de votre nation. 

Pourquoi donc échafauder tant d'hypothèses et d'explications 
inadmissibles sur un texte aussi simple, et dont la signification 
aurait dû être fixée depuis longtemps? Par l'invraisemblance 
de la date de 507 et d'un rapport quelconque avec la guerre 
des Visigoths, par l'impossibilité des interprétations de l'abbé 
Dubos et de M. de Pétigny, on est amené naturellement à cher- 
cher à la lettre de saint Rémi une troisième époque et un troi- 
sième objet. Ce nouveau sens ne me semble pas douteux, et j'a- 
vouerai qu'il s'est imposé à moi dès le premier examen. 

Par un notable progrès sur les traductions antérieures, M. de 
Pétigny a rendu le mot secundam ou secundum par heureusement. 
Secundus, en effet, était si fréquemment employé avec cette ac- 
ception dans la basse latinité, qu'il a produit le substantif secun- 
ditas, que Du Cange explique par félicitas, prosperitas" 1 . Puisque 
le premier sens de ce terme, celui de deuxième, est exclu parles 
considérations qui précèdent, celui-ci se présente seul, et l'am- 
phibologie disparaît 3 . Quant au mot suscepisse, s'il signifie parfois 
entreprendre, il est aussi pris pour concevoir ou recevoir (sus cip ère 
gaudium), c'est-à-dire qu'il exprime, pour le moins aussi sou- 
vent, un résultat indépendant de la volonté. Ainsi, l'évoque de 
Reims dit, en commençant, à Clovis : « Un grand bruit vient de 

1. Boll. Octob., r, 98, 99. Comment, in vit. S. Remigii. 

2. Du Cange, au mot Secunditas. 

3. Si l'on adopte la leçon secundum, il faut y voir un équivalent du mot de la 
bonne latinité secunde. Si l'on préfère secundam, le sens est encore plus clair. 



71 

parvenir jusqu'à nous : vous avez dirigé avec succès la guerre (la 
conduite de la guerre vous a donné pour résultat la victoire). » 

« 11 n'est pas étonnant que vous soyez dès à présent ce que 
vos pères ont été. » Cette phrase devient alors un compliment 
motivé, et non des plus mal tournés : « Vous tenez de famille, la 
bravoure de vos pères n'a pas dégénéré en vous. » Quoi de plus 
naturel dans la bouche d'un homme qui a toujours fait l'éloge de 
Clovis ? 

« Ce qui vous reste à faire maintenant, c'est de ne point vous 
écarter des vues du Seigneur, qui a récompensé votre humilité en 
vous élevant au faîte suprême; car, comme le dit le vulgaire, 
i 'œuvre de V homme se juge par ses fruits. » Évidemment, Clo- 
vis a remporté un avantage qui l'a considérablement grandi, et 
l'Église en attend le résultat, la manière dont il usera de son 
triomphe. Telle est la situation, que la suite du texte dessine 
encore mieux. Toutes ces recommandations, qu'il est inutile de 
transcrire une fois de plus, portant sur les conseillers à choisir, 
la manière de traiter les affaires, l'accès facile du prétoire, con- 
cernant en un mot, pour employer une expression administrative 
moderne, le département de l'intérieur, ne s'appliquent-elles pas 
à merveille à un prince qui a de nouveaux sujets, de nouveaux 
devoirs, et une puissance récemment conquise? M. de Pétigny 
n'avait-il pas raison d'y voir des instructions paternelles, au lieu 
du plan de campagne ou des leçons intéressées imaginés par Fau- 
riel et d'autres historiens? Est-il assez prouvé, enfin, que ce 
monument épistolaire a été composé à la suite d'une guerre de 
Clovis, et non à son début? 

Il resterait à déterminer quelle est l'expédition ou quelle est la 
victoire (car c'est tout un lorsqu'il s'agit des guerres de Clovis) 
dont la pièce discutée a été un des résultats. Les Bollandistes, 
c'est-à-direrle P. Suysken, auteur du commentaire sur la vie de 
saint llemi inséré dans leur collection, après avoir proposé une 
version du mot secundam analogue à celle qui vient d'être admise, 
se contente d'exprimer cette opinion que le prélat peut avoir écrit sa 
lettre aussi bien après qu'avant la bataille de Vouillé l . Cette thèse 
pourrait peut-être se soutenir mieux que les précédentes. Toute- 
fois, il me semble qu'il vaut mieux chercher une date antérieure. 
Indépendamment du ton général, qui semble indiquer un prince 

1. Acta sanctorum Octob., I, 91. 



72 

inexpérimenté et presque novice, comme l'avaient observé Dubos 
et M. de Pétigny, certaines expressions s'adresseraient plutôt à 
un jeune homme qu'à un roi d'un âge mûr et d'un caractère 
grave. Par exemple, le saint évèque l'engage à s'amuser avec les 
jeunes gens, mais à s'entretenir d'affaires sérieuses avec les vieil- 
lards. 11 est probable, en outre, qu'il n'aurait pas attendu si tard 
pour lui donner des avis qui importaient tant au succès et à la 
consolidation de son gouvernement. Clovis avait, en 507, qua- 
rante-et-un ans. Après la soumission des Bretons, que l'on place 
communément en 502, ou après la défaite de Gondebaud, en 500, 
il n'était déjà plus dans la première jeunesse. Ces deux victoires, 
d'ailleurs, ne lui apportèrent ni citoyens à gouverner ni province 
à administrer. Il n'en est qu'une seule, hormis celle de Vouillé, 
qui réunisse ces différentes conditions. Pour la trouver, il faut 
remonter jusqu'à l'époque de la conquête du nord de la Gaule. 

Clovis n'était pas baptisé alors : mais son intimité déjà étroite 
avec l'évêque de Reims, sa déférence déjà entière pour ses avis et 
pour le clergé catholique en général l , le désir, déjà nourri par 
un grand nombre, de passer sous sa domination, désir qui ne 
provenait que d'une tendance marquée de sa part à embrasser 
l'orthodoxie, tout cela en faisait un chrétien à l'avance. On peut 
même ne considérer le vœu de Tolbiac que comme l'occasion ou 
l'incident qui détermina non pas sa conversion, opérée sans doute 
au fond de son cœur depuis assez longtemps, mais son baptême, 
cérémonie qui, on le sait, n'avait souvent lieu, dans tes premiers 
siècles de l'Église, qu'après des délais, des épreuves et de mûres 
réflexions. Saint Rémi pouvait donc dès lors lui parler comme à 
un néophyte. Mais il n'est pas même besoin de recourir à cette 
explication. Aucun trait delà lettre ne donne formellement au roi 
franc la qualité de chrétien. Le seul passage qui pourrait la lui faire 
attribuer est celui-ci : ce Sacerdotibus tuis honoremdebebis déferre.» 
Or on a vu, d'après la remarque de M. de Pétigny , que cette expres- 
sion désignait i'épiscopat gallo-romain du pays nouvellement sou- 
mis aux Francs, de même que cives iuos, un peu plus bas, s'appli- 
que aux citoyens gallo-romains de la même région. Cette traduction 
ne rencontre pluslamème difficulté quedaus le système de l'auteur 

1. V. dans dom Bouquet (IV, 49) la lettre que lui écrit saint Avit, évêque de 
Vienne, en 496 : « Humilitatem jamdudum nobis devotione impenditis, etc. ; » et la 
vie de saint Rémi (ibid., p. 374). 



73 

des Études sur les institutions mérovingiennes; car, en 481, à 
son avènement, Clovis n'avait pas d'évôques dans son territoire; 
mais à partir de 486, une fois maître de la Gaule jusqu'à la 
Seine, il en comptait un bon nombre, et dès lors il n'y a plus 
rien que de très-naturel dans la recommandation qui lui est 
faite en faveur de ses pontifes , de ses citoyens , c'est-à-dire 
des pontifes et des citoyens sous sa dépendance, ce qui formait 
la masse de ses nouveaux sujets. Saint Rémi, enfin, ne luiprêcbe 
à l'égard de ce haut clergé que la déférence, attitude qui conve- 
nait très-bien, dans son esprit, à un prince païen régnant sur une 
terre chrétienne ; et s'il y ajoute le conseil de recourir à leurs 
lumières pour la bonne administration du pays, c'est que ces pré- 
lats étaient eux-mêmes des espèces de gouverneurs de leurs dio- 
cèses, qu'ils avaient l'expérience et la clef des affaires. 

En résumé, c'est après la bataille de Soissons, en 486, que 
Clovis est devenu, parles armes, le maître d'une province ro- 
maine (administrationem secundam rei bellicx... provincia tua), 
qu'il a été élevé, aux yeuxdel'évèquede Reims, au faîte suprême 
(ad summum culminis), et que son avènement a réellement eu lieu 
pour les Gallo-Romains du nord, qu'il a eu à partager avec des 
évêques le soin du gouvernement, à relever des citoyens (cives 
tuos érige), c'est-à-dire à les traiter favorablement et sur le même 
pied que les Francs ses compagnons, — sens littéral du mot 
érige, que ne pouvaient préciser les auteurs des autres systèmes, — 
à soulager une foule d'orphelins et de veuves, à rendre la jus- 
tice au peuple suivant les habitudes romaines (prœlorium luum 
omnibus pateat), à montrer, en un mot, qu'il savait user de son 
triomphe (exfineact us hominis probatur) : toute la lettre est là. 
Ces graves et fermes admonitions lui étaient adressées par un 
des pontifes les plus autorisés, les plus puissants sur lui, pour 
le prémunir contre l'ivresse d'une victoire qui lui livrait un véri- 
table royaume, pour garantir aussi contre les excès des vain- 
queurs ces populations qui, lassées des exactions du régime 
romain, en étaient réduites à tourner les bras vers les moins ap- 
préhendés des barbares. C'est ici que l'évèque se montre réelle- 
ment, à l'exemple de ceux dont la voix arrêtait les hordes d'Attila, 
le defensor civitatis. A qui douterait que l'influence de saint 
Rémi sur Clovis pût remonter aussi haut, il suffirait de rappeler 
la célèbre anecdote du vase de Soissons, qui se rapporte à la 
même campagne. «* 



74 

Ainsi placée, la lettre entière s'accorde admirablement avec 
une phrase de la vie de saint Rémi, qui semble y faire allusion 
et confirme tout le raisonnement précédent : « Bien que païens, 
y est-il dit, les Francs chérissaient le bienheureux évèque, sur le 
front duquel resplendissait la grâce céleste. Leur roi l'écoutait 
avec plaisir, et se réglait souvent d'après les avis qu'il lui donnait, 
soit pour bien agir, soit pour s'abstenir du mal * . » 

Cette date et cette interprétation, si elles n'ont pas de preuves 
directes et matérielles en leur faveur, en ont une qui ne manque 
pas de valeur : c'est qu'elles permettent seules de concilier ensem- 
ble toutes les indications fournies par le texte, tandis que les au- 
tres présentent des impossibilités 2 . 

Quoi qu'il en soit, saint Rémi, pour avoir guidé le roi des 
Francs dans la guerre des Visigoths, a été loué autrefois, blâmé 
de nos jours : éloges et blâmes, en tant qu'ils s'appuient sur le 
document qui vient d'être étudié en détail, sont également tombés 
à faux. 

A. LECOY DE LA MARCHE. 



1. D. Bouquet, III, 374. Instruction sur ce qu'il fallait faire et sur ce qu'il fallait 
éviter, telle est précisément, par une curieuse et fortuite coïncidence, la définition 
que donnent de la lettre MM. Guadet et Taranne, dans la note citée de leur édition 
de Grégoire de Tours. 

2. On ne trouve que dans un Mémoire du duc de Nivernais sur Y Indépendance 
de nos premiers rois, écrit en 1746, la trace d'une opinion conforme à celle 
que nous venons d'émettre et de justifier au sujet de la lettre de saint Rémi. 
L'auteur de ce Mémoire, sans entrer dans la discussion, et sans indiquer sur qui nj 
sur quoi il fonde sa manière de voir, s'exprime ainsi dans son ample réfutation du 
système de Dubos : « La phrase de saint Rémi (la première) est très-claire, et elle in- 
dique un fait très-connu. Qui nous autorise à lui donner un sens très-détourné, pour 
lui faire contenir un autre fait, lequel n'est lui-même rapporté nulle part ailleurs? Le 
fait qu'indique le compliment de l'évêque de Reims, c'est la première campagne de 
Clovis con're Syagrius. Elle fut heureuse; elle commençi à faire regarder Clovis 
comme un conquérant, un voisin dangereux, et important à ménager. . Toute la 
lettre ne renferme que des avis sur la manière de gouverner un État. » (Mém. de 
l'ancienne Académie des Inscr. et belles-lettres, t. XX, p. 178-180.) 

Et cependant le duc de Nivernais emprunte le texte de la lettre à Ruinait, qui, on 
l'a vu, attribue à celle-ci la date de 5o7. Ainsi, pour l'académicien du dix-huitième 
siècle, notre interprétation va de soi et s'impose tout naturellement : cette concor- 
dance ne lui donne que plus de force. 



75 

BIBLIOGRAPHIE. 



Bossuet, précepteur du dauphin fils de Louis XIV, et évêque à la 
cour (1670-1682), par A. Floquet. — Paris, F. Didot, 1864, in-8°. 

Au mois d'avril 1827, l'Académie française, qui avait mis au concours 
l'éloge de Bossuet, partageait son prix d'éloquence entre deux jeunes pro- 
fesseurs qui sont aujourd'hui au nombre des membres les plus éminents de 
la compagnie : MM. Patin et Saint-Marc-Girardin. M. Floquet, un de leurs 
concurrents, dont le fort remarquable travail fut imprimé à cette époque, 
ne se laissa pas décourager par une si honorable défaite, et ne cessa, depuis 
lors , au milieu des travaux si considérables qu'il conduisit à bonne fin, de 
consacrerde longuesheures àl'étude desonauteur de prédilection. Lorsqu'il 
s'agit d'un tel homme, raconter minutieusement sa vie, examiner chacun 
de ses ouvrages, en déterminer le but, en faire connaître l'occasion, c'est 
la meilleure manière de faire son éloge ; c'est ce qu'a entrepris M. Floquet, 
qui, de la sorte, a pris la plus éclatante revanche. En 1855 il publia sous ce 
titre : Études sur la vie de Bossuet jusqu'à son entrée en fonctions en 
qualité de précepteur du dauphin, trois volumes des plus intéressants, et 
dont la suite était impatiemment désirée ; elle se fit longtemps attendre. 
Le volume dont nous rendons compte aujourd'hui, et qui parut neuf ans 
plus tard, ne contient pourtant, dans plus de six cents pages fort bien rem- 
plies, que le récit de douze années de la vie du prélat, et n'en conduit 
l'histoire que jusqu'en 1682; si le reste demande des développements ana- 
logues, il faudra encore deux volumes pour terminer l'ouvrage qui, dans 
ce cas, n'en comprendra pas moins de six. Pour ma part, loin de m'en 
plaindre, je le constate avec plaisir, car rien ne me paraît plus utile que 
ces longues et patientes étudçs qui nous préparent lentement, j'en con- 
viens, mais d'une façon complète et définitive, à la lecture des œuvres de 
nos écrivains de génie. 

Le volume qui nous occupe est divisé en deux parties d'étendue à peu 
près égale; la première est relative à l'éducation du Dauphin; la seconde 
contient le récit de ce que fit pour la religion celui qui, ainsi que le re- 
marqua Massillon 1 , sut toujours être « un évêque au milieu de la cour, » 
et l'histoire détaillée de son installation et de sa première année d'épiscopat 
dans le diocèse de Mcaux. 

Rien ne serait plus curieux à étudier que les plans suivis pour les édu- 
cations royales méthodiquement entreprises; en effet, si en semblable ma- 
tière les particuliers sont presque toujours contraints d'accepter les coutu- 
mes de leur temps, les souverains intelligents, au contraire, qui ont à leur 



1. Massillon, Oraison funèbre de Monseigneur le Dauphin. 



76 

disposition tous les moyens de bien faire, à qui il est facile de s'entourer 
des hommes les plus éminents en tous genres, peuvent mettre leurs en- 
fants à même de profiter sans fatigue des derniers progrès des sciences, et 
employer pour eux des méthodes plus sûres et en même temps plus aisées 
que les procédés ordinaires. 

Plus d'une fois cet idéal si souvent rêvé d'une éducation royale a servi 
de point de départ, comme dans la Cyropédie, aux généreuses utopies d'un 
philosophe, ou de thème, comme dans Gargantua, à la critique des savants 
du temps et de leur pédante façon d'enseigner; mais si, laissant de côté 
les fictions, nous voulons nous en tenir à la réalité, nous ne trouverons à 
aucune époque, en aucun pays, un modèle sérieux et pratique aussi achevé 
que le plan suivi pour le Dauphin. 

Comme l'a si bien dit Daniel Huet, sous l'empire d'une pensée fort libé- 
rale pour ce temps, dans une lettre citée par M. Floquet : « Il s'agit non 
point seulement de l'éducation du fils du Roi, mais de l'éducation de tous. » 
Là est encore aujourd'hui le grand intérêt de cet enseignement. On aime 
à en étudier toutes les parties, à se rendre compte des procédés mis en 
usage, à passer en revue la bibliothèque spéciale écrite pour la circons- 
tance, mais dont tant de volumes devaient prendre dans l'enseignement une 
place définitive. On se plaît surtout à voir Bossuet à l'œuvre, et si l'on n'est 
point surpris de la profondeur de ses vues, ce n'est pas du moins sans 
quelque étonnement qu'on le voit poursuivre avec tant de sollicitude et de 
persévérance, jusque dans ses moindres détails, l'immense tâche qu'il a 
entreprise. L'éloignement de tout appareil pédantesque ou même scientifi- 
que, la perfection des traités les plus élémentaires, des cahiers les plus 
techniques, rédigés, ou tout au moins revus, par ce maître incomparable 
dont le dévouement égalait le génie, le fond néanmoins très-sérieux de ces 
études pendant le cours desquelles les auteurs classiques étaient lus en en- 
tier après une intelligente préparation ; tant de vues théoriques d'une supé- 
riorité incontestable, tant d'applications pratiques neuves et ingénieuses, 
font de cette éducation une expérience des plus importantes, à laquelle il 
n'a manqué que le succès. 

Du reste, M. Floquet refuse de juger le royal élève d'après les apprécia- 
tions de Saint-Simon ; il établit fort bien que ce vaniteux personnage avait 
sujet d'être irrité contre le prince, qu'il en a fait lui-même l'aveu, et que, 
par conséquent, son témoignage est fort suspect. Mais tout en faisant la 
part graude à l'exagération, il est bien difficile de considérer le Dauphin 
comme un digne élève de Bossuet et, à coup sûr, on n'apprécierait pas à 
sa juste valeur l'éducation tout exceptionnelle qu'il a reçue si l'on déclarait 
qu'il en a suffisamment profité. 

Il est vrai que si l'on s'en rapportait aveuglément aux textes recueillis 
par M. Floquet, le Dauphin passerait pour un enfant miraculeux; ce ne 
sont qu'éloges en prose, en vers, et même en vers latins. Ces panégyriques 
interminables sont-ils des documents historiques bien sûrs? Personne n'o- 



77 

serait le prétendre ; d'ailleurs, à côté de ces trop complaisants témoigna- 
ges, nous en rencontrons d'autres, également recueillis par i\l. Floquet, et 
dont la portée est toute différente. Le manque continuel d'application du 
Dauphin engagea Bossuet à composer pour son usage un traité spécial de 
incogitantia, qu'il lut sans doute avec bien peu d'attention. De son côté 
Montausier, frappé du même défaut, écrivait à Louis XIV : « Quand mon- 
seigneur le veut, il entend, il comprend et retient avec une merveilleuse 
facilité ; mais il ne le veut pas toujours, etc'est ce qui nous afflige. » 1 1 y a ici, 
j'enconviens, delà part de Montausier , un assez grand éloge mêlé à un blâme 
très-vif; mais c'était sa façon officielle et polie de présenter les choses, 
et, si sincère qu'il fût, on avouera bien qu'il ne l'était sans doute pas plus 
qu'Alceste, dont certains de ses contemporains prétendirent qu'il était le 
modèle, et peut-être que, pressé par Louis XIV, après quelques restric- 
tions et quelques « Je ne dis pas cela, » il s'est montré plus explicite 
encore. 

L'histoire de Bossuet évêque est des plus intéressantes, et, ainsi qu'il 
était facile de le prévoir, M. Floquet a eu moins de peine à faire la com- 
plète et décisive apologie de Bossuet que celle de son royal élève. Jusqu'ici on 
S'est toujours représenté l'aigle de Meaux planant à des hauteurs inaccessi- 
bles au vulgaire, et derrière ces métaphores ambitieuses, pastiche bien 
infidèle de sa divine éloquence, on a perdu de vue la noble et simple figure 
du plus ferme et du plus doux des prélats. 

Cet aspect de sa personne, ce côté de sa vie, est mis ici dans tout son 
jour. On voit ce saint docteur, ce. savant Père de l'Église, approfondissant 
l'Écriture, éclaircissant à force de génie les plus grandes obscurités de la 
théologie, attaquant avec une vigueur sans pareille les ennemis de l'Eglise, 
et apportant toutefois jusque dans la dispute une charité ferme et une af- 
fectueuse politesse alors bien rare en ces matières, et qui d'avance lui gagnait 
tous les cœurs. 

Bien de plus intéressant que ces conférences , ce petit concile , comme 
on l'appelait, réuni pour l'interprétation de l'Écriture sainte en 1673 au 
château de Saint-Germain-en-Laye, et qui se tenait encore en 1692 à Ver- 
sailles. M. Floquet a recueilli les détails que nous ont conservés sur cette 
assemblée plusieurs ecclésiastiques qui en ont fait partie. 

Il met au nombre de ceux-ci l'abbé Genest, et cite comme preuve un 
extrait, du passage suivant de la préface de ses Principes de philosophie 
en vers, publiés en 1716 : «Après avoir entendu M. Bohault dans ses con- 
férences publiques, et avoir reçu de lui des conférences particulières, tou- 
jours occupé de ces réflexions, je n'oubliois rien de ce qui pouvoit me les 
confirmer. Je me suis trouvé, si je puis parler ainsi, dans l'école de feu 
M. de Meaux... J'ai été longtemps assidu auprès de ce grand prélat, dont le 
savoir profond et universel embrassoit toutes les vérités et dont l'aimable et 
vive éloquence charmoit dans ses moindres entretiens; il en augmentoit la 
douceur par l'attention qu'il donnoit aux autres. » 



78 

Je ne sais si l'abbé Genest faisait partie du petit concile, mais je crois 
qu'il fait allusion, dans le morceau qui précède, à des conférences d'une 
tout autre nature, dans lesquelles il avait eu occasion d'apprécier Bossuet 
de beaucoup plus près. Un passage d'une lettre de l'abbé d'Olivet au prési- 
dent Bouhier, qui a échappé à M. Floquet, ne paraît permettre aucun doute 
à cet égard. 

« Jugez combien ses mœurs dévoient être aimables, dit d'Olivet en par- 
lant de l'abbé Genest, puisqu'un Bossuet, un de Court, un Malezieu, char- 
més de voir jusqu'à quel point la nature avoit été libérale pour lui, entre- 
prirent à frais communs de suppléer à ce que l'éducation ne lui avoit pas 
donné. Pendant qu'il étoit chez le duc de Nevers, une prodigieuse envie 
d'apprendre, mais jointe à l'impossibilité de puiser dans les sources , le 
reudoit assidu aux conférences du célèbre Rohault, qui enseignoit la phi- 
losophie de Descartes. Il n'en avoit pu prendre, dans les entretiens pu- 
blics, qu'une teinture superficielle, mais suffisante néanmoins pour entrer 
là-dessus en matière avec M. Bossuet, qui, comme nous le savons d'ail- 
leurs, étoit grand cartésien. D'abord ce savant maître s'aperçut que les 
fondements nécessaires pour bâtir solidement n'étoient pas jetés dans l'es- 
prit de son disciple ; je veux dire que les règles de la dialectique lui étoient 
inconnues. Ainsi, les leçons qu'il lui donna commencèrent par cette science 
qui est la clef du raisonnement. Tous les mardis l'abbé Genest se trouvoit 
au lever du prélat, et jouissoit de son entretien jusqu'à l'heure où M. le 
Dauphin entroit à l'étude. Peu à peu ils attaquèrent toutes les parties de la 
philosophie, et ce fut là ce qui donna naissance à cette espèce de poëme 
qu'il ne publia que sur la fin de ses jours, mais dont il s'étoit occupé plus 
de trente ans ; ouvrage auquel le public n'a fait qu'un froid accueil, parce 
qu'il est venu dans un temps où la faveur du cartésianisme étoit déjà bien 
diminuée l , » 

Non-seulement M. Floquet a su compléter de la façon la plus intéres- 
sante l'étude du caractère et des habitudes de Bossuet, mais dans ce volume 
il est parvenu à le disculper, victorieusement selon nous, de deux accusa- 
tions graves dirigées contre lui. Quelques-uns de nos historiens ont pré- 
tendu qu'il avait pactisé avec M me de Montespan, et les ultramontains n'ont 
cessé de lui reprocher d'avoir défendu avec son énergie ordinaire les maxi- 
mes de l'Église gallicane. 

M. Floquet établit, non par des raisonnements, mais par des faits, que 
Bossuet n'a jamais eu, à l'égard de Louis XIV et de M mc de Montespan, 
de coupable indulgence. Sa conduite, examinée jour par jour, est digne au 
contraire de servir de modèle. Il sut, en face du Roi, ne rien relâcher de 
la rigueur des principes religieux et moraux, de la sévérité des règles, et, 
s'il eut la douleur de voir ses conseils repoussés, il lui resta du moins la 
consolation de les avoir incessamment renouvelés avec l'infatigable insis- 

i. Principes de la philosophie, ou Preuves de l'existence de Dieu, Paris, 1716. 



79 

tance et la triple autorité, impuissante en cette circonstance, de son ca- 
ractère sacré, de son génie et de son inébranlable dévouement. 

La conduite de Bossuet à l'assemblée du clergé de 1682 ne fut ni moins 
ferme ni moins sage. Le prélat n'aurait point voulu qu'on fît une déclara- 
tion expressé ; non qu'il eût quelque doute sur la légitimité de cette me- 
sure, mais parce qu'il craignait que, dans la position délicate où la France 
se trouvait à l'égard du Saint-Siège, une pareille démarche ne prît l'apparence 
d'un acte d'hostilité. La majorité de l'assemblée n'ayant pas partagé son 
avis, il s'efforça du moins, en rédigeant la déclaration, de lui donner un 
caractère de généralité qui aurait dû empêcher qu'on y vît une décision de 
circonstance. Du reste, en écrivant les quatre articles, Bossuet ne se mon- 
trait pas seulement l'interprète fidèle et modéré de l'assemblée du clergé; 
il demeurait avant tout conséquent avec lui-même, avec les principes qu'il 
avait sans cesse défendus et proclamés. 

Cette biographie si ample de Bossuet que nous avons sous les yeux n'é- 
claire pas seulement ces grandes questions, elle nous fait aussi pénétrer 
dans le détail des moindres affaires auxquelles l'illustre prélat a pris quel- 
que part. M. Floquet les sait et les raconte comme un contemporain exact 
et bien informé, et il est besoin d'un peu de réflexion pour se rappeler que 
cette histoire si suivie et si complète est une mosaïque dont les matériaux 
épars ont été recueillis avec autant de sagacité que de patience. 

Ch. Marty-Laveàux. 

OEuvres historiques inédites de Ph.-And. Grandidier. — Colmar, bu- 
reau de la Revue d'Alsace, 1865, 3 vol. in-8°. 

Parmi les savants du siècle dernier qui ont consacré leur vie à l'étude 
des sources de l'histoire, une des figures les plus touchantes assurément 
est celle de l'abbé Grandidier, enlevé, à la fleur de l'âge, à ses travaux et à 
sa famille, dont il était l'unique soutien. 

Nommé , à l'âge de dix-neuf ans , secrétaire et archiviste de l'évêché de 
Strasbourg, il commença dès lors à rédiger Y Histoire de cette église. Cet ou- 
vrage, entrepris sous les auspices du cardinal Louis- Constantin de Bohan, 
devait former 8 volumes in-4°. L'abbé Grandidier n'avait que vingt-trois 
ans, lorsque lepremier volume parut (1776) ; deux ans après, il publiait le 
second. Les tomes III et IV étaient achevés et prêts à être mis sous presse, 
lorsque le cardinal mourut (1 1 mars 1779). 

Déjà, du vivant de ce prélat éclairé, Grandidier avait été en butte à bien 
des attaques. On l'avait accusé de décrier les moines 4 , de faire la satire de 
l'état monastique et religieux 2 , parce qu'il avait discuté quelques légen- 
des, nié quelques miracles, démontré la fausseté de quelques diplômes. A 
la mort de son protecteur, ses ennemis triomphèrent. Le nouveau prince- 

1. Œuvres inédites, t. I, p. 93, note 1. 

2. Histoire de l'Église de Strasbourg, t. II, avant-propos, p. vm. 



80 

évéque, le cardinal Louis-René- Edouard de Rohan, devenu si tristement 
célèbre par l'affaire du Collier de la Reine, crut pouvoir faire un meil- 
leur usage de ses revenus ; il refusa de subvenir aux frais d'impression de 
l'ouvrage, retira à l'auteur sa pension et lui donna un canonicat en échange 
de ses archives •. 

L'abbé Grandidier, découragé, voulut renoncer aux travaux historiques. 
Dans l'introduction de ses Essais sur la cathédrale de Strasbourg, pu- 
bliés en 1782, il s'exprimait ainsi : « Ces essais sont le dernier hommage 
« que je rends à la muse de l'histoire. Je l'ai servie longtemps avec fidélité 
« et même aux dépens d'une santé que des veilles et un travail assidu ont 
« altérée. » Ne voulant pas cependant que le fruit de ses recherches fût 
perdu pour la science, il envoya ses pièces justificatives à Wurdtwein, suf- 
fragant de Worms, qui les inséra dans ses Nova subsidia diplomatica 
(t. III et suiv.). Mais l'oisiveté ne pouvait convenir longtemps au jeune 
chanoine. En 1785, il reprit ses travaux avec une nouvelle ardeur, et, éten- 
dant son plan primitif, il résolut d'écrire l'histoire ecclésiastique, militaire, 
civile et littéraire de toute la province d'Alsace ; en même temps il rédi- 
geait en latin, pour la Germania sacra de domGerbert, l'histoire du dio- 
cèse de Strasbourg, participait aux travaux du Cabinet des chartes de Paris, 
et faisait paraître les cinq premières livraisons des Vues pittoresques d'Al- 
sace. C'était trop entreprendre à la fois : pendant l'impression du second 
volume de Y Histoire d'Alsace, il succomba à ses fatigues dans l'abbaye 
deLucelle, où il était allé recueillir de nouveaux documents ( 11 ootobrel 787). 
Il n'avait pas trente-cinq ans 2 , et ne laissait pour tout héritage à sa famille 
que des dettes et ses manuscrits 3 . Retirés des mains des créanciers, ces 
manuscrits sont restés pour la plupart dans la famille de l'auteur jusqu'en 
1851, et sont devenus alors la propriété de la ville de Strasbourg. Quel- 
ques-uns, qui s'étaient égarés, ont été retrouvés en 1864 chez un libraire de 
Leipzig, et acquis également par la bibliothèque de Strasbourg. Plusieurs 
manquent encore à l'appel : espérons qu'on les retrouvera aussi. 

Ce sont ces manuscrits, que M. Liblin, directeur de la Revue d'Alsace, 
s'est proposé d'éditer, et il mérite d'être encouragé dans cette œuvre de 
dévouement. Il fait paraître aujourd'hui les trois premiers tomes des Œm~ 
vres inédites de Grandidier, qui renferment à peu près le texte des troi- 
sième et quatrième volumes de {'Histoire de l'église de Strasbourg, et les 
pièces justificatives non imprimées par Wurdtwein. D'après le plan de 
publication qui se trouve à la fin des Essais sur la cathédrale de Stras- 
bourg, le troisième volume devait s'étendre de 965 à 1100, le quatrième de 

t. Voy. la correspondance de Grandidier, publiée dans la Revue d'Alsace, année 
1865. 

2. Il était né en novembre 1752; c'est donc par erreur que l'éditeur le fait mourir 
à l'âge de trente-six ans (avant-propos, p. xi). 

3. Voy. les lettres du frère de Grandidier, Revue d'Alsace, année 1865. 



81 

1 100 à 1244 et le cinquième de 1244 à 1394. Le tome I er des Œuvres inédi- 
tes comprend l'histoire des évêques de Strasbourg depuis 965 jusqu'en 1 028, 
et celle des monastères du diocèse aux neuvième, dixième et onzième siècles. 
Les tomes II et III contiennent la suite de l'histoire des évêques jusqu'en 
1202, et une notice sur l'abbaye de Marbach, fondée au douzième siècle. C'est 
là que se termine la rédaction définitive de l'auteur, celle à laquelle il avait 
mis la dernière main. Pour la période suivante, de 1202 à 1260, et pour 
l'histoire des autres fondations ecclésiastiques du douzième siècle, il existe 
malheureusement une lacune dans le récit. L'éditeur n'a retrouvé dans les 
manuscrits de Grandidier que des notes et des pièces justificatives ; à l'aide 
de ces matériaux, il a comblé autant que possible la lacune du récit. 

A partir de 1261 jusqu'à 1478, on a la première rédaction de l'auteur, 
et pour l'époque ultérieure il existe d'autres documents. M. Liblin se pro- 
pose de publier également ces fragments et tous les autres papiers laissés 
par Grandidier, si l'accueil qui sera fait aux trois premiers tomes lui 
permet de poursuivre l'œuvre sans s'imposer de trop grands sacrifices. 
Il est à désirer que cette utile publication puisse être continuée prochaine- 
ment et soit menée à bonne fin. 

L'éditeur a reproduit les manuscrits avec une fidélité scrupuleuse, sans 
rien supprimer, sans rien changer. Il a indiqué par des renvois les pièces 
justificatives imprimées par Wurdtwein, et il a ajouté quelques notes pour 
relever les inexactitudes commises par l'auteur. Nous croyons aussi devoir 
signaler une erreur que nous avons remarquée dans la table généalogique 
des sires de Ribaupierre ou de Rappolstein (t. II, p. 455). D'après Grandi- 
dier, Ulric III, marié à une fille du comte de Frobourg, aurait eu sept en- 
fants, dont trois seraient morts en 1283. Or la Chronique des Domini- 
cains de Colmar 1 nous apprend que la fille du comte de Frobourg n'a eu 
que six enfants : Filiam habuit unicam, filios quinque élégantes. Les 
trois seigneurs de Rappolstein, qui sont morts en 1283, n'étaient pas ses 
fils. On lit en effet dans les Annales de Colmar 2 : Très domini de Re- 
polzstein, filii domini de Sahnin, viam carnis ingressi sunt universe. 
De quelque manière qu'on interprète les mots domini de Salmin, soit 
qu'on y voie, comme MM. Gérard et Liblin 3 , une forme défigurée A'An- 
selmi, soit qu'on lise, comme nous, domine de Salmis, on ne peut pas, en 
tout cas, placer ces seigneurs parmi les enfants d'Ulric III et de la fille du 
comte de Frobourg. Suivant MM. Gérard et Liblin, il s'agit de trois jeunes 
enfants d'Anselme II le Téméraire, mort vers 1314 ; mais rien n'indique, 
dans le texte précité, qu'ils étaient jeunes. Nous lisons domine (domina) 
de Salmis, parce que nous savons, par la chronique de Richer de Seno- 
nes *, que Ferry I er , sire de Blamont, frère de Henri III, comte de Salm, 

1. Éd. Gérard et Liblin, p. 326. 

2. Éd. Jaflë, recueil de Pertz, Scriptores, t. XVII, p. 210. 

3. Les Annales et la Chronique des Dominicains de Colmar, p. 109. 

4. L. IV, c. xxxi ; ms. de la Bibl. imp., lat. 10016. 

II. [Sixième série.) 6 



82 

avait pour neveu, en 1242, un sire de Rappolstein : Vel a nepotesuo domino 
de Raiposteim, quia exigebat parlent hereditatis, captivus detenlus est. 
Ce neveu, que dorn Calmet a coufondu avec Henri IV, comtede Salm \ était 
probablement le fils d'une sœur de Henri III et de Ferry I«». Plusieurs 
passages de la Chronique de Colmar nous prouvent également que la fa- 
mille de Ribaupierre était alliée, au treizième siècle, à celle de Blamont ou 
de Salm : Dominus de Rapolzstein circa kalendas augusti (1287) Galliam 
intravit ; ibique a cognato suo, domino deBlanchiberc/i, pedites et équités 

accommodavit 2 Hic [Anselmus) matrem habuit fèliam comitis de 

Froburg, patrem cognatum domini de Blanckenberg 3 . Il y aurait donc 
lieu de rectiGer, conformément à ces indications, la table généalogique des 
sires de Ribaupierre. 

Aug. Kroeber. 

Histoire de la cathédrale de Beauvais, par Gustave Desjardins. 
Beauvais, 1865. In-4° de 284 pages, avec planches. 

En écrivant l'histoire de la cathédrale de Beauvais, M. Desjardins s'est 
proposé de faire connaître, non-seulement le monument tel que nous le voyons 
maintenant, mais encore, et avant tout, les vicissitudes par lesquelles il a 
passé du treizième au dix-neuvième siècle. Il a étudié à la loupe les parties de 
l'édifice que le temps a épargnées, les anciennes représentations qui nous 
en sont parvenues et les documents conservés dans les archives et dans les 
bibliothèques. En suivant cette méthode, il a renouvelé un sujet qui avait 
été plusieurs fois traité et a composé un livre dont la lecture est à la fois 
instructive et attrayante. 

L'ouvrage est divisé en trois parties : la première consacrée au chœur, 
la deuxième aux transsepts, la troisième à la flèche. L'auteur passe succes- 
sivement en revue les différentes parties de la cathédrale; il décrit et expli- 
que les vitraux, les statues, les tombes et les ornements de toute espèce dont 
elle était décorée aux jours de sa splendeur; il recherche l'origine des 
moindres détails , indique les évêques et les membres du chapitre à qui re- 
vient le principal honneur des constructions, et met en lumière tout ce que 
les documents nous ont appris des architectes, des peintres et des sculp- 
teurs qui ont brillé à Beauvais pendant le seizième siècle. 

Les registres capitulaires de l'église de Beauvais n'existent plus ; mais 
M. Le Caron deTroussures en possède dans sa bibliothèque un sommaire, 
rédigé au siècle dernier, qui a permis à M. Desjardins de suivre pas à pas 
tous les grands travaux exécutés au seizième siècle. C'est là qu'il a puisé de très- 
curieux renseignements sur plusieurs architectes qui doivent occuper une 
place honorable parmi les artistes français de la renaissance. Mentionnons : 

1. Hist. de Lorraine, 2» éd., t. VII, dissert, prélira., col. clxxxiv. 

2. Éd. Jaffé, p. 256 ; éd. Gérard e.t Liblin, p. 306. 

3. Éd. Jaffé, p. 260; éd. Gérard et Liblin, p. 326. 



83 

Martin Cambiche, dont le nom avait déjà été tiré de l'oubli par M. Vallet 
de Viriville et par M. Bertv; — Pierre Cambiche, flls de Martin; — Jean 
Vast, père ; — Jean Vast, fils ; — et Martin Lalye. C'est aussi le Sommaire 
des délibérations du chapitre qui nous a transmis les détails les plus cir- 
constanciés sur l'érection de la merveilleuse flèche qui s'écroula le 30 avril 
1573. 

M. Desjardins a fait dans son livre une large part à l'architecture ; mais 
il n'a pas négligé la sculpture et la peinture, qui étaient représentées à 
Beauvais par des morceaux remarquables. 11 donne sur différents verriers 
et tailleurs d'images des renseignements que les historiens de l'art français 
recueilleront avec empressement. Il a réuni dans un appendice les détails 
fort abondants qu'il a trouvés sur la musique et les jeux scéniques; on y 
distinguera plusieurs faits qui n'avaient pas encore été signalés, tels que le 
tableau des prérogatives attachées au fief de la Jonglerie. Voici comment 
elles sont énoncées dans un aveu fourni au roi en 1454 par J'évêqtie de 
Beauvais : « Item deffunct Henry de Fierville,en son vivant, tenoit ung fief, 
nommé le fief de la Jonglerye, lequel est de présent en ma main par def- 
faulte d'homme, auquel chacune folle femme de joye venant et estantz à 
Beauvais doibt seullement une fois mi deniers parisis, et à deflaulte de 
paier, l'on peult prendre son chapperon ; item chacun jongleur chantant 
en place, douze deniers. Item s'il vient au dict Beauvais aulcuns jongleurs 
de personnaiges, monstrant oyseaulx ou bestes sauvaiges en chambre, le 
dict possesseur du dit fief peult veoir l'esbatement, luy deuziesme, sans riens 
paier. Item peult faire chanter au dict Beauvais au lieu accoustumé qui luy 
plaict, es jours de Noël, Pasques, Penthecoustes et Toussainctz, sans ce 
que aultres y puissent faire chanter, sinon par sa licence. Item est tenu de 
chanter ou de faire chanter de geste ou cloistre de mon église, es dicts 
jours, depuis prime [laschée] jusques où commanche la grand messe, se 
on peult trouver jongleurs environ la dicte ville. » 

Un second appendice a pour objet la statue que Simon de Bullandre fit 
élever à Ronsard dans la nef de la cathédrale, et le mouvement poétique 
dont Beauvais fut le théâtre au seizième siècle. 

M. Desjardins a complété son travail par la publication de divers docu- 
ments. Le plus considérable est un inventaire du trésor, rédigé en 1464; 
il ne comprend pas moins de 647 articles. 

Parmi les autres documeuts, je citerai : le drame liturgique des pèlerins 
d'Emmaùs, dont une copie se trouve dans les papiers de M. Borel de Bré- 
tizel ; — un acte du 5 juillet 1330, par lequel Jean de Marigny, évêque de 
Beauvais, abolit, moyennant une somme de 800 livres parisis, les rede- 
vances que le possesseur du fief de la Jonglerie pouvait avoir droit de 
prendre à l'occasion des mariages célébrés à Beauvais; — l'affiche qui fut 
imprimée vers 1540 pour notifier aux fidèles les indulgences offertes à tous 
ceux qui contribueraient aux travaux de la cathédrale ; — plusieurs devis 
ou rapports d'architectes, des années 1572, 1573 et 1595, ou environ; — 

6. 



84 

une notice sur la cathédrale, composée eu 1685 par le chanoine Etienne 
deNully; — une description du sanctuaire, faite en 1727 par Georges- 
François Fombert; — un relevé des inscriptions des cloches; — un état 
des tombes de la cathédrale, du treizième au dix-huitième siècle. 

Le volume de M. Desjardins est orné de plusieurs planches ; il a été im- 
primé par Louis Perrin. C'est assez dire que l'exécution matérielle en est 
irréprochable, et qu'elle suffirait pour assurer le succès du livre, si ce succès 
n'était pas déjà garanti par l'abondance des renseignements que l'auteur a 
recueillis et surtout par la façon dont il a su les mettre en œuvre. 

L. D. 

Les anciens Poètes de la Fbance, publiés sous la direction de 
M. F. Guessard. — Hugues Capet, chanson de geste, publiée pour la 
première fois d'après le manuscrit unique de Paris, par M. le marquis 
de La Grange. Paris, Hérold, 1864. 

Nous avons déjà rendu compte des premiers volumes de cette collection. 
Elle doit, comme on le sait, comprendre l'ensemble des chansons fran- 
çaises du cycle carlovingien. On peut être surpris de voir la chanson 
d'Hugues Capet placée parmi les chansons du cycle carlovingien. Mais, en 
la faisant entrer dans leur recueil, les savants éditeurs se sont conformés 
aux traditions poétiques dont ils étaient chargés de perpétuer le souvenir. 
Suivant ces traditions, si Hugues Capet monte sur le trône, il le doit à son 
mariage avec une fille de Louis le Débonnaire, et à sa parenté avec ce 
prince, dont il aurait été cousin au cinquième degré. Ainsi l'on voit dispa- 
raître ici la profonde ligne de démarcation que l'histoire met entre les rois 
de la seconde race et ceux de la troisième. 

La chanson d'Hugues Capet appartient aux derniers temps de la poésie 
épique française ; elle est postérieure au treizième siècle ; elle date proba- 
blement du milieu du siècle suivant, et cependant elle a fourni la matière 
d'un des volumes les plus intéressants de la collection des Anciens poètes 
de la France. Ce résultat est dû sans doute en partie au talent hors ligne 
dont fait preuve l'auteur inconnu de cette composition, mais il a aussi pour 
cause une autre circonstance : 

On sait que Dante a fait d'Hugues Capet le fils d'un boucher de Paris. 
Dante mourut en 1321. La légende, qui dès ce temps avait passé les Alpes, 
et dont il s'était fait l'écho, lui survécut. Elle est mentionnée par la chro- 
nique de Saiut-Bertin, par Villon, par Agrippa de Nettesheim; il en est 
question dans la Satyre Ménippée, et elle est réfutée par Estienne Pas- 
quier. Cette légende était, du reste, fort peu connue ; or il se trouve qu'elle 
est la base de notre poème, sauf une légère variante : Hugues Capet, fils 
de père noble, puisque de ce côté il descend des Carlovingiens, avait pour 
mère la fille d'un boucher de Paris. Hugues Capet devait donc sa naissance 
à une mésalliance. De cette donnée résulte en grande partie l'intérêt de la 
fiction dont notre poème offre le développement. 



85 . r 

Hugues, orphelin de bonne heure, dissipe la fortune de ses parents, puis 
vient demander asile à son oncle maternel, riche boucher de Paris, qui 
l'envoie courir le monde avec un sac de deux cents florins. Le neveu dé- 
pense cet argent au milieu des aventures et des plaisirs, puis revient à 
Paris ; il laissait après lui dix bâtards. 

Il arrive chez son oncle, le boucher, au moment où la France et sa capi 
taie étaient dans l'état le plus critique. Louis le Débonnaire venait de mou- 
rir empoisonné par Savari, comte de Champagne ; Savari, aux portes de 
Paris, entouré d'une puissante armée, demandait la main de Marie, fille de 
de sa victime. La reine, veuve de Louis le Débonnaire, réunit son conseil; 
des bourgeois, et parmi eux Hugues Capet, considéré à Paris comme repré- 
sentant de la corporation des bouchers, y prennent place à côte des nobles; 
la résistance est décidée; et le lendemain, quand Savari vient demander 
une réponse, Hugues Capet lui tranche la tête sous les yeux de la reine et 
de sa fille. Fédri, frère de Savari, veut venger ce meurtre et vient assiéger 
Paris avec plus de cent mille hommes. Les bourgeois, commandés par Hu- 
gues Capet, le mettent en déroute. La main de Marie et le trône de France 
deviennent la récompense du vainqueur. Mais la haine de Fédri ne cesse 
pas de le poursuivre. Fédri le fait tomber dans un guet-apens d'où le nou- 
veau roi échappe à grand' peine. Fédri va assiéger, dans Orléans, la veuve 
de Louis le Débonnaire et la jeune reine Marie ; il les fait prisonnières ; il 
va épouser Marie, quand tout d'un coup Hugues reparaît avec des troupes, 
surprend et fait mettre à mort son odieux rival. 

Tel est en gros ce curieux poème. On peut le regarder comme l'expres- 
siou des passions de la bourgeoisie parisienne du quatorzième siècle, sur- 
tout de cette corporation des bouchers qui devait, sous Charles VI, exercer 
une influence si puissante. 11 célèbre l'abaissement de la noblesse féodale 
par les efforts réunis de la bourgeoisie et de la royauté. Cette idée résume 
à elle seule une grande partie des annales de la France. 

Ainsi la chanson d'Hugues Capet présente une grande valeur historique. 
Nous devons donc féliciter M. Guessard de l'avoir comprise dans la collec- 
tion dont il dirige la publication. La préface de M. le marquis de La Grange 
fait ressortir, avec autant de science que d'intérêt et de goût, les différents 
genres de mérite qui sont à signaler dans cette curieuse composition; elle 
se termine par une comparaison détaillée entre le poème français et un 
poème allemand plus connu qui en est imité. Nous y renvoyons le lecteur. 

H. D'A de J. 

LIVRES NOUVEAUX. 

Août — - Septembre 1865. 

1. Advielle (Victor). — Les Écossais en Rouergue. — In-4°, 16 p. 
Rodez, impr. Carrère ; Paris. 

2. Antonio da Pistoi a.— -Sonetti giocosi e sonetti satirici senza nome^ 



86 

d' autore tratti per la prima volta da varii codici. — Bologna, libr. Ro- 
magnoli, in 12 di pag. 77. 

Forma il Vol. LVIII délia Scelta di Curiosità letterarie inédite o rare dal secolo 
XIII al XVI. 

3. Abnatjld (Ch.). —Histoire de l'abbaye de Nieuil-sur-l'Autize. — Gr. 
in-8°, 1 14 p. Niort, impr. Favre et C e ; libr. Clouzot. 

4. Auber (l'abbé). — De la Rédaction des chroniques paroissiales. Mé- 
moire lu au Congrès archéologique de Fontenay, en septembre 1864. — 
In-8°, 21 p. Caen, impr. et libr. Leblanc-Hardel. 

Extrait du Compte rendu des séances archéologiques tenues à Fontenay en 1864. 

5. Aubeb (l'abbé). — Caractères de l'architecture dans les monuments 
de la Vendée. Mémoire lu au Congrès archéologique tenu à Fontenay en 
1864. — In-8°, 13 p. Caen, impr. et libr. Leblanc-Hardel. 

6. Beaurepaire (Ch. de Robillard de). — Notes et documents concer- 
nant l'état des campagnes de la haute Normandie dans les derniers temps 
du moyen âge. — In-8°, 446 p. Ëvreux, libr. Huet; Rouen, libr. Lebru- 
ment. 

7. Boitel (abbé). — Prise par les Anglais, en 1424, de Mont-Aiguillon, 
place forte dans la Brie champenoise. — In-8°, 16 p. Nogent-sur-Seine , 
impr. et libr. Faverot. 

8. Castaigne (Eusèbe). — Simple note historique sur l'église collégiale 
de Blanzac. — In-8°, 16 p. Angoulême. impr. Nadaud et C e . 

Tirage à 100 exemplaires — Extrait du Bulletin de la Société archéologique et 
historique de la Charente, année 1863. 

9. Cecchetti (Bartolommeo). — Gli Archivi délia Bepubblica Veneta 
dal secolo XIII al XIX, memoria. — Venezia, tip. del Commercio, in-8 , 
di pag. 65. 

10. Cessac. — Études historiques. Commentaires de César. Uxellodu- 
num retrouvé. Fouilles exécutées à Luzech, à Capdenac et à Puy d'Us- 
solud. Rapide exposé des résultats obtenus ; par J.-B. Cessac. — In-8°, 
15 p. Paris, impr. Dubuisson et C e ; libr. E. Dentu. 

11. Ciaccheri (F. Matteo). — Cronachetta di S. Gemignano composta 
l'anno MCCCLV, illustrata da E. Sarteschi. — Bologna, presso la Libr. 
Romognoli, in-12 di pag. xn-43. 

12. Coussemakeb (de). — Scriptorum de musica medii œvi novam se- 
riem a Gerbertina alteram collegit nuncque primum edidit E. de Cousse- 
maker. Tomus I. — In-4°, à 2 colonnes. Lille, impr. Lefèvre-Ducrocq ; 
Paris, libr. A. Durand. 

13. Coussemakeb (de). — L'Art harmonique aux douzième et treizième 
siècles. — In-4°, xn-540 p. Lille, impr. Lefebvre-Ducrocq; Paris, libr. 
Durand, Didron. 

, 14. Cronache Siciliane dei secoli xm, xiv, xv, pubblicate per cura del 



87 
Prof. Vincenzo di Giovanni. Bologna, Romagnoli. — Un vol. in-8° di pag. 

LV-401. 

15. Delamabe (abbé E.).— Histoire de la paroisse et commune de Ron- 
cheroIles-en-Bray. — In-8°, vn-357 p. Rouen, impr. Cagniard. 

16. Desjabdins (Gust.). — Histoire de la cathédrale de Beauvais.— 
In-4°, 289 p. et 2 pi. Lyon, impr. Perrin; Beauvais, libr. Pineau. 

17. Devic (l'abbé). — Étude sur les n e et vm e livres des Commentaires 
de César, pour servir à l'histoire des Bellovaques, des Ambianois et des 
Atrébates. — In-8°, vn-113 p. et 4 plans. Arras, imp. Rousseau-Leroy. 

18. Duquénelle. — Catalogue des monnaies romaines découvertes à 
Signy-l'Abbaye (Ardennes). — ln-8°, 35 p. Reims, impr. Dubois. 

19. Esquié. — Note sur une peinture récemment découverte à l'église 
Saint-Serniu de Toulouse. — In-8°, 11 p. et planche. Toulouse, impr. 
Rouget frères et Delahaut. 

20. Fbesquet (R. de). — Étude sur les statuts de Marseille au treizième 
siècle. — In-8°, 171 p. Marseille, impr. Arnaud et C e ; libr. V« Cruège, 
Aix, libr. Makaire. 

21. Fbœhneb. — La Colonne Trajane décrite parW. Frœhner. Texte 
accompagné d'une carte de l'ancienne Dacie et illustré par M. Jules Du- 
vaux. — In-8°, xvi- 168 p. Paris, impr. De Mourgues frères. (5 fr.). 

22. Gautieb (Léon). — Les Psaumes , traduction nouvelle. I re partie, 
contenant le premier livre du psautier. — In -8°, xv-170 p. Paris, Adr. Le 
Clere et C e . 

23. Gebmeb-Duband. — Notes épigraphiques. Inscriptions trouvées au 
quai Roussy, en 1864; inscription relative aux constructeurs de la basilique 
de Mmes; une nécropole gallo-romaine à Saiute-Perpétue; sur la date de 
l'inscription fragmentaire... VIII. TRIB. PO. — In-8°, 26 p. Nîmes, impr. 
Clavel-Ballivet et C c . 

Extrait des Mémoires de l'Académie du Garrt, 1863-1864. 

24. Gibaux (L.-P.). — Notice historique sur la petite ville de Champlitte 
et ses environs, sur son château et la noble famille de Toulongeon. — In-8°, 
47 p. Paris, impr. Bouaventure et Ducessois; libr. Faure. 

25. Gregorio, medico fisico. Fiori di medicina del sec. XIV. — Bologna, 
libr. Romagnoli, in-12 di pag. 85. 

Forma il vol. LIX délia Scelta di Curiosità Letterarie inédite o rare dal secoloXIII 
al XVI. 

26. Lébidon (Henri). — Notice sur Jean Faure, jurisconsulte angou- 
moisin du quatorzième siècle. — In-8°, 50 p. Angoulême, impr. Nadaud 
etC e . 

Extrait du Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente , an- 
née 1865. 

27. La Nicollièbe (Stéphane de). — Église royale et collégiale de 



88 

Notre-Dame de Nantes, monographie historique et archéologique, ornée 
de 6 pi. — In-8°, ix-438 p. Nantes, impr. et libr. Forest et Grimaud ; 
Paris, libr; Aubry. 

28. Le Beubter. — Le Mémorial historique des évêques, ville et comté 
d'Évreux, écrit au dix-septième siècle par Le Batelier d'Aviron ; publié 
pour la première fois et annoté par l'abbé P.-F. Le Beurier. — In-8°, 
v-210 p. Évreux, impr. Canu ; libr. Huet; Paris, libr. Dumoulin. (6 f'r.). 

29. Leggenda (la) di Saut' Albauo, prosa inedita del secolo XIV, e la 
storia di San Giovanni Boccadoro, secondo due antiche lezioni in ottava 
rima per cura di Alessandro D' Ancona. — Bologna, Bomagnoli, in-12, di 
pag. lio. 

30. Mantellier (P.). — Mémoire sur les bronzes antiques de Neuvy- 
en-SuIlias. Dessins de Charles Pensée. — In-4°, 48 p., 1 carte et 16 pi. 
Orléans, impr. Jacob ; Paris, MM. Bollin et Feuardent. 

Extrait du t. IX des Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais. 

31. Merlet. —Histoire de l'abbaye de Notre-Dame de Coulombs, ré- 
digée d'après les titres originaux. — In-8<>, xn-259 p. et 12 grav. Char- 
tres, impr. Garnier ; libr. Petrot-Garnier. 

32. Mien. — Le Canton de Rozoy-sur-Serre, histoire, géographie, bio- 
graphie, statistique. Notices sur les communes du canton. — In-18 jésus, 
viii-492 p. Saint-Quentin, impr. Moureau. 

33. Montaiglon (Anat. de). — L'Aubépine et le Marronnier de San- 
nois, études d'après la nature. — In-8°, 24 p. Paris, impr. Jouaust. 

34. Nadal. — Uxellodunum, études historiques et critiques sur l'em- 
placement de cette ville celtique. — In-8°, 64 p. Cahors, impr. Laytou. 

35. Notice sur l'abbaye de Saint-Victor lès Marseille. — In-8°, 22 p. 
Toulon, impr. Vincent. 

36. Parente au. — Essai sur les Poteries antiques de l'ouest de la 
France. — Gr. in-8°, 22 p. et 5 pi. Nantes, impr. et libr. Charpentier. 

37. Péricaud l'aîné (A.). — Notice sur Hippolyte d'Esté, cardinal ar- 
chevêque de Lyon (1540-1551). — In-8°, 32 p. Lyon, impr. Vingtrinier; 
libr. Brun; Paris, libr. Julien. 

38. Plan et description de la ville de Dieppe au quatorzième siècle , 
dressés d'après le coutumier ou cueilloir recueilli pour messire Guillaume 
de Vienne, archev. de Rouen ; par M e Guillaume ïieullier, prêtre de Saint- 
Jacques. — In-4 J , 40 p. et 1 pi. Dieppe, impr. Delevoye; libr. Marais. 

Ce plan et la description sont de M. Méry. ingénieur des ponts et chaussées, et 
accompagnés de notes par M. l'abbé Cochet. 

39. Pouilly (comte Gabr. de). — Notice historique sur Cornay et son 
ancien château. — In-8°, 42 p. Mézières, impr. et libr. Devin. 

Extrait de la Revue historique des Ardennes. 



89 

40. Pruvost (Alex.). — Histoire de Wattrelos. — Iu-12, xi-276 p. 
Tourcoing, impr. et libr. Mathon. 

41. Quelques vieux usages du diocèse de Langres, tirés des archives du 
prieuré d'Aubigny (Haute-Marne).— In-8°, 65 p. Langres, impr. Lhuillier. 

42. Renault. — Essai historique sur la paroisse et l'abbaye de la Croix- 
Saint-Leufroi, arrondissement de Louviers (Eure). — In-8°, 97 p. Caen, 
impr. et libr. Leblanc-Hardel. 

Extrait du 25 e vol. des Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie. 

43. Ring (de). — Tombes celtiques de l'Alsace, nouvelle suite de mé- 
moires. — In-f°, iv-53 p. et 16 pi. Strasbourg, impr. Simon. (25 fr.) 

44. Ristelhuber. — L'Alsace ancienne et moderne, ou Dictionnaire 
topographique, historique et statistique du Haut et du Ras-Rhin, par Ra- 
quol. 3 e édition, entièrement refondue; par P. Ristelhuber. — In-8°, 648 p. 
Strasbourg, libr. Salomon ; Paris, libr. Aug. Aubry. 

45. Rocher. — Description archéologique de l'église abbatiale de Saint- 
Benoît-sur-Loire, suivie de notes historiques sur les reliques du trésor de 
l'abbaye et sur les antiquités de la ville et les environs de Saint-Benoît. 
Extrait de la 2 e partie de l'Hisloire de l'abbaye royale de Saint Benoît-sur- 
Loire. — In-8°, 90 p. et pi. Orléans, impr. Jacob. 

46. Rondier. — Colonne milliaire trouvée à Rrioux, décrite et donuée 
au musée de JNiort. — In-8°, 16 p. et planche. Melle, impr. et libr. Mo- 
reau; Niort, libr. Clouzo. 

47. Statistique archéologique du département du Nord. Arrondissement 
d'Avesnes. — In-8°, 175 p. et carte. Lille, impr. Danel. 

Extrait du Bulletin de la Commission historique du département du Nord, t. IX. 

48. Valous (Vital de). — Le Domaine ordinaire de Lyonnais au com- 
mencement du seizième siècle, ou Notice analytique des comptes doma- 
niaux pendant les années 1523 à 1526. — In-8°, 36 p. Lyon, impr. Ving- 
trinier; libr. Rrun. 



CHRONIQUE. 

Juillet-Octobre 1865. 

Nos confrères liront avec intérêt l'extrait suivant du rapport qui a été fait 
à l'Académie des inscriptions le 7 juillet par M. Hauréau, au nom de la 
commission des antiquités de la France : 

« Deux volumes manuscrits nous ont été envoyés par M. Jules Guiffrey, 
sous ce titre commun : Essai sur la Réunion du Dawphiné à la France. 
De ces deux volumes, le premier offre une histoire étendue des négocia- 
tions, des intrigues, des actes publics et des pratiques secrètes qui ont pré- 



90 

paré l'achat du Dauphiné par la maison de France, ainsi qu'une fidèle ana- 
lyse des contrats divers et nombreux qui ont validé, confirmé et irrévoca- 
blement consommé cette transaction célèbre. Le second volume contient 
un assez ample recueil de pièces justificatives. 

« Ces pièces sont toutes importantes, c'est-à-dire bien choisies. Toutes, il 
est vrai, ne sont pas inédites. Le président de Valbonnais en avait déjà pu- 
blié quelques-unes. Mais les textes de Valbonnais sont assez souvent incor- 
rects, et, ce qui est plus grave , incomplets. Il était Dauphinois, de très- 
noble race, et, contraint d'avouer que son dernier Dauphin l'avait vendu, il 
ne pouvait faire cet aveu sans honte. De là plus d'une réticence. Valbon- 
nais a donc supprimé plusieurs pièces, dont on a retrouvé l'indication dans 
ses papiers. En outre, par déférence pour quelques familles considérables 
de sa province, il a mutilé quelques-unes des pièces qu'il a rendues publi- 
ques. Les additions et les corrections de M. Guiffrey sont donc intéres- 
santes. Quand il s'agit d'un fait historique d'une telle gravité, nous voulons 
l'apprécier sur des rapports sincères. 

« Mais M. Jules G uiifrey n'est pas seulement un scrupuleux éditeur d'utiles 
diplômes : c'est encore un historien distingué. Quelques erreurs ont été si- 
gnalées dans l'introduction de son Essai, et, outre ces erreurs, des lacunes 
historiques et des négligences littéraires. L'auteur, qui doit être jeune, a 
beaucoup plus exercé son esprit à la recherche des faits, qu'à l'étude de ces 
lois, peut-être encore mal définies, suivant lesquelles les nationalités s'af- 
firment, se constituent, s'abaudonnent elles-mêmes et disparaissent. On 
regrette qu'il n'ait pas esquissé largement, dans un style ferme et concis, 
les origines bourguignonnes du peuple dauphinois, les anciennes entrepri- 
ses des Francs contre son indépendance, les défaillances et les trahisons 
qui l'asservirent, cette audacieuse conjuration de seigneurs et de prélats 
qui l'affranchit à la journée de Mantaille, et, dans la suite des temps, quand 
ce peuple commence à renoncer à lui-même, sa soumission calculée à l'em- 
pire d'Allemagne, enfin son accession tardive, et néanmoins libre, résignée, 
nécessaire, à la France, qui ne doit plus, quoi qu'en pense Valbonnais , 
l'opprimer, mais l'associer à sa grandeur, à sa puissance, à sa gloire. 
Cette critique s'adresse, disons-nous, à l'introduction de l'ouvrage. Mais 
aussitôt que l'auteur aborde le récit des événements qui eurent pour consé- 
quence les traités de 1343, de 1344 et de 1349, il fait remarquer les qualités 
précieuses de son esprit sagace, attentif, curieux de la vérité, qui se plaît à 
suivre la trace dissimulée de toutes les intrigues, qui reconnaît habilement 
la part des circonstances et la part des hommes, de leur industrie ou de 
leur faiblesse, dans l'événement qui va s'accomplir. Nicolas Chorier veut 
que le dauphin Humbert, qui avait sans doute l'humeur bizarre, ait abdiqué 
son gouvernement presque royal par excès de légèreté. Guichenon suppose 
qu'il vendit prudemment à la France ce que la Savoie s'apprêtait à lui ra- 
vir. L'opinion de Baluze est qu'il fut simplement séduit, trompé, livré par 
les principaux officiers de sa maison, émissaires gagés du roi Philippe. Sui- 



91 

vant M. Guiffrey , qui voit plus juste, les causes des grands événements 
n'ont jamais cette simplicité; et il le prouve bien, lorsqu'il nous expose le 
détail des renseignements qu'il a recueillis soit dans les historiens, soit dans 
les archives de Paris, de Grenoble, sur le fait unique qui a été la matière de 
ses patientes recherches. En effet, que d'intérêts conspirèrent au même 
résultat, sans parler du vœu populaire, qui, loin de contrarier les menées 
des grands, les secondait! Et, en outre, que de malheurs et que de fautes! 
Ainsi, quand on se représente le dauphin Humbert II, prince magnifique et 
dissolu, toujours en proie à quelque passion véhémente, toujours à la merci 
de quelque influence funeste, inquiété tour à tour par la France et par l'Al- 
lemagne, travaillant àlestromper, etn'aboutissantàrien,sice n'est à les irri- 
ter, courant ensuite à la conquête de l'Orient pour échapper aux embarras 
qui l'assiègent dans sa province, et s'interrompant au milieu de sa course, 
pour revenir sans gloire, sombre, endetté, misérable, fuyant les regards des 
siens, on n'est pas trop étonné de le voir, en cette extrême détresse, tour- 
ner ses regards vers un cloître, s'y précipiter avec la rage du désespoir, et 
laisser à autrui la charge de payer des créanciers dont il ne sait plus même 
le nombre. Telles sont, en réalité, comme les rapporte fidèlement M. Jules 
Guiffrey, les causes multiples de la cession du Dauphiné. 

« Pour conclure, Messieurs, M. Jules Guiffrey a laborieusement recherché 
toutes les pièces d'une négociation importante, que personne, ni Chorier, 
ni Balesdens, ni Valbonnais, ne nous avait encore exposée en pleine 
lumière ; il a écrit l'histoire anecdotique de cette négociation avec une en- 
tière indépendance d'esprit, sans rancune dauphinoise, sans jactance fran- 
çaise, faisant preuve , dans tout le cours de sou travail , d'une ingénieuse 
critique, d'un discernement qu'il ne nous a pas été facile de prendre en dé- 
faut, et nous lui avons en conséquence décerné la première médaille. » 

— Nous allons reproduire le discours prononcé le 22 avril dernier par 
M. Amédée Thierry à la distribution des récompenses accordées aux socié- 
tés savantes par M. le ministre de l'instruction publique, sur la proposition 
du comité des travaux historiques. 

Messieurs, 

Pour répondre à la haute pensée qui a créé ces concours, le comité d'his- 
toire et de philologie s'est fait une règle de ne présenter à l'approbation de 
Son Exe. le ministre de l'instruction publique que des sujets de prix qui 
puissent être traités à égalité d'avantages dans toutes les sociétés savantes, 
et servir en même temps au progrès des histoires locales. Le sujet mis au 
concours pour 1865 est assurément de ce nombre. 

Le morcellement du pouvoir dans la société féodale, ce grand embarras 
du gouvernement au moyen âge, n'est pas, s'il m'est permis de le dire, un 
moindre embarras pour l'histoire. La marche de la vie nationale, entre le 
neuvième siècle et le quinzième, ne peut être étudiée avec fruit, saisie avec 



92 

certitude, que si l'on suit en détail la succession d'une foule de petites dy- 
nasties, qui, en fait, jouissaient d'une autorité à peu près absolue, dans la 
partie de territoire constituant leur fief. Et de même que la souveraineté 
générale en France, durant cette période de dissémination, se composait 
d'une infinité de petites souverainetés assez imparfaitement coordonnées ; 
ainsi l'histoire générale, à la même époque, se résout en histoires locales, 
sans la connaissance desquelles la première n'est qu'incertitude et utopie. Le 
dix-huitième siècle l'avait senti, et ce fut par besoin d'une bonne méthode 
historique que les auteurs de la troisième édition de Y Art de vérifier les 
dates ont accordé une si large part à la chronologie des grands feudataires. 
Ces savants hommes sont pourtant loin d'avoir tout fait : d'un côté, ils ont 
omis un grand nombre de séries pour lesquelles les éléments de travail leur 
manquaient, et, de l'autre, ils ont eu parfois sous la main des mémoires 
défectueux; de là, de graves erreurs ajoutées à beaucoup de lacunes. 

Que ce mot de critique sur une des œuvres qui honorent le plus l'érudi- 
tion française et que l'Europe nous envie à juste titre, que ce mot de criti- 
que me soit pardonné ; mais l'excuse des Bénédictins est dans l'immensité 
de leur entreprise. 

Un sentiment d'orgueil national, non moins que le besoin de la vérité 
scientifique, nous a inspiré l'idée de demander aux Sociétés savantes des dé- 
partements un travail de recherches dont le résultat serait de perfectionner 
un des grands monuments de notre érudition ; nous avons suivi en cela la 
marche que nous avaient eux-mêmes tracée les savants religieux de Saint- 
Germain-des-Prés. C'est à l'aide de leurs vastes correspondances qu'ils 
étaient parvenus à fonder l'édifice dont nous vous demandons le couronne- 
ment : ce sera en recourant à vos lumières, Messieurs, sur toute l'étendue 
de la France, quzYArt de vérifier les dates, rectifié dans ses erreurs, com- 
plété dans ses omissions, sera mis en rapport avec les besoins scientifiques 
du dix-neuvième siècle. 

Ces idées, Messieurs, vous avaient frappés d'avance, car vous avez ré- 
pondu à notre appel avec le plus louable empressement, et le mérite des 
travaux couronnés fait de ce concours un des meilleurs que nous ayons en- 
core été appelés à juger. 

Nous avons admis trois mémoires : 

1° Une étude sur la, chronologie de la maison de Bourbon-Ancien, 
par M. Chazaud, de la Société d'émulation de l'Allier; 

2° Une notice historique sur la baronnie de Châteauneuf-en-Thimerais, 
par M. Lucien Merlet, lauréat de nos anciens concours et secrétaire de la 
Société archéologique d'Eure-et-Loir ; 

3° Une notice sur les vicomtes de Thouars, de la famille de ce nom, 
par M. Hugues Imbert, de la Société des antiquaires de l'Ouest. 

Et d'abord je parlerai du mémoire de M. Chazaud, qui est incontestable- 
ment le premier par l'importance du sujet traité, le premier par le mérite 
de l'exécution, le premier enfin dans la série des récompenses, car M. le 



93 

ministre de l'instruction publique, sur la proposition du Comité, a bien 
bien voulu lui décerner le prix. Quelques explications sur cet excellent tra- 
vail justifieront près de vous cette décision. 

Si rien n'est plus éclatant, dans l'histoire de nos anciennes dynasties féo- 
dales, que ce nom de Bourbon, quasi royal au treizième siècle en la per- 
sonne d'un fils de saint Louis, et royal au seizième, rien aussi n'est plus 
obscur que ses origines. Aucune généalogie n'a été plus embrouillée que 
celle des Bourbons primitifs, Bourbons-Anciens, Archembauds, comme ou 
les appelle indifféremment; et deux genres de causes ont contribué à créer 
autour d'eux ces ténèbres : les erreurs involontaires et les fraudes. On di- 
rait qu'elles se sont donné rendez-vous dans la chronologie de ces vieux 
sires de Bourbon, pour en faire un vrai chaos; et c'est dans ce chaos que 
notre lauréat nous fait descendre pour y porter la lumière. 

Je m'adresse, Messieurs, à des esprits familiers avec les procédés de la 
critique historique; je ne craindrai donc pas d'entrer dans quelques détails 
que la fraternité de nos études et de nos goûts me fera pardonner. 

La première difficulté qui se présente au chronologiste dans la recher- 
che des premiers seigneurs de la maison de Bourbon, c'est le territoire 
même de leur seigneurie. Il n'y a pas là, comme en Auvergne , en Berry, 
en Limousin, un territoire certain à suivre : la transformation d'une cité 
gauloise en province romaine, et de celle-ci en comté, vicomte ou duché 
gallo-frank; il n'y a pas, en un mot, à retrouver sous le seigneur du dixième 
siècle le successeur plus ou moins légitime du fonctionnaire frank ou ro- 
main. On a affaire ici à un fief de formation postérieure aux grandes divi- 
sions provinciales, à une agrégation de lambeaux de territoire taillés sur 
l'Auvergne, le Berry et la Bourgogne, par de hardis seigneurs, à la me- 
sure de leur épée. « Bourbonnois, dit Coquille, dans son langage à la fois 
naïf et figuré, est province et pays nouvellement composé, comme en mar- 
queterie ou mosaïque, de plusieurs pièces rapportées , acquises des sei- 
gneurs voisins. » Le premier travail, pour l'historien, était donc de recher- 
cher dans les pièces de cette marqueterie, quels en furent les fabricateurs ; 
et, dans le silence de l'histoire générale, c'était aux chartes de donations, 
de ventes, surtout de fondations ecclésiastiques, qu'il fallait s'adresser; là 
était le seul fil. conducteur au milieu de l'obscurité. 

Tous ceux qui se sont livrés à de pareils travaux et ont essayé de défri- 
cher un coin de ce champ de la diplomatique, où se prépare et se fonde la 
chronologie, savent au prix de quel labeur on parvient à l'évidence com- 
plète, quand on y parvient toutefois. Les auteurs de Y Art de vérifier les 
dates et ceux du Gallia Christiana se sont trompés plus d'une fois en ce 
qui concerne la lignée des Archembauds; je ne parle pas des généalogistes 
officiels ou officieux de la maison de Bourbon et de la maison de France : 
leurs illusions, même consciencieuses, ont été souvent bien fortes. M. Cha- 
zaud nous signale les erreurs de l'érudition sincère, car l'adage errare hu- 
manum est, si vrai pour toutes les œuvres de l'homme, est vrai surtout pour 



94 

l'histoire, où l'on n'a pas à compter seulement avec soi-même, mais avec 
la science et la conscience des autres; puis les erreurs volontaires, les 
fraudes. Ce dernier chapitre n'est pas le moins curieux de son mémoire ; 
mais, pour l'honneur de l'histoire, nous commencerons par le premier. 

Le personnage qui apparaît d'abord dans les chartes comme possesseur 
de terres féodales en Bourbonnais est Aymard. Il fonde, en la vingt-troi- 
sième année de Charles le Simple, 916, 921 ou 922, suivant le système qu'on 
voudra adopter, le prieuré de Souvigny, dont les sires de Bourbon furent 
presque tous des bienfaiteurs. Était-il Bourbon? on ne sait: était-il comte ? 
assurément non, la charte l'eût déclaré. Il y est qualifié de miles clarissi- 
mus, titre moitié romain, moitié germanique, et qui appartient aux deux 
sociétés, suivant la remarque de M. Chazaud; miles indiquant plus particu- 
lièrement un guerrier, un Frank, clarissimus, un Bomain de grande fa- 
mille, ayant rang dans la noblesse de l'empire. Cette charte est unique sous 
le nom d'Aymard. Mais on en possède une autre qui semble se rapporter 
au même personnage. L'acte de fondation de l'abbaye de Cluny, passé à 
Bourges, en 910, par Guillaume le Pieux, duc de Guyenne, comte d'Auver- 
gne et de Mâcon, porte, dans les souscriptions des témoins, le nom d'un 
Adhémar, probablement vassal du comte; or Aymard lui devait foi et 
hommage pour la viguerie de Deneuvre, au pays d'Auvergne ; on peut donc 
admettre une identité que feraient soupçonner d'ailleurs les formes simi- 
laires du nom. Voilà un premier résultat atteint. En voici un second. Dans 
un acte de donation au prieuré de Souvigny, passé par Aymon, le donateur 
énumère toute sa parenté : il est fils d'Aymard ; sa mère se nomme Er- 
mengarde, ses deux frères Dacbert et Archembaud, sa femme Aldesinde, 
ses fils Archembaud et Géraud, et de plus il date ses actes du château de 
Bourbon. On a vu là la source authentique des premiers Bourbons. 

Cela, en effet, semble clair, et pourtant la clarté se voile tout à coup. En 
936, Chandelle est fondée par un certain Ainaldus et sa femme Bothilde, et 
l'acte mentionne un comte de Bourbon nommé Guy ; quel est ce person- 
nage? Est-il parent d'Aymard et d' Aymon, son fils, possesseur du château 
de Bourbon ? La charte se tait là-dessus. Et ce titre de comte attaché au 
nom de Bourbon figure ici pour la première fois, ce qui semble exclure du 
titre ou du nom Aymard et sa lignée. Dans ce grand emharras, les chrono- 
logistes se tirent d'affaire en faisant de Guy un oncle d'Aymon qui, tuteur 
de ses neveux, les aurait dépouillés de leur patrimoine et aurait usurpé la 
seigneurie de Bourbon avec le titre de comte. L'hypothèse est passablement 
tragique, et, quoiqu'elle puisse fournir aux historiens modernes un beau 
sujet de déclamation sur la mauvaise foi des parents au temps de la féoda- 
lité, il est difficile de condamner le comte Guy avec si peu de preuves. VArt 
de vérifier les dates l'a fait cependant. M. Chazaud concilie les documents 
par une supposition plus morale, celle d'un mariage. « Ne vaut-il pas mieux, 
nous dit-il, hypothèse pour hypothèse, supposer que Guy aura donné à Ay- 
mon sa fille Aldesinde, et à celle-ci le château de Bourbon en dot ? » Cela 



95 

peut être, et, en tout cas, c'est une explication de fait que rien de prouvé ne 
vient contredire. VArt de vérifier les dates renferme encore, à propos de 
Guy, une autre inexactitude que relève M. Chazaud. « Guy, disent les au- 
teurs du savant ouvrage, est le seul seigneur qui ait pris le titre de comte, 
à raison de cette seigneurie. » Cela n'est pas ; le titre de comte a été porté 
par plusieurs des Archembauds, qui n'ont possédé nulle part d'autre comté 
que celui de Bourbon. 

M. Chazaud signale encore, à propos d'Aymon, une erreur presque in- 
croyable. Ce bienfaiteur de Souvigny nous dit lui-même, dans l'acte que 
j'ai cité plus haut, qu'il a deux fils, Archembaud et Géraud; les généalo- 
gistes s'opiniàtrent à lui en donner encore quatre, et ils prennent les au- 
tres, avec de notables altérations d'orthographe, dans un acte de donation 
de ce mêmeAymon à Saint-Pierre et Saint-Paul de Cluny. DuBoucheta le 
premier avancé ce fait, que La Thaumassière a répété; mais on est étonné 
de retrouver cette grossière erreur dans X'Histoire généalogique de la 
maison de France par le Père Anselme et dans VArt de vérifier les dates; 
on se copiait ainsi sans recourir aux pièces elles-mêmes, Or les person- 
nages qu'on a pris ici pour des fils du donateur, et qui suivent en effet ceux 
qu'ailleurs il désigne comme tels, ne sont autres que des témoins de l'acte, 
et un simple examen de la charte originale suffit pour le démontrer. 
Voilà donc la lignée d'Aymard diminuée impitoyablement de quatre pe- 
tits-fils. 

Ici, ce sont des enfants de mauvais aloi qu'une fausse interprétation de 
charte introduisait dans la maison des Archembauds ; ce sera tout à l'heure 
une femme Écoutons M. Chazaud. 

Une dame nommée Bothilde et son fils Hugo font donation à Odilon, 
abbé de Cluny, de diverses propriétés qu'ils possèdent dans la viguerie de 
Deneuvre, dépendante de la seigneurie de Bourbon. L'acte n'est point daté, 
mais il doit être placé entre les années 994 et 1049, époque de l'adminis- 
tration abbatiale d'Odilon, et parmi les souscripteurs figurent un Archem- 
baud, qualifié senior (seigneur ou vieux), et une femme nommée Ermen- 
garde, qui paraît avoir été sienne. D'un autre. côté, on possède un acte de 
vente par lequel, en 958, un vicomte Archembaud, mari de Rothilde, 
aliène, au profit d'un certain Doctricus, une villa qu'il possède dans la pa- 
roisse de Saint-Austrégésile, près de Guéret. Vite les généalogistes de la 
maison de Bourbon font de ces deux personnages un seul Archembaud, qui 
se trouve avoir deux femmes. Malheureusement pour le roman, un passage 
du cartulaire de Saint- Etienne de Limoges détruit l'identité prétendue des 
deux Archembauds. Celui de la seconde charte , mari de Rothilde, est un 
vicomte de Limoges ; celui de la première reste Archembaud I er de Bour- 
bon, et M. Chazaud lui restitue sa femme Ermengarde. Ce n'est pas tout, 
et une erreur en appelle une autre, comme les abîmes dont parle l'Écri- 
ture. Pour combler une lacune dans la série des sires de Bourbon, les gé- 
néalogistes avaient imaginé un Archembaud II, fruit présumé de l'union 



du vicomte Archembaud avec Rothilde. L'enfant s'est évanoui au flambeau 
de la critique en même temps que le mariage imaginaire. 

Je ne tarirais pas si je voulais suivre M. Chazaud dans sa rude joute 
contre les historiens, chronologistes et généalogistes de la maison de Bour- 
bon. Il déploie dans le cadre restreint qu'il s'est fait une sagacité d'inves- 
tigation, une sûreté de méthode qu'il a puisées, il le témoigne hautement, 
aux leçons des savants professeurs de l'École des chartes. A leur exemple, 
il ne croit avoir relevé suffisamment une erreur que lorsque sa critique est 
parvenue à en saisir la cause. Ainsi , tantôt il nous montre la confusion de 
lieux créant celle des personnes, comme dans cette méprise de Y Art de 
vérifier les dates, qui, confondant la Chapelle Dam-Gilon, en Berry, avec 
la Chapelle Aude, en Bourbonnais, attribue sa fondation à un Archem- 
baud II de Bourbon, tandis qu'elle appartient à un Archembaud II de 
Sully; ailleurs, c'est une date mal lue dans une charte, qui entraîne des 
impossibilités historiques et la supposition de divers Archimbauds, in- 
connus certainement à cette noble maison. Il faut le voir aussi élaguer des 
branches gourmandes implantées au vieux tronc de Bourbon par la conni- 
vence des généalogistes. Telle est la prétendue branche des Bourbons- 
Montluçon, dont il fait bonne justice. « Son histoire prolongée jusqu'au 
quinzième siècle est bien, nous dit-il, une des plus singulières aberrations 
de l'esprit de système et la démonstration la plus frappante du danger des 
opinions préconçues et des partis pris en histoire. » Cette réflexion nous 
amène naturellement à la seconde cause d'obscurités dans la généalogie de 
la maison de Bourbon : l'erreur systématique et la fraude savante. 

Tant que le nom de Bourbon, un des plus glorieux de la France féodale 
assurément, ne fit que se dessiner parmi ses pairs, les erreurs historiques 
qui s'attachaient à lui gravitèrent dans le cercle habituel des bévues éru- 
dites, des fautes consciencieuses, si je puis parler ainsi, des entraînements 
parfois passionnés du généalogiste pour ses héros. Mais, lorsque Henri IV 
eut porté ce nom sur le trône, l'erreur prit une plus fière allure. Une ori- 
gine modeste et pour ainsi dire humaine ne suffit plus aux chronologistes ; 
il leur fallut la fable : ils rêvèrent un berceau mythique pour cette nouvelle 
branche de rois. La dynastie capétienne avait eu le sien, construit dans les 
poèmes du moyen âge et les chroniques calquées sur ces poèmes. Si la 
poésie bourgeoise s'opiniâtrait à représenter Hugues Capet comme le fils 
d'un boucher de Paris, si le Dante osait lui faire dire dans son Purgatoire : 
« Figliol fui d' un beccaio, » la poésie des châteaux le vengeait de ces vul- 
garités en le rattachant à la dynastie carolingienne, tantôt par un prétendu 
Childebrand, frère de Charles Martel et ancêtre de Robert le Fort, tantôt 
par lui-même, que les poètes mariaient, ici à une fille de Louis le Débon- 
naire, là, à une fille de Louis le Bègue ou de Louis d'Outre-Mer : ils n'y 
regardaient pas de si près. Du domaine des fictions populaires, ces men- 
songes accrédités passèrent en partie dans l'histoire. D'ailleurs aussi les 
souverainetés étrangères avaient leurs fables originelles qui relevaient leur 



97 

dignité et avec lesquelles il fallait compter devant les masses ignorantes, 
parfois même devant la politique. Les partisans de la maison de Bourbon, 
ses admirateurs, ses flatteurs ne voulurent pas qu'elle restât inférieure à la 
maison capétienne, sur laquelle elle s'était entée : on prépara une apo- 
théose éclatante de ces vieux Archembauds que l'histoire avait tant de peine 
à débrouiller, et, à défaut de la poésie, ce fut l'érudition qui la mit au jour. 
Childebraud était à la mode, la fraude s'adressa à Childebrand. 

Vers 1680, au moment où des flots d'encre coulaient encore à propos de 
origines capétiennes, la question des origines bourboniennes se posa par la 
publication d'une charte trouvée, disait-on, parmi les titres du prieuré d'I- 
seure. C'était un acte de donation émané d'un Childebrand II, fils de Ri- 
belung, dans la dix-neuvième année du règne de Louis le Débonnaire. De 
ce Childebrand II, on remontait aisément à Childebrand I er ; Bourbons et 
Capétiens se donnaient la main à l'origine des temps carolingiens : les deux 
noms se valaient. 

L'émotion fut grande parmi les érudits à l'apparition de cette pièce ; mais 
la fabrication en était si habile qu'ils se partagèrent. Ménage la rejeta sans 
hésitation; Baluze y mit moins de netteté ; Mabillon voulut examiner l'ori- 
ginal. On en était là, quand neuf autres pièces de la même nature et prou- 
vant la même thèse furent lancées dans le public coup sur coup, comme 
sortant du trésor de Souvigny, le grand chartrier de la seigneurie de Bour- 
bon. Ces actes embrassaient les neuvième et dixième siècles. L'émotion, 
comme on le pense bien, fut au comble. Mabillon partit pour le Bourbon- 
nais avec son compagnon de recherches, dom Michel Germain; mais ils 
n'allèrent pas plus loin que les portes [du monastère : le prieur venait de 
mourir et les archives étaient encore sous les scellés : ce fut la défaite qu'on 
leur donna, et ils repartirent sans avoir vu les originaux qu'ils venaient 
contrôler. 

Les lettres avaient alors pour Mécène et pour gardien sévère un minis- 
tre, non moins ami de la vérité que des glorifications qui pouvaient arriver 
à son maître : c'était Colbert. Tout ce bruit l'alarma; il craignit quelque 
fourberie compromettante pour la majesté royale, et ordonna à l'intendant 
de Moulins, M. de Bouville, de faire une enquête à Souvigny, au sujet des 
pièces publiées. L'enquête eut lieu dans la forme administrative et avec 
toute la compétence qu'y pouvait mettre un intendant. Le rapport ne fut 
pas favorable aux chartes : elles étaient suspectes, y disait-on ; un très-sa- 
vant religieux, le P. André, prieur des Carmes de Moulins, autorisé par le 
roi à recueillir les papiers relatifs à la maison de Bourbon, pour en rédiger 
l'histoire, avait trouvé ces pièces au fond d'un sac déposé dans le trésor, 
personne ne les avait vues avant lui, et aucun inventaire n'en faisait men- 
tion. Quant à la charte d'Iseure, le même P. André la tenait des mains de la 
prieure, qui ne se connaissait point en ces sortes de choses. L'enquête, du 
reste, cherchait à justifier contre toute imputation de fraude les nonnes 
d'Iseure et les religieux de Souvigny, et par suite aussi le P. André. 
II. (Sixième série.) 7 



98 

Cotbert, de plus en plus inquiet, donua Tordre à M. de Bouville de lui 
apporter les originaux eux-mêmes, et il les fit examiner en sa présence par 
Mabillon et Baluze. Quel tribunal plus compétent la science diplomatique 
elle-même aurait-elle pu choisir'? Les pièces lurent condamnées, et rien ne 
fut négligé de ce qui pouvait rendre la condamnation éclatante; caractères 
de l'écriture, couleur du parchemin, teinte de l'encre, et jusqu'à la colle 
adhérente au dos d'une des pièces et qui prouvait que le parchemin avait 
été détaché récemment d'un vieux registre , tous ces indices matériels» 
réunis aux preuves tirées de la science, démontrèrent jusqu'à l'évidence la 
réalité de la fabrication. Mabillon dicta lui-même l'arrêt, et Baluze rédigea 
le procès-verbal de la conférence ; nous possédons encore ce curieux docu- 
ment, déposé dans ses armoires à la Bibliothèque impériale. 

On eût pu croire l'affaire terminée, et les fausses chartes frappées d'un 
discrédit éternel après un tel arrêt : il n'en fut rien. La flatterie les invo- 
qua , et nos grands recueils historiques les admirent au moins partielle- 
ment. Le Gallia Christiana fut du nombre, ainsi que le B.ecueil des his- 
toriens de la France et des Gaules; il est vrai qu'à ce moment dom Bouquet 
n'était plus. Les généalogistes de la maison de France, ceux de la maison de 
Bourbon, enfin YJrt de vérifier les dates, suivirent le système établi par 
les prétendus titres : les savants qui les dirigeaient adoptèrent sans doute 
de confiance, sans examiner eux-mêmes ou discuter les pièces, et craignant 
peut-être de le faire. Puis, il faut le dire, la France aux dix-septième et 
dix-huitième siècles, croyait sa grandeur intéressée à la gloire de ses rois. 
La stabilité de la monarchie semblait dépendre de son ancienneté, et on 
aimait à placer dans la diversité de ses dynasties successives quelque chose 
de cette unité dont le besoin se faisait déjà sentir en administration et en 
politique. Quel prestige d'ailleurs environnait un nom que Louis XIV por- 
tait sur le trône et Condésur les champs de bataille! L'opinion publique 
acceptait la fiction, en raison des grandeurs véritables ; et il eût été dange- 
reux de blesser la royauté, inviolable sous le patronage d'un tel préjugé. 
Fréret s'en aperçut plus tard quand il voulut retrancher de la liste des rois 
de France trois ou quatre barbares, Mérovingiens vrais ou prétendus, qui 
eussent fait assurément triste figure à la cour de Versailles. Mais tel était 
l'esprit du temps : la vérité attendait la liberté pour devenir inviolable à 
son tour. 

M. Chazaud a revisé tout ce procès sur pièces, et je ne sache pas de juge 
d'instruction plus sagace, d'investigateur plus consciencieux. Il a tout revu, 
tout examiné, et il a été plus loin dans son jugement que M. de Bouville et 
Baluze lui-même ; il accusé le P. André. Il est évident, d'après les preuves 
accumulées par M. Chazaud, que le vrai faussaire était ce prieur des Car- 
mes de Moulins, qui préparait ainsi une histoire véridique de la maison de 
Bourbon, et qu'il avait pour complice le duc d'Épernon-Bouillac, historien 
lui-même, et auteur d'un livre fantastique sur les premiers temps de la 
monarchie. Au reste, toutes ces questions, naguère si brûlantes, sont 



99 

aujourd'hui mises à néant par la publication faite en 1839 de la Chronique 
de Richer, qui nous donne, avec l'autorité d'un contemporain, la vraie ver- 
sion sur la descendance de Hugues Capet, issu, par Robert le Fort, d'un 
Germain nommé Witichin. Toutefois sachons gré à M. Chazaud de nous 
avoir initiés aux détails de ce curieux procès : les misères de la science 
historique sont encore de l'histoire. 

II y a loin de la généalogie des sires de Bourbon à celle des sires de Châ- 
teauneuf, dont M. Merlet nous entretient dans son mémoire, et du royaume 
de France à la modeste baronnie du pays de Thimerais, pagus Theodeme- 
rensis, comme l'appellent les chartes ; mais ces petits barons avaient le 
cœur plus haut que leur rang, et l'épée plus longue que leur domaine, quand 
ils étaient en face de l'Anglais. Placé dans cette marche qui séparait la terre 
de France du duché de Normandie, le château de Thimert (ce fut son pre- 
mier nom) avait été bâti, en 1050, par Gascon, premier de ces seigneurs, 
comme un avant-poste du royaume de France; Guillaume le Bâtard s'en 
étant emparé pour en faire à son tour un avant-poste de la Normandie, le 
roi de France l'assiégea, le prit et le rasa, comme trop difficile à garder. 
Reconstruit quelques années après, le château de Thimert prit le nom de 
Châteuneuf, qui resta celui de la baronnie. 

Il en sortait de terribles barons qui, créés uniquement pour se battre, 
cherchaient querelle à tout le monde, quand ils n'avaient en face d'eux ni 
Anglais ni Normands, et ne ménageaient guère le roi de France et surtout 
leurs voisins. Un d'eux, Gervais I er , grand sénéchal de Philippe I er , et qui 
avait acquis cette baronnie par son mariage avec Mabile de Châteauneuf, 
se battit tant et si rudement, que Pévêque de Chartres, Yves, ardent pro- 
moteur de la paix de Dieu, l'excommunia comme un violateur incorrigible 
de la sainte trêve. Gervais, en effet, craignant de ne se point amender en 
France, prit la croix et alla guerroyer en Palestine. Son fils, Hugues, qui 
lui succéda, fut comme lui batailleur effréné, et de plus excommunié 
comme lui. Il s'était rendu si redoutable aux Anglais, que Henri I er d'An- 
gleterre voulut acheter le baron et la terre en offrant en mariage à Hugues 
sa fille naturelle Marie; l'accord allait se conclure lorsque Pévêque de 
Chartres intervint de nouveau : Hugues et Marie étaient cousins au sixième 
degré, et Pévêque mit l'interdit sur cette union, incestueuse aux yeux de 
l'Église. Hugues resta donc Français, et le bras droit de Louis le Gros 
dans la Marche de Normandie. Son intrépidité le fit tomber aux mains 
des Anglais, qui l'envoyèrent dans leur île, où ils le gardèrent cinq ans 
prisonnier. 

On peut regarder ce Hugues de Châteauneuf comme le type des barons 
e Thimert au moyen âge, et il eût pu être le héros de quelque épopée, si 
1 Thimerais avait possédé des poètes. Après le quinzième siècle et la fin 
des guerres anglaises, l'importance de cette guerroyante famille diminue 
graduellement, et la baronnie de Châteauneuf va tomber inconnue, en 1789, 
dans le gouffre où s'éteignirent toutes les baronnies, grandes ou petites. 



100 

Châteauneuf est aujourd'hui une petite ville du département d'Eure-et-Loir 
et de l'arrondissement de Dreux , à 24 kilomètres de Chartres. Je ne sais 
si son château existe encore, mais M. Merlet a bien fait de ressusciter, au 
moyen des chartes qu'il trouvait sous sa main, cette lignée de vieux barons 
français, à qui Y Art de vérifier les dates n'accorde pas même un article. 
Il a composé son travail entièrement sur des pièces inédites, avec le soin et 
la sagacité que nous lui connaissons et qui lui ont valu d'éclatants succès 
à nos concours. Sans doute, les sires de Châteauneuf restent bien effacés 
dans les destinées générales de la France, mais ils ont existé avec une cer- 
taine grandeur locale, et, grâce à M. Merlet, l'histoire désormais devra 
compter un peu avec eux. Puis, Messieurs, c'est quelque chose pour un 
érudit que de combler une lacune de Y Art de vérifier les dates. A de pa- 
reils travaux, on peut appliquer le mot du poète romain : 

In tenui labor, at tenuis non gloria. 

La généalogie de la maison de Thouars offre au fond un plus grand in- 
térêt, parce que c'est celle d'une famille ancienne et historique, dont les 
commencements ont laissé jusqu'à ce jour plusieurs difficultés à résoudre. 
M. Imbert a tenté l'entreprise en se renfermant dans la période comprise 
entre la fin du neuvième siècle et celle du quatorzième , époque où la vi- 
comte de Thouars passa de la famille qui en portait le nom dans la maison 
d'Amboise. C'est assurément la partie la plus difficile à débrouiller, et, pour 
y parvenir, l'auteur a compulsé les nombreux manuscrits de D. Fonteneau 
et aussi les archives de la maison de Thouars, que M. Marchegay a mises à 
sa disposition. Néanmoins quelques points laissent prise à la critique. Ainsi 
la suite des premiers seigneurs de Thouars, telle que la donne M. Imbert, 
diffère de celle qui est publiée dans les Grands Officiers de la Couronne, 
du P. Anselme ; il s'appuie sur un mode particulier de succession usité 
dans cette famille et déjà signalé par Besly. Le P. Anselme n'a pas adopté 
cet ordre, parce qu'il assure que, dans ses travaux ultérieurs, Besly s'est 
contredit. M. Imbert aurait dû étudier davantage cette question de détail 
et appuyer sur des preuves valables les motifs de sa préférence. On pour- 
rait lui reprocher, sans injustice, d'admettre trop vite les assertions venues 
de seconde main. Dans cette branche de travaux historiques, plus encore 
que dans les autres, c'est aux sources, toujours aux sources qu'il faut re- 
courir. L'auteur du mémoire sur la maison de Thouars est aussi trop porté 
à attribuer aux sceaux et aux blasons, dont il invoque le témoignage, une 
date reculée que la science héraldique n'admet pas, tandis que, d'un autre 
côté, il ne fait point usage de quelques autres sceaux à date certaine, dont 
il se serait servi utilement. Cependant, et sous le bénéfice de ces réserves, 
son travail, après révision, sera beaucoup plus complet que certains articles 
de Y Art de vérifier les dates, surtout s'il ajoute à ses recherches une 
mention succincte de la suite des seigneurs qui ont possédé la seigneurie de 
Thouars jusqu'à la Révolution. 



101 

Si l'on veut établir un parallèle entre les deux derniers mémoires dont je 
viens de parler, on trouve que le travail de M. Merlet est mieux fait et plus 
achevé, mais qu'il a peut-être coûté moins de peine, et que celui de M. Im- 
bert, plus important par le fond et plus chargé de difficultés, laisse beaucoup 
à désirer sous le rapport de la précision scientifique. Après avoir mis ces 
diverses considérations dans une équitable balance et pesé les mérités res- 
pectifs de l'un et de l'autre mémoire, le Comité a pensé qu'il y avait lieu de 
décerner à chacun des deux concurrents une mention très-honorable. 

Tels sont les mémoires que nous avons distingués dans ce concours de 
1 865, qui marquera par l'excellence de ses résultats. Deux autres ouvrages 
envoyés n'ont pu y être compris, pour des raisons diverses et que je vais 
expliquer. 

Maintenant, Messieurs, et c'est par là que je terminerai ce trop long dis- 
cours, j'exprimerai uu vœu au nom de mes savants collègues, les membres 
de la commission du concours, MM. L. Delisle, Huillard-Bréholles, de Mas- 
Latrie et Anatole de Barthélémy, dont je me félicite de n'avoir été ici que 
l'interprète, et ce vœu je l'exprimerai en mon nom comme au leur : c'est 
que les mémoires dont les auteurs vont être dans un instant proclamés ne 
restent pas à l'état de purs documents, qu'ils deviennent bientôt des ou- 
vrages. Comment, en étudiant les actes émanés des princes d'une petite 
dynastie, ne serait-on pas amenés à écrire l'histoire de ces princes, à tracer 
le tableau de leur gouvernement? Et, je suis heureux de le dire, nous avons 
pu juger par un examen attentif de ces travaux que les qualités du style y 
marchent souvent de pair avec le mérite de l'érudition. Des exemples ré- 
cents doivent encourager les auteurs couronnés à courir cette seconde 
carrière. Un des premiers lauréats de nos concours achève en ce moment, 
sur les comtes de Champagne, un travail qui avait commencé par être, 
comme ces Mémoires, une œuvre d'érudition pure et qui est devenu un bon 
livre. La part que M. d'Arbois de Jubainville a faite aux chartes est un des 
caractères qui distinguent ce livre et qui en ont consacré le succès. Je pla- 
cerai près de lui M. Douet d'Arcq, de la Société des Antiquaires de Picardie, 
pour le volume qu'il a publié en 1855, au nom de cette compagnie. L'idée 
de réunir méthodiquement tous les actes relatifs à l'administration d'un 
grand fief, tel que le comté de Beaumont-sur-Oise, a droit à tous nos élo- 
ges, et dans une fête à laquelle sont conviés les représentants de la science 
historique dans tous nos départements, il me sera permis de féliciter la So- 
ciété des Antiquaires de Picardie de cette excellente publication, et la 
Société de l'Aube du très-remarquable travail qui s'achève sous son inspi- 
ration et son patronage. 

— Notre confrère, M. Léon Maître, a été nommé archiviste départe- 
mental de la Mayenne, par arrêté du 13 mars 1865. 



102 

— Annonçant dans notre avant-dernier volume (p. 392) une publication do 
M. le professeur Hopf, relative à l'histoire des établissements français en 
Grèce, nous avons dit que ce savant avait commencé ses recherches avec 
l'aide du gouvernement français. M. C. Hopf nous écrit pour réclamer 
contre cette assertion : « Jamais, nous dit-il, votre gouvernement n'a en- 
« courage mes recherches historiques, ni par une subvention matérielle, ni 
« d'aucune manière. » Il résulte, en effet, des informations que nous avons 
prises au ministère de l'instruction publique que M. Hopf, ayant, en 1862, 
sollicité du gouvernement français une subvention pour la publication qu'il 
projetait, ne vit point sa demande accueillie, les fonds consacrés aux en- 
couragements pour travaux littéraires suffisant à peine aux publications 
faites en France; mais il n'en est pas moins vrai que, lorsqu'en 1855, 
M. Hopf proposa au ministre de l'instruction publique de publier dans les 
Documents inédits les documents qu'il fait paraître maintenant en Alle- 
magne, sa demande fut prise en sérieuse considération, et fut, de la part 
de M. V. Le Clerc et de M. de Mas-Latrie, l'objet de rapports favorables 
dont on peut lire l'analyse dans le Bulletin du comité , aux eudroits que 
nous avons indiqués à la note de la page 392 de l'avant -dernier volume. 
C'est à ce fait que notre observation se rapportait uniquement. 

— Notre confrère, M. Paul Meyer, nous communique la note suivante au 
sujet de la découverte de la chronique de Primat, dont nous avons parlé à 
la fin de notre dernier numéro 1 : 

«Le manuscrit du Musée britannique, Bibliotheca regia, 19. D. I, qui 
paraît n'avoir point attiré jusqu'ici l'attention des savants, contient, du 
folio 193 au folio 252, la traduction française d'une chronique assez déve- 
loppée, qui s'étend de l'année 1250 jusqu'à la mort de Philippe le Hardi. 
L'auteur de cet ouvrage est Primat, moine de Saint-Denis, qui, selon le 
préambule du célèbre manuscrit des Grandes Chroniques, conservé à la 
bibliothèque Sainte-Geneviève, aurait pris une part considérable à la com- 
position ou à la rédaction de ces mêmes Chroniques 2 . Le traducteur est un 
personnage très-connu, Jean de Vignay , qui exécuta ce travail , comme 
ses autres traductions, pour Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe VI. 
Ces deux faits sont parfaitement établis par les deux passages que je vais 
transcrire. 

« Le premier intervient à l'occasion d'une addition que Jean de Vignay 
fait à son texte relativement aux miracles de saint Louis. Il est ainsi conçu: 
« Pour ce que il est avis frère Jehan de Vignay, qui ay transporté et mis les 
« iiii volumes de ceste présente œuvre de latin en françois, selon ce que 

1. On peut voir sur le même sujet un rapport de M. Paul Meyer, inséré au n° 79 
du Bulletin administratif du Ministère de l'instruction publique. 

2. Voy. D. Bouquet, V, 217 ; les Grandes Chroniques de Saint-Denis, publiées par 
M. P. Paris, édition in-fol., col. 1724 ; et le mémoire de M. de Wailly, Mém. de l'Ac, 
des Inscriptions, XVII, I, 381. 



103 

« frère Vincent, de l'ordre des Prescheurs, l'ordena et fist, avec une adi- 
« tion que j'ay adjoustée selon les croniques que Prymat fist, laquelle adi- 
« tion preDt là où frère Vincent laissa, c'est assavoir que le dit frère Vin- 
« cent et Primat parlent trop poy en lor traitié des meurs esperitueles de 
« celi très hounourable saint ....a (Fol. 224, a.) 

« Voici maintenant le second passage qui se trouve à la fin de la chro- 
nique : « Et aussi me convient il ci l'aire fin pour ce que Primat, de qui 
« je ay translaté les croniques qu'il fist depuis le temps frère Vincent, 
« laissa l'hystoire cy endroit ou environ ; si que je fais la fin de ma trans- 
« lation selon l'ystoire de celi Primat. » (Fol. 251, verso.) 

« Ainsi Jean de Vignay, en traduisant la chronique de Primat a eu 
l'intention de donner une suite au Miroir historial de Vincent de Beauvais; 
d'où l'on peut conclure qu'il n'a pris dans cette chronique que ce qui con- 
venait à l'objet qu'il se proposait, et que, par conséquent, il a pu en laisser 
de côté le commencement. Et en effet, l'ouvrage débute ex abrupto et 
sans préambule par un chapitre où est racontée la visite que deux moines 
de Saint-Denis firent à saint Louis du temps qu'il était prisonnier en 
Egypte. Il est à croire aussi que cette traduction est l'un des derniers ou- 
vrages de Jean de Vignay, et qu'elle fut faite alors que celle du Miroir 
historial était déjà publiée, car autrement on s'expliquerait difficilement 
que l'œuvre de Primat ne se trouvât jointe à aucun des nombreux exem- 
plaires que l'on possède du Miroir historial translaté par Jean de Vignay. 

« La chronique de Primat fournit sur l'histoire des règnes de saint Louis 
et de Philippe le Hardi un certain nombre de renseignements nouveaux. 
Ainsi elle contient un texte qui eût été décisif s'il eût été produit lors de la 
dispute qui s'éleva, il y a près de vingt ans, au sujet du cœur de saint 
Louis. Voici ce passage, qui confirme pleinement l'opinion soutenue alors 
par M. Letronne et M. de Wailly : « Et après tout ce, les varies de la 
« chambre du roy et tous les menistres et ceulz à qui l'office apartenoit 
« pristrent le corps du roy et le départirent membre à membre, et le firent 
« cuire si longuement en yaue et en vin que les os en cheirent tous blancs 
« et tous nez de la char et en povoient bien estre ostez de leur gré sans 
« force faire; et les entrailles furent envoiées es parties de Secille, à .iiii. 
« lieues de Paunorie (sic) la cité, en une abbaie de l'ordre de Saint Benoit 
« qui est dite Montroyal, pour estre là mises en tombel. Et les messages 
« qui l'aportoient descendirent au port de Pannorie, et les chevaliers et 
« plusieux nobles hommes de celle cité les reçurent à grant joie, et les con- 
« voièrent très dévotement jusques à la dite abbaie, et le couvent de celle 
« abbaie vint sollempnelment à rencontre et reçurent le cuer et ces autres 
« entrailles de celui très dévot roy pour grant don et précieux. Et quant 
« l'office des mors fu acomplie, il mistrent tout en leur église moult con- 
« venablement et moult honnestement. Et les menistres et les varies du 
« pales du roy lavèrent les os du corps du roy moult très neitement et les 
« envelopèrent en dras de soie aveuques espices bien oudourans et les 



104 

« mistrent en sauf pour estre gardés dedens un sarquil à estre mis en un 
« tombel en l'église du benoit saint Denis Aryopagite en France, aveques 
« ses pares (sic) et les autres roys de France anciens, quant il en seroit 
« temps et lieu. » (Fol. 220-221.) Ainsi la distinction est bien nettement 
établie : les entrailles et le cœur furent déposés à Montréal, tandis que les 
ossements étaient envoyés à Saint-Denis. 

« Mais où la chronique de Primat présente un véritable intérêt, c'est 
lorsqu'on la compare avec celle de Guillaume de Nangis et avec les vies 
de saint Louis et de Philippe le Hardi, du même auteur. On acquiert alors 
la conviction que Guillaume d'e Nangis en a usé avec Primat comme il 
avait fait, pour les temps antérieurs, à l'égard de Vincent de Beauvais, 
c'est-à-dire qu'il l'a suivi partout, le copiant en certains endroits, l'abré- 
geant en d'autres. Ce point sera surabondamment démontré par la publica- 
tion complète de l'œuvre de Primat qui sera faite par MM. N. de Wailly et 
L. Delisle, dans le tome XXIII du Recueil des historiens de France. 

« Ainsi, la découverte de la chronique de Primat ajoute à nos connais- 
sances sur l'histoire des règnes de saint Louis et de Philippe le Hardi, 
attribue un ouvrage inconnu jusqu'à ce jour et d'une incontestable impor- 
tance à un personnage connu d'ailleurs, mais que l'on avait considéré jus- 
qu'à ce jour comme un traducteur ou même comme un simple copiste, et 
par contre diminue singulièrement la valeur de Guillaume de .Nangis. » 

— La notice de M. Harold de Fontenay sur un ancien jeu de cartes trouvé 
à Autun était imprimée quand M. Vallet de Viriville a remarqué au musée 
rétrospectif de l'Exposition des beaux-arts appliqués à l'industrie, un frag- 
ment de jeu de cartes qu'il croit digne de fixer l'attention des curieux. 

Cette nouvelle suite de cartes appartient à M. Évans, marchand d'anti- 
quités, et se compose de 14 cartes : les 4 rois, 3 dames (manque la dame 
de cœur), 4 valets, le 7 de carreau, le 5 de trèfle et le 8 de pique. Ce s 
cartes sont peintes à la main et richement décorées, par un procédé ana- 
logue à la gouache. Les costumes et le style paraissent attester la fin du 
règne de Louis XI, vers 1480. L'un des valets porte une casaque d'hermine 
pleine, et des fleurs-de-lis se montrent ailleurs çà et là. Notre confrère con- 
jecture, d'après cet indice, que ce jeu a été exécuté en Bretagne, et peut- 
être pour la cour de l'un des derniers ducs. Il n'a pas vu le revers, et ne 
peut dire s'il est taroté. Les personnages sont muets, c'est-à-dire sans ins- 
cription; il n'a découvert aucune trace d'impression, mais il n'a examiné 
ces objets qu'à travers la vitrine qui les renferme. 

— Notre confrère M. Paul Meyer a été nommé, le 10 novembre, auxi- 
liaire de l'Académie des Inscriptions , en remplacement de M. Héron de 
"Villefosse, démissionnaire. Il sera attaché aux travaux préparatoires de la 
publication du Gallia christiana, que M. Hauréau poursuit avec une si 
louable activité. 



MÉMOIRE SUR LA DATE 



ET LE LIEU DE 



NAISSANCE DE S. LOUIS, 



Lorsqu'au siècle dernier une vive polémique s'engagea au sujet 
du lieu natal de saint Louis , le docte abbé Lebeuf, qui plaidait 
la cause de la Neuville-en-Hez contre celle de Poissy, rappela 
incidemment que les savants n'étaient pas d'accord sur l'année 
où naquit ce grand roi , et que probablement ils ne le seraient 
jamais. Je suis porté à croire au contraire que cette question 
est du nombre de celles sur lesquelles il est possible de s'accor- 
der, parce qu'il y a des textes qui permettent de la résoudre, et 
qu'il n'y a pas de rivalités locales qui empêchent d'apprécier ces 
textes à leur juste valeur. 

En effet, que saint Louis soit né en 1214 ou en 1215, les habi- 
tants de Poissy et leurs partisans pourront toujours invoquer 
les lettres patentes de Philippe le Bel, et la tradition longtemps 
respectée qui semblait en être le plus sûr commentaire. De leur 
côté, leurs adversaires continueront de leur répondre que les 
lettres patentes de Louis XI, pour être plus récentes, n'en sont 
pas moins dignes de foi, et qu'elles empêchent de chercher ail- 
leurs qu'à la Neuville-en-Hez le lieu où saint Louis prit nais- 
sance. J'aurai donc grand soin de ne pas mêler ensemble deux 
questions qu'il vaut mieux aborder l'une après l'autre , et je 
commencerai par me renfermer daus le domaine paisible de la 
chronologie pour démontrer une vérité complètement inoffensive, 
avant de rentrer daus une discussion qui occupa de 1735 à 1738 
les lecteurs du Mercure de France. 

J'ai hâte aussi de le dire tout d'abord : l'opinion que je voudrais 
appuyer de quelques preuves nouvelles est celle que Tillemont 

II. (Sixième série.) 8 



106 

eût fait prévaloir depuis longtemps si, par une re'serve pleine de 
modestie, il n'eût déclaré ne pas vouloir abandonner, sans une 
entière nécessité, un sentiment qu'avaient adopté Du Cange, 
Labbe et d'autres savants * . Il se contenta donc de laisser voir 
qu'à son avis la véritable date de la naissance de saint Louis se- 
rait plutôt 1214 que 1215 ; mais il s'abstint de discuter la valeur 
relative des textes qui pouvaient être invoqués de part et d'au- 
tre. J'essayerai de montrer qu 'il faut préférer l'année 1 2 1 4 à toute 
autre. 

La seule énumération de tous les textes m'entraînerait trop 
loin, si je voulais n'en omettre aucun ; je m'occuperai donc seu- 
lement de ceux qui ne font pas double emploi avec d'autres, ou 
qui ont par eux-mêmes quelque autorité. 

Personne ne conteste que saint Louis naquit le 25 avril, jour 
de Saint-Marc ; lui-même l'a dit à Joinvilie, qui le répète dans 
son histoire, et d'autres documents confirmeraient au besoin ce 
témoignage. Au contraire, quand il s'agit de l'année de sa nais- 
sance, les textes mènent à cinq calculs différents. Je commence 
par les moins autorisés. 

Saint Louis serait né en 1216, s'il n'avait eu que dix ans à 
peine quand on le couronna, le 29 novembre 1226 : c'est là le 
calcul auquel conduisent les expressions employées par le célèbre 
chroniqueur Mathieu Paris, qui l'appelle puerum vix decennem 2 . 
Au contraire il faudrait remonter de 1216 jusqu'en 1212, si l'on 
ajoutait foi au témoignage de Philippe Mousket, qui affirme que 
le jeune roi, au moment de son sacre, avait un peu plus de qua- 
torze ans, Venfant qui n'avait oVeage que quatorze ans et petit 
plus 3 . Quoique ces deux auteurs soient contemporains, on ne 
doit guère s'étonner qu'ils se contredisent ainsi sur un fait de 
cette nature. On comprend en effet que Mathieu Paris, qui vi- 
vait en Angleterre, et Philippe Mousket, qui fit tout au plus de 
courtes apparitions à la cour de saint Louis pour y débiter quel- 
ques passages de sa Chronique rimée *. aient pu l'un et l'autre être 
trompés par des renseignements inexacts, qu'ils n'étaient pas en 
mesure de contrôler. 
Après ces dates extrêmes, vient celle de 1213, que Tillemont 

1. Vie de saint Louis, t. 1, p. 424. 

2. Hist. de Fr., t. xvn, p. 768, d. 

3. Ibid., t. XXII, p. 41, d, e. 

4. Ibid., t. XXII, p. 597, n. 4. 



107 

cite, sans s'y arrêter, à l'occasion d'un passage de la Chronique 
de Guillaume de Nangis, où il est dit que saint Louis n'avait pas 
encore quatorze ans accomplis quand il fut fait roi. Je ne m'y 
arrêterais pas davantage, si l'on n'avait ici d'autre témoignage 
que celui d'un compilateur dont l'exactitude laisse souvent à dé- 
sirer, et auquel on peut reprocher en outre de s'être contredit 
plus d'une fois, sur le point particulier dont je m'occupe ; en 
effet, au lieu de la quatorzième anne'e non accomplie, il parle de 
la douzième dans ses Gesta sancti Ludovici • , et de la treizième, 
dans sa chronique abrégée 2 . Laissant provisoirement de côté 
ces deux derniers calculs, je reviens à celui que Guillaume de 
Nangis a recueilli dans sa Chronique, et je fais observer qu'on 
en retrouve l'équivalent dans le Spéculum Historiale de Vincent 

de Beauvais, où on lit: «Ludovicus prima Dominica Ad- 

« ventus coronatur in regem, qui xmi annum œtatis suœ 

« completurus erat in festo sancti Marci evangelistae proximo 
« sequenti 3 . » C'est évidemment à la même source qu'a puisé le 
Ménestrel du comte de Poitiers, quand il a dit : « Icil Loeys de- 
« voit acomplir le quatorsisme an de son aage en l'ensivant 
« feste saint Marc l'evangeliste * . » Il est donc certain que, du 
vivant de saint Louis, il y avait des textes historiques qui, en lui 
attribuant un peu plus de treize ans à l'époque de son avènement, 
faisaient implicitement remonter sa naissance à l'an 1213. On 
peut comprendre dans cette catégorie une chronique anonyme 
appartenant à la première moitié du treizième siècle, où on lit 
qu'à la mort de Louis VIII, son fils aîné lui succéda ayant treize 
ou quatorze ans 5 . 

