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BIBLIOTHEQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHABTES
• XLVl.
IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR, A NOGENT-LE-ROTROU.
BIBLIOTHÈQUE
DE I,'1':C0LE
DES CHARTES
REVUE D'ÉRUDITION
CONSACRÉE SPÉCIALEMENT A L'ÉTUDE DU MOYEN AGE
XLVI.
ANNÉE 1885.
PARIS
LIBRAIRIE d'Alphonse PICARD
RUE BONAPARTE, 82
4885
11)
UN
DÉTAIL DU SIEGE DE PARIS
PAR JEANNE D'ARC
„^/v,^--
La découverte du texte de Parceval de Cagny par M. Qui-
cherat a signalé pour la première fois un fait d'une importance
considérable pour l'histoire de l'attaque de Paris par Jeanne
d'Arc '- : le projet d'assaut de la capitale par les faubourgs de
la rive gauche, formé par la Pucelle après l'échec subi devant
la porte Saint-Honoré, plan que rendait exécutable la construc-
tion récente de ponts jetés en travers de l'île Saint-Denis, mais
qu'un ordre inconcevable de Charles VII vint faire échouer à la
dernière heure^. Un fragment de compte ayant trait à l'établis-
sement de ces ponts, publié par AI. Vallet de Viriville^, a, depuis,
rendu indiscutable l'allégation du chroniqueur relative à l'exis-
tence et à l'importance de ce passage ^ Le document édité ci-des-
sous pourra servir à fixer un détail intéressant sur les positions
occupées de l'autre côté de la Seine par l'armée royale, pendant
cette période critique du siège.
1. Bibliothèque de l'École des chartes, t. VII, p. 143 et ss.
2. Procès, t. IV, p. 28.
3. mstoire de Charles VII, t. II, p. 120, note 1. La Chronique normande
de Pierre Cochon mentionne également la présence d'un pont « au desoul.z de
Paris pour garder la Saine. » Ed. Vallet de Viriviile, dans la Chronique de la
Pucelle, p. 465.
4. L'expression : « les pons que lors ledit seigneur fit faire sur la rivi.TC de
Seine, emprès Saint-Denis, » s'explique aisément par la présence de l'ile qui
s'étend de Saint-Ouen à Épinay. Il ne semble pas qu'il y ait jamais ou de |)ont
fixe la reliant à la terre. (Voir Lebeuf, Histoire de Paris, t. I, p. 544. Ed. Féchoz.)
Aucun pont n'est marqué sur la carte de Cassini, qui date de 1736.
Le 26 août 1429, Jeanne d'Arc arrive à Saint-Denis avec le
duc d'Alençon*. Le 28, à Compiègne, Charles VII conclut avec
Philippe le Bon, jusqu'à Noël, une trêve^ qui exceptait de l'armis-
tice Saint-Denis, déjà pris, Paris, Saint-Cloud, Vincennes et
Charenton, alors gardés par une garnison presque exclusivement
bourguignonne^. Avec les Anglais, maîtres du cours de la Seine
en aval, à partir de Saint-Germain, l'état de guerre subsistait
comme par le passé. Dès lors la nécessité d'une attaque de vive
force sur Paris s'imposait. On sait comment échoua celle du
8 septembre, comment le 9 au matin le roi, entré l'avant-veille
à Saint-Denis, fit ramener plutôt comme prisonnière Jeanne
d'Arc auprès de lui^. A ce moment encore, grâce à la communi-
cation conservée sur l'autre rive, toute espérance n'était pas per-
due, et le succès d'une opération dirigée contre une partie tout
opposée du rempart aurait été secondé par une heureuse circons-
tance qui ne paraît pas avoir été jusqu'ici signalée.
La lettre de rémission publiée plus loin établit en effet qu'à
l'époque où Saint-Denis redevenait français , deux forteresses
voisines de Paris, les châteaux de Bethemont et de Montjoye-
Saint-Denis, situés entre Saint-Germain et Poissy, étaient éga-
lement occupés par l'armée royale. Opérée par assaut ou sur-
1. Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t. II, p. 113, et de Beau-
court, Histoire de Charles VII, t. II, p. 238, note 3, d'après Cagny. Pourtant le
Journal d'un Bourgeois de Paris (éd. Tueley, p. 243) dit le 25.
2. On peut en lire le texte dans le fragment de la Chronique dite des Corde-
liers imprimé dans l'article de M. Quicherat, Supplément aux témoignages con-
temporains sur Jeanne d'Arc, dans la Revue historique, mai-juin 1882, p. 76.
3. C'est d'après le seul témoignage original de Cousinot de Montreuil, si mal
informé pour tout ce qui regarde le parti bourguignon, que l'on fait générale-
ment figurer à la défense de Paris deux mille Anglais. {Chronique de la Pucelle,
éd. Vallet de Viriville, p. 332.) Jean Chartier n'a fait que le copier (éd. Vallet
de Viriville, 1. 1, p. 107. Cf. Notice, p. xxi). Le Journal d'un Bourgeois de Paris
dit qu'il ne s'en trouvait pas plus de 40 à 50 (p. 24G). D'après Parceval de
Cagny {Procès, t. IV, p. 25), et surtout la Chronique des Cordeliers (article de
M. Quicherat, l. c, p. 75), Paris n'aurait été gardé que par des Bourguignons,
que le Journal évalue ailleurs à 700 (p. 242). Voir la liste des principaux chefs
de compagnie dans la Chronique des Cordeliers {l. c.) et dans Monstrelet (éd.
Douët d'Arcq, t. IV, p. 345). En tout ras, depuis le 13 août, l'autorité à Paris
n'appartenait qu'au duc de Bourgogne, qui on avait été fait gouverneur par
lettres de Henri VI, datées de ce jour. (Voir aux Archives communales de
Douai, EE 43, vidimus du 16 octobre. Inventaire, EE, p. 9.)
4. Ce second projet d'assaut était ignoré avant la connaissance de la Chronique
de Parceval de Cagny. {Procès, t. IV, p. 27.)
prise, cette conquête n'avait pu être exécutée qu'à l'aide du pont
établi par le duc d'Alençondès son entrée à Saint-Denise C'était
le seul ouvert aux Français depuis Troyes% et des coureurs s'en
servaient journellement pour aller piller Asnières et les villages
environnai! ts^ battant ainsi librement la longue presqu'île qui
s'étend jusqu'à Rueil et Saint-Cloud^
La position de ces deux places, plus que l'étendue de leurs
enceintes, rendait leur possession précieuse. La tour de Bethe-
mont, posée sur un des promontoires de la longue chaîne de col-
lines qui barre au sud la vallée de la Seine, commandait la route
de Meulan à Saint-Germain et à Poissy , qui passe devant elle sur
le plateau en forme de palier déjà exhaussé au-dessus de la
rivières Le pan de mur en surplomb, d'aspect étrange et puis-
sant, qui en signale aujourd'hui l'emplacement, fait reconnaître
une construction massive à trois étages, le dernier dépassant le
niveau de la côte, une coupure profonde pratiquée dans la colline
servant de double fossé^. A une lieue environ, et de l'autre côté
du vallon coudé qui débouche à Saint-Germain, le château de
Montjoye pouvait communiquer avec la tour'. Il dominait direc-
tement l'abbaye célèbre de Joyenval, qui lui avait valu son nom^
Cette petite place, perdue au milieu des bois épais de Marly,
n'observait aucune grande route, mais se reliait à Saint-Germain,
!....« assez tost après la venue de nos diz adversaires, ils firent ung pont, s
Voir la pièce justificative ci-dessous.
2. Voir le récit de la tentative infructueuse sur le pont de Bray-sur-Seine, le
5 août. De Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II, p. 235.
3. Voir la pièce justificative ci-dessous.
4. Dite aujourd'hui de Gennevilliers. Tous les postes fortifiés, si nombreux
aa xiv° siècle dans ces parages, les forts du prieuré d'Argenteuil, de May (près
Sannois), de Gennevilliers, la tour de l'église de Cormeilles-en-Parisis avaient été
démolis en 1359, sur l'ordre du capitaine de Paris, par les habitants de tous les
villages « à deux lieues environ. » Arch. nat.. Trésor des chartes, Rcg. 90,
n" 518. Cf. Siméon Luce, Histoire de Bertrand du Guesclin, t. I, p. 501 etss.
5. Seine-et-Oise, arr. de Versailles, cant. et commune de Poissy.
6. Lieu dit la Garenne de Belhemont, dans le parc du château de ce nom.
(Plan cadastral de la commune de Poissy.)
7. Seine-et-Oise, arr. de Versailles, cant. de Saint-Germain-en-Laye, com-
mune de Chambourcy.
8. Fondée en 1221. Gallia Christiana, t. VIII, col. 1333. Il ne faut pas con-
fondre Montjoye, appelé par une allusion facile Montjoye-Saint-Denis, avec
Montjay-la-Tour (Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de Claye, commune de
Villevaudé), théâtre de plusieurs faits de guerre à cette époque.
dont elle se trouvait ainsi constituer, selon l'occupant, la défense
ou la menace. Il n'en subsiste plus qu'un terrassement informe
à peine saillant, auprès d'un carrefour de la forêt qui en a con-
servé le nom*.
Ce dernier lieu fort, dont aucune chronique contemporaine ne
relève la mention, avait cependant son histoire^. Pendant les
ravages des Grandes-Compagnies aux environs de Paris, de
1358 à 13593, il tenait bon pour le dauphin, régent de France,
contre Philippe de Navarre cantonné à Meulan'*. Un avocat au
Parlement, Jean Pastourel, le gardait alors ^. Durant l'occupa-
tion anglaise, Montjoye fait partie de la prévôté de Poissy,
Saint-Germain-en-Laye et Montjoye^, comprise dans le Pays de
conquête dont l'administration se confondait à Rouen avec celle
du duché de Normandie'^. PhiUppe Branche, en même temps
bailli et capitaine de Mantes^, ensuite Jean de Hanford, seigneur
de Maisons-sur-Seine^, gouvernent les deux forteresses à la fois,
de 1422 à 1425; ce dernier paraît avec un détachement tiré
d'elles au siège de GaiUon, aux journées d'Ivry et de Verneuil*''.
1. La désignation d' «Étoile de la Montjoye » est actuellement faussement attri-
buée à la croisée du sentier qui contourne les ruines. Elle doit être en réalité
reportée au carrefour suivant situé plus au sud. (Plan cadastral de la commune
de Chambourcy.)
2. Voir dans le Prologue de la traduction de la Cité de Dieu, par Raoul de
Prestes, le récit fabuleux de la bataille livrée par Clovis au roi sarrazin Laudat,
entre Conflans-Sainle-Honorine et Montjoye, et l'origine légendaire des armes et
du cri de France, rapportée à cette victoire. {Le premier volume de MonseU
gneur sainct Augustm de la Cité de Dieu translaté de latin en françoys
novellement imprimé à Paris. Paris, Françoys Regnault, 1531, in-folio.)
3. Bibl. nat., mss. Titres scellés de Clairambault, 84, p. 6577. Pièces origi-
nales : Pastourel, p. 2, 3, 4. Arch. nat., Trésor des chartes. Reg. 86, n" 615.
Cf. Siméon Luce, l. c.
4. Froissart. Éd. Siméon Luce, p. xlix et p. 162.
5. Plus tard président de la Chambre des Comptes, mort sous l'habit reli-
gieux à Saint-Victor. (Communication de M. Delachenal.)
6. De Beaurepaire, De l'administration de la Normandie sous la domination
anglaise, p. 36.
7. Voir la délimitation des deux régions dans l'ouvrage de M. de Beaurepaire,
les États de Normandie sous la domination anglaise, p. 104.
8. Au moins du 25 décembre 1422 au 29 septembre 1423. Bibl. nat., ms.
fr. 4485, p. 32G. Cf. Bibl. nat., ms. fr. 26044, p. 5769.
9. Du 29 septembre 1423 (ms. fr. 4485, p. 231) au 29 septembre 1425 (ms.
Ir. 4401, fol. 109). Cf. Bibl. nat., ms. fr. 26047, p. 304; 26048, p. 459. Pièces
originales : Hanforde, p. 2.
10. Ms. fr. 4485, p. 283.
Puis Robert Harling, chevalier, ancien capitaine des passages de
Meulan et PoissyS réunit en 1429 le triple commandement des
ville et pont de Poissy, de Saint-Germain et de Montjoye, qui
lui valait cinq cents livres tournois-: mais, au retour du siège
d'Orléans^ il se décharge de ce poste ^ en échange de celui de
bailli d'Alençon ^ C'est à son successeur, Louis Despoy^ rou-
tier revenant aussi de la campagne de la Loire', qu'un chef de
bandes françaises, plus hardi ou mieux renseigné que les autres,
enleva la forteresse peu de temps après l'entrée de Jeanne d'Arc
à Saint-Denis.
Quant à la tour de Betheraont, la comptabilité anglaise de
l'époque, si minutieuse pourtant, n'en porte aucune trace. Une
tradition locale eu fait vaguement remonter la construction à
l'époque de l'invasion anglaise^ On ne peut que constater son
occupation par l'armée de Charles VII, en même temps que celle
de Montjoye^.
Si léger que cet avantage paraisse, on peut observer cependant
qu'il avait au moins pour résultat de désorganiser la défense des
places anglaises des bords de la Seine. Les documents contempo-
rains déjà cités témoignent en effet de l'étroite connexion où se
trouvaient toutes ces villes fortifiées échelonnées sur la rivière et
qui se soutenaient ou se livraient mutuellement ^\ Poissy et Meu-
1. Du 4 mars 1423 [ii. st. comme ci-dessous] (ms. fr. 4485, p. 233) au 29 sep-
tembre 1425 (ms. fr. 4491, fol. 109 v°). Cf. Arch. nat., K 62, 7» et in^. Bibl.
nat., ms. fr. 26044, p. 5763.
2. On le trouve retenu du 29 septembre 1428 au 29 septembre 1429 (ms.
fr. 4488, p. 297, et ms. fr. 26052, p. 950). 11 était capitaine de Saint- Germain, au
moins depuis le 30 mars 1428 (ms. fr. 26052, p. 960).
3. Ms. fr. 4488, p. 414.
4. Le 31 mai et le 1" juin. Ms. fr. 4488, p. 321.
5. Il fut nommé le 12 mai. Bibl. nat. Pièces originales : Harling, p. 4.
6. Ms. fr. 4488, p. 298.
7. Ibid., p. 437. C'est probablement son écbec qui le fit relever de ses fonc-
tions le 7 janvier 1430 (ms. fr. 4488, p. 298). Il les occupait cependant de nou-
veau au 9 février 1431 (Arch. nat., K 6.3, lO'*' et 131»), et les garda jusqu'en
1434 où Talbot lui succéda. (Titres scellés de Clairambaull, 159, p. 4457 et suiv.)
8. Octave Noël, Histoire de la ville de Poissy (Poissy, 1869, 1 vol. in-8'> de
314 p.), p. 268.
9. Voir la pièce justificative ci-dessous.
10. Ces considérations, au point de vue du seul examen topographique des lieux,
sont développées dans un article de M. le major de Lacombe, le Château de
Sainl-Germain-en-Laye, publié dans le Spectateur militaire de 1867. Tirage à
part, p, 53.
lan comme on l'a vu, le fort de Montjoye, Saint-Germain et
Poissy dépendant l'un de l'autre. Talbot en personne, pendant
les derniers mois de la domination étrangère, ne dédaigna pas de
commander ces bastilles avancées de Paris*.
Il est possible de se rendre un compte relatif des forces dont
disposaient les combattants sur ce point, en août 1429.
L'absence de tout document ne permet de rien conjecturer sur
Bethemont. Le château de Montjoye pouvait conteair delà cava-
lerie^ et assez d'hommes pour exiger un approvisionnement de
2,000 traits d'arbalète ^ En commun avec Saint-Germain, il
n'avait pas en temps de paix plus de 8 lances et 24 archers de
garde ''. Mais le chiffre de cette petite troupe ne peut être regardé
comme la limite du nombre de soldats que ce fort était capable de
renfermer; cette quantité dans toutes les garnisons anglaises
était toujours, à cette époque, démesurément inférieure à l'effectif
de guerre qui trouvait emploi dans une place ^.
Ainsi, en face de celle-ci, la garnison de Saint-Germain pou-
vait brusquement s'augmenter de 20 lances et 60 archers à che-
val, et de 60 autres montés « pour tenir les champs^, » sorte de
compagnies mobilesdont le duc de Bedford avait généralisé l'usage.
Le château de Saint-Germain venait d'être réparé par Louis
Despoy, le nouveau gouverneur' : celui-ci gardait en même
temps Poissy, mais avec un faible dépôt de 2 hommes d'armes et
6 archers*. A Meulan, commandait Thomas Kyngston, avec un
1. Du 29 septembre 1434 au 29 septembre 1436 (Bibl. nat., ras. fr. 26058,
p. 2376).
2. Bibl. nat. Pièces originales : Pastourel, 3 et 4.
3. Bibl. nat. Mss. Titres scellés de Clairambault, 84, p. 6577.
4. Du 25 décembre 1422 au 29 septembre 1424 (Bibl. nat., ms. fr. 4485,
p. 326 et 231). Cf. Bibl. nat., ms. fr. 26044, p. 5769; 26047, p. 3640. Pièces
originales : Hanforde, p. 2. Réduite d'un quart jusqu'au 29 septembre 1425.
Bibl. nat., ms. fr. 4491, fol. 109.
5. Voir notamment pour cette année seulement le ms. fr. 25768, ainsi que les
pièces relatives à la défense nationale en Basse-Normandie pendant l'occupation
anglaise, publiées par M. Siméon Luce à la suite du t. I" de la Chronique du
Mont Saint-Michel.
6. Du 29 septembre 1434 au 29 septembre 1436 (Bibl. nat., ms. fr, 26058,
p. 2376). Pour la période du 29 septembre 1429 au 29 septembre 1434, elle
■varie continuellement (Bibl. nat., mss. Titres scellés de Clairambault, 159,
p. 4455 et suiv., ms. fr. 25769, p. 491).
7. En juin. Bibl. nat., ms. fr. 26052, p. 1110.
8. Bibl. nat,, ms. fr. 4488, p. 298.
M
contingent normal de 8 hommes d'armes et 24 archers ^ , presque
doublé, il est vrai, par une creue envoyée au milieu d'août ~.
Mais le départ continuel de petits détachements expédiés au siège
d'Orléans^, à la journée de Senlis^ rendait impropre à toute
défense sérieuse ce corps de troupes toujours en mouvement^. La
grosse artillerie du fort n'aurait plus disposé d'assez de bras pour
la manœuvre*^.
La présence d'un corps français entre ces trois villes, l'occu-
pation d'un poste compris dans les défenses de l'une d'elles, per-
mettaient d'observer leurs garnisons et de les empêcher de prendre
à revers une armée qui aurait attaqué, à l'ouest de Paris, la porte
Buci, la porte Saint-Germain, les portes Saint-Michel ou Saint-
Jacques'. Les détachements partis de Saint-Denis qui passaient
par Asnières pour se rendre à Montjoye et à Bethemont faisaient
communiquer l'armée royale avec ces deux points^. Le projet de
la Pucelle n'avait donc en rien le caractère d'une entreprise
désespérée. Tout lecteur du procès a pu admirer quelle était son
entente, sa divination de la guerre^. Ce que les témoins de sa vie
en ont rapporté peut faire penser, d'une façon très plausible,
qu'elle s'était ménagé cette ressource dans le cas d'un insuccès
1. Au 15 novembre 1428, il était ordonné de nouveau pour un an (nis. fr. 4488,
p. 294), et se trouve cité à la date du 7 septembre 1479 {Ibid., p. 138, 153).
Est-ce lui qu'on rencontre capitaine à Falaise le 15 décembre suivant, et
encore en 1433? Bibi. nat. Pièces originales : Kingeston, p. 2. Titres originaux
de D. Villevieille, 18, p. 66.
2. Ms. fr. 4488, p. 514.
3. Ibid., p. 294 et 459. Cf. Bibl. nat., ms. fr. 26052, p. 1103.
4. Bibl. nat., ms. fr. 25768, p. 409.
5. Plus tard encore, il figure au siège d'Etrépagny par les Anglais, antérieu-
rement au 27 décembre [Ibid.]. Cf. Pierre Cochon, p. 462.
6. 11 fallait trente hommes pour remuer la grosse bombarde de fer. Bibl.
nat., mss. Collection du Vexin. Preuves de l'histoire du Vexin par le président
Lévrier, t. XVI, n« 1369.
7. Pour l'état des forliiications parisiennes à cette époque, voir le plan de
Paris en 1436, dans l'ouvrage du colonel Von Kausler, Atlas des plus mémo-
rables batailles, combats et sièges, Mersebourg, 1839, in-folio, feuille 14.
8. Voir la pièce justificative ci-dessous.
9. Entre une foule d'allusions et d'assertions (voir Procès, table), voici ce que
disait d'elle le duc d'Alençon dans l'enquête : « ità caule et provide agebat in
facto guerrœ ac si fuisset unus capitancus qui facta guerrai per xx aut
XXX annos cxercuisset, et maxime in prœparatione de l'artillerie. » {Procès,
t. III, p. 100.)
42
dont le mauvais vouloir du roi ne rendait la prévision que trop
facile. Quoi qu'il en soit, préparé ou décidé à la hâte, ce plan se
trouvait facilité par les circonstances, et l'assaut inutilement
tenté le 8 à la porte Saint-Honoré aurait pu être repris le surlen-
demain, avec un point d'appui et les chances d'une diversion
opportune, vers cette partie de l'enceinte qui semble le défaut
toujours vulnérable de Paris.
Jeanne d'Arc ne l'ignorait pas et Charles VII le savait aussi
bien qu'elle. C'est cependant durant cette même nuit du 9 au 10,
où se préparait le passage, qu'il donna ordre de dépecer le pontS
pour continuer les négociations - sans but par lesquelles il espé-
rait recouvrer Paris sans devoir sa capitale à celle qui lui avait
déjà rendu son royaume.
Après la retraite du roi, qui tarda encore jusqu'au 13^, après
la trêve signée le 18 septembre avec le duc de Bourgogne^, les
défenseurs de Montjoye et de Bethemont ne durent guère prolon-
ger la résistance. En 1431 du moins, les religieux de Joyenval
payaient de leur exil l'assistance qu'ils leur avaient prêtée ; l'ab-
baye était ruinée et le château de Montjoye abattu^. Oubliées au
milieu du pays ennemi, exceptées de la trêve qui ne s'étendait
pas aux Anglais, ces forteresses isolées tombaient désormais à la
merci du premier siège régulièrement entrepris. Leur abandon
ajoute une charge de plus aux accusations que les fautes systé-
matiques de cette campagne font peser sur Charles VIT.
Germain Lefèvre-Pontalis.
1. Parceval de Cagny, Procès, t. IV, p. 28.
2. Voir le savant chapitre de M. de Beaucourt, qui a épuisé la matière des
faits : La diplomatie de Charles VII jusqu'au traité d'Arras. Histoire de
Charles VU, t. II, p. 40 et ss.
3. De Beaucourt, Ilistoire de Charles VII, t. II, p. 238.
4. Texte publié dans l'article de M, Quicherat, l. c, p. 78. La suspension
d'armes comprenait cette fois Paris et les points précédemment exceptés. (Cf. la
rectification de M. Wallon, Jeanne d'Arc, 3° éd., t.I, appendice XLII.) Charles VII
sentait si bien l'inanité de ces négociations qu'il inventait pour justifier sa
retraite, dans un manifeste adressé aux villes du royaume, le puéril scrupule
d'une « totale destruction » à craindre pour les pays en deçà de la Seine. Texte
publié dans Vallct de Viriville, Histoire de Charles VII, l. II, p. 120, note 2.
^. « ... direpta ab Anj^lis an. 1431 arce Montis Gaudii et canonicis Gaudii-
Vallis in fugam vcrsis... » Gatlia Christiana, t. VIII, col. 1336.
43
U34. 26 décembre. Paris.
Rémission accordée par Henri VI à Denisot Doe, laboureur du vil-
lage d'Asnières, qui, bien que pillé et ruiné par les adversaires du
royaume qui passaient le pont de Saint-Denis^ était néanmoins
allé se joindre à eux pour gagner sa vie et avait participé à plu-
sieurs courses des garnisons de Montjoye et de Bethemont.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir
faisons à tous, présens et advenir, nous avoir esté exposé de la par-
tie de Denisot Doe, povre jeune homme laboureur, aagié de xxii ans
ou environ, natif du port de Milly, que environ le mois d'aoust l'an
mil cccc XXIX, ou quel temps noz adversaires occupoient la ville
de Saint-Denis en France et vindrent devant notre bonne ville de
Paris, ledit exposant estoit demouré à Asnières oultre Glichy-la-
Garenne, et là se vivoit du labour qu'il faisoit à la peine de son corps,
mais assez tost après la venue de nos diz adversaires ilz firent ung
pont par lequel ilz passoient souvent oultre la rivière de Seine à l'en-
droit de ladicte ville de Saint-Denis et coururent par plusieurs foiz
ladicte ville d'Asnières et le pais environ, et de fait en icelle ville
prindrent et ostèrent audit exposant deux chevaulx que lors il avoit
nouvellement achetez à créance en notre dicte ville de Paris en espé-
rance de continuer et augmenter sondit labour à son povoir au bien
de la chose publique et pour avoir sa vie, et scmblablement lui
ostèrent un pou de grains et autres biens qu'il avoit dont il pensoit
à soy vivre et paier ses debtes, lequel exposant soy véant grandement
endebté, povre et desnué de tous biens par ce que dit est n'osa venir
ne £oy retraire en notre dicte ville de Paris pour ce que les créanciers
l'avoient menacié de faire mectre en prison pour la debte qu'il devoit
à cause desdiz chevaulx. Et fmablement, par l'ennortement d'aucuns
compaignons de sa congnoissance et par desconforl de ce qu'il ne
savoit plus de quoy vivre ne continuer sondit labour, tant par sa
povreté comme parce que les maulx et inconvénient de la guerre se
multiplioient de jour en jour oudit pays, icelui exposant se retray
par devers nosdiz adversaires en ladicte ville de Saint-Denis et depuis
par aucun temps fu avec eulx en garnison es forteresces de la Mont-
joye et de Bethemont, et durant icelui temps a esté a plusieurs
courses et fait guerre à rencontre de noz obéissans subgez ou pais à
l'environ avec ceulx des autres garnisons devant dictes, sans avoir
esté consentant ou complice de la mort de personne quelconque. Et
en desplaisance de ce que dit est, depuis quatre mois ença ledit expo-
sant s'est du tout retrait dudit fait de la guerre et mis hors de la
compaignie et obéissance de nosdiz adversaires, désirant sur toutes
choses retourner a sondit labour et demourer en notre dicte obéis-
sance ainsi qu'il faisoit para vaut, en faisant les seremens en tel cas
acoustumez et en baillant caucion de les entretenir loyauraent sans
enfraindre. Et par vertu de certaines noz autres lettres obtenues par
ledit exposant, il lui ait esté octroyé que il peust demourer et faire
son labour audit lieu d'Asnières pour certain temps, lequel est passé,
et par ce icelui exposant ne oseroit plus soy tenir en notre dicte
obéissance, mais seroit contraint de soy en départir, dont il pourroit
estre du tout destruit et désert se sur ce ne lui estoit impartie notre
grâce, si comme il dit, requérant humblement icele. Pour quoy nous,
considerans les choses dessusdictes, voulans miséricorde préférer à
rigueur de justice, audit exposant à notre joyeux advènement en
notre bonne ville de Paris et pour la révérence de notre sacre et cou-
ronnement que avons receu en icele en laquele la requeste sur ce
dudit exposant nous a esté présentée, avons ou cas dessusdit, de
grâce espécial, pleine puissance et auctorité royal, quicté, remis et
pardonné, quictons, remettons et pardonnons le cas, crime, délit et
offense par lui commis à la cause dessusdicte, ensemble toute peine
et amende en quoy il puet pour ce estre encouru envers nous et jus-
tice, et le restituons à sa bonne famé et renommée, au pays et à ses
biens non donnez, et imposons sur ce silence perpétuel à notre pro-
cureur et à tous autres, parmy ce que ledit exposant fera serement
es mains de notre prévost de Paris ou de son lieutenant de estre ou
demourer doresenavant notre bon et loyal subjet et obéissant et pour
le entretenir loyaument baillera caucion souffisante. Si donnons en
mandement à notredit prévost de Paris et à tous noz autres justiciers
et officiers où à leurs lieuxtenans -et à chacun d'eulx si comme à lui
appartendra que ledit exposant facent, seuffrent et laissent de notre
dicte grâce, pardon et remission joir et user pleinement et paisible-
ment sans le traveillier, molester ou empeschier en corps ou en biens
en quelque manière que ce soit au contraire. Et se son corps ou
aucun de ses biens non donnez estoient pour ce prins, saisiz, arrestez
ou empeschiez, si les lui mectent ou facent mectre à pleine délivrance,
pourveu que l'entérinement de ces présentes sera requis par devant
notre dit prévost dedans temps deu ainsi qu'il appartient. Et afin que
ce soit ferme chose et estable à tousiours, nous avons fait mectre
^5
notre seel à ces présentes, sauf en autres choses notre droit et l'autruy
en toutes. Donné à Paris le xxvi* jour de décembre, l'an de grâce
mil cccc trente et ung, et de notre règne le dixiesme. Ainsi signé :
Parle roy en son conseil, ouquel monseigneur le duc de Rcdford,
monseigneur le cardinal d'Angleterre, vous, lesevesquesdeBeauvais,
de Noion et de Paris, le comte de Warrewik, le premier président et
plusieurs autres estiez.
J. MlLET.
(Arch. nat., Trésor des chartes. Reg. 175, n" 29.)
INVENTAIRE
DU
TRÉSOR DU SAINT SIÈGE
sous BONIFACE VIII
(1295).
(Suite i.)
XLI.
PIXIDES ET CASSEDDLE DE AURO ET ARGENTO ET EBORE.
796. — Item, unam pixidem de auro laboratam ad nigellum et
vîtes cum quatuor angelis; pond. j. m. et iij. une.
797. — Item, unam cassetam de argento factam in modum
arche ^, in quibusdam partibus ad nigellum j pond. ij. m. et vj. une.,
sine cocleari ^.
798. — Item, unampixidem rotundam argenteam cumcirculisdeau-
ratis, et pomo parvo rotundo superiori; pond. j. m. et vij. une.; et
sunt in ea reliquie plurium sanctorum.
799. — Item, unam cassam argenti factam ad modum arche cum
diversis imaginibus animalium et avium elevatis ; et habet unum
fundum seu solarium in medio, et de subtus in solario sunt iij. cas-
sete parve de argento que extrahantur {sic) de ipsa per partem anle-
riorem cum tribus annulis parvis''; pond. vj. m. et v. une.
1. Voyez an manibus ;
et subtus dictas figuras est imago R. Pétri, coram quo est imago
domini Gregorii tenenlis per manum Palealogum et présentât eum
beato Petro reconciliatum, cum litleris grecis et latinis; et per pan-
num sunt multe historié apostolorum, prout predicaverunt et batti-
zaverunt, cum litteris grecis et lalinis, in provinciis eis decretis ; in
circuilu vero dicti panni sunt littere grece et latine, et perne per
circuitum dicti panni ; et per diademata sanctorum et imaginum et
per plicaturas vestium sunt perne 5 et est dictus pannus foderatus
par le rédacteur de l'iaventaire pour désigaer la boîte où l'on renferme les
espèces consacrées, ou toute autre boîte. L'article 798 mentionne une pixis ren-
fermant des reliques.
1. C'est-à-dire que les plis des vêtements du Christ sont indiqués par des fils
de menues perles.
2. Constatons que le scribe n'a pas su reconnaître ici la représentation de la
Triuilé.
de xamito rubeo et habel dictus pannus v. annulos argenli deauratos
a quolibet latere^
812. — Ilem, aliud dorsale super xamilo rubeo cum mulLis inia-
ginibus ad aurum tractilium cum historiis et lîLlcris bistorialis; et
in capite dextre est sol cum radiis suis, et luna ex alia parte.
8j3. _ Ilem, aliud dorsale pro allari cum imagine béate Virginis
in medlo et a lateribus imagines apostolorum et aliorum sanctorum,
et circumcirca sunt medie imagines cum vitibus, et est laboratum
super xamilo rubeo ad aurum filalum.
8|/,, _ Ilem, aliud dorsale parvum super xamito violato laboralo
ad cruces aureas.
Sjrj _ Ilem, duo dorsalia quorum u nus est de baldecbino^ viridi
et rubeo ad undas velut ad spinam piscis, ad diversas imagines,
figuras et animalia ; et est circumdatum de xamito viridi ^ aliud est
ad schachinum de argento filato et serico rubeo, in quibus scachis
sunt leones^.
81 G. — Item, aliud dorsale pro altari depannode Romania'' ope-
ratum ad leones et aquilas ad aurum.
817. — Item, aliud dorsale de serico viridi ad arbores, et aves
de auro, et a quolibet capile est ornatum de xamito violaceo.
Si 8. — Item, aliud dorsale de serico viridi ad arbores et aves.
819. — Item, aliud dorsale super xamito rubeo ubi est Crucifixus
magnus in medio cum historiis circa eum Annuncialionis, Nativita-
lis, Oblationis in templo, Baptismatis, Resurrectionis, Ascensionis,
Adventus Spiritus Sancti, Assumptionis béate Marie et Transfigura-
tionis; et est operalum ad aurum et argenlum tracticium, cl cum
filis pernarum, et per circuitum de litteris armenicis, et est subtus
pedem Crucifixi capul Ade laboratum de argento; [et super] historias
1. La description de ce parement d'autel (car ici le mot dorsale ne peut avoir
d'autre sens) est assez intéressante. D'après cette description on peut considérer
ce parement comme un présent offert par Michel Paléologue au pape Gré-
goire X (1271-1276), lors des préliminaires de réconciliation de l'é-^lisc latine et
de l'église grecque au concile de Lyon ; cette réconciliation n'eut onicielleinent
lieu qu'en 1277. 11 ne peut y avoir aucun doute à cet égard, puisque nous voyons
le pape Grégoire tenant Michel Paléologue par la main et le présentant à saint
Pierre.
2. Sur l'étoffe de soie nommée baudequln, voyez à ce mot le Glossaire archéo-
logique de V. Gay.
.3. Échiquelé d'argent et de soie rouge, des lions étant ligures dans chaque
compartiment.
4. De Romanie, c'est-à-dire provenant de l'empire d'Orient.
20
imaginum, et super Crucilîxum, et subtus in circuitu diadematum
Grueifixi, et subtus in circuitu diademate omnium figurarum sunt
perne minores et in distinctionibus omnium figurarum ^
S20. — Item, unum dorsale de opère anglicano ^ cum imagine
Salvatoris et béate Virginis in medio, et iiij. evangelistis circa eas
[cum] imaginibus apostolorum omnium.
821. — Item, unum dorsale de opère ciprensi cum imagine béate
Marie in medio et aliis imaginibus sanctorum Nicolai etBenedicti.
822. — Item, unum dorsale de panno rubeo de opère ciprensi ad
spinam piscis ad aurum.
823. — Item, unum dorsale de panno lucano cum rôtis ad grifo-
nes in quibus sunt scuta ad arma Sabellensium ^.
824. — Item, unum dorsale de panno de Venetiis ad leones cum
rôtis.
825. — Item, unum dorsale de panno tartarico albo ad folia
aurea.
826. — Item, unum dorsale de panno de Venetiis ad leones.
827. — Item, unum dorsale non completum de opère ciprensi
totum ad aurum cum multis imaginibus integris in tabernaculis.
828. — Item, unum frontale amplum de duobus palrais de opère
ciprensi cum historia Annunciationis, Nativitatis, Presentationis,
Transfigurationis, Passionis, Descensionis ad inferos, Assumptionis,
Adventus Spiritus Sancti, foderatum de cataxamito viridi.
829. — Item, duo frustra de opère cyprensi ad aurum pro cus-
tûdiis.
XLIII.
FRIXIA PRO ALTARI.
830. — Item, unum frixium pro altari laboratum super xamito
rubeo ad imagines médias et de auro tracticio in rôtis et ad aquilas
et grifones de serico diversorum colorum, cura iiij. grossis mediis
1. La présence d'inscriptions arméniennes sur ce parement peut le faire con-
sidérer comme ayant la même origine que le n" 811.
2. M. V. Gay (Glossaire archéologique , \° Angleterre) considère la désigna-
tion d'opvs anglicunum (^omme synonyme A'ouvrage de perles.
3. Les armes de la famille romaine des Savelli sont « bandé de six pièces d'or
et de gueules au chef de sinoplc chargé d'une onde d'or, abaissé sous un autre
chef d'argent chargé de deux lions affrontés de gueules soutenant une rose sur-
montée d'un oiseau de môme. »
2J
imaginibus in campo de argenlo liacLicio fk^aul•alo cum Rmbria de
serico diversorum colorum, oL lobalea de Alamaniiia^
831. — Ilem, unum frixium de opère anylicano cum figuris ad
aurum eL fîmbria de serico diversorum colorum, et Lobalea de Ala-
mania.
832. — Ttem, unum frixium de opère cyprensi cum imaL^'inibusde
auro in arcubus cl fimbria de serico diversorum colorum cum Loba-
lea de Alemania.
833. — iLem, unum frixium laboraLum ad aurum filalum cum
mediis imaginibus de serico diversorum colorum eL Lobalea de Aia-
mania.
83-^. — Ilem, unum frixium laboralum super xamilo rubeo ad
imagines inlegras de aurofilalo cum lobalea do Alamania.
835. — Item, unum frixium anglicanum cum fimbria de serico
diversorum colorum el lobalea de Alamania.
836. — Ilem, unum frixium anglicanum anliquum cum fimbria
de serico rubeo, eL tobalea de Alamania.
837. — Item, unum frixium ad argenlum Lraclilium deauralum
cum fimbria de viridi el rubeo et Lobalea de Alemania.
XLIV.
GOPERTORIA PRO PURIFICATORIIS.
838. — Item, unum copertorium pro purificatorio ^ laboratum in
capiLe de serico el auro cum Grucifixo ex una parle el MajesLale ex
altéra cum crisLallis grossis el aliis lapidibus minuLis, el aliis vilris
diversorum colorum.
839. — Item, unum copertorium laboratum a capite de seMco et
auro, cum Virgine sedente cum Filio in brachio ex una parte, et
MagestaLe ex alLera, cum duabus crisLallis grossis et aliis vilris
minutis.
1. Comme l'a remarqué M. V. Gay {Glossaire archéologique, v" Allemagne),
le trésor de la calhédralo d'Anagni conlienl un devant d'autel mentionné dans
l'inventaire des ornements donnés à celle église jiar IJoniface VIII, qui permet
de se rendre compte de l'emploi de la toile d'Allemagne si souvent citée dans
le présent inventaire. Quant au mot frixium, broderie, nappe brodée, il n'a
qu'une signification assez vague; tout ce que l'on peut en dire, c'est que c'est
un morceau d'étoile brodée, un parement d'autel. Voyez G. Durand, nationale
divinorum ofjiciorum, lib. I, cap. 3, par. 32.
2. Le linge dont le prêtre se sert pour essuyer le calice après avoir communie.
22
ji.îO. — Item, imum coperloriuni pro purificalorio laboralum in
capilc de serico cl auro cum MajcsLate ex uiia parle sedenle, et
beata Virgine cum Filio ex altéra, cum Stella et (lisez ex) nacchara,
et aliis crislallis grossis et minutis, copertum rete de serico diverso-
rum colorum.
841. — Item, aliud copertorium ornatum a capite de xamito nigro
cum Agno Dei de auro ex una parte , et quadam manu ex alia ad
aurum, cum uno pomello de cristallo.
842. — Item, unum coperlorium ornatum a capite de quadam
rete de serico et auro cum rosis viridibus, rubeis et violaceis, cum
quodam pomello cum auro de serico diversorum colorum.
843. — Item, unum copertorium ornatum in capite quadam rete
de auro et serico violaceo, cum quodam giro de rosis de serico et
quodam pomello, et quadam avi de serico diversorum colorum.
844. — Item, unum copertorium pro purificatorio de serico nigro
et albo ornatum a pede duabus listis ad diversa animalia et aves de
auro et serico diversorum colorum cum rosulis argenti deauratis et
appendiciis sericis.
843. — Item, unum copertorium pro purificatorio de opère Ala-
manie laboralum ad bestias et pisces perfilalas de serico nigro.
846. — Item, unum coperlorium pro purificatorio de iiij. listis^
simul junctis a capite de opère Alamanie sine alio laborerio.
847. — Item, médium copertorium sive tobaleola de opère Ala-
manie cum foraminibus et uno frixio a pede de serico rubeo ad
aurum cum fimbria de serico diversorum colorum.
848. — Item, unum copertorium de purpura ialda et rubea cum
fimbria de serico diversorum colorum.
849. — Item, unum copertorium de listis ialdis et rubeis coper-
tum rete de serico viridi, rubeo et endico cum vernicibus ^ de auro.
850. — Item, unum coperlorium pro purificatorio de panno lineo,
laboralum ad aurum et sericum diversorum colorum cum uno bol-
tone de perlis in sumitale.
Ho\. — Item, unum coperlorium pro purificatorio lislalum de
zendalo rubeo et ialdo.
852. — Item, unum coperlorium pro purificatorio de lino cura
virgis per longum factis ad acum de serico diversorum colorum.
1 . C'est-à-dire formé de quatre bandes cousues ensemble.
2. Nous n'avons pu découvrir le sens de ce mol, qui revient plusieurs fois
.111 cours de l'inventaire, nolaniment aux articles 1076, 1079 et 1081.
23
853. — Hem, unum copertorium pro purificalorio coperliim de
zendalo rubeo el ialdo.
854. — Item, unum copertorium de panno lineo fraclo aiitiquo,
cum rete de serico antique ad boUones aureos.
855. — Item, unum copertorium pro purificalorio laboratum a
capile de serico rubeo, viridi etauro, ornatum frisis lucanis vel vene-
ticis ad aurum.
856. — Item, unum copertorium pro purificalorio de panno lineo
laboratum circum circa cum duabus crucibus in medio ad aurum el
sericum diversorum colorum.
857. _ Item, unam peliolam pro purificalorio cum uno bottone
de argento deaurato.
858. — Item, unum copertorium pro purificalorio quod fuit de
capile unius tobaleole de serico albo cum lista in medio cndica cum
aquilis aureis.
859. _ Item, unum copertorium simile prcdiclo.
8(>0. — Item, aliud purificatorium de tela cum rete de serico ad
bottonem ad aurum.
XLV.
REPOSITORIA PRO CORI'ORALIBIJS ^
864. — Item, unum repositorium ad corporalia de arjxenlo deau-
ratum quod habel ab una parle Crucifixum clevatum cum imagine
M[arie] et Joliannis; et ab alla parte imago Salvatoris elevata. Item
ex parte Grucifixi est unus cameolus et circa cameolum iiij. zafliri,
et plures alii zaffiri et lapides preciosi cum castonis et granatis et ex
parte Salvatoris sunt duo zaffiri, et duo granati grossi; pond. xvij.
m. el iij. une. scarsarum; et déficit ibi unus lapis; et sunt ibi duo
corporalia.
862. —Item, unum repositorium pro corporali de calaxamilo-
rubeo cum imagine Majestalis ab una parte scdenlis et alia Grucifixi,
et béate Marie et Joannis^ de auro traclitio.
1. Éluis à corporaux.
2. Il est à peu près impossible d'établir la différence qui existe entre le sainit
et le cataxamilum, en français gasiesamis (Du Cange, Glossaire, \' Slamesi-
ricus). Il y avait sans doute entre ces deux étoiles de soie une différence de
qualité que nous ne pouvons plus apprécier aujourd'hui.
24
863. — Ilem, unum repositorium de opère angiicano ad aurum
cum iiij. imaginibus et perlis et vitris.
864. _ Item, unum repositorium de panno rubeo cum imagine
Grucifixi ex una parte et beatorum Marie et Johannis ex alia.
865. — Item, unum repositorium cum imaginibus ad aurum.
866. — Item, unum repositorium de tabulis(?) copertum de panno
ad aurum in quo sunt duo leones.
867. — Item, aliud repositorium de opère angiicano cum imagine
Salvatoris ex una parte et Virginis ex altéra.
868. — Item, unum repositorium de xamito ad scachetia rubeaet
viridia cum leonibus et aquilis ad aurum.
869. — Item, aliud repositorium cum imagine Salvatoris ab una
parte, et Agnus Dei in coperculo ex altéra.
870. — Item, unum repositorium de serico diversorum colorum
cum scutis ad diversa arma.
871 . — Item, unum repositorium cura avibus albis ex utraque
parte.
872. — Item, aliud repositorium de serico ad spinam piscis ^.
873. — Item, unum repositorium de panno ad aurum.
874. — Item, unum repositorium de serico diversorum colorum
laboratum ad acum.
875. — Item, aliud médium repositorium de serico et auro labo-
ratum ad acum cum appendiciis de tela et serico.
876. — Item, unum repositorium de xamito rubeo cum Crucifixo,
et duabus imaginibus ex una parte et seraphim ex alia ad aurum,
cum aliquibus perlis, coralis et vitris.
877. — Item, unum repositorium de panno lucano ad castella et
lilia.
878. — Item, aliud repositorium de serico operatum ad acum cum
auro et rosis de serico diversorum colorum.
879. — Item, aliud repositorium de serico ad aurum cum una
aquila in coperculo.
XLVI.
PLUVIALIA^.
880. — Item, unum pannumpro uno pluviali sive planeta^ coper-
1. Soie brochée el rayée (?).
2. Chapes.
3. Chasuble.
tlim totum de auro filalo cum vitibus de pcrlis et floribus de scrico
diversorum colorum.
881 . — Item, unum pluviale anglicanum cum campo loto de auro
filato cura mullis imaginibus sanctorum et figuris avium et bestia-
rum cum frlxis ad perlas, cum iiij. boltonibus parvis.
882. — Item, unum pluviale album laboratum ad aurum de opère
ciprensi cum rôtis in quibus sunt aves duplices cum frixis super
xamito rubeo laborato ad imagines médias Virginis per totum cum
Filio in brachio ; et est sine firmali.
883. — Item, unum pluviale examiti albi cum frixis ad argentum
tractitium cum mediis imaginibus in rôtis factis de perlis, et floribus
quibusdam inler rotas argent! .
884. — Item, unum pluviale de xamito albo cum frixis ad médias
imagines, et floribus in campo de auro tractitio, et duobus buttoni-
bus perlarum, et iiij. de auro.
885. — Item, unum pluviale de xamito albo cum frixio super
examito rubeo ad argentum deauratum laborato ad rotas et flores
cum flrmali de modico frixio cum duobus buttonibus perlarum, et
tribus de auro cum fdis perlarum.
886. — Item, unum pluviale examiti albi cum frixio de Alamania
antiquo, et cum firmali de modico frixio.
887. — Item, unum pluviale de diaspro^ de Antiochia cum frixio
anglicano.
888. — Item, iiij. pluvialia examiti albi sine frixio.
889. — Item, unum pluviale de examito rubeo brodato de argento
tractitio deaurato, cum circulis in quibus sunt leones jacentes et
rose et alii flores et nodi, et in nodis aliqui flores; et est fodcratum
de zendato ialdo; et etiam est sine aurifrixio.
890. — Item, unum pluviale de examito rubeo brodatum ad aurum
de opère ciprensi cum rôtis in quibus sunt grifones et aquile cum
duobus capitibus, et due aves respicienles quemdam florem, cum
aurifrixio deaurato [ad aurum] filatum laboratum ad médias imagi-
nes in rôtis de uno filo perlarum satis grossarum, sine firmali, fodc-
ratum zendato ialdo.
891. — Item, unum pluviale de examito rubeo brodatum de opéra
cyprensi cum rôtis in quibus sunt grifones et aquile ad duo capita
cum frixio ad aurum filatum laboratum ad médias imagines stantes
1. Sur l'étofle nommée diapré, voyez F. Michel, Recherches sur les étoffes
d'or et de soie, t. I", p. 286 et suiv.
20
in labernaculis facLis de perlis, uno filo perlarum cum firmali de
frixio simplici, foderatum zendalo ialdo, et uno frixio anglicano
slrilto a pede.
892. — Uem, unum pluviale cum examito rubeo brodatura de
opère cyprensi cum rôtis in quibus sunt grifones et aquile ad duo
capila cum frixio ad perlas et firmali cum duobus buttonibus de
perlis, et tribus de auro in quorum uno, scilicet de mediO;, est unus
balassus in caslone de auro, foderatum zendato rubeo.
893. — Item, unum pluviale de examito rubeo brodatum de opère
cyprensi ad rotas in quibus sunt grifones et aquile ad duo capita et
aves duplices respicientes quemdam florem, cum frixio de perlis
minuLis inter quas sunt caricule^ serici diversorum colorum, sine
firmali, foderatum zendato ialdo.
894. — Item, unum pluviale de xamito rubeo brodatum de opère
cyprensi ad rotas in quibus sunt grifones et aquile cum duobus
capitibus, et aves duplices respicientes quemdam florem, cum frixio
laboralo in eodem examito ad duplices imagines stantes in arcubus;
et est sine capucio, et foderatum.
895. __ Item, unum médium pluviale de examito rubeo brodatum
de opère cyprensi ad rotas in quibus sunt grifones, aquile ad duo
capita et aves respicientes florem, et quinque frustra de simili
panno.
896. — Item, unum pluviale opcratum ad virgas et vites de auro
et serico diversorum colorum sine aliquo guarnimento.
897. — Item, unum pluviale de panno tartarico rubeo ad aurum
cum frixio de Alamania et pectorali ejusdem frixi grosso cum qua-
dam fimbria a pede de serico diversorum colorum, foderatum zen-
dato viridi.
.S98. — Item, unum pluviale de panno rubeo tartarico ad aurum
cum frixis strictis et cum uno pectorali laborato ad aurum traclitium.
899. — Item, unum pluviale de canceo^ rubeo cum aurifrixio de
opère ciprensi ad imagines et aves serici diversorum colorum.
900. -- Item, ij. pluvialia de xamito rubeo cum frixio de auro
tractitio ad perlas cum mediis imaginibus et buttonibus de auro et
perlis.
1. Caricule pour callicule, petites pièces de soie de diverses couleurs : origi-
nairemenl luèces d'étoffe de couleur ou d'or cousues sur les vêtements des
patriciens ou des personnages consulaires.
2. Sur l'étoffe appelée canzium, canceum, le Kandj des Arabes, voyez
F. Michel, Recherches sur les étoffes d'or et de soie, t. H, p. 57.
27
!^0^ . — Ilem, unum pluviale de xamito rubeo cum frixio venctico
stricto.
902. — Item, unum pluviale de xamito rubeo cum frixio anglicano.
903. — Item, unum pluviale de xamito rubeo cum frixio, sine
firmali.
904. — Item, unum pluviale rubeo cum frixio anglicano.
905. — Item, tria pluvialia de xamito rubeo sine frixio.
XLVU.
PARAME.TfA ALBA.
906. — Item, unam planetara diaspri albi brodatam de opère
ciprensi ad rotas in quibus sunt grifones , aquilc, papagalli respi-
cientes florem, cum frixio anteriori ad esmalta quadra, rotunda, ali-
qua quasi ad scuta, in quibus sunt iiij. grossi zaffiri et très aliquan-
tulum minores, iiij. lopacii, v. granati grossi cum aliis minutis et
diversis lapidibus pretiosis; et est cum diversis historiis Nativitatis
et Resurrectionis, etc.
907. — Item, unam planetam de panno tartarico albo ad aurum
cum frixio de xamito violaceo cum perlis et corallis et quibusdam
laboreriis.
908. — Item, unam planetam albam de opère cyprensi ad cate-
nas, et aves cum frixio anglicano, imagines et scuta.
909. — Item, aiiam planetam albam.
9-10. — Item, aliam planetam albam de opère cyprensi ad vites de
auro cum frixio ad imagines et scuta.
91 1. — Item, unam planetam de diaspro albo cum avibus in rôtis
habentibus caudas, capita et pedes ad aurum cum aurifrixio anglicano
cum nodis et sculis de serico diversorum colorum et avibus et floriiius.
912. — Item, unam planetam de panno deauralam albo laborato
ad folia vel pineas ad aurum minutas cum aurifrixio anglicano.
9-13. — Item, duas planetas de diaspro albo cum frixio anglicano.
9^4. — Item, unam planetam de diaspro albo cum aurifrixio
anglicano.
915. — Item, duas planetas de diaspro albo brodato de opère
cyprensi ad grifones, aquilas et aves duplict;s in rôtis, sine frixiis; a
pede tamen quelibet habet frixium anglicanum , et una ipsarum
habet circa locum ubi frixium débet esse opéra de Cypro cum perlis.
28
91 fi. — Ilcm, duas planetas laboratas de opère anglicane addiver-
sas historias super xamito albo, et sunt sine frixiis.
917. — Ilem, unam planetam dediaspro albo ad aves cum capiti-
bus de auro et frixio.
9i8. — Item, unam planetam de diaspro albo cura frixio super
xamito rubeo ad médias imagines, et floribus de auro cum laqueo de
perlis.
9 19. — iLem, unam planetam albam de opère cyprensi ad cate-
nas et aves sine frixio.
920. — Item, unam planetam albam de panno tartarico ad folia
auri sine frixio.
924 . — Item, unam planetam de diaspro albo, et frixio de Veneciis.
922. — Item, unam planetam de xamito albo cum frixio ad aurum
de opère cyprensi.
923. — Item, unam tunicam et dalmaticam de diaspro albo bro-
dato de opère cyprensi ad duplices aves in rôtis, ornatas frixiis
anglicanis.
924. — Item, unam dalmaticam de diaspro albo cum avibus ad
aurum in rôtis ornatam listis laboratis ad aurum tractitium sive
argentum deauratum cum frixio ad aurum et perlas.
925. — Item, tunicam et dalmaticam de diaspro albo laborato ad
aves in rôtis, porfilatas de rubeo cum listis, a pede de panno his-
panico% et in manicis de frixio anglicano.
926. — Item, tunicam et dalmaticam de diaspro albo ad aves cum
capitibus, caudis, pedibus ad aurum cum listis laboratis ad aurum
de panno tartarico rubeo et frixio anglicano.
927. — Item, tunicam et dalmaticam de panno deauratam albo
laborato ad folia auri, ornatas a pede, et manicis panno de auro
rubeo ad aurum cum frixio anglicano.
928. — Item, tunicam de diaspro albo ad aves in rôtis cum frixio
a pede, manibus, et spatulis de Anglia ornatam.
929. — Item, tunicam et dalmaticam de panno hispanico virgato,
ornalam panno hispanico rubeo ad aurum cum frixio anglicano.
930. — Item, tunicam et dalmaticam de panno hispanico virgato ;
dalmatica ornata panno hispanico ad aurum ; tunica vero de panno
de Venetiis rubeo ad aurum cum frixio anglicano.
1. Un certain nombre d'articles mentionnent le pannum hispanicum; on sait
que l'Espagne, au moyen âge, fabriquait beaucoup d'étoffes; on trouvera plus
bas l'étoffe nommée attabis, qui paraît aussi être un produit particulier à
l'Espagne.
29
931 . — Tlem, tunicam el dalmaticam de panno hispanico virgalo
virgis aureis, ornatas panno hispanico ad aurum et frixio anylicano,
932. — Item, tunicam et dalmaticam de panno larlarico albo cum
granatis de panno tartarico endico ad medalias aureas.
933. — Item, tunicam et dalmaticam de panno tartarico albo
subtili sine laborerio cum granatis de panno tartarico nigro ad folia
aurea.
934. — Item, tunicam de panno venetico albo laborato ad grifones,
Icônes et vites ad aurum ornatum ornamentis in quibus sunt reges
sedentes in duabus avibus.
933. — Item, unam tunicam de diaspro sine manicis de Romania,
cum listis in eodem panno ad aurum.
93(î. — Item, unam tunicam de diaspro albo cum listis ad aurum
in quibus sunt vj. leones argenti et frixium anglicanum.
937. — Item, unam tunicellam de diaspro albo antiocheno anti-
quam cura listis de panno rubeo de Venetiis ad aves aureas in rôtis,
et frixio anglicano.
938. — Item, unam tunicam de panno hispanico ad bastonesauri
cum listis de panno larlarico rubeo.
939. — Item, tunicam et dalmaticam de purpura hispanica cum
virgis ad aurum et listis de panno rubeo ad aurum.
940. — Item, iij. tunicas de xamilo albo cum Uslis de panno tar-
tarico rubeo ad aurum.
94^. — Item, unam tunicam de diaspro albo cum granatis de
panno tartarico rubeo.
942. — Item, unam tunicam de purpura hispanica cum virgis ad
aurum et sericum rubeum cum listis de panno de Venetiis ad aurum.
943. — Item, unam dalmaticam de xamito aiho sine listis- cum
firabria de serico diversorum colorum.
XLVIII.
PARAMENTA DE RUBEO.
944. — Item, unam planetam de xamito rubeo laboratam ad
catenas cum grifonibus etaquilis ad aurum filatum de opère Romanie
cum aurifrixio ad aurum tractilium, perlas [et] lapides pretiosas.
945. — Item, planetam hrodatam de opère cyprensi ad grifones
et aquilas ad duo capita et duas aves in rôtis cum aurifrixio cum
30
imaginibus hominum [et] animalibus ad aurum tractilium, et vitibus
de perlis cum bullis de aiiro.
946. — Item, imam planelam de panno lartarico riibeo cum frixio
rubeo ad médias imagines cum aquilis de perlis, et lapidibus in
castonibus.
947. — Item, unam planetam de panno tartarico rubeo ad aurum
laboratam ad pineolas inter listas, ad modura spine piscis, cum auri-
frixio laborato super xamito rubeo ad imagines ad aurum prolixatas
de perlis grossis et lapidibus pretiosis.
948. — Item, unam planetam de xamito rubeo cum frixio laborato
ad imagines longas de auro fllatas cum multis perlis.
949. — Item, unam planetam de panno tartarico rubeo ad pineas
auri cum leporibus in eis et frixio anglicano.
950. — Item, unam planetam de xamito rubeo cum frixio ad
perlas.
951. — Item, unam planetam de attabi rubeo' cum aurifrixio
anglicano.
952. — Item, unam planetam rubeam laboratam de opère angli-
cano sine frixio.
953. — Item, unam planetam de xamito rubeo cum frixio angli-
cano ad rosas et vites sericas diversorum colorum.
954. — Item, unam planetam de xamito rubeo cum frixio anglicano.
95:3. — Item, unam planetam de xamito rubeo cum frixio ad arma
régis Anglie.
956. — Item, unam planetam de xamito rubeo carmesino^ cura
frixio ad perlas minutas.
957. — Item, unam tunicam et dalmaticam de xamito rubeo bro-
datam de opère Romanie ad cantonos ^, grifones et aquilas sine alio
ornamento.
958. — Item, tunicam et dalmaticam de panno salernitano cum
cervis et foliis auri, ornalam per totum frixio anglicano.
959. — Item, dalmaticam rubeam de panno imperiali de Romania
ad aquilas magnas cum duobus capitibus sine ornamentis ; [in] mani-
cis taraen habet frixia anglicana antiqua et in spalulis de Venetiis.
960. — Item, dalmaticam rubeam de panno hispanico virgato,
1. Sur Vatabi, étoffe de soie qui se fabriquait en grande quantité à Almeria,
voyez F. Michel, Recherches sur les étoffes d'or et de soie, t. I", p. 289, 290;
et Charles Davillicr, les Arts décoratifs en Espagne, Paris, 1879, in-8% p. 72-74.
2. Cramoisi.
3. A compartiments.
3^
ornatam a pede et in manicis panno hispanico ad aurum cum frixio
anglicane.
961. — Item, tunicam de xamito rubeo cum ornamento de panno
de Venetiis ad ij. leones in rôtis cum frixio anglicano.
902. — Item, tunicam de panno hispanico rubeo ad aurum per
totum cura listis hispanicis ad aurum et frixio anglicano.
963. — Item, tunicam et dalmaticam de panno tarlarico quasi
perforato ad pineas grossas aureas, foderatas zendalo ialdo cum gra-
natis de panno endico ad medalias auri.
XLIX.
PARAMENTA VIRIDARIA.
964. — Item, unam planetam de attabi viridi cum aurifrixio angli-
cano albo.
965. _ Item, unam planetam de canzeo viridi cum aurifrixio
laborato ad aurum filatum cum floribus de serico rubeo et aliis labo-
reriis de serico viridi et nigro.
966. — Item, unam planetam de carvi (?) ^ viridi cum aurifrixio
laborato ad aurum super zendato rubeo ad médias imagines.
967. _ Item, unam planetam laboratam de opère anglicano super
canzeo viridi ad diversas historias cum frixio laborato ad vites et
folia super rubeo ad aurum vel argentura tractilium deauratum.
968. — Item, unam planetam de canzeo viridi cum frixio angli-
cano.
969. — Item, unam planetam de canzeo viridi cum frixio de
Alamania.
970. _ Item, unam planetam de xamito viridi antiquo cura frixio
stricto.
974. — Item, unam planetam de xamito viridi antiquo cum frixio
anglicano.
972. — Item, unam planetam de diaspro viridi cum frixio angli-
cano.
973. — Item, tunicam et dalmaticam de attabi viridi ornatas
panno de Taur...- rubeo ad aurum cum frixio anglicano.
1. Il faut sans doute lire « de canceo viridi. »
2. Nous ne savons au juste comment remplir celte abrévialion, qui se ren-
contre encore aux articles 974, 991 et 1017.
32
974. — Item, tunicam et dalmalicam de carvi (?) viridi ornalas
panno rubeo de Taur... ad aumm cuin frixio anglicano.
973. — Ilem, tunicam et dalmaticam de canzeo viridi ornatas
panno de Venetiis rubeo ad arcus, leones, grifones et aquilas ad
aurum cum frixio anglicano.
97G. — Item, unam tunicam de diaspro viridi cum listis de panno
rubeo de Romania ad grifones et aquilas auri et frixio anglicano.
977. — Item, tunicam et dalmaticam de cataxamito viridi cum
listis de panno tartarico quasi albo.
978. — Item, tunicam et dalmaticam de panno tartarico viridi
subtili ; dalmatica vero est ad folia cum granatis de panno tartarico
ad folia aurea.
L.
PARIMENTA VIOLACEA.
979. — Item, unam planetam violaceam laboratam ad aurum,
grifones de auro tractitio cum vitibus de perlis grossis et minutis et
frixio anteriori tantum ad esmalta, lapides, perlas cum auro inciso.
980. — Item, unam planetam de xamito violaceo laborato ad vites
de auro filato per totum cum aurifrixio de opère Gyprensi cura his-
toria Annunciationis, Nativitatis, Passionis etc.
981. — Item, unam planetam de xamito violaceo laborato cum
rosis, vitibus et regibus sedentibus ad aurum cum aurifrixio angli-
cano.
982. — Item, unam planetam de diaspro violaceo cum avibus ad
aurum et frixio anglicano.
983. — Item, iiij. planetas de xamito violaceo, duas cum frixio
anglicano et duas cum alamanicis.
984. — Item, unam planetam de carvi violaceo cum frixio angli-
cano.
983. — Item, j. planetam de xamito violaceo cum frixio viridi ad
diversa arma in sentis et alla laboreria.
986. — Item, unam planetam de xamito violaceo cum frixio
anglicano.
987. — Item, unam planetam de panno tartarico quasi violaceo
cum rosis ad aurum et avibus in eis, et frivio de opère cyprensi
cum imaginibus in tabernaculis.
988. — Item, unam planetam violaceam de xamito violaceo cum
frixio anglicano.
33
989. — Item, iinuni pluviale de xainilo violaceo cum frixio angli-
cano.
990. — Item, lunicam et dalmaUcam de dyaspro violaceo ad aves
aureas, ornatas panno de Venetiis ad aves duplices deauraLas cuin
frixio anglicano et de Venetiis.
991. — Item, tunicam et dalmaticam de xamilo violaceo, ornatas
panno albo de Taur... ad auruni cum frixio anj^'Hcano.
992. — Item, tunicam et dalmaticam de xamito violaceo ornatas
panno rubeo de Venetiis cum rcj:e inter duas aves sedente ad aurum
et frixio anglicano.
993. — . Item, dalmaticam de panno violaceo cum gramitis ' de
panno tartarico quasi albo.
994. — Item, tunicam et dalmaticam de panno tartarico quasi
violaceo ad aurum cum rosis et avibus, et gramitis de panno tarta-
rico rubeo ad aurum.
995. — Item, lunicam, et dalmaticam de calaxamito violaceo cum
gramitis de panno viridi ad spinam piscis.
LT.
PARAMENTA CROCF.A.
990. — Tlem, unam planetam de xamilo croceo brodalani de auro
de opère Homanie euni frixio super xamito rubeo cum mediis ima-
ginibus in rôtis.
997. — Item, lunicam et dalmaticam xamiti crocei brodalas per
lolum de argenlo Iraclilio deauralo ad grifones et alias aves, cum
duobus frixiis rubeis in lateribus dalmatice.
LU.
PARAMEXTA MGRA.
998. _ Item, iiij. planelas de xamito nigro, una cum aurifrixio
anglicano amplo et pulcro; alia cumalio frixio anglicano bruno non
ila pulchro nec amplo; aMa cum alionon ila pulchronec amplo-, alia
cum magis stricto.
999. _ Item, unam planetam de sendalo nigro cum frixio multum
stricto veneticho.
1. Des franges, ou plulôl une bordure.
3/<
(000. — Item, lunicam et dalmaticam de xamito nigro ornatas
ornamentis de panno lartarico nigro cum magnis et parvis foliis
aureis et frixio anglicano.
1001. — Ileni, tunicam et dalmaticam de zendato nigro cum gra-
niitis (le panno tartarico et frixio anglicano.
LUI.
CAMISI CUM GllAMITIS ET SINE GRAMITIS.
1002. — Item, unum camisura ' cum gramitis ad argenlum deau-
ratum tractitium; et per diversas partes earum sunt aves; pectorale
autem est in xamito rubeo ornato de uno esmalto in auro in medio
cum uno angelo et ad alia esmalta et rosas de auro, et sunt ibi unus
amatissa, unus smaragdus, unus topacion, plures frage auree,,
diverse perle grosse; deficiunt tamen plures lapides et Ihopacion.
1003. — Item, unum camisum guarnitum ad aurum tractitium,
et unum pectorale in quo smit iiij. esmalta rotunda in auro ad
diversos flores, et iiij. zaflîri in auro, très smaragdi grossi in auro,
vj. balassi, vij. granati et alii, ornatum diversis et ij. bottonis auri.
-1004. — Item, camisum guarnitum gramitis de xamito rubeo
laboratum ad columnas, figuras et arcus; et vites de auro tractitio
et est pectorale ejusdem operis et in ipso pectorali historia quando
cenavit Dominas cum discipulis.
-iOOo. — Item, unum camisum cum pectorali laboratum ad argen-
tum deauratum et aurum platum cum historia Pentecostes et cum
gramitis de opère anglicano cum historia Annunciationis et Nativi-
tatis; frixium autem, per spatulas, et pugnaliasunt ad perlas.
1006. — Item, unam albam cum gramitis rubeis laboratis ad
aurum cum seraphim et pectorali rubeo cum rosis ad aurum filatum.
^007. — Item, unam albam cum gramitis et pectorali de panno
tartarico rubeo. ,
■1008. — Item, unum camisum cum fimbriis de opère anglicano
cum historia B. Nicolai, et pectorali laborato ad aurum cum imagine
Salvatoris in medio et iiij. evangelistis.
■1009. — Hem, unum camisum cum gramitis rubeis laboratis ad
aurum filatum cum aviculis sericis et pectorali laborato ad aurum
1. Aube. Sur les particularités que présente l'aube italienne du moyen âge,
voyez V. Gay, Glossaire archéologique, au mot Aube.
35
tractitium el perlas-, in cuju< medio est Agnus Dei, el in qiiolihel
annulo evangclisla, cuni pugiialibus de opère cyprensi ad perlas.
^010. — Item, unum camisum cum fimbriis rubcis laboratis ad
images auri in arcubus de opère anglicano, cum peclorali rubeo de
opère cyprensi, cum imaginibus Virginis et angcli .salulauLis eam,
et litteris circumeirca.
101 (. — Item, unum camisum cum fimbriis endicis et rolis ad
aurum cum historia Christi in ipsis rôtis, et pectorali rubeo cum
Crucifixo.
1012. — llem, unum camisum cum fimbriis indicis ad lilia aurea
in rôtis el pectorali endico cum historia Ghrisli ad aurum.
-10^3, — Item, unum camisum cum fimbriis de purpura violacea
ad aves et folia de serico croceo laboratum loco frixiorum ad sericum
diversorum colorum.
•1014. — Item, unum camisum cum gramitis de panne tartarico
nigro ad folia magna auri et frixium anglicanum.
ion». — Item, unum camisum cum pectorali ad Grucifixum^ et
gramitis rubeis ad imagines auri.
iOI6. — Item, duos camisos cum pcctoralibus et gramitis de
panno lucano vel venetico antiquo.
J0I7. — Item, unum camisum cum pectorali cjusdem panni, et
cum gramitis de panno Taur... violaceo antiquo ad bestias auri.
101 s. — Item, unum camisum cum fimbriis rubeis laboratis ad
aurum cum imaginibus in arcubus de opère anglicano, cum pectorali
rubeo de opère cyprensi cum imaginibus Virginis [et angeli] salu-
tantis eam.
1019. — Item, unum camisum cum gramitis de panno tartarico
ad medalias aureas.
-1020. — llem, unum camisum cum gramitis et pectorali viola-
ceis ad aves de auro in rôtis.
-J02I. — Item, unum camisum cum gramitis et pectorali nigris ad
aves de auro.
1022. — Item, vij. camisos antiquos de tela Remensi (?) sine ali-
quo guarnimenlo.
1023. — Item, iiij. camisos curies simplices.
•1024. — Item, iiij. superpellicia.
^025. — Item, unum pectorale pro camiso cum esmalto in medio
rotundo, operato de perlis et auro tractitio per totum; in smalto est
média imago Virginis.
1026. — Item, unam aliam gramitam cum viij. imaginibus stan-
36
libus in arcubus de auro fîlato laboratis super xamito violaceo anti-
quo.
4 027. — iLem, duas gramilas laboratas super tela linea ad acum
de serico diversoruin colorum cum leonibus, aquilis et grifonibus in
rolis el lloribus albis.
-1028. — iLem, unam gramitam cum rosis ad aurum tractitium et
aquilis et rosis de perlis.
LIV.
AMiTTi. Rubrica.
4029. — Itéra, unum amittum laboratum ad aurum tractitium et
perlas et flores de serico diversorum colorum.
-1030. — Item, unum amictum laboratum ad aurum, et perlas.
4034. — Item, unum amictum cum frixio de Romania ad aurum
tractitium.
4 032. — Item, unum amictum ad aurum fdatum de opère angli-
cano cum média imagine Salvatoris in medio et vi. alie [sic] circa eam.
4 033. — Item, unum amictum laboratum super xamito rubeo de
opère anglicano.
4034. — Item, unum amictum cum frixio anglicano ad imagines
médias.
4035. — Item, unum amictum cum frixio de Romania.
4036. — Item, unum amictum cum frixio anglicano ad imagines
médias.
4037. — Item, duodecim amictos antiquos sine frixio.
4038. — Item unum amictum de quadam lista panni benedicti.
4 039. — Item, unum amictum cum frixio de Alamania.
LV.
oiiALiA. Rubrica.
4 040. — Item, iiij. orgilia ^ magna cum tribus virgis ad aurum
in quolibet capite, et tribus in medio, et aliis virgulis minutis.
4044. — Item, unum orale cum tribus virgis a quolibet capite ad
aurum et una virga de auro ab uno latere.
1 . Pièce (l'étoffe dont le souverain pontife se couvre la tête et dont il ramène
les cilréniités sur les épaules et la poitrine.
37
^042. — llem, xiiij. oralia cuni virgis amplis a lalerc de scrico
ruben cl viridi.
^043. — ïlem, xiij. oralia sive lobaleas, quorum aliqua habenL
Costa ad aurum, et aliqua sunt simplicia sine laborerio.
104-^. — Item, iiij. oralia cum virgis iiigris pcr longum.
LVI.
STOLE ET MANiPCLi. Rubrica.
f0î5. — Item, stolam et manipulum cum laqueo et pineis deauro
tractitio, farsiti [sic] de serico diversorum colorum cum hottonibus a
pede de auro et perlis.
^046. — Item, stolam et manipulum cum laqueo de serico viola-
ceo et rubeo cum leonibus de auro, et fesis * de perlis.
f047. — Item, stolam [et] manipulum de opère venetico cumlma-
ginibus habentibus coronam de perlis.
-1048. — Item, duas stolas cum manipulis de opère anglicano ad
imagines de auro et serico diversorum colorum, fodei'atas de zendato
nigro cum iiij. pugnalibus et iiij. aliis frustris strictis ex una parte,
et amplis ex alla.
1049. — Item, stolam et manipulum de opère anglicano cum ima-
ginibus de serico diversorum colorum.
^050. — Item, stolam et manipulum de serico violaceo cum nodis
de auro.
dOoL — Item, stolam et manipulum de serico endico et auro ad
spinam piscis.
^0o2. —Item, stolam et manipulum de serico diversorum 'colo-
rum ad historiam Passionis.
^0o3, — Item, stolam et manipulum de zendato viridi ex una
parte, et ex alia albo.
^0^4. — Item, stolam sine manipulo de cataxamito viridi et vili.
^055. — Item, stolam albam sine manipulo ad aurum.
^05(). — Item, stolam et manipulum de xamilo rubeo.
1057. — llem, stolam et manipulum de serico violaceo laboratos
1. Le texte porte bien « fesis. » qui nous parait inexplicable. Du Caiipe, au
mot Fesia, explique ce mot par un changement de r en 5 .• fera. Cela ne nous
semble guère plausible : le rédacteur de l'inventaire aurait tout simplement dit :
Cum animalibu.s.
38
ad tortosum ' ad nodos ad aurum, excepto eo quod ponitur in collo
et in bracliio.
1058. — Item, unam stolam et manipulum de serico endico -vio-
laceo laboratos ad aurum diversorum colorum .
1059. — Item, unam stolam sine manipulo cum frixio anglicano
cum perlis albis et endicis et campanellis.
-iOGO. — Item, stolam et manipulum laboratos ad aurum et seri-
cum rubeum et nigrum cum perlis grossis et minutis et xxiij. cam-
panulis argent! deaurati clausis.
-1 06^ , — Item, stolam et manipulum cum perlis laboratos ad nodos
et leones auri in endico, sine appendiciis que fuerunt ibi.
-1062. — Item, stolam et manipulum de serico diversorum colo-
rum cum multis laboreriis et appendiciis cum leonibus.
-1063. — Item, stolam et manipulum ad aurum cum nodis rubeis
et endicis.
•1064. — Item, stolam et manipulum violaceos laboratos ad aurum
et sericum diversorum colorum.
1065. — Item, stolam et manipulum de serico rubeo viridi et
endico ad aurum cum perlis et corallis.
1066. — Item, stolam et manipulum de serico rubeo de opère
venetico.
1067. — Item, stolam et manipulum ad castella et lilia.
1068. — Item, unum succintorium vel manuale^ rubeum et endi-
cum cum nodis et manipulis cum nodis auri filati.
1069. — Item, succintorium rubeum ad aurum de serico rubeo.
■1070. — Item, unum manipulum de frixio anglicano cum fîmbriis
sériels.
i 071 . — Item, j. manipulum laboratum super zendato endico cum
rosctis ad iiij. angulos de argento deaurato in quibus sunt granatelli
et turchisii.
-1072. — Item, unum manipulum de frixio albo venetico ad aurum.
1. Du Cange (v" tortosus), traduit par tortillé, torticié, ce qui ne donne pas
un sens très satisfaisant.
2. Si l'on s'en tenait au sens exact de « manuale, » il s'agirait ici d'un mani-
|)ule, ce que contredit le reste de l'article. Le pontifical d'Elne, cité par Du
Cange (v" Siobcindorium), dit : « ,.... cingulum cum subcinctorio, quod habel
siinililudincm inanii)uli et depeiidet a cingulo in iatere sinisiro. » C'est donc
une seconde ceinture. (Voyez G. Durand, Ralionale divinorum officiorum
lib. III, cap. IV.) Le subcinctorium est réservé aujourd'hui au pape. '
30
107,*}. — Ttcm, iinum manipulum de frixio ;ill)o de Alamania ad
auruni anliquiuii.
4074. — Item, unum manipulum de xamito rubeo fodcralo de
zcndalo ialdo.
LVII.
ciNfiULi. Rubrica.
4075. — Item, unum cingulum^ de serico ad aurum de simili
laborerio ex utraque parte cum succinlorio rubeo ad viij. imagines.
4076. — Item, unum cingulum album ad caslella el scula cum
appendiciis amplis factis de vernicibus.
4077. — Item, unum cingulum rubeum simile predicto.
4078. — Itetn, unum cingulum de cordone rotundo violaceo cum
tribus bottonibus grossis et appendiciis ad nodos per totum ad aurum.
4 079. — Item, j. cingulum de strito viridi cum appendiciis factis
de vernice et cum bottone de cristallo.
4080. — Item, unum cingulum contextum per totum de serico
diversorum colorum cum quibusdam bottonibus.
4 0s^. — Item, j. cingulum de serico albo cum bottonibus et ver-
nicibus ad aurum cum appendiciis.
4082. —Item, j. cingulum de serico diversorum colorum cum
campanellis de argenlo.
4083. — Item, unum cingulum alljum ad aurum cum perlis albis
et endicis, et nodis de auro filato.
4 084. — Item, unum cingulum rubeum et viridem cum diversis
laboreriis.
408;j. — Item, unum cingulum antiquum rubeum ad castra, scuta
et rosas auri.
4 08r.. — Item, unum cingulum rubeum laboratum ad aurum cum
cordone de serico rubeo et viridi.
40S7. —Item, unum cingulum violaceum laboratum ad aurum.
4 088. — Item, unum cingulum antiquum de serico rubeo cum bot-
tonibus de cristallo et serico.
1. La ceinture qui sert à retenir l'aube autour de la taille.
40
LVIII.
SANDALIA ET CALIGE. BubriCU.
^089. — Item, duosandalia laborata de auro Iraclitio cum leoni-
bus in campis violaceis, et (loribus in campis rubeis ad perlas.
J090. — Item, duo sandalia cum vitibus ad aurum tractitium in
campo rubeo, endico et viridi, cum peiiis et aliquibus granatellis in
castonibus.
^09^. — Item, duo sandalia cum rosis ad aurum tractitium cum
perlis.
^092. — Item, duo sandalia cum rosis ad argentum tractitium
deauratum super xamito rubeo cum rete de perlis et aliquibus vitreis
endicis.
^093. — Item, duo sandalia ad leones et rosas ad aurum filatum
super xamito violaceo ornata perlis.
109.1. — Item, duo sandalia ad aurum filatum et perlas, cum una
granata.
^095. — Item, duo sandalia laborata ad aurum et sericum rubeum
et viride.
1096. — Item, duo sandalia cum duobus pappagallis super xamito
violaceo.
^097. — Item, duo sandalia de cathaxamito violaceo cum rosis ad
aurum filatum, et perlis et buUis.
lOîKS. — Item, duo sandalia de panno tartarico albo ad folia auri.
LIX.
CARPITE ET PALIOTTI. RubriCd.
^099. — Item, unam carpilam de panno serico vellutocum fundo
rubeo et brodatura ialda.
^^00. — Item, aliam carpitam de panno veluto cum fundo rubeo
et brodatura viridi.
H0\. — Item, aliam carpitam cum fundo de panno tartarico mul-
tum [)ulcliro ad Mores et folia, cum brodatura de veUuto rubeo.
M 02. — Item, aliam carpitam de [lisez : cum] fundo al [lisez ; de]
j)anno rubeo de Ilomania ad grifones, et brodatura de canceo viridi.
M 03. — Item, aliam carpilam antiquam cum fundo de panno
serico diversorum colorum ad diversa lahoreria, hrodalam de xamito
rubeo.
1 1 0/(. — Item, aliam carpitam anÛquam cum fundo de panno serico
ad milites in rolis, et diversa alia opéra, brodatam dexamilo rubeo.
^^o:). — Ilcm, unam carpitam longam cum fundo ialdo in cujus
medio est figura Majestatis et per totum est historia Jesu Christi et
est brodata de attabi viridi.
i i 00. — Item, unum paliotum cum fundo de panno tartarico coloris
celestis ad barras ad aurum per longum, brodatam de vellulo rubeo.
MOT. — Item, unum paliotum de panno velluto cum fundo rubeo
et brodatura ialda.
Il OS. — Item, unum paliotum cum fundo de panno de Romania
cum avibus ad aurum et brodatura de panno tartarico ad medalias
aureas.
JI09. — Item, unum paliotum cum fundo de panno tartarico
quasi cinericio ad aurum et brodatura de xamilo rubeo.
UiO. — llem, j. paliotum de panno tartarico nigro ad aves aura-
las cum brodatura de panno rubeo velluto.
1 H I. — Item, unum paliotum cum fundo de panno de Romania
rubeo ad arcus et bestias cum brodatura de xamito rubeo.
-m 2. — Item, unum paliotum de tela alba cum imaginibus Sal-
vatoris in medio et iiij. Evangelistarum, ad aurum et sericum.
1H3. — Item, unum paliotum rubeum brodalum de ialdo cum
vj. rotunditalibus ad aurum in fundo.
\\U. — Item, unum paliotum de panno de Romania coloris celes-
tis ad arcus et bestias ad aurum, brodatum de xamito rubeo.
LX.
coxixî. Rubrica.
WVi. — Item, xviij. coxinos de xamito rubeo ad usum Pape.
-me. — Item, unum coxinum rubeum cum imagine episcopi ex
una parte et aquila ex alia et viij. leonibus ad aurum.
\\\T. — Item, unum coxinum cum cervis et aliis bestiis et ani-
malibus ad aurum.
^^^8. — item, unum coxinum rubeum cum tribus imaginibus ex
una parte et tribus ex altéra ad aurum.
I H!». — Item, j. coxinum de serico diversorum colorum labora-
tum ad schacheria.
42
i^20. — Ilem, unum coxinum rubeum cum quadra coperta de
albo laboratum ad accum cum modico serico.
^^2^. — item, unum coxinum ad purpuram ad spinam piscis.
i 1 22. — Ttem, unum coxinum de panno venetico copertum de tela
alba.
H23. — Item, xij. [coxinos] de zendato rubeo.
•Jf2-'(. — Item, unum coxinum de zendato rubeo laboratum in
modum cultrc.
-H25. — Item, j. coxinum laboratum de opère cyprensi de serico
diversorum colorum cum aquilis, slellis et rosis ad aurum.
H2G: — Item, unum coxinum laboratum super xamito rubeo ad
aquilas et grifones ad aurum in rôtis.
^-127. — Item, unum coxinum de panno de Venetiis albo cum
rolis rubeis et leonibus.
LXI.
coPERTE PRO coxixis. Rubrica.
-1428. — Item, coperturam pro coxino de xamito violaceo labora-
tam ad aurum.
^^29. — Item, unam coperturam pro coxino laboratam ad aurum
cum diversis animalibus super xamito rubeo.
H30. — Item, unam coperturam pro coxino laboratam ad aurum.
M 31. — Item, coperturam pro coxino de panno rubeo ad aurum.
'H32. — Item, unam coperturam pro coxino de zendato nigro cum
ix. sentis ad diversa arma.
H33. — Item, j. coperturam pro coxino ad schacheria ad aurum.
-^^34. ^ Item, unam coperturam pro coxino laboratam super tela
alba de auro et serico diversorum colorum.
U3o. — Item, j. coperturam pro coxino laboratam super tela alba
de serico diversorum colorum.
^^36. — Hem, unam coperturam pro coxino laboratam super tela
alba de serico diversorum colorum ad spinam piscis.
1 137. — Item, j. coperturam pro coxino laboratam super tela alba
de serico diversorum colorum.
^^38. — Item, j. coperturam pro coxino laboratam super coriode
serico diversorum colorum cum avibus nigris.
•1^39. — Item, j. coperturam pro coxino de tela alba an tiqua appa-
ratam in circuilu de serico nigro.
A3
M 40. — llem. unam coperluram riibeam ad castcUa cl lilia ad
auruin.
H44. — llem, unam coperluram rubeam cum cruce in medio, cL
iiij. slellis in angulis ad aurum.
H42. — llem, unam coperluram de allabi crocei coloris cum
cruce in medio et iiij. rosis in angulis ad aurum.
LXII.
PANNI TARTARICI. RuhriCtt.
H 43. — Item, sex pannos lartaricos rubeos ad Iblia et diversa
laboreria ad aurum, computato uno qui non est foderatus.
M 44. — llem, sex pannos lartaricos quasi nigros, computato uno
quod est cinericeus, ad flores et folia et beslias ad aurum -, et sunt
omnes foderati de lela endici [coloris] prêter unum cl sunt omnes
quasi récentes.
H 4 5. — Item, duos pannos lartaricos ad listas rubeas et endicas,
cl alias de diversis laboreriis ad aurum el sunt foderati de tela viridi.
\\H. — Item, Ires alios pannos lartaricos non ila pulcros, quasi
cum lislis de simili opère.
WM. — Item, 1res alios pannos lartaricos antiquos ad flores cl
folia ad aurum, foderatos, unum de tela endica, cl alium de viridi,
et alium de ialda.
-1 148. — Item, duos alios pannos lartaricos nigros ad flores et folia
ad aurum, foderatos, unum de lela endica et alium de tela viridi.
fl49. — Item, unus alius pannus tartaricus coloris celestis ad
flores et beslias ad aurum, foderatus de panno endico.
-Il 50. — Item, duos alios pannos lartaricos virides, unum ad spi-
nam piscis el alium ad rosas ad aurum, foderatos, unum de panno
endico, et alium de viridi.
\Vr>\. — Item, unum pannum tarlaricuni album ad flores el folia
ad aurum, foderatum de tela viridi,
M 52. — Item, duos alios pannos lartaricos albos ad folia auri; et
sunt novi sine foderalura.
M 53. — Item, unum pannum larlaricum quasi rubeum ad folia
auri ; el est novus sine foderalura.
J^54. — llem, iiij. pannos lartaricos rubeos subtiles ad folia auri.
^^53. — Item, j. pannum larlaricum subtile ad folia auri.
44
^^56. — Ilem , ij. alios pannos tartaricos subtiles violaceos ad
rosas auri.
^^57. _ Item, duos alios pannos tartaricos subtiles et violaceos
sine auro.
^^5S. — Item, duos alios pannos tartaricos coloris celestis clari
sine auro,
4 1:39 — Item, unum pannum lartaricum subtile rubeum Ion gum,
sine aliquo opère.
\\(\0, — Item, unum pannum lartaricum subtile rubeum labora-
lura ad flores et fôlia de eodem serico.
\\(\l, — Item, unum pannum tartaricum rubeum subtile fodera-
tum de tela endica.
j { 62. — Item, unum pannum tartaricum rubeum largum et lon-
gum.
\]QS, — Item, unum pannum tartaricum rubeum subtile.
^,j64. — Item, alium Ipannum tartaricum subtile dissipatum et
fraclum.
Ij(;5. — Ilem, unum pannum tartaricum pilosum rubeum ad
medalias aureas.
1 1 6(i. — Ilem, unum pannum tartaricum de attabl, quasi rosaceum,
foderatum de tela ialda.
-H G7. — Item, unum pannum tartaricum de attabi, coloris celestis.
-H 68. — Ilem, unum pannum lartaricum de canci [sic).
fl69. — Item, alium pannum canceum, coloris celestis.
1 170. — Item, alium pannum tartaricum subtile, coloris celestis.
\\H. — Item, alium pannum tartaricum.
ii72. — Item, unum pannum tartaricum quasi violaceum ad
medalias aureas.
Emile Molinier.
fA suivre.)
CATALOGUE
DES MANUSCRITS GRECS
DE GUlLLAUiME PELIGIER
L'évêque de Montpellier Guillaume Pelicier (1529-1568) fut
un de ces prélats, ambassadeurs de François P"" près la république
de Venise, comme Jean de Pins, Georges de Selve et le cardinal
Georges d'Armagnac S qui, dans la première moitié du xvf siècle,
rivalisèrent de zèle pour accroître les richesses de la bibliothèque
de Fontainebleau et ont bien mérité de la renaissance des lettres
grecques en France. Aussi n'a-t-il pas manqué à difierentes
reprises et à des points de vue différents d'attirer l'attention des
historiens, mais, quoiqu'il reste encore à dire sur sa vie et sur
son rôle pohtique, ce n'est point le lieu d'en parler à nouveau 2.
Si Pelicier sut continuer habilement, trop habilement peut-être,
la politique de ses prédécesseurs à l'ambassade de Venise, sa mer-
veilleuse activité trouvait encore à s'employer avec non moins de
succès à la recherche des manuscrits, et, tout en contribuant à
enrichir la bibliothèque de François I" ^ il réussissait à former
1. Voyez ce qu'en dit Jean Boiviu dans ses Mémoires pour l'histoire de la
Bibliothèque du roi, cilé par M. L. Delisle, Cabinet des Mss., t. I, p. 152-154.
2. On peut consulter, entre autres ouvrages, sur la vie de Guillaume Pelicier,
sans parler de la Gullia Christiana, t. VI, col. 806-812 : Gariel, Séries prusu-
lum Magalonensium, Tolosœ, 1604, in-fol., p. 191-270; de Greffeuilie, Z^/s/oJre
ecclésiastique de la ville de Montpellier, 1739, in-fol., p. 150-170 ; A. Germain.
la Renaissance à Montpellier, dans les Mémoires de la Soc. archéol. de Mont-
pellier, t. VI, 1870-70, in-4°, p. 9-25 ; J. Zeller, la Diplomatie française vers
le milieu du XVP siècle, d'après la correspondance de Guillaume Pellicier.
Paris, 1880, in-8% etc.
3. Il est dilBcilc de reconnaître aujourd'hui les manuscrits grecs, en assez
46
pour lui-même cette belle collection de manuscrits grecs dont le
catalogue nous a été heureusement conservé. La copie qu'on a de
ce catalogue forme un petit cahier de papier, de cinquante-huit
pages in-folio, couvert en parchemin, sans aucun titre, tout en
grec, d'une assez médiocre écriture du milieu du xvf siècle, qui,
après avoir fait partie de la collection du président de Mesmes,
entra au xyiii*-' siècle avec les manuscrits de Colbert dans la Biblio-
thèque du roi^ 11 est ainsi désigné, au tome II du catalogue
de 1740, sous le n" 3068, qu'il porte encore aujourd'hui :
« MMMLXVIII. Codex chartaceus, olim Colbertinus, quo
« continetur index codicum manuscriptorum Grœcorum
« bibliothecœ cujus nomen desideratur. Is codex sœculo
« decvmo sexto exaratus est. »
Dans ce catalogue de la bibliothèque de Guillaume Pelicier,
qui renferme deux cent cinquante-deux articles, on distingue
trois parties. La première comprend les cent soixante- trois
manuscrits presque tous copiés à Venise et dans les villes voisines
par les soins de ce prélat, pendant le temps de son ambassade,
entre les années 1539 et 1542 (n°' 1-163) ; la seconde ne contient
que dix-sept manuscrits (n°^ 164-180), qualifiés de IlaXatoTaia
3'.cAîx (ce terme ne s'applique réellement qu'aux onze premiers),
qui proviennent sans doute d'acquisitions diverses faites à la
même époque. La troisième partie est tout entière consacrée aux
livres grecs imprimés, au nombre de cinquante-six (n°* 181-236);
grand nombre, qui furent envoyés à Fontainebleau par Pelicier. Une lettre-
patente de François 1", datée de Bourg-en-Bresse, du 2 octobre 1541, et men-
tionnée par M. L. Delisle, op. cit., p. 157, note 1, ordonne de payer 225 1. t. à
Jehan Privât, de Moulières, serviteur de l'évêque de Montpellier, « pour le
« reconiiicnser des fraiz et despences qu'il a faictes à cause de la voiclure et
« conduicte de quatre caisses délivres escriptz en grec, qu'il nous a fait amener
a et conduire. depuis Venise jusques au lieu de Chevaignes, où nous les avons
« reçeuz pour faire mettre en nostre librairie. » (Bibl. na)., ms. français 25-
722, fol. G97.) Cf. Zeller, op. cit., p. 124-5.
1. Les anciennes cotes de ce manuscrit sont : « Vng. — Codex Colb. 2276. —
« Regius 2813. A. a. » Il semble que ce soit lui qui est ainsi désigné dans le
catalogue des manuscrits du président de Mesmes, donné par Montfaucon, Biblioth.
hiblioUiccarum, II, 1326. d. : « Catalogus librorum Pelissionis, grec, in-fol., en
« papier. » — Quant à l'autre exemplaire du catalogue des manuscrits de G.
Pelicier, qui se trouve dans le ms. grec 3064 (anc. Colbert. 2145), fol. 33-65,
c'est une copie exacte, faite au xyii"" siècle, du ms. précédent, et en tête de
laquelle Boivin a écrit le nom de Pelicier; Monfaucon en a donné une traduc-
tion latine abrégée dans sa Bibl. biblioth., II, 1198-1202.
elle est suivie d'un Supplément (n°' 237-252) qui donne les titres
des manuscrits omis dans la première partie.
Toutes les branches des connaissances humaines étaient égale-
ment bien représentées dans cette collection aussi variée que choi-
sie. A côté des textes de l'Écriture sainte, peu nombreux, et de
ses commentateurs, on trouve les Pères de l'Eghse : Athanase,
Basile, Clément et Cyrille d'Alexandrie, Grégoire de Nazianze,
Grégoire de Nysse, Jean Chrjsostome, etc., et un certain nombre
de théologiens anciens et modernes ; — des exemplaires des cons-
titutions des empereurs byzantins ; — les philosophes de l'anti-
quité : Aristote et ses principaux commentateurs, les scholiastes
de Platon, SextusEmpiricus, Simplicius, Théophraste, Porphyre,
Julien, etc.; — les mathématiciens : Archimède, Cléomède,
Héron ; — les médecins et auteurs de sciences naturelles : Hip-
pocrate et Galien, Dioscoride, Elien, puis Aetius, Alexandre de
Tralles, Arétée de Cappadoce, Moschion, Oribase, Rufus d'Ephèse,
etc.; — les écrivains militaires : Élien, Onosandre et Polyen;
— les grammairiens : Suidas et différents lexiques, Thomas
Magistcr et Planude ; — les orateurs et auteurs de l'art oratoire :
Hermogène, Aristide, Dion Chrysostôme, Synésius, Tliemistius;
— les poètes : Homère et ses commentateurs, Pindare, Théocrite ;
Aristophane, Sophocle, Oppien, Eustathe, Psellus ; — les recueils
de proverbes : Zenobius, Michel Apostolis, etc.; — les géo-
graphes : Strabon, Ptolémée, Denys le Périégète ; — les histo-
riens anciens : Diodore de Sicile, Dion Cassius, Elien, Polybe,
Xenophon, Plutarque, Philostrate, Eunape; — les historiens
ecclésiastiques : Josèphe, Eusèbe, Théodoret; puis Sozoraène,
Nicetas Choniate, Jean Tzetzès, etc.
Si l'on sait que ces manuscrits furent presque tous copiés à
Venise dans l'espace de moins de quatre années, avec un certain
nombre d'autres destinés à la bibliothèque de Fontainebleau, on
a fort peu de renseignements sur les détails de leur exécution.
Dans ce qui reste de sa correspondance, Pelicier, si l'on excepte
ses quelques lettres à l'évêque de Tulle, n'en parle qu'incidem-
ment, et ce qu'il en dit a trait plutôt aux manuscrits qu'il desti-
nait au roi qu'à ceux qu'il devait réserver pour sa propre biblio-
thèque. Le 19 août 1540, il écrit à François P"" : « J'ay tousjours
« eu jusques a ceste heure force escripvains, et de présent en ay
« encores huict, comprins ung hebrieu, qui m'escript des clioses
« les plus rares que je puys trouver en ceste lengue là, lesquelz
48
* ne se peulvent entretenir sans bien grant coust, mesmement en
« ceste incredible charte de l'année passée, de sorte que, voyant
« ceste cy en danger de n'estre pas moingdre, et que ay jà des-
« pendu tout ce que avoys peu pour ce assembler avant que venyr
« icy, je n'auroys moyen ne pouvoir de entretenyr longuement
« les dictz escripvains*. » Il termine une lettre à Rabelais, le
17 octobre de la même année, par un passage qui nous montre
tout le soin qu'il apportait à surveiller l'exécution de ces copies :
«.< M'' Martin (sans doute Martin Akakia) et moy avecques quatre
« aultres coUateurs sommes tous les jours aprez à rescrutier livres
« grecz et mesmement des œuvres de Gallieu, les meilleurs comme
« vous feray entendre. » Dans une autre lettre à Rabelais, du
20 mars 1541, il ajoute avec une légitime fierté : « Je suys tous-
« jours aprez à faire transcripre livres grecz et continueray pen-
« dant que j'en trouveray qui en soyent dignes, de sorte que
« j'espère en faire une aussi bonne provision que nul de mes prede-
« cesseurs, qui ayt esté ici par cy-devant, aydantle Créateur-. »
Les six lettres, qui ont été conservées, de Guillaume Pelicier à
l'évêque de Tulle, Pierre Duchâtel, alors garde de la librairie du
roi, donnent des détails plus précis sur la formation de la biblio-
thèque de Fontainebleau, elles mettent bien en lumière le zèle que
déployaient à l'envi Pierre Duchâtel et Pelicier dans la recherche
des manuscrits grecs et mériteront peut-être à ce titre d'être repro-
duites tout au long en appendice.
Quant aux nombreux copistes qu'il employa à Venise, Pelicier
ne nous a pas conservé leurs noms^. Quelques-uns sont connus
1. Registre des lettres de G. Pelicier, aux Archives du ministère des Affaires
étrangères. Venise, tome II, fol. 26. — Deux copies partielles de ce registre de
Pelicier, qui n'est qu'un second volume et contient les minutes des dépêches
de son ambassade depuis le 2 juillet 1540 jusqu'au 13 septembre 1542, existent
l'une à Aix, dans la bibliothèque Méjanes, sous le n" 142 (U. Robert, Inventaire
des mss., n' 792), l'autre à la Bibliothèque nationale, vol. 570 de la collection
de Clairambault (anc. Mélanges, 230). Cf. sur ces différents manuscrits J. Zel-
1er, op. cit., p. v-viii, et un article de M. G. Hanolaux dans la Revue critique
du 8 août 1881, p. 110-117. — Cette lettre a été publiée in-exlenso par MM. L.
Delisle et A. Germain, Cabinet des Mss., I, 155, et la Renaissance à Montpel-
lier, p. 15.
2. Affaires étrangères, Venise, t. II, fol. 64 et 164 v. Ces lettres sont impri-
mées à la suite des Qluvres de Rabelais, éd. P. Jannet, t. VII, p. lii-liv.
3. Il en eul un moment jusqu'à douze. Cf. Boivin, dans le Cabinet des Mss.,
I, 154, et une lettre de Pelicier au connétable Anne de Montmorency, du 12 sept.
1540, rapportée dans Zellcr, op. cit., p. 114-115.
par les souscriptions qu'ils ont pris soin de mettre à la fin des
exemplaires dont on leur doit la transcription; c'étaient Camillo
Bartolomeo de' Zanetti, de Brescia, puis des Grecs : Georges et
Nicolas Gocolos, Jean Catelos, deNauplie, et un certain Malaxos'.
Tous pauvres gens, et plusieurs fois Pelicier demande au roi
« quelque somme d'argent... pour satisfaire et contenter lesdicts
« escripvains, lesquelz pour estre pauvres et chassez de leur pays
« de Grèce ne peulvent attendre longuement leur payement, par
« quoy les fault contenter et satisfaire au jour la journée, à tout
« le moings de douze en quinze jours ^. » Mais son copiste favori
paraît avoir été un chanoine régulier du Saint-Sauveur, alors
hibliothécaire du monastère de S. Antonio-in-Castello, à Venise,
Valeriano Albini, de Forli^; Pelicier le tenait en grande estime
et se promettait grâce à lui un facile accès dans la bibliothèque
de S. Antonio, presque entièrement composée de la riche collec-
tion de manuscrits grecs, hébreux et latins du cardinal Domenico
Grimani (f 1523). Les nombreuses copies que prit soin d'en tirer
Pelicier sont maintenant d'autant plus précieuses qu'un incendie
dévora complètement cette bibliothèque à la fin du xvif siècle,
quelques années après la publication du catalogue de ses manus-
crits *.
A la même époque, Pelicier avait à Venise un émule dans
l'ambassadeur de l'Empereur, Don Diego Hurtado de Mendoza.
Graux a retracé de main de maître l'histoire de la célèbre collec-
tion de manuscrits grecs de Mendoza, qui, laissée par lui en mou-
rant à Philippe II et entrée dès 1576 à l'Escurial, devait périr
en grande partie dans l'incendie de 1671 '". Si le sort des manus-
crits de Pelicier a été heureusement différent, ils n'en sont pas
moins aujourd'hui perdus pour nous.
Rentré en France à la fin de 1542, Guillaume Pelicier dut
déposer dans son château épiscopal la collection de manuscrits
grecs qu'il avait mis tant d'ardeur à réunir en Italie ; mais en 1561 ,
1. On trouvera les souscriptions de ces copistes dans les noies de l'édition du
Catalogue des manuscrits de Pelicier.
2. Lettre au roi, du 19 août 1540; voyez plus haut note 5.
3. Voyez la lettre V dans l'Appendice.
4. Dans Toinasiui , Bibliothecx Venelx munuscriptx (Utini, 1650, in-4°),
p. MO.
5. Graux, Essai sur les origines du fonds grec de l'Escurial. Paris, 1880,
in-8% p. 163 ss.
4
50
les protestants devenus maîtres de Montpellier, il fut forcé de se
retirer à Aigues-Mortes, puis dans l'ancien siège de son évêctiè à
Maguelonne, et enfin au château de Montferrand. C'est là qu'il
mourut on 15G8'. Il ne semble pas que sa bibliothèque ait souf-
fert de dommage sérieux- pendant les troubles au niiUeu desquels
1. Suivant de Greffeiiille, Ilistoire rcclés. de la ville de Montpellier, 1739,
in-fol., 2'' partie, p. 170, Guillaume Pelicier mourut, le 25 janvier 1568, pour
avoir pris « des pillules de coloquinte mal broyée. » Ce fut l'opinion commune
des médecins du temps. Un de ses amis, François Vertunien de La Vau, méde-
cin de Poitiers, auquel on doit une édition grecque-latine, faite avec Joseph
Scaliger, du livre de Capiiis vulneribus d'Hippocrate (Paris, 1578, in-8°), nous
a laissé sur la mort de Pelicier une lettre, qui ne paraît pas avoir été connue
et qu'on me i»ermettra de citer ici, d'après le vol. 348, fol. 82, de la collection
Dupuy :
« Monsieur, celuy à qui vous escrivez est maintenant à Lodun, là où je feray
tenir vos lettres. A mon avis qu'il a fait l'éloge de feu Guillaulme Pelissier,
evesque de Mompeslier, et partant vous pourra il instruire de beaucoup de parti-
cularitez que j'ignore. Ce que j'en sçay pour l'avoir veu à Maguelonne dans son
estude l'an 1567 et ouy parler de luy à Monsieur Foubert, mon maistre et doc-
teur, est qu'il estoit venu de pauvres parents d'autour Mompeslier, dont ne me
souvient du village, et qu'il estoit parvenu par sa vertu à la dignité qu'il avoit,
après avoir esté ambassadeur pour le Roy François I" à Venise.
« Il mourut à mon avis audit lieu de Maguelonne, non fort longtemps après l'an
susdit, d'une mort cruelle. Car c'est pour avoir pris des pillules ordonnées par
feu Guillaulme Rondelet, où il entroit de la colocynlhe, laquelle aïant esté gros-
sement pulvérisée par le serviteur de l'apothicaire, s'attacha à ses boyaulx et les
escorcha, y excitant un ulcère et des trenchées si extrêmes qu'il mouroit cent
fois le jour : mesme comme nous estions avec luy en sadite estude de Mague-
lonne, plaine d'excellents livres manuscrits, il nous dist par deux ou trois fois,
sentant ses douleurs : « Omauldite colocynthe, que lu me bailles de quintes! Tu
me feras mourir. » Puis nous ouvrant son Pline : « J'ay fait, dit-il, mille correc-
tions sur ce bel autheur, que le monde est indigne de veoir. » J'ay ouy un des
trois ministres qui preschoient à Mompeslier en l'an susdit, qu'on disoit estre
son neveu.
« C'est tout ce que j'en sçay, estant marry ne vous en pouvoir rendre plus
certain. Celuy (jui vous rend la i)resente, la Heur de tous mes amys de ce pa'is,
eust bien désiré qu'eussiez esté son juge en un procès qui le mène A Paris, dis-
tribué à monsieur de Villemereau. Si je ne craignois vous estre iini)ortun, je
vous supplicrois très volontiers luy vouloir aider de quelque faveur à maintenir
sa juste cause envers les juges vos amys, qui accroistroil l'obligation que j'ay
d'eslre vostre très humble serviteur.
« A Poitiers, ce 1'" février 1598. « Vertunien. »
Cette lettre était adressée à de Thon et c'est de Sainte-Marthe dont il est
question au début. On a une notice sur G. Pelicier au livre I, ch. \S des, Elogia
Gallorum de Sainte-Marthe. Cf. Coll. Dupuy, 806, fol. 10,
2. Contrairement à ce que dit Ch. de Grefleuille (ibid.) : « Par suite du
54
il avait passé les dernières années de sa vie. Quelques années
après, en 1573, la plus grande partie des manuscrits de Pelicier
était devenue la propriété d'un amateur bourguignon, Claude
Naulot, d'Avallon. Elle ne devait que passer entre ses mains
pour entrer bientôt dans la bibliothèque des Jésuites du Collège de
Clermont, à Paris.
De Claude Naulot lui-même on ne sait rien, si ce n'est qu'en
1573, quatre ans après la mort de Pelicier, il possédait déjà les
manuscrits de l'évêquede INlontpelIier, sur une trentaine desquels
il répétait, avec quelques variantes, la mention suivante :
"E-v. Xp'.î-oj (TWT-^co; /açiOY', rrjV ce ty)v 6(6>vOV àvsYvo) KXaûBioç ô
Na'jXw-bç Ko'.).aGE'j;, 'AuaXXwvato;, £/. x^ç twv Alooûwv Btoiy.f.ffstoç.
Anno Christ i servatoru 1573°, hune fegens agnnvit librum Clan-
dius Naiilotiis Val/ensis, Avallonœus, ex Hœduorum diocesi.
L'an du Saulveur Jésus Christ 4373, Claude Naulot du Val, Aval-
lonnois, du diocèse d'Austun, ha lisant recognu ce livret
Naulot avait au reste été lié d'amitié avec Guillaume Pelicier,
auquel il communiqua un jour différents opuscules de S. Cyprien,
inconnus des premiers éditeurs, et qui se trouvaient dans un ancien
manuscrit de l'abbaye de Cluny. La copie, placée à la suite de
l'édition de Paris, 1541, des Œuvres de saint Cyprien ^ qu'il
« dérangement de ses affaires sa riche bibliothèque fut mise au pillage avec
« ses commentaires sur Pline et ses autres ouvrages sur plusieurs auteurs
« anciens. » Cf. J. Zeller, op. cit., p. -38, n. 1, et 129, n. 1, après M. Ger-
main, la Renaissance à Montpellier, p. 21-22.
1. On trouve dans Vfnveniaire sommaire des archives de l'Yonne, t. II, 1873,
in-4°, p. 3G5, un Jean Naulot, receveur du chapitre de la collégiale de N'.-D.
et do'saint-Lazare d'Avallon, de 1562 à 1569; Lazare Naulot lui succède dans
cette charge, de 1578 à 1598. Dans le Registre des baptt^mes de la paroisse Saint-
Pierre d'Avallon {Inventaire analijlique des archives d'Avallon, 1882, in-4%
p. 270), on lit : « 1582, 17 janvier. Baptême d'Olivier, fils de honnorable homme
« Lazare Naulot, receveur du chapitre d'Avallon. Parrains : noble Olivier de
« Chastellux et M. Georges de Clugny. » C'étaient peut-être le père et le frère
de Claude Naulot. — I^s manuscrits de Naulot passèrent-ils après sa mort dans
la bibliothèque du chapitre? Celle-ci en tout cas aurait été vendue au xvii' s.,
d'après Courtépée, Description de la Bourgogne, 1780, iD-12, t. V, p. 610.
2. Bibliothèque nationale, Imprimés, inventaire C. 314 (Réserve); ce volume
vient du Collège de Clermont. A la suite du texte imprimé ont été ajoutes
37 feuillets manuscrits, de la main de Naulot ; les vers en l'honneur de Pelicier
sont au verso du premier feuillet. J'en dois communication à l'obligeance de
M. Léopold Delisle.
avait collationnée avec ce manuscrit, porte en tête les distiques
suivants en l'honneur de Pelicier ;
Cl. Naulotîis Vallen. Hœduus.
Dii faciant terris multùraque diùque beatum
Vivere, quem peperit Pellicicra domus,
Mompclii primum, Gulielmum nomine dicLum,
Ponlificem clarum musula nostra refert,
Atque refert illum, que non prsestantior aller,
Nocte diéque simul volvere sponte libros.
Hic operis, Gypriane, tui possessor, ut olim
Fulgeat in cselo, post pia fala, precor.
Les Jésuites paraissent être entrés en possession de la biblio-
thèque de Claude Naulot dans la première moitié du xvif siècle,
et c'est peut-être au P. Sirmond* que fut due l'acquisition de
cette collection, qui, un siècle après, formait encore plus de la
moitié, et la meilleure partie des manuscrits grecs du collège de
Clermont.
En 1764, après la suppression de l'ordre des Jésuites, les manus-
crits du collège de Clermont furent mis en vente ; on sait l'acqui-
sition que Gérard Meermann en fit en bloc et les réclamations du
gouvernement français à ce propos-. Sauf quelques-uns, Meer-
mann emportait en Hollande tous les volumes décrits au Catalo-
gus niss. codd. Collegii Claromontani (Paris, 1764, in-8°).
En 1824, à la mort de son fils, Jean Meermann, cette collection
fut de nouveau mise en vente et acquise en grande partie par sir
Thomas Phillipps pour sa bibliothèque de Middlehill, aujourd'hui
à Cheltenham^. Quelques manuscrits seulement, qu'il n'avait
1. Beaucoup des manuscrits de Naulot, sinon tous, portent en télé un som-
maire du contenu de la main de J. Sirmond (-|- 1651). M. F. Madan, sous-biblio-
thécaire de la Bodléienne, veut bien me dire que ceux des manuscrits du Col-
lège de Clermont qui sont aujourd'hui à Oxford ont tous en tête un index de
la main de Sirmond. Le zcle du savant Jésuile pour enrichir la bibliothèque de
son collège est au reste bien connu: voyez : [Garnicr], Sijsiema bibliothecx
coUeoii J'arisiensis S. J. Paris, 1G78, in-4% p. 0, et le P. Jacob, Traictë des
plus belles bibliothèques. Paris, lG4'i, in-S", p. 525.
i. Voyez L. Delisle, Cabinet des 3Iss., I, 434-437.
3. Uibliothecue Meermannuinae tomus IV, sive Catalogus codd. mss. Leyde,
1824, in-8'. Les manuscrits de Meermann ont été laissés par Thomas Phillipps à
peu près dans le même ordre où ils étaient dans la collection du célèbre ama-
53
point achetés, vinrent augmenter la série des Codices Miscella-
nei de la bibliothèque lîodléienne, à Oxford, décrits dans le
tome r"" du Catalogue de H. Coxe (Oxford, 1853, in-4°). D'autres
restèrent en Hollande et figurent aujourd'hui dans le supplément
des manuscrits de l'université de Leyde, publié par Geel, Cala-
logus librorum mss., qui inde ah anno 1741... accesserunt
(Leyde, 1852, in-4°) ; enfin un très petit nombre de ces manus-
crits entrèrent plus tard au Ijritish Muséum dans la série addi-
tionnelle.
Guillaume Pelicier s'était appliqué à compléter sa riche collec-
tion de manuscrits par un choix des plus beaux spécimens de la
typographie grecque, encore à son berceau. On a la liste des
incunables grecs, qu'il avait ainsi réunis, et qui comprend les
cinquante-six derniers articles de son catalogue. La plupart sont
des éditions princeps des auteurs classiques ou des pères de
l'église, et il suffira de renvoyer pour identifier chacun de ces
volumes, souvent imparfaitement décrits, aux répertoires de Hain
[Repertorium biUiographicum , 1826-38, 4 vol. in-8''), de
Hoffmann {Lexicon bibliographicura, 1832-36, 3 vol. in-8")
et aux Annales de Vimprimerie des Aides d'A.-A. Renouard
(1825 et 1834, in-8").
Dans l'édition du Catalogue des manuscrits grecs de Guillaume
Pelicier, ou trouvera en note l'indication des différentes cotes
données à ces manuscrits dans les collections du Collège de
Clermont, de Gérard Meermann, d'Oxford, Leyde et Londres,
enfin du feu baronnet Thomas PhiUipps, dans la bibliothèque
duquel la plupart sont encore aujourd'hui conservés.
H. Omont. ■
leur hollandais. Ils sont aux pp. 17 ss. du Catalogus librorum mss. in biblio-
theca D. Thomue PhiUipps, Bart. A. D. 1837. Typis Medioinoulanis, 1837 el ss.,
in-fol., réimprimé en partie par l'abbé Migae, Dictionnaire des mss., t. II,
col. 187 et ss.
M^
CATALOGUE DES MANUSCRITS GRECS
GUILLAUME PELIGIER.
1. Wakvf^çiiov ToO Aaêio. 0£ocpuXàxTOu dç to xaxà Map-
xôv xai 'IcùàvvYjV zboL-^ftkiov.
2. Xpuao(7T6[JLOu £iç TO xatà 'Icoàvvïjv sùay^Aiov 6[xtXiat.
Mapxupiov Twv àyicov EùcrTpaTiou, Aù^svciou, EOysyiou, MaSa-
piou xat 'Op£(7Tou. B^oç xai [jiapTupiov 'AvacjTaaiou (jt,ova)(_ou.
'Erràvoooç tou Xet'^àvou xoD àytou 'Avacriacriou £x îlEpiiBoç dç
TO [ji.ova(jTTipiov aÙTOu. 0aQ[jia toû àyiou 'AvacTacr{oo £v
[ji£pr/.7j SiTjYTjCr£i Y£và[ji.£va £v 'P(opi.'/] T'ÎQ iroX£i TC£pl T-?|Ç ôuya-
Tpoç TOU ZTZicY.é'Kou àpTiwç àuo y/jç àxapôocTou £X£l»6£pC0G£ia7](;.
Swi^poviou 7raTpiàp)(_ou 'Itpoctùkùixoiv iyy.6u.iov dç tov oato-
{jtàpTupa 'AvaaTocaiov, àT£X7^c;.
3. rprj*yop(o'j iTziGxÔTzoïi Na(!^iav'Cou xaTà 'louXiavoO aTiXt-
TEUTtXCÇ XcJyOÇ TipWTOÇ ' TOU aUTOU 'kÔ'^OÇ S£UT£pOÇ. ToU £V
àybiç TiaTpoç Yi[i.wv Fp-^iyoptou àp)(_t£iTiax6'Trou KovcrTavTtvou-
TîoXtcoç TOU ©EoXdyou Xd^oç dç TOV è^tacûTTjV 'louXiavov.
4. Euay-ys^i^v xaTa 'IcoàvvYjv, 'Icoàvvou èiiiaxoirou Kwv-
aTavTivouTOX£(Oç TOU XpucoorTopt-ou.
5. Bi'êXoç •ypaçixwv '(•/iTY][ji.àT(j)v xal £7:i};uo'£cov £x Siacpo'ptov
^tQwV TW 'OpiYcV£l TrOVrjO£lC-WV TjOpOtG-fJlIvrj UTTO TWV Ta ÙdoL
aocptov Ba(TtX£iou xai rpr,Yopiou, aùv i^ç>OLydoL tivi xaT' àçtyrqv
£uiG-ToX"?i rp-/]Yopiou TOU 0£oXoyou , xal [/.£t' aÙTïjv itpoXoy^
àV(0VUUt.0U TIVOÇ.
1. Ltî lexte du manuscrit grec 3068 a été exactement suivi, queiqu'incorrect
qu'il fût, pour l'édition de ce catalogue.
2. Clermont, 119; Meermann, 77 et 108; Th. Phillipps, 1437 et 1458.
3. Clermonf, 103; Meermann, 68; Th. Phillipps, 1430; avec noie de Cl. Naulot.
o5
6. 'louG-zivoit Xoyoç rfiixbç r.pbç 7/r(^'iv xai Izor^vov àoîXocjç.
'A0r,vaYOpou 'AOr,vaio'j çtXocro^O'j XpiaxtavcO irspl àvaaxaaecoç
Tcôv v£xp(ov. Tou aÙTOu Ttptcêcta TTEpl XpicTTiavtov aÙToxpà-
TopcTt Màpxco AùpiXtco, 'Avxcovuo xal AùpiXuo Ko[jt.6o(o, 'Apixt-
vtaxoîç, ^app.aTr/oîç, to Sa [j.£YtcrTGv ^tV^GOOOtç. Toû àytou
'ETitçavio'j TTEpl jj.£Tpwv xai c7TàO[ji.tov. '0[j.oXoYia TGÎJ àyiou
'I(i)CY((p i:aTpiapy^ou KovaxavTivou ir^yXecùc C'jvto[j.oç. Toû àyiou
'E::tçaviou rspl Ttov ct6ô£xa XtOcov Tciiv èv tw Xo^ito to^j lepoîi
iLLTttTiYuiÉvcov. Toîi àyiou 'Iwàvvou \a^a.(jv:f]VO\j r.ipl Tr/j
àvTsHouaiO'j Xc^yoç.
7. 'fcoàvvGu [jLOvay_ou ptêXoç OcoXoyixà izoXkà. (jrjviy oikh-t]
Tw KocTO-à èTitcxoTTco Maïouua. Ntxrodoou TroscêuTÉpo'J tgu
BX£(ji.ij.iggu Xgyg(; 'it£pl r.iainsiq. WoLoO^doit tgD [i-Eya^Gu ii£pi
GÙpavGu, ôX^yGv. 2£i»r,piavGu è-rctrjxGzou i:£pl tt^^ Yr,ç, GXi'yov.
0£coS6tgu iiiicrxGitGu Tupou TC£pi TO xax' £ix6va xal ôjxoiwatv 6
';r£pi '-{>'J'/;/ic Xgyg; iHaipcioç. Il£pl tgu tzCùç r, 'l^uy/i tw ac6tji.aTt
rjywvTai. n£pi TcoaaTGç. Toû àyiou KupiX^GU 'n:£pi tgu £[j.''pu-
GTjfJiaTOi; £x 6r,ç7aupwv, xal àxoXouOwç àX7.à Tivà BaaiX£t'ou,
Xpuao'jTGii.Gu , AOavaGiGU, rprjyoptGU, xal aXXcov 0£GXGYa)v.
'IwàvvGU èutcxGKOU KcovaTavTivGu iidXcWÇ 7:£pl '7ttaT£(OÇ Xg'yoç.
8. rpr^yopiGu àpyj£7:tc7XGiiGu Nuacr^; ■:i£pl àvOpcoTcou xtigewç.
Toû aÙTOû Tr£pl '|'U)(_?,ç. Tgu aÙTou £^'/^Yr,o-tç £tç Toùç Tîapà
MaTOaup aaxaptc7[/.Guç.
9. rv(0[ji.ai £OaYY^XiGU àyicov xal Oiacpopcov oLVO^oiV.
10- Tou (jiaxapiGu ÔtOOwptTOU £i;; Ta ocTûopa tyjc; Ociaç ypa-
9Y)<, xaT' iy.'k'j^^r^. Toû aÙTOÛ £i(; Tr|V -npwT'/iv (^tSXov twv
'i:apaX£iuotx£vcov. Toû aÛTOû £iç 0£UT£pav Ttov irapaX£t7:o[j.£-
6. Clermont, 83; Meermaan, 129; Oxford, Mise. 212. A la fin du premier des
opuseules, que contient ce ms., on lit le nom du copiste : OùaXepîavoç ô 'AX^î-
voy -/avovtxô; t^; T:o).iTe''a; toû ISwTripoç ïj|j.wv TauTr^v éypa'l/ev (îiêXov, 1532 (Coxe,
Calalogtis, etc., p. 770). Cest un des volumes qui portent la noie de posses-
sion de Claude Naulol.
7. Clermont, 1.54; Meermann, 141; Th. Phillipps, 147G.
8. Clermont, 107; Meermann, 160; Oxford, Mise, 21G.
9. Clermont, 173; Meermann, 150; Th. rhilli|ips, 1482; avec nolede Cl. Naulol.
10. Clermont, 56; Meermann, 33 ; Th. rhillipps, 1405. Au fol. I, on lit : Tai-
TYjv avÉ-pyoJXî Nxj/.wx ô KoiXaôô'jç, etsi XptTToO i7(>ny]Ç)o; ,a;poY'. 1573; répété à
la fin en grec, latin el français : 'Etôi X^icttoO, etc.
36
v(ov. TgC» aÙTOu 0£oScoptToij dç Tohç Tzpoc^TfzoLç xal tàç £xSc>-
C7£iç, §t' r^v aiTtav £xô£'iGVTai uuo Twv è6oo[j.-iqxovTa, £Tt §£ Otîo
cLAvka 0£oôcoT'!a)voç , 2v[Aijta)(^Gu xal tou àyiou Aouxiavou,
'Icoo-rj-rcTiou te xal tcov ^' àvcovuuicov xai £V Txoiotç ypovon; âxoé-
ooviai xoà £'jp*/]VTai ai aùxal èxod^Eiç.
1 1 . liiêXo:; àvcôvu[jt.o;, o5 àp^rj [A£v Toiaui'/j • "A-^^a^oLi a£,
dcYaTtrjTè àotXi^è 'PiYtv£, Tr^;; àyaOri^ upoaip£c»£(Oi; aou xai
£U[jLaO£iaç.
12. 'ExO£(Tiç uiaTcov twv àyicov Tpiaxoaicov oixa xai oxto)
TiaTcOcov T(ov £V Nixaicjc, xai oioacrxaAta Oa'jfJLacTr; xal co^ÉXt-
lJ,o<;, àvcovufjLou. ToO àyiou 'Avao-xao-iou àiioxpiaEiç upoç Taç
Tipo; ôpOood^wv 7:£pl ôiaçopcov x£(paXai(ov. A£^£i; xr,;; upoç
Pcojxaio'j^ à-nitcrToX'/jç. A£S£iç rr^ç r.ooc Koptv6''ouç a' àiti-
gtoXy;:;. A£;£'.;; xr^c, iipoç KoptvGiouç S£'JT£pa^. Ai'^iiç tyjç
upoç ràXaxac £7riffToXr,ç. A£^£t^ Tvj:; li^o;, 'Ecp£(7ioui; £irt(7T0-
Xïjç. A£^£i; Tïjç TTpo; Ko>.aTa£Î>; im'j'zo'kr^^. iViim; ty); irpoç
0£G'(7aXovix£Îç a' £Trt'7ToXfjc;. Aé^ciç tyjç -npo^ 0£a(7a);ovtx'?)(;
[3' £7ri(7ToXrjc;. Al^ciç iv]? upoç 0i(jLdO£ov upwTTji; iTttaToXïjç.
A£^£tÇ TY]? Tipôç 01(J.gO£GV 0£KTlpa; âTTlGTGXyjÇ. Aé^£li; TYJÇ
Tcpèç TÎTGV £7ticrTGX-?i;. A£^£cç Tq:; TcpGc; 'EêpaiGuç èuiaxG-
XtjÇ. 'Avr/jp-rjCiç xal àvaG'X£U'/j. A£^£tç 'Oa-riptxal £x T'^ç
'OâuccEtaç [ii^'ÀGu. Al^Eiç £x f^ç 'HcioSgu ^lêXou. A£^£i(;
tgO "^eXgu tigXitixgI £p(ji.r,v£uovT£ç. 'Al cpcoval TCOV ^cotov. 'E-nt-
CTgX-/) TgD XoUG-GaTGULG'J àuG T?)^ E^GpiaÇ Tipèç '0Xl>[JI.TClà6aV £V
KwvaTavT^VGu Tc6À£t.
13. BiSXg; àXX'^ (7uv£y^oix£V'/] Xo' Xg^guc; 0£oXoyixoÙ(; , (bv
6 irptoTiaTG; àp/^£Tai gOtco; • riavTayou (xàv £ÙÀaêouç Siavoiaç
0£T, xai Ta i^r^ç,.
14. 'AiiGXXivaptou [i.£Tà^pa(7tç £Î;; tgv ^j^a^Tvipa, xal 'Iwàv-^
vou r£a)[/.£TpGu £V olç èypa-l^î xai EùSox{a AOyou jtgu , xai otà
tàaêcùv Aopc60£G; 'l£pGaoXu[jt,tTr|V.
15. E'jaYY^aGv xaTà 'Icoàvvr,v, [j,£t' i^y]yrian)ici.
lî. Clerraont, 148; Meermana, 139.
14. Clerraoat, 98; Meermann, 121; Th. Phillipps, 1463.
15. Clermont, 70; Meermann, 52; Th. Phillipps, 1420. Au fol. 1 : Tauiriv
T)7
16. 'AXXoz Toao:; cuviytov xEoàXaia V , wv 6 [xàv npoiToç
àp/£Tai ouTO); • Aùrrj r, piéÂoc; Y^-véatCOç oOpavoû xal yt,:; çrjGiv
Tj Ypa^T^. 'Ev TÛ OLÙtS) è'vSCTl dxTaTîUyCÇ, Y]Ç Y) 'ipy/l £(TTIV •
17. 'EirtCTToXal X'jpcp 'Icoàvvo'j Zcovapa, xal TTptoTOGuyxpiTO'j
xal opocrxapiou tyjç Bt-yXaç, tov àpiOu.Gv TECîjapàxovTa i'^.
MéGooûç Tou cOpâv itocia xouxxia xpaT£t £iç y/^'p^Ç toutiç.
18. 'ï-noOccriç £tc; xà; uapoiaïaç. 'ExxXYjaiacTTjÇ. "A(7-
(xaTa aTiJ.à-îwv. IXapoiaïai 2o>.o[j.cavTo; u.£t' è^rp/'/^ascùç
OXi
ExxÀr,c7iaG'TrjÇ, pYiii-ai
Iapar,X, £v 'l£poucraXT,a, [j.£t' £HT,yrjcr£(Oç. ""Acr^aa à(7[AaTWv ô
a-i ^aXoacov. To'j 0£OCpiX£(7TàTOU '0*X'jfj.Tcioowpou oiaxo-
voK uTiûGta'f.c eIc, TGV '1(66. ToO aÙToû àXXrj O-nroOcO-tç £tç tov
aÙTov.
19. 'Itbê p^'êXoç, '(^pt^évGu; [ji£Tà 8£0'ii:v£O(TT0u £p[xr^v£ia(;,
20. ToO G£GÇtX£(TTàTOU 'OX.U[JLUto5(6pOU OiaXGVGU U'iIGÔ£CriÇ
àvéyvw K),. à NauXwx Koi>.ao£Ùç, ïtei Xpi^Toù ,acpoY', 1573. — Au verso du der-
nier feuillet la souscription suivante du copiste du manuscrit :
'Q; ÈjjLviîcrOrj;, Kupts, ),yîcttoù èv ^•j).q),
A£0|X£vou [xvrjffOi^Tt xoO 'Icoàvvoy
AîTatç «Y'^'Ç Traxépwv «tuvwvOîimv
Twv ex Ttv£Û[xaTOi; àyioy >aX-r,<TâvTwv.
'Ev £T£t àitb T?,; Xpt(TToO ycvvr|(7£w; ,a9[xê', |J.r)v\ aùyo'j(7Tw t', xÔTtw xai Ss^to-
TïjTt 'Iwâvvo'j KaTÉXo'j toO Na'juX.oiojTOu : — eûpKT/taaévoy Iv tvj >.a|i.irpw izolzt
TWV BïvîTî-'wv, [XExà TT,v aîxiidtAwaiv Tr,; âa-jTOÙ TtaTpîoo; : — xa; ot avayiveoç-
xovTci; E-j/Effôe otà tôv Kûpiov.
Et plus bas : NayXwT Ta'jxriv àveyvojxcv, ê'tei XpiTToO ,ac()OY'. /Inno Christi
1573.
17. Clermont, 231 ; Meerrnann, 102; Th. Pliillipps, l'i5i.
18. Clermont, 03; Meermann, U; Th. Phillipps, 1il2; avec note de Cl. Naulol.
19. Clermont, 8i; Meermann, 3i; Th. Phillipps, l'iOG. Au fol. 1 : Nay/wT toO
KoO.aoÉco; àvsyvtDxÔTo;, stei XptiTToO (j(Jizr,poz .açoy'. 1573. — Au verso du der-
nier feuillet ou lit cette souscription :
,ixç[l6', lo'JÏlw Ç'. 'Eypâçr) : — Tsaipyio? K^'' : —
îv ijïvETÎa : —
20. Clermont, 58-59; Meermann, 35-36; Th. Phillipps, 1107 et 14041. Au bas
58
dç Tov 'koê, Taur/] t?] TipoTÉpr,, àXX' iv àXXco T6[jLq) ysypaix-
uLEvrj (7ÙV xaîç irpoOstopiaiç £tç x£^àXaia Xy'.
21. To'j [jiay.apiTOu ©sacopiTO'j ÈTcto-xoitou Kupoi» £p[jt,'/]V£ta
£tç TO acrua à(Ta,àTWV. Tw 0£O!piX£(7TàT(p dirtaxoïKo 'Iwàvvt
©EoawptToç.
22. KXrjU,£VTO(; GrTptou.aT£(oç -rrpoTpEUTixoç irpoç "EXXrjVaç.
KX'/-ui.£vto:; CTpcoti-axccoç itaibaycayoç ^oyoi y'.
23. ToO [Jiaxorpiou 0£OO(optTûu lixtaxoirou Kupou £pavi(jTr,ç
7]T0i T:oXu[j.op'^oç • àaùyyrfzoç otàXoyoç èpaviaxTjÇ.
24. Tou GoçwTaTou xal piToptxwTaTou àpyi£7:iax67rou Tau-
povdoL^ Tr,ç IixeXiaç to'j £7:ixXr,v Kspautswc; oaiXia £t; t'/)V
ioyr^v Tr^q ivôixxou y] toO vIou £tgi>ç. Toû auToO ojxtXia irepl
(lu fol. 2 du ms. 1407 : 'Avlyvwxs NauXwr ràoe. 1573. Au dernier feuillet la
souscription métrique suivante, qui donne en acrostiche le nom du copiste
Malaxos :
'Oà6o; xaôwcTtep evQa TiapscTTiv >.i'6oy:,
MapyaptTaç te Tzo\)lvïi[io\>ç ^uvctY^'j
'Apexxâwv Twç irjx-ia t| TTJxponfiç.
Aôywv Xîôoi; ouv [xapyàpotffO' UTr£pTÎji,ocç,
'AiTTpaTTostoToaopçov aSs xatv'av,
Sévwç lyw oépouca SéXto; Trav^oçou,
'OvTwç àvaxTOç Sa)>a|xâ)VTOi; toO iràvu,
Stcpolox' à^àjjiavTO; 'Iwê sv uôvotç,
'E-/o'jiTa a[x:p''TE' £v ÔÉwv ôt8affx(x>,wv,
repouai'-/)? voOv 7rv£y[iaTe[j.?opou[jL£'v/iç,
Paôta iiiç x£ Ta S*JcrÉx>r|7rira Ti£),£t,
'ApyiEpEî TrpÉco'jt t'È^ avaxxôpwv,
^u-/T)v ôé(i.a; te ripETaï; l<7T£(i.jX£vt{),
'E-/OVT'. ô)vêov àvacpaîpETOv nôOcv,
Tp-j^ôcv àoxvwç £V Oew ÔEWpîiQ,
'Apjxo'jSîcoi; ■iîp(iw(7[iai £"jx),EEffTàTWC.
AwOïiaETai yàp XpuTTÔ; àTpEXECTTa-ox;,
'Ej^OVTt TraVTl xaî 7tEpKT<7£y<T£l é^iï).
En travers est ajouté : -f 'Axpoffxtxî; tceçuxev rjÔE twv (ttixwv. Et au verso de
ce feuillet : K),a'j8io; ù Nau>,à)TO; KoO.aoE'jç A'ja).),(i)vaïoç, èv Trj twv A'ôoOwv
otoixr,(7£'.. Cl. Naulolus Vallcnsis Avallonaeus, in H.icduorura diœcesi. Claude
Naulol du Val, Avallonnois, au diocèse d'Auslun, l'an de gr;\ce 1573.
21. Clermont, 133; Meermann, 42: Th. Phillipps, 1413.
22. Paris, Suj)plénicnt grec, 254. En tète se trouve une note du contenu du
ms. de la main do J. Sirmond.
23. Clermont, 137; Meermann, 87.
24. Clermont, 1G3; Meermann, 100; Th. Phillipps, 1452.
Tr,c TtaoaêoXr.c xcov uiupttov TaXàvtcov. Tou aùioO T'?i /.axà
■npwTTjÇ u'IicocTctoç ToO TtuLiou cTaupo'j. ToD aÙTûu ôaoXoYia
£tç rrjV 0'J;(6g''-v toO xiaiou (JTa'jpov. Toû aÙToO £x TOtj xaxà
Aouxav [jL£Tà TTjV u'-j/tOGtv ToO Tiatou axaupou. Toîi aÙTO»j
Tzizl TûO uioîi TTjÇ yf^py.:; bu.i'ki'X. Too aÙToO otxiXfa Tîtpi vffi
TzoiO'xèo'kr^z ToO cûopou. Toij aÙTGÛ oaiXia uspl to'J eyovzoç tov
XE^côiva, TgO aÙTOu otJLiXia sîç tov Xà'Capov xal £iç tôv Tzkoumov.
To~j aÙToO GUI'.}; ''a £iç TO, 'O X'jy^voç tgD crwaaTGç i'o-Tiv G'^OaXjjLGç,
TgO «ÙTGO £T£pa £1; TG aUTG. TgO a'JTGÎi G[J.tX''a Kcpi TTj^ ai[J.Gp-
pGOTjvTjf; xaiTTEpi T?;ç OuYotTpo; TGU àpytauvayojyGU. Tgu aÙTOû
G[j.iXia £'.^ rr,v cuYX'jTXTGuaav . TGÎi aÙTG'O ii£pl Tr^c, -rapa^G Arjc; tgu
0£Îtvgu. TgCJ aÙTGO èaiXia £']; r/;v à7iGa"TGAr,v twv [j.aO'r,TWV.
ToO aÙTGO GuiiXia ixipa £iç to aùiG'. Tgu aÙTGu oixCki'y. zlc, to,
'HÔeXtiTcV g I-rjcTG'jç £^£A6£Îv £1^ Tïjv TaXtXaiav. Tgu aÙTOu
GfjLtXta ci; TO, EîarrjXci g 'Iwàvvr,ç xal £x tcov fjLaOr|Ttov aÙTGu.
Tgu auTGu b^ùJ.'x £i; tgÙ; [/.axapiaaGuç. Tgu aÙTGu o^ùl'x
EiçTO, BiêXo^ Y£V£û£coç, xai TtEpi TT^ç ©àtxao, avaYivt6(rx£'iiai âè
rr, xupiax-?] iipG tt,; XpiaTGU Y£V£a£(o;. Tgu aÙTGu zlc, Ta
ayta vr^Tia. Tou aÙTGu £',ç tov £ÙaYy£Xt<7[jLov t/j:; u':i£paYiaç
Gegtg'xgu. Tgu aÙTGu Gu.'Aia de, to, nap£GGO-/ja-av iiavTa (xot
imo TOU TtaTpo;; [/.ou. Tou aÙTOU de, to, 'EaOwv ô 'ItiTOuç £1;;
Ta [jL£p'^ Kai7ap£iaç r?,; tj>iXr'7î'n:Gu. Tou aÙTou G[xiXia d.c, to,
TaîiTa £VT£XGp(,ai uaiv. Tou aÙTOu £i; to, EiTC£V • 'Eyw
£i{jLt •/) Oupa. Tgu aÙTou 6tJt.iXta £ic to, Eitc£v g xuptoç
Toîç éauTOu L;.aOr(Taïç • "Hoou âyco dcTîGaT£XÀco uu,aç co; iipo-
6aTa £v {xéaco Àuxtov. Tou aÙTou £1;; Tr,v crcoT-z^piov [ji£Ta-
ixg'p^coctiv tgu xupiGu -rifJLcov 'Iyjggu XpiGTOu. Tou aÙTOû g{jli-
Xîa £iç TO, EicrYi7.0£v o l'/icou:; £iç xo{jLr|V Tiva. Tou aÙTOÙ de,
TGV 'i-r:o to aèv tou ti[j.(ou npGGpGfjt.GU. Tou aaxaotGTaTGu
xupou 'TcûàvvGu TOU <i&Gupvr, xal -npcoTOu Gpa(7TGu yàvou ^oyoç
ir£pl TY)ç [jL£Ta7Tà(j£(o; TOU TTavaéiiTGu T'^ç 6£ot6xou CtOU-aTOÇ
ÔTav àv£(JTT, £x TO)v Vcxpcov Ttpo TT,; XGiVYJç àvaaTàG'£(o;.
TGuaÙTouGu,iXia£i(;TO, 'Eàv àcpT|T£ toî; àvOpcoitGtc; Ta -rtapaiiTco-
[xaTa. Tou aÙTOu oaïAia ty] xupiaxrj tyjç GpOoGoHia;; 'îr£oi twv
aYicov £ixGVcov. Ttj xuptaxr, 0£UTcpa Xô^-^^ ~ûv vr,aT£''tov 7:£pi
TOU £v Raiicpvaoùut. -napaXuTixou. Tou aÙTou £tç to, "Ogtiç OcÀ£i
60
àrdcLù uou àXOâv àuapvTjaàG'Oa) aùxdv. Tou aOiou £iç to,
"AvOpcoirGç Ti^ TtpoaYjXOs TCO 'Ir((3-ou yovuirETwv aÙTÔ xal Xl^iov •
Ktjpie, iké-quàv [Jio'j TGV Otov ô'ti (jsXrjViaCsTai. Tou aÙTOu
biLikicL £1? TrjV tgD Aa^àpGu àvàuTaciv, TgO a'jTGu stç xà
pata. Tgu aÙTou dç to àvaêaivGtji.£v ilç 'l£pGaGXu[j.a. Tou
aÙTGU dç xà EuayYÉXia xgu crtoxr,piou iràOouç. Tdu aùxoîi eiç
XY)V 2aui.ao£txtoa. Tgu aùxGu £iç xr,v acox'/^piGV àvàXT/j/iv.
Tgu aùxGU eiç x'/jv iiricpGixrjCriv xgu àytGu 7rv£U[ji.axGÇ. Tgu auxou
XTj xupiaxYJ xwv àyiwv uàvxcov £iç, "Ocxiç a£ oikoko^çrfui è'ijLupG-
cOîv. Tou aùxoû ô[jLiX{a eîçxov y£vo[jL£vov œjyjxàv. Tou aùxou
Tr£pl £7rixrj[ji.TjG-£a)ç xwv uSàxwv. Tou auxou dz, xov ixaxGvxap-
yov. Tou auxou 'ïï£pi xou £'iî£pa)xrjC"avxoç xou ttXguciou xov
'iv](7Guv. Tou aùxou ofxtXia eiç x6 iipwxov èwGivo'v. Tou aùxou
aç xô 0£ÙX£pGv étoôivGV. Tou aùxou £lç xo y' £(oOivGV. Tou
aùxou £tç XG 'C icoOiVGv. Tou aùxou £1;; i iwOtvov xyj; Trpwx"/]!;
wpaç xûv pvy' ly^'jtùv. Tou aùxou oiJuXta £iç xo ta' icoOivov.
25. KupiXXou àp/^i£'iiicry.G-n:ou 'AX£^avop£iac; £iç 'Haafav
pi'êXoç, àx£(paXoç.
26. Tou Ba(7tX£iou, àp/i£Titcry.oTOu Kaidapiaç KairiraSoxia;;,
£ptj.r|V£iai £iç xov lîpocp'/^TTjV 'H^atav.
27. npGxoiriou Xptdxiàvou (jgçktxgù xwv dç xàç irapoijj.iaç
2oXg[j.wvxoç èHrjYTjXiy.wv âxXoyôjv £Ttixo[j.r|. Eiç 'ExxXr,7ia-
axYjV 2oXou.covxo; ilrpfqmç. N£ocpùxou 'itp£G-êux£pou irpoXGyoç
£1;; XG aciJLa àa[i.àx(»)v. 'Epfxr^Vtia oiaooptov OiSaocàXwv £i;
xo acaa xwv acj[j.àxwv xou aoçou 2gXg(j.côvxgç;.
28. Aiaçdpwv SiSacxàXtov £!<; 'jiaXij.oùç khqjriaïc; (ov irpw-
xtcx^çlaxi 'AftavàaiGÇ- xixXoc X'?]; [3i6Xou ouxoç èixiyéYpaitxat,
IxtviGHûc, xû ào-àcp.
29. Toù àYiwxàxou 4>coxtou £X XTiç aùxou ■:TpaYaax£tai; xvjç
£7îiYpa9Gu.£vr;Ç [xupioÔiêXou, X£YO{Ji.£V-/]; 'it£pl xou Y&VGUÇ xal xwv
26. Clerraont, 9'i; Meermann, 43; Th. Phillipps, 1114; avec note de Cl. Naiilot.
27. Clermont, 64; Meermann, 40; Tli. Phillipps, 1411 ; avec note de Cl. Naulot.
28. Clermont, 60 ; Meermann, 38; Th. Phillipps, 1409 ; avec note de Cl. Naulot.
29. Clermont, 82; Meermann, 57; Th. Phillipps, 3081 ; avec note de Cl. Naulot.
6^
c'jvyo'xij.ikoi'i.ùw '0^1 à^i'ou 'louaTtv&u. 'Ex vr^ç IxaXt^gi'xg'zi-
'Ar^<; icTOSiaç r.i^i tou aÙTOÛ. Tou àyiou 'Ig'jgtivou (piXoaocpo'j
xal [xàpTupoç it£pl T?fi £V Tw pi(o àxapa^iaç OiroOriXal XprjTt-
[xw-axai. Tou aÙToO "ko^^oç, r^OL^oLivixubc, irpoç 'EX"Ar,vaç.
ToO aÙToO ûpoç Tpij^cova 'louoaîûv oiàXo->,'o;. Tou aùx&u
à-Koko-^ioL uTcsp XpiGTTiavwv TTpoç rriv Pco^xaiwv guyxX-/]tov.
ToO aÙTGu àuoXoYia ScUxÉpa Ttpo; 'AvtcovÎvov tov EùaciSr^.
'AvopiavGU UTîàp Xpiaiiavcov ir,\GZo\r^. 'Avtcovivou £T:t(7-oXr|
Tîpoç To xGÎvov T?,; 'Adiac;. Màpxou paciXe.cùc; èiîtcToXir) upoç
TYjv (rjYxXrjTGV £v f, [j.apTupcî XpiaxiavG'j^ aÎTiouç YeysvYJfTOod
xr^ç vi'xr,ç auTtov. TgO àyiou 'Igucttivgu cjiiXGao^Gu xai [xàp-
TupGÇ Ticpl [/.Gvapyja^. TgO oiutg'j èxOsaiç uiaxEO)!; UEpl Tr,ç
ôpèrjÇ ôpLoT^oyiaç, -/)TOt irepl tt,;; àyiaç xal G[i.GGi»(7iGU xpiaGoç.
ToD a'jTG-j àvaTpGiiai OGYa-àxcov tivwv 'AptaxoTEXtxwv. Tg'j
aÙTGÛ TiptoT-/) ipcoTrjCriç XpicTiavixr, TrpGÇ 'EKkr^viç. 'ATOxpt-
(7[ç 'EXir,vix7]. "EXsyyo:; Tr,ç à7iGxp{(7£a)ç gùx ôpOwç y£vg-
[X£vr,;. A£UT£pa ipcoxrjCi; XptdTiavtx-ri Tipoç "EXAr^va^.
'Ar.Gxptcjic; 'EXXt,vixY| -ûpèç Xpicr-iavGuc;. "EX£Y'/^gc xr,!; ovjxi-
paç à'::Gxpta£(Uc; oùx GpOw:; ^(i^^iYr^ikivr^^. Tpixr, £p(6xr,Tiç
Xpt(7Xiavtx-r| Tipoç xoùç "EXXïjvaç. 'Anoxpiatç 'EXXtjvixy) npoç
XGÙç XpKTXiavG'j^. "EX£y/oç xr,c à'::Gxpia£cùç gùx ôpOcoç y£Y£-
vrju.£vrj<;. T£xàpx-/i èpcoxYjat; Xpicrxiavixr,. 'AûGxpiTt; 'EXXtj-
VtXT|. "FliyyOC, XTjÇ à'IlGXplC;£WÇ OÙX GpOwÇ Y£Y£V'r([X£V7)Ç.
n£ijt.7:xr( ^MTr^Glç Xptdxiavix'/j irpoç xgÙi; 'EXkr^vai;. 'Au^-
xpto-iç 'EXXTjVtxT, Tipoç XpiGXiavouç. "EX£y-/g;; à7rGxpia-£(i)^ oOx
Gp6wç Y£7£vr,a£VTjÇ. TgD auxoîi £p(oxrja£i(; Xpicxtaviov GpÔo-
OG^:ov £711 X151V àva^xaiGt; (ly,xrj[JLàGiv xal àitoxpicciç. 'Exi
XGu aOxGU KpG; '^Xkr^vx^. TgO aùxGÎi £pcoxr,(7£i; 'EXXrjVixai
irpo? xgùç Xp'.axiavGÙ; 'ii£pl' XGÎi àcrcotJLàxGu xal Tspi xou 0£GÎi
xal ii£pl TYÎç àvacxà(7£a)ç xwv v£xpcbv. 'A'i:Gxpt(T£iç Xpicxia-
Vixal TZpGÇ TIpGppr,0£ÎC7aÇ £p(OXT,Ç:£lÇ à-ÛO XT)^ £U(7£^£ia; X(OV
cpuaixwv XG^iGra-àxcov. Tgu aùxoO ^oyoç aXkoç r.i^i àvaaxa-
a£(oç xcov v£xocov, ou r, ap/jr^ XGiaO£ • Ilavxl Gucaaxt xal Xc^yw.
Toû aùxoû irpoç Zr,vav xal ^z^r^vov xoùç àô£X'ÇG'j!; Xoyoç, où
àpy-p) • n£pl [J.£v xr,ç xaxà TtpGêXrjtjia xivwv à^G^icxoij. Tou
aùxou £xO£Gi(; xtjÇ dpOoôo^ou G[j.GXGY{a<;.
62
30. 0r|(7aupà)v tyjç [3i6Xou aïoiyûcL ÛY-oai xai â'v.
31. Tou rpYjYopioi», àpyjEutcrxcyTiou KwvcTavT(vou hoXêwç,
Sï.o\6^^o^j Xo^oç etç to àytov Ilacry a, ou •/] àpy-yj • 'AvacTaccWÇ
'rip.ojv. Aoyoç Toîi aùxou OcUTepo^ sic to aOio, o5 Tj àpy^-/) •
'Eui TYjÇ cpoXaxrjÇ [xou. Tou [aÙTOu] Xoyo; -«,'' ^^s T^'/jv xaiv/jv
xuptax-/]v xat eiç xov MàjJiavTa. Tou aùxou Xoyoç o' sic tyjv
àyiav TTEVTTjXoaT'/^v, Tou aùxoû Xoyoç t' zlç toÙç àyiouç
Maxxaêaiouç. Tou aùxou £Îç àytov ispotxàpTupa Kuupiavo'v.
Tou aÙTou Xoyoi; ^' £iç tov 'louXiavov èHicwt/jv auuLii.aOtTY;v
aÙTOû. Tou aÙTOu tiç ayta ôsofpàvia X($yoç. Tou aùxou âm-
xài^'.oç £ic xov pLÉyav BaaiXstov. Tou aùxou Xoyoç de, ayia
cptoxa i . Tou aùxou ivoÉxaxOi; d<:, aytov [5à7îxtç7[j.a. Tou aùxou
t^' £t; rprjyopiov xôv àSeXçov BaciXEiou [xsxà xyjV y^sipoxoveiav
£7tiaxavxa. Tou aùxou Xoyoç ty' £iç [/.éyav 'AOavàaiov. Tou
aùxou £i(; XTjV xwv pv' èirtcxoittov Trapouo-iav. Tou aùxou 7r£pi
oiXoTixcoy laç Xoyo; \.z' . Tou aùxou £ic; xov -rcaxlpa cicortwvxa
oià XTjV "Tzkr^Yrc^ xyjç yoikaQffi • riOLv-ziç TiaXatOYpafpoi xai
[jL£x' £^rjY'//^£-wç xoù Nix£xoù. Tou £v àyioiç itaxpo;; -/)[ji.wv
BaatX£'!ou àpy^iETitaxo-nou Kcaapia? xai KaTiTraûoxiaç ôf/.iXia
TtpoxoEirxiXY] £iç SaT:x[cr[jt,ov. 0£O(piXàxxou xoù Y£vo[i.£vou
àpyi£T:tG-xo7:ou BouXyapia;; £Hr|Yr,Gtç £iç xov xaxà MaxSaîov
£ÙaYY£Xtov cra'^TjÇ xal aùvxo[j.oç. Tou aùxou dç xo xaxà
'Iwawr.v £ÙavY£Xtov • àut.c:>dx£pai TiaXaioxaxat.
32. 'ASavaciou àTciaxc^Tcou KEaapciaç £t^ '|iaX[i,oùç o^oXta.
Tou aùxou dç xàç woaç xoù MoùcjIwç xat Tz^oGzuydç xtvaç
'Hcaiou. ^uatoXo^ixà xiva 'î:£pl ^wcov ut.£x' àXXr,Yopixf|Ç
£pa7,v£''aç. Aia6r|Xr, raXr,voù 7t£pl xoù àvGpwuivou acopiaxoç
xaxao-x£Ù-/). NtxY]'p6pou RaXXidXou SavGouitduXou aù^o^iç
àyt'ojv ypévou.
33. B£OOcopr,xou £'xx£atç £i<; Sc6o£xa upo^TjXaç xat dç xàç
£xodG£t^ ot' r^v atxtav âxoéoovxat ùuo xcov âCioojJiriXovxa • è'xi xai
àiro 0£oooxtcovoç, 2u[jt.ut.àyou xal xoù àyiou Aouxiàvou, 'Iwaiirou
x£ xai oùo àvwvù[JLCov xat £v iiototç ypovotç èxSéSovxat xai
32. Clennont, 92; Meermann, 120; Th. Phillipps, 1462.
33. Clermont, 13G; Meermann, 123; Oxford, Mise. 202.
(ÎS
£upr,vTai aOxtov Èxoocrît;. (-)£OOGp'r,TO'j ÈTtiaxoTcou K'jog'j ôiç
Toù;; O'jooîxa -rîpof^rjXaç iipoXoYC/ç • è'ti 6à toO aùxoCi TooOctooia.
'ÏTOOeatç ciç Tûv 'IcûTjX, xai iptxTjVEia toû aùxoû xal sic toOç
à7.Xou4 oaotcoç, tr^ovÔTi 'Aucoç, 'Aêoiov, 'Icovav, .Mr/aïav,
Naoùix, 'Atj.6axoù{jt., ^o^oviov, 'Ay^'^^^^v, Zaxàpiav, MaXà/iav.
