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BIBLIOTHÈQUE 

DE L'ÉCOLE 



DES CHARTES 



TOME DEUXIÈME. 

SIXIÈME SÉRIE. 



du:, 



Paris. - Imprimerie Ad. R. Laine et J, Havard, rue .les Saints-Pères, 



BIBLIOTHÈQUE 



DE L'ECOLE 
tu 



DES CHARTES, 

REVUE D'ÉRUDITION 

CONSACREE SPÉCIALEMENT A L ETUDE DU MOYEN AGE. 



VINGT-SEPTIEME ANNEE. 



TOME DEUXIÈME. 

SIXIÈME SÉKIE. 



3h«& 



PARIS, 

LIBRAIRIE A. FRANCK, 

67, RUE DE RICHELIEU, (3 7. 



M DCCC LXVI. 






D 
/Il 



NOTICE 

SUR OU 

JEU DE CARTES INÉDIT 

DU TEMPS DE LOUIS XII. 



Beaucoup de savants et même de simples curieux , depuis 
Bullet et le P. Menestrier jusqu'à MM. Leber, Merlin et Boiteau, 
se sont occupés de l'histoire des cartes à jouer. La France , 
l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre, nous ont donné de nombreuses 
dissertations sur leur origine et leurs transformations. Néan- 
moins c'est une histoire encore à faire. Où, quand ont-elles été 
inventées, à quelle époque les a-t-ou introduites en France? 
Ce sont des questions jusqu'ici peu éclaircies et auxquelles nous 
ne toucherons en aucune manière. Décrire un jeu de cartes 
ancien et inédit, en expliquer les différents types, les mettre en 
regard de ceux déjà connus , tel sera le modeste but de cette 
notice. 

Dans ses Études historiques sur les cartes à jouer *, M. Leber 
a beaucoup vanté les découvertes inattendues que l'on peut 
faire dans les vieilles reliures : « Ces anciens cartons, dit-il, 
trop peu consultés, contiennent de vrais trésors, et il y a tel 
bouquin des premières années du seizième siècle, qu'on payerait 
vingt fois la valeur du livre, si au premier regard, au lieu d'en 
interroger le titre, l'œil pouvait pénétrer jusqu'au cœur de la 
couverture. » Ce que disait là M. Leber, il le savait par expé- 
rience, car certaines pièces uniques de sa collection n'avaient 
pas d'autre origine. C'est aussi celle de nos cartes. Elles nous 

1. Mémoires et dissertations sur les antiquités [nationales et étrangères, 
publiés parla Société des antiquaires de France. Paris, 1842. Nouv. série, t. VI. 
II. (Sixième série.) 1 



ont été fournies par la reliure d'un in-4° du seizième siècle qui, 
rongée par les vers et l'humidité et privée de l'ouvrage qu'elle 
avait servi à recouvrir, gisait dans un corridor de l'hôtel de ville 
d'Autun. L'ayant ramassée par un heureux hasard, ce ne fut 
pas sans étonnement que je découvris au milieu des nombreuses 
feuilles de papier de toute espèce qui formaient le carton, une 
épreuve d'une planche gravée et coloriée, qui me parut curieuse 
au premier abord, mais dont je ne pus comprendre tout l'intérêt 
qu'après qu'elle eût été entièrement dégagée de ce qui l'entourait. 
Cette planche mesure eu hauteur 0,4 I e et 0,284 m en largeur. 
Elle présente 16 figures ou cartes, dont quelques-unes malheu- 
reusement ont été gravement endommagées , surtout dans la 
partie qui servait à renforcer le dos du livre. J'ai pu m' assurer 
que la collection de la Bibliothèque impériale ne possédait rien 
de semblable et que ce jeu était tout à fait inédit. J'ai été con- 
firmé dans cette idée par un savant et très-obligeant amateur, 
M. Merlin, dont les travaux sur cette matière sont bien connus. 

La planche, avons-nous dit, renferme 16 figures. Ces figures 
sont rangées quatre par quatre, et chaque ligne présente alter- 
nativement, et de gauche à droite : 

Pique, trèfle, cœur, carreau ou trèfle, pique, carreau, cœur. 

Lahauteurde chaque carte est de 0,095 m , sa largeur de 0,066". 
Elles sont gravées en bois, et l'encre est bien de ce roux de bistre 
dont parle M. Leber ' , et qui caractérise l'impression des cartes 
françaises, tandis que celle des gravures italiennes est d'un gris 
azuré. L'enluminure a été faite à la brosse et procède par teintes 
plates. Les couleurs employées sont : le vermillon, le pourpre 
ou violet, l'indigo 2 , le bleu clair. Les insignes pique et trèfle sont 
bien noirs et non violet foncé, comme dans certains jeux de la 
Bibliothèque impériale. 

Cette feuille ou épreuve n'est qu'une maculature. Procédait- 
on au lissage au moment de découper seulement, ou ne lissait-on 
point ? C'est chose fort incertaine ; dans tous les cas il n'y en 
a nulle trace sur notre feuille. 

Les huit personnages des deux premières lignes sont à pied 
et debout. Pour faciliter la comparaison des types entre eux 
et simplifier leur description, nous les désignerons par des 

i. Étude sur les cartes à jouer, p. 256-384. 
2. Cette teinte se rapproche du vert foncé. 



lettres indiquant leur position sur la planche, que représentera 
le tableau ci-dessous : 



A 


B 


G 


D 


E 


F 


G 


H 


I 


K 


L 


M 


N 





P 


Q 1 



Fig. A. Pique 2 , personnage debout, les jambes écarte'es, la 
tête tournée à gauche, et s'appuyant de ce côté sur une grande 
épée à deux mains. De la main droite, il soutient un écu échancré 
d'argent semé d'hermines, et dont la pointe repose à terre. Son 
vêtement consiste en une cotte d'armes sans manches à raies 
rouges, bleues et blanches (le papier blanc dans l'origine a 
été jauni par la colle employée pour la reliure), brodée sur la 
poitrine d'un porc-épic couronné , et recouvrant en partie un 
haubergeon à mailles fort larges ou plutôt formé d'écaillés de 
métal. Les coudes sont protégés par des coudières d'étoffe violette, 
les jambes par des grévières en métal et les pieds par des souliers 
en fer articulé. 11 a de longs cheveux plats , une toque rouge 
à aigrette, et à sa ceinture un large coutelas. Son nom, écrit à 
gauche en belle gothique, est pontUS. Ce nom, que nous n'avons 
rencontré dans aucun jeu , est celui du héros d'un roman qui a 
eu plusieurs éditions à Lyon et à Paris, vers 1480, 1500, 1520 
et 1550 % et qui est intitulé : Le très vaillant roy Ponthus, filz 



1. A, Pontus. — B, Artus. — C, Paris. — D, Rolant. — E, ? — F, Jelne. — Cr, 
Maugis. — H, ?— I, Allart. — K, Richart. — L, Déomèdes. —M, ?_ N, DucNaime. 
— O, Hogier. — P, Médée. — Q, Sanson. 

2. V. PI. I. 

3. Brunet. Manuel du libraire. 

4. 



du roy de Galice, et la belle Sidoine ou Sidonie , fille du roy de 
Bretaigne. Cette figure est vraisemblablement imitée du Varlet 
d'Espêe des tarots îrauçais et italiens, dont on retrouve le type 
dans un tarot français de l'an 1600 environ, conservé au cabinet 
des estampes de la Bibliothèque impériale, et reproduit par 
M. Boiteau dans son ouvrage intitulé : les Cartes à jouer et la 
Cartomancie '. 

Fig. B. Trèfle 2 . Ce personnage est campé plus fièrement que 
le premier; appuyé de la main gauche sur une longue flèche, 
dont le fer est piqué en terre, il déroule de la droite un phy- 
lactère, sur lequel on lit ûr.tttS. Son costume, presque sem- 
blable à celui du précédent, se compose d'un haubergeon recou- 
vert d'un gipon bouillonné à raies jaunes et rouges , dont les 
manches, très-courtes et de couleur pourpre, se terminent par 
une sorte de manchette en étoffe découpée blanche et bleu pâle, 
laissant voir l'armure en métal du bras et de l'avant-bras, et la 
coudière formée d'une petite rondelle armée d'une pointe aiguë. 
Les jambes sont protégées par des boîtes en métal, comme dans 
la fig. A. La tète est couverte d'une espèce de toque rouge à 
bords bleuâtres et retroussés. Au côté pend non pas une épée ni 
un coutelas, mais une simple miséricorde. Cet Artus est le fa- 
meux roi de la Grande-Bretagne , le fondateur de l'ordre des 
chevaliers de la Table ronde, le héros de tant de romans. On 
retrouve, au seizième siècle, dans un jeu de J. Goyrand, un roi 
de trèfle portant le nom à' Artus. 

Fig. C. Cœur. Pour cette fois, ce n'est pas un héros de roman 
que nous voyons bandant un arc, c'est pdris* le beau Paris, fils 
de Priam et d'Hécube. Sa flèche semble dirigée vers le talon du 
vaillant Achille. Son costume, d'une originalité plus piquante 
que celui des deux premiers, se compose d'une cotte d'armes 
à larges bandes rouges et violettes, et dont les basques arrondies 
et brodées laissent voir le haubergeon. il a des genouillères en 
métal et des chausses mi-parties bleu clair et rouge à revers 
bleu foncé. L'armure des bras est complète, les coudières sem- 
blables à celles des précédents. La toque est rouge et à aigrette. 
Le baudrier soutient à gauche un coutelas large et recourbé. 
L'on ne doit pas s'étonner de voir figurer ici Paris, car c'est de 

1. Paris, Hachette ; 1854, p. 13. 

2. V. PI. I. 



son frère Hector et du fils de ce dernier, Francion, que pendant 
les onzième, douzième, treizième, quatorzième, quinzième et sei- 
zième siècles on faisait descendre nos rois, et comme le disait 
Jean Le Maire de Belges en son Epislre du roy très chrestien 
Loys douziesme à Hector de Troye chef des neuf preux : 

Si sommes nous tous d'un sang et substance 
Tretous extraits de la maison troyenne 
Jadis fondée en la secte payenne ' . 

Hector a dû être aussi un personnage de cartes du quinzième 
siècle, car dans un jeu du temps de Louis XIII 3 , où tous les 
nom s sont écrits en lettres romaines, l'écriture gothique a été 
conservée pour celui-là seul , ce qui a pu induire en erreur et 
faire considérer ce nom comme celui du fabricant. Nous le 
retrouvons encore écrit en cursive dans un jeu un peu postérieur, 
mais là comme dans le précédent, toujours Ector de Trois. 6'est 
donc à tort que le P. Daniel 3 a cru reconnaître dans notre valet 
de carreau Hector de Galard, capitaine de la grande garde de 
Louis XI. 

Fig. D. Carreau, rfllant. Contrairement aux autres , ce per- 
sonnage est placé sur un parquet rayé en zigzag d'indigo , de 
blanc et de vermillon. Son vêtement ne diffère de celui des pré- 
cédents, qu'en ce qu'il ne laisse pas voir le haubergeon et qu'il 
est accompagné d'une petite veste de dessus flottante, d'étoffe 
violette doublée de bleu foncé. La toque est rouge et sans ai- 
grette. A droite, à son ceinturon, pend sa bonne épée Durandal. 
De la main droite, le fier paladin soutient un écu échancré violet 
à la tranche rouge, dont la pointe repose à terre et dont la bou- 
cle est d'une grandeur exagérée ; de la gauche, il s'appuie sur 
une hallebarde. Ses bras, ses jambes, sont garnis d'armures en 
métal. Dans plusieurs jeux anciens, on rencontre un personnage 
nommé Roland. L'un des quatre valets publiés par M. Chatto, 
dans son ouvrage intitulé : Facts and spéculations of the origin 
and history of playing cards\ et qui sont à peu près de la 

1 . Recherches histor. sur les cartes à jouer, par Bullet, dans la Collection 
des meilleures dissertations pour servir à l'Histoire de France, par M. Leber, 
t. X, p. 293. 

2. Collection de la Bibliothèque impériale. î 

3. Leber. Collect. des meill. dissert., etc., t. X, p. 249. 

4. London, in-8. 



même époque que notre jeu, s'appelle Roland ; c'est celui de car- 
reau. Rolon est le nom du valet de trèfle dans le jeu dit de 
Charles VU. Un jeu fait à Madrid eu 1648 ', et dont le dessin, 
quoique très-mauvais, semble procéder un peu de celui de nos 
cartes, quant au costume et à la coiffure , nous fait connaître 
un roi de Denier tenant une pique, dans lequel nous serions por- 
tés à voir une dégénérescence de notre Rolant. 

Fig. E. Trèfle. Cette figure, gravement endommagée en haut 
et en bas, ne nous offre plus que sa partie médiale. Néanmoins 
nous pouvons la rétablir entièrement grâce à la figure B, dont 
elle est la reproduction, à cela près qu'elle est tournée du côté 
opposé, c'est-à dire qu'elle tient la flèche de la main droite, et 
de la gauche le phylactère sur lequel le. nom a totalement dis- 
paru. L'épée pendait à gauche. 

Fig. F. Pique. Personnage portant une cotte d'armes sem- 
blable à celle de Paris, avec cette seule différence que les bas- 
ques sont rayées en diagonale de blanc et de rouge. Le hauber- 
geon est pourvu de manches larges couvrant le coude et la 
moitié de l'avant-bras. Le coutelas qui pend à droite est large 
et recourbé. De la main droite, il tient un heaume à grille, et de 
la gauche un bourrelet rouge. Son nom est \dtlC. C'est Ganelon, 
le traître Ganelon. 

Fig. G. Carreau. Personnage vêtu exactement comme Pon- 
tus , avec cette seule différence qu'il tient l'écu d'hermines de 
la main gauche et s'appuie de la droite sur sa grande épée. 11 se 
nomme maudis. C'est le fils de Beuves d'Aigremont et le cousin 
des Quatre fils Aymon. 

Fig. H. Cœur. Ce personnage , dont il ne reste que la partie 
supérieure, le bas ayant été rongé par l'humidité , se distingue 
des précédents en ce qu'il a la tête nue. Sa cotte d'armes est mi- 
partie rouge et violette, et la jupe, rayée de blanc et de rouge, 
est bordée de bleu. 11 tient de la main droite quelque chose qui 
ressemble à l'extrémité d'un phylactère. C'en devait être un, car 
il n'y a de nom ni d'un côté ni de l'autre. La main gauche, 
élevée à la hauteur de la tète, tient une toque. L'épée pend de 
ce côté. 

Nous avons décrit ce qui dans notre jeu peut s'appeler les 
gens de pied ; passons maintenant à la cavalerie , car les deux 

1. Collect. delaBiblioth. impér. 



dernières lignes ne nous offrent que des personnages à cheval, 
si l'on en excepte toutefois l'avant-dernière figure, une dame 
de carreau, la seule du reste que l'on remarque dans ce jeu, et 
qui ne nous présente pas brodé sur son vêtement l'emblème du 
porc-épic couronné, dont nous aurons à parler plus loin. 

Fig. I. [Pique] '. Cette figure, quoique excessivement fruste, 
pourra être décrite exactement, grâce aux figures L, 0, Q, avec 
lesquelles elle a une parfaite analogie. Le cavalier, monté sur un 
cheval cabré , d'une robe d'un gris bleuâtre, à harnais rouges et 
bleus, à bride en étoffe découpée et galonnée, est vêtu d'une 
cotte d'armes rouge à basques brodées en blanc , fendue 
par côté et recouvrant le haubergeon. L'armure des bras , 
cuisses et jambes est complète; rien n'y manque, ni les gan- 
telets de fer, ni les souliers articulés à éperons. Les coudières 
sont peintes en rouge. C'est aussi la couleur de la toque, sur la- 
quelle ondoie un plumail varié. La main droite tient la bride, 
la gauche un bâton de commandement. Ce costume est en tout 
point celui des maréchaux de France du temps de Charles VIII 
et de Louis XII, tel que nous l'a conservé Gaignières 2 dans le 
portrait de Pierre de Rohan, seigneur de Gié et maréchal de 
France. La seule différence qu'on y remarque , c'est qu'ici le 
casque est remplacé par la toque à plumail que portaient déjà 
les seigneurs de la cour de Charles VIII 3 . On lit à la gauche de 
ce personnage le nom, un peu effacé, d'ûllûrL, qui était, comme 
on le sait, l'un des Quatre fils Aymon. Il n'est pas ici le seul de 
la famille, nous avons déjà nommé son cousin Mavgis. 

Fig. K. Trèfle. La figure qui suit va nous montrer son frère 
rictyart, 

Richard, le plus fière des Quatre fils Aymons 4 , 

dont le nom est déchiré en partie, car on n'en voit distincte- 
ment que les deux premières et la dernière lettres. Il n'est point 
vêtu comme le précédent. Son costume est plus compliqué. A son 
pourpoint rouge est attaché un jupon de mailles, sur lequel on re- 

1. Nous indiquons entre crochets les couleurs qui ont disparu de l'original, mais 
que l'ordre observé dans la disposition des figures nous a permis de rétablir sûrement. 

2. Bibl. imp. Département des Estampes, Costumes, vol. VII, fol. 101. 

3. Gaignières, ibid. 

4. Roman des Quatre fils Aymon, prologue. — Histoire littéraire de la France, 
XVIII, 724. 



marque les pièces d'armure nommées faudes et tasseltes. L'armure 
des bras et des jambes est complète. La toque est la même que celle 
du précédent. De la main droite il tient un petit écu, sur lequel 
on ne distingue aucun emblème ; de la gauche, une longue épée, 
dont la pointe est dirigée en avant, comme pour frapper. Son 
cheval est cabré, comme le premier; et il a, de plus, un grand 
caparaçon blanc à large bordure bleue, et sur les flancs duquel 
s'épanouissent de larges flammes bleues et rouges, partant du 
dos. Cette ligure et la précédente étant les types sur lesquels sont 
copiés les cinq cavaliers qui suivent, nous nous dispenserons de 
les décrire minutieusement, nous contentant d'indiquer les dif- 
férences les plus sensibles. 

Fig. L. [Cœur]. Reproduction de la fig. I, à cette différence 
près, que le cavalier n'est plus tourné à droite, mais à gauche. 
Le nom, dont on ne distingue que les deux premières et les trois 
dernières lettres, est, sans aucun doute, ÎJ<?omK>f0, Diomède, fils 
de Tydée, et roi d'Étolie, qui blessa Mars et Vénus au siège de 
Troie. 

Fig. M. [Carreau]. Reproduction de la fig. K, mais cette fois, 
cavalier tourné à gauche. Le nom a complètement disparu. 

Fig. N. Trèfle. Semblable à la fig. L, et tournée du même 
côté, c'est-à-dire à droite , avec cette seule différence que les 
lasseties sont peintes couleur pourpre, et que le jupon de mailles 
est recouvert en certains endroits de petites pièces d'étoffes car- 
rées et de couleur bleue. Ce personnage est le tfnc naimc, le com- 
pagnon de Charlemagne. 

Fig. 0. Pique. Semblable à la fig. I. Personnage nommé 
Ijuûjcr. C'est Hogier le Danois. Ce nom, qui est aussi celui du 
valet dépique des cartes publiées par M. Chatto', s'est conservé 
jusqu'à nous dans certains jeux, notamment dans un jeu du 
temps de Henri II 2 . Un valet de pique du temps de Louis XIII 3 , 
portant le nom de Roger, est peut-être aussi le même person- 
nage. Hogier sert à designer le valet de cœur dans un jeu du 
temps de l'Empire 4 ; mais, de notre temps, le valet de pique a repris 
son nom, et, comme dans le jeu de M. Chatto, il est accompagné 

1. Ouvrage cité. 

2. Biblioph. Jacob, Curiosités de VHist. des Arts, Paris, Delahaye, 1858, p. 56. 

3. Collect. de la Biblioth. impér. 

4. Ibid. 



d'un chien. Ce nom est peut-être le seul qui, se rencontrant dans 
les cartes françaises de la première époque, ait continué et con- 
tinue aujourd'hui à désigner le même personnage; encore a-t-on 
vu que ce n'était point sans interruption. 

Fig. P. Carreau*. La dame représentée sur cette carte est 
la seule du jeu. Elle est debout, vêtue d'une grand'robe mi- 
partie rouge et violette , bordée de bleu et brochée de fleurs et 
de ramages bleus et jaunes. Un retroussis retenu parla ceinture 
d'orfèvrerie nous montre qu'elle est fourrée d'hermines et laisse 
apercevoir une robe de dessous blanche à raies rouges. La 
grand'robe a d'amples et larges manches bordées de blanc, 
l'une violette, l'autre bleue. La main droite tient un sceptre à 
fleurons fièrement appuyé sur la hanche ; la gauche, une fleur à 
larges pétales tombants. Cette fleur n'a aucune signification 
symbolique. A cette époque, il était d'usage de représenter les 
femmes, et quelquefois les hommes, avec des fleurs à la main. 
Gaignières 2 nous a conservé de nombreux portraits offrant cette 
particularité. Tels sont, par exemple , celui de Marie de Berry, 
femme de Jean I er , duc de Bourbon, et celui de Charles d'Or- 
léans, comte d'Angoulême 8 , père de François I er , mort en 1496. 
Ce dernier tient un oeillet de la main droite. La coiffure est la 
même que celle d'Anne de Bretagne dans la médaille frappée à 
Lyon en 1499 à l'occasion de son mariage avec le roi Louis XII 4 , 
c'est-à-dire le béguin à tuyaux , recouvert d'une pièce d'étoffe, 
à laquelle est attaché un voile retenu par une couronne fleurde- 
lisée. J'ai indiqué ce rapprochement dans le costume, sans vou- 
loir pour cela en inférer qu'il faille dans cette figure reconnaître 
la reine Anne. D'ailleurs elle a nom iwfuie, et rien de ce qui 
est raconté de la grande magicienne ne peut s'appliquer à cette 
princesse. 

Fig. Q. Cœur 5 . Semblable à la fig. I. Le nom de ce person- 
nage est SûllôOn. Ce serait se tromper étrangement que de voir 
ici le Samson de la Bible. On pourrait, il est vrai, s'y croire 
autorisé en le rapprochant de Judith, de Rachel et de David, 

1. v. PI. II. 

2. Biblioth. impériale, département des Estampes. Costumes du temps de Charles 
VII, t. VI. 

3. Id., t. VII. 

4. Hefner, Costumesdu moyen âge chrétien, 2 e divis. Quatorz. et quinzième siècle. 

5. V. Pi. II. 



10 

qui ont été et sont encore des personnages de nos cartes ; mais 
nous préférons y reconnaître le duc Sansun de la Chanson de 
Roland, le compagnon du fier paladin qui périt à Roncevaux, 
et ne pas le séparer de Rolant, du duc Naime, à'Hogier et de 
Jelne. 

Telle est, aussi exacte que possible, la description de ce jeu 
intéressant. Avant de parler du caractère et de la valeur des per- 
sonnages, avant de les comparer à d'autres ayant semblable 
origine, il convient de fixer la date approximative de sa fabri- 
cation. Cela nous sera facile, grâce aux emblèmes qu'il présente. 
Nous avons dit en commençant que tous les personnages, à 
pied comme à cheval, à l'exception d'un seul, la dame de car- 
reau, portaient, brodé sur la cotte d'armes à l'endroit de la poi- 
trine, un porc-épic couronné. Chacun sait que ce « petit gentil 
animal, » comme dit Paradin en ses Devises héroïques ', avait été 
choisi pour emblème par Louis XII alors même qu'il n'était 
que comte de Blois et duc d'Orléans. Nous avons aussi parlé de 
deux écus d'argent semé dliermines, qui accompagent les fig. A 
et G, Pontus et Maugis. On n'ignore pas que ce sont là les ar- 
moiries d'Anne de Bretagne, seconde femme de Louis XII. Le 
nom du premier personnage est aussi une date; le roman de 
Ponthus etSydoine était fort en vogue à la fin du quinzième siècle 
et au commencement du seizième. Il eut deux éditions à Lyon 
en 1480 et 1500, et deux à Paris, en 1520 et 1550. Il est regret- 
table que l'état du papier, imbibé de colle et moisi en plusieurs 
endroits, ne nous ait pas permis d'observer les vergeures, les 
pontuseaux, et surtout le filigrane qui eût pu aider à préciser 
davantage la date. Quoi qu'il en soit, on peut rapporter la fabri- 
cation de ces cartes aux années comprises entre le 8 janvier 1 499, 
date du mariage de Louis XII, et le 9 janvier 1514, jour où 
mourut la reine Anne. 

Ce jeu est essentiellement français ; son exécution xylogra- 
phique, les attributs que nous avons décrits, les noms des per- 
sonnages, leurs costumes, leur style, leurs couleurs, trèfle, pique, 
cœur et carreau, tout le prouve. Malheureusement le nom du 
cartier n'est pas indiqué, ou a disparu. 

Si l'on nous demandait maintenant à quelle sorte de jeu ser- 
vaient les cartes, nous serions fort embarrassés de le préciser. 

1. Paris, J. Millot, 1614, p. 26. 



Était-ce avec des cartes semblables que le roi Louis XII jouait au 
flux dans son camp en présence de ses soldats, ainsi que le rap- 
porte Humb. Thomas 1 ? Nous ne savons. Ce que l'on peut tou- 
tefois assurer, c'est que ce ne sont pas des tarots. Elles ne per- 
sonnifient pas d'idées, comme la Justice, la roue de la For- 
tune, etc...., mais portent au contraire des noms de héros. 
Cependant il est évident que certains personnages ont été ins- 
pirés d'anciens tarots français, types de ceux faits à Paris vers 
l'an 1500 environ, et conservés à la Bibliothèque impériale *. 
Notre Pontus a la même attitude que le Varlet d'Espée; Mlart 
ressemble au chevalier de Baston. 

Quels sont les rois, les valets, les chevaliers, car ces derniers 
figuraient dans les jeux espagnols en remplacement des dames? 
C'est encore une question à laquelle nous n'avons pu trouver 
de solution. Le second personnage, Ârtus^ nous avait paru d'a- 
bord être un roi, le roi de trèfle ; mais, dans ce cas, nous aurions 
deux rois de trèfle, car la fig. E est exactement semblable à la 
fig. A. Hogier pouvait représenter le roi de pique, comme cela se 
voit dans plusieurs jeux anciens; mais que faire d'Allart, qui 
est aussi un pique et dont le costume et l'attitude ne diffèrent 
pas de ceux du premier ? D'autre part, il n'y a qu'une dame, celle 
de carreau; qui la remplacera dans les autres couleurs? Sera-ce 
les personnages aux chevaux caparaçonnés? Ils ne sont que trois, 

et parmi eux il y a un carreau On peut donc croire que tous 

les personnages qui entraient dans la composition d'un jeu ne se 
trouvaient pas sur une seule forme et que la série qu'offre notre 
planche est incomplète. 

Les Pères Daniel, Menestrier, l'abbé Bullet, ont cru reconnaître 
dans les personnages des cartes les célébrités de l'époque à la- 
quelle ils les rapportaient, et, par des dissertations à perte de 
vue, ont cherché à prouver qu'^ rgine était Marie d'Anjou, femme 
de Charles Vil; Rachel, Agnès Sorel; Pallas, Jeanne d'Arc; ou, 
mieux encore, que Judith ou Judic, venant de deux mots soi- 
disant celtiques, Jud (reine) et Dxjc (deux fois), représentait Anne 
de Bretagne deux fois reine de France. Encore ces savants par- 
taient-ils d'un principe faux en supposant que les noms des car- 

1. Vita Freder. Palatini. Francfort, 1624, in-4, p. 24. 

2. M. Boiteau en a reproduit quelques-uns dans son ouvrage intitulé : les Cartes 
à jouer et la cartomancie. Paris, Hachette, 1854, p. 8 et suiv. 



12 

tes de leur temps étaient les mêmes qu'à l'origine. 11 nous eût 
été facile de placer des noms de l'époque de Louis XII sous cha- 
cun de nos personnages, de voir, par exemple, dans Médée, 
Anne de Bretagne, ce qui eût été peu flatteur pour cette reine, 
et de lui donner pour époux soit Rolant, Maugis ou tel autre 
carreau ; mais nous ne l'avons pas fait, et, à vrai dire, il ne faut 
pas prêter tant d'esprit aux cartiers qui pendant longtemps fu- 
rent guidés dans la fabrication de leurs produits moins par l'en- 
vie des allusions politiques que parleur simple fantaisie. 

Pour peu que l'on jette les yeux sur la collection de cartes de 
la Bibliothèque impériale, on ne sera pas longtemps sans se con- 
vaincre de ce qu'ont dit MM. Merlin et Chatto, c'est que les 
noms des cartes, le nombre, les caractères et les types des per- 
sonnages ont été pendant longtemps variés à l'infini par les car- 
tiers. Ce n'est guère qu'au milieu du seizième siècle, dans les 
cartes de Volay et de Goyrand, que nous trouvons le type qui 
depuis a généralement subsisté, et qui était basé probablement 
sur les cartes qu'on croyait les plus anciennes. 

Nous allons maintenant passer en revue trois jeux qui, par 
leur style ou leur date, se rapprochent du nôtre. Ce sont : 1° ce- 
lui publié par M. Chatto dans son ouvrage déjà cité ' ; 2° celui 
qui est conservé à la Bibliothèque impériale, t. III de la collec- 
tion, et dont un exemplaire se trouvait dans la collection de 
M. d'Henneville 2 ; 3° le jeu dit de Charles VII, découvert par 
M. Hennin et aussi conservé à la Bibliothèque impériale. 

Celui qu'a publié M. Chatto fut trouvé en décembre 1841 chez 
un bouquiniste dans la reliure d'un volume des sermons de saint 
Vincent Ferrier dont le titre et le dernier feuillet manquaient, 
mais qui fut jugé, d'après son exécution, avoir été imprimé en 
France dans les dernières années du quinzième siècle. M. Chatto 
serait disposé à croire ces cartes de fabrique anglaise pour plu- 
sieurs raisons : la première, c'est que le livre d'où elles ont été 
tirées avait appartenu à la bibliothèque cathédrale de Peterbo- 
rough; mais ce n'est nullement un motif. A cette époque, les li- 
vres se vendaient ordinairement reliés ; le livre étant français, 
les cartes doivent être françaises ; d'ailleurs les couleurs et les 
noms sont français. La seconde raison, je traduis exactement, 

1. P. 214. Ce jeu est conservé auBritish Muséum. 

2. Biblioph. Jacob, Curiosités de l'hist. des arts, p. 36. 



parce que « les traits, l'expression du visage et les proportions 
du corps caractérisent des Anglais plutôt que des Français *. » 
Il faut avouer que voilà un argument assez puéril. Certainement, 
dans ces cartes, le dessin des formes naturelles n'a pas encore 
fait place au dessin de convention, mais il n'est point tellement 
correct et caractéristique qu'on puisse y reconnaître les allures 
anglaises à l'exclusion de celles d'un autre peuple; d'ailleurs, il 
n'y a pas eu de fabrique de cartes en Angleterre avant le dix- 
septième siècle ; c'est un fait acquis et une raison péremptoire à 
opposer à M. Chatto. Les cartes reproduites sont quatre valets 
qui se distinguent par un accoutrement particulier. Ils sont en 
costume de chasse, pourpoints à grandes manches laissant voir 
le justaucorps, hauts de chausses mi-partis, bottes molles à re- 
vers, ceinturon auquel est suspendu un couteau de chasse, grands 
cheveux, chaperons à plumes ; cors, épieux, chiens, rien n'y 
manque, l'attirail de vénerie est complet. Les noms des person- 
nages sont : Lancelot pour le valet de trèfle, Hogier pour celui de 
pique, Roland pour celui de carreau. Le valet de cœur se distin- 
gue un peu des autres. Il tient de la main gauche un écu por- 
tant : d'argent à une rose de gueules ligêe d'argent, feuillée de si- 
nople et couronnée d'or. Son nom, au lieu d'être inscrit sur le 
côté, est placé en bas sous les pieds du personnage. On lit : 
Dûlcrj) fou Dûkrj) C . Ma première idée avait été d'y voir le nom du 
fabricant, Valéry f(fecH). Ce qui semblait m'y autoriser, c'était sa 
position même, différente de celle des autres noms. Dans une lettre 
adressée à Thomas Wright, esq., citée en partie par M. Chatto 2 , 
M. Paulin Paris pencherait à croire que ce nom, au lieu d'être 
celui du fabricant, qu'une ordonnance de 1613 força de mettre 
au valet de trèfle, serait celui d'Erart de Valéry, compagnon de 
Charles d'Anjou, roi de Sicile, auquel ses contemporains attri- 
buèrent le gain de la bataille de Tagliacozza. M. Chatto adopte 
l'explication de M. Paulin Paris, sans admettre toutefois, comme 
le veut ce dernier, que ces cartes soient de fabrique italienne. 
C'est aussi notre avis. Si, persistant à voir dans Valéry f le nom 
du fabricant, on opposait à l'attribution proposée par M. Paulin 
Paris la place insolite occupée par le nom dans la carte, nous 

1. « The features, expression, and bodily proportions of the valets are ratlier cha- 
racteristic o fEnglishmenthan Frenchmen. » (Ouv. cité, p. 219.) 

2. P. 218. 



14 

pourrions citer un personnage d'un jeu du temps de Louis XIII 1 , 
sous les pieds duquel on lit: Ector de Trois, et, chose curieuse, 
ce nom seul est écrit en gothique, tandis que tous les autres le 
sont en majuscules romaines, ce qui indique la copie ser\ile et 
inintelligente d'un jeu ancien. 

Le nom de Valéry, considéré dans ces cartes comme s'appli- 
quant au personnage et non au fabricant, a fait penser à 
M. Chatto que l'on pourrait bien lire Erarde le nom du valet de 
pique des cartes dites de Charles VII, et non Ctarde, comme l'a 
voulu H. Duchesne 2 . Mais ce savant n'a pas vu les originaux et 
n'a avancé cette opinion que d'après des fac-similé. Il nous est 
impossible de partager son sentiment. On ne peut, sur l'original, 
lire aulre chose que Etorde, peut-être Etarde, mais jamais 
Erarde. 

Le type des cartes de M. Chatto est essentiellement français et 
se rapproche beaucoup de celui de notre jeu. Les costumes seu- 
lement y sont plus compliqués, les couleurs plus variées. On y 
trouve le rouge, le brun, le noir, le violet, le bleu foncé, le vert 
clair et le jaune pâle. Les ombres sont peu nombreuses dans la 
gravure, et indiquées seulement par de simples traits sans ha- 
chures. Le caractère particulier qu'on y remarque vient de l'at- 
tirail de chasse dont sont pourvus les personnages. Il est bien 
regrettable que les quatre valets seuls nous soient connus. 

Le second jeu dont j'ai parlé est celui conservé à la Bibliothè- 
que impériale au tome III des Caries à jouer. Les personnages en 
sont : 

Valet, roi, dame de cœur ; roi, dame et valet de croissant ; roi, 
dame et valet de trèfle; dame et roi de pique. Le valet de crois- 
sant tient de sa main droite un phylactère sur lequel on lit en 
lettres gothiques très- régulières : F. Clerc, nom qui est très- 
certainement celui du fabricant. Du reste, aucun des personnages 
n'a de qualification. Les couleurs employées pour la peinture des 
costumes sont : le rouge, le violet, le vert et le jaune. Les piques 
et les trèfles sont plutôt violets que noirs et imprimés après coup, 
car ils empiètent parfois sur le personnage. On reconnaît dans 
ces cartes le même style que dans les nôtres ; le dessin en est 



1. Collect. delà Bibl. imp. 

2. Description des estampes exposées dans la galerie de la Biblioth. impér 
Pans, Raçon, 1855, n° 2, p. 3. 



peut-être même plus net et plus élégant. Ce qui en fait L'origina- 
lité, c'est d'abord le croissant, remplaçant le carreau, que nous 
attribuerons non à une influence sarrasine, comme le veut M. le 
bibliophile Jacob ', mais simplement à une de ces fantaisies si 
communes aux cartiers de cette époque ; ensuite le costume des 
rois et dames de cœur, qui consiste eu peaux de bêtes prenant 
les formes du corps et les couvrant des pieds à la tète. L'un 
porte un bâton noueux, l'autre une torche, en souvenir des rois 
et dames de bâton des tarots. M. le bibliophile Jacob ' n'hésite 
pas à voir dans ces figures, ainsi que dans celles d'un jeu sem- 
blable de la collection de M. d'Henneville, un souvenir du terri- 
ble ballet des ardents qui eut lieu le 29 janvier 1392 en l'hôtel 
de la reine Blanche, à Paris, et dans lequel plusieurs seigneurs 
costumés avec des peaux de bêtes engluées de poix périrent de la 
mort la plus affreuse. J'ai peine à croire, pour ma part, qu'on 
ait imaginé de faire servir à de frivoles délassements des souve- 
nirs aussi pénibles. Du reste, Froissart et Juvénal des Ursins, 
qui ont relaté cet épisode, ne parlent que d'hommes déguisés et 
point de femmes, auxquelles pourrait faire allusion la dame de 
cœur tenant une torche. Je ne puis non plus accepter l'époque 
qu'il leur attribue en les faisant contemporaines des cartes dites 
de Charles VII. Elles sont, je crois, les plus anciennes de celles 
qui nous sont connues, mais encore ne faut-il pas les comparer 
aux cartes dites de Charles VII, dont le style est on ne peut plus 
différent, et qui, comme j'essayerai de le démontrer plus loin, 
ne sont pas aussi anciennes qu'on l'a voulu croire. Les person- 
nages de ce jeu ne sont pas des gens de cour, et ce valet de cœur 
qui ouvre la marche avec une torche, en souvenir du valet de bâ- 
ton, n'a pas les allures prétentieuses des valets des autres jeux. 
Les rois et les reines n'ont de royal que la couronne, et tous ont 
un caractère, un costume et une tournure des plus vulgaires. 
Ce jeu, ainsi que les deux que j'ai décrits précédemment, sem- 
blent appartenir à la même époque ou à peu près. Le dessin, le 
style, sont les mêmes, et, si l'on devait les classer, voici quel se- 
rait l'ordre chronologique que nous adopterions : en premier 
lieu, celui delà Bibliothèque, le dernier dont nous ayons parlé, 
et auquel nous assignerions sans hésiter le dernier quart du quin- 

1. Curiosités de l'Histoire des arts, p. 37. 

2. Ouvr. cité, p. 38. 



zième siècle; en second lieu, le nôtre ; enfin, celui de M. Chatto, 
qui serait peut-être de quelques années plus récent, comme sem- 
blent l'indiquer le plus grand nombre de couleurs employées et 
l'abâtardissement des lettres. 

Dans ces trois jeux, la nature a été copiée et rendue souvent 
d'une manière assez habile, et la plus grande fantaisie a présidé 
au choix des personnages, de leur nombre, de leur caractère, de 
leurs noms, de la couleur de leurs vêtements, et même quelque- 
fois de la forme des signes qui servent à les distinguer. En effet, 
le jeu de la Bibliothèque nous offre des croissants à la place des 
carreaux, et des trèfles à quatre feuilles égales, ce qui ne se voit 
nulle part ailleurs. La convention dans la forme n'a pas encore 
paru. Les cartes sont loin d'être aussi communes qu'elles le de- 
viendront au siècle suivant. Ce sont encore des estampes, bientôt 
ce ne seront plus que de vulgaires images de commerce calquées 
les unes sur les autres sans intelligence comme sans goût. 

La Bibliothèque impériale possède un jeu composé de dix 
cartes, auquel elle a fait les honneurs d'un cadre à part, et de 
l'exposition dans la grande salle des estampes. Ce jeu, trouvé à 
Lyon par M. Hennin, a été décrit par M. Duchesue ' . 

Il se compose de dix figures, ainsi placées sur deux rangs : 
Valet, roi, dame de trèfle; roi, dame de carreau. — Valet, roi, 
dame de pique , dame , roi de cœur. Le valet de trèfle a nom 
Rolan. Il porte comme le nôtre une hache d'armes. C'est avec 
raison qu'on a substitué la lecture sant sosi à celle faut sou, 
proposée par M. Duchesne comme légende du roi de trèfle. 
Nous verrions dans l'objet que tient la dame de trèfle un souve- 
nir du denier que porte la royne de denier dans les tarots fran- 
çais et italiens. La dame de carreau est revêtue de cet élégant 
vêtement nommé garde-corps, et dont la ceinture descend en 
pointe par devant ; elle n'a pas de nom , mais porte la devise : 
En toy te fie. Elle ne tient pas de la main droite « une espèce de 
hochet en orfèvrerie, » comme l'a dit M. Boiteau 2 , mais bien une 
fleur, une fleur dégénérée dont nous aurons à parler plus loin. 
La dame de pique a la main gauche sur la hanche et tient une 
fleur de la droite. L'inscription qui l'accompagne semble avoir 
été mal lue par M. Duchesne, qui l'a transcrite ainsi : Te aute 

1. Ouvr. cité. 

2. Ouvr. cité, p. 66. 



17 

dict, ce qui n'a pas de sens. On l'a lue depuis Lèaulé due ou doit; 
mais il vaut mieux, croyons-nous, y voir, avec M. Vallet de Viri- 
ville, Lèauté dort, qui serait le pendant de tromperie et de la foy 
et perdu. Quant au nom du valet de pique, que M. Duchesne a 
lu élarde et où on a vu d'autre part étorde et élarde, il n'existe 
pas entier, la carte a été rognée, et il faut le compléter ainsi 
selon M. Vallet de Viriville : Etor de [Troye], et ne pas le rap- 
procher, comme le veut M. Chatto, du nom d'Erard de Valéry. 
Ces cartes ont été attribuées par MM. Duchesne et Leber, et après 
eux par M. Boiteau, à l'époque de Charles VII. On les a repro- 
duites par la gravure et chromolithographie dans plusieurs 
ouvrages , et notamment dans le Moyen Age et la Renaissance, 
sous ce titre : Cartes du jeu de piquet inventé en France sous le 
roi Charles VIL Et sur quoi s'est-on basé pour leur assigner 
une date aussi précise que le deuxième quart du quinzième 
siècle? Sur ce que la couleur de l'encre d'impression est 
bistrée, et sur ce que les costumes sont ceux du règne de Char- 
les VI [. Nous allons essayer de montrer que ces cartes ne sont 
pas d'une époque aussi reculée, et nous nous appuierons tout 
d'abord sur le témoignage de deux savants qui se sont occupés 
spécialement de l'étude des cartes, l'un en Angleterre, l'autre en 
Frauce : ce sont MM. Chatto et Merlin. 

Le premier s'exprime ainsi dans l'ouvrage que nous avons eu 
déjà l'occasion de citer plus d'une fois : « A quelque époque que 
puisse appartenir le costume des cartes Coursube (celles dites 
de Charles VII), celui des quatre valets peut être justement con- 
sidéré comme aussi ancien, et encore, en examinant l'habillement 
des derniers et le style de leur exécution, je ne les croirais pas 
d'une date plus reculée que 1480 '. » 

Voici maintenant l'opinion de M. Merlin : « Quant aux cartes 
dites de Charles VII, l'opinion qu'elles sont du temps de ce 
prince n'est fondée que sur le costume. Or un costume peut bien 
prouver qu'un monument n'est pas antérieur à l'époque où a paru 
ce costume, mais il ne peut démontrer également que ce monu- 
ment en soit contemporain, puisqu'il peut avoir été imité plus 

1. « To whatever period the costume of the Coursube cards may belong, 
that of the four knaves may be fairly presumed to be of as early a perio i ; but yet 
looking at the costume of the latter, and the style of their exécution, I should not 
take them to be ofanearlier datethan 1480. » (Ouvr. cité, p. 214.) 

II. {Sixième série.); 2 



18 

tard. Ce n'est donc qu'une simple présomption. • Puis il ajoute 
en note : « La perfection nous inspire des doutes sérieux sur la 
date qu'on leur attribue, et les cartes dont M. Chatto, à la 
page 214 de son ouvrage, a reproduit quatre valets sur l'un 
desquels il y a le mot Valéry, pourraient bien être antérieures 
aux cartes attribuées au règne de Charles VII ',. » — MM. Chatto 
et Merlin, tout en n'admettant pas que ces cartes soient de l'épo- 
que de Charles "VII, ont reconnu que les personnages portaient 
le costume de ce temps. M. Vallet de Viriville, dans une note 
qu'il a bien voulu nous adresser et qui est insérée à la fin de cet 
article, y voit au contraire les modes des règnes de Charles VIII 
et de Louis XII ; c'est aussi notre sentiment. Néanmoins il est 
une chose qui frappe tout d'abord, si l'on met en regard ce der- 
nier jeu et les trois que nous avons décrits , c'est la différence 
de style, non point à proprement parler la « perfection,» comme 
l'a dit M. Merlin, mais plutôt la dégénérescence des formes, indi- 
quant non l'invention, mais la copie et une copie déjà intelligente. 
La nature n'y est pas représentée fidèlement comme dans les 
trois autres jeux; le dessin de convention apparaît, on le recon- 
naît partout, dans les habits, les sceptres, les couronnes, les 
cheveux. Les fleurs ont tellement dégénéré, que M. Boiteau les 
prend pour des « hochets en orfèvrerie 2 . » Les lettres mêmes des 
noms des personnages ne sont plus nettes et de bonne forme. 
Elles sont grêles, irrégulières, parfois méconnaissables, et ne 
permettent pas de lire le nom qu'elles servent à composer. On 
n'apporte déjà plus le même soin à la fabrication des cartes, l'art 
n'y est plus que pour peu de chose, le commerce pour beaucoup. 
Si donc j'osais assigner une date à ce jeu, je dirais qu'il est 
moins ancien que les trois premiers, et je le reporterais aux der- 
nières années du règne de Louis XII. 

L'examen attentif delà collection de la Bibliothèque impériale 
nousa suggéré certaines remarques sur la filiation des types, qui 
ne seront peut-être pas déplacées ici, à savoir que nos cartes 
françaises, notre jeu national a calqué ses personnages sur ceux 
des anciens tarots. Il est facile de reconnaître que dès le milieu 
du seizième siècle, du temps des cartiers Goyrand et Volay, on 

1. Les cartes à jouer t par M. Merlin. Revue universelle des arts, mai 1857, 
p. 108 et 109. 

2. p. 66. Ouvr. cité. 



19 

copie plus qu'on n'invente, et on copie le plus souvent sans intel- 
ligence, prenant indifféremment des personnages dans chaque 
espèce de jeu. Certains noms sont encore écrits en lettres gothi- 
ques, quand tous les autres le sont en majuscules romaines. Les 
attributs et les symboles ne sont plus compris. Parfois on a donné 
la vie à des objets d'ornementation. Ce petit animal, qu'une 
dame de pique d'un jeu de J. Volay ', porte sur la main droite 
ramenée devant la poitrine, ne serait-il pas le porc-épic de notre 
jeu de Louis XII, ou la salamandre d'un jeu du temps de Fran- 
çois I er , qu'on aurait détachés de la broderie et vivifiés sans 
savoir pourquoi? ou veut-on y voir un souvenir de ces portraits 
de grandes dames tenant leur chien favori? Le même animal se 
rencontre du reste encore chez la dame de pique Bersabée, d'un 
jeu de J. Goyrand 2 . Quant au type de Médée, il se retrouve au 
dix-septième siècle dans une dame de carreau, Racheiz, tournée 
il est vrai en sens inverse. Il est impossible d'y méconnaître sa 
taille cambrée, sa robe à retroussis, sa fleur d'un dessin plus 
héraldique que naturel, enfin, sa main posée comme pour tenir 
le sceptre qu'on a jugé à propos de lui retrancher. Si à ces obser- 
vations nous joignons celles que nous ont fournies nos cartes, 
ainsi que celles de M. Chatto, nous serons conduits à dire que, 
pendant la première période de l'apparition des cartes en France, 
il n'a pas dû y avoir un modèle unique, un type généralement 
adopté. La fantaisie présidait au choix des personnages, de leurs 
costumes, de leurs couleurs, de leurs noms 4 . Chaque cartier 
agissait en cela comme bon lui semblait. Mais néanmoins, il m'a 
paru que dans ces différents jeux l'on pouvait reconnaître une 
certaine unité de pensée, et distinguer en classes les plus anciens 
qui nous soient parvenus. Nous devons reconnaître au nôtre un 
caractère tout militaire; le costume et l'armement des valets de 
M. Chatlo.se rapportent entièrement, nous l'avons dit, à l'exercice 
delà chasse; les personnages des cartes de la Bibliothèque nous 
paraissent, à l'exception du roi et de la reine de croissant, qui, 
par une anomalie jusqu'ici inexpliquée, sont vêtus de peaux de 
bêtes, appartenir à la classe bourgeoise ; le jeu dit de Charles VII 

1. Collect. de la Biblioth. impér. 

2. Collect. de la Biblioth. impér. 

3. Bibl. impér. Collect. de cartes, t. III e . {Marque des cartes, T.) 

4. Ces idées ont déjà été émises par MM. Merlin et Chatto. Nous n'avons fait que 
les suivre. 

% 



20 

nous montrerait, au contraire, des costumes de cour. Voilà, 
certes, des conditions bien caractérisées, mais qui n'ont pas dû 
exister très-longtemps dans leur intégrité. Au seizième siècle, et 
après avoir été souvent copiés et dénaturés, ces divers jeux se 
sont fondus ensemble en un seul qui ne s'est modifié qu'insensi- 
blement dans la suite. (Il est bien entendu qu'ici j'excepte les 
jeux de fantaisie comme il en a paru et il en paraît encore.) Les 
uns ont prêté leurs costumes, les autres leurs attributs ou leurs 
armes; tous se sont réunis, et cette fusion générale nous paraît 
très-sensible dans ce jeu de J. Goyrand • où les valets sont dési- 
gnés par leurs diverses qualités : valet de noblesse (pique), valet 
de pied (trèfle), valet de chasse (carreau), et valet de cour (cœur). 
Nous pouvons encore, dans les jeux que nous avous entre les mains, 
reconnaître les traces évidentes de cette multiple origine, et ré- 
tablir par la pensée et d'après la nature des attributs le type 
des cartes primitives. 

1. Curiosités de l'Hist. dés arts, p. 57. 

HAROLD DE FONTENAY. 



M. Vallet de Viriville a bien voulu joindre aux bons conseils et 
aux nombreux renseignements qu'il nous a donnés, une note inté- 
ressante qui servira d'appendice à notre article. Qu'il nous soit 
permis de lui en exprimer ici nos sincères remercîments. 

H. DE F. 



Note sur une feuille de jeu de cartes, n° 2, encadrée, du 
cabinet des Estampes. (Réserve.) 

Ce jeu, dit du temps de Charles VIT, ne peut appartenir qu'au 
règne de Charles VIII ou de Louis XII. Les longs cheveux, les 
faces imberbes, les chausses mi-parties à brayettes, les cre- 
vées, etc., sont autant de traits limitatifs et caractéristiques. 

Voici maintenant la composition de cette planche, avec les lé- 
gendes, telles qu'elles me paraissent devoir être établies : 



21 

Valet de trèfle : XOian. 

Roi de trèfle : sant-SOCt. 

Dame de trèfle : tromperie. 

Eoi de carreau : roursube. 

Dame de carreau : en tOg te fie. 

[Valet de carreau : Manque]. 

Valet de pique : dot îre [troue]. 

Dame de pique : leauté oort. 

Roi de pique : apolltn. 

Dame de cœur : la frrg rôt per&ur. 

Roi de cœur : [La légende est coupée]. 

[Valet de cœur : Manque]. 

Pour se rendre compte de ces légendes, il faut les rétablir par 
groupes défigures similaires. Ainsi, Rois : Sans-Souci, Coursube, 
Apollin. Le 1 er est semblable au Mois de mai ou à Mai « roi cou- 
« ronne portant », représenté une fleur à la main, dans les calen- 
driers du moyen âge. Corsuble est un géant et chef sarrasin des 
romans de chevalerie du cycle carlovingien ou carolingien. Apol- 
lin est le beau dieu païen. — Dames : Tromperie, En toi te fie, 
Loyauté dort, La bonne foi est perdue. Ici le quatrain est com- 
plet. Ce ne sont plus des personnages, mais des devises dont l'a- 
nalogie, je dirai presque l'unité, est frappante. C'est un conseil 
perpétuel de méfiance donné au joueur. Roland etHector de Troie 
se correspondent parfaitement. Ce sont même les personnages les 
plus orthodoxes par rapport à la doctrine qui a triomphé dans le 
jeu de cartes. 

Ce fragment est un spécimen curieux des écarts de fantaisie 
que le jeu de cartes a subis, dans sa composition, par rapport au 
programme du type principal. 

Il est en outre le plus élégant et l'un des plus anciens parmi les 
cartes françaises de piquet, que l'on connaisse * . 

1. Voyez plus loin, p. 104, une note relative à un fragment de jeu de cartes aussi 
remarquable par son élégance que par son ancienneté. 



ELECTION DES DÉPUTÉS 

AUX 

ÉTATSGlNÉRAUX RÉUNIS A TOURS 

EN 1468 ET EN 1484, 



d'après des documents inédits 



TIRÉS DES ARCHIVES DE RAYONNE, SENLIS, LYON, ORLÉANS ET TOURS. 



Les histoires des états généraux publiées jusqu'à ce jour ne 
nous fournissent que des renseignements très-iusuffisants sur 
l'élection des députés : lacune regrettable que l'excellent travail 
de M. Boutaric a fait disparaître pour les états convoqués au 
commencement du quatorzième siècle 1 . 

Les recherches auxquelles nous nous sommes livré nous-même 
concernent les assemblées de 1468 et de 1484. Ce n'est pas l'his- 
toire de ces célèbres réunions d'états que nous avons entreprise : 
nous avons voulu seulement donner un aperçu de la manière 
dont les députés furent choisis par les électeurs. 

Les trois ordres se réunirent-ils pour les élections, ou bien 
les élections du clergé, de la noblesse et du tiers se firent -elles 
séparément ? En quel nombre les électeurs se rassemblèrent-ils 
pour le vote ? Les campagnes envoyèrent-elles des représentants 
à ces comices ? 

Telles sont les questions dont nous aurions désiré pouvoir 

1. Les premiers états généraux, dans la Bibliothèque de V École des Chartes, 
5* série, tome I. 



23 

présenter la solution. Questions sociales et qui touchent, si 
j'ose ainsi parler, à la moelle de l'histoire ! 

Les documents qu'il nous a été possible d'interroger, ne suf- 
fisent pas, à la vérité, pour éclairer complètement ces divers 
points historiques ; car ils nous laissent notamment ignorer ce 
que furent les élections de la noblesse en 1468; mais ils répon- 
dent à une certaine partie du programme que nous venons d'in- 
diquer et nous ont semblé, pour cette raison, dignes d'être mis 
au jour. L'idée première de cette étude nous a été inspirée par les 
documents précieux que renferment les archives de Tours. L'exa- 
men de ces pièces nous fit penser que d'autres archives munici- 
pales pourraient être également consultées avec fruit : cette sup- 
position n'était pas sans fondement. M. Dulaurens, archiviste de 
la ville de Bayonne, M. Gauthier, archiviste du département du 
Rhône et de la ville de Lyon, M. Rolle, archiviste adjoint de 
la ville de Lyon, M. [Cultru, secrétaire-archiviste de la ville de 
Senlis, M. du Muraud, archiviste de la ville d'Orléans, ont ré- 
pondu à notre appel avec un empressement dont nous ne sau- 
rions trop les remercier, et nous ont fourni le plus grand nom- 
bre des documents qui sont la base de ce travail. 



I. — états de 1468. — Lettres de convocation adressées h la 
fois au clergé et aux bourgeois. Rôle du clergé et de la bour- 
geoisie dans les élections de Tours, de Lyon et d'Orléans. Élec- 
tions de Senlis. 

Lorsque Louis XI convoqua les états de 1468, sa position était 
pleine de périls. Les puissants ducs de Bretagne et de Bour- 
gogne, indignés de la mauvaise foi du roi, qui, après avoir cons- 
titué la Normandie en apanage au duc de Berry, son frère, ve- 
nait de la lui enlever les armes à la main, étaient prêts à réunir 
encore leurs forces contre lui; et tout faisait prévoir qu'à l'expi- 
ration de la trêve finissant au 1 er mai 1468, la guerre allait de 
nouveau éclater, guerre où le roi, et avec lui l'œuvre de recons- 
titution du royaume laborieusement poursuivie par la race de 
Hugues Capet, courraient les plus sérieux, les plus graves dan- 
gers. 

Louis, espérant peut-être intimider ses ennemis, et compre- 
nant d'ailleurs qu'inviter la nation à épouser sa querelle, ce 
serait doubler ses forces, l'appela tout entière à son conseil. 



'24 

Les lettres de convocation adressées aux « gens d'église, bour- 
geois, manans et habitans » des principales villes de France, 
sont rédigées en ce grand style qui sied si bien à l'héritier d'une 
suite de rois dont la fortuue, heureuse ou malheureuse, est, 
depuis des siècles, intimement unie à celle de la nation. 

Louis était trop habile pour ne pas parler en roi dans une 
circonstance où ce noble langage servait si bien sa politique. 

Voici le texte des lettres closes qui furent expédiées de sa 
chancellerie : nous le transcrivons d'après une copie contempo- 
raine des lettres elles-mêmes, et conservée dans les archives de 
la ville de Lyon : 

« De par le roy , 
« Chiers et bien amez, vous savez les troubles et divisions qui puis 
aucun temps en ça ont eu cours et encoures ont en nostre royaume, 
à la grant foulle et charge de nostre pouvre peuple et de nos bons et 
loyaulx subjectz et à nostre très grant deplaisance, et dont jà en 
sont, advenuz plusieurs gransmaulx et inconveniens ; et est à doubter 
que plus largement en aviengne si briefvement n'y est pourveu. Et 
pour ce que les matières sont grandes et de grant importance et 
qu'il est besoing que par bon advis et conseil il y soit pourveu, ce 
que de tout nostre cuer desirons pour nous acquicter envers Dieu 
et envers la couronne, l'honneur et les droicts de laquelle, comme 
savez, sommes tenu à garder ainsi que l'avons juré et promis; et 
pour le bien et sollagement de nos bons et loyaulx subjectz, par 
grant et meure déliberacion de conseil, avons conclud et délibéré 
d'assembler les seigneurs de nostre sang et les pairs de France et 
les trois estatz du royaume pour avoir leur bon advis et conseil sur 
ce. Pourquoy voulons et vous mandons bien expressément que des 
plus notables gens de la ville de Lyon et que vous conguoissiez amer 
le bien de nous, de la couronne et du royaume, vous envoyez par 
devers nous jusques au nombre de quatre personnes, un d'esglise 
et trois laïz, garnis de pouvoir souffisant pour oïr ce que leur sera 
dit et remonstré de nostre part touchant les causes dessus dites, y 
besoigner, vacquer, entendre et conclure comme les autres desdits 
trois Estatz, en la ville de Tours, au premier jour du moys d'Avril 
prouchain venant, lesquelz jour et lieu avons ordonné pour ladite 
assemblée. Et eussiuns bien voulu le terme de ladite assemblée avoir 
esté plus loing, afin que mieulx et plus à l'aise ceulx que vous en- 
voyerez à ladite journée puissent estre venuz ; mais pour ce que les 



25 

trêves en abstinences de guerre qui sont entre nous et aucuns des 
seigneurs et leurs alliez qui se sont esmeuz et eslevez à rencontre de 
nous ne durent que jusqu'au premier jour de May prouchain venant 
et qu'il est besoing que la conclusion qui devra estre prinse èsdits 
trois Estatz soit faicte avant la fin de ladite abstinence de guerre, il 
n'a esté possible de meclre le terme à plus loing jour. Aussi, nous 
attendons que, non obstant ladite assemblée, ceulx que avons or- 
donné et mandé pour nous venir servir, se ainsi estoit que les sei- 
gneurs qui se sont esmeuz et eslevez contre nous et leurs alliez ne 
voulsissent entendre et eulx mectre à raison, se tiennent tousjours 
prestz et y viennent comme l'avons ordonné, se besoing en avons et 
que le leur fassons savoir; car nous avons tousjours esté et sommes 
contens d'entendre à raison et nous mectre en tout devoir quant 
lesdits seigneurs vouldront faire le semblable de leur part, et aussi 
quant ilz ne le vouldront faire, nous sommes délibérez et concluz 
de garder l'auctorité de la majesté royale, l'honneur et les droiz de la 
couronne, ainsi que l'avons juré et promis, et pourveoir au bien et 
utilité de nostre royaume, par bon advis et conseil, en fasson et 
manière que, à l'aide de Dieu, noz bons et loyaulx subjectz pour- 
ront vivre et demourer soubz nous en bonne paix et tranquillité. 
Donné au(x) Montilz lès Tours, le xxvi e de Février MCGGCLXV1I. 
Ainsi signé : Loys. — Dorchière '. 

« Et desquelles lettres la superscripcion est telle : A nos chiers et 
bien amez les gens d'église, bourgeois, manans et habitans de nostre 
ville et cité de Lyon 2 . » 

Ainsi le roi demaudait quatre députés à la ville de Lyon, « un 
d'esglise et trois laiz. » Un nombre différent de représentants fut 
indiqué à d'autres villes; nous savons notamment que le roi 
mandait aux gens d'église et bourgeois de Tours d'envoyer aux 
états « ung d'esglise et deux laïz 3 . » 

Les lettres étaient adressées à la fois aux gens d'église et aux 
bourgeois; le procès-verbal de l'élection des députés touran- 
geaux , dans lequel on n'a pas, comme à Lyon, intercalé une 
copie complète des lettres royales, fait mention de cette même 
« superscripcion. » Il est probable que cette formule fut uuifor- 

1. Dans les Ordonnances des Bois de France, tome XVII, pp. 7 et 74, je trouve 
le nom de ce même personnage écrit Dorchère- 

2. Actes consulaires de la ville de Lyon. BB. 15. 

3. Registre de délibérations de la commune de Tours, 5 mars 1467. 



26 

mément adoptée pour toutes les expéditions delà circulaire royale. 

On interpréta différemment suivant les lieux la volonté du 
roi, qui paraissait plutôt indiquée qu'exprimée : s'adresser à la 
fois aux ecclésiastiques et aux bourgeois, n'était-ce pas provo- 
quer, partout où la chose serait possible, une élection en com- 
mun, et chercher par là à diminuer le rôle et l'importance des 
députés du clergé? 

A Tours, les choses se passèrent suivant l'esprit des lettres de 
convocation : l'harmonie régnait alors entre les membres du 
clergé et de la bourgeoisie, et ils ne paraissent avoir éprouvé 
aucune répugnance à se réunir pour l'élection. Cette assemblée 
eut lieu le 6 mars 1467 (vieux style) : on y fit choix de « M e Mar- 
tin de Chabot, maistre escolle et chanoine de Saint-Martin 
pour l'omme de l'église », et de « Jehan Ruzé et M c François 
Bernard pour les deux laiz*. » 

A Lyon, le clergé et la commune vivaient dans un état d'hosti- 
lité presque permanent; une fusion des deux ordres à l'occasion 
des élections était chose impossible. Les conseillers de ville, 
sans s'arrêter à cette difficulté, s'avisèrent de nommer eux-mêmes 
le député du clergé ; bien plus, ils ne choisirent pas un ecclésias- 
tique pour représenter l'Église, mais un officier du roi. Les 
trois députés désignés par le consulat furent : 

« Pour l'état du clergé, messire Jehan Grant, docteur en loys » 
(lieutenant du bailli de Màcon 2 ); «pour Testât des bourgoys, 
« noble Jehan de Villenove, et pour lestât des marchans, Miche- 
« let du Lart, citoyens de ladite ville 3 . » 

Il y a, croyons-nous, peu d'exemples d'un pareil abus de lan- 
gage. Les mandants sont neuf conseillers de ville, neuf laïques : 
le mandataire est lui-même un autre laïque, et on l'intitule dé- 
puté « pour V estât du clergé. » Un pareil représentant ne pou- 
vait pas suffire aux églises de Lyon; aussi voyons-nous le clergé 
de cette ville envoyer, de son côté, aux états « Monsieur le doyen » 
(du chapitre de Lyon) et « Monsieur le corrier » (le courrier de la 
cour séculière de l'archevêque 4 ). Ce qui porta à cinq le nombre 

1. Registre des délibérations de la commune de Tours, 6 mars 1467. 

2. Jehan Grant ou Grand avait été conseiller de ville pendant les années 1452, 53, 
56, 58, 60 et 61. Nous devons ce renseignement à M. Rolle, archiviste-adjoint de la 
ville de Lyon. 

3. Actes consulaires delà ville de Lyon. B. B. 15, lundi, 14 mars 1467. 

4. Ibid. 29 avril 1468. 



27 

des représentants nommés par la commune et le clergé de Lyon. 

Dans d'autres villes les ecclésiastiques procédèrent séparément 
à la nomination de leurs députés. Les choses se passèrent ainsi à Or- 
léans ; mais les représentants du clergé et de la bourgeoisie de cette 
ville furent indemnisés des dépenses du voyage sur une même 
bourse, celle de la ville. Le receveur des deniers communs 
paraît même les réunir sous la dénomination de « commis et 
depputez de par la ville *■ . » 

A Senlis, les bourgeois choisirent, « pour aller à Tours, au 
« mandement du roy, deux personnes idoines et suffisantes, ho- 
« norables hommes et sages, M e Hugues Boileaux , licencié en 
* lois, lieutenant-général de M. le bailli de Senlis, et Adam 
« Barthélémy, procureur du roi audit bailliage 2 . » 

Je ne trouve dans les procès-verbaux d'élection aucune trace 
d'une réunion des deux ordres du clergé et du tiers. 

II. — suite des états de 1 468. — Nombre des électeurs. Suffrage 
direct à Tours et à Senlis. Caractère aristocratique de Vèlec- 
tion dans la ville de Lyon. Doutes en ce qui concerne les 
élections de la noblesse. 

Nous pensons que les règles suivies pour l'élection des députés 
furent celles qui étaient naturellement indiquées par la consti- 
tution et les usages de chaque commune. 

A Tours, la constitution communale était très-large, j'oserais 
dire, en me servant d'une expression moderne, très-libérale et 
presque démocratique. Toutes les fois qu'une affaire importante 
devait être résolue, on convoquait une assemblée générale. Tous 
les habitants avaient droit de prendre part à cette réunion : en 
fait, les notables seuls se présentaient pour l'ordinaire, j 

On convoqua pour les élections de 1468 une assemblée géné- 
rale à laquelle assistèrent environ soixante bourgeois. Ajoutez à 
ces soixante bourgeois les représentants de l'archevêque, du 
chapitre de l'église cathédrale, du chapitre de Saint-Martin, de 

1. Compte de forteresse de 1467 à 1469. Je trouve dans les registres de la ville 
de Tours un (ait analogue en 1426. Des états provinciaux se réunirent à Saumur en 
mai 1426; le clergé et la bourgeoisie de Tours désignèrent séparément leurs députés. 
La ville paya cependant les frais du voyage des représentants de l'Église. (Reg. des 
délibér. 3, p. 89, élection des députés de la bourgeoisie, et p. 156, articles de dé- 
penses confondus avec les délibérations.) 

2. Registre 4 e des délibérations de la commune de Senlis. 13 mars 1467. 



28 

l'abbé et du couvent de Saint-Julien, et vous aurez la composi- 
tion de l'assemble'e qui nomma les députés du clergé et de la 
bourgeoisie de Tours aux états de 1468. 