Tillemont aurait pu rappeler d'ailleurs que telle était aussi la 
tradition la plus autorisée sous le règne de Charles V, puisque, 
dans la fameuse ordonnance qui fixe à quatorze ans la majorité 
des rois de France, ce prince déclare que son aïeul et prédéces- 
seur, le bienheureux saint Louis, dans la quatorzième année de 
son âge, a pris le gouvernement du royaume, qu'il a reçu les 

1. Hist. de Fr., t. XX, 312, a, et 313, a. 

2. Ibid., 650, b. 

3. Ibid., t. XXI, p. 72, b; cf. t. XX, p. 544, d. 

4. Ibid., t. XVII, p. 432, d. 

5. « Cui successit lilius ejus Ludovicus, puer major natu, cum xm vel xim esset 
annorum, quia Karolus , qui major natu erat, jam detunctus erat. » (Ms. lat. 4998, 
fol. 28 v°, col. 1.) 

8. 



108 

hommages ou les serments de fidélité des prélats, des pairs et 
des autres vassaux; enfin qu'il a été oiut de l'onction du sacre 
royal et couronné ' . Il est certain , en effet, que saint Louis , dès 
son avènement, fut considéré comme majeur ; c'est à ce titre qu'il 
fut fait chevalier aSoissons avant le sacre 8 , qu'il eut un sceau de 
majesté pour valider toutes les lettres patentes, et qu'il fut tou- 
jours seul nommé dans les actes publics du gouvernement. En 
l'ait , la reine Blanche était régente ; en droit , son fils avait la 
plénitude de l'autorité royale, dès la première année de son 
règne. 

D'autres textes obligeraient, au contraire, à placer sa naissance 
en 1215; car ils expriment sans ambiguïté que le jeune roi, en 
succédant à son père, n'avait pas encore accompli sa douzième 
année. « IN'avoit-il pas douze ans encores 3 , » dit Guillaume 
Guiartdans sa Chronique rimée, chronique dont l'autorité ne 
peut guère être invoquée pour les faits antérieurs au règne de 
Philippe le Bel. L'autre texte est celui que fournissent, comme 
je l'ai dit tout à l'heure, les Gesta sancli Ludovici, de Guillaume 
de Nangis, où on lit dans le texte latin, qui nondum œtatis suse 
annum duodecimum attigerat, et dans le texte français, eu ter- 
mes plus précis , qui riavoit pas accompli le douzième an de son 
cage*. Un auteur encore moins ancien, qui écrivait sous Phi- 
lippe le Long, celui qu'on appelait autrefois l'Anonyme de Saint- 
Denis, et dont notre savant confrère M. Delisle a montré que 
le véritable nom pourrait être Yves, ramène à ce même calcul 
quand il dit que saint Louis mourut dans la quarante-quatrième 
année de son règne et la cinquante-sixième de son âge ; car ou 
doit admettre qu'il parlait d'une année incomplète pour l'âge 
comme pour le règne, c'est-à-dire que saint Louis avait, au 
25 août 1270, cinquante-cinq ans et quatre mois. Mais ce n'est 
pas dans ces trois témoignages réunis , qui pourraient tout au 
plus contrebalancer celui d'un contemporain comme Vincent de 
Beauvais, qu'il faut chercher le principal argument en faveur 
de l'an 1215. 

Le texte qui a dû déterminer Labbe et Du Cange, en même 
temps qu'il a pu faire hésiter Tillemont et l'empêcher d'insister 

1. Ordonn., t. VI, p. 28. 

2. Tillemont, t. I, p. 431. 

3. Bis t. de Fr., t. XXII, p. 178, e bis. 

4. Ibid-, t. XX, 312, ô, et 313, a. 



109 

on faveur de son opinion personnelle, c'est un passage d'une 
chronique de Saint-Denis, finissant en 1292, et connue sous le 
titre de Brève Chronicon ecchsise Sancti Dionysii ad Cyclos pas- 
chales. Je transcris textuellement la mention relative à la nais- 
sance de saint Louis et celle qui la précède immédiatement. 

« MCCXÏV. Hoc anno, actum est bellum in Flandria, in quo 
« captus est a Philippo rege Ferrandus cornes Flandriœ, et cornes 
« Boloniœ, et multi alii. 

« MCCXV. Hoc anno, natus est Ludovicus rex, fdius Ludo- 
« vici régis, in festo sancti Marci evangelistae 4 . » 

Ce qui fait la valeur de ce texte, ce n'est pas seulement que 
la naissance de saint Louis y est marquée à la Saint-Marc de 
l'année 1215, c'est encore qu'elle est indiquée comme posté- 
rieure à la bataille de Bouvines, livrée le 27 juillet 1214. Ces 
deux événements sont rapportés dans le même ordre par deux 
continuateurs anonymes de Robert du Mont 2 . Or l'un de ces 
continuateurs est tout à fait d'accord avec la Chronique aux cy- 
cles pascals, et l'autre, tout en altérant gravement la chronologie 
(puisqu'il met la bataille de Bouvines en 1209 et la naissance de 
saint Louis en 1210) confirme cependant au fond la date de 1215. 
On doit donc, en bonne critique, considérer ces trois textes 
comme concourant à fixer la naissance de saint Louis en 1215, 
parce que tous trois la placent dans Tannée qui a suivi la bataille 
de Bouvines. 

A ces textes, Tillemont oppose d'abord le Confesseur de la 
reine Marguerite, qui dit que saiut Louis, à la mort de son père, 
avait un peu plus de douze ans 3 , ce qui obligea fixer sa nais- 
sance en 1214. Dans un autre passage, qui mérite d'être cité 
textuellement, le même chroniqueur parle de l'âge qu'avait le roi 
en 1248, quand il partit pour la première croisade. «-. Et adon- 
« ques à celé première foiz, il passa la mer avecques les persones 
« devant dites et avecques moût d'autres ; et estoit adonques 
« de l'aage de trente quatre ans ou environ ; car l'en dit pour 



I. Hist. de Fr., t. XVII, p. 422, e, et 423, a. — Je dois faire observer que 
les dates MCCXIV et MCCXV n'appartiennent pas à la chronique, mais au canon 
pascal, en marge duquel elle a été comme échelonnée, nans ces opuscules, les dates 
consistent le plus souvent dans les mots hoc anno, qui tirent leur signification de 
l'année en regard de laquelle on les a inscrites. 

?.. Ibid., 345, a, et 348, a. 

3. Hist. de Fr., t. XX, p. 64, a. 



110 

« vérité que en cel an que li benoiez rois passa adonques la 
« mer, il ot en la feste de l'Inveneion Sainte Croiz trente-qua- 
.< tre anz ' . » Tillemont fait observer à ce propos que le Con- 
fesseur de la reine Marguerite, en rapportant que saint Louis 
eut trente-quatre ans au mois de mai 1248, témoigne ne le sa- 
voir pas bien 2 . Ce texte manque en effet d'exactitude, en ce qu'il 
semble fixer la naissance de saint Louis au 3 mai, au lieu du 
25 avril. Cependant il ne serait pas impossible qu'en 1248, lors- 
que le départ des croisés était déjà prochain, la fête de l'Invention 
de Sainte-Croix eût été célébrée avec plus de solennité en pré- 
sence du roi et des principaux personnages : on aurait pu alors 
rappeler l'âge qu'il avait ce jour-là, sans prétendre que ce fût 
son jour natal. En tout cas, cette erreur légère porte sur le jour 
et non sur l'année de la naissance, qui, pour le Confesseur de la 
reine Marguerite, était indubitablement l'année 1214. 

Mais, sans insister davantage sur ce point, j'arrive au texte 
qui a véritablement déterminé l'opinion de Tillemont. « Ce qui 
« paraît bien fort, dit-il, pour faire mettre la naissance de saint 
« Louis en 1214, c'est la charte de la dédicace de l'église de 
« Notre-Dame de Longpont, datée du dimanche 24 octobre 1227, 
« l'an 135 de la fondation de l'ordre de Cîteaux, l'an 46 de la 
« première fondation de Longpont, le premier du pontificat 
« de Grégoire IX, le premier aussi du règne de saint Louis qui 
« y était présent, et le quatorze de son âge. Je ne vois pas 
« ce qu'on peut répondre à cette autorité, si l'on ne veut dire 
« qu'il y a faute de copiste dans le nombre quatorze, comme il 
« y en a sans doute dans celui de quarante-six pour la fondation 
« de Longpont, que les Sainte-Marthe mettent en l'an 1131 ou 
«< 1132, quatre-vingt-quinze ou quatre-vingt-seize ans avant 
« 1227 3 . » C'est après avoir déclaré ainsi son véritable senti- 
ment que Tillemont ajoute : « Néanmoins, comme Du Cange, 
« Dupleix, le père Labbe et d'autres nouveaux s'accordent à 
« mettre la naissance de saint Louis en 1215, nous ne voulons 
« pas abandonner, sans une .entière nécessité, une opinion reçue 
« aujourd'hui généralement, et fort autorisée des anciens. » 
Si je montre qu'il n'y a pas faute de copiste dans le chiffre 

1. Hist. âeFr., t. XX, p. 67, b, c. 

2. Tillem., t. II, p. 423. 

3. Ibid. Je ferai observer en passant qu'il était bien facile de confondre les chif- 
fres romains XLV1 et XCVI. 



111 

quatorze, et que l'âge du roi est exactement déterminé par cette 
charte solennelle, on reconnaîtra qu'il y a entière nécessité de 
se rallier à l'opinion toujours si sûre de Le Nain de Tillemont. 
Le calcul chronologique de la charte de Longpont est confirmé 
dans ses éléments essentiels par une note tracée du vivant de 
saint Louis, en tète d'un registre du Trésor des chartes dont la 
Bibliothèque impériale avait recueilli quelques feuillets, qui se 
trouvent aujourd'hui aux Archives de l'Empire. En effet l'au- 
teur de cette note, qui était un clerc de la maison du roi, voulant 
constater la date d'une nouvelle compilation qu'il entreprenait, 
fait concourir l'an 1264 de l'ère chrétienne avec la cinquante et 
unième année de l'âge de saint Louis et la trente-neuvième de 
son règne. Or, la trente-neuvième année du règne ayant com- 
mencé le 29 novembre 1264, et l'année 1264 ayant duré jus- 
qu'au 4 avril 1265, veille de Pâques, il faut que saint Louis soit 
né le 25 avril 1214 pour que la cinquante et unième année de 
son âge ait concouru avec les premiers mois de la trente-neu- 
vième année de son règne. On acquiert d'ailleurs la conviction, 
en lisant cette note, que le rédacteur n'a rien négligé pour la 
rendre parfaitement authentique, et en faire un préambule digne 
du travail auquel il attachait tant d'importance : « Régnante 
« domino nostro Jhesu Christo, tempore illustris régis Frauco- 
« rum Ludovici, anno M°CG° sexagesimo quarto, anno etiam 
« œtatis ejusdem domini régis quinquagesimo primo, regni vero 
« ejusdem tricesimo IX , ordinata est haec nova compilatio re- 
« gistri continuata, veteri registro tempore inclitœ recordationis 
« régis Philippi avi ipsius domini régis confecto ' . » La parfaite 
concordance de ce texte avec la charte de la dédicace de l'église 
de Longpont ne permet plus de supposer qu'il ait pu se glisser une 
double faute de copiste dans les nombres qui expriment l'âge du 
roi, et autorise par conséquent à placer en 1214 la naissance 
de saint Louis. 

A cette preuve décisive je puis en ajouter une autre, qui n'est 
pas la seule dont je suis redevable à mon savant ami M. Delisle ; 
car son érudition, comme son obligeance, n'est jamais en défaut. 
C'est un passage tiré d'un fragment de chronique ajouté à la 
chronique de Godefroy de Viterbe, dans un manuscrit qui ap- 

1. Ce texte a été publié pour la première fois par M. Dessalles, Mém. présentés 
par divers savants, l r0 série, 1. 1, p. 374. 



112 

parlcnait aux Carmes déchaussés de Bordeaux. Une copie de ce 
fragment, faite par dom Estiennot, existe dans le manuscrit la- 
tin 12774 de la Bibliothèque impériale ; c'est là que M. Delisle 
avait depuis longtemps recueilli le passage suivant : « Anno 
« M.CC.XIIII, bellum de Bovinis VI calendas Augusti; et eodem 
« anno, XXVI die Aprilis, quœ fuit die Sabbathi, inter primam 
« et tertiam natus est Ludovicus, filius régis Ludovici ex Blan- 
« cha. » L'ensemble des faits contenus dans ce fragment et la 
date de 1223 où il s'arrête, semblent indiquer qu'il a été rédigé 
en France dans la première partie du treizième siècle. En tout 
cas, le passage relatif à la naissance de saint Louis dérive d'une 
autre source que ceux dont j'ai parlé plus haut, car aucun autre 
n'indique ni le 26 avril, ni l'heure de la naissance. De là, une 
double difficulté dont je m'occuperai tout à l'heure ; mais je fais 
remarquer tout de suite que l'année 1214 est indiquée par trois 
caractères différents, par le millésime, par la bataille de Bouvi- 
nes et par la coïncidence du samedi avec le vingt-sixième jour 
d'avril. Tout cela est exact; ce qui peut ue pas l'être, c'est que 
saint Louis soit né le 26 avril au lieu du 25, jour de Saint-Marc. 
Il est vrai, qu'en 1215, la Saint-Marc tomba le samedi, mais pour 
trouver dans le passage que je viens de citer une telle coïnci- 
dence, il faudrait altérer le quantième du mois, en même temps 
que Je millésime, et surtout sortir de l'année où fut livrée la 
bataille de Bouvines, année que le texte affirme être celle même 
où naquit saint Louis. Il faut donc de toute nécessité ou rejeter 
le passage entier comme apocryphe , ou accepter l'année 1214 
avec les trois caractères qui la désignent clairement. 

Reste la difficulté que soulève la date du 26 avril. Doit-on 
préférer cette date à celle du 25 avril, jour de Saint-Marc, attestée 
par tant d'historiens, et par le témoignage personnel de saint 
Louis ? Cela me parait impossible. Mais au lieu de supposer que 
l'écrivain s'est trompé de jour, on peut admettre (ce qui n'est 
pas sans exemple) qu'il a compté le samedi 26 à partir du cou- 
cher du soleil, et que les heures désignées par les mots prima et 
tertia sont la première et la troisième heure de la nuit. Du Cange 
au mot Tertia, constate, par un exemple tiré d'une lettre de ré- 
mission de 1389, qu'on appelait tierce de nuit, la troisième heure 
après le coucher du soleil. Quant aux fêtes ecclésiastiques, tout 
le monde sait qu'elles commencent la veille par le chant ou la 
récitation des premières vêpres : or il est certain que cette jour- 



113 

née liturgique se trouve quelquefois marquée dans les dates au 
lieu de la journée civile. J'en donnerai une preuve seulement, 
pour ne pas m'arrêter trop longtemps sur un point qui ne se 
rattache qu'indirectement au sujet de ce mémoire. 

Philippe le Long mourut en 1322 dans la nuit du 2 au 3 jan- 
vier * , et, suivant le témoignage de Bernard Guidonis, dans la 
première partie de la nuit 2 . Il en résulte que d'après l'usage 
moderne cet événement serait daté uniformément du samedi 
2 janvier. Telle est la date qui lui est assignée dans une chroni- 
que anonyme finissant en 1356 (le samedi n e jour de janvier 3 ), 
dans un fragment historique tiré du registre Pater de la Chambre 
des comptes (secunda die Januarii *), dans la Table de Robert 
Mignon (usque ad diem II Januarii qua obiit*). Mais en même 
temps le 3 janvier se trouve indiqué par le Continuateur de Guil- 
laume de Nangis, et par celui de Gérard de Frachet (tertia die 
Januarii circa mediam noctem °), par les Chroniques de Saint- 
Denis (le tiers jour de janvier qui fu le dimenche des octaves de 
saint Jehan Vevangeliste entour mie nuit 7 ), par Jean de Saint- 
Victor (tertia die Januarii ante noctis médium 8 ). C'est évidem- 
ment le même jour qui est appelé par les uns le samedi 2, et par 
les autres le dimanche 3, parce que la journée liturgique du di- 
manche avait commencé la veille après le coucher du soleil. Voici 
le texte de Bernard Guidonis, qui dit expressément que cette pre- 
mière partie de la nuit appartenait au dimanche : « Praefatus 
Philippus rex obiit tertia die intrantis mensis Januarii, in prima 
parte noctis Dominicœ diei 9 . » Je n'hésite donc pas à croire qu'en 
présence des textes positifs qui placent au 25 avril la naissance 
de saint Louis, il faut admettre que le continuateur anonyme de 
Godefroy de Viterbe a marqué la journée liturgique du samedi 
26 avril au lieu du vendredi 25. En résumé, il demeure certain 
que saint Louis naquit le 25 avril 1214, et l'on peut croire que 
sa naissance arriva de sept à neuf heures du soir. 

1. Aride vérif. les dates, 1, 592. 

2. Hist. de Fr., t. XXI, 732, g. 



t. XXT, p. 57, g, h. 



:;. 


Ibid. 


p. 140, g. 


h. 


Ibid., 


p. 404, c. 


5. 


Ibid. 


p. 523, à. 


0. 


Ibid. 


t. XX, p. 630, b, c 


7. 


Ibid. 


t. XX, p. 700, A. 


S. 


Ibid. 


t. XXf, p. 674, h. 



9. Ibid.,i>. 732, ; 



114 

J'ajoute, avant de passer à une autre question, que cette date 
de 1214 se concilie avec des textes qui méritent toute confiance, 
et que je n'ai pas eu occasion de citer jusqu'ici. Ainsi, quand 
Geoffroy de Beaulieu dit que le fils de Blanche, en succédant à 
son père, n'avait qu'environ douze ans ' , rien n'oblige à compren- 
dre qu'il parle de douze ans commencés plutôt que de douze ans 
révolus. Il en est de même de la bulle de canonisation, où il est 
appelé puer cir citer duodecim annorum. Aussi Tillemont consi- 
dère-t-il ces deux textes comme s' accordant aussi bien avec la date 
de 1214 qu'avec celle de 1215 2 . Mais il n'aurait pas dû compter 
parmi les textes qui justifient l'année 1215 un autre passage de 
la même bulle où il est dit que saint Louis, lorsqu'il partit pour 
la croisade en 1248, avait atteint la trente-quatrième année de 
son âge : cum tricesîmum quartum annum attigisset œtatis. Le mot 
attigisset, dans ce passage, comme dans les Gesta sâncti Ludovici 
que j'ai déjà cités, peut signifier avait accompli; car c'est ainsi, 
comme je l'ai fait observer plus haut, qu'il est traduit dans la ver- 
sion contemporaine attribuée àGuillaume de Nangis 3 . En adoptant 
cette interprétation, ce deuxième passage de la bulle se concilie, 
comme le premier, avec la date de 1214. Cet accord peut se véri- 
fier une troisième fois lorsque Boniface VIII dit que saint Louis 
était dans sa trentième année ( in tricesimo anno constitutus ) au 
moment où il prit la croix, c'est-à-dire au mois de décembre 
1244 : il faut seulement entendre qu'il s'agit toujours ici, comme 
dans les deux autres passages, d'une année accomplie ; en effet 
saint Louis avait alors trente ans révolus, en supposant qu'il fût 
né le 25 avril 1214. 

On voudrait faire cadrer avec cette date le calcul de Vincent de 
Beauvais ; mais le texte du Miroir historial oblige à faire remon- 
ter la naissance du roi jusqu'en 1213. Il est vrai que dans son 
abrégé, connu sous le titre de Mémorial, il donne à saint Louis 
treize ans au mois de novembre 1226, et qu'on pourrait soutenir 
qu'il parle de treize ans non révolus ; mais il est plus naturel de 
croire qu'il a suivi le même calcul dans ses deux ouvrages. Il faut 
donc reconnaître que Vincent de Beauvais, contemporain de saint 

1 . « Cum non haberet nisi circiter duodecim annos. » Bist. de Fr., t. XX, p. 4, d. 

2. De ce nombre est la chronique anonyme de Saint- Médard de Soissons, rédigée 
sous le règne de saint Louis, où on lit : « Ludovicus puer duodecim vel xm anno- 
rum, filius ejus, ei successit. » (Ms. lat. 4998, fol. 30 v°, col. 2.) 

; 3. Hist. de Fr., t. XX, p. 313, a. 



115 

Louis, ne le croyait pas né en 1214 ; seulement je ferai observer 
que son témoignage s'accorde encore bien moins avec la date de 
1215 qu'avec celle de 1214. Il est d'ailleurs compensé par celui 
d'un autre chroniqueur dominicain, de Jean de Colonne, qui était 
aussi contemporain, puisqu'il entra vers 1226 dans l'ordre des 
frères Prêcheurs. On lit dans sa Mer des histoires, que saint 
Louis, quand il monta sur le trône, n'avait pas encore treize ans 
révolus, nondum tertium decimum annum compïeverat 1 . Au 
quatorzième siècle, Bernard Guidonis suivit dans sa chronique 
générale le calcul de Vincent de Beauvais, dont il transcrivit les 
propres expressions, quand il parla de l'âge de saint Louis en 
1226. Au contraire, en parlant de la mort du saint roi, il fait 
concourir la cinquante-septième année de son âge avec la qua- 
rante-quatrième année du règne, ce qui ne peut être exact qu'en 
prenant l'année 1214 pour date de la naissance. 

Le même auteur a noté expressément cette année 1214, dans 
deux opuscules qui sont beaucoup moins connus que ses chroni- 
ques. L'un est une Notice de l'état de l'ordre de Saint-Domini- 
que tel qu'il était en 1303 après l'érection de six nouvelles pro- 
vinces. Bernard Guidonis, au lieu d'inscrire simplement la mai- 
son de Poissy dans la liste des. monastères de femmes de la 
province de France, rappelle brièvement qu'elle fut fondée par 
Philippe le Bel en l'honneur de son aïeul ; et il trace, à cette 
occasion, une courte biographie du saint roi, dont il place la 
naissance en 1214, tout en répétant le calcul de Vincent de Beau- 
vais qui ne s'accorde pas avec cette date 2 . L'autre opuscule, que 
je crois inédit , est la plus courte des deux vies de saint Louis, 
que Bernard Guidonis a fait entrer dans la quatrième partie de 
son Spéculum sanctorale, ouvrage dont j'aurai occasion de re- 
parler bientôt- 

Ce serait allonger inutilement ce mémoire que de poursuivre 
l'énumération des textes qui autorisent à placer la naissance de 
saint Louis en 1214. Ce point de chronologie est mis hors de 
doute par l'accord que j'ai signalé entre la charte de Longpont et, 
la date solennelle inscrite, sur un registre du Trésor des chartes, 
par un clerc de la maison du roi. Le continuateur de Godefroy 
de Viterbe permet d'y ajouter un renseignement nouveau sur 

1. Mss. latins 4912, 4914 et 4915. 

2. Ëchard, 1. 1, p. vi. 



116 

l'heure où naquit saint Louis ; et comme il mentionne cette nais 
sance après la bataille de Bouvines, tout en la datant expressé- 
ment de la même année, il aide ainsi à expliquer de la manière la 
plus probable ce qui a pu causer l'erreur commise dans la chro- 
nique aux Cycles pascals et la chronique de Normandie, où les 
deux faits se succèdent dans le même ordre, mais datés chacun 
d'une année différente. Je crois donc avoir justifié de tout point 
le sentiment de Tillemont , et levé le seul scrupule qui pût 
l'arrêter dans sa préférence pour l'année 1214. 

J'arrive maintenant à la question du lieu de naissance de 
saint Louis, qui est tout à fait indépendante de l'autre, et qui en 
diffère essentiellement. En effet, il m'a été facile, si je ne m'a- 
buse, de montrer que, malgré les témoignages contradictoires 
des anciens chroniqueurs , et les doutes de la critique moderne, 
on peut arriver à connaître avec certitude la date de la naissance 
de saint Louis ; tandis que, pour le lieu natal de ce roi, la longue 
controverse qui s'est élevée au siècle dernier a eu pour résultat 
de rendre obscur ou douteux un fait attesté par les textes du 
temps, et accepté jusqu'alors par tout le monde. Je voudrais 
montrer qu'une tradition longtemps ignorée parce qu'elle était 
renfermée dans l'enceinte étroite d'une paroisse, et dépourvue de 
preuves qui pussent lui donner une date certaine, ne doit point 
être préférée à une tradition publique, connue dans toute la 
France et attestée par les contemporains qui l'ont vu naître. Pour 
atteindre ce but, je commencerai par exposer l'origine et les 
phases principales de la discussion soulevée par M. Maillard, 
avocat au parlement de Paris, qui entreprit, sans s'y être suffi- 
samment préparé, de prouver que saint Louis naquit, non àPoissy, 
mais à la Neuville-en-Hez. 

Deux critiques éminents, Montfaucon et l'abbé Lebeuf, eurent 
le tort d'accorder leur confiance au mémoire fort incomplet que 
M. Maillard avait rédigé sur cette question, et de s'en approprier 
les conclusions plus que hasardées ; tant il est vrai que les para- 
doxes ont un attrait souvent irrésistible, même pour les meilleurs 
esprits. C'est dans le tome II des Monuments de la Monarchie fran- 
çaise 1 , publié en 1730, que Montfaucon se déclara hautement 
en faveur des prétentions élevées parles habitants de la Neuville- 
en-Hez. « Plusieurs auteurs des plus bas temps ont écrit, dit-il, 

1. P. 121. 



117 

que saint Louis était né à Poissi; mais M. Maillard, avocat, dans 
sa dissertation manuscrite, qu'il m'a communiquée, fait voir 
qu'aucun auteur du temps n'a dit qu'il soit né à Poissi, et rap- 
porte trois chartes, deux de Louis XI, l'une de 1468, l'autre de 
1475, et une troisième de Henri IV, 1601, où ces princes don- 
nent exemption de tailles et impôts pour quelque temps aux ha- 
bitants de la Neufville-en-Hez dans le Beauvoisis, en considéra- 
tion de ce que saint Louis était né dans ce lieu , en la manière , 
disent-ils, que les prédécesseurs de ces habitants avaient joui de 
la même exemption : ce qui semble ne laisser aucun doute qu'il 
ne soit né en ce lieu. » 

Par une lettre datée d'Auxerre et publiée dans le Mercure de 
France de janvier 1 733 4 , un voyageur qui ne se nommait pas, mais 
qui était certainement l'abbé Lebeuf, se déclara aussi pour les 
conclusions de M. Maillard 2 , mais d'une manière générale, et 
sans entrer dans le détail plus que ne l'avait fait Montfaucon. 
Celui-ci eut le bon esprit de ne pas compromettre davantage 
l'autorité de sa haute critique, et il ne prit aucune part à la con- 
troverse qu'on vit bientôt s'élever ; tandis que l'abbé Lebeuf, se 
croyant sans doute trop engagé pour reculer, n'abandonna qu'en 
1738 une discussion qui fait à coup sûr plus d'honneur à son 
érudition qu'à son jugement. 

C'est au mois de février 1735 que M. Maillard, encouragé par 
les éloges de ces deux grands critiques , laissa paraître, s'il ne 
publia pas lui-même dans le Mercure 3 , un extrait de sa disser- 
tation, qui avait acquis dès lors de la célébrité dans le monde sa- 
vant, et par conséquent aussi une grande importance aux yeux 
de l'auteur. Cet extrait montre assez qu'il ne connaissait pas, sur 
la question, d'autre texte ancien que celui de Guillaume de Nau- 
gis. Comme ce texte parle seulement du sacrement de baptême 
que saint Louis s'honorait d'avoir reçu à Poissy, et non de sa 
naissance, M. Maillard en conclut qu'on a eu tort de confondre 
deux faits si différents, et il énumère longuement tous les au- 
teurs qui sont tombés dans cette méprise, entre autres La Chaise, 
Du Cange, Mabillon, jusqu'à Baillet, « qui n'est pas excusable, 
« dit-il, d'avoir tû la tradition de sou pays natal *. » Comment 

1. P. 36 à 49. 

2. P. 41. 

.;. V. 283 à 2U0. 
i. P. 287. 



118 

s'expliquer en effet que Baillet, né à la Neuville-en-Hez, n'eût pas 
voulu reconnaître et proclamer que saint Louis y était né aussi, 
lorsque ce fait était attesté par des lettres patentes de Louis XI 
du 12 août 1468 et du 13 octobre 1475, corroborées d'une con- 
firmation de Henri IV * en 1601 ? 

Au mois de novembre suivant, le Père Matthieu Texte, domi- 
nicain , publia dans le Mercure 2 , sous la forme d'une lettre 
adressée à une religieuse de Poissy , sa première réponse à 
M. Maillard, moins sans doute par zèle pour la science histori- 
que, que dans l'intérêt du couvent de Poissy, qui était de son 
ordre, et qui tenait à conserver intacte une tradition jusqu'alors 
incontestée. Il apprit à M. Maillard, qui ne s'en doutait pas, et 
probablement aussi à l'abbé Lebeuf, qui n'avait pas pris la peine 
de s'en assurer, que la naissance de saint Louis à Poissy était 
attestée 1° par Guillaume de Chartres, qui rappelle que le saint 
roi se disait lui-même originaire du diocèse de Chartres, de Car- 
notensi diocesi oriundus 3 ; 2° par Bernard Guidonis, qui dit ex- 
pressément, dans une Notice de l'état de l'ordre de Saint-Domi- 
nique en 1303, que saint Louis est né à Poissy, apud Pissiacum 
natus est" ; 3° dans la charte de fondation du couvent de 
Poissy, où Philippe le Bel fait valoir, comme motif de cette fon- 
dation, l'affection que son aïeul avait pour le lieu de son origine, 
originis suœ locum 5 . A ces arguments décisifs, le Père Texte 
ajouta quelques considérations accessoires, faisant valoir surtout 
l'opinion de Baillet, qui s'était décidé contre la Neuville-en-Hez, 
lieu de sa naissance, quoiqu'il n'ignorât pas l'existence des let- 
tres de Louis XI, citées par lui en note à la page 379 de son se- 
cond volume. L'adversaire de M. Maillard faisait aussi observer 
que le roi avait pu être mal informé, qu'il était difficile de com- 
prendre pourquoi Blanche aurait fait ses couches à la Neuville- 
en-Hez, dont Thibaut VI, comte de Blois, avait joui jusqu'en 
1218. Aurait-elle entrepris un voyage de quinze lieues quand 
elle était parvenue au terme de sa grossesse? ou bien, si son 
enfant était né à la Neuville , comprendrait-on qu'on ne l'y eût 

1. Ces actes avaient été signalés pour la première fois par M. Simon, conseiller au 
présidial de Beauvais, dans ses Additions à l'histoire du Beauvaisis, p. 46. 

2. P. 2400 à 2422. 

3. Hist. de Fr., t. XX, p. 35, d. 

4. Échard, t. I, p. vi. 

5. Gall. Christ., t. VIII, col. 373- 



119 

point baptisé immédiatement, plutôt que de le transporter à Poissy 
au risque de le voir, pendant le trajet, mourir sans baptême ? 

La réplique de M. Maillard ne parut que sept mois plus tard, 
dans le Mercure de juin 1736 4 . C'était le plaidoyer d'un ancien 
avocat, qui argumentait comme on pouvait le faire au parlement. 
« On distingue, disait-il, deux sortes de preuves, une affirmative 
« et une équivoque ; mais en concurrence de deux preuves, l'af- 
« firmative l'emporte sur l'équivoque 2 . » Or, selon M. Maillard, 
les preuves affirmatives étaient celles que les actes de Louis XI 
et de Henri IV fournissaient en faveur de la Neuville-en-Hez ; 
elles devaient être préférées sans hésitation aux preuves équivo- 
ques tirées de ce que Poissy avait été appelé le lieu d'origine de 
saint Louis ; en effet, ajoutait-il : « le lieu d'origine de l'enfant 
« n'est pas celui où il prend naissance, mais celui où son père 
« avait son domicile principal au jour de la naissance de l'en- 
« fant 3 . » M. Maillard citait à ce propos un passage de Tite-Live, 
qui rapporte que deux enfants nés à Carthage d'un père syracusain 
furent considérés comme Syracusains. Il en résultait naturelle- 
ment que saint Louis était originaire de Poissy, quoique né à 
la Neuville-en-Hez, parce que le principal domicile de Louis VIII 
était alors à Poissy. 

Le Père Texte, quoiqu'il eût pu s'en dispenser sans inconvé- 
nient, répondit à cette argumentation au mois de décembre sui- 
vant 4 : mais l'abbé Lebeuf comprit que s'il n'intervenait pas 
dans ce débat , la cause de la Neuville-en-Hez était perdue sans 
ressource par l'éloquence parlementaire de M. Maillard. Il pu- 
blia donc, au mois de mars 1737 5 , une dissertation étendue où il 
entreprit de réfuter tout ce qu'avait dit leur adversaire commun. 
Il commença par donner le texte des lettres de Louis XI et de Hen- 
ri IV, en faisant remarquer qu'il était dit dans ces dernières, non- 
seulement que saint Louis était né à la Neuville, mais qu'à cette 
considération il avait accordé aux habitants des droits d'usage 
dans la forêt de Hez, et une exemption de toutes tailles et impo- 
sitions. Le malheur avait voulu, il est vrai, que les originaux 
fussent perdus pendant le siège soutenu par le château au com- 

t. P. 1327 à 1337. 

2. P. 1327. 

3. P. 1331. 

4. Mercure de décembre 1736, p. 2595 à 2606. 

5. P. 412. 



120 

mencement du règne de Henri IV, mais la tradition qui s'était 
eonservée n'en remontait pas moins au règne de saint Louis. 
Qu'opposait-on à ces titres respectables ? un Guidonis « dont les 
« ouvrages historiques sont remplis d'une inexactitude qui leur a 
« attiré le mépris des savants l , » un écrivain qui se montre par- 
tout un compilateur sans goût, sans critique, sans discernement 2 . 
Pourquoi élever des difficultés sur le voyage qu'aurait fait Blan- 
che de Castille ? Lui était-il défendu d'aller, sur la fin de sa gros- 
sesse, à la Neuville rendre visite à Catherine, comtesse de Blois, qui 
en était dame ? S'imaginerait-on que les princesses de ce temps- 
là redoutaient un voyage ? Est-ce que Marguerite de Provence 
n'est pas accouchée d'un fils à Damiette? Isabelle d'Aragon n'a- 
t-elle pas fait une fausse couche en Italie, à son retour de Tunis, et 
Marie de Luxembourg, quand elle accoucha avant terme en 1323, 
n'accompagnait-elle pas Charles le Bel dans son voyage de Lan- 
guedoc ? Qui empêche donc de croire que Blanche de Castille soit 
accouchée subitement à la Neuville , et que son enfant ait été 
porté à Poissy pour y recevoir avec plus de décence et de céré- 
monie le sacrement du baptême ? 

L'abbé Lebeuf fait remarquer ensuite que la Neuville n'était 
pas une localité sans importance, qu'elle avait son cartulaire 
conservé à la Bibliothèque du roi, où il a lu des lettres de saint 
Louis du mois de mars 1258, en faveur du chapelain du château 3 ; 
que Baillet ignorait certainement l'existence des lettres patentes 
de Louis XI et de Henri IV, car la note où il en est question a été 
insérée pour la première fois dans une édition de la Vie des Saints, 
publiée en 1715 , plusieurs années après sa mort. Quant au lieu 
d'origine, l'abbé Lebeuf abandonne prudemment l'argument des 
deux Syracusains nés à Carthage ; mais il prétend qu'il faut l'en- 
tendre de la naissance spirituelle de saint Louis, c'est-à-dire du 
lieu où le baptême lui fut administré. Il interprète de la même 
manière le texte de Guillaume de Chartres, et, attendu que tous 
les autres chroniqueurs sont muets sur le lieu natal de saint Louis, 
il conclut qu'on n'en peut rien dire de positif, pas plus que sur 
l'année de sa naissance, où leurs contradictions ne permettent pas 
d'arriver à une certitude absolue. En histoire, il faut souvent , 



1. P. 424. 

2. P. 425. 

3. P. 430. 



121 

selon lui, se re'siguer au doute, et ne pas prétendre tout savoir 
comme le Père Texte, qui affirme que Blanche de Castille était 
dans le neuvième mois de sa grossesse, tandis que saint Louis a 
pu naître à sept mois comme saint François de Sales, qui n'en a 
pas moins vécu cinquante ans. 

Grâce à la solidité de sa cause, le Père Texte montra bientôt * 
qu'il était capable de tenir tète à un si rude jouteur. Au jugement 
injuste et presque injurieux que l'abbé Lebeuf, dans la chaleur 
de la discussion, avait exprimé sur Bernard Guidonis, il opposa le 
témoignage deBaluze et d'autres juges compétents : cette réparation 
était dueâlamémoire d'un écrivain modeste etlaborieux, qui arendu 
de véritables services. Notre illustre confrère Bréquigny, tout en 
lui reprochant de manquer de discernement, louait cependant son 
exactitude à recueillir les faits, en même temps que sa critique 
attentive à comparer les dates, et il jugeait indispensable d'ex- 
traire de sa chronique tout ce qui appartient à notre histoire 
pour l'insérer dans la collection des Historiens de France 2 . Si 
l'abbé Lebeuf avait manqué d'équité, il n'avait pas non plus fait 
preuve de bonne critique en persistant à rechercher le sens 
des mots oriundus et origo dans la bonne latinité, et le Père Texte 
multipliait les exemples que les textes du moyen âge fournis- 
saient à l'appui de sa cause. Enfin il prouvait que c'était bien du 
vivant deBaillet, dans une édition de 1704, qu'avaient été cités 
les actes royaux de Louis XI et de Henri TV, rendant ainsi la le- 
çon de bibliographie que son adversaire s'était mal à propos flatté 
de lui donner. 

Au mois de mars 1738, un voyageur, dont il était facile de 
deviner le nom, apprenait aux lecteurs du Mercure 8 , qu'il avail 
voulu lire toutes les anciennes vies de saint Louis conservées à la 
Bibliothèque du roi , sans excepter celle qui a été rédigée par 
Bernard Guidonis dans son Catalogue des rois de France, et qu'il 
n'en avait trouvé aucune qui le fit naître à Poissy. « Je suis fort , 
« porté à croire, ajoutait-il, que l'endroit où cela se trouve, et 
« qu'on lui attribue, est une addition faite par quelque écrivain 
« postérieur 4 . » Le même voyageur s'étonnait qu'on voulût à 
toute force s'appuyer de Baillet pour combattre les actes de 

1. Mercure de juin 1737, p. 1338 à 1350. 

1. Notices des manuscrits, t II, p. 11, 15 et 18. 

:;. P. 428 à 430 et 421 à 432, à cause de la répétition des pages 421 à 430. 

4. P. 422. 

II. (Sixième série.) > 



122 

Louis XI et de Henri IV. Il est vrai que cet écrivain vivait en 
1704, mais il était bien mal portant, et il a parlé de ces actes 
sans les connaître. « S'il n'a pas insisté, disait l'abbé Lebeuf sur 
« le mérite des chartes de la Neuville, il n'en a point non plus 
« dit de mal 1 . » 

J'arrive enfin au terme de cette discussion. Après une nouvelle 
réponse du Père Texte 2 , destinée surtout à faire connaître le 
texte complet des chartes de Philippe le Bel, dont on lui avait re- 
proché de ne donner que des lambeaux, l'abbé Lebeuf rentra 
une dernière fois dans la lice 3 sous son véritable nom, unique- 
ment pour se ménager une retraite honorable. Les actes dont on 
venait enfin de faire connaître le texte intégral étaient-ils bien 
des originaux ? il lui était permis d'en douter. En tout cas cela 
ne changeait rien au sens des mots oriundus et on'^o, en sorte qu'il 
persistait plus que jamais dans son opinion. Mais il avait témoi- 
gné déjà que la matière était ingrate et assez peu intéressante ; 
il engageait le Père Texte à n'y plus revenir, et à traiter quelque 
autre sujet, par exemple à expliquer pourquoi les prêtres domi- 
nicains sont dans l'usage de se communier de la main gauche 4 . 
Les lecteurs du Mercure s'y intéresseraient plus qu'à des redites 
sur la question qu'ils avaient assez entendu débattre. Pour lui il 
croyait leur être agréable en leur apprenant qu'il avait vu dans la 
petite église de Garches une inscription constatant qu'elle avait été 
fondée en l'honneur de saint Louis le vendredi après Reminiscere 
de l'an 1297 (vieux style) 5 , et que par conséquent les frères Prê- 
cheurs d'Évreux revendiquaient à tort pour leur église l'honneur 
d'avoir été , la première en France , dédiée au nom du saint roi. 
En décochant ce trait de Parthe au Père Texte avant de quitter 
le champ de bataille, l'abbé Lebeuf n'était peut-être pas bien ins- 
piré. Il croyait être certain que l'église des Dominicains d'Évreux 
avait été dédiée au plus tôt en 1299, ainsi que semble l'annoncer 
le titre d'une relation de miracles, réimprimée de nos jours dans 
le vingtième volume des Historiens de France (p. 41). Mais, quoi- 
qu'il semble possible et naturel de rapporter à la dédicace de 
l'église la date qui termine ce titre, cette date désigne réellement 

1. P. 429. 

2. Mercure de juillet 1738, p. 1480 à 1491. 

3. Mercure d'août 1738, p. 1746 à 1755. 

4. P. 1750. 

5. P. 1751 ; cette date désigne le 7 mars 1 298. 



123 

le temps où les miracles sont arrivés. En effet, le manuscrit latin 
10872, qui est des premières années du quatorzième siècle, con- 
tient une vie de saint Louis et une relation de miracles divisée 
par leçons, où l'on voit que le mercredi 30 avril 1298, quinze 
jours avant l'Ascension (qui en cette année tombale 15 mai), un 
enfant noyé fut porté à l'église des frères Prêcheurs d'Évreux, nou- 
vellement dédiée * . Du moment où il est prouvé que cette dédi- 
cace est antérieure au 30 avril 1298, il est bien possible aussi 
qu'elle ait été faite avant le 7 mars 1298, date de la fondation de 
l'église de Garches. Mais j'abandonne cette question qui n'est pas 
de mon sujet, pour faire observer que le même manuscrit men- 
tionne aussi la naissance de saint Louis à Poissy, apud Pysiacum 
ubi prœdictus sanctus exstitit oriundus' 2 . C'est donc un témoi- 
gnage de plus qu'il faut ajouter à ceux qu'avait invoqués le dé- 
fenseur des Dominicains d'Évreux. 

Cette controverse, malgré le retentissement qu'elle avait eu, 
ne tarda pas, comme bien d'autres, à être complètement oubliée. 
En 1767, un des correspondants de dom Grenier, M. Lemoine, 
lui annonçait avoir fait une découverte relative au lieu natal de 
saint Louis : « Quoique les savants, disait M. Lemoine, aient dé- 
« cidé en faveur de Poissy, je vais vous citer des actes qui, si je 
« ne me trompe, demanderaient la réformation de ce jugement. » 
Ces actes n'étaient autres que les lettres patentes de Louis XI et 
de Henri IV, qui venaient d'être découvertes pour la seconde 
fois. Le mémoire de M. Lemoine a été publié de nos jours par 
la Société d'archéologie du département de la Somme 3 . Plus 
récemment, M. Ledicte Duflos , dans un mémoire sur les vitraux 
peints de l'arrondissement de Clermont, signalait à la pointe su- 
périeure de l'une des fenêtres de l'église de la Neuville-en-Hez, 
« un saint Louis en graud costume de roi , dont la présence à 
« ce point élevé , indique nécessairement, dit-il, que la verrière 
« détruite rappelait les principaux actes de la vie de ce saint per- 
« sonnage, qui ne pouvait pas manquer de trouver une apo- 
« théose dans l'église de la commune où il était né le 25 avril 
« 1215, et dont il a été constamment le bienfaiteur 4 . » On voit 



1. Fol. 72, c. 

2. Fol. 72, a. 

3. T. I, p. 274 et 275. 

4. Mémoires des antiquaires de Picardie, t. X, 1850, p. 105 et 106. 

9. 



124 

que le paradoxe soutenu par l'abbé Lebeuf conserve encore des 
partisans, et qu'il n'est pas superflu de le combattre par quel- 
ques arguments nouveaux. 

On ne doit pas s'étonner que M. Ledicte Duflos ait répété, sur 
l'autorité d'un tel critique, que saint Louis était né à la Neuville- 
en-Hez, et qu'il avait été constamment le bienfaiteur de cette 
commune. Mais, quand une fois on a reconnu comment l'abbé Le- 
beuf s'est trouvé amené à soutenir cette opinion, pour laquelle il 
s'était trop pressé de prendre parti, on a le droit d'appeler de ses 
ugements et d'en examiner de près les motifs. 11 admet que les 
chartes où saint Louis, en considération de sa naissance à la Neu- 
ville, accordait aux habitants une exemption d'impôts, ont péri 
malheureusement dans le siège qui fut soutenu au commence- 
ment du règne de Henri IV; mais il y a plusieurs motifs de re- 
jeter cette hypothèse. On peut se demander d'abord comment, 
les lettres de saint Louis périssant dans ce siège , celles de 
Louis XI ont pu se conserver. On s'explique plus difficilement 
encore pourquoi les chartes de saint Louis, existant jusqu'à la fin 
du seizième siècle, n'ont pas été vidimées, ou au moins alléguées 
plutôt qu'un simple ouï-dire, dans les actes où Louis XI relate 
la naissance de sou illustre prédécesseur à la Neuville. Enfin on 
ne comprend pas pourquoi elles n'ont pas été transcrites dans ce 
cartulaire que l'abbé Lebeuf a vu à la Bibliothèque du roi, et qui 
s'y conserve encore sous le n° 4663 du fonds français. J'y ai bien 
trouvé deux chartes de saint Louis concernant la Neuville-en- 
Hez, mais ce sont des confirmations de dons faits, avant sa nais- 
sance, au chapelain du château et au prêtre de la paroisse 1 . Faut -il 
croire que les chartes qui intéressaient le plus les habitants de la 
Neuville soient précisément celles qui, par une malheureuse coïn- 
cidence, ont péri dans le siège du château après avoir été ou- 
bliées par le rédacteur du cartulaire ? C'est là une concession 
qu'on peut sans scrupule refuser à l'abbé Lebeuf, parce qu'on est 
assuré qu'il ne l'aurait pas faite au Père Texte. 

Je ne lui accorderai pas davantage que les mots oriundus et 
origo doivent s'expliquer autrement qu'on ne les comprenait dans 
tous les autres textes du temps. Aux nombreux exemples cités 
dans le Mercure de France, j'en ajouterai un seul, tiré du Con- 
tinuateur de Guillaume de Nangis, qui raconte que Philippe le 

1. Fol. 93 ! I 115. 



1 25 

Bel, atteint de sa dernière maladie, se fit transporter à Fontaine- 
bleau, où il était né. Comment exprime-t-il cette pensée? « Tan- 
dem a suis apud Fontem Bliaudi, unde et oriundus, se deferri 
praeccpit '. » Le Continuateur de Gérard de Frachet dit, dans le 
passage correspondant, unde fuerat oriundus 2 , et Jean de Saint- 
Victor, ubi natus fuerat 3 . Donc le texte déjà cité de Guillaume 
de Chartres (de Carnotensi diocesi oriundus) signifie que saint 
Louis était né dans le diocèse de Chartres, c'est-à-dire à Poissy; 
donc le lieu de son origine dans la charte de Philippe le Bel si- 
gnifie le lieu de sa naissance. Donc enfin, lorsque le propre fils 
de saint Louis, Robert, comte de Clermont et sire de Bourbon, 
constituant une dot à sa fille Marie, religieuse à Poissy, déclare, 
dans une charte authentique du mois d'août 1*299, que ce mo- 
nastère a été fondé par Philippe le Bel pour honorer la mémoire 
du saint confesseur, originaire de ce lieu (apud Poissiacum ubi 
Chrisli confessor extilit oriundus), il faut bien admettre avec 
M. Huiliard-Bréholles, qui a fait valoir, le premier, ce texte im- 
portant, que Robert de Clermont désignait par là d'une manière 
incontestable le lieu où il savait pertinemment que son père était 
né 4 . Que peuvent contre de pareils textes les lettres patentes de 
Louis XT disant qu'on lui a affirmé que saint Louis est né à la 
Neuville? Un ouï-dire recueilli en 1468 doit-il obtenir plus de 
créance que le témoignage des contemporains ? 

Mais, dira-t-on, puisque l'abbé Lebeuf, à tort ou à raison, atta- 
chait un autre sens aux mots oriundus et origo, il vaudrait mieux 
lui opposer un texte qui dise expressément que saint Louis est 

1. Hist. de Fr., XX, p. 611, e. 

2. Ibid., t. XXI, p. 42, d. 

3. Ibid., p. 659, /. 

4. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 4 e trim. 1859, p. 176. Le 
même savant tire de cet acte une autre conclusion, c'est que la fondation du prieuré 
de Poissy ne peut se reculer jusqu'en 1304, puisque dès 1299 on y admettait des re- 
ligieuses, il a bien voulu m'indiquer, à l'appui du môme fait, une pièce des Olim 
(t. II, p. 447), constatant que le 21 décembre 1300, Philippe le Bel accordait au prieur 
de Saint-Germain-en-Laye un dédommagement pour une diminution de dîme causée 
par la fondation récente du monastère de Poissy. J'ai donc été induit en erreur 
quand j'ai pris à la lettre, dans la charte de 1304, le mot fundare, qui doit s'enten- 
dre seulement de la dotation plus ample d'une maison existant déjà depuis quelques 
années (Voyez Hist. de Fr., t. XXI, p. 635, n. 8 et 972). Il y a d'autres exemples de 
chartes du même genre qui se sont conservée», comme Charles de fondation, dans 
es archives des établissements dont elles avaient s ulement accru les revenus. 



126 

né à Poissy. Ce texte existe, et il est assez clair pour justifier 
la liberté que j'ai prise de combattre les opinions d'un savant 
qu'on trouve si rarement en défaut. Jean de Saint-Victor, qui écri- 
vait sous le règne de Philippe le Bel, parle en ces termes de la 
construction du monastère de Poissy commencée par ce prince en 
1298 : « Tune Philippus, rex Francorum, in honore sanctiprae- 
dicti Ludovici, avi sui, fecit apud Possiacum, ubi idem sanctus 
Ludovicus natus fuerat, aedificari monasterium egregium et famo- 
sum multis sumptibus et opère laborioso, ibidemque posuit so- 
rores de ordine Praedicatorum 1 . » 

Jean de Saint- Victor confirme donc en termes non équivoques 
ce que Bernard Guidonis a dit dans sa Notice sur l'état de son 
ordre en 1303, et ce qu'il a répété plus tard dans un autre opuscule 
qui aurait pu être cité pour éclairer cette discussion. En dédaignant 
ce témoignage, l'abbé Lebeuf oubliait que, si les chroniqueurs du 
moyen âge manquent souvent de discernement, il en est du moins 
qui se recommandent par l'exactitude et le désintéressement, qua- 
lités dignes d'estime, qui conduisent presque toujours à la vérité, 
et sans lesquelles les plus savants tomberaient nécessairement dans 
l'erreur. C'est ce qui est arrivé à l'abbé Lebeuf dans cette con- 
troverse où, contre son habitude, il a si mal employé les ressour- 
ces de sa dialectique. 

Il est cependant une objection qu'il était autorisé à faire, et a 
laquelle je dois répondre en terminant. « Je veux pour un mo- 
« ment, disait-il 2 , que Guidonis soit un bon auteur. Il a écrit 
« une vie de saint Louis ; pourquoi ne dit-il pas dans cette vie 
« que ce saint est né à Poissy ? » C'est parce que cette vie , la 
seule qui ait attiré l'attention de l'abbé Lebeuf, fait partie de la 
chronique principale où, selon la remarque judicieuse de Bré- 
quigny 3 , Bernard Guidonis a copié jusqu'en 1277 Martin Polo- 
nais. Au contraire, il avait pu se procurer d'autres renseignements 
quand il rédigeait, en 1303, sa Notice sur l'ordre de Saint-Domi- 
nique. Ayant à parler de la fondation récente du monastère de 
Poissy, il avait dû naturellement recueillir quelques détails de 
plus sur la personne de saint Louis. Après les avoir relatés dans 
cette Notice, il les a de nouveau mis en œuvre dans la courte 

1. ffist de Fr., t. XXI, p. 635, e. 

2. Mercure d'août 1738, p. 1749. 

3. Notices des manuscrits, t. II, p. 17. 



127 

composition que j'ai citée plus haut, et qu'il a insérée dans la 
quatrième partie de son Spéculum sanctorale sous le titre de 
Brevis chronica de progresm temporis sancti Ludovici. Or cette 
portion du Spéculum sanctorale, qui remplit le manuscrit latin 
5400, n'a été achevée qu'en 1329, comme le prouvent les remercî- 
ments adressés à l'auteur, le 21 juillet, par le pape Jean XXII, 
pour l'exemplaire qu'il venait de recevoir 1 . On sait d'ailleurs 
que Bernard Guidonis avait été chargé, dix ans auparavant 2 , de 
négocier la paix entre la France et la Flandre ; il avait donc été 
en position d'obtenir, et à la cour de Philippe le Long, et au mo- 
nastère de Poissy, les détails les plus exacts sur tout ce qui se 
rattache à la naissance de saint Louis. Voilà pourquoi j'ai atta- 
ché une importance toute particulière à son témoignage; c'est en- 
core ce qui m'engage à citer comme dernière preuve et comme 
résumé de ce mémoire le début de l'opuscule inédit où il a pu 
consigner le résultat de ses plus sûres informations. 

« Beatus Ludovicus rex Francorum illustris, hujus nomi- 
« nis IX US , alterius Ludovici régis, viri justi, et reginae Blanchœ 
« nomine filius , natus fuit , in gaudium, homo in mundo apud 
« Pissiacum, in festo sancti Marchi, anno Domini m°cc xiiii°. » 
(Ms. lat. 5406, fol. 155.) 3 

i. Fol. 1 du ms. 5406. 

2. Hist. de Fr., t. XXI, p. 730, n. 3. 

3. Puisque ce mémoire est destiné à déterminer avec plus d'exactitude quelques 
détails qui se rattachent à la naissance de saint Louis, il ne sera pas hors de propos 
de faire connaître ici le nom de sa nourrice. Cette particularité a été découverte par 
M. Huillard-Bréholles, dans un mandement de la chambre des comptes, adressé le 
31 août 1397, au vicomte d'Orbec, et portant que Jourdain Dujardin, héritier de 
Marie la Picarde, nourrice de saint Louis, jouira de la scrgenterie de Chambrois 
donnée à ladite Marie et à ses héritiers. (Archives de l'Empire, K, 54, n° 42.) 



NATALIS DE WAILLY. 



ADVIS 



ISABELLE DE BAVIÈRE. 



MÉMOIRE POLITIQUE ADRESSÉ A CETTE REINE VERS 1434. 



Le document que nous publions ci-après n'est pas seulement 
inédit * ; il y a, dans le texte dont il se compose, de quoi étonner le 
lecteur et le critique. Le titre qui précède se lit en lettres d'or sur 
le dos du ms. fr. 1223 de la Bibliothèque impériale , relié depuis 
peu de temps. Notre premier mouvement, en parcourant ce mé- 
moire politique, a été de révoquer en doute l'exactitude de cette 
attribution, tant il y a peu d'harmonie, comme on le verra bientôt, 
entre la portée morale de ce document et la mauvaise renommée 
de celle à qui le mémoire est adressé. 

Mais cette hésitation n'a pas tardé à cesser dans notre esprit. L'at- 
tribution donnée est parfaitement exacte, et nous devons tout d'a- 
bord en exposer les motifs ou fondements. 

Le mémoire en question se compose de 15 feuillets d'un parche- 
min de choix, de la dimension de nos in-4° (hauteur 29 cent, sur 
21 de largeur environ). La rédaction est française ; l'écriture, nette 
et soignée, est enrichie d'initiales et lettrines ornées. En un mot , 
quant à l'aspect matériel, nous ne nous figurerions pas autrement 
un placet ou mémoire destiné à être mis, au quinzième siècle, sous 
les yeux de l'ex-reine Isabelle. Ce document paraît être demeuré de 
tout temps dans la librairie des rois de France. Ainsi l'atteste une 

1. J'en dois la connaissance à mon excellent confrère, M. P. Meyer, qui a eu ré- 
cemment l'obligeance de me le signaler. 



129 

série d'inscriptions el de cotes, qui servent à remonter l'échelle des 
temps jusqu'aux plus anciennes traces de ce genre, lesquelles ne 
commencent à se régulariser, comme signes administratifs, que de- 
puis Charles VIII '. 

Quant aux preuves intrinsèques, elles sont évidentes. Henri V est 
mort; le mémoire s'adresse à la mère du roi; il fait allusion au 
connétable. . . Ces seules données suffisent pour exclure toute autre 
attribution possible que celle dont il s'agit. 

Ce document contient une suite de conseils offerts à la reine mère 
pour être transmis au roi Charles VII. Ils tendent tous à tirer le 
royaume de l'état presque désespéré où l'auteur constate que ce 
royaume est tombé. Pour faciliter les renvois auxquels nous devons 
nous-même et dès à présent recourir, nous avons ajouté un numéro 
d'ordre à chacun des 106 alinéas ou item que renferme cet opus- 
cule. 

Mais, avant d'entrer dans l'appréciation de l'œuvre, essayons de 
résoudre les questions qui tout d'abord se présentent à la pensée. 
A quelle époque et par qui ce mémoire a-t-il été rédigé? Une lecture 
attentive de ce document ne fournit, du moins pour nous, aucun 
moyen absolument précis de répondre à ces deux demandes. Mais 
nous pouvons aboutir d'une manière approximative, et voici par 
quelle voie nous procéderons. 

Il est fait allusion, dans le préambule, aux pilleries, toujours im- 
punies, des gens de guerre : « Le roy, y est-il dit, cognoist et aper- 
çoit comment il a esté déçu ou temps passé... et veut doresnavant 
vivre par bon conseil. » L'auteur propose de prendre avis des trois 
États du royaume. Ces différents synchronismes sont bien vagues et 
peuvent s'appliquer à divers temps. Je pense toutefois qu'ils convien- 
nent particulièrement à l'époque où Charles VII venait de se séparer 
de La Trimouille, ou mieux, pour être plus exact, à l'époque où le 
connétable et d'autres venaient de séparer La Trimouille du roi, par 
l'enlèvement de ce favori. La Trimouille fut enlevé au mois de juin 
1433, et peu après eut lieu une nouvelle convocation des états géné- 
raux. Nous inclinerions à penser que la rédaction de ce mémoire dut 

1 . Voici le relevé de ces cotes par ordre chronologique de leur iusertion : « Traicté 
à Madame la Régente pour le gouvernement de la maison du Roy et du royaulme 
de France. — Madame la Régente estoit Ysabel de Bavière, royne de France et 
mère du roy Charles Septième. Articles pour le gouvernement du Royaume. — 
N" MCCCXCVI. —(Timbre du roi : Bibliothecx regiae, 17 e siècle.)— 7424. — 1007, 
et enfin la cote actuelle : « 1223 Fr. » 



130 

suivre à courte distance l'explosion de cet événement, ou de ce coup 
demain politique. Orlsabeau de Bavière mourut le 29 septembre 
1435 *. Ainsi donc, si nos indications étaient adoptées, le point 
chronologique à fixer atteindrait une suffisante précision. 

Mais nous sommes beaucoup plus incertain, beaucoup plus em- 
barrassé pour le dernier point du problème, qui est la question 
d'auteur. L'ouvrage est anonyme. Or, si l'on considère qu'Isabelle 
était tenue en chartre privée par ses alliés et protecteurs les An- 
glais; si l'on considère la situation politique où elle se trouvait : 
entre ses maîtres, d'une part, et son fils, de l'autre; on s'expliquera 
aisément que cette production ne porte pas avec elle le nom de ceux 
à qui elle est due 2 . Au sein de l'obscurité qui nous entoure, nous 
devons opérer d'abord par tâtonnement et par élimination. 

Dans le § 10 et autres, l'auteur présente des critiques et propose 
des mesures très-judicieuses et très-fondées sur la gestion adminis- 
trative des deniers publics. Il signale, avec beaucoup d'à-propos et 
de vivacité, les inconvénients qui résultent de confier de pareils 
emplois à des ecclésiastiques séculiers, qui, ayant charge d âmes, 
négligent le ministère sacré pour des emplois profanes, et qui, de 
plus, s'abritant sous leur caractère inviolable, n'offrent aucune ga- 
rantie de la probité ni de la régularité de leur administration. L'ob- 
servation de l'auteur est donc très-juste. Mais il y a lieu de penser, 
par cette observation même, qu'il n'était pas un de ces prélats de. 
cour, qui abandonnaient ainsi leur diocèse et leurs ouailles pour 
courir après la fortune, dans les emplois publics. 

Cependant l'auteur était clerc et très au courant de la politique. 
Ces deux traits de signalement se dessinent pour ainsi dire à chaque 
ligne du mémoire. Ils s'accusent néanmoins d'une manière plus vive 
et plus marquée dans les §§ 30, 44, 54, 62, 66, 70, 71, 88, 91 et s. 
Isabelle, sur la fin de ses jours, vivait très-sobrement et très-retirée. 
Cependant elle était visitée de quelques bourgeois et bourgeoises 
de Paris ; gens de bien, de poids et d'expérience, qui avaient le culte 
de l'infortune ; cœurs fidèles qui n'abandonnaient pas cette reine si 
abandonnée, cette reine, bien coupable sans doute, mais écrasée 
par le destin, par l'expiation et par l'adversité. Elle avait notamment 
autour d'elle des clercs dont quelques-uns appartenaient aux ordres 



1. Voyez Histoire de Charles VU, t. II, p. 306, 307, 347. 

2. An § 12, ci-après, remarquer ces mots : « Et on trouvera bien qui secrètement 
leur dira. > 



131 

religieux; ce qui ne les empêchait pas, même sans violer leur règle, 
de se mêler très-activement à toutes les affaires et de s'y employer 
quotidiennement. Plusieurs de ces conseillers figurent nominative- 
ment dans le testament de cette princesse et lui rendirent les der- 
niers devoirs à Saint-Denis. Je ne serais pas étonné que l'un de ces 
docteurs en l'Université fût l'auteur de ce mémoire. Voy. ci-des- 
sous, note du § 12 et à la fin du présent mémoire. 

Ainsi, comme on le voit, des conseillers de cette reine l'entrete- 
naient du roi Charles VII, des intérêts du royaume; ils lui soumet- 
taient des vues relatives à cet objet; — comme si la veuve de 
Charles VI était reine encore ; comme si son influence devait encore 
peser d'un poids efficace sur les affaires publiques ! Et cependant 
Isabelle, rationnée, reléguée dans un coin du palais, où jadis elle 
était vraiment reine, Isabelle tendait la main, pour vivre, aux oppres- 
seurs d'un royaume qu'elle-même leur avait livré 1 . Paris était an- 
glais. Elle était la sujette d'un enfant de dix ans, son petit-fils, né 
d'un père étranger. Elle venait de signer un testament dans lequel 
elle reconnaissait ce gouvernement. Mais comment aurait-elle pu 
légalement se soustraire à ce mensonge ? Ce n'est pas la duplicité, 
mais le martyre ou le supplice (supplice mérité si l'on veut), qui 
donne le mot de la situation. N'oublions pas qu'Isabelle, après tous 
ses torts, mourut de joie à la nouvelle du traité d'Arras qui mettait 
fin à la domination des Anglais 2 . 

L'auteur de ce mémoire paraît avoir été mieux instruit de ce qui 
se passait à Paris, à la cour de Henri V ou de Bedford, et même à 
la cour de Jean II, roi de Castille, et encore à la cour d'Aragon, que 
de ce qui se passait auprès de Charles VII. Cette ignorance relative 
enlève un grand prix à la valeur de ce mémoire, inspiré toutefois 
d'un bout à l'autre par de louables intentions. La critique du con- 
seiller tombe rarement juste, et ses avis, même les plus sages, ont 
plus d'une fois le caractère de lieux communs 3 . 



1. Lettres du roi d'Angleterre du 11 janvier 1433 (N. S.)- Henri VI autorise son 
aieule, Isab. de Bavière, à acheter 40 quartiers de blé dans les comtés de Kent, 
Surrey et Suffolk, et à les faire venir par eau à Paris. Rymer, Fœdera, gr. édition, 
tome IV, partie iv, page 189. 

2. Voy. l'opuscule intitulé : Isabeau de Bavière, Paris, 1859, in-8, et l' Histoire 
de Charles VIT à la table : Isabelle de Bavière. Paris, à cette époque (vers 1433), 
était sur le point d'échapper aux Anglais. Sur leur situation politique, voy. Hist. de 
Charles VII, t. II, p. 331 et suivantes. 

3. § 12, 18, 100 et passim. 



132 

Beaucoup de ces conseils furent suivis par le roi ; niais nous 
sommes bien éloigné de penser que la réforme de Charles VII soit 
due, pour la plus légère part, à notre moraliste anonyme. Je doute 
fort que le vœu par lequel il termine son écrit se soit jamais réalisé, 
et que ces conseils aient été mis sous les yeux du roi de Bourges, du 
moins tant que vécut Isabelle. La reine en effet, dès 4418, au mo- 
ment où son fils s'éloignait de Paris, tenta un dernier effort pour 
ressaisir, sur ce prince, une influence, qui lui échappait avec la per- 
sonne même de l'héritier du trône. 

Les événements qui survinrent ensuite créèrent une distance de 
plus en plus grande entre Isabelle et Charles VII. Non pas qu'une 
mortelle inimitié, comme on l'a trop dit, animât l'un contre l'autre 
le roi et sa mère. Mais les conseillers du prince et les ministres de 
sa politique élevaient autour de lui un rempart, auquel les familiers 
d'Isabelle nous semblent avoir dû être tout à fait impuissants à faire 
brèche. Nous pensons donc qu'en fait et immédiatement, ce factum 
politique demeura complètement stérile. Il n'en porte pas moins en 
lui-même un intérêt réel. 

Parmi ses vues politiques, il en est une qui a particulièrement ex- 
cité notre attention : c'est celle qui a trait aux états généraux. Ce 
remède suprême avait été compromis par l'abus qui en avait été fait. 
Le gouvernement anglais, à cet égard, s'était, conduit avec plus de 
sagesse et d'habileté que ne le firent les politiques Armagnacs ou 
Bourguignons, et surtout, la vérité nous oblige à le dire, que ne le 
firent les Armagnacs. Henri V et Bedford respectaient dans les états 
généraux, même annuels, une institution qui, chez les Anglais, 
avait pris racine et produisit de tout temps des fruits si importants. 
Charles VII, témoin de la dissolution dans laquelle cette institution 
était tombée dans notre pays, la laissa périr volontairement, au lieu 
de la relever. L'auteur du mémoire, en ce point comme en quel- 
ques autres, se montre un élève de l'école anglaise. Les premiers 
paragraphes de son écrit renferment, sur ce sujet, des développe- 
ments qui décèlent une sorte d'imagination poétique et qui attache- 
ront certainement la curiosité du lecteur. 

Notre confrère M. Deprez, archiviste-paléographe, attaché au dé- 
partement des manuscrits de la Bibliothèque impériale, a bien voulu 
prendre la peine de transcrire in extenso ce manuscrit et d'en éta- 
blir le texte pour l'impression. Il l'a fait avec le soin et l'exactitude 
qu'on devait attendre d'un paléographe instruit, consciencieux et 
exercé. C'est donc à lui que revient tout le mérite de l'œuvre, et 



133 

nous nous plaisons à lui rendre publiquement juslice en lui en rap- 
portant tout l'honneur. 

On trouvera ci-après ça et là quelques notes, que nous avons cru 
également devoir ajouter à ce texte. Nos lecteurs les compléteront 
en y joignant à leur tour les nombreux commentaires que suscitera 
de leur part ce curieux document. 

A. V. 

Advis a Isabelle de Bavière. 

Très excellent et puissant princesse, et nostre très redoubtée 
dame, mère de nostre souverain seigneur le roy, en laquelle il 
et nous tous ses subgiez avons espérance d'estre relevée la ruync 
et desolacion du royaume, qui y a esté, depuis aucun temps 
ença, et encores est ; et pour commencer bonne manière de gou- 
verner le dit royaume, d'ores en avant, et maintenir Testât du 
roy, comme il appartient, au plaisir et loange de Dieu, à l'on- 
neur du roy, en resjoissant le clergé, les barons et nobles, et 
autres habitans du dit royaume, au proufit de la chose publique 
dïcelui, et pour oster les pilleries et autres énormes et abhomi- 
nables crimes chascun jour perpétrez sur le povre peuple, sans 
cesser, en quoy aucune justice n'en a esté ne est faicte, par la 
faulte et lâcheté de ceulx qui ont gouverné, d'ont est à craindre 
et à doubter, se nous ne nous amendons, que Dieu, par sa droicte 
justice ', ne face translacion ou subversion d'icelui royaume, et 
le mecte en puissance de gens ayans Dieu en amour et en crainte, 
qui aient charité et vraye dilection tele que [i]l apartient à sei- 
gneur avoir envers ses subgiez, et aussi, pour donner vraye 
cognoissance aus trois estaz d'icelui royaume de la bonne vo- 
lenté, entendement et yniagïnacion que le roy a, qui, de présent, 
cognoist et aperçoit comment il a esté deceu ou temps passé, 
pour y remédier, et veult d'ores en avant vivre par bon conseil, 
ainsi que ont fait ses progeniteurs, roys de France, et mener sa 
juste guerre, que il a, de présent, par bonne discrecion, selon le 
conseil diceulx troys estaz, en distribuant la finance des sub- 
giez de son obédience par bonne et discrète manière, et comme 



1. Argument souvent allégué par Alain Chartier et autres auteurs français, qui ont 
écrit pour déplorer la situation du royaume; argument revendiqué d'autre part, à 
son profit, par Henri V, et par ceux qui dominaient ce royaume. 



134 

il appartient, en tel temps piteable et misérable, en quoy * nous 
sommes, qui avons nous retourner à Dieu, plaindre noz péchiez, 
et autrement en plus grande charité amer et gouverner nostre 
peuple, comme Dieu le commande, est pure nécessité, selon les 
sainctes escriptures de prandre et tenir en gouvernement la 
forme et manière qui s'ensuit. 

1 . Premièrement est à pressuposer que, par les troys estaz du 
ciel, c'est assavoir, par les trois personnes de la vraye Trinité, 
le Père et le Filz et le Saint Esperit, un seul Dieu, une vraye 
simple essence et unité, fut ordonnée une belle et bonne com- 
paignie de sains anges, que on appelle gerarchie, qui est tri- 
ple ; et en chascune partie d'icelle triplicité a troys ordres, c'est 
assavoir : en la première partie d'icelle triplicité sont les séraphins, 
chérubins et les trônes, en la seconde sont les dominacions, 
principautés et puissances, en la tierce sont les vertus, ar- 
changes et anges. Et ceste gerarchie ou compaignie de sains 
anges et de sains esperis fut ordenée, par Dieu, pour le gouverne- 
ment de l'umain lignage; et ont lesdiz anges leurs ordres et of- 
fices séparés ou gouvernement des hommes, pour les adrecer, et 
juger de leur estât; et, après le jour du jugement, cesseront 
leur offices, ne n'en sera plus mestier, comme il est escript ou 
Livre de sentences. Et soit noté que en la première partie de la 
dicte triplicité sont, comme dit est, les séraphins, chérubins et 
trônes ; et sont iceulx qui continuelment font les jugemens de 
Testât des hommes; et se interprète seraphim ardent charité en 
amour de Dieu; et chérubin se interprète plénitude de toute 
science, et trônes sont interprétés sièges et repos de vray juge- 
ment, par vraye charité, et par plénitude de toute science a 
et cognoissance fondées sur souveraine raison, que on appelle 
sinderesis (sic), avec sintille 3 de vraye conscience, par quoy la 
justice se actrempe d'équité; et la justice aucune foiz se monstre 
et se exalte par miséricorde 4 . 

2. Item, que les hommes sont faiz à la semblence de Dieu et 

1. Ici commence le f° t v°, du ms. 1223. 

2. F°2. 

3. Scintilla, étincelle ; terme ou métaphore consacrée dans la langue et dans les 
écrits des théologiens de l'époque. 

4. Sur la hiérarchie céleste, voyez le Livre des Saincts Anges, compilé par 
Frère François Eximenes. (Ouvrage latin composé par Fr. Ximenès, évéque d'Elne 
en 1409, et traduit en français) -, Lyon, Guill. Leroy, i486, in-fol. goth. fig; 



135 

ont esperit perpétuel ; et reluit la vraye Trinité de Paradis en 
leur dit esperit, en raison, mémoire et bonne volonté, lesquelx 
troys choses sont un seul entendement, en trois personages; et 
se doivent les hommes en ce monde, qui sont princes, rigler en 
tout gouvernement de justice et autre selon la forme et manière 
que Dieu a rais au gouvernement pour le fait des hommes establi 
ou ciel, c'est assavoir, que les seigneurs princes terriens en 
justice et en autre gouvernement se doivent gouverner au regard 
de leurs subgiez par seraphim, c'est assavoir, par vraye charité et 
dileccion que ilz doivent avoir à leurs subgiez, pour révérence 
de Dieu, qui leur a baillé le peuple en gouvernement, non mie 
comme bestes mues, mais comme leurs frères et pareulx à eulx, 
en forme et matière, et comme seroient chanoines d'une église 
soubz un evesque. Et si se doivent gouverner lesdiz princes par 
chérubin , c'est assavoir, par plénitude de sciences, et doivent 
avoir près d'eulx les meilleurs clers que ilz pourroient finer 
preudommes, et non promovoir gens ignorans les sciences, car 
ilz sèment trop d'erreurs et grèvent tout le bien publique. Et si 
doivent gouverner les hommes princes leurs subgiez par trônes , 
c'est assavoir, par gens ayans paix et repos de bonne raison ou 
siège de leur entendement, bien choisie et nectoiée de toute ob- 
jeccion par bonne équité et sintille de vraye conscience 1 , et par 
clémence et miséricorde exaltans justice, quant le cas s'i afûert 
et le requiert. 

3. Item, que tout ainsi que lesdiz sains esperiz qui sont eu 
Paradis continuelment font saincte justice et continuelment exor- 
tent, conseillent, advisent et adrecent les esperiz des hommes 
estans en monde, sans cesser, pour leur salut acquérir, ainsi 
doyvent les roys et princes continuelment et diligenment garder 
justice et bien gouverner leurs subgiez, comme s'ilz estoient leurs 
propres enfans .ou frères, car leurs frères sont ilz tous, venuz 
d'Adam, et en Paradis seront eulx frères en joye pardurable, 

4. Item, et est vray que, ou gouvernement d'un prince ou 
d'un roy, ou ciel de son entendement doyvent luyre trois pla- 
nètes continuelment, sans cesser, c'est assavoir, vérité, doctrine 
et justice; et autrement se vérité, doctrine et justice n'estoient 
en la volenté du roy, et, si ne les executoit réaiment et de fait, 



i. F°2V°. 



136 

il ne seroit mie dit roy, mais seroit nommé tyrant, et se dampne- 
roit perpetuelment. 

5. Item, est à advertir que le roy de présent ne se puet mie 
gouverner si amplement, comme eust peu faire son père, cui 
Dieu perdoint, car son dit père joïssoit de tout son demaine, et 
le roy de présent a peu de terre de son royaume, dont le peuple 
lui soit obedient, et encores moins ara, se il ne se gouverne 
sainctement et justement, et autrement que il n'a esté gouverné 
jusques cy ; et, par faulte du demaine qui est donné en grandes 
parties, fault que le roy prengne sa despense sur tailles et aides, 
qui est piteuse chose 1 . Et, quant le peuple, qui est pillié et robe 
et est mal gardé en justice, ne pourra ou vouldra 2 plus riens 
paier ou s'enfuyra hors du royaume, le roy n'ara de quoy 
fournir sa despense, et, par faulte de gouvernement, seroit en 
adventure de perdre son royaume. 

6. Item, et pour ce fault et est de pure nécessité, de présent, 
de mectre sus une très gracieuse manière de gouvernement, 
tant en prompte et roide justice, et la exécuter de fait, car pa- 
role ne souffist mie, comme en autre gouvernement ; et que on 
garde le peuple d'estre pillié, ou autrement le roy ne se pourra 
aider de finance venant du peuple, et, par conséquent, n'ara de 
quoy faire sa despense, ne poursuir sa juste guerre. 

7. Item, et pour condescendre à la manière que, pour le pré- 
sent, le roy a à tenir , il est de pure nécessité de modérer son 
estât et les estaz de ses officiers et familiers, et endurer la durté 
du temps, et soy humilier envers Dieu, luy crier mercy du mal 
gouvernement que on a eu, ou temps passé, et des maulx faiz 
sur le peuple, par le pechié du dit mal gouvernement et defaute 
de execucion de justice, et de l'abus de la distribucion des fi- 
nances venaus du peuple, baillées pour la seurlé et défense du 
peuple, mais distribuées autrement, comme chascun scet notoi- 
rement; et fault par bien vivre et par oroisons dévotes et au- 
trement impetrer la grâce de Dieu. 

8. Item, et fauldra que chascun, selon son estât, se rigle de 
vestemens, dechevaulx, et de toutes autres choses se restreingne, 

1. Ce paragraphe met à nu tout le système financier de l'État, sous Charles VIT, 
et la situation extrême où il se trouvait sous se rapport. La première mesure prise 
par le roi, pour réparer le mal, consista dans la grande ordonnance du 15 décembre 
1438, sur la restauration du domaine. Voy. Hisl. de Charles VII, tome II, p. 395. 

2. F 3. 



137 

et de demander au roy si gros dons de terres, de finances, que on 
a fait ou temps passé, car 1 aucuns mènent plus grant estât que 
ilz ne deussent et que ne valent, et, pour ce faire, tirent du roy 
assez plus de finances la moitié que ne deussent, et que leur 
service ne vault, ne requiert. 

9. Item, que toutes les finances soient emploiées en Testât et 
l'onneur du roy, et ou fait de la guerre, et que, sans faillir, les 
gaiges des officiers, tant de la guerre que de la justice, soient 
bien assignez et bien paiez, et que on cesse de faire dons de terres 
et de finances, sinon de finance où il sera nécessaire, pour l'on- 
neur du roy, en rémunérant ceulx qui notoirement très gran- 
dement aroient servi et proufité à l'onneur du roy et bien du 
royaume. 

10. Item, et seroit le bien du roy et du royaume de mectre 
gens de finance, comme commis receveurs et telz autres gens, 
bonnes personnes layes, mariés, riches et non mie povres, bien 
caucionnés à competens gaiges, sans leur faire dons, par chascun 
an, et que, durant ceste guerre, ilz en soient contens pour la 
petite revenue d'icelles finances que on lèvera, de présent; et 
que, ou fait des finances, ne soient plus mis gens d'église, et voi- 
sent servir Dieu et prier pour le roy, comme ilz y sont tenuz, 
afin que, qui y fera faulte le roy proinptement le puisse punir, 
et reprendre ce qui aroit esté mal pris ou à dire, et souffise à 
aucunes gens d'église ce qu'il i ont ou temps passé prins et 
pillié '-. 

1 1 . Item, seroit bien fait, se on trouvoit aucuns qui ou temps 
passé eussent du roy trop tyré de finance, plus que ne dévoient, 
par dons ou autrement, que on leur fist prester bonne finance, 
de présent, au roy 3 , car il en a bon mestier pour les gens 
d'armes, et seroit un droit jugement, où Dieu prandroit plaisir, 
de ce faire sur les gens d'église, qui laissent à servir Dieu pour 
eulx embroillier es finances du royaume, que ne appartient mie 
a leur estât * . 



1. F 3 v°. 

2. Ces observations critiques Rappliquent en plein et d'une manière particulière- 
ment notable à Guillaume de Cbampeaux, évoque duc de Langres, président delà 
cour des comptes et surintendant des finances. 

S. F 4. 

't. Le système des prêts forcés fut au nombre des expédients financiers employés 
II. {Sixième série.) 10 



138 

12. Item, faut remédier aus salaires des chevauchées, des 
embasseurs, et autres chevaucheurs qui prenent trop grau s sa- 
laires ; et y ont esté et sont aucunes foiz les finances moult inu- 
tilement despendues et perdues, et fault adviser à icelle despense 
modérer. Et sur ce soit advisée la manière de Espaigne et d'An- 
gleterre et d'Arragon, et en soit parlé à ceulx qui le scevent, et 
on trouvera bien qui secrètement leur dira l . 

13. Item, pour éviter les pilleries, fault ordonner que aucuu 
ne soit capitaine, aient (ayant) menée de gens, se le roy ou le 
connestable ne l'ordonne, et que on ne ordene aucun capitaine, 
s'il n'est homme bien choisi et esleu par grande élection, homme 
d'onneur, amant Dieu et le bien du peuple ; et que lui soit en- 
joinct que ne prengne avec luy que bonnes gens et desquelx il 
responde, et se charge de restablir ou faire restablir ce que ilz 
auroient pillié. 

14. Item, et de commander et enjoindre aux connestable, 
mareschaulx, admirai, maistre des arbalestriers et autres capi- 
taines, de estre diligens de faire justice, pour complaire à Dieu, 
et proufiter à la transquillité et paix du peuple, pour tousjours 
entretenir la bonne amour et leale subjection du peuple envers 
le roy. 

15. Item 2 , que on devroit adviser sur la diminucion des of- 
ficiers qui sont en trop grant nombre, et s'en passeroit on bien 
à moins que on ne fait ; et de tant que il y a plus d'officiers tant 
y a plus grande despense de gaiges et de dons et de autres des- 
penses, qui diminuent les finances grandement ; et doit on con- 
sidérer le temps de la guerre de présent, qui n'est mie pareil au 
temps de paix et de transquillité, et aussi que le roy ne joïst 
mie du proufit du tiers de son royaume, et, pour ce, ne doit mie 
tant despendre et tant avoir d'officiers, comme s'il tenoit paisi- 
blement tout son royaume entièrement, et lui doit, de présent, 



pendant tout le cours de cette période, aussi bien par les Bourguignons et par les 
Armagnacs, que par les Anglais. 

1. Ce paragraphe atteste, de la part de celui qui l'a écrit, une connaissance fami- 
lière des coutumes ou pratiques, usitées, au XV e siècle, de chancellerie à chancelle- 
rie. D'autres indications, ou des paragraphes analogues, n'auront pas échappé à l'in- 
telligence du lecteur. Ces divers traits ne semblent-ils pas désigner le chancelier 
même de la reine, comme étant l'auteur de ce mémoire, ou du moins un coopérateur ? 
Voy. note-appendice, à la fin de ce travail. 

2. F 4 v°. 



139 

souffire de avoir tel estât que avoit saint Loys ' , afin que il ait 
plus de finance pour fournir sa guerre. 

16. Item, que le roy saint Loys et les autres roys ancienne- 
ment avec les roynes ne faisoient que une maison et une des- 
pense, et n'y avoit que un chancellier, un grant maistre d'ostel, 
et troys ou quatre autres qui servoient par mois , et un escuier 
d'escuerie, et soubz Testât de la maison du roy on fornissoit 
Testât de la royne, sans superfluilé et sans nouveaulx officiers 
créer ou ordener pour la royne ; et est à eschever la superfluité 
d'officiers aujourduy et ou temps présent, pour tourner les fi- 
nances au fait de la guerre ; et est saincte chose, entre chris- 
tians, que la royne soit tousjours près du roy, acompaignée de 
bonnes dames et damoiselles aagées, discrètes, bien cogneues et 
approuvées saintes personnes, qui n'aient damoiselles ne valès 
ou escuiers, si non ceulx que le roy y mectra , par bonne et 
seure élection de bonnes personnes 2 . 

17. Item 3 , que ceulx qui en office servent en la maison 
du roy ne doivent mie avoir multiplicacion de variés, mais, selon 
leur estât; et si ne doivent mie leursdiz variés entrer partout 
où sont leurs maistres avec le roy, mais bien puessent requérir 
aus huissiers du roy que on appelle leurs maistres, pour parler 
à eulx dehors ; ne le roy ne se doit mie tenir si commun et si 
familier que chascun parle à luy qui veult, sinon, par son com- 
mandement et par le moyen des nobles seigneurs et autres grans 
officiers prouchains de luy ; et est une chose hors de police faire 
le contraire ; et ne soit rien allégué des choses du temps du feu 
roy son père, car pour lors les choses qui s'i faisoient ne sont 
mie à traire à conséquence 4 . 

18. Item, que pour le temps présent il seroitbon et expédient 
que le roy, en sa maison, se gouvernast comme le roy de Cas- 
telle et de Léon % et que il tint peu de gens en son tiné (tinel, 

1. Modèle perpétuel invoqué par les réformateurs du temps. Sous Charles VIII, 
l'administration de Charles VII fut invoquée au même titre. 

2. L'infraction dont se plaint l'auteur avait existé ou s'était introduite en faveur 
d'Isabelle elle-même, qui, du vivant de Charles VI, avait gouverné le rojaume et 
avait eu sa maison propre et son argentier. Quant à la reine Marie d'Anjou, elle n'en 
eut que plus tard, et, durant toute cette période de désastres, elle vécut personnelle- 
ment dans la plus stricte sobriété. 

3. F° 5. 

4. Le roi Charles Vil était bien loin d'être accessible à tout venant. 

5. Jean II, mort en 1454. 

10. 



état, train de maison) par despense cotidienne, et meist ses offi- 
ciers à gages pour emplir sa maison à matin et après (ligner 
pour les affaires qui lui pevent survenir chascun jour, et seroit 
l)on pour le roy retrancher la multitude de ses officiers, et se en 
passer à souffisance. 

19. Item,) que se aucun veuît faire une requeste au roy, il se 
doit adrecer aus maistres des requestes de l'ostel 1 et bailler sa 
requeste par escript, et, se la requeste est juste, le maistre des 
requestes la doit présenter et dire au roy, et, se elle n'est juste, 
le dit maistre des requestes la doit dampner, et non souffrir que 
aucun en parle au roy ; et ce doit ainsi faire pour oster le roy 
de peine ; et ne doit aucun faire requeste 2 au roy en manière de 
bon gouvernement, si non que elle soit juste et par le moyen d'un 
des maistres des requestes de l'ostel. 

20. Item, que le roy ne doit jamais aler en bataille 3 , mais se 
doit tenir en ung bel lieu, bien acompaigné, car la prinse ou 
mort en bataille d'un roy de France est faire perdre ou mectre 
eu merveilleuse desolacion le royaume, tesmoing la prinse du 
roy Jehan et la manière de vivre du duc de Milan, qui est bonne 
et saige. 

21. Item, que le roy doit bien entendre ce que on lui dit et 
mectre ce que on lui requiert au conseil, et par bon couseil y 
délibérer telemeut que il ne lui faille mie avoir cause de soy 
repentir de chose que il ait respondue. Et si doit un roy tenir 
sa parole ferme, sans faulte et sans fiction , et pour ce ne doit 
respondre, sans sur ce avoir conseil bon etleal. 

22. Item, que un roy qui veult bien gouverner, doit prandre 
ses heures pour conseillier ses affaires et pour sa réfection pran- 
dre et son repos, comme ont acoustumé à faire les autres hom- 
mes communs, car il est homme comme un autre, afin que il soit 
mieulx servi, et que à heures competens il se monstre homme 

1. Le service des maistres des requêtes de l'hôtel avait cessé, par suite de non- 
payement de leurs gages. Ce service ne fut rétabli qu'en 1444, Hist. de Charles VII, 
t. III, p. 19. 

2. F 5 v°. 

3. Ce précepte était de tradition générale et immémoriale, en fait d'art militaire. 
(Voy. notamment ms fr. 5930. Traité de noblesse ou Livre d'armes, composé par 
un héraut normand ou picard, vers 1440, chapitre intitulé : Comment le roy doit 
eslre s'il veut combatre; f os 5, 6.) On retrouve la trace de ce principe dans la mar- 
che du Roi au jeu des échecs, ce tableau fidèle de la tactique du moyen âge. 



141 

chef des autres, et expédie les choses qui lui surviennent à ex- 
pédier pour la nécessité et l'utilité de son royaume; et doit soy 
lever en tous temps à six heures à matin, diner à dix, souper à 
six et coucher ta dix, oir sa messe à sept heures et, la messe oye, 
besoigner jusques à dix, se besoignes y a à expédier, et après 
digner soy esbatre secrètement à petite compaignie de ses 1 bons 
secrez et privés serviteurs et non mie estre trop commun. 

23. Item, queunroy ne doit faire aucun varlet trop privé de 
lui, qui ne soit tousjours en crainte en le servent, et ne doit souf- 
frir que aucun des petis serviteurs mené trop grant estât de 
robes ne de chevaulx, mais soit chascun serviteur vestu et monté 
selon son estât, pour donner exemple aus autres. 

24. Item, que ung roy de France doit estre vestu continuel- 
ment en habit royal et non mie comme ung chevalier commun; 
et soit bien enquis quel est habit royal, et comment le saige roy 
Charles l'ayeul du roy qui est de présent se vestoit, qui en por- 
tant l'habit tel que il vestoit monstroit vesture de roy tele que 
elle lui appartient. 

25. Item, que ung roy ne doit riens aliéner de son demaine, et, 
s'il l'a fait, le doit révoquer, car c'est contre la profession qu'il 
doit faire à son sacre, et si doit, quant il donne, donner don en 
argent, selon la qualité et Testât de celui à qui il donne, et, 
selon le mérite et service qu'il a fait, et ne doit jamais un roy 
tolir à pluseurs personnes pour donner à un seul. 

26. Item, que en cas piteux un roy doit estre misericors te- 
lement que justice ne soit mie empeschée, mais soit continuée et 
tempérée d'équité; et par clémence, pitié et compassion, en au- 
cuns cas peut bien faire grâce, qui moult exalte la justice d'un 
roy et sa roial majesté 2 . 

27. Item, ung roy ne doit mie croire legierement les rapors 
que on lui fait pour aucun grever ou exaulcier, mais doit oïr 
partie et soy bien informer, avant que il grève aucun en son 
estât ou le essaulce (exhausse) en honneur, et s'en doit bien 
informer. 

28. Item, que quant une matière est doubteuse, qui est traictée 
devant le roy, il est bon, se les conseilliers y font grant doubte, 
de leur dire que on y pense et que on en reviengne une autre 
foys, et lors, mieulx délibérés, pourront dire leurs oppinions. 

1. F" G. 

2. F°6v». * ' ; 



142 

29. Item, que du fait de la guerre le roy doit dire ou faire 
dire au connestable qu'il face assembler les bons et anciens che- 
valiers et mecte en termes le cas, et, oye la deliberacion des che- 
valiers, que on lui rapporte la deliberacion, et lors le roy fera 
conclurre à peu de gens, en sa présence, ce qui sera à faire par 
raison. 

30. Item, que le roy doit prandre en petit nombre des plus 
saiges chevaliers et clers secrez de son royaume pour conseillier 
les haulx faiz de son royaume ; et tiengne le roy et chascun des- 
diz conseilliers secret le conseil, sans en rien révéler à personne 
qui vive , homme ou femme. 

3 1 . Item, doit un roy sacré estre chastes et tenir loyalment 
son mariage. 

32. Item, que ung roy doit avoir ferme espérance en Dieu 
et delaissier et fouyr toutes sorceries et les jugemens de sort 
des bonnes eures et des autres supersticions que astronomiens 
conseillent, et doit 4 souffire l'espérance en Dieu et bon gou- 
vernement en justes quereles démener et afournir justes en- 
treprises. 

33. Item, que un roy ne doit mie faire trop grande multi- 
tude de grâces et remissions de crimes, car ce seroit occasion de 
faire faire ou temps à venir trop de crimes énormes et horribles. 

34. Item, que ce qui sera délibéré soit secrètement et promp- 
tement exécuté. 

35. Item, que il ait tousjours aucune personne qui ait en de- 
post de la finance, pour promptement paier les ambassades et 
chevauchées, car trop de choses se perdent par faulte de finance 
et de diligence. 

36. Item, doit un roy vivre sobrement et peu menger et peu 
boire et peu seoir, pour en estre plus sain, et en seure compaignie 
prandre de l'air aus champs, tant de pié que de cheval, et soy 
exerciter en la discipline des armes sans grever son corps. 

37. Item, que un roy ne se doit descouvrir de son secret tou- 
chant le gouvernement du royaume à varlet qu'il ait, tant soit 
bien amé, ne à autre personne, fors à ses secrez conseilliers. 

38. Item, que le roy doit à tous nobles hommes de son 
royaume et d'estrange pais faire bonne chiere et bel accueil, et 



1. F" 7. 



143 

à leur département, leur donner bel congié, en bonne espérance 
de leur faire du bien. 

39. Item % que le roy doit cognoistre sa condicion et sa com- 
plexion, et doit par le conseil de ses phisiciens soy adapter à 
besoigner continuelment es besoignes de son royaume, afin que 
les trois estaz de son royaume en soient bien coutens et lui ai- 
dent à soustenir sa guerre plus liement. 

40. Item, le roy, en toutes choses qu'il fait, doit adviser qu'il 
ne face rien contre la voulenté de Dieu, et ne doit rien faire qu'il 
ne face virtueusement. 

41. Item, le roy doit estre ferme en propos et volenté et ne 
se doit esbaïr de adversité qui lui viegne, ne prandre vaine 
gloire de grande prospérité à lui survenant. 

42. Item, que, se il survient au roy aucune bonne fortune, 
il la doit actribuer à la grâce de Dieu, et la doit poursuir dili- 
genment et continuelment, de toute sa puissance, et n'y faire 
aucune négligence, car la négligence y est moult périlleuse et 
contraire à maintenir et continuer bonne fortune. 

43. Item, que un roy se doit tenir telement, en quelque estât 
qu'il soit, en dignant et soupant, et à matin et après digner ou 
souper, que personne du monde, exceptez ses serviteurs , ne se 
tire près de lui qu'il n'en soit plus d'une lance de xvm piez 
loing de luy, se le roy ne l'appelle ou s'il ne l'a mandé, et si l'a 
mandé et il a afiné sa parole, la response du roy oye, il se doit 
retraire et s'en aler. 

44. Item, que, quant on presche devant le roy, il doit 2 en- 
tendre dévotement, sans jangler, les paroles du prescheur, pour 
amender son ame et pour concevoir l'entendement des saintes 
paroles pour mieulx gouverner son peuple, et doit monstrer 
signe de devocion devant ses subgiez, car par ce il en est mieulx 
amé, prisé, craint et doubté de toutes gens et si monstre en ce 
bel exemple aux autres. 

45. Item, que un roy se doit garder de faire prinses de biens 
sur ses subgiez sans paier, et lui souffise ce que le peuple lui 
paie, ou de son demainne, ou de impos et collectes que on im- 
pose sur icelui peuple. 

46. Item, que un roy doit révérer les festes et dévotement 

1. F°7v°. 

2. F 8. 



144 

estre au service de Dieu et requérir l'aide et l'intercession des 
sains le jour de leurs testes pour impetrer la grâce de Dieu au 
bon gouvernement de son peuple. 

47. Item, que un roy doit estre grant orateur à Dieu, et dé- 
votement se doit maintenir en oroison et souvent soy reconcilier 
à Dieu et recevoir le corps Jhesu-Crist, et de Dieu actendre et 
espérer tout bien et toute félicité et non d'autre. 

48. Item, que un roy doit estre grant aumosnier, ne ne doit 
mie haïr ne aborrer les povres créatures de Dieu. 

49. Item, que un roy ne doit mie trop parler, mais brief et 
s ubstancieu sèment. 

50. Item, que un roy ne doit faire aucuns officiers 1 en justice 
ne en guerre ne en capitaineries, si non par très grande eleccion, 
pour les perilz et erreurs qui s'en pourroient ensuir. 

51. Item, que un roy doit honnorer ses vassaulx, ducz, con- 
tes, barons et autres nobles de son royaume, retenue à luy 
l'auctorité de sa magesté royal, et doit tenir son peuple en bonne 
union et en ce qui pourra luy complaire, et si doit révérer les 
gens d'église, pour révérence de Dieu. 

52. Item, le roy doit proniovoir les bons et non exalter les 
malvais ne ceulx qui se ingèrent à demander plus grans offices 
et estaz qu'ilz ne sont dignes et qu'ilz ne saroient gouverner et 
qui cbeent en élection 2 grande. 

53. Item, le roy ne doit souffrir en sa maison ne en ses of- 
fices gens ne personnes de malvaise vie quant elle est notoire, ne 
ceulx qui sont de malvaise renommée, ne flateurs qui déçoivent 
les princes et les oignent de vaine gloire, et ne seuffre avec la 
royne aucune femme, se elle n'est moult bien renommée. 

54. Item, un roy doit faire enseigner et endoctriner ses en- 
fans et leur faire savoir pluseurs langages et mesmement latin 
pour voiager, et aus filles leur faire aprandre à ouvrer de soie 
et toutes choses appartenans à euvre de femmes, pour les oc- 
cupper, en ostant oisiveté à passer le temps. 

55. Item, un roy doit avoir par escript et savoir les vrayes 
mectes (limites, étendue) de son royaume, et, se il en eschape 
aucune chose, le réintégrer et non souffrir que rien 3 s'en aliène, 

1. F° 8 v°. 

2. Sic. Il semble qu'à la place de élection, le mot confusion ou autre analogue, 
rendrait mieux la pensée de l'auteur. On peut comprendre aussi : qui tombent dans 
des situations plus grandes que ne le comporte leur capacité. 

3. f 9. 



145 

perde ou eschape, et ainsi l'ont fait sesprogeniteurs et devanciers, 
et, se fait ne l'eussent, le royaume ne fust mie si grant qu'il est. 

56. Item, que un roy du moins devroit venir en son parle- 
ment deuxfoiz l'an pour veoir comment on s'i porte et comment 
on distribue le droit à un chascun, afin de cognoistre la charge 
que Dieu lui a baillée. Et aussi devroit visitier sa chambre des 
comptes aucunes foiz, pour savoir de son estât, et le trésor de 
ses Chartres, et ensavoir la manière de la garde d'icelles ; et plaise 
savoir au roy que il a perdu par malvaise garde pluseurs de ses 
Chartres, depuis aucun temps ença, et en fauldra recouvrer ce 
que on pourra. 

57. Item, se le roy est bien conseillié, il ne mectra jamais 
commissaires sur le fait de ses finances que ses subgiez sanz 
moyeu et non mie les subgiez de ses parens, et pour cause. 

58. Item, que un roy doit savoir secrètement les condicions 
des princes, barons et chevaliers de son royaume et des gens 
par lesquelx ilz se gouvernent et qui sont près d'eulx pour les 
entretenir. 

59. Item, un roy doit savoir qui sont ceulx qui gouvernent 
les cités de son royaume, et les doit cognoistre et leur faire du 
bien pour les avoir agréables, quant il a affaire d'eulx et des villes 
à son besoin g. 

60. Item, un roy doit avoir continuele voulenté de reunir son 
royaume et de reiutegrer * son demaine, et y a son serement, et 
de révoquer ce qui aliéné en seroit. 

61. Item, que en temps de paix le roy doit faire espargne de 
finance, afin que, si sourt guerre, que il s'en puisse aider, avant 
le temps que l'aide mis sur le peuple soit levé, car en ce cas 
prompte finance est bonne. 

62. Item, que un roy doit savoir qui sont les meilleurs clercs 
de son royaume, es universités et autrement, et les promovoir, 
pour monstrer exemple aus autres de bien estudier, et les doit 
avancer, car un bien excellent clerc expert, au pois (poids) 
en poise mil autres ignorans, et ne doit un roy point promo- 
voir les ignorans les sciences, car ilz sèment trop d'erreurs, 
d'ont il vient inconveniens sans nombre et grant grief au pu- 
blique, et doit le roy souverainement amer un clerc expert 
preudomme, et est très grant trésor d'un tel homme. 

1. F°9 v°. 



146 

63. Item, un roy se doit garder souverainement d'estre deceu 
en amour par femme. 

64. Item , un roy de France doit savoir Testât des rois 
circumvoisins de son royaume, et quelx chevaliers les gouver- 
nent et sunt les plus amés desdiz roys, et leur doit faire plaisir 
et soit bien acointez d'eulx, pour son aide, s'il en a nécessité et 
besoing. 

65. Item, que aucun forain et estranger du royaume ne doit 
parler au roy, se on ne scet avant [ce] qu'il demande, et soit par 
avant bien interrogué [ce] qu'il vient quérir, et, ce sceu, que on 
en parle au roy et délibère s'il parlera ' au roy ou non. 

66. Item, que un roy de France doit souvent lire les croni- 
ques des roys de France trespassez et soy confermer au gouver- 
nement de ceulx qui ont mieulx gouverné, et ne doit rien faire 
sans bon conseil bien délibéré , car un royaume est tost grevé 
perilleusement par un cas mal conseillié, comme il appert de 
Balthasar, nepveu en directe ligne de Nabugodonosor, qui pour 
un desplaisir qu'il fit à Dieu , du soir au matin il perdit son 
royaume des Assiriens, comme il appert en la Bible, Danielis 
quinto capitulo. 

67. Item, que, se le roy voit un homme en son service qui 
soit trop convoiteux, il lui doit donner congié gracieusement, 
car ja homme trop convoiteux ne fera bien en la maison ne ou 
service d'un roy. 

68. Item, que un roy de bon gouvernement ne se doit aucu- 
nement fier en songes, car il n'y a aucune seurté, ne ne se doit 
resjoïr de bons songes, ne prandre tristesse de malvais songes, 
mais soit ferme, soy fiant et aiant espérance en Dieu, et vivent 
(vivant) comme un bon chrestien doit vivre. 

69. Item, un roy ne doit point multiplier souvent vestemens, 
ne en estre trop curieux , mais soit son entente de servir Dieu 
et entendre au gouvernement de la chose publique de son 
royaume. 

70. Item, que en la maison d'un roy on doit faire le service 
divin très reverenment, comme en une église. 

71. Item 2 , que un roy devroit avoir pour son conseil cinq 
ou six bons saiges chevaliers expers et autant de bons saiges 

1. F 10. 

2. F° 10 v°. 



clercs aagés, qui aroient veu les sciences et la pratique des 
jugemens et des procès ou temps passé, et secrètement soy con- 
seillier par eulx, et souffiroit autant que d'un millier. 

72. Item y un roy es promocions doit avoir préalablement 
pour recommandez les "hommes nobles, de bonnes maisons, et 
les doit, si le valent, plustost avancer que autres non nobles, qui 
ne seroient meilleurs. 

73. Item, que en la maison du roy de France on ne doit jouer 
à jeu du monde, si n'est bel, bon et bonneste. 

74. Item, que un roy doit estre virtueux en toutes vertus, 
et ainsi doit estre nourri, et, s'il avoit aucune malvaise tache, la 
doit laisser, car, se la tache demouroit, toutes vertus le laisse- 
roient, et sont les vertus de tele condicion que elles sont enche- 
nées et liées ensemble, et qui ne les a toutes il n'en a aucune. 

75. Item, que, quant un roy va de pié, il doit aller tout 
bêlement, parler à trait et bien exposer son entencion et à peu 
de paroles bien assises. 

76. Item, que ceulx qui sont près du Roy et de son conseil 
le doivent advertir de la manière qu'il a à tenir en chascune 
besoigne qu'il a affaire, et, par especial, en grandes besoignes, 
quant il fault tenir grant conseil, ou il doit avoir plusieurs gens 
de grans et de divers estaz. 

77. Item 1 , que un roy ne doit jurer, regnier, ne maulgreer, 
et vault la simple parole d'un roy autant que la parole d'un 
autre qui seroit confirmée par très forte obligacion de foy et de 
serement. 

78. Item, que un roy, tout ainsi que il doit avoir necte 
conscience, et se doit tenir nectement, selon l'ame, aussi se doit 
il tenir nectement en son corps et en sa char, c'est assavoir, soy 
nectoier par l'ordonnance de ses phisiciens, par estuves, par 
bains et par autres lavements, afin que le regard et maintien 
de lui soit plus plaisant à ses subgiez et sa conversacion sur tous 
loable et agréable. 

79. Item, un roy se doit monstrer courageux et de haulte 
voulenté en la défense de son royaume, mais toutes voies il ne 
se doit mie mectre en bataille, ne en péril de mort ne de prison, 
pour le grant péril et dommaige qu'il en pourroit venir à ses 
héritiers et à ses subgiez. 

1. F 11. 



148 

80. Item, que un roy doit contenter ses serviteurs et fami- 
liers de leurs droiz et salaires, chascun mois, car chascun n'a 
mie de quoi vivre, et, s'ilz n'estoient paie/., on leur donroii 
occasion de faire, dire ou penser aucun mal. 

81. Item, que un roy ne doit jamais pardonner crime de leze- 
magesté ou de trayson, mais en doit faire punicion et prompte 
justice, car homme traystre vault mieulx mort que vif; toutes 
voies, quant les gens d'un pais sont traytres ou rebelles, pour 
apargner tant de multitude de peuple, qui faudroit mourir, 
aucunes foiz les roys donnent et ' octroyent bien abolicion gé- 
nérale, ou dit pais, pour demourer la terre peuplée, et puet 
bien bailler autre punicion ou dit pais , comme de leur oster 
leurs privilèges ou autres prérogatives, à temps, afin que leur 
en souveigne et se chastient. 

82. Item, que un roy ne doit jamais abolir ou abroguer ne 
despecier les lois du royaume faictes par ses prédécesseurs roys, 
mais les doit tenir, se elles sont bonnes ; et, se ellent (sic) ten- 
doient à aucun grief ou dommaige de la chose publique , par 
bon conseil il les doit corriger et actremper et mectre en meilleur 
ordonnance. 

83. Item, que ce seroit bien fait que en un royaume n'eust 
que une aulne, un pois et une mesure 2 . 

84. Item, que un roy devroit establir en son royaume, que 
chascun homme , selon son estât et mestier , print habit et 
vesture, et ne excedast point, sur peine de bonne amende, car 
aujourduy on ne cognoist un chevalier tenant mil livres de 
terre d'un cousturier ou d'un vaiiet. 

85. Item, que ce seroit bien fait de bailler et ordonner un 
estât gracieux aus dames et femmes, plaisant à Dieu , en ostant 
les excès d'atour que ont aujourduy les femmes, et que, à 
chascune dame ou femme, on ordenastson estât, sans enfraindre, 



i. F° n v°. 

2, Ce principe remarquable avait été émis ou renouvelé par Henri V. Voy. Hist. 
de Charles VII, t. I, p. 342. L'uniformité de poids est revendiquée, comme une 
mesure légale, décrétée depuis Charlemagne, par Jean Jouvenel des Ursins, évoque 
de Beauvais, conseiller de Charles VII, dans un écrit daté de 1445. (Voy. ms. fr. 2701, 
f°' 55, 56 et plus loin.) L'écrit que nous venons de citer (Traité du chancelier) et 
un autre du même auteur, Remontrance au roi (1453), offrent une analogie notable 
avec YAdvis à Isabelle de Bavière, qui nous occupe en ce moment. On doit à 
Charles VII l'initiative de la codification des coutumes, ou unité légale. 



149 

selon l'onncur et autorité du mari et du lignage dont ilz sont , 
et ce seroit bien plaisant à Dieu. 

86. Item, que en la court du roy on a aucunes ibiz veu d'au- 
cuns chevaliers, escuiers et autres de mendre estât parlans de 
pluseurs ' choses touchant le roy et sou royaume et le gouver- 
nement d'icelui, qui disoient aucunes paroles de haultes ma- 
tières à aucuns, et aus autres disoient le contraire, en louant 
aucuns à une fois, et aus autres les blasmoient, en disant d'eulx 
merveilleuses paroles touchant malvaistié, et ainsi parloicnt aus 
gens, selon les bandes que savoient estre entre eulx, et telzgens 
se appellent en latin sursurones (sic) 2 , c'est à dire, semeurs de 
courrous et de zizauie , c'est à dire, faiseurs de noises et de 
guerres; et un Roy doit fouyr telz serviteurs, et, quant il les 
scet et cognoist telz , les doit bouter hors de sa court et de 
sa maison , sans rappel , car ce sont ceulx qui font les faulx 
rappors. 

87. Item, que, se un roy vouloit sagement vivre, il assem- 
bleroit cinq bons astronoraiens, les mieulx renommés en expe- 
riance que on pourroit trouver, et feroit savoir le temps, mois, 
jour et leure de sa nativité, et leur bailleroit par escript en leur 
requérant que sur ce ilz feissent une figure , comme on a 
acoustuiné , pour savoir les bonnes et malvaises inclinations 
à quoy par le jugement des estoiles il seroit enclin, et leur feroit 
jurer de lui en dire vérité sans espargne, afin que il peust multi- 
plier les bonnes condicions à quoy il seroit enclin, et obvier, 
par le conseil de saiges, aus malvaises condicions ausquelles il 
enclineroit, et ainsi feroit son proufit, car il poursuy vroit le bien 
à quoy il seroit enclin etbouteroit dehors, par prudence, advis et 
conseil, et bonnes euvres la maie tache à quoy sa nativité l'aroit in- 
cliné; et ainsile fit Ypocras (Hippocrate), Alixandre, César, Pom- 
pée, Chalemaigne et ïrajan l'empereur, comme on le trouve 3 es- 
cript ; et, combien que aucuns dient que on ne se doit point fier en 
astronomiens , la révérence d'eulx saulve, cecy ne puet nuyre 
au prince de soy tenir en vertu et obvier à l'inclinacion de pé- 
rilleuses condicions, et devient un homme meilleur et mieulx 
se tient en vertu continuele \ 

1. F 12. 

2. Lisez susurrones. 

3. F 12 Y*. 

4. L'auteur nous paraît ici broncher malheureusement sur ses propres principes et 



150 

88. Item, que le roy devroit avoir avecluy des meilleurs aagés 
clers, preudommes, saigeset expers et bien renommés, qu'il pour- 
roit finer, car par ce un roy aprant tousjours; et science et 
sapience lui est nécessaire merveilleusement, afin qu'il cognoisse 
par fondement qui li conseille bien ou mal ; et nous trouvons 
que David pour soy conseiller eut Sadoch qui estoit prestre et 
très sage clerc, et si ot Nathan, le prophète, très sage clerc ; et 
Alixandre ot Aristote ; et dit Valere en son septiesme livre, que 
le siècle estoit de fin or, quant les saiges le gouvernoient, c'est 
à dire, qu'il estoit moult précieux en bonne manière de vivre. 

89. Item, trouvons que l'empereur Trajan ot un maistre 
nommé Plucarque, et fut grant clerc, et rescript à Charlemaigne, 
pour lors roy de France, qu'il feist instruyre ses enfans es scien- 
ces pour sagement régner après lui, et que un roy non lectré est 
comme un asne coronê ; et ainsi l'escript Policraton, en son pre- 
mier livre *. 

90. Item , nous trouvons que Néron ot un maistre nommé 
Senecque qui lui fit un livre que on nomme le Livre de clé- 
mence, pour corriger Néron de la cruauté qu'il avoit, de l'incli- 
nacion de sa nativité et nature. 

91. Item, que un roy doit estre bon clerc, s'il veult bien 2 
gouverner, car un bon clerc corrige tousjours ses vices ; et trou- 
vons que Jule César fut grand clerc et sceut la nature des 
estoiles et du cours du soleil et divisa le jour et la nuyt et les 
eures par momens et trouva le bisexte estre nécessaire et fit 
pluseurs livres, comme il appert ou livre de la Vie de Jule César, 
et de lui parle Jule Solin, en son premier livre, ou chapitre 
premier, et dit que la doctrine de Jule César fut fondée sur 
droicte clere raison. 

92. Item, Charlemaigne fut très grant clerc et estudia livres 
de Saint Augustin, et fut grant astronomien, et ot un maistre 
nommé Alquin, moult sage clerc, et, se le roy de France vouloit 
estre clerc et soy occuper en estude, son fait en vauldroit mieulx 
cent foiz, et il est habile et a moult hault entendement, et con- 

pencher vers les idées reçues. Il nous semble avoir été mieux inspiré lorsqu'il dicte 
les conseils renfermés dans les § 32 et 68, ci-dessus. 

1. Ainsi l'auteur, qui certainement était grand clerc, donne Plutarque et Trajan 
pour contemporains à Charlemagne ! Exemple notable des notions de chronologie qui 
régnaient au xv" siècle. 

2. F" 13-5 



cevroit legierement les sciences, et en vaudroit mieulx son 
royaume, qui en a bon mestier, 

93. Item, que Abraham et Moyse furent grans clercs et sceu- 
rent l'art de astronomie et de magique , et si est vray que les 
Romains tant que ilz eurent les sciences furent victoriains et 
seigneurs du monde, et, quant ilz délaissèrent les sciences et 
ne sceurent rien, ilz perdirent tout, et ainsi le recite Policraton, 
en son quart livre et ou septiesme. 

94. Item, et pour ce il est expédient à un roy de savoir des 
sciences, car par ce il cognoistra qui le conseillera bien ou non 
et en sera mieulx le royaume gouverné. 

95. Et des autres choses survenens chascun jour à expédier 
doit le roy estre telement pourveu de conseil si bon et si 1 
leal, que aucune chose par lui ne soit faicte où il y ait faulte, au 
regard de son honneur et du bien du royaume. 

96. Item, que un roy ne doit croyre personne du monde qui 
lui die publiquement ou en secret d'autruy absent aucun mal, 
et doit penser que celui qui lui dit mal d'autruy ne ayme mie 
celui de qui il lui dit mal, et, se le mal que on dit au roy d'au- 
truy touche l'onneur ou domaige du roy ou de la chose publique, 
le roy doit mander celuy de qui on lui raporte le mal et celuy 
qui le dit et en sa présence oïr les parties , ou par autre le faire 
oïr, et punir celuy qui ara fait le mal, s'il est trouvé coulpable, 
et, s'il est trouvé innocent , punir griefment le raporteur, tant 
qu'il soit exemple aus autres. 

97. Item, que un roy, luy estant en corroux ou fureur, ne 
doit jamais rien juger et déterminer, car communément un 
homme, tant soit saige, en sa fureur ne puet mie bien faire juge- 
ment seur, ne bien posé, sur Testât d'une personne ; et est trop 
grant péril de conscience à un roy ou à un juge de despointier 
un homme de- son estât ou de sa chose par corrouz et fureur, et 
y sont le plus souvent défectis (défectueux) les jugemens, qui est 
grant reprouche à un roy qui par grand actrempense 2 et bon et 
froit conseil doit faire ce qu'i fait. 

98. Item, que on treuve, en l'istoire d'Alixandre, qu'il volt, 
par courroux, faire pendre un des meilleurs chevaliers qu'il eust, 
et dist ces paroles : « Alez pendre ce ribaut. » Mais le dit che- 

1 . F° 13 v°. 

2. Attrempense; tempérance, modération. 



152 

valier appella dudit Alixandre, et lors Alixandre lui dist : 
« Ne suis ge mie empereur; et si appelles de 11103' ? '^ sur mov ' 
n'a point de souverain. » A quoy sagement le chevalier respondi 
que, l'empereur ne use mie d'office d'empereur qui par fureur ou 
corrouz juge un homme, mais est fait de tyrant folement averti 
et conseillé, et par telz jugemens pourvoit un voy perdre son 
royaume. Et depuis Alixandre , bien adverti par son conseil, 
trouva qu'il avoit tort, et son chevalier avoit droit. Et est trop 
périlleuse chose à un roy de user de ses premiers movemens et 
de par chaleur soudainement juger. 

99. Item, que, quant il y a eu une bataille où le roy a perdu 
de ses gens, de son sang, barons, chevaliers et escuiers et autres, 
il en doit monstrer signe de courrouz et en faire solemnelment 
les exeques ; par ce les amis des mors en sont plus contens et 
plus entalentifz de continuer à servir le roy et la chose publique, 
jusques à la mort; et si doit le roy les enfans des mors es ba- 
tailles advancer en estas et offices, si le valent, avant autres, pour 
tousjours donner courage aus vivens de eulx exposer à la défense 
du royaume et de devenir vaillens. 

100. Item, que un roy doit veoir son estât de sa despence une 
foiz le mois, car maintes gens servent le roy qui le desrobent 
et sont fors larrons, et l'a l'en veu ou temps passé; et par especial 
se font mains larrecins en la despense , et le roy d'Angleterre 
nagaires trespassé , estoit un moult sage roy, qui chascune 
sepmaine veoit sa despense, et ne le povoit on décevoir, car 
il savoit tousjours Testât et la valeur des choses, et combien il 
povoit despendre pour jour d'ordinaire, et savoit la valeur du 
marc d'argent et d'un marc d'or ouvré et non ouvré. 

101. Item, et combien que un roy doit estre large et en ce 
renommé, toutes voies ne doit il mie plus despendre qu'il ne 2 
puet sans péché, car il faut amer et craindre Dieu et non grever 
son peuple ; et, quant un roy a tiré de son peuple ce que puet par 
tailles et impos, il doit garder à son dit peuple le remenent (le 
reste), sans empirer, et, s'il ne le fait, il pèche mortelment et 
corrouce Dieu, et ne li pourroit bien venir, et pour ce doit un 
roy à son peuple garde et justice de soy et d'autruy, et y est 



1. F 

2. r« 



14. 