34. BiêXoç [JL£YaXrj àvcovtj(jt.oç £x oiaoopcov oioacrxàXcov
GuXXtXsyuicVo; auvéywv Taîixa xà i-rrouEva • K£(]po(Xaïov àv
àv£T:iYpazxov èv X'?j àpyj?), où àpyr| xotào£ • Kai -riàvxa aèv xà
xaxûp6(6[j.axa , xai xà £^r,ç. M£xà xoOxo xaxà xwv 'Etcixou-
ptov xiva, £x xwv Xoywv rpr,YOpiGU xou ©ôoXoyo-j. luWo^i-
(jxtxTj àTOO£i^tç 6'xt £l<; £axt ©eoç, xal 6'xi Xoyov £'y£i 6[ji.ooijc-tov
iauxtov, xat 'ûVEUfj.a otxoicoç, à7:£p eIViv 6 utoc; xai xo uvEÎiîj.a
xo aytov, xoîi Nua-crr^ç £x xou xaxr(5(_r,xcx&u Xoyûu, xtxXoç a'.
n£pi Traxpo; xai uioO xal àyiou 7:v£u[jLaxoç, £x twv Aiovuaioi»
'ApEGTrayriXGU, xi'xXo; 0£ux£poç. "Exi Ticpl iraxpoç xal ùioîj xal
àyt'o'j 7:v£?j[i.axoç, èx xoù AauLacxrjVoii, x£(pàXaLa r/. Ilsol 0£ou
xoivôiç rjxoc TiEpl 6£ox'/jxoç, £x xwv 'ApEOTiaY'riXou, xtxXoç y'-
"Exi TTEpl 0£oO xotvtoç, xoû Aa[jt.aax'/)voîi, x£'^àXata ta'. IlEpl
xoû àxaxàXr^Tixov £ivai xr,v OEiav O'jcrcv, £x xtov ij.tyi'ko^j rp-/;-
yopiou xou QiokQ^^on xal XpucrocrxouLOu, xi'xXo;; o'. Ilcol Oew-
vup.iaç, ToO 'Ap£07:a-j'-r,xou xal [ji.£YàXou rpr^YOpiou, xt'xXoç t' .
n£pl xr,c; 0£iaç o-r(U.iou[p]Yia;, xou {ji£YàXou rpr,Yop''ou xal xou
Nu«7Gr,ç xal xou àyiou Ma^tuiou, xt'xXo; ç'. n£pl xr^ç M'xq
ivcLv^ï^oi-Kr^Gtiùç, £x xou 'Ap£oiraY'/5xou, xal xou rpr^yopiou 0£o-
Xi^Y^u, xal xou NuîTCTjÇ, xal xou MaHtjaou xal Aap.a(7x-/5vou,
xtxXo; ^'. Kaxà 'ESpaiwv, £x xr,ç X£yo[J.£V7j; £ivai xou Nu(7c7-/]ç
^têXou XTjÇ 'Kpo(7aYop£uuivT(Ç 0£OYV(oo-ta:; , xt'xXoc; r/. "Exi
xaxà xwv aùxtov, £x 'Icoàvvou xou XpudoaxdijLOu, xal Aa(xa(7x/,-
vou xal £X£pwv -ûaxépcov • TOpl x?,; T:£ptxo(ji.-?;ç, xou {j.£YàXou
'Icoàvvou xou Xpuc70(7XO[j.ou • xaxà 2i[i.ovo; xou 2a|i.àp£C0!;, xal
Maptwvoç xou IIovxuou, xal xou IIÉpcou Màvevxoç xal iSiv
^lavr/atcov, xîxXo; 0'. "Ext xaxà xwv auxwv, xou [jt,£YàXou
BacriX£iou xal ixépwv xtvcav. Tou ày^ou KupiXXou xaxà
2a6£XXiou £x XYJç xou xaxà 'IcoàvvTjV Euay^EXtou £pL/.r,V£iaç,
34. Clermont, 174; Meermann, 151 ; Th. Phillipps, 1483.
M
titXûç i'. TûD 'AOavaaiou xaxà 'Apptavwv, £x Torj xaxà twv
auTCûV §' Xoyou, xai twv aXkcdv OfoXo^wv, tÎtXo? la'. Ilepi
Toû àyiou uv£U(j.aTo;, tou [XEYàXou 'AOavaciou xai twv àXXcov
TtaTlpiov, [titT^o;] i^'. "Eti Tîspl twv à^u[j.wv, tou [j.£YàXou
'AÛavaaiou • xaxà 'A-rroXXivapiGU, èx Tr,ç itpoç jMaxsoovtavov
'AiroXivapicTYjv SiaT^é^ew;, titXoç ly'. "Eti ex twv à7^>.cov £iç
TO aÙTO wç iv Toîç upGEtpTjp.ÉvGtç. Kaxà Nsa-Toptavwv , tou
KupiXXou La tTjÇ £p[jir,v£ia!; tou àyiou au[j.êoXou, xal twv àXXwv
(7UYYpa[xa.àTcov, titXoç to'. 'AOavaaiou xaTa twv >.£yo'vtci)v
uLtav cpuatv (JuvOetgv yE^ovIvat tov Xp'.cjTOv, xal tcov àXXwv,
titXoç i£'. RaTa \\o6apTOOoxrjT(ov Toiv àiio 'louXiàvou tou 'A-ko-
XixapvàcTEWç xal Taïvou tou 'AXE^avopéw;, èxcy^oXtcov A£Ovtivou
TGÛ Bi'CavTiou, titXoç iç'. KaTà twv 0£O'n:aa)(_iT(ov oi T:aGr,T-/)v
£ôoY[JiàTt(^ov TT,v TOU uiou xal 0£ou 9£(>Tr,Ta, TOU à^/tou KupiXXou
xal TÛv ciXkiùv, titXoç îQ'. "Etc xaTà MovoDeXt^tcôv, ^Epyiou,
IIuopou, IlauXou, yEpovTwv TtaTpiàpy^œv Ka)VGTavTtvouu6>.£a)(;
xal Twv àXXwv, titXo; tr/. KaTà Eixovoaàytov, iiîiTOfj.Tj tiç
-/ixpi6o[j.£vr, aTid T£ TÔ)v TipaxTixwv ij3oo[xV(Ç auvooou xal twv
r£p[i.avou, NixTjOOpûu to)v TcaTpiàpycov Kwva-TavTivou'ûoXEWç,
titXoç i6'. KaTà 'Ap[J.£v((j)v, titXo; x'. KaTà twv X£yo[X£-
v(j)v IlatXr/.iàvcùv, ix tou $toTiou, tiVàoç xa'. Kaxà Ma^ra-
Xiavtov, titXo; x^'. KaTà Boyo^j-iXcov, titXoç xy'. KaTà
lapaxTjVwv, oi xaXouvTai 'lapiaXîTai, titXoç xo'. HapaTiT^oç
$(j)Tiou iraTpiàpy^ou KcovaTavTtvouuc^XEWÇ.
35. BiêXoc; y povixYj , cruv6£Ciç Tr/voXo^ia; eiç to yXuxù
GuvTaY[j.a Gy^£OtacrO£Îaa, 6£(cov ^oycov èvvot'av iiEptXaaêavoixév'/].
Eùa£6iou nauL^iAou irpoç xà uuo ^iXocTpaTOU £t<; 'AiîoXXovtov
âià Tï)V 'kpoxXâ 7iapaX'/i90£Î7av, aÙTOu T£ xal tou XptGTOU
ou^xpiGic;. 'Epu.£iou 2co'Co[-»ivou 2aXa[j.tviou £xxXr,(Tta(TTariç
laxopiac xo(ji.ot 0'.
36. 'O[i.rjpou 'iXiaç cùv (jy^oXioiç, rjSr| £X tioXXou y.al £v
ûipijiacTi Y£Ypaiji.(jt.tvr| .
35. Clermont, 207; Mcermann, 370; Leyde, Suppl., 11; avec les notes de
possession de Cl. Naulot. Voyez : Geel, Calalogus, etc., p. 5.
36. Ciermonl, 366; Mcermann, 335; Oxford, Mise. 207.
63
37. EOcTTaOtou ipy iz.-kigv.ôtzou SiGcikovi-'Ar^ç eiç ty,v 'Oir/,-
pou MXiàoa -ûapExêoAai.
38. ToO aÙToO eiç tyiv 'Oar,pou 'OSuaaEtav i:ap£x6oXaL
39. M>.iàGG; '0[jL-/,pou [xe-xà^pacrtç xaxà XÉ^iv lou TeXXoî).
40- 'Exlpa tgO aÙTOu xal TauxTi ty] irpoTlpa.
41. 'ApiaTû^àvGu; xcoacobiai toeÎ:; • IIXcOto;, Nît^sXai,
BaTpayot, aùv uTccOéasaiv xal (jyoXioi;.
42. 2ocpoxX£ou; SpàpLaxa Suo, ctùv ôXtyoîi; cyo'kioK; xal Taîç
43- AtGV'Jdto; Tc.pl ûîxGua.£vr,ç, [j.£t' £^T,Yr,G£co^. riivSapGÇ,
CTÙV £Çr,'','-rjC7£t. 0£GXplTGÇ, cT', [A£t' l^T^Y^'i'^^^^ ■
44. 'OTtTiiavGU àXi£UTtxwv piêXi'a y'.
45. "E,^r,YT^a£cov Etç 'O-riûiavGu àXiEuxixà TG[j,Gt ^'.
46- riGir,[jLa Eùaxaôiou itp(i)TGVoê£XtG([j.GU xal yapxocpuAa-
xo; TGU llapEaêGXiTGu TG xaO' 'Y(7[i.-r]viav opàixa, pioXia itcp'i-
yov ta'.
47. KGpVGUTG'J, •?) (b^ àXÀGl (I^GpVGUTGl), CU^YpaaiXa TtpGÇ
TGV TWV TGlTjXCOV G^£X'.Ut.COTaTGV, gO T, àpy^T, TG'.aGc * 'O Gupa-
vûç, co zaïSiov r£wpYi£.
48- 'ExEpûv E'JCxaôiGu xaO' 'Yc;[i.iviav, xauxo xw iipGEipr,-
X(>Xl.
49. KGvcxavxivGU xal Aégvxgç aùxGxpaxGptov vg{ji.gi. ÏIgXi-
xixûv axtywv xgO vg[jlou itapà xoO M'f^ycL'}]'k XGtj "^'eXXgO irpGç
XGV nGp9'jpGG£VVr,XGV NlX'/jOGpGV [J.Y, ^GuXG[i.£VGV TpGCÉy £IV XGÎÇ
v(>[XGU ii.aOr,(j.acriv oià xgO -Atyryo^ "zoxjzq'j TCcXa^GÇ.
37. Clerrnont, 368; Meermann, 308 ; Th. Phillipps, 1586; avec note de Cl. Naulot.
38. Clerrnont, 369; Meermann, 309; Th. Phillipps, 1587.
39. Clerrnont, 366 ; Meermann, 335 ; Oxford, Mise. 207.
41. Clerrnont, 372 ; Paris, Supplément grec, 135.
42. Clerrnont, 371 ; Meermann, 339; Th. Phillipps, 1604.
44. Clerrnont, 301; Meermann, 262; Th. Pliillijjps, 1560; avec note de Cl. Naulot.
45. Clerrnont, 303; Meermann, 263; Th. Phillipps, 1561; avec note de CI. Naulot.
46. Clerrnont, 385; Meermann, 345; Th. Phillipps, 1608; avec note de Cl. Naulot.
48. Clermont, 386 ; Meermann, 346 ; Lejde, Suppl., 123. A la fin, on lit :
*ET£t XpiTToO ,açoY', àvÉyvw xa'JTr.v ô NauXfox KoiXaÔEuç, A'jaXAtovaîô; te xat
Aiôovo;. Voyez : Geel, Catalogus, etc., p. 36.
()fi
50. 'ExXoy/] xai cuvo-^tç twv [^aaiXixwv s^TjxrjVTa ^lêXiwv
TOU Trepl UlGTECùi; [J.6vOU TItXoU TtpOTÉÔSVTOÇ TlàvTtOV TWV GTOl-
yeiwv 8tà to Tiij.r([j.a, G\jviyj.i Se lîàaa irpaYli-aTeia azoïyjXcL
dxoGi Toia, tbv ixàcTTO) Tiiva^ TrpoTi'GsTai.
51 . 'Ex^oy/i £x Twv veapûv Aegvtoç tou eùasêou; pacriXsoi);.
'Exépa TC/û aÙTOîi Xiav ox^éXtixo; irspl tûv cuvxpiêdv toÙi;
èauTwv àvTioi'xouç [j.Y)yava)ii.£vcov.
52. Ta SoYjjLaxa Y] v6[xoi, [xfx' £p[i.rjV£(aç.
53. "Epli-ITITCO;, Y] TTEpl àGTpûT^OYiaç. 0£covoç 'x\>.£^avSp£a)ç
£iç TGÙ;; 7rpo'/_£ipoi»<; xavovaç. EOxX£iôoi» xaiOTCxpixà. Toîj
aÙTOu çatv6[jL£va. Ta Tipo twv E6xX£iûou outixwv. Tou
aÙTOÛ S£00[jt.£va.
54. MéGooo^ OTTOtaç xpàG£(i)ç £upic-x£Tai 6 xpovoç xpaTYjaov
xà àiîo xTr,G£coç è'xr,, xai o'^ciXov ut:o twv oa)d£xa, xal Ôaa
£00£60(TC xàT06£V TWV 0CO0£Xa, aUTÛÇ èCTTlV OV ^r^TYjÇ, xal £1
t/èv (JL'/^V'/] a', £vi irpwToç )(_povGç, £? Se Suo ô£UT£pO(;, xai
xaO£Sr(i; îiùc, tcov i^'. n£pi twv <^aivo[j.£vwv çXoywv xato-
[ji£vwv TiEpl TGV oùpoLvbv , xal TWV xaXGi»[i.£Vwv atywv , xal
SaXwv xal oia6£6vTWV àcTÉpwv. n£pl xo[xr|TWV xal toO yaXa-
liou x'jxXou. n£pl ô[ji.êpGU, yoLkatri^, yiovo^ xal iray^vr,?.
ITegI (7£ic7p.o'j. n£pl PpGVTTjÇ xal àcTpaTrrj; £x v£CpiGU T£ xal
TucpwvGç, xal Trpr,(TTTjpGç xal xEpavGO. n£pl TWV £V TW GÙpavw
(paiVGfxlvwv oac[ji.àTwv, n£pl l'ptSoç. n£pl pàvowv xal iiap'
r,Xtwv, cTi §£ xal TWV £v YTi p.£TaXX£'JTwv t£ xal ôpuxTwv.
n£0l ff£XT,VrjÇ. n£pl r|U.£pGUXTtWV Xal TWV T£S(jàpWV TGO è'TOUÇ
xatpwv. n£pl Gixrj(7£wv. n£pl G'jpavoû xal yr,?, r,XiGu xal
à(7T£owv. Il£pl {i.£Y£BGuç xal Gtaçopàç TWV XeydvTWV 'ir£pl
G'JYxoic-£W!; TcpGc; t/jV Y'/jV, r,XiGu xal (7£Xr,vr,ç. Il£pl toû
vgulixgO çaaxaXbu. BtêXiGV P' TOpl tt^ç )(_pGvtxY,ç £utv£[i.ia;.
NtXTjÇGpGU TraTpiàp'/OU KwVCTaVTlVOU 7î($X£W(; GV£tpGXP'/)TtXGV
50. Clermonl, 191 ; Meermann, 169.
51. Clermont, 193; Meermann, 171.
52. Clermonl, 190; Meermann, 168.
53. Clermont, 287; Meermann, 282. — Clermont, (?) ; Meermann, 238;
Th. Phillipps, 1542.
5i. Clermont, 291; Meermann, 284; Th. Phillipps, 1574: avec note de CI. Naulot.
67
xaià àXûa6'r|Tov oià (JTiy^cov iatjL6'ixcov. 'AXXg ^t6XiGV àvco-
vuuLOu, £v cl) xaûxa ivoûapysi • Il épi iy.'kv\)H3L><; xôu r^îou.
ïlipl £xX{'];£coç Tï)ç (JÙ.r^Yr^!;. Uiol r.ooyihan.o^ tou -/iXioi» xai
aikr^Yr^^. IlEpi yivva; Tr,c; (7£Xr,vrjÇ. Ikpi x£pxGcr£(i); àcTÉ-
otov. n£pi âxTiéccCo; àcjTÉpwv. n£pl £ijL^avrja£co:; ï^iooç.
Eepi po[j.ça(aç iv oùpavw. Ikpi âpuOpàôoç oùpavou. n£pl
(rr,a£''ou $.£vou £v oùpavû. n£pl Ô[J.ou6(7£coç àvOpwiro'j £v
ûOpavw. n£pt ppovT'?]^ [jl£t' Ti'/ov. n£p'- àffTpaucov [J.£Yà-
Xwv. n£ûi xcoauvou xai vauôpaç. ri£pl 6£Toij Tiàvj. Il£pl
■fcCkixLrf, rAvi>. n£pi 6£TrjCr£C0(; yoîiv èp'jOpdv. n£pi iuiêpÉ-
^£co^ ^aTpàywv xai crxoXi'xwv. Ilipl Oa[ji.êoa£co; toû àÉpoç,
n£pi Tapay^fjÇ àv£(j.wv. Il£pl jA£Taêàa'£a)ç Tr|Ç- rjUiipaç £tç
vuxxa. ricpt XTUTTOD àuo GÙpàvou àxouaôlvTO!;. Iltpl xxuuou
£x yri? àxo'jcrOÉvTGÇ. IIspi cr£i<7[j.GU TrjÇ [i.r,TpGÇ rj[i.cov yr,<;.
"Ext û£ ■Tr£pl (jirjvcov ixàcxcov xaxà [jLEpGç. NtxTjCp^^pGu ¥^>xki-
(j'zo\j xgD EavxGUGXGu auvouxix'^ auvo'j^iç àyicov y^pGvcov. IIpG-
yvcoo-X'-xà £OSiavGij àlpGÇ, 'ApàxGU. n£pl Giatp£a£co^ ivtauxGU,
$XGp£VXlVG'J. npGyVCOffXlxà y£l[A£piVGÎi àépGÇ, xai £X TIGtWV
X£X!i.r,otcov GULêpGv 7 or, TrpGCJOGxav. "Ext oà TzoXkoL XGiaûxa
£x otafÇGpcov GUYYpa^£(Ov èxXéyOEVxat Trepi c(xou, àfjnrlXwv,
TrpGCaTcov, xal xcov G{j.Gitov. 'laaàx (j.GvayGu xgu 'Ap£upG'j
cy gXigv £iç XG -iipwxGv cy_rj[i,a XYJ^ £v èuméoco xaxaypa^Tjs '^'?|Ç
GlXr,(7£W^.
55. 'AXXg GUYYpa[j.|j.a xtva xyjç Y£a)[jLavx(aç x£ xai àcrxpo-
XGY(a;, àva)vu[i.G'j.
56. KÀ£GL<.rjGGu; xuxXixYJç 0£Gpia!; xtov [j.£X£Gpcov ^lêXia ^'.
57. <^GupvGuxG'j 6£topia r.£pi xr,; xtov 6£(uv cpuaewç. KaX-
XicxpàxGU è'xcppaaiç £iç làxupGV S r,v £v yjyipioi hOoi -qcrAr^io,
xai £1;; àXXà xiva. 'Hcpaiaxiojvoç irepl [jixpGu.
58. "AXXg (ju^i'/ov TzoXkoL Tii^l xwv oc6G£xa xgticov xgu
GtixaxiG'j xai xwv xgiguxcov, àva)vu(j.Gv. AtGVX&ç «piXGffG^Gu
•it£pi ^aaïkiica; xat àpy^dvxwv itco;; éffxi yvôivai xg {xyjxgç xyjç
57. Clermont, 363; Meermann, 344; Leyde, Suppl., 104; avec la note de pos-
session de Cl, Naulot à la fin. Voyez : Geel, Catalogus, etc., p. 30.
58. Clermont, 294; Meermann, 252; Th. Phillipps, 1551.
68
y.^yjr^ç xal 1f^ y^Vcxai £v -r^ àpy^-^ aùxoO. lluOayopixou Aa^su-
TTjpio'j '/JTot ToO PaêoouX^oi» ouTO) TTwç X£YO{j.£vou ïlspataT^.
notrj[Jia ToO £111 Tou xavixXEiou tgu KajjiaTrjpou, iiEpl (ÇwSigu
xuxXou xal Tcov aXT^tov ocTcavxcov tcov £v oùpavco. 'A(7Tpa[jt,-
'jyuyoç i£p£Ùç (^aaiXEÏ pLEyà^to nToX£[j.aup iiEpi xXrjpcav.
59. 'Apy i[J.rjSouç TX£pi acpafpaç xal xuTiivSpou ^iQ^ica Suo.
Toîi aÙTOû xuxXoi» [ih^r^Giç. Tou aÙTOû itEpl xcovoeiSecov xal
c<patpo£iS£(ov. Toû auTOU TC£pl éXixwv. ToD aOxou TiEpl èm-
irÉocov icoppoTiiwv Y) x£VTpaêapwv âitiirÉocov ^lO^ia Sùo. Tou
auToîi 'j'afj.piT^TYjÇ. Tou aùxou TETpaywvtdiJioç iiapaêoXYjç.
EÙTOx^ou 'AGxaXwviTOu Etç xà Suo TTEpl Gîpaipaç xal xuXivSpou
'Ap)(_i[jLr|Souç. ToO aÙTou dç tyjv xuxXou [x£Tp'/](7iv 'Apyt|j.iQ-
§ouç. ToD aÙTOu £iç xà otjo twv taoppoiiixcav xal x£VTpa6àptov
'Apyi[i.T,Souç. 'Opiêaaiou irpoç tov utov auxau EÙGTaôiov
£vv£a Xoyot. ToO aùxoD TC£pl o'jpcov.
60- 'Opi^ao-bu laxptxcov auvaycoywv ^i^Xia i'.
61. 'OpiSacriou ^têXiov TC£pi£y^ov xàç laxpixàç axEoaataç
Tojv £[i.7rXàaTcov. ToD aOxou iiEpl Tiacûv £[jL7:XdcaTcov xal
(TX£i»aa[JL£vtov oioL TzdpcLç. Tou aÙTOu Tipoç Eùvàiiiov. Tou
aÙToD TiEpl ûuvà[j.£co<; tcov àuXôv xaxà aToiydov. Tou aùxou
TTEpl T(ov 'n:avoTj[i.a)v vocrY)[ji,àTa)v,
62- 'Ootêaaiou auvaycûywv laTpixwv àuo tou ta' [Jt.£y_pl t£'.
63. 'Ap£Taiou Rainxaâdxou tziçX taTpixwv, 'ir£pl aiT^tov xal
crr,ij.£icov o^étov uaGûv [3i6X{a [3'. Tou aÙTOu iiEpl cdiUov xal
aYja£(tov ypovioiv TraOcov ^iSXia (3'. Tou aÙTOÛ o^ecov vouawv
OEpaTTEUTixwv ^tÊXia [3'. Tou aùxou ypoviwv voùcrcov ÔEpa-
UEUTIXCOV (ïltêXlOV £V. 'ï'iXoôloU TC£pl OÙpCOV. 'AxTOUapiOU TTEpl
oùpwv TipaY[j.aT£ia. IlEpl ^layvwcTEWç tûv oùpwv Xoyoi oùo.
"AXXoi 01)0 [j.£xà xoùxwv àvETiiypauToi. "Ext odo "ko^^oi TC£pl
UpOYVWGECûÇ.
64. Mo<75(_(covoç irepl yuvaixiwv iràOtov.
59. Clermont, 274; Meermann, 237; Th. Phillipps, 1541.
61. Clermont, 32G; Meermann, 227.
G3. Clerinoril, 322; Meermann, 223; Th. Phillipps, 1531; avec note de Cl. Naulot.
en
65. BiQ^o? iTTiioiaT ptxr,; [j.£Tà -niocrîco; £p[;.'/)V£uo[j.£vou 2to-
cToaTOU xat 'IitTcoxpà'CO'jç.
66. raXrjVou 'iî£pi daTcov tgïç £Î(TaYO[jt,£Vûtç.
67. n£pi (TuvO£(7£a)ç (papixaxwv xwv Ixtoç GW^AaTo;, ou à^yr^
Totào£ • 'Eooy.£'. [j.c/t oiol ppay£tov.
68. Po'joou 'E^£(7iGu [AGVo^'iSXou, Tivaç à£l 7.aOaip£tv, xal
T.oioiç, xaOaoTr,r.iotc xal 'iidT£. Tou aÙToO ■7T£pi twv £v xucttei
xai V£<ppoiç TîaOûv. Po'jcpou 'F2cp£(7{G'j GVGtjLacriai tcov tgu
àvOpcoTîoO (xoptcûv. Tgu aÙTGU ôvGfjLao'twv Twv xaxà àvôpcaiiGv
Ptdt
a
69. 'IcoàvvG'j Aa[jt.aaxrjVGii Ticpi (papij.àxcov x£vouvTtov xal
T?,; aÙTOJv (pucr£a)^. Tr,^Gpia ci' wv £OpiaxGVTai oi xuxXot
'/jXiGU xal azki^^r^c,, lo vou.vA.hv irà^ya, y^^ovoç i[i.èokiikOç xai
xà Totauxa. n£pl [^oxavcov àvcovofi.GU, gu r, àpy;/^ • TgÙç
Ti'jsIxxG'JVxaç. NcGÇ'jXG'j fXGva'/^Gu 7rpGGpG[j.TjXG'j 7rpG'/_£tpGç xai
-/_ir,(7i[XG:; cra(pT,V£ia xal auXXoYTj K£pl ^oxavôiv xal àXXwv irav-
x^cov £i8cov ft£pa'îr£uxixcov.
70. 2'j[j.£cov -ûpoaxG^îcrxàpy^GU xoO 'Avxioyou Ti£pl xpo^wv
cuvàu.£wç xaxà (;xoty£ÎGV.
71. Twv n£p7{ovxGU Pa'(f|, xgu Ak^ouè, 'A^EXtavGU, 'laaàx,
'itoàvVGU XOO AajXacJXTjVGU ÀGyGl i'TCXa. n£pl GUpWV C7UVGt|'lÇ
aUVXGIXGÇ àV{OV'J[JLG'J XIVGÇ.
72. HaiCaxiG'j AiGGXGpiôGU 'Ava'Capêiwç uX'/jç laxptxYJç
^tÔAia xo'. Tg'j a'jxG'J 7r£pl igSo^wv '((otov (7rjUL£icocri<; upG(pu-
Xaxxixr, xal 6£paz£uxixr(.
73. 'ExXoyr] Gtacp(>p{OV auyYpaçiWV 'A^'jpxou, 'iTcuoxpàxGuç
xal xcov àX7>(ov 'n£pl tirztov 0£pa'7r£(aç. Neoaocptov ôtaÀa[/.6à-
CG. Clermont, 319; Moermann, 270; Th. Pliillipps, 15G7.
C7. Clermont, 317; Meermann, 219; Th. Philli[)ps, 1528; avec noie de Cl. Naulol.
68. Clermont, 337; Meermann, 231; Th. Philli|)ps, 1530; avec note de Cl. Naulol.
09. Clermont, 338; Meermann, 277; Th. Pliillipps, 1570.
70. Clermont, 334; Meermann, 273; Th. Phillipps.
71. Clermont, 342; Meermann, 233; Th. Phillipps, 1537; avec noie de Cl. Naulot.
72. Clermont, 320 ; Meermann, 221 ; Th. Phillipps, 1530, avec note de Cl.
Naulot, et 3084 (?).
73. Clermont, 345; Meermann, 235; Th. Phillipps, 1539.
G
70
vov xàç Osparstaç icov vo(T'/][JiaTcov twv cruij.€atv6vTcov xoîç
xuvrjY£Tixotç Ttov ôpvswv GCTauTCûç xat xàç xcoixaç éxàcTOi»
opvtou, ÈTt 0£ xat xà )(_pa)[ji.aTa.
74. IleSaxtou Atoaxopioou 'Ava^àpêecoç upoç 'Avôp(;[/.ayov
TÔiv àTcXwv cpap[Jiàxa)v irapàciOGi;.
75. 2y6Xata r?js ç' âTiiôrj[ji.iac à-no çwvr,ç ïlaTCkoLoioD
(jGCptcTOU T[j.'r|[JLaTa g'xtco. Ae^txov 'IirnoxpaTouç xaxà cxot-
yslov.
76. Ilaioaxiou ^.lO(Jy.oç)iool> 'Avasàp'Cswc; KtXixiaç pil^wv xat
/i»Xtc7[jt.àTcov xai (77i£p[ji.àTcov ff'jv ^uXXtov çap[jt.àxcov xaxà cxot-
^£tov [^têXia xS'.
77. 'AXsHàvopoi» TpaXtavoD ^lêXia oc6o£xa.
78. 'laTptXYj xaxà (JTOiyjXov izefi xtvcov zx'/]vtov xat vtjXXcov
xat yspaatwv uwcov Ciuvà[ji.£co; èx xr^ç xou 2u[7,£cov Mayto^xpou
7:paY[jLaxtaç. 0£paTr£ta £tç Xu[ji.ï]v ota^poptov ^ÀaTuxtxwv t^wcov.
AeSixov XI [xixpov xaxà aïoiyjXov ci^yov airo ^'. 'Avxtooxot
XtV£Ç XCOV IkpCTWV £tÇ X'^V ' EWcL^OL p,£X£YX0[JLlXl(jG'?i'7at.
79- raXrjVoij Tr£pt ypîtaç [xoptcov xat £V£py£ia<;. 0£OCptXou
TZcpi XYj^ xou àvOpojTcoi» xaxa(7X£urjÇ piêXta e'. raXrjVoO ôta-
yvwGEtç xat G£pa'r:£iat Tipoç (^aatXIa xov Ilopçupoycvv'/jxov.
'Icùàvvou ÈTCiax^uou Ilpucjâpuavoav tx xou IlaXXaotou, 'Ap'/_£-
Xàou, 2x£Cpàvou 'A"X£^àvôp£co^ xat âia^o'pcov uaXatwv laxpwv
uept Èvxtpcov.
80. '[imoxpàxouç èittcjxoXY] irpoç nxoX£[ji.aîov ^aatXéa 7r£pi
xaxaaxEU'^ç àvôpcoTiou. AtaOr^x-/) FaX'/jvou TiEpt xou àvôpw-
Tiivou crcoijiaxoç xaxaGX£U'/^. At i-iiaxxat xûv p.VjVcov. ToCh.q-
vou TiEpt (7U[ji.T:xa)[j,àx{ov pt^Xta, (bv o [xàv irpcoxoç àx£CpaXoç.
Tou aùxou laxpoç Y) EtffaYwyrj. Tou aùxou ir£pt çap[JLàxco^■
75. Clermont, 313; Meerraann, 215; Th. Pliillipps, 1525; avec note de Cl. Naulot.
Copié en 1540 par Valeilano Albini.
76. Clermont, 321; Meennann, 222.
77. Clermont, 331; Mecrmann, 230; Th. Phillipps, 1535; avec note de Cl. Naulot.
78. Clermont, 306; Meermann, 265; Th. Phillipps, 1562; avec note de Cl. Naulot.
79. Clermont, 315; Meermann, 217; Th. Phillipps, 1527; avec note de Cl. Naulot.
— Clermont, 3il ; Meermann, 278.
8U. Clermont, 312; Meermann, 269; Th. Phillipps, 1566.
71
Tiepl layiàooq, xal uoôàypaç xal àpOptxiooç. Tod aÙToO irspi
iàaêwv. "AXXa xiva £'r:rj'pà[i.(J.aTa T£ xal u(j.voi £iç Ta o'
£Oay,'£Xia xal -napOlvov iNIapiàa xal xà TOiaOTa.
81. Neoçutou êioacTxaXia ittpl tcov èv toIç oSouatv TiaOtov.
Aià^j'vwcn; bzkioiw toû opou TX£p( T£ )(_pto[j.àTOi)v xal ijirocjTà<T£wç.
82. Mekiiiou p.ova)(_ou TiEpl (pu^ccoç xal tou àvOpcouou
xaTa<7X£UY)(;.
83. Màyvou aoçto'Tûu i^riyrjcriç irspl ouptov xal lyXkiùv izok-
Xtov Gûçcov T£ xal oioacrxàXcov G'JVT£6£t(7a Ttapà tou '^iXocroço-
xdtTou ixEçàvo'j TOU 'AXE^avcpÉcûç. 'Ex toû 'OXi»[/.viou tou
'AXE^avopIcoç TTîpl ypic-rjiJLCOV rj[jt.£ptov. PaCv^ Xoyjç ixtpl Xoi-
[j.txfj<; è^EXXriVicOîlç aixo ^upcov OLaXIxTou. Aiaixat laTptxal
TTEpl TOÛ Tîwç 0£Î oiayEiv, àvcovu[i.ou. rispl cpX?6oTO[/.taç, àv(i)-
vuLtou. Il£ol auvo'|»ia(; xal oiSaaxaXia^ oûpcov. IxEuac^a
o;ouç axuXr,Tixoû uapà TIuGa-^j'Opou tou ^iXotroçou.
84. Vk "^à 'iTITTOXpaTOUÇ TTEpl O^ÉCOV VOT/) [J,àTWV TIJ.YjfJ.aTa
y' â^T^YrjÇnç, àvcovutj.ou. Ae^ixov 'luTroxpaTOUç xaTà G^oiyjlov.
85- TlEpl Twv àirXwv 9ap[j.àxcov xal o-nrwç ypiq è'x te y^vé-
(7£wç xal T'?,!; ôa[j.7Ji; xal Tïi; y pwaç TEXtxaipEûOai tTjV ixàcTou
Twv àirXcov ôuva[j.£cov
86. Ait(ou 'A[j.iStvoû crûvo'^/tç twv Tpiûv p'.SXtcov 'Opiêacriîiu,
XIyco 0-/) TOÛ irpoç 'louXiavov, xal toû irpoç EûctocGiov, xal toû
•Ttpo^ Euauvàuiov, xal twv GspaiiEUTixwv ^lO^ioiv FaXrjVOÛ xal
'Apyi^EVouç xal ÉTÉpwv tivwv àpy aïojv £TiGr|[j.ojv Xoyc't oxto).
'Iir-iroxoàTouç à9opi!j[j.ol [j.£t' £^r(Yr,a£(0(; C-)£oa«iXou qiXogo'qou.
raXr,voû itpo; TEuOpav etuctoXyi '7:£pl EÙauvoiTTcov cropUYI^wv.
81. Clermonl, 335; Meermann, 274.
82. Clermonl, 336; Meermann, 275; Th. Phillipps, 3892.
83. Clermonl, 332; Meermann, 272; Th. Phillipiis, 67G3.
84. Clermonl, 313; Meermann, 215; Th. Phillipps, 1525.
86-87. Clermonl, 329-330; Meermann, 229 ; Th. Phillipps, 1534.
IkôXiov eOct'jvotctov irepl tcov acpuy[ji.(ov Fscopyiou layivaxiou
ûiraTOu P(0[j.aioi» xai ^A6[i:r{zo<;. Tou aÙTou efç aà iç' 0£à[j.aTa
TT]; GtxouLfcévrjÇ. Toîi aùxoD Stà aiiyoiv itoXiTixcov èv tyj
'E^X'/jV^rj cptovYJ ôvo[ji.acriat twv jjlsXcov tou àvO^wiiou. Iltpl
TCOV àyicov 'C xai oixoufXEVixwv auvc^ocov. Ilipl paGiX£(0(;
2oXo[j.tovTOç. Mi/jx-qk TTSpi OOY[jt.aTOç. 'Ia[j.êtxGi CTr/^ot
rpr^Yopiou TOU ©Eo^oyou. 'Icoàvvou Aa{j.a(7XTjVou tco Koafxa
imuv.O'KCL) TOU Maïou[Aà.
87. Tou AiTiou uTioXotuà oxto) Ta.Tj[i,aTa iraXatOYpacpOTcpa.
88. "AXXo yVtTiou auYYpa{j,[ji.a iiàvTaç toùç aÙTou Xo^ouç
Y.oLi:iyov, àXKcL vsoypa^poTEpov. ''Eti oà 'Acppixàvou Tcspl cTa-
G[JLa)v xal [i:£Tpa)v.
89- 'Ax[j,àT utou 2£ipY)[JL ôv£tpoxp-/)Tixov.
90. Tcov 'Opiêaaiou laTpixcov cruvaycoYWV xo', £x tcov
ra)^T,vou 7i£pl £YX£cpàXou xal [jt.7jVtYY(ov. Tôv 'OpiGaciou
taTptxcov cruvaYcoycov, £x tcov Poucpou TtEpl ovo^-aaiaç tcov xaTà
TOV àvOpcouov xc'. 'AxTOuapiou itEpl £V£py£icov TOU <j;uyjxou
TiV£U[j:aTOç Xoyoç TcpwTO;;. Tou aÙTou TOpt oiatr/jç Tpo^wv
0£UT£poç X^yoç. Tiva £iç à(poptcr[J.oùç l-HTioxpaTouç. luvo-^iiç
2T£(pàvou cptXoo'o^ou UEpl ûiacpopaç 7IUp£TC0V. IlEpl £Ùy^U[J.COV
xal Ticpl oiaiTrjÇ uàcTjÇ.
91. Eicraycoy/) Ilopçuptou upoç XpTjO-adptov. 'AptaTOTÉXouç
0£xa xaTTjYopiat. Tou auTOu u£pl £p[ji.YjV£iaç. Tou aÙTOu
àvaXuTixcov TrpoTÉpcov [3têXia ouo. Tou aÙTOÛ àvaXuTixwv
UGT£pcov [3t6Xia ^'. Tou auTOu totiixcov [itêXia oxtco. Tou
aÙTOû l\h('/iùv (TOCptcTtxcov TcàvTa iraXaioypaça , xal a£Tà
ayoXicov Ixavcov nXoTivou.
92. 'ApicTTOTlXouç TXEpl '(cocov [Jiopicov PtêXia o'. Tou aÙTOU
Ttcpi 'Ccocûv T.o^doLÇ. Tou aÙTou TC£pl aiGO-/^cr£coc; xal aiaGrjTcov.
Tou aÙTOÛ TTEpl ^cocov Y£V£C7£C0(; piêXia £'. Tou aÙTOU TC£pl
aaxpoêtoTTiToç xal ppay^uêi^TrjTOc;. Tou aÙTOU iiEpl Vco'tt^toç
89. Clerrnont, 292; Meermann, 285; Th. Phillipiis, 1575; avec noie de Cl. Naulot.
90. Clerinont, 324; Meermann, 225; Th. Phillipps, 1532.
91. Clerrnont, 245; Meermann, 191; Tli. Philliiips, 1507.
92. Clerinont, 246; Meermann, 192; Th. Phillipps, 1508.
73
xai yr^pw;;, xai 'Ccoy;; xai Gavàxo-j, xal -ûcpi àvaitvoTjÇ. Toîi
aÙTOû TX£pi ûtîvou xai èYp'/jyopcewç. ToO aùxou TT£pl àvuitviwv
xai çavTaG[ji.àTœv. Iltpi [xavTiXTjc; Tr|c: èv toÎc uiivotç ^evoue-
v-/)ç T£ xai Xc.YG[j.£vr,ç. 'Aptc>T'JT£Xouç zepl uowv xivTjCcwc;.
ToO aÙTOÛ TtEpi àT6(jt.(ov Ypa(j.u.â)v. Toîi aùxcû zEpl izvcUtj.aToç.
'AptaxoTÉX&uç TTEpl '((owv iG-Topta; [3tê/Via 0'. ToO aOxou TT;£pt
ypcouLaxcov. ToD aÙToO [Àr,*/avixa.
93. 'AptcTOxIXouç irpoÔXrjU.axa. Tou aOxoû r^Oixà Nixo-
uàyEia.
94. 'ApiîTXOxIXouç TjGixà NtxofJiàyEia [ji.£[ji.êpavdYpaoa.
95. 'Aoto-xGxIXouç rfiiYMv [/.c^aXcov ^lêXia O'jo. ToD auxoû
upoç EuoairjLOv ptêXi'a s'. Too aùxou oixovo[j.ixcov oùo. Sto-
ooào-xou xtva ■7r£pl ^uxcov laxop^aç.
96. Mrf/ar^X xou "^eXXou â^'/^YT^aïc; £iç xà ir£pl ÇDatXYJç
àxoGaccCùç o'xxcû [^lêXta.
97. 2uoiavou (î)iXo^£vou K£pi xcov £v xw p' xr,ç [j.£xà xà
cpu(7ixà 'ApiGXOxÉXouç 7:paY[j.ax£iaç. Tou auxoîi iutcrxÉ'jiciç
xôjv 'AptaxoxéXouç àiiopiwv irpoç xà [/.aOrifjiaxa xai xoùç àptO-
fxouç xoù^ £v xw [x' xai v' xTj^ ULcxà xà ouaixà 7rpaY[J-ax£iaç.
Eiç xà UEpl Tipovoiaç xiva Guvx£Xouvxa.
98. Ilapàçpact; xwv 'AptGXOxéXouç YjGixwv Nixo[ji.ay£icov,
àv(ùvup,ou.
99. AE^i-nirou (piXo^ocpou nXaxcovixou xwv elç xàç 'Apicrxo-
xeXouç 7.a.'zr{'p^i'xc, dciroptûv xal Xuaswv x£(pàXaia p.'. 'AXe-
Hàvopou 'Aopoo'-7i£W;; Tcpoç xoùç aùxoxpàxopa; uEpl £t[ji,ap[i.é.v/;ç
xal xou £cp' 7j(jt.îv. 'fatjLêXr/ou UEpl £i{ji.ap(i.£vr,(;.
100. Ilapà^pa'ji; eiç xàç xaxTjyopiaç, izi^X ô[ji.a)vuiji,wv ,
93. Clerniont, 247; Meermann, 291; Th. Phillipps, 6764.
94. Clerniont, 248; Meermann, 292; Brit. Mus., Add. rns. 6790.
95. Clerinont, 249; Meermann, 293; Th. Phillii>ps, 3085.
96. Clermont, 258; Meermann, 201; Th. Phillipps, 1514; avec note de Cl. Naulot.
97. Clerniont, 253; Meermann, 196; Oxford, Mise. 194. A la fin: 'EYpàço
xap' èfjLoO NtxoXâo'j Kox6),ou ,a(ji.ça', h [j.r,Vt vo£[j.6ptou x5'; puis la note de pos-
session de Cl. Naulot. Voyez : Coxc, Catalogus, etc., p. 754.
99. Clermont, 250; Meermann, 193; Oxford, Mise. 196.
100. Clermont, 256; Meermann, 199: Th. Pliillipps, 1512; avec note do Cl. Naulot.
74
auvtovufxcov, uapcovuixcov, £T£ptovu[ji,(j)v, TtoXua)vu|i.cov xal ixi-
pcov, àvcovuaou. lyoXioL dç xà S' 'AptaTOxéXouç irspl '(cowv
[jLopiojv. lyokicL £1^ To Tt£pl '(oStov 'iiop£ia<; 'ApicToxéXouç.
lyokioL de, 10 TZE.p\ LJ,vr^a.r^ç xal dcva[jLvr,a£caç, uitvou xal sypr^
Yopascùç, xal tïjÇ xaÔ' utcvouç jj.avTix'?jÇ 'ApicrTOTéXcu;. Toû
aùxoO cyoki'X £iç to iiEpl '(wcov xtvrjG£a)ç. "Ext dç xo Tr£pl
(jiaxpoêtoxrjxoç xal [3payu6ioxr|Xoç, "Exi oà £iç xo 'ix£pl yrjpwç
xal v£dx'/]xoç, xal '(wriç xal Oavàxo'j, xal ':r£pl àvauvo-^ç.
101- TOU ^iXoTCQVOU (T/oklCL £1? 0£tJX£pOV XWV TTpOxiptùV
àvaXuxixôv.
102. IlpoxXou Ataodyo'j IlXaxcovixoO £Îç x/,v IlXàxwvoç
^loko^^i'xv pjtêXia TiivxE. Tou aùxou OcoXoYix'rj (7xoi5(^£i{oac<; èv
xEçaXaiot^ -n£pl xou ê'voç.
103. IlpdxXo'j nT^axcovixoû Aiaooyoi» £iç IlapjjLtViSrjV IlXà-
xwvo;; ^tCXia i'-rtxa. 'Ex xôv xou çiXo'^doou IlpdxXou (ryokioiv
zlç xov KpàxuXov nXàxcovoç IxXoyal y^pr,Gi[ji.oi.
104. 'Epa£io'j çiXoadcpou xwv dç xov IlT^àxtovoç $atâpov
cyokkùv piêXia o'.
105. Aaixacxiou çiXoGOîpou àuopiai xal AÙaiiç nt^i xoiv
Ttpcoxwv àpyûv.
106. '0}vu[jt.T:ioS(6pou çiT^OGOçou uyokia zlç xov IlXàxcovoç
<î>aio{ova, 'kzinti oï xouxotç xà £^ àpyr^ç (puXXa i'^. 'E^rp,'Tj(7iç
xou 'OXu[j.'irtoSa)pou £iç xov xou IlXàxcovo; $iXr(êôv.
101. Clermont, 257; Meermann, 200; Th. Phillipps, 1513; avec note de Cl. Naulot.
102. Clermont, 241; Meermann, 187; Th. Phillipps, 1505; avec note de Cl. Naulot.
103. Clermont, 242; Meermann, 188; Th. Phillipps, 1506; avec note de Cl. Naulot.
104. Clermont, 244; Meermann, 190; Th. Phillipps, 6761; avec note de Cl. Naulot.
105. Clermont, 269; Meermann, 209; Th. Phillipps, 1520; avec note de Cl. Naulot.
106. Clermont, 243; Meermann, 189; Brit. Mus., Add. ms. 10063. Au bas du
litre, on lit : « Ta'jTYjv àvlyvwxEv o NauXwx xyjç KoO.aSoç, ëxst XpiffToù ,a?0Y',
« 1573. » — Et à la tin, fol. 141 v° : « 'Etei XpuT-coù aw-ripo; ^açoy', trlv ôï
« Tvjv (Jt'êXov àvéyva) KXaûSto; ô Nay^wTo; KoO.aoeuç, 'AuaDvWvaïoç, Iy. ttiç twv
« A!5'.oO(i)v ôioixTiTEwç. — Anno Christi servatoris 1573°, hune legens agnovit
« librum Claudius Naulotus Vallensis, Avallononis. ex Hfeduorum diocesi. —
« L'an du saulveur Jcsus Christ 1573, Claude Naulot du Val, Avallonnois, du
« diocèse d'Auslun, ha lisant recognu ce livre. »
Au fol. 141, souscription du copiste du manuscrit : 'O Oùa),îpiâvo; 4>opo).i-
75
107- novr,ua r£copY''o'j oiaxovou TcpcoTSXotxaiou otxatocpu-
}vaxo; ToD na/_uu.£p'^ r.i^l cpiXocrofpiaç.
108. Ni/.r,G(^oo'j [xovaoTou xal irpcG^uTépou toO xT'r,Topo;
109- 'louXtavoù aÙTOxpaTopoç xatcapoç 'AvTto5(_ixo!; r^ u^iuo-
TTCOYWV. 0£ocppàG"TOu yapaxT'^ps;; 7i£pi iStwuiaTcav. 6£tj.i(7T{ou
otXoao^o'j naaavfJTT,^ yj ^iXogo-çoç. ToO aOToO £tç tov aÙTou
iraTtpa. 'lo'jAiavo'j y.aïaapoç £iç tov ^aaiXÉa r^Xiov ûpoç
2aXoi»(TTÏvov .
110. IIuOaYopoi» 2à[jLtoto è'nr, xà yp'jcrà. 'l£[po]xX£Ouç
cpiXoGû^o'j £i<; Ta nuOayopixà cix'/j uu6[jLVY)[j!,a.
111. npiGiav&u çiXoGocpou AuSoO [jLcTàcppaTtç twv 0£G^pà-
cjTOi» TTSpl aîcOrj!j£CO(;. ToO aÙToO aîTa^padt; Ttov 0£o^pàc;TOtj
u£pi ^avTaaia;.
112. n£pi ôpviOcov, àva)V'j[jLOU, oO apy-/) [t-iv iaii • 'Eitct^T^
(701 Tïjç yriÇ àiiàcr'/]!; '(-/ovci. BiêXiov àXXo à^yJ>iktvov • "I-ïiiroç
Ôt' àv T£X£i ToO |3p£90'jç. ^'JGioÀoyou Ttvo;; 7:£pl XlovTo; xal
àXXwv, oO àp'/Yj £(JT'' • 'O Xéwv xptî;; 9'jg£i; i'/wv £V âauTtp.
M£X£Tiou [xovxyoXi T:£pl (Çucr£(oç xal xaTa(7X£'jY)ç àvOpwitou.
2uvo'.J;i; T:£pl ç;'J(7c(o? xal xaTaa-Xc'j-?i; àvOptozou £iç twv tvj;
ixxXr^aia; £voo;cov xal twv â^oXoYaôwv xal (^iXococpcov.
113. Fvtoaat xa-' i/Xo^r^^ £x twv Ar,ii.oxpiTou xal £T£pwv
^'.Xoaoowv xal tcoiTjTwv xal pr,Topwv. 'Ep[j.£iou ç^iXotjO^o'j
8iaai>pij.o; twv i'^w (piXoco^wv. Ar^a'/iYOpia 'AYpiu-rra paat-
XÉwc; xal Bcpvtxr,; tt,; àG£X9r,c; aOToD irpo:; Touoaio'j; £7:ava-
ffTrjVaL ^ouXouL£VGuç xaTa twv Pwixaiwv. '['r:7:oX''"ou z£pl TÔJv
Swûtxa à-âoaToXwv oiiou ixa^To; àxr^piav. ToO aYto'j 'Eirt-
^avl'o'J -HEpl TWV l^' XlOwV TWV £V TW Xo^lW TOU lEpéwç £VU£-
êiE'jç ô 'ÀAêïvo?, xavôv'.xoç, k'ypa'^s èv tw toù âyiou 'Avtwvîo'j (j-OvaTTripio), 'Eve-
TYJ'ît, £TEt TW à^îô xr,; 'Ir^ijoû XpiiTToO xypîo'j r|]j.û)v ,aç)|i.a', £(7-/âTr) &îXE[Aêpîo'J : —
107. Clermont, 273; Meerinann, 210; Th. P-hiilipps, 1521; avec note de Cl. Naulol.
108. Paris, Suppl. grec, 524.
1 10. Clermont, 239; Meerraann, 186; Th. Phillipps, 1504; avec note de Cl. Naulol.
111. Paris, Grec, 1954. Copié par Valeriano Albini. (Montchal.)
76
TTopzrjU.évwv , irpôç KtovcxavTÎvov ^aaïkioL KtovdTavxivoi»
u(;X£co; ToO nopçupoysvvrjTov.
114- luviciou KuprjVaiGU £iç tov aÙTOxpàxopa 'ApxàStov
TTEpl PaaiXsiaç. ToO aùxoO cpaXaxpaç £Yxc6[jt.tov. Toîi aùxou
Atwv, Y] Uc.pl XYJç xax' aOxGv StaycoY'^ç. ToD aùxoO IIxoXe-
[/.àïSoç, Ai-j'UTixtoç, vj 7i£pl upovoiaç 'ko-^oi P'. Tou aùxou upoç
Ilaio'vtov Ouàp xou âcopou, xo §£ r^v daxpoXaêoç. n£pl èvuiivicov.
n£pl i^oLcikiiac, auOtç 6 auxoç "koyo!; xco upo£tprj [jt.évo). Toû
aùxou b^ikioL Tj^ ^pX.''! " Où Or,cro[jt.ai x-/]v TiavTjYupiv àçtovov.
('Otji.tXtat y'.) ToO aùxoO ùpivoi £[j.(jL£xpGi. nuGayopao /^puaa
cTC'/]. ToO aùxoO £7ri(7XoXai.
115. 'Ap£xaio'j 'ko-'^'oci àxc;paXo? iv w ixèv Tr£pl x£xàvou
XtçàXaia r/, Tr£pl auvayyïjç 0', 7r£pl xôv xaxà xr,v xiovioa iraGwv,
xal xà è^viç • xà oè Tcpo xou t]' x£^àXai 'kdTzii uXyjv [AÉpoç xt
xoO iêoofjLOu. ToO aùxoO o^lcov itaOcov al'xia xal G'r([Ji£Îa.
Tou aùxou ypovioiv TraOtov al'xta xal cr^ikeïoL. Tou aùxoO y po-
vtwv TtaGwv G"/j[j.£ioxtxdv. ToO aùxou oHlwv G£pa'n:£uxixcov
piêXia oùo. Tou aùxoO ypovicov 0£pa7:£uxtxûv [^têXtov a'.
'Ex xwv AiXiavou iiEpl tt6tov ioloxtjXoç [3têXia t'C'.
116. N£[X£(7(0U iuiO-XOTTOU TC£pl (pÙ(7£tOÇ àvOpWTIOU.
117. Ilopcpuptou çiXoad'pou Ti£pl aTro^rr^ç xcov £[jl'|iÙ)(_cov
j3tC'Xia S'. MàXxou Yj [3aa-iX£(oç IluOaydpou [3îoç. BiêXtov
àXXo àvwvutxov, oùxcûç àpydpt.£Vov • nxoX£[jiaîoç o Aàyou xal
'Aptcxo'êouXoç 6 'AptGXoêoùXou.
118. IloXi[J.ovoç (puato^vcoaixa. ''Opot àvGpcoiiivcov doiiù^
£x xou aùxoO IIoXÉfjLOvoç. n£pl èXawov xou atop-axoç, M£Xà[Jt.-
irocoç. 'Aoa{j.avxivou croç^cxou (puciOYVop.ixà.
119. Hptovo!; cpiXosdcpou aTcàvOtaxa,
120. nXouxapyou TTîpl 0£iG'[oai[j.ovtaç. ndx£pov xwv
114. Clerinont, 130; Meermann, 13G; Leyde, Suppl., 107. Avec la note de
possession de Cl. Naulot au rommeucement et à la (in du volume.
1 IG. Clermont, 208; Meermann. 259; Th. Phiilipi).s, 1557; avec note de Cl. Naulot.
117. Clermont, 323; Meermann, 224; Leyde, Suppl., 106. .\vec la note de
possession de Cl. Naulot. Voyez : Geel, Calalogus, etc., p. 31.
118. Clermont, 293; Meermann, 286; Th.Phillipps, 1576, avec note de fil. Naulot.
119. Clermont, 308; Meermann, 267; Th. Phillipps, 1564.
77
Pcout-attov -pàY^axa vs/r^^ v; àpsTr,;;. Ilcpl xr,; 'AA^^àvopou
-•J'/Tj;; •?) àp£T-?j^. Ilspl TO'J -ÛW:; -/p-/] TOV CplXoc-0(pOV TToXtTEUc-
(jÔat. 'AzooOsYu^^'^a [3a(7tX£cov xai (j-paxrjYwv. 'Atzgcl-Osy-
{jiaTa Aaxcovixcov. llXouTàpyoK o-uvaytoyov ÎGToptwvirapaXXrj-
Xwv 'Pwaaicov xxi 'F^XX'/jvixwv, Tou aÙTOu Tîspi aapxoçayiaç.
ripo;; r,Y£ijLOva à7ia''5r,TGv . lUpi tg'j ar^ oîlv oavcfCsfjOai .
Kt^aXÉcov xaTaypacp/j. ToO aùxoO ctoïxwv évavxiwiJLàTwv.
'Ou.r,po'j ^(ûç xai ylvo^ xal TCîpi ti'vcov X^yEi, nXouTapyou.
121. A''covg; TTcpi [^aatXcia:; Xd^ot y'- A'.ûyévr,ç -?j tooi
paatXcta;, otàXE^t; AïoyÉvou;; xai 'AXc^àvSpou, V. rispi
Toù Ttotov £ivat ô£Î TGV (îaaiXÉa, s'. Aïoylvr^ç yj TtEpi Tupavvt-
oo;, ç'. Atoylvr^!; •?; -ûEpi àpcT'?;;, T. Aïoy^vr,;; \ taOïJuxoc; ,
r/. AcoyÉvTj; \ Z£pl oiX£Tcav, 0'. Tpcoïxo; u^p tgO "IXigv
jj.-/) àXcova, \ . 'OX'jijlkIxoç y) itEpi rr^ç TtpcoTr,(; tgO 0£gû
èvvGi'aç, la'. 'Ev 'AGrjVaiç •7i£pi cpuy^ç» t^'- E06gïxg<; yj x'jvr|-
yèç, ly'. PGGtaxGç, rJ . IlpGç 'AX£Hav6p£lç, tç'. Tapcrtxoç
ûpwTG;, tr. Tapo-rxd:; 0£'jT£pG?. 'Ev K£Xatvat^ xrf, ^'pu-
y(a;, '.r/. B(i)puaG£vtTixoç ov àv i'yvo) £V ty] Ttaipiot, tO'.
RGptvOiaxGc;, x'. IlpGç NLXG[jt.r,G£Îç 7:£pi GaGVGiaç rr,*; Tipoç
Nixa£Îc, xa'. n£pt GaGVGÎa; £v Nixaïa 7:£7:au[j.£vrj; T-?j;; crTa-
CE(i);, x[5'. 'Ev T?; raiptoi Tr£pt xr^; irpèç 'A7:au,£Îç GixovGiaç,
xy'. ripè; 'AiiauLEtç iiEpi GULOVotaç, xo'. AiàXE^t; £v xr,
ûaxp''oi, x£'. ITgXixixg; £v tt, -TiaxptSt, xç'. <tiXGa/pGvr,xixGç
TipG:; XTjV iraxptoa ciaYjyG'jpiv/iv aOxco xiixàç, x(^'. 'AitGXGyt-
crpLG; GTiwç ÎGyrçAt Ttpoç x-^jv Traxpioa, x-/)'. IIpo xoO (^tXGGGCpcîy
£v xfj Taxptoi, xô'. AT,[j.r|yGp''a èv xr, naxpîoi, X'. IIgXixixgç
£v ÈxxXrjGia, Xa'. IlapaiXYiGi;; ^?7/j? ^''' ^^'-'^Ti? ^t^'- n[£pi xcov
È'pycov £v fJo'jX'?,, Xy'. Ilpoç AtGOtopGV, Xô'. n£pi AiayuXGU xal
locpGxXéGuç xal Eùpuui'oGu, y; r^t^i xwv <î>iXgxxY|XGu xg^wv, X£'.
IlEpi 'OlJ.Y,pGU, Xç'. n£pl ^flcOXpàxG'JÇ, X^'. Ilcpi 'OjJLY^pG'J Xat
2wxpàxG'jç, \r^' . Ayaiji.£[ji.vwv ■/] "ûôpl [iîa'jtXîiaç, XO'. NicTwp,
u.'. 'AytXXiuç, aa'. <î>iXoxxr(Xrj!;, è'cxt §£ Ttapà'^pao-K;, [i.ê'.
NIcg; Y) AYjïàv£ipa, fji.y'- Xp'j(7Y,tç, uio'. n£pi ^aGtXEiaç xat
xupavvtGo;, ixe'. n£pt vr/r^ç, a', ixc'. Il£pi xu/y,;, p', ijl^'.
121. Clermoot, 359; Meermaiin, 305; Leyde, Suppl. 67.
78
lUpi -cuyrqç, y', [j.-/]'. Ilepl So^'/jç, a', [i.ft'. na.pi oo^TjÇ, (i',
v'. llepi âd^TjÇ y', va'. lUpi àpsTrjÇ, v[i'. IlEpi c^ikoao-
cp^aç, vy'. Ilspi tgu cptÀoaoopou, vô'. IlEpl tou Gyriikaio^,
vs'. rispl iriaTEWÇ, vç'. Uipi à-KiGiicLÇ, vÇ. Ilepi vofjiou,
VY)\ Il£pl à'Oo'jç, vO'. n£pi ;p6dvou, a', V- Ilepl <pOdvoi>,
P', ^a'. nspi ttXouto'j, H[îI'. Tcov £V Ki7.tx(a Tcepl iXsuGe-
p^ac, ^y'. Iltpl £}\.£uG£,pia<; xal ooukdoLç, ^S'. Ilepl §ouX£^aç
xal A£uO£piaç, ^£'. Il£pl Xu7i:y]ç, ^ç'. Ilepl 'ïzkiovi^ioLÇ, ^^'.
Iltpl yVoyou àaxrja£(oç, ^r/. n£pl tyjç aÙToO (S^ikr^Y.oicLÇ, ^6'.
n£pl àvayioprja-£coç, o'. Ilepl xàXXouç, oa'. n£pl Eip/jv/jç
xal noX£[jt.ou, o[i'. "Oxt £Ùûat[jL(ov o cdtpoç, oy'. Ile pi £ùâat-
[jLOViaç, oo'. n£pl TOU £ùSai[jt.ovoç, oe'. ïlepl toû ^ouX£U£-
cOat, oç'. AiaTptêrj Tiepl twv £v cru[jntoa^&iç, o^'. M£}iàYxo-
p.aça', T'?j Tà^£i p'. M£XàYXO[JLaç P', ty) xà^ei a'. Xap7]ô'/]tji.oç.
122. 'E^7^y7](Tiç TOU $iXoudvou eîç to TtptoTov xal â£lJT£pOV
T/jç àpi0[jL-/]Tix-^ç eîcraYWYYii; Nixo{ji.à)(_ou tou Tepaaivou.
123. 2t[j.7cXixiou [^eyà^ou (ptXocdcpou £^t,yïi(71ç £iç to toû
'EirtxTTjTou £Y)(_£ipiotov. napoi[ji.iat xaT' àXtfàêrjTov.
124. ©£00c6p0U TOU npOOpd[JI.OU 7r£pl TOU \XZ^('i'k0U xal TOU
[xtxpou xal TOU TcoXÀou xal tou oXiyou, OTt où twv iipdç ti
eiViv àXXà TOÛ irda-ou xal Ta èvavTta. Ilpoôetapia liç to
ttIixtitov twv EùxXeiâou (7Tor/£icov tyjç y£(0{jLeTptaç. Eiç Ta
EùxXewou (JioiyjX'X -Kpokau.^oLvéïxiva, ex twv IlpdxXou cruopà-
èvjv xal xaT' è'ntT0[/.7^v. reojOato-ia tou "Hpwvoç tov twv
G'/_rj [jt-aTcov àiioâetxvuouffa [ji.oSiGp.dv.
125. SevocpwvTOç Kupou àvaêàaecoç Xdyoi i'iîTa. Qs-ù-
l'viôoç TOU Meyapétoç èWi. 'EY)(_£iptoiov 'EiirxTTjTOu. Iluôa-
yopixà eV/) Ta yj^usdi. 'AptaTOTtXouç upoç 'AXe^avopov Trepl
xdc7[xou.
126. 'Ia)(yiiriiou 'louSaïx-^ç àçiycLioko'^icLç ^léXia ta', [jt,£T'
àpy^Yjç TOU i^', pi'êXoç -naXaiOYpacpoTar/] .
122. Clerniont, 28'i; Meerinann, 248; Th. Phillipps, 1549; avec note de CI. Naulot.
124. Clerniont, 28G; Meennann, 250; Oxford, Mise. 200. Avec la note de
possession de Cl. Naulol. Voyez : Coxc, Caialogus, etc., p. 756.
125. Clerniont, 217; Meermann, 402 et 289; Th. Phillipps, 1643 et 1579.
126. Clennont, 200; Meermann, 377; 0.\ford, Mise. 180.
79
127. Xpûvtxo^ Xg^oç àiro T-rjç toû y.6(s^ou xTiaeioç [Jt.£'/pt
Ttov RcovcTTavTivo'j '/ùôvui^, zaXaiOYpa^GTaTOç.
128- 'ETriôTjUi.ia Mà^api èv "Aoo'j, yj Tzi'jaic, véxpwv ivt'cov,
TTôpi Tivtov Ttov £Ç xà pacTiXsca cj'JvavaaTp£<:pO[ji.£vtov. Ftco-
{JLa[v]Tixà Tiva xal à(7Tpovo[i.txà, tov r^ àp^r^ • 'Tito xaxocpu-
Xaxr,ç xal ïca)^ àpy aiGTY|TOC r,9avtcrpL£vr,. BiêXGÇ àuoTcXc-
GuaTcov (TCpGGpa xaxco; YpacpGij,£vr, xai (o^ £7ip£7:£ T£TapaYU.£vr,.
Toû EÙàG^iGu y£tij.wvo; TïpGyvtoaTixà. lUpl TYJç £x6oXy)<; twv
WpWV TY^Ç GTTGtG'JGrjTlVGÇ xXlULaTa [5g'jX£1 Yj toXeCOÇ 7] ySi^OLÇ
àuG Tcov TG'jTcov àva^optov. ricpi Oiaip£(J£COÇ TGO ^(OGtaXGU
xai GVG[jLa(jiaç tûv (Iwoiwv. "AAXa iicpl ii.-/]V(bv (bv apy/j diiG
àiîptXtGU, TYjç G£ [^têXGU iTriYpa^Tj r|CpaviT(ji.£VTj. "Ext Se irspl
TjXtG'j, xal cr£Xr,vr|^, xal [jLr,vwv, xal àcTlpwv, xal TcXavtxwv,
xal CwGicov.
129. Toû XoyoOÉTOu NixVjTa tou XwvtàTOU y^povix-rj Strpj'r,-
ci; àp/G[j.£VYj àiîo TYJ^ [3aG-iX£iaç TG'j RGav/jvou xupto'j 'Iwàvvou.
130. AtXtavGÛ np£V£aToO tf,; 'IxaX^aç uotx^X'/) tcTTopia.
TgD auTGO xaxTix'/] Otcopia.
131. ^XauiGu 'IcouYiimou 'IouSaïxY,ç àp)(^atoXoYiac; ^lêXia
x', vîGypacpa.
132. 'ETTtTGUYj TY,Ç AlCOVGÇ TGU NlXafcoÇ PcorjialXYiç Î(TTG-
pi'aç, Y,v (7'JV£T£L«.Yj 'I(oàvvr,c; G Ei'4*iXtvo;, THùiiyryjGOL [XGvap'/iaç
Kataàpwv eixoGi Tr£VT£ àuG IlGfj.'rrr/iG'j [ji,àYVGu, [J.£Xpi; 'AX£;àv-
ôpou TGU Mafi-aïaç.
133. <^Xa'jiGu 'Icoo-rjTiTrGu 'ÏGuoaïxY^ç tiTGpiaç Tispl àX(6-
G£CO; Xg^OI £.';, WV [i.£V "nipCOIGÇ àx£çàXGÇ xal £VG£YjÇ L«.£/pt
TG'JTOU èlCetàY] TGV 'louSaiWV TipGÇ PiùlkOLiouC, TÎ(>X£[Jt,GV GuaTavTa.
134. 'Ei>[v]au(Gu ^igi (piXGaGÇWv xal ûG'iptGTWv.
128. Cleriiionl, 295; Meermaan, 287; Th. Phillipps, 1577.
129. Clermont, 235; Meermann, 395; Th. Phillipps, 1639.
130. Clermonl, 282; Meermann, 24G; Leyde, Suppl. 59. Au commencement
et à la fin la note de possession de Cl. Naulot. Voyez : Geel, Catalogus, etc.,
p. 20.
131. Clermont, 202.
132. Clermont, 229; Meermann, 390; Th. Phillipps, 1635; avec note de Cl. Naulot.
133. Clermont, 2U3; Meermann, 379: Th. Phillipps, 1G26.
80
135- 'liTTopia a'jGiç xoD NixTjTa Xcoviaxûu, à^yoïkivr^ iiio
Tr^ç -oO KG[jLvr|VO'j ^aaiXsia;; xupt'ûu 'fcoavvou.
136. «I^iXcov&ç TTEpl TTjÇ Mcou(7£coç xocrii-OTroitaç, Xd^Gç a',
llspi Twv û£xa XoY^tov, à xscpàXata vd[JL(ov £1(tIv, Xoyoç [3'.
Il£pi otxaaTou, X&YOÇ y'. n£pl £0G£6£taç xal (piXavOpwuiaç,
Xdyûç o'. n£pi xaTacTaG-Etoç àpy^ovxoç, Xdyoç £'. n£pl lou
TiàvTa o-TiouiaLGV £ivat £À£'jOcpov, Àoyoç ç'. n£pt i^ioii 6£C0pl-
Ttxou Yj ixsTÔv àp£T(ov, Àoyoç (^'. n£pi xoû (j.(a6copt,a Trdpv/jç
£tç To i£p&v uir, àuoo£-/ £(70ai, Aoyoç '/]'. n£pl T(0V àvacp£pouL£V(ov
£V £tO£i vou-cov £']ç ouo ylv/] TWV 0£xa Xo^tcov, To £XTOv xai è'êôo-
Ltov xa'. TG Ttûv [/.Gi)(_c'ov, xal TiavTGÇ ocxGXàdTGU, xat TG xaTa
àvcpG'^Gvcov Tida-qç '^ict.ç, Xg^oç 0'. Il£pt ojv lepGuciv "A6£A T£
xal Kal'v, Xg^g; ta'. n£pi t(ov x£pGuêi[jt. xal cpXGYtV/jç pofji.-
(pai'aç, xal tgO xTicGévTGÇ TtpûxGV £^ àvGpw-nGu Kaiv, Xoyoç t^'-
n£pl Y£(opYta(;, Xgyoç iy'- ^''Xwvgç 'ix£pl ^iou MGijc7£a)ç, XoYOt
ÔUG. TgÛ aÙTGU 'ir£pl t£pGGUVr,Ç, XgyOÇ y'- ^^^^ TloXlTlXGU
'iî£pl loiar^^. <ï>tXtovGÇ 'i:£pl àptTcov t^tgi Tr£pl àvop£ta;, xal
£Ùcr£€£iaç, xal çiXavOpwuta;, xal (j.£-avGia;. <î>tXcovoç [3toç
xaxà oioaGxaX£iav T£X£ta)6£VTG:; y; vg'ugç ^Ypotcpcov. Tou auToû
TTtpl àpcTwv, TiTGi àvGp£iaç, xal £0(7£ê£iaç, xal (ptXavApWTiia!;,
xal (jt.£TavGia;.
137- 'EuiTP[jt,rj iGTGpicov àuG [i!»aGiX£iaç 'IguXigu KaiaapGç
l^i'/ç>i T'?,; AtGxXr,-iavGD (3a(7iX£''a;. XpGVGYpa'^ta àiiG AtoxXr(-
TtavG'O £coç ^liyaTjX xal 0£GCpuXàxTGu tcov [iacriXécov.
138. 'IcoavvGU tgO T^£T^gu icrTop^ai xal XISeiç Iuto^im^ik;.
Tou atJTOu TC£pl oia^Gpa;; 'iioi'/]T(ov. Tgu aùxGD oioaaxaXia
crao£aTàT'/j TiEpl twv £V tgîç aii/oïc, ijiTpcov aTràvTtov, oià ctti-
ytov ûgXitixwv. Tgu aÙTGu u7CG6£ct<; '0[jirjpGU oùCkr^^(oprfid<ja.
TYj xpaTaiGTaTTi PaGiXicr(T-(i.
139. luWoy/] ,ta-TGpi(Ov àiro t-^ç tou [j.£YàXou Kwvciav-
TÎVGu (îiac'iXsia; îJ.£'/_pi t:'?/? 'AX£^(gu tou KG[jivrjVGu.
135. Clerraoïit, 236; Meerinaiin, 3'JG; Th. Phillipps, 67G7; avec note de Cl. Naulot.
13G. Cleriiionl, 198; Meerrnaun, 375; Leyde, Suppl., 105.
137. Clerinont, 2=28; Meertnann, 389; Th. Phillipps, 1634; avec note de Cl. Naulot.
138. Clerinont, 23'2 ; Meermann, 392; Oxford, Mise. 188. Avec la note de
possession de Cl. Naulot. Voyez : Coxe, Catalogus, etc., p. 740.
139. Clermont, 230; Meermann, 391; Th. Phillipps, 1G36; avec note de Cl. iNaulot.
SI
140- Eîxovc; (tiXoo-TpaTO'j Atut.vto'j.
141. «^tXoOcO^ tdTOpia Y) à(7X'/)TlX-?) UoXtTcia. 0£OOOp'/]TOU
£X)cXr,aia(7Ttxr,ç iCTopiaç Toaot irévTS, (ov 6 irijj.uToç àxsXE'j-
TTjToç i'vOaO£ teXsutcov • OOx È'or, irpiv XuOr,vat twv oegijlcov
(jL£Ta(7y^£Ïv Tpocpf,^ Tipo;; tov.
142- Aïootopou 2',x£}acÔT0'j icTopuov àiio ^^0£xàTO'j pi^Xio'j
u.£ypt TOÎi i'-uxa xal Ocxoctou.
143. 'Ex Ttov ToO ^xpaêcovo!; Y£(OYpacpixcov 7i:£pl xou xr^ç
vr.ç xrç oixouafVTC ayraaxoc siitO'-opOcoOàv iiapà xoîi r£fj.taxoû
nXr/icovoc;. iuvo'^iç X(ov xoX-ncav xr,ç xaO' rjUaç oly.oulxivr^ç
£xA£Y£taa £x x?,ç yccOYpa^iofç ^xpàêtovoç Jlacrai iirapytai
xai 'KQX£tç aï ÛTTO xov ^aaiXéa xwv Pcùixatwv ôiotxGU[i.£vat.
Xojpoypacpia ©cTcaXiaç xou nXr,Otovoç. Xtopat xaxà xà^tv
aTO ouGEwç i'to;; àvaxoXviÇ. HivaxcÇ Gtxoua£vr,ç xcov è'irtcrrj[jt.wv
'7roX£cov xai vr^iCov. To ^ivo;; xwv naXatoXûycov. Xpovo-
Ypa^ia (7'jvxo[jt,oç; àuo 'Aâàp, pté/^pi Miyjxf^k xal 0£oçiXo'j.
144. r£(i)OYtotç Tipoç Kwvdxavxïvov ^aaiXÉa Kwvaxavxtvo'j
ûôXctoc lIopcp'joov£vv-/;xGV Ô^^Xiot x', TcaXatoYPaciot.
145. Al aùxal TcàXiv, viô-'^'^'X^oi.
146- noX£[Jitx(ov iiapa(yx£U(Jûv §iaxà;£i; x'. Ilcpi (TxpaxTj-
YÛv ôvo[jt.àx(ov x£ xal xa^ctov AiXiavoû.
147- n£pl TToXtopxTjXtxwv (jLr,)(^avr,u.àxa)v, àvcovijao'j.
148. AtXtavou xi'va xaxxixr,ç ficUipicLç. 'Ovocravopo'j G-xpa-
XT,Ytxà. HoX'jatvo'j Gxpaxrp,'r,iJiaxa.
149. ToO aùxou TcàXtv GxpaxrjYiil(Jt.aTa. Atovuciou oixo'j-
alvTjs Tt£piYJY'/iGlÇ.
140. Clerrnont, 223; Meermann, 386; Th. Phillipps, 1633; avec note de Cl. Naulol.
141. Clerniont, 206 et 205; Meermann, 369 cl 308; Th. Phillipps, 1G20 el
1619 ; avec note de Cl. Naiilot.
142. Clerniont, 222; Meermann, 385: Th. Philli|>ps, 1632; avec note de Cl. Naulol.
143. Clerniont, 213; Meermann, 397; Th. Pliillipps, 1040.
145. Clerrnont, 311; Meermann, 297; Th. Phillipps, 1581.
146. Clerniont, 283; Meermann, 247.
148. Clerrnont, 281; Meermann, 245; Oxford, Mise. 199. Avec la note de
possession de Cl. Naulol. Voyez : Coxe, Catalogus, etc., p. 756.
N2
150- riûXuêtou ^h•^^"xko'Kokixo^J ix. icov ie' icxopuov toD èx
Tou Àoyou xax' iuixofxrjV. Tou olùtou va iou £êoû[j.ou Xoyou
xax' £T:tTO{jL'/]v. ToO aùxo'j £x xoû '/)' xax' £'n:ixo[j.-/^v. Tou
aùxoD £x xoO Ô' xax' i'KlXOlJ:f^v . 'Ex xou la' xax' èuixojji-^v.
ToO aùxou £x xou ta'. Tou aùxou ex xou i^' Xdyou, xal ty',
xal iS', xal t£', xai iç', xal it]' "Ko^oiv , xax' £'îtixo[jt.r,v.
151. 2outoa XeEixov, 7raXaiOYpa(pov.
152- Tou M'eXXou ai (^coval xwv '(wcov. Aé^siç xr^ç irpoç
'EÔpai'ou; iuKJXoXf,;. Ae^tiq iriç Ttpoç 'EcprjGiouç, xal XYJç upoç
^tXraiiriC-iouç, xal XTiÇirpoç KoXaacraEtç, xal XYJç Tcpoç TEcaaXo-
vtxEÎç, xai XY)Ç Tîpôç T£a(7a>.ovtx£Îç ji'. A£^£i; xvjç -npoç TijjloOeov
£TticrxoXTj(;, xal x-^ç Ttpoç Tt[J.dO£ov ^Euxépaç, xïjç irpoç Tîxov, xal
xr^çirpo;; ra)[;.aiouç, xal xyjç irpoc; KopivOtouç, xal xr,c; i:po<; Kopiv-
Giouç OcuxÉpaç. AÉ^stç xr|Ç iipoç raXàxaç. Ae^ei;; '0[ji,7)ptxal ex
XTj; 'oSuo-cTctaç. AÉ^Eiçèxxou'Hc-toSou. riEplxWVTlEVXECpWVWV.
'Ovdij.axa [j,rjVcov xax' AiYu-rcxiouç xal Pwpiaiouç. 'ExXoyal
xal £ptjLr,v£iat otà-^opoi. AeHeiç 'j/aXxTjpiou. Ae^eiç iCov oSûv.
AÉ^Eiç x"?î<; [^lêXou xou àyiou Atovucrtou, xyjç ixavapÉxou. "Ex£-
pov 'kihy.bv xwv i^' Tcpo!pr,x(ov. 'Ex xou irpoçTjXou 'E(l£xi-/;X,
'Haaiou xoû upocpY]XOU. Ae^eiç £YXEi[j.£vai £v xoîç àyioiç Eua-','-
yEXtotç. Al^Etç xwv £"TCi(7XoXwv xou àyiou IlaijXou, xrj;; irpoç
'E^^paiouç EirKJXoXïiç.
153. Ae^ixov àXko xaxà cioiydov, oh r, £TciYpa<ÇY) -/^ça-
vt(7(jL£VT,, àpyExai oà ouxwç • "Aauxo;, 6 àTrpoaTTEXacrxoç , xal
Xà EÇE^viç.
154. AÉ^Eiç pr,xopr/.al xwv Séxa pyjxdpwv cuXXEyEÎcai -rrEpl
'ApTtoxpaxiwvoç Ypaij.[jLaxixou.
155. Td vuv TcpoEtprjpLEvov Xe^ixov auGtç, àXXà VE0Ypa!3pd[i.£-
vov. rior/)[j,a xou lEpcoxàxou [j.r(XpoTxoXixou 'HpaxXEiaç xup.ou
NiXT^xa.
151. Clermont, 352; Paris, Suppl. gr. 96.
153 et 155. Clermont, 353 ; Meermann, 302 ; Th. Phillipps, 1584 ; avec note
de Cl. Naulot.
154. Clermont, 3i7; Meermann, 30'i ; Leyde, Suppl. 172. Au commencement
et à la fin, on lit : 'AvayvwfrTO-j ô'vtoi; K),ay§îo"j xoù Na'jXwTo-j KoiXaoéwç, ,'X'ço^'
1573. Voyez : Geel, Catalogus, etc., p. 48.
83
156- Mi/ar,X xou Bu^avxiou TJvaYtoYY] irapoiaicov xai
auvC)r|Xr, tco Èvco^oxaTaj xal aoçotàxco dlvopt xuptw Aaupco xw
Kupivw.
157. Sr,vo€tO'j EziXGtxT, xcov Tappaiou xai Aio6p,ou Tiapot-
(xttov ouvxtOîîda xaxà cioiyjXov.
158. Kav6v£ç Ypa[xijt,axixoi TiEpi upocrcooiaç , opOGypa^iaç
xai xcov aXXcov xoio'jxwv xwv iipoç 'y?*[^[-'-'^'^'"^''^i'^-
159. 'lo-xopt(6ôy,ç auvaYwyï) ôvo{jt.àx(ov £XXoYip.(ov àvcpwv
cu-j'Y?'^?^^'*' ^^ '^^^ (JU"*,'Ypa[j.[ji.àxcov aùxôv.
160. Kupou Mayicxpou Ypaa.ii.axtxrj . Ma^iaoi» xo^i nXa-
VOUO-/J z£pl (TuvxàHctoç pr,p.àxa)v. ïlapotjJLiat or,{jt.too£t; xaxà
axoi)(_£Tov.
161. EÙGièiou xou na[jiçiXou, iirtaxdTro'j Kaiao(p£(aç xyjç
naXai(7Xivr,ç, TCcpl xiov xouixwv dvc/(j.àx(Ov xtov £v xyj 0£ia
Ypa^Tj. AïHrxov xtov £vota0£xwv ^P^^wv £XX£0£V Tiapà 2x£-
cpàvou xat âxÉpcov X£^tYpa(pcov. Tou àytou 'Euicpavtou 7r£pl
ijL£Xpcov xal cxaOawv. A£^tx&v KupiAXou xax' àXçàSYjXov.
As^ixôv àXXo (Juvxo(ji.ov. "Opoi oiàçopoi xaxà xr,v iiapàooatv
xal Tiiaxiv xr^ç àyiat; xaOoAixyi^ xal àTCOGXGXu'r,ç èxxXr^ciaç
X£YO(jicVot. 'ItiiioXixgu ©rjêaiGu ix xoO ypovixoû aOxou irepl
xr^ç £vavOpco7CL(7£toç xou Kupi'ou xal xr|Ç àyiaç Mapiaç xr^ç 0£o-
XGxo'j oguXyjÇ xal Gi' r,tj.a^ [i.r,xpGç auxGu, xg txwç àptO{ji.Gijvxat
xà exTj aùxou. 'EirtaxoXrj xgû àyiou 'ItoàvvGu xgu XpucGcrxG-
u,GU NtxGXào) (7xpaxï)Y(o, jjlcx' oXXcov ôXiYtov. TaX{xoi r/xGÛ
Aa'jio.
162. 'EiriaxGXal AtSaviou ao(pt<7XG0.
163. 'EitKJXGXal 4>aXàptâo(; XGÎi xupàvvoi» 'Axpayavxtviov.
(A suivre.)
156. Clerraoni, 382; Meermann, 314; Oxford, Mise, 197. Avec la note de
possession de Cl. Naulot. Voyez : Coxe, Catalogus, etc., p. 755.
157. Clemiont, 383: Meermann, 347.
160. Clermont, 355 ; Meermann, 356, 354 et 363; Leyde, Suppl. 177; Th. Phil-
lipps, 1614; Oxford, Mise. 217.
ICI. Clermont, 75; Meermann, 127; Oxford, Mise. 211.
-cve<'Cs».o-
LES
REGISTRES D'INNOCENT III
Le 5 janvier dernier, le prince Bandini-Giustiniani, au nom
de son ami le comte d' Ashburnham , a offert à Sa Sainteté
Léon XIII un des plus précieux manuscrits de la bibliothèque
d'Ashburnham-Place, qui va combler une lacune dans la série
des registres des papes. A l'occasion de cette réintégration, ména-
gée par les soins de notre illustre compatriote Son Em. le cardi-
nal Pitra, bibliothécaire de l'Eglise romaine, nous croyons
devoir donner ici une indication sommaire ' des six volumes par
lesquels le pontificat d'Innocent III sera désormais représenté
sur les rayons des archives du Vatican.
I.
Volume en parchemin, intitulé au dos : INNOC. III BVLLA-
RVM AN. I. IL TOM. 1. — 335 millimètres sur 226. —
217 feuillets plus 19 feuillets préliminaires.
Au haut du recto d'un feuillet de garde se lit une note à moitié
effacée : « Rubrice regestri domini Innocentii pape rubricate per
dominum Jo. de Neapoli. Cor[recte]. » — Cette note se rapporte
1. Je me suis servi des notes prises en 1876 aux arcliives du Vatican el dès
renseignements contenus dans les publications suivantes : Catalogue of the
manuscripts at Ashimrnham place. Appendix (London, s. d., in-4''). — P. A.
Munch, Oplijsnimjcr om det pavelUjc Archiv... udgivet afD' Guslav Storm
(Christiania, 1870, in-S"). — Traduction allemande de ce mémoire par le D' S.
Lœwcnfeld (Berlin, 1880, in-8°). — Les registres d'Innocent IV publiés par
Élie Berj^er (Paris, 188i, in-4"). — Un volume dxi registre d'Innocent Jll donne
à Sa Sainteté le pape Léon XIII par lord Ashburnham (article de M. Albert
Batlandicr, dans le Journal de Rome, du HJ janvier 1885).
sans doute à la table des rubriques des lettres contenues dans le
volume, table qui me paraît dater de la fin du xiV^ siècle, et qui
remplit les 19 feuillets préliminaires.
Le livre I occupe les fol. 1-144 (édition de Baluze, t. I,
p. 1-329), et le livre II les feuillets 145-216 (édition de IJaluze,
1. 1, p. 335-533). — Entre les deux livres, sur le fol. 145, est
cette rubrique : « Regestorum domini Innocentii beatissimi pape
tercii liber primus explicit. Incipit secundus. >^
En marge du même fol. 145, en caractères qui ne peuvent
guère être antérieurs auxiv'' siècle : « Jo. de Porta coplevit. »
Le dernier feuillet du registre, coté 217, contient les deux
serments que Baluze a publiés à la fin des lettres de la première
année {Epist. Innoc. III, 1. 1, p. 329 et 330), puis la constitu-
tion relative aux Juifs qui est dans le même recueil (t. I, p. 540).
La constitution a étéition de la lettre du 26 mars
1203, s'était assuré, au moment de l'expédition ou peu de temps
après, que le texte en avait été fidèlement enregistré, mais encore
que l'enregistrement avait eu lieu sur l'un des cahiers mêmes
qui forment aujourd'hui le tome II des Registres d'Innocent III
au Vatican.
III. Fol. 110-179 du volume actuel. Registre de l'année VII,
intitulé (fol. 110) : « Incipit liber septimus regestorum domini
Innocentiipapetercii. » Publié par La Porte du Theil, p. 441-650.
m.
Volume en parchemin, intitulé au dos : IN. III BVL. TOM. III.
— 365 millimètres sur 253. — 44 feuillets.
Le titre du volume nous est fourni par une notule inscrite au
haut de la première page, et qui devait être reproduite en
rubrique : « Regestum domini Innocentii tertii pape super nego-
tio Romani impei'ii. » — Publié par Baluze, t. I, p. 687-764.
IV.
Volume en parchemin, intitulé au dos : INNOC. III BVL-
LAR. AN. VIII. IX. TOM. IV. — 350 millimètres sur 240. —
147 feuillets, plus 12 feuillets préliminaires.
Le cahier préliminaire contient la table des lettres renfermées
dans ce volume. Au haut de la première page, on lit : « Rubrice
de annis VIII et IX Innocentii III, facte per G. Sanh'. Cor. »
Cette table peut avoir été dressée à la fin du xiv^ siècle.
Le corps du volume se compose des registres des années VIII
et IX du pontificat.
I. Les fol. 1-67 sont occupés par les lettres de la huitième
année : « Regestorum domini Innocentii pape III liber octavus
incipit. »
Au haut du premier feuillet, en caractères du xv siècle, se lit
le nom : « N. de Palma. »
Ce huitième livre a été publié par La Porte du Theil, p. 651-836.
89
IL Sur les fol. 68-140 sont les lettres de la neuvième année :
« Regestoruni doraiiii Innocentii pape III nonus liber incipit. »
— Publié par La Porte du Theil, p. 837-1062.
IV BIS.
Volume en parchemin, intitulé au dos : INNOC. REG. A. X.
XL XII. — 14 pouces sur 11. — 132 feuillets, plus 17 feuillets
préliminaires et plus quelques feuillets blancs.
En tête du manuscrit, table ajoutée après coup.
Sur le fol. 1 commence le registre de la dixième année. Au
haut de ce feuillet, le nom de « Balduynus Nolun. »
Au fol. 46 commence la onzième année, et au fol. 90 la dou-
zième. — Sur ce feuillet se lit la note : « Willelmus Scufer (ou
Scofei), Gonstantiensis diocesis, scripsit xilibrum. »
Les livres X, XI et XII ont été publiés par lialuze, t. II,
p. 1-404.
V.
Volume en parchemin, intitulé au dos : INNOC. III BVLLA-
RII AN. XIII AD XVI. TO. V. — 420 millimètres sur 292. —
168 feuillets.
Ce volume, exécuté au xiv"^ ou au commencement du xv" siècle,
est la copie des registres des années XIII, XIV, XV et XVI du
pontificat d'Innocent III. A l'origine, il ne devait pas faire partie
de la série officielle des archives du Vatican. Sur les feuillets de
garde du commencement et de la fin, on lit ces mots, écrits- en
lettres du xv« siècle : « A lo ill° et r""" car" de Medize; » il doit
s'agir ici de Jean de Médicis, créé cardinal en 1489, et qui fut
depuis le pape Léon X.
Voici le titre de chacune des divisions du volume :
Fol. 1. « Incipit tertius decimus liber regestorum domini Inno-
cencii pape anni XIII. »
Le livre XIII se termine, au bas du fol. 44 v°, par les mots :
« Ministravit et nunc divina disponente clemencia, >^ lesquels
appartiennent k une lettre du 18 février 1211 (n° 4181 de Pot-
thast), laquelle a été publiée sans lacune par Baluze, t. II, p. 505,
comme formant la dernière pièce du livre XIII.
90
Fol. 45. '< Incipit quartus decimus liber majorum registrorum
domiaii (sic) Innocencii pape tercii. »
Fol. 84. « Incipit quintus decimus liber regestrorum domini
Innocencii pape III. »
Fol. 135. « Incipit sextus decimus liber regestrorum domini
Innocencii pape tercii. » — La page qui nous offre ce titre a
reçu la notule : « Sygerus Nolini scripsit hune librum. »
Aujourd'hui, le dernier feuillet du manuscrit, coté 168, se ter-
mine ainsi : « Petro Sancte Marie in Aquiro diacono cardinali
apostolice sedis legato. Gum dilectus filius nobilis vir S. cornes
Montis Fortis vicecomitatum. » Ce sont les premiers mots d'une
lettre du 29 janvier 1214 (n° 4886 de Potthast), que Baluze a
publiée en entier comme formant le n° 170 du registre de la
seizième année, et à la suite de laquelle il a donné onze autres
lettres (n°' 171-182), aujourd'hui absentes du manuscrit du
Vatican.
L'édition que Baluze a donnée des livres XIII, XIV, XV et
XVI des lettres d'Innocent III est la reproduction d'une édition
publiée en 1635 par François Bosquet d'après un manuscrit qui
était alors conservé au collège de Foix, à Toulouse.
Cet exemplaire du collège de Foix, comme plusieurs autres
manuscrits du même établissement, venait du fonds des archives
pontificales que Benoît XIII avait fait transporter à Peniscola,
en Espagne, et dont le cardinal de Foix obtint la restitution vers
l'année 1429. Cet exemplaire est-il le manuscrit qui forme aujour-
d'hui le tome V de la série des registres d'Innocent III au Vati-
can? J'en doute, et j'ai plusieurs raisons d'en douter, tout en
ayant reconnu qu'il y a la plus grande analogie entre le texte du
ms. du Vatican et le texte du ms. jadis conservé à Toulouse ^
1° On ne voit pas comment un volume ajant appartenu au car-
dinal de Médicis serait venu au collège de Foix.
2° On ne s'explique guère comment le volume, qui est revêtu
d'une ancienne reliure en maroquin rouge, aurait perdu à la fin
du livre XIII et à la fin du livre XVI deux feuillets qui subsis-
taient du temps de lîosquet.
l. Dans le ms. du Vatican, en marge du fol. 28, on lit : « Isle littere fuerunt
rescriple et sic correple, postquam fuerunt bullate ambc. » — A l'endroit cor-
respondant du rns. de Toulouse, on lisait: « Iste littere fuerunt rescripte et sic
correple, postquam fuerunt ambe bullate. » (Baluze, t. II, p. 466.)
9^
3" Nous avons la preuve qu'il a existé du registre des aimées
XIII-XVI un exemplaire différent de celui qui est aujourd'hui au
Vatican. C'est à cet autre exemplaire que paraît se rapporter
une table écrite au xiv*" ou au commencement du xv"" siècle,
laquelle forme les fol. 29-52 du ms. latin 4118 de la Bibliothèque
nationale. Voici les divisions de cette table :
Fol. 29. <•< Incipit tercius decimus Uber regestrorum domini
Innocencii pape III anno terciodecimo.» Renvois aux fol. i-xxxiiii
d'un manuscrit.
Fol. 35. « Incipit quartus decimus liber majorum regestrorum
domiui Innocencii pape tercii. » Renvois aux fol. xxxviiii-lxvi
d'un manuscrit.
Fol. 40. «.< Incipit quintus decimus liber registrorum Innocen-
cii pape III. » Renvois aux fol. lxviii-cxvii d'un manuscrit.
Fol. 47 V. ^< Incipit sextus decimus liber regestrorum domini
Innocencii pape tercii. » Renvois aux fol. cxx-clxix d'un
manuscrit.
Si l'on compare les indications fournies par cette table avec
celles que j'ai données sur le manuscrit du Vatican, on consta-
tera que le nombre des feuillets consacrés à chacun des livres XIII,
XIV, XV et XVI n'est point le même dans le registre du Vati-
can et dans le manuscrit auquel se rapporte la table du ms. latin
4118 de la Bibhothèque nationale. En effet, on compte :
DANS LE MS. DU VATIC.\N : DANS LE MS. DONT NOUS AVONS LA TABLE :
Pour le livre XIII, 44 feuillets 34 feuillets.
Pour le livre XIV, 39 — 28 —
Pour le livre XV, 51 — 50 —
Pour le livre XVI, 34 — 50 —
Ces différences me paraissent significatives. .Je ne pousserai pas
plus loin l'examen de la question, et je laisse à d'autres le soin
de discuter si le manuscrit dont la table nous a été conservée est
celui qui se trouvait au xv!!"" siècle dans la bibliothèque du col-
lège de Foix.
On voit ce qui, sans parler du Regestutn super negotio
Romani imperii, subsiste au Vatican des registres d'Inno-
cent III : les années I, II, III en partie seulement, V-XVI. Les
92
lacunes portant sur l Cer-
dagne. Au milieu des combats qu'elles se livrent, une troisième
puissance nous apparaît, isolée, exposée au contre-coup de ces
guerres : les évêques d'Urgel. Ils ont la garde de vastes posses-
sions qui sont un appât pour l'ambition des seigneurs.
Cependant les comtes d'Urgel, appelés dans le sud par leurs
luttes contre les Sarrasins, sont moins à craindre pour les évêques.
Ils abandonnent peu à peu la partie septentrionale de leur comté
pour porter leurs principaux efforts contre les infidèles. Balaguer,
conquise sur les Sarrasins, devient leur résidence ; par une con-
séquence inévitable , ils voient leur autorité s'affaiblir dans le
nord de leur comté.
Les comtes de Cerdagne profitent de cette situation pour
essayer de se mettre à leur place et de se faire prêter hommage
par leurs vassaux. Plusieurs actes* nous font constater, au milieu
et à la fin du xi"" siècle, leurs envahissements progressifs. Ils ne
se contentent pas de s'attaquer aux seigneurs laïques ; les biens
importants de l'église d' Urgel excitent leur convoitise. Ils vont
jusqu'à exiger l'hommage de ses évêques ^
D'ailleurs les comtes d'Urgel ne sont pas non plus exempts de
reproches dans leur conduite envers l'église. Ils avouent eux-
mêmes leurs méfaits dans plusieurs actes de donation qui ne sont
au fond que des restitutions. Du reste, le droit qu'ils prétendaient
avoir au pillage des biens meubles et immeubles de tout évêque
défunt (droit auquel ils ne renoncèrent qu'en 1162^) laissait la
porte ouverte à toutes les usurpations.
1. Marca hispanica, < . 1096. — Archives d'Aragon, n" 193 de la collection sans
date de Ilairnond-Fîcrengcr I"'.
2. Marca hisp., c. 1150. ,
3. Baluze, Miscellanea. 111, jlp. 74-75.
00
Mais l'église d'Urgel avait encore à craindre d'autres ambi-
tions. Au-dessous des comtes d'Urgel et de Cerdagne, il ne faut
pas oublier leurs vassaux, prêts à imiter les usurpations de leurs
suzerains et non moins dangereux peut-être pour l'église, parce
qu'ils étaient, par leur proximité, plus k même de lui nuire. Les
vassaux du comte d'Urgel spécialement étaient plus à redouter.
L'amoindrissement du pouvoir de leur suzerain leur laissait une
plus grande liberté d'action.
Dans ces circonstances, les évêques comprirent que leur haute
situation morale ne pouvait suffire à garantir l'intégrité de leurs
possessions ; un défenseur leur était nécessaire. Il leur parut plus
avantageux de consolider leur autorité en la partageant avec un
seigneur laïque, que de s'exposer à la perdre tout entière. C'est
ce qu'ils firent pour l'Andorre, celui de leurs domaines le plus diffi-
cile à garder, en raison de sa position.
Mais sur qui leur choix allait-il se fixer? 11 pouvait tomber
principalement sur deux familles : celle des vicomtes de Castellion
ou celle des seigneurs de Caboet. La première fut écartée. Exa-
minons quels motifs firent choisir la seconde. La situation parti-
culière qu'elle avait vis-à-vis de l'église n'a pas dû être étrangère
à ce choix.
§ 2. Situation particulière des seigneurs de Caboet
VIS-A-VIS DES ÉVÊQUES d'UrGEL.
Et d'abord une partie des possessions de la famille de Caboet
touchait à l'Andorre : c'était la vallée de San Juan, le principal
de ses domaines avec la vallée de Caboet. Les seigneurs de cette
maison pouvaient facilement mettre à profit l'anarchie qui régnait
dans le comté d'Urgel, pour étendre leur autorité aux dépens de
celle de l'évèque. La prudence commandait donc à celui-ci de se
conciher cette famille et de s'en faire une amie plutôt qu'une
ennemie.
Peut-être aussi les seigneurs de Caboet s'étaient-ils distingués
par leur attachement à l'église d'Urgel, et avaient-ils ainsi mérité
ses faveurs ; il est permis de le conjecturer d'après la généralité
des actes passés entre eux et les évêques.
En tous cas, de graves raisons ont dû les faire préférer aux
vicomtes de Castelbon, envers lesquels une telle donation aurait
été impolitique. La Seo d'Urgel n'est séparée de Castelbon que
^oo
par trois heures de marche. Assise au milieu d'un cirque de mon-
tagnes, au confluent de deux rivières, la Sègreet l'Enbalire, elle
est le centre où aboutissent quatre voies de communication. La
première, la plus importante, conduit de la Seo à Puigcerda, en
suivant le cours de la Sègre ; la seconde réunit la Seo à Lérida
par Pons et Balaguer; des deux autres, dont l'importance est
secondaire, l'une va rejoindre le pays de Paillars en passant
par Castelbon ; l'autre enfin remonte vers l'Andorre, le long de
l'Enbahre. La Seo se trouvait donc dans une position ouverte.
La proximité des vicomtes de Castelbon, dont les domaines tou-
chaient ceux de l'évêque, constituait un danger permanent pour
l'église d'Urgel. Les évêques pensèrent qu'il était imprudent
d'avoir des défenseurs dont le secours pouvait facilement dégé-
nérer en oppression. Du reste, l'esprit querelleur dont les vicomtes
de Castelbon ont toujours fait preuve vis-à-vis de l'église d'Urgel
suffit à montrer que les évêques avaient eu raison de ne pas fixer
leur choix sur eux.
Nous venons de voir quand les seigneurs de Caboet acquirent
leurs droits sur l'Andorre et quelles raisons expliquent cette
acquisition ; passons maintenant à l'examen de quelques actes où
ils reconnaissent expressément la suzeraineté de l'égUse sur cette
vallée.
III. Suzeraineté de V église d'Urgel sur V Andorre prouvée
par les actes des seigneurs de Caboet.
Nous avons déjà parlé du testament de Guillaume Guitard de
Caboet (1110); premier document actuellement connu, où les
seigneurs de Caboet s'avouent vassaux de l'église d'Urgel pour
l'Andorre. Bornons-nous donc à le rappeler. Faisons cependant
remarquer l'esprit qui anime Guillaume Guitard vis-à-vis de
l'église. Non seulement il ne fait pas de difficulté pour se reconnaître
son vassal, mais encore il lui donne spontanément un certain
nombre de ses châteaux. Cet esprit sera celui de plusieurs de ses
successeurs, comme on le verra plus loin. Rappelons aussi l'acte
de 1150, par lequel Miron Guitard de Caboet reconnaît que son
père, son aïeul et ses prédécesseurs ont tenu l'Andorre de l'évêque
et que ses successeurs doivent en faire de même. Durant les qua-
rante années qui séparent ces deux documents, on ne trouve
aucune trace de dissentiment entre les seigneurs de Caboet et
101
l'église. Mais, à ces époques si profondément agitées, la paix ne
pouvait durer toujours ; des discussions allaient s'élever au sujet
de l'Andorre, entre plusieurs membres de la famille de Caboet,
jusque-là si soumise à l'église. Toutefois la suzeraineté des évêques
d'Urgel n'en reçut aucune atteinte ; elle acquit au contraire dans
la lutte une consécration nouvelle.
C'était en 1156; Raimond de Caboet, fils de Miron Guitard,
dont nous avons parlé plus haut, n'avait point d'enfants. Il vou-
lut profiter de cette situation pour signaler sa piété envers l'église
d'Urgel. Il laissait, il est vrai, un frère, Arnaud, son seul héri-
tier, qui était jaloux de ces faveurs et s'y opposait de toutes ses
forces. Ce fut en vain, Raimond persévéra dans ses projets, et,
par un acte du mois de mai delà même année^ il donna à l'église
les vallées de Saint-Jean et de Caboet, en stipulant que son frère
Arnaud les tiendrait d'elle comme vassal. Il alla même, tant ses
intentions étaient arrêtées, jusqu'à faire à l'évêque d'Urgel la
cession complète de ce qu'il tenait de lui en Andorre, si
Arnaud se refusait à passer par les conditions qui lui étaient
imposées.
C'était parler sans ambages et affirmer d'une manière caté-
gorique la suzeraineté de l'église d'Urgel.
Aussi cet acte a-t-il une importance capitale dans la suite des
relations de la maison de Caboet avec l'église. Cette donation fut
en efîet la cause de toutes les difficultés qui surgirent plus tard
entre les évêques et les héritiers de la famille Je Caboet; Arnaud,
vicomte deCastelbon, et, après lui, les comtes de Foix subissaient
avec impatience la suzeraineté de l'évêque d'Urgel; plus d'une
fois ils cherchèrent à s'en affranchir. Cependant les droits de
l'église étaient évidents, puisque Raimond de Caboet lui cède,
dans les termes les plus formels, la propriété des vallées de Saint-
Jean et de Caboet, pour n'en conserver à sa famille que le fief.
D'autre part, il est impossible d'affirmer plus clairement que ne le
fait Raimond les droits de l'église sur l'Andorre. Les documents
postérieurs ne sont pas moins significatifs.
Arnaud de Caboet, d'après l'acte que nous venons de citer,
voyait de mauvais œil les générosités de son frère. Aussi il ne
recula pas devant la violence pour changer la situation. Il lui
enleva tout ce qu'il possédait (et même jusqu'à son cheval, ajoute
1. Archives d'Urgel, Carlulaire, vol. I, n" 934.
i02
l'acte, alors qu'il ne restait plus autre chose à Raimond) et l'ex-
pulsa de sa demeure sans ressources et gravement malade. Rai-
mond n'en resta pas moins inébranlable dans sa détermination ;
les mauvais traitements d'Arnaud le dispensèrent de tout ména-
gement à l'égard de ce frère ambitieux et dénaturé. Nous en
avons la preuve dans son testament' (18 juin de la même année).
Il ne laisse à Arnaud les vallées de Saint-Jean, de Caboet et
d'Andorre qu'à la condition expresse de les tenir de l'évêque.
Au cas où son frère refuserait de se reconnaître vassal pour les
vallées de Saint-Jean et de Caboet, il le déshérite entièrement à
cause de son ingratitude, de ses violences, et de son désir d'arra-
cher à l'église les aumônes qu'il veut lui faire. En prévision de
cette éventualité, Raimond divise subsidiairement ses biens entre
l'église d'Urgel et son neveu R. de Eveg. L'église aurait la pleine
et entière propriété de l'Andorre, de même que celle de la moitié
des vallées de Saint-Jean et de Caboet que Raimond s'était réser-
vée ; la seconde moitié de ces vallées formerait la part de son
neveu R. de Eveg, pour la tenir en fief de l'église.
La portée de cet acte ressort d'elle-même. On le voit, Raimond
de Caboet, quoique obsédé par son frère, ne faiblit pas un instant.
R aurait pu sacrifier au désir de la paix et condescendre aux
injustes prétentions d'Arnaud; loin delà, au milieu de persécu-
tions de tout genre, il afiirme bien haut et accroît même les droits
de l'église.
Les querelles que Raimond de Caboet avait prévues ne se réa-
lisèrent que trop. Arnaud ne voulut pas se soumettre aux condi-
tions imposées par son frère, il entra en vive contestation avec
l'évêque. Celui-ci de son côté maintint énergiquement les droits
de son église et ne craignit pas de soutenir une guerre contre son
vassal rebelle. Il est probable que le début des hostilités coïncida
avec la mort de Raimond, qui n'est pas elle-même fixée d'une
manière positive. En tout cas, on constate qu'en 1159^ (2 juillet)
Arnaud cherchait à se créer des alliés contre l'évêque d'Urgel,
car à cette date il passa un accord avec Pierre de Saint-Jean et
ses frères. Il y fut arrêté que les châteaux d'Arts et d'Aous (dans
la vallée de Caboet) seraient possédés par Pierre de Saint-Jean,
et celui de Saint-Jean par Arnaud de Caboet. Les deux parties
1. Archives d'Urgel, Carlulaire, \'ol. I, n» 935.
2. Archives nalionales, J. 879, n° 18.
103
devaient jouir en outre, par moitié, des droits de leurs parents sur
l'Andorre; alliance bien éphémère, car trois jours après' (5 juil-
let), l'évêque d'Urgel parvenait à la rompre par la ligue qu'il
faisait avec le même Pierre de Saint-Jean et ses frères. Les deux
parties promettaient de s'entr'aider contre Arnaud de Caboet;
Pierre de Saint-Jean et ses frères s'engageaient à être les hommes
de l'évêque, s'ils parvenaient à s'emparer de la vallée de Saint-
Jean.
Privé de cet appui, Arnaud de Caboet ne pouvait longtemps
continuer la lutte ; il courait le danger de perdre entièrement ses
domaines. Il le comprit et se hâta de traiter avec l'évêque d'Urgel.
Le 19 juillet de la même année"', un arrangement fut conclu entre
le vassal et le suzerain. L'acte où il est consigné est caractéris-
tique et décisif dans l'étude des origines de la question d'Andorre.
C'est la justification officielle, la reconnaissance publique de la
suzeraineté de l'église d'Urgel sur l'Andorre. Elle a lieu en pré-
sence des personnages les plus considérables du pays, La soumis-
sion d'Arnaud est garantie par leur intervention. Le comte de
Paillars, par sa présence et la part qu'il prend k la réconcihation
d'Arnaud , les hauts personnages par leur signature , qu'ils
apposent au bas de l'acte, témoignent solennellement que la
suzeraineté de l'église d'Urgel sur l'Andorre est un fait de droit
public. Le document est du reste écrit dans les termes les plus
explicites.
Arnaud vaincu s'en remet à la miséricorde de 1 évêque. Celui-ci
consent, par bonté, à lui rendre la propriété des vallées de
Saint-Jean et de Caboet, ainsi que le fief de la vallée d'Andorre,
mais après avoir déclaré retenir sur tous ces domaines son pleii}
et entier droit de suzeraineté.
Toutes les obligations du fief devront donc être remplies par
Arnaud. Elles y sont énumérées. Ce seigneur prête un serment
spécial, inséré dans l'acte, pour jurer l'observation de ces con-
ventions. L'évêque veut bien, de son coté, offrir quelques adou-
cissements à l'amour-propre blessé d'Arnaud. Il lui fait diverses
donations, dont la principale est du quart de la dîme du pain et
du vin dans la Seo, ainsi que d'une maison située dans la même
ville. Arnaud prête un second serment et fait en outre jurer l'ob-
1. Archives nationales, J. 879, n° 17.
î. Archives d'Urgel, Carlulaire, vol. I, n' 936; voy. ci-après.
servation de cet accord par deux hommes de chaque ville des
vallées de Caboet et de Saint-Jean. On fixe de plus que les suc-
cesseurs d'Arnaud devront prêter et faire prêter le même serment
de fidélité. Enfin viennent les signatures des témoins. Arnaud,
comte de Paillars, appose la sienne k la suite de toutes les autres,
pour bien montrer qu'il couvre cet accord de sa protection spé-
ciale.
Il est inutile d'ajouter à ces actes de longs commentaires. Nous
laissons au lecteur impartial le soin de tirer les conséquences qui
en résultent. Préoccupé uniquement du côté historique de la ques-
tion, nous avons voulu seulement exposer les faits tels que les
actes les présentent, et montrer comment les relations des comtes
de Foix avec les évêques d'Urgel sont la suite des rapports de
leurs prédécesseurs avec cette église.
Ch. Baudon de Mony.
Conveniencia facta inter Arnalldum de Cuhoez. et episcopum JJrgel-
Lensem super valle Sancti Johannis et valle de Caboez et aliis.
Noticie cunctorum, tam presentium quam futurorum, tradere
volumus qualiter fuit olim magna ac diulurna altercatio inter dom-
num B. Urgellenscm episcopum et Arnalldum de Gaboez de valle
Sancti Johannis, cum pertinenciis suis, quam predictus episcopus
jurls béate Marie esse constanter affirmabat, tum donacione Guil-
lelmi Guitardi, patrui predicti Arnalli, qui prefatam vallem béate
Marie, in testamento suo, reiiquid [sic) , tura etiam assertione ac dona-
cione R. de Gaboez, primogenili fralris predicti Arnalli, qui prefatam
donacionem Guillehni Guitardi concessit et innovavit, et insuper
vallem de Gaboez, cum omnibus ad eandem pertinentibus , cum
feuddo episcopali vallis Andorre, huic donacioni adjecit. et in pro-
pria dominicaluram [sic] béate Marie dimisil. Jam dictus vero
Aruallus de G^aboez omnes allegaciones ac ruciones venerandi ponti-
licis verissimas esse cognoscens, habito consilio nobilis viri Arnalli
Palariensium comilis et aliorum amicorum hominumque suorum,
liljcnti aiiimo et sponlanea voluntate posuit se in causimentum
dompiii Bcrnardi predicti episcopi ac promisit se de hoc stare suo et
honiinio ac juramento firmavit, sicut in sacramentali continetur ',
1. Le scrihc ;i dû omeltrc ici un membre de phrase avec episcopus comme
sujet.
non esse bonuni causimentum si euiidem Arnallum proprielalo locius
honoris privaret, per jjonum causimentum, in conspcclu jam dicli
principis et multorum tani clericorum quam laicorum, dédit ei et
postei'itati sue proprietatcm predictarum vallium, cum feuddo vallis
Andorre, et retinuit in hoc tolo integrum soiniorinum per onmia, eo
quidem tenore et ordine conservalo ut jam dictus Arnalldus et poste-
ritas sua, iratus sive paccatus, donet polestatem de omnibus cas-
tellis que sunt vel erunt infra terminos predictarum vallium, scilicct :
de Tor et de Sevicz et de Arts et de Castel Podoll, et de Drogo et de
omnibus aliis, si qua forte infra terminos carundem vallium modo
sunt vel erunt, predicto episcopo et successoribus suis, omni tem-
pore, per ([uantas vices ipsi requisierintab eo, per se vel per nuncios
suos, sine contradiccione et malo ingenio et faciat seguimentum ipse
et oranes homines predictarum vallium, cum illo et sine illo, quando
episcopus vel nuncius suus eis mandaverit, usque in montem Bouet
super Arau versus Palariensium terram ; ab ipso monte Bouet usque
in monasterium de Gerrc scis Ilumen Nogera; a monasterio aulem
de Guerre usque in Pluvinos, exinde vero usque in Tuxen^ a villa
Tuxen usque in caslellum Sancti Martini in Barida, ab ipso kaslello
usque in capud vallis Andorre, cum eorum armis et cibo. llabeat
etiam canonica béate Marie in villa de Arts unum hominem in domi-
nicum, videlicet et mansum de Guillelmi Selvani, cum omni censu
ac redditu quem facere débet j in villa Seviz, mansum Arnalli Pétri,
cum omni servicio quod facere débet ; in villa Aos, mansum Mironis
Arnalli ; in villa Tor, mansum Johannis Isarni cum omni servicio
quod facere debent, ita quod sint liberi ab omni exactione predicti
Arnalli et bajulorum suorum omni tempore. In bajuliis autcm quas
episcopus habet in villa Asnurre sive in mansis quos beata Maria
habet in valle Ergolel, sive in valle Sancti Johannis, non faciat
Arnallus vel bajulus suus vel saio ullas toltas sive ullas forczas sed
habeat sancla Maria liberum et quietum. In ecclesiavero béate Marie
Organiani non faciat predictus Arnallus inmoderatum adempramen-
tum, contra voluntatem domni episcopi.
Sicut superius scriptum est, sic ego Arnallus de Gaboez, sponta-
neus et absque omni cohaccione, reddo atque redirigo, dono atque
concedo béate Marie et domno meo B. Urgellensi episcopo et succes-
soribus suis, in perpetuum, totum predictum honorem, cum omni
integritate et accipio pei- manuni ipsius et omnium successorum
suorum, per fevum, hec omnia suprascripta, scilicet : vallem Sancti
Johannis ac vallem de Gaboez, cum omnibus castellis ac villis seu
106
vilariinculis que ibi suiU vel erunl et cum omnibus ad easdeni vallcs
pertinenlibus, ita quod ego el posteritas mea donemus potestatem de
omnibus castellis que sunl vel erunt in predictis vallibus episcopo el
successoribus suis, omni lenipore, sicut superius scriplum est, et
faciemus prenominatum seguimenlum sine dilacione. Trado etiam
in [)oleslatem beale Marie cl in dominium suum, presencialiter,
lolum predictum honorem el cannonice ipsius mansos prenominatos.
Convenio insuper per me et per omnem meam posleritatem quod, in
bajuliis quas episcopus habel in villa Asnurre et quod in mansis
quos chanonica beale Marie habet in villa de Ergolell et in valle
Sancli Jobannis, non faciam ullas toltas vel ullas forczas, ego vel
bajulus meus. In ecclesia etiam béate Marie de Organiano non faciam
ulluni inmoderalum adempramenlum contra volunlatem episcopi.
Reddo etiam , presencialiter , cannonice béate Marie castrum de
Gonarbal, quod pater meus ei dimisit in testamento suo, ad haben-
dum et possidendum cum omnibus sibi pertinentibus. Sicut superius
scriplum est, sic ego Arnallus de Gaboez convenio el propria manu
juro et omnem posleritatem meam episcopo et successoribus suis
jurare inslituo, quod aixi o tenrre et o atendre fedelment per Deum
et hec sancta. Ego vero Bernardus prenominatus episcopus, cum
consilio kannonicorum Sedis, dono libi Arnallo et posteritati tue
quarlam partem tocius decimi ville Sedis, tam panis quam vini, el
unas mansiones in eadem villa Sedis. Addo etiam huic donacioni
pernas duas in villa Archavell ac reddo libi dominicaluram illam
quam avus tuus ibi habebat. Dono insuper libi et posteritati tue
duos receptos quos habeo in villa Bescharan de duobus porchis et de
pane el vino et civada que pertinent ad ipsos receptos. Addo ad huic
donacioni quod tu et posteritas tua habeas potestatem in Bescharan
et comendo libi ipsum seniorem qui tenel per me Bescharan, ut donel
tibi et posteritati tue potestatem de Bescharan, salva fidelitate mea
et successorum meorum, et habeas seguimenlum in hominibus ejus-
dem ville sive in hominibus de Archavel, usque ad lerminos superius
diclos in seguimenlo luorum hominum, quando tu eis mandavens
per le vel per nuncios tuos. Si forte in villa Archavel fuerit fadum
kaslellum in anlea, habeas ibi potestatem tu et posteritas tua, salva
fidelitate mea el successorum meorum. Si quis hoc everlere lempta-
verit, tam episcopus quam clericus, sive alius homo vel aliquis de
postcritatc tua, non valeat hoc vendicare sed induplo componat, et
hec scriplura lirma semper permaneat. Et, ul nunc el in evum hoc
firmiter tenealur, juro ego Arnallus prescriptus hoc propria manu
107
et facio lioc idem jurarc duos homines in unaquaque villa val lis
Sancti Johannis. In villa Arls juranl lioc Pelrus Martini et Ponlii
per omnes alios. In villa Seviz, Miro Pelri el Pelrus lilius Rainiundi
Pétri per se et per omnes alios. In villa Aoss jurant hoc Arnallus
Berengarii et Arnallus Ruf per se et per omnes alios. In villa Tor
jurant hoc Miro Miro (sic] et Guillclmus Guillelmi per se et per
omnes alios. Isti onnies jurant quod Arnallus allendat hoc fideliler
quod superius scriptum est. Similiter omnis posteritas Arnalli de
Gaboez juret hoc idem episcopo et successoribus suis et faciat hoc
jurare duos [sic] melioribus hominibus uniuscujusciue ville vallis
Sancti Johannis. Actum esthocannoab Incarnacione Domini G. LYIIIl.
post millesimum, x" iiii" kalendas Augusti. S. Bernardi Urgellensis
episcopi. S. Arnalli de Gaboez. S. Bernardi prioris. S. Guillelmi
sacriste. S. Pétri Guillelmi archidiachoni. S. Pontii archidiachoni.
S. Arnalldi archidiachoni. S. Berengarii archidiachoni. S. Raimundi
archidiachoni. S. Guillelmi capiscole. S. Magistri Guillelmi. S. Rai-
mundi Guitardi. S. Raimundi Sancle Eulalie. S. Raimundi Chera.
S. Raimundi operarii. S. Guillelmi de Stamarich. S. Arnalli de
Sancto Stephano. S. Pétri Girberti. S. Raimundi Guillelmi. S. Guil-
lelmi de Alb. S. Raimundi de Autes. S. Pétri de Eveig. S. Bernardi
de Erill. S. Raimundi de Portella. S. Montancrii de x\.ssua. S. Ber-
nardi archidiaconi de Mosset. S. Raimundi capellani de Gardona.
S. Bernardi de Saga. S. Guillelmi de Ovez. S. Bernardi hajuli ville
Sedis. S. Pétri Martini de Arts. S. Pétri Pontii qui hoc propria manu
juravimus. S. Mironis Pétri de Sevicz. S. Pétri qui hoc propria manu
juravimus. S. Arnalli Berengarii de Aos. S. ArnaUi Ruf qui hoc
propria manu juravimus. S. Mironis Pétri de Thor. S. Guillelmi
Guillelmi qui hoc propria manu juravimus.
-|- Sig...num Arnalli Palariensis comitis.
Ferrarius Levita scripsitet hoc signum (s. manuel)
fecit anno et die quo supra.
**f*=
RAPPORT
A M. LE MINISTRE DE LINSTRUGTION PUBLIQUE
SUR
UNE MISSION PHILOLOGIQUE A VALENCE
( Suite \)
APPENDICE 1.
TRADUCTION CASTILLANE DU a LIBRE DE LES DONES »
Par D. Lore:vzo Matheu y Sam.
Cette traduction, dont l'unique manuscrit connu est conservé à la
Biblioteca Nacional de Madrid (Collection Bœhl de Faber) , n'a jamais
été consultée par les éditeurs ou les commentateurs du Libre de les
dones; les bibliographes les mieux informés même n'en parlaient
que d'ouï-dire : « Nous ignorons si elle est en prose ou en vers, »
écrivait Xi mono vers le milieu du siècle dernier 2. Aussitôt que je
fus informé de son existence à Madrid, par la publication du cata-
logue des manuscrits de Bœhl de Faber acquis par la Biblioteca
Nacional-*, je me berçai de l'espoir que celte version, due à un juris-
consulte éminent, à un Valencien très versé dans l'histoire des insti-
tutions et des coutumes de son pays, me serait d'un grand secours
pour l'intelligence du texte original de Roig, résoudrait bien des dif-
ficultés qui m'avaient jusque-là arrêté; je priai donc un des plus
1. Voyez le volume précédeiil, p. 615.
2. Escrilores de/ regno de Valencia. Valeuce, 1749, t. II, p. 85.
3. Rbvisla de urcliicos, bibliotecas y îiiuseos, 1. IX, p. 233.
10!)
inlt'llii.'LMiLs employés de la section des manuscrits a la Nacional de
.Madrid ' de m'en faire une copie complète. Si mon espoir n'a pas été
entièremenl déçu, je dois dire cependant que le travail, assurément
fort méritoire, de Matlieu y Sanz ne répond que d'une façon assez
incomplète à ce qu'on en pouvait attendre. Le traducteur a eu la
fâcheuse idée d'adopter le mode de versification de son modèle ; il a
dû ainsi sacrifier souvent le fond à la forme; parfois il paraphrase,
parfois il abrège; tantôt il lui arrive d'être aussi obscur que l'auteur
qu'il traduit, tantOt il est trop clair, parce qu'il ne traduit pas et
passe à côte de la difficulté. Néanmoins, cette version n'est pas inu-
tile-, incontestablement elle éclaire certains passages, explique en
particulier les allusions assez nombreuses au droit coutumier de
Valence : les futurs commentateurs du Libre, de les doues feront donc
bien d'y recourir.
Le manuscrit de cette traduction est un volume sur papier, de
230 feuillets d'une écriture du xvii«= siècle, qui porte ce titre : « Libro
de los consejos del Maestro Jaime Roig, poeta valenciano. Escribiôle
en lengua lemosina y yo le traduxé para que mis hijos le puedan
entender. En Madrid, aûo de 4665. Don Lorenzo Matheu y Sanz,
caballero de la orden de 3Iontesa, del Consejo de Su Mag'^ y alcalde
de casa y corte. » Suit un avis au lecteur que voici : « Al lector.
Haviendo leido con cuidado este poema, sin embargo de tener algun
conocimiento de la lengua valenciana lemosina, por haver trabaxado
no poco en el estudio de los fueros escrilos en ella, y otros papelcs
antiguos, que huve de rebolver quando escribi los tomos de Régi-
mine-, reconoci la dificultad de percibir losconcetos que, por sutiles.
aunquc estubieran en lengua vulgar, necessitavan de mucha espe-
culacion. Conoci juntamente que es el libro un tesoro inestimable
por los documentos que. disfraçados en lo burlesco de su composi-
cion, contiene esta obra. Y porque mis hijos no carezcan dellos,
détermine traducirle los ratos que havia de emplear en divertirme
de la tarea de mis ocupaciones.
« Procuro seguir el métro del autor, sin apartarme de sus sentencias,
aunque, para explicarlas, muchas vezes hc necessilado de anadir algu-
nos versos, y otras, de poner asonantes, porque los consonantes
eran imposibles en lengua castellana. Verdad sea que el autor usa
repetidas vezes desta misma licencia. ïambien dexo algunas locu-
1. D. Antonio Paz y Melia.
2. Traclatus de regimine Vulenti-ie. Lugduni, 1704.
no
clones en su nallva gramâlica, por no desquiciar los periodos. Grec
que se ha logrado mi desvelo ; por lo menos, en que la suslancia
quede facil de enlender ; que el igualar la obra es imposible, como
acaeze en lodas las traducciones. Tiene algunas cosas que en la can-
didez del tiempo en que escribiô pudieran tolerarse ; mas hoy no se
pcrmitieran imprimir, como quando escribe de las religiosas, cuyo
esLado se deve tanto respelar ; y lo que dize délias, se ha de entender
ser ficcion poética, como la fabula de la muger, que, sin fundamento
de verdad, escrive llegô al Ponlificado ^ , pues como â tal, el Expur-
gatorio la exterminô de los libros catélicos. Con esta advertencia
pido se lea, someliendome en todo â la censura de la iglesia. Vale. »
Pour donner une idée de cette traduction, j'en transcrirai deux
fragments. D'abord la première partie du livre I : « Primera parte
de la ninez, estando con su madré. «
Dios ayudando,
y començando
mi espejo y norma,
sigo la forma
del abreviar.
Quiero dejar
ya mi ninez ;
y de una vez
mi juventud
en servitud,
desheredado
y desterrado
miseramente,
mis mas de veinte
anos majores,
con mil sudores,
riesgos, trabajos,
heridas, tajos,
mi mal pasé,
lo que empecé
muerto mi padre.
Kl con mi madré
poco viviô.
Nadie los viô
juntos comer
ni alago hacer,
jamas reir.
Su mal vivir
ô mala suerte
le diô la muerte
con ciertos maies,
no digo quales,
pues no es bien quadre,
siendo mi madré.
El quedô ético
y al fin frenético,
moço muriô.
No me quedô
florin ni argento,
que el testamento
fué â gusto délia,
por su querella
segun lo quiso,
pues Uamar hizo
â el escribano,
que era paisano,
su confesor
fuo executor
testamentario ^,
sin inventario
1. L'histoire de la papesse Jeanne, voir éd. Briz, p. 121.
2. Cf. l'original : « Ella hi volgué Un seu notari, E lo vicari, Son confesor,
Fon inarrnessor E legatari. » (Ed. Briz, corrigée, p. 12.)
m
lie su caudal,
univprsal
quedo horedera.
De mi que era
ûnico hijo,
segun colijo,
la hizo tutora
y curadora;
mas no importava,
que un real montava
la particion
de mi porcion,
manda y legado.
Ya publicado
su testamento,
en un momento
me despidiô ;
no me vistiô
nada de luto,
seco y enjulo
me arrojô fuera ' ;
alaja entera
no me dexô,
mas me arrojô
luego de casa,
con mano escasa,
bien alinado,
de un pié calçado,
descalço de otro,
bien como potro
ô cachorron 2,
roto el jubon,
Ueno de harapos,
con pocos trapos
y sin camisa.
Dixo a su guisa :
« Vé donde quieras,
buscate borteras
para la sopa.
Lleva tu ropa,
agora cena,
manana ordena
bien la jornada
por la ostacada ^ ;
sino al instante
del mar vergante
te havrâs de hacer;
ô bas de traer
linterna en ronda;
ô barbas monda;
hazte barbero,
que, plazentero,
canta canciones,
mudando sones,
con las tigeras
horas enteras :
bien ganarâs.
si querrâs
hacerte obrero
de tinturero,
con real y medio
tendras remédie.
0, si no, herrero;
pero escudero
si ser querrâs,
bien pasaràs.
Toma advertido
qualquier partido,
cama ni mesa,
aunque me pesa,
darte no puedo.
Pierde tu miedo,
tenlo por dicho,
que no es capricho.
1 . « Lo llaviol Tragui sens cera. » Matlieu n'a i)as traduit flaviol, proprement
M une petite llùte. » Mais dans quel sens ce mot est-il pris ici r
2. Ces deux vers sont ajoutés.
3. « Dema caniina A la biogina » (p. 12). Le mot broyina ou brugina sif^nifie
« filet de pAche. » Voir Du Cange, s. v. broginus, brugina, bruginus. Matheu le
traduit plus loin (éd. Briz, p. Iû4a) par murovia. A la p. 92a, on trouve brugine's
(bruginers), que Matheu n'a pas traduit. Cf. dans le Procès de les olives (éd.
1877), p. 43 : « Curau de la xarcia de la brogina. »
112
Cuenta no hagas
que en mi halles pagas ;
manos, pies tienes,
busca Ventura. »
La desventura
presto me hallô,
pues me cogiô
grave accidente.
Madré ô pariente
no me acogieron,
jamas prisieron
por mî puchero.
Fui me primero
con tanto mal
al hospital
que es de Enclapés.
De noche pues
la hospitalera,
falsa embustera,
con su criada,
en la posada,
hasta el angeo
del jubon feo
me escudrifiaron,
como no hallaron
maraved!,
dicen asî :
« Oy dormireys,
manana ireis
a mendigar,
que no bastar
la renta puede,
el gasto excède
del hospital.
Ya no hay caudal
para acoger
ni disponer
camas ni curas
a las locuras
de tanto pobre,
ya no hay que sobre,
para las amas,
no bastan camas.
No Iraeis taza
ni calabaza,
boisa ni cuero.
En un puchero
agua tendreis,
sal, fuego havreis
y habitacion;
pan ni racion,
si deseais,
que lo traigais.
Pero Dios quiso
que mancion hizo
corta terciana.
Una semana
bledos comi,
berzas y asi
mucha ensalada ;
carne guisada
jamas probe.
El mal se fué,
dejé la cama,
y la vil ama,
convalecido,
me diô el vestido.
Luego sali,
a pié me fui
solo, cual uîia ^,
a Gataluna.
Un cavallero,
gran bandolero,
de buen linage,
me hizo su page.
Con él vivi
hasta que fui
hombre ya hecho.
Él, satisfecho,
nada perdia -.
Alli aprendia
a bien servir,
1. Ms. (le Rome c En Catalunya Hon fiu ma punya » (littéralement o où je
fls mon effort, mes premières armes »). Les éditeurs (Briz, p. I3b) : « Segumt
forluna En Catalunya. » Mais ces vers ne riment pas.
2. « Ab l'hom discret Temps no hi perdi. » Briz, p. 13b.
U3
armas scguir.
ser picador
y caçador ' ,
de cetreria,
albeiteria,
tafier, hailar,
hasta contar
él me ensefiô.
Caro costô
tanto saber,
que la muger
de aqueste tal
me quiso mal
sin culpa mia.
Ella ténia
hijo gentil,
mas femenil,
porque de gallo,
ir â caballo,
ni de varon
no ténia acciou,
que le guardava
y apartava
del riesgo fixo,
con que hizo el hijo
afeminado,
açucarado,
nino menique,
todo alfanique
y peladillas,
hecho â rosquillas,
tan mal criado,
como inclinado
â su querer.
Viole mover
inutilmente,
y claramente
yo aventajarme;
quiso matarme
la cavilosa,
vieja ombidiosa,
sembrava halilillas,
chismes, rcncillas
con ficcion.
A traicion,
cuando dormia,
su hijo venia -
con un tcrciado
por su mandado
para matarme.
Al contemplarme
tuvo temor,
hize rumor,
movime luego.
Dixo ser jucgo,
que se burlava,
aunque intenlava ,
no lo logrô
ni me tocô,
ni supo hazer
otro que ser
de papel hombre ;
mas, porque asombre,
me puso mal
con quexa igual
y loco error
con mi senor
fiero y sangriento.
Con juramento
él afirmava
que yo intentava
lo que él hacia.
Mi amo que via
bien claramente,
por ser prudente,
que era mentira,
y que su ira
fué inbidia indina,
con la pretina
le santiguô
1. Après ce vers, le ms. du Vatican en a six qui mauciuent aux éditions :
« Dels bons dels règnes Bona manregnes, Peu y suerons, De lots falrons, Ili
d'esparver, Ginet, coser. »
2. Il faudrait le parfait rino, mais le traducteur a été contraint par la rime
d'employer l'imparfait.
114
y le encerrô '
dentro el castillo.
Tiemblo al dezillo.
El sabio viejo
me diô consejo
que me partiese
y me veniese.
Vine en ei'eto
con tal decreto
por mi salud
en un laud
de Vizcainop,
y los vecinos
me conocieron ;
todos tuvieron
grande contento,
viendo mi aliento,
mi garbo y talle,
gustô la calle
de mi venida.
Desconocida
halle la casa ;
estava rasa
y despejada
como robada.
Mi madré vi,
mas adverti
no me acatava
ni se alegrava.
Quise alli entrar,
mas reparar
en mi no quiso,
ni caso hizo
mas que a un canario
ô perdulario,
cautivo estrafio ;
con un tacano
no hiciera mas,
y con compas
de dar rehenes •*,
y sus desdenes
algo volviô
y me mirô
de mui mal ojo.
Dixo : « Piojo,
pasa adelante,
y en un instante
sin convidarme
ni aun asentarme,
me despidiô
y advirtiô
îuego me fuese,
que no me viese
alli el sefior.
Con escozor,
« Quien ? » pregunté.
Dixome : « Que,
loco perdido?
es mi marido,
que a tu despecho
mi Dios lo ha hecho,
y es mas honrado
que no el menguado
del padre tuyo,
mejor le arguyo
y mas valiente.
Vête, inocente ! »
Luego me fui
1. Le ms. du Vatican a cette leçon : « Veu clarament Qu'era falsia Com la
iiiovia La soranueia, Ab sa correia Fort la feri E la servi He de liviujades
L'usquena nsudes lie (el'{) U. tasia He la tança (ces quatre derniers vers
manquent dans les éditions) Ens son caslell. » — L'éd. de 1531 a de même « la
movla » et « la tança; » tandis que Briz, p. l'ib (et sans doute aussi les édit.
de 15G1 et de Ros) ont deux fois lo. U est évident que la pn-inièrc leçon est la
bonne; c'est à la mère et non pas au fils que l'ut inltigce la punition.
2. Canari. Briz (p. 15a) a contrari.
3. Au lieu de ces quatre vers, le texte original a seulement : « Ab sos desde-
nys Poch se gira. » Je no sais ce que veut dire Matheu par : « Y con compas
de dar rehenes. »
U6
y me escondi,
mas por mi honor
que por temor
de mi padastro.
Ya cuii malastro
era casada.
Viôse aliviada
y con decencia
muy buena hercncia
y senoria,
que lo tendria
siempre entendiô.
Como le viô
gentil danç^ante,
moço galante
hecho y derecho,
luego fué hecho.
En ella tuvo
quien le mantuvo,
muy gentil renta,
que parô en venta
sus ornamentos
y paramentos,
todo prestado
havia justado ;
saliô lucido
à un buen partido,
podiendo ir,
la hizo venir.
Ella convida,
tercia la dida^,
sin testimonio :
tal matrimonio
se hizo al escote,
carta de dote
no se escriviô,
ni aun él Uamô^
siquiera al cura,
ni por Ventura
algun pariente
ô inteligente,
persona alguna.
Con tal fortuna
fué su muger ;
sin mas saber
ni reparar
ni aun contar
le diô su hacienda.
El muerto enmienda
ya no admitia,
pues no queria
ningun pariente ;
al hijo ausentc
puso en olvido
por tal marido.
Ella creia
que duraria
tanto contcnto
por anos ciento,
y el pan de boda
la vida toda.
Luego huvo vozes,
y muchas cozes
fueron con ella.
Vieja la bella,
moço el velado,
si la ha cascado
bien satisface;
a quien tal haze
que Dios mantenga.
La que mas tcnga
aun mas merece,
pues que apetece
la ciegue el humo.
Mas yo presumo
carne la manda,
y en su demanda
ya envegecida,
su edad olvida;
tiene la panza
de fuelles mansa
con pliogues, piel
comu buriel
ô chamelote
l. « Cabe il la dida, » Rriz (p. 15b) : « Ja bé y 1h dida, « re qui n'a aucun
sens.
2. « Noy appdla. » Briz (|>. 15b) : « No hi ha apela. »
H6
con almodrote ',
lacia la teta ;
hiede quai gcta,
cumbrc novada,
frentc arrugada,
boca pin dientes ;
cuenta adhérentes,
mas no sus anos.
Los mas estranos
6 biilliciosos,
los mas ociosos
con quien encarna,
Uena de sarna,
loba avasalla ;
con razon halla,
por las edades
y voluntades
tan encontradas,
las bofetadas,
y vieja terca
grangea, puerca,
con su dinero
el mal casero,
pues mas estima,
para que gima,
cautividad
que libertad.
Dexa riqueza
por la pobreza,
aunquo se unda ;
Dios la confunda.
Si quando muere,
algo se viere
que à ella le sobra,
nadie lo cobra,
y al que la ablanda
todo lo manda
su testamento.
Pues con violento
modo se clava,
como à. una esclava
la han de tratar.
No puede dar
gusto al sentir,
menos parir,
mas es muger,
à mi entender,
la dote bella :
que no lo es ella.
Esto te arguye,
cuando concluye
la boda negra,
el dote alegra
que se posée :
délia se crée
que es la criada,
solo casada
para servir
y mas sufrir
todo el afan.
Lo que le dan
ha de tomar,
y ver gastar
bienes sin cuenta,
rahices y renta ;
con mil mudanças
hacer fianças,
por el marido
pagar con ruido
las doudas dél,
y la cruel
execucion,
que con baldon
todo lo vende,
solo â esto atiende
antes que muera.
Con sucrte fiera
se ve abatida,
mal asistida,
bien casligada,
toda nevada
y cano el peio,
1. Almodrote n'est là que pour la rime. L'original (Briz, p. 16a) porte : « Ab
semblant pell Coin lerçaneil (sorte de talletas) chamellol, Parra, bossot,
Buyt la inamella. w 11 faut sans doute lire loi Parrû bossol sans virgule : « Le
létin vide semblera bonrsc. » Bossol dérive de bossa.
H7
pues sin recelo
no se aconsoja,
por culpa vioja
de penitencia
con tal sentencia ^ ,
y este marido
vengue al perdido :
todo asi fué.
Al tiempo que
se descubrieron
y aparecicron,
en vez de joyas,
cambios, traxnoyas,
bien usurarios,
deudas, salaries
de oficiales,
que muy curiales
executaron
y lo asolaron
en treinta meses;
por intereses
costas hicieron
y consumieron
con gran cuidado.
El ha jugado
sus joyas bravas
y las esclavas
eu tietnpo brève,
con causa levé -,
muebles y censos
con sus recenses
fueron vendidos.
Asi perdidos
y rematados,
viles, alzados,
aprisa huyeron,
despues morieron
él comprador
y caçador
de un cavallero ;
del lavadero
ella criada,
siempre afanada.
Voici maintenant la troisième partie du livre IV, où il est parlé de
la marraine de l'auteur :
Por las dévidas
obras de abismo,
por el bautismo
donde lavados
y bautizados
somos, pues son
en conclusion
prôximos ellas,
si en mis querellas,
por mi capricho,
mentira he dicho,
mucbo lo siento
y me arrepiento
de corazon,
cualquier baldon
sera de error.
No hayan temor,
las aseguro,
si es que murmuro •'',
las haga dano,
que no es tamano
bravo 6 rabion
este leon,
como le pintan.
çia
Pas
1. Éditions (Briz, \k 17a) : « Dels peccats vells Per penitencia, ab tal sentea-
u » Lerns. a Par pour Per; mais la vraie leçon est celle de l'édit. de lo3l :
2. Briz, p. 17b : « Calives dues Àb molts gambals. Tots los ccnsals, >. etc. —
Ms. et éd. de 1531 : « Catives dues, Poch a poch lais. Tols los censals, » etc.
3. Ms. : « Si bem murmure. » Éd. 1531 : « Snben murmure. » Briz (p. lOîa) :
« Passât murmure. »
^^s
pues le despintan
por singular.
Por no deixar
tantas airadas
y alborotadas,
para mi quiero
riecir, parlero,
cierta palabra
que el pecho labra
con graii concierto.
Todo su guerto
de espinas Ueno,
abrojo y heno
he praticado
y examinado
mi vida toda,
y en esta boda
de arboles vivos,
superlatives,
belles, pulidos,
he visto nidos
de gilguerillos
y de pardillos,
muclias abispas,
crudas y rispas (sic)^
fieras, crueles;
y sus vergeles
quando he buscado,
tan solo he hallado
un virtual
arbol frutal,
en todo raro,
en virtud claro,
bien ingerido,
pues ha rompido
el ojo.al diablo.
De aquella hablo,
siempre famosa
y fructuosa,
bien conocida,
hembra tenida
por muy valicntc ;
santa, prudente,
buena cristiana,
suave, humana.
comunicable,
dulce y amable,
siempre graciosa,
bella, curiosa,
cuerda, gentil,
sabla entre mil,
poco parlera,
muy hacendera,
hembra atinada,
muy esforzada
en quanto hacia;
siempre decia
el santo ofizio ;
el exercicio
de trabajar
y siempre orar
no le perdia^.
Bien parecia
esta persona,
que agora abona
mi pluma el nombre
mas que hembra, hombre.
Desque naci,
bondad no vi
tanta en muger.
Llegô ella â ser
buena casada,
muy bien criada,
muy instruida,
con santa vida,
de su marido.
El quai la vido
feliz morir,
y sin sentir
quedô asombrado,
desconsolado,
fuora de si.
t. Le texte original est ici mal rendu; Roig(éd. Briz, p. 193») dit de sa mar-
raine qu'elle était dévole, mais que l'exercice de ses devoirs religieux ne i'cm-
pécliail pas de s'occuper de son ména.uc. « Ses hores deya E tôt l'ofiçi, Mas lo
servie) E Iroballar Pcr son orar No remania. »
H'»
Bien conoci
subplantador
y luchador,
blanco y bermojo,
su nombre dejo
aunquo me acucrdo ' ;
délia rocuerdo,
que is la primera
silaba era 2,
el pez lizero
nombre es primero.
Fué mi vecina,
madré y madriua,
mi fiel amiga,
no muy antiga,
muger muy clara,
à mi muy cara;
nada en el mundo
de amor profundo
tanto estimé.
Gémi, Uoré
quando muriô.
Quisela yo
muy bnamentc.
l'ues solamente
con tal fortuna
he hallado una
que ella meresca
yo la cngrandezca
y la haga fiesta ;
sola por esta
me satisfago,
las paces hago
para fm dar.
APPENDICE II.
EXTRAITS DE LA VERSION VALENCIENNE
DU « LIBRE DE LES DONES. »
Comme spécimen du Lexle reslilué, ou louL au moins amélioré
dans une certaine mesure, d'après le manuscrit du Vatican et l'édition
de -I53i, j'ai cru devoir choisir le récit du voyage et du séjour en
France de l'auteur 3. Ce récit me semble, je l'ai dit déjà, de pure
invention ; on pourrait être cependant d'un autre avis, et de fins
connaisseurs de notre xv*' siècle y découvriront, possible, aulrc chose
que des traits d'imagination. Le voici : à eux de prononcer, .le suis
la leçon du manuscrit (A) et donne, quand cela me paraît utile, les
variantes de l'édition princeps (B) et celles de la version courante de
Ros et Briz (0).
1. Le texte (p. 193b) dit le contraire : « Blanch é beriicll Es lo nom d'ell. »
1. Mallioii a fait ici un contresens : « D'cllain recori Ys yrimcr mori , \a) peix
lliçer Ilandi nom primer. » Ys = y es; mort n'a rien allaire avec mol. Le sens
dn vers est : « Et elle est morte en premier lieu. » Morl pour morla à cause
de la rime.
3. C'est-à-dire les 2% 3° et 4' parties du livre I, qui font suite au premier des
deux fragments qu'on vient do lire dans la version castillane.
^2o
Seguona part. Com fon afillat '
y trames.
Puyx yo fuy çert
esser désert
de benvolents,
cert als dolents
nom atanoi'.
En mi pensi
nom absentas
quem présentas
a hun bon •' rich,
qui fel amich
fon de mon pare
he gran compare
he mon padri.
love fadri,
desenpenat*,
fuy m'en anat
al hom de Deu.
Com ell me veu
he m'ach hoyt
hi ague "' sentit
de qui fill era
he ma manera,
ell me senya*'
hi m'ensenya
cert gran Yoler,
ab molt plaer
ell m'achçepta,
mas protesta
que may nom ves
ni qu'en sabes
res sa muller.
Lo mercader
molt poderos
he virtuos,
ell m'afiUa
him abilla,
com fo mester,
en" un troter
ab prou dines**
ell me trames,
ben arreat,
cami ferrât '',
per Tarraguona
a Barcelona.
Quant arribi
de Sent Marti
castell fort près,
en Panades,
hon ab gran cuyta
s'en era fuyta,
ne viu cobrar,
presa tornar,
no menys ferrada
que d'uU mirada,
Na Forciana,
qui catalana
fon natural.
Ab prou de mal
llexat hauia
abandonat,
palau robat,
sensé remey,
son senyor rey,
propi marit,
mig mort al Hit,
1. Adoi)té, par son parrain.
2. Atançarse ou atansarsc, « s'appuyer sur, se réfugier auprès. »
3. A hon ; C hom.
k. Déplumé.
5. B C he ach.
6. « Il me bénit. »
7. B C sus.
8. Dines = diners.
9. Cami ferrât a plutôt le sens du français « chemin ferré, » c'est-à-dire
« empierré, » cpie du castillan camhio de la herradura, chemin de traverse,
sentier où ne peuvent passer que les bétes de somme, les montures ferrées.
\n
onmetzinat'
he fetillat,
seguons se deya,
atre^ tal feya
a SOS fîllastres
he mais empastres
contra sa nora,
hun punt ne ora,
nunca scssant 3^
lo rey ginyant ■'',
ab frau y engan,
maior Johan,
(après rey fon)
Marti segon,
SOS fills abdos,
com ha traydos ^
deseretas,
sols prospéras
ella y els seus,
fent los hereus
de SOS regnats.
Per tais peccats
fon ben rodada ^
he turmentada,
moites cremades
de ses criades,
a Uur mal grat.
A Monserrat
yo m'en vingué,
aqui ^ prengui
cami frances 8,
fuy a Beses,
hoy la fama
de Nostra Dama
quis diu del Puy,
tant be m'i fuy
a Sent Dinis,
puyx a Paris,
lunt al ostal,
prop lo portai,
trobi la liosta,
prou ben conposta,
que lli fiiava,
he yo fiava
que fos segura
jus tancadura.
Dich : « Hoslalera,
est' angevera-',
vos lam tancau
he lam guardau
axi com U'ull,
car molt la vull. »
Aquella nit
près bell partit,
mata son pare
ella y hun frare.
Tôt ho robarcn
he s'en anarcn,
mas no molt lluny.
A très de juny
ells s'en fogiren,
a set moriren.
Ella fon presa
he nuha^o mesa
dins huna bota
he closa tota,
ab com pan y ia
de serp, bogia
hi d'un vell guall,
lo riu auall
1. C e metzinat.
2. B C altre.
3. B C cessant.
4. Dérivé de giny, engin.
5. Traydos = traydors.
6. C robada.
7. G y asi.
8. Le chemin français est ea Espagne celui que suivent les pèlerins venus de
France pour se rendre à Cornpostelle.
9. Matheu traduit ce mot, que je ne connais pas, par maleta.
10. B C viva.
122
la cabuçareu '
ho. la llançaren.
Feu me mal ioch :
ultra l'or poch,
Uetra y ténia,
la quai venia
ha huu marchant ;
fon empachaiit ^
tots mos afos ^.
Mas poch après
prengui mos guatges
he fiu viatges
ab molt valent,
ardida gent,
de la francesa
contra l'anglesa,
i'ent caualcades,
molt estimades,
fort guerreiant
he salteiant,
cobrant castells.
Molt jouençels
apresonauera ■'*
hils rescatauem '^
per molt argent ;
cruel, urgent
feyem la gucrra,
he la desferra "
molt bes partia,
tôt hom nauia.
Aquell estiu
gran rich m'i fiu
he ben armât,
era estimât
entrels guerres "
no dels darres ^.
En l'inuernada,
per la gelada,'
lo campeiar
he asetiar
prenia fi,
he lo Dalû
ab los senyors,
capdals mai ors,
mol ben guarnits
he infinits,
gentil''^ iouent,
feya souent
fer belles iuntes
he correr puntes
hi torneiar
durant temps clar.
En lo pluios,
temps enuios,
ab moites guales
feya fer sales
he bells conuits
dies he nits,
ab los grans fochs
molts placents iochs,
bastir castells
per bauastells '",
moms " e grans festes,
les dames prestes
al bel triscar^2^
baxa ^3 dancar
1. « La plongèrent; » voir Lexique roman, au mot cabussar.
2. L'orlhograjjhe actuelle est empatxant.
3. Afes = afers.
4. C apresonaven.
5. C rescataven.
G. « Dépouille, butin. »
7. C guerrers.
8. C darrers.
9. B gent jouent. — C gent déjouent.
10. « Marionnettes, mannequins; » voir Lexique roman, s. v.— B C banastells.
11. C noms.
12. A dauçar.
13. Baxa, sorte de danse. — C baix û.
123
rnay lii fallieu;
totes vonien
ben abilladps
lie diuisades.
Ab tal gouern
lo temps d'iuoru
axil passaua
hil espletaua '
conpHdament :
mas molt forment -
lo temps gentil
del 3 mes d'abril
fins al setembre
se feya tembre.
Pux hinuernauem
ens ne tornauem
a gualeiar
e festeiar
enamorades
a les posades
ab gran plaer.
Tercera part continua los actes
fets en Paris.
En lo giner
una polida,
gualant, ardida,
gentil burgesa,
flor de bellesa
de tût Paris,
un iorn de pris,
bon yo iunyi
he lo guanyi,
a sa requesta,
me mostra festa
em feu saber
son bon voler,
lo grat é ah '■,
ab prou desalt
dol spu burges,
car l'entrâmes
bel conegué
la que u tixqué;
hc ordidora
fon la traydora
de la cambrera,
falsa tercera ;
ella u tracta
hins afronta.
Ans que y entras
ni mi trobas,
cert no y cabi
ni res sabi.
Fêta l'ampresa,
ordena presa ^
aquella nit
a son marit
per que dormis.
Com lo sentis
en la sabor.
« Beueu, senyor,
dix, l'ipocras. »
Com s'en calas
una gran tassa,
ell beguén massa,
lo fort dormir
fon tost morir.
Ile les yayletes '"',
tan indiscrètes,
mogueren crits.
Foren senti ts
per los veyns,
he tots venins,
ohint los plos ■^,
1. Cf. V. fr. esploitier, prov. espletchar. C yom deportava.
2. B G mas (mes) bravament.
3. B C lo.
4. AU, subst. verbal d'fl//ar« plaire. » Au vers suivant, desalt « chagrin, ennui. »
5. Presa, qui signifie « prise, capture, » a ici le sens du castillan prisa « Lûle. »
A la presa en vieux catalan signifie a toda prisa.
G. Vayleta « petite servante. » — B C Le* imperfetes.
7. B C plors.
12^
veren lo cos ^
estes ho jaheut2,
un tant calent,
mas ia final.
Per bon \eynat
volent sentir
he inquerir
sa malaltia,
pero mentia,
molt sospirant,
dix, ait plorant :
« D'un gras porçell
e vi novell
a molt traguat,
es sofeguat ^
de poplexia. »
Molt s'escroxia ''.
Tots la u cregueren
e lan plangueren
de sa dolor.
Nostra baudor ^
fon desviada
he destorbada.
Tal soberch mal
molts del ostal
lo conegueren,
d'ells ho cregueren,
altres neguauen,
lus huns plorauen,
altres bonien *"
lo ■ que y soutien.
Nos poch cobrir
tan prest morir
he fort desastre
no Uexas rastre
de gran sospita.
Por raaladita
oUa fon presa
ho fon defesa
ho favorida,
por ser nodrida
entrels de cort.
Mas un fiU bort
quel mort ténia
la perseguia
fort brauament ;
diligentmont
ne feu l'anquesta,
a sa requesta
instant forment.
Per parlament
fon condempnada
ser soterrada
viua deius,
lo mort de sus,
he viva treta
dutan 8 carreta
forai raual,
al cap d'un pal,
no guayre baix,
obrat com haix'',
mesa a la roda,
per U'uU hon roda
ella liguada,
aparellada
d'auall foguera,
com metzinera
hi fos rodada
he socarrada
fins tôt fos çendra.
1. B C cors.
2. C estes jaent.
3. B Es se offegat. — Ce .vVm ofegai.
4. Escroixir « trembler. »
ï Bon"-? prov. bondir, « retentir, faire entendre un bruit sourd, » ici « mur-
murer. »
7. A los.
8. C duta en.
9. C uix.
I2:i
La iovp tondra
de ppna fort
e dura mort
ab paçienria
près la sentenria
he la rebé.
A mi també
qual({up bouratgp
ô mal polatge,
litilliries '
o porreries
m'aguera iet :
per ço dp fet
ra'aconorti
him dpporli.
Mes aqupll any
hun cas estrany,
en lo mon nou,
iorn do ninou -,
s'i esdeuench.
Yo tinguil rench 3;
fin conuidar
tots a sopar
e rigolatge
los de paratge
qui iunt '' hauiem,
alli teniem ■'
de tots potatges,
de carns salvatges,
Yolateria,
pastiçeria
molt preçiosa,
la pus faraosa
de tôt Paris.
En un pastis
capolat, trit •"',
d'om cap de dit
hi fon Irobat.
Fou nioll tttrbat
quil conogué;
rpguonegno
que y trobaria :
mes hi hauia
un cap d'orella,
carn de -vedella
creyem menjassem ",
ans que y trobassem **
l'unglal y el dit",
tros niig partit.
Tots lo miram
he arhitram
carn d'om çert era.
La pastiçera
ab dos aydans
filles ia ^^ grans,
era fornera
ho tauernera.