Si Ton n'avait sous les yeux le procès-verbal lui-même , on 
aurait peine à admettre que les choses aient pu se passer de cette 
manière. Les bourgeois, en effet, prennent part avec les quatre 
députés du clergé à l'élection de « l'omme d'église. » Quelle in- 
fluence ces quatre voix auraient-elles pu avoir si, en raison d'une 
division survenue entre les bourgeois et les ecclésiastiques, ou 
pour tout autre motif, on avait ouvert un scrutin analogue à 
celui de nos élections modernes ? 

Mais on ne s'est pas réuni en prévision d'une élection de cette 
nature; c'est d'un commun accord, après s'être concerté quel- 
que temps, que l'on désigne les députés ; le vote n'est pas ex- 
primé par bulletins, et le résultat de l'élection est proclamé sans 
qu'il soit procédé à aucun dépouillement de scrutin 1 . 

A Senlis, nous trouvons, comme à Tours, le suffrage direct : 
les habitants, convoqués « au son de la cloche et cri public, » 
se présentèrent au nombre de cent dix pour choisir les deux 
députés du tiers : nous ne savons rien sur les élections du clergé 
de cette ville. 

Les élections à Lyon sont empreintes d'un certain caractère 
aristocratique dont l'organisation du consulat de cette ville peut 
nous aider à pénétrer le secret 2 . 



i. Registre des délibérations de la commune de Tours, 6 mars 1467. 

2. L'extrait suivant donne une idée très-nette de l'organisation communale de la 
ville de Lyon. Nous le devons à l'obligeance de M. Rolle. C'est un passage de la 
« sentence donnée par les commissaires députés par le Roy, au profit et honneur de 
« MM. les conseillerset consulat delà ville deLyon, contre les artisans. (8 juillet 1521.) 

... « Or, de tout temps, il y a eu audit Lyon douze conseillers et deux terriers, les 
« quelz. sont deux personnages vivant de leurs revenus et terres, pour assister, avec 
« lesdits conseillers, qui n'ont que 20 livres la seconde année de leur service, et l'on 
« a accoustumé (chaque année) faire eslection de six des dits conseillers et des dits 
«■ deux terriers. Les 12 conseillers eslisent les maistres des mestiers, les quelz 
« maistres, avec les deux aultres (c'est-à-dire avec les terriers), eslisent les dits 
« conseillers. » (Archives de Lyon AA,151, supplément.) Nous devons ajouter ici que, 
dans l'opinion de M. Rolle, il n'y aurait aucune conséquence à tirer d'une réunion 
municipale. Ce serait là un fait assez fréquent qui n'accuserait aucune tendance à 
l'envahissement des pouvoirs communaux par les conseillers. Cette opinion de 
M. Rolle, sans nous faire abandonner le point de vue auquel nous nous sommes 
placé pour apprécier les élections de Lyon en 1468 et en 1484, ne nous laisse pas 
sans une certaine inquiétude à cet égard. Nous devions en prévenir le lecteur. 



29 

Une réunion préparatoire a lieu le 13 mars 1467; neuf 
conseillers de ville, le lieutenant du bailli, Jean Grant, Pierre 
Balarin, juge, deux docteurs en lois, vingt-et-un notables dénom- 
més au procès-verbal, et plusieurs autres notables et maîtres 
des métiers assistent à cette assemblée : les conseillers de ville 
y donnent connaissance des lettres du roi, invitent les notables 
à se consulter sur les meilleurs choix à faire, et enfin arrêtent 
qu'une seconde réunion aura lieu le lendemain à l'hôtel de 
ville, « avec un certain nombre desdits notables et autres qui 
sur ce seront mandez. » Il est dit que « ung chacun desdits as- 
semblez » baillera « par escript ou nommera de bouche au pro- 
« cureur de ladite ville les personnages » qui lui sembleront 
« estre propices et convenables pour envoyer esdits troys estaz. » 

Vingt-trois personnages seulement, y compris neuf conseillers, 
sont présents à cette seconde réunion : un désaccord complet se 
manifeste au sein des conseillers en ce qui concerne la nomi- 
nation d'un député du clergé; quatre d'entre eux donnent leurs 
voix à Jean Grant, cinq se prononcent pour Pierre Balarin. 
En présence de cette scission, on ne songe pas à consulter les 
notables et à remettre à leur influence la mission d'assurer une 
plus grande majorité à l'un des candidats,* mais on s'ajourne au 
lendemain pour conclure. Cette fois, les notables n'assistent plus 
à la réunion : les seuls conseillers de ville s'y présentent. Une 
discussion assez longue, dont nous ne connaissons pas les dé- 
tails, s'engage entre eux. Enfin, « après plusieurs advis, consi- 
« dérations et résolucions sur ce, finablement ont conclud et 
« arresté iceulx conseillers, absoluemeut, de envoyer et mander 
* à l'assemblée des troys estatz de ce royaume en la ville de 
« Tours, au premier d'Avril prouchain venant, ainsi que le Roy l'a 
•' mandé par ses lettres closes, c'est assavoir, pour Testât du 
« clergé, Messire Jehan Grant, docteur en loys ; pour Testât des 
« bourgoys, noble Jehan de Villenove, et pour Testât des mar- 
« chans, Michelet du Lart, citoyens de ladite ville, lesqueulx se 
« sont déclairez en prendre charge, aux gaiges et salaires, c'est 
« assavoir ledit Messire Jehan Grant, de deux escus par jour et 
« un chacun desdits de Villenove et du Lart, de xv solz lour- 
« nois par jour 1 . » 

Les deux faits les plus saillants, à mon avis, de cette élection 

1. Actes consulaires de la ville de Lyon. BB. 15. 



30 

sont l'exclusion complète des notables, qui ne figurent pas dans 
la réunion où le choix des députés fut arrêté, et la nomination 
d'un officier royal pour représenter l'Église aux états généraux 
(nous avons déjà signalé cette singularité). 

Que fit de son côté la noblesse? Reçut -elle une convocation 
spéciale du roi? Combien de représentants envoya-t-elle aux 
états ? 

La nomination de « noble Jehan de Villenove » ne répond pas à 
ces questions, car il est très-remarquable que ce « Jehan de Vil- 
lenove » est envoyé par Y estât des bourgoys. 

Ce qui est certain , c'est que les représentants de la no- 
blesse ne procèdent point des élections dont nous venons de 
rendre compte. Les lettres de convocation sont adressées aux 
« gens d'église, bourgeois, manans et habitans » des villes, mais 
non pas aux nobles. Cependant, dans le corps de la lettre, le roi 
annonce son intention de convoquer, avec les seigneurs du sang 
et les pairs de France, « les trois estatz du royaume, » et, par 
conséquent, les nobles, ainsi que les ecclésiastiques et les bour- 
geois. 

Sans doute, comme l'a dit Rœderer *, les laïques envoyés par 
les villes pouvaient être nobles ou bourgeois; mais cette distinc- 
tion n'a pas grande importance, car ces laïques nobles ne repré- 
sentent pas la noblesse. 

Celle-ci eut-elle des comices électoraux, ou bien, comme le 
veut Rœderer, le roi fit-il dans son sein les choix qui lui plai- 
saient? 

Les documents dont nous nous servons sont muets sur tous 
ces points, et ne nous permettraient de rien ajouter aux conjec- 
tures que tout le monde peut faire à l'aide des descriptions sou- 
vent citées de Leprevost, greffier des états 2 . 



1. Louis XII et François I er , t. I, ch. xin etxîv. 

2. Les États généraux et autres Assemblées nationales (Collection recueillie 
par Mayer), 18 toi. in-8, t. IX. Ordre observé en rassemblée des états généraux de 
France à Tours... l'an 1467) par Jean le Prévost, secrétaire du roi et greffier desdits 
États. 



III. — états de 1484. — Discours de Philippe de Poitiers. 
Lettres de convocation. Idée générale des élections en Touraine, 
en Picardie, dans le Cotentin, à Rouen, en Bourgogne, à Lyon. 
Dans un grand nombre de bailliages, les trois ordres se réunis- 
sent pour nommer les députés. 

Dans l'une des dernières séances des états réunis à Tours en 
1484, il s'éleva une discussion intéressante sur la question de 
l'indemnité due aux députés pour les frais du voyage de Tou- 
raine et d'un séjour prolongé dans la capitale de cette province. 

Un député du tiers état, avocat de Troyes, soutint que chacun 
des trois ordres devait subvenir à la dépense de ses représentants; 
qu'il ne fallait pas, en imposant le tiers état seul, contraindre les 
plus pauvres à faire aumône aux plus riches; qu'enfin la no- 
blesse et le clergé ne devaient pas traiter leurs intérêts particu- 
liers aux frais- du troisième ordre '. 

C'était demander une dérogation formelle au principe en vertu 
duquel le commun peuple devait seul supporter les impositions. 
Le conseil du roi partageait , il est vrai, l'opinion de ce dé- 
puté 2 ; mais il dut céder devant la résistance de la noblesse, 
dont un des représentants, Philippe de Poitiers (du bailliage de 
Troyes, comme son adversaire), se montra l'éloquent et véhé- 
ment interprète. « Il semble, s'écria cet orateur, à en juger par 
le discours que vous venez d'entendre, qu'ici les ecclésiastiques 
ne se soient occupés que d'affaires d'église, les nobles des affaires 
de la guerre, et mes adversaires seuls des affaires de la nation, 
sans le concours d'autrui... Peut-être croient-ils avoir gagné 
cette indemnité, s'imaginant être parmi nous les seuls et uniques 
représentants du tiers état, c'est-à-dire du peuple. Mais qu'ils 
regardent, je les en prie, qu'ils regardent et lisent d'un bout à 
l'autre le contenu de leur procuration : il leur prouvera que les 

1. Journal de Masselin, dans les Documents inédits, p. 497. 

C'est par erreur que, dans un rapport de M. Amédée Thierry à l'Acad. des 
sciences morales, cet avocat champenois a été confondu avec Jean de St-Delis 
(Mémoires de V Académie des sciences morales et politiques, t. V, 1847, pp. 838 
et 839). Jean de St-Delis était député d'Amiens et non pas de Troyes. M. Ra- 
thery en fait, lui aussi, un avocat de Troyes (p. 369). L'avocat qu'on a pris, par suite 
d'une erreur dont je ne me rends pas compte, pour Jean de Saint-Delis est « Jehan 
Hanequin l'aisné » ou maistre Guillaume Huyart (Masselin, App., p. 721). 

2. Masselin, p. 509. 



32 

ecclésiastiques et les nobles ne sont pas moins qu'eux les manda- 
taires du peuple. Il faut qu'ils en soient convaincus et qu'ils 
en conviennent malgré eux ; car tous les députés sont censés 
tenir leurs pouvoirs de tous les électeurs réunis des trois états, 
et chacun n'est pas réputé tenir les siens seulement de l'ordre 
auquel il appartient 1 . 

« Les lettres du roi n'imposent qu'une obligation, celle d'élire 
un député de chacun des trois ordres*. » 

Ainsi, d'après Philippe de Poitiers, chacun des députés repré- 
sente, non- seulement l'ordre auquel il appartient par sa nais- 
sance, mais même les deux autres ordres ; l'orateur ne craint pas 
de citer à l'appui de son assertion le texte des procurations 
dont chacun de ses collègues est porteur. 

Je ne m'occuperai pas ici de la question de savoir si le fait 
avancé par Philippe de Poitiers justifiait pleinement ses préten- 
tions, mais bien de ce fait lui-même; et je me demanderai quelle 
valeur il convient d'attribuer aux paroles que nous venons de 
citer, et s'il faut y voir seulement un argument imaginé pour le 
besoin de la cause. 

La meilleure manière de résoudre la question est de se repor- 
ter au texte des lettres de convocation et aux autres renseigne- 
ments inédits qui nous restent. 

Lorsque le jeune roi Charles VIII, ou plutôt son conseil, se 
décida à réunir les trois états du royaume, des lettres patentes, 
dont les archives de Bayonne nous ont conservé la copie, furent 
adressées aux baillis et aux sénéchaux du roi. Voici la teneur de 
ces lettres : 

1. Nous nous sommes servi pour cette citation, de la traduction de M. A. Bernier. 
Nous n'avons modifié cette traduction qu'en ce qui concerne la phrase qu'on vient 
de lire. Le texte de Masselin porte : Non singuli tantum a suis censentur habere 
poteslatem, M. Bernier traduit : Et chacun n'est pas réputé tenir ses pouvoirs 
seulement de l'ordre qui l'a nommé. Le latin ne s'explique pas, comme l'a fait le 
traducteur, sur le fait de la nomination : il ne dit pas que chaque ordre nomme 
séparément ses députés. On verra plus loin l'intérêt de cette remarque. 

2. Journal de Masselin, p. 501. 

Il est inutile de faire ressortir l'originalité de cet argument. Chaque député reçoit 
son mandat des trois ordres de la nation, dit l'orateur ; et il en tire cette consé- 
quence, tout à fait contraire à celle qui nous vient naturellement à l'esprit, que le 
tiers état seul doit payer. Il part de ce principe que les dépenses qui intéressent les 
trois ordres, l'ensemble de la nation, doivent être supportées par le commun peuple. 



33 

« Charles, par la grâce de Dieu roy de France, au senneschal des 
Lannes ou à son lieutenant, salut. Pour ce que depuis le trespas de 
feu nostre très cher seigneur et père, que Dieu absoille, et que som- 
mes provenuz à la coronne, nous avons retiré et fait venir devers 
nous les seigneurs de nostre sang et autres grans et notables perso - 
naiges de nostre royaume pour leur communiquer les affaires d'i- 
celluy, affin de pourveoir aux choses où il est expédient et nécessaire 
de donner provision pour le bien de nostre royaume, et qu'il nous 
a semblé (et) ausdits seigneurs de nostre sang et autres estans devers 
nous que, pour pourveoir plus seurement aux faiz et afaires de 
nostre dit royaume, il estoit et est bien convenable de assembler les 
trois estats d'icclluy ; nous, pour ces causes, escripvons présente- 
ment aux gens d'église, nobles, bourgeois et habitans de nostredite 
senneschaucye que, en toute diligence, ilz se assemblent pour eslire 
troys personnaiges notables; c'est assavoir ung d'église, ungnoble et 
ungde Testât commun, et les envoyent devers nous en la ville d'Ur- 
léans au premier jour de Janvier prouchain venant, ainsi qu'il est 
plus à plain contenu en nos lettres missives que vous envoyons. Et 
affin qu'ilz acomplissent le contenu en icelles, nous voulons et vous 
mandons que incontinant vous mandez et faictes venir lesdits gens 
d'église, nobles, bourgeois et habitans de nostredite seneschaucie et 
leur présentez de par nous nosdites lettres, affin qu'ilz pourvoient le 
contenu en icelles et qu'ilz envoient lesditz troys personnaiges, et 
non plus, bien instruizetadvertiz des remonstrances et autres choses 
que vous et eulx verrez estre nécessaires pour le bien de nous et de 
nostredit royaume et desdits pays, avec pouvoir souffisant par escript 
pour conclure, consentir et accorder tout ce que sera fait, ordonné 
et conclut à ladite assemblée; de ce faire vous donnons plain po- 
voir, auctorité, commission et mandement especial. Donné à Bloys, 
lexxnn me jour d'Octobre, l'an de grâce mil im c quatre vings et troys, 
et de nostre règne le premier. 

« Par le Roy nostre sire, monseigneur le duc de Borbon, cones- 
table de France, les comtes de Clarmonl, de Dunois, de Nerle « et 
de Comeinge, les évesques d'Alby, de Perigueux, de Constances et 
autres présens. 

« A. Bbinon. » 



1. Sic. Peut-être erreur de copiste pour de Marie. Voy. Vffistoire généalogique 
du père Anselme, t. VI, p. 382. (Henry de Marie.) 

II. (Sixième série.) 3 



34 

Les lettres du roi adressées directement aux électeurs et an- 
noncées dans celles que nous venons de transcrire sont datées 
également du 24 octobre 1483 1. Elles sont ainsi conçues : 

a De par le roy , 
« Nos amez et feaulx et chiers et bien amez, puis le trespas de 
feu nostre très chier seigneur et père, que Dieu absoille, et que som- 
mes parvenuz à la couronne, nous avons retiré et fait venir devers 
nous les seigneurs de nostre sang et lignage et autres grans et no- 
tables personnes de nostre royaume pour leur communiquer les 
affaires d'icellui affin de pourveoir aux choses où il est expédient 
et nécessaire de donner provision pour le bien de nostredit royaume. 
Et pour ce qu'il nous a semblé et ausdits seigneurs de nostre sang 
et autres estans devers nous que, pour pourveoir plus seurement 
aux faiz et affaires de nostredit royaume, il estoit bien convenable 
de assembler les troys estats d'icellui, nous, pour ces causes, vou- 
lons et vous mandons que, en toute diligence, vous vous assemblez 
et eslissez trois personnaiges notables de nostre senneschaussée des 
Lannes et non plus ; c'est assavoir ung d'église, ung noble et ung 
de Testât commun, et les envoyés devers nous en la ville d'Orléans 
au premier 2 jour de Janvier prochenementvenent, bien instruiz et ad- 
vertiz des remonstrances et autres choses que verrez estre néces- 
saires pour le bien de nous, de nostredit royaume et de ladite sen- 
neschaucée, avec povoir souffisant pour conclure , consentir et ac- 
corder tout ce que sera fait, ordonné et conclud à ladite assemblée. 
Et gardez qu'il n'y ait faulte. Donné àBloys, le xxiiip jour d'Octobre. 
Ainsi signé : Charles. — A. Brinon 3 . » 

Ce texte vient déjà confirmer la doctrine de Philippe de Poi- 
tiers ; car, le roi s'adressant à tous les électeurs jéunis (la chose 
est évidente, bien que nous n'ayons plus le texte de la suscrip- 
tion) leur mande de s'assembler et d'élire « troys personnaiges 

1. Cette date a déjà été indiquée par M. Henri de L'Épinois, dans ses Notes 
extraites des Archives de Compiègne. Elle avait été visée par le greffier de cette 
commune, dans les registres des délibérations. (Bibliothèque de l'École des char- 
tes, tome V, 5 e série, p. 136.) 

2. Un second avis, dont nous ne connaissons pas la teneur, modifia cette indica- 
tion du 1 er janvier ; car, d'après Masselin, Charles VIII «trium statuum conventionem 
ad nonas Januarii Turonis indixit celebrari anno Domini 1484 » (p. 2). 

3. Archives de Bayonne, BB. 4, p. 301, p. 303. 



notables » de la sénéchausse'e, « c'est assavoir ung d'église, ung 
« noble et ung de Testât commun. » 

Si nous interrogeons maintenant le procès-verbal de l'élection 
en Touraine et les renseignements que nous fournissent plusieurs 
archives communales, nous acquerrons bientôt la conviction 
que, dans beaucoup de bailliages, chacun des députés représen- 
tait vraiment les trois ordres, et que ce mandat commun, dont 
parle l'orateur champenois, n'avait rien de fictif, mais était la 
conséquence rigoureuse de l'élection. 

Nous voyons à Tours les électeurs nommer en commun les dé- 
putés des trois ordres. 

Les principaux couvents et les principales églises, non pas de 
la Touraine, mais de la ville de fours délèguent leurs représen- 
tants, qui se réunissent au chef-lieu du bailliage avec ceux des 
villes de Chinon, de Loches et d'Amboise, et deux ou trois sei- 
gneurs qui, seuls de toute la noblesse du pays, se sont rendus à 
cette assemblée. 

Une conversation plutôt qu'une discussion s'engage entre~ces 
électeurs; chacun donne son avis et fait connaître à ses collègues 
les noms de ceux qu'il voudrait voir désigner pour représenter 
le bailliage à l'assemblée des états. Après ces communications 
réciproques, on arrive à une entente à peu près générale; et 
alors, sans que le nombre de voix obtenu par chacun des noms 
proposés soit môme compté, on convient que M. l'abbé de Mar- 
moutier, le seigneur de Maillé et Jehan Briçonnet Patron « iront 
aux troys estats. » 

C'est de cette manière que les députés eux-mêmes, au témoi- 
gnage deMasselin, procédèrent à la nomination de l'abbé de Saint- 
Denis, comme président de l'assemblée des trois états : « Post 
« diversas sententias, dit l'annaliste, finaliter consensere omnes 
« dominum abbatem Sancti Dionisii... praesidentem fieri ' . » 

Telle me paraît avoir été la physionomie de l'élection en Tou- 
raine pour les états généraux de 1484, d'après le plumitif abrégé 
et même mutilé qui nous est resté. (Je n'ai pas parlé dans ce ré- 
sumé rapide d'une première élection qui fut considérée comme 
nulle, et dont je m'occuperai dans le chapitre suivant.) 

Le journal de Jean de Saint-Delis, publié par notre savant 
maître, M. Bourquelot, dans les Mémoires de la Société royale des 

1. Masselin, p. 72. 

3. 



antiquaires de France, nous fournit, en ce qui concerne les 
formes de l'élection à Amiens, un autre témoignage aussi précis 
que concluant. 

Le compte rendu de Jean de Saint-Delis à ses commettants 
débute ainsi 1 : 

« Maistre Jehan de Sainct-Delis, licencié es loix et bachelier en 
décret, avocat et conseiller au siège du bailliage d'Amiens, a le jour 
d'hui fait rapport à Messieurs, ou dict eschevinaige, du voyage par 
lui naguères faict devers le roy en sa ville de Tours, avec Monsieur 
le doyen de l'église Nostre-Dame d'Amiens, Monsieur Arthur Lon- 
gueval, chevalier, seigneur de Thenailles, bailli d'Amiens, esleux 
ensemble par les trois estais du bailliage d'Amiens, à aller devers 
icellui seigneur à l'assemblée des estats du royaulme de Franche, 
qui a esté tenue audict lieu de Tours, est assavoir, ledict Monsieur 
le doyen, esleu pour ceulx de l'église, ledict Monsieur le bailli pour 
les nobles, et ledict maistre Jehan pour ceulx du tiers estât du dict 
bailliage. » 

Enfin, on trouve dans le compte de Robert de Bailly, receveur 
delà ville d'Amiens, la mention d'une somme de 256 livres tour- 
nois, payée à M e Jean de Saint-Delis, et qui lui était due « à cause 
« de certain voyage par lui naguères fait devers le roy nostre 
« sire en la ville de Tours, là où il avoit esté commis et député 
>< par ceulx des trois estats du bailliage d'Amiens, à l'assemblée 
« faite au dict lieu de Tours par les trois estats du royaume de 
« France*. » 

Ces deux citations nous dispensent de tout commentaire. 

Les assertions de Philippe de Poitiers sont, il est vrai, tout à 
fait générales, et le texte des lettres du roi vient singulièrement 
ajouter à la valeur de ce témoignage. Cependant il n'en résulte 
pas, croyons-nous, que, dans tous les bailliages sans exception, 
les électeurs des trois ordres se soient réunis pour la nomination 
des députés. On sait, en effet, combien au moyen âge les usages 
varient suivant les pays. 

Nous sommes même porté à supposer, d'après une lettre du 
roi, conservée dans le fonds Salmon, à la bibliothèque de Tours, 

1. Mémoires de la Société des antiquaires de France, tome XVI, p. 496. 

2. Ibid., p. 508. 



37 

que ce système électoral ne fut pas suivi dans le bailliage du Co- 
tentin. Cette lettre, du 8 mars 1481, taxe à 390 livres tournois 
l'indemnité due à « M e Jehan Pellevey, docteur en chacun droit, 
« vicaire de Coustances, esleu et envoyé » par les gens d'église 
de ce bailliage. 

A Rouen, les gens d'église se réunirent à l'hôtel de ville pour 
choisir leur représentant : il est donc naturel de supposer que le 
tiers état et le clergé nommèrent en commun leurs députés ; 
nous ne voudrions pas toutefois l'affirmer. Ce que nous savons 
sur les élections de la ville de Rouen nous est fourni par une très- 
intéressante notice sur Masselin, publiée par M. Charles de Beau- 
repaire , dans les Mémoires de la Société des antiquaires de 
Normandie. 

L'auteur ne donne aucun détail sur les formes de l'élection, 
dont il n'avait pas à s'occuper dans un article biographique; il 
nous apprend seulement que les chanoines de l'église métropoli- 
taine n'acceptèrent pas sans quelque difficulté la proposition qui 
leur était faite de se réunir à l'hôtel de ville pour l'élection d'un 
député du clergé ' . 

Enfin, nous possédons, en ce qui concerne la Bourgogne, une 
pièce curieuse que je me reprocherais de passer sous silence: 

Charles VIII écrivait, le 13 novembre 1483, aux électeurs de 
Bourgogne pour leur recommander « tant affectueusement que 
« faire pouvons, » dit la lettre, la nomination de l'abbé de Citeaux 
et du seigneur de la Roche (Philippe Pot, grand sénéchal de 
Bourgogne) « lesquelz, » je citerai encore ici textuellement, « nous 
« sont fort agréables pour la grande discrétion, sens et conduicte 
« qui sont en leurs personnes. » 

A qui le roi adressait-il cette lettre, concernant l'élection d'un 
abbé et d'un gentilhomme? 

« A ses arnez et féaulx les gens des trois estats de son duché 
« de Bourgogne 2 . » 

Ainsi, Charles VIII, ou plutôt le conseil qui lui dictait cette 
lettre, fidèle à la pensée de l'ordonnance de convocation, enten- 
dait que la bourgeoisie, que le commun peuple, participât à l'é- 

1. « Quamvis dictum fuerit ibidem quod ille qui pro statu ecclesiastico mittendus 
« erat eo in loco eligi non deberet, » portent les registres capitulaires. Voy. Mé- 
moires de la Société des Antiquaires de Normandie, 19 vol. de la collection, 1852, 
p. 275, note 1. 

2. Appendice au Journal de Masselin, pp. 739 et 741, note 1. 



38 

lection de deux candidats appartenant l'un à l'ordre du clergé, 
l'autre à celui de la noblesse. 

Il est donc très-vraisemblable (le fait m'a paru assez intéres- 
sant pour être signalé) que ce célèbre Philippe Pot, grand séné- 
chal de Bourgogne, qui joua, aux états généraux de 1484, un 
rôle si important et dont le nom ne manque jamais d'être pro- 
noncé a propos de ces états, fut élu député par les représentants 
réunis des trois ordres. Il faut en dire autant de cet abbé de 
Citeaux, que Masselin qualiûe de fameux théologien, insignis 
theologus * . Tous deux furent recommandés par le roi à titre de 
candidats « agréables. » 

Nous ne possédons pas le procès-verbal des élections pour le 
bailliage de Lyon ; mais nous savons par les délibérations du 
consulat de cette ville que, le 30 novembre 1483, les conseillers 
et quelques notables comparurent à l'assemblée des « troys es- 
tatz des bailliage et séneschaussée de Lion, » et que, dans cette 
assemblée, on fit choix de Jean Palmier pour représenter la ville 
de Lyon aux états généraux 2 . 

Il est donc certain que le clergé, la noblesse et le tiers état du 
bailliage se réunirent pour l'élection , et tout nous autorise à 
penser que le mandat de chaque député lui fut donné par les 
électeurs des trois ordres. 

Enfin, il paraît résulter de lettres adressées par le comte de 
Cominges et par le lieutenant du sénéchal des Lannes au maire et 
aux eschevins de Bayonne, que les trois ordres de la sénéchaussée 
des Lannes s'assemblèrent à Dax. Une copie de ces pièces, con- 
temporaine des originaux, est conservée dans les Archives de 
Bayonne 3 . 

Au résumé, sur des points du territoire très-éloignés les uns 
des autres, en Tou raine, en Bourgogne, en Picardie, dans les 
villes de Lyon et de Troyes *, dans la sénéchaussée des Lannes, 
nous avons pu constater le fait de l'élection en commun. 

i. Journal de Masselin, p. 10. Cet abbé est Jean de Cirey. Il administra l'abbaye 
de Citeaux, de 1476 à 1503. (Gallia Chrisliana, t. IV, col. 1005 et 1006.) 

2. Actes consulaires de la ville de Lyon , vol. BB. 17. Le nom de Jehan Palmier a 
été défiguré par l'éditeur de Masselin qui l'appelle Jehan Patimier (p. 23). Une autre 
liste donne Parmier. (Appendice à Masselin, p. 735.) 

3. Archives de Bayonne, BB. 4, p. 300. 

4. Je cite ici la ville de Troyes ; car, on se le rappelle, Philippe de Poitiers, qui in- 
voqua, à l'appui d'une thèse très-peu favorable au tiers état, le fait de la nomination 



39 

Pour compléter ce tableau, il faudrait interroger toutes les ar- 
chives communales de France, dont un certain nombre pourrait 
fournir de précieux renseignements et dont quelques-unes conser- 
vent peut-être (comme celles de Tours) les procès-verbaux même 
de l'élection. Il faudrait aussi consulter les procurations des dé- 
putés, et les trésors de tout genre accumulés au palais Soubise, in- 
vestigations auxquelles nous regrettons vivement de n'avoir pas eu 
le loisir de nous livrer, mais dont le résultat viendrait, croyons- 
nous, récompenser le labeur de celui qui pourrait les entreprendre. 

IV. suite des états de 1484. — Détails sur les élections de 
Lyon et de Senlis. Délégués inférieurs envoyés avec les députés 
en titre. 

Après cet exposé général, il convient, ce me semble, d'entrer 
dans ces détails que l'histoire, en pareille matière, ne doit pas 
toujours négliger, et que nous avons été heureux de pouvoir re- 
cueillir. 

Le 28 novembre 1483, les conseillers de la ville de Lyon réu- 
nissaient les principaux « citoyens » (le mot est du temps) pour 
leur annoncer la convocation des états et les inviter à s'occuper 
de la rédaction des doléances; ils présentaient néanmoins « au- 
cuns advis, desja couchés par escript »,et en donnaient lec- 
ture aux notables. Ceux-ci déclarèrent que les « advis » 
rédigés à l'avance par les conseillers « estoient bons, utiles et 
proufitables pour lesdits ville et pays », et ajoutèrent qu'ils «■ s'ad- 
viseroieut » des « autres choses » qu'il pourrait être bon d'insé- 
rer dans cette « somme des advis », « puis le diroient au procu- 
reur général de la ville pour le tout mectre par escript. » 

L'élection des députés du tiers eut lieu le 30 novembre 1483, 
dans l'église cathédrale et primatiale de Saint-Jean. Nous savons 
seulement que les conseillers de ville et quelques notables assis- 

par les trois ordres réunis, était député du bailliage de Troyes. J'ajoute que, d'après 
Lalourcé et Duval, qui s'expriment en termes généraux et ne distinguent pas les 
temps, l'élection des députés par les trois ordres réunis aurait été d'usage en Lan- 
guedoc. (Forme générale et particulière de la convocation et de la tenue des assem- 
blées nationales ou états généraux de France, justifiée par pièces authentiques.) 

Je n'ai pu consulter par moi-même les recueils de Mayer, de Lalourcé et Duval, ni 
les travaux de Rœderer et de Thibaudeau. Je dois des extraits de ces divers ouvrages 
à mes obligeants confrères MM. de St-Mauris et Paul Meyer et à MM. Alphonse Nou- 
rissonet A. Brachet. 



40 

tèrent à cette réunion. Mais nous possédons plus de détails sur 
la nomination de deux délégués que les Lyonnais adjoignirent à 
leur député Jean Palmier, pour faciliter sa tâche et l'aider, au 
besoin, de leur expérience. 

Ce choix donna lieu à certaines difficultés, malgré les précau- 
tions qui paraissent avoir été prises par le consulat, pour s'assu- 
rer la présence de notables suffisamment dociles. 

Le 7 décembre 1483, les conseillers désignèrent un de ces dé- 
légués, Antoine Dupont *, procureur général de la ville, et déci- 
dèrent qu'ils s'occuperaient ultérieurement de l'élection d'un 
second délégué, élection qui serait communiquée à quatre nota- 
bles de la rive gauche de la Saône, et à quatre habitants de la rive 
droite. En même temps, ils désignèrent par leurs noms les huit 
notables de leur choix, parmi lesquels un certain Guillaume Ba- 
ronnat. Le 19 décembre 1483, les notables, dont le nombre se 
trouvait réduit à six, furent convoqués avec les conseillers en 
l'hostel commun de la ville ; on les avisa de l'élection qui avait 
été faite de Barthélémy de Villars, pour accompagner le député 
Jean Palmier avec Antoine Dupont, le procureur de la ville. 

Cinq des notables déclarèrent « que lesdits conseillers avoient 
« bien advisé et bien esleu, et que leur dite élection avoit esté et 
« estoit bonne et bien faicte et à icelle s'accordoient. » Mais Guil- 
laume Baronnat, attendu que la ville était « endebtée de 
« grans sommes de deniers » fut d'avis qu'il ne fallait pas faire 
la dépense du voyage de deux délégués supplémentaires, mais se 
contenter d'envoyer le député officiel. Dans le cas où on ne se 
rallierait pas à son opinion, Baronnat demandait la convocation 
d'un plus grand nombre de notables. 

On ne s'arrêta pas à cette protestation, et l'on décida que Vil- 
lars et Dupont seraient envoyés aux états avec le député Jean 
Palmier ; mais comme Villars devait faire, dans tous les cas, ce 
voyage pour son propre compte, il fut convenu qu'on lui parle- 
rait, et qu'on tâcherait de « le faire contenter de quelque gracieuse 
« somme, en ayant regart à ce qu'il y va pour autre chose. » 

Voilà une économie dont la commune de Lyon fut probable- 
ment redevable à Guillaume Baronnat, qui, ne pouvant faire 



1. Le rôle de ces délégués devait se confondre souvent avec celui des autres repré- 
sentants. Masselin fait figurer Antoine Dupont dans la liste des députés du Lyonnais 
(p. 24, éd. de Bernier). Une autre liste imprimée par Bemier contient aussi ce nom. 



41 

adopter son opinion, s'avisa sans doute de proposer cette réduc- 
tion de dépense. 

Le lendemain, les conseillers firent venir leur collègue Barthé- 
lémy de Villars, et convinrent qu'on lui remettrait pour le voyage 
40 livres tournois. Villars fit observer qu'après la tenue des 
états, il prolongerait peut-être pendant longtemps son séjour en 
Touraine, pour les affaires de la ville, etqu' « en ce », il « pour- 
« roit avoir perte etdommaige. » Mais on lui répondit qu'à son 
retour on augmenterait la somme allouée, s'il y avait lieu, et 
qu'on aurait à sa réclamation « tel regart que raison vouldroit. » 

Villars, faute de mieux, dut donc se contenter de ces quarante 
livres : ce qui était déjà très « gracieux » pour un voyage qu'il 
était décidé à entreprendre dans son intérêt privé. Nous ignorons 
quelle somme fut allouée à ses compagnons de route ' . 

Le bailliage de Senlis n'envoya aux états généraux qu'un seul 
député, Guillaume le Fuzelier, licencié en lois; et il est assez dif- 
ficile de dire si ce personnage fut choisi par les trois ordres de 
la nation, ou seulement par les bourgeois des villes. 

Le 29 novembre 1483, les habitants de Senlis se réunissent à 
l'hôtel de ville, et donnent pouvoir à dix d'entre eux « de com- 
paroir à l'assemblée des trois états de bailliage et de élire un 
homme de l'état commun pour aller auxdits trois états, ordon- 
nés être tenus à Orléans, avec lesdits gens d'église et nobles, 
faire les remontrances. » 

Le procès-verbal de cette assemblée « des trois états du bail- 
liage » ne nous est pas parvenu. Mais le 29 janvier et le 21 mars 
1484, le registre des délibérations de Senlis fait mention du man- 
dat donné à Guillaume le Fuzelier « par les villes 2 et pays du bail- 
liage pour le tiers et commun état dudit pays », — « par les villes 
du bailliage dudit Senlis, assemblées en grand nombre en cette ville 
de Senlis. » 



1. Actes consulaires de la ville de Lyon, vol. BB. 17. Les listes imprimées par Ber- 
nier ne donnent point le nom de Barthélémy de Villars ; on y trouve, comme nous 
l'avons dit, celui d'Antoine Dupont. Lors des états de 1468, on avait déjà songé à 
envoyer Jean Palmier aux États de Tours. (Actes consulaires de la ville de Lyon, 
14 mars 1467.) 

2. M. Henri de l'Épinois a donné les noms des trois électeurs que nomma la ville 
de Compiègne, et qui durent se réunir aux autres électeurs du bailliage (Notes 
extraites des Archives communales de Compiègne. Bibl. de VÉc. des ch., t. V, 
série 5, p. 136.) 



42 

Enfin, une lettre datée de Tours, du 15 mars 1484, et adressée 
aux bourgeois de Senlis, Beauvais, Compiègne et Clermont, par 
Marigny, bailli de Senlis, commence ainsi : 

« Très-chers et spéciaux amés , 
« Je me recommande à vous. Maistre Guillaume le Fuzellier, que 
vous avez envoyé pour les trois états du bailliage de Senlis, s'en re- 
tourne par delà ; et aussi (eusse) bien voulu que Messieurs les gens 
d'Eglise et nobles se y fussent trouvés comme lui pour l'honneur et 
profit dudit bailliage. » 

Si, comme le porte cette lettre, Guillaume le Fuzelier a été en- 
voyé par les trois états du bailliage, pourquoi Marigny déplore- 
t-il l'absence des représentants du clergé et de la noblesse, et 
surtout pourquoi les délibérations du 29 janvier et du 21 mars 
parlent-elles de Guillaume le Fuzelier ' , comme mandataire de 
la bourgeoisie et non des deux autres ordres ? 

11 paraîtra peut-être naturel de supposer que le clergé et la 
noblesse du bailliage de Senlis ne prirent aucune part à l'élection 
des députés aux états généraux, élection qui, cependant, dans 
l'intention du roi, aurait dû être le fait des trois ordres réunis. 

Guillaume le Fuzelier n'entreprit pas seul le voyage de Tours ; 
nous apprenons qu'il s'adjoignit Jean Sanguin, « l'un des gou- 
verneurs » de Senlis, pour « aller avec lui aux trois états ; » et, 
le 29 janvier 1483, c'est-à-dire quinze jours après la première 
réunion de l'assemblée des députés, nous retrouvons à Senlis ce 
Jean Sanguin, rendant compte aux habitants des négociations 
entamées avec le roi, au sujet du grenier à sel de cette ville. 

Que se passa-t-il dans les autres bailliages? Les députés en- 
voyés par eux aux états généraux étaient-ils accompagnés d'un 
ou plusieurs délégués qui les aidaient dans leurs travaux et par 
l'entremise desquels ils pouvaient, au besoin, en référer à -leurs 
commettants? Nous l'ignorons; mais il n'y aurait rien dans cette 
supposition que de très-vraisemblable. 

1. Le Journal de Masselin portele Fuzier au lieu de le Fuzelier (p. 18). M. Bernier 
a déjà corrigé cette erreur de nom (p. 729, note 1). 



43 



V. suite des états de 1484. — Détails sur les élections de 
Tours. Revue des délibérations de Vhôtel de ville de Tours, 
postérieures aux procès-verbaux d'élection, et dans lesquelles 
il est fait mention de la convocation des états. 

A Tours, la première assemble'e électorale a lieu le 9 no- 
vembre 1483. Le corps de ville, comprenant les représentants de 
l'archevêque et du chapitre de la cathédrale, plusieurs échevins, 
pairs et conseillers, se réunit à la maison commune, en présence 
du juge de Touraine et de l'avocat du roi*, sous la présidence du 
nouveau maire, Martin d'Argouges, et de René Sizeau, élu. Le 
chapitre de Saint-Martin, dont les députés faisaient partie de la 
commune, n'a pas envoyé de mandataire ; et je ne compte en tout 
que treize membres présents, non compris les deux officiers du 
roi. Chiffre bien restreint, car, sans parler des représentants des 
églises, le corps de ville se composait de vingt-quatre échevins 
et de soixante-seize pairs et conseillers laiz 2 ! 

1. On trouve dans les lettres d'établissement du mairat, par Louis XI, le passage 
suivant : 

« Et pour la singulière confiance qu'avons esdits maire et eschevins, bourgois, 
« manans et habitans de la dite ville, leur avons octroyé et octroyons que, toutes et 
« quanteffoiz que besoing sera, par l'ordonnance desditz maire et eschevins, ilz se 
« puissent assembler, sans ce qu'ilz soyent tenuz appeller ou convoquer à leur dite 
« assemblée aucun de noz officiers audit lieu, si bon leur semble. » (Ordonnance de 
Louis XI, en date du mois de février 1461, à Saint-Jean d'Angely, citée dans un acte 
de transaction du 8 janvier 1464, entre les habitants laiz et les gens d'église de la 
ville de Tours. Archives de la ville de Tours. Rouleau de parchemin , voy. aussi : 
Ordonnances des rois de France, t. XV, p. 332 et suiv.) 

En fait, un officier du roi assistait ordinairement aux assemblées du corps-de-ville; 
quelquefois, cependant, le roi n'était pas représenté à ces réunions. (Voyez, par 
exemple, la séance du 2 décembre 1465. Registre des délibérations de 1462 à 1473.) 

Cet article de l'ordonnance de Louis XI ne figure pas parmi ceux qui furent entérinés 
par la cour des comptes, dans son arrêt du 28 mai 1464. (Archives de la ville. Série 
AA. liasse 1.) Un autre arrêt de la même cour, du 2 août 1484, rendu sur l'ordon- 
nance par laquelle Chai les VIII confirma, en septembre 1483, les privilèges accordés 
par son père à la commune de Tours, visa ce paragraphe de l'ordonnance de Louis 
XI , mais en restreignit la portée. Il ne reconnut qu'au maire, aux échevins et aux pairs 
de ville le droit de se réunir en l'absence des officiers du roi, et dit qu'une plus 
grande assemblée ne pourrait avoir lieu qu'en présence du bailli de Touraine ou de son 
lieutenant. (Arrêt transcrit dans une pièce de procédure signifiée au maire et aux 
échevins, demandeurs, par François Paris, conseiller du roi, prévost et juge ordi- 
naire de Tours, delfendeur. Archives de la Mairie de Tours.) 

2. 76 et non 75 comme on a coutume de le dire. (Voyez entre autres Phist. ms. 



44 

L'assemblée s'occupe des affaires ordinaires de la commune, 
entre autres d'une question de voirie pendante entre la ville et 
le couvent des Cordeliers, au sujet de la rue de ce nom, de 
diverses réparations à faire exécuter; enfin de la nomination 
des électeurs chargés de choisir les députés aux états géné- 
raux. 

C'est, on le voit, une élection à deux, et même à trois degrés, 
car les électeurs sont nommés, non par le peuple, mais par le 
corps municipal 4 , qui procède lui-même, en droit, d'un suffrage 
universel et direct, auquel peuvent prendre part tous les habi- 
tants de Tours. (En fait, le maire et les échevins sont ordinaire- 
ment désignés par un nombre assez peu considérable d'élec- 
teurs 2 .) 

Voici les noms qui sont proclamés à la fin de cette séance : 
« Sire Jean Briçonnet l'aisné, Monsieur le Juge, Françoys Ber- 
nard, J. Saintier, Macé Hubaille, J. Lopin, J. Ruzé auquel on 
pourra demander son opinion, J. Galocheau, Loys de la Mezière, » 
et un dernier personnage dont le nom est illisible. 

Ce choix ainsi arrêté, l'assemblée, avant de se séparer, décida 
qu'on notifierait au chapitre de Saint-Martin la délibération qui 
venait d'être prise, et qu'on l'engagerait à faire choix d'un cer- 



cle Chalmel, p. 42. Le Droit municipal au moyen âge, par F. Béchard, t. II, p. 364.) 
Les 76 premiers pairs furent nommés le 8 octobre 1462. Leurs noms nous sont res- 
tés. (Registre des délibérations de 1462 à 1473.) 

1. C'est le petit nombre des membres présents qui m'induit à penser que cette 
réunion du 9 novembre 1483 est une assemblée particulière du corps de ville et non 
une assemblée générale des babitants. Cependant les assemblées générales aux- 
quelles tous les bourgeois ont été convoqués sont quelquefois fort peu nombreuses. 
Il n'y a donc là qu'une conjecture qui paraîtra, je l'espère, très-vraisemblable, mais 
rien de plus. Il faudrait, pour arriver à une certitude absolue, connaître les noms des 
échevins en novembre 1483 , mais il est impossible de dresser cette liste à cause des 
lacunes dans les délibérations, lesquelles nous font défaut depuis le 6 mars 1473 
(anc. style) jusqu'au 9 novembre 1483. 

2. L'ordonnance déjà citée de Louis XI porte : 

« Et premièrement, avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons, que lesdits 
« bourgois, manans et habitans laiz de notre dite ville et cité de Tours, puissent 
« eslire par chacun an l'un d'eulx en maire avecques vingt-quatre eschevins, con- 
« seilliers perpetuelz à vie. » 

Le premier maire de Tours, Jean Briçonnet, fut élu le 8 octobre 1462, par tous... 
les bourgeois, marchands, manants et habitants assemblés, dit le procès-verbal. 

Les électeurs sont beaucoup moins nombreux les années suivantes. (Voir le regis- 
tre des délibérations de 1462 à 1473.) 



45 

tain nombre d'électeurs qui auraient à s'entendre avec ceux déjà 
nommés. On arrêta également que l'Église de Tours (c'est ainsi 
que l'on désigne constamment l'église métropolitaine) serait invi- 
tée à choisir ses représentants. 

En effet, peu de jours après, ceux qui avaient été désignés 
par le corps de ville, à l'exception pourtant de J. Galocheau, et 
peut-être d'un autre membre, se réunirent encore à la maison 
commune avec l'avocat du roi et quelques autres notables, parmi 
lesquels Etienne Ragueneau, ancien maire, et Etienne Lopin, 
chanoine de l'église Saint-Gatien, qui n'avait pas été nommé dans 
la séance précédente, mais avait sans doute été désigné, de- 
puis, par le chapitre. Quant à l'église Saint-Martin, nous ne 
voyons pas qu'elle ait envoyé de représentants. 

Cette secondeassemblée,chosedignederemarque, paraît, comme 
la première, une réunion ordinaire du corps de ville. On y traite 
des affaires de la commune, des mesures à prendre pour ob- 
tenir la délivrance des lettres de confirmation des privilèges de 
la ville \ de la rue des Cordeliers, et enfin des députés à envoyer 
aux états : on fait choix également des rédacteurs du cahier des 
doléances. 

Les députés nommés sont : « Jehan Faleyseau a , juge de Tou- 
raine, Jehan Godeau 3 et Jehan deCostance*, » c'est-à-dire trois 

1. Ces lettres de confirmation, ainsi que je l'ai dit, p. 43, note 1, sont datées 
du mois de septembre 1483; mais elles n'étaient pas délivrées en novembre de la 
même année. Cette affaire était retardée pir la demande d'un droit de sceau consi- 
dérable, auquel prétendait la chancellerie du roi. (L'ordonnance de Charles VIII est 
imprimée dans le Recueil des ordonnances, t. XIX, p. 144.) 

2. Licencié en lois. Maire de 1490 à 1491, au témoignage de Chalmel (Hist. ms. 
de la mairie de Tours, à la Bibliothèque de la Mairie, p. 85), dont je n'ai pu vérifier 
le dire, en raison des lacunes que présentent les registres des délibérations et des 
comptes. D'après l'article que Chalmel lui consacre, Jean Faleyseau n'aurait pas 
occupé le poste de lieutenant-général du bailli ou juge de Touraine, avant 1490. 
Les délibérations sur lesquelles ce travail est rédigé prouvent qu'il remplissait ces 
fonctions dès l'année 1483. On le retrouve avec le même titre les années suivantes. 
(Voy. registre des délibérations, séance du 16 août 1487 et passim.) 

3. Probablement celui que je trouve qualifié conseille?- en court laye dans un 
procès-verbal du 19 novembre 1471, où sont mentionnés plus de 600 manants et 
habitants qui viennent prêter serment à Louis XI, entre les mains du maire. Il fut 
receveur des deniers communs du 1 er novembre 1465, au 1 er novembre 1467. (Re- 
gistre des comptes, coté 38, p. 3 et 58) ; enfin maire de 1474 à 1475. (Chalmel, p. 81.) 

4. Probablement celui que je trouve qualifié pratician en court laye, dans le pro- 
cès-verbal du 19 novembre 1471, déjà cité. — Maire de 1479 à 1480 : il s'intitulait 
à celte époque conseiller en court laye. (Registre des comptes, coté 44, de 1479 



46 

bourgeois. Le clergé et la noblesse ne se trouvent pas repré- 
sentés. 

Ces députés pourront prendre avec eux « deux des suffisans 
des habitants, » chargés de participer aux travaux des représen- 
tants, de tenir la commune au fait des questions agitées dans le 
sein des états, et de transmettre aux députés les instructions 
qu'on pourrait avoir à leur faire parvenir pendant le cours des 
réunions de l'assemblée. 

Il règne une certaine incertitude sur les noms des rédacteurs 
du cahier des doléances. Cependant l'assemblée paraît avoir 
choisi, en définitive, le juge de Touraine, M es François Bernard 4 , 
J. Bernard 2 , J. Lopin 3 , J. Saintier 4 , J. Godeau 5 , tous juriscon- 
sultes, et un septième personnage, Macé Hubaille 6 , dont le nom 

à 1480, p. 2.) Un Jean de Coustances ou Decoustance figure parmi les bourgeois de 
Tours, dès le 8 mars 1462 et le 12 février 1469. Il faudrait donc, même en admettant 
l'origine noble qui est attribuée à cette famille par L'Hermite Souliers (Histoire gé- 
néalogique de la noblesse de Touraine, p. 504), reconnaître qu'elle s'était mêlée 
avec la bourgeoisie tourangelle. Ce qui me suffit pour considérer ici Jean de Cos- 
tance comme bourgeois. 

1. Maire de 1468 à 1469. Licencié en décrect. (Série CC. Mandat de François 
Bernard, maire de Tours, du 31 octobre 1469.) Avait déjà représenté les gens 
d'église et les bourgeois de Tours, aux États de 1468. (Voy. ci-dessus, p. 26.) 

2. Maire de 1465 à 1466. Licencié en lois. (Registre des comptes du receveur, 1465- 
1466, p. 2.) J. Bernard avait occupé la place de lieutenant général du bailli et juge 
de Touraine. Il remplissait ces fonctions lors de la création du Mairat, en 1462. Il 
figure en tête de la première liste des échevins (registre des délibérations de 1462 
à 1473, p. 1), et, depuis lors, on le trouve présent aux délibérations du corps-de-ville, 
tantôt en qualité d'officier du roi (même registre, p. 2), tantôt en qualité d'échevin, 
lorsque le roi est représenté par le bailli lui-même. (Même registre, p. 7.) Quand 
Jean Bernard fut nommé maire de Tours, il n'était plus juge de Touraine. (Re- 
gistre des délibérations de 1462 à 1473, 28 octobre 1465, et 1" décembre 1465.) Le 
lieutenant-général du bailli et juge de Touraine était alors Pierre Sohier. Voy. déli- 
bérations du 11 septembre 1465, du 1 er décembre 1465, du 31 juillet 1466 et passim. 
A l'époque qui nous occupe, Jean Bernard avait le titre d'advocat du roy. (nélibé- 
ration du 30 novembre 1483.) 

3. Probablement celui que je trouve qualifié conseiller en court laye dans le 
procès-verbal du 19 novembre 1471. Maire de 1475 à 1476; s'intitulant alors Li- 
cencié en loix. (Registre des comptes du receveur, coté 42, p. 2.) 

4. Probablement celui que je trouve qualifié pratician en court laye dans le 
procès-verbal déjà cité. Maire de 1472 à 1473, et s'intitulant alors licencié en loix. 
(Registre des comptes, coté 41, p. 2 r°.) 

5. Voyez note 3, p. 45. 

6. Macé Hubaille figure parmi les principaux bourgeois de Tours, le 25 octobre 
1478. (Registre des comptes, t. 43, p. 171 v°.) On retrouve assez souvent son 
nom dans le cours des années postérieures à 1483. 



47 
revient souvent dans les registres des délibérations, mais dont je 
ne connais pas la qualité ou la profession. 

Dans le cours de la séance, Louis de la Mezière avait été d'avis 
que les villes de Loches et de Chinon envoyassent chacune un 
député aux états, ou peut-être un électeur au chef-lieu du bail- 
liage, car le texte n'est pas très-clair en cet endroit. 

La plus grande incertitude avait régné dans l'assemblée en ce 
qui concerne le nombre des députés que devait nommer la ville 
de Tours : on avait de même hésité sur la qualité des députés à 
élire, et plusieurs membres, dont le sentiment n'avait pas pré- 
valu, avaient demandé qu'un représentant de chacun des trois 
ordres fût envoyé aux états. 

En réalité, Jean Faleyseau, Jean Godeau et Jean de Cos- 
tance dont je viens de raconter l'élection, ne représentèrent 
jamais la ïouraine aux états généraux. 

Il ne fut tenu aucun compte de ces deux premières opérations 
électorales, qui restèrent lettre morte, et j'aurai tout à l'heure 
à donner des détails sur les procès- verbaux de l'élection défi- 
nitive. Mais je crois que ce ne sera pas faire abus des conjectu- 
res que de chercher un moment l'explication de cette sorte de 
nullité dont furent évidemment frappées ces premières nomi- 
nations. Remarquons-le tout d'abord : la prescription la plus 
importante des lettres du roi n'était pas remplie, car c'étaient 
trois bourgeois qui avaient fixé le choix des électeurs. 

De plus, les villes d'Amboise, de Loches et de Chinon n'avaient 
pas été représentées. Cette remarque s'applique également au 
clergé, qui n'avait envoyé qu'un chanoine de Saint-Gatien; elle 
s'applique surtout à la noblesse, dont pas un membre ne se trou- 
vait à la réunion. 

Ce sont là certainement autant de chefs sur lesquels le roi 
ou son lieutenant appela l'attention des Tourangeaux, en leur 
enjoignant de procéder à de nouvelles élections plus régu- 
lières. 

Comment avait-on si mal observé les usages, si imparfaite- 
ment obtempéré aux « lettres royaux? » Je ne serais pas éloi- 
gné de voir dans ces premières élections, soit un indice des ré- 
pugnances du clergé, et surtout de la noblesse, pour un vote 
commun avec le troisième ordre, soit un souvenir de ce qui 
s'était passé à l'occasion des derniers états généraux convoqués 
en 1468 sous Louis XI . 



48 

A cette époque, le clergé et la bourgeoisie de Tours avaient 
déjà, comme nous l'avons vu, procédé en commun à la nomi- 
nation des députés sans que les villes d'Amboise, de Loches et 
de Chinon prissent aucune part à l'élection 1 . Il est vrai qu'à 
côté de ces analogies nous trouvons des différences importantes 
à signaler : ainsi, en 1484, l'élection est à trois degrés au lieu 
d'être directe, et les députés choisis ne sont plus, comme en 
1468, un ecclésiastique et deux laiz, mais bien trois laiz. 

Cette dernière irrégularité était, sans contredit, la plus impor- 
tante : aussi vovons-nous, quand on procéda, le 1 er décembre, à 
une élection définitive, le président rappeler à l'assemblée la te- 
neur des lettres du roi, « qui mande soy assembler pour eslire 
« et nommer troys personnes pour estre aux troys estatz ; c'est 
« assavoir une personne d'église, ung noble et une personne 
« pour le commun 2 . » 

Voici quels furent les éléments de cette seconde assemblée 
électorale : le maire Martin d'Argouges et René Sizeau, l'un des 
élus; le lieutenant-général du bailli et juge de Touraine; les 
bourgeois de Tours nommés par le corps de ville pour la cité, 
les représentants de Chinon, celui ou ceux de Loches, ceux 
d'Amboise, deux chanoines de l'église cathédrale, l'official de 
l'archevêque, les représentants de l'abbé et du couvent de Saint- 
Julien, et celui de Saint-Martin. Enfin, il faut ajouter à cette 
liste deux personnages, probablement les suivants : Guy Chastei- 
gnier, seigneur de la Roche-Posay, et Jeanne de Malestroit, vi- 
comtesse de la Bélière, veuve de Tanneguy du Chàtel, seigneur de 
Chàtillon-sur-Indre, laquelle jouissait du domaine de Chàtillon 
comme ayant la garde noble de ses trois filles, et comparut 
par procureur 3 . 

De la composition de cette assemblée il résulte, à mon avis, 

1. Registre des délibérations du corps-de-ville de Tours, à la date du 6 mars 1468. 

2. Ibid., 1 er décembre 1483. 

3. Je dois faire observer qu'en ce qui concerne le seigneur de la Roche-Posay et la 
seigneurie de Cbâtillon, je donne ici des indications précises qui manquent dans le 
manusciitdontje me suis servi. J'ai pu me tromper en essayant d'interpréter ainsi 
les expressions par trop laconiques du plumitif, qui porte seulement : seigneur de 
la Roche, seigneur de Chàtillon. J'ai supposé que ces désignations s'appliquaient 
à la Roche-Posay et à Chàtillon-sur- Indre. Quant aux noms des titulaires de ces sei- 
gneuries, ils m'ont été fournis par Chalmel (Histoire de Touraine, t. III, p. 69 et 
257) , et par une pièce ms. du fonds Salmon à la bibliothèque de Tours. (Registre 
357, pièce 88.) 



49 

que les paysans n'ont eu aucune part, en Touraine, à l'élection 
pour les états généraux de 1484 : il ne faudrait donc pas appli- 
quer à notre province une phrase trop générale d'Augustin 
Thierry à propos de cette assemblée : 

« L'élection pour les trois ordres s'était faite, dit-il, au chef- 
lieu de chaque bailliage, et les paysans eux-mêmes y avaient 
pris part 1 . » 

Les bourgs ou les campagnes n'ont pas de représentants au 
sein de l'assemblée qui va nommer les députés : les envoyés des 
quatre villes les plus importantes du bailliage, Tours, Loches, 
Amboise et Chinon, y figurent seuls. 

Le corps de ville 2 de Tours avait fait choix de ses représen- 
tants, pour cette assemblée générale, le 30 novembre 1483; et, 
d'après notre plumitif, il aurait désigné plusieurs bourgeois dont 
les noms, il est vrai, ne se retrouvent pas très- exactement 
parmi ceux des membres présents à la réunion qui eut lieu le 
lendemain. L'imperfection des notes qui nous sont restées doit 
être en bonne partie la cause de cette difficulté. 

Bien que les lettres du roi ne parlassent que de l'élection de 
trois députés, plusieurs électeurs voulaient en nommer davan- 
tage, et proposaient d'en choisir six ; d'autres rappelaient que le 
roi avait ordonné d'en élire trois, et non un plus grand nombre; 
ce fut ce dernier sentiment qui prévalut; les députés élus furent : 
pour l'Église, Guy Vigier, abbé de Marmoutier ; pour la noblesse, 
Hardouin, seigneur de Maillé, de Rochecorbon, de Rillé, vicomte 
de Tours, chevalier, conseiller et chambellan du roi 3 ; pour le 
commun, sire Briçonnet Patron *; 

On le voit, les usages étaient bien incertains, bien imparfai- 

1. Essai sur l'histoire du Tiers-État, ch. iv. 

2. Je dois faire ici les mêmes réserves qu'à la page 44, noie 1. 

3. Tels sont exactement les titres que prend Hardouin de Maillé, dans un acte du 
6 août 1480, signé de lui. (Archives de la ville, liasse 325, ancienne série.) 

Ce seigneur de Maillé (Hardouin IX) est celui qui vendit, en 1463, la seigneurie de 
Montils-les-Tours au roi Louis XI. Il avait épousé, en 1458, Antoinette daChauvigny. 
Il vivait encore en 1487. (Histoire généalogique de la maison royale de France, 
parle père Anselme, t. VU, p. 501. Le Cabinet historique, par M. Louis Paris. 
Décembre 1858, p. 278.) 

4. D'après le père Anselme, ce serait Jean Briçonnet l'aîné, qui aurait été envoyé 
comme député aux états généraux de 1484 (t. VI, p. 428). Cependant il est certain 
que celui que nos registres des délibérations appellent souvent Briçonnet Patron n'est 
autre que Jean Briçonnet le jeune, frère de Jean Briçonnet l'atné. (Comparez les 

II. (Sixième série.) 4 



50 

tement déterminés ; mais cette inexpérience , ces hésitations , 
n'ont rien qui doive surprendre si l'on se rappelle combien les 
convocations des états généraux étaient peu régulières sous l'an- 
cienne monarchie. 

On a dû remarquer que la noblesse n'était représentée, parmi 
les électeurs de Touraine, que par deux de ses membres, dont 
un seul comparut en personne. 

Ces envoyés de la noblesse firent connaître les noms de ceux 
auxquels ils désiraient confier les intérêts, je ne dis pas de leur 
ordre, mais des trois ordres du bailliage ; et leur rôle, dans cette 
assemblée, ne diffère en rien de celui des autres électeurs. 

Le procès-verbal ne nous a pas gardé les noms des candidats 
pour lesquels se prononça le mandataire de la seigneurie de Chà- 
tillon ; nous apprenons seulement par ce document qu'il voulait 
confier les intérêts de la province à six députés au lieu de trois. 
Jacques Delacourt, élu de Chinon, et le seigneur de la Roche 
opinaient, au contraire, pour trois députés, l'abbé de Marmou- 
tier, Maillé et J. Briçonnet Patron. Leur sentiment l'emporta. 
Macé Hubaille, un bourgeois, envoyait à l'assemblée trois re- 
présentants du tiers état : Briçonnet Patron, François Bernard, 
ou son fils, et J. Godeau ; un seul noble, « Maillé ou Cryssé » 
(Crissay), et deux ecclésiastiques qui ne sont pas nommés. 
M e Estienne Brecte, sire Jean Briçonnet l'aîné, avaient pro- 
posé la nomination d'un certain Monseigneur d'Anjou, qui est 
certainement Louis d'Anjou, bâtard du Maine, chevalier, sei- 
gneur et baron de Mezières en Brenne et autres lieux, conseiller 
et chambellan du roi en 1482 '. 



délibérations des 21 décembre 1472 et 22 juillet 1473.) C'est donc Jean Briçonnet le 
jeune qui fut élu député aux états de 1484. Briçonnet le jeune fut maire de Tours de 
1469 à 1470. (Voy. délibération du 15 octobre 1469.) D'après Cbalmel, il serait mort 
le 26 août 1477, mais celte date, suivant le père Anselme et Guy Bretonneau, auteur 
de l' Histoire généalogique de la maison des Briçonnels, s'applique à un fils de 
Jean Briçonnet l'aîné, et non à Jean Briçonnet le jeune. (Chalmel, Histoire ms. de 
la Mairie et des maires de Tours, à la bibliothèque de la Mairie, p. 80. Histoire gé- 
néalogique de la maison de France, t. VI, p. 428; Guy Bretonneau, p. 19 et 20.) 

Jean Briçonnet, le jeune, seigneur de Chanfreau, épousa Catherine de Beaune, 
fille de Jean de Beaune. (Le père Anselme, ibid.) 

1. Père Anselme, t. I, p. 235. 

C'est grâce à l'obligeance de M. X. de Busserolle, qui connaît si bien la généalogie 
des familles de Touraine, que nous avons pu déterminer quel était ce Monseigneur 
d'Anjou. 



51 

Mais il est inutile d'entrer dans ces développements : les opi- 
nions individuelles de chacun des électeurs perdent aujourd'hui 
beaucoup de leur intérêt. Le procès-verbal est, du reste, sous 
ce rapport, fort incomplet; et s'il nous a suffi pour exposer ce 
qui vient d'être dit sur l'organisation générale et le mode de 
procéder dans les élections, il ne nous fournirait plus touchant 
ces détails que des indications tronquées et assez obscures. 

La magnificence de l'hôtel de ville de Tours, et surtout de la 
salle des délibérations, nous vaut peut-être le privilège de pou- 
voir représenter le procès-verbal de l'élection aux états de 1484, 
procès-verbal informe, mais plein, dans son imperfection, de vé- 
rité et d'originalité. Si notre salle des délibérations eût été moins 
vaste et moins magnifiquement décorée ', une église, comme à 
Lyon, ou le palais de l'archevêque, eussent certainement ou- 
vert leurs portes aux représentants des trois ordres chargés de 
nommer les députés. Un autre greffier que celui de la commune 
eût consigné par écrit le résultat de leurs opérations, si tant est 
qu'on eût voulu en conserver le souvenir autrement que par la 
délivrance d'une procuration, d'un pouvoir remis entre les mains 
des députés, et le registre de nos délibérations ne porterait pas 
trace de ce procès-verbal d'élection qui a pour nous aujourd'hui 
une si grande valeur historique. 

Il nous resterait à étudier les délibérations du corps de ville 
des 11, 15, 24 et 31 janvier, 11 février, 3, tl et 17 mars 1483 
(ancien style), pour épuiser tout ce que les archives de Tours 
contiennent de relatif aux états de 1484 ; mais ces derniers textes 
me fourniront une matière moins abondante que ceux dont j'ai 
parlé plus haut. Rédaction du cahier des doléances du bailliage 
de Touraine 2 , contribution de la ville pour le don de joyeux 
avènement 3 , privilège d'exemption de la taille revendiqué avec 
succès par les bourgeois *, tels sont les divers points que j'y 
trouve assez sommairement mentionnés. 

Des détails sur les articles des doléances seraient assurément 
du plus haut intérêt; mais le cahier des doléances n'a pas été 



1. Voyez, sur la décoration de la salle deThôtel de ville de Tours, le registre des 
comptes du receveur, coté 43 (année 1479), pp. 183 r° etsuiv. 

2. Délibération du 11 janvier 1483. 

3. Délibération du 24 janvier 1483. 

4. Id. des 3 et 11 mars 1483, et Masselin, p. 627 et 629. 

4. 



52 

conservé dans nos archives. Nous possédons seulement le procès- 
verbal d'une séance du corps de ville, dans laquelle les représen- 
tants de la cité adoptent la rédaction de ces remontrances, telle 
qu'elle avait été provisoirement arrêtée par le juge de Touraine, 
M e François et Jean Bernard, J. Lopin, Macé Hubaille, J. Sain- 
tieret J. Godeau, chargés de ce travail, comme on l'a vu plus 
haut ' ; mais les échevins n'entrent dans aucun détail sur les 
divers objets qui faisaient la matière de ces doléances. 

Je remarque seulement que, suivant une opinion émise au 
sein de cette assemblée par l'abbé de Marmoutier, les remon- 
trances des trois ordres ne devaient pas être séparées : « Luy 
semble que touz les trois eslaz dévoient touz parler par ung. » 
Il voulait aussi qu'on insérât, touchant la justice de l'Église, 
un article où l'on réclamerait pour elle son ancienne liberté 2 . 

Le zèle de Guy Vigier pour de sages et utiles réformes est, du 
reste, très-connu. C'est lui qui, vers cette époque, rédigea un mé- 
moire analysé par dom Martène, historien de Marmoutier 3 , dans 
lequel il s'élevait contre l'abus si criant des commandes, et ap- 
pelait de tous ses vœux le retour aux prescriptions des saints con- 
ciles et des papes, notamment aux décrets du pape Benoît XII, 
touchant la réforme de l'ordre de Saint-Benoit. C'est lui enfin 
qui, en 1494, reçut d'Alexandre VI la mission de visiter, avec 
deux autres abbés, les monastères de France, et de travailler à la 
destruction de tous les abus qui s'y étaient introduits. 