14 \". 



153 

obligé ame, corps et honneur, sur peine de perdre son dit 
royaume, et ainsi le dit la sainte escripture. 

102. Item, que, quant le roy a un bon bailli ou seneschal, 
ou autre officier, qui a bonne renommée d'estre preudomme et 
bon officier et plait bien au pays où il est, il ne li doit mie oster, 
sans bonne cause, son office, pour bailler à un autre, car par ce 
c'est troubler tout le pais et n'y aroit point de seurté à servir 
bien un roy; et plaise savoir au roy que c'est une des causes 
ou une des plaies qui a grevé ce royaume et mis en Testât où 
il est • . 

103. Item, aussi se doit bien garder un roy de faire un graut 
officier en un grant office soudainement, à la requeste d'un 
varlet ou d'un familier, au choix et affeccion d'icelui famlier, 
car souvent il advient que le roy par tele manière crée officiers 
gens ignorans et de malvaise vie , qui grèvent plus la chose 
publique qu'il n'y proufitent, et l'a l'en veu ou temps passé, et 
deust ou faire telz grans offices , voire aussi petis offices , par 
bonne et seure eleccion ; et pour ce que on ne l'a mie fait vont 
les choses mal et engendrent toute division, et qui fist 2 les 
choses par élection chascun fust content, et feust le peuple en 
bonne union. 

104. Item, que un roy, en toutes les manières qu'il puet 3 , 
doit quérir et poursuir la paix, repos et transquillité de son 
peuple, et ensuir l'opinion des plus sages de son sang, des ba- 
rons, chevaliers et escuiers, clercs et autres de ses subgiez, et 
non mie l'opinion de ceulx qui le contraire conseilleroient , et 
autrement le faire seroit périlleuse chose, car on dit commu- 
nément que on ne puet trop acheter paix ne bonne maison 
faicte. 

105. Item, que un roy ne se doit mie laisser conseillier par 
varies et par gens de nulle prudence, et ne leur doit demander 
conseil ne advis des haultes choses que il a affaire ne en tenir 
parole devant eulx. 

106. Et plaise au roy de lire ces petis articles et y prendre 
exemple, et son royaume en vauldra mieulx. 

1. Cette observation s'applique aux fréquentes mutations d'officiers qu'avaient 
déterminées les vicissitudes de la guerre civile entre les Armagnacs, les Bourguignons 
et les Anglais. 

2. C'est-à-dire : et si l'on faisait... chacun serait, etc. 

3. F 15. 

II. (Sixième série.) il 



154 



NOTE-APPENDICE SUR JEAN CHUFFART ET ANSELME OU ANCEAU HAPPART, 
CONSEILLERS DE LA REINE ISABEAU DE' BAVIÈRE. 

Dans le doute, abstiens-toi. Nous serons fidèle jusqu'au bout à cet 
adage, qui peut s'appliquer également à la critique. Je ne reviendrai 
donc pas sur la réserve que j'ai observée ci-dessus quant à la dési- 
gnation de l'auteur anonyme auquel appartient la pièce qui précède. 

On me permettra toutefois de réunir dans cette note-appendice 
quelques renseignements peu connus, relatifs à deux personnages 
auxquels j'ai fait allusion. Les principaux éléments de cette note me 
sont fournis par le registre du grand bedeau de la Faculté de théo- 
logie de l'Université de Paris, registre précieux qui s'étend de 1421 
à 1 139. Ce grand bedeau était à la fois le premier appariteur de 
la compagnie et une sorte de secrétaire comptable, qui tenait écri- 
ture de certaines dépenses, apurées chaque année par la Faculté. 
Le latin qu'il emploie, comme il convenait à un suppôt de Y aima 
mater, n'est pas toujours irès-congru. Le passage que je veux citer 
offre notamment, par cette raison, plus d'une obscurité, tant sous le 
rapport de la lecture du texte, que pour son intelligence. Je donne- 
rai ce texte en français, tel que je crois l'avoir compris. La trans- 
cription du latin que l'on trouvera ci-dessous, avec l'indication pré- 
cise de la source originale, permettra au lecteur de me contrôler et 
de me corriger s'il y a lieu. 

« Année 1433. — Le 8 juin fut [fait] maître en théologie, Maître 
Nicolas Bessy. 

« Le 9 juin (le lendemain) fut présenté par M e Jacques Texier (ou 
Tissier) à monseigneur le chancelier (de Notre-Dame , chancelier de 
l'Université de Paris) , M e Jean Chufart *, en présence de Frère Jean 
Godin, gardien des frères mineurs (ou cordeliers de Paris) , et de 
M e Luc d'Assise, maître en théologie, — Anselme Appart 2 , confes- 
seur de la très-illustre reine de France (Isabeau de Bavière) ; lequel 
fut reçu comme présenté ; et il me fut commandé de lui donner lieu 
et place dans notre école (ou enseignement) , comme il est de cou- 
tume. 

«Le 15 juin, fut maître en théologie M e Anselme Appart, de l'ordre 
des frères mineurs et confesseur de la très-illustre reine de France. 
M e Jean Chufart lui donna le bonnet comme chanoine-chancelier de 

g,i. C'est le nom du chancelier. 

Cest le nom du candidat, présenté, suivant l'usage, pour la licence. 



155 

l'église de Paris, maître es arts et licencié en décret; auparavant il 
avait donné le bonnet, dans la cour de l'évêché, à M e N. Bessy. 

« Au dîner (ou fête inaugurale) de M e Anselme Appart, mineur, 
assistèrent beaucoup de seigneurs : Monseigneur le recteur *, le doyen 
de la Faculté de théologie 2 et tous les maîtres en théologie, le prévôt 
de Paris 3 , le premier président du parlement 4 , des docteurs, les 
archidiacres, nombre de bourgeois; le banquet eut lieu dans le réfec- 
toire des cordeliers. Monseigneur le recteur occupait la première 
place, devant la cloche, au milieu de la table; à sa droite, monsei- 
gneur le doyen Pierre de Dierrey, et tous les maîtres sans distinc- 
tion; à gauche, monseigneur le prévôt de Paris, monseigneur le pre- 
mier président du parlement, monseigneur le chevalier du guet 5 , 
Michaud de Lalier 6 , monseigneur le chancelier de l'Église de 
Paris et le remanant (ou les autres invités du couvent), etc. 7 » 

Jean Chifart ou Chuffart, originaire de Tournay, naquit vers la 
la fin du quatorzième siècle. En 1420, il était chanoine de Paris. 
Simple maître es arts et licencié en décret, sans grade dans la Fa- 

1. Gilles Cordier. 

2. Pierre de Dierrey, nommé ci-après. 

3. Simon Morhier. 

4. Philippe de Morvilliers. 

5. Capitaine de la force armée, placée sous les ordres du prévôt de Paris. 

G. Bourgeois de Paris et des plus considérables. Il prit la plus grande part à la ré- 
duction de Paris sous l'autorité de Charles VII, en 1436. 

7. Die VIII junii fuit magister in theologia Magister Nicolaus Bessy. 

Die IX junii fuit presentatus per magistrum Jacobum Testoris domino cancellario, 
Magistro Johanni Chufart, Frater Johannes Godin, gardianus Fratrum Minorum, in 
presentia m tri Luce de Assisio magistri in theologia, Anselmus Appart, confessor 
illustrissime regine Francie. Et fuit receptus pro presentato et mini preseptum quod 
ego darem locum sibi in scolis ut moris est. 

Die XV junii fuit magister in theologia Magister Anselmus Appart, minor et con- 
fessor illustrissime regine Francie. Magister Jo. Chufard tradidit sibi bieretum quarc 
cancellarius ecclesie parisiensis et canonicus, magister in artibus et liscenciatus in 
decretis; et proprius tradiderat Magistro Nie. Bessy bieretum in aula. 

In prendio Magistri Anselmi Appart, minore (pour minorité), fuerunt multi do- 
mini: Dominus rector; decanus facultatis Théologie, et omnes magistri in theologia; 
prepositus Parisiensis-, primus presidens parlamenti parisiensis ; doctores, archidia- 
coni, burgenses quamplurimi ; et fuit in refretorio (re/ectorio) Minorum. Dominus 
Hector tenebat primuin locum, ante campanam, in medio mence ; ad manus destram 
Dominus decanus Petrus de Diereyo, et omnes magistri sine intancione; ab alio 
latere, Dominus prepositus parisiensis; Dominus presidens parlamenti, Dominus 
miles du guet, Michaut de Lalier; in secunda mensa Dominus cansellarius ecclesie 
parisiensis, archidiacoui et alii manantes, etc. (Ms. latin de la Bibl. impériale, 
n" 5494, page .157.) 

11. 



156 

culte supérieure de théologie, il succéda, en 1430, à l'illustre Ger- 
son comme chancelier de Notre-Dame. Il devint en même temps 
chancelier ou président du conseil de la reine Isabelle. Le retour de 
Charles VII n'arrêta pas l'accroissement de ses dignités. Il fut, en 
1437, conseiller au parlement, doyen de Saint-Marcel, abbé de 
Saint-Maur des Fossés. En 1438,, il se rendit avec Jean Tudert, cha- 
noine de Paris, à l'assemblée ou concile de Bourges, qui produisit 
la pragmatique sanction. On voit notamment par un passage sati- 
rique du Journal de Paris que l'ex-chancelier de la reine prit, sous 
la Restauration de Charles VII, une part considérable et intéressée 
au maniement des affaires publiques. Sa grande fortune , comparée 
à son petit mérite, lui est reprochée par ses contemporains. Il fut 
encore chanoine, puis doyen de Saint-Germain l'Auxerrois, curé de 
Saint-Eustache, mourut le 7 mai 1451, et fut inhumé dans la cathé- 
drale 1 . 

Anselme Apart ou Happart, né vraisemblablement vers 1400, 
commença ses études en théologie au collège de Sorbonne le 4 juin 
1429, fit son second cours à partir du 9 juillet suivant, en abordant 
le livre des Sentences de P. Lombard. Il termina ses études comme 
on l'a vu précédemment. La reine, dans son testament daté du 2 
septembre 1431, le mentionne comme son confesseur. Elle l'institua, 
ainsi que J. Chifart, au nombre de ses exécuteurs testamentaires. 
Ce religieux était alors gouverneur de l'hôpital de Saint-Gervais. A 
ce titre la reine, par suite d'une délégation onéreuse sur les revenus 
de cet établissement, alloue dans le même acte, au gouverneur, 
comme indemnité, 20 livres parisis de revenu annuel. La testatrice 
lui légua en outre une rente viagère de 50 livres 2 . 

Après le trépas de la reine, ainsi s'exprime l'historiographe offi- 
ciel, religieux de Saint-Denis, Jean Chartier, « fut son corps amené 
à Saint Denis par eau en ung petit bateau et jusques en l'isle, à très 
petit appareil, car il n'y avoit de conduiseurs que quatre personnes 
seullement, comme se c'eust esté la plus petite bourgoise de Paris 3 . . . 

1. Gallia Christiana, t. VII, coll. 265, 305. Journal de Paris (Panthéon), p. 716. 
Ms. lat. 5957 A, f° 17. « Sa sépulture se voit derrière le chœur de N.-D. de Paris, 
sans armes. » (Blanchard, Conseillers, etc. Paris, 1637, in-f°, p. 21.) 

2. Ms. latin, 5494, p. 30, 33, 127, 219. Besse, Recueil de pièces sur Charles VI, 
1665, in-4, p. 371 et suiv. Doublet, Antiquités de Saint-Denis, in-4, p. 1080. 

3. Les cérémonies funéraires eurent d'abord lieu à Paris. La faculté de théologie y 
prit part. On lit à ce sujet dans le registre du grand bedeau : « Item die servilii 
reytne, iij d[euarios] » ; {Dépenses de la faculté, 1435, septembre -octobre; 
p. 147.) 



157 

Et à faire le deuil estoient seullemcnt les dits exécuteurs... maistre 
Jehan Chiffart et maistre Jehan Happart, cordellier, son confesseur, 
maistre en théologie l . » 

Tels furent les deux hommes qui, lors des dernières années que 
vécut Isabelle, paraissent avoir obtenu la plus grande part de sa 
confiance. Sans sortir de la réserve que nous avons plus d'une fois 
exprimée, nous serions disposé à croire que ce factum fut concerté 
entre la reine et ces deux conseillers, sous la direction du chancelier. 

1. Chronique de Charles VIT, 1858, in-12, t. I, p. 211 et suiv. 

A. V. 






LETTRE 



M. FÉLIX BOURQUELOT 



SUR UN TEXTE ATTRIBUÉ AU «X e SIÈCLE 



ET MENTIONNANT LA MONNAIE DE PROVINS. 



Mon cher ami et confrère , 

Vous savez combien des numismatistes aiment à consulter les 
cartulaires : ils y trouvent souvent des textes, précieux pour 
eux, qui les guident dans leurs attributions, et les aident à de- 
viner les véritables classifications. Pour ma part, je ne puis pas 
apercevoir un de ces recueils imprimés sans courir à la table et 
chercher les passages qui touchent h mes études favorites. Il 
m'arrive parfois de constater des erreurs ; mais il y a des cir- 
constances très-atténuantes à invoquer au profit des éditeurs : on 
recueille avec passion, en France, les anciennes monnaies, mais 
peu de personnes les étudient sérieusement. On ne paraît pas 
encore généralement convaincu de toutes les ressources offertes 
aux historiens et aux archivistes par la numismatique \ 

Or, en feuilletant la table du « Cartulaire de Notre-Dame de 
Paris, » publié par notre maître , Benjamin Guérard, dans la 

1. Dans le Cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon, publié tout récemment et avec 
beaucoup de soin par M. C. Ragut, je remarque, par exemple, la mention de la 
monnaie de Gigny. Si le savant éditeur avait eu, en numismatique, autant d'expé- 
rience qu'il en possède en paléographie, il aurait sans doute reconnu qu'il ne s'agis- 
sait pas, dans le passage en question, d'une monnaie locale, mais bien plus proba- 
blement de la monnaie usuelle ayant cours alors à Gigny et à Mâcon. Cf. p. 
cxxxixet325. 



159 

Collection des documents inédits, l'indication « monnaie de Pro- 
vins » me renvoya à la page 289 du tome I e *. Là, en effet, je 
remarquai la mention de vingt-cinq sous de monnaie provinoise 
dans un diplôme sans date, attribué par l'éditeur à l'an 820. 

Au point de vue de l'histoire monétaire de la Champagne et 
de la Brie, je dirai plus, au point de vue de l'histoire monétaire 
de France, durant la période féodale, ce texte du commencement 
du neuvième siècle me parut si important, que je me mis à étu- 
dier attentivement l'acte qui le mentionne. Il me semblait, en 
effet, que les plus anciennes monnaies de Provins ne pouvaient 
pas être antérieures aux comtes de la maison de Vermandois, qui 
s'étaient attachés à copier le plus servilement possible les espèces 
forgées dans l'atelier rojal de Sens, et cela depuis le règne de 
Baoul. 

Il est bien naturel que je vous soumette mes observations a 
cet égard : je ne puis mieux faire que de m'adresser au plus ré- 
cent historien de Provins, à celui qui, à plusieurs reprises déjà, 
s'est occupé de l'histoire monétaire de cette ville. 

Voici l'acte en question : je le copie textuellement d'après le 
diplôme original, conservé aux Archives de l'Empire 1 ; l'éditeur 
du Cartulaire de Notre-Dame ne paraît pas l'avoir connu : sa 
transcription, en effet, est imprimée d'après le « petit pastoral, » 
de sorte qu'elle ne donne pas le préambule. Les modifications 
apportées au texte original par le compilateur du « petit pasto- 
ral » sont peu importantes ; je signalerai seulement l'absence 
des cédilles sous les e qui remplacent la diphtongue ae, et quel- 
ques variantes dans l'orthographe des noms propres 2 . 

« In nomine unius et individue trinitatis. Quia karitas operit mul- 
titudinem peccatorum, oportet nos ad illam cum timoré et reverentia 
gressum pietatis dirigere, sine qua nec amima 3 vivere nec ulla virtus 



1. K. 20, n° 62, musée, vitrine 26. C'est notre confrère et ami Boutaric qui m'a 
signalé l'existence de ce beau monument paléograplrique dont M. Huillard-Bré- 
liolles a eu l'obligeance de revoir la transcription. 

2. L'acte commence par une croix grecque aux branches de laquelle sont suspen- 
dus Y alpha et Yomega. 

3. Dans un autre exemplaire signé, mais qui ne porte point de trace de sceau, 
probablement la minute, il y a anima, consenti, major. Les principales variantes 
sont Odoni de Braico. — filius Leteri. — Lantbertus. — Hemelinus. 



160 

valet nec valebit existerc, que divine contemplationis semper avi( 
ab omnibus terrenis ac presentibus desiderio efficitur aliéna. Ihec 
quidem finis est bonorum operum , haec est portus quietis ex isto 
naufragio ad illam digne tendentium. De hac recte dicitur : Deus 
karitas est, hic est Deus dominus nosterin teternum quiducet suos 
ad patriam ubi est karitas sine simulatione, vita sine morte, gloria 
sine defectione, ubi est illa gloriosa civitas angelorum et hominum 
in qua régnant et regnabunt aeterna felicitate sancti heredes quidem 
Dei, coheredes autem Christi, cui honor et gloria in secula. Amen. 
« Ego igitur Stephanus cornes omnibus notificari cupio quod 
quasdam consuetudines, quas in villa béate Marie Parisiensis que 
vocatur Rosetum sibique villulis adjacentibusindominiomihitenen- 
das jus hereditatis attulerat, cuidam Odoni de Braio aliquantulum 
inconsulte consensensi. Consuetudinis autem erat quod unoquoque 
anno, in festivitate beati Martini que est in novenbrio, xxv solidos 
Proveniensis monete pro tensamento ville pater meus habebat. Quod 
si aliquotiens voluiset in villa comedere, quod necessarium esset 
sumptui sibi credebatur ; si precium crediti solveretur, iterum cre- 
debatur; sin autem, non amplius quicquam, donec redderet, cre- 
debatur. Ad hec de porcis in silvam béate Marie missis ad pascua 
dimidium habebat pasnaticum ; si vero non essent pascue, nec porci 
ad pascendum mitterentur in silvam, non habebat. Si de porcis ville 
pro pasnatico clamaretur, majoris béate Marie erat tota justicia ; si 
de alienis, communis ut pasnaticum. Hsec patris mei fuerunt ex con- 
suetudine. Horum siquidem occasione totam villam indesinenter 
et inhumane predictus Odo vastabat. Ego vero prefate karitati 
placere desiderans, mihique et ecclesiae Parisiensi melius quam 
in Odone consulens , omnem illam consuetudinem , precibus 
canonicorum ejusdem ecclesiae, de manu predonis illius abstraxi, 
mihique ac posteris meis, quemadmodum pater meus et antecessores 
mei in dominio eam possederant, propriam in perpetuum habere 
decrevi. Et ne hoc aliqua vetustate posset deleri, scripto mandavi, 
sigillo meo signavi, manuque propria, uxore mea filiisque meis una- 
nimiter annuentibus, et hoc idem ex voto confirmantibus, imperpe- 
tuum roboravi. Totam ville justitiam faciet major Béate Marie; quod 
si noluerit, vel non poterit, de alieno clamore veniet in manu mea. 
Testes Botardus , Guibaldus , Andréas filius Leteri (ou Lenti) , 
Albertus Rufus, Lambertus prepositus, Hermannus, Girardus, 
Hemilinus, Isembardus Ville nove, Hugo Panificus, Goisbertus 
Jomi, Erardus Goropalatius, Valerannus Paner, f Sign. comitis Ste- 



161 

phani, f sign. comitisse A. fSign. Willelmi, filii comitis. fSign. 
Sign. Stephani, filii comitis. 1 » 

11 s'agit ici, on le voit, d'un comte Etienne qui, d'accord 
avec sa femme A. et ses fils Guillaume et Etienne , aurait 
disposé, en faveur de Notre-Dame de Paris, d'une rente qu'il 
possédait à Bosoy en Brie, rente qu'auparavant il aurait incon- 
sidérément abandonnée à Eudes de Bray-sur-Seine. 

Benjamin Guérard, ayant remarqué, à la date de 811, une 
antre donation faite à la même église par un comte Etienne, 
dont la femme se nommait Amaltrudis, supposa que les deux 
actes émanaient des mêmes personnages. Il n'hésita pas à placer 
approximativement vers l'an 820 la charte dont je viens de repro- 
duire la copie plus haut. 

Par suite d'une distraction assez excusable lorsqu'il s'agit de 
mettre en ordre et de classer un aussi grand nombre de textes 
que ceux qui sont contenus dans les quatre volumes du Cartu- 
laire de Notre-Dame, Benjamin Guérard reproduisit l'acte en 
question une seconde fois, à la page 265 du tome II, et, cette 
fois, il le plaça entre deux chartes datées du commencement du 
treizième siècle. 

J'ajouterai que le savant éditeur du Cartulaire de Notre- 
Dame de Paris n'est ni le seul, ni-même le premier qui ait 
attribué une date trop ancienne au document dont je m'oc- 
cupe en ce moment. Au dos de l'acte original, un archiviste du 
chapitre, au siècle dernier, a inscrit la date de 811. 

Du reste, dès le commencement du quatorzième siècle, l'erreur 
de date que je crois pouvoir rectifier était déjà admise par un 
inconnu qui consigna une annotation sur les marges du « parvum 
pastorale 2 ». Cette annotation est composée de quelques lignes 



1 . L'une des copies données par le cartulaire de Notre-Dame mentionne comme 
avant-dernier témoin « signum Tebaldi, filii comitis » : ce serait évidemment Thi- 
baut, quatrième du nom sur les listes des comtes de Blois, et le deuxième comme 
comte de Champagne. — Je dois faire remarquer que ce personnage ne figure sur 
aucun des deux exemplaires de l'acte que possèdent les Archives de l'Empire. 

2. En feuilletant ce manuscrit j'ai relevé quelques autres annotations qui prou- 
vent qu'au quatorzième siècle, parmi ses lecteurs, les uns considéraient Hugues 
Capet comme un usurpateur, les autres comme un souverain légalement appelé au 
trône. Ainsi à la page 94, devant le diplôme de Lothaire et de Louis, dans lequel est 
mentionné Hugone exoellentissimo duce, on a écrit : isle Hugo quem sic corn- 



162 



•îp- 



peu faciles à déchiffrer, aussi je n'en propose ici une transcrip 
tion que sous toutes réserves. Il est évident toutefois que l'ano- 
nyme, attribuant les deux chartes au même Etienne, comme on 
l'a fait dans le Gartulaire de Notre-Dame de Paris, a voulu faire 
connaître son opinion sur l'origine du comte Etienne, ainsi que 
sur l'emplacement primitif de la cathédrale de Paris : je crois 
aussi qu'il supposait que les Capétiens se rattachaient à l'an- 
cienne dynastie carlovingienne. Voici ma transcription : 

« Et credo quod erat cornes parisii — iste Stephanus fuit con- 
« temporaneus ymo? ante? (ces deux mots interlignés) Karolo- 
« magno [in carta 17 * (interligné)] et — jam erat ecclesia béate 
« Marie in insula scilicet infra murum Parisii — nec non ? in 

« luco (sic) Sancti Stephani q vocabatur? — per ? tem- 

« pora? prius? sed? tempore Henrici régis prout in carta 47 2 
« — et est verisimile quod fuit de Francis et sicut Hugo Capetus 
« de Francis — et ideo reges moderni sunt stirpe? masculina de 
« Francis, stirpe? femina de Carolo et Pipino 3 . » 

« Dans son Histoire du département de Seine-et-Marne, »t. II, 
p. 114, M. le docteur Félix Pascal s'exprime ainsi : « La tradition 
« assure que Rosoy a été donné à l'Église de Paris par un comte 
« de Champagne, pour l'office des anniversaires des matines et de 
« la chambre de cette Église, vers l'an 826 ; mais la tradition 
« n'est point ici d'accord avec l'histoire, car le premier comte 
« héréditaire de Champagne fut Héribert, comte de Vermandois, 
« et ce seigneur ne prit le titre de comte de Champagne qu'au 

« commencement du dixième siècle En 1080, Etienne, comte 

« de Champagne , était l'advoué du chapitre (de Notre-Dame) 
« pour la seigneurie de Rozoy. » 

Le comte Etienne, auquel j'attribue la charte de Rosoy, est 

mendant privavit eos regno. Ailleurs, page 374; je lis dans une liste chronolo- 
gique des rois de France : Hugo Chapet cornes Parisii regnum sibi usurpavit. 
En marge un lecteur a inscrit simplement le mot non qui est toute une protestation. 

1. La charte n° 17, à laquelle renvoie l'annotation, est celle dans laquelle Char- 
lemagne mentionne la donation de Sulciacum faite par « Stephanus pie recorda- 
tionis cornes nec non et uxor ejus Amaltrudis. » {Parv. Pastor. p. 41. Cartul. de 
N.-D. de Paris, t. I, p. 290.) 

2. La charte n° 47 est celle par laquelle le roi Henri I er , vers le milieu du onzième 
siècle, disposait des églises Saint-Étienne, Saint-Julien, Saint-Séverin et Saint-Bache 
{Parv. Pastor., p. 47. Cartul de N.-D., t. I, p. 272). J'ai remarqué qu'on avait 
gratté une annotation consignée à la marge. 

3. Parv. Pastor., p. 121 (Arch. de l'Emp. LL 176). 



163 

justement celui auquel M. le docteur F. Pascal fait allusion : 
seulement, il faut noter qu'il n'était pas comte de Champagne. A 
cette époque, il y avait des comtes qui possédaient Troyes, ou 
Blois, ou la Brie ; mais il n'y avait pas encore de comté de Cham- 
pagne constitué. 

Etienne -Henri, fils du comte Thibaut, avait eu tout d'abord, 
du vivant de son père, la Brie; plus tard, il eut, entre 1089 et 
1 102, Chartres, Blois, Châteaudun, et la suzeraineté sur le reste 
du patrimoine de sa maison. Ce comte épousa, vers 1785, Adèle, 
fille de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre ; il en eut 
plusieurs fils, entre autres Guillaume, dit de Sully, qui fut 
exclu de son droit d'aînesse comme « trop faible d'esprit et 
« indigne du sang dont il était issu; » Etienne, d'abord comte de 
Mortain, puis roi d'Angleterre après la mort de son oncle, Henri 
de Boulogne. 

Ne semble-t-il pas que ces quelques lignes, dans lesquelles 
on retrouve tous les personnages de la charte de Rozoy, per- 
mettent d'attribuer à cet acte, comme date, les dernières années 
du onzième ou les trois premières années du douzième siècle ? 
Le style vient à l'appui de ma conjecture, et, d'ailleurs, parmi 
les témoins, il me semble en reconnaître qui figurent dans des 
actes datés et publiés ailleurs. 

Je signalerai particulièrement Lambertus prepositus, Hugo 
panificus, et Goisbertus Tomi; or, dans une charte de 1102 de 
la comtesse Adèle, je trouve : Hugo panetarius et Goisbertus 
frater ejus, et Lambertus prepositus Columbariensis 1 . Ce même 
Hugo figure encore dans une notice de l'abbaye de Marmoutier, 
commencée sous le comte Étienne-Henri, et terminée après sa 
mort par sa veuve : Hugo magister panetarius 2 , ainsi que dans 
un acte du même comte en faveur du palais épiscopal de Char- 
tres 3 . J'ajouterai que, parmi les personnages dont la présence 
est signalée lors de la rédaction de la charte de Rozoy, on en 
voit un dont le nom même indique la seconde moitié du onzième 
siècle : c'est Isembardus ville nove; les premiers villages nouvel- 
lement fondés, appelés aujourd'hui en Champagne plus souvent 
Neuville que Villeneuve, datent exclusivement de l'époque que 
je viens d'indiquer. 

1. Toussaint Duplessis. T. II, p. 18. 

2. Ann. Bened., V, 657. 

3. Gall. christ., VIII. Instr., col. 310. 



164 

Le second acte qui a induit en erreur B. Guérard émane, à 
vérité, d'un comte Etienne, qui, avec Amaltrude, sa femme, 
donne à Notre-Dame de Paris la paroisse de Sucy en Brie, en 
811 (tome I, p. 290); il était mort en 829, ainsi qu'il résulte 
d'un acte de Inchadus, évêque de Paris (id., p. 322) : nous pou- 
vons même affirmer qu'à cette dernière date, son décès remon- 
tait déjà à plusieurs années. Nous remarquons, en effet, un 
diplôme de Charlemagne, dont le règne finit en 814, qui con- 
tient ce passage : « Sulciacum quem Stephanus pie recordationis 
« cornes, nec non et uxor ejus Amaltrudis, eorum usibus dele- 
« gaverunt. » (Id., p. 240) \ 

Je ne veux pas donner à cette lettre une trop grande étendue 
en cherchant quel était ce personnage. Je dirai seulement en 
deux mots ce que j'ai pu recueillir en ce qui le concerne. Une 
charte du Cartulaire de Notre-Dame, de 1212 (tome I, p. 407), 
le désigne comme comte de Corbeil : « Tn anniversario comitis 
« Gorboliensis qui dédit nobis Suciacum, c solidos. » Baluze, 
Dubois et le Gallia christiana en font un comte de Paris ; ils 
pensent, non sans grande apparence de vérité, que c'est ce per- 
sonnage qui, en 802, fut, avec Fardulf, abbé de Saint-Denis, 
missus dominicus, dans les pagi Parisiacus, Melcianus, Milidu- 
nensis, Provinensis, Stampensis, Carnotensis et Pinciacensis . En 
803 et en 812, il porte la qualification de comte, et, à la pre- 
mière de ces dates, il a mission de publier des capitulaires à 
Paris : « Anno tercio clementissimi domini nostri Karoli Augusti 
« et ipso anno hœc facta capitula sunt et consignata Stephano 
« comiti, ut haec manifesta faceret in civitate Parisius, mallo pu- 
-■' blico2. .. 

En résumé, je vous propose les conclusions suivantes : 1° l'acte 
publié dans le Cartulaire de Notre-Dame de Paris, aux pages 288 
du tome I er et 265 du tome II, est des dernières années du on- 
zième siècle ; 3° l'acte publié à la page 24 1 est postérieur à 



1 . Les actes dans lesquels ligure le nom de ce comte Etienne sont mal classés. En 
effet, la donation datée en toutes lettres de 811 est, si son authenticité est incontes- 
table (ce que je ne veux pas discuter ici, pour ne pas m'ecarter de mon sujet), 
antérieure à l'acte de la page 240, placé vers 795, et qui parle d'Etienne comme 
étant déjà décédé : celui-ci ne peut être mis qu'entre 811 et 814. 

2. Cf. Baluze, Capitul., I, p. 392, 490; II, 1061. — Dubois, Hist. eccles., Paris, 
1,591. 



165 

l'an 8 1 1 ; 2° jusqu'à ce jour, ou ne commit pas de texte qui 
mentionne la monnaie de Provins antérieurement à l'an 1085. 
Tout à vous, mon cher ami. 

Anatole de BARTHÉLÉMY. 



P. S. Après avoir feuilleté une dernière fois le Cartulaire de Notre-Dame, 
j'ai constaté que l'éditeur a reconnu l'erreur que je signale, à la p. clxxxviii 
de la préface , dans une note, p. lx, et aux errata, t. IV, p. 490. Ma rec- 
tification me paraît néanmoins utile parce que X Index chronologique des 
chartes et les Tables des matières, qui sont exclusivement consultés par 
les lecteurs qui l'ont des recherches, ne peuvent qu'égarer ceux-ci sur le 
point qui nous occupe. 



166 



BIBLIOGRAPHIE. 

Azincoubt, par René de Belleval. Paris, Dumoulin, 1865, gr. iu-8°. 

M. R. de Belleval poursuit avec zèle une série d'études analytiques sur 
l'intéressante période de nos annales connue sous le nom de Guerre de 
cent ans. Disposant, en véritable amateur, de son plan et de sa méthode, 
l'auteur ne paraît pas s'astreindre à un ordre chronologique rigoureux dans 
l'élaboration de son œuvre et dans la publication des parties qui la compo- 
sent. Ainsi l'idée mère de son entreprise se trouve, si nous ne nous trompons, 
exposée pour l'ensemble et ébauchée déjà par tronçons, dans la Grande 
Guerre, Fragments d'une histoire de France aux quatorzième et quinzième 
sièeles, Paris, Durand, 1862. Déjà, antérieurement, avait paru, du même 
auteur : la Journée de Mons en Vimeu et le Ponthieu après le traité de 
Troyes (1420-1), Paris, 1861, in-8°. Puis il nous a donné, en 1864, la Pre- 
mière Campagne d'Edouard III en France (ann. 1347 et s.), Paris, Du- 
rand, in-8°. Voici maintenant une monographie de la bataille d' Azincourt 
(1415). Ce défaut d'uniformité ou de régularité usuelle n'a du reste à nos 
yeux qu'une médiocre importance. Et nous dirions volontiers à M. de Belle- 
val, en parodiant un mot célèbre : « Publiez toujours ; la critique recon- 
naîtra les siens. » Il sera facile de coordonner matériellement le monu- 
ment, pourvu que l'œuvre s'accomplisse 

Le travail de M. de Belleval offre une grande analogie avec celui que sir 
H. Nicolas a, sous le même titre, consacré au même événement 1 . Ces deux 
importantes études (qui se répètent quelquefois entre elles) se complètent 
et s'éclairent néanmoins le plus souvent l'une par l'autre. 

L'ouvrage de M. de Belleval commence par un récit détaillé de la ba- 
taille, accompagné d'une carte étendue, offrant le tracé complet de l'itiué- 
raire suivi par l'armée anglaise depuis Harfleur jusqu'à Azincourt. Vient 
ensuite une série de listes des combattants anglais et français présents à la 
bataille, tous blessés ou faits prisonniers. Cette partie de l'ouvrage est 
celle où l'auteur paraît avoir apporté sa part la plus notable de recherches 
propres et originales, comme aussi de soin, de zèle et de prédilection. Le 
volume se termine par une suite de poèmes, ou opuscules en vers, tant 
français qu'anglais, composés à l'occasion de ce mémorable épisode. 

A. V. 

Histoire du règne de Henri /Fpar M. Aug. Poirson : 2 e édition, t. III. 
Paris, Didier, 1865, in-8° de 811 pages. 

Le troisième volume de cette seconde édition contient l'exposé du gou- 
vernement, de l'administration, des grands établissements du règne de 
Henri IV. 

1. History qf the battle of Azincourt, etc., London, 1832, n-8°, p. 9. 



167 

En traitant cette matière si complexe, l'auteur a donné de nouveaux dé- 
veloppements, un caractère de plus en plus marqué à son système général 
de composition. M. Poirson applique l'érudition à tous les sujets qui ont un 
véritable intérêt pour le pays, parce qu'ils touchent, soit à ses libertés, soit 
à sa prospérité et à sa grandeur; et l'érudition donne à ces sujets une plé- 
nitude, une exactitude, une nouveauté, qu'ils n'avaient pas eues jusqu'ici. 
Voici quelques exemples, empruntés aux sujets de la nature la plus diverse, 
qui feront connaître l'application de la méthode de l'auteur. 

Dans les matières de gouvernement, il a joint à l'étude des histoires 
locales et des pièces qui leur servent de preuves l'étude nouvelle, le dé- 
pouillement nouveau des lettres patentes, et il est arrivé aux résultats sui- 
vants. Outre les six grandes provinces, nommées pays d'États, dix autres 
pays de moindre étendue ont des États, avec la décision de toutes les ques- 
tions d'intérêt local, et le vote annuel de l'impôt : ces provinces et ces 
pays jouissent donc du régime représentatif partiel. Quinze autres pro- 
vinces ont conservé le droit de remontrances et de réclamations. La majo- 
rité des grandes villes a gardé ses libertés municipales ; le nombre de ces 
villes est sensiblement augmenté durant le règne de Henri IV : leurs li- 
bertés municipales ou privilèges, qui sont des droits politiques d'une haute 
importance, les constituent à peu près à l'état de communes du moyen 
âge. Dans toutes les questions importantes, les grands corps d'État sont 
consultés et écoutés. L'auteur en conclut, preuves en mains, que, sous ce 
règne, l'autorité royale, absolue si Ton veut en principe, était, dans la pra- 
tique et dans l'application, restreinte et limitée par les franchises na- 
tionales. 

Du gouvernement passons aux finances. En donnant pour contrôle aux 
Économies royales de Sully, aux Recherches et considérations de Forbon- 
nais, le livre à peu près inconnu de Mallet, premier commis des finances à 
la fin du règne de Louis XIV, M. Poirson a pu démontrer que, sous 
Henri IV, il existait deux sources de revenus, les revenus ordinaires de la 
couronne, et les deniers extraordinaires ; que, sans le concours de ces 
deux espèces de ressources, il eût été impossible à Henri IV et à Sully, en 
douze années d'administration régulière, de rembourser 100 millions de 
dettes exigibles ; de contracter pour le rachat de 60 millions de domaine 
ou de rentes; et de laisser, en argent comptant, une réserve de 43 millions 
dans les caves de la Bastille. 

Pour l'agriculture, l'auteur a combiné les données fournies par le Théâtre 
d'agriculture, avec les dispositions des édits et ordonnances. L'agricul- 
ture, détruite dans la moitié du royaume par les guerres civiles, est rétablie 
et protégée partout. Grâce aux efforts combinés du roi et d'Olivier de 
Serres, elle commence à passer de l'état de routine grossière à l'état d'art : 
elle s'enrichit de produits nouveaux d'une immense utilité : elle jouit eu 
outre de la libre exportation de tous les produits agricoles. 
Même travail et mêmes résultats pour l'industrie. Les édits et ordonnan- 



168 






ces constatent le rétablissement des industries de première nécessité, 
création des industries de luxe. Les écrits d'Olivier de Serres et de Bar 
thélemy Laffemas, extraits et commentés dans la nouvelle histoire, démon- 
trent jusqu'à l'évidence que la France doit à Henri IV la culture du mûrier 
en grand, et l'industrie de la soie, aujourd'hui la plus productive de nos 
industries. 

D'après l'étude des histoires contemporaines et des ouvrages spéciaux 
sur la matière, d'après le relevé encore des devis et des travaux commencés 
sur tous les points du royaume, M. Poirson apprend à son lecteur que la 
France et l'Europe doivent à ce règne la découverte des canaux à point de 
partage; que la France lui doit en outre le tracé et le commencement 
d'exécution de quatre voies de grande navigation intérieure sur six, et l'in- 
dication d'une cinquième. 

La planche et la légende retrouvées par l'auteur de la Porte et Place de 
France lui ont donné moyen d'indiquer d'une manière sûre les plans pro- 
jetés pour la rénovation générale, mais progressive, du vieux Paris, après 
la construction achevée de deux portions de quartiers nouveaux à la Place 
Royale et à la Place Dauphine. 

Enfin l'étude et le commentaire des statuts nouveaux de l'Université 
après sa réforme, statuts dressés par les commissaires du roi, sanctionnés 
par l'autorité royale, formant une dernière partie de la législation de l'é- 
poque, accuseut la pensée d'un gouvernement occupé de la jeunesse et de 
l'avenir de la patrie. L'instruction secondaire et l'instruction supérieure re- 
çoivent des règles et une discipline qui remplacent, par le respect pour la 
loi et pour l'autorité légitime, les doctrines subversives delà Ligue. L'édu- 
cation est assise sur la base d'une religion éclairée et de la morale. Au point 
de vue du développement des intelligences, l'instruction secondaire et 
l'instruction supérieure sont soumises à un plan si sage, si habilement 
combiné, qu'encore aujourd'hui ses dispositions principales et les plus gé- 
nérales régnent dans nos écoles. 

C'est par ces travaux nouveaux que M. Poirson s'est efforcé de rendre 
son ouvrage plus digne de la haute distinction que l'Académie française lui 
a accordée, en lui décernant en 1857 et 1858 le grand prix Gobert. 

A. T. 

De Haymaro Monacho, archiepiscopo Csesariensi et postea Hieroso-. 
lymitano patriarcha, disquisitionem criticam facultati litteramm Pa- 
risiensi proponebat P .-E.-D. Riant. [Paris], 1865, in-8°de 127 p. 

En 1549 et 1560, Jean Herold publia, à la suite de sa continuation de 
Guillaume de Tyr, un poëme sur le siège et la prise de Saint-Jean-d'Acre 
en 1189, 1190 et 1191. Ce poëme, qui présente un véritable intérêt histo- 
rique, n'avait guère été remarqué jusqu'à présent, et tout ce qu'en dit 
M. Riant, dans la thèse dont je viens de transcrire le titre, a le mérite 
d'une entière nouveauté. 



169 

Le mauuscrit du poème sur le siège de Saint-Jean-d'Acre qui a servi pour 
les éditious de 1549 et 1560 n'est plus connu; les deux autres manuscrits 
que nous en possédons, l'un à Bamberg (B. IV, 29, fol.), l'autre à Oxford 
(Codex Orelianus, n. 853. 2, fol.), n'indiquent point le nom de l'auteur. 
M. Riant a démontré, par des rapprochements décisifs, que le poëme a été 
composé par le Florentin Amerigo Monaco dei Corbizzi, le même que les 
anciens textes latins et français appellent Haymarus et Haymer. Ce per- 
sonnage figure dans un grand nombre de documents de la fin du douzième 
et du commencement du treizième siècle. En 1171, il était chancelier du 
patriarche de Jérusalem; vers 1180, il fut nommé archevêque de Césarée; 
plus tard, il devint patriarche de Jérusalem et mourut en 1202. 

Après avoir montré quel est l'auteur du poëme sur le siège d'Acre, et après 
avoir mis en lumière et coordonné tous les détails qui nous sont parvenus 
sur la vie de cet auteur, M. Riant apprécie la valeur du poëme,' en donne 
une analyse, et termine sa publication par le texte même des vers d'Hay- 
mer; il s'est servi, pour ce travail, de l'ancienne édition et des manuscrits 
deBamberg et d'Oxford, dont le fac-similé est joint au volume. Il a réuni 
en appendice trois morceaux qui ont beaucoup d'analogie avec le poëme 
d'Haymer. Le premier, intitulé : Planctus de amissione Terrx Sanctx, 
est tiré d'un manuscrit de Munich; le deuxième se compose de trente-deux 
vers sur les croisés, que Roger de Hoveden a insérés dans ses Annales ; le 
troisième, ayant pour titre : Conductus de itinere Jerosolimorum, se 
trouve dans un manuscrit de Vienne, et paraît aujourd'hui pour la première 
fois. 

On voit, par cette simple analyse, que la thèse latine de M. Riant est une 
remarquable dissertation sur une partie des sources de l'histoire de la troi- 
sième croisade. C'est un heureux début qui sera suivi, nous n'endoutonspas, 
de travaux encore plus importants sur les événements dont la terre sainte 
fut le théâtre à la fin du douzième et au commencement du treizième siècle. 

Le même auteur vient de publier un second ouvrage, plus étendu et d'un 
intérêt plus général que le premier. Il est intitulé Expéditions et pèleri- 
nages des Scandinaves en Terre Sainte au temps des Croisades (Paris, 
1865, in-8 de 448 pages). Je me borne à signaler l'apparition de ce livre, 
dans lequel sont examinés sous toutes les faces, et d'après les documents 
originaux, les rapports des Scandinaves avec la Terre Sainte, du x e au 
xiv e siècle. Nous espérons qu'un de nos confrères en rendra compte avec 
les développements nécessaires pour faire comprendre l'importance du sujet 
et la manière dont il a été traité par l'auteur. 

L. D. 

Recherches sur la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris, 
d'après des documents entièrement inédits, suivies d'une notice sur 
les manuscrits qui y sont conservés; par Alfred Franklin, de la biblio- 
thèque Mazarine, 1864. 

II. (Sixième série.) 12 



170 

Histoire de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor, à Paris, 
d'après des documents inédits; par le même; 1865. 

Paris, Aubry, pet. in-8°. 2 volumes. 

Les bibliophiles et le public érudit doivent déjà au zèle et à la persévé- 
rance de M. A. Franklin diverses notices : sur la bibliothèque Mazarine, 
à laquelle il appartient; sur la Bibliothèque impériale, son organisa- 
tion, son catalogue; sur les origines du palais de l'Institut ou Collège 
des Quatre-Nations ; et, en dernier lieu, sur la bibliothèque (non publi- 
que) de l'église Notre-Dame de Paris au treizième siècle. M. Franklin 
continue le cours de ses intéressantes recherches en nous donnant les 
deux nouveaux opuscules dont le titre précède. Tous deux se feront 
lire avec attention par les curieux. M. Franklin poursuit, comme on 
voit, un cercle d'investigations, qui, peu à peu, embrasse les origines 
historiques des principaux établissements ou dépôts littéraires de la ca- 
pitale. 

L'histoire de la Faculté ou de l'École de médecine de Paris n'offre 
guère, aux yeux des médecins d'aujourd'hui, qu'un intérêt purement bis- 
torique. Les changements que le cours des temps a introduits dans l'ensei- 
gnement des sciences expérimentales ont eu pour effet de rompre pour 
ainsi dire le lien de leur existence continue. C'est ce qui fait qu'à ce point 
de vue les archives de la science médicale offrent à ceux qui la cultivent 
parmi nous beaucoup moins de profit que les antiquités littéraires n'en 
offrent aux littérateurs actuels. Mais, sous le rapport historique, les docu- 
ments de l'École de médecine sont bien loin de ne pouvoir iutéresser que 
des médecins. On y trouve, indépendamment des notions propres de cet 
ordre, des renseignements très-variés et très-piquants, qui se rattachent 
aux mœurs, à l'état social, et même aux événements politiques du moyen 
âge. Les médecins, en effet, jouaient un rôle sur les divers théâtres que 
nous venons d'indiquer. La Faculté de médecine était un corps constitué, 
qui participait, dans une certaine proportion, à la vie publique, comme 
membre de la grande Université parisienne. Ses suppôts étaient aussi, sou- 
vent et en même temps, des prélats de l'Église. On n'ignore pas enfin que 
les Des Parts, les Poitevin, les Coitier et bien d'autres, eurent accès dans 
les conseils du roi, non-seulement comme médecins, mais comme hauts 
fonctionnaires de l'État ou de l'ordre civil. 

M. Franklin a donc fait une œuvre utile et digne d'applaudissement en 
retraçant, comme il l'a fait, d'après des sources origiuales et généralement 
peu consultées, les origines de cette institution. L'une des collections les 
plus riches et les plus importantes que possède la bibliothèque de l'École 
de médecine, en fait de documents manuscrits et inédits, du moins dans 
leur ensemble, est formée par la série originale des Registres ou Commen- 
tarii de l'ancienne Faculté de médecine. Les premiers de ces registres 
manquent depuis des siècles. Mais, dans son état actuel, cette série se 
compose encore de 24 volumes petit in-fol., solidement reliés, écrits sur 



171 

parchemin et sur papier. Le plus aucieu commence à 1395 et la série con- 
tinue sans interruption jusqu'en 1786 '. 

M. Franklin apprécie en des termes très-justes l'intérêt que présentent 
ces antiques commentaires, et, pour justifier cette appréciation, il emploie 
le moyen le plus probant : l'éditeur a reproduit in extenso quelques pages 
empruntées au premier volume. L'auteur de cet opuscule agissait dans un 
cadre très-limité, et dont l'étroitesse même est une des conditions de son 
programme. II a donc nécessairement dû se restreindre. 

Ces fragments, il faut le dire, sont plus propres à exciter ou attiser la 
curiosité et l'intérêt du lecteur qu'à les satisfaire. Une chaire vient d'être 
ouverte au Collège de France pour y professer l'histoire de la médecine. Le 
moyen âge aura son tour dans la suite de cet exposé. Un moment viendra 
donc, sans doute, où les registres de la Faculté parisienne paraîtront sur 
la scène de l'érudition. Nous faisons des vœux, quant à nous, pour que ces 
registres, que nous avons plus d'une fois et péniblement consultés (quoique 
sans plaindre notre labeur), deviennent , ainsi que les autres registres 
princeps (ou principes) des anciennes Facultés, le sujet de publications 
très-étendues, si ce n'est intégrales. 

L'Histoire de la bibliothèque de Saint-Victor offrait aussi un champ 
fructueux à exploiter. On sait que ce dépôt littéraire, fondé avec l'abbaye 
même au douzième siècle, fut un de ceux qui, avant la révolution fran- 
çaise, étaient ouverts par la libéralité de leurs possesseurs, aux recherches 
des gens de lettres. Il est, à ce titre, un de nos premiers établissements de 
ce genre que l'on peut, à la rigueur, décorer du nom de bibliothèque pu- 
blique. Lorsqu'en 1789, eut lieu la grande refonte de ces établissements, la 
bibliothèque de Saint-Victor se trouvait particulièrement riche en incuna- 
bles typographiques, en traités manuscrits ou imprimés qui rentraient dans 
la classe de la littérature ou de l'histoire du moyen âge. Cette classe était 
alors fort dédaignée. Mais combien le goût public et la direction des esprits 
studieux ont changé depuis cette époque ! Il suffit de rappeler ces consi- 
dérations, dont personne ne contestera la vérité, pour justifier le choix et 
l'opportunité du sujet qu'a traité M. A. Franklin. 

L'auteur expose en premier lieu l'historique de la bibliothèque, à partir 
de sa fondation. Il reproduit ensuite, à l'état de fragments, divers catalo- 
gues de ce dépôt, datés de 1513, 1623 et 1677. L'opuscule se termine par 
divers appendices, et notamment par un index de divers manuscrits relatifs 
à l'histoire de l'abbaye de Saint-Victor. Tous les détails que nous révèle 
M. Franklin m'ont paru généralement exacts et intéressants. La biblio- 
thèque de Saint-Victor a fourni plusieurs documents à la collection, si 
importante, qu'a publiée notre confrère M. J. Quicherat sous le titre de 
Procès, etc., de la Pucelle. Parmi ces matériaux, figure premièrement un 

1. llecherches, p. 109, 110. Voy. aussi Histoire de l'instruction publique, 1849, 
in-4", p. 359 et suiv. 

12. 



172 

recueil de pièces ayant fait partie des vastes écritures judiciaires, tant en 
ce qui concerne la condamnation que la réhabilitation de cette héroïne. 
Il faut distinguer, en second lieu, une chronique ou compilation dans la- 
quelle le Journal du siège entre pour une part considérable. Il résulte des 
recherches de M. Franklin que l'ensemble de ces documents fut rassemblé 
par Nicaise Delorme, abbé de Saint-Victor de 1501 à 1516. D'après un té- 
moignage précieux, celui de Dubreuil, qu'a recueilli et reproduit M. Fran- 
klin, cet abbé Nie. Delorme « demeuroit alors (vers 1501) au diocèse 
d'Orléans; il fit transcrire le livre de J eanne la Pucelle » (Chronique du 
siège), ainsi que « son procès fait par les Anglois à Rouen et sa justification, 
et l'apporta à Saint-Victor. » Cette circonstance explique l'origine de ces 
documents, qui, pour moi du moins, était demeurée inconnue. Cette notion 
jette également, à mon sens, une lumière très-précieuse pour la critique, à 
l'effet d'apprécier la source et la valeur comparative des documents connus 
sous les titres de Journal du siège, Chronique de la Pucelle et Chronique 
de Cousinot 1 . 

Sans doute l'honorable auteur du dernier livret que nous analysons ne 
saurait se flatter d'avoir épuisé la matière. Ainsi nous aurions souhaité, 
pour notre compte, des développements plus étendus, et dont les éléments 
existent, dispersés, sur les accroissements que reçut la bibliotheque.de Saint- 
Victor à l'époque où l'imprimerie naissante vint précisément y apporter 
d'Allemagne ses premiers produits 2 . Un autre lui reprochera peut-être de 
n'avoir pas tiré tout le parti possible des nécrologes et autres documents 
victorins, manuscrits, qu'il n'a pour ainsi dire qu'effleurés. Trahit sua 
quemque voluptas... et la situation des auteurs est bien souvent, j'en con- 
viens, celle du Meunier, son (ils et Vàne... Pour nous, la critique doit aisé- 
ment absoudre l'écrivain de tout ce que ce dernier ne lui donne pas ; 
pourvu toutefois que l'ouvrage analysé donne quelque chose , j'entends de 
valable et de bon. Or, à ce point de vue, nous ne devons pas seulement 
renvoyer indemne l'auteur de ces élégants opuscules que publie M. Aug. 
Aubry , nous lui devons encore une réelle estime et une véritable recon- 
naissance. 

A. V. 

Les Constitutions de V Alsace au motjen âge. — Les Paysans de 
l'Alsace au moyen âge, par M. l'abbé Hanauer, licencié ès-lettres, profes- 
seur au gymnase catholique de Colmar. 2 vol. in-8°. — Paris, Auguste 
Durand, 1865. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les recherches des érudits et patients in- 

1. Franklin, Recherches; voy. à la fable, Nicaise Delorme et les renvois. Du- 
breuil. Théâtre des antiquités de Paris, p. 319. Chronique de Cousinot, etc., 
Paris, Delahaye, 1859, in-12, p. 57. 

2. Voy. Histoire de Charles VII, t. III, p. 4i8, et les Origines de l'imprimerie 
de M. Aug. Bernard, loc. ib. cit. 



173 

vestigateurs du passé se sont portées sur la condition des classes agricoles 
ni France ; déjà MM. L. Delisle et C. Dareste de la Chavanne ont publié, 
sur cette matière si intéressante, des travaux qui font autorité. 

Ce que M. Delisle a fait pour la Normandie , M. l'abbé Hanauer vient de 
le faire pour l'Alsace dans les deux volumes dont nous annonçons la publi- 
cation et qui seront accueillis, nous n'en pouvons douter , par les savants 
français et allemands, avec une faveur égale et bien méritée. 

M. Hanauer raconte, dans la préface des Paysans de l'Alsace, comment, 
s'occupant de l'histoire des abbayes alsaciennes , il fut amené , par la dé- 
couverte d'un rotule colonger, à étudier dans ces textes mêmes la condition 
politique, morale et matérielle des paysans alsaciens pendant le moyen 
âge. 

Lacolonge (colonia, eu allemand Dinghof, de Hof, cour, etDing, assem- 
blée, plaid) est, dit M. Hanauer, une agglomération plus ou moins consi- 
dérable de fermiers régis par une loi commune , dépendant d'un même 
seigneur, et formant ensemble un tribunal dont les attributions étaient 
très-variées. — C'est la définition à la fois la plus claire , la plus exacte et 
la plus complète qui ait été donnée de la colonge. 

Je n'ai pas cru inutile de reproduire cette définition , puisque les deux 
volumes de M. Hanauer ne sont , comme il le dit lui-même, qu'une étude 
sur les cours colongères. 

J'aurais pourtant, à cet égard, une réserve à faire, c'est que ce sous-titre 
me paraît trop modeste (la modestie est dans les habitudes de l'auteur) et 
n'indique pas suffisamment toute la valeur historique du beau travail du 
savant ecclésiastique. 

L'auteur, en effet, est arrivé à démontrer que la moitié environ des vil- 
lages de l'Alsace étaient constitués en colonges, fonctionnant dans chacun 
deux à côté des communes qui ont fini par les absorber complètement ; il 
trace un tableau complet et fidèle de l'état des terres et des personnes, 
œuvre considérable et qui a été traitée, on peut le dire, d'une façon ma- 
gistrale. 

L'ouvrage de M. Hanauer sera analysé et apprécié en détail par des cri- 
tiques plus compétents que moi, il mérite cet honneur. Je me borne donc 
ici à ces considérations générales, et dirai en résumé que cet ouvrage me 
semble le plus important qui ait été publié en Alsace après les travaux 
que nous ont laissés les érudits du XVIII e siècle. 

M. Hanauer vient de se placer du premier coup au rang des maîtres; il 
saura s'y maintenir dans les prochaines publications que nous promet son 
infatigable ardeur. L. B. 

Étude historique et paléographique sur le rouleau mortuaire de 
Guillaume des Barres, par Eugène Grésy. Meauxet Paris, 1865. In-folio. 

Le travail de M. Grésy se compose de trois parties qui toutes trois offrent 
un véritable intérêt. 



174 

La première est une notice biographique sur Guillaume des Barres, l'un 
des plus fameux chevaliers du règne de Philippe-Auguste, mort en 1233. 
L'auteur a consulté non-seulement les historiens anciens et modernes, mais 
encore les chartes d'un grand nombre d'établissements. Il serait difficile de 
réunir une plus riche collection de documents sur un chevalier du treizième 
siècle. Tout ce que nous regrettons, c'est que M. Grésy n'ait poiut discuté 
certaines assertions qu'il a relevées dans des ouvrages modernes : par 
exemple, la qualification de grand sénéchal donnée par Méaeray à Guil- 
laume des Barres, qualification qui résulte probablement d'une méprise. 
Plusieurs autres détails auraient encore besoin d'être éclaircis : ainsi, on se 
demande comment Guillaume des Barres a pu prendre le titre de comte 
de Chalon sur son contre-sceau. 

A la mort de Guillaume des Barres, les religieuses de Fontaines, au dio- 
cèse de Meaux , firent circuler un rouleau pour obtenir des prières à l'in- 
tention de leur bienfaiteur. Ce rouleau , qui appartient aujourd'hui à ma- 
dame Dassy, est long de 10 mètres 84 centimètres , et large de 18 centi- 
mètres. Il renferme une encyclique, qui est à la fois l'éloge du défunt et la 
recommandation de son âme aux prières des fidèles. Suivent deux cent trois 
titres funèbres, qui furent écrits dans diverses maisons de la Brie, de l'Ile 
de France, de la Picardie, de la Normandie, du pays Chartrain, du Maine, 
de l'Orléanais, de la Champagne et de la Bourgogne. M. Grésy a publié le 
texte de l'encyclique, et la liste de tous les établissements qui ont inscrit 
des titres sur le rouleau. 

La dernière partie de la publication de M. Grésy est une description du 
monument funéraire de Guillaume des Barres, qui figura dans le prieuré de 
Fontaines jusqu'au dix-huitième siècle, et dont les restes viennent d'être 
pieusement recueillis par M. Aubry, acquéreur du domaine de Fontaines. 

L'ouvrage dont nous venons d'indiquer l'objet est orné d'une belle chro- 
molithographie : c'est le fac-similé de la grande peinture qui est en tête du 
rouleau et qui représente les derniers moments de Guillaume des Barres. 
Des gravures sur bois reproduisent avec exactitude : 1° le cylindre sur le- 
quel s'enroule le rouleau; 2° l'image de Guillaume, en costume de guerre, 
telle qu'on la voit dessinée au trait vers le bas du rouleau; 3° le monument 
funéraire de Guillaume des Barres. 

L. D. 

Chartulàrium Sancti Jovini. (Deuxième partie du tome XVII des 
Mémoires de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres, 
année 1854.) Niort, imprimerie de L. Favre et compagnie. Sans date. In- 
octavo de xvi et 135 p. 

Les archives de Saint- Jouin de Marnes ont péri, soit dans les troubles 
de la Bévolution , soit dans l'incendie des Archives de la préfecture des 
Deux-Sèvres ; elles ne sont plus guère représentées que par un recueil de 
Gaignières (ms. latin 5449 de la Bibliothèque impériale), renfermant: 1° la 



175 

copie complète d'un petit cartulaire écrit au XV siècle ; 2° la copie ou 
l'analyse des principales pièces qui étaient conservées vers 1700 dans le 
chartrier du monastère. 

Le volume que nous annonçons contient le petit cartulaire du XV e siècle 
et les documents que Gaignières a cru devoir transcrire en entier. C'est 
une intéressante collection de cinquante-six chartes , dont une appartient 
au IXe siècle, cinq au X e , quinze au XI e , dix au XII e , onze au XIII e , six 
au XIV e et huit au XV e . La date de la plupart de ces pièces et la valeur 
des renseignements qu'elles fournissent sur la topographie d'une portion 
du diocèse de Poitiers et sur l'histoire des vicomtes de Thouars justifient la 
résolution que la Société de statistique des Deux-Sèvres a prise de les in- 
sérer dans le recueil de ses mémoires. 

L'édition du cartulaire de Saint- Jouin a été préparée par M. Grandmai- 
son , qui n'a rien épargné pour rendre son travail aussi complet et aussi 
exact que possible. Au texte des chartes il a ajouté une introduction dans 
laquelle l'histoire de l'abbaye est racontée avec une élégante simplicité. Le 
volume se termine par deux pouillés et par des tables dont l'usage est fort 
commode. 

L. D. 

L'Abbaye royale de Faremoutiers, au diocèse de Meaux , par Eugène 
de Fontaine de Resbecq ; Paris, Furne et C e . 

M. de Fontaine de Resbecq a résumé dans ce joli volume tout ce qu'il a 
pu réunir de notes et de documents sur l'histoire de l'abbaye de Faremou- 
tiers. Ce monastère, le plus ancien du diocèse de Meaux , puisqu'il remon- 
tait au commencement du septième siècle, avait d'abord porté le nom 
iVEboriacum, avant de prendre celui de sa fondatrice. En dehors des 
mentions contenues dans l'ouvrage de Toussaint Duplessis, et de l'article 
spécial contenu dans le Gallia Christiana, personne n'avait encore pensé 
à composer une notice sur l'abbaye à laquelle se rattache le souvenir.de 
sainte Fare , si populaire dans les souvenirs chrétiens de la Brie. Cette la- 
cune dans l'histoire du diocèse de Meaux était si complète que, le jour où 
M. de Fontaine de Resbecq voulut essayer de la combler, il dut multiplier 
ses recherches patientes pour reconstituer un passé déjà complètement 
oublié dans la localité. 

Le Gallia Christiana s'arrête à l'année où le volume qui contient le 
diocèse de Meaux fut imprimé, c'est-à-dire en 1744: la dernière abbesse 
dont parle ce grand ouvrage est Françoise-Catherine Malé, qui donna sa 
démission en mars 1744, un mois après sa nomination: depuis cette date 
jusqu'en 1789 le travail de M. de Fontaine de Resbecq est complètement 
inédit. 

L'auteur a pu rédiger cette partie intéressante, qui comprend le gouver- 
nement des trois dernières abbesses, grâce à un manuscrit qu'il a eu l'heu- 
reuse chance de retrouver, et qui fait aujourd'hui partie du riche dépôt de 



176 

la Bibliothèque impériale. Ajoutons qu'aux Archives de l'Empire, et à celles 
de Seine-et-Marne, il a rencontré quelques documents qui lui ont permis 
de compléter utilement la notice des rédacteurs du Gallia Christian a. 

Les anciens titres de Faremoutiers ont disparu , et n'ont pas encore été 
retrouvés : cette disparition a dû avoir lieu à l'époque de la Révolution. Je 
remarque en effet qu'en 1771 on dressait un inventaire en trois volumes 
des chartes, titres et papiers de l'abbaye: les archives abbatiales existaient 
donc 18 ans avant que l'État s'emparât des biens meubles et immeubles 
de Faremoutiers. Si ces précieux documents n'ont pas l'ait les frais de 
quelque feu de joie , et on doit le savoir, on peut espérer de les retrouver. 

Le livre de M. de Fontaine deResbecq est rédigé avec ordre; le style 
en est facile ; il permet de prévoir que si l'auteur, qui paraît avoir une pré- 
dilection marquée pour les anciens souvenirs de la Brie, veut bien consa- 
crer ses loisirs à traiter quelque sujet plus vaste et plus riche en monu- 
ments écrits, il attachera son nom à un livre excellent. 

M. de Fontaine de Resbecq a, du reste, été à bonne école : il lui appar- 
tient de continuer des traditions héréditaires : naguère encore il avait au- 
près de lui un chercheur qui savait, sous une forme très-littéraire, faire 
preuve de véritable érudition. 

A. de B. 

Un Évêque supplicié. Étude historique, par M. Bertrandy. Paris, 
E. Dentu, 1865, in-8° de 69 pages. 

Sous ce titre, M. Bertrandy a raconté la vie de Hugues Geraldi, l'un des 
plus célèbres évêques de Cahors, dont la fin tragique eut un grand retentis- 
sement dans le midi de la France en 1317. Notre confrère s'est principale- 
ment attaché à découvrir les véritables motifs de la condamnation de 
Hugues Geraldi, et la parfaite connaissance qu'il a de l'histoire de Cahors 
au moyen âge lui a suggéré des rapprochements qui méritent d'être pris en 
sérieuse considération. Le mémoire de M. Bertrandy s'appuie sur desdocu- 
ments inédits, et jette un jour nouveau sur un épisode important et mysté- 
rieux du pontificat de Jean XXII ; il prendra place à côté des Recher- 
ches historiques sur l'origine, l'élection et le couronnement du pape 
Jean XXII, dissertation du même auteur, qui obtint uu si légitime succès 
quand elle parut en 1854. 

Le Mémorial historique des évêques, ville et comté d'Évreux, écrit 
au dix-septième siècle par Le Batelier d'Aviron, publié pour la première 
fois et annoté par l'abbé P.-F. Lebeurier. Évreux, Huet ; Paris, Dumoulin; 
Rouen, Lebrument, 1865. In-8° de 206 pag. 

Cet ouvrage est publié d'après deux manuscrits, conservés l'un à la bi- 
bliothèque d'Évreux, l'autre aux archives du département de l'Eure. On ne 
sait si l'auteur est Nicolas le Batelier, chanoine et théologal d'Évreux, qui 
mourut en 1679, ou l'avocat Jacques le Batelier, qui résigna en 1661 un 



177 

office de conseiller au bailliage et présidial d'Évreux. Quoi qu'il en soit, c'est 
une compilation fort négligée, mais dont beaucoup de détails ont été tirés 
de documents manuscrits, et qui, à certains égards, conserve quelque valeur, 
même après les travaux plus approfondis qui ont été depuis consacrés à l'his- 
toire de l'évêché, du comté et de la ville d'Évreux. Il faut donc applaudir 
à l'idée que M. Lebeurier a eue de publier le Mémorial historique et au 
soin qu'il a pris de l'annoter et d'y joindre des tables. En même temps qu'il 
rendait ce nouveau service à l'histoire de la Normandie, notre confrère fai- 
sait un acte de justice envers un auteur injustement oublié. Il a montré, en 
effet, que Lebrasseur, dans son Histoire civile et ecclésiastique du comté 
d'Évreux, a souvent copié le Mémorial historique , sans jamais le citer et 
sans même prononcer le nom du savant dont les recherches lui étaient si 
utiles. 

L. D. 



Recueil des historiens des Gaules et de la France, tome vingt-deuxième, 
contenant la troisième livraison des monuments des règnes de saint Louis, 
de Philippe le Hardi , de Philippe le Bel , de Louis X , de Philippe V et 
de Charles IV, depuis 1226 jusqu'en 1328, publié par MM. de Wailly et 
Delisle, membres de l'Institut. Paris, Imprimerie impériale, 1865 ; un vo- 
lume in-folio de xliv et 971 pages. 

La publication de chaque volume nouveau dont s'enrichit la collection 
savante à laquelle D. Bouquet a donné son nom est un événement pour tous 
les érudits qui s'occupent d'histoire de France. Il est de mode aujour- 
d'hui de critiquer le plan adopté par l'illustre bénédictin. La rapidité avec 
laquelle M. Pertz fait paraître l'admirable recueil qu'il a intitulé : Monu- 
menla Germanise, historica , paraît une humiliation pour notre amour- 
propre national. Il est certain que les Allemands sont de terribles rivaux , 
et que, lorsqu'il s'agit de publier des textes, ils démentent complètement 
l'opinion commune sur la lenteur germanique et sur la précipitation fran- 
çaise, furia francese. 

Le premier volume du Recueil des historiens des Gaules et de la France 
a vu le jour en 1738; l'impression du vingt-deuxième s'est terminée en 
1865 : vingt-deux volumes en cent vingt- huit ans, un volume tous les six ans. 

Or c'est seulement en 1826 que M. Pertz a publié le premier volume de 
sa collection, et il a donné le dix-huitième en 1863 * ; il a donc pu mettre 
sous presse un volume presque tous les deux ans, et sa collection, commen- 
cée quatre-vingt-huit ans après celle de D. Bouquet, compte aujourd'hui 
un nombre de volumes presque égal à celui que cette dernière peut mettre 
en parallèle; disons en outre que les textes du recueil allemand sont sou- 
vent mieux établis que ceux du recueil français. 

1 . Trois volumes de lois, et quinze d'historiens. 



178 

Cependant nous ne cacherons pas notre préférence pour celui-ci. Nous 
croyons injustes tous les reproches adressés au recueil de D. Bouquet par 
l'érudition allemande ; nous les croyons injustes bien que les savants fran- 
çais, par un excès de modestie, paraissent aujourd'hui presque unanimes 
pour en accepter le fondement. Nous ne contestons pas la science alle- 
mande; mais, dans l'art de faire des livres, la France a toujours eu sur ses 
voisins une supériorité qui, suivant nous, ne peut que trouver sa confirma- 
tion dans un examen comparatif des deux grandes publications nationales 
dont il s'agit. 

Nous ne prétendons pas que les leçons adoptées par les bénédictins fran- 
çais soient préférables à celles que plus d'une fois M. Pertz et ses collabo- 
rateurs leur ont substituées : les nouveaux éditeurs ont toujours à ce point 
de vue un avantage sur les premiers, et la suppression des bibliothèques 
monastiques, la concentration des manuscrits sur un petit nombre de points 
acilite singulièrement aujourd'hui le travail de ceux qui veulent recueillir 
des variantes ou améliorer des textes déjà connus. Donner maintenant des 
textes préférables à ceux qu'on a publiés au dix-huitième siècle est un de- 
voir, et en tirer orgueil pour déprécier ses devanciers, c'est aussi rationnel 
qu'il pourrait l'être de se vanter d'être né dans ce siècle-ci , comme si on 
on avait soi-même fixé la date de sa naissance. 

Ce que nous croyons, c'est que le plan adopté par D. Bouquet est infini- 
ment supérieur à celui qu'a choisi M. Pertz. L'opinion contraire est reçue. 
Mais ceux qui , voulant écrire l'histoire d'une époque ou d'un personnage, 
ont cherché des matériaux dans les deux collections sont, suivant nous, 
seuls compétents pour juger cette question, et nous sommes persuadé que 
tous seront de notre avis. 

Le but que s'est proposé D. Bouquet a été de rendre le plus rapide et le 
plus commode possible le travail de celui qui veut réunir tous les textes his- 
toriques de quelque valeur relatifs à un fait ou à un personnage. 

Il a , mieux que personne, atteint ce résultat par sa division en périodes 
qui est précisément ce qu'on lui reproche le plus vivement, par les admi- 
rables tables qu'il a jointes à ses volumes, et par les notices qui précèdent 
chaque volume. Voulez-vous étudier un fait quelconque de notre histoire 
depuis les temps les plus anciens jusqu'au quatorzième siècle? Vous avez 
au plus cinq volumes et souvent un seul à consulter. Dans chaque volume 
une table vous renvoie à tous les textes relatifs à cet événement , vous en 
donne la date probable, et en tête du volume vous trouvez des notices qui 
vous renseignent sur le degré de confiance que méritent les auteurs auxquels 
appartiennent les textes cités. Ce travail est l'œuvre d'un instant, n'exige 
aucune étude, aucune connaissance préalable, l'érudit le plus novice le fera 
parfaitement. 

M. Pertz donne chaque auteur in extenso. Il suit de là que le nombre 
de volumes du Monumenta Germanise à consulter pour chaque fait que 
l'on veut étudier est beaucoup plus considérable; de plus l'absence de ta- 






179 

blés rend nécessaire avant toute recherche une étude approfondie de la 
collection : il faut savoir à fond quels auteurs ont été publiés, de quoi 
parle chaque auteur ; c'est un labeur préliminaire énorme ; et quand on 
l'a fait, on n'est pas sûr de réunir en deux jours des textes que le premier 
ignorant venu rassemble en un quart d'heure dans le Recueil des histo- 
riens de France. 

« Mais, » dira-t-on, « D. Bouquet ne donne que des textes tronqués; 
« c'est la conséquence inévitable de sa division en périodes. Il aurait bien 
« mieux valu publier les auteurs in extenso. La disposition adoptée par 
« D. Bouquet est très-gênante pour les personnes qui s'occupent d'histoire 
« littéraire. » Mais le but de D. Bouquet n'était pas de réunir les matériaux 
de l'histoire littéraire de la France qu'écrivait son confrère et contempo- 
rain D. Rivet. Il voulait préparer un instrument de travail aux savants qui 
s'occupent de l'histoire politique, biographique, géographique, etc., et ce 
but, il l'a atteint d'une manière admirable. 

Autre objection. « Le plan adopté par D. Bouquet demande aux éditeurs 
« un temps considérable; on ne sait quelle génération verra la fin de sa 
«collection, tandis que celle de M. Pertz marche avec une rapidité si 
« grande. » Cette critique nous touche peu. Le temps des éditeurs était 
sans doute fort précieux, mais pouvaient-ils l'employer plus honorablement 
qu'à un travail qui abrège si notablement le travail de tant d'autres? La 
mission d'un éditeur est une mission de dévouement ; il est certainement 
plus agréable d'écrire un récit ou une dissertation qu'une table, de créer 
un ouvrage que de réunir des matériaux pour autrui : mais l'érudition con- 
temporaine et la postérité tiendront compte de ce sacrifice. Quant aux 
plaintes provoquées par la lenteur de la publication , c'est ici que nous re- 
connaissons la furia francese. Nous comprenons que M. Pertz se presse, 
il n'est qu'un homme. Il craint d'être, comme André Duchesne, prévenu 
par la mort. Mais quand on a devant soi l'avenir comme une corporation, 
comme les bénédictins ou l'Institut de France, on agit sagement en pro- 
fitant de cet avantage et en donnant, pour faire mieux qu'un homme, le 
temps qu'un homme ne peut donner. 

Certainement s'il avait été possible à MM. de Wailly et Delisle de faire 
paraître, depuis 1855, cinq volumes au lieu d'un, nous ne pourrions que 
nous en féliciter. Mais, à notre sens, un volume composé d'après la mé- 
thode de D. Bouquet, vaut mieux que cinq préparés d'après celle de 
M. Pertz. 

D'ailleurs près de la moitié du volume dont nous allons entretenir le lec- 
teur est occupée par des documents non-seulement inédits, mais dont la 
publication exigeait un soin tout particulier, nous voulons parler des 
comptes que M. de Wailly a insérés dans ce tome comme déjà il l'avait fait 
dans le précédent. 

Voici quels sont les documents contenus dans le tome XXII du Recueil 
des historiens de France : 



180 

1° Extraits de la chronique de Geofroi de Courlon (p. 2-11), d'après le 
ms. 271 de la bibliothèque de Sens. Cette chronique, qui commence à la 
naissance de J.-C. et qui finit en 1294, avait principalement pour objet 
l'histoire des archevêques de Sens. Elle était inédite. 

2° Extraits de l'ouvrage intitulé : Historia satirica regum, regnorum et 
summorum pontificum (p. 12-15) d'après le ms. lat. 4940 de la Bibliothèque 
impériale. Cet ouvrage a été écrit par un auteur anonyme avant 1328. Il 
était inédit. 

3° Extraits d'une chronique anonyme des rois de France, écrite vers 1342 
(p. 16-21), d'après le ms. lat. 5689 C de la Bibliothèque impériale. Elle était 
inédite. 

4° Extrait d'une chronique qui se termine en 1343 et dont l'auteur in- 
connu était sans doute dominicain à Caen (p. 21-26), d'après le ms. lat. 4942 
de la Bibliothèque impériale. Cette chronique était inédite. 

5° V 'Historia susceptionis coronse spinex J.-C, par Geofroi Cornu, 
archevêque de Sens, déjà publiée par François Duchesne et revisée sur les 
mss. de la Bibliothèque impériale, Dupuy, XIII, lat. 3282 (p. 27-31). 

6° L'histoire du miracle de l'hostie profanée par un juif de Paris en 1290 
'p. 32-33). Elle avait été déjà publiée par Labbe, Nova Bibliotheca manu- 
scriptorum. 

7° Les vers 27137-31286, c'est-à-dire les 4149 derniers de la chronique 
de Philippe Mousket (p. 38-81). On sait que cette chronique avait été pu- 
bliée intégralement par M. de Beiffenberg, d'après le manuscrit unique 
conservé à la Bibliothèque impériale où il porte le n° 4963 du fonds fran- 
çais. Malgré tout le mérite de l'édition de M. de Beiffenberg, le manuscrit 
a été de nouveau collationné. 

8° La chronique rimée dite de Saint-Magloire (p. 82-87). Cette chronique 
avait déjà été publiée par l'abbé Lebeuf, par Barbazan, par Méon et par 
Buchon; on en trouve déjà un extrait dans l'édition de Joinville donnée par 
Du Cange. Ici le texte a été collationné avec soin sur l'original (Archives de 
l'Empire, LL 168), et les savants éditeurs y ont ajouté les variantes et la 
continuation fournies par le ms. latin 4937 de la Bibliothèque impériale. Ce 
manuscrit est aujourd'hui perdu, mais M. Paulin Paris en avait conservé 
une copie. 

9° La chronique rimée attribuée à Geffroi de Paris (p. 89-166). Elle se 
trouve déjà dans le tome IX des Chroniques nationales françaises de 
Buchon ; mais on sait combien sont incorrectes les éditions données par cet 
actif érudit, qui eût mieux fait de profiter un peu des exemples de sage 
lenteur données par l'Institut. Aussi la nouvelle édition était-elle néces- 
saire. Elle a pour base une collation exacte du ms. français 146 de la Bi- 
bliothèque impériale. 

10° Le récit en vers de la translation du corps de saint Magloire en 1318 
en présence d'une partie de la cour de France (p. 167-170). Ce texte n'a- 
vait encore paru que dans un ouvrage peu connu , le Martyrologe universel 



181 

de l'abbé Chastelain. Les nouveaux éditeurs se sont servis à la fois de cet 
ouvrage et du ms. 300 de la Bibliothèque de l'Arsenal. 

11° La branche des royaus lingnages, dédiée à Philippe le Bel par 
Guillaume G uiart d'Orléans en 1306 (p. 172-300), d'après le ms. unique de 
la Bibliothèque impériale franc. 5698. Sur les 21510 vers dont cette 
chronique se compose, 3084 ont été, dès le dix-septième siècle, publiés par 
Du Gange dans son édition de Joinville, et le texte complet forme les tomes 
VII et VIII des Chroniques nationales françaises de Buchon. Il est inutile 
de répéter ce que nous venons de dire des causes qui rendent nécessaire la 
réimpression de la plupart des textes mis au jour par ce dernier. 

12° Un fragment de la chronique anonyme dite Chronique de Beims 
(p. 302-329). Cette chronique a eu pour premier éditeur M. Louis Paris : une 
autre édition a été depuis donnée en Belgique par M. Smet. Les nouveaux 
éditeurs se sont attachés à reproduire le texte du manuscrit de la Biblio- 
thèque impériale F. Sorbonne 454, et se sont aidés des variantes fournies 
par lems. 7103 du Musée britannique 1 . Une copie de ce manuscrit avait 
été faite dans ce but par notre confrère M. L. Blancard. 

13° Des extraits des Anciennes chroniques de Flandres (p. 331-429), pu- 
bliées par Denis Sauvage en 1562. Le texte de ce dernier a été rectifié au 
moyen du mss. français 2799 de la Bibliothèque impériale et du ms. 1006 
du fonds de Sorbonne. 

14° Les tablettes de cire de Pierre de Condé par ordre de matières, 1282- 
1285, d'après l'original possédé autrefois par les jésuites, aujourd'hui à la 
Bibliothèque impériale (p. 430-468) ; les tablettes de cire de Pierre de Condé 
par ordre de date, 1282-1286, d'après l'original possédé autrefois par les 
carmes de Paris, aujourd'hui à la Bibliothèque impériale (p. 469-501); 
des extraits des tablettes de cire de Jean de Saint-Just, 1301-1302, d'après 
deux originaux, l'un conservé d'abord à l'abbaye de Saint-Victor de Paris, 
puis à la Bibliothèque impériale; l'autre à Florence (p. 503-534) 2 ; des ex- 
traits des tablettes de cire conservées à la Bibliothèque impériale sous le 
le n° 9024 du fonds latin et à la bibliothèque de Beims, 1303-1304 
(p. 534-544) 3 ; des extraits des tablettes de cire de l'année 1307, qui, de 

1. Ils avertissent de la défiance que dut inspirer la chronique de Reims, sur- 
tout pour les temps antérieurs à saint Louis. Nous partageons complètement leur 
manière de voir. Nous pouvons signaler un exemple de l'inexactitude de cette chro- 
nique. On y voit, p. 84 de l'édition de M. L. Paris, que Jean de Brienne, depuis roi de 
Jérusalem, attrait été déshérité par son père, et en conséquence aurait été surnommé 
Sans-terre. Or Jean de Brienne avait eu dans la succession paternelle la seigneurie 
d'Herbisse que, en mars 1200 (v. st.), il céda par échange à Thibaut III, comte de 
Champagne. 

2. La copie des tablettes de cire conservée à Florence est due à notre confrère 
M. Gautier, archiviste aux Archives de l'Empire. 

3. La découverte des tablettes de cire conservées à Reims est due à notre confrère 
M. Servois, la copie à notre confrère M. de Lépinois. 



82 



l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés sout passées à la Bibliothèque im] 
riale (p. 545-555) ; des extraits des tablettes de cire de l'année 1308, qui se 
trouvent à la bibliothèque de Genève (p. 555-565). Tous ces documents de 
comptabilité concernent la maison du roi. A l'exception du dernier, ils 
étaient inédits *. 

15° Le compte des prévôts de France pour le terme de l'Ascension 1234 
(p. 566-572), et le compte des baillis de France pour la même année 1234 
(p. 572-578), d'après des rouleaux sur parchemin restés inédits jusqu'à ce 
jour, et qui paraissent, comme les suivants, avoir été soustraits à la cham- 
bre des comptes avant l'incendie de 1738. 

16° Le compte des dépenses faites quand Robert, comte d'Artois, fut élevé 
à la chevalerie en 1237 (p. 580-583), d'après le rôle original conservé à la 
Bibliothèque impériale, et dont M. Peigné-Delacourt a publié le texte, avec 
un fac-similé, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Pi- 
cardie. 

17° Le compte de la maison du Roi, depuis l'Ascension jusqu'à la Tous- 
saint, 1239 (p. 585-615), d'après un rôle original et inédit, conservé à la 
Bibliothèque impériale. 

18° Le compte des dons faits à l'occasion de la chevalerie d'Alfonse, 
comte de Poitiers, en 1241 (p. 616-622), d'après un rôle original conservé 
à la Bibliothèque impériale, et déjà publié dans cette Revue 2 par notre 
savant confrère M. Boutaric. 

19° Compte des baillis de France pour le terme de la Toussaint 1285 
(p. 623-672), d'après un manuscrit original et inédit de la Bibliothèque im- 
périale, fonds Gaignières, 558. 2. 

20° Fragment d'un compte de Jean d'Ays, contenant le détail de livrai- 
sons faites en matières et en argent pendant l'expédition d'Aragon en 1285 
(p. 673-723), d'après un rôle original et inédit conservé à la Bibliothèque 
impériale, Mélanges de Clairambault, t. IX. 

21° Compte du charroi des engins pour l'expédition d'Aragon en 1285 
(p. 725-732), d'après un rôle original et inédit conservé dans le même vo- 
lume que le précédent. 

22° Fragment de compte relatif à un convoi d'argent mené de Paris à 
Toulouse en 1285 pour l'expédition d'Aragon (p. 733-736), d'après un rôle 
original et inédit contenu dans le même volume que les précédents. 

23° Fragments de comptes dont les originaux sont perdus, 1227-1326 
(p. 737-773). Les uns avaient déjà été publiés par Brussel ; les autres, restés 
inédits jusqu'à présent, avaient été copiés par Du Cange et Gaignières, et se 
trouvent à la Bibliothèque impériale dans les mss. français 9497 et 9501, et 
fonds Gaignières n° 772. 2. 

1. Le texte des tablettes de Genève a été collationné par notre confrère M. Bor- 
dier. 

2. 3 e série, t. IV, p. 22. 



. 



183 

Ainsi, sur les treize morceaux historiques publiés dans ce volume, quatre 
étaient restés inédits jusqu'à ce jour. Les autres, à l'exception d'un, ont 
été collationnés sur les manuscrits, et plusieurs d'entre eux , ceux qu'a- 
vaient publiés Buchon et Denis Sauvage, en avaient bon besoin. Quant aux 
comptes, ils étaient presque entièrement inédits : c'est la partie de ce vo- 
lume qui excitera le plus la curiosité des érudits. On voit dans la préface 
ces comptes étudiés à deux points de vue. M. de Wailly établit d'abord , en 
s'appuyant sur eux , quelle est l'autorité historique des dates de lieu ins- 
crites au bas des chartes royales, et démontre qu'en général ces dates de 
lieu nous apprennent la résidence du roi à la date de temps que portent les 
chartes. Puis M. de Wailly s'occupe de la vie privée de saint Louis telle 
que nous la font connaître les comptes de sa maison ; les lecteurs de cette 
Revue ont pu apprécier déjà, grâce à une libérale communication, l'intérêt 
que présente cette partie de la préface due à la plume du savant académi- 
cien. Mais il est loin d'avoir épuisé la mine qu'il a ouverte et dont il a le 
premier rendu l'accès possible à tous les lecteurs du Recueil des historiens 
de France. 

Des notes nombreuses, placées au bas de chaque chronique, expliquent 
les passages difficiles, rectifient les erreurs de l'écrivain. Enfin le volume se 
termine par 194 pages d'index, savoir : une table géographique, une table 
des matières et des noms de personnes, un glossaire des mots de basse la- 
tinité, un glossaire des mots français qui sont tombés en désuétude, ou qui 
ont changé de sens. Ces tables peuvent être données comme modèle à tous 
les éditeurs. Trop souvent les auteurs dédaignent de s'occuper sérieusement 
d'un travail de ce genre. Quand on sait combien un labeur consciencieux 
est une chose rare, et que, comme celui qui écrit ces lignes, on a vu de près 
les auteurs pendant l'impression du volume dont il s'agit ici , ce n'est pas 
seulement leur talent qu'on estime et qu'on admire, c'est aussi leur carac- 
tère ; ce n'est pas seulement le savant , c'est l'homme tout entier. 

H. d'Abbois de Jubainville. 

Lettres de madame de Sévigné, première partie du tome XL — Collec- 
tion des grands écrivains de la France, publiée sous la direction de M. Ad. 
Régnier, membre de l'Institut, sur les manuscrits, avec notes, portraits, etc. 
Paris, Hachette, 1862 et années suivantes, in-8. 

Nous avons annoncé et brièvement apprécié, dans la Bibliothèque, les 
commencements et le progrès de cette nouvelle édition de la grande épis- 
tolaire du xvn e siècle. Dix volumes entiers de cette belle et importante 
publication ont déjà paru. L'œuvre aujourd'hui approche heureusement 
de son terme. On en pourra juger par l'avis suivant que les éditeurs vien- 
nent de distribuer aux souscripteurs avec ce premier demi-volume. 

« Nous adressons à nos souscripteurs la première partie seulement du 
tome XI des Lettres de madame de Sévigné. Nous n'avons pas voulu at- 
tendre pour la publier que la deuxième fût terminée. 



184 

« Celte deuxième partie, qui ne contieutplusde correspondance, est rem- 
plie par divers opuscules et par la table des sources, et demande des soins 
tout particuliers ; nous ne pourrons la mettre eu vente qu'au mois de mai ; 
mais les autres tables étant fort avancées, nous sommes en mesure de pro- 
mettre que la publication du dernier volume ne sera pas différée au-delà 
du mois d'août 1866. 

« Nos souscripteurs ont dès à présent toutes les. lettres, non-seulement de 
madame de Sévigné, mais de madame de Simiane. » (Novembre 1865.) 

Lorsque nous pourrons annoncer la fin de cette publication, nous ne 
manquerons pas d'en entretenir une dernière fois nos lecteurs. 

A. V. 

Sul cimelio diplomatico del duomo di Monreale, relazione delï 
avv. Giuseppe Spata. Palermo, 1865. In-18 de 70 p. 

M. Giuseppe Spata expose en détail l'état actuel des archives de l'église de 
Monreale; il passe en revue les travaux dont elles ont été l'objet, signale* 
les pièces les plus importantes qui en font partie, et présente de judi- 
cieuses observations sur les idiomes employés par les notaires, sur les 
dates, sur les sceaux, etc. Il termine son rapport par la publication d'un 
diplôme, écrit partie en grec et partie en arabe, que le roi Roger accorda, 
en 1151, au monastère de Sainte-Marie-Madeleine de Corleone. 

Dictionnaire historique du département de l' Aisne, par M. Melleville, 
nouvelle édition, t. I er . 

Le Dictionnaire topographique de la France, qui se publie sous les aus- 
pices du Ministère de l'instruction publique, formera une collection fort 
utile, mais elle trouvera toujours un complément avantageux dans les dic- 
tionnaires historiques départementaux, qui juxtaposent aux noms de lieu 
des noms d'hommes et des événements historiques. Ainsi, fort souvent, 
deux, trois localités, plus encore, portent le même nom. Quand on ren- 
contre ce nom, comment découvrir de laquelle il s'agit? Plus d'une fois, 
on le reconnaîtra sans peine, si on possède la liste des seigneurs de ces lo- 
calités, ou si l'on sait tel autre détail historique auquel fait allusion le texte 
qu'il s'agit d'interpréter. Enfin, s'il y a intérêt pour les habitants d'une 
localité à connaître les différentes formes du nom porté par leur ville ou 
leur village, il est également curieux pour eux de savoir quels faits d'his- 
toire générale ou particulière se rattachent au coin de terre qu'ils habitent. 
On ne peut donc qu'applaudir au succès du Dictionnaire historique du 
département de l'Aisne, et au zèle avec lequel l'auteur nous donne une 
nouvelle édition de son livre. Nous regrettons vivement, quant à nous, de 
n'avoir pas connu plus tôt cet ouvrage ; nous y aurions puisé, pour l'His- 
toire des comtes de Champagne, plus d'un renseignement précieux. 

Il est fâcheux toutefois que l'auteur n'ait pas montré une intelligence 
plus grande de la critique. On en jugera par les lignes qui suivent : 



185 

« Avant d'entrer dans le détail des améliorations matérielles apportées à 
« cet ouvrage, il nous paraît utile de répondre au principal reproche qui a 
« été adressé à notre première édition. 

« Quelques personnes ont prétendu qu'elle aurait beaucoup gagné en sû- 
« reté et en authenticité si nous avions pris soin d'indiquer constamment 
« les sources où nous avions puisé nos renseignements. 

« Nous voulons croire que ce reproche n'a été pour personne un moyen 
« commode de jeter la défaveur sur notre livre, ni l'expression du dépit de 
« ce que nous n'avons pas épargné aux autres les laborieuses recherches 
« auxquelles nous nous sommes condamnés nous-mêmes » 

La méthode adoptée par M. Melleville ne nous inspire certes aucun dé- 
pit ; mais si M. Melleville avait pris la peine d'indiquer les sources consul- 
tées par lui, il nous aurait donné plus de confiance dans l'exactitude 
d'un certain nombre de faits qu'il rapporte, car il nous aurait procuré le 
moyen de faire rapidement une vérification qui, la plupart du temps, se 
trouvera impossible. Les plus savants sont sujets à erreur, et les maîtres 
de la science ont donné l'exemple de l'humilité en citant leurs autorités et 
en appelant ainsi le contrôle. 

M. Melleville a procédé autrement. Il y a là une lacune fâcheuse dans un 
ouvrage composé sérieusement, et où, par exemple, on trouve reproduit le 
texte de 200 chartes. 

Parmi ces chartes, il y en a qui paraissent inédites : telle est celle qui 
établit une commune dans le village d'Agnicourt en 1167 (p. 7), celle qui 
crée une paroisse à Alaincourt en 1234 (p. 14), celle du partage contracté 
en 1190 entre l'abbaye de Saint-Martin de La on et Roger, seigneur de Ro- 
zoy, au sujet du village des Autels (p. 60-61), et différentes chartes publiées 
par M. Melleville d'après les copies de D. Grenier. Mais d'autres étaient 
imprimées depuis longtemps, bien que M. Melleville ne paraisse pas s'en 
douter. Nous citerons, par exemple, la fondation de la prévôté de Barizis 
par Saint-Amand en 664 (p. 77-78), la donation de Chaources à l'abbaye de 
Saint-Denis par Charles le Chauve en 868 (p. 205-206), deux chartes de Phi- 
lippe-Auguste, qui portent les n os 137 et 480 du Catalogue de M. Delisle 
(p. 340, 377), une charte de Thibaut I er , comte de Champagne, en faveur 
du prieuré de Coinçy (p. 262). Cette critique paraîtra peut-être un peu vé- 
tilleuse, et nous reconnaîtrons nous-même que la réunion de ces docu- 
ments dans un volume présente de l'intérêt. Mais ce qui est peu excu- 
sable, c'est d'avoir lu emultrum au lieu de multrum (p. 13), et d'avoir tra- 
duit émeute. Il y a là un lapsus regrettable. C'est sans doute aussi par 
distraction que M. Melleville date de 720 et attribue au roi Charles Martel 
la charte de Charles le Chauve, qu'il a donnée à la page 326 de^son ouvrage. 

H. D'A. DE J. 



II. (Sixième série.) 13 



186 

LIVRES NOUVEAUX. 

Octobre — Décembre 1865. 

49. Albanès. — Entrée solennelle du pape Urbain V à Marseille , en 
1365. Programme de la fête, dressé par le conseil de la ville, texte provençal 
inédit du quatorzième siècle , notes historiques et pièces justificatives. — 
In-8°, 79 p. Marseille, impr. Arnaud et C e ; libr. Boy-Estellon. 

50. Babbet de Jouy. — Les Gemmes et joyaux de la couronne, publiés 
et expliqués. l re partie. — In-f°, 34 p. et 30 pi. Paris, impr. Claye ; à la 
chalcographie des musées impériaux, cour carrée du Louvre. 

51. Babbaud (l'abbé). — Notice sur les instruments de paix. — In-8», 
93 p. Caen, impr. et libr. Le Blanc-Hardel ; Paris, libr. Derache, 

Extrait du Bulletin monumental, publié à Caen par M. de Caumont. 

52. Benoît (Louis). — Numismatique de la Lorraine allemande. — 
jn-8 ; 26 p. et pi. Nancy, impr. Lepage. 

53. Bebnabd (Aug.). — Histoire territoriale du département de Rhône- 
et-Loire. — In-S n , 180 p. Lyon, impr. Vingtrinier; libr. A. Brun; Paris, 
libr. Dumoulin. (5 fr.) 

Tiré à 100 exemplaires, dont un petit nombre a été mis dans le commerce. 

54. Bebtbandy. — Première lettre sur Uxellodunum, adressée à 
M. Léon Lacabane. Cahors. — Brochure in-8°. 

55. Billiet (le cardinal). — Mémoires pour servir à l'histoire ecclésias- 
tique du diocèse de Chambéry. — In-8°, xi-550 p. Chambéry, imprim. 
Puthod. 

56. Bbouchoud. — Les Origines du théâtre de Lyon, mystères, farces 
et tragédies, troupes ambulantes, Molière. Avec fac-similé, notes et docu- 
ments. — In-8°, 93 p. Lyon, impr. Vingtrinier; libr. Scheuring. 

Mémoire lu à la réunion des délégués des Sociétés savantes, séance du 2 1 avril 
1865, à la Sorbonne. 

57. Bbunet (Gustave). — La France littéraire au quinzième siècle, ou 
Catalogue raisonné des ouvrages en tout genre imprimés en langue fran- 
çaise jusqu'à l'an 1500. — In-8°, viii-260 p. Paris, impr. Jouaust; libr. 
Franck. (15 fr.) 

58. Bulliot. — Fouilles de l'oppidum de Beuvray. Nouvelles indica- 
tions de la Bibracte de César. — In-16, 33 p. Autun, impr. Dejussieu. 

59. Caze. — De l'Impôt dans l'ancienne province du Languedoc. — 
In-8°, 48 p. Toulouse, impr. Rouget frères et Delahaut. 

Extrait des Mémoires de l'Académie impériale des sciences, etc., de Toulouse. 

60. Chapeb (Eugèue). — Notes sur les restes d'un tombeau celtique 
situé près deTallard (Hautes- Alpes). — In-4°, 13 p. Grenoble, imprim. 
Prudhomme; 



187 

61. Charvet (J.). — Origines du pouvoir temporel des papes, précisées 
parla numismatique. — Grand in-8°, 172 p. et 1 grav. Melle, impr. Mo- 
reau; Paris, libr. Dentu. (10 fr.) 

62. Chevalier (J.-A. Ulysse). — Essais historiques sur les hôpitaux et 
les institutions charitables de la ville de Romans. — In-8<>, xvi-359 p. 
Valence, impr. Chenevier et Chavet. 

63. Clément (Pierre). — Jacques Cœur et Charles VII, l'administration, 
les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au quinzième 
siècle. Étude historique, précédée d'une notice sur la valeur des anciennes 
monnaies françaises. Nouvelle édition, revue et corrigée. — In-8°, lxxii- 
520 p. Paris, impr. Bourdier et C e ; libr. Didier et C e . (8 fr.) 

64. Combes. — Mémoire sur les archives royales de Turin et les an- 
ciennes relations de la France avec la maison de Savoie. — In-8°, 13 p. 
Paris, Imprimerie impériale. 

65. Cortet' (Eugène). — Beaufort et ses seigneurs, notice précédée 
d'une histoire abrégée de la Franche-Comté et du Jura en particulier. — 
Grand in-18, 107 p. Clichy, impr. Loignon et C e ; Paris, libr. Dumoulin; 
Lons-le-Saulnier, libr. Escalle. 

66. Cournault (Charles).— De l'Usage des rouelles chez les Gaulois. 
— In- 8°, 4 p. et planche. Nantes, impr. Lepage. 

67. Dareste (C). — Histoire de France depuis les origines jusqu'à nos 
jours. T. I et II. — In-8°. 1234 p. Paris, impr. et libr. Pion. 

68. Delisle (Léopold). — Documents sur les fabriques de faïence de 
Rouen, recueillis par Haillet de Couronne. — In-8°, ix-85 p. Valognes , 
impr. et libr. Martin ; Paris, libr. Aubry. 

69. Des jardins (Abel). — Négociations diplomatiques de la France 
avec la Toscane, documents recueillis par Giuseppe Canestrini et publiés 
par Abel Desjardins. T. III. — In-4°, 947 p. Paris, Impr. impériale. 

Collection de documents inédits sur l'histoire de France. 

70. Desmaze (Charles). — Curiosités historiques de la Picardie, d'après 
les manuscrits (857-1802). — In-So, v-187 p. Paris, impr. Dupray de La 
Mahérie. 

7L Domairon. — Entrée de François l^ r dans la ville de Béziers (Bas- 
Languedoc).— In-8°, 59 p. Paris, impr. Jouaust; libr. Aubry. (3 fr. 50 c.) 

72. Dugast-Matifeux. — Etat du Poitou sous Louis XIV. Rapport 
au roi et mémoire sur le clergé, la noblesse, la justice et les finances, par 
Charles Colbert de Croissy ; catalogue alphabétique des nobles, dressé par 
Jacques-Honoré Barentin; liste des condamnés comme faux nobles, mé- 
moire, statistique de Maupeou d'Ableiges et autres documents officiels. — 
In -8°, xxxt-523 p. Fontenay-le-Comte, impr. et libr. Robuchon. 

73. Faure (J. -A. -Félix). — Histoire de saint Louis. — 2 vol. in-8°. 
1314 p. Paris, impr. Raçon et C e ; libr. L. Hachette et C e . (15 fr.) 



188 



74. Fillon. — Coup d'œil sur l'ensemble des produits de la céramique 
poitevine, suivi de recherches sur les verriers et faïenciers italiens établis 
dans l'ouest de la France aux seizième, dix-septième et dix-huitième siè- 
cles. — In-4°, 36 p. Fontenay-le-Comte, impr. et libr. Robuchon. 

Extrait de Poitou et Vendée. 

75. Fillon et Rochebrtjne. — Poitou et Vendée, études historiques et 
artistiques. 7 e , 8 e , 9 e et 10 e livraisons. — In-4°, 174 p. et 29 pi. Fontenay- 
le-Comte, impr. et libr. Robuchon ; Niort, libr- Clouzot. 

76. Finot (J.). — Compte original des revenus de la Saunerie de Salins 
en 1308. — In-8°, 16 p. Lons-le-Saulnier ,impr. Gauthier frères. 

77. Guesnon (A.). — Sigillographie de la ville d'Arras et de la cité, 
comprenant 34 pi., avec catalogue analytique précédé d'un essai sur les 
sceaux de la commune. — In-4°, xxxix-72 p. Arras, impr. Brissy; libr. 
Topino ; Paris, libr. Durand. 

78. Goguel (G.). — Le Château de Montbéliard, ses anciennes églises 
Saint-Pierre et Saint-Maimbode (Maimbœuf) et leurs caveaux, légendes et 
chartes depuis le neuvième siècle jusqu'en 1810. — Iu-12, 150 p. Toulouse, 
impr. Chauvin. (2 fr.) 

79. Gosselin. — Particularités de la vie judiciaire de Pierre Corneille, 
révélées par des documents nouveaux. — In-8°, 15 p. Rouen, imprimerie 
Cagniard. 

Extrait de la Revue de la Normandie, n° de juillet 1865. 

80. Laplace (l'abbé). — Notice historique et archéologique sur Sainte- 
Foi de Morlaas et les monuments gallo-romain, roman, gothique deTaron 
(Basses-Pyrénées). — In-16, 85 p. et plan. Pau, impr. Vignancour. 

81. Leber. — Histoire de l'art. Des estampes et de leur étude, depuis 
l'origine de la gravure jusqu'à nos jours. Extrait du tome I er des Mémoires 
de la Société archéologique, de l'Orléanais, publié par E. Swagers. Suivi de 
25 gravures reproduites par la photographie. — In-4°, 39 p. Orléans, impr. 
Chenu; libr. Herluison. (20 fr.) 

82. Le Blant (E.). — Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures 
au huitième siècle. T. II. Les Sept Provinces. — In-4°, clvi-652 p. et 50 
pi. Paris, Impr. impériale; libr. Firmin Didot frères, fils et C e ; Durand. 

83. M. (P.). — Le Mur romain dans la vallée du Peugue. — In-8°, 16 p. 
Bordeaux, impr. Coderc, Degréteau et Poujol. 

84. Menabrea CL.). — Des Origines féodales dans les Alpes occidenta- 
les. Ouvrage inédit, publié par l'Académie royale des sciences de Turin. 
(l re série. Vol. XII et XIII.) — Un vol. in-4°. 

85. Paris (Gaston), — De Pseudo-Turpino. — In-8°, 72 p. Paris, impr. 
Laine etHavard; libr. Franck. 

86. Paris (Gaston). -- Histoire poétique de Charlemagne. — In-8° , 
xix-513 p. Paris, impr. Laine et Havard; libr. Franck. 



lue 



189 

87. Prost (Aug.). — Études sur l'histoire de Metz. Les Légendes. — 
In-8°, vm-511 p. Metz, impr. et libr. Rousseau-Pallez ; Paris, librairie 
Aubry. 

88. Sénemaud (Ed.). — Les Archives des Ardennes en 1865. — In-8°, 
16 p. Mézières, impr. et libr. Devin. 

Papier vergé. 

89. Socard (E.). — Chartes inédites extraites des cartulaires de Mo- 
lême, intéressant un grand nombre de localités du département de l'Aube. 
— In-8°, 204 p. Troyes, impr. Dufour-Bouquot. 

90. Spach (Louis). — OEuvres choisies. Biographies alsaciennes. l re et 
2 e séries. — 2 vol. gr. in-8°, vn-1071 p. Strasbourg, imprim. et libr. 
V e Berger-Levrault et fils ; Paris, même maison. (12 fr.) 

91. Thaurin. — Notices archéologiques sur des monuments historiques 
du deuxième au dix-septième siècle, trouvés dans le sol de Rouen. — 
In-8°, 32 p. Rouen; impr. Brière et fils. 

92. Valentin. — Histoire de l'échevinage de la ville de Vitry-le-Fran- 
çais, de 1603 à 1789. — In-8°, 53 p. Vitry-le-Français, impr. Bitsch. 



CHRONIQUE. 

Décembre 1865 — Janvier 1866. 

Les thèses que les élèves de l'École des Chartes ont soutenues le 15 jan- 
vier 1866, portent sur les sujets suivants : 

M. Barrier de La Serre, la Taille royale au quinzième siècle. 

M. Daniel Bernard, Étude sur la vie et les œuvres d'Alain Chartier. 

M. Arthur Bertrand, Essai sur la diplomatique de saint Léon IX 
(1049-1054). 

M. Alexandre, Bruel, Essai sur le texte ancien et la chronologie du 
cartulaire de Brioude. 

M. de Senneville, Essai sur les finances publiques au moyen âge (987- 
1328). 

M. Jules Doinel, Essai sur la vie et les principales œuvres de Pierre de 
la Palu, patriarche de Jérusalem (1275 ou 1280-1342). 

M. Lefoullon, Notice sur la vie et les ouvrages de Philippe de Mai- 
zières, chancelier de Chypre et conseiller de Charles V. Étude sur le Songe 
du vieil pèlerin. 

M. René de Mas-Latrie, Du droit de marque ou droit de représailles 
au moyen âge. 



190 

M. Mabius Sepet, Essai sur les procédés scéniques dans les drames 
liturgiques et les mystères du moyen âge. 

M. Emile Tbavers, Essai sur l'état des personnes chez les Anglo-Saxons 
avant la bataille d'Hastings. 

— Le conseil de perfectionnement a établi dans l'ordre suivant la liste 
des élèves dignes d'obtenir le brevet d'archiviste paléographe : 

MM. Sepet, Bruel, Travers, Barbier de la Serre, Lefoullon, de Mas-La- 
trie, de Senneville, Doinel, Bertrand. 
M. Bernard a été déclaré admissible, mais n'a point été classé. 

— Notre confrère M. Gaston Paris a soutenu le 27 décembre dernier, 
devant la Faculté des lettres, ses thèses de doctorat. Le sujet de la thèse 
latine, De Pseudo-Turpino, est la célèbre chronique de Turpin; la thèse 
française, ouvrage plus considérable encore par l'importance et la nouveauté 
des résultats que par son étendue matérielle 1 , suit la légende de Charle- 
magne en tous les temps et en tous les lieux. La discussion, qui eût été 
plus intéressante si, au lieu de se confiner à peu près exclusivement dans le 
domaine des théories littéraires, elle fût entrée plus avant dans celui des 
faits, a été néanmoins très-brillante. Nous avons été particulièrement heu- 
reux de constater l'excellent accueil fait par la Faculté à la poésie du moyen 
âge, présentée dans l'appareil de la critique la plus érudite. Nous rendrons 
compte prochainement des thèses de notre confrère, mais nous ne voulions 
pas attendre plus longtemps pour annoncer un succès qui est en même 
temps un honneur pour notre institution. 

— Par arrêté de M. le ministre de l'instruction publique, en date du 
29 décembre 1865, notre confrère, M. Paul Meyer, a été nommé officier 
d'Académie. 

— A partir du 1 er janvier 1866, la librairie A. Frank publie une revue 
hebdomadaire intitulée : Revue critique d'histoire et de littérature. La 
direction en est confiée à MM. Paul Meyer, Charles Morel, Gaston Paris et 
Hermann Zotenberg. Le but que se proposent les éditeurs de la Revue 
critique et le plan qu'ils doivent suivre sont clairement exposés dans une 
circulaire dont nous croyons devoir mettre un extrait sous les yeux de nos 
lecteurs : 

a Ce recueil sera exclusivement consacré à faire connaître, à mesure 
qu'elles paraîtront , les principales productions de l'érudition française et 
étrangère. Il embrassera dans son cadre l'étude du passé à toutes ses pé- 

1. V Histoire poétique de Charlemagne (Paris, A. Franck) est un volume de 
plus de 500 pages. 



191 

r iodes et sous tous ses aspects : théologie historique, histoire de la philo- 
sophie, mythologie, histoire proprement dite, histoire littéraire, philologie, 
archéologie. Suivre le développement de ces sciences, marquer jour par jour 
le progrès qui s'opère dans chacune de leurs branches, signaler tous les 
travaux importants et les soumettre à un jugement motivé , c'est faire une 
œuvre utile aux savants comme au public. 

«Les personnes qui s'occupent d'études sérieuses, et principalement celles 
qui habitent la province et l'étranger, se plaignent depuis longtemps de l'ab- 
sence d'un recueil semblable à celui que nous annonçons aujourd'hui. Elles 
risquent en effet d'ignorer l'existence des livres les plus importants, ou 
d'acquérir, sur la foi d'un titre, des publications sans valeur ou sans rap- 
port avec leurs recherches. Les fondateurs de la Bévue critique désirent 
que les lecteurs puissent se reposer sur elle en toute sécurité pour la con- 
naissance et l'appréciation des ouvrages dont elle parlera. Les articles se- 
ront courts et substantiels ; ils éviteront toute phraséologie inutile pour 
s'attacher uniquement à leur objet. Ils donneront du livre une idée exacte 
et complète, et, quand il y aura lieu, une analyse détaillée ; ils signaleront 
ce que chaque ouvrage apporte de nouveau à la science et relèveront les 
erreurs et les lacunes qui pourraient s'y trouver. 

« Le point auquel les rédacteurs tiennent le plus est l'abstention de toute 
personnalité. Le livre seul est l'objet de la critique ; l'auteur pour elle 
n'existe pas. On écartera avec la même sévérité la camaraderie et l'hostilité 
systématique pour ne tenir compte que des seuls intérêts de la science. 

« Une des plus grandes conquêtes de notre époque est l'introduction dans 
les recherches historiques de méthodes rigoureuses et sûres. La rédaction 
s'appliquera à propager ces méthodes, dont l'ignorance rend souvent in- 
complets et pénibles les travaux les plus consciencieux. Elles ne craindra 
pas les détails et les particularités techniques, et fera en sorte que les livres 
dont la Revue critique rendra compte soient toujours jugés par des hom- 
mes spéciaux ; ceux-là seuls peuvent discerner le fort et le faible de chaque 
ouvrage et se passent des amplifications que suggère une connaissance im- 
parfaite du sujet. » 

La Revue critique d'histoire et de littérature paraîtra régulièrement 
tous les samedis et formera chaque année deux forts volumes in-octavo. Le 
prix d'abonnement est de 15 francs pour Paris et de 17 francs pour les dé- 
partements. 

JNous avons reçu les deux premiers cahiers de la Revue critique. Ils ré- 
pondent de tout point aux promesses du programme. On y remarque, entre 
autres articles, le compte rendu des ouvrages suivants : Worsaae, les 
Antiquités du Sleswig (art. de M. Bauvois) ; Salmon et Grandmaison, le 
Livre des serfs de Marmoutier (art. de M. Mabille) ; la Chanson de 
Roland, traduite par M. D'Avril (art. de M. G. Paris) ; Brachet, Études sur 
bruneau de Tours (art. du même) ; Tuetey, Étude sur le, droit municipa l 
de la Franche-Comté (art. de M. P. Meyer), etc. 



192 



— Dans un rapport à l'Empereur, inséré au Moniteur universel 
16 janvier, M. le Ministre de l'intérieur rend compte de la partie terminée 
de ÏInventaire sommaire des archives départementales antérieures à 
1790. 

« Tous les départements, dit M. le Ministre, ont commencé la publica- 
tion de leurs inventaires, à l'exception des trois départements récemment 
annexés à l'Empire, dont les archives n'ont pu encore être constituées en- 
tièrement, et de deux autres qui attendent que la situation de leurs finances 
leur permette de l'entreprendre. L'administration peut mettre aujourd'hui 
à la disposition du public 35 volumes complètement terminés. Les fasci- 
cules divers distribués aux conseils généraux en représentent à eux seuls une 
quantité au moins égale. 

« Seize des principales villes de l'Empire se sont empressées de suivre 
l'exemple donné par les départements, et sept d'entre elles ont terminé 
déjà leur publication. 

« Quatre administrations hospitalières ont également commencé l'impres- 
sion de leurs archives. » 

En terminant son rapport, M. le Ministre considère comme un devoir 
de signaler à l'Empereur « les services rendus par le bureau des Archives, 
les inspecteurs généraux et les archivistes départementaux, auxiliaires aussi 
modestes qu'érudits, sortis pour la plupart de l'École impériale des char- 
tes, et dont le dévouement mérite les plus grands éloges. » 

— Viennent de paraître : 

1° A la librairie A. Franck, le Roman de Flamenca, publié d'après le 
manuscrit unique de Carcassonne, traduit et accompagné d'un glos- 
saire, par Paul Meyer, un volume in-octavo. 

2° A la librairie V. Palmé, les Épopées françaises, études sur les ori- 
gines et l'histoire de la littérature nationale, par Léon Gautier, tome I, 
un volume in-octavo. 



du 



OBSERVATIONS 



SUlt L'ORIGINK DE 



PLUSIEURS MANUSCRITS 



COLLECTION DE M. BARROIS. 



La mission que M. Paul Meyer vient de remplir avec tant de 
bonheur en Angleterre nous a procuré, entre autres avantagess 
celui de pouvoir étudier en détail la merveilleuse collection de 
manuscrits qu'a rassemblée lord Ashburnham, et dont nous n'a- 
vions en France qu'une idée fort confuse. Jusqu'à ces derniers 
temps on s'imaginait généralement que les trésors amassés à 
Ashburnham-Place étaient à peine connus de leur propriétaire, 
qui, disait-on, les dérobait avec un soin jaloux à la curiosité des 
érudits. On a vu combien cette opinion était fausse, quand on a 
appris qu'au mois de novembre dernier lord Ashburnham avait 
fait à M. Meyer les honneurs de sa bibliothèque avec la plus gra- 
cieuse courtoisie, et lui avait offert deux exemplaires de ses ca- 
talogues, l'un pour lui, l'autre pour le département des manus- 
crits de la Bibliothèque impériale *. Une telle libéralité assure au 

1. Le Catalogue des manuscrits de lord Ashburnham se compose de cinq volumes, 
savoir : 

1° Catalogue of the manuscripts at Ashburnham place. Part thefirst, com- 
prising a collection formed by professor Libri. London, printed by Charles Francis 
Hodgson. In-quarto — Le fonds Libri renferme 1923 manuscrits; le catalogue re- 
produit les notes que M. Libri avait rédigées pour la vente de sa collection. 

2° Catalogue of the manuscripts at Ashburnham place. Part the second, com- 
prising a collection formed by Mons. J. Barrois. London, printed by Charles 
II. (Sixième série.) 14 



194 

noble lord la reconnaissance de tons les savants français, lin mon 
particulier, j'y ai été d'autant plus sensible que, grâce à l'ami- 
tié de M. Meyer, j'ai été l'un des premiers à pouvoir en apprécier 
!a portée. Mon jeune confrère était à peine de retour à Paris qu'il 
me prêtait son exemplaire des catalogues de lord Ashburnham, 
en m'annonçant que j'y trouverais de curieux renseignements 
sur les débris de plusieurs anciennes bibliothèques dont l'his- 
toire a depuis longtemps attiré mon attention. 

Je commençai par examiner le catalogue de la collection que 
lord Ashburnham a acquise de M. Barrois en 1849 ', et qui est 
si précieuse pour l'histoire et la littérature du moyen âge. Dès 
que j'en eus parcouru les premières pages , je fus frappé de la 
ressemblance que plusieurs des volumes décrits dans le catalogue 
présentent avec certains manuscrits dont j'avais déjà eu l'occa- 
sion de m'occuper. Arrivé au n° 10, je remarquai une reliure de 
Charles IX, et au n° 65 une reliure de Henri II. Je m'assurai 
sur-le-champ que la Bibliothèque impériale ne possédait plus deux 
manuscrits reliés l'un aux armes de Charles IX, l'autre aux ar- 
mes de Henri II, dont le contenu répondait exactement au con- 
tenu des manuscrits 10 et 65 de la collection de M. Barrois. 
Cette observation fut pour moi un trait de lumière, et je me de- 
mandai si M. Barrois, dont la bonne foi avait été au moins une 
fois exploitée par des spéculateurs peu délicats 2 , et chez qui s'é- 

Francis Hodgson. In-quarto. — Le fonds Barrois renferme 702 manuscrits ; le catalo- 
gue a été rédigé en grande partie par feu M. J.Holmes, du Musée britannique. 

3° Catalogue of the important collection of manuscripts from Stov)e, which 
tvill be sold by auction by messrs. S. Leigh, Sotheby and Co. on monday 1 1 th 
ofjune 1849 and seven following days. In-quarto, dexL et 252 p.— Le fonds Stowe 
renferme 996 manuscrits, dont la plupart ont été soigneusement décrits par le doc- 
teur O'Connor dans deux volumes in-quarto, imprimés à Buckingham en 1818 et 
1819 sous le titre de : Bibliolheca ms. Stowensis, or a descriptive catalogue ofthe 
manuscripts in the Stowe library. 