Uels que y venion,
alli bcvien,
alguns matavon,
carn capolaven,
feyen pastells
he dels budells
feyen salsiçes
llonguaniçes
del mon pus fines.
Mare y fadrines
quants ne tenien
1. B C fetillei'ies.
2. Ninou = any nou.
3. « Il advint que je .lins la lice, » c'cst-à-dirc « <iue je I'ua vainqueur dans
une joute. »
4. Participe passé de ^WH^er oxxjunijir, jouter. — BC liauien.
5. B C lenien. Ce vers et le précédent se trouvent dans A avant E rigolatge.
6. « Chapelé et haché. »
7. C creyen mentjassen.
8. C trobassen.
9. B C Dunglul petit .
10. B C prou.
40
126
taiits ne venien
e no y bastaven.
Elles mataven
alguns vodells,
ab la carn dells
tôt ho cobrien,
asaborien
ab fines salses,
les dones falses !
En un clôt tou \
fondo com pou,
descarnats ossos,
cames e toços^
allils metien
e jal omplien
les fembres braves,
cruels e praues,
infels, maluades
e çelerades,
abhominables :
cert los diables,
com los matauen,
crech los aydauen
he lo dimoni.
Fas testimoni
qu'en mengi prou :
may carn ni brou,
perdius, guallines
ni francolines
de tal sabor,
tendror, dolçor
may no senti ^.
Per lo mati
de totes très
feren quartes ^
hc llur posada
Ion derrocada
hi la planaren,
sal y sembraren,
he tots los cossos,
tallats a trossos
cent ni contaren
liils '■^ soterraren
en Uoch sagrat.
Molt agui grat
d'aqucU pays.
May viu diuis,
bandolejar
ni breguejar,
homens prou richs
é pacifichs,
suaus, bénignes^.
Dones malignes,
moites veguades
\iu condempnades;
mil bandeiauen,
mes ne peniauen
que de rayms,
per varis crims.
Hunan peniaren,
viva scorcharen,
gran fitillera "
he metzinera.
De nit venia
sens conpauyia,
sola puiaua
he arrancaua
dens e quexals
dels qui en pals
ben ait muntats **
eren peniats.
La falsa foUa
1. « Vide. »
2. Togo (B iosso) est pour trosso, qui est la leçon de C.
3. C mai/ non tasli.
4. Quartés = quarters.
5. B C los.
6. 11 faut avouer que cette aimable peinture des mœurs françaises convient
peu à l'époque de Charles VI ou de Charles VII.
7. B C feiillera.
8. B C ails execats.
127
d'intre liuu ' ulla
ben pnginyada -
lliim amaguada
ella ténia,
he si sentia
aigu passas
he s'acostas,
la descobria.
De lluny paria
espauentable
cap de diable ;
per cincli forats
ben conpassats
los raigs exien,
hulls, lias parieii,
gran boc' ab foch.
Ab semblant ioch
tots s'espantauen,
Ibgir cuytauen.
Gens nos torbaua
ans acabaua
SOS malifîçis.
Porch plé de viçis,
hun mal mali,
son 3 sent Marti
ella troba,
la pell leixa
per ferne bots''.
Quarta part. Clou son viatge
tornant ha Valençia ^.
Puys ixquem ^ tots,
mult bella tlota,
t'ent" fort derrota,
ab lo calt sol
de iuliol,
on les companyes
he gents estranyes
qu'eren vengudes
fem corregudcs :
nons hi triguam,
que calsiguam
tota llur terra.
Ben aia guerra
i'a rey certes ^.
\a) rey francés
me feu llargessa,
uua duxessa,
folla guerrera,
ma presonera,
de gran finança '^^
per ma quitança,
he del boti,
quant lo parti,
por part doua.
Elias (ina
entreguament,
dos mil e cent
nobles ^f* de nau ;
ella paguau
complidament^',
delliurament
tira sa via.
Yo quant auia.
1. B C una.
2. B G enguixada, « blanchie à la chaux. »
3. B C fonc/i.
4. Sail-on quelque chose dune lelie sorcière?
5. Ce litre manque dans C, rien n'y indique la lin de la ?,' partie du livre 1.
6. C ixquen.
7. C sens.
8. Matheu traduit : « Bien aya guerra Que hace corlés. » Mais il s'écarte du
texte.
9. B C fiança.
10. C dobles. Sur la valeur du noble de la nau, voir Fr. Liciniano Saez, Moue-
das de Enrique 111 et de Enriquc IV. Madrid, 179G et 180G.
U. Ce vers et les 9i suivants manquent dans C
VIS
puys rich, potent
me viu d'argent,
armes, vexella,
roba molt bella,
lli, llana, seda,
molta moneda,
tôt exagui ',
hc cambi hi
seguramont.
Cortesameut
près comiat,
e ben muntat -
ab cinch canehes •^,
ab mes lliu relies,
a la françesa,
tots gent cortesa,
per mes iornades,
fent matinades
he curt dinar,
per caminar
cuytadament,
molt cautament,
entre Guascunya
he Gatalunya,
passils raollons ■*
pels guotirlons ^,
de carn sens osos,
al coll tan grosses,
paren mamelles.
Les lalses velles
d'aquells vilatges,
certs mais beuratges
fan homens beguen :
axi los peguen '•
al viandaut.
En Lleyd' antrant,
viu roçeguar
puys squarterar
una fornera,
sols ])er terçera
he conduyr
son fill dormir
ab ses loçanes
parroquianes.
En l'alquauor ^
ab gran riguor
l'axecutaren,
lo QU soltaren
per en louent
ser tan valent.
De fet parti,
tirant cami,
fuy al castell
antich, molt vell,
Moruedre dit.
Aquella nit
un bon paies,
vent l'entrâmes
de sa muller,
[quj'en lo çeller
adulteraua,
(que trescolaua >**
li dau' antendre),
lleuas ençendre
gran carbonada ;
metey sa relia''.
Quant fon uermella,
gran solch^'^ li feu
1. Pour exegui, « je me défis. » ^
2. A ben encaualcat.
3. Canehes = hacanehes, « liaqueaées. »
4. Mollo, borne.
5. Goitres. Allusioa aux goitreux, crétins, Cagots des Pyrénées.
0. B axils hi p.
7. Atcavor, c'est proprement le creux que forme une voûte ou le manteau
d'une cheminée. Existait-il à Lérida un emplacement ou un édifice ainsi dénommé
par les Arabes?
8. Transvasait.
0. Soc de charrue.
10. Sillon.
t2î>
en lo camp seu ;
dins la f'encUa '
Icxa y la roUa.
EU s'en parti,
ollas dormi
ab tal cautpri.
8on adulteri
curario,
puniçio
haiiue condigna
y de cert digna
de gran memoria.
Alt - en la gloria
Deu la colloque.
De fet yo broque ^
ves ma ciutat.
Fuy acf-eptat
per mon parent
molt caramcnt,
ab gran plaer ;
per sa muUer
renyant, gronyint''
he presumint
fos fill bastart,
anauan part,
les dents ^ croxint
he dix bonint ^ :
« Quin Deu vos sal !
Tenim hostal
de llits lornit,
digau, marit ?
Ginch caualcans
orats", gualants,
espluguabous ^,
per quins cinch sous
los acoUiu ? »
E yo sabiu,
un bell robi
yo li doni
he l'afalagué
he de fet pagué
quant despenia.
Lo prom ténia
com pare meu ",
per son conrcu '"
yo fuy persona.
Com a llcona
ellam miraua.
Nom oblidaua
lo benefici,
feya scruici
hc gran honor
al prom maior.
1. Fente: i>rov. fendilla.
2. B prech.
3. Broqué, l'^'' p. du jiarf. accentuée sur l'e, ne peut pas rimer avec le subjonctif
colloque, accentué sur l'o.
4. B gronyant, renyini.
5. B C dits.
6. Sur bonir, voir ci-dessus, p. 124, note 6.
7. B C preats.
8. Pluviers.
9. C seu.
10. C correu.
^30
APPENDICE III.
EXTRAITS DU « LIBRE DE LES DONES »
De Fra\(.esch Eximemz.
Ce Livre des femmes, antérieur d'un bon demi-siècle au moins
à celui de Roig, n'a rien de la manière satirique de notre médecin
poète, c'est un fort long traité scolastiquement déduit, oîi la morale
et la dévotion ne sont pas un prétexte, un passe-port, mais l'objet
essentiel. Malgré cela Fauteur ne reste pas continuellement dans les
généralités ; prédicateur avant tout, membre de Tordre de Saint-
i'^rançois, Eximeniz sait que la morale a besoin d'applications,
d'exemples pour se faire accepter par le gros des pécheurs, aussi
donne-t-il à ses exhortations et à ses réprimandes un caractère d'ac-
tualité, qui prête vraiment à quelques parties de son livre un assez
vif intérêt. Dans les passages que je reproduis ici, il décrit, par
exemple, avec une très heureuse précision, le costume, l'allure, les
habitudes des mondaines de son temps et complète ainsi, dans une
certaine mesure, les portraits de maître Jaume Roig. Il y a d'ailleurs
un motif de plus pour rapprocher ces ceux livres, qui portent le
même litre et versent sur la même matière, c'est qu' Eximeniz,
quoique Catalan de naissance, eut l'occasion de connaître de près les
hommes et les choses de Valence^; un de ses ouvrages est dédié à un
archevêque, un autre aux jurais ou conseillers municipaux de cette
ville. Lui-même y séjourna plus d'une fois sans doute, en tout cas
le Libre de memories, dont j'ai déjà invoqué à diverses reprises le
témoignage, atteste la présence d'Eximeniz à Valence, en 13S7. « La
cité, dit le compilateur de ce journal quasi-officiel, par charité et
L Par consé(iuenl aussi les femmes, dont un Flamand du xvi° siècle i)iéteiid
qu' B elles sont les plus folAtres et lascives de toute l'Espagne » et « terrible-
ment amies du fard » (Cork, lielacion del vioge hecho por Felipe JI, en 1885,
(I Zarugozu, Barcelona ij Valencia, Madrid, 1876, p. 247.) Ce que conlinne un
Italien de la suite, du cardinal Alessandrino, qui passa par Valence en 1571 :
(( Donne di Valcnza, che sono piii belle dell' altre sinora viste in Spagna e più
inveniisate o lisciate e liOerissime nellu ii(a loro. Vanno a spasso con cava-
lieri a piedi, in firoppa aile mule, in cocchio, con troppo licenza. » (Voir La Ras-
segna nationale, du 1' fi-vrier 1884, |i. .329.)
I3J
révérence envers IJieu, donna au religieux niailrc François Evimcniz,
de l'ordre des Frères Mineurs, célèbre mailre en théologie, vingt
llorins d'or, pour subvenir à ses besoins. Ce malLrc, continue le
Libre, fut contemporain de Vincent Ferrer, et c'est à ce dernier qu'il
dit, en le voyant accompagné de milliers de personnes : « Voilà frère
Vincent ([ui fait la vessie, » c'est-à-dire qui enfle ses joues'.
Le Libre de les doues d'Eximeniz, dédié à la comtesse de Prades,
D» Sanxa de Arenos, est divisé en deux parties. « La première traite
en général de tout ce qui concerne les femmes. La seconde traite des
femmes spécialement, selon les cinq espèces qu'on en connaît, car
les unes sont enfants et sont comprises cependant sous ce nom de
femme, d'autres sont jeunes filles, d'autres mariées, d'autres veuves,
d'autres religieuses ; et à ces cinq espèces correspondent cin({ traités. »
C'est le traité de la femme de religion qui est de beaucoup le plus
long; dans l'édition de Barcelone, -1^95, que je suis ici, il occupe
presque les trois quarts du volume (fol. 72 à 267), tandis que la
première partie et les quatre premiers traités de la seconde ne rem-
plissent que les soixante-douze premiers feuillets.
L'édition de Barcelone, 1495, fort rare, comme bien l'on pense,
et dont notre Bibliothèque nationale possède un bel exemplaire^, n'a
qu'une série de chapitres pour les deux parties. J'emprunte à l'une
et à Fautre quelques chapitres ou fragments de chapitres, qui m'ont
paru particulièrement curieux.
Ca}}. XXIV. Qui mostra coin les maies donzellas son arguUoses
e van fort vanament.
Empero vuy lo diable axi poderosament senyoreia algunes donze-
llas e altres dones que no es dupte que noslre senyor no fassa a la \\
vn gran escarninent e castich per la gran superhia que han al cor,
vanitat e amor del mon, segons que en tôt llur ornament ensenyan
i. « Com la ciutat per carilal el reuerencia de Dcii dona al rdigios Mcslre
Francescti Eximcnez, del orde dels fraies inenors, solemne mcslre en ttieologia,
en .ijuda de ses nécessitais, vint llorins de or. — Aquesl tonch conlein|Miraneo
de S. Vicent Ferrer, y lo [sic) que li dix, vent lo anar acompanal de niillanars
de personcs : frare Vicent, que l'a la bui'a. >> {Libre de mcmorics, ann. 1387.) Ce
dernier Irait^ je dois l'avouer, n'est }ju('re dans le Ion du journal; il pourrait
bien avoir été ajouté après coup, comme l'indique d'ailleurs l'emploi du mol loa-
temporaneo. Le ms. de Paris n'est qu'ime (0|iie du siècle dernier.
2. D 1585 (Inventaire). Réserve.
132
defora. Car si son donzellas, porLcn corones reyals y excessiues. Si
maridades, porten vcls grochs abespecials liguadures... Segonament
porten los vels esUcls ab agulles d'argent precioses, ab los caps dau-
rals e ab perles e ab pedras qui ia agreuien io dit ornament. Terça-
menl, a crexer llur bellesa, porten vestidures de la pus preciosa materia
que poden, entant que ni lia de mils ornades quels altars en ques diu
missa, so es de drap d'or e de vellut e d'escarlata et de duax ^ e de
porpora, e de tartari e domesqui e d'altres precioses vestidures, a gran
irreucrencia de Deu, que cors de fembra ni encara d'om condempnat
a mort dels vcrmens, axi com tots los nostres, vaia axi ornât e
tal de aquestes vestidures sera lo pus orat ques puxa trobar. Car
sera al pits ample, per que puxen gran part de lurs cors ensenyar e
al mig estret, tant que es marevella quant la estratura no les trencha
no les fa esclatar. E après rugades a totes parts. E als peus ab
patins^ que nols seruex sino empetxar llur anar. E ab erminis^
ornades, e aquestes vestidures volen moites sin poder hauer e noy
planyen lurs marits. E dins porten alcandores'' delicades ab mane-
gues d^altre ley, molt pus corios e pus precios a ensenyar lur deli-
cadura e sumptuositat. E van ne altres ab coes'* longues, rossaguant
per terra lo drap de que vn mesqui pobre séria vestit, e crida contra
aquellas denant Deu que aytal dona ama mes perdre lo drap rossa-
guant per terra que sil ne vestia. Apres porten al cap cabells man-
leuats de dones mortes, qui les deurien prouocar a faresa. E per que
appareguen bellas porten los al cap ab artificial citi, car mostren los
1. Douai. « Panno de Doaix... Drap de Cambrai e de Douay » (Leudes de
Perpignan, xiii° siècle; dans Alart, Documents sur la langue catalane, Paris,
1881, pp. 74, 77 et 91).
2. Le palin, très élevé, a plusieurs semelles de bois ou de liège, que les femmes
chaussaient pour éviter la poussière ou la boue el aussi pour se grandir. Le
patin valeneien (en caslillaa chapin valenciano) est célèbre en Espagne, encore
au xvi° et au xvii" siècle. « Usano (le donne di Valenza) pianelle, dette chiapi-
nes, allissime, nella foggia di zoccoli d'Italia; sono variamente dorate e di[)inte. »
{Rassecjna nazionale, ibidem.)
3. Fourrures d'hermine. « Item que no porten pena de arminis, » les dones
eldonzeles. (Ordonnance de 1306, Alart. Docum., p. 170.)
4. Chemises.
b. Allusion aux queues ou aux longues traînes des robes (rossegues). « Item
inana que noguna dona ni donzela no gaus portar en lurs robes rossegues oltre
Il palms de Monl|iellcr, sots ))ena de c. s. qui seran pagats de lur dot. » (Ordon.
de 1310, Alart. Docum.. p. 215.) A l'année 143!J, le Libre de memories enre-
gistre cette défense : « Que ningu no gos rosegar faldes per dol ni per causa
alguiia. »
I3.T
d'una pari ait c d'altre baix, c asi ab aylal sili cquiabaltrc, segons
quels es vigaresques releii pusbellas. Porlcii après correges, bosses'
e anells mulliplicals e diuerses e curiosos e praciosos, sens lola néces-
sitât, si no a sola aperensa de llur bellesa, la cara pintada, los huis
alcalVolats- e pintats ab altre figura pus gran e pus longua que no
han los vyls que Deu los lia dats. Apres porlen d'estiu guants en les
mans per tanir les plus delicades, la quai cosa es a Dcu fort pudent,
es nodrexen alguna vngla, que par vngla de laho o de qual(iue
bestia^ e apporten aqucUa alcanade per inleneio fort vil c carnal e
les altres vnglcs mig blanques c mig vermelles, axi com si Deu tôt
poderos nou bagues sabut colorar sufficientment quant les feu. E
ni ha moites brodades de obra de brodadura e ab diuisa e scnyal
especial. Sabales porlen Irencadas c van en paal^' de calses e ab
lapins-' ab polaynes, per les quais donen a entendre qui son ne que
tcnen al cor. Car diu Salomo : « l'abil e lo veslir de la persona
ensenya persona qui es. » Ensenyan ho encara en llur parlar, car
parlem ab especials maneras com pus primament poden, c en espe-
cials condechs" en menar lo cap e los labis, les quais coses aprenen
en casa deuanl lo mirall, deuant lo quai eslaran per espay de anar
una légua, guardant los com los estara axi girant se, e axi lauar^ lo
labi de munt, e quant se poden ensenyar les dents e quai dent es pus
bella es pol mils ensenyar e quai fa mils a pinlar. E fan estas tanca-
yaries^ tantes e tantes, que marauella es com la paciencia de Dcu
les vol pus sofFerir ni portar.
Cap. LflII. Qui par/ a contre les dissolucions que vuy son en les clones.
Mas que direm de les dones présents, quis fan dir « doues del temps,
dones de la guisa, dones de la verdura et dones de cort, » qui van ab
nouells talles de veslidures, ab gesls anemorats, qui giran los vels
1. Bourses ou aumônières.
2. Les yeux encadrés de cohol, à la rnorisque.
3. « Est-ce par X'ongle long qu'il porte au petit doigt,
« Qu'il s'est acquis chez vous l'estime où l'on lo voit? »
L'usage est donc ancien. {Misanthrope, 11, 1.)
4. Pour peal, « sorte d'escarpin. »
5. Tapins, espèce de chapins ou patins.
6. Manières, minauderies. Condcch est le subst. verbal de condeiar.
7. Pour leiiar.
8. Pour iucanyaries.
13^
aça e lia ', c van iiinles I)ras pei" bras e mosLren tôles llurs ioyes, si
be no s'es iorn de merchat, qui han posât nom guarsones a les anli-
gues? E en aquelles qui nos alten de llurs iochs, qui, quant sa-
mostren, colleien e rabegen^ pus espes que serps, qui fan lots los
marits besties e mes que mes los pus cerls, qui menan al coslat les
monges de 11 ur lureya per cobrir llur bon fat, qui porlen les çellas
pontades e arcbadcs e pinçades ab .XIIII. colors, qui de cap à peus
son ramullades ^ nels fall vn sol plato^, qui totes van en ioya, tôt iorn
ab cant frances^, totes almescades e ab odors de tunim, qui solaraent
de punta loquen en terra, quant van, e los tapins ab polaynes, e
d'estiu guants deurats^, es posan ait en les esglesias per que les
vegen llurs anemorats? No saben que s'es filosa^, car lexan le^ al
marit, qui tan volenter fmestregen quant passen a cauall, e parlen
vn lenguatge que hom no les enten e iuguen als naips e moites a les
taules, e si fan vila, fan condesch dels brassos els fermen sobre los
flanciis e a tôt hom vllada, e giren se totes entregues^^ e mouen a
compas la cama es giren ab sallet e de moites al très modories^' se
empatxen, segons que demunt es ia tocat, quant parlam de les don-
selles
Cap. LVI. Qui mosira corn les maneras de les dones de altres nncions
no son boues per tota part e coin es bo que les dones sapien legir.
Yiuint lo rey Robert, en nostre temps rey de Sicilia e de Napols,
alguns generosos de França vengueren ab llurs mullers e ab totes ses
cases en Napols. E com alguns homens de paratge napolatans apren-
1. Cà et là.
2. Pour se.
3. Font ondoyer leurs queues comme des serpents.
4. Ramullades semble être pour rcmullades, mouillées, baignées (de parfums).
5. Littéralement : « et aucun plat ne leur manque. » Je ne comprends pas.
6. Allusion intéressante à l'intluence de la poésie française en Catalogne; il
était de bon ton dans la société élégante de chanter en français. Voir aussi les
cvtraits du chap. lvi, qui montrent quel prestige avaient alors les modes de
France et avec (|uol empressement Italiens cl Espagnols les copiaisnt.
7. Pour daurats.
8. La veuve, seconde femme de Roig : c No vol cosir... Ni debanar Per no
çuliar Mans de saliva, Filosa esquica. » (Éd. Briz, p. Ô5a.)
'J. Pour la.
10. Pour eniefjres, « entières, m
11. Pour /«odorries, folies.
I3:i
guesscn de anar a la inanera do aquells Francesos, co es cQiMs c sLrels
e fort dissoluLament, lauors les doues de cort e de la dila ciulat vol-
gueran rasemblar a aquelles dones franreses. qui hi cran vengudes, en
anar en cors e eslretas axi com ellas, e a ballar lot iorn e a beura pcr
les carreres c anar caualchant axi com a hom, e abrassar e a jjasar
los homens deuant toi hom lot iorn e de cantar frances, guarguo-
laiaut ' , axi com fan les dones generoses en Frani^a, e de parlar de
amors e de anemoraments e de moteiarse ab iouens lia a Uur
manera. E en af|Liell temps era aqui vna sancla regina, appellada
Costança-, muUer del dit vey Robert, qui era estada filla del rey de
Mallorques, e aquesta era dona de gran sanctedat e de gran fama, e
qui puys après mort de son marit mori menoreta en Napols en lo
moneslir de Sancla Creu. Aquesta com vahes que les dones de la cort
e de la ciutat comensauem a tenir llurs dissolucions franceses, appclla
los regenls e dix : « Tots vos allres vabets les dones quines disso-
tt lucions començen a (Ter en la cort e en la ciulal, quant es en lo mal
« de la ciulat, yo hi do de conseil que vos allres de présent hi doncu
« remey. Car denunsiu vos de part de Jhesu Christ lot poderos, que
« si non fets, la ira de Deu sera prestement sobra vos allres e sobre
« aquesta ciulat. E denunciu vos que après poch temps vos allres
« morts algunes dones qui ara son infantes lorneran a ffer so que
« han vist fer a aquestes franceses, e l'estil aquest se escampara per
ce aquest régna, e axi escampal vendra tan gran presecucio a lot
« aquest régna, qui durara lan e tant longuamcnt que ce. anys
« aquesta ciulal ne régna no lornera en lo bo eslament en que vuy es,
«ne per venlura iames. » Corregit lo mal aquell, algunes dones
generoses començaren a tenir les maneras [d'] aquelles franceses
démuni dites, e aquelles apportaren ne de pijors. E axi com la sancla
dona dix, axis segui. Apres vench conlra aquel régna lo rey d'Ungria
qui de lots punis lo consumi, e de puys no son estais repparats ne
lornals, ans en pijor cayguts. Car es vengut lo duc de En Johus^,
fill del rey Johan de Franra, quil ha consumai e perdut, e diuerses
allres molts, qui dcspuys y ha sobre venguls. Vel com veus assi les
folUes de dones quant aiuden a confondre la comunital, vaie[n]t lo
cor ([ue per follia de la primera som lots dolents o plens de molts
mais ! Deya la dicta sancla regina que de Franra deuien apendra loles
1. En (hantant de la gorge?
2. La femme de Robert, (ille «le Jacques de Majorque, se nommait Sanxia.
3 Louis d'Anjou.
-1 3r.
les altrcs clones qui no son franreses aquestcs coses. So es porlar los
pils cuherls e anar a la cglesia ab lo libre en la ma c en aquell legir
conlinuament sens Icuar los vils ail, e de honrar marir e bc nodrir
infanls. Les altres coses qui boncs no son, sien de quis vulla. Oeus
assi saber que la dita regina fort consellaue e apronaue que lote dona
sabers letra, car deya que hauia mayor occasio de esser deuota e de
occupar si malexa e de informar se en tôt be e de estar mes en casa e
de consolar se en ses tribulacions, e deya que gran follia hauia en los
homens que. per milsguardar llurs mullers, no volien que sabessen
letras. 1^^ corn saber letras e molt legir sia a la dona occasio de saber
mes de be e de fer aquell mes que neguna del mon, car lo saber
letras fa a la dona los dits bens. E vitra asso, que lo marit se pot
mils secreteiar ab ella que no si ella non sap, car si non sap e lo marit
li escriu, per força o ha a saber altre. E si mala vol esser, mes l'en
poden dislolra bons libres que no loy poden enpenyer letras que li
venguen, car sens letras ab senyals e ab paraules clares e escures
d'unes et d'altres se poden fer los mais, e sens que noy son necessa-
ries letras »
Cap. XCVII. Qui mostra quines condicions deu hauer dona vidua.
... Segonament vidua deu anar groserament vestida, car leuors
ensenya que l'ornament ques feya quant era maridada folament o
feya per lo marit e no per vanitat mundanal. .. que diguera Sanct
Hieronym en aquest temps, si agues vistes les nostres vidues ligades
a la castellana,. pintades en la caraeab les alquandores amples e pri-
mes per los brassos e lo tall de les vestidures axi delicades com les
maridades, qui solament porten lo negra per ensenyarse blancas e
no pas per dol, van al lorneig e a les iunles slant per les fmestres,
hurlant e rient aqui deuant toi hom e moslrantse venais a qui les
voira e a qui mes hi dara ? En lurs cases no si fa may feyna o poca,
sino del lit a la taula e de la taula a la finestra a burlar ab toi hom,
e tôt aço son los paternostres e misses per anima del marit mort...
Cap. ceci. Qui mostra que prrsona religioaa qui ha fct aytal vot
slret no pot per sa propia auctoritat comprar ne vendre ne fer a
sa guisa de les coses qui H seruexen.
... Axi malex aiuslar diners e roba per a ffer gran prouidencia al
csdeuenidor e a dar ho a parents ne a pobres ab falçes licencias
437
obleiigiidcs de lurs prosidenls, ;ib (aidas e ab maueras, c ubiai- (jual-
sevol cosa e scriure, cosir o prociirar que piixen vendra axi coin a
inarcaders o procurarse negocis, embaxarics, mermassorias e arl)i-
Iracioiis c causes, procurations e dispensacions, per les quais coses
puxen hauer diners, fahcnL encara serueys curiosos, que basLarien
per lioniens richs del mon, e ornant lurs libres de cubortes cosides
de seda e ab giradors ornats de perles c d'altres coses excessives no
pertanyenls a persona pobre, comportant encara e portant drap de
preciosa materia c apportant coltells ab manecbs de vori, ornats ab
virolla d'argent, de agnus dei ab cuberta de vellut e paternostrcs de
coral qui bastarien a vna regina, hauent axi matex en lurs cambres
lits molls, ornats de corlines, haucnls cambres pintades e ben i)leiies
de cofTrens e ornades que no y fall res; e procurant se amies del ben
de la comunitat c companyen sa ab grans dones e anant en la lur
companya per les vilas e ciutats ab condescs vans e ornats : tôt aço
répugna e confon molt lo vot de pobretat e Testament de la sancta
religio. E es en gran escandol e mal eximpli de lot lo poble qui u
veu, que iutgcn que mes val cent vegades que donen lurs fdlas a
marits que no a aytal seruey com veuen fer a aytals monges, e ques
lenen per beneuyrats que les lunyan de aytal religio...
-testée 3C.
QUESTIONS MÉROVINGIENNES
LA FORMULE : N. REX FRANC ORUM V. INLJ.
On lit dans tous les traités de diplomatique que les souverains
mérovingiens joignaient à leur titre de roi des Francs , reœ
Francorufii, celui d'homme illustre, virinluster, selon l'ortho-
graphe de cette époque ; que la formule de suscription, régulière-
ment inscrite en tête de leurs diplômes, était : N. rex Fran-
corum virinluster; et l'on ajoute habituellement que les rois
avaient pris ce titre, emprunté à la hiérarchie officielle de l'em-
pire romain, depuis que l'empereur Anastase avait conféré au roi
Clovis T"" la dignité, purement honorifique, de consul.
Si l'on ouvre une édition quelconque du recueil des diplômes
mérovingiens, celle de Bréquigny^ celle de Pardessus ^, celle de
Teulet^ celle de Tardifs ou celle de Karl Pertz^ on rencontre,
1. Ce mémoire a été lu devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres, le
20 mars 1885. Les considérations qui y sont exposées avaient fait précédemment
l'objet d'une communication verbale à la Société de l'École des chartes (séance
du 2G février 1885).
2. Diplomata, charix, epistolae, et alla documenta, ad res Frahcicas spe-
ctantia, elc. Ediderunl L. G. O. Feudrix de Bréquigny, F. J. G. La Porte du
Theil. Pars!, lomus I. Parisiis, J. L. Nyon, 1791, in-fol.
3. Diplomata, chartx, epistolx, lëges aliaque instrumenta ad res Gallo-
Fruncicas speclanlia , prius collecta a VV. CC. de Bréquigny et La Porte du
Theil, elc. EdidilJ. M. Pardessus. Lutetiai Parisiorum, 1843-1849, 2 vol. in-fol.
4. Diplomata et chartx Merovingicx xtatis, etc. (anonyme). Paris, 1851,
in-8''. C'est la Iranscriplion des pièces reproduites dans les fac-similés de
Lelronne : voy. la note 2 de la page suivante.
5. Ministère de la maison de l'empereur, etc. Archives de l'Empire. Inven-
taires et documents, etc. Monuments liisioriques, par M. Jules Tardif. Paris,
J. Claye, 1866, in-4''.
6. Monumenta Germaniae historica , etc. Edidit Georgius Heinricus Perlz.
DiploiiiaUim iuiperii 1. J. (Piijillé par K. Perlz.) Ilannovcrae, 1872, in-fol.
130
presque à chaque page, la lormule en question : Chlodovius, ou
Chlothachaiiiis, ou Childerichus, etc., rex Francorum vir
inluster. Il semble donc impossible de douter que les rois de la
première race aient véritablement pris et porté ce double titre.
C'est pourtant ce que je prétends contester. Je crois qu'aucun
roi mérovingien n'a porté le titre de inr inluster; qu'aucun
diplôme authentique d'un roi de la première race ne contient
les mots : reœ Francorum vir inluster; et que, si tous les
éditeurs ont lu et imprimé ces mots, tous les éditeurs se sont
trompés et ont mal lu.
Ma conviction est fondée sur l'examen des diplômes originaux.
Le nombre des actes authentiques des rois mérovingiens, dont
le texte nous est parvenu, est d'environ quatre-vingt-dix*. Sur
ce nombre, plus de cinquante ne nous sont connus que par des
copies, postérieures de plusieurs siècles aux originaux perdus :
nous ne savons jusqu'à quel point ces copies sont exactes. Trente-
sept nous sont parvenus en original : ceux-là seuls fournissent
des renseignements parfaitement sûrs. Il est d'ailleurs facile de
les étudier. Tous sont conservés à Paris, trente-six aux Archives
nationales, un à la Bibliothèque nationale. Tous ont été repro-
duits en fac-similé, dans la publication de Letronne-, dans celle
de Tardif-^ ou dans la collection de l'Ecole des chartes ''.
Or, dans aucun de ces trente-sept originaux, on ne trouve
une seule fois en toutes lettres les mots : rex Francorum, vir
inluster ^\
1. K. Pertz en compte (luatie-vingl-dix-seitl ; mais les sept ou huit premiers
de son édition et quelques-uns des suivants sont faux; d'autre part, deux ou
trois de ceux qu'il a relégués au rang des faux sont probablement authen-
tiques.
2. Diplomata et cfiartx Merovingicx xiatis in archiva Francix asservaia,
ou Diplômes et chartes de l'époque mérovingienne sxir papyrus et sur vélin,
etc., publiés par M. Letronne. Paris, sans date, gr. in-fol. C'est la collection
connue sous le nom de première série des fac-similés des Archives nationales.
3. Inventaires et documents, etc. Fac-similé de chartes et diplômes méro-
vingiens et cartovingiens, etc. Paris, J. Claye, 18GG, gr. in-fol. C'est l'atlas de
l'inventaire des Monuments historiques publiés par J. Tardif; cet atlas est connu
aussi sous Je nom de seconde série des fac-similés des Archives nationales.
4. Fac-similés à l'usage de l'École des chartes, n° lOU, planche xxiv.
5. Je cite ci-après les diplômes originaux des Archives nationales d'après les
numéros d'ordre de l'édition de J. Tardif (T.); j'ajoute, quand il y a lieu, entre
parenthèses, l'indication des fac-similés publiés i)ar '^laihiWon, De rediplomatica
Cinq diplômes sont mutilés au commencement et ont perdu la
formule initiale '. Vingt-deux portent, après les mots rex Fran-
corwn, une abréviation composée des lettres v. ml. ou v. inlt.~.
Dix enfin donnent, à la place de cette abréviation, deux mots
commençant par les mêmes lettres : mais ce ne sont pas les mots
vir inlusicr, ce sont les mots viris inlustribus'^ .
Dans les actes où on lit distinctement viris inlustribus, les
éditeurs ont imprimé ces mots ; dans ceux où on lit seulement
V. inl. ou inlt., ils ont imprimé vir inlaster. Je crois qu'ils
auraient dû imprimer partout viris inlustynbus.
En efifet, la règle la plus élémentaire et la plus évidente de la
critique paléographique est que, pour lire une abréviation dont
le sens est douteux, il faut se guider sur les exemples analogues
où l'abréviation est remplacée par un mot en toutes lettres. Dans
nos trente-deux diplômes non mutilés, nous avons dix exemples
certains de rex Francorum viris inlustribus et pas un exemple
de rex Francorum vir inluster; donc, jusqu'à preuve du con-
traire, rex Francorum v. inl. doit se lire rex Francorum-
(Mab.), Letronne (L.), ou Tardif (T.; les numéros des fac-similés sont les
mêmes que ceux des pièces dans son édition) et le numéro de classement des
pièces dans le musée des Archives nationales (Mus.) ; cette dernière indication
sert en même temps de renvoi à l'ouvrage intitulé : Musée des Archives natio-
nales, etc. Publié par la direction générale des Archives nationales. Paris,
Henri Pion, 1872, in-4°.
1. T. 4 (T., Mus. 1); T. 14 (L. 11); T. 16 (T., Mus. 10) ; T. 17 (Mab. p. 377,
L. 13); T. 27 (L. 20 bis). — T. 41 (T.) est, dit-on, une copie et non un original :
Sickel, Monumenta Gennaniae, etc., besprochen (Berlin, 1873, in-8'>), p. 13,
note **.
2. V. INLT. : T. 44 (L. 37, Mus. 26); T. 45 (L. 38); T. 48 (L. 41). — V. inl. :
T. 11 (Mab. 376 pi. xvii, L. 8, Mus. 6); T. 15 (L. 12, Mus. 9); T. 20 (L. 16,
Mus. 12); T. 22 (L. 18, Mus. 14); ï. 25 (Mab. 379, L. 20); T. 28 (L. 24, Mus.
16); T. 30 (L. 25, Mus. 17); T. 31 (L. 26); T. 32 (L. 27); T. 33 (Mab. 381,
L. 28); T. 34 (Mab. 383, L. 29, Mus. 19) ; T. 35 (L. 30, Mus. 20); T. 37 (L. 32) ;
T. 38 (L. 33, Mus. 22); T. 42 (Mab. suppl. 69, L. 35); T. 43 (Mab. 385, L. 30,
Mus. 2.5); T. 49 (L. 42); T. 50 (Mab. 385, L. 43, Mus. 29); Bibl. nat., ms.
lat. 9007 (exposé dans la galerie des chartes, reproduit en fac-similé dans la
collection de l'École des chartes : K. Pertz, n" 71, p. G3).
3. ViRis INLUSTREBUS : T. 47 (L. 40, Mus. 28). — Viris inlbus. : T. 7 (Mab.
375, L. 5); T. 21 (L. 17, Mus. 13). — V. inlustribus : T. 46 (L. 39, Mus. 27).
— V. inlbos. : T. 23 (L. 19). — lbus. : T. 5 (Mab. suppl. 69. L. 3, Mus. 2).
— iBus : T. 9 (Mab. 377 [reproduction inexacte], L. 7). — Vir. inl., avec
des signes d'abréviation après les deux mots : T. 6 (Mab. suppl, 70, L. 4,
Mus. 3); T. 12 (L. 9, Mus. 7); T. 13 (f.. 10, Mus. 8).
ri/'is inlustribus . Cette raison est si simple et si péremptoire
qu'elle pourrait presque dispenser d'en donner d'autres.
Mais il y en a d'autres à donner. La formule viris inlustri-
bus est bien connue. En dehors des dix exemples fournis par les
originaux, on la trouve Irèquemment dans les actes qui ne nous
sont parvenus qu'en copie. Le sens n'en est pas douteux : elle
désigne les fonctionnaires royaux à qui le diplôme est adressé et
qui sont chargés d'en assurer l'exécution. Tantôt ces fonction-
naires sont nommés, par exemple : Theudericus rex Franco-
rum l'iris inlustribus Audoberctho et Rocconi patriciis,
etc. ^ ; tantôt l'adresse est plus générale : Theudericus rex
Francorum viris inlustribus omnehus agentebus tam pre-
sentebus quam et futuris '. Ailleurs, l'adresse est contenue
tout entière dans ces deux mots : Chilperichus rex Francorum
viyns inlustribus. Oportit climenciae princepale , etc.^;
alors le diplôme s'adresse à tous les fonctionnaires à qui leur
charge assure le rang d'illustre, et ceci nous apprend que ce rang
avait une valeur précise et n'appartenait qu'à un petit nombre "•.
Dans tous les cas, la forme du diplôme est clairement imitée de
celle des constitutions impériales, que nous ont conservées les
codes: ImperatorJustinianus, etc., Menae viro illustri prae-
fectopraefo/io,eic/-',o\i Imperatores Honorius et Theodosius
Augusti consulibus, praetoribus, tribunis plebis, senatui,
etc. ^. L'acte étant toujours adressé à des fonctionnaires élevés
en dignité, il est naturel de voir dans le texte les destinataires
désignés encore par des expressions honorifiques, conformes à
leur rang : Idio cognuscat magnetudo seu utilitas vestra,
1. T 21 (L. 17, Mus. 13).
2. T. 23 (L. 19).
3. T. 40 (L. 39, Mus. 27).
■\. L'emploi du mot illustres jiour désigner avec précision une catégorie de
fonctionnaires déterminés se trouve déjà dans le code Théodosien : VI, xv. De
comitibus qui illuslribus ageniibus assiderunt , et plus loin : Assessures, qui,
i:um primi ordinis comitiva, virorum illustrium in actu positorum... juverunt
consilia veljuvubuni... Comparez Marculfe, 11, 50 : Indecolum co amenda (ium
ad viros inlusfris laicos (Zeuiner, Formulae, dans les Monumentu Germaniae,
in-4% I, p. 105 ; E. de Roziére, itecueil général des formules, n" G6G).
5. Code Justinien, De Jusiiniano codice con/irmundo.
6. Code Théodosien, IX, i, 19. — Comparez encore les formules initiales des
lettres de Théodoric, dans Cassiodore : Boelio viro illustri pulritio Theodori-
eus rex (Cassiodore, Variae, I, 45), etc.
U
142
Vestra cognuscal soleroia, etc. ' . Tout ici se tient, tout est
logique et rationnel.
Il en est de même dans les diplômes qui portent v. inl., en
abrégé, si on lit cette abréviation viris inlustribus ; ils sont
alors pareils aux autres. Ce sont encore des lettres du roi, adres-
sées à l'ensemble des liommes illustres, c'est-k-dire des fonction-
naires royaux. Si on veut lire rex Ff^ancoriim vii- mluster,
plusieurs difficultés se présentent.
Le diplôme devient une lettre sans adresse 2. Il faut que les
mots N. rex Frcmcorum vir inluster forment une phrase à
eux seuls. Les destinataires n'étant plus nommés, doit-on croire
que l'acte s'adresse à tout le monde? Non, car, dès les premières
lignes, le roi donne à ceux à qui il parle des titres honorifiques,
et ce sont les mêmes dont il se sert ailleurs pour les mri inlu-
stres : Cognuscat magnetudo seu uiilitas vestra^, Vestra
cognuscat industria *. Il leur ordonne de ne pas mettre obs-
tacle à ses volontés et de ne pas permettre que d'autres y mettent
obstacle : absque vestra aut cujuslibet contrariaetate'" ; il
s'adresse donc à un nombre limité de personnes, et à des per-
sonnes qui ont en main l'exercice de l'autorité. Ailleurs, le roi
charge ceux à qui il parle de payer des sommes d'argent de sa
part : vobis omnino jobemmus adque super omnia deman-
damus ut, quomodo missi ipsius basileci doirmi Dionisii vel
metnorato Chaenone abbati ad vos rinerint, ipsus soledus
cento... eis omnemodis dare et adinplire faciatis^. Ceci ne
peut s'adresser qu'à des agents royaux, et s'adresse en efiet à
eux, si on lit au commencement viris inlustribus , qui est le
titre de ces agents. Si on lit vir inluster, sans adresse, ces
clauses n'ont pas de sens.
Vir iyiluster était-il, sous la première race, un titre digne d'un
roi ? C'est fort douteux. Dans l'empire romain, ce titre appartenait
à des fonctionnaires de haut rang, sans doute, mais qui n'en étaient
1 . T. 46 (L. 39, Mus. 27).
2. Le diplôme mérovingien est une lettre; il en a toutes les formes, jusqu'à
la salulalion linale, Bene valete : d'Arbois de Jubainville, dans la Bibliothique
de L'École des chartes, t. XLl, 1880, p. 80 (noie de la j). 85).
3. T. 20 (L. 10, Mus. 12).
4. T. 25 (Mab. .379, L. 20).
5. T. 20 (L. IG, Mus. 12).
G. T. 31 (L. 20).
113
pas moins les officiers et les agents du prince * : telle n'était pas
la condition d'un souverain franc. On lit que Glovis avait reçu de
l'empereur Anastase la dignité consulaire, et que dès lors il avait
porté les titres de consul et d'auguste : Chlodor échus, dit Grégoire
de Tours, ah Anastasio inipci-aiore codicillos de consiUatu
accepit ... et ab ea die tamquam consul aut augustus est
vocitatus ^. Ceci n'explique pas pourquoi il aurait pris le titre
de vir inluster. Les consuls étaient clarissimi et non illustres,
comme le prouvent les formules de dates consulaires que nous
ont conservées un grand nombre de monuments divers^; et le
nom (ï augustus était celui que prenaient les empereurs, par
conséquent il représentait un rang beaucoup plus baut que celui
d'homme illustre. Quant aux princes dont nous avons des
diplômes, ils ont régné longtemps après Clovis, puisque Clovis
est mort en 511 et que le plus ancien diplôme original connu est
de l'an 025. A cette époque, les rois francs, loin de briguer les
titres conférés par les empereurs romains, se considéraient eux-
mêmes comme des souverains, émules et successeurs des empe-
reurs. Ils disaient notre fisc, fisc-us noster*, la clémence de
notre règne, clemencia rigni nostri"^; ils parlaient de leur
sérénité priucière, principalis serenitas*^'. Ils frappaient des
pièces d'or au type impérial, et à côté de leur effigie, couronnée
du diadème, ils mettaient leur nom, précédé, comme à Rome, des
mots dominus noster : D. N. THEODEBERTVS VICTOR-;
ou bien, à la place du nom de la Victoire impériale, Victoria
Augiisti, ils mettaient celui de la Victoire du roi : VICTVRIA
CHLOTARI\ Pense-t-on que les princes qui parlaient ce lan-
gage fussent hommes k se parer du titre qui revenait, dans la-
hiérarchie impériale, à un magister peditum ou à un quaestor?
La preuve que ce titre était inférieur au rang d'un roi, c'est
que les rois le donnaient à leurs sujets. Les ducs, les comtes, les
1. Voy. la XotUia dignitatum, le code Théodosien, etc.
2. Hisioria Francorum, livre II, chap. 38.
3. Voy. Le Blanl, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, etc.
4. T. 46 (L. 39. Mus. 27), ligne 13, etc.
5. T. 12 (L. 9, Mus. 7). ligne 2, etc.
6. Thierry III, 23 mai 683 : K. Pertz, p. 49, ligne 34.
7. Du Cange, Glossarium média; et infimx latinitatis, édition Henschel, IV,
pi. I, fig. 9.
8. Ibid., lig. 10.
un
Ibnctionnaires royaux en général étaient viri inlustres. On a
imaginé une distinction entre eux et les rois ; on a prétendu que
le prince était vir inluster et les ducs et les comtes inlustres
viri^ : les faits contredisent cette hj^pothèse. Inluster viretvir
inluster sont termes parfaitement synonymes. J'ai cité dix actes
originaux qui donnent l'adresse aux fonctionnaires royaux sous
la forme uiris inlustribus. Ailleurs, le même titre est employé
dans le texte des actes : Vir inl. et fedelis Deo j^'^opicio
noster TJrsinus, dit Dagobert P"", vers 628^. Dans le grand pri-
vilège de Clovis II pour Saint-Denis, du 22 juin 653, plusieurs
dignitaires font précéder leur souscription des lettres v. inl. ^.
Dans une formule de Marculfe, un roi écrivant à un autre roi
désigne par le même titre les ambassadeurs qu'il lui envoie :
viros inlustris illos et illos ad presenciam fraternitatis
vestre direximus*. Une autre formule porte pour titre : Inde-
colum conmendatium ad viros inlustris laicos'". Or, si ce
titre appartenait aux fonctionnaires sujets du roi, est-il croyable
qu'il appartînt en même temps au roi ?
D'ailleurs, quelle incohérence, quelle irrégularité dans la diplo-
matique mérovingienne, si l'on adopte la leçon admise jusqu'ici
par les éditeurs ! Les rois mettent en tête de leurs diplômes une
adresse , mais ils la mettent d'une façon intermittente ; ils
prennent le titre de mr inluster, mais ils le portent d'une
façon intermittente. Après le titre du roi des Francs, la règle est
qu'on doit rencontrer la qualification d'homme illustre, et sur ce
point l'usage est invariable : mais cette qualification peut être
mise, soit au nominatif singulier et s'appliquer au roi, soit au
datif pluriel et s'appliquer aux fonctionnaires royaux, et sur ce
point l'usage est incertain et changeant. C'est prêter à la chan-
cellerie mérovingienne beaucoup de laisser-aller et de négligence.
Pour supprimer d'un seul coup toutes ces invraisemblances,
il suffit de lire viris inlustribus l'abréviation qu'on a lue vir
1. Bréquigny, i)rolégomènes. 3° [larlie, section I, cliap. i, art. ii (édition Par-
dessus, I, |). 191) ; Sickel, Acta regum et imperaiorum Karolinorum, I, Lehre
von den Urkundcn dcr ersten Karolinger (Wien, 1867, in-8°), p. 175, 176.
2. T. 6 (Mab. suppl. 70, L. 4, Mus. 3).
3. T. 11 (Mab. 376 pi. xvii, L. 8, Mus. 6).
4. Marculfe, 1, 9: Zeumer, p. 48; E. de Rozière, n» 696.
5. Marculfe, II, 50: Zoumer, p. 105; Rozière, n° 666.
inhislet-, et qui se prête également à l'une ou l'antre lecture.
La correction que je crois devoir proposer me semble indispen-
sable, et, si je ne me trompe, elle satisfait à tout.
Elle s'accorde, non seulement avec les diplômes, mais aussi
avec les formules de la même époque. Parmi les recueils de
formules franques, il en est un qui donne des modèles d'actes
royaux et qui remonte à la période mérovingienne, c'est celui de
Marculfe : on n'j lit jamais : ille rex Francorum rir inluster,
mais bien : ille rex vero inlustris illo comité ; ille rex vero
inlustre illo; ille rex Francorum viro inlustre ille comitae^;
et, dans les suppléments du même recueil : ille rex Francorum
rij'is inlustribus patriciis, comitibus, tollonnriis vel omni-
bus curam publicam agentibus ^
Le titre de rex Francorum vir inluster n'appartient donc
pas à la période mérovingienne.
Mais, dira-t-on, quelle est l'origine de cette formule? Les
diplomatistes modernes ne l'ont pas inventée, liien avant eux,
on la rencontre dans les cartulaires, dans les copies du moyen
âge. Elle n'est donc pas nouvelle.
Elle est fort ancienne en effet, aussi ancienne qu'elle peut l'être
sans être mérovingienne. Elle remonte au règne de Pépin le
Bref.
Dans les diplômes de Pépin, dans ceux de Carloman et dans
ceux des premières années du règne de Charlemagne, on trouve
ordinairement, après les mots rex Francorum, ceux-ci : rir
inluster, écrits soit en toutes lettres, soit au moins assez au
long pour ne laisser aucun doute sur la nécessité de lire ces deux
mots au nominatif singulier -^
1. Marculfe, I, 28, 29, 39 : Zeumer, p. 60 (lignes 8, 18 et 40), 68; Rozière,
n»' 435, 433 (note 3), 79.
2. Zeumer, p. 107. 111 ; Rozière, n">' 32 bis, 32.
3. Je cite les actes carolingiens d'après les numéros qu'ils portent dans le
catalogue de M. Miihlbacher (J. F. Bœlimer, Uegesta imper H, l, neubearbeilel,
Iniisbruck, en cours de publication). Je dois à l'obligeance de MM. Blanchi,
surintendant des archives royales de Turin, Idtenson et Scherrer, à Sainl-Gall.
Ra^nnecke, à Marbourg (Prusse), des renseignements sur les diplômes conservés
dans ces diflérentes villes, — Vir inluster : Muhib. 100 (Marbourg, Staals-
archiv); 113 (T. 64, Mus. 35); 116 (ï. 06. Mab. 386); 120 (Mémoires de In
M 6
C'est une nouveauté. Elle s'explique par la transformation
que subit la chancellerie royale à cette époque.
La forme des diplômes carolingiens diffère sensiblement de celle
des actes des rois de la première race. Ceux-ci annoncent à la
fin de leurs diplômes leur signature autographe et ne font pas
mention de leur sceau : manus nostrae subscriptionibus sub-
ter decrevimus roborari; Pépin et ses successeurs annoncent
k la fois leur seing et leur sceau : subter eam firmavimits vel
de anulo nostro sigillavimus . Les Mérovingiens signent en
style direct : Theiidericus rex subscrij)si; la souscription
des Carolingiens, que rien ne dit être autographe, prend cette
forme : Signum Pippino gloriosissimo rege. Le référendaire
qui contresigne joint à son nom, sous les Mérovingiens, le plus
souvent le mot optolit (obtidit) , rarement recognovit; sous
les Carolingiens, toujours recognovit. Les actes des maires du
palais, pendant les dernières années de la première race, s'ac-
cordent sur ces divers points avec ceux des rois carolingiens et
diffèrent de ceux des rois mérovingiens. Il est permis d'en con-
clure que Pépin, quand il est devenu roi, ne s'est point approprié
la chancellerie mérovingienne pour la faire passer à son service,
mais qu'il l'a supprimée et a élevé la sienne propre au rang de
chancellerie royale. La chancellerie du maire du palais, en deve-
nant la chancellerie du roi, a transporté dans les diplômes royaux
les formules et le style des diplômes des maires du palais.
Or, la chancellerie du maire du palais, avant l'avènement de
Pépin, avait l'habitude de donner à son maître le titre d'homme
illustre, qui lui revenait en qualité de fonctionnaire royal. Elle
Société des sciences morales de Seine-et-Oise, Xll, 1880); 128 (T. 63, Mus. 34:
copie selon Sickel) ; 146 (Sainl-Gall, Stiftsarcbiv). — Vm inlter. . Mùhlb. 87
(T. 57 bis, Arch. nal. K. 5. 4»). — Vm inlust. : Mûhlb. 105 (T. 61. K. 5. 10,
fac-siiii. de 1 Éc. des ch. 86 A j)l. i; copie selon Sickel); 106 (T. 60, fac-sim. de
l'iîc. des ch. '272) ; 107 (T. 62, Mus. 33 ; copie selon Sickel) ; 1 14 (T. 65, K. 5. ll^) ;
115 (Schœpflin, ^^sa^ja diplomatica, I, 42); 117 (archives royales de Turin); 137
(T. 6'J, K. 5. 12»; copie selon Sickel); 140 (Schœpilin, I, 44); 147 (T. 70, Mab.
387; copie selon Sickel); 167 (T. 71, en double original : Mus. 38 et K. 6. 3^); 172
(Sybel el Sickel, Kaiserurkunden in Abbildungen, Berlin, en cours de publi-
cation, I, 2); 173 (Marbourg, Staalsarchiv). — Vm inlt. : Miihlb. 187 (T. 75,
Mus. 39). — Vm inl. : Mulilb. 76 (T. 56, K. 5. 4); 88 (Kaiserurkunden in
Abbildungen, I, 1). — Vmi.T. : Miihlb. 166 (T. 82, K. 7. 4). — V. inlt.: Mïihlb.
71 (T. .55. Mus. 31).
»;7
l'appelait au commencement des actes : inlust. rir Pipiiinus
inajor. doinus. et à la fin elle écrivait sa souscription ainsi :
Signum inlustri viro Pippino major, domus^. N'est-ce pas
par une suite de cette habitude qu'elle lui a conservé ce titre
après qu'il a été roi, et qu'elle a ajouté la qualification de rz?"
inluster (synonyme à'inluster rir) à celle de reœ Franco-
riun^?
Il n'y avait pas à cela les mêmes difficultés que sous les Méro-
vingiens. D'abord, sous Pépin et ses successeurs, on ne trouve
plus de diplômes qui portent viris inlustribiis au lieu de tir
inluster : les actes de ces princes ne présentent donc pas l'inco-
hérence qui se trouverait dans ceux des rois d(^ la première race,
si l'on acceptait la leçon des éditions. De plus, le Wive à' inluster ,
certainement inférieur au rang d'un roi sous les Mérovingiens,
était devenu compatible avec ce rang au temps de Pépin. En
effet, quand s'est formé le style delà chancellerie mérovingienne,
le souvenir de la domination romaine n'était pas encore effacé exP
Gaule, et l'on savait la valeur des appellations honorifiques;
d'ailleurs, comment le roi des Francs aurait-il jugé digne de lui
un titre qu'il accordait alors, non seulement à ses ducs et à ses
comtes, mais parfois même à des percepteurs des douanes, viris
inluslrebus omnis tilenariis Masiliensis , comme nous lisons
dans un diplôme de Chilpéric II'^? Au contraire, à la fin du
viii'= siècle , les souvenirs de l'époque romaine étaient loin ; la
barbarie était allée croissant , et l'ignorance était extrême.
Comme le titre d'homme illustre appartenait au maire du palais,
et que l'importance du maire du palais dans l'Etat était devenue
très grande, ce titre avait grandi eu proportion ; les hommes du
viif siècle avaient di^i apprendre à le respecter beaucoup pkis que
ne pouvaient le faire les sujets d'un Dagobert ou d'un Clotaire.
1. T. 54 (L. 46).
1. Je n'ose invoquer ici le diplôme de Péj)in pour Sainl-Galais, du '25 avril 752,
qui porte inluster vir Pippinus rex Francorum (Muhlb. G'i ; Rec. des hist. de
Fr., V, 698), parce qu'il ne nous est pas parvenu en oriiilnal, et que je ne sais
même si l'autiienlicité en est bien certaine. Il faut aussi laisser dans le doute la
question de savoir si, en se qualilianl vir inluster, Tcpin a songé dans quelque
mesure que ce soit à imiter les rois lombards, qui prenaient le titre de vir
excellent issimus {Historiae patriae Monumenta , Ckartae, I, col. 13, etc.;
Monumenta Germaniae, Leges, IV, p. 1, etc.).
3. T. 47 (L. 40, Mus. 28).
Aussi vovons-noiis que la chancellerie du maire du palais le
réservait à peu près exclusivement à son maître. Parmi les
vingt-quatre diplômes des maires du palais qui nous sont parve-
nus, en original ou en copie, il n'en est presque pas un où ce
haut dignitaire ne soit qualifié d'illustre ; il n'en est presque
pas un où d'autres que lui reçoivent la même qualification '. Les
comtes et autres grands personnages, qui ont signé quelques-uns
de ces actes, n'ont mis que leur nom 2. L'un des derniers diplômes
de Pépin avant son avènement est adressé, sans qualification,
omnibus episcopis, abbatïbus, ducibus, coniitibus, dome-
sticis, etc.^. En un mot, le nom d'homme illustre était devenu en
quelque sorte le privilège du véritable maître de l'État, du roi
de fait ; il n'est pas étonnant que ce personnage, devenu tout à
fait roi, ait cru pouvoir garder ce nom, en l'accolant à son titre
royal, et que ses successeurs, Carloman et Charlemagne, aient
imité son exemple.
• Charlemagne fut le dernier roi qui porta le titre de vir inlu-
ster; il s'en servit jusqu'en 77-5, puis il l'abandonna pour le rem-
placer par celui de pcdricius Romanorum^. Ce titre ne fut donc
en usage que pendant un peu plus d'une vingtaine d'années;
mais durant ce temps on l'écrivit, dans presque tous les actes,
à peu près en toutes lettres et fort lisiblement. Les copistes, qu'em-
barrassa sans doute bientôt l'abréviation v. inl. des actes méro-
vingiens, crurent en trouver la solution dans ces textes des
premiers Carolingiens. De là les nombreuses copies de chartes
mérovingiennes et les formules postérieures (sans parler des actes
faux '") qui nous sont parvenues avec la leçon rex Franco-
ruTii vir inluster, au lieu de viris inlustribus , et qui ont
accrédité cette leçon jusqu'aujourd'hui parmi les diplomatistes. Je
«
1. Voy. la collection de ces diplômes dans le vol. de K. Pertz, p. 91-110.
2. K. Pertz, n" 11, 12, p. 98-100. ~
3. T. 54 (L. 46).
4. Sickel, Acta regumet imperatorum Karolinorum, I, [». 258, 259.
5. On lit nir inluster en toutes lettres à la première ligne du prétendu
diplôme de Childebert I" pour la fondation de Saint-Germain-des-Prés (T. 2,
L. 1). Si l'on songe que la fausseté de cet acte n'a été démonirée qu'en 1865,
|)ar Jules Quiclierat {Bibliothèque de l'École des chartes, 6' série, I, p. 513), et
((ue jadis on ie tenait, non seulement pour authentique, mais encore pour ori-
ginal, on ne pourra s'étonner (juc la lecture rex Fraucorum vir inluster. dans
les diplômes mérovinj^iens, ail si longtemps passé pour indubitable.
lin
crois qu'il laut considérer ces mots, quand on les trouve dans
un texte mérovingien, comme introduits par une faute de copie,
et qu'on ne doit pas hésiter à les corriger'.
En résumé, l'abréviation t\ inl., placée après le titre royal,
dans les diplômes mérovingiens, doit se lire viris inlustribus.
Le titre de vir inluster, appliqué au roi, est carolingien et non
mérovingien. C'est un souvenir de la mairie du palais exercée
par Pépin, et non du consulat conféré à Clovis.
•Tulien Havet.
1. Parmi les actes législatifs des rois mérovingiens, que nous ont conservés
divers manuscrits, un seul, le décret attribué à Childebcrt II, 29 février 596,
jiortc : rex Francorum vir inluster (Boretius, Capilulariu, dans les Monu-
menta Cermaniae, in-4% I, p. 15). Mais les manuscrits qui donnent ce texte
sont du IX'' et du x« s., et tous n'offrent pas la m(^me leçon : le ms. lat. 4404 de
la Bibl. nat., du ix" s., porte nettenient : viris infustrihus (fol. 231).
M. LACABANE
La Société des anciens élèves de l'École des chartes vient d'être
cruellement frappée.
Son fondateur, son président honoraire, celui qui par ses con-
seils et sa collaboration a le plus contribué à la création de notre
recueil, et qui, après avoir puissamment aidé à la réorganisation
de l'École, y a été pendant près de vingt-cinq ans professeur ou
directeur, M. Léon Lacabane n'est plus.
Né à Fons, dans le département du Lot, le 21 novembre 1798,
il est mort à Paris le 24 décembre dernier, dans la 87'' année de
son âge. Conformément à ses désirs, il a été transporté et inhumé
à Reyrevignes, près de sa propriété du Puy-Blanc, dans l'arron-
dissement de Figeac.
Nous ne voulons pas tarder de dire à nos lecteurs les rares
mérites, les hautes qualités de l'érudit accompli, de l'homme de
cœur et d'esprit que nous venons de perdre, et les regrets pro-
fonds que sa fin presque subite nous inspire.
Élevé dans son enfance par le curé de Fons, M. Lacabane,
après avoir fait de bonnes études au collège de Figeac, vint à
Paris pour compléter son instruction en suivant les cours de l'École
de droit. Le goût des choses historiques qu'il avait déjà pris en
compulsant les parchemins de l'étude de son père, vénérable
notaire de Fons, et les vieux livres de la bibliothèque du collège
de Figeac, le porta à se présenter à l'École des chartes, fondée en
1820 par le gouvernement du roi Louis XVIII. Il obtint le second
rang dans la première promotion, nommée au mois de mai 1821,
où figurèrent avec lui Landresse, Capefigue, Floquet et Tabbé
Faudet. Il n'avait pas cependant pris encore sa direction définitive.
En 1824, il entra au ministère de l'intérieur comme secrétaire
particulier de M. Sirieys de Meyrinhac, directeur de l'agri-
culture et des haras, ami de sa famille. Il était encore employé
irvi
dans la même administration en 1829, quand la recommandation
de M. Tabbè de Lespine, professeur à l'Ecole des chartes, qui
avait remarqué sa vive intelligence et son aptitude paléogra-
phique, lui ouvrit lesportesdela Bibliothèque royale, enol)tenant
pour lui la })lace d'employé au cabinet des titres. M. Lacabane
avait dès lors trouvé sa voie, celle qui devait le conduire, non
à la fortune, que sa modeste aisance n'ambitionna jamais, mais
h cette situation d'un maître écouté, consulté, honoré par deux
générations de savants et d'érudits curieux. Sans avoir les bre-
vets de d'Hozier, il en a eu l'autorité au sein des familles et auprès
des tribunaux par sa ferme probité et sa haute compétence. Avec
un peu plus de résolution et un peu d'ambition, il lût devenu, s'il
l'eût voulu, un parfait historien.
La majeure portion des documents du cabinet des titres appar-
tenant au xiv'^ et au xV siècle, il put voir, en les conférant aux
chroniqueurs contemporains, combien ils apportaient de lumières
et de rectifications à leurs récits. Aussi de bonne heure se forma
en lui le dessein de donner une édition rectifiée du plus illustre et
du plus précieux de ces chroniqueurs.
On peut dire que la pensée d'établir un texte critique de Frois-
sart a été la préoccupation dominante de la vie de M. Lacabane,
et il est certain que la fondation de la Société de l'histoire de
France est due en grande partie au désir de réunir les moyens
nécessaires pour mener à fin cette belle entreprise. Si M. Laca-
bane n'a pu réaliser les promesses qu'il s'était faites à lui-même
à cet égard, c'est un excès de scrupule qui l'en a empêché.
Entraîné par le détail et le courant de ses heureuses investiga-
tions, il ne s'est jamais arrêté, ne se croyant jamais assez bien
préparé pour mettre la main à l'œuvre capitale, tant il est vrai
que le mieux est presque toujours l'ennemi du bien. Il s'est du
moins consolé en voyant la réalisation de son projet et de ses
vœux remise en de si dignes mains.
Les recherches de M. Lacabane pour préparer l'édition de notre
grand chroniqueur du xiv" siècle, si elles n'ont pas atteint leur
objet principal, sont loin d'ailleurs d'être restées stériles. Indé-
pendamment des savantes Dissertations sur V histoire de
France qu'il en a lui-même retirées, indépendamment des innom-
brables travaux dont il a suggéré le sujet et encouragé la publi-
cation, son neveu, devenu depuis son filsadoptif, a puisé dans le
dépôt des titres et dans la direction de M. Lacabane le fonds de
i:i2
deux mémoires considérables sur le pape Jean XXII ^ et sur les
campagnes du comte de Derby en Guyenne ^ qui seront désormais
comme deux pièces à ccmsulter sur l'histoire du xiv® siècle. Il
reste un devoir à accomplir à M. Bertrandy Lacabane. Nous nous
permettons de le recommander à son dévouement filial. C'est de
mettre matériellement en ordre les notes et les immenses matériaux
recueillis par son oncle, afin que la Bibliothèque nationale puisse
les réunir un jour comme une annexe au magnifique dépôt qu'il a
durant de si longues années conservé, étudié et amélioré.
La notoriété des connaissances généalogiques de M. Lacabane
était si étendue, la haute impartialité de son équité si bien établie
que, lorsque le roi Louis-Philippe destina le palais de Versailles à
réunir les souvenirs de toutes nos gloires françaises, le gardien
du cabinet des titres fut naturellement désigné pour diriger et
contrôler la formation des galeries réservées aux croisades. Les
cinq ou six années consacrées à cette œuvre furent pour lui un
temps de satisfaction et de triomphe, mêlé, il faut le dire, de
quelques tourments dus à l'apparition soudaine et trop opportune
d'un nombre considérable de chartes de croisés jusque-là incon-
nues et provenant pour la plupart de Gênes. Avec l'abbé Gazzera,
ancien secrétaire perpétuel de l'Académie de Turin, paléographe
consommé, avec notre ami Canale, auteur d'une savante histoire
de Gênes, et nombre d'autres critiques autorisés, nous persistons
à considérer, nonobstant des avis contraires, l'immense majorité
de ces pièces comme parfaitement authentiques. Mais n'insistons
pas trop sur ce gros détail, soufflons sur ces nuages pour nous
rappeler seulement la vive joie de M. Lacabane et l'unanime satis-
faction de tous ceux qui le connaissaient, et le nombre en est
grand, quand M. de Salvandy lui envoya la croix que le roi
accordait à son dévouement et à son désintéressement sans pareil.
Si absorbé qu'il fût dès lors par les tributs divers demandés à
son obligeance et par son enseignement à l'Ecole des chartes,
M. Lacabane présidait toujours nos séances mensuelles et colla-
borait de temps à autre à notre Recueil. Il nous avait donné dès
1. lieckerches sur l'origine, l'élection et le couronnement du pape
Jean XXII. Paris, 185'i.
2. Élude sur les chroniques de froissart, Bordeaux, in-8°, Lanefranque,
1870. Guerre de Guijenne , I3'i5-1346. Développeinenl des faits exposés dans
deux Lettres sur les campagnes d%i comte de Derby, parues en 1867 et 1868
dans la Hevue d'Aquitaine
153
les premiers volumes une abondante réserve de ses travaux. Tout
est excellent dans ces mémoires , la forme et le fond : netteté de
l'exposition, correction du stjle, conclusions bien arrêtées et tou-
jours nouvelles.
Le premier, il a prouvé la légitimité de la réhabilitation
d'Enguerrand de Marigny , recommandée par Philippe le Bel
mourant à Louis le Hutin, et il en a publié l'acte solennel*. Son
mémoire sur la mort d'Etienne Marcel, paru dans le 1" volume
delà Bibliothèque, en réfutant l'opinion accréditée par M. Dacier,
maintient à Jean Maillart l'honneur d'avoir empêché les traîtres
de livrer Paris aux Anglais^. Il a complété les savants travaux de
M. Paulin Paris et rectifié ceux de Sainte-Palaye, en établissant le
premier que les chroniques de Saint-Denis prennent un caractère
original, et on peut dire officiel, à partir du règne de Charles V et
à la suite de la mission donnée par ce prince à son chancelier Pierre
d'Orgemontd'en continuer la rédaction^. lia établi que l'usage de la
poudre à canon existait déjà en France sous le règne de Philippe
le Valois (1338) et il a fourni ainsi un précieux point de départ à
l'histoire de notre artillerie ■*. Sa dissertation sur les conséquences
d'une erreur de nom est un modèle de discussion, qui rappelle la
meilleure manière de Quicherat''. D'un passage mal lu de Froissart,
une légende s'était formée et avait fini par introduire dans l'his-
toire sérieuse le nom d'abord et de proche en proche les faits et
gestes d'un évêque de Rodez, de la noble famille de Cardaillac.
La simple substitution de Bath (Angleterre) à Rodais détruisit
tout l'échafaudage, et montra une fois de plus la finesse de sa cri-
tique, l'étendue de ses connaissances et la netteté de sa discussion.
Mais ce qu'il a publié est la moindre partie de ce qu'il a fait. S.a
conversation, sa correspondance et ses incessantes communica-
tions étaient un enseignement perpétuel.
Il fallait le voir dans cette salle de l'ancien département des
manuscrits, où se trouvait isolé un grand poêle de fa'ience blanche,
autour duquel ont eu lieu durant des années tant de conversations
1. Mort de Philippe le Bel. Avènement de Louis Hutin. Bibl. de l'Kcole des
chartes, V série, t. III, p. 1.
2. Mémoire sur la mort d'Etienne Marcel. Bibl. de l'École, 1'" série, t. I, p. 79.
3. Recherches sur les auteurs des grandes chroniques de France, dites de
Saint-Denis. V" série, t. II, p. 57.
4. De la poudre à canon et de son introduction en France, t. I, p. 28.
5. Conséquences historiques d'une erreur de nom. 1"" série, t. II, p. 554.
scieutitiques et d'amicales discussions. Sa large figure, pleine de
santé et de bienveillance, assurait bon accueil à tout venant,
pourvu qu'il fût franc et sincère. A travers le cristal de ses fines
lunettes d'or, son regard eût deviné la pensée la plus dissimulée.
Au fond, derrière le poêle, était Géraud, déjà fort estimé de nos
plus grands savants, et préparant la publication de Guillaume de
Nangis. Ailleurs, Fréville étudiait les monuments de l'histoire de
Rouen. D'autres s'occupaient des Olim et des Assises. Paillard,
tout en faisant l'histoire des invasions normandes, inclinait de
préférence vers les sujets juridiques, qui devaient le conduire à la
magistrature et puis à la haute administration. Bordier dirigeait
ses préférences du même côté. Kerdrel s'occupait toujours de sa
chère Bretagne. Bataillard ne pensait pas encore, je crois, aux
Bohémiens, dont il nous a depuis si bien parlé. Chaque semaine,
Delpit, Guessard, Lalanne, Bourquelot venaient butiner pour la
collection du tiers état; Le Roux de Lincy, notre premier et
dévoué trésorier, pour les sujets si divers dont il s'est occupé, et
particulièrement pour l'histoire de notre ancienne littérature et
l'histoire de Paris ; M. De Bouille pour son histoire des ducs de
Guise; et presque tous les jours nous voyions M'"*^ Hortense
Cornu recueillir et transmettre au prisonnier de Ham les résultats
de ses recherches sur l'histoire générale de l'artillerie et autres
sujets. Aimable et généreux esprit, M"" Cornu a eu un ami sur
le trône, bon comme elle, comme elle chimérique; elle ne s'est
servie de sa haute faveur que pour faire du bien ou être agréable.
De temps à autre apparaissait la figure de ce malfaiteur cosmopo-
lite, justicié enfin par M. Delisle, et pour lequel M. Lacabane
ressentit toujours une invincible répulsion.
Que les attraits du fameux poêle blanc n'aient parfois ralenti la
somme du labeur quotidien et réglementaire, pourquoi le nier?
Mais aussi que d'utiles communications échangées entre nouSj et
comme le travail du soir ou du lendemain recevait une impulsion
nouvelle et une direction meilleure des causeries et des conseils
de la veille ! M. Lacabane était, à lui seul, le centre et l'âme de
ce bureau de renseignements perpétuels, gracieux et féconds,
ouvert aux savants et aux familles de tous les faubourgs Saint-
Germain de France et de l'étranger, soit pour des intérêts géné-
raux, soit pour l'intérêt privé, non moins respectable que l'intérêt
historique, avec lequel il se confond si souvent.
A la grande réorganisation de l'Ecole effectuée en 1840 paF
M. de Salvaiidy, son cours fut la continuation de cet enseigne-
ment iamiliei' et instructif sur les questions les plus diverses et
les plus pratiques de la paléographie et de la diplomatique, de la
chronologie et de la géographie politique et ecclésiastique de
l'ancienne France. Chaque année, une leçon consacrée au royaume
d'Yvetot apprenait aux élèves les bizarreries du régime féodal,
qui, à côté des hauts barons soumis à l'hommage, admettait l'exis-
tence de pauvres petits seigneurs exempts de tous devoirs à l'égard
du roi de France.
De longues années s'écoulèrent ainsi dans une uniforme et
paisible activité , durant lesquelles M. Lacabane présidait nos
séances, apportait soit à la Commission des archives départemen-
tales, soit à la Société de l'Histoire de France, soit à la Société
des Antiquaires de France le concours de ses lumières et de son
expérience. Nous avons de lui k cette époque deux mémoires que
l'on peut classer parmi ses meilleurs travaux. D'une main discrète,
et tout en glorifiant le patriotisme des habitants de Condora, il
leur a prouvé que la fondation de fêtes et de concours annuels,
pour célébrer l'expulsion des garnisons anglaises par leurs pères
en 1369 et 1374, n'avait pas de fondement historique ^ Ses deux
dissertations sur le cartulaire de Beaulieu montrent que rien ne
lui était étranger de l'histoire de sa chère province de Quercy -, et
qu'il en savait merveilleusement l'ancienne géographie pour l'avoir
établie par le menu sur les documents du meilleur aloi. C'est le
dernier écrit que nous ayons eu de lui. Il est de 1860 et 1861 ;
d'un temps déjà où, sans éprouver la moindre lassitude, M. Laca-
bane cherchait un peu plus de repos.
Nos malheurs de 1870 attristèrent douloureusement son patrie^
tisrae et amenèrent un notable changement dans sa vie, non dans
son caractère resté toujours également affable. Il prit sa retraite
en 1871 et ne vécut plus dès lors que pour sa famiUe qui l'entou-
rait des soins les plus affectueux.
Il n'était atteint d'aucune infirmité, ses facultés étaient intactes,
mais il commençait à ressentir le poids des années de suréro-
1. Mémoire sur les deux prétendues délivrances de Condom en 1309 et 1374.
3" série, t. II, p. 97, 1851.
2. Observations sur la géographie et l'histoire du Queraj et du Limousin, à
propos de la publication du cartulaire de Beaulieu, b' série, t. I, p. 305, l. II,
p. 97, 1860-18Ô1.
gation que Dieu lui accordait. Le défaut d'exercice augmentait
son embonpoint, et néanmoins, bien que les déplacements lui
fussent devenus pénibles et fatigants, il ne laissait jamais s'écouler
un trop long temps sans revoir ses parents et ses amis du Lot.
Il était depuis peu de retour à Paris et rien ne faisait prévoir
une fin si prochaine, quand un jour nous apprîmes qu'il s'était
éteint paisiblement, doucement, chrétiennement, comme il avait
toujours vécu.
Qu'il reçoive ici, au nom de nous tous, l'adieu d'afi'ection et
de respect que nous n'avons pu déposer sur sa tombe'.
L. DE Mas Latrie.
!. Voici les dates principales de la carrière de M. Lacabane :
11 mai 1821. Élève pensionnaire de l'École des chartes.
1" janvier 1825. Employé au ministère de l'intérieur. Bureau des haras et
manufactures.
13 mai 1829. Employé au cabinet des titres à la Bibliothèque royale.
11 juin 1845. Chevalier de la Légion d'honneur.
G janvier 1846. Professeur à l'École des chartes.
18 mars 1854. Conservateur adjoint au département des manuscrits, à la
Bibliothèque impériale.
23 décembre 1857. Directeur de l'École des chartes.
13 août 1866. Officier de la Légion d'honneur.
18 juillet 1871. Professeur directeur honoraire de l'École des chartes.
BIBLIOGRAPHIE.
Anonyme de Cordoue. Chronique rimée des derniers rois de Tolède
et de la conquête d'Espa(jne par les Arabes^ éditée cl annotée par
le P. J. Tailhav, de la Compagnie de Jésus. Paris, E. Leroux, -1883.
In-folio, xx-206 p., avec vingt héliogravures.
La petite chronique à laquelle le P. Tailhan vient de consacrer un
gros volume in-lolio est une composition du milieu du vnic siècle, géné-
ralement attribuée à un Isidore de Badajoz, dont l'existence est fort
problématique. Le P. Tailhan a cru prudent d'appeler simplement
l'auteur un Anonyme de Cordoue. Il publie l'ouvrage d'après deux mss.,
l'un du x« siècle, appartenante l'Académie d'histoire de Madrid, l'autre du
xiv«, conservé à Paris, dans la bibliothèque de l'Arsenal. Il a disposé le
texte de manière à en biou faire ressortir le caractère rythmique ; il l'a
éclairai par des notes fort étendues et par des dissertations, au nombre
de vingt-quatre, dans lesquelles sont discutées beaucoup de points
importants de l'histoire d'Espagne, au vn° et au vni« siècle.
L'édition de la chronique peut être contrôlée dans les moindres détails.
En effet, le P. Tailhan, donnant un modèle qui devrait être suivi s'il
n'entraînait pas des dépenses considérables, a fait entrer dans son volume
le fac-similé complet des manuscrits dont il s'est servi : il n'a pas reculé
devant l'héliogravure de huit grandes pages du ms. de l'Académie d'his-
toire, de dix pages du ms. de l'Arsenal et de deux pages d'un ms. de
Saint-Isidore de Léon, qui fait maintenant partie de la bibliothèque-
nationale de Madrid. Dix de ces excellentes héliogravures se rapportent
à des textes visigothiques et seroi.' d'une grande utilité pour étudier
un genre d'écriture qui jusqu'à ces derniers temps était fort mal connu.
L'ouvrage du P. Tailhan se recommande donc à la fois comme un
livre de. critique historique et comme un livre de paléographie.
En annonçant cette publication, nous pouvons donner un détail assez
curieux sur l'ancien ms. de l'Anonyme de Cordoue, que possède l'Aca-
démie royale d'histoire et que le P. Tailhan a fait reproduire en fac-
similé. Il ne se compose plus aujourd'hui que de quatre feuillets et
présente trois lacunes, au commencement, au milieu et à la fin. La
lacune du milieu correspond aux chapitres ou portions de chapitres qui
ont formé les vers 742-1179 de l'édition. Or c'est exactement le contenu
de deux feuillets de l'Anonyme de Cordoue qui ont été recueillis au
12
138
Musée britannique, et, comme le caractère et les dimensions de ces deux
feuillets sont identiques au caractère et aux dimensions des feuillets
conservés à Madrid, il est évident que les uns et les autres ont jadis fait
partie du même exemplaire. C'est ce qu'on peut vérifier en mettant le
fac-similé des feuillets de Madrid à côté du fac-similé d'une page du
ms. de Londres qui vient de paraître dans le magnifique volume inti-
tulé : Catalogue of ancient manuscripts in the British Muséum, part If,
Latin (London, 1884, in-folio), planche XXXVI.
L. Delisle.
Sancti Amehni, Cantuariensis archiepiscopi, Mariale, seu Liber
precum metricarum ad beatam Virginem Mariam quotidie dicen-
darum... studio et cura P. Racet, Soc! etatis Mariée. Londini, Burns
et Oates [^883J. Petit in-S", xxxII-^22 p.
Sancti Anselmi Mariale : Poème de saint Anselme sur la sainte
Vierge, par P. Ragey, mariste. Paris, F. Levé, ^8S3. In-8°, o7 p.
(Extrait des Annales de philosophie chrétienne.)
L'un des ouvrages connus au moyen âge sous le titre de Mariale est
un poème rythmique en l'honneur de la sainte Vierge, dont le carac-
tère est bien indiqué par M. l'abbé P. Ragey : « poème de 1078 vers,
composé d'une assez longue exhortation à s'attacher à Dieu seul, en
s'appuyant sur l'intercession toute-puissante de la sainte Vierge, d'un
monologue sur les raisons propres à nous déterminer à célébrer fré-
quemment ses louanges, et d'une série d'hymnes en son honneur, unies
par le lien d'une commune inspiration, bien plus que par une liaison
logique. » Cette longue prière a eu un grand succès au moyen âge, et
plusieurs tirades en ont été employées pour servir d'hymnes dans diffé-
rents livres d'offices. Telle est notamment l'origine de l'hymne com-
mençant par les mots Omni die et qui a longtemps passé pour être
l'œuvre de saint Casimir. La pièce complète fut publiée en 1684 par le
P. Hommey, d'après un ms. du xiis siècle qui l'attribue à saint Bernard
et qui forme aujourd'hui à la Bibliothèque nationale le n* 2445 A du
fonds latin. Le docteur Mone en a signalé dans la bibliothèque de
Carlsruhe une copie du xiv^ siècle, qui est intitulée « Soliloquium
soliloquiorum sancti Thomte de Aquino, ordinis Pra;dicatorum. » Une
édition en a été donnée en 1866 par le comte Alexandre Przezdziecki,
d'après notre ms. 2445 A et d'après le ms. de Carlsruhe. M. l'abbé
Ragey l'a retrouvée dans trois autres mss. de la Bibliothèque nationale,
les nos 10522, 11867 et 16565 du fonds latin, et dans cinq mss. du
Musée britannique, les n" 7. A. vi, 8. B. i, et 2. A. ix du fonds royal,
le n* 2882 du fonds harléien et le n° 21927 du fonds additionnel. Il a
donc eu plus de ressources que ses devanciers pour en établir le texte,
qu'il a découpé d'une façon un peu arbitraire pour en former treize
^D9
hymnes. Le titre de Mariale lui a été fourni par le ms. 7. A. vi du fonds
royal au Musée britannique.
M. l'abbé Ragey ne s'est pas borné à nous donner une édition du
Mariait' en vers; il a essayé d'en découvrir l'auteur. 11 ne lui a pas été
difficile de prouver que saint Casimir, saint Thomas d'Aquin et saint
Bernard sont hors de cause. Mais il est allé trop loin quand il a cru
pouvoir démontrer que la pièce était l'œuvre de saint Anselme. Cette
attribution n'est donnée par aucun manuscrit. Les raisons que M. Ragey
a mises en avant pour la justifier se réduisent à ces trois points : 1° le
poème est inséré dans un psautier exécuté vers la fin du xi= siècle pour
un monastère de la province d'York (ms. additionnel 21927) ; 2° il fait
partie d'un ms. anglais du xu^ siècle, oii sont contenues, en outre,
quatre prières en prose qui ont été publiées sous le nom de saint
Anselme; S" il est le développement des idées qu'on trouve dans les
prières en prose de saint Anselme. Aucune de ces raisons ne me paraît
décisive. Le travail de M. l'abbé Ragey n'en est pas moins très méri-
toire; il permet, en effet, de bien étudier un poème rythmique qui
occupe une place honorable dans la littérature religieuse du moyen âge.
L. Delisle.
DeutscheVerfassungs(jesckichte,yonGi^ov2:Y^km. IV. Bd. II. Ablhei-
lung : Die Verfassuny des frànkischen Reichs. III. Bd. II. AbLli.
Zweite Auflage. Berlin, ^88o.
La Bibliothèque de VÈcoU des chartes a récemment signalé la publi-
cation de la première partie de la deuxième édition du tome IV de
VHistoire constitutionnelle de l'Allemagne, de M. G. Waitz (tome III de
l'histoire constitutionnelle du royaume et de l'empire franc)'. Nous
sommes heureux de pouvoir annoncer, plus tôt que nous n'osions
l'espérer, une nouvelle partie de l'œuvre importante que l'éminent his-
torien poursuit avec tant de soin et de persévérance.
Ce volume termine l'histoire des institutions carolingiennes : il com-
prend trois chapitres, savoir : chap. vni : Organisation judiciaire et
administration de la justice (p. 365-530); chap. ix : Organisation mili-
taire (p. 531-633); chap. x : Dissolution de l'empire franc (634-644).
Dans la première édition, ces trois chapitres comprenaient 313 pages ;
ils en forment 379 dans la seconde, dont la justification est d'ailleurs
plus grande. Les additions portent non seulement sur les notes, mais
aussi sur le texte, qui a été souvent remanié et complété par l'auteur.
On trouve en outre, à la suite du chap. vni, une note intéressante sur
les assemblées de comté ou de centaine, dans laquelle M, Waitz discute
les opinions de M. R. Sohm.
1. T. XLV, |). 357.
160
La table des matières a aussi reçu de nombreuses additions ; de vingt
pages elle a été portée à trente-cinq.
Ad. Tardif.
H. Bruxner. Mithio und sperantes, aus Juristische Abhandlungen,
Fesigabe fur G. Beseler. 4885. In-8% 29 pages.
Le mot mithius, qu'on trouve dans la loi salique, les formules de
Marculf, les capitulaires et les diplômes, jusqu'au ix"^ siècle, est un des
termes les plus énigmatiques de notre ancien droit. On le rencontre
souvent dans des clauses oià figurent les mots sperare, sperantes, dont le
sens est non moins obscur. M. H. Brunner nous donne une explication
très plausible de ces deux termes.
Le mot mithius lui parait avoir plusieurs acceptions un peu diffé-
rentes, mais se rattachant néanmoins au même ordre d'idées : 1° réponse
en justice, le répons en court de notre droit coutumier; 2' les personnes
dont on doit répondre en justice ; 3° les lieux dont on a la responsabilité
juridique. Ce mot se rattacherait étymologiquement à une racine
gothique qu'on pourrait rapprocher du latin mutuus et du grec [aoItoç.
Les sperantes sont les personnes libres ou non libres dont on a la pro-
tection ou la responsabilité, qu'on peut ou doit représenter en justice,
soit en vertu de la loi, soit en vertu d'un mandat. Le verbe sperare
exprime les mêmes idées ; mais il est employé tantôt dans le sens actif,
tantôt dans le sens passif.
Voici quelques-uns des textes qui peuvent justifier ces interprétations.
Form. Sirm. seu Turon. 3 (Roz., cclxhi his; Zeum., p. 136)... Illeper
hune mandatum ad me speravit ut donationem illam... gestis municipa-
libus... allegare deberem. — « Par ce mandat, il m'a chargé du soin de
« faire enregistrer cette donation... »
Form. Roz. xi... Jubimus ut neque vos, nequejuniores... ipso vel homi-
nis suis qui per ipso légitime sperare videntur inquietare... non prxsu-
matis. — « Les hommes qui sont légalement représentés ou protégés
« par lui. »
Marc. Form. ii, 23... Jubemiis ut dum illis partibus fuerit demoratus,
omnes causas suas, suisque amicis aut gasindis , seu undeciimque ipse
legitimo redebit rnitio, in suspenso dcbeant resedere. — « Que tous ses
« procès, et ceux de ses parents ou serviteurs, ou de toute personne
« pour qui il devra répondre en justice, resteront en suspens. »
Dipl. Ghilp. I. a. 562 (MGD., n»9; Pard., n» 168)... ut eum (abbatem)
et ipsum monaslerium una cum omnibus rébus vcl hominibus suis, gasin-
dis, amicis, vcl qui per ipsum monasterium sperare videntur, vel unde
légitima redebel mitio, sub sermone tuitionis noslrsd... recipere deberemus.
— « Ceux qui peuvent réclamer protection au monastère, et dont il doit
« répondre en justice. »
Dipl. Pipp. Ihl-IM (D. Bouquet. V, fiOi^). Ner liomincs ipsius cceksiw
tain ingenuos quam scrvos qui svper corum terris vel micio commancrc
videntiir. — « Les hommes de l'église, ingénus ou serfs, qui habitent
« sur ses terres ou dans le ressort de sa juridiction. »
Ad. Tardif.
H. Rrdxxer. Ueber das Alter der Lcx Alamannorwn (extrait des
Mémoires dr. V Académie royale des sciences de Berlin). ^885.
Gr. in-S", 24 pages.
Les legcs popularcs des Alamans nous sont parvenus sous une double
forme : la loi primitive, communément appelée Pactus Alamannorum,
dont il reste des fragments assez étendus, et un texte plus récent : Lcx
Alamannorum.
Merkel a cru reconnaître dans les mss. trois états distincts de cette
dernière loi, et il en a donné trois textes dans les Monumenia Germaniw
historica, Leges, t. III.
Ce long travail fournit des renseignements très précieux sur l'état des
mss. de la loi des Alamans, mais l'établissement du texte, qui repose
sur de mauvaises bases, est tout à fait manqué, dans l'opinion de
MM. Waitz et Brunner et aussi de quelques érudits français.
Merkel a donné à ses trois textes les dénominations de Lex Hlothe-
riana, Lcx Lantfridana et Lex Karolina sive reformata; la première loi
serait de dotai re II, la seconde du duc Lantfrid Ie^ la troisième aurait
été promulguée dans les dix premières années du ix« siècle.
M. Brunner est arrivé à se convaincre, par ses études personnelles et
aussi par la lecture d'un mémoire encore inédit d'un jeune savant,
M. Charles Lehmann, sur la critique du texte et l'histoire des leges
popularcs des Alamans, que la /ea^i/amannorum nous est parvenue sous
une forme unique et que sa rédaction a eu lieu pendant l'administration
du duc Lantfrid, très vraisemblablement sous le règne de Clotaire IV-,
entre les années 717 et 719.
Cette loi de Lantfrid comprend trois parties qu'on peut aisément
reconnaître dans les éditions de Baluze et de F. Walter, bien plus
répandues en France que la grande édition des MGH. Les titres 1 à 23
traitent des causx ecclesiw : les titres 24 à 41, des causx qui ad Duce perti-
nent; au chap. 45 commencent les causx qui sxpe soient contingere in
populo. Quant aux titres 98 à 104, dont Merkel a fait un liber tertius, les
nouvelles recherches de M. Charles Lehmann conhrment l'opinion de
M. de Rozière, qui, dès l'année 1855, a vu dans ces titres des fragments
de l'ancien Pactus. M. Lehmann rattache encore à ce texte primitif les
titres 78 et 79; les titres 94 et 97 paraissent avoir une origine bavaroise.
Nous ne pouvons suivre M. Brunner dans l'argumentation très
savante et très serrée par laquelle il établit les résultats nouveaux que
162
nous venons de résumer. Nous emprunterons seulement à cet intéressant
mémoire l'indication d'un des procédés employés par Merkel pour cons-
tituer les rédactions différentes de la Lex Alamannorum qu'il a cru
retrouver, et notamment sa lex Hlotheriana et sa lex Lantfridana. A la
prétendue loi de Clotaire, il rattache quatre mss., mais il prend pour
base de son édition le plus mauvais de tous, un ms. de Wolfenbiittel,
écrit par un copiste inintelligent et négligent, qui a commis de nom-
breuses méprises et laissé dans sa transcription de nombreuses lacunes
qu'une autre main a corrigées ou remplies. Toutes ces bonnes leçons et
restitutions ont été noyées dans un déluge de variantes dont il est
malaisé de les dégager. Pour la lex Lantfridana, au contraire, Merkel a
choisi les mss. les plus corrects et les plus complets, et il est arrivé
ainsi à constituer un second texte qui, à première vue, diffère notable-
ment du premier, dont il a fait la loi de Clotaire. Mais ces différences
disparaissent si dans cette loi on remplace, à l'aide des variantes, les
mauvaises leçons du ms. de Wolfenbiittel par les bonnes, et si l'on
comble, avec de meilleurs mss., les lacunes manifestes qu'il présente.
On ramène ainsi les deux lois dites de Clotaire et de Lantfrid à un seul
et même texte par la simple application des règles élémentaires de la
critique des manuscrits.
Ad. Takdif.
Le Livre des constitucions démenées el Chastellet de Paris. Nou-
velle édition, avec une introduction, des notes et un glossaire, par
Charles Mortet, docteur en droit, archiviste-paléographe, biblio-
thécaire de l'Université. Paris, H. Champion, -1883. In- 8°,
^00 pages. (Extrait des Mémoires de la Société de V histoire de
Paris et de V Ile-de-France., t. X.)
Ce texte juridique avait jadis été publié, mais de la manière la plus
défectueuse, par l'illustre jurisconsulte Eusèbe de Laurière, sous le titre
^'Anciennes Constitutions du Chdtelet de Paris ,-^1. Mortet l'a réédité avec
une aussi grande perfection que le permettait un manuscrit unique et
bien souvent fautif, et en y joignant une introduction et des notes qui
en augmentent singulièrement la.valeur.
Le titre que Laurière et M. Mortet ont dû donner à l'ouvrage d'après
l'explicit du manuscrit n'est guère justifié par le contenu : c'est un
recueil de règles de procédure, et accessoirement de droit privé, à
l'usage des cours laïques, surtout des cours seigneuriales, de l'Ile-de-
France, recueil fait sans aucune espèce de prétention théorique et des-
tiné avant tout à guider les parties au milieu des nombreux* écueils de
la procédure.
Le manuscrit étant du commencement du xiv^ siècle, et certains pas-
.sages prouvant que le texte est postérieur à l'ordonnance contre les
If. 3
duols dite do 1"2G0, il faut eu lixer la rédaction à la fin du xnc siècle ou
aux premières années du xiv. M. Mortel le croit contemporain de
l'ouvrage de Beauraanoir ; c'est peut-être un peu tôt, et il reconnaît
lui-même que sur quelques points, « notamment en ce qui concerne la
procédure par écrit, les Constitucions paraissent indiquer un développe-
ment du droit plus avancé que les Coutumes de Beauvoisis. »
Fixer à cette époque la rédaction du Livre des Constitucions, c'est dire
qu'il appartient au début de ce qu'on a appelé la période de transition
de la procédure, et son intérêt réside surtout en ce qu'il nous montre
tous les traits caractéristicjues de la vieille procédure féodale coexistant
avec les règles nouvelles prescrites par les ordonnances royales ou dues
à l'influence du droit canonique.
Dans son introduction, M. Mortet, après avoir successivement exa-
miné l'objet, le caractère et la date du texte, a passe en revue les ren-
seignements qu'on y trouve sur le formalisme , sur la procédure par
écrit, sur les voies de recours contre les jugements et sur le duel. Dans
le paragraphe relatif aux voies de recours, M. Mortet s'est efforcé de
voir clair dans le chaos où la théorie de l'appel était plongée à cette
époque; peut-être pourrait-on lui reprocher d'y avoir vu un peu trop
clair et d'avoir tracé des règles d'une précision bien grande pour une
matière aussi confuse.
Dans des notes abondantes, l'éditeur s'est ensuite attaché à expliquer
un grand nombre de détails particuliers et à comparer les Constitucions
avec les documents contemporains, surtout avec Beaumanoir. Enfin,
une table méthodique des matières et un glossaire achèvent de faire de
ce petit volume un pratique et précieux instrument de travail.
M. Mortet nous annonce qu'il se propose de rééditer dans la même
forme le recueil publié par Brodeau sous le nom de Décisions de Jean
Desinares; nous ne pouvons que souhaiter la prompte réalisation de ce
projet.
P. GuiLHIERMOZ.
Éludes sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne en
Italie^ et mélanges archéologiques^ par Louis Lefout. Paris,
Pion, ^885. In-^6, 285 pages.
Le petit volume que nous annonçons se compose d'une série d'articles
critiques et de quelques études originales publiés précédemment dans
diverses revues, quatorze morceaux en tout. Bien qu'ils ne composent
pas un ensemble homogène, comme l'avoue l'auteur, c'est toujours à
l'histoire de la peinture pendant les premiers siècles du christianisme
qu'ils se rapportent. Leur réunion offre au moins cet intérêt d'être le
résumé de plusieurs des découvertes si précieuses que M. de Rossi a
faites pendant ces dernières années dans les catacombes romaines. La
164
plus importante de ces études est un catalogue chronologique des pein-
tures des catacombes, répertoire utile qui n'avait pas encore été entre-
pris : complètement refondu par l'auteur, il est pour le moment le
dernier mot sur la question.
Nous allons passer en revue les articles divers du recueil en insistant
vseulement sur les plus importants.
M Mosaïque de sainte Pudentienne à Rome (p. 1-8). Cette étude date
de I87'i : l'auteur tient à le rappeler pour bien établir sa priorité dans
l'interprétation d'un point délicat de cette composition. Un rapproche-
ment ingénieux, tiré de sa comparaison avec une autre peinture (à
Sainte-Sabine), lui a fait conclure qu'il ne faut voir que deux figures
symboliques, l'Église juive et l'Église des gentils, accompagnant et
désignant les personnages de saint Pierre et de saint Paul, dans les
deux femmes de la Mosaïque qu'un nomme toujours sainte Pudentienne
et sainte Praxède. Je crains bien malgré tout que cette attribution ne
persiste longtemps encore : la légende tient bon, malgré sa base fra-
gile, et l'auteur d'un récent volume sur la Mosaïque la reproduit sans
hésiter.
Chronologie des peintures des catacombes romaines (p. 9-106). Ce
répertoire comprend 135 numéros rangés en 17 périodes, du i" au
ix" siècle. Chaque pièce est complètement et nettement décrite et la des-
cription en est précédée d'une bibliographie qui permet de suppléer
facilement au manque de figures du volume : ce soin était indispensable
pour que le catalogue pût rendre tous les services qu'on est en droit
d'en attendre. L'auteur n'enregistre que les peintures dont on peut voir
encore les originaux ; pourtant il énumère brièvement à la fin celles qui
sont perdues aujourd'hui, mais dont on possède encore des gravures. Il
y a là désormais un vrai secours pour l'étude : bien des questions de
date étaient et sont encore fort délicates à trancher; avec l'aide des
judicieux principes établis par M. de Rossi, M. L. Lefort y a répondu
aussi soigneusement que possible. Une Chronologie des peintures des
catacombes de Naples (p. 107-142), dressée sur le même plan que la pré-
cédente, comprend trente-huit numéros en neuf époques. Presque toutes
les pièces appartiennent aux catacombes de saint Janvier.
Les Scènes de banquets peintes dans les catacombes romaines et notam-
ment dans celle des saints Marcellin et Pierre (p. 143-158). M. L. Lefort
passe ici en revue les dix-sept curieuses fresques découvertes jusqu'à ce
jour, et fait remarquer que ces représentations paraissent avoir été le
résultat de vogues intermittentes. Sauf deux, toutes sont allégoriques :
car il n'y faut pas chercher cVagapes, opinion longtemps courante, mais
à peu près abandonnée maintenant. L'auteur résume sur la question les
derniers argumoiits de M. de Rossi.
La Basilique de sainte Pétronille dans la catacombe de Domitillc
(p. 159-180). Ce sanctuaire, d'environ dix-neuf mètres sur vingt-trois,
IH5
composé de trois nefs, une abside etunnarthex sur leijuel donnent trois
portes, a été découvert en 1854, mais déblayé seulement depuis 1873.
M. de Rossi, sur des preuves concluantes, en fixe la construction entre
390 et 395. Une file de quatre colonnes entre deux piles massives sépare
la nef des bas-côtés. C'est un tremblement de terre qui renversa les
colonnes et produisit l'affaissement du sol supérieur. Mais, comme cette
basilique avait malheureusement été spoliée par les Lombards, il ne
reste plus que des inscriptions et pas d'objets ni de peintures.
Viennent ensuite divers détails sur les autres fouilles opérées dans la
même catacombe :
Nouvelles Découvertes dans la catacombe de Domitillc (p. 181-206), en
1874-1875; le Cubicule d'Ampiiatus {i>. 207-2151, découvert en 1881.
Peinture d'un cubicule dans la catacombe de Ci/riaque (p. 217-221).
Cette composition des plus rares, de l'époque de Constantin, représente,
d'après une interprétation nouvelle de M. de Rossi, la comparution
d'une âme devant le tribunal du Christ.
Citons encore les articles : Peintures d'un arcoseuille dans la cata-
combe de Santa Maria di Gesu à Syracuse (p. 223-226) ; Fouilles à Rome
et dans sa banlieue (p. 227-236) ; le Musée d'inscriptions chrétiennes au
Latran (p. 237- 242), ensemble unique au monde, classé par M. de Rossi,
et dont on nous donne les divisions.
Dans une étude plus importante, M. L. Lefort décrit le Cimetière
chrétien de Julia Concordia (Porto Gruaro, en Vénetie, p. 243-261), décou-
vert en 1873, et en relève les inscriptions.
A propos d'une nouvelle découverte de M. de Rossi, et sur une disser-
tation de lui, l'auteur examine encore les Colliers et les Bulles des
esclaves fugitifs aux derniers siècles de l'empire romain (p. 263-274). Les
bulles remplacèrent depuis Constantin les marques au fer rouge : on a
retrouvé dessus de nombreuses inscriptions, citées ici.
Peintures inédites de l'église Saint-Nicolas à Saint-Victor près de San
Germano Cassino (p. 275-284). Ces peintures curieuses, mais fort abî-
mées, ont été découvertes en 1876, par hasard, sous plusieurs couches
de chaux. Il y a deux décorations successives, l'une au xii% et l'autre,
superposée, au xiv'' siècle, époque où fut agrandie l'église.
H. nE CuRZoN.
Le Roman de Renart , publié par Ernest Martin. Strasbourg,
Triihner, et Paris, Leroux, 1882 et ^ 885. 2 vol. in-8% xxvii-48/«
et 380 p.
Le Boman de Renart forme avec les fabliaux le contingent presque com-
plet de la poésie .satirique du moyen âge ; cette longue épopée à travers la-
quelle {q goupil, sous le nom humain Ag Renart, représente .successivement
tous les personnages de la société du xni« siècle, et fait la critique de
cette époque, ofl're un vaste champ à la littérature comparée, et demande
à être étudiée longuement. Malheureusement M. Ernest Martin, en
publiant cette nouvelle édition du Roman de Renart, a suivi l'exemple
d'un grand nombre d'éditeurs allemands : il s'est contenté de joindre
à sa publication une description des manuscrits dont il s'est servi, et a
négligé la partie littéraire de son sujet, sans indiquer s'il y reviendrait
plus tard.
L'introduction, exclusivement consacrée aux manuscrits, est placée
en tête du premier des deux volumes, aujourd'hui parus, qui com-
prennent le texte du Roman de Renart ; c'est la reproduction d'une bro-
chure de M. Martin {Examen critique des manuscrits du roman de Renart,
Bâle, 1872), augmentée et complétée. A la suite de cette introduction,
l'éditeur nous indique comment il a constitué son texte : il reproduit
généralement un manuscrit, qu'il corrige parfois, et rejette dans un
troisième volume, encore à venir, les variantes des autres manuscrits.
Cette façon d'agir ne permet pas de contrôler dès maintenant les leçons
adoptées pour le texte, qui semble du reste généralement bien établi.
Ce qui caractérise surtout l'édition de M. Martin et en fait la valeur,
c'est la nouvelle disposition des branches, admise par l'éditeur. On sait
en effet que le Roman de Renart proprement dit, sans parler des suites,
se compose de branches ou épisodes distincts, dont l'ordre n'est pas
identique dans tous les manuscrits ; de ces branches, les unes sont plus
anciennes, les autres ont été ajoutées après coup. En classant les manus-
crits, M. Martin est arrivé cà reconstituer dans son premier volume
« l'ancienne collection des branches, » qu'il distingue des branches
additionnelles, formant le deuxième volume. Ici encore un mot d'expli-
cation eût été utile, car l'introduction n'offre aucun moyen de savoir
quelle raison a déterminé M. Martin à donner à telle branche une, place
plutôt qu'une autre, et on est obligé pour se renseigner de recourir à
VExamen critique, dont il est parlé plus haut.
En résumé, cette nouvelle édition du Roman de Renart offre un texte
bien supérieur à celui de Méon ; l'ordre des branches y est plus rationnel ;
il est regrettable toutefois que l'auteur, qui prépare ce travail depuis
si longtemps, n'y ait pas joint des éclaircissements, nécessaires non
seulement au point de vue littéraire général, mais encore au point de
vue tout particulier de l'établissement du texte.
Gaston Raynaud.
Docteur E. Beivjoy. Vie de saint Yves, tirée d'un manuscrit sur
vélin du XIV^ siècle. SainL-Brieuc, -1884. In-H", 71 p.
Le B. Yves de Ker-Martin, prêtre et docteur en droit de Tréguier,
mourut à Lohanec le 19 mai 1303, après une vie de dévouement qui
l'a fait surnommer V Avocat des Pauvres.
Les BoUandiste? ont inséré au tome IV du mois de mai, col. 538-543,
un sommaire de la vie du saint, que l'on croit avoir été écrit 28 ans
après sa mort, c'est-à-dire vers l'époque de sa canonisation. M. le doc-
teur Benjoy publie aujourd'hui un document qui ajoute un élément
nouveau et important à ce que l'on sait de la l'amille et de la vie du
B. Yves. Ce sont neuf leçons composées à sa louange vers la tin du
xive siècle. M. Benjoy donne le fac-similé héliographique et le te.xte
restitué de ces leçons, dont le manuscrit lui appartient.
Quand on aura fait l'examen comparatif el critique que ce document
sollicite et mérite (alors même que son auteur resterait inconnu), il
prendra vraisemblablement sa place dans la grande publication des
Monuments originaux de l'histoire de saint Yves, préparée par notre
savant confrère M. A. de la Borderie.
M. L.
Documents et mémoire pour servir à r histoire du territoire de Bel fort
{Haut-Rhin fr(uiçais), recueillis et publiés par Léon Viellaiid.
\° Introduction ; 2° Mémoire sur L'origine des comtes de Montbé-
liard; 3" Tableau généalogique ; 4° Recueil de documents antérieurs
à l'an l2ol. Besançon, Paul Jacquin, I.S84. In-S", xi-o48 p.
L'auteur de ce volume a recueilli et classé les documents qui nous
sont parvenus sur l'histoire du territoire de Belfort pour les temps
antérieurs au milieu du xin^ siècle. Il a disposé dans une seule série
chronologique le texte des chartes et les témoignages fournis par des
chroniques, des légendes de saints et des écrits de toute espèce, anciens
et modernes. Le mélange d'éléments si divers pourra amener des con-
fusions, d'autant plus que M. Viellard ne donne pas de renseignements
suffisants sur la valeur des matériaux qu'il a amassés, et que, peut-être
par suite d'erreurs d'impression, un certain nombre des indications
bibliographifjues laissent à désirer. C'est ainsi que nous lisons à la
page 36 : « Vita sancti Remigii, dans Duchesne, 524 ; » — à la p. 39 :
« Recueil des histor. de France, III, p. 534, Chronique de Verdue d
(c'est un passage de la Chronique de Verdun par Hugues de Flavigni,
qui se trouve dans le tome III de dom Bouquet, à la p. 354 et non à la
p. 534) ; — à la p. 41 : « Chronique de saint Marin, évêque d'Avenche; »
— à la p. 42 : « Chronique d'Eusèbe » (c'est un pas.sage de Frédégaire,
dont la reproduction est inexacte) ; — à la p. 46 : Vita S. Eligii, BoU.
l""" décembre (le volume que les Bollandistes con.sacreront aux saints
du l^"" décembre ne verra le jour qu'au xx'= siècle); — p. 76 et 77 :
« Hermann, contract; » — p. 105 : « Ex Hermanni Contracte Chronico ; »
— p. 158 : « Le Père André Du Ghesne, preuves de l'histoire de Bar-
le-Duc, p. 9. »
16S
M. Viellard a largement mis à contribution, comme c'était son rlroit,
les publications faites avant lui, et notamment une collection de docu-
ments que notre confrère M. Tuetey avait commencé à imprimer, pour
la Société d'émulation de Montbéliard ; mais aux textes anciennement
connus il a ajouté beaucoup de pièces nouvelles, qu'il a trouvées pour
la plupart dans les dépôts de Paris, de Besançon, de Vesouletde Dijon,
Le nombre en est suffisant pour assurer le succès d'un ouvrage qui n'a
pas seulement le mérite d'asseoir sur une base solide l'histoire territo-
riale du pays de Belfort, mais qui éclaircit encore sur beaucoup de
points les origines du comté de Montbéliard.
L. D.
Inrentaire-sommaire des Archives hospitalières antérieures «^790,
rédigé par M. Alfred Leroux, archiviste. Haute-Vienne. Premier
fascicule : Ville de Limoges., séries A à D. Limoges, impr. Gely,
^884. Li-4% xxxviii, S, 130, 7 et 24 pages.
Depuis sa nomination à Limoges en qualité d'archiviste départemen-
tal, M. Alfred Leroux a imprimé une vigoureuse impulsion à la publica-
tion des inventaires-sommaires des différents dépôts d'archives dont la
garde ou l'inspection lui sont confiées. Le premier fascicule de l'inven-
taire des archives hospitalières de la Haute-Vienne qu'il vient d'achever
nous fournit une nouvelle preuve de son activité.
Il est impossible de ne pas reconnaître les nombreuses améliorations
introduites depuis une dizaine d'années dans la rédaction de ces inven-
taires-sommaires, qui tendent de plus en plus à devenir de véritables
publications historiques. Jadis, les archivistes départementaux devaient
se borner à donner les dates extrêmes des documents compris dans
chacun des articles de leurs inventaires, à analyser quelques pièces de
chaque liasse ou registre et à indiquer les autres par des etc. En
fractionnant minutieusement le fonds de l'hôpital de Limoges par
petites liasses, qui comprennent rarement plus de dix pièces et souvent
ne contiennent qu'un seul parchemin, M. Leroux est parvenu à nous
donner l'analyse et la date de tous les titres de cet ancien établissement.
Proportionnant ses analyses à l'importance des pièces, il n'a pas craint
de nous donner sur un seul registre vingt colonnes compactes de détails
qui équivalent à une table des matières. Nous ne pouvons que l'ap-
plaudir d'être entré dans cette nouvelle voie; car les inventaires
d'archives ne peuvent avoir de valeur qu'à la condition d'être aussi
complets que possible : mieux vaudrait à mon avis publier un simple
répertoire indiquant, dans l'ordre de classement, le contenu de chacune
des liasses ou registres que d'analyser certaines pièces et d'omettre les
autres. Il existait du reste un ancien inventaire des titres de l'hôpital
de Limoges dressé à la fin du xviii« siècle, qui a dû fournir à M. Leroi'x
469
de précieux renseignements sur l'ensemble du fonds dont il s'occupait,
et dont il a pu conserver les principales divisions, on les adaptant toute-
lois au cadre tracé par les instructions ministérielles.
M. A. Leroux se montre assez sobre de détails sur l'histoire du fonds
qu'il inventorie. Depuis la Révolution, nous dit-il dans son introduc-
tion, ce dépôt a été abandonné sans contrôle à la garde de la commis-
sion hospitalière, mais n'a pas souffert de cet abandon : « Un de nos
prédécesseurs aux archives de la Haute-Vienne, M. Maurice Ardant,
visita vers 1856 le dépôt de l'hôpital général pour en séparer les docu-
ments étrangers qu'on y avait transportés jadis sans raison. Ce fut tout. »
Il n'est peut-être pas sans intérêt de connaître la raison qui avait
fait transporter aux archives de l'hôpital de Limoges ces documents
étrangers.
La loi du 4 ventôse an IX et l'arrêté consulaire du 27 messidor de la
même année (23 févr. et 26 juin 1801) avaient affecté aux besoins
des hospices les domaines nationaux usurpés par des particuliers, les
rentes et prestations dues par les acquéreurs de ces mêmes domaines,
les rentes dues pour fondations pieuses à des cures, fabriques, commu-
nautés et corporations supprimées, etc. Les détenteurs de ces rentes et
domaines ne vinrent pas se déclarer eux-mêmes, il fallut les rechercher
et les poursuivre. Les hospices furent obligés en conséquence, pour
retrouver la trace de leurs nouveaux droits, de compulser les papiers
des communautés religieuses et des émigrés, dont ils étaient ainsi
devenus les héritiers. Ces papiers étaient déposés aux archives des pré-
fectures. Ils furent très libéralement communiqués, et les plus impor-
tants d'entre eux, titres de rentes et terriers, furent transportés, soit à
l'hôpital même, soit au domicile des administrateurs ou de l'économe.
Ces titres furent réintégrés plus tard ; dans le département dé la
Haute- Vienne, ils restèrent aux archives de l'hôpital jusqu'en 1856, et
ce sont très probablement ces documents que M. Maurice Ardant fit
transporter aux archives départementales. De même, en 1846, les Archives
du royaume firent réintégrer les titres et papiers communiqués, dans
l'intérêt des hospices, au sieur Mariette, qui s'était chargé de révéler à
ces établissements les rentes et domaines auxquels ils avaient droit.
Il serait trop long d'analyser ici les détails fort intéressants que nous
donne M. Leroux dans son Introduction, sur les causes de la misère dans
la Marche et le Limousin pendant le moyen âge, sur les hôpitaux, lépro-
series, confréries charitables et aumônes particulières à Limoges et dans
tout le diocèse, sur les développements successifs de l'hôpital général
de Limoges de 1660 à 1790. Cette introduction peut être considérée
comme une véritable histoire de la charité en Limousin, et il serait à
souhaiter que l'auteur en fit exécuter un tirage à part, en y ajoutant
quelques chapitres sur la période intermédiaire et le xix« siècle.
Le fonds de l'hôpital de Limoges n'est pas demeuré inexploré jusqu'à
no
nos jours. M. Louis Guibert l'a utilement consulté pour ses études sur
les confréries de charité, de pénitents et de métiers à Limoges pendant
le moyen âge. M. A. Leroux a inséré, dans ses Documents historiques
et dans ses Chartes et chroniques pour servir à l'histoire de la Marche et
du Limousin, la plupart des documents des xi«, xii" et xiii^ siècles que
renferment ces archives ; il n'en reste pas moins beaucoup à faire.
Le cadre tracé officiellement pour les inventaires-sommaires n'a pas
permis à M. Leroux de nous faire connaître les différents types que
présentent les 301 sceaux renfermés dans les archives de l'hôpital de
Limoges. 11 pourrait en faire l'objet d'une notice spéciale ; en dressant
une liste raisonnée de ces sceaux, il contribuerait pour sa part à com-
pléter la grande enquête sur les sceaux de France commencée par
M. Douet d'Arcq, continuée par M. Demay et demeurée inachevée.
Par ses publications de textes et d'inventaires, M. A. Leroux rend de
grands services à tous ceux qui s'occupent du Limousin. Il réunit ainsi
les matériaux d'une histoire de cette province, que nous lui souhaitons
de pouvoir entreprendre et mener à bonne fin.
C. RiVAIN.
Limoges d'après ses anciens plans, par Paul Ddcodrtieux. Limoges,
-1884. In-8°, -192 pages.
Sous ce titre, M. Ducourtieux nous donne une étude bibliographique
sur les anciens plans de sa ville natale et en même temps une histoire
des développements successifs de cette même ville, depuis l'époque
gallo-romaine jusqu'à la fin du xyiii« siècle.
Il existe à Limoges deux parties distinctes : la cité et le château ; la
cité soumise à l'évêque; le château dépendant des abbés de Saint-
Martial, puis des vicomtes. Chacune de ces deux villes conserva jusqu'en
1792 sa vie particulière, son administration consulaire distincte. Sou-
vent même elles n'appartenaient pas au même parti : pendant la période
des guerres de religion, la cité tient pour la Ligue, tandis que le château
se déclare ouvertement pour le parti des politiques et pour le Roi.
En 1371, la cité seule ouvre ses portes aux chevaliers français et s'attire
de la part du Prince Noir un chà.timent terrible. Ces deux villes ont
chacune leur enceinte fortifiée, et il est intéressant de suivre avec-
M. Ducourtieux les transformations successives de ces fortifications, de
connaître le nombre et la forme des portes et des tours.
Pondant tout le moyen âge, les bourgeois à la moindre alerte ferment
leurs portes, se retranchent derrière leurs murailles et n'osent s'aven-
turer au dehors. Au xvi* siècle, ces murailles deviennent trop étroites
pour contenir les habitants, et trop peu solides pour les défendre, bien
qu'armées de 65 pièces d'artillerie. Au xvn« siècle, les fortifications
tombent on ruine. Au wni^, les terrains des fossés sont vendus aux
^7^
particuliers, transformés en boulevards et plantés d'arbres. L'espace
compris entre les deux villes, les grandes routes qui convergent vers la
cité et le château se couvrent de constructions et forment de longs fau-
bourgs bientôt plus considérables que l'agglomération primitive. De
tous côtés des églises, des abbayes, des communautés religieuses, des
monuments publics.
M. Ducourtieux nous donne sur la topographie de l'ancien Limoges
beaucoup de détails; mais tous les renseignements qu'il a recueillis sur
une rue, une maison, un édifice quelconque, gagneraient beaucoup, je
crois, à se trouver groupés par ordre alphabétique au nom de cette rue
et de ce monument, au lieu d'être reproduits dans l'ordre chronologique
sous forme d'annales ou de chroniques ; car la plupart de ces faits n'ont
aucun lien qui les relie entre eux. Disposé dans l'ordre alphabétique, le
travail de M. Ducourtieux deviendrait plus clair, plus facile à consulter
et serait appelé à rendre de grands services. Remanié et continué jus-
qu'à nos jours, il formerait un dictionnaire administratif et historique
des rues de Limoges et de ses monuments, aussi utile et aussi précieux
pour les habitants de cette ville que celui qui a été dressé pour Paris
en 1844 par MM. Félix et Louis Lazare.
Les quatre anciens plans reproduits par M. Ducourtieux étaient un
complément indispensable de sa publication. Parmi ces plans figure
celui qui est connu sous le nom de« Plan des trésoriers de France, » dressé
vers 1G80 par A. Jouvin de Rochefprt. M. Ducourtieux suppose avec
raison, mais sans preuves, que l'auteur dut acheter la charge de tréso-
rier de France à Limoges, de 1676 à 1680. Albert Jouvin, sieur de
Rochefort, fut en etfet pourvu de. cet office le 14 mars 1675, après la
démission de Pierre de Fortia. Ses provisions, prestation de serment
et acte de réception sont encore aujourd'hui conservés aux Archives
nationales.
C. RlVALN.
Ernest Deseille. Curiosités de. l'histoire di pays boulonnais, mœurs
et usages, traditions^ superstitions, etc. Paris, Alph. Picard, LS8^.
In-S", III-228 pages.
Ernest Deseille. Glossaire du patois des matelots boulonnais. Paris,
Alph. Picard, 1SS4. Iii-S», 136 pages.
Nous réunissons dans un même compte-rendu les deux ouvrages de
M. Ernest Deseille, tous deux relatifs au pays boulonnais.
Le premier, Curiosités du pays boulonnais; est une sorte de petite
encyclopédie de tout ce qui se rapporte à Boulogne-sur-Mer ; on y
trouve confondues dans l'ordre alphabétique les superstitions populaires
les plus anciennes à côté d'ordonnances de police qui ne datent que
d'hier, les anecdotes personnelles à côté de notions sur le patois et les
172
coutumes du pays. Un index, placé en tête du volume, permet du reste
de s'orienter au milieu de cette compilation un peu disparate, qui offre
surtout aux folk-loristes des renseignements utiles et difficiles à rencon-
trer ailleurs.
Le second livre de M. Deseille, Glossaire du patois des Diatelots bou-
lonnais, se compose de trois parties. Tout d'abord, l'auteur, prenant pour
modèle le lOi'^ régiment de Jules Noriac, passe en revue, dans Y Équi-
page du n" 101, les différents types que présente l'équipage d'un bateau :
le matelot, le mousse, le patron, etc. Vient ensuite un deuxième cha-
pitre consacré à la langue des matelots et intitulé Langage ed nos zens ;
c'est un assez long glossaire, où les termes de marine, communs à
toute la France, sont mêlés à des mots exclusivement boulonnais. Le
livre se termine par le relevé des surnoms que les marins se donnent
entre eux. C'est ici la partie fantaisiste de l'ouvrage, tandis que le glos-
saire, comme toutes les œuvres de ce genre, est appelé à fournir aux
linguistes de nouveaux matériaux de travail.
Gaston Raynaud.
Le Compte de recettes et dépenses du roi de Navarre en France et en
Nonnandie de -1367 à 1370, publié par E. IzARt, avec une intro-
duclioiî par Gustave-A. Prévost. Paris, Alph. Picard, ^885. In-8°,
cxlvi-dOS p.
L'importance du document dont nous devons la publication à M. Izarn
et le commentaire à M. Prévost avait déjà été signalée par plusieurs
historiens. Le travail dont il vient d'être l'objet justifiera les espérances
qu'avait fait concevoir la citation de quelques articles. Il y aura una-
nimité à reconnaître que c'est une mine inépuisable de renseignements
sur les hommes, les institutions et les événements des premières années
du règne de Charles V.
Le compte est par lui-même fort instructif, et le fait seul d'en avoir
donné une édition très exacte, avec une table détaillée, aurait suffi pour
assurer la reconnaissance des amis de l'histoire à l'éditeur, M. Izarn, qui
avait, d'ailleurs, fait ses preuves dans un excellent volume publié en
1875 sous le titre modeste de Notice historique sur la commune de Saint-
Germain-lès-Evrcux (Saint-Germain de Navarre). Le mérite en est encore
relevé par l'introduction dont M. Gustave-A. Prévost l'a fait précéder-
et dont l'objet est bien défini par les titres des huit chapitres qui la
composent.
I. Formation du comté d'Évreux. Le parfournissement de 1298. Pre-
miers accroissements. Érection du comté d'Evreux en pairie. Comté de
Mortain. Le traité de Mantes. Le traité de 1365. Les domaines saisis par
le roi de France, ou engagés par Charles le Mauvais. Le chiffre de ses
revenus.
173
II. Droits et prérogatives divers, leur extension abusive. Les vassaux
Je Charles le Mauvais contraints de servir contre le rui de France.
Revenus d'un haut seigneur d'après Brussel. Droits réservés par le roi.
Conflits et compétitions. Le domaine et les aides. Les impositions géné-
rales dans les apanages et spécialement dans le comté d'Evreux.
III. Revenus ordinaires; ceux qui sont perrus directement et ceux
qui sont affermés. Impositions établies par l'ordonnance de 1360; leur
mode d'assiette et de perception d'après le compte de Climence et celui
d'Yvon Huart. Aides et taillées, leur répartition et leur perception; les
nobles paient les aides. Emprunts. Recettes diverses. Évaluation des
recettes totales.
IV. Organisation Qnancière. Vicomtes et receveurs. Le trésorier
J. Climence. La Chambre des comptes. Comptabilité. Recettes fictives.
Arrêts pour dépenses non payées. Délégations et assignations. Arrêté du
compte de Climence. Nouvelle révision en 1379. Ruine du pays, de la
noblesse, des comptables. État obéré des finances du roi de Navarre; il
emprunte sur gages.
V. Les variations des monnaies. Abandon de la monnaie de compte.
Le franc d'or. Le cours volontaire des monnaies. Les diverses espèces
monétaires. Le pouvoir relatif de l'argent.
VI. Les chapitres des dépenses. Les dépenses personnelles de Charles
le Mauvais, costumes, étoffes, armures. Le portrait de la cathédrale
d'Évreux. Son sceau du secret. Son argenterie, transport de son argen-
terie en Navarre. Les officiers de sa maison. Le Conseil d'ami de G. de
Machault.
VII. Les personnages contemporains. Du Guesclin, Chandos, etc. Les
dons à héritage, à vie, à volonté. Les frères de (Charles le Mauvais. Le
captai de Buch. Les lieutenants du Navarrais. Les capitaines. Les agents.
Les conseillers.
VIII. Les dépenses relatives à la guerre et aux gens de guerre. Solde
des capitaines et gens d'armes. Prix des chevaux, de l'équipement.
Approvisionnement et munitions des châteaux.
M. Prévost a traité avec beaucoup de méthode et avec une véritable
compétence toutes les questions indiquées dans les rubriques qui
viennent d'être reproduites. Il n'a pas seulement résumé les données
du compte dont il avait à s'occuper; il a encore judicieusement inter-
rogé les autres documents contemporains. Ses observations complètent
sur bien des points les célèbres mémoires que Secousse a jadis con-
sacrés à l'histoire de Charles le Mauvais.
En un mot, le volume que viennent de publier MM. Izarn et Prévost
mérite d'occuper une des premières places parmi les livres à consulter
sur les événements et les institutions du règne de Charles V.
L. Delisle.
13
\7Ji
Archives de Bretagne. Recueil cVactes, de chroniques et de documents
historiques rares ou inédits, publié par la Société des bibliophiles
bretons et de l'histoire de Bretagne. Tome II. Complot breton de
M CCCC XCII. Nantes, Société des bibliophiles bretons, ^884.
In-^", XLiv-^59 p.
Go volume, œuvre de notre confrère M. de la Borderie, offre un puis-
sant intérêt. Il est tout entier consacré à un épisode du règne de
Charles VIU qui avait échappé aux historiens et qui méritait bien de
sortir de l'oubli. II s'agit d'un complot qui avait pour but de placer la
Bretagne sous la suzeraineté du roi d'Angleterre. Tous les détails de la
conspiration sont aujourd'hui connus, non seulement par les documents
qu'a réunis et publiés notre confrère, mais encore mieux par le récit
animé dont il les a fait précéder. Les pièces les plus curieuses de la col-
lection viennent d'une découverte faite par M. Jules Gauthier, aux
archives du département du Doubs, dans les papiers de la maison de
Ghalon.
Le volume dont nous annonçons l'apparition est rempli de détails
nouveaux et instructifs sur la réunion de la Bretagne à la couronne de
France, sur les relations de la France et de l'Angleterre au temps de
Charles VIII et de Henri VII, sur l'état de l'artillerie bretonne à la fin
du XV* siècle. L. D.
Notice sur la seigneurie et le château du Blanc-Buisson, par
M. l'abbé Porei;. Gaen, 1884, A planches. — Un Historien nor-
mand, Gabriel du Moulin, curé de Menncval, par M. l'abbé Porée.
Caen, 1884. ln-H°. — Guillaume de la Tremblaye, sculpteur et
architecte (< 644-1 71 5), par M. Tabbé Porée. Caen, 1884. ln-8°. —
L'Hercule terrassant VMjdre de Lerne, du Puget, par M. l'abbé
Porée. Bernay, -1884. In-8°.
Ces travaux, dont les trois premiers ont paru dans V Annualité normand
de 1884, dont le dernier est tiré des publications de la Société libre d'agri-
culture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure, prouvent l'activité de
M. l'abbé Porée et en même temps la variété des études auxquelles il
se livre.
Le château du Blanc-Buisson, situé sur la commune de Saint-Pierre
du Mesnil, canton de Beaumesnil (Eure), ancienne demeure de la vieille
famille normande des du Merle, tient à la fois de l'habitation féodale et
de la ferme. Construit dans le dernier tiers du xvi^ siècle, il a pris la
place d'une construction plus ancienne remontant au xiv^ siècle et a
gardé la ceinture de fossés du vieux manoir. Dans la première partie,
l'auteur raconte l'histoire de la seigneurie du Blanc-Buisson, des familles
et des personnages qui l'ont successivement possédée ; la seconde est
175
consacrée à la description archéologique du château, singulièrement
aidée par les trois planches en héliogravure et à l'eau-forte qui repré-
sentent, sous ses différents aspects, l'état actuel des bâtiments.
Dans un appendice sont réunis quatre aveux et hommages des anciens
seigneurs, portant les dates de 1399, 1462, 1499 et 1538.
Dans la notice sur Guillaume du Moulin, Tauteur cherche à recons-
tituer la biographie du premier écrivain qui ait écrit en français une
Histoire générale de la Normandie. Pour les dates de sa naissance et de
sa mort, on en est encore réduit aux conjectures. L'abbé Porée place la
première entre les années 1575 et 1580 et fixe approximativement la
seconde à 1662. Toutes ses recherches pour obtenir des chiffres plus
précis sont demeurées sans résultat. Les registres de la paroisse de
Menneval, dont Guillaume du Moulin était curé dès 1618, ne remontent
pas au delà de 1664.
Guillaume de la Tremblaye, né à Bernay, probablement en 1644, fit
profession, comme religieux convers, dan? la congrégation de Saint-Maur,
en 1669. Il avait déjà donné des preuves de son talent de sculpteur quand il
entra dans l'ordre des Bénédictins. Il travailla longtemps pour l'église
abbatiale du Bec. Des statues exécutées par lui se trouvent aujourd'hui
dispersées dans les églises de Bernay ou du voisinage. Il dirigea des
travaux dans l'église Saint-Germain-des-Prés et donna les dessins de la
façade orientale du monastère de Saint-Étienne à Caen. Guillaume de
la Tremblaye mourut à Caen le 9 janvier 1715.
La dernière brochure de l'abbé Porée relate l'histoire de la décou-
verte d'une statue du Puget, l'Hercule terrassant l'hydre de Lerne, exé-
cutée en 1659 pour le château de Vaudreuil, et retrouvée dans des
terrains dépendant du château de la Lande. La part que M. l'abbé de
la Balle a prise à cette découverte et celle de M. Gaston Lebreton, qui
est parvenu à exhumer la tête de la statue et à faire entrer le tout au
musée de Rouen, sont nettement exposées dans cette courte brochure,
qui contient le récit d'un des événements artistiques les plus considé-'
râbles <ie ces dernières années, événement auquel M. l'abbé Porée a pris
une part très honorable.
J. G.
Ollo Mein'ardes. Formel-Sammlungen and Hamthilcher aus deu
Bureaux der paepstlichen VenvoUuny des \y>. Jahrkunderts in
Hannover. lExtrait du Neues Archiv der Gesdhcliufl fiir aeltere
deutsche Geschichlskunde, tome X, 188^, 1" cahier, p. 3:j-79.)
Les treize volumes décrits et analysés par M. Meinardus, après avoir
appartenu dès la fin du xv^ siècle aux archives de l'archovêché de
Brème, après avoir suivi dans leurs migrations les fonds qui compo-
saient ce dèpôtj ont fait retour, il y a vingt ans environ, aux archives
ne
de Hanovre. Ils ont été composés à la chancellerie pontificale, par des
fonctionnaires de cette chancellerie, à l'usage de divers services admi-
nistratifs.
La formation en remonte au w' siècle, à part quelques cahiers, qui
datent du xiv«. Ce sont des formulaires, des manuels, des collections de
lettres apostoliques destinées à servir de modèles et souvent accompa-
gnées de notes. Ils ont dû être apportés à Brème, soit par Jean Rode,
prévôt capitulaire de la cathédrale de Brème, mort en 1477, soit par
Alherl Kock, prévôt du même chapitre, soit par un autre Jean Rode,
successeur d'Albert Kock, mort en 1497. Le premier des deux Jean Rode,
après avoir été Abbreviator du concile de Bàle, fut, sous Pie II, notaire
et référendaire apostolique, correcteur des lettres pontificales et comme
tel placé sous la protection immédiate du saint-siège, enfin protono-
taire; il séjourna longtemps à la cour des papes et revint à Brème
après 1460. Albert Kock fut doctor decretorum et auxiliaire du vice-
chancelier Rodrigue Borgia, plus tard Alexandre VI. M. Meinardus
pense que ces deux personnages ont pris part l'un et l'autre à la rédac-
tion de ses registres.
Les volumes, sous leurs reliures actuelles, sont enveloppés dans des
lettres tombées en rebut de Martin Y, d'Eugène IV, de Nicolas V, de
Pie II, ou dans des chartes émanées de commissaires apostoliques. Ils
sont, à part quelques feuillets, tout entiers écrits sur papier. On lira,
non sans intérêt, les descriptions parfois détaillées que leur consacre
l'auteur de ce mémoire; je me borne à résumer ici ce qu'il dit des
tomes I, II et VI, recueils de lettres apostoliques, destinées à servir
d'exemples et classées par ordre de matières. Ces trois volumes ont dû
être faits, au moins en partie, à l'aide de documents empruntés aux
registres des papes, qu'on y trouve cités à divers endroits, et avec les-
quels on doit se garder de les confondre ; il serait en effet impossible
d'y trouver aucun ordre chronologique, et nulle part on n'y trouve de
titres indiquant les noms des papes ou les années des pontificats. La
première moitié du tome l^" (trois cahiers de 16 feuillets) renferme des
documents auxquels M. Meinardus assigne les dates extrêmes de 1359
et 1376.
Les tomes II et VI sont également des recueils de modèles pour ditTé-
rentes sortes de lettres ; ils intéressent le xv* siècle, et sans doute ils
ont été composés sous Martin V et Eugène IV.
Les extraits assez nombreux que donne M. Meinardus sont presque
tous relatifs à l'Allemagne. On en trouvera pourtant qui montreront
combien les registres de Brème sont précieux pour l'histoire de l'admi-
nistration et de la chancellerie pontificales. Je me borne à citer en
passant un « Ordo prelatorum curie Romane » (p. 49), deux listes des
taxes perçues par la chancellerie pour l'expédition des actes (p. 66, 72
et 73), une série de citations, des plus intéressantes, concernant les dis-
177
eussions auxquelles donnait lieu, dans les bureaux de la chancellerie,
la rédaction des pièces (p. 69 à 71). Évidemment l'histoire de France
aurait quelque chose à gagner au dépouillement de ces registres; si l'on
s'en rapporte aux chiiVres donnés par M. Meinardus, les lettres intéres-
sant l'Empire ou relatives à des Allemands n'en occupent qu'une assez
faible partie, et les notes suivantes, qu'il a extraites du tome VI,
prouvent que des lettres où il était question de la France ont dû être à
bien des endroits introduites dans cette compilation :
« Martinus Y mandat omnibus opiscopis et personis ecclesiasticis ut
citatum ad Homanam curiam Johannem comitem de Armenaci {sic),
socium Pétri de Luna, de cujus oppositione varia narrât, in veniendo ad
curiam nullam inférant injuriam » (p. 53).
« Quod scolares, etc., studii Andegavensis non teneantur promoveri
ratione parrochialium ecclesiarum ad diaconatus et presbyteratus
ordines » (p. 55).
« Item in eadem quod presbyteri possint audire et légère loges. »
« Legatus deputatur ad concordandum ad regnum F'rancie. »
Mentionnons en finissant la subdivision du même volume qui est
intitulée « Cruciata » et des articles relatifs à l'Alsace :
« Mandatum ad sedandas dissensiones inter Wiliolinum electum
Argentinensem et proconsules oppidi. Datum Constantie » (p. 56).
L'auteur, parlant (p. 4'0 d'une lettre de Martin V dans laquelle est
enveloppé le premier volume, observe que le texte de cette pièce et la
date ne sont pas de la même main. Il va sans dire que ce fait ne sau-
rait avoir provoqué la mise au rebut d'une lettre apostolique; on sait
qu'il est très fréquent au xv« siècle et au xiv^ .
Elle Berger.
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 37. — Paléographie, 63. —
Bibliographie, 69; manuscrits, 2, 8, 30, 50, 51, 63, 82.
Sources. — Chroniques, 27, 98. — Mémoires, 60. — Archives, 35,
94. — Recueils de documents, 3, 23, 32, 48, 78, 85, 86, 102.
Biographie et généalooie, 1, 47, 72, 88, 92, 102. — Arnaud, 4;
178
Becket, 28 ; Cornillc, Gornulicr, 4'i ; Dinlcvillc, 11 ; Gondovald, 13 ; Gra-
denigo, 24 ; Honorius III, 86 ; Hugues, marquis de Toscane, 87 ; Jeanne
d'Arc, 95 ; Jeanne de Bretagne, 97 ; La Marche, 60 ; Legouais, 77 ;
Lellis, 41 ; Louis XI, 75; Lusignan, 76; saint Malo, 101 ; Montbéliard,
102 ; Robert de Cassel, 97 ; Spiiinbergo, 98.
Géographie, topographie, 33, 67, 96.
Droit, 17, 21, 40, 84, 99.
Institutions, 10, 18, 43, 53, 54, 61, 73.
Religions. — Bible, 83. — Catholicisme : liturgie, 8 ; papauté, 86 ;
diocèses, 1, 33, 52, 66; églises, 6, 100; ordres, 41 ; monastères, 30, 34,
39, 64, 65, 68, 78, 85, 100.
Archéologie, 15, 25, 31, 55. — Architecture, 71 ; édifices religieux,
5, 36-39, 45, 57, 65, 81 ; sépultures, 5, 36, 37, 42, 43, 45, 49. — Sculp-
ture, 88. — Peinture, 16, 57, 63, 72, 73. — Mobilier, 7, 39. — Blason,
1, 44. — Sphragistique, 1, 93. — Numismatique, 49. — Musique, 8,
22, 62.
Langues et littératures. — Latin, 30, 50, 51, 77, 101. — Français,
26, 77, 83.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne. — Alsace-Lorraine, 83.
Belgique, 6, 59, 79, 97.
France, 40, .53, 67, 75, 89. — Bretagne, 3, 34, 44; Flandre, 18, 97;
Picardie, 55. — Ain, 78 ; Basses-Alpes, 4 ; Ardennes, 94 ; Ariège, 20 ;
Aube, .52, 68 ; Bouches-du-Rhône, 1 ; Côte-d'Or, 5, 11, 16 ; Doubs, 102;
Eure-et-Loir, 52; Haute-Garonne, 21, 38, 84; Ille-et-Vilaine, 101; Loir-
et-Cher, 19, 54; Loire-Inférieure, 57; Loiret, 12, 52, 96; Lozère, 29
Meurthe-et-Moselle, 66 ; Meuse, 45 ; Nord, 18, 51 ; Oise, 70 ; Orne, 56
Pas-de-Calais, 31; Puy-de-Dôme, 48; Haut-Rhin, 102; Rhône, 88
Haute-Saône, 30, 100; Saône-et-Loire, 85; Sarthe, 35, 58; Savoie, 15,
69, 81; Haute-Savoie, 81; Seine, 36, 50; Seine-et-Marne, 9; Seine-et-
Oise, 39, 47; Soine-Inférieure, 32, 49, 91, 99; Deux-Sèvres, 33, 64;
Somme, 65, 91; Tarn-et-Garonne, 42; Vaucluse, 8, 37; Yonne, 52, 74.
Grande-Bretagne, 80.
Italie, 69, 71, 82. — Italie centrale, 2, 23, 86, 90 ; Lombardie, 10, 14 ;
Sicile, 17, 46; Toscane, 87; Vénétie, 24, 27, 73.
Suisse, 81, 92.
Orient, 76, 87, 93.
1. Albanès (l'abbé J.-IT.). Armoriai et Sigillographie des évêques de
«70
Marseille, avec des notices histori({ues sur chacun do ces prélats. Mar-
seille, impr. Olive. Gr. in-i°, xv-204 p. avec fig.
2. Antonelli (Giuscppe). Catalogo de' manoscritti délia civica biblid-
teca di Ferrara. Ferrara, tip. A. Taddei. Gr. in-S», 311 p.
3. Archives de Bretagne, recueil d'actes, de chroniques et de docu-
ments historiques rares ou inédits, publié par la Société des bibliophiles
bretons et de l'histoire de Bretagne. Tome II. Complot breton de 1492.
Documents inédits Nantes, la Société. In-4o, xliv-167 p.
4. Arnaud (Camille). Œuvres posthumes. Histoire d'une famille pro-
vençale depuis le milieu du xiv« siècle jusqu'en 18S3. Recherches et
documents sur la famille Arnaud, de Forcalquier. Tome II. Marseille,
Camoin. In-S", 380 p.
5. AuBERTiN (Charles). Les Sépultures de l'église des Minimes à Beaune.
Beaune, impr. Batault. In-8», 15 p. Extrait des Mémoires de la Société
d'Instoirc, elc., de Beaune, 1883.
6. Barbier (l'abbé Victor). Le Chapitre noble de Moustier-sur-Sambre.
Namur, v J. Douxfils. In-S», 198 p. 2 fr. 15 c.
7. Barbier de Montault (X.). Un Reliquaire du xv^ siècle. Tours,
impr. Bousrez. In-8°, 12 p., 1 fig. Extrait du Bulletin monumental, 1884.
8. Bavle (Gustave). Étude historique, littéraire et musicale sur un
recueil manuscrit des anciens noëls de Notre-Dame-dcs-Doms. Avignon,
Aubanel; Paris, Oudin. In-8o, 64 p.
9. Benoist (L.), Adrien. Notice historique et statistique sur Jaigncs,
canton de Lizy-sur-Ourcq. Meaux, impr. Destouches. In-8'', 63 p.
Extrait du Bulletin de la Société d'archéologie, etc., de Seine-et-Marne.
10. BiFFi (S.). SuUe antiche carceri di Milanoe dclducato milanesee
sui sodalizii chc vi assistevano 1 prigionieri ed i condannati a morte.
Studii. Milano, tip. Bernardoni di C. Rebeschini. In-8'', 376 p. 10 I.
11. BiGARNE (Charles). Notice sur Jacques de Dintcville, capitaine du
château de Beaune. Beaune, impr. Batault. In-8'', 16 p. Extrait des
Mémoires de la Société d'histoire, etc., de Beaune, 1883.
12. Bimbenet (Eugène). Histoire de la ville d'Orléans. Orléans, Her-
luison. In-8°, xvii-353 p.
13. Bl.\ncard (Louis). La Question Gondovald. Essai critique sur les
mémoires de M. Deloche et M. Ch. Robert, membres de l'Institut, rela-
tifs à cette question. Marseille, impr. Barlatier-Foissat. In-8*, 34 p.
14. Bonfadini (R.). Milano ne' suoi momenti storici. Seconda série.
Milano, Trêves. In-16. 4 1.
15. Borrel (E.-L.). Les Monuments anciens de laTarentaise (Savoie).
Paris, Ducher. Gr. in-4°, 338 p., 05 pi. 50 fr.
16. BoLDROT (l'abbé J.-B.). Le Triptyque d'Auxey. Beaune, impr.
Batault. In-8o, 8 p. Extrait des Mémoires de la Sociélc cVhistoirc, etc., de
IJeaune, 1883.
17. Brandileone (Fr.). Il Diritto romano ncUe leggi normanne e sveve
del regno di Sicilia. Studio. Con introduzionc di Bartolomeo Gapasso e
col teste deile assise normanne, ecc. Torino, Loescher, In-8*, xxxvi-
138 p. Nuova Gollezione di opère giuridiche, n. 21. 4 1.
18. Brassart (Félix). La Féodalité dans le nord delà France. Bans et
arrière-bans dans la Flandre wallonne sous Charles le Téméraire et
Maximilien d'Autriche, publiés avec une table des noms de famille et
de seigneurie. Douai, Grépin. In-8°, 78 p. Extrait des Souvenirs de la
Flandre ivallonne, 2<= série, t. IV. 4 fr.
19. Brethon (Gélestin). Notes historiques sur Saint- Georges-sur -
Gher. Tours, impr. Arrault. In-8% 84 p.
20. Gau-Durban (l'abbé), Pasquier. Une ancienne Confrérie rurale dans
le Gouserans. Publication d'un texte inédit avec introduction et notes.
Foix, ye Pomiès. In-8'', 12 p. Extrait du Bulletin de la Société ariégeoise
des sciences, etc.
21. Chartes de coutumes inédites de la Gascogne toulousaine. Docu-
ments publiés pour la Société historique de Gascogne par Edmond
Gabié. Paris, Champion. In-8°, 160 p. Archives historiques de la Gas-
cogne, fasc. 5.
22. Clément (Félix). Histoire de la musique depuis les temps anciens
jusqu'à nos jours. Paris, Hachette. Gr. in-8% vi-823 p., 359 fig., 68 por-
traits, fac-similés, etc. 15 fr.
23. Gollezione di documenti storici antichi inediti ed editi rari délie
città e terre marchigiane, eseguita da una Société di studiosi ed eruditi
per cura di G. Giavarini. Tomo V, contenente : Carte diplomatiche
jesine, trascritte ed annotate da A. Gianandre, vol. I. Ancona, tip. N.
Mengarelli, 1884. In-8'', xliv-355 p.
24. Gommissione del doge di Venezia Pier Gradenigo al castellano di
Belforte, data tra l'anno 1289 ed il 1311. Udine, tip. del Patronato.
In-4% 18 p. Per nozze Rizzi-Quarantotto.
25. Congrès archéologique de France. 50« session. Séances générales
tenues à Gaen en 1883 par la Société française d'archéologie pour la.
conservation et la description des monuments. Paris, Champion. In-S",
xLvn-561 p.
26. GoNSTANs (L.). Ghrestomathie de l'ancien français (ix«-xve siècles)
à l'usage dos classes, précédée d'un tableau sommaire de la littérature
française au moyen âge et suivie d'un glossaire étymologitjue détaillé.
Paris, Vieweg. In-8% xlviii-376 p.
27. Gronaca dal 1227 al 1524 (di autore vicentino ignoto), ad memo-
riani praetcriti temporis, praesentis alque piiluri, pubblicata per le nozzo
Malvezzi-Chiclin, o traita dalla miscellauea manoscritta di documcnti
compiliita dal P. Gaetano Maccà. Vicenza, tip. Pavoni. In-8'', 110 \>.
28. Darsy. Recherches sur la nationalité et la famille de saint Tho-
mas de Canlorhéry. Amiens, impr. Douillet. In-8% 37 p. Extrait des
Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, t. XXVIII.
29. Daudé (le D"" J.). En Gévaudan. Recherches haye de Saint-Sulpice en Bugey, suivi de
documents inédits pour servir à l'histoire du diocèse de Belley, par
M. G. Guigue. Lyon, Mougin-Rusand. In-8'', ix-198 p.
79. PiRARD (Jules), prêtre liégeois. Quelques Notes historiques sur
l'ancienne Belgique depuis vingt siècles. Seconde édition. Liège, l'au-
teur. In-16, 156 p.
80. Pleas of Ihc Crown lor tlic county of Gloucester before the abbot
of Readingand liis f'ellow justices itinérant in the fifth year of the reign
of king lloury tlie Third aucl Iho year of grâce iiti. Editeil by F. \\ .
Maitland. London, Macmillan, 1884. la-8", lii-155 p. 7 s. 6 d.
81. PoNOET (l'abbe P. -F.). Étude historique et artistique sur les
ancieunes églises de la Savoie et des rives du lac Léman. Annecy,
impr. Niérat. In-8°, 98 p. Extrait des Mémoires et Documents publiés par
l'Académie salCsienne, t. VII.
82. PoRRO (Giulio). Gatalogo dei codici mauoscritti délia Trivulziana.
Toriao, Bocca, ISb'^. In-8°, xvi-582 p. Biblioteca storica italiana, pub-
blicata per cura délia R. Deputazione di storia patria. 16 1.
83. Psautier (le) de Metz. Texte du xiv« siècle. Édition critique,
publiée d'après quatre manuscrits par François Bonnardot. Tome I.
Texte intégral. Paris, Vieweg. In-S", 470 p. Bibliothèque du moyen âge.
84. Recueil de textes pour servir à l'enseignement de l'histoire du
droit. Coutumes de Toulouse, publiées, d'après les manuscrits 9187 et
9993 fonds latin de la Bibliothèque nationale, par Ad. Tardif. Paris,
Alphonse Picard, 1884. In-8o, xxvi-92 p.
85. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, formé par Auguste
Bernard, complété, revisé et publié par Alexandre Bruel. Tome 111
(987-1027). Paris, imprimerie nationale. In-4'', 828 p. Collection de
documents inédits sur l'histoire de France.
86. Regesti (i) del pontehce Onorio 111 dall' anno 1216 ail' anno 1227,
compilati sui codici dell' archivio vaticano od altri fonti storiche per l'ab.
Pictro Pressutti. Vol. 1. Roma, tip. A. Befani, 1884. In-S», lxxv-385 p.
87. Riant. La Donation de Hugues, marquis de Toscane, au saint
sépulcre, et les établissements latins de Jérusalem au x« siècle. Paris,
imprimerie nationale. In-4'', 49 p. Extrait des Mémoires de V Académie
des inscriptions et belles-lettres, t. XXXI, 2"^ partie.
88. RoNDOT (Natalis). Les Sculpteurs de Lyon du xivcau xvni" siècle.
Paris, Gharavay. Gr. in-8°, 79 p. Extrait de la Hevue hjonnaise, mars,
avril et mai 1884.
89. RoY (Jules). L'An mille. Formation de la légende de l'an mille.
État de la î^rance de l'an 950 à l'an 1050. Paris, Hachette, ln-18, 357 p.,
36 grav. Bibliothèque des merveilles. 2 fr. 25 c.
90. Sansi (A.). Storia di Spoleto dal secolo xii al xvii, seguita da
alcune memorie dei tempi posteriori. Parte H. Foligno, tip. Sgariglia.
In-16, 321 p. Accademia spoletina, anno 1884 : studii storici.
91. Sauvage i l'abbé). La Question d'Augusta (deuxième article).
Amiens, impr. Delattre-Lenoel. ln-8°, 16 p.
92. Schauenberg-Ott (G.). Der Stammregister der gegenwiirtigen und
in diesem Jahrhundert ausgestorbenen biirgerl. Geschlechter der Stadt
ZoBngen seit deren Aufnahme in das Bùrgerrecht nebst einem Ver-
186
zeichniss sàmmtlicher Geschlechter seit. 1200 und Notizen ùber Zofin-
gen in xix. Jahrhundert. Zofingen, Schauenberg-Ott. In-H», 605 p. 15 fr.
93. ScHLUMBERGEK (Gustave). Sigillographie de l'empire byzantin.
Paris, Leroux. In-4% vii-749 p., 1100 dessins par Dardel. 100 fr.
94. Sénemaud (Éd.). Inventaire sommaire des archives communales
de la ville de Mézières antérieures à 1790. Mézières, impr. Lelaurin.
Gr. in-4", 93 p.
95. Sepet (Marins). Jeanne d'Arc. Tours, Marne, 1885. Gr. in-8% ix-
563 p., 30 grav. hors texte.
96. Simon (Gabriel). Recherches sur le nom de Coraeranum et sur
l'attribution de ce nom à Boiscommun. Orléans, Herluison. In-8°, 16 p.
Extrait des A7i?iales de la Société historique et archéologique du Gâtinais.
97. Smyttere (le D'' P.-J.-E. de). Robert de Cassel et Jehanne de
Bretagne sa femme (xiv^ siècle). Hazebrouck, impr. David. In-8o, xxv-
330 p.
98. Spilimbergo (Roberto de' signori di). Gronaca de' suoi tempi dal
1499 à 1540. Udine, tip. Patronato. In-8«, 38 p. Per nozze Serravallo-
de Goncina.
99. TiEucLiER (Guillaume). Le Coustumier de la vicomte de Dieppe.
Publié pour la première fois, in-extenso, avec introduction et notes, par
Emmanuel Coppinger. Dieppe, impr. Leprêtre. In-8% Lvn-100 p.
100. Vannier (l'abbé). Histoire du prieuré de Saint-Nicolas-de-Mar-
teroy de Vesoul, de l'église de Saint-Georges de Vesoul et de l'insigne
chapitre de Notre-Dame de Calmoutier. Vesoul, impr. Varigault.
In-8% 305 p. 4 fr.
101. Vie inédite de saint Malo, écrite au ix^ siècle par Bili, évéque
de Vannes et martyr, publiée avec notes et prolégomènes par le R. P.
Fr. Plaine. Suivie de : Autre vie de saint Malo, écrite au ix^ siècle par
un anonyme, publiée avec notes et observations par Arthur de la Bor-
derie. Rennes, Plihon. In-8% 181 p.
102. ViELLAHD (Léon). Documents et Mémoires pour servir à l'histoire
du territoire, de Belfort (Haut- Rhin français). 1" Introduction. 2°
Mémoire sur l'origine des comtes de Montbéliard. 30 Tableau généalo-
gique. 4" Recueil de documents antérieurs à l'an 1251. Besançon, Jac-
quin. Gr. in-8°, xi-548 p.
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Le rapport suivant sur les thèses de l'École des chartes, soutenues au
mois de janvier 1885, a été adressé au ministre de l'instruction publique
par M. le président du conseil de perfectionnement :
Monsieur le ministre,
Cette année encore, l'épreuve des thèses a donné à l'École des chartes des
résultats très satisfaisants, qui témoignent à la fois de la bonne direction
donnée à toutes les parties de l'enseignement et de l'ardeur avec laquelle
la plupart des candidats se préparent à entrer dans la carrière de l'éru-
dition historique. Ces résultats justifient la tendance du conseil de per-
fectionnement et du corps des professeurs à attacher à l'examen et à la
discussion des thèses une importance de plus en plus grande. Ils l'au-
torisent aussi à se montrer de plus en plus difficile pour des travaux
dont la composition permet d'apprécier la valeur et les aptitudes spé-
ciales des futurs archivistes paléographes.