Je trouve, au sujet de cet abbé, dans le procès- verbal de la 
séance du 15 janvier, une particularité qui mérite d'être rappor- 
tée. Il informa tout à coup le corps de ville, par l'intermédiaire 
du pitancier de Marmoutier, qu'il cesserait d'assister aux réu- 
nions des états, et demanda à être remplacé. 

1. On paraît, en effet, avoir conservé comme rédacteurs du cahier des doléances 
les personnages qui avaient été désignés, le 19 novembre, en même temps que les 
députés dont la nomination fut considérée comme nulle. Cependant le procès- verbal 
de la séance du 30 novembre contient un paragraphe ainsi conçu : « Et pour 
« amender lesdits articles, Monsieur le Juge, U e Jehan Bernard, advocat du 
« roy, J. Saintier, François Bernard , M. Hubaille. » Il faudrait peut-être, en 
s'en tenant à ce dernier texte, dire que, dans cette seconde réunion, J. Lopin et 
J. Godeau furent exclus de la liste des rédacteurs des doléances. Mais ce point a 
peu d'importance. 

2. Reg. des délibérations. Séance du 11 janvier 1483. 

3. Histoire manuscrite de Marmoutier, par dom Martène, à la bibliothèque de 
Tours, t. I, p. 435 et 436. 



53 

Malheureusement, nous manquons des détails nécessaires pour 
rendre compte de cet incident. Il paraît s'être produit à l'occasion 
de la pragmatique sanction que l'abbé se refusait vraisemblable- 
ment à défendre, et dont les bourgeois désiraient le maintien. 
On le pria de continuer à remplir son mandat malgré cette di- 
vergence de vues, et l'on se reposa sur d'autres du soin de dé- 
fendre la pragmatique. 

Le 24 janvier, les échevins et les autres représentants de la cité 
paraissent très-disposés à faire des remontrances à l'archevêque 
Éliede Bourdeille ' qui aurait, en leur nom, prononcé des paroles 
et avancé des doctrines qu'ils désavouent. 

Comme le journal de Masselin nous apprend qu'il y avait eu la 
veille, 23 janvier, une assemblée générale des états, dans la- 
quelle on avait traité la question des abus et des réformes de 
l'Église, et que, d'autre part, nous savons quel était le dévoue- 
ment d'Élie de Bourdeille aux principes de l'Église romaine 2 , il 
est naturel de supposer que l'affaire de la pragmatique nuisit en 
cette circonstance à la bonne intelligence du pasteur et de son 
troupeau. Je rappellerai ici que l'archevêque de Tours assistait 
aux états , bien qu'il n'eût pas été nommé représentant du 
bailliage. Il occupait, en sa qualité de prince de l'Église, une des 
places les plus élevées parmi les grands seigneurs de France : il 
était, au premier rang, après le cardinal de Bourbon, archevê- 
que et comte de Lyon, et avait le pas même sur les princes du 
sang 3 . 

Tels sont les renseignements que nous fournissent, ou plutôt 
que nous laissent deviner les dernières délibérations du corps de 
ville, dans lesquelles il est fait mention de la convocation des 
états. Ces lignes, écrites à la hâte par le greffier, ne présentent 
pas toujours un sens très-satisfaisant, et ne retracent que d'une 



1. L'archevêque de Tours était alors Élie de Bourdeille, et non Robert de Lenon- 
court, comme le dit M. Bernier, p. 7J4, note 2. Ëlie de Bourdeille ne mourut qu'en 
juillet 1484. (Voy. Gall. Christ., t. IX, col. 146 et 237, et t. XIV, col. 131. Pro- 
cès-verbaux des séances du conseil de régence du roi Charles VIII, publiés par 
A. Bernier, 1836, |>. 61, — dans la Collection des documents inédits.) 

2. Voy. l'ouvrage intitulé : Defensorium concordatorum. Subtilis et preclaïus 
reverendi in Christo patris et Domini Helie quondam Turonensis Archiepiscopi 
tractatus, editus tempore Ludovici XI, régis Francie Christianissimi. — Absolutum est 
hocopus Parisiispro Johanne Parvo, librario, commoranti in vico Sancti Jacobi. 

3. Journal de Masselin, p. 714. 



54 

manière imparfaite les divers incidents auxquels nous venons de 
faire allusion. Mais ces témoignages sont relatifs aux députés du 
bailliage de Touraine : bien qu'ils soient fort incomplets, nous 
n'aurions pas voulu les passer entièrement sous silence. 

VI. résumé. — Examen des opinions de MM. Rœderer, Boullée, 
Henri Martin. Le suffrage direct dans plusieurs villes en 1468. 
Le suffrage à deux ou à trois degrés en 1484. — Hypothèses. 

Nous résumerons ici en quelques lignes les conclusions de ce 
travail. 

L'étude des documents que nous avons pu consulter nous a 
permis de reconnaître : 

1° Qu'en 1468, Louis XI expédia des lettres de convocation 
adressées à la fois au clergé et à la bourgeoisie ; que, dans cer- 
taines villes, ces deux ordres procédèrent néanmoins séparément 
aux élections; qu'ailleurs (c'est le cas de la ville de Tours et le 
seul que nous ayons pu constater), ils se réunirent pour nommer 
en commun leurs représentants. 

2° Qu'en 1484, les lettres de convocation furent adressées aux 
électeurs des trois ordres, et que, suivant la marche pour ainsi 
dire tracée par ces lettres, le clergé, la noblesse et l'état commun 
se réunirent dans beaucoup de bailliages pour les élections, et 
donnèrent à chaque député un mandat émanant des trois ordres 
de la nation. 

D'après M. Henri Martin, les trois ordres se seraient réunis 
pour l'élection de 1468, mais non pour celle de 1484 *. Nous 
avons été conduits à développer une thèse, qui se trouve être 
exactement opposée à celle de cet éminent écrivain. 

Avant M. Henri Martin, M. Eœderer, dans son livre intitulé 
Louis XII et François I er , avait déjà, sans l'appui d'aucun autre 
document, inféré des paroles de Philippe de Poitiers, rapportées 
par Masselin, que les trois ordres réunis participèrent à l'élection 
de 1484 2 . Timidement mentionnée par Boullée 3 , cette opinion 
paraît jouir d'un faible crédit dans les derniers ouvrages histori- 

1. Histoire de France, éd. de 1856, t. VII, p. 30, note 1, et pp. 170, note 3 
et 171. 

2. Louis XII et François I er , par P.-L. Rœderer, 1825, 1. 1, ch. xin. 

3. Histoire complète des États généraux, par M. A. Boullée, 1845, tome I, 
p. 132. 



55 

ques. Comme nous l'avons vu, M. Henri Martin ne l'a pas adoptée. 
M. Rathery, dans son Histoire des élats généraux, semble avoir 
évité de se prononcer : il n'aborde pas cette question, qu'il était 
peut-être téméraire de résoudre avec le seul texte du discours de 
Philippe de Poitiers. On pouvait, en effet, se demander si les as- 
sertions d'un orateur aussi passionné méritaient une entière con- 
fiance, et, par conséquent, rester indécis après la lecture de 
cette harangue, quelque clair et complet qu'en puisse être le sens. 

Mais les documents originaux viennent trancher la question en 
faveur de Rœderer. Le tort de cet auteur est d'avoir voulu appli- 
quer (il ne l'a fait, il est vrai, qu'avec une certaine hésitation) 
aux états de 1468 ce qui est vrai seulement pour ceux de 1484. 

Après avoir fait ressortir le trait principal qui distingue les 
élections de 1468 et celles de 1484, nous devons signaler une 
autre différence importante. 

En 1468, nous avons rencontré le suffrage direct à Tours et à 
Senlis (non pas cà Lyon), et nous l'aurions constaté probablement 
dans d'autres villes, si nous avions pu étendre nos recherches. 
— (Cette observation, au sujet du suffrage direct, s'applique aux 
bourgeois des villes et non pas au clergé, que nous ne voyous 
pas convoqué en masse pour les élections.) 

Lors des états de 1484, une modification fut presque inévita- 
blement apportée à ce système électoral. Nous ne trouvons à cette 
époque aucune trace d'élection directe dans les documents que nous 
avons pu consulter, et vraisemblablement, partout où les trois or- 
dres se réunirent, le suffrage direct fut remplacé par une élection 
à deux ou à trois degrés : à deux degrés, quand les électeurs furent 
désignés en assemblée générale; à trois degrés, quand ils le fu- 
rent dans une assemblée ordinaire du corps de ville 1 . 

Comment supposer, en effet, une assemblée électorale à laquelle 
on convoquerait, non plus les représentants des bourgeois, mais 
le tiers lui-même, le commun peuple tout entier d'une municipa- 
lité venant confusément se mêler dans les rangs du clergé et de 
la noblesse? 

Si pareille convocation fut adressée aux bourgeois d'une dés 
villes de France, c'est que de très-anciennes habitudes pouvaient 
autoriser h penser que les notables seuls se rendraient à la réu- 

1. Nous ne parlons encore ici que des électeurs de la bourgeoisie : nous ignorons 
comment furent désignés ceux des deux autres ordres. 



56 

nion. Du reste, nous n'avons point rencontré de ces convocations 
générales. Nous voyons partout les électeurs désignés à l'avance. 
(A Lyon, les conseillers et quelques notables se rendirent à l'as- 
semblée électorale, mais il est très-probable que ces notables furent 
désignés par le consulat.) 

D'autres questions viennent se poser à côté de celles que nous 
avons essayé de résoudre. 

Celle-ci se présente la première : 

Quelle part les habitants des campagnes prirent-ils dans les 
élections ? 

Il paraît certain que le commun peuple des campagnes ne joua 
aucun rôle dans les élections de 1468. Il y eut même des villes 
importantes qui n'envoyèrent pas de députés : nous possédons la 
liste de celles qui furent représentées. 

La question devient beaucoup plus difficile pour les états de 
1484, et il est probable qu'une solution formulée en termes gé- 
néraux et absolus serait par cela même erronée. 

On a vu que, dans notre opinion, les habitants des campagnes 
ne prirent, en Touraine, aucune part à l'élection. Nous devons, 
d'un autre côté, faire observer que les notables du « pays » lyon- 
nais s'occupèrent activement de faire parvenir jusqu'aux états 
« certaines mémoires faictes par ledit pays contre et au préjudice 
delà ville de Lyon * . » Si ces habitants du « pays » ne sont pas 
électeurs, ils ne restent du moins ni indifférents ni étrangers à 
un événement national aussi important que la convocation des 
états généraux. 

Les députés du bailliage d'Amiens avaient charge et pouvoir 
des villes d'Amiens, Montreuil, Doullens, St-Eiquier, Corbie et 
St- Valéry. Il n'est pas fait mention des campagnes 2 . 

Guillaume le Fuzelier, député du bailliage de Senlis, est cité 
tantôt comme le représentant des « villes et pays 3 » du bailliage, 
tantôt comme le représentant des villes seulement 4 . 

Si nous devons, à notre grand regret, laisser dans l'ombre cette 
question difficile, il nous faut aussi renoncer à mettre dans tout 

1. Actes consulaires de la ville de Lyon, vol. BB. 17. Délibération du 3 janvier 
1483 av. Pâques. 
2. [Journal de Jean de St-Delis, publié par M. Bourquelot, tirage à part, p. 7. 

3. Délibérations delà commune de Senlis. 29 janvier 1483 av. Pâques. 

4. Ibid. 21 mars 1483 av. Pâques. 

Ces villes sont Senlis, Beauvais, Compiègne et Clermont. 



57 

son jour la partie politique du sujet que nous avons abordé. 

Lorsque Louis XI chercha à réunir le clergé et le peuple dans 
les comices électoraux, il avait sans doute un but caché; et c'était 
là, peut-être, une de ces combinaisons politiques qu'un esprit 
aussi puissant et aussi astucieux excellait à créer. Il est naturel 
de penser que le clergé, corps bien plus indépendant que les 
municipalités, faisait ombrage au roi, et que celui-ci espérait di- 
minuer l'influence des gens d'Église, en les confondant dans les 
élections avec les membres du tiers. 

La supposition de Rœderer, suivant lequel les députés appar- 
tenant à la grande noblesse du royaume auraient été directe- 
ment désignés par le roi, viendrait à l'appui de notre hypothèse 
et la compléterait ; car nous verrions à la fois la noblesse privée 
de comices électoraux et la bourgeoisie invitée à exercer une in- 
fluence considérable dans la nomination des députés du clergé : 
c'est ainsi que Louis XI aurait cherché à préparer tous les élé- 
ments d'une assemblée docile. 

Quand plus tard le conseil du jeune Charles VIII, inspiré 
sans doute par l'habile lille de Louis XI, tenta plus encore et en- 
treprit une sorte de fusion des trois ordres dans une élection 
commune, quelle pensée présida à cette innovation hardie ? 

Quelques personnes seraient peut-être tentées de voir dans cet 
important fait historique le germe et l'origine de ces principes 
d'égalité qui devaient triompher 300 ans plus tard ; mais nous 
n'inclinons pas à prêter aux hommes des aspirations qui ne sont 
pas de leur siècle, et nous aimons mieux rappeler qu'après la mort 
de Louis XI, au-dessus des doléances des autres classes de la 
nation, s'élevait la voix redoutable de la noblesse. Commettre 
en partie l'élection des députés des deux premiers ordres à ces 
bourgeois qui, en définitive, avaient eu le moins à souffrir du 
dernier règne, n'était-ce pas atténuer cette réaction menaçante 
de la noblesse et, pour ainsi parler, en briser l'effort avant qu'il 
vînt se heurter contre le trône 1 ? 



1. On sait que les évêques de France n'assistaient pas tous aux états de 1484. 
Plusieurs d'entre eux protestèrent contre l'exclusion dont ils étaient l'objet et pré- 
tendirent avoir, en leur qualité d'évêques, le droit d'assister aux états. On leur 
répondit que ce droit n'était point attaché à leur titre et ne pouvait leur être conféré 
que par les électeurs. (Masselin, p. 394, 406 et 408). 

Pour bien apprécier les élections de 1468 et de 1483, il faudrait peut-êlre faire en- 
trer en ligne de compte l'affaire de la Pragmatique-Sanction. 



58 

Mais ce sont là de pures hypothèses , et nous avons hâte de 
quitter ce terrain mouvant des conjectures. Les pièces que nous 
avons pu consulter ne nous fournissent aucun élément direct 
d'appréciation: elles ne nous permettent pas d'aborder avec con- 
fiance ces hautes questions d'histoire, et nous devons les aban- 
donner aux érudits, qui, plus heureux que nous ne l'avons été 
nous-même, pourront s'entourer de tous les documents propres à 
éclairer leur jugement et donneront facilement dès-lors la raison 
et l'explication des faits que nous avons dû nous borner à cons- 
tater 1 . 

Paul VIOLLET. 



1. En considérant comme un fait exceptionnel la réunion, soit de la bourgeoisie et 
du clergé, soit des trois ordres pour l'élection, nous paraîtrons peut-être avoir trop 
facilement supposé établi l'usage contraire, c'est-à-dire l'usage d'un vote séparé pour 
les trois ordres. L'état actuel des connaissances historiques nous autorisait il à rai- 
sonner de la sorte? Nous avons suivi en ce point l'opinion commune des historiens. 
Il est vrai qu'ils ne donnent pas de preuves ; mais rien dans les archives de Tours 
ne nous a paru venir infirmer ce sentiment, qui est général. Dans tous les procès- 
verbaux que nous avons pu consulter autres que ceux de 1468 et de 1483, les bour- 
geois de Tours nomment leurs députés, sans l'intervention du clergé et de la noblesse. 
Nous voyons bien, il est vrai, une première fois sous Louis XI, les trois ordres se 
réunir. C'est le 9 août 1466. Cette assemblée avait été convoquée à l'instigation 
du roi : elle devait s'occuper de rédiger des remontrances sur les abusa réformer; 
mais ce projet de rédaction en commun n'eut pas de suite : la noblesse ne commu- 
niqua même pas ses cahiers aux bourgeois. (Voy. séances des 9 et 25 août 1466. 
Registre des délibérations de la ville de Tours.) 



DE L'INTERPRÉTATION 



DUNE LETTRE 



DE S. REMI A CLOVIS. 



Malgré les rapports fréquents et intimes que saint Rémi eut 
avec Clovis, il ne nous reste que deux lettres de ce prélat au roi 
des Francs. La première, dans l'ordre selon lequel on les donne 
généralement, est la lettre de condoléance qu'il lui adressa, 
quelque temps après son baptême, à l'occasion de la mort de sa 
sœur Alboflède, et dont Grégoire de Tours a reproduit, avec 
quelques différences, le commencement ' . La seconde est ainsi 
conçue : 

« Domino insigni et meritis magnifîco Chlodoveo régi, Remigius 
« episcopus. 

« Rumor ad nos magnus pervenit administrationem vos secun- 
« dum 2 rei bellicae suscepisse. Non est novum ut cœperis esse sicut 
« parentes tui semper fuerunt. Hoc in primis agendum, ut Domini 
« judicium a te non vacillet, ubi tui meriti, qui per industriam humi- 
« litatis tuse ad summum culminis pervenit : quia, quod vulgus dici- 
« tur, exfîneactushominisprobatur. Consiliariostibiadhiberedebes, 
« qui famam tuam possint ornare ; et beneficium tuum castum et 
« honestum esse débet, etsacerdotibustuishonorem debebis déferre, 
« et ad eorum consilia semper recurrere. Quod si tibi bene cum illis 
« convenerit, provincia tua melius potest constare. Cives tuos érige, 
« afflictos releva, viduas fove, orphanos nutri, si potius est quam eru- 
« dies, ut omnes te ament et timeant. Justitia ex ore vestro procédât ; 
« nibil sit sperandum de pauperibus vel peregrinis, ne magis dona 
« aut aliquid accipere velis. Prœtorium tuum omnibus pateat, ut 

i. Hist, eccl. Francorum, II, 31. 
2. Al. secundam. 



60 

« nullus exindetrislisabscedat. Paternas quascumque opes possides, 
« captivos exinde liberabis, et a jugo servitutis absolves. Si quis in 
« conspectu vestro venerit, peregrinum se esse non sentiat. Cum ju- 
« venibus joca, cum senibus tracta, si vis regnare, nobilisjudicari i .r> 

La plupart des historiens ont assigné à cette lettre la date de 
507, et ont vu dans sa teneur une ligne de conduite tracée par 
l'évèque de Reims à Clovis pour la guerre qui s'engageait contre 
les Visigoths. Parmi ceux de notre époque, je n'en citerai que 
deux, dont les paroles résument assez bien l'opinion générale- 
ment reçue à cet égard. M. Fauriel s'exprime ainsi : 

« Saint Rémi, qui, par suite de la bonne fortune qu'il avait 
eue de baptiser Clovis, était devenu son conseiller politique 
et le représentant auprès de lui de tout le clergé catholique, 
saint Rémi, qui prétendait assurer à ce clergé la direction aussi 
bien que les fruits d'une guerre contre l'arianisme, écrivait alors 
à Clovis une lettre dont quelques traits allaient assez naïve- 
ment au fond des choses : « Tu dois , lui disait le politique 
« évêque, te donner des conseillers qui puissent orner ta renom- 
« mée, etc. 2 . » 

« Le roi des Francs, disent MM. Guadet et Taranne, paraît 
avoir été dirigé, dans cette guerre, par saint Rémi, évêque 
de Reims. Cet évêque lui donne des instructions précises sur ce 
qu'il doit faire et sur ce qu'il doit éviter 3 . » 

Antérieurement, Dom Rouquet, Dom Ruinart et d'autres, comme 
on le verra tout à l'heure, ont attribué à ce document la même 
date et le même objet, sans toutefois en tirer une conséquence 
défavorable à saint Rémi. 

Cette interprétation presque unanime (car il ne se rencontre 
que trois voix dissonantes, dont je parlerai) paraît reposer sur 
deux fondements : les sources d'après lesquelles la lettre a été 
reproduite, et son texte lui-même, principalement sa première 
phrase. Chacun de ces points demande à être examiné successi- 
vement ; car il semble, à première vue, que les conseils donnés 
par saint Rémi concernent plutôt l'administration intérieure que 



1. Fréher, Corpus francicœ historiée, p. 184. 

2. Fauriel, Hist. de la Gaule méridionale, II, 55. 

3. Édition de Grégoire de Tours, publiée par la Société de l'Histoire de France, 
247. 



61 

la direction d'une guerre quelconque ' . Qu'on ne croie pas que je 
cherche ici à disculper un prélat d'une immixtion, qui serait 
singulière aujourd'hui, dans les affaires militaires. Dans un 
temps où 1 evêque était une puissance administrative réelle, le 
defensor de la cité ou de la province, et dans une position 
aussi influente que celle où se trouvait saint Rémi vis-à-vis du 
prince converti par lui, ce fait, s'il était réel, n'offrirait rien 
d'extraordinaire ni de blâmable. L'intérêt de la vérité histo- 
rique est donc le seul qui puisse être en jeu dans cette question. 

Les historiens modernes ont en général puisé la lettre de 
saint Rémi dans la collection des historiens de la Gaule par 
Dom Rouquet. Elle y figure, en effet, telle qu'on vient de la lire, 
mais avec ce titre en plus : 

« Epislola sancli Remigii ad Clodoveum ante bellum Gothi- 

GUM, QUA HORTATUREUMUTSACERDOTES CONSULAT. A». 507 2 . » 

Où Dom Rouquet a-t-il pris cette indication ? Il annonce qu'il 
a emprunté le texte à Duchesne. Celui-ci, pourtant, à l'endroit 
cité, ne donne pas d'autre explication ni d'autre titre que la sus- 
cription : Domino insigni, etc. 3 . Ce n'est donc pas là que le 
premier a pu trouver la base de son affirmation : ou il l'a tirée 
de son propre fonds, ou il a cru devoir se ranger à une opinion 
déjà répandue, sans en mentionner la source. 

Le volume de Dom Rouquet parut en 1741. Celui de Duchesne 
est de 1636. Dans l'intervalle, en effet, plusieurs auteurs avaient 
déjà voulu préciser ainsi le but et la date de la lettre de saint 
Rémi. Dom Ruinart est sans doute celui qu'aura suivi Dom Rou- 
quet; car c'est à lui qu'il emprunte également le texte de l'His- 
toire des Francs, de Grégoire de Tours, et c'est dans l'appendice 
même de son édition de Grégoire que Ruinart donne la lettre. Or 
à cette lettre Ruinart ne met aucun titre ; mais il s'appuie sur 
elle pour ajouter au chapitre de l'Histoire des Francs qui ra- 
conte la guerre des Visigoths une remarque, portant que l'évè- 
que de Reims, au moment où l'expédition se préparait, aver- 

1. c'est l'assertion que j'avais émise dans un précédent travail (De V autorité de 
Grégoire de Tours, p. 57), mais sans y pouvoir joindre, comme je le fais ici, les 
développements propres à l'appuyer. 

2. D. Bouquet, IV, 51. 

3. Historiée Francorum scriptores, I, 847. 



62 

tit Je roi d'épargner les biens de l'Église ' . 11 n'indique pas 
néanmoins s'il emprunte cette interprétation à un ouvrage 
antérieur. 

Avant son édition, qui est de 1699, la même date se retrouve 
dans les Sacrosancta Concilia, de Labbe et Cossart, publiés en 
1671 2 . Ces auteurs se réfèrent au P. Sirmond, qui, effective- 
ment, dans ses Concilia Gattise, insère la lettre avec le même 
titre queux : 

«< Remigii episcopi Remorum epistola secunda ad Clodoveum 
regem, hortatoria, cum rex ad bellum Gothicum se accin- 

GERET 3 . » 

Le P. Longueval, en traduisant la même pièce, cite pareille- 
ment Sirmond 4 . Mais celui-ci ne s'appuie plus sur aucune au- 
torité, et la filière s'arrête là. Sa publication est de l'année 1629 : 
voilà donc le plus ancien exemple de la date de 507 assignée à la 
lettre de saint Rémi. Auparavant, ce document n'était connu que 
par l'édition de Fréher, à qui Duchesne déclare l'avoir emprunté 5 . 
Marquard Fréher, qui était conseiller de Jean-Casimir, prince 
Palatin, avait eu à sa disposition un grand nombre de pièces 
inédites, entre autres un vieux manuscrit de la bibliothèque Pa- 
latine, dont il parle, et sur lequel il transcrivit un recueil de 
lettres intéressant l'histoire de France : c'est dans ce recueil, 
imprimé à Hanovre, en 1613, que se trouvent les deux lettres 
de saint Rémi à Clovis ; c'est alors qu'elles virent le jour pour 
la première fois fi . Les érudits acceptèrent de confiance les textes 
édités par Fréher : la disparition des manuscrits ne permet plus 
de contrôler aujourd'hui la fidélité de leur reproduction. Mais 
Fréher, et cela suffit dans la question présente, ne fait, comme 
Duchesne, aucune allusion à l'an 507 et à la guerre des Visi- 
goths : il donne la lettre de saint Rémi purement et simplement 
avec sa suscription, telle que je l'ai transcrite plus haut d'après 
son édition même. 



1. Greg. Tur. opéra, col. 95 et 1326. 

2. Sacr. concil., t. IV, col. 1402. 

3. Sirmond, Concilia Galliee, I, 175. 

4. Hist. de l'Église gallicane, éd. en 1730, II, 286. 

5. Fréher. Corpus francicx historiée, p. 184. Duchesne , Hist. Franc . scrip- 
tores, I, 847. 

6. « Epistolx Francicx... nunc primum editx a vetustissimo codice Naza- 
riano in Bibliotheca Palatina. » Fréher, ibid., 182. 



63 

Ainsi, à force de remonter aux sources, ou arrive à se con- 
vaincre que l'origine de l'opinion qui prête à saint Rémi des 
instructions précises pour la guerre des Visigoths n'a sa raison 
d'être dans aucun texte, si ce n'est dans une ligne de titre ajoutée 
après coup à ce document par des éditeurs secondaires et ter- 
tiaires, sans être légitimée par un seul mot du premier éditeur, 
seule autorité à peu près sûre en cette matière, puisque seul il a 
été en possession du manuscrit. Pour appuyer cette opinion, on 
citera Dom Bouquet, qui suit Dom Ruinart et cite Duchesne , 
quoique celui-ci n'en parle pas , ou bien, en remontant par une 
autre filière, on citera Labbe ou Longueval, qui citent Sirmond, 
qui ne cite personne. Mais Sirmond n'a pu puiser que dans 
Fréher, et Fréher est complètement muet sur le point en ques- 
tion. Sirmond doit donc en définitive, en raison de sa priorité, 
endosser la responsabilité d'une hypothèse que ses successeurs 
semblent avoir, sans réflexion et de confiance, adoptée pour une 
réalité. 

L'induction a suffi , dira-t-on , pour autoriser ces différents 
éditeurs à rattacher la lettre de saint Rémi à la conquête de la 
Gaule méridionale par Clovis. Ils l'ont fait précéder du titre 
qu'ils jugeaient le plus propre à indiquer son contenu, sans avoir 
la prétention de le rendre inhérent à la pièce. Soit; ils ont rai- 
sonné sur le texte lui-même, et les historiens plus modernes qui 
se sont modelés sur eux l'ont fait en toute connaissance de cause, 
après avoir examiné de leurs propres yeux le document. Étu- 
dions donc ce texte et l'interprétation qu'ils en ont donnée. 

La première phrase est la seule qui contienne une allusion po- 
sitive aux affaires de la guerre : « Rumor ad nos magnus per- 
vertit, ADMOISTRATIOWEM VOS SECUNDAM (OU SECUNDUM) ItEI BEL- 

licm suscepisse. » Ce qu'on traduit d'ordinaire ainsi : « Une 
grande nouvelle est parvenue jusqu'à moi; vous avez entrepris 
une seconde expédition militaire, » ou bien « vous avez pris les 
armes pour la seconde fois. » 

Mais d'abord, qu'y aurait-il eu d'extraordinaire à ce que Clovis 
entreprît une nouvelle guerre, lorsque les Francs n'étaient encore 
qu'une armée et leur roi qu'un chef de soldats ? Qu'y aurait-il 
eu là d'extraordinaire surtout pour l'évêque de Reims, qui était 
dans les conseils du prince et dans son intimité, et qui, de plus, 
avait été consulté spécialement par lui au sujet de l'expédition 



64 

méditée cpntre Alaric 1 ? Si Clovis lui avait fait part de son pro- 
jet, il ne pouvait en être informé par la renommée, ni en être 
surpris comme d'une grande nouvelle. 

Administra tio rei bellicœ a-t-il signifié quelquefois expédi- 
tion P Justin a dit administrât™ rerum pour conduite des affaires. 
Cicéron a dit administralio belli pour direction de la guerre, 
et administrator belli gerendi pour chargé de la conduite de la 
guerre. On ne rencontre, dans la bonne latinité comme dans la 
basse, aucun exemple de ce terme pris dans l'acception de cam- 
pagne militaire proprement dite 2 . 

Quant au mot secundam ou secundum, peut-il se traduire ici 
par deuxième et désigner la guerre des Visigoths, quand celle-ci 
était la quatrième ou cinquième qu'entreprenait le roi franc? 
3V avait-il pas fait précédemment la guerre contre les Romains, la 
guerre contre les Allemands, la guerre contre les Bourguignons, 
sans compter les guerres inconnues aujourd'hui contre les Thurin- 
giens et les Bretons ? De quelque événement que l'on fasse partir 
son règne, de son élévation sur le pavois à la mort de Chiidéric, 
ou de sa victoire sur Syagrius, ou même de son baptême, on ne 
peut compter son expédition contre Alaric pour la seconde. 

Mais la suite va peut-être nous éclairer : « Ce n'est pas chose 
« nouvelle que vous soyez ce que vos pères ont été. >< Qu'auraient 
été les pères de Clovis, dans la pensée de Tévêque? Belliqueux, 
avides de butin, suivant le sens où les historiens se sont eugagés. 
Saint Rémi aurait-il donc rappelé un souvenir si inopportun, 
adressé une comparaison aussi boiteuse au prince qui partait 
pour combattre les Visigoths ariens occupant la Gaule catho- 
lique? Qu'y avait-il de commun, à ses yeux, entre les précé- 
dents chefs des Francs, adversaires des Romains et des chrétiens, 
et leur descendant devenu le protecteur de ces derniers? Un 
mauvais compliment de ce genre serait fort étranger au langage 
tenu habituellement par le pontife à Clovis. 

Le reste de l'épître semble fait pour enlever à une telle inter- 
prétation la vraisemblance qu'elle pourrait conserver encore : 

« Ce que vous avez à faire dès ce moment, c'est de ne pas 
« vous écarter des vues du Seigneur, qui a récompensé votre hu- 
« milité en vous élevant au faite suprême 3 ; car, comme le dit le 

i. VitaS.Remigii. Boll., octob.,1, 154. 

2. V. Du Cange, aux mots Administratio, Administrator, etc. 

3. Je traduis seulement, comme on le fait d'habitude, le sens général de cette 



6b 

« vulgaire, les actions de l'homme se jugent par leurs résultats. 
« Vous devez vous entourer de conseillers capables de faire hon- 
« neur à votre renommée... houorer vos prêtres, pour que votre 
* gouvernement soit plus stable... secourir les veuves, nourrir les 
« orphelins, apprendre à tous à vous aimer et à vous craindre... 
« ne rien attendre des pauvres ni des étrangers, n'accepter aucun 
« don 1 , ouvrir à tout le monde votre prétoire, employer votre 
« patrimoine à délivrer des captifs... jouer avec la jeunesse, mais 
«. traiter les affaires avec les vieillards. » 

De tels avis conviennent-ils à un prince prêt à entrer en cam- 
pagne, et même déjà lancé (suscepisse adminislrationem) dans 
une entreprise pleine de hasards et de périls? Ou n'ont-ils pas 
rapport à l'exercice de la justice, au gouvernement intérieur du 
royaume? En un mot, sont-ce des instructions pour la guerre ou 
pour la paix? Lorsque Clovis consulta saint Rémi sur l'expédi- 
tion qu'il allait tenter contre les Visigoths, l'évèque, nous dit son 
biographe, lui promit la victoire 2 . La présente lettre non-seu- 
lement ne contient rien de semblable, mais ne fait aucune allu- 
sion aux éventualités d'une expédition militaire. On a voulu 
voir une réponse à cette lettre dans celle que le roi franc écrivit 
après sa conquête aux évèques de la Gaule, et qui est annexée aux 
actes du concile d'Orléans 3 . Ce dernier document, trop long 
pour être reproduit ici, mais qu'on peut lire dans mainte collec- 
tion, parle des ordres donnés par Clovis pour épargner les églises 
durant la campagne, de la générosité du vainqueur envers les 
prisonniers de guerre. Mais cette protection des établissements 
religieux, l'évèque de Reims la demande-t-il dans sa lettre? Sans 



phrase : car le texte renferme un non-sens provenant sans doute d'une mauvaise lec- 
ture de Fréher ou d'une altération du manuscrit. Les Bollandistes proposent de le 
restituer ainsi ; «^Ut Domini judicium a te non vacillet, et a tuo exercitu (au lieu de 
ubi lui meriti), qui per industriam humilitatis tuae ad summum culminis perve- 
rtit. » Acta sanctorum Octob., I, 91. 

1. Ce conseil rappelle celui que donnait à saint Louis le sire de Joinville, lui re- 
prochant en riant d'avoir écouté avec plus de faveur l'abbé de Cluny parce qu'il en 
avait reçu deux palefrois : « Deffendés à tout vostre conseil juré, quand vous venrez 
en France, que il ne preingnent de ceulz qui auront à besoigner par devant vous ; car 
soies certein, se il prennent, il en escouteront plus volentiers et plus diligentement 
ceulz qui leur donront. » Joinville, éd. Histor. de la France, XX, 288. 

2. Vilas. Remigii. Boll., Octob., I, 154. 

3. ,V. entre autres dom Ruinart (Greg. Tur. opéra, col. 95), Guadet et Taranne 
(édition de l'Histoire des Francs, I, 247), etc. 

II. {Sixième série.) 5 



66 

doute il en fit l'objet de ses recommandations au roi (c'est là 
peut-être ce que M. Fauriel appelle « s'assurer les fruits de la 
guerre ») : toutefois, il n'en dit rien ici. Il veut môme que Clovis 
ait recours à ses conseillers fraucs (seniores) aussi bien qu'aux 
prêtres; il plaide la cause du peuple autant que celle du clergé; 
par conséquent c'est à d'autres admonitions que répond le roi, 
qui, d'ailleurs, ne s'adresse pas à saint Rémi, mais à tout le corps 
épiscopal. Le conseil de s'occuper d'une manière générale de la 
délivrance des prisonniers au moyen des richesses paternelles, 
c'est-à-dire par voie de rachat, ne saurait constituer entre les 
deux lettres un rapport assez direct pour que la seconde doive 
être considérée, sur ce seul indice, comme une réponse à la pre- 
mière. Et lors même qu'on admettrait cette parenté étroite des 
deux documents, il s'ensuivrait uniquement que l'épître de Clovis 
aux évêques est postérieure à celle de saint Rémi : la date précise 
de cette dernière ne serait nullement démontrée par là, ni, à plus 
forte raison, sa connexité avec la guerre des Yisigoths. 

On vient de voir les difficultés qui s'opposent à l'interprétation 
la plus commune de la lettre de saint Rémi. Deux érudits de 
grand mérite, en ayant été frappés, ont cru devoir proposer et 
développer un sens tout différent. L'abbé Dubos en fit l'une des 
bases de son ingénieux système, consistant à nier la conquête 
violente de la Çaule par les Francs, et à attribuer l'agrandisse- 
ment du pouvoir de leur chef à des concessions bénévoles 
octroyées successivement par les empereurs d'Orient 1 . De nos 
jours, M. de Pétigny a repris en partie ses arguments, et expli- 
qué comme lui la pièce dont il s'agit*. Après avoir induit de ses 
propres raisonnements que Childéric, père de Clovis, avait été 
revêtu de la dignité de maître des milices romaines 3 , Dubos 
ajoute plus loin : 

« La même puissance qui avait conféré au père cette dignité 
la conféra ensuite au fils, et Clovis, qui ne fit point de difficulté 
d'accepter à quarante-deux ans le consulat auquel l'empereur 
Anastase le nomma pour lors, peut bien aussi avoir accepté, 

1. Dubos, Histoire critique de l'établissement de la monarchie française, 1742, 
I, 620 et suiv. 

2. De Pétigny, Études sur l'histoire, les lois et les institutions de Vépoque mé- 
rovingienne, 1844, II, 361 et suiv. 

3. Dubos, ibid., 610,611. 



67 

encore adolescent, le généralat que l'empereur Zenon ou les 
Romains des Gaules lui auront conféré. Quoi qu'il en soit, il est 
toujours certain que Clovis, quand il était encore dans sa pre- 
mière jeunesse, et par conséquent peu de temps après la mort 
de son père, lui succéda dans un emploi que ce père avait eu 
au service d'un autre prince, et qui donnait l'administration des 
affaires de la guerre 1 ... » 

Pour étayer cette hypothèse, Dubos cite le texte qu'on se 
serait le moins attendu à voir figurer là, l'épître de saint Rémi, 
dont il traduit ainsi le commencement : 

« Nous apprenons de la renommée que vous vous êtes chargé 
de l'administration des affaires de la guerre, et je ne suis pas 
surpris de vous voir être ce que vos pères ont été 2 . » 

On pourrait objecter immédiatement que, si Clovis s'est chargé 
lui-même de cette fonction (Dubos n'a pas pu éviter le mot 
suscepisse comme il évite le mot secundum), il n'y a pas été ap- 
pelé par un rescrit impérial , dont on ne retrouve d'ailleurs 
aucun vestige. Mais le savant historien heurte une barrière plus 
résistante dans le second membre de phrase : « Sicut parentes 
tui semper fuerunt, » dit la lettre. Faudrait-il faire remonter la 
dignité en question au-delà de Childéric, et en gratifier plusieurs 
générations des ancêtres de Clovis, qui ont à peine mis le pied 
dans la Gaule, et dont les noms ne sont pas même parvenus à la 
postérité? On peut ne pas pousser aussi loin la conséquence. 
« Peut-être, dit Dubos, que Mérovée avait exercé le même em- 
ploi 3 . » 11 s'arrête à Mérovée; mais l'assertion est déjà assez 
hardie. 

« 11 s'agit maintenant, traduit encore le même auteur, de ré- 
pondre aux vues de la Providence, qui récompense votre modéra- 
tion (lisez humilitatem) , en vous élevant à une dignité si èmi- 
nente (ad summum culminis)... Ne faites point d'exactions dans 
votre bénéfice militaire (beneftcium tuum honestum et castum)... 
Tant que vous vivrez en bonne intelligence avec les évêques, 
vous trouverez toute sorte de facilité dans l'exercice de votre 
emploi (provincia). Faites du bien à ceux qui sont de la même 
nation que vous (cives tuos), » etc. 

1. Dubos, ibid., p. 620, 621. 

2. Ibid., p. 622. 

3. Ibid., p. 623. 



68 

Ainsi l'amour de son système, la nécessité de concilier avec lui 
chaque parole de saint Rémi, va jusqu'à faire dénaturer à un 
écrivain érudit le sens des termes les plus clairs. Voilà le con- 
quérant barbare réduit à l'état d'employé de la cour de Con- 
stantinople. Il n'est plus possesseur que d'un bénéfice militaire, 
c'est-à-dire « d'une certaine étendue de terres que les empe- 
reurs donnaient aux soldats et officiers pour leur tenir lieu de 
solde et de récompense * . » La provincia, qui a signifié quelque- 
fois un gouvernement, devient une fonction. Les cives, enfin, 
comme le remarque judicieusement M. de Pétigny, se séparant 
ici de son devancier, sont pris à tort pour les compatriotes de 
Clovis. « Jamais un auteur latin n'a appliqué le nom de citoyen 
à un barbare. Il s'agit donc des citoyens romains domiciliés dans 
le territoire où Childéric avait commandé 2 . » 

11 serait superflu de faire remarquer en outre que tous les 
conseils de l'évèque de Reims à Clovis supposent un prince entiè- 
rement indépendant, et que, dans l'hypothèse contraire, il n'au- 
rait pas manqué de lui recommander le dévouement à l'empire, 
la fidélité aux devoirs de sa charge. Laissons donc l'abbé Dubos 
s'enfoncer à perte de vue dans la fausse route où il s'est engagé. 
Aussi bien, la dignité de maître des milices conférée par Zenon eût 
été pour Clovis moins précieuse qu'il ne se l'imagine, et le chef des 
Saliens s'en serait fort bien passé pour régner sur la Gaule : les 
milices gallo-romaines n'attendaient pas l'ordre de l'empereur 
d'Orient pour se joindre à ses guerriers et passer à son service, 
tout en conservant leur organisation 3 . Le consulat ou patriciat 
auquel l'aurait promu Anastase, et sur lequel on a tant disserté, 
était lui-même un titre honorifique, bon pour lui donner, non 
une augmentation de pouvoir, mais tout au plus un certain 
prestige sur les populations gallo-romaines, attachées encore aux 
usages impériaux : ce qui le prouve, c'est qu'après avoir été re- 
vêtu de ce titre, il ne fit aucun acte indiquant une autorité nou- 
velle. La concession d'une pareille distinction flattait tout autant 
l'amour-propre de l'empereur que celui de Clovis; car le pre- 
mier pouvait se persuader par là qu'il conservait en Gaule une 
sorte de suzeraineté. Au reste, Grégoire de Tours, après avoir 

1. Dubos, ibid. 

2. De Pétigny, op. cit., II, 364. 

3. V.Procope, I, 12; Boutaric, Institutions militaires de la France, p. 51. 



69 

parlé des lettres de nomination envoyées au roi des Francs, ne 
dit pas formellement, comme on l'a quelquefois compris, que ce 
prince porta depuis le titre et les insignes de consul, mais sim- 
plement qu'il fut réputé ou considéré comme consul ou auguste ' . 
Toutes ces dignités d'un régime déchu avaient déjà bien perdu 
de leur prix au début du sixième siècle. Les derniers débris de 
l'empire s'écroulaient vermoulus; la monarchie franque était 
née, et le roi ne relevait plus, en fait, d'aucun potentat étranger. 

M. de Pétigny n'est pas allé aussi loin que Dubos dans le dé- 
veloppement de sa théorie, ni dans ses commentaires sur la lettre 
de l'évêque de Reims. Il s'est contenté de placer ce document au 
commencement du règne de Clovis. Il y voit une sorte de félici- 
tation d'avènement, écrite par un personnage influent et lié au 
jeune prince. « C'est un père qui parle à son fils, un maître 
instruisant son élève 2 . » Il suit fidèlement, néanmoins, l'interpré- 
tation de Dubos : « On nous annonce que vous avez pris heureu- 
sement V administration des affaires militaires. Il n'est pas éton- 
nant que vous commenciez à être ce que vos pères ont toujours 
été, » etc. « Certes, ajoute-t-il, il est impossible d'indiquer plus 
clairement la dignité de maître des milices, et de mieux consta- 
ter sa transmission héréditaire 3 . » On pourrait cependant, sans 
être trop exigeant, demander une indication plus précise. 

A l'époque désignée par M. de Pétigny, Clovis était païen. 
Que signifie donc la recommandation d'honorer ses prêtres ? Il 
ne peut être question de prêtres des Francs : M. de Pétigny a 
montré lui-même qu'il n'en existait point. Aussi donne-t-il avec 
raison cette explication : « Il est évident que le pieux évêque 
n'aurait pas exhorté Clovis à honorer les prêtres païens et à 
suivre leurs conseils; il voulait donc parler du clergé chrétien, 
et à cette époque, comme dans le temps de la primitive Église, le 
mot sacerdos ne s'appliquait point aux simples prêtres : c'était un 
titre réservé aux évèques \ » Adoptons cette traduction, qui est 
juste. Voici ce qui va en résulter pour le système du savant auteur : 
au moment où il place cette lettre, c'est- a-dire à l'avènement de 

1. « Etabeadie tanquam consul aut augustus est vocitatus (Hist. Franc, II, 
38). » C'est Hincmar qui , le premier, a exagéré le sens, en repro luisant ainsi la 
phrase -. « Et ab ea die consul et augustus est appellatus. ■» (Vit. S. Remigii, ch. vu.) 

2. De Pétigny,»/). cit., II, 364. 

3. Ibid. 

4. Ibid. 



70 

Clovis, les Francs ne possédaient qu'un territoire assez restreint, 
situé au-delà de la Somme, et dont les limites sont à peu près 
fixées; or, dans ce territoire, comme dans toute la région du 
nord en dehors des provinces romaines, il n'y avait alors ni dio- 
cèses ni évèques. Les évèchés du pays furent créés ou rétablis, 
après la mort de Ragnacaire, Chararic et autres chefs païens, 
par saint Vast, par Antimundus et par d'autres disciples de 
saint Rémi 1 . M. de Pétigny en convient lui-même. Mais alors 
comment concilier ses différents raisonnements? Pour le faire, 
on serait réduit à supposer au roi franc une juridiction quel- 
conque sur le clergé d'une contrée qui ne lui appartenait pas 
encore, puisque les mots sacerdolibus luis sont formels, et qu'ils 
ne sauraient vouloir dire des prêtres de votre nation. 

Pourquoi donc échafauder tant d'hypothèses et d'explications 
inadmissibles sur un texte aussi simple, et dont la signification 
aurait dû être fixée depuis longtemps? Par l'invraisemblance 
de la date de 507 et d'un rapport quelconque avec la guerre 
des Visigoths, par l'impossibilité des interprétations de l'abbé 
Dubos et de M. de Pétigny, on est amené naturellement à cher- 
cher à la lettre de saint Rémi une troisième époque et un troi- 
sième objet. Ce nouveau sens ne me semble pas douteux, et j'a- 
vouerai qu'il s'est imposé à moi dès le premier examen. 

Par un notable progrès sur les traductions antérieures, M. de 
Pétigny a rendu le mot secundam ou secundum par heureusement. 
Secundus, en effet, était si fréquemment employé avec cette ac- 
ception dans la basse latinité, qu'il a produit le substantif secun- 
ditas, que Du Cange explique par félicitas, prosperitas" 1 . Puisque 
le premier sens de ce terme, celui de deuxième, est exclu parles 
considérations qui précèdent, celui-ci se présente seul, et l'am- 
phibologie disparaît 3 . Quant au mot suscepisse, s'il signifie parfois 
entreprendre, il est aussi pris pour concevoir ou recevoir (sus cip ère 
gaudium), c'est-à-dire qu'il exprime, pour le moins aussi sou- 
vent, un résultat indépendant de la volonté. Ainsi, l'évoque de 
Reims dit, en commençant, à Clovis : « Un grand bruit vient de 

1. Boll. Octob., r, 98, 99. Comment, in vit. S. Remigii. 

2. Du Cange, au mot Secunditas. 

3. Si l'on adopte la leçon secundum, il faut y voir un équivalent du mot de la 
bonne latinité secunde. Si l'on préfère secundam, le sens est encore plus clair. 



71 

parvenir jusqu'à nous : vous avez dirigé avec succès la guerre (la 
conduite de la guerre vous a donné pour résultat la victoire). » 

« 11 n'est pas étonnant que vous soyez dès à présent ce que 
vos pères ont été. » Cette phrase devient alors un compliment 
motivé, et non des plus mal tournés : « Vous tenez de famille, la 
bravoure de vos pères n'a pas dégénéré en vous. » Quoi de plus 
naturel dans la bouche d'un homme qui a toujours fait l'éloge de 
Clovis ? 

« Ce qui vous reste à faire maintenant, c'est de ne point vous 
écarter des vues du Seigneur, qui a récompensé votre humilité en 
vous élevant au faîte suprême; car, comme le dit le vulgaire, 
i 'œuvre de V homme se juge par ses fruits. » Évidemment, Clo- 
vis a remporté un avantage qui l'a considérablement grandi, et 
l'Église en attend le résultat, la manière dont il usera de son 
triomphe. Telle est la situation, que la suite du texte dessine 
encore mieux. Toutes ces recommandations, qu'il est inutile de 
transcrire une fois de plus, portant sur les conseillers à choisir, 
la manière de traiter les affaires, l'accès facile du prétoire, con- 
cernant en un mot, pour employer une expression administrative 
moderne, le département de l'intérieur, ne s'appliquent-elles pas 
à merveille à un prince qui a de nouveaux sujets, de nouveaux 
devoirs, et une puissance récemment conquise? M. de Pétigny 
n'avait-il pas raison d'y voir des instructions paternelles, au lieu 
du plan de campagne ou des leçons intéressées imaginés par Fau- 
riel et d'autres historiens? Est-il assez prouvé, enfin, que ce 
monument épistolaire a été composé à la suite d'une guerre de 
Clovis, et non à son début? 

Il resterait à déterminer quelle est l'expédition ou quelle est la 
victoire (car c'est tout un lorsqu'il s'agit des guerres de Clovis) 
dont la pièce discutée a été un des résultats. Les Bollandistes, 
c'est-à-direrle P. Suysken, auteur du commentaire sur la vie de 
saint llemi inséré dans leur collection, après avoir proposé une 
version du mot secundam analogue à celle qui vient d'être admise, 
se contente d'exprimer cette opinion que le prélat peut avoir écrit sa 
lettre aussi bien après qu'avant la bataille de Vouillé l . Cette thèse 
pourrait peut-être se soutenir mieux que les précédentes. Toute- 
fois, il me semble qu'il vaut mieux chercher une date antérieure. 
Indépendamment du ton général, qui semble indiquer un prince 

1. Acta sanctorum Octob., I, 91. 



72 

inexpérimenté et presque novice, comme l'avaient observé Dubos 
et M. de Pétigny, certaines expressions s'adresseraient plutôt à 
un jeune homme qu'à un roi d'un âge mûr et d'un caractère 
grave. Par exemple, le saint évèque l'engage à s'amuser avec les 
jeunes gens, mais à s'entretenir d'affaires sérieuses avec les vieil- 
lards. 11 est probable, en outre, qu'il n'aurait pas attendu si tard 
pour lui donner des avis qui importaient tant au succès et à la 
consolidation de son gouvernement. Clovis avait, en 507, qua- 
rante-et-un ans. Après la soumission des Bretons, que l'on place 
communément en 502, ou après la défaite de Gondebaud, en 500, 
il n'était déjà plus dans la première jeunesse. Ces deux victoires, 
d'ailleurs, ne lui apportèrent ni citoyens à gouverner ni province 
à administrer. Il n'en est qu'une seule, hormis celle de Vouillé, 
qui réunisse ces différentes conditions. Pour la trouver, il faut 
remonter jusqu'à l'époque de la conquête du nord de la Gaule. 

Clovis n'était pas baptisé alors : mais son intimité déjà étroite 
avec l'évêque de Reims, sa déférence déjà entière pour ses avis et 
pour le clergé catholique en général l , le désir, déjà nourri par 
un grand nombre, de passer sous sa domination, désir qui ne 
provenait que d'une tendance marquée de sa part à embrasser 
l'orthodoxie, tout cela en faisait un chrétien à l'avance. On peut 
même ne considérer le vœu de Tolbiac que comme l'occasion ou 
l'incident qui détermina non pas sa conversion, opérée sans doute 
au fond de son cœur depuis assez longtemps, mais son baptême, 
cérémonie qui, on le sait, n'avait souvent lieu, dans tes premiers 
siècles de l'Église, qu'après des délais, des épreuves et de mûres 
réflexions. Saint Rémi pouvait donc dès lors lui parler comme à 
un néophyte. Mais il n'est pas même besoin de recourir à cette 
explication. Aucun trait delà lettre ne donne formellement au roi 
franc la qualité de chrétien. Le seul passage qui pourrait la lui faire 
attribuer est celui-ci : ce Sacerdotibus tuis honoremdebebis déferre.» 
Or on a vu, d'après la remarque de M. de Pétigny , que cette expres- 
sion désignait i'épiscopat gallo-romain du pays nouvellement sou- 
mis aux Francs, de même que cives iuos, un peu plus bas, s'appli- 
que aux citoyens gallo-romains de la même région. Cette traduction 
ne rencontre pluslamème difficulté quedaus le système de l'auteur 

1. V. dans dom Bouquet (IV, 49) la lettre que lui écrit saint Avit, évêque de 
Vienne, en 496 : « Humilitatem jamdudum nobis devotione impenditis, etc. ; » et la 
vie de saint Rémi (ibid., p. 374). 



73 

des Études sur les institutions mérovingiennes; car, en 481, à 
son avènement, Clovis n'avait pas d'évôques dans son territoire; 
mais à partir de 486, une fois maître de la Gaule jusqu'à la 
Seine, il en comptait un bon nombre, et dès lors il n'y a plus 
rien que de très-naturel dans la recommandation qui lui est 
faite en faveur de ses pontifes , de ses citoyens , c'est-à-dire 
des pontifes et des citoyens sous sa dépendance, ce qui formait 
la masse de ses nouveaux sujets. Saint Rémi, enfin, ne luiprêcbe 
à l'égard de ce haut clergé que la déférence, attitude qui conve- 
nait très-bien, dans son esprit, à un prince païen régnant sur une 
terre chrétienne ; et s'il y ajoute le conseil de recourir à leurs 
lumières pour la bonne administration du pays, c'est que ces pré- 
lats étaient eux-mêmes des espèces de gouverneurs de leurs dio- 
cèses, qu'ils avaient l'expérience et la clef des affaires. 

En résumé, c'est après la bataille de Soissons, en 486, que 
Clovis est devenu, parles armes, le maître d'une province ro- 
maine (administrationem secundam rei bellicx... provincia tua), 
qu'il a été élevé, aux yeuxdel'évèquede Reims, au faîte suprême 
(ad summum culminis), et que son avènement a réellement eu lieu 
pour les Gallo-Romains du nord, qu'il a eu à partager avec des 
évêques le soin du gouvernement, à relever des citoyens (cives 
tuos érige), c'est-à-dire à les traiter favorablement et sur le même 
pied que les Francs ses compagnons, — sens littéral du mot 
érige, que ne pouvaient préciser les auteurs des autres systèmes, — 
à soulager une foule d'orphelins et de veuves, à rendre la jus- 
tice au peuple suivant les habitudes romaines (prœlorium luum 
omnibus pateat), à montrer, en un mot, qu'il savait user de son 
triomphe (exfineact us hominis probatur) : toute la lettre est là. 
Ces graves et fermes admonitions lui étaient adressées par un 
des pontifes les plus autorisés, les plus puissants sur lui, pour 
le prémunir contre l'ivresse d'une victoire qui lui livrait un véri- 
table royaume, pour garantir aussi contre les excès des vain- 
queurs ces populations qui, lassées des exactions du régime 
romain, en étaient réduites à tourner les bras vers les moins ap- 
préhendés des barbares. C'est ici que l'évèque se montre réelle- 
ment, à l'exemple de ceux dont la voix arrêtait les hordes d'Attila, 
le defensor civitatis. A qui douterait que l'influence de saint 
Rémi sur Clovis pût remonter aussi haut, il suffirait de rappeler 
la célèbre anecdote du vase de Soissons, qui se rapporte à la 
même campagne. «* 



74 

Ainsi placée, la lettre entière s'accorde admirablement avec 
une phrase de la vie de saint Rémi, qui semble y faire allusion 
et confirme tout le raisonnement précédent : « Bien que païens, 
y est-il dit, les Francs chérissaient le bienheureux évèque, sur le 
front duquel resplendissait la grâce céleste. Leur roi l'écoutait 
avec plaisir, et se réglait souvent d'après les avis qu'il lui donnait, 
soit pour bien agir, soit pour s'abstenir du mal * . » 

Cette date et cette interprétation, si elles n'ont pas de preuves 
directes et matérielles en leur faveur, en ont une qui ne manque 
pas de valeur : c'est qu'elles permettent seules de concilier ensem- 
ble toutes les indications fournies par le texte, tandis que les au- 
tres présentent des impossibilités 2 . 

Quoi qu'il en soit, saint Rémi, pour avoir guidé le roi des 
Francs dans la guerre des Visigoths, a été loué autrefois, blâmé 
de nos jours : éloges et blâmes, en tant qu'ils s'appuient sur le 
document qui vient d'être étudié en détail, sont également tombés 
à faux. 

A. LECOY DE LA MARCHE. 



1. D. Bouquet, III, 374. Instruction sur ce qu'il fallait faire et sur ce qu'il fallait 
éviter, telle est précisément, par une curieuse et fortuite coïncidence, la définition 
que donnent de la lettre MM. Guadet et Taranne, dans la note citée de leur édition 
de Grégoire de Tours. 

2. On ne trouve que dans un Mémoire du duc de Nivernais sur Y Indépendance 
de nos premiers rois, écrit en 1746, la trace d'une opinion conforme à celle 
que nous venons d'émettre et de justifier au sujet de la lettre de saint Rémi. 
L'auteur de ce Mémoire, sans entrer dans la discussion, et sans indiquer sur qui nj 
sur quoi il fonde sa manière de voir, s'exprime ainsi dans son ample réfutation du 
système de Dubos : « La phrase de saint Rémi (la première) est très-claire, et elle in- 
dique un fait très-connu. Qui nous autorise à lui donner un sens très-détourné, pour 
lui faire contenir un autre fait, lequel n'est lui-même rapporté nulle part ailleurs? Le 
fait qu'indique le compliment de l'évêque de Reims, c'est la première campagne de 
Clovis con're Syagrius. Elle fut heureuse; elle commençi à faire regarder Clovis 
comme un conquérant, un voisin dangereux, et important à ménager. . Toute la 
lettre ne renferme que des avis sur la manière de gouverner un État. » (Mém. de 
l'ancienne Académie des Inscr. et belles-lettres, t. XX, p. 178-180.) 

Et cependant le duc de Nivernais emprunte le texte de la lettre à Ruinait, qui, on 
l'a vu, attribue à celle-ci la date de 5o7. Ainsi, pour l'académicien du dix-huitième 
siècle, notre interprétation va de soi et s'impose tout naturellement : cette concor- 
dance ne lui donne que plus de force. 



75 

BIBLIOGRAPHIE. 



Bossuet, précepteur du dauphin fils de Louis XIV, et évêque à la 
cour (1670-1682), par A. Floquet. — Paris, F. Didot, 1864, in-8°. 

Au mois d'avril 1827, l'Académie française, qui avait mis au concours 
l'éloge de Bossuet, partageait son prix d'éloquence entre deux jeunes pro- 
fesseurs qui sont aujourd'hui au nombre des membres les plus éminents de 
la compagnie : MM. Patin et Saint-Marc-Girardin. M. Floquet, un de leurs 
concurrents, dont le fort remarquable travail fut imprimé à cette époque, 
ne se laissa pas décourager par une si honorable défaite, et ne cessa, depuis 
lors , au milieu des travaux si considérables qu'il conduisit à bonne fin, de 
consacrerde longuesheures àl'étude desonauteur de prédilection. Lorsqu'il 
s'agit d'un tel homme, raconter minutieusement sa vie, examiner chacun 
de ses ouvrages, en déterminer le but, en faire connaître l'occasion, c'est 
la meilleure manière de faire son éloge ; c'est ce qu'a entrepris M. Floquet, 
qui, de la sorte, a pris la plus éclatante revanche. En 1855 il publia sous ce 
titre : Études sur la vie de Bossuet jusqu'à son entrée en fonctions en 
qualité de précepteur du dauphin, trois volumes des plus intéressants, et 
dont la suite était impatiemment désirée ; elle se fit longtemps attendre. 
Le volume dont nous rendons compte aujourd'hui, et qui parut neuf ans 
plus tard, ne contient pourtant, dans plus de six cents pages fort bien rem- 
plies, que le récit de douze années de la vie du prélat, et n'en conduit 
l'histoire que jusqu'en 1682; si le reste demande des développements ana- 
logues, il faudra encore deux volumes pour terminer l'ouvrage qui, dans 
ce cas, n'en comprendra pas moins de six. Pour ma part, loin de m'en 
plaindre, je le constate avec plaisir, car rien ne me paraît plus utile que 
ces longues et patientes étudçs qui nous préparent lentement, j'en con- 
viens, mais d'une façon complète et définitive, à la lecture des œuvres de 
nos écrivains de génie. 

Le volume qui nous occupe est divisé en deux parties d'étendue à peu 
près égale; la première est relative à l'éducation du Dauphin; la seconde 
contient le récit de ce que fit pour la religion celui qui, ainsi que le re- 
marqua Massillon 1 , sut toujours être « un évêque au milieu de la cour, » 
et l'histoire détaillée de son installation et de sa première année d'épiscopat 
dans le diocèse de Mcaux. 

Rien ne serait plus curieux à étudier que les plans suivis pour les édu- 
cations royales méthodiquement entreprises; en effet, si en semblable ma- 
tière les particuliers sont presque toujours contraints d'accepter les coutu- 
mes de leur temps, les souverains intelligents, au contraire, qui ont à leur 



1. Massillon, Oraison funèbre de Monseigneur le Dauphin. 



76 

disposition tous les moyens de bien faire, à qui il est facile de s'entourer 
des hommes les plus éminents en tous genres, peuvent mettre leurs en- 
fants à même de profiter sans fatigue des derniers progrès des sciences, et 
employer pour eux des méthodes plus sûres et en même temps plus aisées 
que les procédés ordinaires. 

Plus d'une fois cet idéal si souvent rêvé d'une éducation royale a servi 
de point de départ, comme dans la Cyropédie, aux généreuses utopies d'un 
philosophe, ou de thème, comme dans Gargantua, à la critique des savants 
du temps et de leur pédante façon d'enseigner; mais si, laissant de côté 
les fictions, nous voulons nous en tenir à la réalité, nous ne trouverons à 
aucune époque, en aucun pays, un modèle sérieux et pratique aussi achevé 
que le plan suivi pour le Dauphin. 

Comme l'a si bien dit Daniel Huet, sous l'empire d'une pensée fort libé- 
rale pour ce temps, dans une lettre citée par M. Floquet : « Il s'agit non 
point seulement de l'éducation du fils du Roi, mais de l'éducation de tous. » 
Là est encore aujourd'hui le grand intérêt de cet enseignement. On aime 
à en étudier toutes les parties, à se rendre compte des procédés mis en 
usage, à passer en revue la bibliothèque spéciale écrite pour la circons- 
tance, mais dont tant de volumes devaient prendre dans l'enseignement une 
place définitive. On se plaît surtout à voir Bossuet à l'œuvre, et si l'on n'est 
point surpris de la profondeur de ses vues, ce n'est pas du moins sans 
quelque étonnement qu'on le voit poursuivre avec tant de sollicitude et de 
persévérance, jusque dans ses moindres détails, l'immense tâche qu'il a 
entreprise. L'éloignement de tout appareil pédantesque ou même scientifi- 
que, la perfection des traités les plus élémentaires, des cahiers les plus 
techniques, rédigés, ou tout au moins revus, par ce maître incomparable 
dont le dévouement égalait le génie, le fond néanmoins très-sérieux de ces 
études pendant le cours desquelles les auteurs classiques étaient lus en en- 
tier après une intelligente préparation ; tant de vues théoriques d'une supé- 
riorité incontestable, tant d'applications pratiques neuves et ingénieuses, 
font de cette éducation une expérience des plus importantes, à laquelle il 
n'a manqué que le succès. 

Du reste, M. Floquet refuse de juger le royal élève d'après les apprécia- 
tions de Saint-Simon ; il établit fort bien que ce vaniteux personnage avait 
sujet d'être irrité contre le prince, qu'il en a fait lui-même l'aveu, et que, 
par conséquent, son témoignage est fort suspect. Mais tout en faisant la 
part graude à l'exagération, il est bien difficile de considérer le Dauphin 
comme un digne élève de Bossuet et, à coup sûr, on n'apprécierait pas à 
sa juste valeur l'éducation tout exceptionnelle qu'il a reçue si l'on déclarait 
qu'il en a suffisamment profité. 

Il est vrai que si l'on s'en rapportait aveuglément aux textes recueillis 
par M. Floquet, le Dauphin passerait pour un enfant miraculeux; ce ne 
sont qu'éloges en prose, en vers, et même en vers latins. Ces panégyriques 
interminables sont-ils des documents historiques bien sûrs? Personne n'o- 



77 

serait le prétendre ; d'ailleurs, à côté de ces trop complaisants témoigna- 
ges, nous en rencontrons d'autres, également recueillis par i\l. Floquet, et 
dont la portée est toute différente. Le manque continuel d'application du 
Dauphin engagea Bossuet à composer pour son usage un traité spécial de 
incogitantia, qu'il lut sans doute avec bien peu d'attention. De son côté 
Montausier, frappé du même défaut, écrivait à Louis XIV : « Quand mon- 
seigneur le veut, il entend, il comprend et retient avec une merveilleuse 
facilité ; mais il ne le veut pas toujours, etc'est ce qui nous afflige. » 1 1 y a ici, 
j'enconviens, delà part de Montausier , un assez grand éloge mêlé à un blâme 
très-vif; mais c'était sa façon officielle et polie de présenter les choses, 
et, si sincère qu'il fût, on avouera bien qu'il ne l'était sans doute pas plus 
qu'Alceste, dont certains de ses contemporains prétendirent qu'il était le 
modèle, et peut-être que, pressé par Louis XIV, après quelques restric- 
tions et quelques « Je ne dis pas cela, » il s'est montré plus explicite 
encore. 

L'histoire de Bossuet évêque est des plus intéressantes, et, ainsi qu'il 
était facile de le prévoir, M. Floquet a eu moins de peine à faire la com- 
plète et décisive apologie de Bossuet que celle de son royal élève. Jusqu'ici on 
S'est toujours représenté l'aigle de Meaux planant à des hauteurs inaccessi- 
bles au vulgaire, et derrière ces métaphores ambitieuses, pastiche bien 
infidèle de sa divine éloquence, on a perdu de vue la noble et simple figure 
du plus ferme et du plus doux des prélats. 

Cet aspect de sa personne, ce côté de sa vie, est mis ici dans tout son 
jour. On voit ce saint docteur, ce. savant Père de l'Église, approfondissant 
l'Écriture, éclaircissant à force de génie les plus grandes obscurités de la 
théologie, attaquant avec une vigueur sans pareille les ennemis de l'Eglise, 
et apportant toutefois jusque dans la dispute une charité ferme et une af- 
fectueuse politesse alors bien rare en ces matières, et qui d'avance lui gagnait 
tous les cœurs. 

Bien de plus intéressant que ces conférences , ce petit concile , comme 
on l'appelait, réuni pour l'interprétation de l'Écriture sainte en 1673 au 
château de Saint-Germain-en-Laye, et qui se tenait encore en 1692 à Ver- 
sailles. M. Floquet a recueilli les détails que nous ont conservés sur cette 
assemblée plusieurs ecclésiastiques qui en ont fait partie. 

Il met au nombre de ceux-ci l'abbé Genest, et cite comme preuve un 
extrait, du passage suivant de la préface de ses Principes de philosophie 
en vers, publiés en 1716 : «Après avoir entendu M. Bohault dans ses con- 
férences publiques, et avoir reçu de lui des conférences particulières, tou- 
jours occupé de ces réflexions, je n'oubliois rien de ce qui pouvoit me les 
confirmer. Je me suis trouvé, si je puis parler ainsi, dans l'école de feu 
M. de Meaux... J'ai été longtemps assidu auprès de ce grand prélat, dont le 
savoir profond et universel embrassoit toutes les vérités et dont l'aimable et 
vive éloquence charmoit dans ses moindres entretiens; il en augmentoit la 
douceur par l'attention qu'il donnoit aux autres. » 



78 

Je ne sais si l'abbé Genest faisait partie du petit concile, mais je crois 
qu'il fait allusion, dans le morceau qui précède, à des conférences d'une 
tout autre nature, dans lesquelles il avait eu occasion d'apprécier Bossuet 
de beaucoup plus près. Un passage d'une lettre de l'abbé d'Olivet au prési- 
dent Bouhier, qui a échappé à M. Floquet, ne paraît permettre aucun doute 
à cet égard. 