4° Catalogue of the manuscripts at Ashburnham place. Appendix. London, 
printed by Charles Francis Hodgson. In-quarto. Cet appendice renferme 203 manus- 
crits. 

5° A catalogue ofthe manuscripts at Ashburnham place, 1853. London, prin- 
ted by Charles Francis Hodgson. In-folio. Ce volume contient la table alphabétique 
des quatre fonds précédents. 

1. Voy. Biblioth. de l'École des chartes, 2 e série, V, 391. — M. Desnoyers a 
donné dans le Bulletin de la Société de l'histoire de France, année 1856, p. 313, 
une très-instructive notice sur les goûts et les travaux de M. Barrois, qui est 
mort le 21 juillet 1855. 

2. Voyez dans Y Athemeum français du 27 janvier 1855, p. 94, l'histoire du faux 



195 

tait trouvé l'exemplaire d'Oyier le Danois volé à la Bibliothèque 
de Tours, n'aurait pas acquis plusieurs des manuscrits qui ont 
été soustraits à la Bibliothèque du roi vers 1 840 ' , et qui ont 
laissé dans nos armoires un "vide déplorable. Je comparai donc 
le catalogue de la collection de M. Barrois avec les notices de tout 
genre que j'avais pu me procurer sur les manuscrits volés à la 
Bibliothèque, et j'obtins bientôt la preuve qu'une trentaine des 
plus précieux volumes dont nous avons été dépouillés avaient 
été recueillis par M. Barrois. Les uns sont encore intacts ; les 
autres ont été découpés en plaquettes, soit que les voleurs aient 
voulu par là dissimuler la fraude, soit qu'ils aient trouvé plus 
avantageux pour leur trafic de multiplier le nombre apparent des 
manuscrits. 

J'ai cru qu'il était utile de signaler ces faits et d'indiquer la 
route qu'ont prise différents volumes dont la communication a 
été plus d'une fois demandée en vain aux conservateurs du dé- 
partement des manuscrits de la Bibliothèque impériale. Le tra- 
vail que j'entreprends est sans doute fort délicat : je n'ai jamais 
vu, et je ne connais que par des descriptions parfois très-impar- 
faites, les volumes qui nous ont été soustraits ; je n'ai pas vu 
davantage les volumes possédés par lord Ashburnham. Néan- 
moins, j'espère que toutes mes observations porteront sur des 
faits exacts et que toutes mes conclusions seront acceptées par 
les juges compétents et impartiaux. 

Comme je ne m'adresse qu'aux savants, je n'ai pas cru devoir 
m'arrêter aux objections superficielles que pourraient suggérer 
des différences d'opinion daus la détermination des formats et 
dans l'appréciation de l'âge des écritures. Tous ceux qui ont 
manié des manuscrits savent en effet ce qu'il y a d'arbitraire 
dans la manière d'indiquer le format des livres non imprimés : 
aussi ne s'étonneront-ils pas de voir un même manuscrit qualifié 
in-quarto dans un catalogue, et in-octavo dans un autre. Us sa- 
vent aussi la tendance que les auteurs du catalogue imprimé des 

obélisque assyrien qu'un nommé Dropsy avait vendu à M. Barrois en juillet 1 854 
pour une somme de cinq mille francs. 

1 . Dans les observations qui vont suivre, on verra que plusieurs des manuscrits 
dont je parlerai étaient encore à la Bibliothèque du roi en 1837, 1838 et 1839, et 
que l'absence de plusieurs fut constatée dès l'année 1844; mais ce fut seulement en 
1848, qu'un récolcment général fit reconnaître l'ensemble des pertes qu'avait subies 
le cabinet des manuscrits. 

44. 



19(i 

manuscrits latins de la Bibliothèque du roi avaient à rajeunir l'âge 
des écritures , de sorte que tel volume du douzième siècle est 
porté dans leur travail comme appartenant au treizième et même 
au quatorzième siècle. 

J'entre en matière sans autres considérations préliminaires, et 
je vais examiner l'un après l'autre trente-trois volumes qui ont 
trouvé une intelligente hospitalité dans la splendide galerie de 
lord Ashburnham, et dont la place est restée vide sur les modes- 
tes rayons du cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impé- 
riale. 

Il est bien entendu qu'il sera uniquement question ici du fonds 
de M. Barrois. Le fonds de M. Libri, qui forme la première par- 
tie des collections manuscrites d'Ashburnham-Place, pourrait lui 
aussi donner lieu à de curieuses observations ; mais le catalogue 
que nous en possédons, et qui est en grande partie l'œuvre de 
M. Libri lui-même, est rédigé d'une façon très-sommaire, et il 
serait impossible d'en tirer des renseignements précis comme ceux 
que nous a fournis l'excellent catalogue du fonds de M. Barrois. 
Le sujet a d'ailleurs été déjà traité par MM. Lalanne et Bordier, 
dans le consciencieux ouvrage qu'ils ont publié en 1851 sous le 
titre de Dictionnaire de pièces autographes volées aux Bibliothè- 
ques publiques de la France. Ce ne serait qu'avec un catalogue 
détaillé qu'on arriverait à des résultats plus complets. 



I. 



En 1848 on constata à la Bibliothèque l'absence du manuscrit 
latin 6755, qui est ainsi décrit dans le catalogue imprimé 
en 1744 : 

Codex membranaceus , in octavo, olim Mazarinseus. Ibi conti- 
nentur : 

1° Aristotelis liber de secretis secretorum : interprète Philippo, 
clerico Tripolitano. 

2° Ambrosii Autperti tracta tus de conflictu vitiorum et virtutum. 

3° Flores e scriptoribus cum sacris tum profanis collecti. 

4° Anonymi opusculum de musica. 

5° Descriptio sanctorum locorum circa Jérusalem. 

6° Descriptio urbis Antiochiae. 



197 

7° Urbium et majorumvillarum quasCarolus acquisivitin Hispania 
et Galecia catalogus. 

8° Sancti Bernardi meditationes. 

9° Anonymus de constructione et excidio templi Hierosolymitani 
et de passione Christi. 

10° Methodii , Patarensis episcopi, oratio de Antichrislo et de con- 
summatione sseculi. 

11° Anonymi dialogus de vita3 felicitate. 

Is codex partim decimo tertio, partira decimo quarto sseculo 1 vi- 
detur exaratus. 

On peut compléter cette notice à l'aide de la description que 
les Bénédictins ont faite du même manuscrit dans le catalogue 
rédigé à la fin du dix-septième siècle 2 . Le soin qu'ils ont pris 
d'indiquer les premiers mots de chaque traité et la page à la- 
quelle il commençait dans le manuscrit nous fournira des preuves 
décisives quand nous rechercherons ce qu'est devenu le manuscrit 
volé à la Bibliothèque. Voici comment les Bénédictins ont parlé 
du manuscrit 67 55, qui, de leur temps, portait le n° 6586 : 

1° Liber moralium de regimine dominorum, seu Secretum secre- 
torum, editus ab Aristotele ad honorem Alexandri, cum praeviisqui- 
busdam epistoliset prœfationibus : « Domino suoetc. Guidoni de Va- 
lentia pontifici, Philippus etc. Quantum luna caeteris. » 

2° Ambrosii Autperti tractatus de conflictu vitiorum et virtutum. 
« Superbia dicit etc. » Fol. 37. 

3° Flores seu excerpta ex pluribus vetustis authoribus tum sacris 
tum profanis. « Ex Glaudiano. » Fol. 47. 

4° Anonymi ars musicœ. « Quoniam circa artem. » Fol. 79. 

o 8 Descriptio sanctorum locorum circa Jérusalem. « Si quis ab oe- 
cidentalibus. » Fol. 88. 

6° Brevis descriptio urbis Antiochiee. « Hsec urbs. » Fol. 88 v°. 

1. Ici les auteurs du catalogue se sont départis de leurs habitudes : ils ont vieilli 
la partie la plus récente du manuscrit 6755, qui était du quinzième siècle, et non pas 
du quatorzième, puisqu'elle contenait, comme on le verra bientôt, un opuscule de Bar- 
tholomœus Facius, auteur qui vivait dans la seconde moitié du quinzième siècle. 

2. Ce catalogue, que j'aurai plus d'une fois l'occasion de citer, existe en double 
exemplaire à la Bibliothèque impériale. La mise au net forme les n°» 9358 et 9359 du 
fonds latin; la minute, qui resta à Saint-Germain-des-Prés jusqu'à la Révolution, est 
classée sous les n. 14181-14185 du même fonds. 



198 

7° Urbes et majores villse quas Karolus acquisivit in Hispania et 
Gallecia. « Urbes et majores. » Fol. 89. 

8° Exeerpta ex sanctis Augustino et Bernardo, per fratrem Da- 
nielem de Chaumont , canonicum Sancti Foillani. « Multi multa 
sciunt. » Fol. 90. 

9° Tractatus anonymus, in quo plura supposititia quse temporibus 
Jesu Christi et paulo post evenisse dicuntur. « David autem rex. » 

10°Methodii, episcopi et martyris, liber de principio sseculi, et 
inter régna gentium et finem saeculorum. «Sciendum namque est.» 
Fol. 108 v°. 

41° Anonymi diaîogus de beata vita, seu de vitœ felicitate, in quo 
Guarinus, Antonius Panormitanus et Lamola collocutores inducun- 
tur; prœfatio incipit : « Humanse vitae. » Fol. 113. 

Ex parte scriptus anno 1267. 

Les deux notices qu'on vient de lire mentionnent expressément 
plusieurs particularités auxquelles on pourra aisément recon- 
naître notre manuscrit 6755 ; je ferai remarquer les suivantes : 

1° Une partie du manuscrit a été copiée en 1267. 

2° Il y a des extraits de saint Bernard et de saint Augustin, 
faits par Daniel de Chaumont, chanoine de Saint-Foillan. 

3° Il y a un traité de musique commençant par les mots Quo- 
niam circa artem, et occupant neuf feuillets. 

4° Un feuillet renferme au recto la description des environs 
de Jérusalem (Si quis ab occidentalibus), et au verso une courte 
description d'Antioche (Hase urbs). Le feuillet suivant contient 
une liste des villes conquises en Espagne par Charlemagne. 

5° Le traité de Methodius commence au verso d'un feuillet et 
occupe les quatre feuillets suivants. 

Ces points établis, prenons le catalogue des manuscrits de 
M. Barrois et copions les notices consacrées aux n os 284, 291 
et 277. 

CCLXXXIV. — 1. Incipit liber moralium de regimine dominorum, 
qui alio modo dicitur Secretum secretorum philosophorum , editus 
ab Aristotele ad honorem Alexandri, régis et discipuli sui. (Per 
Philippum clericum translatus.) 

2. Tractatus de lapidibus. Fol. 34 v°. — « In quoque lapide inve- 
nientes arietem, leonem vel sagitarium, illi igneisunt et orientales, 
etfaciunt ferentes se gratos Deo et hominibus... » 



199 

3. De conflictu viciorum et virtutum. ( Tractatus S. Augustini. ) 
Eol. 37. — « Superbia dicit certe multis, immo pêne omnibus : Me- 
lior es... » 

4. De vera cordis compunctione et qualiter hono-ri possit. Fol. 41. 

— « Quomodo fieri potest ut anima infirma et frigida compunctionis 
verba pariât. » 

5. De triplici bono conjugij. Fol. 41 v°. — « Dicit Augustinus 
quod tria sunt bona matrimonii, scil. fides, proies et sacramentum.» 

6. De cognitione corporis humani. (Tractatus Helynandi.) Fol. 42. 

— « Corporis humani cognitio in duobus est, in materia et in forma, 
complexionem medicis relinquo. » 

7. Hugo de Folieto, de luxuria prelatorum. Fol. 45. — « Prelati 
nostri hodie domos non impares ecclesiis magnitudine construunt. » 

8. Hystoria Hierosolymitana. Fol. 47. — « David autem rex super 
Israël regnavit quadraginta annis. » — Finit : « Igitur post haec, anno 
sexto decimo post nativitatem Christi , Octavianus augustus suum 
emisit spiritum, et suscepit Tyberius, privinus ejus, imperium. 
Régnante Domino nostro Jhesu Cristo etc. » 

9. In nomine Christi incipit liber (historicus) Methodii, episcopi 
ecclesie Pa[tarensisj et martyris Christi, quem de hebreo et greco 
sermone in latinum transferre curavit. Fol. 56 v°. 

10. Descriptio sanctorum locorum circa Jherusalem. Fol. 61. — 
« Si quis ab occidentalibus partibus Iherusalem adiré voluerit... » 

11. Descriptio nobilissime urbis Antiochie. Fol. 61 v°. — « Hœc 
urbs Antiochia valde et pulcra et honorabilis. » 

12. Hec sunt urbes et majores ville quas Rarolus magnus acqui- 
sivit in Hyspania et in Galecia. Fol. 62. 

13. Sancti Bernardi Clarevallensis meditationes. Fol. 63. — «Multi 
multa sciunt et semetipsos nesciunt. » 

A la fin est écrit : « Explicit liber fratris Daniel de Chaumont, 
canonici Sancti Foyll', quem scripsit propria manu anno Domini 
m ce lx° vu , mense septembri, anno primo promotionis domini 
Fastredi de Harveng, canonici Bone Spei et abbatis Sancti Foyllalii \ 
fratre Roberto de Waveria , priore hujus ecclesie. » 

1. Cette souscription nous autorise à corriger la liste des abbés de Saint-Foillan, 
publiée dans le Gallia christ., III, 197. On y voit figurer l'abbé Laurent pour les 
années 1246, 1252 et 1258; puis l'abbé Foulques, qui vécut jusqu'en 1269. Les béné- 
dictins font simplement observer, à la fin de la liste, que l'obituaire de Dommarlin 
contient le nom de Fastredus, successivement abbé de Saint-Foillan et de Hermières. 
Le nom de Fastredus a été complètement omis sur la liste des abbés d'Hermières. 
Gallia christ., VII, 942. 



200 

H. Excerpta ex operibus sanctorum Augustini et Bernardi. 
Fol. 68 v°. 

Manuscrit du treizième siècle, sur vélin. Petit in-quarto. 70 feuil- 
lets. Écrit pour la plus grande partie à deux colonnes. 

Reliure en maroquin vert. Dorure. 

CCLXXVII. — De humanae vitse conditione dialogus inter Anto- 
nium Panormitam, Guarinum Veronensem et Lamolam. (Ad Al- 
phonsum, regem Neapolitanum, auctore Bartholomaeo Facio Ja- 
nuensi.). — Commence : « Humane vite condicionem sepius repu- 
tanti michi, rex sapienlissime, illud maxime mirandum videri solet 
quod, cum Deus ipse princeps et conditor rerum omnium nichil in 
terris prestancius homme creaverit, hominem ipsum tôt laboribus 
et calamitatibus obnoxium fecerit ut nemo adhuc ex tôt seculis re- 
pertus sit cui res in omni vita adeo secunde cesserunt ut ille beatum 
perpetuo existimarit. » 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur vélin. In-octavo. 41 feuillets. 

Reliure en maroquin vert. Dorure. 

CCXCI. — Incipit ars musice. Commence : « Quoniam circa artem 
musicam necessaria quedam ad utilitatem cantancium traclaturi 
proponimus, necesse est quod secundum auctoris intencionem sub- 
tilissimas régulas summopere subjectas intelligere studeamus. » 

Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. Petitin-quarto. 9 feuil- 
lets. On a mis en tête un feuillet de plus ancienne date, contenant 
une curieuse miniature qui représente des figures avec divers instru- 
ments de musique. 

Reliure en maroquin bleu. 

Les trois manuscrits dont je viens de reproduire la notice ont 
été à coup sûr formés avec les débris de notre manuscrit 6755. 
Dans le premier, c'est-à-dire dans le n° 284, on a fait entrer les 
feuillets répondant aux articles 1,2, 5-10 des notices que j'ai ex- 
traites du catalogue des Bénédictins et du catalogue imprimé en 
1744. Le manuscrit 291 représente l'article 4 des mêmes notices; 
le manuscrit 277 correspond à l'article 1 1 . 

Le rapprochement que j'indique ne s'appuie pas seulement sur 
la parfaite ressemblance qui existe entre le contenu de notre ma- 
nuscrit latin 6755, d'une part, et le contenu des manuscrits 284, 
291 et 277 de M. Barrois, d'autre part. Il est encore justifié de 



201 

tout point par les particularités matérielles auxquelles j'ai dit 
plus haut qu'il était aisé de reconnaître notre manuscrit 6755. 
Ainsi : 

1° La date 1267 se rencontre vers la fin du manuscrit 284 de 
M. Barrois. 

2° La souscription de Daniel de Ghaumont, chanoine de Saint- 
Foillan, se trouve dans le même manuscrit à la lin d'un extrait 
de saint Bernard. 

3° Le manuscrit 291 de M. Barrois renferme un traité de mu- 
sique qui commence par les mots Quoniam circa artem, et qui oc- 
cupe neuf feuillets. 

4° Dans le manuscrit 284 de M. Barrois, un feuillet présente 
au recto la description des environs de Jérusalem (Siquis ab oc- 
cidentalibus), et au verso une courte description d'Antioche 
(Hêec urbs) ; le feuillet suivant nous offre une liste des villes con- 
quises en Espagne par Charlemagne. 

5* Dans le même manuscrit, le traité de Methodius commence 
au verso d'un feuillet et remplit les neuf feuillets suivants. 

Pour conclure, j'indiquerai la place exacte que chacun des 
articles de notre manuscrit 6755 occupe dans la collection 
de M. Barrois. 

Manuscrit latin 6755 de la Bibl. Imp. Collection de M. Barrois. 

4. Secretum secretorum. Fol. 1 Ms. 284, f. \ . 

2. Conflictus vitiorum. Fol. 37 — f. 37. 

3. Flores ex pluribus authoribus. Fol. 47 ? 

4. De musica. Fol. 79 Ms. 291. 

5. Descriptio locorum circa Jérusalem. Fol. 88. Ms. 284, f. 61. 

6. Descriptio Antiochise. Fol. 88 v° — f. 61 v°. 

7. Urbes Hispaniae. Fol. 89 — f. 62. 

8. Ex S. Augustino et S. Bernardo. Fol. 90 — f. 63. 

9. Tractatus incipiens David autem — f. 47. 

10. Methodii liber. Fol. 108 v° — f. 56 V. 

il. Dialogus de beata vit;». Fol. 113 Ms. 277. 



202 



II. 



Les Bénédictins nous ont laissé la notice suivante du manus- 
crit latin 2874, anciennement coté 4358 { : 

4° Guitmundi, episcopi Aversani, tractatus contra Manichaeos et 
Berengarianos de veritate sacramentorum corporis et sanguinis Do- 
mini. Fol. 1 . 

2° Versus quidam ascetici nullius momenti. Fol. 52. 

3° Epistola Alexandri ad Bracmannos cum responsione. Fol. 54. 

4° Item ad Dydimum, cum Dydimi responsione. Fol. 58. 

5° Ad Aristotelem de mirabilibus Indiae. Fol. 60. 

6° Historia Daretis Phrygii de bello Trojano. « Peleus rex. » 
Fol. 68. 

7° Loca qusedam ex variis historiis nullo delectu. Fol. 80. 

Codex annorum cire. 400, in quarto, [olim Mazarinaeus]. 

Ce volume a disparu. Pour le retrouver, il faut chercher un 
manuscrit dans lequel : 

1° L'opuscule deGuimond occupe 51 feuillets; 

2° Un recueil de vers, 2 feuillets ; 

3° Les prétendues lettres d'Alexandre, 14 feuillets; 

4° L'histoire de Darès, 1 2 feuillets. 

Ces quatre conditions se rencontrent dans le manuscrit 272 de 
M. Barrois, réuni au manuscrit 283 de la même collection : 

CCLXXII. — Guitmundus contra Manicheos et Berengarianos he- 
reticos de veritate sacramentorum corporis et sanguinis Christi. 
Commence : « Ad rem his temporibus necessariam quidem sed me- 
liori quam ego sum injungendam, dilectissime frater Bogeri, me 
vocas. » 

Manuscrit du treizième siècle, sur vélin, in quarto. 51 feuillets. 
Beliure en maroquin cramoisi. 

CCLXXXIII. — 1. Hystoria Daretis Frigii de bello Trojano. 
2. Excerpta varia et fabulse. Fol. 13. 

1. Il est inutile de reproduire l'article correspondant du catalogue imprimé en 
1744. Ce n'est qu'un abrégé de la notice des bénédictins, abrégé dans lequel a «té 
supprimée l'indication des feuillets. 



203 

Fabula de Alexandro Magno ad regionem solis. — De signis des- 
tructionisJherusalem. — De Simone Mago. — Deviciisgentium. — De 
bonis moribus eorum. — De Dionysio tyranno et anu. — Fabula de 
Palumbo et annulo suo. (L'original du conte de Moore, intitulé de 
V Anneau.) — De Aristomene Messenio. — De uxore Asdrubalis. — 
De Dumilio. — De Marcia Catonis filia. — Quod non sit ducenda 
uxor sapienti. — Etc. 

3. Epistolae supposititise Alexandri Magni, etc. Fol. 19. 

Incipit epistola Alexandri ad Branmagnos. — Rescriptio Bran- 
magni ad eundem. — Responsio Alexandri ad eundem. — Re- 
scriptio Dindimi. — Rescriptio Alexandri ad eumdern. — Incipit 
epistola Alexandri ad Aristotilem de mirabilibus Indie. 

4. Versus leonini. Fol. 33. 

Vinea culta fuit, cultores premia querunt; 
Non labori equali equalia dona fuerunt. 

Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. Petit in quarto. 34 
feuillets. 
Reliure en maroquin vert. 

Il faut donc recomposer comme il suit notre manuscrit latin 

2874 : 

Ms. latin 2874 : Collection de M. Barrois : 

1. Guitmundi tractatus. Fol. 1 N. 272. 

2. Versus. Fol. 52 N. 283, f. 33. 

3-5. Alexandri epistolae. Fol. 54 — f. 19. 

6. Historia Daretis. Fol. 68 — f. I. 

7. Loca quaedam. Fol. 80 — f. 13. 



III. 



Nous avons deux descriptions du manuscrit latin 6584 (jadis 
6006), qui n'était déjà plus à la Bibliothèque du roi le 19 dé- 
cembre 1845, quand M. Huillard-Bréholles en demanda la com- 
munication. Ces deux description se complètent l'une par l'au- 
tre ; je les reproduirai donc toutes les deux, en commençant par 
celle qui se trouve dans le catalogue imprimé en 1744. 



204 

Codex membranaceus, in quarto, olim Mazarineeus. Ibi continen- 
tur: 

{• Aristotelis liber de Secretis secretorum , interprète Philippo, 
ïripolitano clerico. 

2° Hippiatrica, authore Jordano Rufo, milite Calabrensi. 

3° Joannis de Gapua , apostolicœ sedis notarii, ad Constantinum 
de Merrone epistola consolatoria de morte filii. 

4° Friderici, imperatoris, ad regem Francorum epistola, qua con- 
queritur de sentencia excommunicationis in concilio Lugdunensi ad- 
versum se lata. 

5° Joannis de Capua ad Constantinum de Merrone epistola gratu- 
laloria de nova dignitate. 

6° Frederici imperatoris ad Guillelmum de Tocco, notarium, epis- 
tola, ut munus suum fideliter obeat. 

7° Caroli, Siciliae régis, ad justitiarios mandatum contra eos qui 
Conradini , Friderici imperatoris nepotis, partes tuebantur. 

8° Régis Francise ad Fridericum imperatorem epistola, qua auxi- 
lium adversus infidèles efflagitat. 

9° Vita sancti Albani. 

10° Constitutiones inter Clementem IV et Carolum, Siciliae regem , 
initae. 

11° Imperatoris ad papam et cardinales epistolœ de sententia ex- 
communicationis in concilio Lugdunensi lata. 

12° Ejusdem ad justitiarium epistola, qua eum reprehendit, quod 
nimis negligenter puniat malefactores in provincia sibi commissa. 

13° Justitiarii responsum ad imperatorem cum excusatione. 

Is codex decimo tertio sseculo exaratus videtur. 

Prenons maintenant la description consignée dans le catalogue 
des Bénédictins : 

1° Opus Aristotelis ad Alexandrum Magnum de astrorummotu etc., 
operatione etc. Dividitur in libros seu distinctiones decem. — Epis- 
tola Philippi ad Guittonem, episcopum Tripolitanum. « Quantum 
luna. » Fol. 1. — Primus prologus cujusdam doctoris : « Deus om- 
nipotens custodiat regem.» Fol. 2 v°. — Secundus prologus, de 
Johanne, qui opus transtulit ex arabica in latinam linguam. « Johan- 
nes qui transtulit. » Fol. 3.— Incipit liber primus per epistolam 
Aristotelis ad Alexandrum. «0 fili gloriosissime. » Fol. 3 v°. 

2° Sunt hic libri 47, ubi etiam de medicina agitur. 



•205 

Fragmentum cujusdam epislolse, post quod aliae epistolœ sequun- 
tur. 

3° Epistola Johannis de Capua, sedis apostolicse notarii , ad Cons- 
tantinum de Merrone, et uxorem ejus. Consolatur eos de morte fîlii : 
«Dilectis inChristo, etc., prae cunctis. » Fol. 59 v°. 

■4° Epistola Friderici imperatoris ad regcm Francorum. Conque- 
ritur de excommunicatione lata contra ipsum in Lugdunensi con- 
cilio, etc. « Et si causse nostrse. » Fol. 59 v°. 

5° Epistola Johannis de Capua ad Constantinum de Merrone : con- 
gratulatur ipsi de nova adepta dignitate. « Cognato... Tuae novae di- 
gnitatis. » Fol. 60. 

6° Friderici imperatoris epistola ad Guillelmum de Tocco , nota- 
rium apostolicum, ad rauuus suum fideliter obeundum. « Quia a nos- 
tris olim. » Fol. 61 v°. 

7° Mandatum Caroli, Sicilise régis, ad justitiarios etc., contra eos 
qui Conradini, Friderici imperatoris nepotis, partes tuebantur, « Ca- 
rolus... misericordiam et non judicium volenles. » Fol. 61 v°. 

8° Epistola régis Francise ad Fridericumimperatorem. Petit ab eo 
auxilium contra infidèles, a quibus victus fuerat. et Peccatorum 
perflante procella. » Fol. 62. 

9° Vita sancti Albani. « Erat olim in partibus aquilonis. » Fol. 63. 

10° Gonstitutiones habitse et initse inter Clementem papam IIII et 
Carolum, regem Sicilise, Romse in basilica Sancti Salvatoris Cons- 
tantina, ante altare ipsius, quarto calendas julii, anno 1255. « Ex- 
cellent etmagnifico principi domino. » Fol. 67. 

11° Epistola imperatoris ad papam, a quo fuerat excommunicatus. 
« Gollegerunt pontifices. » Fol. 76. 

11° bis. Ejusdem ad cardinales de eadem sententia excommunica- 
tionis. «Cum sit Ghristus. » Fol. 77 v°. 

12° Ejusdem reprehensio contra justitiarium, qui remisse suum 
officium implebat. « Ut justorum et delinquentium. » Fol. 78 v°. 

13° Excusatio ipsius ad imperatorem : «Débita reverentia majes- 
tatis. » Fol. 79 v°. 

Codex in quarto seu folio minori, variis manibus conscriptus, an- 
norum circiter 400. 

Entre les caractères distinctifs du manuscrit latin 6584, je fe- 
rai remarquer trois particularités qui sont très-clairement indi- 
quées dans le travail des Bénédictins : 

1° Le manuscrit est l'œuvre de plusieurs copistes ; 



206 

2 e Les constitutions arrêtées en 1255 entre Clément IV e 
Charles d'Anjou y occupent dix pages ; 

3° Ces constitutions y sont suivies d'une lettre de l'empereur 
au pape, commençant par les mois : « Collegerunt pontifices. » 

Ces trois conditions sont parfaitement remplies par le manus- 
crit 210 de M. Barrois, qui d'ailleurs s'ouvre par une copie du 
Secretum secretorum. 

\ . Liber nuncupatus Secretum secretorum Aristotelis ad Alexan- 
drum. (Opus supposititium, per Philippum clericum translatum.) 

A la fin sont des notes en latin, sur l'influence des signes du 
zodiaque, d'une main plus récente. 

2. Constitutiones habite et inite inter dominum Clementum (sic), 
summum pontificem papam I1II, et dominum nostrum Rarolum, 
regem Sicilie, 1255. Fol. 37. 

3. Epistola quam misit imperator (Fredericus I?) ad papam 
(Alexandrum III ?) qui excomunicavit eum. Fol. 46. D'une main 
plus récente. Commence : « Collegerunt pontifices et pharisei con- 
silium in unum et adversus Romanum principem Christum do- 
minum. » 

Manuscrit du xv c siècle, sur vélin. In-quarto. Al feuillets. A la fin 
on lit d'une écriture du xv e siècle: « Iste liber pertinet ad me domi- 
num Karolum Lebaud, si quis invenit eum mihi reportet. » 

Reliure moderne en maroquin vert, dorure. 

Le manuscrit 210 de M. Barrois répond donc évidemment 
aux articles 1, 10 et 1 1 de notre manuscrit latin 6584. J'ai re- 
trouvé avec non moins de certitude l'article 2 du même ma- 
nuscrit, dans le n° 207 de M. Barrois. En effet, ce deuxième 
article était une copie du traité de Jordanus Rufus, qui, réunie 
au Secret des secrets, remplissait les cinquante- huit premiers 
feuillets du volume. Or le n° 207 est un exemplaire du traité de 
Jordanus Rufus en vingt- deux feuillets, et si à ces vingt-deux 
feuillets nous ajoutons les trente- six feuillets que le Secret des 
secrets occupe dans le n° 210, nous aurons exactement les cin- 
quante-huit premiers feuillets du manuscrit 6584. 

CCVII. — De doctrina, cuslodia et medicina equorum. — Lib. 
(cap.) I : De doctrina equorum. Cum inter cetera animalia. — Lib. 



207 

(cap.) XLVIII : De inclavaturisequi. — A la fin de ce chapitre, au 
f. 19 v°, sont les lignes suivantes : 

Suscipiat h'c'am' h'u'r'm militis agn'i. 

Kst eq° doctriua custodia et medicina. 

Hoc egit inmensis studiis milex Calabreusis, 

Qui bene cunctorum sciverat medicinas equorum. 

Viennent ensuite plusieurs chapitres sur la même matière. 
Manuscrit duxv e siècle, sur vélin. In quarto. 22 feuillets. 
Reliure moderne en maroquin vert, dorure. 

Deux autres cahiers du manuscrit latin 6584 sont entrés dans 
la composition du n° 5G4 de M. Barrois. En tète de ce dernier 
volume, qui est relié comme les n° s 207 et 210, c'est-à-dire en 
maroquin vert avec dorure, on remarque : 

1° De ortu infelici etvita Albani, régis Hungariae. Quatre feuillets 
de parchemin. 

2° Epistolse quœdam : Friderici, Romanorum imperatoris; Karoli, 
rrgis Sicilise; Johannis de Capua; régis Francise imperatori Frede- 
rico. Quatre feuillets de parchemin. 

Les quatre feuillets contenant la vie du roi Alban sont incon- 
testablement les feuillets 63 à 66 du manuscrit latin 6584, et les 
quatre feuillets remplis par les lettres de Frédéric, de Charles 
d'Anjou, de Jean de Capoue et de saint Louis sont les feuillets 
59 à 62 du même manuscrit. 

Ainsi, s'il fallait rétablir le manuscrit latin 6584 dans son 
état primitif, il faudrait ranger dans l'ordre suivant les feuillets 
des manuscrits 207, 210 et 564 de M. Barrois : 

1° N. 210, f. 1 à 36. 

2° N. 207. 

3° N. 564, deuxième partie. 

4° N. 564, première partie. 



ET, 



IV. 



Les Bénédictins ont décrit dans les termes suivants le manus- 
crit qui de leur temps était classé sous le n° 6079 et qui a de- 
puis formé le n. 8728 du fonds latin : 



20S 

1° De litteris Hebra3orum per Moysen datis. — « Scribunt aulem 
versus. » 

2° Hygini fabularum astronomicon. — « Et si le studio gramma- 
tical » Fol. 1 v°. 

3° Aphorismus syderum cujusdam péri ti astronomi. — « Duos 
extremi vertices. » Fol. 47. 

4° Beali Hieronymi vita. — « Pridie kalendas octobris apud 
Bethléem. » Fol. 48 v°. 

5° Rabanus de septuagesima, sexagesima, quinquagesima et qua- 
dragesirna. — « De septuagesima quoque. » Fol. 50. 

In quarto, annorum 700 L 

Le manuscrit latin 8728 a disparu. Les quarante-six premiers 
feuillets, renfermant l'ouvrage d'Hygin, avec la note sur les 
caractères hébraïques, sont passés dans la collection de M. Bar- 
rois. 

CGXX.VI. — C. Julii Hygini astronomica. L'ouvrage commence au 
verso du f. 1 : « Hyginus M. Fabio plurimum salutem. » Le recto 
est occupé par uue courte notice : « De litteris Hebrœorum per 
Moysen datis. » 

Manuscrit du IX e siècle, sur vélin. In quarto. 46 feuillets. 

Au haut de la seconde page est écrit : « Liber Sancti Remigii Re- 
mensis, » vol. \u xx et vu. 

Reliure en velours vert. 



Le manuscrit latin 6812 (jadis 5204) a subi le même sort que 
le n. 8728. 11 a été coupé en deux morceaux, et les cinquante- 
six premiers feuillets, renfermant l'ouvrage de Solin, ont été 
portés dans la collection de M. Barrois. Ce qui le démontre, 
c'est la notice suivante, extraite du catalogue des Bénédictins : 

Solinus, de mirabilibus mundi, seu de lapidibus et animalibus. 
Fol. 4. 
Anonymi tractatus de medicina. Fol. 57. 
Codex annorum circiter 400. In folio minori. 

1. Le catalogue imprimé porte : « Is codex saeculo decimo videtur exaratus. » 



209 

De cette notice je rapproche la description du manuscrit 89 
de M. Barrois : 

C. Julius Solinus, de mirabilibus mundi. 

Manuscrit du xm e siècle, sur vélin. Petit in-folio. 56 feuillets. 

Reliure en veau. 

Ces deux notices doivent se rapporter à un seul et même ma- 
nuscrit de Solin : car on ne peut guère supposer qu'il ait existé 
deux exemplaires de Solin copiés au treizième siècle de façon à 
remplir l'un et l'autre cinquante-six feuillets de parchemin. 



VI. 



La Bibliothèque impériale ne possède plus le manuscrit 685 
du fonds latin. L'absence en a été constatée en 1848. Nul doute 
que ce ne soit un manuscrit que possède aujourd'hui lord Ash- 
burnham, et qui est ainsi décrit dans le catalogue du fonds de 
M. Barrois : 

LXV. — Sententiœ (Richardi de Sancto Victore) super apocalyp- 
sin, cum prologis. 

Manuscrit du xiv e siècle, sur parchemin, petit in-folio, 113 
feuillets. 

Belle reliure ancienne, en maroquin rouge, avec des comparti- 
ments ovales jaunes sur chacun des plats, aux armes, devises et mo- 
nogrammes de Henri II et de Diane de Poitiers. 

Je rapproche de cette notice l'article qui est consacré au ma- 
nuscrit latin 685 dans notre catalogue imprimé en 1744 : 

« Codex membranaceus, quo continetur anonymi commentarius 
in Apocalypsim. Is codex decimo tertio sœculo exaratus videtur. * 

Il n'y a pas là de détails suffisants pour nous autoriser à iden- 
tifier notre manuscrit latin 685 avec le manuscrit 65 de M. Barrois. 
Heureusement le catalogue rédigé par les Bénédictins, à la fin 
du dix-septième siècle, est plus explicite que le catalogue publié 
en 1744. Voici dans quels termes le volume dont nous nous oe- 
il. (Sixième série.) 15 



210 

cupons, et qui, avant de recevoir le n. 685, portait à la Biblio- 
thèque du roi le n. 4155, a été décrit parles Bénédictins : 

Anonymi (forte Richardi a Sancto Victore) commentarius seu sen- 
tentiarum liber in Apocalypsim, cujus prologus sic incipit : « Ac- 
cipe, charissime frater, et hoc sententiarum munus, etc. » Codex 
annorum 400. In folio minori. 

Cette 'description répond exactement à celle que nous avons 
du traité contenu dans le manuscrit 65 de M. Barrois ; mais pour 
déclarer que le manuscrit dont la Bibliothèque impériale a été 
dépouillée est bien le même que le manuscrit possédé par lord 
Ashburnham, il faudrait savoir s'il était, comme celui-ci, orné 
d'une reliure au chiffre de Henri IL C'est une circonstance dont 
Boivin a pris soin de nous instruire. A la page 315 des Mémoires 
pour l'histoire de la Bibliothèque du roi, il cite le manuscrit 41 55 
parmi ceux qui étaient « reliés aux armes et aux emblèmes de 
Henri II; » il ajoute que le manuscrit 4155 était coté LVIII, 
c'est-à-dire, si je ne me trompe, que le relieur avait imprimé ce 
chiffre en or à l'extérieur et dans l'angle droit du premier des 
plats de la couverture. Je ne doute pas que, si la reliure du ma- 
nuscrit n. 65 de M. Barrois a été bien conservée, le chiffre LVIII 
ne puisse se lire à la place que j'indique, et je suis persuadé 
qu'en regardant de près les premiers feuillets de ce même vo- 
lume, on y distinguera la trace des n os 685, 4155 et 1542 sous 
lesquels il a été successivement conservé à la Bibliothèque du 



VII. 

J'extrais du catalogue imprimé en 1744 l'énumération des 
morceaux contenus dans le manuscrit latin 285 1 : 

Codex membranaceus, in quarto, olim Colbertinus. 
Ibi continentur : 

1° Sancli Augustini, sive potius Alcuini, epistola ad quemdam 
comitem. 
2° Sancti Athanasii, episcopi Alexandrini, liber de imagine Dei. 
3° Excerpta ex dialogis sancti Gregorii papse. 






211 

4° Anonymi tractatus de fuga vitiorum. 

5° Sermones magistri Nicolai de Tornaco. 

6° Anonymi tractatus de septem vitiis capitalibus et de virtutibus. 

7° Anonymi sermones varii. 

Is codex sœculo decimo quarto exaratus videtur. 

Ce manuscrit, avant d'arriver à la Bibliothèque du roi, faisait 
partie de la bibliothèque de Colbert, et avait été décrit par 
Baluze, dont la notice est à peu près conçue dans les mêmes 
termes que la notice qui vient d'être rapportée. La seule diffé- 
rence à signaler, c'est qu'au n. 3 Baluze, au lieu de mentionner 
des extraits de saint Grégoire, indique : « Visio sancti Pauli. » 
C'est là une particularité qui nous aidera à reconnaître le ma- 
nuscrit 2851, dont nous avons été dépouillés. 

Je ne doute pas que ce manuscrit ne soit représenté par les 
trois plaquettes qui sont dans la collection de M. Barrois, sous 
les n. 334, 286 et 287. Le n. 334 répond aux trois premiers 
articles du manuscrit 2851 ; le n. 286, au quatrième; le n. 287, 
au cinquième, au sixième et au septième. On en peut juger par 
les notices du catalogue de lord Ashburnham : 

CCCXXXIV. — l.S. Augustini ad comitem Julianum sermo de 
amore Dei. 

2. Sermo Athanasii deymagine Dei. Fol. 28 v°. 

3. Narratio de quodam Servio, ex Gregorio. Fol. 32. — « Fuit 
quidam Servius nomine quem sancta scriptura vobis narrât. » 

4. Alia narratio ex Gregorio. Fol. 33. — « Quidam vir nobilis in 
Valeria provincia nomine Crisaurius fuit. » 

5. Visio sancti Pauli. Fol. 34. — « Placuit itaque Deo ut isdem 
Paulus per Micahelem archangelum. » 

Manuscrit du xr siècle, sur vélin. Petit in-quarto. 39 feuillets. 
Reliure en maroquin fauve. 

CCLXXXVI. —Sermones ccli de vitiis, de virtutibus et de officiis. 
I. De vu vitiis generaliter. — Septem sunt vitia capitalia de quibus 
quinque sunt spiritualia, duo autem carnalia. 

ccli. De unitate. — Solliciti sitis servare unitatem. 

Manuscrit du xiv e siècle, sur vélin. In-quarto. 59 feuillets. Écrit à 
deux colonnes. 

Reliure en maroquin orange. 

45. 



212 

CCLXXXVII. — 1. Sermones magistri Nicholai de ïornaco. — 
« Potestis bibere calicem quem ego bibiturus sum. » 

2. Tractatus de officiis predicatoris. Fol. 8. — « Vidit Jacob 
scalam a terra usque ad celum altingentem, per quam ascendebant et 
descendebant angeli. » 

3. Sermones varii. Fol. 46. 

A la fin sont trois feuilles contenant des citations de l'Écriture. 
Manuscrit du xiv e siècle, sur vélin. In-quarto. 44 feuillets. En par- 
tie écrit sur deux colonnes. 
Reliure en maroquin orange. 

VIII. 

Depuis une vingtaine d'années, plusieurs des savants qui s'oc- 
cupent de l'histoire de la poésie latine au moyen âge ' ont désiré 
consulter le manuscrit latin 3718; ils auraient voulu y étudier 
différentes pièces dont aucun autre exemplaire n'est connu, et 
qui sont brièvement indiquées dans l'article suivant du catalogue 
imprimé en 1744. 

Codex membranaceus, in octavo, olim Philippi Drouin. Ibi conti- 
nentur : 

1° Anonymi tractatus de vitiis, initium desideratur. 

2° Magistri Droconis de Altovillari, canonici Remensis, adhortatio 
ad virtutem, versibus scripta 2 . 

3° Amelii et Amici vita, versibus hexametris conscripta. 

4° Poema quod author ipse vult appellari Carotellum : videtur 
autem illud poema esse chronicum Turpini, versibus redditum. 

5° Poema cujus titulus : Urbanus; videntur autem esse prascepta 
ad sanitatem. 

6° Discussio litis super hœreditate Lazari etMarise Magdalense, so- 
roris ejus; videlicet quis eorum debeat habere haereditatem ; versi- 
bus rythmicis. 

7° Versiculi de natura animalium. 

1. M. Édélestan du Méril demanda inutilement en décembre 1845 le manuscrit 
dont il va être question. 

2. La Bibliothèque impériale ne possède point d'autres ouvrages de Drocon de Haut- 
villers, poète et jurisconsulte du temps de saint Louis, qui n'a pas d'article dans YHist. 
lit t. de la France, et dont M. Varin a fait connaître un ouvrage fort intéressant 
dans les Archives législ. de la ville de Reims, l Te part., Coutumes, p. 347 et s. 



m 
ar 



213 

8° Summula pœnitentiœ versificata compendiose. 

9° Versiculi de proprietate feminarum. 

10° Versus magistri Serlonis i . 

Is codex decimo quarto sBeculo exaratus videtur. 

Le manuscrit 37 18 a été mis à profit par Dom Brial, qui a pu- 
blié 2 en 1820 l'analyse détaillée des poésies de Serlon contenues 
dans ce volume. Plus récemment, en 1839, M. Francisque Mi- 
chel^ tirait du même manuscrit les quarante-huit premiers vers 
de la vie latine d'Amis et d'Amille. 

Peu de temps après la publication de M. Francisque Michel, le 

manuscrit 37 1 8 était volé à la Bibliothèque du roi, et coupé en 

uatre morceaux, dont trois sont entrés dans la collection de 

Barrois. On les reconnaît sans hésitation en lisant les trois 

articles suivants du catalogue de lord Ashburnham. 



CCLX. — 1. Magistri Droconis de Alto Villari, canonici Remensis, 
poemata. 

Sur le premier feuillet est une miniature représentant le cruci- 
fiement. Au recto du second est une partie du psaume CXIX : 
« Letabor ego super eloquia tua. » Le premier poëme commence au 
verso du même feuillet, avec la rubrique : « Beati qui esuriunt et 
sitiunt justiciam. » 

Justicie vivas cultor, atque criminis ultor, 
Ve tibi qui laudas indignos, impatientes, 
Iram, nequitiam, fastum, virusque tenentes. 

Finit : 

Qui, pius et clemens et justus, verba bonorum 
Exaudis merito, convertas corda malorum, 
Ut mundi fiant a labe mala viciorum. 

De inferno et de die judicii. 

Ut baratrum fugias, dirige, queso, vias, 

Est locus horroris, tenebrosus fonsque doloris. 

t. D. Brial, Hist. litt., XV, vi, dit qu'en tête de ces vers on lisait ce titre presque 
effacé : « Incipiunt versus magistri Serlonis de diversis modis versificandi, utiles cui- 
que versificalori. » 

2. Hist. litt., XV, vi. 

3. Théâtre français au moyen âge, p. 217. 



214 

Finit : 

Respuit omne bonum celesteque nobile donum ; 
Nunc necis ess.e reum nos reputemus eum. 

Contra avaros. 

Die, homo, cur parcis ? Cur marchas ponis in archis 
Etc. 

De prelatis. 

Nostri prelati viventes more Pilati 
Etc. 

De miseria paupertatis. 

Sunt inopes miseri, quorum status hic misereri. 

A la fin de cette pièce on lit : « Explicit tractatus magistri Droconïs 
de Alto Villari, canonici Remensis. » 

Epytafium super tumulum ejus. 

Vermihus expositus, in versificando peritus, 

Mortuus emeritus en ibi Droco situs; 
Juris civilis professor, dum juvenilis 
Hune etas regeret ; modo terre pulvis adheret. 
Huic Moyses et Aristotiles et Justinianus, 
Quondam viventi patuerunt et Gratianus. 

Item, idem magister Droco in principio sui tractatus dicit hos 
versus contra curam habentes : 

Ve tibi cui cura gregis est commissa, nec audes 
Vera loqui, metuisque malos, neccorrigis horum 
Excessus, vitiis cornes et nutrix viciorum. 

Contentio cor dis et oculi. 

Quisquis cordis et oculi non sentit in se jurgia, 
Non novit quod sint stimuli que culpe seminaria ; 
Causam nescit periculi cur alternant convicia, 
Cur procaces atque emuli replicant in se vicia. 

Septem sunt sacramenta ecclesie, etc. 

Au bas de chaque page sont des vers sur divers sujets, d'une 
main un peu plus récente. 






215 

% Discussio fitis super hereditate Lazari et Marie Magdalene, 
sororis ejus, videlicet quis eorum debeat habereeorum hereditatem. 
(Et alia, eodem autore?) Fol. 12. 



Magdalena. Salve, cultor salvatoris, 
Rex, céleste vas honoris, 
Princeps Jherosolime. 

Lazarus. Fulgens intus atque foris, 
Litem fratris et sororis, 
Equa lance dirime. 

Magdalena. Ave, judex, rex serene, 
Timor gentis sarracene, 
Digne rex imperio. 
Audi verbum Magdalene, 
Rationis frenum tene, 
Jure censens previo. 

Lazarus. Mortis ab imperio 

Revocatus munere dio, 
Ad placitum venio, 
Nec placitare scio. 

Magdalena. Cum jus ignorem, 

Pudor est vexare sororem, 

Rem facis indecorem, 

Nec monstras fratris amorem. 

Lazarus. Per defunctum genitorem, 
Ad nos duos juxta morem, 
Devenit hereditas. 
Sed tu tanquam nichil forem, 
Michi claudis juris forem, 
Jus auferre cogitas. 

Magdalena. Digna res est et equalis 
Quod det vita temporalis 
Bona temporalia. 



Fin : 



Judex. Non de juris ordine, 

Sed de plenitudine 
Nostre potestatis, 
Lazaro cum partimus, 
Dispensando reddimus 
Res hereditatis. 
Causa pietatis 
Ejus egestatis. 



216 

Vita Magdalene sub compendio. — De statura leonis et proprietate 
ejus. — De natura tygridis. — De pardo. — De panthera. — De 
unicorne. — De lince. — De unicorne (rinocerote). — De gryfibus. 
— De elephanta. 

3. Summa penitentie versificata compendiose. Fol. 17. 

Peniteas cito, precor, cum sit miserator 

Judex, et sunl hec quinque tenenda tibi : 
Spes venie, cor contritum, confessio culpe, 

Pena satisfaciens, et fuga nequitie *. 

4. De proprietate feminarum (et alia). Fol. 18. 

Arbore sub quadam, dictavit clericus Adam, 
Quomodo primus Adam procreavit in arbore quadam. 
Femina vicit Adam, victus fuit arbore quadam, 
Femina serpenti mox credidit alta loquenti, 
Femina deceptos sapientes reddit ineptos ; 
Femina te, David, et te, Salomon, superavit. 

Nomina trium regum et oblationes quas Domino obtulerunt. — 
De temporibus minutionum. — De quatuor temporibus anni. — De 
numéro aureo. 

5. Sermo de virtutibus et vitiis. Fol. 19. — « Augustinus : pro. 
mero repletur, siccitas aceto inebriatur, felli dulcedo additur, inno- 
centa pro reo moritur, etc. » 

Manuscrit du xiv e siècle, sur vélin. Petit in-quarto. 27 feuillets. 
Reliure en maroquin bleu. 

CCXXXVI. 1. Karolellus. (Sive vita Caroli magni versibus confecta 
ex historia Johanni Turpino, archiepiscopo Remensi , adscripta.) 
Commence : 

Christe, Dei virtus, verbum patris, hostia vera, 
Auxilium mendico tuum, sapientia summa; 
Auspicium dignare meo conferre labori. 
Wam velut ignarus a te deposco doceri. 
Tempore Pipini, Francorum principis, ortus 
Est puer in Castro Bericano germine clarus. 



1. Voy. plus loin, notice XIV, la description du ms. 254 de M. Barrois, qui parait 
contenir une pièce analogue. 






217 

Finit ainsi au fol. 53 : 

Quumque l descripsi breviter tam nobile bellum, 
Septima postremum concludat meta libellum 
Quoniam gesta refert 2 Karoli brevis iste libellus, 
Imponatur ei proprium nomen Karolellus. 
Explicit iste liber. Sit ab omni crimine liber 
Atque videat Christum qui librum legerit istum 3 . 

2. Liber qui vocatur Urbanus (de sanitate tuenda). Item de eodem 
libro versus. Commence : 

Sit porcina recens caro prestita fleubotomato, 
Carnes pullorum gallinarumque fabeque. 

Manuscrit du xiv e siècle, sur vélin. Petit in-quarto. 55 feuillets. 
Reliure en maroquin brun. 

CCXLV. — Versus magistri Serlonis de diversis modis versificandi 
utiles valde cuique versificatori. 
Manuscrit du douzième siècle, sur vélin. Petit in-quarto, 6 feuillets. 
Reliure en maroquin bleu foncé. 

D'après ce qui précède, je propose de reconstituer comme il 
suit le manuscrit latin 3718 de la Bibliothèque impériale. 

Ms. 3718 : Collection de M. Barrois : 

1. Sur les vices n. 260, f. 19. 

2. Poésies de Drocon de Hautvillers . . . — f. 1. 

3. Vie d'Amis et d'Amille ? 

4. Turpin en vers latins n. 236, f. 1 . 

5. Poëme intitulé Urbanus — f. 54. 

6. Drame sur Lazare et Marie Madeleine . n. 260, f. 12. 

7. Vers sur la nature des animaux. ... — f. 15 ou 16. 

8. Somme sur la pénitence — f. 17. 

9. Vers sur les femmes — f. 18. 

10. VersdeSerlon n. 245. 

1. Un ms. du Musée britannique, cité par M. Francisque Michel, porte : «Et quia. • 

2. On lit dans le ms. du Musée britannique : « Et quia gesta tenet. » 

3. Sur le Karolellus, voy. la dissertation de M. Gaston Paris, Depseudo Turpino, 
p. ti-i. 



218 



IX. 



Le manuscrit latin 4761 est décrit d'une façon très-vague dans 
le catalogue imprimé en 1744 : 

Codex membranaceus, in quarto, olim Philiberti de la Mare Ibi 
continentur : 

1° Caroli magni et Ludovici Pii imperatorum capitularia, ab Anse- 
giso, abbate, collecta et in quatuor libros distributa. 

2° Excerpta ex eorumdem imperatorum capitularibus. 

3° Varia capitula Caroli Calvi, Francorum régis. 

4° Capitulare Ludovici Pii , imperatoris, anno regni sui xvi. 

Is codex nono sœculo videtur exaratus. 

M. Pertz, dans le premier volume des Leges *, publié en 1835, 
a donné du même manuscrit une notice très-complète et très- 
exacte : 

Codex regius Parisiensis n. 4761, olim Philiberti de La Mare 
Divionensis, seculi x ( Tab. V, 4), post Ansegisum*, « Capitula a 
domno Karolo imperatore et filio ejus Hludowico ac sapientissimis 
eorum episcopis excerta, » scilicet excerpta librorum Benedicti I, 
II, III, a Baluzio, p. 519, pro genuinis Karoli Magni capitulis perpe- 
ram habita, nec tamen anno alicui adsignata; tum capitularia 175, 
213, 218, 103, 140 a, 145 a. b, 146, 141 a; capitula quœdam Bene- 
dicti libris excerpta; 242, 244, 109. 

La description de M. Pertz ne peut être comprise qu'en ayant 
sous les yeux le premier volume des Leges. J'y joindrai donc, 
sous une forme facile à saisir, l'indication des morceaux que ren- 
ferme notre manuscrit 4761. 

1. Ansegisi libri IV. (Pertz, Leges, I, 271.) 

2. Ad Ansegisi collectionem appendix I. « Capitula domni Karoli 
imperatoris ecclesiastica. » (Pertz, I, 321). 

1 . Page xxxii. 

2. Ce que M. Pertz dit à la p. 268 prouve que, dans le manuscrit 4761, les quatre 
livres d'Ansegise étaient suivis des trois appendices. 



219 

3. Ad eamdem collectionem appendix II. « Capitula domni |Karoli 
imperatoris mundana quae suprascriptam videntur habere causam. » 
(Pertz, I, 322.) 

4. Ad eamdem collectionem appendix III. « Capitula principum 
clarissimorum ecclesiastica simul et mundana domni Hludowici et 
Clotharii Caesaris quae suprascriptam videntur habere rationem. » 
(Pertz, I, 324.) 

5. Capitula a domno Karolo împeratore et filio ejus Hludowico ac 
sapientissimis eorum episcopis excerta. « De commutationibus. » 
(Baluze, I, 519.) 

6. Capitula a domno Karolo et filio ejus Hludowico ac sapientis- 
simis ipsorum episcopis excerta. a De his qui putaverunt. » (Baluze, 
fi 523.) 

7. Capitulare missorum. Ista capitula constituta sunt a domno 
Karolo in synodo apud Suessionis civitatem in monasterio Sancti 
Medardi anno 853, in mense aprili. (Pertz, I, 418.) 

8. Karoli II synodus Pistensis, an. 862. (Pertz, I, 477.) 

9. Karoli capitula missis data, an. 865. (Pertz, 1 , 501.) 

10. Capitulare Aquisgranense, an. 813. (Pertz, I, 187.) 

11. Constitutio de conventibus archiepiscoporum habendis. Capi- 
tula a piissimo Hludowico édita, an. 828. (Pertz, I, 327.) 

12. Capitularia Wormatiensia, an. 829. (Pertz, I, 349.) 

13. Capitula pro lege habenda. (Pertz, I, 353.) 

14. Constitutio de missis ablegandis. (Pertz, I, 328.) 

15. Capitula quaedam e Benedicti libris excerpta. 

16. Capitulare recitatum 16jun. 877 apud Carisiacum. (Pertz, I, 
541.) 

17. Petitio episcoporumetpromissio régis, an. 877. (Pertz, I, 543.) 

18. Capitula monachorum. (Pertz, I, 200.) 

De cette table rapprochons la notice des manuscrits 146 et 73 
de M. Barrois. 

CXLVI. — 1. Karoli Magni, Hludowici et Hlotharii imperatorum 
capitularia, ab Ansegiso, abbate Fontanellensi, collecta in libris V. 
— Au commencement sont les vers suivants, qui maintenant sont 
en partie effacés : 

Legiloquum quisquis librum recitaveris istum , 
Principibus nostris, die, miserere Deus ; 



220 

Legem namque bonain dictaruut mente benigua , 
Quapropter pro ipsis quaeso precare Deum. 



Les quatre premiers livres sont en général conformes à l'édition don- 
née dans les Monumenta Germariiae historica, tom. III, legum i, 
pag. 271, sqq. Le cinquième livre se compose de : 

1° Capitula domni Karoli imperatoris ecclesiastica. Imprimé dans 
les Monumenta, comme premier appendice au livre IV. 

2° Item capitula domni Karoli imperatoris mundana quae supra- 
scriptam videntur habere causam. Imprimé comme appendice II au 
livre IV. 

3° Item capitula principum clarissimorum ecclesiastica simul et 
mundana domni Hludouvici et Clotharii Canaris quae suprascriptam 
videntur habere rationem. Imprimé comme appendice III au livre IV, 
mais seulement jusqu'aux mots : a dare precipiant, » avec lesquels 
finit la collection d'Ansegise, contenue dans le présent volume. 

A Capitula a domno Karolo imperatore et filio ejus Hludouvico ac 
sapientissimis ipsorum episcopis excer(p)ta. En voici les rubriques : 

«De commutationibus ulilibus permanendis inutilibusque delen- 
dis. — De illis qui res ecclesiae tenent. — Quod res ecclesiarum vo- 
tas in fidelium praetia peccatorum et patrimonia pauperum quibus 
non solum collata conservanda sed etiam augenda sunt. — De pree- 
diis Deo dicatis. — De his qui fidelium oblationes auferunt vel vas- 
tant, aut sine proprii episcopi concessione dant aut accipiunt. — De 
privilegiis ecclesiarum aut clericorum non corrumpendis. — De 
privilegiis ecclesiarum. — Quod sacrilegium sit ecclesiae aliquid au- 
ferre aut sacerdotibus vel ministris aut ipsos... injuriam inferre. » 
— C'est apparemment la dernière rubrique du livre V. 

Suivent d'autres rubriques en tête desquelles il n'y a pas de titre 
général : — Quod hii qui praedia ecclesiastica diripiunt vel vastant 
sacrilegi sint exilioque dampnandi. — Quod prsedones ecclesiae sa- 
crilegi sint sicut scripture testimonio conprobatur. — Quod ea que 
Domino consecrantur ad jus ecclesiasticum pertineant. — Quod 
omnia quae Deo offeruntur procul dubio et consecrantur. — Ut ec- 
clesiarum privilégia vel facultates sive quicquid ad easdem pertinet 
nullus invadere prœsumat. — Quod homicide ante Deum deputen- 
tur qui res ecclesiae vastant. 

Capitula a domno Karolo imperatore et filio ejus Hludouvico ac 
sapientissimis ipsorum episcopis excer(p)ta. 

Rubriques : « De his qui putaverunt idcirco preceptum fuisse non 



221 

ire ad pugnam sacerdotes ut honor eis minueretur. — De sceleribus 
nefandis ob quae régna percussa sunt ut pœnetus caveantur. — De 
rébus ecclesiasticis absque jussione proprii episcopi non dandis. — 
De his qui res ecclesiae a principibus petunt ut irrita habeantur quae 
optinent et ipsi communione priventur. — Ut hi qui res ecclesiae 
invadunt vastant vel diripiunt si monente episcopo non se correxe- 
rint communione priventur. 

De his que a prioribus principibus circa ecclesiarum utilitates 
sunt ordinata ut immota permaneant. — Ut ab ecclesiae societate 
extorris habeatur quicumque ejus rébus dampnum intulerit. — De 
privilegiis ecclesiarum inlibate servandis. — De rébus ecclesiae a nullo 
injuste retentandis vel diripiendis. — Ut ecclesiastica jura semper 
inlibata permaneant. — De ecclesiis et dotibus earum ut ad episcopi 
semper dispositionem pertineant. — De his quae ab antecessoribus 
nostris circa cultum divinum statuta fuerunt ut semper inlibata 
permaneant. — Qualiter haec statuta servanda sint et de his qui hœc 
contempnunt sive clericis sive laicisquid agendum sit. 

2. Capitula (missorum) Raroli régis, filii Hludouvici (constituta in 
synodo apud Suessionis civitatem in monaslerio Sancti Medardi, 
anno 853).— Imprimé dans les Monumenta, tom. III, legum i, 
pag. 418-420. 

Manuscrit du dixième siècle. Sur vélin. In-quarto. 100 feuillets. 

Reliure en maroquin rouge. 

Très-beau manuscrit, dont quelques parties paraissent inédites 

LXXIII. — Gapitularia ecclesiastica. Contenant : 

1. Karoli II Synodus Pistensis anni 862. 

2. Karoli II Capitula missis data anno 865. Fol. 11. 

3. Karoli Magni capitulare Aquisgranense anni 813. Fol. 15 v°. 

4. Hludovici constitutioanni828,deconventibusarchiepiscoporum 
habendis. Fol. 18 v°. 

5. Hludovici et Hlotharii capitularia Wormatiensia anni 829. 
Manuscrit du dixième siècle. Sur vélin. In-quarto. 26 feuillets. 
Reliure en maroquin orange. 

On ne peut comparer la table de notre manuscrit latin 4761 
avec la notice des manuscrits 146 et 73 de M. Barrois sans re- 
connaître que le manuscrit 476 1 , après avoir été volé à la Biblio- 
thèque du roi, a été coupé en trois morceaux : le premier renfer- 
mant les articles i-7, le deuxième les articles 8-12, et le troi- 



222 

sième les articles 13-18. Les deux premiers forment aujourd'hui 
les n. 1 46 et 73 du fonds de M. Barrois ; le sort du troisième est 
inconnu. 

X. 

La Bibliothèque a perdu un exemplaire de la loi salique, qui 
avait appartenu à Colbert (n. 6631) et qui portait le n. 4789 
dans le fonds latin : 

Codex membranaceus, in octavo, olim Colbertinus. Ibi continetur 
liber legis salicae. 
Is codex undecimo saeculo videtur exaratus. 

M. Pardessus, qui emprunta ce manuscrit le 23 juillet 1 839 
et qui le rendit le 25 du même mois , nous apprend l qu'il ne 
contenait « que la loi salique en 70 titres. » 

Le 25 novembre de l'année suivante, M. Barrois achetait, pour 
une somme de 150 francs, un manuscrit de la loi salique, en 70 
titres, de format in-octavo, relié en maroquin rouge aux armes 
du roi. C'était sans aucun doute notre manuscrit latin 4789. 

M. Pardessus ne tarda pas à avoir communication du volume 
que M. Barrois venait d'acquérir : il le signala en ces termes dans 
l'édition de la loi salique qui parut en 1843 : 

Manuscrit de Saint-Remy de Reims, appartenant à M. Barrois. C'est 
un in-octavo en parchemin, petit format, belle écriture du dixième 
siècle. Il ne contient pas d'autres documents que la loi salique, en 
70 titres, sans gloses malbergiques; c'est sans aucun doute une Lex 
emendata. A la suite du texte est l'index des rubriques, dont un as- 
sez grand nombre est indiqué seulement par le chiffre. Au verso du 
dernier feuillet se trouve, d'une main assez moderne, la prière de 
l'Église pour la paix : « Deus a quo sancta desideria. » Ce manuscrit 
est remarquable en ce que partout où on avait écrit mannire, man- 
nilio, le m a été gratté ou corrigé pour être changé en b. Au haut du 
premier feuillet on lit en rouge et en écriture du douzième siècle les 
mots SANCTI REMIGII REMENSIS2. 

1. Loi salique, p. xuv. 

2. Loi salique, p« xu 






223 

Dans cette description, M. Pardessus a négligé de mentionner 
la reliure aux armes du roi ; c'est une lacune qui se trouve com- 
blée dans la notice consacrée au même manuscrit par l'auteur 
du catalogue de la collection de M. Barrois. 

CCI. — Incipit liber legis salicae. — Ce manuscrit diffère souvent 
du texte imprimé par Canciani. Après le chapitre lxiiii : a De com- 
positione homicidii » (cap. lxv de Canciani), la rubrique du chapitre 
suivant «De homine inhoste occiso » a été effacée au bas de la page, 
et les deux feuillets qui devaient suivre paraissent manquer. Le pre- 
mier feuillet suivant commence par les mots : « denarii qui faciunt 
sol. xlv culpabilis judicetur, » qui sont au milieu du chap. lxix, dans 
l'édition de Canciani. Le chapitre qui suit et qui est le dernier du 
mauuscrit a pour titre : « De eo qui filiam alienam adquisierit et se 
retraxerit; » il est aujourd'hui coté lxv, mais le chiffre primitif devait 
être lxviiii ou lxx. Au bas de la page on lit : <c Explicit liber legis 
salicae, » et au verso : « Incipiunt capitula hujus libri. » Cette table, 
que le copiste avait laissée inachevée, a été complétée d'une main plus 
récente. 

Manuscrit du dixième siècle. Sur vélin. Petit in-quarto. 60 feuil- 
lets. 

Au haut de la première page on lit : « Liber Sancti Remigii Re- 
mensis, vol. VII xx et II. » 

Reliure en maroquin rouge, aux armes et au chiffre de Louis XIV 1 , 
en or. Le manuscrit n'est cependant pas mentionné dans le «Catalo- 
gus manuscriptorum Bibliothecae regiae Parisiensis. » M. Barrois l'a- 
cheta 150 francs, le 25 novembre 1840. 



XI. 



Les observations de M. Salmon sur la Chronique de Pierre 
Béchin se terminent par ces mots : « Nous n'avons pu recourir 
au manuscrit de la bibliothèque du président de Thou, dont se 
servit Duchesne, parce que nous ignorons sa destinée. Mais nous 
regrettons surtout le manuscrit 4999 A, fonds latin de la Biblio- 
thèque impériale, écrit au commencement du quatorzième siè- 

1. C'est, selon toute apparence, une reliure faite sous le règne de Louis XV. 

2. Recueil de chroniques de Touraine (Tours, 1854, in-8), p. xv. 



224 

cle !, et qui contenait la Chronique de Pierre iils de Béchin, de- 
puis la eréation du inonde, avec des additions d'un écrivain 
inconnu jusqu'à l'année 1199 2 . Ce manuscrit n'a pu jusqu'ici 
être retrouvé sur les rayons de la Bibliothèque impériale, malgré 
le zèle mis à le rechercher. » 

La destinée des deux manuscrits dont parlait M. Salmon nous 
est aujourd'hui connue. Le premier, celui du président de Thou, 
dont s'était servi André Duchesne, est à la Bibliothèque impé- 
riale : il y est arrivé comme presque tous les manuscrits du 
président de Thou, avec le fonds de Colbert. C'est le n. 2825 du 
fonds latin : on voit encore au commencement les traces de la 
signature de Jacques- Auguste de Thou, dans la Bibliothèque du- 
quel ce volume était coté n. 632 3 . M. Salmon a collationné le 
manuscrit 2825, sans y reconnaître l'exemplaire qu'André Du- 
chesne avait consulté chez le président de Thou. 

Quant au second manuscrit, le n. 4999 A du fonds latin, il a 
été dérobé à la Bibliothèque et est passé en Angleterre avec la 
collection de M. Barrois. Le rapprochement suivant ne laisse à 
cet égard aucune espèce de doute. 

Le manuscrit 4999 A est ainsi décrit dans notre catalogue im- 
primé : 

Codex membranaceus, in quarto, quo continentur : 

4° Eusebii et Isidori Hispalensis chronicon , a Petro Bechinni 

filio productum ad mortem Richardi , régis Ànglorum, et annum 

1199. 
2° Anonymi liber de tribus circumstanciis gestorum, id est, per- 

sonis, locis et temporibus. 

1. M. Salmon suit ici l'appréciation de notre catalogue imprimé; mais selon toule 
apparence le manuscrit 4999 A appartenait au treizième siècle ; on sait quelle ten- 
dance les auteurs du catalogue imprimé avaient à rajeunir les manuscrits. 

2. Ailleurs (p. v), M. Salmon dit en parlant de ces additions : « Nous ne pouvons 
les publier parce que le manuscrit unique qui les contient est égaré depuis quelques 
années. » 

3. L'ancien catalogue des manuscrits du président de Thou décrit ainsi ce volume: 
« Isidorus de figuris reium gestarum et alia ejusdem. Sancti Benedicti vita. De 
sancta Menalia. In cantica canticorum fragmenta. Aratoris quœdam. Regum Franco- 
rum vitse. Comilum Andegavensium nomina, Episcopi Andegavenses. Dies aegyp- 
tiaci. » Les fragments d'Aratus manquent dans le ms. latin 2825 ; ils ont été enlevés 
aune époque ancienne, et selon toute apparence avant l'entrée du manuscrit à la Bi- 
bliothèque du roi. 



225 

3° Damasi papae chronicon de summis pontificibus, quod anony- 
mus produxit ad Adrianum I et annuni 772. 
4° Nomina episcoporum Cenomanensium a Juliano ad Hugonem. 
5° Prophetia sibyllae Tiburtinae. 
6° Gesta Salvatoris, sive evangelium Nicodemi. 
7° Libellus Bedae de locis sanctis, in epitomen contractus. 
8° Historia Britonum : authore Galfrido Monemutensi. 
Is codex decimo quarto sa3Culo ineunte videtur exaratus. 

Ce manuscrit a été découpé en quatre morceaux : — le pre- 
mier renfermant la Chronique de Pierre Béchin ; — le deuxième, 
les opuscules indiqués ci-dessus sous les n os 2°, 3°, 4° et 5°; — 
le troisième, les opuscules indiqués sous les n os 6° et 7° ; — le 
quatrième, l'histoire de Geoffroi de Monmouth, indiquée sous le 
no 8°. 

Les trois premières de ces coupures se retrouvent dans la col- 
lection de M. Barrois, dont elles forment les manuscrits 251, 
244 et 250. La dernière coupure, composée de l'Histoire des Bre- 
tons par Geoffroi de Monmouth, a jusqu'à présent échappé à mes 
recherches. Je copie les descriptions que nous avons des manus- 
crits 251, 244 et 250 de M. Barrois. 11 serait superflu d'y join- 
dre aucune observation, pour montrer que ces trois plaquettes 
sont les débris de notre manuscrit latin 4999 A. 

CCLI. — Chronicon brève a creatione mundi ad annum 1199. — 
Commence : «Prima etasin exordiosuicontinetcreacionem mundi. » 
— Finit : « Anno vero M C° XC°1X° obiit Richardus rex Anglorum et 
dux Normannorum cornes Andegavis et Aquitanorum. » 

Au verso du f. 25 est une liste d'historiens, commençant à Trogue 
Pompée. 

Manuscrit du treizième siècle. Sur vélin. Petit in-quarto. 25 feuil- 
lets. 

En tête du volume on lit la note suivante : « Cette petite chroni- 
que... dans sa première partie jusqu'à l'an 381 est puisée de la 
chronique d'Eusèbe et de saint Jérôme. Depuis cela l'auteur raconte 
principalement l'histoire des Francs, après Grégoire de Tours et 
Frédégaire, y joignant très-soigneusement le catalogue des papes, 
avec les années de leur siège. Depuis Pépin le Bref il commence 
aussi à faire mention des événements en Angleterre, et comme il 
avance vers son époque, ces récits de l'histoire anglo-saxonne et an- 
II. (Sixième série.) 16 



226 

glo-normande deviennent plus nombreux. L'auteur y joint aussi 
l'histoire des évêques de Tours et de ce qui concerne l'état de cette 
diocèse, avec un soin si prononcé que l'on voit bien qu'il a fait lui- 
même partie du clergé de cette église, ce qui donne un nouveau in- 
térêt à ses notices, » etc. 
Reliure en maroquin bleu. 

CCXLIV. — 1. S. Hieronymi ad Damasum papam liber de vitis 
pontificum Romanorum. 

2. Nomina episcoporum Cenomanice urbis. Fol. 22 v°. 

3. Prophecia sibille Tiburtine. (Opusculum venerabili Bedae ad- 
scriptum.) Fol. 23. « Sibille generaliter omnesfemine dicuntur. » 

4. Incipit liber de tribus circunstantiis gestorum, id est personis, 
locis, temporibus. Fol. 27. 

5. Tabulae chronologie». Fol. 29. 

Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. Petit in-quarto. 50 
feuillets. 
Reliure en maroquin bleu. 

GCL. — 1. In nomine Dei summi incipiunt gesta Salvatoris Do- 
mini nostri Jhesu Christi, que invenit Teodosius magnus imperator 
in Jérusalem in pretorio Poncii Pilati in codicibus publicis. (Aliter 
evangelium pseudepigraphum Nicodemi.) — Commence : « Factum 
est in anno nono decimo imperii Tyberii Cesaris. » 

2. In hoc codice continetur libellus Bede presbyteri de locis sacris 
Jérusalem. Fol. 11. 

Manuscrit dû treizième siècle. Sur vélin. In-quarto. 18 feuillets. 

Reliure en maroquin cramoisi. 



XII. 



Le manuscrit latin 5667 est ainsi décrit dans le catalogue im- 
primé en 1744 : 

Codex membranaceus, in octavo, olim Colbertinus. Ibi conti- 
nentur : 

1° Vita et translatio beatœ Genovefse virginis. 

2°Miraculaejusdem. 

3° Hymnus in laudem ejusdem, versibus rythmicis. 



227 

4° La vie de sainte Geneviefve, mise en vers i'rançois à la prière de 
la dame de Valois, par un nommé Renauz. 

5° La vie de madame sainte Geneviefve en françois, proprement 
selon le latin. 

6° Officium in solenmitate beatse Genovefse. 

Is codex saeculo decimo quarto exaratus videtur. 

Ce manuscrit a été volé et coupé en trois morceaux. On peut 
le rétablir en rapprochant les manuscrits 180, 179 et 253 du 
fonds de M. Barrois. 

CLXXX. — 1. Vita sanctae Genovefae. « III nonas januarii. Tem- 
pore quidem quo ad describendam béate virginis Genovefe vitam 
accessi. » 

2. Versus in laudem ejusdem. 

Genovefa flos virginum 
Post matrem lucis luminum. 

Manuscrit du treizième siècle. Sur vélin. In-octavo. 34 feuillets. 
Reliure en maroquin vert. 

CLXXIX. La vie de sainte Janevieve, en romant, par frère Guérin. 
Commence : 

Madame de Valois me prie 
Que en romant mete la vie 
D'une sainte qu'ele molt aime 
Janevieve la nome et claime. 

Finit : 

Frère Guerins qui Dex doint vivre 
Ed. bone oeuvre escrit cest livre 
De sa main, et mena à fin, 
Por l'amor d'un suen ami. Fin. 

Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. In-octavo. 61 feuillets. 

Reliure en maroquin vert, avec les armes de France sur les plats, 
pour rappeler que le manuscrit a été à la tour du Louvre. Voy. Bar- 
rois, Biblioth. protypogr., p. 57, n. 96. 

CGLIII. Ci commence la vie madame sainte Geneviève en françois 
proprement selonc le latin. Commence : « A tout crestien qui Jbesu 

16. 



228 

Crist et ses sains requiert et honneure, est grand bien et honneur et 
proufist. » A la fin sont quelques vers commençant ainsi : 

Virge douce, virge bénigne, 
Vierge sainte, vierge très-digne, 
Vierge franche de France née, 
Vierge de grâce enluminée. 

Après viennent deux courtes prières. 

Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. In-octavo. 16 feuillets. 

Reliure en maroquin vert. 

Je ne pense pas que l'identité de notre manuscrit 5667 et des 
manuscrits 180, 179 et 253 de M. Barrois soit révoquée en 
doute. Je dois cependant prévenir une objection : les auteurs de 
notre catalogue, en mentionnant la vie de sainte Geneviève en 
vers, disent qu'elle a pour auteur « un nommé Renauz, » tandis 
que le catalogue des manuscrits de M. Barrois annonce une vie de 
sainte Geneviève composée par « frère Guérin. » Il est facile de 
concilier ces deux assertions. La vie de sainte Geneviève qui 
commence par le vers : 

Madame de Valois me prie , 

c'est-à-dire la vie contenue dans le manuscrit 179 de M. Barrois, 
a bien pour auteur « un nommé Renauz, » comme porte le cata- 
logue imprimé des manuscrits du roi. On peut s'en assurer en 
consultant l'exemplaire de cette même vie qui est à la Bibliothè- 
que impériale, dans le manuscrit français 13508, et à la fin du- 
quel on lit ces vers : 

Renauz, qui ceste vie dit, 
Ne puet trouver plus en escrit. 
Sachies qu'il vous a aconté 
De l'estoire la vérité, 
Ce qu'il en escrit, en trouva. 
Tant fist la dame et esploita 
Que ne puet estre en escrit mis. 
Tant com j'en luis vous en devis. 
Prions la virge glorieuse, 
Etc. 

11 est donc évident que la vie de sainte Geneviève composée 



229 

en vers à la requête de la dame de Valois est l'œuvre de Renaud. 
Les quatre vers qui sont à la fin de l'exemplaire de M. Barrois, et 
sur la foî desquels l'opuscule a été attribué à frère Guérin, se 
rapportent non pas à l'auteur, mais au copiste dn manuscrit. 



XIII. 

Notre manuscrit latin 74 13 renfermait dix-neuf traités d'astro- 
nomie ou d'astrologie, dont l'énumération se trouve dans le cata- 
logue imprimé : 

Codex membranaceus, in quarto, olimTellerianus. Ibi continentur: 

1° Messahallach tractatus de compositione et usu astrolabii. 

2° Theorica planetarum, authore Gerardo Carmonensi. 

3° Aben Esrae tractatus de planetarum conjunctionibus, et de re- 
volutionibus annorum mundi, interprète magistro Henrico Bâte. 

4° Guillelmi Anglici judicium de urina non visa. 

5° Theorica planetarum, authore Gerardo Carmonensi. 

6° J. de Londoniis tractatus de astrologia judiciaria ad R. de Gue- 
dingue. 

7° Anonymi tractatus de nativitatibus. 

8° Tabula stellarum fixarura anno 4246 Parisiis veriflcata. 

9° Roberti Grosthead, episcopi Lincolniensis, tractatus de sphsera. 

10° Anonymus de aëris dispositione. 

14° Tractatus de compositione almanach. 

12° Alfragani liber de aggregationibus scientiae stellarum, etprin- 
cipiis cœlestium motuum. 

43° Albohaly Àlfahat, liber de nativitatibus. 

44° Anonymi epistola de causiset signis ignorantia? modernorum. 

45° Anonymi epistola de ratione mixti. 

46° Ptolemsei planisphserium. 

47° Omar de revolutionibus nativitatum libri très. 

48° Haly, (ilii Ahamet, liber de electionibus horarum. 

49° Epistola Messahallach, in rébus eclipsis solis et lunœ, in con- 
junctionibus planetarum ac revolutionibus annorum. 

Is codex decimo quarto saeculo exaratus videtur. 

On a pris le commencement et la fin de ce volume pour former 
le n. 218 de la collection de M. Barrois, qui répond aux arti- 



230 

clés 1, 17, 18 et 19 de la précédente description. Les articles 6 à 
13 ont servi à constituer le n. 188. J'ignore ce que sontdevenus 
les articles 2, 3, 4 et 5. 
Suivent les notices des manuscrits 218 et 188 de M. Barrois. 

CCXVIII. — i.Hicincipitastrolabium. (Liber Messehalhe , eumfigu- 
ris; sequitur theorica motuum planetarum.) — «Scito quod astrola- 
biumest (nomengrecum),cujusinterpretatio est acceptiostellarum.» 

2. Liber Omar de revolutionibus nativitatum. Fol. 26. — « Dixit 
Omar Benalphargani Tiberiadis : Scito quod diffinitiones nativita- 
tum in nutritione sunt quatuor. » 

3. Liber Hali filii Ahamet Ebram in electionibus horarum. Fol. 45. 
— « Rogasti me, karissime, ut tibi librum de horis eligendis com- 

ponerem. » — A la fin : « Perfectus est liber electionum Hali 

filii Ahamet Hebraam translatus de arabico in latinum in civitate 
Barchinona » 

4. Incipit epistola Messehale in rébus eclipsis solis et lunée et 
conjunctionis planetarum etc. Fol. 57 v°. 

Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. Petit in-folio. 59 feuil- 
lets. 

Reliure moderne en maroquin rouge, dorure. 

CLXXXVIII. Collection de traités et de tables astrologiques et as- 
tronomiques, en latin. 

1. Liber de nativitatibus Albohali Alfahat.— « Iste est liber scien- 
tiso judiciorum. » A la fin : «Perfectus est liber nativitatum annoab 
incarnatione Domini 1100, mense julii etc. » 

2. Epistola cujusdam de signis et causis modernorum. « Igno- 
rantie nostre signa sunt et cause. » Fol. 9 v°. 

3. Epistola de ratione mixti. — « Mixtum autem est uno fieri non ex 
pluribus elementis prius ad se invicem divisis. » Fol. 11. 

4. Liber de sphera. — « Spera in quolibet polorum planum con- 
tingente. » Avec figures. 

5. De motu octavse spherse. — « Amatissimo magistro suo M. de 
Guedingue,... de Londoniis, salutem... Noscitis quod omnesjudices 
astrorum. » Fol. 19 v°. 

6. Tractatus de sphera. — « Dixit Messehallah quod Dominus al- 
tissimus fecitterram ad similitudinem spere. » Fol. 21. 

7. Introductio in astronomiam. — « Dixit Ypocras, medicorum 
optimus, cujusmodi medicus est qui astronomiam ignorât. » Fol. 24. 






231 

8. Tabula stellarum fixarum que ponuntur in astrolabio, verifi- 
cata Parisius per instrumentum armillarum anno Domini 1246. 
Fol. 36. 

9. Tabula stellarum fixarum verificata Parisius anno M° CG 33. 

10. Tractatus (Roberti Grosseteste) episcopi Lincolniensis , de 
spera. — « Intencio in hoc tractatu est describere figuram machine 
mundane. » Fol. 37. 

11. Tractatus ad pronosticandam diversam aeris dispositionem 
futuram ex stellis. Fol. 44. 

12. Tractatus de composicione almanak. — « In faciendo alma- 
nak. » Fol. 48. 

13. Incipit liber de agregationibus scientie stellarum et principiis 
celestium motuum quem Alphagranus ( Alphraganus ) compilavit. 
Fol. 50 v°. 

Manuscrit du quatorzième (siècle. Sur vélin. In-quarto. 75 feuil- 
lets. 
Reliure en maroquin cramoisi. 



XIV. 



Le manuscrit 8246 se composait, selon toute apparence, des 
débris de différents volumes. Le contenu en est ainsi indiqué 
dans le catalogue imprimé : 

Codex membranaceus , in quarto, olim Colbertinus. Ibi conti- 
nentur : 

1° P. Ovidii Nasonis liber de remedio amoris, passim inter lineas 
glossee et ad marginem scholia. 

2°Tobiaî liber, versibus latinis, authore Matthaeo Vindocinensi; 
accedunt glossœ et scholia. 

3° Proverbia varia, sive sententise ab anonymo versibus expressœ. 

4° A. Persii Flacci satyrœ, cum glossis et scholiis. 

5° Catonis disticha ; accedit anonymi commentarius. 

6°Gaufridi anglici poëtria nova, ad Innocentium III papam; ac- 
cedunt glossee et scholia 1 . 

7° Anonymi carmen cujus titulus est : liber facéties sine quo nemo 
potest esse bene moriginatus. 

1. Baluze, dans son catalogue des manuscrits de Colbert, au n. 5255, dit que ce 
traité commençait par les mots •• « Papa stupor mundi. » 



232 

8° iEmilii Macri carmende virtutibusherbarum ; finis desideratur. 

Is codex partim decimo tertio, partim decimo quarto sseculo vi- 

detur exaratus. 



Ce manuscrit avait dû faire partie de la bibliothèque du pré- 
sident de Thou. On lit, en effet, dans le catalogue des manuscrit 
de cette célèbre bibliothèque : 

N. 525. Galfridi poetria. Catonis liber. Theoduli elegia. Ovidii 
de remedio amoris. Tobias metrificatus a Matheo Vindocinensi. Vir- 
gilii opuscula. Damasi pape liber de vitiis. Doctrina Johannis Faceti 
ad Catonem. Amphitruonis comedia, elegiaco carminé 1 . In-octavo. 

J'ai tenu à montrer que notre manuscrit 8246 avait appartenu 
au président de Thou, parce que, d'une part, on sait que ce fa- 
meux bibliophile avait recueilli beaucoup des anciens manuscrits 
de Pierre Pithou; et que, d'autre part, le nom de Pierre Pithou 
se lit sur deux volumes de la collection de M. Barrois, que je 
n'hésite pas à prendre pour deux morceaux de notre manuscrit 
8246, et qui, combinés avec deux autres volumes delà même col- 
lection, nous représenteront le manuscrit 8246 tel qu'il était avant 
sa sortie de la Bibliothèque du roi. 

Dans cette hypothèse, le n. 314 de M. Barrois répond aux 
deux premiers articles du manuscrit perdu; le n. 318, au qua- 
trième et au cinquième; le n. 319 , au sixième , au septième et 
peut-être au troisième; enfin, la seconde partie du n. 285 est 
le huitième article du manuscrit 8246. 

CCGXIV. — 1. P. Ovidii Nasonis de remedio amoris liber cum 
commentario. 

2. Matth£ei Vindocinensis Tobias, sive metaphrasis libri Tobiae 
versibus elegiacis scripta, cum commentario. Fol. 23. 

Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. In-quarto. 68 feuillets. 

Reliure en maroquin vert. Dorure. 

A appartenu à P. Pithou. 



1. La composition de ce volume a sans cloute été remaniée après la rédaction du 
catalogue des manuscrits du président de Thou. Je suppose qu'on en aura enlevé 
l'Amphitryon, pour le relier dans un autre recueil de fragments, peut-être celui qui 
a formé le n. 8498 de notre fonds latin. 



233 

CCCXVIII. — Auli Persii Flacci satyrœ cum commentario. Fol. 16. 
2. Dionysii Catonis ethica, seu disticha de moribus, cum commen- 
tario. Fol. 16, inverso volumine. 
Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. In-quarto. 30 feuillets. 
Reliure en maroquin vert. Dorure. 
A appartenu à P. Pithou. 

CCCXIX. — 1. Liber faceticie (Johannis magistri). Commence : 

Cum nihil utilius humane credo saluti 
Quam morum no visse modos et moribus uti. 

A la fin : « Explicit liber faceticie , sine quo nemo potest esse 
bene moriginatus. » 

2. Versus de officiis sacerdotum. Fol. 2 v°. Commence : 

Sacerdotes mementote 
Nihil majus sacerdote, 
Qui dotatus sacra dote 
Deo servit et dévote. 

3. De officio sacerdotis (en prose). Fol. 3. 

A. Versus morales et memorativi de variis rébus. Fol. 3. 
5. Galfridi de Vino Salvo anglici poetria (cum notis). Fol 8. Com- 
mence : 

Papa stupor mundi si dixero papa notenti. 

A la fin : «Explicit poetria, composita a magistro Galfrido de 
Vino Salvo de coloribus retoricis » 
Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. In-quarto. 30 feuillets. 
Reliure en maroquin vert. Dorure. 

CCLXXXV. — 1. Sequitur de jure civili Burgundite. La première 
rubrique est : De emphitheota. La dernière : De conditione possi- 
dentis. 16 feuillets. 

2. Hic incipit liber de virtutibus herbarum secundum Macrum. 
8 feuillets, inverso volumine. 

Manuscrit du quatorzième siècle. Sur vélin. In-quarto. 24 feuillets. 

Le second traité est écrit sur deux colonnes. 

Reliure en maroquin pourpre. 



234 



XV. 



Voici, d'après le catalogue imprimé, la notice du manuscrit la- 
tin 8498 : 

Codex membranaceus , in octavo , ohm Golbertinus. Ibi conti- 
nentur : 

1° Anonymi disticha moralia 1 . 

2° Summa pœnitentiss, versibus hexametris. 

3° Prudentii tetrasticha de veteri et novo Testamento *. 

4° Liber faceti. 

5° Cornuti distigia; sive morale scholarium : authore Joanne de 
Garlandia \ 

6° Amphitryon comœdia, versibusjelegiacis. 

7° Comœdia de sponsalibus Paulini et Pollae veteranorum : au- 
thore Ricardo de Venusia. 

8° Régulée juris, e libro sexto Decretalium. 

Is codex decimo quinto saeculo videtur exaratus. 

Ce volume a été volé à la Bibliothèque et mis en lambeaux. 
Les feuillets contenant le deuxième, le troisième et le quatrième 
article forment aujourd'hui le n. 254 du fonds de M. Barrois, et 
le n. 257 du même fonds répond au septième article. 

CCLIV. — i. Incipit Summa penitencie 4 . — Commence : 

In crucis hoc signo, bona sumo, prava resigno. 
Munere me digno servet Deus hoste maligno. 
Peniteat cito precor (/. peccator) cum sit miserator 

Judex , et sunt hec quinque tenenda tibi : 
Primo blanditur, secundo monet, tercio urget , 
Quarto solatur, quiuto demonstrat agenda. 
Quinque tibi care sint ista, si confiteare : 



1. La description que Baluze a donnée du même ms. (n. 6574 de Colbert) porte: 
>« Disticha moralia christiana. » 

2. « Tetrastichum Prudentii de columba. » Baluze. 

3. « Distigium magistri Cornuti cum glossis. » Baluze. 

4. Voyez plus haut, notice VIII, la description du ms. 260 de M. Barrois, qui pa- 
rait contenir une pièce analogue. 



235 

Spes veuie, cor contritum , confessio culpe, 
Pena satisfaciens et fuga nequicie. 

2. Tetrasticum Prudencii columbe de veteri et novo testamento. 
Fol. 6. — Commence : 

Eva columba fuit tune eandida nigra deinde 
Facta per anguineum maie suasa fraude venenum. 

3. Incipit liber Faceti (sive moralis, poema leoninum de officiis 
eu jusque erga Deum, alios homines et seipsum, per quendam Jo- 
hannem magistrum). Fol. 16. — Commence : 

Cum nihil utilius humane credo saluti 
Quam rerum novisse modos et moribus uti. 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur vélin. Très-petit in-quarto. 
28 feuillets. Avec de petites initiales enluminées. 
Reliure en maroquin rouge. Dorure. 

CCLV1I. — Comedia de sponsaliciis Paulini et Polie senum com- 
posita a judice Richardo de Venusia. Commence : 

Ludere sepe soletnostro sapientia ludo, 

Cum sibi precipue tempus et hora favent. 
Tempus adest aptum quo ludere nostra camena 

Debeat, et curis se revelare (/. relevare) suis. 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur vélin. Petit in-octavo. 39 feuil- 
lets. Avec de petites initiales enluminées. 
Reliure en maroquin rouge. 

Les manuscrits 254 et 257 du fonds de M. Barrois nous repré- 
sentent donc les articles 2, 3, 4 et 7 du manuscrit latin 8498. 
Je ne saurais dire ce que sont devenus les articles 1 , 5, 6 et 8. 

Le sixième article était une copie de l'Amphitryon que M. Tho- 
mas Wright a citée en 1838, en donnant des détails • quiprou- 



1. «< Codex 8498 is also on Tellum, but of the fifteenth century. The Geta forms 
the sixth article, commences at fol. 54, and concludes thus: 

Gaudeat Amphytrion,Getaque fiât homo, Laetatur sponsa Amphytrion, nitore co- 
quine Birria, Geta hominem se fore : queque placent. Explicit. » Thomas Wright, 
Early mysteries and other poems of the twelfth and thirteenth centuries (Lon- 
don, 1838, in-8°), p. xx. 



236 

vent que le manuscrit latin 8498 était encore à cette époque 
les rayons de la Bibliothèque du roi. 



XVI. 

M. Wallon, dans un livre aussi remarquable par la solidité de 
l'érudition que par l'élégance du style ' , regrette de n'avoir pu 
recourir à deux manuscrits de la Bibliothèque impériale relatifs 
à l'histoire de Richard II, roi d'Angleterre, le n. 275 du fonds de 
Saint-Victor, et le n. 9745.3 de l'ancien fonds français. On va voir 
par suite de quelles circonstances aucun de ces deux manuscrits 
n'a pu être mis à la disposition du savant historien. Examinons 
d'abord le n. 275 du fonds de Saint-Victor. Voici la description 
qui nous en est donnée par le catalogue de la Bibliothèque impé- 
riale : 

1. Traduction des livres de la vieillesse et de l'amitié de Cicéron , 
par Laurent de Premier fait. 1325*. 

2. Ballades et autres poésies d'Eustache Morel. 

3. Le Songe véritable, en vers. 

4. Jacques Bruaut, Voie des richesses et de la pauvreté, en vers. 

5. Créton , Prise de Richard, roi d'Angleterre, en vers. 

6. Traité entre les rois de France et d'Angleterre, en 1359 s . — 
Traité de Brétigny, 1360. — Le traité corrigé à Calais, 1360. Etc. 

Volume in-folio, papier, du quinzième au seizième siècle. 

Le cinquième des morceaux ci-dessus indiqués a été l'objet 
d'une note intéressante que le révérend John Webb a insérée 
dans son travail sur Richard II * et qu'il devait à l'obligeance de 
Henry Pétrie. Je la traduis littéralement. 

On lit dans le manuscrit 275 de Saint- Victor, à la fin de l'histoire 
de Richard II : « Explicit l'ystoire du roy Richart d'Engleterre, com- 
posée par Créton. » Vient ensuite, au f. 132 v° : « Epistre fet par 

1 . Richard H, épisode de la rivalité de la France et de V Angleterre (Paris, 
1864, in-8°), I, 391. 

2. 11 faut lire 1405 et non pas 1325. 

3. Je crois qu'il s'agit ici du traité de 1259. 

4. Archxologia, XX, 189. 



237 

le dit Créton : Ainsi come vraye amour requiert à très noble prince 
et vraye catholique Richart d'Angleterre, je Créton, ton liège servi- 
teur, te renvoyé ceste epistre, etc. » Puis on trouve, au f. 133, une 
ballade par ledit Créton : 

« vous, seignors de sang royal de France, 
Mettez la main aux armes vistement. » 

Suivent plusieurs autres ballades : l'une est attribuée à Créton ; 
toutes sont peut-être du môme auteur. 

De cette note il convient de rapprocher la description du ma- 
nuscrit 494 de M. Barrois : 

CCCCXCIV. — 1. Les croniques de France. — «Childeric. — Chil- 
debert. » 

2. Uystoire du roy Richart d'Engleterre, composée par Créton. 
Fol. 2. Commence : 

Au départir de la froide saison, 

Que printemps a fait reparacion 

De verdure; et qu'aux champs maint buisson 

Voist on florir 

Une petite partie est en prose. L'ouvrage finit ainsi : 

Sy prie à tous ceulx de cuer fin 
Qui verront jusques à la fin 
Ce traictié que j'ay voulu faire 
Des Anglois et de leur affaire , 
Que, se j'ay rnespris en rimer, 
En prose, ou en leonimer, 
C'on me tiegne pour excusé , 
Car je n'en suy pas bien rusé. 

Explicit l'ystoire du roy Richart d'Engleterre , composée par 
.... Créton. 

3. Epistre faite par ledit Créton (adressée au roy Richard II ) . 
Fol. 32 v°. Commence: « Ainsy comme vraye amour requiert, à 
très noble prince et vray catholicque Richart d'Engleterre, je Cré- 
ton, ton lige serviteur, te envoie ceste epistre... » L'auteur plaint le 
roi de ses infortunes et de la méchanceté de ses ennemis; il l'en- 
gage à venir en Fraace. 



238 
4. Balades par ledit Créton. Fol. 34 v°. 

I. A vous seigneurs du sang royal de France , 
Mettes la main aux armes vistement, 
Se vous avez certaine congnoissance 
Du roy qui tant a souffert de tourment, 
Par faulx Anglois, qui traitreu sèment 
Luy ont tollé la dominacion 

Et puis de mort fait condampnacion. 

39 vers, avec ce refrain : 

C'est d'Albion le noble roy Richart. 

II. Venez, venez de l'Empire et de France, 
Venez veoir, très belle compagnie; 
Venez veoir, renouvel d'aliance; 
Venez veoir, gente chevalerie. 

33 vers , avec ce refrain : 

Venez veoir luy portant raim de lorier. 

III. Par les grans fais des anciens Romains 
Furent jadis les terres subjuguées 

De toute Aise et d'Orient par mains 
D'Auffrique aussi avecques les Indees. 

67 vers, avec ce refrain : 

Advisés y le noble sang de France. 

IV. Pour acquérir honneur et renommée, 
Pour mielx valoir entre les gracieux , 
Pour ressember à Judas Machabée, 
Pour ensuir les senz chevalereux. 

41 vers, avec ce refrain : 

Par lettres envoiées de France. 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. In-folio. 36 feuillets. 
Le papier a pour marque l'écu aux armes de Bourgogne. 
Reliure en maroquin vert de Venise, 

Il faut avouer que le manuscrit 494 de M. Barrois présente 
bien de l'analogie avec le cinquième morceau du manuscrit 275 



239 

de Saint-Victor. C'est l'auteur du catalogue des manuscrits de 
lord Ashburnham qui en a fait le premier la remarque : « Le 
présent manuscrit, dit-il, et le manuscrit 275 de Saint- Victor sont 
les seuls exemplaires connus qui renferment le nom de l'auteur, 
l'épître et les ballades. » En réalité, ces deux exemplaires se ré- 
duisent à un seul. On pouvait déjà le soupçonner en voyant avec 
quelle exactitude la note du révérend John Webb s'applique au 
manuscrit 494 de M. Barrois, et le soupçon se change en certi- 
tude quand on pèse une observation très-judicieuse que nous de- 
vons également à l'auteur du catalogue des manuscrits de lord 
Ashburnham : « Les manuscrits 498 et 533 de la collection de 
M. Barrois sont, dit-il, delà même main que le manuscrit 494.» 
Or le n. 498 contient les deux ouvrages qui formaient la troi- 
sième et la quatrième partie du manuscrit 275 de Saint-Victor; 
le n. 523 est un recueil de poésies correspondant à la deuxième 
partie du même manuscrit. 

N'est-il pas évident que nous avons dans les n. 494, 498 et 523 
du fonds de M. Barrois trois fragments d'un seul et même vo- 
lume, du manuscrit 275 de Saint-Victor, qui sera reconstitué 
dans son état primitif, si aux n. 494, 498 et 523 du fonds de 
M. Barrois nous ajoutons les n. 373 et 492 du même fonds? Je 
justifie la restitution que je propose en donnant ici la notice des 
manuscrits 498, 523, 373 et 492. 



CCCCXCVIII. — 1. Le Songe véritable. — Dialogue : les interlo- 
cuteurs sont Povreté, Souffrance, Renommée, Faulx gouvernement, 
Expérience, Fortune, Raison , Dampnacion. Commence : 

Les gens qui dient qu'en songes 
N'a se fables non et mensonges, 
Sy comme ou rommant de la Rose 
Est dit, en texte, non en glose, 
Sy n'ont pas tout bien essayé, 
Sy com je voy, car esmaié 
Suy je trop fort , et en pensée, 
De ce qu'ay veu la nuyt passée 
Une advision merveilleuse, 
Dure, obscure et non joyeuse, 
Laquelle je desclaireray 
Trestout le mielx que je pourray. 



240 

Au f. 9 v°, col. i, est le passage suivant : 

FORTUNE. 



En ay je point donné sa part 

Au roy d'Angleterre Richart? 

De son royaume Pay bouté 

Et mis du tout à povreté. 

Ou au moins en exil l'ay mis, 

Maugré ly et tous ses amis; 

Et se la voulenté me vi[e|nt, 

Je le remettra se devient 

A haulte honneur et à hault pris, 

Et en Testât où je le pris : 

Car mon plaisir est de gcûs faire 

Très grant seigneurs, puis les deffaire ; 

Aux povres gens suy souvent doulce, 

Et les riches souvent repoulce, 

Et les fais tous devenir bestes. 

Je ne crains nul s'il n'a deux testes. 

D'après ce passage et d'autres allusions à des personnages con- 
temporains, on peut rapporter la composition de ce morceau aux en- 
virons de l'année 1400. Finit : 

Comme Raison se teust et l'acteur parle et dit : 
Ainsy com m'avés ouy dire, 
Le cuer joyeux et non plain d'ire, 
Tant demouray, tant attendy, 
Toutes ses choses e[n]tendy, 
Lesquelles sont toutes escriptes 
Comme chacun les avoit dictes. 
Aussy Raison bien a visé 
Comme je vous ay devisé; 
Sy fis je aussy Dampnacion , 
Qui leans faisoit mansion , 
Et vy que Raison escoutoit 
Dampnacion qui revenoit. 
Sy m'apensé que je verroie 
La fin du fait , si je povoie 
Lors m'abesser, m'acoustay, 
Et Dampnacion escoutay, 
Qui venoit menant tel tempeste 
Qu'elle me fit bessier la teste, 



241 

Sy que j'en fu sy merveillié 
Que de graut paour je m'esveillé. 
Explicit le Songe véritable. 

2. Gy commence l'Adresse de povreté et de richesse (par Jacques 
Bruant). Fol. 14. — Commence : 

On dit souvent en reprouchier 
Ung proverbe que j'ay moult chier, 
Car véritable est, bien le scay, 
Que mettez un fol après soy, 
Il pensera de ly chevir. 
Par moi me saies le puis plovir 
Tant ay je de ma chevissance 
Petitement , maiz souffisance. 
Si comme l'escripture l'adresse , 
Au monde est présente richesse. 
Quant à or de ce me tairay, 
Et cy après vous retrairay 
Une advision qui m'advint 
A dix huit jours ou a xx , 
Après ce que je fus mariez. 

Finit : 

Ou avenir puisse à souffisance : 
Car j'ay en ce ferme créance, 
Que qui a souffisance adresse 
En ly a parfaicte richesse, 
Ne ja ne croiray le contraire. 
Ycy veuil mon livre à fin traire 
Appelle la Voye ou l'Adresse 
De povreté ou de richesse. 
Explicit. 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. In-folio. 23 feuillets. 
Écrit à deux colonnes, de la même main que les n 0i 494 et 523. 
Reliure en maroquin vert. Dorure. 

DXXIII. Collection de lais, balades, rondeaux et serventois. 
154 pièces dont il y a dans le volume deux listes modernes. 
Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. In-folio. 35 feuillets. 
Écrit à deux colonnes, de la même main que les n os 494 et 498. 
Reliure en papier. 

II. (Sixième série.) 17 



242 

CCCLXX11I. — 1. Le livre de Tulle de vieillesse, translaté de latin 
en françois par Laurent de Premierfait. — Gy fine le livre de Tulle 
de viellesse, translaté de latin en françois, du commandement de 
très excellent... prince Loys duc de Bourbon, par moy Laurent de 
Premierfait, cinquiesme jour de novembre m cccc et cinq. 

2. Le livre de Tulle d'amistié, translaté de latin en françois par 
Laurent de Premierfait. Fol. 16 v°. Commence : «A très excellent... 
prince Jehan filz de roy de France, duc de Berry... » 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. In-folio. 33 feuillets. 
Apparemment l'autographe du traducteur. 

Reliure en maroquin cramoisi. Dorure. 

CCCCXCI1. — Collection de traités entre l'Angleterre et la France. 
1200-1430. En français et en latin. 
Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. In-folio. 77 feuillets. 
Reliure en maroquin vert. 

La concordance entre le manuscrit 275 de Saint- Victor et les 
volumes de la collection de M. Barrois s'établira donc de la ma- 
nière suivante : 

Ms. 275 de Saint-Victor : Collection de M. Barrois : 

1. Cicéron N. 373. 

2. Ballades N. 523. 

3. Le Songe véritable N. 498, f. 1. 

4. Voie des richesses — f. 14. 

5. Créton N. 494. 

6. Recueil de traités N. 492. 



XVII. 

Je passe au second manuscrit concernant Richard CI, dont la 
perte a été signalée par M. Wallon. Il portait dans la bibliothè- 
que de Colbert le n. 1051, et il reçut le n. 9745.3 quand il entra 
à la Bibliothèque du roi. Baluze l'a décrit dans les termes sui- 
vants : 

1 . Varii tractatus pacis inter reges Francise et Anglise ab anno 
MCC usque ad annum MCCCCXXXIX. 



243 

3. Chronique de Richard II, roy d'Angleterre, composée par Jean 
Le Baud, chanoine de Saint-Lambert de Liège. 

3. Le temps perdu et le temps recouvert, de maistre Pierre Chas- 
tellain. 

4. Livre de moralité, par forme de dialogue. 

Ce manuscrit est cité dans le travail du révérend John Webb ' , 
et Buchon l'a employé en 1826 pour l'édition qu'il a donnée de la 
chronique de Richard II dans le tome XXV de sa collection des 
chroniques nationales françaises. Il a été volé à la Bibliothèque 
du roi avant l'année 1846 2 , et dépecé en quatre morceaux, dont 
on a formé les n. 359, 397, 364 et 497 du fonds de M. Barrois. 
Je vais donner la notice de ces quatre manuscrits, sans y ajouter 
aucune observation. 

GGCLIX. — Collection de traités entre l'Angleterre et la France. 
De 1200 à 1435. Partie en latin, partie en français. 

Quelques-uns de ces traités ne sont pas dans Rymer. Le texte de 
ceux qui ont été publiés présente des variantes. 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. In-folio. 104 feuillets 

Reliure en maroquin vert. Dorure. 

CCCXCVII. — La grante desloyaulté et grans trahisons advenues 
ou royaume d'Angleterre, et par especial encontre le roy Richard 
d'Angleterre, filz au vaillant prince de Galles , mis en prose par 
Jehan Lebeau, jadis chanoine de Sainct-Lambert du Liège. 

Gy fine la cronique du noble roy Richard d'Angleterre. 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. Petit in-folio. 60 feuil- 
lets. 

Reliure en maroquin cramoisi. Dorure. 

CCCLXIV. Ensuit le temps perdu de maistre Pierre Chastellain. 
Commence : 

En contemplant mon temps passé, 
Et le passe temps de Michault, 

1. Archasologia, XX, 11. 

2. M. Benjamin Williams, dans la préface de sa Chronique de la tralson et mort 
de Rlchart 11, publiée à Londres en 1846, dit (p. lxxxvi) en parlant de ce manus- 
crit : « Altbougli 1 made repeated visits to the royal library at Paris, extending over 
a twelvemonth, I never could obtain a sight of tins manuscript. » 

17. 



244 

J'ay mon temps perdu compassé, 
Duquel à présent bien my chault , 
Car point ne me suis demy chault, 
Trouve tousjours a grant froidure, 
Mais tousjours froit tant que froit dure. 

2. Ensuit le temps recouvert de maistre Pierre Ghastellain. Fol. 11. 
Commence : 

On dit souvent que riens ne porte, 
Riens ne ly chiet, et on le croit , 
En cela point ne me depporte 
Pour ung party que me recroit ; 
Mais d'aultre part, qui plus acroit, 
Aussi est-il tant plus estraiiict : 
Qui trop embrace pou estraingt. 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. In-folio. 43 feuillets. 
Reliure en maroquin cramoisi. Dorure. 

CCCCXCVII. — Moralité à plusieurs personnages. Les personnages 
sont : Maleur, Eur, Fortune, Povreté, Franc arbitre, Destinée. Com- 
mence : 

Se Orpheus, par chanter en sa lire, 
Eust modéré la grant rigueur et l'ire 
De Jupiter, qui voult le[sj cieux concquerre, 
Prometheus eust eu cause de rire. 



Finit 



FRANC ÀBBITBE. 



Verrons plus haut par contemplacion 
Et exersons bonne opération , 
Où tout bon cuer mect sa félicité, 
Si que au partir de ceste région 
Avoir puissions vraye fruiction 
De cil qui est souveraine bonté , 
Le Dieu qui est tan en éternité, 
Quant vous serés logiez en sa cité, 
De rien qui soit deffault vous n'aurés ; 
Ainsi maleur jamaiz deslierés, 
Prince en ce lieu est toute agillité, 
Clarté sans fin, toute subtilité , 
Faictes donc tant que vous y demourés, 
Ainsi jamais maleur ne deslierés. 



245 

Manuscrit du quinzième siècle. Sur papier. In-folio. 43 feuillets. 
De trois mains différentes. 
Reliure en maroquin vert. Dorure. 

XVIII. 

Un troisième manuscrit relatif à l'histoire de Richard II a été 
soustrait à la Bibliothèque. C'est le volume qui figure à l'inven- 
taire de 1682 sous le n. 10212, et au premier des inventaires 
dressés par les frères Dupuy sous le n. 635. Ce manuscrit fut 
examiné à la Bibliothèque du roi il y a une quarantaine d'années 
par John Allen, qui le signala dans les termes suivants au révé- 
rend John Webb ' . 

Bibliothèque du roi, n. 635, in-octavo, sur vélin. Reliure en veau, 
ornée d'un écusson portant trois fleurs de lis et surmonté d'une cou- 
ronne avec des fleurs de lis au centre. Beaucoup de petites couron- 
nes sont en outre estampées sur la reliure, et sous chacune d'elles sont 
deux C adossés, de cette façon OC, peut-être pour représenter le 
mot CHARLES. Le manuscrit n'a pas de titre, mais le relieur a im- 
primé sur la couverture les mots 2 : Histoire du roy Richard d'An- 
gleterre. Il consiste en trente-huit feuillets et un feuillet blanc. L'é- 
criture est du quinzième siècle. 

Le signalement est si précis que le manuscrit enlevé à la Biblio- 
thèque se reconnaîtra au premier coup d'oeil, surtout s'il n'a pas 
été dépouillé de sa belle reliure aux armes de Charles IX. Or il 
est assez vraisemblable que le voleur a soigneusement conservé 
une couverture d'où le volume tirait presque tout son prix. C'est 
en effet ce qui est arrivé. Le manuscrit est arrivé intact dans la 
collection de M. Barrois, et le catalogue de lord Ashburnham le 
mentionne à peu près dans les mêmes termes que la note publiée 
par le révérend John Webb. 

X. — Le livre du roy Richart d'Angleterre. Commence : « Le roy 
Richart d'Angleterre rendi la ville et le chastel de Brest au duc de 
Bretaigne l'an mil CCCIIII XX et seze. » — Finit : « Et fut amené à 

1. Archeeologia, XX, 10. 

1. Je traduis ainsi la phrase : « It lias no title, but is marked : Histoire, etc. » 



246 

Saint Pol la maistre église de Londres; là fust il deux jours sur terre, 
pour le monstrer à ceulx de Londres, affln que ilz creussent pour 
certain qu'il feust mort. » 

Manuscrit de la fin du quatorzième siècle ou du commencement 
du quinzième, sur vélin. Petit in-folio. 38 feuillets. 

Au premier feuillet est attachée une lettre ornée tirée d'un ma- 
nuscrit du douzième siècle. Belle reliure ancienne en maroquin 
jaune avec les armes et le monogramme de Charles IX. A la cou- 
verture sont attachées deux lettres, l'une d'Elisabeth, reine d'An- 
gleterre, à Charles IX, du 29 décembre 1564; l'autre de Charles IX 
au duc de Longueville, du 24 août 4572. 

Dans cette notice, comme dans le travail de John Webb, le vo- 
lume est indiqué comme consistant en trente-huit feuillets de 
parchemin et relié aux armes et au monogramme de Charles IX. 
On peut donc affirmer sans la moindre hésitation que le n. 10 du 
fonds de M. Barrois est le manuscrit qui a été longtemps con- 
servé à la Bibliothèque du roi sous le n. 10212. La disparition 
de ce volume est antérieure à l'année 1846, puisque M. Benja- 
min Williams, dans la préface de son édition de la Chronique de 
la traïson et mort de Richart deux, imprimée à Londres en 1846, 
dit avoir vainement demandé à la Bibliothèque du roi le manus- 
crit indiqué par John Allen comme portant le n. 635 \ 



XIX. 

La Bibliothèque du roi posséda longtemps, sous le n. 10262, 
un précieux exemplaire du Voyage de Jean de Mandeville : Ger- 
vais Chrétien, premier médecin de Charles V, l'avait fait copier 
en 1371 par Raoulet d'Orléans, l'un des scribes les plus renom- 
més de la seconde moitié du quatorzième siècle. Cette circons- 
tance n'était point relevée dans les catalogues qui servaient au 



1. « VIII, n° 635, Bibliothèque du roi at Paris. This ms. is described by M. Webb 
as in-octavo, bearing the royal crown and cypher C. It is not known by this num- 
ber at the royal library, and the editor suspects it is n° 635 of some private collec- 
tion (fond) ; but as there are fifty five such collections at llie royal library, and no 
catalogue bas as yet been published, the search for it appears hopeless. It appears 
y bave been an early ms.; but it consistée of only thirty eight folios, and could scar- 
cely hâve contained the additional paragraphe. » P. lxxkix. 



247 

Cabinet des manuscrits,, quand une main coupable s'empara du 
n. 10262 et le fit acheter à M. Barrois, si désireux, comme on 
sait, de posséder quelques-uns des volumes qui avaient pu faire 
partie de l'ancienne librairie de la tour du Louvre, et dont il avait 
publié l'inventaire en 1 830, au commencement de sa Bibliothèque 
protypographique. La fraude n'eût pas été facilement découverte 
si, dans ces dernières années, on n'eût pas mis en ordre les car- 
tes sur lesquelles avait été écrit, au dix-huitième siècle, le catalo- 
gue d'un très-grand nombre de manuscrits français. La carte re- 
lative au n. 10262 est ainsi conçue : 

Recueil de différents ouvrages, savoir : 

1° Le voyage de la terre sainte et autres lieux, par Jean de Mande- 
ville, chevalier anglais. On lit au dernier feuillet ces mots : « Ce li- 
vre cy fist escrire honnorables noms, sages et discrets M e Gervaise 
Crestien, premier physicien de très puissant, noble et excellent prince 
Charles, par la grâce de Dieu roy de France; escript par Raoulet 
d'Orliens, l'an de grâce 1371. » Et sur les premiers feuillets on a 
écrit quelques problèmes d'arithmétique. 

2° Traitté de la préservation de épidimie, minucion ou curation 
d'icelle, fait par M e Jehan de Bourgoigne, autrement dit à la Barbe, 
professeur en médecine et citoyen de Liège ; il le fît en 1365. 

3° Onze rondeaux faits par un amant pour sa maîtresse. 

Manuscrit sur vélin, volume in-quarto, écriture du quatorzième 
siècle, excepté les rondeaux qui sont du quinzième. 

Il est impossible de ne pas reconnaître les deux premières par- 
ties du manuscrit 10262 dans les manuscrits 24 et 185 de la 
collection de M. Barrois. 

XXIV. —Le livre Jehan de Mandeville, chevalier, lequel parle de 
Testât de la Terre sainte et des merveilles que il y a veues. A la fin, 
au fol. 95 verso : «Ce livre cy fist escrire honnorables homes, sages 
et discret maistre Gervaise Crestien, maistre enmedicine et premier 
phisicien de très-puissant, noble et excellent prince Charles, par la 
grâce de Dieu roy de France. Escript par Raoulet d'Orliens, Tan de 
grâce mil CCCLXXI, le XVIII jour de septembre. »— Et sur le feuil- 
let suivant, f. 96 : « Ci s'ensuit l'a b c des Grieux, qui fu oubliée à 
mectre en son lieu pour ce que nous n'aviens l'exemplaire. Ci après 
s'ensuit l'a b c de ceuls d'Egypte. »— Fol. 96 v° : «Ci s'ensuit l'a b c 



248 
Ci après s'ensuivent les 



lettres des He- 



à ceuls de Caldée. — 
brieus. » 

Manuscrit du quatorzième siècle, sur vélin. Petit in-folio. 96 feuil- 
lets. Reliure moderne en maroquin rouge,aux armes de Charles V. 

CLXXXV. — La préservation de epidimie, minucion ou curation 
d'icelle faite de maistre Jehan de Bourgoigne, autrement dit à la 
Barbe, professeur en medicine et cytoien de Liège. 1365. 

Manuscrit du quatorzième siècle, sur vélin. Petit in-folio. S feuil- 
lets. 

Reliure moderne en maroquin rouge, aux armes de Charles V. 



XX. 



Il y a bientôt trente ans, mon savant confrère M. Paulin Pa- 
ris remarqua dans le manuscrit français porté à l'inventaire de 
1682 sous le n. 7857 une explication des articles du Symbole, 
accompagnée de nombreuses miniatures. 11 y reconnut avec beau- 
oup de sagacité un ouvrage du sire de Joinville. Cette décou- 
erte eut un certain retentissement parmi les personnes qui s'oc- 
cupaient de l'histoire et de la littérature du moyen âge, et la So- 
ciété des bibliophiles français consacra, en 1837, au Credo du sire 
de Joinville un élégant volume renfermant : 1° une notice de 
M. Artaud de Montor ; 2° le texte du Credo; 3° un fac-similé des 
quatorze feuillets que le Credo occupait dans le manuscrit 
original ' . 