Dans la dernière session, qui a eu lieu le 26, le 27 et le 28 jan-
vier 1885, le conseil s'est trouvé en présence de vingt thèses, dont les
positions ou le sommaire remplissent une brochure de 166 pages; il en
a accepté quinze, dont cinq lui ont paru mériter les honneurs d'une
mention tout à fait particulière.
Les deux premières thèses sont des morceaux de genres très diffé-
rents, mais de mérite égal, dont l'École a le droit d'être fière.
L'une a pour auteur M. Ch.-V. Langlois, qui, tout en suivant régu-
lièrement les cours de l'École, a réussi à conquérir le diplôme de licencié
en droit et la première place au récent concours d'agrégation d'histoire.
M. Langlois a voulu faire connaître en détail le règne de Philippe le
Hardi. L'étude qu'il nous a soumise nous fait espérer la prochaine
publication d'un livre fondamental pour l'histoire du gouvernement
royal et des institutions administratives du xni' siècle. L'auteur en a
déjà rassemblé et dégrossi les matériaux essentiels ; il en a arrêté le
plan et traité certaines parties avec une véritable originalité. Sans avoir
la prétention de donner un grand relief à la figure un peu effacée de
Philippe le Hardi, il nous montre, par de fines analyses, comment le
règne de ce prince a été à la fois la continuation du règne de saint Louis
et la préparation du règne de Philippe le Bel.
^88
La ihèse de M. Eugène Leievre-Pontalis, que le conseil a placée sur
la même ligne que celle de M. Langlois, appartient à l'archéologie. Elle
a pour sujet l'architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Boissons
au xi8 et au xrt'' siècle. Nous avons été étonnés qu'un jeune homme
ait pu, pendant son séjour à l'Ecole, examiner en détail tant de monu-
ments , se mettre au courant des moindres travaux publiés sur la
matière, résumer sous une forme claire des observations aussi minu-
tieuses et aussi compliquées, aborder avec assurance et succès des pro-
blèmes fort délicats, et exécuter soigneusement et à grande échelle des
planches qu'un habile architecte ne désavouerait pas. M. Eugène
Lefèvre-Pontalis sera l'un des meilleurs élèves de l'école archéologique
qu'a fondée notre regretté directeur Jules Quicherat et à laquelle un
brillant avenir est réservé.
M, Léon Le Grand a choisi un sujet plus modeste que les deux con-
currents dont il vient d'être question. Il a écrit l'histoire des Quinze-
Vingts de Paris, depuis la fondation jusqu'au milieu du xvi<^ siècle. La
matière n'était pas très étendue; mais l'auteur en a tiré un excellent
parti : il a poursuivi ses recherches avec méthode et sagacité ; il a pré-
senté avec beaucoup d'ordre et d'habileté les renseignements très nom-
breux et très variés qu'il avait recueillis de différents côtés, et notam-
ment dans les anciens comptes; on a particulièrement loué le soin
minutieux qu'il a mis à justifier par des textes les moindres parties de
son exposition.
Les mêmes qualités ont été signalées dans la thèse de M. Goville,
qui a, comme M. Langlois, subi avec succès les épreuves de l'agrégation
d'histoire. M. Goville a étudié les états de Normandie au xiv^ siècle. Il
n'a guère éclairci la question, peut-être insoluble, des origines de cette
institution; mais il a exactement rassemblé, nettement classé et judi-
cieusement interprété tous les faits par lesquels nous la voyons se
manifester jusqu'au règne de Charles VI. Gette étude, qui n'est pas
encore terminée, repose en grande partie sur des documents inédits ;
elle s'ajoutera à la série, déjà considérable, des travaux qui, dans ces
vingt dernières années, ont renouvelé l'histoire de la guerre de cent
ans.
La thèse de M. Henri Stein, intitulée Étude biographique, littéraire et
bibliographique sur Olivier de la Marche, nous transporte au xv^ siècle,
à la cour des ducs de Bourgogne. Elle nous révèle beaucoup de parti-
cularités intéressantes, en jetant une nouvelle lumière sur le rôle d'un
personnage dont beaucoup d'auteurs ont parlé, mais dont la vie était
loin cependant d'être parfaitement connue. M. Stein a fait de véritables
trouvailles pour la biographie d'Olivier de la Marche, il a judicieuse-
ment apprécié les œuvres de cet écrivain, et il en a signalé les manus-
crits et les éditions en bibliographe exercé.
Nous passons en Lorraine avec M. Duvernay, dont la thèse sur les
I S!>
corporations ouvrières de cette province au xw^ et au w" siècle est
bien conçue, bien distribuée et bien écrite. Les conclusions en sont
peut-être un peu vagues, et l'auteur s'est peut-être trop exclusivement
renfermé dans l'étude des statuts, sans rechercher quelle en fut l'appli-
cation et sans vérifier comment ils furent mis en pratique; mais il faut
lui savoir gré d'avoir bien compris les documents qu'il a rassemblés,
d'en avoir dégagé la substance historique et d'avoir fait ressortir les
caractères propres aux corporations de la Lorraine et du Barrois.
La thèse de M. Iluet est un bon chapitre de notre histoire littéraire.
Elle a trait aux chansons de Gasse Brûlé, dont nous pouvons espérer
posséder bientôt une excellente édition. Les conclusions auxquelles est
arrivé M. Huet paraissent s'imposer à la critique. Le degré d'authenti-
cité de chacune des pièces qui forment r(euvre de Gasse Brûlé est dis-
cuté avec sagacité et fixé à l'aide d'arguments très variés. La méthode
adoptée pour l'établissement du texte a reçu l'approbation des juges
compétents.
La place que l'amiral Louis Malet de Graville tient dans l'histoire des
règnes de Louis XI, Charles VIII et Louis XII suffit pour expliquer
l'étendue des recherches que M. Perret a entreprises et souvent menées
à bonne fin sur la vie de ce personnage. Les pièces qu'il a réunies sont
exactement copiées et les analyses dont il les a fait précéder en rendent
l'usage très facile. Les récits qu'il en a tirés devront être repris en sous-
œuvre, si l'auteur veut nous bien faire connaître et comprendre la vie
publique et la vie privée de l'amiral de Graville.
Des observations du même genre ont été faites à l'occasion de la
biographie de Louis de Luxembourg, comte de Saint-Paul, connétable
de France, qui forme la thèse de M. Gagé. L'auteur s'est procuré un
assez grand nombre de documents d'un réel intérêt, dont les historiens
n'avaient pas encore tiré parti ; il les a convenablement combinés avec
les notions (jui étaient déjà entrées dans le domaine public. Le tout a
été groupé en bon ordre, mais avec trop peu d'art pour que le lecteur
se rende aisément compte du rôle historique du connétable de Luxem-
bourg.
L'étude de M. Auvray sur la vie et la correspondance de Fulbert,
évêquc de Chartres, est un travail consciencieux, dont les éléments ont
été patiemment recueiUis et dont la composition ne manque pas de
mérite. Il aurait suffi d'y mettre un peu plus d'animation pour que la
lecture en fût vraiment intéressante. L'auteur a rendu un compte
exact et diligent de tout ce qu'il a vu et n'a rien négligé de ce qui lui
était accessible.
M. Funck-Brentano, en voulant traiter à fond la politique extérieure
de Philippe le Bel, a fait preuve d'une grande curiosité et d'un très
louable empressement à examiner sous toutes les faces plusieurs des
questions les plus difficiles de l'histoire de l'Europe au xni' et au xiv«
U
<90
siècle. Il a été le premier à reconnaître qu'il avait embrassé un sujet
beaucoup trop vaste, et c'est à peine s'il a pu en esquisser plusieurs
chapitres, dans lesquels les examinateurs ont signalé des défauts qu'une
révision méticuleuse fera disparaître et des qualités qu'il sera facile de
développer. Dès maintenant le travail de M. Funck-Brentano contient
beaucoup d'informations nouvelles, notamment sur les rapports de la
France et de l'Angleterre ; on y trouve plusieurs rectifications qu'on ne
saurait hésiter à admettre.
M. Dunoyer de Segouzac ne s'est pas exposé au reproche d'avoir
abordé un sujet trop vaste. Il s'est uniquement occupé de la manière
dont la rançon du roi Jean fut ou dut être payée, aux termes du traité
de Brétigny, sans même tenir compte des événements qui avaient pré-
cédé et amené la conclusion du traité. II aurait encore pu, même sans
élargir son cadre, puiser à des sources qu'il ne paraît pas avoir connues.
On doit l'encourager à poursuivre des recherches dont les résultats
déjà acquis sont loin d'être à dédaigner. Sur plus d'un point, M. Du-
noyer de Segon^ac a rectifié des détails répétés par les historiens
modernes les plus autorisés.
M. Alaus, qui a concentré, avec une assiduité exemplaire, ses efforts
sur l'un des plus célèbres cartulaires du midi, celui de l'abbaye de Gel-
lone, ne s'est pas encore approprié toutes les richesses que renferme
une mine aussi précieuse. Il lui reste notamment à revoir attentivement
le texte, surtout pour les parties romanes. Il n'a pas suffisamment déter-
miné dans quelles conditions ont été conservées ou restituées les chartes et
les notices antérieures à l'incendie qui détruisit les archives du monas-
tère au milieu du xi*^ siècle. Il devra aussi s'aider des témoignages con-
temporains que lui fournissent d'autres documents appartenant à la
même région. C'est du reste la voie qu'il a suivie quand il a discuté
une question de géographie historique, celle de l'emplacement à'Arisi-
tum, qui a donné lieu à tant de controverses et sur laquelle on ne
pourra pas revenir sans prendre en considération les observations de
M. Alaus.
Dans la thèse de M. Barroux sur Jacques de Vitry, nous avons des
matériaux laborieusement amassés, mais très imparfaitement mis en
œuvre. L'analyse que l'auteur a faite des Sermons et des Exemples de
Jacques de "Vitry abonde en traits curieux pour l'histoire des mœurs; •
mais M. Barroux s'est trop exclusivement borné à lire les œuvres de
l'écrivain qu'il étudiait. Une part plus large aurait dû être réservée à la
comparaison et à la discussion.
La dernière thèse à mentionner est celle de M. Camille Martin sur
Robert I*^"" de Sarrebruck, damoiseau de Commercy. Les éléments en
ont été recueillis à la Bibliothèque nationale dans la collection de Lor-
raine, à Bar -le -Duc dans les archives de l'ancienne chambre des
comptes, et à Nancy au trésor des chartes des ducs de Lorraine. Mai-
^9^
gré l'étendue des recherches effectuées, la matière est loin d'avoir été
épuisée, et M. Camille Martin devra remanier son essai de fond en
comble pour nous donner un portrait définitif d'un homme iort peu
sympathique, mais qui peut fournir le sujet d'une bonne thèse, parce que
son nom est mêlé à l'histoire de beaucoup d'événements du xv siècle.
Telles sont, monsieur le ministre, les quinze thèses que le jury
d'examen a cru devoir accepter, et dont la plupart pourront être plus
ou moins prochainement publiées avec honneur pour l'École des
chartes et profit pour les études historiques.
En tenant compte du mérite de ces thèses et du résultat des examens
subis dans le cours de l'année dernière, le conseil de perfectionnement
m'a chargé, monsieur le ministre, de vous présenter dans l'ordre sui-
vant les élèves qu'il a jugés dignes de recevoir le diplôme d'archiviste
paléographe...
— Conformément aux propositions jointes au précédent rapport, le
diplôme d'archiviste paléographe a été conféré, par arrêté du 25 fé-
vrier 1885, aux anciens élèves de l'École des chartes dont les noms
suivent :
lo Liste par ordre de mérite (candidats de la promotion 1885) :
MM.
i. L.oGLOis (Charles -Victor), né à Rouen (Seine -Inférieure), le
26 mai 1863.
2. Le Grand (Léon-Frédéric), né à Saint-Pierre-lez-Nemours (Seine-
et-Marne), le 5 juillet 1861.
3. AuvRAY (Louis-Henri-Lucien), né à Orléans (Loiret), le 28 février
1860.
4. Lefèvre-Po.ntalis (Eugène- Amédée), né à Paris, le 12 février 1862.
5. FuNCK - Bbentano (Jacques -Chrétien- François -Seraphicus), né à
Munsbach, commune de Schultrange, canton do Luxembourg, grand-
duché de Luxembourg, le 15 juin 1862. (M. Funck-Brentanu est fils de
parents naturalisés français.)
6. DuNOYER de Sego.nzac (Jacques- Joseph -François -Gaston) , né à
Carennac (Lot), le 31 décembre 1863.
7. DuvERNOv (Émile-Eugène), né à Nancy (Meurthe), le 25 juillet 1861.
8. Perret (Paul-Michel), né à Lyon (Rhône), le 24 juin 1861.
9. Stein (Frédéric-Alexandre-Henri), né à Pierry (Marne), le 28 fé-
vrier 1862.
10. Barroux (Léon-Marius) , né à Paris, le 10 décembre 1862.
2» Liste par ordre alphabétique (candidats des promotions antérieures
non classés) :
MM.
Al.\us (Marie -Joseph -Etienne -Barthélémy -Paul) , né à Montpellier
(Hérault), le 27 juin 18G0.
192
Caok (Charles-Léouco-Gaston), né à Lucheux (Somnip) , le 1ô jan-
vier 1862.
GoviLLE (Alexandre-Alfred), né à Versailles (Seine-et-Oise), le \ \ août
1860.
HuET (Gédéon), né à Ilaarlem (Pays-Bays), le 31 mai 1860. (M. Huet,
entré à l'École à titre d'élève étranger, a lors de sa majorité réclamé la
nationalité française comme descendant de réfugiés français.)
Martin (Camille), né à Bruz (Ille-et- Vilaine), le 11 mai 1860.
— Par décret du 9 janvier 1885, notre confrère M. de Mas Latrie,
professeur de diplomatique à l'École des chartes, a été admis, sur sa
demande et pour cause d'ancienneté d'âge et de service, à faire valoir
ses droits à une pension de retraite à partir du \" janvier 1885. Il
a été nommé professeur honoraire de ladite École.
Par décret du 27 mars 1885, rendu sur la proposition du ministre
de l'instruction publique et des beaux-arts, conformément aux présen-
tations faites par le conseil de perfectionnement et les professeurs de
l'École des chartes et par l'Académie des inscriptions et belles-lettres,
notre confrère M. Giry a été nommé professeur de diplomatique à
l'École des chartes, en remplacement de M. de Mas Latrie.
— Par arrêté du 26 décembre 1884, notre confrère M. de Mas Latrie,
chef de section aux Archives nationales, admis à faire valoir ses droits
à une pension de retraite, a été nommé chef de section honoraire ;
Notre confrère M. Emile Gampardon, sous-chef de la section législa-
tive et judiciaire, a été nommé chef de cette section, en remplacement
de M. de Mas Latrie;
Notre confrère M. Alexandre Tuetey, archiviste à la section législative
et judiciaire, a été nommé sous-chef de cette section, en remplacement
de M. Gampardon;
Nos confrères MM. Parent de Gurzon et Bûche, archivistes auxi-
liaires, ont été nommés archivistes, le premier à la section du secréta-
riat, le second à la section législative et judiciaire.
— Par arrêté du 28 janvier 1885, notre confrère M. Ulysse Robert,
inspecteur général des bibliothèques et des archives, est chargé de la
direction et du contrôle des travaux relatifs au catalogue des manus-
crits des bibliothèques publiques.
— Par arrêté du 17 mars 1885, sont appelés à faire partie du comité
central des bibliothèques de l'Arsenal, Mazarine et Sainte-Geneviève
nos confrères MM. de Rozière, Servois, Lacombe et Ulysse Robert.
— Par arrêté du préfet du Calvados, en date du 16 décembre 1884,
notre confrère M. Bénet a été nommé archiviste du Calvados, en rem-
placement de M. Ghatel, admis à la retraite.
— Le 6 mars 1885, notre confrère M. de Mas Latrie a été élu
membre libre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
193
— Notre confrère M. Cb. Bémont a soutenu le 3 rtôccmbre ISS'i,
devant la Faculté des lettres de Paris, les deux thèses qu'il avait fait
imprimer sous les titres suivants : De Johanne cognominc Sine Terra,
LutetisB Parisiorum anno 1202 condemnato (Paris, A. Picard, 1884, in-8'
de 68 p.), et Simon de Montforl, comte de Leiceslcr (120?-i265). Son rôle
politique en France et en Angleterre (Paris, A, Picard, 1884, in-8° de
385 p.).
M. Bémont a été déclaré, à l'unanimité, digne du grade de docteur.
— Par arrêté du 23 décembre 1884, notre confrère M. Antoine Tho-
mas a été nommé officier d'académie.
— Par arrêté du 31 décembre 1884, notre confrère M. Alfred Leroux,
archiviste du département de la Haute- Vienne, a été nommé officier
d'académie.
— Par arrêté du !«'' janvier 1885, notre confrère M. Gouard-Luys,
archiviste du département de l'Oise, a été nommé officier d'académie.
— Par décret du 9 février 1885, notre confrère M. Fournier, agrégé
des Facultés de droit, a été nommé professeur de droit romain à la
Faculté de droit de Grenoble.
— Notre confrère M. le marquis de Riperl-Monclar, consul général
à Montevideo, a été nommé consul général et chargé d'affaires de la
République française à Santa-Fé-de-Bogota.
— Le 5 janvier 1885, notre confrère M. le comte de Marsy a été
nommé directeur de la Société française d'archéologie et directeur du
Bulletin monumental.
M. LE MERCIER DE MORIÈRE.
Au moment où le dernier fascicule de la Bibliothèque de l'École des
chartes pour l'année 1884 venait de paraître, un de nos plus jeunes
confrères succombait à la suite d'une cruelle maladie, qu'on avait pu
un instant croire détinilivcraent conjurée. Laurent-Marie-Joseph Le
Mercier de Morière, docteur en droit, secrétaire de la Société d'archéo-
logie lorraine, membre correspondant de l'Académie de Stanislas, est
mort à Nancy le 12 janvier 1885, à l'âge de trente-deux ans. Entré à
l'École des chartes en 1875, il devait sortir avec la promotion du
19-20 janvier 1880, lorsque des motifs d'un ordre tout intime l'enga-
gèrent à différer le dépôt de sa thèse. Ce ne fut que le 29 janvier 1883,
qu'après avoir présenté et soutenu une thèse ayant pour titre : Introduc-
tion historique et diplomatique au catalogue des actes de Mathieu II, duc de
Lorraine (1220-1251), il reçut le diplôme d'archiviste paléographe. M. le
présidont du ronsoi! de perfectionnomont terminait ainsi l'appréciation
19^
d'un travail qu'il plaçait au quatrième rang : « Les recherches de M. Le
Mercier de Morière satisferont les juges les plus exigeants ; elles jettent,
en effet, beaucoup de lumière sur des points obscurs de l'histoire de la
Lorraine et des provinces voisines pendant la première moitié du
xni^ siècle » {Ilibliothèqiie de C École des chartes, t. XLIV, 4883, p. 119).
Depuis, il avait publié les Testaments au profit de l'église de Tout (Nancy,
typ. C. Grépin-Leblond, 1884, in-8° de 44 p.). La thèse de sortie de
l'École, présentée en manuscrit au concours des antiquités nationales,
sous le voile de l'anonyme, avec la devise : « Prenez, prenez... », était
signalée à l'attention de l'Académie dans le rapport de M. Alexandre
Bertrand (Bibliothèque de l'École des chartes, t. XLV, 1884, p. 698). Enfin
le Polybiblion (partie littéraire, t. XLI, p. 474) annonçait une édition
par notre confrère du cartulaire des comtes de Bar-le-Duc, ms. du
xnp siècle, appartenant à la Bibliothèque nationale. Au moment même
où il s'occupait très activement de ce travail, ses dernières lettres à ses
amis en font foi, la mort est venue le surprendre, plein de force et d'ac-
tivité, et l'enlever à sa jeune femme et à sa petite fille. Ce coup a été
si imprévu et si rapide que la Société de l'École des chartes n'a pu
être représentée au moins par quelques-uns de ses membres aux
obsèques de notre jeune confrère. Dans sa séance de janvier, elle a
exprimé, par l'organe de son président, le regret que lui inspirait cette
perte, si vivement sentie par tous ceux qui ont connu et apprécié Le
Mercier de Morière.
BOURMONT.
Au moment où s'imprimait cette feuille, nous avons reçu une notice
dans laquelle M. Henri Lepage, au nom de la Société d'archéologie lor-
raine, a rendu un digne hommage aux qualités de cœur et d'esprit qui
distinguaient notre jeune confrère. Nous empruntons à cette notice
l'indication des travaux par lesquels il s'était avantageusement fait
connaître aux amis de l'histoire de Lorraine.
« Les recherches de M. Le Mercier de Morière sur le règne de Mathieu II,
dit M. Lepage, l'avaient conduit à relever bien des particularités concer-
nant les familles de l'ancienne chevalerie lorraine. De là les deux intéres-
santes dissertations qu'il a publiées dans les volumes de nos Mémoires
de 1881 et 1882 : Recherches sur la famille des Armoises et en particulier
sur la branche de Neuville ; — l'Origine de la maison de Chambley.
« Outre ces deux dissertations, remarquables à plus d'un titre, M. de
Morière nous a donné, pour le volume qui va paraître, une curieuse
étude intitulée : les Testaments au profit de l'église de Toul, qu'il se pro-
posait de compléter à l'aide d'un nécrologe de cette église, dont il avait
fait faire la copie.
« Il a aussi inséré dans notre Journal plusieurs articles, qui, sans
avoir la même imiiortance^ méritent néanmoins d'être mentionnés :
^95
« 1883. — Tcslamcnl d'Henri, fils aine du pronicr comlc de Salm en
Vosges.
« Notes hagiographiques et bibliographiques sur saint Livicr.
« 1884. — Documents relatifs à la maison de Ludre.
« Nouvelles Données sur Coriginc de la maison de Ligniville.
« Un Livre de liturgie du AT" siècle ayant appartenu au château de
Gombervauw. (En collaboration avec M. J. Favier.)
« M. le colonel de Sailly (notice nécrologique). »
Dans les derniers temps de sa \ie, M. Le Mercier de Morière avait
fait une très curieuse communication au Comité des travaux histo-
riques; elle portait sur deux chartes scellées de Jean, sire de Joinville,
et de Robert, sire de Sailly. Le texte de ces deux chartes vient de
paraître, avec une héliogravure des sceaux, dans le Bulletin archéolo-
gique du Comité des travaux historiques et scientifiques, année 1884,
p. 477.
ADDITIONS
AU SUPPLÉMENT GREC DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.
1883-1885.
Depuis la publication de l'Inventaire sommaire, en 1883, le fonds des
manuscrits du Supplément grec de la Bibliothèque nationale s'est accru
de 3i nouveaux volumes, dont on trouvera plus loin le détail sous les
nos 1011-1044.
On nous permettra de signaler parmi ces manuscrits : des homélies
de saint Jean Chrysostome sur saint Matthieu, du xi^ siècle (n» 1011) ;
le premier volume d'un Menée, recueil de vies de saints ou de ser-
mons, extraits des œuvres des Pères, suivant l'ordre des jours du mois
(n» lOlî); — deux manuscrits, des xri" et xin« siècles, des lettres de
saint Basile (n»" 1020 et 1021); un Manuel d'Épictcte, avec le commen-
taire de Simplicius, du xv^ siècle (n" 1023); un manuscrit do Théocri te,
aussi du xv^ siècle (n° 1024); le traité des Songes de Synésius, avec le
commentaire de Nicéphore Grégoras, du xiv« siècle (n°1033); un exem-
plaire de la Chronique de Constantin Manassès, copié en 1364 (nol034);
un Commentaire de Simplicius sur la Physique d'Aristote, du xvi«= siècle
(n"' 1037); enfin différents manuscrits qui intéressent la littérature
grecque moderne, parmi lesquels un poème sur les malheurs de Béli-
saire (n» 1043).
1011. S. Joannis Chrysostomi homiliae XXXVII. in Matthaeum.
XI s. Parch. 305 fol. g^
1. Les lettres G, M, P servent à désigner les formats grand, moyen, petit.
196
1012. Menœum (sept.-febr.) : Yita et miracula SS. Cosmse et Damiani
(1); — s. Andrae Gretensis orationes duae ia Nativitatem beata3 Mariœ
(1(3 v°) ; — S. Joannis Damasceni sermo in Mativitatem beatie Mariae
(29 v"); — S. Andreœ Gretensis sermo in exaltationem sanctœ cruels
(36 V') ; — S. Joannis Gln-ysoslomi encomium in sanctam crucem f45 v°) ;
— ejusdem encomium in 8. Joannem evangelistam (50); — 'Leonisim-
peratoris encomium S. Demetrii (55) ; — Michaelis Syncelli encomium
in SS. Dei archangelos et angelos (61 v); — Georgii Ghartophylacis
magna?, ecclesia? encomium in Praesentationem Deiparae (79) ; — ejus-
dem in eamdem, cum in templo a suis parentibus triennio oblata est
(86 \') ; — Germani, arcbiepiscopi GP., encomium in Deiparam, quando
in S. Sanctorum oblata est (101 v") ; — sermo initio mutilus (106) ; —
S. Joannis Ghrysostomi sermo in Abrahamum et Josephum (112 V);
— ejusdem oratio in S. Philogonium (124); — S. Athanasii Alexan-
drin! oratio in descriptionem beatse Mari;e (132); — S. Gregorii
Nysseni oratio in Nativitatem Domini (138 v"); — S. Joannis Ghryso-
stomi sermones duo in Epiphaniam (146) ; — S. Gregorii Neocœsa-
riensis sermo in Epiphaniam (157); — Theodori Daphnopatae homilia
in S. Joannis Baptistae manum allatam Antiochia (162); — Gosmas
Yestitoris oratio de translatis S. Joannis Ghrysostomi reliquiis (174); —
Joamiis, Euchaïtarum metrop., encomium in très liierarchas SS. Basi-
lium, Gregorium Nazianzenum et Joannem Chrysostomum (182); —
S. Athanasii Alexandrin! oratio in Purificationem beatîi; Mariœ (193 v).
xn s. Parch. 200 fol. m.
1013. « Fragmenta comicorum grsecorum, pars altéra; e biblioth. Th.
Ganter!. »
xvn s. Pap. 226 fol. (S. -Germain.) m.
1014. Lettres, papiers et notes diverses d'Athanase de Byzance (Atha-
nasius Rhetor).
1629-1635. 425 fol. (Goislin.) g.
1015. (( 'ExTÔvii;pa-/0£VTwv£vK(i)v<TTavTtvo'JTiô>.£nïcpt 'AyaTtîouxal Bayaôtou...»
et fragmenta varia SS. Patrum.
XVI s. Pap. 30 fol. (Gf. Goislin. 154.) g.
1016. Menaeum [mart. 31-aug. 31] (1) ; — S. Joannis Ghrysostomi litur-
giîB fragmentum (173).
XV s. Pap. 176 fol. M.
1017. Sticherarii fragmentum.
XIV s. Parch. 7 fol. (Goislin. anc. 190.) m.
1018. « Opuscula varia de excellentia sacrorum mysteriorum et de
modo accedendi ad sacram synaxim » (1) ; — « Expositio psalmorum
brevis, ex monast. Gryptoferrat. , exscripsit D. Joannes Guillot » (75),
xvii-xvni s. Pap. 91 fol. (S. -Germain.) .m.
1019. (( Synaxarium monasleri! Gryptœ- Ferratensis, exscriptum e
codice ms. dicti monasteri! a D. Joh-. Guillot. »
197
xvii-xviii s. Pap. 223 fol. (S. -Germain.) m.
1020. S. Basilii opistolœ.
XII s. Parch. 258 fol. ilIarlay-S. -Germain.) h.
1021. S. Basilii epistol».
XIII s. Parch. i29 fol. Palimps. (Coislin. anc. 288.) p.
1022. Democriti physica et mystica (1); — Synesii philo.'^oplii in
librum Democriti scholia (13).
xvn s. Pap. 21 fol. (S. -Germain.) p.
1023. Epicteti enchiridion (II, — cum Simplicii commentariis (15).
XV s. Pap. 186 fol. (S.-Germain.) p.
1024. Theocriti idyllia IX. (4), — proicedit ejus vita (1).
XV s. Bombyc. 52 fol. (S.-Germain.) p.
1025. * Index [alphabeticus] (luorumdam lihrorum nondum editorum,
qui sunt in bibliotheca Escorialis. »
xvn s. Pap. 75 fol. m.
1026. Lettres, papiers et notes diverses d'Athanase de Byzancc (Atha-
nasius Rhetor) ; parmi lesquels différents commentaires sur Pythaf^ore
(67), — Jamblique (80), — le Parménide (254) — et le Timéc de Platon
(400).
XVII s. Pap. 542 fol. (Coislin. anc. 384.) m.
1027. Lettres, etc., d'Athanase deByzance.
XVII s. Pap. 522 fol. (Coislin. anc. 385.) p.
1028. « Collecta ex Pindari Olympiis, Pythiis, Nemeïs, Isthmiis et
cœterorum octo lyricorum poetarum... operibus. Lutetiœ, a. 1589 » (1) ;
— « Selectaex 10. Senecœ tragœdiis... Turonis, 1.589 » (82) ; — extraits
divers d'auteurs anciens et d'ouvrages modernes (100).
XVI s. Pap. 220 fol. m.
1029. Glossarium grœco-latinum.
xvi-xvu s. Pap. 82 fol. p.
1030. Lettres et extraits divers d'Athanase de Byzance (Athanasius
Rhetor) (1); — Extraits de lettres de Londres, 1643-44 (137).
XVII s. Pap. 161 fol. (Coislin.) m.
1031. Preces ante et post communioncm dicend;e(l); — Matthœi
peccatoris versus ad beatam Virginem (30) ; — homiliaî in singulis die-
bus septimanœ sancta; (32).
XIV s. Copié par Philippe to-j StoepoTipâtoy. Bombyc. 140 fol. (S.-Ger-
main.) p.
1032. Preces varia^ (1); — S. Hippolyti sermo de Antichristo (62) ; —
Anastasii Sinaitaî homilia in Psalmum VI. (102) ; — S. Basilii preces
seu exorcismi (121); — Psalterium, cum Canticis (151).
XV s. Bombyc. 274 fol. (S.-Germain.) i>.
1033. Synesii de insomniis, cum Nicephori Gregorae scholiis.
XIV s. Bombyc. 74 foi, (S.-Germain.) p.
1034. Constantini Manassischfonicon, versibuspoliticis (1); — séries
108
impcratorum Constantinop. (165) ; — séries patriarcharum Constantinop.
(166 v°); — Theodori Prodromi versus ad Manuelem Comncnum (169);
— Ililarionis monachi versus ad eumdem imperatorem (176).
Copié en 1364. Bombyc. 191 fol. (S. -Germain.) p.
1035-1036. Fragments de manuscrits,
xi-xix s. Parch. et pap. 41 et 29 fol. o.
1037. Simplicii commentarius in physica Aristotelis.
XVI s. Pap. 112 fol. M.
1038. S. Athanasii ad Marcellinum epi.'Jtola de interpretatione psal-
morum (1); ~ de Ptolemaeo Pliiladelpho : nTo>£(j.aîo; ô *iXâ8eX?oç èitixXïi-
eeïç... (5 v°) ; — S. Gregorii Nazianzeni versus : Twv ÈÔvtxwv piêXîwv... (8 v°).
XVI s. Pap. 8 fol. p.
1039. Ovidii Metamorphoseon liliri, cum scholiis, e gallico in neo-
graecam linguam versi a Joachimo Pario, tomis II.
xviii s. Pap. 731 pages, p.
1040. Meletii Pigœ, Alexandrini patriarchœ, epistolse ccxi. (1) ; —
S. Joannis Chrysostomi epistola ad imperatricem Eudociam : '0 |j.èv
0£Ô; 7va(7riç... (375).
Copié en 1801 par Théophile de Lybie. Pap. 376 pages, p.
1041. Sapphus reliquiae (odee très, epigrammata duo).
XVII s. Pap. 8 fol. p.
1042. Hodœporicon per Siberiam et descriptio ejus regionis, auc-
tore Nicolao Spathario. 1675.
XIX s. Pap. 393 pages, m.
1043. Anonymi poema de casu Belisarii, idiomate vulgari : « 'Q
6au(xa(JTÔv irapâôo^ov... »
xvn s. Pap. 23 fol. p.
1044. Epistolœ Gra^corum recentiorum, inter quos : Michaelis Pselli
characteres epistolici xxxiv. (9), — Theodosii [Theophili] Gorydallei (25),
— Joannis Caryophylli (34, etc.), — Eugenii ^Etoli (34 v°), — Constantini
Guliani (59), — Andreae Licinii (62), — Constantini Duca; (64), — Bar-
tholomaei Heracleensis (66 v»), — Pachomii Philipponis (68), — Joannis
Comncni (74), — Michaelis Caryophylli (83), — Jacobi Gabrielopuli (84),
— Churmuzii Byzantii (87) ; — hymni et epigrammata acrosticha, initio
mutila : « K-jpîa uàvTwv... » (114).
XVII s. Pap. 148 fol. p.
LES PREMIERS LIVRES DE LA CHRONIQUE D'HÉLINAND.
Dans le volume de Notices et Documents publié à l'occasion du cin-
quantième anniversaire de la fondation de la Société de l'histoire de
France, on trouve, aux p. 141-154, la notice du manuscrit original des
derniers livres de la chronique d'Hélinand, aujourd'hui conservé au
séminaire de Beauvais. Les premiers livres de la même chronique sont
contenus dans un manuscrit du Musée britannique (fonds Gottonien,
Claudius B. IX), dont la description suivante nous a été communiquée
par M. Thompson, h^ savant et zèle conservateur du département des
manuscrits :
Grand volume de 306 feuillets, de 13 pouces 1/2 de haut sur 10 3/4 de
large [environ 0™343 sur 0"273]. Le texte d'Hélinand remplit 261 feuil-
lets, écrits sur deux colonnes, de 43 lignes à la colonne. La copie a du
être faite en France au xv« siècle.
Suit l'indication des différentes parties de l'ouvrage :
« Prima pars cronicorum Helinandi monachi ordinis Cistariensis (sic).
Liber primus : de creatione mundi. » — Fol. 2-11.
« Liber secundus : de creatione mundi et angelorum ; de demoni-
bus. » — Fol. 11-23.
« Liber tertius : de creatione hominis; de lapsu primi hominis; tem-
pora Ade, etc. ; tempora prime etatis usque ad gigantes. » — Fol. 23-34.
« Liber quartus : tempora gigantum ; diluvii; Noe post diluvium;
raciones de arcu, etc. » — Fol. 35-45.
« Liber quintus : tempora Abrahe, Nini et Europis et Thebeorum
et Egyptorum, etc. » — Fol. 45-55 b.
« Liber sextus : tempora Jacob et Xersis et Thuriniachi et Inachi
etc. » L'auteur y a fait entrer un long traité sur l'astrologie : « Dispu-
tacio contra mathematicos, » et une « Moralis exposicio de peregrina-
cione Jacob. » — Fol. 55 b-84.
« Liber septimus : tempora Joseph et Apsis et Mesapi, etc. » —
Fol. 84-99 b.
(( Liber octavus : tempus mortis Joseph et regum Argi, etc. ; opinio
gentilium de origine animarum ; opinio antiquorum theologorum de
inferis; opinio Platonicorum de descensu animarum ad corpora;
responsio contra Apollinis oraculum de origine animarum ; exposicio
Delphici oraculi; disputacio contra Macrobium et Apulcium de auima^-
bus defunctorum; contra Platonicos de revolucione animarum; de ori-
gine anime; questio de inferis. » — Fol. 99 b-131.
« Liber nonus : tempora servitutis Hebreorum. » Histoire de l'Egypte,
etc. — Fol. 132-148.
« Liber decimus : tempora Moysi; excerpta de Exodo; de Levitico ad
litteram. » — Fol. 148-174.
« Liber undecimus : tempora Moysi ; excerpta de libro Numeri ad
litteram; de libro Deuteronomii. » — Fol. 174-185.
« Liber xn : tempora Josue ; [tempora Judicum;] tempora Priami et
Herculis, etc.; belli Trojani ; Labdon et capte Troje. » — Fol. 180-219 b.
a Liber xni : tempora Labdon et Pelasgi et Demofontis etc. ; San-
sonis et Ulixis et Horrcstis etc. ; hist, Ruth ; tempora Saulis et Samuo-
lis etc ; Azarie et Arbaci resis Medeorum etc. » — Fol. 219 b-235 b.
200
« Lil)cr xnii : tompora Joathan et Romuli ; Achon; Ezechie ; Nume
Pompilii; Mariasse et Nume; Ammon ; Tullii Hostilii; Anci Marci;
Joacliim ; Tarquinii Prisci. » — Fol. 235 b-244.
a Liber xv : tempus captivitatis Judaice et Tarquinii Prisci; Giri régis
Persarum; destruccionis Babylonice;Tulii Servilii; Tarquinii Superbi.»
— Fol. 245-253 b.
« Liber xvi : tempora Darii et Alexandri Anniste filii ; Xersis; Arta-
xersis et Perdice; Noti et Archelai. » — Fol. 253 b-263.
L'ouvrage se termine brusquement par les mots : « Si autem dicatur
quod Ezras, qui legem incensam reparavit, istum librum cum ceteris
reparavit. »
Il y a 33 cahiers, en comptant les cahiers xxii et xxiii, qui sont per-
dus et dont la place était entre les feuillets actuellement cotés 185 et
186. La lacune correspond à la Hn du livre xi et au commencement du
livre xn.
ALAIN DE PENRITH, RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS.
L'Anglais Alain de Penrith est connu pour avoir donné à la biblio-
thèque de la Sorbonne un exemplaire de la Somme le Roi, qui forme
aujourd'hui le n" 24780 du fonds français à la Bibliothèque nationale^.
La commission des manuscrits historiques de la Grande-Bretagne vient
de publier^, d'après un registre de l'évêché de Garlisle, un document
fort important pour la biographie de ce personnage. G'est la lettre que
l'université de Paris adressa, vers l'année 1308, à Jean de Halucton,
évêque de Garlisle, pour lui recommander Alain de Penrith, originaire
du diocèse de Garlisle, et pour le prier de le pourvoir d'un bénéfice
avantageux. On y voit qu'Alain avait professé à la faculté des arts et
qu'il avait été élevé deux fois à la dignité de recteur de l'université de
Paris.
Voici le texte de la lettre :
« Reverendo in Ghristo patri ac domino Johanni, Dei gratia Karliolensi
episcopo, universitas magistrorum et scolarium^' Parisius studencium,
dignam [et debitam] reverenciam. Quia dignum est, etc. Hinc est quod
magistrum Alanum de Penreth, Anglicum, devotum vestrum clericum,
necnon de vestra diocesi oriundum, diu retroactis temporibus Parisius
regentem in artium facullate, quem moribus ac scientia refulgentem...
agnovinius, in tantuni ut, suis exigcntibus mcrilis, nostre univcrsitatis
bis ollicium rectorie honoriûce gerebat , vestre palernitati merito
1. Le Cahinet des manuscrits, 11, 143.
2. Ninlh Report of the royal commission of historical mss., part I, p. 183.
3. T,'pdilion anglaise |>orto scolaruvi; il faut sans flouto lire et scolnririm.
2o^
recommendamut;... supplicanles quatinus eidem magislro... in aliiiuo
bénéficie compotonti et stalui congruonto providere digneniini piu[itor
Deuni, attondentes sanctam malrcm ecclesiam nullas habere majuris
precii margarilas quam personas idoneas in quibus mores et scientia
raaritantur... »
LE PONTIFICAL DE FERRI DE CLUGNI.
Notre confrère M. Castan a reconnu l'origine d'un magnifique missel
du xv« siècle qui se conserve à la bibliothèque de Sienne. Dans la des-
cription qu'il en a donnée et que n'ont pas oubliée les lecteurs de la
Bibliothèque de l'École des chartes (t. XLII, 1881 , p. 442), il a montré
que le livre a été fait pour Ferri de Glugni, évêque de Tournai, depuis
1474 jusqu'en 1483.
Il nous est parvenu un autre livre exécuté pour le même prélat avec
un luxe remarquable. C'est un pontifical orné de peintures et intitulé :
« Ordinis et officii pontificalis liber incipit, qui ex multis libris ponti-
ticalibus collectus est per me Ferricum de Clugnyaco, utriusque juris
doctorem et insignis ecclesia3 Tornacensis licet indignum presulem. »
Ce beau volume a figuré sous le n^ 822 dans le catalogue de la biblio-
thèque Perkins, vendue en Angleterre au mois de juin 1873. Nous ne
pouvons dire dans quelle collection il est passé ; mais la notice du cata-
logue de vente, qui est accompagnée du croquis d'une des peintures,
aidera à le retrouver.
LES LIVRES DE COMPTE DES FRÈRES BONIS.
M. Éd. Forestié, secrétaire de la Société archéologique de Tarn-et.-
Garonne, à Montauban, a ouvert une souscription pour la publication des
Livres de compte des frères Bonis, marchands muntalbanais du XI V siècle.
L'importance de ces livres a été mise en lumière par les communications
dont ils ont fourni la matière aux derniers congrès de la Sorbonne. C'est
l'accueil fait à ces communications qui a décidé iVI. Éd. Forestié à
entreprendre une publication longue, difficile et coûteuse, mais qui est
appelée, nous l'espérons, à un véritable succès. Il est en effet peu de
documents qui puissent nous renseigner aussi complètement sur tous
les détails de la vie privée au xiv' siècle. Le genre d'intérêt que pré-
sentent les Uvres des frères Bonis est indiqué sans aucune exagération
dans un prospectus de l'éditeur, dont nous reproduisons les premières
lignes :
« Les livres de comptes des frères Bonis, marchands montalbanais du
202
xiY* siôcle, ambrassent une période de trente années environ (de 1339
à 1369).
a Les inventaires de mobiliers du moyen âge el de la Renaissance
et les livres de raison publiés dans ces dernières années ont fait mieux
connaître les mœurs et les coutumes de nos ancêtres. Mais la plupart
de ces documents ne racontent que les splendeurs des demeures prin-
cières ou royales, ou se renferment dans le cercle limité d'une famille
seigneuriale. La publication des livres de Bonis permet d'étudier à la
fois la vie intime et les transactions commerciales des babitants de nos
vieilles cités, de reconstituer par la pensée ces patriarcales demeures
où les générations se succédaient, défendant avec énergie les libertés
et les francbises municipales.
« C'est, pour ainsi dire, la pbysionomie d'une époque prise sur le vif,
et dont les traits se déroulent successivement devant les yeux.
« Les branches de commerce et d'industrie exploitées par les frères
Bonis étaient si nombreuses, que nous avons dû les réunir sous des
titres généraux :
« Banquiers, prêteurs d'argent sur titre, sur gage et par hypothèque.
« Marchands d'étoffes, merciers, chapeliers, etc.
« Loueurs ou marchands de draps funèbres, de cire et d'encens pour
les sépultures.
« Fournisseurs d'objets divers pour les baptêmes et les mariages.
« Épiciers, confiseurs, fruitiers, apothicaires et même étuvistes.
« Marchands d'armes et d'armures, de selles, de bâts, de chevaux, etc.
« Bijoutiers.
« Procureurs fondés pour la liquidation de successions, collecteurs de
tailles, etc., etc.
« C'est là, on le voit, une mine inépuisable de renseignements pou-
vant fournir matière à diverses études.
« Les livres d£ Bonis sont écrits presque en entier en langue romano-
provençale, et présentent par conséquent un intérêt spécial pour les
linguistes, d'autant plus que Bonis écrivait avec une très grande pureté
d'orthographe; et, comme il mentionne une quantité d'objets usuels, on
y trouve les éléments d'un glossaire de la langue parlée dans le Midi
au xive siècle, contenant beaucoup de mots qui n'existent pas dans les
lexiques. »
L'édition formera deux gros volumes in-S", auxquels on peut sous-
crire dés maintenant, à raison de 12 fr. 50 le volume. Les souscriptions
doivent être adressées à M. Edouard Forestié, secrétaire de la Société
archéologique, à Montauban.
4
203
REVUE HISTORIQUE DE L'OUEST.
Quelques travailleurs se sont réunis à Nantes pour fonder, sous le
titre do Revue historique de l'Ouest, un recueil consacré à des monogra-
phies relatives à l'histoire de la Bretagne et à la puhlication de docu-
ments inédits. Parmi les collaborateurs de cette revue, dont le direc-
teur sera M. Gaston de Carné, nous remarquons les noms de nos
confrères MM. de la Borderie , l'abbé Ghaufûcr, Léon Maître, de
MM. Kerviler, de Gourcufl", de la Nieullière, dom Plaine, etc. Dès que
le nombre des souscriptions sera complété, la Revue historique de l'Ouest
paraîtra tous les deux mois, par livraisons de 128 pages; le prix est de
12 fr.; on s'abonne chez MM. V. Forest et E. Grimaud, place du Com-
merce, 4, à Nantes.
ARGHIVIO PALEOGRAFIGO ITALIANO.
Nous avons annoncé en 1882 (t. XLIII, p. 719 et 720) la publication
de la première livraison d'un grand recueil que la maison Martelli de
Rome fait paraître sous le titre d'Archivio paleografico italiano, et dont
le directeur est M. Ernest Monaci. Une nouvelle livraison du même
recueil vient d'être mise en vente au prix de 14 1. 90. Elle forme le pre-
mier fascicule du second volume de la collection, qui sera spécialement
consacré aux monuments paléographiques romains, comme l'indique le
sous-titre : Monumenti paleografici di Roma.
Cette livraison, à laquelle ont collaboré MM. Guido Levi^ Alfred
Monaci et Henri Stevenson, témoigne du zèle et du succès avec les-
quels les études paléographiques et diplomatiques sont poursuivies en
Italie. Voici le sujet des dix planches dont se compose la livraison :
1. Charte de l'année 951, touchant une obligation contractée par un
chevalier nommé Benoit au profit du monastère de Saint-Côme-et-
Saint-Damien de Rome. (Archives de l'État à Rome.)
2. Bail emphytéotique d'un moulin, consenti par Jean, abbé de Saint-
Côme-et-Saint-Damien, au profit de deux frères, le prêtre Jean et
Grescentius, Uls de Pascal. 25 mars 1029. (Mômes archives.)
3. Deux pages de la chronique de Benoit, moine de Saint- André dol
Monte Soratte, ms. du x« siècle. (Bibliothèque Ghigi, F. IV. 75.)
4. Première page des Usages de Farfa, rédigés et transcrits vers le
milieu du xi^ siècle. (Bibliothèque du Vatican, n" 6808 du fonds du
Vatican.)
5. Deux pages du martyrologe et de l'obituaire de Saint-Cyriaque in
204
via Lata ; le martyrologe est du xi'^ siècle ; les notes qui forment l'obi-
tuaire ont été ajoutées dans le cours des trois siècles suivants. (Biblio-
thèque Yallicellane, C 75.)
6-8. Trois pages du registre de Grégoire VII, conservé aux archives
du Vatican.
9-10. Deu.x; pages de la collection canonique du cardinal Deusdedit
d'après le ms. du Vatican (fonds du Vatican, n" 3833), qui doit être du
temps de Paschal II.
QUESTIONS MÉROVINGIENNES
II.
LES DÉCOUVERTES DE JÉRÔME VIGNIER.
TESTAMENT ET ÉI'ITAPUE DE PERPe'tL'E, ÉVÈQUE DE TOURS;
DIPLOME DE CLOVIS PODR MICY (saLNï-MESMIN) ;
COLLOQUE DE LYON, 499;
CINQ LETTRES d'ÉVÊQUES ET DE PAPES, 462-rjOI;
FRAGMENT d'uNE VIE DE SAINTE ODILE.
§1-
Le plus ancien acte connu de l'époque mérovingienne est le
testament attribué à saint Perpétue, évêque de Tours, qui porte
la date du l^"" mai 475.
Ce testament a été publié pour la première fois par d'Achery,
au tome V du Spicilegium (édition in-4°, 1661). Il a été souvent,
réimprimé d'après cette première édition. Tous les auteurs qui
l'ont cité en ont admis l'authenticité sans discussion.
Cependant l'origine n'en est pas claire. D'Achery en avait
trouvé la copie dans les papiers du P. Jérôme Vignier, prêtre de
l'Oratoire, mort le 14 novembre 1661. Cette copie ne portait pas
d'indication de provenance, et l'on ne sait d'où Vignier l'avait
tirée : « e latebris bibliothecarum eruerat Hieron}mus Vigne-
rius », disent Bréquigny et La Porte du Theil, ne pouvant pré-
ciser davantage. Avant lui, personne n'avait connu ce texte.
Après lui, personne ne l'a retrouvé dans aucun manuscrit. Les
éditeurs qui l'ont réimprimé depuis 1661 ont reproduit l'édition
de d'Achery .
^5
206
Le plus ancien acte ro3'al connu de la même période est un
diplôme, sans date, par lequel Glovis F'' donne à deux saints per-
sonnages, le prêtre Euspice et son neveu Maximin ou Mesmin, la
terre de Micy ou Saint-Mesmin, au diocèse d'Orléans. C'est le
seul diplôme de Glovis P'" dont i'autlienticité soit aujourd'hui
admise.
Cet acte est exactement dans les mêmes conditions que le tes-
tament de Perpétue : il a été publié pour la première fois dans le
tome V du Spicilegimn ; la copie en avait été trouvée par
d'Achery dans les papiers de Jérôme Vignier; on ignore d'où
Vignier l'avait tiré; on ne l'a pas cité avant Vignier et on ne l'a
retrouvé après lui dans aucun manuscrit ; on n'en a d'autre texte
que celui qui a été donné par d'Acliery et qu'ont reproduit tous
les éditeurs.
Ce n'est pas tout. Le même tome V du Spicileghini contient
encore sept pièces qui ont la même origine et qui se trouvent dans
le même cas, savoir :
Une épitaphe de saint Perpétue, en vers latins ;
Les actes d'un colloque tenu en présence du roi Gondebaud,
à Lyon, en septembre 499, entre les évêques catholiques et les
évêques ariens du royaume de Bourgogne ;
Une lettre de saint Léonce, évêque d'Arles, à saint Hilaire,
pape (462) ;
Une lettre de saint Loup, évêque de Troyes, à saint Sidoine
Apollinaire, évêque de Clermont (472) ;
Une lettre de saint Gélase, pape, à saint Rustique, évêque de
Lyon (25 janvier 494) ;
Une lettre de saint Anastase II , pape , à Clovis P^ roi des
Francs, pour le féliciter de sa conversion au christianisme (497) ;
Une lettre de saint Symmaque, pape, à saint Avit, évêque de
Vienne (13 octobre 501).
Toutes ces pièces ne sont parvenues à notre connaissance que
par les copies de Jérôme Vignier. Elles étaient restées ignorées
avant lui ; elles n'ont pas été retrouvées après lui. Si c'est dans
des manuscrits qu'il les a découvertes, ces manuscrits ont dis-
paru; il est à la fois le premier et le dernier qui les ait vus.
Cette circonstance rend ces textes suspects. Il est arrivé
parfois que tel manuscrit, consulté par un savant du xvif siècle,
a péri depuis lors et ne nous est connu aujourd'hui que par les
travaux de ce savant : mais il est surprenant qu'un même homme
207
ait eu la bonne fortune de découvrir tant de pièces curieuses de
nature diverse, et qu'aussitôt après sa mort une même fatalité ait
fait disparaître toutes ses découvertes. On doit se demander
si ces prétendus documents du v'' et du vf siècle, dont l'origine
est si mal établie, ne seraient pas simplement des fabrications
modernes.
Il faut chercher la réponse à cette question dans les documents
eux-mêmes. S'ils sont autlientiques, ils doivent porter en eux un
caractère d'ancienneté qui s'impose au lecteur et force la convic-
tion. S'ils sont apocryphes, il sera probablement aisé d'y relever
des indices de fausseté plus ou moins marqués, des difficultés,
des contradictions, des anachronismes.
Quelques-uns, il est vrai, sont trop courts et trop peu remplis
pour fournir par eux-mêmes les éléments d'une appréciation cri-
tique. Mais il sera permis de conclure des uns aux autres. Si
l'authenticité des principales pièces de la série était démontrée, il
n'y aurait pas de motif de suspecter le reste. Si, au contraire,
nous sommes en présence de l'œuvre d'un faussaire, il n'est pas
à présumer que ce faussaire ait mêlé à ses fabrications de vrais
textes inédits.
Examinons donc ces textes les uns après les autres.
§ 2. — TESTAMENT DE PERPÉTUE.
.Je commence par reproduire le texte du testament attribué à
saint Perpétue^ (d'Achery, Spicilegium, in-4°, t. V, p. 105) :
TESTAMENT VM PERPETVI Turonensis Episcopi.
In nomine Iesv-Ghristi, Amen. Ego Perpetvvs peccator Turonicaî
EcclcsicC Sacerdos abirenolui sine testamcnlo, ne fraudentur pauperes
ils quœ superna gralia mihi non merito liberahler et amanter con-
luUt; et ne, quod absit, transeant ad ahos quàm ad Ecclesiam
Sacerdotis bona.
1. Le testament attribué à Perpétue et les autres pièces qui font l'objet de ce
mémoire n'étant connus que par l'édition de d'Achery, cette édition a pour ces
textes la valeur d'un manuscrit unique. C'est pourquoi j'ai cru devoir en repro-
duire exactement l'orthographe et jusqu'à la ponctuation, autant que le per-
mettent les ressources ordinaires de la typographie moderne.
208
Presbyteris, Diaconibus et Glericis Ecclesiœ mese pacem Domini
Iesv-Ghrjsti do, lego, Amen. Confirma hoc Domine quod operatus es
in nobis, nescianL sehismala, slabiles in fîde permaneanl ; (juicunque
regulam Euangelij fiicrit secuLus, sit benediclus omni benedictione
spirituali in supcrnis per Christvm Iesvm, Amen. Et Dominas Iesvs
occidat impium vento oris sui, Amen, Amen. Pax Ecclesise, pax
populo, in vrbe, in agro à Deo et Pâtre Domini Iesv-Curisti, Amen.
Veni, Domine, et noli sustinere. Amen. Vobis itaque Presbyteris,
Diaconibus et Glericis Ecclesise meœ cum consilio Agilonis Gomitis
scpeliendum cadauer mortis hujus vbicunque elegeritis, permitto;
scio quôd Redemptor meus non moritur, et in carne videbo liberato-
rem meum. Amen. Tamen si indigno mihi feceritis misericordiam,
quam supplex postulo, oplarem ad Domni 3Iarïixi pedes in diem
quiescere judicij, videritis, judicabitis, eligetis; volo, statuo. Ratum
jubeo quod vobis dominis et fratribus meis placuerit.
In primis itaque ego Perpetvvs, volo liberos esse liberâsque homi-
nes et fœminas quotquot habeo in villa Saponaria, quos emi de mea
pecunia, vt et pueros, quos in die [p. 106 :] discessus mei nonmanu-
misero in Ecclesia : ita tamen vt libéré seruiant, quandiu vixerint,
Ecclesise mese, sed absque seruitute ad heredes transmissibili et gle-
batica.
Do etiam Ecclesise mese agrum, quem Aligarius mihi vendidit in
dicta villa Saponaria, cum stagno. Item molendina supra Garum
prope dictam villamj necnon pecuaria et prata ipsi Ecclesise mese
do, lego.
Villam de Bertiniaco cum sylva et omni reditu, ea conditione, quâ
mihi à Daniele Diacono vendita est, Ecclesise mese pariter do, lego.
Ita tamen vt de eorum proucntibus oleum paretur pro Domni Martini
sepulcro indeficienter illustrando : quod si fuerit neglectum , et
voluntas mea, quod non spero, cassa, dicta villa de Bertiniaco cum
adjunctis, heredibus meis mox nominandis cedat, volo, statuo, jubeo.
Quidquid et quoquo in loco, et à quacunque persona fuerit mihi
debitum, quo dieabscessero, dcbitoribus ipsis do, lego. Exigerequod
dimitto nuUus prsesumat, volo, statuo.
Tibi Fratri et Gonsacerdoti dilectissimo Evfronio^ thecam ex
argento de Reliquiis Sanctorum do, lego. lUamintelligo quam déferre
solebam ; nam deauratam aliam quœ est in capsario meo, cum duo-
bus calicibus aureis, et cruce similiter aurea, quam Mabuinus fecit,
1. Saint Euphrone, évéque d'Autun.
20!)
EcclesiîP me.-e do, lego. Simul eL oniiics libros mcos, prccLor Eiian-
geliorum librum , quem scripsil Hilarivs quondam Piclauicnsis
Sacerdos, quem tibi Evfronfo Fralri et Consacerdoti dilcclissimo
cum prœfata llieca do, lego, voie, statuo : Memor eslo mei, Amen.
Ecclesia? S. Dionysij de Rambasciaco, calicem argenteum, el cru-
ceni similiter argenleam in cujus manubrio est Reliquia de eodem
S. Dionysio do, lego.
Ecclesiap de Proillio similiter calicem argenteum et urgcos*^
argenleos do lego. Similiter et Amalario ibidem Presbytero capsuiani
vnam eommunem de serico, item peristcrium, et columbam argen-
leam ad repositorium, nisi maluerit Ecelesia raea illam quâ vtitur
eidem Amalario [p. 107 :] transmittere, meam retinere : tibi Eccle-
s'ix meœ eligendum permitto, volo, statuo.
Sorori mese FiDiiE ïvlije PERPETViE crucem paruam auream ex
emblasmate, in qua sunt de Reliquiis Domini, do. lego. Quam tamcn
obnixè rogatam velim, vt si forte, jubente Domino, eam contingat
migrare ante DADOLEuam [sic] Virginem, Ecclesiae mese ei possiden-
dam relinquat-. Te ctiam rogo soror Dadolexa, vt moriens eam
Ecclesiœ quœ libuerit addicas, ne veniat ad indignos. Quôd si transcat
Dadolena ante te, sit tibi liberum, carissima soror Fidia Ivlia
Perpeiva, prsediclam crucem cui volueris Ecclesice relinqucrc, volo,
statuo. Memor esto mei dilectissima, Amen.
Tibi Agiloni Comiti ob egregia tua in Ecclesiam meam, et pau-
peres filios meos mérita, et vt pergas eorum defensionem robuste
suscipere sicut cœpisti, cquum meum parabilcra, et mulum quem
clegeris do, lego. Memor esto mei fili dilectissime, Amen.
Ecclesiae S. Pétri peristromata, quœ ei ad vtcndum in Natati ejus-
dem sa?pè concessi, omninè et absolutc do, lego.
Tibi Fratri et Consacerdoti carissimo, de quo Dominus prouidebit
regendœ post discessum meum Ecclesiae nunc meœ, tune tuœ, aut
potiùs nec meae nec tuœ, sed Ghristi, do quicquid ad vsum Episco-
palem de rébus meis volueris eligere in caméra et sacrario vicino.
Quod nolueris, heredum meorum nominandorum esto. Presbyterum
de Malleio, ei'imque de Orbona ad gradus vnde meritô dejecti sunt,
nunquam restitue. Sportulam tamen habeant quandiu vixerint supei-
parle redituum meorum de Preslaio; quod supererit, cum parte illa
1. Ea marge : siue * vrceos.
2. Il faut lire : Ante Dadolenam Virginem Ecclesiae meae, ei possidendam
relinquat.
240
quam vleiidam fruendam illis concessi, postquàm obierint, el Ubi
vtendum fruendum relinquo; post discessum luum Ecclesise mese
do, lego. At lu, Frater et Gonsacerdos carissime. Presbytères, Dia-
conos, Clericos, Virgines, meos, tuos, ama, exemple juua, bene-
iiolentia prseiieni; fac vt sciant se tibi fdios non seruos, te illis
Patrem non dominatorem, rogo, volo, statuo.
[/'. 108 :] At vos viscera mea, fratres dilectissimi, corona mea,
gaudium meum, domini mei, filij mei, pauperes Christi, egeni, men-
dici, œgri, viduse, orphani. Vos, inquam, heredes meos scribo, dico,
statuo. His quse suprà detractis, quicquid in bonis habeo, siue in
agris, pascuis, pratis, nemoribus, vineis, mansis, hortis, aquis,
molendinis, siue in auro, argento, el vestibus, caeten'sque rébus, de
quibus me disposuisse non constabit, heredes esse vos jubeo. Et vt
omnia per discretionem administrentur, volo vt distrabantur quam-
primùm obiero, et fieri poterit , et in pecuniam redigantur, cujus
Ires partes fiant. Hominibus egenis duse distribuantur, vt placuerit
Agrario Presbytère, et Comiti Agiloni. Tertia viduis et pauperibus
fœminis, vti placuerit Virgini Dadolen^, distribuatur, volo, rogo,
statuo.
Testamentum hoc manu propria scriptum relegi et subscripsi ego
Perpetvvs, Galend. Maias' post Gonsulatum Leonis Minoris A. lUud
tu Delmati fîli apud te depositum serua ; et cum alio simili meapari-
Icr manu scriptum et subscriptum, quodapud Dedolenam [sic] depo-
sui, Agilo.ni Gomiti coram Fratribus meis Presbyteris, Diaconibus et
Glericis aperiendum et legendum trades, in nomine Domini volo,
rogo, statuo, fixum ratiimque sit. Benedic Domine: veni Ghriste Iesv.
Ego Perpetvvs in nomine tuo, Amen^.
Saint Perpétue fut évêque de Tours pendant trente ans, de 460
à 490, selon les uns, de 464 à 494, selon les autres. Il nous est
connu par plusieurs passages de Grégoire de Tours et de Sidoine
Apollinaire ^ ainsi que par les actes de deux conciles qu'il a
1. l"' mai 475.
2. Le testament attribué à saint Perpétue a été réimprivné dans la nouvelle
édition du Spicilegium, in-folio, 1723, t. III, p. 303; dans les Acta sanctorum
Aprilis, t. I, p. 750; Ruinait, .S. Georgii Florentii Orecjoru episcopi Turonensis
Opéra, col. 1317; Bréquigny et La Porte du Theil, Diplomata, p. 1; Pardes-
sus, Diplomaia, t. I, p. 23; Gallia christiana, XIV, iuslr., col. 1 ; Migne,
Patrolofjix Cursus, séries Latina, l. LVIIÎ, col. 753, et t. LXXI, col. 1149, etc.
3. Grégoire de Tours, Ilistoria Francorum, H, 14, 26; X, 31; Miracula
S. Martini, I, 6. — Sidoine, livre IV, lettre 18, et livre VII, lettre 9.
2M
présidés*. 11 était de famille .sénatoriale et fort riche; ses biens
étaient situés dans plusieurs cités, c'est-à-dire dans les territoires
de plusieurs diocèses différents 2. Il reconstruisit la basilique de
Saint-Martin et y fut enterrée
Grégoire de Tours mentionne un testament de saint Perpétue :
« Il fit, dit-il, son testament : il distribua les biens qu'il possédait,
en différentes cités, aux églises mêmes de ces cités et en assigna une
part notable à celle de Tours ^. » On admet ordinairement que ce
testament est celui qui a été imprimé dans le Spicilegium et qui
vient d'être reproduit. D'Aclierj^ en le publiant le premier, a
signalé l'accord qui lui semblait exister entre les dispositions con-
tenues dans ce texte et les paroles de Grégoire ^
Cet accord n'est pourtant pas parfait. Grégoire dit que les
domaines de Perpétue étaient nombreux et situés en diverses
cités, c'est-à-dire en divers diocèses; le testament n'en men-
tionne que trois, un dont la position n'est pas connue, Pres-
laium, les deux autres situés dans le diocèse de Tours et non loin
de cette ville, Savonnières et Berthenay. Selon Grégoire, Perpé-
tue distribua ses biens entre les églises des cités où ils étaient
situés, c'est-à-dire entre les cathédrales des diocèses auxquels ils
appartenaient; dans le testament, les seules églises qui reçoivent
des legs sont la cathédrale de Tours et trois paroisses du diocèse :
Saint-Pierre de Tours, Saint-Denis d'Amboise et Preuilly.
Il est vrai qu'on ferait disparaître ces contradictions en chan-
geant la traduction d'un seul mot : il suffirait d'admettre que
ciHtas, dans Grégoire, peut désigner un bourg ou un village
aussi bien qu'une cité. Alors ce mot s'appliquerait sans difficulté
•
1. Collections des conciles, 18 aov, 461, par exemple Mansi, t. VII, col. 947 :
« Perpétuas Turonicœ civilatis episcopus interfui et subscripsi. » — Concile de
Vannes, vers /i65, Mansi, VU, 955 : « Perpetuus episcopus banc definitioneui
nostram relegi. »
2. Grégoire de Tours, Hist. Franc, X, 31 : « De génère et ipse, ut aiunt,
senatorio... Dives valde et per multas civitates babens posscssiones. »
3. Grégoire de Tours, ibid.
4. Ibid. : « Coadiditquc testamentura, et deputavit per singulas civitates quod
possidebat in eis ipsis scilicet ecclesiis, non modicain et Turonicai tribuens
facultatern. »
5. Spicilegium, in-4% t. V, préface, p. 10 : « Nobile antiquitalis monumen-
luni hue usquc incdiluin, S. Perpetui Turonensis c|)iscopi lostamonlum, nuUa
eget observalione; concordant universa in eo contenta ... cum iis quœ narrât de
eo Perpeluo Gregorius Florentins... »
212
à Savonnières, à Berthenay, à Araboise, à Preuillj, et le texte
du testament et celui de Grégoire ne seraient plus en désaccord.
Nous devons rejeter cette hypothèse ; nous savons positivement que
civitas, au Vf siècle, ne pouvait désigner qu'un chef-lieu de dio-
cèse ou son territoire *. Mais autrefois, au xvif siècle, par exemple,
on n'était pas aussi bien instruit de ce détail. Un traducteur dont
le livre parut en 1668, l'abbé de Marolles, a cru que, dans le
passage qui nous occupe , Grégoire entendait par civitates
divers bourgs voisins de Tours, mentionnés par lui un peu plus
haut-; et d'autres ont pu alors l'interpréter comme M. de Marolles.
Ainsi, le testament publié au xvtf siècle, sous le nom de Perpétue,
est en désaccord avec le texte de Grégoire de Tours, comme Gré-
goire l'entendait certainement lui-même, et il est d'accord avec
ce texte, comme on l'entendait au xvii'' siècle. Cela ne donne pas
lieu de croire que Grégoire eût lu ce testament. N'est-ce pas
plutôt l'auteur de ce testament qui avait lu Grégoire ?
On a loué, dans le testament de saint Perpétue, la parfaite con-
formité des dispositions prises par le testateur avec le droit romain
en vigueur en Gaule à la tîn du v° siècle 3, Ceci demande à être
vérifié.
Tours, en 475, faisait partie du royaume des Visigoths'*. Ces
barbares n'avaient pas enlevé à leurs sujets romains l'usage du
droit romain. Un roi visigoth, Alaric II, fit rédiger à l'usage de
la population indigène de ses Etats le corps de droit romain connu
sous les noms de Breviarium Alarici, Liber Aniani ou Leœ
Romana Visigothormn. Ce Breviariian, promulgué en 506,
trente et un ans après la date du testament attribué à Perpétue,
1. Aug, Longnon, Géographie de la Gaule au VP siècle (Paris, 1878, gr.
in-S»), p. 7.
2. L'Histoire des François, de S. Grégoire, evesque de Tours, de la traduc-
tion de M. de Marolles, abbé de Vili«^loin (Paris, 16G8, 2 vol. ia-8°), t. I,
p. 731 : « De son temps furent aussi bâties des églises aux bourgs de Eve, de
Melré, deBerray... Il l'd aussi un testament par lequel il donna à chacune de
ces églises ce qu'il y possedoit, qui nestoil pas peu de chose... »
3. D'Achery, Spicilegium, ibid. : « Concordant universa in eo contenta cum
jure Cœsareo. » — Hauréau, Gallia christiana, XIV, col. 14 : « Annotare
non supervacuum ex Acherio, t. V, prajf., p. 10, subscribente de Brequigny, in
Prolegom. Diplomatum, part. III, sect. 2, cap. 2. art. 3, lestamentum hoc Per-
petui ad norrnam juris Cœsarei eximie digestura. Omnis unde removelur falsi-
tatis suspicio. »
4. Longnon, Géographie de la Gaule au VI'' siècle, p. 41.
2^3
est presque entièrement composé de textes de lois et d'extraits des
ouvrages des jurisconsultes antérieurs à la seconde moitié du
v'' siècle. Le droit qu'il contient était donc en vigueur dès avant
475 et n'avait pas cessé d'être observé trente ans plus tard : c'est
bien le droit qui régnait en Gaule à l'époque du prétendu testa-
ment et d'après lequel il faut en juger les dispositions.
Or, selon le droit romain en général et le Breviarium en par-
ticulier, un testament est essentiellement l'acte par lequel on ins-
titue un ou plusieurs héritiers, successeurs k titre universel. Sans
institution, il n'y a pas de testament. L'acte peut contenir d'autres
dispositions, des legs particuliers, des affranchissements d'es-
claves : mais ces clauses secondaires sont subordonnées à l'insti-
tution, en dépendent et en tirent leur force. Par suite, l'institution
doit être écrite la première, les legs et les affranchissements
ensuite : sinon, les legs et les affranchissements inscrits avant
l'institution sont nuls. Cette règle est énoncée formellement au
II" siècle par le jurisconsulte Gains S au m^ par Paul^ et Ulpien-S
et elle est répétée au commencement du vi'' dans la Lex Romana
Visigothorum*. Elle n'avait donc pas cessé d'être en vigueur
durant tout le v'' siècle. Et non seulement elle était restée inscrite
dans les lois, mais encore elle était connue et observée dans la
pratique. Nous avons le texte de plusieurs testaments authen-
tiques du vi« et du VII'' siècle : ceux de saint Rémi de Reims ^
mort en 533; de saint Césaire d'Arles*', mort en 542; de saint
1. Gaius. II, 229, 230 : « De inutlliter relictis legatis. Anlc hcrcdis inslilulionein
[in]uliliter legalur, scilicet quia teslamenta vira ex insliliitione heredis accipiunt
et ob id Nelulcapul el fuudamenlum inlcllegiliir tolius leslamenli heredis insli-
tulio. Pari ralione nec liberlas ante heredis iustitulionera dari polest. » Gaii
Institutiones, éd. P. Kruegcr et G. Sludemund (Berolini. 1877, in-8°), p. 83.
C'est évidemment par erreur que le manuscrit porte utUiter pour iautiliter ;
comparez le passaj^e correspondant des Inslitutes de Juslinien, II, xx, 3i, qui
abroge cette règle : « .\iile heredis iustilulioneni iiiulililer antea legabatur, sci-
licet (juia teslamenta », etc.
2. Paul, Sent., III, 6, reproduit dans la Lex Romana Visigothorum (ci-des-
sous, note 4).
3. Ul]iien, Fragm., I, 20 : « Post inortem heredis aut ante inslilulionein
heredis testamenlo liberlas dari non polest, excepto leslamenlo miiilis. »
4. Lex Romana Visigothorum, instr. G. llaencl (Lipsiae, 1858, gr. in-i"),
p. 386 (Paul, Sent.) : « Ante heredis inslitulionera legari non polest. »
5. Pardessus, Diplomaia, t. I, p. 81.
6. Ibid., I, 104.
21/.
YrieixS mort en 591; de saint Bertrand du Mans 2, mort vers
623; de saint Hadoind du Mans 3, mort en 652, etc. Tous ces
actes débutent par l'institution d'iiéritier : les legs et les affran-
chissements viennent ensuite. Il en est de même dans une formule
de testament que nous a conservée le recueil de Marculfe^. On
savait donc que la loi le voulait ainsi et qu'un ordre contraire
entraînerait la nullité des clauses écrites avant l'institution. Eh
bien, dans le testament de saint Perpétue, cette règle n'est pas
observée. L'institution des héritiers est placée à la fin ; c'est la
dernière clause de l'acte. Les legs particuliers et les affranchisse-
ments d'esclaves viennent devant. Ces legs et ces affranchisse-
ments sont donc nuls de plein droit.
Une autre règle, constamment observée chez les Romains, veut
que l'héritier institué soit une personne certaine, c'est-à-dire con-
nue avec précision du testateur au moment où il fait son testament.
L'institution est nuUe, si elle est formulée en faveur d'une personne
incertaine, par exemple si l'on écrit : Le premier qui viendra
à mon enterrement sera mon héritier, ou : Tous ceux qui
viendront à mon enterrement seront mes héritiers, ou même
si l'on institue une personne morale, une corporation, une muni-
cipalité, ou un enfant qui n'est pas encore né. Ce principe,
exprimé par Gains au 11'= siècle et par Ulpien au III<=^ se trouve
1. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 137.
2. Ibid., I, 198.
3. Ibid., II, 69.
'i. Marculfe, II, 17 : Zeumer, Formulae, p. 86 ; E. de Rozière, Recueil général,
n» 129. — Pour trouver un ou deux exemples contraires, il faut descendre au vii*^
el au VIII" siècle et aller les chercher dans les contrées de la Gaule où l'invasion
fran(iuc avait le plus complètement effacé l'influence romaine : on trouve l'insti-
tution après les legs dans le testament A'Adalgijsehis qui et Gryjno, diacre de
Verdun-sur-Meuse, en 634 {Mémoires de la Société philomathique de Verdun,
t. III, 1846, in-8", j». 329), dans celui de Widerad, abbé de Flavigny, mort en
747 (Pardessus, II, 623; acte imité, avec une transposition maladroite, de la
formule de Marculfe, II, 17), et dans une formule copiée sur ce dernier
(Rozière, n° 128); on rencontre aussi alors et dans les mêmes régions quelques
actes sans aucune institution d'héritier, que les rédacteurs appellent des tes-
taments, mais qui ne sont que des donations (Pardessus, II, 15, 251, etc.).
5. Ulpien, XXII, 4, 5, 6 : « Incerla persona hères institui non potest, velut
hoc modo, Qm<iquis primus ad funus meum venerit, hères esta; quoniam cer-
tum consilium débet esse testantis. Nec inunicipia nec municipes lieredes institui
possinil, ([uoniam incertum cor])us est... Ueos hcredes instituere non possumus,
prœter eos, quos senatus consulte constitulionibusve principuin insliluere cop-
2irj
encore dans une constitution de Justinien, promulguée en 528 ou
529, qui en restreint les effets sans l'abolira Au v*' siècle, il
n'avait subi aucune atteinte. Or, au mépris de ce principe, le tes-
tament attribué à saint Perpétue nomme pour héritiers une caté-
gorie de personnes désignées de la façon la plus générale et la
moins certaine, les pauvres : « At vos, dit l'évêque, viscera mea,
fratres dilectissimi, corona mea, gaudium meum, domini mei, filii
mei, pauperes Christi, egeni, mendici, œgri, viduae, orphani, vos,
inquam,lieredesmeosscribo,dico,statuo. » Il est impossible de voir
dans cette phrase éloquente la désignation d'une ceria j)erso7ia.
Pour donner une apparence de précision à la disposition, l'une
des phrases suivantes nomme trois exécuteurs testamentaires
chargés de recueillir les biens du testateur et d'en faire des
aumônes : « Et ut omnia per discretionem administrentur, volo
ut distrahantur ... et in pecuniam redigantur, cujus très partes
fiant : hominibus egenis duœ distribuantur, ut placuerit Agrario
presbytère et comiti Agiloni; tertia viduis et pauperibus fœminis,
uti placuerit virgini Dadolenœ, distribuatur. » C'est donc à l'arbi-
traire de ces trois mandataires qu'est laissé le choix des personnes
appelées à bénéficier du testament : ces personnes elles-mêmes
sont absolument inconnues du testateur. Les trois exécuteurs tes-
tamentaires sont les véritables maîtres de la succession, et pour-
tant ils ne sont pas institués héritiers. En somme, il n'y a pas d'ins-
titution, partant pas de testament.
S'il s'agissait d'attaquer en justice la validité de l'acte, ce qui vient
d'être dit suffirait : dans un acte essentiellement inexistant, peu im-
porte une clause nulle de plus ou de moins ; mais, pour la question
de critique dont il s'agit ici, il n'est pas indifférent de multipher les
preuves. Perpétue, selon le testament qu'on nous donne sous son
nom, lègue àtous ceux qui seront ses débiteurs, au jour de sa mort,
la remise de leurs dettes : « Quidquid et quoquo in loco et a qua-
cunque persona fuerit mihi debitum, quo die abscessero, debito-
ribus ipsis do, lego. Exigerequod dimitlo nullus praisumat : volo.
cessum est... » Cf. Gaius, II, 238 : « Incerla aulein videlur persona quam per
incertarn opinionem animo suo leslalor subicit, velut... Qui primus ad funus
meum ven[er]it... Quicutnquc ad funus mcum venerit... » 243 : « Ac ne hères
quidem potesl inslitui postunius alienus, est enim incerla j)ersona. »
1. Code de Justinien, VI, xlvjii, 1 (constitution restituée d'après les Basi-
liques), 'i 2 : Ka\ o-i où T-jyy wpôï xXripovôixov; vpdcBETOai àsavEÏ:;... Cf. ibid., g 27.
216
statuo. » Or, un legs, tout comme une institution d'héritier, doit
s'adresser à une personne certaine, connue avec précision du tes-
tateur; il doit aussi porter sur une chose certaine. Il faut que
l'auteur du testament sache ce qu'il lègue et à qui il le lègue.
Ainsi l'exigent les jurisconsultes de l'époque classique, et, à leur
suite, la loi romaine des Visigoths^ La clause qu'on vient dehre
ne satisfait pas à cette double condition. L'évêque de Tours ne
peut savoir, au moment où il teste, quels seront ses débiteurs au
moment de sa mort et quelles sommes ils lui devront. Le legs est
incertain, il est donc illégal et nul. Il faut en dire autant de
la clause par laquelle Perpétue, un peu plus loin, dispose de
divers objets en faveur de son successeur futur sur le siège épis-
copal de Tours : « Tibi fratri et consacerdoti carissimo, de quo
Dominus providebit regendse post discessum raeum Ecclesise nunc
mese, tune tuse ... do quicquid ad usum episcopalem de rébus meis
volueris eligere in caméra et sacrario vicino. » Ici, la chose léguée
est laissée au choix du légataire, et ce légataire lui-même ne sera
déterminé que par une élection qui aura lieu après la mort du tes-
tateur. Celui qui sera élu évêque de Tours, ce n'est pas une
formule plus précise que : les premiers qui seront désignés
consuls ; or , cette dernière formule est expressément prévue et
déclarée non valable, dans deux textes formels, l'un du if siècle,
l'autre du vi*^
Le prétendu testament de Perpétue est donc loin d'être aussi
correct en droit qu'on l'avait dit. Mais, chose curieuse, s'il con-
tredit le droit romain du temps et du pays où il est censé avoir
été écrit, le droit en vigueur en Gaule au v' siècle, il s'accorde
au contraire assez bien avec le droit qui fut promulgué à Cons-
tantinople, au siècle suivant, par l'empereur Justinien. La plu-
part des règles auxquelles il contrevient ne se retrouvent pas dans
1. Gaius, II, 238 : « Incerlae persoaae legatum inutiliter relinquilur... » —
Ulpien, XXIV, 18 : « Incertae personae legari non potcst... » — Paul, Sent., III,
VI, 13 : « Legatum nisi certfc lei sit et ad cerlam pcrsonam deferatur, nullius
est momenli. » Ce dernier passage se trouve dans la Lex lîomana Visigothorum
(édition Haenel, p. 388), avec cette note : « Interpretalionc non eget. »
2. Gaius, II, 238 (cf. InsUtutes de Justinien, II, xx, 25) : « Quod ita relin-
([uilur, Qui post testamentum [scripimnprimi] consules désignai/ eruni, ieque
incertis personis legari videlur. » — Code de Justinien, VI, xlviii, 1, § 27 :
Kai Tispi TOÙ, âàv Ttç zin-(i i^Xopo^^Vo'' «'J'^o^ ys.^ia^oi.1 tov irpw-ov yEvôjiîvov uTratov
\Lfza ■zt'f.tMvr^v aÙToO ... oùôè VoyaTOv toio'jtoi; TTpOffwuoi; xaTa),i[ATtavô|XEvov KJ^ue'*
217
la législation de ce prince. Celle qui ordonnait de placer l'insti-
tution avant les legs et les affranchissements l'ut abrogée par
Justinien en 528*. La même année ou en 529, le même empereur
ordonna que les dispositions en faveur des pauvres ne seraient
pas annulées comme adressées à des personnes incertaines-. Entin,
il y a dans les Institutes un passage qui semble abroger la
défense de faire un legs en faveur d'un légataire incertain^. Ainsi
disparaissent les diverses irrégularités signalées dans le testament
de Perpétue, et un jurisconsulte nourri du droit de Justinien pour-
rait déclarer ce testament valable. Qu'en conclure, sinon que celui
qui l'a écrit avait en effet appris le droit romain dans les livres de
Justinien ? Or, on sait que ces livres ne pénétrèrent pas en Gaule au
moment où ils lurent promulgués et qu'ils ne forment la base de
l'étude du droit chez nous que depuis le xif siècle. Il y a donc lieu
de croire que le prétendu testament de Perpétue a été rédigé à une
date relativement récente. (
La langue du document ne prête qu'à un petit nombre de !
remarques . Les mots et les tournures qu'on y rencontre paraissent, [
1. Code de Justinien, VI, xxiii, 24 : (c Ainbiguitates , quie vel imperilia vel
desidia lestanienta conscribentLuni oriuntur, resecandas esse censemus et, sive
institutio heredum post legalorum daliones scripta sit vei alia prœterraissa sit
observatio ... nuUi licenlium coiicedimus per eam occasionera testatoris volun-
tateni subvertere vel minuere. » — Inst., II, xx, 34 ; « Ante heredis inslitu-
lionein inutililer antea legabatur ... aec Jibertas ante heredis institutlonem
daii poterat. Sed, quia incivile esse putaviraus ordineni quidcm scriplurœ
sequi ... sperni auteni testatoris voluntatem, per noslram constilutionem et hoc
vitium emendavimus, ut liceat et ante heredis instilutionem cl inter médias
heredum instituliones legalum reiinquere et muito magis libertatem... »
2. Code, VI, XLViii, l,_g 29 : Kal oxt t6 toî; tttw/o'.i; xaTa>.i[A7ravô[X£vov (iV)
vo[AiÇi(îOw aovjXov. Nous n'avons pas le texte exact de cette constitution ; il faut
supposer qu'il réglait l'emploi et la gestion des biens laissés aux pauvres.
3. Inst., II, XX, 2.5-27 : « Incerlis vero personis neque legata neque fidei-
commissa olim relinqui concessum erat... Sed nec hujusmodi si)ecies penitus est
sine jusla eraendalione derelicta, cum in noslro codice conslitutio posita est,
per quarn et huic parti medevinius non solum in heredilatibus, sed eliam in
legatis et fideicommissis : quod evidenler ex ipsius conslilutionis lectione cla-
rescit. » La constitution ici visée est la loi unique, au Code, VI. xlviii, dont
nous n'avons pas le texte ; l'analyse grecque ([ui nous en a élé conservée par
les Basiliques ne parait pas indiquer l'abrogation complète de l'ancienne règle
(voy. surtout le g 27). Le passage des Inslilutes n'en a pas moins été compris et
expliqué, à tort ou à raison, en ce sens que Justinien permet de faire des legs
à toute personne incertaine : voy. par exemple Accarias, Précis de droit
romain, t. I (Paris, 1872, in-S"), p. 746 et 886.
î
2^s
pour la plupart, à leur place dans un texte du v*^ siècle. Pourtant
deux ou trois termes font exception.
Perpétue, voulant marquer qu'il laisse aux pauvres ses biens
fonciers de toute nature, déclare leur transmettre tout ce qu'il
possède « in agris, pascuis, pratis, neraoribus, vineis, mansis,
hortis, aquis, molendinis. » Je ne m'arrêterai pas sur ce dernier
mot : si l'on a remarqué avec raison que l'emploi en est rare dans
les textes anciens S il n'est pourtant pas sans exemple ^ Mais
mansus ou mansum est un mot de l'époque carolingienne, dont
on ne s'explique pas la présence au v*" siècle. Le dictionnaire de
Forcellini ne l'a admis que sur la foi de ce passage et n'en cite pas
d'autre exemple; ceux qu'indique Du Gange ne remontent pas
au delà du temps de la seconde race.
Plus haut, le testateur lègue la liberté à certains esclaves, à
condition qu'ils resteront durant leur vie au service de l'église de
Tours, mais sans que leurs enfants héritent de leur condition ser-
vile : « ita tamen ut libère serviant, quandiu vixerint, Ecclesise
meae, sed absque servitute ad heredes transmissibili et glebatica. »
Qu'est-ce qu'une servitus ad heredes transmissibilis et gleba-
tica? Il est étrange d'entendre parler des héritiers d'un esclave :
l'homme libre seul, chez les Romains, peut avoir des héritiers,
puisque seul il a des biens et des droits ; réunir dans une même
phrase les mots servitus et heredes, c'est associer des idées con-
tradictoires. Les adjectifs transmissibilis et glebaticus sont tous
deux inconnus à la langue latine, même à celle de l'époque la plus
basse. Le second seul se trouve dans le glossaire de Du Gange,
qui n'en cite d'autre exemple que celui du testament attribué à
Perpétue. Il semble que servitus glebatica traduit l'expression
française « esclavage de la glèbe », familière aux légistes des
temps modernes; et transmissibilis, inusité en latin, paraît
calqué sur « transmissible », qui existe dans notre langue, d'après
le dictionnaire de Littré, depuis le xvf siècle.
Ge sont encore là quelques indices de la date moderne du texte.
1. J. Quicherat, Critique des deux plus anciennes chartes de l'abbaye de
Saint -Germain des Prés, dans la Bibliothèque de l'École des chartes,
2G' année, l. I de la 6' série, 18G5, p. 525; K. F. Slumpf, Uebe)- die Merovin-
ger-Diplome, dans la Historische Zeitschrift, XXIX, p. 390.
2. Saint Augustin, In Psalm. XXXVI. 2, et Tn Psalm. CXXXII, 4; Amraien
Marcellin, XVII, 4 (15); Monumenta Germaniae, in-fol., DipL, p. 27, 1. 1,
et p. 42, 1. 21.
•2^9
Il est remarquable qu'il n'y en ait pas davantage de ce genre. Si
l'on doit admettre, et pour moi je n'en doute pas, que le testament
dit de Perpétue est une œuvre moderne, il faut du moins recon-
naître le talent avec lequel l'auteur a su s'approprier la langue et
la phraséologie du temps où il voulait paraître avoir écrit.
Il a été moins heureux en ce qui concerne la topographie.
Sept noms de lieu en tout (outre celui de la cité même de Tours)
figurent dans le testament. C'est bien peu, si l'on songe que le
testateur était un riche propriétaire, possédant des domaines en
diverses provinces, clives valcle etiwr multas civitates habens
possessiones, et surtout si l'on met en comparaison l'abondance
des indications topographiques contenues dans certains testa-
ments authentiques, comme celui de saint Rémi de Reims et celui
de saint Bertrand du Mans'. Quoi qu'il en soit, de ces sept noms,
deux seulement n'offrent aucune difficulté : ce sont ceux de la
villaSapo7iaria, supra Canmi, et de la villa de Bertiniaco,
où l'on reconnaît à première vue deux locahtés voisines de Tours,
Savonnières, sur le Cher, etBerthenay (Indre-et-Loire).
Deux autres noms, aussi faciles à traduire que ceux-ci, sont
moins faciles à expliquer : ce sont Proillium (« ecclesia de
Proillio ») et Malleium (« presbyterum de Malleio »), qu'on
traduit, l'un par Preuilly, l'autre par Maillé, aujourd'hui Luynes
(Indre-et-Loire). Au v'' siècle, ces noms devaient être encore
Prulliacus (ou une forme encore plus ancienne) et Malliacus;
Proillium et Malleium sont de ces formes comme on en a
fabriqué en France depuis le xi" siècle, une fois le latin devenu
entièrement une langue morte. Il est vrai que le testament de
Perpétue, en le supposant autlientique, ne nous serait parvenu
que par des copies relativement récentes. î^lais on sait que les
copistes du moyen âge n'étaient pas capables de changer les
noms, dans les textes qu'ils copiaient, pour les accommoder à la
mode de leur temps ; les manuscrits de Grégoire de Tours nous
ont fidèlement transmis les noms de lieu sous la forme qu'ils
avaient au vr siècle, et qui est souvent bien différente de celle
qu'on employait au temps où ces manuscrits ont été copiés. Il
1. Jules Quicherat a déjà signalé, dans un document attribué à l'époque
mérovingienne, la rareté des indications topographiques, comme un indice de
fabrication postérieure : Bibliothèque de l'École des chartes, 6" série, l. I,
p. 539.
220
n'est pas possible de croire qu'un texte où se rencontrent les
formes Proillium et Malleium soit un texte authentique du
v° siècle.
La même observation s'applique à Preslaium (« super parte
redituum meorum de Preslaio »), qui n'a pas été identifié, mais où
l'on reconnaît aisément un de ces noms terminés en français
moderne par les lettres ay. La terminaison ordinaire de ces noms
en latin antique est acus. Un nom comme « Preslay », auquel
fait penser naturellement Preslaium, aurait été au v*-" siècle
quelque chose comme Pratellacus.
Enfin, il est tout à fait impossible de rendre compte du nom de
Yecclesia sancti Dionysii de Rambasciaco, à laquelle Perpé-
tue lègue un calice et une croix avec des reliques, et de celui
à'Orbona, lieu qui avait, selon le testament, un prêtre et par
conséquent sans doute une église. On a traduit Rambasciacus
par Amboise, et il est difficile de ne pas accepter cette traduction,
Amboise étant à ce qu'il paraît le seul lieu du diocèse de Tours, en
dehors de la cité même, qui eût une éghse dédiée à saint Denis'.
Mais Amboise est en latin Ambasia, et dans Rambasciacus la
présence de YR initiale et celle du suffixe iacus sont également
inexplicables-. Dans Orbona, qui est, dit-on, Orbigny (Indre-et-
Loire), c'est au contraire Tabsence du suffixe iacus qui doit
étonner; sans compter qu'au v' siècle Orbigny n'avait encore,
nous le savons, pas d'église et par conséquent pas de prêtre^. Ces
formes sont de celles qu'on pouvait forger, il y a un siècle ou deux,
quand on ignorait encore les lois fixes de la transformation des
1. Ém. Mabille, Notice sur les anciennes divisions territoriales et la topo-
graphie de l'ancienne province de Touraine (Paris, 1866, in-8"; extrait de la
Bibliothèque de l'École des chartes, 186-2-1866), p. 182, 188.
2. Ruinart, reproduisant le testament à la suite des œuvres de Grégoire de
Tours, a été si frappé de l'impossibilité de la forme Rambasciaco qu'il l'a cor-
rigée de son autorité privée et a imprimé de Ambasciaco, sans avertir qu'il
modifiait arbitrairement le texte : Sancti Georgii Florentii Gregorii episcopi
Tiironensis Opéra omnia, opéra et studio D. Th. Ruinart (Paris, 1699, in-fol.),
col. 1.318 c.
3. Grégoire de Tours, Hisioria Francorum, X, 31 : « Octavus decimus Eufro-
nius presbiter ordinatur episcopus... Taurisiaco, Cerale et Orbaaiaco vicis
ecclesiœ .'cdificatœ sunt. » Mabille {Notice, p. 43, 44) accuse ici Grégoire
d'erreur, sur la seule foi du testament. Grégoire de Tours se montre en général
bien informé de ces détails de l'histoire de son diocèse, et son autorité doit
être préférée à celle d'un texte déjà suspect à tant d'égards.
221
noms latins en français ; ce ne sont pas des formes qui aient pu
réellement exister à une époque ancienne.
Nous arrivons donc toujours h une même conclusion. Soit qu'on
rapproche le testament attribué à Perpétue du texte de Grégoire
de Tours sur cet évèque, soit qu'on en compare les dispositions
avec les règles du droit romain observé en Gaule au V siècle, soit
qu'on l'examine au point de vue de la langue ou au point de vue
de la topographie, on trouve des raisons de douter qu'il ait été
réellement écrit à la date qu'il porte, et on est conduit à y voir
une production moderne.
Ce résultat pourra étonner. On a signalé avec raison dans le tes-
tament de Perpétue des pensées édifiantes, exprimées en assez bon
stjleS et l'on aura peine à admettre qu'un morceau dont la lec-
ture a touché beaucoup de personnes de mérite soit l'œuvre d'un
imposteur^. Mais il serait dangereux, dans une question de cri-
1. Le Nain de Tillemonl, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique,
t. XVI^ p. 397, 39S : « Ce furent les pauvres, comme nous verrons, qu'il institua
ses héritiers, par un testament ijuo Dieu a fait découvrir il n'y a que peu
d'années... Son testament, qu'il lit 15 ou 16 ans avant sa morl, nous apprend
encore combien il desiroit de quitter la terre, pour aller jouir de Dieu. 11 le
finit par ces mots du disciple bien aimé : Venez Jésus Christ mon Sauveur. En
un mot il avoit la dignité des Apostres, la vie des Anges. » — E. Le Blant,
Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, p. 247 : « Il légua aux églises des
vases sacrés et laissa son bien anx pauvres, comme nous l'apprend son admi-
rable testament. » — Hauréau, Gallia chrisiiana, t. XIV, col. 13 : « Tesla-
mentum illius infra reperies, pietatis erga Deum et pauperes perquam lauda-
bile pignus et monumenlum. »
2. Le testament -xUribué à Perpétue semble n'avoir pas été sans induence sur
le testament écrit le 8 mars 1697 par le janséniste Pierre Thomas, sieur du
Fossé, qui avait été l'ami et le collaborateur de Le Nain de Tillemont, et qui
mourut en 1G98. Comparez les passages suivants des deux textes. Perpétue :
« Tibi fratri et consacerdoti dilectissimo Eufronio thecam ex argenlodereliquiis
sanctoruni do, lego ; illam inteliigo quam déferre solebam... Sorori mcœ Fidi;e
Juliœ Perpctu.'e crucem parvam auream ex cmblasmate, in qua sunt de reli-
quiis Domini, do, lego; quam tamen obnixe rogalam velim, ut, si forte jubenl(!
Domino eam conlingal migrare ante Dadolenam virginem Ecclesiœ me<e, ci
possidendain relinquat. Te eliam rogo, soror Dadolena, ut moricns eam ecclesiae
quœ libuerit addicas, ne veniat ad indignos... » Du Fossé : « Je donne à ma
sœur du liosroger les deux croix d'or, dans l'une desquelles est une portion très
auerée du bois de la vraye croix de Nostre Seigneur, que j'auois accoutumé de
porter toujours sur moy... Je donne à Madame de Mongobert le reli(|uaire que
ma sœur Mellhide m'auoit donné ... la suppliant neanlraoins de vouloir bien le
laisser après sa mort à mon frère, à cause de la vraye croix de Nostre Seigneur
qui est dedans, et que je souhaitlerois qu'elle ne lombast point en d'autres
IG
^•22
tique, de trop s'abandonner à des raisons de sentiment. Le faussaire
qui, ayant vu dans Grégoire de Tours la mention d'un testament
de saint Perpétue, entreprenait de refaire ce testament, jugeait
aisément qu'il était à propos d'y exprimer des sentiments de piété.
Si ce faussaire savait bien le latin, ce qui n'était pas rare dans
les derniers siècles, et s'il avait quelque talent pour écrire en
cette langue, les bons termes ne devaient pas lui manquer, et il
pouvait, sans trop de difficulté, produire le morceau que nous
lisons aujourd'hui.
A le bien prendre, l'étalage même de piété qui se montre dans
ce morceau est peut-être un motif de plus pour le rejeter. Saint
Rémi de Reims n'était pas un prélat moins pieux que saint Per-
pétue ; pourtant son testament ne contient pas de ces suites de
phrases édifiantes qui remplissent celui de l'évêque de Tours.
Saint Rémi savait mettre chaque chose à sa place ; dans un testa-
ment, qui est un acte civil, il parlait la langue des affaires civiles.
En lisant ce qu'on nous donne pour le testament de Perpétue, on
croirait parfois écouter une homélie. La faute n'en est pas au
saint évêque de Tours : elle est au faussaire des temps modernes
qui a osé s'emparer de son nom.
§ 3. — EPITAPHE DE PERPETUE.
L'épitaphe de Perpétue, qui suit le testament dans la première
édition, se compose de huit distiques [Spicilegium, in-4'', t.V,
p. 109) :
EPITAPHIVM EIVSDEM PERPETVI EPISGOPL
CVLMINA sublimi tollunt quse vertice cristas
Eximius meritis PERPETVVS dederat
Domno MARTINO, cujus sub marmore pamani
Ossa, veneratur guœ pia plebs precibus.
Heredem scripsii Christum, atcjun aurea multa
Sacrando Domini vasa cruore dédit.
mains tjue celle de nôtre fantiille... » Mémoires de Pierre Thomas, sieur du
Fossé, publiés par F. Bouquet, t. IV (Rouen, Société de l'histoire de Normandie,
1879, in-8°), p. 398, 399.
223
Transmisit cœlo, quœ plurima cessif egenis,
Fecif et antè suas scandere diuitias.
Clarus auis, atauisque potem, fuit atque Scnator :
Clarior at sua dum pauperibus tribuit.
Sed neque MARTI NO soli iam grande sepulcrum
Construxit, tumulum fecit et essesuum.
Et licct ante pedes MARTINI contumuletur,
In cœlo simili gaudet rterque loco :
Rcspice de superis super hoc, bone Pastor, ouili,
PERPETVVSque tuam perpelua palriauiK
Le style et la facture de ces vers rappellent assez bien les poé-
sies du v*' siècle et notamment une pièce de Sidoine Apollinaire,
qu'on trouve à la fois dans les œuvres de cet auteur et dans le
recueil des inscriptions de la basilique de Saint-Martin de Tours,
rêédifiée par Perpétue-. Cette pièce se termine par un jeu de mots
sur le nom de Perpetuus ^ : le même jeu de mots se retrouve au
dernier vers de l'épitaphe. L'auteur de l'épitaphe a certainement
imité la pièce de Sidoine. Il était naturel de prendre ce modèle en
cette circonstance, et cela ne nous apprend rien sur l'époque à
laquelle cette épitaplie a été composée.
La seule chose à remarquer, c'est l'accord de ces vers avec le
prétendu testament. Le testament contient une disposition univer-
selle en faveur des pauvres ; l'épitaphe loue l'évêque d'avoir laissé
aux pauvres ses richesses. Le testament renferme divers legs de
vases et d'objets d'orfèvrerie en faveur des églises; l'épitaphe
parle de vases d'or légués aux sanctuaires. Or, on vient de voir
que le testament est faux et que la disposition en faveur des
pauvres est l'un des indices qui donnent le droit d'en nier l'au-
thenticité. Les legs d'objets précieux aux églises sont également
suspects ■*.
1. Réimprimé : Spicilecjium, iii-fol., 1723, III, 304; J. Quicherat, Restifuiion
de la basiliqup de Saint-Martin de Tours, dans la Revue archéologique, nou-
velle série, XX, 2- sera. 1869, p. 10; Gallia christiana, XIV, 14; Le BlanI,
Inscriptions chrétiennes de la Gaule, I, p. 247; Mijine, LVIH, 755, etc.
2. Sidoine Apollinaire, livre IV, lettre 18 ; E. Le Riant, Inscriptions chré-
tiennes de la Gaule, t. I, p. 241 ; cf. J. Quicherat, lievue archéologique, nou-
velle série, XIX, 1" sem. 1869, p. 315 et suivantes, etc.
3. Perpetuo durent culmina Perpelui.
4. Grégoire dit de Perpétue : « Deputavit per singulas civitates quod possi-
Si le testament et l'épitaphe nous étaient parvenus par des
voies différentes, on pourrait admettre l'authenticité de l'épitaphe
et supposer qu'elle a été connue du faussaire qui a fabriqué le
testament; c'est là qu'il aurait pris l'idée des dispositions qu'il y
a inscrites. Comme les deux textes, au contraire, ont une même
origine, et une origine suspecte, il est plutôt à croire qu'ils ont
été fabriqués par une même personne. Il est tout simple alors que
le faussaire ait répété dans la pièce de vers les détails qu'il
avait mis dans l'acte en prose, afin d'accréditer ses deux pro-
ductions l'une par l'autre.
§ 4. _ DONATION DE MICY.
On a cru jusqu'en notre siècle posséder le texte de plusieurs
diplômes de Clovis P^ La critique de notre temps a fait justice de
ces fabrications du moyen âge. Tous les diplômes autrefois attri-
bués à Clovis P"" sont aujourd'hui relégués au rang des pièces
apocryphes, à Texception d'un seul : ce survivant unique est le
diplôme de donation de la terre de Micy à saint Euspice et à son
neveu Mesmin, publié par d'Achery d'après une copie trouvée
dans les papiers de Jérôme Vignier, et ainsi conçu {Spicilegiu7n,
in-4°, t. V, p. 303) :
FVNDATIO ABBATLE MIGIAGENSIS,
Nunc S. Maximini, vulgô S. Memix, à Glodoueo I. Francorum Rege
Christiano.
Clodovevs Francorum Rex vir inluster, Tibi venerabilis senex
débat in eis, ipsis scilicetecclesiis. » Par les mots quodpossidebatineis, il entend
a|)parerament les biens-fonds que Févt^que de Tours possédait dans le territoire
de chaque cité. Si l'on ignorait, ainsi qu'on l'a vu plus haut, que civiias dési-
gnât un territoire, celte phrase pouvait avoir quelque obscurité; on devait
alors être tenté de ne pas mettre de virgule après eis et d'entendre : les objets
que Perpétue possédait dans chaque église, c'est-à-dire les pièces de mobilier
ccciésiaslique qu'il y avait mises en dépôt ou prêtées, sans en abandonner la
propriété. On peut conjecturer que celui qui a fabriqué le testament a commis
ce contre-sens, et qu'il a tiré de là l'idée des clauses suivantes : « Ecclesiœ de
Proillio similiter calicem argenteum ... do, lego; sirailiter et Amalario ibidem
presbytero ... columbam argenteam ad repositorium, nisi maluerit Ecclesia mea
illam qua nunc utitur eidem Amalario transmitterc, meam retinere. » —
« Ecclesiœ S. Pelri peristromata quœ ci ad ulenduin in natali ejusdem saepe
concessi, omnino et absolute do, lego. » — « Tibi fratri et consacerdoti ... do
quicquid ad usum episcopalem volueris eligere in caméra et sacrario vicino. » Etc.
Eosnci, luôque Maximino, vl possilis, el hi qui vobis in sanclo pro-
posilo succèdent, pro noslra. dileclaeque conjugis et filiorum .sos|>i-
late diuinam misericordiam precibus vestris impetrarc*^; Miciacum
concedimu?, ot f|uidiinid est fisci noslri inlra lluminum alucos, per
sanctam confarreaLionem et annuium inexceptionaliler Iradimus, el
corporaliter possidendum pr?pbemus absque trii)uUs, naulo et exa-
clione, siue infra siue extra Ligerim et Ligerinum, cum querceln cl
saliclo, el vtroque molendino. Tu verô EvsEiii sancle, religionis
Catholicœ Episcope, Evspicii senectara foue, Maximino faue, et tam
eos quàm possessiones eorum in tua Parochia, ab omni calumnia et
injuria prœsta liberos-, neque enim nocendi sunt quos Regalis
affectus prosequitur. Idem agite, ô vos omnes sancti Gatholicœ Reli-
gionis P]piscopi.
[P. 304 :] Vos ergoEvspici et Maximine desinite inter Prancos esse
peregrini, et sint vobis loco patriœ in perpetuum possessiones ([uas
donamus in nomine Sanctœ, Indiuiduœ. œqualis, et consubstantialis
Trinitatis.
lia fiât vt ego Glodovevs volui.
EvsEBivs Episcopus confirraaui-.
Si cette donation était en effet authentique, elle occuperait une
place prééminente parmi les actes royaux de la dynastie méro-
vingienne. Ce serait non seulement le seul diplôme connu de
Clovis P^ mais même le seul diplôme antérieur à l'an 562 et
plus probablement le seul du vi*" siècle^. L'intérêt en serait donc
1. En marge : /".* implorare.
2. Réimprimé : Spkilegium, in-fol., 1723, 111, 307; Mabillon, De rt d'qdo-^
matica. p. 463; Annales ordinis S. lîenedicli, t. I, \). 34; Histoire des contes-
tations sur la Diplomatique, p. 'i6; liouquel, Recueil des historiens des Gaules
et de la France, 1. IV, p. G16; Bréqiiigny, p. 14; Pardessus, T, p. 57: K. Perlz,
Monumenta Germaniae. in-fol., DipL, I, 1, etc.
3. Le plus ancien diplôme qui existe en original est do l'an 625 (Tardif,
Monuments historiques, n" 4; Monumenta Germaniae, in-fol., Diplomotum
imperii t. 1, n° 10, p. 13). Neuf prétendues pièces authentiques antérieures ;\
cette date, connues par des copies, ligurent dans la dernière édition des actes
des rois mérovingiens {Monumenta Germaniae, ibid.). De ces neuf pièces, le
n" 1 est la donation de Micy ; le n° 7 n'est pas un diplôme royal, c'est une lettre
de sainte Radegonde, rapportée par Grégoire de Tours ; les n" 2, 4, 5, 6 et 8 ont
été reconnus apocryphes (Th. Sickel, Monumenta Germaniae, etc., Diploma-
tum imperii tomus I, etc., hesprochen, Berlin, 1873, in-8'', p. 63 et 64; Stum|>f,
dans la Historische Zeitschrift, XXfX, p. 386. 401, etc.); la fausseté du n" 3 a
été reconnue et sera, je pense, prochainement démontrée par M. Robert de Las-
220
très grand. Mais, plus une pièce est importante, plus on doit se
garder de l'accepter sans bonne garantie. L'authenticité de celle-
ci, admise sans examen jusqu'à ce jour, n'est pas démontrée.
L'abba} e de Micy ou de Saint-Mesmin, située dans le diocèse
d'Orléans, au confluent de la Loire et du Loiret, honorait
comme son fondateur et son premier abbé un saint personnage
appelé en latin Maximinus, en français saint Mesmin. C'est de
ce saint qu'elle a pris le nom sous lequel elle a été généralement
connue aux temps modernes. Nous avons plusieurs biographies
de saint Mesmin, écrites pendant le moyen âge ^ . Ces divers récits
ne diffèrent que par la forme ; ce sont évidemment plusieurs
rédactions d'une même matière. On y lit que Mesmin était le
neveu d'un prêtre de Yerdun-sur-Meuse, nommé Euspice, qui
vivait au temps de Clovis. Les habitants de Verdun s'étant
révoltés contre le roi, celui-ci vint assiéger la ville. Euspice alla
le trouver et obtint de lui la grâce de ses concitoyens. Clovis
voulut alors le faire évèque de Verdun, en remplacement de
saint Firmin, qui était mort pendant le siège : Euspice refusa cet
honneur, mais il consentit, ainsi que son neveu Mesmin, à suivre
le roi quand celui-ci quitta Verdun, et tous deux l'accompa-
gnèrent jusqu'à Orléans. Là, Clovis invita Euspice à choisir
parmi les biens du fisc un domaine pour s'y établir et y finir ses
jours. Le prêtre fixa son choix sur la terre de Micj', mais, se
sentant près de sa fin, il pria le roi de faire la donation au nom
de Mesmin plutôt qu'au sien. Le diplôme fut expédié comme le
vieillard l'avait demandé. Euspice et Mesmin, installés à Micy, y
réunirent autour d'eux un certain nombre de religieux ; après la
mort d'Euspice, Micy devint un monastère régulièrement consti-
tué, et Mesmin en fut le premier abbé.
On ne sait ce qu'il faut croire de ces afiirmations. Les diverses
rédactions de la Vie de saint Mesmin ne paraissent pas avoir été
écrites avant le ix" siècle 2; elles sont donc postérieures de trois
leyric. Reste le n" 9, qu'on peut à la ligueur croire authonti(jue et (ju'il faudrait
dans cette supposition rapporter à l'année 562, si encore il était bien établi que
le Chilpericus dont il porte le nom fût, comme on le prétend, Cbilpéric I".
1. Du Chcsne, Uisiorix Francorum Scriptores, t. I, p. 531, et Mabillon,
Acla sanctorum ordinis S. Benedicti, saec. I, p. 5S1; Acta sonctonim 0. S. B.,
I, p. 591; Bibl. nat., ms. lat. 12612, f" 85-88.
2. Selon Mabillon, la Vie publiée partiellement dans Du Cliesne, t. I, p. 531,
et en entier dans les Acla sanctorum ordinis S. Benedicti, saec. I, p. 581, serait
i
227
siècles aux faits qu elles rapportent. La rébellion des Vordiinois
et le siège de Verdun ne sont mentionnés dans aucune chronique
de l'époque mérovingienne. On ignore donc si ce sont des évé-
nements réels ou s'il ne faut y voir qu'une légende. En les
supposant réels, on ne sait à quelle époque les placer dans le règne
de Clovis * .
L'existence bien constatée du texte de la donation de Clovis à
saint Mesmin apporterait à ces récits plus ou moins dignes de foi
une confirmation aussi précise que rare. Or, nous avons, non pas
un, mais trois textes de cette donation. On les trouve tous trois à
la suite les uns des autres dans le recueil de lîréquigny. L'un est
celui que d' Achery a trouvé dans les papiers de Vignier ; les deux
autres 2, entre lesquels on remarque peu de différence, sont tirés
d'un cartulaire de Saint-Mesmin, écrit au xiif siècle et aujourd'hui
perdu.
Ces deux derniers sont d'une fausseté évidente, comme l'ont
reconnu et démontré Bréquigny et La Porte du Theil, auxquels il
suffit de renvoyer'^. Il est clair qu'ils ont été fabriqués au moyen
du vii° s.; le dernier chapitre, qui mentionne un évoque d'Orléans du ix" s.,
Jonas, et qui manque dans quelques manuscrits, serait une interpolation. Cette
lin manque en efl'et dans le ms. lat. 5310, de la Hibliolliéque nationale
(f"' 147-158), qui est du xi" s. ; mais elle se trouve dans les mss. lat. 3851 A
(f"* 110-121), du X» s., et 1543G (f- 181-186), du xi\ Comme ce dernier
chapitre traite, non de la vie de saint Mesmin, mais de ses miracles après sa
mort, et que ces miracles ont été racontés dans un ouvrage distinct (AA.
SS. 0. s, B., I, 598), on comprend que quelques copistes aient cru devoir
retrancher ce chapitre de la Vie, où il semblait mal placé. Le style de cette
Vie ne permet pas d'y voir une œuvre du vu'' s.; on y sent l'inlluence de la
renaissance carolingienne. L'autre Vie (AA. SS. 0. S. B., I, 591) est cert^ii-
nement du ix' s., comme le prouve la dédicace à Jonas. La Vie inédite con-
tenue dans un ms. du xiir s., lat. 12612 (f"' 85-88), renferme des anachronismcs
qui trahissent une rédaction bien postérieure aux deux jirécédentes.
1 W. Junghans, Histoire critique des règnes de Childerich et de Chlodovech,
traduite par M. Gabriel Monod {'il" fascicule de la Bibliothèque de l'École des
hautes études, 1879, in-S"), p. 32.
2. Bréquigny et La Porte du Theil, Diplomata, n"' 7 et 8, p. 15, 17; Par-
dessus, t. I, p. 58, 59. M. Jules Doinel, archiviste du Loiret, a bien voulu
me signaler l'existence d'une copie de l'une ou l'autre de ces chartes, dans un
dossier donné aux archives du Loiret par l'abbé Desnoyers. C'est la copie notariée
d'un vidimus de 1348, reproduisant un vidimus de 1318, celui-ci fait d'après le
prétendu original.
3. Bréquigny, p. 16, note 2, et p. 17, note 1 ; Pardessus, p. .58, note 4, et
p. 59, note 1.
22S
âge (au xiii" siècle au plus tard) et que le faussaire en a pris
l'idée et les dispositions dans le récit de la vie de saint Mesmin.
Il n'y a pas de raison sérieuse d'accorder plus de créance au
texte de Vignier, publié par d'Aclierj'.
Si les bénédictins de Micj, au xiif siècle ou à une époque plus
ancienne, ont éprouvé le besoin de fabriquer un faux diplôme de
donation du roi Clovis pour saint Mesmin , c'est apparemment
que l'acte véritable de cette donation n'était pas entre leurs
mains. Donc, ou cet acte n'avait jamais existé, ou il était perdu.
Dans l'un et l'autre cas, où et comment Jérôme Vignier a-t-il pu
le retrouver au xvii' siècle? C'est ce qu'il est impossible de
comprendre, et il y a là une première difficulté sérieuse.
Pour rejeter les deux diplômes tirés du cartulaire de Saint-
Mesmin, on a fait remarquer avec raison que les formules qui s'y
trouvent n'étaient pas en usage à l'époque mérovingienne. Cette
objection s'applique également au diplôme de Vignier.
Les diplômes mérovingiens sont toujours rédigés sous la forme
d'une lettre adressée aux fonctionnaires royaux 2. Dans la donation
de Micy, le roi s'adresse, non à ses agents, mais au vieillard Eus-
pice; il le tutoie, ce qui n'est pas ordinaire dans les actes du temps
de la première race^ : « Tibi, venerabilis senex Euspici, tuoque
Maximino ... Miciacum concedimus, etc. » Puis, contrairement
aux usages, non seulement de la diplomatique mérovingienne,
mais pour ainsi dire de la diplomatique de tous les temps et de
tous les pays, le destinataire auquel est adressée la lettre change
plusieurs fois dans le corps du même document. La première
phrase était adressée à Euspice ; la seconde s'adresse à l'évêque
d'Orléans, Eusèbe : « Tuvero, Eusebi, sancte religionis catholicse
episcope, Euspicii senectam fove, Maximino fave », etc. ; la
troisième, à tous les évêques : <' Idem agite {sic), vos omnes
sancti catholicae religionis episcopi » ; la quatrième, de nouveau,
1. D'après une noie de Bréquigny, l'auUienlicitédc ce diplôme a élé contestée
dés 1GG2, par Toynart, dans un mémoire publié à propos d'un procès soutenu
par l'abbaye de Saint-Mesmin. Je n'ai pu voir ce mémoire.
2. Julien Havet, Questions mérovingiennes, I, p. 8, 9 [Bibliothèque de l'École
des chartes, t. XLVI, 1885, p. 141, 142).
3. Le roi Gondebaud, écrivant, dans les premières années du vi" siècle, à saint
Avit, évéque de Vienne, ne le tutoie pas ; il l'appelle : « Sanctitatem Vestram. »
(Aviti Epistolx, 19 : éd. Sirmond, p. 62 ; éd. Peipcr, dans les Monumenta
Germaniae, n' XXF, p. 54.)
221»
aux donataires, mais à tous doux ensemble et non plus à Eus-
piceseul : « Yosergo, Euspiciet Maximine, desinite inter Fran-
cos esse peregrini », etc. ; la dernière enfin prend une forme
impersonnelle : « Ita fiât ut ego Clodoveus volui. »
On a lait remarquer plus haut que le prétendu testament de
Perpétue contient trop de phrases éloquentes ou de pensées
pieuses, peu à leur place dans un acte de droit civil. Il en est
de même du diplôme de la donation de Micy . Au lieu des formules
juridiques en usage dans les actes des rois mérovingiens, on ren-
contre dans celui-ci des phrases et des expressions qui sentent
plus l'éloquence sacrée que le style de chancellerie : « Tibi, vene-
rabihs senex Euspici, tuoque Maximino... » — « Tu vero
Eusebi ... Euspicii senectam fove, Maximino fave... » — « Vos
ergo, Euspici et Maximine, desinite inter Francos esse pere-
grini... Sint vobis loco patriœ in perpetuum possessiones quas
donamus... »
On cherche en vain à la fin de l'acte l'annonce de la souscrip-
tion royale, qui termine ordinairement les diplômes des Mérovin-
giens : « Manus nostra) subscriptionibus infra roborare decrevi-
mus'. » Le roi est quahfié Francorum rex, au lieu de rex
Francorum, qui est le seul titre usité sous la première race.
Après avoir employé en parlant de lui-même la première personne
du pluriel dans le texte, il emploie la première personne du sin-
gulier, dans la souscription, avec le pronom ego, ce qui est encore
contraire à l'usage du temps. L'évêque Eusèbe, souscrivant l'acte
après le roi, se sert du mot confirmavi, au lieu de subsoripsi
ou de consensi et subsoripsi^.
Dès les premières années du xviif siècle, la rédaction insolite-
de cet acte avait vivement fi^appé l'auteur de Y Histoire des
contestations sur la Diplomatiqice . Dans ce livre, qui contient
sous forme dialoguée l'examen et la réfutation des objections
faites à cette époque aux doctrines de dom Mabillon, l'un des
interlocuteurs, celui qui rapporte l'entretien, cite la pièce qui
nous occupe :
Elle est très courte et d'un stile assez particulier...
1. Mabillon, De re diplomatica, p. 107.
2. Voy. les souscri|itioiis des évèques dans Tardif, Monuments historiques,
n- 11, p. 10 et 11.
230
— Quand j'eus achevé de lire, Quelle différence, s'écria le Conseil-
ler, pour le slile, entre cette charlre de Glovis quun Historien nous
rapporte % et les prétendus originaux du P. Mabillon!
— C'est, repartit l'Abbé, que la chartre de Clovis est antérieure
au moins de six vingt ans à la chartre faite sous Glotaire II, la plus
ancienne de celles que le P. Mabillon a trouvées en original.
— Je doute, répliqua le Conseiller, qu'en six vingt ans le stile
des Chartres ait pu se défigurer d'une si étrange manière.
— Il faut vous en laisser douter, répondit l'Abbé en riant, pourvu
que vous nous le laissiez croire^.
Personne aujourd'hui ne songe à contester les « prétendus ori-
ginaux du P. Mabillon ». Ce n'est donc plus contre eux qu'on
pourrait tourner l'argument du Conseiller ; ce serait contre la
charte de Micy, qui n'est pas rapportée par un historien, n'en
déplaise à ce Conseiller, qui n'est dans aucun manuscrit, dont
rien n'atteste la provenance et que rien ne garantit. Non, les
« six vingt ans » qui séparent les dernières années de Clovis I" de
celles de Clotaire II ne suffisent pas à expliquer une différence
aussi marquée entre le diplôme incriminé et les originaux authen-
tiques. On connaît la persistance ordinaire des formules de chan-
cellerie, qu'on voit souvent se maintenir sans changement pendant
plusieurs siècles ; et l'on admettra difficilement, avec l'auteur qui
vient d'être cité, « qu'en six vingt ans le stile des Chartres ait
pu se défigurer d'une si étrange manière. »
Supposons même qu'en un siècle le style et les habitudes de la
chancellerie royale se soient aussi profondément modifiés : cela
expliquera bien que les formules ordinaires des actes mérovin-
giens soient absentes de celui de Clovis, mais non que celui de
Clovis contienne déjà des formules qui ne se sont introduites que
plusieurs siècles plus tard. Or, c'est ce qu'on remarque pour une
ou deux des irrégularités signalées plus haut. Au commencement,
Clovis se quahfie Francorum rex : le titre constant des Méro-
vingiens comme des Carolingiens est 7^eœ Francorum, et l'on
n'a commencé à intervertir l'ordre de ces deux mots qu'h la fin
1. Ceci est une erreur.
2. Histoire des contestations sur la Diplomatique, avec l'analyse de cet
ouvrage compose par le P. Mabillon (Paris, 1708, ia-l2), p. 46-48. Cet ouvrage
est, dit-on, de Jacques-Philippe Lallemant.
231
du X'' siècle'. A la fin, le roi, qui a toujours parlé au pluriel, Ira-
dimus, concedimus, donamus, emploie tout à coup le singulier
et le pronom ego : « Ita fiât ut ego Clodoveus volui. » C'est un
fait qui n'est pas sans exemple dans la diplomatique royale :
mais, comme l'a remarqué Maliillon, les premiers exemples que
l'on en connaisse en dehors de ce diplôme sont du x'' et du
xi^ siècle, et non du v" ou du vi'^^
Deux passages présentent des difficultés particulières.
L'un est celui où le roi déclare qu'en donnant à Euspice et à
Mesmin la terre de Micj, il leur 'en fait tradition « par la
sainte confarréation et l'anneau », per sanctam confarrea-
tionem et annulum. On n'a pas expliqué ce que signifie ici
ce mot de confarréation, nom d'une cérémonie païenne qui
accompagnait parfois le mariage chez les anciens Romains.
La mention de l'anneau fait penser, elle aussi, aux cérémonies
nuptiales; mais on ne voit pas ce qu'une allusion à ces cérémo-
nies viendrait faire dans la donation d'un roi à un prêtre, pour la
fondation d'un monastère^. Six ou sept siècles plus tard, on
trouve des exemples fréquents de la formahté de l'investiture par
l'anneau^ : mais cette formalité féodale serait un choquant ana-
chronisme dans une charte de Clovis. 11 faudrait en dire autant,
si le mot annulus devait s'entendre ici du sceau roj'al attaché au
diplôme : on n'a mentionné le sceau dans les actes des rois qu'à
partir de la seconde race^.
L'autre passage suspect est celui-ci : « Tibi, venerabilis senex
Euspici, tuoque Maximino, ut possitis, et hi qui vobis in sancto
proposito succèdent, pro nostra dilectseque conjugis et filiorum
sospitate divinam misericordiam precibus vestris impetrare... »
D'Achery ayant qualifié notre diplôme de « fondation de l'abbaye
1. Mabillon ne menlionne l'emiiloi de la formule Fruncorum rex qu'à partir
de Louis d'Outre-Mer {De re diplomutka, p. 77). Dans les Monuments histo-
riques de J. Tardif, les iiremiors exemples de cette tournure sont d'environ 982
et de 997 (n" 236, p. l'uS, et n" 240, p. 150i.
2. De re diplomatica, p. 88 d.
3. Du Cange cite, sous le mot confarreatio, la donation de Micy ; il n'in-
dique aucun exemple analogue.
■i. Du Cange, Glossarium, s. v. iNVESxrruRA (édition llenschell, t. lll, p. 886,
col. 3).
5. Mabillon, De re diplomatica, p. 107 c; Th. Sickel, Monumenia, etc.,
besprochen, p. 6'i, note*.
232
de Micy », et l'auteur de X Histoire des contestations ayant
dit que ce diplôme était donné pour « l'Abbaye de Micy à
S. Mesmin près d'Orléans », Bréquigny et La Porte du Theil leur
ont reproché d'avoir mal lu l'acte, de n'avoir pas vu qu'il n'y est
pas question d'abbaye et que la donation est faite à Euspice et
Mesmin personnellement ^ La critique n'est pas bien fondée ; elle
ne tient pas compte de ces mots : « et hi qui vobis in sancto pro-
posito succèdent. » La création du couvent est contenue là en
germe, et d'Achery a eu raison de l'y voir. Mais, si cette phrase
justifie l'auteur du Spicilegiwn, elle n'est pas propre à accré-
diter le document où on la lit. Pourquoi, en effet, le roi Clovis
aurait-il eu recours à cette manière obscure et détournée de s'ex-
primer? S'il a voulu donner Micy à Euspice et à Mesmin en pro-
priété privée, ces mots ne signifient rien ; s'il a voulu fonder un
couvent, pourquoi ne pas le dire nettement et expressément? De
la part de Clovis, ces mots sont donc inexplicables ; de la part d'un
faussaire, au contraire, ils se comprennent aisément. Ce faussaire
avait sous les yeux la Vie de saint Mesmin, qu'il devait suivre, et
qui ne parlait que d'une donation du roi à Euspice et à son neveu ;
mais il avait aussi devant les yeux l'abbaye même de Micy, qui
était sortie, disait-on, de cette donation, et il devait être tenté
d'indiquer dans l'acte qu'il fabriquait le lien qui rattachait les
origines du monastère à la libéralité royale. Quoi de plus ingé-
nieux pour résoudre ce problème, sans contredire les données des
textes, que la tournure qu'il a imaginée : « à toi Euspice, à ton
neveu Mesmin, et à ceux qui vous suivront dans votre pieux
dessein »?
Aucune preuve extérieure ne garantit donc l'authenticité de ce
diplôme, et nombre d'indices conduisent à y reconnaître une
fabrication.
Le faussaire avait lu certainement l'une des rédactions de la Vie
de saint Mesmin. C'est de là qu'il a tiré tout ce qu'il a mis dans
le diplôme : la donation aux deux saints^ ; l'âge avancé d'Eus-
t. Bréquigny, p. 14, note '2; Pardessus, p. 57, noie 4.
2. Vie (le saint Mesmin, Du Chesne, I, p. 532 b : « Sanctus Euspicius ... non
suo nomini lanlum munus adscribi, sed sub tilulo nepolis sui beali Maximini
voluil condrmari. » — Diplôme de donation : « Tibi, venerabilis senex Euspici,
tuoquo Maximino ... Miciacum conccdimus, »
233
pice'; la dépendance affectueuse où est Mesmin à l'égard de son
oncle"; l'heureuse situation de Micy, entre la Loire et le Loiret"*;
l'acte expédié au nom du roi^ ; la recommandation que fait le roi
des deux, donataires à révèque Eusèbe^; l'annonce indirecte de
la transformation future de Micy en un couvent*^. Or, en 1661,
quand Vignier mourut et quand d'Acliery trouva cette pièc(;
dans ses papiers, une seule Yie de saint Mesmin avait été impri-
mée : elle avait paru dans le tome P"" des Historiœ Francorum
Scynptores de Du Gliesne, publié en 1630. Sans doute, le
faussaire aurait pu aussi avoir connaissance d'une des Vies
manuscrites ; mais, du moment qu'il y en avait une imprimée, il
est plus naturel de supposer, jusqu'à preuve du contraire, que
c'est de celle-là qu'il s'est servi. On doit donc présumer que la
fausse charte de Glovis F' pour les fondateurs de l'abbaye de
Micy a été fabriquée entre les années 1636 et 1661.
§ 5. — COLLOQUE DE LYON.
Le diplôme de donation de Micy fait peu d'honneur au talent
1. Du Chesne, ibid. : « Saiiclus Euspicius, qui sciret imminere sibi diem voca-
lionis extremae. » — Diplôme : « Tu vero Eusebi ... Euspicii seneclam fove. »
2. Du Chesne, p. 532 a : « Id ab eo (Euspicio) muneris reciproci exacluin est,
(jualeiius refais praeceplo Maximiiius ncpos ejus coasors illius (ierel ilineris. » —
Diplôme : « Tibi ... tuoque Maximiao. »
3. Du Cliesne, p. 532c : « Isdcm iiamiiue fiiiidus, qui cis adlribulus est,
Miciacensis scilicet, adeo est sancto ordini inonachlco congruus... \,im hinc iiulc
dum lliiviis alluilur... Est eiiim f'erax Irilicl... Nemora lam agrcslia qiiam insi-
liva multam eidem loco augmentant pulcliriludinem. » — Diplôme : « Mi(;iacuii>
concedimus, et quidquid est li.sci nostri inlia lluminum alveos ... sive infra sivc
extra Ligerim et Ligerinum, cum querceto et salicto cl ulroque molendino. »
j. Du Chesne, p. 532 b : « Ideoque accilis commentariensibus et notariis
publicis, soiemnes ordinataj atque conscripla; vel confirmala; sunt conscriptio-
nes, adhibilis signis atque sigillis. »
5. Du Chesne, p. 532 c : « Rex Chlodoveus eosdem venerabiles viros supra-
dictos pnusuli Eusebio cum prœdiis supra memoratis commendavil, ut ejus
juvamine tucrenlur. » — Diplôme : « Tu vero Eusebi ... Eusiilcii seneclam fove,
Maxiniino fave, et tara eos quam possessiones eorum in tua parochia ab omni
calumnia et injuria prcesta libères. »
6. Du Cliesne, p. 532 b : « Qualenus dum supersumus (c'est Eusidce qui
parle), Deo nobis vacare ibi liceat, cum his qui nostraj jungi volucrint socie-
tati. » — Diplôme : « Ut possitis, et hi qui vobis in sancto proposito succè-
dent ... divinam misericordiam precibus vestris irapetrare. »
234
du faussaire qui l'a fabriqué. Plus versé probablement dans
l'histoire de l'Eglise et dans la littérature sacrée que dans
la diplomatique, science k peine naissante de son temps, il n'a
pas su imiter le style et les formules d'une charte royale. Au
contraire, le document purement ecclésiastique auquel nous arri-
vons maintenant est un chef-d'œuvre de falsification. On ne doit
pas s'étonner beaucoup qu'il ait fait illusion à tous les savants qui
l'ont étudié. C'est la relation d'un colloque ou d'une discussion
solennelle sur les dogmes chrétiens, qui aurait eu lieu à Lyon,
en 499, en présence du roi bourguignon et arien Gondebaud,
entre les prélats catholiques et ariens du royaume de Bourgogne.
Donnons-en d'abord le texte, d'après le Spicilegiuni (in-4°, t. V,
p. 110) :
GOLLATIO EPISGOPORVM, PRJISERTIM AVITI VIENNENSIS
EPISGOPI, GORAM REGE GVNDEBALDO
Aduersus Arianos.
Providente Dom. Ecclesiae suœ, et inspirante pro sainte totius
gentis cor Domni Remigij, qui vbique altaria destruebat Idolorum,
et veram fidem potenter cum multitudine signorum amplificabat, fa-
ctum est vt Episcopi plures non contradicente Rege*^ congregarentur,
si fieri posset, vt Ariani, qui religionem Ghristianam scindebant, ad
vnitatem possent reuerti. Quod vt meliiis fleret, videretùrque id non
consilio accidisse sed occasione, Domnus Stepha^jvs scripsit ad Epi-
scopos multos, et inuitauit illosad festiuitatem S. Ivsti cpiœ instabat,
in qua ob fréquent iam miraculorum llebat concursus plurimus popu-
lorum. Venerunt itaque de Vienna Auitus, de Arelate /Eonius, de
Valentia , de MassiUa ius, et plures alij omnes Catholicae
professionis et laudabilisvitsein Domino. Qui omnes ad salutationem
Régis cum Domno Stephano ad Sarbiniacum, vbi tune erat, profecti
sunt. Erant quidam inibi de potentioribus Arianis cum eo, qui si
potuissent, prohibuissent nostrorum accessum ad Regem, sed,
Domino coopérante, nihil profecerunt.
Post salutationem factam, Domnus Avitvs, cui, licet non esset
senior née dignitale, nec setate, tamen plurimùm deferebatur, dixit
ad Regem : Si excelientia vestra [p. \\\ •] vellet procurare pacem
Ecclesiaî parati sumus fidem nostram tam clarè demonstrare esse
1. En marine : *Gundebaldo.
235
secundùm Euangelium et Aposlolos, quôd nulli dubium erit, illain
quam relinetis non esse secundùm Deum et Ecclesiam. Habelis hic
de vcstris qui sunt instrucli in omnibus scienliis, jubcalis vl nobis-
cumcoiloquanlur, eL videant si possinLrespondere raLionibus nosLris,
vt parali sumus respondere ralionibus eorum.
Ad quae Rcx rcspondit : Si vcstra fides est vera, quare F^piscopi
veslri non impediunl Regem Francorum, qui mihi bellum indixit, et
se cum inimicis mois sociauit vt me dcstruerent : nam non est fides
vbi estappelentia alieni, et silis sanguinis populorum ; ostcndat fidem
per opéra sua.
Tune humiiiler rcspondit Domnus Auitus faciem habens Angeli-
cam vt et sermonem : Ignoramus, b Rex, quo consilio et qua de
causa Rex Francorum facit quod dicitis; sed Scriptura nos docet,
quôd propler dereliclionem legis Dei sœpe subuertunlur régna, et
suscitantur inimici omni ex parte, illis qui se iniraicos aduersus
Deum constituunt. Sed redite cum populo vestro ad legem Dei, et
ipse dabit pacem in finibus vestris; nam si habelis pacem cum illo,
habebitis et cum caîteris, et non prœualebunt inimici veslri.
Gui Rex : Nonne legem Dei profiteor? sed quia nolo très Deos,
dicitis quia non profiteor legem Dei. In Scriptura sancta non legi
plures esse Deos, sed vnum.
Ad quae Domnus Auitus : Absit, ô Rex, vt plures Deos colamus,
Vnus est Deus tuus 6 Israël^ sed ille vnus Deus in essenlia, est tri-
nus in personis ; et Filius, et Spiritus sanctus non sunt alij Dei, sed
vnus Deus, cujus prima persona est Pater, secunda Filius, tertia
Spiritus sanctus ; sed Patri non est aha substantia quàm Filio, et
Spiritui sanclo non est alla quam Patri et Filio ; et ille Deus qui olini
locutus est per Prophetas, nouissimè locutus est in Filio, et adhuc
loquitur quotidie in Spiritu sancto. Et quamuis olim per Prophetas,"
mox per FiUum, nuncper Spiritum, vnus idémq; Deus loquitur; sed
sic dicitur ad distinclionem personarum, cùm reuera sint coaiternaî et
consubstantia-[p. I \ 2 :]les. Hoc profitemur el parati sumus oslendcre.
Et cùm videret Regem pacifiée audientem, prolelauit sermonem et
dixil : si vellel sagacitas veslra cognoscere quàm benè fundala sit
nostra fides, quantum boni vobis et populo vestro inde proueniret;
nam et cœlestis gloria vobis non deesset et pax et abundantia in tur-
ribus vestris. Sed vestri cùm sint inimici (^hristi super regnum ve-
strum, et super populum, iram desuperaccendunl, quod, vtsperamus,
1. Deut., VI, 4; Marc, xii, 29.
236
non esseL si velleLis audire monila nostra, et jubere vt vestri Sacer-
dotes de his nobiscum colloquantur coram sublimitate vestra, et
populo Tcsiro, vl sciatis quia Dominus Tesvs esl œlerni Patris œter-
nus Filius, et vtrique coseternus Spiritus sanctus, vnus Deus bene-
dictus in ssecula ; simiilque ante omnia tempora et absque vllo initio.
Oùm ha^cdixissetprocidit ad pedes Régis, et amplectens eos flebal
amarè, procubuerunt et omnes Episcopi cum eo; vnde Rex valdè
commotus est, et inclinans se vsque ad eos, erexit Domnum Auitum
cum cœteris, quibus amicabiliter dixit se responsum daturum illis
super petitionibus illorum.
Quod et crastina die factum est : nam Rex per Sagonam rediens ad
vrbera misit ad Domnos Stephanum et Auitum, vt venirent apud
illum : qui cùm venissent, Rex dixit ad illos : Habetis quod postu-
latis, nam Sacerdotes mei parati sunt vobis ostendere quod nullus
potest esse coœternus et consubstantialis Deo. Sed nolo vt id fiat
coram omni populo, ne turbœ excitentur; sed tantùm coram Senato-
ribus meis, et aliis quos eligam, sicut vos eligetis ex vestris quos
volueritis ; sed non in magno numéro, et id fîet die crastina in hoc
loco. Quo dicto Episcopi salutato Rege discesserunt et reuersi sunt,
vt omnia intimarent aliis Episcopis. Erat autem vigilia solemnitatis
S. lusti. Et licet optauissent quod hoc fieret die solemnitatem
sequenti, noluerunt tamen propter tantum bonum ampliùs procra-
stinare. Sed vnanimiter decreuerunt apud S. lusti sepulcrum perno-
ctare, vt illo intercedente obtinerent à Domino petitiones cordis sui.
[P. i\B :] Euenit autem vt eanocte cùm Lector secundùm morem
inciperet Lectionem à Moyse, incidit in illa verba Domini : Sed ego
iudurabo [sic] cor ejus^ et muliiplicabo signa et ostenta mea in terra
/Egtjpti, et non audiet vosK Deinde cùm post Psalmos decantatos
recitaret ex Prophetis, occurrerunt verba Domini ad Esaiam dicen-
tis : Vadeet dices populo huic^audite audienfeset nolite intelligere ;
et videte visionem et nolite cognoscere. Excxca cor populi ejus, et
aures ejus aggraua^ et oculos ejus claude ne forte videat oculissuis,
et uuribus audiai, et inielligat suo corde, et conuertatur, et sane/n
eum'^. Cùmque adhuc psalmi fuissent decantati, et legeret ex Euan-
gelio incidit in verba quibus Saluator exprobrat ludaeis incredulita-
tem : Vx tihi Corrazaïm, vœ tibi Betzaïda; quia si in Tyro et in
Sidone virtutes factœ essent, qux sunt factœ in vobis, jamdudum in
1. Exod.. vji, 3, 'i.
2. Isai., VI, 9, 10.
237
cilicio et cincre pœnilenfiam egisscnf '. Dcniquc cùm lecLio fierel ex
Aposlolo, proiiuriciala suuL verba illa : An diuitias bonitutis ejus et
patientixet lonyanunitalis contemnis ? ignoras quoniam suatinentia
Dei ad pa;nilentiam te adducil? secundàm autem daritiam tuam et
iinpœnitens cor ihesaurizas tibi iram in tempore irx'-. Quod cùm ab
omnibus Episcopis obseruatuin fuissel, cognoucruul leclioncs illas
sic occurrisse voleiiLe Domino, vt scircnt induralum esse cor Régis,
Deùmque illum in sua impœnitentia relinquere, ad ostendendum
diuitias justitiœ suîie, vnde valdè Iristes cfTecli, noclem in lacrymis
transegerunt. Non destiterunL Lamen verilalem noslrœ reiigionis
conlra Arianos asserere.
Igitur lempore quo Rex jusserat, conueniunt omnes Episcopi et
simul ad Regiam vaduiit cum raullis Sacerdolibus et Diaconibus, et
quibusdam de Gatholicis, inter quos erant Placidvs et Lvcanvs qui
erant de praecipuis militia? Régis. Venerunt etiam Ariani cum suis.
Cùm ergo sedissent coram Rege Domnus Avitvs pro Catbolicis,
BoNiFAcivs pro Arianis, serraonem habuerunt. Sedpostquàm Domnus
Avitvs proposait fidem nostram cum testimonijs sacrœ Scriptura:^, vL
erat alter Tullius, et Dominus inspirabal gratiam omnibus qua^ dice-
bat; tanta conslernatio cecidit super Arianos, vt qui satis amical)i-
liter audientiam prœbucrat Bonifacivs nihil omninô respon- [p. \ 14 :]
dere posset ad rationes Domni Aviti, sed tantùm (juœstiones diffi-
ciles proponerel, quibus videbatur velle Regem fatigare -, sed cùm ab
AviTO urgeretur, vt responderet ad antedicta, promi tiens se etiam
responsurum ad ea quœ proposuerat, non potuil respondere ad vnam
de rationibus qua; fuerant à Domno Avito proposilse, neque vUam
pro defensione suœ partis allegare; sed tantùm os suum in conuitiis
aperiebat, et dicebat Catholicos esse prœstigialores, et colère multir
tudinem Deorum. Quod solùm cùm diccret, viderétque Rex confu-
sionem suae sectœ, surrexit de sua sede, diccns quôd in craslinum
responderet Bonifacivs. Discesserunt ergo omnes Episcopi : et quia
adhuc dies non erat inclinala, iuerunt simul cum ca?leris Catbolicis
ad Basilicam Domni lusti confltentes Dominum quoniam bonus, et
laudantes eum qui dederat illis lalem victoriam de inimicis suis.
Sequenti verô die iterum ad Regiam profecti cum bis qui in prae-
cedenli aderanl : cùmqueingrederenlur, inuenerunt Areuivm, qui eis
persuadere volebal vt regrederentur ; dicebat enim quôd laies rixae
1. Mallh., XI, 21.
2. Ad Rom., ii, 4, 5.
23.S
exasperabant animos mullitudinis, et quôd non poteral aliquid boni
ex cis prouenire. Sed Domnus Stephanys, qui sciebaL illum fauere
Arianis vL yraliam Régis conscqueretur, licel fidem nostram profi-
lerclur, respondit ei qu6d non limendum eratne rixse procédèrent ex
inquisitione verilatis, et amore salutis fratrum suorum, imô nihil
esse vtilius adjungendos animos in sanctaamieitia, quàm cognoscere
apud quos esset vcritas, quia vbicunque est, amabilis est, et profes-
sores ejus reddit amabiles.
Addidit insuper omnes hùc venissc secundùm jussionem Régis,
contra quod responsum non est ausus Aredius ampliùs resilire.
Ingressi sunt ergo, et cùm Rex eos vidisset^ surrexit in occursum
eorum, mediùsque inter Domnum Stephanvm et Domnum Avitvm
adhuc multa loculus est contra Francorum Regem, quera dicebat
solicitare fratrem suum contra se, Sed cùm responderent prœfati
Episcopi, quôd non esset melior via ineundi pacem, quàm concor-
dare in flde, et operam suam, si gratam haberet, polli- [p. W^i :]
cerentur pro tam sancto fœdere conciliando, nihil ampliùs locutus est,
sed vnusquisque locum quem prœcedenti die tenuerat, occupauit.
Gùm itaque sedissent, Domnus Avitvs lam lucide probauit quôd
Gatholici non plures Deos adorabant, vt sapientiam ejus tam Catho-
lici quàm aduersarij cum stupore mirarentur. Id autem fecit vt
responderet conuitiis quse Bo:vifacivs in nostram fidem jecerat. Post-
quàm ergo conticuit, vt locum daret responsionibus Bonifacij, nihil
aUud potuit ille dicere, quàm quod prœcedenti die fecerat, et conui-
tiis addens conuitia, tanto impelu clamabat, vt prse raucitate non
posset ampliùs loqui, et quasi suffocaretur.
Quod cùm Rex vidisset et satis diu expectasset, tandem surrexit
vultu indignationem praetendens contra Bomfacivm. Tune Domnus
Avitvs dixit ad Regem : Si sublimitas vestra vellet jubere vt hi
responderent propositionibus nostris, vt posset judicare quaenam fides
esset retincnda. Sed nihil Rex respondit , neque cseteri Ariani qui
erant cum illo, adeô stupefacti erant de doctrina et sapientia Domni
AviTi. Qui cùm videret eorum silentium subjunxit : si vestri non
possunt respondere rationibus nostris, quid obstat, cur non omnes
simul conueniamus in eadcm fide. Tune murmurantibus illis, de sua
flde securus in Domino addidit : Si rationes nostree non possunt
illos conuincerc, non dubilo quin Deus lîdem nostram miraculo con-
firmet; jui)cat sublimitas vestra vt tam illi quàm nos eamus ad sepul-
crum hominis Dei lusti, et interrogemus illum de nostra flde,
simili ter et Bonifacius de sua, et Dominus pronunciabit per os serui
23'J
sui in quibus complaccal. Rex allonitus annuero vidobalur : scd
inclamare cœpcrunl Ariani, cL dicere S(3 pro fide sua manifcsLanda
facerenolle vL feceraLSaiil, el ideô malediclus fuerat* ;aul recurrere
ad ineanlaliones el illicila, sufficerc sibi se liabcre Scripliiram, (\ux
sit fortior omnibus prœsUgiis, et ha?c semper repclenles, cl boanles
potiùs quàm vociférantes; Rex qui jam surrexerat accipiens per
manus Doiunum Sïeimiawm el Doninum Avitv,>i duxit eos vsque ad
eu- [p. MO :] JJiculum suum, eteùm inlrarelamplexusesteos, dicens
vt orarent pro eo. Cognouerunt quidem illi perplexitatem et angu-
slias cordis ejus, sed quia Pater eum non Iraxerat; non potuilvenire
ad Fibum, vt verilas implerelur : Non est volentis^ neque festinantis,
srd miserentis Dei^. Et ex ea die plurlmi Ariani ad pœnitentiani
venerunl, et post aliquot dies baptisati fuerunt : el magnificauit
Dominus fidem nostrani per intercessioncm Domni Ivsti in con-
speclu omnium^.
Ce long morceau peut se résumer ainsi. Au temps où saint
Rémi travaillait avec succès à détruire partout le culte des idoles
et à propager le christianisme, le clergé bourguignon songeait de
son côté aux moyens de combattre l'hérésie arienne et de rétablir
l'unité de foi parmi les chrétiens. Dans cette pensée, Etienne,
évêque de Lyon, invite un jour les autres évêques du royaume à
se réunir en cette ville, à l'occasion de la fête de saint Juste
(2 septembre), qui y attirait chaque année un grand nombre de
jSdèles. Plusieurs prélats se rendent à cette invitation, et parmi eux
le célèbre saint Avit, évêque de Vienne. Ils arrivent à Lyon l'avant-
veille de la fête, le 31 août par conséquent, et vont aussitôt saluer le
roi dans un domaine des environs de Lyon, où il résidait alors. Dès.
les premiers mots, Avit, au nom de tous, demande au roi une dis-
cussion publique avec les principaux prélats ariens et promet de
démontrer contre eux la vérité du dogme catholique : le roi diffère
d'abord sa réponse, mais, dès le lendemain, de retour à Lyon, il
accorde aux évêques leur demande et fixe au jour suivant, c'est-
à-dire à la fête même de saint Juste, le débat entre les prélats des
1. 1 Reg., xxviii, 7-19.
2. Ad Rom., ix, 16.
3. Réimprimé : Spicilegium, in-fol., 1723, III, 304; coUeclion des conciles;
Bouquet, Recueil des historiens, IV, 99 ; Alcimi Ecdicii Avili Viennensis
episcopi Opéra, rec. Rud. Peiper (dans les Monumenta Germaniae hislorica,
in-i', Auctoruvi anliquissimormn tomi VI pars II), p. IGI, etc.
240
deux Eglises. Les évêques catholiques passent la nuit en prières
auprès du tombeau du saint ; ils écoutent la lecture de quelques
paragraphes de l'Écriture sainte, pris successivement dans
divers livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et chaque fois
le lecteur tombe sur des passages où paraît prédit l'insuccès des
tentatives qui vont être laites pour convertir le roi. Attristés,
mais non abattus par ce présage, les évêques catholiques se
rendent à la conférence, et Avit porte la parole en leur nom, en
présence du roi, des prélats ariens et de plusieurs grands de la
cour. Il parle avec éloquence pour le dogme catholique : le chef
(lu parti arien, Boniface, ne trouve rien de probant à lui répliquer,
et le roi remet la suite de la discussion au lendemain. Le 3 sep-
tembre, Avit parle de nouveau, et Boniface lui répond, non par
des arguments, mais par des injures, qui excitent la colère du roi.
Avit se croit alors sûr du succès ; il presse Gondebaud de se décla-
rer catholique; il propose aux ariens de se rendre avec lui au
tombeau de saint Juste et assure que là le Seigneur ne manquera
pas de se prononcer, par quelque miracle évident, pour sa foi
contre la leur. Mais le roi, fatigué ou indécis, prend le parti de
renvoyer l'assemblée sans rien conclure. L'entreprise avorte
ainsi, comme l'avait fait prévoir le présage de la nuit d'avant la
fête. Toutefois, plusieurs particuliers ariens se convertissent et,
au bout de quelques jours, reçoivent le baptême catholique.
Il est facile de détermiaer l'année où ces faits sont supposés se
passer. A deux reprises, Gondebaud, dans ses conversations avec
saint Avit, parle du roi des Francs, qui, dit-il, le menace d'une
guerre et cherche à soulever contre lui son propre frère. Or, c'est
en 500 que Clovis, roi des Francs, et Godégisèle, frère de Gonde-
baud, s'unirent pour attaquer celui-ci ; la même année, Gonde-
baud réussit à vaincre son frère et le fît périr'. Le colloque, qui
eut lieu, dit-on, le jour et le lendemain de la Saint-Juste, 2 et
3 septembre, ne peut yuère être rapporté qu'à l'année qui précéda
cette guerre, c'est-à-dire à l'an 499 de notre ère. C'est en effet la
date à laquelle l'ont fixé tous les historiens.
La relation du colloque est écrite dans un style simple et clair,
qui attache le lecteur et surprend agréablement l'érudit, peu habi-
1. Chronique de Marius d'Avenches, an 500, Patricio et Yppacio [consuli-
bus] : Marii epi.scopi Aventicensis Chronicon, edidit Wilhelmus Arndt (Lipsise,
1878, in-8"), p. 10.
2 /il
tué à rencontrer ce mérite littéraire dans les documents du v^ et
du VI'' siècle. De plus, on y remarque des traits de caractère qui
donnent au récit une assez grande apparence de vérité. Saint
Avit, théologien convaincu et controversiste passionné, croit
ses arguments irrésistibles et ne cherche que Toccasion de les
produire. A peine a-t-il salué le roi dans sa maison de campagne,
qu'il l'interpelle et le somme en quelque sorte d'ordonner une
discussion entre les représentants des deux sectes chrétiennes ; et
il n'attend pas l'ordre royal pour entamer cette discussion contre
Gondebaud lui-même. Plus tard, quand il voit les docteurs
ariens embarrassés de répondre à ses raisonnements, il s'écrie
avec une confiance naïve : Si vous n'avez rien à répondre, pour-
quoi ne vous convertissez-vous pas à mon opinion? Gondebaud,
au contraire, se montre uniquement occupé des soucis de son gou-
vernement. Aux prélats qui lui parlent théologie, il parle poli-
tique : Si votre religion est vraie, dit-il, pourquoi le roi des
Francs, qui la professe, m'attaque-t-il injustement? Il consent à
la discussion demandée, mais il ne veut pas qu'elle soit publique,
de peur d'agiter le peuple. En séparant l'assemblée, il renvoie
les évêques avec de belles paroles, leur dit de prier pour lui et se
montre touché de leurs arguments, mais il n'a garde de choquer
son peuple en embrassant leur foi. Un autre type de politique est
le courtisan Arédius, qui professe le catholicisme, mais favorise
l'arianisme pour plaire au roi, et qui essaie d'arrêter la conférence
en représentant aux évèques que ces disputes aigrissent les esprits
sans utilité. Rien n'est plus ordinaire et plus vraisemblable aussi
que le procédé de discussion imputé au docteur arien Boniface, qui,
au lieu de répondre aux raisons de son adversaire, se borne à lui
proposer des questions subtiles et difficiles, dont il semblait, dit le
narrateur, qu'il voulait fatiguer l'esprit du roi. Tous ces traits
sont d'un naturel parfait et composent un tableau plein d'agré-
ment et dévie.
Mais ces qualités n'empêchent pas que cette relation, si on la
soumet à un examen critique, n'offre des difficultés sérieuses.
La première difficulté, c'est son mérite même. La simplicité et
la clarté ne sont pas les qualités les plus ordinaires chez les écri-
vains du siècle de Sidoine Apollinaire et de saint Avit. Il est
rare aussi que les nuteurs de l'époque mérovingienne nous ren-
seignent aussi nettement, nous donnent une lumière aussi pleine
sur les Êiits dont ils nous parlent. C'est ce qu'a déjà remarqué un
242
historien du royaume des Bourguignons, M. C. Binding : Rare-
ment, dit-il, un document original expose à nos yeux d'une façon
aussi pittoresque l'ensemble delà situation à un moment donné*.
En écrivant ces paroles, il a voulu faire l'éloge du document dont
il parlait : mais cet éloge peut se retourner et devenir une arme
contre le texte auquel il s'adresse.
Un récit aussi minutieusement détaillé semble n'avoir pu être
écrit que par un contemporain. Mais à quel propos un contempo-
rain de Gondebaud aura-t-il eu l'idée de raconter une conférence
qui n'a pas abouti, qui n'a rien décidé ni rien fait, qui n'avait
qu'un intérêt historique, il vaudrait même mieux dire un intérêt
anecdotique? Jérôme Yignier nous a laissé la réponse à cette
question. Des neuf pièces trouvées après sa mort, celle-ci paraît
être la seule sur laquelle il ait donné quelques explications, et ces
explications ont été reproduites par d'Achery. Vignier n'y dit
pas dans quel manuscrit il a trouvé ce texte : mais il se vante de
l'avoir découvert, en relève l'intérêt et assure qu'il l'a extrait
d'un ouvrage inédit sur les miracles de saint Justes Ce livre de
miracles, à en juger par ce spécimen, devait être fort intéres-
sant. Il est singulier qu'il ait péri sans laisser d'autre trace;
on peut s'étonner qu'il n'ait pas été connu des Bollandistes, qui,
depuis deux siècles et demi, travaillent avec zèle à recueillir les
documents relatifs à la vie et aux miracles des saints. Le tome I
des Actes des saints de septembre, publié en 1746, ne le men-
tionne pas, et le colloque de 199 y est cité d'après les éditions,
sans qu'il soit dit un mot du livre de miracles d'où il aurait été
tiré 3. En 1884, en réponse à une demande de renseignement que
j'avais adressée aux PP. Bollandistes de Bruxelles, le R. P. de
Smedt a bien voulu m'informer qu'on n'a découvert jusqu'ici cet
ouvrage nulle part ; il lui était, me disait-il, « impossible de fournir
1. c. Binding, Das burgundisch-romanische Kœnigrekh, I (1868, in-8°),
p. 147, noie 507 : « Selten schilderl eine Quelle die gesaramle Lage in einem
bestimmleu Montient in so draslischer Weise. »
2. Spicilegium, m-ii", t. V, préface, p. 11 : « Lugdunensis Ecclesiœ ej)iscopi
fere omnes hoc anno adversus Arianos Liigduni convenerc. Mirura est rei tantae
monimenla apud scriplores omnes anli([uos nulla exlare, et pauca qua> habemus
apud unum de niiraculis S. Jusli scriplorern inedilum conservari. Doleraus sane
hujus celcberriuii convenlus acla inlercidisse, sed gauderaus salis adhuc in eo
auclore superare, quo pio lectori ôpsliç movealur nobisque graliiloUir, qui Ihe-
saiirum istum illi minime invidemus. »
.3. Acia sanctorum Septembris, \. \, p. 3G5, c, e, p.