« Jugez combien ses mœurs dévoient être aimables, dit d'Olivet en par- 
lant de l'abbé Genest, puisqu'un Bossuet, un de Court, un Malezieu, char- 
més de voir jusqu'à quel point la nature avoit été libérale pour lui, entre- 
prirent à frais communs de suppléer à ce que l'éducation ne lui avoit pas 
donné. Pendant qu'il étoit chez le duc de Nevers, une prodigieuse envie 
d'apprendre, mais jointe à l'impossibilité de puiser dans les sources , le 
reudoit assidu aux conférences du célèbre Rohault, qui enseignoit la phi- 
losophie de Descartes. Il n'en avoit pu prendre, dans les entretiens pu- 
blics, qu'une teinture superficielle, mais suffisante néanmoins pour entrer 
là-dessus en matière avec M. Bossuet, qui, comme nous le savons d'ail- 
leurs, étoit grand cartésien. D'abord ce savant maître s'aperçut que les 
fondements nécessaires pour bâtir solidement n'étoient pas jetés dans l'es- 
prit de son disciple ; je veux dire que les règles de la dialectique lui étoient 
inconnues. Ainsi, les leçons qu'il lui donna commencèrent par cette science 
qui est la clef du raisonnement. Tous les mardis l'abbé Genest se trouvoit 
au lever du prélat, et jouissoit de son entretien jusqu'à l'heure où M. le 
Dauphin entroit à l'étude. Peu à peu ils attaquèrent toutes les parties de la 
philosophie, et ce fut là ce qui donna naissance à cette espèce de poëme 
qu'il ne publia que sur la fin de ses jours, mais dont il s'étoit occupé plus 
de trente ans ; ouvrage auquel le public n'a fait qu'un froid accueil, parce 
qu'il est venu dans un temps où la faveur du cartésianisme étoit déjà bien 
diminuée l , » 

Non-seulement M. Floquet a su compléter de la façon la plus intéres- 
sante l'étude du caractère et des habitudes de Bossuet, mais dans ce volume 
il est parvenu à le disculper, victorieusement selon nous, de deux accusa- 
tions graves dirigées contre lui. Quelques-uns de nos historiens ont pré- 
tendu qu'il avait pactisé avec M me de Montespan, et les ultramontains n'ont 
cessé de lui reprocher d'avoir défendu avec son énergie ordinaire les maxi- 
mes de l'Église gallicane. 

M. Floquet établit, non par des raisonnements, mais par des faits, que 
Bossuet n'a jamais eu, à l'égard de Louis XIV et de M mc de Montespan, 
de coupable indulgence. Sa conduite, examinée jour par jour, est digne au 
contraire de servir de modèle. Il sut, en face du Roi, ne rien relâcher de 
la rigueur des principes religieux et moraux, de la sévérité des règles, et, 
s'il eut la douleur de voir ses conseils repoussés, il lui resta du moins la 
consolation de les avoir incessamment renouvelés avec l'infatigable insis- 

i. Principes de la philosophie, ou Preuves de l'existence de Dieu, Paris, 1716. 



79 

tance et la triple autorité, impuissante en cette circonstance, de son ca- 
ractère sacré, de son génie et de son inébranlable dévouement. 

La conduite de Bossuet à l'assemblée du clergé de 1682 ne fut ni moins 
ferme ni moins sage. Le prélat n'aurait point voulu qu'on fît une déclara- 
tion expressé ; non qu'il eût quelque doute sur la légitimité de cette me- 
sure, mais parce qu'il craignait que, dans la position délicate où la France 
se trouvait à l'égard du Saint-Siège, une pareille démarche ne prît l'apparence 
d'un acte d'hostilité. La majorité de l'assemblée n'ayant pas partagé son 
avis, il s'efforça du moins, en rédigeant la déclaration, de lui donner un 
caractère de généralité qui aurait dû empêcher qu'on y vît une décision de 
circonstance. Du reste, en écrivant les quatre articles, Bossuet ne se mon- 
trait pas seulement l'interprète fidèle et modéré de l'assemblée du clergé; 
il demeurait avant tout conséquent avec lui-même, avec les principes qu'il 
avait sans cesse défendus et proclamés. 

Cette biographie si ample de Bossuet que nous avons sous les yeux n'é- 
claire pas seulement ces grandes questions, elle nous fait aussi pénétrer 
dans le détail des moindres affaires auxquelles l'illustre prélat a pris quel- 
que part. M. Floquet les sait et les raconte comme un contemporain exact 
et bien informé, et il est besoin d'un peu de réflexion pour se rappeler que 
cette histoire si suivie et si complète est une mosaïque dont les matériaux 
épars ont été recueillis avec autant de sagacité que de patience. 

Ch. Marty-Laveàux. 

OEuvres historiques inédites de Ph.-And. Grandidier. — Colmar, bu- 
reau de la Revue d'Alsace, 1865, 3 vol. in-8°. 

Parmi les savants du siècle dernier qui ont consacré leur vie à l'étude 
des sources de l'histoire, une des figures les plus touchantes assurément 
est celle de l'abbé Grandidier, enlevé, à la fleur de l'âge, à ses travaux et à 
sa famille, dont il était l'unique soutien. 

Nommé , à l'âge de dix-neuf ans , secrétaire et archiviste de l'évêché de 
Strasbourg, il commença dès lors à rédiger Y Histoire de cette église. Cet ou- 
vrage, entrepris sous les auspices du cardinal Louis- Constantin de Bohan, 
devait former 8 volumes in-4°. L'abbé Grandidier n'avait que vingt-trois 
ans, lorsque lepremier volume parut (1776) ; deux ans après, il publiait le 
second. Les tomes III et IV étaient achevés et prêts à être mis sous presse, 
lorsque le cardinal mourut (1 1 mars 1779). 

Déjà, du vivant de ce prélat éclairé, Grandidier avait été en butte à bien 
des attaques. On l'avait accusé de décrier les moines 4 , de faire la satire de 
l'état monastique et religieux 2 , parce qu'il avait discuté quelques légen- 
des, nié quelques miracles, démontré la fausseté de quelques diplômes. A 
la mort de son protecteur, ses ennemis triomphèrent. Le nouveau prince- 

1. Œuvres inédites, t. I, p. 93, note 1. 

2. Histoire de l'Église de Strasbourg, t. II, avant-propos, p. vm. 



80 

évéque, le cardinal Louis-René- Edouard de Rohan, devenu si tristement 
célèbre par l'affaire du Collier de la Reine, crut pouvoir faire un meil- 
leur usage de ses revenus ; il refusa de subvenir aux frais d'impression de 
l'ouvrage, retira à l'auteur sa pension et lui donna un canonicat en échange 
de ses archives •. 

L'abbé Grandidier, découragé, voulut renoncer aux travaux historiques. 
Dans l'introduction de ses Essais sur la cathédrale de Strasbourg, pu- 
bliés en 1782, il s'exprimait ainsi : « Ces essais sont le dernier hommage 
« que je rends à la muse de l'histoire. Je l'ai servie longtemps avec fidélité 
« et même aux dépens d'une santé que des veilles et un travail assidu ont 
« altérée. » Ne voulant pas cependant que le fruit de ses recherches fût 
perdu pour la science, il envoya ses pièces justificatives à Wurdtwein, suf- 
fragant de Worms, qui les inséra dans ses Nova subsidia diplomatica 
(t. III et suiv.). Mais l'oisiveté ne pouvait convenir longtemps au jeune 
chanoine. En 1785, il reprit ses travaux avec une nouvelle ardeur, et, éten- 
dant son plan primitif, il résolut d'écrire l'histoire ecclésiastique, militaire, 
civile et littéraire de toute la province d'Alsace ; en même temps il rédi- 
geait en latin, pour la Germania sacra de domGerbert, l'histoire du dio- 
cèse de Strasbourg, participait aux travaux du Cabinet des chartes de Paris, 
et faisait paraître les cinq premières livraisons des Vues pittoresques d'Al- 
sace. C'était trop entreprendre à la fois : pendant l'impression du second 
volume de Y Histoire d'Alsace, il succomba à ses fatigues dans l'abbaye 
deLucelle, où il était allé recueillir de nouveaux documents ( 11 ootobrel 787). 
Il n'avait pas trente-cinq ans 2 , et ne laissait pour tout héritage à sa famille 
que des dettes et ses manuscrits 3 . Retirés des mains des créanciers, ces 
manuscrits sont restés pour la plupart dans la famille de l'auteur jusqu'en 
1851, et sont devenus alors la propriété de la ville de Strasbourg. Quel- 
ques-uns, qui s'étaient égarés, ont été retrouvés en 1864 chez un libraire de 
Leipzig, et acquis également par la bibliothèque de Strasbourg. Plusieurs 
manquent encore à l'appel : espérons qu'on les retrouvera aussi. 

Ce sont ces manuscrits, que M. Liblin, directeur de la Revue d'Alsace, 
s'est proposé d'éditer, et il mérite d'être encouragé dans cette œuvre de 
dévouement. Il fait paraître aujourd'hui les trois premiers tomes des Œm~ 
vres inédites de Grandidier, qui renferment à peu près le texte des troi- 
sième et quatrième volumes de {'Histoire de l'église de Strasbourg, et les 
pièces justificatives non imprimées par Wurdtwein. D'après le plan de 
publication qui se trouve à la fin des Essais sur la cathédrale de Stras- 
bourg, le troisième volume devait s'étendre de 965 à 1100, le quatrième de 

t. Voy. la correspondance de Grandidier, publiée dans la Revue d'Alsace, année 
1865. 

2. Il était né en novembre 1752; c'est donc par erreur que l'éditeur le fait mourir 
à l'âge de trente-six ans (avant-propos, p. xi). 

3. Voy. les lettres du frère de Grandidier, Revue d'Alsace, année 1865. 



81 

1 100 à 1244 et le cinquième de 1244 à 1394. Le tome I er des Œuvres inédi- 
tes comprend l'histoire des évêques de Strasbourg depuis 965 jusqu'en 1 028, 
et celle des monastères du diocèse aux neuvième, dixième et onzième siècles. 
Les tomes II et III contiennent la suite de l'histoire des évêques jusqu'en 
1202, et une notice sur l'abbaye de Marbach, fondée au douzième siècle. C'est 
là que se termine la rédaction définitive de l'auteur, celle à laquelle il avait 
mis la dernière main. Pour la période suivante, de 1202 à 1260, et pour 
l'histoire des autres fondations ecclésiastiques du douzième siècle, il existe 
malheureusement une lacune dans le récit. L'éditeur n'a retrouvé dans les 
manuscrits de Grandidier que des notes et des pièces justificatives ; à l'aide 
de ces matériaux, il a comblé autant que possible la lacune du récit. 

A partir de 1261 jusqu'à 1478, on a la première rédaction de l'auteur, 
et pour l'époque ultérieure il existe d'autres documents. M. Liblin se pro- 
pose de publier également ces fragments et tous les autres papiers laissés 
par Grandidier, si l'accueil qui sera fait aux trois premiers tomes lui 
permet de poursuivre l'œuvre sans s'imposer de trop grands sacrifices. 
Il est à désirer que cette utile publication puisse être continuée prochaine- 
ment et soit menée à bonne fin. 

L'éditeur a reproduit les manuscrits avec une fidélité scrupuleuse, sans 
rien supprimer, sans rien changer. Il a indiqué par des renvois les pièces 
justificatives imprimées par Wurdtwein, et il a ajouté quelques notes pour 
relever les inexactitudes commises par l'auteur. Nous croyons aussi devoir 
signaler une erreur que nous avons remarquée dans la table généalogique 
des sires de Ribaupierre ou de Rappolstein (t. II, p. 455). D'après Grandi- 
dier, Ulric III, marié à une fille du comte de Frobourg, aurait eu sept en- 
fants, dont trois seraient morts en 1283. Or la Chronique des Domini- 
cains de Colmar 1 nous apprend que la fille du comte de Frobourg n'a eu 
que six enfants : Filiam habuit unicam, filios quinque élégantes. Les 
trois seigneurs de Rappolstein, qui sont morts en 1283, n'étaient pas ses 
fils. On lit en effet dans les Annales de Colmar 2 : Très domini de Re- 
polzstein, filii domini de Sahnin, viam carnis ingressi sunt universe. 
De quelque manière qu'on interprète les mots domini de Salmin, soit 
qu'on y voie, comme MM. Gérard et Liblin 3 , une forme défigurée A'An- 
selmi, soit qu'on lise, comme nous, domine de Salmis, on ne peut pas, en 
tout cas, placer ces seigneurs parmi les enfants d'Ulric III et de la fille du 
comte de Frobourg. Suivant MM. Gérard et Liblin, il s'agit de trois jeunes 
enfants d'Anselme II le Téméraire, mort vers 1314 ; mais rien n'indique, 
dans le texte précité, qu'ils étaient jeunes. Nous lisons domine (domina) 
de Salmis, parce que nous savons, par la chronique de Richer de Seno- 
nes *, que Ferry I er , sire de Blamont, frère de Henri III, comte de Salm, 

1. Éd. Gérard et Liblin, p. 326. 

2. Éd. Jaflë, recueil de Pertz, Scriptores, t. XVII, p. 210. 

3. Les Annales et la Chronique des Dominicains de Colmar, p. 109. 

4. L. IV, c. xxxi ; ms. de la Bibl. imp., lat. 10016. 

II. [Sixième série.) 6 



82 

avait pour neveu, en 1242, un sire de Rappolstein : Vel a nepotesuo domino 
de Raiposteim, quia exigebat parlent hereditatis, captivus detenlus est. 
Ce neveu, que dorn Calmet a coufondu avec Henri IV, comtede Salm \ était 
probablement le fils d'une sœur de Henri III et de Ferry I«». Plusieurs 
passages de la Chronique de Colmar nous prouvent également que la fa- 
mille de Ribaupierre était alliée, au treizième siècle, à celle de Blamont ou 
de Salm : Dominus de Rapolzstein circa kalendas augusti (1287) Galliam 
intravit ; ibique a cognato suo, domino deBlanchiberc/i, pedites et équités 

accommodavit 2 Hic [Anselmus) matrem habuit fèliam comitis de 

Froburg, patrem cognatum domini de Blanckenberg 3 . Il y aurait donc 
lieu de rectiGer, conformément à ces indications, la table généalogique des 
sires de Ribaupierre. 

Aug. Kroeber. 

Histoire de la cathédrale de Beauvais, par Gustave Desjardins. 
Beauvais, 1865. In-4° de 284 pages, avec planches. 

En écrivant l'histoire de la cathédrale de Beauvais, M. Desjardins s'est 
proposé de faire connaître, non-seulement le monument tel que nous le voyons 
maintenant, mais encore, et avant tout, les vicissitudes par lesquelles il a 
passé du treizième au dix-neuvième siècle. Il a étudié à la loupe les parties de 
l'édifice que le temps a épargnées, les anciennes représentations qui nous 
en sont parvenues et les documents conservés dans les archives et dans les 
bibliothèques. En suivant cette méthode, il a renouvelé un sujet qui avait 
été plusieurs fois traité et a composé un livre dont la lecture est à la fois 
instructive et attrayante. 

L'ouvrage est divisé en trois parties : la première consacrée au chœur, 
la deuxième aux transsepts, la troisième à la flèche. L'auteur passe succes- 
sivement en revue les différentes parties de la cathédrale; il décrit et expli- 
que les vitraux, les statues, les tombes et les ornements de toute espèce dont 
elle était décorée aux jours de sa splendeur; il recherche l'origine des 
moindres détails , indique les évêques et les membres du chapitre à qui re- 
vient le principal honneur des constructions, et met en lumière tout ce que 
les documents nous ont appris des architectes, des peintres et des sculp- 
teurs qui ont brillé à Beauvais pendant le seizième siècle. 

Les registres capitulaires de l'église de Beauvais n'existent plus ; mais 
M. Le Caron deTroussures en possède dans sa bibliothèque un sommaire, 
rédigé au siècle dernier, qui a permis à M. Desjardins de suivre pas à pas 
tous les grands travaux exécutés au seizième siècle. C'est là qu'il a puisé de très- 
curieux renseignements sur plusieurs architectes qui doivent occuper une 
place honorable parmi les artistes français de la renaissance. Mentionnons : 

1. Hist. de Lorraine, 2» éd., t. VII, dissert, prélira., col. clxxxiv. 

2. Éd. Jaffé, p. 256 ; éd. Gérard e.t Liblin, p. 306. 

3. Éd. Jaffé, p. 260; éd. Gérard et Liblin, p. 326. 



83 

Martin Cambiche, dont le nom avait déjà été tiré de l'oubli par M. Vallet 
de Viriville et par M. Bertv; — Pierre Cambiche, flls de Martin; — Jean 
Vast, père ; — Jean Vast, fils ; — et Martin Lalye. C'est aussi le Sommaire 
des délibérations du chapitre qui nous a transmis les détails les plus cir- 
constanciés sur l'érection de la merveilleuse flèche qui s'écroula le 30 avril 
1573. 

M. Desjardins a fait dans son livre une large part à l'architecture ; mais 
il n'a pas négligé la sculpture et la peinture, qui étaient représentées à 
Beauvais par des morceaux remarquables. 11 donne sur différents verriers 
et tailleurs d'images des renseignements que les historiens de l'art français 
recueilleront avec empressement. Il a réuni dans un appendice les détails 
fort abondants qu'il a trouvés sur la musique et les jeux scéniques; on y 
distinguera plusieurs faits qui n'avaient pas encore été signalés, tels que le 
tableau des prérogatives attachées au fief de la Jonglerie. Voici comment 
elles sont énoncées dans un aveu fourni au roi en 1454 par J'évêqtie de 
Beauvais : « Item deffunct Henry de Fierville,en son vivant, tenoit ung fief, 
nommé le fief de la Jonglerye, lequel est de présent en ma main par def- 
faulte d'homme, auquel chacune folle femme de joye venant et estantz à 
Beauvais doibt seullement une fois mi deniers parisis, et à deflaulte de 
paier, l'on peult prendre son chapperon ; item chacun jongleur chantant 
en place, douze deniers. Item s'il vient au dict Beauvais aulcuns jongleurs 
de personnaiges, monstrant oyseaulx ou bestes sauvaiges en chambre, le 
dict possesseur du dit fief peult veoir l'esbatement, luy deuziesme, sans riens 
paier. Item peult faire chanter au dict Beauvais au lieu accoustumé qui luy 
plaict, es jours de Noël, Pasques, Penthecoustes et Toussainctz, sans ce 
que aultres y puissent faire chanter, sinon par sa licence. Item est tenu de 
chanter ou de faire chanter de geste ou cloistre de mon église, es dicts 
jours, depuis prime [laschée] jusques où commanche la grand messe, se 
on peult trouver jongleurs environ la dicte ville. » 

Un second appendice a pour objet la statue que Simon de Bullandre fit 
élever à Ronsard dans la nef de la cathédrale, et le mouvement poétique 
dont Beauvais fut le théâtre au seizième siècle. 

M. Desjardins a complété son travail par la publication de divers docu- 
ments. Le plus considérable est un inventaire du trésor, rédigé en 1464; 
il ne comprend pas moins de 647 articles. 

Parmi les autres documeuts, je citerai : le drame liturgique des pèlerins 
d'Emmaùs, dont une copie se trouve dans les papiers de M. Borel de Bré- 
tizel ; — un acte du 5 juillet 1330, par lequel Jean de Marigny, évêque de 
Beauvais, abolit, moyennant une somme de 800 livres parisis, les rede- 
vances que le possesseur du fief de la Jonglerie pouvait avoir droit de 
prendre à l'occasion des mariages célébrés à Beauvais; — l'affiche qui fut 
imprimée vers 1540 pour notifier aux fidèles les indulgences offertes à tous 
ceux qui contribueraient aux travaux de la cathédrale ; — plusieurs devis 
ou rapports d'architectes, des années 1572, 1573 et 1595, ou environ; — 

6. 



84 

une notice sur la cathédrale, composée eu 1685 par le chanoine Etienne 
deNully; — une description du sanctuaire, faite en 1727 par Georges- 
François Fombert; — un relevé des inscriptions des cloches; — un état 
des tombes de la cathédrale, du treizième au dix-huitième siècle. 

Le volume de M. Desjardins est orné de plusieurs planches ; il a été im- 
primé par Louis Perrin. C'est assez dire que l'exécution matérielle en est 
irréprochable, et qu'elle suffirait pour assurer le succès du livre, si ce succès 
n'était pas déjà garanti par l'abondance des renseignements que l'auteur a 
recueillis et surtout par la façon dont il a su les mettre en œuvre. 

L. D. 

Les anciens Poètes de la Fbance, publiés sous la direction de 
M. F. Guessard. — Hugues Capet, chanson de geste, publiée pour la 
première fois d'après le manuscrit unique de Paris, par M. le marquis 
de La Grange. Paris, Hérold, 1864. 

Nous avons déjà rendu compte des premiers volumes de cette collection. 
Elle doit, comme on le sait, comprendre l'ensemble des chansons fran- 
çaises du cycle carlovingien. On peut être surpris de voir la chanson 
d'Hugues Capet placée parmi les chansons du cycle carlovingien. Mais, en 
la faisant entrer dans leur recueil, les savants éditeurs se sont conformés 
aux traditions poétiques dont ils étaient chargés de perpétuer le souvenir. 
Suivant ces traditions, si Hugues Capet monte sur le trône, il le doit à son 
mariage avec une fille de Louis le Débonnaire, et à sa parenté avec ce 
prince, dont il aurait été cousin au cinquième degré. Ainsi l'on voit dispa- 
raître ici la profonde ligne de démarcation que l'histoire met entre les rois 
de la seconde race et ceux de la troisième. 

La chanson d'Hugues Capet appartient aux derniers temps de la poésie 
épique française ; elle est postérieure au treizième siècle ; elle date proba- 
blement du milieu du siècle suivant, et cependant elle a fourni la matière 
d'un des volumes les plus intéressants de la collection des Anciens poètes 
de la France. Ce résultat est dû sans doute en partie au talent hors ligne 
dont fait preuve l'auteur inconnu de cette composition, mais il a aussi pour 
cause une autre circonstance : 

On sait que Dante a fait d'Hugues Capet le fils d'un boucher de Paris. 
Dante mourut en 1321. La légende, qui dès ce temps avait passé les Alpes, 
et dont il s'était fait l'écho, lui survécut. Elle est mentionnée par la chro- 
nique de Saiut-Bertin, par Villon, par Agrippa de Nettesheim; il en est 
question dans la Satyre Ménippée, et elle est réfutée par Estienne Pas- 
quier. Cette légende était, du reste, fort peu connue ; or il se trouve qu'elle 
est la base de notre poème, sauf une légère variante : Hugues Capet, fils 
de père noble, puisque de ce côté il descend des Carlovingiens, avait pour 
mère la fille d'un boucher de Paris. Hugues Capet devait donc sa naissance 
à une mésalliance. De cette donnée résulte en grande partie l'intérêt de la 
fiction dont notre poème offre le développement. 



85 . r 

Hugues, orphelin de bonne heure, dissipe la fortune de ses parents, puis 
vient demander asile à son oncle maternel, riche boucher de Paris, qui 
l'envoie courir le monde avec un sac de deux cents florins. Le neveu dé- 
pense cet argent au milieu des aventures et des plaisirs, puis revient à 
Paris ; il laissait après lui dix bâtards. 

Il arrive chez son oncle, le boucher, au moment où la France et sa capi 
taie étaient dans l'état le plus critique. Louis le Débonnaire venait de mou- 
rir empoisonné par Savari, comte de Champagne ; Savari, aux portes de 
Paris, entouré d'une puissante armée, demandait la main de Marie, fille de 
de sa victime. La reine, veuve de Louis le Débonnaire, réunit son conseil; 
des bourgeois, et parmi eux Hugues Capet, considéré à Paris comme repré- 
sentant de la corporation des bouchers, y prennent place à côte des nobles; 
la résistance est décidée; et le lendemain, quand Savari vient demander 
une réponse, Hugues Capet lui tranche la tête sous les yeux de la reine et 
de sa fille. Fédri, frère de Savari, veut venger ce meurtre et vient assiéger 
Paris avec plus de cent mille hommes. Les bourgeois, commandés par Hu- 
gues Capet, le mettent en déroute. La main de Marie et le trône de France 
deviennent la récompense du vainqueur. Mais la haine de Fédri ne cesse 
pas de le poursuivre. Fédri le fait tomber dans un guet-apens d'où le nou- 
veau roi échappe à grand' peine. Fédri va assiéger, dans Orléans, la veuve 
de Louis le Débonnaire et la jeune reine Marie ; il les fait prisonnières ; il 
va épouser Marie, quand tout d'un coup Hugues reparaît avec des troupes, 
surprend et fait mettre à mort son odieux rival. 

Tel est en gros ce curieux poème. On peut le regarder comme l'expres- 
siou des passions de la bourgeoisie parisienne du quatorzième siècle, sur- 
tout de cette corporation des bouchers qui devait, sous Charles VI, exercer 
une influence si puissante. 11 célèbre l'abaissement de la noblesse féodale 
par les efforts réunis de la bourgeoisie et de la royauté. Cette idée résume 
à elle seule une grande partie des annales de la France. 

Ainsi la chanson d'Hugues Capet présente une grande valeur historique. 
Nous devons donc féliciter M. Guessard de l'avoir comprise dans la collec- 
tion dont il dirige la publication. La préface de M. le marquis de La Grange 
fait ressortir, avec autant de science que d'intérêt et de goût, les différents 
genres de mérite qui sont à signaler dans cette curieuse composition; elle 
se termine par une comparaison détaillée entre le poème français et un 
poème allemand plus connu qui en est imité. Nous y renvoyons le lecteur. 

H. D'A de J. 

LIVRES NOUVEAUX. 

Août — - Septembre 1865. 

1. Advielle (Victor). — Les Écossais en Rouergue. — In-4°, 16 p. 
Rodez, impr. Carrère ; Paris. 

2. Antonio da Pistoi a.— -Sonetti giocosi e sonetti satirici senza nome^ 



86 

d' autore tratti per la prima volta da varii codici. — Bologna, libr. Ro- 
magnoli, in 12 di pag. 77. 

Forma il Vol. LVIII délia Scelta di Curiosità letterarie inédite o rare dal secolo 
XIII al XVI. 

3. Abnatjld (Ch.). —Histoire de l'abbaye de Nieuil-sur-l'Autize. — Gr. 
in-8°, 1 14 p. Niort, impr. Favre et C e ; libr. Clouzot. 

4. Auber (l'abbé). — De la Rédaction des chroniques paroissiales. Mé- 
moire lu au Congrès archéologique de Fontenay, en septembre 1864. — 
In-8°, 21 p. Caen, impr. et libr. Leblanc-Hardel. 

Extrait du Compte rendu des séances archéologiques tenues à Fontenay en 1864. 

5. Aubeb (l'abbé). — Caractères de l'architecture dans les monuments 
de la Vendée. Mémoire lu au Congrès archéologique tenu à Fontenay en 
1864. — In-8°, 13 p. Caen, impr. et libr. Leblanc-Hardel. 

6. Beaurepaire (Ch. de Robillard de). — Notes et documents concer- 
nant l'état des campagnes de la haute Normandie dans les derniers temps 
du moyen âge. — In-8°, 446 p. Ëvreux, libr. Huet; Rouen, libr. Lebru- 
ment. 

7. Boitel (abbé). — Prise par les Anglais, en 1424, de Mont-Aiguillon, 
place forte dans la Brie champenoise. — In-8°, 16 p. Nogent-sur-Seine , 
impr. et libr. Faverot. 

8. Castaigne (Eusèbe). — Simple note historique sur l'église collégiale 
de Blanzac. — In-8°, 16 p. Angoulême. impr. Nadaud et C e . 

Tirage à 100 exemplaires — Extrait du Bulletin de la Société archéologique et 
historique de la Charente, année 1863. 

9. Cecchetti (Bartolommeo). — Gli Archivi délia Bepubblica Veneta 
dal secolo XIII al XIX, memoria. — Venezia, tip. del Commercio, in-8 , 
di pag. 65. 

10. Cessac. — Études historiques. Commentaires de César. Uxellodu- 
num retrouvé. Fouilles exécutées à Luzech, à Capdenac et à Puy d'Us- 
solud. Rapide exposé des résultats obtenus ; par J.-B. Cessac. — In-8°, 
15 p. Paris, impr. Dubuisson et C e ; libr. E. Dentu. 

11. Ciaccheri (F. Matteo). — Cronachetta di S. Gemignano composta 
l'anno MCCCLV, illustrata da E. Sarteschi. — Bologna, presso la Libr. 
Romognoli, in-12 di pag. xn-43. 

12. Coussemakeb (de). — Scriptorum de musica medii œvi novam se- 
riem a Gerbertina alteram collegit nuncque primum edidit E. de Cousse- 
maker. Tomus I. — In-4°, à 2 colonnes. Lille, impr. Lefèvre-Ducrocq ; 
Paris, libr. A. Durand. 

13. Coussemakeb (de). — L'Art harmonique aux douzième et treizième 
siècles. — In-4°, xn-540 p. Lille, impr. Lefebvre-Ducrocq; Paris, libr. 
Durand, Didron. 

, 14. Cronache Siciliane dei secoli xm, xiv, xv, pubblicate per cura del 



87 
Prof. Vincenzo di Giovanni. Bologna, Romagnoli. — Un vol. in-8° di pag. 

LV-401. 

15. Delamabe (abbé E.).— Histoire de la paroisse et commune de Ron- 
cheroIles-en-Bray. — In-8°, vn-357 p. Rouen, impr. Cagniard. 

16. Desjabdins (Gust.). — Histoire de la cathédrale de Beauvais.— 
In-4°, 289 p. et 2 pi. Lyon, impr. Perrin; Beauvais, libr. Pineau. 

17. Devic (l'abbé). — Étude sur les n e et vm e livres des Commentaires 
de César, pour servir à l'histoire des Bellovaques, des Ambianois et des 
Atrébates. — In-8°, vn-113 p. et 4 plans. Arras, imp. Rousseau-Leroy. 

18. Duquénelle. — Catalogue des monnaies romaines découvertes à 
Signy-l'Abbaye (Ardennes). — ln-8°, 35 p. Reims, impr. Dubois. 

19. Esquié. — Note sur une peinture récemment découverte à l'église 
Saint-Serniu de Toulouse. — In-8°, 11 p. et planche. Toulouse, impr. 
Rouget frères et Delahaut. 

20. Fbesquet (R. de). — Étude sur les statuts de Marseille au treizième 
siècle. — In-8°, 171 p. Marseille, impr. Arnaud et C e ; libr. V« Cruège, 
Aix, libr. Makaire. 

21. Fbœhneb. — La Colonne Trajane décrite parW. Frœhner. Texte 
accompagné d'une carte de l'ancienne Dacie et illustré par M. Jules Du- 
vaux. — In-8°, xvi- 168 p. Paris, impr. De Mourgues frères. (5 fr.). 

22. Gautieb (Léon). — Les Psaumes , traduction nouvelle. I re partie, 
contenant le premier livre du psautier. — In -8°, xv-170 p. Paris, Adr. Le 
Clere et C e . 

23. Gebmeb-Duband. — Notes épigraphiques. Inscriptions trouvées au 
quai Roussy, en 1864; inscription relative aux constructeurs de la basilique 
de Mmes; une nécropole gallo-romaine à Saiute-Perpétue; sur la date de 
l'inscription fragmentaire... VIII. TRIB. PO. — In-8°, 26 p. Nîmes, impr. 
Clavel-Ballivet et C c . 

Extrait des Mémoires de l'Académie du Garrt, 1863-1864. 

24. Gibaux (L.-P.). — Notice historique sur la petite ville de Champlitte 
et ses environs, sur son château et la noble famille de Toulongeon. — In-8°, 
47 p. Paris, impr. Bouaventure et Ducessois; libr. Faure. 

25. Gregorio, medico fisico. Fiori di medicina del sec. XIV. — Bologna, 
libr. Romagnoli, in-12 di pag. 85. 

Forma il vol. LIX délia Scelta di Curiosità Letterarie inédite o rare dal secoloXIII 
al XVI. 

26. Lébidon (Henri). — Notice sur Jean Faure, jurisconsulte angou- 
moisin du quatorzième siècle. — In-8°, 50 p. Angoulême, impr. Nadaud 
etC e . 

Extrait du Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente , an- 
née 1865. 

27. La Nicollièbe (Stéphane de). — Église royale et collégiale de 



88 

Notre-Dame de Nantes, monographie historique et archéologique, ornée 
de 6 pi. — In-8°, ix-438 p. Nantes, impr. et libr. Forest et Grimaud ; 
Paris, libr; Aubry. 

28. Le Beubter. — Le Mémorial historique des évêques, ville et comté 
d'Évreux, écrit au dix-septième siècle par Le Batelier d'Aviron ; publié 
pour la première fois et annoté par l'abbé P.-F. Le Beurier. — In-8°, 
v-210 p. Évreux, impr. Canu ; libr. Huet; Paris, libr. Dumoulin. (6 f'r.). 

29. Leggenda (la) di Saut' Albauo, prosa inedita del secolo XIV, e la 
storia di San Giovanni Boccadoro, secondo due antiche lezioni in ottava 
rima per cura di Alessandro D' Ancona. — Bologna, Bomagnoli, in-12, di 
pag. lio. 

30. Mantellier (P.). — Mémoire sur les bronzes antiques de Neuvy- 
en-SuIlias. Dessins de Charles Pensée. — In-4°, 48 p., 1 carte et 16 pi. 
Orléans, impr. Jacob ; Paris, MM. Bollin et Feuardent. 

Extrait du t. IX des Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais. 

31. Merlet. —Histoire de l'abbaye de Notre-Dame de Coulombs, ré- 
digée d'après les titres originaux. — In-8<>, xn-259 p. et 12 grav. Char- 
tres, impr. Garnier ; libr. Petrot-Garnier. 

32. Mien. — Le Canton de Rozoy-sur-Serre, histoire, géographie, bio- 
graphie, statistique. Notices sur les communes du canton. — In-18 jésus, 
viii-492 p. Saint-Quentin, impr. Moureau. 

33. Montaiglon (Anat. de). — L'Aubépine et le Marronnier de San- 
nois, études d'après la nature. — In-8°, 24 p. Paris, impr. Jouaust. 

34. Nadal. — Uxellodunum, études historiques et critiques sur l'em- 
placement de cette ville celtique. — In-8°, 64 p. Cahors, impr. Laytou. 

35. Notice sur l'abbaye de Saint-Victor lès Marseille. — In-8°, 22 p. 
Toulon, impr. Vincent. 

36. Parente au. — Essai sur les Poteries antiques de l'ouest de la 
France. — Gr. in-8°, 22 p. et 5 pi. Nantes, impr. et libr. Charpentier. 

37. Péricaud l'aîné (A.). — Notice sur Hippolyte d'Esté, cardinal ar- 
chevêque de Lyon (1540-1551). — In-8°, 32 p. Lyon, impr. Vingtrinier; 
libr. Brun; Paris, libr. Julien. 

38. Plan et description de la ville de Dieppe au quatorzième siècle , 
dressés d'après le coutumier ou cueilloir recueilli pour messire Guillaume 
de Vienne, archev. de Rouen ; par M e Guillaume ïieullier, prêtre de Saint- 
Jacques. — In-4 J , 40 p. et 1 pi. Dieppe, impr. Delevoye; libr. Marais. 

Ce plan et la description sont de M. Méry. ingénieur des ponts et chaussées, et 
accompagnés de notes par M. l'abbé Cochet. 

39. Pouilly (comte Gabr. de). — Notice historique sur Cornay et son 
ancien château. — In-8°, 42 p. Mézières, impr. et libr. Devin. 

Extrait de la Revue historique des Ardennes. 



89 

40. Pruvost (Alex.). — Histoire de Wattrelos. — Iu-12, xi-276 p. 
Tourcoing, impr. et libr. Mathon. 

41. Quelques vieux usages du diocèse de Langres, tirés des archives du 
prieuré d'Aubigny (Haute-Marne).— In-8°, 65 p. Langres, impr. Lhuillier. 

42. Renault. — Essai historique sur la paroisse et l'abbaye de la Croix- 
Saint-Leufroi, arrondissement de Louviers (Eure). — In-8°, 97 p. Caen, 
impr. et libr. Leblanc-Hardel. 

Extrait du 25 e vol. des Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie. 

43. Ring (de). — Tombes celtiques de l'Alsace, nouvelle suite de mé- 
moires. — In-f°, iv-53 p. et 16 pi. Strasbourg, impr. Simon. (25 fr.) 

44. Ristelhuber. — L'Alsace ancienne et moderne, ou Dictionnaire 
topographique, historique et statistique du Haut et du Ras-Rhin, par Ra- 
quol. 3 e édition, entièrement refondue; par P. Ristelhuber. — In-8°, 648 p. 
Strasbourg, libr. Salomon ; Paris, libr. Aug. Aubry. 

45. Rocher. — Description archéologique de l'église abbatiale de Saint- 
Benoît-sur-Loire, suivie de notes historiques sur les reliques du trésor de 
l'abbaye et sur les antiquités de la ville et les environs de Saint-Benoît. 
Extrait de la 2 e partie de l'Hisloire de l'abbaye royale de Saint Benoît-sur- 
Loire. — In-8°, 90 p. et pi. Orléans, impr. Jacob. 

46. Rondier. — Colonne milliaire trouvée à Rrioux, décrite et donuée 
au musée de JNiort. — In-8°, 16 p. et planche. Melle, impr. et libr. Mo- 
reau; Niort, libr. Clouzo. 

47. Statistique archéologique du département du Nord. Arrondissement 
d'Avesnes. — In-8°, 175 p. et carte. Lille, impr. Danel. 

Extrait du Bulletin de la Commission historique du département du Nord, t. IX. 

48. Valous (Vital de). — Le Domaine ordinaire de Lyonnais au com- 
mencement du seizième siècle, ou Notice analytique des comptes doma- 
niaux pendant les années 1523 à 1526. — In-8°, 36 p. Lyon, impr. Ving- 
trinier; libr. Rrun. 



CHRONIQUE. 

Juillet-Octobre 1865. 

Nos confrères liront avec intérêt l'extrait suivant du rapport qui a été fait 
à l'Académie des inscriptions le 7 juillet par M. Hauréau, au nom de la 
commission des antiquités de la France : 

« Deux volumes manuscrits nous ont été envoyés par M. Jules Guiffrey, 
sous ce titre commun : Essai sur la Réunion du Dawphiné à la France. 
De ces deux volumes, le premier offre une histoire étendue des négocia- 
tions, des intrigues, des actes publics et des pratiques secrètes qui ont pré- 



90 

paré l'achat du Dauphiné par la maison de France, ainsi qu'une fidèle ana- 
lyse des contrats divers et nombreux qui ont validé, confirmé et irrévoca- 
blement consommé cette transaction célèbre. Le second volume contient 
un assez ample recueil de pièces justificatives. 

« Ces pièces sont toutes importantes, c'est-à-dire bien choisies. Toutes, il 
est vrai, ne sont pas inédites. Le président de Valbonnais en avait déjà pu- 
blié quelques-unes. Mais les textes de Valbonnais sont assez souvent incor- 
rects, et, ce qui est plus grave , incomplets. Il était Dauphinois, de très- 
noble race, et, contraint d'avouer que son dernier Dauphin l'avait vendu, il 
ne pouvait faire cet aveu sans honte. De là plus d'une réticence. Valbon- 
nais a donc supprimé plusieurs pièces, dont on a retrouvé l'indication dans 
ses papiers. En outre, par déférence pour quelques familles considérables 
de sa province, il a mutilé quelques-unes des pièces qu'il a rendues publi- 
ques. Les additions et les corrections de M. Guiffrey sont donc intéres- 
santes. Quand il s'agit d'un fait historique d'une telle gravité, nous voulons 
l'apprécier sur des rapports sincères. 

« Mais M. Jules G uiifrey n'est pas seulement un scrupuleux éditeur d'utiles 
diplômes : c'est encore un historien distingué. Quelques erreurs ont été si- 
gnalées dans l'introduction de son Essai, et, outre ces erreurs, des lacunes 
historiques et des négligences littéraires. L'auteur, qui doit être jeune, a 
beaucoup plus exercé son esprit à la recherche des faits, qu'à l'étude de ces 
lois, peut-être encore mal définies, suivant lesquelles les nationalités s'af- 
firment, se constituent, s'abaudonnent elles-mêmes et disparaissent. On 
regrette qu'il n'ait pas esquissé largement, dans un style ferme et concis, 
les origines bourguignonnes du peuple dauphinois, les anciennes entrepri- 
ses des Francs contre son indépendance, les défaillances et les trahisons 
qui l'asservirent, cette audacieuse conjuration de seigneurs et de prélats 
qui l'affranchit à la journée de Mantaille, et, dans la suite des temps, quand 
ce peuple commence à renoncer à lui-même, sa soumission calculée à l'em- 
pire d'Allemagne, enfin son accession tardive, et néanmoins libre, résignée, 
nécessaire, à la France, qui ne doit plus, quoi qu'en pense Valbonnais , 
l'opprimer, mais l'associer à sa grandeur, à sa puissance, à sa gloire. 
Cette critique s'adresse, disons-nous, à l'introduction de l'ouvrage. Mais 
aussitôt que l'auteur aborde le récit des événements qui eurent pour consé- 
quence les traités de 1343, de 1344 et de 1349, il fait remarquer les qualités 
précieuses de son esprit sagace, attentif, curieux de la vérité, qui se plaît à 
suivre la trace dissimulée de toutes les intrigues, qui reconnaît habilement 
la part des circonstances et la part des hommes, de leur industrie ou de 
leur faiblesse, dans l'événement qui va s'accomplir. Nicolas Chorier veut 
que le dauphin Humbert, qui avait sans doute l'humeur bizarre, ait abdiqué 
son gouvernement presque royal par excès de légèreté. Guichenon suppose 
qu'il vendit prudemment à la France ce que la Savoie s'apprêtait à lui ra- 
vir. L'opinion de Baluze est qu'il fut simplement séduit, trompé, livré par 
les principaux officiers de sa maison, émissaires gagés du roi Philippe. Sui- 



91 

vant M. Guiffrey , qui voit plus juste, les causes des grands événements 
n'ont jamais cette simplicité; et il le prouve bien, lorsqu'il nous expose le 
détail des renseignements qu'il a recueillis soit dans les historiens, soit dans 
les archives de Paris, de Grenoble, sur le fait unique qui a été la matière de 
ses patientes recherches. En effet, que d'intérêts conspirèrent au même 
résultat, sans parler du vœu populaire, qui, loin de contrarier les menées 
des grands, les secondait! Et, en outre, que de malheurs et que de fautes! 
Ainsi, quand on se représente le dauphin Humbert II, prince magnifique et 
dissolu, toujours en proie à quelque passion véhémente, toujours à la merci 
de quelque influence funeste, inquiété tour à tour par la France et par l'Al- 
lemagne, travaillant àlestromper, etn'aboutissantàrien,sice n'est à les irri- 
ter, courant ensuite à la conquête de l'Orient pour échapper aux embarras 
qui l'assiègent dans sa province, et s'interrompant au milieu de sa course, 
pour revenir sans gloire, sombre, endetté, misérable, fuyant les regards des 
siens, on n'est pas trop étonné de le voir, en cette extrême détresse, tour- 
ner ses regards vers un cloître, s'y précipiter avec la rage du désespoir, et 
laisser à autrui la charge de payer des créanciers dont il ne sait plus même 
le nombre. Telles sont, en réalité, comme les rapporte fidèlement M. Jules 
Guiffrey, les causes multiples de la cession du Dauphiné. 

« Pour conclure, Messieurs, M. Jules Guiffrey a laborieusement recherché 
toutes les pièces d'une négociation importante, que personne, ni Chorier, 
ni Balesdens, ni Valbonnais, ne nous avait encore exposée en pleine 
lumière ; il a écrit l'histoire anecdotique de cette négociation avec une en- 
tière indépendance d'esprit, sans rancune dauphinoise, sans jactance fran- 
çaise, faisant preuve , dans tout le cours de sou travail , d'une ingénieuse 
critique, d'un discernement qu'il ne nous a pas été facile de prendre en dé- 
faut, et nous lui avons en conséquence décerné la première médaille. » 

— Nous allons reproduire le discours prononcé le 22 avril dernier par 
M. Amédée Thierry à la distribution des récompenses accordées aux socié- 
tés savantes par M. le ministre de l'instruction publique, sur la proposition 
du comité des travaux historiques. 

Messieurs, 

Pour répondre à la haute pensée qui a créé ces concours, le comité d'his- 
toire et de philologie s'est fait une règle de ne présenter à l'approbation de 
Son Exe. le ministre de l'instruction publique que des sujets de prix qui 
puissent être traités à égalité d'avantages dans toutes les sociétés savantes, 
et servir en même temps au progrès des histoires locales. Le sujet mis au 
concours pour 1865 est assurément de ce nombre. 

Le morcellement du pouvoir dans la société féodale, ce grand embarras 
du gouvernement au moyen âge, n'est pas, s'il m'est permis de le dire, un 
moindre embarras pour l'histoire. La marche de la vie nationale, entre le 
neuvième siècle et le quinzième, ne peut être étudiée avec fruit, saisie avec 



92 

certitude, que si l'on suit en détail la succession d'une foule de petites dy- 
nasties, qui, en fait, jouissaient d'une autorité à peu près absolue, dans la 
partie de territoire constituant leur fief. Et de même que la souveraineté 
générale en France, durant cette période de dissémination, se composait 
d'une infinité de petites souverainetés assez imparfaitement coordonnées ; 
ainsi l'histoire générale, à la même époque, se résout en histoires locales, 
sans la connaissance desquelles la première n'est qu'incertitude et utopie. Le 
dix-huitième siècle l'avait senti, et ce fut par besoin d'une bonne méthode 
historique que les auteurs de la troisième édition de Y Art de vérifier les 
dates ont accordé une si large part à la chronologie des grands feudataires. 
Ces savants hommes sont pourtant loin d'avoir tout fait : d'un côté, ils ont 
omis un grand nombre de séries pour lesquelles les éléments de travail leur 
manquaient, et, de l'autre, ils ont eu parfois sous la main des mémoires 
défectueux; de là, de graves erreurs ajoutées à beaucoup de lacunes. 

Que ce mot de critique sur une des œuvres qui honorent le plus l'érudi- 
tion française et que l'Europe nous envie à juste titre, que ce mot de criti- 
que me soit pardonné ; mais l'excuse des Bénédictins est dans l'immensité 
de leur entreprise. 

Un sentiment d'orgueil national, non moins que le besoin de la vérité 
scientifique, nous a inspiré l'idée de demander aux Sociétés savantes des dé- 
partements un travail de recherches dont le résultat serait de perfectionner 
un des grands monuments de notre érudition ; nous avons suivi en cela la 
marche que nous avaient eux-mêmes tracée les savants religieux de Saint- 
Germain-des-Prés. C'est à l'aide de leurs vastes correspondances qu'ils 
étaient parvenus à fonder l'édifice dont nous vous demandons le couronne- 
ment : ce sera en recourant à vos lumières, Messieurs, sur toute l'étendue 
de la France, quzYArt de vérifier les dates, rectifié dans ses erreurs, com- 
plété dans ses omissions, sera mis en rapport avec les besoins scientifiques 
du dix-neuvième siècle. 

Ces idées, Messieurs, vous avaient frappés d'avance, car vous avez ré- 
pondu à notre appel avec le plus louable empressement, et le mérite des 
travaux couronnés fait de ce concours un des meilleurs que nous ayons en- 
core été appelés à juger. 

Nous avons admis trois mémoires : 

1° Une étude sur la, chronologie de la maison de Bourbon-Ancien, 
par M. Chazaud, de la Société d'émulation de l'Allier; 

2° Une notice historique sur la baronnie de Châteauneuf-en-Thimerais, 
par M. Lucien Merlet, lauréat de nos anciens concours et secrétaire de la 
Société archéologique d'Eure-et-Loir ; 

3° Une notice sur les vicomtes de Thouars, de la famille de ce nom, 
par M. Hugues Imbert, de la Société des antiquaires de l'Ouest. 

Et d'abord je parlerai du mémoire de M. Chazaud, qui est incontestable- 
ment le premier par l'importance du sujet traité, le premier par le mérite 
de l'exécution, le premier enfin dans la série des récompenses, car M. le 



93 

ministre de l'instruction publique, sur la proposition du Comité, a bien 
bien voulu lui décerner le prix. Quelques explications sur cet excellent tra- 
vail justifieront près de vous cette décision. 

Si rien n'est plus éclatant, dans l'histoire de nos anciennes dynasties féo- 
dales, que ce nom de Bourbon, quasi royal au treizième siècle en la per- 
sonne d'un fils de saint Louis, et royal au seizième, rien aussi n'est plus 
obscur que ses origines. Aucune généalogie n'a été plus embrouillée que 
celle des Bourbons primitifs, Bourbons-Anciens, Archembauds, comme ou 
les appelle indifféremment; et deux genres de causes ont contribué à créer 
autour d'eux ces ténèbres : les erreurs involontaires et les fraudes. On di- 
rait qu'elles se sont donné rendez-vous dans la chronologie de ces vieux 
sires de Bourbon, pour en faire un vrai chaos; et c'est dans ce chaos que 
notre lauréat nous fait descendre pour y porter la lumière. 

Je m'adresse, Messieurs, à des esprits familiers avec les procédés de la 
critique historique; je ne craindrai donc pas d'entrer dans quelques détails 
que la fraternité de nos études et de nos goûts me fera pardonner. 

La première difficulté qui se présente au chronologiste dans la recher- 
che des premiers seigneurs de la maison de Bourbon, c'est le territoire 
même de leur seigneurie. Il n'y a pas là, comme en Auvergne , en Berry, 
en Limousin, un territoire certain à suivre : la transformation d'une cité 
gauloise en province romaine, et de celle-ci en comté, vicomte ou duché 
gallo-frank; il n'y a pas, en un mot, à retrouver sous le seigneur du dixième 
siècle le successeur plus ou moins légitime du fonctionnaire frank ou ro- 
main. On a affaire ici à un fief de formation postérieure aux grandes divi- 
sions provinciales, à une agrégation de lambeaux de territoire taillés sur 
l'Auvergne, le Berry et la Bourgogne, par de hardis seigneurs, à la me- 
sure de leur épée. « Bourbonnois, dit Coquille, dans son langage à la fois 
naïf et figuré, est province et pays nouvellement composé, comme en mar- 
queterie ou mosaïque, de plusieurs pièces rapportées , acquises des sei- 
gneurs voisins. » Le premier travail, pour l'historien, était donc de recher- 
cher dans les pièces de cette marqueterie, quels en furent les fabricateurs ; 
et, dans le silence de l'histoire générale, c'était aux chartes de donations, 
de ventes, surtout de fondations ecclésiastiques, qu'il fallait s'adresser; là 
était le seul fil. conducteur au milieu de l'obscurité. 

Tous ceux qui se sont livrés à de pareils travaux et ont essayé de défri- 
cher un coin de ce champ de la diplomatique, où se prépare et se fonde la 
chronologie, savent au prix de quel labeur on parvient à l'évidence com- 
plète, quand on y parvient toutefois. Les auteurs de Y Art de vérifier les 
dates et ceux du Gallia Christiana se sont trompés plus d'une fois en ce 
qui concerne la lignée des Archembauds; je ne parle pas des généalogistes 
officiels ou officieux de la maison de Bourbon et de la maison de France : 
leurs illusions, même consciencieuses, ont été souvent bien fortes. M. Cha- 
zaud nous signale les erreurs de l'érudition sincère, car l'adage errare hu- 
manum est, si vrai pour toutes les œuvres de l'homme, est vrai surtout pour 



94 

l'histoire, où l'on n'a pas à compter seulement avec soi-même, mais avec 
la science et la conscience des autres; puis les erreurs volontaires, les 
fraudes. Ce dernier chapitre n'est pas le moins curieux de son mémoire ; 
mais, pour l'honneur de l'histoire, nous commencerons par le premier. 

Le personnage qui apparaît d'abord dans les chartes comme possesseur 
de terres féodales en Bourbonnais est Aymard. Il fonde, en la vingt-troi- 
sième année de Charles le Simple, 916, 921 ou 922, suivant le système qu'on 
voudra adopter, le prieuré de Souvigny, dont les sires de Bourbon furent 
presque tous des bienfaiteurs. Était-il Bourbon? on ne sait: était-il comte ? 
assurément non, la charte l'eût déclaré. Il y est qualifié de miles clarissi- 
mus, titre moitié romain, moitié germanique, et qui appartient aux deux 
sociétés, suivant la remarque de M. Chazaud; miles indiquant plus particu- 
lièrement un guerrier, un Frank, clarissimus, un Bomain de grande fa- 
mille, ayant rang dans la noblesse de l'empire. Cette charte est unique sous 
le nom d'Aymard. Mais on en possède une autre qui semble se rapporter 
au même personnage. L'acte de fondation de l'abbaye de Cluny, passé à 
Bourges, en 910, par Guillaume le Pieux, duc de Guyenne, comte d'Auver- 
gne et de Mâcon, porte, dans les souscriptions des témoins, le nom d'un 
Adhémar, probablement vassal du comte; or Aymard lui devait foi et 
hommage pour la viguerie de Deneuvre, au pays d'Auvergne ; on peut donc 
admettre une identité que feraient soupçonner d'ailleurs les formes simi- 
laires du nom. Voilà un premier résultat atteint. En voici un second. Dans 
un acte de donation au prieuré de Souvigny, passé par Aymon, le donateur 
énumère toute sa parenté : il est fils d'Aymard ; sa mère se nomme Er- 
mengarde, ses deux frères Dacbert et Archembaud, sa femme Aldesinde, 
ses fils Archembaud et Géraud, et de plus il date ses actes du château de 
Bourbon. On a vu là la source authentique des premiers Bourbons. 

Cela, en effet, semble clair, et pourtant la clarté se voile tout à coup. En 
936, Chandelle est fondée par un certain Ainaldus et sa femme Bothilde, et 
l'acte mentionne un comte de Bourbon nommé Guy ; quel est ce person- 
nage? Est-il parent d'Aymard et d' Aymon, son fils, possesseur du château 
de Bourbon ? La charte se tait là-dessus. Et ce titre de comte attaché au 
nom de Bourbon figure ici pour la première fois, ce qui semble exclure du 
titre ou du nom Aymard et sa lignée. Dans ce grand emharras, les chrono- 
logistes se tirent d'affaire en faisant de Guy un oncle d'Aymon qui, tuteur 
de ses neveux, les aurait dépouillés de leur patrimoine et aurait usurpé la 
seigneurie de Bourbon avec le titre de comte. L'hypothèse est passablement 
tragique, et, quoiqu'elle puisse fournir aux historiens modernes un beau 
sujet de déclamation sur la mauvaise foi des parents au temps de la féoda- 
lité, il est difficile de condamner le comte Guy avec si peu de preuves. VArt 
de vérifier les dates l'a fait cependant. M. Chazaud concilie les documents 
par une supposition plus morale, celle d'un mariage. « Ne vaut-il pas mieux, 
nous dit-il, hypothèse pour hypothèse, supposer que Guy aura donné à Ay- 
mon sa fille Aldesinde, et à celle-ci le château de Bourbon en dot ? » Cela 



95 

peut être, et, en tout cas, c'est une explication de fait que rien de prouvé ne 
vient contredire. VArt de vérifier les dates renferme encore, à propos de 
Guy, une autre inexactitude que relève M. Chazaud. « Guy, disent les au- 
teurs du savant ouvrage, est le seul seigneur qui ait pris le titre de comte, 
à raison de cette seigneurie. » Cela n'est pas ; le titre de comte a été porté 
par plusieurs des Archembauds, qui n'ont possédé nulle part d'autre comté 
que celui de Bourbon. 

M. Chazaud signale encore, à propos d'Aymon, une erreur presque in- 
croyable. Ce bienfaiteur de Souvigny nous dit lui-même, dans l'acte que 
j'ai cité plus haut, qu'il a deux fils, Archembaud et Géraud; les généalo- 
gistes s'opiniàtrent à lui en donner encore quatre, et ils prennent les au- 
tres, avec de notables altérations d'orthographe, dans un acte de donation 
de ce mêmeAymon à Saint-Pierre et Saint-Paul de Cluny. DuBoucheta le 
premier avancé ce fait, que La Thaumassière a répété; mais on est étonné 
de retrouver cette grossière erreur dans X'Histoire généalogique de la 
maison de France par le Père Anselme et dans VArt de vérifier les dates; 
on se copiait ainsi sans recourir aux pièces elles-mêmes, Or les person- 
nages qu'on a pris ici pour des fils du donateur, et qui suivent en effet ceux 
qu'ailleurs il désigne comme tels, ne sont autres que des témoins de l'acte, 
et un simple examen de la charte originale suffit pour le démontrer. 
Voilà donc la lignée d'Aymard diminuée impitoyablement de quatre pe- 
tits-fils. 

Ici, ce sont des enfants de mauvais aloi qu'une fausse interprétation de 
charte introduisait dans la maison des Archembauds ; ce sera tout à l'heure 
une femme Écoutons M. Chazaud. 

Une dame nommée Bothilde et son fils Hugo font donation à Odilon, 
abbé de Cluny, de diverses propriétés qu'ils possèdent dans la viguerie de 
Deneuvre, dépendante de la seigneurie de Bourbon. L'acte n'est point daté, 
mais il doit être placé entre les années 994 et 1049, époque de l'adminis- 
tration abbatiale d'Odilon, et parmi les souscripteurs figurent un Archem- 
baud, qualifié senior (seigneur ou vieux), et une femme nommée Ermen- 
garde, qui paraît avoir été sienne. D'un autre. côté, on possède un acte de 
vente par lequel, en 958, un vicomte Archembaud, mari de Rothilde, 
aliène, au profit d'un certain Doctricus, une villa qu'il possède dans la pa- 
roisse de Saint-Austrégésile, près de Guéret. Vite les généalogistes de la 
maison de Bourbon font de ces deux personnages un seul Archembaud, qui 
se trouve avoir deux femmes. Malheureusement pour le roman, un passage 
du cartulaire de Saint- Etienne de Limoges détruit l'identité prétendue des 
deux Archembauds. Celui de la seconde charte , mari de Rothilde, est un 
vicomte de Limoges ; celui de la première reste Archembaud I er de Bour- 
bon, et M. Chazaud lui restitue sa femme Ermengarde. Ce n'est pas tout, 
et une erreur en appelle une autre, comme les abîmes dont parle l'Écri- 
ture. Pour combler une lacune dans la série des sires de Bourbon, les gé- 
néalogistes avaient imaginé un Archembaud II, fruit présumé de l'union 



du vicomte Archembaud avec Rothilde. L'enfant s'est évanoui au flambeau 
de la critique en même temps que le mariage imaginaire. 

Je ne tarirais pas si je voulais suivre M. Chazaud dans sa rude joute 
contre les historiens, chronologistes et généalogistes de la maison de Bour- 
bon. Il déploie dans le cadre restreint qu'il s'est fait une sagacité d'inves- 
tigation, une sûreté de méthode qu'il a puisées, il le témoigne hautement, 
aux leçons des savants professeurs de l'École des chartes. A leur exemple, 
il ne croit avoir relevé suffisamment une erreur que lorsque sa critique est 
parvenue à en saisir la cause. Ainsi , tantôt il nous montre la confusion de 
lieux créant celle des personnes, comme dans cette méprise de Y Art de 
vérifier les dates, qui, confondant la Chapelle Dam-Gilon, en Berry, avec 
la Chapelle Aude, en Bourbonnais, attribue sa fondation à un Archem- 
baud II de Bourbon, tandis qu'elle appartient à un Archembaud II de 
Sully; ailleurs, c'est une date mal lue dans une charte, qui entraîne des 
impossibilités historiques et la supposition de divers Archimbauds, in- 
connus certainement à cette noble maison. Il faut le voir aussi élaguer des 
branches gourmandes implantées au vieux tronc de Bourbon par la conni- 
vence des généalogistes. Telle est la prétendue branche des Bourbons- 
Montluçon, dont il fait bonne justice. « Son histoire prolongée jusqu'au 
quinzième siècle est bien, nous dit-il, une des plus singulières aberrations 
de l'esprit de système et la démonstration la plus frappante du danger des 
opinions préconçues et des partis pris en histoire. » Cette réflexion nous 
amène naturellement à la seconde cause d'obscurités dans la généalogie de 
la maison de Bourbon : l'erreur systématique et la fraude savante. 

Tant que le nom de Bourbon, un des plus glorieux de la France féodale 
assurément, ne fit que se dessiner parmi ses pairs, les erreurs historiques 
qui s'attachaient à lui gravitèrent dans le cercle habituel des bévues éru- 
dites, des fautes consciencieuses, si je puis parler ainsi, des entraînements 
parfois passionnés du généalogiste pour ses héros. Mais, lorsque Henri IV 
eut porté ce nom sur le trône, l'erreur prit une plus fière allure. Une ori- 
gine modeste et pour ainsi dire humaine ne suffit plus aux chronologistes ; 
il leur fallut la fable : ils rêvèrent un berceau mythique pour cette nouvelle 
branche de rois. La dynastie capétienne avait eu le sien, construit dans les 
poèmes du moyen âge et les chroniques calquées sur ces poèmes. Si la 
poésie bourgeoise s'opiniâtrait à représenter Hugues Capet comme le fils 
d'un boucher de Paris, si le Dante osait lui faire dire dans son Purgatoire : 
« Figliol fui d' un beccaio, » la poésie des châteaux le vengeait de ces vul- 
garités en le rattachant à la dynastie carolingienne, tantôt par un prétendu 
Childebrand, frère de Charles Martel et ancêtre de Robert le Fort, tantôt 
par lui-même, que les poètes mariaient, ici à une fille de Louis le Débon- 
naire, là, à une fille de Louis le Bègue ou de Louis d'Outre-Mer : ils n'y 
regardaient pas de si près. Du domaine des fictions populaires, ces men- 
songes accrédités passèrent en partie dans l'histoire. D'ailleurs aussi les 
souverainetés étrangères avaient leurs fables originelles qui relevaient leur 



97 

dignité et avec lesquelles il fallait compter devant les masses ignorantes, 
parfois même devant la politique. Les partisans de la maison de Bourbon, 
ses admirateurs, ses flatteurs ne voulurent pas qu'elle restât inférieure à la 
maison capétienne, sur laquelle elle s'était entée : on prépara une apo- 
théose éclatante de ces vieux Archembauds que l'histoire avait tant de peine 
à débrouiller, et, à défaut de la poésie, ce fut l'érudition qui la mit au jour. 
Childebraud était à la mode, la fraude s'adressa à Childebrand. 

Vers 1680, au moment où des flots d'encre coulaient encore à propos de 
origines capétiennes, la question des origines bourboniennes se posa par la 
publication d'une charte trouvée, disait-on, parmi les titres du prieuré d'I- 
seure. C'était un acte de donation émané d'un Childebrand II, fils de Ri- 
belung, dans la dix-neuvième année du règne de Louis le Débonnaire. De 
ce Childebrand II, on remontait aisément à Childebrand I er ; Bourbons et 
Capétiens se donnaient la main à l'origine des temps carolingiens : les deux 
noms se valaient. 

L'émotion fut grande parmi les érudits à l'apparition de cette pièce ; mais 
la fabrication en était si habile qu'ils se partagèrent. Ménage la rejeta sans 
hésitation; Baluze y mit moins de netteté ; Mabillon voulut examiner l'ori- 
ginal. On en était là, quand neuf autres pièces de la même nature et prou- 
vant la même thèse furent lancées dans le public coup sur coup, comme 
sortant du trésor de Souvigny, le grand chartrier de la seigneurie de Bour- 
bon. Ces actes embrassaient les neuvième et dixième siècles. L'émotion, 
comme on le pense bien, fut au comble. Mabillon partit pour le Bourbon- 
nais avec son compagnon de recherches, dom Michel Germain; mais ils 
n'allèrent pas plus loin que les portes [du monastère : le prieur venait de 
mourir et les archives étaient encore sous les scellés : ce fut la défaite qu'on 
leur donna, et ils repartirent sans avoir vu les originaux qu'ils venaient 
contrôler. 

Les lettres avaient alors pour Mécène et pour gardien sévère un minis- 
tre, non moins ami de la vérité que des glorifications qui pouvaient arriver 
à son maître : c'était Colbert. Tout ce bruit l'alarma; il craignit quelque 
fourberie compromettante pour la majesté royale, et ordonna à l'intendant 
de Moulins, M. de Bouville, de faire une enquête à Souvigny, au sujet des 
pièces publiées. L'enquête eut lieu dans la forme administrative et avec 
toute la compétence qu'y pouvait mettre un intendant. Le rapport ne fut 
pas favorable aux chartes : elles étaient suspectes, y disait-on ; un très-sa- 
vant religieux, le P. André, prieur des Carmes de Moulins, autorisé par le 
roi à recueillir les papiers relatifs à la maison de Bourbon, pour en rédiger 
l'histoire, avait trouvé ces pièces au fond d'un sac déposé dans le trésor, 
personne ne les avait vues avant lui, et aucun inventaire n'en faisait men- 
tion. Quant à la charte d'Iseure, le même P. André la tenait des mains de la 
prieure, qui ne se connaissait point en ces sortes de choses. L'enquête, du 
reste, cherchait à justifier contre toute imputation de fraude les nonnes 
d'Iseure et les religieux de Souvigny, et par suite aussi le P. André. 
II. (Sixième série.) 7 



98 

Cotbert, de plus en plus inquiet, donua Tordre à M. de Bouville de lui 
apporter les originaux eux-mêmes, et il les fit examiner en sa présence par 
Mabillon et Baluze. Quel tribunal plus compétent la science diplomatique 
elle-même aurait-elle pu choisir'? Les pièces lurent condamnées, et rien ne 
fut négligé de ce qui pouvait rendre la condamnation éclatante; caractères 
de l'écriture, couleur du parchemin, teinte de l'encre, et jusqu'à la colle 
adhérente au dos d'une des pièces et qui prouvait que le parchemin avait 
été détaché récemment d'un vieux registre , tous ces indices matériels» 
réunis aux preuves tirées de la science, démontrèrent jusqu'à l'évidence la 
réalité de la fabrication. Mabillon dicta lui-même l'arrêt, et Baluze rédigea 
le procès-verbal de la conférence ; nous possédons encore ce curieux docu- 
ment, déposé dans ses armoires à la Bibliothèque impériale. 