Peu d'années après la publication de la Société des bibliophi- 
les, le manuscrit 7857 avait disparu de la Bibliothèque. Pour en 
suivre la trace, il faut mettre ici sous les yeux du lecteur la pre- 
mière phrase de l'opuscule qui donnait tant de prix au volume 
et qui a sans doute déterminé le voleur à se l'approprier. Je trans- 
cris donc les premières lignes du fac-similé publié en 1837: 
« Ou non et en Ténor dou Père et dou Fil et dou saint Esperit, 



1. Outre le livret publié par la Société des bibliophiles, on peut consulter sur le 
Credo de Joinville, les Nouvelles Recherches de M. Paulin Paris sur les manuscrits 
du sire de Joinville (réimprimées dans le Joinville de H. Didot, p.ciAvm et s.) et une 
Dissertation de M. Didot sur le Credo de Joinville (même volume, p. CLetsuiv.).— 
M. de Wailly a compris le Credo dans l'édition de Joinville qu'il est sur le point de 
faire paraître. 



249 

un Dieu tout poissant, poez veoir ci après point et escrit les ar- 
ticles de nostre foi par letres et par ymages, selonc ce que on 
puet poindre selonc l'umanité Jhesu Crit, et selonc la nostre. » 

Ce n'est pas sans surprise que j'ai retrouvé la même 
phrase dans la description suivante du manuscrit 75 du fonds de 
M. Barrois : 

1. Les articles de notre foi. Commence : « Ou non et en l'enor 
dou Père et dou Fil et dou saint Esperit, un Dieu tout poissant, poez 
veoir ci après point et escrit les articles de nostre foi par letres et 
par ymages, selonc ce qu'on puet poindre, selonc l'umanité Jhesu 
Crit et selonc la nostre. » Très-richement enluminé en or et en 
couleurs. 

2. Incipiunt hore béate Marie virginis in honore suo. Fol. 15. 
Avec beaucoup d'initiales enluminées. 

Manuscrit du quatorzième siècle, sur vélin. In-quarto. 41 feuil- 
lets. 
Reliure en maroquin cramoisi. 

11 résulte de cette description : 1° que le manuscrit 75 du fonds 
de M. Barrois renferme le Credo du sire de Joinville : la phrase 
initiale du traité met ce point hors de contestation ; — 2° que , 
selon toute apparence, le manuscrit 75 de M. Barrois est celui 
quia servi à l'édition de 1837, c'est-à-dire le manuscrit 7857 de 
la Bibliothèque du roi : en effet il est comme celui-ci richement 
enluminé en or et en couleurs 1 ; comme lui, il est de format in- 
quarto ; comme lui, enfin, il contient quatorze feuillets remplis 
par le Credo 2 . 

Pour achever la démonstration , il faut rechercher ce que le 
manuscrit 7857 renfermait à la suite du Credo de Joinville. L'in- 
ventaire de 1682 ne fournit qu'une indication très-insuffisante : 

7857. Articles de la foy par lettres et images, et autres pièces. 
Le titre de ces « autres pièces » nous a été révélé par un arti- 



1. M. Artaud, p. x, dit que dans le ms. 7857 « les figures sont coloriées sur un 
fond d'or. » 

2. Le fac-similé publié en 1837 prouve que le ms. 7857 était in-quarto, et que le 
Credo en occupait les quatorze premiers feuillets. 



250 

cle du second catalogue des manuscrits du roi dressé en 1645 
par les frères Dupuy. Nous y lisons : 

1445. Les Articles de la foy, par lettres et images. 

Exposition du Miserere mei. 

La vie de saincte Marguerite. 

La Chantepleure. 

Explication de la messe. 

Méditation sur la passion de Nostre Seigneur. 

Li romans de moralité. 

Oraisons de saint Bernard à la Vierge. 

Horse beatae Virginis. 

Septempsalmi pœnitentiales 1 . 

Si l'on rapproche cette notice de la description que j'ai rap- 
portée plus haut, on sera convaincu que le manuscrit 75 du fonds 
de M. Barrois se compose des premiers et des derniers feuillets 
du manuscrit que nous avons perdu. Les feuillets intermédiaires, 
renfermant l'exposition du Miserere, la vie de sainte Marguerite, 
la Chantepleure, l'explication de la Messe, la méditation sur la 
Passion, le Roman de moralité et les oraisons de saint Bernard, 
ont servi à former un second manuscrit qui est classé sous le 
n. 305 daus le fonds de M. Barrois, et qui est décrit avec beau- 
coup de détails dans le catalogue de la bibliothèque de lord Ash- 
burnham. 

i. Le catalogue rédigé sur cartes au dix-huitième siècle décrit ainsi le manuscrit 
7857 : 
« Recueil de différens ouvrages dans l'ordre qui suit : 

1. Les articles de notre foi par lettres et par images. 

2. L'exposition du pseaume Miserere. 

3. La vie de sainte Marguerite. 

4. Diverses prières et oraisons. 

5. La signification ou l'exposition de la messe. 

6. Méditations sur la passion de notre seigneur Jésus-Christ. 

7. Li romans de moralités. 

8. L'oraison de saint Bernard à la douce dame de paradis en remembrance de la 
passion de Jésus-Christ. 

9. Horae beatae Mariœ virginis. 

10. Septem psalmi pœnitentiales. 

11. Officium defunctorum. 

Manuscrit sur vélin, forme in-quarto, de l'ancien fonds du roy, écriture du quator- 
lième siècle. » 



251 

1. Ci se commance la vie sainte Marguerite la virge, commant ele 
fu martyriée, et commant ele soufri mort pour Nostre Seignor Jhesu- 
Crist et se eombati au tyrant et vainqui lou monde. (Traduit de 
Theotinus.) Commence : « [A] près la passion et la glorieuse résur- 
rection et la merveillable ascention Nostre Seignor Jhesu Crist maint 
martyr furent martyrié en son nom... » 

2. Méditations et prières. Fol. 9 v°. 

3. Prières en vers. Fol. 11 v°. Commence : 

Aidez Diex, sainte Trinité, 
Une gloire, une majesté. 

4. Ci commence la Chantepleure. Fol. 13. Commence : 

De celui haut seignor, 
Qui en la crois fu mis, 
Qui les portes d'anfer 
Brisa pour ses amis. 

5. Ci commence la sinification de la messe. Fol. 17 v°. Commence: 
« L'introite est l'entrée de la messe. Si doit on entrer dedens lui et 
estraindre tous ses sanz. » 

6. Méditations sur le psaume Miserere mei Deus secundum ma- 
gnam misericordiam tuam. Fol. 19. Commence : a Au commence- 
ment de cest saume covient savoir une hystoire qui est ou livre des 
Rois. » 

7. Méditations sur la passion de Nostre Seigneur. Fol. 37. Com- 
mence : « Christo crucifixus sum cruci. Je suis fichiez en la croiz 
avec Jhesu Crit. » 

8. Ci comence li romans de moralitez. Fol. 55. Commence: «Ta- 
lant m'estoit pris que je recontasse l'enseignement des philosophes 
de celé clergie qui est apelée moralitez. » 

9. Ce sont les paroles que saint Bernard disoit en orisons à la 
douce dame de paradis en remembrance de la douce soffrance et de 
la passion Nostre Seigneur Jhesu Crit. Fol. 72 v°. — «Ha, dist-il, qui 
donra à mon chief aiue et à mes iauz fontaine de lermes que je puisse 
plorer par jour et par nuit ? » 

Manuscrit du treizième siècle , sur vélin. In-quarto. 83 feuil- 
lets. Écrit sur deux colonnes. Avec une petite enluminure et beau- 
coup d'initiales ornées. Reliure en maroquin rouge. 



252 

XXI. 

Le recueil de poésies françaises qui figurait dans l'inventaire 
de 1682 sous le n. 8047 n'est plus connu que par une des car- 
tes préparées au dix-huitième siècle pour le catalogue des manus- 
crits français : 

Recueil d'ouvrages en vers, dans l'ordre qui suit : 

1. Complainte sur la mort du roy Charles VII. 

2. Le passe temps de Michault Taillevent, valet de chamhre de 
M. de Bourgogne. 

3. Le débat des deux fortunés, autrement dit le Gras et le Maigre, 
par Alain Chartier. 

4. Le débat du cœur et de l'œil. 

5. L'histoire de Narcissus et d'Écho. 

6. Le débat de la demoiselle et de la bourgeoise. 

7. La confession de la belle fille. 

8. Le débat des quatre dames. 

9. La constance et la merveilleuse patience de Griselidis, en prose, 
par François Patrail. 

Manuscrit sur papier. Forme in-quarto. De l'ancien fonds du roy. 
Écriture du quinzième siècle. 

Ce manuscrit a été volé et mis en lambeaux. Les éléments en 
ont été dispersés; mais ils se retrouvent tous dans les n oa 402, 
585 et 396 de la collection de M. Barrois. 

CCCCII. — 4. Epicedium sive lamentacio Karoli septimi victo- 
riossissimi régis Francorum (Gallice). Commence : 

Du temps de dueil que le roy Elyon 
Se vint asseoir ou trosne de Lyon, 
Pour veoir Phebe sa mie face à face, 
Ainsi qu'il fault qu'en sor revolvant face. 

2. La pacience de Grizelidiz, laquelle ystoire translaita de lom- 
bart en latin ung très vaillant poecte appelle François Petraih (Pe- 
trarch), dont Dieu ait l'ame. Fol. 7. Commence : « Au pié des mons, 
en ung costé d'Ictalie, est la terre de Saluées, qui jadis estoit moult 
peuplée de bonnes villes et chasteaux. » 






253 

Manuscrit du quinzième siècle, sur papier. In-quarto. 23 feuillets. 
Reliure en maroquin orange. 

DLXXXV. — 1. Cy commence le passe temps de (Pierre) Mi- 
chault appelle Taillevent (en son vivant varlet de chambre de mon- 
seigneur de Bourgoigne). Commence : 

Je pensoie, n'a pas sept ans, ; 

Ainsi qu'on pense à son affaire, 
Par manière d'un passe temps, 
Aussi comme en lieu de rien faire. 

2. Le débat des deux fortunez, autrement dit le gras et le maigre 
(par Alain Chartier). Fol. 12 v°. 

3. Le débat du cueur et de l'ueil (par le même). Fol. 33. 

4. Gy s'ensuit l'istoire de Narcissus et de Echo. Fol. 48 v°. Com- 
mence : 

ECHO 

Je ne sçay quel propos tenir, 
Ne comment mon fait maintenir, 
Tant suis en dangereuse sente, 
Comment manière contenir, 
Laisser aler ou revenir 
Désir, qui si très fort me tente. 

Manuscrit du quinzième siècle , sur papier. In-quarto. 69 feuil- 
lets. Reliure en maroquin marron. 

CCCXCVI. — 1. Cy commance le débat de la damoiselle et de la 
bourgoyse. Commence : 

Ung jour de may trouble et pluvieulx 
En jectant au doux ma chemise. 

2. Cy commence après la confession de la belle fille. Fol. 15. 
Commence : 

Bien celer, bien soyez venu, 
Chappellain du manoir d'amours. 

3. Les quatre dames (par Alain Chartier). Fol. 24. Commence : 

Pour oblier melencorie, 
Et pour faire chère plus lie, 
Ung doulz matin es champs issy. 



254 

Manuscrit du quinzième siècle , sur papier. In-quarto. 81 feuil- 
lets. Reliure en maroquin marron. 



XXII. 

Le manuscrit porté à l'inventaire de 1682 sous le n. 9679 ren- 
fermait un traité sur les prétentions des rois d'Angleterre à la 
couronne de France, puis une chronique abrégée d'Ecosse, s'ar- 
rètantà l'année 1463. Le catalogue préparé au dix-huitième siè- 
cle le mentionne en ces termes : 

Recueil où sont contenues les pièces suivantes, savoir : 

4. Traité des différends entre les rois de France et d'Angleterre. 
Le premier feuillet manque. 

2. Chronique abrégée du royaume d'Ecosse, depuis son commen- 
cement jusqu'environ 1463. P. 53. 

Manuscrit sur vélin. Volume in-folio. Ancien fonds. Écriture du 
quinzième siècle. 

Le manuscrit 27 de M. Barrois est assez conforme à la des- 
cription qui vient d'être rapportée : 

1. Ci commence le traittié des droits que le roy Charles VII du 
nom a à la couronne et à la totalité du royaume de France, et de la 
complainte que les Anglois font touchant la roupture des trêves. — 
Commence : « Pour entrer esdictes matières. » Finit au f. 49 v° : 
« Ses successeurs le feront pareillement jusquez à la fin. Amen. » 

2. Ci commence la vraie cronique d'Escoce abregie. Fol. 50. — 
Commence : a Pour ce qu'il y a grande diversité es histores.» Finit: 
« A sa mort, qui fut Tan mil iin c lxiii, environ la toussains. Fin de la 
cronique d'Escoce abregie. » 

Manuscrit du quinzième siècle , sur vélin. In-folio. 62 feuillets. 
Sur la dernière feuille sont les armes de Puyquarreau. 
Reliure en maroquin bleu. 

Il est vrai que, d'après la notice que j'ai citée en premier lieu, 
la chronique d'Ecosse commençait au f . 53 dans le manuscrit 
9679, et qu'elle commence au f. 50 dans le manuscrit de M. Bar- 
rois. Mais cette différence ne tiendrait-elle pas à ce que l'auteur 
de la première notice aurait compté trois feuillets blancs, qui au* 






255 

raient été négligés par l'auteur du catalogue de la collection de 
M. Barrois? Ce qui me porte à identifier les deux exemplaires, 
c'est que le manuscrit de la Bibliothèque du roi était défectueux 
du premier feuillet, et qu'une semblable lacune existe dans le 
manuscrit de lord Ashburnham , qui commence par ces mots : 
« Pour entrer es dictes matières. » 



L'origine que j'attribue aux manuscrits qui viennent d'être 
passés en revue est attestée par des preuves indiscutables : telles 
sont, à mon avis, celles que fournissent les souscriptions de co- 
pistes, les chiffres royaux imprimés sur les plats des couvertu- 
res, le nombre des feuillets occupés par la transcription d'un ou- 
vrage, et l'ordre suivant lequel différents opuscules sont réunis 
dans un même volume. 

Il me reste à citer des manuscrits pour lesquels les preuves de 
cet ordre font aujourd'hui défaut. Dans cette seconde partie de 
mon travail, je serai réduit à rapprocher des titres semblables et 
à signaler des rapports de format et de date. Je me garderai 
donc d'affirmer l'identité des exemplaires, comme je me suis 
cru autorisé à le faire pour les manuscrits précédents. Je ne 
doute pas cependant que tous ou presque tous les manuscrits dont 
je vais parler n'aient fait autrefois partie des collections de la 
Bibliothèque du roi. L'examen des volumes pourra seul montrer 
si mes conjectures sont fondées. 

En regard des notices contenues dans le catalogue de lord 
Ashburnham, je placerai les notices consignées dans nos cata- 
logues. 

XXIII. 

Collection Barrois. Bibliothèque du roi. 

LXI. — Statuts et ordonnan- Ms. français 9846 (de Tinven- 

ces de Charles le Hardi, duc de taire de 1682.) Ordonnance de 

Bourgogne, pour ses compagnies Charles, duc de Bourgogne, pour 

de gens de guerre; 1473. la gendarmerie, de l'an 1473. 

Manuscrit du quinzième siècle, Manuscrit sur vélin, forme in- 

sur vélin. In-folio, 31 feuillets. folio, ancien fonds du roi'. 

1. C'est selon toute apparence au manuscrit 9846 que se rapporte l'article suivant 



256 



Avec une bordure enluminée et 
beaucoup d'initiales peintes. Les 
armes de France sont sur la pre- 
mière page. 
Reliure en maroquin bleu. 



( Catalogue des manuscrits 
français , rédigé sur cartes au 
dix-huitième siècle.) 



XXIV. 



Collection Barrais. 

GXGV. — Ci commencent les 
epistres et les euvangiles de tout 
Tan, lesqueles sont translatées 
de latin en françois selonc l'or- 
denance du messel à l'usage de 
Paris. 

Manuscrit du commencement 
du quinzième siècle, sur vélin. 
In-quarto. 154 feuillets. 

Avec miniatures, lettres pein- 
tes et ornements sur toutes les 
marges. 

Reliure en maroquin vert de 
Venise. 



Bibliothèque du roi. 

Manuscrit français 7838 (de 
l'inventaire de 1682). — Les epî- 
tres et évangiles de toute l'an- 
née, translatées de latin en fran- 
çois, selon l'usage de Paris , par 
frère Jehan de Vignay, à la re- 
queste de madame la royne de 
Bourgogne , femme jadis Phi- 
lippe de Valois, roy de France, 
l'an 1336. 

Manuscrit sur vélin, forme in- 
quarto, de l'ancien fonds du 
roy, écriture du quatorzième 
siècle 1 . 

(Même catalogue.) 



XXV. 



Collection Barrois. 
CGVI. — Liber de optimo fato 
nobilissimidominiHenrici, Ebo- 
raci ducis (et Wallie principis), 
ac optimorum ipsius parentum; 
ad... Henricum Anglie et Fran- 



Bibliothèque du roi. 
Ms. latin 6276. Codex mera- 
branaceus, in octavo, olim Col- 
bertinus. Ibi continetur liber de 
optimo fato Henrici, Eboraci du- 
cis, et optimorum ipsius paren- 



de l'inventaire de la librairie de Blois dressé en 1544 : « Ung autre en parchemyn, 
couvert de veloux bleu, intitulé Ordonnance du duc Cbarles. » (Ms. français 5660, 
fol. 75 v°, article 1286.) 

1. La date qui est ici assignée au manuscrit 7838 me détermine à faire des réser- 
ves sur le rapprochement que je propose entre ce manuscrit et le n° 195 de la col- 
lection de M. Barrois. 



257 



cie regem septimum... per Wil- 
lielmumParronum Placentinum, 
artium et medicine doctorem, 
editus. 

Manuscrit du seizième siècle, 
sur vélin. Petit in-quarto. 49 
feuillets. Richement enluminé. 

Reliure moderne en maro- 
quin vert, dorure. 



tum ; ad Henricum VII, authore 
Willelmo Parrono, Placentino. 

Is codex decimo quinto sseculo 
videtur exaratus. 

(Catalogue imprimé en 1744.) 



XXVI. 



Bibliothèque du roi. 

Ms. latin 4937. Codex mem- 
branaceus , in folio, olim Balu- 
zianus. Ibi continentur : 

l°Anonymi chronicona mundi 
exordio ad annum Christi 1264. 

2° Fragment d'une vieille 
chronique en vers françois, de- 
puis l'an 1080jusqu'enl'an 1304. 

5° Fragmentum historiée Nor- 
mannorum a Willelmo Gemme- 
ticensi scripta?. 

4° Caroli magni imperatoris 
vita, authore Eginharto 1 . 

5° Epitome gestorum regum 
Francise ad mortem usque Phi- 
lippi Augusti , quam produxit 
alter anonymus ad mortem Phi- 
lippi Pulchri 2 . 

Is codex saeculo decimo quarto 
exaratus videtur. 

(Même catalogue.) 



1. M. Pertz (Scriptores, II, 437) cite ce texte d'Éginhard, que Faerber avait con- 
sulté à la Bibliothèque du roi. 

2. Sur cet abrégé, voyez une note de D. Brial, dans le Recueil des historiens, XVII, 
432 et 433. La dernière partie de cet abrégé est inédite, circonstance qui rend en- 
core plus regrettable la perte du manuscrit 4937. M. de Wailly avait voulu en pren- 
dre copie en 1844 ; mais le manuscrit était déjà sorti de la Bibliothèque. 

II. (Sixième série.) 18 



Collection Barrois. 

CCXVI. — Chronicon générale 
ad annum 1264. Commence : 
« In primordio temporis ante 
omnem diem. » 

Manuscrit du quatorzième siè- 
cle, sur vélin. In-quarto. 87 feuil- 
lets. 

Reliure en maroquin vert. 



CCXI. Caroli magni imperato- 
ris vita ab Eginardo, cancellario 
ejus, conscripta. 

Manuscrit du treizième siècle, 
sur vélin. In-quarto. 27 feuil- 
lets. 

Reliure en maroquin vert. 



258 



XXVII. 



Collection Barrois. 

GCLV. — Aliqua documenta 
ad componendum aurum pota- 
bile pro conservatione corporis 
humani et ad ipsius sanitatem 
provocandam. 

Manuscrit du quinzième siè- 
cle, sur vélin. Petit in-12. 66 
feuillets. 

Reliure en maroquin vert. 



Bibliothèque du roi. 
Ms. latin 7180. — Codex mem- 
branaceus, olim dominorum de 
Bethune. Ibi continentur aliqua 
documenta ad componendum 
aurum potabile pro conserva- 
tione corporis humani et ad 
ipsius sanitatem provocandam ; 
édita per quosdam actores phi- 
losophise. 

Is codex ineunte sseculo deci- 
mo sexto exaratus videtur. 

(Même catalogue.) 



XXVIII. 



Collection Barrois. 

CCLVI. — Liber Karolidos de 
miseriis guerre Anglicorum (tem- 
pore Caroli VII, régis Franco- 
rum). Commence : 

Illustris Rarolus Francorum 
regius héros. 

Finit : 

Vivificat refovens macerando 
exterminât ille. Explicit liber 
Karolidos de miseriis guerre An- 
glicorum. 

Manuscrit du quinzième siè- 
cle, sur vélin. Petit in-quarto. 
42 feuillets. Sur la première 
page on lit : « Ex biblioteca et 
collegio Navarre. 1624. » 

Reliure en maroquin bleu. 



Bibliothèque du roi. 

Ms. latin 6266. Codex mem- 
branaceus, in octavo, quo conti- 
netur liber primus Carolidos; 
sive carmen de miseriis guerrse 
Anglicorum tempore Caroli VII l . 

Is codex decimo quinto sseculo 
videtur exaratus. 

(Même catalogue.) 



a un autre exemplaire du même poëme à la Bibl. imp., n° 10923 du fonds 



latin. 



259 



XXIX. 



Collection Barrois. 

CCLXXIII. — Incipit ordo ju- 
diciarius a magistro (Tancredo a 
Corneto, canonico Bononiensi) 
compositus. Commence : « Assi- 
duis postulacionibus me, socii 
mei karissimi, jam pridemindu- 
cere studuistis, ut ordinis » 

Manuscrit du quatorzième siè- 
cle, sur vélin. Petit in-quarto. 
73 feuillets. 

Ancienne reliure en parche- 
min. 



Bibliothèque du roi. 

Ms. latin 4786. Codex mem- 
branaceus, olim Faurîanus. Ibi 
continentur ordinis judiciarii li- 
bri quatuor, authore anonymo. 

Is codex decimo quarto saecu- 
lo exaratus videlur. 

(Môme catalogue.) 



XXX. 



Collection Barrois, 
CCLXXXII. — Cy commence 
ung petit abbregié sur aulcuns 
pas des croniques de France ad- 
dressant à vous très haulte et 
très puissant princesse madame 
la duchesse de Bourbon, Anne 
de France (par Regnauld Havart, 
vostre très humble chapellain). 
Manuscrit du quinzième siècle, 
sur vélin. In-octavo. 16 feuillets. 
Une partie de la signature d'An- 
ne de France est encore visible 
sur la première page. 

Reliure en maroquin vert, do- 
rure. 



Bibliothèque du roi. 

Ms. de Lancelot, 26. Regius 
10301, 2. 2. Petit abbregié sur 
aulcuns pas des croniques de 
France (principalement de la gé- 
néalogie des rois de France, du 
gouvernement par les fem- 
mes, etc.), addressant à la du- 
chesse de Bourbon, Anne de 
France : par Regnauld Havard, 
prêtre, chappelain de ladite da- 
me, cy devant clerc ordinaire des 
offices de la maison du roy et 
vicomte de Conches et Breteuil. 

Manuscrit sur vélin. Volume 
in-octavo. Écriture de l'an 1500 
ou environ. 

(Catalogue des mss. français 
rédigé sur cartes au dix-huitième 
siècle. Conf. Le Long, Bibl. hisl., 
il, 63, n. 15873.) 

18. 



260 



XXXI. 



Collection Barrois. 

CCCCXLV. — Johannis Tor- 
norupœi commentarii de variis 
rébus. 

Manuscrit du seizième siècle, 
sur papier. In-octavo. 94 feuil- 
lets. 

Reliure en maroquin pourpre. 



Bibliothèque du roi. 
Ms. latin 8746. —Je me borne 
à renvoyer au catalogue imprimé 
(IV, 489), qui donne le détail des 
traités deJohannesTornorupseus 
contenus dans le ms. 8746. 



XXXII. 



Collection Barrois. 

DLXXXII. — Chroniques de 
France et de Flandres, 1180- 
1287. « Cy commence aulcunez 
croniquez de France començant 
l'an mil «cent quatre vingz ou en- 
viron que regnoit en France ung 
roy moult vaillant et preudome 
qui avoit nom Phelipes, et pour 
sa grant vaillance on le nomoit 
Phelipes le conquereur » 

Manuscrit du quinzième siècle, 
sur papier. In-folio. 84 feuillets. 
Reliure en vélin. 



Bibliothèque du roi. 

Manuscrit français 9643 (de 
l'inventaire de 1682). Chroniques 
de France et de Flandres, depuis 
1180. 

Manuscrit en papier, volume 
in-folio, ancien fonds, écriture 
de la fin du quinzième siècle. 

(Catalogue des mss. français 
rédigé sur cartes au dix-huitième 
siècle.) 



XXXIII. 



Collection Barrois. 

DCXLVIII.— 1. Chronicon gé- 
nérale ab initio mundi ad nativi- 
tatem Domini. — Abrégé de la 
chronique de Brando Johannis, 
par Gilles de Roie? 

2. Catalogus, cronica et prin- 
cipium comitum Flandriae et fo. 
restariorum ejus, que terra olim 



Bibliothèque du roi. 

Ms. latin 5041 (jadis 6583). — 
jEgidii de Roya, Dunensis mo- 
nachi , epitome chronodromi 
Joannis Brandonis, ejusdem loci 
ascitse. «Gratœjuventis laetos. » 

Catalogus , chronica et princi- 
pium comitum Flandriae et fo< 
restariorum ejus. « Anno ab in- 



20 1 



dicebatur terra de Bue vel nemus 
regionis, etc. Fol. 164. 

Manuscrit du quinzième siècle, 
sur papier. In-octavo. 174 feuil- 
lets. 

Reliure en maroquin rouge. 

« Ex libris Gerardi Vander 
Strepen, 1563. » 



carnatione Domini etc. , 621 , tem- 
poribus. » 

Annorum circiter 600. 

(Catalogue des manuscrits la- 
tins rédigé par les Bénédictins O 



Il me reste à dresser deux listes qui seront le résumé de tout 
mon travail : l'une comprendra les manuscrits qui nous ont été 
dérobés, avec un renvoi aux observations précédentes et avec 
l'indication des numéros que ces mêmes manuscrits portent au- 
jourd'hui chez lord Ashburnham; la seconde ne sera que la 
contre-partie de la première, et permettra d'établir un rapport 
entre les numéros de lord Ashburnham et ceux de nos catalo- 
gues. 



PREMIER TABLEAU DE CONCORDANCE. 









Renvoi 


Cotes de la Bibliothèque impériale. 


Cotes du fonds de M. Barrois. 


aux précédentes 








observations. 


Fondslatin,n. 


685. 


65. 


VI. 


— 


2851. 


286, 287, 334. 


vu. 


— 


2874. 


272, 283. 


II. 


— 


3718. 


236, 245, 260. 


VIII. 


— 


4761. 


73, 146. 


IX. 


— 


4786. 


273. 


XXIX. 


— 


4789. 


201. 


X. 


— 


4937. 


211, 216. 


XXVI. 


— 


4999 A. 


244, 250, 251. 


XI. 


— 


5041. 


648. 


XXXIII. 


— 


5667. 


179, 180, 253. 


XII. 


1. Voici l'article correspondant 


; du catalogue imprimé : « Codex chartaceus , in 



octavo, olim Petavianus. lbi continentur : 

1° Chronici Dunensis prima pars ab orbe condito ad Christum : authore £gidio de 
Roya. 

2° Anonymus de Gothorum origine et gestis. 

3° Comitum Flandriae et Forestariorum ejus synopsis chronica. 

Is codex decimo quinto sœculo exaratus videtur. » 



262 



Fonds latin, 


n. 6266. 




256. 




XXVIII. 


— 


6276. 




206. 




XXV. 


— 


6584. 




207, 210, 564. 




III. 


— 


6755. 




277,284,291. 




I. 


— 


6812. 




89. 




V. 


— 


7180. 




255. 




XXVII. 


— 


7413. 




188,218. 




XIII. 


— 


8246. 




285, 314, 318, 


319. 


XIV. 


— 


8498. 




254, 257. 




XV. 


— 


8728. 




226. 




IV. 


_ 


8746. 




445. 




XXXI. 


Fonds franc 


ais 7838. 




195. 




XXIV. 


— 


7857. 




75, 305. 




XX. 


— 


8047. 




396, 402, 585. 




XXI. 


— 


9643. 




582. 




XXXII. 


— 


9679. 




27. 




XXII. 


— 


9745. 


3. 


359, 364, 397, 


497. 


XVII. 


— 


9846. 




61. 




XXIII. 


— 


10212. 




10. 




XVIII. 


— 


10262. 




24, 185. 




XIX. 


— 


10301. 


2.2. 


282. 




XXX. 


Fonds de S. 


. Victor 275. 


373,492,494,498, 523. 


XVI. 



SECOND TABLEAU DE CONCORDANCE. 



Cotes du fonds de M. Barrois. 

10. 

24. 

27. 

61. 

65. 

73. 

75. 

89. 
146. 
179. 
180. 
185. 



Renvoi 
Cotes de la Bibliothèque impériale, aux précédentes 





observations. 


fr. 10212. 


XVIII. 


fr. 10262. 


XIX. 


fr. 9679. 


XXII. 


fr. 9846. 


xxin. 


lat. 685. 


VI. 


lat.4761. 


IX. 


fr. 7857. 


XX. 


lat. 6812. 


V. 


lat.4761. 


IX. 


lat. 5667. 


XII. 


lat. 5667. 


XII. 


fr. 10262. 


XIX. 



263 



188. 


lat. 7413. 


XIII. 


195. 


fr. 7838. 


XXIV. 


201. 


lat. 4789. 


X. 


206. 


lat. 6276. 


XXV. 


207. 


lat. 6584. 


III. 


210. 


lat. 6584- 


m. 


211. 


lat. 4937. 


XXVI. 


216. 


lat. 4937. 


XXVI. 


218. 


lat. 7413. 


XIII. 


226. 


lat. 8728. 


IV. 


236. 


lat. 371 8. 


VIII. 


244. 


lat. 4999 A. 


XI. 


245. 


lat. 3718. 


VIII. 


250. 


lat. 4999 A. 


XI. 


251. 


lat. 4999 A. 


XI. 


253. 


lat. 5667. 


XII. 


254. 


lat. 8498. 


XV. 


255. 


lat. 7180. 


XXVII. 


256. 


lat. 6266. 


XXVIII. 


257. 


lat. 8498. 


XV. 


260. . 


lat. 3718. 


VIII. 


272. 


lat. 2874. 


IL 


273. 


lat. 4786. 


XXIX. 


277. 


lat. 6755. 


I. 


282. 


fr. 10301. 2.2. 


XXX. 


283. 


lat. 2874. 


II. 


284. 


lat. 6755. 


I. 


285. 


lat. 8246. 


XIV. 


286. 


lat. 2851. 


VIL 


287. 


lat. 2851. 


VIL 


291. 


lat. 6755. 


I. 


3057 


fr. 7857. 


XX. 


314. 


lat. 8246. 


XIV. 


318. 


lat. 8246. 


XIV. 


319. 


lat. 8246. 


XIV. 


334. 


lat. 2851. 


VIL 


359. 


fr. 9745. 3. 


XVII. 


364. 


fr. 9745. 3. 


XVII. 


373. 


S. Victor 275. 


XVI. 


396. 


fr. 8047. 


XXL 



397. 
402. 
445. 
492. 
494. 
497. 
498. 
523. 
564. 
582. 
585. 
648. 



264 

fr. 9745. 3. 

fr. 8047. 

lat.8746. 
S. Victor 275. 
S. Victor 275. 

fr. 9745. 3, 
S. Victor 275. 
S. Victor 275. 

lat.6584. 

fr. 9643. 

fr. 8047. 

lat.5041. 



XVII. 
XXI. 
XXXI. 
XVI. 
XVI. 
XVII. 
XVI. 
XVI. 

III. 

XXXII. 

XXI. 
XXXIII. 



L'absence des volumes dont je viens de parler avait été consta- 
tée depuis longtemps au département des manuscrits; mais 
on ignorait absolument ce qu'ils étaient devenus. Il est assuré- 
ment bien douloureux d'avoir la certitude qu'ils ont quitté la 
France; toutefois une pensée consolante se mêle à nos regrets, 
puisque nous savons que ces manuscrits sont dans le cabinet 
d'un amateur illustre, qui les apprécie à leur juste valeur, et qui 
a déjà bien mérité de l'érudition française ' . 



t. M. le docteur Daremberg veut bien nous faire savoir que, sur la recommanda- 
tion du docteur Greenhill, il a été admis, au mois d'août 1865, dans la bibliothèque 
d'Ashburnham-place, et qu'il y a étudié un manuscrit d'Oribase. C'est par l'inter- 
médiaire de M. Daremberg que M. Meyer a obtenu l'autorisation d'examiner les ma- 
nuscrits de lord Ashburnham. 



Léopold DELISLE. 



LES COUTUMES 



PÉAGES DE SENS 



TEXTE FRANÇAIS INÉDIT 



DU COMMENCEMENT DU XIII e SIÈCLE. 



En dépouillant un des portefeuilles de la Chambre des comptes 
déposés aux Archives de l'Empire J , qui contientun mélange de pièces 
étrangères les unes aux autres par leur date comme par leur objet, 
et que M. Huillard-Bréholles m'avait signalé comme devant offrir 
un certain intérêt, ma main rencontra deux bandes de parchemin 
composées de plusieurs fragments cousus ensemble, formant 
bout à bout une longueur de près de deux mètres. Un ancien in- 
ventaire, daté de 1748 et placé en tête du portefeuille, en donnait 
la cote suivante : « Ancien rouleau en parchemin contenant le détail 
des droits dus pour la coutume et péage de Dun-le-Roy et Aulevi- 
comte, sans datte. » La première de ces localités est en Berry ; quant 
à la seconde, elle ne figure sur aucune carte ni dans aucun diction- 
naire, et n'a probablement existé que dans l'imagination de l'auteur 
de cette cote, embarrassé par la lecture d'une ligne qu'il ne com- 
prenait pas. Voici, en effet, ce que porte en tête l'original : 
« Ce sont les costumes et li paages de Sanz, le roi et au vilconte. » 
Jl suffisait, pour s'assurer complètement de cette erreur grossière, 
de jeter les yeux sur la suite du texte : il n'y est question que de 
Sens et des localités environnantes. Les mots « Coustumes de Sens » , 

1. Série P, n°. 1189. 



266 

écrits au dos vers le quinzième siècle, étaient masqués par une 
feuille de papier qu'avait collée sur le parchemin un réparateur 
maladroit. C'est probablement à l'incertitude produite par ces cir- 
constances que le document en question doit de n'avoir pas encore 
vu le jour. 

Cependant son importance saute aux yeux presque à première 
vue; l'écriture offre les beaux caractères droits, larges et réguliers 
qui dénotent le commencement du treizième siècle, quelquefois la 
fin du douzième, et la langue le pur français de la même époque 
avec ses règles constantes, sa déclinaison, ses types de formation 
première, souvent très-rapprochés du latin. La rareté de cette 
classe de monuments en fait donc tout d'abord un morceau précieux 
pour la philologie. Avant 4250, on le sait, les textes français peuvent 
se compter : j'espère être assez heureux pour faire partager au 
lecteur la conviction que celui-ci est largement antérieur à cette 
date. 

En second lieu, l'histoire a aussi sa part d'intérêt dans un docu- 
ment de cette nature, et non-seulement l'histoire particulière de la 
ville et du comté de Sens, qui est, pour l'époque dont il s'agit, envelop- 
pée d'obscurité, mais encore l'histoire du commerce et de l'indus- 
trie dans le centre de la France; car on a vu, par le savant mémoire 
de M. Bourquelot sur les Foires de Champagne, quel parti l'on 
pourrait tirer de semblables sources pour élucider les questions qui 
s'y rattachent. Cette pièce, effectivement, n'est pas, comme le titre 
mis au dos pourrait le faire croire d'abord, une coutume; c'est un par- 
tage entre le roi et le vicomte de Sens des péages et des coutumes, 
c'est-à-dire, suivant le sens propre du mot au moyen âge, des im- 
positions établies par l'usage sur les denrées et les marchandises 
qui étaient vendues ou fabriquées dans la ville, ou qui la traversaient. 
Je ne crois pas, quoiqu'elle forme bien une espèce de nomenclature 
ou de tarif, que la dénomination assez usitée de tarif de tonlieux 
lui soit parfaitement applicable, car elle contient en même temps 
autre chose. C'est pourquoi j'ai préféré garder le titre donné par 
le texte lui-même, en le rajeunissant, et en prévenant qu'il ne 
s'agissait point d'une charte de coutumes comme on l'entend gé- 
néralement aujourd'hui. 

Telle est la double considération qui me décide à publier ce do- 
cument avec quelques éclaircissements, tâche que de plus habiles 
auraient dû entreprendre, mais qu'ils se sont contentés de me re- 
commander comme utile. Après avoir examiné ici le gros de la te- 






267 

neur, je mettrai en regard du texte les notes destinées à expliquer 
certains points de détail. 

Avant tout , quels étaient ces vicomtes de Sens qui parta- 
geaient avec le roi le produit de l'impôt commercial ? Leur trace est 
fort obscure, et peu d'historiens en font mention; aucun n'en donne 
l'histoire ni môme la série. Les ducs de Bourgogne avaient institué 
au dixième siècle des comtes de Sens héréditaires, dont les démêlés 
avec les archevêques de cette ville sont célèbres, et dont le fief finit 
par être confisqué et réuni au domaine de la couronne, en 1055 *. 
Le roi Henri I, après la mort du dernier comte, Rainard, de- 
meura paisible possesseur de la partie du comté qui n'apparte- 
nait pas à l'archevêque 2 , c'est-à-dire de la plus petite. Il y pré- 
posa un vicomte, dit M. Quantin 3 . « Les rois, affirme Dupuy, esta- 
blirent (à Sens) des vicomtes sous eux, dont il y a quelques mé- 
moires jusques en l'année 4204 4 . » Telles sont les seules indications 
qu'on trouve de ce fait. Dupuy ne cite aucune source : il faut croire 
que le Trésor des Chartes, qu'il avait compulsé à loisir, lui avait 
fourni ce renseignement; toutefois les pièces qu'il contient aujour- 
d'hui sont muettes à ce sujet 5 . M. Quantin se fonde sur plusieurs 
actes insérés dans son excellent cartulaire de l'Yonne. Il y est fait 
mention de quelques vicomtes de Sens, depuis 1130 jusqu'en 1182. 
Toutefois la nature de leur office et leur situation vis-à-vis du roi 
sont très-vaguement indiquées daus ces documents. La chronique de 
Clarius, citée par le même auteur, relate seulement la mort d'un 
vicomte en 1168 6 , mais ne parle pas non plus de son institution par 
le roi. 

Plusieurs chartes originales, conservées aux Archives de l'empire, 
et qu'on trouvera également publiées ci-après, ajoutent à ces faibles 
lumières quelques lueurs nouvelles. Je vais essayer de préciser la 
situation du vicomte de Sens à l'aide de ces premiers éléments 



1. Quantin, Cartulaire général de VYonne, t. I, p. xxix. 

2. « Deinde rex Haiuricus possedit civitatem et omnia quae ipse habuerat. » (Cla- 
rius, Chron. de Saint- Pierre-le-Vif, dans d'Achéry, II, 744.) 

3. Op. cit., t. II, p. lxxi. 

4. Traité touchant les droits du roy, etc., p. 628. 

5. Voir V Inventaire du Trésor des chartes, par M. Teulet, 1. 1, allant jusqu'à 
l'année 1223. 

fi. « Mortuus est Warinus , vicecomes Senonensis , sepultusque est in capilulo 
S. Pétri Vivi. » (D'Achéry, II, 778.) 



268 



avant d'examiner les droits qui lui sont spécialement attribués 
le tarif des coutumes et péages. 

De 1055, date de la suppression du comte de Sens, jusqu'à 1130, 
on ne trouve la mention d'aucun vicomte : le roi put ne pas en 
instituer immédiatement, et administrer directement son nouveau 
domaine. Le premier qui apparaisse est Salon (Salo), qualifié vice- 
cornes Senonensis dans une donation faite par lui, vers 1130, à l'ab- 
baye de Saint-Jean-lès- Serfs 1 . Le môme personnage figure avec le 
même titre dans des actes que M. Quantin place entre les année 1143 
et 1168 2 . Cependant il ne put tenir la vicomte jusqu'à cette dernière 
date : car, dès 1165, on voit son fils Guérin (Garinus), qui souscrivit 
avec lui plusieurs des mêmes actes, mais sans prendre aucune qualité, 
s'intituler vicomte de Sens dans une donation à l'abbaye de Sainte- 
Colombe 3 . La femme de celui-ci est qualifiée également viceco- 
mitissa, en 1167 4 . Un autre fils de Salon, Bouchard [Bucchardus ou 
Bulchardus), souscrivit aussi avec son père : mais il ne paraît pas être 
devenu vicomte de Sens. Guérin lui-même ne survécut pas long- 
temps à Salon : il mourut en 1168 5 . Comme il ne laissait point 
d'enfants, Galeran (Galerannus ou Gualerannus) , qui avait épousé 
sa sœur Ermesende, lui succéda : il est mentionné avec son titre, 
dans le cartulaire de l'Yonne, jusqu'en 1182 6 . Une donation de 
1184-, en faveur du prieuré de Montbéon, est encore faite en son 
nom 7 . Mais, dès 1188, sa femme apparaît seule dans les actes qui 
concernent la vicomte, et prend le titre de vicecomitissa Seno- 
nensis 8 . Le nom de cette personne est écrit d'une manière variable : 
autant de chartes qui le reproduisent, autant d'orthographes diffé- 
rentes, pour ainsi dire. On le trouve sous les formes suivantes, dont 
plusieurs sont françaises, quoique renfermées dans des textes latins : 
Ermensendis en 1182, Ermensenz en 1184, Hermensent en 1188, 
Ermensanz et Ermesenz en 1190, Hermesendis enfin en 1202 9 . Un 

1. Cart. gén. de l'Yonne, I, 273. 

2. lbid., I, 375, 378, 466, 521, 537 ; II, 59, 69, 94, 110, 155. 

3. Ibid., II, 182. La date de l'acte placé entre 1143 et 1168 (II, 378) doit donc 
être ainsi rectifiée : entre 1143 et 1165. 

4. lbid., II, 193. 

5. Citron, de Clarius, d'Achéry, II, 778. 

6. Cart. gén. de l'Yonne, II, 318, 334. 

7. Arch. del'Emp., S, 2122, n. 62. Voy. p. 298. 

8. Ibid., n. 61. Voy. p. 298. 

9. Voy. Cart. gén. de l'Yonne, II, 334, et les pièces des Archives publiées ci-après, 
p. 298-300. 



par 



269 

sceau de la même, appendu à une pièce de 1190, a été décrit par 
M. Douet d'Arcq, dans sa collection de sceaux des Archives de 
l'empire: il est ogival, long de 65 millimètres; il représente une dame 
assise sur une chaise, tournée vers la droite et tenant un bouquet 
de fleurs. La légende porte : Sigillum Hermesendis, vicecomitisse 
Senonis l . La donation faite en 1202 à l'église de Montbéon est la 
dernière pièce émanée d'elle que j'aie retrouvée 2 . Un vidimusquiy 
est joint, daté de 1214, la donne comme défunte. 

Ermesende avait des enfants d'un premier lit 3 : ils étaient héri- 
tiers des droits à la vicomte, puisque ces droits provenaient de leur 
mère et que Galeran ne les avait acquis qu'en épousant celle-ci. En effet 
les actes que j 'ai cités d'elle portent le consentement de ses fils Hugues 
et Bouchard (Hugo et Bucardus) et de sa fille Helvide (Helvidis) ; 
le dernier, celui de 1202, ne mentionne plus que Bouchard et 
Helvide 4 . On peut donc conjecturer que son autre fils était mort, et 
que Bouchard devint après elle vicomte de Sens. 

La vicomte passa ensuite à la célèbre famille des Barres, dont un 
membre fut l'un des plus braves barons de Philippe-Auguste. 
Cette maison était vraisemblablement originaire de la Bourgogne, 
où elle possédait plusieurs fiefs 5 . La vicomte de Provins lui ap- 
partint aussi : Guillaume III des Barres la vendit, en 1248, au comte 
de Champagne 6 . Comment celle de Sens fut-elle acquise par elle? 
Cette transmission échappe ; mais il me semble qu'on peut en re- 
trouver l'origine et la raison dans une alliance contractée entre un 
de ses membres et la veuve d'un vicomte de Sens. Guillaume I er des 
Barres, seigneur d'Oissery, mort avant 1182, avait épousé Élisende, 
dame de Chaumont, vicomtesse de Sens 1. Celle-ci devait être la 
veuve de Guérin, dont il a été question». Elle avait gardé le titre de 
vicomtesse après la mort de son mari, mais elle n'avait pas hérité de 
la vicomte; car on a vu, par une série d'actes non interrompue, le beau- 

1. Douet d'Arcq, op. cit., I, 343. 

2. Arch. del'Emp., S, 2122, n. 1. Voy. p. 300. 

3. « Galerannus, vicecomes Senonensis, assensu Ermensendis, uxoris sue, et pri- 
vignorum suorum. » Cart. gén. de l'Yonne, II, 334. 

4. Voy. ci-après, p. 300. 

5. Yoy. la Notice généalogique sur Jean des Barres, par M. Grésy, dans les 
Mémoires de la Société des antiquaires de France, XX, 220 et suiv. 

6. Brussel, Usage général des fiefs, II, 678. 

7. Notice généalogique sur Jean des Barres, ibid. 

8. Elle est ainsi désignée par Guérin , en 1167 : « Uxor mea E. vicecomitissa. » 
Cart. gén. de l'Yonne, II, 193. 



270 



suffi, 



frère et la sœur de Guérin en possession de cet héritage. Il aurait suffi, 
dès lors, de l'extinction sans postérité des enfants de cette dernière 
d'Ermesende, pour rendre des droits à Élisende et aux siens, c'est-à- 
dire aux fils qu'elle eut de son second mariage avec Guillaume des 
Barres. L'un de ces enfants porta le nom de Pierre, et on retrouve 
précisément la vicomte de Sens, vers le milieu du treizième siècle, 
aux mains d'un Guillaume des Barres, fils de Pierre des Barres. Quoi 
qu'il en soit de cette hypothèse, à laquelle on peut préférer la sup- 
position d'une alliance postérieure, ou de tout autre mode de 
transmission, Guillaume des Barres fut le dernier des vicomtes 
effectifs de Sens, qui, comme on le verra tout à l'heure, disparurent 
en 1269 *. 

Il ressort de ce qui précède que les vicomtes de Sens , tout en 
n'étant à l'origine que des lieutenants du roi, comme les vicomtes 
de la Champagne et d'autres pays furent des lieutenants du comte, 
n'étaient pas de simples officiers à gages, mais de véritables feu- 
dataires, possédant en fief leur vicomte. Cette vicomte inféodée 
était héréditaire non-seulement en ligne directe et de mâle en mâle, 
mais par les femmes et en ligne collatérale. Une telle position 
donnait aux vicomtes une certaine indépendance et un rang assez 
considérable, même à côté du puissant archevêque. Si l'on voit 
celui-ci confirmer plusieurs de leurs donations 2 , c'est en raison de 
son autorité sur les donataires, qui sont des clercs ou des abbayes. 
On peut reconnaître, dans Brussel, quelle était l'étendue des droits et 
domaines des vicomtes préposés par les comtes de Champagne au 
gouvernement de la plupart de leurs villes 3 . A Sens, qui touchait 
cette province, les choses devaient être réglées à peu près suivant 
les mêmes coutumes : car la coutume ancienne, la tradition était 

1. Le résultat de ces recherches, auquel des investigations dans les archives de 
l'Yonne pourraient sans doute apporter un utile complément , établit de la manière 
suivante la succession des vicomtes de Sens : 

Salo 1130—1165. 

Garinus 1165—1168. 

Galerannus 1168—1184. 

Ermesendis 11 84—1 202 (au plus tôt). 

Bocardus ? \ 

Petrus de Barris? j 1202—1269. 

Guillelmus de Barris. . ) 

2. Voy. ci-après, p. 298, 299. 

3. Brussel, Usage général des fiefs, II, 679. 



271 

respectée par le roi héritier des comtes dépossédés ». C'est en effet 
ce que semblent démontrer le peu d'indications qu'il est possible 
de réunir. 

La consistance exacte du fief héréditaire de la vicomte de Sens 
serait difficile à déterminer, à cause de l'inextricable enchevêtre- 
ment des droits que se partageaient les trois pouvoirs, l'archevêque, 
le roi, le vicomte. Il est certain qu'au treizième siècle, et antérieu- 
rement, l'archevêque possédait la moitié au moins de l'ancien 
comté et de la ville, spécialement la partie nord : les fiefs de 
Montereau, de Bray-sur-Seine, de Sergines, de Mâ!ay-le-Vicomte, 
de Pont-sur-Vanne, de Fontaine-la-Gaillarde, de Paron, etc., rele- 
vaient de ce haut seigneur ecclésiastique. La partie sud, ce qui dé- 
pendait autrefois du comte, relevait alors de la grosse tour de Sens, 
dite Tour du roi : c'était la possession du suzerain 2 . L'étendue des 
terres inféodées au vicomte devait donc être moins considérable : le 
roi avait dû se réserver le plus gros lot dans son domaine direct, 
comme nous verrons qu'il le fit pour les impôts commerciaux. Il 
n'avait pas partagé par moitié, comme faisait d'ordinaire le comte 
de Champagne à l'égard de ses vicomtes : néanmoins, à Sens comme 
à Provins, le fief du vicomte, tant en biens-fonds qu'en revenus, 
englobait une partie de la ville et des environs 3 . 

Le bourg de Mâlay-le- Vicomte, à la porte de Sens, fut vraisem- 
blablement compris dans cette inféodation. Le nom seul de la 
localité , opposé à celui de Mâlay-le-Roi, qui se trouve à côté, un 
peu plus loin de la ville, le fait d'abord présumer. Les dénomina- 
tions distinctives de Maleium-Vicecomitis et Maleiwn-Regis se ren- 
contrent pour la première fois, l'une en 1187, l'autre en 1189 4 : ce 
qui dénote une division du fief existant depuis assez longtemps déjà 
pour être consacrée dans le langage géographique. En 1167, Guérin, 
vicomte de Sens, accorda aux habitants de Mâlay des droits d'usage 
dans sa forêt d'Othe, la permission d'y prendre tout le bois mort 
pour brûler et pour construire, d'y recueillir des branchages pour 



1. En 1205, Philippe-Auguste déclare que le passage des serfs des terres de Sens 
et de Moret sur les terres de Champagne, et réciproquement, sera réglé par les an- 
ciennes coutumes (Delisle, Catal. des Actes de Philippe- Auguste, p. 221). 

2. Cart. gén. de VYonne, t. II, p. lxx et lxxi. 

3. Voy. la consistance de la vicomte de Provins, dans Brussel, II, 678. 

4. Quantin, Dict. lopogr. de VYonne, p. 77. Gallia Christ., XII, Prov. Senon., 
suppl., n. VI. 



272 



clore leurs héritages , d'y faire paître leurs troupeaux, etc. 
pendant Philippe-Auguste, en octroyant à Sens sa charte de com- 
mune, en 1189, comprit dans la même concession le faubourg et la 
paroisse de Mâlay-le-Vicomte, sans faire aucune réserve ni mention 
des droits du feudataire 2 . 

Indépendamment du faubourg de Mâlay, le vicomte possédait 
encore en fief une portion de la ville même. Guérin, en mourant, 
l'an 1168, voulut être enterré chez les religieux de Saint-Pierre-le- 
Vif, et ceux-ci reçurent en rémunération une rente annuelle de deux 
muids de blé sur les moulins de la vicomte, sis à Sens, sur la Vanne 3 . 
Il avait déjà donné la pareille , conjointement avec son père, aux 
lépreux du Popelin, donation que Louis VII ratifia, en 1169, comme 
seigneur féodal 4 . Ces moulins , échus à Galeran du chef de sa 
femme, devinrent pour lui une source de luttes et de contestations : 
en 1180, il en céda la moitié à l'archevêque Guillaume, se sou- 
mettant à être son vassal pour le reste, et invoquant sa protection 
pour entrer en jouissance de l'héritage de son beau-frère, qui, pa- 
raît-il, lui était disputé 5 . La dénomination de Moulins du roi survit 
encore à Sens, et un titre de 1284 nous apprend que plusieurs d'en- 
tre eux s'appelaient aussi alors les Moulins du vicomte, quoique le 
vicomte n'existât déjà plus de fait 6 . Près du faubourg d'Yonne, Gué- 
rin avait aussi la jouissance d'une grande plaine dite des Sablons, 
qu'il abandonna à l'abbaye de Sainte-Colombe 7 . 

Aux environs, on retrouve la trace des fiefs, censives, ou droits 
féodaux qui suivent, appartenant au vicomte : 

1° La terre de Nanteau, au moins en partie : Salon, en 1158, cède 

1. «Hominibusin villa Malliaci commorantibus » (Cartul. gén. de l'Yonne, II, 
192). Le vicomte emploie dans cette pièce une formule de suscription royale : « Ego 
Garinus, Deigratia Senonice urbis vicecomes, omnibus. . . in Domino salutem. » 

2. « In suburbio et in parrochia Malaii-Vicecomitatus, qui de communia erunt» 
(Ibid., 11,406). 

3. Chron. de Clarius, d'Achéry, II, 778. Guérin était un des bienfaiteurs de cette 
abbaye, dans laquelle on voyait autrefois son épitaphe. 

4. Cart. gén. de l'Yonne, II, 212. 

5. Cart. gén. de l'Yonne, II, 318. Peut-être faut-il rattacher à ces contestations 
l'anomalie, constatée plus haut, du titre de vicomtesse de Sens gardé par Hélisende, 
veuve de Guérin, quelque temps après la mort de son mari, quoiqu'elle n'eût pas 
hérité de la vicomte et qu'il y eût dès lors une autre vicomtesse, sa belle-sœur. Voy. 
p. 269. 

6. « Molendina quae dicuntur Régis et Vicecomitis. » (Arch. de l'Yonne, chap. de 
Sens.) 

7. Tarbé, Recherches sur la ville de Sens, 1838; p. 258. 



, Ce- 



273 

à Pabbaye de Saint-Jean-lès-Sens une rente de dix-huit setiers de 
grain à prendre sur sa grange de Nanlolio i . 

2° Le domaine de Dollot (herbergagium cura proprisia situm 
apvd Doeletum), donné par Galeran à Bernard l'Anglais, l'an 1182 ; 
Philippe-Auguste ratifie cette cession, parce que, dit-il, une part 
du domaine est dans la censive du vicomte, et l'autre dans la censive 
commune au vicomte et à lui 2 . 

3° Une part de l'immense forêt d'Othe, qui s'étendait depuis la 
rive droite de l'Yonne jusqu'à la région de la Champagne formant 
aujourd'hui le département de l'Aube, et que se partageaient le roi, 
l'archevêque de Sens, l'evêque de Troyes, et plusieurs abbayes. On 
a vu que le vicomte avait cédé aux habitants de Mâlay, en 1167, des 
droits d'usage sur sa forêt d'Othe, c'est-à-dire sur la portion qu'il 
avait en fief. 

4° Des bois sur le territoire de Montbéon, dont le vicomte donne 
six arpents au prieuré de ce lieu, en 1184 3 . 

S» Le moulin d'Ignart, mentionné comme étant du fief de la 
vicomtesse Ermesende en 1188, et cédé par elle à la même maison 
en 1190*. 

6° La dîme des champs et des vignes situés au-delà de l'Yonne, 
depuis le bourg de Saint-Maurice (de Sens), jusqu'à Saint-Bond et 
Saint-Martin : la moitié de cette dîme est donnée à l'abbaye de Saint- 
Jean-lès-Sens par le chevalier Gilon, entre 1155 et 1160, et la 
donation est ratifiée par le vicomte Salon, comme seigneur féodal 5 . 

7° La dîme du territoire de Villethierry, sur laquelle certains 
revenus sont cédés aux religieux de Montbéon par Ermesende, 
en 1202 6. 

8° La pêche de la rivière de Lixy, dont Salon échange la moitié 
avec l'abbé de Saint-Jean-lès-Sens, contre certains droits sur l'étang 



1. Nanteau-sur-Lunain, Seine-et-Marne, canton de Nemours. Ibid., II, 93. 

2. Dollot, Yonne, canton deCheroy. Ibid., II, 334. 

3. Arch. de l'Emp., S, 2122, n. 62. Voy. p. 298. Montbéon {Mons-boum; Mon- 
boun en français, au douzième siècle, comme on le voit ci-après, page 299) était un 
prieuré dépendant de Saint- Victor de Paris, situé près de Saint- Agnan, canton de 
Pont-sur-Yonne. 

4. Près de Montbéon. Arch. de l'Emp., S, 2122, n.60, 61. Voy. ci-après, p. 298,299. 

5. Cart. gén. de l'Yonne, II, 69. « Laudavit Salo vicecomes, de cujus feodo erat.» 
Saint-Bond, cbapelle sur la commune de Sens; Saint-Martin-du-Tertre, sur l'Yonne, 
à 2 kilomètres de la même ville. 

6. Arch. de l'Emp., S, 2122, n. 1. Voy. p. 300. — Villethierry est une commune 
du canton de Cheroy (Yonne). 

II. (Sixième série.) 49 



"274 

et le moulin de Villethierry 1 . Cet échange eut lieu à la suite cTun 
différend entre les deux parties, qui fut réglé par l'intermédiaire de 
l'archevêque. 

9° Le péage de Pont-sur- Yonne (en partie probablement); Salon 
et Guérin donnent aux lépreux du Popelin, à Sens, une rente 
de 210 sous à prendre sur son produit, donation ratifiée par 
Louis VII, en 1169 2 . 

40° Un certain nombre de serfs à Granges et à Voisines, cédés 
en 1163 à l'abbaye de Saint-Jean par le vicomte Salon, avec l'assen- 
timent de ses fils Guérin et Bouchard 3 . 

11° Un certain nombre de serfs de Pont-sur- Yonne, qui, étant de- 
venus également un motif de contestation pour le vicomte et le 
chapitre de Sens, furent partagés entre eux par la même médiation, 
vers 1160 \ 

12° Des droits de protection et des redevances sur les hommes 
de l'abbaye de Sainte-Colombe, droits et redevances abandonnés à 
celle-ci en 1165 5 . 

Cet aperçu ne saurait certainement représenter l'étendue de la 
vicomte , d'autant plus qu'il est basé sur des documents qui n'en 
révèlent que certaines diminutions ou modifications. Toutefois il 
donne l'idée des différentes espèces de biens inféodés qui la 
composaient. Il montre suffisamment que ces biens étaient disséminés 
sur la ville et l'ancien comté de Sens, dans un rayon assez étendu, 
mais sans former un corps de fiefs compacte. En outre, cet en- 
semble de possessions allait diminuant de jour en jour, par suite de 
donations incessantes, et sous la pression des puissants voisins 
qui avaient intérêt à l'absorber. L'archevêque, dont le pouvoir 
grandissait avec la faveur royale, la commune qui naissait, le roi 
lui-même , qui venait d'instituer ses grands baillis , et cherchait , 
comme les comtes de Champagne, à se débarrasser de lieutenants 
désormais plus gênants qu'utiles, étaient autant d'autorités qui 
rendaient la position des vicomtes difficile dès la fin du douzième 
siècle ; aussi a-t-on vu l'un d'eux céder au prélat une part de son 



1. Cart. gén. de VYonne, H, 92. 

2. Ibid., Il, 212. 

3. Ibid., II, 155. Granges-le-Bocage, canton de Sergines; Voisines, canton de Vil- 
leneuve-1' Archevêque (Yonne). 

4. Ibid., II, 110. 

5. Ibid., II, 182. 



275 

fief pour acquérir sa protection et ]se garantir la paisible possession 
du reste. 

Il reste à examiner quelles étaient les fonctions du vicomte de 
Sens. A l'origine , comme il a été dit, le roi l'avait institué pour 
remplacer, dans une certaine mesure et sous sa suzeraineté, le 
comte supprimé. Les vicomtes investis de cette sorte de lieutenance 
étaient chargés, selon Brussel , du commandement des gens de 
guerre et du gouvernement militaire *. Aussi la plupart de ceux que 
l'on connaît sont-ils des chevaliers {milites). Dans les villes où le 
seigneur féodal ne préposait pas de vicomte, il mettait ordinaire- 
ment un châtelain, dont le rôle était presque le môme : c'est pour- 
quoi ces deux officiers ont été quelquefois confondus 2 . Cependant, 
avant l'établissement des prévôts et des baillis, les attributions du 
premier durent être plus étendues, et embrasser à la fois l'ordre 
administratif et judiciaire. A la Ferté-sur-Aube, en Champagne, 
même après la création du prévôt, le vicomte rendait tout comme 
celui-ci la justice, et partageait avec lui comme avec le comte 
l'exercice de la plupart des droits seigneuriaux 3 . A Sens, le prévôt 
royal apparaît sous Louis VI, en 1108 : le roi lui défend, par un 
acte de cette année, d'exercer de mauvaises coutumes sur les terres 
de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, et il étend cette interdiction à ses 
autres officiers résidant à Sens 4 ; ce qui doit concerner aussi 
le vicomte. Le prévôt de Sens percevait les produits de la forêt 
royale d'Othe, rendait la justice, levait les impôts, commandait 
môme les soldats et les bourgeois du roi 5 : autant de restrictions et 
d'amoindrissements apportés successivement au ressort de la vi- 
comte. 

En 1189, surgit un nouveau pouvoir rivai : la commune est insti- 
tuée, ou plutôt rétablie par Philippe-Auguste, car elle avait eu déjà 
sous Louis VII une existence éphémère 6 . Les privilèges octroyés 
sont considérables : les bourgeois exercent même la justice sur les 

1. Brussel, Usage général des fiefs, II, 677. 

2. Ibid., p. 712. 

3. Charla Theobaldi III, comilis Campaniss, de juribus tara sibi quamvicc- 
comili in vicecomitatu Firmitatis super Albam pertinentibus. Teulet, Inv. du 
Trésor des chartes, I, 210. 

4. « Nostris praepositis et ministris Senonensibus. >» Cart. gén. de l'Yonne, T,^ 13. 

5. Ibid., t. Il, p. xix et un. 

6. Cette première commune, selon la chronique de Clarius, fut supprimée en 1149 
par le pape et par le roi, qui l'avait établie trois ans auparavant, et cela à la suite du 
meurtre commis par elle sur l'abbé de Saint-Pierre-le-Vif (D'Achéry, II, 776). 

19. 



27G 

hommes du roi , et sont gratifiés du produit des amendes de la 
prévôté *. Dans la charte, nulle mention n'est faite du vicomte. 

Enfin, l'année suivante, Philippe-Auguste crée ses grands baillis : 
celui de Sens apparaît officiellement en 1194; mais il dut exister 
dès l'année 1190, à en juger par un ordre donné cette année-là 
à ses prévôts et baillis, de maintenir en paix l'abbé et les moines de 
Preuilly '. Cette abbaye est du diocèse de Sens, et l'ordre ne peut 
concerner que le bailli de cette ville. Le nouveau magistrat a des 
attributions très-étendues, a la fois judiciaires et administratives. 
Il va tenir ses assises à Auxerre, et sa juridiction embrasse le Séno- 
nais, l'Auxerrois, le Barrois, le Langrois, le Bassigny 3 . 

De tous ces faits, il résulte pour le vicomte une situation de plus 
en plus effacée. En effet les inconvénients des offices inféodés 
n'avaient pas tardé à se faire sentir aux rois. Partout le lieutenant 
rémunéré par des fiefs s'érigeait insensiblement en seigneur. Le 
vicomte de Sens s'était même donné un prévôt, qui souscrivait dans 
les actes après le prévôt royal, et lui-même souscrivait avant ce 
dernier 4 ; tandis qu'en Champagne, à la Ferté-sur-Aube par exem- 
ple, le comte et le vicomte n'avaient qu'un prévôt commun 5 . 
Il entra donc dans la politique du roi de s'opposer à l'agrandisse- 
ment de ces officiers fieffés comme à celui des barons les plus puis- 
sants. Il le fit en les remplaçant administrativement , par des 
magistrats rétribués simplement sur ses revenus, par des fonctionnai- 
res étrangers à la noblesse : l'institution des prévôts, celle des baillis 
surtout, étaient deux grands pas faits dans cette voie. Les comtes de 
Champagne veulent en agir de même à l'égard de leurs vicomtes. Ils 
établissent à côté d'eux des baillis, qui rendent les premiers sans em- 
ploi, puis finissent par racheter à prix d'argent les fiefs composant 
chaque vicomte. Ainsi furent rachetées en 1210 la vicomte de Cuis, 
en 1248 celle de Provins, en 1259 celle deTroyes 6 . Dès l'année 1204, 
on voit Philippe-Auguste employer ce procédé pour la vicomte 

1. Cart. gén. de l'Yonne, U, 405, 408, 468. 

2. Arch. de l'Emp., K 192, n. 134. M. Larclier de Lavernade {Hist.de Sens, p. 71) 
dit que le roi institua en 1015 un bailli dans cette ville, avec des attributions très- 
étendues. Il confond sans doute avec le vicomte, dont h ne parle point, etqui encore 
n'a pu être créé avant 1055 : en 1015, le comté subsistait. 

3. Quantin, Dktionn. topogr. de l'Yonne, p. ix et 122. 

4. Cart. gén. de l'Yonne, I, 378; II, 59. « Hugo, prœpositus régis ; Fulco, prœpo- 
situs vicecomitis (en 1 143). » 

5. Brussel, Usage gén. des fiefs, II, R83. 

6. Ibid., p. 692. 



277 

d'Évreux : il l'acquiert du titulaire Ftoyer de Mellent, en lui cédant 
deux terres pour compensation 1 . On sait que l'institution des baillis 
fut même pour ce prince l'occasion de supprimer le grand sénéchal 
de la couronne. 

Le vicomte de Sens, réduit, comme on l'a vu, dans ses attribu- 
tions et dans ses possessions, ne pouvait, lui non plus, subsister 
longtemps. Néanmoins ce ne fut pas le roi qui racheta son fief : 
ce fut l'archevêque qui acquit, en 4269, de Guillaume des Barres, 
fils de Pierre des Barres, et dernier titulaire, tous les droits qui lui 
restaient sur la vicomte, moyennant 1,500 livres 2 . Le prélat et 
ses successeurs prirent dès lors le titre de vicomtes ; mais, si 
la vicomte apparaît encore postérieurement, ce n'est plus qu'un 
nom. 

Telles sont toutes les lumières que l'état actuel de la science 
permet de réunir sur ces vicomtes de Sens, qui n'ont eu qu'une 
durée de deux siècles au plus. Exposons rapidement celles que le 
document publié plus loin peut y ajouter, et en même temps celles 
qu'il peut fournir sur l'industrie ou le commerce de l'époque. 

Ainsi qu'il a été dit, le tarif des coutumes et péages de Sens se 
rapporte par ses caractères extrinsèques, le langage et l'écriture, 
au commencement du treizième siècle, c'est-à-dire à la période 
où le vicomte de Sens n'est plus guère qu'un seigneur féodal, et 
n'a plus d'autre fonction que celle de percevoir les produits de 
son fief. Effectivement, rien, dans ce document, ne lui suppose 
un rôle administratif. Il avait son prévôt qui, sans doute, faisait 
payer les redevances , comme le prévôt du roi. Mais on peut 
préciser davantage la date de la pièce en question. Il n'y aurait 
point de difficulté à la placer dans la seconde moitié du règne de 
Philippe-Auguste, et telle est l'opinion d'un savant dont le témoi- 
gnage en pareille matière équivaut à un argument, de M. L. 
Delisle. C'est l'époque où ce prince essentiellement régulateur, 
après avoir agrandi considérablement le domaine royal, fit procé- 
der aux enquêtes, dresser les états et les comptes propres à en 
établir les revenus d'une manière officielle. La perte des titres de la 
couronne, tombés aux mains des Anglais à la bataille de Fréteval, 
en 1194, ne fut pas un des moindres mobiles qui le déterminèrent 

1. Teulet, Inv. du Trésor des chartes, I, 270. 

2. Arch. àe l'Yonne, Inventaire général de V archevêché, m-M., dix-huitième siè- 
cle. Je tiens ce renseignement et cette date, qu'on chercherait vainement ailleurs, de 
l'obligeance du savant archiviste de ce département. 



278 

à cette reconnaissance générale. L'établissement de nouveaux pou- 
voirs dans la ville de Sens, la commune et le grand bailli, rendait 
une telle opération plus nécessaire encore pour cette partie du do- 
maine. C'est l'époque aussi où furent rédigés un grand nombre de 
tarifs analogues, ordinairement en latin. Des enquêtes se faisaient 
en Champagne, au commencement du treizième siècle, pour établir 
et délimiter les droits respectifs des comtes et des vicomtes. Celle 
qui eut lieu pour la vicomte de la Ferté-sur-Aube remonte môme 
à l'année 1199 \ A toutes les probabilités de cette date, il faut join- 
dre les impossibilités que présenterait une date postérieure. Le 
vicomte disparaît en 1269; "dès 1260, la commune se trouve avoir 
la jouissance de l'impôt sur les industriels, ainsi que le prouve un 
compte du maire Etienne Dallemant, à Saint-Louis 2 ; on ne saurait 
donc songer à retarder jusque-là le règlement du partage de cet 
impôt entre le vicomte et le roi. Il y a plus : en 1225, Louis VIII, 
roi depuis deux ans, rendit à Nîmes une ordonnance qui, en confir- 
mant la charte de commune octroyée à la ville de Sens par son 
père, y apportait certaines modifications : les revenus de la prévôté, 
cédés par Philippe-Auguste, étaient repris par Louis VIII, et les 
bourgeois, à la condition de servir dans les armées royales tout comme 
la noblesse, étaient tenus quittes de toute taille. Un article de cette 
ordonnance établit la règle suivante : si un membre de la commune 
est poursuivi par un réquisiteur pour un péage ou un droit de 
tonlieu non acquitté, et qu'il soit convaincu d'avoir réellement 
esquivé la loi, il en sera quitte en payant, outre la redevance, une 
amende de cinq sous 3 . Or cet article répond, si je ne me trompe, à 
une omission du tarif des coutumes et péages, qui, vers la fin, fixe 
l'amende de l'étranger coupable du même délit, amende s'éle- 
vant à soixante sous ou à sept sous et demi, suivant que la trans- 
gression aura été volontaire ou non, tandis qu'il ne détermine nulle- 
mentl'amende due par les bourgeois en pareil cas 4 . Ainsi, de même 
que le tarif des péages paraît avoir été dressé en guise d'annexé 



1. Teulet, Inv. du Trésor des chartes, I, 210. 

2. Voy. Y Histoire de la commune de Sens, par M. Quantin, dans le Bulletin de 
la Société historique de l'Yonne, t. XI. 

3. « Si ab homine vel femina communie pedagium vel tonleium apud Senonem 
requiratur, et requisitor diem. . . nominaverit, . . . quinque solid. tantum emendabit, 
et reddet pedagium vel tonleium. » Ordonn. des rois de France, XII, 318. 

4. V. ci-après, p. 297. Cf. ces deux textes : le même serment est admis pour le 
bourgeois comme pour l'étranger, lorsqu'ils veulent infirmer le dire du réquisiteur. 



279 

ou de corollaire de la charte de commune , l'acte de Louis VIU 
semble expliquer et compléter à son tour ce tarif, et par conséquent 
lui être postérieur. Ajoutons enfin qu'un passage des coutumes et 
péages de Sens fait mention de la commune comme d'une institu- 
tion récente, qu'il constate l'état de choses existant avant elle, 
comme s'il intéressait encore la génération présente ou au moins 
comme s'il vivait dans son souvenir '; et l'on aura, à défaut de preu- 
ves directes, plus d'un motif raisonnable de rattacher ce document 
au règne de Philippe-Auguste, ou tout au moins à l'une des deux 
premières années de celui de Louis yill. 

Le vicomte de Sens jouissait donc, à l'époque indiquée, outre 
les fiefs et censives du genre de ceux qui lui ont été reconnus plus 
haut, d'une part du produit de l'impôt commercial établi dans cette 
ville. Cette part lui avait été sans doute dévolue bien auparavant, 
et peut-être dès l'origine, sans être réglée autrement que par la 
coutume traditionnelle, par conséquent de manière à occasionner 
plus d'un conflit. En 1148, on voit le vicomte Salon arrêter entre 
Sens et Bray des marchands allant aux foires de Provins, et Thibaut, 
comte de Blois, se plaindre du fait à l'abbé Suger 2 : il est vraisem- 
blable que Salon n'avait pas agi ainsi sans avoir à réclamer d'eux 
certains péages non acquittés. Le tonlieu de Sens est constaté plus 
officiellement encore dans la remise que Philippe-Auguste en fît, 
l'an 1189, à l'abbaye de Preuilly 3 : mais dans cet acte il n'est fait 
aucune mention des droits du vicomte. Le tarif embrasse des droits 
de tonlieu, de conduit, de travers, de barrage, de pontenage, de 
montage, d'avalage, etc., divisés entre le roi et le vicomte, les uns 
par moitié, les autres inégalement, et dans ce cas toujours à l'avan- 
tage du roi. La plupart sont payables en argent, quelques-uns 
en nature, comme ceux qui frappent les faucilles, les sèches, 
les souliers, les fromages. L'immunité est assurée à quiconque 
transporte le produit de ses récoltes ou achète pour sa consomma- 
tion particulière. Le roi perçoit les droits de barrage, dus par les 
marchandises qui pénètrent dans l'enceinte des barrières, à l'exclu- 
sion du vicomte, qui n'y a part en aucun cas 4 . Une seule taxe est 
attribuée par moitié à la ville : c'est celle que doit le marchand de 
poisson de mer venu de Paris et débitant sa marchandise au mar- 

1. Voy. p. 292. « Devant la commune n'estoit nus quites, » etc. 

2. D. Bouquet, XV, 503. 

3. Arch. de l'Emp., K 192, n. 134. 

4. Voy . ci-après, p. 286. « Li rois m deniers pour lou barraige, qui est suenspar tout.» 



280 

ché *. Le minager, ou percepteur de l'impôt sur la mensuration du 
grain, a part à ce produit. Le lonloier, receveur du tonlieu, peut 
prendre pour un denier de fruits et un fromage, ne de peiors ne de 
meillors, sur chaque charretée de ces denrées. Le vicomte n'a rien 
à prétendre non plus sur les fromages, la cire et les anguilles de 
rivière. 

Mais ce dernier perçoit généralement la moitié des redevances 
imposées aux fabricants et marchands de draps, qui forment les 
articles les plus intéressants du tarif. Quoique d'après le cartulaire 
général de l'Yonne l'industrie du pays paraisse alors peu développée, 
la ville de Sens était le centre d'une certaine activité commerciale 
et ouvrière, qui avait pour principal objet les draps ou étoffes. Les 
foulons à draps se multipliaient sur les rivières voisines, et leurs 
produits figuraient tant aux célèbres foires de Champagne qu'à celle 
de Saint-Pierre-le-Vif de Sens K Cette ville est au nombre des 
dix-sept villes drapantes, dont plusieurs listes ont été dressées au 
moyen âge, et qui étaient, en réalité, une cinquantaine au treizième 
siècle. Elle avait sa moison, ou mesure particulière, donnant la 
longueur légale de la pièce d'étoffe dans chaque pays de fabrique, 
et qui était, pour elle, de 36 aunes 3 . Enfin , ce qui montre toute 
l'importance de son industrie en ce genre, c'est que le comte 
Thibaut le Chansonnier, en 1222, exempta de tailles et d'exactions 
pendant dix ans des ouvriers de Sens venus à Troyes pour y faire 
des draps, à la condition toutefois qu'ils en feraient 4 . Aussi le tarif 
met-il en tête les taxes frappant cette matière : elles portent spé- 
cialement sur les draps faits à Sens avec du fil acheté à Sens, sur 
les tapis, les aignelins ou laines d'agneaux, les pannes et peliçons 
de sauvagine, ou vêtements de fourrures, les toiles, et diverses 
pelleteries. 

Voici, au résumé, la liste des articles qui, d'après le tarif, étaient 
fabriqués ou .vendus dans la ville, ou qui traversaient le territoire 
compris dans son conduit pour aller aux foires des environs : 

1° Étoffes, vêtements, et matières servant à les confectionner : 
Chanvre, lin, fil, laine, drap, tapis, toile, guède, robe, pelisson, 
chausses, fourrures d'agneaux et de bêtes fauves ; peaux, cuirs de 
vache, de cheval, d'âne et de loup, cordoan; souliers. Les guédiers 

1. Voy. p. 294. 

2. Cart. gén. de l'Yonne, t. II, p. xcix. 

3. Bourquelot, Études sur les foires de Champagne, p. 251, 254. 

4. Ibid. y p. 148, 149. 



281 

ou teinturiers, les pelletiers avec ouvroirs sont les industriels dé- 
signés dans cette catégorie. ù 

2° Bestiaux et bêtes de somme : Chevaux et juments, poulains, 
vaches, veaux, mulets, ânes, moutons ou brebis, agneaux, porcs ou 
truies. 

3° Poissons: Morues, harengs,anguilles salées, sèches, poisson de 
mer en général; anguilles douces, gros poisson et menuise, ou 
petit poisson de rivière. 

A Autres objets de consommation : Blé , pain, sel, aulx, miel, 
fromages {moulés et taillés), huile, pois et gras pois, pommes, 
amandes, figues, fruits en général, oint et bacon; vin, cidre, gre- 
nache; cire, suif, perrelle. Il est fait mention, en fait de corps de 
métiers, des bouchers, talemetiers ou pâtissiers-boulangers, et 
taverniers. 

5° Métaux et ustensiles : Fer, acier, métaux en général; meules, 
ferrures de charrettes, armures, harnois, ornements divers; verres, 
écuelles; bateaux, nacelles, allèges. Les feures sont mentionnés 
dans le sens de charrons. 

Presque tous ces objets figurent dans Ténumération des articles 
qui formaient les différentes branches du commerce des foires cham- 
penoises 1 . Les balles ou trousses de marchandises, les marchands 
allant à cheval, les chars et les bêtes de sommes chargées sont aussi 
soumis à des droits de passage, avec des distinctions qui rappellent 
en plus d'un point nos tarifs de patentes d'aujourd'hui. Il faut re- 
marquer que les menues denrées vendues au marché par des gens 
assis par terre ne doivent point de tonlieu. Les étalages aux fenê- 
tres ou à la halle (car la ville avait dès lors un marché couvert), le 
colportage en voiture ou à cheval, augmentaient au contraire les taxes 
dues pour chaque nature de marchandise. 

Ce qui alimentait surtout l'activité commerciale de Sens , et ce 
qui devait augmenter considérablement le produit des droits de 
conduit ou de travers, c'est la situation même de la ville sur le 
passage des marchands qui se rendaient aux grandes foires de 
Champagne, et dont la plupart venaient d'Italie ou du midi de la 
France. La navigation de l'Yonne leur offrait de grandes facilités. 
Les bords de cette rivière, aujourd'hui déserts, présentaient à cer- 
taines époques le spectacle le plus animé : on y voyait toute espèce 
de barques, depuis la grande nef, chargée de denrées précieuses 

I. Bourquelot, Éludes sur les foires de Champagne, p. 208 et suiv. 



282 

jusqu'à l'alégement destiné à la soulager et au batelet du pêcheur 
de menuise. A Sens, il s'était établi le long de la rive un faubourg 
commerçant, qui jouissait de franchises toutes particulières i, le 
bourg d'Yonne, qui a conservé son nom jusqu'à nos jours. La 
foire de Lagny et celle de Provins, entre autres, sont désignées dans 
le texte du tarif, et un article spécifie même que les huiles qu'on 
transporte à la première seront assujetties à un péage particu- 
lier : on voit que l'immunité et la protection accordées par les 
comtes de Champagne aux marchands, sur le conduit des foires, ne 
s'étendaient pas jusque-là 2 . Le jour du marché de Sens, qui était dès 
lors le samedi 3 , les trafiquants affluaient également, soit par terre, 
soit par eau, et ceux du Gâtinais arrivaient en ville par le pont, où 
les attendait le receveur du pontenage. Mais ce n'était pas seule- 
ment dans la ville que le roi et le vicomte percevaient le tonlieu : 
c'était à Saligny, à Maillot, à Saint-Clément, à Saint-Denis, à Guy» 
à Évry, à Soucy, à Jouancy. Les droits de passage ou d'entrée se 
payaient dans un rayon plus étendu encore, répondant presque à 
l'ancien comté et limité par les sept châteaux, qui étaient Montereau, 
Marolles-sur-Seine, Bray-sur-Seine, Trainel, Villemaur, Joigny et 
Courtenay 4 . Les mêmes localités, plus Moret, se trouvent énumé- 
rées dans un acte de 1169, comme étant les bornes de la juridiction 
du préchantre de l'église de Sens 5 . Le territoire qu'elles enfer- 
maient était donc à la fois une circonscription civile et ecclésiasti- 
que : on peut conjecturer que les fiefs de la vicomte étaient com- 
pris tous dans ses limites. L'archevêque, le roi, le vicomte se par- 
tageaient, comme je l'ai dit, ce territoire d'une manière très-irrégu- 
lière et même très-variable. La juridiction du premier était la plus 
considérable, et finit par devenir prépondérante ; mais le tarif des 
coutumes et péages n'en fait aucune mention, les droits du roi 
et du vicomte étant seuls en jeu dans la perception des impôts 
commerciaux. 



1. voy. p. 292. 

2 . Voy. les Études sur les foires de Champagne, p. 325. 

3. Le marché du samedi fut institué, dit M. Larcher de Lavernade (Hist. de la 
ville de Sens, p. 86), par la charte de Louis VIII en 1225. Il est évident, lorsqu'on 
se réfère au texte, qu'il n'y est nullement question de marché. V. Ordonn. des rois, 
XII, 318. 

4. Voy. ci-après, p. 288; 289. 

5. Cart. gén. de l'Yonne, n, 211. 



283 

J'ai nommé la philologie comme la première intéressée à la pu- 
blication du document qui suit ; et cependant je n'ai pas fait ressor- 
tir les points qui sont de nature à exciter particulièrement cet intérêt. 
C'est que la lecture seule du texte peut offrir l'ensemble des types 
et des procédés de dérivation qui s'y rencontrent; c'est aussi qu'il 
appartient à de plus habiles que moi de les élucider, d'en tirer les 
observations et les conséquences les plus propres à faire avancer 
la science de notre vieille langue. Je me contenterai de quelques 
remarques générales. Les règles de la grammaire du temps, moins 
sévères, mais plus logiques que celles de nos jours, sont, comme 
il a été dit, fidèlement observées ; et ceci est encore un indice d'an- 
cienneté. La déclinaison subsiste : li viscuens, au viconte; li pele- 
tiers, ouvreoirs à peletier ; li porciaus, leporcel, des porciaus ; li 
marcheanz, du marcheant, etc. Les noms de lieu dont la forme 
latine se termine en acum, et la forme moderne en y ou ay, affectent 
la finale ai ou i; c'est un caractère que l'auteur du Dictionnaire 
topographique de l'Yonne signale comme commun à tous les vo- 
cables français du pays, depuis le douzième siècle jusqu'à la fin du 
treizième ! : Maalai, Cuisi, Évri, etc. Les mots en el ou en eu sont 
généralement écrits avec la finale au : siau, suif; miau , miel; 
quiaudre, pour queudre, coudre. Enfin plusieurs termes présentent 
une forme archaïque assez rare, reproduisant clairement la racine 
ou expliquant la transition de celle-ci au dérivé moderne. Je n'ai 
besoin que de noter les expressions suivantes : iqui, pour ici; suens 
(type suenus), pour sien; eive(aqua, ewa) , eau; Saint-Denise (Dio- 
nysius) ; antre voies, répondant à parfois ; où que que il aut nou de 
que que il veigne, où qu'il aille ou d'où qu'il vienne; que de bar- 
raige que de pontenaige, tant de barrage que de pontenage ; et d'au- 
tres plus fréquentes, mais non moins caractéristiques, comme au- 
veques, à tote, autresin, murs (mulus), nés, pour ne les, etc. On les 
trouvera en grand nombre dans le texte. 

Une dernière observation reste à faire : elle concerne les mon- 
naies, les poids et les mesures employés dans le tarif des coutumes 
de Sens. Les premières sont les monnaies ordinaires de Paris: le 
sou et le denier. Au-dessous, on rencontre l'obole ou le demi- 
denier, et la petite monnaie de France appelée en latin pogesia, re- 
présentant la demi-obole ou le quart du denier ; leurs valeurs res- 

1. Introd., p. xx. 



284 

pectives sont parfaitement déterminées par les articles qui les men- 
tionnent. La dernière ayant revêtu dans le français différentes for- 
mes, et n'étant désignée ici que par l'abréviation p°,j'ai cru devoir la 
rendre par le type qui se rapproche le plus du latin : pogeoise. Les 
principaux poids spécifiés sont le pois {pondus), et la sodée (solidalà), 
deux termes qui se prenaient pour la livre 1 ; le cent, la demie dési- 
gnent cent livres, une demi-livre. En dehors des poids, figurent 
certaines quantités vagues servant de base à des taxes : )anavée ou 
charge d'un bateau, la some, charge d'un cheval ou d'un âne, la 
havée ou poignée, la danrée, quantité répondant à la valeur d'un 
denier; et d'autres plus déterminées, la dozene de lin ou de cor- 
douan, la tacre, lot de dix cuirs, etc. Les mesures sont la met (maita) 
pour le sel, la Jlasche (flachià) pour les pois, la paalée et la chau- 
derée, pour les suifs; le quarteron, la mine, le muid, le setier poul- 
ies grains, le sel et autres denrées 2 . Il est à remarquer que c'est la 
mesure de Paris qui est usitée, au moins pour le muid», quoique 
Sens eût ses mesures particulières, dont on trouve la trace dès 1189, 
dans une donation faite par Philippe-Auguste aux Lépreux de Sens 4 . 
Le rapport des mesures de ces deux villes entre elles était tel : le 
muid de Paris (douze setiers), pour le blé, valait neuf setiers et 
trois minels de Sens (le minel était le quart du setier); pour l'avoine, 
le muid de Paris valait quinze setiers et trois minels de Sens; pour 
le vin, le muid était égal dans les deux villes, et comprenait seize 
setiers, dix-huit en temps de vendanges 5 . Mais on conçoit que les 
mesures de Paris aient été préférées, puisqu'il s'agit des revenus du 
roi. 



i. Voy. Du Cange, à ces mots. 

2. Voy., dans les notes placées en regard du texte, des explications relatives à 
quelques-uns de ces termes. 

3. Voy. p. 286. 

4. « Unum modium frumenti ad mensuram Senonensem , et sex modios vini ad 
mensuram Senonensem. » Car t. gén. de l'Yonne, II, 373. 

5. Voy. Du Cange, au mot Modius. 

A. LEGOY DE LA MARCHE. 






285 



Coutumes et péages de Sens. 

Ce sont les costumes et li paages de Sanz , le roi et au vil- 
conte. 

Qui achate à Sanz file, et il an fait à Sanz le drap, an quel 
que leu que il lou vande, il an doit à Sanz i denier, et autretant 
dou tapiz, viscuens la mitié, li rois l'autre. 

De chascun drap où il a legne, si an doit cil qui le vant i de- 
nier, li viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Qui achate panne de sauvaigine * à Sanz, si doit i denier de la 
panne, et i denier dou peliçon 2 , li viscuens la mitié, li rois 
l'autre. 

De la panne d'eigniaus i obole, dou peliçon i obole, viscuens 
la mitié, li rois [l'autre] 3 . 

Se li peletiers quiaut * piaus à Sanz, dom il face panne ou pe- 
liçon, an quel que leu que il les vande, il an doit à Sanz i obole 
de chascun chiés. 

Chascuns chiés de sauvaigine où il a drap et panne ensamble 5 , 
si doit ii deniers, li viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Chascune pièce de toiile 6 doit i obole dou va[ndre et] i obole 
de l'acheter 7 , li viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Qui achète à Sanz cheval, si an doit [nu deniers dou vandre] 
et mi deniers de Tacheter, viscuens la mitié, li rois l'autre. 
Se li chevaus vient d'outre le pont ou il i vait, si doit vi deniers ; 

1. Fourrure de bête fauve. 

2. Vêtement garni de fourrures, comme on en portait considérablement au moyen 
âge. 

3. Autant que possible, je restitue entre crochets [ ] les mots qu 1 ont fait dispa- 
raître soit des déchirures, soit des trous dans le parchemin. 

4. Du verbe quiaudreou queudre, coudre. 

5. Ce passage semble indiquer que le mot sauvagine désignait aussi une sorte de 
vêtement ou de couverture, faite en partie de peaux de bêtes. Voy. Du Cange, au mot 
Sylvaticus. 

6. Les toiles étaient, comme les draps, un des principaux objets qui se débitaient 
aux foires des environs. La longueur légale de la pièce était, pour les toiles sans doute 
comme pour les draps, de 36 aunes de Champagne. Voy. Bourquelot, Éludes sur 
les foires de Champagne, p. 254. 

7. Le vendeur et l'acheteur devaient chacun une obole, ou un demi-denier. 



286 

lors n'i a li viscuens que n deniers et obole, et li rois prant le 
re mènent. 

La jumanz doit n deniers dou sandre et n deniers de l'ache- 
ter, li viscuens la mitié, li rois l'autre. Se la jumanz passe le 
pont, si doit mi deniers dou vandre et rai deniers de l'acheter ; 
lors n'i a li viscuens que ni, li rois v deniers. 

Li setiers 2 de sel doit v pogeoises 3 dou vandre et autant de 
l'acheter, d'orne de la vile ou de famme de Sanz, viscuens la mi- 
tié, li rois l'autre. 

Chascuns qui vant sel à Sanz doit i carteron de sel chascun an, 
li viscuens la mitié, li rois l'autre. Se hom estreinges descharge 
sel à Sanz et il l'i vande, il an doit in mines 4 de sel de la na- 
vée 4 , et dou mui xv deniers, au mui de Paris 6 , li viscuens la 
mitié, li rois l'autre des m mines de sel ; mais li viscuens ne 
prant que m deniers es xv deniers, et li rois xn deniers. 

Se hom estreinges achate vin por revandre, il an doit n de- 
niers dou tonnel, li viscuens la mitié, li rois l'autre. S'il l'an 
moine par le pont , si an doit rai deniers, que de barrage que de 
pontenaige que de harraige por la charraute ; lors n'i prant li 
viscuens que i denier por le pontenaige, et li rois ni deniers por 
lou barraige, qui est suens 7 par tout. 

La some 8 de vin sor cheval, par le pont, doit n deniers et 
obole, de barraige de pontenaige, li viscuens ni pogeoises ; et 
sor l'arne, in oboles, li viscuens i obole, li rois i denier ; et par 
les autres portes, doit la some sor cheval m oboles, li viscuens 
i obole, li rois i denier; et sor l'arne, i denier, li viscuens i po- 
geoise et li rois m pogeoises. 



1. On voit par cet article et plusieurs des suivants que le droit de pontenage, levé 
sur les marchandises qui franchissaient le pont, était divisé fort irrégulièrement: 
tantôt le vicomte n'en avait qu'une faihle portion , tantôt les deux parts étaient 
égales. 

2. Le setier (sextarius) varia de capacité suivant les temps et les lieux. A la me- 
sure de Paris, qui paraît usitée dans cette pièce, douze boisseaux formaient un se- 
tier. Voy. le rapport fait en 1330 à la Chambre des comptes par les jaugeurs de la 
ville de Paris, cité par Du Cange au mot Modius. 

3. Voy. ci-dessus, p. 284. 

4. La mine était la moitié du setier. 

5. Charge d'un bateau. 

6. Le muids était de douze setiers. Voy. ci-dessus, p. 284. 

7. Suus, suenus, sien. 

8. Sagma, sauma, charge d'une bête de somme. 



287 

Li meuliers qui vant meules doit chascun an xvi [deniers porj 
son [meu]laige, et doit n deniers de barraige por sa charraute, 
viscuens néant ; [et] se la charraute passe le pont, si doit n de- 
niers de pontenaige, viscuens i denier, li rois i denier ; es xvi 
deniers a li viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Li gaidiers ' doit chascun an xvi deniers, viscuens la mitié, 
li rois l'autre, et doit n deniers por sa charraute de barraige, 
viscuens néant ; et s'ele passe par le pont, n deniers de ponte- 
naige, viscuens la mitié. Geste costume cort à Seint Climant', et 
à Seint Denise», et as Greinchètes 4 , et à Guisi 5 , et h Evri 6 , et 
à Souci 7 , et à Jouanci 8 , et à Maleiaut 9 . 

Se hom estreinges amoine fruit an ceste vile, et il l'i vande, li 
tonleer 10 porra prandre dou fruit danrée" an la charrete, et an 
la charretée de fromaiges i fromaige, ne des peiors ne des meil- 
lors ; an ce n'a li viscuens néant. 

Chascune glanne d'auzdoiti obole, li viscuens i pogeoise; et 
s'il la vant menuemant, n danrées d'auz, li viscuens i obole. 

Chascuns qui vant faucilles à Sanz doit une faucille l'an, li vis- 
cuens la mitié, li rois l'autre. 

La nacelle qui vient d'amont por vandre, d'un seul fust, jus- 
qu'à la mote de Beigniaus ,2 doit n deniers, viscuens la mitié, li 

1. Le gaidier était celui qui teignait des laines avec la guède (guaisdium), ou 
pastel. Cette plante, qui donne une teinte bleu foncé, jouait un grand rôle dans la 
teinture des draps au moyen-âge. Elle était fort en usage chez les drapiers de Paris, 
de Troyes , de Provins. Le tonlieu de la guède existait dans cette dernière ville en 
1222, date à laquelle le comte de Champagne en céda sa part à un citoyen de Cré- 
mone. Voy. Bourquelot, Études sur les foires de Champagne, p. 221-223. 

2. Saint-Clément, village à 2 kilom. de Sens (canton nord). 

3. Saint-Denis-près-Sens, à 4 kilom. de cette ville (canton sud). 

4. Granchettes {Granchettx), hameau de la commune de Saint-Denis-près-Sens. 

5. Cuy (Cusiacum, au douzième siècle Quisy), village du canton de Pont-sur- 
Yonne. 

6. Évry {Evriacum), village du canton de Pont-sur- Yonne. 

7. Soucy (Sociacum); village à 6 kilom. de Sens (canton nord). 

8. Jouancy (Jovenciacum) , hameau de la commune de Soucy. 

9. Maillot (Masleotum), village à 4 kilom. de Sens (canton nord). 

10. Le tonloier était l'agent qui percevait le tonlieu, impôt marchand, appliqué plus 
spécialement au commerce maritime. 

11. C'est-à-dire la valeur d'un denier, sens primordial de denariata. 

12. Il n'y a, aux environs de Sens, d'autre nom de lieu se rapprochant de celui-ci 
que Bagneaux, village du canton de Villeneuve-F Archevêque, sur la Vanne ; mais 
il ne peut être question de lui, car la Vanne n'est pas un cours d'eau navigable. Le 
droit dû par les bateaux devenant plus élevé lorsqu'ils dépassaient ce point, ne se- 



288 

rois l'autre ; et s'ele passe la mote, si doit mi deniers, viscuens 
la initié, li rois l'autre. Qui vant à Sanz nacelle, si doit n deniers 
de tonli, et n deniers d'avalaige * , s'il l'an moine par Yone, vis- 
cuens la mitié, li rois l'autre; se peschierres de Sanzl'achate por 
son user, il n'an doit riens tant qu'il la revande, et lors si an doit 
n deniers, viscuens la initié, li rois l'autre. 

La granz nés ou li alegemanz 2 qui vient d'amont, s'ele ne 
passe Sanz, si ne doit que un deniers, viscuens la mitié , li rois 
l'autre; et s'ele passe la mote de Beigniaus, si doit vin deniers 
d'avalaige , li viscuens n'i a que n deniers, et li rois le remenent : 
et s'ele monte et ele ne p[asse Sanz], ne doit que un deniers, 
viscuens la mitié, li rois l'autre ; et s'ele [passe la mote], si doit 
vin deniers de montaige, lors n'i a li viscuens que n deniers, et 
li rois le remenent. 

Li cuir qui passent parmi Sanz, se il passent les vu chastiaus, 
doivent nu deniers de chascun lot de conduit, li viscuens la mitié, 
li rois l'autre ; et s'il remenent dedanz les vu chastiaus, il ne 
doivent que barrage , li viscuens n'i prant néant; et s'il passent 
par le pont, si doivent pontenaige , n deniers por la charrete, 
viscuens la mitié , li rois l'autre; et s'il passent par le lonc de la 
vile, si doit la charrete nu deniers que de barraige que de ponte- 
naige; an ce n'a li viscuens que i denier por le pontenaige, etli 
rois les ni deniers : et s'il passent les vu chastiaus, si doivent 

rait-il pas plus rationnel de voir dans la motte de Bagneaux une digue consti uite 
auprès de Sens, du côté de Bagneaux, c'est-à-dire vers un des confluents de l'Yonne 
et de la Vanne, digue qui aurait servi de limite d'octroi pour les marchandises des- 
cendant la première de ces rivières ? Ce qui l'indique , c'est l'article suivant : si le 
grand bateau qui vient d'amont, dit-il, ne passe point Sens, il ne doit que quatre 
deniers; s'il passe la motte de Bagneaux, il en doit huit. Le second cas est évidem- 
ment opposé au premier : la motte de Bagneaux est identifiée, comme situation, à 
l'entrée de la ville. Le nom de Motte, appliqué à tant de localités au moyen âge, 
ne provenait souvent que du voisinage d'une digue. On trouve, près du confluent de 
la Vanne, la Motte César ou Motte-Ciar. Je soumets toutefois cette interprétation 
au jugement de ceux qui peuvent avoir une connaissance approfondie des lieux. La 
mote de Beigniaus est aussi désignée plus loin comme une des bornes du conduit 
de Sens (voy. p. 297). 

1. Du Cange explique ce terme par le droit de mettre des nasses ou autres appa- 
reils pour prendre le poisson. Ce passage, et plus encore le passage suivant, donnent 
à entendre qu'il s'agit plutôt ici du droit levé sur le bateau qui descendait l'Yonne, 
par opposition au montage, mentionné plus loin. 

2. Proprement, l'action de décharger un bateau (alleviamentum) : mais ce mot 
est ici synonyme d'allégé, barque servant à alléger la charge d'une autre. 



289 

un deniers por le lot, li \iscuens la initié, li rois l'autre, ou 
xx deniers por la charretée, le quel que li marcheanz voudra 
miauz, li viscuens ix deniers, li rois xi deniers. 

Savoir devez quel sontli vu chastiau : Mosterriaus 1 , Merroles*, 
Breiz 3 , Treigniaus 4 , Vilemors 5 , Joeignis 6 , Cortenaiz 7 . 

Bacon qui passent parmi Sanz, s'il passent les vu chastiaus, 
si doit chascuns i obole de conduit, li viscuens la mitié, li rois 
l'autre; et se li oinz est auvec le bacon 8 , li bacons et li oinz 
sont quite por i obole, \iscuens la mitié, li rois l'autre; li oinz 
sanz le bacon doit i obole, viscuens la mitié, et li bacons sanz 
l'oint i obole, viscuens la mitié, li rois l'autre ; et s'il [sont an 
charrete] et il ne passent les vu chastiaus , si doit la charrete 
[n deniers de] bar raige, viscuens néant; et s'il passent par le 
pont, ii deniers por la charrete de pontenaige, viscuens la mi- 
tié, li rois l'autre ; et s'il sont an nef si doivent autant com an 
charrete, et si doivent la costume de la nef, viscuens la mitié. 

Huilles qui passe parmi Sanz, et il passe par antre les vu 
chastiaus, et il veit an la foire de Leigni, si doit i obole la some 
de conduit, viscuens la mitié ; et par eive, doit la costume de la 
nef, viscuens n deniers; et par terre, la costume de la charrete, 
viscuens i denier por le pontenaige, et par les n deniers de bar- 
raige viscuens néant. Se la nex passe dès Ponton 9 jusqu'à la 
mote de Beigniaus, et il vait aillors que à Leigni, où que que il 
aut nou de que que il veigne, si ne doit seulement que la costume 
de la nef, et par terre la costume de la charrete; lors si est devisié 
si come il est desus. 

La paalée de siau ' ° doit i obole de conduit, viscuens la mitié ; 

1. Montereau {Musteriolum). 

2. MarolIes-sur-Seine (Merrolx), Seine-et-Marne, canton de Montereau. 

3. Bray-sur-Seine (Braicum), Seine-et-Marne, arrondissement de Provins. 

4. Trainel (Triagnellum), Aube, canton de Nogent-sur-Seine. 

5. Villemaur (Villemauri), Aube, canton d'Estissac. 

6. Joigny (Joviniacum). 

7. Courtenay (Curtiniacum), Loiret, arrondissement de Montargis. 

8. Le bacon est le porc salé, Voint la graisse ou la partie du porc dont on la tire. 

9. Cet endroit, désigné également plus bas comme la limite du conduit de Sens 
opposée à la motte de Bagneaux (voy. p. 297), pouvait être, comme cette dernière, 
aux portes de la ville. Il faut remonter jusqu'au-dessus de Joigny pour trouver un 
village du nom de Ponton, ayant existé autrefois sur le bord de l'Yonne. 

10. La palle ou pelle servait à mesurer diverses denrées. On trouve plus bas 
(p. 291) le siel ou siau, assimilé à Voint ; ce qui fait supposer, en dépit des règles 
étymologiques, que ces mots désignent ici plutôt le suif (seupum, sieu) que le sel : 

II. [Sixième série.) 20 



"290 

la chauderée ' i denier, viscuens la mitié; ou por la charretée 
xx deniers, fors que tant que li rois prant avant son barraige ; 
lors n'i a li viscuens que ix deniers, et li rois xi deniers por 
son barraige. 

Se hom de la comune met huille an l'eive, il n'an doit néant; 
et se hom estreinges qui ne soit pas de la comune met huille an 
l'eive, si doit i obole de la some , li viscuens la mitié, li rois 
l'autre. 

Nus por nule costume n'est quites de peison de mer, ne de 
fer, ne d'acier, ne de miau 3 , ne de tacre', s'il est marcheanz. 

Chascuns metauz doit conduit, la charretée xx deniers dou 
lonc ; iqui prant li viscuens ix deniers, et li rois xi deniers : et 
dou travers 4 doit m sols et n deniers ; li viscuens i prant 
xvin deniers, et li rois xx deniers. 

Li trossiaus doit dou travers vu deniers, li viscuens im de- 
niers, et li rois ni deniers ; et vi deniers dou lonc, li viscuens 
ni deniers et obole, et li rois n deniers et obole; et la baie au- 
tresin vi deniers, li viscuens n deniers et obole, et li rois ni de- 
niers et obole. 

La trosse dou travers doit nu deniers, li viscuens in oboles, 
li rois il deniers et obole ; et dou lonc v deniers, li viscuens 
il deniers, li rois m deniers. 

Amandes, figues, perrelle 5 , pome, cytre ou grenace 6 , li fis 

celui-ci, du reste, se trouve dans toute la pièce sous la forme sel. V. Du Cange, au 
mot Sieu. 

1 . La chauderée était une mesure usitée pour les graisses. « De la chauderée de 
rèmes (saindoux) un denier » (Du Cange, au mot Chauderea). 

2. Du Cange parle d'un droit qui se percevait sur le miel (melagium). 

3. Lot de cuirs, au nombre de dix. 

4. Le passage en long (dans le sens de la longueur du territoire), et le passage en 
large, donnent lieu à deux taxes, dont l'une est tantôt plus faible que l'autre, et tan- 
tôt plus élevée. 

5. Sorte de terre blanche qui entrait dans la composition de certains remèdes. 

6. Garnachia, espèce de vin blanc, d'après Du Gange. Autant que je me rappelle, 
on nomme encore guernache, dans quelques provinces, une boisson faite avec des 
fruits : la place que cette denrée occupe ici indique une liqueur analogue. Avait-elle la 
même vertu que celle qui se fabrique aujourd'hui à Cette sous le nom de vin de Grena- 
che? On peut le croire, d'après cette appréciation du Secretum secrelorum, composé 
au treizième siècle par Jofroi de Waterford : « Le vin vernache est de milhor condition, 
car il est atempréement fort, et llaire très douchement ains qu'il viengne à la bou- 
che, les narines salue, et conforte la cervelle, bien prent al palais, et point sens bles- 
chier, al cuer donne joie et leesche, et, courtement à dire, de tous vins ce est le 
pervenke (Bibl. imp. mss. fr. 1822). » Grenache n'est pas un nom de terroir : 



m 

sanz teinture, legne, fruit ques que il soit, fromaige mollce, 
estailliée, chanvres tauz ne doivent rien de conduit, mais bar- 
rage, viscuens néant ; et de pontenaige, n deniers la charraute, 
viscuens i denier : tôt autres avoirs doit conduit; lors prant li 
viscuens si corne il est desus devisié. 

Se home van cire, si doit mi deniers dou cent, viscuens néant; 
et s'il vant siel ou oint, si doit un deniers dou cent dou vendre 
et un deniers de l'acheter, viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Cheval qui sont à vandre et vont an la foire, et passent dou 
travers, doit li chevaus vu deniers, viscuens nu deniers, li rois 
m deniers; et dou lonc, vi deniers, li viscuens u deniers et 
obole, li rois m deniers et obole. Li murs 1 doit autretant come 
li chevaus ; et s'an le moine de marchié an marchié, si ne doit 
que i denier de barraige, viscuens néant ; et s'il vient par le pont 
ou il i vet, si doit i denier de pontenaige, viscuens la mitié, li 
rois l'autre. 

Li arnes chargiez doit vi deniers de conduit, viscuens la mi- 
tié, et i obole de barrage, viscuens néant; et dou lonc, v deniers 
et obole, viscuens n deniers et obole, li rois m deniers. 

La flasche 2 de poiz doit i obole de conduit, li viscuens la mi- 
tié : ou por la charretée, xx deniers dou lonc, viscuens ix de- 
niers, li rois xi deniers; et dou travers, si doit ni sols et n de- 
niers, li viscuens xvm deniers, li rois xx deniers por son 
barrage. 

Li mostons, la berbiz doivent i obole de pontenaige, et dou 
travers i pogeoise, li viscuens néant, que c'est barrages. 

Li porciaus doit i denier dou lonc, li viscuens i pogeoise, et 
dou travers 3 de barrage, li viscuens néant ; et la vaiche doit autant 
come li porciaus; et li beus doit n deniers dou lonc, li viscuens 
i obole, et i denier dou travers, viscuens néant, car c'est 
barrages. 

Marcheant qui passe à cheval dou lonc doit h deniers ; li vis- 
cuens i prant i obole ; et dou travers, i denier, viscuens néant. 



on ne peut , en raison de la composition de cette liqueur, y voir autre chose qu'un 
dérivé de granalicum. 

1. Mulus,murs, mulet; plus haut asinus, arnes, âne. 

2. Flachia, sorte de vase ou de mesure que Du Cange indique précisément comme 
employée en Champagne pour les pois : « Li sas de pois et de warpot (vesces), nu 
deniers, et la jlache une obole » (Coutume de Troyes). 

3. Il manque sans doute ici les mots un denier ou une obole. 

20. 



•29-2 

Li peschierres foreins de gros peissons, s'il les achate, doit 
il deniers la semeine, et de menuise 1 i denier; li viscuens n' 
prant néant. 

Devant la comune n'estoit nus quites por la costume de Maa- 
lai * ? s'il ne mostroit par quoi il an de voit estre quites, et co- 
venoit qu'il an amenast les menistres de trois poestez 3 . 

Li taverniers qui prant gaiges et il les vant, n'an doit pas tonli 
s'il ne vaut xn deniers ou plus ; et s'il vaut plus de xn deniers, 
si an doit tonli, viscuens la mitié. 

Nule beste qui ait randu barraige ne pontenaige, s'il revient 
dedanz les vin jorz, n'an paie riens. 

Chascuns chiés de robe sanz panne doit i obole, viscuens la 
initié. 

Se aucuns vant sa robe por son besoign, il n'en doit riens. 

Se aucuns aporte cuir à son col por vandre et il vient par le 
pont, il doit i denier, viscuens i pogeoise; et à cheval, n deniers, 
li viscuens i obole : et s'il vient par les autres portes, i obole, 
viscuens néant ; et à cheval 1 denier, viscuens néant, car c'est 
barraiges; et s'il est d'ocise de lous, il n'an doit riens *. 

Qui achate cuir de cheval, si doit n deniers dou tuaige, viscuens 
la mitié; et cil qui le vant doit i denier, viscuens la mitié : et dou 
cuir d'asne, i obole; et cil quil'achate, i obole, viscuens la mitié. 

Nus ne doit estre quites por la costume dou bèrc d'Yone 5 , s'il 
n'i a tel maison où il puisse menoir se métiers li est : et s'aucuns 
achate maison ou bore d'Yone, il n'an sera pas quites s'il n'i 
meint ou il ne l'achate de son oir; et lors licovanra jurer qu'il 
ne l'a pas achetée por tolir la costume le roi. 

Li cenz de morues doit vin deniers dou vandre et vin deniers 
de l'acheter, viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Harans doit li millers toi deniers dou vandre et un deniers 
por l'acheter, viscuens la mitié, li rois l'autre. 

1. Menusia, petit poisson en général. 

2. Mâlay-le-Vicomte ou le Grand, bourg tout voisin de Sens, qui fut compris par 
Philippe- Auguste dans la commune octroyée à cette ville en 1189. 

3. C'est-à-dire, selon le sens le plus probable, qu'il fit venir, pour le certifier, des 
témoins pris parmi les officiers de trois juridictions ou de trois territoires différents. 

4. Les traces de [récompenses ou d'immunités accordées aux lueurs de loups, qui 
deviennent si fréquentes au quatorzième siècle , ne se retrouvent guère qu'à partir 
du commencement du treizième. Celle-ci est peut-être une des plus anciennes. Voy. 
Du Cange, au mot Luparius, et Brussel, Usage gén. des fie/s, t. II, p. cxl. 

5. V. page 282. 



293 

De gras pois les xx sodées ' un deniers dou vandre et nu de- 
niers por l'acheter, viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Li cenz d'einguilles salées doit nu deniers dou vandre et un 
deniers por l'acheter , viscuens la mitié, li rois l'autre ; es ein- 
guilles douces n'a li \iscuens néant. 

Li milliers de soiches 2 doit un deniers ; mais cil qui les af- 
feile et vant de sa mein n'an doit- riens, fors que seulemant 
ii soiches au tonleer ; an ce prant li viscuens la mitié, li rois 
l'autre. 

Li feures s doit de chascune ferreure de charrete la mitié 
[n deniers] 4 . 

La some de fer doit i obole, viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Nus aornemanz d'ome ne de cheval, come d'armeure ne d'au- 
tre harnois, ne doit riens de tonli, ne de paage, ne de conduit. 

Se hoin estreinges vant orex 5 , si doit de la dozene h deniers, 
viscuens la mitié ; et se hom les aporte par le pont à pie, si doit 
i denier, li viscuens i pogeoise, li rois ni pogeoises ; et à cheval 
h deniers, li viscuens i obole et li rois ni oboles por son bar- 



* 1. Solidatse, pour livres. 

2 . Il se faisait au moyen âge une grande consommation de sèches {sepiœ ou siccx). 
Ce poisson servait à la fois d'aliment, d'ingrédient pour la composition de l'encre, 
et sans doute à d'autres usages encore. Il entrait dans la nourriture ordinaire des 
moines de Cluni : c'était bien là, en effet, un mets d'ascète. Les sèches de Coutan- 
ces avaient une réputation proverbiale au treizième siècle. Au douzième, d'après la 
coutume de Verneuil, la charretée de sèches, comme ici le millier, payait untonlieu 
de quatre deniers (V. Delisle, Des revenus publics en Normandie, Bibl. de l'École 
des Chartes, 3 e série, t. Il, p. 428, et Du Cange, au mot Sepia). Ce passage indique 
que les sèches subissaient une certaine préparation avant d'être livrées au consom- 
mateur. 

3. Ce terme, qui s'applique d'une manière générale aux ouvriers travaillant le fer, 
désigne ici le charron. 

4. Les mots « deux deniers (h d.) » sont d'une écriture un peu postérieure. 

5. Ce mot n'est pas douteux quant à l'écriture, mais il peut le sembler quant au 
sens. Il est question de poisson dans les deux articles qui suivent : ne peut-on pas 
en induire qu'il s'agit de la brème ou brame de mer, poisson large, aux écailles do- 
rées, appelé par cette raison aurata ou orata, terme qui a produit dans les idiomes 
méridionaux drada, dorade, orade, et qui aura fait dans celui du nord oré, orée 
(Voy. nu Cange, Diefenbach, Ménage, nict. de Trévoux, à ces mots)? La rareté et la 
grosseur de ce poisson par rapport au hareng, spécifié immédiatement après, ex- 
plique la forte différence des taxes imposées sur chacun d'eux. Je doute que le 
sens de faisan (voy. niefenbach : « Orex ou orix, onix, fasianus ») soit destiné 
à rallier beaucoup de suffrages. 



294 

rage ; et par lou travers à pié i obole, viscuens néant, et à che- 
val i denier, viscuens neiant. 

Se harans vient devers Provins et il passe parmi Sanz, si doit 
li milliers u deniers de conduit, li viscuens la mitié'; et si doit 
il deniers de barrage por la charrete, li viscuens néant. 

Se aucuns marcheanz amoine peisson de mer de Paris et il soit 
meuz por venir à Sanz, s'il an vant antre voies an vile où mar- 
chiez ne quevre mie * , il am paie toute la costume à Sanz ; et se 
il an vant an vile où marchiez quevre et soit 2 , la mitié de la 
costume sera a la vile, et l'autre mitié sera à Sanz, viscuens la 
mitié, li rois l'autre. 

Se hom estreinges achate blé à Sanz, il an doit de chascun 
mui nu deniers, viscuens la mitié, li rois l'autre ; et le jor qu'il 
l'arive, si doit de chascune charretée mi deniers, li viscuens i de- 
nier, li rois tu deniers. 

Se hom estreinges achate blé à Sanz et il l'an moint aillors 
por vandre, si doit por la charretée u deniers de tonli, viscuens 
la mitié, et n deniers de barrage, viscuens néant ; et s'il passe 
par le pont, si doit ancor n deniers de pontenaige, viscuens 
i denier, li rois l'autre; et s'il l'achaste au mui, si an doit im de- 
niers de chascun mui de costume, viscuens la mitié, li rois 
l'autre. 

Se marcheanz amoine blé à Sanz por vandre, et il l'a moint par 
le pont, si doit por la charrete u deniers de barrage et n deniers 
de pontenaige, viscuens i denier, li rois ni deniers. 

Chascune fenestre où l'an vant fromaiges doit n sols l'an, vis- 
cuens néant. 

Chascune chaudière où l'an taint doit nu deniers l'an, vis- 
cuens néant. 

Chascuns ouvreoirs à peletier doit un deniers l'an, viscuens 
néant. 

Chascuns qui vant sollers de vaiche ou marchié doit un peire 
de sollers de vaiche l'an, viscuens la mitié, li rois l'autre, 



* . C'est-à-dire , comme le montre le cas spécifié ensuite , en dehors de marchés 
couverts ou des halles. On a dit, en effet, cooperta, couverte ou couvertiz, pour 
désigner ces emplacements. Voy Du Cange, au mot Cooperta. 

2. Ubi mercatus cooperit et sepit ; ou bien, ce qui revient au même, ubi merca- 
tus cooperit et sotum {sotum, haie ou clôture). Le mot marchiez, écrit au cas su- 
jet, ne permet guère d'interpréter autrement ce passage. 



295 

Chascuns qui vant cuir ou marehié si doit xxxn deniers l'an, 
viscuens la mitié. 

Chascuns pois * de file de legne doit i denier dou vandre et i de- 
nier de l'acheter, viscuens la mitié, li rois l'autre. 

Chascuns pois d'eignelins 2 doit i denier dou vandre et i denier 
por l'acheter, li viscuens néant; et cil qui l'achate por draper 
n'an doit riens. 

Li quarterons de piaus doit mi deniers dou vandre et mi de- 
niers por l'acheter, li viscuens la mitié ; et s'il les achate menue- 
ment, si doit i pogeoise de la pel, viscuens la mitié. 

Chascuns quarterons de legne doit mi deniers dou vandre et 
mi deniers por l'acheter, viscuens néant ; et qui la vant menue- 
ment, si an doit i pogeoise por chascune toison, li viscuens 
néant. 