243
la moindre indication sur le livre des miracles de saint Juste. » En
outre, pourquoi un auteur qui voulait raconter les miracles d'un
saint aurait-il rapporté des faits étrangers à son sujet? Si l'inter-
vention de saint Juste avait déterminé la conversion du roi Gon-
debaud au catholicisme, c'eïÀt été un miracle dont le souvenir
méritait d'être conservé : mais cette intervention n'a pas été
demandée et ne s'est pas produite. Un seul fait merveilleux est
relaté, la coïncidence qui aurait ramené plusieurs fois de suite
sous les yeux du lecteur, la veille de la fête, des passages des
livres saints où semblait prédit l'insuccès de la conférence : c'en
est déjà plus que nous ne pouvons croire, mais ce n'est pas de
quoi justifier l'insertion du récit dans un livre de miracles. A quoi
bon, par exemple, dans un ouvrage de ce genre, le détail des
conversations entre Gondebaud et les évèques, ou entre saint Avit
et Arédius ? 11 est donc bien difficile de croire à ce prétendu
scriptor de 'iniraculis sancti JusH, qui aurait parlé de tout,
excepté des miracles de son saint, et dont le livre, sorti de terre
à point pour fournir à Jérôme Vignier l'occasion d'une décou-
verte dont il s'est montré fier, y serait tout aussitôt rentré pour
toujours.
L'évêque de Lyon, qui avait, dit-on, convoqué les autres pré-
lats à la conférence, est appelé Etienne, Stephanus. Il est
vrai qu'il y eut à Lyon un évêque de ce nom; mais il succéda, sur
le siège de cette métropole, à un prélat nommé Rus tiens ou Ru-
stieius, et l'épitaphe de ce dernier, qui nous a été conservée en
grande partie, nous apprend qu'il mourut en 501 ou en 502, le
25 avril : « Obiit VII kal. Maias Abieno consule^ » C'est donc
Rustique et non Etienne qui devait être évêque en 499. Aussi
a-t-on été obligé de supposer que Rustique avait résigné ses fonc-
tions plusieurs années avant sa mort-, ce qui est une hypothèse
purement gratuite ; dans ce qui nous est parvenu de son épi-
taphe, il est appelé simplement évêque, saeerdus (sie), et on ne
trouve aucune allusion à sa prétendue retraite. Il est à remar-
quer qu'au xvii" siècle cette épitaphe et par suite la date de la
1. Alph. de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon (1846-185 'j, gr. iii-i"),
p. 569; E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, I, p. 50.
l. G. Binding, l)as burgundisch-romunische Kœnirjreich, I, p. 147, note 507;
A. Jahn, Die Geschichte der Burcjundionen und Bnrgundiens (1874, in-8''), Jl,
p. 18, note 2.
244
mort de Rustique n'étaient pas connues, ainsi qu'on peut le voir
par la Gallia cliristiana de 1656*. Quand donc Jérôme Yignier
recueillait cette pièce et se flattait de la donner le premier au
public, il devait la croire irréprochable au point de vue chro-
nologique. Rien ne lui permettait de prévoir qu'on y découvrirait
un jour une difficulté de chronologie assez grave pour en faire
suspecter l'authenticité.
Avec Etienne et Avit, la relation du colloque désigne encore
spécialement trois évêques présents : celui d'Arles, Eone, et ceux
de Valence et de Marseille, dont le nom est laissé en blanc dans le
texte : De Arelate uEoiiius, de Valentia de Massilia
ius. Cette double lacune n'est pas expliquée; par une
coïncidence, assez singulière si le document est authentique, natu-
relle, au contraire, si c'est une fabrication moderne, les deux
noms qui manquent sont précisément de ceux que nous ne pou-
vons restituer d'ailleurs, car la succession des évêques ne nous
est pas connue, à cette date, pour ces deux sièges 2. Quant à
saint Eone, évêque d'Arles, il est difficile de croire qu'il ait
assisté à une assemblée ecclésiastique où se trouvait F évêque de
Tienne. Les deux églises de Vienne et d'Arles étaient depuis
longtemps en démêlé sur une question de prééminence ; la déci-
sion de saint Léon le Grand, du 5 mai 450, qui avait divisé la
province romaine de Viennoise, pour en former les deux pro-
vinces ecclésiastiques d'Arles et de Vienne, n'avait apaisé le dif-
férend que pour un temps 3. Le pape Anastase II (496-498)
avait cassé cette décision et attribué au seul évêque de Vienne les
droits de métropolitain sur toute la Viennoise, réduisant ainsi
celui d'Arles au rang de suffragant^. C'était saint Avit qui avait
obtenu cette nouvelle décision, et c'était au détriment de saint
Eone qu'elle était rendue; aussi, à peine Anastase mort, en 499,
voyons-nous Éone poursuivre auprès du nouveau pape, saint
1. Sararaarthani, Gallia christiana, I (1656), p. 295.
2. La Gallia christiana de 1656(111, 644, 1109) ne fournil aucune indicalion
précise sur les évêques qui siégeaient à Marseille el à V'alence en 49'J. Ou n'est
guère plus avancé aujourd'hui.
3. Edgar Loening, Geschichte des deutscheti Kirchenrechts , I (Strassburg,
1878, in-8°), p. 490; Jaflfé, Regesta ponti/icum Romanorum (1851), n" 228; id.,
2= éd. (1881), n" 450, etc.
4. Loening, p. 530; lettres de Symmaque, de 499 et de 500 : voy. les deux
noies suivantes.
Symmaque, la restitution de ses droits de métropolitain, qu'il
obtint en effet en 500 '. Une lettre de Symmaque h Éone, relative
à cette affaire, est datée du 21 octobre 499, un mois et demi
après le prétendu colloque^ Ainsi, au moment où l'on place cette
assemblée, la lutte était plus aiguë que jamais entre les titulaires
des deux métropoles, et ils devaient peu rechercher les occasions
de se rencontrer. Si cela est vrai d'une réunion quelconque, à
combien plus forte raison d'une assemblée où l'on montre tous les
prélats prodiguant à saint Avit les marques d'une déférence
exceptionnelle, peu faite apparemment pour plaire à son rival :
« Avitus, cui, licet non esset senior nec dignitate nec setate,
tamen plurimum deferebatur... » ! Éone, d'ailleurs, était d'autant
moins obligé de se rendre à la convocation de l'évêque de Lyon
que cette ville était située, ainsi que Vienne, dans les Etats du roi
des Bourguignons, tandis qu'Arles appartenait probablement aux
Yisigoths^ C'est pour les mêmes raisons, sans doute, que
son successeur Césaire ne parut pas au concile bourguignon
(VEpao, présidé par les métropolitains de Vienne et de Lyon,
en 517. En un mot, la présence de saint Eone d'Arles, sujet des
Visigoths et rival de saint Avit de Vienne, dans une réunion
d'évêques bourguignons où le rôle principal appartint, du consen-
tement de tous, à ce même saint Avit, est un fait contraire à
toutes les vraisemblances.
La maison de campagne où les évoques vont saluer Gc>ndebaud,
le 31 août, et d'où le roi revient à Lyon, par la Saône {rex per
Sagonam rediens ad urheni), le 1" septembre, est appelée Sar-
biniacus. On a cru d'abord que ce nom désignait Savigny, près
de l'Arbresle, mais cela est impossible, car la Saône ne coule pas
à Savigny, et « le point de la rivière le plus près de Savigny est
Lyon même ; il aurait donc été inutile de gagner la Saône pour
venir ensuite à la villes >> Le seul endroit des bords de la Saône,
1. Jaffé, 1" éd., 470; 2" éd., 754; A. Thiel, Epistolae Romanorum ponli-
ficum genuinae (Brunsbergae, 1868, in-8°), p. 655.
2. Jaffé, 1" éd., 469; 2^ éd., 753; Thiel, p. 654.
3. Loening, p. 528; Longrion. Géographie de la Gaule au VI' siècle, p. 48-51.
4. Aug. Bernard, Cariulaire de l'abbaye de Savigny (dans la Collection de
documents inédits sur l'histoire de France, Paris, 1853, in-4''), p. lxxvi. —
On a voulu aussi identifier Sarbiniacus avec Vopp'idum civitatis Lugdunens'ium
quod nuncupatur Sardinia, mentionné dans la vie de saint Apollinaire et dans
celle de saint Avit {Acta sanctorum Octobris, t. III, p. 59, c, d; Febr., t. I,
246
à peu de distance de Lyon, dont le nom rappelle Sarbiniacus,
est Albigny (Rhône, canton de Neuville-sur-Saône, à environ
15 kil. de Lyon), autrefois ArbignyS et c'est sans doute celui
qu'a voulu désigner l'auteur de notre relation. Il est clair
cependant qu' Albigny ne s'est pas appelé dans l'antiquité Sar-
Mniacus, car les mots latins qui commencent par une S suivie
d'une voyelle ne perdent jamais cette consonne en passant en
français. Mais, si l'on n'a pas oublié les observations auxquelles
a donné lieu ci-dessus le faux testament de saint Perpétue, on se
rappelle que le fabricateur de ce testament a désigné Amboise par
le nom de Rambasciacus , montrant ainsi qu'il ignorait les lois de
la transformation du latin en français et qu'il croyait que la
consonne initiale d'un nom ancien pouvait disparaître en passant
en notre langue. Sarbmiacus semble être une forme fabriquée
sous l'influence de la même erreur. La présence de cette forme
donne donc lieu de présumer, non seulement que la relation du
colloque de 499 est apocryphe, mais encore qu'elle est l'œuvre
du même faussaire qui a supposé le testament de Perpétue.
Enfin, s'il est vrai que beaucoup de détails du récit se distin-
guent par un air de vérité assez séduisant, la règle n'est pas sans
exception, et il faut signaler vers la fin un trait d'une invraisem-
blance choquante. Saint Avit, pQur avoir raison de la résistance
des ariens, s'engage publiquement à obtenir du ciel un miracle
qui les confonde : Si nos raisons, dit -il à Gondebaud, ne
peuvent convaincre ces gens-là, je ne doute pas que Dieu ne fasse
un miracle pour confirmer notre foi : ordonnez-leur d'aller avec
nous au tombeau de saint Juste ; nous interrogerons le saint sur
notre foi, Boniface l'interrogera sur la sienne, et le Seigneur pro-
noncera par la bouche de son serviteur. Un procédé aussi simple,
pour trancher les difficultés théologiques, aurait sans doute été
souvent mis en usage, s'il était admis par l'Eglise : mais l'Eglise
ne peut admettre qu'un homme, fût-ce un évêque, promette de
son chef une intervention miraculeuse du ciel, et semble ainsi
vouloir contraindre en quelque sorte la Divinité d'obéir à ses
commandements. Les ariens sont à leur aise pour répondre.
p. 668, B, c; Peiper, Aviti Opéra, dans les Monumenia Germaniae, p. 178-
179); mais ce rapprochement est inadmissible, car les textes placent expressé-
ment Sarbiniacus sur la Saône et Sardinia sur le Rhône.
1. Cartulaire de Savigny, p. 935, 981.
2Î7
comme ils le font dans le récit qui nous occupe : Nous ne voulons
pas recourir aux incantations et aux maléfices, comme Saiil, qui
a été maudit ; nous nous en tenons au témoignage de l'Ecriture,
qui est plus forte que tous les prodiges ! Les paroles prêtées à
saint Avit sont, de plus, imprudentes : si, après une pareille pro-
messe, le miracle annoncé venait à manquer, quel effet désastreux
sur ceux que l'on prétendait convertir ! II n'est pas possible de
croire qu'un prélat éminent et éclairé, comme l'était saint Avit,
se soit laissé entraîner à parler aussi légèrement ; et il suffirait de
ce trait pour faire suspecter la pièce entière.
Voilà les raisons de douter de l'authenticité du récit en ques-
tion. Mais, dira-t-on, si c'est une fabrication, où le faussaire en
a-t-il trouvé les éléments? A-t-il eu assez d'imagination pour
inventer les faits qu'il rapporte ? Non; il a pris l'idée de ces faits
dans divers passages des oeuvres de saint Avit et de quelques
autres textes anciens. Il n'a eu qu'à recueillir ces traits épars et
à les coordonner.
L'idée d'une conférence théologique entre l'évêque de Vienne
et le roi Gondebaud était fournie par une lettre qui fait partie des
œuvres de saint Avit. L'évêque, écrivant au prince catholique
Sigismond, fils de Gondebaud, lui rend compte des efforts qu'il a
faits, dans une discussion suivie, pour détacher le roi de l'hérésie
arienne. 11 résulte des premières lignes de la même lettre que
cette conférence avait eu lieu au moment d'une fête^ L'idée que
des prêtres ariens avaient pris part au débat pouvait encore être
tirée du même texte'. Celle de placer la conférence dans la ville de
Lyon et d'y faire figurer plusieurs évêques catholiques, assem-
blés en une sorte de concile, a dû être suggérée par une autre'
1. Aviti archiepiscopi Viennen.sis Opéra, studio J. Sirmoiuli (Paris, 1643,
in-S"), epist. XXI. p. 04 : « Quod me de colloculione regali ad noliliain veslrain
non detulisse cuipalis, occursui meo exacla feslivitatc servaveraiii ; quia rêvera
indicari vobislillerario facQulalu cunclaper ordinem disce|)lationis proiixilas pcr-
plexitasque non patitur, etc. » — Je cite saint Avit d'après 1 "édition de Sirmond,
parce que c'est la seule que le faussaire ait pu coniiaitre; en toute autre cir-
constance, il faudrait citer de préférence la belle édition donnée par M. R. Pciper
dans la collection des Monumenta Germa niae. — Il semble que la discussion
dont il est ])arlé dans cette lettre ait eu lieu entre Avit et Gondebaud seuls;
pourtant on l'a compris autrement et on a admis ([u'il s'agissait d'une confé-
rence entre plusieurs personnes : M. Pciper parait l'entendre ainsi.
2. Ibid., p. 66 : « Adjecit ... sic scriptum misissem sacerdolibus ... suis, n
2 '.s
lettre du même recueil*. Une fois le lieu de l'assemblée fixé, il
était assez naturel de choisir, pour l'occasion de cette réunion,
la fête de saint Juste : plusieurs passages, tant dans la corres-
pondance de saint Avit que dans celle de Sidoine Apollinaire,
font allusion au concours de fidèles que cette fête amenait chaque
année à Lyon-. Quant au choix de la date, il convenait qu'elle fût
rapprochée de l'époque de la guerre entre Gondehaud et Clovis,
pour permettre des allusions historiques qui donneraient plus
d'intérêt au récit : mais il fallait aussi que le royaume bourgui-
gnon ne fût pas envahi, pour que le roi eût encore le loisir de s'oc-
cuper de discussions théologiques ; on satisfaisait à ces deux
conditions en admettant que la conférence avait eu lieu à la veille
des hostilités, au moment où Clovis menaçait la Bourgogne, mais
ne l'attaquait pas encore.
Dans le détail même, on retrouve aisément les passages qui ont
inspiré telle ou telle phrase du récit apocryphe. Quand Gonde-
haud dit aux évêques : Mes prêtres, sacer dotes mei, sont prêts
à vous prouver que, etc. , cette expression rappelle celle de saint
Avit , écrivant à Sigismond que le roi lui a demandé par écrit
plusieurs passages de l'Ecriture pour les soumettre à ses prêtres,
sacerdotibus suis ^. L'ordre que Gondebaud donne ensuite
de ne pas tenir la conférence en public, mais seulement devant
un petit nombre de personnes, fait penser à un autre passage de
1. Ibid., epist. XXVIII, p. 73 : « Avilus Viennensis ei)iscopus domiio Gundo-
bado régi. Rediens ab urbe Lugdunensi sanctus Chartenius episcopus, in qua,
nobis de conciiio discedentibus, ad privala quœdam negotia expedienda resedc-
rat, quœstionem sibi, inimo niagis omnibus nobis proposuisse vos relulit. Quœ
si fuissel coram positis indicata, subministrante sancto Spiritu facile sascita-
tioni vestrae quœ ad causarn pertinebanl suggeri potuerant. »
2. Ibid., epist. LIX, p. 117, Viventiolus, évêque de Lyon, à Avit : « Ad simili-
tudinem divlnse benignitatis delibcratio vestra cultorum suorum petilionibus
temperelur, ut in sollemnitate sancli Justi plebeculam suara apostolatus vestri
visitatio benedicat. » Cf. epist. LXVII, p. 116, LU, p. 11 'i, et l'épitaphe de saint
Juste, dans l'édition Peiper, p. 183. — Sidoine Apollinaire, livre V, lettre 17 :
« Conveneramus ad sancti Justi sepulcrum, sed libi inlirraitas inipedimenlo, ne
tune adesses. Proccssio fuerat antelucana, solennitas anniversaria... »
3. Avili Opéra., epist. XXI, p. G6 : « Quod cum sibi ex niaxima parle pronun-
liaret incognituin, adjecit simpliciter sic scriptuni niisissem sacerdotibus, imnio
magis seductoribus et ut adhuc verius dicainus sectatoribus suis. » — CoUatio
episcoporum : « Rex dixit ad illos : Ilabetis (juod postulatis, nam sacerdotes
mei parati sunt vobis oslcndere quod nullus potest esse coacternus et consub-
slantialis Deo. »
2.^0
cette lettre où saint Avit semble louer le roi d'avoir ordonné que
la discussion qui a eu lieu entre eux restât secrète *. Toujours dans
la même lettre, Avit se plaint des questions embrouillées que les
docteurs ariens ont imaginées pour l'embarrasser : dans le col-
loque, on représente l'arien Bonilace appliqué à entraver la dis-
cussion, en proposant des questions difficiles, dont il semble vou-
loir fatiguer le roi-. Grégoire de Tours aussi a été mis à profit. Il
a fourni l'histoire de l'union de Godégisèle avec Clovis contre
Gondebaud, qui motive les plaintes de celui-ci ^ l'épisode des pré-
sages tirés de la lecture des livres saints * ; l'éloge de l'éloquence
de saint Avit, reproduit en termes plus vifs dans le récit du col-
loque^; le personnage épisodique du courtisan Arédius, qui,
dans ce récit comme dans une occasion racontée par Grégoire,
met au service des intérêts de son roi les ressources de son esprit
délié et de son caractère peu loyaP. Enfin, un passage d'Ennodius,
dans la Vie de saint Épiphane de Pavie, aura suggéré l'idée de la
visite que les évêques catholiques font au roi Gondebaud dès leur
arrivée à Lyon".
\. Aviti Opéra, ibid., !>. 65 : « Sed curavit consulte necessitalis opporUinitale
provisa et rei, ut, quicumque conlentionis fuisset eventus, nec superiorem lumere
nec superatura pateretur erubescere. » — Collatio : « Sed nolo ut id liât coram
omni populo, etc. »
2. Aviti Opéra, ibid., p. 65 : « Quicquid per imidicalissiraos quaeslionum mor-
dacium nodos longo spalio sagax industria potuit arare, commotum est. » —
Collatio : « Sed tantum quaestiones difficiles proponeret, quibus videbatur velle
regem fatigare. »
3. Grégoire de Tours, Historia Francorum, II, 32, etc.
4. Historia Francorum, IV, 31, depuis les mots Positis clerici tribus libris
jusqu'à ruina ejus magna.
5. Historia Francorum, II, 3i : « Magna; enim facundia; eral tune tcmporis
beatus Avitus. » — Collatio : a Sed postquam douinus Avitus proposuil (idem
nostram cum teslimoniis sacra; Scriptura;, ut eral aller TuUius et Dominus
inspirabat gratiam omnibus qute dicebal, tanta conslernatio cecidit super Aria-
nos, etc. »
6. Histotia francorum, II, 32. — Cf. Historia epitomata, 18, 19 (Du Chesne,
Historiée Francorum Scriptores, I, p. 728, 729).
7. Magni Fclicis Ennodii episcopi Ticinensis Opéra, éd. J. Sirmondus (Paris,
1611, in-8'), p. 402 : « Quem (il s'agit d'Épiphane, évOque de Pavie) poslfiuam
Gundobadus terrée illius dominus venisse cognovil : Ile, iiiquitad suos, et videte
hominem... Qui quando nos velit videre inquirile... Constilutus ergo videndi regem
dies, ad quem cum ingressus est, salutavit... » — Collatio : « Venerunt itaque de
Vienna Avitus, de Arelate ^onius ... et plures alii omnes catholica; professionis
et laudabilis vitae in Domino. Qui omnes ad salutationem régis cum domno
Stephano ... profecti suul. »
250
La relation du colloque de Lyon était suspecte de fausseté par
sa seule présence dans les papiers de Jérôme Vignier, à côté du
faux testament de Perpétue et de la fausse donation de Micy.
L'examen de la pièce elle-même n*a pas dissipé les soupçons ; il les
a confirmés. Nous pouvons mettre sans crainte cette pièce, avec
les précédentes, au nombre des documents apocryphes. L'époque
de la fabrication peut être déterminée à quelques années près. Les
lettres de saint Avit, auxquelles le faussaire a fait des emprunts,
ont été publiées pour la première fois en 1G43 ; la fausse relation
elle-même a été imprimée en 1661 : le faussaire l'a donc composée
après 1643 et avant 1661.
^ 6. — LETTRES D'EVÊQUES ET DE PAPES.
J'ai cru pouvoir affirmer la fausseté de quatre des pièces
recueillies dans les papiers de Jérôme Vignier, et notamment des
trois plus importantes : le testament de Perpétue, la donation de
Micy, le colloque de Lyon. Les cinq lettres qui restent à exami-
ner offrent moins de prise à la critique, car elles sont courtes et
renferment peu de faits. Mais la démonstration, si on la considère
comme faite pour les pièces précédentes, constitue une grave pré-
somption contre celles-ci. Si les unes sont fausses, il est peu pro-
bable que les autres soient authentiques.
A défaut de preuves, divers indices rendent vraisemblable,
pour ces lettres aussi, l'hypothèse d'une fabrication moderne.
La première de ces lettres est attribuée à saint Léonce, évêque
d'Arles, et est adressée au pape saint Hilaire, en 462 {Spici-
legium, in-4°, t. V, p. 578) :
DOMINO Meritorum fastigio laudatissimo et Apostolicx Sedis
dignissimo Papx Domno Hilaro Leontivs Episcopus.
QvoD Leonem sanclissimum Praedecessorem luum mors abstuleril
contra hœreses inuigilanlem, et iolium in agro Domini, heu ! nimis
fruticans eradicantem, dolemus. Quôd de tua sanctitate reparauerit,
gratulamur. Nam gaudet fdius de honore matris, et cùm Ecclesia
Romaiia sit omnium mater, fuit vobis* gaudendum, quôd in tanta
1. Sic dans le Spicilegium , mais il faut lire nobis.
251
consLernalionc rcrum, ol infirmitalc s;pculorum, super cam leerexc-
rit, vl iudices populos in iequilale et jzentes in lerra dirigas. Vnde
cùm nobis nuntius ille per Goncordivm Ecclesia» noslrœ Diaconum,
qui tune praesens eraL cùm sancliLas tua ad id honoris (asligatum cul-
meu euecta est, relatus est ; gralias Deo nostro reddidimus, et Le
decreuimus (juani prinuuu hac humililalis nostra? epistola salutare;
vL et sic afTectus qui inter tuam sancLitatcm et nos iani diu ci»aluit,
in Domino corroboretur, et de celero augeatur, cum débita reuerentia
quà decet filios palrem prosequi. Rcnedictus ilaque qui venit in
nomine Domini. lam forliter sancLitati Luœ insudandum et anhelan-
dum est, vt quod sanctissimus Léo Papa incepit, ad lerminabilem
perducas limilem, et cum exercitu Gedeonis per tubas in orefortium
concrepantes, et per lampadas in robusta manuagitatasetventilatas,
maledictos rauros lerico iam toties anathematizatos et quassatos
sanctitas tua faciat prosternere. Geterùm cùm Kcclesia no- [p. 570 :]
stra Arelalensis semper ab Apostolica sede amplis fauoribusetpriui-
legiis fuerit decorata, rogamus sanctitatem tuam, vt per eam nihil
nobis decedat, sed potiiis augeatur, vt et collaborarc tecum in vinea
Domini Dei Sabaoth valeamus, et inuidorum conatus infringere, quos
si non esset auctoritas reprimens, certum est de die in diem grassa-
turos in peins, quia malitia' qui nos odcrunt, ascendit semper. Dat.
K Seveiuj, Avg. (ïos. -.
Cette lettre comble une lacune dans la correspondance des
papes : car on a la réponse de saint Hilaire à une lettre que lui
avait écrite Léonce 3, et ce qui est dit de cette lettre dans la réponse
s'accorde bien avec le texte trouvé chez Jérôme Vignier^ Or, si,
au temps de Vignier, la lettre d'Hilaire n'avait pas encore été ,
publiée, l'accord entre les deux pièces serait un fait notable et
prouverait à la fois l'autlienticité de l'une et de l'autre; mais.
1. Suppléer corum y
2. Réimprimé : Spicilegimn, in-fol., 1723, III, 302; collections des conciles;
Thiel, p. 138.
3. Baronius, Annales ecclesiastici, ann. 462, n" IV; Sirmond, Concilia and-
qua Galliae, t. I (1629, in-fol), p. 127; Thiel, Epistolae Romanorum ponli-
ficum, p. 139. — Jafl'é, liegesta, {"= éd., 328; 2" éd., 553.
•'i. Hilaire dit que, des termes de la lettre de Léonce, il résulte que celui-ci
n'a pas reçu une première lettre par laquelle le pape lui annonçait son avène-
ment ; dans la lettre trouvée chez Vignier, Léonce dit n'avoir appris l'élection du
pape que par un diacre qui y avait assisté.
comme elle était au contraire imprimée depuis longtemps dans des
ouvrages fort répandus, on peut penser qu'il y a tout simplement
imitation et que la lettre attribuée à l'évêque d'Arles a été com-
posée à l'aide de celle du pape. La mention d'une lettre perdue a
suggéré l'idée de refaire cette lettre, comme un passage de Gré-
goire de Tours avait suggéré l'idée de refaire le testament de
Perpétue, et la Vie. de saint Mesrain le diplôme de Clovis pour
l'abbaje de Micy.
L'évêque d'Arles, dans cette lettre, tutoie le pape. Cela est
conforme aux règles de la langue latine à l'époque classique, mais
cela est contraire aux usages de la seconde moitié du v*" siècle.
L'étiquette d'alors voulait qu'en écrivant au pape, on lui dît vos
et non tu * ; les exceptions à cette règle ne se rencontrent que
dans quelques lettres écrites par les princes ou les évêques de
l'Orient". Dans le recueil formé par A. Thiel, qui comprend
toutes les lettres écrites ou reçues par les papes de 461 à 523, la
prétendue lettre de Léonce à Hilaire est la seule où un évêque
d'Occident tutoie le pontife romain^.
La lettre suivante porte le nom de saint Loup, évêque de
Troyes, et contient des félicitations à Sidoine Apollinaire sur son
élection à l'évêclié de Clermont, en 472 {Spicilegium , in-4°,
t. V, p. 579) :
Lvpvs Domno Papse Sidonio.
Grattas ago Domino Deo nostro Iesv Christo per Spiritum san-
cLum, qui le, Garissime Frater, in hac generali titubatione et pressura
dilectissimse sponsœ Ecclesiae suœ, ad eius sustentationem et conso-
lationem in Sacerdotem vocault, vt sis lucerna in Israël, et sicut
ambitiosos honores mundanse militiœ cum sumraa laude exequutus
es, ila militiae cœlestis operosa munia, et humilia ministeria ipso
adjuuanle Christo alacriter percurras, nec rétro ad aratrum applicatà
manu, pigrilantium agricolarum more oculos conuertas. Tu Impera-
torios apices per gloriosissimas affinitates proximè consecutus es :
tu Irabeales ornatus splendidâsque prsefecturas, et quicquid irrequieta
1. Thiel, p. 155, 157, 348, 696, 698, 730, 731-73-i, 742, 761, 764, 781, 814, etc.
2. Thiel, p. 192, 709, 741, 742, 831, etc.
3. La lettre d'Ennodius à Ilormisdas (Thiel, p. 910), où le tutoiement paraît
dans la dernière phrase, a été écrite avant qu'Horrnisdas ne fût pape.
233
desideriorum séries sibi bealius in sœculo potesl fingcre, lionorificus
et inter slreperos plausus cxercuisti. Mulatus est ordo, cl in domo
Doraini apicem attigisli, qui non in exubcranli mundani fastus ful-
gore, sed in maxime infima mentis dcpressionc, el lunnili rcsupinati
cordis abjeclione perlractandus est. Qui olim conabaris nataiium
décora addilis bonoribus supcrare, nec crcdebas homini sufficere, si
ceteris par csset, et pares non transgrederelur, in eum statum deue-
nisti, in quo licel superior nulli le debes superiorem repu tare; minime
subditorum luorum supposilus, eô plus eris bonoratior, quô tehumi-
lilas Christi accinget, et eorum plantas osculaberis, supra quorum
capita pedes luos olim collocare dedignabaris. Iste profectô iam tibi
labor incumbil, vt sis omnium seruus qui videbaris omnium domi-
nus, et aliis [p. 580 ;] incurueris, qui ceteros conculeabas, non quia
eras superbus, sed quia dignitatum prœteritarum majestate ne dicam
vanilate, tanlùm tibi ceteros anlecedendum erat, quantum tibi modo
prœ ceteris est recedendum. Fac ergo vt nunc ingenium transferas ad
diuina, qui tantùm valuisti ad humana. GoUigant plèbes tuœ ex ore
tuo spinas de capite Crucifixi, qui ex verbis tuis colligebant rosas de
pompa mundiali ; et capiant de eloquio Sacerdotis vcrba disciplina?
cselestis, qui capiebant de eloquio dominantis normam disciplinse ciui-
lis. Ego quidem, qui le tanlùm amaui cùm sequebaris aridilatem
sœculi, quali mensura pulas iam amare sequentem vbertatem cœli?
Iam delibor, et instans est resolulio mea, sed non pulauero resolui,
qui licèt solutus, in le viuam, et te in Ecclesia relinquam. Gaudeo
exui, poslquàm Ecclesiam induisti, et te induit Ecclesia. Macte ami-
citia vétusté, sed fraternilale recens. Supprimit postremus titulus
antiquos, nihil est quôd hodie velim de prseterita meminisse dile-
ctione, quando raoderna dignitas et firmiorem facit esse caritatem et .
tenaciorem. si Deus vellet vl te amplecterer ! sed in spirilu perficio
quod non possum in corpore, et preesente Ghrislo non ampliùs Rei-
publicae Praefectum veneror et osculor, sed Ecclesiœ, qui mihi filius
œtate, dignilate frater, et meritis pater est. Ora prome, vl in Domino
consummatus, opus quod injunxit consummera, et in eo landem
impleam tempora quae restant, qui tôt et tanta (vae mihi !) bis quœ
non debui, impleui*", sed apud Dominum misericordia. Memor esto
mei^.
Il y a dans les œuvres de Sidoine quatre lettres adressées à
1. En marge : siue* impendi.
2. Réimprimé : Spicilegium, ia-fol., 1723, III, 302, etc.
-18
254
saint Loup ^ ; de celui-ci nous n'avons pas d'autre ouvrage qu'une
lettre écrite en commun par lui et Euplirone d'Autun à l'évêque
Talase d'Angers^ Celle-ci est d'un style assez simple ; la lettre
qu'on vient de lire, au contraire, est pleine de prétention et de
recherche. On y remarque des élégances alambiquées et des
antithèses savantes, qui rappellent la manière de Sidoine ; on ne
peut s'empêcher de penser que, si l'on demandait à un bon écolier
de rhétorique de composer pour devoir une lettre d'un évêque à
Sidoine, après avoir lu un ou deux livres de cet auteur, il produi-
rait probablement un morceau assez semblable à celui-ci. L'imi-
tation n'est pas seulement dans le style, elle est aussi dans les
formules et dans certaines expressions. Les lettres de Sidoine
à saint Loup portent en tête : Sidonius domino papœ Lupo
sahitem, et à la fin : Memor nostri esse dignay^e, doynine
papa; la prétendue lettre de Loup commence par : Lupus domno
papœ Sidonio, et finit par : Memor esto mei. Cet emploi du
mot papa au sens d'évêque, habituel chez Sidoine, n'était pas
d'un usage universel parmi ses contemporains. Loup et Euplirone,
écrivant à Talase, évêque d'Angers, l'appellent epwcojow5 et non
papa, et se qualifient eux-mêmes episcopi.
En troisième lieu vient, dans l'édition de d'Achery, une lettre
du pape Gélase P'' à Rustique, évêque de Lyon, en date du 25 jan-
vier 494 {Spicilegium, in-4°, t. V, p. 581) :
DILECTISSIMO FRATRI Rvstico Gelasivs.
Inter ingruenlium malorum turbines, et variorum tenlationum
quibus penè mergimur afthctatlones, tua nobis caritas, amantissimc
Frater, grande solutlum propinauit. Quid enira consolalius posset
accidere quàm videre fralres carissimos inuieem compatientes, etpar-
tem oneris ferentes, quibus non minima benedictionis portio collala
est. Benediclus Deus, qui tua erga nos taliter affecit prsecordia, vt
non tanlùm quse patimur anime senlias, scd et monstres in sanclse
Iributionis exhibêdo misericordiam , qualem habeas in compassiuo
corde caritatem ; et adjungas ad dulcissimse consolationis sermones,
qua) sunt prœcipuœ inter amicos opituiationes. Verùm diiectionera
1. Livre VI, lettres 1, 4, 9, et livre IX, lettre 11. Cf. les passages relatifs à
saint Loup, livre IV, lettre 17, et livre VII, lettre 13.
2. Migne, LVIII, G6.
tuam non fatigabimus, scribentes quàm in arlo fuerimus. ScitFraler
noster et Coëpiscopus iEo\ivs quàm vtile fueril et quod misit, et quod
adnosmisisli subsidium. Ceterùm frater noster Epipoanivs, qui ad gen-
tis sucfi misci'ias releuandas, et rcdimendos captiuosad parles vestras
destinatur, Fraternitalcm tuam certiorem faciet, quantam oh impiis-
simi Acacij causam persecutionem sustinemus. Sed non deficimus, et
inter lot pressuras nec cedit animus, nec relaxatur zelus, ncc subuertil
metus. Sed licei aporiantes et angustiati, coniîdimus in eum qui dabit
cum tentatione prouentum : et si ad tempus sinit deprimi, non patietur
opprimi. Fac, carissime Frater, vt luus luori'imque in nos, vel potiùs
in sedem Apostolicam, non cesset afteclus. Qui enim in petra solida-
bunlur, cum petra exultabuntur. Adjuua Fratrem noslrum Epipua-
NivM, et sentiat quia me amas, et eùm redierit ad propria, scribat
dilectio tua tam quœ sibi, quàm qme Fratribus nostris et Coëpisco-
pis per Gallias constitutis circa impiissimi Acacii causam videbuntur.
[P. :iS2 :] Deus te prœstet incolumem, Frater carissime. Datum viii.
Kalend. Febr. Asterio et Pr/esidio W. Clarisse.
Il est étonnant de trouver une lettre de Gélase à un évêque de
Gaule, à la date du 25 janvier 494. En effet, nous avons une
autre lettre, écrite par le même pape à Éone, évêque d'Arles, le
23 août de la même année; dans celle-ci, il s'excuse de n'avoir
pas encore trouvé le temps de faire part aux évêques de Gaule de
son avènement au pontificat (qui remontait au l"^"" mars 492), et il
charge Éone de le leur annoncer : « Per divinam gratiam sedis
apostolicfe regimen nos adiisse pandentes... Dilectionem tuam
duximus admonendam qua tenus et vigere apud nos alternse viscera
gratise fratres et coepiscopi nostri per Gallias constituti caritate
tua vulgante cognoscerent-... » S'exprimerait -il ainsi, s'il
avait été en correspondance, sept mois auparavant, avec l'évêque
de Lyon ?
La lettre à Rustique se termine par cette formule : « Deus te
prœstet incolumem, frater carissime. » Dans une autre lettre,
publiée aussi par d'Achery d'après les papiers de Vignier et qu'on
verra tout à l'heure, celle qui porte le nom du pape Symmaque
et qui est adressée à saint Avit, on lit : « Deus te incolumem servet,
frater dilectissime . » Ce sont là les seuls exemples que l'on connaisse
1. Reimprimé : Spicilegium, in-fol., 1723, III, 304; collections des conciles;
Thiel,p. 358. — Jaffé, Regesta, 1" éd., 390; 2" éd., 634.
2. Thiel, p. 386; cf. p. 34.
256
de ces deux formules : dans les lettres écrites par les papes aux
évêques, à cette époque, la salutation est ordinairement conçue en
ces termes : « Deus te incolumem custodiat, frater carissime. »
La différence semble peu importante : mais, si l'on examine les
longues séries de lettres des papes, du v« siècle et des siècles sui-
vants, qui offrent toujours les mêmes formules de courtoisie répé-
tées dans les mêmes termes, on se convaincra que dès cette
époque ces questions d'étiquette n'étaient pas abandonnées au
hasard, que le style de la chancellerie pontificale était formé et
les règles du protocole nettement définies. Le plus ancien exemple
de la formule en question est du 27 janvier 417 : une lettre d'In-
nocent P"", adressée à cinq évêques, porte :
« Deus vos incolumes custodiat, fratres carissimi*. »
En 430, on rencontre la même salutation en grec :
Et en latin : « Deus te custodiat incolumem, frater carissime^ »;
En 431 : « Deus vos incolumes custodiat, fratres carissimi'*. »
Dans le recueil déjà cité des lettres pontificales de 461 à 523,
publiées par A. Thiel, on trouve :
« Deus autem incolumem te custodiat, frater carissime », une
fois^;
« Deus te incolumem custodiat >■>, une fois'';
« Deus te incolumem custodiat, fili dilectissime », unefois'^;
« Deus te incolumem custodiat, frater carissime », onze fois* ;
« Dominus te incolumem custodiat, frater carissime », trois
fois»;
Et dans les lettres adressées à plusieurs destinataires à la fois :
« Deus autem vos incolumes custodiat, fratres carissimi », une
fois^o;
1. P. Couslant, Epistolae Romanoi^um pontificum, I (Paris, 1721, in-fol.),
col. 904.
2. Ibid., col. 1112.
3. Ibid., col. 1130.
4. Ibid., col. 1188.
5. En 465, Thiel, p. 170.
6. En 492, p. 321.
7. En 493, p. 339. Le destinataire n'est pas évéque.
8. De 462 à 521, p. 1.38, 140, 141, 147, 242, G27, 727, 729, 885,981, 990.
9. En 494, 499 et 500, p. 386, 655, G5G.
10. En 521, p. 982.
257
« Deus custodiat vos, dilectissimi fratres », une fois*;
« Deus vos custodiat, fratres carissimi, sevo longiore », une
fois-;
« Deus vos incolumes custodiat, filii dilectissimi », une fois ^ ;
« Deus vos incolumes custodiat, fratres carissimi », neuf fois''.
Dans le Liber diurnus, formulaire delà chancellerie romaine,
que le dernier éditeur croit avoir été composé entre les années
685 et 751 , la salutation finale des lettres adressées aux évêques
et aux clercs est toujours conçue en ces termes :
« Deus te incolumem custodiat^... »
De tous ces exemples, il résulte que certains détails de la for-
mule ont pu être parfois changés, l'ordre des mots modifié,
Dominiis substitué à Deus, etc., mais le verbe est toujours le
même : custodiat. Les prétendues lettres de Gélaseà Rustique et
de Sjmmaque à Avit, trouvées dans les papiers de Jérôme
Vignier. sont les seules où ce mot soit remplacé par un terme
difierent, prœstet dans l'une, servet dans l'autre. Toutes deux
pèchent donc contre une règle bien constatée de la diplomatique
pontificale du x'' et du vf siècle.
Trois points sont touchés dans cette lettre : le pape recom-
mande à Rustique l'évèque de Pavie Epiphane, qui se rend dans
le royaume de Bourgogne pour le soulagement de ses compa-
triotes; il entretient Rustique de son dissentiment avec le
patriarche de Constantinople, Acace, et demande l'opinion des
évêques de Gaule sur ce prélat suspect d'hérésie ; il remercie des
subsides que lui ont envoyés Rustique et l'évèque d'Arles Éone. Il
n'y a rien dans tout cela qu'un faussaire du xvii" siècle ne pût
aisément imaginer. Le voyage d'Épiphane de Pavie, envoyé k
Lyon pour racheter des prisonniers italiens, et le bon accueil que
lui fit l'évèque Rustique, vers 494 , sont racontés dans la bio-
graphie d'Épiphane, qui fait partie des œuvres d'Ennodius : ces
œuvres ont été publiées en 1611 par Sirmond^. Le détail des
1. En 488, p. 266.
2. En 464, p. 151.
3. En 485, p. 257. Les destinataires sont de simples clercs et non des év<*ques.
4. De 462 à 515, p. 146, 152, 155, 169,337, 637, 722, 723, 761.
5. Liber diurnus, éd. Eug. de Rozière, p. 11-15.
6. Magni Felicis Ennodii episcopi Ticinensis Opéra, éd. J. Sirmondus (Paris,
1611, in-8°), p. 402. L'évèque de Lyon est appelé là Rusticius et non Rusticus;
mais cette dernière forme était donnée par la Gallia chrisliana de 1656 (I, 295).
258
démêlés des papes avec le patriarche Acace remplit leur corres-
pondance, et notamment celle de Gélase. Enfin, l'idée d'un sub-
side envoyé au pape par les églises de Gaule a pu être tirée d'une
phrase écrite par Gélase à Eone d'Arles ' .
Sur la lettre de félicitation adressée, dit-on, par le pape Anas-
tase II au roi Clovis P^ à propos de sa conversion au christia-
nisme (voy. ci-dessous), jemeborneraià dire: l°que, necontenant
qu'un développement oratoire, sans aucun fait, elle offre peu de
prise à la critique ; 2° que, pour un faussaire qui fabriquait des
documents sur l'histoire ecclésiastique de la France au v*' siècle,
il n'y avait guère de sujet plus tentant que celui-là ; 3° que c'est
une faute et une invraisemblance d'avoir employé dans toute la
lettre la tournure par tu, l'usage le plus ordinaire étant alors
de dire vous aux rois 2.
Voici cette prétendue lettre d'un pape au premier roi très chré-
tien {Spicilegium, in-4", t. V, p. 582) :
1. Lettre du 23 août 494, Sirraond, Concilia antiqua GaUiae, I, 153;Tliiel,
p. 385; JafFé, l"" éd., 394; 2" éd., 640. Le pape protite, pour écrire à Éone, de l'oc-
casion qui s'est offerte « religiosis viris lîliis nostris Euphronio presbytero et Resti-
luto vire religioso, qui ad Italiœ partes ad providendam congregationi sanclce
substantiam conimearant, remeanlibus ad propria. » — Ici se rencontre une
difficulté : si le faussaire a connu celte lettre de Gélase à Éone, comment n'a-t-il
pas vu le désaccord signalé plus haut entre cette lettre et celle qu'il a fabriquée ?
Comment, d'ailleurs^ a-t-il pu faire adresser dès janvier par le pape des remer-
ciements pour un secours reçu en août? Peut-être, dans sa pensée, la lettre
fabriquée par lui devait-elle, quoique portant les noms des consuls de 494, être
rapportée au 25 janvier 495 : voyant dans quelques textes (par exemple dans
le concile d'Epao) qu'on commençait parfois alors l'année au 1" mars, il a pu
s'imaginer qu'on ne changeait aussi la date consulaire qu'au 1" mars et non au
l"'' janvier. Il n'est pas certain d'ailleurs que le voyage d'Épiphane ne doive pas
être rapporté à l'année 495, jtlutôt qu'à 494 comme l'a affirmé Sirmond (dans les
noies de son édition, p. 6G) .
2. Saint Avit, lettre 41 (édition de Sirmond, p. 9i); Bouquet, Recueil des his-
toriens, IV, 103; Cassiodore, Var., III, 1-4; Thiel, p. 489; fAber diurnus, éd.
de Roziére, p. 10, 379. Dans les deux lettres de saint Rémi à Clovis (Du Chesne,
Historiae Francoruiu Scriplores, 1, 849, etc.), le tutoiement se rencontre, mais
mêlé avec la tournure par vos, et celle-ci prédomine.
259
GLOIUOSO ET ILLVSTPxI FILIO
Clvdoecho * ^ Anastasius Episcopus.
TvTM, gloriose fili, in Ghrisliana fide cum exordio nostro in Pon-
tificatu contigisse gratulamur. Quippe sedes Pétri in taiila occasione
non potest non iaetari, cùm pleniLudinem genlium intuelur ad cam
veloci gradu concurrere, et per temporum spatia repleri sagenam,
quam in allum iussus est mittere idem piscator hominum, etca^leslis
lerusalem l)eatus (jlauiger. Quod serenitati tua? insinuare voluimus
perEvMERivM Presbylerum, vt cùni audiueris iaetitiam patris, crescas
in bonis operibus, impleas gaudium nostrura, et sis corona nostra,
gaudeâtque mater Ecclesia de tanli Régis, quem nuper Deo peperit,
profectu. Lœlifica ergo, gloriose et iliustris l-'ili, matrcm tuam, et
esto illi in columnam ferream. Nam refrigescit caritas muUorum, et
malorum hominum versuliâ nauicula nostra feris fluctibus agitatur,
et despumantibus vndis pertundilur. Sed speramus in spem contra
spem, et Dominum collaudamus, qui eruit te de potestale tenebrarum,
et in tanto Principe prouidit Ecclesiae, qui possit eam tueri, et contra
occurentes pesliferorum conatus galeam salutis induere. Perge igitur,
dilecte et gloriose Fili, vt Deus omnipotens serenilalem tuam, et
Regnum protectione caelesli prosequatur, et x\ngelis suis mandat vt
cuslodiant te in omnibus viis luis, et det tibi in circuitu de inimicis
suis victoriam-;
La dernière lettre est attribuée encore à un pape, Symmaque,
et adressée à l'évêque de Vienne, Avit, sous la date du 13 octobre
501 [Spicilegiitm, in-4°, t. V, p. 583) :
DILECTISSIMO F RAT RI Avito Symmachvs.
No-\ debuit caritatem tuam offendere, quôd ad Fratrem et Goëpi-
scopum nostrum ^Eonivm nuper rescripsimus. Non enim juri lue, dile-
clissime Frater, prsejudicalum fuit, cùm nos, inaudita parte, et absque
competenti iustructione [sic], non posse judicarc respondimus. Vnde
Fraternitati tuœ saluum est, allegare quod putauerit allegandum, et
proponerequodviderit proponendum. Nam licetconfusionem prouin-
1. Ea marge : * Ciodoueo.
2. Réimprimé : Spicilegium, in-fol., 1723, 111, 30 i; collections des conciles;
Thiel, p. 623. — Jaffé, 1" éd., i65; 2<' éd., 745.
260
cise à prœdecessore nostro sanctae mémorise Anastasio Episcopoprœter
Ecclesise consuetudinem, et antiqua Prœdecessorum nostrorum sta-
tuta faclam esse dixerimus, et non esse tolerandam; attamen si ea
quse fecit, rationabiliter fecisse Fraternitas tua docuerit, gaudebimus
nihil esse ab eo contra canones attentatum, quia quod fit praeter regu-
lam, modo sit ex justa causa, non infringit regulam, quam sola
peruicacia, etantiquitatis contemptus lœdit. Nam quamuis à Patribus
statuta, diligenti obseruatione, et obseruanti diligentia sint custo-
dienda ; nihilorainus propter aliquod bonum de rigore legis aliquid
relaxatur, quod et ipsa lex cauisset, si prœuidisset. Et seepè crudele
esset insistere legi, cùm obseruantia ejus esse praejudicabilis Ecclesise
videtur ; quoniam leges ea intentione latee sunt, vt proficiant, non vt
noceant. Quamobrem pergat dilectio tua, rationes quœ prœdecessorem
nostrum ad tractandam prsedictam confusionem impulerunt ad nos
dirigere, vt et sciamus quid fuerit statuendum, et in Domino lœtemur
beatse mémorise Anastasium nihil fecisse retractandum. Deusteinco-
lumem seruet, Frater dilectissime. Data m. Id. Octobr. Avieno et
POMPEIO Goss. ^ .
Il y a dans cette pièce deux marques de fausseté. L'une est
la formule de salutation, Deus te incolumem servet, au lieu de
custodiat, dont il a été question tout à l'heure. L'autre est la
date, Avieno et Pompeio consulibus. Ces noms sont bien ceux
des deux consuls de l'année 501; mais, comme l'a montré M. de
Rossi, l'un de ces magistrats, Aviénus, était consul en Occident,
l'autre, Pompéius, en Orient; et, à la date du 13 octobre, le
nom du consul d'Orient n'était pas connu à Rome, en sorte qu'on
datait habituellement du nom d'Aviénus seul. Il y a là une invrai-
semblance telle, qu'elle a conduit M. de Rossi à déclarer que la date
de cette lettre devait être interpolée ou falsifiée. Son argumentation,
que je reproduis en note, est convaincante ' ; mais, au lieu d'ad-
1. Réimprimé : Spicilegium, in-fol., 1723, III, 307; collections des conciles;
Thicl, p. 656; Peiper, Alcitni Ecdicii Avili Viennensis episcopi Opéra, dans
les Monumenia Germaniae, p. 63. — Jaffé, 1" éd., 472; 2'^ éd., 75G.
2. I. B.de Rossi, InscripHones chrisUanae urbis Romae, p. 413 : « Nimc de
Oricntalibus duoruin Avienorum collegis, quae opus sunt, dicam. Priori Avieno
[501j Pompejum, alteri [502] Probum collegas Conslanlinopoli datos Orientales
fasli et Anastasii leges teslantur, in quibus uterque quoque Avienus cietur...
Orientales contra consulcs his annis in Occidente aut ignoti aut pro ignotis habiti :
eoruinque noniina monumenlis inscribi in Italia et Galliis desueludine plane
abrogatum... El ro sane vera neque Pompejum, neque Probum duorum Avie-
261
mettre une interpolation dans la date seulement, il est plus naturel
de croire que c'est la lettre entière qui est fausse, comme toutes
les autres pièces de la même série. Le contenu de cette lettre a
trait au différend entre les églises d'Arles et de Vienne, au sujet
du rang de métropole prétendu concurremment par l'une et
l'autre; le fabricateur s'est évidemment inspiré de deux autres
lettres du pape Sj'mmaque, adressées à Eone d'Arles et rela-
tives au même sujet*.
Arrivé au terme de cet examen, j'espère que le lecteur tirera
de ce qui précède la même conclusion que moi. Ces cinq dernières
lettres sont fausses, aussi bien que les quatre documents étudiés
précédemment. En somme, d'Acherv n'a tiré des papiers de
Jérôme Vignier que des pièces apocryphes.
§ 7. — JEROME VIGNIER; VIE DE SAINTE ODILE.
Les neuf pièces sont probablement l'œuvre d'un même faus-
saire. Elles ont été trouvées ensemble et nous sont parvenues par
une même voie. On reconnaît d'ailleurs dans toutes à peu près la
même langue, le même style, les mêmes procédés^
norum collegas veteres inscriptiones et publica Roinanarum synodoruni acta
atque ipsa (quae res observalionem magis provocat) Theodorici régis edicta nomi-
nant; quo lit, ut valdc miruni mihi videatur Syiinnaclii ponlilicis epislolam
datam Ili idus Octobres, ante Romanam neinpc synoduin, quae Novembri habita
mense est, iiac consignatam l'ornuila esse : Avieno et Poinpejo conss.; et de
Pompcii nomine ab aliquo canonuin (;oliectore adjecto atque interpolato valde-
suspicer. »
1. Jaflfé, Regesta, \" éd., 469, 470; 2° éd., 753, 754; Sirmond, Concilia anti-
qua Gulliae, 1, 156, 157 ; Thiel, p. 654, 655.
2. Voy. ci-dessus, p. 246, la remarque relative aux formes fautives Ramba.scia-
cus, pour Amboise, dans le testament, et Sarbiniacus, pour Aibi^ny, dans le col-
loque, qui ne peuvent avoir été fabriquées que sous l'inlluence d'une même erreur,
louchant le mode de formation des noms de lieu en français. Voici quelques pas-
sages des diverses pièces, dans lesquels on peut remarquer la répétition de cer-
taines expressions ou de certaines tournures : — Testament attribué à Perpétue,
4' alinéa : « Item molendina supra Carum [irope diclam viilam. » Donation de
Micy : « Cum querceto et saliclo el utroque molendino. » On sait que l'emploi du
mot molendinum est rare dans les texies anciens : voy. ci-dessus, p. 218, noie 1.
— Testament, 7°, 10*' et 11'' alinéas : a Memor eslo mci. » Lettre attribuée à
saint Loup : « Memor esto mei. » — Testament, 7' alinéa : « Tibi fralri et consa-
ccrdoli dileclissimo Eufronio. » Lettre attribuée à Gélase : « Frater nostcr et
2(J2
La date do la fabrication peut être déduite de celle des ouvrages
consultés par le fabricateur. Ces ouvrages se réduisent à un très
petit nombre : le tome I des Historiœ Francorum Scriptoy^es
de Du Chesne, publié en 1636, la Gallia christiana de 1656, et
diverses publications du P. Jacques Sirmond, qui ont paru de 1611
à 1643. C'est dans Du Chesne seulement que l'auteur de nos pièces
a pu lire la Vie de saint Mesmin, d'où il a tiré l'idée du faiixdiplôme
de donation de Micy ; le même volume contient Grégoire de Tours,
d'où il a tiré l'idée du testament attribué à Perpétue et certains
traits du récit du colloque de Lyon. La Gallia christiana lui a
fourni, pour le colloque, le nom d'Etienne, évêque de Lyon, et,
pour la lettre attribuée à Gélase, celui de son prédécesseur. Rus-
tique {Rusticus, au lieu de Rusticius, que donne Ennodius).
Tout le reste a été inspiré par les ouvrages de Sirmond : la pré-
tendue épitaphe de Perpétue et la prétendue lettre de saint Loup,
par son édition de Sidoine Apollinaire, 1614 ; le colloque de 499,
par celle des œuvres de saint Avit, 1643; la lettre attribuée à
Gélase, par celle d'Ennodius, 1611 ; la lettre attribuée à Léonce,
par les Concilia antiqua Galliœ, du même auteur, 1629 ; celle
qui porte le nom de Symmaque, à la fois par le saint Avit et les
Concilia^. Toutes ces pièces ont été trouvées à la mort de Jérôme
coepiscopiis iïonius. » Lettre attribuée à Symmaque : « Quod ad fratrera et
coepiscopum nostnira ^Eonium nuper rescripsimus. » — Testament, U' alinéa :
« Tibi Agiloni comiti ... ut pergas eorum defensionem robuste suscipere... » Lettre
attribuée à Anastase : « Perge igitur, dilecte et gloriose lili, ut Deus omnipolens
serenitatem tuam et regnum protectione caelesti prosequalur. » Lettre attribuée
à Symmaque : « Quamobrem pergat dilectio tua rationes ... ad nos dlrigere. »
Comparez encore dans la donation de Micy : « Vos ergo, Euspici et Maximine,
desinite inter Francos esse peregrini », et dans la prétendue lettre d'Anastase à
Clovis : « Lsetifica ergo, gloriose et illustris fili, matrem tuam. » Ces exhorta-
tions banales, introduites toujours de la même façon, trahissent, si je ne me
trompe, l'embarras du faussaire, qui ne sait que dire. Il a pourtant fait preuve
en plusieurs endroits d'une faculté d'invention assez remarquable. Il l'a particuliè-
rement exercée dans la création des noms qu'il a donnés à divers personnages
introduits incidemment : dans le testament, le comte Agilon, Aligarius et le
diacre Daniel, vendeurs de terres acquises par Perpétue, l'orfèvre Mabuinus,
les prêtres Amalarius et Agrarius, la sœur du testateur, Fidia Julia Perpétua,
la vierge Dadolena et le dépositaire du testament, Delmalius ; dans le colloque,
l'arien Bonifacc, les courtisans Placidus et Lucanus; dans les lettres, le diacre
Concordius (Léonce, 462) et le prêtre Eumerius (Anastase, 497).
1. 11 serait oiseux de chercher la source de la prétendue lettre du pape Anas-
tase à Clovis. Cette lettre ne fait allusion qu'à la conversion du roi et à l'avène-
ment du pape, faits bien connus et qu'on pouvait trouver partout.
263
Vignier, en 1601. Elles avaient donc été composées peu avant
cette date, de 1656 à 1661 probablement.
Sont-elles l'œuvre de Jérôme Vignier? II n'est guère possible
d'en douter.
11 s'en attribuait la découverte : d'Achery, qui avait été son
ami* et avait eu, après sa mort, ses papiers entre les mains^,
écrit sans hésitation : « Tostamentum ... Epitaphium ... et
Collationem episcoporum ... eruerat jam pridem V. C. Hierony-
mus Vignerius^... » Dans le préambule que Vignier avait pré-
paré pour le récit du colloque de Lyon, il réclame à l'avance la
reconnaissance du lecteur pour la publication de ce texte, dans des
termes qui n'indiquent nullement qu'il l'eût reçu lui-même d'un
autre : « Mirum est rei tantas monimenta apud scriptores ... nulla
extare, et pauca quae habemus apud unum de miraculis S. Justi
scriptorem ineditum conservari. Dolemus sane hujus celeberrimi
conventus acta intercidisse, sed gaudemus satis adhuc in eo au-
ctore superare, quo pio lectori opz^iç moveatur, nobisque gratule-
tur, qui tbesaurum istum illi minime invidemus^ »
D'ailleurs, il n'en était pas à son coup d'essai. En 1619, il avait
fait imprimer un volume intitulé : la Véritable Origine des
très -illustres ynaisons cV Alsace, de Lorraine, d'Austriche,
etc. (Paris, Gaspar Meturas, in-fol.). Ce livre ne porte pas de nom
d'auteur, mais il est certain qu'il est de Jérôme Vignier : la
Bibliothèque nationale en possède un exemplaire avec un envoi
signé de son nom% et dès 1650 Chiflet, dans un livre imprimé à
Anvers, le citait en le lui attribuant*'. L'objet de l'ouvrage est de
soutenir un nouveau système sur les origines de la maison d'Au-
triche, que l'auteur prétend faire descendre, comme celle d'Alsace,
d'Ethicon ou Adalric, père de sainte Odile. Ce système eut un
grand succès : Chiflet, qui avait publié quelques années auparavant
1. Spicil., in-A". V, préface, p. Il : « El quia limti viri, duin in vivis aj^erel
mihi amicitia ac familiaritate conjunclissimi, mentionern feci... »
2.. Ibid., p. 12 : n Gaeleruni quai narro didici e clariss. llioronyini schcdis,
quas plena manu frater ipsius vir nobilis Benjamiuus Vignerius ullro allulit
obtulitque. »
3. Ibid., p. 11.
■1 Ibid., p. 11.
5. Département des imprimés, in-fol., Lm-' 10.
6. Stemma Austriucum annis abhinc millenis. Ilieronymus Vignerius prio-
reà nouem graaus elucubrauit; loanu. lac. Chidetius ... asseriiit at([ue illu-
strauit. (Aalucrpise, ex ofiicina Planliniana Balthasaris Moreli, 1650, in-fol.;
2(54
lin tableau généalogique de la maison d'Autriche et d'Espagne',
s'empressa d'imprimer un nouveau volume pour rétracter ce qu'il
avait dit de la première origine de cette maison et adopter l'opi-
nion de Vignier'. Or, celui-ci appuyait ses assertions principale-
ment sur deux textes : l'un est la Vie du pape Léon IX, écrite au
xf siècle par l'archidiacre Wibert et publiée par Jacques Sir-
mond en 1615^; l'autre est un fragment d'une Vie inédite de
sainte Odile, qu'il déclarait avoir découverte. Voici en quels
termes, dans la préface de son livre, il parle de cette trouvaille:
Estant donc, il y a quelques années, en Lorraine dans vne petite
ville du Comté de Vaudemont, nommée Vezelise , ie m'enquis,
selon mon ordinaire, s^il n'y auoit point de personnes doctes et
curieuses de qui ie puisse apprendre quelque chose. Et ayant sçeu
que le malheur de la guerre auoit chassé tous ceux qui pouuoient
estre vtiles à ma curiosité, à la reserue d'vn vieillard de plus de
quatre vingts ans, que la pesanteur de son âge et ses incommoditez
auoient attaché à la misère, dont il ne se pouuoit tirer pour se sauuer
ailleurs. le le fus visiter; mais ie ne trouuay plus en ce bon vieillard,
qui s'appelloit Pistor le Bègue, qui auoit esté Secrétaire d'Estat des Ducs
de Lorraine, et employé par eux en quantité de négociations impor-
tantes, que de belles masures d'vn beau bastiment que le temps auoit
ruiné, ie veux dire, que ie ne rencontray dans son entretien, que les
restes de beaucoup de science que la mémoire affoiblie estouffoit et
ne laissoit paroistre qu'à grand peine. le l'enquis des anciens Comtes
de Vaudemont, oi^i estoient leurs tombeaux, et de quelle Famille ils
estoient; il ne m'en pust apprendre autre chose, sinon qu'il me dit,
qu'il auoit sauué du naufrage quelques cayers de parchemin qui m'en
pouuoient enseigner quelque chose. Ces cayers qui ne faiso'ent en
tout que dix ou douze pages estoient les restes d\n volume médiocre
que la pourriture et les vers auoient tres-mal traitté, car il n'y auoit
ny fin ny commencement, pas vn fueillet entier, toutes les lettres ter-
nies et effacées par Thumidité, et aucun tiltre pour descouurir les
matières dont il traittoit ; il auoit esté pretieux autres foys, car il y
auoit eu de grandes lettres escrites en or, et des bordures de mesme,
mais les petits enfans les auoient couppées pour se ioiier. Neantmoins
1. Chillel, Vindiciae Hispanicae, éd. altéra (16i7, in-fol.), p. 314.
'2. Siemma Austriacum, p. 53, dernier alinéa.
3. Vita S. Leonis IX. papne, Leucorum antea episcopi. Wiberto archidia-
cono rOcTtanoo aiictoro. (Lutetiœ Parisioriim, Seb. Cramoisy, 161.'i, in-8".)
265
en remuanl ce fumier ie trouuay vne perle. Ce volume n'esloit qu'vn
recueil de quelques vies de Saints, il restoit quelque morceau de celle
de saillie Odilie, que i'ay produit dans mes prcuues, et quelque chose
de celle de saint Lf.o\ IX. Voicy donc le gain (jub ie fis, c'est que dans
vn fueillet qui pouuoit cslre le penultiesine, quand le liurc esloit
entier, et que son malheur auoit fait le dernier, ilyauoit comme vne
fin d'Epistre, ou de quelque Apostrophe àvn Geraud, qui sans doute
esloit Gérard de Vavdemont, lors Euesque de Toul, par laquelle celuy
qui auoit compilé cet amas, luy disoit : Hœc sunt Domine Gerarde
qux de sanctis qui de tua prosapia esse difjnoscuntur, et quorum es
successor habui dicere. De tous les Saints dont les vies auoient autre-
fois fait ce Liure, ie ne pus descouurir qu'Oi)iLiE et Léon, auparauant
Brl.\o Euesque de Toul. Pour ce qui esloit de la vie de sainl Léon
ie reconnus que c'estoit celle que TArchidiacre Wihert auoit escrite,
et que le Père Sirmond auoil publiée. Pour les fragmens de celle de
sainte Odilie, ie les descriuis, et ie résolus en mesme temps
d'apprendre de quelles Maisons tous les deux descendoient , puis
qu'ils esloient, selon cet Autheur, de la mesme race que les Comtes
de Yaudemont.
Voilà un beau récit et une découverte surprenante. Mais l'au-
teur a oublié de signaler encore une circonstance remarquable.
De ce manuscrit mutilé et délabré, il n'a pu tirer que des frag-
ments très courts, deux pages environ : mais ces deux pages
sont pleines de détails généalogiques, c'est-à-dire précisément
de ce qui pouvait être le plus utile au P. Vignier pour sa thèse.
Plusieurs fois, les relations de parenté des divers membres de
la femille de sainte Odile sont exprimées dans les termes les
plus précis et les plus conformes au système soutenu dans la
Vemtable Origine des maisons d'Alsace, etc. Voici le mor-
ceau entier; en dehors des renseignements généalogiques, il ne
contient, on peut le dire, aucun fait intéressant {la Véritable
Origine, p. 63) :
Ex Veteri Codice MS. omni fere ex parte mutila^ et qnàm pessimè
habito, inquo inter plura alia, pauca quœdamsed perantiqua^ vitx
B. Odilix fragmenta se obtulerunt, qux ipse exscripsi. Codicem
exhibuit Clariss. D. Pistorius le Bègue olim àsecretis Caroli Lotha-
ringix Ducis, Veziliaci in Comitatu Vadani montis.
Dvji igilur dux Ethico et Brvsvvixda vxor eius, post piam conuer-
sationem ad longos annos peruenissent, tandem volente domino.
260
vlerque magno pieLatis inslincLU; cum Beatissima Odilia eorum filia
vilani finire, summo ardore flagitauerunt quod diligenter exoptantes,
landem in montem qui AlLitona diciLur perueneruiit. Sed vix elapsi
sunt aliquol menses^ quod venerabilis Princeps Ethico dulciter ani-
mam eftlauit, consolante eum et roboranteB. Odilia. Domina autem
Brvsvvi.\J)A nono post maritura die similiter expirauit^ et sine vllo
morbo cum esset in sacello B. lohannis.
Intérim vcneruntad exequias parentum, Ethico dux etADALBERTVs
dux pariter, Ethicoxis et BavsvvoD^ gloriosissima progenies, qui
magno eiulatu super cadauera parentum prostrati, non poterant prse
nimio dolore à lachrymis temperare. Dum hsec agerent B. Odilia,
se se incluserat taliter, vt neqae manducaret^ neque biberet, sed et
continua mastigatione corpus suum dilaniaret. Gum enim in oratione
esset vidit prœfatum parentcm suum Ethiconem, nimio ardore mise-
rabiliter consumptum propter qusedam peccata quce ei exciderant, et
maxime quia eam abiecerat propter cœcitatem, nec inter alios suos
liberos volebat eam reputare, quia cœca nata erat. Gogitans ergo
B. Odilia quod ipsa prgecipuè in causa esset, cur venerabilis parens
in bac flamma cruciaretur, sciens quia Dominus misericors exaudie-
bat eam, et non despiciebat preces eius, interclusit se et iure iurando
erga Dominum se obstrinxit, quod non manducaret, neque biberet,
quoad vsque tormentis, quibus torquebatur pater eius, liberaretur.
lamque in tantâ inedià et corporis maceratione, quinque dies
absumpserat, cum ecce repente lux magna, locum in quo se abdiderat
circumfulsit, viditque animam venerabilis Ethiconis, quam Angeli
et vir quidam habilu religioso in cœlum deducebant cum ingenti glo-
ria. Gratias ergo agens Deo misericordi qui preces sues [sic] non con-
tempscrat, aperto hostio egressa est cum sororibus suis, et caeteris
Virginibus quœ cum illa erant, et post multa verba consolationis
fratres suos Ethiconem et Adalbertvm ad propria dimisit, qui laetan-
tes repatriauerunt , propter misericordiam quam Deus fecerat
Domino Ethiconi.
Cum sic autem Deo deseruiret B. Odilia, accidit vt Leprosus qui-
dam Eicemosynœ petendge gratia ad fores Monasterij procumberet-,
tanto vero fœtore omnia replebat, vt nuUus in arnbitu loci in quo
iacebat posset permanere. Nuntiatum est hoc B, Odili^e, quœ ei
parauit cibos, ipsaque amplectens eum et amicabililer fouens, propria
manu cibos in os ingerebat, orans eum cum perenni lletu, vt aut ei
sanitatem aut patientiam largiretur. Et sane comprobatum est
quantum petitio iusli sil acceptabilis apud Dcum, nam mendicus ille
267
et aller Lazarus, faclusost in momenLosanus, nec prions leprositalis
aut fœtoris nota, in illo apparuit.
Plurima hic in codice desunt, et tandem post muUa fo/ia, partim
erosa et putridn, partim mutila, author vitx sic concludit, — :
.... circiter annorum centum. Hanc multi nostrorum viderunl, et
ego infœlix prœ nimia incuria, cum nec Deo altenderem nec sanctis,
lanto me bono priuaui ; quod vtiijue conabor resarcirc, si ad niemo-
riam eorum qui post nos venturi sunt, gloriosa mérita et actiones
mirablles Beatissimœ Odili.î:, per hœc charlarum monumenta consi-
gnauero, et in imilationem eius, quantum imbecillitas mea patitur
excitauero. Vt eius precibus ad régna polorum peruenire raereamur
vbi cum Christo régnât in ssecula saeculorum.
[Ibid., p. OS, 7^, 70 :] Fréquenter veniebanl, vtà H. sororc vcrba
vitœ acciperenl, nec frustra, postaliquot enim annos, prœfatos Duces
ita Domino subiugauit. vt non tantum illi bona suafundandisMona-
sterils impendcrent, sed et illius nepotes, tam Etoiconis, cuius (ilij
fuerunt Episcopus Argentinensis eequiuocus, et Aluericvs Gomes,
(juam Adalbeiiti liberi, Ebeiurdvs scilicet et Lvitfridvs, sed ctiam
HvGOMS qui ante parentes suos defunclus erat, largiter Monasteria
dotauerint et conslruxerint, et omnes fere se Dei seruitio^ tam ma-
sculi quam fœminee abiecto sœculi fastu, mancipauerint. Inter quos
Eberardvs Alberici Comitis filius, qui licet Leone et Vrso ferocior,
aliquando in seruos Dei sœuierit, et bona nostra vsurpauerit, tamen
faucnte Deo et per mérita beatœ Odille, non tantum arrepta restituit,
sed et de suo largiter constituit habenda.
Ce texte n'a pas été suspecté jusqu'à présent. Eccard l'a réim-
primé dans ses Origines familiœ Habsbwrgo-Austriacœ^ et
Grandidier parmi les preuves de son Histoiy^e de l'église de
Strasbourg-; Potthast l'a inscrit sans observation dans son
utile répertoire bibliographique 3. C'est qu'on n'était pas averti
de se défier d'un document présenté par Jérôme Vignier. Il ne faut
plus songer maintenant à prendre au sérieux , ni ce prétendu
monument historique, ni les circonstances presque merveil-
leuses qui nous l'avaient, disait-on, conservé. Il est clair que
nous avons là simplement un faux de plus à enregistrer, et que
1. Lipsiae, 1721, ia-fol., col. 87.
2. 1776-1778, in-4°, t. I, p. xlvii.
3. Aug. PoUhast, Bibliolheca historica medii aeoi (Berlin, 18G2, in-S"), p. 835,
et supplément (1868), p. 171.
268
celui qui l'a commis est le même auquel on doit imputer le faux
testament de Perpétue, la fausse donation de Micy et les autres
falsifications dont il a été question dans les paragraphes précédents*.
On peut regretter que la mort ait empêché l'auteur de publier
ces dernières pièces lui-même. Nous y avons sans doute perdu,
sur la découverte de ces textes, une série de récits probablement
aussi intéressants que l'histoire du manuscrit pourri et mutilé,
trouvé à Vézelise chez le vénérable Pistor Le Bègue.
Nous v avons fait une autre perte, mais celle-ci n'est pas regret-
table : c'est celle de quelques autres pièces fausses. D'Achery
mentionne, en effet, outre les morceaux qu'il imprime, quelques
autres textes que Vignier avait recueillis et qu'il se proposait de
publier, mais qui ont disparu après sa mort : les actes d'un con-
cile de Bordeaux, présidé par l'évêque Delphin (fin du iv® siècle) et
auquel assistait saint Martin, ceux d'un autre concile réuni pour
juger Robert d'Arbrissel, etc. Tout cela n'était sans doute pas
plus authentique que le reste.
Il n'est pas probable que Vignier ait été poussé à ces fabrica-
tions par un motif d'intérêt ; on ne voit pas ce qu'il aurait pu
y gagner. Il a révélé probablement toute sa pensée dans le pas-
sage où il exprime l'espoir que les lecteurs le remercieront de
leur avoir donné le récit du colloque de 499 : « Quo pio lectori
cps;-.; moveatur nobisque gratuletur, qui thesaurum istum illi
minime invidemus. » Il a poursuivi simplement la renommée lit-
téraire que devait lui donner la découverte de tant de textes pré-
cieux. On ne peut dire qu'il ait manqué son but, puisque pendant
plus de deux siècles le public savant a été victime de ses super-
cheries et lui a fait honneur de ses prétendues trouvailles^.
1. Pistor Le Bègue est un personnage réel : voy. Ambr. Pelletier, Nobiliaire
ou Armoriai général de la Lorraine (Nancy, 1858, in-fol.), p. 454; mais, en
(lisant qu'il avait trouvé son texte chez un octogénaire affaibli par l'âge, dans
un manuscrit déjà presque détruit, Vignier mettait prudemment sa découverte
à l'abri de tout contrôle. — Notons* en terminant deux détails. Jérôme
Vignier, dans le passage de sa préface cité plus haut, cite un ouvrage de Jacques
Sirmond ; on se rappelle que l'auteur des fausses pièces publiées par d'Achery
s'est surtout servi, pour composer ces pièces, des publications diverses de Sir-
mond, les Concilia, le Sidoine Apollinaire, l'Ennodius, etc. Vignier appelle la
ville de Vézelise, en latin, Veziliacus ; il montre ainsi son ignorance de la valeur
du suffixe iacus, et celte ignorance rappelle celle dont a fait preuve l'auteur du
faux testament de Perpétue, en écrivant de Rambasciaco pour Amboise et de
Proillio pour Preuilly.
2. Sur la vie et les ouvrages de Jérôme Vignier, voy. d'Achery, préface du
269
§ 8. — CONCLUSIONS.
Le testament en date du 1" mai 475, attribué à Perpétue,
èvêque de Tours, l'épitaphe de cet évêque, le diplôme de donation
de Micv, attribué à Clovis, le récit du prétendu colloqpie de Lyon
de 499, les lettres attribuées à Léonce d'Arles (462), à Loup de
Troyes (472), aux papes Gélase l"' (25 janvier 494), Anastase II
(497) et Symmaque (13 octobre 501), sont apocryphes.
Le fragment d'une prétendue Vie ancienne de sainte Odile,
imprimé dans la Véritable Origine des tres-illustres maisons
d'Alsace, de Lorraine, etc. (p. 63-76), est également apocryphe.
L'auteur de ces textes est Jérôme Vignier, prêtre de l'Oratoire,
né à Blois en 1606, mort à Paris le 14 novembre 1661.
Julien Havet.
APPENDICE.
EXTRAITS DE LA PREFACE DU TOME V DD SPICILEGIDM DE D ACBERY.
[P. 10 :] Nobile antiquitatis monumentum hue vsque ineditum
S. Porpetui Turonensis Episcopi Testamentum, nuUa eget obseruatione,
concordant vniuersa in eo contenta cum jure Gœsareo, Pontificiôque,
concordant cum fastis Consularibus, concordant cum iis quœ narrât de
eo Perpetuo Gregorius Florentius cap. 6. Perpetuus de génère et ipse
{vt aiiint) senatorio, et propinquus decessoris sui : diues valdè, et per
multas ciuitates habens possessiones. Et aliis interjectis : Condidïtque
Testamentum, et deputaiiit per singulas ciuitates quod possidebat, in eis
ipsis scilicet Ecclesiis non modicam, et Turonicw tribuens facultalcm.
Sedil autem annos trigihta, et sepiiltus est in Dasilica S. Martini.
[P. Il :] Testamentum verô et Epitaphium S. Perpetui, et GoUatio-
nem Episcoporum, Auiti Viennensis potissimùm, coram Gondebaldo
Rege Burgundionum aduersus Pseudo-Episcopos Arianos, quœ damus
in hicem, eruerat jam pridem V. G. Hieronymus Vignerius, ac Histo-
riée Ecclesiasticie, siue Episcoporum orbis Gallici intexuerat, vnà cùm
t. V du Spicilegrum (ci-après, Appendice) ; Perrault, les Hommes illustres (Paris,
1697-1700, in-fol.), II, p. 17; Calraet, Bibliothèque lorraine (Nancy, 1G51 ,
in-fol.), col. 1014; Mictiaud, Biographie universelle, art. Vignier (Jérôme), etc.
270
optimœ nolœ veteiis leui scriptis, pneserlim Concilio Burdigaleusi, cui
Delphinus pr.Tsedit, interfuîtque S. Martinus; alio item Concilio ad
Yontilandam Roberli de Abricellis causam celebrato; Epistolis Pétri
Salmuriensis; cfeterisque id genus, quorum pleraque apud se seruabat
autographa, vel apographa antiqua manu exarata.
De Auiti Coliatione sic habet doctissimus ille Vignerius in prœfata à
se scripta historia ad an. ccccxcix. Lugdunensis Ecclesise Episcopi ferè
ovines hoc anno aduersus Arianos Lu(jâu7ii conuenêre. Mirum est rei
tantx monimenta apud Scriplores omnes antiquos nulla extare; et pauca
qux habemus apud vnum de miraculis S. lusti Scriptorem ineditum con-
seruari. Dolemus sanè hujus celeberrimi conuentûs acta ùitercidisse, sed
gaudemus satis adhuc in eo Auctore siiperare, quo pio Lectori ops^iç
inoiieatur, nobisquegraluletur, qui thesaurum istiim illi minime inuidemus.
Et quia tanti viri, dum in viuis ageret roihi amicitià ac familiaritale
conjunctissimi , mentionem feci , non pigebit pauca percurrere qua^
gessit. Is è nobili et antiqua Vigneriorum fami- [p. 12 :] lia oriundus
in Burgundia, filius extitit Nicolai Mottœ domini, et Olympiœ deBlon;
nepos illustris illius Nicolai, Regum Francorum Henrici III. et IV. in
arcano concilio Senatoris, et Historiographi percelebris. Multiplex eratin
Hieronymo lectio, acre ingenium ac felix memoria. Triginta plus minus
annis inter eruditissimos Congrégation i s Oratorij D. I. religione, do-
ctrinâ, scriptis enituit. Semel domui Rupellensi proefuit, bis San-Maglo-
rianaî Parisiensi. Varia summo labore elucubrauit Opéra; videlicet
Genealogiam Alsatientium dominorum ; perutile ad S. Augustini Opéra
Supplementum ; et GallicamEuangeliorum Concordantiam, Opus posthu-
mum nuperrimè Parisiis editum. At insignem Tractatum S. Fulgentij
hactenus tenebris obsitum prelo parauerat ; sicut et Originem Burgundio-
num Regum ; Genealogiam Comitum Campania? ; Historiam Ecclesise Gal-
licanae, vti superiùs indicaui ; in quibus texendis multum studij, vigilia-
rûmque pluribus annis insumpserat; idcircô Galliam propè vniuersam,
Lotharingiam, Alsatiam peragrârat : Sed proh dolor ! postquam morte
abreptus est, nescio quis illius gloriœ, immo literarise vtilitati inuidens,
clam inscio herede surripuit omnia. CtTterùm qu?e narro didici è Clariss.
Hieronymi schedis, quas plena manu frater ipsius vir nobilis Benja-
minus Vignerius vltrô attulit, obtulitque; ea profectô humanitate ac
beneuolentià, vt quoniam vehementi admiratione obstupefactus eram,
in gra-[p. 13 :J tiis agendis mihi penè verba deessent. Schedas istas
ordine Chronologico digcstas Gallia; Episcoporum seriem et historiam
complectentes in mus;eo nostro nunc asseruamus*. Obiit Hieronymus
omni virtutum génère cumulatus Parisiis, sepultûsque est in .^de San-
1. J'ai cherché inulilement ces notes à la Bibliothèque nationale, où est aujour-
d'hui la plus grande |)arlie des papiers des bénédictins.
27^
Magloriana die xiv. Nouemb. iEtatis suai currente anno lyi. Reparatae
verô salutis, mdclxi.
[P. 17 :] Breuipsima, sed antiquissima fundatio Miciacensis Mona-
sterij prope ciuitatem Aurelianorum, secura è tenebris emergit, critico-
rum etiam seueriorum non metuens linguam, calamûmque. Inter prima
Christian;o Religionis monumenta qufp Glodoueus I. féliciter erexit,
postquàm falsos Deos detestatus Christum Deum adorauit, sacra ipsius
mysteria, ritûsque didicit, merito est annumeranda.
[P. 30 :] Quinque posteriores Epistolas non suc looo eam ob rem
emittimus, quôd eas ab Illustri Benjamino Vignerio, quera suprà lau-
dauimus, cùm ad exitum perduceremus hune Spicilegij Tomum V. acce-
perimus ; vnde Miscellaneis Appendicem supponere coacti sumus. Erunt,
ppero, Lectori non [p. 31 :] iugratœ pri?ci reui Epistohe ill;p, vt pote à
viris tum dignitate, tum sanctitate, tum deniq; erudilione insignibus
conscriptœ ; quas hîc veluti pretiosissimas margaritas intexuimus : pia-
culum enim foret illas diutiùs in musœo squallentes contegere.
CATALOGUE
DU FONDS BOURRÉ
A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE^
(Suite.)
1012. — 5 décembre [H83]. Bourges. — Lettre de Mart à
Bourré, lui annonçant que, sur Tordre de M. et de M""^ (de Beaujeu),
il a suivi M. de Préc , principal gouverneur de M. le Cardinal, au
lieu de se rendre aux états généraux^. F ■!.
1013. — [Après le 30 août 1483.] — Lettre de à Bourré pour
l'assurer de l'amitié que Briçonnet a pour lui, et sur des affaires de
finances. F 152.
1014. — [Après le 30 août 1 483.] — Requête d'Alexandre Lorgetà
Charles VIII, pour être confirmé dans sa charge de grenetier du gre-
nier à sel de Pontoise, dont Jacques Hérode s'était emparé à son
détriment, malgré les lettres de confirmation déjà obtenues par ledit
Lorget. M 90.
1015. — Demande d'exemption de droit d'aubaine adressée à
Charles VIII par Guilleminc, veuve de Hans Thiemery, Allemand,
archer de la garde de Charles VIII et des ordonnances de Louis XI,
pendant plus de quarante ans, restée seule avec quatre petits enfants.
M 65.
1. Voyez t. XLIV, année 1883, p. 26 et 301 ; t. XLV, année 1884, p. 152
et 488.
2. Les états généraux avaient été convoqués pour le 5 janvier 1484, date à
laquelle ils se réunirent effectivement à Tours. Picot, Histoire des états géné-
raux, I, 359.
273
1016. — [1484.] — Requête des habitants d'Angers pour obtenir
l'enregistrement, au profit de leur mairie, par le Parlement, du droit
de prévention contre les crimes commis dans la ville, droit que leur
contestait le clergé, tant régulier que séculier, de ladite ville d'An-
gers^ K 20.
1017. — « S'ensuit ce que le feu roy (Louis XI), que Dieu absoille,
avoit donné et aumosné à l'église de Monseigneur saint Jehan de
la « (au mois de mars ^483). H 56.
1018. — « Valeur et estimation du dommaine de la seneschaucée
des Lannes, pour Tannée commençant à la saint Michel, mil 1111^
IIII" et trois, et finissant l'an révolu mil lllV IIII^^ et 1111. « Q ^3-V6.
1019. — .Mandement de Charles VIII pour assigner, sur les recettes
d'Antoine Bayart et de Jacques Erlant, le paiement de ce qui est dû
à Antoine de Beauvau, président de la chambre des comptes. J 121.
1020. — Demande des abbé et couvent de Cîteaux au roi
Charles VIII, pour être maintenus en jouissance d'une rente de 24 1. 1.
que « feu le roy Loys leur avoit quicté et remis, à cause d'une maison,
assise en la ville de Saint-Jehan de Losne. » M 88.
1021. — 7 janvier [1484]. Tours. — Lettre de Jean Dauvet à
Bourré, pour lui annoncer que Téglise d'Angers proteste contre la
déclaration de ses biens, qui lui est demandée, comme attentatoire à
ses droits, et sur les négociations avec la Bretagne. K 58.
1022. — Mardi, 9 février [1484]. Angers. — Lettre du chapitre
d'Angers à Bourré pour solliciter sa bienveillance en faveur de leur
messager et des demandes qu'il lui porte. K 27.
1023. — [1484.] — « Touchant les foyres royales d'Angers.
Mémoires pour impetrer lectres royaulx de provision pour les maire
et eschevins, conseilliers d'Angiers, sur ce qui s'ensuit. » R 25, 26.
1024. — [1484.] — « Les supplications que font au roy les
maire et eschevins, conseilliers de la ville d'Angiers. » K 24.
1025. — 23 avril 1484. — Réorganisation faite par Bourré et Du
Rollel, trésoriers de France, de la mairie d'Angers, en vertu des
pouvoirs à eux confiés par les habitants d'Angers et le grand conseil.
En vertu de leur décision, le corps municipal dut se composer : d'un
1. Voir, sur les contestations dont la mairie d'Angers fut l'occasion au com-
mencement du règne de Charles YIII, la notice biographique qui précède ce
catalogue.
274
maire, de vingt-quatre conseillers, d'un procureur, d'un clerc de
ville, d'un receveur et de quatre sergents; le maire et le receveur
sont nommés tous les ans, le i" mai, par les gens du roi et ceux des
états lais de ladite ville, les autres sont nommés à vie par le maire.
K43-d9.
1036. — Vendredi. — Lettre du sire deChourses à Bourré, pour
se plaindre d'un arrêt rendu par le Parlement de Paris contre les
habitants d'Angers, qui demandaient à être déchargés de la garde de
leur ville. E 48.
1027. — [-1484.] — « Pour la responce des articles baillée par noz
seigneurs de Maigny, cappitaine du chasteau d'Angiers, et du Plesseis
Bourré, conseiller du roy, nostre sire, et trésorier de France, com-
missaires touchant la mairie d'Angers. » K 53, 36.
1028. — ii mai [^484]. Angers. — Lettre des maire et échevins
d^Angers à Bourré, seigneur du Plessis, conseiller du roi, trésorier
de France et capitaine du château d'Angers, pour lui annoncer l'af-
fectation d'une somme de ^,000 1. t. à la réparation des remparts
d'Angers, sans compter ce que donneront les gens d'église, et le
prier d'obtenir du roi que les 3,000 1. t. qu'il leur a accordées y
soient également employées. R 42.
1029. — V juin [^484]. Angers. — Lettre des maire et échevins
d'Angers à Bourré, seigneur du Plessis, conseiller du roi, trésorier
de France et capitaine du château d'Angers, pour lui annoncer qu'ils
écrivent au roi et lui demander d'appuyer leur requête. K 57.
1030. — [^484.] — Lettre de à Bourré pour lui demander de
ne pas favoriser le projet de mairie, ni d'empêcher le marché aux
bêtes, « parce que qui empescheroit le marché aux bestes, ilz rame-
neroient lesdits porceaux à son huys. » K 35.
1031. ^- [1484.] — Lettre de Jean Lohéac à Bourré, relative-
ment au procès de la mairie d'Angers. K 21-22.
1032. — 2i juin ^484. — Déposition d'Antoine Bouju, écuyer, sei-
gneur de Chenu, relativement à la proposition que lui avait faite le
seigneur de Bueil, de se saisir des seigneurs de Bretagne, qui se trou-
vaient à Angers. K 36. (La môme déposition se trouve reproduite
au r 37.)
1033. —Vendredi 6 juillet [US4]. Paris. — Lettre de Courthardi
à Bourré, le remerciant de ce qu'il ne le considère pas seulement
275
comme un ami de cour, cl lui donnant des nouvelles du roi, qui a
présidé et compte présider encore le Parlement'. F ^40.
1034. — Août 1484. — Lettre des trésoriers de France à M" Oli-
vier le Gentilhomme, licencié en lois, le nommant commissaire
enquêteur, sur une donation de 10,000 arpents de bois, faite par
Louis XI à Adam Fumée, dans la forêt de Loches. L 66.
1035. — [1484.] — Requête de Martin d'Argouges à Charles Vlll,
pour obtenir contre les héritiers de feu M. Du Lau des lettres de
contrainte, jusqu'à concurrence de ce qui lui était dû. et aussi pour
être inscrit au nombre des officiers de la maison du roi, comme
conseiller de son échansonnerie, dont il avait reçu l'office^. M -16.
1036. — ^0 décembre [1484]. Gien-sur-Loire. — Lettre missive
de Charles YIII aux habitants d'Angers, pour demander l'avis des
officiers de la monnaie de leur ville et des marchands sur la réforme
monétaire, les marchands étrangers exportant tout l'argent monnayé
du royaume, pour le refondre et en fabriquer une monnaie d'un titre
inférieur^. F U6.
1037. — Demande d'Antoine Delacroix à Charles Vlll, pour être
remboursé de 2,500 1. t. qui lui étaient dues par le feu roi René sur
le revenu de Champloceaux ou sur celui des assises d'Angers. M 85.
1038. — io janvier ^485. Montargis. — « Estât par estimacion de
la receple de Baugé, Monno\ s et Bouldroy, pour l'année coinmanssant
le premier jour d'octobre l'an mil CCCC quatre-vingts et quatre, et
finissant le derrenier jour de septembre l'an mil CCGG quatre-vingts
et cinq, laquelle recepte pourra valloir par estimacion, comme dit est,
1. Il doit être ici question de Charles VIII et de sa première enlrée à Paris,
le 5 juillet 1484. Molinet, II, 98. Seulement le calendrier place le 6 juillet un
mardi ; je serais pour mon compte tenté do, voir là un lapsus calami du copiste,
qui aura, mis VI au lieu de XVI, le 16 juillet tombant, en eflet, un vendredi
en 1484.
2. La dernière mention que je trouve de Du Lau est extraite des Procès-ver-
baux des séances du conseil de rcgencede. Charles VIII, [)nbliés par \. Bernier,
dans la Collection de documents inédits, Paris, 183G, in-4°. Du Lau fai.sail
partie de ce conseil ; sa présence est signalée à la séance du 19 août 1484, p. 192,
l)uis il n'y reparaît plus, et à la séance du 7 octobre 1484 je trouve l'indication
suivante : « Unes lettres d'estat de six moys entiers, pour les causes de la
veufve de feu monseif^neur Du Lau. » C'est donc entre le 19 août et le 7 octobre
1484 qu'il faut placer sa mort.
3. II est fait allusion à la récente réunion des états généraux, qui s'étaient
séparés le 14 mars 1484. Picot, nist. des états généraux, I, 398.
276
laiiL en deniers certains comme muables, amendes, pariaiges, lodz,
ventes, reliefz de terres, racliaptz, que autres clioses, eu regart à la
valleur de l'année précédente, environ de xvni<= 1. t. » P H4-f[5.
1039. — ^9 février. Moulins. — Lettre de à Charles VIII,
pour lui accuser réception de sa lettre, datée de Paris, le 24 jan-
vier et lui annoncer qu'il l'a communiquée au connétable pour la
levée du ban et de Tarrière-ban, et qu'il se rend à Montferrand et au
bailliage des Montagnes « faire les cryes et assemblées des nobles,
gens d'église et ruraux ^ » G 31 .
1040. — 6 juillet -1485. — Requête de Jean de Gaigneux, ex-rece-
veur des aides et des tailles en l'élection de Beauvais, à Charles VIII,
pour être tenu quitte de 3,300 1. t. dont il était débiteur envers le
roi, et pour lesquelles il avait été emprisonné, et ses biens vendus.
M 38.
1041. — ^ 5 juillet -i48o. — Requête des prévôt, compagnons,
ouvriers et monnayers du serment de France au roi Charles VIII,
pour qu'il oblige la cour des aides à vérifier leurs privilèges. Q 27.
1042. — M août 1483. — Lettres de Jacques de Savoie, comte de
Romont, de Marie et de Brienne, vicomte de Meaux, seigneur d'En-
ghien, châtelain de Lille, ordonnant à Nicolas Cagnost, procureur,
et à Jean Leclerc , receveur de sa vicomte de Meaux et Condé en
Brie, de payer au bailli de Meaux une pension annuelle à lui assi-
gnée sur les deniers de ladite vicomte. A ] 3.
1043. — [^483.] — Lettre annonçant qu'au dire du sire de la
Rochecervière, des Bretons en armes, au nombre de soixante envi-
ron, ont envahi le village de Bouyng? et en ont rançonné les habi-
tants jusqu'à concurrence des rentes qui leur étaient dues, le dimanche
28 août 2. F 73.
1044. — 20 novembre 1 483. — Vidimus, en date du 27 septembre
1490, de lettres de Bourré, seigneur du Plessis, conseiller du Roi, tré-
sorier de France, capitaine du château d'Angers, delà date ci-dessus,
nommant pour son lieutenant, chargé de la garde dudit château,
Regnault Gravy^ avec les gages de 300 1. t. à prendre sur les 1,200
1. Le connétable dont il est ici question ne peut être que Jean II, duc de
Bourbon, qui avait été investi de cette dignité au mois de juillet 1484.
2. Le 28 août tombe un dimanche, en 1485, année où la France se trouvait en
hostilité avec la Bretagne.
277
que le roi accordait à Bourré, comme capitaine du dit château.
K 63-(;-i.
1045. — Lettre de Reguault Gravy à Bourré et à de Moy sur les
réparations du château d'Angers. E :> I .
1046. — 24 novembre [1485]. — Lettre de Regnauld Gravy à
Bourré sur les réparations du château d'Angers et la fonte de l'artil-
lerie. K (H.
1047. — « Estât au vray de la recepte ordinaire de lacomptable-
rie de Bordeaulx et coustume, pour ung an entier commençant le
premier jour de janvier l'an mil CCGC quatre vingts et quatre
(V. st.), et finissant le derrenier jour de décembre l'an mil GGGG
quatre-vingts cinq. » Q 31-34.
1048. — 14 février <486. Angers. — « Estât au vray de la recepte
ordinaire du bailliage de Touraine, baillé par maistre Jehan Pré-
vost, notaire et secrétaire du roy, nostre sire, et son receveur ordi-
naire du dit pays, pour un an entier, commandant le premier jour de
janvier mil llll'^ IIII^^ quatre (v. st.), et finissant le derrenier jour de
décembre après ensuivant mil GGGG IIII''^ cinq, lesdits deux jours
inclus. « Q t)^-80.
1049. — 22 avril [^486]. — Lettre de au baiUi pour lui
annoncer la résistance que font les Angevins de toutes les classes à
contribuer aux frais des fortifications de leur ville, et lui demander
un mandement pour que le nommé Bernard soit continué dans ses
fonctions de maire, attendu que la date d'une nouvelle élection est
arrivée ^ G ^03.
1050. — 23 juin i486. Ghartrcs. — Interrogatoire de Jean Rete
et Joachim Blondeau, arrêtés à Chartres comme porteurs de lettres,
adressées, les unes aux ambassadeurs du duc de Bretagne auprès du
roi des Romains, les autres au grand sénéchal de Normandie, à Henri
Poulart, haijitant de Nogent-le-Roi, et à M"^ de Beaumont. J 89-90.
1051. — 3 août ^486. Paris. — « Inventoire des lectres etacquictz
qu'envoyé Jacques Du Vivier, trésorier pour le roy, nostre sire, en
Quercy, de la recepte ordinaire de demye année, commencée de la
Sainct Jehan Baptiste mil IIII'^ IlII'^'' et troys, et finissant à la feste
1. Jean Bernard, qui avait été maire d'Angers pendant l'année 1485, ne fut pas,
comme le demande l'auteur de cette lettre, maintenu dans ces fonctions pour
l'année 1486, mais, en 1487, il redevint maire pour la seconde fois. Bodin, omit.
cit., II, 645.
278
de Noël après ensuyvant, mil CGGG ITII"'' et troys audit an, à Paris,
pour faire Testât au vray par M*' Pierre Combes, bachelier en droit,
habitant de Fighac, pour iceulx bailler à maislre Estienne Pavés, mon
procureur en la chambre des comptes, ainsi et en la maaiere que
s'ensuyt. » Q 4 6-4 8.
1052. — Lundi 4 septembre [i4SC]. Angers. — Lettre des éche-
vins d^ Angers à Jean Bernard, pour le prier de solliciter du roi un
dégrèvement en leur faveur ^ K 28.
1053. — « Estât par estimacion de la recepte ordinaire de la comp-
tablie de Bordeaux, pour ung an, commanssant le premier jour de
janvier mil IIII^ IIII^x et six (v. st.), et finissant l'an revollu l'an mil
OGCG IIII^'' et sept, laquelle recepte se pourra monter par estimacion,
en ce comprins l3 fait de la traicte et coustume, environ de xxm'" 1. 1. »
Q8.
1054. — « Estât par estimacion de la recepte ordinaire de la
comptablie de Bordeaulx, pour ung an commançant le premier jour
de janvier l'an mil GGGG IIII^'' et six (v. st.), et finissant l'an révolu,
l'an mil GGGG IIII^'' et sept, laquelle recepte pourra monter par esti-
macion, en ce comprins le faict de la traicte et coustume, environ
de XXIII" 1. t. » 0-i i .
1055. — H décembre [^486]. Angers. — Lettre de Jean Ber-
nard à Jean Bourré, seigneur du Plessis, de Jarzé et de Longue,
conseiller du roi, trésorier, maître des comptes et capitaine du châ-
teau d'Angers, sur les préparatifs que Ton fait dans cette ville pour
recevoir le roi^. F 89.
1056. — Lettre qui semble adressée au roi par le commandant
d'une place assiégée, et qui mentionne l'armée de MM. de la Roche-
cervière, Du Bois, Jean Pellaud, de la Bégondière, etc.^. A -15.
1057. — 2 décembre. — Requête des habitants de Langres au
roi G 93.
1058. — 2 janvier 1487. — « Taille et impost faict sur les manans
et habitans de la ville et cité de Langres, de la somme de quatre cens 1. 1.
pour le principal, et de 50 1. 1., tant pour les frais que mauvais deniers
d'icelle, ordonnée et passée en assemblée générale tenue audit Lengres,
1. Le 4 septembre tombe un lundi en 1486.
2. Voy. les Arch. mun. d'Angers, BB 4, f° 44.
3. CeUc lettre a l'air de se rapporter à la guerre de Bretagne et à l'année
1487 ou l'i88.
270
le second jour du moys de janvier mil quatre cents quatre vinjitz et six,
ou chappilre des frères presclieurs dudit Lengres, par iceulxnianans
et habilans, par devant honnorable homme messire Loys de Saincy,
licencié en loiz etc. » B 21-/(0.
1059. — 30 1 'i87. Ancenis. — Mandement de Charles VIII
de 0,250 1. t. au profit de Jean Bourré et de , adressé à Arnoul
Ruzé, trésorier. 5().
1060. — [^486 ou «487.] — Requête des habitants de Chàleau-
Gontier et de Craon au roi Charles VIII, pour qu'il fasse cesser les
pilleries de ses gens d'armes'. G 80.
1061. — 8 mars [1487]. Le Verger. — Lettre de Pierre deRohan
à Bourré, lui annonçant entre autres choses, que « Monseigneur de
Labret et monseigneur de Rieux sont allez en la Basse de Bretaigne
ou à Redon, ainsi que dit ledit chevaucheur. » E 87.
1062. — 2 mai [1487]. Angers. — Lettre des maire et éehevins
d'Angers à Bourré, lui annonçant renvoi d'une lettre du roi qui leur
a été adressée, l'arrivée de M'"" de Laval à Saumur, de M' de Rieux
à Ancenis, et de M-" de Guéméné au Verger, avec le maréchal, son frère,
enfin l'élection de Jean Bernard, comme maire d'Angers-. K 23.
1063. — 8 mai [1487]. — Déposition de Geoffroy Bas3ompicrre,sur
la mission que lui avait confiée le duc de Lorraine, le deuxième
samedi de carême dernier, de se transporter avec Jacot de Germigny
en Bourgogne, à Lucy le Bois, et d'y arrêter le nommé ïeure^. F 70.
1064. — ^0 mai [1487]. Le Plessis-Bourré. — Lettre de [Bourré?]
à Charles VllI, pour lui annoncer qu'il a reçu le serment et la déposi-
tion de Bassompierre, et lui demander à qui il doit en confier la
garde, le bailli de Nancy étant absent. G ^^4.
1065. — Lettre de [Bourré?] à l'amiral, pour lui annoncer qu'il
envoie au roi la déposition de Bassompierre. G H4.
1066. — 2() mai [^487]. Angers. — Lettre des commissaires des
vivres, étant à Angers, à Bourré, pour lui exposer les plaintes des
t. Voy. Marchegay, Jean Bourré, gouverneur du dauphin, p. 39.
2. Voy. sur celte seconde nomination de Jean Bernard à la mairie d'Angers,
Bodin, OMIT, cit., II, 6'i5.
3. Jacques de Germigny et Geoffroy de Bassompierre avaient été chargés par
le duc de Lorraine, René 11, d'enlever de Bourganenf le prince Zizim, frère du
sultan Bajazel II; le roi leur fit rendre la liberté; cette lettre a l'air de se
rapporter à cet incident. Clierrier, Uisloire de Charles VI fl, 1, 157.
280
vivandiers que les soldats refusent de payer autrement qu'en mon-
naie dépréciée 1. E 86.
1067. — Dimanche [1487]. Château-Gontier. — Lettre de
Louis de Graville à Bourré pour lui annoncer l'arrivée du roi et des
ambassadeurs hongres avec lui^, et l'engager à faire les préparatifs
nécessaires. E 9.
1068. — 9 juin [i487]. Angers. — Lettre de Barraut à Bourré,
trésorier de France, pour lui annoncer qu'il a dépêché M. d'Avaugour
et ses gens, et l'arrivée à Angers, entre sept et huit heures du matin,
de l'ambassade de Hongrie. E 99.
1069. — -1" octobre [U87]. Le Plessis-Bourré. — Lettre de Jean
Bourré à Jean Briçonnet, pour lui annoncer qu'il s'est réconcilié
avec Jean Gilliet, et le prier de verser entre les mains de celui-ci
une somme de ^00 1. t.^. G 'IS.
1070. — -f" octobre 1487. Bordeaux. — Mandement de Gaston,
comte de Foix, captai de Buch, comte de Gandale, de Benauges et de
Lavaur, autorisant le nommé Perot de Belsausse, marchand de
Bayonne, à transporter en cette ville, sur le navire la Marie ^ une
charge de trente tonneaux de blé, pourvu qu'il donne caution de ne
pas les faire sortir du royaume. J 46.
1071. — 6 octobre 1487. — « Inventoire des bagues et biens [de
madjame [de Beaujeu], par elle leissez en la garde de madame du
Plessis Bourré. » H 60.
1072. — [1487.] — Lettre de Jean de Rieux à M'- de Montafil-
lant, pour lui annoncer qu'il écrit au gouverneur d'Ancenis, afin d'en
avoir assurance par écrit de la promesse faite au procureur général,
que les hostilités cesseraient pendant un mois ou six semaines entre
le roi et le duc de Bretagne ^ G 70.
1073. — [1487.] — Lettre de Jean de Rieux au gouverneur d'An-
cenis, pour savoir au juste ce qu'il en est d'une promesse de trêve,
1. Sur cette question des approvisionnements de l'armée française pendant la
guerre de Bretagne, voir Dupuy, ouvr. cit., 11, 110-111.
2. Voirsurla réceptionde celte ambassade les .irc/i. num. d'Angers, BB5,f" 25.
3. Quittance est donnée de cette somme au dos de la lettre, avec l'indication
de l'année 1487.
4. Cette lettre doit se placer à l'automne de 1487, au moment où le maréchal
de Rieux, mécontent du duc de Bretagne, sans oser encore se déclarer franche-
ment pour le roi, tâchait deprofiter des négociations engagées entre Charles VIII
et François II.
284
pendant un mois ou six semaines, entre le roi et le duc de Bretagne.
G 70.
1074. — 4 5 novembre H87. Angers. — « Estât par estimacion
de la recepLe ordinaire de Poictou, pour ung an entier commençant à
la saint Jehan Baptiste mil CGCG IIIl" et sept, et finissant à sem-
blable feste, que l'on dira mil CGGC III^" et huit. « P 94.
1075. — Décembre [1487]. — Lettre de Dymanège? du Ragnjer
au roi, lui annonçant qu'il est allé avec sa compagnie à Rostrenen,
et qu'il compte aller à Vannes, vers M. de Ghampéroux, dans trois
ou quatre jours, que M. du Pont et ses hommes sont au Gonq, et que
la ville de Quimper s'est rendue *. G 449.
1076. — « Abrégé des parties emploiées pour euvres, reppara-
tions, gaiges d'officiers et autres mises extraordinaires, ou compte
de la clouaison et deniers de la ville d'Angers, rendus par Jehan
Fallet, receveur, pour le temps de deux ans et deux moys, commen-
çant au premier jour d'aousl mil IIUc IIII"" cinq et finissant le der-
renier de septembre lllh^ VII. >> K ."59.
1077. — « Plaise à monseigneur Du Plessis Bourré, trésorier de
France, faire raison et rabès à Jehan Fallet, fermier de la prevosté
d'Angiers, des choses cy-après declerées, qui sont mambre dépen-
dant de sa dicte ferme, et dont ledit Fallet n'a aucunement joy. «
E4(i-47.
1078. — « GontreroUe de l'estat au vray de la recepte de Gascoigne,
par moy fait, Marc de Gai lies, contrerolleur de ladicte recepte, pour
ung an commançant au jour et feste de Nouël rail GtïGG 1111'^" et six,
et finissant à ladicte feste. Fan révolu mil 1111^ 1111"^ et sept, ladicte
feste non comprinse. » Q 35-39.
1079. — [4488.] — Lettre de Gharles VJIl à son « cher et amé
cousin » le sire de la Trémoille et « à ses amez et feaulx » sur la
guerre de Bretagne. G 34-35.
1080. — [xMai 4 488.] — Lettre complètement biffée, où il est ques-
tion d'une descente des Anglais^. G 4 48 v°.
1081. — « Estât au vray de la recepte ordinaire du pays et senes-
chaucée de Quercy. » 95.
1. La menlioa de la présence du s' de Champeroux, Gilbert de Grassay, capi-
taine de Charles VIII, à Vannes, permet de dater cette lettre. Vannes, occupée
par les Français eu juin 1487, ne resta, en eflfet, en leur pouvoir que jusqu'au
3 mars de l'année suivante.
2. Voir à ce sujet Dupuy, ouvr. cit., Il, 132.
282
1082. — -1488. — Requête des habitants de Saint- Jean de Luz à
Charles VIII, pour obtenir la suspension pendant dix ans encore de
la cise ou treuage, dont Louis XI les avait exemptés en -1463. E 63.
1083. — Lundi -18 mai [-1489]. Saint-Malo. — Lettre de Cauwart
au roi sur les préparatifs d'une expédition en Bretagne ^ D 08.
1084. — « Goppie de ce qui est couché en Testât au vray de la
recepte de Saintonge et delà Rochelle, de l'année finissant à la saint
Jehan Baptiste mil 1111*= llll^^ neuf, du chappitre de deniers qui se
payent par descharge du trésor. » Q 72.
1085. — « Autre coppie de ce qui est couché en Testât par esti-
macion de la recepte de Xaintonge, de Tan finissant à la saint Jehan
Baptiste mil IlII^ IIII''^ et dix, ou chappitre de deniers qui se payent
par descharge du trésor. » P 72.
1086. — 20 septembre 1490. — Attestation par «RegnaultGravy.
escuier, seigneur du Rouvre, lieutenant du chasteau d'Angiers, des
sommes despensées pour les réparations dudit chasteau. » E 45.
1087. — « Estât au vray de la recepte ordinaire du paysetsenes-
chaucée de Quercy. pour Tannée commençant à la feste de Noël
mil GCGG IIII'^^ et neuf, et finissant audit jour et feste de Noël ensui-
vant, Tan révolu mil GGGG IIII^^ et dix. P 4.
1088. — ^0 septembre -1493. Plessis-Bourré. — « Estât par esti-
macion de la recepte ordinaire d'Anjou pour Tannée commancée le
premier jour de novembre mil GGGG IIII^^ et douze, et finissant le
derrenier jour d'octobre Tan mil GGGG 1111^^^ et treze, en cecomprins
le trespas de Loyre, dont la ferme commance le premier jour d'oc-
tobre dudit an mil UU'= IIII^^^ Xll, laquelle recepte pourra valloir, eu
regart à ce qu'elle a vallu Tannée derreniere, par estimacion, la
somme de vu™ 1. i. y> (^ \\\-\\2.
1089. — 7 février ^494. Tours. — « S'ensuivent les messes que
le roy a ordonnées estre dictes et célébrées à dyacre et soubz dyacre,
durant ung an entier, pour certains veuz qu'il a faiz pour monseigneur
le daulphin. » Suit un mandement de la date ci-dessus aux tréso-
riers de France, pour assurer l'exécution des précédentes disposi-
tions. I 93.
1. L'année 1489 est la seule où, le 18 mai tombant un lundi, je trouve une
expédition engagée contre la Bretagne, dans les conditions que décrit la présente
lettre.
283
1090. — 29 mars 1494. Vienne '. — LcLlre missive de Charles VIII
aux membres de son conseil leur ordonnant de juyer le procès sou-
levé entre M"* de Mosluc et son « amée et féale cousine, Charlotte de
Bretagne. » ¥ Vi.
Suivent deux autres lettres, mallieureusement en très mauvais
état, l'une adressée par ou à i}P de Vallée, et datée de Lyon {les
déchirures empêchent d'en savoir plus long^, l'autre^ d'oii le no)a de
r auteur lui-même a disparu; le destinataire est le procureur du roi
en Saintonge; un reçu de ces pièces, donné par le même procureur,
porte la date du ^8 mai 1494. F ^5.
1091. — 8 juin -1494. Saint-Just, près Lyon. — Lettres de
(.harles VIII ordonnant à la chambre des comptes d'enregistrer les
lettres de surséancc accordées à Henri lîohier, successeur de feu Guy
Avrillot, comme clerc ordinaire en la chambre des comptes, lettres
de surséance en violation desquelles ladite chambre des comptes
avait reçu pour cette place le serment d'une autre personne. B ^6.
1092. — -17 juin [1494]. Jarzé. — Lettre de Bourré à s'excu-
sant de ne pas se rendre à Moulins comme il en a reçu l'ordre sur ce
qu'il est trop malade, et deux autres lettres à du Bouchage et à
Parent, pour leur faire connaître à eux aussi son état de santé, et les
prier de ne pas parler de lui, afin de ne pas faire remarquer son
absence^. G 8.
1093. — [Été de 1494.] — Lettre de à annonçant le départ
du roi Charles VIII de Lyon pour Vienne, puis pour Grenoble et de
là pour Gènes 3, A ^4.
1094. — « Estât au vray de la recepte ordinaire de Perigort, pour
1. C'est l'endroit d'où celte lettre est datée qui me détermine à l;i placer en
1494.
2. Il semble, d'après cette lettre, que le roi était à Moulins, et que Bourré y
avait été mandé; dans ce cas, elle se placerait, je crois, en 1494, avant le départ
de Charles VIII pour l'Italie. Charles VIII se trouvait à Auxerre au mois de
juin de celte année : Ord. des R. de Fr., \\, 441. Le reste du mois, nous le trou-
vons à Lyon, ibid., 442; dans l'inlervalle, il est assez vraisemblable qu'il se
soit arrêté à Moulins, chez le duc de Bourbon, à peu près à mi-chemin entre
les deux villes précitées.
3. Voy. Commines, 1. VII, c. iv. Charles VIII était encore à Lyon le 11 août 1494 :
Ord. des R. de Fr., XX. 449. Il alla de là à Vienne, mais il revint encore à Lyon,
car je trouve une ordonnance sur l'administration générale du royaume, datée
encore de cette dernière ville, au mois de septembre 1494 : Ord. des R. de Fr.
XX, 453.
284
l'année commençante la fesle desainlJeanBapLisleMCCCniI^^XIII,
et finissant à ladite feste l'an M GGGG IIII^'' XIIII. » P 4n-H8.
1095. — Élat du produit des impositions dans les provinces de
Poitou, Saintonge, Berry, etc. (^49^-4494). H 24.
1096. — Requête de Pierre Lorfèvre, « seigneur d'Ermenonville,
conseiller maistre des comptes en Parlement, » tendant à obtenir
décret de prise de corps contre Nicolle TuUeu, soi-disant examinateur
au Glîâtelet de Paris, en vertu d'informations contre lui faites par
ledit Lorfèvre.
Appointement fut rendu sur cette requête le 5 août 4494. J 25.
1097. — 4 2 avril [U95]. Naples. — Lettre de Gilles de Gléram-
baut à Bourré, conseiller et chambellan du roi, pour qu'il appuie
auprès de celui-ci la demande qu'il fait d^une petite terre voisine de
ses domaines ^ G 44.
1098. — 4 8 août [i 495]. Pièvre? — Lettre de Macé Bardois, secré-
taire du roi, à Bourré ? lui annonçant que le pape a dit que « le comte
Urbin a rompu le seigneur Sigismond. » F 44.
1099. — 6 septembre [4495]. Rome. — Lettre de à sur
les événements du royaume de Naples, et notamment sur la levée
momentanée du siège de Naples par les Espagnols. E 40.
1100. — 28 décembre 4495. — Déclaration par Barthélemi Gai-
court, receveur ordinaire en Limousin, qu'il a reçu pour lui et son
collègue de Périgord, défense du roi de rien payer sans autorisation
du changeur du trésor. N 74 .
1101. — 4 février 4499. Angers. — « Estât par estimacion de la
valleur de la recepte ordinaire du domaine du duché d'Orléans, pour
ung an, commanczant au jour et feste Sainct Jehan Baptiste mil IIII"
IIIl'^^ et dix-huit, et finissant audit jour mil IIIIc IIII^x et dix-
neuf. )) P 82-83.
1102. — a La veille de Pasques Fleuries, xrx* de mars [4502].
Lettre d'A. Martin à M"" le premier Président, M" Germain Ghartelier,
et M* Yves Brinon, relativement à un procès^. » G 4.
1. Cette lettre, comme les deux suivantes, doit avoir été écrite en 1495,
pendant l'expédition de Charles VllI en Italie, et par quelqu'un qui y prit part.
2. L'année 1502, où les Rameaux tombent en eflet le 20 mars, semble indi-
quée comme date de ce document. Bourré n'ayant pas pu, aux années antérieures
où s'est produite celte coïncidence, être qualifié comme il l'est ici a Monsei-
gneur le premier Président. »
285
1103. — U mai i:)2f. — LcUreew espagnol du ûvlc de MoniQlea.?
à ? B 90.
1104. — Rôle (en italien) des gens de la galère d'Alphonse de
Garces (en écriture du xvi= siècle). B 20.
1105. — Rôle [en italien) des gens de la galère d'Alphonse VI.
B^o.
1106. — Rôle {en italien) des gens de la galère royale. B 17-^8.
1107. — Inventaire des pièces produites par les habitants de
Langres en 1527. B 42-53.
1108. — 23 mars -1530. Salbourg? — Lettre de Bastian Joly au
duc de Guise, pour lui demander d'entrer à son service. B 67.
1109. — « Traité de neutralité d'entre la duché et comté de Bour-
gongne et les seigneurs des Ligues, le xxix juillet 1555. » A 66.
1110. — 30 août 1558. — Lettres patentes donnant commission à
Michel Quelain, conseiller du roi, de procéder à l'unification des poids
et mesures dans la sénéchaussée d'Anjou et ses dépendances. (Ces
lettres ne sont qu'indiquées.) A 34.
1111. — iMandement de Michel Quelain aux sergents de la séné-
chaussée d'Anjou dassigner les seigneurs de ladite sénéchaussée,
jouissant ou prétendant jouir du droit de poids et mesures, à compa-
raître le 5 décembre suivant, en l'auditoire et palais royal d'Angers,
pour « speciffîer et bailler les noms de leurs mesures et poids, du
plus grand jusques au plus petit. « Suit un procès-verbal de compa-
rution de « damoiselle Marie de Maillé, bail et garde de Charles
Bourré, nostre fils. » A 34-35.
1112. — « Discours sur les conditions de la paix^ » A 94-95.
1113. — \2 novembre ^563. Paris. — Lettre relative au désar-
mement de Paris et au procès de l'amiral de Goligny à la suite de
l'assassinat du duc de Guise [en italien). B 68-69.
1114. — 4 février ^1564. Paris. — Lettre sur l'arrivée du cardinal
de Lorraine à Paris, et sur l'accueil très froid qui lui a été fait par la
reine-mère, Catherine de Médicis [en italien). B 70.
1115. — -15 et ^8 octobre ^564. La Fcre. — Lettre de l'abbé
Ondedei au duc de Guise {en italien). B 'lOO-'IOI .
1. Celle de Caleau-Carabrésis, conclue les 2 et 3 avril 1559 entre la France,
d'une part, l'Angleterre et l'Espagne, de l'autre.
20
286
1116. — [Mai 1509.] — Nouvelles de Parmée du duc d'Anjou
(depuis Henri III), apportées par « ung homme qui partit hier de
Xainctes »; prise de Cognac, mort de M. d'Andelot. B 79.
1117. — ^3 décembre ^1572. — Nouvelles de Rome [en italien).
P. 72-73.
1118. — Négociations du règne de Henri III. I 99.
1119. — Pièces relatives aux guerres de religion, intitulées : « Nou-
velles du mi de ce moys. » B 74.
1120. — « Extraict d'un article contenu au mémoire par ticullier,
présenté au roi par les depputez de Monseigneur, depuis la publica-
tion de la paix. » B 78.
1121. — 30 décembre. Joinville. — Demande adressée par Antoi-
nette de Bourbon au cardinal de Lorraine, en faveur du concierge de
la maison que son fils a à Troyes. d'un office de tabellion des foires
de ladite ville. A 48.
1122. — 22 novembre. Luçay. — Lettre de M"^ de Rochefort à
Msf de Guise, au sujet d'un délai pour le rachat d'une terre de la
Faulche Selon, dont elle a été mise en jouissance après quinze ans
de procès. A 52.
1123. — Demande de Louis de Sainte M[au]re au duc de Guise de
vouloir bien entendre son procureur. A 53.
1124. — 21 août Sedan. — Lettre de félicitations adressée au
duc de Guise sur sa délivrance. A 54.
1125. — Lettre de Fressencourt, capitaine de Ribemont, à « Me^ le
duc de Guise, lieutenant gênerai pour le roy en son royaume, » pour
demander qu'on lui envoie de l'argent pour les soldats de sa garni-
son, ou qu'on en fasse une montre. A 55.
1126. — [Commencement du xvii^ siècle.] — Lettre au roi, sans
date ni signature, pour lui demander de commettre, sans gages et au
prix de cinquante écus soleil, la garde des forets de Dourdan, pour
laquelle personne ne s^est présenté. A 56,
1127. — Lettre de « M. Mesmyn aux cantons des ligues de Suisse. »
Sans date. A 86.
1128. — 9 juin 1587. Meaux. — Lettres de Henri III convoquant
la gendarmerie, pour marcher contre les Allemands, auxiliaires des
Huguenots. A 96-98.
1129. — « Articuli aliquot heretici Davidis Georgii absurdissimi
ex libris ejus desumpti. » B 76-77.
287
1130. — LeLlres « au comte de Barby, colonel des pistoiicrs, »
pour le rachat de deux prisonniers , signées Moriti Frisse ; du même
au même, relativement à l'évasion d'un prisonnier sur parole -, de
Glirislophe Rab au môme, pour lui demander un compas; à George
Wittheyn, pour lui demander de faire parvenir une lettre à Rodulf
Ilemighc ; de Jean de Massègue à Evalt Eclevies, pour lui deman-
der cinq écus. A^o.
1131. — Relation de la campagne faite en Normandie par Henri IV
contre les troupes de la Ligue, au début de son règne, avec indica-
tion d'événements extérieurs. (Le récit émane d'un témoin oculaire,
le baron de Biron, s'il faut en croire une note placée au haut de la
page.) A ^00-^03.
1132. — -159^. — « Coppie des articles de la confédération des
Suisses. » A 88-90.
1133. — 14 novembre 16-15. Milan. — Lettre sans signature, ni
adresse, contenant des protestations de dévouement et des offres de
service à la France [en italien). B 80-81.
1134. — 2 décembre 4615. Rome. — Lettre de au duc de
Guise, pour lui donner la nouvelle de la nomination de son frère, l'ar-
chevêque de Reims, au cardinalat. B 82.
1135. — iO décembre 1615. — Demande faite par Antonio Nobili
du poste d'auditeur de rote pour la France. B 84-86.
1136. — 22 décembre -1615. Avignon. — Lettre de Malalesla à
l'archevêque de Reims, pour le féliciter de son élévation au cardina-
lat (en italien). B 88.
1137. — Lettre relative à la défense des places de la frontière des
Alpes : Exiles, Briançon, Château-Dauphin, et aux subsides néces-
saires à cet effet. (Sans date ni signature, écriture du xvii« siècle.)
A 50.
1138. — « Ce que M. de Ghastcllux, gouverneur de la citadelle de
Metz, fait observer pour la sûreté el garde d'icelle. » B 61-63.
1139. — « L'ordre qui se tient en ladicte citadelle, advenant une
allarme. » B 63-64.
1140. — « PoUice millitaire, prise sur les ordonnances du roi, qui
se Ht tous les premiers vendrediz du moys, en la présence de tous les
officiers et soldatz de céans. » B 64-65.
1141. — Liste des traités entre les rois de France et les souverains
2S8
étrangers. Le premier est le traité d'alliance du -18 juillet -1 K»4, entre
la France et la Bohème, le dernier, celui pour la pacification des
troubles du royaume au mois de mai ^6-^8. A 62-64.
1142. — 20 mai 'l()28. Rome. — Lettre à Juliano de Villy de Gue-
vara, secrétaire du duc de Guise [en espagnol). B 98.
1143. — « Mémoire succin des trêves et paix les plus remar-
quables, depuis le roi Jehan jusques à présent, la publication des-
quelles a tousjours esté faite par les roys ou heraudz d'armes. » Le
premier de ces traités est celui de Brétigny, le dernier est le traité
conclu entre la France et l'Angleterre, le 20 mai \ 629. A 58-60.
1144. — « Articles et poinctz accordez par l'illustrissime seigneur,
le prince d'Orange, et les Estats Unis des Pais Bas, aux ecclésias-
tiques et magistrats de la ville de Maestricht, le 22e d'aoust -1632,
signé Frédéric Henri de Nassau, et estoient lesdits articles scelés du
scel de Son Excellence, en cire vermeille, avec une couverte dessus \
et plus bas : par ordonnance de Son Excellence, J. Junius. » A 82-84.
1145. — ^3 août ^1640. — « Traité de confédération et alliance
entre Louis 13% roy de France et Navarre, et la principauté de Cata-
logne. » A 92-93.
1146. — « Traité fait entre le roy de France et MM. les princes
Maurice, cardinal, et Thomas de Savoye, le 14 juin 1642, » A 76-81.
1147. — 3i mai -1648. Rome. — Lettre du cardinal au duc de
Guise, pour le féliciter de fheureux succès de l'expédition de Naples,
et lui promettre des secours. B 94.
1148. — 27 juin 1648. — Lettre de D. Camille Pamphih au duc
de Guise, pour lui faire part de la naissance d'un fils {en italien).
B96.
1149. — 13 août 1648. La Gapelle. — Lettre de M. de Roquépine
à M'""^ pour s'excuser d'avoir retenu de force les paysans dans la
place de la Gapelle, qu'il commande. B 99.
1150. — Mémoire en italien de Fabio Paguani, Milanais, sur l'in-
vention de nouveaux moulins mus par les chevaux. B r35-56.
1151. — Mémoire en italien sur un miroir, au moyen duquel on
explique la constitution de la voie lactée, la différence de la fumée
allumée et de la fumée éclairée., on brûle les os les plus gros, sans
consumer les objets blancs, on fait fondre du plomb, etc. B r37-60.
1152. — Ponts-de-Cé. — Lettre de P. Folcartà Bourré, lui deman-
289
dant « d'expédier Raymond Arnaud louchant la receple de Perigord, »
attendu « qu'il n'y a plus rien à donnera » A4.
1153. — ^9 septembre. Amboise. — Demande, adressée par
Jacques d'Espinay à Bourré, d'ordonnancer pour lui sur le comp-
table de Bordeaux, une somme de 100 1. t., à lui duc pour la capi-
tainerie de Sainl-Macaire. A 5.
1154. — Lundi de Pâques. Amboise. — Lettre d'Etienne du Vesc
à Bourré, relativement à un acquit à délivrer à Georges d'Aussy, et
pour lui recommander de ne pas quitter Angers avant l'arrivée de
Du Bouchage. A 7.
1155. — Lettre de à Bourré, pour lui annoncer qu'il demande
à entrer au service du roi. A ^2.
1156. — Demandes diverses adressées au roi par le marquis de
Pont-, la ville de Vernon, Jean Isabeau, Reimon Monsault, général
des monnaies, Minglos, Pierre Jobert et M« Robert Turpin. A -17.
1157. — 28 décembre. Saint-Piat. — Demande faite par Jeanne
de Pellecol, pour Etienne Badoulx, mari de la fille naturelle de son
mari, du tabellionnage de Chartres pour six ans, en remplacement du
greffe du bailliage de Chartres, qu'avait eu d'abord le premier mari
de ladite fille, et qui, après la mort de celui-ci, avait été alfermé a un
autre pour six ans. A 21 .
1158. — (> septembre. Roves? — Demande de Legentilhomme,
envoyé à Bordoxiux pour faire une enquête relative aux seigneuries
de Blancafort et de Saulnier, à Bourré, des pièces nécessaires à l'ac-
complissement de sa mission A 25.
1159. — 6 avril. Sarlat. — Lettre du lieutenant général de Rouizet
el du procureur Hamelin, pour annoncer à Bourré les résultats d'une
enquête sur les résultats d'un arrêt du Parlement de Bordeaux concer-
nant les greffes. A 26.
1160. — 7 février. Noire Castle, Northumberland. — Lettre {en
anglais] du capitaine Ilatherington pour offrir au roi de France ses
1. Ici commence la série des pièces qu'il ne m'a pas été possible de dater, ou
que je n'ai pu dater que d'une façon tout à fait insuffisante, et que j'ai dû me
contenter de ranger par ordre numérique.
2. Nicolas de Calabre, marquis de Pont, petit-fils du roi René, mourut le
27 juillet 1473. C'est la seule indication chronologique que je possède sur ce
document.
290
services, et ceux d'une compagnie d'hommes d'armes de sa nation.
A 44.
1161. — 24 octobre. Baugé. — Supplique de Primaudaye à Bourré,
concernant la jouissance d'un greffe. B 6.
1162. — Lettre de Pierre Jobert à Bourré, sur des questions de
finances. B 7-8.
1163. — 18 juin. Paris. — Lettre de Jean Coingnet à Barthé-
lémy Bourrassier, pour lui demander le payement de ses gages et une
avance de 50 1. t. à l'occasion du mariage de sa fille. B ^3.
1164. — Lettre [en espagnol) du comte de Monte Lea. B 92.
1165. — « C'est la requeste que monseigneur le mareschal de
Loheac fait au roy, » pour pouvoir achever de payer sa compagnie
de cent lances, et recevoir ce qui lui reste dû d'une somme de
-16,000 écus, qui lui ont été promis par le roi pour l'entretien de
cette compagnie. G 3.
1166. — 3^ décembre. Fécamp. — Demande faite par Pierre de
la Salle de nouvelles lettres l'investissant de la charge de maître du
pont de la Roche, les premières n'étant pas valables, et ledit office
lui étant contesté par Colin Leroux, auquel il avait été ultérieurement
attribué par inadvertance. G 7.
1167. — M janvier, Grenoble. — Reçu donné par G. deMorlhon
d'une lettre du roi, lui recommandant d'entretenir toujours « les gens
de son hostel le mieulx que possible lui sera. » G 1 ^ .
1168. — 3^ octobre. Beaumont. — Lettre de de Beaumont à
un prince, pour le prévenir des démarches faites à son détriment,
auprès du roi son père, par les sires de Bueil et de Maillée G ^3.
1169. — Lettre de au roi, se plaignant de ce qu'on Taccuse
auprès du duc de lui avoir fait demander de l'argent par le roi, ce
qui n'a eu lieu que parce qu'en réalité le roi avait besoin d'argent, et
assurant que la faute de M^ Jean Lapite, auquel il a succédé dans le
poste de clerc des comptes, est évidente. G 22.
1. Ce qu'il y a d'étrange dans celle lettre, c'est que, bien qu'il soit question du
roi, son père, le prince, auquel elle est adressée, y est qualilié « sire, » titre
ordinairement réservé à un souverain régnant. Pareille lettre se placerait assez
naturellement à la limite des deux règnes de Charles VII et de Louis XI, mais le
31 octobre 1461, Louis XI, monté sur le trône le 22 juillet précédent, était roi
depuis près de trois mois et demi.
291
H70. — Requête du sénéchal d'Albret au roi, pour obtenir les
4,000 1. t. de pension qui lui avaient été assignées, 500 en Limousin,
et 500 en Languedoc, plus le payement d'un don de 2,000 écus qui
lui avait été fait, enfin la capitainerie de Pézenas, C 33.
1171. — Lettre de Reilhac à Louis XI, pour lui annoncer le paye-
ment de la pension de Charles d'Amboise, et l'établissement de ce
qui est dû à M. de Saint-Pé. G 3/(.
1172. — ^ novembre. Vie. — Lettre de Bertrand [de la Tour],
dauphin d'Auvergne et comte de Boulogne, demandant des instruc-
tions à Louis XI sur la direction à donner à ses troupes, parties du
Rouergue, et qui sont à la Souterraine (Creuse). C 44.
1173. — 28 novembre. Vitré. — Lettre de à Louis XI, lui
promettant le concours que le roi lui a fait demander par Pierre de
Courses. C 54.
1174. — 24 octobre. — Lettre de recommandation adressée à
Louis XI par l'amiral en faveur de Richard Fée, maître des œuvres
de M?"" d'Orléans, qui « avoit servy à raectre sus l'artillerie. » C 58.
1 175. — Lettre à Louis XI? (en portugais) à peu près illisible. G 92.
1176. — 8 avril. Saint-Jean d'Angciy. — Lettre de Gaston du
Lyon à Louis XI pour lui recommander Jean Chevalier, qui porta à
Amboise, au roi, un « vouge à coulevrine, » et lui annoncer que
Vignolles est arrivé, que la peste est à Taillebourg, et que la reine a
dû quitter cette ville. G 1 H.
1177. — 8 janvier. Poitiers. — Lettre de D. Dausserre au roi,
s'excusant de ne pas se rendre vers lui, en raison de son état de
santé. G M 3.
1178. — (> mai. Bourges. — Lettre d'un prêtre du diocèse de
Bourges, pour désavouer les richesses que l'on attribue au clergé
dudit diocèse, et déclarer qu'on ne peut le taxer au delà de 2,000 1. t.
C i\7.
1179. — Lettre de Leprévost au roi pour lui annoncer qu'en
réponse à sa lettre, on lui enverra par Greffin, qui l'a apportée,
cinq cents pelles, et qu'il en a été fait deux cents qui ne sont pas
encore payées. C \ 22.
1180. — Dimanche 4 février. — Le château d'Angers. — Lettre
dWmbroys Cornilleau à Louis XI, lui annonçant que_, suivant son
ordre, il a fait prêter serment à Regnault de Giresrae sur la croix de
292
Saint-Laud^ en présence de « M^ Jehan Jousseau, chanoine, eL de
messire Bertran Gauteron, presbtre et secrétaire deladicte église <. »
C ^24.
1181. — 1^"' mai. N.-D. de Selles. — Lettre de l'abbé de Selles à
Louis XI, lui annonçant que M. de Ruffec cherche à se procurer de
Targent sur son héritage, et qu'il y aurait lieu de l'en empêcher.
G ^26.
1182. — -13 décembre. Teustz? — Lettre de F. de à Louis XI,
lui demandant d'être maintenu en jouissance de sa pension de
^50 1. t. et de son office de lieutenant de M. de Gharlus en Rouergue.
1183. — 6 octobre. Paris. — Lettre de l'élu de Paris à Louis XI
lui indiquant ce qu'il a payé, tant à M. de VouUon que pour les for-
tifications de Pont-Sainte-Maxence, Pontoise et Beauvais. G 140.
1184. — 31 octobre. La Rochelle. — Lettre des habitants de la
Rochelle au roi Louis XI, pour obtenir Finterdiction de la traite des
blés de Guienne, de Saintonge et du gouvernement de la Rochelle.
G US.
1185. — Lettre du seigneur de Graville à M. de Bressuire, lui
annonçant son intention de se conformer aux lettres envoyées par le
roi à Bourré et à lui. G -144.
1186. — 22 octobre. Saint-Jean-de-Luz, — Lettre des habitants
de Saint-Jean-de-Luz pour demander au roi de contraindre le cha-
pitre de N.-D. de Bayonne à céder le bailliage de ladite ville de Saint-
Jean-de-Luz à Marticho d'Eiratsu, dit Malo. G -147.
1187. — 24 août. — Lettre de à Louis XI pour le remercier.
G ^oO.
1188. — 15 février. Paris. — Lettre de 3Iaudonier à Louis XI,
pour lui demander une somme de 200 écus que le nommé Jacques
Meteraye, de Bruges, avait été condamné par le Parlement de Paris à
consigner au greffe. G •152.
1189. — Lettre missive de Louis XI à un capitaine d'ordonnance.
G VJH.
1190. — -10 janvier. Paris. — Lettre de Jean Léger, chanoine de
1. Celte pièce doit être postérieure à l'occupation de l'Anjou par Louis XI, et
l'année 1481 se trouve la seule, après cette occupation, où le 4 février tombe un
dimanche.
203
Rouen, à Louis XI, lui ofîranl ses services pour la réfonnalion de la
justice, suivant un plan discuté autrefois par lui avec M. dePrecigny
et AP Jean Munier. G 1 60.
1191. — Mémoire indiquant au roi divers moyens de se procurer
de l'argent. G JG2.
1192. — 23 janvier. Saint-Florentin. — Lettre de à Louis XI,
pour lui annoncer l'envoi de nouvelles par Jean de Bonscuze et par
« messire Yvon. » G 163.
1193. — Demande de privilèges adressée au roi par les habitants
de Villeneuve-de-Bert, en Vivarais. G ^65.
1194. — 13 juillet. Le Vergier ^ — Lettre de à M. de Montc-
jan, pour le prier d'envoyer les titres relatifs à la seigneurie de Gil-
lebourg, qui sont en sa possession, et de venir le voir avant son
départ pour faire ses adieux au maréchal de Bretagne et à iM. deGué-
méné, le chargeant enfin de faire ses compliments aux différents
membres de sa famille. 1) i 6.
1195. — io mai. La Flèche. — Lettre de la duchesse iMarguerite
d'Alençon à « monseigneur l'eslcu» en faveur de M""" des Barres. 1) 50.
1196. — Mardi, 2i> juin. Ambouaise (Amboisei. — Lettre de Gathe-
rine de Blot à Louis XI, lui demandant pour son frère un prieuré
possédé par l'abbé élu d'Entremont. D 62.
1197. — 24 mars. Rouen. — Lettre de Pierre Jobert à Louis XI,
l'engageant à réduire la solde des gens de guerre, et sur une demande
pécuniaire du duc d'Alençon. D ^04.
1198. — Pâques Fleuries. Dreux. — Lettre de J. Holet à Louis XI,
pour lui rendre compte de linsucccs de sa mission auprès de Guidot
du Lar, et des intrigues de celui-ci avec l'archidiacre de Neubourg,
frère de M'"«de Jenlly. D ^06.
1199. — 18 juin. Grenoble. — Lettre de Pierre Gruel à Du Bou-
chage, pour le prier d'appuyer la requête d'un nommé Botu, qui va
solliciter des lettres d'abolition. D LiO.
1200. — 7 avril. Tullins. — Lettre de à Louis XI, sur les
1. Le Verger élail une résidence du maréchal de Gié, dont le nom revient sou-
vent dans l'histoire de Bretagne, au commencement du régne de Charles Vill. Il
y fut même signé entre ce roi et François II, duc de Bretagne, un traité, à la
date du 20 août 1488. Dupuy, ouvr. cit., II, li7-1.50. Aussi serais-je disposé à
placer cette lettre pendant le régne de Charles VIII.
294
affaires de Dauphiné, et pour lui demander l'autorisalion de vendre
des blés hors de la province, vu le bas prix auquel ils sont. D -1 2^ .
1201. — 14 juillet. Bayonne. — Lettre de Gaston du Lyon et d'Es-
tevenot à Louis XI, pour lui recommander Arnaut Guillem de la
Gouste, procureur du roi en la sénéchaussée des Lannes, et lui
annoncer l'arrivée en Navarre des rois de Gastille et d'Aragon, pour
conclure un arrangement. D 134.
1202. — Lettre de Jean de Tardes à Louis XI, pour lui annoncer
que selon les ordres que le roi lui a fait parvenir par Pierre Dayes,
il restera à Bordeaux, et pour le prier de rendre à son beau-père, dont
le roi lui-même lui a fait épouser la fdle, l'ordonnance qui lui a été
enlevée. D 137.
1203. — 3 novembre. Lyon. — Lettre de Pétrequind'Autrey à Phi-
lippe de Savoie, seigneur de Bresse, pour lui annoncer qu'Antoine de
Soliers, d'Asti, refuse de lui payer ses frais de voyage en France, vers
M"'« d'Orléans*. DUl.
1204. — 18 novembre. Paris. — Lettre de d'Alincourt à
Louis XI, pour lui demander un remboursement, et le paiement de
sa pension. D 149.
1205. — 23 novembre. Saint-Saturnin. — Lettre de à Louis XI,
pour lui demander « descharge de sa pension, sans laquelle des-
charge le capitaine Tartaille ne puet tirer avant, » et un mandement
pour faire saisir tous les chiens couchants du pays, et défendre la
chasse à la « touvelle. » D 159.
1206. — 30 mars. Grenoble. — Lettre de Pierre Gruel, président
de la chambre des comptes de Dauphiné, à Louis XI, pour lui rap-
peler que le pape Jean XXIII avait accordé aux dauphins de Viennois
le droit de nommer aux bénéfices de chanoines dans la chapelle de
Saint-André de Grenoble, droit que les prévôts de Saint-André
s'étaient induement attribué. D 163.
1207. — 30 novembre. Barbezieux. — Lettre de Marguerite de la
Roche, veuve de M. de Maillé, pour obtenir du roi la permission de
prêter l'hommage dont elle est tenue devant le sénéchal de Sain-
longe, et la traite de deux mille tonneaux de froment de ses terres,
pour pouvoir subvenir aux frais de fortification qu'il lui a fallu faire.
D 163.
1. Au moins après le 4 janvier 1465, date de la mort du duc d'Orléans, puis-
qu'il n'est question que de la duchesse.
295
1208. — 2'» février. La .Molle. — Lellre de Jacques de Ucaumonl
à Louis XI, pour lui annoncer l'envoi d'un chiffre, donl il se sert
avec ses amis, el lui demander une commission pour le logement en
Poitou de ses gens de Normandie. D \ 67.
1209. — 20 novembre. Orléans. — Lettre des gens des finances à
Louis XI pour lui conseiller un dégrèvement, et sur la nomination
d'Etienne de Mazeau à la recette générale de la Chambre aux
deniers. D 109.
1210. — 8 octobre. Paris. — Lellre des officiers de la chambre
des comptes à Louis XI, pour lui annoncer « que, depuis le moys
de décembre dernier passé, jusques au premier jour de may ensui-
vant et derrenier passé, les loups et louves ont estranglé et mengié à
Tentour de la ville de Meleun, el es environs, à moins de six lieues,
tant en Brye, comme en Gaslinoys, dix-neuf personnes, tant enffans
que autres, et, avec ce, en ont navré et inconvenienté plusieurs autres
dont les aucuns en sont mors » 1) ^71.
1211. — 27 novembre. — Lettre de à Louis XI, renfermant,
en même temps que des protestations de fidélité, une demande de
sûrelé. D ^8^.
1212. — Requête des habitants de Pézenas et de Montagnac, pour
que, dans les dix jours de leurs foires, ne soient pas compris les
jours non ouvrables, qu'elles puissent être prolongées en cas de néces-
sité, et que les étrangers n'y puissent vendre, comme autrefois, que
des vins du pays. D 181).
1213. — 15 août. Villeneuve-la-Comtesse. — Lettre de Catherine
de Thevyne, veuve de NicoUe Chambre, à Louis XI, pour lui deman-
der des secours en souvenir de son mari, qui avait été compromis
pour l'avoir servi du temps qu'il était dauphin, el être autorisée à
prêter hommage devant le sénéchal de Sainlonge, pour ses terres de
Villeneuve-la-Gomtesse, Ghampaigne et la Jarroie. D iOL
1214. — S octobre. — Lettre de J. d'Amboise et de Daillon, s'du
Lude, à Bourré, sur des questions de finances. E A.
1215. — 28 avril. Grenoble. — Lellre d'Erlant à Bourré, relative
à une assignation de ii'= xx écus, que M. de Chaste lui demande, à
cause de son cheval. E 8.
1216. — ^9 mars. Paris. — Lettre de François Bourdin à Bourré,
sur des questions de finances, et dénonçant la misère de la popula-
tion par suite de l'exagération des impots. E V2.
296
1^217. — Lettre d'Odet d'Aydie à Bourré, accusant réception
d'une lettre du s' de Bressuire, et le priant de lui faire parvenir sa
réponse. E ^6.
1218. — ^ 6 octobre. — Lettre de Jalicard à M. de Hangest, pour lui
commander les lettres de confirmation de l'office de maître des
œuvres de maçonnerie et de charpenterie en la comté de Poitou, pour
Jean Guibon. E 20.
1219. — 8 mars. Reims. — Lettre de Beauvarlet à Bourré, sur
des questions de finances. E 22.
1220. — 30 avril. Paris. — Lettre de l'évêque de Paris à Bourré,
pour l'assurer de sa bienveillance en faveur de son neveu, pour
lequel Bourré sollicitait une prébende de chanoine. E 23.
1221. — Mardi. Les Bordes. — Lettre de Marguerite de Culant à
Bourré, pour obtenir décharge de « tous despens, arreraiges et fraiz, »
que pourraient lui demander ses frères depuis la mort de leur père.
E 24.
1222. — 3^ mai. Orléans. — Lettre de Jean Le Prévost à
Bourré, pour se recommander, lui et le porteur de sa lettre, à sa
bienveillance. E 23.
1223. — 22 novembre. Milly. — Lettre de Louis de Graville à
Bourré, pour lui annoncer l'envoi de toutes les commissions qui lui
sont nécessaires. E 27.
1224. — 21 février. Tours. — Lettre de Pierre de Rohan à
Bourré pour lui accuser réception d'une lettre. E 35.
1225. —Dimanche. Saint-Martin-le-Beau. — Lettre de Chabannay
à Bourré, le pressant d'ordonner au maître d'hôtel Estienne de payer
les ouvriers qui n'ont rien reçu pour la construction de la chapelle
Saint-Biaise à Amboise. E 36.
1226. — « C'est l'offre que la ville et cité de Bourdeaulx a faictet
faict encores touchant la modération des charges et subsides, que
payent au roy les marchans venans en marchandise à ladicte ville, et
ce, affin que les marchans soyent bien traités, et le fait de marchan-
dise bien entretenu, à l'honneur, proffît et utilité dudit seigneur et
de ses pays et subgiets. » E 40.
1227. — Lettre de à un évêque, pour s'excuser de ne pou-
voir assister à son sacre. E 43.
1228. — 15 janvier. Selles en Berry. — Lettre de Jehan Jozien,
archidiacre de Sanccrre, secrétaire du roi, à Bourré, pour s'excuser
297
d'avoir tardé à lui rédiger les lettres pour le pape, qui lui avaient
été commandées, parce qu'il avait été trop pressé par le légat, le jour
du départ de celui-ci de Tours. E 54.
1229. — ^ 5 mars. Lyon. — Lettre de Miquel de Gramont à Bourré,
pour lui demander d'imputer iiii'^ écus d'or, qui lui avaient été don-
nés par le roi, sur le reste de feu Pierre Porcian, receveur du domaine
de la sénéchaussée des Lannes. E 55.
1230. — Lettre de Jean Briçonnet à Bourré, sur les traites d'An-
jou^. E 56.
1231. — 2(5 juin. Figeac. — Lettre de Guillaume de Varye à
Etienne Chevalier et à Jean Bourré, sur des questions de finances,
et pour leur annoncer qu'il se rend aux états de Languedoc. E 58.
1232. — ^7 décembre. Rossillon. — Lettre du bâtard de Villars
au roi, pour l'assurer que, quoi qu'on en ait dit, il n'a pas quitté le
Dauphiné. E 60.
1233. — 7 août. Paris. — Lettre de Jean Henri à Etienne Che-
valier, sur le procès du seigneur du Monlet, et sur l'utilité d'envoyer
comme commissaire, pour examiner Guillaume de Varye et le comp-
table de Bordeaux, M^ Jean Baudry, ex-procureur du roi à Bordeaux.
E 67.
1234. — Lettre de pour se plaindre de la rébellion de ses
sujets et demander au Parlement de ne pas les entendre. E 70.
1235. — Serment prêté par de servir le roi envers et contre
tous, sauf le pape et l'église. E 71.
1236. — 21 juillet. Jarzé. — Lettre de Loys Mourier, « imagier, »
demandant [à Bourré] à quel endroit de l'église il faut placer le tra-
vail exécuté par lui 2. E 73.
1237. — 25 août. Lyon. — Lettre de Loys Nyvart à René d'Alen-
çon, comte du Perche, pour l'assurer de la bonne volonté qu'il a de
lui faire payer sa pension. E 76.
1238. — 22 novembre. Rouen. — Lettre de Jean Raguier à
M. de Villezet, lui annonçant que, si le comte n'a pu avoir son
1. 11 y a des chances pour que ceUe lettre soit de l'année 1474, où Bourré,
après l'occupation de l'Anjou, fut chargé de celte afl'aire des traites, et où l'on
trouve précisément d'autres lettres à lui adressées à ce sujet. Voir la notice
biographique qui précède ce catalogue.
2. L'endroit d'où est datée cette lettre indique que le travail était exécuté pour
Bourré, qui était seigneur de Jarzé.
298
argent pour le Pont-de-l' Arche, c'est qu'il n'y avait pas eu d'assigna-
tion. E 77.
1239. — 20 septembre. Tours. — Lettre de Leprince à Bourré,
sur des affaires de finances et d'impôts. E 89.
1240. — iS juin. Perpignan. — Lettre de Refuge à de la Loère,
trésorier de Languedoc, pour lui demander de faire une avance à
Etienne de Grammont, qui va dans la montagne servir le roi. E 94.
1241. — Premier jour de l'an, Pâques. Tours. — Lettre de Du
Lau à Bourré , lui demandant de vérifier les lettres de surséance
accordées à Bernard de Banquet. E 97.
1242. — 5 juillet. Chartres. — Lettre de M. de Brézé au général
de Languedoc, pour obtenir une commission de commandant pour
la place de l'Isle, sans quoi ladite place risque d'être prise. F 7.
1243. — 20 mai. Paris. — Lettre de Legentilhomme à Bourré,
chevalier, trésorier de France, sur l'enquête de Blancafort, et sur
celles de Grécy, Gournay et Moret. F ^2.
1244. — Lettre de à Louis XI, annonçant la nomination en
Auvergne de Jean Bernier, greffier du duc de Bourbon, et d'un autre
individu dont il ignore le nom, sur le fait de nouveaux acquêts. F ^4.
1245. — a Advertissement touchant les finances de Guienne. »
F n.
1246. — l" décembre. Vieilleville. — Lettre de recommandation
de M. de Scépeaux à Bourré pour son fils. F 3o.
1247. — 6 novembre. Mouson. — Lettre de l'Ospital à Bourré,
pour demander le payement de ses gens d'armes et des munitions. F 40.
1248. — Lundi. Tours. — Lettre de à Bourré, lui annonçant
son intention de se rendre vers le roi, et sollicitant sa protection. F 47.
1249. — 22 novembre. Rouen. — Lettre des bourgeois et conseil-
lers de Rouen à Bourré et à Guillaume de Varye, pour obtenir que
les droits levés par la ville sur les bières et les cervoises soient
maintenus, malgré les plaintes des brasseurs, attendu qu'ils ont peu
de temps à durer, et qu'ils doivent ensuite être diminués. F 63.
1250. — 30 novembre. Tours. — Lettre du curé du Puy-N-.D.,
informant Bourré que le seigneur de Recheillieu demande 3,000 écus
sur sa dime. F 07.
1251. — Samedi. Le Vergier. — Lettre de René Laval et Henri
Bonnet à Bourré, pour lui annoncer la mort de la maréchale [de Gié]
et son enterrement pour le lundi suivant. F 08.
299
1252. — ♦> décembre. — Lcllre de Myolans a Bourré, pour lui
demander Monlrichard, que le roi lui a donné. F 7().
1253. — 19 février. Angers. — Lettre de P. Jarey à Bourré, pour
s'excuser de n'avoir rien dépensé, pour augmenter le service de N.-D.
de Béimart. F 77.
1254. — Lettre de Maillart, trésorier d'Orléans, à Bourré, le priant
de l'excuser auprès du roi, de ce qu'il ne se rend pas immédiatement
vers lui, attendu qu'il est retenu par les alTaires de la duchesse d'Or-
léans <. F 78.
1255. — Lettre de Jean Ourant, de Grenoble, pour recommander
à Bourré M« Jean Rossât, afin que sa place de secrétaire du roi au
Parlement de Grenoble lui soit conservée. F 79.
1256. — « Cy après s'ensuivent les gens de guerre, que le roy
par ses lectres patentes a ordonnez estre paiez sans monstre. » F 82.
1257. — Dimanche, U mars. Orléans. — Lettre de Reilhac à
Bourré, pour lui annoncer que, par suite d'une lettre de M"^ Baude,
qui lui en a envoyé l'ordre au nom du roi, il est allé faire le serment
de la trésorerie auprès de M. le chancelier, que celui-ci l'a bien reçu,
mais que d'Ennery lui a fait opposition et en a appelé au Parlement.
F 85.
1258. — Lettres patentes de Louis XI, nommant M« Jacques
Loup, chanoine de Bordeaux, licencié en droit, conseiller au Parle-
ment de ladite ville. F 85.
1259. — 20 septembre. Tours. — Lettre de Jean Briçonnet à
Bourré, conseiller et maître des comptes, lui donnant notamment
des nouvelles du roi. F 87.
1260. — -1" février. Dax. — Lettre de Jean de Philip à Bourré,
relativement au droit de haute justice de Poyloaud. F 94.
1261. — 29 décembre. Saumur. — Lettre de Pierre Burdelot à
Bourré, lui annonçant que son frère, le grenetier de Saumur, n'a pas
pu lui verser les sommes dont il était comptable. F 9(1.
1262. — \(> novembre. Le Vergier. — Lettre de Pierre de Rohan
à Bourré, pour lui recommander ses affaires, et l'assurer qu'il n'at-
tend que sa réponse pour s'occuper de son différend (à Bourré) avec
M. delà Fresnaye. F 'I0<.
1263. — 28 août. Laon. — Lettre de Guillaume Guéroult, rece-
l. Veuve de Louis d'Orléans, inorl le 4 janvier 1465.
300
veur de Vermandoîs à Bourré, le priant d'appuyer une demande de
lettres de noblesse qu'il adresse au roi. F ■104.
1264. — Lettre de à Bourré, sur la recette des aides. F -m v°.
1265. — Appointement des gens de finances ordonnant de payer
2,223 1. 1. à Gaston du Lyon, sénéchal de Toulouse, sur la recette des
affaires et équivalent de Poitou, et en déduction de 3,000 écus, que
lui devait Jean Raguier, receveur général de Normandie. F -H^.