On eût pu croire l'affaire terminée, et les fausses chartes frappées d'un 
discrédit éternel après un tel arrêt : il n'en fut rien. La flatterie les invo- 
qua , et nos grands recueils historiques les admirent au moins partielle- 
ment. Le Gallia Christiana fut du nombre, ainsi que le B.ecueil des his- 
toriens de la France et des Gaules; il est vrai qu'à ce moment dom Bouquet 
n'était plus. Les généalogistes de la maison de France, ceux de la maison de 
Bourbon, enfin YJrt de vérifier les dates, suivirent le système établi par 
les prétendus titres : les savants qui les dirigeaient adoptèrent sans doute 
de confiance, sans examiner eux-mêmes ou discuter les pièces, et craignant 
peut-être de le faire. Puis, il faut le dire, la France aux dix-septième et 
dix-huitième siècles, croyait sa grandeur intéressée à la gloire de ses rois. 
La stabilité de la monarchie semblait dépendre de son ancienneté, et on 
aimait à placer dans la diversité de ses dynasties successives quelque chose 
de cette unité dont le besoin se faisait déjà sentir en administration et en 
politique. Quel prestige d'ailleurs environnait un nom que Louis XIV por- 
tait sur le trône et Condésur les champs de bataille! L'opinion publique 
acceptait la fiction, en raison des grandeurs véritables ; et il eût été dange- 
reux de blesser la royauté, inviolable sous le patronage d'un tel préjugé. 
Fréret s'en aperçut plus tard quand il voulut retrancher de la liste des rois 
de France trois ou quatre barbares, Mérovingiens vrais ou prétendus, qui 
eussent fait assurément triste figure à la cour de Versailles. Mais tel était 
l'esprit du temps : la vérité attendait la liberté pour devenir inviolable à 
son tour. 

M. Chazaud a revisé tout ce procès sur pièces, et je ne sache pas de juge 
d'instruction plus sagace, d'investigateur plus consciencieux. Il a tout revu, 
tout examiné, et il a été plus loin dans son jugement que M. de Bouville et 
Baluze lui-même ; il accusé le P. André. Il est évident, d'après les preuves 
accumulées par M. Chazaud, que le vrai faussaire était ce prieur des Car- 
mes de Moulins, qui préparait ainsi une histoire véridique de la maison de 
Bourbon, et qu'il avait pour complice le duc d'Épernon-Bouillac, historien 
lui-même, et auteur d'un livre fantastique sur les premiers temps de la 
monarchie. Au reste, toutes ces questions, naguère si brûlantes, sont 



99 

aujourd'hui mises à néant par la publication faite en 1839 de la Chronique 
de Richer, qui nous donne, avec l'autorité d'un contemporain, la vraie ver- 
sion sur la descendance de Hugues Capet, issu, par Robert le Fort, d'un 
Germain nommé Witichin. Toutefois sachons gré à M. Chazaud de nous 
avoir initiés aux détails de ce curieux procès : les misères de la science 
historique sont encore de l'histoire. 

II y a loin de la généalogie des sires de Bourbon à celle des sires de Châ- 
teauneuf, dont M. Merlet nous entretient dans son mémoire, et du royaume 
de France à la modeste baronnie du pays de Thimerais, pagus Theodeme- 
rensis, comme l'appellent les chartes ; mais ces petits barons avaient le 
cœur plus haut que leur rang, et l'épée plus longue que leur domaine, quand 
ils étaient en face de l'Anglais. Placé dans cette marche qui séparait la terre 
de France du duché de Normandie, le château de Thimert (ce fut son pre- 
mier nom) avait été bâti, en 1050, par Gascon, premier de ces seigneurs, 
comme un avant-poste du royaume de France; Guillaume le Bâtard s'en 
étant emparé pour en faire à son tour un avant-poste de la Normandie, le 
roi de France l'assiégea, le prit et le rasa, comme trop difficile à garder. 
Reconstruit quelques années après, le château de Thimert prit le nom de 
Châteuneuf, qui resta celui de la baronnie. 

Il en sortait de terribles barons qui, créés uniquement pour se battre, 
cherchaient querelle à tout le monde, quand ils n'avaient en face d'eux ni 
Anglais ni Normands, et ne ménageaient guère le roi de France et surtout 
leurs voisins. Un d'eux, Gervais I er , grand sénéchal de Philippe I er , et qui 
avait acquis cette baronnie par son mariage avec Mabile de Châteauneuf, 
se battit tant et si rudement, que Pévêque de Chartres, Yves, ardent pro- 
moteur de la paix de Dieu, l'excommunia comme un violateur incorrigible 
de la sainte trêve. Gervais, en effet, craignant de ne se point amender en 
France, prit la croix et alla guerroyer en Palestine. Son fils, Hugues, qui 
lui succéda, fut comme lui batailleur effréné, et de plus excommunié 
comme lui. Il s'était rendu si redoutable aux Anglais, que Henri I er d'An- 
gleterre voulut acheter le baron et la terre en offrant en mariage à Hugues 
sa fille naturelle Marie; l'accord allait se conclure lorsque Pévêque de 
Chartres intervint de nouveau : Hugues et Marie étaient cousins au sixième 
degré, et Pévêque mit l'interdit sur cette union, incestueuse aux yeux de 
l'Église. Hugues resta donc Français, et le bras droit de Louis le Gros 
dans la Marche de Normandie. Son intrépidité le fit tomber aux mains 
des Anglais, qui l'envoyèrent dans leur île, où ils le gardèrent cinq ans 
prisonnier. 

On peut regarder ce Hugues de Châteauneuf comme le type des barons 
e Thimert au moyen âge, et il eût pu être le héros de quelque épopée, si 
1 Thimerais avait possédé des poètes. Après le quinzième siècle et la fin 
des guerres anglaises, l'importance de cette guerroyante famille diminue 
graduellement, et la baronnie de Châteauneuf va tomber inconnue, en 1789, 
dans le gouffre où s'éteignirent toutes les baronnies, grandes ou petites. 



100 

Châteauneuf est aujourd'hui une petite ville du département d'Eure-et-Loir 
et de l'arrondissement de Dreux , à 24 kilomètres de Chartres. Je ne sais 
si son château existe encore, mais M. Merlet a bien fait de ressusciter, au 
moyen des chartes qu'il trouvait sous sa main, cette lignée de vieux barons 
français, à qui Y Art de vérifier les dates n'accorde pas même un article. 
Il a composé son travail entièrement sur des pièces inédites, avec le soin et 
la sagacité que nous lui connaissons et qui lui ont valu d'éclatants succès 
à nos concours. Sans doute, les sires de Châteauneuf restent bien effacés 
dans les destinées générales de la France, mais ils ont existé avec une cer- 
taine grandeur locale, et, grâce à M. Merlet, l'histoire désormais devra 
compter un peu avec eux. Puis, Messieurs, c'est quelque chose pour un 
érudit que de combler une lacune de Y Art de vérifier les dates. A de pa- 
reils travaux, on peut appliquer le mot du poète romain : 

In tenui labor, at tenuis non gloria. 

La généalogie de la maison de Thouars offre au fond un plus grand in- 
térêt, parce que c'est celle d'une famille ancienne et historique, dont les 
commencements ont laissé jusqu'à ce jour plusieurs difficultés à résoudre. 
M. Imbert a tenté l'entreprise en se renfermant dans la période comprise 
entre la fin du neuvième siècle et celle du quatorzième , époque où la vi- 
comte de Thouars passa de la famille qui en portait le nom dans la maison 
d'Amboise. C'est assurément la partie la plus difficile à débrouiller, et, pour 
y parvenir, l'auteur a compulsé les nombreux manuscrits de D. Fonteneau 
et aussi les archives de la maison de Thouars, que M. Marchegay a mises à 
sa disposition. Néanmoins quelques points laissent prise à la critique. Ainsi 
la suite des premiers seigneurs de Thouars, telle que la donne M. Imbert, 
diffère de celle qui est publiée dans les Grands Officiers de la Couronne, 
du P. Anselme ; il s'appuie sur un mode particulier de succession usité 
dans cette famille et déjà signalé par Besly. Le P. Anselme n'a pas adopté 
cet ordre, parce qu'il assure que, dans ses travaux ultérieurs, Besly s'est 
contredit. M. Imbert aurait dû étudier davantage cette question de détail 
et appuyer sur des preuves valables les motifs de sa préférence. On pour- 
rait lui reprocher, sans injustice, d'admettre trop vite les assertions venues 
de seconde main. Dans cette branche de travaux historiques, plus encore 
que dans les autres, c'est aux sources, toujours aux sources qu'il faut re- 
courir. L'auteur du mémoire sur la maison de Thouars est aussi trop porté 
à attribuer aux sceaux et aux blasons, dont il invoque le témoignage, une 
date reculée que la science héraldique n'admet pas, tandis que, d'un autre 
côté, il ne fait point usage de quelques autres sceaux à date certaine, dont 
il se serait servi utilement. Cependant, et sous le bénéfice de ces réserves, 
son travail, après révision, sera beaucoup plus complet que certains articles 
de Y Art de vérifier les dates, surtout s'il ajoute à ses recherches une 
mention succincte de la suite des seigneurs qui ont possédé la seigneurie de 
Thouars jusqu'à la Révolution. 



101 

Si l'on veut établir un parallèle entre les deux derniers mémoires dont je 
viens de parler, on trouve que le travail de M. Merlet est mieux fait et plus 
achevé, mais qu'il a peut-être coûté moins de peine, et que celui de M. Im- 
bert, plus important par le fond et plus chargé de difficultés, laisse beaucoup 
à désirer sous le rapport de la précision scientifique. Après avoir mis ces 
diverses considérations dans une équitable balance et pesé les mérités res- 
pectifs de l'un et de l'autre mémoire, le Comité a pensé qu'il y avait lieu de 
décerner à chacun des deux concurrents une mention très-honorable. 

Tels sont les mémoires que nous avons distingués dans ce concours de 
1 865, qui marquera par l'excellence de ses résultats. Deux autres ouvrages 
envoyés n'ont pu y être compris, pour des raisons diverses et que je vais 
expliquer. 

Maintenant, Messieurs, et c'est par là que je terminerai ce trop long dis- 
cours, j'exprimerai uu vœu au nom de mes savants collègues, les membres 
de la commission du concours, MM. L. Delisle, Huillard-Bréholles, de Mas- 
Latrie et Anatole de Barthélémy, dont je me félicite de n'avoir été ici que 
l'interprète, et ce vœu je l'exprimerai en mon nom comme au leur : c'est 
que les mémoires dont les auteurs vont être dans un instant proclamés ne 
restent pas à l'état de purs documents, qu'ils deviennent bientôt des ou- 
vrages. Comment, en étudiant les actes émanés des princes d'une petite 
dynastie, ne serait-on pas amenés à écrire l'histoire de ces princes, à tracer 
le tableau de leur gouvernement? Et, je suis heureux de le dire, nous avons 
pu juger par un examen attentif de ces travaux que les qualités du style y 
marchent souvent de pair avec le mérite de l'érudition. Des exemples ré- 
cents doivent encourager les auteurs couronnés à courir cette seconde 
carrière. Un des premiers lauréats de nos concours achève en ce moment, 
sur les comtes de Champagne, un travail qui avait commencé par être, 
comme ces Mémoires, une œuvre d'érudition pure et qui est devenu un bon 
livre. La part que M. d'Arbois de Jubainville a faite aux chartes est un des 
caractères qui distinguent ce livre et qui en ont consacré le succès. Je pla- 
cerai près de lui M. Douet d'Arcq, de la Société des Antiquaires de Picardie, 
pour le volume qu'il a publié en 1855, au nom de cette compagnie. L'idée 
de réunir méthodiquement tous les actes relatifs à l'administration d'un 
grand fief, tel que le comté de Beaumont-sur-Oise, a droit à tous nos élo- 
ges, et dans une fête à laquelle sont conviés les représentants de la science 
historique dans tous nos départements, il me sera permis de féliciter la So- 
ciété des Antiquaires de Picardie de cette excellente publication, et la 
Société de l'Aube du très-remarquable travail qui s'achève sous son inspi- 
ration et son patronage. 

— Notre confrère, M. Léon Maître, a été nommé archiviste départe- 
mental de la Mayenne, par arrêté du 13 mars 1865. 



102 

— Annonçant dans notre avant-dernier volume (p. 392) une publication do 
M. le professeur Hopf, relative à l'histoire des établissements français en 
Grèce, nous avons dit que ce savant avait commencé ses recherches avec 
l'aide du gouvernement français. M. C. Hopf nous écrit pour réclamer 
contre cette assertion : « Jamais, nous dit-il, votre gouvernement n'a en- 
« courage mes recherches historiques, ni par une subvention matérielle, ni 
« d'aucune manière. » Il résulte, en effet, des informations que nous avons 
prises au ministère de l'instruction publique que M. Hopf, ayant, en 1862, 
sollicité du gouvernement français une subvention pour la publication qu'il 
projetait, ne vit point sa demande accueillie, les fonds consacrés aux en- 
couragements pour travaux littéraires suffisant à peine aux publications 
faites en France; mais il n'en est pas moins vrai que, lorsqu'en 1855, 
M. Hopf proposa au ministre de l'instruction publique de publier dans les 
Documents inédits les documents qu'il fait paraître maintenant en Alle- 
magne, sa demande fut prise en sérieuse considération, et fut, de la part 
de M. V. Le Clerc et de M. de Mas-Latrie, l'objet de rapports favorables 
dont on peut lire l'analyse dans le Bulletin du comité , aux eudroits que 
nous avons indiqués à la note de la page 392 de l'avant -dernier volume. 
C'est à ce fait que notre observation se rapportait uniquement. 

— Notre confrère, M. Paul Meyer, nous communique la note suivante au 
sujet de la découverte de la chronique de Primat, dont nous avons parlé à 
la fin de notre dernier numéro 1 : 

«Le manuscrit du Musée britannique, Bibliotheca regia, 19. D. I, qui 
paraît n'avoir point attiré jusqu'ici l'attention des savants, contient, du 
folio 193 au folio 252, la traduction française d'une chronique assez déve- 
loppée, qui s'étend de l'année 1250 jusqu'à la mort de Philippe le Hardi. 
L'auteur de cet ouvrage est Primat, moine de Saint-Denis, qui, selon le 
préambule du célèbre manuscrit des Grandes Chroniques, conservé à la 
bibliothèque Sainte-Geneviève, aurait pris une part considérable à la com- 
position ou à la rédaction de ces mêmes Chroniques 2 . Le traducteur est un 
personnage très-connu, Jean de Vignay , qui exécuta ce travail , comme 
ses autres traductions, pour Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe VI. 
Ces deux faits sont parfaitement établis par les deux passages que je vais 
transcrire. 

« Le premier intervient à l'occasion d'une addition que Jean de Vignay 
fait à son texte relativement aux miracles de saint Louis. Il est ainsi conçu: 
« Pour ce que il est avis frère Jehan de Vignay, qui ay transporté et mis les 
« iiii volumes de ceste présente œuvre de latin en françois, selon ce que 

1. On peut voir sur le même sujet un rapport de M. Paul Meyer, inséré au n° 79 
du Bulletin administratif du Ministère de l'instruction publique. 

2. Voy. D. Bouquet, V, 217 ; les Grandes Chroniques de Saint-Denis, publiées par 
M. P. Paris, édition in-fol., col. 1724 ; et le mémoire de M. de Wailly, Mém. de l'Ac, 
des Inscriptions, XVII, I, 381. 



103 

« frère Vincent, de l'ordre des Prescheurs, l'ordena et fist, avec une adi- 
« tion que j'ay adjoustée selon les croniques que Prymat fist, laquelle adi- 
« tion preDt là où frère Vincent laissa, c'est assavoir que le dit frère Vin- 
« cent et Primat parlent trop poy en lor traitié des meurs esperitueles de 
« celi très hounourable saint ....a (Fol. 224, a.) 

« Voici maintenant le second passage qui se trouve à la fin de la chro- 
nique : « Et aussi me convient il ci l'aire fin pour ce que Primat, de qui 
« je ay translaté les croniques qu'il fist depuis le temps frère Vincent, 
« laissa l'hystoire cy endroit ou environ ; si que je fais la fin de ma trans- 
« lation selon l'ystoire de celi Primat. » (Fol. 251, verso.) 

« Ainsi Jean de Vignay, en traduisant la chronique de Primat a eu 
l'intention de donner une suite au Miroir historial de Vincent de Beauvais; 
d'où l'on peut conclure qu'il n'a pris dans cette chronique que ce qui con- 
venait à l'objet qu'il se proposait, et que, par conséquent, il a pu en laisser 
de côté le commencement. Et en effet, l'ouvrage débute ex abrupto et 
sans préambule par un chapitre où est racontée la visite que deux moines 
de Saint-Denis firent à saint Louis du temps qu'il était prisonnier en 
Egypte. Il est à croire aussi que cette traduction est l'un des derniers ou- 
vrages de Jean de Vignay, et qu'elle fut faite alors que celle du Miroir 
historial était déjà publiée, car autrement on s'expliquerait difficilement 
que l'œuvre de Primat ne se trouvât jointe à aucun des nombreux exem- 
plaires que l'on possède du Miroir historial translaté par Jean de Vignay. 

« La chronique de Primat fournit sur l'histoire des règnes de saint Louis 
et de Philippe le Hardi un certain nombre de renseignements nouveaux. 
Ainsi elle contient un texte qui eût été décisif s'il eût été produit lors de la 
dispute qui s'éleva, il y a près de vingt ans, au sujet du cœur de saint 
Louis. Voici ce passage, qui confirme pleinement l'opinion soutenue alors 
par M. Letronne et M. de Wailly : « Et après tout ce, les varies de la 
« chambre du roy et tous les menistres et ceulz à qui l'office apartenoit 
« pristrent le corps du roy et le départirent membre à membre, et le firent 
« cuire si longuement en yaue et en vin que les os en cheirent tous blancs 
« et tous nez de la char et en povoient bien estre ostez de leur gré sans 
« force faire; et les entrailles furent envoiées es parties de Secille, à .iiii. 
« lieues de Paunorie (sic) la cité, en une abbaie de l'ordre de Saint Benoit 
« qui est dite Montroyal, pour estre là mises en tombel. Et les messages 
« qui l'aportoient descendirent au port de Pannorie, et les chevaliers et 
« plusieux nobles hommes de celle cité les reçurent à grant joie, et les con- 
« voièrent très dévotement jusques à la dite abbaie, et le couvent de celle 
« abbaie vint sollempnelment à rencontre et reçurent le cuer et ces autres 
« entrailles de celui très dévot roy pour grant don et précieux. Et quant 
« l'office des mors fu acomplie, il mistrent tout en leur église moult con- 
« venablement et moult honnestement. Et les menistres et les varies du 
« pales du roy lavèrent les os du corps du roy moult très neitement et les 
« envelopèrent en dras de soie aveuques espices bien oudourans et les 



104 

« mistrent en sauf pour estre gardés dedens un sarquil à estre mis en un 
« tombel en l'église du benoit saint Denis Aryopagite en France, aveques 
« ses pares (sic) et les autres roys de France anciens, quant il en seroit 
« temps et lieu. » (Fol. 220-221.) Ainsi la distinction est bien nettement 
établie : les entrailles et le cœur furent déposés à Montréal, tandis que les 
ossements étaient envoyés à Saint-Denis. 

« Mais où la chronique de Primat présente un véritable intérêt, c'est 
lorsqu'on la compare avec celle de Guillaume de Nangis et avec les vies 
de saint Louis et de Philippe le Hardi, du même auteur. On acquiert alors 
la conviction que Guillaume d'e Nangis en a usé avec Primat comme il 
avait fait, pour les temps antérieurs, à l'égard de Vincent de Beauvais, 
c'est-à-dire qu'il l'a suivi partout, le copiant en certains endroits, l'abré- 
geant en d'autres. Ce point sera surabondamment démontré par la publica- 
tion complète de l'œuvre de Primat qui sera faite par MM. N. de Wailly et 
L. Delisle, dans le tome XXIII du Recueil des historiens de France. 

« Ainsi, la découverte de la chronique de Primat ajoute à nos connais- 
sances sur l'histoire des règnes de saint Louis et de Philippe le Hardi, 
attribue un ouvrage inconnu jusqu'à ce jour et d'une incontestable impor- 
tance à un personnage connu d'ailleurs, mais que l'on avait considéré jus- 
qu'à ce jour comme un traducteur ou même comme un simple copiste, et 
par contre diminue singulièrement la valeur de Guillaume de .Nangis. » 

— La notice de M. Harold de Fontenay sur un ancien jeu de cartes trouvé 
à Autun était imprimée quand M. Vallet de Viriville a remarqué au musée 
rétrospectif de l'Exposition des beaux-arts appliqués à l'industrie, un frag- 
ment de jeu de cartes qu'il croit digne de fixer l'attention des curieux. 

Cette nouvelle suite de cartes appartient à M. Évans, marchand d'anti- 
quités, et se compose de 14 cartes : les 4 rois, 3 dames (manque la dame 
de cœur), 4 valets, le 7 de carreau, le 5 de trèfle et le 8 de pique. Ce s 
cartes sont peintes à la main et richement décorées, par un procédé ana- 
logue à la gouache. Les costumes et le style paraissent attester la fin du 
règne de Louis XI, vers 1480. L'un des valets porte une casaque d'hermine 
pleine, et des fleurs-de-lis se montrent ailleurs çà et là. Notre confrère con- 
jecture, d'après cet indice, que ce jeu a été exécuté en Bretagne, et peut- 
être pour la cour de l'un des derniers ducs. Il n'a pas vu le revers, et ne 
peut dire s'il est taroté. Les personnages sont muets, c'est-à-dire sans ins- 
cription; il n'a découvert aucune trace d'impression, mais il n'a examiné 
ces objets qu'à travers la vitrine qui les renferme. 

— Notre confrère M. Paul Meyer a été nommé, le 10 novembre, auxi- 
liaire de l'Académie des Inscriptions , en remplacement de M. Héron de 
"Villefosse, démissionnaire. Il sera attaché aux travaux préparatoires de la 
publication du Gallia christiana, que M. Hauréau poursuit avec une si 
louable activité. 



MÉMOIRE SUR LA DATE 



ET LE LIEU DE 



NAISSANCE DE S. LOUIS, 



Lorsqu'au siècle dernier une vive polémique s'engagea au sujet 
du lieu natal de saint Louis , le docte abbé Lebeuf, qui plaidait 
la cause de la Neuville-en-Hez contre celle de Poissy, rappela 
incidemment que les savants n'étaient pas d'accord sur l'année 
où naquit ce grand roi , et que probablement ils ne le seraient 
jamais. Je suis porté à croire au contraire que cette question 
est du nombre de celles sur lesquelles il est possible de s'accor- 
der, parce qu'il y a des textes qui permettent de la résoudre, et 
qu'il n'y a pas de rivalités locales qui empêchent d'apprécier ces 
textes à leur juste valeur. 

En effet, que saint Louis soit né en 1214 ou en 1215, les habi- 
tants de Poissy et leurs partisans pourront toujours invoquer 
les lettres patentes de Philippe le Bel, et la tradition longtemps 
respectée qui semblait en être le plus sûr commentaire. De leur 
côté, leurs adversaires continueront de leur répondre que les 
lettres patentes de Louis XI, pour être plus récentes, n'en sont 
pas moins dignes de foi, et qu'elles empêchent de chercher ail- 
leurs qu'à la Neuville-en-Hez le lieu où saint Louis prit nais- 
sance. J'aurai donc grand soin de ne pas mêler ensemble deux 
questions qu'il vaut mieux aborder l'une après l'autre , et je 
commencerai par me renfermer daus le domaine paisible de la 
chronologie pour démontrer une vérité complètement inoffensive, 
avant de rentrer daus une discussion qui occupa de 1735 à 1738 
les lecteurs du Mercure de France. 

J'ai hâte aussi de le dire tout d'abord : l'opinion que je voudrais 
appuyer de quelques preuves nouvelles est celle que Tillemont 

II. (Sixième série.) 8 



106 

eût fait prévaloir depuis longtemps si, par une re'serve pleine de 
modestie, il n'eût déclaré ne pas vouloir abandonner, sans une 
entière nécessité, un sentiment qu'avaient adopté Du Cange, 
Labbe et d'autres savants * . Il se contenta donc de laisser voir 
qu'à son avis la véritable date de la naissance de saint Louis se- 
rait plutôt 1214 que 1215 ; mais il s'abstint de discuter la valeur 
relative des textes qui pouvaient être invoqués de part et d'au- 
tre. J'essayerai de montrer qu 'il faut préférer l'année 1 2 1 4 à toute 
autre. 

La seule énumération de tous les textes m'entraînerait trop 
loin, si je voulais n'en omettre aucun ; je m'occuperai donc seu- 
lement de ceux qui ne font pas double emploi avec d'autres, ou 
qui ont par eux-mêmes quelque autorité. 

Personne ne conteste que saint Louis naquit le 25 avril, jour 
de Saint-Marc ; lui-même l'a dit à Joinvilie, qui le répète dans 
son histoire, et d'autres documents confirmeraient au besoin ce 
témoignage. Au contraire, quand il s'agit de l'année de sa nais- 
sance, les textes mènent à cinq calculs différents. Je commence 
par les moins autorisés. 

Saint Louis serait né en 1216, s'il n'avait eu que dix ans à 
peine quand on le couronna, le 29 novembre 1226 : c'est là le 
calcul auquel conduisent les expressions employées par le célèbre 
chroniqueur Mathieu Paris, qui l'appelle puerum vix decennem 2 . 
Au contraire il faudrait remonter de 1216 jusqu'en 1212, si l'on 
ajoutait foi au témoignage de Philippe Mousket, qui affirme que 
le jeune roi, au moment de son sacre, avait un peu plus de qua- 
torze ans, Venfant qui n'avait oVeage que quatorze ans et petit 
plus 3 . Quoique ces deux auteurs soient contemporains, on ne 
doit guère s'étonner qu'ils se contredisent ainsi sur un fait de 
cette nature. On comprend en effet que Mathieu Paris, qui vi- 
vait en Angleterre, et Philippe Mousket, qui fit tout au plus de 
courtes apparitions à la cour de saint Louis pour y débiter quel- 
ques passages de sa Chronique rimée *. aient pu l'un et l'autre être 
trompés par des renseignements inexacts, qu'ils n'étaient pas en 
mesure de contrôler. 
Après ces dates extrêmes, vient celle de 1213, que Tillemont 

1. Vie de saint Louis, t. 1, p. 424. 

2. Hist. de Fr., t. xvn, p. 768, d. 

3. Ibid., t. XXII, p. 41, d, e. 

4. Ibid., t. XXII, p. 597, n. 4. 



107 

cite, sans s'y arrêter, à l'occasion d'un passage de la Chronique 
de Guillaume de Nangis, où il est dit que saint Louis n'avait pas 
encore quatorze ans accomplis quand il fut fait roi. Je ne m'y 
arrêterais pas davantage, si l'on n'avait ici d'autre témoignage 
que celui d'un compilateur dont l'exactitude laisse souvent à dé- 
sirer, et auquel on peut reprocher en outre de s'être contredit 
plus d'une fois, sur le point particulier dont je m'occupe ; en 
effet, au lieu de la quatorzième anne'e non accomplie, il parle de 
la douzième dans ses Gesta sancti Ludovici • , et de la treizième, 
dans sa chronique abrégée 2 . Laissant provisoirement de côté 
ces deux derniers calculs, je reviens à celui que Guillaume de 
Nangis a recueilli dans sa Chronique, et je fais observer qu'on 
en retrouve l'équivalent dans le Spéculum Historiale de Vincent 

de Beauvais, où on lit: «Ludovicus prima Dominica Ad- 

« ventus coronatur in regem, qui xmi annum œtatis suœ 

« completurus erat in festo sancti Marci evangelistae proximo 
« sequenti 3 . » C'est évidemment à la même source qu'a puisé le 
Ménestrel du comte de Poitiers, quand il a dit : « Icil Loeys de- 
« voit acomplir le quatorsisme an de son aage en l'ensivant 
« feste saint Marc l'evangeliste * . » Il est donc certain que, du 
vivant de saint Louis, il y avait des textes historiques qui, en lui 
attribuant un peu plus de treize ans à l'époque de son avènement, 
faisaient implicitement remonter sa naissance à l'an 1213. On 
peut comprendre dans cette catégorie une chronique anonyme 
appartenant à la première moitié du treizième siècle, où on lit 
qu'à la mort de Louis VIII, son fils aîné lui succéda ayant treize 
ou quatorze ans 5 . 

Tillemont aurait pu rappeler d'ailleurs que telle était aussi la 
tradition la plus autorisée sous le règne de Charles V, puisque, 
dans la fameuse ordonnance qui fixe à quatorze ans la majorité 
des rois de France, ce prince déclare que son aïeul et prédéces- 
seur, le bienheureux saint Louis, dans la quatorzième année de 
son âge, a pris le gouvernement du royaume, qu'il a reçu les 

1. Hist. de Fr., t. XX, 312, a, et 313, a. 

2. Ibid., 650, b. 

3. Ibid., t. XXI, p. 72, b; cf. t. XX, p. 544, d. 

4. Ibid., t. XVII, p. 432, d. 

5. « Cui successit lilius ejus Ludovicus, puer major natu, cum xm vel xim esset 
annorum, quia Karolus , qui major natu erat, jam detunctus erat. » (Ms. lat. 4998, 
fol. 28 v°, col. 1.) 

8. 



108 

hommages ou les serments de fidélité des prélats, des pairs et 
des autres vassaux; enfin qu'il a été oiut de l'onction du sacre 
royal et couronné ' . Il est certain , en effet, que saint Louis , dès 
son avènement, fut considéré comme majeur ; c'est à ce titre qu'il 
fut fait chevalier aSoissons avant le sacre 8 , qu'il eut un sceau de 
majesté pour valider toutes les lettres patentes, et qu'il fut tou- 
jours seul nommé dans les actes publics du gouvernement. En 
l'ait , la reine Blanche était régente ; en droit , son fils avait la 
plénitude de l'autorité royale, dès la première année de son 
règne. 

D'autres textes obligeraient, au contraire, à placer sa naissance 
en 1215; car ils expriment sans ambiguïté que le jeune roi, en 
succédant à son père, n'avait pas encore accompli sa douzième 
année. « IN'avoit-il pas douze ans encores 3 , » dit Guillaume 
Guiartdans sa Chronique rimée, chronique dont l'autorité ne 
peut guère être invoquée pour les faits antérieurs au règne de 
Philippe le Bel. L'autre texte est celui que fournissent, comme 
je l'ai dit tout à l'heure, les Gesta sancli Ludovici, de Guillaume 
de Nangis, où on lit dans le texte latin, qui nondum œtatis suse 
annum duodecimum attigerat, et dans le texte français, eu ter- 
mes plus précis , qui riavoit pas accompli le douzième an de son 
cage*. Un auteur encore moins ancien, qui écrivait sous Phi- 
lippe le Long, celui qu'on appelait autrefois l'Anonyme de Saint- 
Denis, et dont notre savant confrère M. Delisle a montré que 
le véritable nom pourrait être Yves, ramène à ce même calcul 
quand il dit que saint Louis mourut dans la quarante-quatrième 
année de son règne et la cinquante-sixième de son âge ; car ou 
doit admettre qu'il parlait d'une année incomplète pour l'âge 
comme pour le règne, c'est-à-dire que saint Louis avait, au 
25 août 1270, cinquante-cinq ans et quatre mois. Mais ce n'est 
pas dans ces trois témoignages réunis , qui pourraient tout au 
plus contrebalancer celui d'un contemporain comme Vincent de 
Beauvais, qu'il faut chercher le principal argument en faveur 
de l'an 1215. 

Le texte qui a dû déterminer Labbe et Du Cange, en même 
temps qu'il a pu faire hésiter Tillemont et l'empêcher d'insister 

1. Ordonn., t. VI, p. 28. 

2. Tillemont, t. I, p. 431. 

3. Bis t. de Fr., t. XXII, p. 178, e bis. 

4. Ibid-, t. XX, 312, ô, et 313, a. 



109 

on faveur de son opinion personnelle, c'est un passage d'une 
chronique de Saint-Denis, finissant en 1292, et connue sous le 
titre de Brève Chronicon ecchsise Sancti Dionysii ad Cyclos pas- 
chales. Je transcris textuellement la mention relative à la nais- 
sance de saint Louis et celle qui la précède immédiatement. 

« MCCXÏV. Hoc anno, actum est bellum in Flandria, in quo 
« captus est a Philippo rege Ferrandus cornes Flandriœ, et cornes 
« Boloniœ, et multi alii. 

« MCCXV. Hoc anno, natus est Ludovicus rex, fdius Ludo- 
« vici régis, in festo sancti Marci evangelistae 4 . » 

Ce qui fait la valeur de ce texte, ce n'est pas seulement que 
la naissance de saint Louis y est marquée à la Saint-Marc de 
l'année 1215, c'est encore qu'elle est indiquée comme posté- 
rieure à la bataille de Bouvines, livrée le 27 juillet 1214. Ces 
deux événements sont rapportés dans le même ordre par deux 
continuateurs anonymes de Robert du Mont 2 . Or l'un de ces 
continuateurs est tout à fait d'accord avec la Chronique aux cy- 
cles pascals, et l'autre, tout en altérant gravement la chronologie 
(puisqu'il met la bataille de Bouvines en 1209 et la naissance de 
saint Louis en 1210) confirme cependant au fond la date de 1215. 
On doit donc, en bonne critique, considérer ces trois textes 
comme concourant à fixer la naissance de saint Louis en 1215, 
parce que tous trois la placent dans Tannée qui a suivi la bataille 
de Bouvines. 

A ces textes, Tillemont oppose d'abord le Confesseur de la 
reine Marguerite, qui dit que saiut Louis, à la mort de son père, 
avait un peu plus de douze ans 3 , ce qui obligea fixer sa nais- 
sance en 1214. Dans un autre passage, qui mérite d'être cité 
textuellement, le même chroniqueur parle de l'âge qu'avait le roi 
en 1248, quand il partit pour la première croisade. «-. Et adon- 
« ques à celé première foiz, il passa la mer avecques les persones 
« devant dites et avecques moût d'autres ; et estoit adonques 
« de l'aage de trente quatre ans ou environ ; car l'en dit pour 



I. Hist. de Fr., t. XVII, p. 422, e, et 423, a. — Je dois faire observer que 
les dates MCCXIV et MCCXV n'appartiennent pas à la chronique, mais au canon 
pascal, en marge duquel elle a été comme échelonnée, nans ces opuscules, les dates 
consistent le plus souvent dans les mots hoc anno, qui tirent leur signification de 
l'année en regard de laquelle on les a inscrites. 

?.. Ibid., 345, a, et 348, a. 

3. Hist. de Fr., t. XX, p. 64, a. 



110 

« vérité que en cel an que li benoiez rois passa adonques la 
« mer, il ot en la feste de l'Inveneion Sainte Croiz trente-qua- 
.< tre anz ' . » Tillemont fait observer à ce propos que le Con- 
fesseur de la reine Marguerite, en rapportant que saint Louis 
eut trente-quatre ans au mois de mai 1248, témoigne ne le sa- 
voir pas bien 2 . Ce texte manque en effet d'exactitude, en ce qu'il 
semble fixer la naissance de saint Louis au 3 mai, au lieu du 
25 avril. Cependant il ne serait pas impossible qu'en 1248, lors- 
que le départ des croisés était déjà prochain, la fête de l'Invention 
de Sainte-Croix eût été célébrée avec plus de solennité en pré- 
sence du roi et des principaux personnages : on aurait pu alors 
rappeler l'âge qu'il avait ce jour-là, sans prétendre que ce fût 
son jour natal. En tout cas, cette erreur légère porte sur le jour 
et non sur l'année de la naissance, qui, pour le Confesseur de la 
reine Marguerite, était indubitablement l'année 1214. 

Mais, sans insister davantage sur ce point, j'arrive au texte 
qui a véritablement déterminé l'opinion de Tillemont. « Ce qui 
« paraît bien fort, dit-il, pour faire mettre la naissance de saint 
« Louis en 1214, c'est la charte de la dédicace de l'église de 
« Notre-Dame de Longpont, datée du dimanche 24 octobre 1227, 
« l'an 135 de la fondation de l'ordre de Cîteaux, l'an 46 de la 
« première fondation de Longpont, le premier du pontificat 
« de Grégoire IX, le premier aussi du règne de saint Louis qui 
« y était présent, et le quatorze de son âge. Je ne vois pas 
« ce qu'on peut répondre à cette autorité, si l'on ne veut dire 
« qu'il y a faute de copiste dans le nombre quatorze, comme il 
« y en a sans doute dans celui de quarante-six pour la fondation 
« de Longpont, que les Sainte-Marthe mettent en l'an 1131 ou 
«< 1132, quatre-vingt-quinze ou quatre-vingt-seize ans avant 
« 1227 3 . » C'est après avoir déclaré ainsi son véritable senti- 
ment que Tillemont ajoute : « Néanmoins, comme Du Cange, 
« Dupleix, le père Labbe et d'autres nouveaux s'accordent à 
« mettre la naissance de saint Louis en 1215, nous ne voulons 
« pas abandonner, sans une .entière nécessité, une opinion reçue 
« aujourd'hui généralement, et fort autorisée des anciens. » 
Si je montre qu'il n'y a pas faute de copiste dans le chiffre 

1. Hist. âeFr., t. XX, p. 67, b, c. 

2. Tillem., t. II, p. 423. 

3. Ibid. Je ferai observer en passant qu'il était bien facile de confondre les chif- 
fres romains XLV1 et XCVI. 



111 

quatorze, et que l'âge du roi est exactement déterminé par cette 
charte solennelle, on reconnaîtra qu'il y a entière nécessité de 
se rallier à l'opinion toujours si sûre de Le Nain de Tillemont. 
Le calcul chronologique de la charte de Longpont est confirmé 
dans ses éléments essentiels par une note tracée du vivant de 
saint Louis, en tète d'un registre du Trésor des chartes dont la 
Bibliothèque impériale avait recueilli quelques feuillets, qui se 
trouvent aujourd'hui aux Archives de l'Empire. En effet l'au- 
teur de cette note, qui était un clerc de la maison du roi, voulant 
constater la date d'une nouvelle compilation qu'il entreprenait, 
fait concourir l'an 1264 de l'ère chrétienne avec la cinquante et 
unième année de l'âge de saint Louis et la trente-neuvième de 
son règne. Or, la trente-neuvième année du règne ayant com- 
mencé le 29 novembre 1264, et l'année 1264 ayant duré jus- 
qu'au 4 avril 1265, veille de Pâques, il faut que saint Louis soit 
né le 25 avril 1214 pour que la cinquante et unième année de 
son âge ait concouru avec les premiers mois de la trente-neu- 
vième année de son règne. On acquiert d'ailleurs la conviction, 
en lisant cette note, que le rédacteur n'a rien négligé pour la 
rendre parfaitement authentique, et en faire un préambule digne 
du travail auquel il attachait tant d'importance : « Régnante 
« domino nostro Jhesu Christo, tempore illustris régis Frauco- 
« rum Ludovici, anno M°CG° sexagesimo quarto, anno etiam 
« œtatis ejusdem domini régis quinquagesimo primo, regni vero 
« ejusdem tricesimo IX , ordinata est haec nova compilatio re- 
« gistri continuata, veteri registro tempore inclitœ recordationis 
« régis Philippi avi ipsius domini régis confecto ' . » La parfaite 
concordance de ce texte avec la charte de la dédicace de l'église 
de Longpont ne permet plus de supposer qu'il ait pu se glisser une 
double faute de copiste dans les nombres qui expriment l'âge du 
roi, et autorise par conséquent à placer en 1214 la naissance 
de saint Louis. 

A cette preuve décisive je puis en ajouter une autre, qui n'est 
pas la seule dont je suis redevable à mon savant ami M. Delisle ; 
car son érudition, comme son obligeance, n'est jamais en défaut. 
C'est un passage tiré d'un fragment de chronique ajouté à la 
chronique de Godefroy de Viterbe, dans un manuscrit qui ap- 

1. Ce texte a été publié pour la première fois par M. Dessalles, Mém. présentés 
par divers savants, l r0 série, 1. 1, p. 374. 



112 

parlcnait aux Carmes déchaussés de Bordeaux. Une copie de ce 
fragment, faite par dom Estiennot, existe dans le manuscrit la- 
tin 12774 de la Bibliothèque impériale ; c'est là que M. Delisle 
avait depuis longtemps recueilli le passage suivant : « Anno 
« M.CC.XIIII, bellum de Bovinis VI calendas Augusti; et eodem 
« anno, XXVI die Aprilis, quœ fuit die Sabbathi, inter primam 
« et tertiam natus est Ludovicus, filius régis Ludovici ex Blan- 
« cha. » L'ensemble des faits contenus dans ce fragment et la 
date de 1223 où il s'arrête, semblent indiquer qu'il a été rédigé 
en France dans la première partie du treizième siècle. En tout 
cas, le passage relatif à la naissance de saint Louis dérive d'une 
autre source que ceux dont j'ai parlé plus haut, car aucun autre 
n'indique ni le 26 avril, ni l'heure de la naissance. De là, une 
double difficulté dont je m'occuperai tout à l'heure ; mais je fais 
remarquer tout de suite que l'année 1214 est indiquée par trois 
caractères différents, par le millésime, par la bataille de Bouvi- 
nes et par la coïncidence du samedi avec le vingt-sixième jour 
d'avril. Tout cela est exact; ce qui peut ue pas l'être, c'est que 
saint Louis soit né le 26 avril au lieu du 25, jour de Saint-Marc. 
Il est vrai, qu'en 1215, la Saint-Marc tomba le samedi, mais pour 
trouver dans le passage que je viens de citer une telle coïnci- 
dence, il faudrait altérer le quantième du mois, en même temps 
que Je millésime, et surtout sortir de l'année où fut livrée la 
bataille de Bouvines, année que le texte affirme être celle même 
où naquit saint Louis. Il faut donc de toute nécessité ou rejeter 
le passage entier comme apocryphe , ou accepter l'année 1214 
avec les trois caractères qui la désignent clairement. 

Reste la difficulté que soulève la date du 26 avril. Doit-on 
préférer cette date à celle du 25 avril, jour de Saint-Marc, attestée 
par tant d'historiens, et par le témoignage personnel de saint 
Louis ? Cela me parait impossible. Mais au lieu de supposer que 
l'écrivain s'est trompé de jour, on peut admettre (ce qui n'est 
pas sans exemple) qu'il a compté le samedi 26 à partir du cou- 
cher du soleil, et que les heures désignées par les mots prima et 
tertia sont la première et la troisième heure de la nuit. Du Cange 
au mot Tertia, constate, par un exemple tiré d'une lettre de ré- 
mission de 1389, qu'on appelait tierce de nuit, la troisième heure 
après le coucher du soleil. Quant aux fêtes ecclésiastiques, tout 
le monde sait qu'elles commencent la veille par le chant ou la 
récitation des premières vêpres : or il est certain que cette jour- 



113 

née liturgique se trouve quelquefois marquée dans les dates au 
lieu de la journée civile. J'en donnerai une preuve seulement, 
pour ne pas m'arrêter trop longtemps sur un point qui ne se 
rattache qu'indirectement au sujet de ce mémoire. 

Philippe le Long mourut en 1322 dans la nuit du 2 au 3 jan- 
vier * , et, suivant le témoignage de Bernard Guidonis, dans la 
première partie de la nuit 2 . Il en résulte que d'après l'usage 
moderne cet événement serait daté uniformément du samedi 
2 janvier. Telle est la date qui lui est assignée dans une chroni- 
que anonyme finissant en 1356 (le samedi n e jour de janvier 3 ), 
dans un fragment historique tiré du registre Pater de la Chambre 
des comptes (secunda die Januarii *), dans la Table de Robert 
Mignon (usque ad diem II Januarii qua obiit*). Mais en même 
temps le 3 janvier se trouve indiqué par le Continuateur de Guil- 
laume de Nangis, et par celui de Gérard de Frachet (tertia die 
Januarii circa mediam noctem °), par les Chroniques de Saint- 
Denis (le tiers jour de janvier qui fu le dimenche des octaves de 
saint Jehan Vevangeliste entour mie nuit 7 ), par Jean de Saint- 
Victor (tertia die Januarii ante noctis médium 8 ). C'est évidem- 
ment le même jour qui est appelé par les uns le samedi 2, et par 
les autres le dimanche 3, parce que la journée liturgique du di- 
manche avait commencé la veille après le coucher du soleil. Voici 
le texte de Bernard Guidonis, qui dit expressément que cette pre- 
mière partie de la nuit appartenait au dimanche : « Praefatus 
Philippus rex obiit tertia die intrantis mensis Januarii, in prima 
parte noctis Dominicœ diei 9 . » Je n'hésite donc pas à croire qu'en 
présence des textes positifs qui placent au 25 avril la naissance 
de saint Louis, il faut admettre que le continuateur anonyme de 
Godefroy de Viterbe a marqué la journée liturgique du samedi 
26 avril au lieu du vendredi 25. En résumé, il demeure certain 
que saint Louis naquit le 25 avril 1214, et l'on peut croire que 
sa naissance arriva de sept à neuf heures du soir. 

1. Aride vérif. les dates, 1, 592. 

2. Hist. de Fr., t. XXI, 732, g. 



t. XXT, p. 57, g, h. 



:;. 


Ibid. 


p. 140, g. 


h. 


Ibid., 


p. 404, c. 


5. 


Ibid. 


p. 523, à. 


0. 


Ibid. 


t. XX, p. 630, b, c 


7. 


Ibid. 


t. XX, p. 700, A. 


S. 


Ibid. 


t. XXf, p. 674, h. 



9. Ibid.,i>. 732, ; 



114 

J'ajoute, avant de passer à une autre question, que cette date 
de 1214 se concilie avec des textes qui méritent toute confiance, 
et que je n'ai pas eu occasion de citer jusqu'ici. Ainsi, quand 
Geoffroy de Beaulieu dit que le fils de Blanche, en succédant à 
son père, n'avait qu'environ douze ans ' , rien n'oblige à compren- 
dre qu'il parle de douze ans commencés plutôt que de douze ans 
révolus. Il en est de même de la bulle de canonisation, où il est 
appelé puer cir citer duodecim annorum. Aussi Tillemont consi- 
dère-t-il ces deux textes comme s' accordant aussi bien avec la date 
de 1214 qu'avec celle de 1215 2 . Mais il n'aurait pas dû compter 
parmi les textes qui justifient l'année 1215 un autre passage de 
la même bulle où il est dit que saint Louis, lorsqu'il partit pour 
la croisade en 1248, avait atteint la trente-quatrième année de 
son âge : cum tricesîmum quartum annum attigisset œtatis. Le mot 
attigisset, dans ce passage, comme dans les Gesta sâncti Ludovici 
que j'ai déjà cités, peut signifier avait accompli; car c'est ainsi, 
comme je l'ai fait observer plus haut, qu'il est traduit dans la ver- 
sion contemporaine attribuée àGuillaume de Nangis 3 . En adoptant 
cette interprétation, ce deuxième passage de la bulle se concilie, 
comme le premier, avec la date de 1214. Cet accord peut se véri- 
fier une troisième fois lorsque Boniface VIII dit que saint Louis 
était dans sa trentième année ( in tricesimo anno constitutus ) au 
moment où il prit la croix, c'est-à-dire au mois de décembre 
1244 : il faut seulement entendre qu'il s'agit toujours ici, comme 
dans les deux autres passages, d'une année accomplie ; en effet 
saint Louis avait alors trente ans révolus, en supposant qu'il fût 
né le 25 avril 1214. 

On voudrait faire cadrer avec cette date le calcul de Vincent de 
Beauvais ; mais le texte du Miroir historial oblige à faire remon- 
ter la naissance du roi jusqu'en 1213. Il est vrai que dans son 
abrégé, connu sous le titre de Mémorial, il donne à saint Louis 
treize ans au mois de novembre 1226, et qu'on pourrait soutenir 
qu'il parle de treize ans non révolus ; mais il est plus naturel de 
croire qu'il a suivi le même calcul dans ses deux ouvrages. Il faut 
donc reconnaître que Vincent de Beauvais, contemporain de saint 

1 . « Cum non haberet nisi circiter duodecim annos. » Bist. de Fr., t. XX, p. 4, d. 

2. De ce nombre est la chronique anonyme de Saint- Médard de Soissons, rédigée 
sous le règne de saint Louis, où on lit : « Ludovicus puer duodecim vel xm anno- 
rum, filius ejus, ei successit. » (Ms. lat. 4998, fol. 30 v°, col. 2.) 

; 3. Hist. de Fr., t. XX, p. 313, a. 



115 

Louis, ne le croyait pas né en 1214 ; seulement je ferai observer 
que son témoignage s'accorde encore bien moins avec la date de 
1215 qu'avec celle de 1214. Il est d'ailleurs compensé par celui 
d'un autre chroniqueur dominicain, de Jean de Colonne, qui était 
aussi contemporain, puisqu'il entra vers 1226 dans l'ordre des 
frères Prêcheurs. On lit dans sa Mer des histoires, que saint 
Louis, quand il monta sur le trône, n'avait pas encore treize ans 
révolus, nondum tertium decimum annum compïeverat 1 . Au 
quatorzième siècle, Bernard Guidonis suivit dans sa chronique 
générale le calcul de Vincent de Beauvais, dont il transcrivit les 
propres expressions, quand il parla de l'âge de saint Louis en 
1226. Au contraire, en parlant de la mort du saint roi, il fait 
concourir la cinquante-septième année de son âge avec la qua- 
rante-quatrième année du règne, ce qui ne peut être exact qu'en 
prenant l'année 1214 pour date de la naissance. 

Le même auteur a noté expressément cette année 1214, dans 
deux opuscules qui sont beaucoup moins connus que ses chroni- 
ques. L'un est une Notice de l'état de l'ordre de Saint-Domini- 
que tel qu'il était en 1303 après l'érection de six nouvelles pro- 
vinces. Bernard Guidonis, au lieu d'inscrire simplement la mai- 
son de Poissy dans la liste des. monastères de femmes de la 
province de France, rappelle brièvement qu'elle fut fondée par 
Philippe le Bel en l'honneur de son aïeul ; et il trace, à cette 
occasion, une courte biographie du saint roi, dont il place la 
naissance en 1214, tout en répétant le calcul de Vincent de Beau- 
vais qui ne s'accorde pas avec cette date 2 . L'autre opuscule, que 
je crois inédit , est la plus courte des deux vies de saint Louis, 
que Bernard Guidonis a fait entrer dans la quatrième partie de 
son Spéculum sanctorale, ouvrage dont j'aurai occasion de re- 
parler bientôt- 

Ce serait allonger inutilement ce mémoire que de poursuivre 
l'énumération des textes qui autorisent à placer la naissance de 
saint Louis en 1214. Ce point de chronologie est mis hors de 
doute par l'accord que j'ai signalé entre la charte de Longpont et, 
la date solennelle inscrite, sur un registre du Trésor des chartes, 
par un clerc de la maison du roi. Le continuateur de Godefroy 
de Viterbe permet d'y ajouter un renseignement nouveau sur 

1. Mss. latins 4912, 4914 et 4915. 

2. Ëchard, 1. 1, p. vi. 



116 

l'heure où naquit saint Louis ; et comme il mentionne cette nais 
sance après la bataille de Bouvines, tout en la datant expressé- 
ment de la même année, il aide ainsi à expliquer de la manière la 
plus probable ce qui a pu causer l'erreur commise dans la chro- 
nique aux Cycles pascals et la chronique de Normandie, où les 
deux faits se succèdent dans le même ordre, mais datés chacun 
d'une année différente. Je crois donc avoir justifié de tout point 
le sentiment de Tillemont , et levé le seul scrupule qui pût 
l'arrêter dans sa préférence pour l'année 1214. 

J'arrive maintenant à la question du lieu de naissance de 
saint Louis, qui est tout à fait indépendante de l'autre, et qui en 
diffère essentiellement. En effet, il m'a été facile, si je ne m'a- 
buse, de montrer que, malgré les témoignages contradictoires 
des anciens chroniqueurs , et les doutes de la critique moderne, 
on peut arriver à connaître avec certitude la date de la naissance 
de saint Louis ; tandis que, pour le lieu natal de ce roi, la longue 
controverse qui s'est élevée au siècle dernier a eu pour résultat 
de rendre obscur ou douteux un fait attesté par les textes du 
temps, et accepté jusqu'alors par tout le monde. Je voudrais 
montrer qu'une tradition longtemps ignorée parce qu'elle était 
renfermée dans l'enceinte étroite d'une paroisse, et dépourvue de 
preuves qui pussent lui donner une date certaine, ne doit point 
être préférée à une tradition publique, connue dans toute la 
France et attestée par les contemporains qui l'ont vu naître. Pour 
atteindre ce but, je commencerai par exposer l'origine et les 
phases principales de la discussion soulevée par M. Maillard, 
avocat au parlement de Paris, qui entreprit, sans s'y être suffi- 
samment préparé, de prouver que saint Louis naquit, non àPoissy, 
mais à la Neuville-en-Hez. 

Deux critiques éminents, Montfaucon et l'abbé Lebeuf, eurent 
le tort d'accorder leur confiance au mémoire fort incomplet que 
M. Maillard avait rédigé sur cette question, et de s'en approprier 
les conclusions plus que hasardées ; tant il est vrai que les para- 
doxes ont un attrait souvent irrésistible, même pour les meilleurs 
esprits. C'est dans le tome II des Monuments de la Monarchie fran- 
çaise 1 , publié en 1730, que Montfaucon se déclara hautement 
en faveur des prétentions élevées parles habitants de la Neuville- 
en-Hez. « Plusieurs auteurs des plus bas temps ont écrit, dit-il, 

1. P. 121. 



117 

que saint Louis était né à Poissi; mais M. Maillard, avocat, dans 
sa dissertation manuscrite, qu'il m'a communiquée, fait voir 
qu'aucun auteur du temps n'a dit qu'il soit né à Poissi, et rap- 
porte trois chartes, deux de Louis XI, l'une de 1468, l'autre de 
1475, et une troisième de Henri IV, 1601, où ces princes don- 
nent exemption de tailles et impôts pour quelque temps aux ha- 
bitants de la Neufville-en-Hez dans le Beauvoisis, en considéra- 
tion de ce que saint Louis était né dans ce lieu , en la manière , 
disent-ils, que les prédécesseurs de ces habitants avaient joui de 
la même exemption : ce qui semble ne laisser aucun doute qu'il 
ne soit né en ce lieu. » 

Par une lettre datée d'Auxerre et publiée dans le Mercure de 
France de janvier 1 733 4 , un voyageur qui ne se nommait pas, mais 
qui était certainement l'abbé Lebeuf, se déclara aussi pour les 
conclusions de M. Maillard 2 , mais d'une manière générale, et 
sans entrer dans le détail plus que ne l'avait fait Montfaucon. 
Celui-ci eut le bon esprit de ne pas compromettre davantage 
l'autorité de sa haute critique, et il ne prit aucune part à la con- 
troverse qu'on vit bientôt s'élever ; tandis que l'abbé Lebeuf, se 
croyant sans doute trop engagé pour reculer, n'abandonna qu'en 
1738 une discussion qui fait à coup sûr plus d'honneur à son 
érudition qu'à son jugement. 

C'est au mois de février 1735 que M. Maillard, encouragé par 
les éloges de ces deux grands critiques , laissa paraître, s'il ne 
publia pas lui-même dans le Mercure 3 , un extrait de sa disser- 
tation, qui avait acquis dès lors de la célébrité dans le monde sa- 
vant, et par conséquent aussi une grande importance aux yeux 
de l'auteur. Cet extrait montre assez qu'il ne connaissait pas, sur 
la question, d'autre texte ancien que celui de Guillaume de Nau- 
gis. Comme ce texte parle seulement du sacrement de baptême 
que saint Louis s'honorait d'avoir reçu à Poissy, et non de sa 
naissance, M. Maillard en conclut qu'on a eu tort de confondre 
deux faits si différents, et il énumère longuement tous les au- 
teurs qui sont tombés dans cette méprise, entre autres La Chaise, 
Du Cange, Mabillon, jusqu'à Baillet, « qui n'est pas excusable, 
« dit-il, d'avoir tû la tradition de sou pays natal *. » Comment 

1. P. 36 à 49. 

2. P. 41. 

.;. V. 283 à 2U0. 
i. P. 287. 



118 

s'expliquer en effet que Baillet, né à la Neuville-en-Hez, n'eût pas 
voulu reconnaître et proclamer que saint Louis y était né aussi, 
lorsque ce fait était attesté par des lettres patentes de Louis XI 
du 12 août 1468 et du 13 octobre 1475, corroborées d'une con- 
firmation de Henri IV * en 1601 ? 

Au mois de novembre suivant, le Père Matthieu Texte, domi- 
nicain , publia dans le Mercure 2 , sous la forme d'une lettre 
adressée à une religieuse de Poissy , sa première réponse à 
M. Maillard, moins sans doute par zèle pour la science histori- 
que, que dans l'intérêt du couvent de Poissy, qui était de son 
ordre, et qui tenait à conserver intacte une tradition jusqu'alors 
incontestée. Il apprit à M. Maillard, qui ne s'en doutait pas, et 
probablement aussi à l'abbé Lebeuf, qui n'avait pas pris la peine 
de s'en assurer, que la naissance de saint Louis à Poissy était 
attestée 1° par Guillaume de Chartres, qui rappelle que le saint 
roi se disait lui-même originaire du diocèse de Chartres, de Car- 
notensi diocesi oriundus 3 ; 2° par Bernard Guidonis, qui dit ex- 
pressément, dans une Notice de l'état de l'ordre de Saint-Domi- 
nique en 1303, que saint Louis est né à Poissy, apud Pissiacum 
natus est" ; 3° dans la charte de fondation du couvent de 
Poissy, où Philippe le Bel fait valoir, comme motif de cette fon- 
dation, l'affection que son aïeul avait pour le lieu de son origine, 
originis suœ locum 5 . A ces arguments décisifs, le Père Texte 
ajouta quelques considérations accessoires, faisant valoir surtout 
l'opinion de Baillet, qui s'était décidé contre la Neuville-en-Hez, 
lieu de sa naissance, quoiqu'il n'ignorât pas l'existence des let- 
tres de Louis XI, citées par lui en note à la page 379 de son se- 
cond volume. L'adversaire de M. Maillard faisait aussi observer 
que le roi avait pu être mal informé, qu'il était difficile de com- 
prendre pourquoi Blanche aurait fait ses couches à la Neuville- 
en-Hez, dont Thibaut VI, comte de Blois, avait joui jusqu'en 
1218. Aurait-elle entrepris un voyage de quinze lieues quand 
elle était parvenue au terme de sa grossesse? ou bien, si son 
enfant était né à la Neuville , comprendrait-on qu'on ne l'y eût 

1. Ces actes avaient été signalés pour la première fois par M. Simon, conseiller au 
présidial de Beauvais, dans ses Additions à l'histoire du Beauvaisis, p. 46. 

2. P. 2400 à 2422. 

3. Hist. de Fr., t. XX, p. 35, d. 

4. Échard, t. I, p. vi. 

5. Gall. Christ., t. VIII, col. 373- 



119 

point baptisé immédiatement, plutôt que de le transporter à Poissy 
au risque de le voir, pendant le trajet, mourir sans baptême ? 

La réplique de M. Maillard ne parut que sept mois plus tard, 
dans le Mercure de juin 1736 4 . C'était le plaidoyer d'un ancien 
avocat, qui argumentait comme on pouvait le faire au parlement. 
« On distingue, disait-il, deux sortes de preuves, une affirmative 
« et une équivoque ; mais en concurrence de deux preuves, l'af- 
« firmative l'emporte sur l'équivoque 2 . » Or, selon M. Maillard, 
les preuves affirmatives étaient celles que les actes de Louis XI 
et de Henri IV fournissaient en faveur de la Neuville-en-Hez ; 
elles devaient être préférées sans hésitation aux preuves équivo- 
ques tirées de ce que Poissy avait été appelé le lieu d'origine de 
saint Louis ; en effet, ajoutait-il : « le lieu d'origine de l'enfant 
« n'est pas celui où il prend naissance, mais celui où son père 
« avait son domicile principal au jour de la naissance de l'en- 
« fant 3 . » M. Maillard citait à ce propos un passage de Tite-Live, 
qui rapporte que deux enfants nés à Carthage d'un père syracusain 
furent considérés comme Syracusains. Il en résultait naturelle- 
ment que saint Louis était originaire de Poissy, quoique né à 
la Neuville-en-Hez, parce que le principal domicile de Louis VIII 
était alors à Poissy. 

Le Père Texte, quoiqu'il eût pu s'en dispenser sans inconvé- 
nient, répondit à cette argumentation au mois de décembre sui- 
vant 4 : mais l'abbé Lebeuf comprit que s'il n'intervenait pas 
dans ce débat , la cause de la Neuville-en-Hez était perdue sans 
ressource par l'éloquence parlementaire de M. Maillard. Il pu- 
blia donc, au mois de mars 1737 5 , une dissertation étendue où il 
entreprit de réfuter tout ce qu'avait dit leur adversaire commun. 
Il commença par donner le texte des lettres de Louis XI et de Hen- 
ri IV, en faisant remarquer qu'il était dit dans ces dernières, non- 
seulement que saint Louis était né à la Neuville, mais qu'à cette 
considération il avait accordé aux habitants des droits d'usage 
dans la forêt de Hez, et une exemption de toutes tailles et impo- 
sitions. Le malheur avait voulu, il est vrai, que les originaux 
fussent perdus pendant le siège soutenu par le château au com- 

t. P. 1327 à 1337. 

2. P. 1327. 

3. P. 1331. 

4. Mercure de décembre 1736, p. 2595 à 2606. 

5. P. 412. 



120 

mencement du règne de Henri IV, mais la tradition qui s'était 
eonservée n'en remontait pas moins au règne de saint Louis. 
Qu'opposait-on à ces titres respectables ? un Guidonis « dont les 
« ouvrages historiques sont remplis d'une inexactitude qui leur a 
« attiré le mépris des savants l , » un écrivain qui se montre par- 
tout un compilateur sans goût, sans critique, sans discernement 2 . 
Pourquoi élever des difficultés sur le voyage qu'aurait fait Blan- 
che de Castille ? Lui était-il défendu d'aller, sur la fin de sa gros- 
sesse, à la Neuville rendre visite à Catherine, comtesse de Blois, qui 
en était dame ? S'imaginerait-on que les princesses de ce temps- 
là redoutaient un voyage ? Est-ce que Marguerite de Provence 
n'est pas accouchée d'un fils à Damiette? Isabelle d'Aragon n'a- 
t-elle pas fait une fausse couche en Italie, à son retour de Tunis, et 
Marie de Luxembourg, quand elle accoucha avant terme en 1323, 
n'accompagnait-elle pas Charles le Bel dans son voyage de Lan- 
guedoc ? Qui empêche donc de croire que Blanche de Castille soit 
accouchée subitement à la Neuville , et que son enfant ait été 
porté à Poissy pour y recevoir avec plus de décence et de céré- 
monie le sacrement du baptême ? 

L'abbé Lebeuf fait remarquer ensuite que la Neuville n'était 
pas une localité sans importance, qu'elle avait son cartulaire 
conservé à la Bibliothèque du roi, où il a lu des lettres de saint 
Louis du mois de mars 1258, en faveur du chapelain du château 3 ; 
que Baillet ignorait certainement l'existence des lettres patentes 
de Louis XI et de Henri IV, car la note où il en est question a été 
insérée pour la première fois dans une édition de la Vie des Saints, 
publiée en 1715 , plusieurs années après sa mort. Quant au lieu 
d'origine, l'abbé Lebeuf abandonne prudemment l'argument des 
deux Syracusains nés à Carthage ; mais il prétend qu'il faut l'en- 
tendre de la naissance spirituelle de saint Louis, c'est-à-dire du 
lieu où le baptême lui fut administré. Il interprète de la même 
manière le texte de Guillaume de Chartres, et, attendu que tous 
les autres chroniqueurs sont muets sur le lieu natal de saint Louis, 
il conclut qu'on n'en peut rien dire de positif, pas plus que sur 
l'année de sa naissance, où leurs contradictions ne permettent pas 
d'arriver à une certitude absolue. En histoire, il faut souvent , 



1. P. 424. 

2. P. 425. 

3. P. 430. 



121 

selon lui, se re'siguer au doute, et ne pas prétendre tout savoir 
comme le Père Texte, qui affirme que Blanche de Castille était 
dans le neuvième mois de sa grossesse, tandis que saint Louis a 
pu naître à sept mois comme saint François de Sales, qui n'en a 
pas moins vécu cinquante ans. 

Grâce à la solidité de sa cause, le Père Texte montra bientôt * 
qu'il était capable de tenir tète à un si rude jouteur. Au jugement 
injuste et presque injurieux que l'abbé Lebeuf, dans la chaleur 
de la discussion, avait exprimé sur Bernard Guidonis, il opposa le 
témoignage deBaluze et d'autres juges compétents : cette réparation 
était dueâlamémoire d'un écrivain modeste etlaborieux, qui arendu 
de véritables services. Notre illustre confrère Bréquigny, tout en 
lui reprochant de manquer de discernement, louait cependant son 
exactitude à recueillir les faits, en même temps que sa critique 
attentive à comparer les dates, et il jugeait indispensable d'ex- 
traire de sa chronique tout ce qui appartient à notre histoire 
pour l'insérer dans la collection des Historiens de France 2 . Si 
l'abbé Lebeuf avait manqué d'équité, il n'avait pas non plus fait 
preuve de bonne critique en persistant à rechercher le sens 
des mots oriundus et origo dans la bonne latinité, et le Père Texte 
multipliait les exemples que les textes du moyen âge fournis- 
saient à l'appui de sa cause. Enfin il prouvait que c'était bien du 
vivant deBaillet, dans une édition de 1704, qu'avaient été cités 
les actes royaux de Louis XI et de Henri TV, rendant ainsi la le- 
çon de bibliographie que son adversaire s'était mal à propos flatté 
de lui donner. 

Au mois de mars 1738, un voyageur, dont il était facile de 
deviner le nom, apprenait aux lecteurs du Mercure 8 , qu'il avail 
voulu lire toutes les anciennes vies de saint Louis conservées à la 
Bibliothèque du roi , sans excepter celle qui a été rédigée par 
Bernard Guidonis dans son Catalogue des rois de France, et qu'il 
n'en avait trouvé aucune qui le fit naître à Poissy. « Je suis fort , 
« porté à croire, ajoutait-il, que l'endroit où cela se trouve, et 
« qu'on lui attribue, est une addition faite par quelque écrivain 
« postérieur 4 . » Le même voyageur s'étonnait qu'on voulût à 
toute force s'appuyer de Baillet pour combattre les actes de 

1. Mercure de juin 1737, p. 1338 à 1350. 

1. Notices des manuscrits, t II, p. 11, 15 et 18. 

:;. P. 428 à 430 et 421 à 432, à cause de la répétition des pages 421 à 430. 