Chascune dozene de cordoan 3 doit n deniers dou vandre et 
il deniers por l'acheter, viscuens la mitié, 

Qui achate chanvre à Sanz, si doit n deniers por la charretée, 
viscuens la mitié, et i denier de celui qui le porte a col por la 
cuillaute, viscuens la mitié. 

La grosse dozene de lin doit n deniers dou vandre et n deniers 
por l'acheter, viscuens la mitié. 

Se charz passe parmi Sanz, si doit un sols et un deniers dou 
lonc, li viscuens xvin deniers, li rois xxii deniers : et s'il passe 
dou travers, si doit vi sols et mi deniers; li viscuens i prant 
m sols, et li rois ni sols et mi deniers, c'est à savoir por son 
barraige. 

Chascuns qui vant sel ou marehié doit ni havées 4 de sel la 
semeine, li viscuens la mitié, li rois l'autre, mais que li viscuens 
prant avant d'une met 5 . 

1. Pondus pris pour livre, la livre étant considérée comme l'unité de poids. 
3. Laines d'agneaux. 

3. Les cuirs de Cordoue, préparés à la façon du maroquin, se répandirent de 
bonne heure en France, et leur nom, d'où est issu celui de cordouannier, s'étendit 
aux imitations qu'on en fit pour les chaussures, la sellerie, les équipements, etc. Le 
cordouan dont il est question ici est évidemment de cette dernière catégorie. On en 
fabriquait en Champagne, et il figurait en abondance aux foires du pays. Voy. Bour- 
quelot, Études sur les foires de Champagne, p. 272, 273. 

4. Havata signifie à la fois le droit de prendre au marché une poignée des den- 
rées qui s'y trouvent, et cette poignée elle-même. 

5. Maita, vase qui servait à des usages variés, et qu'on trouve précisément dési- 
gné dans un cartulaire de Saint-Marien d'Auxerre, en 1180, comme mesure de sel. 
Voy. Du Cange, à ce mot. 



296 

Chascune peire de chauces que l'an vant doivent i pogeoise, 
viscuens la mitié. 

Chascune charretée de pein qui vient ou marchié doit n de- 
niers de barrage, viscuens néant, et i obole d'estelaige, viscuens 
la mitié; et se la charrete passe par le pont, si doit n deniers, 
viscuens la mitié. 

Chascuns boichers doit au diemeinche i denier de coppaige, et 
li estreingesle paient au samedi 1 ; viscuens i prant le tierz . 

Chascuns muis de miau doit iiii deniers dou vandre et un de- 
niers de l'acheter, viscuens la mitié. 

'fuit cil qui siéent à terre ou marchié por vandre menues 
choses qui ne doivent pas tonli, si paient i obole, viscuens la mi- 
tié; mais cil qui vandent la cire doivent plus demie 2 de cire, 
viscuens néant an la cire. 

Qui achate blé à Sanz et il l'an moint sor i asne, si an doit 
i obole de tonli et i obole de barrage, viscuens i pogeoise et li 
roi ni pogeoises. 

La paalée de siau doit i obole dou vandre et i obole de l'a- 
cheter, viscuens la mitié ; et la chauderée 3 i denier dou vandre 
et i denier por l'acheter, viscuens la mitié; ou la charretée 
xx deniers, lequel que li marcheanz voudra miauz, viscuens 
ix deniers et li rois xi deniers por le barrage. 

Li peschierres de Sanz de gros peissons doit n deniers la se- 
mene, et i denier de la menuise, viscuens néant. 

Cil qui vant ferreure de charrete doit n deniers dou vandre, 
et ii deniers por l'acheter, viscuens la mitié. 

Litonlis de Saleigni 4 et de Maleiaut Saint Père 5 et de Saint 
Climent 6 est de la costume de Sanz. 

Chascuns talemetiers 7 de Sanz doit xn deniers as huitaves de la 
Seint Jehan, et xn deniers as huitaves de la Tosainz, et xn de- 



1. Cette redevance hebdomadaire était payable par les étrangers le samedi, parce 
que le marché de Sens avait lieu dès lors ce jour-là. Voy. la page suivante. 

2. Une demi-livre. 

3. Voy p. 289, note 10, et p. 290, note 2. 

4. Saligny {Saliniacum), village à 6 kilom. de Sens. 

5. Maillot-Saint-Pierre (voy. plus haut, p. 287, note 9), ainsi nommé à cause 
du voisinage de Saint-Pierre-le-Vif, dans le bailliage duquel il se trouvait avant la 
révolution , et qui n'est plus aujourd'hui qu'un faubourg de Sens. 

6. Voy. p. 287, note 2. 

7. Talemetarius on talemelarms, pâtissier-boulanger. 



297 

ni ers as huilaves des Brandons ; li viscuens i prant le tierz: et 
s'il nés paient au jor qui sont nomé, il l'amanderont au mina- 
chier et au vilconte. Ceste costume apartient au minaiche 1 . 

Saichiez que li conduiz de Sanz dure dès la mote de Beigniaus 
jusqu'à Ponton, et dès le Ru d'Arces jusqu'au Beou Vieil 2 ; et se 
cil qui chiéent an ces bones ne paient lor paaige à Sanz, ou lor 
costume, il sont an l'amande de Sanz ; et monte l'amande de l'es- 
treinge home lx sols, s'il set qu'il i oit paage et il l'amporte ; et 
s'il viaut jurer qu'il ne savoit mie qu'il i aust paage ne costume, 
il en sera quites por vu sols et demi : li viscuens prant xxx de- 
niers an l'amande de lx sols, et autant an celé de vu sols et 
demi. 

Qui vant oint à Sanz au samedi si doit demie d'oint; li viscuens 
i prant le tierz. 

Qui vant escueles le samedi ou marchié si doit i escuele au 
vilcont d'estelaige. Qui les moine sor i asne, i escuele; et sor 
cheval, n escueles ; et ancharraute, n escueles; et an char, 
vin escueles, d'où que que il veignent. 

Qui vant voirres s à estai, aussin des voirres corne des escue- 
les ; li viscuens prant totes les escueles, et la mitié es voirres, li 
rois l'autre. 

Berbiz à tote la legne qui sont vandues ne doivent rien. 

Qui achate por son meingier porcel, il n'an doit riens. 

Qui achate legne ou file por son vestir, il n'an doit riens. 

Qui amoine blé à Sanz d'outre Yone de son gaaignaige, ne 
d'où que que il vegne, il n'an doit ne tonli, ne barraige, ne pon- 
tenaige; et s'il i a meslé blé auveques qui soit achetez, il doit 
tote sa costume. 

La truie aquite sespetiz porciaus, la berbiz Teigne], la jument 
le polein, la vaiche le veel. 



1. Le minager est le percepteur de l'impôt sur la mensuration des grains ou des 
vins, appelé le minage : mais ce dernier terme signifie aussi le marché où se vend 
le grain. 

1. Le Carlulaire et le Dictionnaire topographiqne de l'Yonne ne contiennent 
aucune indication sur ces différents lieux-dits. Le Ru de Mondereau et plusieurs 
autres petits bras delà Vanne traversaient la ville. Voy. plus haut, p. 287, note 12. 

3. Verres de toute espèce. 



298 
II. 



Ratification par Gui, archevêque de Sens, d'un don de 

SIX ARPENTS DE ROIS FAIT AU PRIEURÉ DE MONTRÉON PAR Ga- 

leran, vicomte de Sens, et son épouse Ermesende. 1184. 

(Arch. del'Emp., S 2122, n. 62.) 

Guido , Dei gratia Senonensis archiepiscopus, omnibus ad 
quos littere iste pervenerint in Domino salutem. Notum fieri 
volumus quod venientes ante nos Gualerannus vicecomes Seno- 
nensis et Ermensenz uxor ejus concesserunt et donaverunt im- 
perpetuam elemosinam Duranno heremite de Monboun et do- 
mui ipsius vi arpennos nemoris juxta domum ipsius. Idem et 
vicecomes, et uxor ejus, et Milo de Villaterri, Petrus de Villa- 
nova, presbiteri, testificati sunt nobis quod Hugo et Bucardus, 
filii vicecomitisse, predictam laudaverunt elemosinam. Ut ergo 
dicta elemosina rata maneat et firma, presenti scripto eam con- 
firmari fecimus, et sigilli nostri impressione muniri. Actum 
Senonis, anno incarnati Verbi M C° LXXX 1111°. 

(Sceau de l'archevêque, en cire brune, sur lacs de soie verte.) 

III. 

Ratification par Gui, archevêque de Sens, de la cession 

DU MOULIN d'IgNART, DEPENDANT DU FIEF DU VICOMTE DE 

Sens, faite au prieuré de Montréon par Milon Crochut. 
1188. 

(Arch. del'Emp., S 2122, n. 61.) 

Guido, Dei gratia Senonensis archiepiscopus, ad quos littere 
iste pervenerint, in Domino salutem. Notum fieri volumus quod 
veniens ante nos Milo Crochut recognovit se dédisse in perpe- 
tuam helemosinam ecclesie béate Marie de Monte Baium quicquid 
habebat in n.olendino de Innart. Hoc autem laudaverunt, sicut 
nobis testificati sunt magister Petrus , noster cancellarius, et 
Milo Crochut, Hermensent, vicecomitissa Senonensis, de cujus 
feodo prescriptum molendinum est, et Hermengart, uxor pre- 
dicti Milonis, et Petrus eorum filius. Ut ergo ratum sit, presenti 



scripto fecimus annotari et sigilli nostri munimine roborari. 
Auctum (sic) Senonis, anno incarnati Verbi M.C.LXXXVIII. 
Data per manum magistri Pétri, cancellarii nostri. 

(Même sceau que le précédent, sur lacs de soie rouge.) 

IV. 

Donation faite par Ermesende, vicomtesse de Sens, au 
prieuré de montréon, du revenu quelle avait sur le 
MOULIN d'Ignart. 1190. 

(Arch. de l'Emp., S 2122, n. 60.) 

Ego Ermansanz , vicecomitissa Senonensis, notum omnibus 
esse volo quod , assensu filiorum meorum et filie mee, donavi 
in perpetuam elemosinam ecclesie béate Marie de Monboun, et 
fratribus ibi Deo servientibus partem quam habebam in molen- 
dino de Ignart , tam in annona quam in censu. Et dominus 
Guido, Senonensis archiepiscopus, ad preces meas litteris suis 
sigillatis id confirmavit. Actum anno incarnati Verbi M°.C°.no- 
nagesimo. 

(Sceau de la vicomtesse, en cire jaune, sur double queue de parchemin; décrit 
par M. Douet d'Arcq '.) 



Approbation par Gui, -archevêque de Sens, de la donation 
précédente. 1190. 

(Arch. de l'Emp., S 2t22, n. 59.) 

Guido, Dei gratia Senonensis archiepiscopus, omnibus ad 
quos littere iste pervenerint, in Domino salutem. Notum fieri 
\olumus quod nobilis domina Ermesenz, vicecomitissa Seno- 
nensis, litteris suis nobis significavit se dédisse in perpetuam 
elemosinam ecclesie béate Marie de Monboun, et fratribus ibi 
Deo servientibus, assensu filiorum suorum et filie sue, partem 
quam ipsa habebat in molendino de Ignart, tam in annona quam 
in censu. Nos itaque quod inde ab ipsa factum est approbamus 

1. Voy. ci-dessus, p. 269. 



300 

etpresentiscripto ad petitionem ejus confirmamus. Actum anno 
incarnati Verbi M°.C°. nonagesimo. 

(Même sceau qu'aux n. II et III, sur queue de parchemin.) 

VI. 

Donation faite par Ermesende, vicomtesse de Sens, au 
prieure de montbeon, de differents revenus en nature 
a prendre sur les dimes de vlllethierry. 1202. 

(Arch. de l'Emp., S 2122, n. 1.) 

Ego Hermesendis, vicecomitissa Senonensis, notuin facio tam 
presentibus quarn futuris quod, pro remedio anime mee, patris 
et matris mee, et liberorum et predecessorum meorum, dedi in 
elemosinam ecclesie béate Marie de Montebeon unum modium 
bladii , medietatem hibernagii , medietatem tremesii , laude et 
assensu Bocardi filii mei et Helvidis filie mee , quem ecclesia 
percipiet in decimatione mea de Villa Tierri singulis annis ; ita 
quod meuin et liberorum meorum, patris et matris mee, et 
predecessorum meorum in predicta ecclesia anniversarium 
cdebrabitur annuatim. Quod ut ratum maneat in futurum, 
presentem cartam sigillo meo roboravi. Actum anno Domini 
millesimo ducentesimo secundo. 

(Même sceau qu'au n. IV.) 

Suivent deux vidimus de cet acte, donnés l'un par l'arche- 
vêque de Sens, en 1214, l'autre par l'évêque de Paris, en 1248. 
Le premier porte déjà ces mots : « Bone memorie Hermesendis, 
quondam vicecomitissa Senon. » 



LETTRES INEDITES 



CHARLES DE SÉVIGNÉ, 



M ME DE GRIGNAN ET DE M. DE GRIGNAN. 



M. de Boislisle, chargé par le ministère des finances de préparer 
l'inventaire des papiers du contrôle général des finances, qui ont 
été récemment transportés de la Bibliothèque impériale aux Ar- 
chives de l'Empire, a retrouvé, dans le cours d'un travail prélimi- 
naire, un grand nombre de correspondances précieuses, dont la 
connaissance pourra être fort utile quand le fonds, classé et inven- 
torié, sera accessible aux recherches de chacun. 

C'est ainsi que, parmi les papiers de l'intendance de Bretagne, se 
sont rencontrées plusieurs lettres du fils de madame de Sévigné , 
adressées par lui au contrôleur général, en qualité de lieutenant du 
roi au comté Nantais, pendant les dernières années du dix-septième 
siècle. 

Charles de Sévigné mérite d'être mieux connu qu'il ne l'a été 
jusqu'ici. Intelligent, érudit, spirituel, c'était, sans contredit, celui 
des deux enfants de la marquise qui lui ressemblait le plus, et cette 
ressemblance eût même dû flatter l'orgueil maternel, si madame de 
Sévigné n'avait, aveuglément, exclusivement, réservé toute sa ten- 
dresse pour sa fille, et laissé de parti pris le frère dans l'ombre. 
Sévigné sentait vivement cette injustice, mais il avait trop de no- 
blesse dans le caractère, trop de bonté dans le cœur, pour se mon- 
trer jaloux d'une partialité qui lui a fait tort jusqu'à nos jours. 

11 avait commencé par servir, et fort convenablement, dans la 



302 

maison du roi ; mais aussitôt qu'il put en sortir, l'amour du sol natal 
et l'indépendance un peu sauvage de son caractère, qu'il avait tou- 
jours conservée au milieu des désordres de la jeunesse, le ramenè- 
rent en Bretagne. Son nom, les relations de sa mère avec les pre- 
miers personnages de la province et de la cour, et bientôt son al- 
liance avec mademoiselle de Brehant, lui assuraient un rang très- 
honorable parmi la noblesse bretonne, si honorable même, qu'il fut 
choisi pour commander les gentilshommes de l'arrière-ban. Cepen- 
dant il n'avait encore fait que « brilloter » aux états, et n'avait pu 
réussir à avoir les honneurs de la députation, quand se présenta 
l'occasion d'acheter la charge de lieutenant du roi au comté Nantais. 
Quoique le prix en fût fort élevé (cent mille livres), l'amitié du duc 
de Chaulnes et de l'intendant Pomereu, et la protection de M. de 
Pontchartrain, lui facilitèrent cette acquisition. Il se montra fort 
digne d'une aussi importante position, et la portion de sa correspon- 
dance, qui vient d'être retrouvée dans les papiers du Contrôle, té- 
moigne non-seulement de son esprit ou de son intelligence, ce qui 
ne peut étonner personne, mais aussi d'une aptitude qu'on n'a pu 
encore soupçonner en lui pour les choses administratives. Ces lettres 
méritent donc, à tous les titres, d'être jointes au petit nombre de 
celles que l'on possède de Charles de Sévigné. 

M. le directeur général des Archives, informé par M. de Boislisle 
de la découverte qu'il avait faite et de l'intérêt qu'elle pouvait avoir 
pour les nouveaux éditeurs des Lettres de madame de Sévigné, l'a 
autorisé à en donner communication à M. Adolphe Régnier, de 
l'Institut, qui dirige la magnifique publication des Grands Écrivains 
de la France. Cette communication a pu être faite assez à temps pour 
que, dans le dernier volume des Lettres qui va paraître, M. Régnier 
donnât place, d'abord à seize lettres du marquis de Sévigné, puis à 
deux lettres également inédites de madame de Grignan, et enfin à 
quelques fragments de la Correspondance de M. de Grignan. Ces 
dernières pièces ont été tirées des papiers de l'Intendance de Pro- 
vence. 

Les lettres de Charles de Sévigné vont de l'année 1691 à l'année 
1699, et comprennent ainsi presque toute la durée de son adminis- 
tration dans le comté Nantais, jusqu'à l'époque où il se retira à Paris 
avec sa femme, pour y vivre dans le commerce exclusif des Pères 
de l'Oratoire et de quelques personnes dévotes. On y trouve beau- 
coup de détails intéressants sur l'acquisition de sa charge, sur son 
rôle aux états, sur les missions importantes que M. de Pontchartrain 



303 

lui confia, celle entre autres de faire accepter aux Bretons le rachat 
de la capitation. On y voit également que les états lui accordèrent 
en 1696 cette même députation, pour laquelle il avait précédemment 
échoué. Il parait d'ailleurs avoir mérité l'estime et la reconnaissance 
de la province, car chaque année l'assemblée lui votait une grosse 
gratification, et les habitants de Nantes demandèrent la permission 
de lui attribuer un logement aux frais de la ville. 

M. de Boislisle s'est empressé de mettre à la disposition de la 
Bibliothèque de V École des Chartes la copie de quelques-unes des 
lettres qui vont paraître dans le volume édité par M. Régnier. C'en 
est, d'abord, trois de Charles de Sévigné. Elles sont, en partie, re- 
latives à une contestation qu'il soutint contre M. de Morveaux, lieu- 
tenant de la place de Nantes. La troisième a trait, en outre, à la 
mission qu'il avait reçue de mettre les côtes du comté Nantais à 
l'abri d'une descente de la flotte anglaise, tandis que l'illustre Vau- 
ban dirigeait la fortification du littoral de Brest. 



A Nantes, 26 juillet 1695. 

(Copie.) 

Vous m'aviez fait espérer, Monseigneur, que vous me feriez 
l'honneur de me dire la conduitte que je dois tenir sur la diffi- 
culté que M" de la Chambre me font pour ma place à la pro- 
cession. Il y a une si grande disproportion entre le rang de la 
chambre des comptes et celuy du parlement, et le cérémonial est 
si différent que je prendray plus tost le party de m'absenter que 
de prendre une place qui ne paroist pas convenir à celuy qui a 
l'honneur de commander en chef. 

Je crois , Monseigneur, que M. de Nantes vous a mandé à 
quel point les fureurs de M. de Morveaux sont montées. Il ne 
respire que le sang et le carnage. Je serois desjà exterminé si 
par bonheur il.n'estoit pas impotent. Je ne crois pas, dans ces 
dispositions, que la négociation dont W le duc de Ghaulues et 
M r de Lamoignon avoient bien voulu se charger puisse avoir 
aucun effet. Le Roy entendra parler de la plus extraordinaire 
difficulté qui ait jamais esté proposée au conseil, et M r de Mor- 
veaux peut se vauler d'estre le seul lieutenant de Roy de place 
dans tout le royaume qui ayt jamais prétendu marcher avec des 
gardes en présence d'un officier général. 

Je vous demande, Monseigneur, l'honneur de vostre protec- 



304 . 

tion quand cette affaire sera portée. C'est un malheur d'avoir à 
faire à un homme sans raison qui ne sçait ny ce qui luy est deub, 
ny ce qu'il doit aux autres. 

Sévigné. 



Aux Rochers, ce 7 e septembre 1695. 

La santé de Madame de Sevigné a esté si dangereusement atta- 
quée depuis douze jours, par de cruelles vapeurs, par de grandes 
foiblesses, et par un si effroyable épuisement, que je n'ay pu me 
résoudre à la quitter. Je la suis venu conduire icy, et comme 
le temps des Estats approche, et que le service de Sa Majesté ne 
m'oblige pas maintenant à estre à Nantes, je vous supplie, Mon- 
seigneur la permission de donner mes soins 

pretieuse de son P 

pardonner si j'ay osé quitter mon département sans vous en de- 
mander congé. 

Mons r l'evesque me monstra samedy dernier, un article d'une de 
vos lettres, où vous luy marquiés, Monseigneur, que voussouhait- 
tiés qu'il y eust bien tost un accommodement entre M r de Mor- 
veaux et moy . Je suis persuadé que Mons r de Nautes vous a mandé 
mes dispositions à cet égard, dès que M r de Morveaux voudra 

reconnoistre pour ce que le té, et qu'il ne traittera 

plus plus incontest 

charge dont vous m'avés honoré, en un mot, 

quand on luy aura fait connoistre ce qui est à luy et ce qui est 
à moy, et que ma charge sera hors d'atteinte, je pousseray les 
manières h onnestes au delà de tout ce qu'on en peut attendre. Ce- 
pendant, Monseigneur, comme mon unique ambition est de vous 
plaire, si vous voulés bien me faire l'honneur de me faire connois- 
tre vos intentions, je les suivray avec une soumission égale au 
respect avec lequel je seray toute ma vie, 

Monseigneur, 



305 



A Nantes, ce i6« juillet 1695. 

Mon seigneur, 

Quoy que vous soyés desja très bien informé par M r l'evesque 
de Nantes, et par M r le chevalier de Blerac, de tout ce qui regarde 
les costes de ce pays, je croy qu'il est de mon devoir de vous dire 
quej'arrivay hier au soir d'un voyage que j'y ay fait ; Bourgneuf 
paroist dans unetrès grande seureté, une espèce de retranchement 
qu'on y a fait depuis peu est ce semble assés inutile, pour 
deux raisons, la première parce qu'il est dans des sables mou- 
vants, et que le moindre de vent les comble sans qu'on puisse y 
apporter du remède, et la seconde c'est que quand les ennemis 
seroient descendus ils ne pourroient faire aucun tort à la ville, 
ny mesme dans le pays, à cause des retranchements uaturels qui 
l'environnent, ce ne sont que marais salants et des canaux. Le ter- 
rain est de terre grasse, en telle sorte que, quand il a plu une de- 
mie heure, on y enfonce jusqu'à la cheville du pied, et dans un 
beau temps, il suftiroit de rompre deux ou trois chaussées près 
de la ville pour en rendre toutes les avenues impraticables. 

Il semble, Monseigneur, que dans tout le comté Nantois il n'y 
ait que deux ou trois endroits d'exposés. Le premier et le plus 
considérable est l'emboucheure de la rivière à cause de Painbeuf; 
le second est le Pouliguen, et le troisiesme le Croisic. 11 y a au- 
près de S'-Nazaire un lieu qu'on appelle la Bonne ance, où les 
ennemis pourroient aisément se mettre à couvert en attendant 
la marée. Je medonneray bien tost l'honneur de vous envoyer un 
plan très régulier auquel je fais travailler présentement, et si vous 
m'ordonnes quelque chose, Monseigneur , je l'executeray avec 
toute l'exactitude possible. 

Monsieur l'evesque de Nantes m'a dit, Monseigneur, qu'il 
vous avoit mandé lestât où je suis avec M. de Morveaux. M r l'abbé 
de Boylesve est venu icy depuis dix ou douze jours, et a cru mar- 
quer un grand zèle à M r de Lamoignon en mettant toutes sortes 
d'extravagances dans la teste de M. de Morveaux, et en le confir- 
mant dans toutes celles qu'il avoit desja. 11 en est arrivé, Monsei- 
gneur, que je ne puis pas repondre qu'en l'absence de M r de Nantes 
il n'arrive quelque éclat. Je suis obligé de soustenir l'ordre que 
j'ay donné par écrit, et si M r de Moreveaux continue àmeregar- 
II. (Sixième série.) 21 



306 

der comme un particulier, je seray contraint de luy faire con- 
noistre que je suis quelque chose de plus. 

J'ay veu une de vos lettres, Monseigneur, entre les mains du 
maire de cette ville, par laquelle vous luy mandés que le Roy a ap- 
prouvé la délibération de la communauté. Je ne sçay si l'article 
qui me regarde y est compris, et si vous avés ajousté cette nou- 
velle grâce à toutes celles que j'ay desja receu de vous. La seule 
chose que je sçiy parfaittement, c'est, Monseigneur, que rien ne 
peut égaler le respect, l'attachement et la reconnoissance que j'ay 
pour vous, et que je seray toute ma vie, 

Monseigneur, 

Vostre très humble 
et très obéissant serviteur, 

SE VIGNE. 



Voici maintenant une des deux lettres de madame de Grignan qui 
ont été retrouvées parmi la correspondance de son mari, dans les 
papiers de l'Intendance de Provence. Celle-ci est adressée à M. de 
Pontchartrain à l'occasion de sa nomination récente au Contrôle gé- 
néral, et des grâces que M. de Grignan était réduit à solliciter pour 
se soutenir dans un poste trop élevé et trop coûteux pour sa fortune. 

A Lambesc, ce 18 novembre (1690). 

Quand toute une province vous fait des presens pour le roy, 
Monsieur, et des complimens sur les nouveaux bienfaits que vous 
en avés receus, il me semble qu'une provinciale ne sçauroit 
mieux prendre son temps pour vous en témoigner sa joye. Vous 
ne trouvères point mauvais, Monsieur,que je me melle dans cette 
foule de provenceaux, et que je vous assure avec eux que nos 
vœux ont précédé le choix du roy, et qu'en vous nomant comme 
celuy qui peut le plus dignement remplir les grandes places 
qui viennent de vacquer, il semble qu'il vous ait accordé à nos 
désirs. Voilà, Monsieur, ce que je n'aurois jamais eu la hardiesse de 
vous dire, sy je ne m'estois regardé comme une portion de cette 
provence, que vous eseouterés sans doute favorablement aujour- 
dhuy. Je me serviray, s'il vous plaint, aussy de cette occasion pour 
vous rendre milles très humbles grâces des intentions obligen- 
tes que vous avés eu la bonté de témoigner pourM r de Grignan 



307 

à M r l'evesque de Carcassonne ; en attendant que nous soyons assés 
heureux pour en ressentir les effets, je ne laisseray pas, Monsieur, 
d'en avoir une rcconnoissance infinie. Je suis avec beaucoup de 
respect votre très humble et très obéissante servante, 

La comtesse de Grignan. 

M. de Grignan, par le fait de l'absence du duc de Vendôme, te- 
nait la première place en Provence avec l'intendant, Le Bret, et 
l'archevêque d'Aix, Daniel de Cosnae, et quoiqu'il paraisse avoir été 
bien moins avant que ces deux personnages dans la confiance du 
ministre, sa correspondance ne laisse pas d'offrir des détails fort 
intéressants et nouveaux pour l'histoire de la province, sur les as- 
semblées annuelles des communautés, la guerre de Savoie, les cour- 
ses des pirates harbaresques, les descentes des armées ennemies, et 
surtout la persécution et l'expulsion ries religionnaires. M. de Gri- 
gnan avait, en 1689, concouru à l'exécution des édits du roi dans le 
Dauphiné, avec le maréchal de Tessé. Fidèle et aveugle serviteur du 
grand roi, et sans doute bon calholique, il était rie l'avis rie ma- 
dame de Sévigné, quand elle écrivait à sa tille : « Rien n'est si beau 
« que tout ce que l'édit {de révocation) contient, et jamais aucun roi 
« n'a fait et ne fera rien de si mémorable. » En 1703, il fut chargé 
d'appliquer les mêmes édits aux habitants annexés de la principauté 
d'Orange; la lettre qui suit le montre à l'œuvre. 

A Grignan, ce 22 e juillet 1703. 

Monsieur, 

Sa Majesté ayant prévu que des religionnaires de la princi- 
pauté d'Orange ne seroient pas dans le dessein de faire abjura- 
tion de l'heresie, elle m'ordonna par une depesche, que je receus 
le 20 e avril dernier, de leur accorder trois mois de delay pour 
disposer de leurs biens, ce que je fis publier le même jour, et ce 
delay est expiré depuis avant hier. Plusieurs sans attendre l'é- 
chéance sont partis dans ces derniers jours, avec les passeports 
que je leur ay expédiez, marquant aux hommes la sortie du 
royaume par INice, et leur route jusques en cette ville-là par les 
endroits de Provence, où il n'y a pas de nouveaux convertis, et 
laissant aux finîmes, ainsy que j'ay eu cy devant l'honneur de 
vous l'écrire, la liberté d'aller par le droict chemin, ou par le 
Rhosne en Suisse. Présentement je continue de les faire marcher 



308 

par ces différentes routes, et il n'en reste à partir que très peu 
de ceux qui ont résolu de s'en aller. Je fuiray faire un recense- 
ment de ceux qui ont voulu rester, et je prendray avec M r l'E- 
vesque d'Orange les mesures nécessaires pour leur instruclion, 
et pour tacher de les rendre, s'il se peut, un peu bons catho- 
liques. J'auray cependant toujours une attention très particulière 
sur ce pays, où il pourroit rester quelque sorte de correspondance 
avec les estrangers ennemis de la foy et de Sa Majesté, et avec les 
rebelles desSevennes et autres malintentionnez. 

J'ai eu l'honneur de vous mander que ces religionnaires d'O- 
range avoient esté fort sollicitez par les lettres ecrittes de Genève 
et d'ailleurs par M r de Lubieres, parles ministres de la R. P. R. 
renvoyez d'Orange, et par d'autres, de se retirer ; on a donné de 
l'argent pour faciliter le voyage de ceux qui en avoient besoin. 
On asseure que le consul anglois qui est à Nice est un de ceux 
qui a esté chargé de leur en donner, à leur passage, et l'on pré- 
tend que c'est principalement pour M r l'Electeur de Brandebourg 
que tout ce petit mouvement s'est fait. 

11 y a eu dans ce départ un assez bon nombre de cas particu- 
liers à régler, ce que j'ay fait le mieux et le plus équitablement 
qu'il m'a esté possible, pour le repos des familles, et toujours 
dans la veùe des interests delà religion et du Roy. 

Les religionnaires ont aliéné leurs effets mobiliaires, mais très 
peu d'immeubles, quoyque le mot de disposer, mis dans les or- 
dres du Roy et dans ceux que j'ay donnez en conséquence, mar- 
que un desappropriement formel, et on attendra de sçavoir les 
intentions de Sa Majesté sur ces biens qu'ils laissent, ou affermez, 
ou sur le soin de procureurs qu'ils ont establis, ou délaissez à 
leurs parents, ou abandonnez. 

Ce petit pays aura besoin d'un peu de temps pour réparer les 
pertes qu'il fait, surtout par rapport au commerce, par cette 
retraitte des Religionnaires, et je chercheray et proposeray les 
moyens de le bonnifier, pour faire jouir les sujets catholiques et 
les nouveaux convertis qui y resteront, du bonheur d'avoir passé 
sous la domination de Sa Majesté. 



Grignan. 

Voici enfin une dernière lettre de la même époque. On remarquera 
qu'elle est adressée à Charles de Sévigné, qui préparait alors sa re- 



309 

traite dans le faubourg Saint-Jacques, en compagnie du père Gaf- 
farel et de Massillon : a Madame de Sévigné, dit madame de Cou- 
« langes à madame de Grignan, n'a plus aucun commerce avec les 
« profanes. C'est en vérité une vraie sainte, plus aisée à admirer qu'à 
«imiter. Je suis en peine de M. de Sévigné; sans sa docilité, ce se- 
«roit un homme perdu: mais aussi, sans sa docilité, n'iroit-il point 
«habiter le faubourg Saint-Jacques?.... Ils vont changer dévie et 
« d'amis. » (Lettres des 10 mai, 17 juin, 7 juillet 1703). 

Le 31 may, à Grignan, 1703. 

Je ne néglige jamais aucune occasion de me rennouveler dans 
vostre aimable souvenir, mon très cher frère, je les recherche 
mesme comme vous verres, sans aucun mesnagement des pennes 
que je vous donne. Vons avés sceu tous les ordres que j'ay receus 
de prendre possession de la principauté d'Orange. Vostre chère 
sœur vous a instruit de tous ces détails. Il me paroit que les choses 
s'y sont passées au goust du maistre, c'est à dire d'une manière 
à m'attirer sa confiance ; je reçois tons les jours des lettres d'à- 
probation de ma conduite, très gracieuses. Cela m'encourage à 
dire mes petits sentiments dans les occasions ; mais il s'en presante 
une, sur laquelle, ne jugeant pas qu'il soit à propos quej'escrive 
moy mesine, je vous conjure, mon très cher frère, de trouver 
les moyens d'en parler à M r Cham illard, de ma part, si vous 
voulés. Il a envoyé un ordre à M r Le Bret, nostre intandant, 
d'establir la capitation dans la principauté d'Orange. Il me pa- 
roit que c'est un peu se haster, à l'esgard des gens encore tous 
effarouchés d'une nouvelle domination, ils doivent estre un peu 
mesnagés dans la conjuncture des mouvemens de leurs con- 
frères voisins ; quelques secours qu'ils ayent pu donner à ces 
derniers, ces secours ont esté secrets, et on ne peut les en con- 
vaincre ; ils seroint mesme moins coupables, estant subjets d'un 
prince qui les y avoit engagés. Ce qui est encore de plus fâcheux, 
c'est que les catholiques sont descouragés de ces nouveaux ordres 
décapitation, et dans la dernière consternation; cette consternation 
mesme des catholiques donne une joye maligne aux protestants, 
au travers de leur chagrin particulier; tout cela aigrit les espris 
des uns et des autres, au point que l'on ne peut exprimer, et la 
ressource du secours qui en peut venir au roy ne peut estre plus 
médiocre ; je ne crois pas, à veùe de pais, que dans celuy de la 



310 

principauté d'Orange, très peu esfandue, la cnpitation puisse pro- 
duire pour le roy quinse ou vint mille francs, mais ceux qui 
l'exigent ne s'oublient pas ordinairement. Faittes entrer, je vous 
suplie, nostre ministre dans ces reflexions. Je sçai bien qu'il ne 
faut pas mettre ce pais d'Orange sur un autre pied que les subjets 
du roy, puis qu'ils le sont devenus, mais on y seroit à temps 
l'année prochaine, et cepandant les choses s'y establiroint au 
contantemeutdu maistre, et on remmeneroit ces esprits indisposés 
avec plus de facilité; je n'ose en escrire moy mesme, mon cher 
frère, parce que je dois toujours estre le premier à procurer les 
advantages du roy; mais je les trouverois presantement plus dans 
ce petit adoucissement de retardement que dans le payement 
d'une somme si modique. Je vous conjure surtout de mesnager 
mes intérêts, en sorte que le ministre reçoive mes remonstrances 
comme un effet de mon zèle, mais d'un zèle qui s'esclaire quand 
on voit les choses de prés. Je voudrois bien aussi que tout cela se 
passa sur le pied d'une confidence de vous et de moy à luy, sur 
l'assurance de l'attantion qu'on aura toujours que les ordres 
seront exécutés comme ils doivent l'estre. Il faudroit mesme 
mesnager, si mes remonstrances sont approuvées, qu'il parut 
qu'elles viennent de moy, qui ai pris le parti, après avoir bien 
establi les intérêts du roy, et punctuellement exécuté ses ordres, 
d'apporter dans le reste tous les adoucissemensque j'ay pu, dans 
toute cette petite contrée d'Orange. Je ne .vous fois point d'ex- 
cuses de mes libertés. Je suis en possession, il y a longtemps, de 
vous fatiguer, mais comme vous ne m'en aymés pas moins, vous 
coures risque de pareilles avantures quelquefois. Au reste, je 
compte sur la joye de vous embrasser cet hiver, quand jiray à 
1 institution, car apparemment vous ne voulés pas l'estre ailleurs 
puisque vous quittés si inhumainement nostre voisinage; j'en 
fairés bien des reproches à cette sainte, qui fuit le commerce des 
pauvres mortels, mais tout cela ne peut m'empescher de l'aymer, 
de l'honorer et l'estimer comme elle mérite de l'estre. Je suis à 
vous, mon très cher frère, avec un tendre et inviolable attache- 
ment ' . 

Grignan. 

1. Cette dernière lettre est autographe, ainsi que celles de Charles de Sévigné et 
de sa sœur, et nous en avons scrupuleusement reproduit l'orthographe. 



311 

LIVRES NOUVEAUX. 

Janvier — Février 1866. 

93. Abbois (<T) de Jiibaïn ville. — Histoire des ducs et des comtes de 
Champagne. Tome IV. 1 181-1285. — In-8°, 457-931 p. Troyes, impr. 
Dufour-Bouquot; Paris, iibr. Durand. (7 fr. 50 c.) 

94. Bertrandy. — Deuxième lettre sur Uxellodunum. Cahors, 1865. 
— Iu-8° de 37 pages. 

95. Bial. — Histoire de la civilisation celtique. l re livraison. — In-4°, 
9 p. Besançon, impr. Jacquin; Paris, Iibr. Franck. 

96. Bouteillier (de). — Notice historique sur Robert II de La Marck, 
prince de Sedan et duc de Bouillon, pensionnaire de la cité de Metz. — 
In-8°, 154 p. Metz, impr. et Iibr. Rousseau-Pallez. 

Extrait des Mémoires de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, année 
1865. 

97. Brunet (Gustave). — Recherches sur diverses éditions elzéviriennes, 
faisant suite aux fctudes de MM. Bérard et Pieters, extraites des papiers 
de M. Millot, mises en ordre et complétées. — In- 12, 192 p. Paris, impr. 
Jouaust; Iibr. Aubry. (6 fr.) 

Tiré à 250 exemplaires sur papier vergé et 7 exemplaires sur papier de Chine. 

98. Bujeaud (Jérôme). — Chants et chansons populaires des provinces 
de l'Ouest, Poitou, Saintouge, Auuis et Angoumois, avec les airs origi- 
naux, recueillis et annotés. T. I. — In-8°, 336 p. Saint-Maixent, impr. 
Reversé; Niort, Iibr. Clouzot. 

Extrait des Mémoires de la Société de statistique, sciences et arts des Deux-Sèvres. 

99. Chardon (Henri). — Mamers et Saint-Mammès. — In-8°, 24 p. 
Le Mans, impr. Monnoyer. 

100. Cochet. — Notice sur des fouilles opérées en juin 1864 dans le 
vallon des Petites Dalles (commune de Saint-Martiu-aux-Buneaux, canton 
de Cany, arrondissement d Yvetot). — In-8°, Il p. Rouen, impr. Cagniard. 

Extrait de la Revue de la Normandie, numéro d'octobre 1865, 4 e année, t. V, 
p. 697-L05. 

101. Corblet (l'abbé). — Le Pour et le Contre sur la culpabilité des 
Templiers. — In-8°, 56 p. Arras, impr. et Iibr. Rousseau-Leroy; Paris, 
Iibr. Putois-Cretté. 

Extrait de la Revue de l'art chrétien. 

102. Corblet (l'abbé). — Rapport sur les fouilles de Beuvraignes. — 
In-8°, 8 p. Amiens, impr. et Iibr. Lemer aîné. 

103. Desmaze (Charles). — Les Pénalités ancienues, supplices, prisons 
et grâce en France, d'après des textes inédits. — In-8°, 464 p. et grav. 
Paris, impr. et Iibr. Pion. 



312 

104. Despine. — Promenade en Tarentaise, description des localités, 
des sites, des curiosités et des richesses naturelles de cette contrée, suivie 
de notes statistiques et historiques. — In-8°, iv-132 p. Moutiers, imprim. 
Lancine et O. 

T05. Fisquet (H.). — La France pontificale (Gallia christiana), histoire 
chronologique et biographique des archevêques et évêques de tous les dio- 
cèses, depuis rétablissement du christianisme jusqu'à nos jours, divisée en 
17 provinces ecclésiastiques. Métropole de Sens. Sens et Auxerre. — In -8°, 
476 p. Bar-le-Duc, impr. Coûtant- Laguerre et C e ; Paris, libr. Repos. (8 fr.) 

L'ouvrage complet ne dépassera pas 25 vol. Les personnes qui souscrivent dès à 
présent à l'ouvrage entier ne payeront le vol. que 5 fr. 

106. Giovanni (di). — Ragionamento di alcune Cronache Siciliane dei 
secoli XIII, XIV, XV. Bologna, typogr. Fava. — In-8", 56 p. 

107. Godefroy. — Inventaire analytique et chronologique des archives 
de la Chambre des comptes, à Lille, publié par les soins et aux frais de la 
Société impériale des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille. — In-4°, 
xn-954 p. Lille, impr. Lefebvre-Ducrocq ; libr. Quarré; Paris, libr. Du- 
rand. 

Tiré à 250 exemplaires. 

108. Gbivel (Jean). — Journal de Jean Grivel, seigneur de Perrigny, 
contenant ce qui s'est passé dans le comté de Bourgogne pendant l'inva- 
sion française et lorraine de l'année 1595, publié d'après le manuscrit ori- 
ginal et accompagné de notes, éclaircissements, etc., par Achille Chereau, 
docteur en médecine. — In-8°, 178 p. Lons-le-Saulnier, impr. Gauthier 
frères. 



CHRONIQUE. 

Janvier — Février 1866. 

Notre confrère le comte François de Ripert-Monclar, attaché au minis- 
tère des affaires étrangères, est nommé attaché de la légation de France à 
Mexico, faisant fonction de secrétaire de troisième classe. 

— Notre confrère M. Léon Gautier a été autorisé à professer à l'École 
des Chartes, pendant l'année 1866, un cours sur l'histoire de la poésie la- 
tine au moyen âge. Dans sa leçon d'ouverture, qu'il a faite le 6 février, 
M. Gautier a passé en revue les matières sur lesquelles doit porter son 
enseignement. 



FRAGMENTS 



I) liNE A.V/.KNNF. 



TRADUCTION FRANÇAISE 

DE BARLAÂM ET JOASAPH 



FAITE SLIt I.K TEXTE GREC 



AU COMMENCEMENT DU TREIZIÈME SIECLE. 



M. le conseiller d'Etat Pierre de Sevastianoff , qui a fait sur 
l'art byzantin les recherches les plus étendues , a rapporté du 
mont Athos la photographie d'un grand nombre de joyaux, de 
peintures et surtout de miniatures.il a même fait photographier 
des manuscrits entiers, entre autres un Ptolémée qui sera bientôt 
publié en fac-similé par le procédé de la photolithographie. L'un 
de mes amis, M. Hermann Zotenberg, de la Bibliothèque impé- 
riale, ayant été admis à \isiter cette riche collection, y remarqua 
des épreuves tirées d'après un manuscrit ancien 1 qui, à pre- 
mière vue, se distinguait par la délicatesse et le fini de ses mi- 
niatures, mais .qui se recommandait en outre par un genre d'in- 
térêt bien autrement rare : ses marges sont chargées d'une écri- 
ture française, remontant assurément au commencement du 
treizième siècle, et qui n'est point autre chose que la traduction 
du texte même du manuscrit. Ce texte est le roman bien connu 
de Barlaam et Josaphat, attribué comme on sait, mais certaine- 
ment à tort, à saint Jean Damascène, et publié pour la première fois 

1. Du onzième siècle, selon M. Miller, à qui j'ai montré ces épreuves photogra- 
phiques, cl qui d'ailleurs avait vu Je ms. à son dernier voyage en Orient. 
II. (Sixième $érif.) 22 



314 

en 1832, par Boissonade, dans le tome IV de ses Anecdola grœca. 
M. Zotenberg reconnut de prime abord la valeur des fragments 
qu'il avait sous les yeux. Nous avions en effet publié conjointe- 
ment sur cette légende un travail considérable, comprenant le 
poëme de Barlaam et Josaphat composé au commencement du 
treizième siècle par Gui de Cambrai, et des extraits d'un grand 
nombre d'autres versions romanes du même ouvrage 1 . Mais 
entre ces versions il n'en était aucune qui fût fondée sur le texte 
grec: toutes dérivaient d'une ancienne traduction latine imprimée 
à la Renaissance sous le nom de George de Trébizonde, bien 
qu'on la rencontre dans des manuscrits du douzième siècle. 
L'existence d'une traduction française faite directement sur le 
grec était un phénomène sans précédent connu. J'obtins la per- 
mission de voir ces précieux fac-similé : M. de Sevastianoff 
m'accueillit avec la plus grande bienveillance, il m'apprit que le 
manuscrit d'où ils étaient tirés appartenait au monastère d'Ive- 
ron (n° 69), et poussa la complaisance jusqu'à me les confier pen- 
dant un temps suffisant pour les étudier à loisir ; c'est le résultat 
de cette étude que je publie présentement. 

L'objet que se proposait M. de Sevastianoff étant de recueillir 
les plus remarquables spécimens de l'art byzantin, il s'est borné 
à photographier les feuillets ou parties de feuillets où se trou- 
vent des miniatures. De là le manque de suite qu'on remarquera 
dans les fragments qui vont être soumis à l'examen du lecteur. 
Mais eussions-nous le manuscrit même sous les yeux, nous ne 
posséderions cependant cette traduction qu'à l'état fragmentaire. 
En effet, le volume qui la contient a souffert les plus graves 
mutilations. Toutes les marges sont rognées : celle du bord su- 
périeur, qui paraît avoir en général reçu deux lignes de la tra- 
duction, n'en a conservé le plus souvent qu'une ; et à chacune des 
très-courtes lignes inscrites sur la marge latérale il manque or- 
dinairement plusieurs lettres. Si l'on ajoute que l'écriture paraît 
en certains endroits avoir été usée par le frottement, que les épreu- 
ves photographiques qui m'ont été communiquées sont parfois 
presque noires -vers les bords, on concevra pourquoi il y a tant 
de lacunes et d'incertitudes dans les débris ci-après publiés. Je 

1. BARLAAM VND JOSAPHAT,franzcesisches Gedicht des dreizehnten Jahr- 
hunderts von Gui de Cambrai, nebst Auszùgen aus mehreren andern romanischen 
Versionen, herausgegeben von H. Zotenberg und P.'Meyer. Stuttgart, 1864 (gedruckt 
auf kosten des litterarischen Vereins). 






315 

crois néanmoins avoir tiré tout le parti possible des feuilles que 
j'ai eues à ma disposition ; au moins n'y ai-je épargné ni mon temps 
ni mes yeux. 

Le système de publication que j'ai adopté consiste à transcrire 
l'original et la traduction ligne par ligne, leur conservant dans 
l'imprimé la disposition qu'offre le manuscrit * . Comme ils ne sont 
point placés en regard l'un de l'autre, il arrive parfois dans ces 
fragments que le grec ne va pas aussi loin que le français. Dans ce 
cas j'ai ajouté ce qui manquait d'après l'édition de Boissonade et 
entre crochets. Des points indiquent les passages que je n'ai pu 
lire. Ils sont nombreux, non pas seulement à cause de l'usure du 
manuscrit ou de l'imperfection des épreuves qui m'ont servi, 
mais par suite de cette circonstance toute particulière que les 
miniatures sont protégées par une petite voilette en soie ; ce mor- 
ceau d'étoffe ayant été replié, lorsqu'on prit la photographie, 
vers le bord extérieur du volume, couvre une partie de la marge. 
11 y a deux séries de notes : les unes, indiquées par des lettres 
italiques, se rapportent à la traduction; les autres, par des 
chiffres, au texte grec. Dans ces dernières, j'ai indiqué les prin- 
cipales différences que présente le manuscrit comparé à l'édition 
de Boissonade, et qui consistent le plus souvent en omissions. 
Ma copie est exactement conforme au manuscrit, sauf que j'ai 
cru devoir corriger quelques rares fautes d'itacisme. 

On pensera peut-être qu'il eût été possible et profitable de 
restituer, à l'aide du grec, les parties de phrases qui manquent. 
Possible, assurément; mais profitable, je ne le crois pas. Par- 
fois, lorsqu'on pouvait le faire avec certitude , il m'est arrivé 
de compléter en italiques quelques mots, mais j'ai dû résister 
à la tentation de me livrer à des restitutions qui ne sauraient 
être rien de plus qu'ingénieuses. En effet, on risquerait d'autant 
plus de se trojnper à cet exercice, que la traduction n'est pas 



t. Néanmoins, il était impossible d'arriver à reproduire exactement l'aspect du 
manuscrit. Ainsi, dans l'original, toutes les lignes du grec sont d'égale longueur et 
vont rejoindre le texte français. Dans ma copie, au contraire, et dans l'imprimé, le 
développement des abréviations a détruit la parité des lignes. En outre, dans le 
manuscrit, les lignes de la traduction sont, par rapport au grec, plus courtes que dans 
l'imprimé. Ce sont là de petits inconvénients : on se fera du manuscrit une idée 
exacte grâce au fac-similé joint à ma publication, et qui a été exécuté par la photo- 
lithographie au moyen d'un négatif que M. de Sevastianoff a bien voulu mettre à ma 
disposition. 

22, 



316 

toujours très-exacte : parfois elle développe le texte (voy. les 
feuillets D, M, S), d'autres fois elle s'égare dans les contre-sens 
les plus imprévus (voy. feuillet L). D'ailleurs la disposition 
typographique que j'ai adoptée a précisément l'avantage de per- 
mettre à chacun de se livrer à tels essais de restitution que 
bon lui semblera. 

Après tout, ce qui importe ici, ce n'est pas le plus ou moins 
d'étendue des fragments de la traduction de Barlaam et Joasaph, 
c'est le fait même de son existence ; c'est qu'au commencement 
du treizième siècle il se soit trouvé en Grèce, ou dans le voisi- 
nage, un Franc capable de traduire un texte grec; c'est aussi que 
cet homme demeuré inconnu se soit servi de sa langue mater- 
nelle de préférence au latin. Sans doute, il n'avait d'autre but 
en entreprenant ce travail que son instruction personnelle, et de 
fait, son œuvre, loin de se répandre, paraît être restée renfermée 
dans le seul manuscrit du couvent d'Iveron, tandis que les traduc- 
tions de la même légende exécutées d'après le texte latin avaient 
au treizième siècle et au quatorzième le plus grand succès : mais 
il est cependant intéressant de constater qu'au commencement 
du treizième siècle un homme au moins, parmi les Français éta- 
blis en Orient , a su assez de grec littéraire pour exécuter la 
traduction d'un ouvrage fort long. Le fait est d'autant plus 
digne d'attention que, dans l'état actuel de nos connaissances, il se- 
rait difficile, je crois, d'en citer un second exemple. Sans doute, 
la plupart des Francs qui séjournèrent dans l'empire byzantin 
durent acquérir une certaine connaissance de la langue grecque, 
mais il ne semble pas que leur science ait été plus loin que l'é- 
tude pratique du romaïque. C'est ainsi qu'Aimes de Varennes, 
qui composait eu 1188 le roman de Florimont, paraît avoir 
possédé le grec vulgaire, mais lés passages d'où la preuve s'en 
tire montrent qu'il se servait d'un idiome très-mêlé, et par- 
tant, donnent à croire qu'il ignorait le grec littéraire ' . 

L'époque où fut exécutée cette version peut être fixée avec 
toute certitude au commencement du treizième siècle : c'est 
la date qu'indique l'écriture, et la langue, un français excellent, 
n'y contredit point. C'est saus doute à quelqu'un de ceux qui 



1. On trouvera à l'appendice l'examen de ces passages. 



317 

accompagnèrent Boniface II, marquis de Montferrat (f 1207;, 
dans la Grèce et à Salonique, qu'on doit en faire honneur. 

J'ai écrit dans le titre de cette publication : Barlaam et Joasaph, 
conservant la forme grecque adoptée par le traducteur français. 
L'ancienne traduction latine dit Josaphat, ainsi que toutes les 
versions qui en sont dérivées. 

A (Boiss., p. 4). 



Ci commence une estoire profitable en ame (?) 

e fu estorée en la seinte cité a de Jehan le moine * 

icrropia ^u^axpeAYjç &x ttîç sv&oTgpaç 

twv A.îGioxwv x_wpaç tyîç Iv&wv 

Xsyop-évviç irpoçTov àyiav ttoàiv 

(/.STeveyôetca èik Iwàvvou [/.ova^oo 

àv&poç Ttfxiou jcal evapeTou (/.ovviç 

toG àyiou ffàëêa 4 

B (Boiss., p. 3). 



Ê twv Iv&œv >.syop.£VYi X^P a rcoppco W* £ia- 

Li prologes est fines. Ci comence l'estoire de le 
vie le boneuré 

Une terre fu qui estoit Yndenumméesi cumunvaitvers(?). 
plentiveuse e pleine de gent, avironnée de mer 



„p.3-4). 

e (?) estoit en l'erreur e en la decevance de l'idolâtrie e cruel e à lor 

xeiTat tyÎç AîyuTCTou, (AeyacXy) oùca *at •jroluàvGpwicoç" 
xeptaXùÇeToa &è OaXacGat; xat vauci7cdpoiç 
7ceXàyeGi tw xoct' AïyuiCTOv piper ex, &è tyÏç 
viireipou 7:po<isyyi^ei toîç ôpioiç Ilepci^oç, 

a. Au-dessus de ce mot on lit en abrégé Jérusalem. 
, b. La marge est tellement noire que je n'y puis rien lire. 

1. Ce titre est en petites onciales. 



318 

virtç 7ra>.ai [ùv tw vliç eî^wlo^avta; êf/.e- 

Wvsto Çoçto, etç axpov ex^eëapêapco- 

[i.£vvi, xal toîç âôeff[/.<Hç èxàeSopLéV/) twv 

xpa^ewv. 

4 Kal xàcav (Jtiv 

tï)V £ià capxoç TeXéaaç oixovojnav, CTaupov ts 

xal Ôavarov xaTa^e^a^evoç xal toiç e7rou- 
par sa mort. E fist citeiens del cel o merveleuse gloire caus qui 
E resucita de mort e o grant gloire remonta es cieus « 

D (suite, Boiss., p. 4). 

e le seint esperit conforteur envoia selon (?) 

à ses deciples e à ses feels en lengues ardans e les envoia par totes les lignies (?) pour. 

pavioi; irapa£o£<oç évoiroivfcaç Ta STuyeta, caus 

\ s ' ^ • . '. nebres 

dcvasTocç oè éx vsxpwv xal («Ta oo'^/îç eiç oùpa- e les baptiser 

\ > i û^ \)S»î-~~ ~tt \ elnumdel peréedel 

vouç «votafOeic xai £v fc&y t* tou IlaTpo; fll e del sefn^ri* 

[xeyaXtoow/iç xaôiaaç, to îçapâxXviTOv IIvsuu.a tos caus 

, , , ~ \ / \ N , aparellé 

toiç ai»T07TTatç auTOu xai [/.ugtouç, xaxa tvjv e- créance 

7rayye>.tav, èv eV^st. yXwcrcôv xuptvtov s£a- qui tard 

. i , „ . , y , / Ensi n 

TOCTetAev, xou erce^tf ev auTou; eiç 7uavra sans nuni j> 

Ta 8ÔV7] marncai toÙç ev gxo'tsi tvjç âvvoiaç mens 

v /y % nostre * 

xa9nf/.svouç xat paTCTtÇeiv auTOu; etç to ovo[/.a 

tou IlaTpoç xal tou Tîou xal tou ày i'ou IIveu^aToç, ûç ' 

èvTeùôev tou; [/.èv aÙTwv tyïç éwaç Aa^ovTaç, 

Toù; &è Taç éarcepiouç iceptépjreaOai, (3o'peta Te 
xal voTia oiaOésiv xÀi|AaTa, to TCpooreTay^svov 
aÙTOÏç TrXvipouvTeç èirayyety.a. 

a. La marge inférieure de ce feuillet a été récrite par le traducteur ; au moins y 
distingue-t-on des traces d'une écriture à demi effacée ; ainsi on lit estoient au-dessus 
du mot citeiens. 

b. Ces dernières lignes paraissent un développement étranger au grec ; la suite est 
illisible. 

1 . Je supprime dix lignes de ce feuillet, parce que la photographie que j'ai sous les 
yeux ne permet pas de tirer du français inscrit en marge autre chose que quelques 
syllabes isolées. 



319 

(Miniature.) 

Tore ô îepwTaToç 0wp.aç, s!ç uxapywv twv 

£w£e>ca [/.aÔTixcov toO XpurroS, xpoç tyjv twv Iv&wv 
Lors li seintimes Thomas qui estoit uns des doze deciples de Jesujfa en- 
voies en la terre d'Ynde por crier à ces gens le preechement de salut. 

E [suite, Boiss., p. 4). 

[tisoien* 
e laisoient cil les ténèbres des demoines et la hydeuse culture des ydres e se conver - 

— oient à la l^jmiiLTtvzo ywpav, xvipuTTWV aÙTOÎç to <>w- 
... se conter- k ^ \ > \ 

..de lune la r/ipiov X"/fpuy(Aa. ToO Kupiou ce cuvepyouvTOÇ 

. . .ciun des a- < \ s j a p S> v - » 

. xai tov Aovov pebatouvTo; oia Twv g7uoao- 
devenoie ' ' 

... de Crist aouÔouvtwv cYi^aeiwv, to (/iv t^ç ^stffi&ai- 

ôawtesrne e / , . /ft , > ^, , \ 

oient les |* 0Vta S aTCyiAa " v l g*otoç, xai, twv etàw- 

...sdelasoe Xtxwv T6 gtco'v&wv xai (3&eXuy|/.aTwv ârcaX- 

profitoient . . • „ , . , ft , 

est sans AayevTsç, tti ocrcXavei 7rpo<75TeoY)<7av 7U<mt, 

• • • es torer xal outw Taîç â-ocToXncaîç u,eTa7ïAa<j0é'vTeç 
partoteglises . . m . x ^ 

...Deuesire oioauxotAiatç, Api<rrw ôta toj pa7UTKJ|/.aTOÇ 

... espiritu- ipxetwGvicav, xal toco; xaTa jxspoç icpocOïî- 
...des». ' k 

xatç aù£avop.6Voi, xpoexoTCTOV ev tyî â(/.w- 

[/.ti'tw 7Ci(îTet, gxxATjffiaç Te TiravTa^ou &s- 

fX0C{Jt.6VOt, TW CtAYlOlVW ôew Ta? 1ÏV£U(XaTMcàç £715- 

teXouv Guctaç , 

(Mnia^re.) 

Outw; xaXw; è^ovTWV twv 7cpay(xaTwv , 

xal jrpusaîç TCTepu^i, to &t) Xeyo'jjuvov, elç oùpavoùç 

a. Le reste de la marge latérale est caché par le voile de la miniature, ou illisible. 
— Il n'y a rien d'écrit sur la marge inférieure. ; 

1. 'ExxXï)irîa; -ré àvà nivaç wxoSojxow xà; x^P a ?> Boiss.; puis viennent huiOgnes, 
'Erat Sèxal êv AIvvtttw, etc., qui manquent à notre ms. 



320 



F (suite, Boiss., p. 6). 

à la partie des Eleins e trop se tenoit es ydres en la decevance des deables es. 
•xaXkm âvtxTa^Évwv, <xvi<sra.xoâ ti; ^ccaïkvjç de 

, 16S I6S . . • 1 • 

sv tyi aùrlp ywpa, Àbevvip jxèv Touvop.a , nok- aises 

Xoîç &è xaxoîç ffuj/.Trviyo'j/.evoç ttjç ÉXXt)- 
v»«i; ÛTCapywv (Aotpaç, xaî <y<po'&pa 7cepl 
Tyjv àeicnW'^ova ^Xav/iv twv et&wXwv 
ë7:toy](juvoç. IIoXXyj £è guÇwv 6 (3aciXeùç 2 
Tpo<p-^ jcai a7ro>.aucrei twv -/î&ewv gai Teprcvwv 
toG (3''ou, x,ai èv oùosvl twv QeXvîaàTœv xal 
£7uGuf/.iwv aÙToO à7COCTepoup(.evoç, ev zlys. 
ttjv eù<ppo<juvv)v ocùtw èy/.oTCTOV îtai [xepi^vatç 

aÙToC (3aXXov ttiv ^uyjiv to ttjç aTexvtaç xaxov 

ep»|/.oç yàp Û7tapj(wv xouàwv &tà <ppovTt£oç 

ocùtw viv toioutou XuGvjvai £e<j[/.oO xaî texvwv 

xXviG^vat 7raTyfp 3 . To ^è eùxXeecTaTov ye'voç twv 

yptcmavwv xat Ta twv (/-ovavjov xV/iôvi 17a- 

p' oùoèv Ge|/.svot to toù fiarsCkioiç gI^olc, v.cà 

xpo'cTay^a ft êxvfpuTTov où (po'êw tivI xal 

ûtcogtoXtî, àXXà xal Xiav eÙTCappy)<>ia<jTwç 

TOTOuGeoucwTyfpiovovofxa.Kaloù^èvoTt^yiXpKTTOç 

auTOK 01a <7TO[/.aToç 7], tiqv T£ peu<JT7)V y.ai eu[/.a- 

e la bone costnmance qu'ils avoient aussi com naturalement de la seint (?) . 

. . . partot e preechoient apertement la vie pardurable qui estoit à 



a. Je ne puis presque rien lire de ce qui suit ; j'aperçois encore, entre les lignes, 
des traces d'une écriture française effacée, mais que la photographie fait paraître 
plus distincte sans doute qu'elle n'est dans l'original. 

1. Le ms. omet après ce mot six lignes de l'édition de Boiss. 

2. Oùto;, Boiss. 

3. La leçon de Boissonade est plus développée. 

4. Ici encore notre ms. passe plusieurs lignes. 



321 



G (suite, Boiss., p. 7). 

,,._.. . .la nierté (?) e les ténèbres de mescreance, e semetoient en la doce vérité de la 
""" re e eu pavTOv (pucriv twv 7rapovT(ov xal to 7iaytov 

... qui estoi- xal à'<pÔapTûV ty|ç p,e^>.ou<T7]ç £a>7]ç (pave- 

e«i ou (?) consel del ~ ~ « > > 1 -fr ~û 

, ■ • t P W Ç TCaciv urceàsucvuov . livrcuOev 

...vieuté(?) 7voX"Xoi, t^ç ^^i<jtïiç èxetvïiç ^i^aota^iaç 
. . . devenoient , „ ± , ^ ' , , 

wioine. aTCOAa'jovreç, tou [/.ev içtJtpou ttjç <X7uaT7); 

<?"aw* lirois en_ âçwravTO gxo'touç, tô £è Y^ujceï'Tviç àXvi- 
tewdi* ce il fu du- , ; , 

rewient correci- 9£ia ? < P am -poGSTiOsvxo ■ wç xai Tivaç 

&...rgran- T £ v | v à v oc;(ov xal tyiç cuvy.XyfTOU (3ouXyîç 
. . . manda a , , ,. x , 

xavra envOTwîCvat Ta tou (3iou ^apvi xai 

>.otn:ov yivgcrGat (xova^ouç. 



( Miniature.) 

Ô &è (3a<ri>.eùç cbç Yjxouce Taûra opy^ç ott 

xXeLCTïiç rc>.v)pwOetç xal tw Guaco ûirep- 

'(eçaç, ^oyjxa aÙTtxa è^eôero, xavra 

ypidTtavov (3iâ£e<5Ôai tou è£<o(/.vu<jôai tyjv 

eùcééeiav. Ôôev xmvà p.àv ei^n xar' aÙTwv 

paaavtov eiC6voei,Xaivou; ^èTpo'770'j; GavaTœvviTret>.ei 
. . . homes e à ses baillis qu'il les tuassent à tort, nomeementceausde re- 
jeton... sans merci avoit encontre aus la bataille enprise 



a. Plusieurs lignes sont couvertes par le rideau qui protège la miniature, et le 
reste de la marge est trop usé pour que j'en puisse rien tirer. 

1 . Notre manuscrit omet ici un peu plus de deux lignes. 



322 



H {suite, Boiss., p. 7-8). 



ne pooient ce comandement endurer, si s'en fuyoient es desers 
xal ypa(xp.aTa xaTa 7ra<7ay Trçv ÛTCoTeXvî aùxw 
ywpav è7cé|/.7Ç6To upyouGi xal vîyepioci, Ti(/.&>pia; 
xaTcè twv eùireêwv xal <r<payàç à&txouç ocTCOcpai- 
vojxeva. E^aipéTwç &è xaTa twv tou [/.ova^i- 
xou c^yfp.aToçXoya^wv ôup.op.aywv àVrcov&ov è- 
yetpst tov 7rpo; aùxoùç 7roXe(/.ov. Èvreuôev 
xal ttoIXoI fùv twv iugtwv Tvjv &t,avoiav eaa- 
Xeuovro, aXXot ^è tccç fâaGavou; [/.-/) ^uvYiÔévTe; 
î»7rev£yxeîv tw àOetUTW aÙTOtï eixov 7rpo<7- 
Ta'yf/.aTt. 01 $è toûî [/.ovayixoiï Tay^axoç ^yejxoveç 
xal àp^yiyol, oî pùv èXsyyovxeç aùroS rJ)v âvofnav 
to &ià [xapruptou ÛTCvfveyxav tsXoç, xal tyîç 
o%jxtou stctu^ov [xaxapioxnfoç, oî &è ev e- 
pvijxiatç xal opeeriv àTrexpurrrovro, où &éei twv titcêi- 
Xyij/ivwv (3acavwv âXX' oixovo|ua Tivl ôeiorepa. 



58 lius repus 
stre signor. 
s'osoient . . . 
por peur... 
se eue... 
Li prelas . . 
religiun... 

tendi 

si lesco.. . 
ennore... . 
e disoit. . . . 

ce do 

ce nos... a . 



(Miniature.) 



Triç TOiauTTiç oùv GxoTopîvviç Triv îv^wv '/wpav 

del del roi qui deu b 

Einsi estoitla terre d'Yndc en ténèbres e porsivoient e dechaçoient partot 

/ (suite, Boiss., p. 8-9). 

chars sacrefioient si que li airs en estoit tôt 

est ywpav xaraXaSouaviç, xal twv tcigtwv xav- 

....par , , „ „ , et 

baruns toosv eXauvopLevwv, xat, twv ttiç aaebsiaç 

a. Il y a encore sept lignes dont je ne puis presque rien déchiffrer, puis le rideau 
delà miniature cache le reste. 

b. Ces mots se rapportent à la miniature. 



323 

.... pareille (?) factamoTiàV 3tpaTuvouivwv, aiu.a<ri Te 

de beau- ' l l 

té seurmon- xal xviacaiç twv 6u<ïtwv xai aÙToiï ov) tou 

Zoi£ Ze* autres » / •> / r ~ ~ o 

, aepo; [/.oAuvo[xevou, eiç twv toi» pa<ri- 

... niable co- Âéwç, a^iaaTpâV/iç tt^v <x£tav, ^uyviç eùye- 
. . . que li rois a- , x „ . „ v . . n 

... si dist à soi va ? xc " ^P? (7W [ / ' a ' ro Ç t<*> v aAAwv Oia- 

... se délite «pépcov 4 , to àceêèç èy.eîvo rpâVray^a 
en la fause gloire e , , , , . , 

...verses(?)quisunt a^oucaç, ^aipetv ewccov ty, ^arata 

.. . e Lors Ta ,j Tr) xaxw cupouivï) &o£ti Te scal Tpu<pî), 
... à la con- ' , ' , , 

versation des moines toiç twv pvaywv Aoyasiv eauTOv eyKaTe'fuçev, 

a^us ^gp^pjQç ysvojxevoç èv épn'u.oiç Torcotç, 

velles vnsTeiaiç Te xal àypurcviaiç /.al TÏj twv 

s de Deu A / . / » / \ ' a / * 

Ueiwv Aoy.wv (/.eAeTY), Taç ai<70Y]<Jeiç apiGTa 

se é^sjcaôvi pev 2 . O &e (3aciAeî>ç 77 à'vu toutov 

<piAwv xal è\à TifAviç aywv, àç rptouce Tau Ta, 

el'avoit vjAyyice (/.èv ty)V ^'J^v èVi tyj tou <piAoi> CTepri'crei, 

. . . wiot (?) honor' ,~ ,. ^ , „ » '«, «, 

.01 ce il en £ s£>tauOïj 08 xAeov ty] y.aTa twv (xovaÇovTwv 

ôpyrj. Kal &Y) xaTa £y)TY]<7iv aÙTou rcav- 

Ta^ou aTCoaTeiAaç [ASTa jrpovov aavov d\epeovY)- 

ami, e fu plus espris en ire vers eau s de religion, e le fist guerre partot 

le troverent cil qui l'orent quis e l'amenèrent devant le roi 



/(Boiss., p. 18). 

(Miniature.) 

Si cum li fflz del roi Joasaf fu nés e de la profecie de l'astronomien a 

a. Il n'y a rien de plus que cette rubrique à tirer du fragment de feuillet dont 
j'ai la photographie sous les yeux. 



1. x t'w/ri!; , Ka.ça.(Trr\\i.a.ii, \izyé^ti te xaî v.àMei xai tootiv àXXot; oï; wpa (rwjiaTo; xai 
yevvatoTY); tyvyjni àvSpeiaç y.apaxTYiptÇeffôai tcçuxs, twv àXXwv èTuy^ave ôcaçÉpwv. Boiss. 

2. Ici encore notre ms. abrège le texte. 



324 



#(Boiss., p. 31). 

mença à uvrir ses oilz à entendement de bien » e de sa sauveté, et comen * 

co 

père 

(Miniature.) savent... 

ses pères com- 
me cil qui mot 

v K kj „ x , { V' a'« .., l'amoit 

2u)(vw; oe tou TraTpoç ocutou /.ai paGiAetoç queli... dist (?) 

xaTa Oeav tou ttûu&qç épyouivou, àva- Je désir moi apren- 

x /o / , a .'V dre de vous m.... 

7TV) yap Û7cepbaAAou<r/) e<piAei aùxov, èv rois une chose... 

i/.tà Aevei TÔ warpi- « MaOeîv H iiKtou.W« su f en 'f ant t (?) ,ne " 

1 ' ' T r ~ saise d esprit 

■rcapà goO, cb SécnoTot. xal {SaciAeu, è<p' <o e vers se... 

[XtfffD ^tvjvexvlç xai f/,épt|/.va <xo\a7rau<JTOç 
xarecâiei [/.ou tvjv ^upfv. »] 

Z (Boiss., p. 32). 

Amelei avoit à num estoit e devant les autres. Une fois avint qu'il 

liu 

( Miniature.) 

les u 

mut 1 

Àf/iXei oûtcùci tocç repoo^ouç 7:o(.ou[/ivou ei^ev deman..... 

, x . /f . " , cist eo 

ev pua tcov vip.eptov xata AnOviv twv 0«n- ce avenu e 

oeTÛv, av&paç oMo, wv ô [/.èv AeAttêYipivo; rent celer 

? » \ ^v , « .\ '5\\ \ > s» a v cesuntmal... 

TV, TucpAoç oe o eTepoç* ouç wcov xat ayiàiafleiç 

' * r _ vienent- 

T7)v ^oyviv )iya toiç [/.ex' aùroû' « Tiveç oûtoi, xai j e s enfer 

a. Après tien le ms. porte de sa saveté qui a été rayé pour être récrit comme 
suit. 

b. Pour cette phrase le grec manque dans ce feuillet; le voici d'après Boiss. : Kai 
h toù IlapaxXifJT&v yàç>^ toùç voy)toùç ocùtoù ôçOaXjioùi; ôiavoiyetv iitiyziçricz, Ttpèç xàv 
à^evSrj XEipaywyûyffa 0£Ôv, wç 7tpoïà)v 6 ).6yo; SYjXwcreis. 

c. Ce mot est écrit au-dessus de la ligne en remplacement de deux ou trois autres 
que je ne puis déchiffrer. — On voit que le traducteur a fait ici un énorme contre-sens, 
prenant à|AÉXei pour un nom propre. 



32i 



Tzoxu-Kri ri ô'ju^spviç aÙTwv ôc'a ; » Oî ôè (/,*/) ou- 

va^evoi to etç ôpaciv aÙTOÙ* ocTroxpu^ai e- 

<p7](7av • « llaôvi TauTa ô'Viv àvQpw7riva, àriva qui s ' esmue 

& ~ > * , >. , sanc(?)eme... 

&ç uÀViç oiecpoap(/,evY|ç xat, cwj/.aroç /.a- ilemes 

x.oyu[/.oi; toîç (âpoTOtç au^êaîvetv euoOev. s'esmuevent (?) 

— Kai iraat, c^civ 6 rcaîç, toîç àv0pw7roi; Tauxa sau 

1 r w enent teus 

|_eïô«rrai tes as gens en (?) . . 

<7U[/,êatV£tv ; » Aéyououv sxetvoi' «Où rcàdiv àXV oiç ••• il avient (?) . 

av exTpaivêiY] to uyisivov e/. r/iç twv ^u^acov 

(AO^Ôvipiaç. » Aùôiç oùv £7ruv6aveTO 6 waîç • da se ce aven (?) . . 

rr \ v v û / * /,^ tos omes 

« rvat, apa yvwgto'. jca0e<?r/i>ia<ïiv ouç u,eXAsi TauTa ,. 

r 4 l dirent que 

xaraV/f^GÔai Ta ^eivaj rj ào\opi<7Tcoç jtai a- v j en t 

. . . .moût à ces choses c'ura li disoit e le metoit à sun cuer ; ases h' mostrerentf dont 



M {suite, Boiss., p. 32). 

[metés «. Lors si disl : « Hé ! qui 

ces ew/ennelés venoient, car c'estoit volentcs de Deu qui veït et seiist ces enfer - 

... ...si purve 7upooVro>; û<pt7T«Tat; » ot iïl eirrov • « Kai Tic 

en pris, {) ^~^ àvSpoSirwv Ta u.£XXovTa cuvioYîv cbtpiêûç ^uva- 

à avenir (?) [ Tat j 

se(?) tôt à v , / j . m Q - , « « 

li Abdel roi xai s^auffaTO {*« ° Tot > pactÀeco; moç eTrepwTwv, 

... demanda plus 6 àoWflôvi o^è tvjv îtap&iav £îà tû ôpaÔévTi, x.al »ÎX- 

AoiwQy) vî f/.op<pv) tou TîpoGWTCOu aÙTou tu àcur/i'Ôst TOU 

« •rcpayp.aTOç. 

(Miniature.) 



Mst' où rcolXàç o*è *ô[j.épa; aùOiç o\ep^o'(/.evoç 
cruvavTa yéoovn 7T£77a'Xaicoa£vw £v vî[/.epaiç 



a. Cela n'est pas dans le grec. 

b. Le reste de la marge est en partie couvert par le voile de la miniature et en par 
tie trop usé pour être déchiffré. 



326 

TcoXXat;, cuyxexucpo'Ti xal ojxwi; TrercoXi- 

a>f/.ev<o, è<JTepv){/iv(j> Toùç oàovTa; xal èyxe- 

xof/.i/.éva XaXouvTt. Kal £•/) tcXWov toutov àyaycov, 

èrceipaTo (/.aÔeîv to tyîç Géaç irapà^o^ov. 

Oî £è ou(A7rapovTeç e'i7cov • « Oûtoç ^po'vwv /$•/) 

7:Xet(7Ttùv Ù7wapyei, xal xaTa (/.ixpov (/.eiou- 

aévviç aÙTto t^ç w/yoç, è^aGÔevouvTGav £è tûv 

[/.eXâv, sic 7)V ôpaç e^Ôacs TaXai7nopiav. » 

— Kal ti, <pvi <ylv , aÙTOu to Te'Xoç 5 » Oi &è elrcov 

[« Où&èv â'XXo 

qu'il est de grant aage, si vait dechiant ses cors e par tele enfermeté est venus à 

aproche à sa mort. Li enfes lor demanda : « Ne puet il estre autrement que 

[morir ne le 

N (suite, Boiss., p. 33-34). 

aviegne ? » Il dirent : « Ceste chose atendent tuit. » Quant il oi ce, si li entra en cuer 

[e comença à penser « 

3 ôàvaTOç aÙTov $ict$é£eTOi. » Ô &è toùç* « Kal demanda 

que l'amer 

xaon toîç àvOptownç toûto xpo'xeiTat ; y) xal touto puet um 

> / > ~ /ô / /-.t N\ t 17' v nule guise. . . . 

evtoiç auTwv auftoaivei ; » Oi de ei7cov « Ei (xyj xpo- . B 

Xaêwv 6 Ôavaroç [UTdnmfeet Ttvà tûv evTauôa, un vient à 

»n/ v . / H t ~ v 't * covientil 

aôuvaTOV {/.ri eiç TauTTjV eXoeiv ttjv Taçiv. — Ev mor i r . 

xoGotç oùv, <pv)<>iv 6 xatç, êreaiv touto ep^erat Tivij P nas ( ? ) vivre 

v , , , fi , v » ■ P- • dirent 

xat, et xavTtoç xpoxetTai oavaroç xai oux sgti quatre vina* 

[/iGoàoç toutov xapa^papLeîv ; » Ae'youatv aÙTw* ou duc' à cen< 

È, \ , \ * \ < \ » 1 a ^ aage 
v oyoorixovTa [/.ev tj xai exaTOV eTeciv eiç touto envellir le 

to v^paç xaTavTÛffiv oi &QpW7uoi,etTaà7i;oGv7j<ïXou<Ji; e puis covient m °- ' 

• r r ' ' rir e noient (?) . . 
(XV) aXXwç ev&ejçopivou ■ à7uapaiTYiToç yàp Y) rement 

toutou èreéXeuctç. » Ô &è cuvctoç èxeivoç 

le covient qu 

xal cppovifJLOç veavtaç coç TauTa vixouce Quant 

,r , n /a ^/ v -i-i-" w enfes qui estoit de... 

CTevaÇaç ex [iaQouç xapàiaç e<pvi- « Et TauTa outwç gens £) , # . u SMSpi _ 

a. Dans cette ligne et dans celle qui termine le feuillet précédent, le traducteur 
s'ccarte notablement de son texte. 



327 

èyei, wHcpoç 6 0toç outoç xat iracnç ô&uvv); ra de P arfunt CM " 

àvaxXEcoç. Kal 7râ>ç a' l u.£pt i u.VYi<jei tiç tyj 

xpocr&ojaa tou à^vfXou Gavàrou ou tî éXeuaiç 

où (jlo'vov àrcapatV/iTOç, àXXà xat a&7]Xoç, cornent est 

a , v t / ,r i . .,(1 « ... set qu'il ne 
x.aotoç eiTCare, uTrapvet ; » Kat a-ir/iXoe Tau- 

' rA - 7 € puet eschaper 

Ta ffTpeçwv èv éauTÛ xat aTCauGTtoç &iaXoyi£o[/.evoç • i a mort 

er e puis qu'i set qu'il n'en puet avoir merci qu' il ne le covigne finer e à nient aler a 



(suite, Boiss., p. 34). 



.cum vos dites b sans falle si cum vos dites. Quant il lu revenus tos jors pensoit. , 

e yenr01t Apa TCOTe 2 6 Ga'vaToç xaTaV/i^erat ; xai tiç 

. . en (?) son pensé ' 
de à (xv^pjv xoiou[/.evoç [/.ou (/.eTa GavaTOv , 

..après la mort TQ ~ yoo ' vou ^ T0L T yj XvjÔvî rcapa^oVroç ; 

. . tfrespassent ™ ' ' ' 
morrai si *ai et àxoGavcov etç to [/.tj ôv oiaXuGy)cro(/.at ; 

Yj EGTt TIÇ à'XXv] |3tOT7) 3C0CI ÊTCpOÇ Xo'<J{/.OÇ J 



(Miniature.) 



TaOra xat Ta toutoiç 6'jxota âraucTtoç 

... oit à arant n ,, / , / 3 

. ôtev9uu.ouu,evoç or/ptuv JCaTSTïjîWTO ' 
. . . sans cessera ent r* r "» A.r 

...frover qui qe g^oGa &è àxaTac/ETW Ttvt rco'Gcoxat eyXt- 

. .de cui il peust , „ : „ ^ . , , 

«mener conforter X 8T0 £VTU X eiv ™» T< ? <W^9 ty)V auTOu 
par paroles d'à- ^-/ipocpop^Gai xap&tav, xat Xo'yov ccyaGov Taïç 
...emeDt celui , , » 

, ... il avoit devant aÙToO a^oat; £v/iy;?,(7at. lov icpo{/.VTip- 



a. Ce feuillet n'étant pas rogné en droite ligne, la partie inférieure, malheureuse- 
ment très-peu lisible, a quelques lignes complètes. 

b. Ces trois mots sont barrés, et avec raison. 



1. Le copiste oublie ici une phrase. 

2. Il faut ajouter {te. 

3. Le ms. omet ici trois lignes de l'édition de Boiss. 



328 

parlé sovent L , ^s \ *■?/., / 

. it veufievTa àe 7rouoaycoyov auuiç £7nop(oTa, 

... lideman- « ei' tûûu Ttva yivcocxei àuva[A£vov aÙTÔS 
da(?) ...neries(?). e \' U S S û ' i. 1 *J 

.. nului qui (?) Gu^aAecgai Tvpo; to 7to(jou[X8vov ' o oe 

— peustesclor (?) '{^ 7700c aùiov » EIttov crot x&t TO TrpoTepov 

re la verte. Cil w r e , v , 

li repondi •. Je vos otcwç 6 7iaT7ip aou tou; co<poùç ijceîvouç 
ai ja (?) dit, biau (?) sire, que vostres pères les a tos cssillés les sajes e les religieus 

[qui de ces choses 



P (Boiss., p. 38). 

Cornent li jovenciaus le cunta au fil del roi e il b 

. .à monsigneur, ja n'en serai pereceus daq'il venit avant. Meintenant ala au fil del 
. . un ta pre- 

Quant 

cis oit ces paroles {Miniature.) 
mot s'esjoï ses es- 
pris e fist ame- 
ner devant soi TaO' T a sî^wv eiaïïXQev, xal xarà uipo; 
.... ^arlahan , , , , , 
s tantost TCocvra tw uiw tou $<x.G{kéu>ç àTrvi'yyetÀev. 

.... beneiçum Èkeîvoç &è wç fttOWK TauTa Ta pvfu.aTa, 
...sicumave- m 

nans chose estoit X. a fà; tivoç xaî Ôupioi'aç Trveu(/.aTiJt7Îç ysvou.evo;, 



staune Ô5 TT0V èxsleuaev etcavaverv tov av^pa. 

...asistavec • ' ' 

rfamoisiaus Ûç oùv aoyjAÔfiv 6 Bap'Xaày., xai ^e^wx.ev 

. . . li filz del r , .. , ' • ' ' - 1 

[ai»TW TV)V -p£TCOUCaV £ipV)V7]V, £7T£Tp£'^£V 

aÙTov JcaTacT^'vat, xal, tou TTai^aywyoO' ûtcq- 
ycopyfoavTOç, >£y£i 6 icoaaoKp tw yepoVu.J 

a. A partir de cette ligne, dans cette page comme dans la précédente, qui est le 
recto du même feuillet, les lignes sont entières, mais à peine lisibles dans la photo- 
graphie. 

b. Cette ligne fait partie d'une rubrique qui s'applique à la miniature placée au- 
dessous, miniature ;à deux parties comme beaucoup de celles que contient le même 
ms. D'une part on y voit le précepteur de Josaphat rapporter à celui-ci les paroles 
de Barlaam, qui attend qu'on l'introduise-, de l'autre part Barlaam prêche Josaphat 
assis en face de lui. 

1. Nouvelle omission. 






329 

Q (Boiss., p. 51). 

. . .il ot faite (?) cestc grant mervelle, si enmena caus d'Israël el désert e de pain 

[céleste lesnorrist» 

et lor donna laloi en xa v t ^«vtwv twv 7ïOVV)pwv upa^etov è-TcavayovTa, 
... de pierre 
que jxovcv as àiàacxovTa tÔv ovtw; ovtcc Oeov cébeaâat, 

.. .e toutes xa v T ~ v û jy a Q(j )V g'pywv âvTsyeaOai. 
. ..s oures ' ri A * 

. . . lor ensegna 
...t obeisant '.'"'. 

...poisant • Wimature.) 

...tenbones 
. . . Par ces 

... ses oe- ToiauTatç oùv TepaTOupyiaiç eiGvfyayev aùxoùç 
. . . au pa- , , w , 

eiç ayaoviv Tiva yviv, vivre p raXai tû raTpt- 

àpyjp èxeivco Àêpaàj/. èrviyye&aTO àcooeiv 

aÙTOÛ Tô C7uép{xaTi. 

/? (Boiss., p. 114). 

e tuit cil qui se délitent es beautés del munde e qui unt lor douceur en sa saveur 

prennen. . . . 

de à ce 

{Miniature.) e qui tos 

avenir 

ceste es 

ÔtA > v >i A' ~ ~ o' se..po 

(xoioi au(nç eictv ot epaaoevTe; twv tou (itou j 10m av 

Teprvwv xat tvi toùtwv yXujcavÔévTeç vî- amis le 

^ y „, - , v ^ . moit chi 

outviti, twv p.e>AovTwv Te Y.<xi (J.V) caXeuo|/.evwv edesme 

Ta peucià >cal âffôevv) xpoTUAviffavreç, âvQowrw > avoit 

| / r V */ .ueduc'à 

Tpeîç iayr t y,6xi jiXou;, wv toÙç yiv duo s'en mètre (?) en pe- 

7repiiraGwç èTtaa, xat ccpo&pw; tyjç aùxwv nlsicun 

[àyâV/iç âvTeiy^eTo, p.ey pt, OavaTûu urèp aÙTwv 
àyam£o(/.evo; xai irpoxiv^uveueiv aîpou|/.evo;.J 

a, La phrase dont cette ligne présente la traduction partielle est celle-ci : Elta 
6aûaa7i [LZfîazoïi xaî ôîosavsîat; èVi ypôvoi; Tïo-capàxovTa ôtayaYwv tov ),aôv 
èv xrj èpYJ[/.w xai âpTw o-jpaviw StaTpécpwv, vôjaov 3éowx£ 7tXa£t Xiôîvai; Qï68ev yeypajA- 
[/ivov, ôvnep ivs^eipiffe xw Moaaeï sni tou ôpov;, TV7COV ôvtcc xat cxtaypacpîav twv jaeXXôv- 
Ttov, twv (ikv siowXwv. . . . 

II. (Sixième série.) 23 



330 

S (Boiss., p. 205-206). 

[jtal Tto À.pa^ [xsyt<JT'/iv ârco]- 

acie e lor sutive v £m WV tï|v yapiv àXX' ê^euffato vî oc£i>ua éaur/i, 

...ut.Ors'atendoi- ^ , \ 

...duc' à tant que la to ToO» ôeiou cpavou Aauià, xal vî oaaiocuvY) vixa 

desputée .co- ^ ^ V0(7 ( av T£ 'Xeov aÙTVjv xaxaXaêou<7a * xal 

s laidenga cru- l 

fil e cornent Joa- to (jt.V7)[/.o<>uvov aÙTïîç à^oXécaca {/.et' "flX 0U ? ^ 

ni Jesu Crist » _ ~ ,r~ « « / ^ .. , 

creusement « SV ™ Ç 8 ™ ° *°Ï 0Ç ™ UWI - 

Après deusjors ala 
2i rois au palais de son 

fil. Cis vint à l'encon- (Miniature.) 

Ire mes ses pères ne le baisa 
mie com il avoit acu- 

stumé, mais espoenta- Meràyouv £uo fyépaç 6 ^actXeù; wapa-perai rcpoç 
Oies , 6 irOiÇ »••••«*■« 

s'en entra en la to tou utou TCaXaTtov.Kal,TOUT0U etç UTCaVT7)Giv éçeX- 

cfcam&re roùd eU'asfct q^^ ^ ^ aTQ CUV7) 'ô W ç ô waTV) ' p . «fty^Qo- 

jtëZ e* li dist : « Qui vos a piveo w<77uep xal ôpyiÇo^evw souabç, eicsXOwv 

emplies filz * » ~ ~ a /v , 

ev Tw paciXuw xotrom <jy.ugpco7ira( 5 cov exa- 

[ôeaTif). Eira, tov utov xpocstaXeca^evoç, 

ecpyj • « Tiç vî ài^ouca |aou t<xç â>coàç Ç7)'p!, 

•] 



TSXVOV. 



a. Il est évident qu'à cet endroit la traduction développe le sens des mots cbç év 
toîç éç7j; 6 Xoyoç Sy^uxtsi (Boiss. SïiXaxieisv), et indique plus explicitement que ne fait 
le grec ce qui va arriver. 



331 

APPENDICE. 



ESSAI DE RESTITUTION DE QUELQUES MOTS GRFXS CITES DANS LE ROMAN 
DE FLORIMONT. 

Aimes de Varennes, et non de Valenciennes comme l'a prétendu 
sans aucun fondement M. Dinaux (Trouv. brabançons, p. 53), avait 
séjourné dans l'empire byzantin, et en était revenu avec une connais- 
sance du grec qu'il laisse voir assez volontiers. Ainsi il aime à ex- 
pliquer les noms propres : 

« Si vuil que mes nons soit muez : 
Cacopedie m'a pelez. » 
Cacopedie en grezois 
Est mauvais garçon eu françois. 

(Ms. fr., 1376, fol. 34, b.) 

On rencontre aussi dans son poëme des mots et même des vers 
purement grecs. Ils ont été signalés pour la première fois, je crois, 
par M. Paulin Paris [Mss.fr., 1, 12), et soumis par M. E. Du Méril 
à un premier essai de restitution (Floire et Blancheflor, p. cxcvm- 
cxcix). Mais cette tentative n'est pas telle qu'il ne puisse y avoir 
quelque profit à la recommencer. Selon M. Du Méril les mots sont 
a travestis d'après la prononciation latine et souvent fort mal ex- 
pliqués. » S'il y a travestissement, c'est aux copistes qu'il faut l'at- 
tribuer; mais on va voir que la comparaison des mss. permet de 
retrouver la bonne leçon. Quant aux explications, on verra si elles 
sont ou non satisfaisantes. J'ai à peine besoin de dire que dans tout 
ce qui suit je suppose le lecteur instruit des premiers éléments du 
grec moderne et surtout de sa prononciation. 

Les passages où il y a le plus de grec sont au nombre de trois : 

I. En l'ost en demainnent grant bruit 
Et en grijois escrient tuit : 
« O zeos offendem zelos 
Salva tuto vassileo. » 
C'est en françois : « Diex, bon signor 
Gardez icest ' empereor. » 

(Fr., 792 [anc. 7190»-» A], fol. 5, d.) 

1. Ms. hui nostre; je restitue icest qui convient mieux au grec, d'après 1376, 
353 et La Vall., 47. 

23. 






332 

Voici, pour le grec, les variantes des autres mss. : 

O ceos ofendan calo 
Salva ioto vasseleo. 

(Fr., 1376 [anc. 7489 «], fol. 5, d.) 

O seas offendam calor 
Salva toto vasileor. 

(Fr., 1491 [anc. 7559 »], fol. 5, b.) 

O ce. ofendam calo 
Salva tuto vasilio. 

(Fr., 353 [anc. 6973], fol. 3, a.) 

O theos offenda calo 
Salva tuto vassilleo. 

(Fr., 15101 [anc. suppl. fr. 413], non paginé.) 

En grec très-vulgaire : 

r Ci ©si; àœsvTix xaXô 
£âX£& tgûto paaiXeo. 

Il y a ici une irrégularité, mais qu'il faut bien accepter puisqu'elle 
se représentera deux fois encore, et toujours en rime, c'est l'em- 
ploi de (kfftXeô, au lieu de la forme à la fois hellénique et vulgaire 
pacjiXs'a. L'accentuation sur la dernière de PokjiXeo est nécessitée par 
la rime et est d'ailleurs autorisée par la prononciation vulgaire. — 
'AcpÉv-a étant nécessairement au vocatif, il faut bien que 0eoç et xotXo 
y soient aussi, conclusion à laquelle conduit également le texl3 fran- 
çais, et que ne repousse pas le texte grec, car la langue vulgaire 
donne parfois la forme du nominatif au vocatif, voy. Schinas, Gramm. 
élément, du grec moderne, p. 16, note 2. 

Il y a aussi quelque incertitude sur la leçon salva. En effet le ms. 
laVall. 47, écrit au quatorzième siècle par un copiste italien qui a 
bien soin d'écrire grego dans la marge en face de chaque passage 
grec, et qui peut-être entendait un peu le romaïque, porte Filia 
iuto vasilo(îo\. 5, a), où on pourrait peut-être reconnaître quelque 
chose comme <puXàrc£, ce qui serait d'une langue plus pure; mais il 
faudrait, sous peine d'avoir un vers trop long, admettre vasilo, ce qui 



333 

serait contraire aux autres exemples fournis par le même poëme. 

II. Il crient tuit : « Mathaceo 
Cale tuto vassileo. » 
Ice welt dire en françois : 
« Si maïst Diex, bons est cis rois. » 
(792, fol. 5, d.) 

Mathaceo 

Calo ruto vaseleo. 

(1376, fol. 6, a.) 

Macecaor 

Galo rusco vasseleor. 

(1491, fol. 5, c.) 

Mataceo 

Cala tuto vassilio. 

(353, fol. 3,6.) 

Lesmss. fr. 15101 etlaVall. 47 s'accordent avec 792 et 353. On 
a donc : 

Ma tû 0eb 

KaXô tgûto fSaatXeo. 

Ce qui convient parfaitement à la traduction donnée par l'auteur lui- 
même. M. Du Méril s'est attaché à la leçon du ms. 1376, et a écrit 
cette note : « Ce ruto est certainement la forme ionique de Id^uto, 
« 3 e personne de l'aoriste de ^o^at, être délivré, et nous croirions 
« volontiers que Mathaceo devrait être écrit en deux mots : Ma/as 
a ou May(ou, combats ou daigne combattre, et €>eo;, Dieu. » 

III. Li dus devant le roi ala 
Et en grijois le salua : 
„ « Calimëta vassileo. » 
Li rois a dit : « Certis calo. » 
Ice welt dire en françois : 
Que bon jor aies, sire rois ; 
Et ce qu'il lor a respondu 
Welt dire : Bien soies venu. 

(792, fol. 7, d.)] 

Cassimera vasileo. 

Li rois li dist : Sertis calo. 

(1376, fol. 10, a.) 



334 

Carismera vassileo. 

Li rois li dist : Sartis calo. 

(491, fol. 9, a-b.) 

Et alimera vassileio. 
Li rois li dit : Sertis calo. 

(353, fol. 5, "«.) 

Calimera vasileo. 

Li rois li dist : Sirtes kalo. 

(LaVall., 47, fol. 8, c.) 

Il ne faut point s'arrêter, comme a fait M. Du Méril, à la leçon 
dums. 1376 et restituer xaô'(apa) %£pa ; la bonne leçon est évidem- 
mentxaXY)(ji£pa, « bonjour » . Dans sertis ou sirtes calo on reconnaît d'a- 
bord f pTYi; ou ripTeç xaXwç « soyez » , ou « vous êtes le bien venu » ; 
epTY]ç et 7)pT£ç sont des formes très-vulgaires pour !X0r,ç, ^XOeç, voy. 
Mullach, Grammatik der yriechischen Vulgarsprache, p. 287; mais ( 
que signifie le s initial ? est-ce le pronom eu élidé, ou n'est-ce pas 
plutôt l'apocope de elaépxYiç ou de sla^preç, selon qu'on adopte la 
leçon sertis ou sirtes ? 

Paul MEYER. 




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NOTICE 

SUR LES 

DIVISIONS TERRITORIALES 

ET LA TOPOGRAPHIE 

DE 

L'ANCIENNE PROVINCE DE TOURAINE 1 . 



LE DIOCÈSE ET SES SUBDIVISIONS. 

D'après une tradition, empruntée par Grégoire de Tours à la 
Passion de saint Saturnin et conservée dans le Martyrologe de la 
cathédrale, le christianisme aurait été introduit en Touraine par 
saint Gatien, dès la seconde moitié du troisième siècle, en même 
temps qu'il était prêché à Toulouse par saint Saturnin, à Arles 
par saint Trophime, à Narbonne par saint Paul, à Paris par saint 
Denis, en Auvergne par saint. Austremoine, et à Limoges par 
saint Martial. On ne peut élever aucun doute sur l'existence de 
saint Gatien, ni sur son rôle comme premier propagateur de la 
foi en Touraine ; les renseignements fournis à cet égard par 
Grégoire de Tours sont positifs. On est moins d'accord sur sa 
mission et sur l'époque où il a vécu. Saint Martin, le véritable 
apôtre de la Touraine, ne devint évêque qu'en 375. Il est constant 

1. Voyez le commencement de ce travail dans la cinquième série, t. III, pag. 309; 
t. IV, pag. 388 ; t. V, pag. 232 et 321. 



330 

qu'entre lui et saint Gatien il n'y eut qu'un évêque, saint Litoire 
ou Lidoire. Pour combler l'espace de soixante-dix- huit ans (297- 
378), écoulé entre la mort de l'un et l'exaltation de l'autre, on a 
été obligé de supposer une vacance de trente-sept ans, selon les 
uns, plus longue encore selon les autres , ce qui est peu vrai- 
semblable ; n'est-il pas plus naturel de penser que saint Gatien 
ne prêcha le christianisme qu'au commencement du quatrième 
siècle, à peu près vers le même temps que saint Maixent, en Poi- 
tou, et saint Julien, au Mans ? Cette époque est celle qui vit naî- 
tre la seconde Lyonnaise sous Dioclétien (284-301), de même que 
l'apostolat de saint Martin se trouve coïncider avec la création 
de la troisième Lyonnaise sous Valentinien et Gratien. 

Quoi qu'il en soit, on ne peut en réalité faire remonter la véri- 
table conversion de la Touraine à la religion nouvelle qu'à la 
seconde moitié du quatrième siècle. Les prédications de saint 
Gatien n'avaient été suiviesque par un petitnombre d'adeptes, qui 
probablement se réunissaient avec difficulté ; ils n'avaient point 
d'église, et, après sa mort, saint Gatien fut enterré, sinon secrè- 
tement, du moins dans un lieu désert et retiré. Saint Litoire son 
successeur construisit la première église de la cité, et cette fon- 
dation fut due à la libéralité d'un sénateur, qui, pour cet effet, 
abandonna sa maison à la communauté des fidèles. Telle fut l'o- 
rigine de la cathédrale et de l'église métropolitaine de Tours. En 
même temps que les chrétiens se construisaient une église, ils se 
créaient un cimetière et se faisaient enterrer à l'ouest de la ville, 
par opposition aux gentils, dont les cimetières étaient à l'est et au 
midi. Saint Litoire éleva dans ce premier cimetière une seconde 
église, dans laquelle il fut enterré, et où un peu plus tard fut 
transporté le corps de saint Gatien. 

A ces faibles commencements saint Martin donna la plus 
grande extension. La tradition, d'accord avec l'histoire, nous 
représente ce véritable apôtre des Gaules sans cesse occupé à 
porter dans les campagnes la parole évangélique, à détruire les 
temples, à abattre les statues des faux dieux et à baptiser les ca- 
téchumènes. A son instigation une nouvelle église, dédiée aux 
saints apôtres Pierre et Paul, se construisit à Tours ; d'autres s'é- 
levèrent à Langeais, à Sonnay, à Amboise, àChisseaux, à Tour- 
non et à Candes. Voulant former à toutes les pratiques delà vie 
monastique les hommes destinés au sacerdoce, il fonda dans un 
petit vallon, au bord de la Loire, le monastère de Marmoutier, 



337 

cette antique pépinière, d'où sortirent tant d'évèques et d'hommes 
illustres élevés sous la règle dont saint Martin formula les pre- 
miers principes et à laquelle saint Benoît devait plus tard donner 
sa forme définitive. 

Un siècle à peine après la mort de saint Martin, la Touraine 
possédait déjà un grand nombre d'églises rurales. Brèches, Cha- 
lenton, le Pont de Ruan, Bleré, Chinon, Brayes ou Eeignac, 
Yzeures, Loches, Dolus, Esvres, Monnaie, Ballân, Barrou, Ber- 
thénay, Savonnières, Vernou, Martigny, Preuilly, Orbigny, 
Neuillé le Brignon et plusieurs autres bourgs en avaient chacun 
une . Ces premières églises rurales furent construites pour la plupart 
le long des anciennes voies romaines. Cette disposition, loin d'être 
due au pur hasard, provient des usages du temps. Pendant toute 
la période gallo-romaine, et même jusqu'à la fin du huitième 
siècle, la population des Gaules n'était pas renfermée dans des 
villages comme elle le fut plus tard ; elle était éparse sur le sol 
qu'elle cultivait. Les habitants d'une même circonscription se 
réunissaient à certains jours, dans un lieu convenu, pour échan- 
ger leurs produits, faire juger leurs différends et discuter les 
questions d'intérêt commun. Ce lieu de réunion était quel- 
quefois un champ, éloigné de toute habitation, plus ordinaire- 
ment un quadruvium, un carrefour, un carroi. Les Romains 
acceptèrent ces antiques coutumes des populations gauloises et 
ne firent que les organiser. Sous leur administration , la com- 
mune devint la vicaria, le viguier tint son tribunal à jour fixe sur 
le champ de foire. Bientôt quelques habitations se rapprochèrent 
de ce lieu de réunion, et, le christianisme aidant, on y construi- 
sit une église ; peu à peu enfin, créé par les intérêts religieux 
joints aux intérêts civils, un bourg, burgus, ne tarda pas à s'éle- 
ver auprès de l'église, et c'est ainsi que de distance en distance 
les villages apparurent sur toute la surface des Gaules. Mais on 
conçoit que, sous l'influence d'un semblable mouvement de trans- 
formation, les églises primitives furent construites dans les lieux 
les plus fréquentés ou qui étaient d'un facile accès, c'est-à- 
dire à proximité des grandes voies de communication. Ce ne 
fut que plus tard que, le christianisme s'implantant plus profon- 
dément dans le pays, d'autres églises furent construites en plus 
grand nombre et que de nouvelles paroisses virent le jour. Au 
septième et au huitième siècle, le diocèse de Tours ne renfermait 
encore que cinquante ou soixante paroisses; chacune fut ensuite 



338 

divisée en trois ou quatre. Il y eut de ces démembrements qui 
n'eurent lieu même qu'à une époque assez récente. 

Quoique l'on ait la preuve que saint Martin ait exercé les droits 
d'évêque métropolitain sur plusieurs diocèses de la province ec- 
clésiastique de Tours, on ne trouve néanmoins aucun de ses succes- 
seurs qualifié d'archevêque par les textes avant la fin du huitième 
siècle. Joseph, le prédécesseur de Landran, un des missi dominicî 
de Louis le Débonnaire, est le premier qui figure avec ce titre dans 
une épître éditée par dom Martenne. La division du diocèse en 
trois archidiaconés remonte tout au plus à la même époque; celle 
en cinq archiprêtrés semble être encore plus récente. Ainsi les 
archidiacres et quelques archiprêtrés sont nommés en 800 dans dif- 
férents actes signés par l'archevêque Hérard, et les trois archi- 
diacres de Tours, d'Outre-Loire et d'Outre -Vienne, ont signé 
les chartes de 939 et de941, relatives au prieuré de Saint-Loup, 
publiées par André Salmon*. La juridiction des archiprêtrés 
ne paraît cependant avoir été en plein exercice qu'à partir des 
premières années du douzième siècle, du moins si nous nous en 
rapportons aux chartes. 

Il est une autre division que nous devons indiquer quoi- 
qu'elle soit de création plus récente, c'est celle du diocèse en 
vingt-trois doyennés ruraux. M. J. Desnoyers, dans sa topogra- 
phie ecclésiastique, en fait remonter l'origine au douzième siècle, 
etmêmeavaut, tout en s'étonnant de ne point la voir figurer dans 
le pouilléd'AUiot, imprimé enl648;mais la division en vingt-trois 
doyennés ne pouvait être indiquée danscepouillé, parce qu'elle 
ne fut établie qu'après 1673 par les soins de l'archevêque Michel 
Amelot, dans le but de faciliter aux curés de campagne la trans- 
mission des saintes huiles, des instructions touchant les confé- 
rences ecclésiastiques que les curés doivent tenir entre eux tous 
les mois, et des lettres de cachet pour chanter les Te Deum, etc. 2 ; 
du reste l'ouvrage que nous venons de citer renferme sur le 
diocèse de Tours quelques autres erreurs : contentons-nous de 
signaler la confusion regrettable faite plusieurs fois entre les 
décanatscapitulaires et les doyennés ruraux. 

Pour nous résumer, le diocèse de Tours renfermait trois ar- 
chidiaconés : ceux de Tours, d'Outre-Loire et d'Outre-Vienne ; 

1 . Bibliothèque de V École des chartes, t. VT, p. 436. 

2. Michel Amelot tint le siège de Tours depuis 1673 jusqu'en 1687. Voir, au sujet 
de l'établissement des doyennés, collect. Dangeau, Touraine, t. XXVIII, p. 181. J 



339 

Cinq archiprètrés, qui étaient ceux de Tours, de Loches, d'Ou- 
tre-Loire, de Saint-Maure et de l'Isle Bouchard. 

Après 1673, le diocèse fut partagé en vingt-trois doyennés 
ruraux, savoir : les doyennés d'Amhoise, d'Azay-le-Bideau, de 
Bleré, de Ligueil, de Loches, de Monthazon, de Montrichard et 
de Villeloin compris dans l'archidiaconé de Tours ; 

Les doyennés de Beaumont-en-Veron , de Chinon, de l'Isle 
Bouchard, de la Haye, de Noyers, du Grand-Pressigny , de 
Preuilly et de Sainte-Maure, renfermés dans l'archidiaconé 
d'Outre- Vienne ; 

Et les doyennés de Château-Renault, de Luynes, de Neuvy, de 
Saint- Christophe, de Saint-Symphorien et de Vernou, compris 
dans l'archidiaconé d'Outre-Loire. 

Le diocèse renfermait au treizième et au quatorzième siècle deux 
cent quatre-vingt-huitparoisses, deux cent quatre *vingt-dix-huit 
au dix-septième siècle ; on y comptait dix-sept collégiales ou 
chapitres, dix-sept abbayes, quatre prieurés conventuels, environ 
cent cinquante prévôtés ou prieurés simples et dix commanderies 
de l'ordre de Malte ou de Saint-Jean de Jérusalem. 

Indépendamment des églises paroissiales, le diocèse renfer- 
mait un grand nombre de chapelles particulières : quelques- 
unes subsistent encore; il en est d'autres dont il ne reste que 
des ruines, beaucoup ont entièrement disparu. Nous en avons 
relevé environ trois cent soixante. On en trouvera la liste à la 
fin de ce travail. 

Nous donnons également ci-après la liste des collégiales, celle 
des abbayes, celle des prieurés, et enfin celle des paroisses du 
diocèse rangées par archiprètrés. 

Pour dresser ces listes, nous nous sommes servi de trois pouil- 
lés manuscrits : l'un, rédigé au treizième siècle, se trouve à la bi- 
bliothèque de la ville de Tours, dans le cartulaire de la cathé- 
drale. Pour éviter des répétitions inutiles, toutes les fois que nous 
l'avons cité nous l'avons désigné par la lettre A ; le second, écrit 
au seizième siècle, se trouve dans le manuscrit 5555 A du fonds 
latin, à la Bibliothèque impériale ; il est désigné par la lettre C ; 
et le troisième, très-incomplet, est inséré dans le cartulaire de 
la cathédrale, compilé au dix-hnitième siècle pardom de Betan- 
court et conservé à Tours aux archives de la préfecture ; il est 
désigné par la lettre B. Nous avons ajouté à chaque nom de pa- 
roisse, quand cela nous a été possible, les variantes qui nous ont 



340 

été fournies par les chartes, ou les documents antérieurs aux 
pouillés que nous avons consultés. 

La liste des prieurés a été particulièrement dressée d'après les 
archives des différentes abbayes tourangelles ; mais nous avons 
aussi profité des indications contenues dans deux registres du sei- 
zième siècle faisant partie de la huitième armoire des archives du 
clergé, autrefois conservées à la Bibliothèque impériale, et main- 
tenant déposées aux archives de l'empire, ainsi que des taxes de 
bénéfices que renferme le fonds de Saint-Germain-des-Prés. 



1. Collégiales et chapitres. 

Les dix-sept collégiales ou chapitres du diocèse de Tours 
étaient : 

I. Le chapitre métropolitain ou de Saint-Gatien , primitivement 
dédié à saint Maurice. — Capitulum Sancti Mauritii vel Sancli Ga- 
tiani. 

II. Le chapitre de Saint-Martin-de-Tours. — Capitulum Sancti 
Martini Turonensis. 

III. Le chapitre de Saint-Martin de la Basoche. — Capitulum 
Sancti Martini de Basilica. 

IV. Le chapitre de Saint-Pierre-Puellier. — Capitulum Sancti 
Pétri Puellaris. 

V. Le chapitre de Saint-Venant. — Capitulum Sancti Venantii. 

VI. Le chapitre de Saint-Florentin d'Amboise.— Capitulum Sancli 
Florentini de Ambazia. 

VIL Le chapitre de Saint-Mesme de Chinon. — Capitulum Sancti 
Maximi de Cainone. 

VIII. Le chapitre de Notre-Dame de Loches. — Capitulum Beatœ 
Marix de Lochis. 

IX. Le chapitre de Saint-Jean de Langeais. — Capitulum Sancli 
Johannis de Langeio. 

X. Le chapitre de Saint-Martin de Candes. — Capitulum Sancti 
Martini de Cande. 

XL Le chapitre de Saint-Jean de Montrésor. — Capitulum Sancti 
Joannis de Montethesauri, fondé en 1521 par Imbertde Batarnay. 

XII. Le chapitre deBueil.— Capitulum de Buellio, fondé en 1470 
par Jean de Bueil, comte de Sancerre et de Marans, etc. 



341 

XIII. Le chapitre de Sainte-Anne d'Ussé. — Capitulum de Uceio, 
fondé en 1526. 

XIV. Le chapitre de Saint-Jean de Plessis-les-ïours. —-Capitulum 
Sancti Johannis de Montils, fondé par Louis XI en 1482. 

XV. Le chapitre des Roches Tranchelion. 

XVI. Le chapitre de Sainte-Barbe du Grand-Pressigny, fondé en 
1574, par Honorât de Savoie dans l'église Saint-Gervais et Saint- 
Protais duditlieu. 

XVII. Le chapitre de Maillé ou Luynes, fondé en 1486 par Har- 
douin de Maillé, sieur de Baucay, etc. 



II. Abbayes. 
Les abbayes étaient au nombre de dix-sept, savoir : 

I. L'abbaye de Notre-Dame d'Aiguës vives. — Aqua viva. Ordre 
de Saint-Augustin. 

II. L'abbaye de Notre-Dame de Beau gérais. — Baugeseium. Ordre 
de Cîteaux. 

III. L'abbaye du Saint - Sépulcre de Beaulieu. — Bellus locus. 
Ordre de Saint-Benoît. 

IV. L'abbaye de Notre-Dame de Beaumont-lez-Tours. — Bellus 
Mons. Femmes. Ordre de Saint-Benoît. 

V. L'abbaye de Saint-Michel de Bois-Aubri. — Boscus Alberici, 
ou de Luzay, de Luzeio. Ordre de Saint-Augustin. 

VI. L'abbaye de la Clarté-Dieu. — Ctaritas Dei. Ordre de Cîteaux. 
VIL L'abbaye de Saint-Paul de Cormeri. — Cormeriacus. Ordre 

de Saint-Benoît. 

VIII. L'abbaye de Notre-Dame de Fontaines-lez-Blanches. — Fon- 
tanœ Albœ. 

IX. L'abbaye de Notre-Dame de Gatines. — Gastina. Ordre de 
Saint-Augustin. 

X. L'abbaye de Saint-Martin de Marmoutier. — Majus monaste- 
rium. Ordre de Saint-Benoît. 

XI. L'abbaye de Notre-Dame de Moncé. — Monceium. Femmes. 
Ordre de Cîteaux, 

XII. L'abbaye de Noyers. — Nucharii. Ordre de Saint-Benoît. 

XIII. L'abbaye de Saint-Pierre de Preuilly.— Pruliacus. Ordre de 
Saint-Benoît. 



342 

XIV. L'abbaye de Saint-Julien de Tours. — Sanclus Julianus. 
Ordre de Saint-Benoît. 

XV. L'abbaye de Saint-Pierre de Seuilly. — Suleyum ou Suilleium. 
Ordre de Saint-Benoît. 

XVI. L'abbaye de Notre-Dame de Turpenai.— Twrpenamm. Ordre 
de Saint-Benoît. 

XVII. L'abbaye de Saint-Sauveur de Villeloin. — Villa lupa. Or- 
dre de Saint-Benoît. 



III. Prieurés conventuels et simples. 
Les prieurés conventuels, au nombre de quatre, étaient : 

Le prieuré conventuel de Saint-Cosme. — Prioratus Sancti Cosmse 
de Insula, dépendant du chapitre de Saint-Martin de Tours. 

Le prieuré de Saint-Jean du Grès. — Gressus, dépendant du cha- 
pitre de Saint-Martin. 

Le prieuré de la Bourdillière. — Femmes, fondé en 1662 par Louis 
de Menou, seigneur de Genillé. 

Le prieuré ou chartreuse de Notre-Dame du Liget. — Ligetum. 

Le diocèse renfermait environ cent cinquante prévôtés ou 
prieurés simples, savoir : 

Les prévôtés de Courçay, de Saint-Épain, de Notre-Dame d'Oé, de 
Ligueil et de la Varenne, appartenant à la collégiale de Saint-Martin 
de Tours. 

Les prieurés de la chapelle Sainte-Anne, de Nueil et de Crissé, 
dépendant du prieuré conventuel de Saint-Cosme. 

Le prieuré de Bellevau, appartenant à l'abbaye d'Aiguës vives. 

Les sept prieurés de Saint-Pierre de Balesmes, de Notre-Dame de 
Crouzilles, de Saint-Médard de Dierre, de la Madelaine de la Haye, 
de Saint-Laurent de Langeais, de Saint-Ours de Loches et de Saint" 
Jacques de Mouzai, qui appartenaient à l'abbaye de Beaulieu. 

Les prieurés d'Avon, de Liège, de Miré et de Sache qui dépen- 
daient de l'abbaye de Beaumont-lez-Tours. 

Les deux prieurés de Saint-Biaise près Luzay, et de Saint- Jacques 
de la Lande, autrement dit de la Bruyère, paroisse de Neuillé-le- 
Brignon, qui dépendaient de l'abbaye de Bois-Aubri. 

Les dix-huit prieurés de Saint-Symphorien d'Azay-le-Rideau, de 



343 

Saint-Martin de Bournan, de Saint-Laurent de Bossée, de Saint- 
Bault, de Chambourg, de Saint- Vincent de Dolus, de Saint-Eutrope 
de Forges, de Notre-Dame de Louans, de Saint-Vincent de Monts- 
sur-Indre, de Saint-Geniès de Perusson, de Saint-Pierre de Riva- 
rennes, des Roches Saint-Paul, de Saint-Martin de Tauxigny, de 
Saint-Martin de Truyes, de Sainte-Foy d'Ussé, de Saint-Maixent de 
Veigné, de Notre-Dame de Villaines, de Saint-Pierre de Vontes qui 
appartenaient à l'abbaye de Cormeri. 

Les dix-neuf prieurés de Bernezai, de Cravant, de Fontcher vulgo 
du Foucher, de Notre-Dame de Fondettes, de Saint-Jean de Jarrie, 
de Saint-Vincent de Lavaré, de Saint-Sulpice du Louroux, de Saint- 
Venant de Maillé, de Saint-Jean de Monnaie, de Negron, de Notre- 
Dame de Neuville, de Notre-Dame de Nazelles, de Saint-Pierre de 
Parçay, de Notre-Dame de Rivière, de Saint-Laurent en Gastine, de 
Saint-Martin de Semblançay, de Notre-Dame des Sept-Dormants, de 
Sonzay et de Notre-Dame de Tavant qui dépendaient de l'abbaye de 
Marmoutier. 

Les onze prieurés de Saint- Vincent d'Antogny, de Saint-Crépin 
d'Azay-le-Ghétif, de Saint-Pierre de Druye, de Saint-Sulpice de Dra- 
ché, de Saint-Gilles de l'Isle Bouchard, de la Madelaine de Marcilly, 
de la Madelaine du Moulin Douzil, de Notre-Dame de Parilly, de 
Preuilly, de Saint-Biaise et Saint-Michel de Sainte-Maure et de 
Saint-Patrice qui appartenaient à l'abbaye de Noyers. 

Les huit prieurés de Saint-Maurice de Barrou, de Saint-Martin de 
Bossay, de Saint-Martin de Charnisai, de Saint-Marcellin de la Guer- 
che, de Saint-Georges de la Haye, de Saint- Symphorien de Rouziers, 
de Sainte-Juliette et de Sainte-Mélaine de Preuilly, appartenant à 
l'abbaye de Preuilly. 