1266. — Montpellier. — Lettre de la Loère à Bourré, conseiller et
maître des comptes du roi, sur le payement de -1 ,500 1. 1. fait à M. de
Barra, sur l'ordre exprès du roi, et par dérogation à de précédentes
instructions. F -US.
1267. — ^5 mars, mardi. Plessis-Macé. — Lettre de Chariot de
Beaumont à Bourré, concernant les opérations des commissaires des
francs-fiefs en Laudunois et pour se recommander à lui. F 4 20.'
1268. — Demande de dégrèvement des habitants de Limoges, en
raison de la contagion qui règne dans leur ville, et accueil favorable
fait à cette demande par les commissaires chargés de l'examiner. F -f 24 .
1269. — Tours, 18 décembre. — Lettre de Jean Prévost à
Bourré, pour s'excuser de ne pouvoir donner l'état au vrai de sa
recette que demandait le roi, et pour donner les motifs de cette impos-
sibilité. F ^26-^27.
1270. — ^6 juillet. Tours. — Lettre deTilhartà Bourré, conseil-
ler et maître des comptes du roi, et trésorier de France, accusant
réception d'une lettre, et annonçant la prochaine arrivée du roi au
Plessis-du-Parc. F'129.
1271. — 21 août. Tours. — Lettre de Martin Leroy à Bourré,
conseiller et maître des comptes du roi, pour obtenir des lettres
de commission, autorisant les auditeurs à faire rentrer les deniers des
nouveaux droits, quand le général est forcé de s'absenter. F -133.
1272. — Fragment de lettre, sans date ni signature, et en très
mauvais état. F ^45.
1273. — 28 avril. Paris. — Lettre de l'élu de Paris à Bourré,
maître des comptes et trésorier de France, sur la situation de la capi-
tale. F 4 47.
1274. — 4 janvier. Fontaine. — Lettre de Daillon à Bourré, pour
lui recommander une affaire qu'un de ses cousins a en la chancel-
lerie. F 148.
30<
1275. —20 septembre. Tours. — LeLlre de Flameng à Bourré, lui
donnant des nouvelles du roi el de la reine, et lui parlant d'affaires
de finances. F -(55.
1276. — Lettre de à Louis XL pour lui annoncer qu'un
marcliand milanais, liabitantToulouse, par crainte du droit d'aubaine,
qui ne lui a été appliqué, ni à la mort de son père, ni même à celle de
son grand-père, serait disposé à payer 300 écus, et pour lui annoncer
la maladie de Gourtinelles. G 7.
1277. — 7 août. Angers. — Fragment de lettre adressée à Louis XI
par ?G^2 v°.
1278. — « Instruction à monseigneur de Grantmont de ce qu'il a à
faire de par le roy, au[près de] madame la princesse de Navarre, ou
ses gens ayans povoir d'elle. » G 32.
1279. — Liste des « cappitaines du ban et arriere-ban. » G 33.
1280. — Instructions données à ambassadeur de Louis XI,
auprès de Philippe de Savoie, seigneur de Bresse. G 53-54.
1281. — -12 janvier. Amboise. — Lettre de à Louis XI, pour
lui demander un mandement, justifiant les remises d'argent par lui
faites au curé du Puy N.-D. G 56.
1282. — Demande d'argent des procureurs de l'église de N.-D. de
Montfort, pour continuer les réparations de ladite église, commen-
cées jadis avec une subvention prise sur les revenus du grenier à sel
de Normandie. G 62.
1283. — Lettre du président de la chambre des comptes de Dau-
phiné au roi, pour lui demander la marche à suivre dans certaines
affaires de cette province. G 64.
1284. — Lettre de à sur les affaires de Savoie et d^Es-
pagne. G 67.
1285. — 30 juin. Amboise. — Lettre de aux procureurs de la
fabrique du Puy-N.-D. sur le fait des bois et dhnes de Sanzay. G 69.
1286. — Lettre de à au sujet des susdites dîmes. G 75.
1287. — Lettre missive de Louis XI à G 84.
1288. — Demande de à Louis XI de 4,000 f., des capitainerie,
viguerie et cliâtellenie d'Aigues-Morles et de la Charbonnière, enfin
de l'office de conseiller et premier maître d'hôtel du roi. G ^103.
1289. — « Les trois points » G 106.
2\
302
1290. — 3 aoûL Amboise. — Lettre de à relative à des
collations d'offices. G ^08.
1291. — Première phrase, à ce qu'il semble, de minutes de lettres,
presque identiques en la forme, adressées, l'une à Louis XI, lautre
à la reine, une autre à 3Iadeleine de France, comtesse de Foix, sœur
du roi. G ^^3.
1292. — -13 janvier. Ving — Lettre missive de Louis XI
à G^I6.
1293. — 28 août. Montaigu. — Lettre de à ^1*= Nicolle, pour
le prier d'appuyer auprès du roi une lettre qu'il lui écrit. G US.
1294. — « A monseigneur l'amyral l'ouverture de la recom-
panse d'arganl. » G 425.
1295. — Assignation de gages. G ^126.
1296. — « Memoyre de Glison des troys pointz. » G -132.
1297. — « C'est ce que le seneschal de Xaintonge requiert au
roy. » G 437.
J. Vaesen.
{A suivre.)
PASSAGES
DE
CHARLES VU ET DU DAUPHIN LOUIS
A LIMOGES EN 1459,
DES MÊMES ET DE LA REINE DE FRANCE EN 1442.
La courte chronique que nous donnons ici est tirée d'un gros
registre in-folio de la cliambrerie de Saint-Martial, conservé aux
Archives départementales de la Haute-Vienne (fonds Saint-Martial,
n" prov. H. 468, f°' ccxviii v" et ccxrx r"). Elle a été transcrite à la fin
du XVII' siècle par doni Estiennot [Fragmnnts dliist. d^ Aquitaine,
I, 247 et 358) et au siècle suivant par l'abbé Nadaud [Mss. du grand
séminaire de Limoges). Elle a été publiée pour la première fois par
la Société des antiquaires de France [Mémoires^ XI, 357) sur une
copie communiquée par AUou, l'auteur de la Description des monu-
mens de la Haute-Vienne, qui s'était servi vraisemblablement de la
transcription de Nadaud. Elle fut reproduite quelques années plus
tard dans le Bulletin de la Société d'agriculture^ sciences et arts du
Limousin (1842), puis, de nouveau, par Maurice Ardant dans le Bul-
letin de la Société archéologique du Limousin (^854), et enfin, pour
la quatrième fois, par M. Duplès-Agier, dans les Chroniques de
Saint-Martial de Limoges (1874, p. 202). Mais, soit que les copies
de dom Estiennot et de l'abbé Nadaud fussent défectueuses, soit que
les épreuves aient été mal corrigées, toujours est-il que les quatre
publications mentionnées ne nous donnent qu'un texte très incorrect.
Dans de pareilles conditions, on reconnaîtra avec nous la nécessité
d'une nouvelle publication de cette chronique si pittoresque dans
ses détails. Nous avons tâché de rendre cette publication définitive
par une attentive collation du texte original, que M. Duplès-Agier
304
croyait perdu. Outre l'orthographe des mots, nous avons pu rectifier
de la sorte bon nombre de lectures fausses et restituer des passages
omis ou transposés. Nous avons pris soin aussi d'identifier tous les
noms de lieux, dans l'opinion que les historiens du règne de Charles VII
pourraient trouver profit à ces menues indications.
Alfred Leroux.
Nota hic per modum memorie qualiter receptus fuit rex
Francie Karolus cwn filio suo dalphino quando intrave-
runt castrum Lemoincense insimul cuni multis ducibus,
comitibus, baronibus et aliis nobilibus^.
Anno ab incarnacione Domini raillesimo CCCG° XXXVIIP,
die lune, secunda dies {sic) mensis mardi', rex Francie Karo-
lus cum filio suo Ludovico, dalphino, primogenito suo et tune
temporis unico, intraverunt castrum Lemovicense^ et modus rece-
pcionis talis fuit :
Primo, ipse rex, qui jacuerat in villa de Dauratc*, pransus fuit
in Castro de Tour ont '", et dominus dalphinus, qui jacuerat in
villa de Bellaco et ibidem pransus, expectavit eum in loco nostro
qui dicitur Cozes'^ vel Yulgsàiier Petit-Limoges. Et tune ipsis
venientibus insimul eum sua nobili eomitiva oeeurrerunt primo "
multe turbe puerorum ex ipso Castro Lemovieensi clamantes et
dieentes : Vivat rex et dominus dalphinus ! quasi in medio itine-
ris ; et clamantes semper sic precedebant eum eum panuneellis
suis, ubi pieté erant arme Francie.
Deinde, in ingressu loci Montis Gaudii^ precedebant nos fra-
tres minores, quod tamen non placebat domino episcopo Lemovi-
eensi^ ; post quos inmediate veniebat dominus abbas saneti Mar-
1. Au lieu de ce titre, on trouve dans la publication de M. Ardant le litre
suivant, qui ne figure pas dans le manuscrit : Advenius régis Caroli Vil cum Ludo-
vico delphino et commoratio eorum Lemovici (sic) anno M. CCCC. XXXVIII.
2. N. st. 1439.
3. Le château, bûti autour de la basilique de Saint-Marlial, par opposition à la
cxik {civitas), qui formait une agglomération distincte autour de la cathédrale.
'i et 5. Le Dorât et Thouron, arr. de Bellac, Haute-Vienne.
6. Couzeix, près Limoges.
7. Le texte porte simplement po.
8. Montjauvy, faubourg de Limoges.
9. Pierre de Montbrun, depuis l'i27.
305
cialisS indutus cappa domini episcopiLemovicensis deManhaco^
cum colore adureo adurata. Conventus vero erat in albis et non
cappis, quia tempus pluviosum erat; et recte ante domum con-
ventus Montis Gaudii, in quadam parva platea recte in itinere,
posueramus scannum paratuin et reliquie desuper videlicet imago
béate Marie de Sepulchro^ et crux argentea doraini cardinalis'' et
magna crux aurea, juvene stante ante dictas reliquias et ipsam
(sic) defferente. Rex vero descendit de sonipede sua : flexis geni-
bus, adora vit crucem, porrigente domino abbate, remota mitra,
et incipiente cantore nostro responsorium Deum time et alia
responsoria de beata Mai'ia Gaude Maria et de beato Marciale.
Et readscenso rege equum suum, processimus ordinato conventu
hinc inde usque ad locum ubi dominus episcopus cum canonicis
suis iterum reliquias paraverant quasi in medio ilineris inter
Montera Gaudii et portam Montis Malier''. Et iterum rex des-
cendit et adoravit reliquias per manus episcopi sibi porrectas''^ ; et
rege remonta to, conabantur canonici quod ante ipsos pergeremus,
et per interpositas personas dominorum clamantes alta voce :
Davant! Bavant! Modicum renitentes et contradicentes habui-
mus locum nostrum, videlicet partera sinistram, dominus abbas
cum conventu suo et dominus episcopus cum canonicis suis par-
tem dexteram. Et sic ordinatis hinc inde venimus usque ante clo-
cherium, et ibi iterum paratis reliquiis expectabamus'^; et domino
episcopo cum canonicis suis recedente, invitatus a domino abbate
remansit cum canonicis ; et sic stantes anibo ante reliquias in
ingressu ecclesie sancti Marcialis expectabamus regem.
Rex vero ingressus portale Montis Malie7% invenit paratum
papilionem pulcrum cum armis suis, quem portabant consules et
burgences {sic) dicte ville ; et ipse rex solus erat desubtus. Et sic
pergebant per médium carrerie, Gentes vero armorum stabant
ordinate hinc inde ab utroque latere ruarum, transeunte rege
cum nobili coraitiva. Populus autem alta voce claraabat Noe, Noe,
1. Jacques II Jouviond, depuis 1433.
2. Hugues de Magnac, -j- 1412.
3. Autrernent dit la crypte de la basilique Saint-Martial.
4. Guy d'Arfeuille, dit le cardinal de Sarragosse, ou oncore le cardinal de Tus-
culum, inhumé à Saint-Martial vers 1364.
5. Auj. Monnialier, nom d'un faubourg de Limoges.
6. Le texte porte porretas, ce qui semble une faute du scribe.
7. Le texte porte eocpectamus ba.
300
Noe^! ciim jubilacione et gaudio' raagno, et supra[dicjti pueri
semper eciam alta voce : Vive le roy et monsr. le daulphi!
Vive!
Et sic venit ordinate usque ante clocherium^ et ibi descendit de
equo, et osculata cruce sibi per dominum episcopum Lemovicen-
sem porrecta, et data sibi aqua benedicta, intravit ecclesiam et
recta via venit ante majus altare sanctissimi Marcialis, et ibi liexis
genibus, iterum osculatus est crucem sibi per dominum episco-
pum tensam, et finita collecta beati Marcialis et data benedictione
ab ipso episcopo, domino abbate stante juxta ipsum episcopum,
rex non descendit in sepulchro, sed recta via per quam venerat
regressus est, et ante clocherium, ubi expectabatur, readscendit
equum suum, et sub papilione perductus est in domura Guillelmi
Juliani vocata[m] vulgariterBayardariaveHowjBa^^zsmen^^- et
ibi hospitatus remansit.
Dominus vero dalphinus, fillius ejus, descendit in doraum domini
abbatis; ibi eciam locatus remansit.
Confessor autem suus pênes prepositum de Gumbis '", qui in
die qua recessit dominus dalphinus requisivit dominum abbatem
ut amore ipsius concederet prebendam in abbatia Marciali Meze,
nepoti supradicti prepositi de Cumbis, tanquam priori de Mutone^,
usque ad novos fructus. Dominus vero abbas ad requestam
ipsius concessit usque ad festum Pasche, alii dicunt usque ad
novos fructus.
Medicus vero erat pênes infirmarium hospitatus, et iste procu-
ravit, ad requestam Guidoni[s] de Phelinis et fratrum suorum,
quod dominus dalphinus requireret dominum abbatem quod red-
deret sibi officium pitanciarie, quod aserebat justo et bono titulo
esse suum auctori[ta]te apostolica. Quod dominus dalphinus
fecit, mittens domino abbati unum suum militem qui ipsum rege-
bat, qui dicebatur dominus c?e Tusse, ut ipsum requireret nomine
ipsius quod sibi velletreddere et dare amore sui. Dominus excusa-
vit se et noluit facere et ivit loquutum cum domino dalphino,
dicens quod illud erat destruccio abbacie et conventus, sed viso
1. Plus ordinairement Noël! Voy. Ducange au mot Natale.
2. Le texte porte gaugio.
3. Le clocher de la basilique Saint-Martial.
4. Sis aujourd'hui au bas de la rue de l'Ancienne-Comédie.
5. La juridiction du quartier des Combes appartenait à l'abbé de Sainl-Marlial.
6. Mouton, arr. de Rufifec, Charente.
307
lioc quod dicerat lionerabat conscienciam suam, et faceret vel pre-
ciperet sibi quod vellet, et illud dalphino multum displicuit quod
conscienciam lionerabat, sed propter hoc non desiit, et iterura in
crastinum raisit supradictum milletem {sic) et in societate sua
quendam alium militem qui vocabatur dominus de Tissai,
dicentes domino abbati quod vellet acquiescere et facere volunta-
tem doniini dalphini. Tandem, post multa verba, reperta est talis
via sati[s]faeiendi, quia dominus abbas quendam pri[o]ratum qui
nuper vaccaverat et dederat preposito de FiscoS cum officio sub-
cantorie, contulit et dédit supradicto Guidoni de Phelinis et ipse
renunciavit juri et accioni quod habebat et poterat habere in offi-
cio pitanciarie; et sic habuit supradictum prioratum de Chazelis-,
cum supradicto officio subcantorie, cum prebenda in claustro; et
[pro] recompensacione supradicti prioratus , dominus abbas de
voluntate conventus tradidit supradicto preposito de Fisco sali-
nam mensis junii, que erat et est de officio pitanciarie, donec et
quousque recompensatus fuerit de tanto quantum extimari potest
communiter valor salis ; et cum hoc ipse débet solvere sal conven-
tui et omnia alla onera quecumque sint.
Apotheccarius domini dalphini, qui vocatur /. Boiitet, de
civitate Bituricensi, fuit hospes meus; qui non me gravavit in
aliquo contra voluntatem meam; verumptamen in caméra et
lecto meo jacebat, et ego cum Dyonisio, clerico meo, mihi ser-
vienti; cui dédit in recessu v solidos, quod tamen ego nolebam,
Dyonisio clerico, servitori meo. Multi alii hospitati erant inabba-
tia, quod causa brevitatis relinquo. Item erat quidem (sic) pulcher
juvenis in hospicio domini dalphini, qui dicebatur dominus de
Tancarville .
Nota eciam hic quod Taneguin du Chastel, olim prepositus
Parisiensis, transmisit supradicto domino dalphino quanda[m]
leonam etatis viii'" mensium, ut dicebant, quam receperat in
villa de Bellaco et secum ibi adduxerat, quam multi viderunt et
desiderabant videre : sed ex infortunio ille qui eam regebat, cum
quadam corda quam in coUo habebat eam ligaverat prope fenes-
tras camere domini abbatis, non in illa in qua dominus dalphinus
jacebat, sed in alia de ante. De nocte per fenestram saliens cum
corda quam in collo habebat se subspendit et ibi mortua est ; et
1. Feyx-Faite ou simplement Feyt, arr. d'Ussel, Corrèze.
2. Peut-être Chazelles, arr. d'Angouléme, Charente.
308
propter hoc ipse dalphinus multum doluit ; et excorticata detule-
rimt secum pellem cum sagimine et caudal Nota eciam quod
dorainus abbas dédit domino dalphino quendam pulcrum lepora-
rium.
Et die ix"'" postquam venerat, videlicet die martis ix™^ mar-
di- in anno supradicto, post prandium recessit, et illo sero intra-
vit villam sancti Leonardi^, et post per unam aliam noctem
jacuit in villa Burgi-novi^ ubi equi gencium suorum comede-
runt m sextarios avene mee, et gentes régis unum. Qui non
recessit cum filio; sed in crastinum, videlicet die mercurii post
prandium, quia ante prandium fecit amputari publiée et in alto
loco prope et ante pillorium caput Bertrandi de Azat, militis,
proditoris, qui fecerat se Anglicum et captus fuerat in loco de
Domme'" per unum bastardum cura aliis 1111°'' de nocte. Et bene
evasisset, sed noluit facere, quia ipse et duo filii intérim se face-
rent Franciscos ; et tamen multas prodiciones et mala fecerat régi,
ut dicebatur. Anima ejus requiescat in pace. Amen.
Sequntur illa que rex fecit, ipso stante et résidente ibi sin-
gulis diebus. Et primo, die martis m marcii postquam venit,
venit ad sanctum Marcialem et ibi audivit missam suam de die
et vesperas ad majus altare; et erat fixa tenta sua et parata in
cornu altaris ante armarium, ubi continue jacet custos majoris
altaris. Post vesperas cappelle sue dominus abbas cum conventu
suo ante supradictum altare majus fuerunt presentati régi per
dominum Jacobum de Cabanis ^ militera et senescallum Tholoze;
et ibimet rex audivit dorainum abbatem bénigne se et conventum
suura et bona ecclesie ofFerentera sibi et suo servicio et voluntati.
Et hoc idem fecit domino dalphino, verumptamen non ibi, sed in
caméra sua ; et sic recessit rex pro illa die, et celebravimus mis-
sam majorera ad altare sancti Pétri et vesperas post recessum
régis et cantorura ejus qui tenebant chorura in choro. Et post
prandiura mandavit rex nobis quod in crastinum ostenderetur
1. La phrase qui suit, omise dans les précédentes éditions, se trouve en marge
du manuscrit.
2. S'il s'agit réellement du mardi, il faut corriger ixma enxma.
3. Saint-Léonard de Noblac, arr. de Limoges.
't. Bourgaiicuf, rh.-l. d'arr., Creuse.
5. Dommc, arr. de Sarlat, Dordogne.
6. Jacques de Cbabannes^ sieur de la Palice.
30'.)
sibi caput beatissimi Marcialis; quod ita fuit laclum, et adoravit
eum {sic) ibi ad niajus altare et alii domini qui tune secum pré-
sentes erant, vel major pars ipsorum. Postea inmediate delatum
fuit ad altare sancte crucis, et ibi publiée et honori[fî]ce ostensum
fuit usque ad duas horas post meridiem vel circa, et postea repo-
situra et clausum ubi erat prius in griba sua. Rex vero audivit
ibidem totum servicium suum, ut fecerat in die precedenti, et nos
similiter ibi.
In sequenti vero die, scilicet in die jovis, non *, fecit sibi
parari cappellam beati Benedicti, et ibi totum servicium suum
fecerunt quamdiu in dicta villa stetit, et nos in choro. In recessu
suo de ecclesia, ipsa die ante prandium, in domo ubi manebat,
magister Marcialis Barmundeti, locumtenens regius et consul
dicte ville in ipso anno, multum bene et notabiliter coram rege
proposuit et arengam fecit, exponens et dicens publiée pauperta-
tes, miserias et affliciones, raubaciones Cas tri Luceti^ et alia que
paciebatur omni die patria; et omnia rex libenter et bénigne
audivit, et concilium {sic) ejus, promittens se appositurum reme-
dium infra brève tempus. Post prandium vero, ipsa die, cum
raajori parte baronum et nobilium suorum, rexequesivitadcam-
pos, et transiensper portam Montis ilia/î'er versus sanctum Mar-
tinum^, intravit ecclesiam sancti Stephani prothoraartiris^ et ibi
monstrata fuit sibi camisia sancte Valérie, prothomartiris Gallie,
cum macillis ejusdem; quibus adoratis, recessit et visitavit civi-
tatem, et transiens ante Predicatores et sanctum Geraldum et
ante Carmelitas"' venit ad crosum de Arenis vel VAt^ena^, et ibi
modicum respiciens trahentes de arbalista, revenit intrare portam
1. Un mot de deux leUres illisible. On a voulu lire nonas V, ce qui est inad-
missible. Nous lirions volontiers non Se, c'est-à-dire nonas scilicet, si le jeudi
correspondait au\ nones de mars 1139.
•2. Chalncet, château fort à quelques kilomètres de Limoges. Il ap|)arlenait
depuis 1 iOO à la maison d'Albret. Les dévastations dont se plaignent ici les habi-
tants de Limoges dataient de loin. Voy. sur ce point la Chronique de Gérald
Tarneau, notaire de PierrebulDère, 1424 à 1427.
3. L'abbaye de Saint-Martin- lez-Limoges.
4. Il s'agit de l'église cathédrale.
5. Le couvent des FF. Prêcheurs, le prieuré de Saint-Gérald et le monastère
des Carmélites étaient situés extra muros, entre le château et la cité.
6. Le creux des Arènes, c'est-à-dire le centre même de l'amphithéâtre, en
contre-bas du sol environnant.
3<0
de Arena, et ante fontem de Eygolena* transivit per mercatum
ante pillorium et domum Mathei Benedicti, venit per Descensum
Manlianie- et magnam carreriam et per Taulas^. Ante cloche-
rium recta via ante domum Simonis Lucas, receptus est in
domum suam.
Aliis vero diebus nichil aliud notabile fecit ; sed semper conci-
lium {sic) ejus tractabat et procurabat unde peccunia posset
extrahi et haberi ; et finaliter debuit habere a villa in promptu tria
millia scutorum et a tota patria viginti millia librarum, et ut mihi
retulit supradictus locumtenens regius, raagister Marcialis'* Bar-
mundeti, bene decostitit ville in omnibus, tam in donis quam in
aliis missionibus omnibus, vii'^™ millia scutorum velcirca.
Item donavit nobi[s] et concessit salvam gardiam perpetuam,
importantem casum complainte, per quam possumus ponere
panuncellos et gardianura nostrumunumvelplures. Item conces-
sit eciam litteram relevamenti de omnibus redditibus perditis,
tam in capite quam in membris, a quatuor viginti decem annis
citra. Item dominus^ fecit sibi juramentumfidelitatis, quod omnia
quecumque tenet a rege tenet ab ipso cum simplici juramento
fidelitatis; et de toto boc et juramento sibi facto habuit litteram
sigillatam cum suo magno sigillo in cera alba.
Sequntur breviter nomina baronum et nobilium et eciam
prelatorum existencium in societate régis et qui cum ipso vene-
runt^. Et primo dominus Karolus, dux Borbonensis et Alvernhie,
et cui rex commiserat regimen tocius Acquitanie, magnus domi-
nus et major post regem et in regimine et in dominacionibus.
Item Carolus de Anjo, comes de au May ne et frater regine.
Item comes de Vendôme, magnus magister bospicii régis et
de magno concilio {sic) régis.
Item bastardus de Aurelianis, miles, nobilis, pulcber, dulcis et
mansuetus et magno consilio et quem rex multum diligebat, non
1. La fontaine d'Eygoulène, dans l'intérieur même de la ville [castrum).
2. Auj. la rue Dcsccndant-Manigne.
3. Auj. la rue des Taules {Tabulae}.
4. Le texte porte Margialis.
5. L'abbé de Saint-Martial.
6. Quelques-uns des noms qui suivent ne nous sont pas connus ; d'autres au
contraire le sont trop pour qu'il soit nécessaire de les identilier.
3n
sine causa quia prudens et boni regimiiiiserat, ut communis fama
refferebat.
Item dominus de Tancarville^, ut in societatedominldalphini
mencionem fecimus.
Item erat ibi eciam marescallus Francie, qui dicebatur la
Fayetta, qui erat eciam de magno consilio, et hospitatus in lios-
picio magistri Marcialis-, locura tenentis, quiaamicussuusfami-
liaris ex longo tempore fuerat^. Dominus dux Borbonensis erat
pênes Matheum Benedicti in domo patei-nali. Carolnsf/eAn/o in
alia de ante in eadem carreria, Bastardus pênes Dinnamandi,
prout credo.
Item erat eciam hic Prejan de Coytivi, gubernator Rupelle,
miles.
Item dominus de Turre de Alvernhia, miles etpulcherjuvenis.
Item dominus de Choumont, miles, quem rex multum dili-
gebat.
Item dominus Jacobus de Cabanis*, qui dominum abbatem régi
cum conventu presentavit, ut superius dictum est : et multi alii
nobiles erant, quos omnesnominare tediosum esset.
Item erant eciam quidam nobiles patrie et Johannes de la
Roche, qui venit penultima die ante recessum régis et ab ipso
recessit. Verumptaraen dominus de Aquila^ non venit ibi, sed ad
sanctum Leonardum.
Rex tamen ibi'^ convocaverat très status patrie Lemovicensis.
Comes Marchie in villa Guaracti ^ erat et ibi regem pênes suum
cancellai'ium notabiliter cum raagnis piscibus festivavit, et régi
ibi se sociavit et cum ipso rege recessit.
Sequntur eciam breviter nomina dominorum episcoporum, qui
cum multis aliis nobilibus'^ dominis de societate régis supradic-
1. Guillaume d'IIarcourt, seigneur comte de Tancarviile.
2. Sans doute Martial Bermondet, mentionné plus haut à deux reprises.
3. Tout ce qui suit a été transposé dans les éditions précédentes.
4. 11 est qualifié plus liant de chevalier et sénéchal de Toulouse.
5. Le fameux Jean de Laigle. dont il est souvent question dans la chronique
de Gérald Tarneau.
6. C'esl-à-dire à Limoges. Cf. A. Thomas, les États provinciaux de la France
centrale sous Charles VII, I, 230.
7. Guéret, ch.-l. de la Creuse.
8. L'o de nobilibus el plus loin celui de nobiliter portent un siglc abrévialif
dont la valeur nous échappe.
312
tis, etaliis notabilibusclericis, qui dicebantur magnum consilium
régis.
Et primo erat ibi dominus archiepiscopus Tholozanus S vel
saltim electus seu postulatus.
Item dominus episcopus Magalonensis', cancellarius Francie.
Item episcopus Parisiensis^.
Item episcopus Pictavensis^.
Item dominus episcopus Malliazensis^; et isti erant de magno
consilio.
Item dominus episcopus Lemovicensis^.
Item Eiigolismensis", frater suus germanus.
Item episcopus Tutelensis^.
Et dominus episcopus Castrensis seu de Castres en Albiges^,
confessor régis. Credo quod non erant plures.
Item erat ibi quidam clericus qui fecit quoddam dictamen in
gallico seu frances, quod mihi tradidit dominus locumtenens *%
quod scripsi in quadam papiro mea post romancium de Fouveau^^.
Aliud carmen fecerat in latinum, quod tradidit in manu régis, de
quo nondum potui coppiamliabere. Etista sufficiantpropresenti.
Rex autem ivit recta via ad sanctum Leonardum, ut dictum
est; dehinc ad Burgum Novum, et ibi jacuit, cum fllio semper
secum. Deinde ivit apud Garactum et ibi stetit per quatuor dies,
et filius suus in villa sancti Simphoriani ^^ p^nes magistrum
Guillelmum Piedieu, et ivit visum patrem in villa Garacti, et ibi
nobiliter comes Marchie et de Perdiac ipsos festivavit, ut dic-
tum est supra. Deinde perrexit ad Chancdeigles *=*et ibi jacuit, et
1. Pierre du Moulin.
2. Robert de Rouvres, depuis 1433.
3. Denis du Moulin, depuis février 1439.
4. Serait-ce Hugues de Conibarel, dont la présence à Poitiers après 1438 est
douteuse ?
5. Thibaud de Lucé, depuis 1438.
6. Pierre de Montbrun, depuis 1427.
7. Jean V, depuis 1419.
8. Jean de Cluys, depuis 1428.
9. Gérard Machet, depuis 1432.
10. Martial Bermondet, déjà nommé.
11. Peut-être pour Fauvel, poème satirique du xiv"^ siècle. Voy. Hist. litte'r.,
XXIV.
12. Saiiite-Feyre, arr. de Guéret, Creuse. Voy. Bibliothèque de l'Ecole des
chartes, XXXVII, 1876, p. 311.
13. Chénérailles, arr. d'Aubusson, Creuse.
313
filius suus in burgo Agedimi' ; et deinde apud Aiizanse- et ad
Montem Acutum in Combrallia ^ et apud Riomum ; et sic est tinis.
Deo gracias. Amen.
Nota hic eciam qiiod anno Doraini M'"° CCCC"" XL. Il», prima
diemaii, in supradicto anno, KarolusrexFrancorum, cum unico
filio suc et multis aliis baronibus et dorainis, inter quos erat Karo-
lus de Anjo, frater régi ne, et multi alii doraini, intraverunt
supradictam \ illam seu castrum Lemovicense. Et tune ibant, ut
dicebatur, ad jornatam assignatam Anglicis, conflicturi cum ipsis,
ante locum qui dicitur et appellatur Tartas^ in Vasconia et
prope villam Burdegale ; et ibi traditis obsidibus per dominum de
AlebretoS forciori debebat reddi, non venientibus Anglicis et
defficien[ti]bus ; reddita fuit honorabiliter domino nostro régi
Francie cum multis aliis civitatibus, villis, castris et locis. Non
recepimus eum quando venit, quia quasi de nocte intravit. Et
ibi tenuit magnum consilium suum ubi aplicuerunt multi amba-
ciatores plurimorum dominorum, principum et ducum, ut videli-
cet doraini Aurelianensis, doraini ducis Burgundie et doraini ducis
Borbonencis et doraini ducis de Alanson. Et multi alii ibi vene-
runt, quod tediosura esset audire.
Item, durante ibi supradicto consilio et stanteibi rege, aplicuit
ibi dux Aurelianensis cura uxore sua, cum multis aliis dominabus
et aliis raulieribus, multura plures quara cura regina, et pluriori-
bus curribus. Et totum fuit hospitalatum {sic) et locatum in abba-
cia ista»^ ; et totum multura honorabiliter. Taraen non exiviraus
obviara eis cum processione propter presenciam régis ; et petitura
fuit régi, sed responsum fuit quod non debebaraus facere ; et non
feciraus. Et breviter tra[cjtata pace inter ipsos infra brève tera-
pus, fuerunt reconsiliati {sic) et boni araici inter eos. Et multa
largitus e[sjt rex domino duci Aurelianensi', et remanssit ibi post
recessura régis cum comitiva bene per viii° dies^.
1. Ahun, arr. de Guérel, Creuse.
2. Auzances, arr. d'Aubusson, Creuse.
3. Montaigut-ea-Combraille, arr. de Riom, Puy-dc-Dùme.
4. Arr. de Sainl-Sever, Landes.
5. Jean V'\
6. Il faut entendre l'abbaye de Saint-Martial.
7. Le texte porte Aurelianensis.
8. Rappelons que le Registre consulaire AA 1 de.s Archives communales de
Limoges renferme aussi quelques détails sur le double passage de Charles VII
à Limoge».
314
Nota eciam hic quod die xxvni marcii in anno Domini mille-
simo CCGC XLIP* seu in die mercurii sancta, regina Francie-
intravit viliam Lemovicensem seu castrura, ciim numéro alia-
rum XX dominarura, et centum homines armati cum equis, ut
oppinebatur {sic), vel circa, hora quarta post meridiem. Nos et
omnes alie ecclesie nobiscum, exceptis canonicis qui non recepe-
runt eam, recepimus cum domino abbate sancti Augustin!^ et
priore sancti Geraldi^ in societate domini abbatis cum cappis.
Regina cum societate et comitiva sua descendit in loco de
Cozeys'", in domo domini abbatis, et ibi se calefecit cum multis
de societate. Et exivimus ei obviam quasi in medio itineris
Montis Melier seu Montis Gaudii, et ibi recepimus eam cum
comitiva. Et sic veniens intravit ecclesiam nostram et oravit; et
régressa hospitata est in domo Guillelmi Julliani seu Bavardaria ;
et non ita cito vidit gloriosum caput, sed post certos dies post. Et
ibi stetit usque post Pascha, et die mercurii post festum recessit
cum curribus et societate, tendens peregrina ad beatam Mariam
Magdalenam de la Baume'^. Que reversa est ibi cum paucis et
quasi sex mulieribus, sine curribus, sed equis, ingressa est ite-
rum viliam Lemovicensem xi aprilis anno revoluto, dimisso rege
in civitate Tholozana ; et in isto regressu non exivimus obviam
revertiti {sic) nec cum processione, nisi solummodo dominus abbas
cum multis aliis de villa egressi obviaverunt ei extra viliam eques.
Regina non mansit ibi nisi per duos vel très dies, quia dies {sic)
martis xi™^ aprilis intravit et jovis post inmediate recessit ten-
dens Pictavis, ut dicebatur.
1. L'année commençant en Limousin au 25 mars, la date est exacte.
2. Marie, lille de Louis II d'Anjou, roi de Sicile.
3 et 4. L'abbaye de Saint-Augustin et le prieuré de Saint-Gérard étaient situés
tous deux extra viuros.
5. Couzeix, déjà nommé, comme la plupart des noms propres qui suivent.
G. La Sainte-Baume avec sa grotte de la Magdeleine, commune de Plan-dAups,
arr. de Brignoles, Var.
BIBLIOGRAPHIE.
Catalogue of ancient manuacripts in the British Muséum. Part II.
Latin. London, IS8i. Grand in-folio de vi et 80 pages, plus
CI planches autotypiques.
L'administration du Musée britannique a voulu faire connaître, par
un catalogue détaillé et par un choix de fac-similés autotypiques, les
plus anciens manuscrits conservés dans les divers fonds de l'établisse-
ment.
En 1881, nous avons vu paraitre un volume de ce catalogue consacré
aux manuscrits grecs (v et 25 pages, avec 20 planches). Le volume rela-
tif aux manuscrits latins vient à son tour d'être mis en distribution. Il
fait le plus grand honneur aux bibliothécaires qui en ont dirigé et pré-
paré la publication, principalement à MM. Bond, Thompson et War-
ner. Ainsi compris et ainsi exécuté, un catalogue est assuré de prendre
place parmi les plus utiles ouvrages de paléographie.
Pour bien faire comprendre l'importance du catalogue des anciens
manuscrits latins du Musée britannique, je vais dresser la liste des
98 volumes ou fragments de volumes que M. Thompson et ses collabora-
teurs ont passés en revue. Les notices sont réparties en huit séries, suivant
l'ordre méthodique des matières contenues dans les manuscrits : Écriture
sainte, — Théologie, — Liturgie, — Vies de Saints, — Gomput, —
Littérature classique ou semi-classique, — Histoire, — Droit canonique.
La table analytique que publie la Bibliothèque de l'Ecole des chartes est
disposée tout ditTéremmcnl. Les manuscrits y seront classés suivant
l'ordre chronologique, en commençant par les plus anciens. Pour cha-
cun deux, j'indiquerai la page du catalogue à laquelle l'on trouve la
notice descriptive, le sujet du volume, la cote, la date et le numéro des
planches auxquelles il a donné lieu. J'ajouterai quelques détails sur les
articles qui me sembleront offrir un intérêt particulier pour des lecteurs
français.
P. 69. Annales de Jicinianus. Fonds additionnel, n° 17212. — Écriture
onciale du v« siècle, laquelle a été effacée au siècle suivant pour faire
place à un ouvrage de grammaire écrit en cursive; cette deuxième écri-
ture a été elle-même effacée et remplacée au ix^ ou au x^ siècle par le
texte syriaque des homélies de saint Jean Ghrysostome. Les planches
3^6
1 et 2 donnent une idée du genre d'écriture employé pour la copie des
Annales de Licinianus et du traité grammatical.
P. 14. Les quatre évangiles. Fonds Harléien, n» 1775. — Volume de
petit format, écrit en lettres onciales, au vi^ ou au va" siècle. Le fol. 63 v°
est reproduit sur la planche 3. — Ce volume a été volé en 1707 à la
bibliothèque du roi par Jean Aymon ; il portait le n° 4582 sur l'inven-
taire dressé en 1G82 par Clément, et venait de la bibliothèque du car-
dinal Mazarin.
P. 76. Glossaire grec-latin, suivi de synonymes et de traités médicaux.
Fonds Harléien, n° 5792. Ce volume, dont le fol. 273 v° est reproduit
sur la planche 4, a appartenu au cardinal Nicolas de Cues. Il est en
onciale du vii^ siècle.
P. 73. Fragment d'Orose. Fonds additionnel, n» 24144. En onciale
du vne siècle. De ce manuscrit il ne subsiste plus que des fragments
qui ont servi de gardes à des livres de l'abbaye de Stavelot. Le Musée
britannique en a acquis en 1861 deux feuillets et des morceaux de cinq
autres feuillets, qu'une notice de M. Polain avait fait connaître en
1849 ; une des pages les mieux conservées est reproduite sur la planche 6.
Deux autres feuillets du même manuscrit forment le n° 19609 de la
bibliothèque royale de Belgique; Pertz en avait vu trois autres feuillets
à Bruxelles en 1826. Aux renseignements consignés dans le catalogue
du Musée britannique, il faut ajouter ceux que le docteur Zangeraei-
ster a donnés en 1882 dans son édition d'Orose, p. xi et xii.
P. 53. Homélies et divers morceaux théologiques, suivis de la vie de
saint Fursi. Ms. Harléien, n" 5041. La vie de saint Fursi, qui occupe la
dernière partie du volume (fol. 79-98 V), aété copiée au ix<= siècle; mais
le reste du volume (fol 1-78 v) est beaucoup plus ancien et peut remon-
ter à la fin du vii^ siècle ; les quinze premières pages (fol. 1-8) sont
en minuscule mérovingienne et les suivantes (fol. 8 v°-78 v) en onciale.
Sur la planche 31, nous avons la reproduction d'une page de minuscule
(fol. 5 v") et d'une page d'onciale (fol. 39).
P. 49. Homélies d'Origène sur Balaam et Balac. — Fonds Burney,
n° 340. Écriture onciale de la fin du vn« siècle. Le fol. 51 v° est repro-
duit sur la planche 5. Ce volume est la première partie d'un manuscrit
jadis conservé à Gorbie, puis à Saint-Germain-des-Prés, où il fut volé
en 1791. Il portait dans le fonds latin de Saint-Germain le n° 197.
Primitivement, le volume était composé de 104 feuillets et contenait :'
1° (fol. 1) Poème de 101 vers relatifs à saint Laurent, dont voici les
premiers et les derniers :
Non suis omentum, non iutestinabidentum,
Non bovis arvinam, non thus carnemque caprinam
Sed carnem propriam quo gratior hostia fiam :
3n
Viscera torta vora, scelus est, sed agis graviora
Qui torres nudum quasi nolis mandere crudum.
Ce morceau est une addition du xii' siècle.
2* (fol. 2-60;. « Incipit tractatus Origenis de Balaham et Balac. —
Expliciunt humilias de Balaham et Balac. »
3° (fol. 61-104). « Johannis Constantinopolitani de reparatione lapsi. »
Le Musée britannique n'a recueilli que les cahiers renfermant les
homéhes d'Origène, c'est-à-dire, si je ne me trompe, 59 ou 60 feuillets
(et non pas 80, comme il est dit dans la publication dont je rends
compte). — Le reste, c'est-à-dire le fol. 1 et les fol. 61-104, est passé à
Saint-Pétersbourg, comme nous l'apprenons par les notes du docteur
K. Gillert (.yeues\4.rchiv,\, 245 et 246).
Les auteurs du catalogue des anciens mss. latins du Musée britan-
nique ont pensé que le volume dont il s'agit avait été transféré de Saint-
Germain-des-Prés dans une abbaye de Saint-Laurent, d'où il fut enlevé
lors des pillages de la Révolution. Il y a là une confusion. Le manus-
crit est resté à Saint-Germain jusqu'en 1791 ; s'il a été à une certaine
époque conservé dan? un monastère de Saint- Laurent, c'est au moyen
âge et dans le prieuré de Saint-Laurent de Heilly, comme un certain
nombre de manuscrits de Gorbie, que j'ai indiqués dans le Cabinet des
manuscrits, t. II, p. 125.
P. 49. Sermons de saint Augustin, etc. Fonds additionnel, n° 29972. —
Fragment d'un petit volume écrit en minuscule mérovingienne, du
genre employé dans le célèbre lectionnaire de Luxeuil, ms. latin 9427
delà Bibliothèque nationale. Ce fragment consiste en 13 feuillets ; une
page en est reproduite sur la planche 30. — Des morceaux de manus-
crits analogues, mais d'un format un peu différent, forment le n° 57 du
fonds Barrois, chez le comte d'Ahsburnham, et le premier des fragments
réunis à la Bibliothèque nationale dans le n" 2243 du fonds latin des
Nouvelles acquisitions.
P. 51. Morales de saint Grégoire sur Job. Fonds additionnel,
n° 1 1878. — Écriture mérovingienne du vii^ siècle, analogue à celle du
ms. additionnel 29972. Deux pages en sont reproduites sur la planche 29.
P. 8. Psautier, avec gloses anglo-saxonnes. Fonds cottonien, Vespa-
sien. A. i. — Copié vers l'an 700 en lettres onciales par un calligraphe
anglo-saxon. Suivant une tradition dénuée de fondement, ce serait un
des livres que le vénérable Bède dit avoir été envoyés à saint Augustin
par le pape saint Grégoire. — Les planches 12 et 13 reproduisent deux
des pages préliminaires qui sont en capitales; la planche 14, une page
du texte en onciales; la planche 15, l'image du roi David entouré de
musiciens qui rempUt le fol. 30 v» du ms.
P. 15. Les quatre évangiles. Fonds cottonien, Nero. D. iv. — Volume
écrit vers l'an 700 dans l'ile de Landisfarne et connu sous ladénomina-
3^8
tion d'Évangilos de Landisfarne, d'Évangiles de saint Cuthbert ou de
Livre de Durham. On y a ajouté des gloses interlinéaires en dialecte
northumbrien du x<= siècle. — L'une des trois planches (9-11) qu'a
fournies ce ms. nous fait connaître à la fois l'écriture de la partie pri-
mitive, qui est une grosso demi-onciale saxonne, et l'écriture de la
partie additionnelle, notamment la longue remarque dans laquelle l'au-
teur des gloses, Aldred, fils d'Alfred et de Tilwin, raconte comment le
volume a été exécuté. La disposition des chapitres des quatre évangiles
dans le ms. de Landisfarne est la même que dans la Bible Amiatine de
Florence, particularité qui s'ajoute aux raisons que M. lo commandeur
J.-B. de Rossi peut avoir d'attribuer à cette Bible une origine anglo-
saxonne.
P. 62. Fragments des Vies des Pères. — Deux feuillets servant de
gardes au ms. additionnel 15350. En onciale du viii« siècle.
P. 68. Alphabets suivis de la lettre de Denis le Petit sur la Pâque.
Fonds cottonieu, Domitien. A. ix. — Un seul feuillet, dont l'écriture en
petite onciale paraît dater du vin^ siècle.
P. 19. Les quatre évangiles. Fonds royal, 1. B. vu. — Volume écrit
au vni« siècle, en demi-onciale anglo-saxonne. Une page en est repro-
duite sur la planche 16.
P. 20. Les évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. Fonds cotto-
nien, Otho. C. v. — Demi-onciale irlandaise du vni<^ siècle.
P. 20. Les quatre évangiles. Fonds royal, 1. E. vr. — Écriture demi-
onciale saxonne, de la fin du viri« siècle. Peintures et ornements remar-
quables ; plusieurs feuillets en parchemin pourpré. Ce ms. paraît être la
dernière partie d'une grande Bible qui, suivant une tradition inaccep-
table, aurait été donnée par le pape saint Grégoire à saint Augustin.
— Nous avons dans les planches 17 et 18 une page du texte et une
page des canons.
P. 60. Recueil de prières. Fonds royal, 2. A. xx. — Volume en carac-
tères anglo-saxons, du viii" siècle ; le fol. 14 v° en est reproduit sur la
planche 21.
P. 78. L'Histoire ecclésiastique des Bretons par Bède. Fonds cotto-
nien, Tiberius. C. n. — Écriture saxonne du vni« siècle. Le fol. ôSven
est reproduit sur la planche 19.
P. 89. Concile de Glovesho, lettre de saint Boniface, etc. — Huit frag-
ments d'un ms. anglais du vin<= siècle, fonds cottonien, Otho. A. i,
lequel a été à peu près entièrement détruit par l'incendie de l'année 1731.
P. 18. Les quatre évangiles. Fonds additionnel, n" 5463. — Volume
d'origine italienne, en lettres onciales, du vni« siècle; il a été copié par
le moine Lupus, suivant les ordres de « plus pater Ato. » On a supposé
que ce personnage est l'abbé Atton, qui gouverna le monastère de Saint-
Vincent de Volturno, depuis 739 jusqu'en 760. — La planche 7 est le
fac-similé du fol. 191 du ms. 5463.
S\9
P. 61. Leçons et prières. Fonds harloieii, n° 2965. — Ecriture anglo-
saxonne du viii^ siècle. Le fol. 16 v est reproduit sur la planche 22.
P. 54. Morceaux de théologie et de comput. Fonds cottonien, Nero.
A. II, seconde partie (foi. 12-43) du ms. — Écrit probahlement en France,
au viiie siècle. Les fol. 25 v" et 26 sont reproduits sur la planche 32.
P. 57. Fragments d'un sacramentaire, servant de feuilles de garde au
ms. additionnel 29276, qui parait venir d'un monastère dédié à saint
Pierre et à saint Maurice et situé près de Bingen sur le Rhin. Ces frag-
ments sont attribués au viii' siècle.
P. 51. Morales de saint Grégoire sur Job. Fonds additionnel n» 31031.
— Minuscule mérovingienne du viii^ siècle, dans laquelle les i se font
remarquer par un trait fort développé qui se prolonge au-dessous de la
ligne, dirigé de droite à gauche. Ce manuscrit, dont une page forme le
sujet de la planche 33, vient de l'abbaye d'Ottenbeuren en Bavière et a
figuré en 1879 à la vente de M. Didot.
P. 51. Morales de saint Grégoire sur Job. Fonds additionnel, n° 24143.
— Écriture du viiie siècle. Il y en a une page reproduite sur la planche 34.
P. 55. Fragments d'homélies, conservés comme feuilles de garde dans
les rass. additionnels 18304, 18322, 18344, 18347, 18349 et 18350, qui
paraissent venir du monastère de Georgenberg en Tyrol. — Écriture du
viii« siècle, ou du ix* suivant la table mise en tête du volume. Une
page en est reproduite sur la planche 53.
P. 61. Litanies et prières. Fonds harléien, no7653. — Écriture irlan-
daise du vni'^ ou du ix^ siècle. Ce manuscrit ne consiste qu'en sept
feuillets. Le fol. 2 v est reproduit sur la planche 23.
, P. 79. L'Histoire ecclésiastique des Bretons, par Bède. Fonds cotto-
nien, Tiberius. A. xiv. — Écriture saxonne du commencement du
IX* siècle. Une page (fol. 20 \°) forme le sujet de la planche 20.
P. 13. Fragments de la Bible. Fonds Egerton, n° 1046. — Écriture
anglo-saxonne du commencement du ix" siècle. Le fol. 22 \° est repro-
duit sur la planche 26.
P. 79. Très court martyrologe en vers, suivi de notes chronologiques,
d'un catalogue de papes et des listes des évéques de la Grande-Bretagne.
Fonds cottonien, Vespasien. B. vi. Cahier de 7 feuillets, en caractères
saxons, copié selon toute apparence dans le royaume de Mercie^ entre
les années 81 1 et 814. La première page est reproduite sur la planche 24.
P. 21. Les quatre évangiles. Fonds harléien, n° 2788. — Ms. en
onciales d'or du commencement du ix« siècle, d'origine française, ayant
fait partie de la collection de J.-J. Charron, marquis de Menars, vendue
à la Haye en 1720. A la notice sont jointes trois planches (no^ 39-41),
qui reproduisent le commencement de l'évangile de saint Matthieu, une
page du texte courant et l'image de saint Matthieu ; elles faciliteront
de curieuses comparaisons avec un ms. qui a déjà été signalé comme
offrant de grandes analogies avec le ms. Harléien 2788, le livre des
320
évangiles venu de Saint-Médard de Soissons et classé à la Bibliothèque
nationale sous le n° 8850 du fonds latin.
P. 69. L'Orateur de Gicéron. Fonds harléien, n° 2736. — Écriture du
commencement du ix' siècle, dont une page a été reproduite sur la
planche 58. A la fin (fol. 107 v° et 108), on a ajouté des vers qui
semblent indiquer que le ms. vient de l'abbaye de Gormeri eu Touraine,
En voici le texte :
I. Herardus presul templum sacravit et aram;
Rector erat nobis Autacher abba sacer.
Signavitque locum Martino rite patrono ;
Stat confessorum junctus honore chorus.
Pra^cipuum Benedictus habens, quem suspicit orbis,
Gregorium sociat, qui sua dicta probat.
II. Hoc Fredricus adest tumulo, quem Francia misit,
Nobiliter natum, gaudia nostra diu.
Laudato laicam tenuit moderamine vitam,
Ut prudens, fortis, justus ubique satis.
Pêne senex mortem morbo sibi sensit adesse,
Mox fidei merito creditur isse Deo.
Les auteurs du catalogue ont pensé que la première de ces pièces est
relative à la dédicace de l'abbaye de Villeloin, célébrée en 859 par
Hérard, archevêque de Tours, à la demande de « Audacher », abbé de
Gormeri. — La seconde pièce est l'épitaphe d'un certain Frédéric, qui
est connu pour avoir conclu en 840 un échange avec le même abbé
« Audacher. »
P. 1. Bible dite d'Alcuin. Fonds additionnel, n» 10546. — Ms. du
ix^ siècle, vraisemblablement sorti des écoles de Tours. La parfaite
ressemblance de ce ms. avec la première des Bibles de Gharles le Ghauve
(n" 1 du fonds latin à la Bibliothèque nationale) ne saurait plus être
contestée après la lecture de la notice de M. Thompson et l'examen des
fac-similés (pi. 42 et 43), qui représentent, le premier une page du texte
courant (fol. 429 v° du ms.), le second les peintures consacrées à deux
scènes de l'Exode (fol. 25 v). Sur la planche 42, on retrouve tous les carac-
tères de la demi-onciale et de la minuscule, tels qu'on les rencontre dans
beaucoup de manuscrits tourangeaux de la première moitié du ix^ siècle.
La planche 43 nous permet de comparer la manière dont le même sujet .
est traité dans trois des plus célèbres Bibles carlovingiennes. La Bible
dite d'Alcuin, la première Bible de Gharles le Ghauve et la Bible de Saint-
Paul hors les murs de Rome renferment toutes les trois une grande
peinture destinée à rappeler un des plus importants épisodes de la vie
de Moyse; dans les deux premiers manuscrits, le sujet en est indiqué
par l'inscription : Suscipit legem Moyses corusca régis e dextra superi —
sed infra jam docet Ghristi populum repletus nectare sancto. En effet,
321
nous voyons, dans le compartiment supérieur du tableau, Moyse rece-
vant la loi de la main du Tout-Puissant, qui sort des nuages; dans le
compartiment inférieur, Moyse, assisté d'Aaron et de Josuë, lit les
articles de la loi aux fils d'Israël. Le ms. de Londres et celui de Paris
nous offrent une composition parfaitement identique ; il n'y a que des
différences de détail ; ainsi, dans le ms. de Londres, le livre de Moyse
est ouvert à ces mots : Audi Israhcl Dominus... Diliges Dominum...
(Deuter., VI, 4 et 5t ; dans le ms. de Paris, il est ouvert aux mots : Diliges
Dominum Deinn tuum ex toto... (Deuter., VI, 5). Le tableau du ms. de
Rome se rattache au même type que- ceux des mss. de Londres et de
Paris ; mais on y remarque d'assez notables différences. J'ai cru devoir
signaler ces particularités pour montrer combien il est intéressant de
rapprocher les fac-similés que nous avons maintenant de ces trois
manuscrits : du ms. de Londres, dans la publication que j'annonce; de
celui de Paris, dans l'ouvrage de M. le comte de Bastard, et de celui de
Rome, dans le recueil de photographies de Parker.
P. 24. Les quatre évangiles. Fonds harléien, n* 2790. — Ce volume,
dont une page est reproduite en fac-similé sur la planche 44, est écrit
en minuscule Caroline du ix« siècle, et vient de la cathédrale de Nevers,
à laquelle il avait été donné par l'evéque Hérimannus, entre les
années 840 et 860 ou environ, comme le prouvent trois distiques ins-
crits au fol. 19 v :
Me quicunque legis, Ilerimanni sis memor, oro ;
Cujus me studio possidet iste locus.
Obtulit ecclesiae sibi commissae memorandus
Praesul me, fateor, pro bonitatis ope.
Me sancto Cyrico tali sub conditione
En dédit ut pereat qui cupit abstrahere.
Dans l'arcade d'une page des canons (fol. 23), se lit en lettres capitales
le nom de Gédéon, qu'on a supposé pouvoir être le nom d'un artiste
employé à la décoration du livre. — Sur quelques pages blanches, on a
ajouté après coup des documents très curieux pour l'histoire de l'église
de Nevers, tels qu'un ancien catalogue des évêques, des inventaires des
livres et des ornements du trésor de la cathédrale et la charte suivante,
qui paraît émaner de l'évèque Hugues IV, du commencement du
XII' siècle : « Notum fieri volumus omnibus sanctin Dei ecclesiaî filiis
quod ego Hugo, Nivernonsis episcopus, Rotgerium, priorem abbati;n
sancta; Maria? et sancti Stephani, cum duobus monachis, Arnulfo sci-
licet et Adalardo ïheutonico, propter inobedientiam quam Deo et
michi fecerunt, feci venire nudis pedibus usque ad altare sancti Cirici
ante presentiam meam et totius ecclesiae, ad satisfaciendum Deo et
michi in ipsa festivitatc sancti Stephani post natale Domini. »
P. 4. Première partie d'une Bible, depuis la Genèse jusqu'au Psau-
322
tier, y compris les Prophètes. Fonds de Harley, n° 2805. — Ms, du
IX' siècle, probablement d'origine allemande.
P. 5. Bible de l'abbaye de Saint-Hubert. Fonds additionnel, 24142. —
Ms. du IX' siècle. L'écriture et la disposition des différents livres de l'An-
cien et du Nouveau Testament sont telles qu'on les voit dans les deux
bibles connues en France sous le nom de Bibles de Théodulfe, l'une à
la Bibliothèque nationale, n» 9380 du fonds latin, l'autre au trésor de
la cathédrale du Puy. Toutefois, l'exemplaire venu de Saint-Hubert est
beaucoup moins luxueux que les deux autres; il se rapproche davan-
tage de deux autres Bibles de la même famille, l'une ayant appartenu à
Saint-Germain-des-Prés, aujourd'hui n" 11937 du fonds latin à la
Bibliothèque nationale, l'autre classée sous le n° 1 du nouveau fonds
royal à la Bibliothèque royale de Copenhague.
M. Thompson est porté à croire que nos deux Bibles dites de Théo-
dulfe sont, comme la Bible de Saint-Hubert, la copie d'une Bible copiée
par l'ordre du célèbre évêque d'Orléans; toutes les trois lui paraissent
d'une époque plus récente que le temps de Charlemagne. De plus, il lui
semble douteux que Théodulfe ait travaillé à une révision du texte de
la Bible. Quand on reviendra sur ces questions, il faudra tenir grand
compte de l'opinion d'un juge tel que M. Thompson. J'avoue cependant
que l'attribution à Théodulfe de notre Bible n° 9380 et de la Bible du
Puy me semble très plausible. Quant à notre Bible n° 11937, à celle de
Saint-Hubert et à celle de Copenhague, j'admettrais volontiers qu'elles
sont des imitations un tant soit peu plus jeunes. Maintenant le sujet
peut être étudié plus facilement qu'autrefois, grâce aux excellents fac-
similés qui sont ou qui vont être dans le domaine public, savoir :
1° Pour le ms. latin 9380 de la Bibliothèque nationale, les planches 109-
111 du grand ouvrage du comte de Bastard, qui reproduisent les
fol. 146 v°, 3, 3 V et 347 et des fragments des fol. 249 v% 253, 252 v°,
250, 248 V*, 251, 248, 250 V et 253 v" du ms. ; et une planche du recueil
que va publier la Société de l'École des chartes, sur laquelle sont repro-
duits les fol. 136 v" et 137 du ms.
2° Pour le ms. du Puy, la planche 126 du Recueil de fac-similés à
l'usage de l'École des chartes (fascicule IH).
3" Pour le ms. du Musée britannique, la planche 45 de l'ouvrage dont
je rends compte et qui est consacrée au fol. 165 v° du ms.
On n'a point encore, à ma connaissance, publié de fac-similé du ms.
de Copenhague; mais j'en possède une bonne photographie.
P. 68. Ouvrages de comput. Fonds cottonien, Vespasien. B. vi.
— Volume écrit vers l'année 840, probablement en France.
P. 11. Psautier. Fonds harléien, n° 2793. — Ms. du ix^ siècle.
P. 12. Psautier. Fonds cottonien , Galba. A. xvin. — Ms. du
ix« siècle, de très petit format, d'origine continentale, avec des additions
323
ot des peintures faites en Angleterre au x'' siècle. On l'a attribué, mais
sans raisons solides, au roi .Etholstan. — Sur le fol. "28, qui était primi-
tivement à l'état de fouille volante, une main du ix" siècle a marqué
les obits de « Karolus imperator, Pippiuus rcx, Bernhardus rex, Vuo-
radus dux, Hilmildruda comitissa, » avec la note « Hœc omnia super-
scripta juxta ritum compoti celebrandi {sic) sunitures. On y trouve en effet 9 modèles d'écriture onciale,
14 de minuscule ou de demi-onciale saxonne ou irlandaise, 4 de minus-
cule mérovingienne. 1 de lombardique et 3 de wisigothiquc.
329
J'ai voulu particulièrement mettre en relief le côté paléographique de
la publication de M. Thompson et de ses collaborateurs ; mais les notices
qu'ils ont rédigées sont utiles pour beaucoup d'autres études. Elles sont
remplies d'indications bibliographiques et d'observations originales de
genres très variés. Il convient d'accorder une mention particulière à
l'appendice qui occupe les p. 39-48 ; il sera d'un grand secours pour
distinguer les familles auxquelles il faut rattacher les anciens manus-
crits de la version latine de la Bible. Les auteurs du catalogue y ont
présenté, dans un taljleau synoptique, les variantes que vingt-neuf
manuscrits du Musée donnent pour une cinquantaine de passages de
l'Ancien et du Nouveau Testament, passages qui ont été choisis avec
l'aide de MM. les professeurs Hort, de Cambridge, et Wordsworlh,
d'Oxford.
Puisse un aussi louable exemple trouver des imitateurs dans les
grandes bibliothèques du continent !
L. Delisle.
Essai sur V organisât ion des études dan^ l'ordre des Frères prêcheurs
au XI fl^ et au A7P siècle ( f 21 G- 1 342) , première province de Pro-
vence, province de Toulouse, avec de nombreux textes inédits et
un état du personnel enseignant dans cinquante-cinq couvents du
midi de la France, par G. Dolais, chanoiiic liunoraire de Mont-
pellier, professeur à l'InstlLuL catholique de Toulouse. Paris, Picard,
et Toulouse, Privai, 1884. In-8", xvi-288 pages.
L'ouvrage de M. l'abbé Douais, presque entièrement composé à l'aide
des manuscrits de Toulouse, montre quel parti l'on peut tirer des docu-
ments conservés dans quelques-unes de nos bibliothèques départemen-
tales, et quel intérêt peuvent offrir, même au point de vue le plus géné-
ral, certains sujets d'histoire locale habilement circonscrits. Charles
Thurot avait exposé, dans un livre aujourd'hui classique, l'organisation
de l'enseignement dans l'université de Paris; M. Douais a entrepris
un travail analogue pour une partie de ces écoles conventuelles des
frères prêcheurs, dont un article récent nous faisait admirer l'activité
universelle et la fécondité « prodigieuse < ». Avec l'énumération des
ordonnances capitulaires qui prescrivaient l'étude aux frères prêcheurs
comme un devoir d'état, on trouvera dans ce volume des détails abon-
dants sur les privilèges de l'étudiant, sur la discipline scolaire, sur la
conservation et la multiplication des livres, sur la substitution de saint
1. Guillem Bernard de Gaillac et l'enseignement des dominicains à la fin
du XIIP siècle, par M. Ch. Molinier, dans la Revue historique, juillel-aoùt
1884, p. 266-274.
330
Thomas d'Aquin à Pierre Lombard comme guide dans les études
théologiques, enfin sur l'étendue et la diversité des objets de l'enseigne-
ment dominicain, qui comprenait la rhétorique, la logique, la philoso-
phie, l'exégèse et jusqu'aux langues arabe, hébraïque et grecque. Une
seule critique de détail : M. l'abbé Douais distingue à tort (p. 86) les
propositions condamnées en 1240 par les maîtres en théologie de l'uni-
versité de Paris et les erreurs censurées en 1250 par l'évéque et par la
Faculté. Il n'y eut qu'une seule condamnation, que Mathieu Paris et
un manuscrit de la bibliothèque de Rouen ' placent vers 1243, et que
le texte le plus ancien et le plus digne de foi^ date du 13 janvier 1241
(n. st.).
Parmi les documents nombreux publiés en appendice, nous avons eu
plaisir à rencontrer plusieurs textes inédits de Humbert de Romans et
la fameuse liste des maîtres en théologie de Paris commencée par
Etienne de Salanhac, qui fournit la date de l'érection de la première
chaire de théologie dans le couvent des frères prêcheurs de la rue
Saint-Jacques 3.
N. Valois.
Mémoire sur les statues équestres de Constantin placées dans les
églises de l'ouest de la France, par l'abbé Arbellot, chanoine de
Limoges , président de la Société archéologique du Limousin.
Limoges, veuve H. Ducourtieux, -1885. In-S", 34 p.
M. l'abbé Arbellot vient de publier l'intéressant travail qu'il avait lu
en substance en 1882 au congrès des sociétés savantes de la Sorbonne
et en 1884 au congrès archéologique organisé à Poitiers par la Société
des antiquaires de l'Ouest. La question qui s'y trouve traitée passionne
depuis quarante ans les archéologues. Elle soulève en ce moment de
nouvelles discussions en Poitou et en Saintonge. Le mémoire de l'abbé
Arbellot apportant quelques faits nouveaux, il ne sera pas sans intérêt
de lui consacrer ici une courte analyse.
Au siècle dernier, on voyait encore à Limoges une fontaine que le
vulgaire appelait alors fontaine du Chevalet, à cause du petit cavalier"
qui la surmontait, mais qui antérieurement était dénommée fontaine de
Constantin, ainsi que M. Arbellot l'établit par des textes allant de l'an-
née 1G05 au xin" siècle (voir p. 4 et 24). Ce cavalier présentant la plus
grande analogie avec ceux du Poitou, de la Saintonge et de l'Angou-
1 . Cité par M. Omont, Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, novembre-
décembre 1881, p. 178.
2. Bibl. nat.,ms. latin n° 15G61, fol. 100.
3. V. Bibliothèque de l'École des chartes, t. XLIV, 1883, p. 363.
33<
mois, M. Arbellot conclut avec raison que les textes établissant que le
moyen âge y a vu la représentation de Constantin sont des plus
importants.
La liste des cavaliers dressée par M. Arbellot (p. 5) donne lieu à
quelques observations : 1° Département de la Vienne. N'eùt-il pas été
bon de rappeler la peinture avec inscription du temple Saint-Jean,
dont il est question plus loin (page 14 et 22), et qui est peut-être
le document le plus décisif? — 2° Deux-Sèvres. Le cavalier de Saint-
Hilaire de Melle ne se trouve pas « au sommet d'un porche latéral, »
mais bien au bas du portail latéral. -M. Ledain a signalé l'année der-
nière, dans sa notice sur Saint-Jouin-les-Marnes, un nouvel exemple
de cavalier (Mémoires des antiquaires de l'Ouest, 2*= série, t. "VI, p. 52;
tirage à part, p. 6 ; cf. Arnauld, Monuments des Deux-Sèvres, 2^ édition,
p. Vib). L'identification de M. Ledain est-elle plausible? En tout cas elle
était à mentionner, — 3" Vendée. Le cavalier de Toussain ne serait-il
qu'un mythe? Nous en avons en vain cherché les traces et dans le
monument lui-même et dans les descriptions données par M. de Lon-
guemar en 1853 (Mémoires des antiquaires de l'Ouest, t. XX, p. 83 à 88)
et dans le compte rendu du congrès archéologique de Fontenay (p. 124-
125 et 162). En revanche, le congrès de Fontenay, après avoir parlé du
cavalier de Benêt, en mentionne un autre à « Ardens » (p. 12G); cette
indication était à discuter. — 4° Charente-Inférieure. Les publications
géographiques de Joanne signalent un cavalier à Matha; il a disparu,
il est vrai, mais l'existence en est certaine. — 5" Charente. M. l'abbé
Arbellot a oublié le cavalier de Chalais (voir l'abbé Michon, Statistique
monumentale de la Charente, p. 299).
Si l'iconographie des cavaliers donnée par M. Arbellot est incom-
plète, l'historique des discussions que les statues équestres ont soulevées
de 1843 à 1882 est très précis et très intéressant, La théorie des Cons-
tantin se fait jour, à la suite de la découverte par M, de Longuemar,
dans les peintures du temple Saint-Jean, du cavalier avec l'inscription
[ConsJtantinu[s]. En 1859, M. P. de Verneilh la soutient au Congrès
de Limoges, mais, dès 1854, M. Lecointre-Dupont avait hésité entre
Constantin et Charlemagne, En 1869, vint M, l'abbé Grasilier, avec son
texte relatif à Notre-Dame de Saintes, que M. Georges Musset défendit
en 1873 contre M. Audiat.
M. l'abbé Arbellot apporte des arguments nouveaux à la thèse de
MM. de Verneilh, Grasilier et Musset. Sa brochure est bien certaine-
ment de toutes les études d'ensemble qui ont été écrites sur la question
des cavaliers la plus serrée, la plus nourrie de faits, celle où l'imagi-
nation tient le moins de place.
Jos. Berthelé.
332
Le Meuble, par Alfred de Ghampeacx. I. Antiquité, moyen âge et
Renaissance. Paris, Quantin, 'ISSo. lii-8°, 320 p., 73 fig.
Voici encore un utile manuel que nous offre la Bibliothèque de l'ensei-
gnement des beaux-arts. Personne n'avait encore résumé en quelques
pages claires et précises l'histoire générale du meuble. On peut dire
que M. de Champeaux y a pleinement réussi. Il a su réunir en un
petit volume des notions qu'il faudrait aller chercher avec peine dans
un grand nombre d'ouvrages spéciaux, en accompagnant son texte
d'exemples convenablement choisis, tant dans nos musées que dans les
collections particulières et en grande partie inédits. Son ouvrage serait
pourtant mieux intitulé l'Art du bois. Prenant en effet, d'une part,
le meuble dans son acception la plus étroite, c'est-à-dire les objets
mobiliers, sièges, tables, coffres, lits, armoires, etc., où le bois est seul
employé, il s'étend de l'autre aux lambris, portes, pans de bois sculptés,
qui ne sauraient rentrer dans la catégorie des objets mobiliers. Dans
les deux premiers chapitres, consacrés à l'étude du meuble dans l'anti-
quité et au moyen âge, il ne faut pas chercher autre chose qu'un rapide
résumé de l'état des connaissances actuelles sur la matière. Mais, lors-
qu'il arrive à la Renaissance, l'auteur fait preuve d'une véritable origi-
nalité. Il a étudié avec soin tous les meubles admirables dont le xvi-^ s.
nous a laissé un si grand nombre. Il est le premier qui ait résolu d'une
façon concluante la question si délicate et si épineuse de la division en
écoles; il en propose en France huit principales : 1° École de Normandie
et de Bretagne; 2" École de Picardie et de Champagne; 3° École de la
Touraine et de l'Ile-de-France ; 4° École de Bourgogne ; 5° École de la
ville et des environs de Lyon ; 6° École du Midi ; 7° École de l'Auvergne ;
8° École de Toulouse. Chacune d'elles est caractérisée de la manière la
plus satisfaisante et la plus claire. De courtes considérations sur le
meuble en Italie, en Espagne, en Allemagne, dans les Pays-Bas, en
Angleterre et dans les pays Scandinaves terminent le volume. Aussi
bien doit-on regretter que l'auteur ait négligé la partie bibliographique
qui eût été de la plus grande utilité pour celui qui, partant de son
ouvrage, voudrait approfondir quelqu'une des questions que les dimen-
sions exiguës du volume ne lui ont permis que d'effleurer. En résumé,
le petit manuel de M. de Champeaux peut être considéré comme un
des meilleurs qu'ait encore donnés la collection de M. Quantin, et fait
vivement désirer le second volume, qui renfermera l'histoire du meuble
dans les temps modernes.
G. Durand.
333
Archives dr rabbai/r de Cluny. Inventaire général, publié, d'après
les mannscri/s tnédils des Archives départementales de Saône-et-
Loire, par MSI. A. Bénet et J.-L. Bazin. I'^ partie. Mâcon, impr.
Prolat, ^1884. ln-8°, xi-'IST pages.
Le titre que nous venons de transcrire est à la ibis inexact et un peu
•ambitieux. Il tendrait à faire croire qu'il existe aux archives de Mâcon
des manuscrits inédits de Cluny, ce qui n'est pas, car de l'Inventaire
lui-même, rédigé on 168-2 par Claude Locquet, avocat en Parlement et
secrétaire de la chambre abbatiale, dont MM. Bénet et Bazin viennent
de commencer la publication , il ne nous est parvenu qu'une copie
en deux volumes, assez défectueuse, de l'aveu même des éditeurs, et
conservée aujourd'hui aux Archives départementales de Saône-et-Loire,
sous les cotes H 22 et 23.
Le véritable titre de ce travail est : « Inventaire général des titres de
l'abbaye de Cluny. » C'est même celui que porte la copie dont nous
venons de parler. Avant d'apprécier la valeur et l'opportunité de cette
publication, nous devons dire quelques mots du plan des éditeurs. Tout
en se bornant pour le moment à imprimer une copie presque textuelle
de l'ouvrage de Locquet, ils annoncent, pour être placées en tête du
dernier volume : !« « Une introduction, qui renfermera l'histoire des
archives et de la bibliothèque de Cluny » (prétention peut-être un peu
grande après les travaux de MM. L. Delisle et L. Niepce*); 2» « la cor-
rection des erreurs graphiques » (n'aurait-il pas mieux valu les corriger
au fur et à mesure, au lieu de les imprimer?); 3" « l'identification des
noms de lieux et de personnes ; le renvoi aux sources manuscrites ou
aux ouvrages imprimés qui ont publié chaque pièce, etc. » On se
demande d'après quoi les éditeurs feront le travail qu'ils annoncent,
n'ayant pas les textes à leur disposition, si ce n'est ceux qui ont paru
dans les volumes déjà publiés du Recueil des chartes de l'abbaye de
Cluny. Ne seront-ils pas amenés forcément à se servir des tables qui
accompagneront cet ouvrage pour leurs identifications ; mais, alors, où
sera leur mérite ?
Les éditeurs nous promettent encore : 4° « l'analyse des documents
concernant l'abbaye, conservés dans divers dépôts (qu'ils n'indiquent
pas), et qui ont été omis dans l'Inventaire, c'est-à-dire principalement
les pièces postérieures à 1682 ou celles qui étaient sorties du trésor à
cette date. »
MM. Bénet et Bazin semblent ignorer que M. A. Bernard, avec une
1. L. Delisle, le Cabinet des Manuscrits, t. H, p. 458 à 485; du même,
Inventaire des manuscrits de la Bibliothèque nationale, fonds de Ctani, ia-8°,
préface de xxv pages et catalogue de 413 pages. — L. Niepce, Archéologie lyon-
naise. II. La bibliothèque et les chartes de Cluny, 1881, gr. 'm-8°, p. 45 à G4.
23
334
persévérance digne des plus grands éloges et de la reconnaissance des éru-
dits, avait recueilli non seulement à Cluny, mais à Paris, à Mâcon, à Dijon,
à Londres même, tous les actes relatifs à l'abbaye de Gluny, intégrale-
ment depuis l'origine jusqu'en 1300, et en sommaires depuis 1301 jus-
qu'en 1790, sauf les actes importants qu'il avait toujours copiés in
extenso. Il y a plus, M. Bernard annonçait dans son Plan de publication,
adressé au ministre de l'instruction publique dès 1861, l'intention de
publier l'inventaire de Claude Locquet (p. 7 du prospectus). Il se pro-
posait d'indiquer à la fin de cbaque article si la pièce existe encore et
dans ce cas où elle se trouve. Il y a deux choses à retenir ici, c'est : 1° que
A. Bernard avait indiqué la manière rationnelle de publier ce document,
dont les éditeurs n'ont pas profité ; 2" que cette publication ne peut
avoir lieu qu'après celle du grand recueil de chartes commencé par
A. Bernard.
Quant aux nombreuses copies réunies par ce savant, elles ont été
recueillies avec soin par son successeur, qui les a augmentées encore,
et quoique le comité des travaux historiques n'ait voté le travail que
jusqu'en 1200 (ce qui est déjà une lourde tâche pour un éditeur), rien
n'indique que ce dernier ait renoncé à donner la suite, au moins en
analyses, et, dans ce cas, il resterait probablement bien peu de pièces
nouvelles à découvrir dans l'Inventaire de Locquet, qui ne figurassent
pas déjà dans le Recueil des chartes^.
Ce que les éditeurs nous annoncent sous leur 5°, savoir « la liste des
documents par ordre chronologique, » serait inutile, s'ils avaient adopté
un mode de publication plus rationnel.
Les tables alphabétiques des noms de lieux, de personnes et de
matières feront (en grande partie du moins et jusqu'au xm'= siècle)
double emploi avec celles du Recueil des chartes de Cluny.
Nous avons hâte d'arriver à l'examen de la valeur de cet Inventaire
de Locquet, car il est clair que tant vaudra l'Inventaire, tant vaudront
les tables qui seront faites d'après lui. Or, nous avons le regret de dire
qu'il est fort défectueux et nous le montrerons rapidement. Faisons
connaître d'abord la nature de cet Inventaire et l'ordre qui y. a été suivi.
Claude Locquet a conçu son travail comme il le devait, au point de
vue des intérêts temporels de l'abbaye et non au point de vue histo-
rique ; il a suivi l'ordre des armoires et des layettes qui renfermaient
les pièces, sans souci de la chronologie. Quelques titres de chapitres,
montreront dans quel esprit l'Inventaire a été rédigé :
Donations, p. 1.
Acquisitions, fondations et asservissages, p. 37.
1. Le supplément de pièces postérieures à 1682 ou qui étaient sorties du
trésor à cette date serait classé, sans doute, par ordre chronologique, ce qui
condamne le système de pubUcatiou suivi par les éditeurs.
335
Privilèges des rois et des papes, p. 50.
Amortissements, p. 64.
Baux à ferme, p. 97.
Cartulaires du domaine et terriers, p. \0\ (bonne série, faisant con-
naître quels cartulaires ont été perdus).
iJixmes d'Étrignij, Champlieu, etc., p. UO.
Titres du doyenné de Malay en sept liasses, p. 118, etc.
Les analyses .sont fort inégales, tantôt très courtes, tantôt très déve-
loppées, quand il y avait utilité pour les intérêts temporels de l'abbaye
(voyez, nos H28 et 958 bis, la déclaration du doyenné de Paray).
Mais ce sont là des exceptions; en général, les analyses sont incom-
plètes, n'indiquant qu'un donateur, lorsqu'il y en a plusieurs, et souvent
même elles sont inexactes.
En voici quelques exemples :
« N° 7. Donnation faite à l'abbaye de Cluny par la comtesse Willaume
d'Ingelberge, femme dud. Willaume, du village et chapelle de Romans,
avec toutes leurs dépendances, du temps de Tabbé Berno, l'an 20 du
règne de Charles, qui revient à l'an 919. »
Si nous ouvrons le Recueil des chartes de Cluny au n° 205, nous
voyons qu'il s'agit d'une donation faite à Cluny par les exécuteurs
testamentaires de la comtesse Ingelberge, savoir : le comte CTuillaume,
son mari, Roger, comte, etc., et que l'acte est du mois de janvier 917.
« N' lit. Donnation faite à l'abbaye de Cluny, par Grolard, d'une
vigne seize en Maçonnais, au territoire de Cicy, au village dit Lenco,
l'an premier de Hugues, environ 987. »
C'est une charte par laquelle Gislard, Constantin et Durand, frères,
donnent à Cluny une vigne dans Vager de Saint-Gengoux-de-Scissé, au
village de Lanques, au mois d'avril 988 (Cluny, n° 1788).
En veut-on un exemple plus décisif encore ?
« N" H2. Donnation faite à l'abbaye de Cluny par le comte Gaufroy
de plusieurs vignes seize au territoire de Cbaalon, en lieu dit Fuissée,
du temps de saint Mayeul, l'an 34 du règne de Lothaire, environ 988. »
C'est une donation faite à Cluny par Geoffroi, comte de Chalon, et sa
femme Adélaïde, et Hugues, fils du comte Lambert, de plusieurs vignes
dans la finis de Jambles, au lieu dit Fuisse, en mars 979 (Cluny,
n» 1474).
En voilà assez pour prouver ce que nous avons avancé ; on remar-
quera que les actes sont datés uniquement par l'année, presque jamais
par le mois, et souvent même les dates d'années sont inexactes, quand
elles ne font pas défaut*.
1. Eq voici quelques exemples encore: N" 2de l'Inventaire, 888, lisez 893; n«7,
919, lisez 917; n° 10, 924, lisez 924, 3 juin; n" 11, 925 environ, lisez 925,
336
Ces fautes et ces lacunes sont imputables au rédacteur primitif de
l'Inventaire et non pas aux éditeurs, qui n'ont eu que le tort de les
reproduire trop scrupuleusement; ils se flattent du moins de tirer de
ce travail un autre genre de service. « Cette compilation forme une
source inappréciable de matériaux historiques, dont beaucoup ne se
trouvent plus ailleurs. Combien de pièces dont nos manuscrits seuls
conservent la trace et le souvenir ! » Ici encore nous regrettons d'avoir
à détruire une illusion des éditeurs. Sans doute les archives cluni-
soises ont été fort éprouvées, mais, s'il manque beaucoup d'originaux,
les cartulaires et les précieuses copies de Lambert de Barive nous ont
conservé des milliers de chartes ! Ce dernier même a découvert dans le
Trésor de Cluny un grand cotfre rempli de chartes originales, qu'il a
inventoriées pour la première fois et copiées intégralement. Aussi, non
seulement toutes les chartes énumérées dans l'Inventaire de Locquet se
trouvent imprimées tout au long dans le Recueil des chartes de l'abbaye
de Cluny (nous en avons fait le relevé avec soin); mais encore on y
trouve une quantité de pièces qui ne sont même pas indiquées dans
l'Inventaire, au moins jusqu'à présent. D'ailleurs, combien d'actes
grossissent le travail de Locquet qui ne sont que des pièces de procé-
dure sans aucun intérêt pour nous! (Voyez notamment les chapitres
Asservissages , n°^ 352 et suivants; Baux à ferme, n^ 707; Dixmes ,
n° 795, etc.)
L'ordre suivi par les éditeurs rendant presque impossible la recherche
d'un acte d'une date donnée, leur publication ne peut être utile que
lorsqu'elle sera terminée. Il est permis de se demander quand elle le
sera, car, d'après les renseignements que nous possédons, la première
partie de l'Inventaire, la seule publiée, représente à peine un sixième
du manuscrit total. Il faudrait donc environ 1 ,200 pages pour toute la
compilation de Locquet, sans compter l'introduction annoncée par les
éditeurs, l'histoire de la bibliothèque et des archives de Cluny, les rec-
tiUcations et notes promises, les tables, etc., etc.
MM. Bénet et Bazin ne nous paraissent pas avoir bien réfléchi à toutes
ces difficultés. Cette œuvre, qu'ils ont abordée par le côté le plus aisé,
11 octobre; n° 8, an 13, Usez an 23 de l'empereur Louis l'Aveugle; n° 119,
ajoutez la date 990-991.
Qu'on nous pernielle encore quelques citations pour les noms de lieux :
N» 8. Crost, lisez villa Crotlis, ou Crotla (Isère).
N° 14. Felne, lisez Felnerias.
N" 28. Au lieu dit Monlmédy (in loco Monlemadio), lisez Monlmay.
N" 68. ChapeMe de Saint-Germain, lisez Saint-Georges, au village de Rond vent
{Ronnenco), lisez Ronneins, auj. Reneins. Qui reconnaîtrait sous le n" 58, dans
les mots « monastère de Saint-Amant, au comté de Trezin, » le monastère de
Saiiit-Araand, au comté de Saiut-Paul-Trois-Chàleaux, coinilatu Trahesino,
pour Tricastino, etc., elc.V
337
est condamnée à rester longtemps en grande partie inutile, et (soit dit
sans aucun sentiment d'envie de notre part) ne sera que le sommaire
incomplet et souvent fautif d'une autre publication que l'on aura tou-
jours intérêt et protit à consulter de préférence.
A. Bruel.
Les Anciennes Provinces de la France. Études étymologiques etono-
matologiques sur leur nom et celui de leurs habitants, par André
RoLLAM) DE Denfs. Paris , librairie historique des provinces,
E. Lechevalier, <885. In-8", viii-294 pages.
On nous a prié de signaler ce volume aux lecteurs de la Bibliothèque
de V École des chartes ; mais nous avons bien peur qu'il ne soit pas d'une
grande utilité pour eux. L'auteur, du reste, n'affiche pas de prétentions
scientifiques: il s'adresse aux élèves des écoles et aux habitants des pro-
vinces, et le livre, à ce point de vue, est curieux et sera lu avec profit.
Ses patientes recherches, nous dit-il, l'ont amené à présenter dans son
ouvrage deux séries de renseignements : d'abord, « l'étymologie du nom
des provinces de l'ancienne France et de celui de ces petits pays eipagi
qui se trouvaient quelquefois en assez grand nombre au milieu de leur
territoire ; » en second lieu, « le nom vulgaire et général qui sert à dési-
gner les habitants de ces provinces et de cespagi. » Ce point sera surtout
élucidé dans une seconde partie que l'auteur nous promet et où il compte
examiner en détail chacune des villes de France.
Pour le moment, il nous donne une série de monographies dont
voici le plan méthodiquement suivi : Historique de la province, et
recherches étymologiques, géographiques et mythologiques au besoin
sur son nom (d'après quelles sources?). — Noms employés pour dési-
gner les habitants des diverses parties de la province. (Les sources sont
ici une masse assez respectable de citations d'auteurs anciens et
modernes, connus et inconnus, rangées pêle-mêle.) — Anecdotes sur le
caractère de ces habitants. — « Nomenclature des pays et pagi. » —
Une table analytique d'un certain nombre de noms termine le volume.
Pour donner un rang à son livre parmi les travaux de l'érudition
actuelle, l'auteur aurait eu profit à le débarrasser de quelques-unes des
citations, superflues ou sans autorité, qui l'encombrent, et à les rem-
placer par des observations personnelles. Il aurait pu au moins choisir
parmi ses sources, et accorder quelque crédit à des œuvres de premier
ordre, comme celles de M. .\. Longnun, dont le nom n'est pas prononcé
une seule fois. Il aurait enfin été mieux inspiré en abandonnant aux
almanachs des campagnes ces anecdotes plus ou moins risquées et ces
plaisanteries plus ou moins neuves sur le sexe des Auvergnats, ou sur
« les craques et les blagues attribuées aux Gascons, et aussi nombreuses
que les habitants de ce pays ». G.
338
Étude sur la vie privée au XV" siècle en Anjou, par André Joubert.
Angers, Germain eL Grassin, ^884. In-S", iii-287 pages.
Le volume que nous donne M. André Joubert sur la vie privée en
Anjou au xv« siècle se divise en deux parties. La première renferme
l'analyse et le commentaire d'un registre contenant, pour les années
1463 à 1466, les comptes de Guillaume Tuai, receveur de diverses sei-
gneuries possédées en Anjou par Jean Bourré, secrétaire de Louis XI;
ce registre fait partie de la belle collection de documents angevins ras-
semblés par M. de Yilloutreys. Cette première partie se subdivise en
deux sections : la première traite de la vie à la ville, la seconde de la
vie à la campagne.
La seconde partie expose, d'après divers documents conservés à la
Bibliothèqtie nationale (fonds Bourré), aux archives de Maine-et-Loire
et à la bibliothèque d'Angers, la vie privée hors du logis et la vie en
famille.
L'auteur avertit, dans sa préface, que les différents chapitres qui
composent ce volume ont d'abord été publiés séparément dans la Revue
de l'Anjou. C'est un renseignement qu'il a bien fait de donner, car il
répond à une critique qu'un lecteur non prévenu pourrait adresser à la
composition générale du livre. La seconde partie de ces études n'est guère,
en effet, qu'un supplément à la première ; c'est, en somme, le même
sujet qui y est traité à l'aide de nouveaux documents que, sans doute,
l'auteur n'avait pas encore recueillis lorsqu'il a fait paraître la première
partie. Nous croyons que le livre gagnerait beaucoup en clarté et en
intérêt si l'auteur voulait bien, dans une seconde édition, fondre dans
une exposition unique les deux parties qui ne sont aujourd'hui que jux-
taposées.
Tel qu'il se présente d'ailleurs, ce livre renferme sur la vie privée au
xv" siècle des détails intéressants dont l'histoire des mœurs fera son
profit. On y trouvera notamment sur la nourriture, sur le logement, sur
l'habillement, sur les salaires des ouvriers des villes et sur ceux des
travailleurs ruraux, sur le prix des denrées, etc., une série de renseigne-
ments précis qui se recommandent à l'attention des économistes.
Le volume se termine par un appendice sur Jean Bourré et sur son
rôle politique. Il est complété par une suite de pièces, parmi lesquelles
nous notons l'acte de fondation du chapitre de Jarzé en 1499 et le testa-
ment de Bourré. E. L.
Ambroise Paré, d'après de nouveaux documents découverts aux
Archives nationales et des papiers de famille, par le D'' Le
Paulmier, avec un portrait inédit de Paré. Paris, Gharavay frères,
i885. \\-\-H°, 4^8 pages.
Depuis la publication par le professeur Malgaigne des OEuvres com-
33!)
plètes d'Ambroise Parc, l'ouvrage du D"" Le Paulmior est le plus im-
portant et le plus neuf que l'on ait consacré à l'illustre chirurgien du
xYi'-' siècle. Malgaigne s'était attaché surtout à mettre en lumière les pro-
grès dont la chirurgio est redevable à Paré. ]\I. Le Paulmior a voulu
nous faire mieux connaître la vie intime, la famille, les alliances, les
amis du grand praticien, et il y a réussi pleinement. Cinquante pièces
justificatives, publiées à la fin de son livre et tirées des Archives natio-
nales, de la Bibliothèque nationale et de certaines collections particu-
lières, notamment des archives du château do Paley, prouvent combien
les recherches du savant docteur ont été approfondies et fructueuses.
Presque toutes ces pièces sont inédites ; le curieux mémoire que Paré ht
paraître en 1575, en réponse aux attaques de la Faculté à propos de la
publication de ses œuvres, n'est qu'une réimpression, mais c'est la réim-
pression d'un opuscule rarissime. Nous en recommandons la lecture à
tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des mœurs et de la langue médi-
cale. Outre ces cinquante pièces justificatives, qui vont de 1541 à 1G69,
M. Le Paulmior a publié en appendice deux notices substantielles sur
deux célèbres médecins contemporains d'Ambroise Paré, l'un le Coten-
tinais Julien Le Paulmier, l'auteur du Traité du iiin et du cidre,
l'autre le Béarnais Antoine Portail, premier chirurgien de Henri IV.
Ces deux notices sont accompagnées de six pièces justificatives.
On peut dire que M. Le Paulmier a renouvelé la biographie d'Am-
broise Paré. Il serait trop long d'indiquer en détail tous les résultats
nouveaux qui se dégagent de ses recherches. Nous dirons seulement que
l'un de ces résultats sera do mettre fin à la controverse qui s'agitait au
sujet de la religion du grand chirurgien ; il ressort avec évidence d'un
passage du mémoire apologétique adressé à la Faculté do Paris que Paré
appartenait à la religion réformée. Les notes nombreuses que M. Le
Paulmier a mises au bas des pages de son livre ne se lisent pas avec
moins de plaisir et de profit que le texte lui-même; nous reprocherons
seulement au très érudit médecin de n'avoir pas tenu un compte suffi-
sant de l'ignorance do beaucoup de ses lecteurs en n'expliquant point
certains termes techniques, tels que « thèse pastillaire, » « thèse qtiod-
libélaire, » « vespérie, » qui reviennent assez souvent dans le cours de
son ouvrage.
Siméon Luce.
Epistolae povtificum Romanorum ineditar. Edidil S. Loewenfeld.
Lipsiae, Veit et Comp., LS85. In-S", vii-28S pages.
Le D'' Loewenfeld, qui est bien connu de tous nos lecteurs, sur-
tout pour la part qu'il prend à la nouvelle édition des Regcsta ponli-
ficum Romanorum de Jaffé, a rassemblé dans ce volume 424 lettres de
340
papes, toutes antérieures à ravènemcnt d'Innocent III. A peu d'excep-
tions près, il en a trouve le texte : 1° dans le recueil canonique, si célèbre
depuis plusieurs années sous le titre de « CoUectio britannica, » que nous
olTre le ms. additionnel 8873 du Musée britannique; 2° dans diverses
collections de la Bibliothèque nationale et des Archives nationales à
Paris ; 3° dans un fragment des registres d'Alexandre III, conservé à
Cambridge (m s. R. 9. 17 de Trinity Collège).
La publication du D"- Loewenfeld mérite d'être recommandée d'une
façon toute particulière à l'attention de nos lecteurs. Ils y trouve-
ront beaucoup de textes tout à fait nouveaux sur beaucoup de lieux,
de personnages et d'événements français , principalement sous les
règnes de Louis YII et de Philippe- Auguste. Le désir d'annoncer sans
le moindre retard l'apparition d'un volume aussi important nous fait
renoncer au plaisir que nous aurions eu à citer ici plusieurs des pièces
les plus curieuses qu'il renferme, et notamment quelques-unes des lettres
d'Alexandre III copiées dans le ms. de Cambridge.
L. Delisle.
Sancti Zenonis, episcopi Veronemîs, sermones, post Sjmraverium et
Ballerinios, Maffeii, Vallarsii^ a Prato, Perazz-inii, Dionysii alio-
rumque^ prœsertim Veronmsium^ in sanctum Zcnonem studia
coUegif, anxilio codicum et qui Ballerinios latuerant in primis
Pistoriensis, quotquot modo exstant vetustioris, textum recensuit,
commentario nofisque illustravit Jo. Bapl. Carolus Go. Giuliari
canonicus a bibliotheca capituli Yeronensis. Yeronae, e stereo-typ.
cpisc. F. Golumbari in seminario, 1883. 111-4°, clxi et 359 p.
Nous devons signaler l'intérêt de ce volume, où se trouve réunie,
sous une forme correcte et avec d'amples commentaires, l'iBuvre entière
de saint Zenon, évêque de Vérone au iv^ siècle. Le chanoine Giuliari en
a revu le texte sur tous les manuscrits qu'il a pu consulter. Dans
l'introduction, il a discuté et résolu avec beaucoup de science et de cri-
tique les questions qiie soulèvent la date de l'épiscopat de saint Zenon,
le culte dont il a été l'objet, la valeur et l'authenticité de ses œuvres.
Des chapitres spéciaux renferment un expose méthodique des res-
sources que le texte de saint Zenon nous olîre pour l'histoire des doc-
trines théologiques et des usages ecclésiastiques ou profanes. La latinité
de l'auteur a été traitée avec un soin particulier dans un chapitre de
l'introduction et dans un glossaire qui n'occupe pas moins de 72 colonnes.
Ainsi comprise et exécutée, l'édition d'un des plus anciens Pères de
l'Église latine rendra de véritables services à la théologie, à l'histoire et
à la philologie. Puisse-t-ellc obtenir le succès que méritent tous les
travaux de l'aimable et savant bibliothécaire du chapitre de Yérone !
L. Delisle.
344
Fnc-sitnilps of national manmcripts of ïretand, sc/ected and rdUrd
under tlte direction oft/ir right honorable Edward Sullivan, hiaster
oftherolls in Ireland, l)y J. T. Gili!i:rt, F. S. A., M. R. I. A., secrc-
lary of Lhe Public Record Office oflrcland, and p/iotozincoyraphed
by command of lier Majesty Queen Victoria by major gênerai sir
Henry James, R. E., F. R. S., director gênerai of lhe Ordnance
survey'. Londres, Longman et G'% ^.S74-IS84, In-folio maxlmo,
quatre partie?, dont les trois premières forment chacune un volume
et dont la quatrième en forme deux.
Ce recueil savant, dont la publication a duré onze ans et qui est dû à
l'homme le plus compétent peut-être aujourd'hui en fait d'histoire d'Ir-
lande, est ce que nous avons aujourd'hui de plus complet sur la paléo-
graphie irlandaise. Il comprend 282 planches accompagnées de trans-
criptions en caractères typographiques, de traductions quand il y a lieu,
et toujours de notices fort instructives. Les écritures dont ces planches
donnent le spécimen sont empruntées à des manuscrits très nombreux
dont les plus anciens datent probablement du ix* siècle, et les plus
récents du xvm^. L'auteur a systématiquement laissé de côté les manus-
crits conservés dans les bibliothèques du continent, qui lui semblaient
sans doute mériter l'honneur d'une publication séparée; il a fait usage
exclusivement de manuscrits qui se trouvent dans les Iles-Britanniques.
D'autre part, on aurait tort de conclure du titre que tous les manuscrits
dont ce savant nous donne des fac-similés soient en écriture irlandaise
et contiennent des textes écrits en irlandais. Non seulement, parmi les
manuscrits qui ont fourni à M. Gilbert ses fac-similés, un certain
nombre contiennent en écriture irlandaise de? textes latins, mais pour
la partie la plus considérable ils ne nous offrent même pas de l'écriture
irlandaise, ils sont l'œuvre, soit dos scribes anglo-normands amenés en
Irlande par la conquête du xii^ siècle, soit de leurs élèves ; ils sont des
monuments de la domination anglaise en Irlande. Ils ont par consé-
quent, au point de vue français, un intérêt tout particulier, car la paléo-
graphie anglaise, à partir de Guillaume le Gontjuérant, est une branche
de la paléographie française. C'est même, comme on le sait, le français
qui a été la langue de la classe dominante en Angleterre pendant les
siècles qui ont suivi l'invasion normande. C'est par conséquent le fran-
çais que d'Angleterre les descendants de Guillaume le Conquérant et de
ses compagnons ont porté en Irlande quand ils ont mis cette île sous le
joug. De là, dans le recueil de M. Gilbert, des pièces composées en fran-
1. Il n'est plus question de photozincogravure ni du major général Henry James
dans les litres de la quatrième partie. Pour cette jiarlie, on a remplacé le pro-
cédé de la photozincogravure par celui de l'héliogravure, combiné quelquefois
avec celui de la chromolithographie.
342
çais ou, pour mieux dire, dans ce dialecte de notre langue qu'on est
convenu d'appeler anglo-normand. En voici un exemple intéressant
pour nous, c'est une pièce datée de 1276 et qui parait émaner d'un
membre de la maison de Joinville, établi en Irlande et investi des
fonctions de « justice » ou grand juge.
« A son tres-cber seingnur e mut a boiiurer toz jurs Edeward, par
la grâce de Deu rey de Engleterre, seingnw)' de Irlande e duc de Aqui-
taingne, le soen lige cbevaler Gyoffrey de GeynviUe^ sa justice de
Irlande, saluz e révérence e honur, co)?ime à son cher seingni^r [toz]
jurs.
« Cher sire, nous parlâmes premer ement ove mi sire Thomas de Clare
ore puys ke il vint de Engleterre le jour de la Seinte Croiz en may.
Liquel nous dit de la vostre part que vous purverriez de autre justice;
de laqueu chose nous vous rendom grez e grâces. E nous dit aussi de
par vous ke nous meissom peine en voz husoingnes entre ci e la ke
l'autre justice venist, e nomeement en destrure les maufesurs des mong-
taingnes de Dyvelyne. Cher sire, en vos husoingnes traveillerom qtiant-
que nous porrom e saverom e avant e après. Sur la busoingne des
avant dis maufesurs, fu treté en plusurs manéres par devant mi sire
Thomas avant dit e vostre conseil ke la fu, e bien entendom ove l'aide
de Deu de trover gent pur fére la busoingne, mes ke nous eussom
avoir. Mes en nule manére ne savom purpenser ne purveer dont
l'avoir puisse venir se vous n'i mettez autre conseil. Ne ceste chose ne
purra on mie fére sanz grant plenté de avoir as desturbours ke i sunt. Kar
se toz cens ke le deussent fére i vouzissent bien aider, om le feist de
moins e plus légèrement. E se la chose feust emprise, e par deffaute de
avoir perisseit (laqueu chose ja ne aveingne!), grant honte serreit e
grant perill a tote la terre e grand domage. E nos mettrom peine en
qwanqwe nous purrom a purveer de gent jeske now5 eyons nostre man-
dement. E mettrom la chose en tel point, se nous avom de quey, he
la busoingne ira bien, se il plest a Deu. E ne rettez mie a nous, se il
vous plest, se la chose demoere par deffaute de avoir ; car nous en ferom^
tôt nostre poeir ; e avant nous ne poom. E, cher sire, il serreit bien
reson ke les seingneurs de Leynestere i meissent bien dou lour, issi
ke ceste chose ne cheist tôt sus vous. E de cette chose, sire, se il vous
plest, nous mandez vostre volenté.
« Deu vous sauve e gard, sire, par long tens !
« Ceste lettre fu donée a Dyvelyne le xi jur de may l'an de vostre
rengne quart'. »
Geoffroy de Joinville vivait encore trente-deux ans plus tard. Vers cette
époque, il quitta le monde et se fit dominicain. Nous l'apprenons par
1. 2' partie, pi. LXXIV, n» 3.
343
un autre document publié comme celui-ci par M. Gilbert dans l'ouvrage
dont nous rendons compte.
« llem dominus Rogerus de Morliio Mari cum sua consorte, recta
herede Midie, intraveru/ît Uiberniam in festo ianctonnn Simonis et
Jude, et seisinam cepcrunt de Midia, domino Galfrido de Geynville
cedente eisdem et intranteordinem iratnim predicatorujn apud Trym*. »
Geoffroy de Joinville devait alors être fort âgé, nous le savons parles
documents qui nous apprennent la cause de son importante situation en
Irlande en 1276. Il avait épousé Mathilde deXacy, béritière du comté
de Meath, et son mariage était déjà cliose faite en 1252. C'est ce qui est
établi par les pièces suivantes, dont l'analyse a été publiée par M. Gilbert-,
d'après un cartulaire conservé au château de Gormanston en Irlande :
« Charter of Henry III to Galfrid de Geynuill and Matilda de Laci,
his vvife. Woodstock, 8 aug., 36th year (8 août 1252). 5 6.
« Carta domini Henrici, régis Auglie, de libertatc domini Galfridi de
Geynuill de Midia, qui fuit in custodia fratrum minorum de Trim. Apud
Windesor, 27 feb. an. xli (26 février 1257). 5 6.
« Charter of Henry HI to G. de Geneuil and his wife Matilda de
Lacy. Apud Woodstock, 8 aug. 36th year (8 août 1252). 6 a.
« Brève qnod senescallus non permittat aliquem vendere aliquas ter-
ras, quin ipse illas ingrediatur antequam alias plcnam habeat saisi-
nam : S"" de Geynnuil à son senescal de Trum. 7 a.
t Provisio facta per d'ominum G. de Geynuill ad magnâtes Midie. 7 a.
« Servicia que debentur domino G. de Genuil et Matilde, uxori ejus,
de medietate terre Midie, quando plénum servicium capitur. 7 b. »
Un fac-similé de la première page du cartulaire qui contient ces
pièces est offert par la planche XXXI de la troisième partie de
l'ouvrage dont nous rendons compte.
La femme de Geoffroy de Joinville, Mathilde de Lacy, était fille et
héritière de Gautier de Lacy, seigneur de Meath, en latin Midia :
« Gautier de Lacy, seigneur de Midie, mourut en 1234. Il n'eut point
« d'enfants mâles; il laissa deux filles cohéritières de ses vastes posses-
€ sions, savoir : Marguerite, qui épousa le lord Théobald de Verden, et
€ Mathilde, mariée avec Jeffrey de Geneville. » Voilà ce qu'on lit dans
V Histoire de V Irlande ancienne et moderne, par l'abbé Mac-Geoghegan='.
Nous savons par un autre document que Geoffroi de Joinville assis-
tait en 1290 à une réunion du parlement anglais '*.
1. Annalps d'Irlande, année 1308-1309. Voyez l'ouvrage de M. Gilbert, 3"^ par-
lie, pi. .WII. d'après le ms. du Musée britannique. Sloane 4792.
2. Fourtfi Report of the royal commission on historial manuscripts, 1874,
p. 574, col, 1.
3. Paris, 1758, in-4°. T. II, p. 67,
4. « Archiepiscopus Dublini supplicat domino régi, quod ipse velit apponere
344
Les textes relatifs à Geoffroy de Joiaville ne sont pas les seuls docu-
ments intéressants au point de vue français qu'on puisse signaler
dans la publication de M. Gilbert. Nous mentionnerons comme exemple
les pièces qui concernent des envois de blé irlandais en Gascogne, en
1297 et en 1298 (seconde partie, planche LXXXIII), des soldats irlan-
dais au service de Henri VIII en France, en 1544 (troisième partie,
pi. LXXVI).
Dans une publication aussi considérable, il est difficile qu'il n'y ait
pas quelque chose qui donne prise à la critique.
M. Gilbert a quelque peu cédé à la tendance qui entraîne ses com-
patriotes à exagérer l'antiquité de leurs documents les plus anciens ;
cependant, il a su y mettre plus de réserve, et nous l'en félicitons de
grand cœur. Comme exemple de cette réserve, nous citerons une notice
sur un fragment de psautier appartenant aux Franciscains de Dublin et
que des savants irlandais du xvn« siècle ont daté du vii^ siècle et
attribué à saint Gaimin, mort en 650. J'ai eu, il y a quelques années,
occasion de parler de ce ms. et j'ai exprimé des doutes sur l'exactitude
de cette date. M. le comte Nigra, qui avait vu ce ms. à Rome, au
monastère franciscain irlandais de Saint-Isidore, m'a envoyé la note
suivante :
« Le ms. irlandais de saint Gaimin.
« Beati immaculati (Bibliothèque de Saint-Isidore, n^ 1). Transporté
« en 1871 du couvent de Saint-Isidore de Rome au couvent des Fran-
ce ciscains à Dublin.
« Le ms. comprend six grands feuillets de parchemin in-f°. Au bas
« du premier feuillet, on lit : Ex libris conventus Dumnagall (Scrittura
« diO'Clery).
« Un premier feuillet qui manque au manuscrit devait contenir une
« partie de la préface ou de l'argument. La fin de cet argument se
« trouve dans le feuillet n" 1 actuel. Ge feuillet commence ainsi : Ut
« meritum divini carminis honore tituli possit agnosci. Suit le com-
« mencement du psaume Beati immaculati, Ps. GXVIII.
« La transcription du psaume continue jusqu'au 6" feuillet inclusive. La
« dernière ligne du dernier feuillet contient les mots : Suscite me (1)
« secundum eloquium tuum et vivam (2), accompagnés des gloses interli-
« néaires latines : (1) Ut accipiam vitam œternam. (2) Tantum in Domino.
coDsiliura de statu terre sue Hybernie, de quo statu ei alias nunciavit per
dominum Galfrediim de Genevyle et alios, de quo stalu domino régi constare
poterit per eundem Galfredum et alios qui sunt de consilio domini régis in
Hibernia, et modo sunt hic in parliamento. » — Henry Cole, Documents illus-
trative of English history in the thirteenth and fourteenth centuries, selected
from the reports of the Queen's remembrancer ofthe Exchequer. Londres,
184i petit in-fol.
345
« Dans les marges, il y a un commentaire perpéluel latin. Entre les
« lif^nes, il y a des gloses latines et irlandaises, ces dernières en fort
« petit nombre. Les voici toutes, sauf une peut-être :
« Fol. 1-' : .i. caintech igl.: eligiaco métro).
« Fol. 4" : agulum .i. binntén. Coagulum coraposifuju a con et agu-
« lum vel a gelo cogitatum. Foeside (gl. coagulatum est sicut lac cor
(( eorum).
« Fol. 5^' : bagair (gl. paulo minus).
« Fol. 5b : ciaci-uth (gl. quomodo).
« Il ms. è dato da Usher e da Ware come sincrono e délia mano di
« S. Caimin (7" secolo). 0' Clery è dello stesso avviso e non dubita di
€ scrivere :
« Ps. GXVllI : 8 Beati immaculati, s quem S. Caimin de Inniskeltra
« propria manu scripsit. E vita migravit sanctus ille anuo circiter
« salutis DCLIII.
« Le fait est que le ms. n'est pas antérieur à la moitié du xi^ s. »
M. Gilbert (quatrième partie, seconde livraison, notice sur la pi. XXIII
de l'appendice) déclare qu'il est paléograpbiquement difûcile d'admettre
que ce document remonte aussi haut que saint Caimin. Mais il n'a pas
eu le même courage pour les documents par lesquels son recueil
débute, notamment pour le psautier dit Calhach et pour l'évangéliaire
dit Book of Durrow, qui, suivant la prétention irlandaise, auraient été
écrits par saint Columban, 521-597. Avouer qu'on n'a pas de documents
antérieurs au ix'^ siècle, c'est pour un paléographe un rude sacrifice.
Nous pardonnerons facilement à M. Gilbert de n'avoir pu s'y résigner,
H. d'Arbois de Jlib.\inville.
Francesco Garta. Di un messale i-aldostano del secolo XV. Nota
bibliografico-artistica con fac simile. Roma, Forzani e c, -1885.
Grand in-4°, 8 p. , une planche.
Ce missel, que le comte Passerin d'Entreves e Gourmayeur, de Turin,
avait envoyé en 1881 à l'exposition musicale de Turin, est intitulé :
Incipit ordù missalis per anni circulum secundum usum ecclesie
prioratus Sancti Ursi civitatis Auguste, ordinis canonicorum sancti
Augustini. » C'est une œuvre française qui mérite d'être signalée
dans notre recueil. Voici les premiers et les derniers mots d'une longue
inscription tracée au recto du feuillet dont le verso est couvert par un
tableau de la CruciQxion ; « Ce présent missal, à l'usage du prioré de
Saint-Ours d'Aouste, a fait faire révérend père monsigneur messire
George de Challant, du saint-siège apostolique prothonolaire, chanoine
et conte de l'église de Lyon, archidiacre et chanoine d'Ouste.... Et fut
accomply le dit missal l'an M. GCCC. LXXXXIX. »
Sur le tableau de la Crucifixion, le peintre a représenté trois person-
/
34(5
nages agenouillés et en prières. M. Carta, dans l'excellente description
qu'il a donnée du missel, a montré que nous avons là les portraits du
protonotaire Georges de Ghallant, chanoine et comte de Lyon, de Mar-
guerite de la Chambre, veuve de Louis de Ghallant, et de Philibert de
Ghallant, fils de Louis et de Marguerite, qui fut depuis lieutenant géné-
ral du duché d'Aoste et de la province d'Ivrée.
L'auteur de cet opuscule, aujourd'hui bibliothécaire de la Vallicel-
lane à Rome, s'occupe particulièrement de l'histoire de la décoration
des manuscrits. Il a entrepris sur les miniatures de la bibliothèque
nationale de Milan un grand travail dont un chapitre vient de paraître
sous le titre suivant : Std poemetto di Pictro da Bescapé esistente nella
hiblioteca nazionale di Milano (Roma, Forzani e c, 1885, in-4* de
7 pages avec une planche). Nous faisons des vœux pour que le catalogue
promis par M. Carta ne tarde pas à être publié et pour qu'il con-
tienne beaucoup de chapitres pareils à celui qui vient d'être signalé.
L. Delisle.
Gli Archivi e le Bibliofeche di Spagna in rapporta alla storia cflta-
lia in générale e di Sicilia in particolare. Relazione di Isidoro
Garini, archivista, professore di paleografia e diplomatica nel-
l'Archivio di Stato di Palermo, al comm. Giuseppe Silvestri, sovra-
inlendente agli archivi siciliani. Parte prima. Fascicolo I. —
Documenti ed aUegati annessi alla Relazione. Parle seconda,
Fascicolo L — Palermo, LS84. In-8°, VIII-^60, ^92 p.
M. l'abbé Isidoro Garini, archiviste au Vatican et précédemment pro-
fesseur de paléographie et de diplomatique aux archives d'État de
Palerme, a été chargé, en 1881, par le gouvernement italien d'une mis-
sion en Espagne, à l'effet de réunir des documents inédits sur l'histoire
des Vêpres siciliennes. C'est à Barcelone, aux archives de la couronne
d'Aragon, qu'il a commencé ses recherches et qu'il a fait la moisson la
plus abondante. Il y a d'abord transcrit intégralement deux registres de
la chancellerie de Pierre III, relatifs aux affaires de Sicile, du 9 sep-
tembre l'i82 au 26 août 1283, puis il y a examiné une trentaine d'autres
registres et un grand nombre d'actes divers, diplômes, mandements et
lettres, dont il a dressé un catalogue détaillé. Comme complément de ce
travail, il a rédigé un long rapport sur les archives et les bibliothèques-
d'Espagne qu'il a visitées, où il signale tout ce que ces dépots con-
tiennent de précieux pour l'histoire d'Italie et celle de Sicile en parti-
culier. Les deux fascicules que nous annonçons renferment la première
partie du rapport et la première partie du régeste. Le rapport est inté-
ressant, quoiqu'il traite peut-être de trop de choses qui n'ont pas un
rapport direct avec le sujet, et de choses connues, décrites déjà par
d'autres missionnaires : l'Espagne n'est plus aujourd'hui une terre
347
inexplorée au point qu'on doive, à propos d'une question spéciale, s'éga-
rer dans les généralités et révéler ce que chacun a le moyen de savoir.
Pressé par le temps aussi et pfivé sans doute, pendant son voyage,
de livres de référence, M. l'abbé Carini a commis parfois quelques
inexactitudes. Un exemple : il croit inédite la relation si connue
de l'ambassade de Simon Contarini en Espagne, en 1605, parce qu'il
ne l'a « pas trouvée dans la collection d'Alberi. » Il serait étrange
qu'elle y fût, étant de KlOr), mais on la trouve ailleurs et là où elle doit
être, dans la série des relations vénitiennes du xvii« siècle, publiées par
Barozzi et Berchet (t. I, p. 227). J'ajoute que cette relation a été impri-
mée au moins deux fois en Espagne. — Le régeste a plus d'importance
et servira aussi à nos historiens par les renseignements qu'il leur four-
nira sur l'invasion de la Catalogne par Philippe le Hardi, en 1285. En
général, les analyses sommaires de ces documents sont satisfaisantes,
quoiqu'elles aient été faites un peu au courant de la plume. Quelques
inutilités çà et là. A quoi bon par exemple une traduction presque inté-
grale du traité de Pierre III avec le roi de Tunis Abou llafes (2 juin
1285), qui a été publié par Capmany et par le comte de Mas Latrie
dans ses Traités de paix et de commerce des chrétiens avec les Arabes de
l'Afrique septentrionale? Puis on s'aperçoit que la langue catalane n'a
pas encore livré tous ses secrets à M. l'abbé Carini. A la p. 77, il est
parlé de tayrels : c'est de cayrels [quadrellos] qu'il s'agit. Mais ces légers
défauts, résultat inévitable de la précipitation avec laquelle ce travail a
été conduit, n'empêchent pas la publication de M. l'abbé Carini d'être
fort utile; nous en souhaitons le prompt achèvement.
A. M.-F.
Le Protectorat espagnol à Monaco, ses origines et les causes de sa
rupture, par Gustave SAuiE. Monaco, 188^3. In-12 carré.
Pour l'observateur superficiel, la principauté de Monaco offre un
échantillon de la division féodale de l'Europe au moyen âge, que rien
ne distingue de quelques autres petits pays restés, eux aussi, indépen-
dants. Elle présente, au contraire, un caractère particulier, celui de
n'avoir de tout temps « relevé que de Dieu. » Tandis que de puissants
royaumes ne sont arrivés à la plénitude de la souveraineté que de nos
jours, ou n'y sont même point parvenus encore, les seigneurs de ce
rocher ont su garder leur indépendance intacte à travers les âges. Pour
ne comparer Monaco qu'à ses analogues en puissance, la principauté
de Liechtenstein, d'abord fief de l'Empire, ensuite incorporée à la
Confédération germanique, <i relève de Dieu seul » depuis 1871 seule-
ment. La république de Saint-Marin, de môme que celle d'Andorre,
s'est constituée sur une base féodale, et cette dernière est encore main-
tanant rattachée à la France et à l'évêché d'Urgel par un lien de
34S
vassalité. Pour parler comme les feudistes, la souveraineté de Monaco
est donc o d'une essence supérieure, » de même « essence « que celle
des plus vieilles et des plus puissantes monarchies de l'Europe.
Gomment ce curieux phénomène a-t-il pu se produire? Par quels
prodiges d'hahileté et de ténacité cette prérogative a-t-elle été conservée
à un simple rocher au centre même du champ de halaille perpétuel des
trois plus grandes puissances de l'histoire européenne , la France ,
l'Empire et l'Espagne, sans que la force ou la contrainte ait amené
un jour ou l'autre les seigneurs de cette place forte, convoitée partons,
à « la reprendre en fief » de l'un de leurs dangereux voisins?
Là est le vif intérêt de l'histoire de la maison de Grimaldi ; mais il
est difficile de répondre à cette question à l'aide des documents publiés
jusqu'à ce jour. Obligés, par leur faiblesse même, à une prudence
excessive, les pi'inces de Monaco, à une époque où les archives des
plus puissants monarques étaient tenues secrètes, devaient, plus encore
que ces derniers, garder dans l'ombre les documents qui pouvaient, au
cours d'une négociation, leur fournir un argument inattendu ou déjouer
une tentative d'empiétement sur leur indépendance. Les historiens ne
pouvaient donc se servir que de renseignements puisés à des sources
étrangères et nécessairement incomplètes, et les Grimaldi n'avaient cru
pouvoir encourager sans danger que des généalogistes, plus curieux de
rapporter leurs belles alliances, leurs titres et leurs honneurs, que les
difficultés sans cesse renaissantes auxquelles ils ont dû sans doute leur
habileté diplomatique pour ainsi dire héréditaire. Aussi le travail de
notre confrère M. G. Saige est-il absolument neuf et plein d'intéres-
santes révélations.
Les seigneurs de Monaco, trop faibles pour se maintenir seuls debout,
s'appuyaient sur l'un de leurs voisins, auquel ils se liaient par un traité
d'alliance, de protectorat, consenti d'égal à égal en essence, sinon en
force, et la disposition de la forteresse et du port, si admirablement
situés et alors au nombre des mieux défendus du monde, compensait
les avantages de protection à main armée et de subsides en espèces et
en vivres qu'ils stipulaient en retour. Au rebours de ce que la diplo-
matie contemporaine pourrait nous faire penser, ces alliances avaient
une durée considérable, et les oscillations de la politique monégasque
étaient fort lentes. Le travail que nous analysons n'en envisage qu'une
seule, le protectorat consenti à Charles-Quint cl continué par ses descen-.
dants, et cette évolution embrasse à elle seule une durée de cent vingt ans
environ, coïncidant exactement avec l'époque qui vit naître, s'imposer,
puis décUner l'influence austro-espagnole dans la Méditerranée. Ce cadre
a suffi amplement pour démontrer le vif intérêt des archives secrètes de
la principauté, non pas seulement pour l'histoire de Monaco, mais
pour rinlelligence de la politique générale de l'Europe.
Beaucoup de points restés obscurs ou inconnus sont éclaircis, révélés
349
ou rectifiés dans cette étude : les projets d'échange de Monaco contre la
souveraineté d'une place forte moins convoitée; le récit des circons-
tances qui ont précédé l'assassinat de Lucien, considéré généralement
comme amené par sa défection au protit do l'Espagne, tandis qu'il est
dû plutôt à ses propres menées; la preuve complète qu'Augustin Gri-
maldi n'a point fait exécuter le coupable Barthélémy Doria, lequel
eût supprimé, par la réussite de son plan, les obstacles qui le séparaient
de la riche succession de Monaco ; les tentatives de retour à l'alliance
française dès 15:27, et ensuite pendant la mission de M. de Sabran à
Gènes, plusieurs années avant la rupture définitive avec l'Espagne et le
retour à l'alliance française; le refus de subsides à l'Empire en 1596,
lorsque, sommé à deux reprises par Beccaria, vicaire de l'Empereur
Rodolphe II, de fournir le devoir féodal. Hercule Grimaldi laisse la
première sommation sans réponse, et rétorque la seconde par l'affir-
mation de sa qualité d'allié et non de vassal. Tels sont les principaux
faits de l'histoire de Monaco rectifiés ou révélés par cette étude, si
sommaire cependant.
Au point de vue de l'histoire générale, elle renferme les renseigne-
ments les plus précieux sur la marine et en particulier sur le condot-
tiere André Doria, sur la politique de la république de Gênes, sur
le fonctionnement administratif et financier de l'immense empire
de Charles-Quint, dont les vices paralysent les conventions les plus
précises et entravent à tout moment la volonté de l'Empereur. Pour-
suivant son travail d'élucidation, l'auteur établit que le traité dit de
Valdetare compromit la situation de la principauté, non par l'effet
de ses clauses, comme l'ont dit certains historiens, mais par l'inexécu-
tion même de celles-ci, résultat du désordre des finances et du défaut
d'obéissance des vice-rois, et consigne à cette occasion des observations
utiles à l'histoire de l'économie politique.
Enfin, le côté anecdotique, à peine indiqué dans une étude aussi
substantielle et aussi concise, laisse cependant pressentir l'intérêt qui
pourrait lui être donné. L'épisode du « gubernant, » Etienne Grimaldi,
« padre eletto » du prince Honoré, est certainement un des traits les
plus originaux de la diplomatie de Charles-Quint, et quelques mots sur
les correspondances de l'agent de la principauté à la cour de Henri II
sont de nature à piquer la curiosité de tous les chercheurs qui ont
quelque préférence pour l'époque des Valois.
Que l'auteur nous permette une critique : la méthode constamment
chronologique qui convient à un résumé aussi rapide a été parfois
abandonnée par lui, notamment lorsqu'il suit jusqu'à sa mort la bio-
graphie de l'assassin de Lucien, Barthélémy Grimaldi. Il en résulte, au
moment où il revient sur ses pas pour reprendre la suite des événements,
une confusion dans l'esprit du lecteur, qui eût pu être évitée facilement.
En terminant, il nous reste à exprimer un vœu, c'est que le prince
24
350
régnant de Monaco autorise la publication in extenso des précieux
documents dont M. Saige nous a donné l'analyse ou la simple mention.
Les raisons qui imposaient autrefois le secret des archives n'existent
plus de nos jours, et le passé de cette grande maison des Grimaldi
sortirait ainsi du domaine de la généalogie, où elle s'est trop confinée,
pour prendre dans l'histoire la place qui lui revient de droit.
M's DE MONCLAR.
Archives des missions scientifiques et littéraires. Choix de rapports et
instructions., publié sous les auspices du ministère de Vinstruction
publique et des beaux-arts. 3*^ série, tome XI. Paris, imprimerie
nationale, J885. In-8°, 479 pages, 56 planches et 3 cartes.
Ce volume comprend :
l" Un rapport de M. René Gagnât (sept. 1882) sur une mission archéo-
logique accomplie en Tunisie pendant les années 1881 et 1882 ;
2° Un rapport de M. Ch. Glermont-Ganneau sur une mission archéo-
logique accomplie en Palestine et en Phénicie en 1881 ;
3° Un rapport du regretté M. Charles Tissot, sur des inscriptions
romaines relevées en Tunisie par divers voyageurs ;
4° Un rapport d'un caractère plus général (géologie, météorologie et
hydrographie, anthropologie, pathologie, dialectes, géographie politique,
agriculture, commerce) rédigé par M. le D"" J. Montano et se référant
à des observations faites, pendant les années 1879 et 1880, aux îles
Philippines et en Malaisie.
Ces divers travaux sont accompagnés de planches gravées insérées
dans le texte, d'héliogravures et de cartes géographiques. Les trois pre-
miers renferment un grand nombre d'inscriptions.
G. T.
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 139. — Paléographie, 180. —
Bibliographie, 167, 174, 198; bibliothèques, 140, 201; manuscrits, 122,
133, 171; imprimés, 186, 188, 215.
351
Sources. — Chroniques, 169. —Archives, 128, 144, 168. — Recueils
de documents, 131, 134, 142, 143, 148, 202, 205, 212.
Biographie et généalogie. — Saint Alexis, 125, 216 ; Ancel de Join-
ville, 151 ; Arnaud de Brescia, 1 18 ; Arnoul, 124 ; Bothon, 194 ; Galixte II,
120; Chambige, 136; Gornilhan, 127; la Cour d'Aubergenville, 121;
Enzio, 113; François I-^-", 189; Frédéric I*»-, 199; Frédéric II, 172; Gré-
goire VII, 217 ; Grégoire IX, 172 ; Henri II d'Angleterre, 166; Hermann
de Salza, 162; Honorius III, 172; R. de Houdenc, 114; Innocent IV,
172; Lifferin, 103; Linange, 158; G-. de Long-Champ, 117; Louis de
Bavière, 209; Manassès, archevêque de Reims, 217; Perréal, 106;
Sforza, 214; Sigismond, 161; Visconti, 161; Wycliffe, 146; saint
Yves, 163.
Géographie, topographie, 112.
Droit, 109, 110, 133, 147, 148, 203, 208.
Institutions communales, 200, 204 ; militaires, 164, 210.
MœuRS, 149.
Religions. — Judaïsme, 134. — Catholicisme, 196; conciles, 166;
papauté, 120, 172, 217; cardinaux, 115; évoques, diocèses, 107, 117,
121, 199, 217; églises, 108; ordres, 162; monastères, 123, 127, 160, 178,
185, 197. — Réforme, 146.
Archéologie, 179, 184, 191, 198. — Architecture : édifices civils, 111,
116, 135, 141, 159, 206; édifices religieux, 121, 137, 139, 145, 150. —
Peinture, 103, 106, 130, 150, 176. — Mobilier, 132, 165, 176. — Bla-
son, 132, 206. — Sphragistique, 140. — Numismatique, 155, 158, 190,
192, 195.
Langues et littératures. — Grec et hébreu, 186. — Latin, 122. —
Langues romanes : espagnol, 181 ; français, 114, 125, 152, 156, 175, 216;
italien, 105, 171; provençal, 125, 183, 187. — Langues germaniques,
125, 218.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 109, 113, 162, 172. — Alsace-Lorraine, 158. — liesse,
157. - Lûbeck, 212. — Prusse, 130, 157, 169, 177. — Saxe, 200.
Autriche-Hongrie. — Autriche, 203. — Hongrie, 133.
Belgique, 130, 178, 179, 193, 215.
Danemark, 155.
Espagne, 181.
Frange. —Bourgogne, 174, 199; Champagne, 195; Gascogne, 202;
Limousin et Marche, 143 ; Poitou, 191. — Ain, 131 ; Allier, 137 ; Aube,
138; Corrèze, 143; Côte-d'Or, 130; Creuse, 143; Doubs, 132, 150;
352
Eure, 121 ; Gard, 127 ; Gers, 188 ; Loir-et-Cher, 182; Loire, 131 ; Haute-
Loire, 145; Manche, 166 ; Marne, 139, 217 ; Haute-Marne, 151 ; Mayenne,
159, 160; Meurthe-et-Moselle, 151, 206; Nord, 124; Oise, 136; Orne,
135, 167; Pas-de-Calais, 123; Rhône, 131, 213; Sarthe, 197; Savoie,
192; Haute-Savoie, 192; Seine, 112, 140, 184, 186, 207; Seine-et-
Marne, 170; Seine-et-Oise, 141; Seine-inférieure, 154; Deux-Sèvres,
191 ; Tarn, 173 ; Vaucluse, 127, 144 ; Vendée, 191 ; Vienne, 191 ; Haute-
Vienne, 143, 165; Vosges, 185. — Algérie, 153.
Grande-Bretagne. — Angleterre, 117, 146, 166, 202. — Ecosse, 190.
Italie, 113, 199. — Galabre, 104; Emilie, 211 ; Ligurie, 128; Lom-
bardie, 118, 161, 214; Marche, 214; Ombrie, 148; Piémont, 116, 119,
129; Rome, 209; Sardaigne, 204; Sicile, 115, 134; Toscane, 107, 108,
205; Vénétie, 111, 126, 142.
Suisse, 122.
Turquie, 111.
103. Albanès (J.-H.). Josse Lifferin, peintre marseillais du xv« siècle.
Paris, imprimerie nationale. In-8°, 16 p. Extrait du Bulletin du comité
des travaux historiques. Archéologie, 1884, n» 3.
104. Amato (G.). Crono-istoria di Corigliano Calabro. Gorigliano
Galabro, tip. del Popolano, 1884. In-8o, xxvin-312 p. 4 1.
105. Ballate d'amore del secolo xni, messe in luce per la prima volta
dal dott. prof. Tommaso Casini. Roma, tip. Pietro Metastasio, 6 mag-
gio 1884. Per nozze Anderloni-Veladini. In-8°, vi feuillets.
106. Bancel (E.-M.). Jehan Perréal, dit Jehan de Paris, peintre et
valet de chambre des rois Charles VIII, Louis XII et François I«^
Recherches sur sa vie et son œuvre. Ouvrage orné de nombreuses gra-
vures et d'une lettre de J. Perréal en fac-similé. Paris, Launette. In-4o,
iv-252 p., 23 pi.
107. Beani (conte Gaetano). La Chiesa pistoiese dalla sua origine ai
tempi nostri. Appunti storici. Pistoia, tip. Cino dei fr. Bracali, 1883-
1884. In-16, 254 p.
108. Befâni (sac. G. B.). Memorie storiche dell' antichissima basilica
di San Giovanni Battista di Firenze. Firenze, tip. délia pia casa di
patronato, 1884. In-8°, 220 p., pi. 1 1. 50 c.
109. Behrend (J.-Fr.). Anevang und Erbengewere. Berlin, Guttentag,'
1885. In-8», 55 p. 3 m.
110. Bensa (E.). Il Contratto di assicurazione iiel medio evo. Genova,
1884. In-8o, 238 p.
m. Berchet e Sagredo, Il Fondaco dei Turchi a Venezia. Studii
storici ed artistici, con documenti e tavole illustrative. Venezia, tip.
délia Gazzetta. In-4% 112 p. 8 1.
353
Wl. Berty (A.). Topographie historique du vieux Paris. 2« édition.
Région du Louvre et des Tuileries. Tome I. Paris, Champion. In-4%
nv-3'iO p., 22 planches, 10 grav., 1 plan. (Histoire générale de Paris.)
Les t. I et II, 100 fr.
il3. Blasius (Ilermann). Konig Enzio. Ein Beitrag zur Geschichto
Kaiser Friedrichs II. Breslau, Koebner, 1884. In-8% vi-146 p. 3 m.
\\\. BoERNER (0.). Raoul de Iloudenc. Ein stilistische Untersuchung
iiber seine Identitât mit dem Verfasser des « Messire Gauvain. » Leip-
zig, Fock, 1885. In-8% 127 p. 2 m. 40 pf.
11."). Boc.LiNO (B. L.). La Sicilia e i suoi cardinali. Note storiche.
Palcrmo, tip. dell' Armonia, 1884. In-S", 105 p. 2 1.
1 16. BoiTO (Camillo). Il Castello medioevale délia osposizione di Torino
188'i. Prima parte dell' Album délia esposizione di Torino. Milano,
Trêves, 1884. Gr. in^" avec gravures. 2 1.
117. Boivin-Ghampea.ux (L.). Notice sur Guillaume de Long-Champ,
évèquc d'Ély, vice-roi d'Angleterre. Bernay, Delamotte. In-8', 264 p.
118. BoNGHi (Ruggero). Arnaldo da Brescia. Studio. Gittà di Castello,
S. Lapi, 1884. In-16, i.\-73 p. 1 1.
119. BoTTERi (G. B.). Memorie storiche suUa chiesa di Pesio. Torino,
Grato Scioldo. ln-16, 292 p. 3 1.
120. BoucHET (Ch.). Une Lettre inédite du pape Galixte II. Vendôme,
impr. Lemercier. In-8'', 29 p. Extrait du Bulletin de la Société archéolo-
gique, scientifique et littéraire du Vendnmois.
121. Bourbon (Georges). Note sur la découverte de la sépulture de
Jean II de la Cour d'Aubergenville, évrque d'Évreux (1244-1250). Paris,
imprimerie nationale. In-8», 4 p., planche. Extrait du Bullclin archéolo-
gique du comité des travaux historiques et scientifiques, année 1885.
122. Br.vndt (Sam.). Der St. Galler Palimpsest der Divinae Institu-
tiones des Lactantius. Wien, Gerold's Sohn, 1885. In-8% 110 p., 1 pi.
photolith.
123. Brandt de Galamez (le comte de). Le Prieuré de Saint-André-
lez-Aire, au diocèse de Térouanne, ses prieurs, son temporel, son obi-
tnaire, 1202 à 1793, suivi d'un fragment généalogique sur les sires de
Crésecque, ses fondateurs. Saint-Omer, impr. d'Iîomont. In-8°, 159 p.
124. Brapsart (Félix). La Féodalité dans le nord de la France.
Mémoires sur les trois Arnoul qui ont possédé Douai au x^ siècle. Douai,
Crépin. In-8°, 47 p. Extrait des Souvenirs de la Flandre ivallonne,
2« série, t. II.
125. Brauns (JuI.). Ueber Quelle und Entwicklung dor altfranzôsi-
schen Cançun de saint Alexis, verglichen mit der provcnzalischen Vida
35?
powic dcn altcnglischcn und mittelhochdcutschen Darstellungcn. Kiel,
Lipsius und Tischer, 1884. In-S", x-56 p. 1 m. 80 pf.
126. Brentari (Ottono). Storia di Dassano e del suo territorio. Bas-
sano, tip. Pozzato. In-4°, xii-824 p. 15 1.
127. Bruguier-Roure (Louis). Les Hospitaliers du Pont- Saint-Esprit
à Saint-Pierre de Vassols et le prieur Cornilhan. Avignon, impr. Auba-
neL In-8°, 15 p.
128. Bruno (A.). Gli Archivii del comune di Savona. Savona, tip.
vescovile di Miralta, 1884. In-16, 52 p.
129. Galuso cronistorico-corografico, nei suoi rapport! colla storia délia
vetusta Eporedia, del Ganavese, e degli avvenimenti subalpino-italiani
da tempo remoto al 1870, di G. G. Il Ganavese. Vol. I : corografia.
Torino, tip. San Giuseppe, 1884. In-8% 180 p., 1 carte. 2 1. 25 c.
130. Garlet (Joseph). Le Jugement dernier, retable de l'Hùtel-Dieu
de Beaune. Suivi d'une notice sur les triptyques de Dantzig et d'Anvers,
Beaune, Damongeot, Devis ; Paris, Lamarche. In-8°, 41 p., 2 hélio-
gravures.
131. Gartulaire lyonnais. Documents inédits pour servir à l'histoire
des anciennes provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais, Dombes, Bresse
et Bugey, comprises jadis dans le ■pagus major Lugdunensis, recueillis
et publiés par M. G. Guigue. Tome I. Documents antérieurs à l'an-
née 1255. Lyon, impr. Plan. In^», ix-886 p. (Collection de documents iné-
dits pour servir à l'histoire du Lyonnais, publiés par les soins de l'Aca-
démie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon.)
132. Gastan (Auguste). Un Fer à gaufres du xv® siècle aux armoiries
de la ville de Besançon et de ses sept quartiers ou bannières. Besançon,
impr. Dodivers. In-8°, 15 p. avec dessins. Extrait des Mémoires de la
Société d'émulation du Doubs, 12 déc. 1883.
133. Godex (der) Altenberger. Textabdruck der Hermannstàdter
Ilandschrift, herausgegeben von Gust. Lindner. Klausenburg, Stein,
1885. In"8°, xu-300 p., 2 photolith.
134. Godice diplomatico del giudei di Sicilia, raccolto e pubblicato dai
frat. sacerdoti Bartolomeo e Giuseppe Lagumina. Vol. I, parte L
(Documenti per servire alla storia di Sicilia, pubblicati per cura délia.
Società siciiiana per la storia patria. 1* série, diplomatica, vol. VI,
fasc. I.)
135. GoNTADES (le comte Gérard de). Rasnes, histoire d'un château
normand. Paris, Ghampion, 1884. In-4% 69 p.
130. GouARD-LuYs (E.). Note sur une mission de Martin Ghambigc à
Senlis en 1504. Paris, imprimerie nationale. ln-8o, 3 p. Extrait du Bul-
letin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, 1884.
335
137. CuRzON (H. DE). Notice sur l'église priourale de Saint-Germain-
fles-Fossés (Allier). Paris, imprimerie nationale. In-8% 7 p. avec Ûg.
Extrait du Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et
scientifiques, 1884, n» 4.
138. Defer (l'abbé). Histoire de Trainel. Troyes, impr. Dufour-Bou-
quot. In-8", 249 p. et plans.
139. Dem.\ison (L.). Note sur deux inscriptions de l'église Saint-Remi
de Reims, antérieures au xn^ siècle. Paris, imprimerie nationale. In-8",
3 p. Extrait du Bulletin archéologique du comité des travaux historiques
et scientifiques, 1884.
MO. Demay (G.). Inventaire des sceaux de la collection Glairambault
à la Bibliothèque nationale. Tome I. Paris, Hachette. In-4", ti-704 p.
(Collection de documents inédits sur l'histoire do France.)
141. Desjardins (Gustave). Le Petit-Trianon, histoire et description.
Versailles, Bernard. Gr. in-8°, xvi-472 p., 22 grav., 22 pi. hors texte.
25 fr.
142. Documenti friulani dal 1242 al 1384 [Dismontaduris et Morgen-
gabium), pubblicati por nozze Schiavi-Bressanutti. Udine, tip. Doretti,
1884. In-16, 23 p.
143. Documents historiques bas-latins, provençaux et français, con-
cernant principalement la Marche et le Limousin, publiés par Alfred
Leroux, Emile Molinier et Antoine Thomas. Tome H. Limoges, Ducour-
tieux. In-8% 384 p. Les 2 vol., 12 fr.
144. Duhamel (L.). Inventaire sommaire des archives départementales
de Vaucluse antérieures à 1790. Archives civiles. Série B (fin).
Art. 1502-2696. Tome II. Avignon, Seguin. In-4°, 285 p.
145. Faucon (Maurice), Notice sur la construction de l'église de la
Chaise-Dieu (Haute-Loire), son fondateur, son architecte^ ses décora-
teurs (1344-1352), d'après les documents conservés aux archives du Vati-
can. Paris, imprimerie nationale. In-S", 62 p., 3 pi. Extrait du Bulletin
archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, 1884, n° 4.
146. Feer (Léon). John Wycliffe, réformateur anglais (1320-1384), à
l'occasion du cinq-centième anniversaire de sa mort (30 décembre 1884).
Paris, Grassart. In-8'', 31 p.
147. FouRNiER (Marcel). Essai sur les formes et les effets de l'affran-
chissement dans le droit gallo-franc. Paris, Vieweg. In-8°, xni-180 p.
(Bibliothèque de l'École des hautes études, fasc. 60.)
148. FuMi (Luigi). Codice diplomatico délia città di Orvieto : docu-
menti e regesti dal secolo xi al xv ; e la carta del popolo, codice statu-
tario del comune d'Orvieto ; con illustrazioni e note. Firenze, G. P.
Vieusseux, 1884. In-8°. (Documenti di storia italiana, etc. Vol. VIII.)
356
)'i9. Galabert (l'abbé). Mœurs chrétiennes au xv^ siècle. Montauban,
impr. Forestié. In-8°, 15 p. Extrait du Bulletin de la Société archéologique
de Tarn-ct-Garonne.
150. Gauthier (Jules). Marché conclu pour la peinture et la dorure
du maitre-retable de l'église Saint-Pierre de Besançon. Paris, imprime-
rie nationale. In-S", 4 p. Extrait du Bulletin archéologique du comité des
travaux historiques et scientifiques, 1884, n° 4.
151. Germain (Léon). Fragment d'études historiques sur le comté de
Yaudémont. Ancel, sire de Joinville. Nancy, impr. Crépin-Leblond.
In-8<», 35 p. Extrait des Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, 1884.
152. GRAFENBERG(S.).Beitràgezurfranzôsischen Syntax des xvi. Jahr-
hunderts. Erlangen, Deichert, 1885. In-S", 139 p.
153. Grammont (H.-D. de). Études algériennes. La course, l'esclavage
et la rédemption à Alger. Paris. In-8% 124 p. Extrait de la Revue histo-
rique. Ne peut être mis en vente.
154. GuÉRODLT (le D»- Ernest). Le Manoir de la Planquette et l'Hos-
pice Sainte-Anne à Gaudebec-en-Caux. Rouen, impr. Gagniard. In-8°,
15 p. Extrait du Bulletin de la commission des antiquités de la Seine- Infé-
rieure.
155. Hauberg (P.). Danmarks Myntvœsen og Mynter i Tidsrummet
1241-1377. Kœbenhavn, 1885. In-S», 160 p.
156. Histoire littéraire de la France, ouvrage commencé par des reli-
gieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur et continué par des
membres de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres).
Tome XXIX : suite du xiV siècle. Paris, imprimerie nationale. In-4'',
xLiv-637 p.
157. Jaeger (JuL). Kurmainz und Duderstadt in den Jahren 1477-
1479, nach einer gleichzeitigen Aufzeichnung des Duderstàdter Stadt-
schreibers [Kurt Wichenand]. Hildesheim, Lax, 1885. In-8% 61 p. 2 m.
158. Joseph (P.). Die Miinzen des graflichen und fiirstlichen Hauses
Leiningen. Wien, 1884. 111-8°, 110 p., 2 pi.
159. JouBERT (André). Le Château seigneurial de Saint-Laurent-des-
Mortiers, d'après des documents inédits (1356-1789). Mamers, impr.
Fleury et Dangin. In-S", 21 p.
160. JouBERT (André). La Seigneurie de la Garaudière, dépendance
de l'abbaye de la Roë, d'après les documents inédits, xin*-xviii« siècles.
Mamers, Fleury et Dangin. In-8'', 33 p. Extrait de la Revue historique et
archéologique du Maine.
161. Kagelmagher (E.). Filippo Maria Visconti und Konig Sigis-
mund. 1413-1431. Ein Beitrag zur Geschichte des 15. Jahrhunderts.
Berlin, Siemenroth, 1885. In-8% iv-121 p. 2 m. 50 pf.
357
162. KoGU (Ad.)- Hermann von Salza, Meister des deutschen Ordons
(f 12391. Ein biographischer Versucli. Leipzig, Duncker und Humblot,
1885. In-8^ ix-140 p. 3 m. 20 pf.
163. L.A. BoRDERiE (Arthur de). Les Monuments originaux de l'histoire
de saint Yves. Rapport à Mgr l'évèque de Saint-Brieuc et Tréguier.
Saint-Brieuc, Prud'homme. In-8°, 40 p. 1 fr.
164. La Chauvelays (de). Le Combat à pied de la cavalerie au moyen
âge. Paris, Pion. In-8% 59 p.
165. Lasteyrie (R. de). Notice sur une croix du xni*' siècle conservée
à Gorre (Haute- Vienne). Paris, imprimerie nationale. In-8o, 16 p. et
2 pi. Extrait du Bulletin archéologique du comité des travaux historiques
et scientifiques, 1884.
166. Lebreton (Ch.). La Pénitence de Henri II, roi d'Angleterre, et
le Concile d'Avranches en 1172. Saint-Brieuc, Guyon. In-8", 39 p.
167. Le Vavasseur (G.), Contades (le comte de). Canton d'Ecouché.
Essai de bibliographie cantonale. Paris, Champion, 1884. In-12, xxix-
49 p. (Bibliothèque ornaise.)
168. Lois, Instructions et Règlements relatifs aux archives départe-
mentales, communales et hospitalières. Paris, Champion. In-8'', 215 p.
169. Lorenz (Hermann). Die Jahrbiicher von Hersfeld, uach ihren
Ableitungen und Quellen untersucht und wiederhergestellt. Leipzig,
Fock, 1885. ln-8o, vi-105 p. 1 m. 50 pf.
170. Maillé (J.). Notice historique sur l'ancienne seigneurie de Cou-
tençon. Paris, impr. Roussel. In-8°, 47 p.
171. Manoscritti (i) italiani délia Biblioteca nazionale di Firenze, de-
scritti da una società di studiosi sotto la direzione del prof. Adolfo Bar-
toli. Vol. m. Firenze, Carnesecchi, 1884. In-8% 384 p. 24 1.
172. Masetti (Pio Tommaso). I Pontefici Onorio III, Gregorio IX
ed Innocenzo IV a fronte dell' imp. Federico II nel sec. xm. Disserta-
zioue academica. Roma, tipografia éditrice romana, 1884.
173. Mazens (Louis). Les Seigneurs et les Consuls de Lasgraïsses.
Toulouse, impr. Chauvin. In-8°, 144 p., planches.
174. MiLSAND (Ph.). Bibliographie bourguignonne, ou Catalogue
méthodique d'ouvrages relatifs à la Bourgogne, sciences, arts, histoire.
Dijon, Lamarche. In-8°, vni-663 p. Publication de l'Académie des
sciences, arts et belles-lettres de Dijon.
175. Miracles de Nostre-Dame par personnages, publiés, d'après le
manuscrit de la Bibliothèque nationale, par Gaston Paris et Ulysse
Robert. Tome VII. Paris, Didot. In-8'', 378 p. Publication de la Société
des anciens textes français.
176. MiREUR. Signification du mot revers appliqué aux retables. But
358
et emploi de cet ornement. Paris, imprimerie nationale. In-8% 7 p.
Extrait du Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et
scienlifiques, 1884, n° 4.
177. MoHR. Koln in seiner Glanzzeit. Neue Forschungen. Kôln,
A. Ahn, 1885. In-S-, Ynr-280 p. 5 m.
178. MoNNiER (Clément). Histoire de l'abbaye de Gambron. Tome IL
Mons, Hector Manceaux. In-8°, 574 p.
179. MoNOYER (Jules). Archéologie populaire du canton du Rœulx ou
Inventaire raisonné des antiquités préhistoriques, germaines, romaines
et frankes, découvertes jusqu'aujourd'hui dans les limites de ce ressort.
Mons, Hector Manceaux. In-S», 121 p., 4 pi. 2 fr. 50 c.
180. Monumenti paleografici di Roma, pubblicati dalla R. Società di
storia patria. Fasc. I. Roma, A. Martelli, 1884. In-fol., vni p., 10 pi.
14 1. 90 c.
181. Morel-Fatio (Alfred). La Comedia espagnole du xvn^ siècle.
Leçon d'ouverture du cours de langues et littératures de l'Europe méri-
dionale au Collège de France. Paris, Yieweg. In-8% 40 p.
182. MouLARD (P.). Notice sur Souday, commune de Loir-et-Cher.
Mamers, impr. Fleury et Dangin. In-8°, 45 p.
183. Mystère (le) de saint Anthoni de Viennes, publié, d'après une
copie de l'an 1503, par l'abbé Paul Guillaume. Gap, Société d'études;
Paris, Maisonneuve. In-8°, cxx-224 p.
184. Normand (Charles). Société des amis des monuments parisiens,
constituée dans le but de veiller sur les monuments d'art et la physio-
nomie monumentale de Paris (architecture, peinture, sculpture, curio-
sités et souvenirs historiques). Paris, Cerf. In-S", 8 p. Extrait du Bul-
letin du cercle Saint-Simon (Société historique).
185. Notice sur l'abbaye d'Autrey, d'après des documents inédits.
Épinal, impr. CoUot. In-12, 232 p. et planche.
186. Omont (H.). Alphabets grecs et hébreux publiés à Paris au
xvi" siècle. Paris. In-8», 15 p. Extrait du Bulletin de la Société de l'his-
toire de Paris et de V Ile-de-France, 1884.
187. Pape (Richard). Die Wortstellung in der provenzalischen Prosa-
Literatur des xn. und xni. Jahrhunderts. Jcna, Deistung, 1883. In-8°,
iY-100 p. 1 m. 40 pf.
188. Parfouru (Paul). Catalogue des incunables de la bibliothèque
d'Auch, précédé d'une notice historique. Auch,impr. Cocharaux. In-8",
20 pages.
189. Paris (Paulin). Études sur François I^S roi de France, sur sa
vie privée et son règne. Publiées d'après le manuscrit de l'auteur et
359
accompagnées d'une préface par Gaston Paris. Paris, Techener. 2 vol.
in-8% ix-257, 377 p. 16 fr.
190. Patrick (R. W. C). The Medals of Scotland. A descriptive cata-
logue of the royal and other medals relating to Scolland. Edinburgh,
1884. Iu-4».
191. Paysages et Monuments du Poitou, photographiés par Jules
Robuchon, imprimés en photoglyptie par la maison Roussod et Valadon
(Goupil et G'«) à Paris. Notices par divers auteurs. Paris, impr. Motte-
roz. In-fol. Paraîtra en 150 livraisons à 3 fr.
Livr. 1-3. Ghauvigny (Vienne). Par G. Tranchant.
4-6. Vouvent (Vendée) et la Forêt. Par René Vallettc,
7-11. Oyron (Deux-Sèvres). Par Daviau.
12-14. Sanxay (Vienne). Découvertes gallo-romaines d'Horbois^,
près Sanxay. Par le R. P. Gamille de la Croix.
15-17. Nioul-sur-l'Autise, Ouïmes et Bouillé-Gourdault. Par
J. Berthelé et l'abbé Brochon.
192. Perrin (André). Catalogue du médaillier de Savoie du musée
d'Annecy. Chambéry, Perrin. In-80, xii-112 p. avec fig.
193. PiRARD (Jules). Quelques Notes historiques sur l'ancienne Bel-
gique depuis vingt siècles. 3° édition, revue, corrigée et augmentée.
Liège, l'auteur. 25, rue des Spaneux. In-12, 216 p. 2 fr. 50 c.
194. Poli (le vicomte Oscar de). Les Seigneurs et le Château de
Bothon. Paris, conseil héraldique de France. In-18 jésus, 226 p.
195. Ponton d'Amécourt (de). Notes sur quelques ateliers monétaires
mérovingiens de Brio et de Champagne : Binson, Château -Thierry,
Jouarre, Mouroux et Provins. Paris, imprimerie nationale. In-S^, 20 p.
avec fig. Extrait des Comptes-rendus de l'Académie des inscriplions et
belles-lettres.
196. PooLE (R.). Illustrations of the history of mediœval thought in
the departments of theology and ecclesiastical politics. London, 1885.
In-8°, 406 p.
197. Prieuré (le) Saint-Denis de Saint-Calais. Saint-Calais, Pclticr.
In-S", 75 p. Extrait de V inventaire des trois ordres de l'ancienne châtelle-
nie de Saint-Calais.
198. Quicher.\t (Jules). Mélanges d'archéologie et d'histoire. Antiqui-
tés celtiques, romaines et gallo-romaines, mémoires et fragments réunis
et mis en ordre par Arthur Giry et Auguste Castan, précédés d'une
notice sur la vie et les travaux de J. Quicherat, par Robert de Lasteyrie,
et d'une bibliographie de ses œuvres. Paris, Picard. In-S», vni-581 p.,
portrait, fig. et 8 pi.
199. Reese (Rudolf). Die staatsrechtliche Stellung der Bischôfe Bur-
360
gunds und Italiens unter Kaiser Friedrich I. Gôttingen, 1885. In-8°,
viii-llS p. 2 m.
200. RicHTER (0.). Verfassungs- und Verwaltungsgeschichte der Stadt
Dresden. I. B. : Verfassungsgeschichte. Dresden, Baensch, 1885. In-8»,
xii-450 p. 8 m.
201. Robert (Ulysse). Etat des catalogues des bibliothèques de France,
Lille, impr. Danel. In-8°, 27 p. Extrait du Bulletin des bibliothèques et
des archives.
202. Rôles gascons, transcrits et publiés par Francisque Michel.
Tome I. (1242-1254.) Paris, Hachette. In-4'', xxxvt-,579 p. (Collection de
documents inédits sur l'histoire de France.)
203. RuBER(Ign. von). StreifziigedurchdieRechtsgeschichteMàhrens.
I. Abth. : Geschichte des landrechtlichen Verfahrens. Wien, "Winiker,
1885. In-8% ni-103 p. 2 m.
204. Satta-Branga (P.). Il Gomune di Sassari nei secoli xni e xiv.
Studio storico-giuridico. Roma, Loescher. In-16, 188 p. 2 1.
205. Sforza (G.). Memorie e Document! per servire alla storia di
Pontremoli. Parte 2» : Documenti. Lucca, tip. Giusti, 1884. In-8%
xxxiv-382 p.
206. SouHESMEs (R. de). Note sur la borne armoriée du bois de Gham-
pigneulles. Nancy, impr. Crépin-Leblond. In-8% 4 p. et planche. Extrait
du Journal de la Société d'archéologie lorraine, sept.-oct. 1884.
207. Souvenirs historiques du vieux Paris. Reconstitution de la Sor-
bonne. Paris, Salmon. In-32, 30 p.
208. Tardif (Ad.). Étude sur la date du formulaire de Marculf. Bar-
le-Duc, impr. Gontant-Laguerre. In-8°, 8 p. Extrait de la Nouvelle Revue
historique de droit français et étranger.
209. Tesdorpf (W.). Der Rômerzug Ludwigs des Baiern 1327-1330.
Kônigsberg, Koch und Reimer, 1885. In-8°, 84 p. 1 m. 20 pf.
210. Thomas (Henri). Des réquisitions mihtaires et du logement des
gens de guerre en France depuis le y<= siècle jusqu'en 1789. Paris, Larose
et Forcel. In-S", 226 p.
211. ToNiNi (dott. G.). La Goltura letteraria e scientifica in Rimini dal
sec. XIV ai primordii del xix. Rimini, tip. Danesi, 1884. 2 vol. in-16.
Ghaque vol., 5 1.
212. Urkunden-Buch der Stadt Liibeck. Herausgegeben von dem
Vereine fiir lùbeckische Geschichte und Alterthumskunde. VIL
Lûbeck, Grautofï, 1885. In-4'', 934 p.
213. Vachez (A.). BuUy-sur-l'Arbresle (Rhône) et ses environs, notice
historique et archéologique. Lyon, imprimerie générale. In-8°, 40 p. et
gravures.