4. P. 422. 

II. (Sixième série.) > 



122 

Louis XI et de Henri IV. Il est vrai que cet écrivain vivait en 
1704, mais il était bien mal portant, et il a parlé de ces actes 
sans les connaître. « S'il n'a pas insisté, disait l'abbé Lebeuf sur 
« le mérite des chartes de la Neuville, il n'en a point non plus 
« dit de mal 1 . » 

J'arrive enfin au terme de cette discussion. Après une nouvelle 
réponse du Père Texte 2 , destinée surtout à faire connaître le 
texte complet des chartes de Philippe le Bel, dont on lui avait re- 
proché de ne donner que des lambeaux, l'abbé Lebeuf rentra 
une dernière fois dans la lice 3 sous son véritable nom, unique- 
ment pour se ménager une retraite honorable. Les actes dont on 
venait enfin de faire connaître le texte intégral étaient-ils bien 
des originaux ? il lui était permis d'en douter. En tout cas cela 
ne changeait rien au sens des mots oriundus et on'^o, en sorte qu'il 
persistait plus que jamais dans son opinion. Mais il avait témoi- 
gné déjà que la matière était ingrate et assez peu intéressante ; 
il engageait le Père Texte à n'y plus revenir, et à traiter quelque 
autre sujet, par exemple à expliquer pourquoi les prêtres domi- 
nicains sont dans l'usage de se communier de la main gauche 4 . 
Les lecteurs du Mercure s'y intéresseraient plus qu'à des redites 
sur la question qu'ils avaient assez entendu débattre. Pour lui il 
croyait leur être agréable en leur apprenant qu'il avait vu dans la 
petite église de Garches une inscription constatant qu'elle avait été 
fondée en l'honneur de saint Louis le vendredi après Reminiscere 
de l'an 1297 (vieux style) 5 , et que par conséquent les frères Prê- 
cheurs d'Évreux revendiquaient à tort pour leur église l'honneur 
d'avoir été , la première en France , dédiée au nom du saint roi. 
En décochant ce trait de Parthe au Père Texte avant de quitter 
le champ de bataille, l'abbé Lebeuf n'était peut-être pas bien ins- 
piré. Il croyait être certain que l'église des Dominicains d'Évreux 
avait été dédiée au plus tôt en 1299, ainsi que semble l'annoncer 
le titre d'une relation de miracles, réimprimée de nos jours dans 
le vingtième volume des Historiens de France (p. 41). Mais, quoi- 
qu'il semble possible et naturel de rapporter à la dédicace de 
l'église la date qui termine ce titre, cette date désigne réellement 

1. P. 429. 

2. Mercure de juillet 1738, p. 1480 à 1491. 

3. Mercure d'août 1738, p. 1746 à 1755. 

4. P. 1750. 

5. P. 1751 ; cette date désigne le 7 mars 1 298. 



123 

le temps où les miracles sont arrivés. En effet, le manuscrit latin 
10872, qui est des premières années du quatorzième siècle, con- 
tient une vie de saint Louis et une relation de miracles divisée 
par leçons, où l'on voit que le mercredi 30 avril 1298, quinze 
jours avant l'Ascension (qui en cette année tombale 15 mai), un 
enfant noyé fut porté à l'église des frères Prêcheurs d'Évreux, nou- 
vellement dédiée * . Du moment où il est prouvé que cette dédi- 
cace est antérieure au 30 avril 1298, il est bien possible aussi 
qu'elle ait été faite avant le 7 mars 1298, date de la fondation de 
l'église de Garches. Mais j'abandonne cette question qui n'est pas 
de mon sujet, pour faire observer que le même manuscrit men- 
tionne aussi la naissance de saint Louis à Poissy, apud Pysiacum 
ubi prœdictus sanctus exstitit oriundus' 2 . C'est donc un témoi- 
gnage de plus qu'il faut ajouter à ceux qu'avait invoqués le dé- 
fenseur des Dominicains d'Évreux. 

Cette controverse, malgré le retentissement qu'elle avait eu, 
ne tarda pas, comme bien d'autres, à être complètement oubliée. 
En 1767, un des correspondants de dom Grenier, M. Lemoine, 
lui annonçait avoir fait une découverte relative au lieu natal de 
saint Louis : « Quoique les savants, disait M. Lemoine, aient dé- 
« cidé en faveur de Poissy, je vais vous citer des actes qui, si je 
« ne me trompe, demanderaient la réformation de ce jugement.  
Ces actes n'étaient autres que les lettres patentes de Louis XI et 
de Henri IV, qui venaient d'être découvertes pour la seconde 
fois. Le mémoire de M. Lemoine a été publié de nos jours par 
la Société d'archéologie du département de la Somme 3 . Plus 
récemment, M. Ledicte Duflos , dans un mémoire sur les vitraux 
peints de l'arrondissement de Clermont, signalait à la pointe su- 
périeure de l'une des fenêtres de l'église de la Neuville-en-Hez, 
« un saint Louis en graud costume de roi , dont la présence à 
« ce point élevé , indique nécessairement, dit-il, que la verrière 
« détruite rappelait les principaux actes de la vie de ce saint per- 
« sonnage, qui ne pouvait pas manquer de trouver une apo- 
« théose dans l'église de la commune où il était né le 25 avril 
« 1215, et dont il a été constamment le bienfaiteur 4 . » On voit 



1. Fol. 72, c. 

2. Fol. 72, a. 

3. T. I, p. 274 et 275. 

4. Mémoires des antiquaires de Picardie, t. X, 1850, p. 105 et 106. 

9. 



124 

que le paradoxe soutenu par l'abbé Lebeuf conserve encore des 
partisans, et qu'il n'est pas superflu de le combattre par quel- 
ques arguments nouveaux. 

On ne doit pas s'étonner que M. Ledicte Duflos ait répété, sur 
l'autorité d'un tel critique, que saint Louis était né à la Neuville- 
en-Hez, et qu'il avait été constamment le bienfaiteur de cette 
commune. Mais, quand une fois on a reconnu comment l'abbé Le- 
beuf s'est trouvé amené à soutenir cette opinion, pour laquelle il 
s'était trop pressé de prendre parti, on a le droit d'appeler de ses 
ugements et d'en examiner de près les motifs. 11 admet que les 
chartes où saint Louis, en considération de sa naissance à la Neu- 
ville, accordait aux habitants une exemption d'impôts, ont péri 
malheureusement dans le siège qui fut soutenu au commence- 
ment du règne de Henri IV; mais il y a plusieurs motifs de re- 
jeter cette hypothèse. On peut se demander d'abord comment, 
les lettres de saint Louis périssant dans ce siège , celles de 
Louis XI ont pu se conserver. On s'explique plus difficilement 
encore pourquoi les chartes de saint Louis, existant jusqu'à la fin 
du seizième siècle, n'ont pas été vidimées, ou au moins alléguées 
plutôt qu'un simple ouï-dire, dans les actes où Louis XI relate 
la naissance de sou illustre prédécesseur à la Neuville. Enfin on 
ne comprend pas pourquoi elles n'ont pas été transcrites dans ce 
cartulaire que l'abbé Lebeuf a vu à la Bibliothèque du roi, et qui 
s'y conserve encore sous le n° 4663 du fonds français. J'y ai bien 
trouvé deux chartes de saint Louis concernant la Neuville-en- 
Hez, mais ce sont des confirmations de dons faits, avant sa nais- 
sance, au chapelain du château et au prêtre de la paroisse 1 . Faut -il 
croire que les chartes qui intéressaient le plus les habitants de la 
Neuville soient précisément celles qui, par une malheureuse coïn- 
cidence, ont péri dans le siège du château après avoir été ou- 
bliées par le rédacteur du cartulaire ? C'est là une concession 
qu'on peut sans scrupule refuser à l'abbé Lebeuf, parce qu'on est 
assuré qu'il ne l'aurait pas faite au Père Texte. 

Je ne lui accorderai pas davantage que les mots oriundus et 
origo doivent s'expliquer autrement qu'on ne les comprenait dans 
tous les autres textes du temps. Aux nombreux exemples cités 
dans le Mercure de France, j'en ajouterai un seul, tiré du Con- 
tinuateur de Guillaume de Nangis, qui raconte que Philippe le 

1. Fol. 93 ! I 115. 



1 25 

Bel, atteint de sa dernière maladie, se fit transporter à Fontaine- 
bleau, où il était né. Comment exprime-t-il cette pensée? « Tan- 
dem a suis apud Fontem Bliaudi, unde et oriundus, se deferri 
praeccpit '. » Le Continuateur de Gérard de Frachet dit, dans le 
passage correspondant, unde fuerat oriundus 2 , et Jean de Saint- 
Victor, ubi natus fuerat 3 . Donc le texte déjà cité de Guillaume 
de Chartres (de Carnotensi diocesi oriundus) signifie que saint 
Louis était né dans le diocèse de Chartres, c'est-à-dire à Poissy; 
donc le lieu de son origine dans la charte de Philippe le Bel si- 
gnifie le lieu de sa naissance. Donc enfin, lorsque le propre fils 
de saint Louis, Robert, comte de Clermont et sire de Bourbon, 
constituant une dot à sa fille Marie, religieuse à Poissy, déclare, 
dans une charte authentique du mois d'août 1*299, que ce mo- 
nastère a été fondé par Philippe le Bel pour honorer la mémoire 
du saint confesseur, originaire de ce lieu (apud Poissiacum ubi 
Chrisli confessor extilit oriundus), il faut bien admettre avec 
M. Huiliard-Bréholles, qui a fait valoir, le premier, ce texte im- 
portant, que Robert de Clermont désignait par là d'une manière 
incontestable le lieu où il savait pertinemment que son père était 
né 4 . Que peuvent contre de pareils textes les lettres patentes de 
Louis XT disant qu'on lui a affirmé que saint Louis est né à la 
Neuville? Un ouï-dire recueilli en 1468 doit-il obtenir plus de 
créance que le témoignage des contemporains ? 

Mais, dira-t-on, puisque l'abbé Lebeuf, à tort ou à raison, atta- 
chait un autre sens aux mots oriundus et origo, il vaudrait mieux 
lui opposer un texte qui dise expressément que saint Louis est 

1. Hist. de Fr., XX, p. 611, e. 

2. Ibid., t. XXI, p. 42, d. 

3. Ibid., p. 659, /. 

4. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 4 e trim. 1859, p. 176. Le 
même savant tire de cet acte une autre conclusion, c'est que la fondation du prieuré 
de Poissy ne peut se reculer jusqu'en 1304, puisque dès 1299 on y admettait des re- 
ligieuses, il a bien voulu m'indiquer, à l'appui du môme fait, une pièce des Olim 
(t. II, p. 447), constatant que le 21 décembre 1300, Philippe le Bel accordait au prieur 
de Saint-Germain-en-Laye un dédommagement pour une diminution de dîme causée 
par la fondation récente du monastère de Poissy. J'ai donc été induit en erreur 
quand j'ai pris à la lettre, dans la charte de 1304, le mot fundare, qui doit s'enten- 
dre seulement de la dotation plus ample d'une maison existant déjà depuis quelques 
années (Voyez Hist. de Fr., t. XXI, p. 635, n. 8 et 972). Il y a d'autres exemples de 
chartes du même genre qui se sont conservée», comme Charles de fondation, dans 
es archives des établissements dont elles avaient s ulement accru les revenus. 



126 

né à Poissy. Ce texte existe, et il est assez clair pour justifier 
la liberté que j'ai prise de combattre les opinions d'un savant 
qu'on trouve si rarement en défaut. Jean de Saint-Victor, qui écri- 
vait sous le règne de Philippe le Bel, parle en ces termes de la 
construction du monastère de Poissy commencée par ce prince en 
1298 : « Tune Philippus, rex Francorum, in honore sanctiprae- 
dicti Ludovici, avi sui, fecit apud Possiacum, ubi idem sanctus 
Ludovicus natus fuerat, aedificari monasterium egregium et famo- 
sum multis sumptibus et opère laborioso, ibidemque posuit so- 
rores de ordine Praedicatorum 1 . » 

Jean de Saint- Victor confirme donc en termes non équivoques 
ce que Bernard Guidonis a dit dans sa Notice sur l'état de son 
ordre en 1303, et ce qu'il a répété plus tard dans un autre opuscule 
qui aurait pu être cité pour éclairer cette discussion. En dédaignant 
ce témoignage, l'abbé Lebeuf oubliait que, si les chroniqueurs du 
moyen âge manquent souvent de discernement, il en est du moins 
qui se recommandent par l'exactitude et le désintéressement, qua- 
lités dignes d'estime, qui conduisent presque toujours à la vérité, 
et sans lesquelles les plus savants tomberaient nécessairement dans 
l'erreur. C'est ce qui est arrivé à l'abbé Lebeuf dans cette con- 
troverse où, contre son habitude, il a si mal employé les ressour- 
ces de sa dialectique. 

Il est cependant une objection qu'il était autorisé à faire, et a 
laquelle je dois répondre en terminant. « Je veux pour un mo- 
« ment, disait-il 2 , que Guidonis soit un bon auteur. Il a écrit 
« une vie de saint Louis ; pourquoi ne dit-il pas dans cette vie 
« que ce saint est né à Poissy ? » C'est parce que cette vie , la 
seule qui ait attiré l'attention de l'abbé Lebeuf, fait partie de la 
chronique principale où, selon la remarque judicieuse de Bré- 
quigny 3 , Bernard Guidonis a copié jusqu'en 1277 Martin Polo- 
nais. Au contraire, il avait pu se procurer d'autres renseignements 
quand il rédigeait, en 1303, sa Notice sur l'ordre de Saint-Domi- 
nique. Ayant à parler de la fondation récente du monastère de 
Poissy, il avait dû naturellement recueillir quelques détails de 
plus sur la personne de saint Louis. Après les avoir relatés dans 
cette Notice, il les a de nouveau mis en œuvre dans la courte 

1. ffist de Fr., t. XXI, p. 635, e. 

2. Mercure d'août 1738, p. 1749. 

3. Notices des manuscrits, t. II, p. 17. 



127 

composition que j'ai citée plus haut, et qu'il a insérée dans la 
quatrième partie de son Spéculum sanctorale sous le titre de 
Brevis chronica de progresm temporis sancti Ludovici. Or cette 
portion du Spéculum sanctorale, qui remplit le manuscrit latin 
5400, n'a été achevée qu'en 1329, comme le prouvent les remercî- 
ments adressés à l'auteur, le 21 juillet, par le pape Jean XXII, 
pour l'exemplaire qu'il venait de recevoir 1 . On sait d'ailleurs 
que Bernard Guidonis avait été chargé, dix ans auparavant 2 , de 
négocier la paix entre la France et la Flandre ; il avait donc été 
en position d'obtenir, et à la cour de Philippe le Long, et au mo- 
nastère de Poissy, les détails les plus exacts sur tout ce qui se 
rattache à la naissance de saint Louis. Voilà pourquoi j'ai atta- 
ché une importance toute particulière à son témoignage; c'est en- 
core ce qui m'engage à citer comme dernière preuve et comme 
résumé de ce mémoire le début de l'opuscule inédit où il a pu 
consigner le résultat de ses plus sûres informations. 

« Beatus Ludovicus rex Francorum illustris, hujus nomi- 
« nis IX US , alterius Ludovici régis, viri justi, et reginae Blanchœ 
« nomine filius , natus fuit , in gaudium, homo in mundo apud 
« Pissiacum, in festo sancti Marchi, anno Domini m°cc xiiii°. » 
(Ms. lat. 5406, fol. 155.) 3 

i. Fol. 1 du ms. 5406. 

2. Hist. de Fr., t. XXI, p. 730, n. 3. 

3. Puisque ce mémoire est destiné à déterminer avec plus d'exactitude quelques 
détails qui se rattachent à la naissance de saint Louis, il ne sera pas hors de propos 
de faire connaître ici le nom de sa nourrice. Cette particularité a été découverte par 
M. Huillard-Bréholles, dans un mandement de la chambre des comptes, adressé le 
31 août 1397, au vicomte d'Orbec, et portant que Jourdain Dujardin, héritier de 
Marie la Picarde, nourrice de saint Louis, jouira de la scrgenterie de Chambrois 
donnée à ladite Marie et à ses héritiers. (Archives de l'Empire, K, 54, n° 42.) 



NATALIS DE WAILLY. 



ADVIS 



ISABELLE DE BAVIÈRE. 



MÉMOIRE POLITIQUE ADRESSÉ A CETTE REINE VERS 1434. 



Le document que nous publions ci-après n'est pas seulement 
inédit * ; il y a, dans le texte dont il se compose, de quoi étonner le 
lecteur et le critique. Le titre qui précède se lit en lettres d'or sur 
le dos du ms. fr. 1223 de la Bibliothèque impériale , relié depuis 
peu de temps. Notre premier mouvement, en parcourant ce mé- 
moire politique, a été de révoquer en doute l'exactitude de cette 
attribution, tant il y a peu d'harmonie, comme on le verra bientôt, 
entre la portée morale de ce document et la mauvaise renommée 
de celle à qui le mémoire est adressé. 

Mais cette hésitation n'a pas tardé à cesser dans notre esprit. L'at- 
tribution donnée est parfaitement exacte, et nous devons tout d'a- 
bord en exposer les motifs ou fondements. 

Le mémoire en question se compose de 15 feuillets d'un parche- 
min de choix, de la dimension de nos in-4° (hauteur 29 cent, sur 
21 de largeur environ). La rédaction est française ; l'écriture, nette 
et soignée, est enrichie d'initiales et lettrines ornées. En un mot , 
quant à l'aspect matériel, nous ne nous figurerions pas autrement 
un placet ou mémoire destiné à être mis, au quinzième siècle, sous 
les yeux de l'ex-reine Isabelle. Ce document paraît être demeuré de 
tout temps dans la librairie des rois de France. Ainsi l'atteste une 

1. J'en dois la connaissance à mon excellent confrère, M. P. Meyer, qui a eu ré- 
cemment l'obligeance de me le signaler. 



129 

série d'inscriptions el de cotes, qui servent à remonter l'échelle des 
temps jusqu'aux plus anciennes traces de ce genre, lesquelles ne 
commencent à se régulariser, comme signes administratifs, que de- 
puis Charles VIII '. 

Quant aux preuves intrinsèques, elles sont évidentes. Henri V est 
mort; le mémoire s'adresse à la mère du roi; il fait allusion au 
connétable. . . Ces seules données suffisent pour exclure toute autre 
attribution possible que celle dont il s'agit. 

Ce document contient une suite de conseils offerts à la reine mère 
pour être transmis au roi Charles VII. Ils tendent tous à tirer le 
royaume de l'état presque désespéré où l'auteur constate que ce 
royaume est tombé. Pour faciliter les renvois auxquels nous devons 
nous-même et dès à présent recourir, nous avons ajouté un numéro 
d'ordre à chacun des 106 alinéas ou item que renferme cet opus- 
cule. 

Mais, avant d'entrer dans l'appréciation de l'œuvre, essayons de 
résoudre les questions qui tout d'abord se présentent à la pensée. 
A quelle époque et par qui ce mémoire a-t-il été rédigé? Une lecture 
attentive de ce document ne fournit, du moins pour nous, aucun 
moyen absolument précis de répondre à ces deux demandes. Mais 
nous pouvons aboutir d'une manière approximative, et voici par 
quelle voie nous procéderons. 

Il est fait allusion, dans le préambule, aux pilleries, toujours im- 
punies, des gens de guerre : « Le roy, y est-il dit, cognoist et aper- 
çoit comment il a esté déçu ou temps passé... et veut doresnavant 
vivre par bon conseil. » L'auteur propose de prendre avis des trois 
États du royaume. Ces différents synchronismes sont bien vagues et 
peuvent s'appliquer à divers temps. Je pense toutefois qu'ils convien- 
nent particulièrement à l'époque où Charles VII venait de se séparer 
de La Trimouille, ou mieux, pour être plus exact, à l'époque où le 
connétable et d'autres venaient de séparer La Trimouille du roi, par 
l'enlèvement de ce favori. La Trimouille fut enlevé au mois de juin 
1433, et peu après eut lieu une nouvelle convocation des états géné- 
raux. Nous inclinerions à penser que la rédaction de ce mémoire dut 

1 . Voici le relevé de ces cotes par ordre chronologique de leur iusertion : « Traicté 
à Madame la Régente pour le gouvernement de la maison du Roy et du royaulme 
de France. — Madame la Régente estoit Ysabel de Bavière, royne de France et 
mère du roy Charles Septième. Articles pour le gouvernement du Royaume. — 
N" MCCCXCVI. —(Timbre du roi : Bibliothecx regiae, 17 e siècle.)— 7424. — 1007, 
et enfin la cote actuelle : « 1223 Fr. » 



130 

suivre à courte distance l'explosion de cet événement, ou de ce coup 
demain politique. Orlsabeau de Bavière mourut le 29 septembre 
1435 *. Ainsi donc, si nos indications étaient adoptées, le point 
chronologique à fixer atteindrait une suffisante précision. 

Mais nous sommes beaucoup plus incertain, beaucoup plus em- 
barrassé pour le dernier point du problème, qui est la question 
d'auteur. L'ouvrage est anonyme. Or, si l'on considère qu'Isabelle 
était tenue en chartre privée par ses alliés et protecteurs les An- 
glais; si l'on considère la situation politique où elle se trouvait : 
entre ses maîtres, d'une part, et son fils, de l'autre; on s'expliquera 
aisément que cette production ne porte pas avec elle le nom de ceux 
à qui elle est due 2 . Au sein de l'obscurité qui nous entoure, nous 
devons opérer d'abord par tâtonnement et par élimination. 

Dans le § 10 et autres, l'auteur présente des critiques et propose 
des mesures très-judicieuses et très-fondées sur la gestion adminis- 
trative des deniers publics. Il signale, avec beaucoup d'à-propos et 
de vivacité, les inconvénients qui résultent de confier de pareils 
emplois à des ecclésiastiques séculiers, qui, ayant charge d âmes, 
négligent le ministère sacré pour des emplois profanes, et qui, de 
plus, s'abritant sous leur caractère inviolable, n'offrent aucune ga- 
rantie de la probité ni de la régularité de leur administration. L'ob- 
servation de l'auteur est donc très-juste. Mais il y a lieu de penser, 
par cette observation même, qu'il n'était pas un de ces prélats de. 
cour, qui abandonnaient ainsi leur diocèse et leurs ouailles pour 
courir après la fortune, dans les emplois publics. 

Cependant l'auteur était clerc et très au courant de la politique. 
Ces deux traits de signalement se dessinent pour ainsi dire à chaque 
ligne du mémoire. Ils s'accusent néanmoins d'une manière plus vive 
et plus marquée dans les §§ 30, 44, 54, 62, 66, 70, 71, 88, 91 et s. 
Isabelle, sur la fin de ses jours, vivait très-sobrement et très-retirée. 
Cependant elle était visitée de quelques bourgeois et bourgeoises 
de Paris ; gens de bien, de poids et d'expérience, qui avaient le culte 
de l'infortune ; cœurs fidèles qui n'abandonnaient pas cette reine si 
abandonnée, cette reine, bien coupable sans doute, mais écrasée 
par le destin, par l'expiation et par l'adversité. Elle avait notamment 
autour d'elle des clercs dont quelques-uns appartenaient aux ordres 



1. Voyez Histoire de Charles VU, t. II, p. 306, 307, 347. 

2. An § 12, ci-après, remarquer ces mots : « Et on trouvera bien qui secrètement 
leur dira. > 



131 

religieux; ce qui ne les empêchait pas, même sans violer leur règle, 
de se mêler très-activement à toutes les affaires et de s'y employer 
quotidiennement. Plusieurs de ces conseillers figurent nominative- 
ment dans le testament de cette princesse et lui rendirent les der- 
niers devoirs à Saint-Denis. Je ne serais pas étonné que l'un de ces 
docteurs en l'Université fût l'auteur de ce mémoire. Voy. ci-des- 
sous, note du § 12 et à la fin du présent mémoire. 

Ainsi, comme on le voit, des conseillers de cette reine l'entrete- 
naient du roi Charles VII, des intérêts du royaume; ils lui soumet- 
taient des vues relatives à cet objet; — comme si la veuve de 
Charles VI était reine encore ; comme si son influence devait encore 
peser d'un poids efficace sur les affaires publiques ! Et cependant 
Isabelle, rationnée, reléguée dans un coin du palais, où jadis elle 
était vraiment reine, Isabelle tendait la main, pour vivre, aux oppres- 
seurs d'un royaume qu'elle-même leur avait livré 1 . Paris était an- 
glais. Elle était la sujette d'un enfant de dix ans, son petit-fils, né 
d'un père étranger. Elle venait de signer un testament dans lequel 
elle reconnaissait ce gouvernement. Mais comment aurait-elle pu 
légalement se soustraire à ce mensonge ? Ce n'est pas la duplicité, 
mais le martyre ou le supplice (supplice mérité si l'on veut), qui 
donne le mot de la situation. N'oublions pas qu'Isabelle, après tous 
ses torts, mourut de joie à la nouvelle du traité d'Arras qui mettait 
fin à la domination des Anglais 2 . 

L'auteur de ce mémoire paraît avoir été mieux instruit de ce qui 
se passait à Paris, à la cour de Henri V ou de Bedford, et même à 
la cour de Jean II, roi de Castille, et encore à la cour d'Aragon, que 
de ce qui se passait auprès de Charles VII. Cette ignorance relative 
enlève un grand prix à la valeur de ce mémoire, inspiré toutefois 
d'un bout à l'autre par de louables intentions. La critique du con- 
seiller tombe rarement juste, et ses avis, même les plus sages, ont 
plus d'une fois le caractère de lieux communs 3 . 



1. Lettres du roi d'Angleterre du 11 janvier 1433 (N. S.)- Henri VI autorise son 
aieule, Isab. de Bavière, à acheter 40 quartiers de blé dans les comtés de Kent, 
Surrey et Suffolk, et à les faire venir par eau à Paris. Rymer, Fœdera, gr. édition, 
tome IV, partie iv, page 189. 

2. Voy. l'opuscule intitulé : Isabeau de Bavière, Paris, 1859, in-8, et l' Histoire 
de Charles VIT à la table : Isabelle de Bavière. Paris, à cette époque (vers 1433), 
était sur le point d'échapper aux Anglais. Sur leur situation politique, voy. Hist. de 
Charles VII, t. II, p. 331 et suivantes. 

3. § 12, 18, 100 et passim. 



132 

Beaucoup de ces conseils furent suivis par le roi ; niais nous 
sommes bien éloigné de penser que la réforme de Charles VII soit 
due, pour la plus légère part, à notre moraliste anonyme. Je doute 
fort que le vœu par lequel il termine son écrit se soit jamais réalisé, 
et que ces conseils aient été mis sous les yeux du roi de Bourges, du 
moins tant que vécut Isabelle. La reine en effet, dès 4418, au mo- 
ment où son fils s'éloignait de Paris, tenta un dernier effort pour 
ressaisir, sur ce prince, une influence, qui lui échappait avec la per- 
sonne même de l'héritier du trône. 

Les événements qui survinrent ensuite créèrent une distance de 
plus en plus grande entre Isabelle et Charles VII. Non pas qu'une 
mortelle inimitié, comme on l'a trop dit, animât l'un contre l'autre 
le roi et sa mère. Mais les conseillers du prince et les ministres de 
sa politique élevaient autour de lui un rempart, auquel les familiers 
d'Isabelle nous semblent avoir dû être tout à fait impuissants à faire 
brèche. Nous pensons donc qu'en fait et immédiatement, ce factum 
politique demeura complètement stérile. Il n'en porte pas moins en 
lui-même un intérêt réel. 

Parmi ses vues politiques, il en est une qui a particulièrement ex- 
cité notre attention : c'est celle qui a trait aux états généraux. Ce 
remède suprême avait été compromis par l'abus qui en avait été fait. 
Le gouvernement anglais, à cet égard, s'était, conduit avec plus de 
sagesse et d'habileté que ne le firent les politiques Armagnacs ou 
Bourguignons, et surtout, la vérité nous oblige à le dire, que ne le 
firent les Armagnacs. Henri V et Bedford respectaient dans les états 
généraux, même annuels, une institution qui, chez les Anglais, 
avait pris racine et produisit de tout temps des fruits si importants. 
Charles VII, témoin de la dissolution dans laquelle cette institution 
était tombée dans notre pays, la laissa périr volontairement, au lieu 
de la relever. L'auteur du mémoire, en ce point comme en quel- 
ques autres, se montre un élève de l'école anglaise. Les premiers 
paragraphes de son écrit renferment, sur ce sujet, des développe- 
ments qui décèlent une sorte d'imagination poétique et qui attache- 
ront certainement la curiosité du lecteur. 

Notre confrère M. Deprez, archiviste-paléographe, attaché au dé- 
partement des manuscrits de la Bibliothèque impériale, a bien voulu 
prendre la peine de transcrire in extenso ce manuscrit et d'en éta- 
blir le texte pour l'impression. Il l'a fait avec le soin et l'exactitude 
qu'on devait attendre d'un paléographe instruit, consciencieux et 
exercé. C'est donc à lui que revient tout le mérite de l'œuvre, et 



133 

nous nous plaisons à lui rendre publiquement juslice en lui en rap- 
portant tout l'honneur. 

On trouvera ci-après ça et là quelques notes, que nous avons cru 
également devoir ajouter à ce texte. Nos lecteurs les compléteront 
en y joignant à leur tour les nombreux commentaires que suscitera 
de leur part ce curieux document. 

A. V. 

Advis a Isabelle de Bavière. 

Très excellent et puissant princesse, et nostre très redoubtée 
dame, mère de nostre souverain seigneur le roy, en laquelle il 
et nous tous ses subgiez avons espérance d'estre relevée la ruync 
et desolacion du royaume, qui y a esté, depuis aucun temps 
ença, et encores est ; et pour commencer bonne manière de gou- 
verner le dit royaume, d'ores en avant, et maintenir Testât du 
roy, comme il appartient, au plaisir et loange de Dieu, à l'on- 
neur du roy, en resjoissant le clergé, les barons et nobles, et 
autres habitans du dit royaume, au proufit de la chose publique 
dïcelui, et pour oster les pilleries et autres énormes et abhomi- 
nables crimes chascun jour perpétrez sur le povre peuple, sans 
cesser, en quoy aucune justice n'en a esté ne est faicte, par la 
faulte et lâcheté de ceulx qui ont gouverné, d'ont est à craindre 
et à doubter, se nous ne nous amendons, que Dieu, par sa droicte 
justice ', ne face translacion ou subversion d'icelui royaume, et 
le mecte en puissance de gens ayans Dieu en amour et en crainte, 
qui aient charité et vraye dilection tele que [i]l apartient à sei- 
gneur avoir envers ses subgiez, et aussi, pour donner vraye 
cognoissance aus trois estaz d'icelui royaume de la bonne vo- 
lenté, entendement et yniagïnacion que le roy a, qui, de présent, 
cognoist et aperçoit comment il a esté deceu ou temps passé, 
pour y remédier, et veult d'ores en avant vivre par bon conseil, 
ainsi que ont fait ses progeniteurs, roys de France, et mener sa 
juste guerre, que il a, de présent, par bonne discrecion, selon le 
conseil diceulx troys estaz, en distribuant la finance des sub- 
giez de son obédience par bonne et discrète manière, et comme 



1. Argument souvent allégué par Alain Chartier et autres auteurs français, qui ont 
écrit pour déplorer la situation du royaume; argument revendiqué d'autre part, à 
son profit, par Henri V, et par ceux qui dominaient ce royaume. 



134 

il appartient, en tel temps piteable et misérable, en quoy * nous 
sommes, qui avons nous retourner à Dieu, plaindre noz péchiez, 
et autrement en plus grande charité amer et gouverner nostre 
peuple, comme Dieu le commande, est pure nécessité, selon les 
sainctes escriptures de prandre et tenir en gouvernement la 
forme et manière qui s'ensuit. 

1 . Premièrement est à pressuposer que, par les troys estaz du 
ciel, c'est assavoir, par les trois personnes de la vraye Trinité, 
le Père et le Filz et le Saint Esperit, un seul Dieu, une vraye 
simple essence et unité, fut ordonnée une belle et bonne com- 
paignie de sains anges, que on appelle gerarchie, qui est tri- 
ple ; et en chascune partie d'icelle triplicité a troys ordres, c'est 
assavoir : en la première partie d'icelle triplicité sont les séraphins, 
chérubins et les trônes, en la seconde sont les dominacions, 
principautés et puissances, en la tierce sont les vertus, ar- 
changes et anges. Et ceste gerarchie ou compaignie de sains 
anges et de sains esperis fut ordenée, par Dieu, pour le gouverne- 
ment de l'umain lignage; et ont lesdiz anges leurs ordres et of- 
fices séparés ou gouvernement des hommes, pour les adrecer, et 
juger de leur estât; et, après le jour du jugement, cesseront 
leur offices, ne n'en sera plus mestier, comme il est escript ou 
Livre de sentences. Et soit noté que en la première partie de la 
dicte triplicité sont, comme dit est, les séraphins, chérubins et 
trônes ; et sont iceulx qui continuelment font les jugemens de 
Testât des hommes; et se interprète seraphim ardent charité en 
amour de Dieu; et chérubin se interprète plénitude de toute 
science, et trônes sont interprétés sièges et repos de vray juge- 
ment, par vraye charité, et par plénitude de toute science a 
et cognoissance fondées sur souveraine raison, que on appelle 
sinderesis (sic), avec sintille 3 de vraye conscience, par quoy la 
justice se actrempe d'équité; et la justice aucune foiz se monstre 
et se exalte par miséricorde 4 . 

2. Item, que les hommes sont faiz à la semblence de Dieu et 

1. Ici commence le f° t v°, du ms. 1223. 

2. F°2. 

3. Scintilla, étincelle ; terme ou métaphore consacrée dans la langue et dans les 
écrits des théologiens de l'époque. 

4. Sur la hiérarchie céleste, voyez le Livre des Saincts Anges, compilé par 
Frère François Eximenes. (Ouvrage latin composé par Fr. Ximenès, évéque d'Elne 
en 1409, et traduit en français) -, Lyon, Guill. Leroy, i486, in-fol. goth. fig; 



135 

ont esperit perpétuel ; et reluit la vraye Trinité de Paradis en 
leur dit esperit, en raison, mémoire et bonne volonté, lesquelx 
troys choses sont un seul entendement, en trois personages; et 
se doivent les hommes en ce monde, qui sont princes, rigler en 
tout gouvernement de justice et autre selon la forme et manière 
que Dieu a rais au gouvernement pour le fait des hommes establi 
ou ciel, c'est assavoir, que les seigneurs princes terriens en 
justice et en autre gouvernement se doivent gouverner au regard 
de leurs subgiez par seraphim, c'est assavoir, par vraye charité et 
dileccion que ilz doivent avoir à leurs subgiez, pour révérence 
de Dieu, qui leur a baillé le peuple en gouvernement, non mie 
comme bestes mues, mais comme leurs frères et pareulx à eulx, 
en forme et matière, et comme seroient chanoines d'une église 
soubz un evesque. Et si se doivent gouverner lesdiz princes par 
chérubin , c'est assavoir, par plénitude de sciences, et doivent 
avoir près d'eulx les meilleurs clers que ilz pourroient finer 
preudommes, et non promovoir gens ignorans les sciences, car 
ilz sèment trop d'erreurs et grèvent tout le bien publique. Et si 
doivent gouverner les hommes princes leurs subgiez par trônes , 
c'est assavoir, par gens ayans paix et repos de bonne raison ou 
siège de leur entendement, bien choisie et nectoiée de toute ob- 
jeccion par bonne équité et sintille de vraye conscience 1 , et par 
clémence et miséricorde exaltans justice, quant le cas s'i afûert 
et le requiert. 

3. Item, que tout ainsi que lesdiz sains esperiz qui sont eu 
Paradis continuelment font saincte justice et continuelment exor- 
tent, conseillent, advisent et adrecent les esperiz des hommes 
estans en monde, sans cesser, pour leur salut acquérir, ainsi 
doyvent les roys et princes continuelment et diligenment garder 
justice et bien gouverner leurs subgiez, comme s'ilz estoient leurs 
propres enfans .ou frères, car leurs frères sont ilz tous, venuz 
d'Adam, et en Paradis seront eulx frères en joye pardurable, 

4. Item, et est vray que, ou gouvernement d'un prince ou 
d'un roy, ou ciel de son entendement doyvent luyre trois pla- 
nètes continuelment, sans cesser, c'est assavoir, vérité, doctrine 
et justice; et autrement se vérité, doctrine et justice n'estoient 
en la volenté du roy, et, si ne les executoit réaiment et de fait, 



i. F°2V°. 



136 

il ne seroit mie dit roy, mais seroit nommé tyrant, et se dampne- 
roit perpetuelment. 

5. Item, est à advertir que le roy de présent ne se puet mie 
gouverner si amplement, comme eust peu faire son père, cui 
Dieu perdoint, car son dit père joïssoit de tout son demaine, et 
le roy de présent a peu de terre de son royaume, dont le peuple 
lui soit obedient, et encores moins ara, se il ne se gouverne 
sainctement et justement, et autrement que il n'a esté gouverné 
jusques cy ; et, par faulte du demaine qui est donné en grandes 
parties, fault que le roy prengne sa despense sur tailles et aides, 
qui est piteuse chose 1 . Et, quant le peuple, qui est pillié et robe 
et est mal gardé en justice, ne pourra ou vouldra 2 plus riens 
paier ou s'enfuyra hors du royaume, le roy n'ara de quoy 
fournir sa despense, et, par faulte de gouvernement, seroit en 
adventure de perdre son royaume. 

6. Item, et pour ce fault et est de pure nécessité, de présent, 
de mectre sus une très gracieuse manière de gouvernement, 
tant en prompte et roide justice, et la exécuter de fait, car pa- 
role ne souffist mie, comme en autre gouvernement ; et que on 
garde le peuple d'estre pillié, ou autrement le roy ne se pourra 
aider de finance venant du peuple, et, par conséquent, n'ara de 
quoy faire sa despense, ne poursuir sa juste guerre. 

7. Item, et pour condescendre à la manière que, pour le pré- 
sent, le roy a à tenir , il est de pure nécessité de modérer son 
estât et les estaz de ses officiers et familiers, et endurer la durté 
du temps, et soy humilier envers Dieu, luy crier mercy du mal 
gouvernement que on a eu, ou temps passé, et des maulx faiz 
sur le peuple, par le pechié du dit mal gouvernement et defaute 
de execucion de justice, et de l'abus de la distribucion des fi- 
nances venaus du peuple, baillées pour la seurlé et défense du 
peuple, mais distribuées autrement, comme chascun scet notoi- 
rement; et fault par bien vivre et par oroisons dévotes et au- 
trement impetrer la grâce de Dieu. 

8. Item, et fauldra que chascun, selon son estât, se rigle de 
vestemens, dechevaulx, et de toutes autres choses se restreingne, 

1. Ce paragraphe met à nu tout le système financier de l'État, sous Charles VIT, 
et la situation extrême où il se trouvait sous se rapport. La première mesure prise 
par le roi, pour réparer le mal, consista dans la grande ordonnance du 15 décembre 
1438, sur la restauration du domaine. Voy. Hisl. de Charles VII, tome II, p. 395. 

2. F 3. 



137 

et de demander au roy si gros dons de terres, de finances, que on 
a fait ou temps passé, car 1 aucuns mènent plus grant estât que 
ilz ne deussent et que ne valent, et, pour ce faire, tirent du roy 
assez plus de finances la moitié que ne deussent, et que leur 
service ne vault, ne requiert. 

9. Item, que toutes les finances soient emploiées en Testât et 
l'onneur du roy, et ou fait de la guerre, et que, sans faillir, les 
gaiges des officiers, tant de la guerre que de la justice, soient 
bien assignez et bien paiez, et que on cesse de faire dons de terres 
et de finances, sinon de finance où il sera nécessaire, pour l'on- 
neur du roy, en rémunérant ceulx qui notoirement très gran- 
dement aroient servi et proufité à l'onneur du roy et bien du 
royaume. 

10. Item, et seroit le bien du roy et du royaume de mectre 
gens de finance, comme commis receveurs et telz autres gens, 
bonnes personnes layes, mariés, riches et non mie povres, bien 
caucionnés à competens gaiges, sans leur faire dons, par chascun 
an, et que, durant ceste guerre, ilz en soient contens pour la 
petite revenue d'icelles finances que on lèvera, de présent; et 
que, ou fait des finances, ne soient plus mis gens d'église, et voi- 
sent servir Dieu et prier pour le roy, comme ilz y sont tenuz, 
afin que, qui y fera faulte le roy proinptement le puisse punir, 
et reprendre ce qui aroit esté mal pris ou à dire, et souffise à 
aucunes gens d'église ce qu'il i ont ou temps passé prins et 
pillié '-. 

1 1 . Item, seroit bien fait, se on trouvoit aucuns qui ou temps 
passé eussent du roy trop tyré de finance, plus que ne dévoient, 
par dons ou autrement, que on leur fist prester bonne finance, 
de présent, au roy 3 , car il en a bon mestier pour les gens 
d'armes, et seroit un droit jugement, où Dieu prandroit plaisir, 
de ce faire sur les gens d'église, qui laissent à servir Dieu pour 
eulx embroillier es finances du royaume, que ne appartient mie 
a leur estât * . 



1. F 3 v°. 

2. Ces observations critiques Rappliquent en plein et d'une manière particulière- 
ment notable à Guillaume de Cbampeaux, évoque duc de Langres, président delà 
cour des comptes et surintendant des finances. 

S. F 4. 

't. Le système des prêts forcés fut au nombre des expédients financiers employés 
II. {Sixième série.) 10 



138 

12. Item, faut remédier aus salaires des chevauchées, des 
embasseurs, et autres chevaucheurs qui prenent trop grau s sa- 
laires ; et y ont esté et sont aucunes foiz les finances moult inu- 
tilement despendues et perdues, et fault adviser à icelle despense 
modérer. Et sur ce soit advisée la manière de Espaigne et d'An- 
gleterre et d'Arragon, et en soit parlé à ceulx qui le scevent, et 
on trouvera bien qui secrètement leur dira l . 

13. Item, pour éviter les pilleries, fault ordonner que aucuu 
ne soit capitaine, aient (ayant) menée de gens, se le roy ou le 
connestable ne l'ordonne, et que on ne ordene aucun capitaine, 
s'il n'est homme bien choisi et esleu par grande élection, homme 
d'onneur, amant Dieu et le bien du peuple ; et que lui soit en- 
joinct que ne prengne avec luy que bonnes gens et desquelx il 
responde, et se charge de restablir ou faire restablir ce que ilz 
auroient pillié. 

14. Item, et de commander et enjoindre aux connestable, 
mareschaulx, admirai, maistre des arbalestriers et autres capi- 
taines, de estre diligens de faire justice, pour complaire à Dieu, 
et proufiter à la transquillité et paix du peuple, pour tousjours 
entretenir la bonne amour et leale subjection du peuple envers 
le roy. 

15. Item 2 , que on devroit adviser sur la diminucion des of- 
ficiers qui sont en trop grant nombre, et s'en passeroit on bien 
à moins que on ne fait ; et de tant que il y a plus d'officiers tant 
y a plus grande despense de gaiges et de dons et de autres des- 
penses, qui diminuent les finances grandement ; et doit on con- 
sidérer le temps de la guerre de présent, qui n'est mie pareil au 
temps de paix et de transquillité, et aussi que le roy ne joïst 
mie du proufit du tiers de son royaume, et, pour ce, ne doit mie 
tant despendre et tant avoir d'officiers, comme s'il tenoit paisi- 
blement tout son royaume entièrement, et lui doit, de présent, 



pendant tout le cours de cette période, aussi bien par les Bourguignons et par les 
Armagnacs, que par les Anglais. 

1. Ce paragraphe atteste, de la part de celui qui l'a écrit, une connaissance fami- 
lière des coutumes ou pratiques, usitées, au XV e siècle, de chancellerie à chancelle- 
rie. D'autres indications, ou des paragraphes analogues, n'auront pas échappé à l'in- 
telligence du lecteur. Ces divers traits ne semblent-ils pas désigner le chancelier 
même de la reine, comme étant l'auteur de ce mémoire, ou du moins un coopérateur ? 
Voy. note-appendice, à la fin de ce travail. 

2. F 4 v°. 



139 

souffire de avoir tel estât que avoit saint Loys ' , afin que il ait 
plus de finance pour fournir sa guerre. 

16. Item, que le roy saint Loys et les autres roys ancienne- 
ment avec les roynes ne faisoient que une maison et une des- 
pense, et n'y avoit que un chancellier, un grant maistre d'ostel, 
et troys ou quatre autres qui servoient par mois , et un escuier 
d'escuerie, et soubz Testât de la maison du roy on fornissoit 
Testât de la royne, sans superfluilé et sans nouveaulx officiers 
créer ou ordener pour la royne ; et est à eschever la superfluité 
d'officiers aujourduy et ou temps présent, pour tourner les fi- 
nances au fait de la guerre ; et est saincte chose, entre chris- 
tians, que la royne soit tousjours près du roy, acompaignée de 
bonnes dames et damoiselles aagées, discrètes, bien cogneues et 
approuvées saintes personnes, qui n'aient damoiselles ne valès 
ou escuiers, si non ceulx que le roy y mectra , par bonne et 
seure élection de bonnes personnes 2 . 

17. Item 3 , que ceulx qui en office servent en la maison 
du roy ne doivent mie avoir multiplicacion de variés, mais, selon 
leur estât; et si ne doivent mie leursdiz variés entrer partout 
où sont leurs maistres avec le roy, mais bien puessent requérir 
aus huissiers du roy que on appelle leurs maistres, pour parler 
à eulx dehors ; ne le roy ne se doit mie tenir si commun et si 
familier que chascun parle à luy qui veult, sinon, par son com- 
mandement et par le moyen des nobles seigneurs et autres grans 
officiers prouchains de luy ; et est une chose hors de police faire 
le contraire ; et ne soit rien allégué des choses du temps du feu 
roy son père, car pour lors les choses qui s'i faisoient ne sont 
mie à traire à conséquence 4 . 

18. Item, que pour le temps présent il seroitbon et expédient 
que le roy, en sa maison, se gouvernast comme le roy de Cas- 
telle et de Léon % et que il tint peu de gens en son tiné (tinel, 

1. Modèle perpétuel invoqué par les réformateurs du temps. Sous Charles VIII, 
l'administration de Charles VII fut invoquée au même titre. 

2. L'infraction dont se plaint l'auteur avait existé ou s'était introduite en faveur 
d'Isabelle elle-même, qui, du vivant de Charles VI, avait gouverné le rojaume et 
avait eu sa maison propre et son argentier. Quant à la reine Marie d'Anjou, elle n'en 
eut que plus tard, et, durant toute cette période de désastres, elle vécut personnelle- 
ment dans la plus stricte sobriété. 

3. F° 5. 

4. Le roi Charles Vil était bien loin d'être accessible à tout venant. 

5. Jean II, mort en 1454. 

10. 



état, train de maison) par despense cotidienne, et meist ses offi- 
ciers à gages pour emplir sa maison à matin et après (ligner 
pour les affaires qui lui pevent survenir chascun jour, et seroit 
l)on pour le roy retrancher la multitude de ses officiers, et se en 
passer à souffisance. 

19. Item,) que se aucun veuît faire une requeste au roy, il se 
doit adrecer aus maistres des requestes de l'ostel 1 et bailler sa 
requeste par escript, et, se la requeste est juste, le maistre des 
requestes la doit présenter et dire au roy, et, se elle n'est juste, 
le dit maistre des requestes la doit dampner, et non souffrir que 
aucun en parle au roy ; et ce doit ainsi faire pour oster le roy 
de peine ; et ne doit aucun faire requeste 2 au roy en manière de 
bon gouvernement, si non que elle soit juste et par le moyen d'un 
des maistres des requestes de l'ostel. 

20. Item, que le roy ne doit jamais aler en bataille 3 , mais se 
doit tenir en ung bel lieu, bien acompaigné, car la prinse ou 
mort en bataille d'un roy de France est faire perdre ou mectre 
eu merveilleuse desolacion le royaume, tesmoing la prinse du 
roy Jehan et la manière de vivre du duc de Milan, qui est bonne 
et saige. 

21. Item, que le roy doit bien entendre ce que on lui dit et 
mectre ce que on lui requiert au conseil, et par bon couseil y 
délibérer telemeut que il ne lui faille mie avoir cause de soy 
repentir de chose que il ait respondue. Et si doit un roy tenir 
sa parole ferme, sans faulte et sans fiction , et pour ce ne doit 
respondre, sans sur ce avoir conseil bon etleal. 

22. Item, que un roy qui veult bien gouverner, doit prandre 
ses heures pour conseillier ses affaires et pour sa réfection pran- 
dre et son repos, comme ont acoustumé à faire les autres hom- 
mes communs, car il est homme comme un autre, afin que il soit 
mieulx servi, et que à heures competens il se monstre homme 

1. Le service des maistres des requêtes de l'hôtel avait cessé, par suite de non- 
payement de leurs gages. Ce service ne fut rétabli qu'en 1444, Hist. de Charles VII, 
t. III, p. 19. 

2. F 5 v°. 

3. Ce précepte était de tradition générale et immémoriale, en fait d'art militaire. 
(Voy. notamment ms fr. 5930. Traité de noblesse ou Livre d'armes, composé par 
un héraut normand ou picard, vers 1440, chapitre intitulé : Comment le roy doit 
eslre s'il veut combatre; f os 5, 6.) On retrouve la trace de ce principe dans la mar- 
che du Roi au jeu des échecs, ce tableau fidèle de la tactique du moyen âge. 



141 

chef des autres, et expédie les choses qui lui surviennent à ex- 
pédier pour la nécessité et l'utilité de son royaume; et doit soy 
lever en tous temps à six heures à matin, diner à dix, souper à 
six et coucher ta dix, oir sa messe à sept heures et, la messe oye, 
besoigner jusques à dix, se besoignes y a à expédier, et après 
digner soy esbatre secrètement à petite compaignie de ses 1 bons 
secrez et privés serviteurs et non mie estre trop commun. 

23. Item, queunroy ne doit faire aucun varlet trop privé de 
lui, qui ne soit tousjours en crainte en le servent, et ne doit souf- 
frir que aucun des petis serviteurs mené trop grant estât de 
robes ne de chevaulx, mais soit chascun serviteur vestu et monté 
selon son estât, pour donner exemple aus autres. 

24. Item, que ung roy de France doit estre vestu continuel- 
ment en habit royal et non mie comme ung chevalier commun; 
et soit bien enquis quel est habit royal, et comment le saige roy 
Charles l'ayeul du roy qui est de présent se vestoit, qui en por- 
tant l'habit tel que il vestoit monstroit vesture de roy tele que 
elle lui appartient. 

25. Item, que ung roy ne doit riens aliéner de son demaine, et, 
s'il l'a fait, le doit révoquer, car c'est contre la profession qu'il 
doit faire à son sacre, et si doit, quant il donne, donner don en 
argent, selon la qualité et Testât de celui à qui il donne, et, 
selon le mérite et service qu'il a fait, et ne doit jamais un roy 
tolir à pluseurs personnes pour donner à un seul. 

26. Item, que en cas piteux un roy doit estre misericors te- 
lement que justice ne soit mie empeschée, mais soit continuée et 
tempérée d'équité; et par clémence, pitié et compassion, en au- 
cuns cas peut bien faire grâce, qui moult exalte la justice d'un 
roy et sa roial majesté 2 . 

27. Item, ung roy ne doit mie croire legierement les rapors 
que on lui fait pour aucun grever ou exaulcier, mais doit oïr 
partie et soy bien informer, avant que il grève aucun en son 
estât ou le essaulce (exhausse) en honneur, et s'en doit bien 
informer. 

28. Item, que quant une matière est doubteuse, qui est traictée 
devant le roy, il est bon, se les conseilliers y font grant doubte, 
de leur dire que on y pense et que on en reviengne une autre 
foys, et lors, mieulx délibérés, pourront dire leurs oppinions. 

1. F" G. 

2. F°6v». * ' ; 



142 

29. Item, que du fait de la guerre le roy doit dire ou faire 
dire au connestable qu'il face assembler les bons et anciens che- 
valiers et mecte en termes le cas, et, oye la deliberacion des che- 
valiers, que on lui rapporte la deliberacion, et lors le roy fera 
conclurre à peu de gens, en sa présence, ce qui sera à faire par 
raison. 

30. Item, que le roy doit prandre en petit nombre des plus 
saiges chevaliers et clers secrez de son royaume pour conseillier 
les haulx faiz de son royaume ; et tiengne le roy et chascun des- 
diz conseilliers secret le conseil, sans en rien révéler à personne 
qui vive , homme ou femme. 

3 1 . Item, doit un roy sacré estre chastes et tenir loyalment 
son mariage. 

32. Item, que ung roy doit avoir ferme espérance en Dieu 
et delaissier et fouyr toutes sorceries et les jugemens de sort 
des bonnes eures et des autres supersticions que astronomiens 
conseillent, et doit 4 souffire l'espérance en Dieu et bon gou- 
vernement en justes quereles démener et afournir justes en- 
treprises. 

33. Item, que un roy ne doit mie faire trop grande multi- 
tude de grâces et remissions de crimes, car ce seroit occasion de 
faire faire ou temps à venir trop de crimes énormes et horribles. 

34. Item, que ce qui sera délibéré soit secrètement et promp- 
tement exécuté. 

35. Item, que il ait tousjours aucune personne qui ait en de- 
post de la finance, pour promptement paier les ambassades et 
chevauchées, car trop de choses se perdent par faulte de finance 
et de diligence. 

36. Item, doit un roy vivre sobrement et peu menger et peu 
boire et peu seoir, pour en estre plus sain, et en seure compaignie 
prandre de l'air aus champs, tant de pié que de cheval, et soy 
exerciter en la discipline des armes sans grever son corps. 

37. Item, que un roy ne se doit descouvrir de son secret tou- 
chant le gouvernement du royaume à varlet qu'il ait, tant soit 
bien amé, ne à autre personne, fors à ses secrez conseilliers. 

38. Item, que le roy doit à tous nobles hommes de son 
royaume et d'estrange pais faire bonne chiere et bel accueil, et 



1. F" 7. 



143 

à leur département, leur donner bel congié, en bonne espérance 
de leur faire du bien. 

39. Item % que le roy doit cognoistre sa condicion et sa com- 
plexion, et doit par le conseil de ses phisiciens soy adapter à 
besoigner continuelment es besoignes de son royaume, afin que 
les trois estaz de son royaume en soient bien coutens et lui ai- 
dent à soustenir sa guerre plus liement. 

40. Item, le roy, en toutes choses qu'il fait, doit adviser qu'il 
ne face rien contre la voulenté de Dieu, et ne doit rien faire qu'il 
ne face virtueusement. 

41. Item, le roy doit estre ferme en propos et volenté et ne 
se doit esbaïr de adversité qui lui viegne, ne prandre vaine 
gloire de grande prospérité à lui survenant. 

42. Item, que, se il survient au roy aucune bonne fortune, 
il la doit actribuer à la grâce de Dieu, et la doit poursuir dili- 
genment et continuelment, de toute sa puissance, et n'y faire 
aucune négligence, car la négligence y est moult périlleuse et 
contraire à maintenir et continuer bonne fortune. 

43. Item, que un roy se doit tenir telement, en quelque estât 
qu'il soit, en dignant et soupant, et à matin et après digner ou 
souper, que personne du monde, exceptez ses serviteurs , ne se 
tire près de lui qu'il n'en soit plus d'une lance de xvm piez 
loing de luy, se le roy ne l'appelle ou s'il ne l'a mandé, et si l'a 
mandé et il a afiné sa parole, la response du roy oye, il se doit 
retraire et s'en aler. 

44. Item, que, quant on presche devant le roy, il doit 2 en- 
tendre dévotement, sans jangler, les paroles du prescheur, pour 
amender son ame et pour concevoir l'entendement des saintes 
paroles pour mieulx gouverner son peuple, et doit monstrer 
signe de devocion devant ses subgiez, car par ce il en est mieulx 
amé, prisé, craint et doubté de toutes gens et si monstre en ce 
bel exemple aux autres. 

45. Item, que un roy se doit garder de faire prinses de biens 
sur ses subgiez sans paier, et lui souffise ce que le peuple lui 
paie, ou de son demainne, ou de impos et collectes que on im- 
pose sur icelui peuple. 

46. Item, que un roy doit révérer les festes et dévotement 

1. F°7v°. 

2. F 8. 



144 

estre au service de Dieu et requérir l'aide et l'intercession des 
sains le jour de leurs testes pour impetrer la grâce de Dieu au 
bon gouvernement de son peuple. 

47. Item, que un roy doit estre grant orateur à Dieu, et dé- 
votement se doit maintenir en oroison et souvent soy reconcilier 
à Dieu et recevoir le corps Jhesu-Crist, et de Dieu actendre et 
espérer tout bien et toute félicité et non d'autre. 

48. Item, que un roy doit estre grant aumosnier, ne ne doit 
mie haïr ne aborrer les povres créatures de Dieu. 

49. Item, que un roy ne doit mie trop parler, mais brief et 
s ubstancieu sèment. 

50. Item, que un roy ne doit faire aucuns officiers 1 en justice 
ne en guerre ne en capitaineries, si non par très grande eleccion, 
pour les perilz et erreurs qui s'en pourroient ensuir. 

51. Item, que un roy doit honnorer ses vassaulx, ducz, con- 
tes, barons et autres nobles de son royaume, retenue à luy 
l'auctorité de sa magesté royal, et doit tenir son peuple en bonne 
union et en ce qui pourra luy complaire, et si doit révérer les 
gens d'église, pour révérence de Dieu. 

52. Item, le roy doit proniovoir les bons et non exalter les 
malvais ne ceulx qui se ingèrent à demander plus grans offices 
et estaz qu'ilz ne sont dignes et qu'ilz ne saroient gouverner et 
qui cbeent en élection 2 grande. 

53. Item, le roy ne doit souffrir en sa maison ne en ses of- 
fices gens ne personnes de malvaise vie quant elle est notoire, ne 
ceulx qui sont de malvaise renommée, ne flateurs qui déçoivent 
les princes et les oignent de vaine gloire, et ne seuffre avec la 
royne aucune femme, se elle n'est moult bien renommée. 

54. Item, un roy doit faire enseigner et endoctriner ses en- 
fans et leur faire savoir pluseurs langages et mesmement latin 
pour voiager, et aus filles leur faire aprandre à ouvrer de soie 
et toutes choses appartenans à euvre de femmes, pour les oc- 
cupper, en ostant oisiveté à passer le temps. 

55. Item, un roy doit avoir par escript et savoir les vrayes 
mectes (limites, étendue) de son royaume, et, se il en eschape 
aucune chose, le réintégrer et non souffrir que rien 3 s'en aliène, 

1. F° 8 v°. 

2. Sic. Il semble qu'à la place de élection, le mot confusion ou autre analogue, 
rendrait mieux la pensée de l'auteur. On peut comprendre aussi : qui tombent dans 
des situations plus grandes que ne le comporte leur capacité. 

3. f 9. 



145 

perde ou eschape, et ainsi l'ont fait sesprogeniteurs et devanciers, 
et, se fait ne l'eussent, le royaume ne fust mie si grant qu'il est. 

56. Item, que un roy du moins devroit venir en son parle- 
ment deuxfoiz l'an pour veoir comment on s'i porte et comment 
on distribue le droit à un chascun, afin de cognoistre la charge 
que Dieu lui a baillée. Et aussi devroit visitier sa chambre des 
comptes aucunes foiz, pour savoir de son estât, et le trésor de 
ses Chartres, et ensavoir la manière de la garde d'icelles ; et plaise 
savoir au roy que il a perdu par malvaise garde pluseurs de ses 
Chartres, depuis aucun temps ença, et en fauldra recouvrer ce 
que on pourra. 

57. Item, se le roy est bien conseillié, il ne mectra jamais 
commissaires sur le fait de ses finances que ses subgiez sanz 
moyeu et non mie les subgiez de ses parens, et pour cause. 

58. Item, que un roy doit savoir secrètement les condicions 
des princes, barons et chevaliers de son royaume et des gens 
par lesquelx ilz se gouvernent et qui sont près d'eulx pour les 
entretenir. 

59. Item, un roy doit savoir qui sont ceulx qui gouvernent 
les cités de son royaume, et les doit cognoistre et leur faire du 
bien pour les avoir agréables, quant il a affaire d'eulx et des villes 
à son besoin g. 

60. Item, un roy doit avoir continuele voulenté de reunir son 
royaume et de reiutegrer * son demaine, et y a son serement, et 
de révoquer ce qui aliéné en seroit. 

61. Item, que en temps de paix le roy doit faire espargne de 
finance, afin que, si sourt guerre, que il s'en puisse aider, avant 
le temps que l'aide mis sur le peuple soit levé, car en ce cas 
prompte finance est bonne. 

62. Item, que un roy doit savoir qui sont les meilleurs clercs 
de son royaume, es universités et autrement, et les promovoir, 
pour monstrer exemple aus autres de bien estudier, et les doit 
avancer, car un bien excellent clerc expert, au pois (poids) 
en poise mil autres ignorans, et ne doit un roy point promo- 
voir les ignorans les sciences, car ilz sèment trop d'erreurs, 
d'ont il vient inconveniens sans nombre et grant grief au pu- 
blique, et doit le roy souverainement amer un clerc expert 
preudomme, et est très grant trésor d'un tel homme. 

1. F°9 v°. 



146 

63. Item, un roy se doit garder souverainement d'estre deceu 
en amour par femme. 

64. Item , un roy de France doit savoir Testât des rois 
circumvoisins de son royaume, et quelx chevaliers les gouver- 
nent et sunt les plus amés desdiz roys, et leur doit faire plaisir 
et soit bien acointez d'eulx, pour son aide, s'il en a nécessité et 
besoing. 

65. Item, que aucun forain et estranger du royaume ne doit 
parler au roy, se on ne scet avant [ce] qu'il demande, et soit par 
avant bien interrogué [ce] qu'il vient quérir, et, ce sceu, que on 
en parle au roy et délibère s'il parlera ' au roy ou non. 

66. Item, que un roy de France doit souvent lire les croni- 
ques des roys de France trespassez et soy confermer au gouver- 
nement de ceulx qui ont mieulx gouverné, et ne doit rien faire 
sans bon conseil bien délibéré , car un royaume est tost grevé 
perilleusement par un cas mal conseillié, comme il appert de 
Balthasar, nepveu en directe ligne de Nabugodonosor, qui pour 
un desplaisir qu'il fit à Dieu , du soir au matin il perdit son 
royaume des Assiriens, comme il appert en la Bible, Danielis 
quinto capitulo. 

67. Item, que, se le roy voit un homme en son service qui 
soit trop convoiteux, il lui doit donner congié gracieusement, 
car ja homme trop convoiteux ne fera bien en la maison ne ou 
service d'un roy. 

68. Item, que un roy de bon gouvernement ne se doit aucu- 
nement fier en songes, car il n'y a aucune seurté, ne ne se doit 
resjoïr de bons songes, ne prandre tristesse de malvais songes, 
mais soit ferme, soy fiant et aiant espérance en Dieu, et vivent 
(vivant) comme un bon chrestien doit vivre. 

69. Item, un roy ne doit point multiplier souvent vestemens, 
ne en estre trop curieux , mais soit son entente de servir Dieu 
et entendre au gouvernement de la chose publique de son 
royaume. 

70. Item, que en la maison d'un roy on doit faire le service 
divin très reverenment, comme en une église. 

71. Item 2 , que un roy devroit avoir pour son conseil cinq 
ou six bons saiges chevaliers expers et autant de bons saiges 

1. F 10. 

2. F° 10 v°. 



clercs aagés, qui aroient veu les sciences et la pratique des 
jugemens et des procès ou temps passé, et secrètement soy con- 
seillier par eulx, et souffiroit autant que d'un millier. 

72. Item y un roy es promocions doit avoir préalablement 
pour recommandez les "hommes nobles, de bonnes maisons, et 
les doit, si le valent, plustost avancer que autres non nobles, qui 
ne seroient meilleurs. 

73. Item, que en la maison du roy de France on ne doit jouer 
à jeu du monde, si n'est bel, bon et bonneste. 

74. Item, que un roy doit estre virtueux en toutes vertus, 
et ainsi doit estre nourri, et, s'il avoit aucune malvaise tache, la 
doit laisser, car, se la tache demouroit, toutes vertus le laisse- 
roient, et sont les vertus de tele condicion que elles sont enche- 
nées et liées ensemble, et qui ne les a toutes il n'en a aucune. 

75. Item, que, quant un roy va de pié, il doit aller tout 
bêlement, parler à trait et bien exposer son entencion et à peu 
de paroles bien assises. 

76. Item, que ceulx qui sont près du Roy et de son conseil 
le doivent advertir de la manière qu'il a à tenir en chascune 
besoigne qu'il a affaire, et, par especial, en grandes besoignes, 
quant il fault tenir grant conseil, ou il doit avoir plusieurs gens 
de grans et de divers estaz. 

77. Item 1 , que un roy ne doit jurer, regnier, ne maulgreer, 
et vault la simple parole d'un roy autant que la parole d'un 
autre qui seroit confirmée par très forte obligacion de foy et de 
serement. 

78. Item, que un roy, tout ainsi que il doit avoir necte 
conscience, et se doit tenir nectement, selon l'ame, aussi se doit 
il tenir nectement en son corps et en sa char, c'est assavoir, soy 
nectoier par l'ordonnance de ses phisiciens, par estuves, par 
bains et par autres lavements, afin que le regard et maintien 
de lui soit plus plaisant à ses subgiez et sa conversacion sur tous 
loable et agréable. 

79. Item, un roy se doit monstrer courageux et de haulte 
voulenté en la défense de son royaume, mais toutes voies il ne 
se doit mie mectre en bataille, ne en péril de mort ne de prison, 
pour le grant péril et dommaige qu'il en pourroit venir à ses 
héritiers et à ses subgiez. 

1. F 11. 



148 

80. Item, que un roy doit contenter ses serviteurs et fami- 
liers de leurs droiz et salaires, chascun mois, car chascun n'a 
mie de quoi vivre, et, s'ilz n'estoient paie/., on leur donroii 
occasion de faire, dire ou penser aucun mal. 

81. Item, que un roy ne doit jamais pardonner crime de leze- 
magesté ou de trayson, mais en doit faire punicion et prompte 
justice, car homme traystre vault mieulx mort que vif; toutes 
voies, quant les gens d'un pais sont traytres ou rebelles, pour 
apargner tant de multitude de peuple, qui faudroit mourir, 
aucunes foiz les roys donnent et ' octroyent bien abolicion gé- 
nérale, ou dit pais, pour demourer la terre peuplée, et puet 
bien bailler autre punicion ou dit pais , comme de leur oster 
leurs privilèges ou autres prérogatives, à temps, afin que leur 
en souveigne et se chastient. 

82. Item, que un roy ne doit jamais abolir ou abroguer ne 
despecier les lois du royaume faictes par ses prédécesseurs roys, 
mais les doit tenir, se elles sont bonnes ; et, se ellent (sic) ten- 
doient à aucun grief ou dommaige de la chose publique , par 
bon conseil il les doit corriger et actremper et mectre en meilleur 
ordonnance. 

83. Item, que ce seroit bien fait que en un royaume n'eust 
que une aulne, un pois et une mesure 2 . 

84. Item, que un roy devroit establir en son royaume, que 
chascun homme , selon son estât et mestier , print habit et 
vesture, et ne excedast point, sur peine de bonne amende, car 
aujourduy on ne cognoist un chevalier tenant mil livres de 
terre d'un cousturier ou d'un vaiiet. 

85. Item, que ce seroit bien fait de bailler et ordonner un 
estât gracieux aus dames et femmes, plaisant à Dieu , en ostant 
les excès d'atour que ont aujourduy les femmes, et que, à 
chascune dame ou femme, on ordenastson estât, sans enfraindre, 



i. F° n v°. 

2, Ce principe remarquable avait été émis ou renouvelé par Henri V. Voy. Hist. 
de Charles VII, t. I, p. 342. L'uniformité de poids est revendiquée, comme une 
mesure légale, décrétée depuis Charlemagne, par Jean Jouvenel des Ursins, évoque 
de Beauvais, conseiller de Charles VII, dans un écrit daté de 1445. (Voy. ms. fr. 2701, 
f°' 55, 56 et plus loin.) L'écrit que nous venons de citer (Traité du chancelier) et 
un autre du même auteur, Remontrance au roi (1453), offrent une analogie notable 
avec YAdvis à Isabelle de Bavière, qui nous occupe en ce moment. On doit à 
Charles VII l'initiative de la codification des coutumes, ou unité légale. 