Les vingt-deux prieurés de Saint-Denis d'Amboise, d'Ambillou, 
de Saint- Antoine du Rocher, de Saint-Julien de Bleré, de Bresche, 
de Bueil, de Bonneau, de Cérelles, de Saint-Martin de Chanceaux, 
de la Chapelle Saint-Rémy ou de Saint-Roch, de Notre-Dame de Châ- 
teauregnault, de Saint-Julien de Chedon, de Ghenusson, delaChèze 
prèsSaint-Georges-sur-Cher, de Notre-Dame et plus tard de Saint-Fiacre 
de Cigoigné, du Petit-Grès, de Saint-André de Nouzillé, de Notre- 
Dame de Rançai, de Saint-Loup, de Saint-Mars de la Pille, de Sonnay 
et de Saint-Pierre de Vallières, qui appartenaient à Saint-Julien. 

Les dix prieurés d'Azay-sur-Cher, de Saint-Sauveur de l'Ile d'Am- 
boise, de Ghissé, de Saint-Aignan d'Épeigné, d'Ëcueillé, de Notre- 
Dame de Francueil, de His, de Saint-Médard, paroisse de la Riche, 



344 

de Saint-Martin de Mareuil et de Vou, qui dépendaient de l'abbaye 
de Villeloin. 

Le prieuré-cure de Notre-Dame d'Yzeures appartenait à l'abbaye 
d'Angles, diocèse de Poitiers. 

Les prieurés de Saint-Romain d'Ingrande, de Sainte-Melaine du 
château de Ghinon et de Saint-Michel sur Loire, dépendaient de l'ab- 
baye de Bourgueil, diocèse d'Angers. 

Le prieuré de Morand appartenait à l'abbaye de Bonneval, diocèse 
de Chartres. 

Le prieuré de Saint-Léonard de l'Isle Bouchard à l'abbaye de Bourg- 
deols, diocèse de Bourges. 

Le prieuré de Montlouis, à l'abbaye du Bourgmoyen, diocèse de 
Chartres. 

Le prieuré de Saint- Aubin le Dépeint, à l'abbaye de la Couture 
du Mans. 

Le prieuré du Boullai (femmes), à l'abbaye d'Estival, au Maine. 

Le prieuré de Chaumussai, à l'abbaye de Fontgombault, diocèse 
de Bourges. 

Les prieurés de Sainte-Catherine de Barbeneuve, commune de 
Saint-Senoch, du petit Chouzé en Véron, de Notre-Dame de l'En- 
cloistre, de Relai, de Notre-Dame de Rives et de Montgauger (fem- 
mes), à l'abbaye de Fontevrault. 

Le prieuré de Saint-Michel de la Guierche, à Tours, à l'abbaye de 
la Charité-sur-Loire. 

Les prieurés de Beaumont en Véron et de Cheillé, à l'abbaye de 
Mauléon, diocèse de La Rochelle. 

Les prieurés d'Esve-le-Moutier et de Parçay-sur-Vienne à l'abbaye 
de Maubec, diocèse de Bourges. 

Le prieuré de Saint-Mesmin de Sainte-Maure, à l'abbaye de Saint- 
Mesmin, près Orléans. 

Le prieuré de Saint-Saturnin d'Yzeures, à l'abbaye de Prémontré. 

Les prieurés de Saint-Thomas d'Amboise, de Notre-Dame de Nan- 
teuil près Montrichard, et de Saint-Martin d'Estableau ou du Bourg • 
neuf, à l'abbaye de Pont-Levoy. 

Les prieurés de Saint-Louant, près Chinon, de Saint-Christophe, 
de l'Orme Robert ou Saint-Éloi, et de Villebourg, à l'abbaye de 
Saint-Florent de Saumur. 

Le prieurédeNeuillé-le-Lierre à l'abbaye de Saint- Georges du Bois. 

Le prieuré de Saint- Vincent de Tours, à l'abbaye de Toussaints 
d'Angers. 



345 

Les prieurés de Neuillé-Pont-Pierre et du Serrain, à l'abbaye de 
Vaas, au diocèse du Mans. 

Le prieuré de Couzies (femmes) , à l'abbaye de Sainte-Croix de 
Poitiers. 

Le prieuré-cure de Ferrières-sur-Beaulieu, à l'abbaye de Méziè- 
res en Prenne, diocèse de Bourges. 

On trouve encore cité : 

Le prieuré du Rocher ou de Sainte-Apolline, près de Montbazon. 

L'ordre de Grandmont possédait six prieurés dans le diocèse 
de Tours, savoir : 

Le prieuré de Clairfeuille, paroisse du Grand-Pressigny. 
Le prieuré de Notre-Dame de Bois-Rayer ou Grandmont près 
Tours. 
Le prieuré de Hautes-Rives, commune d'Yzeures. 
Le prieuré de Montaussant, paroisse de Souvigny. 
Le prieuré du Pommier-Aigre, près Ghinon. 
Le prieuré de Villiers, commune de Villeloin-Goulangé. 

On comptait enfin en Touraine dix commanderies ou précep- 
torats de l'ordre de Malte ou de Saint-Jean de Jérusalem, savoir : 

Le préceptorat et commanderie d'Amboise. 

Le préceptorat et commanderie de Saint-Jean de Balan. 

Le préceptorat et commanderie de Brizay. 

Le préceptorat de l'Épinat, commune de Barrou, réuni, au dix- 
septième siècle, à la commanderie de Brizay. 

Le préceptorat et commanderie de Fretay avec l'hôpital de la 
commanderie, commune de Doulus. 

Le préceptorat de la Haye. 

Le préceptorat et commanderie de Saint-Jean de lTsle Bouchard. 

Le préceptorat de Tavant avec l'hôpital de la commanderie à 
Chinon. 

La commanderie de Villejésus près Bossay. 

La commanderie de la Chastre-aux-Grolles réunie à la comman- 
derie de Fretay en 1643. 

11. [Sixième série.) 24 



346 

IV. Paroisses. 

archiprêtré de tours. — Archipresbyteratus Turonensis 1 . 

L'archiprêtré de Tours renfermait, au treizième et au quator- 
zième siècle, soixante-seize paroisses; savoir: quatorze pour la 
ville de Tours; soixante-et-une paroisses rurales, et la paroisse 
de Saint- Jean de Beaumont-lez-Tours, créée pour le seul usage 
des religieuses, des serviteurs et des hôtes de l'abbaye, son éten- 
due ne dépassant point l'enceinte du monastère. Du quinzième au 
dix-huitième siècle, trois nouvelles paroisses furent créées, ce qui 
porta le nombre de celles de l'archiprêtré à soixante-dix-neuf. 
Ce furent les paroisses de Notre-Dame de Montbazon , démem- 
brée de celle de Veigné, de Saint-Mathias du Plessis, qui ne s'é- 
tendait que dans l'enceinte du château et de ses dépendances, et 
la cure de Saint-Genouph érigée au dix-huitième siècle. 

Parochia de Alodio ou de Allodio (A. B. G.). La paroisse de Laleu, 
à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Dionisii de Ambazia (A. B. C), de Ambasciaco 
(testament de saint Perpet, ann. 475), de Ambatia (Sulpice Sévère). 
La paroisse de Saint-Denis d'Amboise , à la présentation de l'abbé 
de Saint- Julien. 

Parochia Sanctx Mariœ et Sancti Florentini de Ambazia (B. G.). 
La paroisse de Saint-Florentin d'Amboise, à la présentation du cha- 
pitre dudit lieu. 

Parochia Sancti Symphoriani de Angeio (A. B. C.). La paroisse 
d'Ange à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Mauricii de Arthana (A. B. C), de Artana (d. 
Houss. n. 873 ; lib. bon. gent. ann. 1277). La paroisse d'Artannes, 
à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Romani de Atheis (A. B. G.). La paroisse d'A- 
thée, à la présentation de l'abbé de Saint-Julien. 

Parochia Sancti Symphoriani de Azayo Ridelli (B. G.) ', de Aziaco 
(A. — cartulaire de Cormery , onzième siècle). De Aziaco super 

i. LeLiberbonarumgentiwmeta.it le cartulaire de la cathédrale de Tours qui 
renfermait les aveux et reconnaissances de rentes et ceux dus au chapitre. Dom de 
Betencourt en a inséré de nombreux extraits dans le cartulaire qu'il a compilé au 
dix-huitième siècle. 



347 

Agnerem (idem.). La paroisse d'Azay-le-Rideau, à la présentation de 
l'abbé de Gormery. 

Parochia Sanctx Mariœ Magdalenœ de Azayo super Carum (A. 
B. G.)i Azaici (d. Houss. n. 2172 bis), de Azaio (id., n. 2733, 2329, 
2476, etc.). La paroisse d'Azay-sur-Cher, à la présentation de l'abbé 
de Villeloin. 

Parochia Sancti Venantii de Balan (A. et B.), de Ballano (C), de 
Balam {Liber bon. geniium). La paroisse de Balan, à la présentation 
de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Johannis de Bello monte*- (B. C. et Lib. bonar. 
gentium; d. Houss. n. 808 et 810). La paroisse de Beaumont, à la 
présentation de l'abbesse dudit lieu. 

Parochia Sancti Martini de Bertenaio (A. B.), de Bertheneyo (G.), 
de Britiniaco (d. Houss. n. 248), de Bertiniaco (testament de saint 
Perpet, ann. 475), de Brittenaico (arm. de Bal. t. 76, f. 65 et 74), 
de Brittannaico (id. f. 133). La paroisse de Berthenay, à la présen- 
tation de l'abbé de Saint-Julien. 

Parochia Sancti Christophori de Blereijo (A. B. C.), de Villa Bri- 
drada (d. Houss. n. 8504), de Bliriaco (cartulaire de Saint-Julien, 
f. 116, etc.). La paroisse de Bleré, à la présentation de l'abbé de Saint- 
Julien. 

Parochia de Bonorege (A. B. G.), dç Bourrei {Lib. bonar. gentium), 
de Benregio {Gesta dom. Ambas.). La paroisse de Bourré, à la pré- 
sentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Cereijo (A. B. G.), de Cerate (Grégoire 
de Tours), de Cereio {Lib. bonarum gentium). La paroisse de Géré, à 
la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Symphoriani de Chambereio (A. B. C.), de Cham- 
bere (d. Houss. n. 3289), de Chamberiaco (cartulaire de Saint-Julien). 
La paroisse de Chambray , à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancfi Marci de Chargeo (A. C.), de Eschargeio (B), de 
Chargeio {Lib. bon. gentium). La paroisse de Chargé, à la présenta- 
tion du chapitre de Saint-Florentin d'Amboise. 

Parochia Sancti Desiderii de Cheilleyo ou de Chaille (A. B. G.). 
La paroisse de Gheillé, à la présentation de l'abbé de Mauléon. 

Parochia de Chenucello ou de Chenoncello (A. B. G.), de Chenun- 
cello (ann. 1105, d. Houss. n. 10923). ; La paroisse de Ghenonceaux, 
à la présentation de l'archidiacre de Tours. 

1. L'église paroissiale de Saint- Jean de Beaumont fut bâtie en 1451. Mais le droit 
de paroisse de cette abbaye est antérieur à cette époque. 

24. 



348 

Parochia Sancti Salurnini de Chisseyo ou de Chisse (A. B. C), de 
Chisseio (d. Houss. n. 2482,2733, 2894), de Chipsiaco (id. 2172 6m), 
de Chiseaco (id., n. 1750). La paroisse de Chissé, à la présentation de 
l'abbé de Villeloin. 

Parochia Sancti Pétri de Chissello (C.), de Chissiau (A. B. et d. 
Houss. n. 2482). La paroisse de Ghisseaux, à la présentation de l'ar- 
chidiacre de Tours. 

Parochia Sanctse Marise de Cigongneyo (C), de Cigoigneio ou de 
Cigonge (A. B.), de Ciconiaco ou de Cicogniaco (cartulaire de Saint- 
Julien 1 ). La paroisse deCigoigné, à la présentation de l'abbé de Saint- 
Julien. 

Parochia Sancti Germani de Civrayo (C.) , de Syvrayo ou de Syvreyo 
(A. B.), de Sivraico (d. Houss. n. 4750, 2172 bis, 2733), de Syvraio 
super Carum (id., n. 3414). La paroisse de Civray-sur-Cher, à la pré- 
sentation de l'abbé de Villeloin. 

Parochia Sancti Stephani de Columberiis (C), de Columbiers (B.), 
de Columbariis (d. H. n. 2205, 2361, 6373, etc.). La paroisse de Co- 
lombiers, aujourd'hui Villandry. 

Parochia Sanctœ Marise de Cormeriaco (C. B.), de Cormarico (d. 
H. n. 809, 1617, 1489). La paroisse de Notre-Dame de Cormery, 
distincte de l'abbaye placée sous le patronage de saint Paul. 

Parochia Sancti Medardi de pterra ou de Deeria (A. B. G.), deDe- 
dra {Lib. bon. gentium). La paroisse de Dierre, à la présentation de 
l'abbé de Beaulieu. 

Parochia Sancti Pétri de Druys (A. B. C.), de Drui (d. Houss. 
n. 7224), de Droio (id. n. 7223), de Droe (id. 7222). La paroisse de 
Druye, à la présentation de l'abbé de Noyers. 

Parochia Sancti Aniani de Espegneyo ou de Espeigneio (A. B. G.), 
de Expiniaco ou de Espegniaco (d. Houss. n. 2733 et 3523), de Ispa- 
niaco ou de Hispaniaco (id. n. 616 et 2172 bis), de Spaniaco (d. Houss. 
n. 24). La paroisse d'Épeigné, à la présentation de l'abbé de Ville- 
loin. 

Parochia Sancti Medardi de Esvria on de Evria (A. B. C.), de 
Evris (B), de Evena (d. Houss. n. 607). La paroisse d'Esvres, à la 
présentation du prieur de la Guierche de Tours. 

Parochia Sanctae Marise de Faverolis (A. B. G.), de Faverollis ou 

1. La paroisse de Cigoigné ne date que de 942. Thétolon construisit à cette épo- 
que la première église qui fut dédiée à saint André ; depuis on en construisit une 
autre sous l'invocation de saint Fiacre dont la fête se célèbre le 30 août ; la première 
persista longtemps comme simple chapelle. 



349 

de Faverolles (d. Houss. n. 2172 bis, 2357). La paroisse de Fave- 
rolles, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Theobaldi de Francolio (A. C. d. Houss. n. 1750, 
2172 bis, 2733, 2894, 3393). La paroisse de Francueil, à la présenta- 
tion de l'abbé de Villeloin. 

Parochia Sancti Pétri de Joeyo ou de Joueio 1 (A . C), de Gaudiaco 
(arm. de Bal. t. 76, f. 65, 74, 133, 241, 274), de Joiaco (id. f. 274 v.), 
de Johe (d. Houss. n. 2746). La paroisse de Joué, à la présentation 
du chapitre de Saint-Martin. 

Parochia Sancti Symphoriani de Larcayo (B. C), de Larcayaco 
(Gesta dom. Ambaz.). La paroisse de Larçay, à la présentation de 
l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Lineriis (A. B. C). La paroisse de 
Lignières, à la présentation de l'abbé de Toussaints d'Angers. 

Parochia Sanctoe Lucise de Luzilleio (G), de Lucille (A. B.). La pa- 
roisse de Luzillé, à la présentation du chapitre de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Marolio (A. C), de Mareolio (B.), de 
Marullio (d. Houss. n. 2172 bis, 2246, 2894), de Maruillio (id. 
n. 1750). La paroisse deMareuil, à la présentation de l'abbé de Vil- 
leloin. 

Parochia de Mireyo (A. B. C), de Mireio (Bulle d'Alexandre III, 
1169). La paroisse de Miré, à la présentation de l'abbesse de Beau- 
mont-lez-Tours. 

Parochia Sanctx Mariœ de Monte Basonis(<\. H. n. 310 bis, 314 et 
1421). La paroisse de Montbazon, à la présentation de l'abbé de Cor- 



1. Quoique l'église de Joué fût dédiée à saint Pierre, il faut noter que du temps de 
Grégoire de Tours il s'y trouvait des reliques de saint Julien. — L'église de Joué 
fut en partie rebâtie en 1521. (Reg. capit. de Saint-Martin.) 

2. Jusqu'en 1625 il n'y eut à Montbazon qu'une chapelle dédiée à Saint-Sébastien, 
et dépendant de la paroisse de Veigné. « Ecclesia sancti Maxentii de Vinniaco et 
capella Montis Basonis sita in dicta parochia de Vinniaco, » lit-on dans une bulle 
de 1139 pour Cormery, et l'aveu rendu en 1583 au duc d'Anjou et de Touraine, par 
Louis de Rouan, comte de Montbazon, cite « en la ville de Montbazon une petite 
chapelle fondée en l'honneur de saint Sébastien, laquelle a été fondée anciennement 
par ses prédécesseurs, du consentement des curés de l'église de Yeigné, pour la 
commodité et nécessité des manans et habitans de ladite ville de Montbazon , qui 
sont paroissiens de Veigné, pour oyr en ladite chapelle le divin œuvre, etc. » Néan- 
moins, à une époque assez ancienne, les seigneurs de Montbazon avaient fait cons- 
truire dans leur château une chapelle particulière, dédiée à saint George. Elle est 
mentionnée en 1386 (d. Houss. n. 6992) ; en 1470 les seigneurs de Montbazon obtin- 



350 

Parochia Saneti Laurentii de Monte Laudato(A, B. C), de Lau- 
diaco (Gesta dom. Ambaz.), de Monte Laudiaco (d. Houss. n. 8587 et 
arra. de Bal. t. 76, p. 90, 85, 313 et 326). La paroisse de Montlouis, 
à la présentation de l'abbé de Bourgmoyen de Blois. 

Parochia Sanctse Crucis de Monte Richardi ou de Monte Ricardi 
(A. B.), de Monte Richerii (B.), de Montrichardo (d. Houss. n. 2469, 
2725, 2732 et 2340). La paroisse de Montrichard, à la présentation 
de l'abbé de Pontlevoy K 

Parochia Saneti Pétri de Montibus ou de Mons (A. B. G.). La pa- 
roisse de Monts-sur-Indre, à la présentation de l'archiprêtre de Tours. 

Parochia Saneti Mathix de Montils. La paroisse de Saint-Mathias 
du Plessis-les-Tours. 

Parochia Sanctx Trinitatis de Ponte Rodano (A. B. G.) de Roto- 
mago (Houss. n. 5588), de Rodomo (arm. de Bal., t. 76, f. 84). La 
paroisse du Pont-de-Ruan, à la présentation de l'archidiacre de 
Tours. 

Parochia Saneti Johannis de Poilleio (A. B.), de Poeilleyo (C.), de 
Poille (Lib. bon. gentium). La paroisse de Pouillé, à la présentation 
de l'archevêque de Tours. 

Parochia Saneti Quintini de Pratis (A. B.), Saneti Quintini juxta 
Blereium (Houss. n. 2577), Saneti Quintini (id. n. 2976; Gesta cons. 
Andeg.). La paroisse de la Groix-de-Bleré, à la présentation de l'ar- 
chidiacre de Tours. 

Parochia Saneti Pétri de Rivarenna (A. B. C, d. Houss. n. 410, 
1591, 1590, 1634, 1617, 2395, 3035). La paroisse de Rivarennes, à 
la présentation de l'abbé de Cormery 2 . 

Parochia Saneti Martini de Sacheyo (A. B. G.), de Sacheio (d. 
Houss. n. 2900), de Sachei (id. n. 5591), de Sachaio (id. n. 1734). 
La paroisse de Sache, à la présentation de l'abbesse de Beaumont. 

Parochia Saneti Benigni{k. B. G.). La paroisse de Saint-Branchs, 
à la présentation du doyen du chapitre de Tours. 

rent du pape la permission de faire l'eau et le pain béni dans la chapelle de leur 
château (d. H. n. 6930); en 1578 Louis de Rohan , comte de Montbazon, ordonna 
qu'à la chapelle de saint George, fondée dans son château, seraient annexées trois 
chapellenies nouvelles, dédiées à saint Louis, à saint André et à sainte Léonore 
(d. H. n. 7054) ; enfin en 1625 cette chapelle de Saint-George fut érigée en titre de 
paroisse. 

1. L'église paroissiale de Montricliard fut transportée, au quinzième siècle, dans le 
château et dédiée à sainte Croix ; l'ancienne église, dédiée à Notre-Dame, était située 
dans le faubourg, elle portait le nom de Notre-Dame de Nanteuil. 

2. Rivarennes fut érigée en paroisse en l'année 1022. 



351 

Parochia Sancti Georgii super Carum (A. B. C), Sancti Georgii 
de Chesa (cartulaire de Saint-Julien, p. 129). La paroisse de Saint- 
Georges-sur-Cher, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Juliani de Chedon (A. B.), de Chedonia (C), de 
Chedone (d. Houss. n. 2153, 2274, 2386, 2421, 2434, etc.), de Cap- 
done (id. n. 1273), de Cheidon (id. n. 3284), de Chedonio (id. n. 169o). 
La paroisse de Saint-Julien de Chedon, à la présentation de l'abbé 
de Saint- Julien. 
Parochia Sancti Genulphi. La paroisse de Saint-Genouph *. 
Parochia Sancti Martini Belli (A. B. G.,Gesta cons. Andegav.). La 
paroisse de Saint-Martin-le-Beau, à la présentation de l'archidiacre 
de Tours. 

Parochia Sancti Reguli (C.), de Sancto Regulo (A. B. ch. du pr. de 
Montaussant). La paroisse de Saint-Règle, à la présentation de l'ar- 
chevêque de Tours. 

Parochia Sanctorum Gervasii et Protasii de Savonneriis (A. B. C), 
de Saponariis (d. Houss. n. 10562 et 6373). La paroisse des Savon- 
nières, à la présentation de l'abbé de Toussaints d'Angers. 

Parochia Sancti Pétri de Sorigneio (A. G.), de Soreigne (B.), de 
Curte Soriniaco (d. Houss. n. 340). La paroisse de Sorigny, à la pré- 
sentation du chapitre de l'église de Tours. 

Parochia Sancti Saturnini de Sovigneio juxta Ambasiam (A.), de 
Souvigne (B.), de Souvigneio (G. et d. Houss. n. 2484). La paroisse 
de Souvigny, à la présentation du chapitre de Saint-Florentin d'Am- 
boise. 

Parochia Sancti Martini de Sublanis (A. C.), de Subleines (B.), de 
Seblena (d. Houss, n. 607), de Seblania (arm. de Bal. t. 76, f. 274 v.), 
de Sublena (d. Houss. n. 24). La paroisse de Sublaines, à la présen- 
tation du chapitre de Saint-Martin. 

Parochia Sancti Antonii de Thilosa ou de Tilosa (A.), de Telosa 
(B.), de Thylosa (C). La paroisse de Thilouze, à la présentation de 
l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Clementis Turonensis (A. B. G.). La paroisse de 
Saint- Clément de la ville de Tours, à la présentation du chapitre de 
Saint-Martin. 

Parochia Sanctx Crucis Turonensis (A. B. C.). La paroisse de 
Sainte-Croix de la ville de Tours, à la présentation de l'abbé de Bour- 
gueil. 

1. Saint-Genouph ne fut érigé en paroisse qu'au dix-huitième siècle. 



352 

Parochia Sancli Dionisii Turonensis (A . C). La paroisse de Sain l- 
Denis de la ville de Tours, à la présentation de l'abbé de Pontlevoy. 
Parochia Sancti Hilarii Turonensis (A. B. C). La paroisse de 
Saint-Hilaire de la ville de Tours, à la présentation de l'abbé de Tous- 
saints d'Angers. 

Parochia Sanctœ Mariœ divitis Turonensis (A. B. C). La paroisse 
de Notre-Dame-la-Biche de la ville de Tours, à la présentation de 
l'abbé de Villeloin. 

Parochia Sanctœ Mariœ de Scriniolo (A.). La paroisse de l'Écri- 
gnole de la ville de Tours, à la présentation de l'abbesse de Beau- 
mont'. 

Parochia Sancti Pétri Pue llarum (Chartes de Saint-Martin, ann. 
1211 et 1244). La paroisse de Saint-Pierre Puellier à Tours. 

Parochia Sancti Pétri de Cardinato (Chartes de Saint-Martin, 
ann. 1211, 1221 et 1260). La paroisse de Saint-Pierre-du-Chardonnet 
à Tours. 

Parochia Sancli Pétri de Ballo (C), de Vallo (A. B.). La paroisse 
de Saint-Pierre-du-Boile de la ville de Tours, à la présentation du 
chapitre de Tours. 

Parochia Sancti Pétri de Corporibus Turonensis (A. B. C.) La pa- 
roisse de Saint-Pierre-des-Corps de la ville de Tours, à la présenta- 
tion du doyen de l'église de Tours. 

Parochia Sancti Saturnini Turonensis (A. B. C). La paroisse de 
Saint- Saturnin de la ville de Tours, à la présentation de l'abbé de 
Saint-Julien. 

Parochia Sancti Simplicii Turonensis (A. C). La paroisse de Saint- 
Simple de la ville de Tours, à la présentation du chapitre de Saint- 
Martin. 

Parochia Sancti Stephani Turonensis (A. B. C). La paroisse de 
Saint-Étienne de Tours, à la présentation du trésorier du chapitre de 
Tours. 

Parochia Sancti Vincentii Turonensis (A. B. C). La paroisse de 
Saint-Vincent de la ville de Tours, à la présentation de l'abbé de 
Saint-Georges-du-Bois. 

Parochia Sancti Martini de Truijs (A. B. C), de Troilo et de 
Troico et de Troio (Cartulaire de Cormery). La paroisse de Truyes, 
à la présentation de l'abbé de Cormery. 
Parochia Sancti Medardi de Valeria (C), de Avalleria (A. B.), de 

1. Ce n'est qu'en 1217 que l'église de l'Écrignole fut érigée en paroisse, 



353 

Avaleria (Lib. bonarum gentiuw). La paroisse deValleres, à la pré- 
sentation de l'archidiacre de Tours. 

Parochia Sancti Averlini de Vencayo (A. G.), de Vencaio (Arm. de 
Bal. t. 77, f. 246), Venciaci (id., f. 274), de Ventiaco super Carum 
(id., f. 65, 74, 133). La paroisse de Saint-Avertin, autrefois Vencé 1 , 
à la présentation de Saint-Martin de Tours. 

Parochia Sancti Maxenlii de Veigneio (A. B. C), de Veigneyo 
(d. Houss. n. 7269), de Vinniaco (cartulaire de Cormery), Vindiniaci 
(d. Housss. n. 1421), de Curte Vidinniaci (id., n. 495). La paroisse 
de Veigné, à la présentation de l'abbé de Cormery. 

Parochia Sanctx Marise de Vereto (A. B.), de Veretis (C), de Veiret 
(d. Houss. n, 1435). La paroisse de Veretz à la présentation de l'ar- 
chevêque de Tours. 

Parochia Villa dominarum (A. B.C.). La paroisse de laVille-aux- 
Dames, à la présentation du doyen de l'église de Tours. 

Parochia Sancti Jacobi de Villa perdita (A. B. G.). La paroisse de 
Villeperdue, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Andrex de Villano (A. B.), de Villanis (C), de 
Villena (d. Houss. n. 803, 1617), de Villania (id., n. 2061). La pa- 
roisse de Villaines, à la présentation de l'abbé de Cormery. — Il y avait 
à Villaines un prieuré de Cormery sous l'invocation de Notre-Dame. 

Archiprêtré de Loches. — Archipresbyteratus Lochensis. 

L'archiprêtré de Loches renfermait, au treizième et au qua- 
torzième siècle, quarante-huit paroisses; il en avait le même 
nombre au dix-septième siècle, malgré l'érection de la paroisse 
de Montrésor, faite aux dépens de celle de Beaumont- Village, 
parce que dès le quinzième siècle la paroisse d'Oizay avait été 
réunie à celle de Saint-Martin de Serçai. 

Parochia de Aubigneio (A. B.), de Aubigneyo (C), de Aubeigniaco 
(cartulaire du Liget). La paroisse d'Aubigny, à la présentation de 
l'archiprêtré de Loches. 

1. L'église primitive de Vencé était dédiée à saint Pierre. — Elle est ainsi désignée 
dans un acte du onzième siècle avec la chapelle de Vencé : « Vinciacum cum, ecclesia 
sancti Pétri et capella sanctx Marix Magdelenee quse. est in strataCormari- 
censi. «Cette première église paroissiale de Saint-Pierre fut abandonnée au douzième 
siècle, lorsqu'on construisit celle de Saint-Avertin. 



354 

Parochia Sancti Creplni et Sancti Crepiniani de Azayo Captivo 
(A. B. C), de Aziaco (cartul. de Noyers), de Asiaco (id.). La pa- 
roisse d'Azay le Ghétif, à la présentation de l'archidiacre de Tours. 
Parochia Sancti Andrex de Belloloco* (A. B.C.). La paroisse de 
Saint- André de Beaulieu. 

Parochia Sancti Laurentii de Belloloco (A. B.). La paroisse de 
Saint- Laurent de Beaulieu. 

Parochia Sancti Pétri de Belloloco (A. B. G.). La paroisse de Saint- 
Pierre de Beaulieu. 

Parochia Sancti Silvini de Bellomonte (A. B. C.d. Houss., n os 2350, 
2369, 2838, 3203, 3229, 3395). La paroisse de Beaumont -Village, à 
la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Stephani de Braies (A. B. C), de Bresis (Gesta 
dom. Ambaz.), de Broyé (cart. du Liget). La paroisse de Braye ou 
du Faux-Reignac, aujourd'hui Reignac. 

Parochia Sancti Martini de Chamborto (A. B.), de Camborto 
(d. Houss., n. 3199). La paroisse de Chambourg, à la présentation de 
l'archidiacre de Tours. 

Parochia Sanctx Mariœ de Chancellis (A. B. C). La paroisse de 
Chanceaux, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Ippolili ou Sancti Yppoliti (A. B.), de Capella 
Sancti Ypoliti (Q.),de Capella Sancti Hypoliti (Chartes de Baugerais). 
La paroisse de la chapelle Saint-Hippolyte, à la présentation de l'ar- 
chevêque de Tours. 

Parochia Sancti Pétri de Chedigneio (A. B. C), de Chipdiniaco 
(d. Houss., n. 2175 bi "), de Chedigniaco (id. n° 1750), de Chidiniaco 
(id. n° 2733). La paroisse de Chedigny, à la présentation de l'abbé 
de Villeloin. 

Parochia Sancti Michaelis de Chedigné (A. B.). La paroisse de 

Saint-Michel de Chedigny, à la présentation de l'archidiacre de Tours. 

Parochia Sancti Vincentii de Chemilleio(A. G.), de Chemeleyo (C.)> 

de Chemigle(B.), de Camiliaco. La paroisse de Chemillé-sur-Indrois, 

à la présentation du trésorier de l'église de Tours. 

1. L'abbaye de Beaulieu était dédiée à la sainte Trinité et au saint Sépulcre ; avant 
sa fondation il existait à Beaulieu une paroisse fort ancienne, c'est celle de Saint- 
Pierre; l'église fut construite par les abbés réguliers. — La seconde paroisse, celle 
de Saint-Laurent, dut son origine à une chapelle sans titre où il y avait une confré- 
rie desservie par un chapelain qui prit la qualité de curé vers 1229. — L'église de 
la troisième paroisse, dédiée à saint André, n'existait pas encore en 1173, et il n'est 
fait pour la première fois mention d'un curé dans cette église qu'en 1275 environ. 



355 

Parochia Sancti Symphoriani de Ciranno (C.), de Ciram (A.), de 
Cirem (B.). La paroisse de Ciran, à la présentation de l'archidiacre 
de Tours. 

Parochia Sancti Sulpitii de Colcngeio (A. B.), de Collengeyo(C), 
de Colungeiaco (d. Houss., n. 1750), de Collengeio (id. n° 2733, 
2846, 3297). La paroisse deCoulangé, la présentation de l'abbé de 
Villeloin. 

Parochia Sancti Vrbani de Corcaio (A.), de Corcio (B.), de Cour- 
seyo (C.), de Curciaco (arm. de Bal., t. 76, f° 65, 74, 67, 8,48,274), 
de Curcaio (d. Houss., n. 3078), de Cursayo prope Ligolium (id. 
n° 3774). La paroisse de Gourçay, à la présentation du chapitre de 
Saint-Martin. 

Parochia Sancti Venantii de Doits (C), de Dolus (A. B), de Duo- 
bus Luciis (d. Houss., n. 803 et 3315). La paroisse de Dolus, à la 
présentation de l'abbé de Cormery, 

Parochia Sanctœ Marias de Escuilleio (A. B.), de Esculeyo (C), de 
Scubiliaco (d. Houss., n. 1750, 1273). La paroisse d'Écueillé, à la 
présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Mauricii de Esvia (A. B. C). La paroisse d'Esves- 
le-Moutier, à la présentation de l'abbé de Maubec. 

Parochia Sanctœ Marias de Ferreriis (A. B.). La paroisse de Fer- 
rières-sur-Beaulieu, à la présentation de l'abbé de Mézières en 
Brenne, diocèse de Bourges. 

Parochia Sanctae Eulalise de Genilleio (A. B. C, d. Houss., 
n. 2315, etc.), de Geniliaco (d. Houss., n. 120, 1586, etc.). La pa- 
roisse de Genillé, à la présentation du chapitre de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Legio ou de Legsio (A. B. G.) . La pa- 
roisse du Liège, à la présentation de l'abbesse de Beaumont. 

Parochia Sancti Bartholomei de Locheio (A. B, C. , d. Houss., 
n. 1750, 2733, 2846, 3297), de Luchesii (acte de fond, de Baugerais). 
La paroisse de. Loche, à la présentation de l'abbé de Villeloin. 

Parochia Sanctae Mariae de Lochiis ou de Lochis (d. Houss., n. 187, 
463, 464, 1613). La paroisse de N.-D. de Loches. 

Parochia Sancti Ursi de Lochiis ou de Lochis (A. B. G.), de Locas 
(d. Houss., n. 475), de Luchis (d. Houss., n. 607), de Leuchas ou de 
Leucas (chron. Turonense). La paroisse de Saint-Ours de Loches, à 
la présentation de l'abbé de Beaulieu. 

Parochia Sancti Sulpicii de Loratorio{A.B.C, d. Houss., n.1405, 
1733). La paroisse de Saint-Sulpice duLouroux. 



356 

Parochia Sanctœ Marise de Loans sive de Loantio* (A. B. ), de 
Louanceyo (C.),de Lupanno (cartul. de Cormery), de Lupantia (id.). 
La paroisse de Louans, à la présentation de l'abbé de Cormery. 

Parochia Sanctx Mariœ de Monte Thesauri^ (d. Houss., n. 1750, 
4107, 2260), de Montesorio ou de Monte Thesaurio (id. 2172 1,i ', 2350, 
2817). La paroisse de Montrésor. 

Parochia Sancti Gervasii et Sancti Protasii de Mantelant (A. B.), 
de Mantelani (C), de Mantolomao (Grég. de Tours). La paroisse de 
Mantelan, à la présentation de l'archidiacre de Tours. 

Parochia Sancti Philippi et Sancti Jacobi de Moseyo (A. B.), de 
Mouzeyo (G.), de Mosiaco [Lia. bonar. gentium). La paroisse deMou- 
zay, à la présentation de l'abbé de Beaulieu. 

Parochia Sancti Martini de Noento ou de Noyento (A. B. C.), de 
Noviento (d. Houss., n. 1750, 2172 bi8 ), deNoen ou de Noento (id. 2274, 
2357, 2733, 2824, etc.). La paroisse de Nouans, à la présentation de 
l'abbé de Villeloin. 

Parochia de Ogreio ou de Oreio (chartes de Bangerais, 1201, 
1215, etc.). La paroisse d'Oizay, unie depuis à la paroisse de Cerçay, 
laquelle disparut à son tour pour faire place à celle du Bridoré. 

Parochia Sancti Vincentii deOrbigneyo ou de Orbeigne (A. B. C.). 
La paroisse d'Orbigny, à la présentation du trésorier du chapitre de 
Tours. 

Parochia Sancti Pétri de Perruçon (A. B. C.), de Perruchum (d. 
Houss., n. 2611), de Petrucio ou de Perruceio (cartul. de Cormery). 
La paroisse de Perrusson, à la présentation de l'abbé de Beaulieu. 

Parochia Sancti Baldi ou Baudi (A.), Capellse Sancti Baldi* (B. C, 
cartul. de Cormery), Capellse Sancti Baudi (d. Houss., n. 1940 et 
1718), Basilica Sancti Baudi (id., n. 1184). La paroisse de Saint- 
Bauld, à la' présentation de l'abbé de Cormery. 

Parochia Sancti Flodovei (A. B.C.), de Sancti Flodoveo (d. Houss., 
n. 7296, et archiv. de la Merci Dieu). La paroisse de Saint-Flovier, 
à la collation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Germani de Pratis (A. B. C), de Sancto Ger- 



1. Cette paroisse fut érigée en 997 aux dépens de celle de Tauxigny; ce n'avait 
été jusque-là qu'une simple chapelle dédiée à Notre-Dame. 

2. Montrésor n'était avant le dix-septième siècle qu'une succursale de la paroisse 
de Beaumont; il fut érigé en paroisse à la fin du seizième siècle. 

3. Saint-Bault était le prieuré de Cormery. La paroisse était à la chapelle Saint - 
BauH, immédiatement à côté. 



357 

mano (d. Houss., n. 1617). La paroisse de Saint-Germain-sur-Indre, 
à la présentation de l'archidiacre de Tours. 

Parochia Sancli Johannis super Andriam (A.. B.C. d. Houss., n. 2478 
et 3270). La paroisse de Saint-Jean-sur-Indre, à la présentation de 
l'archiprêtre de Loches. 

Parochia Sancti Michaelis de Landa (B.). La paroisse de Saint- 
Michel des Landes. 

Parochia Sancti Quintini super Androsiam (A. B.), Sancti Quin- 
tini super Angeliscum (d. Houss., n. 881), Sancti Quintini super An- 
deriscum (id. n. 1553 et 1733), Sancti Quintini (G. d.Houss.,n.873, 
1547, 6948). La paroisse de Saint-Quentin-sur-Indrois, à la présenta- 
tion de l'ahbé de Marmoutier. 

Parochia Sancti Senoc ou Seno (A. B. G.), Sancti Senoch (chartes 
de Baugerais). La paroisse de Saint-Senoch, à la présentation de 
l'archidiacre de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Sarcayo (A. B. G.). La paroisse de Cer- 
çay, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Leobaiii de Seneveriis (A. B.), de Senapariis (char- 
tes de Baugerais). La paroisse de Sennevières. 

Parochia Sancti Marci et Sancti Marcellini de Tauxigneio^(k. G.), 
de Talsiniaco (cartul. de Cormery), de Taxiniaco, de Tauxigniaco, 
de Toxigné (id.). La paroisse deTauxigny, à la présentation de l'abbé 
de Cormery. 

Parochia Sancli Pétri de Varena (A. B.), de Varanis (G.), de Va- 
rennis (d. Houss., n. 495). La paroisse de Varennes, à la présentation 
de l'archidiacre de Tours. 

Parochia Sancti Baldi de Vernolio' 1 {A.B.G., et d. Houss., n.3327, 
3335). La paroisse de Verneuil, à la présentation de l'archevêque de 
Tours. 

Parochia Sancti Andrex de Villa domini (A. B. C.), de Villa do- 
min (d. Houss., n. 2454 et 2902). La paroisse de Villedomain, à la 
présentation de l'abbé de Saint-Genoulx. 

Parochia Sancti Michaelis de Villalupœ (A.B. C., archiv. de Ville- 
loin), de Villalupense (id.), de Villalupina, de Villaoen (id.). La pa- 
roisse de Villeloin, à la présentation de l'abbé de Villeloin. 

1. Le prieuré de Tauxigni était dédié à saint Martin, la cure à saint Marc et saint 
Marcellin. 

2. Saint Bault était primitivement enterré dans une chapelle, la chapelle Saint- Bault. 
L'archevêque Arnoult le fit transporter dans l'église de Verneuil que Sulpice d'Am- 
boise, trésorier de Saint-Martin, avait fait construire. 



358 

Parochia de Vitrayo ou de Viclraio (A. B. C, archiv. de Baugerais). 
La paroisse de Vitray à la présentation de l'archiprêtre de Loches. 

Archiprètré d'outre-Loire. — Archipresbiteratus translige- 
rensis. 

L'archiprêtre d'outre-Loire renfermait, au treizième et au qua- 
torzième siècle, soixante-quinze paroisses ; il en possédait 
soixante-seize au dix -huitième siècle par suite de l'érection de 
Pocé, faite à cette dernière époque. 

Parochia Sancti Martini de Ambillou (A.B.), de Ambilleijo (C), de 
Ambillo, de Ambulliaco, de Ambiliaco (chartes de Saint-Julien). La 
paroisse d' Ambillou, à la présentation de l'abbé de Saint-Julien. 

Parochia Sanctœ Marias de Austrechia (A. B.), de Autrechia (C, 
et archiv. de Fontaines). La paroisse d'Autrêches, à la présentation 
de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Bellomonte de lloncia (A. B. C). La 
paroisse de Beaumont-la-Bonce, à la présentation de l'archevêque de 
Tours. 

Parochia Sancti Pétri de Bueil (A.), deBuelleio (G.), deBuel (B.), 
de Buelio ou Buelleio (D. Housseau, n. 3070, 1278, 8510), de Bul- 
liaco (id., n. 1258). La paroisse du Bueil, à la présentation de l'abbé 
de Saint-Julien. 

Parochia Sancti Sulpicii de Boellio (A. d. Houss. , n. 2890), de 
BoulaioQb.C). La paroisse du Boulay, à la présentation de l'abbesse 
d'Estival. 

Parochia Sancti Martini de Brechia (A. C), de Brochia (B.),de 
Brèche [d. Houss., n. 2940). La paroisse de Brèche, à la présentation 
de l'abbé de Saint-Julien. 

Parochia Sancti Pétri de Cerellis (A. C), de Cer elles (B.), de Cer-- 
sille ou de Cersolio (cart. de Saint-Julien, x e siècle). La paroisse de 
Cerelles, à la présentation de l'abbé de Saint-Julien. 

Parochia Sancti Pétri de Chancayo (B. C). La paroisse de Chan- 
çay, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Cancellis (cartul. de Saint -Julien, 
p. 35, 171, etc.), de Chancellis (A.B. C). La paroisse deChanceaux- 
sur-Choisille, à la présentation de l'abbé de Saint-Julien. 

Parochia Sancti Laurentii de Charentilleo (A. B.), de Charentl- 



359 

liaco (d. Houss., n. 2063), de Charentilleto (arm. de Bal., t. 76, 
f. 274). La paroisse de Gharentilly, à la présentation du chapitre de 
Saint-Martin. 

Parochia Sancti Andreœ de Castro Reginaldi (A.B. C). La paroisse 
de Saint-André de Château-Regnault. 

Parochia de Chenuçon (A. B. C), de Chenuchum (ehart. de Saint- 
Julien, ann. 1143). La paroisse de Chenuçon, à la présentation de 
l'abbé de Saint-Julien. 

Parochia Sanctx Mariœ de Clareio (A.), de Clare (B.), de Clereyo 
(C). La paroisse deCleré, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sanctœ Mariœ de Crotellis (A.C.), deCrolelles (B). La pa- 
roisse de Grotelles, à la présentation du chapitre de Tours. 

Parochia Sanctx Mariœ deDomna Maria ou deDompna Maria (A. 
B.C.). La paroisse de Dame-Marie des Bois, à la présentation de l'ar- 
chidiacre d'Outre-Loire. 

Parochia Sanctœ Mariœ de Essartis (A. B. C). La paroisse des Es- 
sarts, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Symphoriani de Fvndetis (A. B. C), de Fundato 
(chart. de Marmout.). La paroisse deFondettes, à la présentation de 
l'archidiacre d'Outre-Loire. 

Parochia Sancti Romani de Ingrandia (A. B. C, cartul. de Bour- 
gueil). La paroisse d'Ingrande, à la présentation de l'abbé de Bour- 
gueil. 

Parochia Sancti Johannis deLenges (A. B.), de Lengiaco (chart. de 
Marm.), de Lengiacis (idem), de Lengiaco ou de Langeis (idem). La 
paroisse de Saint-Jean de Langeais, à la présentation du chapitre 
dudit lieu. 

Parochia Sancti Laurenlii de Lenges (A. B.), de Lengeio (G.), de 
Lengiciaco (chron. de Tours), de Lungiaco (chart. deBeaulieu). La 
paroisse de Saint-Laurent de Langeais, à la présentation de l'abbé de 
Beaulieu. 

Parochia Sancti Saturnini de Limeriaco ou de Lumerio (A. B. C.)« 
La paroisse de Limeray, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Georgii de Loetaut (A. B. G.). La paroisse de 
Louestault, à la présentation du chapitre de Saint-Martin. 

Parochia Sanctœ Genovefœ de Malayo (C.), de Malliaco (A- B., 
chart. de Marm., d. Houss., n. 704, 720, 869, 1488, etc.). La pa- 
roisse de Sainte-Geneviève de Maillé, à la présentation de l'archevê- 
que de Tours. 

Parochia Sancti Venantii de Malayo (C.), de Malliaco (A., d. 



360 

Houss., n. 2898, 1732, 1733, etc.). La paroisse de Saint- Venant de 
Maillé ou Luynes, à la présentation de l'abbé de Marmoutier. 

Parochia Sancti Pétri de Marraio (A. B. G .) , de Marreio (d. Houss., 
n. 6726), de Marreis (id., n. 6727). La paroisse de Marray, à la pré- 
sentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Pétri de Mazeriis (A. G.), de Mazères (G.)- La pa- 
roisse de Mazières, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Symphoriani de Metrei (A. B.), de Metreyo (G.). 
La paroisse de Mettrai, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Monaya (A. B.C.), de Medonia (charte 
de Marm.), de Monetiaco (id., d. Houss., n. 1112). La paroisse de 
Monnaie, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Johannis de Moran (A. B.), de Moranno (C.). La 
paroisse de Morand, à la présentation de l'abbé de Bonneval. 

Parochia Sancti Martini de 31onsteriolo (B. G.), de Musteriolo (A.), 
de Monsteriolo (d. Houss., n.175), de Mosteriolo{\d., n. 355). La pa- 
roisse de Montreuil, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Pétri de Nazellis (A. B. G.). La paroisse de Na- 
zelles, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Symphoriani de Negron (A. B.), de Negronio (C.). 
de Negrum (d. Houss., n. 2199), de Nigronio (id., n. 791, 866, 
1179, etc.). La paroisse de Negron, à la présentation de l'abbé de 
Marmoutier. 

Parochia Sanctx Marix de Nova Villa (A. B. G., d. Houss., n. 121 \ 
et 1733). La paroisse de Neuville, à la présentation de l'abbé de Mar- 
moutier. 

Parochia Sancti Vincenlii de Novo Vico 1 (A. B. G., d. Houss., 
n. 2800 et 2563). La paroisse de Neuvi, à la présentation du chapitre 
de Tours. 

Parochia Sancti Prœjecti de Noereio (A. C.), de Noizeio ou de 
Noereio (B.). La paroisse de Noizai, à la présentation du chantre de 
Tours. 

Parochia Sancti Andrex de Nozilleio (A. G.), de Nozitle (B.), de 
Nuziliaco, de NuzUUaco, de Nozelleio (cart. de Saint- Julien). La 
paroisse de Nouzilli, à la présentation de l'abbé de Saint-Julien. 

Parochia Sancti Pelri de Nuilleio de Edera (A. B. C.). Le prieuré 

1. Grégoire de Tours parle des reliques de saint" André apportées à Neuvi, et dom 
Ruinart dit qu'il y avait à Neim une ancienne église dédiée à saint André. 



361 

de NeuilIy-le-Lierre, à la présentation de l'abbé de Saint-Georges du 
Bois. 

Parochia Sancli Pétri de Nuilleio Pontis Petrini (A. B. C), de 
Neulleio (d. Houss., n. 2454). La paroisse de Neuillé-Pont-Pierre, à 
la présentation de l'abbé de Vaas. 

Parochia Sanclx Marix de Oetho (A. C), de Oeto (B., d. Houss., 
n. 2377, 3006 et 2784), de Odoato ou de Odato (chart. de Saint- 
Martin). La paroisse de Notre-Dame d'Oé, à la présentation du cha- 
pitre de Saint-Martin. ^ 

Parochia de Oratorio (A. G.), d'Orouer ou d'Auzouer (Gaig. 
vol. 678, pages 200 et 208). La paroisse d'Auzouer, à la présentation 
de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Symphoriani et Sancti Pétri de Parciaco (d. Houss., 
n. 993, 875, 966, 1733), de Parizayo {C.) . La paroisse de Parçay, à 
la présentation de l'abbé de Marmoutier. 

Parochia Sancti Nicesii de Pernayo (A. B.), de Perrenayo (C.), de 
Perroneio ou de Parronaio ' (d. Houss., n. 1585, 2226 et 2828). La 
paroisse de Pernay à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia dePoceio 2 . La paroisse de Pocé, créée au dix-huitième 
siècle. 

Parochia Sancti Medardi de Ruigneio (A. B.), deRugncyo (C.). La 
paroisse de Beugny, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sanctx Marix de Rupe Corbonis (B. G.), de Rupibus Cor- 
bonis (A.), de Rupibus (d. Houss., n. 1419, 2668), de Vauna* (G.). La 
paroisse de Vaunes, aujourd'hui Boche-Corbon, à la présentation du 
doyen de Tours. 

Parochia Sancti Symphoriani de Roseriis (A. B. G., et d. Houss., 
n. 1983). La paroisse de Boziers, à la présentation de l'abbé de 
Peuilly. 

Parochia Sancti Antonii de Ruperio (C.), de Rupe (A. B.). La pa- 
roisse de Saint «- Antoine du Rocher, à la présentation de l'abbé de 
Saint-Julien. 



1. Grégoire de Tours dédia l'église de Perrenay et y mit des reliques desaintNi- 
zier. 

2. l'océ ne lut érigé en paroisse qu'en 1769. Ce village ne possédait auparavant 
qu'une simple chapelle dépendant de la paroisse de Montreuil. 

3. L'église paroissiale de Vosnes, aujourd'hui Rochecorbou, fut consacrée le 16 fé- 
vrier 1533 par l'archevêque Antoine de la Barre sous le vocable de Notre-Dame; l'an- 
oenne église était sur le coteau auprès du vieux château. 

II. (Sixième série.) 25 



362 

Parochia Sancti Albini depicti (A. B. C). La paroisse de Saint- 
Aubin-le-Dépeint, à la présentation de l'abbé de la Couture du Mans. 

Parochia Sancti Audoeni de Pinu (A.), de Nemore(B.). La paroisse 
de Saint-Ouen-des-Bois, à la présentation de l'abbé de Marmoutier. 

Parochia Sancti Audoeni nunc Sanclx Radegundis (A. B.). La 
paroisse de Sainte-Badegonde, à la présentation de l'abbé de Mar- 
moutier. 

Parochia Sancti Christophoriin Turonia{k. B. C. etchartes de Saint- 
Florent de Saumur). La paroisse de Saint-Christophe, à la présenta- 
tion de l'abbé de Saint-Florent. 

Parochia Sancti Cirici de Gado (A.), de Gaudo (B.), de Gaudano 
(C), de Gaudo (cartul. de l'archevêché). La paroisse de Saint-Cyr- 
du-Gault, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Cirici super Ligerim (A. B. C), Sancti Cyriciprope 
Turones (d. Houss. n. 3105). La paroisse de Saint-Cyr-sur-Loire, à 
la présentation de l'abbé de Pontlevoy. 

Parochia Sancti Georgii super Ligerim (A. B.C.). La paroisse de Saint- 
Georges-sur-Loire, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Gorgonii (A. B. G.). La paroisse de Saint-Gourgon, 
à la présentation du chantre de Tours. 

Parochia Sancti Laurentii in Gastina (A.B. G., cart. de Marmout., 
etc.). La paroisse de Saint-Laurent-en-Gastine, à la présentation de 
l'abbé de Marmoutier. 

Parochia Sancti Medardi de Pila (A.B. G.), de Sancto Medardo, de 
Sancto Medardo de Pila (cartulaire de Saint-Julien) . La paroisse de 
Saint-Mars, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Porochia Sancti Michaelis super Ligerim (A. B. C.). La paroisse de 
Saint-Michel-sur-Loire, à la présentation de l'abbé de Bourgueil. 

Parochia Sancti Nicolai deMontoux(A.), deMotes (B.), deMontoso 
(C.). La paroisse de Saint-Nicolas-des-Mottes, à la présentation de 
l'archidiacre d'outre-Loire. 

Parochia Sancti Paterni (A. B. C.). La paroisse de Saint-Paterne, 
à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Patricii (A. B. C., arch. de Noyers). La paroisse 
de Saint-Patrice, à la présentation de l'abbé de Noyers. 

ParochiaSanctiStephanideBlemars(A.B. G.). La paroisse deSaint- 
Ëtienne de Blemars, à la présentation de l'archidiacre d'outre-Loire. 

Parochia Sancti Stephani de Chigneio (A. C.), de Eschigne (B.).La 
paroisse Saint-Étienne-de-Chigny, à la présentation de l'archidiacre 
d'outre-Loire. 



363 

Parochia Sancti Symphoriani de Ponte (A. B. G.). La paroisse de 
Saint-Symphorien-des-Ponts de Tours, à la présentation de l'abbé 
de Marmoutier. 

Parochia Sancti Martini de Semblencio (A.B.), de Samblancayo (C), 
de Semblcnciaco (d. H., n. 2203, 2558. etc.), de Simpliciaco([d..n. 
2226, 1127, 909, 1160), de Simbliciaco (id., 1453). La paroisse de 
Semblançai, à la présentation de l'abbé de Marmoutier. 

Parochia Sancti Genesii de Sonzaio (A. B. C), de Somziaco (d. H. 
n. 1172). La paroisse de Sonzai, à la présentation de l'abbé de Mar- 
moutier. 

ParochiaSanctœMariœdeSonnaio (A. B.C.), deSolnai (d. H. n.474). 
La paroisse de Sonnay, à la présentation de l'abbé de Saint-Julien. 
Parochia Sancti Michaelis de Soveigneio (A. B.), de Souvigneyo 
(C). La paroisse de Souvigné-sous-Châteaux. 

Parochia Sancti Pétri de Valeriis (A. B. C, cart. de Saint- Julien). 
La paroisse de Vallières, à la présentation de l'abbé de Saint- Julien. 
Parochia de Surrino (A. B.C.), de Sutrino (cartul. deSaint-Julien). 
La paroisse du Serrain, à la présentation du prieur de Vaas. 

Parochia Sanctœ Trinitatis de Vernoto (A. B.), de Verneto (C.).La 
paroisse de Vernou, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Villaborelli (A.), de Villa Bourelli 
(B.C.). La paroisse de Villebourg, à la présentation de l'abbé de Saint- 
Florent. 

Parochia Sancti Martini de Villa Calva (A. B. C), de Villa Capillata 
(charte de la Sainte-Trinité de Vendôme). La paroisse de Villechauve, 
à la présentation du doyen de Tours. 

Parochia Sancti Vincentii de Villadomerii (A. B. C). La paroisse 
de Villedomer, à la présentation du doyen de Tours. 

Parochia de Villa Porcherii (A.B. C). La paroisse de Villeporcher, 
à la présentation du doyen de Tours. 

Parochia Sanctœ Marix de Vouvrayo (A. B. C), de Vovreio (d. IL, n. 
2485), de Vauvraio (id., n. 8316). La paroisse de Vouvrai, à la pré- 
sentation de l'archevêque de Tours. 

Archiprètré de Sainte-Maure. — Archipresbyteratus Sanctx 
Maurœ. 

L'archiprêtré de Sainte-Maure renfermait, au treizième et au 
quatorzième siècle, quarante-quatre paroisses, et quarante-six 
au seizième par suite de l'érection de Nueil, démembré de Saint- 

25. 



304 

Épain, en 1540, et de Sainte-Catherine de Fierbois. Une nou- 
velle paroisse fut créée dans cet archiprètré en 1666, celle de 
Paulini, ce qui en porta définitivement le nombre à quarante- 
sept. 

Parochia Sancti Martini de Abilleyo (A. B.C.). La paroisse d'Abilly, 
à la présentation du sous-chantre de l'église de Tours. 

Parochia Sanctœ Mariœ deBalisma (A.B. C), de Baleemma (d. H., 
n. 502), de Balesma (id., n. 1565 et 1817 b!s ), de Belisma (cartul. de 
la cathéd.). La paroisse de Balesme, à la présentation de l'abbé de 
Beaulieu. 

Parochia Sancti Mauricii de Barro (A.), de Barroto (B. C), de 
Berrao (charte de Preuilly, ann. 1284). La paroisse de Barrou, à la 
présentation de l'abbé de Preuilly. 

Parochia Sancti Stephani de Bes (A.) , de Betz (B. C). La paroisse 
de Betz, à la présentation du prieur de Saint-Côme. 

Parochia Sancti Laurentii deBocies (AB), de Broceyo (C), de Bro- 
ceis (Bulles de 1139 et de 1180 pour Cormery, chartes de 1228 et 
1231). La paroisse deBossée, à la présentation de l'abbé de Cormery. 

Parochia Sancti Martini deBocayo (A. C), de Bocaio (B.), Sancti 
Martini Bocaici (chartes de Preuilly, d. H., n. 917, 1033, 1983). La 
paroisse de Bossay, à la présentation de l'abbé de Preuilly. 

Parochia Sancti Laurentii de Boocayo (A.), de Bochaio (B.), de 
Bouccayo (C), deBooceyo (ch. de la Merci-Dieu, d. Houss., n. 2580, 
2591 et 2592). La paroisse de Boussay, à la présentation de l'arche- 
vêque de Tours. 

ParochiaSancti Martini de Bornan (A.B.), de Bononanno (C), de 
Burnomio (bulle de 1139 pour Cormery), de Bornemio (charte de 
Corm. de 1228). La paroisse de Bornan, à la présentation de l'abbé de 
Cormery. 

Parochia Sancti Pauli de Campo Bono 1 (A. B.C.), de Cambon (ch. 
de Cormery, ann. 850), de Chambum (id., ann. 1276). La paroisse 
de Chambon, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Capella alba^ (A. B. C, bulle de 1177 
pour Saint-Martin). La paroisse de la Chapelle-Blanche, à la présen- 
tation du doyen de Saint-Martin. 

1. L'ancienne église de Chambon était dédiée à saint Crépin et saint Cïépinicn. 

2. L'église de la Chapelle-Blanche fut rebâtie ou tout au moins réparée en 1520. 
(Regist. capit. de Saint-Martin.) 



365 

Parochia Sancti Martini deCharniseio (A. B.). de Charnisayo (C), 
de Carnisiaco (chartes de Preuilly, d. Houss.., n. 1033 et 1983). La 
paroisse de Charnisay, à la présentation de l'abbé de Preuilly. 

Parochia Sancti Avencii (C), Cellœ Sancti Avenceii(k.B.), Sancti 
Avancii (G.), Sancti Adventi(ch. de Noyers, ann. 11-12, d. H., n.7250). 
La paroisse de la Celle-Saint-Avent, à la présentation de l'abbé de 
Noyers. 

Parochia Sanctœ Mariée Cellse Draconis (A. B. G.), Cellœ Drogonis 
(cartul. de l'archev.), la Celle-Guenant (d. Houss., n. 3850). La paroisse 
de la Celle-Guenant, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sanctœ Catherinœ de Fierbois 1 . La paroisse de Sainte- 
Catherine de Fierbois. 

Parochia Sancti Medardi de Chaumucayo (A. B.C.), de Chamuceyo 
(d. Houss., n. 3639). La paroisse de Chauraussay, à la présentation 
de l'abbé de Fontgombault. 

Parochia Sancti Pétri de Cucayo(k. B.), de Cussayo(C) .deCussiaco 
(Dipl. pour Cormery de 838). La paroisse de Cussay, à la présentation 
de l'archiprêtre de Sainte-Maure. 

Parochia Sancti Sulpicii de Dracheio (A. B. C), de Dracheaco et 
Drachiaco (ch. de Noyers de 1112 et 1140). La paroisse deDraché, 
à la présentation de l'abbé de Noyers. 

Parochia Sancti M ansueli de Ferrariis (A.), de Ferrière-V Archon 
(B.). Laparoisse de Ferrières-Larçon, à la présentation de laMerci- 
Dieu. 

Parochia Sancti GeoryiideHaia{k. B. C), de Castro Haiae (chartes 
de Preuilly, dom Houss., n. 1777, 1983). La paroisse de Saint-Georges 
de la Haye, à la présentation de l'abbé de Preuilly. 

Parochia Sanctœ Mariée de Z?aia(A.B.C), de Haaia (d. Houss., n # 
1552). La paroisse de N.-D. de La Haye, à la présentation de l'abbé 
de Preuilly. 

Parochia Sancti Marcellini de Guerchia (A. B.), de Guierchia (C), 
Wirchiœ (d. Houss., n. !62), de Guirchia (charte de la Merci-Dieu, 
ann. 1217). La paroisse de la Guerche, à la présentation de l'abbé 
de Preuilly. 

Parochia Sancti Martini de Ligolio (A. B.C.), de Ligogulo (ch. de 
Saint-Martin, ann. 1418), de Lugogalo (ch. de Saint-Martin, ann. 



1. Sainte - Catherine de Fierbois n'a reçu le titre de paroisse qu'au seizième 
siècle. 



366 

1093, 1130, etc.), de Ligogolo, de Lugogilo, etc. (idem). La paroisse 
de Ligueil, à la présentation du doyen de Saint-Martin. 

Parochia Sancti Martini de Mailleijo l'Allier (A. G.), de Maillé- 
I'AlIier(B.).La paroisse de Maillé-l'Allier, à la présentation de l'ar- 
chevêque de Tours. 

Parochia Sancti Blesii de Marcatjo (A. B.C.), de Marchayo (ch. 
de Noyers, ann. 1112). La paroisse de Marcé-sur-Esvre, à la présen- 
tation de l'abbé de Noyers. 

Parochia Sancti Perpetui de Nuelle, de Niolo. La paroisse de 
Neuil, à la présentation du prieur de Saint-Cosme 1 . 

Parochia de Paulmis 2 . La paroisse de Paulmi ou d'Argenson. 

Parochia Sancli Saturnini de Nuilleio (C), de Neitlleio (ch. du chap. 
de Tours, d.Houss., 2454). La paroisse de Neuillé-le-Noble, à la pré- 
sentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti S ilvestri de Plais(k. B. C). La paroisse de Plaix, à 
la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Gervasii de Pressigneio (A.B. C). La paroisse de 
Saint-Gervais de Pressigny, à la présentation de l'archevêque de 
Tours. 

Parochia Sancti Pétri de Pressigneio ou de Pressegneio (A. B. C). 
La paroisse du Petit-Pressigny, à la présentation de l'abbé de Preuilly. 

Parochia Sancli Gervasii et Sancli Protasii de Precigneyo supe- 
riori (A. B. C). La paroisse du Grand-Pressigny, à la présentation de 
l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Martini de Precigneio ou de Pressegneio (A. B. C). 
La paroisse de Saint-Martin-d'Étableau, à la présentation de l'abbé 
de Pontlevoi. 

Parochia Sanctôe Marix de Prulliaco (A. B.C.), Sanctœ Mariae de 
Scalis (charte de Barthel., arch. de Tours, d. H., n. 1982. — Bulle 

1 . Ce n'est qu'en 1540 que Neuil fut érigé en paroisse, auparavant il n'y avait qu'un 
prieuré et une chapelle dépendant de Saint-Épain. 

2. Cette paroisse ne date que de 1666, et fut formée aux dépens delà paroisse de 
Maillé-l'Allier à la condition que tous les ans, le jour de la Saint-Martin d'hiver, les 
habitants viendraient en procession à leur ancienne paroisse (d. H. n. 4933). La cha- 
pelle bâtie primitivement par les seigneurs de Paulmi, en 1476, était dédiée à saint 
Nicolas et située au château ; en 1586, fut construite dans le bourg l'église de Sainte- 
Croix pour y avoir un collège et y instruire les jeunes gens ; en 1615, le seigneur de 
Paulmi donna cette église aux pères Augustins de la province de Bourges pour la 
desservir. Sur la demande des seigneurs du lieu, M. LeBoutheilIer, archevêque de 
Tours, l'érigea en paroisse en 1666, sous le titre du Père-Éternel; cette érection fut 
confirmée par lettres patentes de 1668. 



367 

d'Urbain II, an. 4099; d. H., n. d033). La paroisse de Notre-Dame- 
des-Ëchelles, à Preuilly, à la présentation de l'abbé dudit lieu. 

Parochia Sanctœ Mariœ Magdalenœ de Prulliaco (A. B.C.), Sanctœ 
Mariœ Magdalenœ de Burgo Novo. L'église de Sainte-Marie-Made- 
laine du Bourgneuf, à Preuilly, à la présentation de l'abbé de 
Preuilly. 

Parochia Sancti Melanii de Prulliaco (A. B. C). La paroisse de 
Sainte-Melaine de Preuilly, à la présentation de l'abbé de Preuilly. 

Parochia Sancti Nicholai de Prulliaco (A. B. C., charte de 1184). 
La paroisse de Saint-Nicolas de Preuilly, à la présentation de l'abbé 
de Preuilly. 

Parochia Sancti Pétri de Prulliaco ( A . B. C). La paroisse de Saint- 
Pierre de Preuilly, à la présentation de l'abbé dudit lieu. 

Parochia Sanctœ Julitx (A. B.C.). La paroisse de Sainte-Juliette, à 
la présentation de l'abbé de Preuilly. 

Parochia Sancti Michaelis de Bosco (A. C), Sancti Michaelis de 
Pruille (B.). La paroisse de Saint-Michel-du-Bois, à la présentation 
de l'abbé de Preuilly. 

Parochia Sanctœ Maurœ (A. B. C.).La paroisse de Sainte-Maure, à 
la présentation de l'abbé de Noyers. 

Parochia Sancti Maximini de Sancta M aura (A. B. C). La paroisse 
de Saint-Maximin de Sainte-Maure, à la présentation de l'abbé de 
Noyers. 

Parochia Sancti Stephani de Sancto Spano (A.B. C), de Brigogalo, 
de Brugolio vel de Burgogalo (chartes et diplômes pour Saint-Martin, 
ann. 844, 899, 903 et 919). La paroisse de Saint-Epain, à la présen- 
tation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sanctœ Mariœ de Sepmis (A. B. G.). La paroisse de Sepmes, 
à la présentation de l'abbé de Noyers. 

Parochia de Sivraio (A. B. C). La paroisse de Civray-sur-Esves, à 
la présentation du doyen du chapitre de Tours. 

Parochia SanctiPelride Tornon(A.C), de Tornos (B.), de Tornum 
(charte de Preuilly, domHouss., n. 1983, et ch. de la Merci-Dieu. 
Gaig. 678, f. 164). La paroisse de Saint-Pierre de Tournon, à la pré- 
sentation de l'abbé d'Angles. 

Parochia Sancti Pétri de Voou (A. B.), de Vodolio etdeVodullio (d. 
Houss., n. 1750 et 2172 bia ), de Voo (id., n. 2245). La paroisse de Vou, 
à la présentation de l'abbé de Villeloin. 

Parochia Sanctœ Marix de Ysorio (A. B. C). La paroisse d'Yseu- 
res, à la présentation de l'abbé d'Angles. 



368 



Archiprèteé de l'Ile Bouchard. — Archipresbyteratus Insulœ 
Buchardi. 



Au treizième et au quatorzième siècle, l'archiprètré de l'île 
Bouchard renfermait quarante-cinq paroisses; quarante-sept, 
au quinzième, par suite de la création des deux paroisses de 
Saint-Étienne et de Saint-Jacques de Chinon. Au seizième, il en 
contenait quarante-huit, le château d'Ussé, avec ses dépen- 
dances, ayant obtenu, en 1526, les droits de paroisse. 

Parochia Sancti Syrnphoriani de Ancheio (A. B. G.), de Anchiaco 
(Ch. de Gormery, domHouss. n. 1037). La paroisse d'Anché, à la pré- 
sentation de l'abbé de Cormery. 

Parochia Sancti Vincentii de Antoigneio (A. B. C), de Antoniaco 
(Chartes de Noyers ; d. Houss. n. 153 et 7282). La paroisse d'Anto- 
gny, à la présentation de l'abbé de Noyers. 

Parochia Sanctx Marix de Avonio (A. B. C.). La paroisse d'Avon, 
à la présentation de l'abbesse de Beaumont-lez-Tours. 

Parochia Sancti Mauricii de Avenes (k.),de Avertis (B.C.). La pa- 
roisse d'Avoine, à la présentation de l'archidiacre d'outre-Vienne. 

Parochia Sanctse Marix de Bello Monte Caynonensi (A. B.C.). La 
paroisse de Beaumont en Véron, à la présentation de l'abbé de 
Mauléon. 

Parochia Sancti Pétri de Brisaio (A. B. C). La paroisse de Brisay, 
à la présentation de l'abbé de Maubec. 

Parochia Sancti Mauricii de Candate (A. B. G.), de Condato in 
Verrum (d. Houss. n. 1633), de Cande {Gesta cons. Andeg.). La pa- 
roisse de Gandes, à la présentation du chapitre de Candes. 

Parochia Sancti Pétri de Chezellis, (A. B. G.). La paroisse de 
Chezelles, à la présentation de l'abbé de Maubec. 

Parochia Sancti MauriciiCaynonensis (A. B.),de Cainone(d. Houss. 
n. 208, 277, 1705). de Chaino (d. Houss. 1957). La paroisse de Saint- 
Maurice de Chinon, à la présentation du chapitre de Saint-Mesme. 

Parochia Sancti Martini Cainonensis (A. B.), de Caynone (d. Houss. 
n. 2041) , de Kainone (d. Houss. n. 217). La paroisse de Saint Martin 
de Chinon, à la présentation du chapitre de Saint-Mesme. 

Parochia Sancti Maximi Cainonensis (A. B.), Chinonii (Ghron. des 
comtes d'Anjou). La paroisse de Saint-Mesme de Chinon, à la pré- 
sentation du chapitre dudit lieu. 



369 

Parochia Sancti Jacobi Cainonensis (B.). La paroisse de Saint- 
Jacques de Chinon, à la présentation du chapitre de Saint-Mesme. 

Parochia Sancti Stephani Cainonensis (B.). La paroisse de Saint- 
Ëtienne de Chinon, à la présentation du chapitre de Saint-Mesme l. 

Parochia Sancti Hilarii de Oignes (A. B.), de Cinayes (C). La pa- 
roisse de Cinais, à la présentation de l'abbé de'Seuilly. 

Parochia Sanctœ Radegondis de Couzies (A. B.C.), de Cozio (dom 
Houss. n. 549). La paroisse de Couziers, à la présentation de l'ab- 
besse de Sainte -Croix de Poitiers. 

Parochia Sancti Leodegarii de Cravanto (A. B. C). La paroisse de 
Cravant, à la présentation de l'abbé de Marmoutier. 

Parochia Sancti Mauricii de Crisse (B. C), de Crissei, de Crisseyo 
ou de Crissiaco (d. Houss. n. 777, 1976 et 3774). La paroisse de Crissé, 
à la présentation du prieur de Saint-Cosme 5 . 

Parochia Sanclx Marix de Crozilles (A. B. C), de Cruziliis (d. 
Houss. n. 7165 et 3534). La paroisse de Crouzilles, à la présentation 
de l'abbé de Beaulieu. 

Parochia Sancti Mauricii de Jnsula (A. B.), de Insula Bouchardi 
(C), de Insula Buchardi (d. Houss. n. 2395, 3020, 3266, 3374). La 
paroisse de Saint-Maurice de l'Ile Bouchard. 

Parochia Sancti Pétri de Insula 3 (A. B. C). La paroisse de Saint- 
Pierre de l'Ile Bouchard, à la présentation de l'abbé de Maubec. 

1. La première église de Chinon fut construite par saint Brice, ce fut celle qui 
donna naissance à la paroisse de Saint-Maurice ; cette église est en effet bien ancienne, 
car elle est nommée dès le dixième siècle dans le Cartulaire noir de Saint-Florent de 
Saumur. L'église de Saint-Mesme ne fut construite qu'en second lieu ; il y avait, 
comme on le sait, dans cette église une collégiale importante. La troisième paroisse 
de Chinon doit naissance à une chapelle dédiée à saint Martin, et construite par les 
habitants sur le coteau à peu de distance de l'église de Saint-Ëtienne. Celle-ci fut 
aussi construite par les habitants à cause des accroissements de la ville et érigée en 
paroisse au quinzième siècle. Charles VII en fit faire le clocher. Ce fut ce prince 
qui fit construire l'église de Saint- Jacques, nouvelle paroisse érigée a>i quinzième 
siècle. — Toutes^ ces cures étaient à la nomination du chapitre de Saint-Mesme, 
et il y eut pour les droits de paroisse de fortes discussions entre le chapitre et les 
archevêques de Tours. Voy. d. Houss., t. XVIII, p. 263. 

2. Ce n-'est qu'en 1540 que Crissé fut érigé en paroisse par Jean Turpin , seigneur 
de Crissé et de Neuil; il n'y avait auparavant qu'une chapelle dépendant deSaint- 
Epain. 

3. La plus ancienne paroisse de l'Ile Bouchard est celle de Saint-Pierre, l'église 
était au château ; mais son titre de paroisse fut supprimé avant 1465, et l'archevêque 
Jean, qui exécuta cette suppression, ne laissa subsister qu'une chapelle dédiée à saint 
Pidoux ; le territoire de la paroisse supprimée fut attribué à la paroisse de Saint-Mau- 
rice. 



370 

Parochia Sancti Leonardi de Insula (A. B.). La paroisse de Saii 
Léonard de l'Ile Bouchard, à la présentation de l'abbé du Bourgdeols. 

Parochia Sancti Egidii (A. B.) , Sancti Egidii de Esmantia ou in 
suburbio Ismantiœ (d. Houss., n. 719, 1260, 1201), Sancti Egidii de 
Insula Buchardi (d. Houss., n. 3078, 7185). La paroisse de Saint-Gil- 
les de l'Ile Bouchard, à la présentation de l'abbé de Noyers. 

Parochia Sancti Hilarii de Lammereio (A. B. G.). La paroisse de 
Lemeré, à la présentation de l'abbé du Bourgdeols. 

Parochia Sancti Martini de Lerneio (A. B. C.) . La paroisse de Ler- 
né, à la présentation de l'abbé de Seuilly. 

Parochia Sanctœ Marix de Liezia (A. B. C.), de Lieza (d. Houss., 
n. 1978, 2972, 6760). La paroisse de Liéze, à la présentation de l'ab- 
besse de Beaumont-lez-Tours. 

Parochia Sancti Martini de Ligreio (A. B. G.). La paroisse de Li- 
gré, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Gervasii et Sancti Protasii de Luzaio (A. B. C.), 
de Lucezio (d. Houss., n. 4211 et 1887). La paroisse de Luzay, à la 
présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Blesii de Marcilleio * (A. B. C.), de Marcilliaco 
(chart. de Noyers). La paroisse de Marcilly-sur-Vienne, à la présenta- 
tion de l'abbé de Noyers. 

Parochia de Mougo (A. B. C), de Metgono (chart. de Saint-Flo- 
rent). La paroisse de Mougon, à la présentation de Pabbé de Maubec. 

Parochia Sancti Leodegarii de Nucastro (A. B.), de Nogastro 
(d. Hous., n. 294), de Noigastro (d. Houss., n. 153), deNoiastro (id., 
n. 7161, 7177 et 787). La paroisse de Nouatre, à la présentation de 
l'abbé de Noyers. 

Parochia Sancti Gervasii et Sancti Protasii de Noento (A. B. C.), 
La paroisse de Noyant, à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sancti Mauricii de Oximis (A. B. G.). La paroisse d'Huis- 
mes, à la présentation du doyen de Tours. 

Parochia Sanctœ Marix de Nucariis (A. B. C., et cart. de Noyers, 
d. Houss., n. 1887, 7161, 7182). La paroisse de Noyers, à la présen- 
tation de l'abbé dudit lieu. 

Parochia Sancti Vincentii de Pensoto (A. B. C.), de Pesoto ou de 
Peizo (d. Houss., n. 7666etl572, 1595), de Pensot ou de Pazot (id. 
n. 1545, 3125). La paroisse de Panzoult, à la présentation de l'abbé 
de Marmoutier. 

1. Il y avait à Marcilly un prieuré de Noyers sous l'invocation de la Madelaine. 



371 

Parochia Saneti Pétri de Parcayo (A. B. C.), de Parceio (chart. de 
Saint-Florent). La paroisse de Parçay-sur-Vienne, à la présentation 
de l'abbé de Maubec. 

Parochia Sanctœ Mariœ de Parilleio (A. B. G.). La paroisse de 
Parilly, à la présentation de l'abbé de Noyers. 

Parochia Sanctœ Mariœ de Poncaio (A. B. G.), de Ponceio (chart. 
deMarmoutier). La paroisse de Ponçay, à la présentation de l'arche- 
vêque de Tours. 

Parochia Saneti Martini de Portubus (A. B., et chart. de Noyers, 
d. Houss. n. 7293, 7247). La paroisse de Ports, à la présentation de 
l'abbé de Noyers. 

Parochia Sanctœ Mariœ de Posayo (A. B.). La paroisse dePouzai, 
à la présentation du prieur de Loudun. 

Parochia Saneti Salurnini de Pussigneio (A. B. C.), de Pusiniaco 
(d. Houss. n. 153), de Pulsigniaco et de Pulsinniaco (d. Houss., 
n. 7281 et 7156). La paroisse de Pussigny, à la présentation de l'ar- 
chevêque de Tours. 

Parochia Sanctœ Mariœ deReigneio (A.B. G.), de Renniaco (chart. 
de Cormery, d. Houss., n. 1617). La paroisse de Bigny, à la présen- 
tation de l'abbé de Gormery. 

Parochia Saneti Martini de Reilleio (A. B. G.), de Rilliaco (dom 
Houss., n. 7176), de Rille (d. Hous., n. 1610). La paroisse de Rilli, 
à la présentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Sanctœ Mariœ de Ripparia (A. B. C.), de Ripera (dom 
Houss., n. 769, 1516, 1055 et 1429), de Riveria (d. Houss., n. 
2283). La paroisse de Rivière, à la présentation de l'abbé de Mar- 
moutier. 

Parochia de Rupe Clermaudi (A. B. C.), de Rupe Clerimalis (ch. 
de Noyers, d. Houss., n. 7242, 7243 et 1687). La paroisse delaRo- 
che-Clermault, à la présentation de l'abbé de Noyers. 

Parochia Saneti Renedicti de Morte (A. B.), de Lacu Mortuo (C.). 
La paroisse de Saint-Benoît de la Mort, à la présentation de l'arche- 
vêque de Tours. 

Parochia Saneti Germani (G.), Saneti Germani de Pratis ou de 
Canda (A. B.). La paroisse de Saint- Germain près Gandes, à la pré- 
sentation de l'archevêque de Tours. 

Parochia Saneti Lupancii (A. C.), Saneti Loancii i (B.). La pa- 



1. Le lieu de Saint-Louant, donné en 973 à Saint-Florent de Saumur, n'avait pas 
encore à cette époque le titre de paroisse. 



372 

roisse de Saint-Louant, à la présentation de l'abbé de Saint-Florer 
de Saumur. 

Parochia Sancti Romani (A. B. C). La paroisse de Saint-Romait 
à la présentation de l'abbesse de Sainte-Croix de Poitiers. 

Parochia Sancti Michaelis de Savigne (A. B. C), de Savignei 
(d. Houss., n. 911). La paroisse deSavigny, à la présentation de W 
chevêque de Tours. 

Parochia Sancti Bilarii de Sazille (A.), de Sazilleio (B.C.), 
Sazilliaco (d. Houss., n.533 et 1733), de Saizilli(d. Houss., n. 2263). 
La paroisse de Sazilli, à la présentation de l'abbé de Marmoutier. 

Parochia Sancti Pétri de Suilleio (A. B. C), de Sulliaco (d. Houss., 
n.2o00), de Sulleio ou de Sulleijo (d. Houss., n. 934 et 3127), de 
Sulies (id., n. 935). La paroisse de Seuilly, à la présentation de 
l'abbé dudit lieu. 

Parochia Sancti TSicolai de Tavento (A. B.C., d. Houss., n. 318 et 
1733), de Tavenno (id., n. 533), de Tavennis (id., n. 237 et 373). La 
paroisse de ïavant, à la présentation de l'abbé de Marmoutier. 

Parochia Sanctx Trinitatis de Tenolio ou de Thenolio (A. B. C), de 
Taunogilo (charte de Cormeryde 843). La paroisse de Theneuil, à 
la présentation de l'abbesse de Beaumont- lez-Tours. 

Parochia Sancti Mauricii de Tizaio (A. B. C), de Tizei (d. Houss., 
n. 2640). La paroisse de Thizai, à la présentation de l'archidiacre 
d'outre-Vienne. 

Parochia Sancti Gelini de Turre (A. B. C), de Turre (d. Houss. 
n. 1978 et 6763). La paroisse de la Tour de Saint- Gelin, à la présen- 
tation de l'abbé de Noyers. 

Parochia de Trognes (A. B.), de Trougues (d. Houss. n. 7263). La 
paroisse de Trogues, à la présentation de l'abbé de Maubec. 

Parochia de Valleche (B.), de Vallechia (A. C). La paroisse de 
Valleche, à la présentation de Fabbesse de Sainte-Croix. 

Parochia de Vernolio (A. B. C. et charte de Noyers, d. Houss., 
n. 7252). La paroisse de Verneuil-le-Chàteau. 



1. L'église paroissiale de Savignine passe pas pour fort ancienne. La tradition nous 
apprend que ce n'était autrefois qu'une chapelle, appelée la chapelle des Anges, où 
les chanoines de Candes envoyaient dire la messe les fêtes et dimanches pour la 
commodité des bergers qui habitaient ce lieu alors couvert de bois et de prairies. 
On croit qu'elle a été érigée en paroisse sur la fin du treizième siècle, sous l'in- 
vocation de saint Michel ; la cure était autrefois à la nomination du chefcier du 
chapitre de Candes. 



373 

Parochia Sanctx Annœ de Vceio ou de Uceijo 1 (cart. de Cormcry et 
d. Houss., n.21H et 3242), de Uciaco {d.Uouss., 1591, 1596etl736), 
de Uche (id., n. 1552). La paroisse d'Ussé, à la présentation de 
i'abbé de Cormery. 

V. Chapelles. 

Paroisse d'Abilly. — La chapelle de Sainte-Radegonde, au château 
de la Chatière. 

Paroisse d'Ambillou. — La chapelle de Sainte-Christine. 

La chapelle de Givrai ou Givry. 

L'ancienne chapelle de l'Hermitière. 

Paroisse d'Anche. — La chapelle de Bertignolles. 

La chapelle de Saint-Jean. 

La chapelle de Saint-Laurent. 

Paroisses d'Amboise. — La chapelle des Aucherons aux ponts 
d'Amboise. 

La chapelle de Saint-Jean ou de Plie d'Amboise. 

La chapelle de Saint-Denis, près Amboise. 

La chapelle de Saint-Jean du couvent des cordeliers. 

La chapelle de Saint-Mamert, aux ponts d'Amboise. 

La chapelle de Sainte-Melaine, aux faubourgs d'Amboise. 

La chapelle de Saint-Pierre, au château. 

La chapelle de Saint-Thomas, au prieuré de ce nom. 

La chapelle de Saint-Lazare, près d'Amboise. 

Paroisse d'Artannes. — La chapelle de Saint-Michel. 

Paroisse d'Avoine. — La chapelle de Sainte-Catherine. 

Paroisse d'Avon. — La chapelle de Saint-Jean-Baptiste ou de 
Sainte-Catherine, au château des Koches Tranchelion. 

La chapelle de Saint-Hubert. 

Paroisse d'Auzouer. — La chapelle de Saint- Rigomer. 

La chapelle^de Villaumer. 



1. Ussé n'était avant le seizième siècle qu'une succursale de la paroisse de Rigni : 
« ecclesia sanctae Mariae de Renniaco ciim capella de Uceio (d. H., n. 1617) »; 
mais en 1526 Jacques d'Épinai, seigneur d'Ussé, fonda un chapitre de six chanoines 
dans son château, et fit ériger la chapelle dudit château en cure sous le titre de Sainte- 
Anne. Cette érection fut confirmée en 1538 par l'archevêque Antoine de la Barre ; au 
reste cette paroisse n'était qu'à l'usage des habitants et commensaux du château 
d'Ussé. — L'ancien prieuré d'Ussé, appartenant à Cormeri, avait aussi une chapelle ; 
mais elle était dédiée à saint Louis. ,/ 



374 

Paroisse d'Azay~le-Bideau. — La chapelle de Saint-Biaise, aux 
ponts d'Azay. 

La chapelle de Saint-Claude, à la Clousière. 

La chapelle de la Fondrière. 

Paroisse d'Azay-sur- Cher. — L'ancienne chapelle de Pisseoison. 

Paroisse de Balan. — La chapelle du château de la Carte. 

Paroisse de Balesme. — La chapelle de Saint-Hippolyte. 

La chapelle de Saint-Léger, anciennement Saint-Symphorien. 

Paroisse de Barrou. — La chapelle de Sainte-Catherine. 

La chapelle de Saint-Fiacre. 

Paroisse de Beaulieu. — La chapelle de Sainte-Barbe. 

La chapelle d'Écoque, de Coquet ou du Coegu. 

La chapelle de Notre-Dame-de-Pitié. 

La chapelle de Sainte-Catherine. 

Paroisse de Beaumont (abbaye). — La chapelle de Saint-Benoît. 

La chapelle de Saint-Jean-Baptiste. 

La chapelle deNotre-Dame-des-Miracles. 

La chapelle de Sainte-Marie-Madelaine. 

Paroisse de Beaumont-en-Veron. — La chapelle du manoir de 
Nemans. 

Paroisse de Beaumont-la-Bonce . — La chapelle de Saint-Hermel 
au-Cimetière. 

Paroisse de Beaumont- Village. — La chapelle dite du Chesne. 

La chapelle de Saint-Jean-Baptiste. 

La chapelle de Notre-Dame-du-Pilier. 

Paroisse de Betz. — La chapelle de Saint-Jean-Baptiste. 

Paroisse de Bleré. — La chapelle de Sainte-Agnès. 

La chapelle de Saint-Bonaventure. 

La chapelle de Saint-Jean. 

La chapelle de Saint-Jean-Baptiste, dite de Seigne au-Cimetière. 

La chapelle de Saint-Julien. 

La chapelle de Saint-Pierre. 

La chapelle Fortier, près le château de Resnai. 

Paroisse de Bossay. — La chapelle de Sainte-Catherine. 

La chapelle de Saint-Leufort, ou Saint-Lifart. 

La chapelle de Saint-Thomas, au château de Cingé. 

La chapelle de Sainte-Thérèse, au château de Ris. 

La chapelle de Saint-Fiacre. 

La chapelle de la commanderie de Ville-Jésus» 



375 

Paroisse de Berthenay. — La chapelle, puis église de Saint-Ge- 
nouph. 

La chapelle de Saint-Restitut. 

La chapelle ou église de Saint-François. 

Paroisse du Boullay. — La chapelle de Notre-Dame. 

Paroisse de Bornan. — La chapelle de Saint-Paul. 

La chapelle de Saint-Sixte. 

Paroisse de Boussay. — La chapelle de Saint-Léonard. 

La chapelle du château de Boussay. 

Paroisse de Bueil. — La chapelle du château de Bueil. 

Paroisse de Candes. — La chapelle de Saint-Maurice. 

Paroisse delà Celle-Guenant. — La chapelle de Saint- Gatien et 
de Saint-Matthieu. 

La chapelle de Saint-Gatien, au cimetière. 

Paroisse de la Celle-Saint- Avant. — La chapelle de Saint-Médard. 

La chapelle de Saint-Gatien et Saint-Mathurin ( ?). 

Paroisse de Ceré. — La chapelle de Biart. 

Paroisse de Chambrai. — La chapelle de la Madelaine. 

Paroisse de Chambourg. — La chapelle de Saint-Valentin. 

Paroisse de Chambon. — La chapelle du château de Ghambon. 

Paroisse de Chanceaux-sur-Choisille. — La chapelle de la Por- 
cherie. 

Paroisse de Chancay. — La chapelle du château de Valmer. 

Paroisse de Charentilli. — La chapelle de Saint-Roch. 
• Ancienne chapelle de Saint-Martin. 

Paroisse de Charnisay. — La chapelle de Sainte-Catherine. 

Le chapelle du château du Jauget. 

La chapelle de Saint-Michel. 

La chapelle de Sainte-Valérie. 

Paroisse de la Chapelle-Blanche. — La chapelle de Saint-Salebeuf , 
au château de Grillemont. 

Paroisse de Châteauregnault. — La chapelle de Saint-Nicolas. 

La chapelle de Sain t-Jean- Baptiste, au château. 

La chapelle de Saint-Martin, au faubourg dudit lieu. 

La chapelle de Saint-Michel, au cimetière. 

Ancienne chapelle de Saint-André. 

Paroisse de Chamussay. — La chapelle de Milliers. 

La chapelle de Favières. 

Paroisse de Cheillé. — La chapelle de Saint-Biaise. 

La chapelle de Saint-Jean. 



376 

La chapelle du Port-Huaut, autrefois de Reillé. 

La chapelle de la Vaunoire. 

Paroisse de Chemillé-sur-lndrois. — La chapelle de Saint-Jean du 
Liget. 

Paroisse de Ckenonceau. — La chapelle du château. 

Paroisse de Saint-Michel de Chedigny. — La chapelle de la 
Hubaudière. 

La chapelle de Sainte-Agnès d'Orfeuil. 

La chapelle de Saint-Jean de Jarrie. 

La chapelle de Saint-Michel. 

Paroisses de Chinon. — La chapelle de Sainte-Anne, aux ponts de 
Ghinon. 

La chapelle du Coudrai, au château de Chinon. 

La chapelle de Saint-Georges, audit château. 

La chapelle de Saint-Jean. 

La chapelle de Saint-Jérôme. 

La chapelle deNotre-Dame-des-Ponts. 

La chapelle de Saint-Lazare. 

La chapelle de Sainte-Radegonde. 

Paroisse de- Chissé. — La chapelle de Sainte-Catherine. 

Paroisse de Cigoigné. — La chapelle de Saint-André. 

La chapelle de Notre-Dame. 

Paroisse de Cteré. — La chapelle du château de Champchevrier. 

Paroisse de Cormery. — La chapelle de Saint-Nicolas. 

Paroisse de Courçay. — La chapelle de Saint-Jacques de Lugatu; 
au village de Villebas. 

La chapelle de Notre-Dame du Buis. 

La chapelle de Notre-Dame du Chevet. 

Paroisse de Gravant. — La chapelle de Sainte-Catherine. 

Paroisse de Crissé. — La chapelle de Saint-Julien. 

La chapelle du château de Crissé. 

Paroisse de Crouzilles. — La chapelle de Saint-Jean. 

La chapelle de Saint-Michel. 

Paroisse de Cussay. — La chapelle de Notre-Dame. 

Paroisse de Dolus. — La chapelle près de la grande et de la petite 
Marche. 

La chapelle de l'Hôpital. 

Paroisse d'Esvres. — La chapelle de Saint-Quentin. 

Paroisse dé Faverolles. — La chapelle du château de Lopinon, 

La chapelle de Senelle. 



377 

Paroisse du Fau ou Raignac. — La chapelle de Nolre-Dame-aux- 
Ponts. 

La chapelle de la Madelaine. 

Paroisse de Fondetles. — La chapelle de Sainl-Sébastien à la 
Guignière. 

La chapelle de Martigny. 

La chapelle du petit Saint-Étienne. 

La chapelle du Plessis-d'Enfer. 

Paroisse de Genillé. — La chapelle de Saint-Pierre. 

La chapelle du château de Morsaint. 

Paroisse de la Guierche. — La chapelle de Saint-Nicolas. 

La chapelle du château de la Guierche. 

La chapelle de Saint-Rigomer. 

Paroisse de la Haye. — La chapelle de Saint-Ligier, Saint-Orphe- 
lin et Saint-Hippolyte. 

La chapelle de Sainte-Hélène. 

La chapelle de Saint-Marc. 

La chapelle de Saint-Nicolas du château de la Haye. 

La chapelle de Saint-Lazare ou de l'Aumoire. 

Paroisse d'Huismes. — La chapelle de Saint-André. 

La chapelle de Saint-Sébastien. 

La chapelle de Saint-Bonaventure. 

Paroisse de l'Ile Bouchard. — La chapelle de Saint-Lazare. 

La chapelle de Saint-Pidoux. 

La chapelle de Saint-Sébastien. 

Paroisse de Joué. — La chapelle de Saint-Léger. 

La chapelle de Saint-Jean-de la-Côte. 

Paroisse de Langeais. — La chapelle de la Babinière. 

La chapelle de la Cassardière. 

La chapelle de laGhasteigneraie. 

La chapelle d'Ëpeigné. 

La chapelle -de Saint-Martin. 

La chapelle de la Rambaudière. 

Paroisse de Lemeré. — La chapelle de Notre-Dame. 

La chapelle de Sainte-Catherine. 

Paroisse de Lerné. — La chapelle de Saint-Jacques. 

La chapelle du château de Chavigny. 

Paroisse de Liège. — La chapelle de la Hardoinière. 

La chapelle de la Hubaudière. 

Paroisse de Lignières. — La chapelle aux Naux. 

II. (Sixième série.) 26 



378 

Paroisse de tigré. — La chapelle de Notre-Dame. 

La chapelle de Toussaints. 

Paroisse de Ligueil. — La chapelle de Saint-Jacques. 

La chapelle de Saint-Laurent. 

La chapelle de Notre-Dame-des-Anges. 

La chapelle de la Boissellière. 

La chapelle de Sainte-Marguerite. 

Paroisse de Loche. — La chapelle de Notre-Dame. 

Paroisse de Loches. — La chapelle de l'Annonciation. 

La chapelle de Notre-Dame. 

La chapelle de Saint-Jean PÉvangéliste. 

La chapelle de Saint-Jacques. 

La chapelle de Vignemont. 

La chapelle de Saint-Nicolas. 

La chapelle du faubourg des Péris. 

Paroisse du Louroux. — La chapelle d'Armençai. 

La chapelle de la Hubaudière. • 

Paroisse deLouestault. — La chapelle du château de Fontenailles. 

Paroisse de Luzaij. — La chapelle de Saint-Biaise. 

La chapelle de la Bruyère. 

La chapelle de Guefaut. 

La chapelle de Notre-Dame. 

Paroisse de Luzillé. — La chapelle de Notre-Dame. 

La chapelle de Sainte-Lucie. 

Paroisse de Maillé on Luijnes. — La chapelle du château de Maillé. 

Paroisse de Maillé-Lallier. — La chapelle de Sainte-Barbe au 
château de la Boche-Ramé. 

Paroisse de Marcé. — La chapelle de Saint-Julien, au manoir du 
gué de Marcé. 

La chapelle de Notre-Dame d'Auvergne. 

Paroisse de Mareuil. — La chapelle de Saint-Marc. 

La chapelle de Lignières. 

Paroisse de Marmoutier. — La chapelle de Saint-Jean. 

La chapelle de Saint-Gourgon. 

La chapelle de Saint-Nicolas. 

Paroisse de Mettrai. — La chapelle de la Membrolle. 

Paroisse de Monnaie. — La chapelle de Saint-Jean. 

Paroisse de Monts. — La chapelle des Girardières. 

Paroisse de Montbazon — La chapelle de Saint-Georges, au château. 

La chapelle de Saint-Sébastien, dans la ville. 



379 

La chapelle de Saint-Biaise ou de l'Aumônerie. 

Paroisse de Montlouis. — La chapelle de Saint-Brice. 

La chapelle de Sainte-Catherine. 

La chapelle de Bondésir. 

La chapelle de Saint-Michel de Rochepinard. 

La chapelle de Lussault. 

Paroisse de Monireuil. — La chapelle puis église de Pocé. 

Paroisse de Montrésor. — La chapelle du château. 

La chapelle de Saint-Roch. 

Paroisse de Neuillé-le- Lierre. — La chapelle de Sainte-Croix. 

Paroisse de Neuillé-P ont-Pierre. — La chapelle de Saint-Roch. 

La chapelle de Saint-Étienne d'Armilly. 

La chapelle de la Doinneterie. 

Paroisse de Neuillé-le-Brignon. — La chapelle de Notre-Dame 
des Bordes. 

La chapelle de Saint- Jacques de la Lande. 

La chapelle du château de Neuillé. 

La chapelle du château du Chastellier. 

Paroisse de Notre-Dame d'Oé. — La chapelle du Puy. 

Paroisse de Notre-Dame-la-Riche. — La chapelle de Sainte-Anne. 

Paroisse de Nouastre. — La chapelle de Saint- Jean. 

Paroisse de NouzilUj. — La chapelle du porche de l'église de 
Nouzilli. 

La chapelle de Saint- Avit. 

Paroisse de Ncuvy. — La chapelle de la Conception. 

Paroisse de Noyant. — La chapelle du château de Ruaupersil. 

Paroisse de Nazelles. — La chapelle de Saint-Maurice. 

Paroisse de Panzoult. — La chapelle du château de Panzoult. 

La chapelle du château de Negron. 

La chapelle de Notre-Dame. 

La chapelle de Saint-Hubert. 

La chapelle de Sainte-Geneviève. 

Paroisse de Parçay-sur- Vienne. — La chapelle de Vauroyer. 

La chapelle d'Oiray. 

Paroisse de Parilly. — La chapelle de Saint-Jean.! 

La chapelle de Saint-Laurent. 

Paroisse de Pernay. — La chapelle de Saint-Julien. 

Paroisse de Paulmy. — La chapelle de Sainte-Croix. 

La chapelle de Sainte-Colombe. 
La chapelle de Saint-Nicolas. 

au. 



380 

Paroisse de Pouzai. — La chapelle du manoir de Dercé. 

La chapelle de Saint-Jacques et Saint-Roch. 

La chapelle des Cinq Plaies. 

Paroisse du petit Précigny. — La chapelle de Sainte-Barbe. 

La chapelle de Notre-Dame-de-Pitié. ; 

La chapelle de Saint-Jean Baptiste. 

La chapelle de Saint-Pierre. 

La chapelle du Saint-Sépulcre. 

La chapelle de Sainte-Radegonde. 

Paroisse de Preuilly. — Le chapelle de tous les Saints. 

La chapelle de Saint-Benoît, au château. 

La chapelle de Notre-Dame-de-la-Paix. 

La chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, au château. 

La chapelle de Saint-Marc. 

La chapelle du Saint-Sépulcre. 

Paroisse de Reugni — La chapelle du Sestre. 

La chapelle de Sainte-Barbe. 

Paroisse de Rigny. — La chapelle de Notre-Dame de Conception, 
au château d'Ussé. 

La chapelle de Saint-Paul. 

Paroisse de Rivière, — La chapelle de Saint-Louis. 

Paroisse de Rivarennes. — La chapelle de la Madelaine de Bre- 
hemont. 

La chapelle Taboureau. 

Paroisse de Roche-Corbon. — La chapelle de la Trinité. 

La chapelle de Saint-Jacques. 

La chapelle de Saint-Roch. 

Paroisse de Sache'. — La chapelle de Sainte-Anne. 

Paroisse de Savigny en Veron. — La chapelle du petit Chousé. 

La chapelle 'de la Herpinière. 

La chapelle de la Popelinière. 

La chapelle du château de Bodiman. 

Paroisse de Semblançay. — La chapelle de Notre-Dame-du-Château. 

Paroisse de Sepmes. — La chapelle du Crucifix. 

Paroisse de Sennevières. — La chapelle de Notre-Dame de Ro- 
chefort. 

La chapelle du Crucifix de Rochefort. 

Paroisse deSonzay. — La chapelle de Sainte-Catherine, au château. 

La chapelle de la Mothe de Souzay. 

Paroisse deSeuilly. — La chapelle du château du Coudrai. 



381 

Paroisse de Sonnai. — La chapelle de Sainte-Catherine du château 
de Sonnai. 

La chapelle de Saint-Gervais. 

Paroisse de Souvigné. — La chapelle de Saint- Jacques. 

Paroisse de Souvignij. — La chapelle de la Bussière. 

La chapelle de la Bretonnière. 

La chapelle de Saint-Jean de la Rochedain. 

La chapelle de Saint-Jacques de Bois neuf. 

Paroisse de Saint-Avertin. — La chapelle de Saint-Michel. 

La chapelle du château de Cangé. 

La chapelle de Sainte-Marie-Madelaine. 

Paroisse de Saint-Benoît-de-la- Mort. — La chapelle des Hermites. 

Paroisse de Saint- Épain. — La chapelle de Saint-Denis. 

La chapelle de Dreux. 

La chapelle de Saint-Laurent. 

La chapelle de Sainte-Marthe ou des Herbauts. 

La chapelle du chàleau de Montgauger. 

La chapelle de Sainte-Marmande ou de FHommaie. 

Ancienne chapelle de Saint-Martin. 

Paroisse de Saint-Branchs. — La chapelle de Saint-Fabien et de 
Saint-Sébastien. 

La chapelle de Notre-Dame-de-Pitié. 

Paroisse de Saint-Christophe. — La chapelle de Saint-Gilles. 

Paroisse de Saint-Cyr-du-Gaud. — La chapelle de Sainte-Catherine. 

Paroisse de Saini-Flovier. — La chapelle de Sainte-Barbe. 

La chapelle de Sainte-Julitte. 

Paroisse de Saint-Genouph. — La chapelle de Saint-Restitut. 

La chapelle de Saint-François. 

Paroisse de Saint-Germain-sur-Vienne. — La chapelle de Saint- 
Jacques. 

Paroisse de Saint-Germain près Loches.— La. chapelle du Crucifix. 

Paroisse de Sainl-Hippolyte. — La chapelle de Saint-Paul. 

Paroisse de Saint-Louant. — La chapelle de Notre-Dame-de-Pitiô 
ou de Saint-Marc au château de Destilly. 

La chapelle de Saint-Martin. 

La chapelle du château de Razilly. 

Paroisse de Saint-Mars. — La chapelle de Notre-Dame. 

Paroisse de Saint-Martin oVElableau. — La chapelle de Sainte- 
Catherine, au château d'Étableau. 

Paroisse de Saint- Martin le Beau. — La chapelle de Saint- André. 



382 

La chapelle de Noui. 

Paroisse de Saint-Martin de Sersay. — La chapelle d'Oizai, 
cienne paroisse. 

Paroisse de Saint-Maure. — La chapelle de Saint-Jacques. 

La chapelle de Saint-Laurent. 

La chapelle de Saint-Michel. 

Paroisse de Saint-Senoch. — La chapelle de Sainte-Catherine de 
Barbe neuve. 

Paroisse de-Saint-Miehel-sur -Loire. — La chapelle du Pont- 
Boutard. 

Paroisse de Saint-Patrice. — La chapelle de la Trinité. 

La chapelle de Sainte-Barbe. 

Paroisse de Saint-Paterne. — La chapelle de Notre-Dame et Saint- 
Sébastien deThuré. 

La chapelle de Saint-Martin. 

La chapelle du grand Berri. 

Paroisse de Saint-Quentin.— La chapelle de Breneçai. 

Paroisse de Sainte- Radegonde. — La chapelle de Saint-Clair. 

Paroisse de Sainte-Règle. — Ancienne chapelle de Saint-Lubin. 

Paroisse de Saint-Symphorien. —La chapelle de Saint-Barthélemi. 

La chapelle de la Porcherie. 

Paroisse de Tauxigny. — La chapelle de Sainte-Barbe. 

La chapelle de la Madelaine. 

La chapelle de Notre-Dame-de-Pitié. 

La chapelle de la Trevaudière ou de Sainte-Croix. 

Paroisse de Thizai. — La chapelle de Saint- Jean-Baptiste. 

Paroisse de Thilouse. — La chapelle de Saint-Jean-Baptiste. 

Paroisse de La Tour-Saint-Gelin. — La chapelle de Sainte-Ca- 
therine. 

La chapelle des Cinq Plaies. 

Paroisse de Vallières. — La chapelle de Saint-Martin de Martigni. 

Paroisse de Valères. — La chapelle de Saint-Eutrope et Saint- 
Biaise, au château de Fouchaut. 

La chapelle de Notre-Dame. 

La chapelle de Saint-Nicolas. 

Paroisse de Varennes. — La chapelle de Saint-Antoine et Saint- 
Silvain. 

Paroisse de Veigné. — La chapelle de la Gueritaude, à Taffonneau. 

La chapelle de la Chaume ou de Saint-Côme, audit lieu. 

La chapelle de Saint-Laurent-du-Bois. 



383 

La chapelle de la Frogerie. 

Paroisse de Vernou. — La chapelle de Saint-Martin, au château de 
Vernou. 

Paroisse de Velleche. — La chapelle de Sainte-Catherine, au Ci- 
metière. 

La chapelle de Sainte-Marguerite, à Marmande. 

La chapelle de Sainte-Catherine, au château de Marmande. 

Paroisse de Verneuil. — La chapelle de la Chastre-aux-Grolles. 

Paroisse de Villedomer. — La chapelle dite du Pas-Roland. 

Paroisse de Villeloin. — La chapelle de Saint-Michel. 

Paroisse de Vouvrai. — La chapelle de Saint-Mathurin. 

Paroisse d' Yseures. — La chapelle de Saint-Saturnin. 

La chapelle du château de la Grange. 

La chapelle de Saint-Jean de l'Habit. 

La chapelle du château de Marigny. 



En terminant ce travail nous devons avouer qu'il est loin 
d'être parfait, et nous assurons de toute notre reconnaissance les 
personnes qui voudront bien nous signaler les erreurs qu'elles 
auront relevées ; ce qui nous permettra de les rectifier et d'uti- 
liser leurs observations daus le Dictionnaire géographique et to- 
pographique du département d'Indre-et-Loire que nous comp- 
tons rédiger un jour. 

Nous signalerons néanmoins dès à présent la confusion que 
nous avons faite avec tous nos devanciers, en assimilant le Vicus 
Leprosus de Grégoire de Tours avec le lieu appelle Loratorium, 
le Louroux (Indre-et-Loire). Le Vicus Leprosus est le Levroux, 
chef-lieu de canton du département de l'Indre ; c'était le chef- 
lieu d'un archiprêtré appelé par les chartes aux onzième, dou- 
zième et treizième siècles archipresbyteratus de Leproso. 

Qu'il nous soit permis de remercier ici toutes les personnes 
qui ont bien voulu nous aider de leurs conseils, particulière- 
ment M. Léopold Delisle dont les avis bienveillants nous ont été 
si utiles lors de l'impression de ces articles, nos confrères de la 
Société archéologique de Touraine , M. l'abbé Bourassé et 
M. Grandmaison , pour leurs excellentes communications, et 
MM. A. Houzé etMarion, si bons juges en ces matières, à l'ap- 
probation desquels nous avons été bien sensible. 

Emile MABILLE. 



384 



BIBLIOGRAPHIE 



Inventaire sommaire des archives départementales de la Seine- 
Inférieure, par M. Charles de Robillard de Beaurepaire, archiviste, t. I er 
(séries C et D). Paris, Paul Dupont, 1864, 1 vol. in-4° de 488 pages. 

On distiogue dans ce volume trois parties : une introduction, l'inven- 
taire de la série C, l'inventaire de la série D. 

L'introduction, claire, élégante, brève, sans être trop courte, expose le 
plan de l'ouvrage et nous apprend quelles sont les principales matières qu'il 
contient. 

Le principal des fonds inventoriés est celui de l'intendance de Rouen. 
Le plus ancien des intendants de Rouen que l'on connaisse est un nommé 
Lauson, dont la commission est datée du 12 juillet 1626. L'intendance de 
Rouen paraît avoir été du nombre de celles que supprima l'édit du 19 juil- 
let 1648. En [1650, Louis XIV créa un intendant de Normandie, dont le 
ressort fut presque immédiatement divisé en trois, et l'on vit reparaître 
l'intendance de Rouen. Depuis cette époque jusqu'à la révolution, on 
compte trente-deux intendants de Rouen. Notre savant confrère en a 
recueilli la liste, en indiquant pour chacun de ces fonctionnaires les autres 
emplois qu'il a exercés. 

L'intendance de Rouen a fourni 1,107 articles, divisés ainsi : 

1° Lettres patentes et déclarations; 

2° Personnel administratif (intendants, subdélégués, syndics), adminis- 
tration générale (police, santé publique, subsistance, états de la population, 
agriculture, arts et métiers, manufactures, commerce, droits à l'entrée et 
à la sortie, foires et marchés) ; 

3° Administration et comptabilité communale (états de situation des 
villes, biens communaux, administration municipale, édifices publics, 
octrois, voirie urbaine); 

4° Finances (taille, fouage, ustencile, capitation, dixième, vingtième, 
impositions extraordinaires, impositions territoriales, impositions pour 
droits d'usage, impositions diverses, aides, postes, messageries) ; 

5° Domaines; 

6° Guerre; 

7° Ponts et chaussées ; 

8° Instruction publique, sciences et arts ; 

9° Justice; 

10° Cultes; 

11° Hôpitaux, enfants trouvés, secours; 

12° Mendicité; 

13° Affaires diverses, comme loterie, monnaie, noblesse, offices, 
privilèges, etc. 



385 

Dans les archives de l'intendance de Rouen , on trouve peu de pièces 
antérieures à 1700. Mais les documents postérieurs qu'elles renferment 
sont très-importants pour l'histoire du pays au dix-huitième siècle. 
La circonscription de cette intendance, c'est-à-dire la généralité de Rouen, 
contenait, en 1785, 14 élections, 1865 paroisses, et 740,700 individus, 
payant 27,400,000 livres de contributions 1 . 

Les autres fonds administratifs forment seulement à eux tous un nom- 
bre d'articles égal à celui qu'a fourni l'intendance de Rouen. Ces fonds sont 
au nombre de quinze: subdélégatious de Lyons et de Rouen, bureau des 
finances de la généralité de Rouen, élections d'Arqués, Caudebec, Eu, 
Montivilliers, Neufchâtel etRoueu, commissions intermédiaires de la haute 
Normandie et bureaux intermédiaires des départements d'Arqués, de Cau- 
debec, de Montivilliers, de Neufchâtel, d'Eu, et enfin de Rouen. Le plus 
important de ces fonds est celui du bureau des finances de Rouen, qui se 
compose de 603 articles ; ce bureau des finances fut créé en 1577: les 
plumitifs des audiences commencent en 1581. L'élection d'Arqués a donné 
372 articles, composés en grande partie de rôles de taille, collection cu- 
rieuse par les indications qu'elle fournit sur le nombre des feux, sur les 
noms des seigneurs, etc. 

Après les archives administratives, série C, qui donnent 2214 articles, 
vient la série D, instruction publique, qui fournit 546 articles, divisés entre 
21 fonds. Les six premiers fonds proviennent d'autant de collèges, ceux 
des oratoriens de Dieppe, des Jésuites d'Eu et de Rouen, du collège des 
Rons-Enfants de Rouen, des collèges d'Aumale et d'Offranville. Le plus 
important de ces fonds est celui du collège des Jésuites de Rouen, où l'on 
compte 297 articles, et qui renferme beaucoup d'anciennes chartes relatives 
à des prieurés réunis à ce collège. 

Viennent ensuite la chancellerie de l'église de Rouen, les maîtres écri- 
vains de Rouen, les Ursulines d'Elbeuf, Eu, Gournay, le Havre et Rouen, 
les communautés de la congrégation de Notre-Dame de Rouen et de Cau- 
debec, les écoles du Saint-Enfant-Jésus, les Sœurs des écoles charitables 
de Rouen, les Sœurs d'Ernemont, les Nouvelles Catholiques et les Frères 
de la doctrine chrétienne de Rouen. 

Cet inventaire nous paraît fait avec beaucoup de soin et de méthode. 
L'auteur n'a rien épargné pour lui donner de l'intérêt, et nous ne croyons 
pas qu'il ait perdu sa peine ni son temps. H. d'A. de J. 

Inventaire sommaire des archives départementales d'Eure-et-Loir, 
par M. Merlet, archiviste, un vol. in-4° de 260 pages. Chartres, Gar- 
nier, 1863. 

Ce volume contient l'inventaire de 1978 articles, dont 4 appartiennent 

1. Ces chiffres sont empruntés à l'ouvrage de Necker intitulé : de V Administra- 
lion des finances de la France. 



386 



à la série A (actes du pouvoir souverain), et le reste à la série B (cours 
et juridictions). La série A, aux archives d'Eure-et-Loir, n'a pas plus 
d'importance que dans la plupart des dépôts d'archives. Elle se compose 
presque entièrement de documents imprimés. La série B au contraire 
consiste presque tout entière en documents manuscrits. 

Cette série aux archives d'Eure-et-Loir se composait, il y a quelques 
années, de 400 articles seulement. Aujourd'hui, grâce aux recherches faites 
par notre zélé confrère dans les greffes des tribunaux du département, le 
nombre des articles a décuplé ; et, dans le volume que nous avons sous 
les yeux, les deux cinquièmes seulement de ces articles ont pu trouver 
place. La majeure partie des pièces contenues dans ces articles datent du 
dix-huitième siècle , mais beaucoup remontent au dix-septième, quelques- 
unes au seizième, au quinzième et même au quatorzième. 

Parmi les jugements, les procès-verbaux, les requêtes, qui composent 
cette série, beaucoup semblent présenter un intérêt médiocre aujourd'hui ; 
mais, sans parler de la valeur qu'ont quelques-uns au point de vue de la 
propriété et des procès, un examen attentif fait souvent découvrir, au 
milieu de pièces relatives à des contestations de minime importance, des 
documents fort curieux : on peut citer ceux qui concernent les guerres de 
religion, les mouvements de troupes et les dévastations qu'elles causèrent, 
l'histoire des grandes familles du pays, l'organisation et les statuts des 
communautés d'arts et métiers, la biographie des écrivains qui ont illustré 
le pays, des droits féodaux singuliers, les états généraux de 1576 et de 
1789, etc. Notre savant confrère a soin de mettre en relief ces divers ren- 
seignements. Son inventaire, dressé avec autant de méthode que de savoir, 
sera utile à la fois aux personnes qui chercheront aux archives d'Eure-et- 
Loir la solution de questions judiciaires pendantes devant les tribunaux, 
et aux savants qui demandent à des documents inédits des lumières nou- 
velles sur l'histoire de leur pays. 

H. D'A. DE J. 

Inventaire sommaire des archives départementales de Maine-et- 
Loire, t. I er , par M. C. Port. Paris, Aug. Durand, 1863, 1 vol. in-4° 
de 226 pages. 

On trouve dans ce volume l'inventaire de 2,112 articles, savoir : série A 
(actes du pouvoir souverain, famille royale, etc.), 6; série C (administra- 
tion provinciale), 215; série D (instruction publique), 37; série E (fa- 
milles, etc.), 1854. La série B (cours et juridiction), de création récente, 
et due au zèle de notre confrère, n'a pu prendre place dans ce volume. 

Aux archives de Maine-et-Loire, comme presque partout, la série A 
offre peu d'intérêt. 

La série C se compose de 3 fonds : Intendance de Tours, bureau des 
finances de la même ville, commission intermédiaire d'Anjou. Le bureau 
des finances est celui de ces trois fonds qui contient les documents les plus 



ours 
plus 






387 

anciens : il y existe un titre de l'année 1432 ; mais en général dans ces trois 
fonds on trouve peu de pièces antérieures au dix-huitième siècle. On y 
remarque celles qui concernent le régime des eaux de la Loire, la gestion 
financière des villes d'Angers, Baugé, Saumur, etc. ; le casernement à Sau- 
mur des carabiniers de Monsieur , la statistique, les impositions, etc. 

Les fonds compris dans la série D sont au nombre de quatre : Université 
d'Angers, collèges de Beaufort, Doué et Grez-Neuville. Les archives de 
l'université d'Angers remontent jusqu'au treizième siècle; mais elles ne 
sont un peu complètes qu'à partir du seizième. C'est à ce siècle qu'appar- 
tiennent par exemple les plus anciens documents contenus dans les liasses 
relatives aux facultés de théologie et de médecine. 

La série E se divise en deux parties : titres féodaux, 190 fonds; titres de 
famille, 391. Dans cette série on trouve beaucoup de documents du qua- 
torzième, du quinzième et du seizième siècle ; peu sont antérieurs. L'abon- 
dance des titres de famille tient à l'acquisition par le département, du ca- 
binet de Toussaint Grille, amateur zélé, qui s'était formé à Angers une 
collection des plus précieuses. Notre confrère a suivi dans le classement 
l'ordre alphabétique des seigneuries et des familles. Il y a là une mine pré- 
cieuse à exploiter pour tous les amateurs de l'histoire angevine, et l'histoire 
générale y pourra recueillir bien des renseignements précieux. 

H. D'A. de J. 

Inventaire sommaire des archives départementales des Bouches-du- 
lihône,t. I; Paris, 1865, in-4° de 194 pages, par M. Blancard, archiviste. 