3CI
214. Valeri (Gioachino). Délia signoria di Francesco Sforza nolla
Marca, seconde le memorie e i documenti dell' archivio di Serrasan-
quirico. Milano, tip. Bortolotti, 188-'i. Iu-8% 96 p. Extrait de V Archivio
storico lombardo.
215. Van Havre (le chevalier G.). Marques typographiques des
imprimeurs et libraires anversois. Tome I. Gand, Ad. Hoste. In-S-,
297 p., avec gravures dans le texte. (Uitgaven der antwerpsche biblio-
philen, n° 13.) Les 2 vol., 20 fr.
216. Vie (la) de saint Alexis, poème du xi« siècle, publié par Gaston
Paris. Paris, Vieweg. In-12, viii-28 p.
217. WiEDEMANN (Max). Gregor VII. und Erzbischof Manasses I. von
Reims. Ein Beitrag zur Geschichte der l'ranzôsischen Kircheni)olitik
des Papstes Gregor Vil. Leipzig, Fock, 1884. In-8% 88 p. 2 m.
218. ZiNGERLE (Osw.). Die Quellen zum Alexander des Rudolf v. Ems.
Im Anhang : die Historia do proeliis. Breslau, Koebner, 1885. In-8%
vn-265 p. (Germanistische Abhandlungen, herausgegeben von K. Wein-
hold, IV.) 8 m.
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
— Le bureau et les commissions de la Société de l'École des chartes
ont été ainsi composés pour l'année 1885-1886 :
Président : M. Rodolphe Dareste.
Vice-président : M. Anatole de Montaiglon.
Secrétaire : M. Léon Lecestre.
Secrétaire-adjoint : M. Paul Guilhiermoz.
Trésorier : M. Alexandre Tuetey.
Commission de publication de la Bibliothèque de l'École des chartes :
membres ordinaires, MM. L. Delisle, R. de Lasteyrie, H. Omont;
membres suppléants, MM. Julien Havet, Noël Valois.
Commission de comptabilité : MM. Bruel, Dupont, Rocquain.
— L'un des fondateurs et des plus constants collaborateurs de la
Bibliothèque de l'École des chartes, M. Paul Marchegay, s'est éteint, à la
suite d'une longue maladie, dans son manoir des Roches- Baritaud, dans
la nuit du 2 au 3 juillet.
— Notre confrère M. Morel-Fatio a été nommé secrétaire-trésorier de
l'École des chartes.
— Le 11 avril, à l'assemblée générale qui a clos le congrès des
sociétés savantes, M. le ministre de l'instruction publique a proclamé :
Officiers de l'instruction publique, nos confrères M. Finot, archiviste
du Nord, et M. Gauthier, archiviste du Doubs ;
Officier d'académie, notre confrère M. Parfouru, archiviste du Gers.
— Par décret du 19 mai, notre confrère M. le marquis de Ripert-
Monclar a été nommé consul général de France à Québec.
DÉCRET PORTANT RÉORGANISATION DE LA BIBLIOTHÈQUE
NATIONALE.
Le Président de la République française.
Sur le rapport du ministre de l'instruction publique, des beaux-arts
et des cultes,
Vu le décret de la Convention, du 25 vendémiaire an I\;
Vu les ordonnances royales des 2 novembre 1828, 14 novembre 1832,
22 février 1839, 2 juillet suivant et 2 septembre 1847;
363
Vu l'article [" du décret du 9 mars 185-2 et les décrets des 31 août
1854, 14 juillet 1858, 27 janvier 1869 et 30 mai 4879,
Décrète :
Art. l^--. — La Bibliothèque nationale est composée de 4 départe-
ments :
1° Des livres imprimés, cartes et collections géographiques ;
2° Des manuscrits, chartes et diplômes ;
3" Des médailles, pierres gravées et antiques ;
4° Des estampes.
Art. 2. — Une salle de travail est ouverte dans chaque département.
En outre, une salle de lecture est annexée au département des imprimés.
L'admission dans les salles de travail est accordée conformément
aux règlements ministériels établis à cet effet. Aucune formalité n'est
imposée pour l'accès dans la salle de lecture.
Art. 3. — Les salles de travail de chacun des départements, ainsi que
la salle de lecture, sont ouvertes toute l'année, sauf exception, aux
jours et heures déterminés par règlement administratif.
Art. 4. — Un administrateur général est chargé de diriger l'ensemble
des services qui composent la Bibliothèque nationale.
Art. 5. — L'administrateur général est assisté par des conservateurs
et des conservateurs-adjoints et par un bureau d'administration, conhc
à un secrétaire-trésorier. Ce bureau est chargé à la fois de la corres-
pondance, de la comptabilité, du matériel et de la surveillance générale.
Art. 6. — Les conservateurs forment un conseil d'administration, dit
comité consultatif de la Bibliothèque nationale.
Les conservateurs-adjoints prennent part aux délibérations du comité,
mais chaque département, quel que soit le nombre de ses représentants,
n'a droit qu'à un suffrage exprimé à la majorité des membres présents.
Le comité est présidé par l'administrateur général.
Le secrétaire-trésorier remplit les fonctions de secrétaire du comité.
Art. 7. — Sur la convocation de l'administrateur général, le comité
se réunit une fois par semaine, et plus souvent si les circonstances
l'exigent. 11 donne son avis sur l'admission dans les salles de travail,
sur les autorisations de communications spéciales, sur la répartition des
fonds entre les divers départements, sur l'achat des livres, cartes, manus-
crits, médailles, estampes, etc., sur la rédaction et l'impression des
catalogues, sur les travaux de classement, sur les acceptations de dons
et de legs, et, généralement, sur toutes les questions de service qui lui
sont soumises par l'administrateur général.
Art. 8. — L'administrateur général est nommé et révoqué par décret,
sur la proposition du ministre de l'instruction publique, des beaux-arts
et des cultes.
Il est tenu de résider à la Bibliothèque nationale et ne peut s'absenter
sans une autorisation préalable du ministre.
36/«
En cas d'absence ou d'empêchement, l'administrateur général est
supplée dans toutes ses attributions par un conservateur que le ministre
désigne à cet effet, sur la proposition du directeur du secrétariat.
Art. 9. — Le personnel de la Bibliothèque nationale comprend :
1° Des conservateurs, dont le nombre ne peut excéder celui des
départements ;
2° Des conservateurs-adjoints, huit au maximum;
3° Des bibliothécaires, partagés en six classes ;
4° Dessous-bibliothécaires, divisés en quatre classes;
5° Des stagiaires ;
6° Des commis;
1" Des ouvriers et gagistes.
Le secrétaire-trésorier a rang de sous-bibliothécaire, de bibliothécaire
ou de conservateur hors cadre.
Le secrétaire est tenu de résider à la Bibliothèque nationale. Il ne
peut s'absenter sans l'autorisation préalable de l'administrateur général.
Art. 10. — Les conservateurs et les conservateurs-adjoints sont nom-
més et révoqués par le ministre, sur le rapport de l'administrateur
général et la proposition du directeur du secrétariat.
L'un d'eux, choisi par le ministre, dans chacun des départements, est
chargé, quel que soit son grade, d'en diriger les travaux sous l'autorité
de l'administrateur général.
Les autres sont répartis par l'administrateur général suivant les
besoins du service.
En cas d'absence ou d'empêchement, les conservateurs peuvent être
remplacés temporairement, si l'administrateur général le juge utile, par
un autre conservateur ou par un bibliothécaire dont il a la désignation.
Art. 11. — Les bibliothécaires, sous-bibhothécaires, stagiaires, com-
mis, gagistes et ouvriers sont nommés et révoqués par le ministre, sur
le rapport de l'administrateur général et la proposition du directeur du
secrétariat.
Art. 12. — Nul ne peut être nommé stagiaire s'il n'est pourvu du
diplôme de bachelier es lettres ou de celui de bachelier es sciences, et
s'il n'a subi avec succès un examen d'admission.
Sont exemptés de cet examen, les archivistes paléographes et les
élèves diplômés de l'école des langues orientales.
Après avis du comité consultatif et de l'administrateur général, et
sur la proposition du directeur du secrétariat, le ministre pourra auto-
riser exceptionnellement des candidats âgés de vingt-cinq ans au moins
et de trente ans au plus, et ayant travaillé pendant trois ans au bureau
du catalogue, à se présenter à l'examen pour l'emploi de stagiaire sans
être pourvu de diplôme.
Art. 13. — Nul n'est nommé sous-bibliothécaire s'il n'a été pendant
3«r>
un an au moins stagiaire, et s'il n'a justifié d'une aptitude spéciale dans
un concours dont le programme sera déterminé par le ministre.
Tout stagiaire peut être congédié, si ses services sont jugés insuffi-
sants, et privé du droit de se présenter audit concours.
Les sous-bibliothécaires prennent rang au jour de leur nomination
dans la 4<' classe.
Les articles 12 et 13 ne sont pas applicables au secrétaire-trésorier.
Art. 14. — Les hommes de service sont choisis parmi d'anciens
militaires reconnus aptes aux travaux qu'ils doivent exécuter à la biblio-
thèque.
Art. 15. — Les commis sont recrutés exclusivement parmi les
hommes de service de l""" classe, qui auront justifié par un examen
d'une instruction suffisante.
Art. 16. — Les traitements sont fixés de la manière suivante :
Administrateur général 15,000
Conservateurs 10,000
Conservateurs-adjoints 7,000
Bibliothécaires de !■•<= classe G, 000
Bibliothécaires de 2*= classe 5,500
Bibliothécaires de 3'= classe 5,000
Bibliothécaires de 4' classe 4,500
Bibliothécaires de 5e classe 4,000
Bibliothécaires de G" classe 3,600
Sous-bibliothécaires de l'"<' classe 3,300
Sous-bibliothécaires de 2« classe 3,000
Sous-bibliothécaires de 3« classe 2,700
Sous-bibliothécaires de 4= classe 2,400
Stagiaires 1,800
Commis . de 1,500 à 2,400
Ouvriers et gagistes.
Chef du service de 1,500 à 1,800
Hommes de service de l^'' classe de 1,300 à 1,400
Hommes de service de 2= classe de 1,100 à 1,200
Concierges-femmes et femmes de service ... de 500 à 600
Chef de l'atelier de reliure de 1,800 à 2,200
Relieurs de l'atelier intérieur de 1,300 à 2,000
Relieuses de l'atelier intérieur de 800 à 1,200
Colleurs de l'atelier d'estampes de 1,100 à 1,600
Art. 17. — Aucun fonctionnaire ne peut cumuler un autre emploi
avec celui qu'il occupe à la Bibliothèque nationale.
Art. 18. — Des peines disciplinaires peuvent être encourues par le
personnel de tout rang de la Bibliothèque nationale.
25
*• 360
Ces peines sont, suivant la gravité des fautes :
\° La réprimande par l'administrateur général;
2" La privation du traitement pendant un temps qui ne peut excéder
deux mois;
3" La mise en disponibilité ;
4» La révocation.
L'application de ces trois dernières peines est prononcée par le
ministre, après avis du comité consultatif, sur le rapport de l'adminis-
trateur général et la proposition du directeur du secrétariat.
En attendant la décision supérieure, l'administrateur général peut
prononcer l'interdiction de l'entrée à la bibliothèque.
Art. 19. — L'administrateur général présente tous les ans an ministre
un rapport sur l'état des locaux, les acquisitions provenant du dépôt
légal, d'achats, de dons ou d'échanges, le classement, la rédaction et
l'impression des catalogues, les recherches et communications, le tra-
vail du personnel et l'emploi des crédits.
Art. 20. — Toutes les dispositions contraires au présent décret sont
abrogées.
Art. 21. — Le ministre de l'instruction publique, des beaux-arts et
des cultes pourvoit, par des règlements particuliers, à tous les détails du
service de la Bibliothèque nationale.
Fait à Paris, le 17 juin 1885.
Jules Grévy.
Par le Président de la République :
Le ministre de l'instruction publique,
des beaux-arts et des cultes,
René Goblet.
— Un arrêté ministériel du 27 juin a réorganisé les cadres du person-
nel de la Bibliothèque nationale, conformément au décret du 18 juin
qu'on vient de lire.
Voici les noms de ceux de nos confrères qui sont mentionnés dans
l'arrêté.
Département des imprimés.
Bibliothécaire de 6'= classe : M. Havet.
Sous-bibliothécaires de 2« classe : MM. Soury et Lecaron.
Id. de 4° classe : MM. Du Parc et Guilhiermoz.
Stagiaires : MM. Martineau et Corda.
Département des manuscrits.
Bibliothécaire de 4« classe : M. Deprez.
Bibliothécaire de ô"-' classe : M. Scpet.
Sous-bibliothécaire de 2° classe : M. Raynaud.
Id. de 3" classe : M. Omont.
367
Département des médailles.
Sous-bihliothécaire de 2"= classe : M. Babelon.
Stagiaire : M. Prou.
Département des estampes.
Sous-bibliothécaire de 3"^ classe : M. Bouchot.
MONUMENTA GERMANIAE HISTORIGA.
Nous empruntons au rapport sur l'assemblée annuelle de la direction
centrale des Monumenla Germaniae, tenue à Berlin du 30 mars au
!«' avril 1885, la liste des ouvrages publiés pendant l'année 1884-1885
et de ceux dont la publication prochaine est annoncée.
Volumes publiés en 1884-1885 :
Scriptores, t. XXYII, in-fol. ;
Ottonis et Rahewini Gesta Friderici I imperatoris, editio altéra, rec.
G. Waitz, in-8°;
Chronicon Moguntinum, éd. G. Hegel, in-8°;
Diplomata regum et imperatoruvi Germaniae, t. I, pars m, in-4° ;
Libri confraternitatum S. Galli, Aiigiensis, Fabariensis, éd. P. Piper,
in-4° ;
Neues Archiv der Gesellschaft fur altère deutsche Geschichtskunde,
vol. X, in-8°.
Volumes en préparation (la plupart sous presse) :
Aiictores antiquissimi : Ennodius, par Vogel, et Fortunat, t. II,
presque achevés ; Sidoine, commencé par feu Liitjohann, continué par
Léo et Mommsen (M. Krusch donnera en appendice les lettres de
Ruricius et de Faustus); Claudien^ par Birt; petites chroniques, par
Mommsen ;
Scriptores : t. XV, in-fol. (Vitae de l'époque carolingienne) ; Grégoire
de Tours, 2^ partie, par Krusch et Bonnet; les travaux préparatoires se
poursuivent pour divers autres volumes;
Leges : loi des Alamans (M. Brunner s'occupe d'une nouvelle édition
de ce texte) ; lex Romana Utinensis, par Zeumer; t. II des capitulaires,
par Boretius, etc. ;
Diplomata : diplômes d'Otton II et d'Otton III (les travaux prépara-
toires se poursuivent sous la direction de M. de Sickel) ;
Epistolae : registre de Grégoire I«'", par Ewald ; lettres relatives à
l'histoire des Francs, par Gundlach; Innocent IV, par Rodenberg;
Antiquitates : poètes carolingiens, t. III, par Traube; obituaires de la
région alamannique, par Baumann, et d'Autriche, par Herzberg-Frànkel.
PALÉOGRAPHIE DES CLASSIQUES LATINS.
M. Emile Châtelain, bibliothécaire à la biltliuthèque de l'Université,
368
vient de publier à la librairie Hachette, 79, boulevard Saint-Germain,
la deuxième livraison de sa Paléographie des classiques latins.
Cette seconde livraison (Ciccron, Rhétorique et Discours, l'^ partie)
contient, en 15 planches, des reproductions de 29 pages de manuscrits
de Gicéron appartenant aux bibliothèques de Rome, Milan, Florence,
Turin, Berne, Saint-Gall, Einsiedeln, Zurich, Munich, Paris et
Avranches.
PI. XVI..
XVII.
XVIII
XIX..
XX.. .
XXI..
XXII.
XXIII.
La 3e
XXIV.
XXV.
XXVI
XXVII
. Paris., 7714, s. IX.
. Bernensis, '133, s. IX.
. Laurentiaiius, LI, 10, s. XI
. Sangallensis, 85',;, s. XII.
. Sangallensis, 820, s. X.
. Sangallensis (Vad., 313),
s. X.
. Âbrincensis, 238, s. IX
(2 pages).
. Sangallensis, 818, s. XI.
. Paris., 7704, s. XV.
. Sangallensis, 830, s. X.
. Einsidlensis, 324, s. IX.
. Paris., 7696, s. XI.
. Paris., 7231, s. XI.
. Paris., 7794, s. IX.
livraison contiendra les principaux
Laurentianus, XLVIII, 25,
s. XV.
Palatinus, 1.525, s. XV.
Basil.S.Pelri,H,25,s.VIll.
Monacensis, 18787, s. X.
— . Monacensis, 19474, s. XII.
— . Monacensis, 15964, s. XI.
XXVIII Turicensis (Rhein., 127),
s. XI (2 pages).
— Paris., 18525, s. XII.
— Ambros., G. 29, inf., s. X.
Ambros., R. 57,sup., s.V(?).
Taurinensis , k, II, 2*,
s. IV (?).
Taurinensis, A, II, 2*,
s. III (?) (2 pages).
XXIX
XXX.
manuscrits de Gicéron
[Discours, fin, LpÀtres et écrits philosophiques)
CATALOGUE DES MANUSCRITS DU A^ATIGAN.
Un premier volume du catalogue des manuscrits de la bibliothèque
Vaticane vient de paraître et contient la description des 432 manuscrits
grecs du fonds Palatin : Codices manuscripti Palatini grœci bibliothecas
Vatican^, descripti prseside J. B. cardinali Pitra, episcopo Portuensi,
S. R. E. bibliothccario, recensuit et digessit Henricus Stevenson scniorj ejus-
dembiblioihecse scriptor. (Romœ, ex typographeo Vaticano, 1885, in-4",
XXXVII et 336 pages.)
L'histoire de la bibliothèque Palatine est bien connue et a fait l'objet
de plusieurs mémoires depuis la publication de Fr. Wilken [Gcschichte
der alten hcidclbcrgischen Biïchersainmlungen , 1817). M. Stevenson a
résumé cette histoire à grands traits dans son introduction et l'a com-
plétée sur quelques points.
Quant à la description des manuscrits, qui est aussi l'œuvre de
M. H. Stevenson, on peut dire qu'elle répond à toutes les exigences de
la critique. Le contenu de chacun des volumes de cette belle collection
est exactement détaillé feuillet par feuillet, et les moindres mentions
relatives à l'histoire des manuscrits palatins, souscriptions de copistes,
notes de possesseurs, etc., sont soigneusement relevées.
369
Ce premier volume se termine par une série de tables, toutes fort
utiles : concordance des anciens et des nouveaux numéros du fonds
palatin, listes des manuscrits datés, des copistes et des anciens posses-
seurs des manuscrits, enfin un très complet Index rerum et verborum.
Tous les érudits salueront avec reconnaissance les débuts de cette belle
publication et en remercieront notre compatriote le savant cardinal
Pitra, au zèle duquel elle doit d'avoir vu le jour.
THE AMERICAN JOURNAL OF ARCILEOLOGY.
Il vient de paraître le premier numéro d'une revue archéologique
imprimée à Baltimore; comme elle nous paraît appelée à rendre de
vrais services, non seulement aux États-Unis, mais en Europe et en
France, nous nous faisons un plaisir de l'annoncer ici. « Organe officiel »
de V Archœological [nstitute of America, le nouveau journal est dirigé par
le prof. Ch. Eliot Norton et par le D"- A. L. Frothingham j"-, dont le
nom est bien connu parmi nous. Le plan est vaste et bien conçu :
embrassant à la fois l'antiquité et le moyen âge, il comporte des articles
de fond et des communications, des comptes rendus, des sommaires de
périodiques et une réunion très abondante et nettement classée de nou-
velles archéologiques de tous les pays. C'est la méthode employée par
la Revue archéologique et surtout par la Gazette archéologique. Des figures
et des planches héliotypiques illustrent un texte d'une impression très
soignée.
Dans cette première livraison, en dehors des articles relatifs à l'anti-
quité, comme ceux de Ch. Waldstein (the Panathenaic Festival and the Cen-
tral Slab of the Parthenon frieze), d'.\ug. C. Merriam [Inscribed sepulchral
Vases from Alexandria, Ipl.), d'Arth. Richm. Marsh (Ancient crude-brick
Construction and its influence on the Doric stylé), nous tenons à signaler
l'étude de M. Frothingham : the Revival of sculpture in Europe in the
thirteenth centunj. Ce travail, qui comportera plusieurs articles, est
rempli d'idées fort justes et de nature à intéresser particulièrement les
lecteurs français. Il est accompagné de deux planches assez bonnes, qui
reproduisent des statues du portail de Chartres et le tympan du tran-
sept sud de Notre-Dame de Paris.
Une revue très nourrie des découvertes archéologiques faites pendant
l'année 1884 (par Th. W. Ludlow, sous le titre de News Department)
termine la livraison (p. 71-103).
II. DE CURZON.
LES MANUSCRITS GRECS DE BÉRAT.
Nous sommes heureux de pouvoir placer sous les yeux de nos lecteurs
une partie du rapport de M. l'abbé Batilîol sur la collection de manus-
crits grecs que, d'après les indications de M. l'abbé Duchesne et sous
370
les auspices du ministère de rinstruclion publique, il vient de recon-
naître dans le trésor de l'église de Bérat, en Albanie.
« Les manuscrits que j'ai trouvés à la métropole de Bérat sont au
nombre d'une vingtaine environ, tous se rapportant à des matières ecclé-
siastiques.
« Un premier groupe consiste en une quinzaine de manuscrits, la
plupart fort détériores, avec des reliures délabrées et abandonnés sous
les divans de la métropole au milieu de la poussière et des mites. J'en
ai dressé l'inventaire et parmi les plus intéressants je signalerai :
« Trois exemplaires de menées des xii^, xiv^ et xv^ siècles ;
« Un typique ou recueil de règles et ordonnances ecclésiastiques du
xv= siècle ;
« Deux homiliaires du xni= et du xiV siècle, renfermant des homélies
de saint Jean Chrysostome ;
« Un évangéliaire du xiii" siècle;
« Deux diptyques du xiv« siècle, renfermant des renseignements inté-
ressants sur l'histoire contemporaine, dont j'ai pris note.
« Un second groupe comprend un petit nombre de mss. ayant servi à
l'usage liturgique et dont la valeur critique ou paléographique est tout
autre. Ce sont :
« Un exemplaire des Actes des Apôtres, d'écriture minuscule et sur
vélin, ayant ceci de particulier qu'il est daté de 1158;
« Un premier Évangile cursif, manuscrit de vélin, datant vraisem-
blablement du xi° ou du xii« siècle, et orné de miniatures, d'un type
d'ailleurs connu ;
« Un second Évangile cursif, sur vélin, orné de miniatures et d'orne-
ments peints d'un travail très délicat : ce manuscrit avait été donné à
un monastère de la Panagia HéUouça par l'empereur macédonien Théo-
dore l'Ange (xni" siècle) ;
« Un évangéliaire, sur vélin, en belle écriture cursive du xi^/xn» siècle,
avec des bandeaux décorés ;
« Une liturgie ou texte de l'office dit de saint Jean Chrysostome :
rouleau de vélin pourpre, long de 2™85, large de 0^26 : l'écriture est
de large et belle minuscule du xn"/xin" siècle et l'encre est d'argent pour
le corps du texte, d'or pour les capitales et les noms propres ou sacrés;
a Un Évangile, comprenant les quatre évangélistes, sur vélin pourpre,
d'écriture minuscule, très régulière et pure de toute forme onciale ; écrit
tout entier à l'encre d'or et orné de miniatures d'ailleurs sans intérêt
artistique. Ce manuscrit, que l'on croit, à Bérat, avoir été écrit de la
propre main de saint Jean Chrysostome, et qui est, comme tel, vénéré
comme une relique, est en réalité du x<= siècle ou du commencement
du xr. Les monuments de la chrysographie byzantine sont rares : on con-
naît le psautier de Londres (ssec. xi) et l'évangéliaire de Florence
(saîc. XI) : on pourra y joindre désormais l'évangile de Bérat, que nous
désignerons sous le nom de codex awxo-purpureus Anthymi.
374
a Reste un dernier manuscrit, de beaucoup le plus précieux.
« Ties manuscrits grecs sur vélin puurpre à lettres d'argent sont très
rares. On connaît la Genèse illustrée de Vienne (sœc. vi), l'Evangile de
Patmos (sîBC. vi), l'Evangile de Rossano (sœc. vi), le psautier de Zurich
(sœc. vn) et l'évangéliaire de Vienne (saec. ix). Si nous laissons de côté
les quelques feuillets séparés publiés par P. Uspenski, il y a une tren-
taine d'années, c'est tout ce que l'on possède de mss. pourpres grecs à
encre d'argent. D'autre part, on sait quel intérêt s'attache aux manus-
crits onciaux du Nouveau Testament pour l'histoire et la constitution
du texte sacré. Les mss. du iv" et du v« siècle sont en assez petit nombre
pour être tous célèbres et importants. Si tous ceux que nous possédons
du vi<= étaient des manuscrits complets, ils ne le seraient pas moins : il
suffit de rappeler les noms du codex Bezx, du codex Ciaromontanus, du
codex Laudianus. Et c'est ce qui explique, même en dehors de la ques-
tion d'art, l'intérêt qu'a excité il y a cinq ans la découverte d'un ms.
du vi«> siècle sur pourpre et lettres d'argent, dans la ville de Rossano,
par MM. Gebhardt et liarnack, nous voulons parler du codex Rossanensis .
« Le dernier manuscrit de la métropole de Bérat est un Évangile,
renfermant le texte de saint Matthieu et de saint Marc, comme le codex
Rossanensis, moins les six premiers chapitres de saint Matthieu et les
deux derniers de saint Marc. C'est un manuscrit in-4% à 190 folios de
deux colonnes de dix-sept lignes, sur vélin pourpre, à encre d'argent,
l'écriture étant d'onciale ronde et carrée, semblable à celle des frag-
ments palimpsestes de Saint-Pétersbourg, désignés par le sigle Qc et
dont on pourra voir un fac-similé dans les Anecdota sacra et profana de
Tischendorf (tab. III, sp. vi). On ne peut douter que le ms. ne .soit du
vi*= siècle. Quant au texte, l'examen des leçons me permet de le ranger
dans la tradition dite occidentale et de l'apparenter par conséquent avec
le codex Dezsd ^ .
« De ce manuscrit, j'ai pris plusieurs fac-similés et une collation minu-
tieuse qui pourront être publiés. »
UN RECUEIL DE LETTRES DE PHILIPPE LE BEL.
Notre confrère M. Ad. Baudouin prépare la publication d'un très curieux
recueil de lettres de Philippe le Bel qu'il a découvert en classant les
archives de l'archevêché de Toulouse et qu'il a mentionné dans les
termes suivants sur un des inventaires des archives de la Haute-Garonne.
« G. 345. — Recueil de 134 lettres de Philippe le Bel et de 10 lettres
de PhiUppe V adressées aux sénéchaux de Toulouse et de Carcassonne,
etc., et relatives aux démêlés des officiers royaux avecl'évéque de Tou-
louse (1285-1320).
1. C'est en réalité un ras. mixte, mais le fond en est bien réellement occiden-
tal, et on peut l'apparenter sans liésiler à la famille dont les mss. principaux
sont D et r et les cursifs 1, 13, 28, 33, 69, 61, 124.
372
« xiye siècle. Parchemin, 62 feuillets ; 280 millimètres sur 205. Reliure
eu peau verte. »
Dans une communication adressée au comité des travaux historiques,
M. Baudctuin indique ainsi le genre d'intérêt que présentent les lettres
du registre G. 345 : « Ces lettres, dit-il, ont en général pour objet d'in-
terdire aux officiers royaux de rien entreprendre sur la juridiction, les
droits, privilèges et libertés des évêques de Toulouse. Ce qui rend ces
recommandations intéressantes, c'est que ces évéques refusaient de prê-
ter foi et hommage pour leur temporalité; le roi les en dispensait par
politique (les lettres dont il s'agit en fournissent la preuve), mais avec
l'arrière-pensée de faire tôt ou tard prévaloir son autorité. Selon ce que
je crois voir, le démembrement de l'ancien diocèse en 1317 par
Jean XXII n'aurait été que la riposte des clercs du conseil aux préten-
tions d'indépendance de ces vassaux trop puissants. »
Le registre de Toulouse nous présente les lettres dans le plus complet
désordre ; elles seront ramenées à l'ordre chronologique dans l'édition
que va donner M. Baudouin et qui est appelée, nous n'en doutons pas,
à un véritable succès.
LA VERSION LATINE DU PASTEUR D'HERMAS.
La version latine du Pasteur d'Hermas, dite versio vulgata, nous a été
conservée dans un petit nombre de mss., dont trois sont donnés comme
Parisini. Hilgenfeld demanda en -1869 à M. Zotenberg une description
de ces trois mss., mais on n'en retrouva que deux, tous deux à la Biblio-
thèque nationale. Nous pouvons signaler l'existence du troisième à
la bibliothèque de l'Arsenal, où il porte le n° 337 (alias 354). C'est un
ms. grand in-4°, à grandes marges et à une colonne, avec lettrines
fleuronnées au trait et relevées de vert et de rose sur champ bleu ; les
titres sont dorés ; l'écriture est une belle et grande cursive, imitant les
formes anciennes. Le catalogue l'attribue au x<= siècle; nous l'attribue-
rions sans hésiter au xV. Ce ms. contient V Itinerarium démentis
(fol. la-166b) et le Liber Pastoris (fol. 167^-216^) ; il a appartenu au cou-
vent des Carmes {Conventus 5* Joseph Parisiensis Garmelitarum Dis-
calceatorum) , et c'est le même dont Gotelier a cité les variantes en
marge de son édition des Pères apostoliques de 1672. Il faut ajou-
ter à ces trois mss. de Paris un quatrième ms. qui n'avait pas encore
été signalé. Il est actuellement à la bibliothèque Sainte-Geneviève,
où il est coté Bl 44. C'est un ms. in-4'' à deux colonnes, écriture
gothique du xni'' siècle. Le Pasteur comprend les fol. 57''-102b ; le
texte est le même que le texte reçu. Il porte la souscription finale
que voici : Finis. G. Hispanus. Explicit liber Pastoris.
FRAGMENTS DE CHARTES
DU r SIÈCLE
PROVENANT DE SAINT-JULIEN DE TOURS
RECUEILLIS SUR LES REGISTRES D'ÉTAT CIVIL
D'INDRE-ET-LOIRE.
Bien peu d'archives de province seraient aussi riches que celles
d'Indre-et-Loire en documents anciens et remontant jusqu'à
l'époque carlovingienne, si les circonstances les plus déplorables
ne s'étaient réunies pour les disperser et les détruire en grande
partie. Il suffit de citer les incomparables chartriers de l'abbaye
de Marmoutier et de la collégiale de Saint- Martin pour donner
une idée des richesses historiques et paléographiques accumulées
dans notre dépôt par la Révolution. Malheureusement, on peut
affirmer, sans crainte de se tromper, qu'à peine un trentième de
ces précieux documents est arrivé jusqu'à nous.
Dès l'année 1855, dans une notice sur les archives d'Indre-et-
Loire S dont la garde venait de m' être confiée, j'esquissais l'his-
toire vraiment lamentable de ces destructions qui ne doivent point
être toutes mises sur le compte de la Révolution et qui se sont
prolongées jusqu'aux premières années du règne de Louis-Phi-
lippe. Je mentionnais notamment des vols de papiers, et même de
parchemins, exécutés au cours de la Restauration par un gar-
çon de bureau. Les faits m'avaient été affirmés par le doyen des
chefs de division de la préfecture, M. Norraandin, qui, en 1818,
avait présidé à la translation de nos archives, des salles de l'an-
1. Mémoires de la Société archéologique de Toiiruine, tome VII. p. 144.
26
374
cienne Intendance dans le bâtiment de la nouvelle Préfecture qui
leur avait été destiné, mais M. Norniandin n'avait pu me spécifier
sur quels fonds avaient porté ces détournements.
Au cours de ma gestion, j'ai été assez heureux pour faire
réintégrer dans nos archives plus de douze cents chartes, presque
toutes antérieures au xiif siècle, et dont la plus grande partie
avait très probablement cette coupable origine. Il s'était rencon-
tré parmi elles des épaves de presque tous nos chartriers locaux ;
évidemment les voleurs prenaient au hasard et selon que l'occa-
sion se présentait. J'avais été frappé du petit nombre de pièces
provenant de l'abbaye de Saint-Julien de Tours, qui cependant
possédait encore à la veille de la Révolution des archives pré-
cieuses et tenues en très bon ordre, ainsi qu'en témoignent les
inventaires qui nous ont été conservés. Il nous restait bien un cer-
tain nombre de chartes de cette ahhaye, mais les plus anciennes,
qui appartenaient au x'' siècle, avaient presque toutes disparu et
n'étaient plus représentées que par deux actes de l'archevêque
Téotolon, qu'André Salmon avait publiés à la suite de sa notice sur
l'abbaye de Saint-Loup*.
Je croyais ces précieux documents à jamais perdus, comme
tant d'autres, lorsqu'une communication faite le 28 mai 1880, à
l'Académie des inscriptions et belles-lettres, par M. Gauthier,
greffier du tribunal de Loches, vint éveiller mon attention et me
mettre sur la voie que je cherchais. Par cette communication,
M. Gauthier annonçait à l'Académie qu'il venait de découvrir sur
les registres de l'état civil de l'année 1831 , conservés au greffe du
tribunal de Loches, cinquante-trois fragments de toute dimension,
se rapportant à trente-quatre chartes, dont plus de la moitié était
du x'' siècle ^
Le jour même où j'avais connaissance de cette découverte,
indirectement il est vrai, et par la lecture d'un article de journal,
M. le Préfet d'Indre-et-Loire recevait de M. le Ministre de l'In-
térieur une lettre dans laquelle, après avoir mentionné la com-
munication faite à l'académie, M. le Ministre ajoutait:
« Un pareil fait permettant de conjecturer qu'une vente ou uu
vol d'anciens titres a eu lieu à cette époque (vers 1830) aux
archives d'Indi^e-et-Loire, il importe de s'assurer si dans les
1. Bibl. de l'École des chartes, t. I de la 2' série (1844-5), p. 445.
2. Journal officiel, du 1" juin 1880, p. 5942.
375
greffes, mairies, ou autres établissements publics, les gros
registres ou volumes reliés vers 1831 ne contiennent pas non
plus dans les dos et les plats d'autres fragments de parchemins.
Vous voudrez bien inviter M. l'archiviste, inspecteur des archives
communales et hospitalières, à procéder à cette vérification avec
soin et le plus tôt possible. Il est urgent en effet de prendre
les devants sur les amateurs ou les spéculateurs que la nouvelle
de la découverte dont il s'agit pourrait décider à opérer, dans leur
propre intérêt, des recherches analogues.
« Tous les fragments de chartes qui seront trouvés dans les
reliures seront déposés aux archives départementales. »
Je trouvai M. le Préfet d'Indre-et-Loire, l'honorable M. Dau-
nassans, très disposé à seconder les intentions de M. le Ministre
et à étendre à tous les dépôts d'archives du département les
recherches si heureusement commencées à Loches par M. Gau-
thier. Il voulut bien, à ma prière, adresser immédiatement une
circulaire à messieurs les maires, pour les tenir en garde contre
les amateurs et les spéculateurs visés dans la dépêche minis-
térielle. Des lettres furent également écrites par lui à messieurs
les procureurs de la République du département, les priant de
faciliter à l'archiviste l'accomplissement de la mission dont il
était chargé dans les greffes; et, pendant toute la durée de cette
longue et délicate opération, j'ai constamment trouvé en M. Dau-
nassans l'appui le plus bienveillant et le plus éclairé.
Je me mis immédiatement en campagne, et je constatai d'abord
dans les greffes de Tours et de Chinon la présence, sur les registres
de l'état civil, de chartes ou de fragments de chartes d'une haute
ancienneté. Cette première constatation était du reste assez facile à
faire. Dans presque tous les cas, il est vrai, le côté écrit de la charte
a été placé directement sur le carton de la reliure, et il n'y a de
visible que le dos de cette charte, mais il porte parfois une cote
en écriture plus ou moins ancienne, qui donne la date et une
courte analyse de la pièce dont on n'entrevoit pas une seule ligne.
Aussi des constatations analogues avaient-elles été faites déjà par
diverses personnes mises sur la voie par la découverte de M. Gau-
thier et notamment par M. Delaville Le Roulx, ancien élève de
l'Ecole des chartes, et par M. Gillet, juge au tribunal de Chinon,
qui s'était empressé de se rendre au greffe et me remit un certain
nombre de fragments qu'il avait recueillis.
Il est donc permis de penser qu'un demi-siècle ne se fût pas
37f>
écoulé, comme il est arrivé, avant qu'on eût été mis sur la trace
de ces précieux fragments, si les grejSes n'étaient pas des dépôts à
peu près inaccessibles, où des documents fort intéressants pour
l'histoire, et surtout pour les mœurs du passé, dorment inutiles
et sont généralement inconnus des hommes qui en ont la garde.
La découverte faite par M. Gauthier, et qui consiste principale-
mont en ce qu'il a reconnu que les fragments de chartes anciennes
appartenaient aux registres de l'état civil de 1831, ne pouvait
donc guère être que l'œuvre d'un greffier, ayant à la fois sous
les yeux et sous la main un grand nombre de registres de la
même année ; mais il fallait un homme doué de l'intelligence et de
la sagacité qui distinguent M. Gauthier. On verra plus loin que le
retard apporté à cette découverte, par les difficultés qu'offre l'ac-
cès des greffes, a été fatal à un grand nombre de précieux docu-
ments, et il en sera de même sans aucun doute, tant que le
régime de ces dépôts, qui jure avec toutes les tendances modernes,
n'aura pas été profondément modifié en ce qui concerne la por-
tion antérieure à la Révolution.
C'est le résultat des recherches auxquelles je me suis livré, en
conséquence de la lettre ministérielle du 21 juin 1880, que je me
propose de placer sous les yeux des lecteurs de la Bibliothèque de
r Ecole des chartes, me bornant pour le moment à faire con-
naître les pièces antérieures à l'an mille qu'il m'a été donné de
reconstituer, sinon toujours dans leur entier, du moins dans leurs
parties essentielles.
Les fragments trouvés au greffe de Loches, au nombre de
soixante, étaient tout d'abord rentrés dans notre dépôt. Ils y ont
été restitués par la Société archéologique de Touraine, à laquelle
M. Gauthier avait cru, bien à tort, pouvoir en faire hommage*.
Ces documents sont en effet la propriété des archives d'Indre-et-
Loire, auxquelles ils ont été volés vers 1830, et vendus à un
relieur qui les a employés sur les registres de l'état civil de 1831,
sans se douter des trésors historiques et paléographiques qu'il,
livrait ainsi à la destruction.
Le greffe de Chinon, par lequel je commençai mes opérations,
me donna tout d'abord une abondante récolte. Plusieurs registres
étaient reliés en parchemin plein, et, bien que ces feuilles ne soient
pas toutes fort anciennes, do. dépôt m'a fourni cependant plu-
1. Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. V, p. 178.
377
sieurs pièces entières, ou presqu'entières , appartenant au
x*' siècle. Il en contenait à lui seul plus que les greffes de Tours
et de Loches réunis.
En résumé, les simples fragments ou petites bandes de parche-
min de trois ou quatre centimètres de largeur, trouvés dans les
trois greffes, sont au nombre de 399, plus 23 pièces entières ou
presqu'entières, et une notable partie de ces documents remonte
au x^ siècle !
Dans les communes rurales, la moisson a été beaucoup moins
abondante, comme on pouvait le prévoir du reste, les registres
ayant été, depuis un quart de siècle environ, assez fréquemment
reliés par période de dix années, et les anciens dos de parchemin
jetés aux rognures. Les pertes éprouvées de ce chef sont très consi-
dérables ; les trois cent quatre-vingt-deux communes du départe-
ment ne nous ont guère donné qu'une centaine de fragments, c'est-
à-dire le quart à peine de ce que nous avons trouvé sur les
doubles déposés dans les greffes. Or ces deux catégories de registres
sortaient des mains du même relieur, qui les avait confectionnés en
même temps, et il est permis de penser que les chartes volées s'y
trouvaient réparties en proportion à peu près égale. On voit par
là que si le régime des greffes eût été plus libéral, les constata-
tions et la découverte faites par M. Gauthier un peu avant 1880
eussent pu avoir lieu bien antérieurement et d'une façon plus
fructueuse. Il y a vingt-cinq ans, très peu de communes avaient
fait relier leurs registres de l'état civil, et en 1860, sans remonter
plus haut, le nombre des fragments de vieux et précieux parche-
mins devait être à peu près égal dans les mairies à celui que nous
avons trouvé dans les greffes.
Ma récolte faite, je songeai à en tirer parti et à rétablir autant
que possible les chartes dans leur état primitif. Cette entreprise
offrait de sérieuses difficultés, car ces précieux documents ont été
découpés de la façon la plus capricieuse et la plus barbare. Le
ciseau du relieur les a tranchés tantôt dans le sens de la largeur,
tantôt dans celui de la hauteur ; parfois même une pièce de grande
dimension a subi cette opération dans les deux sens, ce qui rend
les rapprochements d'autant plus difficiles. Je reconnus bientôt
que presque tous les fragments provenaient du chartrier de l'ab-
baye bénédictine de Saint-Julien, transporté à la Révolution au
district de Tours. Comme il s'agissait en général de pièces iné-
dites, et que, sur de simples et souvent rares fragments, il serait
378
impossible de reconnaître un document dont on n'aurait aucune
notion, je dus tout d'abord recueillir à Paris et ailleurs les copies
et analyses prises dans l'ancien chartrier de Saint-Julien par dif-
férents érudits des deux derniers siècles, tels que Gaignières,
Baluze, dom Housseau, etc. Mais assez souvent nos pièces n'ont
pas été copiées, ni même analj^sées, et, pour celles dont les frag-
ments sont très exigus et en petit nombre, la reconstitution a été
très difficile et parfois impossible.
Cependant, toujours en ne parlant que des pièces antérieures
à l'an mille, je suis parvenu à reconstituer, au moins dans leurs
parties essentielles, trente-quatre chartes, qui proviennent presque
toutes du fonds de Saint-Julien et dont la plus ancienne est de
l'année 927 et la plus récente de 999 environ. Un tel résultat
méritait assurément d'être poursuivi avec ardeur et persévérance,
même au prix d'efforts que n'apprécieront peut-être que ceux
auxquels a pu incomber une semblable tâche ; mais l'archiviste
se considère comme largement payé de ses peines par la satis-
faction de voir plus que doubler dans son dépôt le nombre des
chartes antérieures à l'an mille * .
Le 16 juin 1882, j'ai été admis à l'honneur de lire devant l'Aca-
démie des inscriptions et belles-lettres une note relative à la plupart
de ces chartes du x" siècle. La docte compagnie a bien voulu témoi-
gner de l'intérêt qu'elle prenait à cette découverte, et deux de ses
membres, M. Renan, l'émiuent administrateur du Collège de
France, et M. Hauréau, le savant continuateur du Gallia chris-
tiana, ont échangé à ce sujet des observations d'un haut intérêt.
1. Celles qui se trouvaient dans nos cartons avant 1880 ont été de la part de
mon honorable confrère M. Delaville Le Roulx l'objet d'une intéressante publi-
cation qui les a fait mieux connaître et apprécier, bien que les principales
d'entre elles eussent déjà été publiées. On me permettra ici de faire remarquer
que ces précieux débris de nos anciens chartriers n'avaient pas jusque-là été
aussi négligés que pourrait le faire penser une des dernières phrases de la
notice de M. Delaville Le Roulx. Ces documents, dont l'archiviste appréciait
parfaitement toute la valeur, avaient été l'objet de soins particuliers et d'un
inventaire spécial; ils portaient et portent encore an dos un numéro à l'encre
rouge, se référant à cet inventaire, qui datait déjà de plusieurs années, puisque
ces numéros sont mentionnés dans un Essai sur la géographie ancienne de la
Touraiae, publié par M. de la Ponce, dans le tome IX des Mémoires de la
Société archéologique de Touraine, lequel a paru en 1857. On conviendra que
cette date est bien antérieure à l'époque oii mon honorable confrère, sorti de
l'École des chartes en 1877^ a pu s'occuper de ces documents.
37i>
Nos chartes offrent des spécimens curieux et variés de l'écri-
ture du x' siècle. Dans la plupart, les signatures sont accompa-
gnées de notes tironiennes dont l'usage semble s'être conservé en
Touraine plus longtemps que dans les autres contrées. Le savant
Kopp, dans sa Palœographia critica, fixe au milieu du x'' siècle
la disparition de ce genre d'écriture ; or, plusieurs de nos frag-
ments appartenant au dernier quart de ce siècle et même au com-
mencement du suivant offrent des notes tironiennes, avec des
formes un peu altérées parfois, mais encore bien caractérisées. Il
en est de même de l'emploi des lettres grecques qui figurent dans
les signatures de l'archevêque Téotolon et de quelques autres digni-
taires ecclésiastiques , et que l'on rencontre assez rarement au
milieu du x'' siècle. Téotolon, qui a donné et signé quelques-unes
de nos chartes, me paraît l'un des hommes les plus distingués de
cette époque trop calomniée, et il mériterait une biographie que
j'essaierai peut-être un jour. Né eu Touraine d'une famille riche
et considérable, il fut poussé de bonne heure par un penchant irré-
sistible vers la vie religieuse. Dès 903, nous le voyons chanoine de
Saint-Martin ; en 905 il est préchantre, et en 909 il occupe la
haute dignité de doyen, qu'il conserva au moins jusqu'en 927. Peu
après cette date, il quitta la collégiale pour entrer dans l'abbaye
deCluny, où il demeura jusqu'au moment de son élévation sur le
siège de Tours, à la fin de 931. Sa mort nous paraît, comme à
Salmon, devoir être fixée au 28 avril 945*.
On ne le connaît guère que comme restaurateur de l'abbaye de
Saint-Julien, ruinée au siècle précédent par les Normands, mais
il est très probable que, si les documents du x*' siècle étaient moins
rares, nous le verrions exercer son zèle et son activité en de bien
autres circonstances. Il fut l'ami particulier de saint Odon, le
célèbre abbé de Cluny, et paraît même avoir été mêlé aux grandes
affaires du royaume, car Flodoard nous dit qu'il mourut en reve-
nant de Laon, où il était allé ménager la paix entre les princes ^
D'autres archevêques de Tours de la même époque figurent
également dans nos chartes, notamment Joseph, Frottier et Har-
douin, sur le compte desquels on sait si peu de chose que les
moindres indications qui les concernent ont un véritable prix.
Parmi les grands personnages laïques, outre différents comtes
1. Bibl. de l'École des chartes, t. I de la 2' série, p. 447, note 13.
2. Gallia christiana, t. XIV, col. 50.
380
de Tours, d'Anjou et du Maine, on rencontre deux fois la signa-
ture de Hugues Capet, à une époque où il n'était pas encore roi
de France et portait seulement le titre de duc des Francs, dux
Francorum .
Plusieurs points de chronologie et de géographie locales peuvent,
à l'aide de nos chartes, être éclaircis et résolus d'une façon plus
satisfaisante qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent. Je signalerai
seulement la détermination de l'emplacement de la vicaria
AnguliacpMsis, sur le compte de laquelle on n'avait encore émis
que des opinions parfaitement erronées, et le prolongement de la
carrière épiscopale de Joseph II, dont le Gallia christiana pla-
çait le terme en 980, mais qu'une de nos pièces montre en fonc-
tion au moins jusqu'en 983.
En dehors des documents publiés ici, il reste bien encore
quelques fragments qui paraissent appartenir au x*^ siècle, mais
ils sont si exigus que je n'ai pu jusqu'à présent reconnaître de
quelles pièces ils proviennent. Peut-être des recherches ulté-
rieures ou quelques heureux hasards permettront-ils de les déter-
miner, mais les résultats obtenus me paraissent de nature à
intéresser les hommes qui se livrent à l'étude du moyen âge et je
ne crois pas devoir tarder plus longtemps à les mettre sous leurs
yeux.
On trouvera en tête des pièces les notes et les observations aux-
quelles elles m'ont paru pouvoir donner lieu. Non pas que je
pense avoir épuisé la matière, je sais trop ce qui me fait défaut
pour atteindre un tel but, surtout travaillant en province, mais
les documents seront publiés et les érudits mis à même d'en tirer
tout le parti désirable.
Dans l'impression des textes, l'absence d'e cédille m'a amené à
représenter cette lettre, ainsi que les ae liés ensemble, par œ;
lorsque ces derniers sont écrits séparément, je les imprime de
cette même façon.
Je ne terminerai pas sans offrir tous mes remerciements à
mon honorable confrère M. Omont, pour la complaisance avec
laquelle il a bien voulu m'aider à lire les notes tironiennes, dans
le déchiffrement desquelles il. est devenu de bonne heure, comme
on sait, un véritable maître.
Ch. DE Grandmaison.
381
I.
CHARTE DE l' ARCHEVEQUE DE TOURS ROBERT, CONCÉDANT, A LA
PRIÈRE DE TÉOTOLON, DEUX ARPENTS DE TERRE AU DIACRE
ARDOUIN. — AVRIL 927.
Trois fragments : un vertical et deux horizontaux.
Je n'avais d'abord rencontré de cette pièce qu'un fragment verti-
cal très exigu de 0"'153™"i de hauteur et de 0^33'°'" de largeur,
contenant quelques mots des dernières lignes du texte et les pre-
mières lettres de huit signatures. Je fus frappé de l'ordre où
étaient rangées ces souscriptions et dans lequel le thêta du nom de
Téotolon ne venait qu'en seconde ligne, fait qui ne se présentait
jamais dans les chartes émanées de lui et conservées dans les
archives de Saint-Julien. Le nom qui précédait le sien, et com-
mençait par les lettres Rot, ne pouvait appartenir qu'h un très
haut personnage. Je songeai sur-le-champ à l'archevêque Robert,
qui avait occupé le siège de Tours avant Téotolon. Dans la revue
que je fis des chartes de ce prélat, je tombai sur l'une d'elles,
datée de 927 et dans laquelle il permet à Téotolon, alors doyen
de Saint-Martin, de donner à vie à Ardouin, diacre de la même
collégiale, deux arpents et un quartier de terre dépendant du
presbytère de Saint-Vincent et relevant de l'archevêque, qui en
avait précédemment pourvu Téotolon. La signature de Robert y
précède en effet celle de Téotolon ; mais ce cas pouvait fort bien
n'être pas unique, et il me restait encore des doutes, d'autant
mieux que la copie de cette pièce, qui nous a été conservée par
dom Rousseau, ne porte que deux signatures, celles de Robert et
de Téotolon, et que mon fragment en offrait davantage. Heureu-
sement, un inventaire analytique des plus anciennes chartes de
Saint-Julien, conservé dans les Archives d'Indre-et-Loire, conte-
nait tout en tête une analyse de cette même pièce, à la fin de
laquelle figuraient de plus nombreuses signatures et dans l'ordre
suivant : Robert, Téotolon, Rarthélemy Or, sur notre frag-
ment, le commencement du nom de ce dernier vient après les deux
autres. Le doute n'est donc plus guère possible : c'est bien un frag-
ment de la charte de Robert donnée en 927 que nous possédons.
Au cours de mes investigations, je rencontrai deux nouveaux
382
fragments donnant, outre quelques signatures, la plus grande
partie de la date telle que dom Housseau nous l'a conservée, sous
la forme suivante : « Datamenseaprili,annoIV, régnante Rodul-
pho rege. » On y lit en effet les mots : « mense aprili in
civitate Turonus anno IIII, régnante R » Le mois et l'an-
née du règne sont identiques ; le nom du roi Raoul manque, il est
vrai, mais le ciseau de l'impitoyable relieur a laissé subsister,
après le mot régnante, une notable partie de la lettre R, qui est
bien la première du nom de Rodulphus (Raoul) ; quant aux mots
in civitate Turonus, qu'on ne trouve pas sur la copie de dom
Housseau, il faut considérer que cette copie est abrégée, comme
beaucoup de celles qu'il a recueillies, et que les parties essentielles
ont seules été conservées. Ceci explique également l'absence sur
cette copie du nom du scribe de la charte que nous donne l'un de
nos fragments, où nous lisons : « Ego Ingelbertus, licet indignus
sacerdos presens fui et rogitus {scripsi et subscripsi). »
Les analyses de chartes de Saint-Julien, qui m'ont aidé à
reconnaître la provenance de ces fragments, ont été évidem-
ment rédigées dans l'abbaye, par un homme qui en avait le char-
trier à sa disposition. Les pièces analysées sont seulement au
nombre de treize et vont de 927 à 945. Parmi elles se trouvent
plusieurs de celles que nous avons pu recueillir, mais il s'en ren-
contre aussi dont il ne subsiste plus aucune trace et même que
Baluze et Gaignières n'ont pas connues, car ils n'auraient pas
négligé des pièces de cette antiquité. Étaient-elles perdues à
l'époque de leurs savantes recherches ou jugea-t-on ne devoir
pas les leur communiquer ?
Quoi qu'il en soit, ces analyses, dont la plupart sont en latin, ne
peuvent être que l'œuvre d'un véritable paléographe et j'ai long-
temps cherché à qui les attribuer. L'écriture très caractérisée ne
ressemble point à celle des grands Bénédictins du xvii'' siècle, et
d'ailleurs elle me paraissait leur être un peu antérieure et remon-
ter au premier tiers de ce siècle. Après bien des tâtonnements, je
crois enfin être parvenu à résoudre ce petit problème.
Il existe au département des manuscrits de la Bibliothèque
nationale un volume portant le n° 13898 du fonds latin, dont
l'écriture offre la plus grande analogie avec celle des analyses de
Saint-Julien. L'aspect général est le même, et surtout certaines
lettres, qui affectent une forme particulière et insolite, sont iden-
tiques, notamment G et P. Le doute ne nous paraît pas possible.
383
Or, ce manuscrit, contenant de nombreuses copies de pièces du
chartrier de Saint-Martin, est de la main de dom François Le
Sueur, religieux bénédictin qui, né à Rouen en 1606, entra dans
la congrégation de Saint-Maur, fit profession dans l'abbaye de
Jumièges en 1625 et mourut à Saint-Wandrille, le 27 avril 1667.
Il dit lui-même, dans le titre, qu'il fit cette copie à Tours, en 1643.
Le Sueur était instruit et laborieux et avait recueilli sur les saints
bénédictins des notes et des renseignements que INIabillon recon-
naît lui avoir été fort utiles lorsqu'il composa les actes de l'ordre
de Saint-Benoît. Il avait même écrit une vie d'Alcuin , qui se
trouvait au xvii® siècle dans l'abbaye de Saint-Wandrille.
Quoique né, entré en religion et mort en Normandie, sa vie ne se
passa pas tout entière dans cette province. Nous avons vu qu'en
1643 il était à Tours, où il avait accès dans les archives de Saint-
Martin, et c'est là probablement qu'il composa la vie d'Alcuin,
mais j"ai trouvé d'autres preuves incontestables de son séjour en
Touraine et même à Saint-Julien. En effet, un des registres capi-
tulaires de cette abbaye, conservé aux archives d'Indre-et-Loire,
contient la nomination de dom François Le Sueur comme scribe
ou secrétaire du chapitre. L'acte entièrement écrit de sa main et
portant sa signature à côté de celle du prieur Benoît de Jumilhac
est du 11 août 1642. Notre religieux fonctionne en cette qualité
jusqu'au 5 juin 1643 et son successeur est nommé le 20 juillet de
la même année. L'écriture est bien la même que celle des analyses,
quoiqu'exécutée à main plus posée. C'est donc pendant son séjour
à Saint-Julien que dom Le Sueur a rédigé les analyses que nous
possédons. 11 est très probable qu'il y passa plus de deux années
et qu'il ne fut pas appelé à un poste de confiance le lendemain
même de son arrivée au monastère, d'autant mieux qu'au bas de
l'acte de nomination sa signature est accompagnée de la qualité
senior, preuve manifeste de la considération qu'il s'était acquise
déjà auprès de ses supérieurs et de ses frères.
Cette charte est inédite.
Dom Housseau, no 154, d'après le cartulaire de Saint- Julien (extrait).
In nomine Domini nostri Jesu Christi. Rotbertus sanctee TuronicaB
sedis archiepiscopus, notum volumus Quoniam deprecatus est
nos quidam gregis inclili confessoris Christi beali Martini venerabilis
canonicus ac decanus, nomine Teotolo, ut aliquid ex potestate noslra,
videlicet ex presbiterio cellulœ sancti Vincentii^ quœ sita est in
384
suburbio Turonicae urbis cuidam prefati gregis diacono, nomiiie
Arduino, sub inslitulione census annuatina reddendura, per hanc
iiostrae auclorilatis firmitatem concederemus : cujus deprecationem,
ut par erat, benigna recipientes animo, concessimus prselibato
Arduino ex potestate sancLi Yincentii de terra arabili aripcnn.
II,.... silos in suburbio Turonicae urbis, juxta arcus antiquos, non
longe a cornu monasterii Sancti Martini terminantur elc
Et ut haec manusfirma certior habeatur manu propria eam
subscripsiraus et ad canonicos nostrae matris ecclesise firraari feci-
raus. XP. Rotbertus. GïjwGwXw, etc.
Data mense aprili, anno IV, régnante Rodulpho rege.
Tel est le texte un peu abrégé qui nous a été conservé par
D. Housseau. Aux deux signatures qu'il porte, il faut en ajouter,
d'après l'un de nos fragments, six autres dans l'ordre suivant :
Bartli[olomeus]. Rotbe[rtus]. Rotber[tus]. Dodal[dus]. Arnul[fus].
Adalulf[usj. Et nous sommes loin d'avoir toutes les signatures,
car dans ses analyses dom Le Sueur, qui en donne quatre, dit
qu'il s'en trouvait encore vingt-quatre autres, ce qui fait un total
de vingt-huit. Le fragment qui contient la date mentionnée plus
haut dans la notice donne les noms de Rotgerius, Rotbertus,
Beringerius, tous trois accompagnés de la note tironienne qui
signifie clericus.
IL
DÉLIMITATION PAR LARCHEVÈQUE TÉOTOLON DES PAROISSES
DE SAINT-JULIEN ET DE SAINT-SATURNIN. — 933.
Haut. 0'"450"''". — Larg. 0'»275™°».
Nous avons de cette charte plusieurs fragments, provenant de
deux exemplaires, que nous désignerons par les lettres A et B.
L'exemplaire A, quoiqu'il ait été découpé en un plus grand
nombre de morceaux, est cependant le moins incomplet, et c'est
lui que nous reproduisons, en mettant entre crochets les mots
qu'il nous a fallu suppléer. Il ne compte pas moins d'onze frag-
ments, septverticaux et quatre horizontaux, qui, malgré quelques
lacunes, nous donnent la hauteur et la largeur de la pièce.
L'exemplaire B se compose de trois bandes horizontales, dont
une en deux parties, et d'un grand fragment à peu près carré, de
385
Qm3i2°"° de largeur sur 0'"344'"'" de hauteur. Une lacune assez
considérable existe vers le milieu, ce qui ne permet pas de con-
naître la hauteur de la pièce : la largeur est de O^SIO""'" à
Ces deux exemplaires, dont l'écriture n'est pas identique, sont
d'une époque postérieure au temps où vivait Téotolon, mais il est
difficile d'en déterminer l'âge, les copistes ayant voulu sans doute
imiter un caractère plus ancien. Us diffèrent entre eux dans
quelques-unes de leurs parties, ainsi qu'on le verra, mais tous
deux offrent la même date qui est ainsi libellée : « Acta sunt haec
Turonus, auno ab incarnatione Domini DCCCGXXXIII, indic-
tione V, régnante Ludovico rege anno XII. »
Les contradictions et les impossibilités contenues dans cette
date sautent aux yeux tout d'abord. En effet, ni l'indiction V,
ni la douzième année du règne de Louis d'Outremer ne corres-
pondent à 933, de quelque façon que l'on commence à compter
les années de ce prince, soit de 929, année de la mort de son
père Charles le Simple, soit de 936, époque de son avènement à
la couronne. Aussi les érudits ont-ils eu recours aux suppositions
les plus variées et les plus ingénieuses pour découvrir le genre
d'erreur qu'avaient bien pu commettre les copistes du xvii" siècle,
erreur qui leur semblait surtout devoir porter sur la date de 933,
où les uns voulaient voir 943 et les autres 947. Mais aujourd'hui
nous avons sous les yeux deux exemplaires, sinon originaux, du
moins très anciens, de cette pièce, et tous deux portent identique-
ment la même date. Il faut donc renoncer aux explications plus
ou moins fantaisistes auxquelles on s'est livré, et accepter la date
de 933.
Or, en cette année, Louis d'Outremer, fils de Charles le
Simple, était encore réfugié en Angleterre, d'où il ne fut rappelé
qu'après la mort de Raoul, et son sacre n'eut lieu que le 19 juin
936. Dans aucun acte autre que celui-ci, on ne lui donne avant
930 le titre de roi. Ce n'est que postérieurement à son couronne-
ment et par pure flatterie que, dans quelques chartes, on fait
l. Les largeurs du haut et du bas de la charte ne sont pas tout à fait égales
et j'avais d'abord songé à dédoubler cet exemplaire, mais l'écriture et le par-
chemin me paraissent identiques, les intervalles entre les lignes sont bien les
m^mes et, après mur examen, je crois qu'il n'y a là que des fragments d'un seul
exemplaire.
386
remonter son avènement au 7 octobre 929, date de la mort de son
père. Il est donc impossible que cette charte ait été donnée en 933,
d'autant mieux qu'elle suppose et même mentionne des donations
antérieures, et que, d'après la chronique de Saint-Julien*, c'est
en 937 seulement que Téotolon commença à relever et à restau-
rer cette abbaje ruinée par les Normands.
Non seulement la date de cette pièce est fausse, mais la charte
elle-même me paraît suspecte et cela pour plusieurs raisons très
graves.
D'abord les fragments que nous possédons ne sont évidemment
que des copies postérieures au temps où vivait Téotolon. Il suffit
pour s'en convaincre de comparer leur écriture à celle des chartes
authentiques de ce prélat venues jusqu'à nous. Dans ces der-
nières, la liste des signatures n'est jamais précédée des mots
Testes hujus rei, comme nous le voyons dans l'exemplaire A,
et le nom de Téotolon est toujours écrit en caractères grecs, tan-
dis que les fragments datés de 933 le donnent en lettres ordinaires.
De plus, les notes tironiennes, qui dans les chartes authentiques
accompagnent le nom de Téotolon et des témoins, font ici défaut
et auraient été plus ou moins bien imitées par les copistes, si
ceux-ci les eussent rencontrés sur un original, ainsi du reste que
cela est arrivé assez souvent.
Il n'est donc pas probable que ces copies aient été prises sur un
original dont la date seule aurait été altérée.
Enfin, et ceci nous semble capital : l'objet même du document
est en complet désaccord avec le véritable état des choses et des
lieux à l'époque de Téotolon, tel du moins que nous le montre une
étude sérieuse et attentive des documents non douteux. En effet,
la charte de 933 a pour objet de déterminer exactement les limites
des paroisses de Saint-Julien, Saint-Saturnin et Saint-Pierre-le-
Puellier, et cela dans le but de fixer ce qui doit revenir à chacune
d'elles dans les droits de baptême, de sépulture et autres. Le besoin
et même l'utilité d'un tel acte, d'un caractère non moins fiscal
que religieux, n'a dû se faire sentir que lorsque les deux paroisses
de Saint-Julien et de Saint-Saturnin, dont il est principalement
question, eurent acquis une réelle importance et une population
assez nombreuse pour que les droits mentionnés fussent devenus
véritablement productifs. Or, au temps où vivait Téotolon, l'es-
t. Salmon, Pecueil de chroniques de Touraine, p. 223.
3S7
pace compris entre Saint-Julien et Saint-Saturnin n'était occupé
que par des vignes et des terrains en culture et ce n'est que peu à
peu et postérieurement qu'il se couvrit d'habitations. C'est alors
que la question des droits de sépulture et autres devint réellement
intéressante et donna lieu à des discussions, au cours desquelles
surgit sans doute la pièce qui nous occupe. Ainsi s'expliquerait
tout naturellement le préambule, dans lequel le rédacteur de la
charte fait dire à Téotolon qu'en examinant les donations et pri-
vilèges qu'il avait concédés à Saint-Julien et placés dans les
archives, in archivo, il a trouvé qu'il en manquait plusieurs dont
l'absence pourrait engendrer des débats, notamment en ce qui
concerne les limites de la paroisse et les droits qui y sont afférents.
Après quoi, l'archevêque détermine minutieusement ces limites et
ces droits, surtout par rapport aux paroisses de Saint-Saturnin
et de Saint-Pierre-le-Puellier. Or, toutes les donations de Téo-
tolon à Saint-Julien, venues jusqu'à nous, sont postérieures
à 933 ; la dédicace même de l'église remonte seulement à 943 S et
dans une charte de mars 945, où ce même Téotolon donne à l'ab-
baye nouvellement construite par lui, ad cœnohium noviter
constructum, l'église de Saint-Saturnin, il qualifie cette dernière
de simple cella et de loculus, ce qui ne semble pas indiquer une
église paroissiale ^ Quant au monastère de Saint-Pierre-le-Puel-
lier, dont une tradition sans preuves attribue la fondation à
sainte Clotilde, bien loin d'être une paroisse vers le milieu du
x*" siècle, il était encore à l'état de ruine où l'avaient laissé les
invasions normandes et l'on voit, dans la charte de fondation de
Beaumont par Hervé S que vers l'an mille il se trouvait vide,
puisqu'il n'existait alors en Touraine aucun monastère de femmes.
De tout ce qui précède il me semble résulter que la charte
de 933 est radicalement fausse et que nous ne nous trouvons
même pas ici, comme il arrive parfois, en présence d'un acte
dont le rédacteur a tenté de reconstituer à l'aide de données
certaines un document mutilé ou perdu. Elle doit donc être
rejetée en entier, notamment en ce qui concerne les digni-
taires de Saint-Martin et de la cathédrale ou Saint-Maurice,
qui figurent parmi les témoins et sur la chronologie desquels elle
1. Salmon, Recueil de chroniques de Touraine, p. 223.
2. Dorn Rousseau, n" 159. Saint-Saturnin ne paraît avec le litre de paroisse
que dans la seconde moitié du xii" siècle.
3. Gallia chrisliana, t. XIV, Instr., col. 63.
388
a déjà servi à propager trop d'erreurs. Ainsi, parmi les doyens
de Saint-Maurice, Otbertus I, qu'on ne trouve mentionné que dans
cet acte, doit être supprimé. Quant à Boso, Nefingus, Otgerius,
Gualterius, Arbertus, il faut, croyons-nous, renoncer à les voir
en exercice dès 933, d'autant mieux qu'en cette année, nous trou-
vons comme doyen de Saint-Martin Bernerius, et non pas Nefin-
gus, qui ne figure en cette qualité qu'à partir de 940.
On pourra s'étonner après cela que ce document ait été
imprimé par les Sainte-Marthe, tomel, p. 751, de l'ancien Gallia,
sans aucune observation sur le degré de confiance qu'il peut méri-
ter. Baluze lui-même l'a transcrit sans paraître douter de son
authenticité. Cependant l'aspect seul des fragments que nous pos-
sédons suffit pour éveiller les soupçons ; mais peut-être ces frag-
ments ne sont-ils eux-mêmes que des copies d'une pièce plus
ancienne, ou dans laquelle l'écriture du x^ siècle était mieux
imitée. Toujours est-il que Le Sueur ne la mentionne pas dans ses
analyses, qui cependant vont de 927 à 945 et relatent des pièces
dont on ne retrouve dans la suite aucune indication.
Dans le tome XIV du nouveau Gallia christiana, col. 51, le
savant M. Hauréau, qui prolonge la carrière de Téotolon jus-
qu'en 948, place notre charte au delà de juin 947, où il trouve
l'indiction V et la douzième année de Louis d'Outremer. Mais,
pour arriver à ce résultat il faut, comme il le fait du reste, tenir
pour erronée la date d'avril 946 que porte la première charte
signée de Joseph, successeur de Téotolon. Il est vrai qu'on ne
retrouve plus l'original de cette pièce, publiée par M. Tarbé^
ce qui permet toutes les hypothèses. Dans les circonstances de ce
genre, où l'on peut supposer les copies exactes ou fautives selon
les besoins de la cause que l'on veut soutenir, il est bien difficile
d'arriver à une solution certaine. 11 faut remarquer que dans les
copies de cette pièce, données par Gaignières et par le cartulaire de
Saint-Julien, l'année 946 est formellement exprimée et que cette
même date se retrouve dans trois inventaires ou listes des chartes
de l'abbaye, conservés aux archives d'Indre-et-Loire, tous écrits
au xvif siècle par des mains et à des époques différentes ; une
erreur n'est donc guère probable.
Gallia (1656), t. I, p. 751.— Bibl. nat., Baluze, t. LXXVII, fol. 81.
1. Examen critique de diverses chartes relatives à la Touraine, p. 11 et 12.
389
XP.^ Ego Tcotolo, gratia Dei Turonorum metropolitanus, curam
maxiniam gerens monaslerio Sancti Juliani, rebusque ei aiiliquitusab
optimis viris et nuperrime a me ipso coUatis, meluensque cupidas
mentes improborum, manusque diripientium tara presentum quam
futurorum, ipsas res ad posterorum nolieiani litteris prout polui mari-
dare curavi. De potioribus igitur ac valentio[nbus]^, sigillis regum
insignita testaments feci ; de quibusdam vero mee ditioni subactis
kartas edidi atque firmavi, et in archive ^ ipsius œcclesiœ servanda
tradidi. Quœ dum nuper revolverem, inveni déesse aliqua que si igno-
rarenturpossentgenerare scandala; de parrocchia scilicet ipsius^ mo-
nasterii, de reditibusque ejus, hoc est, censu, baptisterio, sep[ultura
quae, siciit] antiqui homine's et veraces^, et in polegio nostrae raatris
aecclesige repperi, ita hic inserui. Ab oricnlali parte [versus civitatem
deterjminatur parrociiia Sancti JuHani Sanctique Saturnini, cum
sepultura et aUis reditibus, cum œcclesia Sancti Pétri : a m[eridiana
parte, cum] œcclesia Sancti Hilarii Sanctique Vincentii : ab occidentali
parte ab œcclesia Sancti Albini, sunt vineœ de œcclesia Sancti Satur-
nini, et de œcclesia Sancti Albini, et de meo proprio alodo pertingentes,
usque ad burgum Sancti Pétri Puellaris'^. Hœc in dominio Sancti
Juliani ' habentur absque uUa consuetudine allerius sancti, vel cujus-
libet hominis. Habitatores veroomnes domorum magnarum scu par-
varum in circuitu harum vinearum positarum [de parte viarum, seu
de parte Ligerls, vel de] parte burgi Sancti Pétri, vel intra vineas
sitarum, parochi sunt Sancti Juliani et baptislerium [et sepulturam
Sancto Juliano persolvunt^. Alodum] Sancti Juliani et burgum
Sancti Pétri disterminat una arcta via mittens euntes ad Ligerlm.
1. Le chrisrae que l'on renconire au commencement de la plupart des chartes
de celte époque est fort dénaturé, mais encore bien reconaaissable.
2. On lit dans l'exemplaire B, ainsi que dans l'ancien Gallia (1656) : de valen-
tioribus igitur ac potioribus rébus; ce dernier mot manque dans A.
3. L'ancien Gallia, au lieu il'archivo, donne marotimo, mot tout à fait inso-
lite et dont Du Cange ne cite que ce seul exemple. Comme il ne se trouve point
dans Baluze, il faut supposer l'existence d'un troisième exemplaire de notre
charte.
4. Nous lisons dans B : ipsius ecclesix seu monasterii.
5. Le mot asseruerunt, cependant nécessaire pour l'intelligence du texte,
manque dans A et se trouve dans B.
6. L'exemplaire B donne, après le mot Puellaris, la ligne suivante, que l'on
retrouve dans le texte publié par les Sainte-Marthe : cum terra arcnosa et ripa
fluminis medietateque Lirjeris fluminis.
7. Après Juliani, on lit dans B et dans l'ancien Gallia : vionachorumque ejus.
8. Ce passage n'est pas dans B tout à fait conforme à ce qu'on rencontre dans
27
300
Acta [est hsec determinatio Turonus in presentia domini] Nefingi
Sancti Martini dccani, atque Guallerii thesaurarii, Olberti Sancli Mau-
ricii decani, Arberti Sancti Martini precentoris, [OlgeriiSancJti Mau-
ricii precenloris, Guntelmi, Ingeiberti atque aliorum mullorum nobi-
lium, tam clericorum quam laicorum. Est autem hic alodus, [undc
iste tracjtatus habctur, prope ecclesiam Sancti Pétri Puellaris; quic-
quid de eo exit perpetiialiler Sancto Juliano erit. [Si quis unquajm
quolibet modo bec Sancto Juliano surripere voluerit, vel in pejus
mutare, ex auctoritate Patris et Filii et Spiritus Sancti et sancti Pétri
totiusque [cbrislianitatis et nostjra excommunicatus perraaneat, et
omnes ipsi consentientes eodem modo excommunicati sint, nisi resi-
puerint, perpetuo dampnaU anathemate *.
[Testes huj us re]i^ : Teotolo archipresul, Boso archidiaconuS; Nefm-
gus Sancti Martini decanus, Otbertus Sancti Mauricii decanus, Otge-
rius precen[tor ejusdem Sancti], GuaUerius Sancti Martini thesaura-
rius, Arbertus ejusdem Sancti precentor, Guntelmus, Ingelbertus.
[Signum Odonis, signum Dodjaldi, signum Acherii, signum Acardi.
[Acta sunt hec Turjonus, anno ab incarnatione Domini
DGGGGXXXIII, indictione V, régnante Ludovico rege anno XII.
[Ingelbertus] licet indignus sacerdos presens fui et rogitus scripsi
et sîibscnpsi^.
A ; il est ainsi libellé : Habitatores vero domorum in circuiiu harum vinea-
rum positarum, seu magnarum seu parvarum domorum, seu de parte fJgeris,
sive de parte viarum, aut ex parte burgi Sancti Pétri Puellaris, tel intra
vineas sitarum parochi sunt Sancti Juliani, Sanctique Saturnini; baptisterium
atque scpultmam persolvunt.
On remarquera que Saint-Saturnin, qui ne figure pas dans A, est mentionné
dans B, ainsi que dans l'ancien Gallia qui donne le même texte que ce der-
nier exemplaire.
1. Toute cette fin est remplacée dans B et dans l'ancien Gallia par le pas-
sage suivant : Precamur interea omnes Dei fidèles, ut quod nos facimus pro
Dei amore animseque suae redemptione annuant. Et si quis huic harte contra-
dixerit, contradicat ei Deus suum regmim et gloriam ; excommunicatus perpe-
tualiter sit, nisi resipuerit.
2. La forme dans laquelle sont données les signatures diffère dans B. Elles y
sont j)récédées du mot signum et au génitif. Téotolon y est qualifié archiepi-
scopus et non archipresul, comme dans A. La signature d'Otgerius, précliantre de
Saint-Maurice, manque dans B et ne se trouve pas non plus dans le texte donné
par les Sainte-Marthe, où les signatures différent du reste un peu, et sont, comme
dans B, au génitif.
3. Les mots en italiques représentent ici et ailleurs les notes tironiennes.
39^
m.
l'archevêque téotolon confirme la donation faite a saint-
julien PAR FULCULFE DE PLUSIEURS MANSES SITUES EN TOU-
RAINE. — NOVEMBRE 940.
Haut. 0'"345'"'". — Larg. 0'"274"»'".
Le texte de cette belle charte nous est parvenu en entier, mais
les signatures ont été coupées, sauf cependant la plus précieuse,
celle de Téotolon, qui est en caractères grecs et accompagnée de
notes tironiennes plus nombreuses qu'il n'arrive ordinairement.
Cette pièce, bien écrite et bien conservée, est un original. Elle a
été copiée par Baluze dans les archives de Saint-Julien, alors
qu'elle était intacte, mais il ne donne que la signature de Téoto-
lon, avec celle du doyen Badilo, et très certainement elles étaient
plus nombreuses. Ce savant y a heureusement joint la date, qui
était ainsi conçue : « Data mense novembri, in civitate Turonus,
anno Dominicae incarnationis DCGCCXL, sub anno IIII régnante
LudovicoUltramarino, rege postmodum Francorum. » Les années
du règne de Louis d'Outremer ne sont point ici comptées à par-
tir du 19 juin 936, ainsi qu'on le fait ordinairement, mais du
19 juin 937, ce dont M. Bruel a trouvé 19 exemples dans les
cliartes de Cluny^
La copie de Baluze est, comme toujours, exacte, sauf pour la
façon dont il a reproduit la diphtongue ae ; il l'écrit constamment
se, tandis que dans l'original on trouve tantôt e simple avec une
cédille, tantôt ae, en deux lettres séparées, mais jamais la forme
adoptée par Baluze. Notons que dans le corps de la pièce origi-
nale le nom de Téotolon est toujours écrit par un T et non par Th.
Au dos, on lit en caractères anciens la cote suivante : « Karta
de Varenas et Miserias et Florenciaco , quam Fulculfus dédit
Sancto Juliano. » Puis une cote moderne avec la date 940.
La villa Florenciacum a été identifiée par M. de BusseroUe^
avec la ferme de Fleuriant, commune de Sublaines , canton de
1. Bibliothèque de l'École des chartes, t. XLI, p. 41 et suiv.
2. DicUoanaire historique et géographique d' Indre-et-Loire, l. III, p. 71.
392
Bléré {Vicaria Bridriacensis), mais cette opinion me paraît
peu conforme aux lois de la philologie.
Quant aux villas Varennas et Miserias, Mabille a cru pouvoir
les identifier avec la Varenne et Mazère, deux hameaux de la
commune de Reignac, nom actuel de l'ancienne paroisse du Fau,
dont le nom primitif était Bray, et qui se trouvait comprise
dans la viguerie de Chambourg.
Bibl. nat., Baluze, t. LXXVII, fol. 82. — Ms. latin 17047 (anc.
Gaignières, n- 1793), p. 33. — Ms. latin 5443, p. 30.
XP. Humanaefragiiitatisexcessuscumsitcunetismortalibusincertus,
provida tamen dispositione, prout superna pietas concesserit, unum-
quemque oportet ut ex rébus suae possibiHtatis cum adhuc proprio
suae libertatis fruitur arbitrio, id peragatquatinus ex rébus momenta-
neis et caducis manentia lucrelur et ex transitoriis perpétua sibi
adquiratur. Quamobrem ego Teotolo, divina miseratione Turonicae
sedis archiepiscopus, notura fieri cunctis sanctae Dei ecclesiae fideU-
bus et precipuae successoribus nostris cupimus, quoniam adiit qui-
dam inclitae specLabilitatis vir, nomine Fulculfus, prœsentiam nostrae
pastorahtatis, humiliter deprecans uli res quas quondam a predeces-
sore nostro, domno Rotberto archiepiscopo, more precarioobligaverat,
ad monasterium Sancti Juliani, quod situm est in suburbio Turo-
nicae urbis, conLulissemus, quia ibi se ad monasticum ordinem, jam
ex multo tempore, se transferre de niundiali militia desiderabat, si
locus eveniret, sieuti in proximo erat; et ut ipse res, tam in victua-
libus stipendiis monachorum, quam in caeteris utilitatibus permane-
rent id omnimodis exflagitavit. Gujus inquam deprecationem rectam
et perutilem atque ad profectura, seu ad augmenlum ejusdem eoeno-
bii considérantes, bénigne recepimus. Concessimus igitur una cum
consensu nostrorum canonicorum, simulque nobilium laicorum, fide-
liura nostrorum, res quas idem Fulculfus, pro remedio animae suae,
Deo ac nostrae potestati contulerat, ad monasterium Sancti Juliani,
sive Sancti Antonii, perpetuo ad habendum; hocestmansum i situm
in pago Turonico, in vicaria Bridriacensi, in villa Florentiaco, cum
terris cultis et incultis et vinea arip. i, et silva, aquis, et arcas ad
molendinos faciendos, et mancipia sex ad ipsum pertinentes. Prœte-
rea concessimus et alias res, videlicet mansos v qui ad cellam Sancti
Saturnini, quœ nostrae matri ecclesiae subjecta est, pertinentes, olim
Ipsi ad beneficium quoruradam habiti, cum terris cultis et incultis et
omnibus aliis illorum adjacentiis, silvis, et horainibus desuper com-
393
manenlibus et ad ipsos perlinenlibus, sitos in pago Tiironico, in
vicaria Camborli, inter villas Varennas et Miscrias. Eo siquidcm
ralionis ordine atquc tenore suprascriplas res cum omjii integritatc,
sicut nobis videnlur esse reddite a venerabili viro, nomiiie FulcuKo,
jam dicto, ad monaslerium uL prellximus Sancti Juliani, Sancli Anlo-
nii, ia speliales usus monachorura conferiraus atque condonamus;
et omni anno ad fesllvitatcm Sancli Juliani, qua^ celebratur v kal.
septcmbris, nobis vel suecessoribus noslris, gralia karilalis, rcddcrc
studeant censura solidorum v, et sic prefatœ res omni lempore abs-
que uUa contrarietatc ad sa:'pedictum Sancli Juliani, sive Sancli
Antonii, locum permaneanl. Imploramus interea successorum nos-
Irorum clementiam, et in Deum obsecramus, recordantes quandoque
ejusdem me (sic) polestatis fuisse quam adhuc tenent misero gravali
peccamine, et conlinuam contemplantes undique lerram, et considé-
rantes id se esse quod egosum, manere patianlur haec nostrae parvi-
tatis gesta, sicuti sua cupiunt posl miserum laborem stabiliri facta.
El ut haec noslra conlalio in fulurum cerlior ac lirmior babeatur,
manu noslra eam nrmavimus et ad fidèles nostros utriusque ordinis
adfirmari supter rogavimus.
XP. 0ï;coOa>X(i), miseratione omnipotentis Dei Turonorum humilis
arckiepiscopus, manu propria huic auctoritati subscripsi.
Les autres signatures manquent. Baluze ne donne, après Teo-
tolo, que celle de Badilo decanus, mais elles devaient être bien
plus nombreuses.
[Data mense novembri in civitale Turonus anno Dominicae incar-
nationis D(XCCXL, sub anno ÏIIl régnante Hludovico Ultramarino
rege poslmodum Francorum.]
IV.
DONATION A SAINT-JULIEN D UN VERNACDLUS NOMME GADZBERT
PAR CORBON ET SA FEMME SENEHILDIS. — MAI 941.
Haut. 0"'420'"'". — Larg. 0'"255°"".
Nous avons retrouvé de cette pièce quatre fragments : deux
très grands et verticaux qui contiennent le corps entier de la
charte et la plupart des signatures, plus deux petits fragments
horizontaux donnant quelques autres signatures et une partie de
394
la date. En somme, il ne manque que la fin de celle-ci et un petit
nombre de signatures.
La date est ainsi conçue : « Data mense maio, in civitate Turo-
nus, anno V reg[nante].... » Comme on le voit, le nom du roi
est absent, mais nous pensons qu'il faut suppléer Hludovico,
et qu'il s'agit ici de Louis IV d'Outremer, dont les années se
comptent ordinairement à partir du 19 juin 936, ce qui donnerait
l'année 941. Voici les raisons qui nous ont déterminé dans cette
circonstance : d'abord le seigneur Foulques, dont le nom se trouve
en tête des souscriptions, nous paraît être Foulques le Bon,
comte d'Anjou, quel'Ar^ de vérifier les dates fait mourir, il est
vrai, en 938, mais bien à tort, comme l'a démontré le regretté
Mabille, en publiant une pièce émanée et signée de lui, et datée du
mois d'août 941 ^ La signature de cette charte est exactement
conforme à la nôtre. Dans les deux pièces. Foulques ne prend
point la qualité de comte d'Anjou et on lit simplement signum
domni Fulconis. Quant à Rotberius filius Archembaldi ,
dont le nom vient immédiatement après celui de Foulques et sur
la même ligne ^, il s'agit très probablement ici du Robert, fils
d'Archambauld, qui, en 942, donna à l'abbaye de Saint-Julien
l'église de Saint-Martin de Chanceaux, donation ratifiée par une
charte de Hugues le Grand, dans laquelle figure Foulques le
Bon^. De plus, parmi les signataires de la charte de Corbon, on
rencontre des témoins de celle de Foulques, entre autres Guani-
lon, vicaire ou vicomte de Tours.
Enfin plusieurs des signataires de la charte donnée par Corbon
figurent sur des actes de la fin de la première moitié du x'' siècle,
notamment Rainaldus, août 941 et 943; Andraldus, avril et
août 943; Gelduinus, octobre 949; Alkerius, avril et août 943
et avril 946 ; Solio , octobre 949 ; Achardus , avril 946 et
octobre 949 ; Atto, avril et août 943 ; Gislebertus, avril 946 ;
Gumbertus, mars 945 ; Ermenmarus, avril et août 943 ; Guido,
941 ; Gauzfredus, août 943; Franco, avril 943.
1. Introduction aux Chroniques des comtes d'Anjou, publiées pour la Société,
de l'Histoire de France, p. civ.
2. Il est à noter que les deux signatures de Foulques et de Robert sont d'une
autre encre, et peut-être d'une autre main que les suivantes, et ont sans doute
été intercalées après coup.
3. Salmon, Chroniques de Touraine, p. 332.
393
Cette pièce est inédite et nous n'en connaissons ni copie ni
analyse.
XP. Duminhac prensenli [sic] vitatransitoriaquisqueconsistit, débet
summo studio insudare quomodo pro caducis aeterna, pro temporali-
bus et momentaneis rébus valeat mcrcari sempilerna; quamobrem
ego, in Dei nominc, Gorbo, et uxor meaSenebildis, cogitantes de Dei
timoré ac aeterna retributione, pro remedio anime nostrae ac paren-
lum nostrorum. bonc placitum et bene visum est nobis contradere et
condonare Sancto Juliano, suosque ' monachis quendam vernaculum
juris nostri, noraine Gauzherto, tradimus, cedimusin jusetpotesta-
tem eorum, ita ut ab hodierna die et deinceps quicquid ex supradicto
servo facerc voluerint, ssepedicto sancto ac domno Juliano suœquc
congregalioni tradimus, ut liberam et firmissimam in omnibus
babeant potestatem faciendi quicquid voluerint jure proprietario. Si
quis vero, quod nuUatcnus futurum credimus, nos ipsi, aut aliquis
parentum nostrorum, seu aliqua intromissa persona, banc cartam
donationis a nobis factam pro remedio anime nostrae et parentum
nostrorum infringere, aut quocumque modo violare, temptaverit,
illiid quod reppelit non vindicet, et insuper contra quem lilem intu-
ieritargentilibras vexsolvere cogatur; ethaec donationostrisnostro-
rumque parentum manibus, ac ceterorum bonorum hominum mani-
bus roborata, firma et inviolabilis ubique permaneat.
+ Signum domni Fulconis. Signum Rotberti, filium [sic] Archem-
baldi.
4- Signum Gorbonis, qui banc donationem signo sanctaî cruels
impressit.
Signum Senebildis uxoris ejus, qui banc donationem fieri deprecata
est et ipsa firma vit.
Signum Girau. Signum Rainaldi. Signum Andraldi. Signum Gelduini,
Signum Guaniloni, Turonicce urbis vicharii. Signum Landrici. Signum
Bernerii.
Signum Adalardi. Signum Adalelmi. Signum Alkerii. Signum Solioni.
Signum Adalgerii.
Signum Achardi. Signum Attonis. Signum Gisleberti. Signum Gun-
berli. Signum Ermenmari.
[Signum] Laetardi. Signum Gunberti. Signum Gualterii. Signum
Ervici. Signum item Achardi.
1. L'o de swos semble avoir été remplacé par un i mis au-dessus.
396
Signum Odalgerii. Signum Guidonis Gauzfredi. Signum Man-
f[redi]
[Signum FJranconis. Signum Bernardi ? Gauf.?.... Signum Ca....
Signum Guarnaldi. Signum Eurini. Signum Fulconis. Signum F
Data raense maio, in civitate Turonis, anno V reg[nanle Hludovico
rege].
V.
DONATION FAITE A SAINT-JULIEN PAR TEOTOLON DE VIGNES
SITUÉES ENTRE LADITE ABBAYE ET LE BOURG DE SAINT-PIERRE-
LE-PUELLIER. — AOUT 941.
Haut. 0^350'"'". — Larg. O^BOO"".
Nous possédons de cette charte dix bandes verticales, dont
trois sont incomplètes; il en manque deux autres entières, mais
une bande horizontale donne une portion de la date et le nom
d'Ebernus, antigraphus, c'est-à-dire scribe. Elle nous paraît une
simple copie, écrite à peu près à la même époque que les exem-
plaires de la pièce de 933. Ici encore la signature de Téotolon est
en caractères ordinaires, sans autres notes tironiennes que celles
qui représentent les mots miseratione [omnipotentis Dei] ;
mais les notes tironiennes accompagnant la plupart des autres
signatures ont été passablement imitées.
La date, que nous avons pu restituer en entier, d'après une copie
• de Baluze, était ainsi conçue : « Data mense augusto, in civitate
ïuronus, anno XII régnante Hludovico rege, in dedicatione eccle-
sise Sancti Juhani. »
Cette date nous paraît difficile à admettre. En effet, d'après la
chronique de Saint-Julien, formellement confirmée par une charte
de Téotolon dont nous possédons l'original, la dédicace de l'église
de ce monastère eut lieu le 17 août 943. Or, la douzième année
du règne de Louis d'Outremer ne répond point à cette époque, de
quelque façon que l'on commence son règne, soit du 7 octobre
929, date de la mort de son père, soit du 19 juin 936, qui est celle
de son avènement à la couronne.
Si cette charte, dont nous n'avons qu'une ancienne copie, n'est
pas entièrement fausse, elle nous semble devoir être placée à l'an-
née 941, qui correspond à la douzième de Louis d'Outremer, en
307
faisant, comme il arrive quelquefois, commencer le règne de ce
prince au 7 octobre 929, date de la mort de son père Charles le
Simple.
Erberne, indiqué comme scribe de cette pièce, a écrit également
une charte de Téotolon pour l'abbaye de Saint-Loup, publiée par
André Salmon* et datée comme celle-ci du mois d'août, douzième
année du roi Louis d'Outremer, c'est-à-dire 941, en comptant
également à partir de 929 ; mais, dans la pièce de Saint-Loup,
Erberne ne prend point le titre à'antigraphus et agit simple-
ment comme le suppléant d'Ingelbert, que nous voyons figurer
avec la qualité susdite au bas d'autres chartes d'une authenticité
incontestée. Y aurait-il là autre chose qu'une inadvertance de
copiste et serait-on en droit d'y voir une maladresse de faussaire ?
La question semble pouvoir être soulevée, surtout si l'on rap-
proche cette variante, difficile à expliquer, du titre de Turono-
7'um raetropolis cpiscopus, donné à Téotolon dans les signa-
tures et qu'on ne rencontre jamais à cette place dans les pièces
où le nom de ce prélat est écrit en caractères grecs. Nous n'osons
nous prononcer, de peur de paraître trop sceptique, mais nous
avouons conserver quelques doutes sur l'authenticité de cette
charte, au moins dans la forme où elle nous est parvenue.
Cette pièce est inédite.
Bibi. nat., ms. lat. 5443, p. 29 et 30. — Ms. latin 17047 (anc. Gai-
gnières, n» 1793), p. 31 et 32. — Baluze, t. LXXVII, fol. 83.
XP. Ego Teotolo gratia Dei Turonice ecclesi[e presul, pro] commun!
sainte totius ecclesiae michi commisse, cum as[sensu nostrorum cano-
nicorum ceterjorumque fidelium, ad monastcrium Sancti Juliani,
quod ego [pro meo posse] post efferam Nortmannorum devastatio-
nem restaurar[e decrevi, dono perpetualitcr ad] hal)endum vineas
quas ego olim plantaveram, parti m [in terra Sancti] Albini Sanctique
Saturnini, partira in meo proprio alodo [meeque sororis Gcrscndis,
cum] terra juxta posita, incuita atque arenosa, et cum f[luvio Lige-
ris] ecclesiis Sancti Juliani et Sancti Albini antiquitus pertinenli, ad
[farinarios componendos et ad s]clusas faciendas ad victum mona-
chorum ibidem U[eo scrvientium]. Sunt autem hae vinese in suburbio
civitatis, subtus [monasterium Sancti Juliani Sancti]que Albini. Ter-
minantur autem hae vineae ab un[a fronte vin]eis Sancti Albini, ab
1. Bibliothèque de l'École des chartes, 2"^ série, 1. 1, 1». 448 et 449.
308
altéra via publica, a parte occide[ntis burgo Sancti Pétri Puellarum,]
usquc in alveum Ligeris e regione decurrentis; termin[ationem
quartjœ partis fluvius Liger intra spatium sui cursus recipi[t. Has
inter terminationes tjotura et ad integrum, vineas scilicet, terram
vacuam, [aquarumve] decursus Sanclo Juliano et monacliis ejus per-
petualiter t[rado ad possidendum, atque de] meo jure et potestate in
eorum Iransfundo dominati[onem. Precamjur interea successorum nos-
trorum benignilatem, ut [quod nos fecimus ad commujnem utilitatem
ecclesise ipsi libenter et inconvulse pro [animarum sujarum annuant
salute. Quod si fuerit usquam aliq[uis, sive propinquus seu extr]a-
neus, qui hocdonum ecclesifea me traditum quolijjet [modo infrin]-
gere voluerit, ex auctoritate Patris et Filii et Spiritus Sa[ncti totiusque
christianitatis exjcommunicatus sit, nisi resipuerit, atque a Dei regno
[separatus poejnas infernales luat. Et ut hoc donum firmum omni
tem[pore pcrmaneat, banc kartam manu] propria firmavi, manibus-
que nostrorum [fideliumj roborandam tradidi.
XP. Teotolo, miseratione [omnipotentis Dei] Turonorum raetropolis
episcopi {sic).
xNefingus, Sancti Martini [decanus subscripsit]. Guntelmus levita
atque archiclavis subscrijjsit. [Otbertus] decanus.
Ingelbertus sacerdos et [ipse subscripsit]. S. Rotbertus {sic).
Parafe initial. Otgerius, diaconus atque precentor. Rotbertus. Har-
duinus. Arbertus, Sancti M[artini precjentor, subscripsit.
Gauzbertus presbyter subscripsit. A[rnulfus] Dodaldus. Mainardus.
Odo diaconus subscripsit.
G[irardus]. Adalulfus. Beringarius. S. Gersind[is sororis ajrchie-
piscopi.
[Data mense] auguste, in civitate Turonus, anno XII régnante Hlu-
dovico rege, in dedicatione ecclesiae Sancti Juliani.
XP. Erbernus antigraphus scripsit et subscripsit.
VI.
TÉOTOLON RATIFIE LA DONATION FAITE A SAINT-JULIEN, PAR UN
DIACRE DE SAINT-MARTIN, NOMMÉ ARDOUIN, DE TROIS ARPENTS
ET UN QUARTIER DE VIGNES. — FEVRIER 942.
Haut. Qn^eSS""'. — Larg. 0'"270™'".
Nous avons retrouvé de cette charte une portion considérable,
3!)!)
qui nous en donne la plus grande partie, avec la signature de
Téotolou écrite en caractères grecs et accompagnée de notes tiro-
niennes, pius un fragment horizontal, qui contient environ les
trois quarts des deux premières lignes, et dix fragments verti-
caux d'inégale longueur, donnant le côté droit de la pièce, les
signatures des témoins et la date. 11 manque seulement quelques
mots du texte et de la date, ainsi qu'un petit nombre de signa-
tures, et nous nous estimons fort heureux d'être parvenu à resti-
tuer cette belle pièce, qui est inédite. EUe a été, comme d'ordinaire,
fort bien copiée par Baluze, sauf toujours les ae, mais il se con-
tente de transcrire les signatures de Téotolonetdu doyen Badilo,
qu'il accompagne de la mention suivante : Il y a une grande
quantité de souscriptions inutiles quant à présent. Nous donnons
toutes celles qu'offrent nos fragments avec la traduction des
nombreuses notes tironiennes qui les accompagnent. Quant au
corps même de la charte, nous le complétons d'après la copie de
Baluze, en mettant entre crochets les quelques mots qui font
défaut dans notre texte.
Ardouin, l'auteur de la donation faite à Saint-Julien et que
nous trouvons qualifié diacre de Saint-Martin, semble bien être
le même personnage qui devint, en 959, archevêque de Tours. Les
vignes données s'étendaient au sud-ouest de Tours, non loin des
murailles de Saint-Martin, dans une localité qui n'est pas nom-
mée, mais qui paraît placée entre les deux grandes voies qui, de
Tours et de Ghàteauneuf, se dirigeaient l'une vers Vançay,
aujourd'hui Saint- Avertin, l'autre vers Joué, et qui sont mar-
quées sur notre plan de la plaine de Tours au x" siècle ^ . La date
de 942 ne correspond à la cinquième année de Louis d'Outremer
qu'en faisant partir le règne de ce prince du l'"" janvier 938,
ce dont on a d'autres exemples.
Cette charte est inédite.
Bibl. nat., Baluze, t. LXXVII, fol. 80.
XP. Innomine-summisalvalorisDei.Teotolo, sanctac Tur[omcae
sedis humijlis arehiepiscopus, nolum immo et percognilura esse volu-
mus [cunctis fidelibus sancte Dei] ecclesiaî, prescntibus scilicet ac futu-
ris, precipueque successoribus nostris, quoniam accessit ad nostram
1. Tours archéologique. Paris, Champion, 1879, in-8".
2. Cette pièce a été héliogravée pour l'École des chartes (n° 271 de la col-
lection).
/iOO
palernitatem quidam SancU Martini basilicae pernobilis diaconus
nomine Arduiiius, humiliter expelens uti arpen. m de vinea quos
ipse complantavcrat, necnon etquarlerium i ex potestate Sancli Vin-
centii pertinentes, quos etiam a prcdccessore nostro domno Rotberto
archiepiscopo, olim per manusfirmce auctoritatem impetraverat, eos-
demque ex terra arabili ad vineae opus redigerat, Deo sanctoque mar-
tiri ejus Juliano et omnium sanctorum ipsius, ad supplementum
monachorum ibidem Domino jugiter famulancium, pro remedio
animse nostrœ et successorum nostrorum ac suse ubi jam ipse de
canonicoabituad monasticum ordinem se transferre obtabat, etob id
sub institutione census annuatim reddendum prefîxos arpennes de
vinea jam dicto loco deprecatus est ut eos concedere atque condonare
dignaremur. Gujus humillimam deprecationem una cum assensu et
voluntate utrorumque fidelium nostrorum, clericorum scilicet et lai-
corum, concessimus jam dictos arpen. m de vinea et quarterium i
ad prescriptum Saneti Juliani locum, in victualibus stipendiis mona-
chorum, sitos in suburbio Turonicae urbis. Terminantur de una parte
vinea ex potestate Saneti Martini basilicse, et de alia parte vineis ex
jam dicta Saneti Vincentii potestate, quas tenent Beringerius presbi-
ter et Arpuinus laicus, et de tercia et quarla parte viis publicis. Eo
etiam modo concedimus jam dictam vineam ad prefixum Saneti
Juliani monasterium, in spetiales usus monachorum, ut habeant
Ucentiam desuper quodcumque meUus elegerint cmeliorandi , et annua-
tim partibus rectorum Saneti Vincentii, ad missam ipsius que celebra-
tur XI liai, februarii, ipsi monachi pro ipsa reddere studeant censuni
denariorum xii et sic quiète eam teneant et possideant. Si autem de
instituto censu neglegentes reperti fuerint, id ipsum emendare stu-
deant et quod tenuerint non ideo amittant. Precamur interea succes-
sorum nostrorum clementiam ut sicuti sua statuta que pro amore Dei
omnipotentis gesserint post obitura carnis voluerint inconcussa ser-
vari, ita hœc nostrge parvitatis gesta sinant manere intacta et
inviolata. Ut autem hœc auctoritas firmior sit, firmiorque permaneat,
manu propria eam supter firmavimus, manibusque fidelium nostro-
rum adfirmare rogavimus.
XP. 0Y)a)OwXa)j miseratione omnipotentis Dei Turonorum humilis
nrchiejnscopus.
XP. Badilo, decanus atque archiclavis, sim abbas, subscripsit.
XP. nee-r^cOiuc
XP. Rotbertus archidiaconus subscripsit. Parafe initial. Otgerius,
diaconus atque precentor subscripsit. flf G...
40^
XP. Item Roihevius archidùiconus xubscripsit. Parafe initial. Gauz-
hevlmj^resbytcrsubscripsit. Arnulfus... Girardus jjr<?A&?//er subscrip-
sit. Mainardus presbijter subscripsit. Ricbertus presbyter subseripsif. .
Godulbe.[rlus]... \da\u\h\s diaconvs subseripsif. [MarJLinus diaconus
subscripsit. GïvMus diaconus subscripsit. Arman[nus].... Archerius
diaconus subscripsit ernus acolythus subscripsit. Ebruinus diaco-
nus subscripsit . Rotgeri[us]... Bernardus, diaconus... [HJermenfridus
diaconus subscripsit. Acflidus clericus subscripsit. Ilucbaldus. .. Gun-
bertus clericus [subscripsit. Johjannes clericus subscripsit. Dodaldus
presbyter subscripsit. Raino clericus [subscripsit], Signum Adalehiii.
[Signum...]ni. Signum Andraldi. Signum RoLberli. Signum Adal-
berti. [Signum] Gualterii. [Signum GJunberli. Signum Guarlni.
Data mense [februario, in] civitate [Turonus], anno incarnationis
Dominicœ DCCCGXLIl [sive a]nno V r[egnante] Hludovico rege.
Ego Ingelbertus [licet indignus] sacerdos, [presens fui] et rogitus
scripsi et subscripsi.
VIL
TÉOTOLON ET SA SŒDR GERSINDE DONNENT A l' ABBAYE DE SAINT-
JULIEN CERTAINS BIENS DEPENDANT DE LEUR PATRIMOINE. —
AVRIL 943.
Haut. O'^Soo""'". — Larg. 0™310'°"\
Ici, nous n'avons que de petits fragments, sept horizontaux et
huit verticaux , malheureusement , avec d'assez nombreuses
lacunes, dans les uns comme dans les autres; la signature de
Téotolon est toujours en caractères grecs, ensuite vient celle de
sa sœur Gersinde, puis de notables portions de celles de Franco
et d'Otbertus, en grec; parmi les autres, qui sont plus nom-
breuses que celles données par dora Martène, plusieurs ont été
écrites en lettres capitales. De la date, passablement mutilée, il ne
reste que : « mense aprili, in civit nus, anno incarn
minice DGCCGX , anno V régnante Ludovico rege. »
Gette mention du mois d'avril est bien lisible et bien for-
melle; cependant, à l'avant-dernière ligne de notre charte, il est
question des chanoines de Saint-Martin et de Saint-Maurice, ce
qui n'a pas lieu dans le texte publié par dom Martène et se trouve
au contraire dans une charte presque identique, mais datée du
-102
mois d'août de la même année, et dont nous parlerons à l'article
suivant. Gela provient sans doute d'une omission des anciens
copistes de la pièce d'avril, car ces mots sont bien dans la charte
que nous avons sous les yeux. D'ailleurs, l'expression aliosque
fidèles, qui vient ensuite, et que dom Martène a conservée, ne
s'expliquerait pas si elle n'était précédée d'une autre énonciation.
Il est à noter que la cinquième année de Louis ne répond à 943
qu'en faisant partir son règne du 19 juin 938, manière de compter
dont M. Bruel cite des exemples empruntés aux chartes de Cluny.
Il ne paraît pas du reste que dom Martène, qui a publié cette pièce,
ait eu sous les j-eux le texte que nous avons retrouvé, car celui-
ci diffère du sien dans quelques-unes des parties qui ont survécu,
notamment à la fin, où l'on trouve, avant les menaces finales,
une objurgation de Téotolon à ses successeurs, que dom Martène
n'a point donnée. Le corps même delà charte offre également des
différences. Les biens concédés ne sont pas énumérés dans le
même ordre ni désignés de la même façon. Le célèbre érudit
du xvif siècle a évidemment eu sous les yeux un autre texte,
et ceci vient confirmer l'allégation de dom François Le Sueur,
qui nous dit, dans ses analyses manuscrites, que de son temps
plusieurs exemplaires de cette pièce existaient dans le chartrier de
Saint-Julien. Les noms de lieux sont identifiés à la pièce suivante.
Imprimée, mais abrégée : dom Martène, Thésaurus, t. I, p. 73,
Amplissima collectio, t. V, p. 1074, et dans le Recueil des chroniques de
Touraine, par Salmon, p. 223. — Bibl. nat., ms. latin 17047 (anc. Gai-
gnières, n° 179^), p. 35. — Extrait, ms. lat. 5443, fol. 31.
XP. In nomine Domini nostri J hesu Ghristi qui est totius boni princi-
pium atque finis. Gausam quam in nomine ejus agere disposuimus
aggredientes, notum facimus cunctis sanctae Turonicae sedis succes-
soribus nostris, quod ego Teotolo, licet indignus prœdictae sedis
archiepiscopus, quandam ejusdem sedis cellam in ordine monastico
construere decrevimus, et hoc quidem ex consensu canonicorum
nostrorum, sed et fidelium laicorum facientes, et regalem indc pre-
ceptum et apostolicum etiam privilegium impelravimus, ubi videlicet
monachi cum abbate suo regulariter degentes, ita prsedictae matri
ecclesiœ subjccti sint, sicut in auctoritate de ipsius loci constitutione
prœhbatum est. Gaelerum, in die dedicalionis ejusdem cellce, ego et
soror raea Gersindis, res nostras quse nobis ex jure hercditario obve-
nerunt, vel quas ego alicubi legalitcr adquisivi, eidem cellae, vel
monachis eandem incolentibus, in perpetuumtradimuspossidendas:
fiOS
vineam, quae dicitur Ad Palfictuin, in cjusdomccll.Tvlcinio silam, quam
datismeis preliis torram [arabilemcomparavi, videliccL ni quarterios
inler Gauzuinum Sancti Martini diaconum el Guimbcronem carpen-
tarium, nec non el arponnes duos, plus minus, quos concamiavi ex
polestato Sancli M.irlini, pertiuLMitem de granica l'ratruni, pro quo
dedi alodum qui fuit condara Hunfagro et Gauzuino, quem comparavi
de Erlanno, Sancti Martini canonico, nopote corum, (juem cliam ite-
rum comniutavi], et dedi alodum, qui fuitcondam Miloni, et de Gui-
nemanno diacono conaparavi, ipsum lenent modo Erlannus el Gauzel-
mus Sancti Martini canonici. Commutavi cliam quarterium i, plus
minus, in ipso Palficto de Sancti Martini tliesauro cum domno Gualterio
thesaurario, pro quo dedi alodum qui fuit Adalramno sacerdoti, quem
comparavi de Guilleberto, sui ipsius sacerdoti , [et pratum arpen-
num VII, quod dicitur Ad Estappum. qui sunt siti juxta pratum de
Odato, qui fuerunt quondam Milonis et Bernonis, quos comparavi de
Guinemanno, et non longe ah ipso loco ii arpcnnes ex proprioalodo,
qui fuerunt quondam Andraldi fidelis noslri.Trans Ligerim vero, in villa
que dicitur Cersilla, ecclcsiam Sancti Pétri , cum caeteris ad ipsam perll-
nentibus] rébus, Alnetum videlicet, et Banlilium, et in villa Cancellis,
quod visisummus habere, et villam Kercionem; in Oximense, villa quae
vocatur Mons Edralis, capellas duas cum molendinis ac Ccetcris appendi-
tiis ad ipsi3(s2c)pcrtinentibus. Et item Sauriacum et Mal val[lum et Mon-
tera Dadonis,] et caetera que ex successione avunculorum nostrorum
Hieronimi, Sigeberti, necnon [Otgeriii alque Rainbjaldi nobis adve-
nerunt. [Hae iglitur, que vcl [in mancipiis], vel terris cultis et inc[ultis
inqjuisita sunt vel inquircnda, ad predictum locum tra[dimus ut
i]nde monacbl quicq[uid eis vel] successoribus eorum utile [fuerit
fajciendi liberam [habeant] potestatem.
Gont[estamur] autem cunctos succe[ssores nostrjos et ipsius etiara
loci i[ncolas, per no]men sanctae Trinita[lis, omjnibus creaturis
cont[remiscen]dunî, ut nunquam ea3[dem res, ve]l alias, quœ eidem
ad[quisite fuerjint, distrahere [aut in]quietare présumant. [Si quis
aujtem fuerit ulla emis[sapcrsona], que contra istas res [jam supra-
djictas uilam calumniam [induerje presumpserit, aut i[nfringere]
voluerit, hoc quod re[petit non vjindicet et insuper iram Dei [omni-
potejntis invcniat [et cum] Dathan et Abiron et J[uda, qui Dominujm
tradidit, sortem de[ducatet] insuper auri libras xx [coactu]s exsolvat,
et insua[maliv]ola cupiditate conf[usus abse]dat; sed insuper omni-
que[tempore] firma permaneat ccss[io ista cum] stipulatione [subni]xa.
Ut autem aucto[ritas huju]s scripturae rirmi[or habealujr, et a nobis
404
cerlius [facla esse c]redatur, et a nemi[ne viojlari quandoque presu-
[malur, manju propria eam rirmavi[mus et ad cajnonicos Sancti Mar-
tini et [Sancti Maurijcii subter corro[borandum] aiiosque fidèles
[nostros se sub]scribere rogavimus.
... BrjôwXd) [miseratione] otnnipotentis Dei [Turonorum] humilis
archie2nscopus\o[\ania]r'\esubscripsi... Gersindis pro[pria] voluntate
prore[medio] parentum nostro[rum propjria manu firmavi. .. Nefingus
[leviia afque] decanus subscripsit. [Guntejlmus levita atque archi-
clavis [subscripsit.] [Arjbertus sacerdos [et pr]ecentor fîrmavit.
[Erlannus] sacerdos et yppodecanus subscripsit. [Otbjertus levifa et
prepositus subscripsit. [Ada]lardus levita et prepositus subscripsit.
[Erlujinus sacerdos subscripsit. Be[ringerius] sacerdos subscripsit.
Gauz[fredus] diaconus subscripsit. [Gaujzelmus sacerdos subscrip-
sit. [Fulco subscripsit]. Bernardus diaconus subscripsit. [Sajlaco
diaconus subscripsit. «ï>pa[v>ta)] diaconus subscripsit. [Rajinaldus
diaconus subscripsit. [Badijlo decanus atque subscripsit.
XP. Q66Y][p0ouc] archidiaconus sive abbas subscripsit. [Rotjbertus
archidiaconus. [Gauzbe]rtus^;res6?/^er subscripsit. Parafe initial. [Ot-
ger]ius diaconus atque pre[centor subscripsit]. XP. Odo diaconus
subscripsit. Rotbertus archidiaconus subscripsit. Maina[rdus] pres-
by fer subscripsit. A.da\u\Q[u?, subscripsit]. XP. Erbernus licet indignus
[sacerdos] presens fuietrogitus subscripsi. [Rotge]rius? clericus sub-
scripsit. Gira[ldus] subscripsit. Bertramnus.... A.rma.nn\is diaconus
subscripsit. [Arjcherius presbyter subscripsit.
[Signum AJdalelmi. Signum A[dalberti]. Signum Andraldi. [Sig-
num] Ermenraari. Signum At[tonis]. Signum Alcherii.
[Data] raense aprili, in civi[tate Turojnus, anno incarn[alionis
Dojminice DGGGGX[LIII, sive] anno V régnante Hludovico rege.
rogitus, scripsi et subscripsi.
XP. Erbernus, indignus diaconus, presens fui et rogitus ab Ingel-
berto antigrafo scripsi et subscripsi.
VIII.
AUTRE DONATION FAITE A SAINT-JULIEN PAR TEOTOLON ET SA SŒUR
GERSINDE. — AOUT 943.
Haut. 0'^660™"\ — Larg. 0'^400ï^"».
Cette charte est presque semblable à la précédente, qui est de
405
la même année et antérieure seulement de quelques mois. Elle
la renouvelle en quelque sorte, sans la mentionner cependant.
Nous en avons retrouvé un très grand fragment, donnant envi-
ron les neuf dixièmes de la charte proprement dite, plus dix
fragments horizontaux et un vertical, qui contiennent les signa-
tures, avec quelques lacunes il est vrai. En tête se trouve celle
de Téotolon, en grec, puis celle de Gersinde et un grand nombre
d'autres, qui n'ont pas toutes été reproduites dans les copies
anciennes que nous avons de cette pièce. La plupart sont en
lettres capitales ou au moins onciales ; les noms de Franco et
d'Otbertus écrits en grec. La date est perdue, mais cette pièce est
bien celle d'août 943. Elle est, il est vrai, ainsi que nous l'avons
dit, presque identique à celle d'avril, mais elle en diffère en
quelques points, notamment par la mention avant la vigne Ad
Palfîctum de la vigne Ad Clausum, dont il n'est pas question
dans la charte d'avril.
Malgré cette similitude, qui pourrait faire penser à un original
et à une copie, ces deux pièces paraissent bien être des originaux ;
elles offrent du moins tous les caractères d'authenticité qu'on a
coutume de demander aux documents de cette époque et l'on a
d'autres exemples de chartes sur un même sujet, répétées à peu
d'intervalle l'une de l'autre, et pour ainsi dire redoublées. Ce qui
peut ici paraître singulier, c'est que toutes deux, quoique sépa-
rées par un intervalle de plus de trois mois, sont dites données le
jour de la dédicace de l'église de Saint-Julien. Il y a mieux encore,
la chronique de Saint- Julien fixe le jour de cette dédicace au
XVI* des calendes de septembre 943, c'est-à-dire au 17 août, et
appuie son affirmation d'une copie un peu abrégée de la charte
du mois d'avril', sans compter que la charte n" 4, publiée plus
haut, place cette dédicace au mois d'août 941. Tout ceci prouve
avec quelle prudence et quelle réserve on doit, surtout pour ces
époques reculées, se fier aux documents en apparence les plus
authentiques et qui trop souvent étaient rédigés après coup et en
dehors des lieux où s'étaient passés les événements qu'ils devaient
constater.
Nous aurions vivement désiré identifier les diverses localités
mentionnées dans cette charte et dans celle du mois d'avril, mais
1. Recueil de chroniques de Touraiae, publié par A. Salmon, in-8% 1854,
p. 22-2.
28
/«06
cela ne nous a pas toujours été possible. Voici le résultat de nos
recherches : Malvallum est Malvau, commune de la ]\lembrolle,
Sauriacum paraît être Soreau, commune de Fondettes, et Ban-
liliwn la Baillière, commune de Cerelles. Alnetum doit être une
des nombreuses localités nommées Aunais ou Aulnais, mais nous
n'avons pu faire un choix. La villa Kercio devrait se trouver
dans la paroisse de Chanceaux, mais elle a entièrement disparu
ou a reçu un autre nom. Il en est de même de Mons Dado-
nis et de Mons Edralis , ce dernier lieu placé par la charte
dans le voisinage d'Huismes (m Oxiiiiense). Quant aux deux
prés appelés Ad Estajopum et de Odato, et qui étaient con-
tigus, ils se trouvaient à l'occident des murailles de Chàteauneuf
et ont disparu sous les constructions de la ville actuelle. Il en a
été de même des deux vignes Ad Clausum et Ad Pcdfictum. La
première était placée entre la Loire, l'église Notre-Dame-la-
Pauvre, depuis appelée la Riche, le castelhmi de Saint-Martin
et le monastère de Saint-Pierre-le-Puellier ; la seconde était
plus voisine des murs occidentaux de l'abbaye de Saint-Julien et
devait s'étendre en grande partie sur le terrain plus tard occupé
par la paroisse de Saint-Saturnin.
Cette charte est la dernière en date de celles de Téotolon que
nous possédons en original ou au moins en exemplaires très
anciens. En comprenant les deux chartes de Saint-Loup, publiées
par Salmon, elles sont au nombre de huit, dont six offrent la
souscription du prélat écrite en caractères grecs. On a vu que les
deux où ce nom est en caractères ordinaires sont au plus des
copies. Parmi les signatures en grec, il n'en est que deux, celles
d'avril et d'août 943, dans lesquelles, après l'êta de la première
syllabe, on ne rencontre pas un oméga. Dans toutes les autres, les
omégas sont au nombre de trois, ce qui les fait concorder avec la
forme Teotolo usitée dans le corps même des chartes. Mais cette
forme est-eUe bien exactement celle qu'affectait le nom de notre
archevêque? Il est permis d'en douter, et peut-être eut-il, en
plein x*' siècle, la fantaisie de donner à une partie de son nom
une tournure grecque, comme le firent tant de savants lors de la
Renaissance du xv^ et du xvi" siècle. On trouve en effet dans les
anciens écrivains les formes suivantes : Teutolus, Teutilo, Theo-
tilo, Teotolo, Theotolop, Theotholoh, Theotholohe et Thieteloh.
On peut hésiter à faire un choix entre ces diverses variantes.
Quoi qu'il en soit, le nom de Téotolon et celui de sa sœur Ger-
407
sinde ont une physionomie germanique bien prononcée ; il en est
de même de ceux de ses oncles Sigebertus, Otgerius, Rambau-
dus, ou mieux Raimbaldus, mentionnés dans les pièces d'avril et
d'août 943.
Il est à remarquer que, dans le corps des chartes, ce nom est
toujours écrit Teotolo, par deux T et non pas deux Th, qui seraient
la représentation des tliêtas des souscriptions. D'ordinaire, on met
un Tli à la première syllabe et un simple T à la seconde. Je n'ai
point cru devoir me conformer à cet usage, dans lequel on respecte
le premier thêta et l'on sacrifie le second, et j'écris Téotolon avec
deux T, comme dans les chartes. Une inscription en caractères
grecs, signalée dans un manuscrit de Vendôme du x'^ siècle par
notre vénéré et regretté maître Jules Quicherat, qui l'attribue à
l'école de Tours, nous montre que dans ce genre d'écriture les
voyelles E et 0, les consonnes S et T sont invariablement ren-
dues par H, Ci, G et 0*. Dans deux de nos chartes tourangelles,
l'une de 859, l'autre de 999, la dernière lettre du mot scripsit
(en caractères grecs) est un thêta-.
Quant à Gersindis, elle est qualifiée comitissa dans le nécro-
loge de Saint-Julien^. On ne voit pas quel comte elle aurait
épousé; rien même n'indique qu'elle ait jamais été mariée. Il est
probable que le rédacteur du nécrologe, qui écrivait au xv" siècle,
a voulu, en lui donnant cette qualité, marquer qu'elle était d'une
famille très considérable. Ce nom se trouve dans le Polyptyque
d'Irminon, sous les formes Gersenda et Girsindis, et sous celle
de Garsindis, dans Pertz^.
Bibl. nat., Baluze, t. LXXVII, fol. 84.
XP. Innomine Domininostri JhesuGhri3ti,qui est loliusboni prin-
cipium atque finis. Causam quam in nomine ejus agere disposuimus
aggredientes, notum facimus cunclis sanclae Turonicac sedis sucecs-
soribus nostris, quod ego TeoLolo, liceL indignus prœdiclae sedis archie-
piscopus, quandam ejusdem sedis cellam in ordine monastico cons-
. Iruere decrevimus et hoc quidem ex consensu canonicorum nostrorum
sed et fidelium laicorum facientes, et regalem indc preceptum et
1. Bibl. de l'École des chartes, t. XLI, p. 452.
2. .Notice sur l'abbaye de Saint-Loup, par Salmon, dans la Bibliothèque de
l'École des chartes, t. I de la 2° série, p. 444 et 445.
3. Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, t. XXIII, 2'' fascicule, p. 297.
4. Monumenta Gennanix, script., t. V, p. 465, note 83.
408
apostolicum etiam privilegium impetravimus, ubi videlicet monachi
cum abbate suo regulariler degentes, ita prœdictae matri ecclesiœ sub-
jecli sint sicut in auctoritate de ipsius loci constitutione prœlibalum
est. Gaeterum in die dedicationis ejusdem cellse, ego et soror mea Ger-
sindis res nostras quae nobis ex jure hereditario obvenerunt, vel
quas ego alicubi legaliter adquisivi, eidem cellge vel monachis eandem
incolentibus in perpetuum tradimus possidendas. Vineam quse dicitur
Ad Glausum silam inter Ligerim fluvium atque aecclesiara Sanclae
Mariae, quse Paupercula vocatur, neenon et castellum Sancti Martini,
sive coenobium apostolorum principis Beati Pétri Puellare nun-
cupatum. [Quam vinejam ego noveliam jam plantatam de Gauzebuo
canonico prefati patronis [sic] domni Martini, precio emi quantum
inter nos [convenit, qujique ipse de Adam tesaurario egregii presulis
sepius nominati ejusque nepote Francone, nihilominus precio emerat,
venundantibus [illis coram idjoneis Lestibus proprium suum alodum,
quem jurepossidere videbantur. Item aliam vineam, quse dicitur Ad
Palfictum, in ejusdem Sancti Juliani monasterii [vicinio sitam, q]uam
datis meis pretiis terram arabilem comparavi, videb'cet m quar-
terios inter Gauzuinum, Sancti ftlartini diaconum, et Guimberonem
carpen[tarium, necn]on et arp, ii, plus minus, quos concamiavi
ex potestate Sancti Martini pertinentem de granica fratrum, pro quo
dedi alodum, qui fuit condam [Hunfagro, et Gajuzuino, quem compa-
ravi de Erlanno, Sancti Martini canonico, nepote eorum, quem
etiam iterum commuLavi, et dedi alodum, qui fuit condam Miloni, [et
de Guinemajnno diacono comparavi ; ipsum tenent modo Erlannus
et Gauzelmus Sancti Martini canonici. Commutavi etiam quarterios
III, plus minus, [in ipso Palficto], de Sancti Martini thcsauro, cum
domno Gualterio thesaurario, pro quo dedi alodum, qui fuit Adal-
ranno sacerdoti, quem comparavi de Guilleberto [sui ipsius sacer-]
doti; et pratum arpen. vu, quod dicitur Ad Estappum, qui sunt
siti juxta pralum de Odato, qui fuerunt quondam Milonis et Berno-
nis, quos [comparavi de] Guinemanno ; et non longe ab ipso loco,
II arpcnnes ex proprio alodo, qui fuerunt quondam Andraidi fidelis
nostri. [Trans Ligerim], vero in villam quœ dicitur Gersilla, ecclesiara
Sancti Pctri cum caeteris ad ipsam pcrtinentibus rébus, Alnelum vide-
licet et Banlilium, et in villa Cancellis, [quod visi sumus habjere, et
villam Kercionem; in Oximcnse, villa quae vocatur Mons Edralis,
capellas duas cum molendinis ac ceteris appendiciis ad ip[sas pcrti-
nentibus, et it]em Sauriacum et Malvallum et Montem Dadonis, et
caetera quœ ex successionc avunculorum nostrorum Ilieronymi, Sige-
1
409
berLi n[ecnon Otgcrii alquo Raiibaudji nobis obvenerunt. Haec ipilur
omnia quse vol in mancipiis, vel in terris cultis et incultis, inquisila
sunt, vel inquirenda, ad [predictum locum Iradimus ut Inde] monachi
quidqiiid eis vel successoribus eoriim utile fuerit facicndi liberam
iiabeant potestatem. Conteslamur autem cunc[tos successores nos-
tros] et ipsius etiam loci Incolas, per nomen sanctae Trinitatis omni-
bus creaturis contremiscendum, ut numquam easdcni res, vel alias
qua? [ibidem adqaisitefuerijnl, distrahere aud inquielare présumant.
Si quis autem fuerit ulla emissa persona quse contra istas res jam
supradictas [ullam calumniam induere] presumpserit aut infrangere
voluerit, hoc quod repetit non vindicet, et insuper iram Dei omnipo-
tentis inveniat, et [cum Dathan et Abiron et Ju]da, qui Dominum tra-
didit, sortem deducat, et insuper auri libras lx coactus exsolvat, e[t in
sua malivola cupiditale confusus] abscedat; s[ed insuper omnique
tempore firma permaneat cessio ista cum sUpulatione subnixa. Ut
autem aucloritas hujus scriptu]re firmior [habeatur, et a nobis cer-
tius facta esse credatur, et a neminc violari quandoque praesumatur,
manu propria eam firmavimus, et] ad canoni[cos Sancti Martini et
Sancti Mauricii subter corroborandum aliosquc fidèles nostros sub-
scriberc se rogavimus].
. . . .0r,6a)Xa) , miseratione omnipoteniis Dei Turonnrum humilis
archiepiscopus, volunlarie subscripsi... Gersi[ndis], propria volun-
tate, pro remedio parentum nostrorum, propria manu firmavi...
Nefin[gus] levifa afque decanus subscripsif. Guntelmus levita et
archiclavis subscripsit. Arbertus, sacerdos atque precentor finnavit.
Erlannus sacerdos et yppodecanus subscripsit. Otbertus levita et
prœpositus subscripsit. Odilardus levita et prxpositus subscripsit.
Erluinus sacerdos subscripsit. *I)pav[7.o)]... Beringerius sacerdos sub-
scripsit. Gauzfredus diaconus subscripsit. Gauzelmus sacerdos
subscripsit. Fulco subdiaconus. Gerardus diaconus subscripsit.
Letardus diaconus subscripsit. Bernardus diaconus subscripsit. Far-
mannus diaconus subscripsit. Salaco diaconus subscripsit. Rain-
naldus diaconus subscripsit. Rainus subdiaconus. Actnj'dus sub-
diaconus subscripsit. Arduinus diaconus subscripsit. Hugo diaconus
subscripsit. Vivianus diaconus subscripsif. Adalmarus subdiaconus.
\)msde[subdiaco7ius. AndrMus clericus subscripsit. Badilo decanus
atrjue archiclavis sive abbas subscripsit. XP. O06-^p0o'jc archidia-
conus sive abbas subscripsit. PQ. Rotbcrtus archidiaconus subscrip-
sit. Item Rotbcrtus archidiaconus [subscripsit].... Otgerius diaconus
atque precentor. XP. Odo diaconus subscripsit.... krnulfus presbyter
/<10
subscripsit. Adalulfus diaconus subscripsit. [Erbjernus... et indig-
nus acolythus presens fui et royitus subscripsi. Rotgerius.... mbscrip-
sit. Seguinus clericus subscripsit. Vivianus clericus subscripsit....
presbyter subscripsit. Mainardus presbyter subscripsit. Girardus cle-
ricus subscripsit. kxmdAwwi?, diaconus subscripsit . Arclierius,pre56î//er
subscripsit. Bernardus [Signura Adajlolmi. Signum Adalberli.
Signum Andraldi. Signum Ermenmari. Signum Rainardi. Signum
Gauz.,.. Signum Warnerii. Signum Dadonis. Signum Solioni. Signum
Sanctioni. Signum AUo[nis] ....uini. Signum Gunberti. Signum Wal-
terii. Signum Gilleberli. Signum Alcherii.
[Data mense augusto ineunte, et anno incarnationis Dominicaî
DGGGGXLIII, indiclione V, régnante Hludovico rege anno VIII.]
IX.
l'archevêque JOSEPH CONFIRME LA CONCESSION d'uN ARPENT
DE TERRE FAITE A INGELFREDUS PAR INGENALDUS, ABBE DE
SAINT-JULIEN. — 946-954.
Haut. O^STO"""". — Larg. 0'"215°^'".
Cette charte de Joseph a été découpée en bandes verticales ;
nous en avons six à peu près entières et deux portions d'une sep-
tième, plus un fragment horizontal ; il manque une bande sur le
côté droit. Le nom du lieu où était située la pièce de terre, objet
de la concession, est absent, mais on voit qu'il se trouvait au
couchant de la ville de Tours et près de la Loire. La femme
d'Ingelfredus, qui est mentionnée avec ses deux fils, porte comme
son mari un nom germanique et s'appelle Richilde. Les noms des
moines de Saint-Julien qui signent la charte sont accompagnés de
notes tironiennes bien exécutées.
La date se trouvait dans les parties perdues. D'après un extrait
de cette pièce, donné p. 42 du ms. latin' 5443 de la Bibliothèque
nationale, elle était ainsi conçue : « Data mense augusto, in
civitate Turonus, régnante Hludovico rege. » L'année du règne
du roi Louis d'Outremer faisait défaut, comme on voit, mais cette
charte ne peut être ni antérieure à l'épiscopat de Joseph, ni pos-
térieure à la mort de Louis ; elle doit donc être placée entre les
années 946 et 954.
Cette pièce est inédite ; on n'en connaissait que l'extrait men-
tionné plus haut.
4 M
XP. [In nomine sum]mi Salvatoris Dei, Joseph, sanctae Turonicae
[sedis archi-]
episcopus, notum immo et percognitum fore cupimus omnibus ri[de-
libus]
presenlibus scilicct ac futuris, precipuseque successoribus nostris
q[uoniam deprecatus est]
nosvenerabilis abbas coenobii Sancti Juliani, nomine lng[enaldus]...
subjeclis monachis, ut ex alodo quod quidam noslrai congre[galio-
nis],
Ebroinus nomine, eis concesserat ad habendum arpenn
de terra arabili cuidam homini nomine Ingelfredo [et uxori sue]
Richildi ac infantibus eorum, id est Godoni et [sub ins]
titutione census annuatim reddendum per hujus nostrœ auc[torita-
tis testamentum con-]
cederemus. Quorum unanimem assensum monachorum ben[igniter
recipientes]
prescriplo Ingelfredo et uxori suae Richildi, ac infantibus
gardi, ut dictum est, intcr pratum et terram, plus minus arpen
Martini, in parle occidentis, non longe a fluvio Ligeris
Teodricum. Terminantur ab una parte terra Sancti Mar[lini]
Sancli Mauritii, aliis vero duabus partibus viis publicis. Eo e
hominibus prefalam terram ut habcant licentiam desuper ae[diri-
candi, constru-]
endi et quicquid melius voluerint operandi, solvcnLe[s]
missam sancti Juliani qucC cclcbratur v kal. septcmbris partib[us]...
successoribus suis, censum, denariorum vieteis amplius non requi-
ralur
censu libère ac quiele possideant, ncmine inquieta[nte]
Et si de eodem censu tardi aut neglegentes reperti fueri[nt]
ant et quod tenuerint non ideo amittant. Ut aul[cm]
sit firmaque permaneat manu propria eam subternrm[avimus]
Juliani subscribere rogavimus.
XP. Joseph, sanclse Turonicse sedis humilis archicpiscopus, huic...
XP. Ingenaldus, presbyter et monac/tus atquc abbas, subscripsit.
Gauzuinus, presbyter alque momichus, subscripsit.
Johannes, presbyter atque înonachuSy subscripsit.
Gauzcelmus, presbyter et precenlor atque monachus^ subsci'ipsit.
Anscheriu, presbyter et monachus, subscripsit. Girardus
Rotbertus, presbyter atque monachus., subscripsit.
Deodonus, diaconus atque monachus, subscripsit. Gundramn[us]
/H 2
Bernardus, presbyier et monachus, subscripsit. Judicalis, presbyter
et monachus, subscripsit. Otfredus
....Ralrocus, presbyter atque monachus^ subscripsit. Christianus
...Johannes monachus subscripsit. Maiiifredus
fmig&cm., presbyter atque monachus., subscripsit. Item Johann[es]....
Ado, presbyter et monachus, subscripsit. Rainal[dus]
[Data raense augusto, in civitate Turonus, régnante Hludovico rege.]
X.
DONATION A SAINT-JULIEN, PAR GELDUIN, D UN SERF NOMME
FULGUTIO. — 946 A 957.
Haut. 0'"330i"'^. — Larg. 0>^260'"".
Cette charte nous est parvenue fort incomplète. Les huit
bandes verticales que nous avons pu retrouver devaient être
accompagnées d'au moins trois autres. Ce qui subsiste suffit
cependant pour donner une idée exacte du sujet, qui est une
simple donation de serf, mais quelques détails sont dignes d'être
remarqués.
Dans le préambule, le rédacteur de la pièce invoque la loi
romaine, ce qui est fort rare au x'' siècle dans nos contrées et
doit très probablement s'entendre du Bréviaire d'Alaric.
Le corps même de la charte offre une expression peu usitée
dans les textes tourangeaux : le donateur menace les violateurs
de sa donation d'une amende d'une grosse somme d'or, auri ad
purum scocti. C'est sans doute excocti qu'il faut lire. Cette
expression aurum ecccoctum, qu'on pourrait traduire par or cuit
ou recuit, est employée dans les diplômes ou chartes des Carlo-
vingiens et premiers Capétiens pour indiquer de l'or au premier
titre et par conséquent très pur. Ducange en donne plusieurs
exemples au mot Aurum.
Cette charte est inédite et je n'en connais ni copie, ni analyse.
Comme elle porte la souscription de l'arclievêque Joseph, elle doit
être placée entre les deux dates extrêmes de son épiscopat, de
946 à 957. La première me paraît établie par la donation de
Saunay à Saint-Julien, publiée par M. Tarbé* ; quant à la seconde,
1. Examen critique et analytique de diverses chartes relatives à la Tou-
raine, p. Il cl 12, el Reviie rétrospective, 1837.
qui résultait déjà de l'ensemble des pièces connues, elle nous est
donnée d'une façon formelle par une note en écriture du x'' siècle
consignée sur un manuscrit de la bibliothèque de Tours. Ce beau
codex, inscrit au catalogue de M. Dorange sous len" 181, et qui
est le sacramentaire du pape Grégoire le Grand, appartient tout
entier au x" siècle. Or, dans la marge du fol. 72, on lit la note
suivante, qui paraît bien de la même main que le manuscrit et
qui, en tout cas, est certainement de la même époque : sic obiit
Joseph, Turonice urbis episcopus, anno Domini D CCCC
LVII. L'obituaire de Saint-Julien plaçant l'anniversaire de
Joseph au xiv des calendes de juillet, le jour précis du décès de
ce prélat doit être fixé au 18 juin 957. On conviendra que bien
peu de dates de cette époque peuvent être établies d'une façon
aussi probante. En plaçant l'avènement de Joseph en avril 94G
et sa mort au 18 juin 957, on a les onze ans deux mois et dix-
huit jours d'épiscopat que lui donnent la Chronique des arche-
vêques de Tours, publiée par Salmon ', et le manuscrit, aujourd'hui
perdu, suivi par Maan, qui l'appelle le catalogue d'Amboise,
du nom de la viUe où il était conservé.
XP decrevit née non et lex roma[na].... igilur ut.... mancipia
ad ecclesiam Dei transferre pro remédie ani[me].... condon[are]....
....ram habeat
potestatem faciendi quicquid voluerit. P[roindc] ego Geldu[inus]
[cu]pio omnibus
sanclae Dei ecclesise fidelibusetprecipue noslrissuccess[oribusqu]a-
liler pro rem[edioj.... Irado, cedo
servum juris moi nomine Fulcutionem ad [monaster]ium Saneti
Juli[ani].... monachorum
ut ibidem dicbus vitse suac eis deserviat, et procreatio s[ua] ex eo
orla
simili ralione in eodem loco deserviat. Si a[ulem].... ab bac d[ie] ac
pro heredibus
[q]ui hanc donationem a me factam contraire.... et modo in.... quod
repelit
[non vijndicet et insuper contra quem litcm intu[lerit].... ecclœsias-
ticam.... est sexentorum
...auri ad purum scocti, necnon et mancipia.... solvere coga[tur]-,
petitio nuUum
1. Recueil de chroniques de Touraine, 1854, in-8°, p. 215.
^14
[effecjtum obtineat. Set insuper hœc donatio meis.... que bonorum
[ma]nibus
rata atque firmata omni lempore, ... et inviola[ta permjaneat.
....[JJoseph, sanctge Turonicœ s[eclis] archi[episcopus]....
[Signum] Gorbonis. XP. Ardui[iius fra]ter ejus sîibscripsit.
[Signum] Guarinon. [Signum] Fredrici.
Ego Gelduinus hanc [donatijonem a me [factam signo] sanctse crucis
propria manu fi[rmavi].
Signum Adalardi. Signum A Signum.... Signum Grimaldi.
Signum Guanilonis vicarii. Signum H.... Signum Sol[ionis]. [Signum
Fr]ancionis.
Signum Adalberti. Signum Ervici. Signum [Frejdrici rii.
Data [mense] aprili,.... anno Hludovico
XL
DONATION A SAINT -JULIEN DE TERRES DANS LA VILLA BRUCIA ET
AUTRES LIEUX. — DECEMBRE 948.
Haut. O^'SIO'""^. — Larg. 0«»190'"'".
Cette charte est très incomplète. Nous en possédons cinq bandes
verticales, il est vrai, mais elles ne sont pas tout à fait entières
et il en manque au moins trois. Les portions absentes contenaient
justement le nom du donateur et celui de la viguerie où se trou-
vaient situés les biens, objet de la donation. Une portion de ces
biens faisait partie d'une villa appelée Briicia, qui pourrait être
Brèche , aujourd'liui commune de l'arrondissement de Tours ,
canton de Château--la-Vallière, et où Saint-Julien a possédé au
moyen âge un prieuré. On trouve dans les textes anciens les
formes Brechia, Brochia, qui se rapprochent beaucoup de celles
que donne notre charte ^ Peut-être cependant avons-nous ici une
des nombreuses localités aujourd'hui portant le nom de la Brosse.
Quant à la villa Felgeriis, mentionnée au commencement de
1 . On pourrait ciler de nombreux exemples du changement de Vu en e dans
nos noms de lieux de Touraine. Ainsi la forêt de Brechcnay est appelée en 1127
foresta que Brunesciaciim dicitur, en 1190 nemus de Bruscheignio, en 1255
nemus de Brussenaio, en 1286 Brussenay, et au xir*" siècle et postérieurement
forêt de Brechenay. La paroisse de Bréhémont est nommée Bruhemmum dans
la Grande Chronique de Tours, p. 104, édition Salmon.
/H 5
la charte, et dont rien ne nous indique la situation, il faut très
probablement y voir un des hameaux de Touraine désignés sous
les noms de Fougeray et de Fougères.
La date est incomplète, bien qu'on y trouve la mention du
mois, mais nous voyons que cette charte a été donnée la treizième
année du règne d'un roi dont le nom se terminait par la syllabe
eus, à l'ablatif <?o. Or, à l'époque indiquée par l'écriture de cette
pièce, qui est le milieu du x" siècle, le seul roi de France dont le
nom affecte cette terminaison est Louis IV d'Outremer, monté
sur le trône en juin 936 et dont les années se comptent le plus
généralement à partir de cette époque ; la treizième répondrait
donc à l'année 948, qui paraît être la date exacte de cette charte.
XP.... ubi....
se...
im....
me. . . .
inv....
cens....
a me....
donc
arab....
et in ips....
vel asij[icere]
que Julia....
Ycl pro ercd....
donatio m[ea]
sed insuper s...
[Da]tiianctAbi[ron]
gulariter et commune perpétue vivendo
omninus h....
jam dictis sanctis et supra abbati et fratrlbus
ibidem....
atis meae quas legaliter teneo adque possi-
de[o]....
to lapidense in Felgeriis villa cum tcreia....
fai'inarium unum cum siivis et praLis terris
arab[ilibus]....
[ve]l aspiccrc videtur totum et ad intcgrum
lermin[um]....
[a]Uo loco in ipso pago et in ipsa vicaria....
[ijncultis et pratis et quantum a me aspicit
vel....
villa que appellalur Brucia terras arabile[s] ....
terminalur vero ipsa terra diversis tcrmina-
tioni[bus]....
et fratribus ibidem monasterio scrvienlibus. . . .
ve quelibet aliundc emissa persona, quod
non si t....
ahquam kalumniam conalus fueril inferre,
supra....
auri libras x cogalur illi legaliter persol-
vere....
et Juda, Domini prodiLorc, cterna damnatione
supjac[eat]....
4^6
...Iraditio [tejncatur et verius ab omnibus credatur,
manu propria. . . .
corrobor[are] feci. Data anno incarnalionis Do[minicœ]....
CD rcgc m... s xrir, in niense decembrio, feria prima....
-J- [cjomilis. Signum ^ Odulfi. Signum Landricii.
Signum Ber
Pla... Guarimunni. Signum item Bernerii. Signum
Guillelmi.
Ha... Elgaudi. Signum item Gotefredi. Signum
Guandalber[ti].
XII.
DONATION d'un MANSE A SAINT-JULIEN PAR LES CHANOINES DE
SAINT-MARTIN. — 948 OU 949.
Haut, inconnue. — Larg. 0'"260'^™.
Nous n'avons ici que quatre bandes horizontales, dont la pre-
mière est incomplète, et le tout ensemble ne nous donne que la
date de la pièce avec le nom du scribe. Le corps même de la charte
fait jusqu'à présent défaut, et en ce qui concerne son objet, nous
sommes réduits à de simples conjectures. Cependant, comme elle
a été donnée dans le chapitre de Saint-Martin et que nous la
trouvons dans le char trier de Saint-Julien, je pense que nous
avons ici la fin d'une donation faite à l'abbaye par la puissante
collégiale, donation analogue à celle d'une prébende faite à la
prière de Tèotolon en 940 -. La date est dans les deux pièces for-
mulée de la même façon ; le chiffre des années diffère presque seul.
Il ne s'agit point ici d'une prébende, mais d'un simple manse,
car on lit au dos de la première bande, en vieilles capitales ana-
logues à celles que nous offrent d'autres chartes de Saint-Julien,
les mots suivants : de Mansello in Baniolis sito. Le territoire
ainsi désigné s'étendait au sud de la ville de Tours "et de la Mar-
tinopole, sur l'espace plus tard compris dans la châtellenie des
Bains.
La treizième année de Louis d'Outremer, en partant comme
1. La noie lironienne de subscripsit remplace le mol signum.
2. Mabillon, Annales ordinis S. Benedidi, t. lil, i). 710.
4^7
on le fait ordinairement du 19 juin 936, correspond à 948 ou 949,
selon que la charte a été donnée avant ou après le 19 juin. Quant
au scribe Adalniarus, qui est dit maître-école de Saint-Martin, il
figure avec cette dernière qualité jusqu'en 957.
Voici le texte de nos trop courts fragments :
Data est auLem liujus manusfirmce auctoritas... Turonis, castello
scilicet Sancli Martini, in pleno fralrum capitulo, anno xiii regni
Hludovici régis.
Ego Adalmarus, Sancti Martini laevila et ejusdem sancti scholae
minister, rogitus scripsi et subscripsi.
XIII.
CHARTE DE MAINARD , EVEQUE DU MANS, CONCEDANT UNE
PRÉBENDE A SAINT-JULIEN. — 948-968.
Cinq bandes verticales et trois horizontales, dont la seconde
est en deux fragments. Cette charte est fort incomplète, nous ne
pouvons en indiquer ni la hauteur ni la largeur, et il y manque le
nom de la prébende donnée à Saint-Julien par l'évêque Mainard.
Le scribe de cette pièce, très probablement écrite dans le Maine,
avait oublié le sens des notes tironiennes au point de prendre la note
représentant le mot subscripsit pour l'abréviation de signum,
et il en a fait précéder les noms de la plupart des signataires
qu'il a mis au génitif.
La date manque, mais l'évêque Mainard ayant occupé le siège
du Mans pendant vingt ans cinq mois et trois jours, et figurant
dans une charte de 908, elle doit être placée entre les années
948 et 968. Une cote, au dos, donne la date de 900, qui peut être
exacte et était vraisemblablement écrite sur une portion de la
charte aujourd'hui perdue.
Cette pièce est inédite et nous n'en connaissons aucune copie
ancienne, mais seulement dans le Monasticon Benedictinum,
une simple mention qui a été reproduite dans le Gallia chris-
tiana, t. XIV, col. 240.
...sanctae sedis CenomanicBe episcopus et cuncta congregalio
...Ghristi Gervasii et Protasii sanetique Juhani....
percognitum ac manifesLura esse volumus....
humiliter postulantes uti pro sola nostra....
fratrum animarum salute prebendani....
Teotolo archiepiscopus, pro multorum utilitate....
preseus manifestai auctoritas. Concessimus igitur illis, ut dictum
est, prebendam unam [ad]
monadiorum videlicet subsidlum ibidem degentium; eo lamen ratio-
nis ordine ut orationes
eorum et sacrae oblationes, pro nobis fiant velud et pro ipsis lam
pro vivis quam etiam et def[unctis]....
foedere et memoriale nos [succjessorum nostro[rum]....
precamus omnes gregis nostri cano[nicos]... sedis nostrae....
[commu]nem helemosinam ac contributionem sicuti a nobis
facta est....
permittant. Si autem evenerit, quod absit, ut aliquis....
aut etiam invidia vel raalo ingenio seductus, prelibatam pre-
bendam....
abstrahere voluerit, cum Dathan et Habiron jaceat in inferno....
adimplere permiLtatur. Et ut hujus nostrae communis helemo-
[sinae]....
[aucto]ritas firmior ac certior per diuturna tempora habeatur,
ma[nu]....
manibus que fratrum nostrorum adsignari rogavimus.
Signum^ Engilbaldi.
Signum Gauzmari.
Signwn Isaac. XP. Mainard[us]
Signum Odo.
Signum Isembardi.
Signum Frambcrti.
Signum Walcharii.
Albericus suhscripsit.
Signum Simeoni.
Gerbaldus subscripsit.
1. Le signe qui précède les noms mis au génitif est bien la note tironienne
représentant le mot subscripsit ; le scribe de la charte l'a évidemment employée
pour l'abrévialioa du mot signum.
419
XIV.
DONATION A SAINT-JULIEN PAR L ARCHEVEQUE JOSEPH, A LA
PRIÈRE d'aRIERIUS, DE VIGNES APPARTENANT A SAINT-MEXME
DE CHINON. — AVRIL 949.
Haut, inconnue. — Larg. 0"'245'"'°.
De cette charte, nous avons retrouvé deux petits fragments
liorizontaux, qui, joints à celui découvert au greffe de Loches
par M. Gauthier et publié par M. Delaville LeRoulx*, nous en
donnent les six premières lignes. M. Delaville Le Roulx avait
cru pouvoir y reconnaître une pièce de l'archevêque Joseph
mentionnée dans le Gallia Christiana^ par M. Hauréau. Il ne
s'était point trompé, car nous avons rencontré dans deux manus-
crits de la Bibliothèque nationale un extrait de ce document, qui
ne laisse aucun doute à cet égard et contient, outre la fin de la
charte, les souscriptions de Joseph et d'Arierius, ainsi que la
date, qui est du mois d'avril, treizième année du règne de Louis
d'Outremer, ce qui correspond à 949.
Les portions que nous fournissent les manuscrits sont placées
entre crochets.
Bibl. nat. Fonds lat. ms. 5443, p. 43, et 17047, p. 41.
XP. In nomine summi Salvatoris Dci, Joseph, sanclae TuronicaB
sedis hu[milis] archiepiscopus nolum immo et percognitum esse volu-
mus cunclis fidelibus archi.... vel ahis sanclae Dci ecclesise, presen-
tibus scilicet ac fuluris prccipueque successodbus nostris quoniam
deprecatus est nos Arierius sacerdos uti jucto[s] ii et médium de vinea
quos ipse more complanti aedificaverat et ex potestate Sancti Maxim!
...erat eosdemad Sancti Juliani monachos, ob monimentum et rcc...
[...condonare dignaremur.... concessimus ad jam dictos monachos
prœflxos juctos
XP. Joseph Turonicae sedis archiepiscopus subscripsit.
XP. Arierius, qui huic auctoritati fieri deprecatus est
Data mense aprili in civilate Turonus anno XIII regnanti Hludo-
vico recte.l
1. Notice, etc., p. 20.
2. Tome XIV, coL 51.
420
XV.
VENTE A l'aBBE INGENALDUS , PAR ADALSINDIS ET SES FILS,
d'une TERRE SITUEE DANS LA VIGUERIE DE CHINON, IN VILLA
ADALSON. — DÉCEMBRE 950.
Haut. 0'°318'"'". — Larg. 0^204™'".
Cette charte, bien qu'elle ait été découpée par le relieur en
huit bandes verticales, a été reconstituée intégralement, résultat
qu'il nous a été très rarement donné d'atteindre. Les personnages
qui y figurent et y signent sont de condition plus modeste que
dans les précédentes; elle n'émane point, comme la plupart de
celles-ci, de quelque chancellerie épiscopale et est évidemment
l'œuvre d'un scribe inférieur. Elle n'en est que plus intéressante,
à ce qu'il semble, car elle nous montre à quel degré de décadence
était arrivée la langue latine vers la moitié du x^ siècle. Les
règles les plus élémentaires de la grammaire sont ici outrageuse-
ment violées. Nous noterons seulement l'emploi du datif pour
le génitif, et la confusion de la troisième déclinaison avec la
seconde, ainsi que l'accusatif pris dans le sens de l'ablatif absolu.
Adalson nous paraît devoir être identifié avec Auzon ou Ozon,
localité fort ancienne du Chinonnais, dans la commune d'Huisnes,
et où Ton a découvert des sépultures de l'époque mérovingienne*.
Le D est tombé; les deux A et l'L se sont contractés en Au,
puis en 0, et l'on a eu Auson ou Ozon. Une pièce du cartulaire
de l'archevêché nous montre du reste que la terre d'Ozon, qui,
depuis le xiii*' siècle, appartint aux archevêques de Tours, avait
été originairement la propriété de Saint- Juhen. C'est en 1231
que l'abbaje l'abandonna à l'archevêque Juhel, pour se libérer
de deux repas qu'elle devait lui fournir lors de ses visites 2. Parmi
les témoins se trouve le prêtre Arierius, à la prière duquel
Joseph II donnait en 949, aux moines de Saint-Julien, des vignes
appartenant à Saint-Mexme.
Le mois de décembre de la quinzième année de Louis IV se
trouve en 950, selon la façon habituelle de compter les années de
ce prince à partir du 19 juin 936.
1. Bulletin monumental, t. XXXVI, n° 8.
2. Archives d'Indre-el-Loire. Cartulaire de l'archevêché, p. 79.
421
Pas trace de notes tironiennes dans cette pièce, qui est men-
tionnée dans le Gallia clunstiana, à l'article de l'abbé lugenal-
dus, d'après le Monasticon Benedictinum, mais dont le texte
lui-même était inconnu.
Au dos, ancienne cote : « Carta Adalsindis admonachos Sancti
Juliani, de Alxon. »
Une autre cote plus moderne porte : « De predio prope Caino-
nem, Tulgo Chinon, empto ab abbate Ingenaldo. » Cette indica-
tion du voisinage de Chinon convient parfaitement à Ozon et
vient confirmer notre hypothèse.
Il ne subsiste plus du manoir d'Ozon qu'un portail fort délabré ;
le nom même a disparu et a été remplacé par celui de Tours, sans
doute à cause de la longue possession des archevêques, mais il
se retrouve aux fontaines d'Ozon, qui sont dans le voisinage.
XP. Igitur ego, in Dei nomine, Adalsindis et fihus meus Isembertus,
et frater suus Rainaldus, constat nos insimul vendere et ila vendimus,
tradere et ita tradimus, ad alicos homines, Ingenaltdo [sic] abbalo et
Bernardo preposito, sive omnium gongregacio monachorum, hoc est
alodum unum de terra arabile qui resedit in pago Turonico, in vica-
ria Kainonensi, in villa que dicltur Adalson, hoc est in tolum, plus
minus, vetic. ii; et habet lateraciones ex duobus lateribus terra
Sancti Juliani, tercia lalerc, terra Sancti Mauricii, quarta latere,
terra Rainaudo, ex suo bénéficie. Ipsa terra superius dicta a die pre-
sensente [sic] vobis vendimus adquc transfundimus et de juro nostro
in vobis tradimus potestale et dominacione. Undc accepimus de vobis
precium in co nobis bene complacuit atque convenit, hoc est in
argento, sol. xiii et dnr. tantum. Ita ut ab hac die, quicquid de ipsa
re superius dicta facere voluerllis, liberam et firmissimam in omni-
bus habeatis potestatem faciendi, neminem contradicentem. Si quis
vero, nos ipsi aut ullusex heredibus, vel de propinquis, scu quislibet
intromissa persona, qui contra hanc vcndicioncm venire aut inquie-
tare presumpserit, sol. l multa cumponat, et quod repelit non vin-
dicet, sed presens vendicio ista omnique lempore firma et stabilis
valeat perdurare, com stipulatione subnixa.