149 

selon l'onncur et autorité du mari et du lignage dont ilz sont , 
et ce seroit bien plaisant à Dieu. 

86. Item, que en la court du roy on a aucunes ibiz veu d'au- 
cuns chevaliers, escuiers et autres de mendre estât parlans de 
pluseurs ' choses touchant le roy et sou royaume et le gouver- 
nement d'icelui, qui disoient aucunes paroles de haultes ma- 
tières à aucuns, et aus autres disoient le contraire, en louant 
aucuns à une fois, et aus autres les blasmoient, en disant d'eulx 
merveilleuses paroles touchant malvaistié, et ainsi parloicnt aus 
gens, selon les bandes que savoient estre entre eulx, et telzgens 
se appellent en latin sursurones (sic) 2 , c'est à dire, semeurs de 
courrous et de zizauie , c'est à dire, faiseurs de noises et de 
guerres; et un Roy doit fouyr telz serviteurs, et, quant il les 
scet et cognoist telz , les doit bouter hors de sa court et de 
sa maison , sans rappel , car ce sont ceulx qui font les faulx 
rappors. 

87. Item, que, se un roy vouloit sagement vivre, il assem- 
bleroit cinq bons astronoraiens, les mieulx renommés en expe- 
riance que on pourroit trouver, et feroit savoir le temps, mois, 
jour et leure de sa nativité, et leur bailleroit par escript en leur 
requérant que sur ce ilz feissent une figure , comme on a 
acoustuiné , pour savoir les bonnes et malvaises inclinations 
à quoy par le jugement des estoiles il seroit enclin, et leur feroit 
jurer de lui en dire vérité sans espargne, afin que il peust multi- 
plier les bonnes condicions à quoy il seroit enclin, et obvier, 
par le conseil de saiges, aus malvaises condicions ausquelles il 
enclineroit, et ainsi feroit son proufit, car il poursuy vroit le bien 
à quoy il seroit enclin etbouteroit dehors, par prudence, advis et 
conseil, et bonnes euvres la maie tache à quoy sa nativité l'aroit in- 
cliné; et ainsile fit Ypocras (Hippocrate), Alixandre, César, Pom- 
pée, Chalemaigne et ïrajan l'empereur, comme on le trouve 3 es- 
cript ; et, combien que aucuns dient que on ne se doit point fier en 
astronomiens , la révérence d'eulx saulve, cecy ne puet nuyre 
au prince de soy tenir en vertu et obvier à l'inclinacion de pé- 
rilleuses condicions, et devient un homme meilleur et mieulx 
se tient en vertu continuele \ 

1. F 12. 

2. Lisez susurrones. 

3. F 12 Y*. 

4. L'auteur nous paraît ici broncher malheureusement sur ses propres principes et 



150 

88. Item, que le roy devroit avoir avecluy des meilleurs aagés 
clers, preudommes, saigeset expers et bien renommés, qu'il pour- 
roit finer, car par ce un roy aprant tousjours; et science et 
sapience lui est nécessaire merveilleusement, afin qu'il cognoisse 
par fondement qui li conseille bien ou mal ; et nous trouvons 
que David pour soy conseiller eut Sadoch qui estoit prestre et 
très sage clerc, et si ot Nathan, le prophète, très sage clerc ; et 
Alixandre ot Aristote ; et dit Valere en son septiesme livre, que 
le siècle estoit de fin or, quant les saiges le gouvernoient, c'est 
à dire, qu'il estoit moult précieux en bonne manière de vivre. 

89. Item, trouvons que l'empereur Trajan ot un maistre 
nommé Plucarque, et fut grant clerc, et rescript à Charlemaigne, 
pour lors roy de France, qu'il feist instruyre ses enfans es scien- 
ces pour sagement régner après lui, et que un roy non lectré est 
comme un asne coronê ; et ainsi l'escript Policraton, en son pre- 
mier livre *. 

90. Item , nous trouvons que Néron ot un maistre nommé 
Senecque qui lui fit un livre que on nomme le Livre de clé- 
mence, pour corriger Néron de la cruauté qu'il avoit, de l'incli- 
nacion de sa nativité et nature. 

91. Item, que un roy doit estre bon clerc, s'il veult bien 2 
gouverner, car un bon clerc corrige tousjours ses vices ; et trou- 
vons que Jule César fut grand clerc et sceut la nature des 
estoiles et du cours du soleil et divisa le jour et la nuyt et les 
eures par momens et trouva le bisexte estre nécessaire et fit 
pluseurs livres, comme il appert ou livre de la Vie de Jule César, 
et de lui parle Jule Solin, en son premier livre, ou chapitre 
premier, et dit que la doctrine de Jule César fut fondée sur 
droicte clere raison. 

92. Item, Charlemaigne fut très grant clerc et estudia livres 
de Saint Augustin, et fut grant astronomien, et ot un maistre 
nommé Alquin, moult sage clerc, et, se le roy de France vouloit 
estre clerc et soy occuper en estude, son fait en vauldroit mieulx 
cent foiz, et il est habile et a moult hault entendement, et con- 

pencher vers les idées reçues. Il nous semble avoir été mieux inspiré lorsqu'il dicte 
les conseils renfermés dans les § 32 et 68, ci-dessus. 

1. Ainsi l'auteur, qui certainement était grand clerc, donne Plutarque et Trajan 
pour contemporains à Charlemagne ! Exemple notable des notions de chronologie qui 
régnaient au xv" siècle. 

2. F" 13-5 



cevroit legierement les sciences, et en vaudroit mieulx son 
royaume, qui en a bon mestier, 

93. Item, que Abraham et Moyse furent grans clercs et sceu- 
rent l'art de astronomie et de magique , et si est vray que les 
Romains tant que ilz eurent les sciences furent victoriains et 
seigneurs du monde, et, quant ilz délaissèrent les sciences et 
ne sceurent rien, ilz perdirent tout, et ainsi le recite Policraton, 
en son quart livre et ou septiesme. 

94. Item, et pour ce il est expédient à un roy de savoir des 
sciences, car par ce il cognoistra qui le conseillera bien ou non 
et en sera mieulx le royaume gouverné. 

95. Et des autres choses survenens chascun jour à expédier 
doit le roy estre telement pourveu de conseil si bon et si 1 
leal, que aucune chose par lui ne soit faicte où il y ait faulte, au 
regard de son honneur et du bien du royaume. 

96. Item, que un roy ne doit croyre personne du monde qui 
lui die publiquement ou en secret d'autruy absent aucun mal, 
et doit penser que celui qui lui dit mal d'autruy ne ayme mie 
celui de qui il lui dit mal, et, se le mal que on dit au roy d'au- 
truy touche l'onneur ou domaige du roy ou de la chose publique, 
le roy doit mander celuy de qui on lui raporte le mal et celuy 
qui le dit et en sa présence oïr les parties , ou par autre le faire 
oïr, et punir celuy qui ara fait le mal, s'il est trouvé coulpable, 
et, s'il est trouvé innocent , punir griefment le raporteur, tant 
qu'il soit exemple aus autres. 

97. Item, que un roy, luy estant en corroux ou fureur, ne 
doit jamais rien juger et déterminer, car communément un 
homme, tant soit saige, en sa fureur ne puet mie bien faire juge- 
ment seur, ne bien posé, sur Testât d'une personne ; et est trop 
grant péril de conscience à un roy ou à un juge de despointier 
un homme de- son estât ou de sa chose par corrouz et fureur, et 
y sont le plus souvent défectis (défectueux) les jugemens, qui est 
grant reprouche à un roy qui par grand actrempense 2 et bon et 
froit conseil doit faire ce qu'i fait. 

98. Item, que on treuve, en l'istoire d'Alixandre, qu'il volt, 
par courroux, faire pendre un des meilleurs chevaliers qu'il eust, 
et dist ces paroles : « Alez pendre ce ribaut. » Mais le dit che- 

1 . F° 13 v°. 

2. Attrempense; tempérance, modération. 



152 

valier appella dudit Alixandre, et lors Alixandre lui dist : 
« Ne suis ge mie empereur; et si appelles de 11103' ? '^ sur mov ' 
n'a point de souverain. » A quoy sagement le chevalier respondi 
que, l'empereur ne use mie d'office d'empereur qui par fureur ou 
corrouz juge un homme, mais est fait de tyrant folement averti 
et conseillé, et par telz jugemens pourvoit un voy perdre son 
royaume. Et depuis Alixandre , bien adverti par son conseil, 
trouva qu'il avoit tort, et son chevalier avoit droit. Et est trop 
périlleuse chose à un roy de user de ses premiers movemens et 
de par chaleur soudainement juger. 

99. Item, que, quant il y a eu une bataille où le roy a perdu 
de ses gens, de son sang, barons, chevaliers et escuiers et autres, 
il en doit monstrer signe de courrouz et en faire solemnelment 
les exeques ; par ce les amis des mors en sont plus contens et 
plus entalentifz de continuer à servir le roy et la chose publique, 
jusques à la mort; et si doit le roy les enfans des mors es ba- 
tailles advancer en estas et offices, si le valent, avant autres, pour 
tousjours donner courage aus vivens de eulx exposer à la défense 
du royaume et de devenir vaillens. 

100. Item, que un roy doit veoir son estât de sa despence une 
foiz le mois, car maintes gens servent le roy qui le desrobent 
et sont fors larrons, et l'a l'en veu ou temps passé; et par especial 
se font mains larrecins en la despense , et le roy d'Angleterre 
nagaires trespassé , estoit un moult sage roy, qui chascune 
sepmaine veoit sa despense, et ne le povoit on décevoir, car 
il savoit tousjours Testât et la valeur des choses, et combien il 
povoit despendre pour jour d'ordinaire, et savoit la valeur du 
marc d'argent et d'un marc d'or ouvré et non ouvré. 

101. Item, et combien que un roy doit estre large et en ce 
renommé, toutes voies ne doit il mie plus despendre qu'il ne 2 
puet sans péché, car il faut amer et craindre Dieu et non grever 
son peuple ; et, quant un roy a tiré de son peuple ce que puet par 
tailles et impos, il doit garder à son dit peuple le remenent (le 
reste), sans empirer, et, s'il ne le fait, il pèche mortelment et 
corrouce Dieu, et ne li pourroit bien venir, et pour ce doit un 
roy à son peuple garde et justice de soy et d'autruy, et y est 



1. F 

2. r« 



14. 

14 \". 



153 

obligé ame, corps et honneur, sur peine de perdre son dit 
royaume, et ainsi le dit la sainte escripture. 

102. Item, que, quant le roy a un bon bailli ou seneschal, 
ou autre officier, qui a bonne renommée d'estre preudomme et 
bon officier et plait bien au pays où il est, il ne li doit mie oster, 
sans bonne cause, son office, pour bailler à un autre, car par ce 
c'est troubler tout le pais et n'y aroit point de seurté à servir 
bien un roy; et plaise savoir au roy que c'est une des causes 
ou une des plaies qui a grevé ce royaume et mis en Testât où 
il est • . 

103. Item, aussi se doit bien garder un roy de faire un graut 
officier en un grant office soudainement, à la requeste d'un 
varlet ou d'un familier, au choix et affeccion d'icelui famlier, 
car souvent il advient que le roy par tele manière crée officiers 
gens ignorans et de malvaise vie , qui grèvent plus la chose 
publique qu'il n'y proufitent, et l'a l'en veu ou temps passé, et 
deust ou faire telz grans offices , voire aussi petis offices , par 
bonne et seure eleccion ; et pour ce que on ne l'a mie fait vont 
les choses mal et engendrent toute division, et qui fist 2 les 
choses par élection chascun fust content, et feust le peuple en 
bonne union. 

104. Item, que un roy, en toutes les manières qu'il puet 3 , 
doit quérir et poursuir la paix, repos et transquillité de son 
peuple, et ensuir l'opinion des plus sages de son sang, des ba- 
rons, chevaliers et escuiers, clercs et autres de ses subgiez, et 
non mie l'opinion de ceulx qui le contraire conseilleroient , et 
autrement le faire seroit périlleuse chose, car on dit commu- 
nément que on ne puet trop acheter paix ne bonne maison 
faicte. 

105. Item, que un roy ne se doit mie laisser conseillier par 
varies et par gens de nulle prudence, et ne leur doit demander 
conseil ne advis des haultes choses que il a affaire ne en tenir 
parole devant eulx. 

106. Et plaise au roy de lire ces petis articles et y prendre 
exemple, et son royaume en vauldra mieulx. 

1. Cette observation s'applique aux fréquentes mutations d'officiers qu'avaient 
déterminées les vicissitudes de la guerre civile entre les Armagnacs, les Bourguignons 
et les Anglais. 

2. C'est-à-dire : et si l'on faisait... chacun serait, etc. 

3. F 15. 

II. (Sixième série.) il 



154 



NOTE-APPENDICE SUR JEAN CHUFFART ET ANSELME OU ANCEAU HAPPART, 
CONSEILLERS DE LA REINE ISABEAU DE' BAVIÈRE. 

Dans le doute, abstiens-toi. Nous serons fidèle jusqu'au bout à cet 
adage, qui peut s'appliquer également à la critique. Je ne reviendrai 
donc pas sur la réserve que j'ai observée ci-dessus quant à la dési- 
gnation de l'auteur anonyme auquel appartient la pièce qui précède. 

On me permettra toutefois de réunir dans cette note-appendice 
quelques renseignements peu connus, relatifs à deux personnages 
auxquels j'ai fait allusion. Les principaux éléments de cette note me 
sont fournis par le registre du grand bedeau de la Faculté de théo- 
logie de l'Université de Paris, registre précieux qui s'étend de 1421 
à 1 139. Ce grand bedeau était à la fois le premier appariteur de 
la compagnie et une sorte de secrétaire comptable, qui tenait écri- 
ture de certaines dépenses, apurées chaque année par la Faculté. 
Le latin qu'il emploie, comme il convenait à un suppôt de Y aima 
mater, n'est pas toujours irès-congru. Le passage que je veux citer 
offre notamment, par cette raison, plus d'une obscurité, tant sous le 
rapport de la lecture du texte, que pour son intelligence. Je donne- 
rai ce texte en français, tel que je crois l'avoir compris. La trans- 
cription du latin que l'on trouvera ci-dessous, avec l'indication pré- 
cise de la source originale, permettra au lecteur de me contrôler et 
de me corriger s'il y a lieu. 

« Année 1433. — Le 8 juin fut [fait] maître en théologie, Maître 
Nicolas Bessy. 

« Le 9 juin (le lendemain) fut présenté par M e Jacques Texier (ou 
Tissier) à monseigneur le chancelier (de Notre-Dame , chancelier de 
l'Université de Paris) , M e Jean Chufart *, en présence de Frère Jean 
Godin, gardien des frères mineurs (ou cordeliers de Paris) , et de 
M e Luc d'Assise, maître en théologie, — Anselme Appart 2 , confes- 
seur de la très-illustre reine de France (Isabeau de Bavière) ; lequel 
fut reçu comme présenté ; et il me fut commandé de lui donner lieu 
et place dans notre école (ou enseignement) , comme il est de cou- 
tume. 

«Le 15 juin, fut maître en théologie M e Anselme Appart, de l'ordre 
des frères mineurs et confesseur de la très-illustre reine de France. 
M e Jean Chufart lui donna le bonnet comme chanoine-chancelier de 

g,i. C'est le nom du chancelier. 

Cest le nom du candidat, présenté, suivant l'usage, pour la licence. 



155 

l'église de Paris, maître es arts et licencié en décret; auparavant il 
avait donné le bonnet, dans la cour de l'évêché, à M e N. Bessy. 

« Au dîner (ou fête inaugurale) de M e Anselme Appart, mineur, 
assistèrent beaucoup de seigneurs : Monseigneur le recteur *, le doyen 
de la Faculté de théologie 2 et tous les maîtres en théologie, le prévôt 
de Paris 3 , le premier président du parlement 4 , des docteurs, les 
archidiacres, nombre de bourgeois; le banquet eut lieu dans le réfec- 
toire des cordeliers. Monseigneur le recteur occupait la première 
place, devant la cloche, au milieu de la table; à sa droite, monsei- 
gneur le doyen Pierre de Dierrey, et tous les maîtres sans distinc- 
tion; à gauche, monseigneur le prévôt de Paris, monseigneur le pre- 
mier président du parlement, monseigneur le chevalier du guet 5 , 
Michaud de Lalier 6 , monseigneur le chancelier de l'Église de 
Paris et le remanant (ou les autres invités du couvent), etc. 7 » 

Jean Chifart ou Chuffart, originaire de Tournay, naquit vers la 
la fin du quatorzième siècle. En 1420, il était chanoine de Paris. 
Simple maître es arts et licencié en décret, sans grade dans la Fa- 

1. Gilles Cordier. 

2. Pierre de Dierrey, nommé ci-après. 

3. Simon Morhier. 

4. Philippe de Morvilliers. 

5. Capitaine de la force armée, placée sous les ordres du prévôt de Paris. 

G. Bourgeois de Paris et des plus considérables. Il prit la plus grande part à la ré- 
duction de Paris sous l'autorité de Charles VII, en 1436. 

7. Die VIII junii fuit magister in theologia Magister Nicolaus Bessy. 

Die IX junii fuit presentatus per magistrum Jacobum Testoris domino cancellario, 
Magistro Johanni Chufart, Frater Johannes Godin, gardianus Fratrum Minorum, in 
presentia m tri Luce de Assisio magistri in theologia, Anselmus Appart, confessor 
illustrissime regine Francie. Et fuit receptus pro presentato et mini preseptum quod 
ego darem locum sibi in scolis ut moris est. 

Die XV junii fuit magister in theologia Magister Anselmus Appart, minor et con- 
fessor illustrissime regine Francie. Magister Jo. Chufard tradidit sibi bieretum quarc 
cancellarius ecclesie parisiensis et canonicus, magister in artibus et liscenciatus in 
decretis; et proprius tradiderat Magistro Nie. Bessy bieretum in aula. 

In prendio Magistri Anselmi Appart, minore (pour minorité), fuerunt multi do- 
mini: Dominus rector; decanus facultatis Théologie, et omnes magistri in theologia; 
prepositus Parisiensis-, primus presidens parlamenti parisiensis ; doctores, archidia- 
coni, burgenses quamplurimi ; et fuit in refretorio (re/ectorio) Minorum. Dominus 
Hector tenebat primuin locum, ante campanam, in medio mence ; ad manus destram 
Dominus decanus Petrus de Diereyo, et omnes magistri sine intancione; ab alio 
latere, Dominus prepositus parisiensis; Dominus presidens parlamenti, Dominus 
miles du guet, Michaut de Lalier; in secunda mensa Dominus cansellarius ecclesie 
parisiensis, archidiacoui et alii manantes, etc. (Ms. latin de la Bibl. impériale, 
n" 5494, page .157.) 

11. 



156 

culte supérieure de théologie, il succéda, en 1430, à l'illustre Ger- 
son comme chancelier de Notre-Dame. Il devint en même temps 
chancelier ou président du conseil de la reine Isabelle. Le retour de 
Charles VII n'arrêta pas l'accroissement de ses dignités. Il fut, en 
1437, conseiller au parlement, doyen de Saint-Marcel, abbé de 
Saint-Maur des Fossés. En 1438,, il se rendit avec Jean Tudert, cha- 
noine de Paris, à l'assemblée ou concile de Bourges, qui produisit 
la pragmatique sanction. On voit notamment par un passage sati- 
rique du Journal de Paris que l'ex-chancelier de la reine prit, sous 
la Restauration de Charles VII, une part considérable et intéressée 
au maniement des affaires publiques. Sa grande fortune , comparée 
à son petit mérite, lui est reprochée par ses contemporains. Il fut 
encore chanoine, puis doyen de Saint-Germain l'Auxerrois, curé de 
Saint-Eustache, mourut le 7 mai 1451, et fut inhumé dans la cathé- 
drale 1 . 

Anselme Apart ou Happart, né vraisemblablement vers 1400, 
commença ses études en théologie au collège de Sorbonne le 4 juin 
1429, fit son second cours à partir du 9 juillet suivant, en abordant 
le livre des Sentences de P. Lombard. Il termina ses études comme 
on l'a vu précédemment. La reine, dans son testament daté du 2 
septembre 1431, le mentionne comme son confesseur. Elle l'institua, 
ainsi que J. Chifart, au nombre de ses exécuteurs testamentaires. 
Ce religieux était alors gouverneur de l'hôpital de Saint-Gervais. A 
ce titre la reine, par suite d'une délégation onéreuse sur les revenus 
de cet établissement, alloue dans le même acte, au gouverneur, 
comme indemnité, 20 livres parisis de revenu annuel. La testatrice 
lui légua en outre une rente viagère de 50 livres 2 . 

Après le trépas de la reine, ainsi s'exprime l'historiographe offi- 
ciel, religieux de Saint-Denis, Jean Chartier, « fut son corps amené 
à Saint Denis par eau en ung petit bateau et jusques en l'isle, à très 
petit appareil, car il n'y avoit de conduiseurs que quatre personnes 
seullement, comme se c'eust esté la plus petite bourgoise de Paris 3 . . . 

1. Gallia Christiana, t. VII, coll. 265, 305. Journal de Paris (Panthéon), p. 716. 
Ms. lat. 5957 A, f° 17. « Sa sépulture se voit derrière le chœur de N.-D. de Paris, 
sans armes. » (Blanchard, Conseillers, etc. Paris, 1637, in-f°, p. 21.) 

2. Ms. latin, 5494, p. 30, 33, 127, 219. Besse, Recueil de pièces sur Charles VI, 
1665, in-4, p. 371 et suiv. Doublet, Antiquités de Saint-Denis, in-4, p. 1080. 

3. Les cérémonies funéraires eurent d'abord lieu à Paris. La faculté de théologie y 
prit part. On lit à ce sujet dans le registre du grand bedeau : « Item die servilii 
reytne, iij d[euarios] » ; {Dépenses de la faculté, 1435, septembre -octobre; 
p. 147.) 



157 

Et à faire le deuil estoient seullemcnt les dits exécuteurs... maistre 
Jehan Chiffart et maistre Jehan Happart, cordellier, son confesseur, 
maistre en théologie l . » 

Tels furent les deux hommes qui, lors des dernières années que 
vécut Isabelle, paraissent avoir obtenu la plus grande part de sa 
confiance. Sans sortir de la réserve que nous avons plus d'une fois 
exprimée, nous serions disposé à croire que ce factum fut concerté 
entre la reine et ces deux conseillers, sous la direction du chancelier. 

1. Chronique de Charles VIT, 1858, in-12, t. I, p. 211 et suiv. 

A. V. 






LETTRE 



M. FÉLIX BOURQUELOT 



SUR UN TEXTE ATTRIBUÉ AU «X e SIÈCLE 



ET MENTIONNANT LA MONNAIE DE PROVINS. 



Mon cher ami et confrère , 

Vous savez combien des numismatistes aiment à consulter les 
cartulaires : ils y trouvent souvent des textes, précieux pour 
eux, qui les guident dans leurs attributions, et les aident à de- 
viner les véritables classifications. Pour ma part, je ne puis pas 
apercevoir un de ces recueils imprimés sans courir à la table et 
chercher les passages qui touchent h mes études favorites. Il 
m'arrive parfois de constater des erreurs ; mais il y a des cir- 
constances très-atténuantes à invoquer au profit des éditeurs : on 
recueille avec passion, en France, les anciennes monnaies, mais 
peu de personnes les étudient sérieusement. On ne paraît pas 
encore généralement convaincu de toutes les ressources offertes 
aux historiens et aux archivistes par la numismatique \ 

Or, en feuilletant la table du « Cartulaire de Notre-Dame de 
Paris, » publié par notre maître , Benjamin Guérard, dans la 

1. Dans le Cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon, publié tout récemment et avec 
beaucoup de soin par M. C. Ragut, je remarque, par exemple, la mention de la 
monnaie de Gigny. Si le savant éditeur avait eu, en numismatique, autant d'expé- 
rience qu'il en possède en paléographie, il aurait sans doute reconnu qu'il ne s'agis- 
sait pas, dans le passage en question, d'une monnaie locale, mais bien plus proba- 
blement de la monnaie usuelle ayant cours alors à Gigny et à Mâcon. Cf. p. 
cxxxixet325. 



159 

Collection des documents inédits, l'indication « monnaie de Pro- 
vins » me renvoya à la page 289 du tome I e *. Là, en effet, je 
remarquai la mention de vingt-cinq sous de monnaie provinoise 
dans un diplôme sans date, attribué par l'éditeur à l'an 820. 

Au point de vue de l'histoire monétaire de la Champagne et 
de la Brie, je dirai plus, au point de vue de l'histoire monétaire 
de France, durant la période féodale, ce texte du commencement 
du neuvième siècle me parut si important, que je me mis à étu- 
dier attentivement l'acte qui le mentionne. Il me semblait, en 
effet, que les plus anciennes monnaies de Provins ne pouvaient 
pas être antérieures aux comtes de la maison de Vermandois, qui 
s'étaient attachés à copier le plus servilement possible les espèces 
forgées dans l'atelier rojal de Sens, et cela depuis le règne de 
Baoul. 

Il est bien naturel que je vous soumette mes observations a 
cet égard : je ne puis mieux faire que de m'adresser au plus ré- 
cent historien de Provins, à celui qui, à plusieurs reprises déjà, 
s'est occupé de l'histoire monétaire de cette ville. 

Voici l'acte en question : je le copie textuellement d'après le 
diplôme original, conservé aux Archives de l'Empire 1 ; l'éditeur 
du Cartulaire de Notre-Dame ne paraît pas l'avoir connu : sa 
transcription, en effet, est imprimée d'après le « petit pastoral, » 
de sorte qu'elle ne donne pas le préambule. Les modifications 
apportées au texte original par le compilateur du « petit pasto- 
ral » sont peu importantes ; je signalerai seulement l'absence 
des cédilles sous les e qui remplacent la diphtongue ae, et quel- 
ques variantes dans l'orthographe des noms propres 2 . 

« In nomine unius et individue trinitatis. Quia karitas operit mul- 
titudinem peccatorum, oportet nos ad illam cum timoré et reverentia 
gressum pietatis dirigere, sine qua nec amima 3 vivere nec ulla virtus 



1. K. 20, n° 62, musée, vitrine 26. C'est notre confrère et ami Boutaric qui m'a 
signalé l'existence de ce beau monument paléograplrique dont M. Huillard-Bré- 
liolles a eu l'obligeance de revoir la transcription. 

2. L'acte commence par une croix grecque aux branches de laquelle sont suspen- 
dus Y alpha et Yomega. 

3. Dans un autre exemplaire signé, mais qui ne porte point de trace de sceau, 
probablement la minute, il y a anima, consenti, major. Les principales variantes 
sont Odoni de Braico. — filius Leteri. — Lantbertus. — Hemelinus. 



160 

valet nec valebit existerc, que divine contemplationis semper avi( 
ab omnibus terrenis ac presentibus desiderio efficitur aliéna. Ihec 
quidem finis est bonorum operum , haec est portus quietis ex isto 
naufragio ad illam digne tendentium. De hac recte dicitur : Deus 
karitas est, hic est Deus dominus nosterin teternum quiducet suos 
ad patriam ubi est karitas sine simulatione, vita sine morte, gloria 
sine defectione, ubi est illa gloriosa civitas angelorum et hominum 
in qua régnant et regnabunt aeterna felicitate sancti heredes quidem 
Dei, coheredes autem Christi, cui honor et gloria in secula. Amen. 
« Ego igitur Stephanus cornes omnibus notificari cupio quod 
quasdam consuetudines, quas in villa béate Marie Parisiensis que 
vocatur Rosetum sibique villulis adjacentibusindominiomihitenen- 
das jus hereditatis attulerat, cuidam Odoni de Braio aliquantulum 
inconsulte consensensi. Consuetudinis autem erat quod unoquoque 
anno, in festivitate beati Martini que est in novenbrio, xxv solidos 
Proveniensis monete pro tensamento ville pater meus habebat. Quod 
si aliquotiens voluiset in villa comedere, quod necessarium esset 
sumptui sibi credebatur ; si precium crediti solveretur, iterum cre- 
debatur; sin autem, non amplius quicquam, donec redderet, cre- 
debatur. Ad hec de porcis in silvam béate Marie missis ad pascua 
dimidium habebat pasnaticum ; si vero non essent pascue, nec porci 
ad pascendum mitterentur in silvam, non habebat. Si de porcis ville 
pro pasnatico clamaretur, majoris béate Marie erat tota justicia ; si 
de alienis, communis ut pasnaticum. Hsec patris mei fuerunt ex con- 
suetudine. Horum siquidem occasione totam villam indesinenter 
et inhumane predictus Odo vastabat. Ego vero prefate karitati 
placere desiderans, mihique et ecclesiae Parisiensi melius quam 
in Odone consulens , omnem illam consuetudinem , precibus 
canonicorum ejusdem ecclesiae, de manu predonis illius abstraxi, 
mihique ac posteris meis, quemadmodum pater meus et antecessores 
mei in dominio eam possederant, propriam in perpetuum habere 
decrevi. Et ne hoc aliqua vetustate posset deleri, scripto mandavi, 
sigillo meo signavi, manuque propria, uxore mea filiisque meis una- 
nimiter annuentibus, et hoc idem ex voto confirmantibus, imperpe- 
tuum roboravi. Totam ville justitiam faciet major Béate Marie; quod 
si noluerit, vel non poterit, de alieno clamore veniet in manu mea. 
Testes Botardus , Guibaldus , Andréas filius Leteri (ou Lenti) , 
Albertus Rufus, Lambertus prepositus, Hermannus, Girardus, 
Hemilinus, Isembardus Ville nove, Hugo Panificus, Goisbertus 
Jomi, Erardus Goropalatius, Valerannus Paner, f Sign. comitis Ste- 



161 

phani, f sign. comitisse A. fSign. Willelmi, filii comitis. fSign. 
Sign. Stephani, filii comitis. 1 » 

11 s'agit ici, on le voit, d'un comte Etienne qui, d'accord 
avec sa femme A. et ses fils Guillaume et Etienne , aurait 
disposé, en faveur de Notre-Dame de Paris, d'une rente qu'il 
possédait à Bosoy en Brie, rente qu'auparavant il aurait incon- 
sidérément abandonnée à Eudes de Bray-sur-Seine. 

Benjamin Guérard, ayant remarqué, à la date de 811, une 
antre donation faite à la même église par un comte Etienne, 
dont la femme se nommait Amaltrudis, supposa que les deux 
actes émanaient des mêmes personnages. Il n'hésita pas à placer 
approximativement vers l'an 820 la charte dont je viens de repro- 
duire la copie plus haut. 

Par suite d'une distraction assez excusable lorsqu'il s'agit de 
mettre en ordre et de classer un aussi grand nombre de textes 
que ceux qui sont contenus dans les quatre volumes du Cartu- 
laire de Notre-Dame, Benjamin Guérard reproduisit l'acte en 
question une seconde fois, à la page 265 du tome II, et, cette 
fois, il le plaça entre deux chartes datées du commencement du 
treizième siècle. 

J'ajouterai que le savant éditeur du Cartulaire de Notre- 
Dame de Paris n'est ni le seul, ni-même le premier qui ait 
attribué une date trop ancienne au document dont je m'oc- 
cupe en ce moment. Au dos de l'acte original, un archiviste du 
chapitre, au siècle dernier, a inscrit la date de 811. 

Du reste, dès le commencement du quatorzième siècle, l'erreur 
de date que je crois pouvoir rectifier était déjà admise par un 
inconnu qui consigna une annotation sur les marges du « parvum 
pastorale 2 ». Cette annotation est composée de quelques lignes 



1 . L'une des copies données par le cartulaire de Notre-Dame mentionne comme 
avant-dernier témoin « signum Tebaldi, filii comitis » : ce serait évidemment Thi- 
baut, quatrième du nom sur les listes des comtes de Blois, et le deuxième comme 
comte de Champagne. — Je dois faire remarquer que ce personnage ne figure sur 
aucun des deux exemplaires de l'acte que possèdent les Archives de l'Empire. 

2. En feuilletant ce manuscrit j'ai relevé quelques autres annotations qui prou- 
vent qu'au quatorzième siècle, parmi ses lecteurs, les uns considéraient Hugues 
Capet comme un usurpateur, les autres comme un souverain légalement appelé au 
trône. Ainsi à la page 94, devant le diplôme de Lothaire et de Louis, dans lequel est 
mentionné Hugone exoellentissimo duce, on a écrit : isle Hugo quem sic corn- 



162 



•îp- 



peu faciles à déchiffrer, aussi je n'en propose ici une transcrip 
tion que sous toutes réserves. Il est évident toutefois que l'ano- 
nyme, attribuant les deux chartes au même Etienne, comme on 
l'a fait dans le Gartulaire de Notre-Dame de Paris, a voulu faire 
connaître son opinion sur l'origine du comte Etienne, ainsi que 
sur l'emplacement primitif de la cathédrale de Paris : je crois 
aussi qu'il supposait que les Capétiens se rattachaient à l'an- 
cienne dynastie carlovingienne. Voici ma transcription : 

« Et credo quod erat cornes parisii — iste Stephanus fuit con- 
« temporaneus ymo? ante? (ces deux mots interlignés) Karolo- 
« magno [in carta 17 * (interligné)] et — jam erat ecclesia béate 
« Marie in insula scilicet infra murum Parisii — nec non ? in 

« luco (sic) Sancti Stephani q vocabatur? — per ? tem- 

« pora? prius? sed? tempore Henrici régis prout in carta 47 2 
« — et est verisimile quod fuit de Francis et sicut Hugo Capetus 
« de Francis — et ideo reges moderni sunt stirpe? masculina de 
« Francis, stirpe? femina de Carolo et Pipino 3 . » 

« Dans son Histoire du département de Seine-et-Marne, »t. II, 
p. 114, M. le docteur Félix Pascal s'exprime ainsi : « La tradition 
« assure que Rosoy a été donné à l'Église de Paris par un comte 
« de Champagne, pour l'office des anniversaires des matines et de 
« la chambre de cette Église, vers l'an 826 ; mais la tradition 
« n'est point ici d'accord avec l'histoire, car le premier comte 
« héréditaire de Champagne fut Héribert, comte de Vermandois, 
« et ce seigneur ne prit le titre de comte de Champagne qu'au 

« commencement du dixième siècle En 1080, Etienne, comte 

« de Champagne , était l'advoué du chapitre (de Notre-Dame) 
« pour la seigneurie de Rozoy. » 

Le comte Etienne, auquel j'attribue la charte de Rosoy, est 

mendant privavit eos regno. Ailleurs, page 374; je lis dans une liste chronolo- 
gique des rois de France : Hugo Chapet cornes Parisii regnum sibi usurpavit. 
En marge un lecteur a inscrit simplement le mot non qui est toute une protestation. 

1. La charte n° 17, à laquelle renvoie l'annotation, est celle dans laquelle Char- 
lemagne mentionne la donation de Sulciacum faite par « Stephanus pie recorda- 
tionis cornes nec non et uxor ejus Amaltrudis. » {Parv. Pastor. p. 41. Cartul. de 
N.-D. de Paris, t. I, p. 290.) 

2. La charte n° 47 est celle par laquelle le roi Henri I er , vers le milieu du onzième 
siècle, disposait des églises Saint-Étienne, Saint-Julien, Saint-Séverin et Saint-Bache 
{Parv. Pastor., p. 47. Cartul de N.-D., t. I, p. 272). J'ai remarqué qu'on avait 
gratté une annotation consignée à la marge. 

3. Parv. Pastor., p. 121 (Arch. de l'Emp. LL 176). 



163 

justement celui auquel M. le docteur F. Pascal fait allusion : 
seulement, il faut noter qu'il n'était pas comte de Champagne. A 
cette époque, il y avait des comtes qui possédaient Troyes, ou 
Blois, ou la Brie ; mais il n'y avait pas encore de comté de Cham- 
pagne constitué. 

Etienne -Henri, fils du comte Thibaut, avait eu tout d'abord, 
du vivant de son père, la Brie; plus tard, il eut, entre 1089 et 
1 102, Chartres, Blois, Châteaudun, et la suzeraineté sur le reste 
du patrimoine de sa maison. Ce comte épousa, vers 1785, Adèle, 
fille de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre ; il en eut 
plusieurs fils, entre autres Guillaume, dit de Sully, qui fut 
exclu de son droit d'aînesse comme « trop faible d'esprit et 
« indigne du sang dont il était issu; » Etienne, d'abord comte de 
Mortain, puis roi d'Angleterre après la mort de son oncle, Henri 
de Boulogne. 

Ne semble-t-il pas que ces quelques lignes, dans lesquelles 
on retrouve tous les personnages de la charte de Rozoy, per- 
mettent d'attribuer à cet acte, comme date, les dernières années 
du onzième ou les trois premières années du douzième siècle ? 
Le style vient à l'appui de ma conjecture, et, d'ailleurs, parmi 
les témoins, il me semble en reconnaître qui figurent dans des 
actes datés et publiés ailleurs. 

Je signalerai particulièrement Lambertus prepositus, Hugo 
panificus, et Goisbertus Tomi; or, dans une charte de 1102 de 
la comtesse Adèle, je trouve : Hugo panetarius et Goisbertus 
frater ejus, et Lambertus prepositus Columbariensis 1 . Ce même 
Hugo figure encore dans une notice de l'abbaye de Marmoutier, 
commencée sous le comte Étienne-Henri, et terminée après sa 
mort par sa veuve : Hugo magister panetarius 2 , ainsi que dans 
un acte du même comte en faveur du palais épiscopal de Char- 
tres 3 . J'ajouterai que, parmi les personnages dont la présence 
est signalée lors de la rédaction de la charte de Rozoy, on en 
voit un dont le nom même indique la seconde moitié du onzième 
siècle : c'est Isembardus ville nove; les premiers villages nouvel- 
lement fondés, appelés aujourd'hui en Champagne plus souvent 
Neuville que Villeneuve, datent exclusivement de l'époque que 
je viens d'indiquer. 

1. Toussaint Duplessis. T. II, p. 18. 

2. Ann. Bened., V, 657. 

3. Gall. christ., VIII. Instr., col. 310. 



164 

Le second acte qui a induit en erreur B. Guérard émane, à 
vérité, d'un comte Etienne, qui, avec Amaltrude, sa femme, 
donne à Notre-Dame de Paris la paroisse de Sucy en Brie, en 
811 (tome I, p. 290); il était mort en 829, ainsi qu'il résulte 
d'un acte de Inchadus, évêque de Paris (id., p. 322) : nous pou- 
vons même affirmer qu'à cette dernière date, son décès remon- 
tait déjà à plusieurs années. Nous remarquons, en effet, un 
diplôme de Charlemagne, dont le règne finit en 814, qui con- 
tient ce passage : « Sulciacum quem Stephanus pie recordationis 
« cornes, nec non et uxor ejus Amaltrudis, eorum usibus dele- 
« gaverunt. » (Id., p. 240) \ 

Je ne veux pas donner à cette lettre une trop grande étendue 
en cherchant quel était ce personnage. Je dirai seulement en 
deux mots ce que j'ai pu recueillir en ce qui le concerne. Une 
charte du Cartulaire de Notre-Dame, de 1212 (tome I, p. 407), 
le désigne comme comte de Corbeil : « Tn anniversario comitis 
« Gorboliensis qui dédit nobis Suciacum, c solidos. » Baluze, 
Dubois et le Gallia christiana en font un comte de Paris ; ils 
pensent, non sans grande apparence de vérité, que c'est ce per- 
sonnage qui, en 802, fut, avec Fardulf, abbé de Saint-Denis, 
missus dominicus, dans les pagi Parisiacus, Melcianus, Milidu- 
nensis, Provinensis, Stampensis, Carnotensis et Pinciacensis . En 
803 et en 812, il porte la qualification de comte, et, à la pre- 
mière de ces dates, il a mission de publier des capitulaires à 
Paris : « Anno tercio clementissimi domini nostri Karoli Augusti 
« et ipso anno hœc facta capitula sunt et consignata Stephano 
« comiti, ut haec manifesta faceret in civitate Parisius, mallo pu- 
-■' blico2. .. 

En résumé, je vous propose les conclusions suivantes : 1° l'acte 
publié dans le Cartulaire de Notre-Dame de Paris, aux pages 288 
du tome I er et 265 du tome II, est des dernières années du on- 
zième siècle ; 3° l'acte publié à la page 24 1 est postérieur à 



1 . Les actes dans lesquels ligure le nom de ce comte Etienne sont mal classés. En 
effet, la donation datée en toutes lettres de 811 est, si son authenticité est incontes- 
table (ce que je ne veux pas discuter ici, pour ne pas m'ecarter de mon sujet), 
antérieure à l'acte de la page 240, placé vers 795, et qui parle d'Etienne comme 
étant déjà décédé : celui-ci ne peut être mis qu'entre 811 et 814. 

2. Cf. Baluze, Capitul., I, p. 392, 490; II, 1061. — Dubois, Hist. eccles., Paris, 
1,591. 



165 

l'an 8 1 1 ; 2° jusqu'à ce jour, ou ne commit pas de texte qui 
mentionne la monnaie de Provins antérieurement à l'an 1085. 
Tout à vous, mon cher ami. 

Anatole de BARTHÉLÉMY. 



P. S. Après avoir feuilleté une dernière fois le Cartulaire de Notre-Dame, 
j'ai constaté que l'éditeur a reconnu l'erreur que je signale, à la p. clxxxviii 
de la préface , dans une note, p. lx, et aux errata, t. IV, p. 490. Ma rec- 
tification me paraît néanmoins utile parce que X Index chronologique des 
chartes et les Tables des matières, qui sont exclusivement consultés par 
les lecteurs qui l'ont des recherches, ne peuvent qu'égarer ceux-ci sur le 
point qui nous occupe. 



166 



BIBLIOGRAPHIE. 

Azincoubt, par René de Belleval. Paris, Dumoulin, 1865, gr. iu-8°. 

M. R. de Belleval poursuit avec zèle une série d'études analytiques sur 
l'intéressante période de nos annales connue sous le nom de Guerre de 
cent ans. Disposant, en véritable amateur, de son plan et de sa méthode, 
l'auteur ne paraît pas s'astreindre à un ordre chronologique rigoureux dans 
l'élaboration de son œuvre et dans la publication des parties qui la compo- 
sent. Ainsi l'idée mère de son entreprise se trouve, si nous ne nous trompons, 
exposée pour l'ensemble et ébauchée déjà par tronçons, dans la Grande 
Guerre, Fragments d'une histoire de France aux quatorzième et quinzième 
sièeles, Paris, Durand, 1862. Déjà, antérieurement, avait paru, du même 
auteur : la Journée de Mons en Vimeu et le Ponthieu après le traité de 
Troyes (1420-1), Paris, 1861, in-8°. Puis il nous a donné, en 1864, la Pre- 
mière Campagne d'Edouard III en France (ann. 1347 et s.), Paris, Du- 
rand, in-8°. Voici maintenant une monographie de la bataille d' Azincourt 
(1415). Ce défaut d'uniformité ou de régularité usuelle n'a du reste à nos 
yeux qu'une médiocre importance. Et nous dirions volontiers à M. de Belle- 
val, en parodiant un mot célèbre : « Publiez toujours ; la critique recon- 
naîtra les siens. » Il sera facile de coordonner matériellement le monu- 
ment, pourvu que l'œuvre s'accomplisse 

Le travail de M. de Belleval offre une grande analogie avec celui que sir 
H. Nicolas a, sous le même titre, consacré au même événement 1 . Ces deux 
importantes études (qui se répètent quelquefois entre elles) se complètent 
et s'éclairent néanmoins le plus souvent l'une par l'autre. 

L'ouvrage de M. de Belleval commence par un récit détaillé de la ba- 
taille, accompagné d'une carte étendue, offrant le tracé complet de l'itiué- 
raire suivi par l'armée anglaise depuis Harfleur jusqu'à Azincourt. Vient 
ensuite une série de listes des combattants anglais et français présents à la 
bataille, tous blessés ou faits prisonniers. Cette partie de l'ouvrage est 
celle où l'auteur paraît avoir apporté sa part la plus notable de recherches 
propres et originales, comme aussi de soin, de zèle et de prédilection. Le 
volume se termine par une suite de poèmes, ou opuscules en vers, tant 
français qu'anglais, composés à l'occasion de ce mémorable épisode. 

A. V. 

Histoire du règne de Henri /Fpar M. Aug. Poirson : 2 e édition, t. III. 
Paris, Didier, 1865, in-8° de 811 pages. 

Le troisième volume de cette seconde édition contient l'exposé du gou- 
vernement, de l'administration, des grands établissements du règne de 
Henri IV. 

1. History qf the battle of Azincourt, etc., London, 1832, n-8°, p. 9. 



167 

En traitant cette matière si complexe, l'auteur a donné de nouveaux dé- 
veloppements, un caractère de plus en plus marqué à son système général 
de composition. M. Poirson applique l'érudition à tous les sujets qui ont un 
véritable intérêt pour le pays, parce qu'ils touchent, soit à ses libertés, soit 
à sa prospérité et à sa grandeur; et l'érudition donne à ces sujets une plé- 
nitude, une exactitude, une nouveauté, qu'ils n'avaient pas eues jusqu'ici. 
Voici quelques exemples, empruntés aux sujets de la nature la plus diverse, 
qui feront connaître l'application de la méthode de l'auteur. 

Dans les matières de gouvernement, il a joint à l'étude des histoires 
locales et des pièces qui leur servent de preuves l'étude nouvelle, le dé- 
pouillement nouveau des lettres patentes, et il est arrivé aux résultats sui- 
vants. Outre les six grandes provinces, nommées pays d'États, dix autres 
pays de moindre étendue ont des États, avec la décision de toutes les ques- 
tions d'intérêt local, et le vote annuel de l'impôt : ces provinces et ces 
pays jouissent donc du régime représentatif partiel. Quinze autres pro- 
vinces ont conservé le droit de remontrances et de réclamations. La majo- 
rité des grandes villes a gardé ses libertés municipales ; le nombre de ces 
villes est sensiblement augmenté durant le règne de Henri IV : leurs li- 
bertés municipales ou privilèges, qui sont des droits politiques d'une haute 
importance, les constituent à peu près à l'état de communes du moyen 
âge. Dans toutes les questions importantes, les grands corps d'État sont 
consultés et écoutés. L'auteur en conclut, preuves en mains, que, sous ce 
règne, l'autorité royale, absolue si Ton veut en principe, était, dans la pra- 
tique et dans l'application, restreinte et limitée par les franchises na- 
tionales. 

Du gouvernement passons aux finances. En donnant pour contrôle aux 
Économies royales de Sully, aux Recherches et considérations de Forbon- 
nais, le livre à peu près inconnu de Mallet, premier commis des finances à 
la fin du règne de Louis XIV, M. Poirson a pu démontrer que, sous 
Henri IV, il existait deux sources de revenus, les revenus ordinaires de la 
couronne, et les deniers extraordinaires ; que, sans le concours de ces 
deux espèces de ressources, il eût été impossible à Henri IV et à Sully, en 
douze années d'administration régulière, de rembourser 100 millions de 
dettes exigibles ; de contracter pour le rachat de 60 millions de domaine 
ou de rentes; et de laisser, en argent comptant, une réserve de 43 millions 
dans les caves de la Bastille. 

Pour l'agriculture, l'auteur a combiné les données fournies par le Théâtre 
d'agriculture, avec les dispositions des édits et ordonnances. L'agricul- 
ture, détruite dans la moitié du royaume par les guerres civiles, est rétablie 
et protégée partout. Grâce aux efforts combinés du roi et d'Olivier de 
Serres, elle commence à passer de l'état de routine grossière à l'état d'art : 
elle s'enrichit de produits nouveaux d'une immense utilité : elle jouit eu 
outre de la libre exportation de tous les produits agricoles. 
Même travail et mêmes résultats pour l'industrie. Les édits et ordonnan- 



168 






ces constatent le rétablissement des industries de première nécessité, 
création des industries de luxe. Les écrits d'Olivier de Serres et de Bar 
thélemy Laffemas, extraits et commentés dans la nouvelle histoire, démon- 
trent jusqu'à l'évidence que la France doit à Henri IV la culture du mûrier 
en grand, et l'industrie de la soie, aujourd'hui la plus productive de nos 
industries. 

D'après l'étude des histoires contemporaines et des ouvrages spéciaux 
sur la matière, d'après le relevé encore des devis et des travaux commencés 
sur tous les points du royaume, M. Poirson apprend à son lecteur que la 
France et l'Europe doivent à ce règne la découverte des canaux à point de 
partage; que la France lui doit en outre le tracé et le commencement 
d'exécution de quatre voies de grande navigation intérieure sur six, et l'in- 
dication d'une cinquième. 

La planche et la légende retrouvées par l'auteur de la Porte et Place de 
France lui ont donné moyen d'indiquer d'une manière sûre les plans pro- 
jetés pour la rénovation générale, mais progressive, du vieux Paris, après 
la construction achevée de deux portions de quartiers nouveaux à la Place 
Royale et à la Place Dauphine. 

Enfin l'étude et le commentaire des statuts nouveaux de l'Université 
après sa réforme, statuts dressés par les commissaires du roi, sanctionnés 
par l'autorité royale, formant une dernière partie de la législation de l'é- 
poque, accuseut la pensée d'un gouvernement occupé de la jeunesse et de 
l'avenir de la patrie. L'instruction secondaire et l'instruction supérieure re- 
çoivent des règles et une discipline qui remplacent, par le respect pour la 
loi et pour l'autorité légitime, les doctrines subversives delà Ligue. L'édu- 
cation est assise sur la base d'une religion éclairée et de la morale. Au point 
de vue du développement des intelligences, l'instruction secondaire et 
l'instruction supérieure sont soumises à un plan si sage, si habilement 
combiné, qu'encore aujourd'hui ses dispositions principales et les plus gé- 
nérales régnent dans nos écoles. 

C'est par ces travaux nouveaux que M. Poirson s'est efforcé de rendre 
son ouvrage plus digne de la haute distinction que l'Académie française lui 
a accordée, en lui décernant en 1857 et 1858 le grand prix Gobert. 

A. T. 

De Haymaro Monacho, archiepiscopo Csesariensi et postea Hieroso-. 
lymitano patriarcha, disquisitionem criticam facultati litteramm Pa- 
risiensi proponebat P .-E.-D. Riant. [Paris], 1865, in-8°de 127 p. 

En 1549 et 1560, Jean Herold publia, à la suite de sa continuation de 
Guillaume de Tyr, un poëme sur le siège et la prise de Saint-Jean-d'Acre 
en 1189, 1190 et 1191. Ce poëme, qui présente un véritable intérêt histo- 
rique, n'avait guère été remarqué jusqu'à présent, et tout ce qu'en dit 
M. Riant, dans la thèse dont je viens de transcrire le titre, a le mérite 
d'une entière nouveauté. 



169 

Le mauuscrit du poème sur le siège de Saint-Jean-d'Acre qui a servi pour 
les éditious de 1549 et 1560 n'est plus connu; les deux autres manuscrits 
que nous en possédons, l'un à Bamberg (B. IV, 29, fol.), l'autre à Oxford 
(Codex Orelianus, n. 853. 2, fol.), n'indiquent point le nom de l'auteur. 
M. Riant a démontré, par des rapprochements décisifs, que le poëme a été 
composé par le Florentin Amerigo Monaco dei Corbizzi, le même que les 
anciens textes latins et français appellent Haymarus et Haymer. Ce per- 
sonnage figure dans un grand nombre de documents de la fin du douzième 
et du commencement du treizième siècle. En 1171, il était chancelier du 
patriarche de Jérusalem; vers 1180, il fut nommé archevêque de Césarée; 
plus tard, il devint patriarche de Jérusalem et mourut en 1202. 

Après avoir montré quel est l'auteur du poëme sur le siège d'Acre, et après 
avoir mis en lumière et coordonné tous les détails qui nous sont parvenus 
sur la vie de cet auteur, M. Riant apprécie la valeur du poëme,' en donne 
une analyse, et termine sa publication par le texte même des vers d'Hay- 
mer; il s'est servi, pour ce travail, de l'ancienne édition et des manuscrits 
deBamberg et d'Oxford, dont le fac-similé est joint au volume. Il a réuni 
en appendice trois morceaux qui ont beaucoup d'analogie avec le poëme 
d'Haymer. Le premier, intitulé : Planctus de amissione Terrx Sanctx, 
est tiré d'un manuscrit de Munich; le deuxième se compose de trente-deux 
vers sur les croisés, que Roger de Hoveden a insérés dans ses Annales ; le 
troisième, ayant pour titre : Conductus de itinere Jerosolimorum, se 
trouve dans un manuscrit de Vienne, et paraît aujourd'hui pour la première 
fois. 

On voit, par cette simple analyse, que la thèse latine de M. Riant est une 
remarquable dissertation sur une partie des sources de l'histoire de la troi- 
sième croisade. C'est un heureux début qui sera suivi, nous n'endoutonspas, 
de travaux encore plus importants sur les événements dont la terre sainte 
fut le théâtre à la fin du douzième et au commencement du treizième siècle. 

Le même auteur vient de publier un second ouvrage, plus étendu et d'un 
intérêt plus général que le premier. Il est intitulé Expéditions et pèleri- 
nages des Scandinaves en Terre Sainte au temps des Croisades (Paris, 
1865, in-8 de 448 pages). Je me borne à signaler l'apparition de ce livre, 
dans lequel sont examinés sous toutes les faces, et d'après les documents 
originaux, les rapports des Scandinaves avec la Terre Sainte, du x e au 
xiv e siècle. Nous espérons qu'un de nos confrères en rendra compte avec 
les développements nécessaires pour faire comprendre l'importance du sujet 
et la manière dont il a été traité par l'auteur. 

L. D. 

Recherches sur la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris, 
d'après des documents entièrement inédits, suivies d'une notice sur 
les manuscrits qui y sont conservés; par Alfred Franklin, de la biblio- 
thèque Mazarine, 1864. 

II. (Sixième série.) 12 



170 

Histoire de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor, à Paris, 
d'après des documents inédits; par le même; 1865. 

Paris, Aubry, pet. in-8°. 2 volumes. 

Les bibliophiles et le public érudit doivent déjà au zèle et à la persévé- 
rance de M. A. Franklin diverses notices : sur la bibliothèque Mazarine, 
à laquelle il appartient; sur la Bibliothèque impériale, son organisa- 
tion, son catalogue; sur les origines du palais de l'Institut ou Collège 
des Quatre-Nations ; et, en dernier lieu, sur la bibliothèque (non publi- 
que) de l'église Notre-Dame de Paris au treizième siècle. M. Franklin 
continue le cours de ses intéressantes recherches en nous donnant les 
deux nouveaux opuscules dont le titre précède. Tous deux se feront 
lire avec attention par les curieux. M. Franklin poursuit, comme on 
voit, un cercle d'investigations, qui, peu à peu, embrasse les origines 
historiques des principaux établissements ou dépôts littéraires de la ca- 
pitale. 

L'histoire de la Faculté ou de l'École de médecine de Paris n'offre 
guère, aux yeux des médecins d'aujourd'hui, qu'un intérêt purement bis- 
torique. Les changements que le cours des temps a introduits dans l'ensei- 
gnement des sciences expérimentales ont eu pour effet de rompre pour 
ainsi dire le lien de leur existence continue. C'est ce qui fait qu'à ce point 
de vue les archives de la science médicale offrent à ceux qui la cultivent 
parmi nous beaucoup moins de profit que les antiquités littéraires n'en 
offrent aux littérateurs actuels. Mais, sous le rapport historique, les docu- 
ments de l'École de médecine sont bien loin de ne pouvoir iutéresser que 
des médecins. On y trouve, indépendamment des notions propres de cet 
ordre, des renseignements très-variés et très-piquants, qui se rattachent 
aux mœurs, à l'état social, et même aux événements politiques du moyen 
âge. Les médecins, en effet, jouaient un rôle sur les divers théâtres que 
nous venons d'indiquer. La Faculté de médecine était un corps constitué, 
qui participait, dans une certaine proportion, à la vie publique, comme 
membre de la grande Université parisienne. Ses suppôts étaient aussi, sou- 
vent et en même temps, des prélats de l'Église. On n'ignore pas enfin que 
les Des Parts, les Poitevin, les Coitier et bien d'autres, eurent accès dans 
les conseils du roi, non-seulement comme médecins, mais comme hauts 
fonctionnaires de l'État ou de l'ordre civil. 

M. Franklin a donc fait une œuvre utile et digne d'applaudissement en 
retraçant, comme il l'a fait, d'après des sources origiuales et généralement 
peu consultées, les origines de cette institution. L'une des collections les 
plus riches et les plus importantes que possède la bibliothèque de l'École 
de médecine, en fait de documents manuscrits et inédits, du moins dans 
leur ensemble, est formée par la série originale des Registres ou Commen- 
tarii de l'ancienne Faculté de médecine. Les premiers de ces registres 
manquent depuis des siècles. Mais, dans son état actuel, cette série se 
compose encore de 24 volumes petit in-fol., solidement reliés, écrits sur 



171 

parchemin et sur papier. Le plus aucieu commence à 1395 et la série con- 
tinue sans interruption jusqu'en 1786 '. 

M. Franklin apprécie en des termes très-justes l'intérêt que présentent 
ces antiques commentaires, et, pour justifier cette appréciation, il emploie 
le moyen le plus probant : l'éditeur a reproduit in extenso quelques pages 
empruntées au premier volume. L'auteur de cet opuscule agissait dans un 
cadre très-limité, et dont l'étroitesse même est une des conditions de son 
programme. II a donc nécessairement dû se restreindre. 

Ces fragments, il faut le dire, sont plus propres à exciter ou attiser la 
curiosité et l'intérêt du lecteur qu'à les satisfaire. Une chaire vient d'être 
ouverte au Collège de France pour y professer l'histoire de la médecine. Le 
moyen âge aura son tour dans la suite de cet exposé. Un moment viendra 
donc, sans doute, où les registres de la Faculté parisienne paraîtront sur 
la scène de l'érudition. Nous faisons des vœux, quant à nous, pour que ces 
registres, que nous avons plus d'une fois et péniblement consultés (quoique 
sans plaindre notre labeur), deviennent , ainsi que les autres registres 
princeps (ou principes) des anciennes Facultés, le sujet de publications 
très-étendues, si ce n'est intégrales. 

L'Histoire de la bibliothèque de Saint-Victor offrait aussi un champ 
fructueux à exploiter. On sait que ce dépôt littéraire, fondé avec l'abbaye 
même au douzième siècle, fut un de ceux qui, avant la révolution fran- 
çaise, étaient ouverts par la libéralité de leurs possesseurs, aux recherches 
des gens de lettres. Il est, à ce titre, un de nos premiers établissements de 
ce genre que l'on peut, à la rigueur, décorer du nom de bibliothèque pu- 
blique. Lorsqu'en 1789, eut lieu la grande refonte de ces établissements, la 
bibliothèque de Saint-Victor se trouvait particulièrement riche en incuna- 
bles typographiques, en traités manuscrits ou imprimés qui rentraient dans 
la classe de la littérature ou de l'histoire du moyen âge. Cette classe était 
alors fort dédaignée. Mais combien le goût public et la direction des esprits 
studieux ont changé depuis cette époque ! Il suffit de rappeler ces consi- 
dérations, dont personne ne contestera la vérité, pour justifier le choix et 
l'opportunité du sujet qu'a traité M. A. Franklin. 

L'auteur expose en premier lieu l'historique de la bibliothèque, à partir 
de sa fondation. Il reproduit ensuite, à l'état de fragments, divers catalo- 
gues de ce dépôt, datés de 1513, 1623 et 1677. L'opuscule se termine par 
divers appendices, et notamment par un index de divers manuscrits relatifs 
à l'histoire de l'abbaye de Saint-Victor. Tous les détails que nous révèle 
M. Franklin m'ont paru généralement exacts et intéressants. La biblio- 
thèque de Saint-Victor a fourni plusieurs documents à la collection, si 
importante, qu'a publiée notre confrère M. J. Quicherat sous le titre de 
Procès, etc., de la Pucelle. Parmi ces matériaux, figure premièrement un 

1. llecherches, p. 109, 110. Voy. aussi Histoire de l'instruction publique, 1849, 
in-4", p. 359 et suiv. 

12. 



172 

recueil de pièces ayant fait partie des vastes écritures judiciaires, tant en 
ce qui concerne la condamnation que la réhabilitation de cette héroïne. 
Il faut distinguer, en second lieu, une chronique ou compilation dans la- 
quelle le Journal du siège entre pour une part considérable. Il résulte des 
recherches de M. Franklin que l'ensemble de ces documents fut rassemblé 
par Nicaise Delorme, abbé de Saint-Victor de 1501 à 1516. D'après un té- 
moignage précieux, celui de Dubreuil, qu'a recueilli et reproduit M. Fran- 
klin, cet abbé Nie. Delorme « demeuroit alors (vers 1501) au diocèse 
d'Orléans; il fit transcrire le livre de J eanne la Pucelle » (Chronique du 
siège), ainsi que « son procès fait par les Anglois à Rouen et sa justification, 
et l'apporta à Saint-Victor. » Cette circonstance explique l'origine de ces 
documents, qui, pour moi du moins, était demeurée inconnue. Cette notion 
jette également, à mon sens, une lumière très-précieuse pour la critique, à 
l'effet d'apprécier la source et la valeur comparative des documents connus 
sous les titres de Journal du siège, Chronique de la Pucelle et Chronique 
de Cousinot 1 . 

Sans doute l'honorable auteur du dernier livret que nous analysons ne 
saurait se flatter d'avoir épuisé la matière. Ainsi nous aurions souhaité, 
pour notre compte, des développements plus étendus, et dont les éléments 
existent, dispersés, sur les accroissements que reçut la bibliotheque.de Saint- 
Victor à l'époque où l'imprimerie naissante vint précisément y apporter 
d'Allemagne ses premiers produits 2 . Un autre lui reprochera peut-être de 
n'avoir pas tiré tout le parti possible des nécrologes et autres documents 
victorins, manuscrits, qu'il n'a pour ainsi dire qu'effleurés. Trahit sua 
quemque voluptas... et la situation des auteurs est bien souvent, j'en con- 
viens, celle du Meunier, son (ils et Vàne... Pour nous, la critique doit aisé- 
ment absoudre l'écrivain de tout ce que ce dernier ne lui donne pas ; 
pourvu toutefois que l'ouvrage analysé donne quelque chose , j'entends de 
valable et de bon. Or, à ce point de vue, nous ne devons pas seulement 
renvoyer indemne l'auteur de ces élégants opuscules que publie M. Aug. 
Aubry , nous lui devons encore une réelle estime et une véritable recon- 
naissance. 

A. V. 

Les Constitutions de V Alsace au motjen âge. — Les Paysans de 
l'Alsace au moyen âge, par M. l'abbé Hanauer, licencié ès-lettres, profes- 
seur au gymnase catholique de Colmar. 2 vol. in-8°. — Paris, Auguste 
Durand, 1865. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les recherches des érudits et patients in- 

1. Franklin, Recherches; voy. à la fable, Nicaise Delorme et les renvois. Du- 
breuil. Théâtre des antiquités de Paris, p. 319. Chronique de Cousinot, etc., 
Paris, Delahaye, 1859, in-12, p. 57. 

2. Voy. Histoire de Charles VII, t. III, p. 4i8, et les Origines de l'imprimerie 
de M. Aug. Bernard, loc. ib. cit. 



173 

vestigateurs du passé se sont portées sur la condition des classes agricoles 
ni France ; déjà MM. L. Delisle et C. Dareste de la Chavanne ont publié, 
sur cette matière si intéressante, des travaux qui font autorité. 

Ce que M. Delisle a fait pour la Normandie , M. l'abbé Hanauer vient de 
le faire pour l'Alsace dans les deux volumes dont nous annonçons la publi- 
cation et qui seront accueillis, nous n'en pouvons douter , par les savants 
français et allemands, avec une faveur égale et bien méritée. 

M. Hanauer raconte, dans la préface des Paysans de l'Alsace, comment, 
s'occupant de l'histoire des abbayes alsaciennes , il fut amené , par la dé- 
couverte d'un rotule colonger, à étudier dans ces textes mêmes la condition 
politique, morale et matérielle des paysans alsaciens pendant le moyen 
âge. 

Lacolonge (colonia, eu allemand Dinghof, de Hof, cour, etDing, assem- 
blée, plaid) est, dit M. Hanauer, une agglomération plus ou moins consi- 
dérable de fermiers régis par une loi commune , dépendant d'un même 
seigneur, et formant ensemble un tribunal dont les attributions étaient 
très-variées. — C'est la définition à la fois la plus claire , la plus exacte et 
la plus complète qui ait été donnée de la colonge. 

Je n'ai pas cru inutile de reproduire cette définition , puisque les deux 
volumes de M. Hanauer ne sont , comme il le dit lui-même, qu'une étude 
sur les cours colongères. 

J'aurais pourtant, à cet égard, une réserve à faire, c'est que ce sous-titre 
me paraît trop modeste (la modestie est dans les habitudes de l'auteur) et 
n'indique pas suffisamment toute la valeur historique du beau travail du 
savant ecclésiastique. 

L'auteur, en effet, est arrivé à démontrer que la moitié environ des vil- 
lages de l'Alsace étaient constitués en colonges, fonctionnant dans chacun 
deux à côté des communes qui ont fini par les absorber complètement ; il 
trace un tableau complet et fidèle de l'état des terres et des personnes, 
œuvre considérable et qui a été traitée, on peut le dire, d'une façon ma- 
gistrale. 

L'ouvrage de M. Hanauer sera analysé et apprécié en détail par des cri- 
tiques plus compétents que moi, il mérite cet honneur. Je me borne donc 
ici à ces considérations générales, et dirai en résumé que cet ouvrage me 
semble le plus important qui ait été publié en Alsace après les travaux 
que nous ont laissés les érudits du XVIII e siècle. 

M. Hanauer vient de se placer du premier coup au rang des maîtres; il 
saura s'y maintenir dans les prochaines publications que nous promet son 
infatigable ardeur. L. B. 

Étude historique et paléographique sur le rouleau mortuaire de 
Guillaume des Barres, par Eugène Grésy. Meauxet Paris, 1865. In-folio. 

Le travail de M. Grésy se compose de trois parties qui toutes trois offrent 
un véritable intérêt. 



174 

La première est une notice biographique sur Guillaume des Barres, l'un 
des plus fameux chevaliers du règne de Philippe-Auguste, mort en 1233. 
L'auteur a consulté non-seulement les historiens anciens et modernes, mais 
encore les chartes d'un grand nombre d'établissements. Il serait difficile de 
réunir une plus riche collection de documents sur un chevalier du treizième 
siècle. Tout ce que nous regrettons, c'est que M. Grésy n'ait poiut discuté 
certaines assertions qu'il a relevées dans des ouvrages modernes : par 
exemple, la qualification de grand sénéchal donnée par Méaeray à Guil- 
laume des Barres, qualification qui résulte probablement d'une méprise. 
Plusieurs autres détails auraient encore besoin d'être éclaircis : ainsi, on se 
demande comment Guillaume des Barres a pu prendre le titre de comte 
de Chalon sur son contre-sceau. 