Ce volume est consacré à l'inventaire des 799 premiers articles des ar- 
chives de la chambre des comptes de Provence; documents d'un intérêt 
capital. On peut les diviser en six parties : 

1° 141 registres, contenant la copie de lettres, règlements, ordon- 
nances émanées des rois de Provence, des empereurs, des comtes de Pro- 
vence et des rois de France, 921-1789. Dans vingt de ces registres il n'y a 
que des documents antérieurs au seizième siècle ; cinquante-deux autres 
ne renferment aucune pièce postérieure à l'année 1600; 

2° 61 registres, connus autrefois sous le nom de Parva regesta. Dans 
quarante-quatre d'entre eux on ne trouve que des documents antérieurs 
au quinzième siècle. Huit de ces registres concernent le procès des Tem- 
pliers et la saisie de leurs biens. On y remarque aussi un état des posses- 
sions du comte Charles I er , 1248-1257 ; 

3° 57 registres, autrefois désignés sous le titre de Cornes Provinciœ. 
Cinq seulement contiennent des documents du dix-septième siècle, les 
autres ne renferment que des actes des siècles antérieurs à partir du 
douzième. Nous signalerons des comptes de dépenses du roi Bené ; 

4° 16 registres des ordonnances des comtes de Provence, savoir : pour 
le treizième et le quatorzième siècle dix; pour le quinzième cinq; pour le 
seizième un ; 



388 

5° 457 liasses, contenant 2,800 chartes, dont la plus ancienne est de 
l'année 977 et la plus récente de l'année 1667 ; sept de ces chartes sont 
antérieures au douzième siècle ; 62 appartiennent aux quatre-vingts pre- 
mières années de ce siècle, environ quarante aux vingt dernières; 419 da- 
tent de la première moitié du treizième siècle ; 

6° 48 registres d'hommages faits aux comtes de Provence. Trente sont 
antérieurs au seizième siècle et datent des trois siècles précédents. 

On voit que l'inventaire des archives des Bouches-du-Rhône débute 
d'une mauière fort intéressante. Nous félicitons vivement M. Blancard et 
du bonheur qu'il a de consacrer son temps à des documents d'une si 
grande valeur, et du talent avec lequel il les met en relief. Notre seul 
regret est de voir son inventaire si peu avancé, et de ne pas connaître 
encore les richesses qui seront mises en lumière par les prochaines livrai- 
sons. On dit qu'une aile de la magnifique préfecture qui se construit à 
Marseille sera destinée à recevoir les archives, dont l'inventaire de M. Blan- 
card nous fait connaître les prémices. Le local sera digne des trésors 
scientifiques qu'il abritera. Mais pour faire rendre à une collection pa- 
léographique tous les services qu'on est en droit d'attendre d'elle, il ne 
suffit pas de la bien loger : un inventaire imprimé est une immense res- 
source pour les travailleurs. M. Blancard nous pardonnera l'expression 
d'un désir, qui n'est ni un reproche ni une critique, puisqu'il a pour cause 
le plaisir que nous avons eu à parcourir son travail. 

H. D'A. DE J. 

Inventaire sommaire des archives départementales des Basses-Py- 
rénées, par M. Raymond, archiviste; Paris, 1863 et 1865, deux volumes 
in-4, le premier de 414 pages, le second de 454. 

De nos confrères archivistes dans les départements, celui qui a imprimé 
le plus d'activité à la publication de son inventaire est M. P. Raymond. 

Le premier des deux volumes qu'il a donnés contient: 1° la série A, 
composée seulement de 4 articles ; 2° la première partie de la série B, 
c'est-à-dire les 4,537 premiers articles de cette série. 

Dans la série A on remarque les inventaires du mobilier du château de 
Pau. Ils paraissent assez curieux. 

La partie publiée de la série B, comprend : 1° un registre de la Cour 
majour, juridiction suprême du Béarn, jusque vers la fin du quinzième 
siècle ou le commencement du seizième ; deux liasses provenant du con- 
seil souverain du Béarn, créé en 1520 et supprimé un siècle plus tard, 
quand Louis XIII créa le parlement de Pau; 3° 3,997 cartons ou liasses de 
la chambre des comptes de Pau, établie comme le conseil souverain en 1520 
et réunie en 1691 au parlement de Pau, dont elle devint une chambre, la 
chambre des finances et des comptes, en sorte que ses archives contien- 
nent des documents du dix-huitième, comme du seizième et du dix- 
septième (ce fonds renferme, entre autres documents, une quantité consi- 



389 

dérable de registres et de papiers provenant de la chambre des comptes 
de Nérac, créée en 1527 et réunie à celle de Pau en 1624); 4° 190 registres 
ou liasses de la maîtrise des eaux et forêts de Pau, juridiction dont l'insti- 
tution date de 1738; 5° 191 registres et liasses du siège de la Monnaie 
de Pau, dix-huitième siècle; 6° 139 registres et liasses de la cour de Li- 
charre, dix-septième et dix-huitième siècles; 7° 6 registres du bailliage 
de Barcus, 1699-1752; 8° 11 registres du bailliage de Mauléon, à partir 
de 1688. 

Le second volume publié par M. Raymond contient la série C . formant 
1619 articles, et la série D, 19. 

La série C se divise ainsi : intendance de Béarn et Navarre, 2 articles; 
intendance d'Auch et de Pau , 398 ; intendance de Pau et Bayonne, 237 ; 
subdélégation d'Oloron, 38; États de Béarn, 849; États de Navarre, 87. 
L'intendance de Béarn et Navarre eut pour premier titulaire le fameux 
Pierre de Marca, nommé intendant le 1 er novembre 1631; elle dura 
jusqu'en 1718. L'intendance d'Auch et de Pau fut créée en 1716 et subsista 
jusqu'en 1784. Puis Auch fut détaché de Pau jusqu'en 1787, réuni de nou- 
veau à Pau de cette date à la révolution. Les archives de ces intendances 
ne contiennent guère que des documents du dix-septième siècle. Celles de 
la subdélégation d'Oloron ne sont pas plus riches. Les archives des États 
de Béarn remontent au quinzième siècle. De cette date, par exemple, est 
le ms. des Fors et Coutumes de Béarn. Les délibérations des États de 
Béarn commencent en 1558. Les plus anciennes délibérations des États de 
Navarre ne sont que de l'année 1666 , mais ce fonds contient quelques 
pièces de date antérieure. 

Les documents réunis dans la série D concernent l'université de Béarn, 
1583-1788; le collège de Pau, 1642-1789; l'Académie des sciences et arts 
de Pau, 17Ï3-1788. 

L'inventaire de ces deux séries est précédé d'une introduction très- 
développée, qui donne sur l'histoire administrative de la province une foule 
de renseignements fort intéressants. 

H. D'A. DE J. 

Vie et correspondance de Pierre de la Vigne, ministre de V empe- 
reur Frédéric //, avec une étude sur le mouvement réformiste du trei- 
zième siècle, par A. Huillard-Bréholles; Paris, H. Pion, 1864, 1 vol. in-8° 
de 442 pages. 

Nous avons, il y a déjà sept ans 1 , rendu compte, dans la Bibliothèque 
de l'École des chartes, d'un ouvrage très -important de M. Huillard-Bré- 
holles, intitulé : Introduction a l'histoire diplomatique de l'empe- 
reur Fjrédéric II. Cet ouvrage, qui couronnait la vaste publication des 
diplômes émanés de cet empereur, laquelle forme six volumes in-4°, di- 

1. Bibliothèque de l'École des chartes, IV e série, t. V, p. 278 et suiv. 



390 



visés en onze tomes, reçut du public savant l'accueil le plus favorable, 
et obtint à l'Académie des inscriptions le grand prix Gobert. Nous nous 
sommes attaché à faire ressortir les mérites de ce beau travail, tout en 
faisant quelques réserves sur la portée que l'auteur avait cru devoir don- 
ner aux idées de réforme religieuse de Frédéric II. Nous avons eu la 
bonne fortune de nous rencontrer sur ce terrain avec quelques érudits, 
notamment avec M. de Blasiis, Napolitain, auteur d'une histoire de Pierre 
de la Vigne publiée à Naples , et avec l'illustre professeur de Gottin- 
gue, G. Waïtz, qui ont exprimé, l'un en 1860, l'autre en 1861, des 
doutes analogues à ceux dont nous avions fait part dès 1859 aux lecteurs 
de la Bibliothèque de l'École des chartes. M. Huillard-Bréholles,,qui re- 
cherche avant tout la vérité, a de nouveau étudié cette question impor- 
tante : un examen attentif des textes l'a confirmé dans son interprétation 
première, et c'est le résultat de ces nouvelles recherches qu'il nous offre 
dans sa Vie et Correspondance de Pierre de la. Vigne. 

Pierre de la Vigne, et non des Vignes, fut le premier ministre de Fré- 
déric II , et joua un rôle important dans les tentatives de réforme re- 
ligieuse qui signalèrent le règne du représentant le plus illustre des 
Hohenstauffen. M. Huillard-Bréholles nous donne sa biographie complète. 
Les éléments de ce travail se trouvent dans les volumineux recueils de 
lettres attribuées plus ou moins justement à Pierre de la Vigne, recueils 
qui furent faits au moyen âge, et dont on ne se doit servir qu'avec la plus 
grande discrétion et en les soumettant à un contrôle éclairé et sévère. 
En outre, ces documents, qui sont pour la plupart des actes de chancel- 
lerie, donnent peu ou point de renseignements sur la personnalité de celui 
au nom duquel ils sont écrits. Ces recueils ont été imprimés; M. Huillard 
a dû les étudier à fond, en recourant aux manuscrits qui lui ont souvent 
offert d'heureuses variantes : il a consulté à cet effet et mis à contribution 
les bibliothèques de Paris, de Rome, de Vienne, de Middlehill, de Leipzig, 
de Berlin, etc. Ses soins scrupuleux et ses investigations habiles ont élé 
récompensés par la découverte de quelques lettres inédites, qui, jointes à 
celles qui étaient publiées depuis longtemps, aux documents insérés dans 
l'Histoire diplomatique de Frédéric II et aux chroniques contemporaines 
étudiées dans leurs meilleures éditions, et dont quelques-unes, comme celle 
de Salimbene, viennent d'être récemment mises en lumière, lui ont 
permis de tracer une histoire complète au triple point de vue privé, 
politique et littéraire, de l'une des individualités les plus accusées et les 
plus remarquables de la première moitié du treizième siècle. 

On remarque au treizième siècle deux grands courants d'idées : l'un 
continuant la tradition chrétienne et féodale, dont S. Louis est le repré- 
sentant le plus illustre et le plus parfait; l'autre, hostile à cette tradition, en 
lutte avec la papauté, proclamant la supériorité du pouvoir civil, ayant pour 
champion Frédéric II, secondé par Pierre de la Vigne. Pierre était un de 
ces Italiens que l'histoire nous montre aux époques tourmentées, hommes 



391 

au génie souple et pénétrant, imbus de droit romain, poètes aux heures de 
loisir, qui n'ont ni force ni grandeur en eux-mêmes, et qui pour s'élever 
ont besoin de s'attacher. 

Né vers 1190 à Capoue, il demeura longtemps dans l'obscurité; on croit 
toutefois qu'il était notaire impérial dès 1210 ; mais à partir de 1230, il 
nous apparaît sur un brillant théâtre. Doit-on lui attribuer la rédaction 
des célèbres constitutions publiées aux mois d'août et de septembre 1231 
àMelfiPM. Huillard-Bréholles, se distinguant en cela du commun des 
biographes, qui prennent une biographie pour un panégyrique, ne le pense 
pas. Dès lors sa faveur auprès de l'empereur a été toujours croissant: sa 
puissance se cachait sous un titre modeste; mais, à partir de 1246, il fut 
investi des importantes fonctions de protonotaire de la cour impériale et 
de logothète du royaume de Sicile. Cette haute faveur ne dura pas : au 
mois de février 1249, il fut accusé de trahison, jeté en prison et aveuglé. 
Le bruit se répandit qu'il s'était secrètement entendu avec le pape Inno- 
cent IV, et avait conspiré contre son bienfaiteur. Cette connivence de 
Pierre de la Vigne avec le pape, M. Huillard-Bréholles en démontre l'in- 
vraisemblance : il examine ensuite les différentes traditions qui ont eu 
cours à ce sujet. Les uns ont attribué la chute de Pierre de la Vigne au 
désir de Frédéric II d'échapper aux justes reproches et peut-être au res- 
sentiment d'un mari outragé : d'autres ont incriminé l'avarice de l'empe- 
reur et le désir de s'emparer des immenses richesses de son ministre. 
M. Huillard voit la cause de cette catastrophe dans une conspiration de 
cour et dans des inimitiés puissantes. Empoisonnement, concussion, vente 
de la justice, tous les griefs, toutes les calomnies furent mis en œuvre 
contre lui. Il avait affaire à un maître implacable, aigri par les revers, et 
qui brisa sans pitié un instrument devenu déplaisant. Frédéric II voulut, 
par un raffinement odieux, imposer à Pierre de la Vigne un supplice plus 
cruel que ceux que ses bourreaux officiels auraient pu inventer, en le li- 
vrant aux Pisans, ses ennemis. Pierre, pour échapper à une mort terrible, 
se brisa volontairement la tête, soit en se précipitant contre les murs de 
sa prison , soit en se laissant tomber avec violence de la mule qui le 
portait. 

Telle fut la vie publique de Pierre de la Vigne : sa vie privée est obscure ; 
mais l'étude littéraire de ses écrits a fourni à M. Huillard-Bréholles un 
excellent chapitre. Notre auteur nous fait connaître une pièce inédite, qui 
est une déclaration d'amour, et qui rappelle l'élégant sensualisme de Pro- 
perce uni à l'ardeur raffinée des troubadours. Pierre est aussi auteur de 
poésies en langue vulgaire. 

Mais les chapitres les plus intéressants du livre dont nous rendons 
compte, sont ceux qui sont consacrés à l'histoire de la tentative schismati- 
que de Frédéric II et à l'examen de la part prise par Pierre de la Vigne à ce 
mouvement religieux ou plutôt antireligieux. Car, il ne faut pas se faire illu- 
sion, Frédéric II ne songeait nullement à réformer l'Église et à la ramener, 



392 

ainsi qu'il le prétendait, à la pauvreté et à l'humilité des anciens temps, seule 
manière, disait-il, d'opérer de nouveau des miracles et de ranimer la foi 
éteinte ou attiédie. Quels moyens prenait-il pour atteindre ce but? Bien 
que profondément rationaliste, avec des goûts immoraux,, des séraiis, des 
eunuques , des aimées à sa cour, il affichait publiquement la plus pure 
orthodoxie par rapport au dogme : il faisait brûler sans pitié les hérétiques 
qui s'écartaient des traditions catholiques; mais, en même temps, il vou- 
lait confisquer l'Église à son profit et unir la puissance spirituelle au pou- 
voir temporel. M. Huillard affirme (p. 191) que, non-seulement il résolut 
d'établir une Église indépendante dont il eût été le chef, mais aussi de 
faire triompher dans les pays voisins la suprématie religieuse du pouvoir 
laïque. A l'appui de sa thèse, il cite des passages d'historiens contempo- 
rains ennemis de Frédéric II, qui l'accusent de chercher à se substituer 
au vicaire de Jésus-Christ, et des lettres de ses ministres, qui, dépassant 
dans la servilité de leur langage les limites de l'adulation, égalent l'empe- 
reur à Dieu et établissent entre lui et Jésus-Christ une comparaison sacri- 
lège. Lui-même abonde dans ce langage mystique : il appelle son lieu de 
naissance un nouveau Bethléem. M. Huillard-Bréholles nous fait entrer, 
preuves en main , dans le cénacle impérial , où l'on déifie le maître et 
où Pierre de la Vigne est glorifié et déclaré plus heureux que le pre- v 
mier Pierre Céphas qui avait renoncé son maître : prédictions impru- 
dentes, louanges prématurées, car, plus tard, ou le second Pierre trahit son 
maître, ou bien le maître abandonna Pierre. Nous croyons fermement que 
ce projet d'établissement d'une Église séparée, qui fut effectivement conçu 
dans l'entourage intime de Frédéric II, resta toujours à l'état de théorie 
ou plutôt de rêve de la part de l'empereur et de ses courtisans. Si l'on 
indique la nomination directe faite par l'empereur de quelques évéques, 
nous ferons remarquer que ces nominations n'eurent lieu que dans le 
royaume de Naples, et seulement pendant un très-court espace de temps. 
Il faut voir là un de ces expédients qui laissent intacts les principes de 
Louis XIV : le roi fit, pendant les querelles avec Borne, élire les évéques 
par les chapitres, et ces élections par les chapitres des candidats du gou- 
vernement constituèrent un prétendu procédé analogue à celui qui fut em- 
ployé par Frédéric II, ce n'était pas le résultat d'un système arrêté. Au 
milieu des emportements de sa lutte avec la papauté, Frédéric II put 
bien prononcer des paroles menaçantes, et même se livrer à quelques actes 
en opposition avec la division des pouvoirs telle qu'elle était alors établie, 
mais nous avons trop étudié l'état de la société au milieu du treizième 
siècle pour ne pas être persuadé que toute tentative pour faire passer dans 
l'ordre des faits les théories religieuses que nous venons d'exposer, au- 
rait misérablement échoué et procuré à son auteur un sort funeste. Si Fré- 
déric avait affiché les prétentions qu'on lui prête, et que dans son for inté- 
rieur il n'aurait pas sans doute demandé mieux que de réaliser, il aurait 
rencontré en face les princes de l'Europe, et à leur tête S. Louis. Ce saint 



393 

roi, qui sut à la fois rester l'ami du pape et de l'empereur, aurait eu hor- 
reur de celui qui n'aurait pas craint d'annoncer hautement sou désir de 
supprimer la papauté et de diviniser le pouvoir laïque. Mais, pour n'avoir 
pas été peut-être aussi publiquement, aussi officiellement accentuées que 
le croit M. Huillard-Bréholles, les prétentions réformistes de Frédéric II 
n'en sont pas moins incontestables, pourvu qu'on les laisse dans le do- 
maine des idées; et en lui il faut voir l'ancêtre direct de Henri VIII et 
de Pierre le Grand '. Afin de donner plus de poids à ses assertions, M. Huil- 
lard a joint à son étude un certain nombre de textes inédits ou déjà pu- 
bliés, qu'il a établis sur différents manuscrits avec le plus grand soin, 
et a complété ainsi un travail qui a recueilli déjà dans le monde savant 
les éloges qui lui sont dus. 

E. BODTARIC. 

Chastes inédites extraites des Cartulaires de Molesme par M. E. 
Socard. Troyes, 1864, in-8° de 204 p. (Extrait des Mémoires de la Société 
académique de l'Aube, t. XXVIII, 1864). 

Les deux Cartulaires de Molesme, conservés aux Archives de la Côte- 
d'Or, contiennent un nombre considérable de chartes intéressantes pour 
l'histoire de la Champagne méridionale. On connaît l'illustration de l'ab- 
baye fondée en 1075 par saint Robert, fondateur aussi de l'ordre de Cî- 
teaux 2 . Cette abbaye possédait dans les diocèses deLangres, de Troyes, de 
Toul, et dans d'autres encore, plusieurs prieurés et des biens de diverse 
nature. Les deux Cartulaires, écrits l'un au xn e siècle, l'autre dans la se- 
conde moitié du xm e , contiennent les titres qui établissent les droits de 
l'abbaye sur ces prieurés et sur tous ces biens pendant près de deux siècles. 

La publication dont nous rendons compte sera bien accueillie de toutes 
les personnes qui s'occupent de l'histoire de la Champagne au moyen âge. 
Elle a pour objet 227 chartes relatives aux localités du département de 
l'Aube où l'abbaye de Molesme avait des propriétés. Ces chartes sont ran- 
gées par ordre de date. Les plus anciennes appartiennent au dernier quart 
du xi e siècle, la plus récente est de l'année 1250. Elles sont exactement co- 
piées. Les quelques fautes qu'on y peut remarquer ne dépassent pas le 
nombre des iapsus calamiet des fautes d'impression qui sont toujours iné- 
vitables. Enfin ces chartes sont inédites, à très-peu d'exceptions près 3 , 
comme le titre "l'annonce. Nous regrettons seulement l'absence de tables 
et quelques erreurs de détail ou quelques lacunes que nous allons signaler. 

1. L'Étude de M. Huillard vient d'être traduite en langue russe par M. de Bil- 
bassoff. 

2. Gallia christiana nova, IV, 729 CD. 

3. La bulle de l'année 1145, par laquelle le pape Eugène III continue les possessions 
de l'abbaye, n'est pas entièrement inédite. Voir Mabillon, Ann. ord. S. Bened., VI, 
362, et Jaffé, Regesta Pontificum, p. 619. 

II. (Sixième série.) 27 



394 

Les plus anciennes chartes de ces Cartulaires n'ont pas été datées dans 
l'origine. Au xvn e siècle quelqu'un a eu la hardiesse d'écrire en marge des 
dates hypothétiques que M. Socard a reproduites, et c'est d'après ces dates 
qu'il a établi l'ordre chronologique des actes. « Quoique bien des chartes 
« ne portent pas de dates, » dit-il, « je n'ai pas cru trop téméraire d'adopter 
« celles qu'une main du xvn e siècle y a placées... jusqu'à preuve contraire, 
« je pense que les dates données doivent être maintenues. » 

Cependant il a reconnu lui-même au moins une erreur du chronologiste 
anonyme. Il dit, p. il, que la charte relative à Bertignolles, et publiée par 
lui, p. 66, a été datée de 1 101 et qu'elle est de 1080 au plus tard. Ce n'est 
pas le seul cas où l'on puisse contester l'exactitude des dates inscrites en 
marge des chartes de Molesme par l'inconnu dont il s'agit. Ainsi la charte 
relative à Séchefontaine, p. 68-69, ne peut être de l'année 1080, puisqu'il y 
est question de Robert, évêque de Langres, dont le pontificat ne commence 
qu'en 1085 l , Les auteurs du Gallia Christiana ont cru pouvoir dater 
approximativement de l'année 1086 la dédicace de Séchefontaine mention- 
née dans cette pièce 2 . 

Du reste, M. Socard est fort excusable d'avoir eu cette confiance dans 
l'annotateur du Cartulaire de Molesme, car les auteurs de Y Art de vérifier 
les dates lui en avaient donné l'exemple dans la chronologie des comtes de 
Bar-sur-Seine 3 ; seulement, quelque grands que soient les modèles, il n'est 
pas toujours prudent de les imiter, et là même les savants bénédictins en 
fournissaient la preuve, puisque dans la même page ils font faire, d'après 
le Cartulaire de Molesme, une donation par Gautier I er , comte de Brienne, 
en 1085, et disent quelques lignes plus bas que ce même comte est mort 
en 1080. 

Pour fixer la date de plusieurs chartes, M. Socard a pris pour base cette 
date de 1080 donnée à la mort de Gautier I er , comte de Brienne, par les 
savants bénédictins, et il ne s'est pas aperçu que dans une des chartes pu- 
bliées par lui (p. 68-69) Gautier figurait avec Robert I er , évêque de Lan- 
gres, par conséquent en 1085 au plus tôt. 

Plusieurs chartes, datées de l'année 1101 par le rédacteur du Cartulaire, 
donnent lieu à une observation de quelque importance que M. Socard n'a 
pas faite : elles émanent de l'évêque de Langres Bainard, mort en 1085 *, 
et les clauses finales sont empruntées à des diplômes de Robert, successeur 
de Rainard 5 . Une de ces chartes, p. 81-82, n'est évidemment autre chose, 
du commencement à la fin , que l'analyse d'un diplôme de Robert publié 
d'après l'original dans la seconde édition du Gallia Christiana 6 . La Charte 

1. Gall. Christ, nov., IV, 567. 

2. IV, 567 B. 

3. Art de vérifier les dates, II, 589. 

4. Gallia Christ, nov., IV, 563 D. 

5. Gallia Christ, nov., IV, instr., 150 B, 151 D, 152 t. 

6. IV, 150-151. 



395 

relativeaux dîmes et aux églisesd'Essoyes, Verpillières et Servigny, p. 80-81, 
ne peut qu'être considérée comme fausse ; non-seulement elle est donnée 
en 1101 par Rainard, évêque de Langres, mort alors depuis seize ans, 
maison l'y voit figurer avec Gui, comte de Bar-sur-Seine, Guido Barri 
super Sequanam cornes, dont l'avènement n'eut lieu qu'en 1125 au plus 
tôt, vingt-quatre ans après la date de la charte, et quarante ans après la 
mort de Rainard. On ne s'étonnera pas qu'il y ait eu un faussaire parmi 
les moines de Molesme, qui donnèrent tant d'ennui à saint Robert, leur 
abbé. 

M. Socard croit cependant cette charte authentique. Mais il paraît avoir 
en général attaché peu d'attention à l'intérêt que pouvaient présenter au 
point de vue diplomatique les documents qu'il publiait. Il s'est surtout oc- 
cupé d'histoire et de géographie locale, et c'est d'histoire et de géographie 
locale qu'il parle surtout dans son introduction. Il nous y raconte ce que 
les Cartulaires de Molesme nous apprennent sur quatre-vingt-seize localités 
du département de l'Aube. C'est un travail très-curieux et très-neuf. Ce- 
pendant on pouvait peut-être faire davantage et tirer de ces documents des 
renseignements d'un caractère plus général. Pierre, comte de Dammartin, 
et non de Dommartin, dont il est question p. 19, est celui dont il est parlé 
dans V Art de vérifier les dates, II, 661 ; on connaît très-peu de chose sur 
sa vie, et il peut y avoir un intérêt à savoir qu'il possédait quelque bien 
à Coclois (Aube) et qu'il fit une donation à l'abbaye de Molesme. Nous 
aurions désiré que le nom de son fief fût indiqué plus exactement, et sa 
personne signalée d'une manière plus explicite. 

Mais les connaissances de M. Socard sont très-exactes et très-complètes 
quand il s'agit de la géographie du département de l'Aube. Relativement à 
cette matière, le seul poiut sur lequel son opinion nous paraît contestable 
est la question de savoir si Jully-sur-Seine (Aube), autrefois Jully-le-Châtel, 
situé dans le doyenné de Bar-sur-Sarce, au diocèse de Langres, est le siège 
de l'abbaye, depuis prieuré de femmes de Juilly fondé par Milon, comte 
de Bar, vers 1113 1 et dans lequel se retira Humbeline, sœur de saint Ber- 
nard 2 , ou si ce monastère a été fondé à Jully (Yonne), près de Ravière, 
autrefois dans le doyenné de Molesme. La seconde opinion est celle des 
auteurs de Y Art de vérifier les dates, II, 589, col. 1, 2. Elle se fonde d'a- 
bord surceque-le prieuré de Juilly était, comme nous venons de le dire, un 
prieuré de femmes, or Jully (Yonne) porte le nom de Juilly-les-Nonnains 
dans une charte de l'année 1500, citée par M. Quantiu, Dictionnaire to- 
pographique du département de l'Yonne, p. 70, dans la carte du diocèse 
de Langres publiée par Sanson en 1656, et dans un pouillé du diocèse de 



1. La charte de fondation a été publiée par Chifflet, S. Bernardi genus illustre 
assertum, p. 440-441. Cf. Gall. Christ, nov., IV, 730 B. 

2. S. Bernardi vita prima, lib. primus, auctore Guillelmo, ap. Mabillon, S. Ber- 
nardi opp., 1690 ; II, 1075. 

27. 



396 

Langres de la fin du xvn c siècle conservé aux archives de l'Aube, fonds de 
Montiéramey. Il faut remarquer ensuite que le prieuré de femmes de 
Juilly dépendait de l'abbaye de Molesme 1 , et que, d'après le pouilléque 
nous venons de citer, le prieuré de Jully (Yonne) était soumis à cette ab- 
baye, tandis que celui de Jully-le-Châtel (Aube) appartenait à l'abbaye de 
Moutiers-Saint-Jean. 

L'opinion qui place à Jully-le-Châtel (Aube) le fameux prieuré de femmes 
de Juilly, a été émise à la fin du siècle dernier par Courtépée, Description 
générale et particulière du duché de Bourgogne 2 , ouvrage fort commode, 
mais très-légèrement composé. Un intérêt d'amour-propre local a fait 
adopter cette manière de voir aux habitants du départemeht de l'Aube que 
ces questions intéressent, notamment à M. Socard, tandis que, dans le 
département de l'Yonne, c'est la solution contraire qui a obtenu faveur 
près des savants du pays. Jusqu'à plus ample informé, nous croyons que ces 
derniers ont de leur côté les bonnes raisons. 

H. D'A. de J. 

Dictionnaire des antiquités chrétiennes, par l'abbé Martigny. Paris, 
Hachette, 1865. 1 vol. grand in-8° à 1 colonnes, orné de 270 gravures. 

L'ouvrage de M. Martigny donne largement satisfaction à la curiosité 
pour tout ce qui touche les premiers siècles chrétiens : il embrasse l'archéo- 
logie dans le sens le plus étendu, l'architecture, l'iconographie, le costume 
ecclésiastique , les mœurs et usages , la hiérarchie ecclésiastique, sans s'é- 
carter de son objet qui est l'étude et l'explication des monuments figurés. 
Il ne renferme pas, à vrai dire, de recherches nouvelles, mais il présente un 
résumé exact et intelligent de l'état actuel de la science dans une des bran- 
ches qui a le plus fait de progrès depuis quelque temps, grâce aux archéo- 
logues romains, à la tête desquels se place M. de Rossi, et à des savants 
français. Parmi ces derniers il serait superflu dé* rappeler le nom de 
M. Edmond Leblant, dont les beaux travaux sur l'épigraphie chrétienne 
jouissent chez nous de la notoriété qu'ils méritent. Si le livre de M. Mar- 
tigny ne fait pas faire de progrès à la science et s'il ajoute peu à la somme 
de notions acquises, en revanche il contribuera, nous n'en doutons pas, 
dans un avenir plus ou moins éloigné, à répandre le goût des antiquités 
chrétiennes : il aura surtout pour effet d'abréger les études qui jusqu'ici 
étaient nécessaires pour acquérir péniblement ce qu'il apprend à ses lec- 
teurs d'une façon prompte, sûre, et je dirai même agréable. 

La forme de dictionnaire, qui a été imposée à l'auteur, a des inconvé- 
nients qu'il a été le premier à reconnaître, et auxquels il a remédié autant 
qu'il était en lui, en plaçant à la fin de son livre une table méthodique des 

1. Gall. Christ, nov., IV, 730 B. Voir aussi plusieurs des chartes publiées par 
M. Socard. 

2. 2' édit., IV, 430. 



397 

matières. L'énumération des principales divisions de cette table, que nous 
allons reproduire, fournira une idée suffisante des matières traitées dans le 
Dictionnaire des antiquités chrétiennes qui, notons-le, s'arrête au septième 
siècle. Sachons gré à M. Martigny de n'avoir pas confondu l'antiquité des 
bas temps avec le moyeu âge proprement dit : il a ainsi donné à son ou- 
vrage une solidité et une précision qui lui auraient fait défaut s'il avait mêlé 
des époques qui offrent des caractères distincts. 

I. Archéologie. 

II. Hiérarchie , subdivisée en ordres ecclésiastiques, — dignités ecclé- 
siastiques, — fonctionnaires au service de l'Église, — ordres religieux, 

— fidèles. 

III. Liturgie : Prière publique, — langues liturgiques, — office divin, 

— Communion, — Eucharistie, — Baptême, — Confirmation, — Évangiles, 

— funérailles, — diptyques, etc. 

IV. Discipline: Catéchumènes, — canon, —jeûne, — pénitences, — ex- 
communications et pèlerinages, — reliques, etc. 

V. Fêtes de l'Église. 

VI. Usages et Institutions : Martyrs, — noms chrétiens, etc. 

VII. Architecture : Catacombes, — autels, — chaises, — basiliques, — 
baptistères. 

VIII. Sépultures. 

IX. Iconographie : Dieu, — les saints, etc. 

X. Symbolisme : Ancre, — a et n, — poisson, etc. 

XI. Figures (mieux Représentations diverses) : Adam, — Abel, — 
Tobie, — Orphée, — Sibylles, etc. 

XII. Épigraphie. 

XIII. Vêtements : Costumes, — anneaux, — sceaux, etc. 

XIV. Vases et instruments liturgiques et autres : Calice, — pa- 
tène, — cuiller, — pedum, — peignes, etc. 

Un des articles les plus intéressants et les plus développés est celui qui 
est consacré aux Catacombes ; les découvertes les plus récentes y sont con- 
signées : elles ont une très-grande importance à la fois pour l'archéologie et 
au point de vue religieux. Ce qui concerne la liturgie est assez faible. Peut- 
être M. Martigny pourrait-il, dans un ouvrage rédigé en France et destiné 
à des Français, donner plus d'étendue aux mentions d'objets conservés en- 
core dans nos églises, nos bibliothèques et nos musées, ou qui ont péri 
récemment. Il trouvera, par exemple, de curieux renseignements sur les 
diptyques de la cathédrale de Bruges dans une communication faite en 1863 
par M. Dumoutet, au congrès des sociétés savantes à la Sorbonue. — A l'ar- 
ticle calice, il pourrait citer le fameux calice de Chelles, œuvre de saint 
Éloi, aujourd'hui détruit, dont une représentation a été donnée par M. Grésy 
dans le dernier volume de la Société des antiquaires de France , et auquel 
M. de Linas a consacré un important travail. Ce ne sont pas là des criti- 
ques, mais des conseils que nous nous permettons de soumettre à M. Mar- 



398 

tigny. Nous l'engageons aussi à faire une révision attentive des épreuves, 
car il y a des phrases qui ne présentent pas de sens; certains mots retour- 
nés à dessein, en signe de doute, par le compositeur, n'ont pas été corrigés. 
Ces légères taches s'expliquent par la position de l'auteur, qui est un mo- 
deste curé de province , doyen de Bagé-le-Châtel , dans le département de 
l'Ain; Péloignement de Paris a pour lui une excuse suffisante. Il n'en est 
pas de même pour la maison Hachette qui doit à sa réputation d'offrir au 
public des éditions irréprochables au point de vue typographique. Une cri- 
tique plus sérieuse est celle que nous adressons à l'auteur pour le choix de 
certains dessins: la plupart ont été faits d'après les originaux; nous signa- 
lerons entre autres (p. 95) ■ une très-curieuse caricature trouvée dans les 
catacombes et conservée au collège des Jésuites à Rome, qui représente un 
homme à tête d'âne en croix : à côté, un personnage, dans la posture de 
l'adoration. La légende en caractères grecs, AAEXAMENOC CEBEïE ©eon, 
Alexamène adore son dieu, ne laisse pas de doute sur l'intention sacri- 
lège de l'auteur de cette caricature, qui partageait l'erreur répandue que 
les chrétiens adoraient un âne. Un passage de Y Apologie de Tertullien, qui 
se réfère à un passage de Tacite aujourd'hui perdu , est le commentaire 
de cette curieuse représentation. Mais, si les dessins du Dictionnaire d'ar- 
chéologie chrétienne sont souvent puisés à des sources exactes, il en est 
plusieurs qui laissent sur ce point à désirer, empruntés qu'ils sont à des 
ouvrages gravés pendant les derniers siècles, époque où le sentiment ar- 
chéologique était entièrement étranger aux artistes. Nous citerons à cet 
égard le médaillon de saint Pierre et de saint Paul, placé par M. Martigny 
sur le titre et reproduit à la page 539, d'après Boldetti. On ne peut partager, 
en considérant cette représentation dépourvue de tout style et de toute 
sincérité, l'admiration que l'original en bronze conservé au Vatican inspi- 
rait à l'auteur. Nous demandons donc, pour la prochaine édition, la substi- 
tution à ces images, qui n'apprennent rien et qui du reste sont en très- 
petit nombre, de dessins authentiques et sérieux, comme on en trouve de 
nombreux spécimens dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne. Pour 
finir, M. Martigny a fait une œuvre utile, qui l'honore comme prêtre et 
comme archéologue, un de ces livres tels que les Anglais en ont sur chaque 
branche des connaissances humaines, et qui ont pour avantage, pour me 
servir d'un vilain mot à la mode, de vulgariser la science, en mettant les 
découvertes les plus nouvelles à la portée de tous ceux qui désirent s'ins- 
truire. 

E. BOUTARIC. 

Journal de Jean Grivel, seigneur de Perrigny , contenant ce gui 
s'est passé dans le comté de Bourgogne pendant l'invasion française 
et lorraine de l'année 1595, publié... par A. Chéreau. — Lons-le-Sau- 

l. Au mot Calomnie. 



399 

nier, impr. Gauthier frères, 1865, 178 pages in-8°. (Extrait des Mémoires 
de la Société d'émulation du Jura.) 

Le D r Chéreau, déjà connu par plusieurs travaux d'érudition, vient de 
rendre un véritable service à l'histoire de la Franche-Comté en exhumant 
d'un poudreux manuscrit de la Bibliothèque impériale et en livrant à la 
publicité ce curieux et émouvant récit des événements dont cette province 
fut le théâtre en l'année 1595. .Notre chroniqueur, qui était conseiller et 
membre des requêtes du conseil privé du roi d'Espagne, et habitait Dôle, 
fut témoin oculaire des faits qu'il raconte ; il nous dit comment le roi de 
Navarre conduisit cette expédition désastreuse pour le comté de Bourgogne 
et peu glorieuse pour ses armes, les massacres, les déprédations de toute 
sorte que le Béarnais laissa commettre, les haines qu'il sema derrière lui. 
Le style de Jean Grivel est simple et animé; on regrette seulement de le 
voir trop souvent se livrer à la passion qui l'anime contre le roi de 
Navarre, passion qui décèle le ligueur effréné, et dont la seule excuse est 
dans le patriotisme exalté. 

L'éditeur a su découvrir le nom de l'auteur, qui, avant la publication 
qu'il vient d'en faire, était complètement ignoré; il a pu même réunir 
quelques détails biographiques sur Jean Grivel ; aussi les amis des recher- 
ches historiques ne peuvent-ils que savoir gré au D r Chéreau de ses pa- 
tientes recherches. 

E. G. 

On the origin of the Welsh, by Thomas Wright. Beprinted from 
the Archseologia Cambrensis (july 1858). In-8° de 17 pages. 

Le but de cette brochure est d'établir les quatre propositions suivantes : 
• 1° De la ressemblance qui existe aujourd'hui entre le gallois et le bas- 
breton, on doit conclure que les habitants du pays de Galles n'ont été sé- 
parés de la Basse-Bretagne qu'après la période romaine. 

2° Quand on examine avec attention les antiquités romaines du pays de 
Galles, on acquiert la conviction que vraisemblablement il n'y avait pas dans 
cette contrée, au terme de la période romaine, une population indépendante 
parlant celtique et capable d'émigrer en Basse-Bretagne et de transporter 
sa langue dans ce pays. 

3° Au contraire, la Bretagne armoricaine était à cette époque dans une 
situation qui explique fort bien une émigration des habitants de cette pres- 
qu'île dans le pays de Galles. 

4" La destruction de toutes les villes romaines et de tous les établisse- 
ments romains du pays de Galles pendant la période où le reste de l'île fut 
conquis par les Anglo-Saxons, ne peut guère se concevoir autrement que 
comme effet d'une invasion et par l'établissement d'une population étran- 
gère. La population de l'île, fuyant devant les Anglo-Saxons vainqueurs, 
n'aurait pas détruit ses propres villes, et de plus aurait sans doute parlé 
latin. 



400 



La première de ces propositions nous paraît fort raisonnable, et nous ne 
songeons pas à la contester. Mais nous ne serons pas d'aussi bonne com- 
position pour les autres. 

M. Th. Wright établit que les institutions romaines et la langue latine 
ont été importées dans la Grande-Bretagne par les conquérants romains; il 
en conclut que la langue celtique a dû disparaître avant l'invasion anglo- 
saxonne. Mais les institutions romaines et la langue latine ont été impor- 
tées en Gaule avant de l'être daus la Grande-Bretagne, et cependant la lan- 
gue celtique se parlait encore en Gaule concurremment avec le latin du 
temps de saint Jérôme ; si un demi-siècle sépare saint Jérôme de l'invasion 
saxonne, il y a plus d'un siècle d'intervalle entre la conquête de la Gaule 
par César et celle de la partie méridionale de la Grande-Bretagne par 
Agricola. La domination romaine remontait moins haut dans la Grande- 
Bretagne à l'époque de l'invasion saxonne qu'en Gaule au temps de saint 
Jérôme. 

M. Th. Wright réfute avec raison l'opinion qui fait du mot Wales une 
variante anglaise du mot Galli des Bomains; mais il se trompe quand il 
prétend que ce mot, comme l'allemand TFa/scVt, veut dire latin ou romain. 
Le vrai sens du mot Wàlsch ouW aies est étranger, par opposition à Teuton, 
Allemand ou Anglo-Saxon, et à défaut d'autres preuves le texte même cité 
par M. Th. Wright suffit pour le démontrer, in allen welschen und in 
tiutschen richen, veut dire : « dans tous les royaumes étrangers ou alle- 
mands. » 

M. Th. Wright s'étend longuement sur l'importance de la république 
armoricaine dont les flottes auraient, suivant lui, conquis le pays de Galles 
à l'époque même où les Anglo-Saxons s'emparaient du reste de la partie 
romaine de la Grande-Bretagne. Mais il oublie que le texte de Zosime re- 
latif à la révolte des cités armoricaines contre l'empire ne présente cette 
révolte que comme une imitation de celle des sujets romains de la Grande- 
Bretagne ; l'existence même de la république armoricaine est contestée. 

Comment se serait établie l'opinion qui explique par une émigration des 
Gallois dans la Basse-Bretagne l'évidente fraternité des populations du pays 
de Galles et de la Basse-Bretagne ? Suivant M. Th. Wright, le premier au- 
teur de cette explication serait un faussaire saxon qui aurait, au septième 
siècle, fabriqué les œuvres de Gildas, et les autres auteurs qui ont répété la 
même assertion, tant dans la Grande-Bretagne que sur le continent, comme 
Bède, Éginhard, Ermold le Noir, auraient été les dupes de ce faussaire. 
M. Th. Wright semble ignorer que l'émigration des habitants de la Grande- 
Bretagne en Gaule est, dès le sixième siècle, mentionnée par Procope. De 
plus, si l'on admet son système, il est impossible de comprendre comment 
les noms de Bretagne et de Breton, d'abord employés exclusivement pour 
désigner la Grande-Bretagne et ses habitants, ont pu, à partir de la seconde 
moitié du cinquième siècle, désigner une partie de la Gaule et la population 
établie dans cette partie de la Gaule. 



401 

Quelquevparadoxale que soit la thèse soutenue par M. Wright, elle est 
défendue avec un talent qui donne à son mémoire un vif intérêt. Nous si- 
gnalerons, par exemple, comme fort curieux les détails qu'il nous donne re- 
lativement au maintien de la civilisation et des usages romains sous la 
domination anglo-saxonne pendant les premiers temps qui suivirent la 
conquête. 

H. d'Aebois de Jubainville. 



LIVRES NOUVEAUX. 

Février — Avril 1866. 

109. Arcelin.— Les Bulles pontificales des archives de la Haute-Marne, 
étude diplomatique, paléographique et historique. — In-8°, vin-72 pages, 
Chaumont, impr. Cavaniol ; Paris, libr. Aubry. 

Tiré à 100 exemplaires. 

110. Abdant. — Émailleurs limousins : Couly Noylier, par Maurice 
Ardant. — In-8, 20 p. Angoulême, impr. Nadaud et O. 

111. Barbet de Jouy. — Notice des antiquités, objets du moyen âge, 
de la renaissance et des temps modernes composant le Musée des Souve- 
rains. — In-12, xxviii-262 p. Paris, impr. de Mourgues frères. (1 fr. 50 c.) 

112. Babthélemy (An. de). — Généalogie historique des sires de Coët- 
men, vicomtes de Tonquedec en Bretagne. — In-8°, 16 p. Angers, impr. 
Cosnier et Lachèse. 

Extrait de la Revue nobiliaire. Juillet et août 1865. 

113. Babthélemy (An. de). — Nouvelles Observations contre la noblesse 
maternelle. — In-8°, 20 p. Angers, impr. Cosnier et Lachèse ; Paris, libr. 
Dumoulin. 

Extrait de la Revue nobiliaire. T. III. 

1 14. Bebtbaindy. — Cesari Torneo, épisode de l'histoire du Quercy au 
quatorzième siècle. — In-12, 428 p. Cahors, impr. Laytou. (3 fr.) 

115. Bebtrandy.— Troisième lettre sur Uxellodunum adressée à M. Léon 
Lacabane. — In-8° de 49 p. Cahors, 1866. 

116. Beschefer (l'abbé). — Mémoires historiques sur la Champagne. 
Ouvrage inédit, publié et annoté par M. Alexandre Aubert, curé de Notre- 
Dame-de-Juvigny. — In-12, 71 p. Châlons, impr. et libr. Le Roy; Reims, 
libr. Brissart-Binet. 

Papier vergé. Tiré à 110 exemplaires. 

117. Bonyalot. — Les Coutumes du val de Rosemout, publiées pour la 
première fois avec introduction et notes. — In-8°, 85 p. Paris, impr. Hen- 
nuyer et fils; libr. Durand. (3 fr.) 

118. Boucher de Perthes. — Antiquités celtiques et antédiluviennes. 
Mémoire sur l'industrie primitive et les arts à leur origine. — Avec 12 pi. 



402 



représentant 104 fig. T. III. Gr. in-8°, xxiv-685 p. Abbeville, impr. Briez; 
Paris, libr. Jung-Treuttel ; Derache ; Didron; Dumoulin. 

119. Bouthobs. —Les Sources du droit rural recherchées dans l'his- 
toire des communaux et des communes. — In-8° , vm-598 p. Amiens, 
impr. Lemer aîné ; libr. Prévôt- Allô ; Paris, libr. Durand. 

120. Boyeb de Sainte-Suzanne (de). — L'Administration sous l'ancien 
régime. Les Intendants de la généralité d'Amiens (Picardie et Artois). — 
In-8°, 615 p. Amiens, impr. Jeunet; Paris, libr. P. Dupont. 

121. Bbetjnot. — Journal de Gabriel Breunot, conseiller au parlement 
de Dijon ; précédé du Livre de Souvenance de Pépin, chanoine de la Sainte- 
Chapelle de cette ville; publié pour la première fois par Joseph Garnier. — 
3 vol. in-8°, cti-1415 p. Dijon, impr. et libr. Babutot. 

Analecta Divionensia. Documents inédits pour servir à l'histoire de France et par- 
ticulièrement à celle de Bourgogne. 

122. Bullandbe. — Le Lièvre de Simon de Bvllandre, prieur de Milly, 
en Beavvoisis. A très noble et très docte seigneur Jean de Boufflers, sieur 
de Lyesse. — In-4°, 38 p. Lyon, impr. Perrin ; Beauvais, libr. Pineau. 

Beproduction conforme à l'original. 

123. Calonne (de). — Les Seigneurs de Maintenay, essai historique. — 
In-8°, 52 p. et 1 pi. Amiens, impr. et libr. Lemer aîné. 

Extrait du t. XX des Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie. 

124. Cabdevacque (de) et Tebninck, —L'Abbaye de Saint-Vaast, mo- 
nographie historique, archéologique et littéraire de ce monastère. — In-4°, 
xi-292 p. Arras, impr. Brissy. 

125. Chauffoub (J.). — Quelques mots sur les cours colongères d'Al- 
sace, à propos des livres de M. Hanauer sur cette matière. — Gr. in-8°, 
90 p. Colmar, impr. Decker. 

Extrait de la Revue de l'Alsace. 

126. Coet (Emile). — Notice historique sur les compagnies d'archers et 
d'arbalétriers de la ville de Boye. — In-8°, 103 pages. Amiens, impr. et 
libr. Lemer. 

127. Dalmas (J.-B.). — Les Sorcières du Vivarais devant les inquisi- 
teurs de la Foi. — In-8°, 255 p. et portr. Privas, impr. Guiremand. (4 fr.) 

128. Delgove (l'abbé). —Histoire de la ville de Doullens. In-4°, 535 p. 
Amiens, impr. et libr. Lemer; Paris, libr. Dumoulin. 

• Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie. Documents inédits concernant 
la province, t. V. 

129. Diane de Poitiebs. — Lettres inédites, publiées d'après les ma- 
nuscrits de la Bibliothèque impériale , avec une introduction et des notes, 
par Georges Guiffrey. — In-8°, xciv-277 p., 3 portr. et fac-similé. Lyon, 
impr. Perrin; Paris, libr. V e J. Benouard. 

130. Dictionnaire historique de la langue française, comprenant l'ori- 



403 

gine, les formes diverses, les acceptions successives des mots, avec un choix 
d'exemples tirés des écrivains le plus autorisés, publié par l'Académie 
française. T. I er . 2 e partie. AB-ACT. — In-4° à 2 col., 369-783 p. Paris, 
impr. et libr. de Firmin Didot frères, fils et C e . 

131. Du Fresne de Beaucourt. — Une nouvelle histoire de Char- 
les VII. Compte rendu de l'ouvrage de M. Vallet de Viriville, par G. Du 
Fresne de Beaucourt. — In-8°, 21 p. Paris, impr. Divry et C e . 

Extrait de la Revue bibliographique et littéraire. Tiré à 20 exempl. 

132. Duemmler (E.),— Auxilius et Vulgaris. Sources et recherches pour 
l'histoire de la papauté au commencement du dixième siècle. — Gr. in-8". 
(1 fr. 35 c.) 

133. Forgeais (Arthur). — Collection de plombs historiés trouvés dans 
la Seine. 5 e série. Numismatique populaire. — In-8°, 259 p. avec vignettes. 
Paris, impr. Bonaventure et Ducessois; l'auteur, quai des Orfèvres, 54, 

ibr. Aubry. (15 fr.) 

134. Garnier (J.).— Notice sur quelques enseignes de pèlerinage en 
plomb, concernant la Picardie. — In-S°, 39 p. et planches. Amiens, impr. 
et libr. Lemer aîné. 

Extrait du t. XX des Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie. 

135. Gfrôrer (A.-F.). — Zur Geschichte. — Sur l'histoire du droit po- 
pulaire allemand au moyen âge; publié après la mort de l'auteur par J.-B. 
Weiss. — 2 vol. gr. in-8°. Schaffhausen. (10 fr. 75 c.) 

136. Godard-Faultrter. — Ancien Mobilier de la cathédrale d'Angers. 
— In-8°, 42 p. Angers, impr. Lachèse, Belleuvre et Dolbeau. 

Extrait du Répertoire archéologique de l'Anjou, 1865. 

137. Guigue. — Inscriptions de l'arrondissement de Trévoux du trei- 
zième au dix-huitième siècle. — In-8°, 70 p. Trévoux, impr. Damour. 

138. Hucher (Eugène). — L'Art gaulois, ouïes Gaulois d'après leurs 
médailles. l re , 2 e et 3 e livraisons.— In-4°, 30 pi. Le Mans, impr. Mon- 
noyer frères ; Paris, libr. A. Morel ; Didron ; Robin et Feuardent, antiquai- 
res. 

Paraît par livraison de 10 pi. Il comprend 10 livraisons. Les 100 pi. seront livrées 
au prix de 20 fr. aux souscripteurs avant le 1 er octobre 1866. Après cette date, l'ou- 
vrage coûtera 30 fr. 

139. Husson. — Origine de l'espèce humaine dans les environs de Toul 
par rapport au diluvium alpin ; suivi des alluvions de Toul par rapport à 
l'antiquité de l'espèce humaine, par le même. — In-8°, 96 p. et plans. Toul, 
impr. Bastien. 

140. Jamison. — Bertrand du Guesclin et son époque. Traduit de l'an- 
glais par J. Baissac; avec introduction, notes originales, portrait, plans de 
batailles, etc.— -In-8°, vn-791 p. et 5 pi. Sceaux, impr. Dépée; Paris, libr. 
J. Rothschild. (7 fr.) 



404 

141. Jeandet. — Annales de la ville de Verdun-sur-Saône-et-Doubs , 
en Bourgogne. — In-8°, 56 p. Paris, impr. Dupray de La Mahérie. 

Extrait de la Revue des provinces, vol. 9, livraisons de novembre et décembre 
18C5. s Tiré à 100 exemplaires. 

142. Juillac-Vignoles (de). — Recherches sur l'Origine des Armoi- 
ries. — In-4°, 32 p. Toulouse, impr. Chauvin. 

143. Lababte (Jules). — Histoire des arts industriels au moyen âge et 
à l'époque de la Renaissance. T. III. — in-8°, 722 p. Paris, impr. Pion; 
libr. A. Morel. 

144. Laurent (l'abbé). — Examen des nouveaux éclaircissements de 
M. L. Cousin, sur l'emplacement de Quentowic. Suite de l'Examen des rai- 
sons de M. G. Souquet pour le fixer à Étaples. — In-8°, 23 p. Amiens, 
impr. Lenoel-Hérouart. 

145. Le Roi.— Travaux hydrauliques de Versailles sous Louis XIV (1664- 
1688). — In-8, 70 p. Versailles, impr. Aubert; libr. Bernard, 

146. Lunet (l'abbé). — Mémoire sur la conquête du pays des Ruthènes 
indépendants et sur le siège d'Uxellodunum. — In-8°, 57 p. Rodez, impr. 
Carrière. 

147. Maître (Léon). — Les Écoles épiscopales et monastiques de l'Oc- 
cident depuis Charlemagne jusqu'à Philippe-Auguste (768-1180), étude his- 
torique sur la filiation des écoles, la condition des maîtres et des élèves, et 
le programme des études avant la création des Universités. — Gr. in-8°, 
vnr-320 p. Le Mans, impr. Monnoyer; Paris, libr. Dumoulin. 

148. Malteste (Claude). — Anecdotes du Parlement de Bourgogne, ou 
Histoire secrète de cette compagnie depuis 1650; suivie des principales 
délibérations de la chambre de ville au temps de la Fronde (2 e et dernière 
partie), publiées pour la première fois par Charles Muteau , conseiller à la 
cour impériale. — ïn-8°, xn-601 p. Dijon, impr. et libr. Babutot. 

Analecta divionensia. Documents inédits pour servir à l'histoire de France et par- 
ticulièrement à celle de Bourgogne. 

149. Marti n-Marville. — Étude sur les lieux où s'est arrêté Charles - 
le-Chauve pour ses chasses en 867. — ln-8°, 18 p. Laon, impr. de Coquet 
et Stenger. 

150. Marsy (Arthur de). — Sceaux des évêques de Noyon, communica- 
tion faite au comité archéologique de Noyon. — Iu-8°, 12 p. Noyon, impr. 
Andrieux ; Paris, libr. Dumoulin. 

151. Monfalcon (J.-B.). — Histoire monumentale de la ville de Lyon. 
T. I à V. — In-4° xvi-1888 p. Paris, impr. Laine; libr. Firmin Didot frères, 
fils et C e ; Lyon, à la Bibliothèque de la ville. 

152. Olry (E.). — Répertoire archéologique des cantons de Colombey et 
Toul-Sud. — In-8°, 56 p. Nancy, impr. Lepage. 

153. Pebboud. — Essai sur la vie et les œuvres de Mathieu de Mourgues. 



405 

abbé de Saint-Germain (1582-1670). — In-8°, 183 p. Le Puy, impr. Mar 
chessou. 
F.xtrait des Annales d'agriculture du Puy, t. XXY1. 

154. Pourrat (Pierre). — Description du Forez en vers, composée en 
1669, publiée et annotée par L.-Pierre Gras, bibliothécaire de la ville de 
Montbrison. — In-18, 35 p. Montbrison, impr. etlibr. Huguet. 

155. Poyet. — Essai de bibliographie limousine, comprenant : 1° les 
origines de l'imprimerie à Limoges; 2° liste des premiers imprimeurs li- 
braires et relieurs du Limousin ; appendice -..débuts de la papeterie dans 
cette province ; 3° biographie des Barbou de Lyon, Limoges et Paris; 
l r e et 2 e parties. — In-8°, 72 p. et 1 photog. Limoges, impr. Chapoulaud 
frères. 

Extrait des Bulletins de la Société archéologique et historique du Limousin, 1861- 
1862. 

156. Relation inédite des sièges de Sainte- Menehould es années 1652 et 
1653, précédé du sommaire des événements accomplis en cette ville depuis 
1590 jusqu'en 1652, et d'une dissertation sur les causes qui ont fait donner 
le surnom de mutins aux gens de cette ville. — In-8°, 47 p. Sainte-Me- 
nehould, impr. Duval-Poignée; Paris, libr. Auguste Aubry. 

157. Roceumbeau (de). — Monographie topographique, historique et 
statistique de Thoré (Loir-et Cher); suivie d'un grand nombre de pièces 
justificatives et de chartes extraites du cartulaire manuscrit de Saint- 
Denys-en-France. — In-8°, 214 p. et 5 pi. Vendôme, impr. Lemercier; 
libr. Duvaure-Henrion ; Paris, libr. Dumoulin. 

Tiré à 200 exemplaires. 

158. Rolle (F.). — Documents relatifs aux anciennes faïenceries lyon- 
naises.— In-8", 32 p Lyon, impr. Vingtrinier. 

159. Sachy (de).— Essais sur l'histoire de Péronne.— In-8°, xix-486 p. 
Paris, impr. Claye ; libr. Aubry ; Péronne, libr. Trépant. 

160. Sagard-Théodat. —Histoire du Canada et Voyages que les Frè- 
res mineurs récollects y ont faicts pour la conversion des infidelles, divisez 
en quatre livres, où est amplement traicté des choses principales arrivées 
dans le pays, depuis l'an 1515 jusques à la prise qui en a esté faite par les 
Anglois; des biens et commoditez qu'on en peut espérer; des mœurs, cé- 
rémonies, créances, loix et coutumes merveilleuses de ses habitants, etc. ; 
fait et composé par le F. Gabriel Sagard Théodat, mineur récollect de la 
province de Paris. 3° partie. — In-8°, 343-825 p. Arras, impr. Schouteer; 
Paris, libr. Tross. 

161. Sauvage (Hippolyte). — Notre-Dame de Lonlay (Orne), son ab- 
baye de l'ordre de Saint-Benoît, ses monuments, son histoire. — In-8°, 
39 p. Domfront, impr. et libr. Liard. 



406 



CHRONIQUE. 



Mars — Mai 



MM. Delisle, Jules Tardif, 
MM. Duplès-Agier, Gaston 



Le 26 avril, la Société de l'Ecole des Chartes a procédé au renouvelle- 
ment de son bureau et de ses commissions. Ont été nommés 

Président : M. Anatole de Barthélémy. 

Vice-président : M. Bourquelot. 

Secrétaire : M. Joseph de Laborde. 

Secrétaire-adjoint : M. Arthur Demarsy. 

Archiviste-Trésorier : M. Garnier. 

Membres de la commission de publication 
Paul Meyer. 

Membres ajdoints de la même commission 
Paris. 

Membres de la commission des fonds : MM. Douet d'Arcq, Vallet de 
Viriville et Dupont. 

— Par arrêté de M. le Ministre de la Maison de l'Empereur, nos con- 
frères M. Siméon Luce et M. Jules Guiffrey ont été nommés archivistes 
aux Archives de l'Empire. 

— Par une décision récente, le Conseil d'administration de la Compagnie 
des services maritimes des Messageries impériales a nommé secrétaire gé- 
néral de la Compagnie notre confrère M. Charles Tranchant, précédem- 
ment inspecteur principal des services. 

— Notre confrère, M. René de Mas Latrie, vient d'être nommé secré- 
taire particulier de M. le Préfet de la Haute-Marne. 

— Au concours ouvert par le Ministère de l'Instruction publique entre 
les Sociétés savantes des départements, pour la publication d'un cartulaire, 
le prix a été décerné au Carlulaire de Notre-Dame de Chartres, publié 
par MM. E. de Lépinois et Lucien Merlet. — Des mentions très-honorables 
ont été accordées : 1° au Livre des serfs de Marmoutier, dont la publica- 
tion, commencée par M. André Salmon, a été achevée par M. Grandmai- 
son; 2<>au Cartulaire de Saint-Vincent de Mdcon, publié par M. Ragut, 
avec une introduction par M. Chavot. — Le Cartulaire de l'église d'Au- 
tun, publié par M. Charmasse, et les Cartulaires de Saint Robert de Cor- 
nillon et de la Chartreuse des Écouges, publiés par M. l'abbé Auvergne, 
ont obtenu des mentions honorables. 

Dans la séance où ont été proclamés les résultats du concours, M. le 
Ministre de l'Instruction publique a annoncé que notre confrère M. d'Arbois 
de Jubainville venait d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur. 

— La mort de M. Ferdinand Wolf, arrivée le 20 février dernier, est uûe 






407 

perte sensible pour tous ceux qui s'intéressent à la littérature du moyen 
âge. Depuis près d'un demi-siècle, ses travaux contribuaient à en répandre 
le goût et la connaissance, et, quelque sentier qu'on eût choisi dans ce vaste 
domaine, on y trouvait toujours ses traces. La littérature française lui doit 
beaucoup: depuis ses excellentes recherches sur les Épopées héroïques du 
moyen âge (1833), jusqu'à ses intéressantes dissertations sur la reine Si- 
bile et Huon de Bordeaux (1859), sur les Théories amoureuses et Bau- 
douin de Condê (1862), et sur Raoul de Houdenc (1865), dont il voulait 
publier le Merangis de Portlesguez, il n'a cessé de s'en occuper avec au- 
tant de science que de sympathie : il a même écrit, pour une encyclopédie, 
un court Tableau de la littérature française au moyen âge, qui, traduit 
en français, est encore, malgré sa concision extrême, ce que l'on possède 
de plus complet et de plus sûr. Mais les travaux de Wolf ne se bornent pas 
là : c'est même l'Espagne qui a été le champ préféré de ses travaux. On peut 
dire qu'il est un de ceux qui ont fondé l'histoire de l'ancienne poésie de la 
péninsule, et il l'a fait avancer à grands pas. Ses Études sur la littérature 
espagnole et portugaise (1858), composées en grande partie d'articles faits 
à propos de publications nouvelles, garderont une valeur incontestable 
quand ces publications elles-mêmes seront dépassées et oubliées; et la col- 
lection de romances qu'il a donnée avec Conrad Hofmann (1856) a pris et 
gardera, par le goût qui a présidé au choix des pièces admises, la critique 
des textes, l'excellence de l'introduction et des notes, une place à part entre 
les nombreux Romanceros de notre siècle. Jaloux de faire connaître une 
littérature qu'il aimait, Wolf ne s'est pas contenté d'en étudier les origines : 
il a appelé l'attention publique, soit par des anthologies, soit par des cri- 
tiques, sur les productions les plus modernes de l'Espagne et du Portugal, 
et il a révélé à l'Europe le Brésil littéraire (1862). Enfin, après avoir bien 
mérité de plusieurs des nations modernes en éclairant leur passé littéraire, 
il a étudié, dans un de ses ouvrages les plus importants, un sujet qui les in- 
téresse toutes : son livre sur les Lais, les Séquences, etc., étude sur l'his- 
toire des formes rhythmiques et des mélodies des chants populaires et 
des chants d'église au moyen âge (1841), a renouvelé l'étude de matières 
jusqu'alors fort obscures et a conquis pour la science des résultats précieux, 
qui ne sont malheureusement pas encore généralement admis. 

M. Wolf représente, dans la science, une génération un peu antérieure 
à celle qui règne actuellement. Bien que plus jeune de deux ans que 
M. Diez, il est par certains côtés son aîné : il ne s'est jamais enfoncé dans 
la philologie proprement dite, et ses recherches ont toujours été dirigées et 
animées par le sentiment littéraire. Il se rattache à la tradition de l'école 
romantique allemande, et il s'y rattache par les deux meilleurs aspects de 
cette école : l'intelligence des nationalités étrangères et des temps passés, et 
la sympathie pour l'élément populaire, spontané, naïf dans les littératures. 
Les deux tendances ont inspiré toute l'activité de l'illustre savant ; elles font 
en grande partie le charme et la valeur de ses ouvrages. G. P. 



408 

— Le dimanche 22 avril, notre confrère M. Vallet de Viriville a fait, à la 
mairie de Montmartre (IX e arrondissement de Paris), une conférence pu- 
blique et gratuite, sur la demande et sous les auspices de l'association po- 
lytechnique, fondée en 1830, pour la propagation de l'instruction parmi les 
ouvriers de la capitale. Le sujet de cette conférence était Gutenberg et les 
origines de l'imprimerie. 

— Un congrès archéologique international se tiendra à Anvers du 12 au 
22 août 1866. 

— M. Marty-Laveaux, notre confrère, commencera prochainement, à la 
librairie Lemerre, la publication d'une collection qui a pour titre : 

« La Pléiade françoise : Ronsard, Du Bellay, Belleau, Jodelle, Baïf, 
Dorât, Pontus de Tyard. Avec une Étude sur la langue de ces poètes, un 
Glossaire, des Notices biographiques et des notes. » 

Cette collection formera quinze volumes tirés seulement à 250 exemplai- 
res. Le dernier volume contiendra un Index des noms historiques men- 
tionnés dans l'ouvrage. 

La publication commencera par les Œuvres françoises de Joachim du 
Bellay, dont le premier volume est actuellement sous presse. 

— La Société du Berry propose un prix pour l'auteur de la meilleure notice 
biographique et littéraire qui lui sera adressée sur Gaspard Thaumas de 
la Thaumassière, auteur de YHistoire du Berry et de beaucoup d'autres 
publications sur des matières de droit et d'histoire. 

On demande aux concurrents, sans négliger les détails purement biogra- 
phiques, d'étudier particulièrement les nombreux travaux de la Thaumas- 
sière, d'en présenter l'analyse, d'en apprécier l'ensemble, de faire connaître 
les sources auxquelles il avait puisé, les relations qu'il entretenait avec les 
savants de sou temps, la place qu'il mérite d'occuper dans le mouvement 
d'érudition de la seconde moitié du dix-huitième siècle. 

Le prix consistera en une médaille d'or de 300 fr., et sera décerné dans 
la séance de janvier 1867. 

Les mémoires seront adressés, avant le 1 er novembre 1866, à M. le se- 
crétaire de la Société du Berry, rue Bergère, n° 20, à Paris. Ils devront por- 
ter une épigraphe répétée sur un pli cacheté, contenant le nom et l'adresse 
de chaque auteur. 

— Par arrêté de M. le maire de la ville de Besançon, en date du 15 fé- 
vrier, notre confrère M. Castan a été nommé conservateur de la bibliothè- 
que de Besançon, en remplacement de feu M. Weiss. 



TRAITÉS 

DE PAIX ET DE COMMERCE 



ENTRE LES CHRÉTIENS 



ET LES ARABES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE 



kV MOYEN AGE. 



RECHERCHE DES DOCUMENTS'. 



La première pensée de ce recueil appartient à M. le maréchal 
duc de Dalmatie et à M. Laurence, ancien directeur des affaires 
d'Algérie. 

Ajourné depuis son adoption pour des travaux d'une utilité 
plus immédiate, le projet semblait devoir être délaissé longtemps 
encore, suivant toute apparence, quand une circonstance fortuite 
le fit connaître d'une personne toujours heureuse d'employer, en 
s' oubliant elle-même, l'auguste et bienveillante confiance dont 
elle est honorée au profit de ce qui lui paraît avantageux et loua- 
ble pour le pays et la science. 

L'Empereur a daigné m'entretenir un instant de ce Recueil. 
L'Empereur a bien voulu m'indiquer comment la publication en 



1. Ce morceau doit servir de préface au Recueil de Traités de paix et de com- 
merce, et documents divers concernant les relations des Chrétiens et des Arabes 
de l'Afrique septentrionale au moyen âge, de notre confrère M. de Mas Latrie, 
qui doit paraître dans le courant de l'année prochaine. 

II. (Sixième série.) 28 



410 

était aujourd'hui conçue, comment elle devait être agrandie et 
disposée, pour réunir plus complètement, mais distinctement, 
le caractère et les notions scientifiques aux résultats plus sim- 
ples qui peuvent éclairer l'administration publique et les indi- 
gènes eux-mêmes sur l'état et la civilisation du pays avant la 
domination turque. 

Comme par le passé, le Recueil concernera exclusivement 
l'histoire des relations des chrétiens, au moyen âge, avec les 
royaumes arabes de la partie septentrionale de l'Afrique que les 
Orientaux appellent le Magreb, et dans lequel l'Algérie oc- 
cupe la place centrale. C'est l'ancien pays des Berbères, désigné 
longtemps sous le nom d'États barbaresques, dénomination pu- 
rement géographique dans l'origine, à laquelle les événements 
des trois derniers siècles ont donné un sens et un renom si fu- 
nestes. A certains égards, les îles Baléares, pendant le règne des 
princes musulmans, pouvaient se rattacher au sujet, au moins 
comme indication passagère; mais l'Espagne et le Portugal, dont 
la situation n'offrirait aucune analogie utile à ces recherches, 
devaient rester tout à fait à l'écart. 

Les documents ne seront plus partiellement traduits et insé- 
rés dans un résumé historique. Publiés intégralement et séparé- 
ment, ils formeront en quelque sorte un ouvrage indépendant 
par eux-mêmes. Une Introduction en exposera les principes gé- 
néraux, rappellera les circonstances qui ont amené la conclusion 
des traités, montrera l'esprit de bonne foi et de tolérance reli- 
gieuse qui régna de part et d'autre, pendant plus de cinq cents 
ans, dans les rapports des chrétiens et des Arabes de l'Ouest, 
entièrement séparés d'intérêts, dès le onzième siècle, avec les 
Arabes d'Orient, auxquels ils n'accordèrent jamais leur con- 
cours, on peut le dire, tant les exceptions sont rares , pendant les 
guerres des croisades. 

Ainsi se démontrera peut-être par le tableau fidèle du passé 
la possibilité de voir s'établir dans l'avenir entre les Arabes et 
nous, et pour l'avantage réciproque des deux peuples, des rela- 
tions plus franches, en prouvant par les témoignages les plus cer- 
tains que les animosités et les rancunes qui les ont trop longtemps 
divisés ne sont ni si invétérées ni si radicales qu'on le pense, 
et qu'elles tiennent moins à la différence de race et de religion 
qu'aux instincts fanatiques et cupides qu'une nation, heureuse- 
ment transformée de nos jours, vint développer au seizième siè- 



411 

cle parmi les populations de la côte d'Afrique en les associant 
à ses dévastations. 

C'est d'après ces vues que j'ai donné sa dernière forme au pré- 
sent ouvrage. 

Les matériaux une première fois réunis avaient été depuis en- 
tièrement perdus ou dispersés. lia fallu retourner en Italie pour 
relever de nouveau les textes de plusieurs documents qu'on n'a- 
vait pu retrouver à Paris ni à Alger. J'ai eu l'occasion d'être 
informé, durant le cours de ces recherches, que les archives du 
Bardo, à Tunis, ne renferment aujourd'hui aucun traité conclu 
avec les puissances chrétiennes antérieur au dix-septième siècle. 
Ces circonstances justifieront, je l'espère, les retards involontai- 
res apportés à ma publication. 

Mon ambition serait satisfaite si je pouvais espérer qu'elle ne 
parût pas trop indigne de l'intérêt qu'elle a inspiré, de la pensée 
amicale qui l'a retirée de l'oubli et des faits trop méconnus 
qu'elle doit mettre en lumière. 

L'Introduction présentera l'historique succinct des événe- 
ments et des relations, basé principalement sur les documents 
justificatifs que j'ai rassemblés. Je dirai ici quelques mots de 
ces documents mêmes, en suivant l'ordre des groupes histori- 
ques dans lesquels je les ai répartis pour les publier. 

Cet ordre est simplement l'ordre chronologique, et il indique 
assez approximativement la relation suivant laquelle les puis- 
sances chrétiennes, après le temps des grandes invasions sarra- 
sines, ont successivement cherché à vivre en bonne intelli- 
gence avec les Africains, Rome dans un intérêt religieux, les 
autres États dans un but commercial et politique. 

1. — Le Saint-Slége. 

Il est permis de croire que durant la période même des in- 
cursions et des plus vives hostilités des Arabes contre les pays 
européens, du huitième au dixième siècle, tous rapports n'a- 
vaient pas cessé entre les papes, chefs universellement recon- 
nus de l'Église, et les populations chrétiennes de l'Afrique, dont 
on retrouve les traces vivantes encore au commencement du 
treizième siècle, à travers les périls et les séductions de la do- 

28, 



412 

mination musulmane. Le commerce profita toujours de ces re- 
lations, dont il était souvent l'agent et qu'il facilitait à son 
tour. On peut considérer comme un fait certain que, dans la 
plupart des cas, le même navire qui portait uu envoyé ou une 
missive apostolique avait à son bord des marchands et des mar- 
chandises. 

Après l'époque des invasions, les papes paraissent les premiers 
en communications suivies et régulières avec les chrétiens d'Afri- 
que, avec les évêques qui les gouvernaient encore et les souverains 
arabes ou berbères dont ils étaient les sujets. La lettre de Gré- 
goire VII à En-Nacer, roi berbère de la Mauritanie sitifienne, 
en 1076, est un précieux monument de ce temps et le plus curieux, 
échantillon de la correspondance facile et amicale qui a existé 
entre les papes et quelques sultans d'Afrique. On retrouve les 
mêmes caractères de confiance et de déférence réciproques dans 
les rapports des rois maugrebins avec Grégoire IX, qui recom- 
mande en 1 233 l'évêque de Fez au roi de Maroc, qui agit en 1 235, 
avec le prieur des moines franciscains de Barbarie, comme mé- 
diateur d'un accord entre le roi de Tunis et les Génois; dans les 
lettres d'Innocent IV, qui réclame avec instance la protection 
des rois de Tunis et de Bougie pour les religieux mineurs occu- 
pés dans leurs États au rachat des prisonniers de guerre et au 
service des oratoires chrétiens, et qui, en 1246 et 1251, va jus- 
qu'il demander au roi de Maroc des villes de sûreté près des 
côtes pour les populations chrétiennes de ses domaines d'A- 
frique. 

J'ai recueilli avec soin les rares témoignages de ces faits né- 
gligés, bien qu'ils se trouvent consignés dans les collections ec- 
clésiastiques livrées depuis longtemps au public. Un seul est 
nouveau. C'est la bulle adressée en 1290 aux chevaliers et hom- 
mes d'armes chrétiens servant dans les armées des sultans de 
Maroc, de Tunis et de Tlemceh, pour les exhorter à ne jamais 
blesser, au milieu des dangers qui les entourent, les vertus et 
l'honneur chrétiens. J'ai trouvé la première mention de ce do- 
cument précieux dans l'index des lettres apostoliques de la col- 
lection La Porte Du Theil, à la Bibliothèque impériale, et j'en ai 
relevé le texte h Rome, en 1844, sur le registre original de Ni- 
colas IV. 

Au quatorzième siècle, les titres manquent. Ceux que nous 
avons du quinzième ne peuvent plus concerner des chrétiens in- 



413 

digènes. Les évêques mêmes auxquels sont adressées les bulles 
du seizième ne résident pas en Afrique, et ne sont plus en réa- 
lité que des évêques in parlibus. L'établissement des Turcs à 
Alger mit en péril la civilisation et inaugura le règne de la pi- 
raterie dans tous les États de la côte d'Afrique. Ce qui avait été 
jusque-là exceptionnel et toujours prohibé, fut hautement avoué 
par les gouvernements et réglé comme un des revenus perma- 
nents du pays. L'Europe fut assez forte pour ne pas permettre 
aux vrais Barbares de prendre pied sur ses terres, mais la Mé- 
diterranée revit les scènes de pillage et de terreur qui rappe- 
laient l'époque des invasions, oubliées depuis quatre et cinq 
siècles. 

2. — Pise. 

Mes premières recherches aux archives de Pise et de Florence 
remontent aux années 1841 et 1842. Entreprises principalement 
dans le but de recueillir des documents sur le commerce et les 
relations des deux républiques toscanes en Orient et en Afrique, 
elles m'amenèrent à reconnaître bientôt, par l'amicale assistance 
de M. Bonaini, qui préparait dès lors le magnifique classement 
terminé aujourd'hui, l'intérêt de quelques documents chrétiens 
et musulmans et l'existence de plusieurs parchemins arabes dé- 
pourvus de traduction, dont les cotes indiquaient vaguement 
l'objet. C'étaient généralement des traités de paix et de com- 
merce, ou des lettres échangées entre les émirs et la répu- 
blique. 

Les archives de l'archevêché de Pise m'ont fourni des lettres 
et des décisions concernant les affaires religieuses de la colonie 
pisane établie à Tunis, et en même temps ses affaires commer- 
ciales, car l'archevêque fut longtemps le chef politique et reli- 
gieux de l'État, et les notaires de l'archevêché transcrivaient, 
pour en assurer la conservation, les actes de toute nature dont 
on leur confiait l'entérinement. J'ai trouvé dans les archives 
particulières des familles Gaetoni, Boncioni et Alliata, quelques 
contrats de nolis, des quittances et autres documents secon- 
daires, fort utiles néanmoins pour constater et suivre la nature 
et les conditions du commerce extérieur au moyen âge. 

J'ai donné en 1848 et 1849, dans la Bibliothèque de l'École 
des chartes ', ceux de ces documents qui n'avaient point paru 

1. 2 e série, t,IV et V. 



414 

dans les ouvrages de Tronci, de Flaminio dal Borgo et de Bru- 
netti. Ce n'était là qu'une publication partielle, insuffisante et 
peu en rapport avec l'importance de la collection et de son ob- 
jet. Peut-être a-t-elle contribué cependant à déterminer la belle 
et complète publication de M. Amari, parue en 1803 sous le 
titre de : I Diplomi arabi del reaïe archivio Fiorentino ' . Ce li- 
vre, digne en tout des précédents travaux du savant auteur, 
comprend 84 documents originaux, dont 13 en double texte, ce 
qui porte à 97 le nombre total des pièces qu'il renferme. La plus 
ancienne est de Fan 1150, la plus récente de 1509; 45 de ces 
pièces sont des documents chrétiens, rédigés en latin ou en ita- 
lien ; 52 arabes sont publiés dans le texte oriental, avec une tra- 
duction italienne de M. Amari. Quant à leur objet, les 84 docu- 
ments de la collection se répartissent ainsi : 1 concerne les Arabes 
d'Espagne, 2 les îles Baléares, 40 l'Egypte et la Syrie, 41 les 
royaumes arabes de l'Ouest ou du Magreb, de Tripoli au Maroc. 
Leur nature est très-variée : ce sont des lettres échangées entre les 
rois maugrebins, arabes ou berbères, leurs ministres ou sujets, et 
les chefs ou simples citoyens des républiques de Pise et de Florence 
(un grand nombre concernant la piraterie des chrétiens); des sauf- 
conduits, des procurations, des édits ou ordonnances en faveur 
des navigateurs pi sans et florentins, des lettres des agents chré- 
tiens à l'étranger, consuls ou ambassadeurs; des instructions 
diplomatiques et 14 traités de paix et de commerce. 

Je ne pouvais songer à réimprimer les documents irrépro- 
chablement publiés par M. Amari, et assurés, grâce à l'autorité 
du nom de l'éditeur, de la plus grande notoriété dans le monde 
savant. Mon recueil eût été néanmoins incomplet s'il n'eût ren- 
fermé les documents diplomatiques qui ont servi de base et de 
règle, pendant tout le moyen âge, aux relations de Pise et de 
Florence avec le Magreb , car l'inédit n'était nullement une con- 
dition de ma publication. 

J'ai par conséquent emprunté ou redemandé au livre de 
M. Amari tous les traités qui rentraient dans les limites histori- 
ques et géographiques de mon sujet. Ces traités sont au nombre 
de onze, en y comprenant une lettre du roi de Tunis à l'archevê- 
que de Pise, dans laquelle Ternir rappelle et valide les articles 
d'une convention arrêtée oralement à Tunis avec l'envoyé pisan. 



1. Un volume grand in-4°. Florence, Lemonnier, 1863. 



415 

Cette lettre, qui peut être considérée comme mon premier traité 
toscan et le plus ancien traité de ma collection, est de l'an 1 157. 
Le dernier traité de même origine est celui que conclut en 1445 
le roi de Tunis avec la république de Florence, héritière des 
droits et des prétentions de Pise. 

J'ai pu placer en regard du texte chrétien de cinq de ces do- 
cuments, ceux de 1 157, 1184, 1353, 1398 et 1421, la traduc- 
tion que M. Amari a effectuée de la rédaction arabe encore exis- 
tante. 

Un véritable intérêt scientifique s'attache à la comparaison 
de ces textes, et j'ai donné tout mon soin à mettre en relation 
facile les articles correspondants des deux rédactions, afin de 
simplifier la solution de la question d'histoire et de diplomatique 
qui s'y rattache. 

M. Amari pense, et il a par deux fois exprimé cette opinion 
avec une insistance qui me commande de m'y arrêter * , M. Amari 
pense que les rédacteurs ou traducteurs des traités, en exécu- 
tant le second exemplaire de l'acte contractuel, d'après un pre- 
mier instrument, arabe ou chrétien, plus souvent arabe que 
chrétien, cherchaient, de parti pris et par conséquent déloyale- 
ment, à s'écarter de la rédaction antérieure, afin d'empirer le 
plus qu'ils pouvaient la situation de la nation co-contractante, et 
d'exagérer les avantages et la position de leur propre nation. Je 
suis d'un sentiment tout opposé. 

Que des différences portant sur le fond même des dispositions 
d'un accord et ayant par suite une réelle importance ne se ren- 
contrent quelquefois entre les originaux d'un même traité arabe 
et chrétien, cela est certain, quoique très-rare. Mais que ces dif- 
férences soient calculées, systématiquement et frauduleusement 
pratiquées, pour altérer le texte primitif d'un accord au profit 
de l'une des parties et au détriment de l'autre, c'est ce que je ne 
puis absolument reconnaître, et ce qui me paraît même impos- 
sible. Comprendrait-on l'existence de rapports commerciaux 
presque journaliers basés sur une convention synallagmatique 
dont une copie dirait le contraire de l'autre? Tout désaccord sur 
un point précis, formel et quelque peu considérable, n'arrête- 
rait-il pas à l'instant les transactions ? Et la crainte d'une sem- 
blable supercherie, si elle eût été habituelle ou seulement éven- 

1. Voyez Diplomi arabi, préface, § IV et XXXIII, p. v et lxxii. Cf. p. 479. ] 



416 

tuelle, n'aurait -elle pas rendu toute négociation ultérieure 
illusoire et superflue? 

L'opinion de M. Amari a pour moi la même autorité que celle 
des savants auteurs qu'il dit incliner vers son avis. Mais il y a 
quelque chose de supérieur à l'appréciation des textes, ce sont 
les textes eux-mêmes. Que l'on compare attentivement les traités 
assez nombreux qui nous sont parvenus dans les deux formes, 
arabe et chrétienne, sans en excepter même les traités major- 
quains de 1181 et 1 184, dont nous n'avons pour texte chrétien 
qu'une analyse exceptionnellement abrégée; et l'on verra si l'on 
ne retrouve pas de part et d'autre, dans le texte arabe et dans le 
texte chrétien, sous des rédactions et des formes toutes diffé- 
rentes, telles qu'un Arabe et un Européen en emploieront tou- 
jours pour rendre une pensée quelconque, les mêmes clauses 
pratiques, les mêmes conditions, les mêmes dispositions et les 
mêmes garanties fondamentales. 

J'ai donc mis soigneusement en regard, toutes les fois que je 
l'ai pu, les textes multiples et contemporains du même traité. En 
ajoutant aux cinq documents pisans de M. Amari deux docu- 
ments, l'un génois, l'autre aragonais, précédemment publiés par 
MM. de Sacy et Reinaud, j'ai pu disposer ainsi synoptiquement 
dans mon Recueil les textes comparés de sept traités, dont l'exa- 
men résoudra, je l'espère, la question que je signale. 

I. Double texte de la lettre du roi de Tunis à l'archevêque de Pages . 
Pise, relative à un traité de paix et de commerce, de l'anl 157. 23 

II. Double texte du traité de l'émir de Majorque avec la répu- 
blique de Gênes, de l'an 1181 109 

III. Double texte du traité de l'émir de Majorque avec la répu- 
blique de Pise, de l'an 1184 367 

IV. Double texte du traité conclu entre le roi de Majorque 
Jacques II et Aboul-Hassan-Ali, roi de Maroc, Pan 1339 192 

V. Double texte du traité de paix et de commerce entre la ré- 
publique de Pise et le roi de Tunis, de l'an 1353 55 

VI. Triple texte du traité entre la république de Pise et le roi 

de Tunis, de l'an 1397 70 

VII. Double texte du traité conclu entre la république de Flo- 
rence et le roi de Tunis, de Pan 1421 344 

Le plus ancien de ces documents est, comme je l'ai dit, le pri- 



417 

vilége ou le traité de 1 157. Mais j'ai donné, sous le n° 1 de mes 
documents de Pise, l'extrait de la chronique de Marangone, 
constatant que dès Fan 1 133 des traités de paix avaient été con- 
clus et probablement écrits entre la république et les rois de 
Maroc et de Tlemcen. 

3. — France. 

Nous avons bien peu de renseignements sur les rapports de 
notre pays avec l'Afrique avant l'époque turque, même en ce 
qui concerne nos provinces méridionales. Quant au nord et à 
l'ouest, nous ignorons tout. C'est à ne pas oser affirmer ni con- 
tester qu'un navire normand ou aquitain, autre qu'un navire 
croisé, ait touché pour fait de commerce à l'un des ports du 
Magreb pendant tout le moyen âge. Mais peut-être nos archives 
n'ont-elles pas encore donné leur dernier mot à cet égard. 

La possession du Uoussillon et du bas Languedoc par les rois 
d'Aragon, la possession non moins longue de la Provence par 
les rois de la maison d'Anjou-Sicile, peuvent expliquer en partie 
la dispersion des documents anciens relatifs à l'histoire de ces 
pays. Les changements des résidences souveraines, la diversité 
des lieux où les princes ont déposé ou pu déposer les actes de. 
leur autorité : Palerme, Naples, le Mont-Cassin, la Cava, Mar- 
seille, Montpellier, Perpignan, Barcelone, ont pu nuire à la 
conservation de ces actes. Des faits locaux ont pu occasionner 
aussi leur dispersion ou leur destruction. On s'accorde à dire 
traditionnellement à Marseille que les Catalans, lors de linva- 
sion du roi Alphonse V en Provence, l'an 1425, saccagèrent les 
archives municipales et le palais de la commune, en même temps 
qu'ils emportèrent les reliques de l'église Saint-Louis. 

Il est certain qu'un nombre considérable de documents rela- 
tifs à l'administration, au domaine, au commerce et aux affaires 
géuérales de Marseille ont dû être détruits ou perdus, car nous 
n'avons presque rien d'écrit au sujet de la question spéciale qui 
nous occupe, et qui n'est qu'une branche de commerce général 
de Marseille par la voie de mer; et, cependant, ces quelques 
indices suffisent, et prouvent que la Provence ne cessa d'entre- 
tenir des rapports commerciaux avec l'Afrique comme avec le 
reste de la Méditerranée, depuis le douzième siècle jusqu'au 
quatorzième et au delà. 

J'ai emprunté à la collection de Lois maritimes de M. Par- 



418 

dessus, à l'Histoire des actes de la municipalité de Marseille de 
M. Méry, et aux Monumenta patrix de Turin, quelques docu- 
ments qui établissent ces faits; mes recherches particulières 
m'ont permis d'y ajouter quelques pièces qui les confirment. 

A part deux documents très-secondaires se rattachant à l'expé- 
dition du duc de Bourbon en Afrique, en 1390 ; à part les lettres 
que le roi de Maroc écrivit en 1282 au roi de Castille et au roi 
de France, dbnt j'ai reproduit la principale, les seules pièces rela- 
tives à l'Afrique, concernant directement les domaines du roi de 
France, sont le traité conclu à Tunis trois mois après la mort de 
saint Louis par Philippe IIÏ, roi de France, et Charles d'Anjou, 
roi de Sicile ' ; et les lettres adressées par Louis XI, vers 1482, 
aux rois de Bone et de Tunis, pour exprimer à ces princes son 
désir d'entretenir et de développer avec leurs États le commerce 
de ses sujets du comté de Provence, dont il venait d'hériter par 
la mort de son cousin Charles III d'Anjou. 

Il paraît que le premier accord, écrit en 1270 sous les murs 
de Tunis, pour arrêter les conditions de la paix entre Abou- 
Abd-Allah-Mohammed et les princes chrétiens, fut rédigé en 
français. Le traité de Jaffa, qui ouvrit Jérusalem à l'empereur 
Frédéric, le 11 février 1229, fut également rédigé en français et 
en arabe. L'instrument français du traité de Tunis n'existe plus. 
On possède seulement aux archives de France 2 une expédition 
authentique du texte arabe, dressée à Tunis même pour être 
jointe au texte français et portée en France. 

4. — Gênes. 

Des dix traités et conventions de commerce conclus par la 
république de Gênes avec les rois arabes du Magreb ou des îles 
Baléares, réunis dans mon Recueil, trois ont été d'abord publiés 
par M. de Sacy : ceux des années 1 181 et 1188, venus de Ma- 
jorque, et celui de 1250, venu de Tunis. J'avais déjà imprimé 3 
le traité de Tunis de 1236, d'après les fragments relevés par le 
P. Semini. Je puis donner aujourd'hui le texte complet de cette 
convention, qui a un intérêt particulier, parce qu'elle est jusqu'à 

1. Je reproduis, p. 93, la traduction française du texte arabe de ce traité, qu'a pu- 
bliée M. de Sacy. 

2. Archives de l'Empire, J. 937, n° 1. 

3. Bibliothèque de l'École des chartes, 1857, 4 e série, t. III, p. 440. 



419 

présent la plus ancienne des capitulations obtenues par la répu- 
blique de Gênes des souverains de l'Afrique propre, comprenant 
alors toute l'Algérie orientale, et qu'elle fut comme le prototype 
des traités postérieurs échangés entre les deux États. Le texte 
en a été pris sur l'original môme du traité rapporté de Tunis 
à Gênes, et retrouvé récemment à Turin, à la suite de la mise en 
ordre des documents provenant des archives de la république de 
Gènes transférés en grande partie à Turin. Il m'a été envoyé 
par M. le commandeur Castelli, directeur général des archives 
d'Italie, dont la courtoisie a toujours facilité mes travaux, ac- 
cueilli et prévenu mes demandes avec le plus obligeant empresse- 
ment. Les originaux chrétiens des traités de 1272, 1287 et 1391 
existent également à Turin, et c'est d'après ces instruments que 
je publie mon texte. Je n'ai pu retrouver un traité de 1383, 
formellement rappelé et confirmé par l'accord de 1391. 

M. de Sacy, en rendant compte à la classe de littérature et 
d'histoire de l'ancien Institut des recherches historiques par lui 
effectuées à Gênes en 1805, à la prière de ses collègues, avait 
signalé ' un cahier en papier d'une écriture ancienne, renfer- 
mant une copie des traités arabes de 1433, 1445 et 1465. J'ai 
longtemps, et toujours vainement, recherché ce cahier à Gênes 
et à Turin. Les derniers classements effectués à Turin l'ont ra- 
mené au jour, et j'ai pu ajouter à mon Recueil les trois documents 
qu'il renferme. Ce sont des textes latins, dressés originairement 
d'après une première rédaction arabe, du moins en ce qui con- 
cerne les deux premiers, et copiés soigneusement et fidèlement 
sur ce cahier, d'après les enregistrements de la chancellerie 
ducale, bien que la copie ne soit appuyée d'aucune clause d'au- 
thentication à la fin. 

Postérieurement au traité de 1465, dont la durée devait être 
de trente ans, on ne trouve pas trace d'autres accords passés 
entre la république de Gênes et les royaumes encore indépen- 
dants du Magreb. Je n'en connais pas d'antérieur à celui de 
1236; mais il est hors de doute que la république de Gênes con- 
clut bien avant cette époque des traités écrits avec les sultans du 
Magreb, soit avec les premiers Hafsides de Tunis, qui semblent 



1. Rapport sur les recherches faites dans les archives du gouvernement et autres 
dépôts publics à Gênes, en 1805. Mémoires de l'Académie des inscriptions, nouv. 
série, t. III, 1818, Hist., p. 120. 



420 

ne pas leur avoir été d'abord très-favorables, soit avec les sultans 
almohades, qui régnaient sur tout l'Occident, depuis le Maroc 
jusqu'aux environs d'Alger. Dès 1138, Gènes était en position 
de faciliter aux Marseillais une convention avec le roi de Maroc. 
On sait par Caffaro que les consuls génois négocièrent à Maroc 
même, en 1 160, un traité de paix et de commerce avec le grand 
Abd-el-Moumen, fondateur de la dynastie almohade; et l'on 
voit, d'après ce que nous savons du traité de Frédéric II avec 
l'émir de Tunis en 1231, que les villes de Gênes, de Pise, de 
Marseille et de Venise, avaient dès lors des pactes écrits avec les 
princes d'Afrique. 

M. de Sacy, dont la mission à Gênes avait eu principalement 
pour but de rechercher des manuscrits et des pièces diploma- 
tiques en langues orientales, exprinfe la pensée qu'à son avis les 
textes arabes des traités conclus entre chrétiens et musulmans 
ont dû être toujours fort rares en Europe ; et il ajoute, pour 
justifier son opinion et cette rareté, qu'en général, lors de la 
rédaction d'un traité entre Arabes et chrétiens, chaque partie 
contractante se contentait de conserver la pièce écrite en sa 
langue * . 

On trouvera que je me hasarde beaucoup en pareille matière; 
je ne puis néanmoins partager tout à fait l'avis de M. de Sacy.. 
Je pense que le cas d'un exemplaire unique gardé par chaque 
partie contractante est l'exception. Je crois au contraire, du 
moins en ce qui concerne les chrétiens, qu'il était dressé habi- 
tuellement, à leur intention ou par leurs soins, deux textes ori- 
ginaux de l'accord, l'un en arabe, l'autre en latin, ou dans l'une 
des langues vulgaires désignées alors sous le nom de latin. Ces 
originaux étaient généralement écrits sur deux parchemins sépa- 
rés; quelquefois réunis sur la même charte, comme nous en 
avons plusieurs exemples dans les documents de Pise, de Gènes 
et de la Bibliothèque impériale de Paris. Une expédition du texte 
arabe était à l'occasion laissée, avec une copie du texte latin, 
daus les coffres des consulats chrétiens en Afrique 2 . Mais le 
négociateur chrétien, pour les cas les plus ordinaires, rapportait 
également avec lui de sa mission un exemplaire du texte mu- 
sulman. 

1. Rapport cité, sur les recherches faites à Gênes en 1805. Mémoires de l'Aca- 
démie des inscriptions, nouv. série, t. III, Hist., p. 94. 

2. Voyez nos documents, p. 244, n., et p. 2b4, n. 



421 

Si les Archives d'Europe n'ont pas conservé jusqu'à nous un 
plus grand nombre de pièces arabes, c'est que ces pièces ont été 
peu à peu négligées, et détruites peut-être, à mesure qu'on 
s'éloignait du temps où elles pouvaient servir comme documents 
diplomatiques. 

Indépendamment des archives politiques de l'ancienne répu- 
blique, dont les titres ont été, comme je l'ai dit, transportés la 
plupart à Turin, la ville de Gènes possède encore dans les 
archives de la Banque de Saint-Georges et dans les archives de 
ses anciens notaires, intelligemment centralisées, de précieuses 
sources pour l'histoire de ses institutions, de ses relations, de 
ses familles, de son commerce, de toute son administration inté- 
rieure et coloniale. 

Le grand dépôt de ses actes notariés que je n'eusse pu aborder 
sans le secours de l'Index dressé par Richeri sous le titre de 
Pandecte, renferme des actes remontant au milieu du douzième 
siècle, où se trouvent de précieuses notions sur la nature des 
associations formées entre propriétaires et marchands pour le 
commerce d'Afrique, et le règlement des indemnités dues aux 
armateurs pour faits de piraterie, faits aussi fréquemment impu- 
tables durant tout le moyen âge à des chrétiens qu'à des musul- 
mans. Les archives de la Banque de Saint-Georges au quinzième 
siècle, époque à laquelle l'office s'était chargé de l'administration 
des îles et des colonies de la République, m'ont fourni quelques 
pièces concernant les démarches faites de concert à Tunis, en 
1456, par le conseil de la Banque et le doge de Gênes, afin d'ob- 
tenir que les Arabes ne rendissent pas les habitants de l'île de 
Corse responsables des méfaits d'un de leurs concitoyens, vivant 
en vrai bandit sur la mer, et attaquant indistinctement les navires 
de toute nationalité, attendu que les traités existants entre la 
république et le roi de Tunis devaient protéger les Corses à l'égal 
des autres sujets génois. 

5. — Deux-Siciles. 

Si on en excepte la convention conclue à Tunis en 1270 avec 
Abou-Abd-Allah par Philippe le Hardi et son oncle Charles d'An- 
jou, roi «les Deux-Siciles, nous n'avons pas le texte authentique 
d'un seul des traités qui ont dû être échangés entre les sultans 
du Magreb et les princes de Naples ou de la Sicile ; car le traité 






422 

de Frédéric II, de l'an 1231, ne nous est connu que par une pa- 
raphrase latine assez moderne d'une ancienne rédaction arabe. 
Le souvenir vivace de vieilles inimitiés, remontant au temps des 
grandes invasions et à l'expulsion des Arabes de la Sicile, l'oc- 
cupation d'une partie du littoral tunisien par les rois normands, 
la possession des îles de Gerba et de Kerkeni toujours revendiquée 
par leurs successeurs; enfin un penchant marqué vers la pirate- 
rie, tant chez les habitants de la Sardaigne et de la Sicile que chez 
les Berbères des îles et des côtes du golfe de Cabès, le concours 
de toutes ces causes augmentait les difficultés inhérentes au voi- 
sinage de deux peuples différents de mœurs, de race et de reli- 
gion. Ainsi s'est perpétué, sans empêcher le commerce, un état 
presque continuel d'hostilités plus ou moins prononcées entre les 
Arabes d'Afrique et l'Italie méridionale, particulièrement entre 
les populations du Magreb oriental et de la Sicile. 

Pendant le quatorzième et le quinzième siècle, on voit les rois 
de Tunis et les rois de Sicile sans cesse en compétition pour la 
souveraineté des îles de Gerba, ou occupés de négociations qui 
n'aboutissent qu'au renouvellement de courtes trêves. Rosario 
Gregorio avait publié tous les documents intéressants du temps 
de la première maison de Barcelone, indépendante des rois de 
Naples et bientôt des rois d'Aragon, désarmées 1319, 1364, 1392, 
1393, 1398 et 1409. Le savant auteur des Considerazioni avait 
seulement indiqué les instructions, les lettres, bans ou provi- 
sions consulaires appartenant à la seconde période, durant laquelle 
la Sicile fut réunie à la couronne d'Aragon et régie par des vice- 
rois. J'ai cru utile de donner textuellement ces documents ; et on 
les trouvera dans mon Recueil, aux années 1470, 1472, 1473, 
1476 et 1479, d'après les transcriptions originales ou les copies 
exactes qui en existent encore à Palerme, soit aux Archives roya- 
les, soit à la Bibliothèque du sénat, dans les papiers du savant 
Rosario Gregorio lui-même. 

Les fragments de la chronique monastique que j'ai transcrits à 
Saint-Martin, près de Palerme, nous font connaître la part hono- 
rable prise par un religieux de l'abbaye dans les relations tour à 
tour bienveillantes ou difficiles qui existèrent entre Tunis et la 
Sicile, à l'époque intermédiaire de ses deux dynasties, sous le 
règne d'Alphonse le Magnanime (1 435- 1458), qui réunit momen- 
tanément les trois couronnes de Naples, d'Aragon et de Sicile. 



423 



6. — Royaume de Majorque. 



La situation particulière des îles Bale'ares, sous les rapports 
géographique et politique, explique l'exception dont elles ont été 
l'objet. Elles participent à la fois par leur voisinage et leur po- 
pulation de l'Afrique et de l'Europe, et elles ont formé successi- 
vement un royaume musulman et un royaume chrétien. Il pou- 
vait y avoir quelque utilité a insérer dans mon Recueil, comme 
terme de comparaison, les documents appartenant au règne des 
princes arabes, qui parvinrent à maintenir quelque temps leur 
indépendance entre la chute de l'empire almoravide et la con- 
quête chrétienne, du milieu du douzième siècle au premier quart du 
treizième ; je devais absolument y comprendre les traités datant 
de l'année 1 23 1 , ou postérieurs à cette époque, à partir de laquelle 
les îles furent, de gré ou de force, soumises aux rois de la maison 
d'Aragon, et tous autres documents propres à éclairer les rela- 
tions des nouveaux souverains du pays avec les princes d'Afrique 
et leurs sujets. 

Malheureusement les documents que j'ai pu recueillir dans 
cette double direction de vues et de recherches sont bien peu 
nombreux. Les plus saillants sont les trois traités de 1278, 1313 
et 1339, conclus par les rois de Majorque, seigneurs du Rous- 
sillon et de Montpellier, avec les rois du Magreb, et publiés par 
MM. Champollion et Reinaud, d'après les originaux de la Biblio- 
thèque impériale de Paris. 

L'un de ces traités, celui de 1339, arrêté à Tlemcen entre 
Jacques II et Aboul-Hassan, offre une disposition paléogra- 
phique sans analogue, hors de l'Espagne, à ma connaissance, 
quoique les avantages eu aient dû être toujours bien sensibles. 
Les deux textes, chrétien et arabe, y sont écrits sur la même 
feuille de parchemin, et disposés sur deux colonnes parallèles, 
se servant réciproquement de contrôle et de commentaire, vali- 
dées chacune par les signatures et les sceaux des plénipoten- 
tiaires respectifs des parties contractantes. 

Le portefeuille de la Bibliothèque impériale, qui renferme ces 
précieux monuments, contient aussi l'original des pièces de 1231 
et 1235 que j'ai publiées avec les précédentes. La première est 
l'accord en vertu duquel les Arabesde l'île de Majorque acceptèrent 
la souveraineté de Jacques 1 er d'Aragon. Elle est de la période 



424 

mixte, pendant laquelle les Arabes et les chrétiens se parta- 
geaient encore la souveraineté des îles. 

On trouvera dans les autres divisions de mon Recueil trois do- 
cuments remontant à l'époque précédente, celle de l'indépen- 
dance et de la souveraineté arabe sur les Baléares. Ce sont les 
traités conclus en 1181, Il 84 et 1 188 par Abou-Ibrahim-Ishak, 
seigneur ou alfaqui de Majorque, et par son fils Abou-Moham- 
med, qui prit enfin le titre royal d'émir, avec les républiques de 
Gênes et de Pise *. 

Nous avons une traduction chrétienne interlinéaire du traité de 
1 188, qui est un décalque du texte original et qui ne donne lieu 
à aucune observation. Les autres présentent quelques circons- 
tances diplomatiques à remarquer. Ces traités nous sont connus 
par un double texte authentique : 1° par la rédaction arabe; 
2° par une traduction latine contemporaine de l'original arabe, 
et écrite au dos de l'instrument musulman, existant encore aux 
archives de Turin et de Florence. Ces traductions latines, pu- 
bliées l'une complètement par M. Amari, l'autre partiellement 
par M. de Sacy, et rétablie intégralement dans mon Recueil, sont 
exécutées dans un système assez différent des traductions des 
autres traités arrêtés par les rois du continent maugrebiu avec les 
États de Pise, de Gênes, de F Aragon, et les rois chrétiens des 
Baléares eux-mêmes. 

Généralement les auteurs des traductions chrétiennes, sans 
suivre en rien l'économie de la phrase arabe, tout en supprimant 
ou réduisant les formules confirmatives du commencement et de 
la fin des rédactions musulmanes, en réunissant quelquefois deux 
articles en un seul, donnent cependant le sens de toutes les dis- 
positions fondamentales du traité. Le texte chrétien désigne sou- 
vent Fauteur de la traduction, qui était tantôt le drogman de la 
douane arabe, tantôt un employé du consulat ou un habitant de 
la ville, juif ou chrétien, sachant les deux langues ; il nomme les 
personnages témoins et garants de l'interprétation et de la rédac- 
tion officielle du document. Les traductions des traités major- 
quains conclus du temps des rois arabes sont infiniment plus 
brèves. On sent bien qu'on a là, dans cette traduction abrégée, 
un travail sérieux, soigné, sincère, qui devait être considéré 

1. Le traité de 1181 est imprimé dans notre recueil, p. 109 , le traité de 1184, 
p._367 ; celui de 1188, p. 113. 



425 

comme complet, et qui l'est en effet autant qu'une analyse peut 
l'être ; mais c'est une analyse, un sommaire substantiel et officiel, 
plutôt qu'une traduction. Néanmoins ce résumé donne bien, dans 
son extrême concision, le sens et la valeur exacte de toutes les pres- 
criptions du texte arabe; et, quoiqu'il soit dépourvu des formules 
de validation rarement omises dans les traités des rois d'Afrique, 
nous ne doutons pas qu'il ne fût tenu pour lettre publique et au- 
thentique chez les chrétiens. Il y a quelquefois des particularités 
de rédaction qui sont mentionnées seulement dans ces traduc- 
tions ainsi condensées, et qu'on a négligé de préciser dans l'ins- 
trument original l , preuve évidente que l'auteur de l'analyse te- 
nait ses informations des sources les plus certaines, et qu'il 
écrivait peut-être en présence, sous les yeux et en quelque sorte 
sous la garantie des négociateurs et des témoins assistant incon- 
testablement à la négociation, bien qu'ils n'y soient pas nommés. 

7. — Venise. 

Le plus beau recueil de documents concernant les rapports des 
chrétiens avec l'Afrique du nord-ouest au moyen âge est incom- 
parablement le Livre des diplômes arabes de M. Amari, dans le- 
quel se trouvent réunies, sur un total de 84 documents, 41 pièces 
diverses toutes relatives au Magreb, beaucoup en double texte 
original et contemporain. 

Après cette collection, la première qu'on ait spécialement con- 
sacrée à l'histoire des rapports pacifiques des Arabes et des chré- 
tiens, l'ensemble le plus considérable d'actes publics touchant au 
même ordre de faits, se trouverait formé des documents répartis 
entre les deux volumes justificatifs de la savante Histoire du 
commerce de Barcelone de Capmany, et des traités peu nombreux, 
mais plus précieux encore, comme plus anciens et plus directe- 
ment originaux,, qu'out donnés MM. Champollion-Figeac et 
Reinaud. 

J'oserai mettre à la suite de ces deux sources capitales le Re- 
cueil de mes documents de Gênes et de Venise. Trois de mes 
10 traités génois ont été, comme je l'ai dit, imprimés depuis 
longtemps par M. de Sacy ; mais la primeur de la publicité des 
documents vénitiens me revient, je ne puis dire cependant tout 
entière, car je dois signaler quelques exceptious notables. 

I. Voyez nos Documents, p. 112, note. 

IL (Sixième série.) 29 



426 

Quatre de ces documents ont été publiés déjà; ce sont : 1° le 
traité de Tunis du 5 octobre 1231, le plus ancien de mes traités 
vénitiens avec le Magreb, que l'on croyait être signalé par le 
traité contemporain (mais antérieur de cinq mois) conclu avec la 
Sicile, et que j'ai toujours recherché inutilement aux archives gé- 
nérales de Venise, quand une copie du seizième siècle en existait 
depuis longtemps à la bibliothèque Saint-Marc, d'où MM. Tafel et 
Thomas l'ont extraite pour la placer dans leur utile publication 
des Fontes rerum Austriacarum, partie des documents de Ve- 
nise; 2° les instructions publiées par Marin du doge Gradenigo 
à Marin de Molino, envoyé vers l'an 1300 à Tunis afin de soute- 
nir les réclamations qu'avaient à faire valoir contre le gouverne- 
ment arabe plusieurs négociants vénitiens et un gentilhomme du 
grand conseil resté deux ans avec ses chevaux et ses domestiques 
au service de l'émir; 3° les instructions secrètes du conseil des 
Dix à François Teldi, chargé en 1504 de se rendre au Caire pour 
concerter avec le sultan les moyens les plus propres à entraver le 
commerce des Portugais dans les Indes, dont l'extension menaçait 
d'une égale crise et l'Egypte et Venise, document curieux, signalé 
depuis plusieurs années, mais que M. Romanin a le premier pu- 
blié, en 1856, dans son Histoire de Venise, et qu'il m'a paru bon 
de rapprocher de quelques documents analogues relatifs à la si- 
tuation générale du commerce vénitien sur les côtes d'Afrique au 
commencement du seizième siècle ; 4° enfin la nomenclature des 
marchandises d'exportation et d'importation entre Venise et l'A- 
frique, extraite de l'ouvrage de Barthélémy di Pasi intitulé Ta- 
rif [a de i pesi e misure, imprimé à Venise en 1540, et resté tou- 
jours fort rare. 

Grâce à ces additions, dont on voit l'utilité, mon Recueil véni- 
tien se compose de 29 documents, et, je crois pouvoir le répéter, 
par le nombre et la diversité de ses éléments, il prendra place, je 
l'espère, sans trop de désavantage, à côté des textes de M. Amari 
et de Capmany. 

Dix traités ou privilèges de commerce nous font connaître les 
garanties à la faveur desquelles les Vénitiens, avec une sagesse et 
une prévoyance rarement en défaut, ont exploité pendant quatre 
cents ans le commerce de Barbarie, qui n'était pour eux qu'une 
annexe de leurs immenses relations avec l'Egypte. Ces actes 
sont des années 1231, 1251, 1305, 1317, 1356, 1392, 1427, 
1438 et 1456. Ils montrent que les comptoirs et les centres d'af- 



427 

faires de la nation vénitienne au Magreb [furent toujours, avec 
les consulats, dans les ports de la côte, et que la nation 
n'eut jamais d'établissements permanents ni de relations directes 
avec l'intérieur du continent. Le privilège de 1320, que l'on 
croyait J émané d'un roi de Tunis, lui a été accordé par un em- 
pereur tartare des environs de la mer Caspienne ; et les caravanes 
vénitiennes, autorisées et protégées parce diplôme, suivaient non 
le chemin de Tombouctou, mais la vieille route de la mer Noire 
aux Indes et à la Chine, que Marc Polo avait l'un des premiers 
enseignée à ses compatriotes. 

A ces documents de premier ordre dans la diplomatique com- 
merciale, se joignent des annexes utiles qui les complètent et 
qui en éclairent de nombreuses particularités. 

Nous citerons comme les principales : le rapport circons- 
tancié du consul Vallareso au doge sur les laborieuses négociations 
du traité de 1392; les instructions et les lettres de créance aux 
ambassadeurs de la république de 1300, 1362 et 15 18 ; quelques 
lettres des doges aux émirs d'Afrique de 1362, 1392 et 1433; les 
délibérations concernant le commerce et les échelles d'Afrique de 
1274-1281, 1508 et 1524, émanées du grand conseil et du sénat; la 
déclaration de représailles que publia en 1358 une des grandes 
maisons d'armateurs vénitiens contre l'émir de Tripoli, sorte de 
guerre maritime privée entre les navires de la famille Venier et 
les marchands tripolilains, alors indépendants de l'autorité du roi 
de Tunis, qui laissait subsister dans toute leur valeur les traités 
généraux de la république et de l'émir; une commission ducale 
de 1508 destinée au capitaine des galères de Barbarie, renfermant 
les conditions de la mise aux enchères et le cahier des charges de 
l'adjudication des galères; un état des consuls vénitiens en Bar- 
barie depuis le quinzième siècle; enfin quelques extraits des volu- 
mineuses éphémérides de Sanudo le Jeune concernant les expé- 
ditions des Espagnols sur les côtes d'Afrique, la prise de Tripoli 
et de Bougie, la soumission momentanée du roi de Tlemcen à 
l'Espagne, les courses des pirates turcs chaque jour plus fré- 
quentes dans l'ouest de la Méditerranée, les voyages des galères 
vénitiennes de Barbarie, les préoccupations des sultans d'Egypte 
sur les conquêtes des Portugais dans les Indes, et les mesures im- 
puissantes que leur inspirait la crainte de voir le roi Manuel dé- 

1. Marin, Storia civile et politica del commercio de' Veneziani, t. IV, p. 287. 



428 

tourner à son profit le commerce de l'extrême Orient, source pré- 
cieuse de la fortune des villes de l'Asie centrale et des ports de la 
mer Rouge el de l'Egypte. 

On peut constater une fois de plus, en lisant les documents in- 
sérés dans les Diarii de Sanudo, combien les textes recueillis de 
seconde main laissent généralement à désirer. Sanudo était un 
homme fort instruit et sincère; il mettait grand soin à n'accueillir 
dans sa vaste chronique que des documents rigoureusement 
fidèles ; et néanmoins il est facile de reconnaître que les pièces 
données par lui comme textuelles ont perdu trop souvent sous la 
plume des copistes, quand il n'a pu remonter personnellement 
aux sources, la couleur, la forme et l'accent de l'original. 

Le divan du Caire n'était pas le seul à s'alarmer des progrès de 
la puissance portugaise dans les Indes : nos documents du sei- 
zième siècle constatent que le gouvernement de Venise en avait 
comme lui, et peut-être avant lui, conçu les plus vives appréhen- 
sions, et que les résolutions arrêtées par le sultan pour aider les 
rois de l'Inde dans leur résistance aux étrangers avaient été se- 
crètement suggérées par les Vénitiens, qui n'osaient en assumer 
la responsabilité vis-à-vis de l'Europe chrétienne. Les instruc- 
tions du conseil des Dix aux négociateurs envoyés clandestine- 
ment au Caire en 1504 et 1511 ne laissent aucun doute à cet 
égard. 

Le conseil avait engagé déjà plusieurs fois le sultan d'Egypte à 
fournir des troupes et des navires aux roisdeCalicut, deCochinet 
de Cambaie, à représenter à ces princes que le salut de leur cou- 
ronne dépendait de l'éloignement des Portugais ; il lui conseillait 
en même temps de faire sur les marchés de l'Inde d'immenses 
approvisionnements d'épiceries, afin de soutenir avantageuse- 
ment la concurrence des achats portugais, obligés à un long dé- 
tour maritime. Ses dernières instructions ajoutaient des recom- 
mandations instantes pour que le divan rejetât les demandes des 
Français, chez qui s'éveillait le génie commercial, et qui cher- 
chaient depuis l'acquisition de la Provence par Louis XI à éta- 
blir des relations suivies avec les États de la côte d'Afrique, par- 
ticulièrement avec l'Egypte. 

Peu rassurée par l'union qu'elle avait conclue avec le pape, 
comme un préservatif contre une nouvelle ligue de Cambrai, Ve- 
nise se sentait partout menacée à la fois ; dans ses possessions 
de terre ferme par la France et les Impériaux, dans son commerce 



429 

maritime par les découvertes de la fin du siècle dernier et la 
prospérité de Lisbonne. Elle redoublait partout d'efforts afin de 
conjurer le péril. Mais tout fut inutile contre la force des choses 
pour fermer à l'Europe la route du cap de Bonne-Espérance, 
comme seront vaines aujourd'hui les tentatives d'un esprit su- 
ranné pour empêcher l'Europe de reconquérir son passage direct 
vers les Indes, et Marseille de devenir le ceutre de la nouvelle et 
immense activité que développera ce grand événement dans 
toute la Méditerranée. 

Au milieu de ses guerres continentales, au milieu des hostili- 
tés incessantes des Espagnols et des Turcs, qui se disputaient les 
villes d'Afrique, le commerce vénitien avait langui dans le Ma- 
greb comme ailleurs. L'une de nos dernières pièces est une dé- 
pèche du sénat exposant en 1518 à Charles-Quint les doléances 
de la république, et s'efforçant d'arracher au système d'exclusion 
qui prévalait alors partout, surtout en Espagne, la permission 
pour ses galères de trafic, si elles ne pouvaient être admises in- 
distinctement dans toutes les terres soumises au Roi Catholique, 
de continuer à toucher au moins à Tripoli, à Gerha, à Bougie, 
au Penon d'Alger (car la ville d'Alger appartenait déjà à Barbe- 
rousse), puis à Oran et à Vêlez de Gomera, d'où elles gagne- 
raient, comme par le passé, les côtes d'Andalousie, au grand pro- 
fit de la nation vénitienne et du trésor espagnol. 

Notre but n'est pas de suivre les faits particuliers du commerce 
vénitien au dehors de l'Afrique et au-delà de ce temps. Avec les 
Turcs commence sur les côtes barbaresques une situation nou- 
velle où tout fut précaire pour les chrétiens de toute race et de 
tout pays, le commerce et la fortune comme la vie : situation 
étrange, qui date presque d'hier et que Ton croirait éloignée de 
plusieurs siècles, où l'on ne sait ce qui doit étonner le plus, de 
l'excès d'audace des forbans qui organisèrent publiquement la 
traite des esclaves chrétiens depuis Tripoli jusqu'au Maroc, ou 
de l'impuissance de l'Europe, qui a laissé subsister pendant 
trois cents ans ce monstrueux gouvernement sous ses yeux et 
à sa porte 

Des 29 documents vénitiens remontant de cette époque à l'an 
1231, date de la première pièce, 6 seulement ont été transcrits