Signum Adalsindis. Signum Isemberto. Signum Rainaldo. Isti sunt
qui fieri vel adfirmare rogaverunl.
Signum Bernardo levita. Signum Andraldi. Signum Arierii sacer-
doti.
29
422
Signum Berengarii. Signum Hermengerii. Signum Dominel.
Data in raense decembrio, anno XV régnante Hludovico rege.
XVI.
CONCESSION DE CINQ ARPENTS DE TERRE, PRES DU CHER, FAITE
PAR INGENALDUS, ABBE DE SAINT-JULIEN, A GEOFFROY, FILS
DE RENAULD. — 950-964.
Haut. 0"»320'"'^? — Larg. 0"^260'"'"?
Six bandes verticales, fort mutilées par le bas. Il en manque
au moins deux, une de chaque côté ; mais nous avons bien tout le
cœur de la charte, qui n'offre, du reste, rien de particulier et dans
laquelle nous retrouvons les formules usitées dans les actes de
cette nature. Le point intéressant de la pièce se rencontre dans
les signatures, cependant fort mutilées. Celle de l'abbé Ingenal-
dus est ainsi libellée : Ingenaldus, archisterii Sancti Juliani
hmnilis abbas. L'expression archisteynwn est peu usitée ; elle
a le même sens que monasterium ou cœnobium, comme on
peut le voir dans Ducange au mot Asceterium.
La date manque, mais cette charte doit être placée entre les
années 950 et 964, pendant lesquelles Ingenaldus fut abbé de
Saint- Julien.
Pièce inédite et dont nous ne connaissons ni copie, ni analyse.
[XP. In nomine] Domlni Salvatoris Dei nostri, quidem ego Ingenaldus
etomnis congrega[lio... nojtum cupimus esse omnibus sanctse Dei
ecclesiœ fidelibus, presentibus sciUcet atque fut[uris, quod dcpreca-
tus] est nos quidam homo, Rainaldus nomine, uti duos arpennos et
médium aUios quoque duos arpennos et dimidium de spineto, ad
faciendum pratum Albini, quae nostri jurishabctur, cuidam fdio
SUD, nomine Gauzfredo [succejssoribus sub institutione census
annuatim reddendum concederemus. Cujus pre ...ebentes, concessi-
mus jam dicto Gauzfredo et duobus successoribus suis dictos...
...propc tluvium Karis. Terminantur vero duo quidem arpenni...
rius de vinea, de una parte te [sic) terra Sancti Mauricii, et de dua-
bus partibus... arcta via publica; illi quoque duo arpenni et dimidius
spineti de una parle terra... et de tribus partibus terra Sancti
Mauritii. Intra bas terminationes totum et adm[odum]... Gauzfredo
et duobus successoribus concedimus, ea ralione ut habeant Ucen-
423
tiam... et quicquid melius elegerinL faciendi, el si nccesse cis fuerit
vendendi, salvo tam[en]... ipsius, solventes exindeannissiiigulis,ad
raissam sancli Martini, quœ celebratur ris censum denarios x
etvnii, eteis amplius non requiratur-, quodsi de isto ce[nsu] [negle-]
gentes extiterint, id ipsuni emendaro eis liceat, etquod teniierint non
ideo am[itlant]. ...qui huic conscriptioni litcm iuferre velit, solidos
centum so[lvat]. Et ut firmior sit ista conscriptio, nomina qui cam
firmave[runt]....
[Ingenjaldus archisterii sancLi Juliani humilis abbas subscripsit.
[Ardui]nus(?) decanus et sacerdos subscripsit.
SuLhardus subdiaconus subscripsit.
Gau Gauzfredus subdiaconus subscripsit.
Ym Gaulterius subdiaconus subscripsit
Lup
Judi[cael]
XVII.
l'archevêque JOSEPH CONCÈDE A BERNERIUS ET A SA FEMME
ODOALOCH QUATRE ARPENTS ET TROIS PERCHES DE TERRE
DANS LE VOISINAGE DE TOURS. — SEPT. 953.
Haut. 0™320"i'«. — Larg. 0™270'n™.
Les chartes de Joseph, successeur de Téotolon sur le siège de
Tours, sont rares ; celle-ci nous est parvenue à peu près entière,
en dix bandes verticales. Il ne paraît en manquer que deux, et
ce que nous avons suffit parfaitement pour nous donner connais-
sance de l'objet de la pièce ainsi que des personnes et du lieu
qu'elle concerne. Ce heu, très voisin de la viUe de Tours, est
appelé Ac? Culturam Sancti Ger... La fin du nom du saint était
sur une bande qui est perdue, mais il faut sans aucun doute lire
sancti Gervasii, car il existait à Tours, au x° siècle, une église
dédiée à saint Gervais et à saint Protais. Elle était située tout près
de la muraille, dans l'angle sud-ouest, au lieu même où s'élève le
palais archiépiscopal actuel. Construite d'abord par les évoques
Eustoche et Ommatius, détruite dans l'incendie général de la
cité, arrivé en 561, elle avait été rebâtie par Eufrone, ainsi que
nous l'apprend Grégoire de Tours, et ne fut détruite qu'au
xvif siècle, lors de l'agrandissement de l'archevêché. Quelques
424
archéologues veulent même en voir un reste dans une pièce
voûtée englobée dans l'aile occidentale de ce palais, mais cette
opinion nous paraît plus que douteuse. Quoi qu'il en soit, la Cou-
ture-Saint-Gervais devait s'étendre sur les terrains occupés
aujourd'hui par le jardin de l'archevêché et la partie haute de la
rue des Ursulines.
De la souscription de Joseph, il ne subsiste que l'A final, mais
la mention de son titre, qui suit immédiatement, rend un doute
impossible sur ce nom, d'ailleurs écrit en toutes lettres dans la
première ligne delà charte. Parmi les autres signatures, celle de
Rotgerius est en caractères grecs et presque toutes sont accom-
pagnées de notes tironiennes.
La pièce est datée du mois de septembre , de la dix-huitième année
d'un roi dont le nom manque, mais qui, d'après les dates extrêmes
de l'épiscopat de Joseph, ne peut être autre que Louis d'Outre-
mer. Cette année correspond à 953, d'après la façon la plus
habituelle de compter les années de ce prince à partir du
19 juin 936.
Le personnage qualifié doyen et abbé, qui souscrit immédiate-
ment après l'archevêque Joseph et du nom duquel U ne subsiste
plus que la s} llabe 7ms, me semble bien être Arduinus.
Le nom de la femme de Bernerius, Odoaloch, a une physiono-
mie germanique bien prononcée et sa terminaison est la même
que celle d'une des formes du nom de Téotolon, qu'on trouve
écrit Theotholoch.
Cette pièce est inédite, et on n'en connaît ni copie ni analyse.
XP. [In nojmine summi salvatoris Del, Joseph, sanctae Turonicae
sedis humil[is archiejpiscopus, notum immo et percognitum [esse vo]-
lumus cunctis fidelibus sanctae Del ecclesiae, presentibus scihcet ac
futuris, pre[cipueque sujecessoribus nostris, quoniam deprecati sunl
venerabilesnostrse matris ecclesise canonici, uti ex rcbus eorum stipen-
die one subjectis, hoc est de illa... arpen. nii et perticas m de
terra arabih quidam homini, n[omine Berjnerio et uxori suœ Odoaloch
[sub ins]titutione census annuatim reddendum per hujus nostra3
auctorita[tis testamentjum concederemus, quorum depre[cation]em
bénigne recipientes, concessimus jam dicto Bernerio et [uxori suse]
Odoaloch préfixes arpen. nii [et pertiejas m de terra arabili, sitos
non longe a suburbio Turonicae [civitatis], quem dicunt Ad Culturam
Sancti Ger[vasii]. .. [terjminantur ex omnibus partibus terra de eodem
^25
potestale... cl pasto communi. Eo cliam mocloconce[dinius prc]fixos
arpen. de lerra ul habcanl licenLiam desuper aedifican[di, plan-
land]i, construendi et quicquid meliu[s clegerint] emeliorandi. Sol-
ventes exinde annis singulis, ad missam sancti [Johannis Ba]ptisl?e
quœ colilur viii kl. julii, p[rerix]um censum, sol. ii, et eis amplius
non requiratur aut exig[atur, sed su]b talicensu libère ac quiète eam
t[eneanl et] possidcant, et si de eodem censu tardi aut négligentes
repert[i fucrint, id ijpsum emendare studeant et quod t[eneant n]on
ideo amittant; habeantque licentiam..,. quam et... ut ad proprios
parentes relinq[ucre]...,etiam ad poteslatem Sancii Mauricii vendere.
Ut auteni hsec auc[toritas firjmior habcatur, manu propria eam s[ub-
lerfirjmavimus manibusque fidelium nostrorum adfirmarc fec[imus
et njotari decrevimus.
XP. [Josepjh, sancte Turonicœ sedis humil[is arclnepiscopus],
rogitus subscripsit.
XP. [Ardui]nus decanus atque abbas subscripsit. PQ. Bernardus. ...
Rolgerius diaconus subscripsit.
Parafe initial .. .arc hidiaconus subscripsit . PwÔYYjpuouc sacerdos at-
que ..(ivis presbi/ter subscripsit . Odo diaconus- subscripsit.
It (?) ....rtus archidiaconus. Gauzbertus presbijter subscripsit.
Rauber[tus]... Girardus diaconus subscripsit.
A... presbyter subscripsit. Arcberius presbyter subscripsit. Arman-
[dus]... [Ermjenfridus ^jre6'6î/<er subscripsit.
Gir[ardus] presbyter subscripsit. Ingelbertus diaconus subscripsit.
Ghristianus Franco subdiaconus subscripsit.
... Hildcgarius monachus subscripsit. Dodaldus Otbertus clericus
subscripsit.
[Data mense] setembri, in civitate Turonus, anno XVIII rcg[nantc
Hludovico] rege.
XVIII.
DONATION A SAINT -JULIEN , PAR FROTIER , ARCHEVEQUE DE
TOURS, DE BIENS DEPENDANT DE l' ABBAYE DE SAINT-VINCENT
DE TOURS. — 959.
Haut. 0™405'"'^. — Larg. 0">270""".
Nous avons rencontré cinq petits fragments du commencement
de cette charte, dont la plus grande partie a été découverte,
avant 1879, par M. Gauthier, sur les registres de l'état civil,
426
conservés au greffe de Loches. M. Delaville Le Roulx l'a publiée
dans sa Notice sur les chartes originales relatives à la Tou-
raine antérieures à Van mil^ et a donné un fac-similé des
signatures, qui sont accompagnées de notes tironiennes intéres-
santes à étudier. Nous ne reproduirons pas ici la pièce en entier
et nous nous bornerons à transcrire les premières lignes que nous
avons trouvées et qui viennent la compléter.
XP. . . [Frojtherius, sanctse Turonicœ sedis humilis arc[hiepiscopus],
notum immo et percognitum esse volumus cunctis fidelibus sanclae
Dei ecclesiœ, presen[tibus] scilicetacfuLuris, precipueque successoribus
nostris, quoniam accesseruiit venerabiles mo[nachi Sancli] Juliani
monasterii, quod est silum in suburbio Turonicae urbis, ad nostrse
paternitatis celsitu[dinem humililer deprecantes]
XIX.
ARDOUIN, ARCHEVEQUE DE TOURS, CONCEDE A SAINT -JULIEN
DIVERSES PIÈCES DE TERRE SITUÉES DANS LE PAGUS DE TOURS,
DANS LA VILLA APPELEE VITRARIAS. — FEVRIER 960.
Haut. 0"'395"^'". — Larg. 0™244'"'^\
Charte bien écrite et bien conservée, à laquelle il ne manquait
que la date, que nous avons retrouvée, sauf un petit fragment à
droite. La villa Vitrarias, qui s'est appelée au moyen âge les
Verreries, a changé de nom à la fin du xv" siècle, où elle est
devenue Vaître des Calouris; c'est aujourd'hui la Calourie,
hameau de la commune de Monnaie, canton de Vouvray et arron-
dissement de Tours.
Les signatures sont accompagnées de notes tironiennes très
bien formées. On remarquera qu'Ardouin n'oublie pas de men-
tionner, après son titre d'archevêque, sa qualité de trésorier de
Marmoutier, ce qui montre en quelle haute estime étaient tenues
les dignités de la puissante abbaye.
Au dos, on ht, en anciennes capitales, la cote suivante : Carta
Bernardi de Vedrarias, quarn fecit Sancti Juliani. La men-
1. Notice, etc., p. 21. Celle nolice a été également publiée dans le t. IV du
Bulletin de la Société archéologique de Touraine, p. 334 et s.
427
tioû du nom de Bernard s'explique, parce que c'est à sa prière
qu'eut lieu la concession d'Ardouin. Autres cotes plus modernes
avec la date 960, qui est exacte, en comptant les années de
Lothaire à partir du 12 novembre 954, comme on le fait le plus
généralement. Cette pièce est inédite.
Bibl. nat. Baluze, t. LXXVII, fol. 75; ms. lat. n" 5443, p. 42,
mais seulement avec les premières signatures.
XP. In nomine summi omnipotentis Dei, Nos quidem Arduinus
sanctœ sedis Turonicac archiepiscopus, necnon et Sancti Martini Majo-
ris Monaslcrii aediluus, notum hymmo et pcrcognilum esse volumus
cunctis sanclae Dei ecclesiœ fidelibus, presentibus sciliceL ac futuris,
precipuaeque successoribus nostris, ejusdcm loci thesaurariis, quo-
niam deprecalus est nos quidam vassallus ac fidells nostcr, nomiiie lîcr-
nardus, ut ex rébus pertinentes ex noslro minislerio, quas ipso per
sericm cartarum ac manusfirmc auctoritatem de nobis tenere vide-
tur, quartulam i et farinarium i, cum pratis aripen. ii, partim culta
parlimquc inculta, ad monachos Sancli Juliani, sub inslilutione census
annualim reddendum, per bujusnoslrae auctoritalis tesLamentumeis
concederemus. Gujus deprecalionem bénigne rccipicntcs, concessi-
mus jam dicLis Sancli .[uliani monachis prescriplam quartulam cum
pralis ac farinario. Est quidem sita ipsa terra in pago Turonico ex
polcstate Sancti Martini, in villa quam vocant Vitrarias. Eo namque
lenore prelibatam tf3rram eis concedimus ut habeant licentiam dcsu-
per aedificandi, construendi, vel quicquid boni voluerint operandi, et
annuatim in missam sancti Martini auctumnalem nobis, sive succes-
soribus nostris, qui eundem thesauro Sancli Martini Majoris Monas-
terii regere videntur, reddere sLudeant censum solidorum m , cl eis
ampliusnonrequiratur. Et si deeodem censu necglegentes quicquam
aut tardi cxtiterint, id ipsum ei cmendare studeant, quod vero tenue-
rint non ideo amiltant. Precamur inlerea succcssorum noslrorum
clementia ut, sicut sua acta que gesserint stabili voluerint vigore
persistere, ila haec nostrae parvitatis gesta sinant mancre inlacla et
inviolata. Ul auLem bccc auclorilas pleniorem in Dei nomine oblineat
firmilatem et ad [sic) successoribus nostris inviolabililer conscrvelur,
manu propria eam subterlirmavimus et canonicos ejusdem loci corro-
borare decrevimus.
XP. Dompnus Arduinus, archicpiscopus atque liicsaurarius Sancli
Martini Majoris Monaslerii, banc auclorilalem fieri jussit vel adfir-
mare rogavit.
428
Signum Bernard! et fîlii ejus Waloni, qui hanc manumfirmam fieri
jusserunt el ipsi firmaverunt.
XP. Gotefridus decanus atque leviia.
Gonstantius diaconus subscripsit.
Leutfredus presbtjter subscripsit.
XP. Hodilo saeerdos subscripsit.
Samson presbyter subscripsit.
Hildohardus saeerdos subscripsit.
Ernulfus presbyter subscripsit.
Rainaldus diaconus subscripsit.
Rotberlus levita subscripsit.
Hymmarus levita.
Rainaldus diaconus subscripsit.
RoLbertus levita subscripsit.
Gonstantius diaconus subscripsit.
Adalelraus diaconus subscripsit.
Data est ergo hujus manusfirme auctoritas un kalendas m[artii]
monasterii, anno VI regni Hlotharii régis.
Parafe initial. Teotbertus saeerdos rogitus scripsi atque subscripsi.
XX.
CONCESSION SOUS UN CENS FAITE PAR L ABBE INGENALDUS A...?
— 20 MAI 964.
Haut, inconnue. — Larg. 0'"257'""i.
Nous ne possédons de cette charte que deux fragments hori-
zontaux, qui nous en: donnent la date ainsi que le nom du scribe
qui l'a écrite. La perte de la pièce elle-même est d'autant plus
regrettable qu'on n'en a aucune copie, ni même une analyse un peu
détaillée, et qu'elle n'est connue que par une mention faite dans
le Monasticon Benedictinum et reproduite dans le Gallia
christ Jana, à l'article d'Ingenaldus, abbé de Saint-Julien'. Cette
mention, toute brève qu'elle soit, nous permet cependant de
croire que ces fragments proviennent bien de la charte qu'avait
sous les yeux le rédacteur du Monasticon.
En effet, nous lisons sur nos deux bandes horizontales :
1. Gallia christiana, t. XIV, col. 240.
/.29
...duodecimo Lolharii rogis, mense maio, die xx", anno ab incar-
natione Domini D CGGO LXlllI, indiclione vu.
Ego Acfredus, rogalus ab Evrardo cancellario, scripsi et subscripsi.
Or, le Monasticon mentionne une donation , sous un cens,
faite par l'abbé Ingenaldus le 20" jour de mai de l'année 964,
indiction vu; la date est identique, même pour le jour, et, comme
nos fragments proviennent des archives de Saint-Julien, on ne
peut guère supposer que ces archives continssent deux chartes du
x" siècle, données le même jour. Cette fin doit donc être celle de
la donation d'Ingenaldus.
La date donne lieu à une observation intéressante : le mois de
mai de la douzième année de Lothaire ne saurait répondre à 904,
si l'on faisait commencer le règne de ce prince au 12 novembre
954, comme il arrive généralement. Il faut ici reporter ce com-
mencement aux premiers mois de 953, alors que Louis d'Outremer
était encore vivant. Notre confrère M. Bruel, qui, dans ses
^?i\Si\\ies Études sur la chronologie des rois de France et de
Bourgogne^, a démontré que les années du règne de Lothaire
avaient été comptées à partir de différentes époques, ne cite point
d'exemples pour cette année 953, mais il en donne pour 951, et
pense que cette date doit se rapporter à un couronnement de
Lothaire, qui aurait été associé au gouvernement par son père
Louis d'Outremer. Notre date peut être expliquée par une raison
analogue. En tous les cas, c'est un nouveau point de départ dans
la façon de compter les années de Lothaire.
Il est à noter que le scribe Acfredus doit être le même qui
écrira en 9(37 la charte suivante, où il se dit moine de Saint-
Julien, et que le chancelier Evrard semble bien le personnage
qui deviendra, en 976, abbé de ce même monastère.
1. Bibiiothique de l'École des chartes, t. XLI, p. ild et suiv.
[A suivre.)
QUESTIONS MÉROVINGIENNES
m.
LA DATE D'UN MANUSCRIT DE LUXEUIL.
Mabillon a publié en fac-similé, dans le De re diplomatica,
deux spécimens d'écriture onciale du vu" siècle, tirés d'un manus-
crit des homélies de saint Augustin, alors conservé dans la biblio-
thèque de la cathédrale de Beauvais^. On a ignoré pendant long-
temps ce que ce manuscrit était devenu. M. Léopold Delisle l'a
retrouvé récemment dans la bibliothèque de M. Le Caron de
Troussures, au château de Troussures (Oise), et en a donné,
dans une notice spéciale, une description détaillée, accompagnée
de trois fac-similés 2.
A la dernière page de ce manuscrit, on lit qu'il a été terminé
au monastère de Luxeuil, dans la 12'' année d'un roi nommé Clo-
taire et dans la 13'' indiction :
EXPLECITÛOPUSFAUENTEDNO
APUDCOENUBIÛLUSSOUIÛANNO
DUODECIMOREGISCHLOTÏÏACHA
RIMNDICTIONETERGIADEGIMA
AN • XLSIMO PIS NI FËL P ACTO
« Explecitum opus favente Domino apud coenubium Lussovium
anno duodecimo régis Chlothacharii, indictione tercia décima,
anno quadragesimo patris nostri féliciter peracto. »
1. De re diplomatica, p. 359, 11° 2.
2. Notice sur un manuscrit de Vahbaye de Luxeuil (Paris, in-i"; extrait
des Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, etc.,
t. XXXI, 2= partie).
431
Selon Mabillon, dont l'opinion a été généralement acceptée, le
roi en question est Clotaire II, qui commença de régner en Neus-
trie en 584, en Austrasie et en Bourgogne en 013; Luxeuil étant
en Bourgogne, les années du roi sont comptées à partir de cette
seconde date : la 12'-^ est l'an 625 de notre ère, qui répond à la
13' indiction*.
Cette explication est difficile h admettre. Elle suppose que les rois
de la première race dont la domination s'est étendue successive-
ment sur diverses parties de la Gaule ont compté les années de
leur règne d'une façon différente dans chacune de ces parties. Il
est probable au contraire que, pendant la période mérovingienne,
on a compté invariablement les années des rois à partir de leur
premier avènement, même dans les territoires qui ne sont tombés
en leur puissance que plus tard. Telle était l'opinion de feu Jules
Tardif-, qui s'est réglé sur ce principe pour dater les diplômes
publiés dans son inventaire des Monuments historiques^ En
1872, K. Stumpf s'est prononcé dans le même sens et a présenté
diverses raisons à l'appui de cette opinion^. La monarchie des
Mérovingiens est, dit-il, théoriquement une et indivise; tous les
rois, quelle que soit leur part du royaume, prennent le même
titre, rex Francorum; tous datent par une même formule,
annum tanto regni nostri, sans ajouter iyi Burgundia, in
Neustria, etc. Grégoire de Tours date les événements de son
temps alternativement par les années de Childebert II et par celles
de Gontran, selon que la cité de Tours passe ou repasse sous la
domination de l'un ou de l'autre de ces princes, mais il compte
ces années à partir du premier avènement de chacun, non à par-
tir de leurs conquêtes successives. Enfin, tous les diplômes origi-
naux (c'est-à-dire les seuls dont le texte ne puisse faire de doute)
se prêtent sans difficulté à cette manière de compter. Ajoutons
qu'un seul historien de la période mérovingienne, l'auteur ano-
nyme de la chronique dite de Frédégaire, s'est écarté de ce sys-
1. De re diplomatica, p. 358 b.
2. Revxie critique d'histoire et de littérature, T année, 1873, 2= semestre,
p. 76, note 1.
3. Par exemple le diplôme n" 7, daté de Clipiacus, près de Paris, la 10° année
de Dagobert 1", est selon lui de 631 ou 632, parce qu'il compte depuis l'avène-
ment de Dagobert en Austrasie, qu'il place en 622, et non depuis la rnort de
Clotaire II, qu'on place ordinairement en 628.
i. Historische Zeitschrift, XXXIX, p. 385 et 386.
432
tème, et une fois seulement : il compte les années de Childebert II
à partir de la mort de Contran, qui rendit ce roi maître de la
Bourgogne ; mais il laisse voir que cette manière de compter est
insolite, selon lui, car il prend soin de la marquer à trois reprises
en termes exprès; il ne dit pas : « Anno secundo, etc., Childe-
berti régis », mais : « Anno secundo cum Childebertus regnum
accepisset Burgundiae » (chap. 15) ; « Anno III. Childeberto in Bur-
gundia régnante » (ibid.); « Anno IV. postquam Childebertus
regnum Cuntliramni acceperat » (chap. 16). Pour les autres rois,
il s'en tient à la supputation normale, et notamment il compte les
années de Clotaire II à partir de 584, quoiqu'il écrive dans la
Bourgogne, dont Clotaire II n'était devenu maître qu'en 613;
aussi les années de ce roi commencent-elles, dans son livre, à la
30^ (chap. 43). On possède aussi une inscription de la Bour-
gogne, qui est datée de la 46" année de Clotaire II, alors que sa
domination sur ce pays n'a pas duré plus de seize ans^.
Ainsi, même dans un manuscrit bourguignon, on n'a dû comp-
ter les années de Clotaire II qu'à partir de 584, non à partir de
613 : la 12" année de ce règne ne pourrait être que 595 ou
596, non 625. Or, en 595 et 596, Clotaire II ne régnait pas sur
le pays où est situé Luxeuil. Ce n'est donc pas de lui qu'il est
question dans la note du manuscrit de Troussures.
Ce n'est pas non plus de Clotaire P"", qui était mort quand le
monastère de Luxeuil fut fondé. Reste Clotaire III.
« Sous le règne de Clotaire III, dit M. Delisle, l'indiction XIII
tomba en 655 et 670. Or, Clotaire III monta sur le trône en 655
ou 656 et mourut en 670 ou 671. Dans aucun système, ni l'an-
née 655 ni l'année 670 ne peuvent correspondre à la douzième année
de son règne. » Et plus loin : « Mabillon... ajoutait... que l'indic-
tion XIII s'était aussi rencontrée en 670 sous Clotaire III ; mais
il n'a pas essayé de montrer comment l'année douzième de Clo-
taire III pourrait concorder avec l'année 670 de l'incarnation. »
Mabillon a sans doute prévu l'objection, et c'est pourquoi il n'a
fait qu'indiquer cette hypothèse, sans s'y arrêter. Mais un travail
récent fournit le moyen d'écarter cette difficulté.
1. Le Blant, Imcriptions chrétiennes de la Gaule, II, p. 10, n° 375. D'après
le meilleur manuscrit de la chronique dite de Frédégaire, Clotaire II est mort
en effet dans la 46= année de son règne et non dans la 45° : Krusch, dans les
Forschungen z,ur deutschen Geschichte, XXII, 1882, p. 459.
-^33
En 1882, M. Bruno Krusch a fait paraître une étude sur la
chronologie des rois mérovingiens et particulièrement sur les
dates des rois du vu" siècle*. 11 a montré que les dates générale-
ment fixées pour l'avènement et la mort de la plupart de ces
princes ne reposent que sur les indications toujours vagues et par-
fois contradictoires de la chronique dite de Frédégaire, et il s'est
attaché à les rectifier d'après des données plus certaines. Les résul-
tats auxquels il est arrivé différent sensiblement de ceux auxquels
on s'était arrêté avant lui ; on en jugera par le tableau suivant,
que je lui emprunte :
Contran
Childebert II, en Bourgogne
Thierry II
Clotaire II
Dagobert I"'
Sigebert III
Clovis II
Cbildebert, fils de Grimoald
Clotaire III
Grimoald
Childéric II
— en Neustrie
Selon l'opinion commune
de 561 au 28 mars 593
du 28 mars 593 à 596
de 596 à 613
de 584 à 628
de 622 à janvier 638
de 632 à 656
de janvier 638 à 656
656
de 056 à 670
de 660 à 673
de 670 à 673
de 673 à 091
Selon M. Krusch :
de 561 au 28 mars 592
du 28 mars 592 à 595
de 595 à 613
de 584 à la fin de 629
de mars 623 à janvier 639
du commencement de 634 à fé-
vrier 050
de janvier 039 à la fin de 057
de 656 à 657
de la fin de 637 au commence-
ment de 673
de 657 à 663
de 663 à la fin de 675
du commencement de 673 à la
fin de 675
de la fin de 675 à 691
Thierry III
Il n'est pas nécessaire de rapporter ici les arguments par les-
quels M. Krusch a soutenu son opinion au sujet de chacun de ces
rois; il suffit de faire connaître, en leur donnant une forme un
peu plus précise, ceux par lesquels il a établi les dates de l'avè-
nement et de la mort de Clotaire III.
1° Dans un manuscrit de Milan, qui contient un fragment de
la table de Pâques de Victorius, on trouve divers calculs chrono-
logiques tirés des données de cet auteur ; celui qui a écrit ces sup-
putations termine en affirmant que la 16^ année de Clotaire III,
dans laquelle il écrit, répond à l'an du monde 5874 : « In summa
enim ab initio mundi usque in présente anno, id est sexto decimo
anno régnante Clothario filio Chlodoveo, sunt anni 58742. » Or,
1. Zur Chronologie der merowingischen Konifje, dans les Forschungen ziir
deutschen GeschiclUe, XXII, 1882, p. 449-490.
2. Bibliothèque Ambrosienne, H. 150. Inf., fol. 129 v {Forschungen zur deut-
schen Geschichie, XXII, p. 462).
434
selon les calculs de Victorius, l'an 457 de notre ère était l'an du
monde 5658 ^ ; l'an du monde 5874 est donc l'an 673 de notre
ère. Ainsi, tout ou partie de la 16" année de Clotaire III a coïn-
cidé avec tout ou partie de l'année 673 : pour cela, il faut que
Clotaire III ait commencé de régner au plus tôt le 2 janvier 657,
au plus tard le 31 décembre 658.
2° Mabillon a relevé, dans un manuscrit de la Vie de saint
Jean de Réomé, par l'abbé Jonas de Moutier-Saint-Jean, une
note qui commence ainsi : « Anno centesimo post explicionem
numeri sancti Victori episcopi ciclum recapitulantem,anno tertio
domni Clotharii régis... noni mensis secunda ebdomada », etc. 2;
c'est-à-dire que dans la 100" année de la seconde révolution du
cycle de Victorius, dans la seconde semaine de novembre, on
se trouvait dans la 3® année du règne de Clotaire. Le cycle de
Victorius est de 532 ans ^ ; la première révolution de ce cycle
a commencé en l'an 28 (l'année de la Passion selon Victorius)
pour finir en 559; la seconde, cyclus recapitulans , a donc
commencé en 560, et la 100" année de cette seconde révo-
lution est 659. En 659, le mois de novembre commença un
vendredi ; par la seconde semaine de ce mois, il faut entendre,
soit celle qui commença le dimanche 3 et finit le samedi 9, soit
celle qui commença le dimanche 10 et finit le samedi 16. Ainsi,
dans l'un au moins des jours compris depuis le 3 jusqu'au 16 no-
vembre 659, Clotaire III était dans la 3^ année de son règne :
il faut donc que ce règne ait commencé au plus tôt le 4 no-
vembre 656, au plus tard le 16 novembre 657.
En combinant ces deux données ensemble, on trouve que Clo-
taire III ne peut avoir commencé de régner plus tôt que le 2 jan-
vier 657, ni plus tard que le 16 novembre 657.
3° Un manuscrit des chroniques d'Isidore de SéviUe, du x" ou
XF siècle, conservé à Oxford, contient une note, évidemment
copiée sur un manuscrit plus ancien, où se trouvent des calculs
analogues. D'après cette note, Clotaire III régna 15 ans et
1. Thiel, Epistolae Romanoruhi pontifiaim, p. 13i : « Et simul omnes a
rmindi origine iisque ad Conslantinum et Rufum praesentes consules quinque
millia DCLVIII anni refeninlur. »
2. Veiera Analecta, in-8% III, p. 514; in-fol., p. 517.
3. Voy. yEgidil Bucherii, Atrebaiis, e Societate Jem, In Victorii AquUani
canonem puschalem ... Commeniarius (Antverpiœ, 1633, in-fol.; réimprimé
l'année suivante sous le titre de De docirina temporum).
433
5 mois, son frère Childéric II gouverna ensuite la Neustrie pen-
dant 2 ans et 6 mois (ce qui fait ensemble 17 ans et 11 mois),
et Thierry III succéda à Childéric II en l'an du monde 5870 :
« Abinde (primo anno regni Clotharii filii Ghlodovei) usque trans-
itum illius , quando Heldericus germanus suus tria hec régna ,
Neustria, Austria et l^ungundia, subjugavit, sunt anni quinde-
cim et menses V. Hildericus regnavit in Neustria annos II et men-
sesVI. Gui germanus suus ïeodericus successit in regno... Fiunt
insimul ab inicio mundi usque in predicto primo anni regni Teo-
derici incliti régis anni VDCCGLXX et VI*. » Geci confirme la
fixation de l'avènement de Glotaire III à l'année 657 : en effet,
1. Bibliothèque Bodléienne, e Mus. 113 {olim 94), fol. 114 v» et 115. Cette
note a été publiée par M. Waitz dans le Neues Archiv der GeseUschaft fur
altère deutsche Geschichtskunde, IV, 1879, p. 383. J'en dois une autre copie à
l'obligeance de MM. Neubauer et Madan, de la Bodléienne. En voici le texte
complet ; j'y insère à leur place deux corrections proposées par M. Kruscb,
qui paraissent certaines : « A passione Domini nostri Jhesu Christi usque ad
transitura Childeberti régis, in quo anno cyclus Victurii rurso ex passione
dominica circulum annorun\ ad inicium rediil, sunt anni D.XXXII. In sumraa ab
inicio mundi usque in predicto anno sunt anni VDCCLX. Ab eo anno usque
primo anno regni Clotharii (ilii Chlodovei sunt anni LXXX VIIII [lisez LXXXXVIII l] .
Abinde usque transitum illius. quando Heldericus germanus suus tria hec régna,
Neustria, Austria et Bungundia, subjugavit, sunt anni quindecim et menses
/////// ^- Hildericus regnavit in Neustria annos II et menses VI. Cui germa-
nus suus Teodcricus successit in regno. Ab eo anno quando passus est Dominus
noster Jhesus Christus usque primo anno Teodcrici régis anni sunt DCLXVIII
[lisez DCXLVIIIJ. Fiunt in.simul ab inicio_ mundi usque in predicto primo
anni [sic] regni Teoderici incliti régis anni vbCCCLXX et VI, et restât de sexto
miliario anni CXXHII. Exi)licit. » Selon M. Krusch, le grattage entre les mots
menses et V, dans la quatrième phrase, représenterait une lacune ; il faudrait
suppléer un nombre quelconque, i[ui se rapporterait à menses, el le mot dies,
auquel se rapporterait V : « auni quindecim el menses x, dies V. » Mais, si l'au-
teur de la noie avait voulu indicfuer la durée du régne de Clolaire III à la fois en
années, en mois et en jours, il aurait mis le mol et devant dies et non devant
menses; d'ailleurs, puisque pour Childéric II il n'a indiqué que des ans et des
mois, il n'est pas probable qu'il ait précisé plus pour son prédécesseur. Je pense
donc qu'il ne faut pas tenir compte du grattage et qu'on doit lire sans lacune :
c anni quindecim et menses V. » Tel est aussi, après examen du manus-
crit, l'avis de M. Neubauer. On remarquera que l'auteur de cette note fixe
la mort de Childebert I" à la dernière année du cycle de Viclorius et à
l'an du monde 5760, c'est-à-dire à 559. Ordinairement on la place en 558, sur
la foi de Marius d'Avenches. Or, Marius est sujet à se tromper sur les événe-
ments étrangers à la Bourgogne ; il place en 576 l'avènement de Childebert II,
qui, d'après Grégoire de Tours, eut lieu certainement en 575. On peut donc dou-
ter si la mort de Childebert V" doit être rapportée en réalité à 558 ou à 559.
436
en comptant, à partir de 657, 17 ans et 11 mois, ou, en chiffres
ronds, 18 ans, on trouve pour l'avènement de Thierry III l'an
675, et c'est précisément la date qui répond à l'an du monde
5876, selon le calcul victorien.
4° Un diplôme dont l'original est conservé à Paris, aux
Archives nationales, est daté du 10 mars de la 16® année de
Clotaire IIP. Or, on vient de voir que Clotaire III n'a régné que
15 ans et 5 mois, c'est-à-dire qu'il n'a pas accompli le Q^ mois
de sa 16'' année. Donc, au 10 mars, cette 16" année était
commencée depuis moins de six mois, et par conséquent le
jour de son avènement et du commencement de chacune de
ses années de règne était compris entre le 11 septembre et le
10 mars. Mais il a été aussi démontré plus haut que son avène-
ment ne pouvait être antérieur au 2 janvier ni postérieur au
16 novembre 657. En combinant ces résultats, on se trouve
réduit à deux hypothèses : Clotaire III est devenu roi en 657,
soit du 2 janvier au 10 mars, soit du 11 septembre au 16 novembre.
Revenons maintenant au manuscrit de Troussures et appli-
quons successivement ces deux hypothèses à l'interprétation de la
note finale de ce manuscrit, qui mentionne à la fois la 12" année
du roi Clotaire et la ISMndiction.
Si Clotaire III a commencé de régner entre le 2 janvier et le
10 mars 657, sa 12« année a commencé entre le 2 janvier et le
10 mars 668 et s'est terminée entre le l*^"" janvier et le 9 mars
669. Aucune partie de ce temps n'appartient à la IS'' indiction :
en effet, la 11® indiction a commencé le l'"' septembre 667 et
a fini le 31 août 668, la 12'' a commencé le 1*"" septembre 668 et
a fini le 31 août 669. Dans cette hypothèse, la note qui termine le
manuscrit reste donc inexpliquée.
Si, au contraire, Clotaire III a commencé de régner entre le
11 septembre et le 16 novembre 657, sa 12*= année a commencé
entre le 11 septembre et le 16 novembre 668 et s'est terminée
entre le 10 septembre et le 15 novembre 669. Or, la 13° indic-
tion a commencé le l'^'" septembre 669 et s'est terminée le 31 août
670. Il y a donc eu un laps de temps, de dix jours au moins
(du l*"-"" au 10 septembre 669), de soixante-seize jours au plus
1. K. 2, n° 10; Musée, W 11; Leironae et Teulet, Diplomata et Charix,
n" XIV; Tardif, Monuments historiques, n" 19.
/,37
(du 1" septembre au 15 novembre 669), pendant lequel on
a compté à la fois la 12*" année de Clotaire et la 13^' indic-
tion. Il y a tout lieu de croire que la note qui nous occupe a été
écrite pendant ce laps de temps. Des deux hypothèses indiquées
plus haut, la seconde seule peut donc être admise : Clotaire III a
commencé de régner entre le 11 septembre et le IC novembre 657,
et le manuscrit du château de Troussures a été achevé, à Luxeuil,
entre le l*"" septembre et le 15 novembre 669. Le problème ne
paraît pas avoir d'autre solution.
11 y a plusieurs conséquences à tirer de ce résultat.
Clotaire III ayant commencé de régner entre le 11 septembre
et le 16 novembre 657, le diplôme déjàcité, qui est daté du 10 mars
de la lô*" année de son règne, est du 10 mars 673. Clotaire III
était donc encore vivant à cette date. D'autre part, puisqu'il n'a
pas accompli le 6'' mois de sa 16'^ année de règne, et que cette
16" année a commencé au plus tard le 16 novembre 672, il
ne peut avoir atteint le 16 mai 673. Il est donc mort dans l'inter-
valle compris du 11 mars au 15 mai 673 inclusivement.
Childéric II a régné après lui en Neustrie pendant 2 ans et
6 mois, c'est-à-dire au moins 2 ans et 6 mois exactement, au
plus 2 ans et 7 mois moins un jour ; sa mort et l'avènement de
Thierry III ont donc eu lieu au plus tôt le 11 septembre et au
plus tard le 14 décembre 675. Il faudra rectifier en conséquence
les dates des diplômes de Thierry III, qu'on a calculées jusqu'ici
en supposant son avènement en 673*.
La note finale du manuscrit de Troussures, après la mention de
l'an du règne et de l'indiction, ajoute cette indication : « la 40'' année
de notre père heureusement accomphe », anno quadragesimo
patns nostri féliciter peracto. Dans l'hypothèse qui plaçait la
rédaction du manuscrit en 625, Mabillon avait pensé que ces mots
renfermaient une allusion à saint Colomban, fondateur de Luxeuil,
et que les quarante ans étaient comptés à partir de l'arrivée du saint
en Bourgogne. Si le manuscrit est de 669, il faut renoncer à cette
hypothèse et revenir à une autre explication, qu'on doit aussi à
Mabillon^. Il s'agit, non de Colomban, mais de Waldebert, troi-
sième abbé de Luxeuil, qui, au rapport de son biographe Adson,
mourut après avoir gouverné le monastère pendant quarante ans :
1. Tardif, n"* 20, 21, 22, 24, 25; K. Pertz, Dipl., n" 40 et suivants.
2. De re diplomaiica, p. 358 bc.
30
438
« Nam ciim per quadraginta annorum spatium gloriosus con-
fesser Domini Waldebertus locum sibi delegatura omni virtutis
génère optime dispositum augeret rébus et numéro Deo servien-
tium, multis miraculorum virtutibus adornatus migra vit ad Domi-
num VI nonas Maias*. » La longue durée de ce gouvernement fit
sans doute une forte impression sur l'esprit des moines de Luxeuil;
c'est cette impression que nous trouvons à la fois dans la Vie de
Waldebert et dans la note du manuscrit des homélies de saint
Augustin. On admet ordinairement que Waldebert est mort en
665 et qu'il était devenu abbé en 625, mais ces dates ne reposent
que sur des conjectures sans fondement 2. Il est aisé maintenant
de les rectifier. D'après Adson, Waldebert mourut le 2 mai,
après avoir été abbé quarante ans, c'est-à-dire dans la 41^ année
de son gouvernement ; d'après le manuscrit de Troussures, à une
date comprise entre le l"^"" septembre et le 15 novembre 669, la
40^ année était accomplie et Waldebert vivait encore : donc il
est mort l'année suivante, le 2 mai 670, et il était devenu abbé
en 629, après le 2 mai et au plus tard le 15 novembre.
En résumé, les points suivants peuvent être considérés comme
acquis :
Le manuscrit des homélies de saint Augustin, conservé autre-
fois à Beauvais et aujourd'hui au château de Troussures, a été
terminé à Luxeuil, non en 625, mais en 669, au plus tôt le
l^"" septembre, au plus tard le 15 novembre.
Clotaire III a commencé de régner, non en 655 ou 656, mais
en 657, au plus tôt le 11 septembre, au plus tard le 16 novembre.
Clotaire III est mort et Childéric II lui a succédé dans la Neus-
trie, non en 670, mais en 673, au plus tôt le 11 mars, au plus
tard le 15 mai.
Childéric II est mort et Thierry III lui a succédé, non en 673,
mais en 675, au plus tôt le 10 septembre, au plus tard le
14 décembre.
Waldebert est devenu abbé de Luxeuil, non en 625, mais en
629, au plus tôt le 3 mai, au plus tard le 15 novembre ; il est
mort, non le 2 mai 665, mais le 2 mai 670.
1. Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, saec. m, pars II, p. 455,
2. Hauréau, Gallia chrisiiana, XV, col. 149 : « Ea quidera temporis nota
nonnihil dubitationis habet. »
439
Ces conclusions n'ont pas été toutes vues ni formulées en ces
termes par M. Krusch*, mais elles reposent presque entièrement
sur les considérations qu'il a présentées et développées le premier.
Cet exemple permet de juger de l'importance et de la valeur de
son travail, auquel on n'a pas accordé chez nous toute l'attention
qu'il méritait.
Julien H A VET.
1. Dans son article des Forschungen zur deuischen Ceschichte, XXII, p. 458,
M. Kruscli cite, d'après Mabillon, la souscription du manuscrit des homélies
de saint Augustin, et il adopte l'explicalion qui ra|i|)orte ce manuscrit à l'an
625. II ne s'est donc pas aperçu ([u'il fournissait lui-même le moyen de le dater
autrement.
-3--â?'^5?-
NOUVEAUX FRAGMENTS
DU
LIBER INQUESTARUM
DE NICOLAS DE CHARTRES
(1269-1298)
La restitution partielle d'un registre perdu des Olim, qui avait
été rédigé de 1269 à 1298 par Nicolas de Chartres et qu'une note
de Pierre de Bourges, greffier du Parlement, désigne, à la date
de 1299, sous le nom de Liber Inquestarum, est un des grands
services que M. Léopold Delisle a rendus aux études historiques.
Il a opéré cette restitution, qui comble une lacune si fâcheuse
dans la collection des archives primitives du Parlement de Paris :
1" à l'aide de copies fragmentaires du Linre des Enquêtes, com-
pilations antérieures à la seconde moitié du xvf siècle, qui sont
déposées à la Bibliothèque nationale; 2° d'après des expéditions,
aujourd'hui dispersées dans des fonds très divers , qui avaient
jadis été délivrées aux parties d'après le texte du registre dont
on regrette la disparition ^
Dans un travail publié en 1863, à la fin du premier volume de
l'Inventaire des Ac^e5c?MPa/'/emen^ de M. Boutaric, M. Léopold
Delisle, après avoir exposé avec une grande clarté le but et le
caractère de la restitution projetée, ainsi que la nature des res-
sources dont il avait usé-, mit au jour l'analyse sommaire (d'après
le ms. n» 547 du fonds de Saint-Germain) ou le texte complet de
1. Sur cette source, v. Actes du Parlement, I, 307.
2. V. la préface de l'Essai de restUuiion dans les Actes du Parlement, I,
pp. 297 à 314.
444
neuf cent soixante arrêts environ. Quoique le Liber Inqucstaritm
ait renfermé assurément un nombre considérable de jugements,
dont y Essai de restitution ne mentionne ni le texte, ni l'abrégé,
on peut affirmer que les neuf cents arrêts retrouvés, convenable-
ment rangés, reproduisaient à peu près le contenu essentiel du
registre de Nicolas de Chartres. Mais trois cents pièces seulement
du recueil formé par M. Delisle étaient publiées intégralement,
— encore le texte en restait-il souvent douteux à cause de l'im-
perfection des mss. ; toutes les autres n'étaient représentées que
par les analyses brèves et obscures du ras. de Saint-Germain.
En 1872, le même auteur compléta son ouvrage en imprimant
in extenso, d'après une compilation qui lui avait d'abord échappé,
cent vingt-quatre articles du Livre des enquêtes^ ; ils s'identi-
fient facilement, pour la plupart, avec les cotes abrégées que
donnait déjà Y Essai de restitution, à défaut des textes eux-
mêmes.
C'est un complément analogue que je me propose de donner ici
en me servant d'une copie partielle des Olim, qui n'a point été
utilisée jusqu'à présent. Elle est conservée au British Muséum
(Harley, n"4791).
Des nombreuses copies des premiers registres du Parlement de
Paris que possède le British Muséum S le ms. 4971 de la Biblio-
thèque harléienne est le seul qui remonte aux premières années
du xvi" siècle'\ C'est un volume in-quarto, en papier, de 266 feuil-
lets^. Le titre, qui a été imprimé sur le dos de sa reliure en par-
chemin, est vague (« Inqueste varie in Parlamento Gallico
ann. 1269-1420 »), mais on n'en trouve aucun sur le premier
feuillet. Le ms. ne contient pas non plus d'indications qui per-
mettent de déterminer sa provenance.
Le compilateur, qui ne semble pas s'être préoccupé de faire un
1. V. Frarjmeats inédits du rerjisire de Nicolas de Chartres, dans Notices
et extraits des manuscrits, XXIII, 2*^ partie.
2. Addit. ?)iss., n" 9025 (colleclioii du président de Nesinond), n» 18790, etc.
Ces collections d'extraits s'ajoutent à celles qu'énuraère M. A. Griin dans sa
Notice sur les archives du Parlement de Paris, Actes du Parlement, I,
p. ccLXxix et suiv.
3. Le ins. Harléien n" 4503 contient aussi, il est vrai, des documents utiles
pour l'histoire de la jurisprudence du Parlement (au xiv' et au xv"" siècle), mais
c'est un recueil original, (jui n'a point été fait, comme celui qui nous occupe,
sur les registres officiels .
4. V. Catalogue of tlie Harleian manuscripts, III, 205, col. 2.
442
choix méthodique parmi les arrêts de toute espèce que renferment
les anciens registres du Parlement, s'est servi d'abord (fol. 1-19)
du Liber Inquestarum. Sans raison apparente et sans nous en
avertir aucunement, il l'abandonne au fol. 19 et, jusqu'au fol. 60,
ne transcrit plus que des textes appartenant au deuxième et au
troisième volume des Olim. Du fol. 60 au fol. 105, tous les docu-
ments sont empruntés de nouveau au registre perdu de Nicolas de
Chartres. Il est impossible d'expliquer ce désordre par une inter-
version de feuillets pendant la reliure.
Le dernier arrêt est de 1298; après quelques pages blanches
commence, de la même main que la première partie du manuscrit, la
transcription d'un très grand nombre de titres et de pièces relatives
aux affaires de l'église de Brioude devant le Parlement de Paris
(fol. 109-126) ^ La troisième partie est beaucoup moins intéres-
sante et d'une confusion extrême. — Au fol. 126 se trouve un
« extraict des registres du grand Conseil du Roy » du 20 sep-
tembre 1494. — Du fol. 128 au fol. 164, extraits des registres
du parlement depuis le xiv'' siècle jusqu'au 17 septembre 1416.
— Fol. 164 et suiv. Notes brèves sur le contenu du deuxième
volume des Olim, à partir de 1291. — Fol. 179. « Sequitur ex
libro qui incipit Olim. » De là jusqu'à la fin du ms., on ne ren-
contre plus que des extraits sans importance des registres bien
connus, des ordonnances et des arrêts réduits en courts axiomes
de jurisprudence, souvent précédés de la formule « Nota quod. . . »
Le copiste a renoncé aux transcriptions intégrales et très cor-
rectes qu'il faisait d'abord ; il feuillette désormais les registres et
il observe même assez mal, dans ses notes rapides, dont la dernière
se réfère à l'année 1411, l'ordre chronologique.
On voit que, par un hasard heureux, le registre dont le compi-
lateur s'est attaché à transcrire avec le plus de soin les pièces
qu'iljugeait sans doute les plus intéressantes est précisément celui
de Nicolas de Chartres. Ses copies sont généralement bonnes,
sauf quant à la reproduction de quelques noms propres ; elles
valent mieux que celles dont M. Léopold Delisle a été obligé
I. L'ensemble de ces titres (depuis des diplômes carolingiens jusqu'à un man-
dement du roi Jean, mai 1362) est suivi de la note que voici : « Exlractuin de
voluntate et jjrecepto venerabilis capituli ecclesie Brivatensis a quodam libro
auclenlico dicte ecclesie por me, nolarium regiuni subscriptum, pro sibi valendo
quod juris fucrit et racionis. — Sic signatum. A. Faure. »
.U3
d'user pour rétablir les textes dans son Essai de restitution.
Ainsi, pour les arrêts qui se trouvent à la fois dans les compila-
tions déjà utilisées et dans le ms. 4791, il sera très profitable de
faire une collation minutieuse, si l'on tente jamais d'ajouter dans
la Collection des Documents inédits, aux quatre tomes publiés
autrefois par Al. Beugnot, une édition aussi complète que pos-
sible du Liber InquestarumK
Comme la réimpression des arrêts déjà publiés, soit en 1863,
soit en 1872, n'est pas urgente, je me suis borné à dégager les
articles inédits que le ms. harléien fournit seul. Ils ne sont pas
très nombreux (près de quarante), mais quelques-uns d'entre
eux ont une véritable valeur. Personne n'ignore du reste que les
documents judiciaires, dès la fin du xiif siècle, sont, de toutes les
sources historiques, la plus instructive et la plus sincère. Les
Olim forment un recueil inestimable, et tout ce qui les complète
directement a son prix.
AI. Léopold Delisle s'est contenté, en éditant les fragments
complémentaires du Livre des Enquêtes qu'il a découverts, de
les accompagner seulement des références tout à fait indispen-
sables; on suivra ici la même méthode. Toutes les fois qu'il sera
possible d'identifier les articles retrouvés avec les analyses consi-
gnées dans Y Essai de restitution, l'identification sera faite.
Inqueste expedite et terminate in Parlamento Penthecostes anno
domini M" CC° LX° nono.
Domino Roberto Louvet, milite, conquerente quod domus et mane-
ria sua de Gondeto et de Dumo devaslata fuerunl et ceciderunt prop-
ler defectum domini régis tempore quo pater ipsius et ipse fuerunl
in custodia cjusdem-, quare petebat reslitulioncm sibi fierl a domino
rege ad valorem quingentarum Ubrarum luronensium, probaLionibus
1. Le texte du ms. 4791 diflere surtout de celui de l'Essai de restitidion pour
les articles n» 333, n° 50i, n" 711. En outre, le ras. harléien place certains
arrêts à d'autres dates que les recueils connus : or, dans la première partie, sa
chronologie est très sûre. L'ordonnance sur la mêlée et l'atteinte à la paix,
(jue M. Léopold Delisle, contre le témoignage des mss., a placée par hypothèse
(Essai de restitution, n» 213, note) en 1274, se trouve en eflet à cette date dans
le manuscrit de Londres.
444
dicti milills super hiis recepLis, visis et plcnius inlellectis, pronun-
cialum fuit quod, super deterioratione dictorum maneriorum dura
idem Robertus et pater suus erant in garda domini régis, rcx non est
in totum absolvendus nec in totum condemnandus. Gommissum
fuit domino Juliano de Perona ut ad arbitrium boni viri faciat fieri
restitutionem dicto Roberto ^ [Fol. L]
Judicia, consilia et arresta in Parlamento Penthecostes anno domini
3P ce LXX° tercio.
Pro violentia facta in ecclesia Ambianensi a preposito Belvacini et
quodam serviente suo, ordinatum fuit quod iidem prepositus et ser-
vions nudis pedibus, in camisia et braccis, ab ecclesia beati Jacobi
venient usque ad ecclesiam béate Marie, emendaturi capitulo foris-
factum predictum, et amovebitur a servicio domini régis ita quod
dictus serviens amodo noneritin servicio domini régis ^. [Fol. 4 v°.]
Gum dominus rex manum apponi fecisset in custodiaaljbatie Vizi-
liacensis propter contentionem monachorumetabbatis, comité Niver-
nense super hoc conquerente et dicente dictam abbatiam esse in
gardia sua, dominus rex amovit manum suam, dum tamen per ipsum
comitem quantum ad statum abbatie et personarum nichil immutetur ;
quod si contingat immutari, preceptum fuit baillivo ut hoc non per-
mittat sed manum supra hoc apponere non omittat^. [Fol. 4 v°.]
Inqueste expedite Parisius in Parlamento omnium Sanctorum anno
domini M° CC° LXX" quinto.
Gum proponeret comitissa Gampanie, regina Navarre, contra prio-
rem Sancte Geline Meldensis quod ipsa et predecessores sui sunt et
fueruntinpossessionecustodie seu garde dicti prioralus Sancte Geline;
priore dicti loci asserente contrarium et dicente quod ipse et prede-
cessores sui sunt et fuerunt in possessione garde seu custodie dicti
prioratus per dominum regem, et dominus rex in possessione
garde seu custodie dicti prioratus ; visa inquesla facta de mandato
curie, auditis bine inde propositis, pronuncialum fuit quod dicta comi-
tissa remanebit in possessione custodie seu garde dicti prioratus
Sancte Gehne''. [Fol. 9.]
1. Cf. Beugnol, I, 301, n" xi.
2. Cf. Beugnot, I, 925, n» x.
3. Cf. Essai de reslitution, n° 150; Beugnot, 1, 931, n° xx.
4. Cf. Essai de restitution, n» 234.
/.4o
Uee sunt inqueste expedile et determinate in Parlamento in crastino
béate Jlagdalene, anno domini M" CC'^ LXX° septimo.
Dicebant episcopus et capitulum Glaromonlenses quod ipsi et pre-
decessores sui sunt et fuerunt in possessione, a temporibus quorum
memoria non existit, faciendi fabricari monelam que vocatur ciar-
inonteis, et quod dicta monela expendi et recipi consuevit in Glaro-
monlensi diocesi infra certos terminos, videlicet ab aqua que dicilur
Morgnu versus Foresium, Anicium, Mimate, Rulhenam, Caturci-
nium, Lemovicinium et alibi, certis locis, et communiler ad ipsam eme-
batur et vendebatur, et quod nummate et conlractus fiebant ad ipsam ;
et dicebant quod cursus dicte monele impediei)atur propter monetam
régis quam rex faciebat habere cursum suum in dicto diocesi ; quare
pctebant impedimentum hujusmodi amoveri et dictam monetam
Claromontensem ad cursum suum reduci. — E contrario dicebant
gentes domini rcgis pro rege quod comes Pictavensis quondam fecit
cudi monetam in Arvernia publiée in pluribus locis, et quod babuit
cursum per Arverniam. in suis feodis et retrofeodis, et quod expcn-
debatur in villissuiset nummate talliabanlurad ipsam, et quod alias
monetas fecit descriari; et quod emendas fecit levari ab illis qui
fecerunt contra bannum suum. Super predictis fuerunt facte inqueste :
visis testibus hinc et inde receptis et diligenter examinatis, inventum
fuit gentes domini régis pro rege probasse predictum comitem Pic-
tavensem fecisse predicta suo tempore, ut superlus sunt posita. Et
propter hoc judicatum fuit dominum regem remanere debere in pos-
sessione predictorum ' . [Fol. \\ v°.]
Proponebat episcopus Glaromontensis contra dominum regem quod
offîcialis curie sue est in possessione compellendi per censuram eccle-
siasticam baillivos et alias personas exercilium lemporalis jurisdic-
lionis habentes in diocesi Glaromontensi quod ipsicompellantsubditos
sucs et sub suo districtu existentes, excommunicatos ab ipso officiali,
ad satisfaciendum conquerentibus et ad parendum juri coram ipso
officiaii. Item proponebat quod baillivi et alii supradicti parebant
raonicioni et sentencie dicti offîcialis in predictis seu complebant et
exequebantur mandatum offîcialis ; et, si aliquando non parebant man-
dato offîcialis, faciebant se postea absolvi. — E contrario proponeba-
tur per gentes domini régis pro rege contra dictum episcopum quod
1. Cf. Essai de restitution, n" 268.
446
connestabularii Arvernie, qui pro tempore fuerunt, inhibuerunt tem-
pore comitis quondam Pictavie, pluries et publiée in assisiis, bajulis
suis ne obedirent monitionibus predicLis emananlibus de curia predicti
episcopi. Super predicLis facla fuit inquesla : visis testibus bine et
indeproducLis, receptis et diligenterauditis, non fuit aliquid inventum
probatum, quare bajuli domini régis, qui pro tempore fuerint, tenen-
tur obedire monitionibus predictis predicti officialis Claromonten-
sis, secundum quod propositum est et petitum pro episcopo memo-
rato. [Fol. io v°.]
Inqueste expedite in Parlamento omnium Sanctorum anno domini
31° ce LXX° nono.
Cornes Dompni Martini dicebat contra Johannem, dominum de
Escantilliaco, militem, quod ipse erat in bona saisinaetpacifica, sine
contradictione aliqua, venandi in foresta domini Johannis, in gruagio
et extra gruagium, ad rhetia et sine rhetibus, ad grossa animalia, quo-
cumque modo sibi placeret. Idem Jobannes [in] contrarium asserebat
quod garenna in foresta de Ghantelliaco erat sua ad omnia animalia
et juslicia dicte garenne ad ipsum pertinebat, et quod erat in saisina
servandi dictam garennam contra omnes et specialiter comitem pre-
dictum. Visa inquesta facta super premissis de mandato curie, pro-
nunciatum fuit quod dictus cornes sufficienter probavit quod ipse et
antecessores sui sint in saisina venandi ad grossa animalia in dicta
foresta et gruagio et extra gruagium, et quod remanere débet in dicta
saisina, salvo jure proprietatis^ [Fol. ^8.]
Inquesta facta super damnis, violenciis, et injuriis factis in villa de
Feuqueriis hominibus de Feuqueriis per homines Abbatisville, ordina-
tum fuit quod baillivus Pontivi, qui tune erat, et major et scabini,
nomine suo et dicte ville Abbatisville, emendabunt boc domino régi ad
voluntatem suam ; et Inde habebit rex decem millia librarum turonen-
sium pro emenda ; et emendabunt Furseio de Peronna, servienti domini
régis, injuriam sibi factam ibidem, et dominus rex dabit ei cenlura
libras luronensium de dictis decem millibus libris ; et quod emendabunt
abbati sancti Ricbarii, cum constiterit quod ipse babeat omnimodam
jusliciam in dicta villa de Feuqueriis, et reddent omnia facta per eos
illis de Feuqueriis, de quibus liquebat per eorura juramenta, additis
1. Cf. Essai de restitulion, n" 377.
447
cuilibet illorum tic Fcuqueriis duobus vel tribus conjuraloribus de
vicinis suis fide dignis'. [Fol. ^8 v".]
Inquesîe et aprisie expedite et determinate in ParJamento PenthC'
castes anno dot/nui M° CC" ZAAA" primo.
Viso processu et sentencia lata pro Girardo Arquerii, contra domi-
num regem seu ejus procuratorem, per magistrum Philippum de
Tuyci, tune judicem majorem Garcassonne. super monlana dicta de
Galandesca, de Rocha et de Petra Mala, fuit senlentia ipsa confirmata
in presenli Parlamento per dominos magistrum Slephanum de Lor-
riaco, archidiaconum Bajocenscra, et magistrum Stephanum, cano-
nicum Carnotensem, clericos domini régis, auditores deputatos [in]
senescalii[is] Garcassonne, Tholose, Bellicadri, Biluricensi et Petra-
goricensi. [Fol. 60.]
Gum comitissa Rouciaci proponeret in judicio coram nobis quod
ipsa et ejus predecessores fuerunt in possessione custodiendi ecclesiam
de Valle Régis et loca que secuntur, videlicet, grangiam de Lisancourl,
grangiam au Bos et Monteigny ; quod negabat procurator dicte abba-
tie et dicebat quod loca predicta erant de garda nostra. Visa inquesta
de mandato nostro super hoc facta et diligenter inspecta, pronuncia-
tum fuit per judicium curie nostre quod dicta comitissa remanebit
in saisina custodiendi ecclesiam et loca supradicta usque ad annum
incarnationis dominice anno domini M" GG° LXX" quo lempore
posuimus ibi unum servientem ad peticionem monachorum ^.
[Fol. 62.]
Inqueste et aprisie expedite in Parlamento Penthecostes anno domini
M" CC" LXXX" secundo.
Gum discordia verteretur inter monachos monasterii sancti Maglorii
Parisiensis ex una parte, et comilem Drocensem et Montisfortis ex
altéra, super eo quod procurator dicti monasterii dicebat nomine dicti
monasterii quod dictum monasterium est in saisina justicie per
totam terram suam, et erat, eo tempore quo abbas dicti monasterii se
dimisit, in quadam villa que vocatur Meriacum, que est de membris
et pertinenciis dicti monasterii ; et quod in dicta villa erant duo homi-
nes cubantes et levantes in terra dicti monasterii justiciabiles ipsius,
1. Cf. Essai de restitution, n° 381, Beugnot, II, 171.
2. Cf. Essai de restitution, n° 437.
448
quorum unus vocabatur Johannes Quirin et alter Symon Tribole, qui
verberaverant scrvientem ecclesie adeo ut exinde mortuus sit, ut dice-
batur j et quod ccperunt in terra sua unum de dictis hominibus pro
dicto forisfacto et ipsum imprisionaverunt, videlicct illum qucm rex
tenet in manu sua ad requisitionera comitis supradicti, qui ponit ibi
debatum -, et quod cornes vel gentes ejus ceperunt alium malefacto-
rem in terra sua sine presenti .delicto ; quare petebat dictus procu-
rator, nomine quo supra, ut dicti malefactores sibi redderentur et tra-
derentur tanquam justiciabiles dicti monasterii. Dicto comité negante
dictos monachos esse in saisina justiciandi in terra sua in villa de
Meriaco predicta et asserente se et predecessores suos comités Mon-
tisfortis se usos fuisse et esse in saisina justiciandi in villa predicta
de Meriaco in terra monachorum predicta, sicut in sua, de cry de
harou, de sanguine, de melleiis et de omnibus casibus qui requirunt
penani sanguinis; visa inquesta super hoc facta, auditis probationibus
hinc et Inde, judicatum est monachos predictos non probasse suam
intencionem et comitem predictum probassc se esse in possessione
seu saisina justiciandi ad Meriacum in terra monachorum de cry de
harou, de sanguine, de melleiis, de latrone et de omnibus casibus
consimilibus et quod predictus Symon Tribole quem rex tenet in
manu sua ad requisitionem predicti tradetur et restituetur dicto
comiti^. [Fol. 63 v°.]
Inqueste et aprisie expedite in Parlamento beati Martini (Hyemalis)
anno domini M° CC LXXX° secundo.
Judicatum fuit quod comes Astariaci raaliciose et mendaciter dixit
in pleno Parlamento, diffamando magistrum Egidium Oamelin, quod
idem comes in causis quas habebat contra abbatem et conventum de
Symorra jus suum assequi non poterat propter favorem Egidii Came-
lin, cujus nepoti abbas predictus contulerat quemdam prioratum; qui
comes mulavit postea suum sermonem, asserens quod dictus abbas
per simulatam collalionem contulerat dictum prloratum cuidam
notario tholosano; sed dictus magister Egidius se purgavit super
hoc et emendabit comes ad voluntatcm régis ^. [Fol. 64 v".]
Cum abbas et conventus Ursicampi, Gisterciensis ordinis, propone-
rent in curia nostra contra karissimum fratrem nostrum R. comitem
1. Cf. Essai de restitution, n° 472.
2. Cf. Essai de restitution, a° 507.
^49
Glarimontis quod ipsi el membra sui monasterii cum perlinenciis
suis eranl cl l'ueranl in pacKîca cuslodia noslra, racionc priviiegio-
rum cisdem a noslris predecessoribus conccssorum, et quod ipsi erant
el fuerant in pacifica possessione dicte custodie et quod dictus cornes
ceperat seu capi feceral, injuste el sine causa, cquos ipsorum et qua-
drigas in quadam grangia ipsorum [que] dicitur Warnaville, quam
esse dicebant dicti monachi de garda predicta et ibi babere omnem
justiciam et quod ipse et predecessores sui sunt et fuerunt in posses-
sione predicte garde, racione cujus capcionis dampnificati fuerunt in
centum libris parisiensium, quas a dicto comité pctebant sibi reddi.
Prefato vero comité in contrarium asserente et dicente quod dicta
grangia cum suis perlinenciis est et erat de garda sua et de comitalu
Glarimontis et quod liabebat ibi omnem justiciam et quod ipse et pre-
decessores sui fuerunt in possessione predictarum garde et justicic,
racione comitatus Glarimontis, et quod dictam capcionem fecerat
utendo jure suo. Tandem, visa inquesta de mandato nostro inde facta,
visis eciam privilegiis, cartis et instrumentis ex utraque parte exhi-
bitis, auditis cl intelleclis que partes proponere voluerunt coram
nobis, per judicium curie nostre pronunciatum est justiciam et gar-
dam predictas esse dicti comitis et ad eundem comitem pertinere in
dicta grangia et perlinenciis suis, propter quod eundem comitem ab
impelilione dictorum monachorum per idem judicium duximus
absolvendum, super predictis eisdem monachis perpetuum silencium
imponendo, salvo jure nostro, si quod nobis competit in premissis'.
[Fol. 63.]
Inqueste expedite in Parlamento omnium Sanctorum anno domini
M" ce Z.YXY« quinlo.
Cum contentio verteretur inter archidiaconum Remensem, ex una
parte, et abbatem etconventum Gluniacenses, ex altéra, super saisina
prioratus de Turribus et ejus perlinenciis, quem prioratum dicebat
dictus archidiaconus fuisse sibi collatum per summum pontificem et
cujus saisinam dicebat se habuisse per suos executores; dictis
abbate et conventu in contrarium asserentibus et dicentibus dictum
archidiaconum dictam saisinam habuisse talem qualem et eidem
1. Cf. Essai de resiitution, n" 503. Ce jugement était déjà connu d'après une
expédition transcrite dans le carlulaire d'Ourscarnps (v. L. Delisle, Frugm. inéd.
du registre de Nicolas de Chartres, p. 7G). Il est curieux de comparer l'expédi-
tion au texte du registre ; les différences sont très légères.
/.30
archidyacono tradilam fuisse per quemdam servientem domini régis
elam et indei3ite et per potentiam ipsius servientis -, facla inqiiesta
super saisina predicta de mandato curie, visa et diligenter inspecta,
inventum fuit quod dicli abbas et conventus erant in saisina priora-
tus predicli, antcquam scrviens intraret prioratum predictum et tem-
pore quo intravit. Et ideo pronunciatum est per judicium curie nostre
quod dicti abbas et conventus remanebunt in saisina prioratus pre-
dicti ; et quicquid factum est per dictum servientem de saisina dicti
prioratus et executione dicti archydyaconis et totus processus ad
nichilum redigatur. — Postmodum fuit istud negocium totaliter per-
mutatum et remansit presens inquesta in suo robore^ [Fol. 7f.]
Contra Guillermum Alcuiele, cancellarium Riomi. Per inquestam
factam compertum fuit dominura Guillelmum non esse nec fuisse
bonum nec fidelem nec sufficientem in officio cancellarie. [Fol. 72.]
Inqueste et apprisie expedite in Parlamento omnium Sanctormn
anno domini M° CC° LXXX" sexto.
Lite nata inter episcopum Ebroicensem et homines burgenses epis-
copi morantes Ebroicis, ex una parte, et burgenses domini régis Ebroi-
cis morantes, ex altéra, super hoc quod diceba[n]t episcopus et bur-
genses ejus quod semper fuerunt et transierunt liberi et quieti de
tallia régis Ebroicis quamvis plures tallie fuerint facte Ebroicis ex
parte domini régis pluries. Burgensibus domini régis morantibus
Ebroicis contrarium asserentibus, et dicentibus se esse in saisina tal-
liandi eosdem. Tandem super premissis facta inquesta et visa, viso
etiam registro curie domini régis Ebroicis manente in sua probatione,
inventum fuit dictum episcopum et burgenses suos intentionem suam
sufficienter probavisse et burgenses domini régis Ebroicis morantes
in sua probatione defecisse^. [Fol. 72 v".]
Inqueste et aprisie expedite in Parlamento Penthecostes anno domini
M° ce LXXX° septimo.
Discordia mota inter Johannem Dain, prepositum Villenove Régis,
ex una parte, et decanum Altissiodorenscm ex altéra, super hoc quod
cum dictus prepositus de mandato curie vellct resaisi re claustrum
sancti Osilii apud Altissiodorum de quodam Lombardo nomine Ghiue ^
t. Cf. Essai de restitution, n° 587.
2. Cf. Essai de restitution, n" 599.
3. Lecture douteuse.
454
quantum ad tlcbaLum quod erat inler episcopum Allissiodorensem ex
una parle et comitem ejusdem loci ex altéra, ipse intendens ([iiod
decanus, associata secum mullitudine armatorum, volebal subripcre
eidem dictum Lombardum, preccpit decaiio ex parte régis et inquan-
tum poterat satisfacere contra regem ne impediret eum facientcm
predictam resaisinam nec faceret impediri; et quod esset ita saisitus
de armatis existentibus secum quod de ipsisposset eidem respondere.
Et cum prepositiis esset ad locum ubi facere debebat resaisinam, plu-
res armati ibidem exislentes cum decano, videlicet milites, clerici,
scutiferi, venerunt contra prepositum eum capiendo per frcnum et ad
corpus et pannos, et percusserunt grossis baculis, dicto precipiente
decano quod amoveret sibi illam vim. Et hoc non obstante, predicti
armati volentes amovere preposito Lombardum, forciaverunt eundem
et quosdam servientes régis cum eo existentes, videlicet Petrum de
Chablies, eum vulnerando, Odonem de Daunee, Theobaldum Divitem
projiciendo in lutum. Predicto decano in contrarium dicente quod cum
dictus prepositus adduxit dictum Lombardum pro faciendo dictam
resaisinam, decanus dixit ei quod erat in saisina justiciandi dictum
Lombardum, ut clericum, et ut clericum pro multro i)ro quo captus
fuerat sigillator ejus eum ceperatantequamaliquisalius. Etrequisivit
dictum prepositum quod dictum Lombardum ei liberaret ; quod non
fecit sed locum resaisivit; loco resaisito^ decanus intendens uti jure
suc, et nolens spoliar[i] per gentes episcopi présentes et contendentes
contra decanum super jurisdictione spiritual! in illo Chine, preccpit
gentibus suis ut caperent dictum Lombardum; et cum cepissent
et ducerent ad prisionem decani, prepositus antedictus venit ad
decanum et precepit ei ex parte régis quod ei dimitteret dictum Lom-
bardum; decano respondente preposito quod, si apponeret manum,
dimitteret eidem ob honorcm régis et dicente preposito quod eum
spoliabat et desaisiebat. — Tandem super hoc facta inquesta et visa,
judicatum fuit et pronunciatum predictum prepositum sufficienter
probasse intentioncm suam, et ideo decanus predictus et illi qui cum
eo fuerunt eidem predictas injurias cmendabunt ; et dictum decanum
non debuisse admitti per auditores ad aliquid probandum contra
dictum prepositum, cumsepartem in dicto judicio contra prepositum
non fecisset. [Fol. 74.]
Inqueste et aprisie expedite in Parlamento omnium Sanclorum anno
#° ce» LXXX'' septimo.
Arnaldus de Marignac dicebat contra regem Anglie quod dictus
452
dominas rex creaverat seu constituerai de novo pedagium sive custu-
mam in quadam villa quam fecerat a viginti annis citra que dicitur
Liborna; scilicet de quolibet dolio vini duodecim denarios burdega-
lensis monete et de quolibet modio salis quatuor solidos et aliis mer-
caturis recipicbat et exigebat de novo pedagium ibidem, quamvis
dictus Arnaldus et alii mercatores essent immunes ab omni pedagio
quando transiebat per dictum locum cum manibus suis oneratis,
asccndendo vel descendendo, per dictum locum vel territorium ubi
est dicta villa edifficata, antequam dicta villa fieret. Dicebat etiam
quod super dicta novitate alias mota fuerat querela dicto régi et pre-
ceptum quod super hoc inquireretur. Dicebat insuper quod ipse et
alii homines de Bregeriaco et de aliis locis consueverant ire cum
mercaturis suis et navibus absque nullo irapedimento per flumen
Dordonie usque ad portum antiquum de Petraficta ascendendo et des-
cendendo, et modo, de novo, scilicet a viginti vel quindecim annis, dic-
tus rex contra jus et justiciam compellit dictum Arnaldum et alios
bomines de Bergeriaco et de aliis locis, contra usum antiquum, aspor-
tare tonellos suos vini apud Libornam predictam nec permittunt
magnas naves ascendere usque ad dictum portum antiquum de
Petraficta, quod cedit in eorum magnum periculum et gravamen.
Dicebat eciam quoddepredictis estfamapublica in diocesybus Petrago-
ricensi, Vasatensi et Burdegalensi. — Procuratore dicti régis asserente
in contrarium et dicente quod, antequam dicta villa seu bastida de
Liborna esset ibi edifficata, quod ibi erat villa alias edifficata et portus
ab antiquo, licet non ita magnus ut est modo, et quod erat ibi peda-
gium ab antiquo. Dicebat etiam quod dicta villa seu bastida de
Liborna facta fuerat ad instanciam plurium mercatorum et aliorum
volentium et consentientium quod esset ibi portus et quod remane-
rent ibi naves ascendendo et quod ibi applicarent et afierentur mer-
cature per terram et aquam et quod de quolibet dolio vini quod ibi
oneralur, solverentur. xii. denarii, pedagii nomine; et quod premissis
interfuit dictus Arnaldus et consensit et multi eciam alii. Dicebat
insuper dictus procurator quod mercatores solverent ibi pedagium,
sine contradictione, de aliis rébus, dequibus solvi consuevit ab antiquo,
et quod pedagium mercaturarum de pondère et parva et magna cus-
turaa vini erant, propter dictum portum, Burdegale multum dimi-
nute, et quod mercatores de dicto portu magnam utilitatem habebant.
— Visainquesla super hiis facta et depositionibus testium utriusque
partis diligenter inspectis, auditis eciam racionibus partium-, consi-
deratis insuper omnibus que nos monere poterant et debebant, quia
453
inventum est el pr'obalum qiiod Lalis portus et talc pedagium sunt in
dicto loco de novo per dictuni regem Ânglie instituta, el maxime quod
super predictis alias sibi controversia mota fuit, judicatum fuit quod
dicli portus et pedagium cadent^ [Fol. 76 v".]
Cum ex parte Berlrandi Gousse, servientis nostri, nobis fuisset rela-
tum quod, cum dictum Bertrandum cum dilecto et fideli nostro archie-
piscopo Biluriccnsi ut ipsum defenderct in suisjustis saisinisBurdc-
gale jussissemus, decanus el capilulum majoris ecclesie Burdegaleiisis
eidem Berlrando, officium exercenti juxta formam sibi anobistradi-
tam, plures et graves injurias inlulerunt in contemptum noslrum
et regni, et muita enormia facere non verenlesi decano et capi-
tulo predictis in contrarium quedam frivola proponcnlibus. Super
hoc de mandato nostro facta inquesta et visa, quia dictus Bertrandus
sufficienter probavil ea que nobis retulerat esse vera, decano et capi-
tulo predictis nichil probanliI)us quod obstaret, dicli decanus el
capitulum condemnali fucrunl in mille et quingenlis libris turonen-
sium pro emenda, quas levari mandavimus per senescallum nostrum
Petragoricensem, el eidem dedimus in mandatis ut de dicta emenda
tradat procuratori dicli Berlrandi quingentas libras turonensium pro
expensis suis factis in prosecutione dicti negocii. [Fol. 77.]
Gum episcopus Aulissiodorensis diceret et intenderct probare quod
cum ipse et sui predecessores, noraine sue ecclesie, essenl in bona saisina
tradendi quamdara mensuram ad mensurandum sal vocatam hruneau
omnibus illis qui volunt mensurare sal venditum vel non venditum
inter vivarium de Basset et pontem d'Arcy, ac levandi et babendi do
omni sale vendito et mensurato, vel vendito et non mensurato, vel
mensurato et non vendito, inler prediclas mêlas, cuslumam, videlicet :
dimidium quarterii de ({uolibet modio Aulissiodorcnsi, Joliannes et
Morellus dicti Paquain, fratres, desaisierant dictum episcopum sua
saisina predicla, vendendo el mensurando sal inter dictas mêlas ad
alios brunellos quamad brunellos episcopi, et contradicendo mensu-
rare ad brunellos episcopi et sibi solvere cuslumam supradictam de
sale quod vendunt et vendiderunt dicti fratres inter dictas mêlas;
dictis fratribus asscrenlibus se esse in saisina mensurandi sal inler
dictas metas cum aliis bruncllis quam brunellis dicli episcopi, sine ali-
qua custuma solvenda episcopo. Tandem, visa inquesta super hoc facta,
inventum est quod prcdicli fratres spoliaverunt et desaisierunt dictum
episcopum sua saisina predicta, et ideo judicatum est quod episcopus
1. Cf. Essai de restitution, a' 656.
34
434
restituetur ad suam saisinam predictam, et quod dicti fratres, quan-
documque voluerunt sal mensurare inter dictas mêlas, mensurabunt
cum brunellis episcopi et ei solvent custumam predictam de omni
sale vendito et non mensurato, vel mensurato et non vendilo, inter
dictas metas^. [Fol. 77 v".]
Inqueste et aprisie expedite in Parlamenlo Penihecostes anno domini
M° CC° LXXX° octavo.
Gum vir nobilis dominas Emondus, filius régis Anglie, proponeret
contra regem ad hanc finem quod garda et saisina garde corporis abba-
tie de Boulencourt ad dictum dominum de Belloforti debeat remanere :
videlicct quod dicta abbatia est inter terminos castellanie de Belloforti
et de justicia ejusdem, et quod domini de Belloforti fuerunt in sai-
sina garde abbatie a tempore quo memoria non existit ; item quod
ipse dominus Emondus et gentes sue (continu) ando^ saisinam prede-
cessorum suorum, dominorum de Belloforti, fuerunt in saisina garde
dicte abbatie post baillivum Gampanie, et erant tempore quo baillivus
Calidimontis inhibuit monachis dicte abbatie ne domino Emundo vel
suis gentibus ulterius obedirent; item quod predicta abbatia fundata
fuit per dominos quondam de Belloforti. Gentibus domini régis pro
ipso ex adverso proponentibus quod ipsa abbatia est et fuit ab antiquo
tempore de garda et ressorto comitum Gampanie et pro tempore quo
cornes de Retel vendidit castrum de Belloforti cum pertinenciis comiti
Gampanie, abbatia predicta erat de garda comitum Gampanie et jus-
ticiabatur de temporali suo per prepositum de Bonay. Tandem super
hoc facta inquesta et visa, quia inventum est predictum dominum
Emundumsufficienter probasse intentionem suam, per judicium curie
nostre pronunciatum est quod garda et saisina garde corporis predicte
abbatie ad dictum dominum Emundum remanebit ^. [Fol. 79.]
Ista inquesta portabitur ad Parlamentum die Normannorum prop-
ter dubium, quia judicatum fuit alias in Sca[ca]rio contra episcopos
Gonstanciensem et Lexoviensem quod, licethabeant altam et bassam
justiciam in villis suis, Judei morabuntur in ipsis villis contra volun-
tatem eorum nec poterunt racione residencie Judeorum aliquid petere
vel habere. — Racione istius inqueste aut aprisie facte in Parlamenlo
Penthecostes anno oclogesimo octavo coram magistris dicti Palatii,
1. Cf. Essai de restitution, n» 657.
2. Ms. Eslimando.
3. Cf. Essai de restitution, n" 679.
455
concordatum fuil quod dominiis de Nonancuria remanebit in posses-
sione recipiendi Judeos doniini régis in villa sua de Nonancuria et
capiendi censura ab oisdeni, judicio in scacario facto contra episcopos
Gonstanciensem et Lexoviensem super hoc, ut dicitur, non obstanle,
salva questione proprictatis'. [Fol. 79 v''.]
Inqueste et aprisie expedite in Parlamento Penthecostes anno domini
M° CC° nonagesimo.
Cum inter nos, ex una parle, et consules Caturcenses, ex altéra,
controversia moverelur super eo videlicet quod nos dicebamus
communitateni ville Galurcensis bone recordalionis genitori noslro
in .xviii'n. libris turonensium pro quodam delicto in personani
Jacobi Donada, olim civis Gaturcensis, per dictam communitalcin
commisso, fuisse condemnalam. fJictique consules diccrent dictam
condemnationeni tantummodo de .xvi'". fuisse factam -, de qua
summa dicebant et asserebant dicti consules predictura genitorem
nostrum mille libras sibi remisisse, necnon voluisse et ordinasse quod
orphani et vidue dicte civitatis tempore perpetrati delicti essent liberi
a condemnalione predicta et, pro rata dictos orpbanos et viduas tan-
gente, fieret diminutio de condemnatione predicta; dicercnlque quod
senescallis et locumtenentibus senescallorum qui pro tempore fuerunt
necnon diversis servientibus, quorum quosdam missos dicebant per
predecessorem nostrum ad rogatum ipsorum ad custodiam pacis
dicte civitatis, post dictum delictum perpetratum, quosdam vero mis-
sos ut nolentes solvere partem collecte eisdem imposite compellerent
ad solvendum, et alios missos diversis causis et temporibus, diversas
summas solverunt, quas volebant et petebant eis computari ad dimi-
nulionem summe predicLe; produxissentque super hiis de predictis
receptis tam per dictos senescallos, eorum locumtencntes quam per
servientes antedictos faclis .xi. paria lilterarum. Procuratore nostro
pro nobis dicente multis rationibus et causis prcdicUis reccptas non
debere diminueresummam condemnationis predictam, neganteetiam
remissionem de diclis mille libris fuisse eis factam, confidente tamen
dictam remissionem de summa dictos orpbanos et viduas contingente
factam fuisse. — Visa diligenter inquesta super hiis de mandalo
nostro facta, invenlum fuit per scripla régis, prout magister Pelrus
de Gondeto nobis reltulit, quod dicta condemnationis summa ascen-
debat usque ad summam .xviii. m. librarum turonensium et quod
1. Cf. Essai de restitution, a" 688 et 689.
456
.XVI". libre turonensium quas recepil dominus H. de Gandoviler,
miles, senescallus GaUircensis, una cum quibusdam sociis suis per
prcdecessorem nostrum apud Gaturcum missis pro forefacto prediclo,
et .XX. libre turonensium quas Simon Gilberti, predecessoris nostri
servions, reccpit, computabuntur ad diminutionem summe condemna-
tionis predJete. Relique autcm summe in dictis aliis litteris per ipsos
productis contente non computabuntur nec deducentur de summa
condemnationis predicte. — Item inventum fuit in coraraissione
super isto negocio facta quod Guilhelmus Johannis recognoverat se
récépissé et habuisse de dicta condemnationis summa xii"' v^ xlv libras
et aliquos solidos a consulibus antedictis. [Fol. 85.]
Cum inter charissimam et fidelem nostram amitam Johannam,
Alençonis etBlesensem comitissam, ex parte una, et abbatem et con-
ventum Majoris Monasterii Turonensis racione prioratus de Moureis,
ex altéra, in nostra curia controversia moveretur super eo quod pro-
curator dictorum abbatis et conventus dicebat quod gentes ipsius
comilisse in territorio ipsius prioratus seu ejus pertinentes quemdam
equum ceperant, in cujus equi saisina idem procurator dicebat esse
dictos abbatem et conventum tempore capcionis dicti equi; necnon
super quibusdam novitatibus et gravarainibus factis et illatis in
rébus ipsius prioratus per gentes ipsius comitisse , ut dicebat ;
quem equum petebat sibi restitui ratione spave quam ad dic-
tos abbatem et conventum dicebat pertinere, et se esse in possessione
dicte spave in territorio supradicto, et dictas novitates et gravamina
amoveri. Dictaque comitissa dicebat quod curia sua sibi reddi
debebat et cognitio de predictis, quam sibi petebat reddi piuribus
racionibus, usibus et consuetudinibus. Dicto procuratore ex adverso
dicente quod pênes nos dicta curia et cognitio debebat remanere
piuribus rationibus, usibus et consuetudinibus. Tandem auditis
rationibus utriusque partis, visis eciam quibusdam judicatis super
garda ipsius prioratus et pertinenciarum ejusdem dudum in nostra
curia factis, visis eciam quibusdam litteris cujusdam compositionis
facte post dicta judicata super garda ipsius prioratus per bone memo-
rie Vinc[e]ntium, quondam archiepiscopumTuronensera; vise eciam
quodam judicato nuper facto inter abbatem et conventum et dictam
comitissam in curia nostra ex parte comitisse producto, visaque
diligenter inquesta demandato nostro super hoc facta, pronunciatum
fuit per curie nostre judicium dictos abbatem et conventum racione
dicti prioratus et pertinenciarum ejusdem super petitis ab ipso pro-
curatore, nomine que supra, contra ipsam comitissam, debere remitti
4r,7
ad curiam predicle comitissc eL ipsos esse ad ipsius comilisse curie
rcmilLendos, salvo in omnibus et per omnia jure nostro^ [Fol. 86 v°.]
Cum inquisitione facta per senescallura Pelragoricensem contra
quosdam monachos de Brantelmio; conlra Guiilelmum, preposilum
episcopi Petragoricensis. mililem ; ilem, conlra Steplianum et Helyam
de Postunio, Foucherium nuncium Pétri de Haut, Petrum Loys, G.
Foucaudi, Hemericum Jordani et fratrem suum, super quibusdam
injuriis et violenciis laclis gentil)us noslris a nobis deputatis ad cus-
todiam Bernardi, abbatis de Brantelmio, et eidem abbati illatis
in nostra garda existenli, predictos videlicet monachos pro pre-
missis in mille libris pro emenda, dictuni prepositum in quin-
gentis, et alios supra nominatos in ducentis libris turonensium, idem
noster senescallus per judicium condemnassel, predicti monachi et
prepositus et alii nominali ad nos récurrentes proposucrunt se fuisse
gravatos in taxatione emendarum predictarum, ad hoc rationes
aliquas proponentes, per quas dicebanl dictas cmendas adnullari
dcbere vel sallem diminui. Super quibus inquesla iteralo facLa de
mandato nostro et diligenter visa, quia non fuit invenlum quod per
aliqua que proposuissent predicti rei dicte emende diminui deberent
in aliquo, pronunciatum fuit per judicium curie nostre condemna-
lionem emendarum factarura predictarum contra dicLum prepositum
et alios seculares superius nominatos foreexecucioni demandandam -, et
quia proprium non habebant dicti monachi in quibus posset execucio
demandari pro emenda mille liiirarum taxata contra ipsos, exccu-
cioni dicte condemnationis supersedebitur ad presens. Nichilominus
vocabuntur coram senescallo Petragoricensi adjutores et fautorcs
eorumdem cl homines de Brantelmio super hiis responsuri. Qui
senescallus super premissis inquiret et terminabit prout justicia sua-
debil. De predictis vero quingentis libris trecente, et de dictis ducentis
libris due partes nobis applicabuntur, et ducenle alie residue et ter-
cia pars ducenlarura iibrarum abbati predicto. [Fol. 87 v°.]
Cum inter charissimum consanguineum et fidelem nostrum
regem Anglie illustrem, ex parte una, et fidelem nostrum episcopum,
decanum et capitulum Aniciensis ecclesie, ex altéra, in nostra
curia, diu est, controversia verteretur super eo quod idem epi-
scopus, decanus et capitulum dicebant quod idem rex Anglie ipsos
in possessione vel quasi feodagii vel homagii comitatus Bigorre,
excepto homagio castri Lorde, injuste spoliaverat, recipiendo in homa-
t. Cf. Essai de restitution, n" 765.
458
gium pru dicto comitalu, excepto dicto Castro^ Eschivatum de Ghabe-
nesio qui per violentiara, excepto dicto Castro, possessionem dicti
castri post mortem defTuncti Symonis de MontefTorti, quondam
Bigorrecomitis, occupaverat, utdicebaiit; necnon quod ipsos episco-
pum, decanum et capitulum in possessione vel quasi feudagii seu
homagii caslri Lorde multipliciler impediverat et perturbaverat ac
usurpare visus fuerat; ita quod ipsi non poterant gaudere pacifiée
possessione vel quasi feodagii seu homagii dicti castri : dictum scilicet
castrum obsidendo et in ejus pertinenliis incendia faciendo, homines
capiendo et occidendo, muros diruendo et multa similia faciendo, ad
hoc ut sibi obediretur tanquam domino feodali ipsius castri Lorde,
quod castrum a rege Navarre tenente ut suum advoabatur et reco-
gnoscebalur teneri ab eis episcopo, decano et capitulo tanquam a
dominis feodalibus dicti castri. Quare petebant possessionem vel
quasi feodagii seu homagii dicti comitatus, excepto castro Lorde, per
ipsum regem Anglie ipsis restitui, necnon et predicta impedimenta
per ipsum regem Anglie apposila in possessione vel quasi feodagii
seu homagii dicti castri totaliter amoveri, et ipsum regem cessare a
predictis impedimentis et perturbationibus antedictis. Ex adverso pro-
curator régis x\nglie proponebat quod idem rex non spoliaverat neque
desaisiverat ipsos episcopum, decanum et capitulum possessione vel
quasi feodagii seu homagii predicti comitatus Bigorre, nec ipsos impe-
diverat seu perturbaverat injuste possessione vel quasi feodagii seu
homagii predicti castri Lorde; dicebatque quod ipse rex Anglie de
voluntateB. quondam episcopi, decani et capituli Aniciensisadeptus
fuerat possessionem vel quasi feodagii seu homagii prediclorum castri
Lorde et comitatus Bigorre et quod de voluntate ipsorum episcopi,
decani et capituli processerat quod idem rex Anglie adipisceretur,
haberet et possideret quidquid ipsi habebant in comitatu et castro
predictis; super quibus ambe partes multa alia hinc et inde propo-
nebant. Tandem auditis rationibus ex utraque parle propositis, visis
etiam quibusdam litteris ex parte régis Anglie productis-, visis etiam
inquesta facta super hoc de mandato clare memorie Ludovici, Dei
gratia Francorum régis, avi nostri, pronunciatum fuit per curie
nostre judicium ipsum regem Anglie, ipsos episcopum, decanum
et capitulum super possessione vel quasi feodagii seu homagii dicti
comitatus, excepto castro Lorde, injuste spoliasse; necnon ipsum
regem Anghe ipsos decanum et capitulum super possessione vel
quasi feodagii seu homagii dicti castri Lorde injuste perturbasse,
jpsumque regem Anglie teneri ad restitutionem possessionis vel
439
quasi feodagii spu homagiidiclicaslri, exceplo Lorde, ipsis episcopo,
decano cl capiLulo facieiidam, necnon ipsuni regeni Ânylie Iciicri
ad tollendum dicta impedimenta per ipsum apposita in posses-
sione vel quasi feodagii seu homagii dicti castri et a predictis
impedimeutis et perturbationibus in possessione vel quasi feodagii
seu homagii dicti castri per ipsum regem Anglie appositis cessare
debere, dicte régi super premissis questione proprietatis reservata ^ .
[Fol. 88 v".]
Inqueste et aprisic expedile in Parlamento omnium Sanctorum anno
domini M" CC° LXXXX" secundo.
Cum abbas Exiensis conquestus de senescallo Agennensi fuisset
coram noslris magistris tencnlibus parlamentum Tholose super eo
quod verberari fecerat génies raonaslerii sui et letaliter vulnerari et
in presencia gardialoris sui, in ejus edi[bus] ; et ideo supplicarel legiti-
mam securitalem sibi preslari vel licenciam quod génies suepossent
arma porlare vel quod haberent .x. homines armatos cum gardialore
suo ad corporum suorum tuitionem; visa inquisitione facta super
dictis excessibus, pronunciatum fuit supplicationem dicti abbalis fieri
non debere 2, [Fol. 91.]
Procurator abbatis et conventus monasterii Aureliacensis, ipsius
monasterii et sui prioralus Sancli Frontonis nomine, asserebat quod
predictum monaslerium cum omnil)us membris et bonis suis crat et
fuerat in speciali garda domini régis Francie per privilegium ipsi
monasterio concessum ab inclyte recordationis Ludowico, quondam
rege Francie, et quod dominus rex Francie erat in possessione cus-
todiendi dictum prioratum Sancti Frontonis de dicto prioralu. Ex
adverso senescallus Agcnnensis pro rege Anglie proponebat quod rex
Anglie crat in pacilica possessione custodie prioralus Sancti Frontonis
illo lempore quo prior dicti loci asserit se fuisse spolialum de dicto
prioralu per génies régis Anglie. Tandem visa inquesla super hoc facta,
quia inventum est quod dicti religiosi [erant] in saisinaut diclussuus
prioralus S. Frontonis custodiretur per dominum regem Francie, et
quod idem dominus rex erat in saisina custodiendi dicLum prioratum
eo lempore quo prior dicli prioralus dicit se fuisse spoliatum dicto
1. Cf. Essai de restitution, n" 777. V. aussi ce que dit M. Léopold Delisle,
Fragments inédits du registre de Nicolas de Chartres, p. 80. Ce jugement est
du Parlement de la Chandeleur 1291.
2. Cf. Essai de restitution, n" 821.
400
prioratu suo per gentes régis AnglieJudicaLum esl dictos abbatemeL
conventum et priorem S. FronLonis ad suam saisinam predictam per
regem Anglie esse restilueiidos ^ [Fol. 91.]
Gum Hugo de Gardilliaco condemnatus fuisset a judice curie de
Perincia(?) in sexaginta libris turonensium nobis solvendis pro eo quod
dominus Hugo duos homines nobis immédiate subjectos capi fecerat
et eosdem ligaverat et ligatos in compedibus posuerat, neenon in gra-
vibus tormentis eos poni fecerat in contemptum jurisdictionls nostre j
a qua sentencia dominus Hugo, tanquam ab iniqua, et procurator
noster pro eo [quod] condemnatus erat in minori summa quam debe-
ret^ ad nos appeilaverunt-, viso diligenter processu, cognitoque de
meritis appeliationum, pronunciatum est per curie nostre judicium
utrumque maie appellasse et dictum judicem bene et légitime pro-
nunciasse, sentenciam dicti judicis per idem judicium confirmamus.
[Fol. 92.]
Quia inventum est et probatum quod dominus Girardus de Sorel
junior et Radulpbus de Sorel, frater suus, venerunt ad domum
Hugonis de Goussencourt cum armis apertis et ensibus nudis, inve-
nientes in curia dominum Petrum de Bries, militem, et Girardum du
Vergier, nepotem dicti Pelri, et dixit dictus Girardus dicto Petro :
« Ha ! prave miles, te querebam. » Et voluit eum percutere ense,
sed ictus cecidit super equum dicti Pétri, ita quod habuit magnam
plagam, et dictus Petrus fugit ad quamdam cameram timoré sui
corporis; postea venerunt ad Girardum du Vergier, nepotem dicti
Pétri, et eum graviter vulneravit tam in capite quam in manu et in
humero. Ordinatum est quod mandetur baillivo Viromandensi quod
capiat eos et complices suos qui erant ad portam, scilicet dominum
Gilonem de Boncalvesnes et Gilonem de Bencourt et quod mittat eos
Parisius in Gastelleto, et bona eorum in manu régis ponat absque
recredencia et mandato speciab domini régis.
Taxate sunt emende ad quingentas libras turonensium pro duobus
delictis dequibus babebit dominus rex trecentas et dominus Stepha-
nus de Pedagio centum et dominus Petrus de Bries et ejus nepos cen-
tum. [Fol. 92 V.j
Notum facimus quod cum Jobanncs de Stabulo, Hymbertus Rubet,
Petrus Anavimi, mcrcator, R. Johannis Drudo, G. Arnaldi de Trula-
ribus, Aymericus Blanquerii, Petrus Maurini parator, Arnaldus
Oliverii, G. Maynardi Olius quondam Berengarii Maynardi, Jacobus
l. Cf. Essai de restitution, n° 810.
Bernardi, cives Narbone, proinjustacondemnalioneadsuspendiumcle
tribus servientibusarcliicpiscopalis lemporalis Narbone, sede vacante,
sint nobis in .x. millibus libris luronensiiim condemnati, ac dilec-
lus et fidelis noslcr archiopiscopus Narhonensis, quia factum pro quo
fuerunt condemnati probatum erat et notorium, supplicaret nobis
emendam suam sibi et uxoribus etliberis suspensorum adjudicari et
taxari; iiabila deliberacionc, dicto.Iobanni de Slabulo in curia noslra
pro se présente et nomine procuratoris aliorum noveni predictoruni,
pronunciatura fuit per curie nostre judicium quod de bonis dictorum
decem superius nominatorum septingentis et quinquagenta libris
turonensium ad opus uxorum et liberorum dictorum trium suspen-
sorum, prout justura fuerit inter ipsos distribuendis, necnon quater-
centum libris turonensium ad emendandum redditus pro quadam
capellania pro animabus dictorum mortuorum fundanda^ et insti-
tuenda prius levatis, etiam ante condemnationem pro nobis factam ; ac
postmodum dictis decem millibus libris turonensium in quibus nobis
sunt condemnati nobis persolutis, residuum omnium bonorum mobi-
lium et immobilium dictorum decem adjudicatum fuit applicandum
dicto archiepiscopo pro emenda sua ; et per idem judicium privati
fuerunt dicti decem potestate judicandi et consulendi in judiciis, ita
quod non possunt de cetero in judiciis faciendis vel in consiliis dandis
in judiciis faciendis [sic). In cujus rei testimonium, etc. [Fol. 93.]
Urdinatum est quod episcopus Gorisopilensis condemnatus est in
mille libris turonensium et mendelur sibi quod mittat infra quinde-
nam Pasche Parisius per istas personas nominatas scilicet : le Pater,
le Gonsec, le Saum, Gralein, M" Grimart, clericos sibi subjectos; et
raandetur baillivo Turonensi quod informet se de privatis personis
laicis que fuerunt culpabiles hujusmodi deiictorum et injuriarum et
puniateos publiée secundum quod eos invenerit deliquisse^. [Fol. 94.]
Inqiteste et aprisie expedite in Parlamento omnium Sanctorum anno
domini M" CC LXXXX" tercio.
Visa inquesta facta super injuriis Durando, quondam preposito
Meldensi, per abbatem de Latignaco, prepositum suum, etalios mona-
chos et gentes suas illatis, abbas condemnatus fuit domino régi pro
emenda in quingentis libris turonensium. Item in sexaginta libris,
prout rettulit Joliannes de Montigny, pro expcnsis. [Fol. 9^.]
1. Hfs. fundala.
2. Cf. Essai de restitution, n" 814.
462
Gum inter dilectum et fidelem consanguineum noslrum regem
Anglie, ducem Acquitanie, et gentes suas, videlicet Raymuiidum de
Gampis, militem, bajulos et officiales suos in Agennesio, ex parle una,
et universos consules et homines AUivillaris, Agenneiisis diocesis, ex
altéra, in nostra curie controversia verteretur super eo quod sindi-
cus seu procurator ipsius universitatis consulum et hominum nomine
procuraloi'io seu sindicatus ipsorum et pro ipsis dicebat et propone-
bat quod, lite inter ipsos, ex una parte, et dominum regem Anglie gen-
tesque suas predictas, ex altéra, in curia nostra pendente super quadam
appellalione, ut dicebatur, per eos ad curiam noslram interjecta super
deffectu juris ab audiencia Augerii, militis, senescalli Agennensis ;
bajulis, offîciariis et gentibus régis Anglie ne in prejudicium ipsius
appellationis aliquidattemptarent seu aliquam facerent novitatem con-
tra universitatem et homines antedictos [monitis], terraque et villa AUi-
villaris in noslro servicio de mandato nostro in Gathalonia existente,
ceterisque (sic) servientibus ex parte nostra ibi dimissisadcustodiendum
et defTendendum terram et bona dicti vicecomitis et hominum AUi-
villaris, vexillo nostro in signum luitionis et garde nostre manifeste
apposito, prefatis que appellatione et tuitione et salvagarda durantibus
et pendentibus, dictoque vicecomite in dicto nostro servicio existente,
Raymundus de Gampania, senescaUus Agennensis, cum bajulis de
Dumis, de Valencia_, de Donziaco, de Agenno, de Grandi Gastro, de
*Mansonvilla, consules et universitates dictorum locorum et plurium
aliorumcummultitudinearmatorum, peditumetequitum, ad castrum
AUivillaris accedentes, hominibus ejusdem loci non requisitis, non
monitis, nec convictis, sedpotius insciis, in prejudicium dicte appella-
tionis et non in modicum noslrum dedecus et contemptum, dictum cas-
trum cum armis hostiliter expugnaverunt, servientes nostros ibidem,
ut dictum est, positos et dimissos attrociter vulneraverunt, domos et
bordas in ipso castro quamplures et ejus pertinencias fregerunt, vio-
lencias, rapinas,oppressionesmulierum, vulnera, occisiones hominum
et alla plura facinora commiscrunt, inventa pecora, pecudes, porcos
et alia animalia, pecunia, vestes, ulensilia, superlectilia, blada, vina
et aha bona dictorum hominum rapuerunt et secum asporlaverunt,
vcxillum nostrum prostraverunt et ad terram projecerunt, quamplu-
res castri ipsius homines cepcrunt et depredaverunt pecuniis et aliis
bonis suis, captos duxerunt et in carceribus diutius tenuerunt. Dicebal
insuper ac eciam proponebat idem sindicus, nomine quo supra, quod
ipsi armati sepe et sepius circa dictum castrum discurrerunt, caval-
catas et insultus quamplurimos fecerunt, ita (juod diclos homines
/i63
exire diclum caslrum non permiLtcbanl pro suis negociis faciendis,
ita quod blada sua colligcre, lerras suas colère non audebant. PropLer
quas rapinas, efVractiones, capliones, depredaliones , discursiones,
insultus et alia damna illata eisdem el cavalcalas circumquaque dic-
tum caslrum factas ipsam universilalem el homiues anlediclos in decem
millibus libris turonensium et amplius dampnificaverunl et injuste.
Quare pelebanl omnia el singula supradiclaad stalum debilum reduci
sibique damna predicta restilui in integrum ac eciam emendari
et super hiis statui et decerni quod foret racionis. Et cum nos de
prediclis mandassemus, vocalis evocandis, diligenter inquiri, gcnles
predicle ad hec coram inquisitoribus evocale et sufficienter inlerpel-
lale quod predictis omnibus et singuiis responderent, contumaciter
recedentes noluerunt aliquatenus respondere. Etnichilominus diclus
syndicus, nomine quo supra, forma juris tolaliler observata, ad pro-
bandum predicta quamplures testes produxit. Tandem facta super hiis
inquesta, et juris ordine observato, ipsaque diligenter visa, ipsum
regem Anglie, ducem Acquilanie, scnescallum, bajulos et ofUciarios
predictos et dictas gentes ipsius régis Anglie, ducis Acquilanie, con-
demnavimus in decem millibus libris luronensium pro bonis deper-
dilis supradictis dicte universilale refundendis et dividendisper scnes-
callum noslrum Pelragoricensem damna predicta passis, secundum
magis el minus, et ul de dicla summa pcr diclum senescallum aniicis
propinquioribus in diclo condiclu occisorum aliqua de dicla pecunia
satisfactio fiai; condemnavimus etiam predicLum regem, ducem Ac-
quilanie, el génies suas predictas in decem millibus libris parisiensium
nobis reddendis pro contemplibus et excessibus antediclis nobis fac-
tis, ut diclum est, per eosdem, injungenles ex nunc genlibus ipsius
régis Anglie, ducis Acquilanie, quod viginti personas de principalio-
ribus que ibi interfuerint, infra duos menses per senescallum noslrum
monite fuerint super hoc, in Gaslellelum noslrum Parisius adducant,
ibidem in noslro carcere rcmansuras quamdiu noslre placuerit
voluntali. [Fol. U \\]
Cum nobis denuncialum fuisset quod vicarius el procurator dilecli
et fidelis nostri episcopi Magalonensis, apud Melgorium, in nostra
senescaHiaBellicadri,vicario noslro de Bellicadro necnon quibusdam
servientibusnostrisvirgam seu baculum signi nostri deferenlibus, qui
apud Melgorium vénérant pro quibusdam lanis ibidem arreslalis et,
ut dicitur, nobis forisfactis, calcandis et nobis apud Belliquadrum
adducendis, fecerunl rescussam, diclis lanis jam per diclum vicarium
noslrum in duobus quadrigis cargalis, arrcstaveruntequos diclarum
464
quadrigarum per capserias capiendo, hostiaque claudendo per que
diclc quadrige transire debebant, servientes que nostros viliter trac-
lando et quemdam ex eis, Hcmedum nomine, ad terrani projiciendo,
virgamque signi nostri super unum de quadrigis prediclis jam posi-
tam ad terram projiciendo et super eam passando, con[gre]gando
raultos homines ipsius ville ad predicta facienda; iiosque cum super
ils fecissemus inquiri diligenter veritatem, vocatis evocandis, quia
per dictam inquestam predicta inventa fuerunt probata, dictum epi-
scopum in mille libris turonensium nobis condemnavimus, salvojure
nostro et dicli episcopi in lana predicta ^ [Fol. 97.]
Inqueste et aprisie terminate in Parlamento omnium Sandorum
anno dom.ini M° CC° XC° quinto.
Pro negligentia inventa et probata contra majorera et juratos et
communiam Sancti Quintini in capcione malefactorum qui interfece-
runt magistrum Symonem de Mascherain, clericum, et in disturbando
dictum factura, condemnati fuerunt dicti major, jurati et communia
domino régi in duobus millibus libris turonensium et dicta pecunia
mediante statu ville in manu domini régis propter capta eisdem
reddetur; et de suspectis qui procuraverunt dictum factura fieri
curia ordinavit et pronunciatum fuit bona sex homicidarum qui de
dicto maleficio convicti sunt domino régi applicari ; et de bonis decani
Sancti Quintini ultimo defuncti, preceptum fuit retineri circiter cen-
tum et .XX. libras quas levavit, ut dicitur, ab illis de Sancto Quin-
tino pro expensis inquestarura. [Fol. ^01 v°.]
Inqueste et aprisie expedite et terminate in Parlamento omnium
Sanctorum anno domini M" CC° XC° sexto.
Signifîcavit nobis graviter conquerendo Laurentius dictus le Four-
nier, serviens noster, quod cum ipse fuisset deputatus a nobis ad
partes Lingonenses ad levandura et explectandura quinquagesimale
subsidiura pro defensione regni nostri in civilate et villa Lingonensi
a civibus Lingonensibus, necnon ab aliis comraorantibus in terra
episcopi Lingonensis et a coramorantibus in terra decani et capituli
Lingonensis, pcliissetquc a senescallo ipsius loci episcopi et a majore
et obedienciario dictorum decani et capituli quod sibi traderent ser-
vientes qui ipsum et suos coadjutores in negocio predicto servarent
1. Cf. Essai de restitution, n° 861.
465
ab injurlis et violenciis et juvareiU eosac dirigerenl in agendo proul
ad quemlibel eoruin perLinel)al, predicti scnescallus pro episcopo,
major et obedienciarius pro capilulo, denegando predicta faccre
recusariinl. Verumtamen pro parte ipsius senescalli proclamatum
fuit quod gentibus nostris in predictis obedirelur. El poslea ex parte
ipsius episcopi in omnibus locis dicte civitatis in quibus preconizatio-
nesconsueveruntfieri, cxtitit proclamatum ncaliquis dicto Laurentio
seu gentibus noslris in dicto quinijuagcsimali sui)siilio levando obe-
diret. — Cumque dictus Laurentius propter inobediencias dictorum
civium et commorantium in terra ipsorum decani et capituli noien-
tium solvere subvcntionem predictam, una cum quibusdam aliis
servientibus nostris, animalia dictorum civium cepisset in campis
caque vcllet duccre tanquam pignora ob hoc capta, maxima raulti-
tudo civium et hominum Lingonensium de dicta civitate exeuntium
cum lanceis, spadis et aliis armaturis, clamando : « Abaf ! ahai! or
aux royaux, or aux royaux, or aux larrons, or aux murtriers^ nullus
evadet! », per violcnciam et armorum potenciam rescusserunt ani-
malia supradicta et ea sic rescussa ad civitalem Lingonensem reduxc-
runt. Et, quod gravius fuit, quemdam servientem nostrum Petrum
de Apulia ibidem ita atrociter in capite vulneraverunt quod ex dictis
vulneribus mori communiter credebatur. Et cum dictus Laurentius
de dictis campis ad civitatem reverteretur una cum dicto Petro, qui
quasi mortuus portabatur, etpluribus aliis nostris servientibus, por-
lam civitatis clausam invencrunt, pluresque homines quasi innume-
rabiles qui in coUibus juxta portas ascenderant jactantes ad eos
lapides pugnales invenerunt, ita quod dictus Petrus non fuit ausus
inlrare, scd per alium locum fecit se deferri in civitatem predictam.
Opportuitque filium dicli Laurentii de suo equo descendere ut porte
guichetum aperiret et, cum ipsum guichetum intrasset, ipsos euntes
per villam quasi omnes communiter derridebant -, aliamque rescus-
sam eisdem servientibus cum armis fecerant de quibusdam equis
predicta occasione captis, custodem equorum per ipsos scrvientes
dcputatum multipliciter et enormiter vulnerando et ostia domus in
qua dicti equi in custodia erant positi frangendo, multas alias violen-
cias injurias et contumelias dictis servientibus et nobis per ipsos
faciendo; super quibus omnibus et singulis idem Laurentius a nobis
petiit inquiri et tantos excessus vindicari. Nosque super predictis dili-
genter, vocatis evocandis, fecimus inquiri, invenimusque per ipsam
inquestam predicta omnia et singula fore sufficienter probata. Quare
dictum episcopum in sex miilibus libris turonensium, dictes cives
466
Lingoncnses in sex millibus libris luronensium et dictos decanum
et capitulum in ducentis libris turonensium condemnavimus et eciam
condemnamus ^ [Fol. -102 v».]
Inqueste, aprisie et informationes expedite in Parlamento omnium
Sanctorum anno clomini M° CC° XC octavo.
Visa inquesta super hoc facta, condemnati sunt abbas et conventus
Sancti Martini Laudunensis pro equitatione, armorum portatione et
pro excessibus per ipsos factis contra abbatem et conventum S.
Johannis Laudunensis domino régi in tribus millibus parisiensium et
quilibet eorum qui.predictis interfuerunt in sexaginta libris parisien-
sium 2. [Fol. 105.]
Pro rescussis et inobedienciis factis gentibus domini régis Lingo-
nis a gentibus episcopi Lingonensis, capituli Lingonensis et a civibus
Lingonensibus, visa inquesta secundo facta, pronunciatura fuit quod
condemnatio primo facta contra dictum episcopum de sex millibus
libris turonensium, et contra capitulum de ducentis libris turonensium,
et contra cives et villam de sex millibus libris turonensium in sua
virtute et statu remanebunt, non obstante inquesta secundo facta ^.
[Fol. 4 05.]
Les lacunes qui restent dans la restitution du Liber Inques-
tarum sont encore très nombreuses ; mais, en admettant même
qu'on ne rencontre plus désormais de nouvelles copies de l'ou-
vrage de Nicolas de Chartres, il est permis d'espérer qu'elles
seront comblées peu à peu. — En effet, sans parler des articles
isolés qui se retrouvent par hasard dans les papiers de tel ou
tel érudit, comme ce jugement de la Pentecôte 1280 pour
l'abbaje de Saint-Riquier ^ qui a été récemment publié d'après
les notes de dom Cotron^, les expéditions anciennes dont nos
archives départementales possèdent une si grande quantité seront
un jour dépouillées et recueillies avec beaucoup de profit. Je
me réserve de montrer ultérieurement tout le parti qu'on en peut
tirer pour la reconstitution des archives judiciaires du xin^ siècle.
1. Cf. Essai de restitution, n° 900.
2. Cf. Essai de restitution, n" 916.
3. Cf. Essai de restitution, n° 931.
4. Cf. Essai de restitution, n" 411.
5. Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie. Doc. inéd., X, 515 a.
467
Quant aux expéditions conservées h Paris, M. Delisle s'est
attaché à les imprimer toutes. Cependant, j'en signalerai deux,
fort longues et fort verbeuses, qui ont échappé à ses recherches
approfondies. La première* correspond au n" 195, la seconde ^
au n» 224 de Y Essai de restitution ; voici le texte de ces deux
pièces, qui sont inédites :
I.
Philippus, Dci grafia, Francorum rex^ notum facimus universis
tam prcsentibus quam fufuris quod cum abbas et convenlus monas-
lerii burgi Dolensis contra dominum Castri Radulphi, proponerent
coram nobis quod ipsi sequelam habebahl et jus scquelc hominum
et feminarum suarum apud Gaslrum Radulphum in burgo SancLi
Gildasii et per totam terram prefati domini Castri Radulphi, villa de
Aguiranda excepta, et quod idem domhius Gaslri Radulphi qui esset
pro tempore banc sequelam seu jus sequele eis defendcre ac garan-
tisare perpétue lenebalur; neenon quod idem dominas Gaslri Radul-
phi homines ecclesie memorate ad suum recipere domanium aut eos-
dem contra dictos abbatem et conventum manutenere seu delTendere
non debebat. Item, cum ipsi proponerent se jus habere unum ser-
vientem habendi in Gastro Radulpho ab omni consueludine salvum
et liberum, prout alii servientes militum soient esse, ac eciam quod
habebant eamdem libertatem et laie domanium in villa Sancli Dloni-
sii prope caslrura quale domanium et qualem habebant in villa de
Menilio libertatem; et quod in burgo de Menilio habebant et usi erant
habere furnum et caniificium sive stalla pro vendendis carnibus, et
quod hiis pacilice ulebantur. Rursus, quod dominus Gaslri Radulphi
quicumque esset pro tempore debebat jurare ac jurari facere per
bailiivos, senescallos et prepositos suos quod jura dictorum abbatis
et convenlus non impedirent vel facerenl impediri, immo pro posse
suo jura eorum observarent illesa et facerent observari; item quod
res Dolensis ecclesie seu hominum suorum, ubicumque essent, per
dominum Gaslri Radulphi vel allocalos suos non debebant capi, nisi
abbas vel ejus mandatum ab ipso domino vel senescallo suo requisiti
de juslicia facienda eidem domino vel senescallo super hiisdequibus
requisiti essent, nollent vel recusarenl justiciam cxhibere; neenon
1. Arch. nat., K. 176, n" 13. Copie.
2. Arch. nat., MM. 876, n" 43, 44. Expédition originale.
quod dominus Gastri Radulphi, per se vel per nuncios suos, res vel
vadia cujuslibet infra cruces et termines libertatis burgis Dolensis
capere sive capi facere non polerat, nec etiam homincs infra ipsius
libertatis cruces et terminos commorantes, quantumcumque delinqae-
rent, nisi essent in presenti et manifesto commisso extra cruces et
terminos hujusmodi deprehensi; nec eciam res ipsorum hominum
idem dominus capere sive capi facere poterat aut debebat quamdiu
coram dicto abbate vel mandato ejus pati essent ipsi homines stare
juri. Et insuper quod burgus Dolensis liber et imraunis erat et sem-
per fuerat, et quod ad ipsos abbatem et conventum spectabant omnis
justicia et districture hominum ibidem habitantium infra terminos
libertatis, ac eciam quod prefatus dominus nullam violentiam debe-
bat inferre vel inferri permittere infra terminos libertatis predicte,
immo ad defendendum ab hujusmodi violentiis tenebatur consilium
et auxilium impartiri. Item quod usus communis erat in castel-
lania Gastri Radulphi quod quilibet dominus censive poterat ipsam
censivam, cura vendi contingebat, eamdem pro vendilionis ipsius pre-
tio retinere; ac etiam quod in dicto burgo quelibet mercimonia et
quodcumque genus negotiationis cujuslibet vendebantur, emebantur,
fiebant et exercebantur libère et aperte, et quod eorum homines in
dicto burgo manentes pannos ibi vendere coloris cujuslibet usi erant :
necnon quod quicumque mercatores erant usi in ipso burgo cum suis
mercibus quibuscUmque temporibus hospitari. — Tandem, auditis
omnibus et singulis que partes proponere voluerunt, ipsisque con-
senti entibus quod, secundum privilégia exhibita et attestationes tes-
tium predictorum ex parte abbatis et conventus predictorum et litte-
ras predictas et raciones propositas ex parte dicti domini Gastri
Radulphi justicia fieret inter ipsos, ac insuper eisdem attestationibus,
privilegiis et litteris ac racionibus diligenter inspectis, quiainventum
fuit dictos abbatem et conventum suam super premissis suffîcienter
intentionem probasse, per judicium curie nostre pronunciatum fuit
privilégia et cartas dictorum abbatis et conventus sibi debere lencri
a domino Gastri Radulphi qui pro tempore fuerit, quantum ad pre-
missos articulos, prout continetur in illis, salvo tamen quod, quan-
tum ad homines Gastri Radulphi, predictus articulus de sequela rema-
neat in suspenso; qui quoad ipsum articulum audiantur, si sua
crediderint interesse. Et insuper pronunciatum fuit per idem judi-
cium quod abbas et conventus predicti furno et stallis ad vendendum
carnes in burgo de Sancto Dyonisio, sicut utebantur in burgo de
Menilio, uti poterant et debebant, sine contradictione domin i Gastri
460
Radulphi, salvo jure cujuslibet allerius; el quod ipsi ccnsivas suas
vendilas pro venditionis precio poleranl rctinere absque dicti domini
contradictione, cujuslibet alterius jure salvo, ac eciam quod in burgo
Dolensi panni cujuscumquc coloris publice, vendi poleranl et aperte;
necnon quod mercalorcsquicumque ibidem quibuscumque lemporibus
hospitari poleranl cum suis quibuslibet mercaluris. In cujus rei, etc.
Aetum Parisius, anno domini M" CC° LXX° quinto, mense decembri.
II.
Philippus, Dei gracia, Francorum rex, notum facimus univer-
sis quod cum conlenlio verleretur inler priorem et fratres domus
Hospitalis Jhcrusalem in Francia, ex una parle, el Johannem Bri-
taudi, militem, dominum Nangiaci, ex altéra, super eo videlicet
quod ipsi Hospilalarii seu eoriim mandalum inhumavcranl apud
Monlcm Dei, in lerra ipsorum, unam feminam pro deliclo ab ipsa
perpelrato, furcas levaverant, justiciaminibi exercendo, procuratore
dicti militis in presencia' existenle el premissa vidcnte. Poslmo-
dum idem miles contra justiciam spoliavit eosdem, illam inhuma-
tam amovendo, asportando furcas predictas et eas diruendo ; quare
petebant ad suam prediclam possessionem reslilui, cum per predic-
tum militem predicta possessione fuerinl indebite spoliati, maxime
cum fuissent in possessione de premissis per spacium trium men-
sium et amplius-, dicto milite in contrarium respondente et asserente
quod feminam amoverat de terra eorum predicta et furcas diruerat,
sed utendo jure suo premissa fecerat, non ipsos spoliando, quia an te
illud faclum eratet fuerat in possessione vel quasi, tam ipscquam ejus
antecessores, faciendi et exercendi omnimodam jurisdiclionem in locis
omnibus circumquaque adjacenlibus terre eorum, et que sunl ejusdem
condicionis cujus est terra Hospitalariorum, videlicet in terris mili-
tum et aliorum que ipsorum Hospitalariorum terre junguntur, et est
in possessione vel quasi exercendi diclam justiciam in territoriis adja-
cenlibus quando casus se oblulil, el premissa fecil suam possessionem
vel quasi continuando, non eos spoliando, preserlim quia Hospila-
larii fecerunl illud de quo sibi vindicant possessionem clandestine in
absencia dicti mililis, ulpole dicto milite agenle in exlraneis partibus
el remotis ; proponente etiam ad sui defensionem quod villa Monlis
Dei, de cujus justicia movelur contentio inler parles, est infra fines
jurisdictionis seu castellanie Nangiaci; item quod villa Monlis Dei
est in lerritorio Nangiaci; item quod omnls justicia alla et bassa de
32
470
jure communi ad diclum militem infra fines predicte castellanie per-
tinebat; item quod ipse et ejus anlecessores sunt et fuerunt in pos-
scssione vel quasi lalliandi, bonandi, limitandi cheminos seu vias
publicas seu itinera publica et omnimodam justiciam in dicto loco
et locis circumquaque adjacentibus exercendi per lantum teraporis
quod eidem plénum jus, et in possessionc et in proprietate, extitit
acquisitum. Dictis priore et fratribus seu ipsorum procuratore in
contrarium asserentilius : videlicet quod terra et villa Montis Dei est
in castellania de Meleduno et quod usi sunt in villa et territorio de
Monte Dei omni justicia usque nunc et temporibus retroaetis et sunt
et erant in possessione vel quasi omnem justiciam inibi exercendi-,
visa inquesta de mandato curie nostre super premissis facta et audi-
lis bine inde propositis, judicatum est quod omnimoda justicia in villa
et territorio de Monte Dei dicto militi remanebit. — Geterum, cum
inter dictos priorem et fratres, ex una parte, et dictum Johannem Bri-
taudi, militem, et Johannem de Castello, armigerum, ex altéra, alla
questio verteretur super eo videlicet quod dicti miles et armiger pro-
ponebant quod villa de Gruce in Bria est infra fines jurisdictionis seu
castellanie Nangiaci predicte, et infra pedagium castellanie ejusdem,
et quod omnia justicia alta et bassa infra fines et pedagium dicte cas-
tellanie ad ipsos pertinet pleno jure j insuper eciam quod sunt in pos-
sessione vel quasi levandi pedagium, limitandi, talliandi, bonandi
cheminos, vias publicas seu eciam itinera publica seu metas ponendi
juxta itinera publica in villa de Gruce predicta et in territorio et locis
circumquaque adjacentibus, et faciendi et exhibendi justicie comple-
mentum hominibus seu hospitibus Hospitalariorum predictorum in
villa de Gruce commorantibus conquerentibus de Hospitalariis supra-
dictis, et habendi resortum de curia eorumdem ; item et in dicta villa
et territorio omnimodam justiciam exercendi a tempore cuji^smemo-
ria non existit, necnon eciam ponendi bannum in dicta villa super
homines et hospites Hospitalariorum in villa predicta et territorio
commorantes ad plessandas, sublevandas et inforciandas haias de
Bria, que vulgo dicuntur fortalicium castri Nangiaci superius nomi-
nati, singulis die])U5 dominicis a Nativitate Domini usque ad festum
Resurrectionis dominice proximo subsequentis; premissa omnia et
et singula quod predictis militi et armigero debeantur in villa et ter-
ritorio predictis, fama publica referente. Priore et fratribus supradic-
tis seu ipsorum procuratore contrarium asserentibus et ad sui defen-
sionem proponentlbus quod villa predicta de Gruce in Bria ad diclos
priorem et fratres pertinet pleno jure, exceptis quibusdam hominibus
seu hospilibus quos dicti miles et armiger in ipsa villa habere
dicunlur, necnon eciam quod in ipsa villa el territorio habent omni-
modam jusliciam altam el bassam et sunL et fuerunt dicti prior et fra-
tres in possessione vel quasi in dictis villa et territorio omnimodam
justiciam exercendi a tanto tempore quod eisdem sufficitadprcscrip-
tionera legilimam, exceptis hominibus et hospilibus supradiclis; item
quod dicta villa de Gruce est in castellania Meledunensi et infra fines
castellanie predicle. Visa inquesta de mandalo curie noslre super hiis
facta, judicaluni est quod alla justicia el resorlum in dictis villa et
territorio dictis milili et armigero remanebit; item jus levandi peda-
gium, limitandi, lalliandi, bonandi vias seu itinera publica in villa et
territorio predictis, necnon faciendi et exhibendi justicie complemen-
tum hominibus seu hospilibus Hospitalariorum in villa de Cruce et
territorio commorantibus, conquerenlibus de iïospitalariis supradic-
lis, et habendi resorlum de curia eorumdem, necnon eciam ponendi
bannum in dicta villa super homines et hospites Hospitalariorum
predictorum ad plessandas et inforciandas et sublevandas haias supra-
diclas, tempore superius determinalo, dictis militi et armigero rema-
nebit. Justicia vero lalronis et homicidii et bassa sive parva justicia
inferius dictis Hospilalariis remanebit in omnibus casibus, illis tamen
exceptis qui dictis milili et armigero rémanent, prout superius est
expressum. In cujus rei testimonium, presentibus litteris nostrum
fecimua appoyii dgillum. Actum Parisius, anno domini i/*» CO LXX"
quinto, mcnse Julio.
Gh.-V. Langlois.
Aux nouveaux matériaux dont M. Langlois vient de révéler
l'existence pour la restitution définitive du registre de Nicolas de
Chartres, je demande la permission de joindre plusieurs pièces
qui pourront servir au même travail et qui, je crois, n'avaient
pas encore été signalées. Ces pièces, au nombre de six, sont con-
servées aux Archives du département de l'Aisne, dans le grand
cartulaire de l'évêché de Laon.
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que la Bibliothèque
de V Ecole des chartes a publié en 1873 (t. XXXIV, p. 659)
le texte d'un jugement du parlement de la Toussaint 1288, qui
règle les droits du chapitre de Laon sur les hommes de Brissy et
472
sur ceux de Braye-en-Laonnois, jugement qui était représenté
par une note très sommaire dans l'Essai de restitution du
registre de Nicolas de Chartres (article 706).
L. D.
V.
Philippus, Dei gratia Francorum rex, universis présentes litteras
inspecturis, salutem. Notum facimus quod, conquerentibus coram
nobis custodibus regalium Laudunensium de Ingerranno domino
Cociaci, super hoc quod gentes ipsius graviter vulneraverunt et
ceperunt in terra episcopatus Laudunensis, in qua episcopus Lau-
dunensis habet omnimodam justiciam, Johannem dictum Tartarim,
hominem de corpore episcopatus Laudunensis et in terra episcopatus
manentem, et in prisionem dicti domini duxerunt, quem hominem
dictus dominus reddere vel recredere noluit, nec locum in quo captus
fuerat resaisire, licet super hoc fuisset a dictis custodibus et a ser-
vienlibus Laudunensibus sufficienter requisitus, nec etiam dictum
vulneratum eisdem ostendere ; immo eum tam diu tenuit in prisione
sua quod post requisitionem predictam expiravit ibidem; dictus
dominus, propter hoc coram nobis adjournatus et constitutus, nichil
de predictis contra ipsum propositis negavit, sed ad defensionem
suam proposuit quod in loco in quo captus fuerat homo predictus, et
de quo facta fuerat ostensio coram balhvo nostro Viromandensi,
habet garennam suam, et erat et est in possessione capiendi et arres-
tandi ratione garenne sue ibidem; dictis custodibus negantibus
supradicta, et dicentibus quod omnes, et maxime homines apud
Versigniacum manentes, possunt et consueverunt ibidem pro volun-
tate sua venari; facta itaque de mandato nostro super predictis
inquisitione, et productis ab utraque parte testibus et diligenter exa-
minatis, et eadem inquisitione diligenter inspecta et examinata, non
fuit inventum dictum dominum causam rationabilem habuisse
capiendi seu detinendi hominem supradictum, nec ipsum habere
garennam in loco predicto, videhcet extra boscum, aut esse in pos-
sessione capiendi seu arrestandi ibidem ratione garenne sue, dic-
losque custodes inlentionem suam suflicienter et légitime probavisse.
1. Ce jugement, rendu au parlement de l'Epiphanie 1278 (n. st.), est indiqué
sous le n» 311 dans VEssai de restitution. 11 est dans le grand cartulaire de
l'évêché de Laon, pièce 11.
473
Conquerentibus insuper diclis custodibus de domino supradicto, super
hoc quod ipse seu servientes sui ceperant quendam servientcm nos-
Irum, a dictis custodibus deputalum ad exercendam jusUtiam in
quodam loco apud Yersigniacum, in quo loco dicei^anl dicti custodes
quod episcopus Guillelmus et prcdecessores sui exercuerant omnirao-
dum justiciam, et erant in possessione justicie tempore quo vivebant-,
dictus vero dominus locum predictum Allodium appellabat\ et ad
se diccbat justiciam dicti loci pcrtinere; nos super predictis fecimus
diligenter inquiri; facta itaque inquisitione, et productis testibus et
diligenter examinatis, inspeclaque inquisitione predicta et diligenter
examinata, inventum fuit custodes predictos intentioncm suamlegit-
lime probavisse, nec fuit inventum aliquod probatum pro parte
domini de Cociaco, quare in loco predicto aliquam justiciam debeat
obtinere. In cujus rci testimonium, presentibus litteris nostrum
fecimus apponi sigillum. Actum Parisius, anno Domini M" CG° septua-
gesimo septimo, mense martio.
II 2.
Philippus, Dei gratia Francorum rex, universis présentes litteras
inspecturis, salutem. Notum facimus quod, [cum] discordia vertere-
tur inter dilectum et fidelem nostrum episcopum Laudunensem, ex
una parte, et dominum Cociaci, ex altéra, super eo quod dominus
Gociaci dicebat se esse in saisina faciendi recredentiam per manum
suam de prisiis factis per gentes suas nomine suo in suis forestis et
in suis nemoribus supra gentes episcopi Laudunensis ; dicto epîscopo
hoc negante, et affirmante se esse in saisina habcndi dictam recre-
dentiam per manum nostram; visa inqucsta super hoc facta, et
auditis rationibus hinc et inde, pronunciatum fuit per curie nostre
judicium dictum episcopum remanere debere in saisina habendi et
capiendi dictam recredentiam per manum nostram. In cujus rei tes-
timonium , presentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum.
Actum Parisius, anno Domini M* GG" octogesimo primo, mense
januario.
1. Le carlulaire porte appellebat.
2. Jugement du parlement des Octaves de la Saint-Martin 1281, tiré du grand
cartulaire de l'évèctié de Laon, pièce 27 A. Mentionné dans VEssai de restitu-
tion sous le n" 464.
474
iir.
Philippus, Dei gratia Prancorum rex, universis présentes litteras
inspecturis, salutem. Notum facimus quod, cum in nostra curia
contentio verlcretur inter dilectum et fidelem nostrum episcopum
Laudunensera, ex una parte, et majorem et juratos de Brueriis, ex
altéra, super eo quod dictus episcopus dicebat se esse in saisina
quod, quando homines ipsius episcopi capti erant apud Bruerias ad
presentem melleiam, remittebantur sibi, et habebat de ipsis cogni-
tionera et judicium, quare petebat dictus episcopus quod quidam qui
erant homines sui capti ad presentem melleiam apud Bruerias sibi
redderentur, ut haberet cognitionem et judicium de eisdem-, majore
etjuratis de Brueriis contrarium asserentibus, et dicentibus quod
très homines qui capti fuerant ad presentem melleiam apud Bruerias
forisfactum coram^ ipsis majore et juratis sponte et sine aliqua
coactione emendaverant, et quod dicti major et jurati emendam taxa-
verant, ut dicebant; asserebant etiam dicti major et jurati se esse in
saisina quod, quando aliquis extraneus captus est ad presentem
melleiam in villa de Brueriis, ipsi habent cognitionem et judicium,
cujuscumque loci vel dominii sit, et hoc dicebant se habere per
punctum carte eis date de consensu episcopi Laudunensis ; tandem ,
super premissis facta inquesta et diligenler visa, visis etiam et
intellectis rationibus utriusque partis, quia probatum inventum fuit
dictum episcopum esse in saisina quod, quando homines sui de cor-
pore capti sunt apud Bruerias ad presentem melleiam, remittuntur
sibi, et habet de ipsis cognitionem et judicium; pronunciatum fuit
per curie nostre judicium dictum episcopum in saisina hujusmodi
remanere debere, questione proprietatis reservata. In cujus rei testi-
monium,presentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum. Actum
Parisius, anno Doraini M" GG° octogesimo secundo, mense raartio.
Philippus, Dei gratia Francorum rex, universis présentes litteras
1. Jugement du parlemenl de la Saint-Martin 1282 ; copié dans le grand car-
tulaire de l'évêché de Laon, sous le n" 53. Il répond au n" 482 de l'Essai de
restitution.
2. Le cartulaire porte contra.
3. Jugement du parlement de la Saint-Martin 1282, mentionné sous le n* 483
de y Essai de restitution. Grand cartulaire de l'évêché de Laon, pièce 13.
475
inspecturis, salutem. Notum facimus quod, cum in nostra curiacon-
tentio vertcretur inler dilcclum et fidelcm nostrum episcopum Laudu-
nensem, ex una parle, cL majorera et juratos do Brueriis, ex altéra,
super eo quod dictus episcopus dicebat contra cos et probare inten-
debat quod bomines episcopalus sunt et fuerunt in saisina transeundi
quitte et libère per calceyas de Brueriis et de Vorges sine solvere
calceiam, et quod, si aliquis cepit propter hoc gagia eorum, reddita
fuerunt et liberala absque aliquo solvcndo, diclis majore et juralis
contrarium asserentibus, et dicentibus quod ipsi usi sunt et explecla-
verunt et sunt in saisina de longo tempore capiendi et capi faciendi
calceiam apud Rruerias et apud Vorges ab hominibus episcopatus,
utendo saisina sua et conlinuando eandem-, tandem, super hiis facta
inquesta et visa, visis etiam rationibus utriusquc partis, pronuncia-
tum fuit per curie nostrc judicium bomines de corpore episcopatus
Laudunensis in saisina transeundi quitte et libère per calcoias de
Brueriis et de Vorges et absque solvcndo calceiam remanere debere,
salva questione proprietatis. In cujus rei testimonium, presentibus
litteris nostrum fecimus apponi sigillum, Actum Parisius, anno
Domini M^ GG" octogesimo secundo, mense martio.
Philippus, Dei gratia Francorum rex, univcrsis présentes litteras
inspecturis, salutem. Notum facimus quod, cum dilectus et fidelis
noster episcopus Laudunensis nobis conqueslus fuissel quod major et
jurati Laudunenses irapediebant minus juste quominus servientes
dieti episcopi custodes nemorura et garennarum suarum per villam
et pacem Lauduni déferre possent enses suos cinctos ad latera vel
pendentes ad coilum sive ad humeros, et arcus suos distentos et
sagittas suas sicut vellent ; auditis super hoc partibus, esgardatum
fuit per nostram curiam dictos majorera et juratos ab impedimentis
premissis cessare debere, et eisdera custodibus seu servientibus
licere, ut dictura est, premissa déferre. In cujus rei testimonium,
presentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum. Actum Pari-
sius, mense raartii; anno Domini M" GG° octogesimo secundo.
1. Jugement de la même session que les deux précédents. — Copié dans le
grand cartulaire de l'évêché de Laon, pièce 14.
476
vr.
Universis présentes litteras inspecluris, Th. miseralione divina
ecclesie Dolensis minister humilis, Malheus eadem miscratione
ecclesie Beati Dyonisii in Francia abbas humilis, et Symon de Claro-
monte, dominas Nigelle, salutem. Notum facimus quod, cum in curia
domini régis contentio verteretur inter dilectum et fidelem domini
régis episcopum Laudunensem, ex una parle, majorem et juratos
Laudunenses, ex altéra, super pluribus artieuhs et diversis, auditis
rationibus hinc et inde,'per curiam domini régis extitit ordinatum de
eisdem in forma que sequitur. In primis cum dictus episcopus asse-
reret se habere Lauduni servientem pro justicia thelonei et roagii
exercenda, dictis civibus dicentibus et asserentibus dictam justiciam
per dictum servientem absque scabinis exerceri non posse, ordinatum
fuit quod dictus serviens dictam justiciam thelonei et roagii et non
alius exercebit et habebit. Item cum dictus episcopus assereret quod
deputaverat et poterat deputare servientes suos Lauduni ad inspicien-
dum carnes, pisces et vina, et videndum utrum essent corrupta vel
non, ordinatum fuit quod dictus episcopus potest deputare servientes
suos qui auctoritate domini episcopi polerunt carnes, pisces et vina
inspicere, cognoscere et judicare, et effundere vina si ea viderint
esse corrupta, et bannire pisces et carnes si eisdem videatur quod
sint bannienda ; et major et jurati poterunt idem facere in sua jus-
ticia extra justiciam dicti episcopi. Super articulo de cambiis, quo-
rum jurisdictio ad episcopum pertinet, fuit ordinatum quod dicta
cambia reponantur in statu antiquo in quo fuerunt, ita tamen quod
ibi poterit bene vendi si sint plura cambia quam sit neccesse ; quod si
supcrvenerint campsores, liberabuntureis cambia. Prohibebitur etiam
propter fraudem evitandam ne Lauduni quis cambiat alibi quam in
cambiis antedictis. Item cum episcopus conquereretur quod dicti
cives habebant sexdecim servientes armatos expletantes in ducatu
et comitatu suo infra terminos pacis Lauduni, ordinatum fuit quod
[dicti cives] habere poterunt messores et custodes vi[nearum] ultra
numerum consuetum ah antiquo, nec poterunt messores et custodes
aliud officium exercere quam illud quod pertinet ad custodiam vinea-
1. Jugement du parlement des octaves de la Pentecôte 1283. Grand cartu-
laire de l'évôclié de Laon, pièce 5. A rapprocher de l'arrêt qui est dans les
Olim, t. III, p. 221.
477
rum et segetum infra tcrminos pacis. Item cum dicliis episcopus
assereret Odonem de ('ouillefeu, eaplum per sL'rvienles suos in jus-
licia sua, rescassum fuisse per majorem Laudunensem et faulorcs
suos, ordinalum fuil quod diclus major diclam rescussam emendahit
et eraendavil, et cpiscopum predictum resalsiel de Odone anlediclo.
Item cum dictus episcopus assereret quemdam canonicum Sancte
Genovefc in justicia sua fuisse verberatum per quosdam malefac-
tores, et quemdam de malefactoribus captum fuisse per suos ser-
vientes, scilicet Pietinum, et eundem fuisse rescussum per plures de
pace Lauduni; visa intjuesta super hoc facta, exlitit ordinatum quod
Sûibertus de Ghanni capialur, et corpus ejus leneatur carccri man-
cipatum quousque emendaverit episcopo rescussam antedictam et
resaisavcrit eumdem, et pro dicta rescussa oplime punietur, et Pie-
tinus tonebitur quousque injuriam emendaverit tam episcopo quam
canonico antedicto. Item ordinatum fuit quod homines episcopi Lau-
duncnsis gaudebunt franchesiis et libertalibus sibi adjudicatis, crcan-
tum faciendo vel fidcm prestando quod sint bomincs de couditione
tantum. Item ordinatum fuit quod dicti major et jurali de bomine
capto pro cunicubs, rescusso tam per bomincs Laudunenses quam
per bomincs de Vallibus, cujus rescussam emcndaverunt episcopo
memorato, resaisiant eumdem. Item de latronc cujus auriculam
absciderunt in bala ubi pisces venduntur, pro quo emendam fccerunt
episcopo memorato, resaisiant locum. Item predicle cmende facte
fuerunt per dictos majorem et juratos, cum quibusdam aUis emendis
factis eidem; taxate fuerunt per curiam domini régis ad quingentas
libras luronensium, episcopo memorato a predictis majore et juratis
persolvendas. Emenda etiam llaimmardi de Remis, servientis domini
régis, qui dictum cpiscopum et gentes suas cuslodicbat de prcceplo
domini régis speciali, pro injuria sibi illata, taxata fuit usque ad
quinquaginla bbras turonensium, eidem a predictis majore et juralis
persolvendas. In cujus rei testimonium, presentibus liLtcris nostra
feciraus apponi siglUa. Actum Parisius, anno Domini M» GG" octua-
gesimo tercio, mense auguslo.
ETUDE SUR LA DATE
DE
L'EGLISE DE SAINT-GERMER
Si l'âge de la plupart des grandes cathédrales françaises ne fait
plus aujourd'hui l'objet d'aucune controv^erse, grâce à la décou-
verte de documents qui déterminent avec précision l'époque où
elles furent construites, il n'en est malheureusement pas de même
d'un grand nombre d'églises abbatiales delà France, dont la date
ne peut être fixée que d'une manière approximative d'après les
caractères généraux de leur architecture. Parmi les édifices reli-
gieux de cette dernière catégorie, il en est un sur lequel les
archéologues ont émis bien des opinions contradictoires, c'est
l'église de Saint-Germer S qui a été attribuée tantôt au xi% tantôt
au xii^ siècle. Il nous a paru intéressant de reprendre la question
de la date de ce monument, après avoir eu l'occasion de visiter
un grand nombre d'églises rurales du Vexin, du Beauvaisis, du
Soissonnais et duLaonnais antérieures au xiif siècle. Mais, avant
de développer les raisons qui servent de base à notre opinion, il
convient d'exposer d'abord les conclusions des études dont l'église
de Saint-Germer a déjà été l'objet.
C'est en 1841 que l'édifice fut attribué pour la première fois
au xf siècle par M. Graves, dans son Précis statistique sur le
canton du Coudray-Saint-Germer-. « Cette église, dit-il, est
intéressante comme monument historique par la brièveté du
chœur comparé à la nef, disposition exceptionnelle dans les cons-
tructions du xf siècle Elle a été commencée vers 1030: le
chœur paraît avoir précédé la nef et celle-ci a dû précéder l'an-
1. Oise, arr. de Beauvais, cant. du Coudray-Saint-Germer.
2. Annuaire de l'Oise, 1841, 2« partie, p. 76.
^79
cienne façade, à en juger par les quatre piliers qui ont survécu à
la dévastation de 1400. » Quinze ans plus tard, en 1856, le même
auteur n'avait pas changé d'avis, car on rencontre la phrase
suivante dans un autre de ses ouvrages : « L'éghse de Saint-
Germer, qui date de la première moitié du xi" siècle, a la lour-
deur et les ogives disgracieuses des constructions normandes du
même temps ^ » M. l'abbé Corblet adopta en 1842 l'opinion
émise par M. Graves et s'exprime à ce sujet de la manière suivante :
« Drogon, 41" évêque de Beauvais, grand bâtisseur de moû-
tiers, fit réédifier l'abbaye et y établit des bénédictins de la con-
grégation de Saint-Maur. Ce fut par ses ordres que fut érigée,
l'an 1036, l'éghse abbatiale que nous devons décrire ^ » En
1873, le même auteur a maintenu son assertion quand il fait
observer qu' « en Picardie on voit plusieurs monuments du
xf siècle où apparaît déjà l'arcade ogivale, et que le plus remar-
quable est l'église de Saint-Germer de Flay (Oise), qui date de
l'an 1036 ^. » Dans le cours de l'année 1847, deux autres archéo-
logues furent également du même avis. M. l'abbé Cochet ^ pense
<.< que Saint-Germer date de 1036 » et M. l'abbé Bourgeois admet
que « l'église de Saint-Germer a été bâtie dans la première moitié
du xf siècle sur un plan invariable et bien conçue » M. Eugène
Woillez a été moins affirmatif en 1849 : « Il est évident, dit-il,
que le chœur et les transepts ont été construits avant la nef.
C'étaient sans doute les parties édifiées du temps de l'historien
Guibert, vivant comme on sait à la fin du xi" et dans la première
partie du xri' siècle. » Et plus loin : « Il faut reconnaître que le
plan de l'édifice, et surtout celui de sa partie orientale, peuvent
bien dater de 1060, mais qu'il faut laisser indécises les dates de
l'édification et de l'ornementation du reste de l'œuvre entre cette
époque précisée par l'histoire et la seconde moitié du xif siècle ''. »
1. Notice archéologique sur le département de l'Oise. Beauvais, 185G, in-8%
p. 359.
2. Description historique de l'église et de la chapelle de Saint-Germer de
Flay, article inséré dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Picar-
die, 1" série, t. V, 1842, p. 179.
3. Manuel élémentaire d'archéologie nationale, 1' éd. Paris, 1873, in-8°,
p. 192.
4. De Vogive et du plein cintre. Cf. Bulletin monumental, t. XIII, 18i7,
p. 390.
5. Bulletin monumental, t. XIII, 1847, p. Gl.
6. Archéologie des monuments religieux de l'ancien Beauvaisis pendant la
480
En 1862, M. Daniel Ramée et M. Emmanuel Woillez ont fait des
remarques analogues ; le premier auteur est d'avis que l'église
de Saint-Gerraer, « commencée à la fin du xf siècle, n'a été ter-
minée qu'au xii^ S » et le second s'est borné à faire remarquer
que « cet édifice du xi° au xif siècle présente des particularités
architectoniques remarquables ^ » Enfin, il y a quelques années,
en 1879, M. Edouard Fleury, qui a toujours été porté à reculer
la date des monuments dont il a parlé, même accidentellement,
dans son ouvrage, admet que « le style dit de transition, c'est-à-
dire le mariage du vieux plein cintre et de la jeune ogive, ne date
pas du xif siècle, mais du xf, puisqu'il se manifeste dans l'église
de Saint-Germer de l'Oise, bâtie en 1036 ^. »
Malgré des affirmations aussi catégoriques, nous avons eu la
curiosité de rechercher le texte sur lequel s'appuyait l'opinion de
ces divers auteurs. Il était facile de reconnaître à première vue
que ce n'était pas un document bien précis, puisque M. Graves
fixait la date de la construction de l'église à l'année 1030,
M. l'abbé Corblet à l'année 1036 et M. Woillez à l'année 1060.
En effet, voici le fait historique invoqué par ces trois archéo-
logues. Dans le cours de l'année 906, l'abbaye de Saint-Germer de
Flay avait été ruinée de fond en comble par les Normands, et elle
était encore complètement abandonnée plus d'un siècle après ce
désastre quand Drogon , évêque de Beauvais , entreprit de la restau-
rer en y installant des religieux de l 'ordre de Saint-Benoît * . Or Dro-
gon, qui n'est mentionné dans aucune charte avant l'année 1035,
mourut vers 1058. Ces deux dates ne sont pas très précises, mais
on sait d'une manière positive que le prédécesseur de Drogon,
Garin, cessa de vivre le 6 novembre 1030, et que son successeur
Guilbert était évêque de Beauvais en 1059, puisqu'il est men-
tionné dans une lettre écrite à cette époque par le pape Nicolas II
métamorphose romane. Paris, 1839-1849, in-folio. Monographie de Saint-Ger-
mer, p. 18.
1. Histoire générale de l'architecture. Paris, 1862, in-8°, t. II, p. 870.
2. Répertoire archéologique du département de l'Oise, colonne 44. En 1842,
M. Emmanuel "W'oillez, dans ses Études archéologiques sur les monuments
religieux de la Picardie, n'avait pas hésité ;\ attribuer l'église de Saint-Germer
au XI' siècle. Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, 1" série,
t. VI, p. 238.
3. Antiquités et monuments du département de l'Aisne. Paris, 1877-1882,
4 vol. in-folio. T. III, p. 116.
4. Gallia christiana, t. IX, col. 787.
484
à l'archevêque de Reiras*. On peut donc considérer les années
1030 et 1059 comme les limites extrêmes de l'épiscopat de Dro-
gon. Nous ne saurions expliquer pourquoi M. Graves a choisi la
première de ces dates et M. Woillez la seconde, à une année près,
pour fixer l'époque de la construction de l'église de Saint-Ger-
mer. Cependant nous ne serions pas étonné que M. Graves se
soit laissé entraîner par le désir d'attribuer une très grande anti-
quité à l'édifice, de même qu'il avait pris pour une œuvre du
viii^ siècle la curieuse façade de l'église de Trie-Château (Oise),
qui porte l'empreinte du style en usage dans la première moitié
du \if siècle ^ M. Woillez, beaucoup plus prudent dans ses con-
clusions, n'osa pas rejeter la tradition qui considère l'église
actuelle comme l'œuvre de Drogon, mais il s'efforça du moins de
reculer la date du monument jusqu'à la dernière année de la vie
de l'évêque, car il s'est parfaitement rendu compte des objections
qui pouvaient être opposées à sa doctrine. Quant à l'opinion de
M. l'abbé Corblet, elle s'appuie sur le passage suivant du G allia
christiana^ : Monasterium Flaviacum à Rollone anno 906
usque ad solum destruitur, religiosisque defunctis et pro-
fugis desertuiii et incolis vacuum centum et trigenta annis
mansit, dmn pacatis regni dissidiis Broco episcopus, ut
Nicolai mentem assequeretur , de restituendo Flaviaco
sedulo cogitavit quod S. Geremari nuncupari voluit.
Cette phrase fixe bien la date du rétablissement de l'abbaye à
l'année 1036, mais on remarquera qu'elle ne renferme aucune
mention de l'église, et, quand même on y trouverait en propres
termes que Drogon fit reconstruire l'église et les bâtiments monas-
tiques, il resterait encore à prouver le point le plus important, à
savoir que l'édifice bâti en 1036 est bien celui qui s'élève actuel-
lement au centre du village de Saint-Germer. Le raisonnement
de M. l'abbé Corblet peut se résumer ainsi. Le Gallia chris-
tiana nous apprend que Drogon installa des religieux à Saint-
Germer en 1036; or il est probable que les moines s'empressèrent
de rebâtir l'abbaye et l'église aussitôt après leur arrivée; d'un
autre côté, les chroniques ne mentionnent aucune construction
1. Gallia christiana, t. IX, col. 708.
2. Précis statistique du canton de Chaumont-en-Vexin, notice insérée dans
XAnnuaire de l'Oise, année 1827, \>. 310.
3. T. IX, col. 787.
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d'église à Saint-Germer pendant le moyen âge; donc le monu-
ment actuel est contemporain du rétablissement de l'abbaye. Un
semblable système peut conduire très loin; appliquons-le par
exemple à une église voisine de Saint-Germer, celle de Saint-
Etienne de Beauvais. Le Gallia christiana rapporte qu'en 997
l'évêque Hervé jeta les fondements de l'église de Saint-Etienne ^
or les historiens gardent le silence sur les travaux exécutés pos-
térieurement à cette date, donc l'édifice remonte à l'année 997.
On se trouverait amené de cette manière à faire remonter au
x^ siècle une église dont les parties les plus anciennes, suivant
l'opinion de tous les archéologues ^ et de M. l'abbé Corblet lui-
même ^ ne sont pas antérieures au premier quart du xii* siècle.
Il nous paraît bon de rappeler à ce sujet le conseil que Jules Qui-
cherat donnait à ses lecteurs en terminant l'article où il établis-
sait d'une façon si judicieuse l'âge de la cathédrale de Laon.
« Puisse le nouvel exemple que nous venons de produire rendre
les archéologues plus circonspects lorsqu'ils font l'application des
témoignages écrits aux monuments^. »
S'il est impossible de prouver qu'on construisit dès l'année
1036 une grande église à Saint-Germer, on est du moins certain de
l'existence d'un édifice religieux dans l'enceinte de l'abbaye à la
fin du xi° siècle. Le témoignage de Guibert de Nogent ne permet
pas d'élever le moindre doute à cet égard. Cet historien de la
première croisade, auteur des Gesia Dei per Francos, né en
1053 à Clermont-en-Beauvaisis et mort en 1124, fut moine à
Saint-Germer dès l'âge de onze ans, en 1064. Il y reçut les leçons
de saint Anselme et séjourna dans l'abbaye jusqu'au jour où il
fut nommé abbé du monastère de Nogent-sous-Coucy, en 1104^.
Dans le premier livre de l'ouvrage, qui