A la mort de Guillaume des Barres, les religieuses de Fontaines, au dio- 
cèse de Meaux , firent circuler un rouleau pour obtenir des prières à l'in- 
tention de leur bienfaiteur. Ce rouleau , qui appartient aujourd'hui à ma- 
dame Dassy, est long de 10 mètres 84 centimètres , et large de 18 centi- 
mètres. Il renferme une encyclique, qui est à la fois l'éloge du défunt et la 
recommandation de son âme aux prières des fidèles. Suivent deux cent trois 
titres funèbres, qui furent écrits dans diverses maisons de la Brie, de l'Ile 
de France, de la Picardie, de la Normandie, du pays Chartrain, du Maine, 
de l'Orléanais, de la Champagne et de la Bourgogne. M. Grésy a publié le 
texte de l'encyclique, et la liste de tous les établissements qui ont inscrit 
des titres sur le rouleau. 

La dernière partie de la publication de M. Grésy est une description du 
monument funéraire de Guillaume des Barres, qui figura dans le prieuré de 
Fontaines jusqu'au dix-huitième siècle, et dont les restes viennent d'être 
pieusement recueillis par M. Aubry, acquéreur du domaine de Fontaines. 

L'ouvrage dont nous venons d'indiquer l'objet est orné d'une belle chro- 
molithographie : c'est le fac-similé de la grande peinture qui est en tête du 
rouleau et qui représente les derniers moments de Guillaume des Barres. 
Des gravures sur bois reproduisent avec exactitude : 1° le cylindre sur le- 
quel s'enroule le rouleau; 2° l'image de Guillaume, en costume de guerre, 
telle qu'on la voit dessinée au trait vers le bas du rouleau; 3° le monument 
funéraire de Guillaume des Barres. 

L. D. 

Chartulàrium Sancti Jovini. (Deuxième partie du tome XVII des 
Mémoires de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres, 
année 1854.) Niort, imprimerie de L. Favre et compagnie. Sans date. In- 
octavo de xvi et 135 p. 

Les archives de Saint- Jouin de Marnes ont péri, soit dans les troubles 
de la Bévolution , soit dans l'incendie des Archives de la préfecture des 
Deux-Sèvres ; elles ne sont plus guère représentées que par un recueil de 
Gaignières (ms. latin 5449 de la Bibliothèque impériale), renfermant: 1° la 



175 

copie complète d'un petit cartulaire écrit au XV siècle ; 2° la copie ou 
l'analyse des principales pièces qui étaient conservées vers 1700 dans le 
chartrier du monastère. 

Le volume que nous annonçons contient le petit cartulaire du XV e siècle 
et les documents que Gaignières a cru devoir transcrire en entier. C'est 
une intéressante collection de cinquante-six chartes , dont une appartient 
au IXe siècle, cinq au X e , quinze au XI e , dix au XII e , onze au XIII e , six 
au XIV e et huit au XV e . La date de la plupart de ces pièces et la valeur 
des renseignements qu'elles fournissent sur la topographie d'une portion 
du diocèse de Poitiers et sur l'histoire des vicomtes de Thouars justifient la 
résolution que la Société de statistique des Deux-Sèvres a prise de les in- 
sérer dans le recueil de ses mémoires. 

L'édition du cartulaire de Saint- Jouin a été préparée par M. Grandmai- 
son , qui n'a rien épargné pour rendre son travail aussi complet et aussi 
exact que possible. Au texte des chartes il a ajouté une introduction dans 
laquelle l'histoire de l'abbaye est racontée avec une élégante simplicité. Le 
volume se termine par deux pouillés et par des tables dont l'usage est fort 
commode. 

L. D. 

L'Abbaye royale de Faremoutiers, au diocèse de Meaux , par Eugène 
de Fontaine de Resbecq ; Paris, Furne et C e . 

M. de Fontaine de Resbecq a résumé dans ce joli volume tout ce qu'il a 
pu réunir de notes et de documents sur l'histoire de l'abbaye de Faremou- 
tiers. Ce monastère, le plus ancien du diocèse de Meaux , puisqu'il remon- 
tait au commencement du septième siècle, avait d'abord porté le nom 
iVEboriacum, avant de prendre celui de sa fondatrice. En dehors des 
mentions contenues dans l'ouvrage de Toussaint Duplessis, et de l'article 
spécial contenu dans le Gallia Christiana, personne n'avait encore pensé 
à composer une notice sur l'abbaye à laquelle se rattache le souvenir.de 
sainte Fare , si populaire dans les souvenirs chrétiens de la Brie. Cette la- 
cune dans l'histoire du diocèse de Meaux était si complète que, le jour où 
M. de Fontaine de Resbecq voulut essayer de la combler, il dut multiplier 
ses recherches patientes pour reconstituer un passé déjà complètement 
oublié dans la localité. 

Le Gallia Christiana s'arrête à l'année où le volume qui contient le 
diocèse de Meaux fut imprimé, c'est-à-dire en 1744: la dernière abbesse 
dont parle ce grand ouvrage est Françoise-Catherine Malé, qui donna sa 
démission en mars 1744, un mois après sa nomination: depuis cette date 
jusqu'en 1789 le travail de M. de Fontaine de Resbecq est complètement 
inédit. 

L'auteur a pu rédiger cette partie intéressante, qui comprend le gouver- 
nement des trois dernières abbesses, grâce à un manuscrit qu'il a eu l'heu- 
reuse chance de retrouver, et qui fait aujourd'hui partie du riche dépôt de 



176 

la Bibliothèque impériale. Ajoutons qu'aux Archives de l'Empire, et à celles 
de Seine-et-Marne, il a rencontré quelques documents qui lui ont permis 
de compléter utilement la notice des rédacteurs du Gallia Christian a. 

Les anciens titres de Faremoutiers ont disparu , et n'ont pas encore été 
retrouvés : cette disparition a dû avoir lieu à l'époque de la Révolution. Je 
remarque en effet qu'en 1771 on dressait un inventaire en trois volumes 
des chartes, titres et papiers de l'abbaye: les archives abbatiales existaient 
donc 18 ans avant que l'État s'emparât des biens meubles et immeubles 
de Faremoutiers. Si ces précieux documents n'ont pas l'ait les frais de 
quelque feu de joie , et on doit le savoir, on peut espérer de les retrouver. 

Le livre de M. de Fontaine deResbecq est rédigé avec ordre; le style 
en est facile ; il permet de prévoir que si l'auteur, qui paraît avoir une pré- 
dilection marquée pour les anciens souvenirs de la Brie, veut bien consa- 
crer ses loisirs à traiter quelque sujet plus vaste et plus riche en monu- 
ments écrits, il attachera son nom à un livre excellent. 

M. de Fontaine de Resbecq a, du reste, été à bonne école : il lui appar- 
tient de continuer des traditions héréditaires : naguère encore il avait au- 
près de lui un chercheur qui savait, sous une forme très-littéraire, faire 
preuve de véritable érudition. 

A. de B. 

Un Évêque supplicié. Étude historique, par M. Bertrandy. Paris, 
E. Dentu, 1865, in-8° de 69 pages. 

Sous ce titre, M. Bertrandy a raconté la vie de Hugues Geraldi, l'un des 
plus célèbres évêques de Cahors, dont la fin tragique eut un grand retentis- 
sement dans le midi de la France en 1317. Notre confrère s'est principale- 
ment attaché à découvrir les véritables motifs de la condamnation de 
Hugues Geraldi, et la parfaite connaissance qu'il a de l'histoire de Cahors 
au moyen âge lui a suggéré des rapprochements qui méritent d'être pris en 
sérieuse considération. Le mémoire de M. Bertrandy s'appuie sur desdocu- 
ments inédits, et jette un jour nouveau sur un épisode important et mysté- 
rieux du pontificat de Jean XXII ; il prendra place à côté des Recher- 
ches historiques sur l'origine, l'élection et le couronnement du pape 
Jean XXII, dissertation du même auteur, qui obtint uu si légitime succès 
quand elle parut en 1854. 

Le Mémorial historique des évêques, ville et comté d'Évreux, écrit 
au dix-septième siècle par Le Batelier d'Aviron, publié pour la première 
fois et annoté par l'abbé P.-F. Lebeurier. Évreux, Huet ; Paris, Dumoulin; 
Rouen, Lebrument, 1865. In-8° de 206 pag. 

Cet ouvrage est publié d'après deux manuscrits, conservés l'un à la bi- 
bliothèque d'Évreux, l'autre aux archives du département de l'Eure. On ne 
sait si l'auteur est Nicolas le Batelier, chanoine et théologal d'Évreux, qui 
mourut en 1679, ou l'avocat Jacques le Batelier, qui résigna en 1661 un 



177 

office de conseiller au bailliage et présidial d'Évreux. Quoi qu'il en soit, c'est 
une compilation fort négligée, mais dont beaucoup de détails ont été tirés 
de documents manuscrits, et qui, à certains égards, conserve quelque valeur, 
même après les travaux plus approfondis qui ont été depuis consacrés à l'his- 
toire de l'évêché, du comté et de la ville d'Évreux. Il faut donc applaudir 
à l'idée que M. Lebeurier a eue de publier le Mémorial historique et au 
soin qu'il a pris de l'annoter et d'y joindre des tables. En même temps qu'il 
rendait ce nouveau service à l'histoire de la Normandie, notre confrère fai- 
sait un acte de justice envers un auteur injustement oublié. Il a montré, en 
effet, que Lebrasseur, dans son Histoire civile et ecclésiastique du comté 
d'Évreux, a souvent copié le Mémorial historique , sans jamais le citer et 
sans même prononcer le nom du savant dont les recherches lui étaient si 
utiles. 

L. D. 



Recueil des historiens des Gaules et de la France, tome vingt-deuxième, 
contenant la troisième livraison des monuments des règnes de saint Louis, 
de Philippe le Hardi , de Philippe le Bel , de Louis X , de Philippe V et 
de Charles IV, depuis 1226 jusqu'en 1328, publié par MM. de Wailly et 
Delisle, membres de l'Institut. Paris, Imprimerie impériale, 1865 ; un vo- 
lume in-folio de xliv et 971 pages. 

La publication de chaque volume nouveau dont s'enrichit la collection 
savante à laquelle D. Bouquet a donné son nom est un événement pour tous 
les érudits qui s'occupent d'histoire de France. Il est de mode aujour- 
d'hui de critiquer le plan adopté par l'illustre bénédictin. La rapidité avec 
laquelle M. Pertz fait paraître l'admirable recueil qu'il a intitulé : Monu- 
menla Germanise, historica , paraît une humiliation pour notre amour- 
propre national. Il est certain que les Allemands sont de terribles rivaux , 
et que, lorsqu'il s'agit de publier des textes, ils démentent complètement 
l'opinion commune sur la lenteur germanique et sur la précipitation fran- 
çaise, furia francese. 

Le premier volume du Recueil des historiens des Gaules et de la France 
a vu le jour en 1738; l'impression du vingt-deuxième s'est terminée en 
1865 : vingt-deux volumes en cent vingt- huit ans, un volume tous les six ans. 

Or c'est seulement en 1826 que M. Pertz a publié le premier volume de 
sa collection, et il a donné le dix-huitième en 1863 * ; il a donc pu mettre 
sous presse un volume presque tous les deux ans, et sa collection, commen- 
cée quatre-vingt-huit ans après celle de D. Bouquet, compte aujourd'hui 
un nombre de volumes presque égal à celui que cette dernière peut mettre 
en parallèle; disons en outre que les textes du recueil allemand sont sou- 
vent mieux établis que ceux du recueil français. 

1 . Trois volumes de lois, et quinze d'historiens. 



178 

Cependant nous ne cacherons pas notre préférence pour celui-ci. Nous 
croyons injustes tous les reproches adressés au recueil de D. Bouquet par 
l'érudition allemande ; nous les croyons injustes bien que les savants fran- 
çais, par un excès de modestie, paraissent aujourd'hui presque unanimes 
pour en accepter le fondement. Nous ne contestons pas la science alle- 
mande; mais, dans l'art de faire des livres, la France a toujours eu sur ses 
voisins une supériorité qui, suivant nous, ne peut que trouver sa confirma- 
tion dans un examen comparatif des deux grandes publications nationales 
dont il s'agit. 

Nous ne prétendons pas que les leçons adoptées par les bénédictins fran- 
çais soient préférables à celles que plus d'une fois M. Pertz et ses collabo- 
rateurs leur ont substituées : les nouveaux éditeurs ont toujours à ce point 
de vue un avantage sur les premiers, et la suppression des bibliothèques 
monastiques, la concentration des manuscrits sur un petit nombre de points 
acilite singulièrement aujourd'hui le travail de ceux qui veulent recueillir 
des variantes ou améliorer des textes déjà connus. Donner maintenant des 
textes préférables à ceux qu'on a publiés au dix-huitième siècle est un de- 
voir, et en tirer orgueil pour déprécier ses devanciers, c'est aussi rationnel 
qu'il pourrait l'être de se vanter d'être né dans ce siècle-ci , comme si on 
on avait soi-même fixé la date de sa naissance. 

Ce que nous croyons, c'est que le plan adopté par D. Bouquet est infini- 
ment supérieur à celui qu'a choisi M. Pertz. L'opinion contraire est reçue. 
Mais ceux qui , voulant écrire l'histoire d'une époque ou d'un personnage, 
ont cherché des matériaux dans les deux collections sont, suivant nous, 
seuls compétents pour juger cette question, et nous sommes persuadé que 
tous seront de notre avis. 

Le but que s'est proposé D. Bouquet a été de rendre le plus rapide et le 
plus commode possible le travail de celui qui veut réunir tous les textes his- 
toriques de quelque valeur relatifs à un fait ou à un personnage. 

Il a , mieux que personne, atteint ce résultat par sa division en périodes 
qui est précisément ce qu'on lui reproche le plus vivement, par les admi- 
rables tables qu'il a jointes à ses volumes, et par les notices qui précèdent 
chaque volume. Voulez-vous étudier un fait quelconque de notre histoire 
depuis les temps les plus anciens jusqu'au quatorzième siècle? Vous avez 
au plus cinq volumes et souvent un seul à consulter. Dans chaque volume 
une table vous renvoie à tous les textes relatifs à cet événement , vous en 
donne la date probable, et en tête du volume vous trouvez des notices qui 
vous renseignent sur le degré de confiance que méritent les auteurs auxquels 
appartiennent les textes cités. Ce travail est l'œuvre d'un instant, n'exige 
aucune étude, aucune connaissance préalable, l'érudit le plus novice le fera 
parfaitement. 

M. Pertz donne chaque auteur in extenso. Il suit de là que le nombre 
de volumes du Monumenta Germanise à consulter pour chaque fait que 
l'on veut étudier est beaucoup plus considérable; de plus l'absence de ta- 






179 

blés rend nécessaire avant toute recherche une étude approfondie de la 
collection : il faut savoir à fond quels auteurs ont été publiés, de quoi 
parle chaque auteur ; c'est un labeur préliminaire énorme ; et quand on 
l'a fait, on n'est pas sûr de réunir en deux jours des textes que le premier 
ignorant venu rassemble en un quart d'heure dans le Recueil des histo- 
riens de France. 

« Mais, » dira-t-on, « D. Bouquet ne donne que des textes tronqués; 
« c'est la conséquence inévitable de sa division en périodes. Il aurait bien 
« mieux valu publier les auteurs in extenso. La disposition adoptée par 
« D. Bouquet est très-gênante pour les personnes qui s'occupent d'histoire 
« littéraire. » Mais le but de D. Bouquet n'était pas de réunir les matériaux 
de l'histoire littéraire de la France qu'écrivait son confrère et contempo- 
rain D. Rivet. Il voulait préparer un instrument de travail aux savants qui 
s'occupent de l'histoire politique, biographique, géographique, etc., et ce 
but, il l'a atteint d'une manière admirable. 

Autre objection. « Le plan adopté par D. Bouquet demande aux éditeurs 
« un temps considérable; on ne sait quelle génération verra la fin de sa 
«collection, tandis que celle de M. Pertz marche avec une rapidité si 
« grande. » Cette critique nous touche peu. Le temps des éditeurs était 
sans doute fort précieux, mais pouvaient-ils l'employer plus honorablement 
qu'à un travail qui abrège si notablement le travail de tant d'autres? La 
mission d'un éditeur est une mission de dévouement ; il est certainement 
plus agréable d'écrire un récit ou une dissertation qu'une table, de créer 
un ouvrage que de réunir des matériaux pour autrui : mais l'érudition con- 
temporaine et la postérité tiendront compte de ce sacrifice. Quant aux 
plaintes provoquées par la lenteur de la publication , c'est ici que nous re- 
connaissons la furia francese. Nous comprenons que M. Pertz se presse, 
il n'est qu'un homme. Il craint d'être, comme André Duchesne, prévenu 
par la mort. Mais quand on a devant soi l'avenir comme une corporation, 
comme les bénédictins ou l'Institut de France, on agit sagement en pro- 
fitant de cet avantage et en donnant, pour faire mieux qu'un homme, le 
temps qu'un homme ne peut donner. 

Certainement s'il avait été possible à MM. de Wailly et Delisle de faire 
paraître, depuis 1855, cinq volumes au lieu d'un, nous ne pourrions que 
nous en féliciter. Mais, à notre sens, un volume composé d'après la mé- 
thode de D. Bouquet, vaut mieux que cinq préparés d'après celle de 
M. Pertz. 

D'ailleurs près de la moitié du volume dont nous allons entretenir le lec- 
teur est occupée par des documents non-seulement inédits, mais dont la 
publication exigeait un soin tout particulier, nous voulons parler des 
comptes que M. de Wailly a insérés dans ce tome comme déjà il l'avait fait 
dans le précédent. 

Voici quels sont les documents contenus dans le tome XXII du Recueil 
des historiens de France : 



180 

1° Extraits de la chronique de Geofroi de Courlon (p. 2-11), d'après le 
ms. 271 de la bibliothèque de Sens. Cette chronique, qui commence à la 
naissance de J.-C. et qui finit en 1294, avait principalement pour objet 
l'histoire des archevêques de Sens. Elle était inédite. 

2° Extraits de l'ouvrage intitulé : Historia satirica regum, regnorum et 
summorum pontificum (p. 12-15) d'après le ms. lat. 4940 de la Bibliothèque 
impériale. Cet ouvrage a été écrit par un auteur anonyme avant 1328. Il 
était inédit. 

3° Extraits d'une chronique anonyme des rois de France, écrite vers 1342 
(p. 16-21), d'après le ms. lat. 5689 C de la Bibliothèque impériale. Elle était 
inédite. 

4° Extrait d'une chronique qui se termine en 1343 et dont l'auteur in- 
connu était sans doute dominicain à Caen (p. 21-26), d'après le ms. lat. 4942 
de la Bibliothèque impériale. Cette chronique était inédite. 

5° V 'Historia susceptionis coronse spinex J.-C, par Geofroi Cornu, 
archevêque de Sens, déjà publiée par François Duchesne et revisée sur les 
mss. de la Bibliothèque impériale, Dupuy, XIII, lat. 3282 (p. 27-31). 

6° L'histoire du miracle de l'hostie profanée par un juif de Paris en 1290 
'p. 32-33). Elle avait été déjà publiée par Labbe, Nova Bibliotheca manu- 
scriptorum. 

7° Les vers 27137-31286, c'est-à-dire les 4149 derniers de la chronique 
de Philippe Mousket (p. 38-81). On sait que cette chronique avait été pu- 
bliée intégralement par M. de Beiffenberg, d'après le manuscrit unique 
conservé à la Bibliothèque impériale où il porte le n° 4963 du fonds fran- 
çais. Malgré tout le mérite de l'édition de M. de Beiffenberg, le manuscrit 
a été de nouveau collationné. 

8° La chronique rimée dite de Saint-Magloire (p. 82-87). Cette chronique 
avait déjà été publiée par l'abbé Lebeuf, par Barbazan, par Méon et par 
Buchon; on en trouve déjà un extrait dans l'édition de Joinville donnée par 
Du Cange. Ici le texte a été collationné avec soin sur l'original (Archives de 
l'Empire, LL 168), et les savants éditeurs y ont ajouté les variantes et la 
continuation fournies par le ms. latin 4937 de la Bibliothèque impériale. Ce 
manuscrit est aujourd'hui perdu, mais M. Paulin Paris en avait conservé 
une copie. 

9° La chronique rimée attribuée à Geffroi de Paris (p. 89-166). Elle se 
trouve déjà dans le tome IX des Chroniques nationales françaises de 
Buchon ; mais on sait combien sont incorrectes les éditions données par cet 
actif érudit, qui eût mieux fait de profiter un peu des exemples de sage 
lenteur données par l'Institut. Aussi la nouvelle édition était-elle néces- 
saire. Elle a pour base une collation exacte du ms. français 146 de la Bi- 
bliothèque impériale. 

10° Le récit en vers de la translation du corps de saint Magloire en 1318 
en présence d'une partie de la cour de France (p. 167-170). Ce texte n'a- 
vait encore paru que dans un ouvrage peu connu , le Martyrologe universel 



181 

de l'abbé Chastelain. Les nouveaux éditeurs se sont servis à la fois de cet 
ouvrage et du ms. 300 de la Bibliothèque de l'Arsenal. 

11° La branche des royaus lingnages, dédiée à Philippe le Bel par 
Guillaume G uiart d'Orléans en 1306 (p. 172-300), d'après le ms. unique de 
la Bibliothèque impériale franc. 5698. Sur les 21510 vers dont cette 
chronique se compose, 3084 ont été, dès le dix-septième siècle, publiés par 
Du Gange dans son édition de Joinville, et le texte complet forme les tomes 
VII et VIII des Chroniques nationales françaises de Buchon. Il est inutile 
de répéter ce que nous venons de dire des causes qui rendent nécessaire la 
réimpression de la plupart des textes mis au jour par ce dernier. 

12° Un fragment de la chronique anonyme dite Chronique de Beims 
(p. 302-329). Cette chronique a eu pour premier éditeur M. Louis Paris : une 
autre édition a été depuis donnée en Belgique par M. Smet. Les nouveaux 
éditeurs se sont attachés à reproduire le texte du manuscrit de la Biblio- 
thèque impériale F. Sorbonne 454, et se sont aidés des variantes fournies 
par lems. 7103 du Musée britannique 1 . Une copie de ce manuscrit avait 
été faite dans ce but par notre confrère M. L. Blancard. 

13° Des extraits des Anciennes chroniques de Flandres (p. 331-429), pu- 
bliées par Denis Sauvage en 1562. Le texte de ce dernier a été rectifié au 
moyen du mss. français 2799 de la Bibliothèque impériale et du ms. 1006 
du fonds de Sorbonne. 

14° Les tablettes de cire de Pierre de Condé par ordre de matières, 1282- 
1285, d'après l'original possédé autrefois par les jésuites, aujourd'hui à la 
Bibliothèque impériale (p. 430-468) ; les tablettes de cire de Pierre de Condé 
par ordre de date, 1282-1286, d'après l'original possédé autrefois par les 
carmes de Paris, aujourd'hui à la Bibliothèque impériale (p. 469-501); 
des extraits des tablettes de cire de Jean de Saint-Just, 1301-1302, d'après 
deux originaux, l'un conservé d'abord à l'abbaye de Saint-Victor de Paris, 
puis à la Bibliothèque impériale; l'autre à Florence (p. 503-534) 2 ; des ex- 
traits des tablettes de cire conservées à la Bibliothèque impériale sous le 
le n° 9024 du fonds latin et à la bibliothèque de Beims, 1303-1304 
(p. 534-544) 3 ; des extraits des tablettes de cire de l'année 1307, qui, de 

1. Ils avertissent de la défiance que dut inspirer la chronique de Reims, sur- 
tout pour les temps antérieurs à saint Louis. Nous partageons complètement leur 
manière de voir. Nous pouvons signaler un exemple de l'inexactitude de cette chro- 
nique. On y voit, p. 84 de l'édition de M. L. Paris, que Jean de Brienne, depuis roi de 
Jérusalem, attrait été déshérité par son père, et en conséquence aurait été surnommé 
Sans-terre. Or Jean de Brienne avait eu dans la succession paternelle la seigneurie 
d'Herbisse que, en mars 1200 (v. st.), il céda par échange à Thibaut III, comte de 
Champagne. 

2. La copie des tablettes de cire conservée à Florence est due à notre confrère 
M. Gautier, archiviste aux Archives de l'Empire. 

3. La découverte des tablettes de cire conservées à Reims est due à notre confrère 
M. Servois, la copie à notre confrère M. de Lépinois. 



82 



l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés sout passées à la Bibliothèque im] 
riale (p. 545-555) ; des extraits des tablettes de cire de l'année 1308, qui se 
trouvent à la bibliothèque de Genève (p. 555-565). Tous ces documents de 
comptabilité concernent la maison du roi. A l'exception du dernier, ils 
étaient inédits *. 

15° Le compte des prévôts de France pour le terme de l'Ascension 1234 
(p. 566-572), et le compte des baillis de France pour la même année 1234 
(p. 572-578), d'après des rouleaux sur parchemin restés inédits jusqu'à ce 
jour, et qui paraissent, comme les suivants, avoir été soustraits à la cham- 
bre des comptes avant l'incendie de 1738. 

16° Le compte des dépenses faites quand Robert, comte d'Artois, fut élevé 
à la chevalerie en 1237 (p. 580-583), d'après le rôle original conservé à la 
Bibliothèque impériale, et dont M. Peigné-Delacourt a publié le texte, avec 
un fac-similé, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Pi- 
cardie. 

17° Le compte de la maison du Roi, depuis l'Ascension jusqu'à la Tous- 
saint, 1239 (p. 585-615), d'après un rôle original et inédit, conservé à la 
Bibliothèque impériale. 

18° Le compte des dons faits à l'occasion de la chevalerie d'Alfonse, 
comte de Poitiers, en 1241 (p. 616-622), d'après un rôle original conservé 
à la Bibliothèque impériale, et déjà publié dans cette Revue 2 par notre 
savant confrère M. Boutaric. 

19° Compte des baillis de France pour le terme de la Toussaint 1285 
(p. 623-672), d'après un manuscrit original et inédit de la Bibliothèque im- 
périale, fonds Gaignières, 558. 2. 

20° Fragment d'un compte de Jean d'Ays, contenant le détail de livrai- 
sons faites en matières et en argent pendant l'expédition d'Aragon en 1285 
(p. 673-723), d'après un rôle original et inédit conservé à la Bibliothèque 
impériale, Mélanges de Clairambault, t. IX. 

21° Compte du charroi des engins pour l'expédition d'Aragon en 1285 
(p. 725-732), d'après un rôle original et inédit conservé dans le même vo- 
lume que le précédent. 

22° Fragment de compte relatif à un convoi d'argent mené de Paris à 
Toulouse en 1285 pour l'expédition d'Aragon (p. 733-736), d'après un rôle 
original et inédit contenu dans le même volume que les précédents. 

23° Fragments de comptes dont les originaux sont perdus, 1227-1326 
(p. 737-773). Les uns avaient déjà été publiés par Brussel ; les autres, restés 
inédits jusqu'à présent, avaient été copiés par Du Cange et Gaignières, et se 
trouvent à la Bibliothèque impériale dans les mss. français 9497 et 9501, et 
fonds Gaignières n° 772. 2. 

1. Le texte des tablettes de Genève a été collationné par notre confrère M. Bor- 
dier. 

2. 3 e série, t. IV, p. 22. 



. 



183 

Ainsi, sur les treize morceaux historiques publiés dans ce volume, quatre 
étaient restés inédits jusqu'à ce jour. Les autres, à l'exception d'un, ont 
été collationnés sur les manuscrits, et plusieurs d'entre eux , ceux qu'a- 
vaient publiés Buchon et Denis Sauvage, en avaient bon besoin. Quant aux 
comptes, ils étaient presque entièrement inédits : c'est la partie de ce vo- 
lume qui excitera le plus la curiosité des érudits. On voit dans la préface 
ces comptes étudiés à deux points de vue. M. de Wailly établit d'abord , en 
s'appuyant sur eux , quelle est l'autorité historique des dates de lieu ins- 
crites au bas des chartes royales, et démontre qu'en général ces dates de 
lieu nous apprennent la résidence du roi à la date de temps que portent les 
chartes. Puis M. de Wailly s'occupe de la vie privée de saint Louis telle 
que nous la font connaître les comptes de sa maison ; les lecteurs de cette 
Revue ont pu apprécier déjà, grâce à une libérale communication, l'intérêt 
que présente cette partie de la préface due à la plume du savant académi- 
cien. Mais il est loin d'avoir épuisé la mine qu'il a ouverte et dont il a le 
premier rendu l'accès possible à tous les lecteurs du Recueil des historiens 
de France. 

Des notes nombreuses, placées au bas de chaque chronique, expliquent 
les passages difficiles, rectifient les erreurs de l'écrivain. Enfin le volume se 
termine par 194 pages d'index, savoir : une table géographique, une table 
des matières et des noms de personnes, un glossaire des mots de basse la- 
tinité, un glossaire des mots français qui sont tombés en désuétude, ou qui 
ont changé de sens. Ces tables peuvent être données comme modèle à tous 
les éditeurs. Trop souvent les auteurs dédaignent de s'occuper sérieusement 
d'un travail de ce genre. Quand on sait combien un labeur consciencieux 
est une chose rare, et que, comme celui qui écrit ces lignes, on a vu de près 
les auteurs pendant l'impression du volume dont il s'agit ici , ce n'est pas 
seulement leur talent qu'on estime et qu'on admire, c'est aussi leur carac- 
tère ; ce n'est pas seulement le savant , c'est l'homme tout entier. 

H. d'Abbois de Jubainville. 

Lettres de madame de Sévigné, première partie du tome XL — Collec- 
tion des grands écrivains de la France, publiée sous la direction de M. Ad. 
Régnier, membre de l'Institut, sur les manuscrits, avec notes, portraits, etc. 
Paris, Hachette, 1862 et années suivantes, in-8. 

Nous avons annoncé et brièvement apprécié, dans la Bibliothèque, les 
commencements et le progrès de cette nouvelle édition de la grande épis- 
tolaire du xvn e siècle. Dix volumes entiers de cette belle et importante 
publication ont déjà paru. L'œuvre aujourd'hui approche heureusement 
de son terme. On en pourra juger par l'avis suivant que les éditeurs vien- 
nent de distribuer aux souscripteurs avec ce premier demi-volume. 

« Nous adressons à nos souscripteurs la première partie seulement du 
tome XI des Lettres de madame de Sévigné. Nous n'avons pas voulu at- 
tendre pour la publier que la deuxième fût terminée. 



184 

« Celte deuxième partie, qui ne contieutplusde correspondance, est rem- 
plie par divers opuscules et par la table des sources, et demande des soins 
tout particuliers ; nous ne pourrons la mettre eu vente qu'au mois de mai ; 
mais les autres tables étant fort avancées, nous sommes en mesure de pro- 
mettre que la publication du dernier volume ne sera pas différée au-delà 
du mois d'août 1866. 

« Nos souscripteurs ont dès à présent toutes les. lettres, non-seulement de 
madame de Sévigné, mais de madame de Simiane. » (Novembre 1865.) 

Lorsque nous pourrons annoncer la fin de cette publication, nous ne 
manquerons pas d'en entretenir une dernière fois nos lecteurs. 

A. V. 

Sul cimelio diplomatico del duomo di Monreale, relazione delï 
avv. Giuseppe Spata. Palermo, 1865. In-18 de 70 p. 

M. Giuseppe Spata expose en détail l'état actuel des archives de l'église de 
Monreale; il passe en revue les travaux dont elles ont été l'objet, signale* 
les pièces les plus importantes qui en font partie, et présente de judi- 
cieuses observations sur les idiomes employés par les notaires, sur les 
dates, sur les sceaux, etc. Il termine son rapport par la publication d'un 
diplôme, écrit partie en grec et partie en arabe, que le roi Roger accorda, 
en 1151, au monastère de Sainte-Marie-Madeleine de Corleone. 

Dictionnaire historique du département de l' Aisne, par M. Melleville, 
nouvelle édition, t. I er . 

Le Dictionnaire topographique de la France, qui se publie sous les aus- 
pices du Ministère de l'instruction publique, formera une collection fort 
utile, mais elle trouvera toujours un complément avantageux dans les dic- 
tionnaires historiques départementaux, qui juxtaposent aux noms de lieu 
des noms d'hommes et des événements historiques. Ainsi, fort souvent, 
deux, trois localités, plus encore, portent le même nom. Quand on ren- 
contre ce nom, comment découvrir de laquelle il s'agit? Plus d'une fois, 
on le reconnaîtra sans peine, si on possède la liste des seigneurs de ces lo- 
calités, ou si l'on sait tel autre détail historique auquel fait allusion le texte 
qu'il s'agit d'interpréter. Enfin, s'il y a intérêt pour les habitants d'une 
localité à connaître les différentes formes du nom porté par leur ville ou 
leur village, il est également curieux pour eux de savoir quels faits d'his- 
toire générale ou particulière se rattachent au coin de terre qu'ils habitent. 
On ne peut donc qu'applaudir au succès du Dictionnaire historique du 
département de l'Aisne, et au zèle avec lequel l'auteur nous donne une 
nouvelle édition de son livre. Nous regrettons vivement, quant à nous, de 
n'avoir pas connu plus tôt cet ouvrage ; nous y aurions puisé, pour l'His- 
toire des comtes de Champagne, plus d'un renseignement précieux. 

Il est fâcheux toutefois que l'auteur n'ait pas montré une intelligence 
plus grande de la critique. On en jugera par les lignes qui suivent : 



185 

« Avant d'entrer dans le détail des améliorations matérielles apportées à 
« cet ouvrage, il nous paraît utile de répondre au principal reproche qui a 
« été adressé à notre première édition. 

« Quelques personnes ont prétendu qu'elle aurait beaucoup gagné en sû- 
« reté et en authenticité si nous avions pris soin d'indiquer constamment 
« les sources où nous avions puisé nos renseignements. 

« Nous voulons croire que ce reproche n'a été pour personne un moyen 
« commode de jeter la défaveur sur notre livre, ni l'expression du dépit de 
« ce que nous n'avons pas épargné aux autres les laborieuses recherches 
« auxquelles nous nous sommes condamnés nous-mêmes » 

La méthode adoptée par M. Melleville ne nous inspire certes aucun dé- 
pit ; mais si M. Melleville avait pris la peine d'indiquer les sources consul- 
tées par lui, il nous aurait donné plus de confiance dans l'exactitude 
d'un certain nombre de faits qu'il rapporte, car il nous aurait procuré le 
moyen de faire rapidement une vérification qui, la plupart du temps, se 
trouvera impossible. Les plus savants sont sujets à erreur, et les maîtres 
de la science ont donné l'exemple de l'humilité en citant leurs autorités et 
en appelant ainsi le contrôle. 

M. Melleville a procédé autrement. Il y a là une lacune fâcheuse dans un 
ouvrage composé sérieusement, et où, par exemple, on trouve reproduit le 
texte de 200 chartes. 

Parmi ces chartes, il y en a qui paraissent inédites : telle est celle qui 
établit une commune dans le village d'Agnicourt en 1167 (p. 7), celle qui 
crée une paroisse à Alaincourt en 1234 (p. 14), celle du partage contracté 
en 1190 entre l'abbaye de Saint-Martin de La on et Roger, seigneur de Ro- 
zoy, au sujet du village des Autels (p. 60-61), et différentes chartes publiées 
par M. Melleville d'après les copies de D. Grenier. Mais d'autres étaient 
imprimées depuis longtemps, bien que M. Melleville ne paraisse pas s'en 
douter. Nous citerons, par exemple, la fondation de la prévôté de Barizis 
par Saint-Amand en 664 (p. 77-78), la donation de Chaources à l'abbaye de 
Saint-Denis par Charles le Chauve en 868 (p. 205-206), deux chartes de Phi- 
lippe-Auguste, qui portent les n os 137 et 480 du Catalogue de M. Delisle 
(p. 340, 377), une charte de Thibaut I er , comte de Champagne, en faveur 
du prieuré de Coinçy (p. 262). Cette critique paraîtra peut-être un peu vé- 
tilleuse, et nous reconnaîtrons nous-même que la réunion de ces docu- 
ments dans un volume présente de l'intérêt. Mais ce qui est peu excu- 
sable, c'est d'avoir lu emultrum au lieu de multrum (p. 13), et d'avoir tra- 
duit émeute. Il y a là un lapsus regrettable. C'est sans doute aussi par 
distraction que M. Melleville date de 720 et attribue au roi Charles Martel 
la charte de Charles le Chauve, qu'il a donnée à la page 326 de^son ouvrage. 

H. D'A. DE J. 



II. (Sixième série.) 13 



186 

LIVRES NOUVEAUX. 

Octobre — Décembre 1865. 

49. Albanès. — Entrée solennelle du pape Urbain V à Marseille , en 
1365. Programme de la fête, dressé par le conseil de la ville, texte provençal 
inédit du quatorzième siècle , notes historiques et pièces justificatives. — 
In-8°, 79 p. Marseille, impr. Arnaud et C e ; libr. Boy-Estellon. 

50. Babbet de Jouy. — Les Gemmes et joyaux de la couronne, publiés 
et expliqués. l re partie. — In-f°, 34 p. et 30 pi. Paris, impr. Claye ; à la 
chalcographie des musées impériaux, cour carrée du Louvre. 

51. Babbaud (l'abbé). — Notice sur les instruments de paix. — In-8», 
93 p. Caen, impr. et libr. Le Blanc-Hardel ; Paris, libr. Derache, 

Extrait du Bulletin monumental, publié à Caen par M. de Caumont. 

52. Benoît (Louis). — Numismatique de la Lorraine allemande. — 
jn-8 ; 26 p. et pi. Nancy, impr. Lepage. 

53. Bebnabd (Aug.). — Histoire territoriale du département de Rhône- 
et-Loire. — In-S n , 180 p. Lyon, impr. Vingtrinier; libr. A. Brun; Paris, 
libr. Dumoulin. (5 fr.) 

Tiré à 100 exemplaires, dont un petit nombre a été mis dans le commerce. 

54. Bebtbandy. — Première lettre sur Uxellodunum, adressée à 
M. Léon Lacabane. Cahors. — Brochure in-8°. 

55. Billiet (le cardinal). — Mémoires pour servir à l'histoire ecclésias- 
tique du diocèse de Chambéry. — In-8°, xi-550 p. Chambéry, imprim. 
Puthod. 

56. Bbouchoud. — Les Origines du théâtre de Lyon, mystères, farces 
et tragédies, troupes ambulantes, Molière. Avec fac-similé, notes et docu- 
ments. — In-8°, 93 p. Lyon, impr. Vingtrinier; libr. Scheuring. 

Mémoire lu à la réunion des délégués des Sociétés savantes, séance du 2 1 avril 
1865, à la Sorbonne. 

57. Bbunet (Gustave). — La France littéraire au quinzième siècle, ou 
Catalogue raisonné des ouvrages en tout genre imprimés en langue fran- 
çaise jusqu'à l'an 1500. — In-8°, viii-260 p. Paris, impr. Jouaust; libr. 
Franck. (15 fr.) 

58. Bulliot. — Fouilles de l'oppidum de Beuvray. Nouvelles indica- 
tions de la Bibracte de César. — In-16, 33 p. Autun, impr. Dejussieu. 

59. Caze. — De l'Impôt dans l'ancienne province du Languedoc. — 
In-8°, 48 p. Toulouse, impr. Rouget frères et Delahaut. 

Extrait des Mémoires de l'Académie impériale des sciences, etc., de Toulouse. 

60. Chapeb (Eugèue). — Notes sur les restes d'un tombeau celtique 
situé près deTallard (Hautes- Alpes). — In-4°, 13 p. Grenoble, imprim. 
Prudhomme; 



187 

61. Charvet (J.). — Origines du pouvoir temporel des papes, précisées 
parla numismatique. — Grand in-8°, 172 p. et 1 grav. Melle, impr. Mo- 
reau; Paris, libr. Dentu. (10 fr.) 

62. Chevalier (J.-A. Ulysse). — Essais historiques sur les hôpitaux et 
les institutions charitables de la ville de Romans. — In-8<>, xvi-359 p. 
Valence, impr. Chenevier et Chavet. 

63. Clément (Pierre). — Jacques Cœur et Charles VII, l'administration, 
les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au quinzième 
siècle. Étude historique, précédée d'une notice sur la valeur des anciennes 
monnaies françaises. Nouvelle édition, revue et corrigée. — In-8°, lxxii- 
520 p. Paris, impr. Bourdier et C e ; libr. Didier et C e . (8 fr.) 

64. Combes. — Mémoire sur les archives royales de Turin et les an- 
ciennes relations de la France avec la maison de Savoie. — In-8°, 13 p. 
Paris, Imprimerie impériale. 

65. Cortet' (Eugène). — Beaufort et ses seigneurs, notice précédée 
d'une histoire abrégée de la Franche-Comté et du Jura en particulier. — 
Grand in-18, 107 p. Clichy, impr. Loignon et C e ; Paris, libr. Dumoulin; 
Lons-le-Saulnier, libr. Escalle. 

66. Cournault (Charles).— De l'Usage des rouelles chez les Gaulois. 
— In- 8°, 4 p. et planche. Nantes, impr. Lepage. 

67. Dareste (C). — Histoire de France depuis les origines jusqu'à nos 
jours. T. I et II. — In-8°. 1234 p. Paris, impr. et libr. Pion. 

68. Delisle (Léopold). — Documents sur les fabriques de faïence de 
Rouen, recueillis par Haillet de Couronne. — In-8°, ix-85 p. Valognes , 
impr. et libr. Martin ; Paris, libr. Aubry. 

69. Des jardins (Abel). — Négociations diplomatiques de la France 
avec la Toscane, documents recueillis par Giuseppe Canestrini et publiés 
par Abel Desjardins. T. III. — In-4°, 947 p. Paris, Impr. impériale. 

Collection de documents inédits sur l'histoire de France. 

70. Desmaze (Charles). — Curiosités historiques de la Picardie, d'après 
les manuscrits (857-1802). — In-So, v-187 p. Paris, impr. Dupray de La 
Mahérie. 

7L Domairon. — Entrée de François l^ r dans la ville de Béziers (Bas- 
Languedoc).— In-8°, 59 p. Paris, impr. Jouaust; libr. Aubry. (3 fr. 50 c.) 

72. Dugast-Matifeux. — Etat du Poitou sous Louis XIV. Rapport 
au roi et mémoire sur le clergé, la noblesse, la justice et les finances, par 
Charles Colbert de Croissy ; catalogue alphabétique des nobles, dressé par 
Jacques-Honoré Barentin; liste des condamnés comme faux nobles, mé- 
moire, statistique de Maupeou d'Ableiges et autres documents officiels. — 
In -8°, xxxt-523 p. Fontenay-le-Comte, impr. et libr. Robuchon. 

73. Faure (J. -A. -Félix). — Histoire de saint Louis. — 2 vol. in-8°. 
1314 p. Paris, impr. Raçon et C e ; libr. L. Hachette et C e . (15 fr.) 



188 



74. Fillon. — Coup d'œil sur l'ensemble des produits de la céramique 
poitevine, suivi de recherches sur les verriers et faïenciers italiens établis 
dans l'ouest de la France aux seizième, dix-septième et dix-huitième siè- 
cles. — In-4°, 36 p. Fontenay-le-Comte, impr. et libr. Robuchon. 

Extrait de Poitou et Vendée. 

75. Fillon et Rochebrtjne. — Poitou et Vendée, études historiques et 
artistiques. 7 e , 8 e , 9 e et 10 e livraisons. — In-4°, 174 p. et 29 pi. Fontenay- 
le-Comte, impr. et libr. Robuchon ; Niort, libr- Clouzot. 

76. Finot (J.). — Compte original des revenus de la Saunerie de Salins 
en 1308. — In-8°, 16 p. Lons-le-Saulnier ,impr. Gauthier frères. 

77. Guesnon (A.). — Sigillographie de la ville d'Arras et de la cité, 
comprenant 34 pi., avec catalogue analytique précédé d'un essai sur les 
sceaux de la commune. — In-4°, xxxix-72 p. Arras, impr. Brissy; libr. 
Topino ; Paris, libr. Durand. 

78. Goguel (G.). — Le Château de Montbéliard, ses anciennes églises 
Saint-Pierre et Saint-Maimbode (Maimbœuf) et leurs caveaux, légendes et 
chartes depuis le neuvième siècle jusqu'en 1810. — Iu-12, 150 p. Toulouse, 
impr. Chauvin. (2 fr.) 

79. Gosselin. — Particularités de la vie judiciaire de Pierre Corneille, 
révélées par des documents nouveaux. — In-8°, 15 p. Rouen, imprimerie 
Cagniard. 

Extrait de la Revue de la Normandie, n° de juillet 1865. 

80. Laplace (l'abbé). — Notice historique et archéologique sur Sainte- 
Foi de Morlaas et les monuments gallo-romain, roman, gothique deTaron 
(Basses-Pyrénées). — In-16, 85 p. et plan. Pau, impr. Vignancour. 

81. Leber. — Histoire de l'art. Des estampes et de leur étude, depuis 
l'origine de la gravure jusqu'à nos jours. Extrait du tome I er des Mémoires 
de la Société archéologique, de l'Orléanais, publié par E. Swagers. Suivi de 
25 gravures reproduites par la photographie. — In-4°, 39 p. Orléans, impr. 
Chenu; libr. Herluison. (20 fr.) 

82. Le Blant (E.). — Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures 
au huitième siècle. T. II. Les Sept Provinces. — In-4°, clvi-652 p. et 50 
pi. Paris, Impr. impériale; libr. Firmin Didot frères, fils et C e ; Durand. 

83. M. (P.). — Le Mur romain dans la vallée du Peugue. — In-8°, 16 p. 
Bordeaux, impr. Coderc, Degréteau et Poujol. 

84. Menabrea CL.). — Des Origines féodales dans les Alpes occidenta- 
les. Ouvrage inédit, publié par l'Académie royale des sciences de Turin. 
(l re série. Vol. XII et XIII.) — Un vol. in-4°. 

85. Paris (Gaston), — De Pseudo-Turpino. — In-8°, 72 p. Paris, impr. 
Laine etHavard; libr. Franck. 

86. Paris (Gaston). -- Histoire poétique de Charlemagne. — In-8° , 
xix-513 p. Paris, impr. Laine et Havard; libr. Franck. 



lue 



189 

87. Prost (Aug.). — Études sur l'histoire de Metz. Les Légendes. — 
In-8°, vm-511 p. Metz, impr. et libr. Rousseau-Pallez ; Paris, librairie 
Aubry. 

88. Sénemaud (Ed.). — Les Archives des Ardennes en 1865. — In-8°, 
16 p. Mézières, impr. et libr. Devin. 

Papier vergé. 

89. Socard (E.). — Chartes inédites extraites des cartulaires de Mo- 
lême, intéressant un grand nombre de localités du département de l'Aube. 
— In-8°, 204 p. Troyes, impr. Dufour-Bouquot. 

90. Spach (Louis). — OEuvres choisies. Biographies alsaciennes. l re et 
2 e séries. — 2 vol. gr. in-8°, vn-1071 p. Strasbourg, imprim. et libr. 
V e Berger-Levrault et fils ; Paris, même maison. (12 fr.) 

91. Thaurin. — Notices archéologiques sur des monuments historiques 
du deuxième au dix-septième siècle, trouvés dans le sol de Rouen. — 
In-8°, 32 p. Rouen; impr. Brière et fils. 

92. Valentin. — Histoire de l'échevinage de la ville de Vitry-le-Fran- 
çais, de 1603 à 1789. — In-8°, 53 p. Vitry-le-Français, impr. Bitsch. 



CHRONIQUE. 

Décembre 1865 — Janvier 1866. 

Les thèses que les élèves de l'École des Chartes ont soutenues le 15 jan- 
vier 1866, portent sur les sujets suivants : 

M. Barrier de La Serre, la Taille royale au quinzième siècle. 

M. Daniel Bernard, Étude sur la vie et les œuvres d'Alain Chartier. 

M. Arthur Bertrand, Essai sur la diplomatique de saint Léon IX 
(1049-1054). 

M. Alexandre, Bruel, Essai sur le texte ancien et la chronologie du 
cartulaire de Brioude. 

M. de Senneville, Essai sur les finances publiques au moyen âge (987- 
1328). 

M. Jules Doinel, Essai sur la vie et les principales œuvres de Pierre de 
la Palu, patriarche de Jérusalem (1275 ou 1280-1342). 

M. Lefoullon, Notice sur la vie et les ouvrages de Philippe de Mai- 
zières, chancelier de Chypre et conseiller de Charles V. Étude sur le Songe 
du vieil pèlerin. 

M. René de Mas-Latrie, Du droit de marque ou droit de représailles 
au moyen âge. 



190 

M. Mabius Sepet, Essai sur les procédés scéniques dans les drames 
liturgiques et les mystères du moyen âge. 

M. Emile Tbavers, Essai sur l'état des personnes chez les Anglo-Saxons 
avant la bataille d'Hastings. 

— Le conseil de perfectionnement a établi dans l'ordre suivant la liste 
des élèves dignes d'obtenir le brevet d'archiviste paléographe : 

MM. Sepet, Bruel, Travers, Barbier de la Serre, Lefoullon, de Mas-La- 
trie, de Senneville, Doinel, Bertrand. 
M. Bernard a été déclaré admissible, mais n'a point été classé. 

— Notre confrère M. Gaston Paris a soutenu le 27 décembre dernier, 
devant la Faculté des lettres, ses thèses de doctorat. Le sujet de la thèse 
latine, De Pseudo-Turpino, est la célèbre chronique de Turpin; la thèse 
française, ouvrage plus considérable encore par l'importance et la nouveauté 
des résultats que par son étendue matérielle 1 , suit la légende de Charle- 
magne en tous les temps et en tous les lieux. La discussion, qui eût été 
plus intéressante si, au lieu de se confiner à peu près exclusivement dans le 
domaine des théories littéraires, elle fût entrée plus avant dans celui des 
faits, a été néanmoins très-brillante. Nous avons été particulièrement heu- 
reux de constater l'excellent accueil fait par la Faculté à la poésie du moyen 
âge, présentée dans l'appareil de la critique la plus érudite. Nous rendrons 
compte prochainement des thèses de notre confrère, mais nous ne voulions 
pas attendre plus longtemps pour annoncer un succès qui est en même 
temps un honneur pour notre institution. 

— Par arrêté de M. le ministre de l'instruction publique, en date du 
29 décembre 1865, notre confrère, M. Paul Meyer, a été nommé officier 
d'Académie. 

— A partir du 1 er janvier 1866, la librairie A. Frank publie une revue 
hebdomadaire intitulée : Revue critique d'histoire et de littérature. La 
direction en est confiée à MM. Paul Meyer, Charles Morel, Gaston Paris et 
Hermann Zotenberg. Le but que se proposent les éditeurs de la Revue 
critique et le plan qu'ils doivent suivre sont clairement exposés dans une 
circulaire dont nous croyons devoir mettre un extrait sous les yeux de nos 
lecteurs : 

a Ce recueil sera exclusivement consacré à faire connaître, à mesure 
qu'elles paraîtront , les principales productions de l'érudition française et 
étrangère. Il embrassera dans son cadre l'étude du passé à toutes ses pé- 

1. V Histoire poétique de Charlemagne (Paris, A. Franck) est un volume de 
plus de 500 pages. 



191 

r iodes et sous tous ses aspects : théologie historique, histoire de la philo- 
sophie, mythologie, histoire proprement dite, histoire littéraire, philologie, 
archéologie. Suivre le développement de ces sciences, marquer jour par jour 
le progrès qui s'opère dans chacune de leurs branches, signaler tous les 
travaux importants et les soumettre à un jugement motivé , c'est faire une 
œuvre utile aux savants comme au public. 

«Les personnes qui s'occupent d'études sérieuses, et principalement celles 
qui habitent la province et l'étranger, se plaignent depuis longtemps de l'ab- 
sence d'un recueil semblable à celui que nous annonçons aujourd'hui. Elles 
risquent en effet d'ignorer l'existence des livres les plus importants, ou 
d'acquérir, sur la foi d'un titre, des publications sans valeur ou sans rap- 
port avec leurs recherches. Les fondateurs de la Bévue critique désirent 
que les lecteurs puissent se reposer sur elle en toute sécurité pour la con- 
naissance et l'appréciation des ouvrages dont elle parlera. Les articles se- 
ront courts et substantiels ; ils éviteront toute phraséologie inutile pour 
s'attacher uniquement à leur objet. Ils donneront du livre une idée exacte 
et complète, et, quand il y aura lieu, une analyse détaillée ; ils signaleront 
ce que chaque ouvrage apporte de nouveau à la science et relèveront les 
erreurs et les lacunes qui pourraient s'y trouver. 

« Le point auquel les rédacteurs tiennent le plus est l'abstention de toute 
personnalité. Le livre seul est l'objet de la critique ; l'auteur pour elle 
n'existe pas. On écartera avec la même sévérité la camaraderie et l'hostilité 
systématique pour ne tenir compte que des seuls intérêts de la science. 

« Une des plus grandes conquêtes de notre époque est l'introduction dans 
les recherches historiques de méthodes rigoureuses et sûres. La rédaction 
s'appliquera à propager ces méthodes, dont l'ignorance rend souvent in- 
complets et pénibles les travaux les plus consciencieux. Elles ne craindra 
pas les détails et les particularités techniques, et fera en sorte que les livres 
dont la Revue critique rendra compte soient toujours jugés par des hom- 
mes spéciaux ; ceux-là seuls peuvent discerner le fort et le faible de chaque 
ouvrage et se passent des amplifications que suggère une connaissance im- 
parfaite du sujet. » 

La Revue critique d'histoire et de littérature paraîtra régulièrement 
tous les samedis et formera chaque année deux forts volumes in-octavo. Le 
prix d'abonnement est de 15 francs pour Paris et de 17 francs pour les dé- 
partements. 

JNous avons reçu les deux premiers cahiers de la Revue critique. Ils ré- 
pondent de tout point aux promesses du programme. On y remarque, entre 
autres articles, le compte rendu des ouvrages suivants : Worsaae, les 
Antiquités du Sleswig (art. de M. Bauvois) ; Salmon et Grandmaison, le 
Livre des serfs de Marmoutier (art. de M. Mabille) ; la Chanson de 
Roland, traduite par M. D'Avril (art. de M. G. Paris) ; Brachet, Études sur 
bruneau de Tours (art. du même) ; Tuetey, Étude sur le, droit municipa l 
de la Franche-Comté (art. de M. P. Meyer), etc. 



192 



— Dans un rapport à l'Empereur, inséré au Moniteur universel 
16 janvier, M. le Ministre de l'intérieur rend compte de la partie terminée 
de ÏInventaire sommaire des archives départementales antérieures à 
1790. 

« Tous les départements, dit M. le Ministre, ont commencé la publica- 
tion de leurs inventaires, à l'exception des trois départements récemment 
annexés à l'Empire, dont les archives n'ont pu encore être constituées en- 
tièrement, et de deux autres qui attendent que la situation de leurs finances 
leur permette de l'entreprendre. L'administration peut mettre aujourd'hui 
à la disposition du public 35 volumes complètement terminés. Les fasci- 
cules divers distribués aux conseils généraux en représentent à eux seuls une 
quantité au moins égale. 

« Seize des principales villes de l'Empire se sont empressées de suivre 
l'exemple donné par les départements, et sept d'entre elles ont terminé 
déjà leur publication. 

« Quatre administrations hospitalières ont également commencé l'impres- 
sion de leurs archives. » 

En terminant son rapport, M. le Ministre considère comme un devoir 
de signaler à l'Empereur « les services rendus par le bureau des Archives, 
les inspecteurs généraux et les archivistes départementaux, auxiliaires aussi 
modestes qu'érudits, sortis pour la plupart de l'École impériale des char- 
tes, et dont le dévouement mérite les plus grands éloges. » 

— Viennent de paraître : 

1° A la librairie A. Franck, le Roman de Flamenca, publié d'après le 
manuscrit unique de Carcassonne, traduit et accompagné d'un glos- 
saire, par Paul Meyer, un volume in-octavo. 

2° A la librairie V. Palmé, les Épopées françaises, études sur les ori- 
gines et l'histoire de la littérature nationale, par Léon Gautier, tome I, 
un volume in-octavo. 



du 



OBSERVATIONS 



SUlt L'ORIGINK DE 



PLUSIEURS MANUSCRITS 



COLLECTION DE M. BARROIS. 



La mission que M. Paul Meyer vient de remplir avec tant de 
bonheur en Angleterre nous a procuré, entre autres avantagess 
celui de pouvoir étudier en détail la merveilleuse collection de 
manuscrits qu'a rassemblée lord Ashburnham, et dont nous n'a- 
vions en France qu'une idée fort confuse. Jusqu'à ces derniers 
temps on s'imaginait généralement que les trésors amassés à 
Ashburnham-Place étaient à peine connus de leur propriétaire, 
qui, disait-on, les dérobait avec un soin jaloux à la curiosité des 
érudits. On a vu combien cette opinion était fausse, quand on a 
appris qu'au mois de novembre dernier lord Ashburnham avait 
fait à M. Meyer les honneurs de sa bibliothèque avec la plus gra- 
cieuse courtoisie, et lui avait offert deux exemplaires de ses ca- 
talogues, l'un pour lui, l'autre pour le département des manus- 
crits de la Bibliothèque impériale *. Une telle libéralité assure au 

1. Le Catalogue des manuscrits de lord Ashburnham se compose de cinq volumes, 
savoir : 

1° Catalogue of the manuscripts at Ashburnham place. Part thefirst, com- 
prising a collection formed by professor Libri. London, printed by Charles Francis 
Hodgson. In-quarto — Le fonds Libri renferme 1923 manuscrits; le catalogue re- 
produit les notes que M. Libri avait rédigées pour la vente de sa collection. 

2° Catalogue of the manuscripts at Ashburnham place. Part the second, com- 
prising a collection formed by Mons. J. Barrois. London, printed by Charles 
II. (Sixième série.) 14 



194 

noble lord la reconnaissance de tons les savants français, lin mon 
particulier, j'y ai été d'autant plus sensible que, grâce à l'ami- 
tié de M. Meyer, j'ai été l'un des premiers à pouvoir en apprécier 
!a portée. Mon jeune confrère était à peine de retour à Paris qu'il 
me prêtait son exemplaire des catalogues de lord Ashburnham, 
en m'annonçant que j'y trouverais de curieux renseignements 
sur les débris de plusieurs anciennes bibliothèques dont l'his- 
toire a depuis longtemps attiré mon attention. 

Je commençai par examiner le catalogue de la collection que 
lord Ashburnham a acquise de M. Barrois en 1849 ', et qui est 
si précieuse pour l'histoire et la littérature du moyen âge. Dès 
que j'en eus parcouru les premières pages , je fus frappé de la 
ressemblance que plusieurs des volumes décrits dans le catalogue 
présentent avec certains manuscrits dont j'avais déjà eu l'occa- 
sion de m'occuper. Arrivé au n° 10, je remarquai une reliure de 
Charles IX, et au n° 65 une reliure de Henri II. Je m'assurai 
sur-le-champ que la Bibliothèque impériale ne possédait plus deux 
manuscrits reliés l'un aux armes de Charles IX, l'autre aux ar- 
mes de Henri II, dont le contenu répondait exactement au con- 
tenu des manuscrits 10 et 65 de la collection de M. Barrois. 
Cette observation fut pour moi un trait de lumière, et je me de- 
mandai si M. Barrois, dont la bonne foi avait été au moins une 
fois exploitée par des spéculateurs peu délicats 2 , et chez qui s'é- 

Francis Hodgson. In-quarto. — Le fonds Barrois renferme 702 manuscrits ; le catalo- 
gue a été rédigé en grande partie par feu M. J.Holmes, du Musée britannique. 

3° Catalogue of the important collection of manuscripts from Stov)e, which 
tvill be sold by auction by messrs. S. Leigh, Sotheby and Co. on monday 1 1 th 
ofjune 1849 and seven following days. In-quarto, dexL et 252 p.— Le fonds Stowe 
renferme 996 manuscrits, dont la plupart ont été soigneusement décrits par le doc- 
teur O'Connor dans deux volumes in-quarto, imprimés à Buckingham en 1818 et 
1819 sous le titre de : Bibliolheca ms. Stowensis, or a descriptive catalogue ofthe 
manuscripts in the Stowe library. 

4° Catalogue of the manuscripts at Ashburnham place. Appendix. London, 
printed by Charles Francis Hodgson. In-quarto. Cet appendice renferme 203 manus- 
crits. 

5° A catalogue ofthe manuscripts at Ashburnham place, 1853. London, prin- 
ted by Charles Francis Hodgson. In-folio. Ce volume contient la table alphabétique 
des quatre fonds précédents. 

1. Voy. Biblioth. de l'École des chartes, 2 e série, V, 391. — M. Desnoyers a 
donné dans le Bulletin de la Société de l'histoire de France, année 1856, p. 313, 
une très-instructive notice sur les goûts et les travaux de M. Barrois, qui est 
mort le 21 juillet 1855. 

2. Voyez dans Y Athemeum français du 27 janvier 1855, p. 94, l'histoire du faux 



195 

tait trouvé l'exemplaire d'Oyier le Danois volé à la Bibliothèque 
de Tours, n'aurait pas acquis plusieurs des manuscrits qui ont 
été soustraits à la Bibliothèque du roi vers 1 840 ' , et qui ont 
laissé dans nos armoires un "vide déplorable. Je comparai donc 
le catalogue de la collection de M. Barrois avec les notices de tout 
genre que j'avais pu me procurer sur les manuscrits volés à la 
Bibliothèque, et j'obtins bientôt la preuve qu'une trentaine des 
plus précieux volumes dont nous avons été dépouillés avaient 
été recueillis par M. Barrois. Les uns sont encore intacts ; les 
autres ont été découpés en plaquettes, soit que les voleurs aient 
voulu par là dissimuler la fraude, soit qu'ils aient trouvé plus 
avantageux pour leur trafic de multiplier le nombre apparent des 
manuscrits. 

J'ai cru qu'il était utile de signaler ces faits et d'indiquer la 
route qu'ont prise différents volumes dont la communication a 
été plus d'une fois demandée en vain aux conservateurs du dé- 
partement des manuscrits de la Bibliothèque impériale. Le tra- 
vail que j'entreprends est sans doute fort délicat : je n'ai jamais 
vu, et je ne connais que par des descriptions parfois très-impar- 
faites, les volumes qui nous ont été soustraits ; je n'ai pas vu 
davantage les volumes possédés par lord Ashburnham. Néan- 
moins, j'espère que toutes mes observations porteront sur des 
faits exacts et que toutes mes conclusions seront acceptées par 
les juges compétents et impartiaux. 

Comme je ne m'adresse qu'aux savants, je n'ai pas cru devoir 
m'arrêter aux objections superficielles que pourraient suggérer 
des différences d'opinion daus la détermination des formats et 
dans l'appréciation de l'âge des écritures. Tous ceux qui ont 
manié des manuscrits savent en effet ce qu'il y a d'arbitraire 
dans la manière d'indiquer le format des livres non imprimés : 
aussi ne s'étonneront-ils pas de voir un même manuscrit qualifié 
in-quarto dans un catalogue, et in-octavo dans un autre. Us sa- 
vent aussi la tendance que les auteurs du catalogue imprimé des 

obélisque assyrien qu'un nommé Dropsy avait vendu à M. Barrois en juillet 1 854 
pour une somme de cinq mille francs. 

1 . Dans les observations qui vont suivre, on verra que plusieurs des manuscrits 
dont je parlerai étaient encore à la Bibliothèque du roi en 1837, 1838 et 1839, et 
que l'absence de plusieurs fut constatée dès l'année 1844; mais ce fut seulement en 
1848, qu'un récolcment général fit reconnaître l'ensemble des pertes qu'avait subies 
le cabinet des manuscrits. 

44. 



19(i 

manuscrits latins de la Bibliothèque du roi avaient à rajeunir l'âge 
des écritures , de sorte que tel volume du douzième siècle est 
porté dans leur travail comme appartenant au treizième et même 
au quatorzième siècle. 

J'entre en matière sans autres considérations préliminaires, et 
je vais examiner l'un après l'autre trente-trois volumes qui ont 
trouvé une intelligente hospitalité dans la splendide galerie de 
lord Ashburnham, et dont la place est restée vide sur les modes- 
tes rayons du cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impé- 
riale. 

Il est bien entendu qu'il sera uniquement question ici du fonds 
de M. Barrois. Le fonds de M. Libri, qui forme la première par- 
tie des collections manuscrites d'Ashburnham-Place, pourrait lui 
aussi donner lieu à de curieuses observations ; mais le catalogue 
que nous en possédons, et qui est en grande partie l'œuvre de 
M. Libri lui-même, est rédigé d'une façon très-sommaire, et il 
serait impossible d'en tirer des renseignements précis comme ceux 
que nous a fournis l'excellent catalogue du fonds de M. Barrois. 
Le sujet a d'ailleurs été déjà traité par MM. Lalanne et Bordier, 
dans le consciencieux ouvrage qu'ils ont publié en 1851 sous le 
titre de Dictionnaire de pièces autographes volées aux Bibliothè- 
ques publiques de la France. Ce ne serait qu'avec un catalogue 
détaillé qu'on arriverait à des résultats plus complets. 



I. 



En 1848 on constata à la Bibliothèque l'absence du manuscrit 
latin 6755, qui est ainsi décrit dans le catalogue imprimé 
en 1744 : 

Codex membranaceus , in octavo, olim Mazarinseus. Ibi conti- 
nentur : 

1° Aristotelis liber de secretis secretorum : interprète Philippo, 
clerico Tripolitano. 

2° Ambrosii Autperti tracta tus de conflictu vitiorum et virtutum. 

3° Flores e scriptoribus cum sacris tum profanis collecti. 

4° Anonymi opusculum de musica. 

5° Descriptio sanctorum locorum circa Jérusalem. 

6° Descriptio urbis Antiochiae. 



197 

7° Urbium et majorumvillarum quasCarolus acquisivitin Hispania 
et Galecia catalogus. 

8° Sancti Bernardi meditationes. 

9° Anonymus de constructione et excidio templi Hierosolymitani 
et de passione Christi. 

10° Methodii , Patarensis episcopi, oratio de Antichrislo et de con- 
summatione sseculi. 

11° Anonymi dialogus de vita3 felicitate. 

Is codex partim decimo tertio, partira decimo quarto sseculo 1 vi- 
detur exaratus. 

On peut compléter cette notice à l'aide de la description que 
les Bénédictins ont faite du même manuscrit dans le catalogue 
rédigé à la fin du dix-septième siècle 2 . Le soin qu'ils ont pris 
d'indiquer les premiers mots de chaque traité et la page à la- 
quelle il commençait dans le manuscrit nous fournira des preuves 
décisives quand nous rechercherons ce qu'est devenu le manuscrit 
volé à la Bibliothèque. Voici comment les Bénédictins ont parlé 
du manuscrit 67 55, qui, de leur temps, portait le n° 6586 : 

1° Liber moralium de regimine dominorum, seu Secretum secre- 
torum, editus ab Aristotele ad honorem Alexandri, cum praeviisqui- 
busdam epistoliset prœfationibus : « Domino suoetc. Guidoni de Va- 
lentia pontifici, Philippus etc. Quantum luna caeteris. » 

2° Ambrosii Autperti tractatus de conflictu vitiorum et virtutum. 
« Superbia dicit etc. » Fol. 37. 

3° Flores seu excerpta ex pluribus vetustis authoribus tum sacris 
tum profanis. « Ex Glaudiano. » Fol. 47. 

4° Ano